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1785, 08, n. 32-35 (6, 13, 20, 27 août)
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MERCURE
གི་
DE FRANCE .
( No )
SAMEDI 6 AOUT 1785.
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. Effais hiftoriques fur les moeurs
Collection univerfelle des mé des François , ou Traduation
moires relatifs à l'hiftoire de abrégée des chroniques & outres
France : tome V , contenant la ouvrages des auteurs contempofin
des mémoires de Bertrand du rains , depuis Clovis jufqu'à St-
Guefclin ; la liste des Chevaliers Louis ; par M. de Sauvigny ;
& Ecuyers qui l'accompagnèrent Chevalier de S. Louis , Cenfeur
dans les différentes expéditions ; royal. Il en paroît un cahier le
les mémoires fur la vie de Char- 15 de chaque mois , compter
les V, par Chriftine de Pifan , du 15 Juillet ; en paye 6 liv . en
& les mémoires de Pierre de Fa- foufe ivant , chez l'Auteur, rue
nin , Pannetier de Charles VI. S. Guillaume , vis-à -vis l'hôtel de
A Paris , rue d'Anjou , la feconde Mortemart ; & le ficur Cloufier ,
porte à gauche en entrant par la Impr. Libr. rue de Sorbonne ; 3 1 .
rue Dauphine. en recevant chaque cahier, à l'ex-
Il pareft tous les mois un voi. ception des deux derniers. Les
in-8 ° . de cet ouvrage . La fouf deux cahiers d'explications des
cription eft de 48 liv. pour Pa- coftumes & des monumens , cha
ris, & de 5 liv . 4 fols. , franc can I liv.
de port pour la province. On
ne peut foufcire que pour la
demi-anné .
Hippocratis opera genuina , recenfuit
ac præfatus eft Albertus
Haller : editio nova ; 4 vol, in- 8° ,
18 liv. 2.Paris , chez Didot
le jeune , Lib. quai des Auguf
ns.
Seconde livraison du journal
Médecine : 15 vol. in- 12 . en
kuilles , 24 liv. A Paris , chez
le même.
On peut toujours fonferire
pour la collection ensière de ce
journal , depuis fon ' origine en
1754 jufqu'en 1782 , formant
38 vol. en feuil . 96 1.
On délivre actellement 48
yolumes.
chés , & frane de port 20 liv.
Les Annales de la Vertu , ou
Cours d'hiftoire à l'ufage des.
jeunes perfonnes , 2 vol. in-89.
franc de port , 11 livres ;
2 vol. in- 12. sl . 12 f.
Adèle & Théodore , ou Lettres
fur l'Education : 3 v . in-89.
franc de pert , 16 liv 4 fols ; on
3 vol . in- 12.8 1. 8 f.
Les Veillées du Château , ou
Cours de morale : vol . in- 88.
brochés , auffi port franc , 16 1.
4 f. ou 3 vol. in-12.91.
Lad. Dureti interpretationes Les perfonnes qui defireroient
& enarrationes in magni Hippo- fe procurer ces Ouvrages , font
cratis coacas prænotiones curan- priées d'envoyer au fieur Lamse
, qui & præfationem adjecit bert leur adreffe très - exacte ,
Adr. Chrouet , Med. D. editie lui donnant avis de la remiſe da
nova : in -fol. rel . 201. A Paris , leur argent à la pofte.
chez le même. A
↓
ARRET S.
1
Č㎝
Pharmacopée des pauvres , ou Arrêt du Confeil d'Etat da
Formules des médicamens les Roi , du 12 Juin 1785, qui réduit
plus ufités dans le traitement des à vingt fols du quintal les droits →
maladies du peuple , avec l'indi fur le verdet diftillé & cryftallifé,
cation des vertas de ces médica de frabrique du Dauphiné , qui
mens, &c ; par M. Jadeiot , fera exporté à l'étranger . A Pa-
Medecin. A Nancy , chez Haris , de l'Imp. Royale.
ner ; & à Paris , chez Didot le Arrêt de la Cour de Parlejeune
, Libr. quai dès Auguf- ment , du 19 Juillet 1785 , qui
sins. fait defenfes à toutes perfonnes ,
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire , jufqu'à
la récolte de l'année 1786 ,
aucuns achats en foin , paille ou
autres fourrages , au - delà de la
quantité néceffaire pour la nourriture
& entretien de leurs chevaux
& beftiaux , & proportionnellement
à leurs exploitation &
confommation perfonnelles , fous
peine de faifié de l'excédent
& autres peines portées par
l'Arrêt.
Sigevart , dédié aux ames fenfibles
, Roman traduit de l'alle
mand, par M. del : Vaux : 2 vol .
in ra. b . s liv. A Paris , chez
Volland , Libr. quai des Augufzins
AVIS.
Lambert, Impr.- Libr. vue
de la Harpe , vient de mettre en
vente un nouveau volume du
Théâtre d'Education de Mad .
la Comteffe de Genlis , conte
nant toutes les pièces tirées de
l'Ecriture- Sainte , dont le prix
in-8°. eft de 5 liv. broché ; &
l'ir-12. 2 1. 10 f. br.
?
Ordonne que les propriétaires,
fermiers , cultivateurs & principaux
habitans des Paroiffes , fe-
Le Théâtre d'Education con- ront appelés devant les Juges
tient actuellement 7 vol. in- 8 °. des lieux , à l'effet de convenir
dont le prix , franc de port par de la quantité de chaque efpèce
la pofte , eft de 39 liv brochés ; de fourrage qui peut exifter
ou 7 volumes in- 12 . auffi bro- I dans l'étendue de leur Paroiffe ,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 AOUT 1785.
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Juillet 1785 .
PIÈCES
FUGITIVES.
75
Vers à M. le Prince de Oraifon Funèbre de Jean de
B*** ,
Mes Souhaits ,
' Le Comte de Waltham ,
3
4
Montefquiou-Fézenzac-Poylobon
" 105
152
Vers faits en fortant de la Lettre de M. de Peyffonnel ,
Galerie de M. de Beaujon ,
49
97
99
ib.
Tableau des Ufances & jours
d'échéances admis dans les
principales villes de Com.
merce , 166
167 Annales Poétiques ,
L'Esprit des Ufages & des
Coutumes des différens Peu-
174
ples ,
Euvres morales de Plutarque,
197
AM. le Comte de Turconi, 51
Couplets du Coufin Jacques , 51
Vers fur la Mort du Duc
de Brunswick ,
A Madame..... ,
Réponse à la Question ,
Epitre au Docteur Petit , 145
Le Cerf, le Cheval & l'Homme
, Fable , 148
Vers au Coufin Jacques , 193
Madrigal ,
Epigramme ,
Charades , Enigmes & Logo- Variété ,
gryphe , 6 , 53 , 102 , 150 , SPECTACLES.
195 Académie Roy. de Mufiq. 128 ,
NOUVELLES LITTÉR. !
Difcours fur le Préjugé des Comédie Françoife , 39 , 231
Peines Infamantes , 8 Comédie Italienne , 82 , 133 ,
De l'Amour d'Henri IV pour Annonces & Notices , 44 , 89
Effai Analytique de l'Air pur
& des differentes espèces
ibid. d'Air ,
194
55 les Lettres ,
Teftament de M. Fortuné Ri-¡
204
15 , 88, 112 , 208
179 , 228
182
140 , 186 , 236
>
card ,
69.
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rugde la Harpe , près S. Côme.
BIBLIOTHECA
BEOLA
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 A OUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE SOIR , ou le Bal de Nuit au Village.
L'AMANT de Thétis ,
Dieu brillant du monde ,
Va plonger dans l'onde
Ses feux amortis.
Les rayons qu'il lance
Font baiffer les yeux ;
Mais fon orbe immenſe
Difparoît des cieux
Déjà la nuit fombre
Déployant fon ombre
Règne à l'Orient ;
Phébé fur la terre
Répand la lumière
A ij
MERCURE
De fon char d'argent;
Le front des étoiles
Brille d'un or pur
Sur les vaftes voiles
Du célefte azur.
Les brebis bêlantes
Courent aux hameaux ;
Et de leurs agneaux
Les voix gémiffantes
Frappent les échos.
La tendre Glycère ,
Au déclin du jour,
Va , loin de l'Amour ,
Rejoindre fa mère.
Douloureux moment !
Qu'il coûte de larmes!
Eft- on fans alarmes ?
On perd fon amant.
Life a tant de charmes !
Blaife eft fi charmant !
S'il étoit changeant !
Voici la veillée
Comme au bon vieux temps ;
Voici l'affemblée
De nos bonnes gens :
En cercle formée ,
La troupe
charmée
S'affied en chantant
DE FRANCE. F
La romance antique ,
Dolente & tragique
Qu'on va répétant :
Il faut aller traire
La chevrette mère ,
Geniffe & brebis ;
On prend la mamelle ,
Et le lait ruiffelle ,
Vafes font remplis.
Demain à la ville
La brune Lucile
Sur un couffinet ,
Dans un pot fragile ,
D'une marche agile
Portera fon lait.
Dieu garde d'encombre
La jolie enfant!
Il en eft fans nombre ,
De périls s'entend ,
Et Colin l'attend
Sous un bofquet fombre....
Voilà qu'un amant ,
C'eft Colin lui-même ,
Veut à ce qu'il aime
Se montrer galant.
Il court au village
Avec les amis ; .
Les yeux endormis
S'ouvrent au tapage ;
A rij
MERCURE
Et le violon
Jurant en cadence ,
Appelle à la danſe
Filles du canton .
En jupes légères
Les jeunes Bergères
Volent, & foudain.
On les met en train :
C'eft fous le grand orme ,
Tout près du château ,
Que le bal fe forme ;
On n'a qu'un flambeau ;
Dieux ! qu'il eft à craindre
Qu'il n'aille s'éteindre !
Il arriveroit.....
Ce qu'Amour les ait.
Les mères y viennent.
Crainte d'accidens ;
Elles fe fouviennent
De leur ancien temps :
Le branle commence ;
On faute , aux chanfons ;
Point de contredanfe ,
Force rigaudons ;
Filles & garçons
Tout rit , faute & danſe.
( Par M. Crignon . )
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Ventrebleu ;
celui de l'Enigme eft Anon ; celui du Logogryphe
eft Maifon , où l'on trouve nem ,
mon, fon, moins, Siam , Ion , Simon ( le
Magicien ) , Simon ( Apôtre ) , mois , mi ,fi ,
Jafon , Minos , fain , mais , Ino , Sion ( montagne
de Jérufalem ) , main , Sion ( ville de
Suiffe ) , Naïs , Mons , Io Mai ( mois ) ,
fon , mai ( morceau de bois. )
T
CHARADE.
ON fils peutfeul, Lecteur, te donner mon premier ;
Le hafard feul auffi te donner mon dernier ;
Mais , te battant fur mer , crains fur-tout mon entier.
(Par un Lyonnois , à peu-près Abonné. )
A iv
8 MERCURE
ÉNIGME à Mlle **
JUGEZ ,
UGEZ , Iris , quel eſt mon triſte ſort ,
Et combien du vôtre il diffère :
Par-tout on s'empreſſe à vous plaire ,
Tandis que moi l'on me hait à la mort :
Sans ceffe on cherche à me détruire ;
Auffi , pour parler franchement ,
Je ne dois pas attendre un meilleur traitement;
Car en tous lieux je ne faurois que nuire.
Me voilà , belle Iris , du côté feminin :
Ce fexe , vous voyez , ne m'eft pas
Mais fi je deviens mafculin ,
Je fuis beaucoup plus agréable ;
favorable ;
Et, fans trop difcourir , par un charme vainqueur ,
De quiconque vous voit je captive le coeur.
(Par M. H..... )
LOGO GRYPH E.
LA richeffe , la pauvreté
Préfkièrent à ma naiſſance ,
Et j'acquis de la confiftance
Au milieu du fracas & de l'obscurité.
Veut- on mettre à profit ma chétive exiſtence ,
Je fais ou le malheur ou la félicité
DE FRANCE.
De qui me tient en fa puiffance.
Le Monarque , le Payfan ,
L'intrépide Héros , le païfible Artifan ,
Le Bourgeois , l'homme de Finance ,
Le Poëte , le Courtiſan ,
La Laideur , la Beauté , le Sot , le Fou , le Sage,
L'un & l'autre fexe , à tout âge ,
Par-tout de moi l'on fait uſage ,
Mais un ufage différent ,
Conforme à l'intérêt de chaque perſonnage."
Là , de l'auftère honneur je deviens le garant ;
Ici , dans un galant meffage
Servant également
La volage maîtreffe & le fidèle amant ,
Tour-à-tour j'emprunte l'image
Da parjure & du fentiment.
Ailleurs.... Mais , chut , trève de bavardage ,
Tu me devinerois : ergò , très-prudemment ,
Pour te fuir encore un moment ,
Je m'en vais changer de langage.
Cependant , fi pour t'amufer
Tu voulois me décompoſer ,
Mes fix pieds t'offriront d'abord un être unique ;
Le Vice-Roi du ciel dans le monde Chrétien ;
Un oiſeau babillard .... clairement je m'explique.
Enfuite , ami , regarde- bien,
Vois une note de mufique ;
Un terme de trip ; un certain Dieu payen ,
Ат
10 MERCURE
Dont le culte.... Paffons. A toute la Nature
Cet élément fi précieux,
Bienfait facré du Souverain des Dieux ,
Par qui dans l'Univers tout s'anime & s'épure ;
Un mot pre que toujours fignifiant faveur ;
Ce qui le plus émeut la bile ;
Le meuble chéri du fumeur ;
Le tréfor des guérets , & pais un uftenfile
Grand ou petit, fouvent utile ;
Un adverbe qui peint le contraire de mieux....
Mais je te vois bâiller ; adieu , je vais me taire ,
Auffi bien , Lecteur , ce mystère
N'eft plus rien : je ſuis fous tes yeux.
( Par M. Rouhier. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'Univerfalité de la Langue Françoife ,
Difcours qui a remporté le Prix de 1 Academie
de Berlin , par M. le Comte de
Rivarol.
QU'EST- CE qui a rendu la Langue Françoiſe
univerfelle ?
Pourquoi mérite - telle cette prérogative ?
Eft -il à préfemer qu'elle la conferve ?
Ces queftions , fi honorables pour la langue
Françoife , lorfqu'elles font propofées par
DE FRANCE.
une Académie étrangère , étoient faites pour
exciter vivement l'intérêt de tous les François
, & l'Ouvrage de M. de Rivarol a ajouté
encore à cet intérêt. Il a été jugé très - diverfement
; les uns , frappés de ce qu'il a de mérite
, ont été d'une exceffive indulgence pour
fes défauts ; les autres , frappés de fes défauts,
n'ont pas voulu voir ce qui s'y trouve de
mérite. Nous tâcherons d'éviter ces deux excès
, & de donner à M. de Rivarol l'exemple
d'une impartialité & d'une juftice qu'il ne
s'eft pas piqué d'avoir en jugeant des talens
fupérieurs. On n'eft pas difpenfé de l'équité
même envers ceux qui s'en difpenfent ; &
M. de Rivarol a pu attaquer de grands talens ,
mais il n'a pas pu en détruire les fuccès.
Tout ce qu'on écrit fur les Langues touche
de très-près à la nature de l'efprit humain ;
& les François doivent écouter avec plaisir .
un entretien fur la gloire de leur langue.
Nous croyons donc mériter quelqu'indulgence
pour l'étendue que nous donnerons
probablement à cet article .
M. de Rivarol ne s'eft guères écarté dans
fon Difcours de la marche que lui indiquoit
le Programme de l'Académie de
Berlin , que pour chercher pourquoi les autres
langues cultivées de l'Europe n'ont pas
acquis la même étendue . Voici donc fon plan.
1º. Il explique pourquoi l'Allemand , l'E
pagnol , l'Italien ne font pas devenus des langus
univerfelles. 2 ° . Il détermine , dans une
efpèce de digreffion , l'influence des langues
A vi
12 MERCURE
fur les efprits , de la parole fur la penſée , &
les caufes de ce qui conftitue le génie d'une
langue. 3. Il établit entre les Anglois & les
François un parallèle de leur fituation phyfique
fur le globe , de leur puiffance politique
en Europe , de leurs moeurs , de leurs
Arts , de leurs productions Littéraires. 4° .
Enfin , il énonce les caufes de la prééminence
que la langue Françoile a acquife , peint les
Écrivains de nos jours qui foutiennent encore
fa gloire , & indique ce qui peut fonder
Les espérances pour l'avenir.
Le programme de l'Académie de Berlin
avoit propofé la queftion d'une manière un
peu vague , & le Difcours de M. de Rivarol
ne lui donne pas plus de préciſion . Qu'est- ce
en effet que l'Univerfalité de la langue Françoife?
A prendre la chofe à la lettre , on croiroit
que notre langue eft la feule qu'on parle
& qu'on écrive dans l'Univers . Ni l'Acadé
mie de Berlin ni M. de Rivarol n'ont pu vou
loir dire cela , & on ne voit pas clairement
ce qu'ils ont voulu dire. Auffi , faute d'avoir
déterminé le fens de ce mot , voit- on M. de
Rivarol étendre ou refferrer la gloire de la
langue Françoife , fuivant qu'il veut donner
plus de précison à fes idées , ou plus de grandeur
à la queftion . Notre langue n'eft quelquefois
que la langue de l'Europe , ce qui ne
Paifferoit pas que d'être quelque chofe ; elle
eft quelquefois la langue de l'univers , la langue
humaine , ce qui feroit tout - à - fait merveilleux
. Cependant on patle Anglois en AnDE
FRANCE. 13
gleterre , Italien en Italie , Efpagnol en Efpagne
; & M. de Rivarol lui -même s'en fouvient
quelquefois .
Peut-être n'étoit- il pas très - difficile d'éviter
ces inconvéniens , & de fixer la véritable
étendue de la langue Françoiſe.
Les traités politiques de la France avec les
Nations étrangères , font écrits en François.
Voilà une prééminence réelle & bien déterminée.
Mais je préfume que celle- là appartient
moins à notre langue qu'à la puiffance
& à la gloire de nos Rois : ce font leurs
triomphes qui ont fait faire cette conquête
à leur langue.
Chez les Nations étrangères , ceux qui
cultivent les Arts de l'efprit & du goût ,
étudient plus la langue Françoife qu'on n'étu
die les langues étrangères en France ; en Italie
, le François eft plus connu peut - être que
l'Anglois ; en Angleterre , le François eft plus
connu peut- être que l'Italien : dans quelques
Cours du Nord & d'Allemagne on parle la
langue de la Cour de Verfailles. Ces titres
de gloire appartiennent à la langue Françoife
, & en font la langue la plus étendue
de l'Univers fans en faire une langue univerfelle.
Une question ne peut être bien réfolue
que lorfqu'elle cft pofée avec précision , &
alors elle fe réfout prefque d'elle - même.
Quand M. de Rivarol explique pourquoi
ni l'Allemand , ni l'Eſpagnol , ni l'Italien
n'ont acquis la même prééminence , fes vûes
14
MERCURE
nous ont paru quelquefois ingénieufes &
vraies ; & quand elles ne font pas vraies ,
elles font encore ingénieufes. C'eft la partie
de fon Difcours qui touche le moins au
fond de la queftion ; mais c'eft la mieux
traitée ; & comme elle eft à l'entrée de l'Ouvrage
, elle y fait entrer avec curiofité & avec
plaifir.
Il dit de l'Allemand : « Elle eft trop riche
» & trop dure à la fois ; n'ayant aucun rapport
avec les langues anciennes , elle fut
» pour l'Europe une langue mère , & fon
abondance effraya des têtes déjà fatiguées
de l'étude du latin & du grec. En effet ,
» un Allemand qui apprend la langue Françoife
ne fair , pour ainfi dire , qu'y def-
» cendre conduit par la langue latine ;
mais rien ne peut nous faire remonter du
François à l'Allemand. Il faut pour lui
» feul le créer une nouvelle mémoire. »
ود
"
Ces idées ne fe feroient point préfentées à
un homme qui n'auroit que médiocrement
d'efprit ; & l'expreffion qui les rend eft
plus remarquable encore ; celle-ci fur - tout
Ilfaut pour lui feul fe créer une mémoire ,
eft un de ces traits de l'efprit philofophique ,
qui grave un grand nombre d'idées par une
feule expreffion .
M. de Rivarol dit de la langue Eſpagnole :
" Elle ne pouvoit devenir la langue ufuelle
» de l'Europe. La majefté de fa prononcia
" tion invite à l'enflure , & la fimplicité de
» la penſée ſe perd dans la longueur des
DE FRANCE.
IS
" mots & fous la nobleffe des définences.
» On eft tenté de croire qu'en Efpagnol , la.
» converſation n'a plus de familiarité , l'ami-
» tié plus d'épanchemens , le commerce de
» la vie plus de liberté , & que l'amour y
» eft toujours un culte. Charles - Quint lui-
"
même , qui parloit plufieurs langues , ré-
» fervoit l'Efpagnol pour des jours de folem-
» nités & pour fes prières ; en effet , les
Livres afcétiques y font admirables , & il
" femble que le commerce de l'homme à
Dieu fe faffe mieux en Espagnol qu'en
» toute autre langue.
"
Ces idées ont je ne fais quel éclat qui
plaît ; & pour conferver cette impreffion ,
on eft tenté de ne pas les examiner de trèsprès
; mais quand on les examine , on voit
que cet éclat n'eft pas celui de la vérité , &
qu'il n'y a peut être rien de rigoureuſement
vrai dans tout ce morceau . Si on en examiné
les faits , il eft plus que douteux que
Charles Quint ne parlât Espagnol qu'à
Dicu. Il est très - probable qu'il parloit Efpagnol
& à Dieu & aux Efpagnols . Pour moi
je lou; çonne , & j'en aurois peut-être l'Hiftoire
pour garant , qu'à Aix - la - Chapelle
il parloit Allemand au milieu des Allemands
, & Caftillan à Madrid , au milieu
des Caftillans. Je conviens que cela eft
fimple , & n'a aucun éclat ; mais il faut
être vrai avant d'être brillant. Eft -il vrai ,
eft - il vraisemblable qu'en Efpagnol l'amitié
n'ait point d'épanchemens ? On feroit bien
16 MERCURE
malheureux dans cette langue ! chez toutes
les Nations , les épanchemens de l'amitié
font un des premiers befoins du coeur , & il
n'eft point de langue qui ne fe prête aux premiers
befoins de l'homme. Ce que dit M.
de Rivarol de l'Espagnol , feroit peut - être
fondé fi c'étoit une langue créée par les Inquifiteurs
ou depuis l'inquifition ; mais elle
exiftoit avant elle , & j'aime à croire qu'elle
a dit fouvent dans les épanchemens fecrets
de l'amitié , combien l'Inquifition eft odieuſe.
La langue dans laquelle Michel Cervantes à
écrit , n'eft pas incapable non plus de fe prêter
à la familiarité de la converfation. De
jeunes Espagnoles danfent fouvent le Fandango
au bruit de leurs caftaignettes & de
leurs chanfons : dans ces chanfons il y eft
beaucoup queftion de l'amour ; mais on peut
affurer M. de Rivarol que l'amour dont il y
eft queftion n'eft pas un culte. Je vais me hafarder
à faire à M. de Rivarol quelques obfervations
plus férieufes fur cette langue ,
qui ne m'eft pas totalement étrangère , quoique
je ne l'aie jamais parlée. Il me paroît que
c'eft la prononciation retentiffante de ceux
qui la parlent , qui fait croire que fes mots
ont une grande étendue. Umbre eft de deux
fyllabes , comme homme ; mais entendez
umbre dans la bouche d'un Efpagnol , il durera
deux ou trois fois plus qu'homme dans
la bouche d'un François. J'ai toujours oui
parler de cette grande étendue des mots de
l'Eſpagnol , & j'ai toujours vû qu'on en affiDE
FRANCE. 17
gnoit pour preuve le grand nom de Maravedis
, donné à un liard , & le grand nom de
Mançanarès , que porte un petit ruiffeau.. Il
feroit affez fingulier qu'on eût jugé une langue
entière fur deux mots ; & en vérité j'en
ai peur. On peut faire un effai que j'ai fait
quelquefois : c'eft d'ouvrir des Traductions
où les langues Eſpagnole & Françoiſe feront
vis-à -vis l'une de l'autre, & de comparer les
mots correspondans : qu'on ne faffe aucune
attention à la plénitude , à la gravité , à la
durée des fons ; qu'on compte le nombre
des élémens de chaque mot , les fyllabes ; &
c'est bien rarement qu'on en trouvera dans
l'Eſpagnol , davantage que dans le François.
Je préfume auffi que la difpofition à l'enflure
n'eft pas de la langue , mais du génie des Efpagnols
qui la portent dans toutes les langues
qu'ils parlent. On en voit la preuve
dans plufieurs Efpagnols célèbres de l'antiquité
qui ont écrit en Latin , & dont la langue
maternelle n'étoit pas l'Espagnol de nos
jours , mais le Celtibérien ; dans les deux Sénèques
, dans Lucain , dans Martial , & peutêtre
dans Quintilien même , dont le goût
étoit fi vrai , fi exquis . Les Eſpagnols de
nos jours aiment beaucoup les proverbes ;
Lucain , les deux Sénèques , font remplis de
fentences. A travers combien de révolutions
de langues , de moeurs , de religions & de gouvernemens
le même génie s'eſt maintenu dans
ces climars ! il y a peu de faits plus remarquables
dans l'hiftoire du goût & de la littérature.
1
18 MERCURE
M. de Rivarol paroît mieux connoître
la langue Italienne ; mais parmi quelques
obfervations fines & judicieufes , on en
trouve trop qui font fubtiles , & qui n'ont
que l'abus de la fineffe. Il dit de l'Italien :
"
tous les mots font harmonieux , & c'eſt ce
» qui fait que la langue entière manque d'har-
» monie : c'eft- là certainement l'apperçu
d'un efprit fin ; mais eft-il vrai qu'une langue
dont tous les mots font harmonieux , ne foit
pas harmonieufe ? Son harmonie peut n'être
pas variée : fi tous les mots font doux &
ont de la molleffe , elle n'aura qu'une harmonie
douce ; & c'est le reproche qu'on a
fait à la langue Italienne , quoi qu'injuftement
à mon avis. Mais enfin , fi tous les
mots d'une langue font doux & harmonieux ,
cette langue elle-même aura au moins une
harmonie douce ; & voilà le contrafte qui
rendoit l'idée de M. de Rivarol piquante ,
évanoui . Fontenelle a prétendu qu'il y a toujours
quelque chofe de faux dans une expreffion
ingénieufe : cela eft trop fouvent vrai
des expreflions de Fontenelle . Mais fi c'eſtlà
ce qui a fait d'abord la fortune de ſes Ouvrages
, ce n'eft pas ce qui en foutient aujourd'hui
la gloire.
La pensée la plus vigoureuſe , dit M. de
Rivarol , fe détrempe dans la profe Italienne.
Je ne m'arrête pas fur l'expreffion fe détrempe
, qui pouvoit fe préſenter à un homme
d'efprit . & qu'un homme de goût auroit
rejetée ; mais qui peut avoir lû les Ouvrages
DE FRANCE. 19
en profe de Machiavel , de Gravina , de Beccaria
, & ne pas favoir que les penſées vigoureufes
font rendues avec vigueur dans leur
profe Italienne?
M. de Rivarol ajoute à tout cela que dans
cette langue on eft dans la fâcheufe alternative
, ou de s'avilir , ou d'infulter celui à qui
l'on parle ; qu'il eft difficile d'y être naïf, &
que la plusfimple affertion y a befoin d'être
renforcée par le ferment. Voilà des affertions
un peu extraordinaires. Et qu'eft- ce qui peut
y avoir donné lieu ? C'eft que les formes de
la converfation font très cérémonieufes dans
cette langue ; que celui à qui l'on parle eft
toujours un Seigneur que l'on protefte de
fon obéiffance : mais deux on trois formules
de la converfation , devenues vaines & fans
effet comme toutes les formules , ne conftituent
pas le caractère d'une langue : j'aimerois
autant dire qu'il eft impoffible de
n'être pas un vil efclave lorfqu'on parle le
François , parce que nous nous difons
quelquefois les valets de ceux que nous
faluons , & que nous terminons nos lettres
par votre très-humble & très - obéiffant ferviteur.
Ce n'eft point là l'efprit qu'il faut porter
dans les grandes queftions philofophiques.
Ce n'est pas non plus toujours celui de
M. de Rivarol ; & nous le répétons , dans ces
appréciations des nations & des langues étrangères
, on apperçoir fréquemment des traces
de cet efprit philofophique qui multiplie les
rapports fous lefquels on confidère les cho20
MERCURE
fes , & qui rend l'efprit plus attentif par un
nouvel emploi de la langue .
Voici le morceau qui a le plus réuff dans
le Difcours de M. de Rivarol.
"
" Des Philofophes ont demandé fi la pen
» fée peut exifter fans la parole ou fans
quelqu'autre figne. Non fans doute.
» L'homme étant une machine harmonieufe ,
» n'a pu être jeté dans le monde fans s'y éta-
» blir une foule de rapports. La feule pré-
» fence des objets lui a donné des fenfations.
» Il a d'abord fenti le plaifir & la douleur ,
» & il les a nommés ; enfuite il a connu &
» nommé l'erreur & la vérité. Or ,fenfation
» & raifonnement , voilà de quoi tout l'hom
» me fe compoſe.
""
"L'enfant doit fentir avant de parler ; mais
» il faut qu'il parle avant de penſer. Chofe
» étrange ! fi l'homme n'eût pas créé des
fignes , fes idées fimples & fugitives , germant
& mourant tour - à - tour , n'auroient
pas laiffé plus de traces dans fon cerveau
que les flots d'un ruiffeau qui paffent n'en
laiffent dans les yeux. Mais l'idée fimple a
» d'abord néceffité le figne , & bientôt le
figne a fécondé l'idée. Chaque mot a fixé
la fcience ; & telle eft leur affociation ,
que fi la parole eft une penſée qui fe ma-
» nifefte , il faut que la penfée foit une pa-
พ role intérieure & cachée. »
99
Ces vûes ont paru belles , grandes &
neuves. Je n'en connois point en effet ni de
plus profondes ni d'une utilité plus étendue.
J.
DE FRANCE. 21
Il n'y en a point qui faffe mieux connoître
la nature de l'efprit humain , & qui apprenne
mieux à le conduire aux grandes beautés
& aux grandes découvertes. Elles lient , par
des rapports fenfibles & frappans , les arts
de l'imagination & du goût, aux arts de l'analyle
& de l'efprit philofophique. Elles montrent
que l'art d'embellir le ftyle , & celui
de perfectionner la raifon , ne font pas feulement
deux arts qui ont des rapports intimes
& qu'on peut unir enſemble , mais que
ce n'eft qu'un feul & même art ; que la pa
role eft auffi néceffaire à la penſée que la
penfée à la parole. Nous croyons en un mot
que ces vûes , rendues plus frappantes encore
par un certain air de paradoxe , font une des
plus belles découvertes du fiècle. Mais plus
cette découverte eft belle & importante ,
plus il importe auffi d'en rapporter la gloire
à celui qui l'a méritée : cette gloire appartient
à M. l'Abbé de Condillac. M. l'Abbé de Condillac
avoit entrevu cette grande vérité dès
fon premier Ouvrage , l'Effai fur l'origine
des connoiffances humaines. Vingt ans après
il en a fait la découverte entière , il en a
donné la démonftration dans le Cours d'Édusation
de l'Infant Duc de Parme. Il y eft revenu
plufieurs fois dans le Difcours Préliminaire
, dans le volume de l'Art de Penfer.
Il a rendu cette vérité plus fimple & plus
évidente encore dans fa Petite Logique , l'un
des plus beaux préfens que la philofophe ait
jamais fait à l'efprit humain,
22 MERCURE
Je dirai encore un mot fur cette découverte.
Locke avoit vû que la plus grande fource
de nos erreurs étoit dans l'abus des mots
c'est- à - dire , dans l'habitude de fe fervir des
mots , ou fans les comprendre ou en les comprenant
mal. Au premier coup- d'oeil on croiroit
qu'il étoit très-aifé de conclure que fi
ce font les mots qui égarent l'efprit humain ,
ce font les mots auffi qui le guident ; qu'ils
font dans ce genre tout le bien & tout le
mal ; qu'ils conduiſent également aux vérités
& aux erreurs ; & que , puifque les mots
font auffi néceffaires à nos idées que les
chiffres au calcul , la parole qui exprime nos
penfées ne les énonce pas feulement , mais
les produit. Cette conclufion , qui paroît fi
naturelle , l'étoit cependant fi peu que Locke
en a tiré une toute contraire. Locke a cru
il a imprimé que le plus sûr moyen de trouver
la vérité , c'étoit de la chercher fans le
fecours des mots ; que c'eft alors que la penfée
eft pure & nette comme l'âme même qui
la conçoit. Cette idée brillante & vague reffemble
à Mallebranche ; elle eft de Locke.
Euler a apperçu auffi la néceffité des langues
pour penfer , mais après l'Abbé de Condillac.
Eft - ce d'après lui ? C'eft ce qu'il n'eft
pas facile de décider. Jamais perfonne n'a
manié comme ces deux Philofophes l'inftrument
de l'analyfe , que tous les deux ont
perfectionné. Avec le même moyen, ils ont
pu faire féparément la même découverte.
DE FRANCE. 23
M. de Rivarol cependant , dit d'abord :
des Philofophes ont demandéfi la pensée peut
exifter fans la parole , & il répond enfuite
comme s'il eût été le premier à faire la réponſe.
On a vu combien cette réponſe eft
antérieure à M. de Rivarol ; & on peut voir
encore qu'une pareille demande n'a guère pu
être faite que par celui même qui en avoit
trouvé d'avance la réponſe.
M. de Rivarol mérite d'autres éloges pour
ce morceau ; il a rendu parfaitement les idées
qu'il a adoptées . La comparaifon des ſenſations
qui fe perdroient fans retour comme
les eaux d'un fleuve , n'eft pas feulement ingénieufe
, elle rend la vérité qu'on doit à
l'Abbé de Condillac fi fenfible , qu'elle la
prouve davantage ; car une vérité eft plus
démontrée encore lorfque l'imagination la
fait paffer d'un raifonnement dans une comparaifon.
Cette phraſe : la fenfation a créé le
figne, &lefigne a fécondé la pensée , a le même
mérite. Elle rend l'idée plus évidente par la
-préciſion & par la tournure, comme la phraſe
précédente par l'image. Et c'eft ainfi que le
talent , qui n'eft que l'art de la parole porté
à fa perfection , tantôt par des images , tantôt
par des formes de phrafe , tantôt par de
nouvelles acceptions ou de nouvelles alliances
de mots , rend toutes les vérités plus lumineufes
& plus intéreffantes , & fait fervir
tout ce qu'il a d'agrément , de grâces & de
beautés à étendre , à affermir , à faire aimer
le pouvoir de la raifon & de la penfée .
24
MERCURE
M. de Rivarol ne fe contente pas d'em *
prunter beaucoup de chofes dans nos Grammaires
; il dit enfuite beaucoup de mal de nos
Grammairiens . Il y a la deux motifs au
moins d'en prendre la défenſe .
Il dit , par exemple, dans une de fes notes',
qu'on ne peut voir fans quelque pitié la manière
dont nos Grammairiens multiplient &
définiffent les claffes de mots. M. de Rivarol
voudroit & trouveroit plus fimple
qu'on dit que les mots de tous les genres
font des noms , puifqu'ils fervent tous à nemmer
quelque chofe.
Mais parmi les Grammairiens que M. de
Rivarol prend en pitié , il y en a qui ont dit
que tous les mots font des noms , que les
fubftantifs nomment les chofes , que les adjectifs
nomment les qualités , que le verbe
nomme les jugemens de l'efprit , que les articles,
les prépofitions, les conjonctions nomment
des rapports apperçus entre les chofes
ou entre nos idées. C'eft précisément ce que
voudroit M. de Rivarol.
M. de Rivarol dit enfuite que le verbe eft
excellence.
le mot par
Et M. Court de Gébelin a dit que le verbe
eft le mot par excellence.
M. de Rivarol dit enfuite qu'il n'y a qu'un
feul verbe , le 'verbe eft.
Et M. Court de Gébelin , l'Auteur de
P'Effai fynthétiquefur l'origine & la formation
du Langage , l'Abbé de Condillac , ont dit
tous
DE FRANCE. 25
tous les trois qu'il n'y a qu'un feul verbe ,
le verbe eft.
M. de Rivaro! traduit jefuis par moi eft ,
j'aime , par je fuis aimant ; & il ajoute :
voilà une clé générale avec laquelle on trouve
la folution de toutes les difficultés qu'offrent
les verbes.
L'Abbé de Condillac , l'Auteur de l'Effai
Synthétiquefur l'origine & la formation "des
Langues , avoient refolu les mêmes formes
de verbes par la même analyſe.
C'eft une clé générale ; mais ce font ces
Grammairiens qui l'ont donnée.
On peut compofer avec M. de Rivarol
fur le mérite de nos Grammairiens ; ceux
dont les Ouvrages font dans les mains de
l'enfance & de la jeuneffe , font en général
des hommes très médiocres ; leurs grammaires
font le fupplice des enfans , & n'ont
jamais donné de lumière à perfonne.
Mais ceux dont M. de Rivarol paroît avoir
fi bien lû les Ouvrages , font en général des
Philofophes & des Écrivains du premier or--
dre. La grammaire eft même peut- être de
toutes nos connoiffances celle où le véritable
efprit philofophique s'eft introduit le plus
tôr , & celle qui a le plus contribué enfuite
aux progrès de l'efprit philofophique en tous
les genres. Il n'exiftoit encore aucun bon
Livre , & la petite grammaire générale de
Port Royal , donnée fimplement comme un
Livre claffique , étoit déjà une grande lumière
apportée aux Philofophes. Les articles
-Nº. 32 , 6 Août 1785 .
B
26 MERCURE
de grammaire fournis à l'Encyclopédie par
Dumarfais , font des modèles d'une analyfe
fupérieure . La métaphyfique de Dumarfais
eft auffi vraie , auffi profonde que celle
de Locke; elle eft plus précife & plus nette.
Locke a écrit le premier ; il a fait un plus
grand Ouvrage , il a dû fe faire un plus grand
nom. Dumarfais n'a écrit que des morceaux ,
mais ces morceaux font peut être plus utiles ).
& quoiqu'il n'ait obtenu que le nom d'un
bon Grammairien , Damarfais n'eft peutêtre
pas un homme inférieur à Locke . Je
n'ai jamais pu lire la première Partie de la
Grammaire de l'Abbé de Condillac fans penfer
que fi de pareils Ouvrages devenoient
clafliques , on appercevroit bientôt un perfe
Яionnement fenfible dans nos connoiffances ;
que dans tous les genres on verroit diminuer
le nombre des erreurs & augmenter le
nombre des vérités . Au refte , il ne faut pas
être furpris que ce foit dans l'étude de la
grammaire & des principes des langues qu'on
ait fait les découvertes les plus importantes
fur la nature de l'efprit humain. C'eft- là , &
là feul qu'on devoit les faire , puifque ce
n'eft que dans les langues que nous avons
pu obferver toutes nos manières de concevoir
& de rendre des idées . C'eſt- là qu'on
trouve l'efprit humain tout entier , & il
n'existe pas ailleurs. C'étoit une grande folie
aux Philofophes de vouloir créer des grammaires
, des logiques , des métaphyfiques ,
qui étoient toutes faites dans les langues. Il
DE FRANCE. 27
n'étoit question que de bien obferver les langues
, & on les auroit trouvées ; mais on ne
fentoit pas le befoin d'obferver , on vouloit
créer ; & quand on veut créer fans avoir
obfervé , on ne trouve que des rêveries &
des abfurdités . C'eft en réfléchiffant fur les
langues , que Locke a eu la première fois
l'idée d'écrire cet Effai fur l'entendement humain
, qui en a fi fort érendu les forces en
refferrant cependant la carrière .
Le parallèle de la France & de l'Angleterre
offre quelques traits qui ont la grandeur du
fujer , & qui ne manquent point de vérité
ou de vraisemblance. Mais à côté de ces
traits, on en trouve d'autres qui veulent être
fins , & ne font que fubtils , qui embarraſfent
la queſtion par une multitude de petits
paradoxes qu'on peut toujours conteſter , au
lieu de l'éclaircir par une chaîne de vérités
toujours plus fenfibles ; & le morceau entier
a beaucoup de mérite fans avoir aucun effet.
Quand on met deux hommes en parallèle ,
on peut chercher curieufement les petits
coins de leur talent & de leur caractère.
Dans le parallèle de deux Nations , il ne faut
faifir que ces grandes faces qui ont frappé
l'Univers. Ce qui dans les morceaux de ce
genre impofe encore la loi de ne rapprochet
deux grands peuples que par leurs
grands rapports , c'eft le befoin de donner
de la grandeur & de l'élévation à fon ftyle.
Quand les idées font fubtiles, le ſtyle devient
contourné & épigrammatique ; & le Philo
Bij
28 MERCURE
fophe qui compare les Nations & prononce
entre elles , doit mettre , ce femble , dans
fon ftyle la fimplicité & la préciſion majeſtucufe
du Législateur qui leur donne des Loix.
M. de Rivarol fait des obfervations trèsjuftes
fur les divers caractères qu'a pris la
langue Françoife dans fes progrès fucceffifs ;
il a fur tour des vûes fines fur ce qui conftitue
le naïf. Nos pères , fimples dans leurs
moeurs , énonçoient toutes leurs pensées fans
veile & fans détour. Ils parloient des vices
même avec franchife , parce qu'ils n'en
avoient point. Tout a changé depuis ; nous
veillons fur toutes nos expreffions , parce
que nous avons beaucoup de fentimens à
cacher ou à voiler. Nos pères doivent donc
être naïfs pour nous lorfqu'ils difent fans détour
ce que nous ne pourrions dire de même
fans imprudence ; ils n'étoient pas naïfs ,
mais ils doivent nous le paroître. S'il arrivoit
dans nos moeurs un degré de plus de corruption
& de diffimulation , on ne pourroit
fe
dire qu'avec des tournures fines & voilées
, ce que nous diſons aujourd'hui fans
voile & fans tournure ; & , ce dont on ne
doutoit pas, nous paroîtrons naïfs à nos déſcendans,
M. de Rivarol blâme ceux qui , pour être
naïfs , prennent la langue d'Amiot ; & il
ajoute que ceux - là , pour être braves , demanderoient
l'armure de Bayard.
Il y a de l'efprit & de l'abus d'efprit
dans ce rapprochement, On n'approuvera
DE FRANCE. 1
29
pas plus que M. de Rivarol ces Poëtes
Qui , dans un vers forcé que furcharge un vieux mot ,
Couvrent leur peu d'efprit des phraſes de Marot.
Mais il ne faut pas croire non plus que les
Écrivains qui ont emprunté quelquefois ce
vieux langage , ayent inanque totalement de
goût & de raifon . Ce vieux langage révei'le
par lui-même les fentimens naïfs qu'il
a fi fouvent exprimés , il donne le droit
de dire des choſes qu'on n'oferoit pas hafarder
dans le François de nos jours ; enfin
il rappelle à chaque inftant à l'Écrivain qu'en
empruntant ce langage il doit en prendre les
caractère. Molière & La Fontaine ont été les
feuls Écrivains naïfs du fiècle de Louis XIV;
ils font auffi les feuls qui ayent confervé un
grand nombre de mots & de tournures du
vieux langage de nos pères. Il n'eft pas bien
sûr qu'une armure , une cocarde & un uniforme
ne faffent pas un homme de courage ;
& il est très - sûr qu'un brave homme fera
plus brave encore fous l'armure de Bayard
& avec l'épée de Crillon. Il y a des noms en
France , c'eft à - dire des mots , qui font des
hommes intré vides depuis la naiffance de la
monarchie. Quand on raifonne fur les langues,
il faut mieux connoître la puitfance des
mots fur l'imagination.
Après ces difcuffions acceffoires , plus ou
moins relatives au fujet , M. de Rivarol en
vient enfin au fujet même. Et voici les caufes
B iij
30 MERCURE
auxquelles il attribue l'univerfalité de la langue
Françoife .
1. La puiffance de la France , qui a fait
prendre à fa langue l'empire qu'elle a pris
elle même dans les traités : le Droit des gens
de l'Europe eft écrit en François.
2 ° . Le caractère du François , fon goût
pour la fociété , les inventions inépuifables
de nos modes , la variété infinie de nos plaifirs
; toutes les Nations ont voulu avoir les
parures & les plaifirs de Paris ; & pour favoir
feulement les noms de nos plaifirs & de nos
modes , il falloit apprendre une grande partie
de notre langue.
3. Les modèles parfaits que les Écrivains
du fiècle de Louis XIV ont donné à toutes
les Littératures.
4. Enfin le mérite propre de la langue
elle - même , & fur - tout cet ordre direct
qu'elle fuit dans fes conftructions , & qui
eft fi favorable à la clarté.
Toutes ces caufes ont agi à la fois ; mais
pour voir nettement le degré d'influence de
chacune , il falloit les diftinguer , & c'eft ce
que M. de Rivarol n'a pas affez fait. Il confond,
par exemple , prefque continuellement
le mérite des Écrivains & le mérite de la langue.
Cette confufion étoit pourtant facile à
éviter . Viotti vous enchanteroit encore fur
un mauvais violon ; & le plus excellent
violon peut ne rendre que des fons durs &
fans grâce fous un archet & fous des doigts
mal habiles.
DE FRANCE.. 3.1
M. de Rivarol a adopté l'opinion de ceux
gui penfent que la clarté de la langue Françoife
tient à l'ordre direct qu'elle fuit dans
les conftructions. Mais cet ordre direct , elle
l'a toujours ſuivi ; & les phraſes de Montaigre
, d'Amior , de d'Ablancourt , conftruites
d'une manière pénible & embarraſſée , ne
font pas claires. Cet ordre direct , d'ailleurs ,
n'eft pas particulier à la langue Françoife ; il
eft à peu près le même dans l'Efpagnol , dans
P'Italien , dans l'Anglois , dans toutes les langues
qui n'ont point de cas , & qui forment
les temps de leurs verbes avec les verbes auxiliaires.
Pourquoi donc , dans toutes ces
langues , la conftruction qui fuit le même
ordie , eft - elle en général plus embarraffée ,
moins nette , moins claire ? C'est que peutêtre
la clarté ne vient pas plus de l'ordre direst
que l'obfcurité des inverfions . Des idées
bien déterminées , bien ordonnées , rendues
ou avec le mot propre ou avec le mot qui
fait une image jufte , feront claires dans toutes
les langues ; & dans toutes les langues on
fera obfcur avec des idées vagues , des phra
fes mal conftruites , des mots impropres &
de fauffes images. Jufqu'à nos jours , la.
profe Angloife a été remarquable par l'embarras
& l'obfcurité de fes conftructions ; aujourd'hui
prefque tous les profateurs Anglois
ont pris les formes de la profe Françoife ; &
M. Hume eft auffi clair en Anglois que Voltaire
en François. C'étoit donc la faute des
Écrivains & non pas de la langue ; car c'est
Biv
22 MERCURE
la nênie langue qu'ils parlent. En un mot ,
la profe des Écrivains François du feizième
fiècle & du commencement du dix- feptième ,
reffembloit beaucoup à la profe Angloife ,
& la profe des derniers Écrivains Anglois
reffemble beaucoup à la profe Françoife. Ni
les uns ni les autres n'ont change de langue;
mais ils ont appris à fe fervir avec le même
talent de deux langues différentes ; & ce
talent n'est autre chofe que l'art d'analyfer
fes idées avec plus de précifion & plus d'élégance.
L'ordre direct eft , dit - on , très favorable
à la clarté, il feroit plus vrai de dire que la
clarté eft très-néceffaire à l'ordre direct.
Dans les langues affervies à cet ordre , il
n'y a fouvent qu'une feule conftruction pour
s'exprimer très- clairement ; fi vous la manquez
, vous manquez de clarté , ou du moins
de netteté. Dans les langues à inverfion ,
dans la langue Latine , par exemple , il y a
vingt manières de conftruire la même phraſe ;
& on n'est jamais obfcur fi on donne aux
mots les définences qui en marquent les rapports.
Ce font donc les langues à inverfion qui
font favorables à la clarté , puifqu'elles ont
tant de manières d'être claires ; & les langues
à ordre direct lui font contraires , puifqu'il
n'y a fouvent qu'une feule manière d'être
clair , & qu'il y en a vingt d'être obſcur .
Cette idée , je le fais , révoltera ños Gram
mairiens ; mais je ne me flatte pas de leur
DE FRANCE
T $3
faire abandonner une opinion qu'ils répètent
depuis trois ou quatre fiècles.
M. de Rivarol prétend que dans le Latin ,
le fens eft ſuſpendu juſqu'à la fin de la phraſe.
Mais j'ignore quelle eft la langue dans
laquelle le fens peut être achevé avant la
phrafe ; & c'eft- là encore une de ces chofes
que tout le monde répète fans que perfonne
s'avife une fois au moins d'examiner ce qu'il
dit . Dans toutes les langues du monde , ce
n'eft qu'avec la phrafe que le fens peut être
terminé , & jufqu'au dernier mot le lens eft
fufpendu .
Dans les langues à inverfion , les mots que
la penſée doit unir font , il eft vrai , ſéparés
très fouvent par la conftruction ; mais les
opérations de la penfée font fi rapides ,
qu'il ne peut réfulter delà aucune fufpenfion
qu'on puiffe mefurer ni même fentir.
Incipe parve puer rifu cognofcere matrem.
Je ne l'ai point encore embraffé d'aujourd'hui.
J'ai entendu le vers de Virgile auffi vite que
celui de Racine ; & s'il eft poffible qu'il y ait
quelque difference , cette différence eſt tout
comme fi elle n'exiftoit pas ; elle échappe à
toutes les mesures du temps , puifqu'elle
échappe à ma fenfation même.
J'ai parlé long- temps , & j'ai entendu parler
une langue dont les inverfions font beaucoup
plus hardies que celles des langues anciennes
; c'eft peut-être de toutes les langues
Bv
54 MERCURE
celle où l'on parle & où l'on entend le plus
vîte.
M. de Rivarol dit encore , d'après la plupart
des Grammairiens , que les langues modernes
font nees du Latin , que le Latin en
eft la fouche.
3
Il y a long-temps que l'Abbé Girard a obfervé
que les langues molernes avoient emprunté
de la langue Latine la plus grande
par ie de leurs mors , ce qui en conftitue le
corps ; mais qu'elles avoient pris dans les
langues du Nord leur fyntaxe , & , pour
ainfi dire , l'âme qui les gouverne , qui en
fait le caractère. Ce qu'elles ont reçu des langues
du Nord peut donc paroître plus important
encore que ce qu'elles ont emprunté
de la langue des Romains . L'Abbé Girard
n'eft pas un de nos meilleurs Grammairiens ;
mais c'est le Grammairien peut - être qui a le
plus d'efprit ; & cette obfervation fuffiroit
powr le
prouver.
La fuite à un autre Mercure.
( Cet Article eft de M. Garat. )
DE FRANCE.
35
NÉCROLOGIE.
LETTRE aux Rédacteurs du Mercure
MESSIEU ESSIEURS ?
J'ai vû avec autant de furprife que de chagrin les
Journaux de la lecture defquels le Public paroît le
plus avide , garder obftinément le filence fur la mort
d'un Artifte diftingué , moiffonné à la fleur de fon
âge après avoir obtenu & mérité de grands fuccès ,
& qui , au double titre de François & d'homme à
talent , ne mérite point l'oubli auquel il femble qu'on
veuille le condamner. Cet Artifte eft M. Floquet ,
Auteur de la mufique de l'Union de l'Amour & des
Arts , & de celle du Seigneur Bienfaisant. Depuis
plufieurs années le Mercure de France a fu fe faire
'un renom d'impartialité , qui ne peut pas laiffer
croire que fes Auteurs foient fufceptibles d'être entraînés
par lés opinions du moment ou par une prévention
aveugle , & par conféquent injufte . L'abondance
des matières , le grand nombre d'Ouvrages
dont ils ont journellement à prendre connoiffance ,
peuvent bien les diftraire quelquefois du foin de
certains articles ; ce n'eft pas néanmoins une raiſon
de leur foupçonner affez de foiblefle pour céder au
torrent de certaines idées . Par exemple , les plus habiles
Compofiteurs étrangers jouiffent à préfent en
France de tous les avantages qui peuvent flatter leus
* Il fant en excepter les Petites Affiches : trois jours
après la mort de Fioquet , elles lui ont confacré un article
fatteur pour la memoire & confolant pour la famille.
B vj
34
MERCURE
orgueil , accroître leur fortune & augmenter lear
réputation. A Dieu ne plaife que j'en éprouve quelques
regrets ! au contraire . Je vois avec plaifir l'accueil
honorable qu'on fait à leurs talens , les encouragemens
qu'on leur donne , les récompenfes qu'on
leur accorde. Je les remercie du fond du coeur de
nous avoir développé les fecrets d'un Art enchanteur
, dont les plus belles reffources nous
étoient prefque inconnues ; d'avoir enrichi notre
Scène Lyrique d'Ouvrages immortels ; enfin , de
nous avoir indiqué des routes dont ils avoient feuls
le fecret : mais ce que je crois en mon particulier
leur devoir de reconnoiffance , loin de me donner
pour eux une admiration exclufive , ne ferme point
mon âme à l'eftime que je dois à ceux de mes compatriotes
qui ont confacré leurs veilles & leurs études.
au defir de fe faire un nom célèbre en travaillant
pour nos plaifirs à ceux fur- tout qui , prefque fans
modèle , & par le ful fecours de leur génie , nous
ont créé des jouiffances dans un temps où notre
fyftême musical étoit encore pauvre , & , pour ainfi
dire , dans l'enfance. Cette façon de penfer me paroît
fi raisonnable , j'ofe l'avouer tout haut , que je
préfume qu'il n'eft pas un feul des Collaborateurs du
Mercure qui ne penfe comme moi ; & c'est elle qui
'enhardit à vous adreffer quelques détails fur la vie
& fur les Ouvrages d'un Muficien auquel on ne
fauroit aujourd'hui refufer des éloges , fans jeter du
ridicule fur les fuffrages glorieux qu'il obtint il y
a douze ans .
Etienne Jofeph Floquet , eft né à Aix en Provence
Je 25 Novembre 1750 , d'une famille honorée dans la
bourgeoifie. Il fentit & mostra dans un âge encore
très-tendre le goût dominant qui l'entraînoit vers
l'Art mufical . Je ne vous entretiendrai point de fes
premiers effais , je vous parlerai feulement d'une
Mefle de fa compofition qu'il fit exécuter dans la
DE FRANCE. 37
Cathédrale d'Aix , à peine âgé de douze ans , & qui
fur généralement applaudie. C'eft dans cet Ouvrage
que les Connoiffeurs apperçurent le germe d'un
talent fait pour être diftingué , & pour acquérir un
jour une grande réputation. D'autres compofitions
du même genre fe fuccédèrent affez rapidement. Les
encouragemens qu'elles valurent au jeune Floquet ,
l'engagèrent à fe rendre à Paris , afin de s'y perfectionner
, tant par l'étude des modèles alors avoués,
que par les leçons de nos meilleurs Compofiteurs .
Peu de temps après fon arrivée , les F. M. fe proposèrent
de faire célébrer une Meffe des Morts en
Thonneur de M. le Comte de Clermont ; ils chargèrent
Floquet de cette Meffe , qui fut exécutée
dans l'Eglife des Religieux Auguftins Réformés de
la Place des Victoires . La facture favante de quelques
morceaux , l'expreffion heureuſement faifie &
plus heureufement développée de quelques autres ,
infpirerent pour l'Auteur un vif intérêt. Des perfonnes
puiffantes , des Auteurs Lyriques lui propo
sèrent des Poënes d'Opéra ; mais il travailloit déjà
à l'Union de l'Amour & des Arts , qui fut , après
avoir éprouvé quelques difficultés , repréſentée en
1773. On fe rappelle encore le fuccès de cet Ouvrage ;
il fut porté jufqu'à l'enthouſiaſme. Quatre- vingt repréfentations
confécutives fuffirent à peine à l'affuence
toujours renaislante des Spectateurs enivrés.
Enfin l'Auteur appelé par les acclamations les plus
univerfelles , fut obligé de paroître fur le Théâtre.
pour y recevoir en perfonne les témoignages de la
fatisfaction générale ; honneur inoui jufqu'alors à
l'Académic Royale de Mufique , & dont Floquet a
joui le premier. Un triomphe auffi éclatant devoit
entourer d'ennemis & d'envieux celui qui l'avoit obtenu:
Floquet devint donc l'objet de la haine & des calomnies
de fes rivaux . Ce fentiment délicieux qui dilatel'âme
d'un jeune homme qui voit fe lever devant lut
MERCURE
་
l'aurore d'une réputation brillante , cette joie pure ,
qui, en naiffant du bonheur d'avoir réuffi, exalte l'imagination
d'un Artifte, & le fait afpirer à de nouveaux
fuccès , furent taxés de préfomption & d'orgueil.
Azolan fut repréfenté, on ne jugea point set Opéra ,
on s'efforça de lui nuire , on n'en parla qu'avec les
termes du dénigrement ; & lorfqu'après vingt- fix
repréfentations il fut retiré du Théâtre , on se réjouit
d'avoir humilié ce qu'on appeloit la vanité de
Floquet. Que faifoit- il pendant que fes ennemis s'oc
cupoient à le perfécuter Il faifoit de férieufes réflexions
fur les moyens qui lui reftoient d'augmenter
fen talent , il fe rendoit compte de ce qui lui manquoit
, de ce qu'il lui falloit acquérir ; & celui que
la Capitale avoit couronné , dans fon ivreffe , far le
plus féduifant de fes Théâtres, ramaffoit enfilence les
reffources qui pouvoient le mettre en état d'aller
s'affeoir , comme élève , dans le premier des confervatoires
de l'Italie. Que la vanité qui infpire des
fentimens auffi rares , eft refpectable & rare ellemême
!
On prétend que Floquet reçut pendant quelque
temps des leçons de M. Piccinui , qui demeuroit
alors à Naples ; je n'affirme point ce fait , parce
que je n'en fais pas certain , ce que je puis affirmer
, c'eft que le célèbre Sala , l'un des meilleurs
Maîtres de l'Ecole Napolitaine , & le P.
Martini , le plus habile Théoricien de toute l'Italie ,
s'honorèrent de compter Floquet au nombre de leurs
Elèves. C'eft par le fecours de ces deux Hommes
illuftres qu'il s'eft perfectionné dans la fcience du
contre point , genre trop peu étudié par les Compofiteurs
modernes , qu'ont nég igé même des Maîtres
Italiens très renommés . & qu'on n'affecte guères
de mépriler qu'après s'être convaincu qu'on n'y faurot
atteindre. C'eft fous leurs yeux qu'il a compofé
& fait exécuter un Te Deum à deux orcheſtres , auDE
FRANCE. 39
quel les Napolitains , peuple connoiffeur en mifique ,
applaudirent avec tranfport , qu'on a depuis trèsfoiblement
rendu au Concert Spirituel de Paris ;
mais qui , dans l'Eglife des PP. de l'Oratoire , où
il fut exécuté avec autant d'enſemble que de précifion
& d'intelligence , excita un enthousiasme dont
la fainteté du lieu retint à peine l'effor. Qu'on ne
dife donc plus que Paris , encore dans l'ignorance ,
a couronné Floquet , & depuis a défavoué fon
ivreffe . Cette affertion eft un retour de l'envie :
Paris , fans prévention , a encouragé fes brillans
effais , Naples a couronné les progrès par un fuffrage
authi rare que glorieux pour un étranger ; voilà ce
qu'il faut dire , pour être vrai. Je dois le remarquer
en paffant : Floquet n'eft pas le feul Compofiteur
François que l'Italie ait vengé de l'injuftice de fes
compatriotes ; il en eft encore un que fon fublime
talent met en butte aux traits de la baffe médiocrité
, & dont les partitions font placées par les
Maitres fur les pupitres des premiers confervatoires
de l'Italie .
Hellé fut repréfentée en 1779. Peu de Poëmes
auffi médiocres auffi ingrats. La mufique néanmoins
fit honneur à Flequer dans ce petit nombre d'efprits
juftes qui favent diftinguer , des fautes auxquelles un
mauvais l'oëme entraîne , les beautés qui fortent
du génie d'un Compofiteur habile. On n'a point oublié
deux choeurs de demons d'une facture favante
& d'un effet vraiment terriblé . Je ne fais quelle raifon
a fait retirer cet Opéra dans l'inftant même que
le fentiment de fes beautés commençoit à s'étendre :
c'eft une enigme de coul ffes qui reffemble à tant
d'autres dont , par pudeur , on cherche à ne pas
deviter le mot.
Le Seigneur Bienfaisant fut donné un an après
Hellé , c'eft à - dire en 1780. Je ne ne rappelle
pas de fang - froid que cet Ouvrage fut fur le point
40 MERCURE
de ne pas être repréſenté. J'ai vâ l'inſtant où if
alloit être facrifié à je ne fais quelles confidérations.
Cinquante-une repréfentations , fans compter les reprifes
, ont prouvé ce que le Public y auroit perdut
de plaifir , & l'Académie Koyale de Mufique de
recettes. A quel prix on achète les fuccès ! quel eft
donc l'attrait de la gloire , de cette fumée qui nous
enivre , qui foutient le courage au milieu des perfécutions
, & qui donne plus d'ardeur à la ſaiſir à
l'inftant même qu'elle va nous échapper?
Je crois pouvoir me difpenfer d'examiner ce que
Floquet eut de foible ou de défectueur dans les compofitions
musicales. Quand il vivoir , les envieux
de fa réputation & de fes fuccès l'ont fait connoître
avec cette attention fcrupu'eufe que donre
le defir de nuire depuis fa mort , malgré l'inutilité
d'une critique amère & rigoureufe , ils ont fuivi les
mêmes principes , & n'ont pas rougi d'infulter à
fa cendre dans une de ces Feuilles clandeftines dont
tout le mérite eft d'attacher la curiofité oifive par
une malignité déchirante. Je n'imiterai point un
cruel exemple ; & j'obferverai que la prévention &
l'efprit de parti ont deux manières bien diftinctes de
juger les Artiftes. Ici , tout eft admiration & indulgence
; on fe tait fur les endroits foibles & même
médiocres d'un Ouvrage , on ne cite que les beautés
, on les exagère en les prônant. Là , tout eft injuftice
, rigueur & févérité ; on gliffe fur le beau , on
cherche à en atténuer l'effet , tandis qu'on ſe plaît à
remarquer les défauts , à en répandre la connoiffance
, à les groffir même aux yeux de la multitude
ignorante. C'eft dans ce dernier fyftême qu'on a
fouvent prononcé fur le mérite de Floquet . Que de
Maîtres Italiens qui jouiffent en Europe d'une grande
célébrité auroient été immolés aux cabales fi on les
avoir toujours ainfi jugés ! J'en pourrois donner un
exemple récent : je me tais , parce qu'on a fini par
DE FRANCE. 41
être jufte fur le compte de l'Homme célèbre dont
je veux parler.
Après s'être montré avec avantage fur le Théâtre
Italien dans la nouvelle Omphale , Floquet ambitionna
les honneurs du genre tragique ; il fe chargea
de mettre en mafique l'Alcefte de Quinault ,
retouchée par M. de Saint-Marc. Tout auroit dû
le détourner d'une pareille tentative ; & les dégoûts
qu'il avoit éprouvés , & la rivalité du célèbre Gluck ,
dont l'Alcefte eft un chef- d'oeuvre; mais le defir de
mériter de nouveaux lauriers en fe montrant le
rival d'un grand homme , entraîna Floquet. L'Ouvrage
fini , il fut mis en répétition , non fans avoir
rencontré mille obſtacles. Quel fut le fruit de tant
de foins , de tant de courage , de ce noble defir de
préfenter dans la lice un François luttant contre un
des plus illuftres Muficiens étrangers ? Un arrêt de
profcription. Depuis long - temps la fanté de Floquet
étoit chancelante : le chagrin d'avoir fait en vain
un travail inutile, & perdu tout-à-la-fois pour l'intérêt
& pour la gloire , lui a porté un coup quiinfenfiblement
a miné fon exiftence. Après quelques mois d'une
vie douloureuſe & chagrine , il eft mort le 10 Mai
1785 , en regrettant d'avoir travaillé pour un fantôme
qu'il apprenoit trop tard à bien apprécier. Je
ne plaide point la caufe de Floquet , il n'eft
plus ; mais ne puis - je pas faire ici une question qui
peut être utile à d'autres que lui ? Quand un Auteur
a obtenu de grands fuccès , quand plus d'un Ouvrage
a établi la réputation , n'y a- t'il pas de l'injuftice
, de l'ingratitude & même de la témérité à ne
point conftituer le Public juge des Ouvrages qu'il
préfente ? Les Comités de nos Comédiens fort éloignés
d'être infaillibles ; tous les jours le Public
caffe leurs arrêts : mais fi l'un de ces Comités s'eft
déjà trompé deux fois fur le mérite réel d'un Auteur,
eft-il bien fage à lui de s'expofer , en fe trom42
MERCURE
pant une troisième , à porter l'amertume du défefpoir
dans le coeur d'un homme fenfible ? Je ne pro
noncerai point là- deffus ; mais je dirai que l'extrême
rigueur produit des maux irréparables , tandis qu'une
prudence indulgente & délicate ne peut enfanter que
l'encouragement & le bien.
J'oublicis de vous dire , M. , qu'avant fon retour
à Paris , Floquet s'arrêta à Boulogne , & qu'il y
vit bientôt les portes de l'Académie des Philarmoni
ques s'ouvrir devant lui . C'eft la réputation feule
qui conduit à cette Académie , & une réputation
diftinguée. Floquet éroit dévancé par la fienne. Les
preuves que les Philarmoniques exigent des Meinbres
qu'ils veulent adopter , il faut les faire en trois
foirées . Floquet fit les fiennes en une , & compofa en
deux heures & demie un Canto Fermo , une Fugue
à cinq parties & le verfer Crucifixus du Credo. N'en
foyez point furpris , Meffieurs , Floquet avoit un tem
pérament vif & bouillant: il falloit que le génie
de cet Artifte fût tout- à- coup frappé de ce qu'il
avoit à peindre ; il n'étoit pas le maître d'éprouver
ces mouvemens fpontanées qui font prefque feuls
le mérite de tant d'autres Compofiteurs ; mais dans
l'inftant de l'infpiration il produifoit avec une facilité
merveilleufe .
Si Floquet a été recommandable comme Artifte , il
l'a été davantage par fes qualités fociales . Jamais le
poiſon de l'envie n'a dévoré fon coeur. Je l'ai vu applaudir
avec tranſport aux productions de ſes rivaux ,
même de ceux qui lui rendoient le moins de juftice :
qualité bien rare & bien eftimable , fur - tout aujour
d'hui , Bon fils , bon frère , bon ami , il a laiſſé leş
plus vifs regrets dans le coeur de tous ceux qui l'ont
connu. Vrai , fimple , incapable d'intrigues , il por
toit fouvent la candeur jufqu'à l'innocence : fes
écarts étoient les fautes d'un enfant. Une mère trèsâgée
pleure de n'avoir point fermé les yeux dans les
DE FRANCE. 43
bras d'un fils qu'elle adoroit ; une four tendre verfe
encore dans le fein d'un époux refpectable & fenfible
les larmes que lui arrache le fouvenir de fon
frère , les amis de Floquet ne prononcent fon nom
qu'avec attendriffement : après cela , que pourrois- je
encore ajouter à fon éloge ?
J'ai l'honneur d'être ;
DE CHARNOIS .
ANNONCES ET NOTICES
ON a m's Na mis en vente à l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N °. 17 , les Cartes & Figures du Troisième
Voyage du Capitaine Cook , pour les deux Editions.
in- 8 ° . Prix , 48 liv. en blanc ou broché.
INSTITUTIONS de Médecine- Pratique traduites
fur la quatrime & dernière Edition de l'Ouvrage
Anglois de M. Cullen , Profeffeur de Médecine
d'Edimbourg , & premier Médecin du Roi pour
L'Ecoffe ; par M. Pinel , Docteur en Médecine ,
2 Vol. in 8. Prix , 12 livres reliés . A Paris , chez
Duplain , Libraire , cour du Commerce , rue de
l'ancienne Comédie Françoife ; & à Versailles ,
chez André , Libraire , rue du vieux Verſailles.
Ce Livre , deſtiné à faire une époque mémorable
en Médecine , eſt le fruit des veilles & de quarante
années d'expérience d'un des plus fameux Médecins
de l'Angleterre. Ses Ecrits font remarquables par
l'ordre le plus méthodique , une fagacité, rare & les
principes de pratique les plus judicieux . On doir
compter parmi un grand nombre de théories nouvelles
celles des maladies & des affections ner44
MERCURE
veufes ; c'eft fans doute à l'efprit de difcuffion &
aux recherches de M. Cullen que font dûs les plus
grands progrès qu'air faits la Médecine depuis
Boerhaave.
COLLECTION des meilleurs Ouvrages François
compofés par des Femmes , dédiée aux Femmes Françoifes
, par Mademoiſelle de Keralio .
Le but de cette Collection , de format in- 8 , propofée
par Soufcription , eft de 1affember en on feul
corps d'Ouvrage , le fruit du génie de ces Femmes
célèbres qui font la gloire de leur fexe & l'ornement
de leur Patrie ; & la Nation Françoife eft la plus
propre à encourager une pareille entrepriſe . Cet
Ouvrage pourra fervir à prouver que quand les
Femmes voudront , elles fauront montrer l'heureux
& rare affemblage des vertus & des talens . On joindra
ceux de leurs écrits que l'on jugera dignes de la públicité
, les Anecdotes de la vie de leur Auteur , surtout
lorsqu'il aura uni les qualités de l'ame aux graces
de l'esprit.
L'Auteur promet de puifer dans de riches dépôts
, dans des Ouvrages imprimés & manuf
crits ; il recherchera dans cette dernière claffe
tout ce qui paroîtra digne de l'impreffion ;
& toutes perfonnes qui pofféderont des mémoi
res certains , des anecdotes sûres , ou des morceaux
détachés fur la vie & les Ouvrages des
Femmes Françoifes , depuis Héloïfe jufqu'à nos
jours , sont invitées à les communiquer à l'Auteur ,
rue de Grammont , N ° 17. Il eft des Femmes célèbres
dans notre fiècle qui ont déjà terminé leur
carrière. Leurs héritiers peuvent donner des indications
fur leur vie ou leurs écrits : c'eft à eux qu'on
demande les moyens de placer les noms facrés d'une
Mère , d'une Soeur ou d'une Tante , à côté de ces
DE FRANCE.
45
noms à qui elles ont , pendant toute leur vie , payé
un jufte tribut d'admiration .
On imprimera à la tête du premier Volume le
titre & l'ordre de la diftribution des matières qui
compoferont la Collection , dont chaque livraifon
d'un Volume paroîtra régulierement de mois en
meis , à commencer du mois de Décembre prochain
.
Si cet effai plaît au Public , l'Auteur ſe propofe
de lui offrir , à la fuite de cette Collection ,
celle de tous les Ouvrages des Femmes Angloifes ,
La différence que doit apporter , même dans les
genres semblables , celle du génie & du caractère
national , pourra former des deux Collections un
enfemble curieux & piquant , offrir un objet de
comparaifon agréable , faire connoître des Ouvrages
ignorés en France ; & après avoir offert un hommage
aux célèbres Françoifes , en attirer un plus
général , & non moins flatteur à l'eſprit & aux
talens de toutes les Femmes.
On payera 6 liv. en ſouſcrivant , & 3 liv . en retirant
le premier volume ; de forte qu'il y aura un
Volume payé d'avance. Le Volume coûtera 4 liv.
10 fols à ceux qui auront foufcrit , & 6 livres à
ceux qui ne fouferiront pas. La fouſcription sera
ouverte jufqu'au mois de Novembre prochain , chez
Lagrange , Libraire , au Palais-Royal , côté de la
Rue-Neuve des Bons Enfans , Nº 123 .
PORTRAIT de Louis XVI , Roi de France &
de Navarre,
Ce Portrait , qui eft proposé par ſouſcription ,
fera gravé par Ch.-Cl. Bervic , Graveur du Roi ,
des Académies de Paris , de Rouen & de Copenha
gue, demeurant à Paris , aux Galeries du Louvre.
M. Bervic a follicité & obtenu l'honneur de mul46
MERCURE
tiplier , par la Gravure , le Portrait en pied du Roi ,
peint par M. Callet , Membre de l'Académie Royale
de Peinture .
Dans ce Tableau Sa Majefté eft repréfentée
debout fur le haut des marches du trône , & revêtue
de tous les attributs de la royauté. D'une main
elle porte fon chapeau garni de panaches , de l'autre
elle s'appuie fur fon Sceptre porté fur an couflin où
font pofées la Couronne & la main de Juſtice . Le
Trône très orné , furmonté d'une riche draperie , &
accompagné d'une balustrade & d'autres acceffoires '
forme le fond de ce Tableau , qui appartient à '
Mgr. le Comte de Vergennes.
La Planche fera de même grandeur que celle du
Portrait de Louis XIV , par Drevet , & portera
25 pouces 6 lignes de hauteur fur 19. Elle fera terminée
dans le courant de l'année 1787. Le prix de
chaque Épreuve fera de 24 liv . pour les Soufcripteurs,
& de 32 liv. pour ceux qui n'auront pas fouf
erit. MM. les Soufcripteurs payeront 12 liv. en
foufcrivant chez M. Hogguer , Tréforier du Salon
des Arts , au Palais Royal , maifon du Caveau ,
n ° . 9. Les fonds resteront en dépôt chez M. Hog
guer jufqu'à la Livraison des Épreuves , cette foulcription
n'ayant d'autre objet que de fixer le nombre
des Eftampes. La foufcription fera fermée au premier
Janvier 1786.
Le nom du Graveur & l'intérêt du fujet doivent
exciter l'intérêt du Public.
PORTRAIT de Louife-Elifabeth Vigée Lebrun ,
de l'Académie Royale de Peinture , gravé à Stouttgard
,,
par J. G. Müller , de l'Académie Royale de
Peinture , &c. , d'après L. E. Vigée Lebrun. A Paris ,
chez Bafan , rue & hôtel Serpente . Prix , 12 liv.
Un burin tout enſemble ferme & moelleux , de la
correction, de la vérité , beaucoup de fineffe dans
DE FRANCE. 47
les détails , & principalement le mérite d'avoir confervé
l'efprit du Portrait original , ainfi que l'exacte
reffemblance d'une femme qui fait également charmer
par l'attrait des talens & par celui des grâces :
voilà ce qui doit faire diftinguer cette Gravure du
grand nombre de celles de ce genre que nous voyons
journellement paroître . Ce Portrait ne peut qu'ajouter
encore à la réputation dont jouit déjà M. Müller.
PORTRAIT de M. le Comte de Caglioftro,
deffiné d'après nature , & gravé par Cheris - Guerin ,
1781. ' Prix , I liv . 16 fuls . Se vend à Strasbourg ,
chez l'Auteur , à la Monnoie ; & à Paris , chez
Chéreau , Graveur , rue des Mathurins , no . 24.
Au bas du Portrait on trouve ces vers :
De l'ami des humains reconnoiffez les traits ,
Tous les jours font marqués par de nouveaux bienfaits ;
Il prolonge la vie , il fecourt l'indigence ;
Le plaifir d'être utile eft feul fa récompenfe .
NUMEROS 33 , 34 & 35 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , 1 liv,
4 fols chaque Feuille , qui paroît tous les Lundis.
On fouferit chez Coufineau père & fils , Luthiers dela
Reine , rue des Poulies , & Salomon , Luthier ,
Place de l'École.
NUMERO 7 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux , par les meilleurs Maîtres , arrangé
pour le Violon , l'Alto , la Flûte & la Baffe.
Prix , léparément 2 liv. 8 fols . Abonnement pour
douze Cahiers 18 liv. & 21 liv.
Numéros 19 ,
20 , 21 , 22 , 23 & 24 de la Mufe Lyrique , ou
Journal de Guittare , dédié à la Reine , par M.
Porro , contenant des Airs de Théodore , du Ba
192 MERCURE
bier de Séville , & c . , des Airs de Société, entrel
autres le Novice de la Trape , par MM. de Florian
& Martini. On fouferit en tout temps pour ces deux
Journaux chez Mme Baillon , rue Neuve des
Petits Champs , au coin de celle de Richelieu.
DEUX Symphonies pour le Clavecin ou Piano-
Forte & Violon , Baffe & Cors ad libitum , par M.
Darondeau , OEuvre I. A Paris , chez l'Auteur , rue
des Moulins , Butre Saint Roch , & chez Leduc ,
Marchand de Mufique, rue du Roule , à la Croix
d'or, nº. 6. Prix , 7 liv. 4 fols.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 216 , ligne 3 , ait rien perdu de fon faßte ,
lifez : ait rienperdu defon luftre.
TA BL E.
LE foir , ou le Bal de Nuit De l'Univerfalité de la Langue
auVilla ;e, Françoife ,
IO
35
7. Annonces & Notices ,
Charade, Enigme & Logogry- Nécrologie,
phe ,
J'AT IN
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Août 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le Août 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 AOUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PLAISIRS Des bords DE LA MER
aux Ifles d'Hyères.
PLAINES de Nérée ,
Lit où Cythérée
A reçu le jour ,
Omer tour-à-tour
Emue & calmée ,
Ma Mufe charmée
Chante les tableaux
Que m'offrent tes flots..
L'AURORA étincelle
Au trône des airs,
Le plaifir m'appelle
Sur le fein des mers,
Nº . 33 , 13 Août 1785 . C
MERCURE
La mouvante glace
Des flots radieux
Peint fur fa furface
La fplendeur des Cieux.
DIEU de la lumière ,
Aftre bienfaifant ,
Tire du néant
La nature entière ,
Parcours en géant
Ta vafte carrière ....
Long-temps attendu
Son char qui s'élançe
Sur l'abyme immenfe
Paroît fufpendu....
J'adore , j'admire:
Un facré délire
Enchaîne mes fens:
Ma reconnoiffance
Peint par mon filence
Ce que je reffens.
Nos barques légères
Des ondes amères.
Ouvrent le cryftal ;
L'élément terrible
Eft aufli paisible
Que l'eau d'un canal :
La jeune Amphitrite ,
En riant m'invite
•
BIBLIOTHECA
REGLA
MONACENSIS
.
DE FRANCE
A la vifiter;
Alors qu'une Belle
Ainfi nous appelle ,
Peut- on réfifter ?
Me voilà fur l'onde
Mobile & profonde ;
L'efquif vole & fait;
La tranchante rame
Pouffe & fend la lame ;
Le Nocher conduit.
L'eau nous environne ,
Jaillit jufqu'à nous ,
Ecume & bouillonne ,
Sans être en courroux.
Mon coeur , ni ma tête
N'y peuvent tenir ;
Prêt à défaillir
Je veux qu'on arrête....
Mais qui le pourroit?
La nefplus rapide
Sur la plaine humide
Gliffe comme un trait.
Je meurs , je fuccombe ,
C'en eft fait , je tombe
J
. Sur un banc voiſin....
Terre , terre , terre ,
Retentit foudain ,
J'ouvre la paupière…...
Et j'arrive cufin.
}
Cij
MERCURE
2
ISLES forrunées.
Toujours couronnées
De verts citroniers ;
Superbes palmiers ,
Jafinins , grenadiers ,
Qui bordez la plage ,
Qui couvrez ce port ,
C'eft fous votre ombrage
Que je cours d'abord!
Sur un promontoirę
Bientôt je gravis ,
Et là j'établis
Mon obfervatoire.
EN noirs efcadrons
Je vois mille Thons
Flotter fur les vagues ,
Et vers nos madragues,
Pefamment nager;
Le troupeau fans crainte
Dans ce labyrinthe
A fu s'engager,
Les chambres fe ferment
Les pièges enferment
Cent monftres marins ....
Les canots accourent ,
Soulèvent , entourent
Les filets tout pleins;
Les captifs bendi fent ,
DE FRANCE.
58
S'agitent , frémiffent ,
Se roulent , fe gliffent ,
Jufqu'au bord des flots ;
Sur les Matelots
Les ondes jailliffent.
D'énormes poiflans
Les barques s'empliffent
Les chants des Tritans
Dans l'air retentiffents
Les Buccins mugiffent,
A leurs raugues fons
De loin applaudiffent
Les antres profonds.
Là - bas fur la grève ,
Maint Pêcheur achève
D'amener les rets....
Avançons auprès ;
La capture arrive;
Je vois fur la riye
Gliffer , fretiller .
Bondir & briller
Dorades charmantes,
Soles éclatantes
Et Rougets fanglans
Et Vives piquantes
Et Mulets volans,
Vivantes marée ,
Sardine azurée ,
Ciil
54 MERCURE
Délicat anchoi ,
Subiffez ma loi ;
Il faut que je dîne ;
De votre chaire fine
Çà , régalez-moi ,
Midi nous raffemble ;
Les Pêcheurs enſemble
Au bord de la mer
Nagent dans la joie.
Feu brillant & clair
Prépare leur proie ;
Un flacon de vin ,
Bien rouge , bien fain ,
Rafraîchit dans l'onde ;
La taffe d'étain
Sert à tout le monde ;
Une planche ronde
(Que nous entourons
Affis fur le fable )
Eft le plat , la table ,
Et nous la chargeons
De ces mets fi bons
Cuits fur les charbons
Et de cent poiffons
Bouillis pêle-mêle
Dans l'eau maternelle ,
Par les vieux patrons.
Sur ces tapis d'algue ,
DE
55
FRANCE.
Sopha de Thétis ,
Où je fuis affis ,
Je vois de la Malgue
Les coteaux fameux
Par leurs vins fumeux,
Lorfqu'en fa colère
.Le tyran des mers
Lance dans les airs
L'humide pouffière
De fes flots amers ,
Le fel de cette onde.
Fertile en vertus ,
Echauffe , féconde
Ces plans dont Bacchus.
Fit préfent au monde .
QUEL autre tableau
S'offre à ma lorgnette.
Changeant de pinceau
Changeons de retraite.
De ce roc voûté
Qui fe creufe en balme
D'où l'oeil enchanté
Fuit fur la mer calme ,
Dans le double azur
D'un horifon
pur,
D'une mer tranquille
Au nord de mon Iſle
J'apperçois furgir ,
Civ
36 MERCURE
Marcher & groffir
Sur le dos des ondes
Vingt nefs vagabondes
Qu'un heureux zéphyr
Pouffe à voiles pleines
Dans ces vaftes plaines ,
Que je vois blanchir.
LA flotte s'avance
En belle ordonnance ,
Et rapidement
Tout en lonvoyant ,
Elle gagne une anfe
A l'abri du vent...
Ses cris d'allégreffe ,
Ses blancs pavillons ,
Ses bruyans canons
Une folle 'ivreffe ,
Le fon du tambour ,
Tout dit à la tour
D: srades maîtreffe ,
Son heureux retour.
La tour la fignale ;
La Flotte Royale
Mouille tout au autour
De ce beau féjour.
Soudain de nos villes
Des ports d'alentour ,
Cent bateaux agiles
}
DE
FRANCE.
Que preffe l'amour,
Volent auprès d'ellè
On crie , on appelle ,
Et c'est lui, c'eft elle
2
Dieux , il eft vivant
2
Eft dans cet inſtant
De crainte mortelle
Tout ce qu'on entend.
O CHÈRE Patric !
Pénates facrés ,
Amis adorés ,
Famille chérie,!
Peut-on vous revoir
Sans verfer des larmes ?....
Que ce doux espoir
A pour moi de charmes !
Eft-il un mortel
Que ne réjouiffe
Et que n'attendriffe
Le toit paternel?
Revoit-on fon frère
Et fa tendre foeur ,
Revoit- on fa mère ,
Preffe-t'on fon coeur ,
Sans croire au bonheur ?
MAIS l'or des étoiles
Emaille les airs ; >
La nuit de les voiles
3 , 303H VOR IN *
C
17.
MERCURE
Couvre l'Udivers.
Phoebé rayonnante
Se lève , & tremblante
Se peint dans les mers
Que fon globe argente
De brillans éclairs.
Au fein de la ville
Il faut retourner ,
Il faut fillonner
Ce baffin tranquille.
Au bruit des clairons ,
Au bruit des trompettes ,
Et des clarinettes
D'accord nous voguons
Et vers nos retraites
Nous nous élançons.
( Par M. Bérenger. )
PORTRAIT D'IRÈNE , à Mme la
Comteffe DE L ***
Bionda tefta , qcchi azuri , e bruná ciglio.
AU rivage de Nice , & fous les plus beaux cieux ,
Naquit la jeune Irène ; & fon âme & les yeux
De la Nature annoncent le fourire ;
Son oeil fut animé par un rayon d'azur
Et fon âme s'ouvrit au fouffle le plus fur
DE
59
FRANCE.
De cet air doux qu'on y refpire.
Sous fes pinceaux l'Albane eût raffemblé
Ce joli neż, ce front , cette beauté complette ,
Ce cou d'ivoire & ce tréfor voilé
Que la pudeur foumet au joug de la toilette..
A la glace du foir laiffons - en le tableau ;
Doit- on peindre ce qu'on devine ?
J'y brife mes regards ainſi que mon pinceau ,
Et mieux que lui la gaze le deffine.
Images de fon tein , emblèmes de fes jours ,
Les roles du plaifir , le lys mélancolique ,
De fes traits délicats colorent les contours ;
C'eſt un enſemble heureux de la Vénus antique
Et du plus jeune des Amours.
Dans nos fallons remplis de glaces , de bougies ,
De nos Vénus du foir les pâles effigies
D'un épais vermillon reftaurent leur beauté ;
Mais d'un léger carmin que fa fraîcheur efface ,
En ranimant la joue , Irène nous retrace
Un matin de printemps auprès d'un foir d'été.
Tour-à- tour fa parure eft. brillante , ingénue ;
Tantôt à fes cheveux la gaze fufpendue
D'une robe-fultane effleure le fatin ;
Tantôt fa treffe blonde imite avec molleffe
· La grâce , la fierté , l'élégante parcffe
De l'amazone du matin.
Charmante à tous momens , belle à toutes les heures,
Elle plaît, elle touche , elle enchante à la fois
C vj
60 MERCURE
Quand vers la fin du jour l'écho , de fes demeures,
Répète fa brillante voix ;
Dans les tons élevés d'une fcène fublime ,
Vingt fois le mot d'amour enflamme ſon accent ;
Sa figure, le peint & fa bouche l'exprime ;
Mais c'est notre coeur qui le fent.
Quelquefois fous fa main & favante & légère ,
Aux touches du piano fuccèdent les beaux vers,
Harmonie à l'esprit plus chère :
Les fons de Piccinni fe perdent dans les airs ,
Le coeur retient les accens de Voltaire.
De fa bouche naïve organe le plus doux
Aucun art jamais ne difpofe ,
C'est là que fur des fleurs la vérité repofe ;
Et le plaifir en eft jaloux.
A la modefte Irène en pleurant je révèle
Ses traits , (on âme , fes talens ;
Je peins ce que j'ai vû quand j'étois auprès d'elle ,
Plus heureux fi j'ofois peindre ce que je lens !
(Par M. de Ch. * Y
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du 'Mercure précédent.
LE mor de la Charade eft Brilor ; celui de
l'énigme eft Souris ; celui du Logogryphe
eft Papier , où l'on trouve Pape, pie , té,
pari , Priape , air ( l' ) , repi , ire , pipe
pi , rape , pire.
DE FRANCE.
JE
CHARADE.
ON chante mon premier ,
On plante mon dernier ,
On mange mon entier.
(Par M. Chevalier de Meude Monpas.)
ENIGME.
E couvrois autrefois un cafque , un Chevalier;
J'étois une chaînette , ou de fer ou d'acier ;
Au temps préſent je fuis toute autre choſe.
(Quelle étrange métamorphofe ! )
Noir comme violet , en blanc , en incarnat、
J'habille Pontife & Prélat.
( Par M. de Bouffanelle , Brigadier des
Armées du Roi:)
LOGO GRYPHE.
JE dois le jour au Dieu Vulcain ;
Quoique toujours au même ufage ,
Je fers à maint & maint ouvrage;
Peut-être fuis-je fous ta main.
Faut-il plus pour que tu devines ?
MER CURE
から
J'ai fept pieds ; fi tu les combines ,
Tu dois trouver incontinent
Ce qui fe gonfle en trop courant ;
Un inftrument du jardinage ;
De la Nobleffe un témoignage ;
Un des quatre élémens ; un odieux détour ;
Ce que le chat pourfuit & la nuit & le jour ;
Ce qui fleurit en France & qu'à Londre on honore ;
Une fubftance pure & qui nous vint des cieux ,
Pour mettre l'homme au rang des Dieux ;
Un arbre aîlé qui peat verdir encore ,
Quand, vainqueur de l'Anglois , de l'envie & des flots,
Il ramène en nos ports à la fois deux Héros. *
Sans te mettre mon tout en tête,
Tu m'as deviné , je m'arrête.
(Par M. le Chevalier de Blair , Officier
au Régiment d'Aquitaine. )
* Allufion au retour de M. de Suffren en France , fus
le vaiffeau le Héros.
*
1
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait du Difcours fur
l'Univerfalité de la Langue Françoife.
ON avu Na vu que M. de Rivarol n'a pas porté
une analyfe affez neuve , affez profonde
dans le génie & dans le caractère de notre
langue. On peut lui reprocher auffi de n'avoir
pas peint nos grands Écrivains de manière
à repréfenter toute l'étendue de leur
gloire , à expliquer comment ils avoient
foumis une partie du monde à leur langue .
Bayle placa le doute aux pieds de la vérité,
Boffuet la mit elle - même aux pieds des Rois.
Le doute a difparu lorfqu'on voit la vérité
, & c'eft une image bien fauffe , que de
placer le doute aux pieds de la vérité qui le
fait difparoître. C'est bien mal repréſenter
auffi la majeſté du génie de Boffuet , que de
dire qu'il mit la vérité aux pieds des Rois :
il la fit tonner fur leurs têtes . L'imagination ,
accoutumée à trembler devant fon éloquence
, le regarde , en quelque forte ,
comme celui de qui relêvent les Rois & les
Empires.
Le grand Condé pleuroit aux vers du grand
Corneille , & Racine corrigeoit Louis XIV.
Pourquoi vouloir peindre tout le talent
de Racine par l'effet de cinq à fix vers de Bri64
MERCURE
tannicus , & par une anecdote tout au moins
incertaine ? Le mot fur Corneille eft beau ;
mais c'est un beau vers de Voltaire.
-Le grand Condé pleurant aux vers du grand Corneille.
. M. de Rivarol dit de Rouffeau : ce que
tout le monde aveit jufqu'ici enfeigné aux
hommes , il le commandoit , & fon imperieufe
éloquence fefaifoit écouter.
ཚོ”ན * .
Quelqu'un qui vouloit flatter M. de Buffon
( comme fi un grand Homme avoit befoin
de la flatterie ) lui difoit un jour : Tout ce
que Rouleau a dit pour engager les mères à
nourrir leurs enfans , vous l'avez dit avant
lui . Nous l'avons tous dit , répondit M. de
Buffon ; mais il n'appartenoit qu'à Rouſſeau
de le commander & de fe faire obéir.
On voit que la phrafe de M. de Rivarol
n'eft que le mot de M. de Buffon ;
mais ce mot eft fublime dans la bouche de
M. de Buffon , & il ne le feroit pas dans
celle de M. de Rivarol, quand il eût été le
premier à le dire . Il ne faut rien prendre à
perfonne , mais fur-tout il ne faut pas prendre
un trait de modeftie à un grand Hoinme.
M. de Buffon lui-même n'eft pas mieux
peint par M. de Rivarol.
N
Pour écrire l'Hiftoire grande & calme
» de la Nature , Buffon emprunte fes cou-
» leurs & fa majefté. Pour en fixer les épo-
» ques , il fe transporte dans des temps qui
» n'ont point exifté pour l'homme , & là
» fon imagination raffemble plus de faus
DE FRANCE. 65
» que l'Hiftoire n'en a depuis gravés dans
fes Annales ; de forte que ce qui tou-
93 choit pour nous aux ténèbres d'une éter-
» nité antérieure , fe trouve placé par lui
» entre deux fuites d'événemens comme
entre deux foyers de lumière . »
Il ne peut être vrai que l'imagination de
M. de Buffon ait raffemblé plus de faits que
l'Hiftoire n'en a gravé dans fes Annales. Il a
raffemblé beaucoup plus de fiècles qu'il n'y
en a dans toute l'Hiftoire connue du genrehumain
, & infiniment moins de faits que
dans la plus courte Hiftoire du plus petit
Peuple. Chacune des époques de M. de
Buffon préfente des milliers de fiècles & un
feul fait , on ne fait pas non plus pourquoi M.
de Rivarol borne le talent de M. de Buffon
a l'Hiftoire grande & calme de la Nature . M.
de Buffon fait la peindre dans les orages
comme dans le calme ; il en a les grâces
comme la grandeur. Il eft fublime & élevé
lorfqu'il parle du cheval & da lion ; il est
plein de grâces lorfqu'il parle du cigne , &
charmant lorsqu'il peint l'oifeau- mouche.
Ce qui caractérife même ce grand Écrivain ,
c'eft d'avoir autant de formes & de couleurs
que la Nature elle - même , qui eft infinie
dans la variété de fes couleurs & de les forme
. M. de Céruri a mieux parlé de M. de
Buffon ; il avoit déjà mieux dit ce que M.
de Rivarol femble avoir voulu dire d'après
M. de Céruti.
06
Avant lui l'Hiftoire Naturelle n'étoit
66
MERCURE
"
و ر
qu'une laborieufe compilation , une nomenclature
fuperficielle. Il en a fait une
» Science fublime , un Art créateur . Par fes
grandes idées il a rendu la Langue plus
éloquente , & par fes grandes images il l'a
" rendue plus poétique. Après nous avoir
appris à lire dans le centre du Globe , il a
voulu nous apprendre à lire dans la nuit
des temps . Il a pénétré dans les fiècles an-
» térieurs à tout ce qui exifte ; il a parcouru
" tout ce vafte efpace inhabité jufqu'ici par,
la penfée même : ainfi fes époques de la
» Nature ont fervi , fi ce n'eft à expliquer le
monde , da moins à l'agrandir. L'imagina-
» tion fe plaît à errer dans les déferts de
» l'infini. »
"
"
Cela eft vrai , net & grand ; cela n'eſt
pas indigne de M. de Buffon.
On eût defiré qu'un Difcours deftiné à
expliquer les caufes de l'univerfalité de la
Langue Françoife , eût donné l'exemple des
qualités précieuſes qui ont mérité cette
prééminence à notre Langue ; mais M. de
Rivarol , qui montre fouvent de l'efprit &
du talent, a très- rarement un bon ftyle. On
eft choqué à chaque inftant dans fon Difcours
du contrafte de l'idée qui eft métaphyfique
& de l'expreffion qui eft d'un faux
bel-efprit. M. de Rivarol paroît vouloir que
tout foit brillant dans le ftyle ; mais il faut
que tout éclaire , & non pas que tout
brille. Avec le projet de M. de Rivarol on
s'accoutume à ne regarder les chofes. que
DE FRANCE. 67
fous de petits rapports ; on les voit àfacettes ,
comme dit Mme de Sévigné ; on ne les
voit plus dans ces grandes faces fous lefquelles
le bon fens a coutume de confidérer
les chofes. Cet efprit mince & léger , dit M.
de Buffon , ces idées fi fines & fi déliées reffemblent
aux feuilles du métal battu , qui ne
prennent de l'éclat qu'en perdant de la folidité.
M. de Buffon juge que rien n'eft plus
contraire au talent d'écrire.
Il arrive fouvent à M. de Rivarol de pren
dre une analogie de mots pour une analogie
de chofes .
"
Il veut juſtifier la rime de nos vers , & il
'dit : Les Anciens n'avoient- ils pas la rime des
mefures comme nous la rime des fons ?
On ne fait pas ce que c'eft que la rime
des mefures. Les Anciens avoient le rhythmne,
& nous avons la rime ; mais entre les mots
rime & rhythme , il y a quelque rapport de
fons , & M. de Rivarol a voulu y trouver un
rapport de chofes qui n'y eft pas.
Il ne lui faut pas même une analogie de
mots pour fuppofer des analogies de choſes
qui n'exiftent pas.
La mufique eft cachée dans laparole comme
la danfe dans la marche ordinaire.
La même chofe en effer ; mais je vou
drois favoir comment les pas que fait un
Bourgeois en fe promenant aux Tuileries
cachent les entrechats & les pirouettes que
fait le jeune Veftris fur le Théâtre de l'Opéra ;
comment les paroles que prononce un
68 MERCURE
Avocat à l'Audience de fept heures cachent
les airs fi brillans & fi pathétiques que chante
Mme Todi ; en tout cas fi elles les cachent
elles les cachent très bien.
M. de Rivarol prétend que les Langues (e
corrompent par l'abus des mots figurés ; &
au moment même qu'il établit cette vérité ,
il fait cette phrafe : La trame de la perfidie ,
le creufet du malheur & les autres expreffions
de ce genrefont comme affifes à la porte de
chaque profeffion.
Des expreffions affi'es à des portes !
Paris devint le foyer des étincelles répandues
chez tous les Peuples de l'Europe.
Des étincelles partent d'un foyer & ne
peuvent pas former un foyer.
C'eft l'Angleterre qui avoit creujé ce vafte
baffin ( l'Encyclopédie ) où doivent fe rendre
les diverfes branches de nos connoiffances.
Le mot de bain réveille l'idée d'un ammas
d'eaux , le mot de branche réveille l'idée d'un
arbre : ce font là des images bien mal ailorties
, & le plus grand abus des figures confifte
dans les affociations de figures incohé
rentes.
Les vingt dernières pages du Difcours de
M. de Rivarol font prefque toujours écrites
de ce ftyle , & ce n'eft point là le ftyle qui a
fait la prééminence de la Langue Françoife.
•
Nous croyons que M. de Rivarol écriroit de
meilleur goût s'il écrivoit fes propres pensées
au lieu de tourmenter les penfées des autres.
Quand on emprunte des idées , on veut les
DE FRANCE. 69
rendre au moins d'une autre manière que
l'Ecrivain original , & on les rend d'un ftyle,
maniéré. M. de Rivarol auroit dû mettre
cette caufe parmi celles qu'il donne de la
corruption des Langues . Ce n'eſt pas que
nous lui reprochions , comme quelques pédans
, l'ambition de dire des chofes nouvelles
dans un Ayle nouveau. Tout homme qui
écrit doit avoir cette double ambition , &
toutes les deux conviennent à M. de Rivarol,
puifqu'il a de l'efprit , & puifqu'il a du talent
. On répète fans ceffe à notre fiècle d'imi
ter le fiècle de Louis XIV ; mais un fiècle ne
doit pas plus imiter un fiècle qu'un homme
ne doit imiterun homme. Dans la fucceffion
des âges , dans le progrès des lumières , on
prend néceffairement de nouvelles manières
de voir , de nouvelles manières de fentir ,
& les hommes de talent qui ont toujours
l'oeil attaché fur ces tableaux mobiles , doivent
en rendre les changemens dans leur ftyle,
Le ftyle de Tite-Live devoit être élégant ,
développé ; il étoit au moment de la naiffance
du bon goût & des lumières . Le ftyle
de Tacite devoit être ferré , profond , énergique
& audacieux ; il étoit au moment où
l'on fait un ufage plus hardi de la Langue ,
parce qu'on la connoît mieux ; où l'en réduit
en une vérité générale & profonde ane
multitude de vérités , où l'on refferre en une
phrafe ce qui a éré dit dans des pages , & en
one expreffion ce qui a été développé dans
des phrafes . Ce font deux Ecrivains de gé-
(
70 MERCURE
nie ; mais Tacite eft le génie d'un fiècle
où l'efprit général a fait plus de progrès.
Le Père Rapin trouvoit l'affectation de
la profondeur dans Tacite ; c'eft que le Père
Rapin , qui vivoit dans le fiècle de Louis XIV,
étoit dans le fiècle qui correfpond au fiècle
de Tite-Live. S'il eût vécu dans notre fiècle ,
qui correfpond davantage à celui de Tacite ,
il cût trouvé que la profondeur de cet Hiftorien
eft une profondeur naturelle , & n'a
rien d'affecté. Racine en jugeoit autrement
que le Père Rapin ; c'eft que Racine , comme
tous les Hommes de génie , voyoit au -delà
de fon fiècle , & qu'il devinoit , pour ainfi
dire , les manières de voir & de fentir qui
devoient être naturelles au nôtre.
Qu'on rapproche les grands Écrivains de notre
fiècle dont les talens font d'ailleurs les plus
divers , Montefquieu , Voltaire , Rouffeau ,
Buffon, &c. & c . , on leur trouvera à tous
quelque chofe de commun : une fagacité.
plus étendue qui ne fe contente pas de
faifir les chofes telles qu'elles font,mais qui
remonte aux caufes , qui pénètre dans les
effets ; l'art de rapprocher fans effort des
chofes que l'efprit humain n'avoit pas fongé
à confidérer enfemble : un certain mêlange
des vûes des fciences naturelles , du ton &
de la connoiffance du monde , de l'éclat &.
de l'imagination des Beaux Arts . Dans ce mêlange
le talent du ftyle a quelquefois perdu
de fa pureté , de fon élégance ; plus fouvent
encore il s'eft élevé à des beautés fupérieures
1
DE FRANCE. 71
& inconnues, & très - certainement l'efprit
humain s'en eft agrandi. Auroit on voulu
que Montefquieu eût pris Boffuet pour modèle
, & M. de Buffon Fénelon ? Mais alors
au lieu de quatre grands Écrivains nous.
n'en aurions eu que deux ; au lieu de
deux fiècles nous n'en aurions eu qu'un..
Non , le génie a fon modèle en lui-même ,
& ne va pas le chercher hors de lui : il peut
& il doit fe former fur les talens qui l'ont
précédé ; mais quand il s'eft formé , il ne
regarde que lui , & fes Ouvrages font des
copies éternelles de lui -même. Il eft des loix
& des qualités immuables pour le ſtyle , la
vérité , la convenance , la clarté , &c. &c.;
celles là doivent être les mêmes dans tous
les fiècles pour que le ſtyle foit bon : il en
eft de mobiles , pour ainfi dire , & qui doivent
changer avec les fiècles , fous peine de les
ennuyer tous telles font l'élévation , la
profondeur , la fineffe , la couleur , toutes
ces qualités qui conftituent proprement
le talent , & qui font qu'un ftyle n'eft
pas feulement bon , mais beau. C'est peutêtre
pour n'avoir pas fait affez nettement
cette diftinction entre ce qui doit être immuable
pour être bon , & ce qui doit varier
continuellement pour être beau , que des
Critiques qui ont du goût , mais un goût
tranfmis , ont attaqué les hommes fupérieurs
qui portent dans le ftyle des beautés & des
expreffions nouvelles : ils ont voulu profcrire
tantôt toutes les expreffions prifes des
72 MERCURE
-
effets & des merveilles des Beaux Arts , tantôt
toutes les expreflions empruntées aux
Sciences naturelles : ils défendo : ent à l'imagination
de puifer de nouvelles richeffes
dans ces mondes nouveaux découverts par
la Phyfique , & dans ces mondes enchantés
créés par l'imagination elle même ; & pour
condamner ainfi la poéfie & l'éloquence à reftertoujours
emprifonnées dans le même monde
, tandis que les Sciences s'empa : ent tous les
jours de mondes nouveaux , au défaut de rai- .
fons, on a donné des autorités imposantes ; on
a dit , toutes les images d'Homère font puifees
dans les beautés de la Nature exposées à tous
les regards ; pour être fublime , ce génie exfraordinaire
placé au milieu des Beaux-
Arts comme le Créateur au milieu des
mondes , n'a befoin que de peindre ce que
vous avez fous les yeux ; & on ne voyoit
point qu'il étoit difficile que cela fût autrement
, puifque du temps d'Homère , de toute
la Nature il n'exiftoit encore pour l'homme
que ce qui s'offroit aux yeux les plus ignorans
; que les Sciences naturelles n'exiftoient
point encore , & que les Beaux - Arts
fembloient attendre Homère pour naître
fous de fon génie. On n'a point vû qué du
temps d'Homère tout le monde ne voyoit
point ces beautés fimples expofées aux
yeux de tout le monde; & que ces belles
peintures du Poëte , ces tableaux fublimes
des mouvemens de la mer Égée fur les côtes
de l'Afie mineure , des feux du ſoleil coutachant
DE FRANCE. 73
chant & de l'aurore boréale projetés fur les
fommets de l'Olimpe , fur les demeures des
Dieux , éto ent , pour ainfi dire , des découver
tes d'Hiftoire Naturelle pour un fiècle auffi
ignorant que celui d'Homère. Quelle trifteffe
en effet , quel ennui au milieu même des
beautés de l'empire des Arts , fi , tandis que
les fiècles amènent fans ceffe de nouveaux
changemens & dans la Nature & dans notre
manière de la voir , & jufques dans nos paffions
même , le génie des Arts , enchaîné
d'antiques modèles , les reproduifoit toujours
fans jamais rien reproduire & des
fpectacles, & des opinions, & des générations
nouvelles qui paffent fur la terre ! Nous
croyons donc que M. de Rivarol mérite plutôt
des éloges que des reproches lorsqu'il
cherche le nouveau ; nous croyons que tour
homme d'un vrai talent doit avoir le fentiment
qui a dicté l'un des plus jolis vers
de La Fontaine :
H nous faut du nouveau , n'en fût-il plus au monde.
( Cet Article eft de M. Garat. )
Nº. 33 , 13 Août 1785.
74
MERCURE
LES Lunes du Coufin Jacques , Ier . Ne.
Avec cette épigraphe :
D'abord il s'y prit inal , puis un peu mieux , puis bien ,
Puis enfin il n'y manqua rien. La Fontaine.
Abonnement pour Paris , 18 liv . , pour
la Province 21 liv.; chaque Lune prife
féparément , liv. 16 fols , petit in- 12.
beau papier ; le Ier. No. eft de 200 pages.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire de
MONSIEUR , Pont Notre - Dame , Nº. 23 .
C'EST un Auteur bien original , que le
Coufin Jacques; il a un genre qui n'eſt qu'à
lui , & un genre très drôle. J'ai déjà rendu
compte de fes premières folies dans le N ° .
du 22 Janvier de cette année ; je n'ai point
fait grâce à les défauts , en obſervant toutes
fois que les defauts même ne pouvoient empêcher
fes facéties de trouver beaucoup de
partifans. En effet , ceux qui aiment à rire
s'amufent volontiers des faillies d'un jeune
Écrivain qui plaifante à tort & à travers ;
& pourvu que dans fon badinage il mette
de l'efprit & de l'enjoûment ( deux qualités
dont le ciel a pourvu abondamment le
Coufin Jacques , ) ils lui font grâce du refte.
On a pu très -bien dénommer les Petites
Maifons du Parnaffe une orgie d'efprit. Cette
expreffion femble caractériſer affez un Livre
fans plan , fans ordre , où une tirade de vers
DE FRANCE.
75
1
agréables fuccède à un morceau de profe
triviale , à une réflexion folide une pensée
extravagante .
Le premier N°. des Lunes vaut mieux que
les premières Brochures du Coufin Jacques.
Sa plume evite les écarts qu'elle s'étoit permile
autrefois. Les différentes Pièces de vers
qui ont paru de lui dans les Journaux depuis
un an , ont été diftinguées de tant de Pièces
auffitôtoubliées que publiées.Beaucoup moins
de trivialités , plus d'amertume , plus de ces
difparates choquantes qui donnoient de l'humeur
au Lecteur que la gaîté de l'Auteur
avoit mis en train de rire. Si le Coufin s'ekt
encore permais quelques plaifanteries un peu
bouffonnes , c'eft avec plus de réſerve . Ses
vers font plus foignés , fa profe eft plus
chariée ; car d'ailleurs on fait que fon ftyle
ne pêche point par le défaut de naturel.
Entre-autres bagatelles originales , telles
que la Vie de Mlle Mirliflore , la relation
d'un Hermite de Paris à M. le Duc de.....
&c. &c. j'ai diftingué fur- tout la Converfation
du Coufin avec un des arbres du Jardin.
du Roi ; il y a long-temps que je n'ai rien lû
écrit avec autant d'efprit & d'originalité.
Il y a des détails piquans & de la fatyre
gaie dans les Dépêches d'un Clerc de Procureur
de la rue S. Jacques , à fon père gros
Marchand de la rue S. Denis . Il faut avouer
que , grâce aux influences de la Lune , le
Coufin donne à fes farcalmes une tournure
Dij
76
MERCURE
qui porte coup d'autant plus sûrement qu'il
paroît y mettre moins de prétention.
Le Conte de Monfieur l'Amoureux eft
plein de variété & d'intérêt . C'est un effai
que l'Auteur public avce une défiance d'autant
plus louable , que M. Imbert a depuis
long- temps accoutumé les Lecteurs à être
très difficiles à contenter en ce genre ,
comme le Coufin le lui fait entendre luimême
dans un Envoi qui termine ce Conte.
S'il eft un Conteur agréable ,
-
C'eſt vous , mon maître , affurément,
Mais on peut être fupportable
Sans égaler votre talent .
Aux loix de la gaîté fidèle
J'ai rifqué ce premier accès.
Je ferois plus sûr du fuccès
Si je vous prenois pour modèle.
J'aurois trop à faire s' falloit indiquer ici
tout ce qu'il y a de plaifant & d'original
dans ce volume. It eft plus fimple d'y renvoyer
les Lecteurs , en les affurant qu'ils
trouveront dans cette production attrayante
par le fel dont elle eft affaifonnée , autant
que par la fingularité qui la caractériſe , de
quoipaffer des momens agréables.
Le Coufin a déjà été encouragé par des
Gens de Lettues , & en particulier par M.
l'Abbé Aubert , qu'il a remercié par les vers
ingénieux que l'on va lire.
DE FRANCE.
77
AIR: Pour la Baronne.
POUR tes Affiches ,
Le bon goût dicte des extraits."
Ce ne font point des fleurs poftiches.
Le Pinde en fait éclore exprès
Pour tes Affiches .
DANS tes Affiches
Fais fouvent parler Apollon .
Orne-les de tes hémiſtiches ;
Rien ne nous femblera trop long
Dans tes Affiches .
DE TES Affiches
Naît chaque jour nouveau plaifir.
Auffi jamais tu ne nous triches .
Chaque jour accroît le defir
De tes Affiches.
QUE tes Affiches
Parlent de mes foibles effais ;
Mon Libraire & moi ferons riches ;
Car rien ne vaut plus de fuccès
Que tes Affiches.
En un mot , il cft certain que le Coufin à
un genre & un genre très- plaïfant dans toute
la force du terme ; & ceux à qui ce genre
plaira feront peu affectés des déclamations
déplacées d'un Cenfeur auftère , qui veut ramener
tout à fon caractère férieux , qu'aucuns
nomment ennuyeux .
Diij
78
MERCURE
"
وو
و ر
"
ce
VARIÉTÉ S.
Lettre de M. Thomas à M. de Lacretelle.
A Nice , ce 6 Février 1785.
JE
E vous remercie bien véritablement ,
Monfieur , de ne m'avoir point oublié à la
diftance où je fuis de vous , & de m'avoir
» fait tenir un Ouvrage auffi précieux que le
» vôtre. Je l'ai lû avec le plus vif intérêt.
Sagacité d'efprit , fineffe de vûes , jufteffe
» dans les idées , humanité dans les fenti-
» mens , pathétique dans tous les morceaux
qui en étoient fufceptibles , expreffions
heureuſes , nobleffe à - la -fois , & fageffe
» dans le ftyle , voilà ce qui m'a frappé d'un
» bout à l'autre de ma le&ture . Par- tout vous
» occupez , vous fixez l'attention , vous in-
» téreffez l'âme , & l'Ouvrage le plus utile
» eft en même temps un Ouvrage très -agréa-
» ble . On aime & l'on chérit celui qui voit
» & difcute ainfi nos préjugés , & les maux
qu'ils nous caufent.
"
"
"
" Votre premier Difcours eft une hiftoire
piquante , faite , pour ainfi dire , fur des
» matériaux qui n'exiſtent pas , mais à qui
» vous donnez , en les créant , toute la vraifemblance
qui repréfente à nos yeux la
» vérité. Vous ralliez l'hiftoire d'une opinion
» à celle des fentimens naturels de l'homme ,
ور
DE FRANCE. 79
"
"
» & à celle des loix & des ufages de nos
temps barbares , qui ont dû la faire naître.
Vous faites parfaitement voir comment
» elle a dû ſurvivre aux cauſes mêmes qui
» l'ont produite , & qui en partie ne ſubſiſ-
» tent plus. Cette marche heureufe & ce
développement pourroient s'appliquer à
l'hiftoire de prefque toutes nos opinions
» & de nos préjugés modernes , qui , nés
» dans l'ignorance , fe confervent avec nos
» lumières , nés dans la barbarie , reftent
» encore dans l'état de civiliſation , & of-
» frent chez tous les Peuples de l'Europe un
» mélange bizarre & un contrafte fingulier
∞
n
30
d'ufages , de vices , d'erreurs , de vertus ,
» de connoiffances & de loix qui fe com-
>> battent. Nous reffemblons dans notre
» marche à ce ferpent de la fable , qui , avec
» une feule tête , a pu ailément franchir .
d'une partie de fon corps les buiffons qui
l'arrêtoient , mais dont les cent queues
pliées & repliées de mille manières font
» reftées dans les brouffailles , à travers lefquelles
elles n'ont pu paffer. Il faut le délivrer
de cette partie de lui même pour
qu'il puiffe continuer fa route .
99
ور
"3
و د
33
33
" Votre fecond Difcours prêtoit plus à
l'éloquence , & vous en avez tiré un grand
» parti. J'aime fort le morceau où vous pei-
" gnez fi bien l'efpèce de terreur avec laquelle
un jeune homme , rejeté juſqu'alors
» du fein d'une famille , & qui ne répon-
» doit que de lui - même à la fociété , en re-
ود
Div
So MERCURE
» trouvant ou redemandant à la loi des pa-
» rens va déformais entrer en partage de
» tous les hafards de fletriffure & d'infâmie ,
"
>
à laquelle un préjugé barbare peut l'affo-
» cier. Cette idée est belle & vraiment élo-
» quente. Et l'hiftoire de cette famille malheureuſe
, dont le crime d'un feul a détruit
les vertus , le bonheur & les talens !
» Et ce jeune homme fi intéreffant & né
» pour les vertus , qui , échappé du pied de
l'échafaud d'un père , pauvre & orphelin ,
implore la pitié , & repouffé de toutes
parts par l'horreur & le mépris , & dont
» l'âme dégradée devient féroce , pour fe
» venger d'une fociété féroce qui le repouffe
& le rejette hors de fon fein ! Il eft impoffible
de peindre avec plus de chaleur
» & de force les effets terribles du préjugé,
c'eft les mettre en drame & en action ; ce
qui eft bien plus puiffant fur les efprits
» que tous les raifonnemens du monde. Jamais
la Logique n'a déraciné un feul préjugé
, ni une opinion populaire : il fant
» ébranler l'âme & l'imagination , comme
❤ vous avez fait.
t
33
"
» Je retrouve le même caractère & le
même genre de beautés dans plufieurs
» morceaux du troisième Difcours , fur- tout
» dans celui où vous faites voir comment
les loix fe font , pour ainsi dire , rendues
» les protectrices du préjugé , & ſe font al-
» fociées à lui par la barbarie des fupplices.
Il y a là une peinture effrayante , & unè
23
DE FRANCE, 81
29
"
"
و د
ور
"
réclamation bien noble de l'humanité dans
"
la punition même du plus grand des cri-
≫mes. Ce morceau étoit difficile & envi-
» ronné d'écueils , & vous avez fu les éviter
» avec beaucoup d'art . Le fentiment qui
» vous anime vous fert de fauve- garde ; &
» vous couvrez , pour ainsi dire , de toute
la pitié du genre- humain , celle que vous
infpire un monftre même. Le morceau de
la fin , & cette famille défolée que vous
» amenez aux pieds du trône , préfentent
» un tableau doux & touchant , & l'emploi
" le plus attendriffant de l'autorité royale.
Je regarde , Monfieur , l'enſemble de ces
» trois Difcours comme un des meilleurs
Ouvrages que nous ayons , & par fon utilité
& en même-temps par l'exécution .
» Vous vous êtes défendu par - tout de cette
exagération qui reffemble elle même à un
préjugé, & qui par - là même eft moins proà
le combattre.Vous avez par-tout cette
mefure qui ne met jamais en défiance celui
» qui écoute contre celui qui parle . Je vous
» remercie & pour moi , & pour la nation ,
& pour les malheureux à qui un fi bon
» Ouvrage ne peut manquer d'être utile . Il
» doit fixer les regards du Public , & peutêtre
réveiller ceux du Gouvernement fur
» l'effet d'une opinion qui , comme vous
le remarquez fort bien , ne doit point être
» anéantie tout - à- fait , mais modifiée & con-
» duite par la juſtice .
33
"
R
» pre
"
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"
93
"
"
Les autres morceaux que vous avez
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82 MERCURE
39.
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29
39
réunis dans le même volume , font tous
intéreffans par les vûes du bien public , &
la philofophie éclairée que vous mêlez à
la difcuffion de nos Loix . Vous raffermiffez
l'alliance des Loix avec la Politique &
la Morale. Vos réflexions , fur tout fur la
» réforme de nos Loix criminelles , me pa-
» roiffent une table excellente des grands
objets qu'il y auroit à examiner & à traiter
» dans cette partie. Cette table , fi courte ,
eft comme ces éclairs qui découvrent dans
» la nuit un vafte horizon .
"
ود
n
93
ود
Encore quelques Ouvrages pareils ,
» Monfieur , & vous aurez la réputation
folide & bien méritée d'un excellent efprit
& d'un de nos bons Écrivains ... Adieu ,
» Monheur , je vous embraffe & vous remercie
de nouveau . Agréez ma reconnoif-
» fance & mon inviolable attachement. »
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé THOMAS.
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE. *
LE Mardi 26 Juillet , on a repréſenté pour
la première fois fur ce Théâtre , un Ballet
* L'Homme de Lettres qui fe chargeoit habituellement
de cet Article , ne pouvant plus y donner
fes foins , il fera fait à l'avenir par un nouveau Rédacteur.
DE FRANCE. 83
Pantomime en trois Actes , intitulé le premier
Navigateur ou le Pouvoir de l'Amour
de la compofition de M. Gardel l'aîné.
On connoît le Poëme de Gefner qui porte
ce titre; il a fourni fans doute à M. Gardel
l'idée de fon Ballet ; mais pour tirer parti
de ce fujet , il a dû y changer tant de chofes
qu'on peut le regarder comme entièrement
de fon invention . Voici quel en eft le
canevas.
Plufieurs Bergers prétendent à la main de
Mélide. Un feul a touché fon coeur : c'eft
Daphnis. Ils ont tous déposé à la porte de
cette Bergère leurs houlettes chargées des
préfens qu'ils lui deftinent. Mgées des
arrive
avec la mère, & voit ces préfens avec l'embarras
modefte d'un jeune coeur qui n'oſe ſe
déclarer. Reftée feule elle examine de plus
près ces houlettes , & cherche à reconnoître
celle de fon amant. La vive émotion qu'elle
éprouveen examinant une guirlande lui perfuade
qu'elle vient de Daphnis : c'eſt en effet
l'offrande de ce Berger qui l'épioit & qui
failit adroitement les deux bouts de la guirlande
, dans laquelle Mélide fe trouve enchaînée.
Ce joli tableau , qui amène un doux
aveu , forme un pas de deux très - agréable.
Semire , mère de Mélide , veut cependant
faire un choix pour fa fille. Le hameau
s'affemble , les Bergers prétendans fe défient
à différens jeux , & Mélide doit être le
prix du vainqueur. Ces jeux font l'exercice
du javelot , la lutte & la danfe. L'Auteur a
D vj
84
MERCURE
fagement retranché une joûte d'inftrumens
qui , malgré le choix agréable d'une fymphonie
concertante de M. Goffec , jetoit du
froid fur la fcène . Nous n'en parlons que
parce que le Programme imprimé annonce
ce Concert.
On juge bien que Daphnis l'emporte en
tout fur les autres Bergers , & qu'il obtient
la main de Melide . La joie des deux amans ,
partagée par tous les habitans du hameau ,
s'exprime par des danfes qui terminent le
premier Acte.
Au fecond , le Théâtre repréfente fur l'un
des côtés le portique du Temple de l'Hymen
; de l'autre un bocage agréable dans
lequel est une ftatue de l'Amour ; la mer
dans l'enfoncement . Les deux amans , accompagnés
de tout le village, font leur offrande à
l'Amour , leur prière à l'Hymen , dont le
Temple s'ouvre. Il en fort de jeunes Paranymphes
& des Prêtres portant un autel.
On unit Daphnis & Mélide. A l'inftant une
tempête épouvantable s'élève du côté de la
mer. Le ciel & la retre ébranlés vomiffent
des feux qui difperfent tous les malheureux
habitans ; le Temple , qui leur fert d'abord
de refuge , frappé de la foudre , n'eft plus
pour eux un afyle affuré. Daphnis s'occupe
à la fois de Mélide & de fa mère ; la violence
des feux fourerrains les fépare , les
empêche de fe rejoindre. Mélide égarée fe,
trouve fur une partie du Continent que les
flots inondent & féparent ; ils forment
DE FRANCE. S$
déformais une barrière impénétrable entreelle
& fon amant .
Le calme revient fur la terre , mais non
dans le coeur de Daphnis , qui , privé de ce
qu'il aime , incertain fur fon fort , fe livre
au plus affreux défefpoir. Il refuſe tout
fecours , toute confolation . Emporté par un
égarement qu'il réprouve à l'inftant même ,
il repouffe jufqu'à Sémire , qui s'évanouit ,
& qu'on emporre au loin. Morphée defcend
, répand les pavots fur Daphnis , fans
pourtant calmer entièrement l'agitation de
fon âme. L'Amour paroît auffi , & touché
de fa peine , il lui montre dans un fonge ,
vifible aux yeux des Spectateurs , la nouvelle
Ifle où fon amante implore fon fecours , &
une barque dont la voile porte une infcription
qui lui indique l'ufage qu'il en doit
faire. Le fonge fe diffipe ; il fe réveille , &
voit avec autant d'étonnement que de joie
cette même barque fur le rivage. Malgré
tous les amis , malgré Sémire même qui ſe
jette à fes genoux pour le détourner de cette
entreprife , il s'embarque , & laiffe tous les
habitans effrayés du danger qu'ils lui voient
courir.
Au troiſième Acte , Mélide eft feule dans
l'Ifle. Ses gémiffemens expriment fon effroi.
Elle parcourt le nouveau fejour qu'elle habite
pour chercher s'il eft quelques . moyens
d'en fortit . Au moment où elle quitte la
Scène , Daphnis paroît . Ses plaintes font retentir
les échos. On y répond ; il vole du
86 MERCURE
côté où la voix s'eft fait entendre . Mélide
accourt de fon côté vers celle qu'elle a entendue
; elle appelle à fon tour , Daphnis
répond ; enfin les deux amans fe réuniffent.
On conçoit leurs tranfports , qui ne font
interrompus que par l'expreffion de leur reconnoiffance
envers l'Amour . Mais Melide
fe reffouvient de fa mère ; elle veut l'aller
retrouver dans cette même barque`malgré
les inftances de fon amant , lorfqu'au milieu
de l'Ifle s'élève un Temple , c'eft celui de
Vénus. Cette Déeffe defcend , & l'Amour
arrive en amenant Sémire & tout le hameau
dans des barques galantes. Vénus donné à
cette Ifle le nom de Cythère , & confacre
au fervice de fon Temple Mélide & fon
amant. Cette cérémonie & la joie des nouveaux
habitans terminent ce Ballet par un
divertiffement où fe joignent des Faunes ,
des Bacchantes & toute la cour de Vénus.
Cette Pantomime , qui a un très - grand
fuccès , & qui le mérite , ajoute encore ,
s'il eft poffible , à l'idée qu'on avoit des
talens de M. Gardel l'aîné . Le fujet eft
fimple , facile à faifir , l'intérêt en est trèsbien
gradué; lors même qu'il n'eft pas encore
établi , comme au premier Ae , des
tableaux charmans le remplacent. Les airs
font choifis avec infiniment de goût &
d'efprit.
Nous rapporterons , plutôt comme obfervation
que comme critique , un fentiment
qui nous a paru affez général . En apDE
FRANCE. 87
prouvant l'idée du fonge dans lequel l'Amour
montre une barque à Daphnis , on ne voudroit
pas qu'à fon réveil cette barque fe
trouvât toute faite fur le rivage . Si c'eſt un
préfent des Dieux , dit-on , Daphnis peut s'y
livrer fans crainte , & dès - lors il n'excite
plus d'intérêt. On defireroit que fon génie ,
excité feulement par le fonge, lui infpirât à
fon réveil l'idée d'abattre un arbre creufé ,
en fe faifant aider s'ille faut par fes amis ,
d'en former un frêle canot dans lequel on
ne pourroit le voir entrer fans frémir. Alors ,
dit- on , les alarmes qu'il infpire feroient juftifiées
; peuvent- elles exifter avec une protection
fi viſible de la part des Dieux ?
C'eſt à M. Gardel à juger lui-même de
cette idée. Le Public en prévoit bien l'effet ;
mais l'Auteur feul peut décider fi elle eſt
praticable.
On n'a point l'idée d'une exécution plus
parfaite que celle de ce Ballet. On fait avec
quelles grâces , quelle fineffe , quelle vérité
Mlle Guimard remplit tous les rôles dont
elle eft chargée ; elle donne à celui de Mélide
une décence , une modeftie au premier Acte ,
& un intérêt dans les autres qui attachent
l'âme des Spectateurs à tous fes pas. M. Veſtris
, dont on connoît la fupériorité dans la
Danfe proprement dite , n'en montre pas
moins dans la Pantomime. Deux momens
furtout nous paroiffent dignes des plus
grands éloges ; celui du fonge , où l'agitation
de fon âme, très différente de celle qu'il éprou
88 MERCURE
voit éveillé , laiffe diftinguer l'égarement du
fommeil ; & celui où dans fon délire il repoufle
Sémire avec fureur , & tombe au
même inftant à fes genoux pour lui demander
pardon de fa dureté . Ces endroits nons
femblent préférables à l'expreffion même du
défeſpoir ; non que M. Veftris ne l'air trèsbien
rendue , mais nous croyons que les paffions
violentes n'exigent , pour être bien exprimées
, que de l'énergie , de la fenfibilité
naturelle , & que ces qualités font moins
rares que la fineffe & la profondeur de conception.
Mlle Maffon a rempli le rôle de Sémire
avec beaucoup d'intelligence & d'intérêt.
Nous ne parlerons pas des autres perfonnes
employées dans le divertiffement ; leurs talens
font au- deffus d'éloges (econdaires .
Les décorations & la tempête font honneur
aux Artiſtes qui les ont exécutés. On
a trouvé la mer beaucoup plus vraie que ce
qu'on avoit vû juſqu'à préſent. Peut - être
cet effet & celui des nuages qui amènent
Porage font ils encore fufceptibles d'un
degré de perfection qu'on doit attendre des
grands talens de M. Boulay.
·
DE FRANCE.
$ 2
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 2 de ce mois , on a donné la
première repréſentation des Aveux Imprévus
, Comédie en trois Actes & en profe.
-
Léonore & Dorville font fur le point de
s'époufer ; leur hymen eft un mariage de
convenance arrangé par le Baron , père de
Léonore , & par Lilimon , oncle de Dorville
: celui - ci même a très indifcrétement
prêté les mains à ce projet , mais il
s'en repent. Devenu amoureux de Sophie ,
jeune orpheline élevée dans la mailon du
Baron , & tendrement attachée à Léonore ,
il veur , avant d'obéir à fon oncle , favoir
s'il n'a pas eu le bonheur de plaire à
celle qu'il aime. En conféquence il écrit
un billet qu'il charge fon valet Pafquin de
faire remettre à Sophie par Finette , femmede
chambre des deux Demoifelles. La
difficulté eft de gagner Finetre : le don d'une
bourfe lève tous les obftacles , & la Soubrette
, fous le prétexte de demander à Sophie
ce qu'elle penfe d'une lettre qu'elle a , dit- elle ,
copiée dans un Roman nouveau , lui remet
celle de Dorville. Sophie n'a point été infenfible
au mérite du jeune homme ; elle l'aime
-
* Cet Article & celui de la Comédie Françoife
continueront , comme par le paffé , d'être rédigés
par M. de Charnois .
90% MERCURE
en-fecret ; la lecture de fon billet lui infpire de
la joie & de la douleur ; mais elle fe promet
de ne pas être ingrate , & de facrifier fa tendreffe
au bonheur de Léonore. Cependant
un M. de Floricourt , ami de Dorville ,
homme d'un caractère tranquille , propre
à fe plier à toutes les circonstances , aimant
à fon aife & fans paffion , avoit eu
des vûes fur la fille du Baron ; mais voyant
la place occupée par Dorville , il s'eft rejeté
fur Sophie ; en conféquence il lui fait
une déclaration qui n'eft pas agréablement
reçue. Il ne fe défefpère point ; il attend.
Quelque temps après il furprend Sophie &
Dorville dans une converfation très-vive. Il
croit que c'eft
pour lui que
fon ami
parle
avec tant de chaleur. La manière équivoque
dont il s'explique fait croire à la jeune perfonne
que Floricourt eft le confident de
Dorville ; elle fe retire en laiffant malgré
elle éclater fon dépit , & en fe plaignant
d'être la victime d'une indifcrétion malhonnête.
Dorville eft au déſeſpoir . Floricourt ,
qui prend toujours le change , conſole ſon
ami , & le tire de l'inquiétude où il étoit
d'avoir été entendu , en le remerciant de fon
zèle. C'est toujours avec la même préoccupation
que Floricourt parle de Sophie à
Finette dans la Scène fuivante ; mais un
mot mal -adroitement lâché lui donne des
foupçons , & lui fait enfin connoître qu'il a
un rival. De ce moment les deux perfonnages
jouent au fin l'un contre l'autre , & fe
DE FRANCE. 91
quittent en fe flattant réciproquement de
s'être trompés. Enfin , la Soubrette arrache
à l'orpheline l'aveu de fon amour pour Dorville
; elle s'imagine que pour mettre ordre .
au trouble qui commence à naître dans la
maiſon , & pour éviter de plus grands maux
il fuffit d'inftruire le Baron de la paffion de
Dorville pour Sophie. Le Baron s'indigne ,
il regarde cette paffion comme une infulte
faite à Léonore & à lui même ;
il perfifte à vouloir que le mariage projetté
foit conclu : Lifimon eft du même avis . Pendant
que tout cela fe paffoit , on a vû Floricourt
aux pieds de Léonore , qui ne paroif
foit pas indifférente à fes galanteries. Dorville
efpère que cet incident peut tout arranger
; mais Floricourt , qui a été la dupe de
Dorville , lui annonce malignement que fa
déclaration à Léonore n'étoit qu'un jeu concerté
entre elle & lui afin d'eveiller fa ja-
Toufie . Enfin , le Baron & Lifimon arrivent
pour tout terminer. Combat de générosité
entre les deux amies , qui ne peuvent confentir
à être heureufes aux dépens l'une de
l'autre ; attendriffement de la part des vieillards
; double union de Sophie avec Dorville
, & de Floricourt avec Léonore.
Cet Ouvrage eft ou d'un très jeune homme
ou d'un Auteur très- récemment entré dans
la carrière Dramatique. Rien ne motive fon
titre ; car tous les aveux qui s'y font , loin
d'être imprévus , font au contraire tous prévus
, ou au moins preffentis. L'action ne
92 MERCURE
manque pas de raifon , mais elle eft lente &
un peu froide ; elle eft d'ailleurs chargée
d'incidens dont le choix n'eft pas toujours
heureux , & de perfonnages dont l'utilité
n'eft point affez apparente. Nous ne parlons
pas de ceux de Lifimon & du Baron ;
leur préfence fert à établir les bienséances ,
& fauve leur foibleffe ; mais qu'est - ce que
Léonore? aime-t elle ou n'aime-t - elle point ?
confent- elle à époufer Dorville par inclination
ou par obéillance ? Rien ne le dit. Cette
jeune perfonne n'éprouve aucun trouble ,
aucune contrainte ; paffive par - tout , dans
aucune fituation elle n'eft agiffante , &
Béanmoins il eft queftion d'un hymen qui
doit faire le bonheur ou le malheur de la
vie. Le caractère de Floricourt feroit trèscomique
s'il étoit mieux prononcé , mais il
n'eft qu'indiqué. Le moyen dont fe fert
Finette pour remettre à Sophie la lettre de
Dorville eft au moins hafarde ; il fuppofe
entre cette jeune perfonne & la Soubrette
une familiarité blâmable , furtout aujourd'hui.
Les femmes -de- chambre confidentes
ne font pas rares dans la Société ; mais elles
n'y portent pas le nom de confidentes , &
on les a barnies du Théâtre par des raisons
de décence. Chez les femmes honnêtes ,
principalement auprès des Demoifelles bien
nées , les Suivantes ne font que des Domeltiques
, & l'on ne voit point entre les unés
& les autres ce ton de liberté dont notrę
Scène a long-temps offert des modèles trop
DE FRANCE.
93
+
dangereux pour les moeurs . Le ton de l'ancienne
Comédie , il faut le dire , a quelquefois
égaré les Auteurs modernes fur la
peinture des ufages exiftans. Nous glifferons
fur les détails ; nous demanderons feulement
à l'Auteur pourquoi il a répété les
lieux communs dont nos vieilles Comédies
font pleines fur Fidifcrétion des femmes ?
Tout cela eft ufé , rebattu , & même trivial.
Voilà beaucoup de critiques , nous en
pourrions faire davantage ; nous nous arrêtons
, parce que l'Auteur paroît mériter
qu'on lui propofe des avis , & non pas
qu'on lui , donne du chagrin . Nous avons
remarqué dans fa Comédie des Scènes
bien apperçues , & dont l'intention eft
vraiment comique. On voit qu'il y manque
de l'expérience & de l'habitude ; mais
on y voit auffi un fonds de talent qui donne
des efpérances & qui infpire de l'intérêt.
Nous invitons l'Auteur à mieux approfondir
ſes ſujets , à éviter la prolixité ; nous
croyons , après cela , qu'il ne lui fera past
très-difficile d'obtenir des fuccès .
ANNONCES ET NOTICES.
GRAMMAIRE RAMMAIRE des Dames , où l'on trouvera des
Principes sûrs & faciles pour apprendre à orthographier
correctement la Langue Françoife , avec les
moyens de connoître les expreflions provinciales ,
de les éviter & de prévenir chez les jeunes Demoi94
MERCURE
felles l'habitude d'une prononciation vicieufe ; par
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ou Recueil de Mémoires couronnés par l'Académie
de Bavière , avec des Notes & des Differtations nouvelles
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ne pourront être lus qu'avec fruit , & les
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RECUEIL chantant , avec Accompagnement de
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Maître de Flûte. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris , rue
Aubry-le- Boucher , maiſon du Marchand de Vin ,
& aux Adreffes ordinaires de Mufique. 1
M. Muffard a mis à contribution les plus habiles
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un mot , ce Recueil , fait avec goût , doit plaire aux
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DE FRANCE.
9 ད
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fort bien gravé & fort reffemblant dans le format
in- 4° . dont le prix eft de 3 liv . Celui de l'in- 8 ° . eſt
I liv. 10 fols.
REPRIMANDE Maternelle , gravé d'après de
Peters , Peintre du Roi de Dannemarck , par Chevillet
, Graveur de Sa Majefté Impériale & Royale .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Maçons , nº . 14.
Cette Eftampe repréfente une Mère grondant fa
Fille , qui lâche fous fon tabellier une poupée dont
on voit fortir la tête ; d'autres enfans complettent
le Tableau , qui a de l'effet & de la vérité.
RECUEILS d'Air en Duo choifis dans différens
96 MERCURE
-
Opéras & Opéras Comiques pour deux Clarinettes ,
par M. Amand Vanderhaghen. Prix , 7 livres 4 fols
port franc par la pofte . Numéros 28 & 29 du
Journal de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Prix ,
féparément 12 fols. Abonnement pour cinquantedeux
Livraifons Is livres port franc. A Paris , chez
Leduc , Marchand de Muſique , rue du Roule , à la
Croix d'or , nº. 6.
Fautes à corriger dans le dernier Mercure , Article
Nécrologie.
Page 36 , ligne 7 : De nous avoir développé les
fecrets d'un Art enchanteur ; lifez , de nous avoir
apportédes lumières fur un Art enchanteur.
Pages 37 & 38 , lignes 37 & première : Qui
dilate l'âme d'un jeune homme qui voit fe lever
devant lui l'auroré d'uue réputation brillante ; lifez ,
que produit dans l'áme d'un jeune homme le premier
éclat d'une réputation brillante..
TAB L E.
LAISIRS des bords de la coife , PLAISIRS
mer
Portrait d'Irène ,
49
58
63
Les Lunes du Coufin Jac
ques , 74
78 Charade , Enigme & Logo Variétés ,
gryphe , 61 Académie Roy . de Mufiq. 82
Fin de l'Extrait fur ! Univer- Comédie Italienne ,
falité de la Langue Fran Annonces & Notices ,
JAI
APPROBATION.
89
93
A lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Août. Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 12 Août 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 A OUT 1785.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
L'ANE FACÉTIEUX , Fable.
UN Baudet , le Caton de tout fon voifinage ,
Enfin fe laffa d'être un grave perſonnage.
Affez jufqu'à préfent j'ai dans le férieux
Fait briller mon efprit ; changeons un peu de ftyle ;
L'enjoué plaît , mais il eft difficile ;
Hé bien , c'est ce qu'il faut pour un génie heureux.
Ainfi notre grifon , tout plein de fon mérite ,
Se parloit à lui - même , & brûloit du defir
D'en venir à l'effet . Pour ce faire , il invite
Les autres animaux , leur promet du plaifir
S'ils veulent un tel jour , à tel endroit fe rendre.
Je veux , leur dit il , vous furprendre ;
Oui , je vous ferai rire ; en un mot , à préſent
Nº. 34 , 20 Août 1785 .
E
98
MERCURE
Je fuis animal très- plaifant .
Cela paroît nouveau , chacun le veut entendre :
Lejour vient ; l'on fe trouve à l'endroit indiqué,
Tout le monde étant affemblé ,
Monfieur Martin ne fe fait point attendre.
Sur la fcène d'abord il monte hardiment ,
S'ajufte , fe prépare à faire des merveilles ;
Puis du gefte voulant fe donner l'agrément ,
Il fait mouvoir artiſtement
Ses pieds , fes yeux , fa queue , encor mieux les oreilles ;
Mais à nos pauvres écoutans
Il débite pour tout comique
Une centaine de hi-hans
Prononcés fur le ton le plus mélancolique.
Si cela régala fes gens
Befoin je crois n'est qu'on le dife.
Mais l'orgueilleux baudet effuya rude crife
En fe voyant berné , honni , chaffé
Par l'auditoire courroucé .
QUE de gens à préfent font pareille fottife !
Combien eft- il d'efprits qui , lourdauds & peſans ,
En un mot , comme lui , vrais rouffins d'Arcadie ,
Veulent pourtant être plaisans
Et nous donner la Comédie !
( Par M. de Roucelle , Commiffaire des Guerres
de la Maifon Militaire de MONSIEUR. )
MALKOTMICA
HEALA
HOME CENSIS
DE FRANCE.
99
Explication de la Charade , de l'Enigme &
da Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Lapin ; celui
de l'Enigme eft Camail * ; celui du Logogryphe
eft Marteau , où l'on trouve rate ,
rateau , arme , eau , trame , rat , art , âme ,
mát.
CHARADE.
Mox premier , cher Lecteur , au chant eft employé;
Si mon autre partie t'offre l'obfcurité ,
Mon tout de mon fecond te donne la moitié.
ÉNIGME
SANS fouci , fans fatigue ,
Sans cabale & fans brigue ,
* Camail , cap de niaille , ou mantelet dont les
anciens Chevaliers couvroient leurs cafques & leurs
écus ; on en voit encore du temps de Bertrand da
Guefclin. La reffemblance a fait ainfi nommer le
camail des Prélats ; les Abbés portent le camail en
noir ou en blanc , les Évêques en violet , les Cardinaux
en rouge , & le Pape en blanc.
E ij
100 MERCURE
Sans crédit , fans amis ,
Lecteur , je m'enrichis.
Dans ma maiſon l'on vient en foule ;
Du hafard inconftant la boule
Pour moi roule très - conftamment ;
Je reçois tout férieuſement.
Simple , modefte & fans parure ,
Jamais je ne fouris aux biens de la Nature ,
A rous je fais un froid accueil ;
Mais quelquefois j'ai de l'orgueil .
Vous, que te vice bleſſe ,
Paffez - moi donc cette foibleffe.
Eh quoi! chacun n'a - t'il pas fes défauts ?
Le mien n'eft dû qu'au vain efprit des gros ,
Qui follement veulent que je décèle
Par un côté les biens que je recèle .
Qu'as-tu dit , babillard ? Te voilà tout à nu !
Eh ! d'accord , cher Lecteur , je veux être connu.
Pour toi je ne puis difparoître ,
Et c'eſt le temps de me connoître ,
Ou jamais non , puis qu'entrant fous mon toit ,
J'y fuis , & cependant perfonne ne me voit..
(Par M. l'Abbé Laffagne , Vicaire de
Meymac , en Limousin. )
DE FRANCE
101
LOGOGRYPH E.
PAR 13 AR la vertu de ma fubftance
Sur quatre pieds je file en France ;
Plein de bonté , dans mes pieds découfus ,
Joffre dix mors bien apperçus :
L'un fait voir un local environné par l'onde ,
Et l'autre un grain que la terre féconde ;
Celui- ci , ce qui vient au fecours de la dent ,
Et celui-là n'offre qu'un fédiment ;
Cing , plus petits , à leurs manières
Préfentent la combinaifon
De deux pronoms , d'un article , d'un ton ,
De ce qu'on trouve entre les deux lifières ;
Je donne encore un inftrument d'acier ,
L'anagramme de mon entier.
De me connoître il eft facile ;
Je fus célébré par Virgile ;
D'une antique Cité le nom
Me donne le plus grand renom ;
Enfin , permets- moi de le dire ,
Je fuis , adorable Thémire ,
Le fymbole de ta candeur
Et l'emblême de ta douceur.
( Par M. R……….. de Narbonne , Ancien ....
Capitaine d'Infanterie. )
E i
102 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉTUDES de la Nature , par Jacques-
Henri Bernardin de Saint - Pierre.
.... Miferis fuccurrere difco. Enéid. Lib. 1 .
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR ,
chez Pierre - François Didot le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins . 3 vol . in- 12 .
fig. br. 10 liv. 1784.
LE principal objet de cet Ouvrage paroit
être de défendre la Nature & la Providence
contre les attaques de l'impiété , les objec
tions de la témérité , les plaintes de l'ingratitude
; l'Auteur , non- feulement établit en
thèfe générale , mais encore prouve dans le
détail , par des raifonnemens précis & par
des faits pofitifs , que la Nature avoit tout
ordonné pour le mieux , & que la plupart
de nos maux viennent des changemens que
nous avons apportés à fes difpofitions ; fes
grandes vûes de bienfaifance avoient embraffe
la totalité des chofes , & avoient proportionné
par-tout les moyens à la fin ; nos
vûes étroites & barnées ne failiffant que
des détails & des parties , fans en considérer
les rapports & la chaîne , ont fouvent facrifié
l'enfemble à ces détails , le tout à ces
DE FRANCE. 103
parties , & n'ont fouvent produit un bien
particulier qu'aux dépens du bien général .
Pour juger , dit- il , du fpectacle magni-
3
وت
33
fique de la Nature , il faut en laiffer cha-
" que objet à fa place , & refter à celle où
" elle nous a mis. C'eft pour notre bonheur
qu'elle nous a caché les loix de fa toutepuillance.
Comment des êtres auffi foibles
" que nous en pourroient - ils embraffer
l'étendue infinie ? Mais elle en a mis à
» notre portée qu'il étoit plus utile & plus
» doux de connoître : ce font celles qui éma-
» nent de fa bonté. Afin de lier les hommes
» par une communication réciproque de
19
lumières , elle a donné à chacun de nous
» en particulier l'ignorance , & elle a mis
» la fcience en commun pour nous rendre
» néceffaires & intéreffans les uns aux au-
» tres. Ainfi tout eft lié dans la Nature.
L'Auteur , en rendant compte de fon Ouvrage
, s'exprime ainfi :
>>
Defcriptions , conjectures , apperçus ,
» vûes , objections , doutes , & jufqu'à inee
ignorances , j'ai tout ramaffé ...... m'écar-
» tant fouvent à droite & à gauche , en-
» traîné par mon fujet ; quelquefois me li-
» vrant à une multitude de projets qu'inf
pire l'intelligence infinie de la Nature :
tantôt me plaifant à m'arrêter fur des
fites & des temps heureux que je ne re-
» verrai jamais ; tantôt me jetant dans l'ave-
» nir vers une exiftence plus fortunée , que
la bonté du ciel nous laiffe entrevoir à
23
"
33
E v
104 MERCURE
» travers les nuages de cette vie miſétable....
» J'ai donné à ces ruines le nom d'Etudes ,
» comme un Peintre aux cfquiffes d'un
grand tableau , auquel il n'a pu mettre la
» dernière main. »
»
C'est en effet caractériſer affez bien ce
Livre , où il y a cependant . à travers cette
confufion apparente , plus de méthode que
l'Auteur ne paroît en annoncer.
La Nature ne fait rien d'inutile , & n'omet
rien de néceffaire ; en diftribuant les différens
êtres fur les divers poin's de la furface
de la terre , elle avoit eu égard à toutes les
convenances , elle avoit rapproché toutes les
analogies ; elle avoit placé à portée de l'animal
l'aliment qu'il préfère , & qui lui fournit
le plus convenablement fa fubſiſtance ;
elle avoit placé l'arbre & la plante dans le
fol & fous le ciel les plus favorables à leur
végétation & à leur développement. On a
fouvent fait , foit dans le règne animal,, foit
dans le règne végétal , des tranſplantations
qui n'ont pas réufi , quoiqu'on eût obfervé
en apparence les principales analogias , celles
du ciel & de la terre , du climat & du fol.
On a vû les animaux & les plantes dégénérer
& dépérir , quoique fous le même parallèle ,
dans un fire à peu- près femblable , & dans
use température très - peu différente ; mais
quelque circonstance locale avoit échappé:
là prévoyance de l'homme n'eft pas celle
de la nature ; en tranſportant l'animal , on
n'avoit pas fu tranfporter avec lui l'aliment
DE FRANCE. 165
qui lui étoit propre , on n'avoit pas fu rendre
au végétal quelque circonftance effentielle
, quelque avantage néceffaire que la
Nature lui avoit ménagé dans le climat où
elle l'avoit fait naître ; la plante féchoit &
languiffoit , les animaux dépériffoient : “ on
» les voyoit toujours inquiets , la tête baiffée
, gratter la terre , & lui redemander la
» nourrice qu'ils avoient perdue . Une herbe
» eût fuffi pour les calmer , en leur rappe-
» lant les goûts du premier âge , les vents
qui leur étoient connus , les fontaines &
» les doux ombrages de la patrie.
99
"2
ود
C'est ainsi que l'Auteur montre toujours
la fupériorité de la Nature fur l'art ; l'une
eft l'ouvrage de Dieu , l'autre celui des hommes;
la Providence feroit toujours , nonfeulement
juftifiée , mais admirée , fi fes deffeins
nous étoient mieux connus .
Mais ce foin de juftifier ce qui n'a nul
befoin de juftification , & de répondre à
toutes les objections , a auffi fon inconvénient
, parce que fi on fe méprend au choix
des raifons , fi on en allègue ou de fauffes ou
d'infuffifantes , les adverfaires triomphent ,
& l'objection femble fe fortifier de toute la
foibleffe de la réponſe . Celui qui adore en
filence , qui refpecte ce qu'il ne peut pas expliquer
, & qui s'en rapporte en tout à la
fageffe de la Nature , ne donne point prife
fur lui. La foibleffe de nos lumières n'autotife
que trop fon filence & fa retenue ;
mais celui qui difcute & raifonne s'engage à
Ev
106 MERCURE
avoir raiſon , & on a droit d'exiger qu'il
l'ait. L'Auteur n'eft point effrayé de l'objection
tirée de l'exiftence du mal tant phylique
que moral , objection qui a paru être l'écueil
de tous les raifouneurs ; il l'attaque de front ,
& fouvent avec fuccès , il l'a fuit dans tous
les détails. On demande , par exemple ,
pourquoi il y a des bêtes carnacières ; il répond
qu'elles font fort néceffaires , & que
fans elles , la terre feroit infectée de cadavres.
Si on demande pourquoi des cadavres ,
pourquoi la mort ? L'Auteur répond avec
avantage que la mort eft néceffaire & qu'elle
n'eft point un mal ; mais fi on demande
pourquoi la voracité carnacière ne fe borne
point aux cadavies , pourquoi elle s'exerce
fur des corps vivans ? L'Auteur ne pourra
foutenir qu'une douleur violente , qu'une
mort cruelle , telle qu'on l'éprouve quand
on eft déchiré vivant par une bête féroce , ne
foit un grand mal pour un être fenfible. Il
a vû la difficulé , & il fait des efforts ingénieux
, mais pénibles & infuffifans , pour
perfuader qu'à la faveur de certains adouciffemens
ménagés par la Nature , cette mort
n'eft pas auffi douloureuſe qu'on le penfe.
Au furplus , quand je ne réfoudrois pas
cette difficulté , dit il , il ne faudroit pas
» accufer la Nature de cruauté , parce que
» je manquerois de lumières.... La volonté
de Dieu , dit il ailleurs , eft l'ultimatum de
toutes les connoiffances humaines.
22
Helas , dit il encore , les biens nous ont
DE FRANCE. 107
99
و ر
» été donnés en cominun , & nous n'avons
partagé que les maux. Par-tout l'homme
» manque de terre , & le globe eft couvert
» de déferts. L'homme feul eft exposé à la
famine. Ce mouvement eft beau , &
montre une âme fenfible ; mais nous ne laurions
accorder cette dernière affertion : que
l'Auteur demande à tous les Naturaliftes , fi
les bêtes carnacières ne font jamais exposées
à la famine ; qu'il demande à tous les chaffeurs
, à tous les payfans fi la neige de 1784 ,
en couvrant fi long-temps la terre , & en
dérobant au gibier fa nourriture , n'en a pas
fait périr de faim une grande partie.
L'Auteur , par une fuite de fon fyftême
prend la défenfe du tonnerre ; il eft néceffaire
, dit-il , au rafraîchiflement de l'air
dans les chaleurs de l'été. Il obferve que
dans le beau cantique où Daniel invite tous
les Ouvrages du Seigneur à le louer , il appelle
les tonnerres & les éclairs :
Benedicite fulgura & nubes Domino.
& qu'il ne nomme point les fléaux , tels que
la grêle. L'Auteur a raifon dans le fait qu'il
allégue ; mais il n'attache pas fans doute une
grande valeur à cet argument ; car il verroir
que dans le Pfeaume 148 , où le Roi Prophète
inv te de même toute la Nature à
louer le Seigneur , il nomme la grêle , &
' n'exclut point les êtres malfaifans.
Laudate Dominum de terra : DRACONES
& omnes abyffi.
Ignis , GRANDO , nix, glacies , fpiritus
E vi
MERCURE
procellarum ; que faciunt verbum ejus.
Dans les pays où il y a des lions , dit
l'Auteur , il y a des races de chiens capables
de les combattre corps à corps. Le fait eftil
bien conftant ? Il parle à ce fujer d'un
chien de cette eſpèce qui fut donné à Alexandre
par un Roi d'Albanie. Soudain le
» Roi Alexandre , dit un vieux Traducteur
de Pline , où ce fait eft rapporté , Livre 8 ,
Chap. 40 , lui fit bailler un lion , lequel
fut incontinent mis en pièces par ce chien .
Après cela , il fit lâcher un éléphant , où
il prit le plus grand plaifir qu'il eût onc-
" ques ; car le chien , du commencement fe
hériffonnant , commença à tourner & japer
contre l'éléphant , puis le vint affaillir ,
fautant deçà & delà , avec les plus grandes
rufes qu'on pourroit imaginer ; mainte-
» nant l'affaillant , maintenant fe couchant
deçà & delà , de forte qu'il fit tant tourner
& virer l'éléphant , qu'il le contraignit
» de tomber , faifant trembler la terre du
» faut qu'il print , & le tua . »
"
33
"3
23
ל כ
""
Je doute , ajoute l'Auteur , que ce chien
defcendît de la même race que les bichons.
Mais ne pourroit- on pas pouffer le doute
plus lein , & aller jufqu'à douter que ce
merveilleux chien ait exifté , ou qu'il ait fait
toutes ces merveilles 2
Nous ne pouvons donter du fait fuivant,
puifqu'il eft arrivé à l'Auteur , qui le rapporte
à l'appui de l'idée où il eft , que l'influence
des contraftes en amour à un pouDE
FRANCE. 1.09
voir fans bornes ; & qu'en voyant l'amant ,
on peut faire le portrait de l'objet aimé
fans l'avoir vû.
"
" Dans une ville où j'étois tout - à - fait
» étranger , dit-il , un de mes amis me mena
» voir la foeur , Deinoiſelle fort vertueule ,
» & il m'apprit en chemin qu'elle avoit une
» paffion. Quand nous fûmes chez elle , la
» converfation s'étant tournée fur l'amour ,
» je m'avifai de lui dire que je connoillois les
» loix qui nous déterminoient à aimer , &
» que je lui ferois , fi elle vouloit , le por-
» trait de fon amant , quoiqu'il me fûr tout-
» à- fait inconnu. Elle m'en défia. Alors ,
" prenant l'opposé de fa grande & forte
taille , de fon tempérament & de fon ca-
" ractère , dont fon frère m'avoit entre-
» tenu , je lui dépeignis fon amant petit ,
ود
peu chargé d'en bonpoint , aux yeux bleus ,
» aux cheveux blonds , un peu volage , ai-
» mant à s'inftruire ..... Chaque mor la fit
rougir jufqu'au blanc des yeux , & elle fe
fâcha fort férieufement contre fon frère,
» en l'accufant de m'avoir révélé fon fecret.
» Il n'en étoit cependant rien , & il fut tout
» auffi étonné qu'elle, »
23
Si la théorie de l'Auteur fur ce point n'étoit
jamais en défaut , ce feroir l'explication de
ces noeuds fecrets , de ces fympathies , de
ces rapports inconnus , de ce je ne fais quoi
qu'on ne pouvoit expliquer.
22
66
Que d'autres étendent ( n'est - ce pas
plutôt reculent ) les bornes de nos feien-
1
110 MERCURE
» ces , je me croirai plus utile fi je peux
fixer celles de notre ignorance. » "
En effet , le vrai favoir confifteroit à tra
cer avec précifion la ligne de démarcation
entre le connu & l'inconnu , bien plus qu'à
faire des fyftêmes arbitraires fur l'inconnu.
L'Auteur abonde en idées philofophiques ,
vastes , neuves ou exprimées d'une manière
nouvelle , animées d'un fentiment tantôt
vif, tantôt profond. Telles font plufieurs
de celles que nous allons citer.
66
Si les hommes vivoient en paix , toutes
» les mers feroient naviguées , toutes les
terres feroient parcourues , toutes les productions
en feroient ramaffées . Des voya
geurs étrangers , attirés chez nous par la
» douceur de nos moeurs , ne tarderoient
» pas à donner à notre hofpitalité les fecrets
» de leurs plantes , de leur induftrie & de
و د
leurs traditions , qu'ils cacheront toujours
» à notre commerce ambitieux . C'eſt parmi
» les membres de la vafte famille du genrehumain
que font épars les fragmens de
fon hiftoire.
» La Nature , qui avoit fait l'homme pour
» aimer , lui avoit refufé des armes ; & il
» s'en eft forgé pour combattre fes fembla-
» bles.... L'Hiftoire de la Nature n'offre que
» des bienfaits , & celle de l'homme que
brigandage & fureur. Ses Héros font ceux
qui fe font rendus les plus redoutables.
Par-tout il méprife la main qui file ſes
habits & qui laboure pour lui le fein de
30
29
DE FRANCE. 11
» la terre . Par -tout il eftime qui le trompe,
» & révère qui l'opprime . Toujours mécon-
» tent du préfent , il eft le feul être qui re-
و د
"
grette le paffé & qui redoute l'avenir. La
» Nature n'avoit donné qu'à lui d'entrevoir
qu'il exiftât un Dieu , & des milliers de
religions inhumaines font nées d'un fen-
» timent fi fimple & fi confolant . Quelle
» eft donc la puiffance qui a mis obftacle à
» celle de la Nature ? Quelle illufion a égaré
» cette raifon merveilleufe d'où font fortis
» tant d'arts , excepté celui d'être heureux?
» Les riches & les puiffans croyent qu'on
» eft miférable & hors du monde quand on
ne vit pas comme eux ; mais ce font eux
qui , vivant loin de la Nature , vivent
» hors du monde.
""
"
» La bêche des efclaves a fait plus de
» bien que l'épée des conquérans n'a fait de
» mal .
Quand la politique humaine attache fa
» chaîne au pied d'un efclave , la justice
divine en rive l'autre bout au cou du
» tyran.
33
» La vertu régna dans Rome , & jamais
» on ne lui éleva de plus dignes autels fur
» la terre..... La couronne civique.... étoit la
plus illuftre des couronnes ..... parce qu'il
» y a plus de gloire à fauver un feul Citoyen,
» qu'à prendre des villes & qu'à gagner des
" batailles. Elle étoit la même..... foit qu'or
» eût fauvé le Général de l'Armée ou un
fample Soldat ; mais on ne l'eût pas ob
112 MERCURE
» tenue pour avoir délivré un Roi allié des
» Romains qui feroit venu à leur fecours.
Rome , dans la diftribution de fes récom-
و ر
ל כ
penfes , ne diftinguoit que le Citoyen.
" Avec les fentimens patriotiques , elle
" conquit la terre ; mais elle ne fut jufte
» que pour fon peuple , & ce fut par fes
injuftices envers les autres hommes qu'elle
» devint foible & malheureuſe. »
"
Tous les morceaux que nous avons cités
jufqu'à préfent font tités du premier volume
, où l'Auteur répond aux objections
hafardées contre la Providence. Dans le fecond
volume , il fait des objections à ſon
tour , il attaque les méthodes de notre raifon
& les principes de nos fciences ; il trouve
ccs principes fouvent erronés , ces méthodes
fouvent vicieufes , incomplettes , infuffifantes.
Il fait beaucoup de cas des obfervations
& fort peu des fyftêmes ; & en cela
il aura pour lui plufieurs Savans éclairés , qui
recommandent d'amaffer des matériaux par
l'obſervation , & de ne pas fe preffer de
croire qu'on en air affez pour bâtir des fyftêmes
mais il pouffe l'incrédulité plus loin
que la Philofophie ne fe l'eft encore permis.
Les idées les plus généralement reçues font
peut être celles qu'il attaque avec le plus de
plaifir ; rien n'eft à l'abri de l'audace ingénieufe
& brillante de fes paradoxes ; fes erreurs
même ne font jamais fans agrément &
ne feront pas fans utilité. En général , fon ,
Livre fortifiera le doute philofophique , &
DE FRANCE. 113
apprendra aux hommes à fe défier des apparences
& des fauffes lueurs , les Savans
orgueilleux & intolérans dédaigneront de
lui répondre , les autres pourront y être
quelquefois embarraffés. Ce n'eft pas qu'il
ne donne affez fouvent prife aux mêmes
objcations qu'il fait aux autres . Au fond , il
ne fait guères que fubftituer des fyftêmes à
des fyftêmes , des conjectures à des conjectures
, des obfervations à des obfervations
& il faut toujours en revenir à examiner
qui a raifon de lui ou de ſes prédécefleurs .
Il paroît avoir beaucoup voyagé , beaucoup
vû, beaucoup examiné , beaucoup réfléchi ;
& ce qui pourroit faire croire qu'il fe trompe
peut ête moins qu'un autre , c'est qu'il réfulte
toujours de les obfervations , de fes
opinions , des raifons nouvelles d'admirer
la fageffe de la Nature , de louer , de bénir
la Providence. Il a une imagination riche &
féconde , une fenfibilité vive & douce , il eft
animé dans fes defcriptions , il eft Peintre ,
il eft Poëte , il eft Orateur , il eft Philofophe ;
il a de l'éloquent Rouffeau , fon ami , dont
il célèbre fouvent la mémoire , & qu'il affocie
par tout à Fénelon , l'amour des paradoxes
& le talent de les faire goûter, Nous
ne difcuterons point ces paradoxes ; c'eft
aux Savans , c'eft aux Obfervareurs fans partialité
, s'il en eft , à nous dire quand il faut
les rejeter & quand il faut les admettre ; à
déterminer en qnoi & jufqu'à quel point.
l'Auteur a raifon ou s'égare ; pour nous ,
714
MERCURE
nous devons nous borner à mettre fous les
yeux de nos Lecteurs les preuves de fes talens.
L'Auteur , dans fon fyftême des couleurs ,
qui mérite d'être examiné dans ce qu'il contient
de contraire aux notions communes ,
prend plaifir à confidérer la variété des formes
& des couleurs dont la Nature a revêtu
les différentes espèces d'animaux , & furtout
d'oifeaux ; il trouve dans chacune de
ces différences un motif particulier de fageffe
; mais nous avons affez parlé de la philofophie
, ne le confidérons ici que comme
peintre.
N
" Il y a peu d'oifeaux , dit- il , à qui la
» Nature ne donne , dans la faifon des
» amours , quelque nuance de cette riche
couleur ( le rouge ) ; les uns en ont la tête
» couverte comme ceux qu'on appelle Car-
» dinaux ; d'autres en ont des pièces de poitrine
, des colliers , des capuchons , des
épaulettes . Il y en a qui confervent entière-
» ment le fond gris ou brun de leurs plumes
, mais qui font glacés de rouge comme
fi on les eût roulés dans le carmin ; d'autres
» en font fablés comme fi on eût foufflé fur
» eux quelque poudre d'écarlate ; ils ont
» avec cela des piquetures blanches mêlées
parmi , qui y produifent un effet charmant:
c'eft ainfi qu'eft peint un petit oifeau
des Indes , appelé Bengali. Mais rien
» n'est plus aimable qu'une Tourterelle
d'Afrique , qui porte fur fon plumage
gris de perle , précisément à l'endroit du
و د
33
"
"2
DE FRANCE. 115
"
» coeur , une tache ſanglante , mêlée de dif-
» férens rouges , parfaitement ſemblable à
» une bleffure. Il femble que cet oiſeau ,
» dédié à l'Amour , porte la livrée de fon
» maître , & qu'il ait fervi de but à fes
» flèches. Ce qu'il y a de plus merveilleux
» c'eft que ces riches teintes coralines difparoiffent
dans la plupart de ces oiſeaux
après la faifon d'aimer , comme fi c'étoient
» des habits de parade qui leur euffent été
prêtés par la Nature , feulement pour le
» temps des noces.
99
.
» J'ai un jour admiré , dit ailleurs l'Au-
» teur , un papillon dont les aîles étoient
azurées & parfemées de points couleur
d'aurore , qui fe repofoit au fein d'une
» rofe épanouie . Il fembloit difputer avec
» elle de beauté . Il eût été difficile de dire
» lequel en méritoit mieux le prix , du papillon
ou de la fleur ; mais en voyant la
>> roſe couronnée d'aîles de lapis , & le papillon
azuré pofé dans une coupe de car-
» min , il étoit aifé de voir que leur char-
» mant contrafte ajoutoit à leur mutuelle
» beauté. »
"
»
"
Voici un autre tableau qui fera voir que
l'Auteur fait peindre dans plus d'un genre ,
peut fournir aux plus grands Artiftes de
très -grandes idées.
&
D
" J'ai vû beaucoup de tableaux & de
defcriptions de batailles qui cherchoient
à infpirer de la terreur par une infinité
» d'armes de toutes espèces qui y étoient
116
MERCURE 1
و ر
6
23
30
"
"3
repréſentées , & par une foule de morts
» & de mourans , bieffes de toutes les manières.
Ils m'ont d'autant moins ému ,
qu'ils employoient plus de machines pour
m'émouvoir ; un effet détruifoit l'autre,
» Mais je l'ai été beaucoup en lifant dans
Plutarque la mort de Cléopâtre. Ce grand
peintre du malheur repréſente la Reine de
l'Égypte méditant , dans le tombeau d'Antoine
, fur les moyens d'échapper au
triomphe d'Augufte. Un payfan lui ap-
" po te , avec la permiffion des Gardes qui
veillent à la porte du tombeau , un pa-
" nier de figues . Dès que cet homme eft
forti , elle fe hâte de découvrir ce panier ,
& elle y voit un afpic qu'elle avoit de
» mandé pour mettre fin à fes malheureux
» jours Ce contrafte dans une femme , de
" la liberté & de l'esclavage , de la Puiffance
Royale , & de l'anéantiffement de la volupté
, & de la mort ; ces feuillages & ces
fruits parmi lefquels elle apperçoit feulement
la tête & les yeux étincelans d'un
petit reptile qui va terminer de fi grands
» intérêts , & à qui elle dit : Te voilà donc !
" toutes ces oppofitions font friffonner. »
و د
»
33
ور
39
و د
Les femmes , dont on a tant parlé , dont
on parlera tant fans pouvoir épuifer cet ine
téreffant fujet , font louées ici d'une manière
neuve & piquanté , qui mérite d'être remarquée.
" Que ceux qui n'ont cherché dans l'union
» des deux fexes que les voluptés des lens ,
f
DE FRANCE. 117
» n'ont guères connu les loix de la Nature !
» Ils n'ont cueilli que les fleurs de la vie ,
fans en avoir goûté les fruits. Le beau
» fexe ! difent nos gens de plaifir ; ils ne con-
» noiffent pas les femmes fous d'autres
» noms ; mais il eft feulement beau pour
» ceux qui n'ont que des yeux. Il est encore
» pour ceux qui ont un coeur , le fexe géné-
» rateur qui porte l'homme neuf mois dans
» fes flancs au péril de fa vie , & le fexe
12
nourricier qui l'allaite & le foigne dans
» l'enfance. Il eft le fexe pieux qui le porte
» aux autels tout petit , & qui lui infpire
» avec le lait l'amour d'une Religion que la
cruelle politique des hommes lui rendroit
fouvent odieufe. Il eft le fexe pacifique
qui ne verfe point le fang de fes femblables
; le fexe confolateur qui prend
foin des malades , & qui les touche fans
» les bleſſer. »
30
"
M. Thomas , en appliquant ce derniertrait
au moral , a dit :
38
" C'eft avec des inftrumens plus fins
qu'elles manient un coeur mlade.
"
» Sans les femmes , a dit une femme d'un
efpric diftingué , les deux extrémités de la
» vie feroient fans fecours & le milieu fans
33 plaifirs. "
M. de Saint- Pierre enfeigne aux femmes
une manière très-morale de devenir & de ſe
conferver belles.
66
Ceux , dit-il , qui ont été défigurés par
» les atteintes vicieufes de nos éducations
118 MERCURE
!
» & de nos habitudes , peuvent réformer
» leurs traits ; & je dis ceci fur tout pour
nos femmes , qui , pour en venir à bout ,
» mettent du blanc & du rouge , & ſe font
» des phyfionomies de poupées fans carac-
» tère. Au fond elles ont raifon ; car il vaut
» mieux le cacher , que de montrer celui des
paffions cruelles qui fouvent les dévorent
" fur- tout aux yeux de tant d'hommes qui
» ne l'étudient que pour en abufer. Elles
ont un moyen sûr de devenir des beautés .
» d'une expreffion touchante ; c'eſt d'être
» intérieurement bonnes , douces , compa-.
» tiffantes , fenfibles , bienfaifantes & pieufes.
Ces affections d'une âme vertueuſe
imprimeront dans leurs traits des carac-
» tères céleftes , qui feront beaux juſques
» dans l'extrême vieilleffe .
99
Il n'y a pas , felon l'Auteur , un beau
» trait dans une figure , qu'on ne puiffe rap-
" porter à quelque fentiment moral , relatif
à la vertu & à la Divinité. On pourroit
rapporter de même les traits de la
laideur , à quelque affection vicieuſe
» comme à la jaloufie , à l'avarice , à la gour-
» mandife & à la colère. "
99
66
M. de Saint - Pierre fait fur l'amitié des
réflexions qui le conduisent à conclure que
l'ami naturel de l'homme , c'eft la femme.
L'Auteur de la Nature a donné à chacun
» de nous , dans notre eſpèce , un ami naturel
propre à fupporter tous les befoins
» de notre vie , & à fubvenir à toutes les
>
DE FRANCE. 119
"
» affections de notre coeur & à toutes les
» inquiétudes de notre tempérament . Il dit
dès le cominencement du monde : Il n'eft
» pas
bon que
l'homme foitfeul; faifons - lui
» une aide femblable à lui , & il créa la fem-
» me. La femme plaît à tous nos fens par fa
» forme & par les grâces. Elle a dans fon
» caractère tout ce qui peut intéreffer le
>> coeur humain dans tous les âges . Elle mé-
» rite , par les foins longs & pénibles qu'elle
prend de notre enfance , nos refpects
» comme mère , & notre reconnoiffance
» comme nourrice ; enfuite dans la jeuneffe ,
» notre amour comme maîtreffe ; dans
l'âge viril , notre tendreffe comme épouse ,
» notre confiance comme économe , notre
protection comme foible ; & dans la vieilleffe
, nos égards comme la mère de notre
poftérité , & notre intimité , comme une
» amie qui a été la compagne de notre bonne
» & de notre mauvaile fortune ..... Les défauts
d'un fexe & les excès de l'autre fe
» compenfent mutuellement...... Ils ont été
créés pour fupporter enfemble les maux
de la vie , & pour former par leur union
la plus puiffante des confonnances & le
plus doux des contrastes.
"
و و
33
N
"
و ر
"
"
"
" 19
Ces mots de confonnances & de contraftes
ne font pas mis ici au hafard ; c'eft par les
confonnances & les contraftes que l'Auteur
explique prefque toute la Nature : il en voit
par tout , & par - tout il les voit ménagés
avec intelligence & avec bonté.
120 MERCURE
Letroisième volume nous fournit , comme
les autres , beaucoup plus de traits remarquables
& intéreffans qu'il ne peut nous être
permis d'en citer.
"
Dans le parallèle de la raiſon & du ſen- “
timent : La raifon , dit l'Auteur , produit
beaucoup d'hommes d'efprit dans les
fiècles prétendus policés , & le fentiment
des hommes de génie dans les fiècles prétendus
barbarcs. »
"
ور
Ceci n'eft qu'une penfée & une opinion ;
voici un trait de fentiment . Après une rela- “
tion très - pittorefque & très animée de l'aventure
connue d'Ariane , & une très- belle defcription
d'un monument qui eft fuppofe retracer
cette aventure , l'Auteur ajoute :
و ر
"
29
93
"
Hommes voluptueux ....... voulez - vous
mêler à vos jouiffances celles de la Divi-
» nité ? Voyez fur cette colline cette petite "
Eglife de village entourée de vieux or- "
» meaux parmi les filles qui fe raffem-
» blent fous fon portail ruftique , iły a
fans
» doute que que Ariane trompée par fon
amant. Elle n'eft pas Grecque , mais Fran-
Içoife ; elle n'eft pas de maibre , mais vi-
» vante ; elle n'eft pas confolée , mais mé-
» prifée de fes compagnes. Allez fous fon
» pauvre toit foulager fa misère . Faites le
» bien dans cette vie qui paffe comme un
» torrent; faites le bien , non par oftenta-
» tion & par des mains étrangères , mais
pour le ciel & par vous même.……….. Ah !
» fi vous la foulagez dans fes peines ; fi par
"
"
•
» Votre
DE FRANCE. 121
*
"
» votre compaffion vous la relevez à fes
» propres regards , vous verrez à vos bienfaits
fon front rougir , les yeux fe remplir
» de larmes , fes lèvres convulfives fe mou-
» voir fans parler , & fon coeur long- temps
oppreffe par la honte fe rouvrir à la vûe
d'un confolateur , comme au fentiment de
» la Divinité ..... Le bonheur d'une infortunée.....
immortalifera votre nom , & le
» fera durer long- temps après que vous ne
ferez plus , lorfqu'elle dira à fes compa-
" gnes & à fes enfans : C'est un Dieu qui
35
"
m'a tirée du malheur. »
Le fait fuivant , rapporté en note par
l'Auteur,
paroît lui avoir donné l'idée de cette
éloquente exhortation , qui inſpire l'envie
de faire le bien.
J.
ود
cc
Une perfonne de ma connoiffance , ditil
, vit un Dimanche à la porte de l'Eglife
d'un Village une fille toute feule qui
prioit Dieu pendant qu'on chantoitVêpres.
» Comme il féjourna quelque temps dans
ce lieu , il obferva les Dimanches fuivans
» que cette même fille n'entroit point dans
l'Eglife pendant l'Office. » Frappé de cette
fingularité , il en demanda la caufe aux
autres Payfannes , qui lui répondient que
c'étoit fans doute la volonté de cette fille
de s'arrêter à la porte , puifque rien ne
l'empêchoit d'entrer , & qu'elles l'en avoient
fouvent preffee inutilement . Enfin , voulant
en fivoir la raifon , il s'adreffi à la fille
No, 34 , 20 Août 1785. F
122 MERCURE
ور
même dont la conduite lui paroiffoit fi extraordinaire
. D'abord elle parut troublée ;
mais s'étant bientôt raffurée , elle lui dit :
Monfieur , j'avois un amant pour lequel
j'eus une foibleffe ; je devins groffe , &
» mon amant étant tombé malade , mourut
» fans m'avoir époufée. J'ai defiré que mon
» exil de l'Eglife fervît toute ma vie d'ex-
» piation à ma faute , & d'exemple à mes
» compagnes.
">
Cette efpèce de renouvellement volontaire
de l'ancienne pénitence publique , annonce
certainement une âme repentante &
naturellement vertueufe. Ces fortes de traits
& de récits dont l'Ouvrage eft femé , n'en
font pas un des moindres ornemens ; ils
donnent au Livre le ton de la converfation
& l'air de Mémoires Hiftoriques. L'Auteur
fait d'ailleurs en relever l'importance par lä
moralité utile qu'il en tire , & par les grandes
leçons qu'il en fait fortir. En voici un
exemple fenfible.
" Il y a quelque temps , dit l'Auteur , que
paffant par une rue affez déferte du Faux-
" bourg Saint Marceau , je vis un cercueil
à l'entrée d'une petite maifon . Il y avoit
» auprès de ce cercueil une femme à genoux
» qui prioit Dieu , & qui paroiffoit abfor-
29
bée dans le chagrin. Cette femme ayant
» apperçu au bout de la rue les Prêtres qui
» venoient faire la levée du corps , ſe levá
& s'enfuit en fe mettant les deux mains
DE FRANCE. 123
» fur les yeux , & en jetant des cris lamen
tables. Des voifins voulurent l'arrêter pour
» la confoler , mais ce fut en vain. Comme
99
elle paffa auprès de moi , je lui demandai
" fi elle regrettoit fa fille ou fa mère . Hélas
! Monfieur , me dit- elle toute en pleurs ,
» je regrette une Dame qui me faifoit ga-
" gner ma pauvre vie ; elle me faifoit aller
» en journée. Je m'informai des voifins
ود
"9 quelle étoit certe Dame bienfaiſante :
c'étoit la femme d'un petit Menuifier. Sur
quoi l'Auteur s'écrie : « Gens riches , quel
" ufage faites-vous donc des richeffes pendant
votre vie , puifque perfonne ne
pleure à votre mort ? »
Le trait fuivant n'a pas befoin qu'on
avertiffe de fa fublimité. Il faifit & pénètre
de refpect pour la vertu .
" Dans la dernière guerre d'Allemagne ,
" un Capitaine de Cavalerie eft commandé
» pour aller au fourrage. Il part à la tête de
93
و ر
fa compagnie , & fe rend dans le quarrier
qui lui étoit affigné. C'étoit un vallon
» folitaire où on ne voyoit guères que des
- bois. Il y apperçoit une pauvre cabane ;
il yfrappe , il en fort un vieux Hernou-
» ten (Ernute) à barbe blanche. Mon père
»
"3
lui dit l'Officier , montrez - moi un champ
» où je puiffe faire fourrager mes cavaliers .
» Tout- à - l'heure , reprit l'Hernouten. Ce
» bon homme fe met à leur tête , & remonte
» avec eux le vallon. Après un quart d'heure
Fij
124
MERCURE
99 —
de marche ils trouvent un beau champ
d'orge voilà ce qu'il nous faut , dit le
Capitaine. Attendez un moment , lui
» dit fon conducteur , & vous ferez con-
» tent. Ils continuent à marcher , & ils ar-
» rivent à un quart de lieue plus loin à un
» autre champ d'orge. La troupe auffitôt
» met pied à terre , fauche le grain , le met
» en trouffe , & remonte à cheval. L'Offi-
» cier de Cavalerie dit alors à ſon guide :
» Mon pète , vous nous avez fait aller trop
» loin fans néceffité , le premier champ
» valoit mieux que celui - ci. — Cela eft
» vrai , Monfieur , reprit le bon vicillard ,
» mais il n'étoit pas à moi. »
"
Nous finirions difficilement par un trait
plus glorieux à la nature humaine que celui
de l'Ernute , & il nous fuffit d'avoir donné
une idée des excellentes chofes en tout genre
que contient cet Cuvrage. Nous regrettons
de ne pouvoir préfenter à nos Lecteurs les
principales idées de l'Auteur fur l'Education.
Ces idées font à lui comme toutes les
autres , & c'eft déjà un très-grand mérite.
Nous devons ajouter encore à tout ce que
nous avons dit de ce Livre qu'il offre une
foule de vûes nouvelles , de germes d'obfervations
& de découvertes , de projets d'expériences
propres à détruire beaucoup de
préjugés , & à établir beaucoup de vérités . Il
fait & doit faire une grande fenfation & en
bien & en mal; en mal , non feulement
DE FRANCE: 125
parce qu'il n'eft pas exempt de fautes , d'erreurs
, d'exagérations , de traits d'engouement
, mais encore parce que celui qui contredit
les opinions de plufieurs doit s'attendre
à la réaction & à la contradiction de
plufieurs ; en bien , non- feulement à cauſe
des applaudiffemens que l'Ouvrage mérite
en tant de divers genres , mais fur- tont
parce qu'il fera des Profelytes , & qu'il en
trouvera de tout faits , c'eft - à - dire , des efprits
difpofés à favorifer les paradoxes les
plus contraires aux opinions les plus accrédirées
de gens qu'ils n'aiment pas. Mais ce
qu'il y a fur - tout de remarquable & de
louable , c'eft que dans ce Livre dité par la
piété , & qui eft par - tout un hymne d'admi❤
ration , d'amour & de reconnoiffance envers
le Créateur , il n'y a pas un mot d'aigreur
contre les incrédules , pas un trait de
zèle que la Philofophie puiffe condamner ,
pas une arme fournie au fanatifme , à la
fuperftition , à la perfécution : c'est l'Ouvrage
d'un homme de bien.
Fiij
126 MERCURE
DISCOURS & Réflexions critiques Jur
l'Hiftoire & le Gouvernement de l'ancienne
Rome , pourfervir de Supplément à
l'Hiftoire Romaine de MM. Rollin &
Crevier , recueillis & publiés par M. C……..
A Paris , chez Nyon , Libraire , au Pavillon
du Collégé des Quatre-Nations ,
1784 , 3 Vol . in- 12 .
CES Difcours , tirés de l'Hiftoire Romaine
de M. Hocke , Ouvrage très - eftimé en Angleterre
, font des Differtatious critiques ,
dans le genre des travaux de l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres de Paris.
1 °. Le premier de ces Difcours roule fur
un fujet lavamment traité dans le fixième
tome des Mémoires de cette illuftre Académie.
Il s'agit de fixer la croyance que mérite
l'Hiftoire des premiers fiècles de Rome;
M. de Pouilly a regardé cette Hiftoire comme
incertaine & même fabuleufe ; il a expofé
les motifs de fon opinion dans des Mémoires
pleins d'efprit , que Meffieurs Sallier
& Fréret ont réfuté par des Mémoires pleins
d'érudition ; les Savans ont été pour ceux- ci ,
& les Philofophes pour M. de Pouilly.
M. de Beaufort , dans un livre intitulé :
Differtation fur l'incertitude des cinq premiers
fiècles de l'Hiftoire Romaine , a repris ce
procès , & a fait de nouvelles objections
contre les Monumens hiftoriques de ces premiers
fiècles ; c'eft principalement à M. de
DE FRANCE. 127
Beaufort , que M. Hooke , qui penſe comme
Meffieurs Sallier & Freret fur cette question ,
répond dans ce Difcours ; il relève en paffant
quelques inadvertances , quelques erreurs
échappées à ceux qui , avant lui , ont traité
le même fujet , même à ceux qui ont défer
du la même canfe que lui.
2º. Le fecond Difcours-roule fur le Gouvernement
de l'ancienne Rome , & fur fes
révolutions depuis Romulus jufqu'à l'affaffi ,
nat des Gracques. Un Fragment de Polybe
fur les Gouvernemens en général , & en particulier
fur celui de Rome , fert en quelque
forte de texte à cette Differtation. Polybe
diftingue de la Royauté la Monarchie & la
Tyrannie , de l'Ariftocratie l'Oligarchie , &
de la Démocratie l'Ochlocratie . Mais qui
ne voit que fur ces trois objets , l'une n'eft
que l'abús de l'autre , & qu'il n'y a en effet
que trois Gouvernemens différens , qu'on
fépare ou qu'on mêle , ou qu'on altère , fuivant
les difpofitions & les circonstances ;
favoir, le Gouvernement d'un feul , le Gouvernement
de plufieurs , le Gouvernement
de tous : quant aux différens degrés de corruption
par lefquels chaque Gouvernement
peut paffer , & dont il est toujours utile
de confidérer les caufes , la marche & les
progrès , ils ne conftituent pas plus un genre
effentiel de Gouvernement , que les diffé
rens degrés de perfection dans chaque eſpèce
de Gouvernement ne conftituent auffi un
Gouvernement particulier.
Fiv
728 MERCURE
Le grand objet de la Differtation de M,
Hooke , eft l'examen de la fameuse queftion
tant debattue entre le Sénat & le Peuple ,
entre les Patriciens & les Plébeïens , fur le
degré de leur autorité refpective ; faut- il
dire avec Juvénal ,
Quis tulerit Gracchos de feditione querentes ?
Ou faut-il abfondre les Gracques de rout
efprit de fédition , & les regarder comme
des martyrs de la jufte caufe du Peuple
opprimé par les Patriciens ? L'Abbé de Verrot
, dans fes Révolutions Romaines , eft
toujours contraire à la caufe Plebeïenne.
Qui le croiroit , dit M. Hooke ? M. de Montefquieu
lui- même fe range parmi les accufateurs
du Peuple. On ne fait , dit-il ,
( Efprit des Loix , liv. 2 , c. 18. ) quelle
fut plus grande ou dans les Plebeiens la
» lâche hardie ffe de demander , ou dans le
"
»
Sénat la condefcendance & la facilité d'ac-
» corder. Il faut pourtant convenir que
cette opinion de M. de Montefquieu eft
conforme à l'impreffion qu'on éprouve le
plus généralement & le plus naturellement
en , lifant l'Hiftoire Romaine. La réflexion
peut être pour le People , mais le fentiment
eft pour la caufe Patricienne : les Tribuns
font fouvent odieux par leurs violences ; & ,
par exemple , dans l'Hiftoire de Coriolan
tout l'intérêt eft en faveur de ce héros perfécuré
& forcé à la vengeance : on devroit
cependant en général être plus porté pour
DE FRANCE.
129
le Peuple ; mais l'efprit des meilleurs Hiftoriens
Romains eft plas favorable à l'Ariftocratie
; & M. Rollin , qui s'etoit bien pénétré
de cet efprit , favoriſe en effet la cauſe
Patricienne. Quelques modernes cependant
ont défendu les Tribuns , & nommément
les Gracques. M. Marmontel , dans un Difcours
placé à la tête de fa Traduction de la
Pharfale , a fait impreffion par les raifons
qu'il a dites en faveur de la caufe Plébeïenne ,
& a fu infpirer du refpect pour les Gracques
diffamés par Juvénal & par divers Hiftoriens
; M. Hooke foutient la même caufe ,
& il faut avouer que la queftion cft pour
le moins problematique. Il examine toures
les viciffitudes du Gouvernement de Rome
dans leurs époques principales , fous les
Rois , fous les premiers Confuls & depuis
la promulgation des Loix Liciniennes jufqu'à
la mort des Gracques ; il juge que les
Patriciens avoient confervé cet efprit de
domination & de tyrannie qui avoit rendu
les Rois odieux , & qu'ils ne s'en dépouillèrent
jamais entièrement.
3. Quelle étoit la voie commune & régulière
de remplir les places vacantes dans
le Sénat Romain ?
Les Auteurs ne font point d'accord fur
cette queftion ; M. l'Abbé de Vertor penſe
que le pouvoir de créer les Sénateurs , étoit
dans le commencement une prérogative de
la Royauté ; que ce droit paffa des Rois aux
Confuls , & des Confuls aux Cenfeurs.
Fy
14.0 MERCURE
L'opinion de Meffieurs Midleton & Chap
man eft , au contraire , que le Peuple feul
avoit entre autres prérogatives, celle de nom
mer aux places vacantes dans le Sénat .
Le fentiment de M. Spelman & de Paul
Manuce eft mêlé de ces deux avis ; ils croient
que la création des premiers Sénateurs , faité
du temps de Romulus , & les différentes
augmentations faites depuis , toujours vers
le même temps , furent l'ouvrage du Peuple ;
mais que les places vacantes furent remplics
par les Rois , de leur pleine autorité de
forte que le Sénat , felon eux , dut fon exiftence
à l'autorité du Peuple , & fa perpétuité
à l'autorité des Rois . M. Hooke adopte l'opinion
de M. l'Abbé de Vertot , la développe
d'une manière nouvelle , & réfute avec foin
les opinions contraires ou mitoyennes.
:
4°. La comparaifon d'Annibal & de Scipion
pourra paroître piquante par un peu
de fingularité. L'Auteur a tant de zèle pour
Annibal , qu'il ne pardonne pas même à
M. Rollin , qui incline auffi pour Annibal ,
d'avoir pu balancer un moment entre ces
deux Héros. Sa manière d'évaluer la fupériorité
d'Annibal par la multitude de fes
victoires , interrompues par la feule défaite
de Zama , pourroit être fujette à quelques
erreurs. Une longue fuite de fuccès prouve
fans doute de la fupériorité ; mais tant de
caufes étrangères au mérite & au talent du
Général , peuvent concourir à la victoire ,
que fouvent l'avantage ou la défaite ne four
1
DE FRANCE 131
piffent aucune évaluation exacte , aucune
mefure comparative du talent de deux Généraux
ennemis . Si cependant ilfalloit juger
de Scipion & d'Annibal par cette règle ,
Scipion a vaincu Annibal , Annibal n'a pas
vaincu Scipion ; auffi Annibal dit il lui-même
à Scipion , que s'il avoit eu la gloire de le
vaincre , il fe feroit mis au- deffus de tous.
Tes Guerriers , au deffus de Pyrrhus & d'Alexandre
même . M. Hooke , pour relever la
gloire d'Annibal , réhabilite celle des Généraux
Romains qu'il a vaincus , & le Conful
Terentius Varron gagne ici une apologie de
fa conduite. M. Hooke ne convient point
du tout que ,
7
!
"
L'inexpérience indocile
Du Compagnon de Paul Emile ,
Fit tout le fuccès d'Annibal.
Il n'eft pas non plus de l'avis de Maharbal ,
fur la propofition d'aller affiéger Rome au
fortir de la bataille de Cannes ; il ne reproche
rien à fon Héros , même fur fon long
féjour à Capoue & fur les prétendues délices
qui amollirent & énervèrent l'Armée Carthaginoife
; il retrouve cette Armée telle au
fortir de Capoue , qu'à fon entrée dans cette
Ville.
t
Quant aux vertus morales & civiles des
deux Généraux , article fur lequel M. Rollin
& tous les Auteurs ont donné hautement &
fans balancer la préférence à Scipion , M.
Hooke la donne encore au Général Cartha
Fvj
132 MERCURE
ginois , & il rabaiffe beaucoup les vertus
tant vantées des Romains. On peut dire
même qu'il perfiffle Scipion .
93
35
At nos virtutes ipfas invertimus , atque
Sincerum cupimus vas incruftare.
Lorfqu'Annibal , dit -il , délivra Carthage
de la tyrannie des Juges perpétuels , lo; 1-
qu'en obligeant les Nobles à rendre compte
» des deniers publics qu'ils avoient détour-
" nés , il empêcha qu'on ne mît fur le Peu-
> ple une taxe non néceffaire & ruineufe ,
" il me paroît avoir fait une action , plus
» convenable à un bon citoyen , que Scipion,
» lorfqu'il déchira fon livre de comptes , &
» conduifit la multitude au Capitole , pour
Tupplier les Dieux de leur accorder tou-
» jours des Généraux tels que lui . Et quand
» Annibal alla en exil , déplorant le mal-
» heur de fa Patrie plus que le fien propre ,
ور
"
fæpiùs Patrie quàm fuos eventus miferatus ,
» il montra certainement plus de grandeur
» d'ame que n'en marqua le Romain , quand
» il s'enfuit de Rome pour décliner un Ju-
» gement , ou quand il donna ordre , à fa
mort , que fon corps ne fût pas porté
» dans fon ingrate Patrie ; ingrate au point
» de lui avoir demandé compte des deniers
publics dont elle lui avoit confié l'admi
» niftration. »
"
M. Rollin loue la piété de Cyrus & de
Scipion , quoique dans une Religion fauffe ;
DE 133
FRANCE.
que n'autoient: ils pas fait , dit-il , s'ils avoient
connu le vrai Dien ? $
L'Auteur termine ainfi cet article. 1
» Je me fatte que mes Lecteurs feront
» édifiés du zèle que j'ai marqué dans mes
» obfervations pour les vertus morales d'Annibal.
Mais s'il en eft autrement , je ferai
" toujours très - content s'ils veulent bien ne
pas exiger de moi de leur préfenter des
portraits de ces brillans Héros , tant vantes
dans l'Hiftoire Romaine. La vérité eft
» que je n'ai pas de talent pour ce genre de
" compofition ..... Car je n'ai jamais pu , en
pefant les actions des Scipion , des Mar-
» cellus , des Flaminius , des Paul Emnile
"
"
des Mummius Achaicus , & autres grands
» Perfonnages , me former ces hautes idées
» de leur vertu , que leurs panégyriftes , an-
» ciens & mødernes , nous en ont voulu
» dönner. »
Il y auroit du choix à faire dans ces noms ,
mais on trouveroit difficilement des Per¬
fonnages plus veitueux que les Scipion , les
Marcellus , les Paul Emile. Ils ont commis ,
il eft vrai , comme les autres , les crimes
de laiguerre ; mais ces crimes ne doivent pas
leur être imputés , ils fervoient leur Patrie.
La Patrie avoit tort fans doute d'entrepren
dre des guerres injuftes , mais des Citoyens
devoient obéir on peut préfumer feulement
, que fi de tels Citovens euffent été
les maîtres , & qu'ils n'euffent pas été entraînés
par l'erreur univerfelle , fi favorable
134
MERCURE 1
à la guerre , ils euffent cherché à exercer
dans la paix des vertus plus utiles au genre
humain.
° . M. Hooke critique les portraits de
Marius & de Métellus faits par Plutarque ,
& il relève à ce fojet les inconvéniens de la
méthode trop commune chez les Hiftoriens ,
de tracer le caractère des Perfonnages célè
bres dès le commencement de l'Hiftoire de
leurs actions . Il vaudroit mieux , en effet ,
(& c'eft la méthode des meilleurs Hiftoriens)
terminer leur Hiftoire par leur portrait , &
compofer ce portrait de la récapitulation
rapide des faits rapportés dans leur Hif
toire .
<
Les cinq morceaux dont nous venons de
rendre compte, rempliffent le premier volu
me. Dans le fecond ſe trouve un examen cri•
tique & très-critique de l'Hiftoire de Denys
d'Halicarnaffe , comparée avec celle de Tire
Live. M. Rollin nous donnella plus haute
idée des foins employés par Denys d'Halicarnaffe
, pour procurer à fon Hiftoire le
mérite de l'exactitude ; & en général , les
Savans font favorables à cet Hiftorien. Mi
Hooke , qui paroît ne pas haïr le paradoxe ,
a cru cette eftime injufte ou exagérée , &
travaille à la diminuer.
Le troifième volume préfente d'abord des
obfervations fur la Chronologie ancienne ;
& particuliérement fur celle des Rois de
Rome. On a beaucoup difputé fur cette
Chronologie particulière ; le Chevalier New
:
+
DE FRANCE. 135
و ر
ton , » cet homme , dit M. Maty , dans fon
» Journal Britannique , cet homme deſtiné
» à répandre également la lumière fur les
» ténèbres de l'antiquité & fur celles de la
» Nature , a beaucoup raccourci par fes
» calculs la Chronologie ancienne . » L'expé
rience de toutes les Nations prouve , felon
lui , que dans les fucceffions ordinaires &
tranquilles , le temps de chaque règne peut
êrre fixé à dix -neuf ou vingt ans . D'après ce
principe , les fept Rois de Rome , dont plufieurs
même ont péri de mort violente , &
dont le dernier a été détrôné , ne peuvent
avoir rempli tous enſemble un eſpace de
deux cens quarante - quatre ans ; eer efpace
ne pourroit être évalué qu'à cent quarante
ans, dans des conjonctures même plus favora
bles ; mais voilà la règle générale , en raf
femblant toutes les Dynafties & toutes les
Succeflions connues ; cette règle peut recevoir
des exceptions particulières ; prenons les fept
premiers Rois de la Race Capérienne ; leurs
règnes forment un espace de deux cens trente,
fix ans , depuis l'an 987 jufqu'à l'an 1223. Ce
terme approche bien de celui de deux cens
quarante- quatre ans , & en prouve la polibilité.
Prenons les règnes de la Branche de
Bourbon , n'en voilà que quatre révolus depuis
près de deux fiècles. On peut donc dire
feulement que les deux cens quarante-quatre
ans des fept règnes des Rois de Rome , ne
font pas dans l'ordre le plus commun ; mais
fi on n'avoit pas d'autre raifon de douter de
136
MERCURE
la vérité de l'Hiftoire des premiers temps de
Rome , la caufe de M. de Pouilly & de
M. de Beaufort feroit bien foible.
La fuite du Difcours fur les revolutions
de la République Romaine , divifees en deux
grandes époques , l'une depuis l'affaffinat des
Gracques jufqu'à l'affaffinat de Jules- Céfar ,
& depuis la mort de Céfar jufqu'à la principauté
d'Augufte , forment pour ainfi dire
le fond du fecond & du troifième volume.
Celui-ci finit par des réflexions fur l'idée
que M. Rollin & M. Midleton ( & on pourroit
dire tous les Auteurs ) nous donnent de
la vertu des Romains . C'eſt là fur- tout que
M. Hooke développe fon paradoxe fingulier
fur ce point , & qu'il fait aux Romains leur
part de vertu la plus petite qu'il peut.
Nous ne faurions dire que ces trois volumes
de differtations & de difcuffions forment
une lecture bien amufante ; mais il ne
s'agit pas ici d'amuſement , il s'agit de critique
& de vérité hiftorique , il s'agit d'inftruction
; & nous pouvons affurer qu'après
cette lecture , on fait mieux l'Hiftoire Romaine.
1
DE FRANCE. 137
SPECTACLE S.
』
COMÉDIE FRANÇOISE.
# 1
LE Lundi 8 de ce mois , on a donné la
première reprefentation de Melcour & Verfeuil
, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. de Murville . ፡
Il y a environ fept mois que les Comédiens
Italiens reprefentèrent une Comédie
aufi en un Acte & en vers , intitulée la
Fauffe Inconftance , dont l'Auteur eft M.
Rader. Cet ouvrage & celui dont nous
allons parler , doivent l'un & l'autre leur
existence à une anecdote particulière , que
des circonstances. bifarres ont rendue publique.
Le Journal de Paris a reçu , dans
le tems , les réclamations des deux Auteurs;
ainfi on ne fauroit , ſans injuſtice , accuſer
M. de Muryille de plagiat : la marche des
deux pièces et d'ailleurs fi différente , que
le foupçon même de ceplagiat ne nous paroît
pas permis . Voici la fable de M. de Murville.
: Melcour & Vefeuil aiment Angélique.
Le premier eft un homme eftimable ; le
fecond n'eft qu'un fat. Angelique , fur
les inftances de Melcour fe détermine à
donner à Verfeuil fon congé ; mais par
138
MERCURE
délica effe , elle le lui donne dans une
lettre qui lui eft remife fous enveloppe.
Le corps du billet eft de la main d'Angelique
; l'adreffe eft écrite par Nérine , fa
femme- de- chambre. Verfeuil reçoit le billet ;
d'abord fon orgueil en eft humilie ; puis à
ce mouvement fuccède le defir de fe venger
de Melcour , qu'il foupçonne d'être l'auteur
de fa difgrâce. Comme Nérine eft déjà dans
les intérêts de Verfeuil , le fat lui propofe
de lui faire époufer Frontin , qu'elle aime ,
& de lui donner une dot de mille écus
fi elle confent à mettre le congé fous une
nouvelle enveloppe , & à l'adreffer à Melcour.
Nérine fe laille gagner. Melcour reçoit
le congé , eft anéanti , furieux ; projette
d'abandonner à jamais une perfile ; fort ,
rencontre fa Maîtreffe , lui parle d'un ton
& avec des expiemons qui a confondent ;
fe retire , puis revient , & dans une nou
velle explication découvre le mystère , voit
chaffer la foubrette , éconduire Verfeuil :
enfin il époule Angélique.
Nous ne répéterons point ici ce que nous
avons dit du fonds du fujet , en rendant
compte de la Fauffe Inconftance ; nous dirons
feulement que M. de Murville n'en a pas
tiré un parti plus heureux que M. Radet , &
nous ajouterons que peut- être cela étoit- il
impoffible. Le ftyle de M. de Murville eſt
bien plus foigné , plus agréable , plus éléganė
que celui de fon rival . Nous aurions pourtant
voulu n'y point rencontrer des idées préDE
FRANCE. 139
eieufes , & qui tiennent à ce qu'on appelle
le jargon ; en voici un exemple. Melcour
dit à Angélique qu'il ofe croire qu'elle lui
fera fidèle :
L'Amour , qui fe peint dans vos traits ,
A placé la conftance au rang de vos attraits ;
-Vous ne voudriez pas devenir moins jolie .
J'
La conftance eft une qualité : dans un fiècle
auffi volage que le nôtre , elle peut être une
vertu , fur-tout en amour ; mais elle ne fauroit
être placée au nombre des attraits
d'une femme ; car une jolie femme ne
ceffe pas d'être jolie , parce qu'elle devient
inconftante. Voilà comme toutes
ces idées , qu'on appelle brillantes deviennent
fauffes dès qu'on porte fur elles
le coup- d'oeil de l'obfervation . Nous n'en
citerons pas d'autres exempics , quoique
cela ne nous fût pas difficile. Nous prierons
auffi M. de Murville de remarquer
qu'au commencement de la feconde (cène ,
Angélique fait à Melcour le portrait de
Verfeuil , que ce portrait eft celui de l'homme
le plus aimable & même le plus délicat ;
qu'il n'y a perfonne qui ne fût très - flatté
qu'on y retrouvât fa reffemblance , & que
néanmoins à la fin de cette même fcèné
Angélique fe détermine affez brusquement
à congédier celui qu'elle a peint fous des
couleurs fi féduifantes. Il y a dans cetté
marche un défaut de logique évident. Ce
140
MERCURE
n'eft pas que M. de Murville n'ait cherché
à diffimuler ce défaut en préfentant , dès
le premier abord , Angélique & Melcour ,
dans une converfation d'humeur , d'impatience
& de jaloufie ; ce qui pourroit , dans
une autre circonftance , motiver les louanges
exagérées qu'elle donne à Verfeuil : mais
il n'a pas obfervé que les vices de ce perfonnage
, fon infupportable ton , fa fatuité
, & fon intrépidité de bonne opinion ,
ne pouvoient permettre ici à Angelique
d'en faire un éloge pompeux , & qu'un tel
écart ne peut être placé que dans la bouche
d'une coquette ou dans celle d'une femme
pouffée à bout. Angélique n'eft point coquette:
elle a donc à fe plaindre de Melcour. Qu'elle
lui pardonne , à la bonne heure ; mais que
tout-à coup elle congédie l'objet de fa jaloufie,
qu'elle ne profite pas au contraire de la
préfence momentanee du fat pour épreu
ver fon amant ; cela n'eft pas raifonnable.
Mais il falloit renvoyer Veifeuil ; le congé.
qu'il reçoit forme le noeud de l'ouvrage . Cela
eft vrai il étoit donc néceffaire d expofer
le fujet d'une autre manière . Reftons fur
ces critiques , déjà trop étendues pour une
bagatelle. Cet ouvrage ne dit rien pour ni
contre le talent dramatique de M. de Mur
ville. Nous defirons que cet écrivain travaille
à l'avenir le fonds de fes Comédies
comme il travaille fon ftyle ; alors on jugera
s'il est vraiment appelé à faire des pièces de
Théâtre.
·
DE FRANCE.
141
ANNONCES ET NOTICES:
Les Pfeaumes du Père Berthier , avec des Notes
& des Réflexions, 8 Vol . in 12 , dont les quatre
premiers font en vente à préfent. Prix , 10 liv. 8 fols
brochés avec étiquette , 12 liv . reliés en baſanne
13 liv. reliés en veau . A Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins , au coin de la
rue Pavée.
Les Perfonnes qui defireront payer l'Exemplaire -
en entier recevront en Décembre prochain les
quatre autres Volumes en leurs demeures à Paris .
Cet Ouvrage , d'un favant Jéfuite , qui s'eft fait
connoître par une bonne Littérature & de célèbres
inimitiés , doit être accueilli avec einpreffement.
SUPPLEMENT au Traité Chimique de l'Air &
du Feu de M. Scheelle , contenant un Tableau
abrégé des nouvelles Découvertes fur les diverfes
1 efpèces d'Air , par Jean - Godefroi Léonhardy , des
Notes de M. Richard Kirvau , & une Lettre du Docteur
Priefteley à ce Chimifte Anglois fur l'Ouvrage
de M. Scheelle , traduit & augmenté de Notes & du
complément du Tableau abrégé de ce qui a été
publié jufqu'aujourd'hui fur les différentes efpèces
d'Air , par M. le Baron de Dietrich , Secrétaire général
des Suiffes & Grifons , &c . , avec la Traduction
, par MM. de l'Académie de Dijon , des Expériences
de M. Scheelle fur la quantité d'Air pur qui
fe trouve dans l'Athmosphère , in - 12 . Prix , 2 liv.
broché. A Paris , rue & hôtel Serpente.
Dans ce moment où la Chimie fe trouve enrichie
des modernes découvertes de tant de Savans ,
Ecrits fur cette matière intéreffent d'abord
l'es
par
leur
144
MERCURE
objet feul. Celui-ci a de plus le mérite d'un bon Ou
vrage ; & l'on doit favoir gré au Traducteur de nous
avoir mis à portée de jouir de ces richeſſes étrangères .
LA plus courte des Méthodes pour apprendre à
lire , ou les Elémens des Syllabes Françoifes réduits
à leur plus grande fimplicité , par M , Noël , ci devant
Inftituteur , Écrivain - juré & l'un des Profeffeurs du
Lycée de Lyon , quatrième Édition. Prix , 12 fols.
A Paris , chez l'Auteur , à la Ville để Lyon , rue des
deux Écus , vis-à- vis l'Hôtel de Saint Antoine , &
Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
04
On doit de la reconnoiffance aux Perfonnes qui
cherchent à adoucir les travaux de l'enfance , qu'on
n'afflige que trop par des peines morales quand elle
a befoin d'acquérir des forces pour fupporter les
maux phyfiques.
..E
THE life oh Henry the fourth of France , translated
from the french of Perefix , by M. Lemoine ,
one of his moft Chriftian Majesty's Gentlemen in
ordinary , Volume in- 8 ° . de 470 pages. Prix , 6 liv.
broché. A Paris , chez Didot l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Pavée - Saint André.
Il y a quelques Exemplaires de ce bel Ouvrage
fur papier grand raifin de la fabrique de MM . Johannot
d'Annonay . Prix , 15 liv . broché.
LE Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de Figures , quatrième Livraiſon , Tomes VII &
VIII, contenant les deux premiers Volumes des
Mille & une Nuits.
Cette Collection très-piquante aura trente Volumes
de Contes & un Volume de Difcours , contenant l'origine
des Contes des Fées & les Notices fur les Auteurs.
On délivrera régulièrement deux Volumes par
DE FRANCE. 143
mois. On s'inscrit pour ladite Collection à Paris ,
rue & hôrel Serpente , chez Cuchet , Libraire , Éditeur
des OEuvres de le Sage & de l'Abbé Prevost.
Le prix de l'infcription eft de 3 liv. 12 fols le vol.
broché , orué de 3 planches , faites fous la direction
de MM. Delaunay & Maillier.
CARTE particulière , topographique & très- détaillée
du Diocèfe de Rouen , en fix feuilles , comprenant
dans le plus grand détail tout le pays de Caux ,
le Vexin Normand , le Romois , partie du Lieuvin
& de la campagne du Neubourg , ainfi que le cours
de la Seine depuis Poiffy jufqu'à fon embouchure
dans la mer , nouvellement revue , corrigée & augmentée
de toutes les grandes routes , chemins de
traverfes & de communications ; par le fieur Dezauche
, Géographe , fucceffeur des fieurs Delifle &
Phil. Buache , premiers Géographes du Roi , & de
l'Académie Royale des Sciences , Prix , 7 liv . 10 fols .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Noycrs.
PRECIS Hiftorique & Expérimental des Phénomènes
Electriques depuis l'origine de cette Découverte
jufqu'à ce jour , par M. Sigaud de la Fond,
Profeffeur de Phyfique Expérimentale , Membre de
la Société Royale des Sciences de Montpellier , &c. ,
feconde Edition , revue & augmentée , în - 8° . , avec
figures Prix , 6 liv. broché , 7 liv. relié . A Paris ,
rue & hôtel Serpente.
La première Édition de cet Ouvrage a obtenu le
fuccès qu'elle méritoit. Les découvertes dont celle- ci
eft enrichie y ajoutent un nouveau degré d'utilité.
QUARTIER Général de l'Armée Hollandoife ,
peint par W, gravé par Picquenot. Prix , 1 liv,
4 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue des Carmes , au
Collège de Prêle, — Vûe du grand Marché aux cheg
144 MERCURE
vaux d'Anvers & d'une partie de l'Efcaut. Même
les mêmes , & à la même Adreſſe.
Ces deux Eftampes font pendant.
prix , par
EXERCICES de Dévotion à Saint Louis de
Gonzague, dédiés à la Révérende Mère Thérèſe de
Saint Auguftin, Religieufe Carmelite à Saint Denis.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire de MONSIEUR ,
Frère du Roi , Pont Notre - Dame , à la Sainte
Famille , nº. 23 .
Ce Livre , traduit de l'Italien , ne renferme rien
que de très édifiant , & qui ne foit infiniment propre
à exciter dans les âmes chrétiennes le plus ardent
defir de leur perfection.
NUMEROS 36 & 37 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , chaque
feuille 1 liv. I fols. A Paris , chez Coufineau père
& fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies , &
ôalomon , Luthier , Place de l'École .
TABLE.
L'Ane facétieux , Fable , 97 ques fur l'Hiftoire & le
Charade, Enigme & Logogry- Gouvernement de l'ancienne
· phe ,
Etudes de la Nature ,
୨୨ Rome ,
102 Comédie Françoife ,
Difcours & Réflexions criti- Annonces & Notices ,
PAT lu ΑΙ
APPROBATION.
126
137
141
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 20 Août 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 19 Août 1985 , RAULIN.
1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 AOUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES à Mlle ..... qui avoit porté
une Rofe à fa bouche.
MALGRÉ les larmes de l'Aurore ,
Malgré les bailers du Zéphyr ,
Et les tendres regrets de Flore ,
Cette Rofe va fe flétrir,
A SES feuilles déjà mourantes ,
Qui pourroit rendre la fraîcheur,
Puifque tes lèvres careffantes
N'ont point ranimé fa langueur ?
Le feul jour qu'elle ait à paroître
Sur ton fein doit la voir finir.
Comme elle , qui ne voudroit naître
Si , comme elle , on pouvoit mourir ?
No. 35 , 27 Août 1785.
G
MERCURE
Du bonheur elle offre l'image ;
Et le bonheur , c'eft le plaifir ;
Nous le defirons à tout âge ,
Il n'en eft qu'un pour le cueillir.
(Par M. Richard , de la Flèche . )
RÉPONSES A LA QUESTION :
En quoi le bonheur que l'Amour procure
diffère- t'il de celui que donne l'Amitié ?
L'AMOUR
I.
'AMOUR eft l'aliment de tous les jeunes coeurs ;
Ses plaiſirs , les tourmens , font les jeux du bel âge ;
Heureux qui peut long- temps jouir de fes erreurs ,
Les délices des foux & les regrets du fage !
Mais l'inſtant vient qu'on dit : « Autre tems , autres
» murs. »
Puifque l'homme a befoin d'un lien qui l'engage ,
Gardons pour fon printemps l'Amour & fes douceurs .
Ses jours purs & fereins , l'Amitié les partage .
L'Amour, comme la roſe , a de fraîches couleurs ;
Mais l'Amitié retrace un beau jour fans nuage.
( Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine an
Régiment de Provence , ci-devant Blaifois ,
FULLTF SCA
REGIA
MONACZASLS
DE FRANCE. 147
I I.
QUAND je fuis amoureux , je fuis un loup-garou
L'Amitié feule me modère ,'
Et me dit fouvent caffe- cou.
Mieux valoit demander , fans doute , en quoi diffère
L'homme fage de l'homme fou.
(Par un Membre de la Chambre Littéraire
de Rennes. )
I I I.
QUAND le plaifir ſuccède à l'eſpérance ,
Le bonheur en amour eft moindre de moitié ;
Celui qu'on goûte en amitié
Augmente par la jouiffance.
( Par M. Dehauffy de Robécourt. )
I V.
PAR le temps l'Amour eft détruit ,
Et par le temps l'Amitié s'embellit ;
Un Amour qui commence à poindre
En eft plus doux de la moitié ;
Le bonheur eft de pouvoir joindre
Jeune Amour & vieille Amitié.
( Par le même. )
V.
L'AMOUR enivre tous mes fens ,
Mon coeur y trouve aufſi ſon compte.
Gi
148 MERCURE
Pour mon malheur , hélas ! il faut que je décompte :
L'automne a pris la place du printemps !
Toujours le temps aime à fouftraire ,
Il ne m'offre que l'Amitié ,
Qui veut en vain me fatisfaire ;
Des plaifirs de l'Amour ce n'eft que la moitié .
(Par M. de Saint- Fard. )
-V I.
Sur l'Air: Un jour Guillot dit à Lifeue.
Le plaifir que l'Amour nous donne
Eft vif & ne rend point heureux ;
Souvent le remords l'empoifonne ,
L'Amitié jouit moins & mieux.
Avec le temps l'Amour s'efface ;
Le temps ajoute à l'Amitié :
L'un eft un orage qui paffe ,
L'autre vient quand il eſt paſſé.
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Un homme qui a de l'efprit peut - il être
amoureux long-temps d'une femme qui n'en
a pas ?
DE FRANCE. 149
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Tombeau ; celui du Logogryphe
eft Miel , défigné miel de Narbonne ,
où l'on trouve ile , mil , mie , lie , me , il,
le , mi , lé, lime.
M
CHARADE.
ON premier va broutant mon fecond & mon tour.
( Par M. H...... Capitaine d'Infanterie. )
ENIGM È.
QUAND je fuis feminin , je ſuis certain poifſſon
Vivant , nageant dans certaine rivière ;
Quand je fuis mafculin , je fuis cette rivière
Où vit & nage ce poiffen.
LOGO GRYPH E.
SVR cinq pieds vers les cieux je m'élève ſuperbe ;
Mon chefà bas , Lecteur , mon fang coule fur l'herbe.
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
Ģ ii)
150
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉPITRE à un jeune Matérialiste , par
M. Morel , Doctrinaire , l'un des Profeffeurs
de Réthorique au Collège Royal
Bourbon d'Aix. Seconde Édition , corrigée
& augmentée.
Meruitque timeri
Nil metuens. Lucan . L. 1 .
A Avignon , & fe trouve à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande.
LA juftice et une belle chofe , mais bien
rare , dit un proverbe populaire. Dans combien
d'occafions cet axiôme n'est - il pas applicable
Pour juger avec équité , il faut
examiner. Eh ! qui eft - ce qui examine ? Perfonne
, & tout le monde juge. L'Épître que
nous annonçons fera rabaiffée par de prétendus
connoiffeurs , qui ne goûtent que les
Pièces de Théâtre ou les Pièces appelées fugitives
, comme s'il n'y avoit pas d'autres
genres de poéfie. Que des rimeurs futiles
courent les cercles , qu'ils y faififfent cet
efprit de fociété qui y pétille par fois , qu'ils
en compofent ces vers que nous nommons
charmans ; à la bonne heure. Notre esprit
peut s'en amufer , à peu - près comme nos
yeux font récréés du vol léger des papillons
DE FRANCE
Ist
·
& de la bigarrure de leurs couleurs , auffi
fragiles que brillantes ; mais que l'agréable
ne nous faffe pas dédaigner l'utile.
Si l'on fait attention que cette Épître
roule fur des raifonnemens de métaphyfique
, auxquels la poéfie Françoiſe a bien
de la peine à fe prêter , on faura gré à l'Auteur
des efforts fouvent heureux qu'il a faits
pour éviter la féchereffe didactique. Voici
le début :
C'étoit donc vainement qu'au fein de la fageffe
Ton père malheureux cultivoit ta jeune ffe.
Des fublimes vertus qu'en ton coeur il nourrit ,
Le germe infructueux fe defsèche & périt .
De la Religion , ami fimple & fidèle ,
A ce joug honorable en vain il te rappelle .
Vainement de ſes moeurs la vivante leçon
Accufe ta foibleffe & ta rébellion.
Le vice impur triomphe , & ta mère éperdue
N'élève plus vers toi qu'une plainte perdue.
Une fauffe lueur t'égare déformais .
Pour raffurer un coeur fans relâche agité ,
Ton efprit foulevé court dans l'impiété ,
Du fentier des vertus , audacieux transfuge ,
Chercher contre Dieu même un horrible refuge;
Si les fentimens de l'amitié , continue le
Poëte en vers auffi beaux que ceux que
l'on vient de lire , furvivent dans ton coeur
Giv
152 MERCURE
aux fentimens de la Religion , permets - moi
de te faire entendre le langage de la raifon.
Mais d'un être éternel que tout être publie ,
Je reconnois , dis -tu , la puiffance infinie ,
Et je ne prétends point dans l'atheiſme inftruit ,
Bannir de l'Univers le Dieu qui l'a conftruit.
Mais plus cet être eft grand , indépendant & ſage ,
Plus des foibles mortels il dédaigne l'hommage.
Un Dieu n'a pas befoin de nos voeux affidus ; *
Seroit-il plus heureux , mortels , par vos vertus ?
Non. Ce Dieu du même il voit du haut de fon trône
Et l'infecte qui rampe & l'homme qui raifonne.
De mon efprit , hélas ! dois-je m'énorgueillir ?
Cet efclave du corps avec lui doit périr.
On ne peut nier que cette tirade ne foit
poétique & bien travaillée. La verification
de M. Morel vaut bien celle de ce dévot fatyrique
, auquel l'efprit de parti avoit donné
une forte de célébrité qui ne lui a pas furvécu.
On peut dire même que le Poëte Doctrinaire
pofsède beaucoup mieux que l'Auteur
du dix -huitième fiècle , l'art difficile
de fuivre & de lier fes idées. La réponse à
l'objection n'eft pas moins belle.
Quoi ! d'un être infini tu reconnois l'empire ,
Et ton efprit , armé d'un ſophiſme imprudent ,
Vers de Voltaire.
DE FRANCE. 153
Arrache l'homme à Dieu pour le rendre au néant ?
Ah ! s'il nous méconnoît , fi cet être impaffible ,
Des vices , des vertus fpectateur infenfible ,
Au hafard en naiffant voulut nous confier ,
Si la mort au tombeau m'enchaîne tout entier ,
Je ne le connois plus ; ton horrible ſyſtême ,
En détruifant mon âme , anéantit Dieu même.
On voit que le Poëte emprunte la pensée
d'Abadie : J'ai toujours été furpris , a dit ce
Chrétien Philofophe , de voir tant de gens ,
qui , en avouant l'exiflence de Dieu , nioient
Ja providence , rien n'étant plus inféparable
que ces deux idées. Puis il continue :
L'image du Très-haut , quoi ! ce fublime efprit,
L'être qui fe fouvient , aime , fent , réfléchit ,
Ne feroit à tes yeux qu'une argile groffière !
L'efprit des loix feroit enfant de la matière !
Quoi ! ce rayon divin , quand d'infenfibles cosps
Des fiècles conjurés repouffent les efforts ,
Seul oublié du Dieu que lui feul il adore ,
Chef-d'oeuvre infortuné , ne vivreit qu'une aurore?
Infenfé ! j'en crois mieux un fentiment vainqueur.
Le néant m'épouvante & répugne à mon coeur.
Pour l'homme cette idée eft affreufe , & coutre elle
Sa vie eft ici -bas une lutte éternelle .
Il la fuit , il l'écarte ; inquiet, agité ,
Il brave mille morts pour
l'immortalité.
Ce dernier vers eft fublime , & tout ce
morceau eft plein d'éloquence & de poéfie.
Gy
194
MERCURE
M. l'Abbé Motel a fuivi le vrai goût des
Poëmes didactiques , qui doit exclure l'emphaſe
épique & les bri lantes antithèſes. Aujourd'hui
la mode s'eft gliffée jufques dans
les productions de l'efptit . Les verificateurs
modernes fe mettent à la torture pour rapprocher
entre-elles les images les plus difparates.
Ils font très -fatisfaits de leur génie
quand ils font parvenus à donner à leurs
idées un air neuf par la recherche des expreflions.
Ce ftyle n'eft pas loin de celui
qu'on nomme forcé. Ce qu'il y a de pis ,
c'eft que des Auteurs , d'ailleurs très - louables,
ont donné dans cette nouvelle & mauvaiſe
manière d'écrire . On ne peut faire ce reproche
à M. l'Abbé Morel. Son Épître
refpire ce goût fain & raifonnable qui a
toujours caractérifé les Écrits de certe Société
, qui , pour citer le témoignage honorable
de M. d'Alembert , " fans intrigue ,
"
fans ambition , aimant & cultivant les
Lettres par le feul defir d'être utile , s'eft
» fait un nom diftingué dans les fciences
» facrées & profanes ; qui , perfécutée quelquefois
, & prefque toujours peu favo-
» rifée de ceux même dont elle auroit pu
efpérer l'appui , a fait , malgré ce fatal
» obftacle , tout le bien qu'il lui étoit permis
de faire , & n'a jamais fait de mal à
» fes ennemis ; enfin , qui a fu dans tous les
» temps , ce qui la rend encore plus chère
aux fages , pratiquer la Religion fans petieffe
, & la prêcher fans fanatisme.
L'Épître à un Matérialiſte eft précédée d'un
و و
""
99
99 137
DE FRANCE.
Difcours fur l'abus de la Philofophie , trèsbien
écrit & très-fenfé.
VARIÉTÉ S.
RÉPONSE de M. Garat à la Lettre du
Docteur de Province à un Docteur de
Paris , fur un Article du Mercure.
JE
*
E fuis fort aife , Monfieur , qu'un Docteur de Province
, en m'impofant la néceffité de répondre à des
reproches qui n'attaquent pas feulement mon efprit ,
mais mon caractère , me fourniſſe l'occafion d'expliquer
quelques- unes de mes affertions fur les Loix
Romaines , qui ont paru déplaire à plufieurs perfonnes
, dont je refpecte les opinions , & dont j'ambitionne
l'eftime. Je n'ai jamais penfé qu'il n'y eût
pas de très - belles Loix dans le Corps du Droit Romain:
j'ai même dir expreffément le contraire. Je
fuis plein de foumiffion & de reſpect pour toutes
-celles auxquelles nos Souverains ont donné leur
fanction , pour toutes celles auxquelles nos Magiftrats
ont fait l'honneur de les adopter dans leurs
Arrêts. Je me flatte de faire voir , dans le cours
même de cette Réponse , avec quelle fageffe profonde
, avec quel amour épuré de la Juftice , nos Magiftrats
& nos Souverains ont puifé dans cette fource,
où ce qui eft bon eft encore fublime ; mais où l'on
trouve une Loi d'Arcade & d'Honorius à côté d'une
Loi de Marc-Aurèle.
Je trouve très-bon , Monfieur , qu'un Docteur
Es- Loi vienne m'attaquer dans le Mercure , moi
Il y a trois femaines que cette Réponse eft imprimée.
Des raifons dont il eft inutile que le Public foit inftruit ,
n'ont pas permis de la faire paroître plutôt
G. vj
156
MERCURE
qui n'ai pas toujours parlé des Loix avec un grand
refpect , & qui ne fuis pas un Docteur. Je trouve
très-bon encore qu'un Docteur de Province fe dif
penfe d'étre poli ; quelques injures , je ne fais quoi
de magiftral dans le ton , donnent à une lettre un air
tout-à-fait doctoral : cela tient lieu du bonnet carré
& de la chaire . Pour moi , Monfieur, je n'ai point
de chaire , je n'ai point de bonnet carré , & je n'aurai
pas non plus d'injures. Si je ne fais rien , comme le
dit le Docteur , je tâcherai de favoir au moins un
peu de politeffe . Le Docteur prendra peut- être en-
I core cela pour de l'ignorance . Eh bien ! je confens
qu'il foit beaucoup plus favant que moi . Mais ces
Savans ont un malheur , Monfieur ; ce n'eft pas feulement
la politeffe qui leur manque ſouvent , c'eſt
encore la raifon , c'eft même la fcience ; ils favent
tant de chofes que celles qu'il importeroit le plus de
favoir leur échappent. Il me femble , par exemple ,
que ce malheur de la grande érudition eft arrivé
quelquefois à l'érudit de Province qui vient gourmander
un peu rudement mon ignorance . La vérité
étoit fans doute dans les nombreux volumes qu'il
avoit fous fa main ; mais cette main , il l'a mal
pofée , & la vérité eſt reſtée égarée dans les nombreux
volumes.
J'avois , non pas cité , mais rappelé quelques Loix
des Douze-Tables , pour prouver que les premiers
Légiflateurs de Rome n'avoient pas trop bien connu
l'humanité. Le Docteur me dit qu'on ne voit pas
dans l'Hiftoire que la Loi qui permettoit aux créanciers
de couper en morceaux le débiteur infolvable ,
ait été jamais exécutée ; mais je n'ai jamais dit
qu'elle eût été exécutée , ( ce dont je fuis cependant
très perfuadé ) j'ai dit qu'elle étoit écrite dans les
Douze-Tables, & on la lit encore .
L'Hiftoire ne parle point de fon exécution ; mais
j'obferverai , 1 ° . que l'Hiftoire en général ne parle
DE FRANCE. 117
point de l'exécution des Loix civiles & criminelles
d'un peuple. 2 °. Les Loix contre les Débiteurs étoient
exécutées par les Patriciens , qui étoient presque toujours
créanciers , & qui furent long - tems uniques juges
dans la République . Les Hiftoriens de Rome , attachés
prefque tous à des familles Patriciennes , font
en général du parti qui opprimoit le peuple. Il ne
feroit pas étonnant qu'ils euffent fupprimé des faits fi
propres à infpirer de l'horreur pour le Patriciat . Ce
filence de l'Hiftoire ne prouve donc pas l'inexécution
de la Loi ; mais la Loi qui exifte encore prouve bien
qu'elle a exifté.
Une Loi des Douze Tables ordonnoit aux pères
de tuer les enfans d'une difformité remarquable. Et
j'ai dit , qui ne l'eût pas dit comme moi ? ) que
cette Loi n'étoit pas très - humaine. Le Docteur , pour
faire paroître la Loi moins féroce , veut rendre les
enfans horribles : il en fait des monftres , & il appelle
à fon fecours un Docteur en Médecine qui définit
les monftres , ce qui s'éloigne énormément de la
figure humaine. Ce Médecin , dont on ne dit pas le
nom , n'eft pas précis dans fes idées. Le mot énormément
peut faire peur , mais il définit mal. Les Jurifconfultes
Romains , qu'il eût été plus à propos de
citer au fujet des Douze Tables , ont eu au moins
des idées plus préciſes . Quelques- uns penfoient que
pour être condamné à mort comme monftre , il
falloit avoir trois mains ou trois pieds ; d'autres
croyoient qu'il fuffifoit d'avoir fix doigts . Et en conféquence
on êtoit la vie au lieu d'ôter une main ou
un doigt, ce qui eût été plus fimple , & ce qui devoit
fuffire, fuivant la définition , pour faire d'un monftre
un homme. On fait qu'il y a à Berlin une famille
entière où , de père en fils , les enfans naiffent toujours
avec fix doigts . Le Roi de Pruffe , meilleur
Phyficien que les Légflateurs des Douze Tables ,
leur laiffe les fix doigts & la vie ; & il eſt à croire
458 MERCURE
que s'il raiffoit dans fes États des hommes avec trois
mains , avant de leur en faire couper une , il voucette
droit bien obferver & bien s'affurer fi la troisième
main ne pourroit pas fervir à charger plus vite
un fufil. Si le Docteur avoit mieux lû l'Hiftoire
Ancienne , il eût mieux apperçu l'esprit de ce ftatut
fanguinaire des Douze Tables : il eût vû
que
Loi , qui condamnoit à la mort les enfans nés foibles
& mal conformés , étoit commune à tous les peuples
guerriers de l'antiquité , & fu r- tout aux Lacédémoniens,
chez lefquels on penfe que les Romains l'avoient
prife , il eût vir qu'elle étoit née dans des fiècles &
chez des peuples où , pour paroître digne de vivre,
il falloit être affez fort pour ôter la vie à beaucoup
d'hommes : il n'est pas ignoré que le Jurifconfulte
Ulpien compte l'enfant débile parmi les enfans monftrueux;
que Rame, qui deftinoit tous les enfans à des
guerres fans ceffe renaiffantes , ne vouloit nourrir &
conferver que ceux qui pouvoient l'aider à la conquête
du monde : il eût vû enfin que l'infanticide , qui
fait frémir la Nature , étoit une choſe permife chez
les premiers Romains & chez tous les peuples de
F'antiquité , ainfi qu'il l'eft encore chez les Chinois.
Ce que les premiers Romains & tous les peuples
de l'antiquité avoient fur tout en horreur , c'étoient
·les androgines , les hermaphrodites. Leur naiffance
étoit regardée comme un figne de la colère des
Dieux. Les peuples croyoient que la Nature alloit
rentrer dans le chaos , & les Colléges des Pontifes
trembloient pour le fort des Empires. L'Aréopage
d Athènes , le Sénat de Rome en firent périr un grand
nombre. Les Codes & les Hiftoires de l'antiquité
font pleines de Loix & d'Arrêts de mort contre les
hermaphrodites . Après tout cela , les modernes ont
découvert une chofe ; c'eft qu'il n'y a point d'hezmaphrodites.
J'ai dit que , fuivant une Loi Romaine , que
DE FRANCE. 159
beaucoup de Commentateurs , & fur-tout fon efprit ,
m'ont autorifé à mettre dans les Douze Tables ,
quoique Pothier ne l'ait mife qu'à la fuite ; j'ai
avancé , dis- je , que cette Loi permettoit au mari de
condamner fa femme à la mort fi elle étoit allée boire
du vin à la cave. Le Docteur de Province prétend
que j'ai confondu enfemble le droit de tuer pour
caufe d'ivroguerie , & le droit de tuer pour caufe
d'adultère. Je n'ai pas pu faire cette confufion , puifque
je n'ai pas fait ce rapprochement. J'ai dit fimplement
que la Loi lui laifoit le pouvoir de la faire
mourir lorfqu'elle avoit bu du vin. Voici le texte :
Utfi qua mulier vinum biberet, in eam maritus caufâ
cum propinquis cognitâ poenam ftatueret ; at fi eam
in adulterio deprehenderet , tunc eam occidendijus
poteftatemque haberet.
On voit dans ce texte deux cas bien diftincts ,
bien précis ; l'un , de la femme furpriſe en adultère
& le mari a le droit & le pouvoir de la tuer fur le
champ ; l'autre , de la feinme qui a bu du vin ,
alors le mari doit faire connoître le délit aux parens
affembles , & il prononce la peine , poenam ftatueret .
La Loi appelle les parens à la connoiffance du crime,
mais non pas à la détermination de la peine. Celui
qui ftatue fur le genre & la melure de la peine eft
feul , ftatueret , le verbe eft au fingulier . Cette peine
étoit vraisemblablement celle du divorce , dit le
Docteur ; mais c'eſt le Docteur qui trouve cette vraifemblance.
La Loi , loin de ftatuer la peine , donne
au mari le droit de la ftatuer Quand le mari vou
loit que ce fût le divorce , c'étoit le divorce ; quand
il vouloit que ce fût la mort , c'étoit la mort.. Sa
puiffance n'avoit d'autres bornes que celles de fa
vengeance & de fa colère . Le Jurifconfulte de Province
a mal étudié l'hiftoire du genre humain ; it
n'en a pas fuivi les progrès depuis la barbarie juf
qu'à la civilifation ; il auroit vû dans cette étude
160 MERCURE
il auroit vû dans la lecture feule de Millar , que
chez prefque tous les peuples barbares , le mari ,
defpote abfolu dans la maifon , par la loi fuprême
de la force de fon bras & de ſa hache , avoit droit
de vie & de mort fur fa femme comme fur fes enfans
; que les premières coutumes , en adouciflant
un peu la férocité de cet ufage , le confacrèrent , &
que les premières Loix le puisèrent dans les coutu
mes. Prefque par tout cela a été de même , & beaucoup
de monumens en particulier l'atteftent des
Romains. *
* C'eft furtout dans l'ancienne Loi des Romains , dit
Millar, que nous trouvons les détails les plus complets
& les plus pofitifs fur les différentes branches de pouvoir
dont un mari étoit revêtu dans le premier âge de la fociété.
Chez ce Peuple célèbre , la femme étoit anciennement
regardée comme l'esclave de fon mari. Il pouvoit la vendre
ou la faire mettre à mort par un acte arbitraire de fa
volonté. Elle étoit dite convenire in manum mariti . Elle
étoit précisément dans la même condition qu'une Filia familias.
Or , on fait que chez ces premiers Romains , un
père pouvoit à fa fantaisie fendre d'un coup de hache la
tête de fon fils ou de fa fille . Voilà quelle étoit la condition
de l'efclave , du fils , de la fille & de la femme.
Je ne dirai point au Docteur , pour lui infpirer quelqu'eftime
de Millar , que c'eſt un des Écrivains les plus
eftimés de l'Angleterre ; qu'il eft très peu d'Ouvrages où
l'en ait joint tant d'érudition àunefi excellente philofophie;
que c'est un des hommes qui a le plus porté dans l'étude
de l'antiquité cet efprit de critique dont le Docteur m'accufe
d'avoir manqué pour avoir dit les mêmes chofes que
Millar je lui dirai que Millar eft DOCTEUR & PROFESSEUR
en Droit à l'Univerfité de Glafcow .
Mais voici des faits qui ont un rapport plus intime à
la peine que les maris ftatuoient contre la femme qui avoit
bu du vin. Denis d'Hal. L. 2 , Cicéron , Livre 4 de rep. nous
apprennent que chez les premiers Romains , le mari étoit
unique juge & vengeur de ce crime. Ils citent l'exemple
d'une certaine Fauna , que fon mari fit périr fous les coups
de verge pour avoir bu du vin . Egnatius Mécène fit mouir
fa temme pour ce grave dělit , & Romulus , les
Juges de Rome, Rome entière trouva cela très bon. On
DE FRANCE. 161
Le Docteur répète , d'après Aulugelle & d'après
mille modernes , que les Dames Romaines furent
très - fages pendant cinq fiècles , que pendant cinq
fiècles il n'y eut aucun adultère , aucun divorce.
Quant à la fageffe des Dames Romaines , on'
pourroit demander à Aulugelle , & à ceux qui l'ont
copié , ce que Mme de Laffai demandoit à fon mari :
Comment faites - vous donc pour être fi sûr de ces
chofes-là ? Mais un Differtateur , quoique trèsingénieux
, aura plus d'autorité que Mme de Laffai
auprès d'un Docteur . S'il daigne donc lire les Differtations
excellentes publiées par M. l'Abbé Hooke , fur
PHiftoire Romaine , le Docteur y verra qu'on peut
avoir raisonnablement quelques doutes fur la longue
vertu des Dames Romaines , & qu'il eft à peu près
hors de doute qu'il y eût beaucoup de divorces pen.
dant tout le temps où Aulugelle aflure qu'il n'y en
cut aucun. L'Ouvrage d'Aulugelle , auquel le Docreur
me renvoie fouvent comme à une fource d'érudition
eft une lecture agréable : c'eſt un bon ana ;
mais dans les nuits , Aulugelle rêve ſouvent , & on
peut confeiller au Docteur de prendre un autre guide
dans les ténèbres de l'antiquité.
Quel eft , demande le Jurifconfulte , le résultat
des déclamations de M. Garat ? Il eft difficile que
des déclamations donnent quelque réſultat ; mais j'ai
rapporte l'exemple d'une autre mère de famille , qui ,
pour s'être faifie feulement des clefs de la cave , fut condamnée
à mourir de faim par fa famille même. Le Jurifconfulte
Caius , contemporain & ami de Cicéron , ennemi
irréconciliable de ee crime des femmes , pourleur enlever
tout moyen de le cacher , étoit d'avis qu'elles fuffent
convaincues & condamnées fur l'odeur feule du vin .
Au reste , lorſque le mari ne furprenoit pas fa femme en
flagrant délit, pour l'adultère , comme pour avoir bu du vin
ikétoit obligé d'affembler les parens ; & il paroît par l'Hif
toire, que pour le vin comme pour adultère , il ſe diſpenfoit
fouvent de les affembler.
162 MERCURE
cité des Loix , des faits , & ce n'eſt pas - là déclamer.
Quelle légiflation , avant que d'être épurée, n'apas
été dure ?
Eh bien ! j'ai prouvé que celle des Romains a
commencé par être dure. Que le Docteur faſſe voir
comment elle s'eft épurée.
Cicéron mettoit les Loix des Douze Tables audeffus
de tous les Ouvrages des Philofophes.
Je connoiffois le paffage de Cicéron , qui eft dans
tous les livres ; mais on a eu quelques motifs de douter
de la fincérité de cette admiration , qui n'eft
fouvent qu'une choſe de forme & de ftyle oratoire ,
lorfqu'on parle de monumens antiques , vénérables ;
vénérables , parce qu'ils font antiques . Le paffage
de Cicéron eft dans fon Livre de Oratore. Là , il
parle en Rhéteur , ( ce mot n'a pas ici un mauvais
lens ) en Orateur. Dans le Livre de Legibus
il parle plus en Philofophe . Il veut y donner un modèle
du ftyle & de la fageffe des Loix. Il prend la
forme des Loix des Douze Tables , & fait d'autres
difpofitions ; il prend le ftyle & ne prend pas les
chofes ; & on peut conclure delà que les chofes ne
lui paroiffoient pas auffi bonnes que le ftyle.
Mais cette rigueur , dit encore le Jurifconfulte ,
cette dureté tenoit à l'âpreté des moeurs de ce tempslà
; mais je n'ai rien dit de contraire , & cela ne dit
rien contre moi. Je penſe bien que des Loix dures
ne tenoient pas à des moeurs douces . En cela , nous
fommes du même avis. Je trouve feulement de pareilles
moeurs barbares , & le Docteur les trouve
apres. Voilà en quoi nous différons.
En confultant l'Hiftoire & les Loix , j'avois vû
que les Loix qui fuivirent dans la République
celles des Douze Tables , furent dictées trop fouvent
par les rivalités & les haines des Plébéiens & des
Patriciens. J'avois vû un certain efprit dans les Plébiscites
, & dans les Sénatus - Confultes un autre
DE FRANCE. 163
efprit. Deux génies faifoient les Loix de la République
, & ces deux génies étoient ennemis. Le Jurifconfulte
trouve de la légèreté à avancer ces faits
attefté , par toute la fuite de l'Hiftoire . A la moindre
lueur du bien public , dit il', les partis les plus échauf
fés oublioient leurs querelles . D'ailleurs , les efforts
que firent les deux ordres occupés à s'obſerver & à
garantir leurs droits refpectifs , durent contribuer à
la fageffe de la Légiflation .
Je ne fais ce que c'eft qu'une lueur du bien public ;
je vois feulement que c'eft- là du mauvais François ,
& je n'ai pas l'injuftice de le reprocher à un Docteur
de Province ; je vois encore que le ciel n'a pas fait
au Docteur le don de diftinguer ce qui ne doit pas
être confondu. Il a fu que dans leurs querelles les
plus violentes , les Patriciens & les Plébéïens fe réuniffoient
fous les drapeaux lorſque l'ennemi menaçoit
Rome ; & parce que les partis fe réuniffoient
pour combattre l'ennemi qui étoit aux portes ,
il a cru qu'ils fe réunifloient pour faire des Loix.
Mais on alloit fe battre enfemble contre les Étrufques
ou les Samnites , & on revenoit fe quereller , ſe
battre encore de nouveau dans la place publique.
Ces diffentions , ces querelles n'ont fini qu'avec la
liberté , & en amenèrent la ruine. Quelques hommes
d'un grand efprit , Machiavel , Montesquieu , ont
appris au Docteur que ces diffentions de la place
publique , qui furent fouvent fanglantes , entretenoient
dans Rome cette énergie des âmes , fans laquelle
Rome n'eût pas foumis le monde ; ils lui ont
dit que la liberté d'une République s'entretient fouvent
par fes orages ; & le Docteur a penſé que les
Loix civiles , qui doivent refpirer toujours la douecur
, la paix & l'égalité , ſe perfectionnent dans les
orages , comme les Loix politiques d'un peuple né
pour la guerre , & dont la guerre fait la grandeur.
Je ne fais quelle eft l'opinion du Docteur fur Ta
164
MERCURE
cite , mais en général Tacite ne paffe point pour un
efprit léger ; Tacite avoit long temps exercé les
fonctions d'Avocat & d'organe des Loix au milieu
du Sénat de Rome ; il devoit être affez en état d'apprécier
les Loix civiles & de la République & de l'Empire.
Eh bien ! Tacite affure que les Loix qui fuivirent
celles des Douze Tables manquèrent presque
toujours de juftice & d'équité , parce qu'ellesfurent
infpirées par les haines des partis oppofés , & dictées
par la violence. Je ne puis pas me fentir très- déshonoré
d'un reproche que j'ai mérité avec Tacite ;
mais , je l'oubliois , Tacite n'étoit pas un Docteur.
pas.
La partie qui concerne l'Edit du Prêteur , ( quel
ftyle ! ) dit le Jurifconfulte , n'étoir peut-être pas
affez claire pour que M. Garat fût en état de l'apprécier.
Il eft bon defixer fes idées fur cet Edit. Avec
quelle modeftie le Docteur annonce que ce qui étoit
d'une obfcurité impénétrable pour moi , fera trèsclair
pour lui ! avec quelle bonté il veut fixer mes
idées mais il me femble que s'il n'eft que trop vrai
que je fois incapable d'éclairer ce qui eft obſcur ,
j'ai eu du moins la prudence de ne parler que de ce
qui ne l'eft Dans la partie qui concerne l'Edit
du Préteur il eft des parties qui font obfcures &
d'autres qui font très claires ; je n'ai parlé que de
celles- ci. Je n'ignorois pas entièrement combien les
Commentateurs ont été tourmentés favoir quel
étoit dans les divers temps de la République le nombre
des Prêteurs ; s'ils étoient huit ou s'ils étoient dix ;
fi un feul étoit affis fur une chaife d'ivoire , & fi les
autres avoient le malheur de n'être affis que fur une
chaife de bois ; fi l'Album étoit une table blanche
fur laquelle le Prêteur gravoit fon Édit , ou fi ce
n'étoit rien du tout , comme il a plu à Cujas de le
croire. J'ai vû ces queftions importantes enveloppées
d'une profonde obfcurité , & je m'en fuis éloigué
avec refpect, en voyant que les Commentateurs
pour
DE FRANCE. 165
ne pouvoient pas en fortir. Je m'en fais tenu humblement
à dire que les Juges , qui ne devroient jamais
·
être que les organes
du Législateur
, étoient
à Rome
Légifiateurs
eux -mêmes
, que les Édits
des Prêteurs
.
étoient
de véritables
Loix. Jufqu'à
préfent
, Interprètes
, Commentateurs
, Hiftoriens
, Jurifconfultes
,
tout le monde
étoit
à peu
près d'accord
fur ces
faits ; mais
, certes
, mon
malheur
eft grand
! le
Docteur
les contefte
dès que c'est moi qui les avance
.
Quoiqu'il
le foit chargé
de répandre
la lumière
,
on ne voit pourtant
pas très - clairement
ce qu'il me
contefte
.
Veut-il dire qu'il étoit bon que les Prêteurs fuffent
en rême- temps Juges & Législateurs ?
¡ S'il vouloit établir ce principe , il n'auroit plus
affaire à moi ; je le renverrois au Chancelier de Lhôpital
, à Gravina, à Montefquieu , à une foule de Loix
de la Monarchie Françoife , à l'opinion publique de
toutes les Nations éclairées de l'Europe ; & le Docteur
, qui confentiroit peut- être à apprendre quelque
chofe de tous ces Oracles de la fageffe humaine
apprendroit que la liberté n'eft plus ; que les Loix ,
fur quelques Tables qu'elles foient gravées , n'exi
tent point , lorfque le Légiflateur eft Juge ou que le
Juge eft Législateur.
• A- t- il voulu dire que les Édits des Préteurs étoient
des interprétations des Loix , & n'étoient pas des
Loix ? C'est ce que j'ai cru comprendre à travers
les embarras de fon ftyle & de fes idées ; c'eſt ce
que j'ai compris fur- tout , parce que cette idée a
été avancée déjà par quelques Jurifconfultes , fort
en peine d'expliquer comment un Peuple dont ils
admiroient beaucoup la fagefle , avoit pu fouffrir que
fes Juges érigeaflent leurs volontés en Loix . Mais
c'eft dans leurs explications fur-tout qu'on voit combien
cela eft difficile à expliquer. Les uns difent qu'à
la vérité , les Préteurs changèrent bien toutes les
166 MERCURE
parties du Droit civil ; ( c'eſt ainfi qu'on appeloit
les Loix des Douze- Tables ) mais que ce fut avec
'tant d'adreffe , que le Peuple ne s'en apperçut
point , & qu'ils lui dérobèrent finement l'exemple
de la violation & de l'altération des Loix : Sed
id latenter facit & verecundè………........ Ne fuo
exemplo Populi venerationem folvat. Je ne contefte
point leur adreffe , il me fuffit qu'on convienne
qu'ils changèrent toute la Légiflation , & que
leurs Loix , qui ne portoient que le nom d'Édits ,
étoient pourtant de véritables Loix. La meilleure
adreffe auprès du Peuple étoit peut- être de les appeler
Édits : car on fait que le Peuple ne peut
jamais voir une feule & même choſe dans ce qui
porte deux noms. Cicéron & Théophile , qui
n'étoient pas fi facilement dupes des mots , ont déchiré
un peu ce voile , fous lequel les Préteurs ca
choient leur pouvoir légiſlatif : Cicéron a appelé
leurs Edits des Loix ( lex Annua ) , & Théophile
leur puiffance , la puiffance législative (legisferenda) ;
mais pourquoi difputer ? Qu'on ouvre le Digefte , il
eft plein de Loix qui n'ont jamais été faites que par
les Juges de Rome , par les Prêteurs .
J'ai dit encore que ces Loix , mobiles comme
ceux qui en étoient les Auteurs changeoient
tous les ans : & le Docteur veut conteſter ce
fait , fans ofer le nier ouvertement. Mais le
Tribun Cornelius , dans la Loi qui porte fon nom ,
( Lex Cornelia ) crut obtenir beaucoup , en obligeant
les Préteurs à juger pendant toute l'année de
lear Préture , fuivant l'Edit qu'ils auroient publié au
commencement. Adrien n'eut l'idée de faire de
tous ces Édits un feul Édit perpétuel & invariable ,
que pour remédier aux défordres affreux qui devoient
réfulter d'une Légiſlation dont tous les Décrets
changeoient fouvent toutes les années . Ainfi depuis
la Loi Cornelia , les Loix changeoient feulement tous
DE FRANCE. 167
les ans; & avant la Loi Cornelia ce n'étoit pas feulement
tous les ans une fois que les Préteurs changeoient les
Loix , c'étoit tous les fix mois , tous les trois mois ,
tous les mois , tous les jours. Ily eut , à la vérité,
quelques abus , quelques inconvéniens ; mais ils furent
réprimés par de févères Loix : c'eft le Docteur qui
parle. Oui ; lorfque le Préteur avoit beſoin de changer
une Loi pour faire gagner un procès important
à un parent , à un ami , fur-le champ l'ancienne I.oi
étoit fupprimée , & une Loi nouvelle paroiffoit fur
l'Album : quand il avoit befoin d'une Loi pour perdre
un ennemi , l'Album obéiſſant recevoit tout de
fuite cette Loi de vengeance ; & fuivant cette heureufe
Légiſlation , jamais un ami du Préteur n'avoit
tort ; jamais un de ſes ennemis n'avoit raiſon . Il y a
bien là quelque abus , quelqué léger inconvénient ; &
cela rappelle ce programme d'une Académie étrangère
qui propofa pour fujet d'un Difcours : les inconvéniens
de la guerre & de la pefte.
Si ces abus furent légers , on peut voir auffi qu'on
fut très prompt à les réprimer , qu'ils furent trèspaffagers.
Le premier abus , l'abus du pouvoir de
changer tous les jours les Loix , ne dura guères que
depuis l'an 383 , époque de l'établiffement des Prêteurs
jufqu'à l'an 686 , époque de l'établiffement de
la Loi Cornelia . C'est une bagatelle de plus de trois
fiècles feulement. Après cette grande réforme , l'abus
de changer tous les ans les difpofitions des Édits des
Prêteurs ne fubfifte que depuis la Loi Cornelia julqu'à
l'Empereur Adrien , c'eft- à - dire , plus de trois
fiècles encore.
Le Docteur affure que je me fuis étrangement
mépris lorfque j'ai avancé que les Jurifconfultes ,
Auteurs des Réponses des Prudens ( refponfa prudentum
) , jugeoiect les procès fans être Juges , &
faifoient des Loix fans être Législateurs . Il prétend
que je me fuis groffièrement trompé encore lorfque
168 MERCURE
je n'ai pas diftingué les Prudens qui difputoient dans
le Forum & donnoient leur opinion de vive - voix ,
d'avec les Prudens , que les particuliers ou les Empereurs
alloient confulter chez eux , & qui donnoient
leur opinion par écrit.
Je confeffe n'avoir point fait cette diſtinction
importante des opinions données en parlant , & des
opinions données en écrivant.
Mais comme les Prudens qui difputoient dans
le Forum & les Prudens qui écrivoient dans
leur Cabinet , étoient toujours des Prudens ; que ,
foit dans le Cabinet , ſoit dans le Forum , leurs
paroles ou leurs écrits avoient toujours à - peu près
le même poids , la même puiffance , j'ai cru que je
pouvois me paffer de cette diftinction dont je fens
comme il convient l'importance , mais qui n'étoit
point du tout néceffaire à mon objet.
Une autre fois , je ne ferai point de pareille confufion
; & je m'engage à ne point confondre un
Docteur qui donne fes leçons dans les Écoles du
Droit , & un Docteur qui écrit une Lettre dans le
Mercure , quoique ce foit toujours un Docteur , &
toujours un Docteur qui donne des leçons.
Je ne pense pas que je me fois trompé de même
dans la double puiffance dont j'ai fait un attribut
des Prudens .
GC
J'ouvre & les Loix & leurs interprêtes , & j'y lis
que les Jurifconfultes acquirent un tel degré d'autorité,
qu'ils commandoient même aux Sentences des
Juges ; de forte qu'il n'étoit permis aux Juges de
s'éloigner ni d'une opinion , qui étoit celle de tous
les Jurifconfultes enfemble , ni d'une opinion qu'un
feul Jurifconfulte avoit établie , lorfqu'aucun autre ne
T'avoit combattue publiquement : » Tantùm autem Jurifconfultorum
autoritas valuit ut IMPERARET ,
etiam Sententiis Judicum : quibus minimè recedere
licuit ab opinione illa quam aut nemo Jurifconfultus
palam
DE
FRANCE
palam oppugnaffet , fi unum tantùm haberent au&orem;
169
aut omnes unanimes approbaffent.
Voilà donc , ainfi que je l'ai imprimé , des hommes
qui ne font point Juges , & qui jugent les
procès ; j'ai parlé comme les Loix , comme Théophile.
J'ouvre de nouveau le Corps du Droit Romain; &
au premier titre du Digefte , Papinien , qui ne parla
amais que pour la juſtice , & qui mourut pour la
vertu , m'apprend que le Droit Romain eft émané
des Loix de Douze Tables , des Plébifcites , des Sénatus-
Confultes , des décrets des Princes & de l' Av-
TORITÉ DES PRUDENS. Voilà , ce me femble
l'autorité des Prudens mife par Papinien à côté & ſur
la même ligne que les décrets des Princes , que les
Loix : je vois enfuite qu'une des parties les plus confidérables
du Droit Romain , c'eſt le Digefte ; que
toutes les difpofitions du Digefte font des Loix ; que
ces Loix ne font autre choſe que les réponſes écrites
des Prudens , refponfa Prudentum : je vois que ce
font les Prudens qui ont inftitué l'ufage des Codicilles
, les fubftitutions pupillaires , l'action de dol
& toutes ces actions nommées utiles par les Jurifconfultes
; que ce font les Prudens qui ont établi
la Loi qui prohibe les donations entre mari & femme
, & c. &c. &c.
Voilà dònc, comme je l'ai imprimé, des hommes
qui ne font point Législateurs , & qui font des
Loix.
Les ténèbres ne font
pas plus obfcures que ce
qu'a imprimé le Docteur fur les changemens qu'Augufte
apporta dans l'état & dans le pouvoir des
Prudens ; & rien pourtant n'eſt fi facile que de déterminer
la nature de ces
changemens.
Avant Augufte , toet homme qui fe croyoit des
lumières far les Loix , & qui pouvoit le faire croire
aux autres , étoit un Prudent , en jouoit le rôle , en
Nº. 35 , 27 Août 1785. H
170
MERCURE
prenoit la puiffance dans la République. Cette puif
fance étoit fi grande , qu'elle fit ombrage à Augufte :
Augufte ordonna qu'à l'avenir il n'y auroit de Prudens
que ceux à qui l'Empereur en donneroit le
titre.
On juge bien que fous un Defpote, ce titre n'étoit
accordé qu'aux plus lâches efclaves ; que les Prudens
ne furent que les inftrumens des tysans : & voilà ce
que le Docteur entreprend de juftifier parce que
Tacite appelle cela les inftrumens de l'Empire. Mais
qui ne voit que fous les tyrans les inftrumens de
Empire font les inftrumens de la tyrannie ? qui ne
voit que l'objet de la politique d'Augufte fut de fe
rendre maître des Jugemens , en les faifant prononcer
par des hommes qui lui feroient vendus ?
Le Docteur même ne diffimule pas qu'Augufte
s'en fervit pour détruire fourdement tout ce qui
reftoit & des Loix & des Ufages de la République :
& après de pareils aveux , il loue encore & Augufte
& les Prudens !
Je m'étois plaint de ce que les Prudens avoient
porté dans la fcience fimple & pofitive des Loix , l'ef
prit contentieux , les cris & les difpures du Licée ,
de l'Académie & du Portique . Gravina s'en étoit plaint
avant moi. Gravina eft auffi un Commentateur des
Lo Romaines : Docteur , faluons celui - ci ; il
en vaut bien un autre. C'eſt le feul Commentateur
des Loix Romaines que Montefquieu ait , je crois
cité c'eft peut - être le feul qu'il ait lu . Gravina n'eſt
pas feulement un favant ; ceft un homme de génie.
On diroit que c'eſt un ancien forti tout vivant des
ruines de Rome , comme quelques ftatues en font
forties animées encore de tout le génie que leur imprima
le Statuaire. Gravina admire beaucoup les
Loix Romaines , qui font en effet admirables en
beaucoup de chofes : mais celui qui lit & ces Loix &
Gravina, admire bien plus encore Gravina lui-même.
DE FRANCE.
171
J'ai beaucoup lu ce Commentateur Italien. Le Docteur
ne m'en croira pas , peut être , mais je l'ai lu au'
moins cent fois . Enchanté d'avoir un Italien , homme'
de génie , pour guide , pour Cicérone , en quelque
forte , en parcourant la Légiflation de l'antique
Rome : je vifitois avec lui tous ces vieux monumeus ;
je l'écoutois toujours avec refpect ; je portois les yeux
où il me difoit de les porter : mais je voyois par moimême
, après qu'il m'avoit dit comment il voyoit.'
Souvent , même très- fouvent , il m'apprenoit à voir '
autrement que lui- même. Car il arrive à Gravina ,
comme à tous les hommes de génie , de ne pas en
croire affez leurs propres lumières , de foumettre leur
raifon aux Jugemens de la multitude & de la routine
dans ces mêmes Ouvrages dont les idées & les vues
préparent pour les fiècles futurs les Jugemens de la
raifon & de la vérité . Son admirable Ouvrage de
Ortu & Progreffu Juris Civilis , étoit pour moi
cette Hiftoire des Loix Romaines , que je tenois d'une
main , tandis que de l'autre je parcourois tantôt le
Digefte, tantôt le Code, tantôt les Institutes. Le Doc.
teur ne veut pas croire que je me fois donné cette
peine ; mais il croira peut -être que j'ai pu vouloir
prendre un plaifir , & c'en étoit un très - grand
pour moi.
Si le Docteur daigne donc avoir quelque confidération
pour l'autorité de Gravina , foutenue encore
de celle de Cujas : ( car j'ai lû auffi quelquefois
Čujas , mais je ne m'en vantois pas , ) Cujas & Gravina
lui diront que les Jurifconfultes rapportèrent
dans la fcience tranquille des Loix , avec la philoſo
phie de la Grèce , la fureur des Philofophes Grecs
pour la difpute. Dès ce moment , les un furent
Stoiciens , les autres Péripatéticiens ; & , chofe
étrange ! il y eut même des Jurifcor fu'tes Épicuriens.
Ces Sectes avoient difputé dans Athènes , qui
les vit naître , jufqu'à la ruine d'Athènes ; elles difpu-
Hij
172 MERCURE
tèrent dans l'Empire Romain jufqu'à la deftruction
de l'Empire. Quand un malheureux Citoyen avoit
un procès , & qu'il confultoit les Jurifconfultes pour
connoître les Loix , les uns lui difoient ce que penſoit
Zénon , les autres ce que croyoit Épicure , les
autres ce qu'avoit écrit Ariftote ; & jamais perfonne
n'eut dans tout l'Empire le bon fens de leur dire
comme Dandin à l'intimé :
Je prétends
Qu'Ariftote n'a point d'autorité céans.
Juftinien ne vit jamais que Zénon & Ariftote
n'étoient pas des Législateurs Romains ; il vit au
moins qu'on devoit tâcher de les accorder enfemble.
Dans le préambule de fa compilation , il
promit de les accorder ; mais Tribonien , qui
devoit remplir la paròle de l'Empereur , ne la
remplit pas les oppofitions de ces Sectes ennemies ,
fubfiftent encore dans le Digefte , elles ont tourmenté
Cujas ; & Cujas , qui croit ce qu'il voit , & qui dit
ce qu'il croit , dit que les Jurifconfultes fe contredifent
, & que Tribonien , qui devoit les accorder ,
ne les a pas accordés .
Mais ces contradictions ne font pas le plus grand
mal que les Sectes philofophiques ayent fait à la Jurifprudence
; & voici quelques faits aufh curieux
pour celui qui étudie l'hiftoire de l'efprit humain
que pour celui qui étudie l'hiftoire de la Légifla
tion Romaine . Les Stoïciens définiffoient la philo
fophie générale , la connoiffance des chofes humaines
& divines. Les Jurifconfultes appliquèrent
eette définition à la Jurifprudence; & la Jurifprudence
fut définie la connoiffance des chofes humaines
& divines : définition bien étrange pour la
connoiffance des Loix civiles & , pofitives d'un Peuple
, & qu'on trouve cependant encore au premier
aitre des Inftitutes de Juftinien. Les Stoïciens , qui
DE FRANCE. 173
raiſonnoient d'une manière abftraite fur le vrai &
fur le faux , foutenoient qu'il ne pouvoit point y
avoir de degré dans la vérité & dans l'erreur ; qu'une
chofe vraie ne pouvoit pas être plus vraie qu'une
autre , ni une chofe fauffe plus fauffe qu'une autre.
Les Jurifconfultes, en tranfportant ce principe abftrait
à nos actions , foutinrent qu'il n'y avoit point de
degrés dans nos vertus & dans nos crimes ; que toutes
les vertus étoient égales , tous les crimes égaux ; que
celui qui tue n'eft pas plus coupable que celui qui
vole. Principe qui a quelque chofe de fublime dans
une morale (péculative , mais deftructif de toute morale
& de toute fociété lorsqu'on l'établit dans une
Légiflation. Les Stoïciens penfoient que l'homme
ennuyé de la vie avoit le droit de fe donner la mort.
Sénèque a établi plufieurs fois ce paradoxe dans fes
Lettres , & Zénon le mit en pratique en fe faifant
mourir. Les Jurifconfultes Stoïciens tranſportèrent
ce paradoxe dans la fcience des Loix ; & l'on trouve
dans le Digefte l'apologie du fuicide fait par Adrien
& Antonin le Pieux.
Ces faits font penſer ; mais un Docteur les ignore
fouvent ; & fouvent quand il les connoît , il n'en
penfe pas davantage .
Le Jurifconfulte de Province prend ici le parti des
difputes & de ce feu , de cette émulation fi néceffaires
au progrès des Sciences . La Jurisprudence , dit-il , ne
pouvoit que gagner à être éclairée par le flambeau de
la philofophie , dont l'étude apprend à tirer des conféquences
, & donne du RELIEF à toutes les autres
connoiffances.
Voilà encore le Docteur qui confond tour : il
a entendu dire que la chaleur des difputes pouvoir
animer les Arts , les Sciences , & il croit qu'elle
peut faire le même bien dans l'étude fimple , tranquille
& pofitive des loix : il ne voit point que li la
chofe la plus néceſſaire au repos & au bonheur d'une
H iij
174
MERCURE
fociété , c'eft une législation uniforme qui ferve de
mefure commune aux droits des citoyens ; le pis
grand de tous les maux , c'eft que cette légifla ion
foit abandonnée à des efprits contentieux , qui l'interprètent
de cent manières différentes , & rendent
tous les droits des citoyens incertains , mobiles &
obfcurs comme leurs interprétations : il ne voit point
que fi les difputes font bonnes quelquefois dans
les fciences naturelles , parce que la nature ellemême
ne nous a jamais révélé fes loix , & parce
qu'elle ne peut parler elle - même pour fixer
nos doutes & manifefter fes fecrets ; les difputes
font indécentes , abfurdes & funeftes dans la Jurilprudence
, où le Législateur a parlé lui - même ;
& où , fi les loix ne font pas affez préciſes , affez
elaires, il peut parler encore pour fixer lui- même nós
doutes & nos irréſolutions.
On ne peut que gagner affurément à être éclairé
par le flambeau de la philofophie : un flambeau eft
toujours une très- bonne chofe pour des gens qui
marchent prefque toujours dans les ténèbres ; mais
la Philofophie n'a un flambeau que lorsqu'elle eft
bonne , & prefque toujours elle eft mauvaife : elle
étoit mauvaiſe fur- tout dans l'antiquité , ' qui n'a
connu l'analyse dans aucun genre , qui ne l'a pas
connue même dans la géométrie. Cette philofophic que
les Jurifconfultes Romains allèrent chercher dans la
Grèce étoit celle qui avoit voulu expliquer la créa
tion des Dieux , des hommes & de l'univers par le's
idées éternelles de Platon ; c'étoit elle qui avoit imaginé
les cieux de crystal d'Ariftote , les nombres de
Pithagore avec fon flambeau , des hommes du plus
grand génie même avoient trouvé beaucoup d'abfurdités.
La bonne philofophie , c'eſt à- dire l'analyle
, ne fait que de naître ; elle a répandu déjà
la plus grande lumière dans les Sciences naturelles ,
& la Science de l'homme commence auffi à prendre
DE FRANCE. 175
une face toute nouvelle depuis que de bons efprits
y ont porté l'analyfe ; elle ne donne pas du relief à
toutes les autres connoiffances ; elle n'eft pas une
connoiffance différente des autres connoiffances.
Ce jargon barbare & inintelligible appartient
à l'ancienne philofophie. L'analyse , la bonne
philofophie n'eft que la meilleure manière de fe
fervir de notre efprit dans toutes les études , dans
tous les Arts , dans tous les talens ; la même dans les
Arts les plus fimples , dans les beaux Arts & dans
les Sciences : c'eft elle qui a appris à l'homme à fertilifer
la terre avec la charrue , à pénétrer dans l'immenfité
des cieux avec le télescope , à enchanter
les âmes fenfibles par la peinture fidelle de leurs
paffions. Le Docteur , je le fais , n'entendra point
ce que je dis ici ; mais dans ce moment , ce n'eſt pas
à lui que je m'adreffe ; je comprends qu'il eft trop
tard pour lui de renoncer à cette philo ophie fcholaf
tique qui apprenoit fi bien à tirer de fauffes conféquences.
Le Docteur eft impitoyable , il ne veut me faire
grâce de rien ; il entreprend de faire l'apologie &
de Juftinien & de Tribonien , & de la manière dont
le Corps du Droit Romain eſt rédigé . Sur tout cela
cependant j'ai parlé comme les plus grands Admira
teurs même des Loix Romaines. Ceux qui respectent
le plus ces Loix n'ont aucune eftime pour leur Rédacteur
& pour leur rédaction
Je dirai feulement ici que je n'avois pris aucun des
faits que j'avois avancés dans l'Hiftoire fecrette de
Procope : j'ai parlé d'après les monumens les plus
authentiques , d'après une législation entière , je n'ai
point donné ma foi à ce Procope , qui fut affez lâche
pour écrire fur le même Prince deux hiftoires différentes
: je crois que Procope a été à la fois un vil
flatteur & un calomviateur infâme : ileft de plus trèsfouvent
un Écrivain abfurde & ridicule. J'en avois
II iv
176
MERCURE
parlé a peu près ainfi dans ce même morceau , où
le Docteur prétend que je m'en fuis rapporté à l'Hiſtoire
fecrette de Procope.
Il fait entendre encore que j'ai reproché aux Loix
Romaines d'avoir confacré le Célibat des Prêtres.
Il y a peut être un peu plus que de la malignité
dans cette inculpation ; mais rien n'a pu y donner
lieu de ma part. Le Célibat des Prêtres tient à
des inftitutions d'un ordre fupérieur à la légiflation
même ; & je n'ai pas pu imprimer que ce qui
rend la religion plus pure , puiffe jamais nuire à la
fociété J'ai parlé , non du Célibat des Prêtres établi
par la Religion la plus fainte , mais du Célibat
qui tient aux moeurs, du Célibat en général , de
celui qui ne fait pas naître une vertu , & qui empêche
les hommes de naître ; & je répète , après les
avoir lues de nouveau , qu'il y a plufieurs Loix Romaines
qui honorent ce Célibat , & plufieurs antres
qui le profcrivent comme la chofe la plus fatale à
l'Empire .
Mais où le Docteur me traite avec un fuperbe
dédain , c'eft fur- tout lorfqu'il me combat pour
avoir dit que quelques Loix Romaines parlent des
fecondes noces avec horreur ; il affirme que les
Loix Romaines n'ont jamais condamné les fecondes
noces que lorsqu'elles étoient affez précipitées
pour confondre le fang de deux familles
dans le fein d'une femme : Propter turbationem
fanguinis. Il affure , il imprime hardiment qu'elles
fe bornoient à empêcher que la femme ou le
mari qui fe marioient une feconde fois puffent
donner à leur mari ou à leur femme une plus grande
portion deleurs biens propres , que celle du moins pranant
de leurs enfans. Il feroit fâcheux pour le Docteur
de n'avoir pas raiſon ici : on peut lui pardonner
de n'avoir aucune connoiffance de l'Hiftoire : un
de ces raisonnemens, qu'on appelle illégitimes dans
DE FRANCE. 177
les écoles , ne feroit pas non plus une chofe inouie
dans un Docteur ; mais fi un grave Jurifconfulte
étoit convaincu de n'avoir pas lû les Loix Romaines
au moment même qu'il en prend la défenſe , ce feroit
un grand fcandale pour les écoles , le monde
pourroit en rire .
J'ai dans ce moment le corps du Droit Romain
ouvert devant moi , & je lis ces mots dans une Loi
de Gratien, de Valentinien & de Théodoſe : « Si une
femme paffe à de fecondes noces fans avoir
rendu à fon premier mari tout le culte de la dou-
» leur , qu'elle foit infàme ». Il n'eft point queftion
là de prévenir le mélange de deux fangs . La religion
le culte de la douleur avoit été fixé par les
Loix à une année entière de veuvage , & il ne falloit
pas une année entière pour prévenir ce mêlange dont
cette Loi ne fait aucune mention .
Les mêmes Empereurs , dans une Loi fuivante ,
parlent d'une femme qui , ayant des enfans du premier
lit , a paffé à de fecondes noces après l'an du
deuil , après avoir accordé au veavage tout le temps
que les Loix exigeoient pour la douleur. Eh bien !
dans ce cas même où tous les inconvéniens font prévus,
où la décence publique eft entièrement fatisfaite ,
Gratien , Valentinien & Théodofe parlent de cette
mère de famille comme d'une femme fouillée par
fon fecond mariage : Matre jam fecundis nuptiis
JUNEST ATA.
Juftinien , dans les Novelles , voulut adoucir
la rigueur des Loix que fes prédéceffeurs &
Jui-même avoient portées dans le Code contre les
fecondes noces. Il les adoucit en effet; mais entendez
parler Juftinien dans le préambule de ces
nouvelles Loix . Mais , ce qu'il y a de plus parfait ,
n
dit ce Législateur , ce qui eft digne d'éloge , c'eft
» qu'une femme ait affez de vertu pour n'avoir jamais
» qu'un mari , pour ne jamais violer par un fecond
Hv
178
MERCURE
mariage le lit de celui qu'elle a perdu. Nous
» admirerons & nous louerons toujours également
» cette femme ; nous confidérerons fa vertu pref-
» qu'autant que la virginité même. »
Voulez vous voir actuellement les peines que ces
Loix infligeoient à la femme qui paffoit dans les
bras d'un fecond mari ?
Si elle y paffoit dans l'an du deuil , les Loix la
dépouilloient de tout ce que fon premier mari lui
avoit laiffé par fes dernières volontés. Ces Loix la
déclaroient incapable de recueillir aucune fucceffion ,
aucun legs , de recevoir aucun fidéi- commis ; & obfervez
que ces peines étoient celles qu'on impofoit
aux Citoyens Romains pour les délits les plus graves.
Si elle s'étoit remariée même après l'an du deuil ,
& qu'elle eut des enfans du premier lit , ces Loix
la dépouilloient de la propriété de tout ce que fon
premier mari lui avoit laiffé , foit par donation à
caufe de mort , foit par teftament. Réduite à l'ufufruit
elle étoit miſe ſous la dépendance humiliante
de fes enfans, à qui la propriété étoit tranſmiſe fur
le champ.
Elle avoit eu beau vonloir fléchir les Loix par une
longue douleur , les Loix étoient toujours en colère
contre fon fecond mariage .
Ces peines furent adoucies dans les Novelles ;
mais elles sont adoucies dans les Novelles que
les Jurifconfultes eftiment très - peu , & elles fubfiften
avec toute leur rigueur dans le Code,
que tous les Jurifconfultes admirent & révèrent.
Le Chancelier de Lhôpital prit dans ces Loix
celle qui défendoit à la femme de donner à fon
fecond mari plus que la portion qu'elle donneroit au
dernier de fes er fans : il prit cette Loi qui eft fage ,
qui eft admirable pour défendre les femmes contre
des paffions qui n'ont qn'un inftant en faveur de
leur tendreffe pour les enfans qui eft éternelle : il ne
DE FRANCE. 179
prit point celles qui flétriffoient & puniffcient les
fecondes noces , dont la chafteté même a fouvent
tant de befoin , & qui ont donné tant d'enfans à la
patrie . Ce que Lhôpital fit alors , nos Chanceliers
l'ont fait toujours ; ils ont tranſporté dans nos Loix
ce que la Légiflation Romaine a de plus fublime 3
mais ces belles chofes fe font épurées dans leurs
mains ; elles fe font féparées de ce génie cruel & farouche
qui fut très-fouvent celui de Rome naiffante
& de cette bigotterie ftupide qui fut l'efprit général
des derniers fiècles de l'Empire Romain.
Le Docteur me reproche d'avoir confondu les
Loix fur les bâtards , avec les Loix fur les bâtards
adultérins . 7
Mais c'ef particulièrement des bâtards adultérins
que j'ai parlé on n'a qu'à voir ; car je fuis honteux
de répéter ce que j'ai dit , de réimprimer ce
que j'ai imprimé .
Ce raifonnement: les enfans de l'adultère ne font pas
naturels , donc la nature même ne leur doit rien ,
donc
on ne leur doit point d'aliment ; ce raiſonnement ,
que j'ai rapporté , ne peut avoir été fait que fur
les bâtards adultérins ; car tout ce qu'on peut repro
cher aux autres , c'eſt d'être un peu trop naturels.
Ce beau raifonnement , qui fervoit de principe à
une Loi fi humaine , je l'avois attribué à Conftantin.
Elle eft d'une époque plus récente , dit le Docteur ,
elle est tirée des Novelles de Juftinien.
Il importeroit peu pour mon opinion qu'elle fût
de Juftinien ou de Conftantin , des Novelles ou du
Code. Mais le Docteur donne encore ici une preuve
très-curieufe de fa fcience Je prie qu'on la remarqué.
Cette Loi fe lit en effet dans les Novelles , & ce
n'eft que là que j'avois pu la lire ; mais à la troifième
phrafe on voit que Juftinien la renouvelle de
Conftantin , qui l'avoit écrite dans une Conſtitu-
Hvj
180
*
MERCURE
tion adreffée à Grégoire . On voit qu'elle étoit tombée
en défuêrude , & fans doute à cauſe de fon extrême
cruauté . Ce n'étoit pas feulement les bâtards
inceftueux & adultérins ; mais encore les bâtards des
Magiftrats ,de tous les hommes conftituées en dignités
que Conftantin excluoit du rang des enfans naturels.
ET NEQUE NATURALES ESSE VULT EX HIS
PROCEDENTES. Conftantin leur enlevoit tout recours
, même à la pitié & à la miféricorde des Empereurs.
AMOVENS EIS ETIAM IMPERIALIS MUNIFICENTIE
MANSUETUDINEM. Juftinien adopte
une partie de la Lei de Conftantin , & abroge
la Loi elle- même , qui lui paroifloit trop cruelle.
Tout cela , je le répète , fe trouve à la troiſième
phrafe de la Loi,
Il est évident que moi , qui fuis léger , j'avois lû
la Loi toute entière ; & que le Docteur , qui n'eſt
pas léger affurément , n'en a lû que le titre.
Cette Loi , qui refufoit les alimens. , qui condamnoit
à la mort les enfans nés de l'incefte & de l'adultère
, le Docteur la trouve feulement d'une févérité
un peu outrée. Ici , je ne fais que répondre , je
crains fur-tout de répondre. Qu'on puniffe , qu'on
étrifle même s'il le faut l'inceftueux & l'adultère ;
& fi l'opprobre & lignominie ne fuffisent pas
pour glacer des paffions que la nature allume , que
les Loix fanguinaires de Dracon viennent épouvan
ter encore l'humanité . La nature gémira fans doute ;
la fociété pourra répondre : J'ai besoin de ces Loix,
j'ai besoin d'être ici cruelle pour répandre ailleurs
mes bienfaits ; mais eft-ce l'enfant qui eft coupable
de l'incefte ou de l'adultère qui lui a donné le jour ?
Eft- ce lui qu'il faut punir , qu'il faut condamner à
la mort ? Et parce qu'un homme eft devenu père
par un incefte , pour le punir d'avoir violé une Loi
fociale , faut il lui faire violer la Loi la plus fàinte
de la nature ? Pour le punir d'avoir été inceſtueux ,
DE FRANCE. 181
faut-il le rendre parricide ? Quelle logique ! quelle
légiflation ! quels Législateurs ! quels Docteurs !
Lorfqu'un Docteur ès Loix Romaines s'eft trompé
continuellement fur les Loix Romaines , on ne fera
pas furpris de voir qu'il n'a abſolument aucune notion
de ce qu'on penfe , & de ce qui fe paife en
Angleterre.
Il s'appuie d'abord de l'autorité de Montefquieu ,
pour me prouver que les Anglois manquent de raifon.
A merveille ! c'eft être heureux en autorité
comme en raisonnement .
Il affure enfuite que je n'ai fu ce que je difois en
avançant que les Loix Romaines avoient été rejetées
par les Anglois ; & que les Anglois au contraire ren
dent un culte religieux aux Loix Romaines .
Un culte foit ; mais il faut que le Docteur apprenne
comment les Anglois font religieux . M.
Lolme & l'Hiftoire de l'Angleterre vont le lui apprendre.
Il ne connoît peut- être pas M. de Lolmes
c'eſt l'Auteur d'un excellent ouvrage fur la conftitution
de l'Angleterre , ouvrage devenu élémentaire
pour les Anglois même , qu'on cite à Londres dans
le Parlement , & qu'on adinire dans toute l'Europe.
M. de Lolme , né à Genève , a écrit lui - même fon
livre en François & en Anglois ; mais je n'ai dans ce
moment près de moi que l'édition Angloife , & je
demande pardon à M. de Lolme de le traduire , de
mettre mon françois à la place du fien .
20
» Quand les Pandectes furent trouvées à Amalphi
, Clergé qui , à cette époque , étoit ſeul en
état de les comprendre , ne négligea point cette
» occafion d'accroître fon influence , & hit recevoir
» ces Loix dans la plus grande partie de l'Europe.
L'Angleterre qui étoit deftinée à avoir une conf
» titution fi différente de tous les autres états , fe
diftingua d'abord en rejetant les Loix Ro-
» maines...... La nobleffe les rejeta toujours ,
39
20
182 MERCURE
.30
33
même avec beaucoup d'humeur . Sous le régne de
» Richard II , elle déclara dans le françois de ce
» fiècle , parce que le roialme d'Engleterre n'étoit
devant ces heures , ne à Lentant du Roy notre
Seignior , & Seigniors du Parlement , unque ne
fera RULE ne governé par la Ley Civil. ( Loix
Komaines. ) L'ufurpateur Etienne , qui avoit in-
» térêt de fe concilier l'efprit des robles , alla fi
loin qu'il défendit l'étude même de les Loix dans
l'Angleterre... L'averfion pour les Loix Romaines
» s'est toujours accrue & répandue de plus en plus par
miles nobles & parmi le peuple ; & toutes les fois
que le Clergé a fait de nouvelles tentatives pour les
introduire , tous les Légifes ont réuni leurs efforts
pour les confiner dans les Univerfités & dans les
Monaftères. Aujourd'hui même les Légiftes Anglois
attribuent la liberté dont ils jouiffent ,
& la fervitude de plufieus peuples de l'Europe ,
à ce que ceux- ci ont admis les Loix Romaines ,
» & qu'eux les ont rejetées . Les Loix Romaines
dans le peu de cas où elles font admiſes , font
» admifes uniquement comme Loix non écrites,
» & comme des coutures immémoriales ; quelques-
uns de leurs principes font fuivis dans les
Tribunaux Eccléfiaftiques , dans les cours de
l'Amirauté & dans les deux Univerfités ; mais
» feulement comme Loix fubordonnées à une Loi
fupérieure Lex fub lege graviori. Ces cours
» mêmes font obligées de fe conforiner aux Actes
» du Parlement , & leurs jugemens font foumis
aux Cours où l'on juge d'après les Loix Angloifes
».
20
ל כ
93
:
Voilà le culte religieux des Anglois pour les Loix
Romaines voilà des faits , j'en fuis un peu honteux
pour le Docteur, mais il paroît que c'eft de moi
qu'il les apprend pour la première fois.
Je finis , Moafieur ; encore un mot feulement ,
DE FRANCE. 183
•
·
encore une preuve de ce fens droit du Jurifconfulte ,
de cette Logique qui règue dans toute la lettre . J'ai
parlé dans le Mercure cu difcours de M. Target , à
fa réception à l'Académie Françoile , avec les éloges
que je devois à un bon difcours , & l'intérêt que
m'infpiroit un homme que j'aime beaucoup. Le
Docteuren eft furpris , & il m'apprend que ce n'eft pas
le mépris des Loix Romaines qui a conduit M.Target
all'Académie je m'en doutois bien un peu , mais
peut-être n'est-ce pas non plus l'eftime de ces Loix.
Il eft à croire qu'à l'Académie on a jugé M. Target,
non fur fon refpect pour les Loix Romaines , mais
fur fon refpect pour la Langue Françoile. Dans le
même article , j'ai prononcé les noms de Lhôpital &
de d'Agueffeau , avec le refpect qu'on doit aux
grands talens , & fur tout aux vertus fublimes.
Le Docteur me dit , mais vous n'y pensez pas :
d'Agueffeau & Lhôpital admiroient beaucoup les
Loix Romaines . Ici , par exemple , le Docteur
a raifon hélas ! non je n'y ai pas fongé , je n'y penfois
pas du tout ; mais le Docteur my fair penfer ;
& en vérité mon admiration pour ces deux grands
hommes n'en eft point du tout diminuée . Je conçois
à merveille comment des efprits fublimes admirent
une légiflation où les Loix fublimes ne font pas
rares , & cù le ftyle porte prefque toujours l'empreinte
de ce gée de Rome , fait pour commander
au monde Du temps de Lhôpital & de d'Aguelfeau
, il n'y avoit , ri dans les Loix des peuples ni
dans les idées des homines , rien qu'on pût comparer
à ce monument antique fi impofant par fa grandeur
: & par fa maffe, fi beau par quelques- uns de les dérails ;
autant au - deffus de tous les Codes barbares , que les
débris l'un temple de Corinthe ou d'Athènes font
au-deffus des hores des Huns & des clochers des
Eglifes vandales ; mais d'Agueffeau & Lhôpital nous
ont donné les premiers l'idée d'une légiflation plus
T
:
184 MERCURE
pure , plus fimple , plus régulière , & fur tout plus
conforme aux droits facrés des peuples & de l'humanité.
C'eft dans leurs ouvrages que nous avons
commencé à voir quelque chofe de fupérieur
à ce qu'ils admiroient eux- mêmes ; c'eft d'eux que
nous avons appris à ne pas toujours penfer comme
eux. Leur culte pour les Loix de Rome , tenoit
beaucoup à ces impreffions ineffaçables de l'enfance
leurs écrits , leurs Loix font les fruits de la
maturité de leur génie. C'eſt devant eux , c'eſt de
vant ces grands hommes que je voudrois énoncer &
développer toute mon opinion fur la légiflation romaine
; la pureté de mes intentions m'en donneroit
le courage , & la préfence de ces hommes , dont je
n'ai jamais prononcé le nom fans vénération &
fans attendriffement , éleveroit peut- être affez mes
foibles conceptions pour être dignes de leur étre préfentées
. Hélas ! je me livre à cette illufion ; elle me
repofe de la fatigue de cette longue lettre ; mais
cette illufion fe diffipe bien vite. Lhôpital & d'Aguef
feau ne peuvent m'entendre dans leur tombe , & la
trifte vérité me ramène à mon Docteur . qui n'a pas
fait de belles Loix , & qui a pu écrire une longue
leure fans faire un bon raifonnement.
Heureusement je ne reviens à lui que pour m'en
féparer , que pour terminer cette difcuffion , à laquelle
le Public ne devoit pas être condamné comme
moi. Je n'ai pas pu l'éviter , & je n'ai eu ni le temps
ni le talent de la rendre moins longue . Je fuis sûr au
moins de ne pas la renouveler , quelque chofe que
puiffe répliquer le Docteur de Province.
Ces queftions font importantes ; elles intéreffent
toutes les Nations ; mais elles ne doivent être agitées
que par des hommes qui auront quelque philofophie
dans l'efprit , .& une grande connoiffance de l'Hif--
roire, que par des hommes qui feront fur-tour parfaitement
défintéreflés.
DE FRANCE. 185
Je n'avois rien à gagner en attaquant quelques
Loix Romaines ; & un Docteur , qu'il font de Province
ou de Paris , n'a rien à perdre en les défendant
toutes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
LA Lettre que M. Thomas m'a fait l'honneur de
m'écrire , Monfieur , que vous avez inférée dans le
dernier Mercure , eft trop belle en elle même pour
que le Public ne l'ait pas lûe avec intérêt , elle eft
trop encourageante pour moi, pour qu'il ne me foit pas
perinis d'animer mes efforts par la publicité d'un tel
fuffrage , qu'il a bien voulu approuver lui- même.
Mais je ne puis me flatter que l'Ouvrage fur lequel
porte cette Leture for allez connu du Public pour
qu'il ait pu comprendre de quoi il cft queſtion. Il eût
fallu mettre an bas de la Lettre le titre du Livre. Permettez-
moi de réparer cette omiffion , en inférant
ici moi même l'intitulé de mon Ouvrage , fur lequel
vous avez promis un fecon extrait ; le voici tel qu'il
eft fur le frontispice du Livre :
Difcours fur le Préjugé des Peines Infamantes ,
couronnés au mois d'Août 1784 , par l'Académie de
Metz.
Lettre fur la Réparation qui feroit dûe aux Accufésjugés
innocens.
•
Differtationfnr le Ministère Public.
Réflexions fur la Réforme de la Justice Criminelle.
Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , LACRETELLE,
186 MERCURE
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MA foi , Monfieur , je n'y tiens plus ; le plaifir
que je trouve chaque jour à lire le Mercure , devient
trop vif pour tarder plus long temps à vous en faire
l'hommage. Par état , vous devez bien penser que
l'article des Spectacles n'eft pas celui qui m'intéreſſe
le moins . J'y lis avec fatisfaction les éloges que vous
donnez à certains talens dont autrefois j'étois l'émule ;
autrefois auffi mon nom a trouvé place parmi ces
noms fameux , & cela feul eut fuffi à ma réputation .
L'article Opéra du Nº . 29 , m'a fait faire une
réflexion que je veux vous foumettre. Il me prouve
plus que jamais , Monfieur , que fouvent les grands
Hommes fe rencontrent. Pardonnez- moi cette expreffion
; mais celui qui eft parvenu au plus haut
degré de fupériorité dans fon Art , celui qui l'a enrichi
d'effets neufs , celui dans qui l'on a apperçu le
trait du génie , mérite certainement le titre d'un
grand Homme. Revenons à notre ſujet.
Je lifois donc dans votre No. 29 que , « M. Gardel
» l'aîné avoit coupé très- heureufement le ballet charmant
qui termine Colinette à la Cour par un
petit éifole , dont le fujet lui a été fourni par
» cet air de M. Grétri :
30
Bon Dieu ! bon Dieu comme à c'te fête
Monfieur de la France étoit honnête !
Eh bien , Monfieur , il y a près de quatre mois
que l'on donna l'Epreuve Villageoiſe à Bordeaux ,
où je fuis Mon mali y fit un petit ballet , & le coupa
par un pas de quatre fur ce même air , & je ſuppoſe
dans le même genre ; car il eft auffi moitié pantomime
piquante & gaie , & moitié exécution briliante
DE FRANCE. 187
pas
& légère. Jugez , Monfieur , combien il eſt flat- eur
pour moi de voir M. Gardel & mon mari avoir pofitivement
la même idée. Cela doit être aufi bien
fatisfaifant pour eux ; car ils eftiment réciproquement
leurs talens ; mais ce n'eft la feule preuve
de l'analogie que j'ai fouvent remarquée entre ces
deux célèbres Artiftes. Dans le mois de Juin de
* 1784 , M. Dauberval , avec lequel j'étois à Londres ,
donna le ballet du Déferteur ; au mois d'Octobre
fuivant , M. Gardel imagina de traiter le même ſujet.
J'ignore les raifons qui l'ont empêché de le faire
exécuter ; mais je fuis certaine de l'intention qu'il en
eut alors. Je ne doute pas , Monfieur , que , bien
entendu par le même trait de gérie qui paffera à la
fois dans la tête de M. Gardel & de mon mari , Vous
ne voyez fouvent à Paris ce que l'on danfera à Bordeaux
. Ainsi , la Capitale de la France , & fa première
ville de Provinc auront lieu de s'énorgueillir
du choix qu'elles ont fait , & de la confiance qu'elles
-accordent aux deux grands Artiftes chargés du foin
de veiller aux plaiſirs du Public dans un des Arts
Théâtrals qu'il honore le plus de fon fuffrage.
Je fuis , &c. THÉODORE , femme Dauberval,
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
DEUX EUX nouveautés intérellantes ont embelli
leoncert du de ce mois . M.
Reichardt , Maître de Malique de la Chapelle
du Roi de Proffe , très avantageufément
connu dans le monde muſical , nous a
188 MERCURE
donné des preuves de fon talent dans tous
les genres. Il a fait exécuter une fymphonie ,
un rondeau de chant & des choeurs de fa
compofition. La fymphonie a paru fort
belle ; on fait que les Compofiteurs Allemands
excellent dans ce genre , & M. Reichardt
mérite parmi eux une place diftinguée.
Le rondeau a été trouvé d'un beau
Ayle , mais peut être un peu long ; & comme
il ne finilloit pas par un morceau vif , il a
femblé moins propre à être entendu au
Concert. Mlle Vaillant , qui l'a chanté , intimidée
par plus d'un motif, a beaucoup
tremblé. Mais nous dirons en paffant que ia
manière dont elle a rendu fon premier air ,
prouve que fon abſence n'a pas nui à fon
talent , qui fe perfectionne chaque jour. Les
deux choeurs de M. Reichardt font les morceaux
qui ont le plus réuni de fuffrages . Le
premier fur tout a paru d'une belle facture ,
motulé avec beaucoup d'art & d'intérêt.
M. Babini , Ténore célèbre en Italie , & qui
arrive de Londres , a chanté deux morceaux.
Sa voix eft plus intéreffante que forte ; fa
manière plus fage qu'étonnante. Il fait trèsbien
tout ce qu'il fait , parce qu'il n'entreprend
que ce qu'il eft sûr d'exécuter. On s'eft
empreffé à le comparer à M. David. Cette
comparaifon ne nous paroît pas néceffaire.
Nous commençons à avoir affez de principes
de chant pour en déduire nos jugemens.
Il eft vrai que ces principes ne font pas en-
Core généralement avoués ; mais peu-à- peu
•
DE FRANCE.
189
le goût le forme , & l'on peut remarquer
que les Chanteurs qui balancent aujourd'hui
les fuffrages , n'auroient feulement pas été
écoutés il y a quinze ans . Nos Chanteurs
François ( non pas ceux qu'un véritable talent
rend célèbres ) affectent de méprifer la
manière des Italiens ; ils font très-bien. Mais
tour en la méprifant ils l'étudient , ils en
profitent , & ils font encore mieux.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 1 , de ce mois , au milieu d'une repréfentation
de Chimène , le Public revit ave
tranfport , dans un pas de quatre , trois
Sujets dont il avoit fouffert avec peine la
longue privation , Mlle Dorival , M. Nivelon
& M. Frédéric. La force & les grâces de
Mlle Dorival lui ont affuré depuis longtemps
un rang diftingué dans fon genre. M.
Nivelon n'intéreffe pas moins par les mêmes
avantages ; & s'il a des rivaux redoutables ,
fon talent , qu'il perfectionne encore chaque
jour, le rend digne d'entrer avec eux en comparaifon.
M. Frédéric , qui joint une taille
élégante à une figure agréable , s'approche
de plus en plus de ces modèles , &les efforts ,
qui ne fauroient être infructueux , le rendront
bientôt fans doute également cher au
Public.
190:
MERCUREA
ANNONCES ET NOTICES.
ON vient de mettre en vente à l'hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17 , le Vingt - fixième Cahier
des Quadrupedes enluminés , prix , 7 liv. 4 fols ;
le Tome Quatrième des Quadrupèdes , pour fervir
de fuite aux Euvres complettes de M. le Comte de
Buffon , in- 4°.; prix 21 liv . bl. 21 liv. 10 fo's br. , &
24 liv. relié.
Nota. Ce volume ne peut fervir que pour l'Edition
in-4 ° . de l'Hiftoire Naturelle fans la partie
Anatomique.
1 CLARISSE Herlowe , Traduction nouvelle &
feule complette , par M Letourneur , faite fur l'Edition
originale , revue par Richardfon , ornée de
figures du célèbre Chodowiecki , de Berlin , dédiée
& préfentée à MONSIEUR , Frère du Roi , in - 8 °. A
Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de Meſgrigny ,'
rue des Poitevins , n . 13. Prix , 3 liv . 3 fols chaque
Volume broché & liv. franc de poit par la pofte.
On en a fait auffi une Edition in 18 papier ordinaire,
& une en papier d'Annonay.
• L'Abbé Prevoſt , en traduifant ce magnifique
Roman , avoit fait des coupures que quelques perfonnes
lui avoient reprochées , quoiqu'en général
cet Ouvrage ait paru long. M. Letourneur vient de
tout reftituer. Cet Ouvrage eft affez curieux pour
faire defirer à plufieurs Lecteurs de le voir dans fa
forme originale ; d'autres l'aimeront mieux abrégé.
C'est au faccès à juftifier cette Entrepriſe , qui d'ailleurs
eft tonbée en bonnes mains.
Il paroît trois Volumes de la nouvelle Traduction.
DE FRANCE.
1
HISTOIRE d'Ecoffe durant les Règnes de la
Reine Marie & du Roi Jacques VI jufqu'à l'Avènement
de ce Prince au Trône d'Angleterre , avec un
Précis de l'Hiftoire d'Ecoffe , qui précède cette époque,
par Guillaume Robertfon , Traduct on nouvelle
, 3 Vol. in 12. A Paris , chez Piffot , Librairė ,
quai des Auguftins ; Prault , Imprimeur du Roi ,
même quai , & Delalain l'aîné , Libraire , rue Saint
Jacques.
HISTOIRE d'Angleterre repréfentée par figures,
accompagnées d'un Précis Hiftorique , Tome premier
, cinquième Livraiſon. Prix , is liv . A Paris ,
chez David , Graveur , rue des Cordeliers , au coin
de celle de l'Obfervance.
Nous avons déjà parlé de cet important Ouvrage.
Cette cinquième Livraiſon eft accompagnée de l'avis
fuivant : « Des arrangemens particuliers ayant décidé
» Teftimable Auteur des précédentes Notices à fe
» défifter de cette Entreprife , elle eft aujourd'hui
» dans les mains d'un Homme de Lettres trèsconnu
, mais dont ici le premier titre au fuffrage
du Public doit être d'intéreffer & d'attacher fon
» Lecteur. »
ود
PORTRAIT de M. Pilâtre de Rozier , gravé
fur un deffin fait d'après nature & reffemblant . Prix ,
1 liv. 4 fols . A Paris , chez Knapen & fils , Imprimeur-
Libraire , rue Saint André des Arcs , en face
du Pont Saint Michel.
C'eft le même qui a été diſtribué gratis aux Soufcripteurs
du Courier Lyrique avec le Naméros de
ce Journal.
L'AMOUR conduit par la Folie , Eftampe de
19 pouces fur 14 pouces , exécutée à la manière
192 MERCURE
noire par Bonnieu , Peintre du Roi , d'après le Tableau
du même Auteur. Prix , 18 liv. A Paris , chez
l'Auteur , aux Portiques du Palais Royal , nº . 29.
Ces Divinités font fuivies d'une foule de perfonnes
d'âges & d'états différens qui s'empreffent de
leur rendre hommage. Le fond repréfente une
Ville incendiée.
Amour, tu perdis Troie ! La Fontaine.
Cette Eftampe , faite d'après un beau Tableau ,
eft du plus grand effet , & doit être accueillie par les
Connoiffeurs.
ERIGONE, peint par N. Moufiau , gravé par
L. J. Cathelin , Graveur du Roi. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Roule , chez le Ferblantier.
Il y a de l'effet dans cette Gravure , qui d'ailleurs
eft touchée avec foin.
TABLE
STANCES
TANCES & Mlle.... , 145 Eplire à unjeune Matérialiſte,
Réponse à la Question , 146
Nouvelle Queftion à résoudre , Variétés
་ ་ ཝ
155 , 185 , 186
148 Concert Spirituel , 187
Charade , Enigme & Logo Académie Roy. de Mufiq. 189
149 Annonces & Notices , 190
J.
gryphe ,
APPROBATION.
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Août. Je n'y al
sien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A Paris
le 26 Août 1785. RAULIN.
& de s'expliquer far le prix auquel
il conviendra de porter
chaque efpèce de fourrage , dont
fera dreffe procès- verbal , fans
frais par les Juges.
ceux qui le préfentent à leˇtag
payemens pour recevoir les arré
tages defdites rentes ; donnée
Verfailles le Mai 1785 , regiftrée
en Parlement le 8 Juillet
fuivant . Ordonne qu'en conféquence A Paris , chez les mêmes,
defdits procès- verbaux , les Juges Edit du Roi , qui unit & inprocéderont
, ani fans frais , à corpore au domaine de Ver
la taxe de chaque fpèce de faites les terres & feigneuries
fourrage dans chaque Paroife , de Villepreux & de Velizy
eu égard aux circonftances , &
ain qu'il appartiendra
dépendances ; donné à Versailles
au mois de Février 1785 , regiftré
en Parlement le 8 Juillet fuivant
. A Paris , chez les mêmes.
Extrait des registres du Parl . du
26 Juillet 1785 , concernant les
Tailleurs & Scieurs de pierres ,
vres. A Paris , chez les mêmes.
Ordonne que ceux qui auront
des fourrages à vendre , feront
tenus de les vendre aux propriétaires
, fermiers & cultivateurs
de leurs Paroiffes , qui en auront
befoin pour leur exploita- Maçons , Limeufins & Manoeu
tion & confommation perfon
nelles feulement , fuivant
taxe qui en aura été faite , fans
pouvoir tesvendre à aucuns étraners
, qu'au refus des habitans
de leurs Paroiffes , lequel fera
conftaté par les Juges des lieux ,
& fans frais .
Lettres Patentes du Roi , concernant
la percep ion du droit
de mefurage fur les grains , dépendant
du domaine de Verfailles
données à Versailles le 26
Septembre 1984, regiftrées en Par
lement le 8 Juiller fuivant . A
Paris , chez les mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , porville
de Dunkerque , de terreins
vains & vagues compris dans
fon enceinte ; dorrées à Verfailles
le 24 Avril 1785 , regiltrées
au Parlement le 8 Juillet
Autorife les Juges des lieux à
rendre , pour l'exécution de l'Arrêt
, toutes les Ordonnances re- tant conceffion par le Roi à la
quifes & néceffaires , lefquelles
feront exécutées par provifion.A
Paris, chez P. G.Simon & N. H.
Nyon , Impr. du Parlement , rue
Mignon S. André- des Arcs.
Déclaration du Roi , qui or- fuivant. A Paris , chez les mêmes.
ordonne que les décharges por- Lettres Patentes du Roi , qui
tées par les Contrôleurs des ren- confi ment & homologuent les
tes fur leurs regiftres de contrôle , délibérations de l'affemblée géopéreront
la décharge pleine & nérale du Clergé de France , des
entière de leurs payeurs ; & dé- 6 & 20 Juin 1785 , au fujet de la
rogeant à l'article VI da chapitre femmede 8 milions de don gra
XXXI de l'Ordonnance de 1672 , tuit , accordé à S. M. par ladite
difpenfe les Payeurs & Contrô- affemblée ; données à Versailles
leurs des rentes , de fournir en le 7 Juillet 1785 , registrées en
jugement des notions précifes Parlement le 19 du même mois .
fur la perfonne & le domicile de A Peris , chez les mêmes.
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE,
sher FH.-D. PIERRES , premier Imprimeur Ordinaire du Roi ,
ne Sain - facenes . Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fois par
anée, ave la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
arente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettr
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poites .
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Septembre
fontpriés derenouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes ,
&qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres
fans quoi elles ne feront point reçues.
Jeu 15.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 33. )
SAMEDI 13 AOUT 1785 .
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX. Iches des projets de différentes
Cornoiffances néceffaires fur ferres- chaudes , avec tous les déla
groffeffe , furles maladies lai - tails pour fervir d'embelliffement
tenfes , & fur la ceffation du flux aux jardins anglois & chinois ;
menftruel , vulgairement appelée par le ficur Panferon , Architect,
temps critique ouvrage utile au 2 liv. 8 fols , lavé 4 liv . 16 fols .
fexe & aux gens de l'art ; par M.
Cl .- And. Goubelly , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Profeffeur d'accouchemens
& des maladies des femmes
en couches , & c . 2 vol. in- 12.
APans , chez Quillau , Impr. rue
du Fouarre & Méquignon l'aîné ,
Libr. rue des Cordeliers.
Ordonnance civile 1667 , faifant
le tome troifième du Recueil
manuel des Ordonnances :
vol. in- 32. relié , 1 liv. ro fols .
A Paris , chez Leboucher , Libr.
quai de Gêvres.
|
Paris , chez l'Auteur , rue des
Maçons , près la place Sorbonne
Numéro 12 .
·
Choix de nouvelles caufes célèbres
, avec les jugemens qui les
ont décidées ; extraites du Jour
nal des caufes célèbres , depuis
fon origine jufques & comptis
l'année 1782 ; par M. des Effarts ,
Avocar , Membre de plufieuts
Académies : tomes II & III. A
Paris, chez Moutard , Impr.- Libra
rue des Mathurins.
Collection universelle des mémoires
particuliers relatifs à l'hif-
Cahier contenant en fix plan- toire de France ; tome VI, contenant
le livre des faicts du bon jeune , Libraire quai des Aüğüf-
Mefire Jean le Maingre, dit Bouzins.
cicaut,Maréchal de France : qua- Effais de paéfies propres à la
sorzleme & quinzième fuites . mafique , précédés d'un avant-
Le prix de la foufcription pour propos fur ces deux arts , confdonze
volumes eft de 48 livres Mérés dans leurs rapports entrepour
Paris , & de 55 liv. 4 fols eux, & fur le poëme d'Orphée ,
pour la province. On fouferit qui fait l'objet principal de ces
rue d'Anjou- Dauphine, numéro 6.effais. Ce poëme , en cinq actes,
Effais d'expérience fur la dé eft deftiné à l'Académie royale
monaration ou la manière de car- de aufique , & a été envoyé au
der le coton , de le filer , le fa- concours ordonné pour le pre-
Sriquer en bonneterie , la conf- mier Décembre de l'année 1784
ruction des machines néceffaires in- 89 . br . 1 liv. 10 fols . A Paris,
pour chaque art mathémati- chez Belin , Libr. rue S. Jacques
quement faites , avec des obfet- Bruner , Lib. rue de Marivaux ,
vations fur la marche que doi- près la Comédie Italienne.
vent prendre les perfonnes qui fe GRAVURES.
deftinent au commerce , & c.ou- Quartier général de l'armée
vrage dédié aux Dames françoi- Hollandoife , & Vue du grand
fes , par M. Fournier des Gran- marché aux chevaux d'Anvers
ges : brech. de 16 pag, d'impref & d'une partie de l'Efcaut, deux
fon. A Paris , rue de la Mortel- Eftampes faifant pendans, gra-
Jerie , hotel du Barillet d'or ; chevées par Picquenot : chacune
Lacloye , Libr. vis- à-vis l'arme 1 livre 4 fols. A Paris , chez
S. Gervais ; l'Esclapari , Libr. l'Auteur , rue des Carmes , Cola
pont Notre-Dame ; Mérigot l'allégé de Prefle.
né , Libr. boulevart S. Martin ; & Tombeau de M. E. F. Due
chez les Libr. qui vendent les nou- de Choifeul- Amboife , Pair de
veautés . France , Chevalier des ordres du
Sermon fur la lecture des li- Roi & de la toifon d'or , Gou
vres contraires à la Religion ; parverneur de la province de Tou-
M. de Marolles : 18 f. A Paris raine , &c. & c . , décédé en fon
chez Knapen & fils , Libr.- Impr. hôtel à Paris , le 8 Mai 1785 ,
de la Cour des Aides , au bas du âgé de 65 ans. & inhumé le
pont S. Michel.; & l'Esbapart , 13 dans le cimetière d'Amboife ,
Libr. pont Notre-Dame. I liv. 4 fols. A Paris , chez Ri-
Nouveau Théâtre Allemand , chomme , Graveur de musique ,
ou Recueil des pièces qui ont pa- rue de Bièvre , Numéro 18 ; Aliru
avec fuccès fur les théâtres bert , Marchand d'eftampes , rue
des capitales de l'Allemagne ; Froid-manteau ; Sieber , Marchand
par MM. Friedel & de Bonne de mufique , rue S. Honoré , Nuville
: tomes VII , VIII , IX & mero 92 ; & à Versailles ', chez
X. A Paris , chez les Libr . qui Blaizot , Libr . rue Satory.
vendent les nouveautés .
Elémens de la langue Angloife,
ou Méthode pratique pour comprendre
facilement cette langue ;
par M. Siret. Nouvelle édition,
revue , corrigée & augmentée
in-8°. de 136 pag. br. 1 livre
16fols. A Paris , chez Barrois le
MUSIO U E.
Feuilles de Terpficore pour le
clavecin & pour la harpe , Numéro
36 , contenant un air du
Barbier de Séville , de Paefiello ,
avec accompagnement de clavecin
, par M. Ragué ; un air varié
pour le clavecin , par M.T***;
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 23 Juillet.
'Humidité ayant mis en fermentation de
Lla loude & de la potaffe , raffemblées
dans l'un des magafins de marine à Chriftlantadt
, ces magafins ont pris feu , le magafin
a été confumé , & l'incendie a bientôt
gagné les dépôts consigus , au nombre de
140 , tous conftruits en bois & remplis
de combuftibles. La Douane royale &
les magafins attenants ont été réduits en
cendres . Dans le nombre immenfe de mar
chandifes perdues fe trouvoient . 60000 tonneaux
de bleds : aucun des magafins n'étoit
affuré , & on les évaluoit , l'un portant l'autre
, à trois cent mille florins . Heureufement
la ville diftante de 100 pas , a été préſervée
de ce défaftre. On peut le rappeller que l'incendie
de Petersbourg, il y a deux ans , euf
précisément la même origine,
N°. 32 , 6 Août 178§.
( 2 )
Il n'y a jamais eu de plus affreux tableau
que celui , préſenté à l'envi par les papiers
publics, des exécutions qui fe fuccédent dans
la capitale de l'Empire Ottoman . Laffés
aujourd'hui d'étrangler des Officiers d'état ,
les mêmes nouvelliftes promenent douze
Janiflaires dans la Bofiie , avec un chariot
rempli de pals , pour y embrocher tout ce
qu'ils rencontrent ,Turcs ou Chrétiens .
C'est avec le même fens qu'on nous affirme
que les Janiffaires ont éventré les Officiers
Européens , appliqués à diſcipliner
cette milice , & qu'ils ont joué une journée
entière avec les têtes de ces Officiers. Pour
renchérir fur cette belle expédition , d'autres
nous annoncent qu'on a coulé bas dans le
port de Conftantinople un vaiffeau , fur lequel
on avoit embarqué 60 victimes de la
derniere révolution .
On apprend de la Lithuanie qu'à la fuite
d'un différend entre deux Seigneurs , l'un a
fait prendre les armes à fes vaffaux , & eft
entré avec eux fur les terres de fon adverfaire
, où il a commis des dégats confidérables.
Plufieurs perfonnes ont perdu la vie
en cherchant à les prévenir . Si ce fait eft
vrai , il eft étonnant qu'on ne nomme pas
les deux Magnats.
Les Hollandois ont expédié cette année
185 buffes ou bâtimens pour la pêche du
hareng ; tous font en mer depuis le 15 Juin.
52 navires de la même nation ont fait voile
pour l'Iſlande.
( 3 )
DE VIENNE , le
"
le 25 Juillet.
La fanté de l'Empereur ne s'eft pas confervée
aufli parfaite qu'elle paroiffoit l'être.
Ce Monarque à fon retour a été affez vivement
indifpofé de la poitrine, & à ce premier
mal fe font jointes des hémorroïdes
douloureufes . Le 16 , les Médecins ordonnerent
les bains de lait. La fatigue du travail
exceffif auquel le Prince s'eft livré , depuis
fon arrivée , ne donnant même au fommeil
que trois heures chaque nuit , l'échauf
tement du voyage ont fans doute contribué
à altérer fa fanté. Cependant , depuis quelques
jours , S. M. I. a admis auprès d'elle
fes Miniftres , & n'a point ceffé de donner
fon attention aux affaires publiques . Le
voyage de Laxembourg eft contremandé,
ainfi que les préparatifs commencés à Schonbrün
pour la réception de S. M. I. Les Turcs
en ce moment paroiffent fixer toute l'attention
de notre cabinet.
On affure qu'en traverfant le lac Majeur,
S. M. I. fut expofée à quelque danger : il
s'éleva un vent affez violent pour rendre
très-difficile le retour du bateau vers le rivage.
Le lac majeur , fur les confins de la
Suiffe & de la Lombardie , reçoit les eaux
du Tefin qui en fort à Sefto ; il a 23 lieues
de long fur 2 & demi de large : rien de plus
pittorefque , de plus varié , de plus agréable
que fes bords ; c'eft fur ce lac que font les
a 2
( 4 )
deux ifles où les Comtes de Borromée ont
fait conftruire deux palais & des jardins ,
auxquels le refte de l'Europe n'offre rien de
comparable.
Nous avons encore été menacés d'une
nouvelle inondation , les eaux du fleuve s'étant
conſidérablement accrues pendant plufieurs
jours . On a été obligé de fermer l'Augarten,
& les caves d'un de nos fauxbourgs
ont été remplies d'eau. Dans les endroits où
le fleuve a laiffé fon limon , la chaleur a
multiplié les infectes , & la quantité de poif- .
fons morts exhale une odeur infupportable .
Encore un fuicide , occafionné comme
tant d'autres , par l'inconduite. Le receveur
de l'Excife à Wettra ayant diffipé mille rixd .
de fa recette , & endetté ; pourſuivi de plus
à Vienne par une jeune fille de 16 ans qu'il
avoit corrompue , s'eft empoisonné avec de
l'arfenic . Des gardes , envoiés d'ici pour l'arrêter
, le trouverent mort en entrant dans fa
chambre. Ce malheureux laiffe une veuve
& cinq enfans.
Le Maître d'école de Stras étoit depuis longtemps
attaqué de l'éthifie , lorfque fes amis lui
dirent un jour qu'il feroit néceffaire qu'il fe fit
adminiftrer. Ne foyer point inquiets , mes amis ,
leur dit- il ce n'eft qu'après demain à fix heures
& demie du matin que je dois partir pour l'autre
monde. Les affiftans n'ajouterent aucune foi à
cette prédiction du malade . Le furlendemain atrivé
, le Maître d'école fait venir fon Curé &
fe prépare au grand voyage. Il demande un verre
de vin , s'en lave le vifage & les mains & fait
apporter fon cercueil. Six heures un quart fon(
5 )
ment , le Moribond qui s'étoit mis en tête de
mourir à fix heures & demie préciſes , dit aux
affittans : Je n'ai jamais voulu oléir à perfonne pendant
movie , mais dans ce moment je dois obéir au
Tout- Puffant qui m'appelle hors de ce monde. Après
ces paroles , il fe love , fe couche dans fon cercueil
& rend l'ame .
Le nouvel établiffement pour la fabrication
du cin :bre eft affez floriflant. Des con--
noleurs regardent ce cinabre comme fupérieur
à celui que l'on fabrique en Hollande.
Cette manufature peut en fournir
6000 liv. pefant par femaine.
L'Empereur falt venir des moutons d'Ef
pagne , pour perfectionner les laines dans
fes états ces moutons feront répartis dans
les diverfes bergeries des provinces.
Un incendie qui , le 27 du mois dernier, fe
manifefta au village d'Exetkowitz en Moravie
, a donné lieu à un trait fublime de charité,
La maifon du Curé , M. Bafile Wallon ,
commençoit à s'embrâfer , lorfque ce vertueux
Paſteur fe fouvint d'une malheureufe
Proteftante en couche , & privée de tout
fecours : il s'empreffe d'atteler lui -même fes
chevaux à fa caleche , traverſe le village incendié
, & arrive à la chaumiere de cette
femme , à demi fuffoquée par les flammes
qui l'environnoient ; il la prend dans fes
bras , l'emporte avec fon enfant , & la met
en sûreté dans´un village voifin . A fon retour
, ce Curé compatiffant trouva fa maifon
entierement confumée ; il s'en confola ,
a 3
( 6.)
en s'applaudiffant d'avoir facrifié fes intérêts
au falut de deux de fes femblables.
Tous les Etats héréditaires vont être foumis
à une police militaire . A l'avenir , dans
chaque chef- lieu , il fe trouvera un détachement
des gardes de police commandés
par un Lieutenant.
Le Comte de Waffenaër & le Baron de
Lynden , Députés des Provinces Unies ,
font arrivés dans cette capitale.
·
Les dernieres lettres du Bannat nous informent
de la dépofition & de l'exil du Pacha
de Belgrade .
Un de nos artilleurs , furpris au moment
où il tâchoit de s'étrangler , a été condamné
à être attaché à une planche , & à recevoir de
400 hommes 4000 coups de verge. Sans doute
on a trouvé trop doux de lui ôter la vie , &
l'on a préféré de le faire fouffrir à le tuer.
Voici une exécution d'un autre genre.
Un payfan des environs de Lemberg en Pologne
, étoit paffé en Galicie avec fa femme & Tes
enfans. Le Starofte Comte de Bleski , dans les terres
duquel il demeuroit , en fut informé ; il par.
tit avec quatre autres Seigneurs & plufieurs de fes
vaffaux , & réuffit à enlever le pay fan . Il le ramera
, lui fit donner cent coups de bâton , & le
fit enfermer dans un cachot. La femme de cet
infortuné fut long- temps fans pouvoir favoir ce
qu'étoit devenu fon mari ; elle l'apprit enfin , &
fit parvenir fes plaintes à l'Empereur. Ce Prince
en fit fur le champ demander réparation au Roi
de Pologne , qui répon fit qu'il n'en étoit pas le
maître , & qu'il falloit s'adreffer au Confeil per(
7 )
manent. S. M. I. peu fatisfaite de cette réponſe ,
ordonna au Commandant de la place la plus voifine
de faire fortir deux cent Dragons , avec un
Officier intelligent . Celui - ci partit , s'empara du
Starofte & des quatre Seigneurs qu'il aména à
Zamos. On mit le Starofte dans un couvent où il
fur gardé à vue , & les autres dans les priſons . On
inftruifit leur procès , & le Staroſte a été condamné
à payer mille écus au payfan que l'on avoit
auffi ramené , pour le dédommager de ce qu'il
avoit fouffert , à payer, quinze mille écus au fifc
de l'Empereur , & à recevoir enfuite avant de
partir les cent coups de bâton qu'il a fait donner
au paysan.
DE FRANCFORT le 28 Juillet.
C
THE CUR
Le 3 Décembre dernier , l'Empereur accorda
le titre d'Alteſſe Séréniſſime aux Princes
régnans de Naffau -Weilbourg , Naſſau-
Ufingen , & Naffau - Sarbruck : aujourd'hui
cette conceflion vient d'être notifiee aux
Electeurs de Mayence , de Treves & de
Cologne, ainfi qu'à la Chancellerie d'Empire
& à la Chambre impériale .
Ce n'eft point le couvent des Carmes ,
que l'Empereur fait délivrer aux Genevois
qui fe retirent à Conftance ; c'eft celui des
Dominicains , dans lequel furent enfermés
Jean Hus & Jérôme de Prague , durant le
Concile où ils furent exécutés. S'il étoit néceffaire
de conftater la viciffitude des chofes
humaines , on la trouveroit dans ce cachot
de deux Proteftans brûlés au XV . fiecle ,
a 4
( 8 )
& deftiné aujourd'hui à fervir d'afyle à' des
Proteftans auxquels les Dominicains vont
faire place. Conftance fut jadis une ville
libre Impériale ; engagée dans la ligue de
Smalcade , Charles Quint la mit au ban de
I'Empire , & elle acheva de pardre fon indépendance
fous Ferdinand ; une diete de
I'Empire on 1559 en affuralla poffeffion à la
maifon d'Autriche. Depuis cette époque ,
fa pro périté , fa population , fon commerce
font tombés dans l'aviliffement ; elle a
perdu tous les avantages de fa pofition dans
un pays riche , fertile , admirablement fitué
pour le commerce, & elle n'exifte que pour
faire mieux fentir par fon exemple , aux
Suiffes fes voifins , le précieux avantage de
la liberté.
Vers le milieu du mois prochain , le Roi
de Pruffe fera la revue de fes troupes en Siléfie
tous les régimens fe trouveront réunis
au même lieu. Il est toujours queftion dans
le public d'un futur congrès à Brandebourg.
:
Il eft parfaitement sûr que le Roi de
Pruffe a ordonné la levée de 4 régimens de
Volontaires permanens , qui feront traités
comme les autres troupes , & cantonnés
dans la Pruffe occidentale..
Le Baron de Beulwitz , Miniftre d'Hanovre
à la cour de Potsdam , et toujours à
Berlin , d'où il a expédié un courrier , arrivé
le 13 à Hanovre , & dont les dépêches ont
été envolées à Londres fur le champ. M. de
Belwitz a de fréquentes conférences avec
( 9 )
le Miniftere de Pruffe & avec l'Envoié de
Saxe. Les uns fuppofent que fa million a
pour objet de conclure un mariage entre un
des Princes d'Angleterre & une Princeffe de
Pruffe ; d'autres , & c'eft le grand nombre ,
prétendent que les intérêts généraux de
' Empire & la garantie refpective des états
de plufieurs Princes , forment la matiere de
ces conférences.
Suivant quelques lettres particulieres de
J'Efclavonie , il y eft arrivé des ordres aux
divers régimens cantonnés dans la Province
, de ſe tenir en état de marcher au premier
fignal ; elles ajoutent que le Général
Vedins eft défigné pour en avoir le commandement.
Le 4 de ce mois les trois Colleges des Etats
de l'Empire ont arrêté unanimement la promotion
militaire fuivante : Général Feld Maréchal
de l'Empire , le Duc Jofeph Frédéric de Saxe-
Hildbourghaufen ; Généraux de l'Artillerie de
l'Empire , le Duc Charles - Augufte des Deux→
Ponts , le Prince Frédéric- Augufte d'Anhalt-
Zerbft & le Prince Charles Frédéric de Hohenzollern-
Sigmaring ; Général de la Cavalerie de
l'Empire, le Prince Henri- Augufte de Hohenlohe-
Ingelfingen ; Feld - Maréchaux - Lieutenans de
l'Empire , le Comte de Kanifeck : Aulandorf , le
Comte Truchfes de Wurzach , le Landgrave de
Furstenberg , le Prince de Naffau - Uffingen &;
le Landgrane de Heffe - Hombourg.
ITALI E.
DE VENISE , le 16 Juillet.
L'Empereur , arrivé ici le 26 du mois
a 5
( 10 )
dernier , y féjourna jufqu'au 29 , fous le nom
de Comte de Falkenftein ; on lui a donné
plufieurs divertiffemens , entr'autres celui de
deux courfes de chevaux . S. M. I. étoit accompagnée
du Grand-Duc de Toscane &
du Comte Erneſt de Kaunitz ,
Nous avons lu avec beaucoup de furprife
un article des Gazettes étrangeres , énoncé
en ces termes :
Lorfque l'Empereur étoit prêt de partir de
Veronne , le peuple s'affembla en foule autour
de fa voitute , & témoigna par mille cris d'alégreffe
le plaifir qu'il avoit de voir ce Monarque.
S. M. répondit à ces acclamations par ces
paroles : adieu , patriotes. Cette expreffion flatteufe
fit une impreffion extraordinaire fur ce
peuple , qui crut déjà être fous la domination de
P'Empereur , qu'il préféreroit à celle des nobles Vénitiens.
Dans l'ivreffe de fa joie , il commença
à fe livrer à mille défordres & à lancer mille imprécations
contre les Nobles. Cette phrénéfie auroit
eu des fuites encore plus fâcheufes , fi un des
fecrétaires de l'Empereur , qui étoit resté en
arriere , n'eût couru à toute bride pour en avertir
S. M. Auffi -tôt S. M. dépêcha deux perfonnes de
fa fuite à Veronne pour témoigner fon mécon
tentement au peuple , & affurer le Magifirat que
l'Empereur , par le mot de patriote , n'avoit eu
en vue que de témoigner au peuple l'intérêt qu'il
prenoit à lui , & qu'il défapprouvoit toute autre
interprétation qu'on auroit pu donner à cette
expreffion .
On ne croira pas fi facilement à cet amour
des Veronais pour un changement de domi
nation. Perſonne n'ignore l'extrême dou(
11 )
ceur avec laquelle font gouvernés nos habi
tans de Terre - ferme , qui dans tous les
temps , ont donné les plus grandes marques
de leur attachement à la République . Il n'eft
nullement vrai qu'ils aient à fe plaindre des
Nobles Vénitiens , à qui le Gouvernement
ne pardonneroit aucune efpece d'oppreffion
exercée fur les fujets de l'Etat.
Lé
Le 25 du mois dernier , nous avons perdule
Chevalier
Tron , Procurateur
de Saint-
Marc , âgé de 72 ans. Il avoit occupé les
premieres
dignités , & rempliffoit
à l'inftant
de fa mort celle de Provéditeur
général de
Dalmatie. I jouiffoit depuis long - temps
d'un crédit prépondérant
dans les affaires
publiques
, & un parti nombreux
lui étoit
dévoué.
On écrit de Trieste que le Pacha de Scutari
a été entierement défait par les Monténégrins
, & que fes troupes Albanoifes ont
été forcées de prendre la fuite dans peu de
jours on faura à quoi s'en tenir fur la vérité
de cette nouvelle.
:
Le 30 du mois dernier , le S. George ,
vaiffeau de guerre du premier rang , eft forti
de l'arfenal. Il eft destiné à tranfporter à
Conftantinople le Chevalier Girolamo Zulani
, en qualité de Baile de la République.
La Galathée de même force n'attend qu'un
vent favorable pour appareillera Quant à
1'Eole & la Victoire , le premier pourſuit fa
route fur les côtes d'Iftrie pour le Levant
a 6
( 12 )
avec le vaiffeau la Bombarde, & la Victoire fe
difpofe à le fuivre. Le vaiffeau de ligne la
Diligence , qui eft en armement , fera bientôt
complettement équippé.
DE NAPLES , le 4 Juillet.
Le Duc de Ferra Capriola , Miniftre du
Roi auprès de l'Impératrice de Ruffie , ayant
projetté d'établir entre les deux nations un
commerce avantageux , vient d'appeller à
Pétersbourg un négociant fort habile , de
Campo Baffo , qui , à ce qu'on efpere , fera
de bonnes fpéculations .
Les Cerfaires Barbarefques continuent toujours
à infefter ces mers , fans avoir d'égard
même pour les pavillons amis. Ces jours derniers
, eft arrivé dans ce port un bâtiment
françois , qui avoit été vifité par les Turcs fort
près de la côte ; & quoique le Patron lui eût
montré la patente turque dont il étoit muni ,
fon équipage fut très-maltraité , parce qu'il ne
put fouffrir patiemment qu'on lui enlevât fes
vivres & des marchandiſes. Ce bâtiment a été
obligé en conféquence de faire la quarantaine ,
au grand regret des paffagers. On a auffi - tôt expédié
deux demi galeres & un chebec à la pourfuite
de ces Corfaires. Lorfqu'elles feront revenues
, on armera les autres galeres & chebecs
qui fe trouvent dans ce port , & le Chevalier
Acton , Miniftre de la Marine , partira , dit - on ,
avec ces bâtimens pour aller au-dévant de E. M.
qui comptent fe trouver dans cette Capitale vers
le 10 d'Août. }
ESPAGNE..
DE MADRID , le 15 Juillet.
S. M. vient de rendre un Decret , par
( 13 )
lequel elle change les couleurs du Pavillon
Efpagnol , tant de la Marine Royale , que
Marchande.
Ec· L'expérience ayant prouvé les inconvéniens
du pavilion dont fe fervent la Marine Royale &
le Commerce , en ce qu'il fe confond ailément
à de grandes diſtances ou par un temps calme
avec ceux des autres nations , j'ai réfolu qu'à
l'avenir le pavillon de mes vaiffeaux de guerre
fcit divifé dans fa longueur en trois bandes ,
dont celle du haut & celle du bas fercnt de
couleur rouge , & larges du quart du pavillon ;
celle du milieu fera jaune & portera les armes
d'Espagne, réduites feulement aux deux quartiers
de Caftille & de Léon , furmontés d'une couronne
royale ; la flamme fera de mes trois couleurs ,
& vers le bâton de flamme , elle portera un
quarré jaune chargé des mêmes armes . Les couleurs
du pavillon du Commerce feront les mêmes
, mais fans armes ; la bande jaune du milieu
n'aura que le tiers du total , & les deux autres
feront partagées en deux bandes égales
rouge & jaune alternativement . Tous les vaiffeaux
efpagnols devront faire ufage de ces pavillons
à compter du 1er . Janvier 1786 , dans l'Océan
Européen jufqu'à la latitude de Teneriffe & dans
la Méditérannée ; dans l'Amérique Septentrionale
compter du premier Juillet fuiyant , par tout
ailleurs à compter du premier Janvier 1787 .
vous veillerez à ce que la teneur , &c. » Signé
de la main de S. M. à Aranjuez , le 28 Mai 1785.
A Don Antonio Valdes.
à
Le nouvel établiſſement de la Compagnie
des Philippines ayant reçu des demandes
pour un nombre d'actions beaucoup plus
confidérable qu'il n'en exifte en effet , S. M.
( 14 )
a ordonné que l'on en fit une jufte diftribution
; & elle a fait publier que les Actionnaires
euffent à verfer dans la caiffe de la
Compagnie les fonds des Actions qui leur
reviendroient , avant le terme précis d'un
mois , à compter du 20 Juillet juſqu'au 20
Αούτ .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 23 Juillet.
La Chambre Haute a terminé fon examen
des arrêtés de commerce entre l'Angleterre
& l'Irlande , & le 19 , elle eut une conférence
avec la Chambre des Communes à ce
fujet. Comme les Pairs n'ont adopté ces réfolutions
qu'avec quelques amendemens , le
Miniftre a été obligé de les pré'enter de nouveau
à l'Affemblée nationale , qui a fufpendu
de s'en occuper , à caufe d'un débat de formes.
Tout bill , où il eft queſtion de fubfides
, ne peut être altéré par la Chambre Haute
, maitreſſe uniquement d'approuver ou de
rejetter. Or , l'un des arrêtés , modifiés par
cette Chambre , ayant pour objet les fecours
que l'Irlande devra aux Finances de l'Angleterre
, les Communes ont réclamé leurs priviléges.
Cependant , elles ont ordonné l'impreffion
des articles avec leurs modifications ,
& l'on prendra une décifion finale au premier
jour.
Trente- cinq Membres de la Chambre des
Pairs ont donné leurs voix par procuration.
Les Lords abfens font à Spa , en France , en
!
( 15 )
Suiffe , en Italie , & n'en difpofent pas moins
de leurs fuffrages , quoique lear opinion ne
puiffe être éclairée fur l'objet en difcuflion .
Il eft vrai qu'il a été traité par les plus inftruits
& les plus expérimentés de tous les
Pairs. On a obfervé que le Marquis de Buc
kingham ( Comte Temple ) n'a point aflifté
aux Séances où l'affaire d'Irlande a été débattue
; ce qui indiqueroit une défapprobation
tacite des arrêtés. Mylord Sackville a
publié ouvertement les mêmes opinions , &
fon difcours a été regardé comme un des
mieux faits qui , de long tems , aient été prononcés
au Parlement. Le fentiment de ce
Lord , qu'on dit dans la plus intime confidence
de S. M. , & l'abfence du Marquis de
Buckingham , ont fait préfumer que le Monarque
partageoit leur oppofition ; mais ce
feroit aller beaucoup trop loin , que d'imaginer,
avec quelques-uns de nos Folliculaires,
que le confentement royal fera refufé à l'Acte
important dont les deux Chambres font péniblement
occupées depuis quatre mois.
Il est très poffible néanmoins que cet Acte
ne foit point paffé dans la Seffion actuelle ,
& que le Miniftre fe contente de les faire
imprimer , en accordant un tems convenable
pour une ultérieure difcuffion . Dans ce cas ,
le Parlement feroit prorogé avant 15 jours.
La Compagnie des Indes fe propofe de
freter inceffamment les bâtimens qui doivent
compofer la prochaine flotte . Elle en
a fixé le nombre à 32. On ignore jufqu'ici
( 16 )
leurs noms & leur deſtination refpective.
Deux des Commiffaires chargés d'examinet
les prétentions des Loyalistes , doivent
s'embarquer pour la nouvelle Ecoffe . Le
but de ce voyage eft de prendre des renfeignemens
plus exacts , d'après lefqueis M.
Pitt préfentera , dit -on , un Bill fur cet objet.
Des lettres d'Edimbourg , en date du 13 de ce
mois , portent que le Commodore Gower étoit
arrivé dans la rade de Leith avec 4 vaiffeaux de
guerre , & qu'il devoit remettre à la voile inceffamment.
Ses inftructions lui enjoignent d'étendre
fa croifiere dans ces parages jufqu'aux
Orcades , afin d'empêcher les bâtimens pêcheurs
des Nations étrangères d'empiéter fur les limites
qui leur font affignées .
La femaine dernière , il a été envoyé un
ordre général aux Commitaires de la Douane
, de prévenir l'exportation des foins hors
du Royaume. Généralement , la récolte de
cette denrée a été foible , excepté dans les
Comtés de Derby & de Stafford , plus élevés
& montagneux , & où les nuages ont
entretenu fur les campagnes une falutaire
humidité. La récolte des grains , felon toutes
les apparences , fera extrêmement abondante.
Quatre Compagnies du Régiment Royal
Artillerie vont s'embarquer au premier jour
pour relever le détachement du même Corps
en garnifon à Gibraltar.
Vingt - deux bâtimens font revenus de la
pêche de la baleine , & rendent le compte le
plus avantageux de leurs fuccès & de ceux des
navires encore attendus. La plupart font chargés
( 17 )
de cinq , fix , huit baleines , plus ou moins confidérables.
La faifon de la péche a été cependant
affez rigoureufe , & les glaces très avancées ; deux
bâtimens ont échoué fur celles - ci dans un coup
de vent , mais les équipages ont été fauvés .
Le 16 de ce mois , eft morte à fa campagne
de Bulftrode - Park , Lady Marguerite
Cavendish Harley , Ducheffe - Douairiere de
Portland , âgée de 71 ans. Elle étoit fille du
feu Comte d'Oxford , & laiffe une ſucceſſion
de 28,000 liv. fterl. de revenu , à partager
entre fes quatre enfans , le Duc de Portland ,
Lord Ed . Bentinck , Ladis Weymouth &
Stamford. Le Duc , qui jouiffoit d'environ
10,000 liv . fterl. de rente , en acquiert 12000
autres par la mort de fa mere. Elle avoit l'efprit
très - cultivé , & orné même de grandes
connoiffances. Sa collection d'Hiftoire Naturelle
étoit célèbre ; elle avoit été liée avec
J. J. Rouffeau , qui lui adreffa , entr'autres ,
deux Lettres fur la Botanique , imprimées
dans la collection de fes OEuvres , édition de
Genève.
La confommation de la drêche dans ce
Royaume par les braffeurs ou les particu
liers , eft évaluée annuellement -àà 3,500,000
quarters , foit à 28 millions de boiffeaux.
Un fermier coupant derniérement des gazons
´à faire de la tourbe , fur la commune de Rothbury,
mit imprudemment le feu aux bruyeres
pour arriver plus facilement au gazon , qui fur
le champ s'alluma : l'incendie en peu de temps
s'étendit fur une partie de la commune de plus de
1500 arpens. La féchereffe du gazon rendit tous
( 18 )
les efforts que l'on fit pour éteindre le feu , également
inutiles & dangereux. Le feu gagna les
bruyeres des éminences voifines . appellées Symond-
Side - Beacon , & c. & détruifit pour cette
année 1000 acres de pâture à moutons , appartenant
à MM. W. & S. Donkin. Le 29 du mois
dernier , au foir , la perfonne qui rend compte de
cet événement , écrit qu'e le monta au haut d'un
rocher pour voir plus diftinctement les progrès du
feu; la perfpe &ive étoit effrayante au - delà de ce
qu'on peut imaginer ; une vafle nappe de feu dans
la vallée , & toutes les collines d'alentour en
flammes , offroient un tableau auffi horrible qu'il
étoit magnifique & impofant.
La crédulité de nos papiers publics a été
au point d'adopter ce qu'a débité l'un d'entr'eux
, que le Général Washington avoit
loué une maison de campagne dans le Comté
de Surrey , & devoit inceffamment venir
s'y établir.
Une gazette de la Cour renferme le paragraphe
fuivant. « Les vins , les eaux-de- vie & les drogues
fixent aujourd'hui l'attention des contrebandiers ,
qui n'ont plus rien à eſpérer de l'article des thés.
Quant aux vins & eaux- de- vie , on peut trouver
plufieurs moyens de tromper leur espoir , entre
autres , celui de diminuer les droits de port ; pour
lors , le feul commerce des drogues , auquel ils
fe trouveroient réduits , ne feroit pas fuffifant
pour entretenir un grand nombre de vaiffeaux.
contrebandiers.
Nos Gazettes n'ont pas manqué de tranfcrire
à l'envi la lettre fuivante , datée de
Boſton , du 26 Mai dernier , & à l'Ecrivain
de laquelle on ne reprochera pas de voir les
( 19 )
chofes en beau. Il ne les a pas même rendus
avec fidélité ; car il n'y en a jamais dans
l'exagération .
« On eft fi prévenu ici , auffi bien que dans
tous les Etats - Unis , contre l'Angleterre , que
je crains beaucoup pour les marchandiſes que
j'ai en magafin , & dont la plus grande partie
Vous appartient. Notre Gouvernement est une
vraie anarchie ; la populace y donne des loix , &
je crains qu'elle ne finiffe à l'inftar de celle qu'a
ameutée le Lord George Gordon , il y a cinq
ans à Londres , par un feu de joie générale . La
mifere où fe trouvent les Etats ne peut le décrire
; les impôts leur deviennent abfolument
infupportables , car les reffources du commerce
leur manquent. Vous favez qu'ils ne devoient
leur exiftence qu'à la pêche qu'ils faifoient &
à l'huile qu'ils vous envoyoient ; ils nomment
encore ce tems des jours heureux & paifibles !
Quand ils débarquoient en Angleterre , ils n'avoient
pas de droit à payer , tandis qu'à préfent
ils font obligés d'en payer d'énormes. C'eft ainfi
que cette fource affurée de leur bonheur eft tarie :
elle a changé fon cours ; la nouvelle Ecoffe en
a tous les avantages.
Mais ce qu'ils éprouvent de plus fâcheux ,
c'eft le petit nombre de vaiffeaux qu'ils ont
à confirnire. Avant de parvenir à leur indépendance
, leur commerce , avec l'Angleterre ,
dans ce feul article , étoit confidérable , ils étoient
toujours sûrs d'en difpofer : les vaiffeaux qui portoient
en Angleterre la moitié des productions
de fes ifles aux Indes Occidentales étoient pour
la plupart conftruits à Bofton . I's trouvent tout
changé à leur défavantage ; les yeux commencent
à fe défiller ; ils voient bien aujourd'hui que
quelques politiques adroits le font enrichis aux
( 20 )
dépens de leur patrie ruinée. Je fuis convaincu
que fi ce n'étoit point le crédit que les habitans
de la Nouvelle Angleterre on fu trouver auprès
de la Grande- Bretagne depuis la paix , ce qui
d'une maniere à contribué à alléger leur mifere,
ils auroient tout pillé & tout dévafté fans avoir
égard à la nation , au fexe ni à l'âge : je me dépêche
de troquer vos marchandifes pour en avoirmoins
à transporter dans quelque Colonie Angloife
; car je me crois ici parmi une engeance
quia infiniment moins d'honneur que des Corfaires
barbarefques. Pour l'amour de Dieu , faites vos
efforts pour empêcher vos négocians d'expédier
des marchandifes pour ce quartier fauvage de,
l'Amérique , où les habitans ont également renoncé
à l'honneur & à la bonne foi dans le commerce
. Leur menace de chaffer les Anglois qui
fe trouvent parmi eux , & de les forcer à tranf
porter leurs marchandifes , empêchera que plufieurs
de vos compatriotes n'occupent une place
di ftinguée dans vos Gazettes ( 1 ) , que ce même.
commerce d'Amérique n'a que trop fouvent con
férée. Je fuis fermement perfuadé que bien loin
de faire des traités de commerce avec eux ,
votre Parlement devroit au contraire faire des
loix pour empêcher toute correfpondance entre
la Grande Bretagne & les nouveaux Etats- Unis,
ce feroit une preuve , non équivoque de leur
patriotisme ; car fouffrez que je vous demande ,
eft-il de l'intérêt de l'Angleterre d'envoyer fes
manufactures à un marché où elle ne pourra jamais
recouvrer , défalcation faite des mauvaiſes
dettes , dix shlings par livre fterling de ce qu'elle
y vend? Quant aux productions de ce pays , il
faut confidérer qu'il y en a bien peu qui paffent
en Angleterre fous pavillon anglois , qui eft le
(1) Quand un homme fait banqueroute , cela eft
annonce dans les Gazettes de la Cour.
( 21 )
feul objet qui pourroit lui être avantageux . Vous
pouvez faire venir votre tabac de plufieurs endroits
qui font bien plus à portée de chez vous.
En faitant cultiver le tabac dans la partie méridionale
de la Ruffie , vos vengericz en quelque
forte les torts faits aux Royalites. Il vous
rede encore des Colonies qui vous fourniront dụ
goudron & de la mâture , &c. , & c.; fi elles ne
le peuvent pas , le Roi de Danemarck & l'Impératrice
en ont affez & peuvent les laiffer à
meilleur compte que les citoyens des Etats-
Unis.
L'ufage des feux de la St- Jean en Irlande ,
dont nous avons parlé l'Ordinaire dernier ,
& que les Anglois attribuent à un refte d'idolâtrie
, nous paroît avoir une toute autre origine.
Il dérive , à ce que nous penfons , des
fignaux qu'allumèrent les Chieftains dans
toutes les parties du Royaume , lors de la
confpiration générale contre les Danois ,
qu'on extermina , le 23 Juin 1002. Chaque
Chieftain avoit allumé fur les hauteurs un
feu qui fervoit à indiquer le jour & l'heure
d'un carnage , dont l'ufage actuel eft une
efpece de commémoration.
29
L'unique partie exiftante du vieux pa-
» lais de la Savoie en cette capitale , dit le
» le General Advertifer , eft l'appartement
» qu'habita l'infortuné Roi Jean , fait pri-
» fonnier par le Prince Noir , à la bataille de
» Poitiers. Il y auroit de la démence à dé-
» truire ce mémorial : au contraire , le gou-
» vernement doit le conferver avec foin ,
» comme un monument de la valeur d'un
( 22 )
» Prince de Galles au XIVe . fiecle , & qu'il
>> fera fort utile à tous les Princes de Galles
» d'aller confidérer fouvent.
·
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 27 Juillet.
Le Roi a nommé à l'Abbaye du Mont-
Sainte -Marie , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Besançon , l'Abbé de Bourgevin Vialart ,
Confeiller Clerc de Grand Chambre au
Parlement de Paris ; & à celle régulière de
Vignats , Ordre de Saint - Benoît , Diocèſe
de Séez , la Dame de Montagu d'O , Religieufe
profeffe de l'Abbaye de Saint - Juliendu-
Pré , même Ordre , Diocèfe du Mans ,
fur la nomination & préfentation de Monfieur
, en vertu de fon apanage.
Le fieur Lenoir , Lieutenant- Général de
Police , ayant été nommé au Confeil Royal
des Finances , à la place du fieur de Beaumont
, & commis par le Roi pour préfider
l'affemblée des Intendans des Départemens
de Finances , où feront traitées les affaires
qui y feront renvoyées par le Contrôleur-
Général , comme ayant des rapports & des
liaifons néceffaires avec ces divers Départemens,
a eu l'honneur de faire fes remercîmens
à Sa Majesté .
Le fieur de Crofne , Intendant de la Généralité
de Rouen , nommé à la place de
Lieutenant- Général. de Police , le fieur de
Villedeuil à l'Intendance de Rouen , & le
fieur de Granvelle à l'Intendance du Département
de la Régie générale , ont également
( 23 )
eu l'honneur de faire leurs remercîmens à
Sa Majesté.
L. M. & la Famille Royale ont figné , le 24 de
ce mois , le contrat de mariage du Marquis de la
Mouffaye , Officier des Gardes - Françoiles , avec
Demoilelle de Sourdille de Chambrezois.
Ce jour , la Comteffe de Bermond a eu l'hona
neur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , pat la Comteffe de Grammont .
Le même jour , le Baron de la Houze , Miniftre
plénipotentiaire du Roi près S. M. le Roi de
Danemark , a eu l'honneur de prendre congé
pour retourner à Copenhague , étant préſenté
par le Comte de Vergennes , Chef du Confeil
royal des Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département des affaires étrangeres.
Le même jour , l'Académie royale des Sciences
eut l'honneur de préſenter au Roi , à la Reine
& à la Famille Royale le volume de fes Mémoires
pour l'année 1782 ( 1 ). Le fieur Lavoifier , Directeur
de l'Académie , eut en même temps l'honneur
de préfenter à L. M. & à la Famille Royale
les fieurs de Fourcroy , Charles & Brouffonnet ,
Académiciens reçus depuis la derniere préfentation,
dans les claffes de Chimie , de Géométrie
& d'Anatomie.
L'Abbé de la Roque , Vicaire général de la
ville de Syra , a eu l'honneur de préſenter à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale une eltampe
dédiée au Roi , de la ville & du port de
Syra , île de l'Archipel , dans laquelle on rap-
( 1) Les exemplaires de ce volume préfentés au Roi &
à la Reine , ont cela de remarquable , qu'ils n'ont été
ni battus , ni liffés , ni cylindrés , ni même coufus ; ils
ont été apprêtés & reliés fuivant un nouveau procédé
dont la découverte eft due aux foins du fieur Aniffon fils ,
Directeur en furvivance de l'imprimerie Royale , & dont
Sa Majesté a paru fatisfaite,
•
``( 24 )
.
pelle quelques- uns des fecours que les Syriotes
ont donnés aux François.
Le 24 , le fieur Robert de Heffeln , Géographe
de la ville de Paris & Cenfeur royal , a eu
l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , qui Pont honoré de leurs foufcriptions
pour la nouvelle Topographie de la France , la
Carte de la Contrée Nirt- ouest de la région de
Centre , la fixime de celle qui renferme la fecond
détail des degrés de la fuperficie du Royaume
jufqu'aux Paroifles.
Le fieur le Clerc , Chevalier de l'Ordre du
Roi , a cu l'honneur de préfenter à S. M. les
premieres Cartes de l'Atlas qu'elle a agréé en
faveur du commerce nationnal. Ces Cartes fost
celles de la mer baltique & du golfe de Finlande,
en quatre feuilles , papier grand - aigle ; elles
renferment tous les renfeignemens que les Marins
peuvent defirer far ces mers remplies
d'écueils. L'Auteur indiquera dans le volume
qui accompagnera l'Atlas toutes les fources qu
il a puifé les matériaux de ce travail important.
DE PARIS, le 3 Août.
L'Adminiftration continue à s'occuper fans
relâche des fecours à donner dans les campagnes
, des moyens de rendre moins nuifi-
Ble l'extrême difette de fourrages , à laquelle
elles font réduites. C'eft par une fuite de
cette prévoyance , que le Parlement a rendu
un Arrêt , dans le but de prévenir les monopoles.
Cet Arrêt du 19 Juillet
Fait défenfes à toutes perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , de faire ,
jufqu'à
( 25 )
jufqu'à la récolte de l'année 1786 , aucuns achats
en foin , paille ou autres fourages , au- delà de
la quantité néceffaire pour la nourriture de leurs
chevaux & beftiaux , & proportionellement à
leurs exploitation & confommation perfonnelles ,
fous peinede faifie de l'excédent , & autres peines
portées par l'Arrêt .
Ordonne que les Propriétaires , Fermiers ,
Cultivateurs & principaux Habitans des Paroiffes
feront appellés devant les Juges des lieux à l'effet
de convenir de la quantité de chaque espece de
fourrages qui peut exifler dans l'étendue de
leur Paroiffe , & de s'expliquer fur le prix auquel
il conviendra de porter chaque efpece de fourrage
, dont fera dreffé procès- verbal , fans frais ,
par les Juges.
Ordonne qu'en conféquence defdits procès
verbaux , le Juges procéderont , auffi fans frais ,
à la taxe de chaque efpece de fourrage dans chaque
Paroiffe , eu égard aux circonftanccs , & ainfi
qu'il appartiendra..
Ordonne que ceux qui auront des fourrages à
vendre , feront tenus de les vendre aux Propriétaires
, Fermiers & Cultivateurs de leurs Paroiffes
qui en auront befoin pour exploitation & confommation
perfonnelles feulement , fuivant la
taxe qui en aura été faite , fans pouvoir les vendre
à aucuns étrangers , qu'au refus des habitans
de leurs Paroiffes , lequel fera conftaté par
les .Juges des lieux , & fans frais , & autorife les
Juges des lieux à rendre , pour l'exécution de
l'Arrêt , toutes les Ordonnances requifes & né¬
ceffaires , lefquelles feront exécutées par provifion.
Une Ordonnance de la Chambre des Bâtimens
ayant réduit le prix des journées des
N°. 32 , 6 Août 1785.
b
( 260)
Maçons , Manoeuvres , ceux - ci quittèrent
leurs atteliers , & un tambour en tête , entrafuèrent
leurs camarades à la même défertion.
La prudence du Magiftrat de Police
calma ce mouvement ; & pour en prévenir
le retour , le Parlement a relevé l'appel de la
Sentence de la Chambre des Bâtimens , & en
a fufpendu l'exécution.
Les travaux de Dunkerque vont être commencés
; le Miniftre des Finances as ant afligné
cent mille livres par mois fur les revenus
de la Province , pour cet objet. On em , Tɔiera
cette fomme à conftruire un Quai autour
du baffin , à nettoyer le Port & le Havre , à
extirper les ancres qui , à marée baile , forment
des écueils , &c. &c. On projette auffi
de rétablir la Citadelle , le Fort - Louis , les
deux jettées , augmentées chacune de so
toifes , & au bout du mole , ainfi prolongé .
de placer deux caiffes coniques , fur lesquelles
on reconftruira les risbans .
Le Roi vient d'accorder une peafion de
8,000 liv. à Mile de Buffy , four unique du
feu Marquis de Buffy , dont nous avons annoncé
la mort. Nous faififfons avec plaifir,
cette occafion d'entretenir de nouveau nos
Lecteurs de ce célèbre Officier , en leur préfentant
quelques détails intéreffans fur la
dernière époque de fa carrière . Cette noice
authentique rectifiera d'ailleurs quelques
inexactitudes répandues dans le Public , &
quenous avions adoptées fur la mort de M,
de Buffy.
( 27 )
M. le Marquis de Buffy , ( r ) arrivé dans
PInde , au lieu d'y récevoir huit à neuf milles
hommes , des convois qu'on lui envoyoit
ayant été pris ) n'en put raffembler que trois
milles , que les maladies réduifirent bien - tôt à
deux milles quatre cens , & feulement 2000
Cipayes nouvellement levés .
2.
& fans au-
C'eft avec ces foibles moyens ,
cuns fecours , Hyder Ali étant mort , Tipofaib ,
fon fils n'étant plus à la côte , & ayant été
forcé de repaffer les Gates , pour appaifer des
révoltes dans fes propres états , que M. de Buffy
fçut refifter aux Anglois , qui , à cinq milles
hommes de troupes Européennes , jeignoient
quinze milles Cipayes bien diciplinés . La
journée du 13 Juin 1783 , fut d'autant plus
honorable pour M. de Buffy , qu'avec des
forces bien inférieures , il fit beaucoup de mal
aux Anglois , & leur infpira une telle terreur
que voulant donner douze cens hommes à
M. de Suffren , pour armer fa flotte , & la
mettre en état de combattre celle des Anglois ;
il rentra, à Gordelour , avec toute fecurité :
quoique cette Ville ne fût point fortifiée , &
qu'il n'y fût reflé
qu'avec fept cens
hommes
,
on n'ofa pas l'attaquer l'empreffement avec
lequel peu - après les Anglois annoncerent la
paix , dont ils avoient eu , les premiers
Connoiffance , prouva combien M. de Buffy
s'étoit rendu rédoutable. A fa mort il n'avoit
21
(1) Il ne refte plus de cette famille que Mademoiſelle
de Buffy, dont nous parlons en ce moment , & Madame
la Marquise de Folleville , niece de M. le Marquis de
Buffy, & fille du Chevalier de Buffy , tué à la bataille de
• après s'être emparé d'un bois occupé par les ennemis
: ce qui contribua fingulierement au fuccès de cette
journée,
b 2
( 28 )
qué 64 ans & 11 mois , fa réputation dans la
guerre de 1741 , celle qu'il s'acquit de nouveau
en 1751 , en établiffant fur le trône de
Golconde , un Prince protégé de la Nation , &
dont il avoit fait choix : ( 1 ) l'éclat & la célérité
de fes opérations , ou pour mieux dire
de les victoires , qui rendit le nom François
auffi rédoutable que refpecté , dans tout l'Empire
Mogol , l'auroient fait imaginer bien plus
âgé à cette époque. M. de Buffy , fut attaqué
à l'Ile de France du fcorbut ; la révolution
que lui caufa la nouvelle de la prife des convois
, & des maladies qui régnoient dans
celui de M. de Peynier , le mit à la mort .
Cependant fon zêle ne l'abandonna pas , fon
activité ne lui permit pas de fe repofer , il ne
fut que huit jours fans travailler ; fa lancé quoique
délabrée , ne retarda même pas l'expédition ;
auffi tot que les préparations furent faites , il
partit de l'Ile de France dans le moment où
on craignoit le plus pour fa vie : on nous a montré
une lettre qu'il écrivoit à cette époque , il
mandoit » après des contrariétés de tous les
» genres , je pars pour l'Inde , avec des moyens
" affoiblis mais la même confiance dans le
» Miniftre & le même dévouement pour l'expédition
qu'il m'a confié. Je confulte plus
encore mon devoir que mes forces , & je les
?
(1) Mouzapherzingue , ŝouba du Dekan & roi de Golconde
, l'allié des François , & que M. de Buffy étoie
chargé de remettre en poffeffion de fes états , ayant été
tué au milieu d'une victoire , que M. de Buffy emporta
fur fes ennemis ; la confiance aveugle en ce Général fut
telle , que les chefs Mogols & Indiens de cette armée dégernerent
au jeune Buffy le choix du fuceeffeur : il le fit
somber fur Salabetzingue , qui manifefta fa gratitude par
des conceffions immenfes qu'il fit à M. de Buffy , lequel
jes remis à la Compagnie,
( 29 )
employerai jufqu'à leur épuisement à ce qu'il
fera poffible de faire pour la gloire du Roi
& celle de la Nation. t
7
Par le ftyle de cette lettre on peut juger de
l'énergie qui reftait dans l'ame de l'Ecrivain . Ilfe
rétablit un peu dans la traversée arrivé dans
P'Inde , la terre le rétablit , il jouiffoit de la
meilleure fanté , quand la mort l'a enlevé à
la Patrie , à fes proches , & à fes amis . Intrépide
Soldat , habile Général , Négociateur
éclairé , Patriote zélé , défintéreflé par caractere
, ( 1 ) M. de Buffy réunifloit toutes les
qualités dont une feule eût fuffi pour rendre un
Citoyen précieux à la Nation .
Il eft à fouhaiter , & il n'a pas même été
très rare , dans la dernière guerre , de rencontrer
le fentiment de candeur & de nobleffe
d'ame qui a dicté la Lettre fuivante.
-Elle a été adreffée par M. Thomas Graves ,
Capitaine de la Magicienne , au Comte de
Kergariow Locmaria, Capitaine de la Sybille,
& elle eft datée de St-Omer le 27 1785.
MONSIEUR',
Lorfque je parcourois ce pays , l'hiver dernier
, je me flattois de me faire connoître perfonnellement
à vous , comme à un Officier qui
m'a empreint d'idées les plus exaltées de votre
caractere...... militaire , par rapport à vos fupérieures
& braves manoeuvres du 2 Janvier 1783 ,
par lefquelles vous avez non- feulement fauvé
votre convoi , mais même démâté totalement
la frégate de Sa Majefté Britannique , la Magi
cienne , que je commandois . Permettez- moi de
( 1 ) Dans la derniere expédition il n'avoit ni appoin
tement ni traitemens, bi
(í 3.0: ))
dire , comme Officier de près de trente années,
d'expérience , & qui commandois un vaiffeau
de ligne la derniere guerre , dans prefque
toutes les actions dans les mers des Ifles & de
l'Amérique , que jamais je n'ai,ya déployer un
courage & une conduite auffi fupérieure dans
aucune époque de mes fervices. Ces fentiaeats
dans un homme enthoufiafite de fon état , feront
, j'efpere , l'apologie de la liberté que j'ar
Arife , defirant que notre prochaine entrevue
fe faffe comme amis ; & que , quoiqu'actuelle,
ment empêché de vous aller voir à Breit , vous
ayez pour agréable de vous fouvenir , fi jamais
vous parcourez l'Angleterre , que vous trouverez
dans la ville d'Exeter un ami qui fera heureux
d'une occafion de vous montrer toutes fortes d'é-,
gards , & de vous affurer en perfonne que je fuis,
avec la plus haute efime & la confidération la
plus fincere ,
"
Votre très - obéiffant & très- dévoué ferviteur ,
THOMAS GRAVES.
Nota La Magicienne avoit jo canons de 12
dix de gaillard , beaucoup d'ubufiers & pier
riers , & elle étoit foutenue du vailleau mauvais
marcheur , l'Endymion ; . & la Sybille n'avoit que
d'x - huit canons de 12 ' , huit caróns de gaillard
& trois pierriers , & n'avoit qu'une petite corvette
, qui n'a pu la fuivre , & qui l'a forcé de
s'engager plutôt pour la dégager.
91
On parle dans le Public de l'expérience
prochaine , & en grand , d'un canon chargé,
d'air inflammable. Si elle réuffit , les Aerof
tats pourront avoir leur artillerie. On dit que
l'explofion de ces canons eft très forte , &
leur portée confidérable : ils feront même
économiques , s'il eft vrai que leur charge:
( 31 )
ge
ne coûteroit que la millieme partie de la chardes
canons ordinaires. Voilà donc encore
une admirable reffource pour briler , mutiler
, écrafer & tuer l'efpece humaine à bon
marché . Il ne manquoit plus à l'Artillerie
que ce dernier mérite.
Tandis que les uns approfondiffent les
moyens de détruire , d'autres travaillent à
conferver. C'est un des avantages du bel
Atlas hydrographique , entrepris par M. le
Clerc , l'Hiftorien de la Ruffie , Atlas dont
on a déjà livré les deux premières Cartes . La
première eft celle de la Mer Baltique , du
Détroit du Sand jufqu'à Gothenbourg , du
port de Dantzick , &c. &c . la feconde a pour
objet le Golfe de Finlande, depuis l'ifle de Dago
jufqu'à Petersbourg. Il eft peu de travail
en ce genre auffi important , auffi exact , auſſi
habilement exécuté dans toutes fes parties ,
& l'on ne fait auquel on doit le plus d'éloges
, ou au favant Auteur , ou au Graveur
qui l'a fi bien fervi . Ces deux Cartes , ainfi
que les huit autres qui vont fuivre , font couvertes
de fondes ; la nature & la qualité du
fol du fond de la mer y font indiquées en
fuédo's & en françois . Elles feront accompagnées
d'un texte en un volume in-4° . , qui
rendra ce beau Recueil auffi précieux aux
Amateurs de l'Hiftoire , qu'aux Marins &
aux Géographes ( 1 ) .
(1' On ſouſctit à Paris , chez Froullé , Libraire , quai
des Auguftins , & chez les principaux Libraires de la Piovince
& de l'Etranger, Prix , 36 liv.
b 4
( 32 )
·
Quoique très décidés à ne plus inférer
aucune des lettres en grand nombre que
nous adreffent les prétendantes à la main de
Mr. de.... , dont nous avons fait connoître
les demandes conjugales , nous faifons une
dernière exception en faveur de la dépêche
fuivante , propre à tenter à tous égards les
célibataires les plus endurcis.
Affurément , Monfieur , vous avez bien de
l'efprit ; mais à coup sûr vous êtes un original ,
& cela ne me déplaît pas. Votre franchiſe fur
votre propre compte me femble n'appartenir qu'à
vous ; votre caractere me paroît heureux ; il y a
de la gaité dans vos idées : & tout cela , fauf erreur
, me convient infiniment . Donc , réflexion
faite , me voilà fur les rangs ; me voulez vous ?
c'est ce que j'efpere. Vous allez décider d'après
mon portrait. Commençons par ma figure ; traitons
d'abord les formes : je fais que lorfqu'elles
font agréables , elles font preftige en faveur du
fond.
Je fais majeure....... Ne vous effrayez pas ,
Monfieur , c'eft de bien peu ; huit jours avec
vingt cinq ans ne me donnent que tout juste ce
qu'il faut pour être en droit de faire une extravagance
, en difpofant de moi .
Ma taille eft moyenne ; cinq pieds un pouce
chauffée , & je porte des talons fort bas. Je fuis
graffe & point forte ; j'ai la jambe fine , le pied
délicat , & du fvelte dans la tournure.
Mon vifage me femble tout en oppofition avec
le vôtre , & peut - être fera - ce tant mieux pour
votre progéniture. Vous avez le front bas & circulaire
, le mie cft élevé & déployé. L'oril
creux & rond , je l'ai long & affez faillant.
-Votre regard eft grivois & prolongé , le mien,
-
( 33 )
-
affurément , eft modefte , & n'attend pas qu'on le
choque deux fois pour le bailler : fon expreffion
eft incertaine , elle dépend de l'occafion. Vos
joues font féches & plattes , les miennes font
rondes & fraîches, Vous avez le nez large &
évafé , le mien eft petit & retrouffé . Vos
levres font épaiffes , les miennes font fines & bien
coupées. Les vôtres , dites- vous , font vermeilles
j'en fuis fâchée , car les miennes le font
auffi ; & mes dents ne gâtent rien à mon ris.
-
-
Vous allez , Monfieur , me croire très jolie
ôtez le fuperlatif, il feroit une erreur. Quoique
tous mes traits foient bien , il regne un certain
défordre dans leur enſemble , qui me rend équivoque
entre le joli & le paffable.
1 Venons à l'efprit. J'ai eu fouvent envie de m'en
croire , & peut- être en ai je ; car au beſoin je
me trouve affez conftamment celui du moment :
mes faillies me valent des fuccès ; ils me flattent
parce que je ne les dois ni à l'art ni à l'étude.
Mon éducation a été foignée , mais dans un
genre qui ne vous conviendra peut - être pas.....
Je fais le latin , Monfieur ; qui plus eft , les mathématiques
; en fus la phyfique ; un peu de chimie ,
pas mal d'anatomie ; les diffections m'ont toujours
beaucoup flattée... J'entends auffi la chicane
; c'eft un talent que je chérirai , s'il m'aide
à défendre vos 1500 liv. de rente de la dent du
Procureur , qui , en cas de difcuffion , n'en feroit
qu'une pillule. J'ai dans la tête un croquis de
Phiftoire , des bribes de littérature , quelques
morceaux de poéfie , & prefque toutes les fuperbes
imprécations qui font au théatre, Je vous
préviens de tout cela pour que vous ne foyez
pas douloureuſement furpris quand vous m'entendrez
citer , car je cite fouvent. Cependant , je
vous jure , en honneur , que je ne Luis pas íavante.
bs
( 34 )
Je fuis philofophe au coin du feu , « tête- à- tête
avec un fage : mais tans jamais fuffer l'érymologie
du mot. Je déraisonne au milieu de mes
amis , & les choiks fpirituels & gais . En fociété
je reçois l'impulfion , & ne la donne jamais :
pourtant je ne fuis pas nulle.
Mon coeur eft fenfible , mon imagination vive ,
mon ame tendre . A vous parler vrai , Monfieur ,
je ne fais trop ce que m'auroient fait faire mes
feize ans jufqu'à vingt- deux , fi je ne les avois
noyés dans un courant affez informe d'études
de travaux & de diſtractions agréables.
1
Je me tate fur l'article de la coquetterie......
Je voudrois être fincere , fans cependant me déjouer
à vos yeux.... Me croiriez -vous , fi je vous
jurois que j'en fuis totalement dépourvue ? non ,
fans doute , mais me croirez vous mieux , fi je
vous dis que j'en fuis corrigée ? ... Eh bien ,
Monfieur , je me confeffe done ; j'aime à plaire ,
je l'aime par-deffus tout. Mais ce qu'il faut que
yous croyiez avec une foi à transporter les montagnes
, c'eft que c'eft la jouiffance de mon coeur ,
& non celle de ma vanité.
Je n'ai point le goût de l'extrême parure ; le
négligé le plus fouvent me foffit ; mais je me
connois le talent de me mettre avec une certaine
grace élégante : c'eft peut-être ce qui me raffure ,
& m'empêche de donner dans la recherche.
Vous n'aimez pas , dites vous , Monfieur , les
vertus farouches ; la mienne n'a jamais pu le devenir
, quoique véritablement elle puifle s'appeller
vertu. Je fuis d'une indulgence bien douce pour
les autres , & rien ne m'eft plus naturel , étantĮ
fufceptible de toutes les fedu&ions . L'éloquence ,i
la poéfie , la peinture , la mufique , toutes les
fituations , tous les fentimens , tous les charmes ,
ent une intelligence , fecrette avec chacune de
( 35 )
mes facultés. Je fuis fouvent touchée jufqu'au fond
de l'ame , jamais tentée : c'est encore un article
pour lequel j'interpelle toute votre crédulité.
Je n'ai point de vices. Je change fouvent de
défauts : l'occafion me les fait , je ne les choifis
pai ; je ne compofe point avec eux : & d'ailleurs
je n'y tiens pas .
J'ai de la naiffance ; je poffede 4000 liv. de
rente , j'aime l'argent comme une chofe dont il
eft fâcheux de manquer ; je le dép nfe par goût ,
& ne calcule que pour n'en devoir à perfonne .
La crainte de finir par rencontrer quelque jour
l'ennui de mon exiſtence , fait que je ne répugne
plus autant à la doubler. Devenez mon fecond
Monfieur , fi je vous tente. Sinon , j'attendrai
qu'un autre original me faffe la même impreffion
que vous ; & je garde votre idée pour piece de
comparaifon , afin d'époufer au moins votre mé
nechme.
300o A Grenoble , le 22 Juillet 1785.
Il eft à obferver que dans toutes les lettres
que nous avons reçues à ce fujet , les corref
pondantes, fe trouvent fans doute par un hafard
heureux , toutes pourvues des agrémens
de la figure. Aucune n'a diflimulé les défauts
de l'efprit ou ceux du caractère ; mais aucune
qui ne foit au moins jolie. Ces portraits peuvent
être fidèles. Cependant , ils donnent lieu
à une queftion , c'est de favoir fi ce concours
de defcriptions phyfiques agréables eft dû
a l'amour - propre du fexe , ou à fa pénétration
; s'il n'indique pas plus de foibleffe de
notre part que de la fienne , & l'affurance:
de triompher de nous par un joli portrait
bar
al
b: 6
( 36 )
de la figure , plutôt que par les qualités mo
rales ? Au refte , la Penfionnaire d'un Couvent
de Rennes , dont nous avons rapporté
la lettre , a 4 pieds 11 pouces , & non 4 pieds
4 pouces , comme on l'a imprimé par inadvertance.
Il n'eft pas jufte d'ôter rien à la
taille de perfonne, & fur- tout à celle d'une
femme aufli aimable que paroît l'être la Penfionnaire
fur les rangs .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le I de ce
mois , font : 27 , 84, 71 , 63 , & 17.
PAYS- BAS.
2
1
DE BRUXELLES , le Août.
La convention ou cartel entre la Répu
blique de Hollande & le Prince Evêque de
Liege , pour la reddition des déferteurs ,
étant expirée , les parties contractantes l'ont
renouvellée pour dix ans , fur le pied établi
en 1742.
Le cocher de Madame Van der- Meulen
de Leyde l'avoit accufée l'année derniere ,
d'avoir tenté de le corrompre pour affalliner
le Prince d'Orange ; on a condamné ce miférable
au fouet , à la marque , à 30 ans
d'incarcération , & après fon élargiffement
au banniffement perpétuel . Une cuifinjere
fa complice a été auffi fouettée , emprifonnée
pour neuf ans , & bannie enfuite des
provinces de Hollande , d'Utrecht , & de
Zélande , pour le terme de 18 ans.
La méfintelligence augmente entre le
( 37 )
peuple & la régence d'Utrecht. Les Etats de
cette province viennent de défendre , ſous
peine d'être puni comme perturbateur du
repos public , toutes fignatures de Requêtes ,
d'Adreffes , rédigées & préfentées un
corps de citoyens ; laiffaritentespar
particulier le droit de préfenter fes plaintes
au Magiftrat ou au Souverain .
en
On avoit tenté d'établir à la Haye l'un
de ces Corps - francs , qui ont femé le trouble
à Rotterdam & ailleurs , & qui devoient
fervir d'inftrumens à la guerre civile ; mais
la Magiftrature a agi de vigueur , en menaçant
de retirer les privileges de la bourgeoifie
à quiconque prendroit parti dans cette
milice irréguliere .
Le peuple s'eft porté en foule en divers
lieux fur le paffage du Stathouder & de fa
famille , notamment à Rotterdam &
Overschie , en accompagnant ce Prince de
cris de joie & de bénédiction.
7
On vient de publier à la Haye la relation
circonftanciée d'une feconde victoire obrenue
fur la côte de Malacca par les troupes
de Hollande : c'eft leur commandant , le
capitaine Van Braam , qui rend compte en
ces termes de cet heureux événement .
» Ayant dépêché le 4 Juillet les frégates
de guerre le Monnikendam & la Junon , avec
quatre autres bâti mens armés de la Compagnie
pour faire le blocus de la ville , il s'écoula juf
qu'au 14 dudit moi avant que tous les bâtimens
de transport & armés fuffent prêts pour s'y join
( 38 )
dres Enfin ledit jour je partis avec quatre navires
de guerre & huit bâtimens de la Compagnie ,
pour Salangoor; j'y arrivai & mis à l'ancre le 20,
Une obfervation exacte de la côte me fic
voir qu'il n'y avoit qu'un feul endroit où l'on pût
effectuer une defcente : & cet endroit préfentoit
de grandes difficultés , par fa fituation au pied
d'une montagne , où l'ennemi avoit porté fes
principales forces , & élevé plufieurs ouvrages
garhis d'artillerie , ou re plufieurs batteries établies
dans la Pace même.
Ces difpofiions me donnerent matiere à réfléchir
, d'autant qu'il étoit peu praticable d'efcalader
la montagne pour fe rendre maître des
Ouvrages : quoique la journée du 18 Juin , fi glorieule
pour nos troupes , m'cût inftruit de toute
leur fupériorité fur les Indiens , lorfqu'elles aus
roient une fois mis pied à terre ; ajoutant à cela
la mauvaiſe maniere, dont leur artillerie eft fervie,
aucun boulet ne portant coup , pour ainh
dire,
Décidé cependant à faire la defcente , & ne
voulant pas l'effectuer de ma feule autorité , je
convoquai un confeil de guerre pour le 28 Juillets
Rexpédition y fut réfolue unanimement , auffi- tôt
que le temps le permettroit .
Le 2 Août à la pointe du jour , tout paroif
fant favorable à l'exécution du projet , nous
primes terre malgré un feu très -vif de mitrailles
& de balles. Notre flotille étoit compofée de 27
batimens , tant grands que petits , portant en tout
822 hommes , favoir 517 Européens , & 305
In diens.
» Le calme & le courage avec lequel nos gens
avancerent contre le feu , pouffant des cris conti
nuels de Hougée , décontenança tellement l'ennemi,
qu'il abandanna les batteries placées fur
( 39 )
la plage , en s'enfuyant vers les hauteurs , où nous
le pourfuivimes de fi près , & avec un fi heureux
fuccès , que les ouvrages furent également aban
donnés , & que tous chercherent leur falur dans
la fuite. Nous demeurâmes maîtres des forts , de
l'artillerie & des munitions de' guèrre. Dans leur
épouvante , les Indiens le retirerent dans l'intérieur
du pays , & nous abandonnerent la ville,
dans laquelle nous ne trouvâmes rien de remar
quable. Dod
» Cette action ne nous a coûté que 3 morts &
bleflés parmi les Européens , & 3 morts & 11
bleffés parmi nos Indiens . La perte , du côté des
endemis , aété vraisemblablement très-médiocre ,
vu leur prompte fuite . Un de leurs chefs , que
nous avons pris prifonnier , préfume qu'ils ont eu
9rà o tués & autant de bleffés . Nous n'avons pris
qu'un feul drapeau , qui étoit arboré dans un fort
à l'entrée de la riviere . Nous nous fommes emparé
de 66 canons de fer de 9 à 4 livres de balle ,
& d'un de métal de 8 livres ,
Le même jour je détachai un peloton pour
remonter la riviere & pourſuivre le Roi fuyant ,
que l'on m'afluroit ne pouvoir être fort loin :
mais ce détachement revint le GiAoût fans l'avoir
pu joindre , quoiqu'il eût remonté la rivière auЯ
delà de 25 milles. Tout de pays étoit abandonné
Le détachement amena un prifonnier & deux
petits canons de fer.
» Le Raj Mahomet- Aly , désigné par la Come
pagnie , en cas de fuccès , pour régner à Salangoor
, s'étoit joint à nous avec quelques bâtimens
& 360.combattans : il avoit coopéré à la déroute
de l'ennemi , fans avoir eu aucun des liens de qué
ni bleffé. De concert avec ce Prince , je fis pu÷
blier le 7 Août des lettres d'amnistie , pour rap¬
peller, s'il étoit poffible , les habitans de Salangoor
dans leurs maifons ; ce qui fit revenir quel
( 40 )
ques familles. Je pris jour enfuite pour la procla
mation de Mahomet Ali. La cérémonie s'en fit
le 14 , & fut confirmée fans obftacle par le fucceffeur
préfomptif du trône & les Grands qui s'y
trouverent.
L'après- midi du même jour , le nouveau Roi
m'informa qu'il avoit reçu des avis que le refte
des habitans inclinoit à revenir dans la ville , que
les foldats eux- mêmes ne cherchoient qu'une occafion
d'abandonner le Roi fuyard , & qu'il ne
s'agiffoit que de fimuler une attaque contre eux .
Il me propofa en conféquence de lui accorder un
détachement , qui marcheroit fous les ordres de
fon fils adoptif le Prince Saya- Ali , & auquel il
joindroit un corps de troupes indiennes pour cette
expédition.
.1
J'en regardai le fuccès comme très - vraiſem
blable , & détachai une partie de mon monde ,
fous le commandement du Lieutenant de mariné
Van Straalen ; ils partirent le lendemain 15
Août , remonterent la riviere , & exécuterent
tout ce qu'on avoit projeté à l'exception qu'ils
ne purent fe faifir de la perfonne du Roi.
» Le 17 ils attaquerent le lieu où ce Prince
malheurenx s'étoit retranché ; ce fut alors que
fes troupes vinrent le ranger parmi les nôtres , &
qu'il fe vit tout d'un coup abandonné des fiens . II
eut le bonheur de s'échapper , & de gagner les
bois , fuivi de quelques amis , mais en bien petit
nombré, qui lui refterent fideles . Le jeune Prince
Sayd -Ali le pourfuivit vainement pendant quelque
temps . Les nôtres fe rendirent maîtres de quel
ques canons & de plufieurs petits bâtimens.
» La ville de Salangoor fe retrouva en peu de
jours auffi peuplée qu'avant. Tous les habitans
prêterent ferment de fidélité au nouveau Roi ,
fous la proteЯion de la Compagnie Hollandoife
& parurent fatisfaits du changement.
( 41 )
Le 22 Août M. Van Straalen me rejoignit;
plufieurs de ceux qui l'avoient accompagné étoient
malades , tant de fatigue que de mauvaise nourriture.
Après avoir pris enfuite les mefures & les
arrangemens néceffaires pour la confervation de
la Place , en y laiffant une garniſon convenable ,
je fis mettre à la voile le 26 Août , & le 30 l'E
cadre furgit entiere au port de Malaca. Un revers
inattendu a diminué depuis la joie de notre heu
reuſe expédition : une maladie contagieufe s'eft
déclarée parmi les équipages de tous les navires ;
186 hommes ont déjà été enlevés par des fievres
chaudes , & nous avons encore 359 malades » .
Le bruit court que l'Impératrice de Ruffie
cede 30,000 Tartares armés & à cheval à
T'Empereur , qui paiera 30 florins par tête
d'homme. Il eft inutile d'avertir que cette
étrange nouvelle eft donnée fans aucunes
preuves d'authenticité.
On affure que les Algériens viennent d'enlever
trois navires fous pavillon des Etats-
Unis. Cette piraterie n'auroit rien d'extraordinaire
, puifque les Barbarefques l'exercent
fur toutes les nations avec lesquelles ils n'ont
pas de traités; & il n'eft pas néceffaire , pour
expliquer ce pillage , de recourir à une prétendue
inftigation de l'Angleterre , dont la
politique ne peut être affez infenſée , pour
s'aliéner les Etats -Unis par ces clandeftines
hoftilités .
On mande de Paris une anecdote dont
nous ne garantiffons que les principales circonftances.
}
M. L. B. , Banquier demeurant rue du Temple ,
près les Peres de Nazareth , rentrant chez lui
( 42 )
ces jours derniers avant fon heure ordinaire , ne
fe coucha pas tout de fuite pour fon bonheur. En
fe promenant dans fa chambre , il apperçut fur
fon parquet une traînée de fable noir ; il lexamine
de plus près , & trouve que c'eft de la poudre
à canon il en fuit la trace , & reconnoît qu'elle
correspond à une fufée d'amadove déjà allumée.
Il'appelle, du monde : on pourfuit la recherche ,
& on trouve dix- neuf livres de poudre fous le lit.
Alors le Comm flaire eft appelié le Banquier Re
yeut pas qu'on arrête fon domeftique , ancien &
fidele ferviteur. Cependant il manque de l'argent
à la caiffe , le domeftique feul a eu la clef de
l'appartement ; on l'interroge : la peur le trahit ;
on l'arrête , & il avoue tout . Son projet étoit
d'emporter la caiffe , de faire fauter la mai on
dans la nuit , & de fe mettre à l'abri de toutes
recherches , en faifant croire qu'il avoit péri avec
fon maître. Le Châtelet ayant envoyé avant- hier
des Experts dans cette maison , pour avoir leur
avis fur le dégât que l'explofion auroit pu caufer,
ils ont décidé unanimement que par la maniere
dont la poudre avoit été diſpoſée , au moins trois
maifons volfines auroient été détruites avec cellelà
, ainfi que le couvent des Peres de Nazareth.
Le neveu de cet homme abominable eft aufli arrêté
; c'est lui qui alioit acheter la poudre : peutêtre
ignoroit- il les deffeins de fon oncle..
La guerre civile eft à Spa , au milieu des
corners , des dés , des brelans , des buveurs
d'eau , & des banquiers de Pharaon . I.a.
Gazette de la Haye rend compte en ces
termes de l'origine & des circonftances de
ces diffenfions.
On fait que la majeure partie de la Nobleffe ,
ayant été irritée vers la fin de la faifon der
( 43 )
niere , du peu d'égards, qu'avoient pour fes demandes
les Banquiers oa tenans jeu du wauxhall
& de la redoute , a engagé , fous des obligations
confidérables , une Société Liegeoife , à bâtir un
nouveau wauxhall , que l'on veut décorer d'un
nom brillant . Cet édifice a été conftruit avec
ane telle célérité , qu'on en a fait l'ouverture
le 9 de ce mois , par un bal donné gratuite
ment , qui a été très brillant , & depuis ce tems
tout le monde s'y porte avec affluence..
1
On en admire la grande falle , dont l'architecture
plaît infiniment , & qui l'emporte en
tous fens fur celles de l'ancien wauxhall & de
la redoute. Il manque cependant une chose à
ce nouvel établiffement ; c'eft la permiflion- d'y
jouer les jeux de hazards, & il paroît que les
propriétaires des anciennes maifons , font tous
leurs efforts , pour que le Souverain là leur
refufe . Mais on a eu beau étaler les Louis à
l'ancien wauxhall & à la redoute , pas une ame
ne s'eft préfentée pour jouer à la banque ; &
même on affure que les perfonnes de diftinction ,
fe font toutes engagées par écrit à ne pas jouer
ni fréquenter les anciennes falles auffi longtems
que le nouveau wauxkall n'aura pas obtenu
la permiffion de donner à jouer publiquement.
2
1
و ت
2
Hier 15 , M. Freron , Commandant de Spa,
pendant la faifon , eft revenu de Liege ici vers
les 5 heures du matin , som favoit d'avancé qu'il
étoit chargé d'ordres importans de la part de S.
A. C. il ne les intima cependant qu'um quart
avant 8 heures ayant attendu jufqu'alors l'are
rivée d'un détachement du Régiment de la Citadelle
de Liege , qu'on lui avoit accordé à tout
événement . Ce fut à M. le C. de Rice & à M. ……
Gentilhomme Anglois , que M. Freron fignifia
( 44 )
l'ordre de fortir fous 24 heures des Etats de la
Principauté de Liege.
ment ,
Ces Meffieurs reçurent cet ordre fort paiſible-
& eurent même foin d'empêcher que la
populace , qui s'étoit attroupée , ne caufât le
moindre défordre. M. le C. de Rice fe contenta
de donner au Commandant copie de fon diplôme
de Comte immédiat de l'Empire ; & après avoir fait
une proteftation dans les mains d'un Notaire
Impérial , il fe mit en route , les uns difent
pour Vienne , les autres feulement pour Ratis
bonne.
Le même jour le Club Anglois ( c'eſt ainfi
qu'on nomme la nouvelle Société ) s'étant affemblé
dans l'après- midi , M. Freton demanda
d'y pouvoir entrer . Ce qui lui fut accordé à la
pluralité des voix. Entré dans la falle , il a de
mandé à l'affemblée la raifon du ſchiſme qu'elle
occafionnoit & les fujets de mécontentement
que les Seigneurs pouvoient avoir. On fe plaignit
du manque d'égards , que les banquiers ou
tenans jeu avoient eu pour une Nobleſſe diſtinguée
, qui fréquentant Spa depuis nombre d'années
, l'avoit rendu ce qu'on le voyoit aujour
d'hui , de miférable village qu'il étoit ci devant
qui laiffoit toutes les années dans le pays une
fi grande maffe d'argent ; & à qui les dits ban
quiers furtout devoient les profits immenfes qu'ils
faifoient.
M. le Commandant , après avoir fait quelques
obfervations à ce fujet , demanda d'avoirpar écrit
les motifs qu'on venoît d'alléguer , & finit ' par
prier l'affemblée de vouloir bien fréquenter ,
comme à l'ordinaire , les falles du Vauxhall &
de la redoute ; mais tous s'y refuſerent unanimement,
& protefterent , fur leur parole d'honneur ,
qu'ils n'y mettraient pas les pieds , la falle de comédie
Jeule exceptée , jufqu'à ce que les propriétaires def45
)
dites falles , leur euffent fait une reparation jugée
convenable , à la pluralité des voix de l'affemblée.
·
Ces dernieres paroles font l'extrait de l'en
gagement par écrit qu'ont pris plus de 600 Seigeurs
& Dames , tous de la premiere diftinction ,
& dans le nombre defquels on compte quatre
Alteffes Roiales , & quatre vingt Princes du
fang roial ou de l'Empire. Il y a tous les
jours affemblée , jeu & bal au Club. Dans celui
de la nuit du Vendredi au Samedi , les Dames
furent obligées de danfer entr'elles , faute de cavaliers
qui étoient à la conduite des exilés.
--
La plupart des détails de l'article , qu'on viert
de lire , manquent d'exactitude , & quelques - uns
font abfolument faux . Tous font tirés d'une premiere
gazette , & leur origine donneroit lieu à
plufieurs obfervations. Tous les gens fenfès paroiffent
applaudir à la prudence du Prince de
Liege , qui femble avoir été forcé à cet acte
d'autorité , afin de prévenir que la tolérance deş
jeux ne dégénérât en licence , & que Spa , fait
pour réunir les plaifirs & la fanté , ne devînt un
coupe-gorge.
Paragraphes extraits des Gazettes Angl. & autres.
Le projet qu'on avoit formé de requérir des
Vénitiens une certaine portion de territoire , ſur
Lequel l'Autriche a d'anciens droits , & qui auroit
fervi à l'arrondiffement des Etats de S. M. ,
ne réuffira vraisemblablement pas , puifque ,
comme on l'apprend , cette République vient
de conclure une alliance fecrette avec la Ruffie ,
& qu'on ne pourroit tenter de mettre ce projet
en exécution fans rifquer de rompre avec cet:6
derniere Puiffance . On remarque auffi qu'il regne
la plus parfaite intelligence entre les Ambalíadeurs
de Venife & de Pétersbourg , qui ne font
aucun fecret de l'alliance qui vient de fe con-
Clure. ( Nouvellifte d'Allemagne , nº . CXI.)
( 46 )
Le Seigneur de G. près de Nantes , a prétendu
que les communautés lai appartenoient . Les val
faux ont foutenu que c'étoit une propriété publique
, dont tout le Village devoit jouir conformément
au dernier Arrêt du Confeil . M. de G.
a fait entourer cette commune de paliffades garnies
d'épines mortes , de maniere que les beftiaux
s'étant préfentés pour paître , n'ont pu entrer
dans le pâturage , ouvert de temps immé
morial aux troupeaux des Villageois . Ceux - ci
furieux du coup d'autorité de leur Seigneur , font
venus le 6 de ce mois armés de pelles , de fourches,
de fufils, de bâtons. Ils ont détruit les palif
fades , & ont fait bonne contenance à la Maréchauffée
qui a voulu fondre fur eux. Ces révoltés
ont couru à un bâtiment Hollandois , mouillé
dans la Loire , & ils ont acheté de force les petits
canons , les armes , la poudre & les boulets
embarqués à bord de ce Navire , & on a juré
d'exterminer ou d'être extermin's , fi on leur
refufe juftices On attend la fuite de cette affaire.
( Nouvellifte d'Allemagne , nº . CXI. )
Les diffenfions qui divifent les Etats - unis de
l'Amérique , menacent cette République d'une
deftruction prochaine , dit le Morning Herald ;
le grand objet des Américains avoit été de ne pas
être taxés , ils crurent y parvenir en ſe rendant
indépendans ; mais ils ne voyoient pas que tour
gouvernement demande de grandes dépentes , &
que ces dépenfes ne peuvent fe faire fans taxer
les fujets. D'après le ſyſtême de politique moderne
, toutes les nations fe tiennent dans un êtat
de défenfe; fi elles occupent de grandes pollef
fions fur le continent , elles font obligées d'en- )
tretenir , en tous temps , & de foudoyer des armées
nombreuſes ; fi elles font commerçantes
l'entretien d'une marine refpectable leur coûte
des fommes immenfes. Si les Gouvernemens con-
1
( 47 )
tractent des dettes , les capitaux ou du moins les
intérêts doivent être payés avec la plus grande
exctitude. Les Américains auroient dû favoir que
tout Gouvernement eft un animal dévorant, & calculer ,
ce qu'ilpourroit leur en couteravant que d'élever
le coloffe énorme dont le Docteur leur donna le
deffein en miniature
--
-
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
Caufe entre Me, Ch . , ancien Procureur à M... Intimé
, Et Ch. Lav ... , Appelant. Donation
par contrat de mariage d'un pere à fon fils ,
peut - elle être révoquée pour caufe d'ingratitude ,
& l'action intentée par le pere , fuivie par le fils,
-contre fon frere donataire ? Ce frere peut- il oppofer
, pour nouveau moyen , le hors de Cour pros
noncé contre le donataire , accufé de parricide ?
-Les coeurs fenfibles & reconnoiffans ne peuvent
héficer fur l'affirmative . L'Arrêt l'a jugé
ainfi . Entrons dans le détail des faits de la Cauſe.
-
Ch. pere , originaire de M. fe maria , en
1738 , & eut de fon mariage deux enfans , Ju-.
lien Ch. Procureur à M. & Claude Ch . dit Lav...
Le premier marié en 1770 , reçut de fon pere ,
par contrat de mariage , uue dot de 10,000 liv¿
en avancement d'hoirie. Le fecond le plus
jeune , refté feul dans la maifon paternelle , fut
fi bien capter la bienveillance , que fon pere
lui fit une donation de l'univerfalité de fes biens,
avec réſerve de l'ufufruit d'une très - foible partie.
Le pere eut bientôt à fe repentir d'avoir fait
uu mauvais choix dans l'objet de la prédilection.
Le donataire ingrat , s'imaginant n'avoir rien à
craindre d'un pere dont il n'avoit plus rien à e
pérer , combla à un tel point la meture des mau-.
vais procédés envers fon bienfaiteur , que ce pere.
victime des mauvais traitemens de fon fils , forcé
d'intenter contre lui une demande en révocation
de donation , pour caufe d'ingratitude , dont
( 48 )
il demanda à faire preuve par témoins. Le pere
accufoit fon fils de s'être armé d'un bâton , de l'avoir
menacé , d'avoir couru fur lui avec fureur , de
l'avoir faifiau collet & par les bras , & l'avoir forcé
à prendre lafuite ; de lui avoir verféſur la tête un
feeau d'eau , en le mettant à la porte de chez lui , de
iui avoir ferré le corps entre la porte & le mur , au
point qu'il auroit pu en être eftropié. Peu de
temps après la demande formée par le pere , & ›
la caufe étant fur le point d'être plaidée & jugée
, Ch . pere fut trouvé mort fur le grand
chemin d'une mort fubite & violente. Les querelles
fréquentes entre le pére & le fils , malheureufement
trop fréquentes & publiques , accréditerent
des foupçons univerfels contre ce fils
fur le genre de mort du pere . Le Miniftere public
crut devoir rendre plainte contre lui . D'après
les informations , le fieur Lav. a été décrété
de prife de corps , & après la plus grande inftruction
, un premier Arrêt a ordonné un plusamplement
informé d'un an , & un deuxieme a
terminé toute la procédure , par un hors de Cour
fur cette accufation de parricide. L'Arrêt eft du
14 Août 1778. Il eſt rapporté dans nos Feuilles ,
tome 5. Ch . frere ainé du donataire , a depuis
cer Arrêt repris l'infance , & conclu à la révocation
de la donation demandée par fon pere.
La Caule portée à l'Audience , une Sentence contradictoire
lui a donné acte de la repriſe d'inſtance
& l'a admis à la preuve des faits articulés , tant dans
fa Requête que dans celle du pere. Le donataire a
interjetté appel. Enfin Arrêt eft intervenu , le 28
Août 1782 , qui a déclaré la donation pas contrat
de mariage , faite par Ch . pere , à Lav. fils ,
nulle & révoquée , a ordonné la reſtitution des biens
y compris à Julien Ch . fils aîné , enſemble les
arrérages à compter du jour de la demande ; &
a condamné Lav. aux dépens,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 30 Juillet .
Lzettes touchant derniere révolution
ES détails rapportés dans différentes gadu
Miniftere à Conftantinople , nous avoient
paru juftement fufpects , & nous pouvons
aujourd'hui en préfenter au public de plus
exacts & de plus circonftanciés , tels qu'ils
fe trouvent dans une lettre authentique écrite
de Conftantinople par un témoin oculaire
, qui mande ce qui fuit.
Le Vifir avoit craint fa place , & il en avoit
abufé peut - être plus qu'aucun autre ; fes exactions
ont été extrêmes : mais fon efprit & fes talens
devoient le rendre cher à l'Empereur & à
tout cet Empire , où de tels hommes font fi rares.
Il vivoit mal avec le Capitan - Pacha . Le caractere
ferme , énergique de ce dernier , & fon courage,
fupérieur à tout , lui tiennent lieu d'efprit & de
talens. Les paffe- temps de la moitié de fa vie ont
été de faire la guerre aux lions & aux tigres : au-
No. 33 , 13 Août 1785.
( 50 )
jourd'hui même , un lion lui fert de chien : il
maintient une police févere au milieu de cette
populace- ci , & il ne laiffe pas à d'autres la peine
de faire fauter des têtes . L'Empereur l'aime beaucoup
, & le regarde comme le bouclier de fa perfonne
& de on Empire. Cet Haffan a acquis une
fortune qu'on évalue à trente millions ; il étoit
fort malade ; on avoit répondu de fa mort. Le
Vifir fit entourer fa maifon , pour que rien n'en
fût enlevé , & avoit déjà fait arrêter lon tréforier .
Le Médecin s'étoit trompé , mais la faute étoit
faite ; & Haffin voulut ſe venger de cette difpofition
prématurée , que le Vifir avoit voulu faire
de la fortune Une intrigue de Cour fait réfoudre
la perte du Vifir . A l'aube du jour , il eſt mandé
au Sérail , il eft arrêté entre les deux portes , cù
on lui préfente Hati Chérif, ou ligne noble du
Grand Seigneur , qui lui ordonne de remettre le
fceau . Il le tire de fon fein , le porte à la bouche ,
fur fon front & le rend . Celui qui étoit le plus
grand perlonnage de l'Europe après les Souverains
, dès ce moment n'est plus rien . On le
conduit dans un kiosk affreux fur les bords de la
mer ; là , il reçoit , dans une toile brodée en or ,
des vêtemens que le Grand- Seigneur lui envoie ,
& qu'il eft obligé de revêtir. C'eft un prétexte
pour s'emparer de tous les diamans & bijoux qu'il
a pu cacher dans fes habits. On arme une galere
pour le conduire dans l'exil qu'on lui fixe . Jufqu'à
ce moment le malheureux ignoroit fon fort. A
cette nouvelle , il fouleve fa tête , & demande du
tabac ; il ne lui reftoit pas même une boîte. Le
vent contraire empêche la galère de fortir, Le
Boftangi - Bachi va le prendre dans un bâteau , &
le conduit dans un palais du Grand- Seigneur. Je
le vis traverser le port la tête enveloppée dans un
chale , accompagné de deux domeftiques. Il trouve
( 51 )
des chevaux qui le conduifent à Gallipoli ; pen
de jours après on lui confirme les trois queues , &
il est nommé au Pachalik de Gedda , près de la
mer Rouge. Un vaiffeau doit le tranfporter à Alexandrie
; mais un ancien Muphti , qui avoit à vens
ger fur ce Vifir une querelle de famille , avoit été
fait de nouveau Muphti , le jour que ce Vilir avoit
été dépofé. Un autre Miniftre de la Porte , ambi
tieux , fans talens , également fon ennemi , fe
joint au Muphti , & tous deux font craindre au
Capitan- Pacha que le nouveau Vifir ne rapproche
leur ennemi , & que leur perte ne devienne inévitable.
Dès- lors fa mort eft réfolue ; & fur des
accufations qu'on n'a point encore pénétrées , on
en obtient l'ordre du Grand Seigneur. Le vaiffeau
avoit été arrêté aux Dardanelles , fous quelque
prétexte , & l'on avoit conduit le Vifir à Ténédos.
Son affaffin arrive la nuit dans cette ifle ; au
point du jour il entre dans fa chambre , & lui
préfente un premier ordre pour s'affurer de fa
perfonne & le conduire dans le château ; ma vie
eft - elle en sûreté , demanda- t- il ? on l'affura qu'oui
& dès qu'il fut entré , on lui préfenta un Hatti
Chérif qui condamnoit la tête. Qu'ai-je donc fait !
s'écria-t-il ; & dans l'inftant il eft culbuté , étranglé
, décolé : deux jours après , fa tête étoit expofée
à la feconde porte du Sérail , avec un écri
teau diffamant ; fon affaffin eft fait Capigi Bachi
( Chambellan ) . Ses biens font confifqués. Le
Vilir avoit mis fes deux enfans dans le corps de
Vlemas. Un fet fa du Muphti les raie de ce corps
& les prive de leurs biens ; chofe inouie dans cet
Empire. Ils font dégradés & replacés dans la derniere
claffe du peuple. Le mere de ce malheureux
Vifir court au Sérail , fend la foule en élevant
vers le ciel fes mains tremblantes & fes cris déshirans.
Eile demande la tête fanglante de fo
C 2
( 52 )
fils ; la brutalité des Boftangis infulte à fon défefpoir
& refufe ce trifte don à fa douleur. Elle fe
condamne à pleurer , & fa vie s'est éteinte dans
les larmes fa femme , tombée évanouie entre
les bras de fes enfans , eft encore agoniflante . Tel
eft le fort d'une famille entiere , qui voyoit un
mois auparavant tout un grand Empire à fes pieds.
Le Maphti difgracié le même jour a été empoi-
1onné. L'afaffin fait Capigi-Bachi courut auffi - tôt
chercher d'autres têtes ; il a envoyé ici celle d'Ifnac
, Pacha qui venoit d'être dépɔfé du Pacha'ik
de Pelgrade, homme de beaucoup d'efprit & de
Jumieres . Il a été en abattre une troifieme ; mais
on dit que ce troifieme condamné ayant été averti ,
a fi prévenir ce coupeur de têtes , dont en effet
on n'entend plus parler.
Une lettre d'Altona raconte en ces termes
un phénomene apperçu de cette ville , le 2
du mois courant,
Un nuage en pointe & repréfentant affez bien
la forme dune poche , defcendit en tournoyant
près Bannershog , & parut fe fixer fur la furface
de l'Elbe, Un moment après , le nuage , après
avoir tourné quelque temps fur fa pointe confondue
avec l'eau du fleuve , s'éleva en emportant
une große maffe d'eau qu'il avoit pompée ;
A une petite diftance de celui - ci , un , fecond
nnage de la même figure , defcendit auffi & fe
fixa comme le premier fur 1 Elle . Il s'enfonça
dix à douze fois dans l'eau , & y creufa un vuide
allez grand pour qu'on pût appercevoir le fond
du lit de la riviere , qui repréfentoit une forte
de précipice par l'eau fufpendue de chaque côté
de ce gouffre . Peu de minutes après , les deux
nuages fe déchirerent , & laifferent retomber dans
le fleuve toure l'eau qu'ils avoient emportée. En .
( 53 )
fuite ces deux nuages , prenant leur direction
(ur notre vi'le , y pefferent en tournoyant continuellement
en forme de tourbillon ; ap ès avoir
en lommagé les toits de quelques maiions , ils
difparurent , & on ne les apperçut plus . Depuis
ce temps , nous avons été informés de quelques
autres accidens qui ont été occafionnés par ce
phenomene. Un moulin à vent , fitué de l'autre
côté de la ville , a été endommagé , un coin de
la cheminée de la maifen la plus proche a été
jetté en bas le toit de paille , qui couvroit una
autre maiſon , a été enlevé , ainfi que le foin
qui étoit au grenier. Des toiles de coton éten
dees fur le pré d'une blanchilferie , tout proche
Rozenhof, furent emportées dans l'air ; quelques
pieces de ces toiles retomberent en rouleaux ,
& les autres furent déchirées par le milieu &
miſes abfolument hors d'uſage.
1
Depuis le 30 Juin , l'Impératrice de Ruffie
eft de retour à Pétersbourg de fon voyage
Moſcow .
L'efcadre de Cronftadt , de 15 vaiffeaux de
els
ligne , 4 frégates , 2 brulots & 2 vailleaux
hôpitaux , a pris pour 6 mois de vivres , &
eft prête à faire voile au premier ordie ; une
partie de cette efcadre fera fous les ordres
du contre amiral Krufe ; les autres chefs ne
font pas encore connus. Cette elcadre feravoile
pour la mer du nord , & reftera réunie
jufqu'à une certaine hauteur. 6 0 7 vaiffeaux
de ligne , 2 frégates , les brulots &
un vaiffeau hôpital s'en détacheront enfuite ,
& feront route pour la Méditerranée . Le
refte de l'efcadre retournera dans la Balti-
C 3
( 54 )
que , & y attendra plufieurs vaiffeaux d'Archangel
. Une feconde efcadre de 8 vaiffeaux
de guerre eft pareillement prête à
Cronstadt elle doit croifer dans la Baltique
pour exercer les gens de mer.
:
*
Le Roi de Danemarck a rendu le 8 trois
ordonnances ou placards. Deux font en
langue Danoife , & le toifieme en Allemand.
Le premier concerne le paiement des
prétentions de la Banque fur le Roi & l'établiffement
de deux fonds pour l'amortiflement
des dettes nationales ; le fecond ordonne
d'ouvrir à Copenhague un emprunt
de so0,000 rixdalers Danois , & le troifieme
un pareil emprunt à Altona.
Le nombre des bâtimens baleiniers que
les villes de Hambourg & d'Altona ont
expédié cette année pour la Groenlande eft
de 29.
, Le 11 un vent
violent
du N. N. O.
a fait
chaffer
les navires
fur leurs
ancres
à
Hellingor
. Dans
la nuit
, la frégate
Suédoife
le Swarta
Oern
, Capitaine
Dehl
,
a échoué
fur la côte
entre
Helfinbourg
&
Glumslof
; elle venoit
d'Amfterdam
, & alloit
à Stockolm
. Le nombre
des bâtimens
de commerce
qui font
arrivés
dans
le Sund
depuis
le 9 jufqu'au
16 , monté
à 278.
婴
Un incendie qui s'eft manifefté dans une
brafferie à Stockolm , a réduit en cendres
cet établiſſement & dix- fept autres édifices
adjacens.
t
( 55 )
DE VIENNE , le 31 Juillet.
་
Les Députés Hollandois auprès de notre
Cour ont eu une premiere audience de Sa
Majefté Impériale , qui les a affurés , dit on ,
de la prompte repriſe des négociations entre
fon Miniftre à Paris & ceux de la République
, fous la médiation de S. M. T. C. On
ne fait rien encore de pofitif touchant la maniere
dont ces Députés ont exécuté leur
commiffion .
Sans être encore parfaitement raffermie ,
la fanté de l'Empereur s'améliore de jour en
jour ; & ce Monarque a fait déja diverfes
promenades à la campagne.
Le Baron de Sturm , Commandant de
Semlin, y eft mort le 25 du mois dernier ,
& y fera remplacé par le Colonel de Steinbacher.
Une promotion qui a fait plus de
bruit , eft celle de M. Brambilla , Chirurgien
de S. M. I. , à la dignité de Comte ,
avec un fief de 6000 florins de reyenu.
En fept jours on a effuyé cinq orages affreux
en différens diſtricts . Un grand nombre
de ponts & de moulins ont été détruits .
Ici même nous avons eu il y a quelques
jours beaucoup de grêle , accompagnée de
violens tonnerres ; mais heureufement il
n'en eft point réfulté , comme ailleurs , la
perte des récoltes ou d'autres accidens .
Le Gouverneur de la Lombardie Autrichienne
a conclu avec celui des 4 Bailliages
C 4
( 56 )
Suiffes limitrophes , une convention pareille
à celle arrêtée ci- devant avec les Républi
ques de Gênes & de Venife. Chacun des
Etats contractans s'eft engagé réciproquement
à faire faifir & à rendre les malfaiteurs
transfuges d'un pays dans l'autre.
Les excès de café auxquels fe livrent dans
cette contrée les dernieres claffes de la fociété
, ont fait penfer à diminier la dépenfe
de cette boiffon , en la compofant à moitié
de glands torréfiés. Le peuple commence à
a lopter ce mélange , qu'on affure être trèsfain
.
Les dernie es lettres de Zips , portent que le 4
de ce mois il y eut dans la ville de Menhard , un
incendie très -violent , qui , en moins de deux
heures , a confumé l'Eglife Paroiffiale , le Presbytere
& plus de vingt- cinq autres maifoas . On
croit que le feu a été mis par un des habitans
même de la Ville , qui du moins s'en est rendu
fufpect , en prenant la fuite le même jour. On
eft informé par les mêmes lettres , d'un événement
affez remarquable , qui vient de fe paffer
aux bains rénommés de Raufchenbach : une ancienne
Religieufe qui y prenoit les ba'ns depuis
quelques jours , ayant eu une fatale idée de fe promener
dans un lieu du voilinge , al'a fe repofer
dans un endroit agréable , près d'une fource
d'eau. A pine fe fat- elle affife qu une brebis
d'un troupeau qui pâturoit près de là , s'approcha
de la même fource pour s'y rafraîchir. La
Religieufe en fit autant un inftant après , mais
elle s'en trouva fi mal fur le champ, qu'en moins
d'une demie heure elle perdit la vie , auffi- bien
que la brebis qui avoit bu de la même fontaine.
( 57 )
Cet accident a fait beaucoup de fenfation fur tous
tes les perfonnes qui prenoient les bains dans
cet endroit. On ignore encore fi la fource d'eau
en queflion a naturellement une qualité fi pernicieuſe
, ou fi queique perfonne mal intentionnée
y a jté du poifon .
Le 28 Juin , le feu prit dans le village de
Gaufendorf , par l'inadvertance d'un cordonnier
qui fondoit de la poix , & leréduifit
entierement en cendre , à l'exception
d'une feule maifon . Les habitans , dont la
plupart étoient alors occupés des travaux
des champs , accoururent en diligence pour
arrêter les progrès des flammes & pour fau
ver leurs effets , mais leurs efforts furent
inutiles ; & ils fe feroient trouvés dans la
plus affreufe pofition , fans les fecours de
S. M. I. qui paffoit précisément du côté de
ce village , lorfque le feu le confumoit.
DE FRANCFORT , le 4 Août.
Quoiqu'on ne révoquât plus en doute la
réunion de divers Princes de l'Empire , dans
la vre de garantir les droits & l'indivifibi
lité du Corps Germanique , cet événement
a été pleinement conftaté par la lettre circulaire
que le Prince de Kaunitz écrivit le 11
Juin dernier aux Miniftres de l'Empereur
dans l'Empire , lettre dont voici une traduction
fidele.
» Par ma lettre du 13 Avril vous avez
» déja été inftruit des démarches de la Cou
Royale de Pruffe , moyennant lefquelles
כ
CS
( 58 )
» elle s'efforce d'effectuer , fous les prétextes
» les plus odieux , une ligue formelle , avec
» la plupart des Etats de l'Empire , dirigée
» évidemment contre S. M. I. , quoique
fans la nommer expreffément.
La même lettre contient auffi les rai-
» fons qui nous faifoient d'abord regarder ,
comme chofe tout à fait incroyable , que
ces démarches puffent être quelque part
>> accueillies favorablement.
» Cependant , à notre plus grand étonne.
» ment , le contraire eſt arrivé ; & des nou-
» velles réitérées nous confirment pofitivement
que déja quelques -uns des princi-
> paux Etats de l'Empire fe font déclarés
» volontairement , d'accéder à la confédéra-
» tion propofée à Berlin .
ל כ
» Nous ne pouvons concevoir la réali-
» té d'un pareil fuccès , qu'en fuppofant
>> que les calomnies répandues ont trouve
» croyance , & infpiré conféquemment à
plufieurs Etats de l'Empire la crainte
» que notre Cour ne fût en effet inten-
» tionnée , & fur le point d'exécuter les
projets violens à elle fauffement attribués ,
» d'échange, de partage , de féculariſation ,
» & plufieurs autres auffi dangereux pour le
» maintien des Etats , que deftructifs de la
» conftitution fondamentale de l'Empire
» Germanique . Il vous eft en conféquence
» enjoint de faire connoître fans délai , &
au nom de S. M. I. , aux cours refpec-
» tives où vous êtes accrédité , qu'on dé-
ל כ
ဘ
( 59 )
,
clare les fufdites aflertions ce qu'elles
» font en effet , c'eft à - dire des calom-
» nies manifeftes , & en général des deffeins
» que la Cour Impériale n'a jamais eus ,
» qu'elle n'a pas préfentement , & qu'elle
» n'aura jamais , mais qui ne peuvent avoir
» été inventées & répandues dans d'autres
» vues , que de repréfenter l'augufte chef de
l'Empire , comme l'objet de la méfiance
» générale , & en même temps de préparer
» & de fe ménager à foi-même les moyens .
» d'exécuter fes propres projets dangereux.
בכ
و ر
כ כ
Cependant , pour ne point prouver aux
» Etats de l'Empire uniquement par des
» paroles , mais de la maniere la plus réelle ,
» combien S. M. I. eft non feulement éloignée
des deffeins qu'on lui a prêtés fi im-
» pudemment , mais encore combien elle
» eft fortement déterminée de maintenir in-
» variablement la conftitution légale de
l'Empire , prife en général & en particu-
» lier , elle veut bien inviter elle- même les
>> Etats qui pourroient appréhender réelle-
» ment l'exécution des prétendus projets
» qu'on lui avoit fuppofés jufqu'ici , ou
» d'autres deffeins dangereux , de quelque
" part que ce puiffe être, & qui auroient
» jugé néceffaire de s'en garantir par une
» union plus étroite , à contracter immé-
>> diatement avec Elle, comme chef de l'Em-
» pire , une confédération formelle & folem-
» nelle , & elle fe déclare prête à y accéder.
כ כ
c 6
( 60 )
1
ל כ » S. M. I. ne fauroit fans doute donner une
preuve plus frappante ni plus réelle de fes
véritables fentimens & de fes foins pour le
» maintien de la conftitution légale de l'Em-
» pire ; auffi ne doutons nous pas que les
» Etats qui malgré cela voudroient , contre
» toute attente , entrer dans des ligues étran-
» geres , feroient réputés de tout le monde.
» impartial , pour avoir des vues & des mo-
» tifs tout différens de ceux qu'ils annoncent.
» en apparence .
>>
» Vous voudrez bien faire votre rapport
» inceffamment des réponfes que vous aurez
» à cette déclaration que vous êtes chargé
» de faire au nom de S. M. I.
On affure que les Cours de Mayence &
de Caffel ont repris les anciennes négocia
tions relatives à l'échange des bailliages d'A
monebourg & de Frizlar , fitués dans la
Heffe , & appartenans à l'Electorat de Mayence
, pour une partie du Comté de Hanau.
Ces bailliages renferment une popula
tion d'environ 8000 ames .
Un Journal Autrichien , rédigé par le
Profeffeur de Lucca , préfente un état détaillé
des Religieux & Religieufes fécularifés
dans les états de l'Empereur. Leur nombre
monte à 5276, dont 3278 hommes & 2998
femmes. Les fuppreffions dans la Lombardie
& dans les Pays -Bas ne font pas comprifes
dans ce dénombrement .
Le Duc de Courlande a fait acheter pour
fon compte le château de Frédéricsfeldav ec
( 61 )
fes dépendances , appartenant au Prince
Ferdinand de Prulle.
Du 20 au 21 Juin , il s'eft détaché des parties
confidérables de trois montagnes dans les environs
de Breflaw ; immédiatement après la chûte
des terres l'eau fortit avec violence dis ouvertures
fupérieures . Un de ces éboulemens fuc
accompagné d'un fracas terrible ; en vifitant l'endreit
, on apperçut que le rocher ferme for lequel
la terre éboulée étoit affife , s'étoit fendu.
en deux .
L'Univerfité d'Ingolftadt expulfa il y a
quelques mois , un de fes Profeffeurs qui
avoit deinen dé pour la bibliotheque de l'Univerfité
les oeuvres de Bayle & d'autres
Philofophes aujourd'hui elle vient de renouveller
la même ſcene. Le feur Reiner ,
Profeffeur de Philofophie , accufé par quelques
Profefleurs en Théologie , de donner
des leçons publiques d'après les livres élémentaires
de Philofophie du Profeffeur Feder
à Gottingue , a fibi à peu près le même
fort. Un ordre du Cabinet Electoral lui a
ôté fa chaire , & l'a condamné à quitter la
ville & à fe rendre à fon ancien couvent de
Steiguden .
DE
ITALIE.
VENISE , le 23 Juillet.
Nos dernieres lettres du Caire font une
déplorable defcription de l'état de cette capitale
& de l'Egypte entiere. L'anarchie , la
difette , l'interruption du commerce ne font
( 62 )
pas les feules calamités de ce royaume ; il
s'y eft joint une contagion dont la fureur fe
fait fentir principalement au Caire : voici
dans quels termes , peut- être exagérés , on
peint la fituation actuelle de cette malhieureufe
ville.
re peu
Pendant que la cherté des comestibles y difféde
la famine , il y regne , d'un autre côté ,
une épidémie , qui a tous les caracteres de la pefte
, & dont il meurt jufqu'à 3 mille hommes par
jour. Dans une feu'e journée , celle du 18 Avril ,
l'on a compté 3600 morts parmi les feuls habitans
Mahometans: Qu'on y ajoute les Cophtes , les
Grecs , les Francs , les Juifs , & qu'on juge , quel
terrible ravage cette maladie doit faire dans la
Capitale. Déjà l'on n'y voit preſque plus un feul
individu de cette derniere Nation . La terreur
l'abattement , qu'une mortalité fi générale , fi
inouïe , y a répandus , peuvent peut - être fe peindre
à l'efprit , mais non s'exprimer par des paroles
: La crainte n'eft que trop jufte , que , fi elle
continue toujours avec la même fureur , dans peu
de mois la Ville entiere ne foit entierement dépeuplée
& n'offre plus qu'un vafte défert . Le
peuple court les rues en défefpéré , implorant à
grands cris la miféricorde de Dieu & l'interceffion
du Prophère. Cependant , en vertu d'une Ordonnance
de l'Aga des Janifaires , il n'eft permis
à perfonne de paroître en pubic fans avoir
fon nom marqué fur fon turban ou fon bonnet.
La raison de cet ordre eft , que , vu qu'il arrive
fouvent, que ces malheureux tombent morts dans
les rues , la Police fache plus aitément , quel eft
le défunt & à qui il appartient . Comme la contagion
n'épargne ni rang , ni fexe , ni âge , il eft
naturel , que parmi les morts il ſe trouve déjà
( 63 )
quelques- uns des principaux Beys : Murats - Bey
lui- même , chef de notre Gouvernement , en eft
dangereufement malade. Quant à la caufe de
cette cruelle épidémie , on l'attribue aux eaux
du Nil : elles ont été gâtées & corrompues par
l'effet d'un mal- entendu en interprétant mal
un ordre donné par le Gouvernement , l'on a
jetté dans ce fleuve en la Hute Egypte tous les
cadavres , au lieu de les enterrer : Il en eft réfulté
une infection peftilentielle , rendue encore
plus mortelle au Caire par le grand nombre de
cadavres , que la multitude des morts ob'ige de
laiffer dans les rues , où ils ont expiré & qui ,
pourriffant aingen plein air au milieu de la Ville ,
a chevent d'y répandre des miafmes , auxquels la
conftitution la plus forte même ne fauroit réfifter.
Enfin , comme en pareille circonftance une
cauſe ne vient jamais feule , la rareté extrême
des comeftibles force une multitude d'indigenà
ramaffer des viandes gâtées & des ordures , qui ,
en leur fervant d'aliment , aident encore à abréger
une vie , qu'ils tâchent de prolonger par de
fi affreux fecours.
DE LIVOURNE , le 20 Juillet.
Un petit bâtiment Vénitien ayant été
hêlé par le Capitaine Hollandois de Kinfbergen
, à la hauteur de Cerigo , le patron
fe défia de cette vifite , & fe réfugia dans
un port voifin , où l'on crut , d'après le rapport
de ce navire , que M. de Kinsbergen
avoit cherché à s'en emparer . Il paroît cependant
que l'Officier Hollandois n'avoit
d'autre but que de prendre des informations
( 64 )
.
fur un pirate , qui depuis quelque temps infelte
l'Archipel.
Deux vaiffeaux de ligne , une frégate &
un brigantin Efpagnols , commandés par
M. de Maffaredo , mouillerent le 12 Juin
dans la rade d'Alger ; & le 17 , la paix fut
fignée au palais du Dey. On débite que ,
d'après cet arrangement , le Roi d'Eſpagne
feroit tenu de remettre à la Régence d'Alger
un million de pieces de huir , 25 pieces de
canon de bronze , 25 de fer , 4 mortiers ,
4000 bombes , 10000 boulets , 2000 quintaux
de poudre , & c. outre les préfens an
Dey & à fes Miniftres ; mais on ne doit
pas croire légerement que la Cour d'Elpagne
le foit rendue à de pareilles conditions.
DE TURIN , le 15 Juillet.
Quarante bandits qui s'éroient réfugiés
dans une forêt de laProvince de Canavefan ,
ont été arrêtés à Ivrée , par un Corps de
deux cents Dragons joints à des payfans.
armés . Il y a eu deux foldats tués & plufieurs
autres ; mais les brigands de leur côté
ont perdu beaucoup plus de monde . Leur
Chef s'appelle George ; on le dit compable
de plus de treize affaffinats . On inftruit
actuellement le procès de ces malheureux .
DE NAPLES , le 12 Juillet.
On reçoit tous les jours des nouvelles
1
( 65 )
très fâcheufes de la Calabre . Les tremblemens
continuent d'y faire des ravages plus
ou moins grands , & les édifices qui avoient
échappé aux tremblemens de terre précédens
achevent de tomber en ruine.
Il est arrivé le 3 Juillet , de Scutari à Ancone
, un bâtiment qui a apporté la nouvelle
certaine de la prife de Montenegro par le
Pacha de Scutari , avec une armée de 30000
Albanois , le 27 Juin dernier. Les circonftances
de cette expédition fent horreur :
toutes les productions des campagnes , &
toutes les habitations ont été faccagées , détruires
&+éduites en cendres. On dit mêine
que les vainqueurs n'ont pas mieux traité
la petite ville de Bodna , la feule qu'il y eût
dans cette Province. Vingt des principaux
Montenegrins fe font rendus en ôtage à
Scutari , & le Pacha a fait trancher la tête
à cinquante des principaux Montenegrins rebelles.
Les Ragufiens font inquiétés , & fe
préparent à fe défendre en cas d'événement .
Ces nouvelles ont été confirmées par une
barque de Ragufe , qui en étoit partie il y a
trois jours.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 30 Juillet.
Sous le Miniftere du feu Lord Chatam
cet Adminiſtrateur hardi , étayé de la confiance
publique , prit fur lui dans une oc-
•
( 66 )
cafion preffante , de fufpendre l'exportation
des grains , fans le fecours du Parlement .
Un tel abus d'autorité auroit coûté cher
à tout autre Miniftre ; mais le Comte
de Chatam en fut quitte pour demander
au Parlement & pour en obtenir un Ad
for indemnify. ( Acté d'abſolution . ) M. Pitt ,
moins entreprenant que fon pere , a foumis
le 22 à la Chambre des Communes
un bill portant embargo fur tous les foins
du Royaume pendant un tems limité. Il
motiva cette réfolution par la rareté des
fourrages & par les demandes de l'étranger
, & il infifta fur la prompte confection
du bill ; promptitude fans laquelle , il pourroit
être fans effet. Mylord North fut du
même avis. M. Dempfter objecta que la
rareté actuelle des fourrages ne dureroit
vraisemblablement pas plus de trois femaines
& que la générofité devoit porter l'Angleterre
à fecourir la France , qui auroit
affez de fourrages pour nourrir fes beftiaux ,
auffi -tôt fes moiffons recueillies . A la feconde
lecture du bill , il fut renvoyé au Comité
qui y ajouta une claufe pour exempter de
la faifie les foins embarqués juſqu'au 23 Juillet.
Sur le rapport du Comité , le bill paffa
& fut renvoyé à la Chambre des Pairs .
M. Pitt a fait remettre l'examen définitif
de l'affaire de l'Irlande à trois mois :
moyennant cet ajournement , il n'y aura
point de prorogation , & la Chambre s'ajournera
ju fqu'à ce qu'on ait mis la derniere
( 67 )
main au fyftême de commerce avec l'Irlande.
Hier les Pairs & les Communes fe
font rendus par Députés à S. James , &
ont préfenté à Sa Majefté l'adreſſe relative
à cet arrangement final.
Le Calcutta , Cap . Thomfon , vaiffeau
de la Compagnie des Indes , elt arrivé fauf
à Falmouth , venant de la Chine & de la
côte de Coromandel , il avoit appareillé de
Ste . Hélene le 26 Mai dernier , d'où le
Valentine devoit partit quelques jours après .
Le 22 ( Juillet ) l'Affemblée des Directeurs
de la Compagnie des Indes a réfolu
de mettre en vente le 11 Septembre prochain
les efpeces de thé fuivantes , indépendamment
defquelles , elle s'eft refervée la
liberté de vendre so0,000 de thé Congo ,
fi elle le jugeoit à propos.
Thé Bohe .
The Souchon ....
1,850,000 . livres .
150,000.
Thé Congo
The Singlo .
The Hyfon ..
• •
... •
500,000.
1,300,000.
400,000 .
4,150,000 liv.
Les 37 Vaiffeaux que la Compagnie a réfolu
de prendre à ton fervice , feront répartis de la
maniere fuivante .
Pour la Chine directement
Pour la côte de Coromandel & le Bengale
Bombay
Bombay & la Chine
Sainte - Hélene & Bencoolen
24.
• S
2
37,
( 68 )
L'Amiral Anglois qui a eu le Commandement
dans l'Inde pendant la guerre derniere
, & affez heureux pour avoir fait des
prifes confidérables , alla , dit on , un des
jours de la femaine derniere trouver un
ancien Lord de l'Amirauté , auquel il devoit
fon avancement & fa fortune , & lui offrit
la bourfe , pour l'aider à arranger fes affaires
très - delabrées. Le Lord fit d'abord
quelques difficultés , ma's preflé par l'Amiral
, il accepta l'offie , & communique l'é
tat de fes dettes. Le lendemain il reçut
de la part de fon généreux ami une lettrede
change de 40,000 liv. fterlings , avec
laquelle il a payé tous fes créanciers. L'Amiral
eft Sir Edouard Hughes , & le Lord
le Comte de Sandwick .
On travaille avec une activité furprenan e
dans tous les chantiers de Porfmouth , à
réparer les vaiffeaux extraordinaires qui n'avoient
point encore paffé dans les baffins
depuis leur défarmement. L'objet de ces
travaux , eft , dit on , de préparer ces vaiffeaux
pour une revue que le Roi doit faire
de toute fa Marine , le printemps prochain.
S. M. B. a déjà paffé plufieurs fois la mirine
en revue depuis qu'elle eft fur le Trône .
T
Le Commodere Gower , qui commande la
Fégre l'Hébé , fera dans fa croifiere tout le tour
de la Grande Bretagne. Il v`endra à la fin d'Acût
par le Détro t qui fépare l'Ecoffe de l'Is ande
port Patrick & par la mer d'Irlande & le canal de
St. George, Cei Officier étant l'un des Membres
211
( 69 )
du Comité nommé pour eximiner les fortifications
du Royaume , o pré ème que le but de fa
croifiere eft de reconnoître les parties de la côte
qui font fans défenſe .
Une lettre de Southampton en date du
27 Juillet annonce l'arrivée du Docteur
Franklin en cette ville . Sa traverfée du Havre
n'a été que de onze heures. It eft parti prelque
aufli tôt pour l'ifle de Wight.
I le trouve actuellement dans les prifons
de Newgate , 22 hommes & trois fem : nes ,
condamnés capitalement ; 46 perfonnes fous
répit de Sentences de mort ; 20 condamnées
à la tranportation en Afrique & aux
Indes orientales ; 32 à la tranfportation en
Amérique 156 à être transportées au delà
des mers , en divers lieux non fpécifiés , total
des criminels , 279. Il faut leur joindre 64
prifonniers pour amendes , 181 - débiteurs
infolvables , 39 coupables en jugement ;
ainfi Newgate renferme en ce moment 563
perfonnes , dont 80 font des femmes.
Le 28 , la célebie Comtelle Potocka née
en Pologne , eft morte d'une fievre violente
dans la prifon de Fleet- Street , où elle
étoit confinée pour dettes. Il n'eft point de
grande Capitale , ni de féjours à prendre
les eaux , un peu fréquentés , qui n'ait connu
cette femme , dont l'exiſtence vient de
finir fi miférablement.
Deux Aeronautes viennent de l'échapper
belle , l'un en Irlande , & l'autre dans les
'environs de Norwich, Comme les chûtes
( 70 )
de Ballons dans la mer n'étoient pas encore
connues , cette nouveauté mérite bien d'être
racontée en détail . Voici de quelle maniere
une lettre de Dublin parle du premier de
ces événemens , dont la fcene a été le canal
de S. George qui fépare l'Irlande & l'Angleterre
, large d'environ quatre - vingt - dix
milles entre Dublin & Holyhead , & que
l'Aeronaute projettoit de franchir. C'étoit
bien autre chofe que de faire fept lieues en
l'air de Douvres en Picardie .
2
M. Crosbie avoit environ 150 livres de
left dans fon char après s'être élevé ; quoiqu'il
en eût facrifié inutilement plufieurs facs , audelà
de la rupture d'équilibre dont il avoit
befoin pour partir : cette légéreté exceffive l'a
fait monter très - haut , & il n'a pas eu beſoin de
fe défaire d'aucune partie de ſon left avant de
fe trouver , à peu près , à mi - canal : s'appercevant
alors qu'il defcendoit , il en jeta une
partie & remonta avec la plus grande rapidité ;
c'eft dans ce moment qu'il dit avoir vu trèsdiftinctement
les terres des deux Royaumes : il
eftime que fon plus grand éloignement de l'Irlande
a été de 14 lieues : la vue de la mer , bornée
par les deux côtes , lui offrit des beautés
fi frappantes , qu'il lui eft impoffible d'en donner
une jufte idée . Quelque tems après qu'il eut
jeté fon left , il s'éleva fi haut , que le mercure
retomba tout - à- fait dans la boule de fon
baromêtre ; il fut forcé de fe revêtir de fon manteau
de toile cirée . Le froid êtoit fi exceffif que
fon encre fe trouva gelée ; il éprouva alors une
forte preffion fur le timpan de chaque oreille ,
& un mal de coeur qui étoit augmenté , fans
(~71 )
doute , par l'anxiété qu'il éprouvoit , & la fatigue
qu'il avoit effuyée. A fa plus grande hautteur
il croit avoit été ftationnaire . Il tira alors
le cordon de la foupape , & quelques minutes,
après il s'apperçut qu'il defcendoit avec une
rapidité inconcevable : à diverfes hauteurs il
croit avoir été porté dans différentes directions
& affure avoir traversé un nuage , qui avant d'y
entrer lui parut très- noir ; il s'eft alors trouvé
dans un tourbillon , a vu des éclairs , & a entendu
gronder le tonnere autour de lui . Le tourbillon
dans lequel il étoit , le faisant tourner
comme fur un pivot , l'a précipié dans les flots ;
mais avant de toucher l'eau il décrivit un trèsgrand
cercle. Il n'eut pas plutôt touché la mer
que fon bateau fe remplit d'eau ; il perdit fes
notes dans cet état , & fut obligé de le mettre
dans l'eau jufqu'au cou , pour ramaffer fa montre
, qui étoit au fond de la gondole « .
M. Crosbie jeta envain beaucoup de left
pendent fa defcente ; elle fut fi rapide que rien
ne put la rallentir la forme de fon bateau
dont les bords étoient garnis de veffies , étoit
abfolument néceffaire pour le fauver ; fon poids
& l'eau qui étoit dedans , ayant fait entrer ce
bateau dans l'eau jufqu'au cordon de veffies qui
l'entouroit , il oppofa affez de réſiſtance au
ballon , pour marcher devant le vent auffi réguliérement
qu'un vaiffeau à la voile , & fans
faire les bonds qui font à craindre fur la terre «.
ဘ Après une heure de marche , s'accoutumant
à fa nouvelle pofition , & voyant plufieurs
navires dans le canal , M. Crosbie commença
à espérer qu'il pourroit être ſauvé ; en
attendant il pêcha au fond de la gondole , &
trouva un poulet & une bouteille de vin dans
fon panier , qui lui furent d'un très - grand ſe(
74 )
-cours. Plufients navires le luivoient à toutes voiles
dehors ; mais il les devançoit tous par la
vitefle de la marche : ayant détaché les cordes
de fon filet les unes après les autres , & les
ayant allongées en les rattachant , il ajouta
allez à la diflance qui féparoit le ballon du bateau
, pour aller moins vite . Enfin un navire
de Dunleary l'atteignit , & tira un coup de
canon pour annoncer fa victoire à fes compétiteurs
».
Un matelot étant fauté dans la nacelle de M.
Crosbie , à qui il avoit jeté une corde , il attacha
fon bateau à la chaloupe , & en uite l'aida
lui- même à monter fur le navire . Après quoi
l'équipage fe réunit pour tirer à bord la nacelle
, & remorquer le ballon en triomphe ; ce
qui donna lieu à une fcene très plailante : le
ballon é ant débarraffé de fon poids s'élança
dans l'air de toute l'étendue d'une corde qui
venoit d'ê re attachée au cerceau , & entraîna
un matelot qui la fenoir , auffi haut que la
pointe des mâts : ce malheureux pouffoit pendant
ce tems des cris effroyables , & craignoit
d'être emporté dans les nues ; mais tout l'équi
page le réuniffant , on ramena le ballon le
marelor , qui , fe voyant les deux pieds fur le
pent , fut guéri de la frayeur de monter au ciel
malgré lui « .
L'autre voyageur , qui , malgré lui , répétoit
à Norwich la fcene qu'on vient de
lire , fe nomme le Major Money; c'étoit fa
feconde courfe aërienne , & il en rend compte
lui même en ces termes , dans une lettre
du 25 .
« Samedi dernier , à quatre heures de l'aprèsmidi
, je mlevai d'ici , ( de Norwich ) dans
un
ל כ
( 73 )
5)
" un ballon ; après m'avoir promené deux heu
» res , le vent me pouffa fur la mer , où je tombai
, mon gaz s'étant échappé par les déchirures
» que j'avois faites au ballon , pour defcendre fur
la terre . Ma fituation , je vous jure , n'étoit
nullement plaifante. J'éprouvai d'incroyables
» difficultés à tenir mon ballon toujours élevé ,
» malgré fes déchirures , & quoiqu'il ne parût
" gueres fur ma tête que comme un parafol. Un
» vaiffeau Hollandois étoit à un mille de moi ;
mais foit inhumanité de fa part , foit qu'il prît
" mon ballon pour un monftre marin , il s'éloi-
» gna & m'abandonna à ma deſtinée. Une petite
chaloupe me donna chaffe pendant deux heu-
» res , jufqu'à la nuit qui la fit retourner en arriere.
Je commençai alors à perdre toute efpérance
& à me réfigner au fort de Pilâtre de
» Rofier ; c'est- à - dire à une mort certaine , quoi-
→ que moins violente . Cependant je travaillai de
» toutes mes forces à ma conſervation , en te-
» nant toujours le ballon flottant au- deffus de ma
» tête , m'enfonçant infenfiblement pouce par
pouce , jufqu'à ce que j'euffe perdu tout
moyen de me foutenir au-deffus de l'eau. J'en
avois déjà jufqu'à la poitrine , lorfque l'Argus,
" Cutter de la Douane , me recueillit à onze
» heures & demi de la nuit , & fi foible qu'on
» fut obligé de me hiffer de ma gondole dans le
Bâtiment. On me mit au lit , où après avoir
bu deux ou trois verres de grog , qui me pa-
» rut en ce moment plus délicieux que du Champagne
, je m'endormis jufqu'à fix heures du
» lendemain matin . A huit heures nous débarquâmes
à Loweftoffe, d'où j'envoyai un Exprès
» á Norwich , où l'on me croyoit abfolument
perdu .
גכ
วง
ןכ 23
On demandera toujours à quoi bon ces
Nº. 33°, 13 Août 1785 .
d
( 74 )
courfes dangereufes & cette bravoure fi mal
employée ? Y a - t - il l'ombre de raifon dans
une expérience inutile où l'on riſque évidemment
la vie ? Des raiſonneurs ont cru être
bien fins , bien logiciens , bien neufs , en imprimant
dans dix - huit ou vingt Feuilles à la
journée , à la femaine, au mois , que la navigation
, l'électricité , l'opération de la pierre
, & c. avoient eu leurs victimes , & que
tel étoit le fort des découvertes. On le fait
fort bien ; mais le premier qui fe mit en
mer , ne fe jetta point au milieu de l'Océan
fans voiles ou fans avirons ; fon unique but
n'étoit pas de braver les périls fans autre
fruit qu'une fauffe gloire ou qu'une foufcription
à 3 & à 6 liv. Chaque voyage , chaque
expérience ajoutoit quelque chofe aux progrès
de l'art ; mais que fignifient dix mille
répétitions d'un premier ellai , fans y ajouter
aucun moyen de rendre les Aëroftats fufceptibles
de direction ? Quoi qu'on en dife ,
juſqu'à ce qu'on ait imaginé ce moyen , cet
exercice de voltigeurs n'eft plus bon aujourd'hui
que pour la foire.
M. Haftings habite cet Eté la belle campagne
de Clieffden - Houfe , conftruite part
lLee célébre Chriftophe Wren , & dont la
pofition eft une des plus agréables & des
plus romantiques du Royaume, Le Roi actuel
& fon pere , le Prince de Galles , en
avoient fait leur réfidence. Là fut repréſenté
pour la premiere fois le Mafque ofBritannia
( 75 )
de Thompſon , & Pope a chanté ce beau
lieu dans l'une de fes Epîtres.
›
L'un des aïeux du Comte de Derby le permit
un jour une plaifante épigramme contre l'Ecoffe
& contre Jacques I , venu de cette contrée pour
régner en Angleterre . Lord Derby étoit de la
plus grande fimplicité dans fes habits ; toujours
vêtu de gros drap , comme un de les fermiers
& laiffoit , difoit - il , le luxe de la parure aux
extravagans & aux femmes perdues. Un jour il ſe
préfenta au Palais avec fon coftume ordinaire ;
Ï'un des Valets de chambre Ecoffois de Jacques
I , lui refufa l'entrée de la chambre du Monarque.
« Retirez - vous , lui dit ce domestique
» le Roi n'a pas befoin ici de manans comme
» vous , & je n'ouvre qu'aux gens de qualité. »
Depuis mon enfance , repliqua le célebre Lord , je
porte toujours les mêmes habits : fi vous autres Ecof-
Jois en ufiez de même , vous feriez une bonne figure
à la Cour d'Angleterre avec vos manteaux Ecoffois &
vos bonnets bleus. La difpute s'échauffant , le Roi
fortit, & fâché de l'affront que venoit de recevoir
un homme tel que le Comte de Derby , il lui offrit
de faire pendre l'infolent valet de Chambre, Ce
Jeroit une punition trop légere pour venger mon honneur
, repliqua Derby , & j'en demande une plus
exemplaire. Nommez-la , dit le Roi , & je l'in-
" flige fur le champ. » Cela étant , je demande à
Votre Majefté de renvoyer ce malheureux dansfon
pays.
∞
Lord Mansfield vient de juger aux Affifes
de Maidſtone , avec fon impartialité & fa fagacité
ordinaires , un procès intenté par des
pêcheurs de Rocheſter aux Officiers de la
Douane. Ceux - ci , fe fondant fur l'Acte d
dernier Parlement qui a profcrit l'ufage des
d 2
( 76 )
navires au-delà d'une dimenfion déterminée ,
comme fervant à la contrebande , faifirent
un nombre de barques de pêcheurs , fous
prétexte qu'ils n'étoient pas conftruits dans
les formes ordonnées. Au bout de 15 jours,
ces bâtimens ayant été relâchés , & la pêche
retardée , les propriétaires ont intenté une
action de dommages aux raviffeurs . Le Verdict
de Lord Mansfield a adjugé à chaque
Plaignant 30 liv. fterl. d'indemnifation , & il
en coûtera 510 liv . ft. aux Douaniers , pour
apprendre à refpecter une autre fois les droits
des citoyens.
Le fameux Handel n'a joui de toute la réputation
en Angleterre qu'après la mort. Lorsqu'il
ouvrit fon Opéra à Haymarket , Georges II ,
qui l'aimoit & qui eftimoit fingulierement fes ouvrages
, étoit à peu près feul à fuivre le fpectacle.
Le refte de la Cour & du beau monde couroit
à un fpectacle dirigé par un Italien nommé
Porponi . Cette folitude de la falle d'Haymarket
dont le Roi ne manquoit aucune repréſentation
donna lieu à une plaifanterie de Mylord Guildford.
Voulez - vous m'accompagner à l'Opéra ? lui
dit un jour le Comte de Crawford. Quel Opéra ,
répondit - il ? Celui d'Handel à Haymarket. No7 ,
Mylord , je n'ai aucune raifon d'obtenir ce foir une
audience privée de S. M.
FRANCE.
=
DE VERSAILLES , le 3 Août.
2
Le fieur Leroi l'aîné , Horloger du Roi
& Penfionnaire de Sa Majefté , a eu , le 17
( 77 )
de ce mois , l'honneur de préfenter au Roi,
à la Reine , à Monfieur & à Monſeigneur
Comte d'Artois , un Ouvrage intitulé :
Lettre au Baron de Marivets , contenant
diverfes recherches fur la nature , les propriétés
& la propagation de la lumiere ; fur la caufe
de la rotation des Planetes ; fur la durée du
jour , de l'année , &c.
LeRoia accordé les entrées de fa Chambre
au Duc de Laval & au Comte d'Adlau ,
Miniftre plénipotentiaire de Sa Majefté auprès
du Gouvernement des Pays Bas .
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 31 du mois dernier , le contrat
de mariage du Comte Demetrius -Comnène,
avec Demoiſelle de la Chauffée de Boucherville.
Le même jour , le Comte de Gifaucourt
a prêté ferment entre les mains de Sa Majeſté
pour la Lieutenance de Roi de la province
de Champagne , vacante par la mort de fon
pere.
Le Comte de Montezan , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur Palatin ,
a eu l'honneur d'être préfenté , le même
jour, à Sa Majefté par le Comte de Ver-1
gennes, Chef du Confeil Royal des finances ,
Miniftre & Sécrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & de
prendre congé pour retourner à Munich .
Le fieur Moreau le jeune , Graveur &
Deffinateur du Cabinet du Roi , de fon
d3
( 78 )
Académie royale de Peinture & de Sculpture,
& l'Abbé Garnier , de l'Académie des Infcriptions
& Belle- Lettres , Continuateur de
'Hiftoire de France , ont eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté les figures de l'Hiftoire
de France , Ouvrage national , dédié
au Roi , pour lequel Sa Majefté a fouferit.
DE PARIS , le 10 Août.
La Corvette du Roi la Blonde , commandée
par le Chevalier de la Tour du Pin ,
Lieutenant de vaiffeau , & venant du Sénégal
, arriva le 18 du mois dernier dans
la rade de Breft . La veille , la Corvette le
Ballon , partie de la Martinique avoit
mouillé dans le même port. On affure que
M. d'Albert de Rioms , fera à bord de
l'Efcadre d'évolution quieft fous fes ordres ,
l'eflai de nouvelles mefures projettées , relativement
à la propriété & à la falubrité
des vailleaux .
,
On écrit de Toulouſe un fait tellement
extraordinaire , qu'on ne peut le rapporter
ni le lire fans quelque défiance. Un Gentilhomme
des environs de cette Capitale du Lan
guedoc, dormant un après-midi pendant la
durée d'unorage , la foudre tomba fur lui fans
qu'ils'en apperçût , & en s'éveillant, il éprouva
une douleur vive depuis l'aîne jufqu'à lapointe
du pied ; fon bras & fon foulier étcient
percés ; on y a reconnu , dit-on, l'effet de la
foudre qui avoit fillonné la peau dans toute
( 179 )
la longueur d'une ligne noire , qui parcou
roit la cuiffe , la jambe & le pied du bleffé .
Au refte , jufqu'ici cet accident n'a eu pour
lui aucunes fuites.
રે
On affure que l'affemblée du Clergé vient
de fixer les portions congrues de campagne
à 700 liv. & celles des Vicaires à 350 liv .
Quant aux Curés des Villes , obligés à des
dépenfes plus confidérables , le Roi viendra
à leur fecours fur les repréfentations des
Evêques , lorque leur cafuel ne fuffira pas à
un entretien convenable & décent. Voilà ce
qu'on rapporte & ce que nous n'affirmons
point.
On prétend qu'il fe préfente une Compagnie
, avec offre d'exploiter les forêts du
Roi dans toutes l'étendue du Royaume , de
les planter , de les bonnifier , enforte que
dans trente ans elles foient très floriffantes.
Cette Compagnie, à ce qu'on ajoute, s'oblige
à entretenir en tout tems trois cents mille
voies de bois dans les chantiers de Paris .
fous la feule condition d'une livre dix fols
de prime par voie.
Le domeftique qui avoit tenté de faire
fauter la maifon de fon maître , a été brûlé
vif. Un inftant avant l'exécution , il furvint
un orage violent , avec de la grêle , des
éclairs & des tonnerres ; & la pluie obligea
de reconftruire un nouveau bûcher.
Le projet content dans la lettre ſuivante
offre peut- être des difficultés ; mais il nous a
d 4
( 80 )
paru digne par fon objet comme par fa combinaifon
d'être connu du public . Voici en
quels termes s'exprime l'Auteur dans la
lettre qu'il nous a fait parvenir.
Un prix proposé pour la théorie des Affurances
maritimes , m'avoit fait regretter qu'il
n'y en eût point pour inviter les hommes à
examiner fi l'affurance des récoltes feroit fans
'poffibilité ; & l'on m'a vu hazarder quelques ( 1 )
queftions fur ce fujet. Voici une autre eſpèce
d'affurance d'une exécution plus facile & d'une
utilité fupérieure.
Le malheureux journalier peut à grand - peine
économifer quelques deniers par jour. Au bout
d'une année la fomme de fes épargnes feroit de
quatre à cinq écus , avec lefquels il ne peut acquérir
ni domaine ni rente ; & par cette raifon ,
il ne parvient communément à la vieilleffe , que
pour terminer dans la mifere des jours jufqu'alors
confervés au prix de fes fatigues & de fes
fueurs . Je demanderois s'il n'eft point poffible
de lui procurer , pour les années d'infirmité ,
une existence plus certaine & plus commode ,
que ne l'eft celle de fes années de vigueur.
On ne foupçonnoit point , il y a cent ans , les
théories qui vont me fervir de regle. Le premier
Ouvrage qui ait paru fur cette matière ,
eft du célebre Halley en 1693 : & fi je propoſe
quelque chofe de nouveau , c'eft qu'il devoit
s'écouler du temps entre la découverte d'une
théorie & fon application au bien- être d'une claffe
dont les Savans ne font pas occupés toujours.
Afin de me rendre intelligible dans une Lettre
néceffairemeut trop courte pour un tel fujet , je
ferai une fuppofition.
* Voir le Journal de Paris , année 1785, nº. 174.
( 81 )
Je prends à la campagne un journalier. C'eſt
où il gagne le moins . Dès- lors c'est le lieu où il
peut le moins épargner. Il eſt âgé de 20 ans , a
une femme de 17 , & eft au moment de devenir
pere.
Ces deux individus , ainfi que l'enfant qui en
naîtra , ne doivent point renoncer au travail avant
l'âge de 60 ans. Les faire repoler plutôt , ce feroit
enlever à la fociété des bras qui lui feront encore
utiles.
Ces trois individus doivent , pendant leurs
années de vigueur , gagner pour l'àge de foixante
ans , une rente viagere d'environ neuf fous
par jour ; ils feront dans leur claffe des vieillards
opulents.
Ainfi le pere a quarante ans à travailler ; la
mere en a quarante- trois , l'enfant en aura quarante-
fix : je tiens pour perdues fes quatorze premieres
années.
Je fais économiser au pere quatre deniers un
tiers par jour , pour lui - même , pendant quarante
ans ; à la mere , trois deniers cinq neuviemes par
jour pendant quarante - trois ans ; quant à l'enfant
, je charge le pere & la mere d'économiser
pour lui , pendant fes premieres années un denier
un fixieme par jour. Lorsqu'il fera arrivé
à l'âge de quatorze ans , il continuera cette éparg
gne pendant quarante -fix ans.
Voilà donc trois perfonnes obligées à faire en
fomme , une économie journaliere de neufdeniers
un dix - huitieme , formant au bout de l'année
un capital de 13 liv. 15 f. 6 den. fçavoir 6 liv .
12 f. pour le pere , 5 liv. 8 f. pour la mere , &
I liv. 15 f. 5 den . pour l'enfant.
Actuellementje fuppofe des receveurs auxquels
le malheureux paiffe porter fes économies à la fin
de chaque année , & des Administrateurs qui
d.s
( 82 )
placent au denier vingt , les capitaux provenus
des épargnes de cette claffe entiere . Pourquoi
cene fuppofition ne feroit - elle point admile ?
On voit deux fois par mois les Buraliſtes de toutes
les parties du Royaume , envoyer des milliers de
pieces de 12 f. à la Loterie Royale de France ,
dont l'Adminiftration eft à Paris , & pour des
joueurs qui en font , comme eux , à plus de cent
lieues. Cette opération ne feroit pas plus compliquée
, fe répéteroit moins fouvent , & feroit
le bonheur de la portion peut être la plus précieuſe
de la fociété . Je reprends la fuppofition
où je l'ai interrompue.
Lorfqu'un de ces malheureux fera arrivé à
l'âge de foixante ans , je lui donne le choix entre
une rente viagere de 50 écus & une fomme
de 1365 liv. avec laquelle il pourra acquérir
quelques morceanx de terre que fa famille fera
valoir , & qui lui profiteront plus que des rentes.
&
S'il ne veut point encore faire fon choix ,
qu'il aime mieux laiffer creître ou fa rente ou
fon capital ; arrivé à l'âge de 70 ans , il aura des
droits à une rente de 504 liv. 13.f. 3 d. ou à
une femme de 3376 liv.
Si ce journalier , au lieu de n'avoir que 20
ans , en avoit 40 , il lui faudroit pour lui - même
une économie trois fois plus forte à raiſon du
moindre nombre d'années qui lui refteroient à
courir. Cette économie deviendroit plus difficile .
I auroit à épargner un fou un cinquieme de denier
par jour , pour avoir 150 liv. de rente viagere
à 54 ans , ou bien un fou un denier trois
quatorziemes , pour avoir à 60 ans 100 liv. de
rente viagere. Ainfi il auroit à faire , dans la
premiere fuppofition , une économie de 18 liv.
11 f. 2 den. par an ; dans la feconde , elle feroit
de 20 liv. 14 (.
( 83 )
Alors je fuppofe à l'enfant un Parain , qui
place fur cette jeune téte , à l'inftant de fa naiffance
, une fomme modique de 20 liv. 17 f. 3 d.
C'eft le principal d'une rente viagere d'il. 15 f.
6 d. Les accroiffement qu'elle prendra pendant
60 ans , en feront une rente de 151 liv. 15-f.
6 deniers.
›
Il y a déjà ſept à huit ans que j'ai conçu l'idée
de ces rentes. Je ne vois point qu'il me foit
arrivé de rencontrer un malheureux fans lui
faire la fuppofition d'un établiffement auffi utile.
Je les ai tous vus faifir avec avidité les fecours
que je leur préfentois . L'attrait du bien-être leur
infpiroit un plus grand amour pour le travail ,
ranimoit leur courage , excitoit leur indnftrie ,
les rendoit plus fenfibles aux charmes de la paternité
, & promertoit à l'Etat de nouveaux accroiffemens
dans la population ainsi que dans la
richeffe publique .
Diftrait par d'autres travaux , je ne fuis pomt entré
dans tous les calculs qu'un établiſſement de cette
nature demanderoit. Il convenoit de faire connoître
quels feroient les progrés d'une rente de
cette efpece fur plufieurs têtes de même âge &
d'âges différens.
Il n'étoit pas moins utile de prévoir les maladies
qui interrompront ou fufpendront , au moins
pour le journalier qui en fera attaqué , le cours
de fes économies , afin de rendre fenfibles les
moyens qu'on auroit de conferver au malheureux
les fruits de fes épargnes.
Enfin le taux de l'intérêt de l'Etat doit bailfer
; ainfi ces rentes viageres devoient être encore
calculées fous le rapport qu'elles aurontavec
des rentes perpétuelles au denier vingte
cing. Mais fi la poffibilité d'affurer le bien- êtr
d'un journalier , "doit être mife au rang des rê
d 6
( 84 )
ves que font les excellens citoyens , ce feroient
d'immenfes calculs perdus à la poursuite d'une
chimere .
Cependant je ne concevrai jamais comment la
rente des économies volontaires d'un journalier
préfenteroit plus de difficulté que celle des impofitions
qu'il fupporte . Je fuis perfuadé qu'un
établillement de cette nature n'aura rien d'étonnant
aux yeux de quiconque connoît la fimplicité
que l'esprit d'ordre fait mettre dans les parties
qu'il dirige. Si , mieux démontré , il est un jour
adapté , fon exécution pourroit être confiée au
Clergé ou à l'Adminiftration , foit des Domaines
, foit des Poftes. Leurs Receveurs font répandus
jufques dans les plus petits Bourgs du
Royaume.
<
Ávec des vues femblables à celles que j'expoſe,
les hommes ne font point rivaux ; ils ne font que
des émulés. Je les inviterai donc tous à concourir
aux fuccès d'un tel établiffement , les uns
par leurs travaux , les autres par leurs voeux.
Ces fentimens font ceux avec lesquels j'ai l'honneur
d'être
DE LA ROQUE , Valet de Chambre de la Reine.
Verfailles , le 28 Juillet, 1785.
La Société Royale d'Agriculture a fait
répandre une Inftruction , rédigée par M.
Brouffonet , Secrétaire de cette Société , &
Membre de l'Académie des Sciences , fur la
culture des Turneps , ou gros Navets , ſur la
manière de les conferver , & fur les moyens
de les rendre propres à la nourriture des beftiaux.
Il eft à fouhaiter que les cultivateurs
profitent de ces leçons écrites , & encore
plus , , que les propriétaires aifés & éclairés
( 85 )
leur donnent des leçons vivantes , en les encourageant
, par leur exemple , à l'entrepriſe
de cette nouvelle culture. L'Inftruction pouvantfervirutilement
à la diriger, nous croyons
devoir la tranfcrire en fubftance.
Du Terrain.
Prefque toutes les espèces de terre à blé conviennent
à la culture du turneps ; cependant
elle réuffit mieux dans les terres légères , profondes
, un peu fabloneufes & même graveleufes
; les terres fortes , dures , pierreuſes , on
argilleufes , lui conviennent moins.
De l'Enfemencement .
Dans les terres deftinées à la culture du turneps
, il fe fème du 10 Juin au 10 Juillet . Alors
on peut en récolter les racines vers le commencement
de l'hiver . Mais le tems qu'il a fallu
pour le procurer de la femence & la diftribuer ,
n'a pas permis de femer à cette époque ; d'ailleurs
les terres n'y étoient pas préparées . Il faut
donc fe borner à y employer les jachères & les
terres fur lefquelles on aura récolté. Celui qu'on
aura femé vers la fin de Juillet & dans le mois
d'Août , ne produira de bons navets qu'en Février
, Mars & même plus tard.
De la Culture.
Une livre & demie fuffit pour un arpent de
900 toiles carrées dans un bon terrein ; il en
faut de quatre à cinq dans les mauvaiſes terres ,
furtout dans les terres crayeuſes .
On fème avec le femoir , ou à la volée ,
mêlant la femence avec du fable ou de la cendre
, ou enfin par pincées.
De la Récolte .
Dans les terres où l'on vient de récolter , on
peut à la rigueur femer fur le chaume , herfer
1869
fur le champ pour enterrer la femence & paffer
le rouleau ; mais il vaut mieux donner un labour,
femer , herfer & applanir le terrain avec le rou
leau. Ce n'eft pas que l'opération du rouleau
foit indifpenfable , mais elle eft utile. Il faut ,
furtout dans les terres meubles , herfer avec des
épines qu'on attache à la herfe , dont on a ſup
primé les dents. Elles déchirent trop le fol &
enterrent trop profondément la femence. Lorfque
les plantes commencent à lever , on remét
de la graine , qu'on enterre avec le rateau ,
dans les places trop claires , & on éclaircit
celles où il y a eu trop de femence de répandue,
il faut que les navets fe trouvent environ
à un pied de diftance . Plus près , les racines
deviendroient des fufeaux ; plus éloignées , elles
acquerroient trop de groffeur . On conçoit que
cette culture exige au moins les foins généraux
; bîner , farcler , ameublir la terre au pied
des plantes. Il eft bon de lâcher des canards
& des dindons dans les champs de turneps , les
premiers furtout font la guerre aux infectes &
s'en engraiffent. Les moutons ne touchent point
aux navets & fervent d'autant à débarraffer
l'herbe qui croît dans l'intervalle.
་ De la Récolte.
On doit fe donner de garde de laiffer monter
le navet en graine ; la fructification nuit
aux racines ; il faut couper les feuilles avant
cette époque , & les donner aux beftiaux , ou
conduire ceux- ci dans le champ . Vers la fin de
Septembre , on coupe la totalité de la feuillée
pour les en nourrir , en la mêlant avec la paille
ou d'autres fourrages.
Quand on arrache les racines , il faut choifir
les plus groffes , celles qui restent en terre ayant
plus d'espace & étant environnées d'une terre plus
meublée , continuent à groffir.
( 87)
Les racines doivent être arrachées avant les
gelées , le terrain durci rendroit l'opération
impraticable , & la gelée d'ailleurs nuiroit aux
navets :
Moyens de conferver les turneps.
On choifit un temt fec pour récolter les tur
neps. On en coupe les feuilles & le bout de
la racine , on les entaffe & on les recouvre de
paille ou de litière féche . Pour les conferver,
on peut les amonceler dans une foffe ronde de
deux pieds de profondeur & les couvrir. lls
fe gardent auffi à la cave en les mêlant avec
du fable , ou bien on choifit dans le champ un
lieu fec & élevé ; on y creufe une foffe de huit
à neuf pieds de diamètre fur un de profondeur ,
& les navets entaffés , recouverts de paille &
d'une couche de terre qu'on raffermit à l'approche
des gelées s'y confervent bien.
Manière de les faire manger.
Un moyen bien fimple , c'eft de mettre les
animaux dans le champ même & de leur abandonner
le fein de la récolte ; il en résulte un
avantage , celui de fumer le terrain & de rendre
la terre excellente pour l'orge. On familiarife
les animaux avec cet aliment , quand il eft
nouveau pour eux , en le faifant bouillir ou en
le mêlant avec le fon , & bientôt ils le mangent
cru. On coupe les racines par morceaux ; fi les
turneps font trop gros , ils engouent l'animal ;
trop petits , il les avale fans mâcher.
Ses propriétés.
Le turneps eft pour les animaux la plus excellente
nourriture ; préférable au fourrage fec ,
elle les engraiffe , donne beaucoup de lait aux
vaches ; les boeufs , les chevaux , les moutons ,
Jes cochons , tous s'en accommodent également
enforte qu'on pourroit dire que le turneps eft
( 88 )
1
pour le bétail ce que le bled eft pour l'homme ,
un des plus riches préfens de l'Agriculture.
L'événement fuivant eft une nouvelle
preuve de l'imprudence avec laquelle on
ne ceffe de laiffer des armes entre les
mains des enfans . Un particulier de Toulouſe
remit un fufil chargé àun jeune garçon
gé de 13 ans , avec ordre de le porter
en ville. Chemin faifant , le petit commiffionaire
fut plaifanté par des ouvriers qui
le défierent en lui difant qu'il ne fauroit
pas fe fervir de fon fufil . A ce propos , l'enfant
lâche fon coup dans le vilage d'un
garçon Cordonnier , dont le Maître reçut
quelques grains de plombs fur la poitrine.
Le premier eft dans un état prefque défefpéré.
M.le Marquis de Bois Linard de Margou,
Chevalier, Grand Croix de l'Ordre de Malthe,
Bailli de Lyon au Prieuré d'Auvergne , a célébré
fa centenaire le 28 juillet dernier , &
dans le nombre de fes convives fe trouvoit
le Comte de Maubourg , Comte de
Lyon , âgé de 98 ans .
L'eftampe de la ville & du port de Syra
dans l'Archipel , dédiée & préſentée au Roi
par M. l'Abbé de la Roque , Vicaire général
de Syra , repréſente la vue de cette ifle , dont
Homere a parlé dans le quinzieme chant de
T'Odyffée. Ses habitans , au nombre de 4000 ,
& très-attachés à la France , font Grecs du
rit latin. Des vexations les ayant appauvri ,
M. l'Abbé de la Roque eft venu en France
( 89 )
folliciter des fecours en leur faveur , & le
produit de la Gravure annoncée eft deſtinée
à remplir ce but * .
Guéménée 9 La Princeffe de Rohan
Religieufe de l'Abbaye Royale de S. - Léger
de Préaux , eft morte le 23 Juillet dernier
, âgée de 87 ans ; elle avoit préféré
aux Abbayes dont fes vertus , plus encore
que fa haute naiffance , la rendoient digne ,
de refter dans fa Maifon profeffe , qu'elle
a toujours édifiée , où elle étoit également
chérie & refpectée.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 8 Août.
Les Infpecteurs des diftricts inondés par
l'ouverture des digues de l'Efcaut l'hiver dernier
, fe font affemblés le mois paffé , pour
' fixer le dommage occafionné par l'inondation..
On dit que le Commandant de Ruremonde
a été mis aux arrêts , pour avoir
laiffé paffer , fur le territoire de S. M. I. le
Comte de Maillebois , pendant la vifite qu'a
fait ce Général des fortereffes de la Hollande.
Une autre nouvelle , dont nous ne fommes
pas garants , eft , que 35 foldats du
Corps du Rhingrave de Salm ont déferté de
Breda en plein jour , avec chevaux , armes
& bagages , fans qu'on ait pu les atteindre..
* Elle fe vend chez Chereau , rue des Mathurins
prix 3 liv . Il en eft une autre petite deſſinée & gravée
par M. Godefroy , prix 2 liv .
( 90 )
Le Chevalier Harris , Envòié extraordinaire
de la Cour d'Angleterre à la Haye , eft
de retour en cette Réfidence depuis la femaine
derniere.
Les gazettes de Hollande préfentent l'état
fuivant , exact ou non , des forces navales de
la République en activité dans ce moment.
Dans les Indes Orientales .
Vaiffeaux
L'Utrecht
Le Waffenaar .
Le Goes
Commandans Can. Equip.
La Princ. Louife Rechteren
Le Morneckend. Kuiper
La Junon
• C. van Braam
Oorthuis
60 . 480
60 • 450
• · Stavorinus 50 350
50 375
40 295
• de Witth
36 255
• Kuvel
36 250
• Willink 20 160
Spingler
20 160
372 2775
Le Phenix
La Vigilance
L'Alarme
• ·
Le Brakel • Delvos •
Le Tygre
La Médée
• Byland •
•
La Pallas ·
Vailland .
Kinsbergen
Le Jupiter
La Hollande
L'Alkmaar
Dans la Méditerranée.
Le Chef d'Efcadre
Kinsbergen
Reyneveld
Rikkers
• •
• •
20
70 500
60
300
50 300
50 300
40 300
40 270
· 40 170
Le Brak Virieux •
La Guèpe
Le Levrier
• Capelle
14 80
• 14
100
A. Blois van Treflong 14
Aux Petites Indes.
70
392 2490
L'Argo .. Reyntjes 40 270
( 91 )
•
Smiffaart
La Bellone : St. Cyr
L'Hirondelle . Meuron
La Diligence Heynxt
L'Expédition . Dekker
•
Le Cheval- Marin Boſch
Le Linx .
St. Martensdyk
L'Aigle
Le Pollux
L'Autour
· ·
Cambier
Haring(man
Maffchop.
Volbergen
Le Chev.(oifeau ) Hartman
Deftinés à croifer dans la Mer du Nord.
L'Hector
Le Prince Guill. Bols
20 270
IO 60
12 60
12 60
20 160
12 70
· 20 160
20 160
· 40 300
v. Kerchem 20 90
12 90
168 910
44 270
60
310
La Céres • • van Helm
• 36 230
Rynbender
Le Medemblick
Le Scipion
Le Chevreuil
·
Le Poiffon- Vol.
La Panthere
Le Protecteur
L'Epervier .
Le Brochet
La Nimphe
·
•
van Son
Allier
Holzhey
Gobius
de Jong
Grotenray
Lucas
Le Poftillon Hacker •
Pour croifer fur le paffage des Navires dela
Compagnie, revenant des Grandes - Indes.
L'Amazone Smaalent
Le Faucon Aberfon
L'Enkhuyfen . Zeewold
La Sirene Cuperus . •
36 203
20 160
20 160
18 60
Blois de Treflong • 36 -2306
20
• 16
60
14
60
14 100
• 14 100
14 70
14 60
14 60
4 13
300 1603
94 610
( 92 )
Vaiffeaux de Garde en Zélande.
Le Walcheren Haringman
Le Harlingue de Rechteren 40 270
20 150
Le Chaleur Dekker 12 50
La Vigilance
van Dam 20 70
Le Corbeau Klerk 14 60
Le Marfouin . Janffen 7 30
Le Renard Kikkers • 14 60
La Loutre · Shitfer 14 60
L'Aigle .
La Mouette
La Perche de Mer de Leeuw
La Cornelie
Les Deux- Freres Roelofs
La Marie Elifab. Griffelt
Baftijans
· 14
60
Riefe 14 60
10 60 T
10 60 ·
•
van de Water
• 10 60
· • 10 60
208 1150
La Direction Smeer
L'Eturgeon Swenke
Vaiffeaux de Garde fur la Meufe.
•
·
14
60
12 40
Le Chien-Marin van der Swam 20 120
Le Surveillant Zoeterman · 10
34
50 254
Vaiffeaux qu'on équipe pour la Mer du Nord ,
& qui doivent fe joindre à l'Efcadre , aux
ordres du Capitaine Bols.
Le Dordrecht Satink
L'OveryJel Boot
La Hollande . Sylvefter
Le Batave Spengler
L'Amphitrite .
•
60 350
60
50 300
50 300
· 36 230
· 50 300
Canons
306 1480
Hommes
72 - 1890 11232
Le Défenfeur . Frykenius
Total. Vaiffeaux
( 93 )
Suivant nos lettres de Vienne , le nouveau
Muphti Mollah Bey a été dépolé le 21 Juin ,
c'eft - à dire , deux mois après avoir été invefti
de fa dignité. Le Tetfetdar a été enveloppé
dans cette difgrace & privé de tous
fes emplois.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
On affure que la Cour de Mayence a propofé á
celle de Cologne d'abolir les jours de jeûne & l'abltinence
de viande les Vendredi & Samedi . La même
propofition a été faite auffi á la Cour Electorale de
Treves ; on ajoute que l'Electeur de Cologne l'a
abfolument rejettée . (Cour. du Bas - Rhin , no . 61.)
On apprend des frontieres de la Gallicie , que
l'armée d'obfervation Ruffe eft toujours prête à
marcher pour le porter dans les endroits de la
Crimée que les Turcs & les Tartares entreprendroient
d'envahir. On craint toujours en Géor
gie une invafion de la part des Lesgis , & la Rufhe
continue à envoyer des renforts aux troupes
deftinées à fecourir le Prince Héraclius & qui
accupent les frontieres de fes Etats . On s'occupe
à Azof à l'équipement de plufieuas Navires deftinés
à protéger le commerce des Ruffes fur la
Mer Noire. Il eft déjà arrivé à Archangel plufieurs
Officiers de Marine expérimentés & un
and nombre de cadets & de matelors qui doivent
fervir fur cette flotte . Les ports de la Crimée
font dans le meilleur état , & le commerce
de la Mer Noire dans la Méditerranée eft très- flo-
/ riffant , dit -on,
On vient de découvrir à Aix - la - Chapelle
une trame des plus odieufes & des plus déshonorantes
pour tous ceux qui y ont trempé. Il
a été queftion , à ce qu'on prétend , d'enlever
à force ouverte , les papiers de S. A. S. Monfeigneur
le Duc de Brunswick , qui réfide dans cettet
( 94 )
ville depuis plufieurs mois ; & l'on débite que ce
noir complot devoit s'exécuter fans aucun ménagement
, fuppofé que l'objet n'en pût pas être
rempli autrement. La nuit derniere , on a artêté
plufieurs perfonnes qui font foupçonnées d'avoir
part à cette déteftable exécution. ( Nouv. d'Allemagne
, numéro 122. )
Caufe extraite du Journal des Caufes célèbres ( 1 ) .
Accufation de paternité formée contre un citoyen de
Genève , & jugée , depuis peu, par le magnifique
44 petit Confeil de cette Ville.
Les Républiques , dit M. Defeffarts , furent
toujours la parrie de l'éloquence. L'égalité, la
liberté , l'efpoir d'arriver , par fes talens , aux
premiers emplois de fa nation , aux premieres
places du Gouvernement ; l'intérêt vif & perfonnel
que chaque membre de l'Etat prend aux
affaires publiques , aux moeurs , aux vues de fa
patrie , aux malverfations de fes Officiers publics,
tout concourt à donner à l'Orateur une énergie ,
une audace que le défaut de ces intérêts & mille
confidérations gênantes répriment néceffairement
dans les Monarchies , où l'ambition de l'Avocat
ne peut prétendre qu'au fuccès particulier
de fa caufe , & à cette confidération publique ,
qui ne peut le refufer nulle part aux talens & au
mérite en tout genre. Quoique le fiecle des Démofthene
& des Cicéron foit paffé , on retrouve
encore des veftiges éclatans de cette éloquence
publique & politique dans les Gouvernemens
où le peuple a confervé plus de part dans l'adminiftration
légiflative . Nous ne prétendons pas en
offrir un exemple bien frappant dans l'affaire que
nous inférons ici , ni comparer Genève à Athènes
[1] On fcuferit en tout temps pour le Journal des
Caules célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rve Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot lejeune , Libraire ,
Quai des Auguftias. Prix , 18 liv, pour Paris , & 84 liv.
pour la Province.
( 95 )
ouà Rome : l'objet de la caufe , purement particu
lier & léger par lui même , ne demandoit pas le
développement de toutes les forces de la parole ,
ni l'élan de tous les fentimens qu'impofe la liberté
; & il doit y avoir par- tout une proportion
entre les moyens & l'objet. Mais ceux qui liront
le nº. du 15 Juin du Journal des Caufes célebres,
ne feront pas fâchés d'y trouver un effai du Barreau
de Genève , & peut être remarqueront - ils
que le jeune Orateur qui a défendu cette cauſe
avec une fage dialectique , en femant avec melure
& fobriété quelques traits d'imagination.
pouvoit s'élever à un ton plus véhément & plus
énergique , s'il y avoit eu de plus grands intérêts
pour l'animer. Il n'avoit à défendre qu'un
particulier , qui n'avoit rien de confidérable que
fa probité & fon titre de citoyen ; & tout le
crime dont il falloit le juftifier , étoit un enfant
dont on lui attribuoit la paternité. Voici les faits.
Une fille nommée Nicolas , accufoit un jeune
homme appellé Merienne , d'être le pere d'un enfant
dont elle étoit accouchée . Elle n'avoit d'autre
preuve de la paternité de Merienne , qu'une
maxime étrangere. Elle avoit déclaré que Merienne
étoit l'Auteur de fa groffeffe , & fuivant la
maxime creditur viginini , &c. elle foutenoit que
fa déclaration étoit luffifante. M. Mallet , Avocat,
défenfeur de Merienne , démontra tous les dangers
qui résulteroient de l'admiſſion de cette maxime
.
Quel eft l'auteur de cette coutume , difoit M.
Mallet ? Eft- ce le Sénat ? Non , c'eft un particulier.
Eft ce un des peres de la Patrie ? Non , c'eft
un étranger , un Faber de Chambery. Pourquoi
donc l'opinion de ce Chamberyfois feroit- elle
loi dans Genêve ? Qu'elle ferve de regle à fes
compatriotes de Chambery ; mais les décisions
( 96 )
font- elles des oracles auxquels la terre entiere ,
doive obéir ?
Quelle fut , continuoit M. Mallet , la raifon
qui dicta cette opinion à Faber ? la crainte que
la mere & l'enfant ne périffent de faim , ne pereant
fame. Cette loi , utile peut- être pour un pauvre
habitant de la Tarantaiſe & de la Maurienne , eft
inutile dans l'opulente , dans la charitable Genêve
: l'établiffément de nos Maifons de charité &
de la Chambre des tutelles , cette inftitution qui
fait tant d'honneur à notre Gouvernement
rend-elle pas dérifqire , chez nous , le motif
qui dicta cette opinion à Faber ?
ne
Cette loi même manque fon but ; ſon but eft
fans doute de donner un pere à l'enfant ; mais
eft- ce lui donner un pere , que contraindre un
homme à fournir à cet enfant la fubfiftance ?
autant vaudroit - il dire qu'un créancier qui tient
én priſon fon débiteur , eft le pere de ce débiteur
; & d'ailleurs inventée en faveur des filles
mineures , cette maxime ne s'eſt appliquée que
par abus aux filles majeures.
Cette coutume pouvoit être fans inconvénient
lorfqne Faber l'introduifit au Barreau , chez
une nation & dans un fiecle où le peuple avoit
encore des moeurs ; mais aujourd'hui ce feroit
un vrai fiéau , c'eft un objet de commerce pour
des filles effrontées , & une amorce pour celles
qui ont du penchant à le devenir , par l'espoir
de remédier à leur foibleffe par l'impoſture , ou
de cacher cette foibleffe par une autre.
-
La défenfe de M, Mallet , Avocat , ( jeune
Orateur du Barreau de Genêve ) a eu le fuccès
qu'elle devoit avoir . Par Jugement du 3
Mars 1784 , le Magnifique petit Confeil de Genêve
a ordonné que Jeanne Nicolas & Jacob Merienne
feroient renvoyés au Jugement de Dieu
dépens compenfés entre les Parties.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 6 Août.
A Princeffe douairiere Lubomirska , née
Princeffe Crattoxinska , abandonne , à
ce qu'on dit , la Pologne pour toujours.
Après avoir voyagé deux ans , elle fixera
fon domicile à Vienne , auprès de fon frere
le Prince Czartorinski , dont les défagrémens
à Varsovie ont déterminé la Princeffe
Lubormiska à cette réfolution .
Le commerce maritime de Pétersbourg a occupé
l'année dernière 1762 bâtimens , dont 872
font fortis de fon port , & 890. y font entrés.
On comptoit , dans le nombre des bâtimens
fortis 74 nationaux & 798 étrangers. Voici
la deftination de ces bâtimens ; 366 pour la
Grande-Bretagne & l'Irlande ; 76 pour le Danemarck
; 72 pour le Sund ; 59 pour Lubek ; 48
pour la Suede ; 38 pour Amfterdam ; 30 pour la
France ; 29 pour Roftok ; 24 pour Stettin ; 21
pour l'Espagne ; 13 pour le Portugal ; 9 pour
N°. 34 , 20 Août 1785 .
( 98 )
:
Dantzick ; 9 pour Hambourg ; 6 pour l'Italie ; z
pour Oftende ; 1 pour Bofton ; I pour Jerſey , & c.
Dans e nombre des bâtimens entrés , il y avoit
81 nationaux ; 365 anglois ; 108 Danois ; 65
Suédois ; 63 de Roftok ; 58 Hollandois ; 48 de
Lubek ; 37 pruffiens ; 13 portugais ; 10 françois ;
10 Espagnols ; 9 de Hambourg ; 7 de Danizick ;
5 autrichiens ; 5 américains ; 4 de Breme ; 1
d'Oldenbourg & de Venife .
On lit dans le magalin hiftorique du Doe
teur Bufching les details fuivans fur la principauté
de Minden & fur le Comté de Ravensberg.
La Principauté de Minden a 24 milles quarrées
d'étendue . On y a compté en 1783 , une
population de 57,117 ames , fans le militaire ,
ce qui fait près de 2380 ames fur un mille.
La population dans les Villes étoit de 7887 Habitans
, & celle de la campagne de 49230.
L'étendue du Comté de Ravensberg eft d'environ
18 milles quarrés. Sa population monte
à 71,366 ames fans l'état militaire , ce qui produit
3964 ames fur un mille quarré . La population
des Villes eft de 11,687 Habitans , &
celle de la campagne de 59.679.
Pendant l'année 1784 , il a été importé à
Pétersbourg pour la valeur de 12,172,345
roubles & 98 copecks de marchandifes de
différens pays , & il en a été exporté pour
la valeur de 12,941,5 13 roubles . Les Anglois
feuls font dans cette balance pour 3,000,935
roubles d'importation , & pour 8,390,755
roubles d'exportation . Les droits de douane
à Pétersbourg & à Cronstadt ont formé cette
année ( 1784 ) un objet de 3,199,385 rou(
99 )
bles & 15 copecks : ils ont excédé, ceux de
1783 de 143,267 roubles .
Les toiles & linons - exportés l'année derniere
de Hirschberg en Siléfie pefoient 22 , coo quintaux ,
& étoient évaluées à deux millions d'écus . Les
fabriques de Golberg ont fourni la même année
12,037 pieces de toile , dont 10,650 ont été exportées
; celles de Grunberg 15,983 pieces , dont
11,193 ont paffé à l'étranger .
On écrit de Pétersbourg que l'Impératrice
a été à Cronstadt pour y voir l'efcadre
prête à faire voile. S. M. I. vient d'augmenter
de 35,000 roubles - le fonds pour l'entretien
du Corps de cadets de terre , qui étoit
de 165,000 roubles.
On a lancé à Carlfcrone , le 9 de ce mois ,
deux vaiffeaux , l'un de foixante canons.
nommé l'Audace , & l'autre de quarante
canons , appellé la Galathée . On a employé
dix femaines à leur construction . Deux autres
vaiffeaux de pareille force font actuellement
fur les chantiers .
Le Difco , vaiffeau de la Compagnie Danoiſe
d'Afie , eft arrivé à Copenhague de
Canton , avec une riche cargaifon de marchandifes.
Il a été fuivi par le Huffar venant
des Indes Orientales , pour le compte des
particuliers ; & par la Julienne - Marie , appar
tenant à la Compagnie , arrivé le 23 Juillet.
DE VIENNE , le 7 Août.
Le 24 du mois dernier , les Députés Hollandois
eurent leur premiere audience de
e 2
( 100 )
l'Empereur , & furent introduits par let
Grand Chambellan Comte de Rofemberg.
Le Comte de Waffenaer porta la parole , &
dit à S. M. I.
SIRE
Nous avons l'honneur d'offrir à V. M. I. & R ,
les fentimens de la haute confidération , de l'attachement
& des égards dont L. H. P. ont toujours
été pénétrés envers l'augufte Maiſon , particulierement
envers la perfonne facrée de Votre Majefté
, & à l'égard defquels Elles n'ont jamais varié.
Nons fommes chargés d'en porter de nouvelles
affurances ; & c'eft en nous acquittant de
ce devoir , de donner à V. M. le pleine certirude
:
« Que L. H. P. n'ont pu voir fans émotion &
» fans regrets les commencemens d'un refroidiſ-
» fement de cette amitié & de cette heureuſe
harmonie , qui ont toujours fubfifté entre V.
» M. &la République : que L. H. P. n'ont jamais
eu la moindre intention d'offenſer V. ´M. I.
» & R. , ni d'infulter fon Pavillon , puifque
» dans toute la conduite que le cours fucceffif
des événemens les a obligé de tenir , Elles fe
font fait une loi conftante d'allier toutes les
» melures que leur sûreté , leurs droits incon-
» teftables & leur dignité les forçoient à fuivre,
» aux égards & à la confidération dus à V. M.
que L. H. P. defirent avec la plus vive ardeur
de rétablir au plutôt cette bonne harmonie ,
interrompue fi malheureufement , & de la voir
affurée fur des bafes immuables : que L. H. P.
» n'ont jamais pu former le projet d'en agir envers
les Sujets de V. M. que de la même façon
& fur le même pied qu'envers los Sujets de la
» République même ».
( 101 )
Que , d'après ces fentimens , L. H. P. f
flattent que des affurances fi claires rendront
évidente l'impoffibilité abfolue de vues offenfantes
qu'on auroit pu leur prêter injuftement,
mais que leurs égards pour V. M. ne
» leur permettroient jamais d'adinettre. ».
> Et c'est en conféquence de ces fentimens
SIRE , que les voeux de L. H. P, tendent au retour
parfait de la bonne intelligence avec Votre
Majefté Impériale & Royale , qu'Elles efperent
ardemment de voir rétablie par les bons offices
& la médiation d'un Monarque , qui , par les liens
les plus chers , eft l'ami & l'allié de V. M. I & R.
Epoques heureufes , qui ne pourront jamais
éclorre affez tôt au gré de L. H. P. qui n'ont
jamais varié , & ne varieront jamais dans la
valeur du prix qu'Elles attachent à l'amitié &
á la bienveillance de V. M. I. envers la République
.
L'Empereur fit à ce difcours une réponſe
dont voici les expreffions.
Je fuis charmé que L. H. P. par votre députation
, MESSIEURS , aient fatisfait à ce que j'avois
defiré comme un préalable à tout accommodement
. Je vais faire paffer des ordres à
mon Ambaffadeur à Paris de reprendre les négociations
fous la médiation du Roi de France ,
mon allié & beau -frere & je ne doute point
qu'une prompte conclufion ne puiffe faire éviter
tous les facheux événemens , fuite d'ultérieurs
délais.
M. Caprara , Archevêque d'Iconium , &
nouveau Nonce du S. Siege en cette Cour ,
arriva ici de Lucerne le 21 du mois dernier,
& eut fa premiere audience de l'Empereur.
e 3
( 102 )
De tous les Couvens ou Abbayes de la
Stirie , on n'en conferve que vingt trois ;
encore a-t- on réduit au nombre de 345 les
590 Moines ou Chanoines réguliers qui les
occupoient. Les Religieux fortis de ces Monaftères
ont été fécularifés. Du produit de
ces fuppreflions , on a fondé un grand nombre
de nouvelles Cures ; la portion congrue
des Curés a été fixée à 400 florins ( 800 liv..
tourn . ) , & celle des Chapelains à charge
d'ames à 300 fl .; les Chapelains ondinaires
font réduits à la portion de 250 florins , les
Vicaires à 200 .
L'Empereur , qui , à fon retour d'Italie s'étoit
fait rendre compte de toutes les affaires traitées
& jugées en fon abfence , a écrit de fa main
à toutes les Chancelleries , pour leur recommander
de nouveau la plus prompte expédition
dans toutes les affaires qui font du reffort de
leurs Tribunaux refpe&tifs . Il leur donne á ce
fajet les plus fages confeils , il leur repréfente
que dans leurs emplois ils ne doivent pas être
guidés par l'intérêt ; que leur feul but doit être
de fe rendre utiles & de concourir , chacun ſelon
fes forces , au bien général ; que la promptitude
dans l'exécution n'eft pas la feule chofe qu'il
leur demande ; qu'il faut en outre qu'ils facrifient
toute idée de repos pour le bien remplir de
leur objet ; que c'eft , pour un homme chargé de
l'intérêt de les freres , la plus douce des fatisfactions
, de pouvoir fe dire qu'il n'a rien négligé
pour ne pas être trompé qu'il leur donnera
l'exemple lui- même , & qu'ils peuvent le conformer
fur la conduite.
Un bâtiment Turc, écrit - on de la Croatie ,
( 103 )
qui avoit tranfporté des munitions & de
l'artillerieà la fortereffe de Berbix , elt retourné
de là à Belgrade. Un Mufulman à bord
de ce navire a ofé tirer fur une fentinelle
Autrichienne , placée à l'un des ouvrages
avancés du vieux Gradisca ; heureufement
la balle n'effleura que la giberne la fentinelle
fit feu à fon tour fur le bâtiment , &
on dit qu'un Turc a été dangereuſement
bleffé.
Les fonds de la caiffe des pauvres , à la
fin du mois de Juin , montoient à la fomme
de 17,182 florins , dont 8706 ont été diſtribués
parmi les penfionnaires . Leur nombre
eft actuellement de 5434.
Une lettre de la Stirie du 4 de ce mois
porte , qu'un gros bâtiment chargé de fer ,
s'eft brifé fur le Danube près de Bernegg.
On écrit de Prague l'hiftoriette fuivante ,
qui , ce nous femble , n'eft pas de très fraîche
date.
A quelque diftance de cette ville , réfide un
Eccléfiaftique qui a coutume d'entretenir une
foixantaine de coqs d'Inde dans fa baffe- cour.
Certain manant qui depuis long- temps avoit eté
un dévolu fur ces animaux , entra furtivement un
foir dans la bffe - cour , & fe failit de quatre des
plus gras , qu'il met dans un fac. Le lendemain il
fe rend à la ville pour les vendre. A fon arrivée
il commença à pleuvoir. Effuyer la pluie fur le
marché en attendant chaland , c'eſt à quoi notre
homme ne pouvoit fe réfoudre ; paffe encore s'il
avoit un manteau. L'idée ' ui vint de s'en procurer
& voici comment il s'y prit. Il fe rend chez
un ,
e 4
( 104 )
le Curé de H** , le complimente de la part de fon
collegue & lui préſente un beau dindon. Le Curé
faifit d'une main le volatil , & met l'autre à la
poche pour donner quelque monnoie au porteur.
Non , Monfieur , dit le fripoa , je n'accepterai rien ,
on me l'a défendu ; mais j'ai une grace à vous demander
Je porte du linge blanc de M. votre collegue ;
je crains que la pluie ne le fouille , voudriez- vous me
preter votre manteau , que je vous renverrai sous peu
d'heures Volontiers , répond le Curé; tout ce que
j'ai eft au fervice de mon confrere . Le ruſé filou
prend le manteau , tire fa révérence , & s'en va ;
mais comme la pluie avoit ceffé , il court vendre
le manteau à un Juif , qui lui en donne 20 florins.
Enhardi par le fuccès , il fait une feconde
tentative auprès d'un autre Curé ; il s'y prend de
la même maniere , & réuffit pareillement enfin
if pouffe l'effronterie jufqu'à tenter cet expédient
auprès de deux autres Curés , qui furent également
la dupe du ftratagême , & en furent pour
leur manteau. Le foir , le hafard voulut que ces
Eccléfiaftiques fe trouvaflent tous quatre enfemble.
Le premier commença à parler du préfent
qui lui avoit été envoyé , & du prêt qu'il avoit
fait de fon manteau . A ce récit les bras tomberent
aux trois autres , & ils ne douterent plus qu'ils
n'euffent été la dupe de la fubtilité du porteur du
préfent.
:
On affure de nouveau que les 11 Régimens
Hongrois feront portés à 25. Chaque
Régiment d'Infanterie a actuellement en
Hongrie un diftrict pour faire fes recrues,
La confcription , que l'on continue toujours
dans ce Royaume , en a fait connoître la véritable
force. On a trouvé 40,000 hommes ,
depuis l'âge de 18 jufqu'à 30 ans dans les
( 10's )
1
quatre Comitats de Prefbourg , de Neutra ,
d'Eiſenbourg & d'Oedenbourg.
Il réfulte auffi des opérations de la confcription
dans la Buckowine & dans la Gallicie
, que ces deux pays aujourd'hui réun's
ont de furface près de 2000 milles d'Allemagne
quarrés , & qu'ils renferment une population
de trois millions d'ames .
La répartition des Diocèfes dans l'Autriche
intérieure vient d'être finie . Le nouvel
Evêché de Laybach ſera érigé en Archevêché
; l'Archevêque aurá pour Suffragans les
Evêques de Gradiska & de Zeng. L'Evêché
de Graz portera le nom de celui de Sekan.
L'Evêché de Leoben , fondé par l'Empereur,
fera à la nomination de S. M. Imp . Cet Evêché
, ainfi que les autres Evêchés dans l'Autriche
intérieure , feront foumis , quant au
fpirituel , à l'Archevêché de Salzbourg.
Les établiffemens pour l'entretien des
pauvres , à l'inſtar de celui de cette Capitale
, deviennent le principal objet des foins
de toutes les provinces des Etats héréditaires.
Les chef-lieux s'empreffent d'imiter ce
qu'on a fait ici pour détruire la mendicité ,
en occupant les pauvres valides , & en procurant
tous les fecours à ceux que les maladies
ou l'âge rendent incapables de travailler .
On a fait , le 1er. de ce mois , à Brinn ,
T'ouverture folemnelle d'un femblable éta-.
bliffement.
Les ouvrages extérieurs de la nouvelle
es
( 106 )
7
fortereffe de Théréfienftadt font finis , & on
travaille actuellement , avec la plus grande
activité , à achever les édifices de l'intérieur .
L'Empereur a afligné pour cet objet une
nouvelle fomme de 70,000 florins.
Les dernières lettres de Conftantinople
confirment pleinement, que le Muphti Ibrahim
Effendi , nommé dernièrement à cette
dignité , a été déposé le 21 Juin , & relégué
dans fa maifon de campagne. Arabzade
Attullah Effendi l'a remplacé . Ces lettres
ajoutent que le 23 , le Teftefdar Faizi Ilmail
a été auffi renvoyé & remplacé par Soliman
Effendi.
Le Pacha de Travnik a reçu l'ordre de
Conftantinople de fe joindre , avec 10,000
hommes , au Pacha de Scutari , pour le foutenir
contre les Monténégrins.
Les principales productions minérales du Tirol
, lit on dans le Journal du Profeffeur de Lucca,
font le fer , le cuivre , le plomb & le fel. Le fer
qu'on y fabrique , monte par an à 1500 quintaux
, le cuivre à 240 , & le plomb à 150. L'exportation
du fel fait un objet annuel d'environ
1500 quintaux . L'éducation des bêtes à laine fe
fait auffi avec fuccès dans cette Province ; on
peut évaluer la laine que l'on y recueille par an
à environ 200,000 livres pefant .
DE FRANCFORT le 11 Août.
-On prétend que la République de Genes
a offert à la Cour de Pétersbourg le havre
de Spezia , pour fervir de relâche & de lieu
( 107 )
de réunion à la flotte Ruffe qui doit ſe rendre
dans la Méditerranée .
Le 22 Juillet , la Princeffe Douairiere de
Schaumbourg Lippe , Charlotte Frédérique-
Amélie de Naffau- Siegen , eft morte à Buckebourg
, dans la 83 me. année de fon âge.
Depuis le retour de l'Empereur à Vienne ,
on parle beaucoup d'une triple alliance of
fenfive & défenfive entre la Cour de Vienne ,
celle de Peterſbourg & la République de
Venife ; mais il eft affez évident que perfonne
ne fait fur quoi fonder cette opinion .
Le Prince Jérôme de Radzziwill eft arrivé
le 20 à Ratisbonne , & tandis que les gazettes
le chargeoient d'une grande négociation , il
s'eft rendu à Donauftauf , où s'eft confommée
fa réconciliation avec fon épouse , née
Princeffe de la Tour-Taxis , & dont la fuite ,
il y a dix-huit mois , occupa une grande place
dans les papiers publics.
Les Etats de Franconie , à l'imitation de
ceux de Souabe , ont arrêté dans leur dernière
affemblée de fe convoquer tous les ans
à Nuremberg pendant deux mois.
L'Electeur Palatin , parti le 26 Juillet de
Schwetzingen , près de Manheim , eſt arrivé
le lendemain à Munich , d'où il s'eſt
rendu au château de Nymphenbourg, pour
y paffer , felon fon ufage , le refte de la belle
faifon .
Les Maifons de Naffau , des branches de Wallram
& d'Orton , ont fait un nouveau pacte de
famille , par lequel les différends qui avoient
e 6
( 108
fubfifté jufqu'à préfent entre les branches ont été
terminés. Ce pace , confirmé par l'Empereur
réglé en même tems l'ordre de fucceffion.
On prétend que les Comtés de Weilbourg ,
d'Ufingen & de Saarbruck , font érigés en Principautés
, & que les trois Princes fouverains de
ces Comtés feront introduits au College des
Princes à la Diete de l'Empire. On affure
auffi que le droit d'eineffe fera rétabli dans la
Maifon de Naffau - Orange , dont on porte les
revenus annuels dans fes Etats d'Allemagne à
400,000 florins.
-
Les marchandifes exportées de Trieſte à
Conftantinople ont monté en 1781 à la
fomme de 312,215 florins , en 1782 à celle
de 383,574 , & en 1783 à celle de 226,285 .
Des lettres du Milanès difent que la foie
écrue eft renchérie d'une livre & demie par
livre pefant. On attribue cette augmentation
de prix à la permiffion que le Roi d'Efpagne
a accordé aux fabriques de Séville & de Valence
d'importer librement 300,000 liv . pefant
de foie.
Le Mathématicien Lanz a perdu la vie
tragiquement , ainfi qu'on l'apprend de Ratisbonne.
Il étoit arrivé de Sinchingen , où il avoit fait
Elever un Para-tonnerre : vers les fix heures du
foir, il alla fe promener avec un de fes amis dans
Pallée nommée Linden , quoique le tems menaçat
de tourner à l'orage. Et effectivement , il n'eut
pas fait quelques tours , que l'orage fe déclara
par de violens coups de tonnerre : fon ami voulut
l'emmener, mais M. Lang , qui aimoit à confidé
rer la nature , même dans fes tableaux les plus
( 109 )
effrayans , voulut abfolument refter , & alla fe
mettre contre un mur pour être à l'abri de la
pluie. Il y étoit à peine depuis quelques minutes ,
que le tonnerre tombe avec un horrib'e fracas &
le renverse mort aux pieds de fon ami . On accourt
auffi- tôt , on lui ouvre la veine ; mais tous
les fecours furent inutiles , il ne donna aucun
figne de vie . Le tonnerre étoit tombé fur fon
chapeau ; de-là fe gliffant le long de fon vilage ,
il étoit entré dans la bouche , & étoit forti par fon
côté ; d'où il étoit tombé fur fes fouliers , avo't
endommagé les boucles & s'étoit enfoncé dans la
terre en lui perçant le pied. On regrette d'autant
plus ce Savant , qu'à de profondes connoiffances
il joignoit la probité la plus intacte .
On a enterré , le 29 Juillet , à Sluchtem ,
une femme , âgée de 89 ans ; elle laiffe une
poftérité de 116 perfonnes ; favoir , 13 enfans,
62 petits enfans & 41 arrière- petits - enfans.
On travaille dans la Siléfie à faciliter par des
canaux la navigation fur la riviere d'Oder ;
mais ces travaux , loués des uns , font hautement
défapprouvés par d'autres . Les derniers prétendent
que l'égale direction que l'on donne à cette
riviere par l'établiſſement des nouveaux canaux
dans les endroits où il y a des anfes ou finuofités
, eft abſolument nuifible aux intérêts du
pays , & contraire au but que l'on s'étoit propofé.
Ils disent que ce plan détruit la pêche dans
cette riviere , puifque c'eft dans les finuofités où
le poiffon aime à féjourner , que plus la direction
d'une riviere eft droite , plus fes eaux roulent avec
rapidité , & plus les ravages , lorsqu'elles débordent
, font terribles ; qu'il faut attribuer à ee
plan les eaux baffes depuis Stellin jufqu'à Breflaw
, parce que , comme il n'y a plus d'anfes
( 110 )
dans la riviere , elle perd fes eaux plus vite , &
fe jette avec plus de rapité dans la mer , d'où il
arrive que les bâtimens allant de Stettin à Breflaw
font quelquefois huit à dix femaines en
route avant d'y arriver; & enfin que la rapidité
de la riviere étant augmentée , la navigation ,
en la remontant , fe fait néceffairement beaucoup
plus lentement qu'auparavant.
Les Sujets Weftphaliens de l'Electeur de
Cologne quittent par bandes leurs foyers
pour s'établir ailleurs. Il en eft parti dernièrement
plus de 300 , qui font allés en
Hongrie. Pour mettre un terme à ces émigrations
, l'Electeur a ordonné de tirer fur
les frontières un cordon de troupes qui doit
empêcher ces défertions.
D'après une nouvelle defcription du Duché
de Magdebourg , on y compte actuellement 863
villes , bourgs & villages , 45145 feux , & une
population de 249 595 ames . Le Prince Ferdinand
de Pruffe y poffe le 33 villages qui renferment
6083 habitans , & les Comtes de Schulembourg
y font Seigneurs de 31 villages , dont la population
monte à 8205 perfonnes.
La Compagnie Hollandoife des Indes-
Orientales , lit - on dans un Journal Allemand
, dont l'exactitude eft eftimée , paroît
toucher à fon déclin . Ses affaires , autrefois
fi floriffantes , diminuent à vue - d'oeil . On
en jugera par le tableau fuivant . Depuis
1605 jufqu'en 1648 , fon dividende étoit de
22 & pour cent , année commune ; depuis
1649 jufqu'en 1684 , 17 & pour cent ; depuis
1685 jufqu'en 1720, 27 & pour cent ;
( 111 )
depuis 1721 jufqu'en 1756 , 20 && pour
cent , depuis 1757 jufqu'en 1774 , 15 &
pour cent ; & depuis quatre ans , la Compagnie
n'a plus réglé de dividende,
ITALI E.
DE BOLOGNE , le 26 Juillet.
On a reçu ici la lettre fuivante datée d'An ,
cone le 11 de ce mois.
Un vaiffeau vénitien venant du Levant a jeté
l'ancre hier matin dans ce port . Le Capitaine de
vaiffeau rapporte que le Bacha de Scutari , après
s'être rendu maître de Montenegro , feignit de
s'en retourner ; mais qu'il fe porta enfuite à
l'embouchure da Cattaro fur le territoire de
Venife où il commit d'horribles ravages . On
craint qu'il n'ait pris d'affaut quelques fortereffe,
& qu'il ne canonne vivement celle de
Caftelnuovo , qui appartient à la République .
Cette nouvelle cependant mérite confirmation ,
ayant été apportée par la voie de mer.
Un Miniftre Eccléfiaftique des confins de
la Pologne vient d'avoir recours à la facrée
Congrégation du Concile à Rome , contre
fon Evêque , qui l'avoit interdit à perpétuité
par le motif fuivant. Un homme avoit
tué fa femme de la manière la plus barbare;
le Miniftre en ayant été inftruit , fit auffitôt
arrêter l'affaflin , & le fit renfermer dans
le fépulcre où repofoit fa victime . Ce malheureux
y périt de défefpoir & de douleur.
Le Tribunal Eccléfiaftique de l'Evêché fit
auffi tôt inftruire le procès du Miniftre , &
le Prélat le fit emprifonner & le condamna
à une interdiction perpétuelle .
( riz )
DE LIVOURNE , le 25 Juillet.
"
Les Pères Camaldules du Sacré Défert
de Sienne ont reçu un ordre , en date du
16 de ce mois , qui leur enjoint d'abandonner
leur Monaftère & de paffer dans celui
de la Chartreufe , fupprimée à Pontignano.
Les moutons d'Efpagne , deftin's pour
l'Empereur , font arrivés ici dernièrement.
On les voit au nombre de 250 dans nos
campagnes , où on veut les faire repofer &
recouvrer dans de bons pâturages les forces
que les incommodités du voyage leur ont
fait perdre.
Des lettres de Malthe portent que l'efcadre
Vénitienne aux ordres du Chevalier Emo s'étoit
arrêtée à Malthe pour y attendre trois autres
vatffeaux de renfort , après quoi elle devoit faire
voile pour Tunis ; qu'il y avoit cependant toute
apparence qu'on en viendroit à un accommodement
, avant de commencer les hoftilités .
L'Efcadre Napolitaine a quitté ce port le
19 pour fe rendre à Genes , d'où Leurs Majeftés
Siciliennes font attendues ici vers le
commencement du mois prochain.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Août.
Mylord Duc de Dorfet , eft arrivé de
Paris en cette ville , & s'eft rendu le 3 au
Palais de St.- James , où il a été introduit
auprès de S. M. En l'abfence de cet Ambaffadeur,
M. Hailes refte chargé en France
( 113 )
14
des affaires de la Nation. Le Comte de Réventlau
, nouvel Envoyé de Danemarck , a
auffi été préſenté au Roi par le Marquis de
Carmarthen , & a remis à S. M. fes Lettres
de créance. Lord Dalrymple paffe à Berlin
en qualité d'Envoié extraordinaire , & il a
ordre de preffer fon départ.
Le 4 , le
Général
Archibald
Campbell
a
pris
congé
du
Roi
, étant
fur
fon
départ
pour
l'Inde
, où
il va
fuccéder
à Lord
Macartney
dans
le Gouvernement
de
Madras
.
Le Parlement n'eft pas prorogé , mais fimplement
ajourné au 27 Octobre prochain ;
de manière que les deux feffions feront confondues
, ou plutôt n'en feront qu'une feule,
la fuivante n'étant qu'une continuation à
terme de celle qui vient d'expirer. Cette
mefure abrégera les opérations & les affaires
d'étiquette à l'expiration de l'ajournement.
Avant de le fixer , les deux Chambres préfentèrent
à S. M. , le 29 , leur Adreffe , concernant
l'arrangement de commerce avec
F'Irlande , & le Roi leur répondit en ces
termes :
« J'éprouve la plus vive fatisfaction en re-
» cevant ces arrêtés qu'un examen approfondi
vous fait regarder comme étant la base de
» d'un fiftême avantageux & folide entre les
deux Royaumes de la Grande- Bretagne &
d'Irlande . L'attention fuivie que vous avez
donnée à cet obier important, fournit la preuve
la plus manifefte du zele dont vous êtes animés
pout l'intérêt de mes deux Royaumes ,
& pour la propriété générale de mes Do(
114 )
"
maines, En faifant participer les deux pays
pleinement & également aux avantages du
commerce , & en les Toumettant aux mêmes
réglemens , relativement aux objets d'où dépendent
la confervation & la sûreté de ces
deux Royaumes , & vous leur avez ouvert la
fource d'avantages réciproques , & qui iront
toujours en croiffant. Je ne doute aucunement
, que le même efprit qui a préfidé au
début & au progrès de ce grand ouvrage ,
ne fe manifefte dans tous fes périodes , & je
penfe avec vous que le bonheur futur des deux
» pays , la sûreté , la gloire & la prospérité de
» l'Empire , exigent hautement qu'on y mette
» la derniere main. »
20
Le 30 Juillet , l'Amiral Montague s'eft
rendu de Portſmouth à la rade de Spithead ,
avec quatre vaiffeaux de ligne , & a été fuivi
de fix autres peu de jours après. Les 10 navires
font les fuivans .
Le Queen . 90 can.
Le Triumph. 74
L'Hector... 74
L'Edgar. 74
L'Elifabeth..74,
Le Pégafe.. 74 can.
Le Ganges.. 74
Le Goliah.. 74
Le
Grampus.74
L'Ardent ... 64
Le Pégafe & l'Ardent ont reçu des vivres
pour fix mois ce qui fait préfumer qu'ils
font deſtinés pour les Grandes - Indes . Du
refte , on ignore parfaitement l'objet du fervice
de cette Efcadre que l'Amiral Howe doit
paffer en revûe , & qui fera , dit - on , fous les
ordres du Commodore Gower , attendu
fa tournée le long des côtes des trois Royaumes.
Le Gouvernement vient d'ordonner
( 115 )
auffi d'équiper fans délai à Plymouth , quatre
vaiffeaux de garde , qui doivent recevoir des
vivres pour trois mois avant d'appareiller.
On arme auffi le Trufty de so canons , à
bord duquel le Commodore Coby ira prendre
dans la Méditerranée le commandement
de l'Efcadre , actuellement fous les ordres du
Chevalier Lindſey.
Le 26 Juillet , on a lancé à Rotherhite le
Ramillies & l'Audacieux , tous deux de 74
canons ; & dans peu de jours , l'Impregnable
de 90 canons fera lancé à Deptford . On attend
inceffamment le Montmouth de 64 can.
qui revient de l'Inde .
Nos papiers publics font remplis d'affertions,
de remarques , de paragraphes bilieux,
plus ou moins abfurdes , au fujet de l'Arrêt
qui prohibe en France nos marchandifes.
Voici comment s'expriment à ce fujet les
Gazettes de l'Oppofition .
La premiere connoiffance de cet Arrêt eft parvenue
à nos manufacturiers par les maifons françoifes
de commerce qui contremanderent tous
les ordres qu'elles avoient donnés . Le travail
de plus de 100 métiers a été fufpendu le 30
Juillet dans la feule manufacture de gaze de
Spitalfields . Les Manufacturiers ont eu une conférence
avec le Marquis de Carmarthen , & ce
Miniftre leur a promis que le Gouvernement
prendroit les mefures les plus convenables dans
cette circonftance . Il leur dit que l'Angletere n'avoit
point provoqué une telle politique de la part
de la France , & qu'il ne favoit à quoi en attribuer
le motif.
( 116 )
Un autre papier prétend que la queftion
de favoir fi cette politique a été ou non provoquée
par les Anglois , doit être difcutée
publiquement , & voici comme il la difcute:
Les François , dit-il , nous reprochent d'avoir
manqué de générofité à leur égard. Nous vous
avons fourni des grains , difent- ils , lorfque vous
en avez eu befoin , & dans ce moment ci , où
nous éprouvons une difette de fourrages , vous
nous fermez vos ports. Vous nous avez
envoyé M. Crawford , pour négocier un traité
de commerce avec nous , & vous ne l'avez pas
muni de pouvoirs fuffifans pour remplir l'objet
de fa miffion. Vous nous avez fait paffer de
la quincaillerie , des gazes de Mancheſter , &e.
& vous n'avez rien pris en retour . Le Marquis
de Landfdown avoit prédit que nous nous mo
querions de toutes les menaces & de tous les
arrêts de notre rivale , & celle- ci a voulu vérifier
cette prédiction .
Les papiers attachés à la Cour voient le
fait avec plus d'impartialité & de philofophie
, & difent.
L'Arrêt du Conseil d'Etat de S. M. T. C. concernant
les Marchandifes étrangeres prohibées ,
caufera fans doute quelque préjudice à nos Manufactures
, mais il ne peut pas fournir le prétexte
d'une guerre entre les deux nations , comme
femblent l'appréhender des perfonnes peu judicieufes
ou mal intentionnées. Cet Arrêt , qui a
fait ici une grande fenfation , tend fimplement à
renouveller d'anciennes loix qui mettoient , au
nombre des marchandifes prohibées , toutes celles
qui font déclarées être de contrebande par le préfent
réglement. Il eft vrai que tant que le com
merce de contrebande a été en faveur de la France,
( 117 )
elle a fermé les yeux fur nos introductions interlopes
, & comme il n'exiftoit point de loi dans ce
pays qui autorisât à vifiter la maiſon d'un particulier
, pour vérifier s'il fe trouvoit des marchandifes
de contrebande , & dans ce cas les faifir , &
mettre le propriétaire d'icelles à l'amende , les
marchandiſes de cette nature étoient en sûreté , fi
elles n'avoient pas été découvertes avant qu'on les
eût enmagafinées.
Dans la préfente occafion , le Gouvernement
françois n'a donc fait qu'imiter nos réglemen , à
la différence qu'il a mis moins de rigueur dans le
fien , puiſqu'il permet à fes fujets de faire venir
d'Angleterre des marchandifes prohibées pour
leur confommation perfonnelle , à la charge de
payer 30 pour cent de leur valeur. Il eft notoire
que nous ne lui avons pas donné l'exemple d'une
telle modération , & cependant nous trouverions
fort étrange que la France nous déclarât la guerre
fur le motifque nous avons défendu l'introduction
de fes batiſtes , & que nous avons mis fur les vins
& eaux - de - vie des droits qui fe montent à beaucoup
plus de 30 pour cent , dans le ças mêmẹ où
ces articles font importés par des perfonnes qui ne
font aucun commerce. Pour mettre le comble à
l'abfurdité , les partiſans de l'oppofition veulent
que cet Arrêt foit une preuve de la foibleffe de
l'Adminiftration actuelle , & l'on fait cependant
qu'il faut s'en prendre à l'un des Chefs de cette
même oppofition , de ce que la Grande-Bretagne ,
au lieu d'être en état de faire là loi à la France en
ce qui concerne fon Gouvernement intérieur &c
l'introduction de nos marchandiſes , ( & qu'ellen'a
jamais eu une auffi folle prétention , même à l'époque
de fa plus grande profpérité ) doit s'eftimer
trop heureufe de n'être point réduite elle -même à
la honte de recevoir la loi de la France.
( 118 )
Suivant quelques perfonnes , la prohibition des
Manufactures britanniques en France n'eſt pas
pour le commerce anglois un aufli grand malheur
qu'on le croit généralement . Les Edits & les Ordonnances
font des loix toujours fans force , quand
elles contrarient celles de la nature , & fi les François
ont befoin des articles des Fabriquesangloifes,
il faudra bien d'une maniere ou d'une autre que
ces articles leur parviennent . La ſeule crainte que
les Anglois doivent avoir , c'eft de perdre la fupériorité
que leurs Manufactures ont fur celles de
l'Etranger. Tant que cette fupériorité fe maintiendra
, ils peuvent être bien sûrs que le débit en
fera toujours affuré . Tout au plus feront-ils obligés
de leur faire faire un circuit par la Fiandre autrichienne
, par la Meufe & par le Rhin.
ל כ »LorfqueM.Crawford,dituntroisieme
» Papier , paffa en France pour négocier le
» Traité de commerce , il offrit de la part
» de l'Angleterre l'admiflion de quelques
» vins de France , en retour de toutes les
quincailleries , gazes & cotons d'Angle-
» terre. La France ne trouva point dans ce
» plan affez de réciprocité ; elle fe plaignit
» de ce que l'Angleterre ne vouloit admet-
ל כ
tre que très- peu de vins , tandis qu'elle
» tiroit d'Angleterre des quantités immenfes
» de quincailleries. A cela l'Angleterre ré-
» pondit , que le climat de l'ifle & le goût
» particulier de fes habitans demandoient
» de gros vins , & que le vin de Porto fe-
» roit toujours , comme il l'eft en effet , leur
» vin favori. La France exigeoit que l'on
» permît en Angleterre l'importation de fes
( 119 )
» eaux- de- vie , de fes batiftes , de fes gants ,
» de fes modes , & c. le gouvernement Bri-
» tannique s'y eft refufé péremptoirement.
>> On ne doit donc pas s'étonner que la
» France ait pris des mesures définitives.
On écrit de Douvres que vers la fin du mois
de Juillet , le Cutter le Wafp , fe trouvant au
large de Dungeneff , apperçut un lougre frarçois
, qui refufa de faluer le pavillon britannique.
Le Capitaine Hills , Commandant du
Wasp , envoya à bord fon Lieutenant , pour favoir
les raifons de ce refus ; le Capitaine du
Lougre répondit qu'il avoit des ordres de fa Cour
à cet égard , & que fi on infiftoit , il fongercit
à le défendre , & auffi- tôt il fit branlebas . Le
Capitaine Hills ne jugea pas à propos d'engager
le combat , mais il envoya fon Lieutenant à
Londres pour faire fon rapport , & favoir comment
il devoit fe conduire à l'avenir. Le Lieutenant
eft de retour à Douvres , mais rien n'a
encore tranſpiré des inftructions qui lui ont été
données .
D'autres Feuilles s'infcrivent en faux contre
ce paragraphe , & prétendent que toute
cette difpute de cérémonie eft une fiction ;
ainfi , on doit regarder ce fait comme douteux
encore ; ce qui ne l'eft pas , c'est le degré
d'abfurdité & d'inconféquence des bizarres
raifonnemens qu'il a dictés à nos Folliculaires.
Les récoltes de bled & d'orge font trèsbelles
dans le Comté de Worcefter . Les
dernieres pluies ont ranimé les houblons qui
promettent une récolte abondante . Mais le
( 120 )
cidre manquera abfolument. Le foin dans
ce même Comté fe vend actuellement fix
guinées le tonneau ( 2000 lb. ) tandis qu'il
ne valoit que 35 fchellings il y a quelques
mois.
3
Le 28 , le Secrétaire de la guerre a expédié
des ordres dans toutes les garnifons du
Royaume , pour que l'on fe pourvoie immédiatement
de munitions pour fix mois ,
& à tous les Gardes magafins de donner
avis des articles dont les magafins peuvent
manquer,
Le 30 , l'Amirauté a reçu des dépêches
de l'Amiral Campbell , en ftation à Terre-
Neuve. Elles ont été apportées par la frégate
la Charlotte , Capit. Bennet. Ces dépêches
portent , que plus de 50 bâtimens pêcheurs
ont appareillé de Terre Neuve pour
les ports d'Espagne & de Portugal , & qu'il
arrive journellement à la pêche des bâtimens
de toutes les nations.
Toutes les Compagnies des Indes étrangeres
, excepté les Compagnies Françoiſe
& Hollandoife , ont celle d'armer pour la
Chine , depuis les reglemens du Miniftere,
pour mettre un frein à la contrebande
des thés. La Compagnie Françoife n'expédie
même que lept vaiffeaux , & la Compagnie
Hollandoife onze . La Compagnie Angloine
en enverra trente en Chine cette année . Ce
commerce feul va donc employer trois mille
Matelots , & il y a lieu d'efpérer que l'année
prochaine
( 121 )
prochainele nombre des armemens augmen.
tera encore.
Le Lord Mulgrave , dit le Morning Hérald , eft
un homme effentiel pour M. Pitt . Ses confeils lui
font très -utiles . Feu Lord Chatam , dans fon fameux
difcours fur les Illes Malouines , dit que jamais
il n'avoit projetté aucune expédition maritime
fans confulter le Lord Anfon , & qu'il s'en
étoit toujours trouvé bien. M. Pitt agit très - fagement
en ſuivant l'exemple de fon pere . Il ne fau .
roit mieux faire que de confulter des gens expéri
mentés, car l'expérience après tout eft la premiere
& la meilleure leçon .
A l'une des dernieres repréſentations au
théâtre d'Haymarket , on a remarqué deux
femmes de la premiere qualité , dont l'une
ne ceffa de rire, l'autre de crier tout haut durant
la piece pleine d'intérêt. Cette liberté a
exceffivement déplû au public , & les deux
Ladis en belle humeur ont été livrées au bras
feculier des miniftres de la preffe , & vivement
réprimandées dans les Papiers publics .
M. Crofdill , célébre Violoncelle , aujour
d'hui chef de la Mufique du Vice - Roi d'Irlande
, vient d'époufer Mifs Colebrook
foeur du Chevalier Colebrook , ancien Direc
teur de la Compagnie des Indes. L'inégalité
des rangs avoit d'abord fait remarquer
cette union , en apparence mal- affortie ; mais
l'on a ceffé de s'en étonner lorfqu'on a rapproché
les fortunes des deux époux. Mi's
Colebrook jouit d'un revenu de mille livres
fterlings , & M. Crofdill gagne par fon talent
aumoins quinze cens liv . fterl. annuelle-
No. 34 , 20 Août 1785. f
( 122 )
ment , outre les cinq centpiéces que lui vaut
fa place de Sur- Intendant de la Mufique du
Duc de Rutland.
Nous avons eu , dit le Général Advertifer,
une triple alliance , une quintuple alliance ,
un club des Whigs , des conftitutionnaires ,
des citoyens , & mille autres fociétés bavardes
, formées des premiers Hommes de
la Nation ; mais aucune n'a mérité les éloges
qu'on doit à la Chambre actuelle des
Manufacturiers. Ceux qui compofent cette
Chambre ont gagné les coeurs & les fuffrages
des 99 centiemes de la Nation.
Les Boutiquiers du fauxbourg de Soushwark
fe font de nouveau égayés à brûler folemnellement
en effigie , les figures de M.
Pitt , & de M. Thornton , l'un des repréſentans
de ce faubourg. Dans la bouche d'un
ferpent en artifice , placé fur la poitrine des
deux effigies , on avoit mis une langue rouge
aufli en artifice , fur laquelle , lorſqu'on y
mit le feu , chacun lut diftinctement ces
mors , SECRETTE INFLUENCE ! Les Papiers
de l'oppofition ont rendu compte de cette
parade fous le titre fuivant ; Narration du
jugement & de l'exécution des deux Criminels
d'Etat , dans le Bourg de Soutwarck , Mardi
dernier.
Les négocians de Philadelphie ont réfolu
d'une voix unanime de prendre des arrêtés
entierement conformes à ceux de Boſton ,
relativement au commerce avec la Grande-
Bretagne..
( 123 )
On affure auffi qu'ils fe propofent , lors
de leur prochaine affemblée , de prier la Légiflature
de donner au Congrès les pouvoirs
néceffaires pour régler les affaires commerciales
des Etats- Unis .
La chambre de commerce de Ney- Yorck a pareillement
nommé un comité pour faire le rapport
de fon opinion , & recommander les metures
qu'il eft néceffaire de prendre pour fecouer
le joug , & brifer les entraves dont les Anglois
ont chargé le commerce des Etats - Unis . Les
membres de ce comité ont déja eu deux conférences
, & on affure qu'ils ont demandé la convocation
d'une affemblée générale de la ville ,
pour que toutes les claffes de citoyens aient la
liberté de faire connoître leurs fentimens fur
un fujet fi important pour leur bonheur & pour
celui de leur postérité.
L'affemblée générale du Rhodiſland , dans
fa derniere Seffion , a paffé un acte qui impofe
un droit de fept & demi pour cent fur
toutes les marchandifes Angloifes qui feront
importées fur des vaiffeaux Anglois dans cet
Etat , non compris le droit général de deux
pour cent fur toutes les importations .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 10 Août.
Mefdames Adélaïde & Victoire de France ;
font de retour ici , du 4 de ce mois , du
voyage que ces Princeffes viennent de faire .
à Vichy, où MadameVictoire a pris les Eaux.
qui lui ont très - bien réuffi .
L'Abbé de Saint -Paul , Chantre & Chanoine
de la Cathédrale de Montpellier , a eu
w
f2.
( 124 )
l'honneur d'être préfenté à Monfieur , en
qualité de Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel & Confeil de ce Prince.
Le fieur de Bérenger , que le Roi a nommé
fon Miniftre plénipotentiaire près la
Diète générale de l'Empire , a eu , le 7 de
ce mois , l'honneur de faire fes remercîmens
à S. M., à qui il a été préſenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil Royal des
Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat, ayant
le département des Affaires étrangères.
Le même jour , le fieur Efmangard ,
Maître des Requêtes , Intendant de Flandre ,
préfenté au Roi par le même Miniftre , a eu
T'honneur de prendre congé de S. M. pour
fe rendre à fon Intendance .
Le fieur Allemand , Confervateur général
de la Navigation de la Garonne , de plufieurs
Académies , a eu l'honneur de préfenter ,
le même jour , au Roi , à Monfieur & à
Monfeigneur Comte d'Artois , un Mémoire
fur la Navigation intérieure du Royaume,
DE PARIS , le 17 Août.
Il a été rendu le 7 un Arrêt du Confeil
d'Etat du Roi , concernant les négociations
abufives de la Bourfe ; le préambule porte ;
Le Roi eft informé que depuis quelque temps
il s'eft introduit dans la Capitale un genre de
marchés , ou de compromis , auffi dangereux
pour les vendeurs que pour les acheteurs , par
Jefquels l'un s'engage à fournir , à des termes
125 )
éloignés , des effets qu'il n'a pas , & l'autre fe
foumet à les payer fans en avoir les fonds , avec
réferve de pouvoir exiger la livraiſon avant l'échéance
, moyennant l'efcompte que ces engagemens
qui , dépourvus de cauſe & de réalité ,
n'ont , fuivant là loi , aucune valeur , occafionnent
une infinité de manoeuvres infidieufes , tendantes
à dénaturer momentanément le cours des
effets publics , à donner aux uns une valeur exagérée
, & à faire des autres un emploi capable de
les décrier : qu'il en résulte un agiorage défordonné
, que tent fage Négociant réprouve , qui
met au hafard les fortunes de ceux qui ont l'inprudence
de s'y livrer , détourne les placemens
plus folides & plus favorables à l'induſtrie natio .
nale , excite la cupidité à pourfuivre des gains
immodérés & fufpects , ſubſtitue un trafic illicite
aux négociations permifes , & pourroit compromettre
le crédit dont la place de Paris jou à fi
jufle titre dans le refte de l'Europe : Sa Majefté ,
par une fuite de l'attention qu'Elle donne à to ★
ce qui intéreffe la foi publique & la fûreté du
Commerce de fon Royaume , a voulu prévenie
les fuites pernicieufes que pourroit avoir un tel
abus s'il fubfiftoit plus long- temps ; & s'étant fait
représenter les Ordonnances & Réglemens rendus
fur cette matiere , notamment l'Edit du mois de
Janvier 1723 , & l'Arrêt du Confeil du 24 Septembre
1724 ? Elle a reconnu que ce n'eft
qu'en éludant leurs fages difpofitions qui prof
crivent toute négociation faite hors de la
Bourfe & par des perfonnes fans qualité , qu'on
eft parvenu à établir dans des Cafés & autres lieux ,
ce jeu effiéné , confiftant en paris & compromis
clandeftins fur les effets publics , lequel , dans les
pays même où il eſt tol; ré , paroît aviliffant aux
yeux de tout Négociant ou Banquier jaloux de
f3
( 126 ) 1
conferver fa réputation . Sa Majesté a donc jugé
néceffaire , pour y remédier , de renouveller les
regles déjà prefcrites par les anciennes Loix , &
d'ordonner que leur exécution ſera maintenue
avec la plus grande févérité.
Dans le difpofitif, il eft défendu de négocier
aucuns Effets royaux , ou Effets publics ,
en d'autres lieux qu'à la Bourfe , ni autrement
que par l'entremife des Agens de change.
S. M. , de plus , déclare nuls à l'avenir les
marchés & compromis d'Effets royaux à
termes , fans livraiſon ou dépôt réel d'iceux ,
fous peine de 24 mille livres d'amende , &
d'exclufion de la Bourſe.
Par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du
29 Juillet , S. M. a limité au 15 de ce mois
la permiffion portée par l'Arrêt du 17 Mai
précédent , de conduire & faire pâturer les
beftiaux dans les bois du Roi & des Communautés
féculières & régulières. Cette limitation
eft motivée dans le préambule , par
les abus qui ont réfulté en quelques endroits
du premier Arrêt , par la crainte de la dégradation
entière des forêts royales , & par les
reffources que les pluies & l'état actuel des
récoltes alloient procurer pour le pâturage
des beftiaux .
Au commencement du mois ,
les orages
ont été affez fréquens dans les environs de
cette Capitale . Entr'autres , le tonnerre eft
tombé le 2 à Rambouillet , fur une des
écuries où se trouvoient les chevaux de
Monfieur , Frère du Roi. La Gazette de
( 127 )
i
France préfente en ces termes les circonftances
de cet accident.
•
Le tonnerre eft tombé , le z de ce mois , à Rambouillet
, fur une des écuries où font les chevaux
de Monfieur , frere du Roi . La foudre a pénétré.
par le toit du côté du midi , où elle n'a fait qu'une
petite ouverture , & étant entrée dans le grenier
rempli de paille jufqu'au faîte , l'a traversé fans
y mettre le feu a fracaffé un arcboutant de la
charpente , & eft defcendue le long d'un montant .
Arrêtée par une traverfe , elle l'a fuivie jufqu'à
la piece de bois fur laquelle eft appuyée une
panne qu'elle a encore maltraitée en fuivant toujours
la même dire &ien. De- là gagnant le côté
du Nord, eile a brifé & haché en copeaux un chevron
jufqu'à l'égoût Enfuite elle eft entrée dans
l'écurie dont la porte étoit ouverte, a emporté un
careau de cette porte , & s'étant divifée à droite ,
à gauche & en avant , elle a frappé d'une maniere
plus remarquable le cheval en face de la porte ,
qui ayant eu fur la champ la moitié de la tête paralyfée
, eft mort 24 heures après ; & ceux qui
étoient aux deux extrémités du rang , dont l'un ,
celui qui étoit à droite , a été tué roide , & l'autre
dangereufement bleffé. Tous les chevaux de
l'écurie, frappés en même temps , font tombés ,
à l'exception de deux . La plupart n'ont eu d'autre
marque de tonnere que des traces aux jambes &
aux cuiffes , dont il n'eft réfulté qu'une enflure
affez confidérable aux premieres . Quatre Palefreniers
ont été bleffés légérement ; deux feulement
ont eu , l'un au bras , l'autre à la cuiffe , des
marques apparentes , confifiant en une impreffion
de rougeur avec quelques boutons d'éréfi
pele. Le plus maltraité étoit dans la fellerie ,
derriere le mur auquel touchoit le cheval qui a
été tué roide. Il parcît que la bande de fer qui
+
£ 4
( 128 )
borde la mangeoire a fervi de condu@eur au
tonnerre. L'eftomac & les inteftins du cheval qui
a été tué roide , fe font trouvés d'un volume fix
fois plus confidérable que dans l'état naturel , il
s'en eft dégagé beaucoup d'air qui n'étoit pas infect
. Les vaiffeaux au-deſſous du coeur étoient flafques
, mais ceux de la tête étoient gorgés d'un
Tang noir , prefque coaguié , ce qui a lieu dans
les fuffocations fubites .
Le 4 , un violent orage a caufé d'affez
grands dommages dans le voifinage de Guife
en Picardie. Aux tonnerres & aux éclairs
fuccéda , vers les 3 heures & demi de l'aprèsmidi
, une pluie mêlée de grêle , & tellement
abondante, que des torrens d'eau s'écoulant
des collines , renverferent des murs entiers
dans le fauxbourg de Guife , remplirent les
maifons à plus de fix pieds de hauteur , &
détruificent les maifons , les meubles , les
beftiaux. La rivière d'Oife fe déborda , &
augmenta les dommages en fubmergeant
les jar lins , couverts aujourd'hui de limon
& de gravier. L'orage s'étandit für plufieurs
villages peu éloignés de Guife , & à détruit
une partie des récoltes.
L'Académie avoit donné le Prix de Vertu ,
qui est une Médaille d'or de douze cens livres ,
à M. Poultier , cet Huiffier Prifeur qui refufa la
riche fucceffion du fameux Charpentier Bougeau't.
Cet honnête homme s'eft montré auffi
modefte qu'il avoit été défintéreffé . Ne trouvant
pas que fon action méritât des Eloges publics , il
a indiqué à l'Académie un Portier , qui à ce
qu'il prétend , mérite mieux que lui le prix d'une
bonne action. Ce Portier a foigné pendant long(
129 )
temps un Commiffionnaire malade , & lorfque
cet homme eft venu à mourir quelques années
après , & que par reconnoiffance, il a inflitué le
Portier fon héritier ; celui- ci a fait chercher en
Auvergne quels étoient les parens , il a fait remettre
onze cens livres qu'il avoit retiré de
cette fucceffion , à un coufin fort éloigné & fort
pauvre.
Le bateau pilote de S. Malo , en faiſant ſa tournée
le 24 Juin dernier , prit à fix lieues au large ,
un poiffon monstrueux & inconnu , qui pefe environ
500 livres . Sa tête eft à peu près celle d'un
requin , mais elle eft plus pointue ; fes yeux font
grands ; il a cinq ouvertures de guines de chaque
côté , deux grandes nageoires au- deffus ; au bas
de fon ventre font deux efpeces de fufeaux formés
de chair & d'os , & vuides dans toute leur longueur
: entre ces deux fufeaux , on voit un trou
qui communique à fon ventre ; à l'ouverture de ce
trou , il y a de petits mammelons qui fuintent
une espece de liqueur laiteufe . On croit que cet
animal eft femelle , & que c'eft par - là qu'il nourrit
fes petits. Sa mâchoire inférieure eft armée
dans le devant de quatre rangs de dents fort aigues
la mâchoire fupérieure n'a que deux rangs
de dents . Sa peau eft plus brune , & n'eft pas fi
rude que celle du chien de mer . Sa queue eft fingulierement
faite . Aucun de nos anciens navigans
& pêcheurs ne connoît ce poiffon . Un vent
de nord- nord- est très - violent , qui fouffle depuis
long-temps & qui rend la mer fort houleufe , aura
éloigné cet animal de fes parages , & il fe fera
comme égaré en pourfuivant quelque proie pour
fa nourriture . Les Matelots du bateau pilote ont
obligé ce poiffon de s'avancer fur le rivage , où
'ils l'ont pourfuivi à coups de gaffes & à coups
de couteaux. Un petit de fon efpece l'a fuivi juffs
( 135 )
1.
J
ques fur la vafe ; mais comme il ne tiroit pas
tant d'eau , il s'eft fauré.
En 1754 , M. le Comte d'Efpié , Chevalier
de S.- Louis , &c. publia dans une brochure
intéreffante un procédé propre à rendre
les bâtimens incombuftibles. Ce procédé
qui confiftoit à féparer les étages des maifons
par des voûtes plates & les couvertures
par des combles briquetés , fut fuivi en
partie à Verfailles dans la conftruction de
l'hôtel de la guerre , & à Paris , complet
tement dans celle du Palais Bourbon . M.
le Comte d'Efpié touché des accidens qui
fe renouvellent dans les campagnes , nous
a adreffé à ce fujet les obfervations fuivantes.
3
Dans nos Provinces méridionales , les maiſons
des Bourgs , des Villages & Hameaux , même
des maifons éparfes dans la campagne , font toutes
conftruites ou en pierre ou en moilon ,
ou en brique , ou en caillou , cu en terre même
, appellée vulgairement parey ; prefque tous
les combles font à deux eaux , avec une pente
médiocre ; conftruits d'une charpente affez fimple
, couverte avec des thuiles creules , le feu
par conféquent n'a pas beaucoup de prife dans
des maifons ainfi conftruites , il eft très- facile
d'en arrêter le progrès , quand même il prendroit
dans quelque étage d'en bas .
D'ailleurs dans ces Provinces- ci on n'enferme
point les gerbes de la recolte dans des granges ,
comme dans le refle de la France , les gerbes
s'arrangent l'une fur l'autre , fe terminant en
pointe , afin qu'en cas de pluie , l'eau puiffe
s'écouler & n'entre point dans l'intérieur du gerbier
; ce gerbier eft toujours placé à 60 pas ou
( 131 )
plus de la métairie ou de la maifon du propriétaire
, afin d'éviter les accidens du feu , & tout
de fuite la gerbe eft batue au fleau . La paille
qui en provient eft arrangée de même & terminée
en pointe , couverte de paille de feigle ; la
paille ainfi arrangée s'appelle pallier , bridé avec
des gros cables ou liens faits avec de la paille
de feigle , afin que les vents n'aient point de
prife. Les palliers font toujours placés à la même
diftance , pour la même raifon,
Au lieu que les granges dans le refte du Royau
me remplies de gerbes ou de paille , attenantes
prefque toujours aux mailons des propriétaires
, augmentent le ravage de l'incen-'
die lorfque le feu peut y atteindre, il faudroit
pour en prévenir les fuites facheufes , que
chacun
eût fa grange hors du village ou du bourg ,
& qu'il y eût une défenſe générale , de ne couvrir
jamais aucune maifon avec de la paille , ce
qui occafionne fouvent la perte entiere de tout le ,
village.
Pour cela il feroit très - important de chercher
les moyens d'arrêter le cours de ces malheurs. Je
conviens que les voûtes plates & même les combles
briquetés , exigent une dépénfe que tout le
monde re peut pas faire. M. le Duc de Croi ,
dont les qualités de l'efprit égaloient celles du
coeur dont l'ame fenfible vivement touchée du
trifte fort des infortunés incendiés , donna au
public un mémoire inféré dans le Mercure du
mois de Janvier 1779 , page 178 , où il donne
un très-bon procédé , qui ne paroît pas coufeux
, & très aifé à fuivre.
>
9
Mais comme les matériaux néceffaires pour
fon procédé & pour le mien font abondans dans
certaines Provinces , & manquent fouvent dans
d'autres où l'on ne pourroit les tranſporter qu'à
f6
( 132 )
grands fraix , c'eft pour lors qu'il faut s'intriguer
& que le génie de l'ouvrier & de l'amateur travaille
à chercher tous les moyens poffibles pour
conftruire des maifons aux moindres fraix , &
autant que faire fe pourra à l'abri de l'incendie
, en fe fervant de matériaux que le pays
fournit ; c'eft de quoi tout bon patriote devroit
férieulement s'occuper.
Il est très sûr que tous les moyens propofés
jufqu'ici ne font nullement applicables
aux maifons des campagnes , comme trop
difpendieux . Celui imaginé en Angleterre
par Milord Mahon , qui confifte à garnir ,
en conftruiſent , les planches & les cloifons ,
d'une préparation qui intercepte abfolument
la communication de l'air , a été jufqu'ici
plus économique ; mais il ne l'eft point encore
affez pour les villages.
L'avis du Docteur Anglois Edouard Long
Fox , aux perfonnes intéreffées , comme proprié
taires ou affureurs dans quelques Bâtimens pris
pendant la derniere guerre , publié dans la Gazette
du 25 Février dernier , n'a pas été fans
effet. Les fieurs Elie Lefebvre freres de Rouen ,
& Catel pere , du Havre , Armateurs & proprié
taires du Navire l'Affurance , Capitaine J. Fr.
Quentin , du Havre , viennent d'écrire que le
Docteur Edouard Long Fox a fatisfait , à leur
égard , à ce qu'il avoit fait annoncer. C'eſt conformément
à leur vou que l'on donne ici la publicité
qu'il mérite , à ce trait unique de générofité
& d'équité qui honore la fociété des Quakers ,
& prouve leur attachement conftant aux principes
de paix & d'union qui les caractérisent .
M. Muftel a lu à la derniere féance de l'A(
133 )
cadémie de Rouen un Mémoire très précieux
dans la circonftance , où il rend compte
en ces termes de fa découverte d'un fupplément
aux fourrages ordinaires en tems
de dilette .
Je fuis , dit - il , dans l'ufage , depuis 20 ans , de
faire élaguer & ébrancher mes arbres pendant l'été ;
& l'expérience m'a prouvé , malgré les préjugés
contraires , que cette faifon n'eft que plus favorable
pour cette opération ; parce que la feve étant
alors en grand mouvement , les plaies fe recouvrent
mieux & plus promptement.
J'ai fait féparer les rameaux , c'eft à - dire , les
jeunes pouffes , du gros bois , opération qui peut
fe faire par des femmes ou des enfans. J'ai fait
étendre , retourner & fanner au foleil , comme du
foin , ces rameaux ; & fans attendre qu'ils foient
entiérement fecs , mais les feuilles étant encore
dans un état de verdure qu'elles confervent longtems
, je les fais botteler avec des hartz.
J'ai donné de cette efpece de fourrage , que j'appellerois
arborique , à des vaches & à des chevaux ,
& j'ai vu que les uns & les autres l'ont mangé de
préférence au foin ordinaire .
Ce n'est donc point un vain procédé proposé ,
comme tant d'autres , par de prétendus Agriculteurs
de cabinet : il eft auffi súr que praticable partour.
Les chênes , les ormes , les hêtres , les frênes
, les peupliers , &c . , peuvent y fournir abondamment
. Et où n'y a - t - il pas de ces arbres , dont
la fuppreffion des branches baffes n'eft que trop
négligée ! Les avenues , les futaies , & autres plantations
autour des habitations & le long des grandes
routes , peuvent fournir des dépouilles confidérables
, dont l'effet fera de former de plus belles
tiges , & des têtes plus élevées & plus étendues ,
( 134 )
qui ne donneront que plus d'ombrage. Outre la
quantité de feuillages que peuvent fournir les
grands arbes, on en peut tirer beaucoup des taillis ,
en fupprimant les branches rampantes & chiffonnées,
qui ne font que nuire à la prospérité des gaulis,
ou qui périffent étouffées deffous.
Que l'on ne croie pas que cette opération dégarniffe
les taillis : on doit favoir qu'en coupant
une certaine quantité de branches , il n'en repouffe
que plus d'autres ,
Les baliveaux que l'on laiffe ifolés dans les taillis,
auroient fur- tout befoin d'être purgés des branches
baffes , pour leur former de belles tiges , fans
nonds , & faire de beau & bon bois de fervice.
Mais ce qui produiroit abondamment , ce feroit
un émondage etile dans les forêts du Roi , dans les
bois des gens de main- morte. Je fins que la permillion
que l'on donneroit d'y couper, pourroit deverir
abufive ; mais elle pourroit ceffer de l'être ,
en no s'exécutant que fous les yeux des officiers des
maitrifes , & des gardes furveillés par eux. Enfin ,
quand il y auroir quelques abus , ils feroient moins
confidérables & moins deftructifs pour les forêts ,
que le concours permis des animaux broutans.
Loin qu'ilen foit de même de l'ébranchage , plus
utile aux riverains , qui viendroient en prendre des
charretées , cette opération bien faite revertirait å
la prospérité & au bon état des forêts .
Si les chevaux & les vaches fe nourriffent bien
des rameaux verds , l'effai dort je viens de rendre
compte les rend encore plus précieux ; puiſqu'étant
fannés , comme je l'ai dit , ils feront une bonne
nourriture pendant l'hiver , tems qui ne peut manquer
d'être plus ou moins critique cette année par
le défaut des fourrages ordinaires .
On peut faire ufaze de ce procédé jufqu'au mois
d'Obre; mais paffé ce tems , j'ai lieu de croire
que le folcil ayant moins de force dans notre cli(
135 )
mat , la fanaifon de ce fourrage fe feroit moins
bien ; il ne feroit plus d'une auffi bonne qualité &
d'une auffi longue confervation.
J'ai éprouvé qu'un homme peut émonder fur de
moyens arbres , dans fa journée , de quoi faire 50
bottes de fourrage; un autre peut féparer du gros
bois les menues branches , & trois femmes ou enfans
peuvent les préparer . Ainh , la dépenſe de ce
travail ne va qu'à environ z fols la botte , travail
dont on eft d'ailleurs bien dédommagé par le profit
du bois qui en provient.
t
On y peut joindre les tontures des haies & des
charmilles , & autres branchages où il n'y a point
de piquants.
:
On dit que les vaches qui mangent des feuilles
vertes , donnent un lait qui n'eft pas d'une auffi
bonne qualité. Je ne me fuis point affuré de ce
fait mais quand même cela feroit vrai des feuilles
vertes, celles qui ayant été fannées , comme je l'ai
dit , ont l'odeur du meilleur foin , ne doivent pas
produire le même effet. Au furplus , heureux
d'avoir les denrées de premiere néceffité cette
année , quand elles ne feroient pas auffi parfaites !
Les Nuniéros fortis a Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 57 , 50 , 60. 48 , & 86 .
PAYS - BA S.
DE BRUXELLES , le 15 Août.
Le Capitaine Van Braam , qui commande
l'efcadre de la République de Hollande
aux Indes Orientales , a fait une expédition
contre le Roi de Riou dans l'ifle de
Mars , auffi heureufe que les deux précédentes
dont nous avons rendu compte. Cet
Officier fe rendit maître , le 30 Octobre
( 136 )
dernier, de l'ifle de Mars , & enfuite de la
place même de Riouw , fans avoir perdu
beaucoup de monde. Après avoir pris poffeflion
du pays , il y fit arborer le pavillon
Hollandois.
La Magiftrature d'Utrecht ayant refufé à
la Bourgeoifie de reconnoître fes repréfentans
ou commiffaires , trois mille perfonnes
de tout état ont été appuyer cette demande
de leur préfence , avec l'attention
néanmoins de paroître à l'Hôtel de- ville ,
défarmées. La Régence trouvant que cette
cohue d'infurgens repréfentoit fort bien
comme l'ont dit ingénieufement les gazetiers
de ce pays - là , les anciennes affemblées
du peuple Romain , a fenti toute la jufteffe
des trois mille argumens qui lui étoient
adreffés , & a confenti à tout ce qu'on a
voulu. Refte à favoir les fuites qu'aura cette
affaire .
"
9
Le payfan de Zevenhuyfen , qui a fi mal
reçu M. Blanchard à la defcente de fon
premier voyage aërien en Hollande , a gagné
fa caufe. La loi porte , a- t il dit aux
Juges , , que tout ce qui tombe des airs
» fur un champ , appartient au propriétaire ;
» or M. Blanchard & fon ballon font tom-
» bés des airs dans mon chant , donc M.
» B. & fon ballon m'appartiennent. Je lui
» ai permis de fe racheter pour dix ducats :
» il eft clair qu'il me les doit. » En vertu
de ce fyllogifine , l'Aeronaute a été débouté s
de fa demande en dommages & intérêts ,
( 137 )
"
& a eu le bon efprit de rire le premier de
l'argument.
Samedi , 6 de ce mois , le Prince d'Orange
eft arrivé à la maifon du Bois , de retour
de fon voyage dans le Brabant & dans
la Flandre Hollandoife.
Quelques Papiers publics racontent en
ces termes , un trait affez remarquable de
courage & de fang froid.
Il y a quelques jours que deux Dragons du Régiment
qui étoit en quartier à Béfort en Alface ,
défertetent à cheval , avec armes & bagages ,
& voulurent gagner Bafle en Suiffe , où ils
étoient sûrs de ne pas être arrêtés. Comme ils
manquoient d'argent , ils formerent le projet
d'en aller demander dans le premier Château qui
fe préfenteroit far leur route. Celui de M. M***
s'offrit à peine à leurs yeux , qu'ils prirent le galop
& s'y rendirent. La porte de l'anti -chambre ,
au rez de chauffée , fe trouvant ouverte , ces
Dragons , avec la plus grande hardieffe , monterent
& ouvrirent la premiere porte qu'ils rencontrerent
; c'étoit précisément celle de la
chambre à coucher de la Demoiſelle M*** , qui
ne fut pas peu étonnée de voir deux hommes entrer
dans fon appartement , & fur- tout deux
hommes en uniforme , & qui avoient bien l'air
de ce qu'ils étoient . Un des Dragons demanda à
la jeune Demoiſelle fi fon pere étoit au logis ?
Elle répondit que non , & que même elle ne l'at
tendoit pas avant le foir. Auffi - tôt le Dragon
l'inftruifit du fujet de fa vifite , & exigea d'elle
cinquante , louis d'or au moins , tant pour lui que
pour fon camarade. Mademoifelle M*** leur
dit qu'elle n'avoit point d'argent , attendu que
depuis la mort de ſa mere , jamais fon pere ng
( 138 )
fortoit fans emporter les clefs de fon fecrétaire.
Le Dragon pour l'intimider tira un piftolet de fa
poche , & lui jura qu'il alloit lui brûler la cervelle
, fi elle n'acquiefçoit à fa demande ; & au
même inflant l'autre Dragon qui n'avoit encore
rien dit , s'avança vers la table , près de laquelle
la jeune Demoiſelle étoit affife , tira auffi un
piftolet , & le pofa à côté d'elle , en jurant que fi
fon camarade la manquoit , très certainement il
ne la manqueroit pas. Auffi tôt Mademoiselle
M*** fe leva comme pour aller chercher de
l'argent; mais , s'arrêtant tout court , elle faifit
le piftolet , fi imprudemment laiffé ſur la table ,
& le tira fur le Dragon qui avoit un piſtolet
chargé à la main ; & comme il tomboit , elle
s'élança vers lui , lui arracha ce piftolet ; & , en
le préfentant au Dragon qui n'étoit point armé ,
elle lui dit que s'il faifoit le moindre mouvement
, elle étoit réfolue à le traiter comme elle
avoit fait fon camarade : cependant l'explosion
du piftolet attira bientôt tous les Domeftiques ,
qui ne s'attendoient pas à trouver leur maîtreffe
en pareille compagnie. Le Dragon expira au
bout de quelques minunes ; l'autre fut reconduit
à fon Régiment par la Maréchauffée , & il est
condamné à mort.
Paragraphes extraits des Gazettes Angl. & outres.
Quoique les pieces d'étoffes précieuses que les
Députés Hollandois avoient apportées avec eux ,
euffent été confifquées par ordre de l'Empereur,
S. M. , par un effet de fa générofité ordinaire ,
vient d'ordonner que ces étoffes , dont le prix
montoit à plus de 25000 florins , leur fuffent
rendues fans aucune prélévation de droits. Cependant
cette confifcation avoit fait une grande
fenfation dans le public ; les Députés y avoient
paru fort fenfibles , parce que , difoient - ils ,
ils n'avoient apporté ces étoffes que pour en faire
( 139 )
préfent à différentes perfonnes. ( Nouvelles d'Allemagne
, no. 12 )
Nous avons à préfent des nouvelles certaines
de ce qui s'eft paffé fur le territoire de Venife. Le
Pacha de Scutari , aprés fon expédition contre
les Monténégrins , entra à l'improvifte fur les
confins de l'Etat de Venife : quelques chefs de
payfans vinrent pour s'opposer à fon paffage ;
mais le Pacha les fit étrangler fur le champ.
Il s'enfuivit une action fanglante entre les Efclavons
& les Turcs , où plus de deux cents
des premiers perdirent la vie. Il y eut du côté
des Turcs un plus grand nombre de morts & de
bleffés . Les Efclavons trop foibles furent obligés
de le retirer . Le Pacha irrité fit mettre le feu
aux maifons & aux églifes de Catarro , & pilla &
ravagea tout le territoire. La République a envoyé
un Député à la Porte pour faire des repréfentations
au fujet de cette invafion du Pacha ,
qui tient en fa puiffance tous les environs de
Catarro , à l'exception de quelques fortereffes.
On apprend de Ragufe , que cette République
a formé un cordon fur les frontieres de la Bofnie
à quinze miles de fon centre. On ajoute
qu'un efcadre Dulcignote avoit tenté d'entrer
dans Ragufe , mais que l'entrée lui a été interdite
( Nouvellifte d'Allemagne n° . 124. )
On n'a pas encore des éclairciffemens décidés
fur les vrais moteurs du complot infame tramé
contre Mgr. le Duc de Brunfwich. L'on avoit
accufé à tort , à ce qu'il ſemble , tous les Officiers
des nouveaux Corps au ſervice de la Hollande
, d'y avoir trempé . On dit que les feuls
coupables font dans le Régiment de Salm ; le-
Baron d'Arros , Lientenant- Colonel de ce Corps ,
eft du nombre de ceux qui ont été arrêtés içi .
On nous mande de Liege que la Police de cette
ville avoit été requise d'y arrêter un quidam
( 140 )
qui fe faifoit nommer Antoine , & fe difoit matchand
, mais qui n'eft réellement qu'un aventuturier
dangereux , François de naiffance , tenant
à une grande famille , & le principal moteur
du complot déteftable contre l'ancien Feld- Maréchal
de la République . Il étoit effectivement
à Liege Jeudi 26 Juillet , & il y paffi encore la
nust du Jeudi au Vendredi ; mais des Officiers
Hollandois , prévenus fans doute des recherches
que l'on faifoit , ont trouvé le moyen de l'y
fouftraire & l'on a fu le lendemain matin qu'ils
étoient venus à bout de le faire partir fecrétement
pour Macftricht , où il étoit encore le Samedi
foir , ayant été vu à la Comédie . On a
d'autant plus de raifon de foupçonner ce prétendu
marchand , que dans un fac qui lui appartenoit
& mis en dépôt dans la chambre d'un Officier
Hollandois actuellement à Liege , l'on a trouvé
des habillemens d'un Cavalier de la Maréchauffée ,
de France. Ce cofthume n'étoit cependant pas
celui de l'état qu'il fe fuppofoit , ni celui d'un
homme de fa qualité . Cette affaire donne lieu
aux plus étranges foupçons , & aura très - certai
nement des fuites férieufes dont nous inftruirons
nos leЯeurs à mesure que l'occafion s'en préf- ntera.
( Nouvell. d'Allemagne , Gazette de Cologne ,
no. 124 ).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX. ',
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE..
Caufe entre les Boulangers de Rochefort en Aunis,
& les Maire & Echevins de cette ville.
Dans cette caufe , l'Académie des Sciences
ayant nommé fur les conclufions de M. d'Aguelfeau
, alors Avocat genéral , trois Commiffaires ,
MM . Tiller , Leroy, & Defmarets , ces MM. ont fait,
en préfence de beaucoup de Chymiftes, dePhyficiens,
de Boulangers & de Meuniers , des effais de meune.
rie & de panification , dont les détails ont été re(
141 )
cueillis dans un Rapport. Les Boulangers en ont
demandé l'entérinement , & les Echevins s'en
font rapportés à la prudence de la Cour. Le
2 Juillet mil fept cent quatre- vingt cinq , fur les
conclufions de M. l'Avocat Général , la Cour a
entériné le rapport de l'Académie , & a ordonné
l'exécution du tarif de 1703 , l'impreffion & l'affiche
de l'Arrêt , & a condamné les Echevins de
Rochefort aux dépens. Ce rapport offrant un
moyen d'affeoir fur le pain un tarif exact , relatif
aux prix du pain , nous croyons devoir en préfenter
ici les réſultats. 1º. Il faut pefer le frotel
qu'il foit , bon ou médiocre , il donne
pour la mouture économique trois quarts de fon
poids en farine , & l'autre quart en iſſues & en déchets
. 2°. On obtient trois qualités de farine ,
dont on fait trois fortes de pain , pain fine fleur ,
pain bis-blanc , & pain bis . 3 ° . On retire de la farine
fon poids en pain ; plus , cinq feiziemes de
fon poids : ainfi on aura le poids de la farine en
pain blanc , trois feiziemes & demi en pain bisblanc
, & un feizieme & demi en pain bis.
ment ,
J
Dans les villes où l'on confomme plus de pain bisblanc
que de première qualité , on retirera en pain
blanc les trois feiziemes & demi blanc , le poids de
la farine en pain bis -blanc , & un feizieme & demi
en pain bis . Ces réfultats obtenus pour favoir
à combien revient chaque liv, de pain intrinfeque
, il faut répartir fur chaque livre de pain le
prix du bled marchand , tel qu'il fe vend dans les
Marchés ; le bled marchand eft celui qui tient le
milieu entre la tête des bleds & le bled médiocre .
4. La valeur intrinfeque de chaque livre de
pain connue , il s'agit de régler ce que chaque
livre de pain doit fupporter pour frais de manipu
lation . « Il paroît plus fimple , difent les Com-
» miffaires , fuivant l'ufage établi dans plufieurs
villes du Royaume , d'accorder une fomme fixe
( 142 )
အ
que
aux Boulangers par quantité déterminée de farine
ou de pain ; de ne point entrer avec eux
dans le détail des frais de mouture & de boulangerie
; & après avoir réglé la valeur intrinfede
la livre de pain fur celle du bled , aà mefure
qu'elle varie , d'y ajouter le prix conflant
» de main -d'oeuvre qu'on aura fixé . Il restera à faire
uneautre opération , celle de décharger la livre
» de pain inférieur en qualité de l'excédent du
prix qu'elle a reçu par un premier calcul , &
» de le faire retomber fur la livre de pain d'une
meilleure qualité . Mais , dans cette taxe , il faut
» avoir toujours égard au poids de chacun des
» pains , foit à la forme qu'on leur donnera , puif-
» qu'il eft conftant que les pains d'une liv . , d'une
» demi- livre , & fur- tout de quatre onces , perdent
beaucoup de leur poids au four , principa
» lement fi on leur donne une forme plate ou allongée
, qu'ils exigent des frais extraordinaires ,
& fortent par- là du prix commun qui fe trouve
aux pains de la même qualité , mais d'un
» poids très-fupérieur. Il feroit difficile de préfenter
une règle fur ce point particulier ,
» il faut l'abandonner à la prudence des Magif-
> trats , & fe borner à leur offrir des bafes générales
qui leur deviendront toujours avantageuafes
dans les circonfiances même où l'efprit de
»juflice les forcera de s'en écarter ». L'Académie
prévient que fes données ne font pas d'une
précifion géométrique ; que , par exemple , quand
elle avance que le froment donne trois quarts de
fon poids de farine , on peut en retirer ou plus ou
moins , la nature pouvant varier dans fes productions
mais cette variation n'eſt jamais affez
fenfible pour infpirer de l'inquiétude au Juge qui
taxe le pain ; il peut prendre pour baſe générale
trois quarts du produit en farine par la mouture
Economique. De même , quand elle annonce
( 143 )
--
que la farine donne au pain fon poids , plus cinq
feiziemes de fon poids , on conçoit qu'il pent
y avoir augmentation ou diminution , fuivant
que le pain eft plus ou moins cuit , fuivant la
dimenfion donnée aux pains , ou la féchereffe
ou l'humidité des farines . Ces données étant dans
l'approximation la plus exade poffible , on ne
craint point de s égarer fenfiblement en s'y attachant.
Le tarif de 1703 accorde 6 liv. pour
frais de manipulation aux Boulangers de Rochefort
pour une mesure de 260 livres de farine , comme
on peut retirer 340 livres de pain . Le prix de la
main- d'oeuvre , fixé par le tarif , revient à 4 deniers
, 4 dix feptiemes par livre , cette fomme
pouvoit être exceffive en 1703 ; mais l'Académie
eftime que l'on peut accorder ces 4 deniers 4 dixfeptiemes
comme un falaire raisonnable , c'eft ce
qu'a jugé l'Arrêt , en homologant le rapport de
l'Académie , & ordonnant l'exécution du tarif de
1703. Pour donner un modele de cette opéra-,
tion , l'Académie préfente le tableau fuivant.
Soit donné qu'un feptier d'une ville de Province ,
contenant 200 livres de froment bien net & de
bonne qualité , coûte 21 liv. , fi on emploie deux
feptiers 4 cinquiemes , ou 560 livres de frement ,
'le bled , prix intrinfeque , reviendra à 60 l . 4 fols.
De ces 560 livres de froment , on retirera :
320 liv. farine , Iere qualité
54 liv. de la 2e qualité
26 liv. de la 3e qualité
20 liv. farine bife.
126 liv. iffues ou fon ,
14 liv. de déchets.
4201.
--
5601 .
3140 1.
Dans les villes où il
Des 420 livres de farine , on retirera 551 liv.
de pains de 4 , 6 ou 12 liv. ; favoir:
Dans les villes où l'on
confamme plus de pain ,
premiere qualité.
fe débite plus de pain,
feconde qualité.
( 144 )
420 1 , pain- rere qualité
88 1. pain bis- blanc
43 l pain bis.
88 1. pain rere qualité
420 1. pain bis - blanc
43 1. pain bis.
Ce froment revient à 60 livres 4 fols , partant '
chaque livre de pain rèvient à 2 ſols , 2 deniers
& un quart.
Qu'on ajoute ou fuppofe quatre deniers par 1 .
de pain , tant pour frais de manipulation , que '
pour le bénéfice qu'il convient accorder aux Bou:
langers ; les 51 1. de pain coûteront 9 1. 3 f. 8 d.
Qui ajoutées au prix du froment
comme ci - deffus • · 60
3
4 0
69 7 8
Et chaque livre de pain vaudra 2 fols 6 deniers
& un quart.
Mais il faut répartir ces 69 liv. 7. f. 8 den . , &
faire fupporter au pain blanc les frais pour en décharger
la livre de pain inférieur en qualité.
Dans les premieres villes,
420 1. 1ere qualité à 2 fols 9 den . 571. 15 f. od.
88 1. 2e qualité à 1 fol 2 den .
43 1. pain bis , à 1 fol 6 deniers ,
GO
8 8 8
3 4 6
69 8 2
12 1.9 f. 4.d.
52.10 O
Dans les fecondes villes,
88 1. rere qualité , à 2 f. 10 den.
4201. 2me qualité , à 2 ſ. 6 den.
43 livres pain bis , à a f. I den.
teron ,
4 9.7
69 8 11
Mais fi l'on confomme plus de pains d'un quar
d'une demi - livre , d'une livre , il faudra'
donner quelque chofe de plus . -On peut appliquer
ce tableau aux diverſes meſures des villes
de province , par une regle de trois.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 13 Août.
N,Juiller Amiral Ruffe Tichitſchagoff,
OUS apprenons de Pétersbourg que le
accompagné de deux Officiers de pavillon ,
paffa en revne l'efcadre mouillée dans le port
de Cronstadt . Au départ des dernieres lettres
, cette efcadre n'avoit pas encore appareillé.
Elle eft compofée de deux vaiffeaux
de 100 pieces de canon , montés chacun de
1200 hommes , & de vaiffeaux de 74 & de
64 canons . L'Amiral Ruffe qui la commande
fera hiffer fon pavillon fur l'un des
bâtimens de 100 can . , & il aura fous fes
ordres deux contr'Amiraux ; l'efcadre devant
être répartie en trois divifions , chacune de
5 vaiffeaux de ligne , fans compter les frégates
.
L'année derniere nous donnâmes un état
de la récolte des vins de Hongrie. On trou
No. 35, 27 Août 1785. g
( 146 )
ve un expofé affez curieux & intéreffant de
ces vins & de leurs véritables dénominations
dans un Journal de voyage imprimé à
Berlin.
La plupart des Hongrois , dit le Voyageur ,
inanquert des connoiffances néceffaires à la préparation
& à la confervation des Vins de leur
pays. Il est vrai que dans les années abondantes,
le Vin y eft à bon marché , qu'il ne vaut pref
que pas la peine de faire quelques avances extraordinaires
; mais c'est encore une vérité inconteftable
que les Hongrois font très en arriere de
leurs voifins , quant aux connoiffances commerciales
. Ils ignorent la véritable maniere de fe
défaire de leurs Vins avec avantage , & au lieu
d'en être eux mêmes les marchands , ils n'en font
que les commiffionnaires pour d'autres négocians
. Ce font les marchands de Vin de Vienne ,
de Prague , de Linz , &c. entre les mains defquels
fe trouve le commerce des Vins de Hongrie,
& les marchands nationaux n'y gagnent que
les droits de commiffion que les premiers veulent
bien leur accorder. Les diverfes pieces &
qualités de ces Vins , font très - peu connues ailleurs.
Dans le nord d'Allemagne , on eft dans
l'ufage de les divifer en Vins de la haute & baffe
Hongrie; mais ces nominations, relativement aux
efpeces des Vins, font inconnues dans le pays même
, où l'on diftingue chaque efpece d'après le
le comitat ou le côteau qui l'a produit. On
compte plus de 200 e fpeces de ces vin que
le connoiffeur fait très - bien diftinguer . Dans
la baffe Allemagne , tous les vins de Hongrie
font appellés vins de Tockai , & fouvent les
vins doux & fpiritueux , & fur-tout ceux de St.
George font vendus pour des vins de Tockai,
( 147 )
Beaucoup de gens ont prétendu que ces derniers
ne le vendent jamais , & que l'Empereur
feul en poflédoit & en faifoit des préfens ; mais
cela eft faux, La dénomination de vin de Teckai
date de la Régence du Prince Ragoczi , qui avoit
à Tockai une cave où étoient confervés les
meilleurs vins de Hongrie ; ainfi quand ce Prince
demandoit qu'on fervît à fa table du vin exquis ,
on alloit prendre du Tockai , c'eſt à dire ,
des
vins de la cave de Tockai. Il existe à la vérité
un côtean appellé autrefois Tockai , & connu au-
-jourd'hui fous le nom de Thereñenberg , qui produit
de très bon vin ; mais le meilleur vin de
Hongrie vient des vignes de Szarwafch ; ces vins
& ceux de Talya , de Mada , de Tarzal , de
To &fchwa , de Benye de Schatorellya , de Kereftur
& de Liska paffent tous dans la Hongrie
pour des vins de Totkai . Ainfi le commerce ne
doit pas manquer de ces vins , & on peut s'en
procurer des meilleures qualités quand on a de
bonnes adreffes . On paye ces vins fur la place ,
depuis 12 jufqu'à 50 ducats l'antal ; mais ces prix
varient felon que les années font bonnes ou mauvaifes
. Les vins de Hongrie différent infiniment
entre eux tant pour la couleur que pour la qualité
, & plufieurs efpeces de ces vins re font pas
connues ailleurs , parce qu'el'es fe gâteroient en
les exportant . Les vins de Schomlya ou de Wafcherhely
, du Comitat de Wefprim , ont la couleur
verdatre , & font d'un goût agréable ; ceux
de Schirak , du Comitat de Nagyhont , font d'un
jaune pâle & approchent beaucoup , quant au
goût , des vins de Champagne ; quelques efpeces
de vins font d'un rouge clair & d'autres reffemblent
pour la couleur & le goût aux vins de Bour
gogne. Les vins de Bude font les premieres années
d'un rouge foncé & du goût des vins fins de
g 2
( 148 )
Cahors; leur couleur change en rubis à 4 ou 5 ans,
& alors ils font comme les vins de Côterotie . Les
vins d'Erlau approchent le plus de ceux de Bour
gozne ; l'eimer en coûte fur la place e à 15 flos
rins . Les vins de Menefch , du Comitat d'Arad ,
font d'un jaune rouge & ne différent gueres de
ceux du Cap , mais ils ont plus de force que cerx ,
ci ; ils font difficiles à exporter & très chers dans
le pays même , puifqu'on y paye l'antal depuis
12 ju'qu'à 30 ducat . Les vins de Crofwaradin
Com tat de Bihar , ont le goût des vins du Rhin ;
ceux de Ratích lorf , du Comitat de Prefbourg ,
font capiteux ; ils paient pour les médiocres des
vins de Hongrie.
La convention fignée à Varfovie le 22
Février 1785 , entre le Roi de Pruffe & la
viile de Dan-zick , a été ratifiée par S. M.
l'impératrice de toutes les Ruffies , de la
maniere la plus folemnelle. Voici la traduction
fidele de cette Déclaration , donnée à
Czarcko Zelo , en langue Ruffe.
Nous Catherine II , par la grace de Dien
Impératrice & Souveraine de toutes les Ruffies ,
déclarons que nous nous fommes engagées , à la
très -humble demande de la ville de Danızick ,
& avec l'approbation de la Cour de Prufte , à
nous charger de la convention & de tous fes
articles , qui a été conclue par notre mélation
entre S Me Roi de Pruffe & la ville de Dantzick,
fignée à Varlovie le 22 Février 1785. Ce double
morifnos y a partée d'autant plus , qu'il prouve
d'un côté norte defir de renire toujours à S. M.
le Roi de Prufle des fervices agréables , enformément
à la bonne intelligence qui fubfite
entre nous , & qu'il eft de l'autre côté , quant
à la ville de Dantzick , une fuite naturelle de
( 149 )
la protection qui a été accordée depuis longtems
par la Cour impériale de Ruffie à laine
ville , & que nous lui avons promife folemnellement
, & confirmée nous même. C'eft en conféquence
que nous fommes chargés de la garantie
de ladite convention qui a été conclue entre S.
M. le Roi de Pruffe , & fignée le 22 Février
de l'année courante , dont le contenu efl ajouté
mot à mot pour meilleure éclairciflement. C'eft
pour ces raifons que nous nous chargeons par
le préfent afte , de la qualité & de l'obligation de
garant ; nous promettons fur notre parole impériale
pour nous , pour nos héritiers & fucceffeurs
, de maintenir la préfente tranſaction
dans toute fon étendue , vertu & effet , & de
ne rien entreprendre ni permettre qui lui ſoit
contraire. En foi de quoi nous avons figné de
notre propre main le préfent acte de garantie ,
& y avons fait appofer notre Sceau impérial .
Fait à Czarsko- Zelo le zo Mai de l'Année de
grace 1781 , & de la vingt - troisième de notre
regne.
Le bruit court à Varfovie , que les Grecs
mécontens du Gouvernement & des vexations
des Gran 's , fe font révoltés dans l'Ukraine
qu'un grand nombre de Haidamaks
fe trouvent parmi les révoltés , & que l'on
a été obligé de faire marcher des troupes
pour les reduire à l'obiffance.
:
DE BERLIN, le 12 Août.
Le départ du Roi pour la grande revue
en Siléfie eft fixé au 16 de ce mois . Le 20 ,
S. M. fera rendue au camp près de Strehlen
83
( 150 )
à quatre lieues de Breflau. Les troupes doivent
entrer au camp le jour même où notre
Monarque partira de Potzdam , & elles exécuteront
leurs manoeuvres pendant quatre
jours , fous le commandement de l'Infpecteur
général. Après la revue , le Roi féjourmera
48 heures à Breslau , & reprendra enfuite
la route de Potzdam où il eft attendu
le 29. Le Duc d'Yørck , Prince - Evêque
d'Ofnabruck , accompagnera S. M. en Siléfie
, reviendra à Potſdam avec elle , & affiftera
aux manoeuvres d'Automne , qui s'exécuteront
au mois de Septembre. Plufieurs
Officiers Anglois & Hanoveriens de la premiere
diftinction ont fuivi le jeune Prince :
M. le Marquis de la Fayette eft aufli dans
cette Capitale , depuis quelques jours.
M. de Beulwitz , Miniftre de l'Electeur
d'Hanovre , ayant rempli l'objet de fon
féjour ici , doit en repartir inceffamment :
il vient d'expédier un nouveau courier à
Hanovre le Capitaine Lensky , dépêché à
Londres par la Cour de Pétersbourg , a
traverfé cette Capitale le 27 du mois dernier.
Nous attendons au premier jour un
Miniftre du Landgrave de Hefle & de quelques
autres Princes d'Empire .
DE VIENNE , le 14 Juillet.
Nous avons été allarmés par une nouvelle
inondation , il y a 15 jours . L'abon
dance des pluies a fait déborder les petites
( 151)
rivieres de Vienne & d'Alfterbach ; le Danube
s'est élevé au-deffus de fon lit ordinaire
, & plufieurs quartiers ont été couverts
d'eau. Diveries maiſons ont été détruites ;
quelques habitans ont péri ; les dommages
font immenfes , & l'on travaille à les réparer
en partie . L'Empereur eft monté à chs-1
val dans cette cruelle conjoncture , pour
ranimer par fa préfence le courage des malheureux
, & l'activité des fecours.
Plus de douze villages des environs ont
été inondés , & l'eau y a fait les plus grands
ravages . Un grand nombre de maifons ont
été emportées par la violence du torrent ,
& celles qui exiftent encore foat minées &
menacent de s'écrouler. La route de pofte
de S. - Hipolite eft entierement abîmée ; les
voitures ne peuvent plus y paffer. On a
retiré de l'eau plus de 30 cadavres d'hommes.
Toute la campagne où l'eau s'eft portée ,
eft devaftée ; les pauvres habitans , pour lefquels
on fait ici une quête , font dans une
mifere inexprimable.
L'Empereur s'eft transporté plufieurs fois dans
fes divers endroits endommagés , pour ordonner
les réparations & nétoiemens néceffaires . Les
fondemens des fauxbourgs ont beaucoup fouffert.
Sa Majesté a enjoint à la police de prendre les
plus fages précautions pour prévenir les fuites
fâcheufes qui pourroient réfulter de ce débor .
dement , & empêcher fur tout que les ſujets
n'éprouvent aucun accident de la part des maisons
qui menacent ruine . On a déjà nétoyé tous les
endroits où les eaux avoient dépofé du limon
8 4
( 152 )
& d'autres fédimens , qui auroient pu infe &ter l'air
& caufer des maladies. On a vifité toutes les
maifons endommagées ; on en a étanconné une
partie , celles qui ont trop fouffert ont été vuidées
; & on a affigné d'autres logemens à ceux
qui les habitoient . On a déjà fait plufieurs collectes
pour le foulagement de ceux que ce défaftre
imprévu a mis dans la derniere détreffe . Notre
Cardinal Archevêque a contribué feul pour
400 florins.
La Gazette de cette ville du 3 de ce mois
contient l'article fuivant.
•
» Conformément à l'Ordonnance de l'Em-
» pereur datée du 10 Février dernier
" & par laquelle il eft défendu de poí-
» féder à la fois deux bénéfices à charge
» d'ames , l'Evêché de Weizan , en Hon-
» grie , poffédé jufqu'à préfent par l'Ar-
» chevêque de Vienne , fera adminiftré par
» les Adminiſtrateurs des biens des couvens
» fupprimés , & les revenus en feront ver-
» fés dans la caiffe de religion ; cette adminiftration
a commencé le premier de
לכ
כ כ
ג כ
> ce mois » .
On fait que le Grand - Seigneur a envoyé
il y a quelque tems des commiffaires dans
les Provinces de Bofnie & la Servic. Ces
Commiffaires y font encore , & l'objet de
leur miffion , à ce qu'on affure , eft d'empêcher
les émigrations des Grecs dans les
états de l'Empereur.
Ce Monarque vient de diftribuer des récompenfes
aux perfonnes employées à pacifier
les troubles de la Tranfylvanie . Le
Comte de Jankowitz de Daravar ayant
rendu compte à S. M. des travaux de la
Commiflion prépofée à cet effet , il a été
nommé Commandeur de l'Ordre de Saint-
Etienne , & revêtu de cette décoration par
l'Empereur lui - même. Les Evêques du Rit
Grec non uni , Gédéon Nikiticz & Pierre
Petrowitz , dont les efforts ont puitlamment
aidé à éteindre la révolte , reçoivent
l'un , une gratification de 800 , l'autre de
1000 florins . Le Genéral Papilla , les Comtes
Illeshazy & Barboczy ont été également
favorités des témoignages de la bienveillance
du Souverain .
Les Députés Hollandois avoient pris
avec eux des étoffes pour en faire des préfens
à certaines perfonnes attachées à la
Cour , ou y ayant des relations intimes.
MM. le Comte de Waffenaër & le Baron
van Leyden , ne fuppofant pas que les com-
' mis des Douanes Autrichiennes exécuteroient
à la lettre les ordres du Miniftre Impérial
, qu'ils fuppofoient avec raifon ne
devoir pas s'étendre jufqu'à eux. Les étoffes
arrêtées aux Douanes Impériales montent à
la fomme de 25000 florins , & l'on ne peut
pas fuppofer railfonnablement , que les Députés
Hollandois euffent pris ces effets de
contrebande , pour s'enrichir par des profits
illicites . Auf S. M. I. n'at elle pas hélité
d'ordonner aux commis de la Douane de
laiffer paffer fans difficulté les coffres des
gs
154 )
Députés Hollandois , fans percevoir aucun
droit fur leurs effets.
DE FRANCFORT , le 18 Août.
Le 3 , on a effuyé à Manheim un orage
des plus affreux. Prefque toutes les vitres
des maiſons ont été brifées par une grêle
impétueuse , d'une groffeur extraordinaire :
il ne refte pas une glace de Bohême au château
de l'Electeur , au Sud & à l'Eft. C'eft
encore pis dans les campagnes . Les toîts
enlevés , les arbres abattus . les moiffons hachées
ou difperfées , le chanvre , le tabac ,
les vignes , les vergers faccagés dans l'eſpace
de dix minutes ont été l'effet de ce quartd'heure
défaftreux.
On vend à Vienne une finguliere brochure
politique , où l'on examine fept queftions
fur les négociations actuelles entre
l'Empereur & la Hollande. Ces queſtions ,
font :
« 1. Avons- nous effectivement la paix ? 2. Qui
des deux à cédé à l'autre , de l'Empereur ou
de la Hollande ? 3. Pourquoi les Députés
hollandois font-ils venus à Vienne ? 4. Com-
» ment les autres puiffances fe font eltes conduites
dans ce différend entre l'Empereur &
la Hollande ? Quel rôle la France , la Ruffie ,
» la Grande Bretagne & la Pruffe ont elles joué
dans cette occafion ? 5. Quel avantage l'Autriche
retire- t - elle à préfent de cette paix ?
6. Quel est donc l'état de cette Hollande
» de richeffes , du territoire , des forces de
( ass )
terre & de mer , des diffenfions inteftines &
des difgraces étrangeres de laquelle on parle
tant aujourd'hui en Europe ? 7. En quoi con .
to fifte donc la dignité d'un Stadhouder qui con-
» tinue à caufer tant de troubles en Hollande ?
» Eft - il pour le plus grand avantage de la
Hollande de limiter les bornes de fon autorité
, comme on le fait aujourd'hui ?
On vient de renouveller une anecdote
qui , fans être publiquement connue , n'eft
pas auffi récente qu'on le prétend . Elle concerne
un badinage du Roi de Pruffe avec
le Comte de Schwerin.
Ce Prince avoit fait préfent au Comte de
Schwerin d'une tabatiere d'or , que ce Seigneur
reçut avec reconnoiffance En entrant chez lui ,
curieux d'examiner le préfent , il l'ouvre &
voit , non fans ſurpriſe , en -dedans du couvercle
, une miniature joliment faite , repréfentant
un finge coëffé d'un chapeau avec un plumet
blanc.
Il s'imagina fur le champ de
rendre plaifanterie pour plaifanterie. Il envoie
fa boëte chez un peintre avec ordre d'y placer
fans délai , à la place du finge , le portrait le
plus reffemblant de S. M. Le lendemain
le Roi donnoit un grand dîner ; quelques perfonnes
, à qui il avoit donné le mot , demandent
du tabac au Comte de Schwerin , qui préfente
fa tabatiere ; elle fait le tour de la table. Le
Roi examine tous les yeux & ne voit rire perfonne.
La boëte revient à fon maître qui , la
tenant ouverte devant lui , confidéroit le portrait
avec une forte d'attendriffement pour fixer
fur lui les regards du Monarque. Cette boete
vous plaît donc bin , lui dit ce Prince , je vous
y vois fi fortement attaché Ce qui m'y atè
g 6
( 156 )
tache le plus , interrompit le Comte , c'eft h
fidelle reflemblance de ce portrait avec V. M.
Mon portrait dit le Roi avec un ourire forcé.
Vovons . En effet , c'est moi même.
Cette ingénieufe galanterie valut au Comte
de Schwerin une bague de diamans d'un trèsgrand
prix .
On a arrêté à Vienne un particulier qui
a fù fe procurer les inftructions données aux
Commiffaires Royaux dans la Hongrie , &
qui les a fait imprimer.
Un certain nombre de familles juives ,
écrit-on de Gallicie , fe trouvant hors d'état
de payer les taxes , ont été conduits
fur le territoire de la république de Pologne ;
mais comme la nation juive y eſt déjà trèsnombreuſe
, on a refufé de les recevoir.
Beaucoup de ces malheureux errans font
péris de mifere , & le reſte a été tranſporté
dans la Buckovine , pour être conduits de
là fur le territoire de la Porte Ottomane.
"
Un obfervateur a fait inférer dans les papiers
publics l'article fuivant fous le titre de
Calculs. Depuis vingt ans , dit- il , on
a fait en Allemagne 65 nouveaux établiſſemens
publics pour donner à la jeuneffe une
meilleure éducation morale , & il exifle un
peu plus de vauriens qu'auparavant. Depuis 6
ans , on a découvert dans l'Europe 33 remedes
univerfels & 97 préservatifs infaillibles contre
certaines maladies , & , depuis 12 ans les Médecins
ont découvert & claff 58 nouvelles especes
de maladies.
( 157 )
ITALI E.
DE VENISE , le 30 Juillet.
On a envoié par une felouque au Prové
diteur général de Dalmatie , qui s'eft déjà
rendu à Cattaro , des fommes d'argent confidérables
, & 200 mille livres pelant de
bifcuit. Ces fecours feront diftribués aux familles
de ce lieu qui ont le plus fouffert de
l'invafion des Tures . Quoique les troupes
Mufulmanes ſe foient retirées du territoire
Vénitien , on a cependant envoié ordre au
Baile à Conftantinople d'informer la Porte
de tout ce qui s'eft paffé , & de favoir à cet
égard fes intentions particulieres.
Voici une relation fidele & circonftanciée
de cette irruption des Turcs dans la Dalmatie.
Dans la nuit du 29 du mois dernier , le pays
de Paftrovich fut furpris par ce Pacha , qui étoit
à la tête d'une armée d'environ 20,000 Turcs.
Après avoir fait des courfes dans le territoire
occupé par les Monténégrins , il fit demander.
au Commandant de Cattaro le paffage pour fon
armée , & qu'il fût erjoint aux Monténégrins de
ne point prendre les armes pendant que les troupes
feroient en marche. Le Commandant lui fit
répondre que le confentement du Senat étoit néceffaire.
Le Pacha , peu fatisfait de cette réponse ,
pénétra à l'improvifte dans le territoire vénitien .
Plufieurs Etats de villages , qui s'étoient avançés
pour s'opposer à fes deffeins furent étranglés par
( 158 )
fon ordre. Un Pope , accompagné d'un de fes
freres , étant venu lui demander juftice , & n'ayant
pu l'obtenir , fe retira le coeur plein de vengeance .
Le Pacha faillit perdre la vie en cette occafion ;
car , ayant ordonné qu'on étranglât ce Pope , celui-
ci revint fur fes pas , & lui lâcha un coup de
piftolet , qui heureufement ne l'atteignit point .
Le Pacha , que ce péril récent n'avoit fait qu'irriter
davantage , fit mettre le feu aux maiſons & aux
Eglifes de Cattaro , & quoiqu'on parvint à l'éteindre
ces édifices furent très - endommagés. Les Efclavons
, manquant de munitions , & tenus en bride
par le Commandant • ne purent ſe défendre
comme ils le defiroient ; cependant ils firent feu
des maifons tant qu'il leur refta de la poudre , &
étant fortis enfuite de la place le fabre à la main ,
ils vendirent cher leur vie. Plus de 230 périrent
en cette occafion ; quelques - uns d'entr'eux fe fauverent
à la nage & furent recueillis à bord d'une
de nos galeres , qui cependant ne tira point fur
l'ennemi , parce qu'elle en avoit reçu l'ordre du
Commandant. Du côté des Turcs , le nombre des
tués , parmi lesquels fe trouvoit le Lieutenant du
Pacha , fut encore confidérable . Enfin , des pluies
abondantes & le grand jeûne , ordonné par la loi
mahométanne fufpendirent ces fcenes meurtrieres.
On craint qu'après ce temps d'abinence
l'ennemi ne joigne fes armes à celles du Pacha de
Bofnie , & qu'il ne renouvelle les hoftilités . Une
efcadre de bâtimens dulcignottes ayant tenté d'en .
trer dans le port de Ragufe , l'entrée lui en fut
fermée. Les Efclavons ont demandé des fecours
aux Montenegrins , qui leur ont promis de leur
en fournir. En attendant , le Gouvernement leur
a fait paffer mille barils de poudre , 60 pieces de
& 10 mille fequins à titre d'indemnité
pour les pertes qu'ils ont éprouvées . Il a adreffé
canon ,
71597
'des repréſentations au Divan , dont il attend la
réponse. Le Général de la ville de Zara & le Capitaine
du Golfe font en mouvement ; il eft donc
probable qu'on recevra avant peu des nouvelles
ultérieures fur cette affaire.
Notre efcadre , composée de 7 vaiffeaux
de ligne , aux ordres du Chevalier Emo ,
mouilloit au commencement du mois dans
le port de Malthe , d'où elle a dû appareiller
il y a 15 jours .
On travaille actuellement à une Infcription
qui fera placée dans l'Amphithéâtre de Vérone
pour conferver la mémoire du féjour qu'y ont
fait l'Empereur , le Roi & la Reine des deux
Siciles , & l'Archiduc Ferdinand d'Autriche
Gouverneur du Milanois . Cette Infcription , ouvrage
du fieur Niccolo , Comte de Scamegatti ,
porte ce qui fuit :
Jofeph II, Cæfar Imp. Auguftus Ferdinandus IV,
Rex Siciliarum , M. Carolina Regina , Conjux Aug
Ferdinand , Archid . A. Præfes Infubric , ab hac
fublimi Sede Venationem , Taur. Plaufu Caves ,
Ingentis Podiique
Spectavere.
Aloyfio II , Mocenico , Prætore , Pp.
DE ROME , le 25 Juillet.
La réparation de l'ancien Obélifque de
granit oriental rouge , étant entierement terminée
, ce monument va être élevé dans la
place du Quirinal , fous la direction du célébre
Architecte Antinori. Cet Artifte fe pro- "
pofe de la placer entre les deux chevaux de
grandeur coloffale que l'on voit dans cette
place.
( 160 )
Une tartane Dulcignotte arrivée à Ancone
le 17 , a confirmé les bruits répandas
dernierement au fujet de l'expédition du
Pacha de Scutari. Il a pénétré dans le territoire
Vénitien , s'eft emparé de prefque
toutes les fortereffes & s'eft avancé jufqu'à
Cattaro . Le patron de la même barque nous
a appris que les Ragufiens ont formé un
cordon fur les frontieres de la Bofnie.
DE NAPLES , le 26 Juillet.
Le 19 de ce mois , M. Denon , ci - devant
chargé d'affaires de la Cour de France , à
quitté cette ville ; & aujourd'hui eft arrivé
M le Baron de Talleyrand , nouvel Ambaffadeur
de France en cette Cour. M. Denon
avoit reçu quelques jours avant fon
départ , le préfent accoutumé , de la part
du Miniftre des Affaires étrangeres , le Marquis
della Sambucca ; ce préfent confiftoit
en une bague composée de fept gros brillans
. En même temps on l'a chargé de
porter à M. le Comte de Clermont d'Amboife
, ci - devant Ambaffadeur , le portrait
de S. M. entouré de diamans , préfent qu'on
eftime à 3 mille ducats.
Le 21 , M. le Bailli de Suffren , vice-
Amiral de France , & Chevalier des Ordres
du Roi , eft arrivé en ce port , à bord de
la frégate Malthoife la Sainte Catherine ,
commandée par le Commandeur de Suffren
Saint-Tropez fon frere , & en fecond par le
( 161 )
Commandeur Baldinotti . Cette frégate doit
retourner inceflamment à Malthe. M. de
Suffren doit fe rendre bientôt à Rome ,
d'où il reviendra à Naples faire fa cour à
LL. MM . Siciliennes , & delà partir pour la
France. M. le Bailli Gaetan d'Aragon , Miniftre
plénipotentiaire de Malthe , & le
Chevalier Acton ' , Miniftre de la guerre &
de la Marine , ont donné chacun à fon occafion
un magnifique repas.
Sa Majefté vient de donner une cédule en date
du 7 Juin , portant création d'un emprunt de quatre
millions deux cens mille piaftres , diſtribué
en 7000 billets de fix cens piaftres chacun , à l'effet
de continuer les travaux du Canal - Royal d'Aragon
, dont on a déja reffenti les heureux effets
dans cette Province , Les billets de cer emprunt
feront affujettis abfolument aux même forme 3
que les billets royaux des emprunts faits par Sa
Majefté pendant la guerre derniere . Ils donneront
à leurs propriétaires un intérêt annuel de 4
pour cent , pour le paiement duquel Sa Majesté
hypothéquera le Canal - Royal lui - même où la
Ferme Royale des poftes du Royaume.
Sa Majesté veut qu'il foit déposé dans ce moment
une fomme de deux millions & demi de
réaux , entre les mains des directeurs de la Junte
du Canal - Royal d'Aragon , pour payer les intérêts
de la premiere année ; & l'intention de Sa
Majefté eft d'augmenter fücceffivement ce fonds
jufqu'à la concurrence de fix millions qui feront
definés à payer les intérêts courans , & à opérer
l'amortifiement du capital de l'emprunt dans le
terme de vingt ans ou même auparavant . Ordonne
Sa Majette , que les billets commenceront
à avoir cours dès le 15 de ce mois ( Juillet ) .
( 162 )
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Août.
Le Comte de Voronzoff, Ambaſſadeur de
Ruffie , reçut , il y a 8 jours , des dépêches de
fa Cour , qu'on croit très - importantes . Elles
furent fur le champ envoyées au Marquis de
Carmarthen , communiquées le lendemain
au Roi par ce Miniftre , & le même jour , on
expédia un meffage à M. Pitt , qui fe trouvoit
à la campagne de fa mere, pour hâter fon retour
en cette capitale.
Cette circonflance , dont on exagere la
gravité , jointe à l'armement d'une Efcadre
à Spithéad , & à toutes les affections incendiaires
de nos Périodiftes , a multiplié les
conjectures fur les apparences d'une rupture .
Elles fe font fortifiées , lorfqu'on a vu ouvrir
ici dans le quartier de Wapping deux maifons
d'enrôlement pour les matelots; lorfque deux
alléges ont jetté l'ancre fois la Tour , prêtes
à recevoir les recrues , & lorfqu'on a appris
que ces mouvemens fe répétoient à Porfmouth
& à Plymouth. Cependant les perfonnes
inftruites ne croient nullement que cet
armement de Spithéad ait un but férieux.
Toutes les Gazettes miniftérielles affurent
qu'on n'a raffemblé des vaiffeaux dans cette
rade que pour les paffer en revue , ou devant
le premier Lord de l'Amirauté , ou en préfence
du Roi lui même.
( 163 )
D'autres font de cet armement une mesure
de précaution , & envoient l'Eſcadre croifer
dans le golfe de Gascogne , afin de s'y rencontrer
avec des vaiffeaux François qu'équipent
nos Gazetiers , & d'y maintenir la dignité
du pavillon Britannique.
Le Capitaine John Gell , montant ci - devant
le Monarca de 70 canons , revenu de
l'Inde , après la fignature de la paix , a été
nommé Commandant en chef de l'Eſcadre
Angloiſe dans l'Inde . Il n'appareillera qu'au
commencement du mois d'Octobre prochain.
Le nombre de vaiffeaux qu'il emménera fera
déterminé d'après la force de l'Efcadre Françoife
qui eft fur le point de mettre à la voile
du port de Breft. Indépendamment de ce
motifde délai , on attend pour faire partir ce
nouveau Commodore , l'arrivée du Worcester
de 64 canons, & de l'Active de 32 , qui ont
dû fortir de la rade de Madraffau mois de
Mars dernier. L'Efcadre dans l'Inde n'eft
compofée actuellement que de deux vaiffeaux
de ligne feulement , un de so canons ,
& trois Sloops ; favoir , la Défenfe de 74 can.
l'Eagle de 64 , le Bristol de so , le Cygner , le
Lézard & la Calypfo. Les vaiffeaux nommés
jufqu'ici pour fuivre le Capitaine Gell , font
l'Ardent de 64 can. , le Grampus de so can. &
la Frégate le Phaëton de 36 canons .
Le Général Campbell , Commandant de
Madras , doit s'embarquer auffi au premier
jour fur le Comte de Talbot , vaiffeau de la
( 164 )
-Compagnie des Indes , qu'on prépare à cet
effet.
On affure qu'il a été conclu à la côte des Mofquites
, une espece de traité entre les Officiers
Commandans Anglois & Efpagnols , raffmblés
pour cet effet dans la ville de Truxillo . Ce traité
porte que les colons Anglois refteront tranquilles
& paifibles poffeffeurs du pays qu'ils occupent ,
pendant l'espace de deux ans ; & que durant ce
temps les deux cours prendront les mesures propres
à accélérer la conclufion d'un traité particulier
, pour l'arrangement définitifde tout différend
ultérieur. fur ce territoire . En ' conféquence de
cet arrangement les vaiffeaux Anglois & les
troupes devoient quitter le continent E pagnol
pour retourner à la Jamaïque.
Depuis le 18 , on a adopté fur toutes les
routes le plan propoſé par M. Palmer , pour
le fervice de la Pofte aux lettres ; plan qui
réunit le double avantage de la promptitude
& de la sûreté. L'intérêt public en ceci , fe
trouvant en concurrence avec celui des Aubergiftes,
ils ont réfolu de diminuer le nombre
des diligences , carroffes & chaifes de
pofte , dans l'espoir d'opérer une diminution
de cette branche du revenu public , & de
forcer par là le Miniftere à rétablir les anciens
chariots de pofte . Cette conjuration , comme
on le préfume bien , n'aura d'autre effet que
de caractériser de nouveau l'efpece de réfiftance
à laquelle doit s'attendre l'Adminiftration
quelconque de ce Royaume , dans les
meſures même les plus utiles .
Nos Gazettes ont déjà difpofé des Flamands
, des Hollandois & des Suiffes , pour
( 165 )
acheter nos marchandifes & les verfer en
France par contrebande. Ces Nations limi
trophes , difent elles , ont toutes fortes de
facilités dans ce trafic , & ont déjà donné de
fortes commilitons à nos manufactures . Il ne
manque plus aux incrédules que de lire les
factures de ces commiffions dans les papiers
publics.
Le Prince de Galles a appareillé le 8 de
Brightelmftone , fur un Yacht de la Marinė
Royale , pour faire une promenade fur mer.
Ce petit bâtiment eft complettement équippé.
S. A. R. eft accompagnée par les Colonels
Lake & Gardner , & par plufieurs autres de
fes amis .
Deux fois le Chancelier actuel a fait rejetter
par la Chambre- Haute le bill d'abfolution
en faveur des débiteurs infolvables . Ceux de
ces débiteurs , enfermés en très grand nombre
dans le vafte enclos du Kings - Bench , ou
prifon du Banc du Roi , font montés à leur
tour fur leur tribunal , & ont porté Sentence
contre le premier Officier de la Couronne.
Ils ont figuré fon effigie en fimarre , en large
perruque, & ornée des fourcils épais qui caractérifent
Lord T. Elle portoit une étiquette
digne de cet excès de licence , & où le
Chancelier étoit appellé Chef' fuprême de la
Haute Cour d'iniquité. L'effigie a été portée à
la barre de ces Juges fcandaleux , & condamnée
à être fufpendue par des chaînes , l'efpace
de dix jours , puis brûlée en routes formalités
; ce qui a été fidélement exécuté de poing
1
( 166 )
en point. Pour achever la fcene , on a imprimé
& répandu la confeffion de Lord T , fa
derniere lettre à fon époufe, &c. Lord Mansfield
, Chef du Banc du Roi , ayant vu cette
effigie fufpendue , en paffant auprès de la prifon
, s'informa du nom des auteurs de cette
pafquinade , qui ne réveillera pas la commifération
pour les malheureux qui ont ofé ſe
la permettre dans le premier accès de leur
reſſentiment.
Il confte par des obfervations météorologiques
très-fuivies , qu'il tombe en Angleterre , année
moyenne , 24 pouces & demi d'eau , dont la plus
grande partie dans les mois d'hiver. Cette moyenne
proportionnelle réfulte des calculs d'un grand
nombre d'années . On trouve cependant qu'il eft
tombé de pluie ,
depuis 1774 à 1775
1775 à 1776
1776 à 1777
1779 à 1780
-27 & pouces .
29 &
32 &
- 17
L'année derniere on mefura à Lancaſtre 19 pora
ces d'eau en fix mois , & dans la demi- année qui
vient de s'écouler , il n'en est tombé que 7.
On obferve que M. Pitt , au lieu d'établir
la taxe fur les boutiques , fi déplaifante
pour une partie du peuple , auroit du
impofer les bas de foie. A ce fujet , on
remarque , que les bas de foie font évidemment
d'invention efpagnole , & qu'à l'exception
de ceux qu'on envoyoit d'Espagne ,
ils ne furent connus en Angleterre que lorfqu'une
des ouvrieres de la Reine Elifabeth ,
nommée Montague , lui en eut préfenté une
( 167 )
paire de couleur noire tricotée. La Reine
en fut fi contente , qu'elle ceffa depuis d'en
porter en drap. Le Chevalier Thomas Grefham
, préfenta auffi au Prince , fils d'Henry
VIII , depuis Roi fous le nom d'Edouard
VI , une paire de bas de foie noire Efpagnols.
Ce préfent fit même du bruit . Quelle
différence ! aujourd'hui iln'eft point d'apprentif
cordonnier ou charpentier , de garçon
barbier , qui ne forte les jours de fête avec
une frifurefrançoife, & des bas de foie blancs.
Il eft extraordinaire que le Parlemont d'Irlande
n'ait jamais porté fon attention fur la conſtitution
pécuniaire de la Tréforerie de ce Royaume. En
Angleterre , pour adminiftrer un revenu annuel
de 15 millions fterlings , par des Officiers conftamment
attachés à leurs Bureaux , & occupés
fans relâche , l'Etat paye 14,400 liv. ferlings de
falaires ; favoir au premier Lord de la Trésorerie,
4000 liv . fter. ; aux quatre autres Lords adjoints ,
6400 liv. fter.; au Chancelier de l'Echiquier ,
2000 liv. fler .; & aux deux Secretaires 2000 ! .
Mais en Irlande , pour négliger la gestion d'un revenu
de 1,200,000 livres fterlings par année , on
débourſe , au Grand Tréforier , 2000 liv. ft. , à
trois Vice-Tréforiers toujours abfens , 10,500 1 .
au Chancelier de l'Echiquier , 2000 1. ft. ; & aux
autres Officiers , 2000 I. Total 14,900 liv .
Les foins que les fpéculateurs & la féchereffe
avoient fait monter à environ 6 liv. &.,
les deux milliers pefant, font retombés au prix
plus modéré de 2 liv. ft, & 18 fchellings,
Le célébre Peintre , Sir Johna Reynolds , va
paffer fur le continentpourfe trouver à la ven .
te qui doit fe faire à Bruxelles de tous les ta
( 168 )
bleaux que l'Empereur a fait tirer des maifons
Religieufes fupprimées. Dans le nombre
il y en a de Rubens & de Vandyk.
On lit dans le Gazeteer la lettre fuivante ,
au fujet de la découverte annoncée dans le
Journal de Paris par M. Bottineau.
« M. l'Editeur ,
» Je vous prie d'inférer dans votre Papier , la
» traduction fuivante du treizieme chapitre du
" onzieme livre des Hiftoires diverſes a'Ælianus,
qui peut fervir de réponſe à la demande de
» M. Botineau .
On rapporte qu'il y avoit un Sicilien dont
» la vue étoit fi perçante qu'il voyoit diftinéte-
» ment de Lilybée en Sicile , le port de Cartha-
" ge [*] . On affure auſſi qu'il comptoit avec la
plus grande jufteffe le nombre des vaineaux
» mouillés dans le port de cette Ville.
99
» Ce Sicilien s'appelloit Strabon . Je confeil-
» lerois donc à M. Bottinean d'appeller fa décou-
» verte la ſcience Strabonico Lilybée; ce nom fem-
» ble exprimer parfaitement les tro's caracteres
» du nouvel Art . Divers Auteurs affurent que ce
« même Strabon voyoit au travers d'une mu-
» raille.
" J'ai l'honneur d'être , & c . »
M. Beresford membre du Parlement &
da Confeil privé d'Irlande , & qui parcît être
le négociateur choifi par la Cour , pour faire
reuthir les propofitions commerciales qu'on
va préfenter à l'Irlande , eft frere du Comte
de Tyrone. Il jouit par fes différentes places
d'environ 4400 liv. fterl . de revenu .
[ [ * ] Ce port étoit cependant éloigné de Lilybée d'environ
128 milles.
ETATS UNIS
( 169 )
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 2 Juin.
On a imprimé dans nos gazettes le paragraphe
fuivant, qui n'eft pas l'ouvrage de
la modération.
L'animofité , ou , pour mieux dire , la perfécu
tion des Anglois contre les citoyens des Etats-
Unis d'Amérique , eft portée à un point dont il
feroit difficile de fe former une idée . Cette nation
impérieuſe & vindicative ne s'eft point contentée
d'interdire l'entrée de fes ports dans les
ifles de l'Amérique aux bâtimens Américains ,
elle a pris des mesures pour empêcher tout Amé
ficain de commander aucun de fes bâtimens , à
moins qu'il ne produife un certificat pour prouver
qu'il a fervi Sa Majefté Britannique dans la
derniere guerre. Un capitaine récemment arrivé
ici de la Grenade a perdu fon emploi au moment
même où il fe préparoit à appareiller pour
l'Europe , fans aucun autre motif que parce qu'il
étoit Américain . Si quelques navires Américains
paflent par malheur à la portée du canon d'une
frégate ou d'un fort britannique avec leur pavillon
ottant , ils font obligés de fubir l'inter
rogatoire le plus impertinent , & très fouvent
même on les falue d'une bordée entiere . Se trou
vent- ils forcés de chercher des fecours par raiſon
d'incommodité , de voies d'eau ou d'autres accidens
, un ordre févere les arrête à une grande
diftance , où une chaloupe vient les queftionner
fur l'objet de leur demande. Alors de quelque
nature que foient leurs befoins , on ne fouffre
·No. 35 , 27 Août 1785.
h
( 170 )
point qu'ils envoient une chaloupe à terre pour
fe procurer les objets qui leur manquent , mais
par un effet de l'humanité britannique fi vantée
au moins par les Anglois , on les leur porte avec
les ordres les plus péremptoires de lever l'ancre
fur le champ pour continuer leur route. Tout cela
eft prouvé par des faits notoires , & qui ne peuvent
être niés par les plus zélés partiſans de
cette nation hautaine.
DE NEW- YORCK , le 26 Mai.
Le 20 Mai , fon excellence Don Diego de
Gardoqui, Miniftre plénipotentiaire de la Cour
de Madrid auprès des Etats Unis d'Amérique eft
arrivée de la Havanne à Philadelpihe . Ce Miniftre
qui a fait la traverſée à bord d'une fré
gate de S. M. C. a defcendu chez Don Francifco
Řendon , nommé , dit-on , ſecrétaire de la Légation
Espagnole. Don Diego de Gardoqui eft attendu
inceffamment à New-Yorck , où il doit
préfenter fa lettre de créance au Congrès,
Le Général Gréen & le Colonel Hawkins
ont fait une tournée dans la Georgie ,
pour prendre connoiffance de cette province.
Ils ont profité de cette occafion , pour
aller voir Don Vincent de Zeſpedes , Gouverneur
de la Floride orientale. Ils ont été
reçus par cet Officier Efpagnol de la maniere
la plus diftinguée.
FRANCE.
DR VERSAILLES , le 17 Août.
Le 11 de ce mois , l'Evêque de Saint(
171 )
Claude a prêté , pendant la Meffe , ferment
de fidélité entre les mains du Roi.
Le Contrôleur général a eu l'honneur de
préſenter au Roi une pièce de drap , dite
Royale , en de large de 26 aunes 4 ,
fabriquée dans la Manufacture du fieur de
Vanrobais , avec la laine provenante des
moutons de la race Eſpagnole , tirés de la
bergerie établie à Montbard par le fieur
Daubenton , & élevés depuis plufieurs a
nées à l'Ecole Vétérinaire . Il réfulte des obe
fervations de ces célèbres Fabriquans, que par
la confrontation qu'ils ont faite de ces laines
avec celles d'Espagne , d'une Royale femblable
, fabriquée avec la laine d'Espagne , il faut
être connoiffeur pour en conftater la différence
, & que du moins il eft certain qu'il
n'y en a aucune , tant fur le filage que fur
le déchet.
Le 14 de ce mois , le fieur Delneuf,
Recteur de l'Univerfité de Paris , accompagné
des quatre plus Anciens de la même
Univerfité , a eu l'honneur de remettre au
Roi , à Monfieur & à Monfeigneur Comte
d'Artois , fuivant l'ufage , la diftribution qui
a été faite des Prix pour cette année .
Le 15 , fête de l'Affomption de la Vierge ,
L. M. & la Famille Royale afliftèrent , dans
la Chapelle du Château , à la grand Meile
célébrée par l'Evêque de Digne , & chantée
par la Mufique du Roi. La Comteffe de Sérent
fit la quête. L'après midi , le Roi , ach
2
( 172 )
compagné de la Famille Royale , fe rendit à
la Chapelle , & afliſta à la Proceffion qui a
lieu tous les ans pour l'accompliffement
du
voeu de Louis XIII.
Le Roi a accordé un brevet & les honneurs
de Duc , au Comte d'Agénois , Lieutenant
en furvivance de la Compagnie des
Chevaux légers de la Garde ordinaire de Sa
Majefté ; il à eu l'honneur de faire , en cette
qualité , fes remercimens au Roi le 12 de ce
mois
DE PARIS , le 24 Août.
L'Affemblée du Clergé eft prorogée : les
Evêques retourneront au mois d'Octobre
dans leurs Diocèfes , & ne fe raffembleront
qu'au mois de Juillet 1786. Ils vont être
occupés à la jufte répartition qu'exigent les
1500 mille livres d'augmentation des porgions
congrues ,
On affure que le Secrétaire de l'Académie
Françoiſe fit part à ce Corps Littéraire ,
il y a 15 jours , qu'une perfonne de la plus
haute diftinction deftinoit un Prix de 3 mille
livres au Poëte , Auteur du meilleur Poëme
héroïque , ou de la plus belle Ode fur la
mort du Prince Léopold de Brunſwick, Ce
Prix , dit -on, fera délivré à la S. Louis 1786.
Le Confeil des Dépêches a rendu le 12 de
ce mois un Jugement qui intéreffe tous les
Irlandois au fervice de France. Le Chevalier
Nagle , Major au Régiment de Dillon , pré(
173 )
tendoit à l'héritage du feu Comte de Kearny,
Irlandois domicilié en France , & Chevalier
de S. Louis , mort en 1780. Cette fucceffion
fut difputée au Chevalier Nagle , couſingermain
du défunt , par la dame d'Oliveira ,
foeur de ce même Comte de Kearny , domiciliée
à Corck en Irlande , & fujerte du Roi
d'Angleterre . Il s'agifloit de décider d'abord ,
fi un Irlandois , abjurant fa patrie pour s'attacher
au fervice du Roi de France & pour
vivre dans le Royaume , devoit être regardé
encore comme étranger & comme fujet du
Roi d'Angleterre , fi , en un mot, il étoit Anglois
ou François : en fecond lieu, fi les loix
& les traités donnent auxfujets ordinaires du
Roi d'Angleterre, le droit de fuccéder ab inteftat,
au mobilier des Officiers des Régimens
Irlandois en France. M. Cahier de Gerville ,
Avocat au Parlement , & Défenfeur du Chevalier
Nagle, ayant traité ces différentes queftions
avec beaucoup d'étendue , de connoiffances
hiftoriques & de talent ; le Parlement
jugea en faveur du Chevalier Nagle , & le
Confeil des Dépêches a confirmé cet Arrêt ,
en déboutant la dame d'Oliveira de fa demande
en caffation . Mr. de Chevignard ,
Maître des Requêtes , étoit Rapporteur ;
Mrs. de la Michodiere , de Fourqueux , de
Monthion, & Vidault de la Tour, Commiffaires.
Ce Jugement tiendra lieu à l'avenir
aux Officiers Irlandois , de lettres de naturalité
, au moins pour les fucceflions & pour
teſtamens.
h ;3
( 174 )
Un Arrêt du Confeil du Roi , en date
du 14. de ce mois , a fixé au courant de Janvier
1786 , la démolition des maiſons qui
obftruent le Pont au Change & le pont
Notre -Dame. S. M. autorife le Corps Municipal
à donner congé aux locataires de ces
matures appartenantes à la Ville , & pour
indemnifer celle ci de la perte de ces immeubles
, elle fera déchargée à l'avenir de
l'entretien des Jurifdictions & Prifons de la
Capitale , qui exigeoient annuellement une
dépente de cinquante mille livres : c'eſt l'équivalent
des loyers fupprimés par la démolition
.
M. l'Intendant de la Généralité de Paris
vient d'y faire répandre une Inftruction fur
le blé moucheté, dont la Société Royale d'A-.
griculture avoit confié la rédaction à MM.
Parmentier & Cadet de Vaux. Voici ent
fubftance les articles effentiels de cette Inftruction
d'autant plus importante , que cette
année , plufieurs Provinces feront exposées à
l'inconvénient dont elle indique le remede.
On nomme Blé moucheté tout blé plus ou
moins taché à ſon écorce , d'une pouffiere noire
que le fléau du Batteur fait fortir de l'enveloppe
qui la renferme.
Inconvéniens du Blé moucheté.
Jamais ce blé ne fe reffue complettement , &
conféquemment il ne peut pas fe garder auffi longtems.
Si on l'envoie au marché , il eft vendu com(
175 )
munément quatre francs ou cent fous de moins
par fetier que le blé de même qualité , mais fans
être moucheté.
Le porte - t on au moulin , même après un
long séjour au grenier , il engrappe les meules ,
graiffe les bluteaux , ralentit le moulage , & donme
moins de farine.
La mouture du bon blé qui fuccède à celle du
blé moucheté , donne de la farine de médiocre
qualité.
La farine du blé moucheté eft d'un blane fale ;
molle & graffe au toucher ; elle abforbe peu d'eau
au pétriffage , répand une odeur de graiffe rance
& eft d'une garde difficile .
Le pain qui en provient eft d'un noir violet ,
d'un mauvais goût , & fait peu de profit.
Moyens infuffifans employés pour nettoyer le Blé moucheté.
On a cru pouvoir enlever au grain la pouffiere
noire que fait le blé moucheté en le paffant
plufieurs fois aux différens cribles ; mais aucun
de ces inftrumens n'a la faculté de la détacher entierement.
On a cru encore qu'avec le tems cette pouffiere
parviendroit à fe deffécher , & qu'alors on pourroit
l'enlever plus aifément à l'aide du crible ; en
conféquence on a abandonné le blé moucheté
dans le grenier , en le remuant fouvent avec la
pelle . L'événement a prouvé que cette pouffiere ,
qui eft de nature graffe , devient au contraire de
plus en plus adhérente au grain.
Enfin , on a propofé de faire fécher au four de
la terre franche , de la mettre enfuite en poudre,
& d'en répandre fur le grain moucheté en le battant,
de maniere que l'argile pût le mêler avec la
pouffiere poire , & la détacher du grain , pour
h 4
( 176 )
être l'une & l'autre enlevées au van ou au
crible .
Mais tous ces moyens & autres , reconnus comme
inſuffiſans , ne peuvent enlever , à beaucoup
près , la totalité de la pouffiere du blé moucheté ;
il n'y a abfolument que le lavage à grande eau
qui en vienne à bout .
Plufieurs Fermiers intelligens , ont ordinairement
recours à cette opération fi fimple.
Les eaux de puits , de fontaine ou de rivierre ,
peuvent être également employées au lavage du
blé moucheté.
On fe fervira à cet effet de vaiffeaux commodes.
Le mouvement de l'eau ne fuffiroit pas pour
détacher le noir du blé , il faut le frotter avec un
balai ufé , & même entre les mains , n'en prenant
qu'une petite quantité à la fois : on laiffe couler
l'eau fale fi c'eft dans le cuvier qu'on fait le lavage
& on en remet de nouvelle fur le blé jufqu'à
ce que l'eau forte claire & limpide . Si on lave à
la riviere , on plonge le panier dans l'eau à plu
fieurs repriſes .
>
Mais on obfervera qu'il eft utile de faire cette
opération le plus promptement poffible , afin que
P'eau lave feulement le grain fans le pénétrer ,
dans la crainte que le defféchement ne devien
ne plus difficile , & que l'écorce attendrie ne fe
ride.
Du moment où le blé eft retiré de l'eau , on l'étend
fur des draps à l'air libre : dans les provinces
méridionales , où on lave affez ordinairement les
grains on les expofe au foleil pour fécher. Ce
moyen , préférable à tous , eft en même - tems le
plus économique.
Si le tems ne permettoit pas de faire le deſſé-
@hement du blé au foleil , on le mettra en couche
( 177 )
(
mince dans le grnier le plus aéré , ayant foin
de le remuer fouvent pour prévenir fon échauffement
, & favorifer la perte de ſon humidité
étrangere .
Dans le cas où le tems feroit chaud & humide
, & où l'on auroit à craindre que le blé ne vint
à germer , on auroit recours à la chaleur modérée
du four.
De quelque maniere que le grain ait été defféché
, il faut avoir la précaution de ne pas le mettre
en tas , & fur- tout de ne pas le refferrer qu'il
ne foit parfaitement refroidi , & qu'on ne l'ait
paffé au crible à deux ou trois fois.
Ces précautions fuffiront fi le grain a été par
faitement lavé & bien defféché.
On pourroit peut - être , en convenant des
avantages que procure le lavage des blés mouchetés
, objecter qu'il fait perdre au blé cette
qualité extérieure qu'on appelle dans le commerce
la main , & qu'il occafionne encore des dé→
chets.
Mais on remarquera que fi l'opération a été
exécutée promptement , fur- tout fi le blé eft fec,
comme il le trouve l'être cette année , l'écorce
n'aura pas pu être pénétrée par l'eau ; elle ne
fe fera pas ridée , & le blé confervera fon volume
& fon coulant : ainfi n'étant point retrait , il ne
perdra point à la meſure.
Pour le déchet en poids , il fera réduit à trèspeu
de chofe ; d'ailleurs n'en eft- on pas bien dé◄
dommagé par tous les avantages qui ont été expofés
ci-deflus .
Dans les circonftances qui l'ont exigé , cette
pratique a été miſe en nfage avec fuccès par des
Fermiers , des Laboureurs , des Meuniers faifant
le commerce des farines , ainfi que par nombre
de Propriétaires qui confomment leur blés
h
( 178 )
elle eft journellement fuivie par les bons Bou-
Iangers.
Il eft de l'intérêt du Cultivateur de recourir à
ce procédé , parce que s'il ne le fait pas , le Meunier
ou le Boulanger le feront à fa place , & auront
pour eux le bénéfice auquel il auroit pu prétendre.
Il doit y recourir pour fa propre contommation
, parce que lui & fes gens , mangeront de
meilleur pain , qui ne coûtera pas autant de frais
de cuiffon ; enfin il doit employer ce moyen par
honneur & par humanité , parce que le pain d'un
pareil blé ne pouvant plus être réputé mal - ſain , le
Fermier fera à l'abri d'inquiétudes & de tous reproches
fondés .
Dans le cahier de ce Journal , du 26 Mars
dernier , nous donnâmes , d'après les Ecrivains
Anglois , une notice fur le feu Capitaine
Elphinſton , où l'on difoit , que dans
l'avant- dernière guerre , il avoit fait échouer
&brûler la Frégate Françoiſe la Félicité, trèsfupérieure.
M. Papillon du Havre a réclamé
contre cette affertion , & nous lui devons de
publier la lettre qu'il nous écrit à ce sujet.
J'étois Lieutenant fur cette frégate (laFélicité)
en 1761. Le 24 Janvier , nous fumes attaqués par
Je Richemond de 32 canons à 9 heures du ma
tin ; ne montant qu'une Frégate de 24 canons ,
chargée d'une riche cargaifon pour Saint - Domingue
; à 11 heures nous fumes joints par une
autre frégate de 32 canons à un dogre de 18 ; a
midi , nous eumes le malheur de'perdre M. Denel
notre Capitaine , faifant route pour entrer à Gorée
en Hollande , les vents ne nous le permirent
pas , & nous fumes contraint d'échouer la frégate.
Nous foutinmes le combat jufqu'à 3heures après
midi , que nous fumes obligés d'abandonner notre
( 179 )
va'ffeau . L'on doit les plus grands éloges à mon
Capitaine , tant dans cette action que dans nombre
d'autres. Je ne prétends cependant pas attaquer
la mémoire du Capitaine Elphinfton , mais
je me flatte que vous voudrez bien auffi rendre
juftice au Capitaine Denel , mon Supérieur &
mon ami , &c. & c .
On peut fe rappeller d'avoir lu dans la vie
de Coypel , que le Duc d'Orléans lui payant
un carroffe, un jour , il pria ce Prince de permettre
qu'il convertît ce bienfait en aumônes
; demande qui lui fut accordée. Ce trait
vient de fe renouveller à Amiens , ainsi qu'on
nous le mande .
Une Demoiſelle fort âgée , fans être fort riche ,
avoit trouvé dans fon économie les moyens de fe
procurer toutes les commodités de la vie , &
même un équipage , qu'elle confervoit depuis un
grand nombre d'années. Son cocher tomba malade
il y a quelque tems , & fentant approcher fa
fin , il la fit prier de lui accorder quelques momens
d'entretien : « Mademoifelle , lui dit - il en
» la voyant approcher de fon li , je vais mourir ,
,, & une feule chofe trouble mes derniers momens.
» Je vais laiffer une femme & des enfans dont je
» fuis l'unique foutien , & qui vont tomber dans
la mifere ; permettez - moi de les recommander
à votre pitié : fi vous daignez leur promettre
votre protection , je mourrai content ». Cette
bonne maitreffe lui promit , fi Dieu difpofoit de
lui, de ne point abandonner fa famille , & fa promeffe
n'a point été illufoire . A peine avoit - elle
fait rendre les derniers devoirs à ce malheureux
pere de famille , qu'après avoir vendu fa voiture
& fes chevaux , elle prit chez elle fa veuve & fes
fept enfans , tous fept en bas âge. Fidelle à fes en
h G
( 180 )
gagemens , elle procure à chacun d'eux une édacation
convenable à leur âge & aux difpofitions
qu'ils annoncent. Je vous prie d'observer , Monfieur
, que c'eft à l'âge de quatre - vingt fix ans
que Mile M. vient de faire le facrifice d'une
commodité , qui étoit devenue pour elle une forte
de befoin. Je fouhaite , pour l'honneur de la nation
, que MM . de l'Académie françoiſe trouvent
beaucoup d'actions vertueules qui méritent mieux
que celle dont je viens de vous rendre compte ,
la couronne de vertu , dont ils font les difpenfazeurs.
On nous envoie du Quercy le récit d'une
fête touchante , célébrée à Parnac , & dont
voici les principales circonftances.
Monfieur & Madame Guithou , négocians à
Parnac en Quercy , ent vu renouveller la cérémonie
de leur mariage , après cinquante deux ans
d'une union aufli douce que fortunée. Toute la
parenté a été invitée à cette féte , & les deux
époux ont eu la fatisfaction de fe voir accompagnés
aux Autels , par cinquante fils ou peti
fils .
Les chemins étoient femés de fleurs , & de diftance
en diſtance , on voyoit des arcs de triomphe
, d'où pendoient des couronnes de myrthe &
de laurier , avec cette infcription : Respect &
longue vie à notre Pere commun. Les bons Vieillards
affis fur des bancs de gazon , recevoient le
falut de toute la famille , & puis fe remettoient
en marche au fon des inftrumens , & aux accla
mations du peuple.
Arrivés à l'Eglife , M. Guilhou , Capitaine de
Navire à Bordeaux , & dix - huitieme fils , donna
la main à fa mere pour la conduire au baluftre ;
tandis que Mademoifelie Guilhou , fa foeur , &
dix-feptieme fille , tous deux nouvellement ma1
( 181 )
riés , la donnoit à fon pere. L'Abbé Guilhow ,
Curé de Gramat en Quercy , & vingt - deuxieme
fils , leur mit une couronne fur la tête , il entonna
en même tems le Te Deum , & prononça un difcours
, tel que la circonftance le demandoit . La
cérémonie achevée , les Epoux furent reconduits
dans leur maison.
Un Officier Invalide , qui ne fe nomme
pas , a trouvé fort peu exacte l'eftimation faite
par les Gazettes Hollandoifes , du dommage
caufé au payfan , fur le champ duquel defcendit
M. Blanchard , le mois dernier . Reprenant
la chofe par le principe, & le compas
à la main , cet Officier fe fache & raifonne ,
en nous priant d'imprimer fon raiſonnement.
Sa lettre & fon fang - froid font un plaifant
contrafte avec la fièvre chaude de certains
maniaques.
C'est un rapport bien peu judicieux , Monfieur ,
de dire dans votre Journal du 23 Juillet , que le
payfan Hollandois a exigé du fizur Blanchard ,
dix ducats pour une botte de foin ; ne prévoyezvous
pas que la pofée de cet affompteur a dû faire
amaffer tous les gens de la campagne des environs
, occupés à la fanaifon & à d'autres ouvrages
; & qui s'étant portés autour de cet Air Gazeur
, ils ont dus fouler l'herbe , au point de la
perdre entierement ; or , quel a dû être ce dommage
? Le Pré , dites - vous , étoit au bord d'un
étang , & conféquemment d'un grand rapport :
fi le dégat n'a été feulement que de l'étendue
de la place des Victoires , il eft für qu'il
étoit pour le Propriétaire de plus de cinquante
ducats , vu la quantité du rapport du pré
& la cherté du foin ; or , il eft probable que le
dommage a du avoir plus d'étendue que la place
( 182 )
'des Victoires , il a dû s'y amaffer plus de deux
mille Spectateurs , dont plufieurs à cheval , vu
l'heure ,le lieu , les circonftances ; pourquoi donc
ne l'eftimer qu'une botte de foin , & pourquoi le
Gazetier de la Haye appelle - t-il un payfan un
cannibale ? Eft - il quelque Soufcripteur de la
Haye , qui eut voulu faire un pareil facrifice ? Le
feur Blanchard eft évidemment l'auteur ou lacaufe
de la perte ; il n'eft pas douteux qu'il ne retire
quelques bénéfices de fon fpectacle , il a donc
dû réparer le dommage qu'il a caufé au payfan .
Il faut , Monfieur , ne pas accufer des malheureux
qui ne font , ni en état de ſe juſtifier , ni de
fe défendre : c'eft l'avis que vous propofe votre
abonné , Officier des Invalides , en vous priant
de l'inférer dans votre premier Journal .
Après cela , il eft curieux de lire les premières
lignes du Profpectus d'une nouvelle
expérience de M. Blanchard à Lille. Ce morceau
eft digne d'être retenu , & il eft bon
d'obferver que c'eſt dans ce ftyle qu'on a
toujours écrit fur les Aëroftats , & qu'on
écrit journellement pour célébrer une nouvelle
mode , une danfeufe , un ballet , une
ariette , une brochure.
Les Arts créés par l'homme , tiennent de fa
nature ; long-tems enfans , ils arrivent lentement
à leur point de perfection . Foible & fans défenſe ,
l'homme alloit devenir la proie des animaux , la
mécanique vient à fon fecours , & les monftres de la
terre & des eaux furent foumis à fon empire . Chaque
jour cette fcience nous découvre de nouveaux
fecrets , & fouvent la réuffite feule a démontré
la poffibilité de l'entreprise . Au fond des
mers hyperborées , le pouvoir de l'homme s'eft fait
fentir l'or caché dans les entrailles de la terre n'a
( 183 )
pu le fouftraire à fes recherches : les vaftes plaines
de l'air ne lui étoient pas fermées pour jamais
, & M. Blanchard , qui depuis dix ans travaille
à cette découverte fublime , a toujours penfe
que l'Aigle qui plane au -deffus de la foudre , n'avoit
pas reçu de la nature un don que l'art ne pouvoit
imiter. Il s'en faut de beaucoup encore que l'aeroftation
foit parvenue au degré d'utilité ou de
perfection qu'on eft en droit d'en attendre , & ce
n'eft que par des effais fucceffifs & multipliés
qu'on pourra , peut- être , l'obtenir . Confacré
entierement à la recherche de ce but , M. Blanchard
qui a déjà fait treize voyages avec fuccès
dans les airs , propofe d'en faire en cette Ville
un quatorzieme qui fera le plus brillant de tous
ceux qui l'ont précédé , & a ouvert , à cet effet ,
une foufcription , dont voici les conditions .
Le prix des billets eft de 3 liv . & de 6 francs .
Belle conclufion & digne de l'exorde.
L'Académie de la Rochelle décernera , dans fa
féance publique d'après Pâques 1786 , une Médaille
de trois cens livres , à la meilleure Piece de
vers françois qui lui fera adreffée avant le 15 Mars
de la même année.
Elle laiffe aux Auteurs le choix du Sujet .
L'Académie n'admettra au concours que des
Poëmes , Epitres ou Difcours de 150 vers au moins,
& de 250 au plus.
Les Membres de l'Académie font exclus du
concours ; les Auteurs qui fe feront connoître ,
directement ou indirectement , n'y feront point
admis.
Les paquets doivent être adreffés , francs de
ports , à M. Seignette , premier Secrétaire perpétuel
de l'Académie .
Chaque piece de vers portera , en tête , une
( 184 )
devife , répétée fur un billet cacheté qui contiendra
le nom & la demeure de l'Auteur .
L'on fe plaint depuis long - tems & avec raifon ,
du mauvais air qui regne dans les Hôpitaux ,
dans les Dépôts de mendicité , & dans tous les
endroits où il y a beaucoup d'hommes réunis ,
L'on prétend , avec fondement , que ce mauvais
air , en féjournant , occafionne des maladies , &
augmente l'intensité de celles qui exident déja .
Le fieur Wealerffe , Ingénieur Méchanicien de
la Marine du Roi , a inventé une Machine propre
à faire ceffer cet inconvénient grave ; & le Miniftre
a ordonné qu'il en fût établi une dans l'Hôpital
Militaire de Strasbourg. Le fieur Weulerffe
eft venu la pofer & la faire jouer lui- même en
préfence de plufieurs Officiers Généraux , & des
Officiers de Santé , qui ont tous reconnu qu'elle
rempliffoit parfaitement fon objet , en extrayant
très promptement le mauvais air qui circule dans
les Sal'es & en le repoullant au dehors . Cette
Machine fait honneur au fieur Weulerffe , & elle
mérite , autant par fon utilité que par fa fimplicité
, d'être mile au rang des inventions dont notre
fiecle s'honnore.
A Strasbourg, ce 14 Août , 1785.
FRADEL D'ARLY , Contrôleur des
Hopitaux Militaires.
Sophie-Joséphine Antoinette de Ligny ,
époufe de Louis - Etienne- François , Comte
de Damas de Crux , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal de Camp , Commandant
dans la province des Trois - Evêchés , eft
morte à Paris le 23 Juillet.
Adélaïde Henriette Elifabeth de Beziaded'Avaray
, Marquife de Grave , Dame pour
accompagner Madame Comteffe d'Artois ,
( 185 )
eft morte à Versailles le 24 du même mois ,
âgée de 23 ans.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 22 Août.
Les Etats Généraux ont ordonné à leurs
Ambaffadeurs à Paris , de reprendre les négociations
avec l'Ambaffadeur de S. M. I. ,
fous la médiation de la France , auffitôt que
cet Ambaffadeur aura reçu de fa Cour les
inftructions néceffaires.
Deux circonftances récentes ont porté
l'attention générale en Hollande , fur le complot
, encore obfcur , médité contre le Duc
de Brunfwick. On affure que M. Olden-
Barneveld, Fifcal de la Généralité , eft parti
pour Aix-la-Chapelle , chargé d'une commiffion
des Etats Généraux. En même tems , le
Rhingrave de Salm a quitté fubitement la
Haye pour fe rendre à Breda , où la Légion
eft cantonnée. Deux des perfonnes ,
arrêtées à Aix-la- Chapelle , la nuit du 27 au
28 Juillet , ont été conduites , le 4 de ce
mois par 12 Grenadiers , dans les prifons publiques
, & 9 autres prévenus font gardés à
vile .
Voici de quelle maniere on raconte à
Aix- la Chapelle la découverte de cette confpiration
contre l'ancien Feldt - Maréchal.
Il y a quelque temps qu'une lettre fut adref
fée à un étranger demeurant à Bruxelles . Cette
lettre arriva juftement après la mort de l'étranger.
L'hôte du défunt , l'ayant ouverte trouva
( 186 )
qu'elle parloit d'un plan pour enlever les papiers
de Monfeigneur le Duc de Brunfwik , &.
de ne pas ménager fa perfonne. Ce particulier
s'adreffa fur cela au Gouvernement , & y remit
la lettre ; le Gouvernement de Bruxelles en
donna d'abord connoiffance à Monseigneur le
Duc , lui confeillant d'être fur les gardes . Deux
Officiers Impériaux , demeurant ici ( Aix la-
Chapelle ) firent jour & nuit le guet , juſqu'à
ce qu'enfin le Baron d'Arros , fa femme , fon
beau-frere & trois autres furent arrêtés . Un des
prifonniers a avoué dit -on , avoir reçu 200
ducats à Liége , pour l'exécution de cet attentat .
Le fait a été communiqué à l'Empereur par un
Exprès dont on attend le retour à tout moment.
Sa réponse décidera probablement du fort des
prifonniers , qui en attendant fubiffent journellement
des interrogatoires .
On mande de la Haie ce qui fuit :
Lorfque la Princeffe d'Orange revint il y a 9
à 10 jours , de fon petit voyage à Breda , quelques
particuliers de Rotterdam , attachés à la
maifon Stadhoudérienne , donnerent des marques
de joie fur la Meufe , en fe promenant le long
de cette riviere fur un Yacht pavoifé d'Orange ,
tirant le canon & criant houzée. Le baillif ou
grand officier de la ville , partant d'après le placard
des états de la province , cita ces particuliers
en juftice , comme ayant contrevenu aux ordres
du Souverain , qui défendent abfolument tous fignes
, marques de parti , réjouiffances tumultueufes
, &c. Ce procès fe pourfuit aujourd'hui
criminellement , & les particuliers fe défendent
fur ce que le baillif n'a aucune autorité ni jurifdiction
fur la Meufe , & que le Schout particulier
de la riviere ne les attaquant point , perfonne
n'a droit de le faire.
( 187 )
Ces mouvemens ayant femé l'alarme , le
Magiftrat de Rotterdam a rendu un Placard
en ces termes :
Le grand Bailli , Bourguemaîtres & Echevins
de la ville de Rotterdam , voyant avec le plus
grand étonnement , & avec un mécontentement
proportionné , que plufieurs habitans tâchent d'éluder
& de rendre inutile l'Ordonnance des états
de la Province , en date du 23 Février 1785 , &
l'admonition du Magiftrat de cette ville , en date.
du 4 Mars fuivant en continuant de porter
publiquement des Mouchoirs couleur d'Orange ,
dont ils fe parent avec affectation & autres marques
diftinctives & propres à les faire remarquer
:
,
A ces Caufes , le Magiftrat de cette ville , à
ce porté par un foin paternel , avertit encore une
fois , de la maniere la plus férieufe , tous & un
chacun des habitans de fe garder foigneufement
de porter à l'avenir aucune forte de ces marques
diftinctives & reconnoiffables , que Leurs grandes
Seigneuries jugent être contraires à la lettre de la
fufdite publication ; & que ceux qui les porteroient
àl'avenir , fe mettront dans le cas de la
punition décernée contre les défobéiffans.
Une lettre de Spa , du 8 de ce mois , s'exprime
ainſi :
La Société d'étrangers en cet endroit a pris
>> en haine le propriétaire de la grande redoute
à Spa , & ne voulant point épenfer leur argent
chez lui , ces étrangers firent hier la partie
de donner un fouper & bal à Theux , village
diftant d'une demi- lieue . Cette Société ,
» compofée de ce qu'il y a de plus illuftre , &
» même de plufieurs Princes Souverains d'Allemagne
, fut fort étonnée de voir arriver au mis
( 188 )
lieu du bal , un Officier du Prince de Liége
avec rc Soldats , qui ,
infolemment fignifia
» à l'affemblée de fe retirer d'abord , ou qu'il alloit
les y forcer ; il ordonna à fes fatellites de
chaffer les muficiens , fans aucun ménagement
, ni pour baffe , ni pour violons , qui la
» plupart furent brifés. Plufieurs Dames s'évanouirent,
entr'autres l'époufe du Landgrave
» de Heffe Rheinfeld , qui d'abord écrivit au
» Prince de Liege , pour le plaindre du ton d'arrogance
& de véhémence que l'Officier avait
» mis dans l'exécution de fes ordres , enfin tour
» le monde part de Spa ».
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Au moment , écrit- on de Madrid, où nous nous
fattions du fuccès des
Négociations avec la Régence
d'Alger , nous apprenons que tout espoir
de paix avec les pirates Algériens eft évanoui. Il
eft vrai que nous n'avons jamais pensé que notre
glorieux Monarque fou criroit aux conditions hu
miliantes de paix que la plupart des Gazettes
étrangeres ont eu l'imprudence de divulguer , fur
la foi d'une fimple Lettre , écrite d'Alger par
quelque mal intentionné , mais nous favions que
le Roi avoit offert de faire des facrifices affez
grands pour porter ces Barbarefques à un accommolement
avantageux . Le Dey a porté la préfomption
jufqu'à vouloir ftipuler , que la paix
qu'on conclureit, negeroit obfervée qu'en pleine mer ;
mais que les hoftilités pourroient fe continuer de part
& d'autre fur les côtes des deux Empires . En conféquence
du réfus fait d'un accommodement fi
extraordinaire , & fuggéré dans le deffein de faire
échouer les négociations , les corfaires Algériens
fe font déjà emparés d'un de nos navires . Sa Ma
( 189 )
jefté a fait inférer dans la Gazette de la Cour , les
ordres qu'elle avoit jugé à propos de faire donner
, en conféquence de la ruptute des conférences
& du nouvel attentat commis par les pirates.
Gaz.d'Amfterdam, n°. LXV.
Les Croates & les Chaffeurs qui font ici ,
écrit - on d'Infpruck , ont reçu le 3 un ordre du
Confeil militaire pour fe mettre auffi tôt en
marche , & pour quel endroit ? Pour les
Pays-Bas. S. A. le Duc Albert de Saxe
Tefchen a pareillement reçu ordre de faire
marcher tous les régimens qui , depuis cinq
mois , s'étoient mis en marche , & avoient fait
halte dans différens endroits , d'après les ordres
qu'ils avoient reçu de s'arrêter. De ce nombre,
font nos Croates & Chaffeurs , le corps franc
de Brentano , les Huffards & les divifions d'Oulans
, qui avoient fait halte à Vienne en attendant
leur deftination ultérieure . Ce qu'il y
a de fingulier , c'eft que cet ordre du Confeil
militaire eft daté du même jour que les députés
hollandois ont reçu leur premiere audience
de l'Empereur. Nouvellifte d'Allemagne , nº 129.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 ) .
Privilege des Habitans & Commeaçans de la Ville
de Lyon .
Tout le monde connoît en général , les privileges
de la ville de Lyon , pour fon commerce ,
& pour affurer le paiement de fes débiteurs . On
fait avec quelle célérité s'exécutent les actes éma-
[ 1 ] On foufcrit en tout temps pour le Journal des
Caufes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Libraire ,
Quai des Auguftins . Prix , 18 liv, pour Paris , & 24 livpour
la Province,
( 190 )
nés de fon tribunal de commerce , appelé Confer
vation. On fait auffi ce qu'eft fon privilege d'amener
, pied à pied , un débiteur étranger devant
l'hôtel du Juge , pour le faire payer fur le champ.
Mais tout le monde ne conncît pas les diftinctions
& exceptions de ce privilege , ni l'abus qu'en font
quelquefois la mauvaiſe foi & l'avidité de quelques
particuliers ; abus qui feroient plus fréquens
encore , s'ils n'étoient quelquefois féyérement
réprimés & punis.
En 1773 , Milord Duc de Gordon , allant en
Italie , paffe à Lyon , & s'arrête pour faire raccommoder
le reffort de fa voiture . Il alloit partir;
mais le Forgeron , qui avoit fait prix à quatre
louis , double la fomme. Le Duc de Gordon , indigné
de fa mauyaife foi , refuſe de les payer. Le
Forgeron préfente fa requête au Juge contre un
fieur Gordon , Marchand , qui veut partir fans
payer. Milord arrive devant le Juge . La fraude
eft découverte , l'ouvrage eftimé à 80 livres , &
le Forgeron eft puni.
En 1775 , M. Aubry , Chevalier Baronner ,
membre du Parlement d'Angleterre , fait faire
un habit . Premier mémoire préfenté , où la façon
de l'habit eft porté à 76 liv . Elle augmente bientôt
dans un fecond , & monte à 96 livres ; enfin ,
dans un troifieme compte , il s'agiffoit de 133 l.
Le Tailleur étoit ennemi des délais , & s'adjugeoit
lui-même de forts interêts pour le retard . Le Chevalier
Anglois refuſe de ſouſcrire à cette progreffion
arithmétique. Le Tailleur le menace de le
faire arrêter pied à pied . L'Anglois le préfente au
Juge avec les comptes & demande justice . Le
Tailleur mandé fur le champ , reconnoît les trois
mémoires différens & écrits de fa main , rougit
d'abord , fourit enfuite , & fe retranche , 1º . fur
ce que le dernier compte ayant été arrêté par ſes
( 191 )
Maitres Gardes à 133 livres , le Magiftrat n'a plus
rien à y voir ; 2°. fur ce qu'il veut fe pourvoir
devant un Tribunal qui lui accordera fûrement
l'amené à pied. Le Magiftrat , fans égard à ces
exceptions , fait venir des Experts qui n'eftiment
pas l'ouvrage même au montant du premier
compte.
L'Anglois paie , donne le furplus aux pauvres
& demande grace pour le Tailleur qui méritoit
d'être puni , & part convaincu que le préjugé ,
qui en Angleterre , avilit au dernier étage la profeffion
de Tailleur , pouvoit du moins s'appliquer
juſtement à cet avide & frauduleux Tailleur de
Lyon .
L'anecdote fuivante n'eft pas propre à le démentir.
Au mois d'Octobre 1770 , Madame la
comteffe de Rotembourg , Grande Maréchale de
la Cour de Pruffe , & Madame la Baronne de
Gurtz fa fæeur, pendant quelques féjours à Lyon ,
commandent à une Tailleufe nommée Munic ,
quelques ouvrages peu confidérables . Le 22 , le
mémoire examiné , paroît beaucoup trop cher à
une Dame de qualité de Lyon , qui fe trouvoit
préfente , & l'on renvoie au lendemain.
"
La Tailleufe ne perd pas de temps , préfente
requête , expofe que deux Dames, fe difant Com
teffes de Rotembourg en Allemagne , l'ont fait
travailler ; qu'elle leur a livré le 17 , & qu'elle
n'eft pas payée ; qu'elle vient d'être informée
que ces loi- difant Comteffes inconnues dans
cette Ville , fe propoſent de partir demain ; demande
de 96 livres 14 fols , fon paiement entre
les mains de l'Huiffier porteur de l'Ordonnance ,
fans délai ; & à refus , permiffion de les faire arrêter
& mener , pied à pied , à l'hôtel du Juge ,
pour y avouer ou défavouer , faufà requérir qu'à
défaut de paiement elles foient conftituées prifon(
192 )
nieres , & la permiffion en outre de faire faifir ,
à l'auberge , tous les effets qui fe trouveront leur
appartenir. Ordonnance conforme à la requête .
Le lendemain , ces deux Dames étrangeres font
accueillies par une nombreufe cohorte , qui les
traite comme des demoifelles foi - difant comteffes ;
elles font indignées , effrayées d'un pareil traitement
dans la feconde ville de France. Pour ne pas
fubir l'indignité de fe voir mener pied à pied dans
des rues de Lyon , elles fe hâtent de configner le
capital de 96 liv. 14 f. & 42 liv. pour les frais
entre les mains de l'Huiffier , & s'éloignent au
plus vite du théâtre d'une pareille ſcene , qu'elles
ne favent comment concilier avec la politeffe
Françoife.
Leur Banquier , juftement indigné , le pourvoit
en révocation , & le 29 Octobre , Jugement
à l'Hôtel , qui , après avoir donné acte du confentement
de payer les ouvrages ſuivant l'eftimation
, déclare les exécutions vexatoires , tortionnaires
, injurieuſes ; les révoque , avec 200 liv.
de dommages intérêts , au paiement defquelles la
Munic fera contrainte par corps , avec reftitu
tion des 42 liv. de frais , & impreffion & affiche
du Jugement. Les dommages & intérêts furent
modérés à so liv. & les fommes appliquées aux
deux Hôpitaux , du confentement des parties
vengées.
Lejugement n'eft point affiché : le public crie ;
on fe plaint . Le 15 Novembre la Tailleufe eft
arrêtée , en vertu d'ordres du Roi , & conduite
aux prifons de S. Jofeph , d'où elle n'eft fortie que
le 4 Décembre , & après avoir imploré la pitié
des deux Dames qu'elle avoit fi indignement ouzragé,
adieux de la Préfidente de Tour- Le Bonheur dans les tara-
Paris , chez Prault , Impr . da
Roi , quai des Auguftine.
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année , aveta Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel
THOP , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris ,
de trente livres, & pour la Province , port franc ,
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiſſant le Port de l'argent & la lettre
l'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Septembre
font priés derenouveler au plus tôt leur abonnement ,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreffes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auft leurs noms & qualités
d'une écriture lifehle , & affranchir les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reques.
གི་
DE FRANCE .
( No )
SAMEDI 6 AOUT 1785.
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. Effais hiftoriques fur les moeurs
Collection univerfelle des mé des François , ou Traduation
moires relatifs à l'hiftoire de abrégée des chroniques & outres
France : tome V , contenant la ouvrages des auteurs contempofin
des mémoires de Bertrand du rains , depuis Clovis jufqu'à St-
Guefclin ; la liste des Chevaliers Louis ; par M. de Sauvigny ;
& Ecuyers qui l'accompagnèrent Chevalier de S. Louis , Cenfeur
dans les différentes expéditions ; royal. Il en paroît un cahier le
les mémoires fur la vie de Char- 15 de chaque mois , compter
les V, par Chriftine de Pifan , du 15 Juillet ; en paye 6 liv . en
& les mémoires de Pierre de Fa- foufe ivant , chez l'Auteur, rue
nin , Pannetier de Charles VI. S. Guillaume , vis-à -vis l'hôtel de
A Paris , rue d'Anjou , la feconde Mortemart ; & le ficur Cloufier ,
porte à gauche en entrant par la Impr. Libr. rue de Sorbonne ; 3 1 .
rue Dauphine. en recevant chaque cahier, à l'ex-
Il pareft tous les mois un voi. ception des deux derniers. Les
in-8 ° . de cet ouvrage . La fouf deux cahiers d'explications des
cription eft de 48 liv. pour Pa- coftumes & des monumens , cha
ris, & de 5 liv . 4 fols. , franc can I liv.
de port pour la province. On
ne peut foufcire que pour la
demi-anné .
Hippocratis opera genuina , recenfuit
ac præfatus eft Albertus
Haller : editio nova ; 4 vol, in- 8° ,
18 liv. 2.Paris , chez Didot
le jeune , Lib. quai des Auguf
ns.
Seconde livraison du journal
Médecine : 15 vol. in- 12 . en
kuilles , 24 liv. A Paris , chez
le même.
On peut toujours fonferire
pour la collection ensière de ce
journal , depuis fon ' origine en
1754 jufqu'en 1782 , formant
38 vol. en feuil . 96 1.
On délivre actellement 48
yolumes.
chés , & frane de port 20 liv.
Les Annales de la Vertu , ou
Cours d'hiftoire à l'ufage des.
jeunes perfonnes , 2 vol. in-89.
franc de port , 11 livres ;
2 vol. in- 12. sl . 12 f.
Adèle & Théodore , ou Lettres
fur l'Education : 3 v . in-89.
franc de pert , 16 liv 4 fols ; on
3 vol . in- 12.8 1. 8 f.
Les Veillées du Château , ou
Cours de morale : vol . in- 88.
brochés , auffi port franc , 16 1.
4 f. ou 3 vol. in-12.91.
Lad. Dureti interpretationes Les perfonnes qui defireroient
& enarrationes in magni Hippo- fe procurer ces Ouvrages , font
cratis coacas prænotiones curan- priées d'envoyer au fieur Lamse
, qui & præfationem adjecit bert leur adreffe très - exacte ,
Adr. Chrouet , Med. D. editie lui donnant avis de la remiſe da
nova : in -fol. rel . 201. A Paris , leur argent à la pofte.
chez le même. A
↓
ARRET S.
1
Č㎝
Pharmacopée des pauvres , ou Arrêt du Confeil d'Etat da
Formules des médicamens les Roi , du 12 Juin 1785, qui réduit
plus ufités dans le traitement des à vingt fols du quintal les droits →
maladies du peuple , avec l'indi fur le verdet diftillé & cryftallifé,
cation des vertas de ces médica de frabrique du Dauphiné , qui
mens, &c ; par M. Jadeiot , fera exporté à l'étranger . A Pa-
Medecin. A Nancy , chez Haris , de l'Imp. Royale.
ner ; & à Paris , chez Didot le Arrêt de la Cour de Parlejeune
, Libr. quai dès Auguf- ment , du 19 Juillet 1785 , qui
sins. fait defenfes à toutes perfonnes ,
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire , jufqu'à
la récolte de l'année 1786 ,
aucuns achats en foin , paille ou
autres fourrages , au - delà de la
quantité néceffaire pour la nourriture
& entretien de leurs chevaux
& beftiaux , & proportionnellement
à leurs exploitation &
confommation perfonnelles , fous
peine de faifié de l'excédent
& autres peines portées par
l'Arrêt.
Sigevart , dédié aux ames fenfibles
, Roman traduit de l'alle
mand, par M. del : Vaux : 2 vol .
in ra. b . s liv. A Paris , chez
Volland , Libr. quai des Augufzins
AVIS.
Lambert, Impr.- Libr. vue
de la Harpe , vient de mettre en
vente un nouveau volume du
Théâtre d'Education de Mad .
la Comteffe de Genlis , conte
nant toutes les pièces tirées de
l'Ecriture- Sainte , dont le prix
in-8°. eft de 5 liv. broché ; &
l'ir-12. 2 1. 10 f. br.
?
Ordonne que les propriétaires,
fermiers , cultivateurs & principaux
habitans des Paroiffes , fe-
Le Théâtre d'Education con- ront appelés devant les Juges
tient actuellement 7 vol. in- 8 °. des lieux , à l'effet de convenir
dont le prix , franc de port par de la quantité de chaque efpèce
la pofte , eft de 39 liv brochés ; de fourrage qui peut exifter
ou 7 volumes in- 12 . auffi bro- I dans l'étendue de leur Paroiffe ,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 6 AOUT 1785.
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Juillet 1785 .
PIÈCES
FUGITIVES.
75
Vers à M. le Prince de Oraifon Funèbre de Jean de
B*** ,
Mes Souhaits ,
' Le Comte de Waltham ,
3
4
Montefquiou-Fézenzac-Poylobon
" 105
152
Vers faits en fortant de la Lettre de M. de Peyffonnel ,
Galerie de M. de Beaujon ,
49
97
99
ib.
Tableau des Ufances & jours
d'échéances admis dans les
principales villes de Com.
merce , 166
167 Annales Poétiques ,
L'Esprit des Ufages & des
Coutumes des différens Peu-
174
ples ,
Euvres morales de Plutarque,
197
AM. le Comte de Turconi, 51
Couplets du Coufin Jacques , 51
Vers fur la Mort du Duc
de Brunswick ,
A Madame..... ,
Réponse à la Question ,
Epitre au Docteur Petit , 145
Le Cerf, le Cheval & l'Homme
, Fable , 148
Vers au Coufin Jacques , 193
Madrigal ,
Epigramme ,
Charades , Enigmes & Logo- Variété ,
gryphe , 6 , 53 , 102 , 150 , SPECTACLES.
195 Académie Roy. de Mufiq. 128 ,
NOUVELLES LITTÉR. !
Difcours fur le Préjugé des Comédie Françoife , 39 , 231
Peines Infamantes , 8 Comédie Italienne , 82 , 133 ,
De l'Amour d'Henri IV pour Annonces & Notices , 44 , 89
Effai Analytique de l'Air pur
& des differentes espèces
ibid. d'Air ,
194
55 les Lettres ,
Teftament de M. Fortuné Ri-¡
204
15 , 88, 112 , 208
179 , 228
182
140 , 186 , 236
>
card ,
69.
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rugde la Harpe , près S. Côme.
BIBLIOTHECA
BEOLA
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 A OUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE SOIR , ou le Bal de Nuit au Village.
L'AMANT de Thétis ,
Dieu brillant du monde ,
Va plonger dans l'onde
Ses feux amortis.
Les rayons qu'il lance
Font baiffer les yeux ;
Mais fon orbe immenſe
Difparoît des cieux
Déjà la nuit fombre
Déployant fon ombre
Règne à l'Orient ;
Phébé fur la terre
Répand la lumière
A ij
MERCURE
De fon char d'argent;
Le front des étoiles
Brille d'un or pur
Sur les vaftes voiles
Du célefte azur.
Les brebis bêlantes
Courent aux hameaux ;
Et de leurs agneaux
Les voix gémiffantes
Frappent les échos.
La tendre Glycère ,
Au déclin du jour,
Va , loin de l'Amour ,
Rejoindre fa mère.
Douloureux moment !
Qu'il coûte de larmes!
Eft- on fans alarmes ?
On perd fon amant.
Life a tant de charmes !
Blaife eft fi charmant !
S'il étoit changeant !
Voici la veillée
Comme au bon vieux temps ;
Voici l'affemblée
De nos bonnes gens :
En cercle formée ,
La troupe
charmée
S'affied en chantant
DE FRANCE. F
La romance antique ,
Dolente & tragique
Qu'on va répétant :
Il faut aller traire
La chevrette mère ,
Geniffe & brebis ;
On prend la mamelle ,
Et le lait ruiffelle ,
Vafes font remplis.
Demain à la ville
La brune Lucile
Sur un couffinet ,
Dans un pot fragile ,
D'une marche agile
Portera fon lait.
Dieu garde d'encombre
La jolie enfant!
Il en eft fans nombre ,
De périls s'entend ,
Et Colin l'attend
Sous un bofquet fombre....
Voilà qu'un amant ,
C'eft Colin lui-même ,
Veut à ce qu'il aime
Se montrer galant.
Il court au village
Avec les amis ; .
Les yeux endormis
S'ouvrent au tapage ;
A rij
MERCURE
Et le violon
Jurant en cadence ,
Appelle à la danſe
Filles du canton .
En jupes légères
Les jeunes Bergères
Volent, & foudain.
On les met en train :
C'eft fous le grand orme ,
Tout près du château ,
Que le bal fe forme ;
On n'a qu'un flambeau ;
Dieux ! qu'il eft à craindre
Qu'il n'aille s'éteindre !
Il arriveroit.....
Ce qu'Amour les ait.
Les mères y viennent.
Crainte d'accidens ;
Elles fe fouviennent
De leur ancien temps :
Le branle commence ;
On faute , aux chanfons ;
Point de contredanfe ,
Force rigaudons ;
Filles & garçons
Tout rit , faute & danſe.
( Par M. Crignon . )
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Ventrebleu ;
celui de l'Enigme eft Anon ; celui du Logogryphe
eft Maifon , où l'on trouve nem ,
mon, fon, moins, Siam , Ion , Simon ( le
Magicien ) , Simon ( Apôtre ) , mois , mi ,fi ,
Jafon , Minos , fain , mais , Ino , Sion ( montagne
de Jérufalem ) , main , Sion ( ville de
Suiffe ) , Naïs , Mons , Io Mai ( mois ) ,
fon , mai ( morceau de bois. )
T
CHARADE.
ON fils peutfeul, Lecteur, te donner mon premier ;
Le hafard feul auffi te donner mon dernier ;
Mais , te battant fur mer , crains fur-tout mon entier.
(Par un Lyonnois , à peu-près Abonné. )
A iv
8 MERCURE
ÉNIGME à Mlle **
JUGEZ ,
UGEZ , Iris , quel eſt mon triſte ſort ,
Et combien du vôtre il diffère :
Par-tout on s'empreſſe à vous plaire ,
Tandis que moi l'on me hait à la mort :
Sans ceffe on cherche à me détruire ;
Auffi , pour parler franchement ,
Je ne dois pas attendre un meilleur traitement;
Car en tous lieux je ne faurois que nuire.
Me voilà , belle Iris , du côté feminin :
Ce fexe , vous voyez , ne m'eft pas
Mais fi je deviens mafculin ,
Je fuis beaucoup plus agréable ;
favorable ;
Et, fans trop difcourir , par un charme vainqueur ,
De quiconque vous voit je captive le coeur.
(Par M. H..... )
LOGO GRYPH E.
LA richeffe , la pauvreté
Préfkièrent à ma naiſſance ,
Et j'acquis de la confiftance
Au milieu du fracas & de l'obscurité.
Veut- on mettre à profit ma chétive exiſtence ,
Je fais ou le malheur ou la félicité
DE FRANCE.
De qui me tient en fa puiffance.
Le Monarque , le Payfan ,
L'intrépide Héros , le païfible Artifan ,
Le Bourgeois , l'homme de Finance ,
Le Poëte , le Courtiſan ,
La Laideur , la Beauté , le Sot , le Fou , le Sage,
L'un & l'autre fexe , à tout âge ,
Par-tout de moi l'on fait uſage ,
Mais un ufage différent ,
Conforme à l'intérêt de chaque perſonnage."
Là , de l'auftère honneur je deviens le garant ;
Ici , dans un galant meffage
Servant également
La volage maîtreffe & le fidèle amant ,
Tour-à-tour j'emprunte l'image
Da parjure & du fentiment.
Ailleurs.... Mais , chut , trève de bavardage ,
Tu me devinerois : ergò , très-prudemment ,
Pour te fuir encore un moment ,
Je m'en vais changer de langage.
Cependant , fi pour t'amufer
Tu voulois me décompoſer ,
Mes fix pieds t'offriront d'abord un être unique ;
Le Vice-Roi du ciel dans le monde Chrétien ;
Un oiſeau babillard .... clairement je m'explique.
Enfuite , ami , regarde- bien,
Vois une note de mufique ;
Un terme de trip ; un certain Dieu payen ,
Ат
10 MERCURE
Dont le culte.... Paffons. A toute la Nature
Cet élément fi précieux,
Bienfait facré du Souverain des Dieux ,
Par qui dans l'Univers tout s'anime & s'épure ;
Un mot pre que toujours fignifiant faveur ;
Ce qui le plus émeut la bile ;
Le meuble chéri du fumeur ;
Le tréfor des guérets , & pais un uftenfile
Grand ou petit, fouvent utile ;
Un adverbe qui peint le contraire de mieux....
Mais je te vois bâiller ; adieu , je vais me taire ,
Auffi bien , Lecteur , ce mystère
N'eft plus rien : je ſuis fous tes yeux.
( Par M. Rouhier. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'Univerfalité de la Langue Françoife ,
Difcours qui a remporté le Prix de 1 Academie
de Berlin , par M. le Comte de
Rivarol.
QU'EST- CE qui a rendu la Langue Françoiſe
univerfelle ?
Pourquoi mérite - telle cette prérogative ?
Eft -il à préfemer qu'elle la conferve ?
Ces queftions , fi honorables pour la langue
Françoife , lorfqu'elles font propofées par
DE FRANCE.
une Académie étrangère , étoient faites pour
exciter vivement l'intérêt de tous les François
, & l'Ouvrage de M. de Rivarol a ajouté
encore à cet intérêt. Il a été jugé très - diverfement
; les uns , frappés de ce qu'il a de mérite
, ont été d'une exceffive indulgence pour
fes défauts ; les autres , frappés de fes défauts,
n'ont pas voulu voir ce qui s'y trouve de
mérite. Nous tâcherons d'éviter ces deux excès
, & de donner à M. de Rivarol l'exemple
d'une impartialité & d'une juftice qu'il ne
s'eft pas piqué d'avoir en jugeant des talens
fupérieurs. On n'eft pas difpenfé de l'équité
même envers ceux qui s'en difpenfent ; &
M. de Rivarol a pu attaquer de grands talens ,
mais il n'a pas pu en détruire les fuccès.
Tout ce qu'on écrit fur les Langues touche
de très-près à la nature de l'efprit humain ;
& les François doivent écouter avec plaisir .
un entretien fur la gloire de leur langue.
Nous croyons donc mériter quelqu'indulgence
pour l'étendue que nous donnerons
probablement à cet article .
M. de Rivarol ne s'eft guères écarté dans
fon Difcours de la marche que lui indiquoit
le Programme de l'Académie de
Berlin , que pour chercher pourquoi les autres
langues cultivées de l'Europe n'ont pas
acquis la même étendue . Voici donc fon plan.
1º. Il explique pourquoi l'Allemand , l'E
pagnol , l'Italien ne font pas devenus des langus
univerfelles. 2 ° . Il détermine , dans une
efpèce de digreffion , l'influence des langues
A vi
12 MERCURE
fur les efprits , de la parole fur la penſée , &
les caufes de ce qui conftitue le génie d'une
langue. 3. Il établit entre les Anglois & les
François un parallèle de leur fituation phyfique
fur le globe , de leur puiffance politique
en Europe , de leurs moeurs , de leurs
Arts , de leurs productions Littéraires. 4° .
Enfin , il énonce les caufes de la prééminence
que la langue Françoile a acquife , peint les
Écrivains de nos jours qui foutiennent encore
fa gloire , & indique ce qui peut fonder
Les espérances pour l'avenir.
Le programme de l'Académie de Berlin
avoit propofé la queftion d'une manière un
peu vague , & le Difcours de M. de Rivarol
ne lui donne pas plus de préciſion . Qu'est- ce
en effet que l'Univerfalité de la langue Françoife?
A prendre la chofe à la lettre , on croiroit
que notre langue eft la feule qu'on parle
& qu'on écrive dans l'Univers . Ni l'Acadé
mie de Berlin ni M. de Rivarol n'ont pu vou
loir dire cela , & on ne voit pas clairement
ce qu'ils ont voulu dire. Auffi , faute d'avoir
déterminé le fens de ce mot , voit- on M. de
Rivarol étendre ou refferrer la gloire de la
langue Françoife , fuivant qu'il veut donner
plus de précison à fes idées , ou plus de grandeur
à la queftion . Notre langue n'eft quelquefois
que la langue de l'Europe , ce qui ne
Paifferoit pas que d'être quelque chofe ; elle
eft quelquefois la langue de l'univers , la langue
humaine , ce qui feroit tout - à - fait merveilleux
. Cependant on patle Anglois en AnDE
FRANCE. 13
gleterre , Italien en Italie , Efpagnol en Efpagne
; & M. de Rivarol lui -même s'en fouvient
quelquefois .
Peut-être n'étoit- il pas très - difficile d'éviter
ces inconvéniens , & de fixer la véritable
étendue de la langue Françoiſe.
Les traités politiques de la France avec les
Nations étrangères , font écrits en François.
Voilà une prééminence réelle & bien déterminée.
Mais je préfume que celle- là appartient
moins à notre langue qu'à la puiffance
& à la gloire de nos Rois : ce font leurs
triomphes qui ont fait faire cette conquête
à leur langue.
Chez les Nations étrangères , ceux qui
cultivent les Arts de l'efprit & du goût ,
étudient plus la langue Françoife qu'on n'étu
die les langues étrangères en France ; en Italie
, le François eft plus connu peut - être que
l'Anglois ; en Angleterre , le François eft plus
connu peut- être que l'Italien : dans quelques
Cours du Nord & d'Allemagne on parle la
langue de la Cour de Verfailles. Ces titres
de gloire appartiennent à la langue Françoife
, & en font la langue la plus étendue
de l'Univers fans en faire une langue univerfelle.
Une question ne peut être bien réfolue
que lorfqu'elle cft pofée avec précision , &
alors elle fe réfout prefque d'elle - même.
Quand M. de Rivarol explique pourquoi
ni l'Allemand , ni l'Eſpagnol , ni l'Italien
n'ont acquis la même prééminence , fes vûes
14
MERCURE
nous ont paru quelquefois ingénieufes &
vraies ; & quand elles ne font pas vraies ,
elles font encore ingénieufes. C'eft la partie
de fon Difcours qui touche le moins au
fond de la queftion ; mais c'eft la mieux
traitée ; & comme elle eft à l'entrée de l'Ouvrage
, elle y fait entrer avec curiofité & avec
plaifir.
Il dit de l'Allemand : « Elle eft trop riche
» & trop dure à la fois ; n'ayant aucun rapport
avec les langues anciennes , elle fut
» pour l'Europe une langue mère , & fon
abondance effraya des têtes déjà fatiguées
de l'étude du latin & du grec. En effet ,
» un Allemand qui apprend la langue Françoife
ne fair , pour ainfi dire , qu'y def-
» cendre conduit par la langue latine ;
mais rien ne peut nous faire remonter du
François à l'Allemand. Il faut pour lui
» feul le créer une nouvelle mémoire. »
ود
"
Ces idées ne fe feroient point préfentées à
un homme qui n'auroit que médiocrement
d'efprit ; & l'expreffion qui les rend eft
plus remarquable encore ; celle-ci fur - tout
Ilfaut pour lui feul fe créer une mémoire ,
eft un de ces traits de l'efprit philofophique ,
qui grave un grand nombre d'idées par une
feule expreffion .
M. de Rivarol dit de la langue Eſpagnole :
" Elle ne pouvoit devenir la langue ufuelle
» de l'Europe. La majefté de fa prononcia
" tion invite à l'enflure , & la fimplicité de
» la penſée ſe perd dans la longueur des
DE FRANCE.
IS
" mots & fous la nobleffe des définences.
» On eft tenté de croire qu'en Efpagnol , la.
» converſation n'a plus de familiarité , l'ami-
» tié plus d'épanchemens , le commerce de
» la vie plus de liberté , & que l'amour y
» eft toujours un culte. Charles - Quint lui-
"
même , qui parloit plufieurs langues , ré-
» fervoit l'Efpagnol pour des jours de folem-
» nités & pour fes prières ; en effet , les
Livres afcétiques y font admirables , & il
" femble que le commerce de l'homme à
Dieu fe faffe mieux en Espagnol qu'en
» toute autre langue.
"
Ces idées ont je ne fais quel éclat qui
plaît ; & pour conferver cette impreffion ,
on eft tenté de ne pas les examiner de trèsprès
; mais quand on les examine , on voit
que cet éclat n'eft pas celui de la vérité , &
qu'il n'y a peut être rien de rigoureuſement
vrai dans tout ce morceau . Si on en examiné
les faits , il eft plus que douteux que
Charles Quint ne parlât Espagnol qu'à
Dicu. Il est très - probable qu'il parloit Efpagnol
& à Dieu & aux Efpagnols . Pour moi
je lou; çonne , & j'en aurois peut-être l'Hiftoire
pour garant , qu'à Aix - la - Chapelle
il parloit Allemand au milieu des Allemands
, & Caftillan à Madrid , au milieu
des Caftillans. Je conviens que cela eft
fimple , & n'a aucun éclat ; mais il faut
être vrai avant d'être brillant. Eft -il vrai ,
eft - il vraisemblable qu'en Efpagnol l'amitié
n'ait point d'épanchemens ? On feroit bien
16 MERCURE
malheureux dans cette langue ! chez toutes
les Nations , les épanchemens de l'amitié
font un des premiers befoins du coeur , & il
n'eft point de langue qui ne fe prête aux premiers
befoins de l'homme. Ce que dit M.
de Rivarol de l'Espagnol , feroit peut - être
fondé fi c'étoit une langue créée par les Inquifiteurs
ou depuis l'inquifition ; mais elle
exiftoit avant elle , & j'aime à croire qu'elle
a dit fouvent dans les épanchemens fecrets
de l'amitié , combien l'Inquifition eft odieuſe.
La langue dans laquelle Michel Cervantes à
écrit , n'eft pas incapable non plus de fe prêter
à la familiarité de la converfation. De
jeunes Espagnoles danfent fouvent le Fandango
au bruit de leurs caftaignettes & de
leurs chanfons : dans ces chanfons il y eft
beaucoup queftion de l'amour ; mais on peut
affurer M. de Rivarol que l'amour dont il y
eft queftion n'eft pas un culte. Je vais me hafarder
à faire à M. de Rivarol quelques obfervations
plus férieufes fur cette langue ,
qui ne m'eft pas totalement étrangère , quoique
je ne l'aie jamais parlée. Il me paroît que
c'eft la prononciation retentiffante de ceux
qui la parlent , qui fait croire que fes mots
ont une grande étendue. Umbre eft de deux
fyllabes , comme homme ; mais entendez
umbre dans la bouche d'un Efpagnol , il durera
deux ou trois fois plus qu'homme dans
la bouche d'un François. J'ai toujours oui
parler de cette grande étendue des mots de
l'Eſpagnol , & j'ai toujours vû qu'on en affiDE
FRANCE. 17
gnoit pour preuve le grand nom de Maravedis
, donné à un liard , & le grand nom de
Mançanarès , que porte un petit ruiffeau.. Il
feroit affez fingulier qu'on eût jugé une langue
entière fur deux mots ; & en vérité j'en
ai peur. On peut faire un effai que j'ai fait
quelquefois : c'eft d'ouvrir des Traductions
où les langues Eſpagnole & Françoiſe feront
vis-à -vis l'une de l'autre, & de comparer les
mots correspondans : qu'on ne faffe aucune
attention à la plénitude , à la gravité , à la
durée des fons ; qu'on compte le nombre
des élémens de chaque mot , les fyllabes ; &
c'est bien rarement qu'on en trouvera dans
l'Eſpagnol , davantage que dans le François.
Je préfume auffi que la difpofition à l'enflure
n'eft pas de la langue , mais du génie des Efpagnols
qui la portent dans toutes les langues
qu'ils parlent. On en voit la preuve
dans plufieurs Efpagnols célèbres de l'antiquité
qui ont écrit en Latin , & dont la langue
maternelle n'étoit pas l'Espagnol de nos
jours , mais le Celtibérien ; dans les deux Sénèques
, dans Lucain , dans Martial , & peutêtre
dans Quintilien même , dont le goût
étoit fi vrai , fi exquis . Les Eſpagnols de
nos jours aiment beaucoup les proverbes ;
Lucain , les deux Sénèques , font remplis de
fentences. A travers combien de révolutions
de langues , de moeurs , de religions & de gouvernemens
le même génie s'eſt maintenu dans
ces climars ! il y a peu de faits plus remarquables
dans l'hiftoire du goût & de la littérature.
1
18 MERCURE
M. de Rivarol paroît mieux connoître
la langue Italienne ; mais parmi quelques
obfervations fines & judicieufes , on en
trouve trop qui font fubtiles , & qui n'ont
que l'abus de la fineffe. Il dit de l'Italien :
"
tous les mots font harmonieux , & c'eſt ce
» qui fait que la langue entière manque d'har-
» monie : c'eft- là certainement l'apperçu
d'un efprit fin ; mais eft-il vrai qu'une langue
dont tous les mots font harmonieux , ne foit
pas harmonieufe ? Son harmonie peut n'être
pas variée : fi tous les mots font doux &
ont de la molleffe , elle n'aura qu'une harmonie
douce ; & c'est le reproche qu'on a
fait à la langue Italienne , quoi qu'injuftement
à mon avis. Mais enfin , fi tous les
mots d'une langue font doux & harmonieux ,
cette langue elle-même aura au moins une
harmonie douce ; & voilà le contrafte qui
rendoit l'idée de M. de Rivarol piquante ,
évanoui . Fontenelle a prétendu qu'il y a toujours
quelque chofe de faux dans une expreffion
ingénieufe : cela eft trop fouvent vrai
des expreflions de Fontenelle . Mais fi c'eſtlà
ce qui a fait d'abord la fortune de ſes Ouvrages
, ce n'eft pas ce qui en foutient aujourd'hui
la gloire.
La pensée la plus vigoureuſe , dit M. de
Rivarol , fe détrempe dans la profe Italienne.
Je ne m'arrête pas fur l'expreffion fe détrempe
, qui pouvoit fe préſenter à un homme
d'efprit . & qu'un homme de goût auroit
rejetée ; mais qui peut avoir lû les Ouvrages
DE FRANCE. 19
en profe de Machiavel , de Gravina , de Beccaria
, & ne pas favoir que les penſées vigoureufes
font rendues avec vigueur dans leur
profe Italienne?
M. de Rivarol ajoute à tout cela que dans
cette langue on eft dans la fâcheufe alternative
, ou de s'avilir , ou d'infulter celui à qui
l'on parle ; qu'il eft difficile d'y être naïf, &
que la plusfimple affertion y a befoin d'être
renforcée par le ferment. Voilà des affertions
un peu extraordinaires. Et qu'eft- ce qui peut
y avoir donné lieu ? C'eft que les formes de
la converfation font très cérémonieufes dans
cette langue ; que celui à qui l'on parle eft
toujours un Seigneur que l'on protefte de
fon obéiffance : mais deux on trois formules
de la converfation , devenues vaines & fans
effet comme toutes les formules , ne conftituent
pas le caractère d'une langue : j'aimerois
autant dire qu'il eft impoffible de
n'être pas un vil efclave lorfqu'on parle le
François , parce que nous nous difons
quelquefois les valets de ceux que nous
faluons , & que nous terminons nos lettres
par votre très-humble & très - obéiffant ferviteur.
Ce n'eft point là l'efprit qu'il faut porter
dans les grandes queftions philofophiques.
Ce n'est pas non plus toujours celui de
M. de Rivarol ; & nous le répétons , dans ces
appréciations des nations & des langues étrangères
, on apperçoir fréquemment des traces
de cet efprit philofophique qui multiplie les
rapports fous lefquels on confidère les cho20
MERCURE
fes , & qui rend l'efprit plus attentif par un
nouvel emploi de la langue .
Voici le morceau qui a le plus réuff dans
le Difcours de M. de Rivarol.
"
" Des Philofophes ont demandé fi la pen
» fée peut exifter fans la parole ou fans
quelqu'autre figne. Non fans doute.
» L'homme étant une machine harmonieufe ,
» n'a pu être jeté dans le monde fans s'y éta-
» blir une foule de rapports. La feule pré-
» fence des objets lui a donné des fenfations.
» Il a d'abord fenti le plaifir & la douleur ,
» & il les a nommés ; enfuite il a connu &
» nommé l'erreur & la vérité. Or ,fenfation
» & raifonnement , voilà de quoi tout l'hom
» me fe compoſe.
""
"L'enfant doit fentir avant de parler ; mais
» il faut qu'il parle avant de penſer. Chofe
» étrange ! fi l'homme n'eût pas créé des
fignes , fes idées fimples & fugitives , germant
& mourant tour - à - tour , n'auroient
pas laiffé plus de traces dans fon cerveau
que les flots d'un ruiffeau qui paffent n'en
laiffent dans les yeux. Mais l'idée fimple a
» d'abord néceffité le figne , & bientôt le
figne a fécondé l'idée. Chaque mot a fixé
la fcience ; & telle eft leur affociation ,
que fi la parole eft une penſée qui fe ma-
» nifefte , il faut que la penfée foit une pa-
พ role intérieure & cachée. »
99
Ces vûes ont paru belles , grandes &
neuves. Je n'en connois point en effet ni de
plus profondes ni d'une utilité plus étendue.
J.
DE FRANCE. 21
Il n'y en a point qui faffe mieux connoître
la nature de l'efprit humain , & qui apprenne
mieux à le conduire aux grandes beautés
& aux grandes découvertes. Elles lient , par
des rapports fenfibles & frappans , les arts
de l'imagination & du goût, aux arts de l'analyle
& de l'efprit philofophique. Elles montrent
que l'art d'embellir le ftyle , & celui
de perfectionner la raifon , ne font pas feulement
deux arts qui ont des rapports intimes
& qu'on peut unir enſemble , mais que
ce n'eft qu'un feul & même art ; que la pa
role eft auffi néceffaire à la penſée que la
penfée à la parole. Nous croyons en un mot
que ces vûes , rendues plus frappantes encore
par un certain air de paradoxe , font une des
plus belles découvertes du fiècle. Mais plus
cette découverte eft belle & importante ,
plus il importe auffi d'en rapporter la gloire
à celui qui l'a méritée : cette gloire appartient
à M. l'Abbé de Condillac. M. l'Abbé de Condillac
avoit entrevu cette grande vérité dès
fon premier Ouvrage , l'Effai fur l'origine
des connoiffances humaines. Vingt ans après
il en a fait la découverte entière , il en a
donné la démonftration dans le Cours d'Édusation
de l'Infant Duc de Parme. Il y eft revenu
plufieurs fois dans le Difcours Préliminaire
, dans le volume de l'Art de Penfer.
Il a rendu cette vérité plus fimple & plus
évidente encore dans fa Petite Logique , l'un
des plus beaux préfens que la philofophe ait
jamais fait à l'efprit humain,
22 MERCURE
Je dirai encore un mot fur cette découverte.
Locke avoit vû que la plus grande fource
de nos erreurs étoit dans l'abus des mots
c'est- à - dire , dans l'habitude de fe fervir des
mots , ou fans les comprendre ou en les comprenant
mal. Au premier coup- d'oeil on croiroit
qu'il étoit très-aifé de conclure que fi
ce font les mots qui égarent l'efprit humain ,
ce font les mots auffi qui le guident ; qu'ils
font dans ce genre tout le bien & tout le
mal ; qu'ils conduiſent également aux vérités
& aux erreurs ; & que , puifque les mots
font auffi néceffaires à nos idées que les
chiffres au calcul , la parole qui exprime nos
penfées ne les énonce pas feulement , mais
les produit. Cette conclufion , qui paroît fi
naturelle , l'étoit cependant fi peu que Locke
en a tiré une toute contraire. Locke a cru
il a imprimé que le plus sûr moyen de trouver
la vérité , c'étoit de la chercher fans le
fecours des mots ; que c'eft alors que la penfée
eft pure & nette comme l'âme même qui
la conçoit. Cette idée brillante & vague reffemble
à Mallebranche ; elle eft de Locke.
Euler a apperçu auffi la néceffité des langues
pour penfer , mais après l'Abbé de Condillac.
Eft - ce d'après lui ? C'eft ce qu'il n'eft
pas facile de décider. Jamais perfonne n'a
manié comme ces deux Philofophes l'inftrument
de l'analyfe , que tous les deux ont
perfectionné. Avec le même moyen, ils ont
pu faire féparément la même découverte.
DE FRANCE. 23
M. de Rivarol cependant , dit d'abord :
des Philofophes ont demandéfi la pensée peut
exifter fans la parole , & il répond enfuite
comme s'il eût été le premier à faire la réponſe.
On a vu combien cette réponſe eft
antérieure à M. de Rivarol ; & on peut voir
encore qu'une pareille demande n'a guère pu
être faite que par celui même qui en avoit
trouvé d'avance la réponſe.
M. de Rivarol mérite d'autres éloges pour
ce morceau ; il a rendu parfaitement les idées
qu'il a adoptées . La comparaifon des ſenſations
qui fe perdroient fans retour comme
les eaux d'un fleuve , n'eft pas feulement ingénieufe
, elle rend la vérité qu'on doit à
l'Abbé de Condillac fi fenfible , qu'elle la
prouve davantage ; car une vérité eft plus
démontrée encore lorfque l'imagination la
fait paffer d'un raifonnement dans une comparaifon.
Cette phraſe : la fenfation a créé le
figne, &lefigne a fécondé la pensée , a le même
mérite. Elle rend l'idée plus évidente par la
-préciſion & par la tournure, comme la phraſe
précédente par l'image. Et c'eft ainfi que le
talent , qui n'eft que l'art de la parole porté
à fa perfection , tantôt par des images , tantôt
par des formes de phrafe , tantôt par de
nouvelles acceptions ou de nouvelles alliances
de mots , rend toutes les vérités plus lumineufes
& plus intéreffantes , & fait fervir
tout ce qu'il a d'agrément , de grâces & de
beautés à étendre , à affermir , à faire aimer
le pouvoir de la raifon & de la penfée .
24
MERCURE
M. de Rivarol ne fe contente pas d'em *
prunter beaucoup de chofes dans nos Grammaires
; il dit enfuite beaucoup de mal de nos
Grammairiens . Il y a la deux motifs au
moins d'en prendre la défenſe .
Il dit , par exemple, dans une de fes notes',
qu'on ne peut voir fans quelque pitié la manière
dont nos Grammairiens multiplient &
définiffent les claffes de mots. M. de Rivarol
voudroit & trouveroit plus fimple
qu'on dit que les mots de tous les genres
font des noms , puifqu'ils fervent tous à nemmer
quelque chofe.
Mais parmi les Grammairiens que M. de
Rivarol prend en pitié , il y en a qui ont dit
que tous les mots font des noms , que les
fubftantifs nomment les chofes , que les adjectifs
nomment les qualités , que le verbe
nomme les jugemens de l'efprit , que les articles,
les prépofitions, les conjonctions nomment
des rapports apperçus entre les chofes
ou entre nos idées. C'eft précisément ce que
voudroit M. de Rivarol.
M. de Rivarol dit enfuite que le verbe eft
excellence.
le mot par
Et M. Court de Gébelin a dit que le verbe
eft le mot par excellence.
M. de Rivarol dit enfuite qu'il n'y a qu'un
feul verbe , le 'verbe eft.
Et M. Court de Gébelin , l'Auteur de
P'Effai fynthétiquefur l'origine & la formation
du Langage , l'Abbé de Condillac , ont dit
tous
DE FRANCE. 25
tous les trois qu'il n'y a qu'un feul verbe ,
le verbe eft.
M. de Rivaro! traduit jefuis par moi eft ,
j'aime , par je fuis aimant ; & il ajoute :
voilà une clé générale avec laquelle on trouve
la folution de toutes les difficultés qu'offrent
les verbes.
L'Abbé de Condillac , l'Auteur de l'Effai
Synthétiquefur l'origine & la formation "des
Langues , avoient refolu les mêmes formes
de verbes par la même analyſe.
C'eft une clé générale ; mais ce font ces
Grammairiens qui l'ont donnée.
On peut compofer avec M. de Rivarol
fur le mérite de nos Grammairiens ; ceux
dont les Ouvrages font dans les mains de
l'enfance & de la jeuneffe , font en général
des hommes très médiocres ; leurs grammaires
font le fupplice des enfans , & n'ont
jamais donné de lumière à perfonne.
Mais ceux dont M. de Rivarol paroît avoir
fi bien lû les Ouvrages , font en général des
Philofophes & des Écrivains du premier or--
dre. La grammaire eft même peut- être de
toutes nos connoiffances celle où le véritable
efprit philofophique s'eft introduit le plus
tôr , & celle qui a le plus contribué enfuite
aux progrès de l'efprit philofophique en tous
les genres. Il n'exiftoit encore aucun bon
Livre , & la petite grammaire générale de
Port Royal , donnée fimplement comme un
Livre claffique , étoit déjà une grande lumière
apportée aux Philofophes. Les articles
-Nº. 32 , 6 Août 1785 .
B
26 MERCURE
de grammaire fournis à l'Encyclopédie par
Dumarfais , font des modèles d'une analyfe
fupérieure . La métaphyfique de Dumarfais
eft auffi vraie , auffi profonde que celle
de Locke; elle eft plus précife & plus nette.
Locke a écrit le premier ; il a fait un plus
grand Ouvrage , il a dû fe faire un plus grand
nom. Dumarfais n'a écrit que des morceaux ,
mais ces morceaux font peut être plus utiles ).
& quoiqu'il n'ait obtenu que le nom d'un
bon Grammairien , Damarfais n'eft peutêtre
pas un homme inférieur à Locke . Je
n'ai jamais pu lire la première Partie de la
Grammaire de l'Abbé de Condillac fans penfer
que fi de pareils Ouvrages devenoient
clafliques , on appercevroit bientôt un perfe
Яionnement fenfible dans nos connoiffances ;
que dans tous les genres on verroit diminuer
le nombre des erreurs & augmenter le
nombre des vérités . Au refte , il ne faut pas
être furpris que ce foit dans l'étude de la
grammaire & des principes des langues qu'on
ait fait les découvertes les plus importantes
fur la nature de l'efprit humain. C'eft- là , &
là feul qu'on devoit les faire , puifque ce
n'eft que dans les langues que nous avons
pu obferver toutes nos manières de concevoir
& de rendre des idées . C'eſt- là qu'on
trouve l'efprit humain tout entier , & il
n'existe pas ailleurs. C'étoit une grande folie
aux Philofophes de vouloir créer des grammaires
, des logiques , des métaphyfiques ,
qui étoient toutes faites dans les langues. Il
DE FRANCE. 27
n'étoit question que de bien obferver les langues
, & on les auroit trouvées ; mais on ne
fentoit pas le befoin d'obferver , on vouloit
créer ; & quand on veut créer fans avoir
obfervé , on ne trouve que des rêveries &
des abfurdités . C'eft en réfléchiffant fur les
langues , que Locke a eu la première fois
l'idée d'écrire cet Effai fur l'entendement humain
, qui en a fi fort érendu les forces en
refferrant cependant la carrière .
Le parallèle de la France & de l'Angleterre
offre quelques traits qui ont la grandeur du
fujer , & qui ne manquent point de vérité
ou de vraisemblance. Mais à côté de ces
traits, on en trouve d'autres qui veulent être
fins , & ne font que fubtils , qui embarraſfent
la queſtion par une multitude de petits
paradoxes qu'on peut toujours conteſter , au
lieu de l'éclaircir par une chaîne de vérités
toujours plus fenfibles ; & le morceau entier
a beaucoup de mérite fans avoir aucun effet.
Quand on met deux hommes en parallèle ,
on peut chercher curieufement les petits
coins de leur talent & de leur caractère.
Dans le parallèle de deux Nations , il ne faut
faifir que ces grandes faces qui ont frappé
l'Univers. Ce qui dans les morceaux de ce
genre impofe encore la loi de ne rapprochet
deux grands peuples que par leurs
grands rapports , c'eft le befoin de donner
de la grandeur & de l'élévation à fon ftyle.
Quand les idées font fubtiles, le ſtyle devient
contourné & épigrammatique ; & le Philo
Bij
28 MERCURE
fophe qui compare les Nations & prononce
entre elles , doit mettre , ce femble , dans
fon ftyle la fimplicité & la préciſion majeſtucufe
du Législateur qui leur donne des Loix.
M. de Rivarol fait des obfervations trèsjuftes
fur les divers caractères qu'a pris la
langue Françoife dans fes progrès fucceffifs ;
il a fur tour des vûes fines fur ce qui conftitue
le naïf. Nos pères , fimples dans leurs
moeurs , énonçoient toutes leurs pensées fans
veile & fans détour. Ils parloient des vices
même avec franchife , parce qu'ils n'en
avoient point. Tout a changé depuis ; nous
veillons fur toutes nos expreffions , parce
que nous avons beaucoup de fentimens à
cacher ou à voiler. Nos pères doivent donc
être naïfs pour nous lorfqu'ils difent fans détour
ce que nous ne pourrions dire de même
fans imprudence ; ils n'étoient pas naïfs ,
mais ils doivent nous le paroître. S'il arrivoit
dans nos moeurs un degré de plus de corruption
& de diffimulation , on ne pourroit
fe
dire qu'avec des tournures fines & voilées
, ce que nous diſons aujourd'hui fans
voile & fans tournure ; & , ce dont on ne
doutoit pas, nous paroîtrons naïfs à nos déſcendans,
M. de Rivarol blâme ceux qui , pour être
naïfs , prennent la langue d'Amiot ; & il
ajoute que ceux - là , pour être braves , demanderoient
l'armure de Bayard.
Il y a de l'efprit & de l'abus d'efprit
dans ce rapprochement, On n'approuvera
DE FRANCE. 1
29
pas plus que M. de Rivarol ces Poëtes
Qui , dans un vers forcé que furcharge un vieux mot ,
Couvrent leur peu d'efprit des phraſes de Marot.
Mais il ne faut pas croire non plus que les
Écrivains qui ont emprunté quelquefois ce
vieux langage , ayent inanque totalement de
goût & de raifon . Ce vieux langage révei'le
par lui-même les fentimens naïfs qu'il
a fi fouvent exprimés , il donne le droit
de dire des choſes qu'on n'oferoit pas hafarder
dans le François de nos jours ; enfin
il rappelle à chaque inftant à l'Écrivain qu'en
empruntant ce langage il doit en prendre les
caractère. Molière & La Fontaine ont été les
feuls Écrivains naïfs du fiècle de Louis XIV;
ils font auffi les feuls qui ayent confervé un
grand nombre de mots & de tournures du
vieux langage de nos pères. Il n'eft pas bien
sûr qu'une armure , une cocarde & un uniforme
ne faffent pas un homme de courage ;
& il est très - sûr qu'un brave homme fera
plus brave encore fous l'armure de Bayard
& avec l'épée de Crillon. Il y a des noms en
France , c'eft à - dire des mots , qui font des
hommes intré vides depuis la naiffance de la
monarchie. Quand on raifonne fur les langues,
il faut mieux connoître la puitfance des
mots fur l'imagination.
Après ces difcuffions acceffoires , plus ou
moins relatives au fujet , M. de Rivarol en
vient enfin au fujet même. Et voici les caufes
B iij
30 MERCURE
auxquelles il attribue l'univerfalité de la langue
Françoife .
1. La puiffance de la France , qui a fait
prendre à fa langue l'empire qu'elle a pris
elle même dans les traités : le Droit des gens
de l'Europe eft écrit en François.
2 ° . Le caractère du François , fon goût
pour la fociété , les inventions inépuifables
de nos modes , la variété infinie de nos plaifirs
; toutes les Nations ont voulu avoir les
parures & les plaifirs de Paris ; & pour favoir
feulement les noms de nos plaifirs & de nos
modes , il falloit apprendre une grande partie
de notre langue.
3. Les modèles parfaits que les Écrivains
du fiècle de Louis XIV ont donné à toutes
les Littératures.
4. Enfin le mérite propre de la langue
elle - même , & fur - tout cet ordre direct
qu'elle fuit dans fes conftructions , & qui
eft fi favorable à la clarté.
Toutes ces caufes ont agi à la fois ; mais
pour voir nettement le degré d'influence de
chacune , il falloit les diftinguer , & c'eft ce
que M. de Rivarol n'a pas affez fait. Il confond,
par exemple , prefque continuellement
le mérite des Écrivains & le mérite de la langue.
Cette confufion étoit pourtant facile à
éviter . Viotti vous enchanteroit encore fur
un mauvais violon ; & le plus excellent
violon peut ne rendre que des fons durs &
fans grâce fous un archet & fous des doigts
mal habiles.
DE FRANCE.. 3.1
M. de Rivarol a adopté l'opinion de ceux
gui penfent que la clarté de la langue Françoife
tient à l'ordre direct qu'elle fuit dans
les conftructions. Mais cet ordre direct , elle
l'a toujours ſuivi ; & les phraſes de Montaigre
, d'Amior , de d'Ablancourt , conftruites
d'une manière pénible & embarraſſée , ne
font pas claires. Cet ordre direct , d'ailleurs ,
n'eft pas particulier à la langue Françoife ; il
eft à peu près le même dans l'Efpagnol , dans
P'Italien , dans l'Anglois , dans toutes les langues
qui n'ont point de cas , & qui forment
les temps de leurs verbes avec les verbes auxiliaires.
Pourquoi donc , dans toutes ces
langues , la conftruction qui fuit le même
ordie , eft - elle en général plus embarraffée ,
moins nette , moins claire ? C'est que peutêtre
la clarté ne vient pas plus de l'ordre direst
que l'obfcurité des inverfions . Des idées
bien déterminées , bien ordonnées , rendues
ou avec le mot propre ou avec le mot qui
fait une image jufte , feront claires dans toutes
les langues ; & dans toutes les langues on
fera obfcur avec des idées vagues , des phra
fes mal conftruites , des mots impropres &
de fauffes images. Jufqu'à nos jours , la.
profe Angloife a été remarquable par l'embarras
& l'obfcurité de fes conftructions ; aujourd'hui
prefque tous les profateurs Anglois
ont pris les formes de la profe Françoife ; &
M. Hume eft auffi clair en Anglois que Voltaire
en François. C'étoit donc la faute des
Écrivains & non pas de la langue ; car c'est
Biv
22 MERCURE
la nênie langue qu'ils parlent. En un mot ,
la profe des Écrivains François du feizième
fiècle & du commencement du dix- feptième ,
reffembloit beaucoup à la profe Angloife ,
& la profe des derniers Écrivains Anglois
reffemble beaucoup à la profe Françoife. Ni
les uns ni les autres n'ont change de langue;
mais ils ont appris à fe fervir avec le même
talent de deux langues différentes ; & ce
talent n'est autre chofe que l'art d'analyfer
fes idées avec plus de précifion & plus d'élégance.
L'ordre direct eft , dit - on , très favorable
à la clarté, il feroit plus vrai de dire que la
clarté eft très-néceffaire à l'ordre direct.
Dans les langues affervies à cet ordre , il
n'y a fouvent qu'une feule conftruction pour
s'exprimer très- clairement ; fi vous la manquez
, vous manquez de clarté , ou du moins
de netteté. Dans les langues à inverfion ,
dans la langue Latine , par exemple , il y a
vingt manières de conftruire la même phraſe ;
& on n'est jamais obfcur fi on donne aux
mots les définences qui en marquent les rapports.
Ce font donc les langues à inverfion qui
font favorables à la clarté , puifqu'elles ont
tant de manières d'être claires ; & les langues
à ordre direct lui font contraires , puifqu'il
n'y a fouvent qu'une feule manière d'être
clair , & qu'il y en a vingt d'être obſcur .
Cette idée , je le fais , révoltera ños Gram
mairiens ; mais je ne me flatte pas de leur
DE FRANCE
T $3
faire abandonner une opinion qu'ils répètent
depuis trois ou quatre fiècles.
M. de Rivarol prétend que dans le Latin ,
le fens eft ſuſpendu juſqu'à la fin de la phraſe.
Mais j'ignore quelle eft la langue dans
laquelle le fens peut être achevé avant la
phrafe ; & c'eft- là encore une de ces chofes
que tout le monde répète fans que perfonne
s'avife une fois au moins d'examiner ce qu'il
dit . Dans toutes les langues du monde , ce
n'eft qu'avec la phrafe que le fens peut être
terminé , & jufqu'au dernier mot le lens eft
fufpendu .
Dans les langues à inverfion , les mots que
la penſée doit unir font , il eft vrai , ſéparés
très fouvent par la conftruction ; mais les
opérations de la penfée font fi rapides ,
qu'il ne peut réfulter delà aucune fufpenfion
qu'on puiffe mefurer ni même fentir.
Incipe parve puer rifu cognofcere matrem.
Je ne l'ai point encore embraffé d'aujourd'hui.
J'ai entendu le vers de Virgile auffi vite que
celui de Racine ; & s'il eft poffible qu'il y ait
quelque difference , cette différence eſt tout
comme fi elle n'exiftoit pas ; elle échappe à
toutes les mesures du temps , puifqu'elle
échappe à ma fenfation même.
J'ai parlé long- temps , & j'ai entendu parler
une langue dont les inverfions font beaucoup
plus hardies que celles des langues anciennes
; c'eft peut-être de toutes les langues
Bv
54 MERCURE
celle où l'on parle & où l'on entend le plus
vîte.
M. de Rivarol dit encore , d'après la plupart
des Grammairiens , que les langues modernes
font nees du Latin , que le Latin en
eft la fouche.
3
Il y a long-temps que l'Abbé Girard a obfervé
que les langues molernes avoient emprunté
de la langue Latine la plus grande
par ie de leurs mors , ce qui en conftitue le
corps ; mais qu'elles avoient pris dans les
langues du Nord leur fyntaxe , & , pour
ainfi dire , l'âme qui les gouverne , qui en
fait le caractère. Ce qu'elles ont reçu des langues
du Nord peut donc paroître plus important
encore que ce qu'elles ont emprunté
de la langue des Romains . L'Abbé Girard
n'eft pas un de nos meilleurs Grammairiens ;
mais c'est le Grammairien peut - être qui a le
plus d'efprit ; & cette obfervation fuffiroit
powr le
prouver.
La fuite à un autre Mercure.
( Cet Article eft de M. Garat. )
DE FRANCE.
35
NÉCROLOGIE.
LETTRE aux Rédacteurs du Mercure
MESSIEU ESSIEURS ?
J'ai vû avec autant de furprife que de chagrin les
Journaux de la lecture defquels le Public paroît le
plus avide , garder obftinément le filence fur la mort
d'un Artifte diftingué , moiffonné à la fleur de fon
âge après avoir obtenu & mérité de grands fuccès ,
& qui , au double titre de François & d'homme à
talent , ne mérite point l'oubli auquel il femble qu'on
veuille le condamner. Cet Artifte eft M. Floquet ,
Auteur de la mufique de l'Union de l'Amour & des
Arts , & de celle du Seigneur Bienfaisant. Depuis
plufieurs années le Mercure de France a fu fe faire
'un renom d'impartialité , qui ne peut pas laiffer
croire que fes Auteurs foient fufceptibles d'être entraînés
par lés opinions du moment ou par une prévention
aveugle , & par conféquent injufte . L'abondance
des matières , le grand nombre d'Ouvrages
dont ils ont journellement à prendre connoiffance ,
peuvent bien les diftraire quelquefois du foin de
certains articles ; ce n'eft pas néanmoins une raiſon
de leur foupçonner affez de foiblefle pour céder au
torrent de certaines idées . Par exemple , les plus habiles
Compofiteurs étrangers jouiffent à préfent en
France de tous les avantages qui peuvent flatter leus
* Il fant en excepter les Petites Affiches : trois jours
après la mort de Fioquet , elles lui ont confacré un article
fatteur pour la memoire & confolant pour la famille.
B vj
34
MERCURE
orgueil , accroître leur fortune & augmenter lear
réputation. A Dieu ne plaife que j'en éprouve quelques
regrets ! au contraire . Je vois avec plaifir l'accueil
honorable qu'on fait à leurs talens , les encouragemens
qu'on leur donne , les récompenfes qu'on
leur accorde. Je les remercie du fond du coeur de
nous avoir développé les fecrets d'un Art enchanteur
, dont les plus belles reffources nous
étoient prefque inconnues ; d'avoir enrichi notre
Scène Lyrique d'Ouvrages immortels ; enfin , de
nous avoir indiqué des routes dont ils avoient feuls
le fecret : mais ce que je crois en mon particulier
leur devoir de reconnoiffance , loin de me donner
pour eux une admiration exclufive , ne ferme point
mon âme à l'eftime que je dois à ceux de mes compatriotes
qui ont confacré leurs veilles & leurs études.
au defir de fe faire un nom célèbre en travaillant
pour nos plaifirs à ceux fur- tout qui , prefque fans
modèle , & par le ful fecours de leur génie , nous
ont créé des jouiffances dans un temps où notre
fyftême musical étoit encore pauvre , & , pour ainfi
dire , dans l'enfance. Cette façon de penfer me paroît
fi raisonnable , j'ofe l'avouer tout haut , que je
préfume qu'il n'eft pas un feul des Collaborateurs du
Mercure qui ne penfe comme moi ; & c'est elle qui
'enhardit à vous adreffer quelques détails fur la vie
& fur les Ouvrages d'un Muficien auquel on ne
fauroit aujourd'hui refufer des éloges , fans jeter du
ridicule fur les fuffrages glorieux qu'il obtint il y
a douze ans .
Etienne Jofeph Floquet , eft né à Aix en Provence
Je 25 Novembre 1750 , d'une famille honorée dans la
bourgeoifie. Il fentit & mostra dans un âge encore
très-tendre le goût dominant qui l'entraînoit vers
l'Art mufical . Je ne vous entretiendrai point de fes
premiers effais , je vous parlerai feulement d'une
Mefle de fa compofition qu'il fit exécuter dans la
DE FRANCE. 37
Cathédrale d'Aix , à peine âgé de douze ans , & qui
fur généralement applaudie. C'eft dans cet Ouvrage
que les Connoiffeurs apperçurent le germe d'un
talent fait pour être diftingué , & pour acquérir un
jour une grande réputation. D'autres compofitions
du même genre fe fuccédèrent affez rapidement. Les
encouragemens qu'elles valurent au jeune Floquet ,
l'engagèrent à fe rendre à Paris , afin de s'y perfectionner
, tant par l'étude des modèles alors avoués,
que par les leçons de nos meilleurs Compofiteurs .
Peu de temps après fon arrivée , les F. M. fe proposèrent
de faire célébrer une Meffe des Morts en
Thonneur de M. le Comte de Clermont ; ils chargèrent
Floquet de cette Meffe , qui fut exécutée
dans l'Eglife des Religieux Auguftins Réformés de
la Place des Victoires . La facture favante de quelques
morceaux , l'expreffion heureuſement faifie &
plus heureufement développée de quelques autres ,
infpirerent pour l'Auteur un vif intérêt. Des perfonnes
puiffantes , des Auteurs Lyriques lui propo
sèrent des Poënes d'Opéra ; mais il travailloit déjà
à l'Union de l'Amour & des Arts , qui fut , après
avoir éprouvé quelques difficultés , repréſentée en
1773. On fe rappelle encore le fuccès de cet Ouvrage ;
il fut porté jufqu'à l'enthouſiaſme. Quatre- vingt repréfentations
confécutives fuffirent à peine à l'affuence
toujours renaislante des Spectateurs enivrés.
Enfin l'Auteur appelé par les acclamations les plus
univerfelles , fut obligé de paroître fur le Théâtre.
pour y recevoir en perfonne les témoignages de la
fatisfaction générale ; honneur inoui jufqu'alors à
l'Académic Royale de Mufique , & dont Floquet a
joui le premier. Un triomphe auffi éclatant devoit
entourer d'ennemis & d'envieux celui qui l'avoit obtenu:
Floquet devint donc l'objet de la haine & des calomnies
de fes rivaux . Ce fentiment délicieux qui dilatel'âme
d'un jeune homme qui voit fe lever devant lut
MERCURE
་
l'aurore d'une réputation brillante , cette joie pure ,
qui, en naiffant du bonheur d'avoir réuffi, exalte l'imagination
d'un Artifte, & le fait afpirer à de nouveaux
fuccès , furent taxés de préfomption & d'orgueil.
Azolan fut repréfenté, on ne jugea point set Opéra ,
on s'efforça de lui nuire , on n'en parla qu'avec les
termes du dénigrement ; & lorfqu'après vingt- fix
repréfentations il fut retiré du Théâtre , on se réjouit
d'avoir humilié ce qu'on appeloit la vanité de
Floquet. Que faifoit- il pendant que fes ennemis s'oc
cupoient à le perfécuter Il faifoit de férieufes réflexions
fur les moyens qui lui reftoient d'augmenter
fen talent , il fe rendoit compte de ce qui lui manquoit
, de ce qu'il lui falloit acquérir ; & celui que
la Capitale avoit couronné , dans fon ivreffe , far le
plus féduifant de fes Théâtres, ramaffoit enfilence les
reffources qui pouvoient le mettre en état d'aller
s'affeoir , comme élève , dans le premier des confervatoires
de l'Italie. Que la vanité qui infpire des
fentimens auffi rares , eft refpectable & rare ellemême
!
On prétend que Floquet reçut pendant quelque
temps des leçons de M. Piccinui , qui demeuroit
alors à Naples ; je n'affirme point ce fait , parce
que je n'en fais pas certain , ce que je puis affirmer
, c'eft que le célèbre Sala , l'un des meilleurs
Maîtres de l'Ecole Napolitaine , & le P.
Martini , le plus habile Théoricien de toute l'Italie ,
s'honorèrent de compter Floquet au nombre de leurs
Elèves. C'eft par le fecours de ces deux Hommes
illuftres qu'il s'eft perfectionné dans la fcience du
contre point , genre trop peu étudié par les Compofiteurs
modernes , qu'ont nég igé même des Maîtres
Italiens très renommés . & qu'on n'affecte guères
de mépriler qu'après s'être convaincu qu'on n'y faurot
atteindre. C'eft fous leurs yeux qu'il a compofé
& fait exécuter un Te Deum à deux orcheſtres , auDE
FRANCE. 39
quel les Napolitains , peuple connoiffeur en mifique ,
applaudirent avec tranfport , qu'on a depuis trèsfoiblement
rendu au Concert Spirituel de Paris ;
mais qui , dans l'Eglife des PP. de l'Oratoire , où
il fut exécuté avec autant d'enſemble que de précifion
& d'intelligence , excita un enthousiasme dont
la fainteté du lieu retint à peine l'effor. Qu'on ne
dife donc plus que Paris , encore dans l'ignorance ,
a couronné Floquet , & depuis a défavoué fon
ivreffe . Cette affertion eft un retour de l'envie :
Paris , fans prévention , a encouragé fes brillans
effais , Naples a couronné les progrès par un fuffrage
authi rare que glorieux pour un étranger ; voilà ce
qu'il faut dire , pour être vrai. Je dois le remarquer
en paffant : Floquet n'eft pas le feul Compofiteur
François que l'Italie ait vengé de l'injuftice de fes
compatriotes ; il en eft encore un que fon fublime
talent met en butte aux traits de la baffe médiocrité
, & dont les partitions font placées par les
Maitres fur les pupitres des premiers confervatoires
de l'Italie .
Hellé fut repréfentée en 1779. Peu de Poëmes
auffi médiocres auffi ingrats. La mufique néanmoins
fit honneur à Flequer dans ce petit nombre d'efprits
juftes qui favent diftinguer , des fautes auxquelles un
mauvais l'oëme entraîne , les beautés qui fortent
du génie d'un Compofiteur habile. On n'a point oublié
deux choeurs de demons d'une facture favante
& d'un effet vraiment terriblé . Je ne fais quelle raifon
a fait retirer cet Opéra dans l'inftant même que
le fentiment de fes beautés commençoit à s'étendre :
c'eft une enigme de coul ffes qui reffemble à tant
d'autres dont , par pudeur , on cherche à ne pas
deviter le mot.
Le Seigneur Bienfaisant fut donné un an après
Hellé , c'eft à - dire en 1780. Je ne ne rappelle
pas de fang - froid que cet Ouvrage fut fur le point
40 MERCURE
de ne pas être repréſenté. J'ai vâ l'inſtant où if
alloit être facrifié à je ne fais quelles confidérations.
Cinquante-une repréfentations , fans compter les reprifes
, ont prouvé ce que le Public y auroit perdut
de plaifir , & l'Académie Koyale de Mufique de
recettes. A quel prix on achète les fuccès ! quel eft
donc l'attrait de la gloire , de cette fumée qui nous
enivre , qui foutient le courage au milieu des perfécutions
, & qui donne plus d'ardeur à la ſaiſir à
l'inftant même qu'elle va nous échapper?
Je crois pouvoir me difpenfer d'examiner ce que
Floquet eut de foible ou de défectueur dans les compofitions
musicales. Quand il vivoir , les envieux
de fa réputation & de fes fuccès l'ont fait connoître
avec cette attention fcrupu'eufe que donre
le defir de nuire depuis fa mort , malgré l'inutilité
d'une critique amère & rigoureufe , ils ont fuivi les
mêmes principes , & n'ont pas rougi d'infulter à
fa cendre dans une de ces Feuilles clandeftines dont
tout le mérite eft d'attacher la curiofité oifive par
une malignité déchirante. Je n'imiterai point un
cruel exemple ; & j'obferverai que la prévention &
l'efprit de parti ont deux manières bien diftinctes de
juger les Artiftes. Ici , tout eft admiration & indulgence
; on fe tait fur les endroits foibles & même
médiocres d'un Ouvrage , on ne cite que les beautés
, on les exagère en les prônant. Là , tout eft injuftice
, rigueur & févérité ; on gliffe fur le beau , on
cherche à en atténuer l'effet , tandis qu'on ſe plaît à
remarquer les défauts , à en répandre la connoiffance
, à les groffir même aux yeux de la multitude
ignorante. C'eft dans ce dernier fyftême qu'on a
fouvent prononcé fur le mérite de Floquet . Que de
Maîtres Italiens qui jouiffent en Europe d'une grande
célébrité auroient été immolés aux cabales fi on les
avoir toujours ainfi jugés ! J'en pourrois donner un
exemple récent : je me tais , parce qu'on a fini par
DE FRANCE. 41
être jufte fur le compte de l'Homme célèbre dont
je veux parler.
Après s'être montré avec avantage fur le Théâtre
Italien dans la nouvelle Omphale , Floquet ambitionna
les honneurs du genre tragique ; il fe chargea
de mettre en mafique l'Alcefte de Quinault ,
retouchée par M. de Saint-Marc. Tout auroit dû
le détourner d'une pareille tentative ; & les dégoûts
qu'il avoit éprouvés , & la rivalité du célèbre Gluck ,
dont l'Alcefte eft un chef- d'oeuvre; mais le defir de
mériter de nouveaux lauriers en fe montrant le
rival d'un grand homme , entraîna Floquet. L'Ouvrage
fini , il fut mis en répétition , non fans avoir
rencontré mille obſtacles. Quel fut le fruit de tant
de foins , de tant de courage , de ce noble defir de
préfenter dans la lice un François luttant contre un
des plus illuftres Muficiens étrangers ? Un arrêt de
profcription. Depuis long - temps la fanté de Floquet
étoit chancelante : le chagrin d'avoir fait en vain
un travail inutile, & perdu tout-à-la-fois pour l'intérêt
& pour la gloire , lui a porté un coup quiinfenfiblement
a miné fon exiftence. Après quelques mois d'une
vie douloureuſe & chagrine , il eft mort le 10 Mai
1785 , en regrettant d'avoir travaillé pour un fantôme
qu'il apprenoit trop tard à bien apprécier. Je
ne plaide point la caufe de Floquet , il n'eft
plus ; mais ne puis - je pas faire ici une question qui
peut être utile à d'autres que lui ? Quand un Auteur
a obtenu de grands fuccès , quand plus d'un Ouvrage
a établi la réputation , n'y a- t'il pas de l'injuftice
, de l'ingratitude & même de la témérité à ne
point conftituer le Public juge des Ouvrages qu'il
préfente ? Les Comités de nos Comédiens fort éloignés
d'être infaillibles ; tous les jours le Public
caffe leurs arrêts : mais fi l'un de ces Comités s'eft
déjà trompé deux fois fur le mérite réel d'un Auteur,
eft-il bien fage à lui de s'expofer , en fe trom42
MERCURE
pant une troisième , à porter l'amertume du défefpoir
dans le coeur d'un homme fenfible ? Je ne pro
noncerai point là- deffus ; mais je dirai que l'extrême
rigueur produit des maux irréparables , tandis qu'une
prudence indulgente & délicate ne peut enfanter que
l'encouragement & le bien.
J'oublicis de vous dire , M. , qu'avant fon retour
à Paris , Floquet s'arrêta à Boulogne , & qu'il y
vit bientôt les portes de l'Académie des Philarmoni
ques s'ouvrir devant lui . C'eft la réputation feule
qui conduit à cette Académie , & une réputation
diftinguée. Floquet éroit dévancé par la fienne. Les
preuves que les Philarmoniques exigent des Meinbres
qu'ils veulent adopter , il faut les faire en trois
foirées . Floquet fit les fiennes en une , & compofa en
deux heures & demie un Canto Fermo , une Fugue
à cinq parties & le verfer Crucifixus du Credo. N'en
foyez point furpris , Meffieurs , Floquet avoit un tem
pérament vif & bouillant: il falloit que le génie
de cet Artifte fût tout- à- coup frappé de ce qu'il
avoit à peindre ; il n'étoit pas le maître d'éprouver
ces mouvemens fpontanées qui font prefque feuls
le mérite de tant d'autres Compofiteurs ; mais dans
l'inftant de l'infpiration il produifoit avec une facilité
merveilleufe .
Si Floquet a été recommandable comme Artifte , il
l'a été davantage par fes qualités fociales . Jamais le
poiſon de l'envie n'a dévoré fon coeur. Je l'ai vu applaudir
avec tranſport aux productions de ſes rivaux ,
même de ceux qui lui rendoient le moins de juftice :
qualité bien rare & bien eftimable , fur - tout aujour
d'hui , Bon fils , bon frère , bon ami , il a laiſſé leş
plus vifs regrets dans le coeur de tous ceux qui l'ont
connu. Vrai , fimple , incapable d'intrigues , il por
toit fouvent la candeur jufqu'à l'innocence : fes
écarts étoient les fautes d'un enfant. Une mère trèsâgée
pleure de n'avoir point fermé les yeux dans les
DE FRANCE. 43
bras d'un fils qu'elle adoroit ; une four tendre verfe
encore dans le fein d'un époux refpectable & fenfible
les larmes que lui arrache le fouvenir de fon
frère , les amis de Floquet ne prononcent fon nom
qu'avec attendriffement : après cela , que pourrois- je
encore ajouter à fon éloge ?
J'ai l'honneur d'être ;
DE CHARNOIS .
ANNONCES ET NOTICES
ON a m's Na mis en vente à l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N °. 17 , les Cartes & Figures du Troisième
Voyage du Capitaine Cook , pour les deux Editions.
in- 8 ° . Prix , 48 liv. en blanc ou broché.
INSTITUTIONS de Médecine- Pratique traduites
fur la quatrime & dernière Edition de l'Ouvrage
Anglois de M. Cullen , Profeffeur de Médecine
d'Edimbourg , & premier Médecin du Roi pour
L'Ecoffe ; par M. Pinel , Docteur en Médecine ,
2 Vol. in 8. Prix , 12 livres reliés . A Paris , chez
Duplain , Libraire , cour du Commerce , rue de
l'ancienne Comédie Françoife ; & à Versailles ,
chez André , Libraire , rue du vieux Verſailles.
Ce Livre , deſtiné à faire une époque mémorable
en Médecine , eſt le fruit des veilles & de quarante
années d'expérience d'un des plus fameux Médecins
de l'Angleterre. Ses Ecrits font remarquables par
l'ordre le plus méthodique , une fagacité, rare & les
principes de pratique les plus judicieux . On doir
compter parmi un grand nombre de théories nouvelles
celles des maladies & des affections ner44
MERCURE
veufes ; c'eft fans doute à l'efprit de difcuffion &
aux recherches de M. Cullen que font dûs les plus
grands progrès qu'air faits la Médecine depuis
Boerhaave.
COLLECTION des meilleurs Ouvrages François
compofés par des Femmes , dédiée aux Femmes Françoifes
, par Mademoiſelle de Keralio .
Le but de cette Collection , de format in- 8 , propofée
par Soufcription , eft de 1affember en on feul
corps d'Ouvrage , le fruit du génie de ces Femmes
célèbres qui font la gloire de leur fexe & l'ornement
de leur Patrie ; & la Nation Françoife eft la plus
propre à encourager une pareille entrepriſe . Cet
Ouvrage pourra fervir à prouver que quand les
Femmes voudront , elles fauront montrer l'heureux
& rare affemblage des vertus & des talens . On joindra
ceux de leurs écrits que l'on jugera dignes de la públicité
, les Anecdotes de la vie de leur Auteur , surtout
lorsqu'il aura uni les qualités de l'ame aux graces
de l'esprit.
L'Auteur promet de puifer dans de riches dépôts
, dans des Ouvrages imprimés & manuf
crits ; il recherchera dans cette dernière claffe
tout ce qui paroîtra digne de l'impreffion ;
& toutes perfonnes qui pofféderont des mémoi
res certains , des anecdotes sûres , ou des morceaux
détachés fur la vie & les Ouvrages des
Femmes Françoifes , depuis Héloïfe jufqu'à nos
jours , sont invitées à les communiquer à l'Auteur ,
rue de Grammont , N ° 17. Il eft des Femmes célèbres
dans notre fiècle qui ont déjà terminé leur
carrière. Leurs héritiers peuvent donner des indications
fur leur vie ou leurs écrits : c'eft à eux qu'on
demande les moyens de placer les noms facrés d'une
Mère , d'une Soeur ou d'une Tante , à côté de ces
DE FRANCE.
45
noms à qui elles ont , pendant toute leur vie , payé
un jufte tribut d'admiration .
On imprimera à la tête du premier Volume le
titre & l'ordre de la diftribution des matières qui
compoferont la Collection , dont chaque livraifon
d'un Volume paroîtra régulierement de mois en
meis , à commencer du mois de Décembre prochain
.
Si cet effai plaît au Public , l'Auteur ſe propofe
de lui offrir , à la fuite de cette Collection ,
celle de tous les Ouvrages des Femmes Angloifes ,
La différence que doit apporter , même dans les
genres semblables , celle du génie & du caractère
national , pourra former des deux Collections un
enfemble curieux & piquant , offrir un objet de
comparaifon agréable , faire connoître des Ouvrages
ignorés en France ; & après avoir offert un hommage
aux célèbres Françoifes , en attirer un plus
général , & non moins flatteur à l'eſprit & aux
talens de toutes les Femmes.
On payera 6 liv. en ſouſcrivant , & 3 liv . en retirant
le premier volume ; de forte qu'il y aura un
Volume payé d'avance. Le Volume coûtera 4 liv.
10 fols à ceux qui auront foufcrit , & 6 livres à
ceux qui ne fouferiront pas. La fouſcription sera
ouverte jufqu'au mois de Novembre prochain , chez
Lagrange , Libraire , au Palais-Royal , côté de la
Rue-Neuve des Bons Enfans , Nº 123 .
PORTRAIT de Louis XVI , Roi de France &
de Navarre,
Ce Portrait , qui eft proposé par ſouſcription ,
fera gravé par Ch.-Cl. Bervic , Graveur du Roi ,
des Académies de Paris , de Rouen & de Copenha
gue, demeurant à Paris , aux Galeries du Louvre.
M. Bervic a follicité & obtenu l'honneur de mul46
MERCURE
tiplier , par la Gravure , le Portrait en pied du Roi ,
peint par M. Callet , Membre de l'Académie Royale
de Peinture .
Dans ce Tableau Sa Majefté eft repréfentée
debout fur le haut des marches du trône , & revêtue
de tous les attributs de la royauté. D'une main
elle porte fon chapeau garni de panaches , de l'autre
elle s'appuie fur fon Sceptre porté fur an couflin où
font pofées la Couronne & la main de Juſtice . Le
Trône très orné , furmonté d'une riche draperie , &
accompagné d'une balustrade & d'autres acceffoires '
forme le fond de ce Tableau , qui appartient à '
Mgr. le Comte de Vergennes.
La Planche fera de même grandeur que celle du
Portrait de Louis XIV , par Drevet , & portera
25 pouces 6 lignes de hauteur fur 19. Elle fera terminée
dans le courant de l'année 1787. Le prix de
chaque Épreuve fera de 24 liv . pour les Soufcripteurs,
& de 32 liv. pour ceux qui n'auront pas fouf
erit. MM. les Soufcripteurs payeront 12 liv. en
foufcrivant chez M. Hogguer , Tréforier du Salon
des Arts , au Palais Royal , maifon du Caveau ,
n ° . 9. Les fonds resteront en dépôt chez M. Hog
guer jufqu'à la Livraison des Épreuves , cette foulcription
n'ayant d'autre objet que de fixer le nombre
des Eftampes. La foufcription fera fermée au premier
Janvier 1786.
Le nom du Graveur & l'intérêt du fujet doivent
exciter l'intérêt du Public.
PORTRAIT de Louife-Elifabeth Vigée Lebrun ,
de l'Académie Royale de Peinture , gravé à Stouttgard
,,
par J. G. Müller , de l'Académie Royale de
Peinture , &c. , d'après L. E. Vigée Lebrun. A Paris ,
chez Bafan , rue & hôtel Serpente . Prix , 12 liv.
Un burin tout enſemble ferme & moelleux , de la
correction, de la vérité , beaucoup de fineffe dans
DE FRANCE. 47
les détails , & principalement le mérite d'avoir confervé
l'efprit du Portrait original , ainfi que l'exacte
reffemblance d'une femme qui fait également charmer
par l'attrait des talens & par celui des grâces :
voilà ce qui doit faire diftinguer cette Gravure du
grand nombre de celles de ce genre que nous voyons
journellement paroître . Ce Portrait ne peut qu'ajouter
encore à la réputation dont jouit déjà M. Müller.
PORTRAIT de M. le Comte de Caglioftro,
deffiné d'après nature , & gravé par Cheris - Guerin ,
1781. ' Prix , I liv . 16 fuls . Se vend à Strasbourg ,
chez l'Auteur , à la Monnoie ; & à Paris , chez
Chéreau , Graveur , rue des Mathurins , no . 24.
Au bas du Portrait on trouve ces vers :
De l'ami des humains reconnoiffez les traits ,
Tous les jours font marqués par de nouveaux bienfaits ;
Il prolonge la vie , il fecourt l'indigence ;
Le plaifir d'être utile eft feul fa récompenfe .
NUMEROS 33 , 34 & 35 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , 1 liv,
4 fols chaque Feuille , qui paroît tous les Lundis.
On fouferit chez Coufineau père & fils , Luthiers dela
Reine , rue des Poulies , & Salomon , Luthier ,
Place de l'École.
NUMERO 7 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux , par les meilleurs Maîtres , arrangé
pour le Violon , l'Alto , la Flûte & la Baffe.
Prix , léparément 2 liv. 8 fols . Abonnement pour
douze Cahiers 18 liv. & 21 liv.
Numéros 19 ,
20 , 21 , 22 , 23 & 24 de la Mufe Lyrique , ou
Journal de Guittare , dédié à la Reine , par M.
Porro , contenant des Airs de Théodore , du Ba
192 MERCURE
bier de Séville , & c . , des Airs de Société, entrel
autres le Novice de la Trape , par MM. de Florian
& Martini. On fouferit en tout temps pour ces deux
Journaux chez Mme Baillon , rue Neuve des
Petits Champs , au coin de celle de Richelieu.
DEUX Symphonies pour le Clavecin ou Piano-
Forte & Violon , Baffe & Cors ad libitum , par M.
Darondeau , OEuvre I. A Paris , chez l'Auteur , rue
des Moulins , Butre Saint Roch , & chez Leduc ,
Marchand de Mufique, rue du Roule , à la Croix
d'or, nº. 6. Prix , 7 liv. 4 fols.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 216 , ligne 3 , ait rien perdu de fon faßte ,
lifez : ait rienperdu defon luftre.
TA BL E.
LE foir , ou le Bal de Nuit De l'Univerfalité de la Langue
auVilla ;e, Françoife ,
IO
35
7. Annonces & Notices ,
Charade, Enigme & Logogry- Nécrologie,
phe ,
J'AT IN
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Août 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le Août 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 AOUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PLAISIRS Des bords DE LA MER
aux Ifles d'Hyères.
PLAINES de Nérée ,
Lit où Cythérée
A reçu le jour ,
Omer tour-à-tour
Emue & calmée ,
Ma Mufe charmée
Chante les tableaux
Que m'offrent tes flots..
L'AURORA étincelle
Au trône des airs,
Le plaifir m'appelle
Sur le fein des mers,
Nº . 33 , 13 Août 1785 . C
MERCURE
La mouvante glace
Des flots radieux
Peint fur fa furface
La fplendeur des Cieux.
DIEU de la lumière ,
Aftre bienfaifant ,
Tire du néant
La nature entière ,
Parcours en géant
Ta vafte carrière ....
Long-temps attendu
Son char qui s'élançe
Sur l'abyme immenfe
Paroît fufpendu....
J'adore , j'admire:
Un facré délire
Enchaîne mes fens:
Ma reconnoiffance
Peint par mon filence
Ce que je reffens.
Nos barques légères
Des ondes amères.
Ouvrent le cryftal ;
L'élément terrible
Eft aufli paisible
Que l'eau d'un canal :
La jeune Amphitrite ,
En riant m'invite
•
BIBLIOTHECA
REGLA
MONACENSIS
.
DE FRANCE
A la vifiter;
Alors qu'une Belle
Ainfi nous appelle ,
Peut- on réfifter ?
Me voilà fur l'onde
Mobile & profonde ;
L'efquif vole & fait;
La tranchante rame
Pouffe & fend la lame ;
Le Nocher conduit.
L'eau nous environne ,
Jaillit jufqu'à nous ,
Ecume & bouillonne ,
Sans être en courroux.
Mon coeur , ni ma tête
N'y peuvent tenir ;
Prêt à défaillir
Je veux qu'on arrête....
Mais qui le pourroit?
La nefplus rapide
Sur la plaine humide
Gliffe comme un trait.
Je meurs , je fuccombe ,
C'en eft fait , je tombe
J
. Sur un banc voiſin....
Terre , terre , terre ,
Retentit foudain ,
J'ouvre la paupière…...
Et j'arrive cufin.
}
Cij
MERCURE
2
ISLES forrunées.
Toujours couronnées
De verts citroniers ;
Superbes palmiers ,
Jafinins , grenadiers ,
Qui bordez la plage ,
Qui couvrez ce port ,
C'eft fous votre ombrage
Que je cours d'abord!
Sur un promontoirę
Bientôt je gravis ,
Et là j'établis
Mon obfervatoire.
EN noirs efcadrons
Je vois mille Thons
Flotter fur les vagues ,
Et vers nos madragues,
Pefamment nager;
Le troupeau fans crainte
Dans ce labyrinthe
A fu s'engager,
Les chambres fe ferment
Les pièges enferment
Cent monftres marins ....
Les canots accourent ,
Soulèvent , entourent
Les filets tout pleins;
Les captifs bendi fent ,
DE FRANCE.
58
S'agitent , frémiffent ,
Se roulent , fe gliffent ,
Jufqu'au bord des flots ;
Sur les Matelots
Les ondes jailliffent.
D'énormes poiflans
Les barques s'empliffent
Les chants des Tritans
Dans l'air retentiffents
Les Buccins mugiffent,
A leurs raugues fons
De loin applaudiffent
Les antres profonds.
Là - bas fur la grève ,
Maint Pêcheur achève
D'amener les rets....
Avançons auprès ;
La capture arrive;
Je vois fur la riye
Gliffer , fretiller .
Bondir & briller
Dorades charmantes,
Soles éclatantes
Et Rougets fanglans
Et Vives piquantes
Et Mulets volans,
Vivantes marée ,
Sardine azurée ,
Ciil
54 MERCURE
Délicat anchoi ,
Subiffez ma loi ;
Il faut que je dîne ;
De votre chaire fine
Çà , régalez-moi ,
Midi nous raffemble ;
Les Pêcheurs enſemble
Au bord de la mer
Nagent dans la joie.
Feu brillant & clair
Prépare leur proie ;
Un flacon de vin ,
Bien rouge , bien fain ,
Rafraîchit dans l'onde ;
La taffe d'étain
Sert à tout le monde ;
Une planche ronde
(Que nous entourons
Affis fur le fable )
Eft le plat , la table ,
Et nous la chargeons
De ces mets fi bons
Cuits fur les charbons
Et de cent poiffons
Bouillis pêle-mêle
Dans l'eau maternelle ,
Par les vieux patrons.
Sur ces tapis d'algue ,
DE
55
FRANCE.
Sopha de Thétis ,
Où je fuis affis ,
Je vois de la Malgue
Les coteaux fameux
Par leurs vins fumeux,
Lorfqu'en fa colère
.Le tyran des mers
Lance dans les airs
L'humide pouffière
De fes flots amers ,
Le fel de cette onde.
Fertile en vertus ,
Echauffe , féconde
Ces plans dont Bacchus.
Fit préfent au monde .
QUEL autre tableau
S'offre à ma lorgnette.
Changeant de pinceau
Changeons de retraite.
De ce roc voûté
Qui fe creufe en balme
D'où l'oeil enchanté
Fuit fur la mer calme ,
Dans le double azur
D'un horifon
pur,
D'une mer tranquille
Au nord de mon Iſle
J'apperçois furgir ,
Civ
36 MERCURE
Marcher & groffir
Sur le dos des ondes
Vingt nefs vagabondes
Qu'un heureux zéphyr
Pouffe à voiles pleines
Dans ces vaftes plaines ,
Que je vois blanchir.
LA flotte s'avance
En belle ordonnance ,
Et rapidement
Tout en lonvoyant ,
Elle gagne une anfe
A l'abri du vent...
Ses cris d'allégreffe ,
Ses blancs pavillons ,
Ses bruyans canons
Une folle 'ivreffe ,
Le fon du tambour ,
Tout dit à la tour
D: srades maîtreffe ,
Son heureux retour.
La tour la fignale ;
La Flotte Royale
Mouille tout au autour
De ce beau féjour.
Soudain de nos villes
Des ports d'alentour ,
Cent bateaux agiles
}
DE
FRANCE.
Que preffe l'amour,
Volent auprès d'ellè
On crie , on appelle ,
Et c'est lui, c'eft elle
2
Dieux , il eft vivant
2
Eft dans cet inſtant
De crainte mortelle
Tout ce qu'on entend.
O CHÈRE Patric !
Pénates facrés ,
Amis adorés ,
Famille chérie,!
Peut-on vous revoir
Sans verfer des larmes ?....
Que ce doux espoir
A pour moi de charmes !
Eft-il un mortel
Que ne réjouiffe
Et que n'attendriffe
Le toit paternel?
Revoit-on fon frère
Et fa tendre foeur ,
Revoit- on fa mère ,
Preffe-t'on fon coeur ,
Sans croire au bonheur ?
MAIS l'or des étoiles
Emaille les airs ; >
La nuit de les voiles
3 , 303H VOR IN *
C
17.
MERCURE
Couvre l'Udivers.
Phoebé rayonnante
Se lève , & tremblante
Se peint dans les mers
Que fon globe argente
De brillans éclairs.
Au fein de la ville
Il faut retourner ,
Il faut fillonner
Ce baffin tranquille.
Au bruit des clairons ,
Au bruit des trompettes ,
Et des clarinettes
D'accord nous voguons
Et vers nos retraites
Nous nous élançons.
( Par M. Bérenger. )
PORTRAIT D'IRÈNE , à Mme la
Comteffe DE L ***
Bionda tefta , qcchi azuri , e bruná ciglio.
AU rivage de Nice , & fous les plus beaux cieux ,
Naquit la jeune Irène ; & fon âme & les yeux
De la Nature annoncent le fourire ;
Son oeil fut animé par un rayon d'azur
Et fon âme s'ouvrit au fouffle le plus fur
DE
59
FRANCE.
De cet air doux qu'on y refpire.
Sous fes pinceaux l'Albane eût raffemblé
Ce joli neż, ce front , cette beauté complette ,
Ce cou d'ivoire & ce tréfor voilé
Que la pudeur foumet au joug de la toilette..
A la glace du foir laiffons - en le tableau ;
Doit- on peindre ce qu'on devine ?
J'y brife mes regards ainſi que mon pinceau ,
Et mieux que lui la gaze le deffine.
Images de fon tein , emblèmes de fes jours ,
Les roles du plaifir , le lys mélancolique ,
De fes traits délicats colorent les contours ;
C'eſt un enſemble heureux de la Vénus antique
Et du plus jeune des Amours.
Dans nos fallons remplis de glaces , de bougies ,
De nos Vénus du foir les pâles effigies
D'un épais vermillon reftaurent leur beauté ;
Mais d'un léger carmin que fa fraîcheur efface ,
En ranimant la joue , Irène nous retrace
Un matin de printemps auprès d'un foir d'été.
Tour-à- tour fa parure eft. brillante , ingénue ;
Tantôt à fes cheveux la gaze fufpendue
D'une robe-fultane effleure le fatin ;
Tantôt fa treffe blonde imite avec molleffe
· La grâce , la fierté , l'élégante parcffe
De l'amazone du matin.
Charmante à tous momens , belle à toutes les heures,
Elle plaît, elle touche , elle enchante à la fois
C vj
60 MERCURE
Quand vers la fin du jour l'écho , de fes demeures,
Répète fa brillante voix ;
Dans les tons élevés d'une fcène fublime ,
Vingt fois le mot d'amour enflamme ſon accent ;
Sa figure, le peint & fa bouche l'exprime ;
Mais c'est notre coeur qui le fent.
Quelquefois fous fa main & favante & légère ,
Aux touches du piano fuccèdent les beaux vers,
Harmonie à l'esprit plus chère :
Les fons de Piccinni fe perdent dans les airs ,
Le coeur retient les accens de Voltaire.
De fa bouche naïve organe le plus doux
Aucun art jamais ne difpofe ,
C'est là que fur des fleurs la vérité repofe ;
Et le plaifir en eft jaloux.
A la modefte Irène en pleurant je révèle
Ses traits , (on âme , fes talens ;
Je peins ce que j'ai vû quand j'étois auprès d'elle ,
Plus heureux fi j'ofois peindre ce que je lens !
(Par M. de Ch. * Y
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du 'Mercure précédent.
LE mor de la Charade eft Brilor ; celui de
l'énigme eft Souris ; celui du Logogryphe
eft Papier , où l'on trouve Pape, pie , té,
pari , Priape , air ( l' ) , repi , ire , pipe
pi , rape , pire.
DE FRANCE.
JE
CHARADE.
ON chante mon premier ,
On plante mon dernier ,
On mange mon entier.
(Par M. Chevalier de Meude Monpas.)
ENIGME.
E couvrois autrefois un cafque , un Chevalier;
J'étois une chaînette , ou de fer ou d'acier ;
Au temps préſent je fuis toute autre choſe.
(Quelle étrange métamorphofe ! )
Noir comme violet , en blanc , en incarnat、
J'habille Pontife & Prélat.
( Par M. de Bouffanelle , Brigadier des
Armées du Roi:)
LOGO GRYPHE.
JE dois le jour au Dieu Vulcain ;
Quoique toujours au même ufage ,
Je fers à maint & maint ouvrage;
Peut-être fuis-je fous ta main.
Faut-il plus pour que tu devines ?
MER CURE
から
J'ai fept pieds ; fi tu les combines ,
Tu dois trouver incontinent
Ce qui fe gonfle en trop courant ;
Un inftrument du jardinage ;
De la Nobleffe un témoignage ;
Un des quatre élémens ; un odieux détour ;
Ce que le chat pourfuit & la nuit & le jour ;
Ce qui fleurit en France & qu'à Londre on honore ;
Une fubftance pure & qui nous vint des cieux ,
Pour mettre l'homme au rang des Dieux ;
Un arbre aîlé qui peat verdir encore ,
Quand, vainqueur de l'Anglois , de l'envie & des flots,
Il ramène en nos ports à la fois deux Héros. *
Sans te mettre mon tout en tête,
Tu m'as deviné , je m'arrête.
(Par M. le Chevalier de Blair , Officier
au Régiment d'Aquitaine. )
* Allufion au retour de M. de Suffren en France , fus
le vaiffeau le Héros.
*
1
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait du Difcours fur
l'Univerfalité de la Langue Françoife.
ON avu Na vu que M. de Rivarol n'a pas porté
une analyfe affez neuve , affez profonde
dans le génie & dans le caractère de notre
langue. On peut lui reprocher auffi de n'avoir
pas peint nos grands Écrivains de manière
à repréfenter toute l'étendue de leur
gloire , à expliquer comment ils avoient
foumis une partie du monde à leur langue .
Bayle placa le doute aux pieds de la vérité,
Boffuet la mit elle - même aux pieds des Rois.
Le doute a difparu lorfqu'on voit la vérité
, & c'eft une image bien fauffe , que de
placer le doute aux pieds de la vérité qui le
fait difparoître. C'est bien mal repréſenter
auffi la majeſté du génie de Boffuet , que de
dire qu'il mit la vérité aux pieds des Rois :
il la fit tonner fur leurs têtes . L'imagination ,
accoutumée à trembler devant fon éloquence
, le regarde , en quelque forte ,
comme celui de qui relêvent les Rois & les
Empires.
Le grand Condé pleuroit aux vers du grand
Corneille , & Racine corrigeoit Louis XIV.
Pourquoi vouloir peindre tout le talent
de Racine par l'effet de cinq à fix vers de Bri64
MERCURE
tannicus , & par une anecdote tout au moins
incertaine ? Le mot fur Corneille eft beau ;
mais c'est un beau vers de Voltaire.
-Le grand Condé pleurant aux vers du grand Corneille.
. M. de Rivarol dit de Rouffeau : ce que
tout le monde aveit jufqu'ici enfeigné aux
hommes , il le commandoit , & fon imperieufe
éloquence fefaifoit écouter.
ཚོ”ན * .
Quelqu'un qui vouloit flatter M. de Buffon
( comme fi un grand Homme avoit befoin
de la flatterie ) lui difoit un jour : Tout ce
que Rouleau a dit pour engager les mères à
nourrir leurs enfans , vous l'avez dit avant
lui . Nous l'avons tous dit , répondit M. de
Buffon ; mais il n'appartenoit qu'à Rouſſeau
de le commander & de fe faire obéir.
On voit que la phrafe de M. de Rivarol
n'eft que le mot de M. de Buffon ;
mais ce mot eft fublime dans la bouche de
M. de Buffon , & il ne le feroit pas dans
celle de M. de Rivarol, quand il eût été le
premier à le dire . Il ne faut rien prendre à
perfonne , mais fur-tout il ne faut pas prendre
un trait de modeftie à un grand Hoinme.
M. de Buffon lui-même n'eft pas mieux
peint par M. de Rivarol.
N
Pour écrire l'Hiftoire grande & calme
» de la Nature , Buffon emprunte fes cou-
» leurs & fa majefté. Pour en fixer les épo-
» ques , il fe transporte dans des temps qui
» n'ont point exifté pour l'homme , & là
» fon imagination raffemble plus de faus
DE FRANCE. 65
» que l'Hiftoire n'en a depuis gravés dans
fes Annales ; de forte que ce qui tou-
93 choit pour nous aux ténèbres d'une éter-
» nité antérieure , fe trouve placé par lui
» entre deux fuites d'événemens comme
entre deux foyers de lumière . »
Il ne peut être vrai que l'imagination de
M. de Buffon ait raffemblé plus de faits que
l'Hiftoire n'en a gravé dans fes Annales. Il a
raffemblé beaucoup plus de fiècles qu'il n'y
en a dans toute l'Hiftoire connue du genrehumain
, & infiniment moins de faits que
dans la plus courte Hiftoire du plus petit
Peuple. Chacune des époques de M. de
Buffon préfente des milliers de fiècles & un
feul fait , on ne fait pas non plus pourquoi M.
de Rivarol borne le talent de M. de Buffon
a l'Hiftoire grande & calme de la Nature . M.
de Buffon fait la peindre dans les orages
comme dans le calme ; il en a les grâces
comme la grandeur. Il eft fublime & élevé
lorfqu'il parle du cheval & da lion ; il est
plein de grâces lorfqu'il parle du cigne , &
charmant lorsqu'il peint l'oifeau- mouche.
Ce qui caractérife même ce grand Écrivain ,
c'eft d'avoir autant de formes & de couleurs
que la Nature elle - même , qui eft infinie
dans la variété de fes couleurs & de les forme
. M. de Céruri a mieux parlé de M. de
Buffon ; il avoit déjà mieux dit ce que M.
de Rivarol femble avoir voulu dire d'après
M. de Céruti.
06
Avant lui l'Hiftoire Naturelle n'étoit
66
MERCURE
"
و ر
qu'une laborieufe compilation , une nomenclature
fuperficielle. Il en a fait une
» Science fublime , un Art créateur . Par fes
grandes idées il a rendu la Langue plus
éloquente , & par fes grandes images il l'a
" rendue plus poétique. Après nous avoir
appris à lire dans le centre du Globe , il a
voulu nous apprendre à lire dans la nuit
des temps . Il a pénétré dans les fiècles an-
» térieurs à tout ce qui exifte ; il a parcouru
" tout ce vafte efpace inhabité jufqu'ici par,
la penfée même : ainfi fes époques de la
» Nature ont fervi , fi ce n'eft à expliquer le
monde , da moins à l'agrandir. L'imagina-
» tion fe plaît à errer dans les déferts de
» l'infini. »
"
"
Cela eft vrai , net & grand ; cela n'eſt
pas indigne de M. de Buffon.
On eût defiré qu'un Difcours deftiné à
expliquer les caufes de l'univerfalité de la
Langue Françoife , eût donné l'exemple des
qualités précieuſes qui ont mérité cette
prééminence à notre Langue ; mais M. de
Rivarol , qui montre fouvent de l'efprit &
du talent, a très- rarement un bon ftyle. On
eft choqué à chaque inftant dans fon Difcours
du contrafte de l'idée qui eft métaphyfique
& de l'expreffion qui eft d'un faux
bel-efprit. M. de Rivarol paroît vouloir que
tout foit brillant dans le ftyle ; mais il faut
que tout éclaire , & non pas que tout
brille. Avec le projet de M. de Rivarol on
s'accoutume à ne regarder les chofes. que
DE FRANCE. 67
fous de petits rapports ; on les voit àfacettes ,
comme dit Mme de Sévigné ; on ne les
voit plus dans ces grandes faces fous lefquelles
le bon fens a coutume de confidérer
les chofes. Cet efprit mince & léger , dit M.
de Buffon , ces idées fi fines & fi déliées reffemblent
aux feuilles du métal battu , qui ne
prennent de l'éclat qu'en perdant de la folidité.
M. de Buffon juge que rien n'eft plus
contraire au talent d'écrire.
Il arrive fouvent à M. de Rivarol de pren
dre une analogie de mots pour une analogie
de chofes .
"
Il veut juſtifier la rime de nos vers , & il
'dit : Les Anciens n'avoient- ils pas la rime des
mefures comme nous la rime des fons ?
On ne fait pas ce que c'eft que la rime
des mefures. Les Anciens avoient le rhythmne,
& nous avons la rime ; mais entre les mots
rime & rhythme , il y a quelque rapport de
fons , & M. de Rivarol a voulu y trouver un
rapport de chofes qui n'y eft pas.
Il ne lui faut pas même une analogie de
mots pour fuppofer des analogies de choſes
qui n'exiftent pas.
La mufique eft cachée dans laparole comme
la danfe dans la marche ordinaire.
La même chofe en effer ; mais je vou
drois favoir comment les pas que fait un
Bourgeois en fe promenant aux Tuileries
cachent les entrechats & les pirouettes que
fait le jeune Veftris fur le Théâtre de l'Opéra ;
comment les paroles que prononce un
68 MERCURE
Avocat à l'Audience de fept heures cachent
les airs fi brillans & fi pathétiques que chante
Mme Todi ; en tout cas fi elles les cachent
elles les cachent très bien.
M. de Rivarol prétend que les Langues (e
corrompent par l'abus des mots figurés ; &
au moment même qu'il établit cette vérité ,
il fait cette phrafe : La trame de la perfidie ,
le creufet du malheur & les autres expreffions
de ce genrefont comme affifes à la porte de
chaque profeffion.
Des expreffions affi'es à des portes !
Paris devint le foyer des étincelles répandues
chez tous les Peuples de l'Europe.
Des étincelles partent d'un foyer & ne
peuvent pas former un foyer.
C'eft l'Angleterre qui avoit creujé ce vafte
baffin ( l'Encyclopédie ) où doivent fe rendre
les diverfes branches de nos connoiffances.
Le mot de bain réveille l'idée d'un ammas
d'eaux , le mot de branche réveille l'idée d'un
arbre : ce font là des images bien mal ailorties
, & le plus grand abus des figures confifte
dans les affociations de figures incohé
rentes.
Les vingt dernières pages du Difcours de
M. de Rivarol font prefque toujours écrites
de ce ftyle , & ce n'eft point là le ftyle qui a
fait la prééminence de la Langue Françoife.
•
Nous croyons que M. de Rivarol écriroit de
meilleur goût s'il écrivoit fes propres pensées
au lieu de tourmenter les penfées des autres.
Quand on emprunte des idées , on veut les
DE FRANCE. 69
rendre au moins d'une autre manière que
l'Ecrivain original , & on les rend d'un ftyle,
maniéré. M. de Rivarol auroit dû mettre
cette caufe parmi celles qu'il donne de la
corruption des Langues . Ce n'eſt pas que
nous lui reprochions , comme quelques pédans
, l'ambition de dire des chofes nouvelles
dans un Ayle nouveau. Tout homme qui
écrit doit avoir cette double ambition , &
toutes les deux conviennent à M. de Rivarol,
puifqu'il a de l'efprit , & puifqu'il a du talent
. On répète fans ceffe à notre fiècle d'imi
ter le fiècle de Louis XIV ; mais un fiècle ne
doit pas plus imiter un fiècle qu'un homme
ne doit imiterun homme. Dans la fucceffion
des âges , dans le progrès des lumières , on
prend néceffairement de nouvelles manières
de voir , de nouvelles manières de fentir ,
& les hommes de talent qui ont toujours
l'oeil attaché fur ces tableaux mobiles , doivent
en rendre les changemens dans leur ftyle,
Le ftyle de Tite-Live devoit être élégant ,
développé ; il étoit au moment de la naiffance
du bon goût & des lumières . Le ftyle
de Tacite devoit être ferré , profond , énergique
& audacieux ; il étoit au moment où
l'on fait un ufage plus hardi de la Langue ,
parce qu'on la connoît mieux ; où l'en réduit
en une vérité générale & profonde ane
multitude de vérités , où l'on refferre en une
phrafe ce qui a éré dit dans des pages , & en
one expreffion ce qui a été développé dans
des phrafes . Ce font deux Ecrivains de gé-
(
70 MERCURE
nie ; mais Tacite eft le génie d'un fiècle
où l'efprit général a fait plus de progrès.
Le Père Rapin trouvoit l'affectation de
la profondeur dans Tacite ; c'eft que le Père
Rapin , qui vivoit dans le fiècle de Louis XIV,
étoit dans le fiècle qui correfpond au fiècle
de Tite-Live. S'il eût vécu dans notre fiècle ,
qui correfpond davantage à celui de Tacite ,
il cût trouvé que la profondeur de cet Hiftorien
eft une profondeur naturelle , & n'a
rien d'affecté. Racine en jugeoit autrement
que le Père Rapin ; c'eft que Racine , comme
tous les Hommes de génie , voyoit au -delà
de fon fiècle , & qu'il devinoit , pour ainfi
dire , les manières de voir & de fentir qui
devoient être naturelles au nôtre.
Qu'on rapproche les grands Écrivains de notre
fiècle dont les talens font d'ailleurs les plus
divers , Montefquieu , Voltaire , Rouffeau ,
Buffon, &c. & c . , on leur trouvera à tous
quelque chofe de commun : une fagacité.
plus étendue qui ne fe contente pas de
faifir les chofes telles qu'elles font,mais qui
remonte aux caufes , qui pénètre dans les
effets ; l'art de rapprocher fans effort des
chofes que l'efprit humain n'avoit pas fongé
à confidérer enfemble : un certain mêlange
des vûes des fciences naturelles , du ton &
de la connoiffance du monde , de l'éclat &.
de l'imagination des Beaux Arts . Dans ce mêlange
le talent du ftyle a quelquefois perdu
de fa pureté , de fon élégance ; plus fouvent
encore il s'eft élevé à des beautés fupérieures
1
DE FRANCE. 71
& inconnues, & très - certainement l'efprit
humain s'en eft agrandi. Auroit on voulu
que Montefquieu eût pris Boffuet pour modèle
, & M. de Buffon Fénelon ? Mais alors
au lieu de quatre grands Écrivains nous.
n'en aurions eu que deux ; au lieu de
deux fiècles nous n'en aurions eu qu'un..
Non , le génie a fon modèle en lui-même ,
& ne va pas le chercher hors de lui : il peut
& il doit fe former fur les talens qui l'ont
précédé ; mais quand il s'eft formé , il ne
regarde que lui , & fes Ouvrages font des
copies éternelles de lui -même. Il eft des loix
& des qualités immuables pour le ſtyle , la
vérité , la convenance , la clarté , &c. &c.;
celles là doivent être les mêmes dans tous
les fiècles pour que le ſtyle foit bon : il en
eft de mobiles , pour ainfi dire , & qui doivent
changer avec les fiècles , fous peine de les
ennuyer tous telles font l'élévation , la
profondeur , la fineffe , la couleur , toutes
ces qualités qui conftituent proprement
le talent , & qui font qu'un ftyle n'eft
pas feulement bon , mais beau. C'est peutêtre
pour n'avoir pas fait affez nettement
cette diftinction entre ce qui doit être immuable
pour être bon , & ce qui doit varier
continuellement pour être beau , que des
Critiques qui ont du goût , mais un goût
tranfmis , ont attaqué les hommes fupérieurs
qui portent dans le ftyle des beautés & des
expreffions nouvelles : ils ont voulu profcrire
tantôt toutes les expreffions prifes des
72 MERCURE
-
effets & des merveilles des Beaux Arts , tantôt
toutes les expreflions empruntées aux
Sciences naturelles : ils défendo : ent à l'imagination
de puifer de nouvelles richeffes
dans ces mondes nouveaux découverts par
la Phyfique , & dans ces mondes enchantés
créés par l'imagination elle même ; & pour
condamner ainfi la poéfie & l'éloquence à reftertoujours
emprifonnées dans le même monde
, tandis que les Sciences s'empa : ent tous les
jours de mondes nouveaux , au défaut de rai- .
fons, on a donné des autorités imposantes ; on
a dit , toutes les images d'Homère font puifees
dans les beautés de la Nature exposées à tous
les regards ; pour être fublime , ce génie exfraordinaire
placé au milieu des Beaux-
Arts comme le Créateur au milieu des
mondes , n'a befoin que de peindre ce que
vous avez fous les yeux ; & on ne voyoit
point qu'il étoit difficile que cela fût autrement
, puifque du temps d'Homère , de toute
la Nature il n'exiftoit encore pour l'homme
que ce qui s'offroit aux yeux les plus ignorans
; que les Sciences naturelles n'exiftoient
point encore , & que les Beaux - Arts
fembloient attendre Homère pour naître
fous de fon génie. On n'a point vû qué du
temps d'Homère tout le monde ne voyoit
point ces beautés fimples expofées aux
yeux de tout le monde; & que ces belles
peintures du Poëte , ces tableaux fublimes
des mouvemens de la mer Égée fur les côtes
de l'Afie mineure , des feux du ſoleil coutachant
DE FRANCE. 73
chant & de l'aurore boréale projetés fur les
fommets de l'Olimpe , fur les demeures des
Dieux , éto ent , pour ainfi dire , des découver
tes d'Hiftoire Naturelle pour un fiècle auffi
ignorant que celui d'Homère. Quelle trifteffe
en effet , quel ennui au milieu même des
beautés de l'empire des Arts , fi , tandis que
les fiècles amènent fans ceffe de nouveaux
changemens & dans la Nature & dans notre
manière de la voir , & jufques dans nos paffions
même , le génie des Arts , enchaîné
d'antiques modèles , les reproduifoit toujours
fans jamais rien reproduire & des
fpectacles, & des opinions, & des générations
nouvelles qui paffent fur la terre ! Nous
croyons donc que M. de Rivarol mérite plutôt
des éloges que des reproches lorsqu'il
cherche le nouveau ; nous croyons que tour
homme d'un vrai talent doit avoir le fentiment
qui a dicté l'un des plus jolis vers
de La Fontaine :
H nous faut du nouveau , n'en fût-il plus au monde.
( Cet Article eft de M. Garat. )
Nº. 33 , 13 Août 1785.
74
MERCURE
LES Lunes du Coufin Jacques , Ier . Ne.
Avec cette épigraphe :
D'abord il s'y prit inal , puis un peu mieux , puis bien ,
Puis enfin il n'y manqua rien. La Fontaine.
Abonnement pour Paris , 18 liv . , pour
la Province 21 liv.; chaque Lune prife
féparément , liv. 16 fols , petit in- 12.
beau papier ; le Ier. No. eft de 200 pages.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire de
MONSIEUR , Pont Notre - Dame , Nº. 23 .
C'EST un Auteur bien original , que le
Coufin Jacques; il a un genre qui n'eſt qu'à
lui , & un genre très drôle. J'ai déjà rendu
compte de fes premières folies dans le N ° .
du 22 Janvier de cette année ; je n'ai point
fait grâce à les défauts , en obſervant toutes
fois que les defauts même ne pouvoient empêcher
fes facéties de trouver beaucoup de
partifans. En effet , ceux qui aiment à rire
s'amufent volontiers des faillies d'un jeune
Écrivain qui plaifante à tort & à travers ;
& pourvu que dans fon badinage il mette
de l'efprit & de l'enjoûment ( deux qualités
dont le ciel a pourvu abondamment le
Coufin Jacques , ) ils lui font grâce du refte.
On a pu très -bien dénommer les Petites
Maifons du Parnaffe une orgie d'efprit. Cette
expreffion femble caractériſer affez un Livre
fans plan , fans ordre , où une tirade de vers
DE FRANCE.
75
1
agréables fuccède à un morceau de profe
triviale , à une réflexion folide une pensée
extravagante .
Le premier N°. des Lunes vaut mieux que
les premières Brochures du Coufin Jacques.
Sa plume evite les écarts qu'elle s'étoit permile
autrefois. Les différentes Pièces de vers
qui ont paru de lui dans les Journaux depuis
un an , ont été diftinguées de tant de Pièces
auffitôtoubliées que publiées.Beaucoup moins
de trivialités , plus d'amertume , plus de ces
difparates choquantes qui donnoient de l'humeur
au Lecteur que la gaîté de l'Auteur
avoit mis en train de rire. Si le Coufin s'ekt
encore permais quelques plaifanteries un peu
bouffonnes , c'eft avec plus de réſerve . Ses
vers font plus foignés , fa profe eft plus
chariée ; car d'ailleurs on fait que fon ftyle
ne pêche point par le défaut de naturel.
Entre-autres bagatelles originales , telles
que la Vie de Mlle Mirliflore , la relation
d'un Hermite de Paris à M. le Duc de.....
&c. &c. j'ai diftingué fur- tout la Converfation
du Coufin avec un des arbres du Jardin.
du Roi ; il y a long-temps que je n'ai rien lû
écrit avec autant d'efprit & d'originalité.
Il y a des détails piquans & de la fatyre
gaie dans les Dépêches d'un Clerc de Procureur
de la rue S. Jacques , à fon père gros
Marchand de la rue S. Denis . Il faut avouer
que , grâce aux influences de la Lune , le
Coufin donne à fes farcalmes une tournure
Dij
76
MERCURE
qui porte coup d'autant plus sûrement qu'il
paroît y mettre moins de prétention.
Le Conte de Monfieur l'Amoureux eft
plein de variété & d'intérêt . C'est un effai
que l'Auteur public avce une défiance d'autant
plus louable , que M. Imbert a depuis
long- temps accoutumé les Lecteurs à être
très difficiles à contenter en ce genre ,
comme le Coufin le lui fait entendre luimême
dans un Envoi qui termine ce Conte.
S'il eft un Conteur agréable ,
-
C'eſt vous , mon maître , affurément,
Mais on peut être fupportable
Sans égaler votre talent .
Aux loix de la gaîté fidèle
J'ai rifqué ce premier accès.
Je ferois plus sûr du fuccès
Si je vous prenois pour modèle.
J'aurois trop à faire s' falloit indiquer ici
tout ce qu'il y a de plaifant & d'original
dans ce volume. It eft plus fimple d'y renvoyer
les Lecteurs , en les affurant qu'ils
trouveront dans cette production attrayante
par le fel dont elle eft affaifonnée , autant
que par la fingularité qui la caractériſe , de
quoipaffer des momens agréables.
Le Coufin a déjà été encouragé par des
Gens de Lettues , & en particulier par M.
l'Abbé Aubert , qu'il a remercié par les vers
ingénieux que l'on va lire.
DE FRANCE.
77
AIR: Pour la Baronne.
POUR tes Affiches ,
Le bon goût dicte des extraits."
Ce ne font point des fleurs poftiches.
Le Pinde en fait éclore exprès
Pour tes Affiches .
DANS tes Affiches
Fais fouvent parler Apollon .
Orne-les de tes hémiſtiches ;
Rien ne nous femblera trop long
Dans tes Affiches .
DE TES Affiches
Naît chaque jour nouveau plaifir.
Auffi jamais tu ne nous triches .
Chaque jour accroît le defir
De tes Affiches.
QUE tes Affiches
Parlent de mes foibles effais ;
Mon Libraire & moi ferons riches ;
Car rien ne vaut plus de fuccès
Que tes Affiches.
En un mot , il cft certain que le Coufin à
un genre & un genre très- plaïfant dans toute
la force du terme ; & ceux à qui ce genre
plaira feront peu affectés des déclamations
déplacées d'un Cenfeur auftère , qui veut ramener
tout à fon caractère férieux , qu'aucuns
nomment ennuyeux .
Diij
78
MERCURE
"
وو
و ر
"
ce
VARIÉTÉ S.
Lettre de M. Thomas à M. de Lacretelle.
A Nice , ce 6 Février 1785.
JE
E vous remercie bien véritablement ,
Monfieur , de ne m'avoir point oublié à la
diftance où je fuis de vous , & de m'avoir
» fait tenir un Ouvrage auffi précieux que le
» vôtre. Je l'ai lû avec le plus vif intérêt.
Sagacité d'efprit , fineffe de vûes , jufteffe
» dans les idées , humanité dans les fenti-
» mens , pathétique dans tous les morceaux
qui en étoient fufceptibles , expreffions
heureuſes , nobleffe à - la -fois , & fageffe
» dans le ftyle , voilà ce qui m'a frappé d'un
» bout à l'autre de ma le&ture . Par- tout vous
» occupez , vous fixez l'attention , vous in-
» téreffez l'âme , & l'Ouvrage le plus utile
» eft en même temps un Ouvrage très -agréa-
» ble . On aime & l'on chérit celui qui voit
» & difcute ainfi nos préjugés , & les maux
qu'ils nous caufent.
"
"
"
" Votre premier Difcours eft une hiftoire
piquante , faite , pour ainfi dire , fur des
» matériaux qui n'exiſtent pas , mais à qui
» vous donnez , en les créant , toute la vraifemblance
qui repréfente à nos yeux la
» vérité. Vous ralliez l'hiftoire d'une opinion
» à celle des fentimens naturels de l'homme ,
ور
DE FRANCE. 79
"
"
» & à celle des loix & des ufages de nos
temps barbares , qui ont dû la faire naître.
Vous faites parfaitement voir comment
» elle a dû ſurvivre aux cauſes mêmes qui
» l'ont produite , & qui en partie ne ſubſiſ-
» tent plus. Cette marche heureufe & ce
développement pourroient s'appliquer à
l'hiftoire de prefque toutes nos opinions
» & de nos préjugés modernes , qui , nés
» dans l'ignorance , fe confervent avec nos
» lumières , nés dans la barbarie , reftent
» encore dans l'état de civiliſation , & of-
» frent chez tous les Peuples de l'Europe un
» mélange bizarre & un contrafte fingulier
∞
n
30
d'ufages , de vices , d'erreurs , de vertus ,
» de connoiffances & de loix qui fe com-
>> battent. Nous reffemblons dans notre
» marche à ce ferpent de la fable , qui , avec
» une feule tête , a pu ailément franchir .
d'une partie de fon corps les buiffons qui
l'arrêtoient , mais dont les cent queues
pliées & repliées de mille manières font
» reftées dans les brouffailles , à travers lefquelles
elles n'ont pu paffer. Il faut le délivrer
de cette partie de lui même pour
qu'il puiffe continuer fa route .
99
ور
"3
و د
33
33
" Votre fecond Difcours prêtoit plus à
l'éloquence , & vous en avez tiré un grand
» parti. J'aime fort le morceau où vous pei-
" gnez fi bien l'efpèce de terreur avec laquelle
un jeune homme , rejeté juſqu'alors
» du fein d'une famille , & qui ne répon-
» doit que de lui - même à la fociété , en re-
ود
Div
So MERCURE
» trouvant ou redemandant à la loi des pa-
» rens va déformais entrer en partage de
» tous les hafards de fletriffure & d'infâmie ,
"
>
à laquelle un préjugé barbare peut l'affo-
» cier. Cette idée est belle & vraiment élo-
» quente. Et l'hiftoire de cette famille malheureuſe
, dont le crime d'un feul a détruit
les vertus , le bonheur & les talens !
» Et ce jeune homme fi intéreffant & né
» pour les vertus , qui , échappé du pied de
l'échafaud d'un père , pauvre & orphelin ,
implore la pitié , & repouffé de toutes
parts par l'horreur & le mépris , & dont
» l'âme dégradée devient féroce , pour fe
» venger d'une fociété féroce qui le repouffe
& le rejette hors de fon fein ! Il eft impoffible
de peindre avec plus de chaleur
» & de force les effets terribles du préjugé,
c'eft les mettre en drame & en action ; ce
qui eft bien plus puiffant fur les efprits
» que tous les raifonnemens du monde. Jamais
la Logique n'a déraciné un feul préjugé
, ni une opinion populaire : il fant
» ébranler l'âme & l'imagination , comme
❤ vous avez fait.
t
33
"
» Je retrouve le même caractère & le
même genre de beautés dans plufieurs
» morceaux du troisième Difcours , fur- tout
» dans celui où vous faites voir comment
les loix fe font , pour ainsi dire , rendues
» les protectrices du préjugé , & ſe font al-
» fociées à lui par la barbarie des fupplices.
Il y a là une peinture effrayante , & unè
23
DE FRANCE, 81
29
"
"
و د
ور
"
réclamation bien noble de l'humanité dans
"
la punition même du plus grand des cri-
≫mes. Ce morceau étoit difficile & envi-
» ronné d'écueils , & vous avez fu les éviter
» avec beaucoup d'art . Le fentiment qui
» vous anime vous fert de fauve- garde ; &
» vous couvrez , pour ainsi dire , de toute
la pitié du genre- humain , celle que vous
infpire un monftre même. Le morceau de
la fin , & cette famille défolée que vous
» amenez aux pieds du trône , préfentent
» un tableau doux & touchant , & l'emploi
" le plus attendriffant de l'autorité royale.
Je regarde , Monfieur , l'enſemble de ces
» trois Difcours comme un des meilleurs
Ouvrages que nous ayons , & par fon utilité
& en même-temps par l'exécution .
» Vous vous êtes défendu par - tout de cette
exagération qui reffemble elle même à un
préjugé, & qui par - là même eft moins proà
le combattre.Vous avez par-tout cette
mefure qui ne met jamais en défiance celui
» qui écoute contre celui qui parle . Je vous
» remercie & pour moi , & pour la nation ,
& pour les malheureux à qui un fi bon
» Ouvrage ne peut manquer d'être utile . Il
» doit fixer les regards du Public , & peutêtre
réveiller ceux du Gouvernement fur
» l'effet d'une opinion qui , comme vous
le remarquez fort bien , ne doit point être
» anéantie tout - à- fait , mais modifiée & con-
» duite par la juſtice .
33
"
R
» pre
"
ور
"
93
"
"
Les autres morceaux que vous avez
D v
82 MERCURE
39.
ور
29
39
réunis dans le même volume , font tous
intéreffans par les vûes du bien public , &
la philofophie éclairée que vous mêlez à
la difcuffion de nos Loix . Vous raffermiffez
l'alliance des Loix avec la Politique &
la Morale. Vos réflexions , fur tout fur la
» réforme de nos Loix criminelles , me pa-
» roiffent une table excellente des grands
objets qu'il y auroit à examiner & à traiter
» dans cette partie. Cette table , fi courte ,
eft comme ces éclairs qui découvrent dans
» la nuit un vafte horizon .
"
ود
n
93
ود
Encore quelques Ouvrages pareils ,
» Monfieur , & vous aurez la réputation
folide & bien méritée d'un excellent efprit
& d'un de nos bons Écrivains ... Adieu ,
» Monheur , je vous embraffe & vous remercie
de nouveau . Agréez ma reconnoif-
» fance & mon inviolable attachement. »
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé THOMAS.
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE. *
LE Mardi 26 Juillet , on a repréſenté pour
la première fois fur ce Théâtre , un Ballet
* L'Homme de Lettres qui fe chargeoit habituellement
de cet Article , ne pouvant plus y donner
fes foins , il fera fait à l'avenir par un nouveau Rédacteur.
DE FRANCE. 83
Pantomime en trois Actes , intitulé le premier
Navigateur ou le Pouvoir de l'Amour
de la compofition de M. Gardel l'aîné.
On connoît le Poëme de Gefner qui porte
ce titre; il a fourni fans doute à M. Gardel
l'idée de fon Ballet ; mais pour tirer parti
de ce fujet , il a dû y changer tant de chofes
qu'on peut le regarder comme entièrement
de fon invention . Voici quel en eft le
canevas.
Plufieurs Bergers prétendent à la main de
Mélide. Un feul a touché fon coeur : c'eft
Daphnis. Ils ont tous déposé à la porte de
cette Bergère leurs houlettes chargées des
préfens qu'ils lui deftinent. Mgées des
arrive
avec la mère, & voit ces préfens avec l'embarras
modefte d'un jeune coeur qui n'oſe ſe
déclarer. Reftée feule elle examine de plus
près ces houlettes , & cherche à reconnoître
celle de fon amant. La vive émotion qu'elle
éprouveen examinant une guirlande lui perfuade
qu'elle vient de Daphnis : c'eſt en effet
l'offrande de ce Berger qui l'épioit & qui
failit adroitement les deux bouts de la guirlande
, dans laquelle Mélide fe trouve enchaînée.
Ce joli tableau , qui amène un doux
aveu , forme un pas de deux très - agréable.
Semire , mère de Mélide , veut cependant
faire un choix pour fa fille. Le hameau
s'affemble , les Bergers prétendans fe défient
à différens jeux , & Mélide doit être le
prix du vainqueur. Ces jeux font l'exercice
du javelot , la lutte & la danfe. L'Auteur a
D vj
84
MERCURE
fagement retranché une joûte d'inftrumens
qui , malgré le choix agréable d'une fymphonie
concertante de M. Goffec , jetoit du
froid fur la fcène . Nous n'en parlons que
parce que le Programme imprimé annonce
ce Concert.
On juge bien que Daphnis l'emporte en
tout fur les autres Bergers , & qu'il obtient
la main de Melide . La joie des deux amans ,
partagée par tous les habitans du hameau ,
s'exprime par des danfes qui terminent le
premier Acte.
Au fecond , le Théâtre repréfente fur l'un
des côtés le portique du Temple de l'Hymen
; de l'autre un bocage agréable dans
lequel est une ftatue de l'Amour ; la mer
dans l'enfoncement . Les deux amans , accompagnés
de tout le village, font leur offrande à
l'Amour , leur prière à l'Hymen , dont le
Temple s'ouvre. Il en fort de jeunes Paranymphes
& des Prêtres portant un autel.
On unit Daphnis & Mélide. A l'inftant une
tempête épouvantable s'élève du côté de la
mer. Le ciel & la retre ébranlés vomiffent
des feux qui difperfent tous les malheureux
habitans ; le Temple , qui leur fert d'abord
de refuge , frappé de la foudre , n'eft plus
pour eux un afyle affuré. Daphnis s'occupe
à la fois de Mélide & de fa mère ; la violence
des feux fourerrains les fépare , les
empêche de fe rejoindre. Mélide égarée fe,
trouve fur une partie du Continent que les
flots inondent & féparent ; ils forment
DE FRANCE. S$
déformais une barrière impénétrable entreelle
& fon amant .
Le calme revient fur la terre , mais non
dans le coeur de Daphnis , qui , privé de ce
qu'il aime , incertain fur fon fort , fe livre
au plus affreux défefpoir. Il refuſe tout
fecours , toute confolation . Emporté par un
égarement qu'il réprouve à l'inftant même ,
il repouffe jufqu'à Sémire , qui s'évanouit ,
& qu'on emporre au loin. Morphée defcend
, répand les pavots fur Daphnis , fans
pourtant calmer entièrement l'agitation de
fon âme. L'Amour paroît auffi , & touché
de fa peine , il lui montre dans un fonge ,
vifible aux yeux des Spectateurs , la nouvelle
Ifle où fon amante implore fon fecours , &
une barque dont la voile porte une infcription
qui lui indique l'ufage qu'il en doit
faire. Le fonge fe diffipe ; il fe réveille , &
voit avec autant d'étonnement que de joie
cette même barque fur le rivage. Malgré
tous les amis , malgré Sémire même qui ſe
jette à fes genoux pour le détourner de cette
entreprife , il s'embarque , & laiffe tous les
habitans effrayés du danger qu'ils lui voient
courir.
Au troiſième Acte , Mélide eft feule dans
l'Ifle. Ses gémiffemens expriment fon effroi.
Elle parcourt le nouveau fejour qu'elle habite
pour chercher s'il eft quelques . moyens
d'en fortit . Au moment où elle quitte la
Scène , Daphnis paroît . Ses plaintes font retentir
les échos. On y répond ; il vole du
86 MERCURE
côté où la voix s'eft fait entendre . Mélide
accourt de fon côté vers celle qu'elle a entendue
; elle appelle à fon tour , Daphnis
répond ; enfin les deux amans fe réuniffent.
On conçoit leurs tranfports , qui ne font
interrompus que par l'expreffion de leur reconnoiffance
envers l'Amour . Mais Melide
fe reffouvient de fa mère ; elle veut l'aller
retrouver dans cette même barque`malgré
les inftances de fon amant , lorfqu'au milieu
de l'Ifle s'élève un Temple , c'eft celui de
Vénus. Cette Déeffe defcend , & l'Amour
arrive en amenant Sémire & tout le hameau
dans des barques galantes. Vénus donné à
cette Ifle le nom de Cythère , & confacre
au fervice de fon Temple Mélide & fon
amant. Cette cérémonie & la joie des nouveaux
habitans terminent ce Ballet par un
divertiffement où fe joignent des Faunes ,
des Bacchantes & toute la cour de Vénus.
Cette Pantomime , qui a un très - grand
fuccès , & qui le mérite , ajoute encore ,
s'il eft poffible , à l'idée qu'on avoit des
talens de M. Gardel l'aîné . Le fujet eft
fimple , facile à faifir , l'intérêt en est trèsbien
gradué; lors même qu'il n'eft pas encore
établi , comme au premier Ae , des
tableaux charmans le remplacent. Les airs
font choifis avec infiniment de goût &
d'efprit.
Nous rapporterons , plutôt comme obfervation
que comme critique , un fentiment
qui nous a paru affez général . En apDE
FRANCE. 87
prouvant l'idée du fonge dans lequel l'Amour
montre une barque à Daphnis , on ne voudroit
pas qu'à fon réveil cette barque fe
trouvât toute faite fur le rivage . Si c'eſt un
préfent des Dieux , dit-on , Daphnis peut s'y
livrer fans crainte , & dès - lors il n'excite
plus d'intérêt. On defireroit que fon génie ,
excité feulement par le fonge, lui infpirât à
fon réveil l'idée d'abattre un arbre creufé ,
en fe faifant aider s'ille faut par fes amis ,
d'en former un frêle canot dans lequel on
ne pourroit le voir entrer fans frémir. Alors ,
dit- on , les alarmes qu'il infpire feroient juftifiées
; peuvent- elles exifter avec une protection
fi viſible de la part des Dieux ?
C'eſt à M. Gardel à juger lui-même de
cette idée. Le Public en prévoit bien l'effet ;
mais l'Auteur feul peut décider fi elle eſt
praticable.
On n'a point l'idée d'une exécution plus
parfaite que celle de ce Ballet. On fait avec
quelles grâces , quelle fineffe , quelle vérité
Mlle Guimard remplit tous les rôles dont
elle eft chargée ; elle donne à celui de Mélide
une décence , une modeftie au premier Acte ,
& un intérêt dans les autres qui attachent
l'âme des Spectateurs à tous fes pas. M. Veſtris
, dont on connoît la fupériorité dans la
Danfe proprement dite , n'en montre pas
moins dans la Pantomime. Deux momens
furtout nous paroiffent dignes des plus
grands éloges ; celui du fonge , où l'agitation
de fon âme, très différente de celle qu'il éprou
88 MERCURE
voit éveillé , laiffe diftinguer l'égarement du
fommeil ; & celui où dans fon délire il repoufle
Sémire avec fureur , & tombe au
même inftant à fes genoux pour lui demander
pardon de fa dureté . Ces endroits nons
femblent préférables à l'expreffion même du
défeſpoir ; non que M. Veftris ne l'air trèsbien
rendue , mais nous croyons que les paffions
violentes n'exigent , pour être bien exprimées
, que de l'énergie , de la fenfibilité
naturelle , & que ces qualités font moins
rares que la fineffe & la profondeur de conception.
Mlle Maffon a rempli le rôle de Sémire
avec beaucoup d'intelligence & d'intérêt.
Nous ne parlerons pas des autres perfonnes
employées dans le divertiffement ; leurs talens
font au- deffus d'éloges (econdaires .
Les décorations & la tempête font honneur
aux Artiſtes qui les ont exécutés. On
a trouvé la mer beaucoup plus vraie que ce
qu'on avoit vû juſqu'à préſent. Peut - être
cet effet & celui des nuages qui amènent
Porage font ils encore fufceptibles d'un
degré de perfection qu'on doit attendre des
grands talens de M. Boulay.
·
DE FRANCE.
$ 2
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 2 de ce mois , on a donné la
première repréſentation des Aveux Imprévus
, Comédie en trois Actes & en profe.
-
Léonore & Dorville font fur le point de
s'époufer ; leur hymen eft un mariage de
convenance arrangé par le Baron , père de
Léonore , & par Lilimon , oncle de Dorville
: celui - ci même a très indifcrétement
prêté les mains à ce projet , mais il
s'en repent. Devenu amoureux de Sophie ,
jeune orpheline élevée dans la mailon du
Baron , & tendrement attachée à Léonore ,
il veur , avant d'obéir à fon oncle , favoir
s'il n'a pas eu le bonheur de plaire à
celle qu'il aime. En conféquence il écrit
un billet qu'il charge fon valet Pafquin de
faire remettre à Sophie par Finette , femmede
chambre des deux Demoifelles. La
difficulté eft de gagner Finetre : le don d'une
bourfe lève tous les obftacles , & la Soubrette
, fous le prétexte de demander à Sophie
ce qu'elle penfe d'une lettre qu'elle a , dit- elle ,
copiée dans un Roman nouveau , lui remet
celle de Dorville. Sophie n'a point été infenfible
au mérite du jeune homme ; elle l'aime
-
* Cet Article & celui de la Comédie Françoife
continueront , comme par le paffé , d'être rédigés
par M. de Charnois .
90% MERCURE
en-fecret ; la lecture de fon billet lui infpire de
la joie & de la douleur ; mais elle fe promet
de ne pas être ingrate , & de facrifier fa tendreffe
au bonheur de Léonore. Cependant
un M. de Floricourt , ami de Dorville ,
homme d'un caractère tranquille , propre
à fe plier à toutes les circonstances , aimant
à fon aife & fans paffion , avoit eu
des vûes fur la fille du Baron ; mais voyant
la place occupée par Dorville , il s'eft rejeté
fur Sophie ; en conféquence il lui fait
une déclaration qui n'eft pas agréablement
reçue. Il ne fe défefpère point ; il attend.
Quelque temps après il furprend Sophie &
Dorville dans une converfation très-vive. Il
croit que c'eft
pour lui que
fon ami
parle
avec tant de chaleur. La manière équivoque
dont il s'explique fait croire à la jeune perfonne
que Floricourt eft le confident de
Dorville ; elle fe retire en laiffant malgré
elle éclater fon dépit , & en fe plaignant
d'être la victime d'une indifcrétion malhonnête.
Dorville eft au déſeſpoir . Floricourt ,
qui prend toujours le change , conſole ſon
ami , & le tire de l'inquiétude où il étoit
d'avoir été entendu , en le remerciant de fon
zèle. C'est toujours avec la même préoccupation
que Floricourt parle de Sophie à
Finette dans la Scène fuivante ; mais un
mot mal -adroitement lâché lui donne des
foupçons , & lui fait enfin connoître qu'il a
un rival. De ce moment les deux perfonnages
jouent au fin l'un contre l'autre , & fe
DE FRANCE. 91
quittent en fe flattant réciproquement de
s'être trompés. Enfin , la Soubrette arrache
à l'orpheline l'aveu de fon amour pour Dorville
; elle s'imagine que pour mettre ordre .
au trouble qui commence à naître dans la
maiſon , & pour éviter de plus grands maux
il fuffit d'inftruire le Baron de la paffion de
Dorville pour Sophie. Le Baron s'indigne ,
il regarde cette paffion comme une infulte
faite à Léonore & à lui même ;
il perfifte à vouloir que le mariage projetté
foit conclu : Lifimon eft du même avis . Pendant
que tout cela fe paffoit , on a vû Floricourt
aux pieds de Léonore , qui ne paroif
foit pas indifférente à fes galanteries. Dorville
efpère que cet incident peut tout arranger
; mais Floricourt , qui a été la dupe de
Dorville , lui annonce malignement que fa
déclaration à Léonore n'étoit qu'un jeu concerté
entre elle & lui afin d'eveiller fa ja-
Toufie . Enfin , le Baron & Lifimon arrivent
pour tout terminer. Combat de générosité
entre les deux amies , qui ne peuvent confentir
à être heureufes aux dépens l'une de
l'autre ; attendriffement de la part des vieillards
; double union de Sophie avec Dorville
, & de Floricourt avec Léonore.
Cet Ouvrage eft ou d'un très jeune homme
ou d'un Auteur très- récemment entré dans
la carrière Dramatique. Rien ne motive fon
titre ; car tous les aveux qui s'y font , loin
d'être imprévus , font au contraire tous prévus
, ou au moins preffentis. L'action ne
92 MERCURE
manque pas de raifon , mais elle eft lente &
un peu froide ; elle eft d'ailleurs chargée
d'incidens dont le choix n'eft pas toujours
heureux , & de perfonnages dont l'utilité
n'eft point affez apparente. Nous ne parlons
pas de ceux de Lifimon & du Baron ;
leur préfence fert à établir les bienséances ,
& fauve leur foibleffe ; mais qu'est - ce que
Léonore? aime-t elle ou n'aime-t - elle point ?
confent- elle à époufer Dorville par inclination
ou par obéillance ? Rien ne le dit. Cette
jeune perfonne n'éprouve aucun trouble ,
aucune contrainte ; paffive par - tout , dans
aucune fituation elle n'eft agiffante , &
Béanmoins il eft queftion d'un hymen qui
doit faire le bonheur ou le malheur de la
vie. Le caractère de Floricourt feroit trèscomique
s'il étoit mieux prononcé , mais il
n'eft qu'indiqué. Le moyen dont fe fert
Finette pour remettre à Sophie la lettre de
Dorville eft au moins hafarde ; il fuppofe
entre cette jeune perfonne & la Soubrette
une familiarité blâmable , furtout aujourd'hui.
Les femmes -de- chambre confidentes
ne font pas rares dans la Société ; mais elles
n'y portent pas le nom de confidentes , &
on les a barnies du Théâtre par des raisons
de décence. Chez les femmes honnêtes ,
principalement auprès des Demoifelles bien
nées , les Suivantes ne font que des Domeltiques
, & l'on ne voit point entre les unés
& les autres ce ton de liberté dont notrę
Scène a long-temps offert des modèles trop
DE FRANCE.
93
+
dangereux pour les moeurs . Le ton de l'ancienne
Comédie , il faut le dire , a quelquefois
égaré les Auteurs modernes fur la
peinture des ufages exiftans. Nous glifferons
fur les détails ; nous demanderons feulement
à l'Auteur pourquoi il a répété les
lieux communs dont nos vieilles Comédies
font pleines fur Fidifcrétion des femmes ?
Tout cela eft ufé , rebattu , & même trivial.
Voilà beaucoup de critiques , nous en
pourrions faire davantage ; nous nous arrêtons
, parce que l'Auteur paroît mériter
qu'on lui propofe des avis , & non pas
qu'on lui , donne du chagrin . Nous avons
remarqué dans fa Comédie des Scènes
bien apperçues , & dont l'intention eft
vraiment comique. On voit qu'il y manque
de l'expérience & de l'habitude ; mais
on y voit auffi un fonds de talent qui donne
des efpérances & qui infpire de l'intérêt.
Nous invitons l'Auteur à mieux approfondir
ſes ſujets , à éviter la prolixité ; nous
croyons , après cela , qu'il ne lui fera past
très-difficile d'obtenir des fuccès .
ANNONCES ET NOTICES.
GRAMMAIRE RAMMAIRE des Dames , où l'on trouvera des
Principes sûrs & faciles pour apprendre à orthographier
correctement la Langue Françoife , avec les
moyens de connoître les expreflions provinciales ,
de les éviter & de prévenir chez les jeunes Demoi94
MERCURE
felles l'habitude d'une prononciation vicieufe ; par
M. de Prunay , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis . Prix , 2 liv. 10 fols broché.
A Paris , du fonds de Lottin l'aîné , chez Eugène
Onfroy , Libraire , rue du Hurepoix , près du Pont
Saint Michel.
ANALOGIE de l'Electricité & du Magnétifme.
ou Recueil de Mémoires couronnés par l'Académie
de Bavière , avec des Notes & des Differtations nouvelles
, par M. J. H. Van Swinden , ci- devant Profeffeur
à l'Univerfité de Francquer , actuellement
Proteffeur de Phyfique & de Mathématiques à Amfterdam
, Membre de plufieurs Académies , & c. ,
3 Vol. in 8 ° . Prix , 12 liv. A la Haie , aux dépens
de la Compagnie ; & fe trouve à Paris , chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques .
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qui compofent ce Recueil eft devenue plus curieufe
& plus intéreffante que jamais. Ces différens Ouvrages
ne pourront être lus qu'avec fruit , & les
Notes dont ils font accompagnés doivent beaucoup
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RECUEIL chantant , avec Accompagnement de
Harpe ou Forte Piano & une Flûte obligée , dédié à
M. le Comte de la Batecque , par M. Muffard ,
Maître de Flûte. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris , rue
Aubry-le- Boucher , maiſon du Marchand de Vin ,
& aux Adreffes ordinaires de Mufique. 1
M. Muffard a mis à contribution les plus habiles
Compofiteurs tant étrangers que nationaux il en a
tiré les Airs les plus neufs & les plus agréables : en
un mot , ce Recueil , fait avec goût , doit plaire aux
Amateurs, & principalement à ceux pour qui la Mufique
n'eft qu'un délaffement d'affaires plus importantes.
DE FRANCE.
9 ད
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Détails des Jardins Pittorefques du Défert près
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Paris , chez le fieur Lerouge , Ingénieur - Géographe
du Roi , rue des grands Auguftins . Ce Recueil fait
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Amboife , Pair de France , &c. A Paris , chez Lichomme
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d'Eftampes , rue de Froidmanteau , & à Versailles ,
chez Blaifot , Libraire . Prix , 1 liv. 4 fols.
PORTRAIT de M. Necker , ancien Directeur-
Général des Finances , deſtiné à être mis à la tête
de fes Ouvrages , in- 8 ° . gravé d'après le Tableau-
Original de M. Dupleffis , Peintre du Roi , par
Auguftin de Saint-Aubin , Graveur du Roi & defa
Bibliothèque. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Prouvaires , nº. 54.
On a fait tirer quelques Epreuves de ce Portrait
fort bien gravé & fort reffemblant dans le format
in- 4° . dont le prix eft de 3 liv . Celui de l'in- 8 ° . eſt
I liv. 10 fols.
REPRIMANDE Maternelle , gravé d'après de
Peters , Peintre du Roi de Dannemarck , par Chevillet
, Graveur de Sa Majefté Impériale & Royale .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Maçons , nº . 14.
Cette Eftampe repréfente une Mère grondant fa
Fille , qui lâche fous fon tabellier une poupée dont
on voit fortir la tête ; d'autres enfans complettent
le Tableau , qui a de l'effet & de la vérité.
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96 MERCURE
-
Opéras & Opéras Comiques pour deux Clarinettes ,
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port franc par la pofte . Numéros 28 & 29 du
Journal de Harpe , par les meilleurs Maîtres. Prix ,
féparément 12 fols. Abonnement pour cinquantedeux
Livraifons Is livres port franc. A Paris , chez
Leduc , Marchand de Muſique , rue du Roule , à la
Croix d'or , nº. 6.
Fautes à corriger dans le dernier Mercure , Article
Nécrologie.
Page 36 , ligne 7 : De nous avoir développé les
fecrets d'un Art enchanteur ; lifez , de nous avoir
apportédes lumières fur un Art enchanteur.
Pages 37 & 38 , lignes 37 & première : Qui
dilate l'âme d'un jeune homme qui voit fe lever
devant lui l'auroré d'uue réputation brillante ; lifez ,
que produit dans l'áme d'un jeune homme le premier
éclat d'une réputation brillante..
TAB L E.
LAISIRS des bords de la coife , PLAISIRS
mer
Portrait d'Irène ,
49
58
63
Les Lunes du Coufin Jac
ques , 74
78 Charade , Enigme & Logo Variétés ,
gryphe , 61 Académie Roy . de Mufiq. 82
Fin de l'Extrait fur ! Univer- Comédie Italienne ,
falité de la Langue Fran Annonces & Notices ,
JAI
APPROBATION.
89
93
A lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Août. Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 12 Août 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 A OUT 1785.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
L'ANE FACÉTIEUX , Fable.
UN Baudet , le Caton de tout fon voifinage ,
Enfin fe laffa d'être un grave perſonnage.
Affez jufqu'à préfent j'ai dans le férieux
Fait briller mon efprit ; changeons un peu de ftyle ;
L'enjoué plaît , mais il eft difficile ;
Hé bien , c'est ce qu'il faut pour un génie heureux.
Ainfi notre grifon , tout plein de fon mérite ,
Se parloit à lui - même , & brûloit du defir
D'en venir à l'effet . Pour ce faire , il invite
Les autres animaux , leur promet du plaifir
S'ils veulent un tel jour , à tel endroit fe rendre.
Je veux , leur dit il , vous furprendre ;
Oui , je vous ferai rire ; en un mot , à préſent
Nº. 34 , 20 Août 1785 .
E
98
MERCURE
Je fuis animal très- plaifant .
Cela paroît nouveau , chacun le veut entendre :
Lejour vient ; l'on fe trouve à l'endroit indiqué,
Tout le monde étant affemblé ,
Monfieur Martin ne fe fait point attendre.
Sur la fcène d'abord il monte hardiment ,
S'ajufte , fe prépare à faire des merveilles ;
Puis du gefte voulant fe donner l'agrément ,
Il fait mouvoir artiſtement
Ses pieds , fes yeux , fa queue , encor mieux les oreilles ;
Mais à nos pauvres écoutans
Il débite pour tout comique
Une centaine de hi-hans
Prononcés fur le ton le plus mélancolique.
Si cela régala fes gens
Befoin je crois n'est qu'on le dife.
Mais l'orgueilleux baudet effuya rude crife
En fe voyant berné , honni , chaffé
Par l'auditoire courroucé .
QUE de gens à préfent font pareille fottife !
Combien eft- il d'efprits qui , lourdauds & peſans ,
En un mot , comme lui , vrais rouffins d'Arcadie ,
Veulent pourtant être plaisans
Et nous donner la Comédie !
( Par M. de Roucelle , Commiffaire des Guerres
de la Maifon Militaire de MONSIEUR. )
MALKOTMICA
HEALA
HOME CENSIS
DE FRANCE.
99
Explication de la Charade , de l'Enigme &
da Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Lapin ; celui
de l'Enigme eft Camail * ; celui du Logogryphe
eft Marteau , où l'on trouve rate ,
rateau , arme , eau , trame , rat , art , âme ,
mát.
CHARADE.
Mox premier , cher Lecteur , au chant eft employé;
Si mon autre partie t'offre l'obfcurité ,
Mon tout de mon fecond te donne la moitié.
ÉNIGME
SANS fouci , fans fatigue ,
Sans cabale & fans brigue ,
* Camail , cap de niaille , ou mantelet dont les
anciens Chevaliers couvroient leurs cafques & leurs
écus ; on en voit encore du temps de Bertrand da
Guefclin. La reffemblance a fait ainfi nommer le
camail des Prélats ; les Abbés portent le camail en
noir ou en blanc , les Évêques en violet , les Cardinaux
en rouge , & le Pape en blanc.
E ij
100 MERCURE
Sans crédit , fans amis ,
Lecteur , je m'enrichis.
Dans ma maiſon l'on vient en foule ;
Du hafard inconftant la boule
Pour moi roule très - conftamment ;
Je reçois tout férieuſement.
Simple , modefte & fans parure ,
Jamais je ne fouris aux biens de la Nature ,
A rous je fais un froid accueil ;
Mais quelquefois j'ai de l'orgueil .
Vous, que te vice bleſſe ,
Paffez - moi donc cette foibleffe.
Eh quoi! chacun n'a - t'il pas fes défauts ?
Le mien n'eft dû qu'au vain efprit des gros ,
Qui follement veulent que je décèle
Par un côté les biens que je recèle .
Qu'as-tu dit , babillard ? Te voilà tout à nu !
Eh ! d'accord , cher Lecteur , je veux être connu.
Pour toi je ne puis difparoître ,
Et c'eſt le temps de me connoître ,
Ou jamais non , puis qu'entrant fous mon toit ,
J'y fuis , & cependant perfonne ne me voit..
(Par M. l'Abbé Laffagne , Vicaire de
Meymac , en Limousin. )
DE FRANCE
101
LOGOGRYPH E.
PAR 13 AR la vertu de ma fubftance
Sur quatre pieds je file en France ;
Plein de bonté , dans mes pieds découfus ,
Joffre dix mors bien apperçus :
L'un fait voir un local environné par l'onde ,
Et l'autre un grain que la terre féconde ;
Celui- ci , ce qui vient au fecours de la dent ,
Et celui-là n'offre qu'un fédiment ;
Cing , plus petits , à leurs manières
Préfentent la combinaifon
De deux pronoms , d'un article , d'un ton ,
De ce qu'on trouve entre les deux lifières ;
Je donne encore un inftrument d'acier ,
L'anagramme de mon entier.
De me connoître il eft facile ;
Je fus célébré par Virgile ;
D'une antique Cité le nom
Me donne le plus grand renom ;
Enfin , permets- moi de le dire ,
Je fuis , adorable Thémire ,
Le fymbole de ta candeur
Et l'emblême de ta douceur.
( Par M. R……….. de Narbonne , Ancien ....
Capitaine d'Infanterie. )
E i
102 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉTUDES de la Nature , par Jacques-
Henri Bernardin de Saint - Pierre.
.... Miferis fuccurrere difco. Enéid. Lib. 1 .
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR ,
chez Pierre - François Didot le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins . 3 vol . in- 12 .
fig. br. 10 liv. 1784.
LE principal objet de cet Ouvrage paroit
être de défendre la Nature & la Providence
contre les attaques de l'impiété , les objec
tions de la témérité , les plaintes de l'ingratitude
; l'Auteur , non- feulement établit en
thèfe générale , mais encore prouve dans le
détail , par des raifonnemens précis & par
des faits pofitifs , que la Nature avoit tout
ordonné pour le mieux , & que la plupart
de nos maux viennent des changemens que
nous avons apportés à fes difpofitions ; fes
grandes vûes de bienfaifance avoient embraffe
la totalité des chofes , & avoient proportionné
par-tout les moyens à la fin ; nos
vûes étroites & barnées ne failiffant que
des détails & des parties , fans en considérer
les rapports & la chaîne , ont fouvent facrifié
l'enfemble à ces détails , le tout à ces
DE FRANCE. 103
parties , & n'ont fouvent produit un bien
particulier qu'aux dépens du bien général .
Pour juger , dit- il , du fpectacle magni-
3
وت
33
fique de la Nature , il faut en laiffer cha-
" que objet à fa place , & refter à celle où
" elle nous a mis. C'eft pour notre bonheur
qu'elle nous a caché les loix de fa toutepuillance.
Comment des êtres auffi foibles
" que nous en pourroient - ils embraffer
l'étendue infinie ? Mais elle en a mis à
» notre portée qu'il étoit plus utile & plus
» doux de connoître : ce font celles qui éma-
» nent de fa bonté. Afin de lier les hommes
» par une communication réciproque de
19
lumières , elle a donné à chacun de nous
» en particulier l'ignorance , & elle a mis
» la fcience en commun pour nous rendre
» néceffaires & intéreffans les uns aux au-
» tres. Ainfi tout eft lié dans la Nature.
L'Auteur , en rendant compte de fon Ouvrage
, s'exprime ainfi :
>>
Defcriptions , conjectures , apperçus ,
» vûes , objections , doutes , & jufqu'à inee
ignorances , j'ai tout ramaffé ...... m'écar-
» tant fouvent à droite & à gauche , en-
» traîné par mon fujet ; quelquefois me li-
» vrant à une multitude de projets qu'inf
pire l'intelligence infinie de la Nature :
tantôt me plaifant à m'arrêter fur des
fites & des temps heureux que je ne re-
» verrai jamais ; tantôt me jetant dans l'ave-
» nir vers une exiftence plus fortunée , que
la bonté du ciel nous laiffe entrevoir à
23
"
33
E v
104 MERCURE
» travers les nuages de cette vie miſétable....
» J'ai donné à ces ruines le nom d'Etudes ,
» comme un Peintre aux cfquiffes d'un
grand tableau , auquel il n'a pu mettre la
» dernière main. »
»
C'est en effet caractériſer affez bien ce
Livre , où il y a cependant . à travers cette
confufion apparente , plus de méthode que
l'Auteur ne paroît en annoncer.
La Nature ne fait rien d'inutile , & n'omet
rien de néceffaire ; en diftribuant les différens
êtres fur les divers poin's de la furface
de la terre , elle avoit eu égard à toutes les
convenances , elle avoit rapproché toutes les
analogies ; elle avoit placé à portée de l'animal
l'aliment qu'il préfère , & qui lui fournit
le plus convenablement fa fubſiſtance ;
elle avoit placé l'arbre & la plante dans le
fol & fous le ciel les plus favorables à leur
végétation & à leur développement. On a
fouvent fait , foit dans le règne animal,, foit
dans le règne végétal , des tranſplantations
qui n'ont pas réufi , quoiqu'on eût obfervé
en apparence les principales analogias , celles
du ciel & de la terre , du climat & du fol.
On a vû les animaux & les plantes dégénérer
& dépérir , quoique fous le même parallèle ,
dans un fire à peu- près femblable , & dans
use température très - peu différente ; mais
quelque circonstance locale avoit échappé:
là prévoyance de l'homme n'eft pas celle
de la nature ; en tranſportant l'animal , on
n'avoit pas fu tranfporter avec lui l'aliment
DE FRANCE. 165
qui lui étoit propre , on n'avoit pas fu rendre
au végétal quelque circonftance effentielle
, quelque avantage néceffaire que la
Nature lui avoit ménagé dans le climat où
elle l'avoit fait naître ; la plante féchoit &
languiffoit , les animaux dépériffoient : “ on
» les voyoit toujours inquiets , la tête baiffée
, gratter la terre , & lui redemander la
» nourrice qu'ils avoient perdue . Une herbe
» eût fuffi pour les calmer , en leur rappe-
» lant les goûts du premier âge , les vents
qui leur étoient connus , les fontaines &
» les doux ombrages de la patrie.
99
"2
ود
C'est ainsi que l'Auteur montre toujours
la fupériorité de la Nature fur l'art ; l'une
eft l'ouvrage de Dieu , l'autre celui des hommes;
la Providence feroit toujours , nonfeulement
juftifiée , mais admirée , fi fes deffeins
nous étoient mieux connus .
Mais ce foin de juftifier ce qui n'a nul
befoin de juftification , & de répondre à
toutes les objections , a auffi fon inconvénient
, parce que fi on fe méprend au choix
des raifons , fi on en allègue ou de fauffes ou
d'infuffifantes , les adverfaires triomphent ,
& l'objection femble fe fortifier de toute la
foibleffe de la réponſe . Celui qui adore en
filence , qui refpecte ce qu'il ne peut pas expliquer
, & qui s'en rapporte en tout à la
fageffe de la Nature , ne donne point prife
fur lui. La foibleffe de nos lumières n'autotife
que trop fon filence & fa retenue ;
mais celui qui difcute & raifonne s'engage à
Ev
106 MERCURE
avoir raiſon , & on a droit d'exiger qu'il
l'ait. L'Auteur n'eft point effrayé de l'objection
tirée de l'exiftence du mal tant phylique
que moral , objection qui a paru être l'écueil
de tous les raifouneurs ; il l'attaque de front ,
& fouvent avec fuccès , il l'a fuit dans tous
les détails. On demande , par exemple ,
pourquoi il y a des bêtes carnacières ; il répond
qu'elles font fort néceffaires , & que
fans elles , la terre feroit infectée de cadavres.
Si on demande pourquoi des cadavres ,
pourquoi la mort ? L'Auteur répond avec
avantage que la mort eft néceffaire & qu'elle
n'eft point un mal ; mais fi on demande
pourquoi la voracité carnacière ne fe borne
point aux cadavies , pourquoi elle s'exerce
fur des corps vivans ? L'Auteur ne pourra
foutenir qu'une douleur violente , qu'une
mort cruelle , telle qu'on l'éprouve quand
on eft déchiré vivant par une bête féroce , ne
foit un grand mal pour un être fenfible. Il
a vû la difficulé , & il fait des efforts ingénieux
, mais pénibles & infuffifans , pour
perfuader qu'à la faveur de certains adouciffemens
ménagés par la Nature , cette mort
n'eft pas auffi douloureuſe qu'on le penfe.
Au furplus , quand je ne réfoudrois pas
cette difficulté , dit il , il ne faudroit pas
» accufer la Nature de cruauté , parce que
» je manquerois de lumières.... La volonté
de Dieu , dit il ailleurs , eft l'ultimatum de
toutes les connoiffances humaines.
22
Helas , dit il encore , les biens nous ont
DE FRANCE. 107
99
و ر
» été donnés en cominun , & nous n'avons
partagé que les maux. Par-tout l'homme
» manque de terre , & le globe eft couvert
» de déferts. L'homme feul eft exposé à la
famine. Ce mouvement eft beau , &
montre une âme fenfible ; mais nous ne laurions
accorder cette dernière affertion : que
l'Auteur demande à tous les Naturaliftes , fi
les bêtes carnacières ne font jamais exposées
à la famine ; qu'il demande à tous les chaffeurs
, à tous les payfans fi la neige de 1784 ,
en couvrant fi long-temps la terre , & en
dérobant au gibier fa nourriture , n'en a pas
fait périr de faim une grande partie.
L'Auteur , par une fuite de fon fyftême
prend la défenfe du tonnerre ; il eft néceffaire
, dit-il , au rafraîchiflement de l'air
dans les chaleurs de l'été. Il obferve que
dans le beau cantique où Daniel invite tous
les Ouvrages du Seigneur à le louer , il appelle
les tonnerres & les éclairs :
Benedicite fulgura & nubes Domino.
& qu'il ne nomme point les fléaux , tels que
la grêle. L'Auteur a raifon dans le fait qu'il
allégue ; mais il n'attache pas fans doute une
grande valeur à cet argument ; car il verroir
que dans le Pfeaume 148 , où le Roi Prophète
inv te de même toute la Nature à
louer le Seigneur , il nomme la grêle , &
' n'exclut point les êtres malfaifans.
Laudate Dominum de terra : DRACONES
& omnes abyffi.
Ignis , GRANDO , nix, glacies , fpiritus
E vi
MERCURE
procellarum ; que faciunt verbum ejus.
Dans les pays où il y a des lions , dit
l'Auteur , il y a des races de chiens capables
de les combattre corps à corps. Le fait eftil
bien conftant ? Il parle à ce fujer d'un
chien de cette eſpèce qui fut donné à Alexandre
par un Roi d'Albanie. Soudain le
» Roi Alexandre , dit un vieux Traducteur
de Pline , où ce fait eft rapporté , Livre 8 ,
Chap. 40 , lui fit bailler un lion , lequel
fut incontinent mis en pièces par ce chien .
Après cela , il fit lâcher un éléphant , où
il prit le plus grand plaifir qu'il eût onc-
" ques ; car le chien , du commencement fe
hériffonnant , commença à tourner & japer
contre l'éléphant , puis le vint affaillir ,
fautant deçà & delà , avec les plus grandes
rufes qu'on pourroit imaginer ; mainte-
» nant l'affaillant , maintenant fe couchant
deçà & delà , de forte qu'il fit tant tourner
& virer l'éléphant , qu'il le contraignit
» de tomber , faifant trembler la terre du
» faut qu'il print , & le tua . »
"
33
"3
23
ל כ
""
Je doute , ajoute l'Auteur , que ce chien
defcendît de la même race que les bichons.
Mais ne pourroit- on pas pouffer le doute
plus lein , & aller jufqu'à douter que ce
merveilleux chien ait exifté , ou qu'il ait fait
toutes ces merveilles 2
Nous ne pouvons donter du fait fuivant,
puifqu'il eft arrivé à l'Auteur , qui le rapporte
à l'appui de l'idée où il eft , que l'influence
des contraftes en amour à un pouDE
FRANCE. 1.09
voir fans bornes ; & qu'en voyant l'amant ,
on peut faire le portrait de l'objet aimé
fans l'avoir vû.
"
" Dans une ville où j'étois tout - à - fait
» étranger , dit-il , un de mes amis me mena
» voir la foeur , Deinoiſelle fort vertueule ,
» & il m'apprit en chemin qu'elle avoit une
» paffion. Quand nous fûmes chez elle , la
» converfation s'étant tournée fur l'amour ,
» je m'avifai de lui dire que je connoillois les
» loix qui nous déterminoient à aimer , &
» que je lui ferois , fi elle vouloit , le por-
» trait de fon amant , quoiqu'il me fûr tout-
» à- fait inconnu. Elle m'en défia. Alors ,
" prenant l'opposé de fa grande & forte
taille , de fon tempérament & de fon ca-
" ractère , dont fon frère m'avoit entre-
» tenu , je lui dépeignis fon amant petit ,
ود
peu chargé d'en bonpoint , aux yeux bleus ,
» aux cheveux blonds , un peu volage , ai-
» mant à s'inftruire ..... Chaque mor la fit
rougir jufqu'au blanc des yeux , & elle fe
fâcha fort férieufement contre fon frère,
» en l'accufant de m'avoir révélé fon fecret.
» Il n'en étoit cependant rien , & il fut tout
» auffi étonné qu'elle, »
23
Si la théorie de l'Auteur fur ce point n'étoit
jamais en défaut , ce feroir l'explication de
ces noeuds fecrets , de ces fympathies , de
ces rapports inconnus , de ce je ne fais quoi
qu'on ne pouvoit expliquer.
22
66
Que d'autres étendent ( n'est - ce pas
plutôt reculent ) les bornes de nos feien-
1
110 MERCURE
» ces , je me croirai plus utile fi je peux
fixer celles de notre ignorance. » "
En effet , le vrai favoir confifteroit à tra
cer avec précifion la ligne de démarcation
entre le connu & l'inconnu , bien plus qu'à
faire des fyftêmes arbitraires fur l'inconnu.
L'Auteur abonde en idées philofophiques ,
vastes , neuves ou exprimées d'une manière
nouvelle , animées d'un fentiment tantôt
vif, tantôt profond. Telles font plufieurs
de celles que nous allons citer.
66
Si les hommes vivoient en paix , toutes
» les mers feroient naviguées , toutes les
terres feroient parcourues , toutes les productions
en feroient ramaffées . Des voya
geurs étrangers , attirés chez nous par la
» douceur de nos moeurs , ne tarderoient
» pas à donner à notre hofpitalité les fecrets
» de leurs plantes , de leur induftrie & de
و د
leurs traditions , qu'ils cacheront toujours
» à notre commerce ambitieux . C'eſt parmi
» les membres de la vafte famille du genrehumain
que font épars les fragmens de
fon hiftoire.
» La Nature , qui avoit fait l'homme pour
» aimer , lui avoit refufé des armes ; & il
» s'en eft forgé pour combattre fes fembla-
» bles.... L'Hiftoire de la Nature n'offre que
» des bienfaits , & celle de l'homme que
brigandage & fureur. Ses Héros font ceux
qui fe font rendus les plus redoutables.
Par-tout il méprife la main qui file ſes
habits & qui laboure pour lui le fein de
30
29
DE FRANCE. 11
» la terre . Par -tout il eftime qui le trompe,
» & révère qui l'opprime . Toujours mécon-
» tent du préfent , il eft le feul être qui re-
و د
"
grette le paffé & qui redoute l'avenir. La
» Nature n'avoit donné qu'à lui d'entrevoir
qu'il exiftât un Dieu , & des milliers de
religions inhumaines font nées d'un fen-
» timent fi fimple & fi confolant . Quelle
» eft donc la puiffance qui a mis obftacle à
» celle de la Nature ? Quelle illufion a égaré
» cette raifon merveilleufe d'où font fortis
» tant d'arts , excepté celui d'être heureux?
» Les riches & les puiffans croyent qu'on
» eft miférable & hors du monde quand on
ne vit pas comme eux ; mais ce font eux
qui , vivant loin de la Nature , vivent
» hors du monde.
""
"
» La bêche des efclaves a fait plus de
» bien que l'épée des conquérans n'a fait de
» mal .
Quand la politique humaine attache fa
» chaîne au pied d'un efclave , la justice
divine en rive l'autre bout au cou du
» tyran.
33
» La vertu régna dans Rome , & jamais
» on ne lui éleva de plus dignes autels fur
» la terre..... La couronne civique.... étoit la
plus illuftre des couronnes ..... parce qu'il
» y a plus de gloire à fauver un feul Citoyen,
» qu'à prendre des villes & qu'à gagner des
" batailles. Elle étoit la même..... foit qu'or
» eût fauvé le Général de l'Armée ou un
fample Soldat ; mais on ne l'eût pas ob
112 MERCURE
» tenue pour avoir délivré un Roi allié des
» Romains qui feroit venu à leur fecours.
Rome , dans la diftribution de fes récom-
و ر
ל כ
penfes , ne diftinguoit que le Citoyen.
" Avec les fentimens patriotiques , elle
" conquit la terre ; mais elle ne fut jufte
» que pour fon peuple , & ce fut par fes
injuftices envers les autres hommes qu'elle
» devint foible & malheureuſe. »
"
Tous les morceaux que nous avons cités
jufqu'à préfent font tités du premier volume
, où l'Auteur répond aux objections
hafardées contre la Providence. Dans le fecond
volume , il fait des objections à ſon
tour , il attaque les méthodes de notre raifon
& les principes de nos fciences ; il trouve
ccs principes fouvent erronés , ces méthodes
fouvent vicieufes , incomplettes , infuffifantes.
Il fait beaucoup de cas des obfervations
& fort peu des fyftêmes ; & en cela
il aura pour lui plufieurs Savans éclairés , qui
recommandent d'amaffer des matériaux par
l'obſervation , & de ne pas fe preffer de
croire qu'on en air affez pour bâtir des fyftêmes
mais il pouffe l'incrédulité plus loin
que la Philofophie ne fe l'eft encore permis.
Les idées les plus généralement reçues font
peut être celles qu'il attaque avec le plus de
plaifir ; rien n'eft à l'abri de l'audace ingénieufe
& brillante de fes paradoxes ; fes erreurs
même ne font jamais fans agrément &
ne feront pas fans utilité. En général , fon ,
Livre fortifiera le doute philofophique , &
DE FRANCE. 113
apprendra aux hommes à fe défier des apparences
& des fauffes lueurs , les Savans
orgueilleux & intolérans dédaigneront de
lui répondre , les autres pourront y être
quelquefois embarraffés. Ce n'eft pas qu'il
ne donne affez fouvent prife aux mêmes
objcations qu'il fait aux autres . Au fond , il
ne fait guères que fubftituer des fyftêmes à
des fyftêmes , des conjectures à des conjectures
, des obfervations à des obfervations
& il faut toujours en revenir à examiner
qui a raifon de lui ou de ſes prédécefleurs .
Il paroît avoir beaucoup voyagé , beaucoup
vû, beaucoup examiné , beaucoup réfléchi ;
& ce qui pourroit faire croire qu'il fe trompe
peut ête moins qu'un autre , c'est qu'il réfulte
toujours de les obfervations , de fes
opinions , des raifons nouvelles d'admirer
la fageffe de la Nature , de louer , de bénir
la Providence. Il a une imagination riche &
féconde , une fenfibilité vive & douce , il eft
animé dans fes defcriptions , il eft Peintre ,
il eft Poëte , il eft Orateur , il eft Philofophe ;
il a de l'éloquent Rouffeau , fon ami , dont
il célèbre fouvent la mémoire , & qu'il affocie
par tout à Fénelon , l'amour des paradoxes
& le talent de les faire goûter, Nous
ne difcuterons point ces paradoxes ; c'eft
aux Savans , c'eft aux Obfervareurs fans partialité
, s'il en eft , à nous dire quand il faut
les rejeter & quand il faut les admettre ; à
déterminer en qnoi & jufqu'à quel point.
l'Auteur a raifon ou s'égare ; pour nous ,
714
MERCURE
nous devons nous borner à mettre fous les
yeux de nos Lecteurs les preuves de fes talens.
L'Auteur , dans fon fyftême des couleurs ,
qui mérite d'être examiné dans ce qu'il contient
de contraire aux notions communes ,
prend plaifir à confidérer la variété des formes
& des couleurs dont la Nature a revêtu
les différentes espèces d'animaux , & furtout
d'oifeaux ; il trouve dans chacune de
ces différences un motif particulier de fageffe
; mais nous avons affez parlé de la philofophie
, ne le confidérons ici que comme
peintre.
N
" Il y a peu d'oifeaux , dit- il , à qui la
» Nature ne donne , dans la faifon des
» amours , quelque nuance de cette riche
couleur ( le rouge ) ; les uns en ont la tête
» couverte comme ceux qu'on appelle Car-
» dinaux ; d'autres en ont des pièces de poitrine
, des colliers , des capuchons , des
épaulettes . Il y en a qui confervent entière-
» ment le fond gris ou brun de leurs plumes
, mais qui font glacés de rouge comme
fi on les eût roulés dans le carmin ; d'autres
» en font fablés comme fi on eût foufflé fur
» eux quelque poudre d'écarlate ; ils ont
» avec cela des piquetures blanches mêlées
parmi , qui y produifent un effet charmant:
c'eft ainfi qu'eft peint un petit oifeau
des Indes , appelé Bengali. Mais rien
» n'est plus aimable qu'une Tourterelle
d'Afrique , qui porte fur fon plumage
gris de perle , précisément à l'endroit du
و د
33
"
"2
DE FRANCE. 115
"
» coeur , une tache ſanglante , mêlée de dif-
» férens rouges , parfaitement ſemblable à
» une bleffure. Il femble que cet oiſeau ,
» dédié à l'Amour , porte la livrée de fon
» maître , & qu'il ait fervi de but à fes
» flèches. Ce qu'il y a de plus merveilleux
» c'eft que ces riches teintes coralines difparoiffent
dans la plupart de ces oiſeaux
après la faifon d'aimer , comme fi c'étoient
» des habits de parade qui leur euffent été
prêtés par la Nature , feulement pour le
» temps des noces.
99
.
» J'ai un jour admiré , dit ailleurs l'Au-
» teur , un papillon dont les aîles étoient
azurées & parfemées de points couleur
d'aurore , qui fe repofoit au fein d'une
» rofe épanouie . Il fembloit difputer avec
» elle de beauté . Il eût été difficile de dire
» lequel en méritoit mieux le prix , du papillon
ou de la fleur ; mais en voyant la
>> roſe couronnée d'aîles de lapis , & le papillon
azuré pofé dans une coupe de car-
» min , il étoit aifé de voir que leur char-
» mant contrafte ajoutoit à leur mutuelle
» beauté. »
"
»
"
Voici un autre tableau qui fera voir que
l'Auteur fait peindre dans plus d'un genre ,
peut fournir aux plus grands Artiftes de
très -grandes idées.
&
D
" J'ai vû beaucoup de tableaux & de
defcriptions de batailles qui cherchoient
à infpirer de la terreur par une infinité
» d'armes de toutes espèces qui y étoient
116
MERCURE 1
و ر
6
23
30
"
"3
repréſentées , & par une foule de morts
» & de mourans , bieffes de toutes les manières.
Ils m'ont d'autant moins ému ,
qu'ils employoient plus de machines pour
m'émouvoir ; un effet détruifoit l'autre,
» Mais je l'ai été beaucoup en lifant dans
Plutarque la mort de Cléopâtre. Ce grand
peintre du malheur repréſente la Reine de
l'Égypte méditant , dans le tombeau d'Antoine
, fur les moyens d'échapper au
triomphe d'Augufte. Un payfan lui ap-
" po te , avec la permiffion des Gardes qui
veillent à la porte du tombeau , un pa-
" nier de figues . Dès que cet homme eft
forti , elle fe hâte de découvrir ce panier ,
& elle y voit un afpic qu'elle avoit de
» mandé pour mettre fin à fes malheureux
» jours Ce contrafte dans une femme , de
" la liberté & de l'esclavage , de la Puiffance
Royale , & de l'anéantiffement de la volupté
, & de la mort ; ces feuillages & ces
fruits parmi lefquels elle apperçoit feulement
la tête & les yeux étincelans d'un
petit reptile qui va terminer de fi grands
» intérêts , & à qui elle dit : Te voilà donc !
" toutes ces oppofitions font friffonner. »
و د
»
33
ور
39
و د
Les femmes , dont on a tant parlé , dont
on parlera tant fans pouvoir épuifer cet ine
téreffant fujet , font louées ici d'une manière
neuve & piquanté , qui mérite d'être remarquée.
" Que ceux qui n'ont cherché dans l'union
» des deux fexes que les voluptés des lens ,
f
DE FRANCE. 117
» n'ont guères connu les loix de la Nature !
» Ils n'ont cueilli que les fleurs de la vie ,
fans en avoir goûté les fruits. Le beau
» fexe ! difent nos gens de plaifir ; ils ne con-
» noiffent pas les femmes fous d'autres
» noms ; mais il eft feulement beau pour
» ceux qui n'ont que des yeux. Il est encore
» pour ceux qui ont un coeur , le fexe géné-
» rateur qui porte l'homme neuf mois dans
» fes flancs au péril de fa vie , & le fexe
12
nourricier qui l'allaite & le foigne dans
» l'enfance. Il eft le fexe pieux qui le porte
» aux autels tout petit , & qui lui infpire
» avec le lait l'amour d'une Religion que la
cruelle politique des hommes lui rendroit
fouvent odieufe. Il eft le fexe pacifique
qui ne verfe point le fang de fes femblables
; le fexe confolateur qui prend
foin des malades , & qui les touche fans
» les bleſſer. »
30
"
M. Thomas , en appliquant ce derniertrait
au moral , a dit :
38
" C'eft avec des inftrumens plus fins
qu'elles manient un coeur mlade.
"
» Sans les femmes , a dit une femme d'un
efpric diftingué , les deux extrémités de la
» vie feroient fans fecours & le milieu fans
33 plaifirs. "
M. de Saint- Pierre enfeigne aux femmes
une manière très-morale de devenir & de ſe
conferver belles.
66
Ceux , dit-il , qui ont été défigurés par
» les atteintes vicieufes de nos éducations
118 MERCURE
!
» & de nos habitudes , peuvent réformer
» leurs traits ; & je dis ceci fur tout pour
nos femmes , qui , pour en venir à bout ,
» mettent du blanc & du rouge , & ſe font
» des phyfionomies de poupées fans carac-
» tère. Au fond elles ont raifon ; car il vaut
» mieux le cacher , que de montrer celui des
paffions cruelles qui fouvent les dévorent
" fur- tout aux yeux de tant d'hommes qui
» ne l'étudient que pour en abufer. Elles
ont un moyen sûr de devenir des beautés .
» d'une expreffion touchante ; c'eſt d'être
» intérieurement bonnes , douces , compa-.
» tiffantes , fenfibles , bienfaifantes & pieufes.
Ces affections d'une âme vertueuſe
imprimeront dans leurs traits des carac-
» tères céleftes , qui feront beaux juſques
» dans l'extrême vieilleffe .
99
Il n'y a pas , felon l'Auteur , un beau
» trait dans une figure , qu'on ne puiffe rap-
" porter à quelque fentiment moral , relatif
à la vertu & à la Divinité. On pourroit
rapporter de même les traits de la
laideur , à quelque affection vicieuſe
» comme à la jaloufie , à l'avarice , à la gour-
» mandife & à la colère. "
99
66
M. de Saint - Pierre fait fur l'amitié des
réflexions qui le conduisent à conclure que
l'ami naturel de l'homme , c'eft la femme.
L'Auteur de la Nature a donné à chacun
» de nous , dans notre eſpèce , un ami naturel
propre à fupporter tous les befoins
» de notre vie , & à fubvenir à toutes les
>
DE FRANCE. 119
"
» affections de notre coeur & à toutes les
» inquiétudes de notre tempérament . Il dit
dès le cominencement du monde : Il n'eft
» pas
bon que
l'homme foitfeul; faifons - lui
» une aide femblable à lui , & il créa la fem-
» me. La femme plaît à tous nos fens par fa
» forme & par les grâces. Elle a dans fon
» caractère tout ce qui peut intéreffer le
>> coeur humain dans tous les âges . Elle mé-
» rite , par les foins longs & pénibles qu'elle
prend de notre enfance , nos refpects
» comme mère , & notre reconnoiffance
» comme nourrice ; enfuite dans la jeuneffe ,
» notre amour comme maîtreffe ; dans
l'âge viril , notre tendreffe comme épouse ,
» notre confiance comme économe , notre
protection comme foible ; & dans la vieilleffe
, nos égards comme la mère de notre
poftérité , & notre intimité , comme une
» amie qui a été la compagne de notre bonne
» & de notre mauvaile fortune ..... Les défauts
d'un fexe & les excès de l'autre fe
» compenfent mutuellement...... Ils ont été
créés pour fupporter enfemble les maux
de la vie , & pour former par leur union
la plus puiffante des confonnances & le
plus doux des contrastes.
"
و و
33
N
"
و ر
"
"
"
" 19
Ces mots de confonnances & de contraftes
ne font pas mis ici au hafard ; c'eft par les
confonnances & les contraftes que l'Auteur
explique prefque toute la Nature : il en voit
par tout , & par - tout il les voit ménagés
avec intelligence & avec bonté.
120 MERCURE
Letroisième volume nous fournit , comme
les autres , beaucoup plus de traits remarquables
& intéreffans qu'il ne peut nous être
permis d'en citer.
"
Dans le parallèle de la raiſon & du ſen- “
timent : La raifon , dit l'Auteur , produit
beaucoup d'hommes d'efprit dans les
fiècles prétendus policés , & le fentiment
des hommes de génie dans les fiècles prétendus
barbarcs. »
"
ور
Ceci n'eft qu'une penfée & une opinion ;
voici un trait de fentiment . Après une rela- “
tion très - pittorefque & très animée de l'aventure
connue d'Ariane , & une très- belle defcription
d'un monument qui eft fuppofe retracer
cette aventure , l'Auteur ajoute :
و ر
"
29
93
"
Hommes voluptueux ....... voulez - vous
mêler à vos jouiffances celles de la Divi-
» nité ? Voyez fur cette colline cette petite "
Eglife de village entourée de vieux or- "
» meaux parmi les filles qui fe raffem-
» blent fous fon portail ruftique , iły a
fans
» doute que que Ariane trompée par fon
amant. Elle n'eft pas Grecque , mais Fran-
Içoife ; elle n'eft pas de maibre , mais vi-
» vante ; elle n'eft pas confolée , mais mé-
» prifée de fes compagnes. Allez fous fon
» pauvre toit foulager fa misère . Faites le
» bien dans cette vie qui paffe comme un
» torrent; faites le bien , non par oftenta-
» tion & par des mains étrangères , mais
pour le ciel & par vous même.……….. Ah !
» fi vous la foulagez dans fes peines ; fi par
"
"
•
» Votre
DE FRANCE. 121
*
"
» votre compaffion vous la relevez à fes
» propres regards , vous verrez à vos bienfaits
fon front rougir , les yeux fe remplir
» de larmes , fes lèvres convulfives fe mou-
» voir fans parler , & fon coeur long- temps
oppreffe par la honte fe rouvrir à la vûe
d'un confolateur , comme au fentiment de
» la Divinité ..... Le bonheur d'une infortunée.....
immortalifera votre nom , & le
» fera durer long- temps après que vous ne
ferez plus , lorfqu'elle dira à fes compa-
" gnes & à fes enfans : C'est un Dieu qui
35
"
m'a tirée du malheur. »
Le fait fuivant , rapporté en note par
l'Auteur,
paroît lui avoir donné l'idée de cette
éloquente exhortation , qui inſpire l'envie
de faire le bien.
J.
ود
cc
Une perfonne de ma connoiffance , ditil
, vit un Dimanche à la porte de l'Eglife
d'un Village une fille toute feule qui
prioit Dieu pendant qu'on chantoitVêpres.
» Comme il féjourna quelque temps dans
ce lieu , il obferva les Dimanches fuivans
» que cette même fille n'entroit point dans
l'Eglife pendant l'Office. » Frappé de cette
fingularité , il en demanda la caufe aux
autres Payfannes , qui lui répondient que
c'étoit fans doute la volonté de cette fille
de s'arrêter à la porte , puifque rien ne
l'empêchoit d'entrer , & qu'elles l'en avoient
fouvent preffee inutilement . Enfin , voulant
en fivoir la raifon , il s'adreffi à la fille
No, 34 , 20 Août 1785. F
122 MERCURE
ور
même dont la conduite lui paroiffoit fi extraordinaire
. D'abord elle parut troublée ;
mais s'étant bientôt raffurée , elle lui dit :
Monfieur , j'avois un amant pour lequel
j'eus une foibleffe ; je devins groffe , &
» mon amant étant tombé malade , mourut
» fans m'avoir époufée. J'ai defiré que mon
» exil de l'Eglife fervît toute ma vie d'ex-
» piation à ma faute , & d'exemple à mes
» compagnes.
">
Cette efpèce de renouvellement volontaire
de l'ancienne pénitence publique , annonce
certainement une âme repentante &
naturellement vertueufe. Ces fortes de traits
& de récits dont l'Ouvrage eft femé , n'en
font pas un des moindres ornemens ; ils
donnent au Livre le ton de la converfation
& l'air de Mémoires Hiftoriques. L'Auteur
fait d'ailleurs en relever l'importance par lä
moralité utile qu'il en tire , & par les grandes
leçons qu'il en fait fortir. En voici un
exemple fenfible.
" Il y a quelque temps , dit l'Auteur , que
paffant par une rue affez déferte du Faux-
" bourg Saint Marceau , je vis un cercueil
à l'entrée d'une petite maifon . Il y avoit
» auprès de ce cercueil une femme à genoux
» qui prioit Dieu , & qui paroiffoit abfor-
29
bée dans le chagrin. Cette femme ayant
» apperçu au bout de la rue les Prêtres qui
» venoient faire la levée du corps , ſe levá
& s'enfuit en fe mettant les deux mains
DE FRANCE. 123
» fur les yeux , & en jetant des cris lamen
tables. Des voifins voulurent l'arrêter pour
» la confoler , mais ce fut en vain. Comme
99
elle paffa auprès de moi , je lui demandai
" fi elle regrettoit fa fille ou fa mère . Hélas
! Monfieur , me dit- elle toute en pleurs ,
» je regrette une Dame qui me faifoit ga-
" gner ma pauvre vie ; elle me faifoit aller
» en journée. Je m'informai des voifins
ود
"9 quelle étoit certe Dame bienfaiſante :
c'étoit la femme d'un petit Menuifier. Sur
quoi l'Auteur s'écrie : « Gens riches , quel
" ufage faites-vous donc des richeffes pendant
votre vie , puifque perfonne ne
pleure à votre mort ? »
Le trait fuivant n'a pas befoin qu'on
avertiffe de fa fublimité. Il faifit & pénètre
de refpect pour la vertu .
" Dans la dernière guerre d'Allemagne ,
" un Capitaine de Cavalerie eft commandé
» pour aller au fourrage. Il part à la tête de
93
و ر
fa compagnie , & fe rend dans le quarrier
qui lui étoit affigné. C'étoit un vallon
» folitaire où on ne voyoit guères que des
- bois. Il y apperçoit une pauvre cabane ;
il yfrappe , il en fort un vieux Hernou-
» ten (Ernute) à barbe blanche. Mon père
»
"3
lui dit l'Officier , montrez - moi un champ
» où je puiffe faire fourrager mes cavaliers .
» Tout- à - l'heure , reprit l'Hernouten. Ce
» bon homme fe met à leur tête , & remonte
» avec eux le vallon. Après un quart d'heure
Fij
124
MERCURE
99 —
de marche ils trouvent un beau champ
d'orge voilà ce qu'il nous faut , dit le
Capitaine. Attendez un moment , lui
» dit fon conducteur , & vous ferez con-
» tent. Ils continuent à marcher , & ils ar-
» rivent à un quart de lieue plus loin à un
» autre champ d'orge. La troupe auffitôt
» met pied à terre , fauche le grain , le met
» en trouffe , & remonte à cheval. L'Offi-
» cier de Cavalerie dit alors à ſon guide :
» Mon pète , vous nous avez fait aller trop
» loin fans néceffité , le premier champ
» valoit mieux que celui - ci. — Cela eft
» vrai , Monfieur , reprit le bon vicillard ,
» mais il n'étoit pas à moi. »
"
Nous finirions difficilement par un trait
plus glorieux à la nature humaine que celui
de l'Ernute , & il nous fuffit d'avoir donné
une idée des excellentes chofes en tout genre
que contient cet Cuvrage. Nous regrettons
de ne pouvoir préfenter à nos Lecteurs les
principales idées de l'Auteur fur l'Education.
Ces idées font à lui comme toutes les
autres , & c'eft déjà un très-grand mérite.
Nous devons ajouter encore à tout ce que
nous avons dit de ce Livre qu'il offre une
foule de vûes nouvelles , de germes d'obfervations
& de découvertes , de projets d'expériences
propres à détruire beaucoup de
préjugés , & à établir beaucoup de vérités . Il
fait & doit faire une grande fenfation & en
bien & en mal; en mal , non feulement
DE FRANCE: 125
parce qu'il n'eft pas exempt de fautes , d'erreurs
, d'exagérations , de traits d'engouement
, mais encore parce que celui qui contredit
les opinions de plufieurs doit s'attendre
à la réaction & à la contradiction de
plufieurs ; en bien , non- feulement à cauſe
des applaudiffemens que l'Ouvrage mérite
en tant de divers genres , mais fur- tont
parce qu'il fera des Profelytes , & qu'il en
trouvera de tout faits , c'eft - à - dire , des efprits
difpofés à favorifer les paradoxes les
plus contraires aux opinions les plus accrédirées
de gens qu'ils n'aiment pas. Mais ce
qu'il y a fur - tout de remarquable & de
louable , c'eft que dans ce Livre dité par la
piété , & qui eft par - tout un hymne d'admi❤
ration , d'amour & de reconnoiffance envers
le Créateur , il n'y a pas un mot d'aigreur
contre les incrédules , pas un trait de
zèle que la Philofophie puiffe condamner ,
pas une arme fournie au fanatifme , à la
fuperftition , à la perfécution : c'est l'Ouvrage
d'un homme de bien.
Fiij
126 MERCURE
DISCOURS & Réflexions critiques Jur
l'Hiftoire & le Gouvernement de l'ancienne
Rome , pourfervir de Supplément à
l'Hiftoire Romaine de MM. Rollin &
Crevier , recueillis & publiés par M. C……..
A Paris , chez Nyon , Libraire , au Pavillon
du Collégé des Quatre-Nations ,
1784 , 3 Vol . in- 12 .
CES Difcours , tirés de l'Hiftoire Romaine
de M. Hocke , Ouvrage très - eftimé en Angleterre
, font des Differtatious critiques ,
dans le genre des travaux de l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres de Paris.
1 °. Le premier de ces Difcours roule fur
un fujet lavamment traité dans le fixième
tome des Mémoires de cette illuftre Académie.
Il s'agit de fixer la croyance que mérite
l'Hiftoire des premiers fiècles de Rome;
M. de Pouilly a regardé cette Hiftoire comme
incertaine & même fabuleufe ; il a expofé
les motifs de fon opinion dans des Mémoires
pleins d'efprit , que Meffieurs Sallier
& Fréret ont réfuté par des Mémoires pleins
d'érudition ; les Savans ont été pour ceux- ci ,
& les Philofophes pour M. de Pouilly.
M. de Beaufort , dans un livre intitulé :
Differtation fur l'incertitude des cinq premiers
fiècles de l'Hiftoire Romaine , a repris ce
procès , & a fait de nouvelles objections
contre les Monumens hiftoriques de ces premiers
fiècles ; c'eft principalement à M. de
DE FRANCE. 127
Beaufort , que M. Hooke , qui penſe comme
Meffieurs Sallier & Freret fur cette question ,
répond dans ce Difcours ; il relève en paffant
quelques inadvertances , quelques erreurs
échappées à ceux qui , avant lui , ont traité
le même fujet , même à ceux qui ont défer
du la même canfe que lui.
2º. Le fecond Difcours-roule fur le Gouvernement
de l'ancienne Rome , & fur fes
révolutions depuis Romulus jufqu'à l'affaffi ,
nat des Gracques. Un Fragment de Polybe
fur les Gouvernemens en général , & en particulier
fur celui de Rome , fert en quelque
forte de texte à cette Differtation. Polybe
diftingue de la Royauté la Monarchie & la
Tyrannie , de l'Ariftocratie l'Oligarchie , &
de la Démocratie l'Ochlocratie . Mais qui
ne voit que fur ces trois objets , l'une n'eft
que l'abús de l'autre , & qu'il n'y a en effet
que trois Gouvernemens différens , qu'on
fépare ou qu'on mêle , ou qu'on altère , fuivant
les difpofitions & les circonstances ;
favoir, le Gouvernement d'un feul , le Gouvernement
de plufieurs , le Gouvernement
de tous : quant aux différens degrés de corruption
par lefquels chaque Gouvernement
peut paffer , & dont il est toujours utile
de confidérer les caufes , la marche & les
progrès , ils ne conftituent pas plus un genre
effentiel de Gouvernement , que les diffé
rens degrés de perfection dans chaque eſpèce
de Gouvernement ne conftituent auffi un
Gouvernement particulier.
Fiv
728 MERCURE
Le grand objet de la Differtation de M,
Hooke , eft l'examen de la fameuse queftion
tant debattue entre le Sénat & le Peuple ,
entre les Patriciens & les Plébeïens , fur le
degré de leur autorité refpective ; faut- il
dire avec Juvénal ,
Quis tulerit Gracchos de feditione querentes ?
Ou faut-il abfondre les Gracques de rout
efprit de fédition , & les regarder comme
des martyrs de la jufte caufe du Peuple
opprimé par les Patriciens ? L'Abbé de Verrot
, dans fes Révolutions Romaines , eft
toujours contraire à la caufe Plebeïenne.
Qui le croiroit , dit M. Hooke ? M. de Montefquieu
lui- même fe range parmi les accufateurs
du Peuple. On ne fait , dit-il ,
( Efprit des Loix , liv. 2 , c. 18. ) quelle
fut plus grande ou dans les Plebeiens la
» lâche hardie ffe de demander , ou dans le
"
»
Sénat la condefcendance & la facilité d'ac-
» corder. Il faut pourtant convenir que
cette opinion de M. de Montefquieu eft
conforme à l'impreffion qu'on éprouve le
plus généralement & le plus naturellement
en , lifant l'Hiftoire Romaine. La réflexion
peut être pour le People , mais le fentiment
eft pour la caufe Patricienne : les Tribuns
font fouvent odieux par leurs violences ; & ,
par exemple , dans l'Hiftoire de Coriolan
tout l'intérêt eft en faveur de ce héros perfécuré
& forcé à la vengeance : on devroit
cependant en général être plus porté pour
DE FRANCE.
129
le Peuple ; mais l'efprit des meilleurs Hiftoriens
Romains eft plas favorable à l'Ariftocratie
; & M. Rollin , qui s'etoit bien pénétré
de cet efprit , favoriſe en effet la cauſe
Patricienne. Quelques modernes cependant
ont défendu les Tribuns , & nommément
les Gracques. M. Marmontel , dans un Difcours
placé à la tête de fa Traduction de la
Pharfale , a fait impreffion par les raifons
qu'il a dites en faveur de la caufe Plébeïenne ,
& a fu infpirer du refpect pour les Gracques
diffamés par Juvénal & par divers Hiftoriens
; M. Hooke foutient la même caufe ,
& il faut avouer que la queftion cft pour
le moins problematique. Il examine toures
les viciffitudes du Gouvernement de Rome
dans leurs époques principales , fous les
Rois , fous les premiers Confuls & depuis
la promulgation des Loix Liciniennes jufqu'à
la mort des Gracques ; il juge que les
Patriciens avoient confervé cet efprit de
domination & de tyrannie qui avoit rendu
les Rois odieux , & qu'ils ne s'en dépouillèrent
jamais entièrement.
3. Quelle étoit la voie commune & régulière
de remplir les places vacantes dans
le Sénat Romain ?
Les Auteurs ne font point d'accord fur
cette queftion ; M. l'Abbé de Vertor penſe
que le pouvoir de créer les Sénateurs , étoit
dans le commencement une prérogative de
la Royauté ; que ce droit paffa des Rois aux
Confuls , & des Confuls aux Cenfeurs.
Fy
14.0 MERCURE
L'opinion de Meffieurs Midleton & Chap
man eft , au contraire , que le Peuple feul
avoit entre autres prérogatives, celle de nom
mer aux places vacantes dans le Sénat .
Le fentiment de M. Spelman & de Paul
Manuce eft mêlé de ces deux avis ; ils croient
que la création des premiers Sénateurs , faité
du temps de Romulus , & les différentes
augmentations faites depuis , toujours vers
le même temps , furent l'ouvrage du Peuple ;
mais que les places vacantes furent remplics
par les Rois , de leur pleine autorité de
forte que le Sénat , felon eux , dut fon exiftence
à l'autorité du Peuple , & fa perpétuité
à l'autorité des Rois . M. Hooke adopte l'opinion
de M. l'Abbé de Vertot , la développe
d'une manière nouvelle , & réfute avec foin
les opinions contraires ou mitoyennes.
:
4°. La comparaifon d'Annibal & de Scipion
pourra paroître piquante par un peu
de fingularité. L'Auteur a tant de zèle pour
Annibal , qu'il ne pardonne pas même à
M. Rollin , qui incline auffi pour Annibal ,
d'avoir pu balancer un moment entre ces
deux Héros. Sa manière d'évaluer la fupériorité
d'Annibal par la multitude de fes
victoires , interrompues par la feule défaite
de Zama , pourroit être fujette à quelques
erreurs. Une longue fuite de fuccès prouve
fans doute de la fupériorité ; mais tant de
caufes étrangères au mérite & au talent du
Général , peuvent concourir à la victoire ,
que fouvent l'avantage ou la défaite ne four
1
DE FRANCE 131
piffent aucune évaluation exacte , aucune
mefure comparative du talent de deux Généraux
ennemis . Si cependant ilfalloit juger
de Scipion & d'Annibal par cette règle ,
Scipion a vaincu Annibal , Annibal n'a pas
vaincu Scipion ; auffi Annibal dit il lui-même
à Scipion , que s'il avoit eu la gloire de le
vaincre , il fe feroit mis au- deffus de tous.
Tes Guerriers , au deffus de Pyrrhus & d'Alexandre
même . M. Hooke , pour relever la
gloire d'Annibal , réhabilite celle des Généraux
Romains qu'il a vaincus , & le Conful
Terentius Varron gagne ici une apologie de
fa conduite. M. Hooke ne convient point
du tout que ,
7
!
"
L'inexpérience indocile
Du Compagnon de Paul Emile ,
Fit tout le fuccès d'Annibal.
Il n'eft pas non plus de l'avis de Maharbal ,
fur la propofition d'aller affiéger Rome au
fortir de la bataille de Cannes ; il ne reproche
rien à fon Héros , même fur fon long
féjour à Capoue & fur les prétendues délices
qui amollirent & énervèrent l'Armée Carthaginoife
; il retrouve cette Armée telle au
fortir de Capoue , qu'à fon entrée dans cette
Ville.
t
Quant aux vertus morales & civiles des
deux Généraux , article fur lequel M. Rollin
& tous les Auteurs ont donné hautement &
fans balancer la préférence à Scipion , M.
Hooke la donne encore au Général Cartha
Fvj
132 MERCURE
ginois , & il rabaiffe beaucoup les vertus
tant vantées des Romains. On peut dire
même qu'il perfiffle Scipion .
93
35
At nos virtutes ipfas invertimus , atque
Sincerum cupimus vas incruftare.
Lorfqu'Annibal , dit -il , délivra Carthage
de la tyrannie des Juges perpétuels , lo; 1-
qu'en obligeant les Nobles à rendre compte
» des deniers publics qu'ils avoient détour-
" nés , il empêcha qu'on ne mît fur le Peu-
> ple une taxe non néceffaire & ruineufe ,
" il me paroît avoir fait une action , plus
» convenable à un bon citoyen , que Scipion,
» lorfqu'il déchira fon livre de comptes , &
» conduifit la multitude au Capitole , pour
Tupplier les Dieux de leur accorder tou-
» jours des Généraux tels que lui . Et quand
» Annibal alla en exil , déplorant le mal-
» heur de fa Patrie plus que le fien propre ,
ور
"
fæpiùs Patrie quàm fuos eventus miferatus ,
» il montra certainement plus de grandeur
» d'ame que n'en marqua le Romain , quand
» il s'enfuit de Rome pour décliner un Ju-
» gement , ou quand il donna ordre , à fa
mort , que fon corps ne fût pas porté
» dans fon ingrate Patrie ; ingrate au point
» de lui avoir demandé compte des deniers
publics dont elle lui avoit confié l'admi
» niftration. »
"
M. Rollin loue la piété de Cyrus & de
Scipion , quoique dans une Religion fauffe ;
DE 133
FRANCE.
que n'autoient: ils pas fait , dit-il , s'ils avoient
connu le vrai Dien ? $
L'Auteur termine ainfi cet article. 1
» Je me fatte que mes Lecteurs feront
» édifiés du zèle que j'ai marqué dans mes
» obfervations pour les vertus morales d'Annibal.
Mais s'il en eft autrement , je ferai
" toujours très - content s'ils veulent bien ne
pas exiger de moi de leur préfenter des
portraits de ces brillans Héros , tant vantes
dans l'Hiftoire Romaine. La vérité eft
» que je n'ai pas de talent pour ce genre de
" compofition ..... Car je n'ai jamais pu , en
pefant les actions des Scipion , des Mar-
» cellus , des Flaminius , des Paul Emnile
"
"
des Mummius Achaicus , & autres grands
» Perfonnages , me former ces hautes idées
» de leur vertu , que leurs panégyriftes , an-
» ciens & mødernes , nous en ont voulu
» dönner. »
Il y auroit du choix à faire dans ces noms ,
mais on trouveroit difficilement des Per¬
fonnages plus veitueux que les Scipion , les
Marcellus , les Paul Emile. Ils ont commis ,
il eft vrai , comme les autres , les crimes
de laiguerre ; mais ces crimes ne doivent pas
leur être imputés , ils fervoient leur Patrie.
La Patrie avoit tort fans doute d'entrepren
dre des guerres injuftes , mais des Citoyens
devoient obéir on peut préfumer feulement
, que fi de tels Citovens euffent été
les maîtres , & qu'ils n'euffent pas été entraînés
par l'erreur univerfelle , fi favorable
134
MERCURE 1
à la guerre , ils euffent cherché à exercer
dans la paix des vertus plus utiles au genre
humain.
° . M. Hooke critique les portraits de
Marius & de Métellus faits par Plutarque ,
& il relève à ce fojet les inconvéniens de la
méthode trop commune chez les Hiftoriens ,
de tracer le caractère des Perfonnages célè
bres dès le commencement de l'Hiftoire de
leurs actions . Il vaudroit mieux , en effet ,
(& c'eft la méthode des meilleurs Hiftoriens)
terminer leur Hiftoire par leur portrait , &
compofer ce portrait de la récapitulation
rapide des faits rapportés dans leur Hif
toire .
<
Les cinq morceaux dont nous venons de
rendre compte, rempliffent le premier volu
me. Dans le fecond ſe trouve un examen cri•
tique & très-critique de l'Hiftoire de Denys
d'Halicarnaffe , comparée avec celle de Tire
Live. M. Rollin nous donnella plus haute
idée des foins employés par Denys d'Halicarnaffe
, pour procurer à fon Hiftoire le
mérite de l'exactitude ; & en général , les
Savans font favorables à cet Hiftorien. Mi
Hooke , qui paroît ne pas haïr le paradoxe ,
a cru cette eftime injufte ou exagérée , &
travaille à la diminuer.
Le troifième volume préfente d'abord des
obfervations fur la Chronologie ancienne ;
& particuliérement fur celle des Rois de
Rome. On a beaucoup difputé fur cette
Chronologie particulière ; le Chevalier New
:
+
DE FRANCE. 135
و ر
ton , » cet homme , dit M. Maty , dans fon
» Journal Britannique , cet homme deſtiné
» à répandre également la lumière fur les
» ténèbres de l'antiquité & fur celles de la
» Nature , a beaucoup raccourci par fes
» calculs la Chronologie ancienne . » L'expé
rience de toutes les Nations prouve , felon
lui , que dans les fucceffions ordinaires &
tranquilles , le temps de chaque règne peut
êrre fixé à dix -neuf ou vingt ans . D'après ce
principe , les fept Rois de Rome , dont plufieurs
même ont péri de mort violente , &
dont le dernier a été détrôné , ne peuvent
avoir rempli tous enſemble un eſpace de
deux cens quarante - quatre ans ; eer efpace
ne pourroit être évalué qu'à cent quarante
ans, dans des conjonctures même plus favora
bles ; mais voilà la règle générale , en raf
femblant toutes les Dynafties & toutes les
Succeflions connues ; cette règle peut recevoir
des exceptions particulières ; prenons les fept
premiers Rois de la Race Capérienne ; leurs
règnes forment un espace de deux cens trente,
fix ans , depuis l'an 987 jufqu'à l'an 1223. Ce
terme approche bien de celui de deux cens
quarante- quatre ans , & en prouve la polibilité.
Prenons les règnes de la Branche de
Bourbon , n'en voilà que quatre révolus depuis
près de deux fiècles. On peut donc dire
feulement que les deux cens quarante-quatre
ans des fept règnes des Rois de Rome , ne
font pas dans l'ordre le plus commun ; mais
fi on n'avoit pas d'autre raifon de douter de
136
MERCURE
la vérité de l'Hiftoire des premiers temps de
Rome , la caufe de M. de Pouilly & de
M. de Beaufort feroit bien foible.
La fuite du Difcours fur les revolutions
de la République Romaine , divifees en deux
grandes époques , l'une depuis l'affaffinat des
Gracques jufqu'à l'affaffinat de Jules- Céfar ,
& depuis la mort de Céfar jufqu'à la principauté
d'Augufte , forment pour ainfi dire
le fond du fecond & du troifième volume.
Celui-ci finit par des réflexions fur l'idée
que M. Rollin & M. Midleton ( & on pourroit
dire tous les Auteurs ) nous donnent de
la vertu des Romains . C'eſt là fur- tout que
M. Hooke développe fon paradoxe fingulier
fur ce point , & qu'il fait aux Romains leur
part de vertu la plus petite qu'il peut.
Nous ne faurions dire que ces trois volumes
de differtations & de difcuffions forment
une lecture bien amufante ; mais il ne
s'agit pas ici d'amuſement , il s'agit de critique
& de vérité hiftorique , il s'agit d'inftruction
; & nous pouvons affurer qu'après
cette lecture , on fait mieux l'Hiftoire Romaine.
1
DE FRANCE. 137
SPECTACLE S.
』
COMÉDIE FRANÇOISE.
# 1
LE Lundi 8 de ce mois , on a donné la
première reprefentation de Melcour & Verfeuil
, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. de Murville . ፡
Il y a environ fept mois que les Comédiens
Italiens reprefentèrent une Comédie
aufi en un Acte & en vers , intitulée la
Fauffe Inconftance , dont l'Auteur eft M.
Rader. Cet ouvrage & celui dont nous
allons parler , doivent l'un & l'autre leur
existence à une anecdote particulière , que
des circonstances. bifarres ont rendue publique.
Le Journal de Paris a reçu , dans
le tems , les réclamations des deux Auteurs;
ainfi on ne fauroit , ſans injuſtice , accuſer
M. de Muryille de plagiat : la marche des
deux pièces et d'ailleurs fi différente , que
le foupçon même de ceplagiat ne nous paroît
pas permis . Voici la fable de M. de Murville.
: Melcour & Vefeuil aiment Angélique.
Le premier eft un homme eftimable ; le
fecond n'eft qu'un fat. Angelique , fur
les inftances de Melcour fe détermine à
donner à Verfeuil fon congé ; mais par
138
MERCURE
délica effe , elle le lui donne dans une
lettre qui lui eft remife fous enveloppe.
Le corps du billet eft de la main d'Angelique
; l'adreffe eft écrite par Nérine , fa
femme- de- chambre. Verfeuil reçoit le billet ;
d'abord fon orgueil en eft humilie ; puis à
ce mouvement fuccède le defir de fe venger
de Melcour , qu'il foupçonne d'être l'auteur
de fa difgrâce. Comme Nérine eft déjà dans
les intérêts de Verfeuil , le fat lui propofe
de lui faire époufer Frontin , qu'elle aime ,
& de lui donner une dot de mille écus
fi elle confent à mettre le congé fous une
nouvelle enveloppe , & à l'adreffer à Melcour.
Nérine fe laille gagner. Melcour reçoit
le congé , eft anéanti , furieux ; projette
d'abandonner à jamais une perfile ; fort ,
rencontre fa Maîtreffe , lui parle d'un ton
& avec des expiemons qui a confondent ;
fe retire , puis revient , & dans une nou
velle explication découvre le mystère , voit
chaffer la foubrette , éconduire Verfeuil :
enfin il époule Angélique.
Nous ne répéterons point ici ce que nous
avons dit du fonds du fujet , en rendant
compte de la Fauffe Inconftance ; nous dirons
feulement que M. de Murville n'en a pas
tiré un parti plus heureux que M. Radet , &
nous ajouterons que peut- être cela étoit- il
impoffible. Le ftyle de M. de Murville eſt
bien plus foigné , plus agréable , plus éléganė
que celui de fon rival . Nous aurions pourtant
voulu n'y point rencontrer des idées préDE
FRANCE. 139
eieufes , & qui tiennent à ce qu'on appelle
le jargon ; en voici un exemple. Melcour
dit à Angélique qu'il ofe croire qu'elle lui
fera fidèle :
L'Amour , qui fe peint dans vos traits ,
A placé la conftance au rang de vos attraits ;
-Vous ne voudriez pas devenir moins jolie .
J'
La conftance eft une qualité : dans un fiècle
auffi volage que le nôtre , elle peut être une
vertu , fur-tout en amour ; mais elle ne fauroit
être placée au nombre des attraits
d'une femme ; car une jolie femme ne
ceffe pas d'être jolie , parce qu'elle devient
inconftante. Voilà comme toutes
ces idées , qu'on appelle brillantes deviennent
fauffes dès qu'on porte fur elles
le coup- d'oeil de l'obfervation . Nous n'en
citerons pas d'autres exempics , quoique
cela ne nous fût pas difficile. Nous prierons
auffi M. de Murville de remarquer
qu'au commencement de la feconde (cène ,
Angélique fait à Melcour le portrait de
Verfeuil , que ce portrait eft celui de l'homme
le plus aimable & même le plus délicat ;
qu'il n'y a perfonne qui ne fût très - flatté
qu'on y retrouvât fa reffemblance , & que
néanmoins à la fin de cette même fcèné
Angélique fe détermine affez brusquement
à congédier celui qu'elle a peint fous des
couleurs fi féduifantes. Il y a dans cetté
marche un défaut de logique évident. Ce
140
MERCURE
n'eft pas que M. de Murville n'ait cherché
à diffimuler ce défaut en préfentant , dès
le premier abord , Angélique & Melcour ,
dans une converfation d'humeur , d'impatience
& de jaloufie ; ce qui pourroit , dans
une autre circonftance , motiver les louanges
exagérées qu'elle donne à Verfeuil : mais
il n'a pas obfervé que les vices de ce perfonnage
, fon infupportable ton , fa fatuité
, & fon intrépidité de bonne opinion ,
ne pouvoient permettre ici à Angelique
d'en faire un éloge pompeux , & qu'un tel
écart ne peut être placé que dans la bouche
d'une coquette ou dans celle d'une femme
pouffée à bout. Angélique n'eft point coquette:
elle a donc à fe plaindre de Melcour. Qu'elle
lui pardonne , à la bonne heure ; mais que
tout-à coup elle congédie l'objet de fa jaloufie,
qu'elle ne profite pas au contraire de la
préfence momentanee du fat pour épreu
ver fon amant ; cela n'eft pas raifonnable.
Mais il falloit renvoyer Veifeuil ; le congé.
qu'il reçoit forme le noeud de l'ouvrage . Cela
eft vrai il étoit donc néceffaire d expofer
le fujet d'une autre manière . Reftons fur
ces critiques , déjà trop étendues pour une
bagatelle. Cet ouvrage ne dit rien pour ni
contre le talent dramatique de M. de Mur
ville. Nous defirons que cet écrivain travaille
à l'avenir le fonds de fes Comédies
comme il travaille fon ftyle ; alors on jugera
s'il est vraiment appelé à faire des pièces de
Théâtre.
·
DE FRANCE.
141
ANNONCES ET NOTICES:
Les Pfeaumes du Père Berthier , avec des Notes
& des Réflexions, 8 Vol . in 12 , dont les quatre
premiers font en vente à préfent. Prix , 10 liv. 8 fols
brochés avec étiquette , 12 liv . reliés en baſanne
13 liv. reliés en veau . A Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins , au coin de la
rue Pavée.
Les Perfonnes qui defireront payer l'Exemplaire -
en entier recevront en Décembre prochain les
quatre autres Volumes en leurs demeures à Paris .
Cet Ouvrage , d'un favant Jéfuite , qui s'eft fait
connoître par une bonne Littérature & de célèbres
inimitiés , doit être accueilli avec einpreffement.
SUPPLEMENT au Traité Chimique de l'Air &
du Feu de M. Scheelle , contenant un Tableau
abrégé des nouvelles Découvertes fur les diverfes
1 efpèces d'Air , par Jean - Godefroi Léonhardy , des
Notes de M. Richard Kirvau , & une Lettre du Docteur
Priefteley à ce Chimifte Anglois fur l'Ouvrage
de M. Scheelle , traduit & augmenté de Notes & du
complément du Tableau abrégé de ce qui a été
publié jufqu'aujourd'hui fur les différentes efpèces
d'Air , par M. le Baron de Dietrich , Secrétaire général
des Suiffes & Grifons , &c . , avec la Traduction
, par MM. de l'Académie de Dijon , des Expériences
de M. Scheelle fur la quantité d'Air pur qui
fe trouve dans l'Athmosphère , in - 12 . Prix , 2 liv.
broché. A Paris , rue & hôtel Serpente.
Dans ce moment où la Chimie fe trouve enrichie
des modernes découvertes de tant de Savans ,
Ecrits fur cette matière intéreffent d'abord
l'es
par
leur
144
MERCURE
objet feul. Celui-ci a de plus le mérite d'un bon Ou
vrage ; & l'on doit favoir gré au Traducteur de nous
avoir mis à portée de jouir de ces richeſſes étrangères .
LA plus courte des Méthodes pour apprendre à
lire , ou les Elémens des Syllabes Françoifes réduits
à leur plus grande fimplicité , par M , Noël , ci devant
Inftituteur , Écrivain - juré & l'un des Profeffeurs du
Lycée de Lyon , quatrième Édition. Prix , 12 fols.
A Paris , chez l'Auteur , à la Ville để Lyon , rue des
deux Écus , vis-à- vis l'Hôtel de Saint Antoine , &
Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande.
04
On doit de la reconnoiffance aux Perfonnes qui
cherchent à adoucir les travaux de l'enfance , qu'on
n'afflige que trop par des peines morales quand elle
a befoin d'acquérir des forces pour fupporter les
maux phyfiques.
..E
THE life oh Henry the fourth of France , translated
from the french of Perefix , by M. Lemoine ,
one of his moft Chriftian Majesty's Gentlemen in
ordinary , Volume in- 8 ° . de 470 pages. Prix , 6 liv.
broché. A Paris , chez Didot l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Pavée - Saint André.
Il y a quelques Exemplaires de ce bel Ouvrage
fur papier grand raifin de la fabrique de MM . Johannot
d'Annonay . Prix , 15 liv . broché.
LE Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de Figures , quatrième Livraiſon , Tomes VII &
VIII, contenant les deux premiers Volumes des
Mille & une Nuits.
Cette Collection très-piquante aura trente Volumes
de Contes & un Volume de Difcours , contenant l'origine
des Contes des Fées & les Notices fur les Auteurs.
On délivrera régulièrement deux Volumes par
DE FRANCE. 143
mois. On s'inscrit pour ladite Collection à Paris ,
rue & hôrel Serpente , chez Cuchet , Libraire , Éditeur
des OEuvres de le Sage & de l'Abbé Prevost.
Le prix de l'infcription eft de 3 liv. 12 fols le vol.
broché , orué de 3 planches , faites fous la direction
de MM. Delaunay & Maillier.
CARTE particulière , topographique & très- détaillée
du Diocèfe de Rouen , en fix feuilles , comprenant
dans le plus grand détail tout le pays de Caux ,
le Vexin Normand , le Romois , partie du Lieuvin
& de la campagne du Neubourg , ainfi que le cours
de la Seine depuis Poiffy jufqu'à fon embouchure
dans la mer , nouvellement revue , corrigée & augmentée
de toutes les grandes routes , chemins de
traverfes & de communications ; par le fieur Dezauche
, Géographe , fucceffeur des fieurs Delifle &
Phil. Buache , premiers Géographes du Roi , & de
l'Académie Royale des Sciences , Prix , 7 liv . 10 fols .
A Paris , chez l'Auteur , rue des Noycrs.
PRECIS Hiftorique & Expérimental des Phénomènes
Electriques depuis l'origine de cette Découverte
jufqu'à ce jour , par M. Sigaud de la Fond,
Profeffeur de Phyfique Expérimentale , Membre de
la Société Royale des Sciences de Montpellier , &c. ,
feconde Edition , revue & augmentée , în - 8° . , avec
figures Prix , 6 liv. broché , 7 liv. relié . A Paris ,
rue & hôtel Serpente.
La première Édition de cet Ouvrage a obtenu le
fuccès qu'elle méritoit. Les découvertes dont celle- ci
eft enrichie y ajoutent un nouveau degré d'utilité.
QUARTIER Général de l'Armée Hollandoife ,
peint par W, gravé par Picquenot. Prix , 1 liv,
4 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue des Carmes , au
Collège de Prêle, — Vûe du grand Marché aux cheg
144 MERCURE
vaux d'Anvers & d'une partie de l'Efcaut. Même
les mêmes , & à la même Adreſſe.
Ces deux Eftampes font pendant.
prix , par
EXERCICES de Dévotion à Saint Louis de
Gonzague, dédiés à la Révérende Mère Thérèſe de
Saint Auguftin, Religieufe Carmelite à Saint Denis.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire de MONSIEUR ,
Frère du Roi , Pont Notre - Dame , à la Sainte
Famille , nº. 23 .
Ce Livre , traduit de l'Italien , ne renferme rien
que de très édifiant , & qui ne foit infiniment propre
à exciter dans les âmes chrétiennes le plus ardent
defir de leur perfection.
NUMEROS 36 & 37 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , chaque
feuille 1 liv. I fols. A Paris , chez Coufineau père
& fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies , &
ôalomon , Luthier , Place de l'École .
TABLE.
L'Ane facétieux , Fable , 97 ques fur l'Hiftoire & le
Charade, Enigme & Logogry- Gouvernement de l'ancienne
· phe ,
Etudes de la Nature ,
୨୨ Rome ,
102 Comédie Françoife ,
Difcours & Réflexions criti- Annonces & Notices ,
PAT lu ΑΙ
APPROBATION.
126
137
141
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 20 Août 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 19 Août 1985 , RAULIN.
1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 27 AOUT 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES à Mlle ..... qui avoit porté
une Rofe à fa bouche.
MALGRÉ les larmes de l'Aurore ,
Malgré les bailers du Zéphyr ,
Et les tendres regrets de Flore ,
Cette Rofe va fe flétrir,
A SES feuilles déjà mourantes ,
Qui pourroit rendre la fraîcheur,
Puifque tes lèvres careffantes
N'ont point ranimé fa langueur ?
Le feul jour qu'elle ait à paroître
Sur ton fein doit la voir finir.
Comme elle , qui ne voudroit naître
Si , comme elle , on pouvoit mourir ?
No. 35 , 27 Août 1785.
G
MERCURE
Du bonheur elle offre l'image ;
Et le bonheur , c'eft le plaifir ;
Nous le defirons à tout âge ,
Il n'en eft qu'un pour le cueillir.
(Par M. Richard , de la Flèche . )
RÉPONSES A LA QUESTION :
En quoi le bonheur que l'Amour procure
diffère- t'il de celui que donne l'Amitié ?
L'AMOUR
I.
'AMOUR eft l'aliment de tous les jeunes coeurs ;
Ses plaiſirs , les tourmens , font les jeux du bel âge ;
Heureux qui peut long- temps jouir de fes erreurs ,
Les délices des foux & les regrets du fage !
Mais l'inſtant vient qu'on dit : « Autre tems , autres
» murs. »
Puifque l'homme a befoin d'un lien qui l'engage ,
Gardons pour fon printemps l'Amour & fes douceurs .
Ses jours purs & fereins , l'Amitié les partage .
L'Amour, comme la roſe , a de fraîches couleurs ;
Mais l'Amitié retrace un beau jour fans nuage.
( Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine an
Régiment de Provence , ci-devant Blaifois ,
FULLTF SCA
REGIA
MONACZASLS
DE FRANCE. 147
I I.
QUAND je fuis amoureux , je fuis un loup-garou
L'Amitié feule me modère ,'
Et me dit fouvent caffe- cou.
Mieux valoit demander , fans doute , en quoi diffère
L'homme fage de l'homme fou.
(Par un Membre de la Chambre Littéraire
de Rennes. )
I I I.
QUAND le plaifir ſuccède à l'eſpérance ,
Le bonheur en amour eft moindre de moitié ;
Celui qu'on goûte en amitié
Augmente par la jouiffance.
( Par M. Dehauffy de Robécourt. )
I V.
PAR le temps l'Amour eft détruit ,
Et par le temps l'Amitié s'embellit ;
Un Amour qui commence à poindre
En eft plus doux de la moitié ;
Le bonheur eft de pouvoir joindre
Jeune Amour & vieille Amitié.
( Par le même. )
V.
L'AMOUR enivre tous mes fens ,
Mon coeur y trouve aufſi ſon compte.
Gi
148 MERCURE
Pour mon malheur , hélas ! il faut que je décompte :
L'automne a pris la place du printemps !
Toujours le temps aime à fouftraire ,
Il ne m'offre que l'Amitié ,
Qui veut en vain me fatisfaire ;
Des plaifirs de l'Amour ce n'eft que la moitié .
(Par M. de Saint- Fard. )
-V I.
Sur l'Air: Un jour Guillot dit à Lifeue.
Le plaifir que l'Amour nous donne
Eft vif & ne rend point heureux ;
Souvent le remords l'empoifonne ,
L'Amitié jouit moins & mieux.
Avec le temps l'Amour s'efface ;
Le temps ajoute à l'Amitié :
L'un eft un orage qui paffe ,
L'autre vient quand il eſt paſſé.
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Un homme qui a de l'efprit peut - il être
amoureux long-temps d'une femme qui n'en
a pas ?
DE FRANCE. 149
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Tombeau ; celui du Logogryphe
eft Miel , défigné miel de Narbonne ,
où l'on trouve ile , mil , mie , lie , me , il,
le , mi , lé, lime.
M
CHARADE.
ON premier va broutant mon fecond & mon tour.
( Par M. H...... Capitaine d'Infanterie. )
ENIGM È.
QUAND je fuis feminin , je ſuis certain poifſſon
Vivant , nageant dans certaine rivière ;
Quand je fuis mafculin , je fuis cette rivière
Où vit & nage ce poiffen.
LOGO GRYPH E.
SVR cinq pieds vers les cieux je m'élève ſuperbe ;
Mon chefà bas , Lecteur , mon fang coule fur l'herbe.
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
Ģ ii)
150
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉPITRE à un jeune Matérialiste , par
M. Morel , Doctrinaire , l'un des Profeffeurs
de Réthorique au Collège Royal
Bourbon d'Aix. Seconde Édition , corrigée
& augmentée.
Meruitque timeri
Nil metuens. Lucan . L. 1 .
A Avignon , & fe trouve à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande.
LA juftice et une belle chofe , mais bien
rare , dit un proverbe populaire. Dans combien
d'occafions cet axiôme n'est - il pas applicable
Pour juger avec équité , il faut
examiner. Eh ! qui eft - ce qui examine ? Perfonne
, & tout le monde juge. L'Épître que
nous annonçons fera rabaiffée par de prétendus
connoiffeurs , qui ne goûtent que les
Pièces de Théâtre ou les Pièces appelées fugitives
, comme s'il n'y avoit pas d'autres
genres de poéfie. Que des rimeurs futiles
courent les cercles , qu'ils y faififfent cet
efprit de fociété qui y pétille par fois , qu'ils
en compofent ces vers que nous nommons
charmans ; à la bonne heure. Notre esprit
peut s'en amufer , à peu - près comme nos
yeux font récréés du vol léger des papillons
DE FRANCE
Ist
·
& de la bigarrure de leurs couleurs , auffi
fragiles que brillantes ; mais que l'agréable
ne nous faffe pas dédaigner l'utile.
Si l'on fait attention que cette Épître
roule fur des raifonnemens de métaphyfique
, auxquels la poéfie Françoiſe a bien
de la peine à fe prêter , on faura gré à l'Auteur
des efforts fouvent heureux qu'il a faits
pour éviter la féchereffe didactique. Voici
le début :
C'étoit donc vainement qu'au fein de la fageffe
Ton père malheureux cultivoit ta jeune ffe.
Des fublimes vertus qu'en ton coeur il nourrit ,
Le germe infructueux fe defsèche & périt .
De la Religion , ami fimple & fidèle ,
A ce joug honorable en vain il te rappelle .
Vainement de ſes moeurs la vivante leçon
Accufe ta foibleffe & ta rébellion.
Le vice impur triomphe , & ta mère éperdue
N'élève plus vers toi qu'une plainte perdue.
Une fauffe lueur t'égare déformais .
Pour raffurer un coeur fans relâche agité ,
Ton efprit foulevé court dans l'impiété ,
Du fentier des vertus , audacieux transfuge ,
Chercher contre Dieu même un horrible refuge;
Si les fentimens de l'amitié , continue le
Poëte en vers auffi beaux que ceux que
l'on vient de lire , furvivent dans ton coeur
Giv
152 MERCURE
aux fentimens de la Religion , permets - moi
de te faire entendre le langage de la raifon.
Mais d'un être éternel que tout être publie ,
Je reconnois , dis -tu , la puiffance infinie ,
Et je ne prétends point dans l'atheiſme inftruit ,
Bannir de l'Univers le Dieu qui l'a conftruit.
Mais plus cet être eft grand , indépendant & ſage ,
Plus des foibles mortels il dédaigne l'hommage.
Un Dieu n'a pas befoin de nos voeux affidus ; *
Seroit-il plus heureux , mortels , par vos vertus ?
Non. Ce Dieu du même il voit du haut de fon trône
Et l'infecte qui rampe & l'homme qui raifonne.
De mon efprit , hélas ! dois-je m'énorgueillir ?
Cet efclave du corps avec lui doit périr.
On ne peut nier que cette tirade ne foit
poétique & bien travaillée. La verification
de M. Morel vaut bien celle de ce dévot fatyrique
, auquel l'efprit de parti avoit donné
une forte de célébrité qui ne lui a pas furvécu.
On peut dire même que le Poëte Doctrinaire
pofsède beaucoup mieux que l'Auteur
du dix -huitième fiècle , l'art difficile
de fuivre & de lier fes idées. La réponse à
l'objection n'eft pas moins belle.
Quoi ! d'un être infini tu reconnois l'empire ,
Et ton efprit , armé d'un ſophiſme imprudent ,
Vers de Voltaire.
DE FRANCE. 153
Arrache l'homme à Dieu pour le rendre au néant ?
Ah ! s'il nous méconnoît , fi cet être impaffible ,
Des vices , des vertus fpectateur infenfible ,
Au hafard en naiffant voulut nous confier ,
Si la mort au tombeau m'enchaîne tout entier ,
Je ne le connois plus ; ton horrible ſyſtême ,
En détruifant mon âme , anéantit Dieu même.
On voit que le Poëte emprunte la pensée
d'Abadie : J'ai toujours été furpris , a dit ce
Chrétien Philofophe , de voir tant de gens ,
qui , en avouant l'exiflence de Dieu , nioient
Ja providence , rien n'étant plus inféparable
que ces deux idées. Puis il continue :
L'image du Très-haut , quoi ! ce fublime efprit,
L'être qui fe fouvient , aime , fent , réfléchit ,
Ne feroit à tes yeux qu'une argile groffière !
L'efprit des loix feroit enfant de la matière !
Quoi ! ce rayon divin , quand d'infenfibles cosps
Des fiècles conjurés repouffent les efforts ,
Seul oublié du Dieu que lui feul il adore ,
Chef-d'oeuvre infortuné , ne vivreit qu'une aurore?
Infenfé ! j'en crois mieux un fentiment vainqueur.
Le néant m'épouvante & répugne à mon coeur.
Pour l'homme cette idée eft affreufe , & coutre elle
Sa vie eft ici -bas une lutte éternelle .
Il la fuit , il l'écarte ; inquiet, agité ,
Il brave mille morts pour
l'immortalité.
Ce dernier vers eft fublime , & tout ce
morceau eft plein d'éloquence & de poéfie.
Gy
194
MERCURE
M. l'Abbé Motel a fuivi le vrai goût des
Poëmes didactiques , qui doit exclure l'emphaſe
épique & les bri lantes antithèſes. Aujourd'hui
la mode s'eft gliffée jufques dans
les productions de l'efptit . Les verificateurs
modernes fe mettent à la torture pour rapprocher
entre-elles les images les plus difparates.
Ils font très -fatisfaits de leur génie
quand ils font parvenus à donner à leurs
idées un air neuf par la recherche des expreflions.
Ce ftyle n'eft pas loin de celui
qu'on nomme forcé. Ce qu'il y a de pis ,
c'eft que des Auteurs , d'ailleurs très - louables,
ont donné dans cette nouvelle & mauvaiſe
manière d'écrire . On ne peut faire ce reproche
à M. l'Abbé Morel. Son Épître
refpire ce goût fain & raifonnable qui a
toujours caractérifé les Écrits de certe Société
, qui , pour citer le témoignage honorable
de M. d'Alembert , " fans intrigue ,
"
fans ambition , aimant & cultivant les
Lettres par le feul defir d'être utile , s'eft
» fait un nom diftingué dans les fciences
» facrées & profanes ; qui , perfécutée quelquefois
, & prefque toujours peu favo-
» rifée de ceux même dont elle auroit pu
efpérer l'appui , a fait , malgré ce fatal
» obftacle , tout le bien qu'il lui étoit permis
de faire , & n'a jamais fait de mal à
» fes ennemis ; enfin , qui a fu dans tous les
» temps , ce qui la rend encore plus chère
aux fages , pratiquer la Religion fans petieffe
, & la prêcher fans fanatisme.
L'Épître à un Matérialiſte eft précédée d'un
و و
""
99
99 137
DE FRANCE.
Difcours fur l'abus de la Philofophie , trèsbien
écrit & très-fenfé.
VARIÉTÉ S.
RÉPONSE de M. Garat à la Lettre du
Docteur de Province à un Docteur de
Paris , fur un Article du Mercure.
JE
*
E fuis fort aife , Monfieur , qu'un Docteur de Province
, en m'impofant la néceffité de répondre à des
reproches qui n'attaquent pas feulement mon efprit ,
mais mon caractère , me fourniſſe l'occafion d'expliquer
quelques- unes de mes affertions fur les Loix
Romaines , qui ont paru déplaire à plufieurs perfonnes
, dont je refpecte les opinions , & dont j'ambitionne
l'eftime. Je n'ai jamais penfé qu'il n'y eût
pas de très - belles Loix dans le Corps du Droit Romain:
j'ai même dir expreffément le contraire. Je
fuis plein de foumiffion & de reſpect pour toutes
-celles auxquelles nos Souverains ont donné leur
fanction , pour toutes celles auxquelles nos Magiftrats
ont fait l'honneur de les adopter dans leurs
Arrêts. Je me flatte de faire voir , dans le cours
même de cette Réponse , avec quelle fageffe profonde
, avec quel amour épuré de la Juftice , nos Magiftrats
& nos Souverains ont puifé dans cette fource,
où ce qui eft bon eft encore fublime ; mais où l'on
trouve une Loi d'Arcade & d'Honorius à côté d'une
Loi de Marc-Aurèle.
Je trouve très-bon , Monfieur , qu'un Docteur
Es- Loi vienne m'attaquer dans le Mercure , moi
Il y a trois femaines que cette Réponse eft imprimée.
Des raifons dont il eft inutile que le Public foit inftruit ,
n'ont pas permis de la faire paroître plutôt
G. vj
156
MERCURE
qui n'ai pas toujours parlé des Loix avec un grand
refpect , & qui ne fuis pas un Docteur. Je trouve
très-bon encore qu'un Docteur de Province fe dif
penfe d'étre poli ; quelques injures , je ne fais quoi
de magiftral dans le ton , donnent à une lettre un air
tout-à-fait doctoral : cela tient lieu du bonnet carré
& de la chaire . Pour moi , Monfieur, je n'ai point
de chaire , je n'ai point de bonnet carré , & je n'aurai
pas non plus d'injures. Si je ne fais rien , comme le
dit le Docteur , je tâcherai de favoir au moins un
peu de politeffe . Le Docteur prendra peut- être en-
I core cela pour de l'ignorance . Eh bien ! je confens
qu'il foit beaucoup plus favant que moi . Mais ces
Savans ont un malheur , Monfieur ; ce n'eft pas feulement
la politeffe qui leur manque ſouvent , c'eſt
encore la raifon , c'eft même la fcience ; ils favent
tant de chofes que celles qu'il importeroit le plus de
favoir leur échappent. Il me femble , par exemple ,
que ce malheur de la grande érudition eft arrivé
quelquefois à l'érudit de Province qui vient gourmander
un peu rudement mon ignorance . La vérité
étoit fans doute dans les nombreux volumes qu'il
avoit fous fa main ; mais cette main , il l'a mal
pofée , & la vérité eſt reſtée égarée dans les nombreux
volumes.
J'avois , non pas cité , mais rappelé quelques Loix
des Douze-Tables , pour prouver que les premiers
Légiflateurs de Rome n'avoient pas trop bien connu
l'humanité. Le Docteur me dit qu'on ne voit pas
dans l'Hiftoire que la Loi qui permettoit aux créanciers
de couper en morceaux le débiteur infolvable ,
ait été jamais exécutée ; mais je n'ai jamais dit
qu'elle eût été exécutée , ( ce dont je fuis cependant
très perfuadé ) j'ai dit qu'elle étoit écrite dans les
Douze-Tables, & on la lit encore .
L'Hiftoire ne parle point de fon exécution ; mais
j'obferverai , 1 ° . que l'Hiftoire en général ne parle
DE FRANCE. 117
point de l'exécution des Loix civiles & criminelles
d'un peuple. 2 °. Les Loix contre les Débiteurs étoient
exécutées par les Patriciens , qui étoient presque toujours
créanciers , & qui furent long - tems uniques juges
dans la République . Les Hiftoriens de Rome , attachés
prefque tous à des familles Patriciennes , font
en général du parti qui opprimoit le peuple. Il ne
feroit pas étonnant qu'ils euffent fupprimé des faits fi
propres à infpirer de l'horreur pour le Patriciat . Ce
filence de l'Hiftoire ne prouve donc pas l'inexécution
de la Loi ; mais la Loi qui exifte encore prouve bien
qu'elle a exifté.
Une Loi des Douze Tables ordonnoit aux pères
de tuer les enfans d'une difformité remarquable. Et
j'ai dit , qui ne l'eût pas dit comme moi ? ) que
cette Loi n'étoit pas très - humaine. Le Docteur , pour
faire paroître la Loi moins féroce , veut rendre les
enfans horribles : il en fait des monftres , & il appelle
à fon fecours un Docteur en Médecine qui définit
les monftres , ce qui s'éloigne énormément de la
figure humaine. Ce Médecin , dont on ne dit pas le
nom , n'eft pas précis dans fes idées. Le mot énormément
peut faire peur , mais il définit mal. Les Jurifconfultes
Romains , qu'il eût été plus à propos de
citer au fujet des Douze Tables , ont eu au moins
des idées plus préciſes . Quelques- uns penfoient que
pour être condamné à mort comme monftre , il
falloit avoir trois mains ou trois pieds ; d'autres
croyoient qu'il fuffifoit d'avoir fix doigts . Et en conféquence
on êtoit la vie au lieu d'ôter une main ou
un doigt, ce qui eût été plus fimple , & ce qui devoit
fuffire, fuivant la définition , pour faire d'un monftre
un homme. On fait qu'il y a à Berlin une famille
entière où , de père en fils , les enfans naiffent toujours
avec fix doigts . Le Roi de Pruffe , meilleur
Phyficien que les Légflateurs des Douze Tables ,
leur laiffe les fix doigts & la vie ; & il eſt à croire
458 MERCURE
que s'il raiffoit dans fes États des hommes avec trois
mains , avant de leur en faire couper une , il voucette
droit bien obferver & bien s'affurer fi la troisième
main ne pourroit pas fervir à charger plus vite
un fufil. Si le Docteur avoit mieux lû l'Hiftoire
Ancienne , il eût mieux apperçu l'esprit de ce ftatut
fanguinaire des Douze Tables : il eût vû
que
Loi , qui condamnoit à la mort les enfans nés foibles
& mal conformés , étoit commune à tous les peuples
guerriers de l'antiquité , & fu r- tout aux Lacédémoniens,
chez lefquels on penfe que les Romains l'avoient
prife , il eût vir qu'elle étoit née dans des fiècles &
chez des peuples où , pour paroître digne de vivre,
il falloit être affez fort pour ôter la vie à beaucoup
d'hommes : il n'est pas ignoré que le Jurifconfulte
Ulpien compte l'enfant débile parmi les enfans monftrueux;
que Rame, qui deftinoit tous les enfans à des
guerres fans ceffe renaiffantes , ne vouloit nourrir &
conferver que ceux qui pouvoient l'aider à la conquête
du monde : il eût vû enfin que l'infanticide , qui
fait frémir la Nature , étoit une choſe permife chez
les premiers Romains & chez tous les peuples de
F'antiquité , ainfi qu'il l'eft encore chez les Chinois.
Ce que les premiers Romains & tous les peuples
de l'antiquité avoient fur tout en horreur , c'étoient
·les androgines , les hermaphrodites. Leur naiffance
étoit regardée comme un figne de la colère des
Dieux. Les peuples croyoient que la Nature alloit
rentrer dans le chaos , & les Colléges des Pontifes
trembloient pour le fort des Empires. L'Aréopage
d Athènes , le Sénat de Rome en firent périr un grand
nombre. Les Codes & les Hiftoires de l'antiquité
font pleines de Loix & d'Arrêts de mort contre les
hermaphrodites . Après tout cela , les modernes ont
découvert une chofe ; c'eft qu'il n'y a point d'hezmaphrodites.
J'ai dit que , fuivant une Loi Romaine , que
DE FRANCE. 159
beaucoup de Commentateurs , & fur-tout fon efprit ,
m'ont autorifé à mettre dans les Douze Tables ,
quoique Pothier ne l'ait mife qu'à la fuite ; j'ai
avancé , dis- je , que cette Loi permettoit au mari de
condamner fa femme à la mort fi elle étoit allée boire
du vin à la cave. Le Docteur de Province prétend
que j'ai confondu enfemble le droit de tuer pour
caufe d'ivroguerie , & le droit de tuer pour caufe
d'adultère. Je n'ai pas pu faire cette confufion , puifque
je n'ai pas fait ce rapprochement. J'ai dit fimplement
que la Loi lui laifoit le pouvoir de la faire
mourir lorfqu'elle avoit bu du vin. Voici le texte :
Utfi qua mulier vinum biberet, in eam maritus caufâ
cum propinquis cognitâ poenam ftatueret ; at fi eam
in adulterio deprehenderet , tunc eam occidendijus
poteftatemque haberet.
On voit dans ce texte deux cas bien diftincts ,
bien précis ; l'un , de la femme furpriſe en adultère
& le mari a le droit & le pouvoir de la tuer fur le
champ ; l'autre , de la feinme qui a bu du vin ,
alors le mari doit faire connoître le délit aux parens
affembles , & il prononce la peine , poenam ftatueret .
La Loi appelle les parens à la connoiffance du crime,
mais non pas à la détermination de la peine. Celui
qui ftatue fur le genre & la melure de la peine eft
feul , ftatueret , le verbe eft au fingulier . Cette peine
étoit vraisemblablement celle du divorce , dit le
Docteur ; mais c'eſt le Docteur qui trouve cette vraifemblance.
La Loi , loin de ftatuer la peine , donne
au mari le droit de la ftatuer Quand le mari vou
loit que ce fût le divorce , c'étoit le divorce ; quand
il vouloit que ce fût la mort , c'étoit la mort.. Sa
puiffance n'avoit d'autres bornes que celles de fa
vengeance & de fa colère . Le Jurifconfulte de Province
a mal étudié l'hiftoire du genre humain ; it
n'en a pas fuivi les progrès depuis la barbarie juf
qu'à la civilifation ; il auroit vû dans cette étude
160 MERCURE
il auroit vû dans la lecture feule de Millar , que
chez prefque tous les peuples barbares , le mari ,
defpote abfolu dans la maifon , par la loi fuprême
de la force de fon bras & de ſa hache , avoit droit
de vie & de mort fur fa femme comme fur fes enfans
; que les premières coutumes , en adouciflant
un peu la férocité de cet ufage , le confacrèrent , &
que les premières Loix le puisèrent dans les coutu
mes. Prefque par tout cela a été de même , & beaucoup
de monumens en particulier l'atteftent des
Romains. *
* C'eft furtout dans l'ancienne Loi des Romains , dit
Millar, que nous trouvons les détails les plus complets
& les plus pofitifs fur les différentes branches de pouvoir
dont un mari étoit revêtu dans le premier âge de la fociété.
Chez ce Peuple célèbre , la femme étoit anciennement
regardée comme l'esclave de fon mari. Il pouvoit la vendre
ou la faire mettre à mort par un acte arbitraire de fa
volonté. Elle étoit dite convenire in manum mariti . Elle
étoit précisément dans la même condition qu'une Filia familias.
Or , on fait que chez ces premiers Romains , un
père pouvoit à fa fantaisie fendre d'un coup de hache la
tête de fon fils ou de fa fille . Voilà quelle étoit la condition
de l'efclave , du fils , de la fille & de la femme.
Je ne dirai point au Docteur , pour lui infpirer quelqu'eftime
de Millar , que c'eſt un des Écrivains les plus
eftimés de l'Angleterre ; qu'il eft très peu d'Ouvrages où
l'en ait joint tant d'érudition àunefi excellente philofophie;
que c'est un des hommes qui a le plus porté dans l'étude
de l'antiquité cet efprit de critique dont le Docteur m'accufe
d'avoir manqué pour avoir dit les mêmes chofes que
Millar je lui dirai que Millar eft DOCTEUR & PROFESSEUR
en Droit à l'Univerfité de Glafcow .
Mais voici des faits qui ont un rapport plus intime à
la peine que les maris ftatuoient contre la femme qui avoit
bu du vin. Denis d'Hal. L. 2 , Cicéron , Livre 4 de rep. nous
apprennent que chez les premiers Romains , le mari étoit
unique juge & vengeur de ce crime. Ils citent l'exemple
d'une certaine Fauna , que fon mari fit périr fous les coups
de verge pour avoir bu du vin . Egnatius Mécène fit mouir
fa temme pour ce grave dělit , & Romulus , les
Juges de Rome, Rome entière trouva cela très bon. On
DE FRANCE. 161
Le Docteur répète , d'après Aulugelle & d'après
mille modernes , que les Dames Romaines furent
très - fages pendant cinq fiècles , que pendant cinq
fiècles il n'y eut aucun adultère , aucun divorce.
Quant à la fageffe des Dames Romaines , on'
pourroit demander à Aulugelle , & à ceux qui l'ont
copié , ce que Mme de Laffai demandoit à fon mari :
Comment faites - vous donc pour être fi sûr de ces
chofes-là ? Mais un Differtateur , quoique trèsingénieux
, aura plus d'autorité que Mme de Laffai
auprès d'un Docteur . S'il daigne donc lire les Differtations
excellentes publiées par M. l'Abbé Hooke , fur
PHiftoire Romaine , le Docteur y verra qu'on peut
avoir raisonnablement quelques doutes fur la longue
vertu des Dames Romaines , & qu'il eft à peu près
hors de doute qu'il y eût beaucoup de divorces pen.
dant tout le temps où Aulugelle aflure qu'il n'y en
cut aucun. L'Ouvrage d'Aulugelle , auquel le Docreur
me renvoie fouvent comme à une fource d'érudition
eft une lecture agréable : c'eſt un bon ana ;
mais dans les nuits , Aulugelle rêve ſouvent , & on
peut confeiller au Docteur de prendre un autre guide
dans les ténèbres de l'antiquité.
Quel eft , demande le Jurifconfulte , le résultat
des déclamations de M. Garat ? Il eft difficile que
des déclamations donnent quelque réſultat ; mais j'ai
rapporte l'exemple d'une autre mère de famille , qui ,
pour s'être faifie feulement des clefs de la cave , fut condamnée
à mourir de faim par fa famille même. Le Jurifconfulte
Caius , contemporain & ami de Cicéron , ennemi
irréconciliable de ee crime des femmes , pourleur enlever
tout moyen de le cacher , étoit d'avis qu'elles fuffent
convaincues & condamnées fur l'odeur feule du vin .
Au reste , lorſque le mari ne furprenoit pas fa femme en
flagrant délit, pour l'adultère , comme pour avoir bu du vin
ikétoit obligé d'affembler les parens ; & il paroît par l'Hif
toire, que pour le vin comme pour adultère , il ſe diſpenfoit
fouvent de les affembler.
162 MERCURE
cité des Loix , des faits , & ce n'eſt pas - là déclamer.
Quelle légiflation , avant que d'être épurée, n'apas
été dure ?
Eh bien ! j'ai prouvé que celle des Romains a
commencé par être dure. Que le Docteur faſſe voir
comment elle s'eft épurée.
Cicéron mettoit les Loix des Douze Tables audeffus
de tous les Ouvrages des Philofophes.
Je connoiffois le paffage de Cicéron , qui eft dans
tous les livres ; mais on a eu quelques motifs de douter
de la fincérité de cette admiration , qui n'eft
fouvent qu'une choſe de forme & de ftyle oratoire ,
lorfqu'on parle de monumens antiques , vénérables ;
vénérables , parce qu'ils font antiques . Le paffage
de Cicéron eft dans fon Livre de Oratore. Là , il
parle en Rhéteur , ( ce mot n'a pas ici un mauvais
lens ) en Orateur. Dans le Livre de Legibus
il parle plus en Philofophe . Il veut y donner un modèle
du ftyle & de la fageffe des Loix. Il prend la
forme des Loix des Douze Tables , & fait d'autres
difpofitions ; il prend le ftyle & ne prend pas les
chofes ; & on peut conclure delà que les chofes ne
lui paroiffoient pas auffi bonnes que le ftyle.
Mais cette rigueur , dit encore le Jurifconfulte ,
cette dureté tenoit à l'âpreté des moeurs de ce tempslà
; mais je n'ai rien dit de contraire , & cela ne dit
rien contre moi. Je penſe bien que des Loix dures
ne tenoient pas à des moeurs douces . En cela , nous
fommes du même avis. Je trouve feulement de pareilles
moeurs barbares , & le Docteur les trouve
apres. Voilà en quoi nous différons.
En confultant l'Hiftoire & les Loix , j'avois vû
que les Loix qui fuivirent dans la République
celles des Douze Tables , furent dictées trop fouvent
par les rivalités & les haines des Plébéiens & des
Patriciens. J'avois vû un certain efprit dans les Plébiscites
, & dans les Sénatus - Confultes un autre
DE FRANCE. 163
efprit. Deux génies faifoient les Loix de la République
, & ces deux génies étoient ennemis. Le Jurifconfulte
trouve de la légèreté à avancer ces faits
attefté , par toute la fuite de l'Hiftoire . A la moindre
lueur du bien public , dit il', les partis les plus échauf
fés oublioient leurs querelles . D'ailleurs , les efforts
que firent les deux ordres occupés à s'obſerver & à
garantir leurs droits refpectifs , durent contribuer à
la fageffe de la Légiflation .
Je ne fais ce que c'eft qu'une lueur du bien public ;
je vois feulement que c'eft- là du mauvais François ,
& je n'ai pas l'injuftice de le reprocher à un Docteur
de Province ; je vois encore que le ciel n'a pas fait
au Docteur le don de diftinguer ce qui ne doit pas
être confondu. Il a fu que dans leurs querelles les
plus violentes , les Patriciens & les Plébéïens fe réuniffoient
fous les drapeaux lorſque l'ennemi menaçoit
Rome ; & parce que les partis fe réuniffoient
pour combattre l'ennemi qui étoit aux portes ,
il a cru qu'ils fe réunifloient pour faire des Loix.
Mais on alloit fe battre enfemble contre les Étrufques
ou les Samnites , & on revenoit fe quereller , ſe
battre encore de nouveau dans la place publique.
Ces diffentions , ces querelles n'ont fini qu'avec la
liberté , & en amenèrent la ruine. Quelques hommes
d'un grand efprit , Machiavel , Montesquieu , ont
appris au Docteur que ces diffentions de la place
publique , qui furent fouvent fanglantes , entretenoient
dans Rome cette énergie des âmes , fans laquelle
Rome n'eût pas foumis le monde ; ils lui ont
dit que la liberté d'une République s'entretient fouvent
par fes orages ; & le Docteur a penſé que les
Loix civiles , qui doivent refpirer toujours la douecur
, la paix & l'égalité , ſe perfectionnent dans les
orages , comme les Loix politiques d'un peuple né
pour la guerre , & dont la guerre fait la grandeur.
Je ne fais quelle eft l'opinion du Docteur fur Ta
164
MERCURE
cite , mais en général Tacite ne paffe point pour un
efprit léger ; Tacite avoit long temps exercé les
fonctions d'Avocat & d'organe des Loix au milieu
du Sénat de Rome ; il devoit être affez en état d'apprécier
les Loix civiles & de la République & de l'Empire.
Eh bien ! Tacite affure que les Loix qui fuivirent
celles des Douze Tables manquèrent presque
toujours de juftice & d'équité , parce qu'ellesfurent
infpirées par les haines des partis oppofés , & dictées
par la violence. Je ne puis pas me fentir très- déshonoré
d'un reproche que j'ai mérité avec Tacite ;
mais , je l'oubliois , Tacite n'étoit pas un Docteur.
pas.
La partie qui concerne l'Edit du Prêteur , ( quel
ftyle ! ) dit le Jurifconfulte , n'étoir peut-être pas
affez claire pour que M. Garat fût en état de l'apprécier.
Il eft bon defixer fes idées fur cet Edit. Avec
quelle modeftie le Docteur annonce que ce qui étoit
d'une obfcurité impénétrable pour moi , fera trèsclair
pour lui ! avec quelle bonté il veut fixer mes
idées mais il me femble que s'il n'eft que trop vrai
que je fois incapable d'éclairer ce qui eft obſcur ,
j'ai eu du moins la prudence de ne parler que de ce
qui ne l'eft Dans la partie qui concerne l'Edit
du Préteur il eft des parties qui font obfcures &
d'autres qui font très claires ; je n'ai parlé que de
celles- ci. Je n'ignorois pas entièrement combien les
Commentateurs ont été tourmentés favoir quel
étoit dans les divers temps de la République le nombre
des Prêteurs ; s'ils étoient huit ou s'ils étoient dix ;
fi un feul étoit affis fur une chaife d'ivoire , & fi les
autres avoient le malheur de n'être affis que fur une
chaife de bois ; fi l'Album étoit une table blanche
fur laquelle le Prêteur gravoit fon Édit , ou fi ce
n'étoit rien du tout , comme il a plu à Cujas de le
croire. J'ai vû ces queftions importantes enveloppées
d'une profonde obfcurité , & je m'en fuis éloigué
avec refpect, en voyant que les Commentateurs
pour
DE FRANCE. 165
ne pouvoient pas en fortir. Je m'en fais tenu humblement
à dire que les Juges , qui ne devroient jamais
·
être que les organes
du Législateur
, étoient
à Rome
Légifiateurs
eux -mêmes
, que les Édits
des Prêteurs
.
étoient
de véritables
Loix. Jufqu'à
préfent
, Interprètes
, Commentateurs
, Hiftoriens
, Jurifconfultes
,
tout le monde
étoit
à peu
près d'accord
fur ces
faits ; mais
, certes
, mon
malheur
eft grand
! le
Docteur
les contefte
dès que c'est moi qui les avance
.
Quoiqu'il
le foit chargé
de répandre
la lumière
,
on ne voit pourtant
pas très - clairement
ce qu'il me
contefte
.
Veut-il dire qu'il étoit bon que les Prêteurs fuffent
en rême- temps Juges & Législateurs ?
¡ S'il vouloit établir ce principe , il n'auroit plus
affaire à moi ; je le renverrois au Chancelier de Lhôpital
, à Gravina, à Montefquieu , à une foule de Loix
de la Monarchie Françoife , à l'opinion publique de
toutes les Nations éclairées de l'Europe ; & le Docteur
, qui confentiroit peut- être à apprendre quelque
chofe de tous ces Oracles de la fageffe humaine
apprendroit que la liberté n'eft plus ; que les Loix ,
fur quelques Tables qu'elles foient gravées , n'exi
tent point , lorfque le Légiflateur eft Juge ou que le
Juge eft Législateur.
• A- t- il voulu dire que les Édits des Préteurs étoient
des interprétations des Loix , & n'étoient pas des
Loix ? C'est ce que j'ai cru comprendre à travers
les embarras de fon ftyle & de fes idées ; c'eſt ce
que j'ai compris fur- tout , parce que cette idée a
été avancée déjà par quelques Jurifconfultes , fort
en peine d'expliquer comment un Peuple dont ils
admiroient beaucoup la fagefle , avoit pu fouffrir que
fes Juges érigeaflent leurs volontés en Loix . Mais
c'eft dans leurs explications fur-tout qu'on voit combien
cela eft difficile à expliquer. Les uns difent qu'à
la vérité , les Préteurs changèrent bien toutes les
166 MERCURE
parties du Droit civil ; ( c'eſt ainfi qu'on appeloit
les Loix des Douze- Tables ) mais que ce fut avec
'tant d'adreffe , que le Peuple ne s'en apperçut
point , & qu'ils lui dérobèrent finement l'exemple
de la violation & de l'altération des Loix : Sed
id latenter facit & verecundè………........ Ne fuo
exemplo Populi venerationem folvat. Je ne contefte
point leur adreffe , il me fuffit qu'on convienne
qu'ils changèrent toute la Légiflation , & que
leurs Loix , qui ne portoient que le nom d'Édits ,
étoient pourtant de véritables Loix. La meilleure
adreffe auprès du Peuple étoit peut- être de les appeler
Édits : car on fait que le Peuple ne peut
jamais voir une feule & même choſe dans ce qui
porte deux noms. Cicéron & Théophile , qui
n'étoient pas fi facilement dupes des mots , ont déchiré
un peu ce voile , fous lequel les Préteurs ca
choient leur pouvoir légiſlatif : Cicéron a appelé
leurs Edits des Loix ( lex Annua ) , & Théophile
leur puiffance , la puiffance législative (legisferenda) ;
mais pourquoi difputer ? Qu'on ouvre le Digefte , il
eft plein de Loix qui n'ont jamais été faites que par
les Juges de Rome , par les Prêteurs .
J'ai dit encore que ces Loix , mobiles comme
ceux qui en étoient les Auteurs changeoient
tous les ans : & le Docteur veut conteſter ce
fait , fans ofer le nier ouvertement. Mais le
Tribun Cornelius , dans la Loi qui porte fon nom ,
( Lex Cornelia ) crut obtenir beaucoup , en obligeant
les Préteurs à juger pendant toute l'année de
lear Préture , fuivant l'Edit qu'ils auroient publié au
commencement. Adrien n'eut l'idée de faire de
tous ces Édits un feul Édit perpétuel & invariable ,
que pour remédier aux défordres affreux qui devoient
réfulter d'une Légiſlation dont tous les Décrets
changeoient fouvent toutes les années . Ainfi depuis
la Loi Cornelia , les Loix changeoient feulement tous
DE FRANCE. 167
les ans; & avant la Loi Cornelia ce n'étoit pas feulement
tous les ans une fois que les Préteurs changeoient les
Loix , c'étoit tous les fix mois , tous les trois mois ,
tous les mois , tous les jours. Ily eut , à la vérité,
quelques abus , quelques inconvéniens ; mais ils furent
réprimés par de févères Loix : c'eft le Docteur qui
parle. Oui ; lorfque le Préteur avoit beſoin de changer
une Loi pour faire gagner un procès important
à un parent , à un ami , fur-le champ l'ancienne I.oi
étoit fupprimée , & une Loi nouvelle paroiffoit fur
l'Album : quand il avoit befoin d'une Loi pour perdre
un ennemi , l'Album obéiſſant recevoit tout de
fuite cette Loi de vengeance ; & fuivant cette heureufe
Légiſlation , jamais un ami du Préteur n'avoit
tort ; jamais un de ſes ennemis n'avoit raiſon . Il y a
bien là quelque abus , quelqué léger inconvénient ; &
cela rappelle ce programme d'une Académie étrangère
qui propofa pour fujet d'un Difcours : les inconvéniens
de la guerre & de la pefte.
Si ces abus furent légers , on peut voir auffi qu'on
fut très prompt à les réprimer , qu'ils furent trèspaffagers.
Le premier abus , l'abus du pouvoir de
changer tous les jours les Loix , ne dura guères que
depuis l'an 383 , époque de l'établiffement des Prêteurs
jufqu'à l'an 686 , époque de l'établiffement de
la Loi Cornelia . C'est une bagatelle de plus de trois
fiècles feulement. Après cette grande réforme , l'abus
de changer tous les ans les difpofitions des Édits des
Prêteurs ne fubfifte que depuis la Loi Cornelia julqu'à
l'Empereur Adrien , c'eft- à - dire , plus de trois
fiècles encore.
Le Docteur affure que je me fuis étrangement
mépris lorfque j'ai avancé que les Jurifconfultes ,
Auteurs des Réponses des Prudens ( refponfa prudentum
) , jugeoiect les procès fans être Juges , &
faifoient des Loix fans être Législateurs . Il prétend
que je me fuis groffièrement trompé encore lorfque
168 MERCURE
je n'ai pas diftingué les Prudens qui difputoient dans
le Forum & donnoient leur opinion de vive - voix ,
d'avec les Prudens , que les particuliers ou les Empereurs
alloient confulter chez eux , & qui donnoient
leur opinion par écrit.
Je confeffe n'avoir point fait cette diſtinction
importante des opinions données en parlant , & des
opinions données en écrivant.
Mais comme les Prudens qui difputoient dans
le Forum & les Prudens qui écrivoient dans
leur Cabinet , étoient toujours des Prudens ; que ,
foit dans le Cabinet , ſoit dans le Forum , leurs
paroles ou leurs écrits avoient toujours à - peu près
le même poids , la même puiffance , j'ai cru que je
pouvois me paffer de cette diftinction dont je fens
comme il convient l'importance , mais qui n'étoit
point du tout néceffaire à mon objet.
Une autre fois , je ne ferai point de pareille confufion
; & je m'engage à ne point confondre un
Docteur qui donne fes leçons dans les Écoles du
Droit , & un Docteur qui écrit une Lettre dans le
Mercure , quoique ce foit toujours un Docteur , &
toujours un Docteur qui donne des leçons.
Je ne pense pas que je me fois trompé de même
dans la double puiffance dont j'ai fait un attribut
des Prudens .
GC
J'ouvre & les Loix & leurs interprêtes , & j'y lis
que les Jurifconfultes acquirent un tel degré d'autorité,
qu'ils commandoient même aux Sentences des
Juges ; de forte qu'il n'étoit permis aux Juges de
s'éloigner ni d'une opinion , qui étoit celle de tous
les Jurifconfultes enfemble , ni d'une opinion qu'un
feul Jurifconfulte avoit établie , lorfqu'aucun autre ne
T'avoit combattue publiquement : » Tantùm autem Jurifconfultorum
autoritas valuit ut IMPERARET ,
etiam Sententiis Judicum : quibus minimè recedere
licuit ab opinione illa quam aut nemo Jurifconfultus
palam
DE
FRANCE
palam oppugnaffet , fi unum tantùm haberent au&orem;
169
aut omnes unanimes approbaffent.
Voilà donc , ainfi que je l'ai imprimé , des hommes
qui ne font point Juges , & qui jugent les
procès ; j'ai parlé comme les Loix , comme Théophile.
J'ouvre de nouveau le Corps du Droit Romain; &
au premier titre du Digefte , Papinien , qui ne parla
amais que pour la juſtice , & qui mourut pour la
vertu , m'apprend que le Droit Romain eft émané
des Loix de Douze Tables , des Plébifcites , des Sénatus-
Confultes , des décrets des Princes & de l' Av-
TORITÉ DES PRUDENS. Voilà , ce me femble
l'autorité des Prudens mife par Papinien à côté & ſur
la même ligne que les décrets des Princes , que les
Loix : je vois enfuite qu'une des parties les plus confidérables
du Droit Romain , c'eſt le Digefte ; que
toutes les difpofitions du Digefte font des Loix ; que
ces Loix ne font autre choſe que les réponſes écrites
des Prudens , refponfa Prudentum : je vois que ce
font les Prudens qui ont inftitué l'ufage des Codicilles
, les fubftitutions pupillaires , l'action de dol
& toutes ces actions nommées utiles par les Jurifconfultes
; que ce font les Prudens qui ont établi
la Loi qui prohibe les donations entre mari & femme
, & c. &c. &c.
Voilà dònc, comme je l'ai imprimé, des hommes
qui ne font point Législateurs , & qui font des
Loix.
Les ténèbres ne font
pas plus obfcures que ce
qu'a imprimé le Docteur fur les changemens qu'Augufte
apporta dans l'état & dans le pouvoir des
Prudens ; & rien pourtant n'eſt fi facile que de déterminer
la nature de ces
changemens.
Avant Augufte , toet homme qui fe croyoit des
lumières far les Loix , & qui pouvoit le faire croire
aux autres , étoit un Prudent , en jouoit le rôle , en
Nº. 35 , 27 Août 1785. H
170
MERCURE
prenoit la puiffance dans la République. Cette puif
fance étoit fi grande , qu'elle fit ombrage à Augufte :
Augufte ordonna qu'à l'avenir il n'y auroit de Prudens
que ceux à qui l'Empereur en donneroit le
titre.
On juge bien que fous un Defpote, ce titre n'étoit
accordé qu'aux plus lâches efclaves ; que les Prudens
ne furent que les inftrumens des tysans : & voilà ce
que le Docteur entreprend de juftifier parce que
Tacite appelle cela les inftrumens de l'Empire. Mais
qui ne voit que fous les tyrans les inftrumens de
Empire font les inftrumens de la tyrannie ? qui ne
voit que l'objet de la politique d'Augufte fut de fe
rendre maître des Jugemens , en les faifant prononcer
par des hommes qui lui feroient vendus ?
Le Docteur même ne diffimule pas qu'Augufte
s'en fervit pour détruire fourdement tout ce qui
reftoit & des Loix & des Ufages de la République :
& après de pareils aveux , il loue encore & Augufte
& les Prudens !
Je m'étois plaint de ce que les Prudens avoient
porté dans la fcience fimple & pofitive des Loix , l'ef
prit contentieux , les cris & les difpures du Licée ,
de l'Académie & du Portique . Gravina s'en étoit plaint
avant moi. Gravina eft auffi un Commentateur des
Lo Romaines : Docteur , faluons celui - ci ; il
en vaut bien un autre. C'eſt le feul Commentateur
des Loix Romaines que Montefquieu ait , je crois
cité c'eft peut - être le feul qu'il ait lu . Gravina n'eſt
pas feulement un favant ; ceft un homme de génie.
On diroit que c'eſt un ancien forti tout vivant des
ruines de Rome , comme quelques ftatues en font
forties animées encore de tout le génie que leur imprima
le Statuaire. Gravina admire beaucoup les
Loix Romaines , qui font en effet admirables en
beaucoup de chofes : mais celui qui lit & ces Loix &
Gravina, admire bien plus encore Gravina lui-même.
DE FRANCE.
171
J'ai beaucoup lu ce Commentateur Italien. Le Docteur
ne m'en croira pas , peut être , mais je l'ai lu au'
moins cent fois . Enchanté d'avoir un Italien , homme'
de génie , pour guide , pour Cicérone , en quelque
forte , en parcourant la Légiflation de l'antique
Rome : je vifitois avec lui tous ces vieux monumeus ;
je l'écoutois toujours avec refpect ; je portois les yeux
où il me difoit de les porter : mais je voyois par moimême
, après qu'il m'avoit dit comment il voyoit.'
Souvent , même très- fouvent , il m'apprenoit à voir '
autrement que lui- même. Car il arrive à Gravina ,
comme à tous les hommes de génie , de ne pas en
croire affez leurs propres lumières , de foumettre leur
raifon aux Jugemens de la multitude & de la routine
dans ces mêmes Ouvrages dont les idées & les vues
préparent pour les fiècles futurs les Jugemens de la
raifon & de la vérité . Son admirable Ouvrage de
Ortu & Progreffu Juris Civilis , étoit pour moi
cette Hiftoire des Loix Romaines , que je tenois d'une
main , tandis que de l'autre je parcourois tantôt le
Digefte, tantôt le Code, tantôt les Institutes. Le Doc.
teur ne veut pas croire que je me fois donné cette
peine ; mais il croira peut -être que j'ai pu vouloir
prendre un plaifir , & c'en étoit un très - grand
pour moi.
Si le Docteur daigne donc avoir quelque confidération
pour l'autorité de Gravina , foutenue encore
de celle de Cujas : ( car j'ai lû auffi quelquefois
Čujas , mais je ne m'en vantois pas , ) Cujas & Gravina
lui diront que les Jurifconfultes rapportèrent
dans la fcience tranquille des Loix , avec la philoſo
phie de la Grèce , la fureur des Philofophes Grecs
pour la difpute. Dès ce moment , les un furent
Stoiciens , les autres Péripatéticiens ; & , chofe
étrange ! il y eut même des Jurifcor fu'tes Épicuriens.
Ces Sectes avoient difputé dans Athènes , qui
les vit naître , jufqu'à la ruine d'Athènes ; elles difpu-
Hij
172 MERCURE
tèrent dans l'Empire Romain jufqu'à la deftruction
de l'Empire. Quand un malheureux Citoyen avoit
un procès , & qu'il confultoit les Jurifconfultes pour
connoître les Loix , les uns lui difoient ce que penſoit
Zénon , les autres ce que croyoit Épicure , les
autres ce qu'avoit écrit Ariftote ; & jamais perfonne
n'eut dans tout l'Empire le bon fens de leur dire
comme Dandin à l'intimé :
Je prétends
Qu'Ariftote n'a point d'autorité céans.
Juftinien ne vit jamais que Zénon & Ariftote
n'étoient pas des Législateurs Romains ; il vit au
moins qu'on devoit tâcher de les accorder enfemble.
Dans le préambule de fa compilation , il
promit de les accorder ; mais Tribonien , qui
devoit remplir la paròle de l'Empereur , ne la
remplit pas les oppofitions de ces Sectes ennemies ,
fubfiftent encore dans le Digefte , elles ont tourmenté
Cujas ; & Cujas , qui croit ce qu'il voit , & qui dit
ce qu'il croit , dit que les Jurifconfultes fe contredifent
, & que Tribonien , qui devoit les accorder ,
ne les a pas accordés .
Mais ces contradictions ne font pas le plus grand
mal que les Sectes philofophiques ayent fait à la Jurifprudence
; & voici quelques faits aufh curieux
pour celui qui étudie l'hiftoire de l'efprit humain
que pour celui qui étudie l'hiftoire de la Légifla
tion Romaine . Les Stoïciens définiffoient la philo
fophie générale , la connoiffance des chofes humaines
& divines. Les Jurifconfultes appliquèrent
eette définition à la Jurifprudence; & la Jurifprudence
fut définie la connoiffance des chofes humaines
& divines : définition bien étrange pour la
connoiffance des Loix civiles & , pofitives d'un Peuple
, & qu'on trouve cependant encore au premier
aitre des Inftitutes de Juftinien. Les Stoïciens , qui
DE FRANCE. 173
raiſonnoient d'une manière abftraite fur le vrai &
fur le faux , foutenoient qu'il ne pouvoit point y
avoir de degré dans la vérité & dans l'erreur ; qu'une
chofe vraie ne pouvoit pas être plus vraie qu'une
autre , ni une chofe fauffe plus fauffe qu'une autre.
Les Jurifconfultes, en tranfportant ce principe abftrait
à nos actions , foutinrent qu'il n'y avoit point de
degrés dans nos vertus & dans nos crimes ; que toutes
les vertus étoient égales , tous les crimes égaux ; que
celui qui tue n'eft pas plus coupable que celui qui
vole. Principe qui a quelque chofe de fublime dans
une morale (péculative , mais deftructif de toute morale
& de toute fociété lorsqu'on l'établit dans une
Légiflation. Les Stoïciens penfoient que l'homme
ennuyé de la vie avoit le droit de fe donner la mort.
Sénèque a établi plufieurs fois ce paradoxe dans fes
Lettres , & Zénon le mit en pratique en fe faifant
mourir. Les Jurifconfultes Stoïciens tranſportèrent
ce paradoxe dans la fcience des Loix ; & l'on trouve
dans le Digefte l'apologie du fuicide fait par Adrien
& Antonin le Pieux.
Ces faits font penſer ; mais un Docteur les ignore
fouvent ; & fouvent quand il les connoît , il n'en
penfe pas davantage .
Le Jurifconfulte de Province prend ici le parti des
difputes & de ce feu , de cette émulation fi néceffaires
au progrès des Sciences . La Jurisprudence , dit-il , ne
pouvoit que gagner à être éclairée par le flambeau de
la philofophie , dont l'étude apprend à tirer des conféquences
, & donne du RELIEF à toutes les autres
connoiffances.
Voilà encore le Docteur qui confond tour : il
a entendu dire que la chaleur des difputes pouvoir
animer les Arts , les Sciences , & il croit qu'elle
peut faire le même bien dans l'étude fimple , tranquille
& pofitive des loix : il ne voit point que li la
chofe la plus néceſſaire au repos & au bonheur d'une
H iij
174
MERCURE
fociété , c'eft une législation uniforme qui ferve de
mefure commune aux droits des citoyens ; le pis
grand de tous les maux , c'eft que cette légifla ion
foit abandonnée à des efprits contentieux , qui l'interprètent
de cent manières différentes , & rendent
tous les droits des citoyens incertains , mobiles &
obfcurs comme leurs interprétations : il ne voit point
que fi les difputes font bonnes quelquefois dans
les fciences naturelles , parce que la nature ellemême
ne nous a jamais révélé fes loix , & parce
qu'elle ne peut parler elle - même pour fixer
nos doutes & manifefter fes fecrets ; les difputes
font indécentes , abfurdes & funeftes dans la Jurilprudence
, où le Législateur a parlé lui - même ;
& où , fi les loix ne font pas affez préciſes , affez
elaires, il peut parler encore pour fixer lui- même nós
doutes & nos irréſolutions.
On ne peut que gagner affurément à être éclairé
par le flambeau de la philofophie : un flambeau eft
toujours une très- bonne chofe pour des gens qui
marchent prefque toujours dans les ténèbres ; mais
la Philofophie n'a un flambeau que lorsqu'elle eft
bonne , & prefque toujours elle eft mauvaife : elle
étoit mauvaiſe fur- tout dans l'antiquité , ' qui n'a
connu l'analyse dans aucun genre , qui ne l'a pas
connue même dans la géométrie. Cette philofophic que
les Jurifconfultes Romains allèrent chercher dans la
Grèce étoit celle qui avoit voulu expliquer la créa
tion des Dieux , des hommes & de l'univers par le's
idées éternelles de Platon ; c'étoit elle qui avoit imaginé
les cieux de crystal d'Ariftote , les nombres de
Pithagore avec fon flambeau , des hommes du plus
grand génie même avoient trouvé beaucoup d'abfurdités.
La bonne philofophie , c'eſt à- dire l'analyle
, ne fait que de naître ; elle a répandu déjà
la plus grande lumière dans les Sciences naturelles ,
& la Science de l'homme commence auffi à prendre
DE FRANCE. 175
une face toute nouvelle depuis que de bons efprits
y ont porté l'analyfe ; elle ne donne pas du relief à
toutes les autres connoiffances ; elle n'eft pas une
connoiffance différente des autres connoiffances.
Ce jargon barbare & inintelligible appartient
à l'ancienne philofophie. L'analyse , la bonne
philofophie n'eft que la meilleure manière de fe
fervir de notre efprit dans toutes les études , dans
tous les Arts , dans tous les talens ; la même dans les
Arts les plus fimples , dans les beaux Arts & dans
les Sciences : c'eft elle qui a appris à l'homme à fertilifer
la terre avec la charrue , à pénétrer dans l'immenfité
des cieux avec le télescope , à enchanter
les âmes fenfibles par la peinture fidelle de leurs
paffions. Le Docteur , je le fais , n'entendra point
ce que je dis ici ; mais dans ce moment , ce n'eſt pas
à lui que je m'adreffe ; je comprends qu'il eft trop
tard pour lui de renoncer à cette philo ophie fcholaf
tique qui apprenoit fi bien à tirer de fauffes conféquences.
Le Docteur eft impitoyable , il ne veut me faire
grâce de rien ; il entreprend de faire l'apologie &
de Juftinien & de Tribonien , & de la manière dont
le Corps du Droit Romain eſt rédigé . Sur tout cela
cependant j'ai parlé comme les plus grands Admira
teurs même des Loix Romaines. Ceux qui respectent
le plus ces Loix n'ont aucune eftime pour leur Rédacteur
& pour leur rédaction
Je dirai feulement ici que je n'avois pris aucun des
faits que j'avois avancés dans l'Hiftoire fecrette de
Procope : j'ai parlé d'après les monumens les plus
authentiques , d'après une législation entière , je n'ai
point donné ma foi à ce Procope , qui fut affez lâche
pour écrire fur le même Prince deux hiftoires différentes
: je crois que Procope a été à la fois un vil
flatteur & un calomviateur infâme : ileft de plus trèsfouvent
un Écrivain abfurde & ridicule. J'en avois
II iv
176
MERCURE
parlé a peu près ainfi dans ce même morceau , où
le Docteur prétend que je m'en fuis rapporté à l'Hiſtoire
fecrette de Procope.
Il fait entendre encore que j'ai reproché aux Loix
Romaines d'avoir confacré le Célibat des Prêtres.
Il y a peut être un peu plus que de la malignité
dans cette inculpation ; mais rien n'a pu y donner
lieu de ma part. Le Célibat des Prêtres tient à
des inftitutions d'un ordre fupérieur à la légiflation
même ; & je n'ai pas pu imprimer que ce qui
rend la religion plus pure , puiffe jamais nuire à la
fociété J'ai parlé , non du Célibat des Prêtres établi
par la Religion la plus fainte , mais du Célibat
qui tient aux moeurs, du Célibat en général , de
celui qui ne fait pas naître une vertu , & qui empêche
les hommes de naître ; & je répète , après les
avoir lues de nouveau , qu'il y a plufieurs Loix Romaines
qui honorent ce Célibat , & plufieurs antres
qui le profcrivent comme la chofe la plus fatale à
l'Empire .
Mais où le Docteur me traite avec un fuperbe
dédain , c'eft fur- tout lorfqu'il me combat pour
avoir dit que quelques Loix Romaines parlent des
fecondes noces avec horreur ; il affirme que les
Loix Romaines n'ont jamais condamné les fecondes
noces que lorsqu'elles étoient affez précipitées
pour confondre le fang de deux familles
dans le fein d'une femme : Propter turbationem
fanguinis. Il affure , il imprime hardiment qu'elles
fe bornoient à empêcher que la femme ou le
mari qui fe marioient une feconde fois puffent
donner à leur mari ou à leur femme une plus grande
portion deleurs biens propres , que celle du moins pranant
de leurs enfans. Il feroit fâcheux pour le Docteur
de n'avoir pas raiſon ici : on peut lui pardonner
de n'avoir aucune connoiffance de l'Hiftoire : un
de ces raisonnemens, qu'on appelle illégitimes dans
DE FRANCE. 177
les écoles , ne feroit pas non plus une chofe inouie
dans un Docteur ; mais fi un grave Jurifconfulte
étoit convaincu de n'avoir pas lû les Loix Romaines
au moment même qu'il en prend la défenſe , ce feroit
un grand fcandale pour les écoles , le monde
pourroit en rire .
J'ai dans ce moment le corps du Droit Romain
ouvert devant moi , & je lis ces mots dans une Loi
de Gratien, de Valentinien & de Théodoſe : « Si une
femme paffe à de fecondes noces fans avoir
rendu à fon premier mari tout le culte de la dou-
» leur , qu'elle foit infàme ». Il n'eft point queftion
là de prévenir le mélange de deux fangs . La religion
le culte de la douleur avoit été fixé par les
Loix à une année entière de veuvage , & il ne falloit
pas une année entière pour prévenir ce mêlange dont
cette Loi ne fait aucune mention .
Les mêmes Empereurs , dans une Loi fuivante ,
parlent d'une femme qui , ayant des enfans du premier
lit , a paffé à de fecondes noces après l'an du
deuil , après avoir accordé au veavage tout le temps
que les Loix exigeoient pour la douleur. Eh bien !
dans ce cas même où tous les inconvéniens font prévus,
où la décence publique eft entièrement fatisfaite ,
Gratien , Valentinien & Théodofe parlent de cette
mère de famille comme d'une femme fouillée par
fon fecond mariage : Matre jam fecundis nuptiis
JUNEST ATA.
Juftinien , dans les Novelles , voulut adoucir
la rigueur des Loix que fes prédéceffeurs &
Jui-même avoient portées dans le Code contre les
fecondes noces. Il les adoucit en effet; mais entendez
parler Juftinien dans le préambule de ces
nouvelles Loix . Mais , ce qu'il y a de plus parfait ,
n
dit ce Législateur , ce qui eft digne d'éloge , c'eft
» qu'une femme ait affez de vertu pour n'avoir jamais
» qu'un mari , pour ne jamais violer par un fecond
Hv
178
MERCURE
mariage le lit de celui qu'elle a perdu. Nous
» admirerons & nous louerons toujours également
» cette femme ; nous confidérerons fa vertu pref-
» qu'autant que la virginité même. »
Voulez vous voir actuellement les peines que ces
Loix infligeoient à la femme qui paffoit dans les
bras d'un fecond mari ?
Si elle y paffoit dans l'an du deuil , les Loix la
dépouilloient de tout ce que fon premier mari lui
avoit laiffé par fes dernières volontés. Ces Loix la
déclaroient incapable de recueillir aucune fucceffion ,
aucun legs , de recevoir aucun fidéi- commis ; & obfervez
que ces peines étoient celles qu'on impofoit
aux Citoyens Romains pour les délits les plus graves.
Si elle s'étoit remariée même après l'an du deuil ,
& qu'elle eut des enfans du premier lit , ces Loix
la dépouilloient de la propriété de tout ce que fon
premier mari lui avoit laiffé , foit par donation à
caufe de mort , foit par teftament. Réduite à l'ufufruit
elle étoit miſe ſous la dépendance humiliante
de fes enfans, à qui la propriété étoit tranſmiſe fur
le champ.
Elle avoit eu beau vonloir fléchir les Loix par une
longue douleur , les Loix étoient toujours en colère
contre fon fecond mariage .
Ces peines furent adoucies dans les Novelles ;
mais elles sont adoucies dans les Novelles que
les Jurifconfultes eftiment très - peu , & elles fubfiften
avec toute leur rigueur dans le Code,
que tous les Jurifconfultes admirent & révèrent.
Le Chancelier de Lhôpital prit dans ces Loix
celle qui défendoit à la femme de donner à fon
fecond mari plus que la portion qu'elle donneroit au
dernier de fes er fans : il prit cette Loi qui eft fage ,
qui eft admirable pour défendre les femmes contre
des paffions qui n'ont qn'un inftant en faveur de
leur tendreffe pour les enfans qui eft éternelle : il ne
DE FRANCE. 179
prit point celles qui flétriffoient & puniffcient les
fecondes noces , dont la chafteté même a fouvent
tant de befoin , & qui ont donné tant d'enfans à la
patrie . Ce que Lhôpital fit alors , nos Chanceliers
l'ont fait toujours ; ils ont tranſporté dans nos Loix
ce que la Légiflation Romaine a de plus fublime 3
mais ces belles chofes fe font épurées dans leurs
mains ; elles fe font féparées de ce génie cruel & farouche
qui fut très-fouvent celui de Rome naiffante
& de cette bigotterie ftupide qui fut l'efprit général
des derniers fiècles de l'Empire Romain.
Le Docteur me reproche d'avoir confondu les
Loix fur les bâtards , avec les Loix fur les bâtards
adultérins . 7
Mais c'ef particulièrement des bâtards adultérins
que j'ai parlé on n'a qu'à voir ; car je fuis honteux
de répéter ce que j'ai dit , de réimprimer ce
que j'ai imprimé .
Ce raifonnement: les enfans de l'adultère ne font pas
naturels , donc la nature même ne leur doit rien ,
donc
on ne leur doit point d'aliment ; ce raiſonnement ,
que j'ai rapporté , ne peut avoir été fait que fur
les bâtards adultérins ; car tout ce qu'on peut repro
cher aux autres , c'eſt d'être un peu trop naturels.
Ce beau raifonnement , qui fervoit de principe à
une Loi fi humaine , je l'avois attribué à Conftantin.
Elle eft d'une époque plus récente , dit le Docteur ,
elle est tirée des Novelles de Juftinien.
Il importeroit peu pour mon opinion qu'elle fût
de Juftinien ou de Conftantin , des Novelles ou du
Code. Mais le Docteur donne encore ici une preuve
très-curieufe de fa fcience Je prie qu'on la remarqué.
Cette Loi fe lit en effet dans les Novelles , & ce
n'eft que là que j'avois pu la lire ; mais à la troifième
phrafe on voit que Juftinien la renouvelle de
Conftantin , qui l'avoit écrite dans une Conſtitu-
Hvj
180
*
MERCURE
tion adreffée à Grégoire . On voit qu'elle étoit tombée
en défuêrude , & fans doute à cauſe de fon extrême
cruauté . Ce n'étoit pas feulement les bâtards
inceftueux & adultérins ; mais encore les bâtards des
Magiftrats ,de tous les hommes conftituées en dignités
que Conftantin excluoit du rang des enfans naturels.
ET NEQUE NATURALES ESSE VULT EX HIS
PROCEDENTES. Conftantin leur enlevoit tout recours
, même à la pitié & à la miféricorde des Empereurs.
AMOVENS EIS ETIAM IMPERIALIS MUNIFICENTIE
MANSUETUDINEM. Juftinien adopte
une partie de la Lei de Conftantin , & abroge
la Loi elle- même , qui lui paroifloit trop cruelle.
Tout cela , je le répète , fe trouve à la troiſième
phrafe de la Loi,
Il est évident que moi , qui fuis léger , j'avois lû
la Loi toute entière ; & que le Docteur , qui n'eſt
pas léger affurément , n'en a lû que le titre.
Cette Loi , qui refufoit les alimens. , qui condamnoit
à la mort les enfans nés de l'incefte & de l'adultère
, le Docteur la trouve feulement d'une févérité
un peu outrée. Ici , je ne fais que répondre , je
crains fur-tout de répondre. Qu'on puniffe , qu'on
étrifle même s'il le faut l'inceftueux & l'adultère ;
& fi l'opprobre & lignominie ne fuffisent pas
pour glacer des paffions que la nature allume , que
les Loix fanguinaires de Dracon viennent épouvan
ter encore l'humanité . La nature gémira fans doute ;
la fociété pourra répondre : J'ai besoin de ces Loix,
j'ai besoin d'être ici cruelle pour répandre ailleurs
mes bienfaits ; mais eft-ce l'enfant qui eft coupable
de l'incefte ou de l'adultère qui lui a donné le jour ?
Eft- ce lui qu'il faut punir , qu'il faut condamner à
la mort ? Et parce qu'un homme eft devenu père
par un incefte , pour le punir d'avoir violé une Loi
fociale , faut il lui faire violer la Loi la plus fàinte
de la nature ? Pour le punir d'avoir été inceſtueux ,
DE FRANCE. 181
faut-il le rendre parricide ? Quelle logique ! quelle
légiflation ! quels Législateurs ! quels Docteurs !
Lorfqu'un Docteur ès Loix Romaines s'eft trompé
continuellement fur les Loix Romaines , on ne fera
pas furpris de voir qu'il n'a abſolument aucune notion
de ce qu'on penfe , & de ce qui fe paife en
Angleterre.
Il s'appuie d'abord de l'autorité de Montefquieu ,
pour me prouver que les Anglois manquent de raifon.
A merveille ! c'eft être heureux en autorité
comme en raisonnement .
Il affure enfuite que je n'ai fu ce que je difois en
avançant que les Loix Romaines avoient été rejetées
par les Anglois ; & que les Anglois au contraire ren
dent un culte religieux aux Loix Romaines .
Un culte foit ; mais il faut que le Docteur apprenne
comment les Anglois font religieux . M.
Lolme & l'Hiftoire de l'Angleterre vont le lui apprendre.
Il ne connoît peut- être pas M. de Lolmes
c'eſt l'Auteur d'un excellent ouvrage fur la conftitution
de l'Angleterre , ouvrage devenu élémentaire
pour les Anglois même , qu'on cite à Londres dans
le Parlement , & qu'on adinire dans toute l'Europe.
M. de Lolme , né à Genève , a écrit lui - même fon
livre en François & en Anglois ; mais je n'ai dans ce
moment près de moi que l'édition Angloife , & je
demande pardon à M. de Lolme de le traduire , de
mettre mon françois à la place du fien .
20
» Quand les Pandectes furent trouvées à Amalphi
, Clergé qui , à cette époque , étoit ſeul en
état de les comprendre , ne négligea point cette
» occafion d'accroître fon influence , & hit recevoir
» ces Loix dans la plus grande partie de l'Europe.
L'Angleterre qui étoit deftinée à avoir une conf
» titution fi différente de tous les autres états , fe
diftingua d'abord en rejetant les Loix Ro-
» maines...... La nobleffe les rejeta toujours ,
39
20
182 MERCURE
.30
33
même avec beaucoup d'humeur . Sous le régne de
» Richard II , elle déclara dans le françois de ce
» fiècle , parce que le roialme d'Engleterre n'étoit
devant ces heures , ne à Lentant du Roy notre
Seignior , & Seigniors du Parlement , unque ne
fera RULE ne governé par la Ley Civil. ( Loix
Komaines. ) L'ufurpateur Etienne , qui avoit in-
» térêt de fe concilier l'efprit des robles , alla fi
loin qu'il défendit l'étude même de les Loix dans
l'Angleterre... L'averfion pour les Loix Romaines
» s'est toujours accrue & répandue de plus en plus par
miles nobles & parmi le peuple ; & toutes les fois
que le Clergé a fait de nouvelles tentatives pour les
introduire , tous les Légifes ont réuni leurs efforts
pour les confiner dans les Univerfités & dans les
Monaftères. Aujourd'hui même les Légiftes Anglois
attribuent la liberté dont ils jouiffent ,
& la fervitude de plufieus peuples de l'Europe ,
à ce que ceux- ci ont admis les Loix Romaines ,
» & qu'eux les ont rejetées . Les Loix Romaines
dans le peu de cas où elles font admiſes , font
» admifes uniquement comme Loix non écrites,
» & comme des coutures immémoriales ; quelques-
uns de leurs principes font fuivis dans les
Tribunaux Eccléfiaftiques , dans les cours de
l'Amirauté & dans les deux Univerfités ; mais
» feulement comme Loix fubordonnées à une Loi
fupérieure Lex fub lege graviori. Ces cours
» mêmes font obligées de fe conforiner aux Actes
» du Parlement , & leurs jugemens font foumis
aux Cours où l'on juge d'après les Loix Angloifes
».
20
ל כ
93
:
Voilà le culte religieux des Anglois pour les Loix
Romaines voilà des faits , j'en fuis un peu honteux
pour le Docteur, mais il paroît que c'eft de moi
qu'il les apprend pour la première fois.
Je finis , Moafieur ; encore un mot feulement ,
DE FRANCE. 183
•
·
encore une preuve de ce fens droit du Jurifconfulte ,
de cette Logique qui règue dans toute la lettre . J'ai
parlé dans le Mercure cu difcours de M. Target , à
fa réception à l'Académie Françoile , avec les éloges
que je devois à un bon difcours , & l'intérêt que
m'infpiroit un homme que j'aime beaucoup. Le
Docteuren eft furpris , & il m'apprend que ce n'eft pas
le mépris des Loix Romaines qui a conduit M.Target
all'Académie je m'en doutois bien un peu , mais
peut-être n'est-ce pas non plus l'eftime de ces Loix.
Il eft à croire qu'à l'Académie on a jugé M. Target,
non fur fon refpect pour les Loix Romaines , mais
fur fon refpect pour la Langue Françoile. Dans le
même article , j'ai prononcé les noms de Lhôpital &
de d'Agueffeau , avec le refpect qu'on doit aux
grands talens , & fur tout aux vertus fublimes.
Le Docteur me dit , mais vous n'y pensez pas :
d'Agueffeau & Lhôpital admiroient beaucoup les
Loix Romaines . Ici , par exemple , le Docteur
a raifon hélas ! non je n'y ai pas fongé , je n'y penfois
pas du tout ; mais le Docteur my fair penfer ;
& en vérité mon admiration pour ces deux grands
hommes n'en eft point du tout diminuée . Je conçois
à merveille comment des efprits fublimes admirent
une légiflation où les Loix fublimes ne font pas
rares , & cù le ftyle porte prefque toujours l'empreinte
de ce gée de Rome , fait pour commander
au monde Du temps de Lhôpital & de d'Aguelfeau
, il n'y avoit , ri dans les Loix des peuples ni
dans les idées des homines , rien qu'on pût comparer
à ce monument antique fi impofant par fa grandeur
: & par fa maffe, fi beau par quelques- uns de les dérails ;
autant au - deffus de tous les Codes barbares , que les
débris l'un temple de Corinthe ou d'Athènes font
au-deffus des hores des Huns & des clochers des
Eglifes vandales ; mais d'Agueffeau & Lhôpital nous
ont donné les premiers l'idée d'une légiflation plus
T
:
184 MERCURE
pure , plus fimple , plus régulière , & fur tout plus
conforme aux droits facrés des peuples & de l'humanité.
C'eft dans leurs ouvrages que nous avons
commencé à voir quelque chofe de fupérieur
à ce qu'ils admiroient eux- mêmes ; c'eft d'eux que
nous avons appris à ne pas toujours penfer comme
eux. Leur culte pour les Loix de Rome , tenoit
beaucoup à ces impreffions ineffaçables de l'enfance
leurs écrits , leurs Loix font les fruits de la
maturité de leur génie. C'eſt devant eux , c'eſt de
vant ces grands hommes que je voudrois énoncer &
développer toute mon opinion fur la légiflation romaine
; la pureté de mes intentions m'en donneroit
le courage , & la préfence de ces hommes , dont je
n'ai jamais prononcé le nom fans vénération &
fans attendriffement , éleveroit peut- être affez mes
foibles conceptions pour être dignes de leur étre préfentées
. Hélas ! je me livre à cette illufion ; elle me
repofe de la fatigue de cette longue lettre ; mais
cette illufion fe diffipe bien vite. Lhôpital & d'Aguef
feau ne peuvent m'entendre dans leur tombe , & la
trifte vérité me ramène à mon Docteur . qui n'a pas
fait de belles Loix , & qui a pu écrire une longue
leure fans faire un bon raifonnement.
Heureusement je ne reviens à lui que pour m'en
féparer , que pour terminer cette difcuffion , à laquelle
le Public ne devoit pas être condamné comme
moi. Je n'ai pas pu l'éviter , & je n'ai eu ni le temps
ni le talent de la rendre moins longue . Je fuis sûr au
moins de ne pas la renouveler , quelque chofe que
puiffe répliquer le Docteur de Province.
Ces queftions font importantes ; elles intéreffent
toutes les Nations ; mais elles ne doivent être agitées
que par des hommes qui auront quelque philofophie
dans l'efprit , .& une grande connoiffance de l'Hif--
roire, que par des hommes qui feront fur-tour parfaitement
défintéreflés.
DE FRANCE. 185
Je n'avois rien à gagner en attaquant quelques
Loix Romaines ; & un Docteur , qu'il font de Province
ou de Paris , n'a rien à perdre en les défendant
toutes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
LA Lettre que M. Thomas m'a fait l'honneur de
m'écrire , Monfieur , que vous avez inférée dans le
dernier Mercure , eft trop belle en elle même pour
que le Public ne l'ait pas lûe avec intérêt , elle eft
trop encourageante pour moi, pour qu'il ne me foit pas
perinis d'animer mes efforts par la publicité d'un tel
fuffrage , qu'il a bien voulu approuver lui- même.
Mais je ne puis me flatter que l'Ouvrage fur lequel
porte cette Leture for allez connu du Public pour
qu'il ait pu comprendre de quoi il cft queſtion. Il eût
fallu mettre an bas de la Lettre le titre du Livre. Permettez-
moi de réparer cette omiffion , en inférant
ici moi même l'intitulé de mon Ouvrage , fur lequel
vous avez promis un fecon extrait ; le voici tel qu'il
eft fur le frontispice du Livre :
Difcours fur le Préjugé des Peines Infamantes ,
couronnés au mois d'Août 1784 , par l'Académie de
Metz.
Lettre fur la Réparation qui feroit dûe aux Accufésjugés
innocens.
•
Differtationfnr le Ministère Public.
Réflexions fur la Réforme de la Justice Criminelle.
Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , LACRETELLE,
186 MERCURE
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MA foi , Monfieur , je n'y tiens plus ; le plaifir
que je trouve chaque jour à lire le Mercure , devient
trop vif pour tarder plus long temps à vous en faire
l'hommage. Par état , vous devez bien penser que
l'article des Spectacles n'eft pas celui qui m'intéreſſe
le moins . J'y lis avec fatisfaction les éloges que vous
donnez à certains talens dont autrefois j'étois l'émule ;
autrefois auffi mon nom a trouvé place parmi ces
noms fameux , & cela feul eut fuffi à ma réputation .
L'article Opéra du Nº . 29 , m'a fait faire une
réflexion que je veux vous foumettre. Il me prouve
plus que jamais , Monfieur , que fouvent les grands
Hommes fe rencontrent. Pardonnez- moi cette expreffion
; mais celui qui eft parvenu au plus haut
degré de fupériorité dans fon Art , celui qui l'a enrichi
d'effets neufs , celui dans qui l'on a apperçu le
trait du génie , mérite certainement le titre d'un
grand Homme. Revenons à notre ſujet.
Je lifois donc dans votre No. 29 que , « M. Gardel
» l'aîné avoit coupé très- heureufement le ballet charmant
qui termine Colinette à la Cour par un
petit éifole , dont le fujet lui a été fourni par
» cet air de M. Grétri :
30
Bon Dieu ! bon Dieu comme à c'te fête
Monfieur de la France étoit honnête !
Eh bien , Monfieur , il y a près de quatre mois
que l'on donna l'Epreuve Villageoiſe à Bordeaux ,
où je fuis Mon mali y fit un petit ballet , & le coupa
par un pas de quatre fur ce même air , & je ſuppoſe
dans le même genre ; car il eft auffi moitié pantomime
piquante & gaie , & moitié exécution briliante
DE FRANCE. 187
pas
& légère. Jugez , Monfieur , combien il eſt flat- eur
pour moi de voir M. Gardel & mon mari avoir pofitivement
la même idée. Cela doit être aufi bien
fatisfaifant pour eux ; car ils eftiment réciproquement
leurs talens ; mais ce n'eft la feule preuve
de l'analogie que j'ai fouvent remarquée entre ces
deux célèbres Artiftes. Dans le mois de Juin de
* 1784 , M. Dauberval , avec lequel j'étois à Londres ,
donna le ballet du Déferteur ; au mois d'Octobre
fuivant , M. Gardel imagina de traiter le même ſujet.
J'ignore les raifons qui l'ont empêché de le faire
exécuter ; mais je fuis certaine de l'intention qu'il en
eut alors. Je ne doute pas , Monfieur , que , bien
entendu par le même trait de gérie qui paffera à la
fois dans la tête de M. Gardel & de mon mari , Vous
ne voyez fouvent à Paris ce que l'on danfera à Bordeaux
. Ainsi , la Capitale de la France , & fa première
ville de Provinc auront lieu de s'énorgueillir
du choix qu'elles ont fait , & de la confiance qu'elles
-accordent aux deux grands Artiftes chargés du foin
de veiller aux plaiſirs du Public dans un des Arts
Théâtrals qu'il honore le plus de fon fuffrage.
Je fuis , &c. THÉODORE , femme Dauberval,
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
DEUX EUX nouveautés intérellantes ont embelli
leoncert du de ce mois . M.
Reichardt , Maître de Malique de la Chapelle
du Roi de Proffe , très avantageufément
connu dans le monde muſical , nous a
188 MERCURE
donné des preuves de fon talent dans tous
les genres. Il a fait exécuter une fymphonie ,
un rondeau de chant & des choeurs de fa
compofition. La fymphonie a paru fort
belle ; on fait que les Compofiteurs Allemands
excellent dans ce genre , & M. Reichardt
mérite parmi eux une place diftinguée.
Le rondeau a été trouvé d'un beau
Ayle , mais peut être un peu long ; & comme
il ne finilloit pas par un morceau vif , il a
femblé moins propre à être entendu au
Concert. Mlle Vaillant , qui l'a chanté , intimidée
par plus d'un motif, a beaucoup
tremblé. Mais nous dirons en paffant que ia
manière dont elle a rendu fon premier air ,
prouve que fon abſence n'a pas nui à fon
talent , qui fe perfectionne chaque jour. Les
deux choeurs de M. Reichardt font les morceaux
qui ont le plus réuni de fuffrages . Le
premier fur tout a paru d'une belle facture ,
motulé avec beaucoup d'art & d'intérêt.
M. Babini , Ténore célèbre en Italie , & qui
arrive de Londres , a chanté deux morceaux.
Sa voix eft plus intéreffante que forte ; fa
manière plus fage qu'étonnante. Il fait trèsbien
tout ce qu'il fait , parce qu'il n'entreprend
que ce qu'il eft sûr d'exécuter. On s'eft
empreffé à le comparer à M. David. Cette
comparaifon ne nous paroît pas néceffaire.
Nous commençons à avoir affez de principes
de chant pour en déduire nos jugemens.
Il eft vrai que ces principes ne font pas en-
Core généralement avoués ; mais peu-à- peu
•
DE FRANCE.
189
le goût le forme , & l'on peut remarquer
que les Chanteurs qui balancent aujourd'hui
les fuffrages , n'auroient feulement pas été
écoutés il y a quinze ans . Nos Chanteurs
François ( non pas ceux qu'un véritable talent
rend célèbres ) affectent de méprifer la
manière des Italiens ; ils font très-bien. Mais
tour en la méprifant ils l'étudient , ils en
profitent , & ils font encore mieux.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 1 , de ce mois , au milieu d'une repréfentation
de Chimène , le Public revit ave
tranfport , dans un pas de quatre , trois
Sujets dont il avoit fouffert avec peine la
longue privation , Mlle Dorival , M. Nivelon
& M. Frédéric. La force & les grâces de
Mlle Dorival lui ont affuré depuis longtemps
un rang diftingué dans fon genre. M.
Nivelon n'intéreffe pas moins par les mêmes
avantages ; & s'il a des rivaux redoutables ,
fon talent , qu'il perfectionne encore chaque
jour, le rend digne d'entrer avec eux en comparaifon.
M. Frédéric , qui joint une taille
élégante à une figure agréable , s'approche
de plus en plus de ces modèles , &les efforts ,
qui ne fauroient être infructueux , le rendront
bientôt fans doute également cher au
Public.
190:
MERCUREA
ANNONCES ET NOTICES.
ON vient de mettre en vente à l'hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17 , le Vingt - fixième Cahier
des Quadrupedes enluminés , prix , 7 liv. 4 fols ;
le Tome Quatrième des Quadrupèdes , pour fervir
de fuite aux Euvres complettes de M. le Comte de
Buffon , in- 4°.; prix 21 liv . bl. 21 liv. 10 fo's br. , &
24 liv. relié.
Nota. Ce volume ne peut fervir que pour l'Edition
in-4 ° . de l'Hiftoire Naturelle fans la partie
Anatomique.
1 CLARISSE Herlowe , Traduction nouvelle &
feule complette , par M Letourneur , faite fur l'Edition
originale , revue par Richardfon , ornée de
figures du célèbre Chodowiecki , de Berlin , dédiée
& préfentée à MONSIEUR , Frère du Roi , in - 8 °. A
Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de Meſgrigny ,'
rue des Poitevins , n . 13. Prix , 3 liv . 3 fols chaque
Volume broché & liv. franc de poit par la pofte.
On en a fait auffi une Edition in 18 papier ordinaire,
& une en papier d'Annonay.
• L'Abbé Prevoſt , en traduifant ce magnifique
Roman , avoit fait des coupures que quelques perfonnes
lui avoient reprochées , quoiqu'en général
cet Ouvrage ait paru long. M. Letourneur vient de
tout reftituer. Cet Ouvrage eft affez curieux pour
faire defirer à plufieurs Lecteurs de le voir dans fa
forme originale ; d'autres l'aimeront mieux abrégé.
C'est au faccès à juftifier cette Entrepriſe , qui d'ailleurs
eft tonbée en bonnes mains.
Il paroît trois Volumes de la nouvelle Traduction.
DE FRANCE.
1
HISTOIRE d'Ecoffe durant les Règnes de la
Reine Marie & du Roi Jacques VI jufqu'à l'Avènement
de ce Prince au Trône d'Angleterre , avec un
Précis de l'Hiftoire d'Ecoffe , qui précède cette époque,
par Guillaume Robertfon , Traduct on nouvelle
, 3 Vol. in 12. A Paris , chez Piffot , Librairė ,
quai des Auguftins ; Prault , Imprimeur du Roi ,
même quai , & Delalain l'aîné , Libraire , rue Saint
Jacques.
HISTOIRE d'Angleterre repréfentée par figures,
accompagnées d'un Précis Hiftorique , Tome premier
, cinquième Livraiſon. Prix , is liv . A Paris ,
chez David , Graveur , rue des Cordeliers , au coin
de celle de l'Obfervance.
Nous avons déjà parlé de cet important Ouvrage.
Cette cinquième Livraiſon eft accompagnée de l'avis
fuivant : « Des arrangemens particuliers ayant décidé
» Teftimable Auteur des précédentes Notices à fe
» défifter de cette Entreprife , elle eft aujourd'hui
» dans les mains d'un Homme de Lettres trèsconnu
, mais dont ici le premier titre au fuffrage
du Public doit être d'intéreffer & d'attacher fon
» Lecteur. »
ود
PORTRAIT de M. Pilâtre de Rozier , gravé
fur un deffin fait d'après nature & reffemblant . Prix ,
1 liv. 4 fols . A Paris , chez Knapen & fils , Imprimeur-
Libraire , rue Saint André des Arcs , en face
du Pont Saint Michel.
C'eft le même qui a été diſtribué gratis aux Soufcripteurs
du Courier Lyrique avec le Naméros de
ce Journal.
L'AMOUR conduit par la Folie , Eftampe de
19 pouces fur 14 pouces , exécutée à la manière
192 MERCURE
noire par Bonnieu , Peintre du Roi , d'après le Tableau
du même Auteur. Prix , 18 liv. A Paris , chez
l'Auteur , aux Portiques du Palais Royal , nº . 29.
Ces Divinités font fuivies d'une foule de perfonnes
d'âges & d'états différens qui s'empreffent de
leur rendre hommage. Le fond repréfente une
Ville incendiée.
Amour, tu perdis Troie ! La Fontaine.
Cette Eftampe , faite d'après un beau Tableau ,
eft du plus grand effet , & doit être accueillie par les
Connoiffeurs.
ERIGONE, peint par N. Moufiau , gravé par
L. J. Cathelin , Graveur du Roi. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Roule , chez le Ferblantier.
Il y a de l'effet dans cette Gravure , qui d'ailleurs
eft touchée avec foin.
TABLE
STANCES
TANCES & Mlle.... , 145 Eplire à unjeune Matérialiſte,
Réponse à la Question , 146
Nouvelle Queftion à résoudre , Variétés
་ ་ ཝ
155 , 185 , 186
148 Concert Spirituel , 187
Charade , Enigme & Logo Académie Roy. de Mufiq. 189
149 Annonces & Notices , 190
J.
gryphe ,
APPROBATION.
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Août. Je n'y al
sien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A Paris
le 26 Août 1785. RAULIN.
& de s'expliquer far le prix auquel
il conviendra de porter
chaque efpèce de fourrage , dont
fera dreffe procès- verbal , fans
frais par les Juges.
ceux qui le préfentent à leˇtag
payemens pour recevoir les arré
tages defdites rentes ; donnée
Verfailles le Mai 1785 , regiftrée
en Parlement le 8 Juillet
fuivant . Ordonne qu'en conféquence A Paris , chez les mêmes,
defdits procès- verbaux , les Juges Edit du Roi , qui unit & inprocéderont
, ani fans frais , à corpore au domaine de Ver
la taxe de chaque fpèce de faites les terres & feigneuries
fourrage dans chaque Paroife , de Villepreux & de Velizy
eu égard aux circonftances , &
ain qu'il appartiendra
dépendances ; donné à Versailles
au mois de Février 1785 , regiftré
en Parlement le 8 Juillet fuivant
. A Paris , chez les mêmes.
Extrait des registres du Parl . du
26 Juillet 1785 , concernant les
Tailleurs & Scieurs de pierres ,
vres. A Paris , chez les mêmes.
Ordonne que ceux qui auront
des fourrages à vendre , feront
tenus de les vendre aux propriétaires
, fermiers & cultivateurs
de leurs Paroiffes , qui en auront
befoin pour leur exploita- Maçons , Limeufins & Manoeu
tion & confommation perfon
nelles feulement , fuivant
taxe qui en aura été faite , fans
pouvoir tesvendre à aucuns étraners
, qu'au refus des habitans
de leurs Paroiffes , lequel fera
conftaté par les Juges des lieux ,
& fans frais .
Lettres Patentes du Roi , concernant
la percep ion du droit
de mefurage fur les grains , dépendant
du domaine de Verfailles
données à Versailles le 26
Septembre 1984, regiftrées en Par
lement le 8 Juiller fuivant . A
Paris , chez les mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , porville
de Dunkerque , de terreins
vains & vagues compris dans
fon enceinte ; dorrées à Verfailles
le 24 Avril 1785 , regiltrées
au Parlement le 8 Juillet
Autorife les Juges des lieux à
rendre , pour l'exécution de l'Arrêt
, toutes les Ordonnances re- tant conceffion par le Roi à la
quifes & néceffaires , lefquelles
feront exécutées par provifion.A
Paris, chez P. G.Simon & N. H.
Nyon , Impr. du Parlement , rue
Mignon S. André- des Arcs.
Déclaration du Roi , qui or- fuivant. A Paris , chez les mêmes.
ordonne que les décharges por- Lettres Patentes du Roi , qui
tées par les Contrôleurs des ren- confi ment & homologuent les
tes fur leurs regiftres de contrôle , délibérations de l'affemblée géopéreront
la décharge pleine & nérale du Clergé de France , des
entière de leurs payeurs ; & dé- 6 & 20 Juin 1785 , au fujet de la
rogeant à l'article VI da chapitre femmede 8 milions de don gra
XXXI de l'Ordonnance de 1672 , tuit , accordé à S. M. par ladite
difpenfe les Payeurs & Contrô- affemblée ; données à Versailles
leurs des rentes , de fournir en le 7 Juillet 1785 , registrées en
jugement des notions précifes Parlement le 19 du même mois .
fur la perfonne & le domicile de A Peris , chez les mêmes.
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE,
sher FH.-D. PIERRES , premier Imprimeur Ordinaire du Roi ,
ne Sain - facenes . Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fois par
anée, ave la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
arente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettr
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poites .
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Septembre
fontpriés derenouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes ,
&qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres
fans quoi elles ne feront point reçues.
Jeu 15.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 33. )
SAMEDI 13 AOUT 1785 .
A PARIS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX. Iches des projets de différentes
Cornoiffances néceffaires fur ferres- chaudes , avec tous les déla
groffeffe , furles maladies lai - tails pour fervir d'embelliffement
tenfes , & fur la ceffation du flux aux jardins anglois & chinois ;
menftruel , vulgairement appelée par le ficur Panferon , Architect,
temps critique ouvrage utile au 2 liv. 8 fols , lavé 4 liv . 16 fols .
fexe & aux gens de l'art ; par M.
Cl .- And. Goubelly , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Profeffeur d'accouchemens
& des maladies des femmes
en couches , & c . 2 vol. in- 12.
APans , chez Quillau , Impr. rue
du Fouarre & Méquignon l'aîné ,
Libr. rue des Cordeliers.
Ordonnance civile 1667 , faifant
le tome troifième du Recueil
manuel des Ordonnances :
vol. in- 32. relié , 1 liv. ro fols .
A Paris , chez Leboucher , Libr.
quai de Gêvres.
|
Paris , chez l'Auteur , rue des
Maçons , près la place Sorbonne
Numéro 12 .
·
Choix de nouvelles caufes célèbres
, avec les jugemens qui les
ont décidées ; extraites du Jour
nal des caufes célèbres , depuis
fon origine jufques & comptis
l'année 1782 ; par M. des Effarts ,
Avocar , Membre de plufieuts
Académies : tomes II & III. A
Paris, chez Moutard , Impr.- Libra
rue des Mathurins.
Collection universelle des mémoires
particuliers relatifs à l'hif-
Cahier contenant en fix plan- toire de France ; tome VI, contenant
le livre des faicts du bon jeune , Libraire quai des Aüğüf-
Mefire Jean le Maingre, dit Bouzins.
cicaut,Maréchal de France : qua- Effais de paéfies propres à la
sorzleme & quinzième fuites . mafique , précédés d'un avant-
Le prix de la foufcription pour propos fur ces deux arts , confdonze
volumes eft de 48 livres Mérés dans leurs rapports entrepour
Paris , & de 55 liv. 4 fols eux, & fur le poëme d'Orphée ,
pour la province. On fouferit qui fait l'objet principal de ces
rue d'Anjou- Dauphine, numéro 6.effais. Ce poëme , en cinq actes,
Effais d'expérience fur la dé eft deftiné à l'Académie royale
monaration ou la manière de car- de aufique , & a été envoyé au
der le coton , de le filer , le fa- concours ordonné pour le pre-
Sriquer en bonneterie , la conf- mier Décembre de l'année 1784
ruction des machines néceffaires in- 89 . br . 1 liv. 10 fols . A Paris,
pour chaque art mathémati- chez Belin , Libr. rue S. Jacques
quement faites , avec des obfet- Bruner , Lib. rue de Marivaux ,
vations fur la marche que doi- près la Comédie Italienne.
vent prendre les perfonnes qui fe GRAVURES.
deftinent au commerce , & c.ou- Quartier général de l'armée
vrage dédié aux Dames françoi- Hollandoife , & Vue du grand
fes , par M. Fournier des Gran- marché aux chevaux d'Anvers
ges : brech. de 16 pag, d'impref & d'une partie de l'Efcaut, deux
fon. A Paris , rue de la Mortel- Eftampes faifant pendans, gra-
Jerie , hotel du Barillet d'or ; chevées par Picquenot : chacune
Lacloye , Libr. vis- à-vis l'arme 1 livre 4 fols. A Paris , chez
S. Gervais ; l'Esclapari , Libr. l'Auteur , rue des Carmes , Cola
pont Notre-Dame ; Mérigot l'allégé de Prefle.
né , Libr. boulevart S. Martin ; & Tombeau de M. E. F. Due
chez les Libr. qui vendent les nou- de Choifeul- Amboife , Pair de
veautés . France , Chevalier des ordres du
Sermon fur la lecture des li- Roi & de la toifon d'or , Gou
vres contraires à la Religion ; parverneur de la province de Tou-
M. de Marolles : 18 f. A Paris raine , &c. & c . , décédé en fon
chez Knapen & fils , Libr.- Impr. hôtel à Paris , le 8 Mai 1785 ,
de la Cour des Aides , au bas du âgé de 65 ans. & inhumé le
pont S. Michel.; & l'Esbapart , 13 dans le cimetière d'Amboife ,
Libr. pont Notre-Dame. I liv. 4 fols. A Paris , chez Ri-
Nouveau Théâtre Allemand , chomme , Graveur de musique ,
ou Recueil des pièces qui ont pa- rue de Bièvre , Numéro 18 ; Aliru
avec fuccès fur les théâtres bert , Marchand d'eftampes , rue
des capitales de l'Allemagne ; Froid-manteau ; Sieber , Marchand
par MM. Friedel & de Bonne de mufique , rue S. Honoré , Nuville
: tomes VII , VIII , IX & mero 92 ; & à Versailles ', chez
X. A Paris , chez les Libr . qui Blaizot , Libr . rue Satory.
vendent les nouveautés .
Elémens de la langue Angloife,
ou Méthode pratique pour comprendre
facilement cette langue ;
par M. Siret. Nouvelle édition,
revue , corrigée & augmentée
in-8°. de 136 pag. br. 1 livre
16fols. A Paris , chez Barrois le
MUSIO U E.
Feuilles de Terpficore pour le
clavecin & pour la harpe , Numéro
36 , contenant un air du
Barbier de Séville , de Paefiello ,
avec accompagnement de clavecin
, par M. Ragué ; un air varié
pour le clavecin , par M.T***;
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 23 Juillet.
'Humidité ayant mis en fermentation de
Lla loude & de la potaffe , raffemblées
dans l'un des magafins de marine à Chriftlantadt
, ces magafins ont pris feu , le magafin
a été confumé , & l'incendie a bientôt
gagné les dépôts consigus , au nombre de
140 , tous conftruits en bois & remplis
de combuftibles. La Douane royale &
les magafins attenants ont été réduits en
cendres . Dans le nombre immenfe de mar
chandifes perdues fe trouvoient . 60000 tonneaux
de bleds : aucun des magafins n'étoit
affuré , & on les évaluoit , l'un portant l'autre
, à trois cent mille florins . Heureufement
la ville diftante de 100 pas , a été préſervée
de ce défaftre. On peut le rappeller que l'incendie
de Petersbourg, il y a deux ans , euf
précisément la même origine,
N°. 32 , 6 Août 178§.
( 2 )
Il n'y a jamais eu de plus affreux tableau
que celui , préſenté à l'envi par les papiers
publics, des exécutions qui fe fuccédent dans
la capitale de l'Empire Ottoman . Laffés
aujourd'hui d'étrangler des Officiers d'état ,
les mêmes nouvelliftes promenent douze
Janiflaires dans la Bofiie , avec un chariot
rempli de pals , pour y embrocher tout ce
qu'ils rencontrent ,Turcs ou Chrétiens .
C'est avec le même fens qu'on nous affirme
que les Janiffaires ont éventré les Officiers
Européens , appliqués à diſcipliner
cette milice , & qu'ils ont joué une journée
entière avec les têtes de ces Officiers. Pour
renchérir fur cette belle expédition , d'autres
nous annoncent qu'on a coulé bas dans le
port de Conftantinople un vaiffeau , fur lequel
on avoit embarqué 60 victimes de la
derniere révolution .
On apprend de la Lithuanie qu'à la fuite
d'un différend entre deux Seigneurs , l'un a
fait prendre les armes à fes vaffaux , & eft
entré avec eux fur les terres de fon adverfaire
, où il a commis des dégats confidérables.
Plufieurs perfonnes ont perdu la vie
en cherchant à les prévenir . Si ce fait eft
vrai , il eft étonnant qu'on ne nomme pas
les deux Magnats.
Les Hollandois ont expédié cette année
185 buffes ou bâtimens pour la pêche du
hareng ; tous font en mer depuis le 15 Juin.
52 navires de la même nation ont fait voile
pour l'Iſlande.
( 3 )
DE VIENNE , le
"
le 25 Juillet.
La fanté de l'Empereur ne s'eft pas confervée
aufli parfaite qu'elle paroiffoit l'être.
Ce Monarque à fon retour a été affez vivement
indifpofé de la poitrine, & à ce premier
mal fe font jointes des hémorroïdes
douloureufes . Le 16 , les Médecins ordonnerent
les bains de lait. La fatigue du travail
exceffif auquel le Prince s'eft livré , depuis
fon arrivée , ne donnant même au fommeil
que trois heures chaque nuit , l'échauf
tement du voyage ont fans doute contribué
à altérer fa fanté. Cependant , depuis quelques
jours , S. M. I. a admis auprès d'elle
fes Miniftres , & n'a point ceffé de donner
fon attention aux affaires publiques . Le
voyage de Laxembourg eft contremandé,
ainfi que les préparatifs commencés à Schonbrün
pour la réception de S. M. I. Les Turcs
en ce moment paroiffent fixer toute l'attention
de notre cabinet.
On affure qu'en traverfant le lac Majeur,
S. M. I. fut expofée à quelque danger : il
s'éleva un vent affez violent pour rendre
très-difficile le retour du bateau vers le rivage.
Le lac majeur , fur les confins de la
Suiffe & de la Lombardie , reçoit les eaux
du Tefin qui en fort à Sefto ; il a 23 lieues
de long fur 2 & demi de large : rien de plus
pittorefque , de plus varié , de plus agréable
que fes bords ; c'eft fur ce lac que font les
a 2
( 4 )
deux ifles où les Comtes de Borromée ont
fait conftruire deux palais & des jardins ,
auxquels le refte de l'Europe n'offre rien de
comparable.
Nous avons encore été menacés d'une
nouvelle inondation , les eaux du fleuve s'étant
conſidérablement accrues pendant plufieurs
jours . On a été obligé de fermer l'Augarten,
& les caves d'un de nos fauxbourgs
ont été remplies d'eau. Dans les endroits où
le fleuve a laiffé fon limon , la chaleur a
multiplié les infectes , & la quantité de poif- .
fons morts exhale une odeur infupportable .
Encore un fuicide , occafionné comme
tant d'autres , par l'inconduite. Le receveur
de l'Excife à Wettra ayant diffipé mille rixd .
de fa recette , & endetté ; pourſuivi de plus
à Vienne par une jeune fille de 16 ans qu'il
avoit corrompue , s'eft empoisonné avec de
l'arfenic . Des gardes , envoiés d'ici pour l'arrêter
, le trouverent mort en entrant dans fa
chambre. Ce malheureux laiffe une veuve
& cinq enfans.
Le Maître d'école de Stras étoit depuis longtemps
attaqué de l'éthifie , lorfque fes amis lui
dirent un jour qu'il feroit néceffaire qu'il fe fit
adminiftrer. Ne foyer point inquiets , mes amis ,
leur dit- il ce n'eft qu'après demain à fix heures
& demie du matin que je dois partir pour l'autre
monde. Les affiftans n'ajouterent aucune foi à
cette prédiction du malade . Le furlendemain atrivé
, le Maître d'école fait venir fon Curé &
fe prépare au grand voyage. Il demande un verre
de vin , s'en lave le vifage & les mains & fait
apporter fon cercueil. Six heures un quart fon(
5 )
ment , le Moribond qui s'étoit mis en tête de
mourir à fix heures & demie préciſes , dit aux
affittans : Je n'ai jamais voulu oléir à perfonne pendant
movie , mais dans ce moment je dois obéir au
Tout- Puffant qui m'appelle hors de ce monde. Après
ces paroles , il fe love , fe couche dans fon cercueil
& rend l'ame .
Le nouvel établiffement pour la fabrication
du cin :bre eft affez floriflant. Des con--
noleurs regardent ce cinabre comme fupérieur
à celui que l'on fabrique en Hollande.
Cette manufature peut en fournir
6000 liv. pefant par femaine.
L'Empereur falt venir des moutons d'Ef
pagne , pour perfectionner les laines dans
fes états ces moutons feront répartis dans
les diverfes bergeries des provinces.
Un incendie qui , le 27 du mois dernier, fe
manifefta au village d'Exetkowitz en Moravie
, a donné lieu à un trait fublime de charité,
La maifon du Curé , M. Bafile Wallon ,
commençoit à s'embrâfer , lorfque ce vertueux
Paſteur fe fouvint d'une malheureufe
Proteftante en couche , & privée de tout
fecours : il s'empreffe d'atteler lui -même fes
chevaux à fa caleche , traverſe le village incendié
, & arrive à la chaumiere de cette
femme , à demi fuffoquée par les flammes
qui l'environnoient ; il la prend dans fes
bras , l'emporte avec fon enfant , & la met
en sûreté dans´un village voifin . A fon retour
, ce Curé compatiffant trouva fa maifon
entierement confumée ; il s'en confola ,
a 3
( 6.)
en s'applaudiffant d'avoir facrifié fes intérêts
au falut de deux de fes femblables.
Tous les Etats héréditaires vont être foumis
à une police militaire . A l'avenir , dans
chaque chef- lieu , il fe trouvera un détachement
des gardes de police commandés
par un Lieutenant.
Le Comte de Waffenaër & le Baron de
Lynden , Députés des Provinces Unies ,
font arrivés dans cette capitale.
·
Les dernieres lettres du Bannat nous informent
de la dépofition & de l'exil du Pacha
de Belgrade .
Un de nos artilleurs , furpris au moment
où il tâchoit de s'étrangler , a été condamné
à être attaché à une planche , & à recevoir de
400 hommes 4000 coups de verge. Sans doute
on a trouvé trop doux de lui ôter la vie , &
l'on a préféré de le faire fouffrir à le tuer.
Voici une exécution d'un autre genre.
Un payfan des environs de Lemberg en Pologne
, étoit paffé en Galicie avec fa femme & Tes
enfans. Le Starofte Comte de Bleski , dans les terres
duquel il demeuroit , en fut informé ; il par.
tit avec quatre autres Seigneurs & plufieurs de fes
vaffaux , & réuffit à enlever le pay fan . Il le ramera
, lui fit donner cent coups de bâton , & le
fit enfermer dans un cachot. La femme de cet
infortuné fut long- temps fans pouvoir favoir ce
qu'étoit devenu fon mari ; elle l'apprit enfin , &
fit parvenir fes plaintes à l'Empereur. Ce Prince
en fit fur le champ demander réparation au Roi
de Pologne , qui répon fit qu'il n'en étoit pas le
maître , & qu'il falloit s'adreffer au Confeil per(
7 )
manent. S. M. I. peu fatisfaite de cette réponſe ,
ordonna au Commandant de la place la plus voifine
de faire fortir deux cent Dragons , avec un
Officier intelligent . Celui - ci partit , s'empara du
Starofte & des quatre Seigneurs qu'il aména à
Zamos. On mit le Starofte dans un couvent où il
fur gardé à vue , & les autres dans les priſons . On
inftruifit leur procès , & le Staroſte a été condamné
à payer mille écus au payfan que l'on avoit
auffi ramené , pour le dédommager de ce qu'il
avoit fouffert , à payer, quinze mille écus au fifc
de l'Empereur , & à recevoir enfuite avant de
partir les cent coups de bâton qu'il a fait donner
au paysan.
DE FRANCFORT le 28 Juillet.
C
THE CUR
Le 3 Décembre dernier , l'Empereur accorda
le titre d'Alteſſe Séréniſſime aux Princes
régnans de Naffau -Weilbourg , Naſſau-
Ufingen , & Naffau - Sarbruck : aujourd'hui
cette conceflion vient d'être notifiee aux
Electeurs de Mayence , de Treves & de
Cologne, ainfi qu'à la Chancellerie d'Empire
& à la Chambre impériale .
Ce n'eft point le couvent des Carmes ,
que l'Empereur fait délivrer aux Genevois
qui fe retirent à Conftance ; c'eft celui des
Dominicains , dans lequel furent enfermés
Jean Hus & Jérôme de Prague , durant le
Concile où ils furent exécutés. S'il étoit néceffaire
de conftater la viciffitude des chofes
humaines , on la trouveroit dans ce cachot
de deux Proteftans brûlés au XV . fiecle ,
a 4
( 8 )
& deftiné aujourd'hui à fervir d'afyle à' des
Proteftans auxquels les Dominicains vont
faire place. Conftance fut jadis une ville
libre Impériale ; engagée dans la ligue de
Smalcade , Charles Quint la mit au ban de
I'Empire , & elle acheva de pardre fon indépendance
fous Ferdinand ; une diete de
I'Empire on 1559 en affuralla poffeffion à la
maifon d'Autriche. Depuis cette époque ,
fa pro périté , fa population , fon commerce
font tombés dans l'aviliffement ; elle a
perdu tous les avantages de fa pofition dans
un pays riche , fertile , admirablement fitué
pour le commerce, & elle n'exifte que pour
faire mieux fentir par fon exemple , aux
Suiffes fes voifins , le précieux avantage de
la liberté.
Vers le milieu du mois prochain , le Roi
de Pruffe fera la revue de fes troupes en Siléfie
tous les régimens fe trouveront réunis
au même lieu. Il est toujours queftion dans
le public d'un futur congrès à Brandebourg.
:
Il eft parfaitement sûr que le Roi de
Pruffe a ordonné la levée de 4 régimens de
Volontaires permanens , qui feront traités
comme les autres troupes , & cantonnés
dans la Pruffe occidentale..
Le Baron de Beulwitz , Miniftre d'Hanovre
à la cour de Potsdam , et toujours à
Berlin , d'où il a expédié un courrier , arrivé
le 13 à Hanovre , & dont les dépêches ont
été envolées à Londres fur le champ. M. de
Belwitz a de fréquentes conférences avec
( 9 )
le Miniftere de Pruffe & avec l'Envoié de
Saxe. Les uns fuppofent que fa million a
pour objet de conclure un mariage entre un
des Princes d'Angleterre & une Princeffe de
Pruffe ; d'autres , & c'eft le grand nombre ,
prétendent que les intérêts généraux de
' Empire & la garantie refpective des états
de plufieurs Princes , forment la matiere de
ces conférences.
Suivant quelques lettres particulieres de
J'Efclavonie , il y eft arrivé des ordres aux
divers régimens cantonnés dans la Province
, de ſe tenir en état de marcher au premier
fignal ; elles ajoutent que le Général
Vedins eft défigné pour en avoir le commandement.
Le 4 de ce mois les trois Colleges des Etats
de l'Empire ont arrêté unanimement la promotion
militaire fuivante : Général Feld Maréchal
de l'Empire , le Duc Jofeph Frédéric de Saxe-
Hildbourghaufen ; Généraux de l'Artillerie de
l'Empire , le Duc Charles - Augufte des Deux→
Ponts , le Prince Frédéric- Augufte d'Anhalt-
Zerbft & le Prince Charles Frédéric de Hohenzollern-
Sigmaring ; Général de la Cavalerie de
l'Empire, le Prince Henri- Augufte de Hohenlohe-
Ingelfingen ; Feld - Maréchaux - Lieutenans de
l'Empire , le Comte de Kanifeck : Aulandorf , le
Comte Truchfes de Wurzach , le Landgrave de
Furstenberg , le Prince de Naffau - Uffingen &;
le Landgrane de Heffe - Hombourg.
ITALI E.
DE VENISE , le 16 Juillet.
L'Empereur , arrivé ici le 26 du mois
a 5
( 10 )
dernier , y féjourna jufqu'au 29 , fous le nom
de Comte de Falkenftein ; on lui a donné
plufieurs divertiffemens , entr'autres celui de
deux courfes de chevaux . S. M. I. étoit accompagnée
du Grand-Duc de Toscane &
du Comte Erneſt de Kaunitz ,
Nous avons lu avec beaucoup de furprife
un article des Gazettes étrangeres , énoncé
en ces termes :
Lorfque l'Empereur étoit prêt de partir de
Veronne , le peuple s'affembla en foule autour
de fa voitute , & témoigna par mille cris d'alégreffe
le plaifir qu'il avoit de voir ce Monarque.
S. M. répondit à ces acclamations par ces
paroles : adieu , patriotes. Cette expreffion flatteufe
fit une impreffion extraordinaire fur ce
peuple , qui crut déjà être fous la domination de
P'Empereur , qu'il préféreroit à celle des nobles Vénitiens.
Dans l'ivreffe de fa joie , il commença
à fe livrer à mille défordres & à lancer mille imprécations
contre les Nobles. Cette phrénéfie auroit
eu des fuites encore plus fâcheufes , fi un des
fecrétaires de l'Empereur , qui étoit resté en
arriere , n'eût couru à toute bride pour en avertir
S. M. Auffi -tôt S. M. dépêcha deux perfonnes de
fa fuite à Veronne pour témoigner fon mécon
tentement au peuple , & affurer le Magifirat que
l'Empereur , par le mot de patriote , n'avoit eu
en vue que de témoigner au peuple l'intérêt qu'il
prenoit à lui , & qu'il défapprouvoit toute autre
interprétation qu'on auroit pu donner à cette
expreffion .
On ne croira pas fi facilement à cet amour
des Veronais pour un changement de domi
nation. Perſonne n'ignore l'extrême dou(
11 )
ceur avec laquelle font gouvernés nos habi
tans de Terre - ferme , qui dans tous les
temps , ont donné les plus grandes marques
de leur attachement à la République . Il n'eft
nullement vrai qu'ils aient à fe plaindre des
Nobles Vénitiens , à qui le Gouvernement
ne pardonneroit aucune efpece d'oppreffion
exercée fur les fujets de l'Etat.
Lé
Le 25 du mois dernier , nous avons perdule
Chevalier
Tron , Procurateur
de Saint-
Marc , âgé de 72 ans. Il avoit occupé les
premieres
dignités , & rempliffoit
à l'inftant
de fa mort celle de Provéditeur
général de
Dalmatie. I jouiffoit depuis long - temps
d'un crédit prépondérant
dans les affaires
publiques
, & un parti nombreux
lui étoit
dévoué.
On écrit de Trieste que le Pacha de Scutari
a été entierement défait par les Monténégrins
, & que fes troupes Albanoifes ont
été forcées de prendre la fuite dans peu de
jours on faura à quoi s'en tenir fur la vérité
de cette nouvelle.
:
Le 30 du mois dernier , le S. George ,
vaiffeau de guerre du premier rang , eft forti
de l'arfenal. Il eft destiné à tranfporter à
Conftantinople le Chevalier Girolamo Zulani
, en qualité de Baile de la République.
La Galathée de même force n'attend qu'un
vent favorable pour appareillera Quant à
1'Eole & la Victoire , le premier pourſuit fa
route fur les côtes d'Iftrie pour le Levant
a 6
( 12 )
avec le vaiffeau la Bombarde, & la Victoire fe
difpofe à le fuivre. Le vaiffeau de ligne la
Diligence , qui eft en armement , fera bientôt
complettement équippé.
DE NAPLES , le 4 Juillet.
Le Duc de Ferra Capriola , Miniftre du
Roi auprès de l'Impératrice de Ruffie , ayant
projetté d'établir entre les deux nations un
commerce avantageux , vient d'appeller à
Pétersbourg un négociant fort habile , de
Campo Baffo , qui , à ce qu'on efpere , fera
de bonnes fpéculations .
Les Cerfaires Barbarefques continuent toujours
à infefter ces mers , fans avoir d'égard
même pour les pavillons amis. Ces jours derniers
, eft arrivé dans ce port un bâtiment
françois , qui avoit été vifité par les Turcs fort
près de la côte ; & quoique le Patron lui eût
montré la patente turque dont il étoit muni ,
fon équipage fut très-maltraité , parce qu'il ne
put fouffrir patiemment qu'on lui enlevât fes
vivres & des marchandiſes. Ce bâtiment a été
obligé en conféquence de faire la quarantaine ,
au grand regret des paffagers. On a auffi - tôt expédié
deux demi galeres & un chebec à la pourfuite
de ces Corfaires. Lorfqu'elles feront revenues
, on armera les autres galeres & chebecs
qui fe trouvent dans ce port , & le Chevalier
Acton , Miniftre de la Marine , partira , dit - on ,
avec ces bâtimens pour aller au-dévant de E. M.
qui comptent fe trouver dans cette Capitale vers
le 10 d'Août. }
ESPAGNE..
DE MADRID , le 15 Juillet.
S. M. vient de rendre un Decret , par
( 13 )
lequel elle change les couleurs du Pavillon
Efpagnol , tant de la Marine Royale , que
Marchande.
Ec· L'expérience ayant prouvé les inconvéniens
du pavilion dont fe fervent la Marine Royale &
le Commerce , en ce qu'il fe confond ailément
à de grandes diſtances ou par un temps calme
avec ceux des autres nations , j'ai réfolu qu'à
l'avenir le pavillon de mes vaiffeaux de guerre
fcit divifé dans fa longueur en trois bandes ,
dont celle du haut & celle du bas fercnt de
couleur rouge , & larges du quart du pavillon ;
celle du milieu fera jaune & portera les armes
d'Espagne, réduites feulement aux deux quartiers
de Caftille & de Léon , furmontés d'une couronne
royale ; la flamme fera de mes trois couleurs ,
& vers le bâton de flamme , elle portera un
quarré jaune chargé des mêmes armes . Les couleurs
du pavillon du Commerce feront les mêmes
, mais fans armes ; la bande jaune du milieu
n'aura que le tiers du total , & les deux autres
feront partagées en deux bandes égales
rouge & jaune alternativement . Tous les vaiffeaux
efpagnols devront faire ufage de ces pavillons
à compter du 1er . Janvier 1786 , dans l'Océan
Européen jufqu'à la latitude de Teneriffe & dans
la Méditérannée ; dans l'Amérique Septentrionale
compter du premier Juillet fuiyant , par tout
ailleurs à compter du premier Janvier 1787 .
vous veillerez à ce que la teneur , &c. » Signé
de la main de S. M. à Aranjuez , le 28 Mai 1785.
A Don Antonio Valdes.
à
Le nouvel établiſſement de la Compagnie
des Philippines ayant reçu des demandes
pour un nombre d'actions beaucoup plus
confidérable qu'il n'en exifte en effet , S. M.
( 14 )
a ordonné que l'on en fit une jufte diftribution
; & elle a fait publier que les Actionnaires
euffent à verfer dans la caiffe de la
Compagnie les fonds des Actions qui leur
reviendroient , avant le terme précis d'un
mois , à compter du 20 Juillet juſqu'au 20
Αούτ .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 23 Juillet.
La Chambre Haute a terminé fon examen
des arrêtés de commerce entre l'Angleterre
& l'Irlande , & le 19 , elle eut une conférence
avec la Chambre des Communes à ce
fujet. Comme les Pairs n'ont adopté ces réfolutions
qu'avec quelques amendemens , le
Miniftre a été obligé de les pré'enter de nouveau
à l'Affemblée nationale , qui a fufpendu
de s'en occuper , à caufe d'un débat de formes.
Tout bill , où il eft queſtion de fubfides
, ne peut être altéré par la Chambre Haute
, maitreſſe uniquement d'approuver ou de
rejetter. Or , l'un des arrêtés , modifiés par
cette Chambre , ayant pour objet les fecours
que l'Irlande devra aux Finances de l'Angleterre
, les Communes ont réclamé leurs priviléges.
Cependant , elles ont ordonné l'impreffion
des articles avec leurs modifications ,
& l'on prendra une décifion finale au premier
jour.
Trente- cinq Membres de la Chambre des
Pairs ont donné leurs voix par procuration.
Les Lords abfens font à Spa , en France , en
!
( 15 )
Suiffe , en Italie , & n'en difpofent pas moins
de leurs fuffrages , quoique lear opinion ne
puiffe être éclairée fur l'objet en difcuflion .
Il eft vrai qu'il a été traité par les plus inftruits
& les plus expérimentés de tous les
Pairs. On a obfervé que le Marquis de Buc
kingham ( Comte Temple ) n'a point aflifté
aux Séances où l'affaire d'Irlande a été débattue
; ce qui indiqueroit une défapprobation
tacite des arrêtés. Mylord Sackville a
publié ouvertement les mêmes opinions , &
fon difcours a été regardé comme un des
mieux faits qui , de long tems , aient été prononcés
au Parlement. Le fentiment de ce
Lord , qu'on dit dans la plus intime confidence
de S. M. , & l'abfence du Marquis de
Buckingham , ont fait préfumer que le Monarque
partageoit leur oppofition ; mais ce
feroit aller beaucoup trop loin , que d'imaginer,
avec quelques-uns de nos Folliculaires,
que le confentement royal fera refufé à l'Acte
important dont les deux Chambres font péniblement
occupées depuis quatre mois.
Il est très poffible néanmoins que cet Acte
ne foit point paffé dans la Seffion actuelle ,
& que le Miniftre fe contente de les faire
imprimer , en accordant un tems convenable
pour une ultérieure difcuffion . Dans ce cas ,
le Parlement feroit prorogé avant 15 jours.
La Compagnie des Indes fe propofe de
freter inceffamment les bâtimens qui doivent
compofer la prochaine flotte . Elle en
a fixé le nombre à 32. On ignore jufqu'ici
( 16 )
leurs noms & leur deſtination refpective.
Deux des Commiffaires chargés d'examinet
les prétentions des Loyalistes , doivent
s'embarquer pour la nouvelle Ecoffe . Le
but de ce voyage eft de prendre des renfeignemens
plus exacts , d'après lefqueis M.
Pitt préfentera , dit -on , un Bill fur cet objet.
Des lettres d'Edimbourg , en date du 13 de ce
mois , portent que le Commodore Gower étoit
arrivé dans la rade de Leith avec 4 vaiffeaux de
guerre , & qu'il devoit remettre à la voile inceffamment.
Ses inftructions lui enjoignent d'étendre
fa croifiere dans ces parages jufqu'aux
Orcades , afin d'empêcher les bâtimens pêcheurs
des Nations étrangères d'empiéter fur les limites
qui leur font affignées .
La femaine dernière , il a été envoyé un
ordre général aux Commitaires de la Douane
, de prévenir l'exportation des foins hors
du Royaume. Généralement , la récolte de
cette denrée a été foible , excepté dans les
Comtés de Derby & de Stafford , plus élevés
& montagneux , & où les nuages ont
entretenu fur les campagnes une falutaire
humidité. La récolte des grains , felon toutes
les apparences , fera extrêmement abondante.
Quatre Compagnies du Régiment Royal
Artillerie vont s'embarquer au premier jour
pour relever le détachement du même Corps
en garnifon à Gibraltar.
Vingt - deux bâtimens font revenus de la
pêche de la baleine , & rendent le compte le
plus avantageux de leurs fuccès & de ceux des
navires encore attendus. La plupart font chargés
( 17 )
de cinq , fix , huit baleines , plus ou moins confidérables.
La faifon de la péche a été cependant
affez rigoureufe , & les glaces très avancées ; deux
bâtimens ont échoué fur celles - ci dans un coup
de vent , mais les équipages ont été fauvés .
Le 16 de ce mois , eft morte à fa campagne
de Bulftrode - Park , Lady Marguerite
Cavendish Harley , Ducheffe - Douairiere de
Portland , âgée de 71 ans. Elle étoit fille du
feu Comte d'Oxford , & laiffe une ſucceſſion
de 28,000 liv. fterl. de revenu , à partager
entre fes quatre enfans , le Duc de Portland ,
Lord Ed . Bentinck , Ladis Weymouth &
Stamford. Le Duc , qui jouiffoit d'environ
10,000 liv . fterl. de rente , en acquiert 12000
autres par la mort de fa mere. Elle avoit l'efprit
très - cultivé , & orné même de grandes
connoiffances. Sa collection d'Hiftoire Naturelle
étoit célèbre ; elle avoit été liée avec
J. J. Rouffeau , qui lui adreffa , entr'autres ,
deux Lettres fur la Botanique , imprimées
dans la collection de fes OEuvres , édition de
Genève.
La confommation de la drêche dans ce
Royaume par les braffeurs ou les particu
liers , eft évaluée annuellement -àà 3,500,000
quarters , foit à 28 millions de boiffeaux.
Un fermier coupant derniérement des gazons
´à faire de la tourbe , fur la commune de Rothbury,
mit imprudemment le feu aux bruyeres
pour arriver plus facilement au gazon , qui fur
le champ s'alluma : l'incendie en peu de temps
s'étendit fur une partie de la commune de plus de
1500 arpens. La féchereffe du gazon rendit tous
( 18 )
les efforts que l'on fit pour éteindre le feu , également
inutiles & dangereux. Le feu gagna les
bruyeres des éminences voifines . appellées Symond-
Side - Beacon , & c. & détruifit pour cette
année 1000 acres de pâture à moutons , appartenant
à MM. W. & S. Donkin. Le 29 du mois
dernier , au foir , la perfonne qui rend compte de
cet événement , écrit qu'e le monta au haut d'un
rocher pour voir plus diftinctement les progrès du
feu; la perfpe &ive étoit effrayante au - delà de ce
qu'on peut imaginer ; une vafle nappe de feu dans
la vallée , & toutes les collines d'alentour en
flammes , offroient un tableau auffi horrible qu'il
étoit magnifique & impofant.
La crédulité de nos papiers publics a été
au point d'adopter ce qu'a débité l'un d'entr'eux
, que le Général Washington avoit
loué une maison de campagne dans le Comté
de Surrey , & devoit inceffamment venir
s'y établir.
Une gazette de la Cour renferme le paragraphe
fuivant. « Les vins , les eaux-de- vie & les drogues
fixent aujourd'hui l'attention des contrebandiers ,
qui n'ont plus rien à eſpérer de l'article des thés.
Quant aux vins & eaux- de- vie , on peut trouver
plufieurs moyens de tromper leur espoir , entre
autres , celui de diminuer les droits de port ; pour
lors , le feul commerce des drogues , auquel ils
fe trouveroient réduits , ne feroit pas fuffifant
pour entretenir un grand nombre de vaiffeaux.
contrebandiers.
Nos Gazettes n'ont pas manqué de tranfcrire
à l'envi la lettre fuivante , datée de
Boſton , du 26 Mai dernier , & à l'Ecrivain
de laquelle on ne reprochera pas de voir les
( 19 )
chofes en beau. Il ne les a pas même rendus
avec fidélité ; car il n'y en a jamais dans
l'exagération .
« On eft fi prévenu ici , auffi bien que dans
tous les Etats - Unis , contre l'Angleterre , que
je crains beaucoup pour les marchandiſes que
j'ai en magafin , & dont la plus grande partie
Vous appartient. Notre Gouvernement est une
vraie anarchie ; la populace y donne des loix , &
je crains qu'elle ne finiffe à l'inftar de celle qu'a
ameutée le Lord George Gordon , il y a cinq
ans à Londres , par un feu de joie générale . La
mifere où fe trouvent les Etats ne peut le décrire
; les impôts leur deviennent abfolument
infupportables , car les reffources du commerce
leur manquent. Vous favez qu'ils ne devoient
leur exiftence qu'à la pêche qu'ils faifoient &
à l'huile qu'ils vous envoyoient ; ils nomment
encore ce tems des jours heureux & paifibles !
Quand ils débarquoient en Angleterre , ils n'avoient
pas de droit à payer , tandis qu'à préfent
ils font obligés d'en payer d'énormes. C'eft ainfi
que cette fource affurée de leur bonheur eft tarie :
elle a changé fon cours ; la nouvelle Ecoffe en
a tous les avantages.
Mais ce qu'ils éprouvent de plus fâcheux ,
c'eft le petit nombre de vaiffeaux qu'ils ont
à confirnire. Avant de parvenir à leur indépendance
, leur commerce , avec l'Angleterre ,
dans ce feul article , étoit confidérable , ils étoient
toujours sûrs d'en difpofer : les vaiffeaux qui portoient
en Angleterre la moitié des productions
de fes ifles aux Indes Occidentales étoient pour
la plupart conftruits à Bofton . I's trouvent tout
changé à leur défavantage ; les yeux commencent
à fe défiller ; ils voient bien aujourd'hui que
quelques politiques adroits le font enrichis aux
( 20 )
dépens de leur patrie ruinée. Je fuis convaincu
que fi ce n'étoit point le crédit que les habitans
de la Nouvelle Angleterre on fu trouver auprès
de la Grande- Bretagne depuis la paix , ce qui
d'une maniere à contribué à alléger leur mifere,
ils auroient tout pillé & tout dévafté fans avoir
égard à la nation , au fexe ni à l'âge : je me dépêche
de troquer vos marchandifes pour en avoirmoins
à transporter dans quelque Colonie Angloife
; car je me crois ici parmi une engeance
quia infiniment moins d'honneur que des Corfaires
barbarefques. Pour l'amour de Dieu , faites vos
efforts pour empêcher vos négocians d'expédier
des marchandifes pour ce quartier fauvage de,
l'Amérique , où les habitans ont également renoncé
à l'honneur & à la bonne foi dans le commerce
. Leur menace de chaffer les Anglois qui
fe trouvent parmi eux , & de les forcer à tranf
porter leurs marchandifes , empêchera que plufieurs
de vos compatriotes n'occupent une place
di ftinguée dans vos Gazettes ( 1 ) , que ce même.
commerce d'Amérique n'a que trop fouvent con
férée. Je fuis fermement perfuadé que bien loin
de faire des traités de commerce avec eux ,
votre Parlement devroit au contraire faire des
loix pour empêcher toute correfpondance entre
la Grande Bretagne & les nouveaux Etats- Unis,
ce feroit une preuve , non équivoque de leur
patriotisme ; car fouffrez que je vous demande ,
eft-il de l'intérêt de l'Angleterre d'envoyer fes
manufactures à un marché où elle ne pourra jamais
recouvrer , défalcation faite des mauvaiſes
dettes , dix shlings par livre fterling de ce qu'elle
y vend? Quant aux productions de ce pays , il
faut confidérer qu'il y en a bien peu qui paffent
en Angleterre fous pavillon anglois , qui eft le
(1) Quand un homme fait banqueroute , cela eft
annonce dans les Gazettes de la Cour.
( 21 )
feul objet qui pourroit lui être avantageux . Vous
pouvez faire venir votre tabac de plufieurs endroits
qui font bien plus à portée de chez vous.
En faitant cultiver le tabac dans la partie méridionale
de la Ruffie , vos vengericz en quelque
forte les torts faits aux Royalites. Il vous
rede encore des Colonies qui vous fourniront dụ
goudron & de la mâture , &c. , & c.; fi elles ne
le peuvent pas , le Roi de Danemarck & l'Impératrice
en ont affez & peuvent les laiffer à
meilleur compte que les citoyens des Etats-
Unis.
L'ufage des feux de la St- Jean en Irlande ,
dont nous avons parlé l'Ordinaire dernier ,
& que les Anglois attribuent à un refte d'idolâtrie
, nous paroît avoir une toute autre origine.
Il dérive , à ce que nous penfons , des
fignaux qu'allumèrent les Chieftains dans
toutes les parties du Royaume , lors de la
confpiration générale contre les Danois ,
qu'on extermina , le 23 Juin 1002. Chaque
Chieftain avoit allumé fur les hauteurs un
feu qui fervoit à indiquer le jour & l'heure
d'un carnage , dont l'ufage actuel eft une
efpece de commémoration.
29
L'unique partie exiftante du vieux pa-
» lais de la Savoie en cette capitale , dit le
» le General Advertifer , eft l'appartement
» qu'habita l'infortuné Roi Jean , fait pri-
» fonnier par le Prince Noir , à la bataille de
» Poitiers. Il y auroit de la démence à dé-
» truire ce mémorial : au contraire , le gou-
» vernement doit le conferver avec foin ,
» comme un monument de la valeur d'un
( 22 )
» Prince de Galles au XIVe . fiecle , & qu'il
>> fera fort utile à tous les Princes de Galles
» d'aller confidérer fouvent.
·
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 27 Juillet.
Le Roi a nommé à l'Abbaye du Mont-
Sainte -Marie , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Besançon , l'Abbé de Bourgevin Vialart ,
Confeiller Clerc de Grand Chambre au
Parlement de Paris ; & à celle régulière de
Vignats , Ordre de Saint - Benoît , Diocèſe
de Séez , la Dame de Montagu d'O , Religieufe
profeffe de l'Abbaye de Saint - Juliendu-
Pré , même Ordre , Diocèfe du Mans ,
fur la nomination & préfentation de Monfieur
, en vertu de fon apanage.
Le fieur Lenoir , Lieutenant- Général de
Police , ayant été nommé au Confeil Royal
des Finances , à la place du fieur de Beaumont
, & commis par le Roi pour préfider
l'affemblée des Intendans des Départemens
de Finances , où feront traitées les affaires
qui y feront renvoyées par le Contrôleur-
Général , comme ayant des rapports & des
liaifons néceffaires avec ces divers Départemens,
a eu l'honneur de faire fes remercîmens
à Sa Majesté .
Le fieur de Crofne , Intendant de la Généralité
de Rouen , nommé à la place de
Lieutenant- Général. de Police , le fieur de
Villedeuil à l'Intendance de Rouen , & le
fieur de Granvelle à l'Intendance du Département
de la Régie générale , ont également
( 23 )
eu l'honneur de faire leurs remercîmens à
Sa Majesté.
L. M. & la Famille Royale ont figné , le 24 de
ce mois , le contrat de mariage du Marquis de la
Mouffaye , Officier des Gardes - Françoiles , avec
Demoilelle de Sourdille de Chambrezois.
Ce jour , la Comteffe de Bermond a eu l'hona
neur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , pat la Comteffe de Grammont .
Le même jour , le Baron de la Houze , Miniftre
plénipotentiaire du Roi près S. M. le Roi de
Danemark , a eu l'honneur de prendre congé
pour retourner à Copenhague , étant préſenté
par le Comte de Vergennes , Chef du Confeil
royal des Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département des affaires étrangeres.
Le même jour , l'Académie royale des Sciences
eut l'honneur de préſenter au Roi , à la Reine
& à la Famille Royale le volume de fes Mémoires
pour l'année 1782 ( 1 ). Le fieur Lavoifier , Directeur
de l'Académie , eut en même temps l'honneur
de préfenter à L. M. & à la Famille Royale
les fieurs de Fourcroy , Charles & Brouffonnet ,
Académiciens reçus depuis la derniere préfentation,
dans les claffes de Chimie , de Géométrie
& d'Anatomie.
L'Abbé de la Roque , Vicaire général de la
ville de Syra , a eu l'honneur de préſenter à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale une eltampe
dédiée au Roi , de la ville & du port de
Syra , île de l'Archipel , dans laquelle on rap-
( 1) Les exemplaires de ce volume préfentés au Roi &
à la Reine , ont cela de remarquable , qu'ils n'ont été
ni battus , ni liffés , ni cylindrés , ni même coufus ; ils
ont été apprêtés & reliés fuivant un nouveau procédé
dont la découverte eft due aux foins du fieur Aniffon fils ,
Directeur en furvivance de l'imprimerie Royale , & dont
Sa Majesté a paru fatisfaite,
•
``( 24 )
.
pelle quelques- uns des fecours que les Syriotes
ont donnés aux François.
Le 24 , le fieur Robert de Heffeln , Géographe
de la ville de Paris & Cenfeur royal , a eu
l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , qui Pont honoré de leurs foufcriptions
pour la nouvelle Topographie de la France , la
Carte de la Contrée Nirt- ouest de la région de
Centre , la fixime de celle qui renferme la fecond
détail des degrés de la fuperficie du Royaume
jufqu'aux Paroifles.
Le fieur le Clerc , Chevalier de l'Ordre du
Roi , a cu l'honneur de préfenter à S. M. les
premieres Cartes de l'Atlas qu'elle a agréé en
faveur du commerce nationnal. Ces Cartes fost
celles de la mer baltique & du golfe de Finlande,
en quatre feuilles , papier grand - aigle ; elles
renferment tous les renfeignemens que les Marins
peuvent defirer far ces mers remplies
d'écueils. L'Auteur indiquera dans le volume
qui accompagnera l'Atlas toutes les fources qu
il a puifé les matériaux de ce travail important.
DE PARIS, le 3 Août.
L'Adminiftration continue à s'occuper fans
relâche des fecours à donner dans les campagnes
, des moyens de rendre moins nuifi-
Ble l'extrême difette de fourrages , à laquelle
elles font réduites. C'eft par une fuite de
cette prévoyance , que le Parlement a rendu
un Arrêt , dans le but de prévenir les monopoles.
Cet Arrêt du 19 Juillet
Fait défenfes à toutes perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , de faire ,
jufqu'à
( 25 )
jufqu'à la récolte de l'année 1786 , aucuns achats
en foin , paille ou autres fourages , au- delà de
la quantité néceffaire pour la nourriture de leurs
chevaux & beftiaux , & proportionellement à
leurs exploitation & confommation perfonnelles ,
fous peinede faifie de l'excédent , & autres peines
portées par l'Arrêt .
Ordonne que les Propriétaires , Fermiers ,
Cultivateurs & principaux Habitans des Paroiffes
feront appellés devant les Juges des lieux à l'effet
de convenir de la quantité de chaque espece de
fourrages qui peut exifler dans l'étendue de
leur Paroiffe , & de s'expliquer fur le prix auquel
il conviendra de porter chaque efpece de fourrage
, dont fera dreffé procès- verbal , fans frais ,
par les Juges.
Ordonne qu'en conféquence defdits procès
verbaux , le Juges procéderont , auffi fans frais ,
à la taxe de chaque efpece de fourrage dans chaque
Paroiffe , eu égard aux circonftanccs , & ainfi
qu'il appartiendra..
Ordonne que ceux qui auront des fourrages à
vendre , feront tenus de les vendre aux Propriétaires
, Fermiers & Cultivateurs de leurs Paroiffes
qui en auront befoin pour exploitation & confommation
perfonnelles feulement , fuivant la
taxe qui en aura été faite , fans pouvoir les vendre
à aucuns étrangers , qu'au refus des habitans
de leurs Paroiffes , lequel fera conftaté par
les .Juges des lieux , & fans frais , & autorife les
Juges des lieux à rendre , pour l'exécution de
l'Arrêt , toutes les Ordonnances requifes & né¬
ceffaires , lefquelles feront exécutées par provifion.
Une Ordonnance de la Chambre des Bâtimens
ayant réduit le prix des journées des
N°. 32 , 6 Août 1785.
b
( 260)
Maçons , Manoeuvres , ceux - ci quittèrent
leurs atteliers , & un tambour en tête , entrafuèrent
leurs camarades à la même défertion.
La prudence du Magiftrat de Police
calma ce mouvement ; & pour en prévenir
le retour , le Parlement a relevé l'appel de la
Sentence de la Chambre des Bâtimens , & en
a fufpendu l'exécution.
Les travaux de Dunkerque vont être commencés
; le Miniftre des Finances as ant afligné
cent mille livres par mois fur les revenus
de la Province , pour cet objet. On em , Tɔiera
cette fomme à conftruire un Quai autour
du baffin , à nettoyer le Port & le Havre , à
extirper les ancres qui , à marée baile , forment
des écueils , &c. &c. On projette auffi
de rétablir la Citadelle , le Fort - Louis , les
deux jettées , augmentées chacune de so
toifes , & au bout du mole , ainfi prolongé .
de placer deux caiffes coniques , fur lesquelles
on reconftruira les risbans .
Le Roi vient d'accorder une peafion de
8,000 liv. à Mile de Buffy , four unique du
feu Marquis de Buffy , dont nous avons annoncé
la mort. Nous faififfons avec plaifir,
cette occafion d'entretenir de nouveau nos
Lecteurs de ce célèbre Officier , en leur préfentant
quelques détails intéreffans fur la
dernière époque de fa carrière . Cette noice
authentique rectifiera d'ailleurs quelques
inexactitudes répandues dans le Public , &
quenous avions adoptées fur la mort de M,
de Buffy.
( 27 )
M. le Marquis de Buffy , ( r ) arrivé dans
PInde , au lieu d'y récevoir huit à neuf milles
hommes , des convois qu'on lui envoyoit
ayant été pris ) n'en put raffembler que trois
milles , que les maladies réduifirent bien - tôt à
deux milles quatre cens , & feulement 2000
Cipayes nouvellement levés .
2.
& fans au-
C'eft avec ces foibles moyens ,
cuns fecours , Hyder Ali étant mort , Tipofaib ,
fon fils n'étant plus à la côte , & ayant été
forcé de repaffer les Gates , pour appaifer des
révoltes dans fes propres états , que M. de Buffy
fçut refifter aux Anglois , qui , à cinq milles
hommes de troupes Européennes , jeignoient
quinze milles Cipayes bien diciplinés . La
journée du 13 Juin 1783 , fut d'autant plus
honorable pour M. de Buffy , qu'avec des
forces bien inférieures , il fit beaucoup de mal
aux Anglois , & leur infpira une telle terreur
que voulant donner douze cens hommes à
M. de Suffren , pour armer fa flotte , & la
mettre en état de combattre celle des Anglois ;
il rentra, à Gordelour , avec toute fecurité :
quoique cette Ville ne fût point fortifiée , &
qu'il n'y fût reflé
qu'avec fept cens
hommes
,
on n'ofa pas l'attaquer l'empreffement avec
lequel peu - après les Anglois annoncerent la
paix , dont ils avoient eu , les premiers
Connoiffance , prouva combien M. de Buffy
s'étoit rendu rédoutable. A fa mort il n'avoit
21
(1) Il ne refte plus de cette famille que Mademoiſelle
de Buffy, dont nous parlons en ce moment , & Madame
la Marquise de Folleville , niece de M. le Marquis de
Buffy, & fille du Chevalier de Buffy , tué à la bataille de
• après s'être emparé d'un bois occupé par les ennemis
: ce qui contribua fingulierement au fuccès de cette
journée,
b 2
( 28 )
qué 64 ans & 11 mois , fa réputation dans la
guerre de 1741 , celle qu'il s'acquit de nouveau
en 1751 , en établiffant fur le trône de
Golconde , un Prince protégé de la Nation , &
dont il avoit fait choix : ( 1 ) l'éclat & la célérité
de fes opérations , ou pour mieux dire
de les victoires , qui rendit le nom François
auffi rédoutable que refpecté , dans tout l'Empire
Mogol , l'auroient fait imaginer bien plus
âgé à cette époque. M. de Buffy , fut attaqué
à l'Ile de France du fcorbut ; la révolution
que lui caufa la nouvelle de la prife des convois
, & des maladies qui régnoient dans
celui de M. de Peynier , le mit à la mort .
Cependant fon zêle ne l'abandonna pas , fon
activité ne lui permit pas de fe repofer , il ne
fut que huit jours fans travailler ; fa lancé quoique
délabrée , ne retarda même pas l'expédition ;
auffi tot que les préparations furent faites , il
partit de l'Ile de France dans le moment où
on craignoit le plus pour fa vie : on nous a montré
une lettre qu'il écrivoit à cette époque , il
mandoit » après des contrariétés de tous les
» genres , je pars pour l'Inde , avec des moyens
" affoiblis mais la même confiance dans le
» Miniftre & le même dévouement pour l'expédition
qu'il m'a confié. Je confulte plus
encore mon devoir que mes forces , & je les
?
(1) Mouzapherzingue , ŝouba du Dekan & roi de Golconde
, l'allié des François , & que M. de Buffy étoie
chargé de remettre en poffeffion de fes états , ayant été
tué au milieu d'une victoire , que M. de Buffy emporta
fur fes ennemis ; la confiance aveugle en ce Général fut
telle , que les chefs Mogols & Indiens de cette armée dégernerent
au jeune Buffy le choix du fuceeffeur : il le fit
somber fur Salabetzingue , qui manifefta fa gratitude par
des conceffions immenfes qu'il fit à M. de Buffy , lequel
jes remis à la Compagnie,
( 29 )
employerai jufqu'à leur épuisement à ce qu'il
fera poffible de faire pour la gloire du Roi
& celle de la Nation. t
7
Par le ftyle de cette lettre on peut juger de
l'énergie qui reftait dans l'ame de l'Ecrivain . Ilfe
rétablit un peu dans la traversée arrivé dans
P'Inde , la terre le rétablit , il jouiffoit de la
meilleure fanté , quand la mort l'a enlevé à
la Patrie , à fes proches , & à fes amis . Intrépide
Soldat , habile Général , Négociateur
éclairé , Patriote zélé , défintéreflé par caractere
, ( 1 ) M. de Buffy réunifloit toutes les
qualités dont une feule eût fuffi pour rendre un
Citoyen précieux à la Nation .
Il eft à fouhaiter , & il n'a pas même été
très rare , dans la dernière guerre , de rencontrer
le fentiment de candeur & de nobleffe
d'ame qui a dicté la Lettre fuivante.
-Elle a été adreffée par M. Thomas Graves ,
Capitaine de la Magicienne , au Comte de
Kergariow Locmaria, Capitaine de la Sybille,
& elle eft datée de St-Omer le 27 1785.
MONSIEUR',
Lorfque je parcourois ce pays , l'hiver dernier
, je me flattois de me faire connoître perfonnellement
à vous , comme à un Officier qui
m'a empreint d'idées les plus exaltées de votre
caractere...... militaire , par rapport à vos fupérieures
& braves manoeuvres du 2 Janvier 1783 ,
par lefquelles vous avez non- feulement fauvé
votre convoi , mais même démâté totalement
la frégate de Sa Majefté Britannique , la Magi
cienne , que je commandois . Permettez- moi de
( 1 ) Dans la derniere expédition il n'avoit ni appoin
tement ni traitemens, bi
(í 3.0: ))
dire , comme Officier de près de trente années,
d'expérience , & qui commandois un vaiffeau
de ligne la derniere guerre , dans prefque
toutes les actions dans les mers des Ifles & de
l'Amérique , que jamais je n'ai,ya déployer un
courage & une conduite auffi fupérieure dans
aucune époque de mes fervices. Ces fentiaeats
dans un homme enthoufiafite de fon état , feront
, j'efpere , l'apologie de la liberté que j'ar
Arife , defirant que notre prochaine entrevue
fe faffe comme amis ; & que , quoiqu'actuelle,
ment empêché de vous aller voir à Breit , vous
ayez pour agréable de vous fouvenir , fi jamais
vous parcourez l'Angleterre , que vous trouverez
dans la ville d'Exeter un ami qui fera heureux
d'une occafion de vous montrer toutes fortes d'é-,
gards , & de vous affurer en perfonne que je fuis,
avec la plus haute efime & la confidération la
plus fincere ,
"
Votre très - obéiffant & très- dévoué ferviteur ,
THOMAS GRAVES.
Nota La Magicienne avoit jo canons de 12
dix de gaillard , beaucoup d'ubufiers & pier
riers , & elle étoit foutenue du vailleau mauvais
marcheur , l'Endymion ; . & la Sybille n'avoit que
d'x - huit canons de 12 ' , huit caróns de gaillard
& trois pierriers , & n'avoit qu'une petite corvette
, qui n'a pu la fuivre , & qui l'a forcé de
s'engager plutôt pour la dégager.
91
On parle dans le Public de l'expérience
prochaine , & en grand , d'un canon chargé,
d'air inflammable. Si elle réuffit , les Aerof
tats pourront avoir leur artillerie. On dit que
l'explofion de ces canons eft très forte , &
leur portée confidérable : ils feront même
économiques , s'il eft vrai que leur charge:
( 31 )
ge
ne coûteroit que la millieme partie de la chardes
canons ordinaires. Voilà donc encore
une admirable reffource pour briler , mutiler
, écrafer & tuer l'efpece humaine à bon
marché . Il ne manquoit plus à l'Artillerie
que ce dernier mérite.
Tandis que les uns approfondiffent les
moyens de détruire , d'autres travaillent à
conferver. C'est un des avantages du bel
Atlas hydrographique , entrepris par M. le
Clerc , l'Hiftorien de la Ruffie , Atlas dont
on a déjà livré les deux premières Cartes . La
première eft celle de la Mer Baltique , du
Détroit du Sand jufqu'à Gothenbourg , du
port de Dantzick , &c. &c . la feconde a pour
objet le Golfe de Finlande, depuis l'ifle de Dago
jufqu'à Petersbourg. Il eft peu de travail
en ce genre auffi important , auffi exact , auſſi
habilement exécuté dans toutes fes parties ,
& l'on ne fait auquel on doit le plus d'éloges
, ou au favant Auteur , ou au Graveur
qui l'a fi bien fervi . Ces deux Cartes , ainfi
que les huit autres qui vont fuivre , font couvertes
de fondes ; la nature & la qualité du
fol du fond de la mer y font indiquées en
fuédo's & en françois . Elles feront accompagnées
d'un texte en un volume in-4° . , qui
rendra ce beau Recueil auffi précieux aux
Amateurs de l'Hiftoire , qu'aux Marins &
aux Géographes ( 1 ) .
(1' On ſouſctit à Paris , chez Froullé , Libraire , quai
des Auguftins , & chez les principaux Libraires de la Piovince
& de l'Etranger, Prix , 36 liv.
b 4
( 32 )
·
Quoique très décidés à ne plus inférer
aucune des lettres en grand nombre que
nous adreffent les prétendantes à la main de
Mr. de.... , dont nous avons fait connoître
les demandes conjugales , nous faifons une
dernière exception en faveur de la dépêche
fuivante , propre à tenter à tous égards les
célibataires les plus endurcis.
Affurément , Monfieur , vous avez bien de
l'efprit ; mais à coup sûr vous êtes un original ,
& cela ne me déplaît pas. Votre franchiſe fur
votre propre compte me femble n'appartenir qu'à
vous ; votre caractere me paroît heureux ; il y a
de la gaité dans vos idées : & tout cela , fauf erreur
, me convient infiniment . Donc , réflexion
faite , me voilà fur les rangs ; me voulez vous ?
c'est ce que j'efpere. Vous allez décider d'après
mon portrait. Commençons par ma figure ; traitons
d'abord les formes : je fais que lorfqu'elles
font agréables , elles font preftige en faveur du
fond.
Je fais majeure....... Ne vous effrayez pas ,
Monfieur , c'eft de bien peu ; huit jours avec
vingt cinq ans ne me donnent que tout juste ce
qu'il faut pour être en droit de faire une extravagance
, en difpofant de moi .
Ma taille eft moyenne ; cinq pieds un pouce
chauffée , & je porte des talons fort bas. Je fuis
graffe & point forte ; j'ai la jambe fine , le pied
délicat , & du fvelte dans la tournure.
Mon vifage me femble tout en oppofition avec
le vôtre , & peut - être fera - ce tant mieux pour
votre progéniture. Vous avez le front bas & circulaire
, le mie cft élevé & déployé. L'oril
creux & rond , je l'ai long & affez faillant.
-Votre regard eft grivois & prolongé , le mien,
-
( 33 )
-
affurément , eft modefte , & n'attend pas qu'on le
choque deux fois pour le bailler : fon expreffion
eft incertaine , elle dépend de l'occafion. Vos
joues font féches & plattes , les miennes font
rondes & fraîches, Vous avez le nez large &
évafé , le mien eft petit & retrouffé . Vos
levres font épaiffes , les miennes font fines & bien
coupées. Les vôtres , dites- vous , font vermeilles
j'en fuis fâchée , car les miennes le font
auffi ; & mes dents ne gâtent rien à mon ris.
-
-
Vous allez , Monfieur , me croire très jolie
ôtez le fuperlatif, il feroit une erreur. Quoique
tous mes traits foient bien , il regne un certain
défordre dans leur enſemble , qui me rend équivoque
entre le joli & le paffable.
1 Venons à l'efprit. J'ai eu fouvent envie de m'en
croire , & peut- être en ai je ; car au beſoin je
me trouve affez conftamment celui du moment :
mes faillies me valent des fuccès ; ils me flattent
parce que je ne les dois ni à l'art ni à l'étude.
Mon éducation a été foignée , mais dans un
genre qui ne vous conviendra peut - être pas.....
Je fais le latin , Monfieur ; qui plus eft , les mathématiques
; en fus la phyfique ; un peu de chimie ,
pas mal d'anatomie ; les diffections m'ont toujours
beaucoup flattée... J'entends auffi la chicane
; c'eft un talent que je chérirai , s'il m'aide
à défendre vos 1500 liv. de rente de la dent du
Procureur , qui , en cas de difcuffion , n'en feroit
qu'une pillule. J'ai dans la tête un croquis de
Phiftoire , des bribes de littérature , quelques
morceaux de poéfie , & prefque toutes les fuperbes
imprécations qui font au théatre, Je vous
préviens de tout cela pour que vous ne foyez
pas douloureuſement furpris quand vous m'entendrez
citer , car je cite fouvent. Cependant , je
vous jure , en honneur , que je ne Luis pas íavante.
bs
( 34 )
Je fuis philofophe au coin du feu , « tête- à- tête
avec un fage : mais tans jamais fuffer l'érymologie
du mot. Je déraisonne au milieu de mes
amis , & les choiks fpirituels & gais . En fociété
je reçois l'impulfion , & ne la donne jamais :
pourtant je ne fuis pas nulle.
Mon coeur eft fenfible , mon imagination vive ,
mon ame tendre . A vous parler vrai , Monfieur ,
je ne fais trop ce que m'auroient fait faire mes
feize ans jufqu'à vingt- deux , fi je ne les avois
noyés dans un courant affez informe d'études
de travaux & de diſtractions agréables.
1
Je me tate fur l'article de la coquetterie......
Je voudrois être fincere , fans cependant me déjouer
à vos yeux.... Me croiriez -vous , fi je vous
jurois que j'en fuis totalement dépourvue ? non ,
fans doute , mais me croirez vous mieux , fi je
vous dis que j'en fuis corrigée ? ... Eh bien ,
Monfieur , je me confeffe done ; j'aime à plaire ,
je l'aime par-deffus tout. Mais ce qu'il faut que
yous croyiez avec une foi à transporter les montagnes
, c'eft que c'eft la jouiffance de mon coeur ,
& non celle de ma vanité.
Je n'ai point le goût de l'extrême parure ; le
négligé le plus fouvent me foffit ; mais je me
connois le talent de me mettre avec une certaine
grace élégante : c'eft peut-être ce qui me raffure ,
& m'empêche de donner dans la recherche.
Vous n'aimez pas , dites vous , Monfieur , les
vertus farouches ; la mienne n'a jamais pu le devenir
, quoique véritablement elle puifle s'appeller
vertu. Je fuis d'une indulgence bien douce pour
les autres , & rien ne m'eft plus naturel , étantĮ
fufceptible de toutes les fedu&ions . L'éloquence ,i
la poéfie , la peinture , la mufique , toutes les
fituations , tous les fentimens , tous les charmes ,
ent une intelligence , fecrette avec chacune de
( 35 )
mes facultés. Je fuis fouvent touchée jufqu'au fond
de l'ame , jamais tentée : c'est encore un article
pour lequel j'interpelle toute votre crédulité.
Je n'ai point de vices. Je change fouvent de
défauts : l'occafion me les fait , je ne les choifis
pai ; je ne compofe point avec eux : & d'ailleurs
je n'y tiens pas .
J'ai de la naiffance ; je poffede 4000 liv. de
rente , j'aime l'argent comme une chofe dont il
eft fâcheux de manquer ; je le dép nfe par goût ,
& ne calcule que pour n'en devoir à perfonne .
La crainte de finir par rencontrer quelque jour
l'ennui de mon exiſtence , fait que je ne répugne
plus autant à la doubler. Devenez mon fecond
Monfieur , fi je vous tente. Sinon , j'attendrai
qu'un autre original me faffe la même impreffion
que vous ; & je garde votre idée pour piece de
comparaifon , afin d'époufer au moins votre mé
nechme.
300o A Grenoble , le 22 Juillet 1785.
Il eft à obferver que dans toutes les lettres
que nous avons reçues à ce fujet , les corref
pondantes, fe trouvent fans doute par un hafard
heureux , toutes pourvues des agrémens
de la figure. Aucune n'a diflimulé les défauts
de l'efprit ou ceux du caractère ; mais aucune
qui ne foit au moins jolie. Ces portraits peuvent
être fidèles. Cependant , ils donnent lieu
à une queftion , c'est de favoir fi ce concours
de defcriptions phyfiques agréables eft dû
a l'amour - propre du fexe , ou à fa pénétration
; s'il n'indique pas plus de foibleffe de
notre part que de la fienne , & l'affurance:
de triompher de nous par un joli portrait
bar
al
b: 6
( 36 )
de la figure , plutôt que par les qualités mo
rales ? Au refte , la Penfionnaire d'un Couvent
de Rennes , dont nous avons rapporté
la lettre , a 4 pieds 11 pouces , & non 4 pieds
4 pouces , comme on l'a imprimé par inadvertance.
Il n'eft pas jufte d'ôter rien à la
taille de perfonne, & fur- tout à celle d'une
femme aufli aimable que paroît l'être la Penfionnaire
fur les rangs .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le I de ce
mois , font : 27 , 84, 71 , 63 , & 17.
PAYS- BAS.
2
1
DE BRUXELLES , le Août.
La convention ou cartel entre la Répu
blique de Hollande & le Prince Evêque de
Liege , pour la reddition des déferteurs ,
étant expirée , les parties contractantes l'ont
renouvellée pour dix ans , fur le pied établi
en 1742.
Le cocher de Madame Van der- Meulen
de Leyde l'avoit accufée l'année derniere ,
d'avoir tenté de le corrompre pour affalliner
le Prince d'Orange ; on a condamné ce miférable
au fouet , à la marque , à 30 ans
d'incarcération , & après fon élargiffement
au banniffement perpétuel . Une cuifinjere
fa complice a été auffi fouettée , emprifonnée
pour neuf ans , & bannie enfuite des
provinces de Hollande , d'Utrecht , & de
Zélande , pour le terme de 18 ans.
La méfintelligence augmente entre le
( 37 )
peuple & la régence d'Utrecht. Les Etats de
cette province viennent de défendre , ſous
peine d'être puni comme perturbateur du
repos public , toutes fignatures de Requêtes ,
d'Adreffes , rédigées & préfentées un
corps de citoyens ; laiffaritentespar
particulier le droit de préfenter fes plaintes
au Magiftrat ou au Souverain .
en
On avoit tenté d'établir à la Haye l'un
de ces Corps - francs , qui ont femé le trouble
à Rotterdam & ailleurs , & qui devoient
fervir d'inftrumens à la guerre civile ; mais
la Magiftrature a agi de vigueur , en menaçant
de retirer les privileges de la bourgeoifie
à quiconque prendroit parti dans cette
milice irréguliere .
Le peuple s'eft porté en foule en divers
lieux fur le paffage du Stathouder & de fa
famille , notamment à Rotterdam &
Overschie , en accompagnant ce Prince de
cris de joie & de bénédiction.
7
On vient de publier à la Haye la relation
circonftanciée d'une feconde victoire obrenue
fur la côte de Malacca par les troupes
de Hollande : c'eft leur commandant , le
capitaine Van Braam , qui rend compte en
ces termes de cet heureux événement .
» Ayant dépêché le 4 Juillet les frégates
de guerre le Monnikendam & la Junon , avec
quatre autres bâti mens armés de la Compagnie
pour faire le blocus de la ville , il s'écoula juf
qu'au 14 dudit moi avant que tous les bâtimens
de transport & armés fuffent prêts pour s'y join
( 38 )
dres Enfin ledit jour je partis avec quatre navires
de guerre & huit bâtimens de la Compagnie ,
pour Salangoor; j'y arrivai & mis à l'ancre le 20,
Une obfervation exacte de la côte me fic
voir qu'il n'y avoit qu'un feul endroit où l'on pût
effectuer une defcente : & cet endroit préfentoit
de grandes difficultés , par fa fituation au pied
d'une montagne , où l'ennemi avoit porté fes
principales forces , & élevé plufieurs ouvrages
garhis d'artillerie , ou re plufieurs batteries établies
dans la Pace même.
Ces difpofiions me donnerent matiere à réfléchir
, d'autant qu'il étoit peu praticable d'efcalader
la montagne pour fe rendre maître des
Ouvrages : quoique la journée du 18 Juin , fi glorieule
pour nos troupes , m'cût inftruit de toute
leur fupériorité fur les Indiens , lorfqu'elles aus
roient une fois mis pied à terre ; ajoutant à cela
la mauvaiſe maniere, dont leur artillerie eft fervie,
aucun boulet ne portant coup , pour ainh
dire,
Décidé cependant à faire la defcente , & ne
voulant pas l'effectuer de ma feule autorité , je
convoquai un confeil de guerre pour le 28 Juillets
Rexpédition y fut réfolue unanimement , auffi- tôt
que le temps le permettroit .
Le 2 Août à la pointe du jour , tout paroif
fant favorable à l'exécution du projet , nous
primes terre malgré un feu très -vif de mitrailles
& de balles. Notre flotille étoit compofée de 27
batimens , tant grands que petits , portant en tout
822 hommes , favoir 517 Européens , & 305
In diens.
» Le calme & le courage avec lequel nos gens
avancerent contre le feu , pouffant des cris conti
nuels de Hougée , décontenança tellement l'ennemi,
qu'il abandanna les batteries placées fur
( 39 )
la plage , en s'enfuyant vers les hauteurs , où nous
le pourfuivimes de fi près , & avec un fi heureux
fuccès , que les ouvrages furent également aban
donnés , & que tous chercherent leur falur dans
la fuite. Nous demeurâmes maîtres des forts , de
l'artillerie & des munitions de' guèrre. Dans leur
épouvante , les Indiens le retirerent dans l'intérieur
du pays , & nous abandonnerent la ville,
dans laquelle nous ne trouvâmes rien de remar
quable. Dod
» Cette action ne nous a coûté que 3 morts &
bleflés parmi les Européens , & 3 morts & 11
bleffés parmi nos Indiens . La perte , du côté des
endemis , aété vraisemblablement très-médiocre ,
vu leur prompte fuite . Un de leurs chefs , que
nous avons pris prifonnier , préfume qu'ils ont eu
9rà o tués & autant de bleffés . Nous n'avons pris
qu'un feul drapeau , qui étoit arboré dans un fort
à l'entrée de la riviere . Nous nous fommes emparé
de 66 canons de fer de 9 à 4 livres de balle ,
& d'un de métal de 8 livres ,
Le même jour je détachai un peloton pour
remonter la riviere & pourſuivre le Roi fuyant ,
que l'on m'afluroit ne pouvoir être fort loin :
mais ce détachement revint le GiAoût fans l'avoir
pu joindre , quoiqu'il eût remonté la rivière auЯ
delà de 25 milles. Tout de pays étoit abandonné
Le détachement amena un prifonnier & deux
petits canons de fer.
» Le Raj Mahomet- Aly , désigné par la Come
pagnie , en cas de fuccès , pour régner à Salangoor
, s'étoit joint à nous avec quelques bâtimens
& 360.combattans : il avoit coopéré à la déroute
de l'ennemi , fans avoir eu aucun des liens de qué
ni bleffé. De concert avec ce Prince , je fis pu÷
blier le 7 Août des lettres d'amnistie , pour rap¬
peller, s'il étoit poffible , les habitans de Salangoor
dans leurs maifons ; ce qui fit revenir quel
( 40 )
ques familles. Je pris jour enfuite pour la procla
mation de Mahomet Ali. La cérémonie s'en fit
le 14 , & fut confirmée fans obftacle par le fucceffeur
préfomptif du trône & les Grands qui s'y
trouverent.
L'après- midi du même jour , le nouveau Roi
m'informa qu'il avoit reçu des avis que le refte
des habitans inclinoit à revenir dans la ville , que
les foldats eux- mêmes ne cherchoient qu'une occafion
d'abandonner le Roi fuyard , & qu'il ne
s'agiffoit que de fimuler une attaque contre eux .
Il me propofa en conféquence de lui accorder un
détachement , qui marcheroit fous les ordres de
fon fils adoptif le Prince Saya- Ali , & auquel il
joindroit un corps de troupes indiennes pour cette
expédition.
.1
J'en regardai le fuccès comme très - vraiſem
blable , & détachai une partie de mon monde ,
fous le commandement du Lieutenant de mariné
Van Straalen ; ils partirent le lendemain 15
Août , remonterent la riviere , & exécuterent
tout ce qu'on avoit projeté à l'exception qu'ils
ne purent fe faifir de la perfonne du Roi.
» Le 17 ils attaquerent le lieu où ce Prince
malheurenx s'étoit retranché ; ce fut alors que
fes troupes vinrent le ranger parmi les nôtres , &
qu'il fe vit tout d'un coup abandonné des fiens . II
eut le bonheur de s'échapper , & de gagner les
bois , fuivi de quelques amis , mais en bien petit
nombré, qui lui refterent fideles . Le jeune Prince
Sayd -Ali le pourfuivit vainement pendant quelque
temps . Les nôtres fe rendirent maîtres de quel
ques canons & de plufieurs petits bâtimens.
» La ville de Salangoor fe retrouva en peu de
jours auffi peuplée qu'avant. Tous les habitans
prêterent ferment de fidélité au nouveau Roi ,
fous la proteЯion de la Compagnie Hollandoife
& parurent fatisfaits du changement.
( 41 )
Le 22 Août M. Van Straalen me rejoignit;
plufieurs de ceux qui l'avoient accompagné étoient
malades , tant de fatigue que de mauvaise nourriture.
Après avoir pris enfuite les mefures & les
arrangemens néceffaires pour la confervation de
la Place , en y laiffant une garniſon convenable ,
je fis mettre à la voile le 26 Août , & le 30 l'E
cadre furgit entiere au port de Malaca. Un revers
inattendu a diminué depuis la joie de notre heu
reuſe expédition : une maladie contagieufe s'eft
déclarée parmi les équipages de tous les navires ;
186 hommes ont déjà été enlevés par des fievres
chaudes , & nous avons encore 359 malades » .
Le bruit court que l'Impératrice de Ruffie
cede 30,000 Tartares armés & à cheval à
T'Empereur , qui paiera 30 florins par tête
d'homme. Il eft inutile d'avertir que cette
étrange nouvelle eft donnée fans aucunes
preuves d'authenticité.
On affure que les Algériens viennent d'enlever
trois navires fous pavillon des Etats-
Unis. Cette piraterie n'auroit rien d'extraordinaire
, puifque les Barbarefques l'exercent
fur toutes les nations avec lesquelles ils n'ont
pas de traités; & il n'eft pas néceffaire , pour
expliquer ce pillage , de recourir à une prétendue
inftigation de l'Angleterre , dont la
politique ne peut être affez infenſée , pour
s'aliéner les Etats -Unis par ces clandeftines
hoftilités .
On mande de Paris une anecdote dont
nous ne garantiffons que les principales circonftances.
}
M. L. B. , Banquier demeurant rue du Temple ,
près les Peres de Nazareth , rentrant chez lui
( 42 )
ces jours derniers avant fon heure ordinaire , ne
fe coucha pas tout de fuite pour fon bonheur. En
fe promenant dans fa chambre , il apperçut fur
fon parquet une traînée de fable noir ; il lexamine
de plus près , & trouve que c'eft de la poudre
à canon il en fuit la trace , & reconnoît qu'elle
correspond à une fufée d'amadove déjà allumée.
Il'appelle, du monde : on pourfuit la recherche ,
& on trouve dix- neuf livres de poudre fous le lit.
Alors le Comm flaire eft appelié le Banquier Re
yeut pas qu'on arrête fon domeftique , ancien &
fidele ferviteur. Cependant il manque de l'argent
à la caiffe , le domeftique feul a eu la clef de
l'appartement ; on l'interroge : la peur le trahit ;
on l'arrête , & il avoue tout . Son projet étoit
d'emporter la caiffe , de faire fauter la mai on
dans la nuit , & de fe mettre à l'abri de toutes
recherches , en faifant croire qu'il avoit péri avec
fon maître. Le Châtelet ayant envoyé avant- hier
des Experts dans cette maison , pour avoir leur
avis fur le dégât que l'explofion auroit pu caufer,
ils ont décidé unanimement que par la maniere
dont la poudre avoit été diſpoſée , au moins trois
maifons volfines auroient été détruites avec cellelà
, ainfi que le couvent des Peres de Nazareth.
Le neveu de cet homme abominable eft aufli arrêté
; c'est lui qui alioit acheter la poudre : peutêtre
ignoroit- il les deffeins de fon oncle..
La guerre civile eft à Spa , au milieu des
corners , des dés , des brelans , des buveurs
d'eau , & des banquiers de Pharaon . I.a.
Gazette de la Haye rend compte en ces
termes de l'origine & des circonftances de
ces diffenfions.
On fait que la majeure partie de la Nobleffe ,
ayant été irritée vers la fin de la faifon der
( 43 )
niere , du peu d'égards, qu'avoient pour fes demandes
les Banquiers oa tenans jeu du wauxhall
& de la redoute , a engagé , fous des obligations
confidérables , une Société Liegeoife , à bâtir un
nouveau wauxhall , que l'on veut décorer d'un
nom brillant . Cet édifice a été conftruit avec
ane telle célérité , qu'on en a fait l'ouverture
le 9 de ce mois , par un bal donné gratuite
ment , qui a été très brillant , & depuis ce tems
tout le monde s'y porte avec affluence..
1
On en admire la grande falle , dont l'architecture
plaît infiniment , & qui l'emporte en
tous fens fur celles de l'ancien wauxhall & de
la redoute. Il manque cependant une chose à
ce nouvel établiffement ; c'eft la permiflion- d'y
jouer les jeux de hazards, & il paroît que les
propriétaires des anciennes maifons , font tous
leurs efforts , pour que le Souverain là leur
refufe . Mais on a eu beau étaler les Louis à
l'ancien wauxhall & à la redoute , pas une ame
ne s'eft préfentée pour jouer à la banque ; &
même on affure que les perfonnes de diftinction ,
fe font toutes engagées par écrit à ne pas jouer
ni fréquenter les anciennes falles auffi longtems
que le nouveau wauxkall n'aura pas obtenu
la permiffion de donner à jouer publiquement.
2
1
و ت
2
Hier 15 , M. Freron , Commandant de Spa,
pendant la faifon , eft revenu de Liege ici vers
les 5 heures du matin , som favoit d'avancé qu'il
étoit chargé d'ordres importans de la part de S.
A. C. il ne les intima cependant qu'um quart
avant 8 heures ayant attendu jufqu'alors l'are
rivée d'un détachement du Régiment de la Citadelle
de Liege , qu'on lui avoit accordé à tout
événement . Ce fut à M. le C. de Rice & à M. ……
Gentilhomme Anglois , que M. Freron fignifia
( 44 )
l'ordre de fortir fous 24 heures des Etats de la
Principauté de Liege.
ment ,
Ces Meffieurs reçurent cet ordre fort paiſible-
& eurent même foin d'empêcher que la
populace , qui s'étoit attroupée , ne caufât le
moindre défordre. M. le C. de Rice fe contenta
de donner au Commandant copie de fon diplôme
de Comte immédiat de l'Empire ; & après avoir fait
une proteftation dans les mains d'un Notaire
Impérial , il fe mit en route , les uns difent
pour Vienne , les autres feulement pour Ratis
bonne.
Le même jour le Club Anglois ( c'eſt ainfi
qu'on nomme la nouvelle Société ) s'étant affemblé
dans l'après- midi , M. Freton demanda
d'y pouvoir entrer . Ce qui lui fut accordé à la
pluralité des voix. Entré dans la falle , il a de
mandé à l'affemblée la raifon du ſchiſme qu'elle
occafionnoit & les fujets de mécontentement
que les Seigneurs pouvoient avoir. On fe plaignit
du manque d'égards , que les banquiers ou
tenans jeu avoient eu pour une Nobleſſe diſtinguée
, qui fréquentant Spa depuis nombre d'années
, l'avoit rendu ce qu'on le voyoit aujour
d'hui , de miférable village qu'il étoit ci devant
qui laiffoit toutes les années dans le pays une
fi grande maffe d'argent ; & à qui les dits ban
quiers furtout devoient les profits immenfes qu'ils
faifoient.
M. le Commandant , après avoir fait quelques
obfervations à ce fujet , demanda d'avoirpar écrit
les motifs qu'on venoît d'alléguer , & finit ' par
prier l'affemblée de vouloir bien fréquenter ,
comme à l'ordinaire , les falles du Vauxhall &
de la redoute ; mais tous s'y refuſerent unanimement,
& protefterent , fur leur parole d'honneur ,
qu'ils n'y mettraient pas les pieds , la falle de comédie
Jeule exceptée , jufqu'à ce que les propriétaires def45
)
dites falles , leur euffent fait une reparation jugée
convenable , à la pluralité des voix de l'affemblée.
·
Ces dernieres paroles font l'extrait de l'en
gagement par écrit qu'ont pris plus de 600 Seigeurs
& Dames , tous de la premiere diftinction ,
& dans le nombre defquels on compte quatre
Alteffes Roiales , & quatre vingt Princes du
fang roial ou de l'Empire. Il y a tous les
jours affemblée , jeu & bal au Club. Dans celui
de la nuit du Vendredi au Samedi , les Dames
furent obligées de danfer entr'elles , faute de cavaliers
qui étoient à la conduite des exilés.
--
La plupart des détails de l'article , qu'on viert
de lire , manquent d'exactitude , & quelques - uns
font abfolument faux . Tous font tirés d'une premiere
gazette , & leur origine donneroit lieu à
plufieurs obfervations. Tous les gens fenfès paroiffent
applaudir à la prudence du Prince de
Liege , qui femble avoir été forcé à cet acte
d'autorité , afin de prévenir que la tolérance deş
jeux ne dégénérât en licence , & que Spa , fait
pour réunir les plaifirs & la fanté , ne devînt un
coupe-gorge.
Paragraphes extraits des Gazettes Angl. & autres.
Le projet qu'on avoit formé de requérir des
Vénitiens une certaine portion de territoire , ſur
Lequel l'Autriche a d'anciens droits , & qui auroit
fervi à l'arrondiffement des Etats de S. M. ,
ne réuffira vraisemblablement pas , puifque ,
comme on l'apprend , cette République vient
de conclure une alliance fecrette avec la Ruffie ,
& qu'on ne pourroit tenter de mettre ce projet
en exécution fans rifquer de rompre avec cet:6
derniere Puiffance . On remarque auffi qu'il regne
la plus parfaite intelligence entre les Ambalíadeurs
de Venife & de Pétersbourg , qui ne font
aucun fecret de l'alliance qui vient de fe con-
Clure. ( Nouvellifte d'Allemagne , nº . CXI.)
( 46 )
Le Seigneur de G. près de Nantes , a prétendu
que les communautés lai appartenoient . Les val
faux ont foutenu que c'étoit une propriété publique
, dont tout le Village devoit jouir conformément
au dernier Arrêt du Confeil . M. de G.
a fait entourer cette commune de paliffades garnies
d'épines mortes , de maniere que les beftiaux
s'étant préfentés pour paître , n'ont pu entrer
dans le pâturage , ouvert de temps immé
morial aux troupeaux des Villageois . Ceux - ci
furieux du coup d'autorité de leur Seigneur , font
venus le 6 de ce mois armés de pelles , de fourches,
de fufils, de bâtons. Ils ont détruit les palif
fades , & ont fait bonne contenance à la Maréchauffée
qui a voulu fondre fur eux. Ces révoltés
ont couru à un bâtiment Hollandois , mouillé
dans la Loire , & ils ont acheté de force les petits
canons , les armes , la poudre & les boulets
embarqués à bord de ce Navire , & on a juré
d'exterminer ou d'être extermin's , fi on leur
refufe juftices On attend la fuite de cette affaire.
( Nouvellifte d'Allemagne , nº . CXI. )
Les diffenfions qui divifent les Etats - unis de
l'Amérique , menacent cette République d'une
deftruction prochaine , dit le Morning Herald ;
le grand objet des Américains avoit été de ne pas
être taxés , ils crurent y parvenir en ſe rendant
indépendans ; mais ils ne voyoient pas que tour
gouvernement demande de grandes dépentes , &
que ces dépenfes ne peuvent fe faire fans taxer
les fujets. D'après le ſyſtême de politique moderne
, toutes les nations fe tiennent dans un êtat
de défenfe; fi elles occupent de grandes pollef
fions fur le continent , elles font obligées d'en- )
tretenir , en tous temps , & de foudoyer des armées
nombreuſes ; fi elles font commerçantes
l'entretien d'une marine refpectable leur coûte
des fommes immenfes. Si les Gouvernemens con-
1
( 47 )
tractent des dettes , les capitaux ou du moins les
intérêts doivent être payés avec la plus grande
exctitude. Les Américains auroient dû favoir que
tout Gouvernement eft un animal dévorant, & calculer ,
ce qu'ilpourroit leur en couteravant que d'élever
le coloffe énorme dont le Docteur leur donna le
deffein en miniature
--
-
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
Caufe entre Me, Ch . , ancien Procureur à M... Intimé
, Et Ch. Lav ... , Appelant. Donation
par contrat de mariage d'un pere à fon fils ,
peut - elle être révoquée pour caufe d'ingratitude ,
& l'action intentée par le pere , fuivie par le fils,
-contre fon frere donataire ? Ce frere peut- il oppofer
, pour nouveau moyen , le hors de Cour pros
noncé contre le donataire , accufé de parricide ?
-Les coeurs fenfibles & reconnoiffans ne peuvent
héficer fur l'affirmative . L'Arrêt l'a jugé
ainfi . Entrons dans le détail des faits de la Cauſe.
-
Ch. pere , originaire de M. fe maria , en
1738 , & eut de fon mariage deux enfans , Ju-.
lien Ch. Procureur à M. & Claude Ch . dit Lav...
Le premier marié en 1770 , reçut de fon pere ,
par contrat de mariage , uue dot de 10,000 liv¿
en avancement d'hoirie. Le fecond le plus
jeune , refté feul dans la maifon paternelle , fut
fi bien capter la bienveillance , que fon pere
lui fit une donation de l'univerfalité de fes biens,
avec réſerve de l'ufufruit d'une très - foible partie.
Le pere eut bientôt à fe repentir d'avoir fait
uu mauvais choix dans l'objet de la prédilection.
Le donataire ingrat , s'imaginant n'avoir rien à
craindre d'un pere dont il n'avoit plus rien à e
pérer , combla à un tel point la meture des mau-.
vais procédés envers fon bienfaiteur , que ce pere.
victime des mauvais traitemens de fon fils , forcé
d'intenter contre lui une demande en révocation
de donation , pour caufe d'ingratitude , dont
( 48 )
il demanda à faire preuve par témoins. Le pere
accufoit fon fils de s'être armé d'un bâton , de l'avoir
menacé , d'avoir couru fur lui avec fureur , de
l'avoir faifiau collet & par les bras , & l'avoir forcé
à prendre lafuite ; de lui avoir verféſur la tête un
feeau d'eau , en le mettant à la porte de chez lui , de
iui avoir ferré le corps entre la porte & le mur , au
point qu'il auroit pu en être eftropié. Peu de
temps après la demande formée par le pere , & ›
la caufe étant fur le point d'être plaidée & jugée
, Ch . pere fut trouvé mort fur le grand
chemin d'une mort fubite & violente. Les querelles
fréquentes entre le pére & le fils , malheureufement
trop fréquentes & publiques , accréditerent
des foupçons univerfels contre ce fils
fur le genre de mort du pere . Le Miniftere public
crut devoir rendre plainte contre lui . D'après
les informations , le fieur Lav. a été décrété
de prife de corps , & après la plus grande inftruction
, un premier Arrêt a ordonné un plusamplement
informé d'un an , & un deuxieme a
terminé toute la procédure , par un hors de Cour
fur cette accufation de parricide. L'Arrêt eft du
14 Août 1778. Il eſt rapporté dans nos Feuilles ,
tome 5. Ch . frere ainé du donataire , a depuis
cer Arrêt repris l'infance , & conclu à la révocation
de la donation demandée par fon pere.
La Caule portée à l'Audience , une Sentence contradictoire
lui a donné acte de la repriſe d'inſtance
& l'a admis à la preuve des faits articulés , tant dans
fa Requête que dans celle du pere. Le donataire a
interjetté appel. Enfin Arrêt eft intervenu , le 28
Août 1782 , qui a déclaré la donation pas contrat
de mariage , faite par Ch . pere , à Lav. fils ,
nulle & révoquée , a ordonné la reſtitution des biens
y compris à Julien Ch . fils aîné , enſemble les
arrérages à compter du jour de la demande ; &
a condamné Lav. aux dépens,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 30 Juillet .
Lzettes touchant derniere révolution
ES détails rapportés dans différentes gadu
Miniftere à Conftantinople , nous avoient
paru juftement fufpects , & nous pouvons
aujourd'hui en préfenter au public de plus
exacts & de plus circonftanciés , tels qu'ils
fe trouvent dans une lettre authentique écrite
de Conftantinople par un témoin oculaire
, qui mande ce qui fuit.
Le Vifir avoit craint fa place , & il en avoit
abufé peut - être plus qu'aucun autre ; fes exactions
ont été extrêmes : mais fon efprit & fes talens
devoient le rendre cher à l'Empereur & à
tout cet Empire , où de tels hommes font fi rares.
Il vivoit mal avec le Capitan - Pacha . Le caractere
ferme , énergique de ce dernier , & fon courage,
fupérieur à tout , lui tiennent lieu d'efprit & de
talens. Les paffe- temps de la moitié de fa vie ont
été de faire la guerre aux lions & aux tigres : au-
No. 33 , 13 Août 1785.
( 50 )
jourd'hui même , un lion lui fert de chien : il
maintient une police févere au milieu de cette
populace- ci , & il ne laiffe pas à d'autres la peine
de faire fauter des têtes . L'Empereur l'aime beaucoup
, & le regarde comme le bouclier de fa perfonne
& de on Empire. Cet Haffan a acquis une
fortune qu'on évalue à trente millions ; il étoit
fort malade ; on avoit répondu de fa mort. Le
Vifir fit entourer fa maifon , pour que rien n'en
fût enlevé , & avoit déjà fait arrêter lon tréforier .
Le Médecin s'étoit trompé , mais la faute étoit
faite ; & Haffin voulut ſe venger de cette difpofition
prématurée , que le Vifir avoit voulu faire
de la fortune Une intrigue de Cour fait réfoudre
la perte du Vifir . A l'aube du jour , il eſt mandé
au Sérail , il eft arrêté entre les deux portes , cù
on lui préfente Hati Chérif, ou ligne noble du
Grand Seigneur , qui lui ordonne de remettre le
fceau . Il le tire de fon fein , le porte à la bouche ,
fur fon front & le rend . Celui qui étoit le plus
grand perlonnage de l'Europe après les Souverains
, dès ce moment n'est plus rien . On le
conduit dans un kiosk affreux fur les bords de la
mer ; là , il reçoit , dans une toile brodée en or ,
des vêtemens que le Grand- Seigneur lui envoie ,
& qu'il eft obligé de revêtir. C'eft un prétexte
pour s'emparer de tous les diamans & bijoux qu'il
a pu cacher dans fes habits. On arme une galere
pour le conduire dans l'exil qu'on lui fixe . Jufqu'à
ce moment le malheureux ignoroit fon fort. A
cette nouvelle , il fouleve fa tête , & demande du
tabac ; il ne lui reftoit pas même une boîte. Le
vent contraire empêche la galère de fortir, Le
Boftangi - Bachi va le prendre dans un bâteau , &
le conduit dans un palais du Grand- Seigneur. Je
le vis traverser le port la tête enveloppée dans un
chale , accompagné de deux domeftiques. Il trouve
( 51 )
des chevaux qui le conduifent à Gallipoli ; pen
de jours après on lui confirme les trois queues , &
il est nommé au Pachalik de Gedda , près de la
mer Rouge. Un vaiffeau doit le tranfporter à Alexandrie
; mais un ancien Muphti , qui avoit à vens
ger fur ce Vifir une querelle de famille , avoit été
fait de nouveau Muphti , le jour que ce Vilir avoit
été dépofé. Un autre Miniftre de la Porte , ambi
tieux , fans talens , également fon ennemi , fe
joint au Muphti , & tous deux font craindre au
Capitan- Pacha que le nouveau Vifir ne rapproche
leur ennemi , & que leur perte ne devienne inévitable.
Dès- lors fa mort eft réfolue ; & fur des
accufations qu'on n'a point encore pénétrées , on
en obtient l'ordre du Grand Seigneur. Le vaiffeau
avoit été arrêté aux Dardanelles , fous quelque
prétexte , & l'on avoit conduit le Vifir à Ténédos.
Son affaffin arrive la nuit dans cette ifle ; au
point du jour il entre dans fa chambre , & lui
préfente un premier ordre pour s'affurer de fa
perfonne & le conduire dans le château ; ma vie
eft - elle en sûreté , demanda- t- il ? on l'affura qu'oui
& dès qu'il fut entré , on lui préfenta un Hatti
Chérif qui condamnoit la tête. Qu'ai-je donc fait !
s'écria-t-il ; & dans l'inftant il eft culbuté , étranglé
, décolé : deux jours après , fa tête étoit expofée
à la feconde porte du Sérail , avec un écri
teau diffamant ; fon affaffin eft fait Capigi Bachi
( Chambellan ) . Ses biens font confifqués. Le
Vilir avoit mis fes deux enfans dans le corps de
Vlemas. Un fet fa du Muphti les raie de ce corps
& les prive de leurs biens ; chofe inouie dans cet
Empire. Ils font dégradés & replacés dans la derniere
claffe du peuple. Le mere de ce malheureux
Vifir court au Sérail , fend la foule en élevant
vers le ciel fes mains tremblantes & fes cris déshirans.
Eile demande la tête fanglante de fo
C 2
( 52 )
fils ; la brutalité des Boftangis infulte à fon défefpoir
& refufe ce trifte don à fa douleur. Elle fe
condamne à pleurer , & fa vie s'est éteinte dans
les larmes fa femme , tombée évanouie entre
les bras de fes enfans , eft encore agoniflante . Tel
eft le fort d'une famille entiere , qui voyoit un
mois auparavant tout un grand Empire à fes pieds.
Le Maphti difgracié le même jour a été empoi-
1onné. L'afaffin fait Capigi-Bachi courut auffi - tôt
chercher d'autres têtes ; il a envoyé ici celle d'Ifnac
, Pacha qui venoit d'être dépɔfé du Pacha'ik
de Pelgrade, homme de beaucoup d'efprit & de
Jumieres . Il a été en abattre une troifieme ; mais
on dit que ce troifieme condamné ayant été averti ,
a fi prévenir ce coupeur de têtes , dont en effet
on n'entend plus parler.
Une lettre d'Altona raconte en ces termes
un phénomene apperçu de cette ville , le 2
du mois courant,
Un nuage en pointe & repréfentant affez bien
la forme dune poche , defcendit en tournoyant
près Bannershog , & parut fe fixer fur la furface
de l'Elbe, Un moment après , le nuage , après
avoir tourné quelque temps fur fa pointe confondue
avec l'eau du fleuve , s'éleva en emportant
une große maffe d'eau qu'il avoit pompée ;
A une petite diftance de celui - ci , un , fecond
nnage de la même figure , defcendit auffi & fe
fixa comme le premier fur 1 Elle . Il s'enfonça
dix à douze fois dans l'eau , & y creufa un vuide
allez grand pour qu'on pût appercevoir le fond
du lit de la riviere , qui repréfentoit une forte
de précipice par l'eau fufpendue de chaque côté
de ce gouffre . Peu de minutes après , les deux
nuages fe déchirerent , & laifferent retomber dans
le fleuve toure l'eau qu'ils avoient emportée. En .
( 53 )
fuite ces deux nuages , prenant leur direction
(ur notre vi'le , y pefferent en tournoyant continuellement
en forme de tourbillon ; ap ès avoir
en lommagé les toits de quelques maiions , ils
difparurent , & on ne les apperçut plus . Depuis
ce temps , nous avons été informés de quelques
autres accidens qui ont été occafionnés par ce
phenomene. Un moulin à vent , fitué de l'autre
côté de la ville , a été endommagé , un coin de
la cheminée de la maifen la plus proche a été
jetté en bas le toit de paille , qui couvroit una
autre maiſon , a été enlevé , ainfi que le foin
qui étoit au grenier. Des toiles de coton éten
dees fur le pré d'une blanchilferie , tout proche
Rozenhof, furent emportées dans l'air ; quelques
pieces de ces toiles retomberent en rouleaux ,
& les autres furent déchirées par le milieu &
miſes abfolument hors d'uſage.
1
Depuis le 30 Juin , l'Impératrice de Ruffie
eft de retour à Pétersbourg de fon voyage
Moſcow .
L'efcadre de Cronftadt , de 15 vaiffeaux de
els
ligne , 4 frégates , 2 brulots & 2 vailleaux
hôpitaux , a pris pour 6 mois de vivres , &
eft prête à faire voile au premier ordie ; une
partie de cette efcadre fera fous les ordres
du contre amiral Krufe ; les autres chefs ne
font pas encore connus. Cette elcadre feravoile
pour la mer du nord , & reftera réunie
jufqu'à une certaine hauteur. 6 0 7 vaiffeaux
de ligne , 2 frégates , les brulots &
un vaiffeau hôpital s'en détacheront enfuite ,
& feront route pour la Méditerranée . Le
refte de l'efcadre retournera dans la Balti-
C 3
( 54 )
que , & y attendra plufieurs vaiffeaux d'Archangel
. Une feconde efcadre de 8 vaiffeaux
de guerre eft pareillement prête à
Cronstadt elle doit croifer dans la Baltique
pour exercer les gens de mer.
:
*
Le Roi de Danemarck a rendu le 8 trois
ordonnances ou placards. Deux font en
langue Danoife , & le toifieme en Allemand.
Le premier concerne le paiement des
prétentions de la Banque fur le Roi & l'établiffement
de deux fonds pour l'amortiflement
des dettes nationales ; le fecond ordonne
d'ouvrir à Copenhague un emprunt
de so0,000 rixdalers Danois , & le troifieme
un pareil emprunt à Altona.
Le nombre des bâtimens baleiniers que
les villes de Hambourg & d'Altona ont
expédié cette année pour la Groenlande eft
de 29.
, Le 11 un vent
violent
du N. N. O.
a fait
chaffer
les navires
fur leurs
ancres
à
Hellingor
. Dans
la nuit
, la frégate
Suédoife
le Swarta
Oern
, Capitaine
Dehl
,
a échoué
fur la côte
entre
Helfinbourg
&
Glumslof
; elle venoit
d'Amfterdam
, & alloit
à Stockolm
. Le nombre
des bâtimens
de commerce
qui font
arrivés
dans
le Sund
depuis
le 9 jufqu'au
16 , monté
à 278.
婴
Un incendie qui s'eft manifefté dans une
brafferie à Stockolm , a réduit en cendres
cet établiſſement & dix- fept autres édifices
adjacens.
t
( 55 )
DE VIENNE , le 31 Juillet.
་
Les Députés Hollandois auprès de notre
Cour ont eu une premiere audience de Sa
Majefté Impériale , qui les a affurés , dit on ,
de la prompte repriſe des négociations entre
fon Miniftre à Paris & ceux de la République
, fous la médiation de S. M. T. C. On
ne fait rien encore de pofitif touchant la maniere
dont ces Députés ont exécuté leur
commiffion .
Sans être encore parfaitement raffermie ,
la fanté de l'Empereur s'améliore de jour en
jour ; & ce Monarque a fait déja diverfes
promenades à la campagne.
Le Baron de Sturm , Commandant de
Semlin, y eft mort le 25 du mois dernier ,
& y fera remplacé par le Colonel de Steinbacher.
Une promotion qui a fait plus de
bruit , eft celle de M. Brambilla , Chirurgien
de S. M. I. , à la dignité de Comte ,
avec un fief de 6000 florins de reyenu.
En fept jours on a effuyé cinq orages affreux
en différens diſtricts . Un grand nombre
de ponts & de moulins ont été détruits .
Ici même nous avons eu il y a quelques
jours beaucoup de grêle , accompagnée de
violens tonnerres ; mais heureufement il
n'en eft point réfulté , comme ailleurs , la
perte des récoltes ou d'autres accidens .
Le Gouverneur de la Lombardie Autrichienne
a conclu avec celui des 4 Bailliages
C 4
( 56 )
Suiffes limitrophes , une convention pareille
à celle arrêtée ci- devant avec les Républi
ques de Gênes & de Venife. Chacun des
Etats contractans s'eft engagé réciproquement
à faire faifir & à rendre les malfaiteurs
transfuges d'un pays dans l'autre.
Les excès de café auxquels fe livrent dans
cette contrée les dernieres claffes de la fociété
, ont fait penfer à diminier la dépenfe
de cette boiffon , en la compofant à moitié
de glands torréfiés. Le peuple commence à
a lopter ce mélange , qu'on affure être trèsfain
.
Les dernie es lettres de Zips , portent que le 4
de ce mois il y eut dans la ville de Menhard , un
incendie très -violent , qui , en moins de deux
heures , a confumé l'Eglife Paroiffiale , le Presbytere
& plus de vingt- cinq autres maifoas . On
croit que le feu a été mis par un des habitans
même de la Ville , qui du moins s'en est rendu
fufpect , en prenant la fuite le même jour. On
eft informé par les mêmes lettres , d'un événement
affez remarquable , qui vient de fe paffer
aux bains rénommés de Raufchenbach : une ancienne
Religieufe qui y prenoit les ba'ns depuis
quelques jours , ayant eu une fatale idée de fe promener
dans un lieu du voilinge , al'a fe repofer
dans un endroit agréable , près d'une fource
d'eau. A pine fe fat- elle affife qu une brebis
d'un troupeau qui pâturoit près de là , s'approcha
de la même fource pour s'y rafraîchir. La
Religieufe en fit autant un inftant après , mais
elle s'en trouva fi mal fur le champ, qu'en moins
d'une demie heure elle perdit la vie , auffi- bien
que la brebis qui avoit bu de la même fontaine.
( 57 )
Cet accident a fait beaucoup de fenfation fur tous
tes les perfonnes qui prenoient les bains dans
cet endroit. On ignore encore fi la fource d'eau
en queflion a naturellement une qualité fi pernicieuſe
, ou fi queique perfonne mal intentionnée
y a jté du poifon .
Le 28 Juin , le feu prit dans le village de
Gaufendorf , par l'inadvertance d'un cordonnier
qui fondoit de la poix , & leréduifit
entierement en cendre , à l'exception
d'une feule maifon . Les habitans , dont la
plupart étoient alors occupés des travaux
des champs , accoururent en diligence pour
arrêter les progrès des flammes & pour fau
ver leurs effets , mais leurs efforts furent
inutiles ; & ils fe feroient trouvés dans la
plus affreufe pofition , fans les fecours de
S. M. I. qui paffoit précisément du côté de
ce village , lorfque le feu le confumoit.
DE FRANCFORT , le 4 Août.
Quoiqu'on ne révoquât plus en doute la
réunion de divers Princes de l'Empire , dans
la vre de garantir les droits & l'indivifibi
lité du Corps Germanique , cet événement
a été pleinement conftaté par la lettre circulaire
que le Prince de Kaunitz écrivit le 11
Juin dernier aux Miniftres de l'Empereur
dans l'Empire , lettre dont voici une traduction
fidele.
» Par ma lettre du 13 Avril vous avez
» déja été inftruit des démarches de la Cou
Royale de Pruffe , moyennant lefquelles
כ
CS
( 58 )
» elle s'efforce d'effectuer , fous les prétextes
» les plus odieux , une ligue formelle , avec
» la plupart des Etats de l'Empire , dirigée
» évidemment contre S. M. I. , quoique
fans la nommer expreffément.
La même lettre contient auffi les rai-
» fons qui nous faifoient d'abord regarder ,
comme chofe tout à fait incroyable , que
ces démarches puffent être quelque part
>> accueillies favorablement.
» Cependant , à notre plus grand étonne.
» ment , le contraire eſt arrivé ; & des nou-
» velles réitérées nous confirment pofitivement
que déja quelques -uns des princi-
> paux Etats de l'Empire fe font déclarés
» volontairement , d'accéder à la confédéra-
» tion propofée à Berlin .
ל כ
» Nous ne pouvons concevoir la réali-
» té d'un pareil fuccès , qu'en fuppofant
>> que les calomnies répandues ont trouve
» croyance , & infpiré conféquemment à
plufieurs Etats de l'Empire la crainte
» que notre Cour ne fût en effet inten-
» tionnée , & fur le point d'exécuter les
projets violens à elle fauffement attribués ,
» d'échange, de partage , de féculariſation ,
» & plufieurs autres auffi dangereux pour le
» maintien des Etats , que deftructifs de la
» conftitution fondamentale de l'Empire
» Germanique . Il vous eft en conféquence
» enjoint de faire connoître fans délai , &
au nom de S. M. I. , aux cours refpec-
» tives où vous êtes accrédité , qu'on dé-
ל כ
ဘ
( 59 )
,
clare les fufdites aflertions ce qu'elles
» font en effet , c'eft à - dire des calom-
» nies manifeftes , & en général des deffeins
» que la Cour Impériale n'a jamais eus ,
» qu'elle n'a pas préfentement , & qu'elle
» n'aura jamais , mais qui ne peuvent avoir
» été inventées & répandues dans d'autres
» vues , que de repréfenter l'augufte chef de
l'Empire , comme l'objet de la méfiance
» générale , & en même temps de préparer
» & de fe ménager à foi-même les moyens .
» d'exécuter fes propres projets dangereux.
בכ
و ر
כ כ
Cependant , pour ne point prouver aux
» Etats de l'Empire uniquement par des
» paroles , mais de la maniere la plus réelle ,
» combien S. M. I. eft non feulement éloignée
des deffeins qu'on lui a prêtés fi im-
» pudemment , mais encore combien elle
» eft fortement déterminée de maintenir in-
» variablement la conftitution légale de
l'Empire , prife en général & en particu-
» lier , elle veut bien inviter elle- même les
>> Etats qui pourroient appréhender réelle-
» ment l'exécution des prétendus projets
» qu'on lui avoit fuppofés jufqu'ici , ou
» d'autres deffeins dangereux , de quelque
" part que ce puiffe être, & qui auroient
» jugé néceffaire de s'en garantir par une
» union plus étroite , à contracter immé-
>> diatement avec Elle, comme chef de l'Em-
» pire , une confédération formelle & folem-
» nelle , & elle fe déclare prête à y accéder.
כ כ
c 6
( 60 )
1
ל כ » S. M. I. ne fauroit fans doute donner une
preuve plus frappante ni plus réelle de fes
véritables fentimens & de fes foins pour le
» maintien de la conftitution légale de l'Em-
» pire ; auffi ne doutons nous pas que les
» Etats qui malgré cela voudroient , contre
» toute attente , entrer dans des ligues étran-
» geres , feroient réputés de tout le monde.
» impartial , pour avoir des vues & des mo-
» tifs tout différens de ceux qu'ils annoncent.
» en apparence .
>>
» Vous voudrez bien faire votre rapport
» inceffamment des réponfes que vous aurez
» à cette déclaration que vous êtes chargé
» de faire au nom de S. M. I.
On affure que les Cours de Mayence &
de Caffel ont repris les anciennes négocia
tions relatives à l'échange des bailliages d'A
monebourg & de Frizlar , fitués dans la
Heffe , & appartenans à l'Electorat de Mayence
, pour une partie du Comté de Hanau.
Ces bailliages renferment une popula
tion d'environ 8000 ames .
Un Journal Autrichien , rédigé par le
Profeffeur de Lucca , préfente un état détaillé
des Religieux & Religieufes fécularifés
dans les états de l'Empereur. Leur nombre
monte à 5276, dont 3278 hommes & 2998
femmes. Les fuppreffions dans la Lombardie
& dans les Pays -Bas ne font pas comprifes
dans ce dénombrement .
Le Duc de Courlande a fait acheter pour
fon compte le château de Frédéricsfeldav ec
( 61 )
fes dépendances , appartenant au Prince
Ferdinand de Prulle.
Du 20 au 21 Juin , il s'eft détaché des parties
confidérables de trois montagnes dans les environs
de Breflaw ; immédiatement après la chûte
des terres l'eau fortit avec violence dis ouvertures
fupérieures . Un de ces éboulemens fuc
accompagné d'un fracas terrible ; en vifitant l'endreit
, on apperçut que le rocher ferme for lequel
la terre éboulée étoit affife , s'étoit fendu.
en deux .
L'Univerfité d'Ingolftadt expulfa il y a
quelques mois , un de fes Profeffeurs qui
avoit deinen dé pour la bibliotheque de l'Univerfité
les oeuvres de Bayle & d'autres
Philofophes aujourd'hui elle vient de renouveller
la même ſcene. Le feur Reiner ,
Profeffeur de Philofophie , accufé par quelques
Profefleurs en Théologie , de donner
des leçons publiques d'après les livres élémentaires
de Philofophie du Profeffeur Feder
à Gottingue , a fibi à peu près le même
fort. Un ordre du Cabinet Electoral lui a
ôté fa chaire , & l'a condamné à quitter la
ville & à fe rendre à fon ancien couvent de
Steiguden .
DE
ITALIE.
VENISE , le 23 Juillet.
Nos dernieres lettres du Caire font une
déplorable defcription de l'état de cette capitale
& de l'Egypte entiere. L'anarchie , la
difette , l'interruption du commerce ne font
( 62 )
pas les feules calamités de ce royaume ; il
s'y eft joint une contagion dont la fureur fe
fait fentir principalement au Caire : voici
dans quels termes , peut- être exagérés , on
peint la fituation actuelle de cette malhieureufe
ville.
re peu
Pendant que la cherté des comestibles y difféde
la famine , il y regne , d'un autre côté ,
une épidémie , qui a tous les caracteres de la pefte
, & dont il meurt jufqu'à 3 mille hommes par
jour. Dans une feu'e journée , celle du 18 Avril ,
l'on a compté 3600 morts parmi les feuls habitans
Mahometans: Qu'on y ajoute les Cophtes , les
Grecs , les Francs , les Juifs , & qu'on juge , quel
terrible ravage cette maladie doit faire dans la
Capitale. Déjà l'on n'y voit preſque plus un feul
individu de cette derniere Nation . La terreur
l'abattement , qu'une mortalité fi générale , fi
inouïe , y a répandus , peuvent peut - être fe peindre
à l'efprit , mais non s'exprimer par des paroles
: La crainte n'eft que trop jufte , que , fi elle
continue toujours avec la même fureur , dans peu
de mois la Ville entiere ne foit entierement dépeuplée
& n'offre plus qu'un vafte défert . Le
peuple court les rues en défefpéré , implorant à
grands cris la miféricorde de Dieu & l'interceffion
du Prophère. Cependant , en vertu d'une Ordonnance
de l'Aga des Janifaires , il n'eft permis
à perfonne de paroître en pubic fans avoir
fon nom marqué fur fon turban ou fon bonnet.
La raison de cet ordre eft , que , vu qu'il arrive
fouvent, que ces malheureux tombent morts dans
les rues , la Police fache plus aitément , quel eft
le défunt & à qui il appartient . Comme la contagion
n'épargne ni rang , ni fexe , ni âge , il eft
naturel , que parmi les morts il ſe trouve déjà
( 63 )
quelques- uns des principaux Beys : Murats - Bey
lui- même , chef de notre Gouvernement , en eft
dangereufement malade. Quant à la caufe de
cette cruelle épidémie , on l'attribue aux eaux
du Nil : elles ont été gâtées & corrompues par
l'effet d'un mal- entendu en interprétant mal
un ordre donné par le Gouvernement , l'on a
jetté dans ce fleuve en la Hute Egypte tous les
cadavres , au lieu de les enterrer : Il en eft réfulté
une infection peftilentielle , rendue encore
plus mortelle au Caire par le grand nombre de
cadavres , que la multitude des morts ob'ige de
laiffer dans les rues , où ils ont expiré & qui ,
pourriffant aingen plein air au milieu de la Ville ,
a chevent d'y répandre des miafmes , auxquels la
conftitution la plus forte même ne fauroit réfifter.
Enfin , comme en pareille circonftance une
cauſe ne vient jamais feule , la rareté extrême
des comeftibles force une multitude d'indigenà
ramaffer des viandes gâtées & des ordures , qui ,
en leur fervant d'aliment , aident encore à abréger
une vie , qu'ils tâchent de prolonger par de
fi affreux fecours.
DE LIVOURNE , le 20 Juillet.
Un petit bâtiment Vénitien ayant été
hêlé par le Capitaine Hollandois de Kinfbergen
, à la hauteur de Cerigo , le patron
fe défia de cette vifite , & fe réfugia dans
un port voifin , où l'on crut , d'après le rapport
de ce navire , que M. de Kinsbergen
avoit cherché à s'en emparer . Il paroît cependant
que l'Officier Hollandois n'avoit
d'autre but que de prendre des informations
( 64 )
.
fur un pirate , qui depuis quelque temps infelte
l'Archipel.
Deux vaiffeaux de ligne , une frégate &
un brigantin Efpagnols , commandés par
M. de Maffaredo , mouillerent le 12 Juin
dans la rade d'Alger ; & le 17 , la paix fut
fignée au palais du Dey. On débite que ,
d'après cet arrangement , le Roi d'Eſpagne
feroit tenu de remettre à la Régence d'Alger
un million de pieces de huir , 25 pieces de
canon de bronze , 25 de fer , 4 mortiers ,
4000 bombes , 10000 boulets , 2000 quintaux
de poudre , & c. outre les préfens an
Dey & à fes Miniftres ; mais on ne doit
pas croire légerement que la Cour d'Elpagne
le foit rendue à de pareilles conditions.
DE TURIN , le 15 Juillet.
Quarante bandits qui s'éroient réfugiés
dans une forêt de laProvince de Canavefan ,
ont été arrêtés à Ivrée , par un Corps de
deux cents Dragons joints à des payfans.
armés . Il y a eu deux foldats tués & plufieurs
autres ; mais les brigands de leur côté
ont perdu beaucoup plus de monde . Leur
Chef s'appelle George ; on le dit compable
de plus de treize affaffinats . On inftruit
actuellement le procès de ces malheureux .
DE NAPLES , le 12 Juillet.
On reçoit tous les jours des nouvelles
1
( 65 )
très fâcheufes de la Calabre . Les tremblemens
continuent d'y faire des ravages plus
ou moins grands , & les édifices qui avoient
échappé aux tremblemens de terre précédens
achevent de tomber en ruine.
Il est arrivé le 3 Juillet , de Scutari à Ancone
, un bâtiment qui a apporté la nouvelle
certaine de la prife de Montenegro par le
Pacha de Scutari , avec une armée de 30000
Albanois , le 27 Juin dernier. Les circonftances
de cette expédition fent horreur :
toutes les productions des campagnes , &
toutes les habitations ont été faccagées , détruires
&+éduites en cendres. On dit mêine
que les vainqueurs n'ont pas mieux traité
la petite ville de Bodna , la feule qu'il y eût
dans cette Province. Vingt des principaux
Montenegrins fe font rendus en ôtage à
Scutari , & le Pacha a fait trancher la tête
à cinquante des principaux Montenegrins rebelles.
Les Ragufiens font inquiétés , & fe
préparent à fe défendre en cas d'événement .
Ces nouvelles ont été confirmées par une
barque de Ragufe , qui en étoit partie il y a
trois jours.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 30 Juillet.
Sous le Miniftere du feu Lord Chatam
cet Adminiſtrateur hardi , étayé de la confiance
publique , prit fur lui dans une oc-
•
( 66 )
cafion preffante , de fufpendre l'exportation
des grains , fans le fecours du Parlement .
Un tel abus d'autorité auroit coûté cher
à tout autre Miniftre ; mais le Comte
de Chatam en fut quitte pour demander
au Parlement & pour en obtenir un Ad
for indemnify. ( Acté d'abſolution . ) M. Pitt ,
moins entreprenant que fon pere , a foumis
le 22 à la Chambre des Communes
un bill portant embargo fur tous les foins
du Royaume pendant un tems limité. Il
motiva cette réfolution par la rareté des
fourrages & par les demandes de l'étranger
, & il infifta fur la prompte confection
du bill ; promptitude fans laquelle , il pourroit
être fans effet. Mylord North fut du
même avis. M. Dempfter objecta que la
rareté actuelle des fourrages ne dureroit
vraisemblablement pas plus de trois femaines
& que la générofité devoit porter l'Angleterre
à fecourir la France , qui auroit
affez de fourrages pour nourrir fes beftiaux ,
auffi -tôt fes moiffons recueillies . A la feconde
lecture du bill , il fut renvoyé au Comité
qui y ajouta une claufe pour exempter de
la faifie les foins embarqués juſqu'au 23 Juillet.
Sur le rapport du Comité , le bill paffa
& fut renvoyé à la Chambre des Pairs .
M. Pitt a fait remettre l'examen définitif
de l'affaire de l'Irlande à trois mois :
moyennant cet ajournement , il n'y aura
point de prorogation , & la Chambre s'ajournera
ju fqu'à ce qu'on ait mis la derniere
( 67 )
main au fyftême de commerce avec l'Irlande.
Hier les Pairs & les Communes fe
font rendus par Députés à S. James , &
ont préfenté à Sa Majefté l'adreſſe relative
à cet arrangement final.
Le Calcutta , Cap . Thomfon , vaiffeau
de la Compagnie des Indes , elt arrivé fauf
à Falmouth , venant de la Chine & de la
côte de Coromandel , il avoit appareillé de
Ste . Hélene le 26 Mai dernier , d'où le
Valentine devoit partit quelques jours après .
Le 22 ( Juillet ) l'Affemblée des Directeurs
de la Compagnie des Indes a réfolu
de mettre en vente le 11 Septembre prochain
les efpeces de thé fuivantes , indépendamment
defquelles , elle s'eft refervée la
liberté de vendre so0,000 de thé Congo ,
fi elle le jugeoit à propos.
Thé Bohe .
The Souchon ....
1,850,000 . livres .
150,000.
Thé Congo
The Singlo .
The Hyfon ..
• •
... •
500,000.
1,300,000.
400,000 .
4,150,000 liv.
Les 37 Vaiffeaux que la Compagnie a réfolu
de prendre à ton fervice , feront répartis de la
maniere fuivante .
Pour la Chine directement
Pour la côte de Coromandel & le Bengale
Bombay
Bombay & la Chine
Sainte - Hélene & Bencoolen
24.
• S
2
37,
( 68 )
L'Amiral Anglois qui a eu le Commandement
dans l'Inde pendant la guerre derniere
, & affez heureux pour avoir fait des
prifes confidérables , alla , dit on , un des
jours de la femaine derniere trouver un
ancien Lord de l'Amirauté , auquel il devoit
fon avancement & fa fortune , & lui offrit
la bourfe , pour l'aider à arranger fes affaires
très - delabrées. Le Lord fit d'abord
quelques difficultés , ma's preflé par l'Amiral
, il accepta l'offie , & communique l'é
tat de fes dettes. Le lendemain il reçut
de la part de fon généreux ami une lettrede
change de 40,000 liv. fterlings , avec
laquelle il a payé tous fes créanciers. L'Amiral
eft Sir Edouard Hughes , & le Lord
le Comte de Sandwick .
On travaille avec une activité furprenan e
dans tous les chantiers de Porfmouth , à
réparer les vaiffeaux extraordinaires qui n'avoient
point encore paffé dans les baffins
depuis leur défarmement. L'objet de ces
travaux , eft , dit on , de préparer ces vaiffeaux
pour une revue que le Roi doit faire
de toute fa Marine , le printemps prochain.
S. M. B. a déjà paffé plufieurs fois la mirine
en revue depuis qu'elle eft fur le Trône .
T
Le Commodere Gower , qui commande la
Fégre l'Hébé , fera dans fa croifiere tout le tour
de la Grande Bretagne. Il v`endra à la fin d'Acût
par le Détro t qui fépare l'Ecoffe de l'Is ande
port Patrick & par la mer d'Irlande & le canal de
St. George, Cei Officier étant l'un des Membres
211
( 69 )
du Comité nommé pour eximiner les fortifications
du Royaume , o pré ème que le but de fa
croifiere eft de reconnoître les parties de la côte
qui font fans défenſe .
Une lettre de Southampton en date du
27 Juillet annonce l'arrivée du Docteur
Franklin en cette ville . Sa traverfée du Havre
n'a été que de onze heures. It eft parti prelque
aufli tôt pour l'ifle de Wight.
I le trouve actuellement dans les prifons
de Newgate , 22 hommes & trois fem : nes ,
condamnés capitalement ; 46 perfonnes fous
répit de Sentences de mort ; 20 condamnées
à la tranportation en Afrique & aux
Indes orientales ; 32 à la tranfportation en
Amérique 156 à être transportées au delà
des mers , en divers lieux non fpécifiés , total
des criminels , 279. Il faut leur joindre 64
prifonniers pour amendes , 181 - débiteurs
infolvables , 39 coupables en jugement ;
ainfi Newgate renferme en ce moment 563
perfonnes , dont 80 font des femmes.
Le 28 , la célebie Comtelle Potocka née
en Pologne , eft morte d'une fievre violente
dans la prifon de Fleet- Street , où elle
étoit confinée pour dettes. Il n'eft point de
grande Capitale , ni de féjours à prendre
les eaux , un peu fréquentés , qui n'ait connu
cette femme , dont l'exiſtence vient de
finir fi miférablement.
Deux Aeronautes viennent de l'échapper
belle , l'un en Irlande , & l'autre dans les
'environs de Norwich, Comme les chûtes
( 70 )
de Ballons dans la mer n'étoient pas encore
connues , cette nouveauté mérite bien d'être
racontée en détail . Voici de quelle maniere
une lettre de Dublin parle du premier de
ces événemens , dont la fcene a été le canal
de S. George qui fépare l'Irlande & l'Angleterre
, large d'environ quatre - vingt - dix
milles entre Dublin & Holyhead , & que
l'Aeronaute projettoit de franchir. C'étoit
bien autre chofe que de faire fept lieues en
l'air de Douvres en Picardie .
2
M. Crosbie avoit environ 150 livres de
left dans fon char après s'être élevé ; quoiqu'il
en eût facrifié inutilement plufieurs facs , audelà
de la rupture d'équilibre dont il avoit
befoin pour partir : cette légéreté exceffive l'a
fait monter très - haut , & il n'a pas eu beſoin de
fe défaire d'aucune partie de ſon left avant de
fe trouver , à peu près , à mi - canal : s'appercevant
alors qu'il defcendoit , il en jeta une
partie & remonta avec la plus grande rapidité ;
c'eft dans ce moment qu'il dit avoir vu trèsdiftinctement
les terres des deux Royaumes : il
eftime que fon plus grand éloignement de l'Irlande
a été de 14 lieues : la vue de la mer , bornée
par les deux côtes , lui offrit des beautés
fi frappantes , qu'il lui eft impoffible d'en donner
une jufte idée . Quelque tems après qu'il eut
jeté fon left , il s'éleva fi haut , que le mercure
retomba tout - à- fait dans la boule de fon
baromêtre ; il fut forcé de fe revêtir de fon manteau
de toile cirée . Le froid êtoit fi exceffif que
fon encre fe trouva gelée ; il éprouva alors une
forte preffion fur le timpan de chaque oreille ,
& un mal de coeur qui étoit augmenté , fans
(~71 )
doute , par l'anxiété qu'il éprouvoit , & la fatigue
qu'il avoit effuyée. A fa plus grande hautteur
il croit avoit été ftationnaire . Il tira alors
le cordon de la foupape , & quelques minutes,
après il s'apperçut qu'il defcendoit avec une
rapidité inconcevable : à diverfes hauteurs il
croit avoir été porté dans différentes directions
& affure avoir traversé un nuage , qui avant d'y
entrer lui parut très- noir ; il s'eft alors trouvé
dans un tourbillon , a vu des éclairs , & a entendu
gronder le tonnere autour de lui . Le tourbillon
dans lequel il étoit , le faisant tourner
comme fur un pivot , l'a précipié dans les flots ;
mais avant de toucher l'eau il décrivit un trèsgrand
cercle. Il n'eut pas plutôt touché la mer
que fon bateau fe remplit d'eau ; il perdit fes
notes dans cet état , & fut obligé de le mettre
dans l'eau jufqu'au cou , pour ramaffer fa montre
, qui étoit au fond de la gondole « .
M. Crosbie jeta envain beaucoup de left
pendent fa defcente ; elle fut fi rapide que rien
ne put la rallentir la forme de fon bateau
dont les bords étoient garnis de veffies , étoit
abfolument néceffaire pour le fauver ; fon poids
& l'eau qui étoit dedans , ayant fait entrer ce
bateau dans l'eau jufqu'au cordon de veffies qui
l'entouroit , il oppofa affez de réſiſtance au
ballon , pour marcher devant le vent auffi réguliérement
qu'un vaiffeau à la voile , & fans
faire les bonds qui font à craindre fur la terre «.
ဘ Après une heure de marche , s'accoutumant
à fa nouvelle pofition , & voyant plufieurs
navires dans le canal , M. Crosbie commença
à espérer qu'il pourroit être ſauvé ; en
attendant il pêcha au fond de la gondole , &
trouva un poulet & une bouteille de vin dans
fon panier , qui lui furent d'un très - grand ſe(
74 )
-cours. Plufients navires le luivoient à toutes voiles
dehors ; mais il les devançoit tous par la
vitefle de la marche : ayant détaché les cordes
de fon filet les unes après les autres , & les
ayant allongées en les rattachant , il ajouta
allez à la diflance qui féparoit le ballon du bateau
, pour aller moins vite . Enfin un navire
de Dunleary l'atteignit , & tira un coup de
canon pour annoncer fa victoire à fes compétiteurs
».
Un matelot étant fauté dans la nacelle de M.
Crosbie , à qui il avoit jeté une corde , il attacha
fon bateau à la chaloupe , & en uite l'aida
lui- même à monter fur le navire . Après quoi
l'équipage fe réunit pour tirer à bord la nacelle
, & remorquer le ballon en triomphe ; ce
qui donna lieu à une fcene très plailante : le
ballon é ant débarraffé de fon poids s'élança
dans l'air de toute l'étendue d'une corde qui
venoit d'ê re attachée au cerceau , & entraîna
un matelot qui la fenoir , auffi haut que la
pointe des mâts : ce malheureux pouffoit pendant
ce tems des cris effroyables , & craignoit
d'être emporté dans les nues ; mais tout l'équi
page le réuniffant , on ramena le ballon le
marelor , qui , fe voyant les deux pieds fur le
pent , fut guéri de la frayeur de monter au ciel
malgré lui « .
L'autre voyageur , qui , malgré lui , répétoit
à Norwich la fcene qu'on vient de
lire , fe nomme le Major Money; c'étoit fa
feconde courfe aërienne , & il en rend compte
lui même en ces termes , dans une lettre
du 25 .
« Samedi dernier , à quatre heures de l'aprèsmidi
, je mlevai d'ici , ( de Norwich ) dans
un
ל כ
( 73 )
5)
" un ballon ; après m'avoir promené deux heu
» res , le vent me pouffa fur la mer , où je tombai
, mon gaz s'étant échappé par les déchirures
» que j'avois faites au ballon , pour defcendre fur
la terre . Ma fituation , je vous jure , n'étoit
nullement plaifante. J'éprouvai d'incroyables
» difficultés à tenir mon ballon toujours élevé ,
» malgré fes déchirures , & quoiqu'il ne parût
" gueres fur ma tête que comme un parafol. Un
» vaiffeau Hollandois étoit à un mille de moi ;
mais foit inhumanité de fa part , foit qu'il prît
" mon ballon pour un monftre marin , il s'éloi-
» gna & m'abandonna à ma deſtinée. Une petite
chaloupe me donna chaffe pendant deux heu-
» res , jufqu'à la nuit qui la fit retourner en arriere.
Je commençai alors à perdre toute efpérance
& à me réfigner au fort de Pilâtre de
» Rofier ; c'est- à - dire à une mort certaine , quoi-
→ que moins violente . Cependant je travaillai de
» toutes mes forces à ma conſervation , en te-
» nant toujours le ballon flottant au- deffus de ma
» tête , m'enfonçant infenfiblement pouce par
pouce , jufqu'à ce que j'euffe perdu tout
moyen de me foutenir au-deffus de l'eau. J'en
avois déjà jufqu'à la poitrine , lorfque l'Argus,
" Cutter de la Douane , me recueillit à onze
» heures & demi de la nuit , & fi foible qu'on
» fut obligé de me hiffer de ma gondole dans le
Bâtiment. On me mit au lit , où après avoir
bu deux ou trois verres de grog , qui me pa-
» rut en ce moment plus délicieux que du Champagne
, je m'endormis jufqu'à fix heures du
» lendemain matin . A huit heures nous débarquâmes
à Loweftoffe, d'où j'envoyai un Exprès
» á Norwich , où l'on me croyoit abfolument
perdu .
גכ
วง
ןכ 23
On demandera toujours à quoi bon ces
Nº. 33°, 13 Août 1785 .
d
( 74 )
courfes dangereufes & cette bravoure fi mal
employée ? Y a - t - il l'ombre de raifon dans
une expérience inutile où l'on riſque évidemment
la vie ? Des raiſonneurs ont cru être
bien fins , bien logiciens , bien neufs , en imprimant
dans dix - huit ou vingt Feuilles à la
journée , à la femaine, au mois , que la navigation
, l'électricité , l'opération de la pierre
, & c. avoient eu leurs victimes , & que
tel étoit le fort des découvertes. On le fait
fort bien ; mais le premier qui fe mit en
mer , ne fe jetta point au milieu de l'Océan
fans voiles ou fans avirons ; fon unique but
n'étoit pas de braver les périls fans autre
fruit qu'une fauffe gloire ou qu'une foufcription
à 3 & à 6 liv. Chaque voyage , chaque
expérience ajoutoit quelque chofe aux progrès
de l'art ; mais que fignifient dix mille
répétitions d'un premier ellai , fans y ajouter
aucun moyen de rendre les Aëroftats fufceptibles
de direction ? Quoi qu'on en dife ,
juſqu'à ce qu'on ait imaginé ce moyen , cet
exercice de voltigeurs n'eft plus bon aujourd'hui
que pour la foire.
M. Haftings habite cet Eté la belle campagne
de Clieffden - Houfe , conftruite part
lLee célébre Chriftophe Wren , & dont la
pofition eft une des plus agréables & des
plus romantiques du Royaume, Le Roi actuel
& fon pere , le Prince de Galles , en
avoient fait leur réfidence. Là fut repréſenté
pour la premiere fois le Mafque ofBritannia
( 75 )
de Thompſon , & Pope a chanté ce beau
lieu dans l'une de fes Epîtres.
›
L'un des aïeux du Comte de Derby le permit
un jour une plaifante épigramme contre l'Ecoffe
& contre Jacques I , venu de cette contrée pour
régner en Angleterre . Lord Derby étoit de la
plus grande fimplicité dans fes habits ; toujours
vêtu de gros drap , comme un de les fermiers
& laiffoit , difoit - il , le luxe de la parure aux
extravagans & aux femmes perdues. Un jour il ſe
préfenta au Palais avec fon coftume ordinaire ;
Ï'un des Valets de chambre Ecoffois de Jacques
I , lui refufa l'entrée de la chambre du Monarque.
« Retirez - vous , lui dit ce domestique
» le Roi n'a pas befoin ici de manans comme
» vous , & je n'ouvre qu'aux gens de qualité. »
Depuis mon enfance , repliqua le célebre Lord , je
porte toujours les mêmes habits : fi vous autres Ecof-
Jois en ufiez de même , vous feriez une bonne figure
à la Cour d'Angleterre avec vos manteaux Ecoffois &
vos bonnets bleus. La difpute s'échauffant , le Roi
fortit, & fâché de l'affront que venoit de recevoir
un homme tel que le Comte de Derby , il lui offrit
de faire pendre l'infolent valet de Chambre, Ce
Jeroit une punition trop légere pour venger mon honneur
, repliqua Derby , & j'en demande une plus
exemplaire. Nommez-la , dit le Roi , & je l'in-
" flige fur le champ. » Cela étant , je demande à
Votre Majefté de renvoyer ce malheureux dansfon
pays.
∞
Lord Mansfield vient de juger aux Affifes
de Maidſtone , avec fon impartialité & fa fagacité
ordinaires , un procès intenté par des
pêcheurs de Rocheſter aux Officiers de la
Douane. Ceux - ci , fe fondant fur l'Acte d
dernier Parlement qui a profcrit l'ufage des
d 2
( 76 )
navires au-delà d'une dimenfion déterminée ,
comme fervant à la contrebande , faifirent
un nombre de barques de pêcheurs , fous
prétexte qu'ils n'étoient pas conftruits dans
les formes ordonnées. Au bout de 15 jours,
ces bâtimens ayant été relâchés , & la pêche
retardée , les propriétaires ont intenté une
action de dommages aux raviffeurs . Le Verdict
de Lord Mansfield a adjugé à chaque
Plaignant 30 liv. fterl. d'indemnifation , & il
en coûtera 510 liv . ft. aux Douaniers , pour
apprendre à refpecter une autre fois les droits
des citoyens.
Le fameux Handel n'a joui de toute la réputation
en Angleterre qu'après la mort. Lorsqu'il
ouvrit fon Opéra à Haymarket , Georges II ,
qui l'aimoit & qui eftimoit fingulierement fes ouvrages
, étoit à peu près feul à fuivre le fpectacle.
Le refte de la Cour & du beau monde couroit
à un fpectacle dirigé par un Italien nommé
Porponi . Cette folitude de la falle d'Haymarket
dont le Roi ne manquoit aucune repréſentation
donna lieu à une plaifanterie de Mylord Guildford.
Voulez - vous m'accompagner à l'Opéra ? lui
dit un jour le Comte de Crawford. Quel Opéra ,
répondit - il ? Celui d'Handel à Haymarket. No7 ,
Mylord , je n'ai aucune raifon d'obtenir ce foir une
audience privée de S. M.
FRANCE.
=
DE VERSAILLES , le 3 Août.
2
Le fieur Leroi l'aîné , Horloger du Roi
& Penfionnaire de Sa Majefté , a eu , le 17
( 77 )
de ce mois , l'honneur de préfenter au Roi,
à la Reine , à Monfieur & à Monſeigneur
Comte d'Artois , un Ouvrage intitulé :
Lettre au Baron de Marivets , contenant
diverfes recherches fur la nature , les propriétés
& la propagation de la lumiere ; fur la caufe
de la rotation des Planetes ; fur la durée du
jour , de l'année , &c.
LeRoia accordé les entrées de fa Chambre
au Duc de Laval & au Comte d'Adlau ,
Miniftre plénipotentiaire de Sa Majefté auprès
du Gouvernement des Pays Bas .
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 31 du mois dernier , le contrat
de mariage du Comte Demetrius -Comnène,
avec Demoiſelle de la Chauffée de Boucherville.
Le même jour , le Comte de Gifaucourt
a prêté ferment entre les mains de Sa Majeſté
pour la Lieutenance de Roi de la province
de Champagne , vacante par la mort de fon
pere.
Le Comte de Montezan , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur Palatin ,
a eu l'honneur d'être préfenté , le même
jour, à Sa Majefté par le Comte de Ver-1
gennes, Chef du Confeil Royal des finances ,
Miniftre & Sécrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & de
prendre congé pour retourner à Munich .
Le fieur Moreau le jeune , Graveur &
Deffinateur du Cabinet du Roi , de fon
d3
( 78 )
Académie royale de Peinture & de Sculpture,
& l'Abbé Garnier , de l'Académie des Infcriptions
& Belle- Lettres , Continuateur de
'Hiftoire de France , ont eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté les figures de l'Hiftoire
de France , Ouvrage national , dédié
au Roi , pour lequel Sa Majefté a fouferit.
DE PARIS , le 10 Août.
La Corvette du Roi la Blonde , commandée
par le Chevalier de la Tour du Pin ,
Lieutenant de vaiffeau , & venant du Sénégal
, arriva le 18 du mois dernier dans
la rade de Breft . La veille , la Corvette le
Ballon , partie de la Martinique avoit
mouillé dans le même port. On affure que
M. d'Albert de Rioms , fera à bord de
l'Efcadre d'évolution quieft fous fes ordres ,
l'eflai de nouvelles mefures projettées , relativement
à la propriété & à la falubrité
des vailleaux .
,
On écrit de Toulouſe un fait tellement
extraordinaire , qu'on ne peut le rapporter
ni le lire fans quelque défiance. Un Gentilhomme
des environs de cette Capitale du Lan
guedoc, dormant un après-midi pendant la
durée d'unorage , la foudre tomba fur lui fans
qu'ils'en apperçût , & en s'éveillant, il éprouva
une douleur vive depuis l'aîne jufqu'à lapointe
du pied ; fon bras & fon foulier étcient
percés ; on y a reconnu , dit-on, l'effet de la
foudre qui avoit fillonné la peau dans toute
( 179 )
la longueur d'une ligne noire , qui parcou
roit la cuiffe , la jambe & le pied du bleffé .
Au refte , jufqu'ici cet accident n'a eu pour
lui aucunes fuites.
રે
On affure que l'affemblée du Clergé vient
de fixer les portions congrues de campagne
à 700 liv. & celles des Vicaires à 350 liv .
Quant aux Curés des Villes , obligés à des
dépenfes plus confidérables , le Roi viendra
à leur fecours fur les repréfentations des
Evêques , lorque leur cafuel ne fuffira pas à
un entretien convenable & décent. Voilà ce
qu'on rapporte & ce que nous n'affirmons
point.
On prétend qu'il fe préfente une Compagnie
, avec offre d'exploiter les forêts du
Roi dans toutes l'étendue du Royaume , de
les planter , de les bonnifier , enforte que
dans trente ans elles foient très floriffantes.
Cette Compagnie, à ce qu'on ajoute, s'oblige
à entretenir en tout tems trois cents mille
voies de bois dans les chantiers de Paris .
fous la feule condition d'une livre dix fols
de prime par voie.
Le domeftique qui avoit tenté de faire
fauter la maifon de fon maître , a été brûlé
vif. Un inftant avant l'exécution , il furvint
un orage violent , avec de la grêle , des
éclairs & des tonnerres ; & la pluie obligea
de reconftruire un nouveau bûcher.
Le projet content dans la lettre ſuivante
offre peut- être des difficultés ; mais il nous a
d 4
( 80 )
paru digne par fon objet comme par fa combinaifon
d'être connu du public . Voici en
quels termes s'exprime l'Auteur dans la
lettre qu'il nous a fait parvenir.
Un prix proposé pour la théorie des Affurances
maritimes , m'avoit fait regretter qu'il
n'y en eût point pour inviter les hommes à
examiner fi l'affurance des récoltes feroit fans
'poffibilité ; & l'on m'a vu hazarder quelques ( 1 )
queftions fur ce fujet. Voici une autre eſpèce
d'affurance d'une exécution plus facile & d'une
utilité fupérieure.
Le malheureux journalier peut à grand - peine
économifer quelques deniers par jour. Au bout
d'une année la fomme de fes épargnes feroit de
quatre à cinq écus , avec lefquels il ne peut acquérir
ni domaine ni rente ; & par cette raifon ,
il ne parvient communément à la vieilleffe , que
pour terminer dans la mifere des jours jufqu'alors
confervés au prix de fes fatigues & de fes
fueurs . Je demanderois s'il n'eft point poffible
de lui procurer , pour les années d'infirmité ,
une existence plus certaine & plus commode ,
que ne l'eft celle de fes années de vigueur.
On ne foupçonnoit point , il y a cent ans , les
théories qui vont me fervir de regle. Le premier
Ouvrage qui ait paru fur cette matière ,
eft du célebre Halley en 1693 : & fi je propoſe
quelque chofe de nouveau , c'eft qu'il devoit
s'écouler du temps entre la découverte d'une
théorie & fon application au bien- être d'une claffe
dont les Savans ne font pas occupés toujours.
Afin de me rendre intelligible dans une Lettre
néceffairemeut trop courte pour un tel fujet , je
ferai une fuppofition.
* Voir le Journal de Paris , année 1785, nº. 174.
( 81 )
Je prends à la campagne un journalier. C'eſt
où il gagne le moins . Dès- lors c'est le lieu où il
peut le moins épargner. Il eſt âgé de 20 ans , a
une femme de 17 , & eft au moment de devenir
pere.
Ces deux individus , ainfi que l'enfant qui en
naîtra , ne doivent point renoncer au travail avant
l'âge de 60 ans. Les faire repoler plutôt , ce feroit
enlever à la fociété des bras qui lui feront encore
utiles.
Ces trois individus doivent , pendant leurs
années de vigueur , gagner pour l'àge de foixante
ans , une rente viagere d'environ neuf fous
par jour ; ils feront dans leur claffe des vieillards
opulents.
Ainfi le pere a quarante ans à travailler ; la
mere en a quarante- trois , l'enfant en aura quarante-
fix : je tiens pour perdues fes quatorze premieres
années.
Je fais économiser au pere quatre deniers un
tiers par jour , pour lui - même , pendant quarante
ans ; à la mere , trois deniers cinq neuviemes par
jour pendant quarante - trois ans ; quant à l'enfant
, je charge le pere & la mere d'économiser
pour lui , pendant fes premieres années un denier
un fixieme par jour. Lorsqu'il fera arrivé
à l'âge de quatorze ans , il continuera cette éparg
gne pendant quarante -fix ans.
Voilà donc trois perfonnes obligées à faire en
fomme , une économie journaliere de neufdeniers
un dix - huitieme , formant au bout de l'année
un capital de 13 liv. 15 f. 6 den. fçavoir 6 liv .
12 f. pour le pere , 5 liv. 8 f. pour la mere , &
I liv. 15 f. 5 den . pour l'enfant.
Actuellementje fuppofe des receveurs auxquels
le malheureux paiffe porter fes économies à la fin
de chaque année , & des Administrateurs qui
d.s
( 82 )
placent au denier vingt , les capitaux provenus
des épargnes de cette claffe entiere . Pourquoi
cene fuppofition ne feroit - elle point admile ?
On voit deux fois par mois les Buraliſtes de toutes
les parties du Royaume , envoyer des milliers de
pieces de 12 f. à la Loterie Royale de France ,
dont l'Adminiftration eft à Paris , & pour des
joueurs qui en font , comme eux , à plus de cent
lieues. Cette opération ne feroit pas plus compliquée
, fe répéteroit moins fouvent , & feroit
le bonheur de la portion peut être la plus précieuſe
de la fociété . Je reprends la fuppofition
où je l'ai interrompue.
Lorfqu'un de ces malheureux fera arrivé à
l'âge de foixante ans , je lui donne le choix entre
une rente viagere de 50 écus & une fomme
de 1365 liv. avec laquelle il pourra acquérir
quelques morceanx de terre que fa famille fera
valoir , & qui lui profiteront plus que des rentes.
&
S'il ne veut point encore faire fon choix ,
qu'il aime mieux laiffer creître ou fa rente ou
fon capital ; arrivé à l'âge de 70 ans , il aura des
droits à une rente de 504 liv. 13.f. 3 d. ou à
une femme de 3376 liv.
Si ce journalier , au lieu de n'avoir que 20
ans , en avoit 40 , il lui faudroit pour lui - même
une économie trois fois plus forte à raiſon du
moindre nombre d'années qui lui refteroient à
courir. Cette économie deviendroit plus difficile .
I auroit à épargner un fou un cinquieme de denier
par jour , pour avoir 150 liv. de rente viagere
à 54 ans , ou bien un fou un denier trois
quatorziemes , pour avoir à 60 ans 100 liv. de
rente viagere. Ainfi il auroit à faire , dans la
premiere fuppofition , une économie de 18 liv.
11 f. 2 den. par an ; dans la feconde , elle feroit
de 20 liv. 14 (.
( 83 )
Alors je fuppofe à l'enfant un Parain , qui
place fur cette jeune téte , à l'inftant de fa naiffance
, une fomme modique de 20 liv. 17 f. 3 d.
C'eft le principal d'une rente viagere d'il. 15 f.
6 d. Les accroiffement qu'elle prendra pendant
60 ans , en feront une rente de 151 liv. 15-f.
6 deniers.
›
Il y a déjà ſept à huit ans que j'ai conçu l'idée
de ces rentes. Je ne vois point qu'il me foit
arrivé de rencontrer un malheureux fans lui
faire la fuppofition d'un établiffement auffi utile.
Je les ai tous vus faifir avec avidité les fecours
que je leur préfentois . L'attrait du bien-être leur
infpiroit un plus grand amour pour le travail ,
ranimoit leur courage , excitoit leur indnftrie ,
les rendoit plus fenfibles aux charmes de la paternité
, & promertoit à l'Etat de nouveaux accroiffemens
dans la population ainsi que dans la
richeffe publique .
Diftrait par d'autres travaux , je ne fuis pomt entré
dans tous les calculs qu'un établiſſement de cette
nature demanderoit. Il convenoit de faire connoître
quels feroient les progrés d'une rente de
cette efpece fur plufieurs têtes de même âge &
d'âges différens.
Il n'étoit pas moins utile de prévoir les maladies
qui interrompront ou fufpendront , au moins
pour le journalier qui en fera attaqué , le cours
de fes économies , afin de rendre fenfibles les
moyens qu'on auroit de conferver au malheureux
les fruits de fes épargnes.
Enfin le taux de l'intérêt de l'Etat doit bailfer
; ainfi ces rentes viageres devoient être encore
calculées fous le rapport qu'elles aurontavec
des rentes perpétuelles au denier vingte
cing. Mais fi la poffibilité d'affurer le bien- êtr
d'un journalier , "doit être mife au rang des rê
d 6
( 84 )
ves que font les excellens citoyens , ce feroient
d'immenfes calculs perdus à la poursuite d'une
chimere .
Cependant je ne concevrai jamais comment la
rente des économies volontaires d'un journalier
préfenteroit plus de difficulté que celle des impofitions
qu'il fupporte . Je fuis perfuadé qu'un
établillement de cette nature n'aura rien d'étonnant
aux yeux de quiconque connoît la fimplicité
que l'esprit d'ordre fait mettre dans les parties
qu'il dirige. Si , mieux démontré , il est un jour
adapté , fon exécution pourroit être confiée au
Clergé ou à l'Adminiftration , foit des Domaines
, foit des Poftes. Leurs Receveurs font répandus
jufques dans les plus petits Bourgs du
Royaume.
<
Ávec des vues femblables à celles que j'expoſe,
les hommes ne font point rivaux ; ils ne font que
des émulés. Je les inviterai donc tous à concourir
aux fuccès d'un tel établiffement , les uns
par leurs travaux , les autres par leurs voeux.
Ces fentimens font ceux avec lesquels j'ai l'honneur
d'être
DE LA ROQUE , Valet de Chambre de la Reine.
Verfailles , le 28 Juillet, 1785.
La Société Royale d'Agriculture a fait
répandre une Inftruction , rédigée par M.
Brouffonet , Secrétaire de cette Société , &
Membre de l'Académie des Sciences , fur la
culture des Turneps , ou gros Navets , ſur la
manière de les conferver , & fur les moyens
de les rendre propres à la nourriture des beftiaux.
Il eft à fouhaiter que les cultivateurs
profitent de ces leçons écrites , & encore
plus , , que les propriétaires aifés & éclairés
( 85 )
leur donnent des leçons vivantes , en les encourageant
, par leur exemple , à l'entrepriſe
de cette nouvelle culture. L'Inftruction pouvantfervirutilement
à la diriger, nous croyons
devoir la tranfcrire en fubftance.
Du Terrain.
Prefque toutes les espèces de terre à blé conviennent
à la culture du turneps ; cependant
elle réuffit mieux dans les terres légères , profondes
, un peu fabloneufes & même graveleufes
; les terres fortes , dures , pierreuſes , on
argilleufes , lui conviennent moins.
De l'Enfemencement .
Dans les terres deftinées à la culture du turneps
, il fe fème du 10 Juin au 10 Juillet . Alors
on peut en récolter les racines vers le commencement
de l'hiver . Mais le tems qu'il a fallu
pour le procurer de la femence & la diftribuer ,
n'a pas permis de femer à cette époque ; d'ailleurs
les terres n'y étoient pas préparées . Il faut
donc fe borner à y employer les jachères & les
terres fur lefquelles on aura récolté. Celui qu'on
aura femé vers la fin de Juillet & dans le mois
d'Août , ne produira de bons navets qu'en Février
, Mars & même plus tard.
De la Culture.
Une livre & demie fuffit pour un arpent de
900 toiles carrées dans un bon terrein ; il en
faut de quatre à cinq dans les mauvaiſes terres ,
furtout dans les terres crayeuſes .
On fème avec le femoir , ou à la volée ,
mêlant la femence avec du fable ou de la cendre
, ou enfin par pincées.
De la Récolte .
Dans les terres où l'on vient de récolter , on
peut à la rigueur femer fur le chaume , herfer
1869
fur le champ pour enterrer la femence & paffer
le rouleau ; mais il vaut mieux donner un labour,
femer , herfer & applanir le terrain avec le rou
leau. Ce n'eft pas que l'opération du rouleau
foit indifpenfable , mais elle eft utile. Il faut ,
furtout dans les terres meubles , herfer avec des
épines qu'on attache à la herfe , dont on a ſup
primé les dents. Elles déchirent trop le fol &
enterrent trop profondément la femence. Lorfque
les plantes commencent à lever , on remét
de la graine , qu'on enterre avec le rateau ,
dans les places trop claires , & on éclaircit
celles où il y a eu trop de femence de répandue,
il faut que les navets fe trouvent environ
à un pied de diftance . Plus près , les racines
deviendroient des fufeaux ; plus éloignées , elles
acquerroient trop de groffeur . On conçoit que
cette culture exige au moins les foins généraux
; bîner , farcler , ameublir la terre au pied
des plantes. Il eft bon de lâcher des canards
& des dindons dans les champs de turneps , les
premiers furtout font la guerre aux infectes &
s'en engraiffent. Les moutons ne touchent point
aux navets & fervent d'autant à débarraffer
l'herbe qui croît dans l'intervalle.
་ De la Récolte.
On doit fe donner de garde de laiffer monter
le navet en graine ; la fructification nuit
aux racines ; il faut couper les feuilles avant
cette époque , & les donner aux beftiaux , ou
conduire ceux- ci dans le champ . Vers la fin de
Septembre , on coupe la totalité de la feuillée
pour les en nourrir , en la mêlant avec la paille
ou d'autres fourrages.
Quand on arrache les racines , il faut choifir
les plus groffes , celles qui restent en terre ayant
plus d'espace & étant environnées d'une terre plus
meublée , continuent à groffir.
( 87)
Les racines doivent être arrachées avant les
gelées , le terrain durci rendroit l'opération
impraticable , & la gelée d'ailleurs nuiroit aux
navets :
Moyens de conferver les turneps.
On choifit un temt fec pour récolter les tur
neps. On en coupe les feuilles & le bout de
la racine , on les entaffe & on les recouvre de
paille ou de litière féche . Pour les conferver,
on peut les amonceler dans une foffe ronde de
deux pieds de profondeur & les couvrir. lls
fe gardent auffi à la cave en les mêlant avec
du fable , ou bien on choifit dans le champ un
lieu fec & élevé ; on y creufe une foffe de huit
à neuf pieds de diamètre fur un de profondeur ,
& les navets entaffés , recouverts de paille &
d'une couche de terre qu'on raffermit à l'approche
des gelées s'y confervent bien.
Manière de les faire manger.
Un moyen bien fimple , c'eft de mettre les
animaux dans le champ même & de leur abandonner
le fein de la récolte ; il en résulte un
avantage , celui de fumer le terrain & de rendre
la terre excellente pour l'orge. On familiarife
les animaux avec cet aliment , quand il eft
nouveau pour eux , en le faifant bouillir ou en
le mêlant avec le fon , & bientôt ils le mangent
cru. On coupe les racines par morceaux ; fi les
turneps font trop gros , ils engouent l'animal ;
trop petits , il les avale fans mâcher.
Ses propriétés.
Le turneps eft pour les animaux la plus excellente
nourriture ; préférable au fourrage fec ,
elle les engraiffe , donne beaucoup de lait aux
vaches ; les boeufs , les chevaux , les moutons ,
Jes cochons , tous s'en accommodent également
enforte qu'on pourroit dire que le turneps eft
( 88 )
1
pour le bétail ce que le bled eft pour l'homme ,
un des plus riches préfens de l'Agriculture.
L'événement fuivant eft une nouvelle
preuve de l'imprudence avec laquelle on
ne ceffe de laiffer des armes entre les
mains des enfans . Un particulier de Toulouſe
remit un fufil chargé àun jeune garçon
gé de 13 ans , avec ordre de le porter
en ville. Chemin faifant , le petit commiffionaire
fut plaifanté par des ouvriers qui
le défierent en lui difant qu'il ne fauroit
pas fe fervir de fon fufil . A ce propos , l'enfant
lâche fon coup dans le vilage d'un
garçon Cordonnier , dont le Maître reçut
quelques grains de plombs fur la poitrine.
Le premier eft dans un état prefque défefpéré.
M.le Marquis de Bois Linard de Margou,
Chevalier, Grand Croix de l'Ordre de Malthe,
Bailli de Lyon au Prieuré d'Auvergne , a célébré
fa centenaire le 28 juillet dernier , &
dans le nombre de fes convives fe trouvoit
le Comte de Maubourg , Comte de
Lyon , âgé de 98 ans .
L'eftampe de la ville & du port de Syra
dans l'Archipel , dédiée & préſentée au Roi
par M. l'Abbé de la Roque , Vicaire général
de Syra , repréſente la vue de cette ifle , dont
Homere a parlé dans le quinzieme chant de
T'Odyffée. Ses habitans , au nombre de 4000 ,
& très-attachés à la France , font Grecs du
rit latin. Des vexations les ayant appauvri ,
M. l'Abbé de la Roque eft venu en France
( 89 )
folliciter des fecours en leur faveur , & le
produit de la Gravure annoncée eft deſtinée
à remplir ce but * .
Guéménée 9 La Princeffe de Rohan
Religieufe de l'Abbaye Royale de S. - Léger
de Préaux , eft morte le 23 Juillet dernier
, âgée de 87 ans ; elle avoit préféré
aux Abbayes dont fes vertus , plus encore
que fa haute naiffance , la rendoient digne ,
de refter dans fa Maifon profeffe , qu'elle
a toujours édifiée , où elle étoit également
chérie & refpectée.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 8 Août.
Les Infpecteurs des diftricts inondés par
l'ouverture des digues de l'Efcaut l'hiver dernier
, fe font affemblés le mois paffé , pour
' fixer le dommage occafionné par l'inondation..
On dit que le Commandant de Ruremonde
a été mis aux arrêts , pour avoir
laiffé paffer , fur le territoire de S. M. I. le
Comte de Maillebois , pendant la vifite qu'a
fait ce Général des fortereffes de la Hollande.
Une autre nouvelle , dont nous ne fommes
pas garants , eft , que 35 foldats du
Corps du Rhingrave de Salm ont déferté de
Breda en plein jour , avec chevaux , armes
& bagages , fans qu'on ait pu les atteindre..
* Elle fe vend chez Chereau , rue des Mathurins
prix 3 liv . Il en eft une autre petite deſſinée & gravée
par M. Godefroy , prix 2 liv .
( 90 )
Le Chevalier Harris , Envòié extraordinaire
de la Cour d'Angleterre à la Haye , eft
de retour en cette Réfidence depuis la femaine
derniere.
Les gazettes de Hollande préfentent l'état
fuivant , exact ou non , des forces navales de
la République en activité dans ce moment.
Dans les Indes Orientales .
Vaiffeaux
L'Utrecht
Le Waffenaar .
Le Goes
Commandans Can. Equip.
La Princ. Louife Rechteren
Le Morneckend. Kuiper
La Junon
• C. van Braam
Oorthuis
60 . 480
60 • 450
• · Stavorinus 50 350
50 375
40 295
• de Witth
36 255
• Kuvel
36 250
• Willink 20 160
Spingler
20 160
372 2775
Le Phenix
La Vigilance
L'Alarme
• ·
Le Brakel • Delvos •
Le Tygre
La Médée
• Byland •
•
La Pallas ·
Vailland .
Kinsbergen
Le Jupiter
La Hollande
L'Alkmaar
Dans la Méditerranée.
Le Chef d'Efcadre
Kinsbergen
Reyneveld
Rikkers
• •
• •
20
70 500
60
300
50 300
50 300
40 300
40 270
· 40 170
Le Brak Virieux •
La Guèpe
Le Levrier
• Capelle
14 80
• 14
100
A. Blois van Treflong 14
Aux Petites Indes.
70
392 2490
L'Argo .. Reyntjes 40 270
( 91 )
•
Smiffaart
La Bellone : St. Cyr
L'Hirondelle . Meuron
La Diligence Heynxt
L'Expédition . Dekker
•
Le Cheval- Marin Boſch
Le Linx .
St. Martensdyk
L'Aigle
Le Pollux
L'Autour
· ·
Cambier
Haring(man
Maffchop.
Volbergen
Le Chev.(oifeau ) Hartman
Deftinés à croifer dans la Mer du Nord.
L'Hector
Le Prince Guill. Bols
20 270
IO 60
12 60
12 60
20 160
12 70
· 20 160
20 160
· 40 300
v. Kerchem 20 90
12 90
168 910
44 270
60
310
La Céres • • van Helm
• 36 230
Rynbender
Le Medemblick
Le Scipion
Le Chevreuil
·
Le Poiffon- Vol.
La Panthere
Le Protecteur
L'Epervier .
Le Brochet
La Nimphe
·
•
van Son
Allier
Holzhey
Gobius
de Jong
Grotenray
Lucas
Le Poftillon Hacker •
Pour croifer fur le paffage des Navires dela
Compagnie, revenant des Grandes - Indes.
L'Amazone Smaalent
Le Faucon Aberfon
L'Enkhuyfen . Zeewold
La Sirene Cuperus . •
36 203
20 160
20 160
18 60
Blois de Treflong • 36 -2306
20
• 16
60
14
60
14 100
• 14 100
14 70
14 60
14 60
4 13
300 1603
94 610
( 92 )
Vaiffeaux de Garde en Zélande.
Le Walcheren Haringman
Le Harlingue de Rechteren 40 270
20 150
Le Chaleur Dekker 12 50
La Vigilance
van Dam 20 70
Le Corbeau Klerk 14 60
Le Marfouin . Janffen 7 30
Le Renard Kikkers • 14 60
La Loutre · Shitfer 14 60
L'Aigle .
La Mouette
La Perche de Mer de Leeuw
La Cornelie
Les Deux- Freres Roelofs
La Marie Elifab. Griffelt
Baftijans
· 14
60
Riefe 14 60
10 60 T
10 60 ·
•
van de Water
• 10 60
· • 10 60
208 1150
La Direction Smeer
L'Eturgeon Swenke
Vaiffeaux de Garde fur la Meufe.
•
·
14
60
12 40
Le Chien-Marin van der Swam 20 120
Le Surveillant Zoeterman · 10
34
50 254
Vaiffeaux qu'on équipe pour la Mer du Nord ,
& qui doivent fe joindre à l'Efcadre , aux
ordres du Capitaine Bols.
Le Dordrecht Satink
L'OveryJel Boot
La Hollande . Sylvefter
Le Batave Spengler
L'Amphitrite .
•
60 350
60
50 300
50 300
· 36 230
· 50 300
Canons
306 1480
Hommes
72 - 1890 11232
Le Défenfeur . Frykenius
Total. Vaiffeaux
( 93 )
Suivant nos lettres de Vienne , le nouveau
Muphti Mollah Bey a été dépolé le 21 Juin ,
c'eft - à dire , deux mois après avoir été invefti
de fa dignité. Le Tetfetdar a été enveloppé
dans cette difgrace & privé de tous
fes emplois.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
On affure que la Cour de Mayence a propofé á
celle de Cologne d'abolir les jours de jeûne & l'abltinence
de viande les Vendredi & Samedi . La même
propofition a été faite auffi á la Cour Electorale de
Treves ; on ajoute que l'Electeur de Cologne l'a
abfolument rejettée . (Cour. du Bas - Rhin , no . 61.)
On apprend des frontieres de la Gallicie , que
l'armée d'obfervation Ruffe eft toujours prête à
marcher pour le porter dans les endroits de la
Crimée que les Turcs & les Tartares entreprendroient
d'envahir. On craint toujours en Géor
gie une invafion de la part des Lesgis , & la Rufhe
continue à envoyer des renforts aux troupes
deftinées à fecourir le Prince Héraclius & qui
accupent les frontieres de fes Etats . On s'occupe
à Azof à l'équipement de plufieuas Navires deftinés
à protéger le commerce des Ruffes fur la
Mer Noire. Il eft déjà arrivé à Archangel plufieurs
Officiers de Marine expérimentés & un
and nombre de cadets & de matelors qui doivent
fervir fur cette flotte . Les ports de la Crimée
font dans le meilleur état , & le commerce
de la Mer Noire dans la Méditerranée eft très- flo-
/ riffant , dit -on,
On vient de découvrir à Aix - la - Chapelle
une trame des plus odieufes & des plus déshonorantes
pour tous ceux qui y ont trempé. Il
a été queftion , à ce qu'on prétend , d'enlever
à force ouverte , les papiers de S. A. S. Monfeigneur
le Duc de Brunswick , qui réfide dans cettet
( 94 )
ville depuis plufieurs mois ; & l'on débite que ce
noir complot devoit s'exécuter fans aucun ménagement
, fuppofé que l'objet n'en pût pas être
rempli autrement. La nuit derniere , on a artêté
plufieurs perfonnes qui font foupçonnées d'avoir
part à cette déteftable exécution. ( Nouv. d'Allemagne
, numéro 122. )
Caufe extraite du Journal des Caufes célèbres ( 1 ) .
Accufation de paternité formée contre un citoyen de
Genève , & jugée , depuis peu, par le magnifique
44 petit Confeil de cette Ville.
Les Républiques , dit M. Defeffarts , furent
toujours la parrie de l'éloquence. L'égalité, la
liberté , l'efpoir d'arriver , par fes talens , aux
premiers emplois de fa nation , aux premieres
places du Gouvernement ; l'intérêt vif & perfonnel
que chaque membre de l'Etat prend aux
affaires publiques , aux moeurs , aux vues de fa
patrie , aux malverfations de fes Officiers publics,
tout concourt à donner à l'Orateur une énergie ,
une audace que le défaut de ces intérêts & mille
confidérations gênantes répriment néceffairement
dans les Monarchies , où l'ambition de l'Avocat
ne peut prétendre qu'au fuccès particulier
de fa caufe , & à cette confidération publique ,
qui ne peut le refufer nulle part aux talens & au
mérite en tout genre. Quoique le fiecle des Démofthene
& des Cicéron foit paffé , on retrouve
encore des veftiges éclatans de cette éloquence
publique & politique dans les Gouvernemens
où le peuple a confervé plus de part dans l'adminiftration
légiflative . Nous ne prétendons pas en
offrir un exemple bien frappant dans l'affaire que
nous inférons ici , ni comparer Genève à Athènes
[1] On fcuferit en tout temps pour le Journal des
Caules célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rve Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot lejeune , Libraire ,
Quai des Auguftias. Prix , 18 liv, pour Paris , & 84 liv.
pour la Province.
( 95 )
ouà Rome : l'objet de la caufe , purement particu
lier & léger par lui même , ne demandoit pas le
développement de toutes les forces de la parole ,
ni l'élan de tous les fentimens qu'impofe la liberté
; & il doit y avoir par- tout une proportion
entre les moyens & l'objet. Mais ceux qui liront
le nº. du 15 Juin du Journal des Caufes célebres,
ne feront pas fâchés d'y trouver un effai du Barreau
de Genève , & peut être remarqueront - ils
que le jeune Orateur qui a défendu cette cauſe
avec une fage dialectique , en femant avec melure
& fobriété quelques traits d'imagination.
pouvoit s'élever à un ton plus véhément & plus
énergique , s'il y avoit eu de plus grands intérêts
pour l'animer. Il n'avoit à défendre qu'un
particulier , qui n'avoit rien de confidérable que
fa probité & fon titre de citoyen ; & tout le
crime dont il falloit le juftifier , étoit un enfant
dont on lui attribuoit la paternité. Voici les faits.
Une fille nommée Nicolas , accufoit un jeune
homme appellé Merienne , d'être le pere d'un enfant
dont elle étoit accouchée . Elle n'avoit d'autre
preuve de la paternité de Merienne , qu'une
maxime étrangere. Elle avoit déclaré que Merienne
étoit l'Auteur de fa groffeffe , & fuivant la
maxime creditur viginini , &c. elle foutenoit que
fa déclaration étoit luffifante. M. Mallet , Avocat,
défenfeur de Merienne , démontra tous les dangers
qui résulteroient de l'admiſſion de cette maxime
.
Quel eft l'auteur de cette coutume , difoit M.
Mallet ? Eft- ce le Sénat ? Non , c'eft un particulier.
Eft ce un des peres de la Patrie ? Non , c'eft
un étranger , un Faber de Chambery. Pourquoi
donc l'opinion de ce Chamberyfois feroit- elle
loi dans Genêve ? Qu'elle ferve de regle à fes
compatriotes de Chambery ; mais les décisions
( 96 )
font- elles des oracles auxquels la terre entiere ,
doive obéir ?
Quelle fut , continuoit M. Mallet , la raifon
qui dicta cette opinion à Faber ? la crainte que
la mere & l'enfant ne périffent de faim , ne pereant
fame. Cette loi , utile peut- être pour un pauvre
habitant de la Tarantaiſe & de la Maurienne , eft
inutile dans l'opulente , dans la charitable Genêve
: l'établiffément de nos Maifons de charité &
de la Chambre des tutelles , cette inftitution qui
fait tant d'honneur à notre Gouvernement
rend-elle pas dérifqire , chez nous , le motif
qui dicta cette opinion à Faber ?
ne
Cette loi même manque fon but ; ſon but eft
fans doute de donner un pere à l'enfant ; mais
eft- ce lui donner un pere , que contraindre un
homme à fournir à cet enfant la fubfiftance ?
autant vaudroit - il dire qu'un créancier qui tient
én priſon fon débiteur , eft le pere de ce débiteur
; & d'ailleurs inventée en faveur des filles
mineures , cette maxime ne s'eſt appliquée que
par abus aux filles majeures.
Cette coutume pouvoit être fans inconvénient
lorfqne Faber l'introduifit au Barreau , chez
une nation & dans un fiecle où le peuple avoit
encore des moeurs ; mais aujourd'hui ce feroit
un vrai fiéau , c'eft un objet de commerce pour
des filles effrontées , & une amorce pour celles
qui ont du penchant à le devenir , par l'espoir
de remédier à leur foibleffe par l'impoſture , ou
de cacher cette foibleffe par une autre.
-
La défenfe de M, Mallet , Avocat , ( jeune
Orateur du Barreau de Genêve ) a eu le fuccès
qu'elle devoit avoir . Par Jugement du 3
Mars 1784 , le Magnifique petit Confeil de Genêve
a ordonné que Jeanne Nicolas & Jacob Merienne
feroient renvoyés au Jugement de Dieu
dépens compenfés entre les Parties.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 6 Août.
A Princeffe douairiere Lubomirska , née
Princeffe Crattoxinska , abandonne , à
ce qu'on dit , la Pologne pour toujours.
Après avoir voyagé deux ans , elle fixera
fon domicile à Vienne , auprès de fon frere
le Prince Czartorinski , dont les défagrémens
à Varsovie ont déterminé la Princeffe
Lubormiska à cette réfolution .
Le commerce maritime de Pétersbourg a occupé
l'année dernière 1762 bâtimens , dont 872
font fortis de fon port , & 890. y font entrés.
On comptoit , dans le nombre des bâtimens
fortis 74 nationaux & 798 étrangers. Voici
la deftination de ces bâtimens ; 366 pour la
Grande-Bretagne & l'Irlande ; 76 pour le Danemarck
; 72 pour le Sund ; 59 pour Lubek ; 48
pour la Suede ; 38 pour Amfterdam ; 30 pour la
France ; 29 pour Roftok ; 24 pour Stettin ; 21
pour l'Espagne ; 13 pour le Portugal ; 9 pour
N°. 34 , 20 Août 1785 .
( 98 )
:
Dantzick ; 9 pour Hambourg ; 6 pour l'Italie ; z
pour Oftende ; 1 pour Bofton ; I pour Jerſey , & c.
Dans e nombre des bâtimens entrés , il y avoit
81 nationaux ; 365 anglois ; 108 Danois ; 65
Suédois ; 63 de Roftok ; 58 Hollandois ; 48 de
Lubek ; 37 pruffiens ; 13 portugais ; 10 françois ;
10 Espagnols ; 9 de Hambourg ; 7 de Danizick ;
5 autrichiens ; 5 américains ; 4 de Breme ; 1
d'Oldenbourg & de Venife .
On lit dans le magalin hiftorique du Doe
teur Bufching les details fuivans fur la principauté
de Minden & fur le Comté de Ravensberg.
La Principauté de Minden a 24 milles quarrées
d'étendue . On y a compté en 1783 , une
population de 57,117 ames , fans le militaire ,
ce qui fait près de 2380 ames fur un mille.
La population dans les Villes étoit de 7887 Habitans
, & celle de la campagne de 49230.
L'étendue du Comté de Ravensberg eft d'environ
18 milles quarrés. Sa population monte
à 71,366 ames fans l'état militaire , ce qui produit
3964 ames fur un mille quarré . La population
des Villes eft de 11,687 Habitans , &
celle de la campagne de 59.679.
Pendant l'année 1784 , il a été importé à
Pétersbourg pour la valeur de 12,172,345
roubles & 98 copecks de marchandifes de
différens pays , & il en a été exporté pour
la valeur de 12,941,5 13 roubles . Les Anglois
feuls font dans cette balance pour 3,000,935
roubles d'importation , & pour 8,390,755
roubles d'exportation . Les droits de douane
à Pétersbourg & à Cronstadt ont formé cette
année ( 1784 ) un objet de 3,199,385 rou(
99 )
bles & 15 copecks : ils ont excédé, ceux de
1783 de 143,267 roubles .
Les toiles & linons - exportés l'année derniere
de Hirschberg en Siléfie pefoient 22 , coo quintaux ,
& étoient évaluées à deux millions d'écus . Les
fabriques de Golberg ont fourni la même année
12,037 pieces de toile , dont 10,650 ont été exportées
; celles de Grunberg 15,983 pieces , dont
11,193 ont paffé à l'étranger .
On écrit de Pétersbourg que l'Impératrice
a été à Cronstadt pour y voir l'efcadre
prête à faire voile. S. M. I. vient d'augmenter
de 35,000 roubles - le fonds pour l'entretien
du Corps de cadets de terre , qui étoit
de 165,000 roubles.
On a lancé à Carlfcrone , le 9 de ce mois ,
deux vaiffeaux , l'un de foixante canons.
nommé l'Audace , & l'autre de quarante
canons , appellé la Galathée . On a employé
dix femaines à leur construction . Deux autres
vaiffeaux de pareille force font actuellement
fur les chantiers .
Le Difco , vaiffeau de la Compagnie Danoiſe
d'Afie , eft arrivé à Copenhague de
Canton , avec une riche cargaifon de marchandifes.
Il a été fuivi par le Huffar venant
des Indes Orientales , pour le compte des
particuliers ; & par la Julienne - Marie , appar
tenant à la Compagnie , arrivé le 23 Juillet.
DE VIENNE , le 7 Août.
Le 24 du mois dernier , les Députés Hollandois
eurent leur premiere audience de
e 2
( 100 )
l'Empereur , & furent introduits par let
Grand Chambellan Comte de Rofemberg.
Le Comte de Waffenaer porta la parole , &
dit à S. M. I.
SIRE
Nous avons l'honneur d'offrir à V. M. I. & R ,
les fentimens de la haute confidération , de l'attachement
& des égards dont L. H. P. ont toujours
été pénétrés envers l'augufte Maiſon , particulierement
envers la perfonne facrée de Votre Majefté
, & à l'égard defquels Elles n'ont jamais varié.
Nons fommes chargés d'en porter de nouvelles
affurances ; & c'eft en nous acquittant de
ce devoir , de donner à V. M. le pleine certirude
:
« Que L. H. P. n'ont pu voir fans émotion &
» fans regrets les commencemens d'un refroidiſ-
» fement de cette amitié & de cette heureuſe
harmonie , qui ont toujours fubfifté entre V.
» M. &la République : que L. H. P. n'ont jamais
eu la moindre intention d'offenſer V. ´M. I.
» & R. , ni d'infulter fon Pavillon , puifque
» dans toute la conduite que le cours fucceffif
des événemens les a obligé de tenir , Elles fe
font fait une loi conftante d'allier toutes les
» melures que leur sûreté , leurs droits incon-
» teftables & leur dignité les forçoient à fuivre,
» aux égards & à la confidération dus à V. M.
que L. H. P. defirent avec la plus vive ardeur
de rétablir au plutôt cette bonne harmonie ,
interrompue fi malheureufement , & de la voir
affurée fur des bafes immuables : que L. H. P.
» n'ont jamais pu former le projet d'en agir envers
les Sujets de V. M. que de la même façon
& fur le même pied qu'envers los Sujets de la
» République même ».
( 101 )
Que , d'après ces fentimens , L. H. P. f
flattent que des affurances fi claires rendront
évidente l'impoffibilité abfolue de vues offenfantes
qu'on auroit pu leur prêter injuftement,
mais que leurs égards pour V. M. ne
» leur permettroient jamais d'adinettre. ».
> Et c'est en conféquence de ces fentimens
SIRE , que les voeux de L. H. P, tendent au retour
parfait de la bonne intelligence avec Votre
Majefté Impériale & Royale , qu'Elles efperent
ardemment de voir rétablie par les bons offices
& la médiation d'un Monarque , qui , par les liens
les plus chers , eft l'ami & l'allié de V. M. I & R.
Epoques heureufes , qui ne pourront jamais
éclorre affez tôt au gré de L. H. P. qui n'ont
jamais varié , & ne varieront jamais dans la
valeur du prix qu'Elles attachent à l'amitié &
á la bienveillance de V. M. I. envers la République
.
L'Empereur fit à ce difcours une réponſe
dont voici les expreffions.
Je fuis charmé que L. H. P. par votre députation
, MESSIEURS , aient fatisfait à ce que j'avois
defiré comme un préalable à tout accommodement
. Je vais faire paffer des ordres à
mon Ambaffadeur à Paris de reprendre les négociations
fous la médiation du Roi de France ,
mon allié & beau -frere & je ne doute point
qu'une prompte conclufion ne puiffe faire éviter
tous les facheux événemens , fuite d'ultérieurs
délais.
M. Caprara , Archevêque d'Iconium , &
nouveau Nonce du S. Siege en cette Cour ,
arriva ici de Lucerne le 21 du mois dernier,
& eut fa premiere audience de l'Empereur.
e 3
( 102 )
De tous les Couvens ou Abbayes de la
Stirie , on n'en conferve que vingt trois ;
encore a-t- on réduit au nombre de 345 les
590 Moines ou Chanoines réguliers qui les
occupoient. Les Religieux fortis de ces Monaftères
ont été fécularifés. Du produit de
ces fuppreflions , on a fondé un grand nombre
de nouvelles Cures ; la portion congrue
des Curés a été fixée à 400 florins ( 800 liv..
tourn . ) , & celle des Chapelains à charge
d'ames à 300 fl .; les Chapelains ondinaires
font réduits à la portion de 250 florins , les
Vicaires à 200 .
L'Empereur , qui , à fon retour d'Italie s'étoit
fait rendre compte de toutes les affaires traitées
& jugées en fon abfence , a écrit de fa main
à toutes les Chancelleries , pour leur recommander
de nouveau la plus prompte expédition
dans toutes les affaires qui font du reffort de
leurs Tribunaux refpe&tifs . Il leur donne á ce
fajet les plus fages confeils , il leur repréfente
que dans leurs emplois ils ne doivent pas être
guidés par l'intérêt ; que leur feul but doit être
de fe rendre utiles & de concourir , chacun ſelon
fes forces , au bien général ; que la promptitude
dans l'exécution n'eft pas la feule chofe qu'il
leur demande ; qu'il faut en outre qu'ils facrifient
toute idée de repos pour le bien remplir de
leur objet ; que c'eft , pour un homme chargé de
l'intérêt de les freres , la plus douce des fatisfactions
, de pouvoir fe dire qu'il n'a rien négligé
pour ne pas être trompé qu'il leur donnera
l'exemple lui- même , & qu'ils peuvent le conformer
fur la conduite.
Un bâtiment Turc, écrit - on de la Croatie ,
( 103 )
qui avoit tranfporté des munitions & de
l'artillerieà la fortereffe de Berbix , elt retourné
de là à Belgrade. Un Mufulman à bord
de ce navire a ofé tirer fur une fentinelle
Autrichienne , placée à l'un des ouvrages
avancés du vieux Gradisca ; heureufement
la balle n'effleura que la giberne la fentinelle
fit feu à fon tour fur le bâtiment , &
on dit qu'un Turc a été dangereuſement
bleffé.
Les fonds de la caiffe des pauvres , à la
fin du mois de Juin , montoient à la fomme
de 17,182 florins , dont 8706 ont été diſtribués
parmi les penfionnaires . Leur nombre
eft actuellement de 5434.
Une lettre de la Stirie du 4 de ce mois
porte , qu'un gros bâtiment chargé de fer ,
s'eft brifé fur le Danube près de Bernegg.
On écrit de Prague l'hiftoriette fuivante ,
qui , ce nous femble , n'eft pas de très fraîche
date.
A quelque diftance de cette ville , réfide un
Eccléfiaftique qui a coutume d'entretenir une
foixantaine de coqs d'Inde dans fa baffe- cour.
Certain manant qui depuis long- temps avoit eté
un dévolu fur ces animaux , entra furtivement un
foir dans la bffe - cour , & fe failit de quatre des
plus gras , qu'il met dans un fac. Le lendemain il
fe rend à la ville pour les vendre. A fon arrivée
il commença à pleuvoir. Effuyer la pluie fur le
marché en attendant chaland , c'eſt à quoi notre
homme ne pouvoit fe réfoudre ; paffe encore s'il
avoit un manteau. L'idée ' ui vint de s'en procurer
& voici comment il s'y prit. Il fe rend chez
un ,
e 4
( 104 )
le Curé de H** , le complimente de la part de fon
collegue & lui préſente un beau dindon. Le Curé
faifit d'une main le volatil , & met l'autre à la
poche pour donner quelque monnoie au porteur.
Non , Monfieur , dit le fripoa , je n'accepterai rien ,
on me l'a défendu ; mais j'ai une grace à vous demander
Je porte du linge blanc de M. votre collegue ;
je crains que la pluie ne le fouille , voudriez- vous me
preter votre manteau , que je vous renverrai sous peu
d'heures Volontiers , répond le Curé; tout ce que
j'ai eft au fervice de mon confrere . Le ruſé filou
prend le manteau , tire fa révérence , & s'en va ;
mais comme la pluie avoit ceffé , il court vendre
le manteau à un Juif , qui lui en donne 20 florins.
Enhardi par le fuccès , il fait une feconde
tentative auprès d'un autre Curé ; il s'y prend de
la même maniere , & réuffit pareillement enfin
if pouffe l'effronterie jufqu'à tenter cet expédient
auprès de deux autres Curés , qui furent également
la dupe du ftratagême , & en furent pour
leur manteau. Le foir , le hafard voulut que ces
Eccléfiaftiques fe trouvaflent tous quatre enfemble.
Le premier commença à parler du préfent
qui lui avoit été envoyé , & du prêt qu'il avoit
fait de fon manteau . A ce récit les bras tomberent
aux trois autres , & ils ne douterent plus qu'ils
n'euffent été la dupe de la fubtilité du porteur du
préfent.
:
On affure de nouveau que les 11 Régimens
Hongrois feront portés à 25. Chaque
Régiment d'Infanterie a actuellement en
Hongrie un diftrict pour faire fes recrues,
La confcription , que l'on continue toujours
dans ce Royaume , en a fait connoître la véritable
force. On a trouvé 40,000 hommes ,
depuis l'âge de 18 jufqu'à 30 ans dans les
( 10's )
1
quatre Comitats de Prefbourg , de Neutra ,
d'Eiſenbourg & d'Oedenbourg.
Il réfulte auffi des opérations de la confcription
dans la Buckowine & dans la Gallicie
, que ces deux pays aujourd'hui réun's
ont de furface près de 2000 milles d'Allemagne
quarrés , & qu'ils renferment une population
de trois millions d'ames .
La répartition des Diocèfes dans l'Autriche
intérieure vient d'être finie . Le nouvel
Evêché de Laybach ſera érigé en Archevêché
; l'Archevêque aurá pour Suffragans les
Evêques de Gradiska & de Zeng. L'Evêché
de Graz portera le nom de celui de Sekan.
L'Evêché de Leoben , fondé par l'Empereur,
fera à la nomination de S. M. Imp . Cet Evêché
, ainfi que les autres Evêchés dans l'Autriche
intérieure , feront foumis , quant au
fpirituel , à l'Archevêché de Salzbourg.
Les établiffemens pour l'entretien des
pauvres , à l'inſtar de celui de cette Capitale
, deviennent le principal objet des foins
de toutes les provinces des Etats héréditaires.
Les chef-lieux s'empreffent d'imiter ce
qu'on a fait ici pour détruire la mendicité ,
en occupant les pauvres valides , & en procurant
tous les fecours à ceux que les maladies
ou l'âge rendent incapables de travailler .
On a fait , le 1er. de ce mois , à Brinn ,
T'ouverture folemnelle d'un femblable éta-.
bliffement.
Les ouvrages extérieurs de la nouvelle
es
( 106 )
7
fortereffe de Théréfienftadt font finis , & on
travaille actuellement , avec la plus grande
activité , à achever les édifices de l'intérieur .
L'Empereur a afligné pour cet objet une
nouvelle fomme de 70,000 florins.
Les dernières lettres de Conftantinople
confirment pleinement, que le Muphti Ibrahim
Effendi , nommé dernièrement à cette
dignité , a été déposé le 21 Juin , & relégué
dans fa maifon de campagne. Arabzade
Attullah Effendi l'a remplacé . Ces lettres
ajoutent que le 23 , le Teftefdar Faizi Ilmail
a été auffi renvoyé & remplacé par Soliman
Effendi.
Le Pacha de Travnik a reçu l'ordre de
Conftantinople de fe joindre , avec 10,000
hommes , au Pacha de Scutari , pour le foutenir
contre les Monténégrins.
Les principales productions minérales du Tirol
, lit on dans le Journal du Profeffeur de Lucca,
font le fer , le cuivre , le plomb & le fel. Le fer
qu'on y fabrique , monte par an à 1500 quintaux
, le cuivre à 240 , & le plomb à 150. L'exportation
du fel fait un objet annuel d'environ
1500 quintaux . L'éducation des bêtes à laine fe
fait auffi avec fuccès dans cette Province ; on
peut évaluer la laine que l'on y recueille par an
à environ 200,000 livres pefant .
DE FRANCFORT le 11 Août.
-On prétend que la République de Genes
a offert à la Cour de Pétersbourg le havre
de Spezia , pour fervir de relâche & de lieu
( 107 )
de réunion à la flotte Ruffe qui doit ſe rendre
dans la Méditerranée .
Le 22 Juillet , la Princeffe Douairiere de
Schaumbourg Lippe , Charlotte Frédérique-
Amélie de Naffau- Siegen , eft morte à Buckebourg
, dans la 83 me. année de fon âge.
Depuis le retour de l'Empereur à Vienne ,
on parle beaucoup d'une triple alliance of
fenfive & défenfive entre la Cour de Vienne ,
celle de Peterſbourg & la République de
Venife ; mais il eft affez évident que perfonne
ne fait fur quoi fonder cette opinion .
Le Prince Jérôme de Radzziwill eft arrivé
le 20 à Ratisbonne , & tandis que les gazettes
le chargeoient d'une grande négociation , il
s'eft rendu à Donauftauf , où s'eft confommée
fa réconciliation avec fon épouse , née
Princeffe de la Tour-Taxis , & dont la fuite ,
il y a dix-huit mois , occupa une grande place
dans les papiers publics.
Les Etats de Franconie , à l'imitation de
ceux de Souabe , ont arrêté dans leur dernière
affemblée de fe convoquer tous les ans
à Nuremberg pendant deux mois.
L'Electeur Palatin , parti le 26 Juillet de
Schwetzingen , près de Manheim , eſt arrivé
le lendemain à Munich , d'où il s'eſt
rendu au château de Nymphenbourg, pour
y paffer , felon fon ufage , le refte de la belle
faifon .
Les Maifons de Naffau , des branches de Wallram
& d'Orton , ont fait un nouveau pacte de
famille , par lequel les différends qui avoient
e 6
( 108
fubfifté jufqu'à préfent entre les branches ont été
terminés. Ce pace , confirmé par l'Empereur
réglé en même tems l'ordre de fucceffion.
On prétend que les Comtés de Weilbourg ,
d'Ufingen & de Saarbruck , font érigés en Principautés
, & que les trois Princes fouverains de
ces Comtés feront introduits au College des
Princes à la Diete de l'Empire. On affure
auffi que le droit d'eineffe fera rétabli dans la
Maifon de Naffau - Orange , dont on porte les
revenus annuels dans fes Etats d'Allemagne à
400,000 florins.
-
Les marchandifes exportées de Trieſte à
Conftantinople ont monté en 1781 à la
fomme de 312,215 florins , en 1782 à celle
de 383,574 , & en 1783 à celle de 226,285 .
Des lettres du Milanès difent que la foie
écrue eft renchérie d'une livre & demie par
livre pefant. On attribue cette augmentation
de prix à la permiffion que le Roi d'Efpagne
a accordé aux fabriques de Séville & de Valence
d'importer librement 300,000 liv . pefant
de foie.
Le Mathématicien Lanz a perdu la vie
tragiquement , ainfi qu'on l'apprend de Ratisbonne.
Il étoit arrivé de Sinchingen , où il avoit fait
Elever un Para-tonnerre : vers les fix heures du
foir, il alla fe promener avec un de fes amis dans
Pallée nommée Linden , quoique le tems menaçat
de tourner à l'orage. Et effectivement , il n'eut
pas fait quelques tours , que l'orage fe déclara
par de violens coups de tonnerre : fon ami voulut
l'emmener, mais M. Lang , qui aimoit à confidé
rer la nature , même dans fes tableaux les plus
( 109 )
effrayans , voulut abfolument refter , & alla fe
mettre contre un mur pour être à l'abri de la
pluie. Il y étoit à peine depuis quelques minutes ,
que le tonnerre tombe avec un horrib'e fracas &
le renverse mort aux pieds de fon ami . On accourt
auffi- tôt , on lui ouvre la veine ; mais tous
les fecours furent inutiles , il ne donna aucun
figne de vie . Le tonnerre étoit tombé fur fon
chapeau ; de-là fe gliffant le long de fon vilage ,
il étoit entré dans la bouche , & étoit forti par fon
côté ; d'où il étoit tombé fur fes fouliers , avo't
endommagé les boucles & s'étoit enfoncé dans la
terre en lui perçant le pied. On regrette d'autant
plus ce Savant , qu'à de profondes connoiffances
il joignoit la probité la plus intacte .
On a enterré , le 29 Juillet , à Sluchtem ,
une femme , âgée de 89 ans ; elle laiffe une
poftérité de 116 perfonnes ; favoir , 13 enfans,
62 petits enfans & 41 arrière- petits - enfans.
On travaille dans la Siléfie à faciliter par des
canaux la navigation fur la riviere d'Oder ;
mais ces travaux , loués des uns , font hautement
défapprouvés par d'autres . Les derniers prétendent
que l'égale direction que l'on donne à cette
riviere par l'établiſſement des nouveaux canaux
dans les endroits où il y a des anfes ou finuofités
, eft abſolument nuifible aux intérêts du
pays , & contraire au but que l'on s'étoit propofé.
Ils disent que ce plan détruit la pêche dans
cette riviere , puifque c'eft dans les finuofités où
le poiffon aime à féjourner , que plus la direction
d'une riviere eft droite , plus fes eaux roulent avec
rapidité , & plus les ravages , lorsqu'elles débordent
, font terribles ; qu'il faut attribuer à ee
plan les eaux baffes depuis Stellin jufqu'à Breflaw
, parce que , comme il n'y a plus d'anfes
( 110 )
dans la riviere , elle perd fes eaux plus vite , &
fe jette avec plus de rapité dans la mer , d'où il
arrive que les bâtimens allant de Stettin à Breflaw
font quelquefois huit à dix femaines en
route avant d'y arriver; & enfin que la rapidité
de la riviere étant augmentée , la navigation ,
en la remontant , fe fait néceffairement beaucoup
plus lentement qu'auparavant.
Les Sujets Weftphaliens de l'Electeur de
Cologne quittent par bandes leurs foyers
pour s'établir ailleurs. Il en eft parti dernièrement
plus de 300 , qui font allés en
Hongrie. Pour mettre un terme à ces émigrations
, l'Electeur a ordonné de tirer fur
les frontières un cordon de troupes qui doit
empêcher ces défertions.
D'après une nouvelle defcription du Duché
de Magdebourg , on y compte actuellement 863
villes , bourgs & villages , 45145 feux , & une
population de 249 595 ames . Le Prince Ferdinand
de Pruffe y poffe le 33 villages qui renferment
6083 habitans , & les Comtes de Schulembourg
y font Seigneurs de 31 villages , dont la population
monte à 8205 perfonnes.
La Compagnie Hollandoife des Indes-
Orientales , lit - on dans un Journal Allemand
, dont l'exactitude eft eftimée , paroît
toucher à fon déclin . Ses affaires , autrefois
fi floriffantes , diminuent à vue - d'oeil . On
en jugera par le tableau fuivant . Depuis
1605 jufqu'en 1648 , fon dividende étoit de
22 & pour cent , année commune ; depuis
1649 jufqu'en 1684 , 17 & pour cent ; depuis
1685 jufqu'en 1720, 27 & pour cent ;
( 111 )
depuis 1721 jufqu'en 1756 , 20 && pour
cent , depuis 1757 jufqu'en 1774 , 15 &
pour cent ; & depuis quatre ans , la Compagnie
n'a plus réglé de dividende,
ITALI E.
DE BOLOGNE , le 26 Juillet.
On a reçu ici la lettre fuivante datée d'An ,
cone le 11 de ce mois.
Un vaiffeau vénitien venant du Levant a jeté
l'ancre hier matin dans ce port . Le Capitaine de
vaiffeau rapporte que le Bacha de Scutari , après
s'être rendu maître de Montenegro , feignit de
s'en retourner ; mais qu'il fe porta enfuite à
l'embouchure da Cattaro fur le territoire de
Venife où il commit d'horribles ravages . On
craint qu'il n'ait pris d'affaut quelques fortereffe,
& qu'il ne canonne vivement celle de
Caftelnuovo , qui appartient à la République .
Cette nouvelle cependant mérite confirmation ,
ayant été apportée par la voie de mer.
Un Miniftre Eccléfiaftique des confins de
la Pologne vient d'avoir recours à la facrée
Congrégation du Concile à Rome , contre
fon Evêque , qui l'avoit interdit à perpétuité
par le motif fuivant. Un homme avoit
tué fa femme de la manière la plus barbare;
le Miniftre en ayant été inftruit , fit auffitôt
arrêter l'affaflin , & le fit renfermer dans
le fépulcre où repofoit fa victime . Ce malheureux
y périt de défefpoir & de douleur.
Le Tribunal Eccléfiaftique de l'Evêché fit
auffi tôt inftruire le procès du Miniftre , &
le Prélat le fit emprifonner & le condamna
à une interdiction perpétuelle .
( riz )
DE LIVOURNE , le 25 Juillet.
"
Les Pères Camaldules du Sacré Défert
de Sienne ont reçu un ordre , en date du
16 de ce mois , qui leur enjoint d'abandonner
leur Monaftère & de paffer dans celui
de la Chartreufe , fupprimée à Pontignano.
Les moutons d'Efpagne , deftin's pour
l'Empereur , font arrivés ici dernièrement.
On les voit au nombre de 250 dans nos
campagnes , où on veut les faire repofer &
recouvrer dans de bons pâturages les forces
que les incommodités du voyage leur ont
fait perdre.
Des lettres de Malthe portent que l'efcadre
Vénitienne aux ordres du Chevalier Emo s'étoit
arrêtée à Malthe pour y attendre trois autres
vatffeaux de renfort , après quoi elle devoit faire
voile pour Tunis ; qu'il y avoit cependant toute
apparence qu'on en viendroit à un accommodement
, avant de commencer les hoftilités .
L'Efcadre Napolitaine a quitté ce port le
19 pour fe rendre à Genes , d'où Leurs Majeftés
Siciliennes font attendues ici vers le
commencement du mois prochain.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Août.
Mylord Duc de Dorfet , eft arrivé de
Paris en cette ville , & s'eft rendu le 3 au
Palais de St.- James , où il a été introduit
auprès de S. M. En l'abfence de cet Ambaffadeur,
M. Hailes refte chargé en France
( 113 )
14
des affaires de la Nation. Le Comte de Réventlau
, nouvel Envoyé de Danemarck , a
auffi été préſenté au Roi par le Marquis de
Carmarthen , & a remis à S. M. fes Lettres
de créance. Lord Dalrymple paffe à Berlin
en qualité d'Envoié extraordinaire , & il a
ordre de preffer fon départ.
Le 4 , le
Général
Archibald
Campbell
a
pris
congé
du
Roi
, étant
fur
fon
départ
pour
l'Inde
, où
il va
fuccéder
à Lord
Macartney
dans
le Gouvernement
de
Madras
.
Le Parlement n'eft pas prorogé , mais fimplement
ajourné au 27 Octobre prochain ;
de manière que les deux feffions feront confondues
, ou plutôt n'en feront qu'une feule,
la fuivante n'étant qu'une continuation à
terme de celle qui vient d'expirer. Cette
mefure abrégera les opérations & les affaires
d'étiquette à l'expiration de l'ajournement.
Avant de le fixer , les deux Chambres préfentèrent
à S. M. , le 29 , leur Adreffe , concernant
l'arrangement de commerce avec
F'Irlande , & le Roi leur répondit en ces
termes :
« J'éprouve la plus vive fatisfaction en re-
» cevant ces arrêtés qu'un examen approfondi
vous fait regarder comme étant la base de
» d'un fiftême avantageux & folide entre les
deux Royaumes de la Grande- Bretagne &
d'Irlande . L'attention fuivie que vous avez
donnée à cet obier important, fournit la preuve
la plus manifefte du zele dont vous êtes animés
pout l'intérêt de mes deux Royaumes ,
& pour la propriété générale de mes Do(
114 )
"
maines, En faifant participer les deux pays
pleinement & également aux avantages du
commerce , & en les Toumettant aux mêmes
réglemens , relativement aux objets d'où dépendent
la confervation & la sûreté de ces
deux Royaumes , & vous leur avez ouvert la
fource d'avantages réciproques , & qui iront
toujours en croiffant. Je ne doute aucunement
, que le même efprit qui a préfidé au
début & au progrès de ce grand ouvrage ,
ne fe manifefte dans tous fes périodes , & je
penfe avec vous que le bonheur futur des deux
» pays , la sûreté , la gloire & la prospérité de
» l'Empire , exigent hautement qu'on y mette
» la derniere main. »
20
Le 30 Juillet , l'Amiral Montague s'eft
rendu de Portſmouth à la rade de Spithead ,
avec quatre vaiffeaux de ligne , & a été fuivi
de fix autres peu de jours après. Les 10 navires
font les fuivans .
Le Queen . 90 can.
Le Triumph. 74
L'Hector... 74
L'Edgar. 74
L'Elifabeth..74,
Le Pégafe.. 74 can.
Le Ganges.. 74
Le Goliah.. 74
Le
Grampus.74
L'Ardent ... 64
Le Pégafe & l'Ardent ont reçu des vivres
pour fix mois ce qui fait préfumer qu'ils
font deſtinés pour les Grandes - Indes . Du
refte , on ignore parfaitement l'objet du fervice
de cette Efcadre que l'Amiral Howe doit
paffer en revûe , & qui fera , dit - on , fous les
ordres du Commodore Gower , attendu
fa tournée le long des côtes des trois Royaumes.
Le Gouvernement vient d'ordonner
( 115 )
auffi d'équiper fans délai à Plymouth , quatre
vaiffeaux de garde , qui doivent recevoir des
vivres pour trois mois avant d'appareiller.
On arme auffi le Trufty de so canons , à
bord duquel le Commodore Coby ira prendre
dans la Méditerranée le commandement
de l'Efcadre , actuellement fous les ordres du
Chevalier Lindſey.
Le 26 Juillet , on a lancé à Rotherhite le
Ramillies & l'Audacieux , tous deux de 74
canons ; & dans peu de jours , l'Impregnable
de 90 canons fera lancé à Deptford . On attend
inceffamment le Montmouth de 64 can.
qui revient de l'Inde .
Nos papiers publics font remplis d'affertions,
de remarques , de paragraphes bilieux,
plus ou moins abfurdes , au fujet de l'Arrêt
qui prohibe en France nos marchandifes.
Voici comment s'expriment à ce fujet les
Gazettes de l'Oppofition .
La premiere connoiffance de cet Arrêt eft parvenue
à nos manufacturiers par les maifons françoifes
de commerce qui contremanderent tous
les ordres qu'elles avoient donnés . Le travail
de plus de 100 métiers a été fufpendu le 30
Juillet dans la feule manufacture de gaze de
Spitalfields . Les Manufacturiers ont eu une conférence
avec le Marquis de Carmarthen , & ce
Miniftre leur a promis que le Gouvernement
prendroit les mefures les plus convenables dans
cette circonftance . Il leur dit que l'Angletere n'avoit
point provoqué une telle politique de la part
de la France , & qu'il ne favoit à quoi en attribuer
le motif.
( 116 )
Un autre papier prétend que la queftion
de favoir fi cette politique a été ou non provoquée
par les Anglois , doit être difcutée
publiquement , & voici comme il la difcute:
Les François , dit-il , nous reprochent d'avoir
manqué de générofité à leur égard. Nous vous
avons fourni des grains , difent- ils , lorfque vous
en avez eu befoin , & dans ce moment ci , où
nous éprouvons une difette de fourrages , vous
nous fermez vos ports. Vous nous avez
envoyé M. Crawford , pour négocier un traité
de commerce avec nous , & vous ne l'avez pas
muni de pouvoirs fuffifans pour remplir l'objet
de fa miffion. Vous nous avez fait paffer de
la quincaillerie , des gazes de Mancheſter , &e.
& vous n'avez rien pris en retour . Le Marquis
de Landfdown avoit prédit que nous nous mo
querions de toutes les menaces & de tous les
arrêts de notre rivale , & celle- ci a voulu vérifier
cette prédiction .
Les papiers attachés à la Cour voient le
fait avec plus d'impartialité & de philofophie
, & difent.
L'Arrêt du Conseil d'Etat de S. M. T. C. concernant
les Marchandifes étrangeres prohibées ,
caufera fans doute quelque préjudice à nos Manufactures
, mais il ne peut pas fournir le prétexte
d'une guerre entre les deux nations , comme
femblent l'appréhender des perfonnes peu judicieufes
ou mal intentionnées. Cet Arrêt , qui a
fait ici une grande fenfation , tend fimplement à
renouveller d'anciennes loix qui mettoient , au
nombre des marchandifes prohibées , toutes celles
qui font déclarées être de contrebande par le préfent
réglement. Il eft vrai que tant que le com
merce de contrebande a été en faveur de la France,
( 117 )
elle a fermé les yeux fur nos introductions interlopes
, & comme il n'exiftoit point de loi dans ce
pays qui autorisât à vifiter la maiſon d'un particulier
, pour vérifier s'il fe trouvoit des marchandifes
de contrebande , & dans ce cas les faifir , &
mettre le propriétaire d'icelles à l'amende , les
marchandiſes de cette nature étoient en sûreté , fi
elles n'avoient pas été découvertes avant qu'on les
eût enmagafinées.
Dans la préfente occafion , le Gouvernement
françois n'a donc fait qu'imiter nos réglemen , à
la différence qu'il a mis moins de rigueur dans le
fien , puiſqu'il permet à fes fujets de faire venir
d'Angleterre des marchandifes prohibées pour
leur confommation perfonnelle , à la charge de
payer 30 pour cent de leur valeur. Il eft notoire
que nous ne lui avons pas donné l'exemple d'une
telle modération , & cependant nous trouverions
fort étrange que la France nous déclarât la guerre
fur le motifque nous avons défendu l'introduction
de fes batiſtes , & que nous avons mis fur les vins
& eaux - de - vie des droits qui fe montent à beaucoup
plus de 30 pour cent , dans le ças mêmẹ où
ces articles font importés par des perfonnes qui ne
font aucun commerce. Pour mettre le comble à
l'abfurdité , les partiſans de l'oppofition veulent
que cet Arrêt foit une preuve de la foibleffe de
l'Adminiftration actuelle , & l'on fait cependant
qu'il faut s'en prendre à l'un des Chefs de cette
même oppofition , de ce que la Grande-Bretagne ,
au lieu d'être en état de faire là loi à la France en
ce qui concerne fon Gouvernement intérieur &c
l'introduction de nos marchandiſes , ( & qu'ellen'a
jamais eu une auffi folle prétention , même à l'époque
de fa plus grande profpérité ) doit s'eftimer
trop heureufe de n'être point réduite elle -même à
la honte de recevoir la loi de la France.
( 118 )
Suivant quelques perfonnes , la prohibition des
Manufactures britanniques en France n'eſt pas
pour le commerce anglois un aufli grand malheur
qu'on le croit généralement . Les Edits & les Ordonnances
font des loix toujours fans force , quand
elles contrarient celles de la nature , & fi les François
ont befoin des articles des Fabriquesangloifes,
il faudra bien d'une maniere ou d'une autre que
ces articles leur parviennent . La ſeule crainte que
les Anglois doivent avoir , c'eft de perdre la fupériorité
que leurs Manufactures ont fur celles de
l'Etranger. Tant que cette fupériorité fe maintiendra
, ils peuvent être bien sûrs que le débit en
fera toujours affuré . Tout au plus feront-ils obligés
de leur faire faire un circuit par la Fiandre autrichienne
, par la Meufe & par le Rhin.
ל כ »LorfqueM.Crawford,dituntroisieme
» Papier , paffa en France pour négocier le
» Traité de commerce , il offrit de la part
» de l'Angleterre l'admiflion de quelques
» vins de France , en retour de toutes les
quincailleries , gazes & cotons d'Angle-
» terre. La France ne trouva point dans ce
» plan affez de réciprocité ; elle fe plaignit
» de ce que l'Angleterre ne vouloit admet-
ל כ
tre que très- peu de vins , tandis qu'elle
» tiroit d'Angleterre des quantités immenfes
» de quincailleries. A cela l'Angleterre ré-
» pondit , que le climat de l'ifle & le goût
» particulier de fes habitans demandoient
» de gros vins , & que le vin de Porto fe-
» roit toujours , comme il l'eft en effet , leur
» vin favori. La France exigeoit que l'on
» permît en Angleterre l'importation de fes
( 119 )
» eaux- de- vie , de fes batiftes , de fes gants ,
» de fes modes , & c. le gouvernement Bri-
» tannique s'y eft refufé péremptoirement.
>> On ne doit donc pas s'étonner que la
» France ait pris des mesures définitives.
On écrit de Douvres que vers la fin du mois
de Juillet , le Cutter le Wafp , fe trouvant au
large de Dungeneff , apperçut un lougre frarçois
, qui refufa de faluer le pavillon britannique.
Le Capitaine Hills , Commandant du
Wasp , envoya à bord fon Lieutenant , pour favoir
les raifons de ce refus ; le Capitaine du
Lougre répondit qu'il avoit des ordres de fa Cour
à cet égard , & que fi on infiftoit , il fongercit
à le défendre , & auffi- tôt il fit branlebas . Le
Capitaine Hills ne jugea pas à propos d'engager
le combat , mais il envoya fon Lieutenant à
Londres pour faire fon rapport , & favoir comment
il devoit fe conduire à l'avenir. Le Lieutenant
eft de retour à Douvres , mais rien n'a
encore tranſpiré des inftructions qui lui ont été
données .
D'autres Feuilles s'infcrivent en faux contre
ce paragraphe , & prétendent que toute
cette difpute de cérémonie eft une fiction ;
ainfi , on doit regarder ce fait comme douteux
encore ; ce qui ne l'eft pas , c'est le degré
d'abfurdité & d'inconféquence des bizarres
raifonnemens qu'il a dictés à nos Folliculaires.
Les récoltes de bled & d'orge font trèsbelles
dans le Comté de Worcefter . Les
dernieres pluies ont ranimé les houblons qui
promettent une récolte abondante . Mais le
( 120 )
cidre manquera abfolument. Le foin dans
ce même Comté fe vend actuellement fix
guinées le tonneau ( 2000 lb. ) tandis qu'il
ne valoit que 35 fchellings il y a quelques
mois.
3
Le 28 , le Secrétaire de la guerre a expédié
des ordres dans toutes les garnifons du
Royaume , pour que l'on fe pourvoie immédiatement
de munitions pour fix mois ,
& à tous les Gardes magafins de donner
avis des articles dont les magafins peuvent
manquer,
Le 30 , l'Amirauté a reçu des dépêches
de l'Amiral Campbell , en ftation à Terre-
Neuve. Elles ont été apportées par la frégate
la Charlotte , Capit. Bennet. Ces dépêches
portent , que plus de 50 bâtimens pêcheurs
ont appareillé de Terre Neuve pour
les ports d'Espagne & de Portugal , & qu'il
arrive journellement à la pêche des bâtimens
de toutes les nations.
Toutes les Compagnies des Indes étrangeres
, excepté les Compagnies Françoiſe
& Hollandoife , ont celle d'armer pour la
Chine , depuis les reglemens du Miniftere,
pour mettre un frein à la contrebande
des thés. La Compagnie Françoife n'expédie
même que lept vaiffeaux , & la Compagnie
Hollandoife onze . La Compagnie Angloine
en enverra trente en Chine cette année . Ce
commerce feul va donc employer trois mille
Matelots , & il y a lieu d'efpérer que l'année
prochaine
( 121 )
prochainele nombre des armemens augmen.
tera encore.
Le Lord Mulgrave , dit le Morning Hérald , eft
un homme effentiel pour M. Pitt . Ses confeils lui
font très -utiles . Feu Lord Chatam , dans fon fameux
difcours fur les Illes Malouines , dit que jamais
il n'avoit projetté aucune expédition maritime
fans confulter le Lord Anfon , & qu'il s'en
étoit toujours trouvé bien. M. Pitt agit très - fagement
en ſuivant l'exemple de fon pere . Il ne fau .
roit mieux faire que de confulter des gens expéri
mentés, car l'expérience après tout eft la premiere
& la meilleure leçon .
A l'une des dernieres repréſentations au
théâtre d'Haymarket , on a remarqué deux
femmes de la premiere qualité , dont l'une
ne ceffa de rire, l'autre de crier tout haut durant
la piece pleine d'intérêt. Cette liberté a
exceffivement déplû au public , & les deux
Ladis en belle humeur ont été livrées au bras
feculier des miniftres de la preffe , & vivement
réprimandées dans les Papiers publics .
M. Crofdill , célébre Violoncelle , aujour
d'hui chef de la Mufique du Vice - Roi d'Irlande
, vient d'époufer Mifs Colebrook
foeur du Chevalier Colebrook , ancien Direc
teur de la Compagnie des Indes. L'inégalité
des rangs avoit d'abord fait remarquer
cette union , en apparence mal- affortie ; mais
l'on a ceffé de s'en étonner lorfqu'on a rapproché
les fortunes des deux époux. Mi's
Colebrook jouit d'un revenu de mille livres
fterlings , & M. Crofdill gagne par fon talent
aumoins quinze cens liv . fterl. annuelle-
No. 34 , 20 Août 1785. f
( 122 )
ment , outre les cinq centpiéces que lui vaut
fa place de Sur- Intendant de la Mufique du
Duc de Rutland.
Nous avons eu , dit le Général Advertifer,
une triple alliance , une quintuple alliance ,
un club des Whigs , des conftitutionnaires ,
des citoyens , & mille autres fociétés bavardes
, formées des premiers Hommes de
la Nation ; mais aucune n'a mérité les éloges
qu'on doit à la Chambre actuelle des
Manufacturiers. Ceux qui compofent cette
Chambre ont gagné les coeurs & les fuffrages
des 99 centiemes de la Nation.
Les Boutiquiers du fauxbourg de Soushwark
fe font de nouveau égayés à brûler folemnellement
en effigie , les figures de M.
Pitt , & de M. Thornton , l'un des repréſentans
de ce faubourg. Dans la bouche d'un
ferpent en artifice , placé fur la poitrine des
deux effigies , on avoit mis une langue rouge
aufli en artifice , fur laquelle , lorſqu'on y
mit le feu , chacun lut diftinctement ces
mors , SECRETTE INFLUENCE ! Les Papiers
de l'oppofition ont rendu compte de cette
parade fous le titre fuivant ; Narration du
jugement & de l'exécution des deux Criminels
d'Etat , dans le Bourg de Soutwarck , Mardi
dernier.
Les négocians de Philadelphie ont réfolu
d'une voix unanime de prendre des arrêtés
entierement conformes à ceux de Boſton ,
relativement au commerce avec la Grande-
Bretagne..
( 123 )
On affure auffi qu'ils fe propofent , lors
de leur prochaine affemblée , de prier la Légiflature
de donner au Congrès les pouvoirs
néceffaires pour régler les affaires commerciales
des Etats- Unis .
La chambre de commerce de Ney- Yorck a pareillement
nommé un comité pour faire le rapport
de fon opinion , & recommander les metures
qu'il eft néceffaire de prendre pour fecouer
le joug , & brifer les entraves dont les Anglois
ont chargé le commerce des Etats - Unis . Les
membres de ce comité ont déja eu deux conférences
, & on affure qu'ils ont demandé la convocation
d'une affemblée générale de la ville ,
pour que toutes les claffes de citoyens aient la
liberté de faire connoître leurs fentimens fur
un fujet fi important pour leur bonheur & pour
celui de leur postérité.
L'affemblée générale du Rhodiſland , dans
fa derniere Seffion , a paffé un acte qui impofe
un droit de fept & demi pour cent fur
toutes les marchandifes Angloifes qui feront
importées fur des vaiffeaux Anglois dans cet
Etat , non compris le droit général de deux
pour cent fur toutes les importations .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 10 Août.
Mefdames Adélaïde & Victoire de France ;
font de retour ici , du 4 de ce mois , du
voyage que ces Princeffes viennent de faire .
à Vichy, où MadameVictoire a pris les Eaux.
qui lui ont très - bien réuffi .
L'Abbé de Saint -Paul , Chantre & Chanoine
de la Cathédrale de Montpellier , a eu
w
f2.
( 124 )
l'honneur d'être préfenté à Monfieur , en
qualité de Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel & Confeil de ce Prince.
Le fieur de Bérenger , que le Roi a nommé
fon Miniftre plénipotentiaire près la
Diète générale de l'Empire , a eu , le 7 de
ce mois , l'honneur de faire fes remercîmens
à S. M., à qui il a été préſenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil Royal des
Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat, ayant
le département des Affaires étrangères.
Le même jour , le fieur Efmangard ,
Maître des Requêtes , Intendant de Flandre ,
préfenté au Roi par le même Miniftre , a eu
T'honneur de prendre congé de S. M. pour
fe rendre à fon Intendance .
Le fieur Allemand , Confervateur général
de la Navigation de la Garonne , de plufieurs
Académies , a eu l'honneur de préfenter ,
le même jour , au Roi , à Monfieur & à
Monfeigneur Comte d'Artois , un Mémoire
fur la Navigation intérieure du Royaume,
DE PARIS , le 17 Août.
Il a été rendu le 7 un Arrêt du Confeil
d'Etat du Roi , concernant les négociations
abufives de la Bourfe ; le préambule porte ;
Le Roi eft informé que depuis quelque temps
il s'eft introduit dans la Capitale un genre de
marchés , ou de compromis , auffi dangereux
pour les vendeurs que pour les acheteurs , par
Jefquels l'un s'engage à fournir , à des termes
125 )
éloignés , des effets qu'il n'a pas , & l'autre fe
foumet à les payer fans en avoir les fonds , avec
réferve de pouvoir exiger la livraiſon avant l'échéance
, moyennant l'efcompte que ces engagemens
qui , dépourvus de cauſe & de réalité ,
n'ont , fuivant là loi , aucune valeur , occafionnent
une infinité de manoeuvres infidieufes , tendantes
à dénaturer momentanément le cours des
effets publics , à donner aux uns une valeur exagérée
, & à faire des autres un emploi capable de
les décrier : qu'il en résulte un agiorage défordonné
, que tent fage Négociant réprouve , qui
met au hafard les fortunes de ceux qui ont l'inprudence
de s'y livrer , détourne les placemens
plus folides & plus favorables à l'induſtrie natio .
nale , excite la cupidité à pourfuivre des gains
immodérés & fufpects , ſubſtitue un trafic illicite
aux négociations permifes , & pourroit compromettre
le crédit dont la place de Paris jou à fi
jufle titre dans le refte de l'Europe : Sa Majefté ,
par une fuite de l'attention qu'Elle donne à to ★
ce qui intéreffe la foi publique & la fûreté du
Commerce de fon Royaume , a voulu prévenie
les fuites pernicieufes que pourroit avoir un tel
abus s'il fubfiftoit plus long- temps ; & s'étant fait
représenter les Ordonnances & Réglemens rendus
fur cette matiere , notamment l'Edit du mois de
Janvier 1723 , & l'Arrêt du Confeil du 24 Septembre
1724 ? Elle a reconnu que ce n'eft
qu'en éludant leurs fages difpofitions qui prof
crivent toute négociation faite hors de la
Bourfe & par des perfonnes fans qualité , qu'on
eft parvenu à établir dans des Cafés & autres lieux ,
ce jeu effiéné , confiftant en paris & compromis
clandeftins fur les effets publics , lequel , dans les
pays même où il eſt tol; ré , paroît aviliffant aux
yeux de tout Négociant ou Banquier jaloux de
f3
( 126 ) 1
conferver fa réputation . Sa Majesté a donc jugé
néceffaire , pour y remédier , de renouveller les
regles déjà prefcrites par les anciennes Loix , &
d'ordonner que leur exécution ſera maintenue
avec la plus grande févérité.
Dans le difpofitif, il eft défendu de négocier
aucuns Effets royaux , ou Effets publics ,
en d'autres lieux qu'à la Bourfe , ni autrement
que par l'entremife des Agens de change.
S. M. , de plus , déclare nuls à l'avenir les
marchés & compromis d'Effets royaux à
termes , fans livraiſon ou dépôt réel d'iceux ,
fous peine de 24 mille livres d'amende , &
d'exclufion de la Bourſe.
Par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du
29 Juillet , S. M. a limité au 15 de ce mois
la permiffion portée par l'Arrêt du 17 Mai
précédent , de conduire & faire pâturer les
beftiaux dans les bois du Roi & des Communautés
féculières & régulières. Cette limitation
eft motivée dans le préambule , par
les abus qui ont réfulté en quelques endroits
du premier Arrêt , par la crainte de la dégradation
entière des forêts royales , & par les
reffources que les pluies & l'état actuel des
récoltes alloient procurer pour le pâturage
des beftiaux .
Au commencement du mois ,
les orages
ont été affez fréquens dans les environs de
cette Capitale . Entr'autres , le tonnerre eft
tombé le 2 à Rambouillet , fur une des
écuries où se trouvoient les chevaux de
Monfieur , Frère du Roi. La Gazette de
( 127 )
i
France préfente en ces termes les circonftances
de cet accident.
•
Le tonnerre eft tombé , le z de ce mois , à Rambouillet
, fur une des écuries où font les chevaux
de Monfieur , frere du Roi . La foudre a pénétré.
par le toit du côté du midi , où elle n'a fait qu'une
petite ouverture , & étant entrée dans le grenier
rempli de paille jufqu'au faîte , l'a traversé fans
y mettre le feu a fracaffé un arcboutant de la
charpente , & eft defcendue le long d'un montant .
Arrêtée par une traverfe , elle l'a fuivie jufqu'à
la piece de bois fur laquelle eft appuyée une
panne qu'elle a encore maltraitée en fuivant toujours
la même dire &ien. De- là gagnant le côté
du Nord, eile a brifé & haché en copeaux un chevron
jufqu'à l'égoût Enfuite elle eft entrée dans
l'écurie dont la porte étoit ouverte, a emporté un
careau de cette porte , & s'étant divifée à droite ,
à gauche & en avant , elle a frappé d'une maniere
plus remarquable le cheval en face de la porte ,
qui ayant eu fur la champ la moitié de la tête paralyfée
, eft mort 24 heures après ; & ceux qui
étoient aux deux extrémités du rang , dont l'un ,
celui qui étoit à droite , a été tué roide , & l'autre
dangereufement bleffé. Tous les chevaux de
l'écurie, frappés en même temps , font tombés ,
à l'exception de deux . La plupart n'ont eu d'autre
marque de tonnere que des traces aux jambes &
aux cuiffes , dont il n'eft réfulté qu'une enflure
affez confidérable aux premieres . Quatre Palefreniers
ont été bleffés légérement ; deux feulement
ont eu , l'un au bras , l'autre à la cuiffe , des
marques apparentes , confifiant en une impreffion
de rougeur avec quelques boutons d'éréfi
pele. Le plus maltraité étoit dans la fellerie ,
derriere le mur auquel touchoit le cheval qui a
été tué roide. Il parcît que la bande de fer qui
+
£ 4
( 128 )
borde la mangeoire a fervi de condu@eur au
tonnerre. L'eftomac & les inteftins du cheval qui
a été tué roide , fe font trouvés d'un volume fix
fois plus confidérable que dans l'état naturel , il
s'en eft dégagé beaucoup d'air qui n'étoit pas infect
. Les vaiffeaux au-deſſous du coeur étoient flafques
, mais ceux de la tête étoient gorgés d'un
Tang noir , prefque coaguié , ce qui a lieu dans
les fuffocations fubites .
Le 4 , un violent orage a caufé d'affez
grands dommages dans le voifinage de Guife
en Picardie. Aux tonnerres & aux éclairs
fuccéda , vers les 3 heures & demi de l'aprèsmidi
, une pluie mêlée de grêle , & tellement
abondante, que des torrens d'eau s'écoulant
des collines , renverferent des murs entiers
dans le fauxbourg de Guife , remplirent les
maifons à plus de fix pieds de hauteur , &
détruificent les maifons , les meubles , les
beftiaux. La rivière d'Oife fe déborda , &
augmenta les dommages en fubmergeant
les jar lins , couverts aujourd'hui de limon
& de gravier. L'orage s'étandit für plufieurs
villages peu éloignés de Guife , & à détruit
une partie des récoltes.
L'Académie avoit donné le Prix de Vertu ,
qui est une Médaille d'or de douze cens livres ,
à M. Poultier , cet Huiffier Prifeur qui refufa la
riche fucceffion du fameux Charpentier Bougeau't.
Cet honnête homme s'eft montré auffi
modefte qu'il avoit été défintéreffé . Ne trouvant
pas que fon action méritât des Eloges publics , il
a indiqué à l'Académie un Portier , qui à ce
qu'il prétend , mérite mieux que lui le prix d'une
bonne action. Ce Portier a foigné pendant long(
129 )
temps un Commiffionnaire malade , & lorfque
cet homme eft venu à mourir quelques années
après , & que par reconnoiffance, il a inflitué le
Portier fon héritier ; celui- ci a fait chercher en
Auvergne quels étoient les parens , il a fait remettre
onze cens livres qu'il avoit retiré de
cette fucceffion , à un coufin fort éloigné & fort
pauvre.
Le bateau pilote de S. Malo , en faiſant ſa tournée
le 24 Juin dernier , prit à fix lieues au large ,
un poiffon monstrueux & inconnu , qui pefe environ
500 livres . Sa tête eft à peu près celle d'un
requin , mais elle eft plus pointue ; fes yeux font
grands ; il a cinq ouvertures de guines de chaque
côté , deux grandes nageoires au- deffus ; au bas
de fon ventre font deux efpeces de fufeaux formés
de chair & d'os , & vuides dans toute leur longueur
: entre ces deux fufeaux , on voit un trou
qui communique à fon ventre ; à l'ouverture de ce
trou , il y a de petits mammelons qui fuintent
une espece de liqueur laiteufe . On croit que cet
animal eft femelle , & que c'eft par - là qu'il nourrit
fes petits. Sa mâchoire inférieure eft armée
dans le devant de quatre rangs de dents fort aigues
la mâchoire fupérieure n'a que deux rangs
de dents . Sa peau eft plus brune , & n'eft pas fi
rude que celle du chien de mer . Sa queue eft fingulierement
faite . Aucun de nos anciens navigans
& pêcheurs ne connoît ce poiffon . Un vent
de nord- nord- est très - violent , qui fouffle depuis
long-temps & qui rend la mer fort houleufe , aura
éloigné cet animal de fes parages , & il fe fera
comme égaré en pourfuivant quelque proie pour
fa nourriture . Les Matelots du bateau pilote ont
obligé ce poiffon de s'avancer fur le rivage , où
'ils l'ont pourfuivi à coups de gaffes & à coups
de couteaux. Un petit de fon efpece l'a fuivi juffs
( 135 )
1.
J
ques fur la vafe ; mais comme il ne tiroit pas
tant d'eau , il s'eft fauré.
En 1754 , M. le Comte d'Efpié , Chevalier
de S.- Louis , &c. publia dans une brochure
intéreffante un procédé propre à rendre
les bâtimens incombuftibles. Ce procédé
qui confiftoit à féparer les étages des maifons
par des voûtes plates & les couvertures
par des combles briquetés , fut fuivi en
partie à Verfailles dans la conftruction de
l'hôtel de la guerre , & à Paris , complet
tement dans celle du Palais Bourbon . M.
le Comte d'Efpié touché des accidens qui
fe renouvellent dans les campagnes , nous
a adreffé à ce fujet les obfervations fuivantes.
3
Dans nos Provinces méridionales , les maiſons
des Bourgs , des Villages & Hameaux , même
des maifons éparfes dans la campagne , font toutes
conftruites ou en pierre ou en moilon ,
ou en brique , ou en caillou , cu en terre même
, appellée vulgairement parey ; prefque tous
les combles font à deux eaux , avec une pente
médiocre ; conftruits d'une charpente affez fimple
, couverte avec des thuiles creules , le feu
par conféquent n'a pas beaucoup de prife dans
des maifons ainfi conftruites , il eft très- facile
d'en arrêter le progrès , quand même il prendroit
dans quelque étage d'en bas .
D'ailleurs dans ces Provinces- ci on n'enferme
point les gerbes de la recolte dans des granges ,
comme dans le refle de la France , les gerbes
s'arrangent l'une fur l'autre , fe terminant en
pointe , afin qu'en cas de pluie , l'eau puiffe
s'écouler & n'entre point dans l'intérieur du gerbier
; ce gerbier eft toujours placé à 60 pas ou
( 131 )
plus de la métairie ou de la maifon du propriétaire
, afin d'éviter les accidens du feu , & tout
de fuite la gerbe eft batue au fleau . La paille
qui en provient eft arrangée de même & terminée
en pointe , couverte de paille de feigle ; la
paille ainfi arrangée s'appelle pallier , bridé avec
des gros cables ou liens faits avec de la paille
de feigle , afin que les vents n'aient point de
prife. Les palliers font toujours placés à la même
diftance , pour la même raifon,
Au lieu que les granges dans le refte du Royau
me remplies de gerbes ou de paille , attenantes
prefque toujours aux mailons des propriétaires
, augmentent le ravage de l'incen-'
die lorfque le feu peut y atteindre, il faudroit
pour en prévenir les fuites facheufes , que
chacun
eût fa grange hors du village ou du bourg ,
& qu'il y eût une défenſe générale , de ne couvrir
jamais aucune maifon avec de la paille , ce
qui occafionne fouvent la perte entiere de tout le ,
village.
Pour cela il feroit très - important de chercher
les moyens d'arrêter le cours de ces malheurs. Je
conviens que les voûtes plates & même les combles
briquetés , exigent une dépénfe que tout le
monde re peut pas faire. M. le Duc de Croi ,
dont les qualités de l'efprit égaloient celles du
coeur dont l'ame fenfible vivement touchée du
trifte fort des infortunés incendiés , donna au
public un mémoire inféré dans le Mercure du
mois de Janvier 1779 , page 178 , où il donne
un très-bon procédé , qui ne paroît pas coufeux
, & très aifé à fuivre.
>
9
Mais comme les matériaux néceffaires pour
fon procédé & pour le mien font abondans dans
certaines Provinces , & manquent fouvent dans
d'autres où l'on ne pourroit les tranſporter qu'à
f6
( 132 )
grands fraix , c'eft pour lors qu'il faut s'intriguer
& que le génie de l'ouvrier & de l'amateur travaille
à chercher tous les moyens poffibles pour
conftruire des maifons aux moindres fraix , &
autant que faire fe pourra à l'abri de l'incendie
, en fe fervant de matériaux que le pays
fournit ; c'eft de quoi tout bon patriote devroit
férieulement s'occuper.
Il est très sûr que tous les moyens propofés
jufqu'ici ne font nullement applicables
aux maifons des campagnes , comme trop
difpendieux . Celui imaginé en Angleterre
par Milord Mahon , qui confifte à garnir ,
en conftruiſent , les planches & les cloifons ,
d'une préparation qui intercepte abfolument
la communication de l'air , a été jufqu'ici
plus économique ; mais il ne l'eft point encore
affez pour les villages.
L'avis du Docteur Anglois Edouard Long
Fox , aux perfonnes intéreffées , comme proprié
taires ou affureurs dans quelques Bâtimens pris
pendant la derniere guerre , publié dans la Gazette
du 25 Février dernier , n'a pas été fans
effet. Les fieurs Elie Lefebvre freres de Rouen ,
& Catel pere , du Havre , Armateurs & proprié
taires du Navire l'Affurance , Capitaine J. Fr.
Quentin , du Havre , viennent d'écrire que le
Docteur Edouard Long Fox a fatisfait , à leur
égard , à ce qu'il avoit fait annoncer. C'eſt conformément
à leur vou que l'on donne ici la publicité
qu'il mérite , à ce trait unique de générofité
& d'équité qui honore la fociété des Quakers ,
& prouve leur attachement conftant aux principes
de paix & d'union qui les caractérisent .
M. Muftel a lu à la derniere féance de l'A(
133 )
cadémie de Rouen un Mémoire très précieux
dans la circonftance , où il rend compte
en ces termes de fa découverte d'un fupplément
aux fourrages ordinaires en tems
de dilette .
Je fuis , dit - il , dans l'ufage , depuis 20 ans , de
faire élaguer & ébrancher mes arbres pendant l'été ;
& l'expérience m'a prouvé , malgré les préjugés
contraires , que cette faifon n'eft que plus favorable
pour cette opération ; parce que la feve étant
alors en grand mouvement , les plaies fe recouvrent
mieux & plus promptement.
J'ai fait féparer les rameaux , c'eft à - dire , les
jeunes pouffes , du gros bois , opération qui peut
fe faire par des femmes ou des enfans. J'ai fait
étendre , retourner & fanner au foleil , comme du
foin , ces rameaux ; & fans attendre qu'ils foient
entiérement fecs , mais les feuilles étant encore
dans un état de verdure qu'elles confervent longtems
, je les fais botteler avec des hartz.
J'ai donné de cette efpece de fourrage , que j'appellerois
arborique , à des vaches & à des chevaux ,
& j'ai vu que les uns & les autres l'ont mangé de
préférence au foin ordinaire .
Ce n'est donc point un vain procédé proposé ,
comme tant d'autres , par de prétendus Agriculteurs
de cabinet : il eft auffi súr que praticable partour.
Les chênes , les ormes , les hêtres , les frênes
, les peupliers , &c . , peuvent y fournir abondamment
. Et où n'y a - t - il pas de ces arbres , dont
la fuppreffion des branches baffes n'eft que trop
négligée ! Les avenues , les futaies , & autres plantations
autour des habitations & le long des grandes
routes , peuvent fournir des dépouilles confidérables
, dont l'effet fera de former de plus belles
tiges , & des têtes plus élevées & plus étendues ,
( 134 )
qui ne donneront que plus d'ombrage. Outre la
quantité de feuillages que peuvent fournir les
grands arbes, on en peut tirer beaucoup des taillis ,
en fupprimant les branches rampantes & chiffonnées,
qui ne font que nuire à la prospérité des gaulis,
ou qui périffent étouffées deffous.
Que l'on ne croie pas que cette opération dégarniffe
les taillis : on doit favoir qu'en coupant
une certaine quantité de branches , il n'en repouffe
que plus d'autres ,
Les baliveaux que l'on laiffe ifolés dans les taillis,
auroient fur- tout befoin d'être purgés des branches
baffes , pour leur former de belles tiges , fans
nonds , & faire de beau & bon bois de fervice.
Mais ce qui produiroit abondamment , ce feroit
un émondage etile dans les forêts du Roi , dans les
bois des gens de main- morte. Je fins que la permillion
que l'on donneroit d'y couper, pourroit deverir
abufive ; mais elle pourroit ceffer de l'être ,
en no s'exécutant que fous les yeux des officiers des
maitrifes , & des gardes furveillés par eux. Enfin ,
quand il y auroir quelques abus , ils feroient moins
confidérables & moins deftructifs pour les forêts ,
que le concours permis des animaux broutans.
Loin qu'ilen foit de même de l'ébranchage , plus
utile aux riverains , qui viendroient en prendre des
charretées , cette opération bien faite revertirait å
la prospérité & au bon état des forêts .
Si les chevaux & les vaches fe nourriffent bien
des rameaux verds , l'effai dort je viens de rendre
compte les rend encore plus précieux ; puiſqu'étant
fannés , comme je l'ai dit , ils feront une bonne
nourriture pendant l'hiver , tems qui ne peut manquer
d'être plus ou moins critique cette année par
le défaut des fourrages ordinaires .
On peut faire ufaze de ce procédé jufqu'au mois
d'Obre; mais paffé ce tems , j'ai lieu de croire
que le folcil ayant moins de force dans notre cli(
135 )
mat , la fanaifon de ce fourrage fe feroit moins
bien ; il ne feroit plus d'une auffi bonne qualité &
d'une auffi longue confervation.
J'ai éprouvé qu'un homme peut émonder fur de
moyens arbres , dans fa journée , de quoi faire 50
bottes de fourrage; un autre peut féparer du gros
bois les menues branches , & trois femmes ou enfans
peuvent les préparer . Ainh , la dépenſe de ce
travail ne va qu'à environ z fols la botte , travail
dont on eft d'ailleurs bien dédommagé par le profit
du bois qui en provient.
t
On y peut joindre les tontures des haies & des
charmilles , & autres branchages où il n'y a point
de piquants.
:
On dit que les vaches qui mangent des feuilles
vertes , donnent un lait qui n'eft pas d'une auffi
bonne qualité. Je ne me fuis point affuré de ce
fait mais quand même cela feroit vrai des feuilles
vertes, celles qui ayant été fannées , comme je l'ai
dit , ont l'odeur du meilleur foin , ne doivent pas
produire le même effet. Au furplus , heureux
d'avoir les denrées de premiere néceffité cette
année , quand elles ne feroient pas auffi parfaites !
Les Nuniéros fortis a Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 57 , 50 , 60. 48 , & 86 .
PAYS - BA S.
DE BRUXELLES , le 15 Août.
Le Capitaine Van Braam , qui commande
l'efcadre de la République de Hollande
aux Indes Orientales , a fait une expédition
contre le Roi de Riou dans l'ifle de
Mars , auffi heureufe que les deux précédentes
dont nous avons rendu compte. Cet
Officier fe rendit maître , le 30 Octobre
( 136 )
dernier, de l'ifle de Mars , & enfuite de la
place même de Riouw , fans avoir perdu
beaucoup de monde. Après avoir pris poffeflion
du pays , il y fit arborer le pavillon
Hollandois.
La Magiftrature d'Utrecht ayant refufé à
la Bourgeoifie de reconnoître fes repréfentans
ou commiffaires , trois mille perfonnes
de tout état ont été appuyer cette demande
de leur préfence , avec l'attention
néanmoins de paroître à l'Hôtel de- ville ,
défarmées. La Régence trouvant que cette
cohue d'infurgens repréfentoit fort bien
comme l'ont dit ingénieufement les gazetiers
de ce pays - là , les anciennes affemblées
du peuple Romain , a fenti toute la jufteffe
des trois mille argumens qui lui étoient
adreffés , & a confenti à tout ce qu'on a
voulu. Refte à favoir les fuites qu'aura cette
affaire .
"
9
Le payfan de Zevenhuyfen , qui a fi mal
reçu M. Blanchard à la defcente de fon
premier voyage aërien en Hollande , a gagné
fa caufe. La loi porte , a- t il dit aux
Juges , , que tout ce qui tombe des airs
» fur un champ , appartient au propriétaire ;
» or M. Blanchard & fon ballon font tom-
» bés des airs dans mon chant , donc M.
» B. & fon ballon m'appartiennent. Je lui
» ai permis de fe racheter pour dix ducats :
» il eft clair qu'il me les doit. » En vertu
de ce fyllogifine , l'Aeronaute a été débouté s
de fa demande en dommages & intérêts ,
( 137 )
"
& a eu le bon efprit de rire le premier de
l'argument.
Samedi , 6 de ce mois , le Prince d'Orange
eft arrivé à la maifon du Bois , de retour
de fon voyage dans le Brabant & dans
la Flandre Hollandoife.
Quelques Papiers publics racontent en
ces termes , un trait affez remarquable de
courage & de fang froid.
Il y a quelques jours que deux Dragons du Régiment
qui étoit en quartier à Béfort en Alface ,
défertetent à cheval , avec armes & bagages ,
& voulurent gagner Bafle en Suiffe , où ils
étoient sûrs de ne pas être arrêtés. Comme ils
manquoient d'argent , ils formerent le projet
d'en aller demander dans le premier Château qui
fe préfenteroit far leur route. Celui de M. M***
s'offrit à peine à leurs yeux , qu'ils prirent le galop
& s'y rendirent. La porte de l'anti -chambre ,
au rez de chauffée , fe trouvant ouverte , ces
Dragons , avec la plus grande hardieffe , monterent
& ouvrirent la premiere porte qu'ils rencontrerent
; c'étoit précisément celle de la
chambre à coucher de la Demoiſelle M*** , qui
ne fut pas peu étonnée de voir deux hommes entrer
dans fon appartement , & fur- tout deux
hommes en uniforme , & qui avoient bien l'air
de ce qu'ils étoient . Un des Dragons demanda à
la jeune Demoiſelle fi fon pere étoit au logis ?
Elle répondit que non , & que même elle ne l'at
tendoit pas avant le foir. Auffi - tôt le Dragon
l'inftruifit du fujet de fa vifite , & exigea d'elle
cinquante , louis d'or au moins , tant pour lui que
pour fon camarade. Mademoifelle M*** leur
dit qu'elle n'avoit point d'argent , attendu que
depuis la mort de ſa mere , jamais fon pere ng
( 138 )
fortoit fans emporter les clefs de fon fecrétaire.
Le Dragon pour l'intimider tira un piftolet de fa
poche , & lui jura qu'il alloit lui brûler la cervelle
, fi elle n'acquiefçoit à fa demande ; & au
même inflant l'autre Dragon qui n'avoit encore
rien dit , s'avança vers la table , près de laquelle
la jeune Demoiſelle étoit affife , tira auffi un
piftolet , & le pofa à côté d'elle , en jurant que fi
fon camarade la manquoit , très certainement il
ne la manqueroit pas. Auffi tôt Mademoiselle
M*** fe leva comme pour aller chercher de
l'argent; mais , s'arrêtant tout court , elle faifit
le piftolet , fi imprudemment laiffé ſur la table ,
& le tira fur le Dragon qui avoit un piſtolet
chargé à la main ; & comme il tomboit , elle
s'élança vers lui , lui arracha ce piftolet ; & , en
le préfentant au Dragon qui n'étoit point armé ,
elle lui dit que s'il faifoit le moindre mouvement
, elle étoit réfolue à le traiter comme elle
avoit fait fon camarade : cependant l'explosion
du piftolet attira bientôt tous les Domeftiques ,
qui ne s'attendoient pas à trouver leur maîtreffe
en pareille compagnie. Le Dragon expira au
bout de quelques minunes ; l'autre fut reconduit
à fon Régiment par la Maréchauffée , & il est
condamné à mort.
Paragraphes extraits des Gazettes Angl. & outres.
Quoique les pieces d'étoffes précieuses que les
Députés Hollandois avoient apportées avec eux ,
euffent été confifquées par ordre de l'Empereur,
S. M. , par un effet de fa générofité ordinaire ,
vient d'ordonner que ces étoffes , dont le prix
montoit à plus de 25000 florins , leur fuffent
rendues fans aucune prélévation de droits. Cependant
cette confifcation avoit fait une grande
fenfation dans le public ; les Députés y avoient
paru fort fenfibles , parce que , difoient - ils ,
ils n'avoient apporté ces étoffes que pour en faire
( 139 )
préfent à différentes perfonnes. ( Nouvelles d'Allemagne
, no. 12 )
Nous avons à préfent des nouvelles certaines
de ce qui s'eft paffé fur le territoire de Venife. Le
Pacha de Scutari , aprés fon expédition contre
les Monténégrins , entra à l'improvifte fur les
confins de l'Etat de Venife : quelques chefs de
payfans vinrent pour s'opposer à fon paffage ;
mais le Pacha les fit étrangler fur le champ.
Il s'enfuivit une action fanglante entre les Efclavons
& les Turcs , où plus de deux cents
des premiers perdirent la vie. Il y eut du côté
des Turcs un plus grand nombre de morts & de
bleffés . Les Efclavons trop foibles furent obligés
de le retirer . Le Pacha irrité fit mettre le feu
aux maifons & aux églifes de Catarro , & pilla &
ravagea tout le territoire. La République a envoyé
un Député à la Porte pour faire des repréfentations
au fujet de cette invafion du Pacha ,
qui tient en fa puiffance tous les environs de
Catarro , à l'exception de quelques fortereffes.
On apprend de Ragufe , que cette République
a formé un cordon fur les frontieres de la Bofnie
à quinze miles de fon centre. On ajoute
qu'un efcadre Dulcignote avoit tenté d'entrer
dans Ragufe , mais que l'entrée lui a été interdite
( Nouvellifte d'Allemagne n° . 124. )
On n'a pas encore des éclairciffemens décidés
fur les vrais moteurs du complot infame tramé
contre Mgr. le Duc de Brunfwich. L'on avoit
accufé à tort , à ce qu'il ſemble , tous les Officiers
des nouveaux Corps au ſervice de la Hollande
, d'y avoir trempé . On dit que les feuls
coupables font dans le Régiment de Salm ; le-
Baron d'Arros , Lientenant- Colonel de ce Corps ,
eft du nombre de ceux qui ont été arrêtés içi .
On nous mande de Liege que la Police de cette
ville avoit été requise d'y arrêter un quidam
( 140 )
qui fe faifoit nommer Antoine , & fe difoit matchand
, mais qui n'eft réellement qu'un aventuturier
dangereux , François de naiffance , tenant
à une grande famille , & le principal moteur
du complot déteftable contre l'ancien Feld- Maréchal
de la République . Il étoit effectivement
à Liege Jeudi 26 Juillet , & il y paffi encore la
nust du Jeudi au Vendredi ; mais des Officiers
Hollandois , prévenus fans doute des recherches
que l'on faifoit , ont trouvé le moyen de l'y
fouftraire & l'on a fu le lendemain matin qu'ils
étoient venus à bout de le faire partir fecrétement
pour Macftricht , où il étoit encore le Samedi
foir , ayant été vu à la Comédie . On a
d'autant plus de raifon de foupçonner ce prétendu
marchand , que dans un fac qui lui appartenoit
& mis en dépôt dans la chambre d'un Officier
Hollandois actuellement à Liege , l'on a trouvé
des habillemens d'un Cavalier de la Maréchauffée ,
de France. Ce cofthume n'étoit cependant pas
celui de l'état qu'il fe fuppofoit , ni celui d'un
homme de fa qualité . Cette affaire donne lieu
aux plus étranges foupçons , & aura très - certai
nement des fuites férieufes dont nous inftruirons
nos leЯeurs à mesure que l'occafion s'en préf- ntera.
( Nouvell. d'Allemagne , Gazette de Cologne ,
no. 124 ).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX. ',
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE..
Caufe entre les Boulangers de Rochefort en Aunis,
& les Maire & Echevins de cette ville.
Dans cette caufe , l'Académie des Sciences
ayant nommé fur les conclufions de M. d'Aguelfeau
, alors Avocat genéral , trois Commiffaires ,
MM . Tiller , Leroy, & Defmarets , ces MM. ont fait,
en préfence de beaucoup de Chymiftes, dePhyficiens,
de Boulangers & de Meuniers , des effais de meune.
rie & de panification , dont les détails ont été re(
141 )
cueillis dans un Rapport. Les Boulangers en ont
demandé l'entérinement , & les Echevins s'en
font rapportés à la prudence de la Cour. Le
2 Juillet mil fept cent quatre- vingt cinq , fur les
conclufions de M. l'Avocat Général , la Cour a
entériné le rapport de l'Académie , & a ordonné
l'exécution du tarif de 1703 , l'impreffion & l'affiche
de l'Arrêt , & a condamné les Echevins de
Rochefort aux dépens. Ce rapport offrant un
moyen d'affeoir fur le pain un tarif exact , relatif
aux prix du pain , nous croyons devoir en préfenter
ici les réſultats. 1º. Il faut pefer le frotel
qu'il foit , bon ou médiocre , il donne
pour la mouture économique trois quarts de fon
poids en farine , & l'autre quart en iſſues & en déchets
. 2°. On obtient trois qualités de farine ,
dont on fait trois fortes de pain , pain fine fleur ,
pain bis-blanc , & pain bis . 3 ° . On retire de la farine
fon poids en pain ; plus , cinq feiziemes de
fon poids : ainfi on aura le poids de la farine en
pain blanc , trois feiziemes & demi en pain bisblanc
, & un feizieme & demi en pain bis.
ment ,
J
Dans les villes où l'on confomme plus de pain bisblanc
que de première qualité , on retirera en pain
blanc les trois feiziemes & demi blanc , le poids de
la farine en pain bis -blanc , & un feizieme & demi
en pain bis . Ces réfultats obtenus pour favoir
à combien revient chaque liv, de pain intrinfeque
, il faut répartir fur chaque livre de pain le
prix du bled marchand , tel qu'il fe vend dans les
Marchés ; le bled marchand eft celui qui tient le
milieu entre la tête des bleds & le bled médiocre .
4. La valeur intrinfeque de chaque livre de
pain connue , il s'agit de régler ce que chaque
livre de pain doit fupporter pour frais de manipu
lation . « Il paroît plus fimple , difent les Com-
» miffaires , fuivant l'ufage établi dans plufieurs
villes du Royaume , d'accorder une fomme fixe
( 142 )
အ
que
aux Boulangers par quantité déterminée de farine
ou de pain ; de ne point entrer avec eux
dans le détail des frais de mouture & de boulangerie
; & après avoir réglé la valeur intrinfede
la livre de pain fur celle du bled , aà mefure
qu'elle varie , d'y ajouter le prix conflant
» de main -d'oeuvre qu'on aura fixé . Il restera à faire
uneautre opération , celle de décharger la livre
» de pain inférieur en qualité de l'excédent du
prix qu'elle a reçu par un premier calcul , &
» de le faire retomber fur la livre de pain d'une
meilleure qualité . Mais , dans cette taxe , il faut
» avoir toujours égard au poids de chacun des
» pains , foit à la forme qu'on leur donnera , puif-
» qu'il eft conftant que les pains d'une liv . , d'une
» demi- livre , & fur- tout de quatre onces , perdent
beaucoup de leur poids au four , principa
» lement fi on leur donne une forme plate ou allongée
, qu'ils exigent des frais extraordinaires ,
& fortent par- là du prix commun qui fe trouve
aux pains de la même qualité , mais d'un
» poids très-fupérieur. Il feroit difficile de préfenter
une règle fur ce point particulier ,
» il faut l'abandonner à la prudence des Magif-
> trats , & fe borner à leur offrir des bafes générales
qui leur deviendront toujours avantageuafes
dans les circonfiances même où l'efprit de
»juflice les forcera de s'en écarter ». L'Académie
prévient que fes données ne font pas d'une
précifion géométrique ; que , par exemple , quand
elle avance que le froment donne trois quarts de
fon poids de farine , on peut en retirer ou plus ou
moins , la nature pouvant varier dans fes productions
mais cette variation n'eſt jamais affez
fenfible pour infpirer de l'inquiétude au Juge qui
taxe le pain ; il peut prendre pour baſe générale
trois quarts du produit en farine par la mouture
Economique. De même , quand elle annonce
( 143 )
--
que la farine donne au pain fon poids , plus cinq
feiziemes de fon poids , on conçoit qu'il pent
y avoir augmentation ou diminution , fuivant
que le pain eft plus ou moins cuit , fuivant la
dimenfion donnée aux pains , ou la féchereffe
ou l'humidité des farines . Ces données étant dans
l'approximation la plus exade poffible , on ne
craint point de s égarer fenfiblement en s'y attachant.
Le tarif de 1703 accorde 6 liv. pour
frais de manipulation aux Boulangers de Rochefort
pour une mesure de 260 livres de farine , comme
on peut retirer 340 livres de pain . Le prix de la
main- d'oeuvre , fixé par le tarif , revient à 4 deniers
, 4 dix feptiemes par livre , cette fomme
pouvoit être exceffive en 1703 ; mais l'Académie
eftime que l'on peut accorder ces 4 deniers 4 dixfeptiemes
comme un falaire raisonnable , c'eft ce
qu'a jugé l'Arrêt , en homologant le rapport de
l'Académie , & ordonnant l'exécution du tarif de
1703. Pour donner un modele de cette opéra-,
tion , l'Académie préfente le tableau fuivant.
Soit donné qu'un feptier d'une ville de Province ,
contenant 200 livres de froment bien net & de
bonne qualité , coûte 21 liv. , fi on emploie deux
feptiers 4 cinquiemes , ou 560 livres de frement ,
'le bled , prix intrinfeque , reviendra à 60 l . 4 fols.
De ces 560 livres de froment , on retirera :
320 liv. farine , Iere qualité
54 liv. de la 2e qualité
26 liv. de la 3e qualité
20 liv. farine bife.
126 liv. iffues ou fon ,
14 liv. de déchets.
4201.
--
5601 .
3140 1.
Dans les villes où il
Des 420 livres de farine , on retirera 551 liv.
de pains de 4 , 6 ou 12 liv. ; favoir:
Dans les villes où l'on
confamme plus de pain ,
premiere qualité.
fe débite plus de pain,
feconde qualité.
( 144 )
420 1 , pain- rere qualité
88 1. pain bis- blanc
43 l pain bis.
88 1. pain rere qualité
420 1. pain bis - blanc
43 1. pain bis.
Ce froment revient à 60 livres 4 fols , partant '
chaque livre de pain rèvient à 2 ſols , 2 deniers
& un quart.
Qu'on ajoute ou fuppofe quatre deniers par 1 .
de pain , tant pour frais de manipulation , que '
pour le bénéfice qu'il convient accorder aux Bou:
langers ; les 51 1. de pain coûteront 9 1. 3 f. 8 d.
Qui ajoutées au prix du froment
comme ci - deffus • · 60
3
4 0
69 7 8
Et chaque livre de pain vaudra 2 fols 6 deniers
& un quart.
Mais il faut répartir ces 69 liv. 7. f. 8 den . , &
faire fupporter au pain blanc les frais pour en décharger
la livre de pain inférieur en qualité.
Dans les premieres villes,
420 1. 1ere qualité à 2 fols 9 den . 571. 15 f. od.
88 1. 2e qualité à 1 fol 2 den .
43 1. pain bis , à 1 fol 6 deniers ,
GO
8 8 8
3 4 6
69 8 2
12 1.9 f. 4.d.
52.10 O
Dans les fecondes villes,
88 1. rere qualité , à 2 f. 10 den.
4201. 2me qualité , à 2 ſ. 6 den.
43 livres pain bis , à a f. I den.
teron ,
4 9.7
69 8 11
Mais fi l'on confomme plus de pains d'un quar
d'une demi - livre , d'une livre , il faudra'
donner quelque chofe de plus . -On peut appliquer
ce tableau aux diverſes meſures des villes
de province , par une regle de trois.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 13 Août.
N,Juiller Amiral Ruffe Tichitſchagoff,
OUS apprenons de Pétersbourg que le
accompagné de deux Officiers de pavillon ,
paffa en revne l'efcadre mouillée dans le port
de Cronstadt . Au départ des dernieres lettres
, cette efcadre n'avoit pas encore appareillé.
Elle eft compofée de deux vaiffeaux
de 100 pieces de canon , montés chacun de
1200 hommes , & de vaiffeaux de 74 & de
64 canons . L'Amiral Ruffe qui la commande
fera hiffer fon pavillon fur l'un des
bâtimens de 100 can . , & il aura fous fes
ordres deux contr'Amiraux ; l'efcadre devant
être répartie en trois divifions , chacune de
5 vaiffeaux de ligne , fans compter les frégates
.
L'année derniere nous donnâmes un état
de la récolte des vins de Hongrie. On trou
No. 35, 27 Août 1785. g
( 146 )
ve un expofé affez curieux & intéreffant de
ces vins & de leurs véritables dénominations
dans un Journal de voyage imprimé à
Berlin.
La plupart des Hongrois , dit le Voyageur ,
inanquert des connoiffances néceffaires à la préparation
& à la confervation des Vins de leur
pays. Il est vrai que dans les années abondantes,
le Vin y eft à bon marché , qu'il ne vaut pref
que pas la peine de faire quelques avances extraordinaires
; mais c'est encore une vérité inconteftable
que les Hongrois font très en arriere de
leurs voifins , quant aux connoiffances commerciales
. Ils ignorent la véritable maniere de fe
défaire de leurs Vins avec avantage , & au lieu
d'en être eux mêmes les marchands , ils n'en font
que les commiffionnaires pour d'autres négocians
. Ce font les marchands de Vin de Vienne ,
de Prague , de Linz , &c. entre les mains defquels
fe trouve le commerce des Vins de Hongrie,
& les marchands nationaux n'y gagnent que
les droits de commiffion que les premiers veulent
bien leur accorder. Les diverfes pieces &
qualités de ces Vins , font très - peu connues ailleurs.
Dans le nord d'Allemagne , on eft dans
l'ufage de les divifer en Vins de la haute & baffe
Hongrie; mais ces nominations, relativement aux
efpeces des Vins, font inconnues dans le pays même
, où l'on diftingue chaque efpece d'après le
le comitat ou le côteau qui l'a produit. On
compte plus de 200 e fpeces de ces vin que
le connoiffeur fait très - bien diftinguer . Dans
la baffe Allemagne , tous les vins de Hongrie
font appellés vins de Tockai , & fouvent les
vins doux & fpiritueux , & fur-tout ceux de St.
George font vendus pour des vins de Tockai,
( 147 )
Beaucoup de gens ont prétendu que ces derniers
ne le vendent jamais , & que l'Empereur
feul en poflédoit & en faifoit des préfens ; mais
cela eft faux, La dénomination de vin de Teckai
date de la Régence du Prince Ragoczi , qui avoit
à Tockai une cave où étoient confervés les
meilleurs vins de Hongrie ; ainfi quand ce Prince
demandoit qu'on fervît à fa table du vin exquis ,
on alloit prendre du Tockai , c'eſt à dire ,
des
vins de la cave de Tockai. Il existe à la vérité
un côtean appellé autrefois Tockai , & connu au-
-jourd'hui fous le nom de Thereñenberg , qui produit
de très bon vin ; mais le meilleur vin de
Hongrie vient des vignes de Szarwafch ; ces vins
& ceux de Talya , de Mada , de Tarzal , de
To &fchwa , de Benye de Schatorellya , de Kereftur
& de Liska paffent tous dans la Hongrie
pour des vins de Totkai . Ainfi le commerce ne
doit pas manquer de ces vins , & on peut s'en
procurer des meilleures qualités quand on a de
bonnes adreffes . On paye ces vins fur la place ,
depuis 12 jufqu'à 50 ducats l'antal ; mais ces prix
varient felon que les années font bonnes ou mauvaifes
. Les vins de Hongrie différent infiniment
entre eux tant pour la couleur que pour la qualité
, & plufieurs efpeces de ces vins re font pas
connues ailleurs , parce qu'el'es fe gâteroient en
les exportant . Les vins de Schomlya ou de Wafcherhely
, du Comitat de Wefprim , ont la couleur
verdatre , & font d'un goût agréable ; ceux
de Schirak , du Comitat de Nagyhont , font d'un
jaune pâle & approchent beaucoup , quant au
goût , des vins de Champagne ; quelques efpeces
de vins font d'un rouge clair & d'autres reffemblent
pour la couleur & le goût aux vins de Bour
gogne. Les vins de Bude font les premieres années
d'un rouge foncé & du goût des vins fins de
g 2
( 148 )
Cahors; leur couleur change en rubis à 4 ou 5 ans,
& alors ils font comme les vins de Côterotie . Les
vins d'Erlau approchent le plus de ceux de Bour
gozne ; l'eimer en coûte fur la place e à 15 flos
rins . Les vins de Menefch , du Comitat d'Arad ,
font d'un jaune rouge & ne différent gueres de
ceux du Cap , mais ils ont plus de force que cerx ,
ci ; ils font difficiles à exporter & très chers dans
le pays même , puifqu'on y paye l'antal depuis
12 ju'qu'à 30 ducat . Les vins de Crofwaradin
Com tat de Bihar , ont le goût des vins du Rhin ;
ceux de Ratích lorf , du Comitat de Prefbourg ,
font capiteux ; ils paient pour les médiocres des
vins de Hongrie.
La convention fignée à Varfovie le 22
Février 1785 , entre le Roi de Pruffe & la
viile de Dan-zick , a été ratifiée par S. M.
l'impératrice de toutes les Ruffies , de la
maniere la plus folemnelle. Voici la traduction
fidele de cette Déclaration , donnée à
Czarcko Zelo , en langue Ruffe.
Nous Catherine II , par la grace de Dien
Impératrice & Souveraine de toutes les Ruffies ,
déclarons que nous nous fommes engagées , à la
très -humble demande de la ville de Danızick ,
& avec l'approbation de la Cour de Prufte , à
nous charger de la convention & de tous fes
articles , qui a été conclue par notre mélation
entre S Me Roi de Pruffe & la ville de Dantzick,
fignée à Varlovie le 22 Février 1785. Ce double
morifnos y a partée d'autant plus , qu'il prouve
d'un côté norte defir de renire toujours à S. M.
le Roi de Prufle des fervices agréables , enformément
à la bonne intelligence qui fubfite
entre nous , & qu'il eft de l'autre côté , quant
à la ville de Dantzick , une fuite naturelle de
( 149 )
la protection qui a été accordée depuis longtems
par la Cour impériale de Ruffie à laine
ville , & que nous lui avons promife folemnellement
, & confirmée nous même. C'eft en conféquence
que nous fommes chargés de la garantie
de ladite convention qui a été conclue entre S.
M. le Roi de Pruffe , & fignée le 22 Février
de l'année courante , dont le contenu efl ajouté
mot à mot pour meilleure éclairciflement. C'eft
pour ces raifons que nous nous chargeons par
le préfent afte , de la qualité & de l'obligation de
garant ; nous promettons fur notre parole impériale
pour nous , pour nos héritiers & fucceffeurs
, de maintenir la préfente tranſaction
dans toute fon étendue , vertu & effet , & de
ne rien entreprendre ni permettre qui lui ſoit
contraire. En foi de quoi nous avons figné de
notre propre main le préfent acte de garantie ,
& y avons fait appofer notre Sceau impérial .
Fait à Czarsko- Zelo le zo Mai de l'Année de
grace 1781 , & de la vingt - troisième de notre
regne.
Le bruit court à Varfovie , que les Grecs
mécontens du Gouvernement & des vexations
des Gran 's , fe font révoltés dans l'Ukraine
qu'un grand nombre de Haidamaks
fe trouvent parmi les révoltés , & que l'on
a été obligé de faire marcher des troupes
pour les reduire à l'obiffance.
:
DE BERLIN, le 12 Août.
Le départ du Roi pour la grande revue
en Siléfie eft fixé au 16 de ce mois . Le 20 ,
S. M. fera rendue au camp près de Strehlen
83
( 150 )
à quatre lieues de Breflau. Les troupes doivent
entrer au camp le jour même où notre
Monarque partira de Potzdam , & elles exécuteront
leurs manoeuvres pendant quatre
jours , fous le commandement de l'Infpecteur
général. Après la revue , le Roi féjourmera
48 heures à Breslau , & reprendra enfuite
la route de Potzdam où il eft attendu
le 29. Le Duc d'Yørck , Prince - Evêque
d'Ofnabruck , accompagnera S. M. en Siléfie
, reviendra à Potſdam avec elle , & affiftera
aux manoeuvres d'Automne , qui s'exécuteront
au mois de Septembre. Plufieurs
Officiers Anglois & Hanoveriens de la premiere
diftinction ont fuivi le jeune Prince :
M. le Marquis de la Fayette eft aufli dans
cette Capitale , depuis quelques jours.
M. de Beulwitz , Miniftre de l'Electeur
d'Hanovre , ayant rempli l'objet de fon
féjour ici , doit en repartir inceffamment :
il vient d'expédier un nouveau courier à
Hanovre le Capitaine Lensky , dépêché à
Londres par la Cour de Pétersbourg , a
traverfé cette Capitale le 27 du mois dernier.
Nous attendons au premier jour un
Miniftre du Landgrave de Hefle & de quelques
autres Princes d'Empire .
DE VIENNE , le 14 Juillet.
Nous avons été allarmés par une nouvelle
inondation , il y a 15 jours . L'abon
dance des pluies a fait déborder les petites
( 151)
rivieres de Vienne & d'Alfterbach ; le Danube
s'est élevé au-deffus de fon lit ordinaire
, & plufieurs quartiers ont été couverts
d'eau. Diveries maiſons ont été détruites ;
quelques habitans ont péri ; les dommages
font immenfes , & l'on travaille à les réparer
en partie . L'Empereur eft monté à chs-1
val dans cette cruelle conjoncture , pour
ranimer par fa préfence le courage des malheureux
, & l'activité des fecours.
Plus de douze villages des environs ont
été inondés , & l'eau y a fait les plus grands
ravages . Un grand nombre de maifons ont
été emportées par la violence du torrent ,
& celles qui exiftent encore foat minées &
menacent de s'écrouler. La route de pofte
de S. - Hipolite eft entierement abîmée ; les
voitures ne peuvent plus y paffer. On a
retiré de l'eau plus de 30 cadavres d'hommes.
Toute la campagne où l'eau s'eft portée ,
eft devaftée ; les pauvres habitans , pour lefquels
on fait ici une quête , font dans une
mifere inexprimable.
L'Empereur s'eft transporté plufieurs fois dans
fes divers endroits endommagés , pour ordonner
les réparations & nétoiemens néceffaires . Les
fondemens des fauxbourgs ont beaucoup fouffert.
Sa Majesté a enjoint à la police de prendre les
plus fages précautions pour prévenir les fuites
fâcheufes qui pourroient réfulter de ce débor .
dement , & empêcher fur tout que les ſujets
n'éprouvent aucun accident de la part des maisons
qui menacent ruine . On a déjà nétoyé tous les
endroits où les eaux avoient dépofé du limon
8 4
( 152 )
& d'autres fédimens , qui auroient pu infe &ter l'air
& caufer des maladies. On a vifité toutes les
maifons endommagées ; on en a étanconné une
partie , celles qui ont trop fouffert ont été vuidées
; & on a affigné d'autres logemens à ceux
qui les habitoient . On a déjà fait plufieurs collectes
pour le foulagement de ceux que ce défaftre
imprévu a mis dans la derniere détreffe . Notre
Cardinal Archevêque a contribué feul pour
400 florins.
La Gazette de cette ville du 3 de ce mois
contient l'article fuivant.
•
» Conformément à l'Ordonnance de l'Em-
» pereur datée du 10 Février dernier
" & par laquelle il eft défendu de poí-
» féder à la fois deux bénéfices à charge
» d'ames , l'Evêché de Weizan , en Hon-
» grie , poffédé jufqu'à préfent par l'Ar-
» chevêque de Vienne , fera adminiftré par
» les Adminiſtrateurs des biens des couvens
» fupprimés , & les revenus en feront ver-
» fés dans la caiffe de religion ; cette adminiftration
a commencé le premier de
לכ
כ כ
ג כ
> ce mois » .
On fait que le Grand - Seigneur a envoyé
il y a quelque tems des commiffaires dans
les Provinces de Bofnie & la Servic. Ces
Commiffaires y font encore , & l'objet de
leur miffion , à ce qu'on affure , eft d'empêcher
les émigrations des Grecs dans les
états de l'Empereur.
Ce Monarque vient de diftribuer des récompenfes
aux perfonnes employées à pacifier
les troubles de la Tranfylvanie . Le
Comte de Jankowitz de Daravar ayant
rendu compte à S. M. des travaux de la
Commiflion prépofée à cet effet , il a été
nommé Commandeur de l'Ordre de Saint-
Etienne , & revêtu de cette décoration par
l'Empereur lui - même. Les Evêques du Rit
Grec non uni , Gédéon Nikiticz & Pierre
Petrowitz , dont les efforts ont puitlamment
aidé à éteindre la révolte , reçoivent
l'un , une gratification de 800 , l'autre de
1000 florins . Le Genéral Papilla , les Comtes
Illeshazy & Barboczy ont été également
favorités des témoignages de la bienveillance
du Souverain .
Les Députés Hollandois avoient pris
avec eux des étoffes pour en faire des préfens
à certaines perfonnes attachées à la
Cour , ou y ayant des relations intimes.
MM. le Comte de Waffenaër & le Baron
van Leyden , ne fuppofant pas que les com-
' mis des Douanes Autrichiennes exécuteroient
à la lettre les ordres du Miniftre Impérial
, qu'ils fuppofoient avec raifon ne
devoir pas s'étendre jufqu'à eux. Les étoffes
arrêtées aux Douanes Impériales montent à
la fomme de 25000 florins , & l'on ne peut
pas fuppofer railfonnablement , que les Députés
Hollandois euffent pris ces effets de
contrebande , pour s'enrichir par des profits
illicites . Auf S. M. I. n'at elle pas hélité
d'ordonner aux commis de la Douane de
laiffer paffer fans difficulté les coffres des
gs
154 )
Députés Hollandois , fans percevoir aucun
droit fur leurs effets.
DE FRANCFORT , le 18 Août.
Le 3 , on a effuyé à Manheim un orage
des plus affreux. Prefque toutes les vitres
des maiſons ont été brifées par une grêle
impétueuse , d'une groffeur extraordinaire :
il ne refte pas une glace de Bohême au château
de l'Electeur , au Sud & à l'Eft. C'eft
encore pis dans les campagnes . Les toîts
enlevés , les arbres abattus . les moiffons hachées
ou difperfées , le chanvre , le tabac ,
les vignes , les vergers faccagés dans l'eſpace
de dix minutes ont été l'effet de ce quartd'heure
défaftreux.
On vend à Vienne une finguliere brochure
politique , où l'on examine fept queftions
fur les négociations actuelles entre
l'Empereur & la Hollande. Ces queſtions ,
font :
« 1. Avons- nous effectivement la paix ? 2. Qui
des deux à cédé à l'autre , de l'Empereur ou
de la Hollande ? 3. Pourquoi les Députés
hollandois font-ils venus à Vienne ? 4. Com-
» ment les autres puiffances fe font eltes conduites
dans ce différend entre l'Empereur &
la Hollande ? Quel rôle la France , la Ruffie ,
» la Grande Bretagne & la Pruffe ont elles joué
dans cette occafion ? 5. Quel avantage l'Autriche
retire- t - elle à préfent de cette paix ?
6. Quel est donc l'état de cette Hollande
» de richeffes , du territoire , des forces de
( ass )
terre & de mer , des diffenfions inteftines &
des difgraces étrangeres de laquelle on parle
tant aujourd'hui en Europe ? 7. En quoi con .
to fifte donc la dignité d'un Stadhouder qui con-
» tinue à caufer tant de troubles en Hollande ?
» Eft - il pour le plus grand avantage de la
Hollande de limiter les bornes de fon autorité
, comme on le fait aujourd'hui ?
On vient de renouveller une anecdote
qui , fans être publiquement connue , n'eft
pas auffi récente qu'on le prétend . Elle concerne
un badinage du Roi de Pruffe avec
le Comte de Schwerin.
Ce Prince avoit fait préfent au Comte de
Schwerin d'une tabatiere d'or , que ce Seigneur
reçut avec reconnoiffance En entrant chez lui ,
curieux d'examiner le préfent , il l'ouvre &
voit , non fans ſurpriſe , en -dedans du couvercle
, une miniature joliment faite , repréfentant
un finge coëffé d'un chapeau avec un plumet
blanc.
Il s'imagina fur le champ de
rendre plaifanterie pour plaifanterie. Il envoie
fa boëte chez un peintre avec ordre d'y placer
fans délai , à la place du finge , le portrait le
plus reffemblant de S. M. Le lendemain
le Roi donnoit un grand dîner ; quelques perfonnes
, à qui il avoit donné le mot , demandent
du tabac au Comte de Schwerin , qui préfente
fa tabatiere ; elle fait le tour de la table. Le
Roi examine tous les yeux & ne voit rire perfonne.
La boëte revient à fon maître qui , la
tenant ouverte devant lui , confidéroit le portrait
avec une forte d'attendriffement pour fixer
fur lui les regards du Monarque. Cette boete
vous plaît donc bin , lui dit ce Prince , je vous
y vois fi fortement attaché Ce qui m'y atè
g 6
( 156 )
tache le plus , interrompit le Comte , c'eft h
fidelle reflemblance de ce portrait avec V. M.
Mon portrait dit le Roi avec un ourire forcé.
Vovons . En effet , c'est moi même.
Cette ingénieufe galanterie valut au Comte
de Schwerin une bague de diamans d'un trèsgrand
prix .
On a arrêté à Vienne un particulier qui
a fù fe procurer les inftructions données aux
Commiffaires Royaux dans la Hongrie , &
qui les a fait imprimer.
Un certain nombre de familles juives ,
écrit-on de Gallicie , fe trouvant hors d'état
de payer les taxes , ont été conduits
fur le territoire de la république de Pologne ;
mais comme la nation juive y eſt déjà trèsnombreuſe
, on a refufé de les recevoir.
Beaucoup de ces malheureux errans font
péris de mifere , & le reſte a été tranſporté
dans la Buckovine , pour être conduits de
là fur le territoire de la Porte Ottomane.
"
Un obfervateur a fait inférer dans les papiers
publics l'article fuivant fous le titre de
Calculs. Depuis vingt ans , dit- il , on
a fait en Allemagne 65 nouveaux établiſſemens
publics pour donner à la jeuneffe une
meilleure éducation morale , & il exifle un
peu plus de vauriens qu'auparavant. Depuis 6
ans , on a découvert dans l'Europe 33 remedes
univerfels & 97 préservatifs infaillibles contre
certaines maladies , & , depuis 12 ans les Médecins
ont découvert & claff 58 nouvelles especes
de maladies.
( 157 )
ITALI E.
DE VENISE , le 30 Juillet.
On a envoié par une felouque au Prové
diteur général de Dalmatie , qui s'eft déjà
rendu à Cattaro , des fommes d'argent confidérables
, & 200 mille livres pelant de
bifcuit. Ces fecours feront diftribués aux familles
de ce lieu qui ont le plus fouffert de
l'invafion des Tures . Quoique les troupes
Mufulmanes ſe foient retirées du territoire
Vénitien , on a cependant envoié ordre au
Baile à Conftantinople d'informer la Porte
de tout ce qui s'eft paffé , & de favoir à cet
égard fes intentions particulieres.
Voici une relation fidele & circonftanciée
de cette irruption des Turcs dans la Dalmatie.
Dans la nuit du 29 du mois dernier , le pays
de Paftrovich fut furpris par ce Pacha , qui étoit
à la tête d'une armée d'environ 20,000 Turcs.
Après avoir fait des courfes dans le territoire
occupé par les Monténégrins , il fit demander.
au Commandant de Cattaro le paffage pour fon
armée , & qu'il fût erjoint aux Monténégrins de
ne point prendre les armes pendant que les troupes
feroient en marche. Le Commandant lui fit
répondre que le confentement du Senat étoit néceffaire.
Le Pacha , peu fatisfait de cette réponse ,
pénétra à l'improvifte dans le territoire vénitien .
Plufieurs Etats de villages , qui s'étoient avançés
pour s'opposer à fes deffeins furent étranglés par
( 158 )
fon ordre. Un Pope , accompagné d'un de fes
freres , étant venu lui demander juftice , & n'ayant
pu l'obtenir , fe retira le coeur plein de vengeance .
Le Pacha faillit perdre la vie en cette occafion ;
car , ayant ordonné qu'on étranglât ce Pope , celui-
ci revint fur fes pas , & lui lâcha un coup de
piftolet , qui heureufement ne l'atteignit point .
Le Pacha , que ce péril récent n'avoit fait qu'irriter
davantage , fit mettre le feu aux maiſons & aux
Eglifes de Cattaro , & quoiqu'on parvint à l'éteindre
ces édifices furent très - endommagés. Les Efclavons
, manquant de munitions , & tenus en bride
par le Commandant • ne purent ſe défendre
comme ils le defiroient ; cependant ils firent feu
des maifons tant qu'il leur refta de la poudre , &
étant fortis enfuite de la place le fabre à la main ,
ils vendirent cher leur vie. Plus de 230 périrent
en cette occafion ; quelques - uns d'entr'eux fe fauverent
à la nage & furent recueillis à bord d'une
de nos galeres , qui cependant ne tira point fur
l'ennemi , parce qu'elle en avoit reçu l'ordre du
Commandant. Du côté des Turcs , le nombre des
tués , parmi lesquels fe trouvoit le Lieutenant du
Pacha , fut encore confidérable . Enfin , des pluies
abondantes & le grand jeûne , ordonné par la loi
mahométanne fufpendirent ces fcenes meurtrieres.
On craint qu'après ce temps d'abinence
l'ennemi ne joigne fes armes à celles du Pacha de
Bofnie , & qu'il ne renouvelle les hoftilités . Une
efcadre de bâtimens dulcignottes ayant tenté d'en .
trer dans le port de Ragufe , l'entrée lui en fut
fermée. Les Efclavons ont demandé des fecours
aux Montenegrins , qui leur ont promis de leur
en fournir. En attendant , le Gouvernement leur
a fait paffer mille barils de poudre , 60 pieces de
& 10 mille fequins à titre d'indemnité
pour les pertes qu'ils ont éprouvées . Il a adreffé
canon ,
71597
'des repréſentations au Divan , dont il attend la
réponse. Le Général de la ville de Zara & le Capitaine
du Golfe font en mouvement ; il eft donc
probable qu'on recevra avant peu des nouvelles
ultérieures fur cette affaire.
Notre efcadre , composée de 7 vaiffeaux
de ligne , aux ordres du Chevalier Emo ,
mouilloit au commencement du mois dans
le port de Malthe , d'où elle a dû appareiller
il y a 15 jours .
On travaille actuellement à une Infcription
qui fera placée dans l'Amphithéâtre de Vérone
pour conferver la mémoire du féjour qu'y ont
fait l'Empereur , le Roi & la Reine des deux
Siciles , & l'Archiduc Ferdinand d'Autriche
Gouverneur du Milanois . Cette Infcription , ouvrage
du fieur Niccolo , Comte de Scamegatti ,
porte ce qui fuit :
Jofeph II, Cæfar Imp. Auguftus Ferdinandus IV,
Rex Siciliarum , M. Carolina Regina , Conjux Aug
Ferdinand , Archid . A. Præfes Infubric , ab hac
fublimi Sede Venationem , Taur. Plaufu Caves ,
Ingentis Podiique
Spectavere.
Aloyfio II , Mocenico , Prætore , Pp.
DE ROME , le 25 Juillet.
La réparation de l'ancien Obélifque de
granit oriental rouge , étant entierement terminée
, ce monument va être élevé dans la
place du Quirinal , fous la direction du célébre
Architecte Antinori. Cet Artifte fe pro- "
pofe de la placer entre les deux chevaux de
grandeur coloffale que l'on voit dans cette
place.
( 160 )
Une tartane Dulcignotte arrivée à Ancone
le 17 , a confirmé les bruits répandas
dernierement au fujet de l'expédition du
Pacha de Scutari. Il a pénétré dans le territoire
Vénitien , s'eft emparé de prefque
toutes les fortereffes & s'eft avancé jufqu'à
Cattaro . Le patron de la même barque nous
a appris que les Ragufiens ont formé un
cordon fur les frontieres de la Bofnie.
DE NAPLES , le 26 Juillet.
Le 19 de ce mois , M. Denon , ci - devant
chargé d'affaires de la Cour de France , à
quitté cette ville ; & aujourd'hui eft arrivé
M le Baron de Talleyrand , nouvel Ambaffadeur
de France en cette Cour. M. Denon
avoit reçu quelques jours avant fon
départ , le préfent accoutumé , de la part
du Miniftre des Affaires étrangeres , le Marquis
della Sambucca ; ce préfent confiftoit
en une bague composée de fept gros brillans
. En même temps on l'a chargé de
porter à M. le Comte de Clermont d'Amboife
, ci - devant Ambaffadeur , le portrait
de S. M. entouré de diamans , préfent qu'on
eftime à 3 mille ducats.
Le 21 , M. le Bailli de Suffren , vice-
Amiral de France , & Chevalier des Ordres
du Roi , eft arrivé en ce port , à bord de
la frégate Malthoife la Sainte Catherine ,
commandée par le Commandeur de Suffren
Saint-Tropez fon frere , & en fecond par le
( 161 )
Commandeur Baldinotti . Cette frégate doit
retourner inceflamment à Malthe. M. de
Suffren doit fe rendre bientôt à Rome ,
d'où il reviendra à Naples faire fa cour à
LL. MM . Siciliennes , & delà partir pour la
France. M. le Bailli Gaetan d'Aragon , Miniftre
plénipotentiaire de Malthe , & le
Chevalier Acton ' , Miniftre de la guerre &
de la Marine , ont donné chacun à fon occafion
un magnifique repas.
Sa Majefté vient de donner une cédule en date
du 7 Juin , portant création d'un emprunt de quatre
millions deux cens mille piaftres , diſtribué
en 7000 billets de fix cens piaftres chacun , à l'effet
de continuer les travaux du Canal - Royal d'Aragon
, dont on a déja reffenti les heureux effets
dans cette Province , Les billets de cer emprunt
feront affujettis abfolument aux même forme 3
que les billets royaux des emprunts faits par Sa
Majefté pendant la guerre derniere . Ils donneront
à leurs propriétaires un intérêt annuel de 4
pour cent , pour le paiement duquel Sa Majesté
hypothéquera le Canal - Royal lui - même où la
Ferme Royale des poftes du Royaume.
Sa Majesté veut qu'il foit déposé dans ce moment
une fomme de deux millions & demi de
réaux , entre les mains des directeurs de la Junte
du Canal - Royal d'Aragon , pour payer les intérêts
de la premiere année ; & l'intention de Sa
Majefté eft d'augmenter fücceffivement ce fonds
jufqu'à la concurrence de fix millions qui feront
definés à payer les intérêts courans , & à opérer
l'amortifiement du capital de l'emprunt dans le
terme de vingt ans ou même auparavant . Ordonne
Sa Majette , que les billets commenceront
à avoir cours dès le 15 de ce mois ( Juillet ) .
( 162 )
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Août.
Le Comte de Voronzoff, Ambaſſadeur de
Ruffie , reçut , il y a 8 jours , des dépêches de
fa Cour , qu'on croit très - importantes . Elles
furent fur le champ envoyées au Marquis de
Carmarthen , communiquées le lendemain
au Roi par ce Miniftre , & le même jour , on
expédia un meffage à M. Pitt , qui fe trouvoit
à la campagne de fa mere, pour hâter fon retour
en cette capitale.
Cette circonflance , dont on exagere la
gravité , jointe à l'armement d'une Efcadre
à Spithéad , & à toutes les affections incendiaires
de nos Périodiftes , a multiplié les
conjectures fur les apparences d'une rupture .
Elles fe font fortifiées , lorfqu'on a vu ouvrir
ici dans le quartier de Wapping deux maifons
d'enrôlement pour les matelots; lorfque deux
alléges ont jetté l'ancre fois la Tour , prêtes
à recevoir les recrues , & lorfqu'on a appris
que ces mouvemens fe répétoient à Porfmouth
& à Plymouth. Cependant les perfonnes
inftruites ne croient nullement que cet
armement de Spithéad ait un but férieux.
Toutes les Gazettes miniftérielles affurent
qu'on n'a raffemblé des vaiffeaux dans cette
rade que pour les paffer en revue , ou devant
le premier Lord de l'Amirauté , ou en préfence
du Roi lui même.
( 163 )
D'autres font de cet armement une mesure
de précaution , & envoient l'Eſcadre croifer
dans le golfe de Gascogne , afin de s'y rencontrer
avec des vaiffeaux François qu'équipent
nos Gazetiers , & d'y maintenir la dignité
du pavillon Britannique.
Le Capitaine John Gell , montant ci - devant
le Monarca de 70 canons , revenu de
l'Inde , après la fignature de la paix , a été
nommé Commandant en chef de l'Eſcadre
Angloiſe dans l'Inde . Il n'appareillera qu'au
commencement du mois d'Octobre prochain.
Le nombre de vaiffeaux qu'il emménera fera
déterminé d'après la force de l'Efcadre Françoife
qui eft fur le point de mettre à la voile
du port de Breft. Indépendamment de ce
motifde délai , on attend pour faire partir ce
nouveau Commodore , l'arrivée du Worcester
de 64 canons, & de l'Active de 32 , qui ont
dû fortir de la rade de Madraffau mois de
Mars dernier. L'Efcadre dans l'Inde n'eft
compofée actuellement que de deux vaiffeaux
de ligne feulement , un de so canons ,
& trois Sloops ; favoir , la Défenfe de 74 can.
l'Eagle de 64 , le Bristol de so , le Cygner , le
Lézard & la Calypfo. Les vaiffeaux nommés
jufqu'ici pour fuivre le Capitaine Gell , font
l'Ardent de 64 can. , le Grampus de so can. &
la Frégate le Phaëton de 36 canons .
Le Général Campbell , Commandant de
Madras , doit s'embarquer auffi au premier
jour fur le Comte de Talbot , vaiffeau de la
( 164 )
-Compagnie des Indes , qu'on prépare à cet
effet.
On affure qu'il a été conclu à la côte des Mofquites
, une espece de traité entre les Officiers
Commandans Anglois & Efpagnols , raffmblés
pour cet effet dans la ville de Truxillo . Ce traité
porte que les colons Anglois refteront tranquilles
& paifibles poffeffeurs du pays qu'ils occupent ,
pendant l'espace de deux ans ; & que durant ce
temps les deux cours prendront les mesures propres
à accélérer la conclufion d'un traité particulier
, pour l'arrangement définitifde tout différend
ultérieur. fur ce territoire . En ' conféquence de
cet arrangement les vaiffeaux Anglois & les
troupes devoient quitter le continent E pagnol
pour retourner à la Jamaïque.
Depuis le 18 , on a adopté fur toutes les
routes le plan propoſé par M. Palmer , pour
le fervice de la Pofte aux lettres ; plan qui
réunit le double avantage de la promptitude
& de la sûreté. L'intérêt public en ceci , fe
trouvant en concurrence avec celui des Aubergiftes,
ils ont réfolu de diminuer le nombre
des diligences , carroffes & chaifes de
pofte , dans l'espoir d'opérer une diminution
de cette branche du revenu public , & de
forcer par là le Miniftere à rétablir les anciens
chariots de pofte . Cette conjuration , comme
on le préfume bien , n'aura d'autre effet que
de caractériser de nouveau l'efpece de réfiftance
à laquelle doit s'attendre l'Adminiftration
quelconque de ce Royaume , dans les
meſures même les plus utiles .
Nos Gazettes ont déjà difpofé des Flamands
, des Hollandois & des Suiffes , pour
( 165 )
acheter nos marchandifes & les verfer en
France par contrebande. Ces Nations limi
trophes , difent elles , ont toutes fortes de
facilités dans ce trafic , & ont déjà donné de
fortes commilitons à nos manufactures . Il ne
manque plus aux incrédules que de lire les
factures de ces commiffions dans les papiers
publics.
Le Prince de Galles a appareillé le 8 de
Brightelmftone , fur un Yacht de la Marinė
Royale , pour faire une promenade fur mer.
Ce petit bâtiment eft complettement équippé.
S. A. R. eft accompagnée par les Colonels
Lake & Gardner , & par plufieurs autres de
fes amis .
Deux fois le Chancelier actuel a fait rejetter
par la Chambre- Haute le bill d'abfolution
en faveur des débiteurs infolvables . Ceux de
ces débiteurs , enfermés en très grand nombre
dans le vafte enclos du Kings - Bench , ou
prifon du Banc du Roi , font montés à leur
tour fur leur tribunal , & ont porté Sentence
contre le premier Officier de la Couronne.
Ils ont figuré fon effigie en fimarre , en large
perruque, & ornée des fourcils épais qui caractérifent
Lord T. Elle portoit une étiquette
digne de cet excès de licence , & où le
Chancelier étoit appellé Chef' fuprême de la
Haute Cour d'iniquité. L'effigie a été portée à
la barre de ces Juges fcandaleux , & condamnée
à être fufpendue par des chaînes , l'efpace
de dix jours , puis brûlée en routes formalités
; ce qui a été fidélement exécuté de poing
1
( 166 )
en point. Pour achever la fcene , on a imprimé
& répandu la confeffion de Lord T , fa
derniere lettre à fon époufe, &c. Lord Mansfield
, Chef du Banc du Roi , ayant vu cette
effigie fufpendue , en paffant auprès de la prifon
, s'informa du nom des auteurs de cette
pafquinade , qui ne réveillera pas la commifération
pour les malheureux qui ont ofé ſe
la permettre dans le premier accès de leur
reſſentiment.
Il confte par des obfervations météorologiques
très-fuivies , qu'il tombe en Angleterre , année
moyenne , 24 pouces & demi d'eau , dont la plus
grande partie dans les mois d'hiver. Cette moyenne
proportionnelle réfulte des calculs d'un grand
nombre d'années . On trouve cependant qu'il eft
tombé de pluie ,
depuis 1774 à 1775
1775 à 1776
1776 à 1777
1779 à 1780
-27 & pouces .
29 &
32 &
- 17
L'année derniere on mefura à Lancaſtre 19 pora
ces d'eau en fix mois , & dans la demi- année qui
vient de s'écouler , il n'en est tombé que 7.
On obferve que M. Pitt , au lieu d'établir
la taxe fur les boutiques , fi déplaifante
pour une partie du peuple , auroit du
impofer les bas de foie. A ce fujet , on
remarque , que les bas de foie font évidemment
d'invention efpagnole , & qu'à l'exception
de ceux qu'on envoyoit d'Espagne ,
ils ne furent connus en Angleterre que lorfqu'une
des ouvrieres de la Reine Elifabeth ,
nommée Montague , lui en eut préfenté une
( 167 )
paire de couleur noire tricotée. La Reine
en fut fi contente , qu'elle ceffa depuis d'en
porter en drap. Le Chevalier Thomas Grefham
, préfenta auffi au Prince , fils d'Henry
VIII , depuis Roi fous le nom d'Edouard
VI , une paire de bas de foie noire Efpagnols.
Ce préfent fit même du bruit . Quelle
différence ! aujourd'hui iln'eft point d'apprentif
cordonnier ou charpentier , de garçon
barbier , qui ne forte les jours de fête avec
une frifurefrançoife, & des bas de foie blancs.
Il eft extraordinaire que le Parlemont d'Irlande
n'ait jamais porté fon attention fur la conſtitution
pécuniaire de la Tréforerie de ce Royaume. En
Angleterre , pour adminiftrer un revenu annuel
de 15 millions fterlings , par des Officiers conftamment
attachés à leurs Bureaux , & occupés
fans relâche , l'Etat paye 14,400 liv. ferlings de
falaires ; favoir au premier Lord de la Trésorerie,
4000 liv . fter. ; aux quatre autres Lords adjoints ,
6400 liv. fter.; au Chancelier de l'Echiquier ,
2000 liv. fler .; & aux deux Secretaires 2000 ! .
Mais en Irlande , pour négliger la gestion d'un revenu
de 1,200,000 livres fterlings par année , on
débourſe , au Grand Tréforier , 2000 liv. ft. , à
trois Vice-Tréforiers toujours abfens , 10,500 1 .
au Chancelier de l'Echiquier , 2000 1. ft. ; & aux
autres Officiers , 2000 I. Total 14,900 liv .
Les foins que les fpéculateurs & la féchereffe
avoient fait monter à environ 6 liv. &.,
les deux milliers pefant, font retombés au prix
plus modéré de 2 liv. ft, & 18 fchellings,
Le célébre Peintre , Sir Johna Reynolds , va
paffer fur le continentpourfe trouver à la ven .
te qui doit fe faire à Bruxelles de tous les ta
( 168 )
bleaux que l'Empereur a fait tirer des maifons
Religieufes fupprimées. Dans le nombre
il y en a de Rubens & de Vandyk.
On lit dans le Gazeteer la lettre fuivante ,
au fujet de la découverte annoncée dans le
Journal de Paris par M. Bottineau.
« M. l'Editeur ,
» Je vous prie d'inférer dans votre Papier , la
» traduction fuivante du treizieme chapitre du
" onzieme livre des Hiftoires diverſes a'Ælianus,
qui peut fervir de réponſe à la demande de
» M. Botineau .
On rapporte qu'il y avoit un Sicilien dont
» la vue étoit fi perçante qu'il voyoit diftinéte-
» ment de Lilybée en Sicile , le port de Cartha-
" ge [*] . On affure auſſi qu'il comptoit avec la
plus grande jufteffe le nombre des vaineaux
» mouillés dans le port de cette Ville.
99
» Ce Sicilien s'appelloit Strabon . Je confeil-
» lerois donc à M. Bottinean d'appeller fa décou-
» verte la ſcience Strabonico Lilybée; ce nom fem-
» ble exprimer parfaitement les tro's caracteres
» du nouvel Art . Divers Auteurs affurent que ce
« même Strabon voyoit au travers d'une mu-
» raille.
" J'ai l'honneur d'être , & c . »
M. Beresford membre du Parlement &
da Confeil privé d'Irlande , & qui parcît être
le négociateur choifi par la Cour , pour faire
reuthir les propofitions commerciales qu'on
va préfenter à l'Irlande , eft frere du Comte
de Tyrone. Il jouit par fes différentes places
d'environ 4400 liv. fterl . de revenu .
[ [ * ] Ce port étoit cependant éloigné de Lilybée d'environ
128 milles.
ETATS UNIS
( 169 )
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 2 Juin.
On a imprimé dans nos gazettes le paragraphe
fuivant, qui n'eft pas l'ouvrage de
la modération.
L'animofité , ou , pour mieux dire , la perfécu
tion des Anglois contre les citoyens des Etats-
Unis d'Amérique , eft portée à un point dont il
feroit difficile de fe former une idée . Cette nation
impérieuſe & vindicative ne s'eft point contentée
d'interdire l'entrée de fes ports dans les
ifles de l'Amérique aux bâtimens Américains ,
elle a pris des mesures pour empêcher tout Amé
ficain de commander aucun de fes bâtimens , à
moins qu'il ne produife un certificat pour prouver
qu'il a fervi Sa Majefté Britannique dans la
derniere guerre. Un capitaine récemment arrivé
ici de la Grenade a perdu fon emploi au moment
même où il fe préparoit à appareiller pour
l'Europe , fans aucun autre motif que parce qu'il
étoit Américain . Si quelques navires Américains
paflent par malheur à la portée du canon d'une
frégate ou d'un fort britannique avec leur pavillon
ottant , ils font obligés de fubir l'inter
rogatoire le plus impertinent , & très fouvent
même on les falue d'une bordée entiere . Se trou
vent- ils forcés de chercher des fecours par raiſon
d'incommodité , de voies d'eau ou d'autres accidens
, un ordre févere les arrête à une grande
diftance , où une chaloupe vient les queftionner
fur l'objet de leur demande. Alors de quelque
nature que foient leurs befoins , on ne fouffre
·No. 35 , 27 Août 1785.
h
( 170 )
point qu'ils envoient une chaloupe à terre pour
fe procurer les objets qui leur manquent , mais
par un effet de l'humanité britannique fi vantée
au moins par les Anglois , on les leur porte avec
les ordres les plus péremptoires de lever l'ancre
fur le champ pour continuer leur route. Tout cela
eft prouvé par des faits notoires , & qui ne peuvent
être niés par les plus zélés partiſans de
cette nation hautaine.
DE NEW- YORCK , le 26 Mai.
Le 20 Mai , fon excellence Don Diego de
Gardoqui, Miniftre plénipotentiaire de la Cour
de Madrid auprès des Etats Unis d'Amérique eft
arrivée de la Havanne à Philadelpihe . Ce Miniftre
qui a fait la traverſée à bord d'une fré
gate de S. M. C. a defcendu chez Don Francifco
Řendon , nommé , dit-on , ſecrétaire de la Légation
Espagnole. Don Diego de Gardoqui eft attendu
inceffamment à New-Yorck , où il doit
préfenter fa lettre de créance au Congrès,
Le Général Gréen & le Colonel Hawkins
ont fait une tournée dans la Georgie ,
pour prendre connoiffance de cette province.
Ils ont profité de cette occafion , pour
aller voir Don Vincent de Zeſpedes , Gouverneur
de la Floride orientale. Ils ont été
reçus par cet Officier Efpagnol de la maniere
la plus diftinguée.
FRANCE.
DR VERSAILLES , le 17 Août.
Le 11 de ce mois , l'Evêque de Saint(
171 )
Claude a prêté , pendant la Meffe , ferment
de fidélité entre les mains du Roi.
Le Contrôleur général a eu l'honneur de
préſenter au Roi une pièce de drap , dite
Royale , en de large de 26 aunes 4 ,
fabriquée dans la Manufacture du fieur de
Vanrobais , avec la laine provenante des
moutons de la race Eſpagnole , tirés de la
bergerie établie à Montbard par le fieur
Daubenton , & élevés depuis plufieurs a
nées à l'Ecole Vétérinaire . Il réfulte des obe
fervations de ces célèbres Fabriquans, que par
la confrontation qu'ils ont faite de ces laines
avec celles d'Espagne , d'une Royale femblable
, fabriquée avec la laine d'Espagne , il faut
être connoiffeur pour en conftater la différence
, & que du moins il eft certain qu'il
n'y en a aucune , tant fur le filage que fur
le déchet.
Le 14 de ce mois , le fieur Delneuf,
Recteur de l'Univerfité de Paris , accompagné
des quatre plus Anciens de la même
Univerfité , a eu l'honneur de remettre au
Roi , à Monfieur & à Monfeigneur Comte
d'Artois , fuivant l'ufage , la diftribution qui
a été faite des Prix pour cette année .
Le 15 , fête de l'Affomption de la Vierge ,
L. M. & la Famille Royale afliftèrent , dans
la Chapelle du Château , à la grand Meile
célébrée par l'Evêque de Digne , & chantée
par la Mufique du Roi. La Comteffe de Sérent
fit la quête. L'après midi , le Roi , ach
2
( 172 )
compagné de la Famille Royale , fe rendit à
la Chapelle , & afliſta à la Proceffion qui a
lieu tous les ans pour l'accompliffement
du
voeu de Louis XIII.
Le Roi a accordé un brevet & les honneurs
de Duc , au Comte d'Agénois , Lieutenant
en furvivance de la Compagnie des
Chevaux légers de la Garde ordinaire de Sa
Majefté ; il à eu l'honneur de faire , en cette
qualité , fes remercimens au Roi le 12 de ce
mois
DE PARIS , le 24 Août.
L'Affemblée du Clergé eft prorogée : les
Evêques retourneront au mois d'Octobre
dans leurs Diocèfes , & ne fe raffembleront
qu'au mois de Juillet 1786. Ils vont être
occupés à la jufte répartition qu'exigent les
1500 mille livres d'augmentation des porgions
congrues ,
On affure que le Secrétaire de l'Académie
Françoiſe fit part à ce Corps Littéraire ,
il y a 15 jours , qu'une perfonne de la plus
haute diftinction deftinoit un Prix de 3 mille
livres au Poëte , Auteur du meilleur Poëme
héroïque , ou de la plus belle Ode fur la
mort du Prince Léopold de Brunſwick, Ce
Prix , dit -on, fera délivré à la S. Louis 1786.
Le Confeil des Dépêches a rendu le 12 de
ce mois un Jugement qui intéreffe tous les
Irlandois au fervice de France. Le Chevalier
Nagle , Major au Régiment de Dillon , pré(
173 )
tendoit à l'héritage du feu Comte de Kearny,
Irlandois domicilié en France , & Chevalier
de S. Louis , mort en 1780. Cette fucceffion
fut difputée au Chevalier Nagle , couſingermain
du défunt , par la dame d'Oliveira ,
foeur de ce même Comte de Kearny , domiciliée
à Corck en Irlande , & fujerte du Roi
d'Angleterre . Il s'agifloit de décider d'abord ,
fi un Irlandois , abjurant fa patrie pour s'attacher
au fervice du Roi de France & pour
vivre dans le Royaume , devoit être regardé
encore comme étranger & comme fujet du
Roi d'Angleterre , fi , en un mot, il étoit Anglois
ou François : en fecond lieu, fi les loix
& les traités donnent auxfujets ordinaires du
Roi d'Angleterre, le droit de fuccéder ab inteftat,
au mobilier des Officiers des Régimens
Irlandois en France. M. Cahier de Gerville ,
Avocat au Parlement , & Défenfeur du Chevalier
Nagle, ayant traité ces différentes queftions
avec beaucoup d'étendue , de connoiffances
hiftoriques & de talent ; le Parlement
jugea en faveur du Chevalier Nagle , & le
Confeil des Dépêches a confirmé cet Arrêt ,
en déboutant la dame d'Oliveira de fa demande
en caffation . Mr. de Chevignard ,
Maître des Requêtes , étoit Rapporteur ;
Mrs. de la Michodiere , de Fourqueux , de
Monthion, & Vidault de la Tour, Commiffaires.
Ce Jugement tiendra lieu à l'avenir
aux Officiers Irlandois , de lettres de naturalité
, au moins pour les fucceflions & pour
teſtamens.
h ;3
( 174 )
Un Arrêt du Confeil du Roi , en date
du 14. de ce mois , a fixé au courant de Janvier
1786 , la démolition des maiſons qui
obftruent le Pont au Change & le pont
Notre -Dame. S. M. autorife le Corps Municipal
à donner congé aux locataires de ces
matures appartenantes à la Ville , & pour
indemnifer celle ci de la perte de ces immeubles
, elle fera déchargée à l'avenir de
l'entretien des Jurifdictions & Prifons de la
Capitale , qui exigeoient annuellement une
dépente de cinquante mille livres : c'eſt l'équivalent
des loyers fupprimés par la démolition
.
M. l'Intendant de la Généralité de Paris
vient d'y faire répandre une Inftruction fur
le blé moucheté, dont la Société Royale d'A-.
griculture avoit confié la rédaction à MM.
Parmentier & Cadet de Vaux. Voici ent
fubftance les articles effentiels de cette Inftruction
d'autant plus importante , que cette
année , plufieurs Provinces feront exposées à
l'inconvénient dont elle indique le remede.
On nomme Blé moucheté tout blé plus ou
moins taché à ſon écorce , d'une pouffiere noire
que le fléau du Batteur fait fortir de l'enveloppe
qui la renferme.
Inconvéniens du Blé moucheté.
Jamais ce blé ne fe reffue complettement , &
conféquemment il ne peut pas fe garder auffi longtems.
Si on l'envoie au marché , il eft vendu com(
175 )
munément quatre francs ou cent fous de moins
par fetier que le blé de même qualité , mais fans
être moucheté.
Le porte - t on au moulin , même après un
long séjour au grenier , il engrappe les meules ,
graiffe les bluteaux , ralentit le moulage , & donme
moins de farine.
La mouture du bon blé qui fuccède à celle du
blé moucheté , donne de la farine de médiocre
qualité.
La farine du blé moucheté eft d'un blane fale ;
molle & graffe au toucher ; elle abforbe peu d'eau
au pétriffage , répand une odeur de graiffe rance
& eft d'une garde difficile .
Le pain qui en provient eft d'un noir violet ,
d'un mauvais goût , & fait peu de profit.
Moyens infuffifans employés pour nettoyer le Blé moucheté.
On a cru pouvoir enlever au grain la pouffiere
noire que fait le blé moucheté en le paffant
plufieurs fois aux différens cribles ; mais aucun
de ces inftrumens n'a la faculté de la détacher entierement.
On a cru encore qu'avec le tems cette pouffiere
parviendroit à fe deffécher , & qu'alors on pourroit
l'enlever plus aifément à l'aide du crible ; en
conféquence on a abandonné le blé moucheté
dans le grenier , en le remuant fouvent avec la
pelle . L'événement a prouvé que cette pouffiere ,
qui eft de nature graffe , devient au contraire de
plus en plus adhérente au grain.
Enfin , on a propofé de faire fécher au four de
la terre franche , de la mettre enfuite en poudre,
& d'en répandre fur le grain moucheté en le battant,
de maniere que l'argile pût le mêler avec la
pouffiere poire , & la détacher du grain , pour
h 4
( 176 )
être l'une & l'autre enlevées au van ou au
crible .
Mais tous ces moyens & autres , reconnus comme
inſuffiſans , ne peuvent enlever , à beaucoup
près , la totalité de la pouffiere du blé moucheté ;
il n'y a abfolument que le lavage à grande eau
qui en vienne à bout .
Plufieurs Fermiers intelligens , ont ordinairement
recours à cette opération fi fimple.
Les eaux de puits , de fontaine ou de rivierre ,
peuvent être également employées au lavage du
blé moucheté.
On fe fervira à cet effet de vaiffeaux commodes.
Le mouvement de l'eau ne fuffiroit pas pour
détacher le noir du blé , il faut le frotter avec un
balai ufé , & même entre les mains , n'en prenant
qu'une petite quantité à la fois : on laiffe couler
l'eau fale fi c'eft dans le cuvier qu'on fait le lavage
& on en remet de nouvelle fur le blé jufqu'à
ce que l'eau forte claire & limpide . Si on lave à
la riviere , on plonge le panier dans l'eau à plu
fieurs repriſes .
>
Mais on obfervera qu'il eft utile de faire cette
opération le plus promptement poffible , afin que
P'eau lave feulement le grain fans le pénétrer ,
dans la crainte que le defféchement ne devien
ne plus difficile , & que l'écorce attendrie ne fe
ride.
Du moment où le blé eft retiré de l'eau , on l'étend
fur des draps à l'air libre : dans les provinces
méridionales , où on lave affez ordinairement les
grains on les expofe au foleil pour fécher. Ce
moyen , préférable à tous , eft en même - tems le
plus économique.
Si le tems ne permettoit pas de faire le deſſé-
@hement du blé au foleil , on le mettra en couche
( 177 )
(
mince dans le grnier le plus aéré , ayant foin
de le remuer fouvent pour prévenir fon échauffement
, & favorifer la perte de ſon humidité
étrangere .
Dans le cas où le tems feroit chaud & humide
, & où l'on auroit à craindre que le blé ne vint
à germer , on auroit recours à la chaleur modérée
du four.
De quelque maniere que le grain ait été defféché
, il faut avoir la précaution de ne pas le mettre
en tas , & fur- tout de ne pas le refferrer qu'il
ne foit parfaitement refroidi , & qu'on ne l'ait
paffé au crible à deux ou trois fois.
Ces précautions fuffiront fi le grain a été par
faitement lavé & bien defféché.
On pourroit peut - être , en convenant des
avantages que procure le lavage des blés mouchetés
, objecter qu'il fait perdre au blé cette
qualité extérieure qu'on appelle dans le commerce
la main , & qu'il occafionne encore des dé→
chets.
Mais on remarquera que fi l'opération a été
exécutée promptement , fur- tout fi le blé eft fec,
comme il le trouve l'être cette année , l'écorce
n'aura pas pu être pénétrée par l'eau ; elle ne
fe fera pas ridée , & le blé confervera fon volume
& fon coulant : ainfi n'étant point retrait , il ne
perdra point à la meſure.
Pour le déchet en poids , il fera réduit à trèspeu
de chofe ; d'ailleurs n'en eft- on pas bien dé◄
dommagé par tous les avantages qui ont été expofés
ci-deflus .
Dans les circonftances qui l'ont exigé , cette
pratique a été miſe en nfage avec fuccès par des
Fermiers , des Laboureurs , des Meuniers faifant
le commerce des farines , ainfi que par nombre
de Propriétaires qui confomment leur blés
h
( 178 )
elle eft journellement fuivie par les bons Bou-
Iangers.
Il eft de l'intérêt du Cultivateur de recourir à
ce procédé , parce que s'il ne le fait pas , le Meunier
ou le Boulanger le feront à fa place , & auront
pour eux le bénéfice auquel il auroit pu prétendre.
Il doit y recourir pour fa propre contommation
, parce que lui & fes gens , mangeront de
meilleur pain , qui ne coûtera pas autant de frais
de cuiffon ; enfin il doit employer ce moyen par
honneur & par humanité , parce que le pain d'un
pareil blé ne pouvant plus être réputé mal - ſain , le
Fermier fera à l'abri d'inquiétudes & de tous reproches
fondés .
Dans le cahier de ce Journal , du 26 Mars
dernier , nous donnâmes , d'après les Ecrivains
Anglois , une notice fur le feu Capitaine
Elphinſton , où l'on difoit , que dans
l'avant- dernière guerre , il avoit fait échouer
&brûler la Frégate Françoiſe la Félicité, trèsfupérieure.
M. Papillon du Havre a réclamé
contre cette affertion , & nous lui devons de
publier la lettre qu'il nous écrit à ce sujet.
J'étois Lieutenant fur cette frégate (laFélicité)
en 1761. Le 24 Janvier , nous fumes attaqués par
Je Richemond de 32 canons à 9 heures du ma
tin ; ne montant qu'une Frégate de 24 canons ,
chargée d'une riche cargaifon pour Saint - Domingue
; à 11 heures nous fumes joints par une
autre frégate de 32 canons à un dogre de 18 ; a
midi , nous eumes le malheur de'perdre M. Denel
notre Capitaine , faifant route pour entrer à Gorée
en Hollande , les vents ne nous le permirent
pas , & nous fumes contraint d'échouer la frégate.
Nous foutinmes le combat jufqu'à 3heures après
midi , que nous fumes obligés d'abandonner notre
( 179 )
va'ffeau . L'on doit les plus grands éloges à mon
Capitaine , tant dans cette action que dans nombre
d'autres. Je ne prétends cependant pas attaquer
la mémoire du Capitaine Elphinfton , mais
je me flatte que vous voudrez bien auffi rendre
juftice au Capitaine Denel , mon Supérieur &
mon ami , &c. & c .
On peut fe rappeller d'avoir lu dans la vie
de Coypel , que le Duc d'Orléans lui payant
un carroffe, un jour , il pria ce Prince de permettre
qu'il convertît ce bienfait en aumônes
; demande qui lui fut accordée. Ce trait
vient de fe renouveller à Amiens , ainsi qu'on
nous le mande .
Une Demoiſelle fort âgée , fans être fort riche ,
avoit trouvé dans fon économie les moyens de fe
procurer toutes les commodités de la vie , &
même un équipage , qu'elle confervoit depuis un
grand nombre d'années. Son cocher tomba malade
il y a quelque tems , & fentant approcher fa
fin , il la fit prier de lui accorder quelques momens
d'entretien : « Mademoifelle , lui dit - il en
» la voyant approcher de fon li , je vais mourir ,
,, & une feule chofe trouble mes derniers momens.
» Je vais laiffer une femme & des enfans dont je
» fuis l'unique foutien , & qui vont tomber dans
la mifere ; permettez - moi de les recommander
à votre pitié : fi vous daignez leur promettre
votre protection , je mourrai content ». Cette
bonne maitreffe lui promit , fi Dieu difpofoit de
lui, de ne point abandonner fa famille , & fa promeffe
n'a point été illufoire . A peine avoit - elle
fait rendre les derniers devoirs à ce malheureux
pere de famille , qu'après avoir vendu fa voiture
& fes chevaux , elle prit chez elle fa veuve & fes
fept enfans , tous fept en bas âge. Fidelle à fes en
h G
( 180 )
gagemens , elle procure à chacun d'eux une édacation
convenable à leur âge & aux difpofitions
qu'ils annoncent. Je vous prie d'observer , Monfieur
, que c'eft à l'âge de quatre - vingt fix ans
que Mile M. vient de faire le facrifice d'une
commodité , qui étoit devenue pour elle une forte
de befoin. Je fouhaite , pour l'honneur de la nation
, que MM . de l'Académie françoiſe trouvent
beaucoup d'actions vertueules qui méritent mieux
que celle dont je viens de vous rendre compte ,
la couronne de vertu , dont ils font les difpenfazeurs.
On nous envoie du Quercy le récit d'une
fête touchante , célébrée à Parnac , & dont
voici les principales circonftances.
Monfieur & Madame Guithou , négocians à
Parnac en Quercy , ent vu renouveller la cérémonie
de leur mariage , après cinquante deux ans
d'une union aufli douce que fortunée. Toute la
parenté a été invitée à cette féte , & les deux
époux ont eu la fatisfaction de fe voir accompagnés
aux Autels , par cinquante fils ou peti
fils .
Les chemins étoient femés de fleurs , & de diftance
en diſtance , on voyoit des arcs de triomphe
, d'où pendoient des couronnes de myrthe &
de laurier , avec cette infcription : Respect &
longue vie à notre Pere commun. Les bons Vieillards
affis fur des bancs de gazon , recevoient le
falut de toute la famille , & puis fe remettoient
en marche au fon des inftrumens , & aux accla
mations du peuple.
Arrivés à l'Eglife , M. Guilhou , Capitaine de
Navire à Bordeaux , & dix - huitieme fils , donna
la main à fa mere pour la conduire au baluftre ;
tandis que Mademoifelie Guilhou , fa foeur , &
dix-feptieme fille , tous deux nouvellement ma1
( 181 )
riés , la donnoit à fon pere. L'Abbé Guilhow ,
Curé de Gramat en Quercy , & vingt - deuxieme
fils , leur mit une couronne fur la tête , il entonna
en même tems le Te Deum , & prononça un difcours
, tel que la circonftance le demandoit . La
cérémonie achevée , les Epoux furent reconduits
dans leur maison.
Un Officier Invalide , qui ne fe nomme
pas , a trouvé fort peu exacte l'eftimation faite
par les Gazettes Hollandoifes , du dommage
caufé au payfan , fur le champ duquel defcendit
M. Blanchard , le mois dernier . Reprenant
la chofe par le principe, & le compas
à la main , cet Officier fe fache & raifonne ,
en nous priant d'imprimer fon raiſonnement.
Sa lettre & fon fang - froid font un plaifant
contrafte avec la fièvre chaude de certains
maniaques.
C'est un rapport bien peu judicieux , Monfieur ,
de dire dans votre Journal du 23 Juillet , que le
payfan Hollandois a exigé du fizur Blanchard ,
dix ducats pour une botte de foin ; ne prévoyezvous
pas que la pofée de cet affompteur a dû faire
amaffer tous les gens de la campagne des environs
, occupés à la fanaifon & à d'autres ouvrages
; & qui s'étant portés autour de cet Air Gazeur
, ils ont dus fouler l'herbe , au point de la
perdre entierement ; or , quel a dû être ce dommage
? Le Pré , dites - vous , étoit au bord d'un
étang , & conféquemment d'un grand rapport :
fi le dégat n'a été feulement que de l'étendue
de la place des Victoires , il eft für qu'il
étoit pour le Propriétaire de plus de cinquante
ducats , vu la quantité du rapport du pré
& la cherté du foin ; or , il eft probable que le
dommage a du avoir plus d'étendue que la place
( 182 )
'des Victoires , il a dû s'y amaffer plus de deux
mille Spectateurs , dont plufieurs à cheval , vu
l'heure ,le lieu , les circonftances ; pourquoi donc
ne l'eftimer qu'une botte de foin , & pourquoi le
Gazetier de la Haye appelle - t-il un payfan un
cannibale ? Eft - il quelque Soufcripteur de la
Haye , qui eut voulu faire un pareil facrifice ? Le
feur Blanchard eft évidemment l'auteur ou lacaufe
de la perte ; il n'eft pas douteux qu'il ne retire
quelques bénéfices de fon fpectacle , il a donc
dû réparer le dommage qu'il a caufé au payfan .
Il faut , Monfieur , ne pas accufer des malheureux
qui ne font , ni en état de ſe juſtifier , ni de
fe défendre : c'eft l'avis que vous propofe votre
abonné , Officier des Invalides , en vous priant
de l'inférer dans votre premier Journal .
Après cela , il eft curieux de lire les premières
lignes du Profpectus d'une nouvelle
expérience de M. Blanchard à Lille. Ce morceau
eft digne d'être retenu , & il eft bon
d'obferver que c'eſt dans ce ftyle qu'on a
toujours écrit fur les Aëroftats , & qu'on
écrit journellement pour célébrer une nouvelle
mode , une danfeufe , un ballet , une
ariette , une brochure.
Les Arts créés par l'homme , tiennent de fa
nature ; long-tems enfans , ils arrivent lentement
à leur point de perfection . Foible & fans défenſe ,
l'homme alloit devenir la proie des animaux , la
mécanique vient à fon fecours , & les monftres de la
terre & des eaux furent foumis à fon empire . Chaque
jour cette fcience nous découvre de nouveaux
fecrets , & fouvent la réuffite feule a démontré
la poffibilité de l'entreprise . Au fond des
mers hyperborées , le pouvoir de l'homme s'eft fait
fentir l'or caché dans les entrailles de la terre n'a
( 183 )
pu le fouftraire à fes recherches : les vaftes plaines
de l'air ne lui étoient pas fermées pour jamais
, & M. Blanchard , qui depuis dix ans travaille
à cette découverte fublime , a toujours penfe
que l'Aigle qui plane au -deffus de la foudre , n'avoit
pas reçu de la nature un don que l'art ne pouvoit
imiter. Il s'en faut de beaucoup encore que l'aeroftation
foit parvenue au degré d'utilité ou de
perfection qu'on eft en droit d'en attendre , & ce
n'eft que par des effais fucceffifs & multipliés
qu'on pourra , peut- être , l'obtenir . Confacré
entierement à la recherche de ce but , M. Blanchard
qui a déjà fait treize voyages avec fuccès
dans les airs , propofe d'en faire en cette Ville
un quatorzieme qui fera le plus brillant de tous
ceux qui l'ont précédé , & a ouvert , à cet effet ,
une foufcription , dont voici les conditions .
Le prix des billets eft de 3 liv . & de 6 francs .
Belle conclufion & digne de l'exorde.
L'Académie de la Rochelle décernera , dans fa
féance publique d'après Pâques 1786 , une Médaille
de trois cens livres , à la meilleure Piece de
vers françois qui lui fera adreffée avant le 15 Mars
de la même année.
Elle laiffe aux Auteurs le choix du Sujet .
L'Académie n'admettra au concours que des
Poëmes , Epitres ou Difcours de 150 vers au moins,
& de 250 au plus.
Les Membres de l'Académie font exclus du
concours ; les Auteurs qui fe feront connoître ,
directement ou indirectement , n'y feront point
admis.
Les paquets doivent être adreffés , francs de
ports , à M. Seignette , premier Secrétaire perpétuel
de l'Académie .
Chaque piece de vers portera , en tête , une
( 184 )
devife , répétée fur un billet cacheté qui contiendra
le nom & la demeure de l'Auteur .
L'on fe plaint depuis long - tems & avec raifon ,
du mauvais air qui regne dans les Hôpitaux ,
dans les Dépôts de mendicité , & dans tous les
endroits où il y a beaucoup d'hommes réunis ,
L'on prétend , avec fondement , que ce mauvais
air , en féjournant , occafionne des maladies , &
augmente l'intensité de celles qui exident déja .
Le fieur Wealerffe , Ingénieur Méchanicien de
la Marine du Roi , a inventé une Machine propre
à faire ceffer cet inconvénient grave ; & le Miniftre
a ordonné qu'il en fût établi une dans l'Hôpital
Militaire de Strasbourg. Le fieur Weulerffe
eft venu la pofer & la faire jouer lui- même en
préfence de plufieurs Officiers Généraux , & des
Officiers de Santé , qui ont tous reconnu qu'elle
rempliffoit parfaitement fon objet , en extrayant
très promptement le mauvais air qui circule dans
les Sal'es & en le repoullant au dehors . Cette
Machine fait honneur au fieur Weulerffe , & elle
mérite , autant par fon utilité que par fa fimplicité
, d'être mile au rang des inventions dont notre
fiecle s'honnore.
A Strasbourg, ce 14 Août , 1785.
FRADEL D'ARLY , Contrôleur des
Hopitaux Militaires.
Sophie-Joséphine Antoinette de Ligny ,
époufe de Louis - Etienne- François , Comte
de Damas de Crux , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal de Camp , Commandant
dans la province des Trois - Evêchés , eft
morte à Paris le 23 Juillet.
Adélaïde Henriette Elifabeth de Beziaded'Avaray
, Marquife de Grave , Dame pour
accompagner Madame Comteffe d'Artois ,
( 185 )
eft morte à Versailles le 24 du même mois ,
âgée de 23 ans.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 22 Août.
Les Etats Généraux ont ordonné à leurs
Ambaffadeurs à Paris , de reprendre les négociations
avec l'Ambaffadeur de S. M. I. ,
fous la médiation de la France , auffitôt que
cet Ambaffadeur aura reçu de fa Cour les
inftructions néceffaires.
Deux circonftances récentes ont porté
l'attention générale en Hollande , fur le complot
, encore obfcur , médité contre le Duc
de Brunfwick. On affure que M. Olden-
Barneveld, Fifcal de la Généralité , eft parti
pour Aix-la-Chapelle , chargé d'une commiffion
des Etats Généraux. En même tems , le
Rhingrave de Salm a quitté fubitement la
Haye pour fe rendre à Breda , où la Légion
eft cantonnée. Deux des perfonnes ,
arrêtées à Aix-la- Chapelle , la nuit du 27 au
28 Juillet , ont été conduites , le 4 de ce
mois par 12 Grenadiers , dans les prifons publiques
, & 9 autres prévenus font gardés à
vile .
Voici de quelle maniere on raconte à
Aix- la Chapelle la découverte de cette confpiration
contre l'ancien Feldt - Maréchal.
Il y a quelque temps qu'une lettre fut adref
fée à un étranger demeurant à Bruxelles . Cette
lettre arriva juftement après la mort de l'étranger.
L'hôte du défunt , l'ayant ouverte trouva
( 186 )
qu'elle parloit d'un plan pour enlever les papiers
de Monfeigneur le Duc de Brunfwik , &.
de ne pas ménager fa perfonne. Ce particulier
s'adreffa fur cela au Gouvernement , & y remit
la lettre ; le Gouvernement de Bruxelles en
donna d'abord connoiffance à Monseigneur le
Duc , lui confeillant d'être fur les gardes . Deux
Officiers Impériaux , demeurant ici ( Aix la-
Chapelle ) firent jour & nuit le guet , juſqu'à
ce qu'enfin le Baron d'Arros , fa femme , fon
beau-frere & trois autres furent arrêtés . Un des
prifonniers a avoué dit -on , avoir reçu 200
ducats à Liége , pour l'exécution de cet attentat .
Le fait a été communiqué à l'Empereur par un
Exprès dont on attend le retour à tout moment.
Sa réponse décidera probablement du fort des
prifonniers , qui en attendant fubiffent journellement
des interrogatoires .
On mande de la Haie ce qui fuit :
Lorfque la Princeffe d'Orange revint il y a 9
à 10 jours , de fon petit voyage à Breda , quelques
particuliers de Rotterdam , attachés à la
maifon Stadhoudérienne , donnerent des marques
de joie fur la Meufe , en fe promenant le long
de cette riviere fur un Yacht pavoifé d'Orange ,
tirant le canon & criant houzée. Le baillif ou
grand officier de la ville , partant d'après le placard
des états de la province , cita ces particuliers
en juftice , comme ayant contrevenu aux ordres
du Souverain , qui défendent abfolument tous fignes
, marques de parti , réjouiffances tumultueufes
, &c. Ce procès fe pourfuit aujourd'hui
criminellement , & les particuliers fe défendent
fur ce que le baillif n'a aucune autorité ni jurifdiction
fur la Meufe , & que le Schout particulier
de la riviere ne les attaquant point , perfonne
n'a droit de le faire.
( 187 )
Ces mouvemens ayant femé l'alarme , le
Magiftrat de Rotterdam a rendu un Placard
en ces termes :
Le grand Bailli , Bourguemaîtres & Echevins
de la ville de Rotterdam , voyant avec le plus
grand étonnement , & avec un mécontentement
proportionné , que plufieurs habitans tâchent d'éluder
& de rendre inutile l'Ordonnance des états
de la Province , en date du 23 Février 1785 , &
l'admonition du Magiftrat de cette ville , en date.
du 4 Mars fuivant en continuant de porter
publiquement des Mouchoirs couleur d'Orange ,
dont ils fe parent avec affectation & autres marques
diftinctives & propres à les faire remarquer
:
,
A ces Caufes , le Magiftrat de cette ville , à
ce porté par un foin paternel , avertit encore une
fois , de la maniere la plus férieufe , tous & un
chacun des habitans de fe garder foigneufement
de porter à l'avenir aucune forte de ces marques
diftinctives & reconnoiffables , que Leurs grandes
Seigneuries jugent être contraires à la lettre de la
fufdite publication ; & que ceux qui les porteroient
àl'avenir , fe mettront dans le cas de la
punition décernée contre les défobéiffans.
Une lettre de Spa , du 8 de ce mois , s'exprime
ainſi :
La Société d'étrangers en cet endroit a pris
>> en haine le propriétaire de la grande redoute
à Spa , & ne voulant point épenfer leur argent
chez lui , ces étrangers firent hier la partie
de donner un fouper & bal à Theux , village
diftant d'une demi- lieue . Cette Société ,
» compofée de ce qu'il y a de plus illuftre , &
» même de plufieurs Princes Souverains d'Allemagne
, fut fort étonnée de voir arriver au mis
( 188 )
lieu du bal , un Officier du Prince de Liége
avec rc Soldats , qui ,
infolemment fignifia
» à l'affemblée de fe retirer d'abord , ou qu'il alloit
les y forcer ; il ordonna à fes fatellites de
chaffer les muficiens , fans aucun ménagement
, ni pour baffe , ni pour violons , qui la
» plupart furent brifés. Plufieurs Dames s'évanouirent,
entr'autres l'époufe du Landgrave
» de Heffe Rheinfeld , qui d'abord écrivit au
» Prince de Liege , pour le plaindre du ton d'arrogance
& de véhémence que l'Officier avait
» mis dans l'exécution de fes ordres , enfin tour
» le monde part de Spa ».
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Au moment , écrit- on de Madrid, où nous nous
fattions du fuccès des
Négociations avec la Régence
d'Alger , nous apprenons que tout espoir
de paix avec les pirates Algériens eft évanoui. Il
eft vrai que nous n'avons jamais pensé que notre
glorieux Monarque fou criroit aux conditions hu
miliantes de paix que la plupart des Gazettes
étrangeres ont eu l'imprudence de divulguer , fur
la foi d'une fimple Lettre , écrite d'Alger par
quelque mal intentionné , mais nous favions que
le Roi avoit offert de faire des facrifices affez
grands pour porter ces Barbarefques à un accommolement
avantageux . Le Dey a porté la préfomption
jufqu'à vouloir ftipuler , que la paix
qu'on conclureit, negeroit obfervée qu'en pleine mer ;
mais que les hoftilités pourroient fe continuer de part
& d'autre fur les côtes des deux Empires . En conféquence
du réfus fait d'un accommodement fi
extraordinaire , & fuggéré dans le deffein de faire
échouer les négociations , les corfaires Algériens
fe font déjà emparés d'un de nos navires . Sa Ma
( 189 )
jefté a fait inférer dans la Gazette de la Cour , les
ordres qu'elle avoit jugé à propos de faire donner
, en conféquence de la ruptute des conférences
& du nouvel attentat commis par les pirates.
Gaz.d'Amfterdam, n°. LXV.
Les Croates & les Chaffeurs qui font ici ,
écrit - on d'Infpruck , ont reçu le 3 un ordre du
Confeil militaire pour fe mettre auffi tôt en
marche , & pour quel endroit ? Pour les
Pays-Bas. S. A. le Duc Albert de Saxe
Tefchen a pareillement reçu ordre de faire
marcher tous les régimens qui , depuis cinq
mois , s'étoient mis en marche , & avoient fait
halte dans différens endroits , d'après les ordres
qu'ils avoient reçu de s'arrêter. De ce nombre,
font nos Croates & Chaffeurs , le corps franc
de Brentano , les Huffards & les divifions d'Oulans
, qui avoient fait halte à Vienne en attendant
leur deftination ultérieure . Ce qu'il y
a de fingulier , c'eft que cet ordre du Confeil
militaire eft daté du même jour que les députés
hollandois ont reçu leur premiere audience
de l'Empereur. Nouvellifte d'Allemagne , nº 129.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 ) .
Privilege des Habitans & Commeaçans de la Ville
de Lyon .
Tout le monde connoît en général , les privileges
de la ville de Lyon , pour fon commerce ,
& pour affurer le paiement de fes débiteurs . On
fait avec quelle célérité s'exécutent les actes éma-
[ 1 ] On foufcrit en tout temps pour le Journal des
Caufes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Libraire ,
Quai des Auguftins . Prix , 18 liv, pour Paris , & 24 livpour
la Province,
( 190 )
nés de fon tribunal de commerce , appelé Confer
vation. On fait auffi ce qu'eft fon privilege d'amener
, pied à pied , un débiteur étranger devant
l'hôtel du Juge , pour le faire payer fur le champ.
Mais tout le monde ne conncît pas les diftinctions
& exceptions de ce privilege , ni l'abus qu'en font
quelquefois la mauvaiſe foi & l'avidité de quelques
particuliers ; abus qui feroient plus fréquens
encore , s'ils n'étoient quelquefois féyérement
réprimés & punis.
En 1773 , Milord Duc de Gordon , allant en
Italie , paffe à Lyon , & s'arrête pour faire raccommoder
le reffort de fa voiture . Il alloit partir;
mais le Forgeron , qui avoit fait prix à quatre
louis , double la fomme. Le Duc de Gordon , indigné
de fa mauyaife foi , refuſe de les payer. Le
Forgeron préfente fa requête au Juge contre un
fieur Gordon , Marchand , qui veut partir fans
payer. Milord arrive devant le Juge . La fraude
eft découverte , l'ouvrage eftimé à 80 livres , &
le Forgeron eft puni.
En 1775 , M. Aubry , Chevalier Baronner ,
membre du Parlement d'Angleterre , fait faire
un habit . Premier mémoire préfenté , où la façon
de l'habit eft porté à 76 liv . Elle augmente bientôt
dans un fecond , & monte à 96 livres ; enfin ,
dans un troifieme compte , il s'agiffoit de 133 l.
Le Tailleur étoit ennemi des délais , & s'adjugeoit
lui-même de forts interêts pour le retard . Le Chevalier
Anglois refuſe de ſouſcrire à cette progreffion
arithmétique. Le Tailleur le menace de le
faire arrêter pied à pied . L'Anglois le préfente au
Juge avec les comptes & demande justice . Le
Tailleur mandé fur le champ , reconnoît les trois
mémoires différens & écrits de fa main , rougit
d'abord , fourit enfuite , & fe retranche , 1º . fur
ce que le dernier compte ayant été arrêté par ſes
( 191 )
Maitres Gardes à 133 livres , le Magiftrat n'a plus
rien à y voir ; 2°. fur ce qu'il veut fe pourvoir
devant un Tribunal qui lui accordera fûrement
l'amené à pied. Le Magiftrat , fans égard à ces
exceptions , fait venir des Experts qui n'eftiment
pas l'ouvrage même au montant du premier
compte.
L'Anglois paie , donne le furplus aux pauvres
& demande grace pour le Tailleur qui méritoit
d'être puni , & part convaincu que le préjugé ,
qui en Angleterre , avilit au dernier étage la profeffion
de Tailleur , pouvoit du moins s'appliquer
juſtement à cet avide & frauduleux Tailleur de
Lyon .
L'anecdote fuivante n'eft pas propre à le démentir.
Au mois d'Octobre 1770 , Madame la
comteffe de Rotembourg , Grande Maréchale de
la Cour de Pruffe , & Madame la Baronne de
Gurtz fa fæeur, pendant quelques féjours à Lyon ,
commandent à une Tailleufe nommée Munic ,
quelques ouvrages peu confidérables . Le 22 , le
mémoire examiné , paroît beaucoup trop cher à
une Dame de qualité de Lyon , qui fe trouvoit
préfente , & l'on renvoie au lendemain.
"
La Tailleufe ne perd pas de temps , préfente
requête , expofe que deux Dames, fe difant Com
teffes de Rotembourg en Allemagne , l'ont fait
travailler ; qu'elle leur a livré le 17 , & qu'elle
n'eft pas payée ; qu'elle vient d'être informée
que ces loi- difant Comteffes inconnues dans
cette Ville , fe propoſent de partir demain ; demande
de 96 livres 14 fols , fon paiement entre
les mains de l'Huiffier porteur de l'Ordonnance ,
fans délai ; & à refus , permiffion de les faire arrêter
& mener , pied à pied , à l'hôtel du Juge ,
pour y avouer ou défavouer , faufà requérir qu'à
défaut de paiement elles foient conftituées prifon(
192 )
nieres , & la permiffion en outre de faire faifir ,
à l'auberge , tous les effets qui fe trouveront leur
appartenir. Ordonnance conforme à la requête .
Le lendemain , ces deux Dames étrangeres font
accueillies par une nombreufe cohorte , qui les
traite comme des demoifelles foi - difant comteffes ;
elles font indignées , effrayées d'un pareil traitement
dans la feconde ville de France. Pour ne pas
fubir l'indignité de fe voir mener pied à pied dans
des rues de Lyon , elles fe hâtent de configner le
capital de 96 liv. 14 f. & 42 liv. pour les frais
entre les mains de l'Huiffier , & s'éloignent au
plus vite du théâtre d'une pareille ſcene , qu'elles
ne favent comment concilier avec la politeffe
Françoife.
Leur Banquier , juftement indigné , le pourvoit
en révocation , & le 29 Octobre , Jugement
à l'Hôtel , qui , après avoir donné acte du confentement
de payer les ouvrages ſuivant l'eftimation
, déclare les exécutions vexatoires , tortionnaires
, injurieuſes ; les révoque , avec 200 liv.
de dommages intérêts , au paiement defquelles la
Munic fera contrainte par corps , avec reftitu
tion des 42 liv. de frais , & impreffion & affiche
du Jugement. Les dommages & intérêts furent
modérés à so liv. & les fommes appliquées aux
deux Hôpitaux , du confentement des parties
vengées.
Lejugement n'eft point affiché : le public crie ;
on fe plaint . Le 15 Novembre la Tailleufe eft
arrêtée , en vertu d'ordres du Roi , & conduite
aux prifons de S. Jofeph , d'où elle n'eft fortie que
le 4 Décembre , & après avoir imploré la pitié
des deux Dames qu'elle avoit fi indignement ouzragé,
adieux de la Préfidente de Tour- Le Bonheur dans les tara-
Paris , chez Prault , Impr . da
Roi , quai des Auguftine.
Confidérations philofophiques
far le Chriftianifme : 1 v. in-8 °.
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On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel
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de trente livres, & pour la Province , port franc ,
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiſſant le Port de l'argent & la lettre
l'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Septembre
font priés derenouveler au plus tôt leur abonnement ,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreffes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auft leurs noms & qualités
d'une écriture lifehle , & affranchir les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reques.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères