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1785, 07, n. 27-31 (2, 9, 16, 23, 30 juillet)
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MERCURE
DE FRANCE .
( No. 27. )
SAMEDI 2 JUILLET 1785.
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX,
L'Ami de l'adolefcence ; par
M. Berquin : neuvième & dixième
cahiers ,formant le cinquième
volume de cet ouvrage .
La foufcription eft de 13 liv.
4 fols pour Paris , & de 16 liv.
fols pour la Province.
On foufcrit à Paris , aŭ Bureau
de l'Ami des Enfans, rue de
PUniverfité , au coin de celle du
Bacq , n °. 18.
par M. Bernardï ; 1 v. in-8° . br.
41. 10 f. A Paris , chez Servière ,
Libr. rue S. Jean - de - Beauvais
Médecine nouvelle , ou l'Art
de conferver la fanté , & c.; par
M: L*** , D. M. br. de 91 p. 4
Paris , chez Morin , L. r. S. Jacq.
AVIS.
Les Etrennes du printemps
aux habitans de la campagne
le trouvent actuellement chez
Lamy , Libraire. quai des Auguf
Difcours pronencés dans l'A- ins.
cadémie françoife , le Jeudi 15 On trouve chez Servière , L.
Juin 1785 , à la réception de M. ' rue S. Jean- de-Beauvais , les ļil'Abbé
Morellet , liv. 4 fols. vres fuivans !
A Paris , chez Demonville , Imp.- Traité de l'afthme , par Jean
Libr. rue Chriftine. Floyer , Docteur en médecine ;
Efai fur les révolens du traduit de l'anglois : 1 vol. in- 12-
droit françois , pour fervir d'in- rel. 2 liv. 1ofols .
troduction à l'étude de ce droit , Traité théorique & pratique
fuivi de vues fur la juftice civile, des maladies inflammatoires
par M. J. F. Carrere : I volume
in- 12 . rel. 3 1.
Extrait de l'esprit des loix :
Science du bon-homme Richard
; parie Docteur Franklin :
De la connoiffance & du trai- 1 vol . in-12. br. 1 1. 4f.
tement des maladies , principalement
des aiguës ; traduit du la- 1 vol. in-12 . br. 1 1. 4 f.
tin de M. Eller, par J. Agathangele
Roy: I volume in- 12. rel .
3-liv.
L'Art de nager ; par un Plongeur
: 12 f.
Le Manuel du chaffeur , con-
Formules de médecine, latines tenant un vocabulaire des ter-
& françoiſes , pour le grand Hômes de chaffe ; un traité des diftel-
Dieu ds Lyon ; par Pierre férentes eſpèces de chaffe &
Garnier : nouvelle édition', 1 v. des fanfares en mufique : in- 12.
m-12. rel. 3 liv. a liv. 8 f.
>
Obfervations de chirurgie , Eloge de M. Blanchard ; par
où l'on en trouve de remarqua- M. du Chofale: r 1. 4 f.
bles fur les effets de l'agaric de Suite des livres qui fe trouvent
chêne dans les amputations , & chez Voland , Libraire, quai des
la compofition des bougies fou- Auguftins , près la rue du Hure
veraines dans les maladies de l'u poix.
rètre ; traduites de l'anglois de
M. Warner , &c . 1 vol. ina2 .
xel. 2 liv. 10 f.
Nouvelles obfervations fur le
pouls intermittent , qui indique
Tufage des purgatifs & qui ,
Hiftoires tragiques , extraites
de Bandel , & mifes en françois
par Boiteau & Belleforeft :
7 vol. 21 liv.
Jeune Alcidiane : 3 vol. in - 12.
br. fig. 7 1. 10 f.
, Suivant Solano & Nihell , an- Infortuné Napolitain
nonce une dhiarré critique , &c.Aventures de Rofelli : 2 vol.
ouvrage traduit de l'anglois de in- 12 . fig. 61 .
Daniel Cox : 1 vol. in- 12 . relié ,
2 liv. 10 f.
I
Cours d'accouchemens , en
forme de catéchisme , par Jacq.
Télinge : 1 v. in-12. r. 1 liv . 16 f.
On trouve chez Royez , Libr.
quai & près des Auguftins , les
Ouvrages fuivans :
Inftitution aux loix eccléfiaftiques
de France , d'après les
Jofeph , Roman poétique ; par
Bitaube: in- 12. petit papier , rel .
2 liv. ro f
Lettres de la Ducheffe de **
par Crebillon : 2 vol. 3 1.
Le Mariage : 2 vol . in- 12 . br.
3 liv.
Mémoires de Berval : in- 12 .
petit pap. 11. 10 f.
-de Mile de Sternheim : 2 v.
Memoires du Clergé 3 vol . pe- in - 12 . br . 3 1 , 12 f.
tit in- 8 °. br. 91 .
Hiftoire du droit public ecclé
fiaftique françois : 2 vol. in-12.
br. francs de port partout le
Royaume , 5 1.
Loix pénales , d'après le ta
bleau comparé des vertus , des
devoirs , des vices & des crimes :
vol. grand in- 8 br. 4 1.
Traité des violences publiques
& particulères , & du devoir des
Juges , italien & françois : in- 12 .
rel. 3 liv.
-Turcs : 3 vol . in 12. figures ,
6 liv.
Mille & un quart d'heures :
3 vol . in 12.7 1. 10 f.
Mille & un jours : 5 volumes
12 liv. 10 f.
Mort d'Abel, de Gefner :in- 12.
pet. cap. 21.
Narciffe dans l'ifle de Vénus ;
par Malfilatre in-8 ° . fig . ' 3 liv .
12 fols
*
Nérs & Mérhoé ; a volumes
in-12.5 liv.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 JUILLET 1785.
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKI , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
PIÈCES
Du mois de Juin 1785.
IECES FUGITIVES . $5
▲ Adélaïde , à ſon retour de La Folle Journée , ou le Ma-
Jofeph de Vendôme,
la campagne , 3
Réponses à la Queſtion ,
Vers faits à Vauclufe , 49
A mon Médecin , 52
riagede Figaro, Comédie 105
Hiftoire des progrès & de la
chie de la République Romaine
,
Court de Gébelin ,
126
Vers à la louange de feu M. L'Enfant Prodigue , Poëme , 77
102
132
152
Vers pour le Portrait de M. L'Enfer , Poëme du Danie,
Bérenger ,
Vers à Mme de Genlis, 145 Lettres au Rédacteur du Mer-
Epitre à mapetite Jument, 146
Réponse à M. Damas ,
cure , 73 , 83 , 138.
148 Académie Françoise , 185
SPECTACLES.
149 Académie Roy.de Mufiq. 36
La Brebis & le Chien , Fable ,
Gharades , Enigmes & Logogryphes
, 8 , 52 , 102 , 15
NOUVELLES LITTER.
Théâtre Italien de M. de Florian
10
Eloge Hiftorique de Louis-
174
Comédie Françoiſe , 137 , 176
Comédie Italienne , 38
Annonces & Notices , 41 , 88
139 , 186
>
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 JUILLET 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
1
A M. le Prince DE B *** , après lui
avoir lû une petite Comédie intitulée :
Les Papilles.
DEVENEZ EVENEZ le Tuteur de mes jeunes Pupilles ;
Celui que jufqu'ici leur traça mon crayon ,
Eft vertueux , ſenſible , aimable autant que bon ,
Et fur-tout il le plaît aux actions utiles.
Prince , vous le voyez ; ainſi mes jeunes gens ,
En quittant le Tuteur que leur créa mon zèle ,
Si j'ai bien exprimé mes fecrets fentimens ,
Ne changeront point de Tutelle.
A i
4 MERCURE
MES SOUHAITS , Imitation libre d'un
Prologue de Galathée , Roman Paftoral
de M. de Florian , Gentilhomme de S. A.
S. Mgr. le Duc de Penthièvre.
Hoc erat in votis. HORACE .
QUAND pourrai-je vivre au village !
Quand ferai- je le poſſeſſeur
D'un champêtre réduit , aſyle du bonheur ,
Qu'un bois de cerifiers ombrage !
TOUT auprès feroit un jardin
Ou croîtroit la laitue , où verdiroit l'ofeille ,
Parmi de longs feftons de lavande & de thym :
Les murs feroient couverts d'une flexible treille ,
Où pendroit la grappe vermeille ;
La figue y muriroit à côté du raifin ,
Et la fraife odorante aux pieds de la groſeille....
Le lait d'une géniffe , aliment doux & fain ,
Ou liquide ou preffé dans fa pure corbeille ,
Fourniroit , fans recherche , aux frais de mon feftin,
Quand l'amant des cités péniblement ſommeille ,
Quel plaifir d'entendre au matin ,
Sur l'arbuste fleuri qu'auroit planté ma main ,
Gazouiller la fauvette ou murmurer l'abeille !
謎
BORDÉ de noisetiers , un limpide ruiffeau
BIBLIOTECA
REGLA
DE FRANCE.
Environneroit mon empire ,
Et mes defirs , j'ofe le dire,
Ne pafferoient jamais le canal de fon cau.
LA , dans le fein de la Nature ,
Là , je coulerois d'heureux jours ;
La promenade , la lecture ,
Le repos , le travail en rempliroient le cours.
PLUS fatisfait que ceux que la fortune enivre ,
Et dont l'avide coeur ne fauroit le borner,
Avec peu j'aurois de quoi vivre ,
J'aurois encor de quoi donner.
Doux plaifir de donner , d'épandre fes largeffes ,
Toi feul tu fais fentir le vrai prix des richeffes !
Il doit être fi doux , pour l'auteur d'un bienfait ,
De rencontrer les yeux de l'heureux qu'il a fair !
O Vertu qu'adore norre âge!
Noble & touchant befoin de faire des heureux ,
Plaifir vraiment royal , plaifir digne des Dieux ,
( Et qu'avec ces derniers Penthièvre partage ,
Pehthièvre , la vive image
De l'Etre bienfaifant qui règne dans les cieux , )
Defcends dans mon humble hermitage ,
Et verfe dans mon coeur l'amour délicieux
De ce devoir divin , la volupté du fage.
QUE manque-til à mon bonheur ,
Si goûtant avec moi ce fort prefque céiefte ,
A iij
aerische
Stabibliothek
München
MERCURE
Une épouse douce & modefte
Embellit ma retraite & confole mon coeur ;
Si je vois quelquefois & ma fille & fon frère ,
Sur le gazon , le plaifir dans les yeux ,
Se difputer à qui courra le mieux
1
Pour venir embraſſer leur mère !
Ah ! je croirois alors , même an fein des déferts ,
Pofféder , fentir feul le charme de la vie ,
Et devoir exciter l'envie
De tous les Rois de l'Univers.
(Par M. Bérenger. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Charbon ; celui
de l'Enigme eft Brochet ; celui du Logogryphe
eft Truite , où l'on trouve truie , étui ,
rue, ut, ré , titre , ire , têtu , Urie , tue , Eu ,
Ur , rit.
CHARADE.
NE perdons point de temps , courage, dépêchons ;
Donnez la torture à vos têtes ,
Et devinez de deux façons
Monun, mon deux, mon tout ; ce font autant de bêtes.
DE FRANCE
.
ENIGM E.
PLACE fur un portrait, daris les jardiæs fleuris ,
Aux champs , plus ſouvent qu'à la ville ,
Durant le jour je me rends fort utile;
Pendant la nuit je n'ai plus aucun prix.
Je vis par le foleil , par fa feule lumière ;
Sa foeur m'éclaire & ne m'anime pas :
A peine a - t'il atteint le haut de fa carrière ,
De mon côté chacun tourne fes pas.
J'aime à les voir venir tous à la fuite ,
Curieux , attentifs à l'indication ,
Sur mon avis diriger leur conduite.
Je ne fais point payer la confultation ;
On le croiroit , voyant qu'à chaque queſtion ,
Ils portent vite une main à la poche ;
Mais , loin de réclamer leur générosité ,
Je me crois trop heureux , & fuis affez flatté
S'ils daignent , en partant , m'épargner le reproche
Et de menfonge & d'infidélité..
( Par M. de L **. )
A iv
8 MERCURE..
1
SUR D
LOGO GRYPHE.
UR mes huit pieds , fans pied , cher Lecteur , to
me vois.
Je voyage en panier ou bien dans une hotte .
On metourmente au point de me mettre en compote .
Veux- tu me voir deux pieds ? Il faut m'en ôter trois.
Par tout pays , alors , fort importante ,
Ici , de plus , je fuis charmante.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS fur le Préjugé des Peines Infa
mantes , couronné à l'Académie de Metz;
Lettrefur la Réparation qui feroit dûe aux
Accufes jugés innocens ; Differtation fur
le Ministère Public ; Réflexions fur la
Réforme de la Juftice Criminelle , par
M. de Lacretelle , Avocat au Parlement .
A Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente
, 1784.
Nous ne parlerons , dans cet extrait , que
du Difcours qui forme la plus grande partie
de cet Ouvrage.
Il eſt divifé en trois parties : Quelle est
DE FRANCE.
l'origine du préjugé qui étend fur la famille
d'un coupable l'opprobre attaché aux peines
qui ont été décernées contre lui ? Ce préjugé
eft-il utile ? Quels feroient les moyens de le
détruire ? Telles font les queftions que M.
de Lacrerelle s'eft propofe de réfoudre , &
qu'il traité chacune féparément dans une des
trois parties de fon Difcours.
Le préjugé dont on examine ici l'origine
& les effets , n'eft pas ce mouvement naturel
qui nous infpireroit pour le parent d'un
coupable une forte de défiance machinale ,
ou cette eſpèce d'éloignement qu'on éprouveroit
pour la fociété d'un homme dont la
préfence rappelle des idées triftes ou révoltantes,
& oblige d'ailleurs à une forte de contrainte.
Ce n'eft pas non plus ce fentiment
qui nous fait préférer en général pour des
mariages , pour des affociations , pour la nomination
à des emplois , un homme forti
d'une famille honorée , à celui dont les parens
fe font avilis par des vices ou par des
crimes .
Si dans un grand nombre de circonftances
ces fentimens nous trompent , fi nous avons
tort de nous y abandonner fans les foumertre
, pour chaque application particulière , au
jugement de la raifon , on ne peut cependant
leur donner abfolument le nom de
préjugés . Ce font des impreffions qui tiennent
à la Nature , auxquelles on ne doit pas
céder fans examen , mais qu'il eft impoffible.
de détruire.
A v
10
MERCURE
i
›
Le préjugé confifte proprement dans
l'opinion que le père , le fils , le frère d'un
coupable , puni pour un crime deshonorant
ne doit plus être admis dans la
fociété des homines honnêtes ; que toute
alliance avec lui eft un opprobare ; qu'il ne
doit occuper aucune des places qui demandent
une réputation d'honneur & de probité.
M. de Lacretelle trouve la première origine
de ce préjugé dans l'ancienne Légiflation
des Germains. Chez ce peuple , la Société
paroît avoir été le réſultat d'une affociation
volontaire de familles , & leurs Loix
nous fourniffent un grand nombre d'indices
de cette origine. Elles avoient établi la compofition
pour la plupart des crimes ; c'eftà-
dire , qu'on renonçoit , pour une fomme
fixée , au droit de fe venger , fuite du droit
de guerre , auquel chaque famille avoit
renoncé. La famille entière répondoit , dans
certains cas , des compofitions pour crime
auxquelles un de fes membres étoit condamné
, & delà au préjugé qui étend l'opprobre
du crime fur tous les parens d'un
coupable: il n'y a pas loin , dans la logique
d'un peuple ignorant & à demi barbare.
Une autre caufe vint augmenter la force
de ce préjugé. Dans le temps de l'anarchie
féodale , les Nobles étoient rarement punis ,
leurs affaffinats , leurs brigandages s'appeloient
des guerres ; & on n'auroit pu même ,
fans imprudence , étendre la honte d'un fupDE
FRANCE.
plice fur toute une famille ; ç'eût été lui impoler
la néceffité de s'unir & de prendre les
armes. Les bourgeois riches des grandes
villes participèrent bientôt à la même impunité
; enforte que les crimes publics , les
crimes que le Gouvernement a un intérêt
direct de pourfuivre , étoient les feuls pour
lefquels on puniffoit des hommes d'un état
au deffus du peuple. Or , ces crimes portent
avec eux un caractère d'importance & de
grandeur , qui empêche d'y attacher une
idée d'aviliffement & d'opprobre.
>
On vit donc les condamnations pour les
crimes particuliers , devenir deshonorantes
pour les familles , parce qu'elles fembloient
prouver que ces familles appartenoient aux
dernières claffes de la Société ; & le préjugé
une fois établi , a fait des progrès rapides
par les efforts mêmes que les familles ont
été obligé de faire pour en éviter les effets .Ce
qui prouve cette origine , c'eft que dans nos
moeurs , le crime le plus conftaté , le plus
honteux , ne répand prefque aucune tache
fur une famille , & que le fupplice la couvre
d'un opprobre ineffaçable .
M. de Lacretelle explique encore trèsbien
comment ni le crime , ni la punition
même , ne déshonoreroient une famille illuftre
, quoique le préjugé fubfifte dans toute
la force contre les familles ordinaires. On
repréfentoit un jour à un Grand le tort que
l'action infâme d'un de fes parens pourroit
A vj
12 MERCURE
répandre fur fon nom , fi fa famille ne fe
hâtoit d'en réparer les fuites. Un nom comme
le mien ne peut jamais être déshonoré , répondit-
il , & cet bumiliant aveu , échappé à
l'orgueil en délire , exprimoit peut- être une
vérité !
Ce préjugé eft- il utile ? M. de Lacretelle
examine d'abord s'il eft jufte , & il montre
qu'il ne l'eft pas . En effet , le crime d'un
individu ne prouve pas que toute fa famille
partage les vices qui l'y ont entraîné , & ces
vices ne font pas néceffairement l'ouvrage
de ceux mêmes de fes parens dont il a reçu
l'éducation . Rien n'eft utile que ce qui eft
jufte. Ainsi , l'injuftice du préjugé en prouve
au moins l'inutilité ; mais en l'examinant
dans les effets , on voit combien il eft nuifible
, foit qu'il encourage au crime par l'efpérance
de l'impunité , foit qu'il multiple
dans la fociété l'existence dangereuſe d'hommes
qui n'ont plus d'honneur à perdre , foit
enfin par le mal réel qu'il fait à un grand
nombre de Citoyens innocens .
Quels font les nioyens de le détruire ? M.
de Lacretelle en propofe plufieurs : la réforme
de quelques Loix qui femblent le favorifer
, une attention fuivie dans tous les dépofitaires
de la puiffance publique à ne lui
accorder aucune autorité dans leurs décifrons
; enfin , de la part du Chef de la Nation
, une déclaration publique , qu'il le regarde
comme injufte , qu'il defire de le voir
DE FRANCE. 13
1
s'anéantir , & des marques de confidération
accordées à quelques victimes du préjugé
lorfque des vertus on des talens reconnus
les rendroient dignes de cette eſpèce de réparation.
Peut-être M. de Lacretelle infifte- t'il trop
fur ce dernier moyen ; ce n'eft pas un crime ,
mais ce n'eft pas non plus un mérite d'appartenir
par le fang à un coupable ; & l'intérêt
du peuple exige que les grâces du
Souverain ne foient jamais que des actes de
juftice. Ces marques de confidération &
d'égards devroient donc être extrêmement
rares , d'autant plus qu'en cherchant à détruire
un préjugé , on rifque de manquer fon
but fi on attaque en même temps le fentiment
naturel auquel ce préjugé doit fon
existence.
Il eft un quatrième moyen fur lequel , au
contraire , M. de Lacretelle n'infifte pas affez,
peut être par modeftie , ce font de bons
Ouvrages où le préjugé feroit attaqué avec
les armes que la raifon peut y oppoſer ; qui ,
par les agrémens du ftyle pourroient avoir
beaucoup de Lecteurs , & qui intérefferoient
par la fenfibilité que l'Auteur auroit fu y
répandre . Ce moyen eft un des plus efficaces :
un préjugé à qui tout le monde en donne le
nom , eft bien prêt d'être détruit . On pourroit
citer quelques exemples contraires ;
mais fi on y regarde de près , on verra qu'alors
le Public appelle préjugé par vanité , ce qu'il
continue de croire par habitude.
14
MERCURE
Lorfque le préjugé eft populaire , il ne
fuffit pas , pour en corriger les mauvais
effets , de le détruire dans l'efprit des hommes
éclairés ou de ceux qui lifent , il faut
encore leur en faire defirer la deftruction ;
il faut les exciter à employer , pour y parvenir
, l'autorité qu'ils ont fur l'opinion . L'Ouvrage
de M. de Lacretelle remplit parfaite
ment ce dernier objet. Il fait infpirer l'interêt
pour les malheureufes victimes du préjugé
qu'il attaque , par les peintures vraies ,
mais terribles , des maux auxquels une fauffe
opinion les condamne. C'eft ici une de ces
queftions où le raifonnement feul ne fuffiroit
pas. Plus les opinions qu'il faut attaquer
font abfurdes , pins la raifon a befoin du fecours
de l'éloquence.
Ainfi , on auroit tort de reprocher à M. de
Lacretelle d'en avoir prodigué toutes les ref
fources.
*
í
DE FRANCE.
IS
1
VARIÉTÉ S.
LETTRES au Rédacteur du Mercure.
IL
go
!
Left des Ouvrages , Monfieur , qu'on ne voit
que chez les Libraires , & des Brochures qui vieilliffent
étalées chez les Marchands de Nouveautés ;
les titres les plus pompeux & les plus piquans , ne
préfervent pas toujours de ce maiheur ; & cependant
combien l'Art des titres & la fcience de l'affiche ont
fait de progrès ! En traverfant, il y a quelques jours,
le Luxembourg , à travers la pouffière qui couvroit
une Brochure, je vis ce titre : Réflexions fur les Gens
de Lettres & fur les Journalistes , fuivies d'une Lettre
fur Jean-Jacques Rouffeau. Ce titre m'arrêta ; j'aime
Rouleau avec paffion , j'ai l'ambition d'être un jour
un Homme de Lettres , & je tâche de me faire d'avance
l'opinion que je dois avoir des Journalistes.
J'achetai la Brochure fur le titre . J'allois à la campagne
, je la parcourus en chemin ; je marchois , je
lifois & je difputois . Contre qui , me direz- vous ?
Contre la Brochure , Monfieur. Preſque jamais nous
n'étions du même avis , la Brochure & moi . Je la
couvrois de coups de crayon ; j'écrivois un mot en
marge , & la phraſe entière dans ma tête . Avant
d'être arrivé dans mon hermitage , tout ce qu'il y
avoit de papier blanc dans la Brochure étoit noirci
de mes caractères hiéroglyphiques . Je les raffemble ,
je les explique le mieux que je puis , Monfieur , &
je vous les adreffe . Vous rédigez un Journal
Monfieur , & vous verrez que je parle quelquefois
avec irrévérence , non pas des Dieux , mais des
Journalistes. Mais le Mercure eft un Journal , & ce
nefont pas des Journalistes qui le font, qui le rédigent.
16 MERCURE
C'est comme le jugement des Pairs , des Jurés en
Angleterre , ( s'il eft permis de comparer les petites
chofes aux grandes ) les Jurés jugent & ne font point
juges.
Après cette petite adreffe de mon exorde, j'entre en
matière avec ma Brochure , qui n'eft ni d'un mauvais
efprit ni d'un méchant homme , quoiqu'il admire
beaucoup les Journaliſtes & fort peu Jean-
Jacques Rouffeau. L'Auteur examine d'abord pourquoi
la Province a fourni plus d'Hommes célèbres
que la Capitale. Ce n'eft point là peut - être une chofe
affez furprenante pour en rechercher la caufe ,
comme on cherche la folution d'un problême. Ce
n'eft pas une merveille fi vingt l'rovinces fourniſſent
plus d'hommes de talens qu'une feule Capitale ; &
d'ailleurs , prefque tous les grands Hommes nés dans
les Provinces , ont été formés à Paris. M. de Buffon
eft né en Bourgogne , & M. l'Abbé Delille en Au
vergne ; mais ce n'eft pas à Clermont que l'Abbé
Delille a appris à être le rival de Virgile ; ce n'eft
pas à Dijon que Buffon a trouvé le fecret de ce ſtyle
qui réunit les talens du Philofophe , de l'Orateur &
du Poëte. L'Auteur de la Brochute dit d'ailleurs des
chofes fenfées & utiles fur les effets différens du
féjour de Paris & de la Province pour les Hommes
de Lettres , & il mérite quelquefois d'être entendu ,
quoique fa Brochure reftât ignorée.
و د
3
« Les Gens de Lettres nés à Paris ne profitent pas
» toujours , étant jeunes, des facilités que préfente la
Capitale à tout homme qui cherche à s'inftruire . Ils
font au courant des Spectacles , des Brochures nouvelles
, des Anecdotes Littéraires , & lifent peu nos
bons Auteurs.... Leur efprit étendu fur un fi grand
» nombre d'objets n'en approfondit aucun Ils favent
parler de tout , & ne favent rien. Leur fa-
» mille , les étangers qui les vifitent les affujétif-
» fent à une multitude de devoirs qui font une mulDE
FRANCE. 17
ود
» titude de jours perdus pour le talent. S'ils ont de
» la fortune , ils peuvent avoir tous les plaifirs , &
quand on eft jeune , on préfère les plaifirs faciles
» à la gloire , qui n'eſt jamais le prix que des grands
» efforts & des grands travaux . » Paris doit être en
général pour les talens ce qu'il eft pour les productions
de la Nature : c'eft à Paris qu'on en jouit ,
mais ce n'eſt pas à Paris qu'elles naiffent.
Cette comparaison , qui n'eft pas de l'Auteur dé
la Brochure , ne paroît pas très-jufte . Il ne naît pas
un épi de blé à Paris où l'on en confomme tant ; il y
eft né de grands efprits & des hommes de génie.
D'ailleurs , en jouiffant des productions de la Nature
, on ne fait que les confommer , que les détruire
; & plus d'une fois en jouiſſant des talens on
les épure , on les perfectionne , on rend le goût plus
sûr , plus exquis , & le goût eft la perfection da
talent quand le goût eft parfait lui- même. Une reche
che très - curieufe , je dirai plus , très -importante
, feroit celle de l'influence du féjour d'une ville
telle que Paris , fur les hommes de Lettres ; il fau
droit rechercher les bons & les mauvais effets qu'il produit
, & la manière dont il faudroit y vivre pour en
recueillir les avantages , pour en éviter les inconvéniens.
La variété des Spectacles , le luxe , les plaifirs
, la mollefe , tout cela énerve l'attention , éteint
le courage des conceptions vaftes & audacieufes ,
enlève l'âme aux méditations conftantes & profondes
; & fans tout cela , le génie n'eft plus. Mais
d'un autre côté , le goût dont les plaifits ont tant de
rapports avec les autres plaifirs des fens , devient
plus fenfible & plus délicat dans les délices d'une
vie embellie par les Arts , par le luxe , par la variété
des Spectacles. Ce n'eft que dans une grande ville
qu'on apperçoit en grand le tableau de la fociété
humaine des paffions du coeur humain . A quelle
diſtance du monde faut-il vivre pour le bien con18
MERCURE
?
noître , pour en avoir au befoin le ton, le langage ,
& pour ne pas y perdre dans l'oifiveté le talent de le
bien peindre ? Peut-on diftribuer fa vie de manière
que tour à-tour on fe livre au tourbillon pour l'obferver,
& qu'on en forte pour attendre le moment de
ces retours fur foi - même , qui font les momens de
l'infpiration & du génie ? Horace alloit fans ceffe
de Rome à Tibur , de. Tibur à Rome ; mais cette
inconftance , qu'il nous peint fi bien , qui le promenoit
fans ceffe de la ville aux champs , des champs
à la ville , je foupçonne qu'elle a pu contribuer beaucoup
à perfectionner ce goût fi fin , mais fi naturel ,
ce talent fi fouple & fi heureux , qui peint les ridicules
de Rome avec tant d'enjouement & de grâces
les délices de la campagne avec tant de charme &
d'amour. On demandoit à Voltaire comment il avoit
pu faire tant d'Ouvrages : en vivant très-peu à Paris ,
répondit Voltaire ; & en effet , dans fa jeuneffe
même , cet homme qui a recommandé aux Poëtes
de faire tous leurs vers à Paris , vivoit beaucoup
dans des campagnes ; mais ces campagnes étoient
celles des Sally , des Vendôme , des Pallu , des
Martel le bon goût de Paris & de la Cour Y refpiroit
par-tout, & Voltaire y répandoit encore plus
de pureté & plus de politeffe. Lorfque fa gloire fut
bien établie , Voltaire eut beau quitter Paris , Paris ,
pour ainsi dire , ne quitta plus Voltaire . Les efprits
de cette Capitale de l'Europe Littéraire qui avoient
le plus de lumières , le plus de goût , entretenoient
un commerce continuel avec lui , ne défertoient
point les retraites de ce grand Homme ; & le Dieu
même du goût avoit peut- être befoin , pour conferver
fa pureté , du commerce de fes favoris. Les
mondes errans autour des foleils en reçoivent la lumière
qui les éclaire ; mais ils nourriffent de leur
propre fubftance les feux que les foleils épanchent
fur eux. Deux Anglois , devenas très - célèbres depuis ,
DE FRANCE. 19
I
Hume & Gibbon , jeunes encore , voulurent connoître
la France & Paris avant de prendre la plume :
ils voulurent étudier le goût des François avant
d'écrire pour l'Univers . Ils vécurent quelque temps
à Paris ; mais l'un & l'autre en fortirent lorsque le
moment du travail fut venu ; l'un alla à Laufane ,
l'autre à la Flèche. Là, peut- être, ils fe croyoient allez
près de la délicateffe de notre goût , & affez loin du
tumulte de nos plaifirs . Je voudrois que vers la fin
de la carrière , un homme qui auroit mérité & obtena
une grande célébrité , traçât un plan de vie & de
conduite pour les Hommes de Lettres. On ne penfe
qu'à donner des lumières aux efprits & des principes au
goût ; & certainement c'eſt le plus eflentiel ; mais on
ne fonge pas combien de fois le goût le plus heureux,
l'efprit le plus jufte & le plus élevé fe font égarés , &
perdus dans les défordres d'une vie mal combinée
pour entretenir & féconder le génie , pour lui faire
produire des fruits immortels. On n'a donné làdeffus
, comme fur prefque tout le refte , que des
confeils vagues & communs qui s'effacent de l'efprit
au premier pas que l'on fait dans le monde ; au lieu
qu'il faudroit qu'une imagination vive & pleine encore
de fouvenirs , peignit de couleurs fidelles &
frappantes toutes les circonftances qui attendent
l'homme de talent dans le monde , & lui traçât la
route qu'il doit fuivre dans toutes les circonftances ,
dans chaque occafion . Oh ! que la morale dans tous
les genres eft loin d'être encore ce qu'elle doit être !
elle nous dicte des loix & ne nous peint pas la vie.
Elle reffemble à un Géographe qui croiroit avoir
applani toutes les routes de l'Océan en criant aux
Navigateurs : Evitez les écueils , allez la fonde à la
main. Ceux qui ont avancé la navigation ont parlé
autrement , ils ont dit : A cette hauteur du ciel ,
fous ce méridien , vous trouverez des courans ; fous
cette latitude , à tel point du ciel & de l'Océan , tel
20 .
MERCURE
rocher s'élève & cache fa cime fous les flots. Moraiftes
, faites-moi bien connoître les routes de la vie ,
& je vous diſpenſe du refte , je trouverai moi - même
les loix de la morale !
L'Auteur dont je commente longuement les courtes
réflexions , croit appercevoir pour l'Homme de
Lettres né à Paris , un grand avantage fur l'Homme
de Lettres né en Province : c'eft de trouver autour de
lui en naiffant, pour ainfi dire , des fecours de tous
les genres , & de pouvoir être déjà connu par des
fuccès dans un âge où à peine le Provincial aura pu
partir pour la Capitale.
Je ne fais , mais je ne fuis pas très - frappé de cet
avantage : il faut avoir des fecours fans doute ; mais
une chofe eft plus néceffaire encore , c'est d'en
fentir le befoin ; & on ne le fent point lorfque
le fecours fe préfente en même- temps que le befoin
ou le précède ; il faut avoir été tourmenté par
la crainte d'en manquer toujours ; il eft bon qu'un
génie naiffant fe trouve quelquefois effrayé & découragé
de l'abandon où ilſe voit dans le coin d'une
Province ; que d'autres fois auffi fon jeune orgueil s'en-
Bamme , conçoive l'efpérance hardie de fe fuffire à
lui-même , de fe créer rout feul . C'eft dans ces alternatives
d'efpérances & de craintes , qu'heureux &
malheureux tour- à-tour par le talent qu'il caltive ,
fon goût pour fon talent devient une paffion , une
paffion éternelle & unique. On ne fait pas encore
combien la gloire des Lettres , vûe de loin, s'agrandit
& s'embellit dans cette distance : avec combien plus
d'ardeur on l'ambitionne lorfqu'on eft loin des
lieux où on fe difpute les couronnes ! 'Un fuccès
contefté à Paris par l'envie , fait palpiter de joie &
d'émulation dans les Provinces toutes les âmes nées
pour les grandes chofes. Tandis que l'Auteur à Paris
verfe des larmes amères fur les injuftices qui empoifonnent
fon fuccès ; tandis que , plus fenfible encore
DE FRANCE 2 I
à l'amitié qu'à l'éclat d'ene grande célébrité , il
pleure de perdre des amis à mefure qu'il acquiert
de la gloire ; fon nom dans les Provinces réveille ou
fait naître l'ambition ; la deſtinée eſt enviée de tous
ceux qui aiment la renommée , & n'excite l'envie
de perfonne . Placez une âme jeune & fenfible au
milieu de ces deux tableaux fi différens , & prononcez
enfuite lequel des deux doit produire un effet
plus favorable à l'accroiffement ou à la naiſſance du
génie .
Les fuccès fi prompts font-ils d'ailleurs d'un fi
grand avantage qu'il faille beaucoup les defirer ? Je
conçois qu'un jeune homme ardent , impatient
comme on l'eſt à cet âge , s'écrie fouvent avec douleur
, comme le Métromane :
Infortuné ! je rampe encore à l'âge heureux
Où Corneille & Racine étoient déjà fameux.
Ces vers le font préfentés trop fouvent à ma mémoire
pour douter que le fentiment qu'ils expriment
n'ait fouvent tourmenté mon coeur ; mais on
peutjuger la paffion même qui nous dévore , on peut
la contenir pour mieux la fatisfaire , & la paffion
même fouffre le frein qui ne l'arrête que pour la
guider aux grandes jouillances. Il n'eft pas queftion
d'obtenir une gloire précoce , mais de mériter une
gloire durable. Il faut faire tourner fans doute au
profit du talent & ces impreffions fi aimables de la
jeunefle , & ces élans de fon imagination , qui femblent
être ceux du génie . Mais d'ordinaire l'imagination
, à ce premier âge , eft ardente fans être féconde
, elle eft plutôt propre pour recevoir des impreflions
que pour en rendre ; & cela eft fi vrai ,
que prefque toujours elle public les fiennes pour rendre
celles des autres . Les compofitions de la première
jeunelle ne font prefque jamais que des imitations.
L'âge le plus dominé par fa manière de fentir , eft
22 MERCURE
celui qui , en écrivant , fe foumet avec le plus de
docilité à la manière de fentir des autres ; & fi on
avoit plus obfervé ce phénomène , je crois qu'on en
auroit tiréplus de lumières pour la théorie des Arts ,
& fur- tout pour la conduite des Artiftes . Voltaire
un jour s'entretenant à Ferney , avec un homme qu'il
aimoit beaucoup , de la Littérature & des réputations
de Paris , demandoit ce qu'on y penfoit d'un
jeune homme qui débutoit avec beaucoup de fuccès.
On trouve , lui dit fon ami , qu'il écrit bien , qu'il a du
goût , mais qu'il manque de chaleur & de fenfibilité.
Oh ! cela nefait rien , répondit Voltaire , la fenfibilité
& la chaleur viendront . La chaleur viendra li
on en manque d'abord ! la fenfibilité viendra fi on
n'en a pas dans la première jeuneffe ! On eft prefqu'un
peu tenté de rire ; mais c'eſt Voltaire qui parle ,
& on ne rit point. On fait mieux , pour peu qu'on
foit capable de réfléchir & de comprendre le mot de
Voltaire , on l'admire . C'eft le mot d'un grand
Homme , qui avoit repaffé fur tous les âges de fon
génie , & qui fe fouvenoit très- bien de l'âge où il
avoit ofé écrire d'après fon âme , où il avoit ofé la
répandre toute entière dans fes Ouvrages . C'est peutêtre
l'époque de Zaire : il avoit alors 40 ans . Les
premiers Ecrits d'un homme de Lettres ne font prelque
jamais des effais de fon génie , mais des effais
qu'il fait dans l'art d'écrire . Ce font des études : il
apprend à manier l'inftrument dont il doit fe fervir
toute la vie ; & tant qu'il lui refte encore des incertitudes
& des inquiétudes fur la manière de s'en
fervir , tant qu'il n'eft pas encore entièrement maître
de fon inftrument , cette inquiétude même refferre
fon âme , en arrête les épanchemens , & for génie
ne paroît , pour ainfi dire , que foumis & tremblant
devant les modèles. Peut- être eft - ce pour le génie
un grand malheur d'avoir paru dans cet état devant
les hommes. Ils en auront toujours moins de refpect
DE FRANCE. 23
>
>
pour lui. On fe fouviendra toujours du temps où il
n'exiftoit pas ; & lors même qu'il fe montrera dans
tout fon éciat , on lui niera fon exiſtence ; on fe
rappellera qu'il a eu des taches , & on verra ces
taches dans les Ouvrages les plus purs & les plus
parfaits ; il vaudroit mieux fans doute préparer
fon inftrument loin du regard des hommes
& ne paroître devant eux que comme ces fondateurs
des peuples & dès empires de l'antiquité ,
qu'on voit fortir d'un défert pour donner des loix
aux Nations . Parmi nous , plufieurs de nos hommes
célèbres ont paru tard , & ce ne font pas ceux dont
la gloire aura le moins de durée , & a eu le moins
d'éclat à la naiffance . Molière avoit plus de 34 ans
& il n'étoit encore Auteur que de quelques farces qu'il
jouoit lui -même comme Comédien de campagne :
La Bruyère à 40 ans obſervoit encore le monde &
les hommes , & n'avoit pas encore publié ces Caractères
, qui feront éternellement les caractères du
coeur humain dans une grande fociété : lorfque les
Lettres Perfannes furent imprimées , & firent chercher
l'Auteur d'un Ouvrage fi neuf dans les Écrivains
qui avoient déjà le plus de renommée , Montefquieu
fe cachoit encore à fa gloire , & il avoit
34 ans paffés : quand les Sciences & les Arts fe virent
attaqués jufques dans un de leurs fanctuaires , par
un génie audacieux qui fe couvroit de leur gloire er
les accufant du malheur des hommes, qui faifoit pofer
fur fa tête les couronnes qu'il fouloit à fes pieds ,
Rouffeau , qui donnoit ce ſpectacle fi nouveau dans
l'empire des Lettres , avoit toute l'audace d'un jeune
homme , & n'en avoit plus l'âge. Les fouvenirs de
fa jeuneffe étoient encore très -ardens chez lui ; mais
ce n'étoient pourtant que des fouvenirs . Ce peintre
fublime de la Nature , qui nous a montré la Nature
& l'art du ftyle fous des couleurs & fous des
formes fi neuves , fi belles , fi variées ; Buffon , ainfi
24
MERCURE
que
Rouffeau , avoit 40 ans lorfqu'il ofa pénétrer
dans les profondeurs de la terre & de l'Océan pour
nous dévoiler comment l'Océan , qui femble à
chaque inftant menacer ce globe de ſa deſtruction ,
en avoit deffiné les formes , en avoit arrangé toutes
les parties avec tant d'ordre & d'harmonie. Comment
un efprit qui n'eft pas entièrement formé,
pourroit- il donner le jour à des productions immortelles
? Eft- ce trop d'un homme dans toute la force
de l'âge & de la maturité , pour écrire fur la Nature,
fur la fociété , fur le coeur humain , des chofes dignes
d'être écoutées des fiècles : On a trop confondu peutêtre
les divers âges de l'homme & ceux de fon efprit
; l'homme phyfique eft déjà achevé , déjà il peut
fe reproduire dans fon femblable , & fon efprit eft
encore dans l'enfance. Il peut donner le jour à un
homme, & ne peut pas créer une idée . Les diverfes
faifons de la vie & celles de l'efprit tombent fur des
points différens de notre durée. La jeuneſſe du génie
eft dans la maturité de l'homme , & lorfque l'homme
eft déjà vieux , fon génie fe maintient encore longtemps
dans fa maturité. Peut- être en eft- il de notre
efprit comme de notre corps , qui s'épuife & fe ruine
lorfqu'il veut produire avant d'avoir pris encore
tout fon accroiffement. Je croirai donc que c'eſt un
malheur , ou du moins un danger plutôt qu'un
avantage , d'afpirer à une gloire fi précoce.
On s'eft toujours plaint que dans toutes les claffes
de la fociété, les avantages de la fortune & de la confidération
ne font pas réparties avec équité fuivant
les divers degrés du mérite . Ici , on voit les richeffes
fans le mérite , & là le mérite fans les richeffes.
Le bon Homme Richard , ( ce bon homme eft M.
Francklin ) n'eſt pas de cetre opinion , & je crois que
cette opinion a été au moins beaucoup exagérée par
les déclamateurs. La Brochure qui me fert de texte
veut montrer cette inégalité révoltante dans la Littérature
.
DE FRANCE. 25
&
térature. Les Écrivains , dit l'Auteur , qui font en
trois semaines une Tragédie en cinq Actes ou un
Roman en plufieurs Tomes , trouvent des Imprimeurs
& des Lecteurs ; une chanfon qu'on chante
dans les carrefours vaut cent écus au Poëte ,
l'Auteur du Monde Primitif n'a pas de quoi faire
imprimer fes étonnans Ouvrages. « Portons , ajoute-
» t'il , nos regards fur les Écrivains du premier
» genre ; c'est ainsi que le Public appelle ceux dont
»les travaux lui font d'une utilité générale & di-
» recte. Nous les trouverons. fimples , modeftes
D
>
timides , parlant peu , faifant quelquefois des fo-
» lécifimes , & ayant , pour ainsi dire , beſoin d'être
» devinés. Parcourons toutes les nuances qui les
» uniffent aux Écrivains de la dernière claffe ; nous
» verrons les prétentions augmenter à mesure que
» le mérite diminue ; & enfin là où il n'a jamais pu
fe loger , nous chercherions en vain autre chofe
» qu'une fatuité fans bornes . »
On peut avoir écrit ces réflexions fans avoir beaucoup
réfléchi ; & fi l'Auteur en avoit pris la peine,
peut être auroit - il découvert que toutes ces idées
dont quelques-unes ne font pas affez démontrées ,
& dont les autres le font trop , ne pouvoient pas
faire la fortune d'une Brochure. Le Monde Primitif
eft un Ouvrage très-étonnant à beaucoup d'égards ;
mais M. Court de Gébelin , qui en eft l'Auteur ,
n'étoit pourtant ni un elprit ni un Écrivain de la
première claffe ; & ce qu'il a écrit fur les peuples de
l'antiquité n'eft pas fur tout de l'utilité la plus directe
pour les peuples modernes. Ce principe peut
être contefté encore , qui établit que les Écrivains
du premier, genre font les Écrivains les plus utiles.
Dans les Beaux - Arts , ce n'eft pas l'utilité qui fixe
rangs , mais la beauté . Cent beaux vers ne font
pas grand chofe pour la prospérité d'un empire ;
mais ils donnent beaucoup de plaifir à ceux qui ai
Nº. 27 , 2 Juillet 1785 .
les
B
26 MERCURE
ment les beaux vers , & font très-utiles à la gloire
de celui qui les a faits. L'Abbé de Saint- Pierre , ce
bon Abbé qui écrivit toujours pour l'utilité la plus
directe , eft mis , comme Écrivain , fort au- deffous
d'Hamilton , qui a fait les Mémoires du Chevalier
de Grammont , dont je ne voudrois pas garantir
l'utilité pour les moeurs , mais qui font d'un très -bon
goût , quoiqu'ils ne foient pas de très - bonne morale.
Cela paroît fcandaleux , & ne l'eft point . Prodiguez
aux bons Citoyens les récompenfes des bons Citoyens
; mais ne leur donnez pas le laurter du grand
Écrivain . Ce n'eft pas à la vertu qu'il faut décerner
le prix de la beauté . Et combien cependant la beau
té , entourée même d'hommages & d'adorateurs ,
eft au-deffous de la vertu modefte & délaiffée ? Les
grands Écrivains , les Écrivains du premier genre
font ceux qui portent dans les langues de nouvelles
penfées, de nouvelles images, de nouveaux fentimens,
de nouveaux ftyles . C'eft Boffuet qui a fait paffer dans
le François ces penfées extraordinaires puifées , pour
ainfi dire , dans le fein même de Dieu , & qu'aucune
langue humaine ne paroiffoit être digne de rendre ;
c'eft Racine qui a exprimé les paffions les plus vraies
& les plus naturelles du cour humain dans une langue
ornée de toutes les beautés & de tous les charmes
de la poéfie. Le premier rang eft celui des Écrivains
fublimes ; le fecond , celui des Écrivains qui
ont poffédé la grâce ; & la première place eft pour
l'Écrivain qui réunit au même degré la grâce & le
fublime. Les Ouvrages de ces Écrivains immortels
ne font pas d'une utilité bien directe , ils font d'une
utilité très étendue , & prefque fans bornes. Ils éclaireat
l'efprit des Nations , qui portent enfuite fur tous
les objets de leurs befoins la lumière qu'ils y ont
puifée . Eft-ilvrai que ces grands Écrivains qui enrichiffent
leur langue en écrivant , l'eftrepient quand
ils la parlent ? Court de Gébelin pouvoit faire des
DE FRANCE. 27
•
folécifmes , quoiqu'il eft écrit une bonne grammaire
; Voltaire & Diderot n'en faifoient point.
J'ai vu de grands Ecrivains qui parloient peu , je.
n'en ai point vû qui parlât mal ; j'en connois qui ont
l'éloquence de la parole comme celle du ftyle . En
général , on doit peu ambitionner cette réputation
fugitive lorfqu'on afpire à une gloire immortelle.
Ce qu'on remarque le plus dans la converfation des
Hommes de Lettres diftingués , c'eft une fimplicité
extrême : on diroit qu'après avoir recherché en écrivant
, & quelquefois avec effort , ce que la langue
a de plus élevé & de plus noble , c'eft pour eux
comme un foulagement & un plaifir de fe fervir en
parlant de ce qu'elle a de plus fimple & de plus familier.
Mais cette familiarité eft piquante & cette fimplicité
ingénieufe . Leur génie fe cache dans le ton du
monde , mais il est toujours avec eux , & fouvent il leur
échappe. On les admire moins , on les goûte davantage
; & quel eft l'homme de talent qui auroit affez
peu de goût pour porter fon talent dans la fociété ?
Ce feroit affurément un homme bien peu aimable
que celui dont il faudroit admirer toutes les paroles,
qu'il faudroit écouter avec l'attention qu'on donne
à un livre , & qu'on applaudiroit dans un fouper
comme dans une Académie . Ceux même qui ont
toujours tout leur efprit préſent , ſe gardent bien de
le montrer tout entier , & quelques - uns ont le bonheur
d'en manquer très -fouvent. Une femme qui
en avoit beaucoup , comparoit les Hommes de Lettres
à ces grands Seigneurs qui ont de grands biens
au foleil, & point de revenus. Ce mot me donne
très-bonne opinion des Hommes de Lettres que
voyoit la Ducheffe de Cb . ... Mais il eft pourtant
vrai que la plupart ont des revenus qu'ils ne veulent
pas dépenfer, & qu'ils réfervent pour étendre encore
ces grands biens qu'ils ont au foleil. J'ai vu , j'ai
connu ( & je ſens en le difant des mouvemens de
Bij
28 MERCURE
joie , de regret & d'orgueil , ) j'ai connu plufieurs
des Hommes de génie qui ont illuftré ce fiècle , &
qui feront les guides des fiècles qui fuivront le nôtre.
J'ai caufé avec Jean- Jacques Rouleau dans fon
humble appartement de la rue Plâtrière , & au Louvre
avec d'Alembert , auffi fimple , auffi modefte dans le
Palais des Rois que Rouffeau à un troiſième étzge :
Je me fuis entretenu avec Condillac , dans la maiton
d'Helvétius ; avec Diderot , à la campagne , en préfence
de la Nature , avec Buffon , dans ce jardin ou
il raffemble les richeffes de l'Univers , fi bien décrit
par fon génie ; & je n'ai trouvé aucun de ces Philofophes
au- deffous de fes Ouvrages, Leur ton étoit
baiffé , mais non pas leur efprit . D'Alembert étoit
fouvent aufli piquant dans fon fallon qu'à l'Académie
; Roufleau, correctjufqu'au fcrupule , n'avoit, pour
devenir éloquent , qu'à penfer à ce qu'il aimoit & à
ce qu'il n'aimoit pas , à la vertu & à fes ennemis ;
Condillac , toujours maître de fes idées dont il avoit
fi bien découvert l'origine , la génération & la liai
fon , refaifoit fes livres dans fa converfation , &
peignoit les erreurs de l'efprit humain avec des traits
plus piquans que dans les livres , Diderot , toujours
abandonné aux hafa ds heureux de fon imagination
, mais toujours pur , toujours exact ,
jours élégant dans fon langage , parloit comme
les Poëtes Lyriques chantent : la converfation étoit
une Ode ; Buffon , plus élevé , plus magnifique
qu'eux tous dans fes Ouvrages, eft celui dont la parole,
fimple & familière , forme le contraft : le plus frappant
avec fon ftyle , mais rien peut être ne lui fait
plus d'honneur que fa converfation , & c'eſt - là que
l'on voit que dépouillé même de fon ftyle , & nud ,
pour ainfi dire , fon génie ne paroît ni moins puiffant
ni moins élevé . J'aurois pu rapporter d'autres
exemples , mais je n'ai voulu citer que des noms à
qui l'envie commence à pardonner,
touDE
FRANCE. 29
Les Ouvrages de ces grands Ecrivains ont trouvé
des Imprimeurs dont ils ont fait la fortune , & des
Lecteurs dont ils ont fait les délices , dont ils ont
agrandi l'efprit & épuré l'âme. Quelques - uns nés
avec des patrimoines honnêtes, ne les ont augmentés
que par les travaux les plus conftans ; & ceux qui
ont vécu pauvres , ont pu cependant cultiver leur
génie dans l'indépendance : il ne faut pas d'autre fortune
à un Homine de Lettres. Les jeunes Littérateurs
éclairés par les Ouvrages de ces grands Hommes , doivent
donc être encore encouragés par leurs deftinées ;
car l'Homme de Lettres ne met pas au rang des maux
les injuftices de la critique & la perfécution de l'envie;
elles font pour lui un garant de fes fuccès ; il fait que
les cris de l'envie ont toujours été une partie du bruit
de la Renommée . Le feul mal réel pour le génie , c'eſt
Pimpaffance de le manifefter , de fe montrer aux
regards des hommes, & la pauvreté peut le condamner
quelquefois à cette impuiffance. Lucain a dit que la
pauvreté eft féconde en grandsommes : elle en
fait naître , mais il arrive trop auffi qu'elle les étouffe
en naiffant Chez les Anciens , la pauvreté n'empêchoit
pas de fe préfenter aux premières places de
la République , & de les obtenir. Quel mal réel pouvoit
elle faire ? à quelle privation réelle pouvoit- elle
condamner ceux qu'elle n'empêchoit ni d'exercer
de grands talens , ni de pratiquer des vertus fublimes ?
Ah ! les maux qu'elle fait parmi nous font d'une
autre nature ! Un jeune homme , à cet âge où l'on
commence à connoître le befoin du regard des hommes
, fent dans fon efprit & dans fon coeur le gérme
des belles actions & des beaux Ouvrages ; & s'il ett
pauvre , la pauvreté le condamne à laiffer périr fon
génie pour chercher les moyens de ne pas mourir de
faim ; elle le condamne , pour n'être pas humilié à
chaque pas , pour ne pas rougir à chaque regard
qu'on jette fur lui , à fuir ces hommes qui de-
B iij
30
MERCURE
:
vroient être fes admirateurs , & les témoins de fa
gloire. La fortune n'a établi réellement fon empire
fur le monde , que depuis qu'elle a obligé les hommes
fupérieurs à mandier les faveurs avant de fe
préfenter à la Renommée. Eh ! combien il en eft
qui perdent dans ces douloureufes épreuves ces fentimens
élevés & généreux de l'âme , aliment pur
dont fe nourrit le génie ! Avant de prendre la plume
on eft avili ; ce n'eft plus la peine d'écrire . Il ne refte
plus alors qu'à fe cacher & à fe taire.
L'Auteur de la Brochure dont je parle ou dont je ne
parle pas, indique aux jeunes Littérateurs des moyens
d'éviter les amertumes de cette fituation , que plufieurs
n'ont pas eu le courage de fupporter, quoiqu'ils
ayent eu le courage de renoncer à la vie.
« Jeune homme qui n'avez que du génie , voulez
vous ne pas rifquer les refus infolens de la
tourbe des Libraires ? Faites un choix parmi eux ;
» il en eft d'honnêtes , il en eft d'éclairés , quoiqu'en
petit nombre. Ne rougiffez pas de dire à un de
ceux-là : J'ai besoin d'argent , voilà mon Ou
vrage ; confultez-vous , je reviendrai demain. »
5כ
L'Auteur n'a pas confidéré que pour tenir ce
langage il faut avoir un Ouvrage tout prêt ; & que
le plus difficile , lorfqu'on manque de tout , c'eſt
d'avoir le temps & le loifir de faire un Ouvrage . De
quel Libraire d'ailleurs , de quel Imprimeur ce langage
élevé fera-t - il entendu & accueilli ? S'il en eft
un qui fût capable de faire les bous Ouvrages
qu'il imprime , qui a renoncé à une réputation
qu'il auroit obtenue pour faire une fortune
néceffaire à fa famille , qui donne tous les jours
des regrets amers à la gloire des Lettres au milieu
de la confidération d'un commerce qu'il a ennobli ;
on peut s'adreffer à celui - là fans doute ; celuilà
fera en état d'apprécier un Ouvrage & un
homme, & pour fecourir le befoin il n'attendroit
t
DE FRANCE. if
pas que le talent lui affurât le retour & les intérêts de
fes avances ; mais il eft dans ce genie plus d'un
malheureux , & un homme généreux ne fuffit pas
pour les confoler, pour les tirer de la détreffe .
"
<< Sans doute , ajoute l'Auteur , il eft un moyen
» plus sûr encore , & qui ne déchire pas le coeur ;
» c'eſt d'aller chez un Ecrivain du petit nombre
» de ceux dont vous voudriez avoir fait les Ou-.
» vrages. Vous vous ferez connoître › & il vous
aidera. Ne vous étonnez pas fi fa porte vous eft
» d'abord fermée. Il y a tant de petits importans
» qui affiègent la porte des Hommes célèbres !
» tant de petits barbouilleurs qui voudroient leur
» faire goûter leur profe ! tant de petits rimailleurs
» qui voudroient leur faire admirer leurs vers !
tant d'étrangers ! tant de provinciaux ! tant de
parifiens ! tant d'oififs qui s'imaginent que pour
» reconnoître le mérite il faut l'accabler de vifites &
» d'ennui ! »
"
Ce témoignage honorable rendu aux Écrivains
célèbres, a été dicté par la vérité & la juftice. C'eſt le
talent dans la gloire qui fait foulager le talent dans
l'infortune. Le jeune afpirant fenfible au mérite ,
comme on l'eft à cet âge , eft déjà moins malheureux
lorfqu'il a pénétré dans l'afyle d'un Écrivain
renommé. C'eft déjà pour lui un bonheur de le
voir, un honneur de l'entretenir , & il fent moins
Les autres befoins ; il a meilleure opinion de luimême
, & toutes les efpérances élèvent fon âme du
moment qu'il a parlé au génie . C'eſt-là qu'il trouve
à-la -fois des fecours pour fon talent & contre fon
indigence. Le fcandale des haines littéraires a décrié
les Lettres aux yeux du monde ; le monde ignore
prefque tous ces traits de bienfaiſance pure , de tendreffe
fraternelle qui font fi communs dans le commerce
des Gens de Lettres entre- eux . C'eſt parmi eux
que la pauvreté même eft généreufe , & que la géné-
Biv
32
MERCURE
rofité n'humilie jamais l'infortune . Le monde jouit des
arts de l'efprit , mais trop fouvent il eft indifférent ou
ingrat envers ceux qui les possèdent ; & après les
avoir applaudis avec tranfport , il les abandonne.
avec joie à la malignité qui les punit de leurs fuccès.
Que d'Hommes de talent la France auroit perdus ,
fr dans leur jeuneffe & dans leurs befoins ils n'avoient
été fecourus par ceux dont ils alloient être un
inftant les difciples pour être éternellement leurs
rivaux dans la Poftérité ! Les jeunes Littérateurs
même entre-eux , au milieu de ce défordre de leur
vie , qui tient beaucoup à la mobilité de leur imagination
; dans ces momens même où ils ont l'air de
ne favoir ce qu'ils font , font à chaque inftant dest
actions & des facrifices qui ne leur coûtent rien , &^
qu'on jugeroit fublimes . Ils ont très- peu de fageffe ,
& fent remplis de mouvemens pleins de bonté &
d'élévation. Le portrait qu'Horace a tracé de l'Homme
de Lettres , il y a près de deux mille ans , eft
chcore le portrait de l'Homme de Lettres d'au
jourd'hui .
Non fraudem focio , puerove incogitat ullam
Pupillo : vivit filiquis & pane fecundo.
Mox etiam pecus præceptis format amicis .
Inopemfolatur & agrum. ·
Ce portrait , qui étoit fans doute celui d'Horace luimême
, celui de Virgile ſon ami , a encore beaucoup
de modèles parmi nous. Mais apparemment qu'il eft
très difficile de reffembler en tout à Virgile & à Horace.
Horace ajoute que l'Homme de Lettres fait
guérir les hommes de la colère & de l'envie : Et invidia
corrector & ira. Les Ecrivains poflédoient peutêtre
ce don à Rome ; il paroît qu'ils ne le pofsèdent
pas tous à l'aris , & que plufieurs connoiffent mieux
la jaloufe que le fecret de s'en corriger. On a dit
DE FRANCE.
33
qu'elle étoit toujours la compagne de la médiocrité ,
& cela feroit à defirer pour l'honneur du talent ; mais
non ; la réputation dont on jouit ne confole pas tou
jours de celle des autres ; & le plus grand mal que
l'envie ait fait au génie , ce n'eft pas de le perfécuter,
mais de le rendre jaloux & perfécuteur . C'eft une
âme grande & noble qu'il faut avoir pour être
exempt de toute jaloufie , & cela eft plus rare encore
que le grand talent. Peut- être fi les Écrivains
n'afpiroient qu'aux hommages de la l'oftérité , la
nobleffe de cette ambition fe communiqueroit- elle
à tous leurs fentinens. La véritable gloire , celle
qui eft décernée par la voix des Nations & des fiècles,
eft fi étendue , qu'elle fuffit à l'ambition de tous les
efprits. Mais on veut des fuccès du jour , du mo❤
ment, & ces fuccès font fi peu de chofe , qu'ils ne
font plus rien dès qu'on les partage , & l'envie s'élève
toujours autour des prétentions exclufives . On
a beaucoup parlé des maux que fe font les Hommes
de Lettres par leurs diffentions & leurs querelles . On
n'a point affez dit combien ils perdent de douceurs
& d'avantages en vivant féparés , en réſiſtant à l'at--
trait qui les appelle toujours les uns vers les autres .
Dans les momens où ils ne font point en guerre , ils
fe rencontrent toujours avec joe , ils ont toujours
de la peine à fe féparer ; & comment n'auroient - ils
pas un goût très - vif, un penchant très - naturel les
uns pour les autres ? Ils ont toujours à fe parler de ce
que tous aiment le mieux au monde. Entre la plupart :
des hommes, la converfation , compofée d'idées froi--
des & indifférentes pour tous , ne réveille l'efprit d'au- ·
cun ; l'organe de la penfée , la parole , eft en action ,
la penfée elle - même eft fans mouvement , le coeur
rette fans émotion. Il y auroit peu d'exagération à
dire que la converfation eft pour eux comme un
exercice du corps ; elle eft l'exercice le plus délicieux de
B.V
34 MERCURE
:
T'efprit & de l'âme pour tous ceux qui cultivent & qui
aiment les Lettres . Entre eux la converfation fort de
ces lieux communs qui ne font que la même converfation
répétée depuis vingt ans ; & l'attrait de la
nouveauté , fi piquant pour l'efprit , le réveille , l'excite
, lui fait voir & dire à chaque inftant des chofes
nouvelles là , chaque mot exprime toujours une
idée ou un fentiment , & en fait naître plufieurs. Celui
qui parle infpire celui qui écoute , & tous les deux ,
pour ainfi dire , font tour- à - tour le génie l'un de
l'autre. Ceux qui ne feroient que prêter l'oreille ,
croiroient affifter à ces combats de l'efprit & de
l'imagination , cu des Poëtes qui ſe diſputent le prix
de leur Art , concourent également à embellir le
même Ouvrage. Que de fois l'Homme de Lettres
a puifé dans l'entretien d'un tival , l'enthouſiaſme
créateur qui l'élève au deffus de lui ! Combien de fois,
plus heureux encore, ils oublient dans les délices de leurs
entretiens, tous les momens deftinés à la rivalité de la
gloire ! Ce font ceux qui favent rendre l'amitié avec
tous fes charmes qui favent jouir auffi de toutes fes
douceurs. Le moment où les ames pourront fe voir
& communiquer enfemble , eft pour le commun des
homes l'objet de leurs elpérances immortelles . Ce
bonheur du Ciel les Gens de Lettres favent le faire
defcendre fur la terre . Otez de leur coeur ce fentiment
de la jaloufie dont les injuftices ont dégradé
tant de répatations fans pouvoir jamais rabaiffer un
feul talent , & je préférerai encore leur bonheur à
leur gloire. Quelle grande vérité leur dit M. de
Buffon , au milieu de l'Académie , lorsqu'il y fit entendre
ces paroles : Les Gens de Lettres ont plus
befoin encore de concorde que de protection ! Combien
il doit leur être doux & glorieux de penfer
qu'ils peuvent fe faire plus de bien entre eux qu'ils
n'en ont reçu de Richelieu & de Louis XIV , redeDF
FRANCE. 35
5
vables tous les deux d'une grande partie de leur
renommée à la protection qu'ils ont donnée aux
Lettres !
que
--
Les Rois , dit - on , & les Miniftres créent les
talens qu'ils protègent ; ils peuvent dire au génie
comme Dieu à la lumière fois , & le génie fera
C'est toujours la création de la lumière , & la lumiere
des efprits eft auffi néceffaire aux grandes Sociétés
celle du Soleil à la Nature. Mais il me femble
que les Rois & les Miniftres n'ont pas toujours bien
choifi le moment où ils prononcent ces paroles de
création. Je m'explique, & je quitte ce langage
figuré peu propre à la précifion des idées . - Jufqu'à
préfent la protection des Gouvernemens a confiité
en récompenfes plutôt qu'en encouragemens ; &
quoique ces deux chofes paroiffent n'être que la
même chofe , quoiqu'on doive être encouragé par
l'attente d'une récompenfe sûre au moment où on
l'aura méritée , ce n'eft pourtant pas tout- à- fait la
même chofe : les effets fur- out peuvent en être
très - différens. Les récompenfes arrivent après les
Ouvrages , à la fuite des fuccès ; les encouragemens
portent fur les Effais , & donnent les moyens
de concevoir & d'exécuter des Ouvrages. Il faut
bien comprendre deux faits , tous les deux incontef
tables ; l'un , c'eft que de cent jeunes gens que la
Nature fait naître avec le germe du talent , il y en a
plus de quatre vingt qu'elle fait naître dans la pauvreté
; l'autre , que l'amour des Lettres s'empare
prefque toujours d'une âme toute entière , & que
l'âme qui en eft poffédée eft incapable de toute.
autre chofe : c'eft pour cela que très-fouvent le même
homme paroît tour- à- tour bète & fublime. Eft- ce
des récompenfes qu'il faut promettre à ces jeunes
gens qui avec du génie même font dans l'impuiffarce
de faire de beaux Ouvrages ? Si vous voulez qu'ils
créent , faites -les vivre , .car ils n'en ont pas les
B vj
3.6.
MERCURE
moyens, & ils ne favent pas les chercher. C'eſt dans.
ce premier moment de leur naiffance qu'un grand
nombre de talens font perdus pour les Nations ;
les uns , effrayés par la vue de la pauvreté dont le
fantôme hideux les arrête à l'entrée de la carrière
de la gloire , fe rejettent en arrière , entrent dans les
routes de la fortune , & y deviennent des hommes
opulens & communs ; les autres , manquant de ce
caractère ferme & décidé fans lequel on ne fait
jamais un grand facrifice en entier , fe partagent
entre des travaux commandés par les befoins de la vie ,
& des travaux commandés par le befoin de la gloire ,
& meurent trop fouvent fans avoir obtenu la gloire ,
fans avoir connu l'aifance. C'eſt donc à ce premier
moment de fa naiffance où tant de caufes peuvent
le faire périr que les Gouvernemens doivent s'avancer
au fecours du génie . La Nature vient de faire
naître le plus beau de fes Ouvrages ; que le Gouvermement
l'adopte , l'élève , & qu'il ait part à la plus
belle des créations. Quelle récompenfe pouvez - vous
lui offrir lorfqu'il s'eft manifefté au monde dans
tour fon éclat ? Il a la gloire. A- t- il befoin d'une
autre récompenfe ? Tout ce que vous faites alors.
pour l'honorer , pour l'enrichir ce n'eft plus pour
lui que vous le faites , c cft pour vous- mêmes ; c'eft
pour entrer en partage de la gloire. Vous changez
de rôle , & c'eft lui alors qui a l'air de vous foutenir,
de vous élever , de vous protéger ; auffi a t- il
quelquefois l'orgueil de refufer vos fecours arrivés
trop tard. On peut dire : Mais comment diftinguer
entre des jeunes gens qui n'ont rien fait encore ceux
qui font appelés par la nature , & ceux qui ne font
entraînés que par un fol amour des Lettres & de l'indépendance
? Voilà qui paroît bien difficile , & rien ne
feroit peut- être plus aifé à qui en fentiroit bien l'impor
tance, à qui en auroit le pouvoir & la volonté, qui eft
an fi grandpouvoir . Les Académies jugent les Ouvra
DE FRANCE. 37
ges; elles pourroient bien auffi peut-être juger les hom
mes; & unjeune homine qui auroit la confiance de demander
les fecours qu'on ne doit qu'aux talens ,
pourroit être foumis à des épreuves qui effrayeroient
fa vanité fi fa confiance n'étoit que de la vanité
& qui feroient entrevoir au moins fon talent s'il
étoit deſtiné à en avoir. Ces ſecours feroient fi_modiques
, qu'ils ne pourroient être ni embarraffans
pour le Tréfor Royal , ni tentans pour l'avidité
& pour l'intrigue. Les moindres fervices qu'on
rend à l'Etat lui coûtent tant ! que faut - il à
l'Homme de Lettres pour lui affuser l'indépendance ,
fans laquelle il n'y a point de génie , & le loifir
fans lequel le génie même ne produit rien ? Du
pain , de l'eau & un habit dont le délabrement
n'humilie pas la vanité des autres . Vous avez entendu
dans un des meilleurs Drames de nos jours ,
un jeune homme , enfilamné d'une pallion amoureufe
, qu'on menace de l'exhérédation , à qui on
annonce qu'il fera réduit à quinze cent livres de
rente , vous l'avez entendu s'écrier dans le transport
de fa joie : Quinze cent livres de rente ! Sophie !
j'aurai quinze cent livres de rente ! La gloire fait être
pauvre comme l'amour , & cette paffion de l'efprit ,
non moins violente , a un courage plus foutenu &
une conftance moins fujette au refroidiſſement. Miniftres
des Rois, je vous parle de la foule ; mais c'eſt
dans la foule où elles font délaiffées qu'on voit &
qu'on connoît les âmes dont je vous parle ; & mon
abfcurité même donne ici du poids à mon témoignage.
Evaluez à la rigueur le pain néceffaire pour
nourrir un homme , l'eau qui doit l'abreuver , l'habit
décent auquel les portes ne font pas fermées ; &
avec cette fomme que vous donnerez à quelques
jeunes gens , vous ferez naître des hommes dont les
idées éclaireront vos vues & vos deffeins fur la félicité
des peuples. Donnez cela & ne donnez pas
38 MERCURE
davantage. Refufez ou retirez tout à qui fera dans
ee genre une demande de plus . Celui qui ne trouve
pas dans fon talent tous les biens qu'il defire , & le
dédommagement de tous les plaifirs dont il fe prive,
n'a point de talent ; celui-là n'eſt fait ni pour éclairer
les hommes , ni pour s'illuftrer lui - même.
Qu'il rampe , qu'il s'enrichiffe & qu'il s'élève
aux places ; que celui - là cherche fa félicité dans
des jouiffances que le plus groffier des hommes
peut goûter mieux que lui . Richelieu a inftitué
l'Académie ; & dans une monarchie où tout eft
rang & prééminence , chez une Nation fenfible &
délicate , où les diftinctions fociales font les premiers
des biens , cette inftitution a eu des influences
que Richelieu étoit loin de prévoir ; dès - lors en entrant
dans la carrière des Lettres , le jeune homme
a penfé à l'Académie comme à la gloire , & ces deux
ambitions ſe font confondues dans les espérances ;
mais de cela même il résulte que la récompenfe de l'Académie
n'eft pas différente de celle de la gloire ; elle
ne fert tout au plus qu'à donner à la gloire un figne
plus fenfible , plus expofé à tous les regards ; mais
elle ne peut tenir lieu des premiers encouragemens ,
& il feroit dangereux qu'elle devint le dernier terme
de l'ambition Littéraire. L'ambition du grand talent
doit afpirer bien au - delà . L'Académie doit être dans
les chemins qui mènent à l'immortalité , un hofpice
qui affure que vous ne vous êtes point égaré dans
la route , où l'on prend de nouvelles forces en fe repofant
, où l'on rencontre des compagnons du même
voyage , qui racontent ce qu'ils ont vu & obfervé
dans d'autres fentiers , avec lefquels on fait un
échange de lumières ; mais il faut reprendre fa route ,
tendre à un but plus éloigné , & arriver à ce temple
de la gloire , qui n'eft nulle part & qui eft par- tout ,
que les Rois & les Miniftres n'ont point élevé , & ou
ils ne font admis eux-mêmes que lorsqu'ils ont été
DE FRANCE. 39
de grands Hommes : où n'arrivent pas tous ceux
qui font arrivés à l'Académie , mais où l'on trouve
à leur place les Virgile , les Tacite , les Homère ,
l'élite des Académiciens de toutes les Nations & de
tous les fiècles.
J'ai l'honneur d'être , &c.
COSSEPH D'USTARITS .
A F. aux R. , près la Foffe Bazin.
SPECTACLES
.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 20 Juin , on a joué , pour la
première fois , l'Épreuve Délicate , Comédie
en trois Actes & en vers.
Tout le monde connoît le Scrupule ,
Conte moral de M. Marmontel . Dans ce
Conte , un jeune Militaire écrit à ſa maîtreſſe
, dont il veut éprouver l'amour , qu'il
a perdu un oeil à l'Armée , & voit auflitôt
difparoître la tendreffe qu'il croyoit avoir
infpirée . Cet incident a donné le fond d'une
Comédie en deux Actes . repréſentée à Lon
dres en 1761 , fur le Théâtre de Drury -Lane ,
& qui a pour titre : Il eft poffédé. En voici
une courte analyſe.
Le Colonel d'Herby , amoureux d'Émily ,
'étoit fur le point de l'époufer , lorfqu'il s'eft
vû forcé de ſe rendre au fiège de la Havane.
De retour , avec le Major Belford , fon
40 MERCURE
ami , il veut éprouver la maîtreffe , & députe
avant lui le Major , pour apprendre à
fa belle qu'il a perdu au fiège un oeil & une
jambe . Il paroît bientôt devant elle avec un
oeil caché fous un ruban noir , & fair mar→
cher par fecouffes une de fes jambes , comme
fi cette jambe etoit de bois . Émily , à ce
fpectacle , fe trouble pâlit , verfe des larmes
, on l'emmène . Betford veut engager fon
ami à ceffer fon épreuve , dont il lui remontre
toute l'extravagance ; peine inutile ,
d'Herby perfifte. L'indifpofition d'Émily fait
mander le Médecin Prattle , homme vain ,
fuperficiel & bavard . Ce Médecin a rencontré
le Colonel avant fon déguiſement , parle
de lui , affure qu'il ne l'a jamais vû mieux
portant ni d'une figure plus agréable , &
donne ainfi à Emily des lumières fur la
caufe ridicule du traveftiffement de d'Herby.
On projette de fe venger de lui ; une Françoife
, nommée Florimonde , amante aimée
du Major , s'est réfugiée en Angleterre chez
Emily , à qui elle a été adreffée par fon.
frète . On engage Florimonde à jouer un
rôle dans la vengeance projetée , elle s'y
prête. An retour du Colonel d'Herby, Émily
parle à Florimonde , vêrue en Cavalier , avec
une familiarité qui choque & irrite le Colonel
, d'autant plus aifément qu'elle ne le
traite qu'avec une indifference marquée.
Furieux , au défecſpoir de l'infidélité d'Émily ,
il provoque le faux rival , arrache fon ruban
noir , fe montre tel qu'il eft , & fe difpofe
DE FRANCE.
41
à fortir , quand Belford rentre , reconnoît
Florimonde , voit la fuite de l'indifcrette
épreuve du Colonel , & parvient enfin à
réconcilier les deux amans . Émily oublie fon
humeur , & elle le doit ; car au commencement
du premier Acte , dans une Scène
avec la foeur Bella , elle s'eft vantée de
brûler pour le Colonel d'une paffion vraie
pure , défintéreffée ; & les prétendues pertes
de d'He by viennent de lui prouver que fa
endreffe eft comme celle de toutes les
femmes , ou à peu- près , fubordonnée à
certains accidens.
La Pièce Angloife n'a pas été inutile à
l'Auteur François ; mais l'Ouvrage de celui
ci a été très- mal reçu ', & l'autre a eu du
fuccès.La différence du génie des deux Nations
n'eft pas la feule caufe de la chûte de l'Épreuve
Délicate. Il eft de certaines caricatures
dont le tableau peut être fort agréable à Londres
, & très- déplaifant à Paris ; mais ce qui
ne peut réuffir fur aucun Théâtre , c'eft une
Comédie dont la marche eft lente , froide,
dénuée de comique , dont le ftyle eft précieux
, maniéré , quelquefois obfcur , &
toujours farigant pour le goût du Spectateur
éclairé. Voila les défauts de l'Épreuve Délicate,
qui ne préſente rien d'affez neufpar le
fonds pour que nous en donnions une analyfe
à part. Le Publie a d'ailleurs témoigné
fon mécontentement d'une manière fi bruyante
, que la plus grande partie du dernier
Acte nous a échappé.
42 MERCURE
Qu'un Auteur qui débute dans la carrière
du Théâtre , fe trompe fur l'effet du ſujet
dont il fait choix ; qu'il ne préfente pas des
chofes bien neuves , qu'il adopte des refforts
comiques foibles ou équivoques , cela n'eft
ni étonnant ni rare ; mais ce qui devroit être
moins commun , c'eft la recherche que femblent
faire tous nos jeunes Écrivains d'un
jargon amphigourique , fouvent inintelligible
, & bien plus déplacé encore dans la
Comédie que dans tout autre genre de Littérature.
Pourquoi chercher à être neuf par
les mots ? C'est par les chofes qu'il faudroit
tenter de l'être. Les combinaiſens dramatiques
& morales ne font pas inépuifables ,
fans doute , mais il eft poffible de les rajeunir
par de nouveaux réfultats. Quand on a
bien conçu fon fujet , qu'on en bien établi
les développemens , & qu'avant de commencer
fon travail on en a bien confidéré
la fin , on n'a pas befoin de courir après les
expreffions , elles viennent fe placer naturellement
fous la plume ; & l'on n'eft pas
réduit à la trifte néceffité de cacher le
vuide de fes idées fous des phrafes qu'on
croit brillantes , & qui ne font que fauffes
ou infignifiantes , La facilité que le
Public a montrée long-temps à applaudir
des Ouvrages écrits de ce tyle , a perdu une
partie de nos Adeptes Littéraires : il eft
tems enfin qu'on banniffe du Théâtre le langage
des ruelles , & qu'on fe fouvienne de
ces quatre vers de l'Alcefte de Molière , qui
DE FRANCE. 43
font la condamnation éternelle du jargon
de tous nos faifeurs d'Épîtres :
Ce ſtyle figuré dont on fait vanité ,
Sort du bon caractère & de la vérité ;
Ce n'eft que jeu de mots , qu'affectation pure ,
Et ce n'eft point ainſi que parle la Nature.
Nous parlerons dans le prochain Mercure
d'Agnès Bernau , Drame Héroïque en quatre
Actes & en vers , repréfenté , pour la première
fois , avec un fuccès douteux , le
Mardi 21 Juin , à la Comédie Italienne .
Le 13 , le Public a revu avec les démonftrations
de la joie la plus vive , M. Dazincourt
rentrer au Théâtre par le rôle de Pafquin ,
dans le Triple Mariage. Cet Acteur , qui
depuis fon début , avoit toujours gagné dans
l'opinion du Public , vient d'acquérir de
nouveaux droits à fon eftime , par le rôle
de Figaro ; auffi a- t'il eu lieu de s'appercevoir
, pendant une grave maladie d'environ
fix mois , de tout l'intérêt qu'il a fu infpirer.
Quand il a reparu , des applaudiffemens
univerfels
, qui fe font prolongés dans tour le
courant de fon rôle , ont exprimé tout-à lafois
la crainte qu'avoit caufé fa maladie, &
le plaifir qu'on goûtoit à le revoir.
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
ATLAS
TLAS nouveau , cinquième Livraiſon . Cer Onvrage
, juftement eftimé pour l'exactitude des Cartes
& la beauté de la gravure , offre l'avantage de préfenter
, fur les grands États , la Géographie Phyfique ,
ancienne & moderne . La cinquième Livraison , que
l'on diftribue actuellement , en complette les foixante
premières Cartes ; la fixième Livraison des Cartes &
la deuxième des Plans paroîtront dans quelques
mois. Le prix des 138 Cartes continnera d'être de
138 liv. jufqu'à la feptième Livraiſon . A cette
époque , il fera porté à 160 liv . On continue de ſoufcrire
à Paris , chez M. Mentelle , Hiftoriographe de
Mgr. Comte d'Artois , rue de Seine , Fauxbourg
S. Germain , N° . 27 , & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
Cette cinquième Livraiſon renferme les Cartes
de l'Anjou, de l'Orléanois , de la Touraine , de la
Bourgogne & de la Franche - Comté , en quatre
feuilles , du Comtat Vénaiffin , de la Provence , du
Béarn , du Comté de Foix & du Rouſſillen .
La fixième , dont on grave actuellement la lettre ,
renferme la Lorraine , en quatre feuilles , la Champagne
id. , la Normandie , id.
La feptième renfermera la Carte ancienne des
Pays - Bas , &c. des Provinces- Unies , la Carte
Générale de ces Etats , les Provinces - Unies , en
quatre feuilles , les Pays -Bas , en quatre feuilles , &
deux Cartes des Gouvernemens de la France.
Ces deux Livraiſons feront publiées avant la fin
de l'année 1785.
N. B. Le même Auteur publiera , dans deux
mois , fa Cofmographie Elémentaire , nouvelle ÉdiDE
FRANCE.
45
tion , in - 8 ° . avec une augmentation confidérable de
Difcours & de quelques Planches. Il y aura auffi une
Edition in-4 ° . , dont 50 exemplaires fur papier vélin ,
avec un plus grand nombre de Caites d'une enluminure
très-détaillée & très-foignée.
L'AMI de l'Adolefcence , par M. Berquin , neuvième
& dixième Cahiers, formant le cinquième
Volume de cet ouvrage .
pour
La Soufcription de cet Ouvrage intéreffant eft de
13 liv. 4 fols pour Paris , & de 16 liv. 4 fols
la Province ; s'adreffer à M. Leprince , Directeur ,
ad Bureau , rue de l'Univerfité , No. 28 .
Le Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de figures . Troisième Livraiſon , Tomes V & VI ,
contenant les Illuftres Fées , la Tyrannie des Fées
détruite , par Mme la Comteffe d'Auneuil ; les Contes
moins Contes que les autres , par Preslac ; les Fées ,
Contes des Contes , par Mlle de la Force ; les Cheva-
'liers Errans & le Génie Familier , par Mme la
Comtelle d'Aulnoy .
د
Cette Collection aura 30 vol . de Conres , & un vol.
de Difcours , contenant l'Origine des Contes des Fées,
& les Notices Jur les Auteurs . On délivrera régulièrement
a vol . par mois . On s'infcrit à Paris , rue
& Hotel Serpente , cbez Cuchet , Libraire -Éditeur
des OEuvres de le Sage & de l'Abbé Prévost. Le prix
de l'Infcription eft de 3 liv. 12 fols le vol, broché
orné de trois planches faites fous la direction de
MM. Delaunay & Marillier.
La Vie de Louis - Marie Grgnion de Montfort ,
Miffionnaire Apoftolique , Inftituteur des Miffionnaires
du Saint - Esprit & des Filles de la Sageffe ,
par M. P, J. Picot de Clorivière, Recteur de Paramé,
46 MERCURE
in- 12 . A Paris , chez Delalain jeune , Libraire , rue
Saint Jacques. A Saint - Malo , chez L. Hovius père
& fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Rennes , chez
Em. G. Blouet , Libraire , rue Royale.
Les Perfonnes pieufes liront avec intérêt l'Hiſtoire
de M. de Monfort, qui , au mérite d'une vie vraiment
apoftolique, a joint celui d'établir deux Congrégations
Religieufes.
-
-
NOUVEAU Plan Géométral de la Ville de
Metz, avec fes changemens & augmentations jufqu'à
ce jour, feuille grand Aigle. Prix , 3 liv. en
blanc , & 6 liv . lavé & colorié . Carte réduite du
Golfe de Gascogne en deux feuilles , avec toutes les
Sondes indiquées , par M. de Perigny & par M.
Magin , Ingénieur de la Marine. Prix , 4 liv .
Carte Géométrique de l'entrée de la rivière de Bordeaux
, avec toutes les Sondes , par M. Magin , Ingénieur
de la Marine. Prix , 3 livres , avec l'Inftruction
. Carte de l'entrée de la rivière de Loire ,
avec toutes les Sondes relatives à la navigation de
cette rivière , par le même , deux feuilles. Prix ,
4 liv. A Paris , chez Dezauche , Géographe , fucceffeur
des fieurs Delifle & Phil . Buache , premiers
Géographes du Roi , feuls chargés de l'Entrepôt général
des Cartes de la Marine de Sa Majeſté , rue
des Noyers,
-
DICTIONNAIRE de la Provence & du Comté
Venaiffin , par une Société de Gens de Lettres ,
Tome I , in- 4°. A Marſeille , de l'Imprimerie de
Jean Moffy , Imprimeur-Libraire , à la Canatière.
La Provence eft fi recommandable par fon importance
actuelle & par fon antiquité, qu'un Ouvrage
qui la concerne doit intéreffer par fon objet ,
& les fources qu'indiquent les Auteurs de ce Dic-
}
DE FRANCE. 47
tionnaire , doivent prévenir en faveur de fon exécution
.
Le premier Volume , qui paroît actuellement ,
contient un Vocabulaire François - Provençal. Ceux
qui connoiffent notre Hiftoire , favent quel rôle la
Langue Provençale a joué dans l'Europe Litttéraire .
Les anciennes Mufes Françoifes & Italiennes fe font
formées dans l'étude de cet Idiôme . Pétrarque avoue
s'être enrichi nel tesoro della Lingua provençale. Nous
renvoyons, pour connoître l'utilité de ce Vocabulaire,
à l'Avertiffement qu'on a mis en tête.
EXPLICATION du Siftême de l'Harmonie pour
abréger l'étude de la compofition , & accorder la pratique
avec la théorie ; par le Chevalier de Lirou
in 8. Prix , 3 liv. 12 fols br. A Londres ; & ſe
trouve à Paris , chez Mérigot , Libraire , quai des
Auguftins; Bailly , Libraire, rue S. Honoré ; Bailleux ,
Marchand de Mufique . rue S. Honoré , & Boyer
Marchand de Mufique , rue de Richelieu .
Nous rendrons compte de cet eftimable Quvrage.
OUVERTURE & Entre-Acte de Théodore , Comédie
mêlée d'Ariettes , formant une Symphonie
concertante pour une Flûte , un Haut- Bois & un
Baffon récitans , Violon , Alto & Baffe , les Cors &
Haut-Bois ad libitum. Le Haut Bois peut être remplacé
par un Violon , & le Baffon par un Violoncelle.
Prix , 4 liv. 4 fols . A Paris , chez M. Bailleux
, Marchand de Mufique de la Famille Royale ,
rue Saint Honoré , près celle de la Lingerie.
NUMÉROS 13 , 14 , 15 , 16 , 17 & 18 de la
Mufe Lyrique, ou Journal de Guittare , dédié à la
Reine , par M. Porro , contenant des Airs du Barbie r
de Séville exécuté à la Cour , des deux Rubans , de
Memnon , de Panurge , &c. , avec des Airs de fociété.
48 MERCURE
.
Prix , 12 liv. & 18 liv . A Paris , chez Mme Baillon ,
rue Neuve des Petits -Champs , au coin de celle de
Richelieu , à la Mufe Lyrique. Numéro 6 du.
Journal de Violon , par le même. Prix , féparément
2 liv. 8 fols. Abonnement 18 liv. & 21 liv. Même
Adreffe.
-
JOURNAL de Harpe , par les meilleurs Maîtres ,
Nº. 24. Prix , 12 fols . Abonnement is liv. franc
de port pour cirquante - deux Livraiſons qui fe font
chaque Dimanche. A Paris , chez M. Leduc , cidevant
rue Traverfière , actuellement rue du Roule ,
à la Croix d'or , nº. 6 .
Six Duos concertans pour deux Flûtes , par M.
Cambini , mis au jour par M. Muffard , Maître de
Flûte , rue Aubry- le- Boucher , maifon du Marchand
de Vin. Prix , 7 liv. 4 fols.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 1st , ligne 22 , par un trait charmant
lifez : par un vers.
TABLE.
VERS à M. le Prince de Difcours fur le Préjugé des
B*** ,
Mes Souhaits ,
Feines Infamantes ,
8
4 Variété , 15
39
6. Annonces & Notes , 44
Charade, Enigme & Legogry Comédie Françoife ,
phe ,
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juillet . Je n'y ai
Lien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A Paris¸
le 1 Juillet 1785. RAULIN,
J
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits en fortant de la Galerie de
M. DE BEAUJON.
Je l'ai donc vût ce précieux tableau ,
Où le pinceau de l'immortel Santerre
Nous peint Adam épris du fruit nouveau
Il figuroit dans le Temple du Goût ;
Autour de lui Téniers , d'une main sûre ,
Chez le Flamand groffier , riant de tout ,
Comme en jouant ſurprenoit la Nature.
Qu'avec plaifir je vous ai vûs , beaux lieux ;
Riches des dons de la fuperbe Afie ,
Vous préfentiez à mon oeil curieux
Vingt monumens faits pour la fantaisie !
, 9 Juillet 1785. C
N°. 28 , 9
so MERCURE
« Ici jadis Vénus tenoit fa Cour , »
Me fuis je dit des talens protectrice ,
» Et pliant tout à fon heureux caprice ,
Elle entendoit mille fois dans un jour
L'enfant aîlé portant le nom d'Amour ,
Qui l'appeloit fa maman ........ »
ɔɔ
Dans l'Univers tout change ainfi fans cefſe ;
Et le féjour qu'habitoit la Beauté ,
Devient celui du Dieu de la richeſſe .
Un pareil Dieu feroit toujours fêté,
Heureux Beaujon , fi , comme vous aimable ,
Et des Beaux- Arts indulgent protecteur ,
Pour l'homme obfcur ſe montrant plus affable ,
Il lui rioit par un accueil flatteur.
Mais j'avourai qu'au fein de l'opulence
Je me livrois au plus tendre plaisir
En parcourant votre magnificence ,
Quand le chagrin eft venu me faiſir ,
En apprenant qu'une goutte traîtreffe
Vous empêchoit de jouir du bonheur ,
Et que le fort auprès de la richeffe
Avoit placé quelquefois la douleur.
Puiffe le Dieu qu'Epidaure révère ,
( Par le refpect ce feul væru fut dicté , )
Pour mon bonheur & celui de la terre ,
A vos trésors joindre auffi la fanté .
(Par M. Santerre de Magny. )
BIBLIOTHECA
REGIA
MHACENFIN
DE FRANCE.
SI
A M. le Comte DE TURCONI ,
Chambellan de Sa Majefté Impériale.
CHER ami , ma
convaleſcence
Étoit- elle une grâce ou non ?
Chez vous la même jouillance
Vient l'appeler de ſon vrai nom.
Aux jours de votre maladie
Efpérant , tremblant , incertain ,
Pour m'avoir confervé la vie
Que pouvois-je dire au deftin?"
Mais en fauvant auffi la vôtre ,
Comme il a fait parler mon coeur !
Par cette nouvelle faveur
J'ai fenti tout le prix de l'autre.
( Par M. le Marquis de Fulvy. ).
COUPLETS DU COUSIN JACQUES.
AIR: De tous les Capucins du monde.
On défoblige en cette ville
De la façon la plus civile :
Aux protecteurs ayez recours ,
Quand fur cax votre espoir fe fonde ,
Ils vous éconduisent toujours ,
Mais le plus poliment du monde,
Cij
52 MERCURE
Vous voyez par toute la France
Même ton , même prévenance ;
Chacun être votre agent pour
Vous montre une ardeur fans feconde ,
Et vous escroque votre argent ,
Mais le plus poliment du monde .
Ne manquez d'aucune reffource ,
Un ami vous offre fa bourfe....
Recourez à ſon amitié ,
En vains prétextes il abonde ,
Et vous refufe fans pitié ,
Mais le plus poliment du monde .
UNE caule eft- elle bien claire ?
Sur le fuccès de votre affaire
Allez confulter, fupplier....·
Nul Procureur qui n'en réponde ;
Et s'il vous fait perdre & payer ,
C'eft le plus poliment du monde.
Vous pourrait-on pour quelque dette ?
Bientôt l'Huiffier le plus honnête
Vientfaifir dans votre maiſon ;
On vous plaint par-tout à la ronde ! ....
Er l'on vous conduit en priſon………..
Ah ! le plus poliment du monde,
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Verrat ; celui
de l'Enigme eft Cadran Solaire ; celui du
Logogryphe eft Reinette.
CHARA DE..
SANS le fecours de mon premier
Bientôt mes doigts fe laffent du dernier ,
Mais pour mon tout de lui je n'ai que faire
; Un couteau , des cifeaux font eux feuls mon affaire .
( Par M. l'Abbé Paſquet. )
È NIG ME.
JE fuis venu de Rome , & de plus j'ai l'honneur
D'avoir pour mon parrain fon premier Empereur.
Avec moi font toujours foixante & deux efclaves ,
• Les uns poltrons , les autres braves ;
De très- longs habits blancs les braves font ornés ,
Et font voir ma grandeur & ma magnificence ;
A de courts habits noirs les polttons deſtinés ,
D'un règne paffager marquent la décadence ;
Car apprenez quel eft mon deftin rigoureur ,
Cij
$4
MERCURE
Après le peu
de
temps que
m'ont donné les Dieux
Pour régner chaque an fur la terre ,
Je dois mettre mon fceptre entre les mains d'un frère ,
Qui doit bientôt au fien le remettre à fon tour ;
Et moi , pour oublier une perte auffi chère ,
Je dors jufques à mon retour.
( Par M. Conjon. )
LOGOGRYPH E.
GRACE à ma bonne deftinée ,'
Je nais & je meurs chaque année.
Dérange mes fept pieds , tu trouveras , Lecteur ,
D'un Empereur Romain la fille ;
L'excrément de quelque liqueur ;
Du Rouffillon une petite ville ;
D'Alface une rivière ; une conjonction ;
Aux mortels endormis ce qui femble fi bon ;
Le fils du Héros refpectable
Qu'a chanté l'Homère Romain ;
Une ville du Limousin';
Un fynonyme de femblable ;
De mufique une note , ainfi quetrois pronoms;
Et ce qui fert enfin à couvrir les maiſons.
( Par le même. ) .
DE FRANCE.
1
55
>
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'Amour de Henri IV pour les Lettres ,
avec cette épigraphe :
Il n'eft point de lauriers qui ne couvrent la tête.
A Paris , chez Lagrange , au Palais Royal ,
fous les arcades , Nº. 113 ; Bailly , barrière
des Sergens , & Royez , quai des Auguf
tins. vol. in 18. Prix , 2 liv. 8 fols.
CET Ouvrage , fait pour plaire aux Lecteurs
fenfibles de toutes les Nations , doit
principalement intéreffer les Lecteurs François.
Deſtiné à juftifier Henri IV des injuftes
reproches que lui ont faits d'Aubigné , Faucher
, & plufieurs autres Écrivains de fon
tems , qu'aveugloient l'orgueil , le fanatifme
ou la haine ; peut-être même à venger ce
Prince , finon de l'ingratitude , au moins de
la négligence de quelques Auteurs plus modernes
, il ne peut qu'ajouter non feulement
à fa gloire , mais encore à l'amour & au
reſpect dont tous les peuples éclairés honorent
fa mémoire. Le nom de Henri rappelle
heureufement à la penfée le fouvenir d'un
homme qui fut également grand fur le Trône ,
à la tête des Armées , au milieu des combats
Civ
56 MERCURE
& dans les Confeils ; dont l'âme fière &
inébranlable au fein du malheur & des perfécutions
, fut douce & bienfaifante dans la
profpérité ; mais peu de gens favent que ce
nom augufte tient ou doit tenir une place
diftinguée dans le rang des protecteurs des
Lettres & des reftaurateurs des Arts. Il eft
donc prouvé que ce Héros , que les circonftances
portèrent , prefque malgré lui , fur
la ligne des plus fameux Guerriers ; qui força
fes ennemis à le craindre & à l'admirer ;
qui connut fi bien le prix de l'amitié , qu'il
fut digne d'avoir des ainis ; que ce Roi Citoyen
, dont le coeur & le génie n'enfantèrent
jamais que des projets capables d'illuftrer
fon Koyaume & d'affurer le bonheur
de fon peuple , a mérité , tant par fes vertus
fublimes que par la pretection qu'il a accordée
aux Lettres , le monument qu'un de
nos premiers Écrivains a confacré à fa gloire !
Rendons grâces au Littérateur laborieux &
reconnoiffant , dont les recherches eftimables
viennent d'ajouter un fleuron à la courenne
immortelle qui pare le front du grand
Henri.
Il faudroit tranfcrite la plus grande partie,
de ce petit Ouvrage , ainfi que des notes
inftructives & amufantes dont il eft fuivi ,
pour faire connoît e tout ce qu'il a de curieux
& d'intéreffant. Nous nous , bornerons
malgré nous , & en cherchant à maîtrifer
l'impulfion qui nous entraîne , à un
certain nombre de citations . Nous ne fuiDE
FRANCE. 57
vrons point l'Auteur pas à pas : nous pren
drons tour-à-tour , dans le texte & dans les
notes , les Anecdotes qui peuvent fervir à
peindre le premier des Bourbons , & à développer
les traits caractéristiques de fon
âme depuis fon enfance , jufqu'au moment
fatal qui le vit périr fous le couteau d'un
exécrable affaflin. Nous ferons peu d'obfervations
: l'efprit doit fe taire où l'âme feule
doit fentir.
Il est des hommes qui , par les actions de
leur enfance même , annoncent le caractère
qu'ils doivent avoir un jour. Henri fut de
ce nombre. Les deux faits fuivans vont le
-prouver.
و د
" A lâge de dix ans , ( en 1963 ) Henri
" fit un voyage à la Cour de France , accom-
" pagné de la Gaucherie , fon Précepteur.
» Dans une de ces Loteries ingénieufes ,
» dont Médicis avoit apporté le goût d'Ita-
" lie , & où chacun choififfoit une devife ,
» le petit Prince de Béarn , dont la gentilleffe
amofoir beaucoup les Dames , choifit
» pour la fienne ces mots grecs :
"
vix ,
alav . Médicis defira favoir de l'enfant
ce que cela fignifioit , il ne voulut
» jamais le lui dire . Elle le fut d'ailleurs .
» VAINCRE OU MOURIR. Telle étoit cette
»
devife. Ce trait annonçoit d'avance un
homme qui devoit être auffi ferme que hardi.
dans fes deffeins : celui que nous allons
citer , attefte que l'amour de l'honneur ,
la loyauté & la grandeur d'âme étoient , dès
CY
8 MERCURE
:
le bas - âge , les premières vertus de Henri.
"
99
"
"
66
Il avoit environ onze ans ; on venoit de
lui lire la Vie de Camille & celle de
Coriolan , La Gaucherie lui demanda auquel
des deux Héros il aimeroit mieux
» reffembler ? Le jeune homme , charmé de
la vertu de Camille , qui oublie ſa vengeance
pour fauver fa Patrie , non - feule-
» ment lui donna la préférence fans balan-
» cer , mais blâma la colère de Coriolan ,
qui , fourd à toutes les prières , porte le
» fer & la flamme dans fa patrie pour affou-
- vit fa vengeance ; & racontant lui - même
» les exploits des deux Romains , il ſe paſ-
"
29.
fionnoit autant pour la générosité du pre-
» mier , qu'il s'indignoit contre le crime
» du fecond. La Gaucherie le voyant amfi
» échauffé : Eh bien , lui dit- il , vous avez un
» Coriolan dans votre famille. Alors ce fage
» Inftitateur lui raconta l'Hiftoire du Con-
» nérable de Bourbon ; comment ce grand
Homme perfécuté alla porter les talens
& fa vengeance à Charles - Quint , le plus
cruel ememi de fon Roi ; comment il
» rentra dans fon pays à la tête d'une Armée
formidable , portant par -tout la terreur
& la défolation ; & qu'enfin fa haine im-
» placable & fes funeftes fuccès mirent la
» France à deux doigts de fa perte. Pendant
» ce récit , le jeune homme s'agitoit , alloit
» & venoit par la chambre , s'affeyoit , fe
» levoit , frappoit des pieds , verfoit des
» larmes , qu'il s'efforçoit vainement de
29
ود
DE FRANCE.
S9
و ر
2
» cacher . Enfin , n'y pouvant plus tenir , il
» prend fa plume , court à une carte généalogique
de la Maifon de Bourbon , qui
» étoit contre la muraille , en efface le nom
» du Connétable , & écrit à fa place celui
» du Chevalier Bayard. N'oublions pas
que jamais l'âge mûr de Bourbon n'a démenti
ces fentimens de fon enfance ; que , devenu
l'héritier d'un grand Empire , & obligé de conquérir
fon Royaume pièce à pièce , il oppofa
toujours la clémence à l'opiniâtreté , les
bienfaits à l'ingratitude ; & que plufieursannées
après la paix , des fanatiques continuant
de déclamer contre lui , & refuſant
même de le nommer aux prières publiques ,
Henri le fut , & fe contenta de dire : Il faut
attendre , ils font encore fâchés.
Paffons rapidenient fur toutes celles des
actions de ce Prince qui font généralement
connues ; laiffons à nos Lecteurs la fatisfaction
de retrouver dans l'Ouvrage dont nous
rendons compte, ces mots précieux , ces répar
ties vives & agréables , ces difcours ou fiers
ou aimables qu'on apprend avec plaifir
qu'on fe rappelle avec délices , que l'on répère
avec tranfport , & qui peignent tout
enfemble la fenfibilité du coeur de Henri , la
délicateffe de fon efprit & la nobleffe de fon
âme. Hâtons nous de le confidérer comme
Protecteur & comme Reftaurateur des
Lettres.
"1
Lorfque la paix eut couronné les voeux ,
» c'est alors qu'il s'attacha à remettre les
C vj
60 MERCURE
"
» Lettres en honneur . Pendant les horreurs
» de la Ligue , & depuis le meurtre de l'il-
» luftre Ramus , elles avoient fui loin d'un
féjour fouillé du fang de ſes plus chers
» nourriffons. Le College Royal , déferié
pendant plus de vingt ans , avoit été
» abandonné aux plus vils ufages par les
» Tyrans de Paris . * Peu de jours après fon
» entrée dans la Capitale , Pafferht , l'un
ود
»
33
des plus beaux efprits de ce fiècle , ouvrit
» les Écoles publiques par un Difcours élo-
» quent , mêlé de plaintes fur les malheurs
paffes , & d'éloges touchans du fecond
» Reftaurateur des Lettres . Les Profeffeurs
» furent tous rappelés . Admis à l'audience
» du Monarque , ce Prince les entretint avec
» cette familiarité , cette popularité charmantes
qui lui gagnoient tous les coeurs ;
moyens fi faciles & fi sûrs de leur effet ,
qu'il paroît toujours étonnant que les
Rois ne foient pas plus fouvent tentés d'en
» faire ufage ! Henri donna les ordres les
plus précis pour qu'ils fuffent exactement
payés de ce qui leur étoit dû , leur an-
" nonça qu'il augmentoit leurs honoraires
» de moitié, puis le tournant vers les Cour-
» tifans : Oui , dit - il , j'aime mieux qu'on
» diminue ma dépenfe , & qu'on ôte de ma
» table pour payer mes Lecteurs : je veux les
» contenter ; M. de Rofny les payera.
Meffieurs , ajouta Rolny , les autres vous
"
ود
»
* On en avoit fait des écuries.
DE FRANCE. 610
" ont donné du papier , du parchemin , de
» la cire ; le Roi vous a donné fa parole , &
» moi je vous donnerai de l'argent. » On
verra bientôt que l'auftère Sully n'eut pas
toujours autant de plaifir à tenir la parole
du Roi , que ce Prince en trouroit à la donner
& a la voir remplie.
tre ;
Henri accueillit les Savans , les rechercha ,
& les encouragea par les bienfaits. Il attira
en France le fameux Cafaubon , qui y refta
jufqu'à la mort de fon protecteur ; il s'efforça
d'y fixer le jeune Grotius , dont le mérite
naiffant commençoit à fe faire connoîil
donna un afyle au Flamand Bertius
un des plus (avans hommes de fon temps;
il rétablit dans leurs Charges dans leurs
biens , Viguier quelques autres François
que le malheur des temps avoit chaffes de
leur patrie ; il offrit à Jufte- Lipfe une place
honorable & fix cens écus d'or d'appointemens
; il fit à François de Sales , le Fénelon
de fon fiècle , les offres les plus féduifantes
pour le fixer dans les Etats ; il arracha à la
Cour de Savoye le célèbre Calignon , qui
fat depuis un des Rédacteurs de l'Édit de
Names ; il éleva Fenouillet à l'Épifcopat ;
Fenouillet, qui n'eut jamais d'autre recom
mandation que fon mérite ; il accorda la
même faveur au Jacobin Coeffeteau , qui ,
dans des difputes Théologiques , fut doux ,
raifonnable & éloquent ; il éleva au faîte
des grandeurs du Perron , depuis Cardinal ,
authi bel- efp : it que favant profond; il dona
2
62 MERCURE
la Charge de Premier Aumônier de la Reine
à Bertaut , dont les vers faciles & agréables
ne font point encore oubliés , & qui eut
l'avantage d'être eftimé de Malherbe ; il
honora celui- ci fort fouvent d'entretiens particuliers
; & s'il ne fit pas la fortune de ce
grand Poëte , c'eft Sully qu'il en faur accufer
, Sully , qui ne pardonna point à l'Homme
de Lettres d'avoir mis , comme Soldat ,
fa vie en danger dans les guerres de la Ligue.
Il combla de bienfaits le Satyrique
Regnier ; il rendit à Defportes les tiches bénefices
qui avoient été laifis , & lui accorda
fon eftime , quoique ce Poëte eût eu la foibleffe
de fe ranger pendant quelque temps
du parti de la Ligue. Une place parmi nos
Sénateurs fut la récompene des Ecrits pleins
de courage & de patriotifine du vertueux de
Belloy, Citoyen d'autant plus reſpectable
que foible & inconnu , il ofa , dans le fein
du fanatifme & au péril de fa vie , élever la
voix en faveur de fes Princes légitimes . De
quelle protection n'honora- t'il point l'immortel
de Thou , en le preffant de publier
fon Hiftoire , en protégeant tout haut ce bel
Ouvrage , & en écrivant à Rome , qui le
mettoit à l'Index : c'eft moi qui en ai commandé
le cours & la vente ! Le modeſte &
Lavant Pithou , Gaucher de Sainte - Marthe ,
du Haillan , l'Hiftoriographe Mathieu , le
célèbre Etienne Pafquier , & tant d'autres
qu'il feroit trop long de nommer , eurent
également part à fes bonnes grâces & à fes
DE FRANCE 63
faveurs. Henri , dit un Contemporain , n'eut
jamais connoiffance d'aucun excellent perfonnage
de fon Royaume , & fur- tout recommandable
pour la gloire des Lettres , qu'il ne
le favorisât de quelque honnête penfion . Péréfixe
ajoute qu'il en donnoit à plufieurs
hommes doctes , même dans l'Italie & dans
l'Allemagne , & qu'il prenoit foin lui- même
de les leurfaire tenir. Ainfi , temarque l'Auteur
, Louis XIV ne fut pas le premier qui
fit ces conquêtes glorieufes do genie fur
l'etranger ; Henri IV lui en donna l'exemple.
Quels hommes Bourbon plaça- t'il à la
tête des Troupes , dans les Confeils , dans
les Ambaffades , &c. ? Rapprochons leurs
noms indiftinctement : la Noue , Mornay ,
Armand de Biron , Turenne , Lefdiguières
Sully , Briffac , Givry , les frères d'Angennes
, Vivonne , Salignac , grand oncle
de l'immortel Fénelon , le Cardinal d'Cffat ,
Bongars , le Fèvre de la Boderie , du Bartas,
mauvais Poëte , mais grand Négociateur
Frefne-Canaye , le Prefident Jeannin , &
l'on verra que ce tableau préfente le nom
des hommes les plus inftruits de leur fiècle.
>
Ce qui diftingue Henri de prefque tous
les Princes qui ont protégé les Gens de Lettres
, c'eſt que non- feulement il méprifa les
plumes médiocres , mais qu'il n'eftima jamais
la flatterie , & qu'il accueillit la vérité avec
autant de grâces que de courage. J'entends ,
difoit-il au Préfident Jeannin , laiffer la vérité
en fa franchife , & la liberté de la dire
64
MERCURE
fans fard & fans artifice.
•
Henri avoit nommé Pierre Mathieu fon
Hiftoriographe. Un jour que celui - ci lui lifoit
quelques pages de fon hiftoire , où il parloit
de fon penchant pour les femmes. " A quoi
» bon dit d'abord Henri de révéler
» ces foibleffes ? Mathieu lui fit fentir que
» cette leçon n'étoit pas moins utile à fon
» ffiillss que celle de les grandes actions. Le
» Roi réfléchit un peu . Après un moment
و ر
›
,
de filence. Oui , dit - il , il faut dire la
» vérité toute entière. Si on fe taifoit fur mes
fautes , on ne croiroit pas le refle : eh bien ,
écrivez- les donc , afin qu'il les évite. »
Henri ne devoit point craindre l'etfor de la
vérité , il étoit homme, & participoit comme
un autre aux imperfections de l'efpèce humaine
; mais la Nature , qui avoit voulu en
faire un être privilégié , ne lui donna que les
défauts néceffaires pour tempérer un peu
l'éclat de fes qualités éminentes ; trop de
perfection eût infpité trop de refpect ; en le
rapprochant des autres hommes par quelques
foibleffes , elle en a fait la plus adorable
de toutes les créatures. Qu'on juge par le
trait fuivant , que nous choififfons parmi
beaucoup d'autres , fi cet éloge eft exagéré.
Sully dit un jour à Cafaubon : Vous coûtez
DE FRANCE. 65
trop au Roi , Monfieur : vous avez plus que
deux bons Capitaines , & vous ne fervez de
rien. Cafaubon , qui étoit fort doux , ne répondit
pas un mot ; mais il alla ſe plaindre
au Roi. M. Cafaubon , lui dit ce bon Prince ,
que cela ne vous mette point en peine ; j'ai
partagé avec M. de Sully ; il a toutes les mauvaifes
affaires , && mmooii jjee mmee fuis réfervé les
bonnes. Quand il faudra aller à lui pour vos
appointemens , venez à moi auparavant , je
vous dirai le mot du guet pour être payé facilement.
Étoit- il pollible de prendre une tourpure
plus agréable pour excufer la dureté
du Miniftre , & pour confoler l'amourpropre
bleffe du Profeſſeur ?
Nous nous arrêtons , malgré l'extrême
detir que nous éprouvons de citer d'autres
traits , de parier de fes Lettres familières , où
fon âme le peint toute entière , & de fes
Difcours au Clergé , aux Parlemens & à fes
Peuples. Nous ne pouvons cependant nous
refufer la fatisfaction de citer un fragment
de celui qu'il adreffa au Parlement , quand
il vint lui faire des remontrances fur l'Édit
de Nantes.
"
Mellieurs , vous me voyez en mon cabinet
où je viens vous parler , non point
» en habit royal ni avec la cape & l'épée
» comme mes prédéceffeurs , ni comme un
Prince qui vient recevoir des Ambaffa-
» deurs ; mais vêta comme un père de fa-
» mille , en pourpoint , pour parler familièrement
à fes enfans. Je prends bien les
66 MERCURE
»
"
"
» avis de mes Serviteurs : lorfqu'on m'en
» donne de bons , je les embraſſe ; & fi je
» trouve leur opinion meilleure que la
mienne , je la change fort volontiers. Il
n'y a pas un de vous qui , quand il voudra
» me venir trouver & me dire : Sire , vous
faites telle chofe qui eft injufte à toute raifon
, que je ne l'écoute fort volontiers ;
il ne faut plus faire diftinction de Catholiques
& d'Huguenots ; il faut que tous
» foient bons François , & que les Catholiques
convertiffent les Huguenots par
l'exemple de leur bonne vic. Je fuis Roi
Berger , qui ne veux répandre le fang de
» mes brebis , mais je veux les raffembler
29
23
avec douceur , & c . » Il n'est pas étonnant
, fans doute , qu'un Roi qui s'expliquoit
avec une franchife fi aimable & une cordialité
f touchante , infpire encore à des François
l'ivreffe dont on les voir pénétrés à la moindre
circonftance qui fait prononcer tout haut
le nom de Henri. La bonté & la juftice prolongent
, même après le trépas , l'empire des
Princes fur leurs fujets ; ils ceffent de vivre ,
mais ils règnent encore par le fouvenir de leurs
vertus . On cherche à oublier , où l'on ne ſe
rappelle qu'avec horreur les monftres qui
ont trop fouvent fouillé les Trônes qu'ils
ont occupés ; on ſe plaît à s'iſoler avec la
mémoire des Trajan , des Marc - Aurèle , des
Louis XII , des Henri IV , & nous aimons à
penfer que tout François fe convaincra avec
plaifir que ce dernier , dejà fi digne de notre
DE FRANCE. 67
vénération & de notre amour , est encore
l'egal de fon petit - fils par tout ce qui contri
bue à la gloire des grands Rois & des Princes .
éclairés.
( Cet Article eft de M. de Charnois. )
ر
TESTAMENT de M. Fortuné Ricard ,
Maitre d'Arithmétique à D ** lû &
publié à l'Audience du Bailliage de cette
ville , le 14 Août 1 , 84, Prix , 12 fols . Se
trouve à Paris , chez Cuchet , rue & hôtel
Serpente,
C'EST un bon homme & un bon calculateur
que ce M. Fortuné Ricard ! il a un air
un peu original , peut être parce qu'il raifonne
fort nature.lement. Ce qu'il vous annonce
paroît d'abord un peu étonnant ;
quand il s'eft expliqué , on s'écrie : tien n'est
plus fimple.
M. Fortuné Ricard , en mourant , peut
difpofer d'une femme de seo liv. L'emploi
n'en paroîtra pas d'abord difficile à faire ;
& l'on ne voit pas là de quoi fe donner de
nombreux ni de riches héritiers . Cependant
avec cette fomme , il trouve le moyen de
fonder des prix , de former des érabliffemens
très considérables , de remplir de
grandes caiffes , & de devenir enfin le bailleur
de fonds des Souverains de l'Europe. Il
eft vrai que ces miracles -là ne s'opèrent
qu'avec le temps ; mais quand on faura par
68 MERCURE
quels inoyens fimples & faciles notre Teftateur
parvient à une bienfaifance auffi bril-
⚫lante que fructueuse , quand on verra qu'il
lui en coûte fi peu , on fera honteux de
mourir fans avoir fait quelque bien à l'humasité
ou à fa patrie..
Il divife fa fomme de foc liv. en cinq
parts. La première fomme de 100 liv . , en
laiffant accumuler les intérêts , montera dans
cent ans à plus de 13100 liv. , qui feront
deftinées pour un prix de 40co liv. , qu'on
accordera à une Differtation Théologique ,
dans laquelle on aura prouvé la légitimitédes
prêts de commerce ; avec trois médailles
de 600 liv. chaque , pour les trois Difcours
qui auront approché le plus de l'Ouvrage
couronné. Le furplus fera employé à faire
imprimer la Differtation couronnée & l'extrait
des autres.
Cette fondation , étant le produit d'une
fomme prêtée , doit difpofer les concurrens
à traiter favorablement la queftion des prêts
de commerce.
Cent ans après , la feconde fomme de
100 liv. aura produit , moyennant les intérêts
, un million fept cent mille livres . L'intention
du magnifique Teftateur eft que cette
fomme foit employée à fonder à perpétuité
quatre-vingt prix de mille livres chacun ;
quinze prix pour les actions vertueules ;
quinze pour les Ouvrages de Science & de
Littérature ; dix pour des questions d'arithmétique
& de calcul ; dix pour les nouveaux
DE FRANCE. 69
procédés en agriculture , qui fe trouveront
confirmés par les meilleures récoltes ; dix pour
des courfes , jeux d'adreffe & autres exercices
propres à développer les forces & l'agilité
du corps.
On voit que le bon Ricard n'oublie pas
fa fcience favorite , puiſqu'il fonde dix prix
d'arithmétique & de calcul ; mais cet égoïſme
eft bien naturel ; & la fcience du calcul l'a
mis à portée de faire tant de bien , qu'il y
auroit de l'ingratitude à lui favoir mauvais
gré de fa reconnoiffance.
-La troisième fomme de 100 liv . , avec les
intérêts , montera , cent ans après , à plus de
deux cent vingt-fix millions . Voilà une belle
fomme ! elle fera bien employée . Le Teftateur
prend là-deffus cent quatre-vingt- feize
millions , pour établir cinq cent caiffes
fe- patriotiques de prêt gratuit , foit pour
courir les malheureux , foit pour faire fleurir
, par des avances néceffaires , l'agriculture
, l'induſtrie & le commerce.
Sur les deux cent vingt -fix millions , il
refte encore trente millions , qui feront employés
à fonder douze Mulées dans les
principales villes du Royaume . M. Ricard
n'épargne rien pour que le local foit beau
& commnode, & pour que les Muféens foient
heureux . Il employe foo mille livres pour
chaque bâtiment & le terrein néceffaire à
faire des jardins de botanique , des promenades
, & c.; chaque Mufée aura cent mille
livres de rente ; & il y fera logé & nourri
*
70 MERCURE
30
cr
quarante Hommes de Lettres ou Artiftes
d'un merite fupérieur , qui trouveront autour
d'eux tout ce qui fera réceffaire à leurs
travaux & à leurs delaffemens . Mais le Teftateur
tient aux principes de la morale comme
il pofsède ceux de l'arithmétique.
On ne
fera , dit-il , admis au Mufèe qu'après
avoir fait preuve , non de nobleffe , mais
» de moeurs , & de n'avoir jainais avili fa
plune par des Écrits contre la Religion
» & le Gouvernement , ni par des fatires
» contre aucun Citoyen. En y entrant , on
prêtera ferment de préférer la vertu ,
vérité , la patrie à tout , & le bien général
» des Lettres à fa propre gloire.
39
ม
">
la
Voilà certainement de très -honnêtes difpofitions.
A la vérité , le ferment de préférer
la gloire des Lettres à fa propre gloire ,
pourra occafionner quelques parjures ; mais
la crainte de l'abus ne doit pas nous dégoûter
de faire le bien .
C'est ici que les pouvoirs du Teftateur:
deviennent immenfes ; auffi vous allez voir
qu'il donne l'effor à fa générofité. Cent ans
après la quatrième fomme de co liv. toujours
avec les intérêts , monte à près de
trente milliards . Pour le coup on ne s'amufera
pas à bâtir cinq cent bâtimens de 500
mille livres ; on bâtira cent Villes de cent
cinquante mille âmes chacune. Au teftament
devoit être annexé un mémoire fur la
manière de les peupler & de les faire fleurir,
mais on n'a pas cru devoir le publier
DE FRANCE. 71
encore; & en effet rien ne preffe , puifque
ces Villes - là ne doivent le bâtir que dans
quatre cens ans.
Enfin , dans cent ans encore , c'est- à - dire ,
cinq cens ans après , la dernière fomme de
100 livres , montant à plus de trois mille
neuf cens milliards , ne laiffe plus rien
d'impoffible à la bienfaifance dè fortuné
Ricard. Le voilà qui influe fur le fort de
l'Europe. D'abord fon patriotifine paye la
dette nationale de la France ; enfuite fon humanité
acquitte celle de l'Angleterre . Comme
les expreffions fe reffentent toujours de nos
moyens , ceux de M. Fortuné Ricard fe
trouvent fi exorbitans à cette époque , qu'on
n'eft pas furpris de l'entendre appeler les
douze milliards qu'il donne à l'Angleterre ,,
une légère marque de fon fouvenir.
On employera en outre trente milliards.
à faire les fonds d'une rente de quinze
cent millions à partager en temps de paix
entre toutes les Puiffances de l'Europe . En
temps de guerre , la portion de l'agreffeur :
appartiendra à celui ou à ceux qui feront ,
injuftement attaqués ; & fi en faifant participer
au bénéfice de cette difpofition les:
autres parties du monde , les héritiers efpèrent
réufir à éteindre par- tout la fureur
de la guerre , le Teftateur confent qu'on y
confacre encore cent , milliards.
On priera Sa Majefté le Roi de France.
d'accepter fix milliards ; un milliard pour
remplacer le produit des loteries , que le
72 MERCURE
Teftateur appelle plaifamment un impôt
fur les mauvaifes têtés , qui contribue encore
à les rendre plus mauvaiſes ; un milliard
.pour racheter toutes les charges inutiles ; un
milliard pour racheter celles qui font affez
importantes pour être dangereufes par leur
vénalité; un milliard pour former à Sa Majefté
un Domaine digne de fa Couronne
& fuffifant pour les dépenfes de fa Cour ;
des deux autres milliards on formera un
fonds pour les penfions & bienfaits.
Les Cures & Vicaires -intereffent auffi la
bienfaifance du Teftateur, Il donne un milliard
pour ajouter mille livres à la portion
congrue de tous les Curés du Royaume ,
& fix cent livrés à celle de leurs Vicaires , à
condition qu'ils fupprimeront les quêtes , &
qu'ils ne recevront plus d'honoraires pour
leurs Meffes .
Les Nourrices ne devoient pas échapper
à la prévoyance paternelle de M. Fortuné
Ricard. Pour affurer leur payement , fans
attenter à la liberté des pères qui font hors
d'état de payer , il deftine deux milliards à
former , pour tous les enfans qui naîtront
dans le Royaume, une rente de dix livres par
mois jufqu'à l'âge de trois ans ; cette rente
fera portée jufqu'à trente liv. pour les enfans
qui feront nourris par leur propre mère.
Le Teftateur fait encore d'autres établiffemens
, comme cinq cent petits héritages à
donner en pur don à autant de payfans mariés
; des Maifons d'Éducation ; quarante
mille
DE FRANCE. 73
mille Maifons de travail , où l'on favorifera
fur-tout & où l'on payera mieux les travaux
des femmes , ce qui épargnera deux
dangers à leur vertu : l'oifiveté & l'indigence.
Ce n'eft pas là le feul bienfait dont le
fexe foit redevable à M. Fortuné Ricard . Il
publie fur cet objet une idée neuve ; c'eſt
l'idée d'un François , mais d'un François
bienfaifant. Il approuve fort les établiffeinens
en faveur des Nobles fans fortune ;
mais il voudroit qu'à l'inftar de ce qu'on a
fait pour la Nobleffe pauvre , on établît des
Maifons pour la Beauté indigente . On ne
peut qu'applaudir à cette idée. Nous ne
voyons à reprendre que le titre de l'établif
fement : Hofpices des Anges. La galanterie
de ce titre approche trop de la fadeur ; ce
n'eft pas là le ftyle d'un moribond , ni même
celui d'un Arithméticien en bonne fanté.
La difpofition qui fuit celle-là , prouveroit
feule que leTeftateur n'a pas befoin du manè
ge d'une fade galanterie pour obtenir le fuffrage
de fa Nation . Il deftine un milliard à
faire placer dans les hôtels de toutes les Villes
du Royaume, ou dans d'autres lieux convenables
, des ftatues , des buftes , des médail
lons & d'autres monumens en l'honneur des
Hommes célèbres , & dix milliards pour des
Maifons de fanté dans chaque Paroiffe.
Voilà fans doute d'affez belles fommes
employées ; il refte cependant encore plus
de trois mille fept cent milliards , & M.
Fortuné Ricard exhorte fes héritiers , pré-
N°. 28 , 9 Juillet 1785 .
D
74 MERCURE
fens & à venir , de les employer à des objets
utiles . A la fuite du teftament fe trouvent
des Tables juftificatives de tous les calculs
qui en compofent les différentes difpofitions.
Au refte , en lifant cette Brochure , on
s'en amufe comme d'un badinage ; mais on
fent que l'Auteur eft capable de s'occuper
d'objets utiles & importans. La manière
dont il applique fes bienfaits à venir prouve
qu'il s'eft familiarifé avec la Morale & la
Politique , & qu'il rit comine un homme
qui ne rit pas toujours.
Un article de la Gazette de France , rapporté
en note par l'Auteur , fait voir que le
projet de ce teftament eft moins chimérique
qu'il ne le femble d'abord ; cet article a paru
tandis qu'on imprimoit cette Brochure.
" On lit dans quelques - uns de nos Papiers
un fait affez fingulier. Le Jage
» Normand de Norwich , mort en 1724 )
» avoit fait un teftament par lequel il
léguait une fomme de 4000 liv. fterl.
pour bâtir , foixante ans après , une Ecole
» de Charité , à la fondation de laquelle
» on employeroit le fonds & les intérêts
» accumulés pendant cet intervalle . Ses
difpofitions ultérieures fixent le nombre
» des Elèves à cent vingt , règlont les repas
de tous les jours de la femaine ; chacun
doit avoir le Dimanche à dîner une
» livre de boeuf rôti , & le foir dix onces de
plumb pudding. Il confie l'adminiftration
DE FRANCE. 75
"'
de cette Ecole à l'Evêque , au Chance-
❤lier , an Doyen , auxquels on joindra deux
» Députés de la Ville , deux du Comté , &
» huit Eccléfiaftiques. Le terme déterminé
» pour l'exécution de cette dernière volonté
eft expiré depuis le mois de Mai . La
fomme exifte , & elle monte actuelle-
» ment , par la réunion du capital & des in-
» térêts , à 74,000 liv . fterl . »
A la vérité, les fruits que doit rappor
ter le Teftament que nous annonçons , feront
plus tardifs que la fondation du Teftateur
Anglois ; mais il n'en eft pas moins vrai que
tout n'en iroit que mieux aujourd'hui , fi quelque
Maître d'Arithmétique avoit eu , il y a
fix cens ans , l'efprit calculateur & le coeur
généreux de fortuné Ricard.
( Cet Article eft de M. Imbert. )
LE Comte de Waltham , ou l'Amitié trahie ,
Drame en trois Actes & en profe , par
Mlle Parigot. Prix , 1 liv. 4 fols . A Paris ,
chez l'Auteur , rue du Sentier , Nº . 40 ,
& chez les Libraires qui vendent des
Nouveautés.
L'ÉPOQUE du fujet de ce Drame eft fixée
au temps où Charles II , Roi d'Angleterre ,
faifoit des tentatives pour recouvrer les
États ; époque intéteffante , & qui répand
fur toute la Pièce les teintes pathétiques de
Dij
76 MERCURE
1
la terreur la plus théâtrale. Ce Prince , déguifé
fous le nom de Ward , eft réfugié en
Écoffe chez Sir James Lindfay , un de Les
partifans. Celui- ci s'eft infatué du Comte de
Waltham, homme fourbe & pervers , qui
feint de rechercher fa foeur , tandis qu'il
aime en fecret fa femme , qui eft bien loin
de répondre à fa coupable paffion . Tout ceci
fe trouve expofé dans la première Scène avec
beaucoup d'intérêt .
HENRIETTI , fe réveillant.
" Dieu ! il eft grand jour , & Lindſay ne
» revient pas !
"
"
ÉLISABETH , fe réveillant auffi.
Quelle heure eft-il , ma (oeur ?
HENRIETTE.
Environ fix heures.Je fuis dans de cruelles
» alarmes. Mon efprit , ingénieux à ſe tour-
» menter , me préfage mille malheurs , &
» des fonges effrayans ont encore augmenté
» mon trouble. Hélas ! les brigands dont
» ces bois font remplis , ont peut-être arrêté
» Sir James ; peut- être eft-il découvert ! Le
» Roi le chargea de porter des lettres de fa
» part à plufieurs perfonnes ; fi quelque
perfide l'avoit trahi , nous ferions tous
perdus avec notre maître.
ÉLISABETH.
» Raffurez-vous , ma chère foeur , il peut
DE FRANCE. 77
» avoir refté chez Sir Douglas pour voir le
» Comte de Waltham .
HENRIETTE.
» Voudroit-il ainfi nous mettre en peine ?
TÉLI SABE T H.
» Le plaifir qu'il a d'être avec cet homme,
» eft affez grand pour lui faire oublier l'inquiétude
qu'il donne.
99
HENRIETTE .
Il eft vrai qu'il nous le préfère en tout ,
» & que fon amitié pour lui va jufqu'à l'ex-
» travagance .
33
ÉLISABETH.
» Comment mon frère ne peut - il pas s'ap
percevoir qu'il le trompe au fujet du pré-
» tendu mariage qu'il feint de vouloir contracter
avec moi , & dont il remet la conclufion
de temps à autre ?
"
»
HENRIETTE.
» Mais fiWaltham obtenoit le confentement
de fon oncle , te déterminerois - tu
à l'époufer ?.
ÉLISABETH.
» Ma foeur , je ne crois pas être obligée
de le refufer jamais ; car je ne fers que de
prétexte.
D iij
$8
MERCURE
HENRIETTE .
» Eh ! quel feroit donc fon vrai deffein ?
ÉLISABETH
.
» Il en a de fecrets fans doute.
99
55
HENRIETTE .
Explique- toi librement. Que crois - tu
qu'il vienne faire ici ?
ÉLISABET H.
Vous voir , & chercher à vous plaire.
HENRI E T T E.
» Je m'en doute depuis long - temps. Ses
» difcours paffionnés , les libertés qu'il ofe
quelquefois prendre malgré moi , tout me
" prouve fon déteftable amour.
39
"
ور
ÉLISABETH.
Que ne vous plaignez- vous à mon frère.
HENRIETT E.
Vondroit il m'écouter ? J'ai tenté plufieurs
fois de le prévenir là- deffus ; mais
» la crainte de lui déplaire.....
"
ÉLISABETH.
» Il faut pourtant nous délivrer de ce fourbe.
HENRIETTE.
» Ah ! ma chère Élifabeth , je le defire
DE FRANCE. 79
N
» avec ardeur . Un preffentiment fecret m'agite.
Il me dit que cet homme artificieux
» nous fera funefte. L'horreur qu'il m'inf
pire eft fi grande , que je ne puis enten-
» dre fon nom fans frémir.
و د
ÉLISA BÉ T H.
» S'il fut jamais dangereux , c'eft dans les
» circonstances actuelles. Mon frère n'a
» rien de caché pour lai : il pourroit lui
» confier que le Roi......
HENRIETTE.
» Non : il a juré à Sa Majeſté un ſecret
» inviolable .
ÉLISABETH.
» Mais d'où vient n'a-t'il pas exclus Wal-
» tham de la maifon comme les autres
» amis , puifqu'il fait , à n'en pouvoir dou-
» ter , qu'il tient ouvertement le parti de
» Cromwel ? Si c'étoit un autre , il l'abhor-
» reroit ; ne défefpérons cependant point
» nous parviendrons un jour à le lui faire
» connoître.
HENRIETTE.
"
» Nous verrons..... Ciel ! que fon retard
» m'inquiette ! lui feroit-il arrivé quelque
» malheur ?.... Je friffonne.... Il me femble
» que ce jour nous préfage quelque chofe de
» finiftie. O grand Dieu ! conferve celui
Div
MERCURE
» que tu m'as donné pour époux. J'entends
quelqu'un ; c'eft peut-être lui . Non , c'est
» le Roi. »
20
Les Scènes fuivantes répondent à l'intérêt
de celle- ci , & l'augmentent encore. Waltham
témoigne tant de haine au Roi , quoique
fans le connoître , que le Prince exige
de Sir James qu'il lui défende l'entrée de fa
maifon. Sir James obéit avec peine ; il montre
à Waltham la douleur qu'il reffent de
l'éloigner , & lui dit imprudemment qu'on
l'y force. Celui-ci , qui fe doute bien que le
Roi le fait chaffer , infinue à Sir James , que
Ward , c'eft-à dire le Roi , aime fon épouse ,
& qu'il en a tout obtenu. Ce crédule ami
ajoute foi à l'impofture : il tombe en foibleffe
. Cette Scène eft terrible , & tout- àfait
dans la manière Angloife. Pendant l'évanouiffement
de fon ami , Waltham veut fe
défaire de lui ; il lui paffe un cordon autour
du col , le ferre foiblement ; un mouvement
de pitié , & peut être un retour vague d'amitié
, ou , pour mieux dire , la crainte d'être
furpris , l'arrête , il retire le cordon , le laiffe
tomber à fes piés , & lui fait refpirer des
fels. Sir James , revenu de fon , évanouiffement,
mais toujours douloureuſement perfuadé
de ce que Waltham lui a dit fur le
compte d'Henriette , propofe au Roi de fe
retirer ailleurs. Le Roi s'en offenfe , & Sir
James prend le parti de quitter lui - même
la maifon. C'eft chez Waltham qu'il projette
DE FRANCE.
`
de fe retirer. Celui- ci le fait : il gagne Robert
, Valet de Sir James , & l'engage , par
de grandes promeffes , à maffacrer fon maître
dans le bois qu'il faudra traverſer. Sir
James part enfin fans laiffer appercevoir la
jalousie qui l'égare ; mais il adreſſe au Roi
une lettre pleine de reproches & de menaces.
Cette lettre effraye tellement le Prince ,
qu'il fuit auffi lui - même. Quand il eft forti ,
Waltham revient près d'Henriette , il lui
affure que fon époux eft chez lui , qu'il la
demande , & que la jaloufie l'ayant éloigné
d'elle , l'einpreffement qu'elle aura d'aller le
retrouver, fuffira pour le guérir de les foupçons.
Henriette refufe de le fuivre. Après
s'être en vain fervi de tous les artifices dont
il eft capable , il lui avoue qu'il l'aime , &
veut ufer de violence envers elle . Il l'entraînoit
malgré les cris , lorfque le Roi & Sir
James entrent tous deux l'épée à la main . Le
Roi a rencontré Sir James dans le bois ; il l'a
fecouru contre Robert à l'inftant que ce dernier
alloit l'affaffiner. Waltham, confterné
par le retour de Sir James , & défefpéré de
voir fes crimes découverts , veut fuir ; mais
le Roi le pourfuit & le tue. A juger de ce
Drame par le fujet , par le caractère exécrable
& prefque gratuitement pervers da
Comte de Waltham , par les fituations vraiment
Angloifes, par les couleurs locales, par
les plus petits détails , & même par les plaifanteries
telles que celle -ci : " Faire rire un
Ecoffois , toi fur-tout , quelle nouveauté ! 39
Dv
82 MERCURE
» on le mettroit dans les Gazettes ; » nous
avions préfumé que c'étoit une production
du fol de l'Angleterre , que Mife Parigot
avoit tranfportée dans notre climat . En effet ,
les défauts & les beautés de cette Pièce font
abſolument du genre de celles des Théâtres
de Londres. Mais l'Auteur nous a affuré formellement
que ce n'eft point une imitation .
On ne peut que l'encourager & la féliciter
des progrès qu'elle a faits d'elle - même , &
fans aucun Maître , dans la langue & la Lit
térature Angloife.
SPECTACLE S.
COMÉDIE ITALIENNE.
QUOIQUE l'Agnès Bernau des Allemands.
foit tachée de toutes les irrégularités communes
aux Ouvrages qui forment aujourd'hui
le Théâtre de leur Nation , c'eſt
néanmoins une Tragédie fort intéreffante .
Elle doit produire un très - grand effer à la
repréſentation , & les perfonnes fenfibles ne
peuvent la lire fans verfer des larmes . Les
caractères font bien tracés , bien foutenus ,
ceux d'Agnès & d'Albert fur- tout font trèsattachans.
Il y a de la fageffe , de la clarté &
de l'intérêt dans l'expofition ; le nænd, formé
par un incident d'un genre neuf, eft fait pour
DE FRANCE. 8+
fixer l'attention des Spectateurs éclairés ,
mais il fe développe trop lentement : la cataftrophe
eft déchirante ; mais outre qu'elle
s'éloigne de nos moeurs & de notre goût ,
elle doit laiffer quelque chofe à defirer ,
même aux yeux des Allemands , puifque la
mort cruelle d'Agnès n'eft point vengée , &
qu'il paroît certain qu'elle ne doit jamais
l'être , quoiqu'on fache que l'infortunée eft
morte victime de l'iniquité , & que le coupable
foit connu. Une analyfe rapide va la
faire connoître.
> Albert , Duc & Comte de Vohbourg ,
eft devenu amoureux de la fille d'un Bajgneur
, nommée Agnès Bernau , & il en a
fait fa femme. Erneft , Duc de Bavière-
Munick , fon père , ignore qu'il ait épousé
cette jeune fille , qui eft un prodige de beauté
& de vertu ; il le croit l'amant , l'esclave
d'une femme perdue , & cherche les moyens
qui peuvent ouvrir les yeux de fon fils , en
écattant l'ignominie dont un hymen tellement
difproportionné couvrirait la maiſon.
Il tient un confeil à ce fujet ; l'avis qu'il
adopte eft celui de faire fermer les barrières
au jeune Prince dans un tournois convoqué
à Ratisbonne , s'il ne confent pas à fe juftifier
de la lâcheté qu'on lui impute. En effet ,
Albert le préfente au tournois , on lui annonce
qu'il ne peut pas jouter : furieux , il
en demande la caufe , on la lui apprend.
Son père même est fon accufateur. Le perfécureur
le plus acharné d'Agnès eft le Vidame
D vj
17
霉
84
MERCURE
&
de Straubing : il porte l'indécence juſqu'à
dire tout haut devant Albert , qu'aucun Chevalier
ne combattra pour la fille d'un Baigneur.
Celui-ci tranfporté tire fon ſabre ,
du dos il en frappe le Vidame , en lui difant
: Vous ne combattrez jamais , je vous
déshonore , moi , votre Duc. Erneft , indigné ,
tire le fien , en frappe fon fils , en répétant
le même difcours. Le jeune Prince , en proie
à la rage , déclare la guerre à fon père , rappelle
aux Bavarois fes anciens triomphes , &
les invite à fe ranger fous les étendarts . La
plus grande partie des Chevaliers & du
Peuple paffe du côté d'Albert , qui fort.
Erneft , accablé , demande de nouveaux avis ,
on lui confeille les voies de pacification ; il
cède & envoie deux Chevaliers à fon fils . Le
retour d'Albert & fes caufes , ont pénétré de
douleur la déplorable Agnès ; c'eft pour elle
que le fang va couler ; cette idée la déſeſpère
, elle voudroit que tout le fien fût le
fceau de la paix entre le Duc & fon fils . Les
deux Chevaliers arrivent , & proposent au
jeune Prince de renoncer à fon amour; en
apprenant qu'il eft l'époux d'Agnès , ils l'engagent
à fe foumettre à fon père , & lui promettent
de tout entreprendre pour que fon
épouſe lui refte , à condition toutefois qu'elle
ne fera point Ducheffe . Sur cet eſpoir , Albert
confent à la paix , fait licencier fes
Troupes , & fe rend euprès de fon père.
Pendant que tout ceci fe paſſe , Erneft
a appris le mariage de fon fils , & tiene
DE FRANCE. 85
: un nouveau confeil , dans lequel le Vidame
propofe la mort d'Agnès comme
le feul remède aux maux qui menacent la
famille de Wittelfpach . Le Duc adopte cet
avis. Deux nouveaux députés fe rendent à
Vohbourg ; & tandis que , plein de confiance ,
le jeune Duc s'arrache des bras d'Agnès
qu'il laiffe fous la garde de J. Zinger , fon
ami , l'appartement d'Agnès eft force , Zinger
tué à côté d'elle , & on enlève l'infortunée .
Traînée dans une prifon , on l'en arrache
pour la conduire devant les Juges ; le féroce
Vidame la fait interroger , la fait fortir ,
prend les voix ; & comme elles font également
partagées , il prononce qu'elle meure.
Albert retourne à Vohbourg , apprend ce qui
s'eft paffé, reçoit les derniers foupirs de Zinger
& vole à Straubing , Il arrive trop tard.
Agnès , les mains liées , vient d'être précipitée
dans le Danube. On entend crier grâce :
Erneft arrive , on ſe jette à la nage , on ra
mène le corps d'Agnès , il n'eft plus d'efpérance
, elle eft morte. On s'oppoſe aux tranfports
d'Albert , que les larmes d'Erneft adouciffent
enfin , & à qui on offre pour confo
lation la Bavière.
Autant qu'une Pièce irrégulière peut ref
fembler à un Ouvrage fait d'après les principes
qui gouvernent notre Théâtre , l'Agnès
Allemande reffemble à l'Agnès Françoile.
M. Milcent a écarté les confeils férqueus
que tient le Duc Erneft , & tous les incidens
qui font voyager l'action d'Acte en
$6 MERCURE
Acte , & quelquefois de Scène en Scène :
il à confidérablement diminué le nombre
des perfonnages qui jouent un rôle dans
l'original , & il a bien fait ; mais il a fait
paroître le père d'Agnès , & fans doute
il devoit s'en abftenir ; car de deux chofes
l'une , ou le rôle de ce vieillard pouvoit être
fort intéreffant , & par conféquent il devoit
nuire à celui d'Agnès , ou bien , comme rôle
fabordonné , il ne peut que jeter de la langueur
dans la marche de l'action . Si Agnèsn'étoit
encore que la maîtreffe d'Albert , la
décence théâtrale exigeroit peut -être qu'elle
parût fous la garde de fon père ; mais elle eſt
femme du Duc , elle peut fe fuffire à ellemême
: M. Milcent devoit donc ne pas admettre
dans fon action un perſonnage qui
n'y fait rien. Obfervons d'ailleurs que dans
l'Ouvrage Allemand , les regrets d'Agnès ,
en parlant de fon vieux père , font très - touchans
, parce que l'imagination ennoblit ce
perfonnage , dont les yeux n'ont point vû la
misère ; effet que fa préfence détruit chez
M. Milcent.
C'eft à la fin de fon Drame , que M.
Milcent s'écarte le plus de fon original. Albert
, vaincu par fon père , voit enlever fa
femme , que l'on conduit en prifon . Là , on
propofe à l'infortunée de renoncer à la main
d'Albert fous peine de la mort ; elle préfère
de mourir. Le Duc vient avec fon fils :
celui- ci doit , s'il veut fauver les jours.
d'Agnès , lui déclarer qu'il renonce à elle ; il
DE FRANCE. 87
le fait avec effort. La malheureufe eft accablee
de defefpoir ; elle voyoit la mort avec
courage ; elle ne peut réfifter à l'infidélité
d'Albert. Ses reproches , fes larmes , la douleur
déchirent le coeur du jeune Prince , qui
.s'élance dans les bras de fa femme , & préfère
au Trône & à la vie le bonheur de moufir
avec Agnès. Erneft menace ; il va condamner
les époux , lorfqu'un bruit d'armes
fe fait entendre ; c'eft le brave Zinger , l'ami
d'Albert , qui entre triomphant. Au milieu
de la déroute des Bavarois , il s'eft caché avec
-fa troupe dans un fouterrain du Château de
Vohbourg ; il a furpris les vainqueurs
maflacré les uns , fait les autres prifonniers ;
enfin Albert eft maître , & c'eft de lui que
dépendent la vie & la couronne du Duc.
Loin d'abufer de la victoire , le jeune Prince
fe jette aux genoux de fon père, lui jure la foumiffion
la plus tendre , la plus refpectueuse ,
la plus inaltérable. Cet acte généreux défarme
la colère & l'orgueil d'Erneſt ; il approuve
le mariage de fon fils .
• a
Cet Acte eft plein d'intérêt ; c'eft . le meilleur
de la Pièce : les fentimens d'Agnès , fa
"nobleffe , fa douleur , attachent l'attention ,
& parlent au coeur d'une manière très- puiffante.
Il eft d'ailleurs très bien rendu par
Mlle Pirrot & par M. Granger , dont la
pantomime feule annonce unActeur confommé
& une âme pleine de fenfibilité . Les trois
premiers Actes font lents & froids , excepté
la Scène du Tournoi au fecond Acte. Le
88 MERCURE
caractère de Gundelfing eft odieux , & les
caufes de la haine qu'il porte au Duc Albert
ne font point affez motivées. Chez l'Auteur
Allemand , la haine du Vidame a une caufe
connue ; il falloit que M. Milcent profitât de
fon modèle. Quant au Atyle , il eft quelque
fois doux , rarement affez noble pour le
fujet , & toujours extrêmement négligé. Virgile
a dit , & ce précepte ne doit pas être
oublié :
Si canimus fylvas , fylvæfint confule digna.
Nous parlerons dans le prochain Mercare
de l'Heureufe Réconciliation , & de
Claude & Claudine , deux Ouvrages nouvellement
repréfentés à ce Théâtre.
A
VARIÉTÉ S.
LA FIN de la Partie Politique du Mercure,
Nº. 28 , on a inféré l'Extrait d'un Mémoire du fieur
Varnier , Médecin ; & cet Extrait , qui a été tiré
mot à mot de la Gazette des Tribunaux , compofée
par le fieur Mars , a fait croire à quelques Perfonnes
que nous étions Partifans du Magnétifme Animals
d'autres en ont même induit que nous n'avions fait
cette annonce que par ordre du Gouvernement.
Nous déclarons que les uns & les autres font dans
l'erreur. En rendant compte de ce Mémoire , nous
' n'avons entendu que faire connoître le fait de fon
exiſtence , mais nullement en adopter la doctrine ,
& encore moins donner à penfer que le Gouveracment
eût aucune part à cet article.
DE FRANCE 89
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVEAU Volume du Théâtre d'Education , par
Madame la Comteffe de Genlis , contenant la Mort
d'Adam ; Agar dans le Défert ; Ifaac ; Jofeph
reconnu par fes frères ; Ruth & Noémi ; la Veuve
de Sarepta , & le Retour dujeune Tobie. í vol. in - 8 °.
broché. Prix s liv. A Paris , chez Lambert , Imprimeur-
Libraire , rue de la Harpe , près S. Cofme.
Ce Volume forme le premier Volume du Théâtre
d'Éducation.
On trouve chez le même Libraire tous les Ouvrages
de Madame la Comteffe de Genlis. Savoir :
le Théâtre d'Education , 7 vol . in- 8 ° , br. 35 liv. ;
les Annales de la Vertu , 2 vol . in- 8°, br. 10 liv,;
Adèle &Théodore, ou Lettresfur l'Education , 3 vol.
"in- 8 °. br. 15 liv. ; les Veillées du Château , 3 vol.
in- 8 °. br. 1 1. On vend auffi féparément le Théâtre
de Société , 2 vol . in- 89 . br. 10 liv . faifant partie
du Théâtre d'Education . Cette Collection forme
Is vol. in- 8 , ou 15 vol, in- 12,
L'ALAITEMERT Maternel encourage , Eftampe
de neuf pouces de haut , fur treize de large , gravée
d'après Borel , par E. Voylard. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , nº . 18 , vis - à - vis
la rue Serpente.
Cette Eftampe doit faire plaifir aux Amateurs par
la compofition & la beauté du burin . On trouve au
bas cette explication : « Un Philofophe fenfible.
indique à la Bienfaiſance les objets fur lesquels
» elle doit verfer fes dons. » La Comédie , fous la
figure de Figaro , tient de gros facs ; elle en répand
un aux pieds de plufieurs Mères qui donnent le fein
30
30
MERCURE
a leurs enfans . Au deffus du Philofophe eſt la ſtatue'
de l'Humanité portant ces inots : Secours des
Mères Nourrices.
BIBLIOTHEQUE des meilleurs Poëtes Italiens
en trente - fix Volumes in- 8°. , propofée par ſouſcription
, par M. Couret de Villeneuve , Imprimeur
du Roi à Orléans , & Éditeur de cette Collection .
La réputation que s'eft faite M. Couret de Villeneuve
par plufieurs Ouvrages typographiques , eft
toujours un préjugé favorable pour les Éditions qu'il
promet au Public , & ce préjugé eft toujours juſtifié
par l'exécution. Les deux Volumes qui paroiffent
déjà de fa Bibliothèque des meilleurs Poëtes Italiens
font imprimés avec beaucoup de netteté quant au
caractère , & quant au texte avec la plus grande
exactitude. La Langue Italienne étant généralement
connue & eftimée , cette importante Collection ne
peut manquer d'avoir du fuccès.
Il en paroîtra un Volume par mois. La Collection
fera pour les Perfonnes qui auront foufcrit pendant
le temps de la Livraiſon des quatre premiers
Volumes , du prix de 90 livres ; favoir , is livres en
recevant le premier Volume, fix mois après 15 liv. ,
& ainfi de fuite de fix mois en fix mois . On fera
libre , en s'adreffant à l'Éditeur , de remettre ladite
fomme de 15 liv. à la pofte fans affranchir le port
de la lettre & de l'argent.
COLLECTION des meilleurs Romans Grecs ,
Latins & Gaulois , extraits de la Bibliothèque des
Romans. De l'Imprimerie de Didot l'aîné . A Paris ,
chez Volland , Libraire , quai des Auguftins , près la
rue du Hurepoix , 2 Vol. in-4° . de près de soo
pages chacun. Prix , 12 liv . brochés.
La médiocrité du prix , la beauté de l'impreffion
& les Extraits choifis des meilleurs Romans qui
DE FRANCE
exiftent dans les Langues Grecque , Latine & Gauloife,
& de ceux qui ont parú dès le dix -feptième
fiècle , doivent procurer un débit prompt & certain
de ce Livre, dont on n'a tiré que très- peu d'Exemplaires.
Pour donner une idée de cette Collection , nous
joindrons ici une note des principaux Romans qui
fe trouvent dans ces deux Volumes.
Dans le premier font : Les Affections de divers
Amans , de Parthenius , les Narrations d'amour de
Plutarque , l'Ane d'or d'Apulée , le Roman & les
Prophéties de Merlin , Hector , Artus , Roi de la
Grande Bretagne , Charlemagne , Godefroy de
Bouillon , Bertrand du Guefclin , Aftrée , les Satyres
de Pétrone , le Télémaque de M. de Fénélon , avec
quelques Fables du même Auteur , la Médaille à
l'envers , le Cordelier Médecin , le Mari armé , le
Duc de l'Aiguillette , l'Ivrogne en Paradis , le Mari
commode , l'Encens au Diable , le Clerc eunuque
le Faifeur de Papes , la Nonain favante , le Borgne
aveugle , le Confeiller au blatean , l'Enfant de
neige , l'Enfant à deux Pères , la Botte à demi , la
Forcée de gré , le Mari Confeffeur , les Amans infortunés
, l'Hiftoire de Mélufine , Romans merveilleux
, les meilleurs Contes de Madame d'Aulnoy,
les Amours de Daphnis & de Chloé , Hiftoire fecrette
des femmes galantes de l'antiquité , Hiſtoire d'Io ,
Hiftoire de Cérès , de Vénus , d'Ariane , de Sémiramis
, de Donefie , de Tarpeia , de Callifthée , de
Pafiphile , Almahide , feize différentes Fables , le
Roman bourgeois de Furetière , Hiftoire de Lucrèce
la Bourgeoife , fept Nouvelles Françoifes , dont
Adélaïde , Honorine , Mathilde , Armide & Floridon
, &c. & c.
Le ſecond contient Eraftus on les fept Sages de
Rome , les Compagnons de la Table ronde , les Impératrices
Romaines , Calpurnie , Lirée , Julie , les
92 MERCURE
*
trois femmes de Caligula , Meffala , Lépide , le Pélerinage
de Colombelle & de Volontarette , Télémaque
travesti , les Contes du temps paffé de Perrault ,
les Amours de Leucippe , traduits du Grec de Tatius ,
Lancelot Dulac , Chevalier de la Table ronde , Artamène
, Zayde , Princeffe de Montpenfier , Carpenteriana
, Voyages de Cyrus , par Ramfay , le Repos
de Cyrus , Contes , Nouvelles & joyeux Devis de
Bonnaventure des Perriers , Cymbalum mundi , les
trois Fous , les Contes d'Hamilton , & c. & c.
Ceux qui n'ont pas la Bibliothèque des Romans ,
feront charmés d'avoir un pareil choix fupérieurément
imprimé pour 12 liv.
Le Théâtre des Grecs , par le Père Brumoy ,
nouvelle Edition , enrichie de très - belles gravures ,
& augmentée de la traduction entière des pièces
grecques dont il n'exifte que des extraits dans toutes
les Éditions précédentes , & de comparaiſons , d'obfervations
& de remarques nouvelles , propofée par
foufcription , en to ou 12 Volumes , grand &
petit in-8 . , & in -4 ° . Tome I de la Collection &
'Efchyle , le fecond terminera les OEuvres de cet
Auteur , & paroîtra inceffamment. A Paris , chez
Cuffac , Libraire , rue & carrefour Saint Benoît ,
vis-à-vis la rue Taranne.
Nous avons annoncé le projet de ce grand Ouvrage
, l'un des plus intéreffans qu'on ait entrepris
de nos jours , & l'un des plus propres à exciter l'empreffement
du Public. L'exécution typographique
répond à l'importance de l'Ouvrage ; elle eft telle
qu'on devoit l'attendre du Libraire , qui s'eft fait
connoître avantageufement par l'Edition du Plutarque.
Le Théâtre des Grecs aura 10 ou 12 Volumes ,
& fera imprimé en trois formats , chacun d'un papier
différent. Le premier, petit in- 8 °. fera imDE
FRANCE. 93
primé fur de l'écu . Le grand in - 8 ° . fur du carré
fin d'Angoulême , pareil à celui du Plutarque. On
tirera quelques Exemplaires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in- 4º .
En fe faifant inferire pour le petit in 8. l'on
paye 8 livres , & 4 liv. lors de la livraifon de
chaque Volume broché. En foufcrivant pour le
grand in- 8 ° . l'on donne 12 livres , & 6 liv. en
recevant chaque Volume . Pour le même format in-
8. fur papier vélin , l'on paye 30 livres , & 15 liv.
en faifant retirer chacun des Volumes. Pour le
format in 4. imprimé pareillement ſur papier vélin
& fur la même juſtification que l'in - 8 ° . l'on donne
en foufcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume, L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers ,
fera à valoir fur les deux derniers Volumes , qui
feront livrés gratis aux Soufcripteurs .
Le prix de la foufcription fera le même jufqu'au
dernier Juillet de la même année , & c'eft à
cette époque qu'il fera augmenté.
1
On foufcrit auffi chez les principaux Libraires
des Villes de l'Europe.
HISTOIRE Générale de la Grèce , précédée
d'une Defcription Géographique , de Differtations
fur la Chronologie , les Mefures , la Mythologie ,
&c. & terminée par le parallèle des Grecs anciens
avec les modernes ; par M. Coufin Defpreaux , de
l'Académie des Sciences , Belles Lettres & Arts de
Rouen , de celle de Villefranche & des Arcades de
Rome , in 12 , Tomes X & XI . A Rouen , chez
Leboucher le jeune , Libraire ; & à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande ; Morin &
Guillot , Libraires , rue Saint Jacques.
DISSERTATIO Botanica de Sida , & de quibufdam
94
MERCURE
Plantis qua cum illa affinitatem habent. Auctore Antonio
Jofepho Cavanilles , Hifpano-Valentino. Prix ,
liv. 12 fols. Parifiis , apud Francifcum Amb. Didot.
Cette Diflertation donne de grandes lumières furle
Sida , famille de Mauves , & fur quelques autres
Plantes qui en approchent. On n'avoit encore fait connoître
que trente deux efpèces de Sida. M. Cavanilles
en décrit jufqu'à quatre- vingt- deux , & les fait connoître
de la manière la plus fatisfaifante.Cet Ouvrage,
qui a obtenu le fuffrage de l'Académie des Sciences ,
eft accompagné de treize Planches , avec leur Explication.
LE Poëte Anonyme , en deux Actes & en vers . A
Paris , chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
L'Auteur de cette Comédie a voulu attaquer le
ridicule des Plagiaires , qui s'attribuent les Ouvrages
d'autrui.
Damis & Dorante font des rivaux qui diffèrent
totalement d'humeur & de caractère. Damis eft doux ,
modefte , fait des vers , & n'ofe les avouer. Dorante
eft un fat, un important qui s'attribue ceux
qu'il n'a pas faits , & profite par- là de l'anonyme
que garde fon rival. Dorante n'eft pas l'amant
aimé; mais il eft préféré par le père , qui aime
beaucoup la Poéfie . La Soubrette , pour fervir l'amour
de Rofalie, employe un ftratagême. Il force Damis
de fe déclarer l'Auteur d'une pièce de vers qui fait
du bruit , & perfuade à Dorante que s'il avoue
qu'il n'eft pas l'Auteur des vers qu'il s'eft attribués ,
il plaira à Rofalie , qui ne craint rien tant que
d'être la femme d'un Poëte. Cette double déclarátion
produit l'effet que defiroit la Soubrette. Damis
plaît au père de Rofalie comme Poëte ; & Dorante
par la raifon contraire , tombe dans la difgrâce,
DE FRANCE . 95
Cette Comédie eft écrite & dialoguée facilement ;
mais elle a befoin d'être beaucoup refferrée. Peut-être
le ſujet ne comportoit-il qu'un Acte.
HISTOIRE d'Angleterre , repréſentée par Figures,
accompagnées d'un Précis Hiftorique , quatrieme
Livraison. Prix , 15 liv. A Paris , chez David ,
Graveur , rue des Cordeliers , au coin de celle de
l'Obfervance .
La Confolation de l' Abſence , peint à la gouache ,
par N. Lavreince , gravé par N. Delaunay , Graveur
du Roi. A Paris , chez Delaunay , Graveur , -
des Académies Royales de Paris & de Copenhague ,
rue de la Bucherie , nº. 26 .
Cette jolie Eftampe eft la fixième de la fuite déjà
connue du même Auteur , fous les titres du Carquois
épuifé , les Soins tardifs , l'Heureux Moment , la
Complaifance Maternelle & le petit Jour , d'après
MM. Baudouin & Lavreince.
C'EST une misère ; je vends des bouquets ; tout
doucement ; હ nous allons ici fouper tête - à - tête ;
pour un baifer ; & non , non , je ne puis me défendre
; la noble chofe que d'être Chevalier ; que voulez-
vous ? un prix bien doux ; ah , que l'Amour eft
chofe jolie ! Neuf Airs de la Fée Urgèle remife en
Mufique par M. le Comte de F.... , Officier au
Régiment d'Infanterie du Roi , représentée à Nancy
en 1784 , arrangés pour le Forte-Piano & un Violon.
Prix , 1 liv, 4 fols chaque, A Paris , chez Bignon ,
Place du Louvre , & à l'Opéra.
JOURNAL d'Ariettes , Scènes & Duos , tradu'ts
mités ou parodiés de l'Italien , par M. de C...,
96 MERCURE
Amateur. La Prima Vera , ou le Retour du Printemps
, Quatuor de l'Opéra des deux Comteffes ,
del fignor Gov. Paisiello. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez M. de Roullède , rue Saint Honoré , entre celle
des Poulies & l'Oratoire.
NUMÉRO 14 , Air de Danfe du deuxième Acte
de la Caravane , arrangé pour le Clavecin , Violon
obligé , par M. Pouteau , Organifte & Maître de
Clavecin. Prix , 1 liv . 4 fcls . A Paris , chez M.
Bouin , Marchand de Mufique , rue Saint Honoré ,
près Saint Roch , & Mlle Caftagnery , rue des
Prouvaires.
TABL E.
VE
ERS faits en fortant de la
Galerie de M. de Beaujon ,
les Lettres ,
Teftament de M. Fortuné Ri-
49 card , 67
75
82
88
53 Annonces & Notices ,
A M. le Comte de Turconi, Le Comte de Waltham ,
Couplers du Coufin Jacques , 51 Comédie Italienne ,
Charade , Enigme & Logo- Variété , ·
gryphe ,
De l'Amour d'Henri IV pour
J'AT lu
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , lé
Mercure de France , pour le Samedi , Juillet 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 8 Juillet 1785. GUIDI
Jer . 125 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 JUILLET 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VER S
Sur la Mort du Duc MAXIMILIEN-JULEST
LEOPOLD DE BRUNSWICK.
AsSSEZ d'autres les ont chantés ,
Ces Héros deftructeurs , qui , tout enſanglantés ,
Sont defcendus au fombre Empire.
Toi , l'ami de l'Humanité ,
O Léopold ! c'est toi que ma Mufe defire
Guider à l'immortalité.
Que dis-je ? La postérité
Entendra-t'elle , hélas ! les accords de ma lyre ?
Moi! chanter Léopold ! .... d'où me vient cet orgueil?
Ma lyre , brifez- vous ? Et vous , Mufe indifcrette ,
Voyez le monde entier gémir fur le cercueil
N°. 29 16 Juillet 1785 .
Bovensche
Startebikinthet
KRUCHEN
E
$8
MERCURE
C
Du Héros qu'en vain il regrette :
Voyez , fur- tout , voyez le Salomon du Nord ,
Inconfolable de fa mort ,
De fes pleurs chaque jour honorer la mémoire.
Les pleurs de Frédéric , l'amitié de Henri
Suffifent fans doute à fa gloire ;
Mais non , de l'orphelin , du pauvre il fut chéri ;
Et voilà , fi je dois vous prendre pour arbitre ,.
Voilà quel eft fon plus beau titre ,
Eh bien ! lifez ces mots gravés au coeur de tous ,
Ces mots fi touchans & fi doux ,
Ces mots qu'il fit entendre à l'inſtant où la Parque
Le plongea dans l'onde en courroux ,
Ces mois dignes d'un Sage , & fur- tout d'un Monarque
:
Hommes ! ne fuis - je pas un homme comme vous ?
Qu'on écrive donc fur fa cendre
Ces mots , garants de fes vertus.
Et que peut-on dire de plus
De celui qui préfère aux beaux ans d'Alexandre ,
Unjour, un feul jour de Titus ?
(Par M. le Chevalier de Cubières. )
BIBLIOTHECA
REGLA
MONAGENSIS.
DE FRANCE. 79
A Madame........ , qui vient d'accoucher ;
pour la troifième fois , d'une fille.
L'AMOUR , ce Dieu léger , peu connu des époux ,
Se plaît , le fixe fur vos traces ;
En lui donnant un frère ,' il eût été jaloux :
Il s'accommode mieux des Grâces.
Par M. Guichard. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
Lequel des deux agit plus follement , ou
la vieille femme qui époufe unjeune homme,
ou le vieillard qui prend une jeune femme ?
I.
VIEILLE femme avec jeune époux ,
Vieil époux avec jeune femme ,
Font un affemblage de foux
Que le démon feul amalgame.
Point de trêve, point de repos,
Point de paix au premier ménage.
De problématiques marmots ,
Vrais efcamoteurs d'héritage ,
Du fecond feront le partage ,
Sans compter tant d'autres fléaux !
E.ij
100 MERCURE
D'où je conclus , fans être habile ,
Que , fi pour prix de les travaux
La vieille fole a cent grelots ,
Le vieux fou doit en avoir mille.
( Par M. le Vicomte de Mélignan. )
I I.
༠ རྒྱུ ་
Quz je vous plains , pauvre Araminte !
Sachez que votre jeune époux
Va porter chez la følle Aminte
Les bailers qu'il vous doit & l'or qu'il tient de vous.
ENTRE vos bras , aimable Laure ‚ ‚
La Vieilleffe & le Temps refpectent Liſimon :
C'eſt ainsi que le vieux Titon
A rajeuni dans le fein de l'Aurore.
( Par M. B. D. L. )
III.
AVEC jeane tendron quand il forme un lien ,
Le vieillard à tout doit s'attendre.
Mais , plus folle que lui , la vieille qui veut prendre
Un jeune époux , ne doit s'attendre à rien.
( Par un Abonné de Bernai. )
I V.
UNE femme fur le retour ,
Qui , pour unjeune objet , fe prend d'un belamour ,
Mérite aſſurément quelques, grains d'ellébore ;
DE FRANCE. 101
Mais plus fou me paroît encore
Ce trop ridicule barbon,
Qui , des brás de la jeune Flore ,
Se rend à grands pas chez Pluton.
Je fais qu'il eft plus d'un Titon ,
Mais il n'existe plus d'Aurore.
Par un Membre de la Société Littéraire
de Rennes. )
V.
Vous demandez , aimable Éléonore ,
Lequel eft le plus fou du vieillard langoureux
Qui de la jerne Hébé , qu'en fecret il adore ,
Veut fuivre les deftins , veut enchaîner les voeux ,
Ou d'Urgelle qu'Amour & tranſporte & dévore ,
Et qui d'un jeune amant veut amortir les feux ?
Ce cas , me dites - vous , eft indécis encore.
Vous vous trompez , rivale de Vénus ,
Il est bien décidé par ces deux traits connus :
« Diane au teint d'argent dont la nuit ſe décore ,
Entre les bras glacés du jeune Endimion
"
N'effuya que dédains , & vieillit tout de bon ;
» Mais Titon rajeunit fur le fein de l'Aurore. »
( Par M. Régnault du Beaucaron , Avocat, )
E iij
102
MERCURE
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
En quoi le bonheur que l'Amour procure
'diffère-t'il de celui que donne l'Amitié?
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Découdre ; celui
de l'Enigme & du Logogryphe eft le mois
de Juillet , où l'on trouve Julie , lie , ille ,
ill, & , lit , Jule , Tulle , iel , ut , lui , tu ,
il , tuile.
CHARADE.
Au bout de votre doigt charmant
Vous mettez fouvent ma première ;
Ma feconde eft une carrière
Où pour vous difputer entrera maint amant ;
Mon tout eft le charme indicible
Qu'éprouvera celui d'entre eux
Qui pourra vous rendre fenfible ,
Et que vous voudrez rendre heureux .
( Par une Société de Saint- Rambert , en Bugey.
DE FRANCE: 103
ENIGM E.
D'ORDINAIRE , ' ORDINAIRE , Lecteur , j'habite les campagnes ,
Dans les plaines , fur les montagnes ;
On m'élève toujours un folide château ;
Mais par un artifice auffi fimple que beau ,
Malgré ma pefanteur , un jeune homme fans peine
Me tourne , me retourne , à fon gré me promène.
Pour épargner les tiens , j'ai quatre excellens bras ,
Je fuis infatigable ; & contre toi je gage
Qu'à moi feul je fais un ouvrage
Que cent hommes ne feroient pas
Ni fi bien , ni fi vîte .
Quand mes bras vigoureux font une fois en train ,
Le moindre obſtacle les irrite ,
Ils brifent tout dans leur chemin.
Garde-toi d'eux , Lecteur ; & dans mon château même
Sois en me vifitant d'une prudence extrême.
( Par M. de la Sablonière , C. R. )
*
. Eiv
104
MERCURE
LOGOGRYPHE - MONORIME.
QUE Que l'on m'employe au propre ou par figure ,
Je ſuis toujours employé pour piqûre.
Au propre , je fuis bon & te fers de pâture ;
Au figuré , malin de ma nature ,
Je fuis fouvent plus cruel que l'injure ;
Tous les travers prêtent à ma morfure ;
Lorfque je fuis fondé ſur l'impoſture ,
On doit me méprifer & de moi n'avoir cure.
Un cauftique fouvent me rend avec ufure .
Dans les fix piés qui forment ma ſtructure »-
Tu verras une clef propre à toute ferrure ;
La chair d'un enfant d'Épicure ; १
L'oppofé de la quadrature ;
Un titre que l'Anglois refuſe à la foture ;
Un Héros très fameux , mais qui l'eft en peinture ;
Ce qui d'un pauvre amant abrège la torture ;
Un parfum renommé dans la Sainte Écriture ;
Ce que l'homme prudent ne croit qu'avec meſure ;
Un des points cardinaux deux villes pour conclure.
Ami Lecteur , fi tu crains ma bleffure ,
Ne donne point matière à la cenfure ,
C'eft , & crois m'en , la route la plus sûre .
(Par M. M..... , à Nifmes . )
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ORAISON Funèbre de Très - Haut & Très-
Puiffant Seigneur Jean de Montefquiou
Fezenzac- Poylobon , Abbé de l'Eglife
Royale & Collégiale de S. Martial & de
Bolbone , Vicaire- Général du Diocèfe de
Limoges , prononcée dans l'Églife de Saint-
Martial , le 15 Janvier 1785 , par M. Antoine
Faugère , Chanoine de la même
Églife. A Paris , chez Crapard , Libraire ,
place S. Michel .
LE défaut le plus commun dans les Difcours
Oratoires , & même dans ceux qui ne
le font pas , c'eft de ne pas entrer tout de
fuite dans fon fujet , de ne pas montrer dès
le début même tout l'efpace qu'on va parcourir.
On tourne autour du ſujet , & le
Lecteur ou l'Auditeur font déjà fatigués avant
d'y arriver. Un exorde doit être le commencement
du Difcours , l'ouverture , & l'on fait
des exordes qui n'ouvrent rien , qui ne font
le commencement de rien . M. l'Abbé Faugère
a bien fa éviter ce reproche dans l'Oraifon
Funèbre de Jean de Montefquiou de
Fezenzac. Dès les premiers mots , l'Orateur
eft en action dans fon fujet , il en développe
la nature , il en difpofe les parties. Il prend
E v
106 MERCURE
ود
לכ
pour texte ces paroles du Livre de la fage ffe :
Venit in mefpiritus fapientia , & præpofui illam
regnis & fedibus, & divitias nihil effe duxi
in comparitione illius. Et l'Orateur s'écrie
tout de fuite : « Que font en effet ces grandeurs
, ces dignités , ces richeffes que inéprife
le fage ? Des appâts pour l'ambition,
» des alimens pour l'orgueil , des fantômes
» de bonheur , & la moiffon de la mort ; la
» fageffe , au contraire , qui éclaire l'homme
» & qui l'élève , eft grande comme Dieu ,
" immortelle comme lui.... Mais , hélas !
» tel eft notre penchant à l'erieur , tel eft
» notre amour pour l'illufion , qu'en vain
le trépas abat les têtes les plus fuperbes ,
» jette les grands noms dans l'oubli , & con-
» centre dans un peu de terre les plus ri-
» ches poffeffions ; ces exemples frappans
ne font jamais pour nous des leçons ; les
perfonnages du plus grand éclat nous fem-
>> blent toujours les plus grands Hommes ;
» & nous venons admirer les trophées de la
gloire alors même qu'ils font mêlés avec
» les trophées de la mort.
ود
ور
ور
ور
» Éclairé par l'efprit de fage ffe qui s'étoit
répandu dans fon âme , l'illuftre Chef que
» nous regrettons , Meffieurs , avoit bien
fu faire le jufte difcernement des vrais
» biens & des biens imaginaires . Toute l'hif-
» toire de fa vie , fi on l'approfondit , n'eft
"39 qu'une préférence continuelle & éclatante
» du bonheur de la fageffe fur toutes les va-
» nités des grandeurs humaines. »
DE FRANCE. 107
c6
L'Orateur ne diffimule point que la vie
qu'il va célébrer eft peu fertile en événemens ;
mais qu'importe le nombre & l'éclat des
événemens , quand on trouve un grand
» caractère ; & qui jamais en offrit un plus
» marqué , plus conftant que l'Abbé de
» Montefquiou ? Homme , il eut toutes les
» vertus qui honorent l'humanité , fans participer
aux foibleffes qui la déshonorent .
» Grand , il eut toutes les qualités qui illuf-
» trent la nobleffe , fans partager les défauts
» qui la dégradent, »
"
و د
"
Le Difcours entier eft deftiné à développer
ces deux propofitions , & les développe
parfaitement.
On a blâmé les divifions ; La Bruyère s'en
moque avec des tournures piquantes ; Fénelon
les condamne par des principes qui femblent
être ceux de la raifon même & du
goût. Cicéron en fait un précepte de l'art
oratoire dans fes Livres de thétorique ; & fi
l'on ofpit préférer une autorité entre ces
grandes autorités , on feroit de l'avis de Cicéron.
Il est même à préfuiner que Fénelon
& La Bruyère n'ont entendu profcrire que
l'abus des divifions . L'efprit divife naturellement
tout ce qu'il veut voir avec clarté ;
& ce qui eft un befoin de l'efprit ne peut pas
être contraire au bon goûr. Ce qu'il faut
profcrire , ce font ces divifions de mots qui
ne touchent point du tout aux choſes ; ce
font ces divifions de chofes qui , à force
de les divifer en petites parties , les rendent
E vj
108 MERCURE
imperceptibles ; ce qui eft trop grand & ce
qui eft trop petit fe dérobe également à la
vûe & à l'efprit ; l'art des divifions confifte
à donner aux chofes une proportion rela
tive aux bornes de notre efprit & à fon
étendue ; ufez, n'abufez pas , eft un excellent
principe de goût comme de morale.
Il nous femble , que M. l'Abbé Faugère a
ufé & n'a point abuse.
99
" Je ne fouillerai point , dit l'Orateur ,
» dans les premières années de l'Abbé de
Montefquiou ; je ne rechercherai point
» dans la carrière des armes , où il entra
» d'abord , un homme qui devoit fe diftinguer
par les vertus douces & pacifiques
du Sacerdoce ; ne confultons ni des tra
» ditions incertaines ni des vertus inconnues
à notre reconnoiffance ; ne confidérons
» ici que l'homme digne de nos hommages
» perfonnels , tel qu'il nous fut connu ,
depuis que fon long féjour parmi nous ,
» fes fentimens & fes bienfaits l'eurent ren-
» du notre concitoyen . Trente années de
» fageffe feroient elles trop peu pour méri-
» ter le titre de fage ? »
"
>>
ל כ
Borner ainfi un Panégyrique à ce que les
Auditeurs eux-mêmes ont vû , ont connu ,
n'eft-ce pas l'enrichir , n'eft- ce pas y répandre
plus de fenfibilité , le rendre plus oratuire
? Alors le temple du Seigneur devient
la maifon de fes enfans : un feul raconte
la perte que tous ont faire , & tous pleurent
également. C'eft dans le difcours religieux
DE FRANCE. 109
f
que l'éloquence peut prendre fur-tout ce
caractère pathétique : les larmes d'un peuple
qui gémir , deviennent facrées en tombant
fur l'autel.
Le tableau de cette vie , toujours refferrée
dans les vertus du Sacerdoce , eft plein d'interêt
, il eft par-tout tracé avec chalenr.
"
"3
99
ود
« Heureux dans un rang qui le difpenfoit
de la repréſentation , charge peut - être la
plus onéreuse qui foit attachée aux places
éminentes , l'Abbé de Montefquiou régloit
fon état dans le monde fur les loix
» de cette fageffe réfléchie qui meſure avec
précifion tous les devoirs de fociété , tous
» les rapports , toutes les convenances. Ja-
» mais l'avare ne put remarquer les profafions
, jamais le prodigue ne put blâmer
» fon économie. Toujours modéré dans fes
goûts comme dans les jouiffances , con-
» tent quand la fortune étoit plus refferrée ,
» également modefte quand elle cut pris de
» l'accroiffement ; il mérita ce bel éloge
» confacré par S. Ambroife à la mémoire
» d'un frère chéri : Neque ut opulens exul-
» tavit in divitiis , neque ut pauper exiguum
quod habuitjudicavit . Une habitation pré-
» caire , un domeftique peu nombreux ,
» fans marques diftinctives qui décorent leur
» fervitude ; un ameublement fimple , des
» vêtemens modeftes ; un char , ſecours tardif
de fes infirmités ; jamais de fomptuo-
" fité à fa table ; une vie de retraite ; une
" forte d'obfcurité ; telles furent les moeurs
"
39
ود
و د
110 MERCURE
» d'un deſcendant des Héros . Quelle leçon
» pour le luxe infenfé , qui , croyant éblouïr
la multitude par fon éclat inattendu , rap-
"
pelle fans ceffe à la jaloufie le point d'où
" il eft parti , & les progrès rapides avec
lefquels il s'eft déployé. »
"3
Ailleurs , l'Orateur peint d'un trait bien
heureux & bien énergique la nobleffe des
Montefquiou. Le plus grand éloge qu'on
faffe de l'origine d'une nobleffe , c'est de
dire qu'elle fe perd dans la nuit des temps ;
celle des Montefquiou ne s'y perd point ,
elle arrive à la clarté de l'Hiftoire jufqu'au
trône de Clovis .
Mais l'Orateur loue bien davantage la
bonté , l'humanité de l'Abbé de Montefquiou
; & en finiffant , il s'écrie : « Quelle
» s'élève donc aujourd'hui comme dans l'an-
» cienne Égypte , la malignité accuſatrice ,
39
»
39
qui oferoit démentir ou refreindre cet
éloge ! je lui oppoſerai la voix publique ,
» cette voix fi fincère qui retentit dans toute
la ville au moment de fa mort ; cette
" voix fi touchante qui accompagna fes
» triftes funérailles , qui fe convertit en fanglots
quand il defcendit dans le tombeau.
» Non accufavit illum homo , & poft hos
» dormivit. Jamais perfonne ne s'étoit plaint
de lui , & fon trépas fut comme un doux
» -repos fur l'eftime publique. Peut - être ,
Meffieurs , faudra-t'il parcourir bien des
» contrées & attendre des fiècles pour trouver
un homme en place , auquel , après
93
DE FRANCE. III
"
» la mort , on pût appliquer , avec autant
de jufteffe qu'à notre Chef révéré , ces paroles
facrées : Non accufavit illum homo ,
» & poft hoc dormivit.
"
Un moment après, l'Orateur, par un retour
nouveau fur cette mort , qui fut comme fubite
, la rend plus terrible encore & plus dou
loureufe : " Ah ! Meffieurs , la deftinée a bien
ور
fervi les coeurs fenfibles en leur cachant
le fecret des deftinées humaines ; quand
» nous jouiffions avec tant de confiance de
» fes vertus paifibles , de fa fociété amicale ,
» de fon autorité protectrice ; & fur- tout
» en ce jour déplorable , où nous le vîmes
» pour la dernière fois , quand fa noble fa-
" miliarité mêloit à nos entretiens des traits ,
» ce femble , plus animés ; quand fon zèle
39
éclairoit de près nos intérêts & s'apprêtoit
» à les fervir ; quand il fe felicitoit de réunir
» bientôt fes enfans autour de fa table pa
»-ternelle , qui de nous n'auroit frémi s'il
» eût vu le trait fatal levé fur la tête chérie.
» Ofallax lætitia ! ô incerta rerum humana-
» rum curricula ! l'arrêt eft porté : aujourd'hui
parmi nous , demain il ne fera plus ! au-
» jourd'hui il marche , il fe rend au Saint
» Temple , demain on l'y portera victime
» de la mort. »
ور
ود
و د
Ce dernier trait eft beau ; il eft d'une imagination
éloquente & fenfible.
M. l'Abbé Faugère , qui a rendu cet hommage
à la mémoire de l'Abbé de Montefquiou
, peut , comme on voit , ſe diſtinguer
712 MERCURE
dans la carrière de la Chaire ; il l'eft déjà
dans les Sciences ; fon nom eft connu des
Aftronomes les plus célèbres , & il eſt mêlé
à l'histoire de plufieurs obfervations modernes
& intéreffantes. Et cependant , dans
un endroit de ce Difcours , où il loue l'Abbé
de Montefquiou de la fageffe de fes choix
pour les places dont fa Prélature lui donnoit
la nomination , l'Orateur , qui lui devoit un
Canonicar , laiffe entendre que le Prélat put
fe méprendre une fois dans fes choix : il eft
probable au contraire que ce fut un des meilleurs
qu'il ait faits , & que dans la bouche
d'un autre Orateur , c'eût été un des titres des
éloges de cette Oraifon Funèbre.
(Cet Article eft de M. Garat . )
VARIÉTÉ S.
DISCOURS Préliminaire de l'Ouvrage de
Morale , dont on a inféré des fragmens
dans le Mercure du 2 Avril.
UN Philofophe qui a agrandi la Scieuce qu'il
avoit particulièrement cultivée , qui a indiqué , dans
les autres , des réformes fages & heureuſes , en traçant
pour les études publiques un plan de morale
tout nouveau , avoit conçu , il y a déjà long - tems ,
l'idée d'extraire de la morale fes règles pratiques ,
*
* M. d'Alembert , dans fes Elémens de Philofophie.
DE
1 113
FRANCE
de leur donner le développement le plus fimple , de
les rédiger dans le ityle le plus familier ; en un mot ,
il avoit propofé un catéchisme de morale.
Cette excellente idée n'a pas eu le fort de tant
d'autres ; elle est toujours restée préfente à quelques
bons efprits & à des âmes affez vertueules
pour faire
le bien qu'elles defirent. Il y a trois ans qu'un Ano+
nyme a fondé à l'Académie Françoiſe un Prix pour
an Ouvrage pareil , fous le titre de devoirs de
l'Homme & du Citoyen.
•
Nous n'avons befoin que d'interroger notre rais
fon , que d'écouter notre conſcience pour connoîtrenos
devoirs . Mais quoique ce retour fur nous- mêmes
n'exige ni de grands efforts , ni une grande pénétra
tion , peu d'hommes cependant en font capables
ou s'en font une habitude. La plupart paffent leur
vie ; ayant un fentiment confus , jamais une pleine
connoiffance de ce qui conduit à la vertu & au bonheur.
Rien ne pourroit donc leur être meilleur que
de recevoir dans leur jeuneffe ces précieufes notions ,
que d'apprendre dans un Livre ce qu'ils ne démêlent
pas affez dans leur propte coeur . Ces principes de la
vertu , fi facilement adoptés par notre confcience ,
y refteroient gravés. A chaque inftant , à chaque
occafion , ils nous préfenteroient notre devoir tout
entier & le fentiment qui nous y porte en feroit
plus vif , parce que l'idée en feroit plus nette. Les
anciens Législateurs , qui ont fait de fi grandes
chofes avec des moyens fi fimples , n'en employoient
pas de plus sûr & de plus puiffant que celui - ci . Ils
traçoient aux Citoyens leurs principaux devoirs dans
un petit nombre de Loix dont ils rempliffoient leur
mémoire ; & ces Loix devenoient leurs moeurs
leurs paflions .
114
MERCURE
Mais fi cette manière
d'inftruire les efprits eft funeſte à la découverte de
la vérité , elle cft la meilleure pour affermir les rè
gles éternelles de la morale.
Un Livre de morale élémentaire & populaire ,
fous quelqu'afpeet qu'on le confidère , promet d'heu
reux effets . Rien ne feroit plus propre à donner de
bonnes moeurs , à infpiler de grandes vertus dans
une Nation nouvelle ou régénérée . Si quelque chofe
peut auffi lutter avec avantage contre les défordres
& les vices qui viennent à la fuite d'une
grande puiffance & d'un grand luxe , c'eft encore
une inftruction pareille habilement adminiftrée dèsl'enfance.
Elle pourroit faire le même bien dans les claffes
diftinguées d'un État , qui font , pour la morale ,
dans la même pofition qu'un peuple parvenu à tous
les maux & à toute la fplendeur de l'extrême civilifation.
Le peuple , dans les grands Empires , reffemble
auffi , à cet égard , à une Société naiffante. Par les
moeurs que lui commande fa fituation , il refte encore
affez près de celles de la nature , qui font peu
éloignées des règles de la vertu. Il ne lui manque
que de bien fentir fes devoirs , en les connoiffant
mieux que d'y être préparé par la confcience réfléchie
du bonheur qu'ils lui promettent. Or , c'eſtlà
le plus grand & le plus sûr fervice que l'Ouvrage
dont je parle pourroit rendre , s'il devenoit la bâfe
de l'éducation du peuple .
C'eft-là auffi le but principal & prefque unique
qu'a eu en vue le fondateur du Prix propofé. Il demande
un Livre d'éducation &´un Livre populaire.
Il a penſé fagement qu'il étoit moins aifé de tourner
au bien , par leur éducation , les riches & les Grands ,
qui trouvent d'ailleurs affez dans les avantages de
leur fituation , les moyens de s'inftruire de tous leurs
DE FRANCE. IIS
devoirs , quand ils veulent férieufement les connoître
& les remplir ; il a cru qu'il valoit mieux s'intéreff:
r à l'amélioration beaucoup plus facile , & à
l'inftruction beaucoup plus négligée des hommes
• pauvres & obfcurs. Cette préférence pour les intérêts
du peuple , d'autant plus touchante qu'elle eft
toujours fi rare , répand encore quelque chofe de
plus refpectable fur le bienfaifant projet de l'Anonyme.
C'eft par- là auffi que ce projet a afſez vivement
touché mon âme pour me faire entreprendre un Ouvrage
beaucoup plus long & plus difficile qu'on ne
le croira d'abord. La première récompenfe d'un bon
deffein , c'eft d'en fentir micux le mérite. On n'a pas
encore affez réfléchi combien la gloire des Livres
élémentaires & populaires feroit douce & noble. En
tout , on eft plus entraîné par l'éclat des chofes que
par leurs bons effets. Un Livre qui ajoute aux connoiffances
acquifes , qui crée de nouvelles beautés
dans les Arts , frappant plus vivement les esprits
éclairés , pour qui feuls il eft fait , eft la grande am
bition du génie. Mais fi le génie daignoit s'occuper
de tirer de nos connnoiffances ce qu'elles ont de plus
utile pour le grand nombre , de lui offrir ces réfultats
dans cet ordre & avec cet intérêt qui font un des
plus heureux fervices qu'il puiffe rendre aux Sciences
, feroit il une oeuvre moins digne de lui , & dont
le fuccès le toucheroit moins ? N'est- ce rien que de .
propager la Science , de la perfectionner en la fimplifiant
, de devenir l'ami de la jeuneffe , le bienfaiteur
des intelligences communes , le premier guide
de ceux qui font deſtinés à ajouter à ce qu'ils ont
appris ? Et fi l'Ouvrage élémentaire & populaire ,
auquel ces hommes du premier ordre auroient confacré
une partie de leur temps & de leurs talens ,
avoit pour objet , comme celui - ci , de rendre
les hommes meilleurs & plus heureux , qu'elle
· 116 MERCURE.
fource de pures fatisfactions , de délicieux fouvenirs
quel bonheur pour un Écrivain de rencontrer
quelquefois fon Livre parmi les meubles indigens
des ateliers & des cabanes , & de pouvoir fe dire à
cette vûe : qu'ailleurs on loue ou l'on déprécie mon
talent ; ici , du moins , j'inftruis & je confole , je
fais pratiquer la vertu que je chéris ; ces enfans qui
étudient avec reſpect , avec attendriffement leurs
devoirs dans mon Livre , fe font peut- être informés
de non nom pour le bénir ; mes leçons ont pu contribuer
à leur ôter un vice , à leur donner une vertų
de plus ; & leur père , qui les leur enfeigne , qui les
confacre à leurs yeux par fa conduite , melera
peut être quelques- unes de mes paroles dans les faintes
exhortations qu'il leur adreffera au lit de la mort.
Plus j'ai médité ce fujet , plus il m'a paru important ,
& en quelque forte facré. J'ai regretté profondément
de n'avoir pas ces grands talens qui entraînent vers
d'autres Ouvrages pour les raffembler dans celui- ci ,
Je me fuis promis au moins d'y apporter toute l'application
dont je fuis capable. Hélas ! un homme
de Lettres , dans fes meilleures intentions , ne peut
fe promettre qu'une influence fi foible & fi lente de
fes travaux , que fi Poccafion d'un Quvrage d'uné
utilité plus prompte & plus réelle lui a été offerte , il
doit s'en faifir comme d'un honneur & d'un bonheur
particuliers.
Mais en fentant tous les avantages & l'intérêt de
Ouvrage expliqué par le Programme de l'Acadé
mie , j'ai bientôt apperçu les difficultés & même
les inconvéniens que préfente fon exécution .
Un Code de morale élémentaire & populaire devroit
être court , & très- fimples dans les idées & dans
le ftyle.
Cependant un bon code de morale a beſoin de
difcutions fur les principes & de développemens.
DE FRANCE. 117
dans les fentimens ; il exige par-là de l'étendue & de
la fagacité ; & il ne peut être compris fans une certaine
application & quelques connoiffances antérieures.
Le peuple même, dans des Nations très - éclai
rées & très- corrompues , où l'on fait jeter des doutes
fur tous les points de la conduite , a befoin d'une
morale raiſonnée .
D'ailleurs , pourquoi fe borner ici à l'inftruction
du peuple ? Les autres claffes de la Société ont- elles
moins befoin d'être formées à leurs devoirs ? N'eftce
pas de leurs exemples que le peuple reçoit la confirmation
de ce qu'on lui enfeigne ? On peut moins
fur elles à cet égard; mais pourquoi négliger ce
qu'on peut ? Or , les devoirs du peuple ne comprennent
pas tous ceux des autres claffes . Ceux- ci
demandent d'être p'us démontrés , & fouvent d'être
appuyés fur d'autres motifs.
confé-
C'eft fur-tout à l'éducation que le Livre propofé
devroit être approprié par le ton & les objets. Cepen
dant ne feroit-il pas encore très utile qu'il pût être
relu avec fruit dans les autres âges , & par
quent qu'il n'eût pas de difproportion avec les ma
nières de penfer & de fentir que l'on a alors ? Un
pareil Livre , s'il étoit bien fait , mériteroit de n'êtré
jamais abandonné d'un honnête homme , bien moins
parce qu'il fatisfairoit fans ceffe fon goût , que parce
qu'il lui retraceroit tout ce qu'il lui importe de ne
jamais perdre de vûe.
Preffé entre des vûes prefque contradictoires , j'al
reconnu avec fatisfaction que , pour remplir les unes
& les autres , il n'étoit pas néceffaire d'abandonner
le plan propofé , mais feulement de l'étendre. J'ai
donc pris le parti d'accommoder le même ſujet à la
portée & aux befoins des différens âges , des différentes
conditions , & de faire deux Ouvrages , l'un
en principes & en développemens , l'autre en réfultats
& en fimples énonciations,
7
118 MERCURE
CES deux Ouvrages , ayant des objets divers ,
demandoient d'être rédigés d'après des principes
différens.
VOICI ceux qui m'ont dirigé dans le premier.
La morale eft la connoiffance de l'homme dans
fes befoins , fes pakions , fes devoirs , & les moyens
de le diriger ; elle a commencé avec la Société ;
malgré tout ce qui lui manque encore , de toutes les
Sciences , c'est la plus riche en faits & en obfervations,
Toutes les Nations , tous les fiècles , toutes les
efpèces de talens , Poëtes , Orateurs , Hiftoriens
Philofophes , ont travaillé pour elle ; mais ceux qui
l'ont particulièrement cultivée , qui devoient mettre
en ordre & tourner à l'utilité toutes les acquifitions ,
ou ont laiffé échapper une partie de fes principes ,
ou les ont employés fans les bien lier , fans les bien
éclaircir. Il me femble que les deux plus importans
Ouvrages , dans cette fcience , font encore à faire ,
& peut-être eft- ce un bien qu'on ne les exécute
qu'avec cette étendue de lumières & cette perfection
de méthodes , qui font les avantages particuliers du
fiècle où nous vivons.
Le premier devroit tracer l'hiftoire & le fyftême
de la morale , montrer comment fe font fucceffivement
développées les différentes parties ; comment
elle a été conçue , expliquée & pratiquée dans les
diverfes époques de l'Hiftoire , & chez les Nations
qui fe fodt illuftrées par leurs moeurs & lenrs lumières
; ce que chaque Nation , chaque Société y a
ajouté , en examinant fous ce point de vue les différentes
fortes d'Écrivains , & en donnant à chacune
la part de gloire ; raffembler enfuite & expliquer
tous les objets qu'elle embraſſe , préfenter
les réfultats de les progrès fur chacun d'eux , indiquer
les lacunes , marquer les parties vicicufes &
obfcures qu'on y remarque encore , & préfenter les
DE FRANCE. 119
1
vues d'après lefquelles on pourroit la perfectionner.
Si je me fens un jour capable d'un fi grand & fi
beau travail , j'oferai l'entreprendre.
Ce premier Ouvrage auroit uniquement pour
objet la théorie de la Morale.
Le fecond ne fe rapporteroit qu'à la pratique ; il
feroit
pour l'honnête homme ce que l'autre feroit
pour le Philofophe ; il préfenteroit le tableau raifonné
de nos devoirs dans la Société : c'eſt celui dont
je fuis maintenant occupé,
Il doit former fur nos devoirs une inftruction également
nette & complette , les bien fixer & les bien
démêler. Pour cela, il faut qu'il remonte à leurs principes
, qu'il les cherche dans l'analyſe de la nature
humaine & de la conftitution fociale , qu'il les fuive
dans la plupart de leurs applications ; qu'en les fai
fiffant ainfi dans leurs vraies fources , il les éclaire de
toutes les explications qui peuvent les développer,
Mais s'il faut un Ouvrage approfondi , afin que
tout le fyftême moral repofe fur une bâſe ſolide , &
que les préjugés de l'ignorance & les fophifmes des
paffions ne puiffent en ébranler les règles , il faut en
même-temps qu'il n'ait rien d'hypothétique & d'abftrait
, puifqu'il a un but pratique . Il faut le tirer uniquement
de la raiſon générale , de ce qui eft éclairci
parmi les meilleurs Philofophes , & le rapprocher ,
autant qu'il fe pourra , des notions les plus familières.
Ce feroit ici une prétention également funefte
& coupable que celle de n'admettre que des idées à
foi . Je fais bien qu'il ne faut pas écrire pour ne dire
que ce que tout le monde favoit déjà ; mais ne
peut - on pas , en rejetant ce qui n'a plus befoin
d'être appris , s'attacher utilement à ces idées qui ne
font ni affez vraies , ni affez préciſes dans la plupart
des efprits , ajouter à l'évidence des chofes déjà
connues par de nouvelles raifons , par un ordre
plus heureux? On fe tromperoit beaucoup , d'ail
127 MERCURE
Y
kurs , fi l'on penfoit que tout foit épuifé , même
dans les objets les plus rébattus de la Morale ; il
refte encore beaucoup à apprendre , & beaucoup à
rectifier. Au refte , la gloire de ce Livre - ci est toute
en utilité , & l'Auteur doit tout facrifier à ce but.
Tous nos devoirs naiffent des différens rapports
dans lefquels nous nous trouvons placés. C'eſt la
raifon qui obferve ces rapports , pour modifier nos
devoirs d'après les changemens qui y arrivent ; c'est
elle qui diftingue nos devoirs , qui les mefure , qui
nous en apprend les motifs & les effets , qui nous
indique des moyens de vaincre les obftacles qui nous
en det urnent , les paffions qui s'y refufent. Mais
avant de les connoître par notre raifon , nous en
fommes avertis par notre confcience. Un penchant
naturel nous y porte , quand une affection contraire
ne l'a pas étouffé. C'eft donc auffi dans notre coeur
qu'il faut toujours chercher nos devoirs , c'eft-là
fur-tour qu'il faut les graver. Sans les infpirations ,
fans fes impu'lions , nous ferions incapables même
du bien que nous connoîtrions le mieux . Obfervons
donc ici de faire parler enfemble la raifon & le fentiment
, de les étendre & de les fortifier l'un par
Lautre.
Il n'y a que des coeurs & des efprits gâtés par une
longue dépravation
de mecurs , qui ignorent ou ne
fatent plus les principaux
devoirs de l'Homme
&
du Citoyen . Mais fouvent , par la contradiction
des
inftitutions
de la Nature & de celles de la Société ,
par le combat des opinions publiques
avec notre raifon
, par tous les faux raifonnemens
où nous induifent
les paffions des autres , & plus encore les nôtres ,
nous nous trouvons
en plufieurs rencontres
indécis
fur ce qui eft jufle , fur ce qui eft honnête ; nous ne
favons comment
nous conduire
de manière à ne
mériter aucun reproche , à ne pas nous en faire à
nous- mêmes. Il doit entrer dans le plan de ce Livre
d'offrir
- DE FRANCE. 121
d'offrir dans ce cas les connoiffances & les règles
dont la plupart des hommes ont befoin.
>
Cependant cet Ouvrage feroit fans fin , s'il vouloit
décider toutes les queftions de la Morale - pratique
que les circonftances peuvent faire naître ; &
comme les circonftances varient à chaque inftant
il ne pourroit prefque jamais décider ces questions
d'une manière abfolue . Il vaut mieux ne s'arrêter
qu'aux plus fréquentes dans les diverfes relations ,
indiquer les principes & réveiller les fentimens avec
lefquels chaque homme fera en état de bien inger
& de bien faire dans tous les cas imprévus. En Morale
, comme dans les Sciences , l'homme vaut mieux
par la perfection de fes facultés que par l'étendue
de fes études .
Telles font les vûes dans lesquelles j'ai conçu &
exécuté ce premier Ouvrage. Renfermé dans fes
véritables bornes , s'il étoit d'ailleurs exécuté avec
tout le talent qu'il exige , il pourroit être un Livre
d'Education , non pas pour les enfans du Peuple
mais dans les Écoles publiques des autres Citoyens.
En effet , quoiqu'il exige des notions métaphyfiques
, qu'il emprunte quelques idées aux plus fins &
aux plus vaftes apperçus de la Morale & de la Politique
, cependant au fond il ne traite que des
chofes que nous fentons tous les jours dans nousmêmes
, que nous voyons fans ceſſe autour de nous ,
& fur lefquelles notre continuel intérêt , en nous
rendant, plus attentifs , nous rend plus fufceptibles
d'une facile inftruction. Pour ne pas m'écarter de
cet intéreffant point de vûe , j'ai toujours placé
devant moi un jeune homme doué du fimple bon
fens , & capable de fuivre une chaîne d'idées. C'eft
à lui que j'expofe ma penfée ; je la fimplife jufqu'à
ce qu'il me paroiffe qu'il peut la comprendre . Quelquefois
feulement je fuppofe derrière lui un Maître
plus inftruit & plus exercé à la diſcuſſion, qui lui ex-
Nº. 29 , 16 Juillet 1785 .
F
122 MERCURE
plique ce qui, dans un Livre , exigeoit plus de précifion
que de développement , & qui le prépare , par
quelques connoiffances étrangères , à des idées & des
expreffions qui appartenoient trop à mon ſujet pour
n'y être pas admites.
par
;
J'ai balancé long - temps fi je ne donnerois pas à
cet Ouvrage une forme dramatique ; c'eft celle qu'on
emploie ordinairement dans les Livres d'Éducation ;
elle a l'avantage pour des jeunes gens de frapper leur
imagination , en leur montrant une fcère , des perfonnages
, des événemens ; d'attacher leur attention
par cet appareil , de rendre l'inftruction plus vive
les émotions qu'el'e y mêle. D'un autre côté ,
l'Auteur trouve auffi fon profit à fondre fes idées
dans une action . En fa qualité d'Auteur & de Philofophe
, il fe permettroit quelquefois de fortir de
fon fujet , ou de le traiter fans trop d'égards pour
ceux qui doivent le lire ; mais , dans un plan dramati
que, ce n'eft plus lui qui parle ; il cède la parole à un
perfonnage, dont le caractère donné impoſe un ton à
foutenir cela exige de plus grands efforts ; & les
efforts du talent amènent de plus grands fuccès. Il
ne difcute pas , il converfe ; par-là quelque chofe de
plus fimple dans fa manière de concevoir les idées ,
de plus libre & de plus familier dans fa manière de
les énoncer. L'Auteur ne parle qu'à un Lecteur inconnu
& fouvent indifférent ; le personnage s'adreſſe
à des gens qu'il aime ou qu'il hait , qu'il veut éclai
rer ou confondre ; & cette paffion fait fortir les penfées
avec plus d'abondance & de force , & précipite
fa marche. Mais en voulant porter dans mon fujet
les avantages de la forme dramatique , j'ai vû qu'ils
s'y changeoient en inconvéniens. Le principal mérite
d'un Ouvrage comme celui-ci , c'eft le complément
& l'enchaînemer.t des idées , & comment les concilier
avec les convenances d'une difcuffion par interlocuteurs
? L'attention continuelle à les marquer , no
DE FRANCE. 123
refroidiroit- elle pas à chaque inftant la scène ? Et
au lieu d'une inftruction plus intérellante , n'en auroit
on pas une plus imparfaite dans les idées &
défagréable même par le mêlange des deux manières
?
Je crois que le plan dramatique eft le meilleur
quand on a plus d'émotions à donner que d'idées à
claffer ; quand on fe borne à une feule grande vérité
, que l'on veut confidérer fous toutes les fa es;
quand les chofes que l'on a à dire ont befoin d'être.
relevées par des formes vives & impofantes . Mais
laiffons l'ordre méthodique à un Ouvrage qui doit
me tre dans leur vraie place une foule de vérités imfachous
nous contenter de l'intérêt
portantes ; propre
à ces vérités. Un Ouvrage qui préfente aux hommes
le tableau de leurs devoirs , a droit à leur attention
lui - même; & il peut déployer , pour leur plaire,
toute l'éloquence de la raifon & toute la variété de
nos fentimens.
par
Si cet Ouvrage n'étoit pas néceffaire & utile par
fon but particulier, il feroit au moins , dans l'Auteur,
une heureufe préparation au fecond Ouvrage plus
élémentaire encore que j'ai annoncé .
L'efprit de l'homine eft lent dans les acquifitions
, parce qu'il eft borné dans fes moyens. Communénient
il n'arrive à la vérité , qu'après s'être
égaré dans un grand nombre d'erreurs. On ne peut
fimplifier que la fcience dont on a bien approfondi
le fyftême ; on ne peut réduire que celle dont on
possède bien toutes les parties. Il n'y a que des
génies extraordinaires qui puiffent avoir une marche
plus prompte ; & cela vient de ce qu'à la faveur
de leur excellente organifation , ile pafent fi rapidement
par cette inftruction préliminaire qu'eux- mêmes
ne s'en apperçoivent pas. Toujours il eft bon ,
toujours il eft néceffaire d'embratler le plus pour
Fij
124
MERCURE
faire le moins , d'approfondir la théorie de la choſe¸
dont on ne veut que tracer la pratique .
Ce fecond Ouvrage , particulièrement deſtiné à
des hommes qui railonnent moins , qui rifquent
plus de s'égarer par ignorance que par l'abus de
leurs connoiffances , doit donner peu d'explications
, beaucoup de préceptes. Sans négliger ce qui
fonde , ce qui modifie les devoirs , il doit les préfenter
en peu de mots ; il doit s'appuyer de ce qu'il
de plus fimple dans la raifon , émouvoir le fentiment
, fe proportionner à des efprits qui ne comprennent
pas tout , entraîner par je ne fais quelle pré..
cifion impéricufe des efprits qui ont besoin d'être
frappés vivement.
y.a
Si j'ofois me féliciter de quelque chofe dans ce
plan , ce feroit d'avoir ainfi féparé ces deux objets.
Je ne compte pas pour un de fes moindres avantages
celui de fauver de l'envie naturelle , & peut- être
de la néceflité de faire entrer dans l'un ce qui ne doit
appartenir qu'à l'autre. Au moyen de la divifion que
j'ai conçue , chaque chofe viendra à fon tour , &
reftera à fa place .
J'ai voulu raſſembler ici toutes les espèces d'uti
lité . S'il y en a une grande à faire deux Ouvrages
fur ce fujet , il n'y en auroit pas une moindre à faire
concourir ces deux Ouvrages au plus grand effet l'un
de l'autre. Or , pour leur donner ce mérite de plus ,
il fuffit , en s'occupant effentiellement de leur but
particulier , de les confidérer auffi dans ce qu'ils ont
de commun .
Le fecond Ouvrage doit être un réfultat du premier
. Or , c'eft dans un réfultat que l'on faifit d'une
manière plus vive & plus nette tout un fujer. Ce
réfultat doit contenir en préceptes ce qui a été dit
dans le premier Ouvrage en explications ; les préceptes
, en tournant vers la pratique les idées qu'ils
offrent à méditer, doivent en augmenter l'impreffion
DE FRANCE.
125
à- peu-près de la même manière qu'on eft plus frappé
d'une bonne action que de l'exhortation qui nous y
appelle.
Ce fecond Ouvrage traçant les premières vérités
de la Morale , pourra aufli difpofer à en faifir de
plus éloignées & de plus compliquées ; difant ce
qu'il faut faire , il invitera à en chercher les raifons ;
il pourra même développer dans des efprits érrangers
aux Sciences & aux Lettres cette intelligence des
chofes réfléchies & ce goût du beau moral , qui
feront néceffaires pour profiter dans la lecture du
premier Ouvrage.
Les mêmes raifons qui m'ont éloigné de la forme
dramatique dans le premier , m'en ont détourné pour
lé fecond .
Il en est une , ce me femble , beaucoup plus appropriée
à l'objet , c'eft celle des Maximes & Sentences.
>
Les Sentences font très à faire faifir une propres
penée à des elprits peu exercés au raifonnement
quand elles u'expriment que des chofes qui tiennent
aux notions communes , à nos premiers fentimens ,
telles que les vérités morales . Elles imitent en un
point les procédés de la fcicnce la plus précife ; elles
ifol: nt une penfée de toutes celles qui l'avolfinent ,
pour l'offiir feule à l'intelligence , à la mémoire ;
elles lui donnent par cette unité d'objet , par cette
briéveté d'énonciation , une énergie qui fe perdroit
par le développement .
Le feul inconvénient qui paroiffe à craindre dans
ce ftvie , c'eſt la féchereffe . Mais la féchereffe aupartient
bien moins à l'emploi des Sentences qu'au génie
des Écrivains . Je n'en confeille rois pas l'ufage à des
hommes fans chaleur & fans imagination ; inais ces
hommes doivent faire plus , ils doivent s'abftenir
d'écrire fer la Morale. Comment a t- on pu la traiter
avec féchereffe ? Elle a pour objet nos intérêts , nos
Fiij
126 MERCURE
penchans , tout ce qu'il y a de plus vif dans notre
coeur , de plus certain dans notre efprit. La meilleure
preuve qu'on ne fait pas creufer dans un pareil fujet ,
c'eft de n'en être pas affez ému pour communiquer
fes impreffions Comment arrive -t- il encore que
l'étude de la Morale n'infpire à tant de perfonnes
que de l'ennui ? Si quelques Auteurs l'ont traitée
froidement , d'autres n'y ont ils pas porté toute la
majefté , toute l'onction de l'Éloquence ? Je vous
drois détruire dans les gens du monde une prévention
qui nuit peut être à leurs moeurs par les étudss
& les réflexions qu'elle les empêche de faire.
La forme des Maximes que les Moraliftes ont
fouvent employée eft fufceptible de toutes les beautés
du ftyle; beaucoup d'exemples l'ont prouvé. Le ſtyle
dins un Ouvrage pour le peuple & les jeunes gens
demande moins d'art , mais non pas moins de talent.
Le peuple fent l'Éloquence , pufqu'il ſent la raiſon &
la Nature . Toutes les qualités de l'Eloquence n'a-.
giffent pas fur lui ; mais celles qui l'émeuvent font
les meilleures.
Un des principaux avantages des Sentences dans
ce Livre, c'est d'être facilement retenues. Cet avantage
doubleroit encore , fi elles étoient é rites en vers. Le
vers, par fon rhithme, eft mieux faifi de l'organe , qu'il
fatte d'ailleurs par une harmonie plus fenfible , ce
qui le grave mieux dans l'âme , toujours dépendar.te
des fens . J'avou : que defirant faire cet Ouvrage de
non mieux , j'en ai plus vivement fenti le regret
d'être privé du talent du Poëte. Je dis du Poë'e , car
il faudroit ici de ces vers pleins , plus précis que la
profe , parce qu'ils naiffent d'efforts plus heureux.
Les foibleffes & les longueurs du Verfificateur gâteroient
plus cet Ouvrage que la meſure poétique ne le
ferviroit.
Il c une tournure particulière à donner aux SenDE
FRANCE. 117
tences , qui vaudra peut- être encore mieux que celle
des vers , c'eſt celle du Proverbe.
Le Proverbe , par la naïveté des idées , la familiarité
des expreffions , paroît le langage de tous les tems,
de toutes les Nations ; il femble dire ce que tout le
monde a penfé & fenti ; il réunit à la douce perfuafion
des chofes fimples l'autorité des chofes antiques. Le
Peuple , dont les Proverbes font la fcience & la
fageffe , aime à recevoir l'inftruction dans ce langage
; il fe plaît à les citer , à les entendre , à s'en
autorifer & à leur obéir , car il y a cela de bon avec
le Peuple, qu'il ne reçoit pas des règles pour les difcu
ter , mais pour ies fu vre.
Mais cette manière d'écrire demande un talent.
très original , dont nous n'avons encore qu'un bon
modèle. Je m'eforcerai d'en approcher autant que
mon efp.it pourra s'y prêter , & en évitant une fervile
imitation , c'e lifeience du bon homme Richard;
Livre auffi extraordinaire qu'utile , où l'efprit le plus
fin & le plus jufte fe cache fous la bonhommie la plus
aimable, & auquel il ne manque que d'avoir traité
le fujet qui m'occupe. Qui peut fentir tout le mérite
de ce Livre fans remarquer qu'il eft une des premières
productions Littéraires de ces Peuples qui
prennent maintenant leur rang parmi les Nations ,
& qui doivent dans peu occuper une fi grande
place dans l'Hiftoire ; que l'Auteur de cette effèce
de création ino: ale eft en même - temps celui d'une
des plus illuftres découvertes en Phyfique ; qu'il a
préfidé à la plus grande révolution politique , & tracé
les premières Loix du Nouveau Monde. Que manquoit
- il à un homme confacré par tant de titres que
de tranfporter fa vieilleffe parmi nous , de venir
allier les Peuples les plus fages dans leur liberté avec
la Nation la plus Leureufe par fon obéiſſance , &
de recueillir ces hommages qu'au milieu de nos vices
& de notre gloire , nous aimons à prodiguer au
Fiv
128 MERCURE
génie étranger & à des vertus que nous ne connoiffons
plus ! Nous nous étions comme accoutumés à
pofféder cet augufte Vieillard. Mais les bons Citoyens
quittent leur pays pour le fervir , & ils y retournent
mourir. Honorons ce courageux patriotifme , & confolons
nos regrets par la penfée de fa gloire . Francklin
doit ſa cendre à l'Amérique.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ONNaadonné fur ce Théâtre , Mardi 6 de
ce mois , la première repréſentation d'une
Houvelle reprife de l'Opera de Colinette à
la Cour , paroles de M. *** , muſique de
M. Gréri.
Cet Opéra eft le premier d'un genre, dont
l'Auteur ingénieux & fécond de tant de
chef - d'oeuvres applaudis chaque jour
au Théâtre Italien , a enrichi la Scène Lyrique
; il a été revu , à cette quatrième reprife
, avec tout l'intérêt de la nouveauté. Si
l'on peut quelquefois contefter le mérite
d'une production nouvelle , malgré l'affluence
qu'elle attire & les applaudiffemens
qu'elle reçoit , il feroit au moins déraifonnable
de n'en pas convenir lorfque
des reprifes multipliées , couronnées par le
་
DE FRANCE. 129
faccès le plus conftant , placent un Ouvrage,
dans le petit nombre de ceux que le Public
revoit toujours avec un nouveau plaifir.
On regarda dans le temps comme un attentat
à la dignité de la Scène Lyrique, l'heureux
effai du premier Opéra où l'on ait vû
une action & un dialogue comiques, exprimés
par une mufique tour- à- tour naïve , gaie ,
fenfible , & toujours fpirituelle. On prétendit
que c'étoit dégrader la Scène où l'on chante
les malheurs de la famille d'Agamemnon ,
que d'y introduire des fujets tirés du Théâtre
Italien ; & que c'étoit anéantir toutes les
conventions dramatiques , que d'ofer faire
rire les Spectateurs de la jalousie de Julien
à ce même Théâtre où , la veille , les accens
des deux Iphigénies leur avoient fait répandre
tant de larmes. Ces préjugés de routine
& d'habitude que la jouiffance même de
plaifirs nouveaux ne vient à bout de vaincre
qu'à l'aide du temps , fembloient autorifer
les défenfeurs de la dignitê de l'Opéra
à profcrire la Comédie Lyrique . Ils
ne vouloient point voir que ce genre pouvoit
fervir officieufement l'Art pour lequel
ce Théâtre eft effentiellement fait. Ils r fufoient
de convenir que des fujets comiques ,
mais d'un comique qui n'a rien de has & de
trivial , étoient fufceptibles non - feulement
de toutes les richeffes muficales , mais encore
de cette diverfité de tableaux & de
fêtes qu'il eft fi avantageux de conferver à
un Théâtre qu'ils embelliront.conjours , &
1 ;0 MERCURE
qui en ont fait pendant fi long - temps prefque
l'unique intérêt.
D'autres Ouvrages de ce genre , couronnés
par un fuccès à- peu -près égal , ont enfin détuit
ce préjugé d'opinion ; & celui de l'Opé a
de Colinette eft affez décidé pour ofer dire
qu'au Theâtre fur - tout , tous les genresfont
bons hors le genre ennuyeux.
Nous fomnies loin de défendre les dfauts
que le Public a oblervés dans le
Poëme. En ren lant juſtice à la manière ingéniçufe
dont l'Auteur a conçu & coupé le
premier & le dernier Acte de cet Opéra , nouslegretterons
toujours qu'il ait donné à la
Comteffe un amour dont le fentiment , prefque
méthaphyfique , ne fert qu'a jeter du
froid fur l'action générale. Nous diffimulerons
encore moins combien il eſt à regretter
que le defir d'éviter des reffemblances trop
fortes, ait fait renoncer l'Auteur à quelques
fituations qui auroient pu , ainfi qu'il en convient
, répandre plus d'intérêt & de comique
dansfon Drame , & qui auroient certainement
fervi plus heureufement le talent de
M. Grétri , que ces divertiffemens accumulés
dans le fecond Acte , par lefquels M. ***
cru pouvoir les remplacer.
Ces réflexions n'ôtent rien au mérite général
de l'Ouvrage. L'action en eft bien conduite
; le dialogue a preſque toujours le ton
qu'exigeoit la nature du fujet & le caracrère
des perfonnages. La finale du premier
Acte , le duo de Colinette & de Julien ;
DE FRANCE. 131
,
& le quatuor qui termine le fecond Acte;
le choeur dialogué , d'un chant fi aimable ,
fi fenfible , & fi heureufement contraſté
par lequel finit l'Opéra , ont obtenus à
cette reprife , comme à toutes les autres ,
les applaudiffemens les plus vifs . Ces diffé
rens morceaux offriront toujours un modèle
de l'accord le plus précieux entre le chant
& les accompagnement; de la vérité d'expreffion
qui en réfulte ; de la manière la plus
fpirituelle de faifir les intentions du Poëte ,
& de les renforcer fouvent par des traits de
chant ou d'orchestre qui femblent prêter un
charme & un intérêt de plus à la fituation
& aux paroles.
Les rôles du Prince , de la Comteffe & de
Julien , ont été rendus , à cette repriſe , par
le fieur Lainez , la Dl'e Maillard & le fieur
Chéron , avec l'inteligence & le goût qu'ils
avoient montrés aux premières repréfentations
de cet Ouvrage. La Dlle Gavaudan la
cadette , qui a été chargée , à cette repriſe ,
de celui de Colinette , y a mérité des applau- .
diffemens. Elle a laiffé quelque chofe à
defirer , & dans la sûreté de fes intonations ,
& dans la légèreté qu'exigent plufieurs des
airs qu'elle chante , & dins la fineffe du jeu
d'un rôle rendu dune manière ſi piquan'e
par la Dlle Audinot , dans la nouveauté & aux
diverfes reprifes de cet Ouvrage ; mais nous
ne doutons pas que Mlle Gavaudan ne parvienne
bientôt à acquérir tout ce qui avoit
fervi à diftinguer dans ce rôle charmant le
F vj
132 MERCURE
talent de celle qui l'a établi au Théâtre.
Cet Opéra a été remis avec le plus grand
foin. L'exécution des choeurs feule , & furtout
de celui qui le termine , n'a pas cu la
précifion & l'enſemble qu'on a droit de
defirer.
Les Ballets ont fait le plus grand plaifir.
Nous croyons cependant qu'on pourroit retrancher
de celui qui coupe le premier Acte
une pantomime prefque ridicule , & dont
l'action cft certainement invraisemblable ,
dans laquelle on voit un Maître d'École tomber
aux genoux d'une Bergère , à qui il fait
une déclaration d'amour fous les yeux d'un
nombreux Ballet qui les entoure ; on pourroit
du moins déployer d'une manière moins
mal-adroite le filet dont on s'enveloppe.
Ce petit moyen , déjà employé dans le fond
du théâtre aux premières repréfentations de
cer Opéra , ne devient pas plus piquant
pour être ainfi rapprochée de l'oeil du
Spectateur. Le pas de deux de Paftres , danfé
à la fin de cet Acte , par le Sieur Laurent
& la Dlle Langlois , a paru bien conçu &
fupérieurement exécuté. La fête de l'Ami
tié a obtenu les plus grands applaudiffemens
; il fuffit de dire la Dile Guimard &
le Sieur Veftris y ont danfé. La gigue , dans
laquelle cet étonnant Danfeur annonça , lors
de la nouveauté de cet Opéra , le talent pour
lequel la Nature femble l'avoir feul créé ,
eft précédée à cette reprife d'un air qu'il
danfe avec Mlle Guimard , dont le caracDF
FRANCE. 133
tère doux & agréable contrafte heureufement
avec l'entrée brillante qui fuccède.
Mme Pérignon a danfé , dans la fête des
Bohémiens , un pas de Catalane , où elle a
déployé cette légèreté , & cette préciſion
d'exécution qui caractériſe fon talent. M.
' Gardel l'aîné a coupé très heureuſement le
Ballet charmant qui termine cet Opéra , par
un petit épifode, dont le fujet lui a été fourni
par cet air de M. Grétri.
Bon dieu ! bon dieu , comme à c'te fête
Monfieur de la France étoit honnête.
Cette intention a été très- bien rendue par
Mlle Guimard , les Sieurs Veftris & Laurent .
Il feroit difficile de décrire Peffet piquant de
cette petite pantomime , & plus difficile encore
d'exprimer la légèreté qu'y a déployée le
Sieur Veftris . La grâce aimable & facile avec
laquelle il vient à bout de diffimuler la force
des chofes étonnantes qu'il exécute , eft peutêtre
le comble de l'Art auquel puiffe être
porté un talent fi extraordinaire.
COMÉDIE ITALIENNE.
Le Samedi 26 Juin , on a repréſenté , pour
la première fois , l'Heureufe Réconciliation ,
Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes .
C'est dans l'Heureux Divorce , Conte moral
de M. Marmontel , qu'on a puifé le fujet
134
MERCURE
de l'Heureufe Réconciliation ; mais il s'en
faut bien que le Copifte ait tiré du modèle
tout ce que celui - ci pouvoit fournir d'inté •
reffant & de propre à la Scène. Rien de plus
monotone , & par cette raifon de moins intéreffant
que la marche de la Comédie. En
voici la Fable. La Scène fe paffe dans un
jardin.
Le Marquis de Lisère a vû Lucile , fa
femme , céder à l'amour des plaiſirs , préférer
aux jouiffances tranquilles que donne la vie
fédentaire , celles qu'on trouve dans le tourbillon
du monde ; il fe croit oublié , peutêtre
trahi. Dans la douleur qu'il éprouve ,
il prend la réfolution de quitter la Capitale ,
& de fe retirer dans une de fes Terres. Avant
de s'éloigner , il écrit à Lucile une lettre qu'il
fe propofe de lui faire remettre par la femme
de fon vieux Domeftique Ambroife , & il
engage le bonhomme , qu'il veut emmener
avec lui , à la charger de fa commiflion ,
en lui recommandant le fecret jufqu'au
départ. Ce fecret n'eft point gardé. Lucile a
vû le monde , elle l'a connu pour le méprifer
; elle regrette le bonheur qu'elle a perdu
en négligeant la tend.effe de fon éponx ; à la
lecture de la lettre que lai remet l'épaule
d'Ambroife , fon chagrin redouble ; enfin
elle tente de faire connoître au Marquis le
repentir dont elle eft pénétrée. Lisère , dans
les premiers jours de fon mariage , a fait
faire le portrait de fa femme , & l'a placé
dans fon cabinet ; depuis le refroidiffement
DE FRANCE. 135
de la Marquife , ce portrait eft l'unique confolation
de fon mari ; Lucile fe le fait apporter
, elle change l'expreffion de la phyfionomie
, fubftitue l'air du defordre douloureux
à la recherche de la parure , & fait
couler de fes yeux des larmes , fymbole de
fa trifteffe. Le Marquis , à la vûe de ce portrait
, eft frappé de l'expreffion qu'il y remar
que , fe livre à l'efpérance du doux préfage.
qu'elle lui indique , voit Lucile s'élancer
d'un pavillon voifin , d'où elle épioit l'effet
- que produiroit la tentative , & fe jette à les
genoux ; enfin , il l'entend abjurer fes erreurs.
Il ne doute point qu'elle ne foit encore
digne de toute fon eftime , & il lui rend
fa tendreffe , à la grande fatisfaction du
vieil Ambroise & de fa femme . *
-Ceux de nos Lecteurs qui connoiffent le
Conte de M. Marmontel, feront étonnés
que d'un fonds auffi riche que celui de l'Heureux
Divorce on n'ait tiré qu'une intrigue
aufli pauvre que celle dont nous venons
de donner l'analyfe. Une feule phrafe du
Conte , phrafe que l'Auteur de l'Heureufe
Réconciliation a copiée mot à mot , fuffifoit
dire
* Pour être rigoureufement exacts , nous devons
que cette intrigue eft coupée par la vifite d'un
certain Comte , perfonrage épifodique , qui a vâ
1 ucile dans le monde , & qui vient favoir d'elle s'il
eft vrai qu'elle le foit mife dans la réforme. Le mauvais
ton de cet apôtre du plaifir n'eſt pas fait pour en
donner le goût.
136
MERCURE
ور
61
néanmoins pour indiquer la manière de porter
au Theatre ce fujet très- moral. Nous la tranf
crivons ici . Je l'ai trahie (Lucile ) en l'abandonnant
, dit Lisère ; le ciel m'avoit choifi
» pour gardien de fa jeuneffe imprudente &
fragile. Cette feule réflexion devoit développer
aux yeux d'un Auteur Dramatique
les refforts capables d'intéreffer & de plaire :
nous croyons au moins les appercevoir. Ne
pourroit - on pas rejeter dans l'avant - Scène
tour ce qui s'eft paffé entre les époux depuis
leur union jufqu'au moment du divorce ; dépeindre
leurs caractères dans l'expofition ;
annoncer Lucile comme une femme qui ,
s'étant fait une opinion exagérée des égards
que les hommes doivent & confervent aux
femmes qu'ils aiment ou qu'ils époufent , ne
regarde Lisère que comme un mari froid &
indifférent , parce qu'il n'a point pour elle
la paffion d'un Héros de Roman ; tracer le
caractère un peu trop raifonneur de Lisère ;
démontrer les dangers de fa trop grande réferve
, & principalement ceux du divorce
dont il a très- indifcrètement adopté le par-.
ti ; préfenter les derniers momens que Lucile
paffe dans un monde vicieux , où feule ,
livrée à elle-même , foible & fans expérience ,
elle voit la vertu attaquée & prête à fuccomber
; offrir Lisère en proie aux tourmens de
• l'inquiétude , de la crainte , & même du remords
; enfin , par une progreffion habilement
ménagée , éclairer les deux époux , &
amener pour le dénouement l'heureufe fitua
DE FRANCE. 137
tion du Conte. Tout cela nous paroît naturel
& raifonnable ; au moins penfons - nous que
eette marche , plus larmoyante , à la vérite ,
que comique , étoit la feule que l'on pût
prendre pour remplir le but du Conteur
moral , & pour compofer un Ouvrage ſufceptible
de quelque cffet. Nous conviendrons
volontiers qu'une intrigue ainfi compoſée
pourroit devenir étrangère à une Pièce à
ariettes , & fur - tout à une Pièce en un Acte ;
mais il faudroit d'abord étendre fon action ,
- & la divifer en trois Actes ; enfuite , pourquoi
porter dans un genre ce qui convient,
à un autre ? Il ne faut point fe laffer de le
répéter , c'eſt le défaut de réflexion qui opère
ffouvent la confufion des genres , & c'cft
de cette confufion , à laquelle on finira malheureufement
par s'accoutumer , que réfultera
, tôt ou tard , la perte de l'Art Dramatique
en France .
L'Heureufe Réconciliation eft foiblement
écrite , pour ne rien dire de plus , & la négli
gence du ftyle , jointe à la langueur de l'action
, en fait un des Ouvrages les plus tièdes
que l'on puiffe voir repréſenter.
*
La mufique eft d'un étranger ; c'eft un
effai : il annonce d'heureufes difpofitions. Le
faire en eft quelquefois laborieux & pénible ;
mais on y remarque des idées, des intentions
heureufes , & l'intelligence d'un bon Compofiteur.
L'expreffion y eft, de tems en tems , un
peu forcée, & paroît plus propre à la Tragédie
qu'au Comique larmoyant; mais elle a fou738
MERCURE
vent de la jufteffe & de l'intérêt . Qu'exiger
d'ailleurs d'un Muficien pour qui le Poëte
n'a prefque rien fait , & qui eft obligé de
deguifer le néant des vers fur lefquels il travaille
, par les reffources & les combinaiſons
de l'Art mufical : Rien , que le choix d'un
meilleu canevas .
LE Mardi 28 Juin , on a donné la première
repréfentation de Claude & Claudine ,
Opéra - Comique en un Acte & en vaudeville.
Claude & Claudine , s'aiment & deſirent
de fe marier ; mais ils ignorent ce que c'eft
que le mariage : ils cherchent à le favoir. Les
informations qu'ils prennent fur cet article
ne leur en donnent que des notions trèsvagues.
Claude vient tout fimplement dire
qu'on l'a inftruit , fans que l'on fache par
qui , ni comment il a été éclairé. Claudine
raconte qu'elle a rêvé , & fe croit inft uite
par fon rêve. Un Seigneur auquel ils font
attachés , & qui s'eft un moment amufe de
leur innocence , confent à les unir.
Les inquiétudes amoureufes , la curiofité
naïve & l'embarr's un peu licentieux de
Daphnis & de Chloé , dans le Roman célè ·
bre qui porte leur rom , ont déjà fourni à
quelques Auteurs le fonds cu les incidens
de plufieurs bagatelles dramatiques I fant
parmi elles diftinguer la Chercheufe d'Ef
DE FRANCE. 139
,
prit , de M. Favart , Ouvrage charmant
plein de grâces , & dans lequel la décence
trouve fouvent à rire , fans être jamais alarmée.
Celle ci ne mérite pas , à beaucoup
près la même diftinction . Claude &
Claudine font bien éloignés d'avoir aucune
reffemblance avec Alain & Nicette.
Ceux-ci ont de la naïveté , ils infpirent
de l'intérêt , ceux - là font tout fimplement
niais & froids , quoiqu'ils ayent par
fois de la prétention à l'efprit ; mais cet ef
prit n'a point été goûté , parce qu'en effet il
ne devoir pas l'être. Pour faire paffer ce que
la gravelure a de trop licentieux , il faut de
la fiueffe & de la gaîté ; Claude & Clandine
n'ont l'une ni l'autre. Le feul couple tqui
ait eu un fuccès général , eft celui - ci ; le der
nier du vaudeville : il a été redemandé.
、
Quand une Pièce eft applaudie ,
C'eft pour nous un très-grand bonheur;
Cela redouble notre envie
De contenter le Spectateur:
Mais quand l'Amateur fait la mine ,
Et qu'il n'écoute plus l'Acteur ,
La Comédie eft la Claudine ,
Et le vrai Claude , c'eft l'Auteur.
Les Comédiens François annoncent dans
ce moment une Comédie que nous avions
defiré de voir remettre au Théâtre : le Jaloux
fans Amour.
140 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
LE Moralife Mefmérien , brochure in - 12 . de
132 pages . A Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux .
Nous nous fommes ordinairement bornés à une
fimple annonce des Ouvrages relatifs à la querelle
du magnétifme , mais nous croyons devoir revenir
fur celui ci , parce qu'il eft en quelque forte étranger
à cette querelle , & qu'il nous femble plutôt appartenir
à la philofophie qu'au magnétifme .
J. J. Rouffeau dit qu'il faut diftinguer deux chofes
dans l'amour , le phyfique & le moral. Notre Anteur
foutient que le moral n'y entre pour rien ; & il
faut convenir que fi c'eft un paradoxe , il l'appuie
de toutes les raifons qui peuvent le rendre probable.
Selon lui , le vif attachement d'un fexe pour l'autre
eft l'effet d'une tympathie phyfique : chercher à le
produire par la féduction , c'eft falfifier la Nature.
L'amour propre , mis en jeu par différentes caufes ,
produit, à la vérité , des paffions artificielles , qui ,
fans être l'amour , en offrent le caractère ; mais en
fe rendant un fidèle compte de ce qui fe pafle audedans
de foi ; l'on peut reconnoître fi l'on aime
véritablement.
Nos Lecteurs pourront voir , dans l'Ouvrage
même , de quelle manière l'Auteur établit cette différence
; & nous croyons que les partifans du magnétifme
, fes adverfaires , & ceux qui ne font ni
pour ni contre y trouveront des chofes qui les fatisferont
également.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France. A Londres ; &
fe trouve à Paris , rue d'Anjou , la feconde porte .
DE FRANCE. 141
"
cochère à gauche en entrant par la rue Dauphine.
Il paroît quatre Volumes de cette importante .
Collection , qui doit former une Bibliothèque auffi
utile que difficile à raffembler. On en publie un
Volume régulièrement tous les mois . Le prix de la
foufcription pour douze Volumes à Paris eft de
48 liv. , ou de 24 liv . pour la demi - année . Les
Soufcripteurs de Province payeront de plus 7 liv.
fols pour l'année entière , ou celle de 3 liv . 12 fols
pour la demi année , à caufe des frais de pofte.
4
, FABLIAUX choifis , mis en vers & fuivis de
l'Hiftoire de Rofemonde , par M .... Brochure in- 16.
de 125 pages. A Amfterdam , & fe trouve à Paris ,
chez Eugène Onfroy , Libraire , rue du Hurepoix ,
près le quai des Auguftins , & chez Belin , Libraire ,
rue S. Jacques.
Cette brochure contient la Traduction de cinq
Fabliaux : Aucaffin & Nicolette ; Aubérée , Gauvain ,
ou les Lévriers ; la Châtelaine de Vergy ; le Chevalier
à la Trappe , avec l'Hiftoire de Rofemonde.
Tout cela eft verfifié très - facilement.
LEÇONS Elémentaires d'Hiftoire Ancienne ,
tant Sainte que Profane , à l'ufage des Elèves de la
Maifon d'Education de M. Bullette , à Bordeaux ,
rédigées par lui - même , 2 Vol . in- 12 . A Bordeaux ,
chez les Frères Labottière , Impr. Libr . , Place du
Palais ; & fe trouve à Paris , chez Lottin de Saint-
Germain , Libraire , rue Saint Jacques .
Cet Ouvrage , qui eft fait avec clarté & précifion
, eft extrait des Hiftoriens les plus judicieux &
les plus exacts de nos jours.
NOUVELLE Topographie , ou Deſcription
détaillée de la France divifée par carrés uniformes ,
dont les Cartes font accompagnées d'un Difcours fur
142
MERCURE
les objets les plus intéreffans qui leur font propres ,
avec le rapport des mefures locales à la toife du
Châtelet de Paris ; Ouvrage utile à tous les Citoyens
en général , fur-tout aux Seigneurs , aux Propriétaires
- Fonciers & aux Cultivateurs par M. de
Heffeln , Géographe de la Ville de Paris , & Cenfeur
Royal , rue du Jardinet , vis- à - vis celle du
Paon.
Cartes des Contrées Nord & Nord- Eft de la
Région Centre , la quatrième & la cinquième de
celles qui offrent le fecond degré des détails de la
fuperficie du Royaume jufqu'aux Paroiffes inclufivement.
La Contrée Nord contient la majeure partie de
l'Orléanois & fa Capitale , qui eſt affez près du centre
de la Carte. Elle eft traversée par le Méridien de
l'Obſervatoire à l'Eft . Cette ligne eft graduée par
lieues de 2187 tuiles , afin de fervir de bafe à la
meſure de toutes fes parallèles ; la même Carte eft
traversée dans fa partie Nord par une perpendiculaire
qui eft graduse de même par lieues de 2187
toifes , à raifon de 9 lignes pour chaque lieue , afin
d indiquer la mesure de toutes fes parallèles .
La contrée Nord- Eft contient le Gâtinois , avec
une partie de la Champagne. La perpendiculaire
graduée la traverſe dans la direction vers l'Eſt.
Les Villes de Joigny , Courteney & Villeneuvele-
Roi occupent le centre de cette Carte , qui ne le
cède pas aux précédentes pour la beauté & la netteté
de la Gravure.
La première Partie de l'Ouvrage , compofée des
neuf Cartes de Régions , renfermant le premier
degré des détails de la fuperficie du Royaume fur
une échelle invariable de 729 toifes par ligne, fe
diftribue chez l'Auteur , avec la Carte de la France
en une feuille , fervant de Tableau général pour
tout l'Ouvrage , dont l'Auteur ne propofe pour le
DE FRANCE. 145
préfent au Public que les deux premières Parties ;
favoir , celle des neuf Cartes des Régions & celle
des Cartes des Contrées , dont la Collection entière
e de foixante onze à foixante-douze Cartes ; elles
-valent 3 liv. 18 fols chacune , lavée , avec filets , &
3 liv. 12 fols fans lavis pour les Perfonnes qui n'ont
pas fouferit.
Ces deux premières Parties de l'Ouvrage étant
actuellement très avancées , la ſouſcription partielle
eft fermée pour ceux qui n'ont pas foufcrit dans le
temps ; mais l'Auteur recevra encore pendant quelque
temps celle de la Collection entière des Cartes
de ces deux premières Parties , qui font un objet de
180 liv. pour les Cartes lavées , avec filets , & de
160 liv. feulement pour les mêmes Cartes fans
lavis.
PRECIS Hiftorique fur la Vie & les Exploits de
François Lefort , Citoyen de Genève , Général &
Grand Amiral de Ruffie , Vice - Roi du Nowe- Goj
rod , & principal Miniftre de Pierre- le- Grand ,
par M. de Basville , in- 89. Prix , 3 liv. broché. A
Genève ; & fe trouve à Paris, chez Laurent , rue
de Tournon.
C'est l'hiftoire intéreffante d'un Homme trèscélèbre
par de grands événemens & de grandes qua
lités.
On trouve chez le même une nouvelle Traduction
en profe de l'iliade , 2 Vol . in 12. Prix ,
10 liv. brochés , & le mêine , format in- 4 ° . fur
papier vélin , 2 Vol . Prix , 48 liv, brochés.
UNE Eftampe , contenant en vers les noms &
fujets des Livres de l'Ancien & du Nouveau Teftament
, décorée des attributs de la Religion , haute de
If pouces, large de ti pouces & demi . Se vend à
Paris , chez l'Auteur , rue Croix des Petits - Champs ,
144
MERCURE
maifon de Mme Tramblay , & chez Mondharre &
Jean , Marchands d'Eftampes , rue Saint Jean de
Beauvais , pres celle des Noyers. Prix , 12 fols .
OUVERTURE du Barbier de Séville de M. Paifiello
, pour le Clavecin avec Violon . Prix , a liv.
& fols. Airs du même Opéra avec Harpe ou
Piano. Prix , 3 liv. 12 fols . Ouverture d'Alexis
& Justine pour Clavecin & Violon. Prix , 2 liv.
8 fols . Airs du même Opéra pour Harpe ou
Piano. Prix , 7 liv . 4 fols , par M. Leroy, OEuvres XII ,
XIII , XIV & XV . On recevra ces différens Morceaux
port franc par la pofte , ainfi que toute espèce
de Mufique , en payant par lettre affranchie le prix
marqué fur chaque Exemplaire. A Paris , chez l'Auteur,
Marchand de Mufique , Place du Palais Royal ,
Café de la Régence . Les Airs fe vendent auffi féparément
à la même Adreffe .
TABLE.
VERS fur la Mort du Duc Montefquiou-Fézenzac-Pey-
A Madame..... :
de Brunswick,
Réponse à la Question ,
phe,
97 loton
99 Variété ,
105
112
ib. Académie Roy. de Mufiq. 128
Charade , Enigme & Logogry- Comédie Italienne , 133
102 Annonces & Notices , 140
Oraifon Funèbre de Jean de
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Juillet . Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris »
le 15 Juillet 1785. GUIDI .
10.5
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE au Docteur PETIT , appelé dans
fa Patrie pour inoculer les Enfans de nos
premiers Citoyens.
ENFIN , Docteur , dans ta Patrie
La voix de la Philofophie .
T'appelle pour combattre un mal ,
Un mal que le peuple infernal
Inventa dans fes noirs abymes ,
Pour groffir l'effaim des victimes
Que moiffonne l'acier fatal :
Gliffé par toi fous l'épiderme
D'un enfant unique , adoré ,
Un levain choifi , préparé ,
Va fans péril hâter le germe
N° . 30 , 23 Juillet 1785.
G
146 MERCURE
De ce virus tant abhorré ,
Qui , comme un velcan dans nos veines ,
Dort jufqu'au temps où, fermenté ,
En tonnant , fes fureurs foudaines
Orent la vie ou la beauté,
Laiffe crier les Moraliftes ,
Er les Paltrons & les Cagots ,
L....... les Rigoriftes ,
Les vieux Affaffins & les Sots ;
Imitons la fage Angleterre :
La Circaffie & tout le Nord ,
Danpant cet exemple à la terre ,
Font lâcher fa proie à la mort.
Oh! dans ma ville ( empoisonnée ,
Grâce au ſtupide préjugé , )
Que n'as-tu plutôt voyagé !
Plus d'une victime épargnée....
Chaffons ce trifte fouvenir ,
Ne le mêlons point, au plaifir
Que nous caufe ton arrivée.
Cent triomphes que j'ai prédir
Signalent déjà ta préfence,
Le fanatifme & l'ignorance
Seront encor tes ennemis :
On les confond par le filence ,
Par les fuccès & le mépris.
Un mot , Docteur , & je finis .
Les efprits font aufli foumis ,
BIBLIOTHECA
REOLA
MACIESIS
DE FRANCE. 147
Ou doivent l'être à ta puiſſance.
Pourrois-tu pas avec prudence ,
Inoculer certaines gens ,
Et donner , felon l'exigence ,
Par exemple, à l'un du bon fens ,
A l'autre de la prévoyance ;
Aux femmes un peu de conftance ,
-Plus de tendreffe à leurs amans ,
Aux petits maîtres fémillans ,
Qui pirouettent en cadence ,
Malgré leur trente ou quarante ans :
Inoculer la confiftance
A nos Politiques bruyans ,
Formés par nos Bouillons favans
Et par la Gazette de France :
Inoculer la défiance
De tant de bruits impertinens
Et de tant de faux jugemens
Que vend la haine à l'ignorance;
Inocule aux Abbés galans
Certaine dofe de décence ,
Afin qu'avec moins d'impudence
Ils lorgnent des appas naiffans :
Inocule, & prends bien ton temps
A tous Auteurs , de l'indulgence
Pour leurs Confrères en talens :
A tous dévots , archi-pédans ,
Le reſpect pour l'homme qui penſe ;
Gij
148
MERCURE
La haine de la médifance ,
L'amour des vers , des arts charmans
Qu'ils dénigrent par impuiſſance,
Docteur , tu bâilles , je le vois ,
J'abufe de ta complaisance ;
Malgré ton art & ta fcience ,
Qui d'Arropos fufpend les loix ,
Des cures de cette importance
Ne s'opèrent pas dans un mois .
(Par M, Crignon. )
LE CERF , LE CHEVAL ET L'HOMME ,
Fable librement imitée d'Horace,
CONTENT CONTENTONS - NOUS du néceſſaire :
Tel qui fous fon bumble chaumière ,
Dans une heureuſe obſcurité ,
Eût pu terminer fa carrière ,
Pour un peu d'or vendit fa liberté ,
Et regretta toute la vie
Les biens que lui coûta fon infigne folie.
Le Cheval & le Cerf , jadis d'un bon accord ,
Vivoient au même pâturage.
Bientôt ennuyé du pacage ,
Et n'écoutant que la loi du plus fort ,
Le Cerfchaffa fon camarade ,
DE FRANCE. -149
Qui d'abord dans un pré voifin
Courut fe confoler de ſa brufque incartade.
Mais , bien qu'il fuffît à ſa faim ,
Le régal lui ſemblant moins exquis & moins fin ,
A l'Homme il fut conter fa chance ,
Et le pria de fervir fa vengeance.
Qu'arriva t'il ? Au frein il fallut fe plier.
Le fang de fon rival expia fon offenſe ;
Mais rien ne put délivrer le courfier
Ni du frein , ni du cavalier.
(Par M. Nogent , Receveur des Fermes
à Avalon. )
?
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délice ; celui
de l'Enigme eft Moulin ; celui du Logogryphe
eft Lardon , où l'on trouve or, lard,
rond , Lord, Roland, don , Nard, on , Nord,
Oran , Laon.
G iij
150
MERCURE
MON
CHARA D E.
fecond vertueux abhorre mon premier ;
La paix , le bonheur de notre âge,
Sont l'ouvrage de mon dernier ,
Dont mon tout , loin de lui , repréſente l'image.
( Par M. de L **. )
ÉNIG ME.
DANS le fein du défoeuvrement ,
( Chacun le fait ) je puiſai l'être ;
Et moi , pour le payer de ce qu'il me fit naftre ,
Je me dévoue à fon amuſement.
Qui fuis-je ? C'est le hic... Avec empreffement ,
Tel rôde autour de moi , peut-être ,
Qui, mêmeen m'approchant , me cherche vainement.
Tel autre auffi rapidement
Pénètre le déguisement
Qui l'empêchoit de me connoître.
Eh bien , t'y voilà ? · Non. -- Tant mieux ; car,
franchement ,
Dès qu'on me voit trop clairement ,
Je ceffe d'être moi . Quoi qu'il en foit , mon maître,
Ne te rebutes pas ; effaye adroitement
De me faifir. Aye , aye , me tiens- tu ? -- Sûrement.
DE FRANCE.
1st
Oui! tant pis. bon ! - --
Mais , oui : c'eft - là le
dénoûment,
En me nommant , Lecteur , tu m'as fait difparoître .
(Par M. Rouhier. )
LOGO GRYPH E.
PARAR mon fecours on fait monter
Un élément qui veut toajours defcendre.
Je rougirois de me nommer ,
Lecteur , tâchez de me comprendre.
Tel rit fouvent à mon afpect ,
Qui dans certain cas me révère :
Et tel autre pouffant bien plus loin le refpect ,
Pour me toucher met les genoux en terre.
Si quelquefois vous êtes peu difpos ,
Pour vous fervir de moi vous me tournez le dos.
Dans mes huit pieds fe trouve une rivière
Qui coule au milieu de Paris ; -
Le maître de la France entière ;
Des oifeaux l'un des plus jolis
Par fon
ramage
Et fon plumage ;
Le tendre objet de fon amour ;
Ce que l'on craint à la fin d'un beau jour ;
Un animal malfaiſant & rifible ;
Un monfire enchanteur & terrible
Giv
152
MERCURE
Qu'Ulyffe autrefois redouta ;
Cet oifeau que maint loup dupa ;
Le contraire de quelque chofe ;
Un bouig que la Garonne arrofe ;
Le nom d'un bon Prédicateur.
Voilà tout. Devinez , Lecteur,
( Par M. Lècefne. Y
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE de M. de Peyffonnel , ancien Conful
Général à Smyrne , ci - devant Conful de
S. M. auprès du Khan des Tartares , à
M. le Marquis de N. , contenant quelques
obfervations relatives aux Mémoires qui
ont paru fous le nom de M. le Baron'de
Toit. in 8°. A Amfterdam 1785.
PEU de Livres ont été lûs avec plus d'intérêt
par la multitude , & avec plus de défiance
par les efprits réservés , que les Mémoires
de M. le Baron de Tott . C'eft à leurs
défauts même qu'ils ont dû en partie ce
fuccès rapide , qui n'eft pas toujours un gage
du fuffrage de la poftérité. Si le grand nom
bre d'objets qu'on parcourt dans cet Ouvrage
euffent été développés , cette érudition
hiftorique eût fatigué des Lecteurs impatiens
, qui n'ont pas beſoin de rien apprendre ;
DE FRANCE. 153
fi l'Auteur eût approfondi les détails importans,
au lieu de multiplier ceux qui pouvoient
être agréables , il cût fait travailler l'intel-,
ligence , fans amufer l'imagination ; ſi l'on
n'eût pas flatté la curiofité par un tableau
difforme , dont l'invraifemblance forme le
principal attrait , les Turcs ne nous auroient.
paru qu'une Nat on trop ordinaire , & d'un
caractère trop difficile à faifir à la première
lecture. Enfin , les doutes , les exceptions ,
les difcuflions peuvent occuper les Savans
mais rébutent les gens du monde , gênent le
bel - efprit jaloux de généralifer , & forment
un écueil pour les idées fyftématiques.
En analyfant les Mémoires de M. de Tott ,
nous préfentâmes quelques remarques à
demi developpées fur les conféquences politiques
, déduites par l'ingénieux Auteur
de quelques faits particuliers ; fur l'impoffibilité
de concevoir l'exiftence d'une Nation
telle qu'il nous a repréſenté les Turcs ; fur
les abus prefque toujours confondus dans ce
Livre avec les ufages ; enfin fur les véritables
caufes & fur le degré de la décadence
actuelle de l'Empire Ottoman. Nos conjectures
viennent d'être pleinement confirmées
par M. de Peyffonnel.
Ainfi qu'à d'autres , on ne lui objectera
pas puérilement , que n'ayant jamais vu les
Turcs , illui eft défendu d'en jeger différemment
que les Voyageurs ; fon autorité eft
équivalente à celle de M. de Tott. Vingtfept
ans de féjour en Turquie , une longue
Gy
>
1f4
MERCURE
}
adminiftration d'affaires délicates & difficiles
au milieu des Ottomans , une parfaite connoiffance
de leur langue & l'étude de leurs
ufages , permettent fans doute à M. de
Peyffonnel d'expofer fon opinion. Il l'a fait
avec autant d'eſprit que de politeffe ; mais
fa critique rejette le Lecteur dans un nouvel
embarras ; car elle efface prefque tous les
grands coups du pinceau brillant de M. de
Tott.
Faudra-t'il donc recommencer l'étude de
la Turquie Oui , il eft bien d'autres Na-.
tions plus voifines qui , malgré tant de Livres
, d'Obfervateurs & de Voyages , auroient
auffi le droit de nous renvoyer à
l'école .
Par un éloge infiniment outré de nos premières
obfervations , M. de Peyffonnel nous
a interdit d'examiner les fiennes ; notre jugement
feroit fufpect , & nous devons nous
borner , par quelques citations , à mettre
le Public en état de comparer les affertions
des deux Écrivains. Il n'y a point d'ordre
dans les Mémoires de M. de Tott ; il n'y en
a point dans la critique de M. de Peyffonnel ;
il n'y en aura point dans cette analyfe , &
nous fuivrons tous trois , ainfi que le Lecteur
, les habitans du Bofphore de Thrace ,
fans refpect pour les tranfitions..
On peut fe rappeler que M. de Toit éternife
la barbarie Ottomane , en attribuant
l'ignorance des Turcs à l'extrême difficulté
qu'ils ont de lire leur propre langue. M. de
DE FRANCE.
Iss
"
66
Peyffonnel fait à ce fujet une remarque extrêmement
fimple . Si les Indigènes qui
» favent la langue , avoient tant de peine à
» lire l'écriture , quel devroit donc être le
» travail des étrangers ?..... Cependant M.
» de Tott nous apprend qu'avec le fecours
» d'un Maître de Langue Perfan , toujours
ivre d'opium & d'eau-de-vie , il fut en
peu de temps en état de fe paffer d'interprête.
Si nous avons eu , fi nous avons en-
» core tant de favans Interprêtes en état de
» défier en Turc , en Perfan & en Arabe ,
les Lettrés Mahometans les plus inftruits ,
» on doit en conclure que les indigènes qui
favent déjà la langue , doivent parvenir
» facilement à lire & à entendre les Ou-
" vrages les plus abftraits. »
»
"
"
33
M. de Tort refufe aux Turcs toute culture
de l'efprit. Leurs études & leur Litté
rature le børnent , felon lui , à des tranfpofitions
de lettres , amufement du mauvais
goût. Cette affertion paroît à M. de Pey ffon
nel une exagération injuſte. Autant vaudroitil
avancer qu'on ne compofe en France que
des charades & des calembours , parce que
ces miférables jeux d'efprit exercent la fagacité
de quelques individus. Depuis la grammaire
aux mathématiques , pas une fcience
que l'on n'enfeigne dans les Médreffés ou
Colleges Turcs ; pas une fcience fur laquelle
les Ottomans n'ayent des Auteurs . Sans doute
ce n'eft pas affez pour fe procurer des Efcadres
, des Armées , une difcipline militaire,
G vj
156
MERCURE
une fage adminiftration , & tous les Arts
qui ont donné aux Européens tant de fupériorité
fur les Afiatiques ; mais n'eût elle que
les élémens d'Euclide & les Fables de Lockman
, une Nation ne mériteroit pas d'être
placée au degré de rufticité fociale où la fuppofe
M. de Tott.
Il lui eft échappé des erreurs hiftoriques
affez nombreuſes , dont M. de Peyffonnel
s'étonne avec raiſon . Après 23 ans de féjour
en Turquie , comment l'Auteur des Mémoires
a t'il fait de la Georgie une dépendance
de la Perfe plutôt que de la Turquie ,
tandis que cette Province eft divifée en deux
principautés dont la plus importante , valfale
aujourd'hui de la Ruffie , l'étoit ci devant
du Grand Seigneur ? Comment trouvet'il
dans le mot Sultan un fimple titre de
naiffance , qui n'entraîne aucune idée d'autorité
, lorfque la légende des monnoies
Turques commence précisément par ces
mots: Soultan el Bercin , le Souverain des
terres , Ve Hahka el Bahrein , & le Dominateur
des mers? Comment réferve -t'il au
feul Souverain des Tartares la qualification
de Khan , tandis que l'Empereur Turc la
prend dans toutes fes monnoies ? Comment
s'eft-il trompé fur la généalogie même des
Souverains qu'il a vû réguer à Conftantinople
, fur la naiffance des Sultans Mahmoud
& Ofman , fils de Muftapha III , & non
d'Achmet , comme il le dit ? & c. Comment
a- t'il attribué à Sultan Ofınan le genDE
FRANCE. 157
re de mort de Sultan Mahmoud , fon prédéceffeur
, frappé d'agonie entre les deux
portes du Sérail ? Comment deux fois prendt'il
le fleuve du Niéper ou le Borifthène ,
pour le Niefter qu'il a traverfé ? & c.M.deTott
eft la preuve qu'on peut commettre beaucoup
de méprifes de cette efpèce , & refter
un homme plein d'efprit , de feu , d'imagination
& de talens ; mais quelque peu effentielles
que foyent ces imperfections , elles
indiquent des connoifiances fouvent peu
exactes & des informations négligées. Précipitation
dans le travail , qui fait craindre
celle des jugemens.
Il eft des ufages fouvent pen remarquables
en eux-mêines , qui fervent à caractérifer
parfaitement l'efprit national ; il
importe de ne pas fe tromper fur le vrai
motif de leur inftitution . « Plufieurs :
" gens riches , dit M. de Tott , font conf-
» truire des fontaines & des Namazgiak ,
2
afin d'indiquer aux dévots Mufulmans la
direction de la Mecque. » D'après ce paffage
, on eft tenté d'attribuer à la ſuperſtition
des Turcs , ce qui eft l'ouvrage de l'efprit
d'humanité. « Les fondateurs des fon-
» taines , remarque M. de Peyffonnel , ont
و د
regardé , avec raifon , comme une oeuvre
» très- méritoire , d'étancher la foif des paſ-
» fans dans les rues , & des voyageurs dans
les chemins , & de leur fournir les moyens
de faire les ablutions qui , de toute néceffité
, doivent précéder la prière . Plufieurs "
158 MERCURE
39
ont pouffé la bienfaiſance jufqu'à affigner
» des fonds pour la fourniture de la neige
pendant tout l'éré , afin que les paffans
qui viennent s'abreuver à leurs fontaines ,
boivent plus frais & fe defaltèrent plus
» facilement. "
"
Pour juftifier l'idée qu'il a conçue & qu'il
nous préfente du Gouvernement des Turcs ,
l'Auteur des Mémoires , entraîné par fes
préjugés , voit par tout le defpote implacable
& le peuple impuiffant . Il donne
au premier le pouvoir illimité d'opprimer
impunément , & ôte au fecond jufqu'aux
forces morales pour fe défendre. Suivant lui ,
aucune loi ne réclame contre les atrocités du
defpotifme , & l'habitude de fouffrir étouffe
jufqu'à la plainte. Puifque cet état de choles
exifte en Ruffie , où les fujets vivent , nonfeulement
fous une autorité politique , ab
folue & arbitraire , mais encore fous le joug
de la fervitude réelle , le même phénomène
pourroit fe retrouver en Turquie. Heureufement
on doit douter de cette funcfte reffemblance.
"Il n'y a peut-être pas de Monarque fut
» la terre , dit M. de Peyffonnel , témoin
» oculaire de ce qu'il avance , plus acceffible
» à la plainte que l'Empereur Turc. Tous
» fes fujets indiftinctement , Mahométans ,
» Chrétiens & Juifs , peavent, tous les Vendredis
, lorfqu'il va en cérémonie à la
Mofquée , lai préfenter un placet. Les opprimés
fe rangent en file fur le paffage du
"
DE FRANCE. 359
"3
» Souverain ; ils ont chacun fur la tête un
» morceau de natte allumé & fumant ; quand
l'Empereur apperçoit cette fumée , il s'arrête
, donne ordre à quelqu'un de fes gens
» de ramaffer les placets , il fe les fait re-
» mettre , & les place dans fon fein. Muftapha
IV les lifoit tous ; & fouvent après
» cette lecture il fit des actes de juftice éclatans.
On voit quelquefois dans les Tribu-
» naux des plaideurs fermes & hardis qui ,
foupçonnant quelque prévarication , ofent
menacer le Juge en ces termes : Haffir
» Yakarum ; j'allumerai la natte . »
"
מ
Il existe un contre- poids légal au defpotifme
de l'Empereur Ture , dans l'autorité
des Ulemas , ou gens de loi ; M. de Tort
l'avoue ; & , ce qu'il y a d'étrange , il induit
de ce choc de ces deux puitfances , que la
feconde eft abfolument fans énergie. Sa
fo: ce , il eft vrai , peur n'être pas égale ; mais
de ce qu'elle eft plus foible , s'enfuivroit - il
qu'elle fût nulle ? Écoutons M. de Peylfonnel.
93
"
" Dès qu'il y a entre le Defpote & le Peu
ple un Corps intermédiaire dont le droit
» eft égal ; dès que ce Corps et le dépofitaire
, l'organe & l'interprête de la Loi ,
» à laquelle le Souverain doit être foumis
» comme le dernier de fes Sujets ; enfin ,
dès que ce Corps & le Defpote font forcés
par la Loi de fe craindre & de fe mé:
» nager , il ne peut plus y avoir d'arbitraire
abfolu..... Si le Souverain peut d'un feul
160 MERCURE
ور
ود
"
» mot exiler & même perdre le Mufti &
» les Ulemas ; ceux- ci peuvent, dans un inf
» tant , par des difcours ou par des placards
affichés aux Mofquées , foulever le peuple,
détrôner , faire étrangler ou maffacrer le
» Souverain. Ce fut de fon exil , & dans fa
» maifon de campagne fur le Bofphore, que
» le fameux Mufti Effad Effendi , excita
» contre Sultan Mahmoud la fermentation.
qui eût entraîné la perte de cet Empereur,
» s'il ne s'étoit promptement décidé à facrifier
les trois favoris.
ور
" د
Je paffe les remarques du Critique fur
l'adminiftration de la juftice civile & criminelle
, remarques directement oppofées au
fyftême de l'Auteur des Mémoires . Voici
une nouvelle preuve de l'exceffive prévention
de ce dernier. Jufqu'à lui , on avoit été
unanime à croire la douane de Conftantinople
plus douce que celle d'Europe ; il
s'élève ironiquement contre cette opinion ,
& nous affure que fi les Francs ne payent
qu'un droit de trois pour cent , ce droit eft
de fept , fouvent même de dix pour cent
pour les Indigènes. Sur cet article , on peut
fuppofer l'ancien Conful Général du Roi de
France fort exactement inftruit. Or , que
nous apprend- t'il ?
Qu'aucune douane n'eft plus modérée ;
qu'en comptant le bénéfice du tarif , les
Francs ne payent qu'environ deux pour cent
de leurs marchandiſes ; qu'une fois ce droit
acquité , le Négociant parcourt tout l'Empire
DE FRANCE. 161
avec fes ballots gratuitement ; qu'il n'y a jamais
d'avanies ; que les Indigènes payent
cinq , & non fept & dix pour cent ; que le
Marchand eft libre de payer en argent ou en
nature , & que par conféquent il ne peut
être vexé dans cette dernière efpèce de tribut
; qu'enfin , les loix pénales fur la contrebande
fe réduisent à une taxe double des
droits fraudés. « Les François , ajoute M. de
و د
"
39
Peyffonnel , pourront-ils oublier la bon-
» hommie d'Ifak Aga , Grand Douanier de
Conftantinople , qui , dans le temps où la
pefte faifoit d'affreux ravages , & où les
bureaux même en étoient infectés , déféra
» à la prière de M. le Comte Defalleurs ,
» Ambaffadeur du Roi , pour perimettre que
les marchandifes des François fuffent
tranfportées directement dans leurs magafins
, fans fubir aucune vilite , & pour fe
» contenter de leurs propres déclarations ?
Neft- il pas douloureux d'oppofer à cette
» bonne -foi l'indignité de quelques François,
qui , malgré les menaces formidables
de l'Ambaff deur , osèrent préfenter des
déclarations infidelles , dont cet honnête
» homme eut la fagacité de découvrir la
fraude , & la générofité de ne pas fe
plaindre.
??
"
ود
و د
و ر
30
ود
M. de Tott a fans doute ignoré de pareils
faits ; peut- être auroit - il dû chercher à s'en
inftruire avant de prendre la plume ; car
l'Hiftorien n'eft pas un Avocat chargeant.
tous les traits blâinables d'une partie ad162
MERCURE
verfe , & diffimulant les côtés avantageux.
J'abrège à regret ; car chaque page de
l'Ouvrage de M. de Peyffonnel renferme,
une obfervation ou un fait intéreffant. Il
rend juſtice au tableau exact & inftructif des
moeurs & des ufages des Tartares , tel que ,
l'a tracé M. de Tott . Son Critique a féjourné
quatre ans dans la petite Tartarie , où il fut
chargé d'une miffion importante. Ce concert ,
de témoignage entre les deux voyageurs ,
dédommage du contrafte de leurs récits fur
des points moins effentiels. M. de Tott , par
exemple , n'a mangé en Crimée que de mau
vais pain , du riz , du mouton , des volailles
ériques , il n'y a vû ni beurre , ni légumes
ni poiffon ; les Tartares , felon lui , ne ſavent
pas même battre le beurre,
Au contraire , M. de Peyffonnel s'eft
nourri à Baktcheferai de très - bon pain
d'excellent vin blanc du crû du pays , d'une
abondance de dindes , de poules , de poulets ,
d'oies délicieufes à très -bon marché. Il demande
ce qu'étoient devenus , à l'époque
des Mémoires , les lièvres , les perdrix , les
canards , les pluviers dorés , les cailles , &c.
dont il étoit raffafié ; la morue fraîche &
les haîtres , les traites de Katchi , les excellens
& fuperbes melons d'eau , les énormes
concombres , les cardes & les afperges , &c.
Avec tout cela , il eft difficile de comprendre
comment on peut faire fi mauvaiſe
chère. Quant au beurre qui difparoît de la
Crimée fous la baguette de M. de Tott , cette
DE FRANCE. 163
prefqu'Ifle en fournit soco quintaux par
an : il en vient le double de chez les Nogais
du Djamboilouck & du Couban , & il faut
être auffi malheureux pour manquer de
beurre en Crimée que pour manquer de vin
en Bourgogne & d'huile en Provence.
Je regrette de ne pouvoir tranfcrire les
détails curieux par lefquels M. de Peyffonnel
développe les circonftances du combat
de Tchefmé & le caractère d'Haffan Pacha ,
aujourd'hui Capitan Pacha , aufli pea ménagé
par l'Auteur des Mémoires que la Nation
dont il nous a offert la caricature. Il a
traité de fou le projet qu'exécuta avec tant
de valeur cet Haffan Pacha , de délivrer
Leinos , affiégée par les Ruffes. Le Vilir , à
qui M. de Tort avoit repréfenté l'extravagance
de cette tentative , formée par 4000
Volontaires , lui répondit : Ce fera 4000 cor
quins de moins , cela vaut bien une victoire,
Voici donc ce que firent les 4000 , ou plutôt
les 500 coquins , car Haffan Pacha n'en conduifoit
pas davantage.
20
• Avec cette petite troupe , embarquée
» fur de très-petits bateaux , fans artillerie
" & fans provifions , cet Amiral partit des
Dardanelles , profita de la nuit pour faire
» le trajet , & aborda le lendemain dans
» l'Ile de Lemnos. Dès que fon monde a
» debarqué , il donne un coup de pié à ſon
» batean , ordonne à tous les camarades
» d'en faire autant ; les bateaux ainfi pouffés
» au large , il fait une courte harangue à
"
"
164
MERCURE
""
" fes compagnons : Mes enfans , leur dit- il ,
plus d'espoir de fuir: nous n'avons point
» de vivres & nous fommes à jeun ; mais
» nous en trouverons chez l'ennemi , & nous
" ne mangerons qu'après la victoire : je vais
» yous y conduire , fuivez moi. Il part delà
» à marche forcée , va chaffer les Ruffes de
» la ville de Lemnos & du port S. Antoine ,
" les force de fe rembarquer , delivre le
fort affiégé inutilement depuis quatre
» mois , demeure maître de leur artillerie &
» de leur bagage , voit appareiller leur
flotte , & retourne triomphant aux Dar-
» danelles. "
ود
99
و د
On croit lire l'Histoire de la Grèce dans
fes beaux jours ; & qu'a fait de plus
l'homme fi foiblement loué par M. de Tott ?
" Il a rétabli la Marine Ottomane en-
» tièrement détruite à Tehefiné ; il a per-
" fectionné la conftruction & le gréement
des vaiffeaux ; il a châtié les plus puiffans
» rébelles de l'Empire , & délivré la Morée
» de l'invafion des Albanois ; il a fauvé les
"
Grecs qu'on avoit délibéré dans le Divan
» d'exterminer entièrement , pour les punir
» de leur défection , & n'y être plús expofé ;
» il a obtenu pour eux une amniftie géné
» rale fidèlement obfervée ; il a conftam-
» ment maintenu la police , l'ordre & la
"
tranquillité dans la Capitale , prévenu ou
» étouffe toutes les révoltes . La Nature ,
aidée par l'étude & par l'art , auroit fair
d'Hallan Pacha un homme prodigieux ;
DE FRANCE. 155
» la Nature toute feule n'en a fait qu'un
30 grand homme. »
ور
"
Je finis par une réflexion de M. de Peyffonnel.
« Si l'on vouloit , dit - il , repréſenter
» aujourd'hui les Turcs à l'Europe , comme
» un effaim anarchique de barbares , vivant
fans ordre , fans juftice , fans loix , fans
» moeurs , fans caractère , ignorant les pre-
» miers élémens de toutes chofes , & énervés.
par le poids accablant de l'arbitraire le
plus abfolu ; il femble que dans un pareil
jugement les reproches devroient être
plus profondément difcutés & la ſentence
mieux motivée. Il faut un Ouvrage im-
» menfe pour donner des idées vraies du
» caractère , du Gouvernement , des moeurs
» & des coutumes des Turcs, Je n'entreprendrai
pas ce travail , parce que j'ai sû
indirectement qu'il eſt déjà fait & bien
» fait par l'homme du monde le plus capa-
» ble de l'exécuter . »
"
ور
"
M. de Peyffonnel feroit fans doute cet
homme-là. Il a raffemblé , dit - on , une immenfité
de recherches , d'obfervations & de
faits relatifs à la contrée qu'il paroît avoir
étudiée avec beaucoup de foin ; mais fi fa
modeftie , ou d'autres raifons , l'empêchent
d'ouvrir un porte- feuille auffi précieux , il
faut croire qu'il fera bien remplacé , & l'on
peut s'en repofer fur fön autorité , en attendant
l'Ouvrage qu'il nous annonce , comme
devant remplir un but imparfaitement atreint
jufqu'à ce jour.
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
166 MERCURE
TABLEAU des Ufances & jours d'échéances
admis dans les principales villes de Commerce
, par M. Gorneau. in-4° . brochure
de 66 pages. A Paris , chez l'Auteur ,
Cloître S. Merry.
On demandoit depuis long- temps un Tableau
qui fit connoître aux Négocians les
jours de grâce & l'échéance des effets de
commerce. M. Gorneau a fait ce Tableau
avec la fage précaution de s'affurer des
règles & des ufages des principales villes ;
fant par des autorités particulières , que par
les certificats d'un grand nombre de Juridictions
confulaires . On peut compter fur
l'exactitude du travail de M. Gornau . Nous
favons qu'il a beaucoup de matériaux fur le
Commerce , dont il feroit à defirer qu'il fit
part au Public. Ce Procureur jouit dans le
Commerce & aux Confuls de la confidération
la mieux méritée. Profeffeur des Cours
de Commerce , qui ont lieu chaque année
dans la Salle des Confuls , on a fouvent été
l'entendre avec plaifir , parce qu'il possède
parfaitement les matières qu'il traite , & qu'il
l'art de les énoncer avec clarté.
DE FRANCE. 167
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poéfie Francoife. Tomes 27 , 28 , 29 &
30. A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Jullienne , & Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins .
A MESURE que cette intéreffante Collection
avance , les noms qu'elle préfente doivent
être plus connus ; cependant on eft rout
étonné d'y trouver quelquefois des Poëtes
eftimables & prefque ignorés. Les quatre
nouveaux volumes que nous annonçons , répondent
à l'idée avantageufe que l'on s'eft
forinée de ce Recueil , & juftifient les éloges
qu'on leur a donnés . Comme cer Ouvrage
eft connu il y a long- temps , nous nous bornerons
à quelques citations que nous croyons
propres à amufer nos Lecteurs.
Le vingt- feptième volume contient les
Poéfies de Linière , de Gilles Boileau , de
Richelet , de Pavillon , de Perrault & de
Regnier Defmaretz. Ces fix Poëtes ont produit
une moiffon abondante . Le vingthuitième
volume contient le choix des
Poéfies de Mme Deshoulières , dont nous
nous difpenferons de rien dire ; mais après
Fléchier vient Bourfault , qui mérite que
nous nous y arrêtions , parce qu'il eft moins
connu. Nous commencerons par une Pièce
qui nous donne lieu de faire une obfervation
critique .
168 MERCURE
Épigramme de Bourfault.
Figure du monde qui paſſe ,
Et qui paffe dans un moment >
Pompe , richeffe , honneurs , frivole amusement,
Dont un mortel s'enivre & jamais ne ſe laſſe ,
De quoi fert votre éclat à l'heure de la mort ?
Il ne peut ni changer ni retarder le fort.
Gerfeuil plus haut que lui ne voyoit que fon maître ;
Dans le fein des grandeurs , des biens & du plaiſir ,
Lorfqu'il la craint le moins , la mort vient le faifir ,
Et ne lui donne pas le temps de fe connoître.
Hélas ! aux grands emplois à quoi fert de courir ?
Pour veiller fur foi - même , heureux qui s'en délivre !
Qui n'a pas le temps de bien vivre ,
Trouve mal aifément le temps de bien mourir.
Cette Pièce , faite fur la mort du Marquis
de Louvois , le trouve dans le précédént volume
, à l'article de Perrault , page 178.
>
Epigramme de Bourfault.
Colas , ce dévot perſonnage ,
Eft mort depuis cinq ou fix jours ;
Raifin , * à la fleur de fon âge ,
Vient auffi de finir fon cours ;
Dans le maudit fiècle où nous fommes ,
Chacun fe déguiſe ſi bien ,
* Fameux Comique.
Qu'on
DE FRANCE. 169
t.
Qu'on ne fait qui de ces deux hommes
Fur le plus grand Comédien .
Autre.
Bon Dieu ! que dans le monde on fe déguiſe bien!
Dans quelle Comédie a - t'on inieux fait fon rôle ,
Que Pacôme , qui la contrôle ,
Pendant oute fa vie a fu faire le fien ?
Si les fictions & les fables
Parmi les Chrétiens font blamables ,"
Et trabiffent la vérité ;
Eft il fiction plus criante ,
Que de prêcher la pauvreté
Avec vingt mille écus de rente ?
Autre.
UN Prélat ayant fait bâtir
Un palais magnifique où brilloient mille charmes ,
A l'endroit le plus beau fit arborer fes armes
Avec les ornemens pour les bien affortir ;
La croffe , le chapeau , tout étoit dans fon ordre ;
Mais comme on ne voit rien où l'on ne puiſe mordre ,
Et
que l'un trouve laid ce que l'autre croit beau ,
Un homme épluchant tout du bas jofques au faîte :
Voilà , dit-il , un grand chapeau
Pour une bien petite tête.
Autre.
UN Prélat de bonae maison ,
Ou bien il n'en eft point en France ,
30 , 2 , Juillet 17: 5.
N°.
H
170
MERCURE
De la grandeur de fa naiffance
Se fouvint une fois un peu hors de faifon ;
Dans une maladie extrême ,
Exténué , languiffant , blême ,
Mais toujours de fon fang foutenant la fplendeur :
Par votre puiffance ſuprême ,
Seigneur , s'écria- t'il , s'adreffant à Dieu même ,
Ayez pitié de ma grandeur.
Nous ne citons aucune des Fables de ce
Peete eftimable ; elles font trop connues ,
& il n'y en a peut- être pas une dans le grand
nombre que les Éditeurs en ont recueilli
dont la lecture ne foit amufante ou inftructive.
On lira avec plaifir quelques Pièces de
le Pays , qui n'eft guères connu que par les
vers de Boileau :
Sans mentir , le Pays eft un bouffon plaifant.
+
Madrigal à Mlle de..... , qui vouloit dire à
l'Auteur fa bonne aventure.
Ja ne difpute point contre votre ſcience ;
J'en croirai , belle Iris , tout ce qu'il vous plaira ;
Je croirai que , fachant fort bien la chiromance ,
Vous voyez l'avenir comme il arrivera ;
Votre adreffe n'eft pas une adreffe commune ;
On ne m'a jamais mieux dit ma bonne fortune ;
Mais confeffons la vérité :
Je vous fais peu de gré de vouloir m'en inftruire ;
DE FRANCE. 171
Vous me la pouvez faire avec facilité ,
Et vous vous amuſez , Philis , à me la dire.
Épigramme.
Tout le monde me veut du bien ,
Chacun me dit que j'en mérite ;
Moi-même je le dis fans faire l'hypocrite ,
Mais la fortune n'en croit rien.
›
Nous nous arrêterons peu au vingt-neuvième
volume , qui contient Quinault
Chaulieu & Lenoble ; l'article de Quinault
n'eft compofé que de deux Pièces de Poéfie :
la première , l'Opéra difficile , eft trop connue
pour être citée ici . C'eft avec grand
plaifir qu'on lira la vie de ce Poëte , dans
laquelle on trouvera une difcuffion fage &
ingénieufe de fon talent , de fes difcuffions
avec Boileau , & un extrait de ſes Opéra ,
avec des citations qui en font connoître à
peu-près tous les beaux endroits.
Comme Boileau le trouve dans toutes les
bibliothèques , & que pour faire un choix
de fes Poéfies il eût fallu les copier à peuprès
en entier , les Éditeurs ont cru devoir
fe borner à une Épître qui ne fe trouve point
dans fes OEuvres. On trouve enfuite un
choix des Fables de Lenoble. Cet Auteurétant
très- volumineux , & ayant fait une
infinité de vers au deffous de la médiocrité,
il est un de ceux qui gagnent le plus à être
réduits. C'eſt lorſqu'on rencontre des Poëtes
Hij
172 MERCURE
>
auffi féconds , dont le talent eft étouffé par
un grand nombre de mauvais Ouvrages
que l'on fent toute l'importance du fervice
que les Éditeurs des Annales Poétiques ont
rendu à la Littérature Françoife . Nous engagcons
nos Lecteurs à lire Lenoble , non dans
l'Édition de fes Ouvrages , il tomberoit trop
fouvent des mains ; mais dans la Collection
que nous annonçons.
Le trentième volume commence par Jean
Racine , qui eft fuivi de Poiffon , de la Monnoye
, de l'Abbé Geneft & de Mlle de la
Vigne.
Dialogue de deux Compères à la Meffe
par M. de la Monnoye
BON JOUR Compère Andié. Bon jour Compère
Gille .
-
Comment vous portez- vous ?
A fouhait
-
Bien, & vous ?
Puis -je ouir cette Meffe ? - Elle est tout votre fait ;
Le Prêtre n'en eft pas encore à l'Évangile .
-Voulez-vous qu'au fortir nous déjeûnions en ville ?
-Tope. Nous y mettrons Sire Ambroise & Rolait.
Il ne nous faut qu'un bon cochon
-
D'accord. ---
de lait;
-Ah ! vous n'y fongez pas ; c'eft aujourd'hui vigile.
-Vigile ! à demain donc , je fais pour les jours gras.
A propos , on m'a dit que le voifin Lucas
Époufe votre.... Point , j'ai découvert fes dettes.
"
DE FRANCE. 173
-Où vend- t'on du bon vin ? -Tout proche l'Hôtel-
-
Dieu .
Grand merci ; prêtez - moi de grâce vos lunettes.
Oh , oh , la Meffe eft dire ; adieu , Compère.
Adicu.
Epitaphe d'un Evêque , qui avoit légué cent
écus à celui qui la feroit.
CI- GIT un très - grand perfonnage ,
Qui fut d'un illuftre lignage ,
Qui pofféda mille vertus ,
Qui ne trompa jamais , qui fut toujours fort lage,
Je n'en dirai pas davantage ;
C'eft trop mentir pour cent écus.
Épigramme.
MARQUIS , ce drap d'Efpagne eft beau ;
Que vous l'a vendu Breteneau ?
---
Quinze écus l'aune .
G
Comment diable !
C'est bien cher.
ة ي ا م ح
Mais c'eſt à crédit.
Oh ! oh! l'emplette eft admirable ,
Vous avez pour rien votre habit.
On lira avec plaifir , à la fuite de la Monnoye
, deux Pièces de l'Abbé Geneft , connu
par la Tragédie de Pénélope , qui n'eut que fix
repréſentations , & quien méritoit davantage.
Cette Tragédic a confervé l'eftime des connoiffeurs
, non pour fa verfification , qui eft
affez foible , mais par le caractère vertueux
H iij
174 MERCURE
des principaux perfonnages , & le goût de
fimplicité antique qui y refpire. Boffuet ,
ennemi des Spectacles , n'héfita pas à dire
qu'il les approuveroit fi on y donnoit toujours
des Pièces auffi épurées.
Le volume eft terminé par l'article de
Mile la Vigne.
On fent combien nous aurions pu multiplier
nos citations & nos éloges , fi nous
avions voulu analyfer les quatre volumes
que nous venons de parcourir.
L'ESPRIT des Ufages & des Coutumes des
differens Peuples. Ouvrage dans lequel on
a réuni en Corps d'Hiftoire tout ce qu'ont
imaginé les hommes fur les alimens & les
repas , les femmes , le mariage , la naiffance
& l'éducation des enfans , les Chefs
& les Souverains , la guerre, la diftribution
des rangs , la fervitude & l'esclavage,
la pudeur , la parure , les modes , la fociété
& les ufages domeftiques , les Loix pénales,
les fupplices , la Médecine , la mort, les
funérailles , les fépultures , &c.; par M. de
Meunier , Traducteur du dernier Voyage
de Cook. A Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés .
L'ÉTUDE des Nations cft une étude digne
de la curiofité de l'efprit humain ; cependant
rien n'eft fi commun que l'ignorance où nons
vivons des moeurs , des coutumes , du caractère
des Nations , foit anciennes , foit moDE
FRANCE.
175
dernes. On nous reproche de ne pas chercher
à connoître davantage les peuples voifins
avec lefquels nous avons des relations
d'intérêt , les moeurs de notre patrie même
nous font étrangères. Croirions - nous pouvoir
nous fuffire à nous - mêmes ? La vanité nous
porteroit- elle à ne rien appercevoir d'eftimable
au- delà de nous ? Cette indifférence
ne feroit-elle pas plutôt une fuite de notre
goût pour tout ce qui eft amufement , & de
notre averfion pour tout ce qui exige un peu
de réflexion & de travail ?
Le progrès des lumières , & les connoiffances
Philofophiques qui fe font fi fort
multipliées depuis plus d'un fiècle , devroient
nous avoir perfuadé que rien n'eft plus ridicule
que le préjugé qui ne nous fait eftimer
que notre Nation . La variété des inftitutions
qui fe font établies dans chaque pays ,
la fingularité des ufages arbitraires , peuventelles
nous empêcher de regarder tous les
hommes , même les plus barbares , comme
les enfans d'une même famille, pour lesquels
nous devons conferver l'intérêt le plus tendre
? Un vrai Philofophe , fans ceffer d'appartenir
à la patrie , & de lui confacrer les
talens , ne doit - il pas afpirer à être l'homme
de tous les temps & de toutes les Nations ?
Convenons donc que rien ne peut juftifier
notre négligence à nous inftruire de tout ce
qui a rapport aux diverfes Nations qui compofent
le genre humain. Plus le champ de
Hiv
176 MERCURE
l'obfervation s'eft étendu , plus il préfente
d'époques à parcourir , plus cette étude eft
devenue néceffaire & intéreffante. Nous con
venons toutefois que le plaifir d'étudier l'efprit
d'une Nation , croît en proportion du
rôle que cette Nation joue fur le Théâtre de
l'Univers , & de l'intérêt que nous avons à
le connoître. Nous devons par conféquent
étudier les meurs des Anglois avant celles
des Nations éloignées avec lefquelles nous
n'avons pas les mêmes rapports . Rien de fi
aifé que de fuivre cet ordre , & d'approfondir
le génie de nos voifins , avant d'étudier
les moeurs des Nations anciennes & éloignées
de notre patrie.
Mais pont nous livrer à cette étude fi intéreffante
& fi digne de la curiofité de l'efprit
humain , & y faire promptement des
fuccès , il faur favoir tapprocher les moeurs ,
les ufages , les coutumes & les loix des différens
peuples , & fur tout en découvrir l'efprit
s'il eft poffible . Tel eft l'objet de l'Ouvrage
que nous annonçons . L'Auteur s'eft
chargé de nous faciliter cette étude , en raffemblant
tout ce qui est épars dans une infiniré
d'Ouvrages , & en recueillant avec une
faine critique toutes les recherchés des Hiftoriens
& des Voyageurs . Mais comme les
Hiftoriens n'ont rapporté fouvent les ufages
& les coutumes des Nations que d'une manière
très-fuccincte , & que la plupart des
Voyageurs n'ont pas mis affez d'ordre & de
DE FRANCE. 177
fuite dans ce qu'ils ont rapporté fur cet ob
jet, rien ne pouvoit être plus utile aux Lecteurs
que de trouver dans un feul Ouvrage ,
réunis fous un même point de vue , les coutumes
, les ufages & les moeurs de toutes les
Nations. En effet , rien ne caufe plus de furprife
à l'efprit humain que cette prodigieufe
variété qu'on obſerve à cet égard
parmi les Nations.
Le climat , comme l'obferve l'Aureur de
l'Ouvrage , la ftérilisé du pays , l'organiſation
physique , les befoins & la pofition des peuplades
, ont dû néceffairement introduire des
coutumes très- différentes . La politique , les
loix & la morale , les idées fauffes & les
préjugés , la liberté , l'efclavage , & mille
autres circonftances ont auffi contribué à les
varier. Plufieurs ufages font le réſultat de
l'expérience qui fe perfectionne fucceffivement
, & ne peut par conféquent être la
même dans tous les temps & dans tous les
lieux. Tel ufage qui étoit raisonnable dans
fon origine , s'eft dénaturé dans la fuite , &
l'on eft furpris de voir qu'il ſe foit confervé
en devenant ridicule. On eft donc obligé de
fe transporter aux époques de leur établif
fement , & d'étudier l'hiftoire du temps &
des moeurs régnantes , pour pouvoir décou
vrir les caufes phyfiques & les caufes morales
qui ont influé fur toutes ces differentes
courumès . C'eſt la méthode qu'a fuivie exac
tement M. de Meunier , en étudiant les progrès
de la civilifation , & en examinant
Hv
178 MERCURE
de quelle manière les ufages avoient été
changés.
M. de Meunier a été obligé de rectifier ce
que les Écrivains avoient mal vû, & de fuppléer
à leur filence fur plufieurs points. Il
n'a pas craint de dévorer des in -folio , & de
tirer de tant de compilations monftrueufes,
tous les traits précieux qui avoient rapport
aux uſages & aux coutumes. C'est dans les
codes des anciens peuples qu'il a fouvent
cherché les traces & l'origine de leurs ufages.
Quant aux faits extraordinaires qui femblent
répugner aux loix de la Nature , il a mis en
ufage les règles d'une faine critique , fans ſe
livrer aux abfurdités du pirrhoniſme. Malgré
le penchant à croire les ufages finguliers , il
y a un point, où il est néceffaire de s'arrêter ;
& c'est ce point qu'il étoit effentiel de difcerner
& de faifir. En cherchant l'efprit des
ufages & des coutumes des différens peuples
, l'Auteur a fu réunir en corps d'Hif
toire tout ce qu'ont penfé les hommes fur
les alimens & les repas , & c. Les femmes ,
le mariage , la naiffance , l'éducation des enfans
; les Chefs & les Souverains , la guerre,
la diftinction des rangs , la nobleffe & l'in
fociabilité des Nations , l'esclavage & la fervitude
, la beauté , la parure , & les manières
de fe défigurer , la pudeur & la continence
, l'aftrologie , les ufages , cabaliftiques
, &c.; la fociété & les ufages domef
tiques , les Loix pénales , les épreuves , les
fupplices , le fuicide , l'homicide & les facriDE
FRANCE, 179
fices humains , les maladies , la Médecine &
la mort, & enfin les funérailles , les fépultures
& les enterremens.
Tels font les objets intéreffans qu'embraffe
l'Auteur dans fon Ouvrage , qui doit
également fervir à éclaircir plufieurs Auteurs
anciens , & à fuppléer au filence de la plupart
des Hiftoriens , qui femblent s'être occupés
uniquement des faits militaires & politiques
, & qui ont un peu trop négligé les
détails de la vie privée.
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES
ES Papiers Publics ont annoncé , l'année
dernière , trois nouveaux Prix , inftitués par le
Roi , pour l'encouragement du Théâtre Lyrique
, en vertu d'un Arrêt du Confeil d État
du , Janvier 1784. Le premier Prix eft une
médaille de la valeur de quinze cent livres ,
pour la Tragédie Lyrique qui fera reconnue
la meilleure au jugement des Gens de Lettres
invités au nom de Sa Majesté à en faire
l'examen ; le fecond , une médaille de la valeur
de cinq cent livres , pour la Tragédie
Lyrique qui obtiendra le fecond rang ; le
troifième , une médaille de Gix cent livres ,
Hv}
180 MERCURE
pour le meilleur Opéra-Baller , Paftorale ou
Comédie Lyrique.
Il y a eu cinquante-buit Poëmes envoyés
au Concours. Les Académiciens nommés
par le Roi ont déclare , après le plus mûr
examen , que dans ce nombre il y en avoit
trois qui leur paroiffoient meriter chacun
uni Pix ; mais que la difference des genres
& du mérite de chacun de cès Ouvrages ne
permettant ni d'en faire une comparaifon
exacte & rigoureufe , ni de donner à aucun
une préférence abfolue , ils prioient le Miniftre
de partager la fomme totale deftinée
aux trois Prix , en trois médailles de valeur
égale , qui feroient adjugées fans diflinction
aux trois Ouvrages qu'ils ont diftingués. Le
Miniftre a bien voulu confentir à cet arrangement
; & en conféquence les trois médailles
ont été adjugées aux Poëmes fuivans : la
Toifon d'Or , par M. de Chabanon ,
l'Académie Françoife & de celle des Infcriptions
& Belles - Lettres ; dipe à Colone,
par M. Guillard , Auteur d'Iphigénie en
Tauride , & de quelques autres Operas ; &,
Cora par M. Valadier.
de
Les mêmes Prix font proposés pour l'année
prochaine. Les Poemes deftinés au Concours
doivent être remis , avant le premier Février ,
à M. Suard , de l'Académie Françoife , Secrétaire
du Comité des Examinateurs. Les Auteurs
ne fe feront point connoître , & mettront
feulement leur nom avec une deviſe
dans un papier cacheté.
DE FRANCE. 131
On croit devoir prévenir les Gens de Lettres
qui fe propofent de concourir , que
l'objet de l'Adminiſtration , dans l'inititution
de ces Prix , étant d'encourager les Ecrivains
d'un talent diftingué à fe livrer à la compofition
des Poëmes Lyriques , l'invention dans
le plan & dans la conduite , l'élégance & la
correction du ftyle , font deux merites indife
penfables , fans lefquels aucun Ouvrage ne
peut prétendre au Prix . Ainfi , un Poëme
dont le fujet & la conduite feroient vifibleinent
imités d'un Ouvrage Dramatique déjà
mis au Théâtre , feroit rejeté fans autre examen;
& celui qui réuniroit à la forme du
Poëme Lyrique un dialogue ingénieux &
vrai , & une poéfie élégante & harmonieuſe ,
obtiendroit la préférence fur le Poëme , qui,
par fa coupe
& par l'intérêt même de l'action
, feroit fufceptible de prodaire de plus
grands effets dramatiques & de plus grandes
beautés muficles , fi le ftyle en étoit incorrect
& commun. Quinault & Métaſtaſe ont
prouvé que la Tragédie même n'avoit point
d'effer qui ne pût le tranfporter avec fuccès
fur le Théâtre de l'Opéra , & qu'une belle
poéfie pouvoit s'unir à la plus belle mufiqué.
afir
182 MERCURE
COMEDIE ITALIENNE.
MMB Dugazon jouiffoit déjà d'une réputation
brillante , lorfqu'elle joua le rôle de
Babet dans Blaife & Babet , Comédie de
M. Monvel, mufique de M. D. Z. L'effet
qu'elle produifit dans ce perfonnage, ajouta
beaucoup à l'idée avantageufe que le Public
avoit conçue de fes talens ; mais le
rôle de Juftine dans Alexis & Juftine , Comédie
des mêmes Auteurs , fit encore croître
fa renommée , & lui concilia les fuffrages
les plus univerfels. Jamais , il eſt vrai , Mme
Dugazon n'a développé avec plus de richeffe
que dans ces deux rôles , les moyens que la
Nature lui a prodigués pour intéreffer &
pour plaire ; jamais elle n'a été , nous ne
difons pas mieux , mais auffi bien placée que
dans Babet & dans Juftine. Par une fatalité
qui femble s'attacher de préférence aux premiers
fujets des Théâtres de la Capitale , à
peine certe Actrice a - t - elle vu l'attention
& la curiofité publiques fe fixer fur elie ; à
peine a t elle excité un enthouſiaſme général
que les maladies font venues l'affaillir ,
& que la foibleffe de fa fante l'a contrainte,
à quitter pour quelques mois le féjour de la
Capitale. Gémiffons , fans nous plaindre , des
privations trop frequentes auxquelles nous
foumet cette fatalité rigoureuſe , & remerDE
FRANCE. 183
cions les bienheureufes circonstances qui
nous amènent des confolations à l'inftant
même que nous les attendions le moins .
Depuis le départ de Mme Dugazon la
Comédie d'Alexis & Juftine reftoit fur l'af
fiche fans qu'on la repréfentât ; aucune femme
du Théâtre Italien n'ofoit hafarder de fe
préfenter dans un perfonnage qui menaçoit
d'une rivalité auffi dangereufe ; lorfque Mile
Desbroffes , enhardie fans doute par le fen
timent intérieur de fes propres forces , a eu
le courage de les effayer dans le rôle de Juftine
, & de chercher à y plaire après Mme
Dugazon. La première fois qu'on l'y a vue
paroître , on l'a reçue avec une humeur
très-bruyante , fuire néceffaire de la prévention
& de l'injuftice qui marche ordinairement
à fes côtés. Il étoit à craindre que
Mlle Desbroffes , effrayée par une réception
auffi décourageante , ne fentît tout- àfes
moyens s'affaiblir , fa tête fe troubler
, & qu'elle ne perdit le fruit de fes
travaux. Heureufement , malgré l'inquiétude
qui l'agitoit , & qu'elle ne pouvoit diffimuler
, elle a montré dans tout le cours de fon
rôle de l'efprit , de l'intelligence , de la fenfibilité
, de l'abandon , en un mot toutes les
qualités propres à bien rendre le perfonnage
qu'elle repréfentoit. Les Spectateurs
étonnés lui ont accordé les plus vifs applaudiffemens
; on l'a demandée à la fin de la
Pièce ; & quand elle a paru , on a multiplié
en fa prefence les témoignages les moins -
coup
184 MERCURE
équivoques de la fatisfaction univerfelle.
Cet evenement , joint à quelques autres
du même genre , devroit bien faire reve
nic une certaine portion du Public de l'aveugle
facilité qui la porte à fe prévenir pour ou
contre tel fujet. Si Mlle Desbroffes , qui s'eft
yue fouvent en butte aux caprices des habitués
de la Comédie Italienne ; fi cette
Actrice, qui, peut- être, a été quelquefois réprehenfible
par la recherche affectée de fa
parure dans des rôles qui n'en exigent point ,
n'eût pas été portée , par des circonftances
très - imprevues , dans le perfonnage de Juftine
; fi elle eût été foible & pufillanime , on
ignoreroit encore combien fon talent peut
être utile au Théâtre dont elle eft membre ,
intéreffant pour les Auteurs , & agréable aux
Amateurs de la Comédie . Le mérite d'un
Comédien reffemble à un tableau ; pour pro
duire fon effet , il faut qu'il foit mis dans
fon jour. Tous les Acteurs ne font pas
dignes , on doit l'avouer , d'inſpirer de
l'intérêt il en eft même qui ne peuvent
jamais être abfolument bien placés . Lorfqu'un
Comédien n'annonce dans fon jeu ni
fenfibilité ni efprit , c'eft un fujet voué à la
médiocrité, & quelque bien partagé qu'il
puiffe être d'ailleurs du côté des avantages
phyfiques , les encouragemens ne font pas
faits pour lui; mais on en doit à tour fujet
dont les effais annoncent du travail , de
l'étude & des efpérances. On en devoit donc à
Mile Desbroffes : pourquoi les lui a - t - on
DE FRANCE. 185
1
refufés fi long- temps ? Au refte , fon fuccès
préfent eft bien capable de la confuler de
la prévention paffee.
Après avoir rendu à certe Actrice la juſtice
qui lui eft due , il faut aufli que nous parlions
de M. D. Z. Nous avons remarqué
depuis long-temps que les Drames qu'il a
mis en nufique , font ceux qui offrent aux
Chanteurs & aux Chanteufes les moyens les
plus sûrs de fuocès , & qu'ils font repréfentés
avec plus d'enſemble & de precifion
qu'un grand nombre d'autres Ouvrages.
Pourquoi cela ? Ne feroit- ce pas parce que
M. D. Zr, toujours occupé de chercher le
vrai , & de fe rapprocher de l'imitation de
la Nature , fait donner à chacun de fes perfonnages
un ftyle caractéristique & foutena ;
" parce que , négligeant les tours de force ; il
ne perd jamais fon temps à faire briller le
gozier de M. ou de Mme tel & telle , &
qu'il marche toujours à fon bu: en confervant
à chacun de fes Acteurs fon langage &
fa phyfionomie ? On le peut croire : il n'eft
pas au moins difficile de trouver dans les
productions de M. D. Z. la preuve de fes
connoiffances dans l'Art Dramatique , d'y
voir que la fcience des effets & & le fecret
d'embellir les fituations lui font très -familiers.
Le rôle de Juftine nous a fingulièrement
frappés à cerre reprife ; tout ce qu'il y a de
grâces , de chaleur , de fenfibilité , d'énergie
dans l'expreflion , fait horneur à l'âme à
l'efprit du Compofiteur. Il n'eft pas étonnant
186 MERCURE
qu'une Actrice , faite pour le bien pénétrer
du fentiment d'un rôle auffi bien tracé , obtienne
de grands fuccès. Cet eloge de M. D..
Z. ne femblera pas trop fort à ceux qui voudront
bien fe fouvenir que Mme Dugazon
lui doit ce que fa réputation a de plus brillant
, & que c'eft lui qui vient d'établir celle
de Mlle Desbroffes.
ANNONCES ET NOTICES.
HERBIER
liard.
ERBIER de la France , Nº. 57 , par M. Bul-
Cet intéreffant Ouvrage fe fuit toujours avec la
même activité &avec le même foin . Onva réimprimer
les premiers Numéros , & tirer à plus grand nombre
les Numéros fuivans , qui paroîtront de mois en
mois comme ci - devant. On prévient les Perfonnes
qui ont tardé jufqu'ici à fe procurer cet Ouvrage.
en totalité ou en partie de ne pas attendre jufqu'au
premier Février 1786 à fe faire enregiſtrer , parce
qu'à cette époque le nombre des Exemplaires iera
fixé à celui des Perfonnes enregistrées. Ceux qui fe
préfenteront plus tard, ne feront point admis à l'enregiftrement
à moins qu'ils ne confentent à payer 31.
1o fols chaque Numéro au lieu de 3 liv.; cette
augmentation fera pour les frais en pure perte qu'entraînera
alors le tirage forcé des planches fi nombreufes
qui compofent cette riche Collection .
On ne recevra point d'argent d'avance des Per- -
fonnes qui habitent Paris. Il fuffira qu'elles fe faffent
enregistrer chez l'Auteur ( M. Bulliard ) , rue des
Poftes , au coin de celle du Cheval vert , à Paris ,
DE FRANCE. 187
ou chez Didot jeune , Barrois jeune & Belin , Libraires
, à Paris. Comme on affranchit les envois
aux Perfonnes qui habitent la Province , elles voudront
bien joindre à la lettre affranchie qui contiendra
l'objet de leur demande la fomme de 36 liv. ,
laquelle fomme reſtera en avance jufqu'à ce que
l'Auteur en tienne compte par un dernier envoi.
Pour faciliter à MM, les Étudians en Médecine
l'acquifition de cet Ouvrage , qui leur eft néceffaire
, on leur délivrera deux ou trois Numéros par
mois jufqu'à ce qu'ils fe trouvent au courant des
Livraifons. Ils trouveront aux Adreffes ci- deffus
l'Hiftoire des Plantes vénéneufes complette ; elle fe
vend féparément 94 liv. , & un Dictionnaire Élémentaire
de Botanique deftiné à rendre l'étude de
la Botanique très facile pour tout le monde au
moyen d'un nombre prodigieux de figures qui
aident fingulièrement à l'intelligence de tous les
termes tecniques & à l'application de tous les préceptes
de cette Science. Prix , 15 liv. broché en
carton,
Avis concernant la Soufeription des Feuilles des
demandes pour les Livres féparés & difficiles à trouver
, au Magafin des Livres dépareillés , rue Saint
André-des- Arts. "
Cette Feuille intéreffante fe divife en deux Parties
; la première , pour les Livres téparés & difficiles
à trouver qu'on demande journellement ; la
deuxième, pour les Livres propofés . On s'eft déter
miné à ouvrir une Soufcription de quinze Feuilles
pour chaque année. Prix , 6 liv . port franc par tout
le Royaume. On aura l'attention de ne point inférer
de petits Ouvrages en un , deux & trois Volumes.
in- 12 , à moins qu'il n'y en ait un certain nombre
d'Exemplaires , ou que ces Ouvrages ne foient rares
& intereffans : on marquera ordinairement les prix
-188 MERCUKE
fixes de chaque article propofé ; le droit de commillion
ne regardera que les vendeurs. On payera
toujours fois pour le droit d'enregistrement de s
chaque article , & on pourra en tout temps faire répéter
une feconde fois , fans frais , les articles non
trouvés ; il faudra avoir foin d'envoyer au fieur
Fétil , Libraire , avec la plus grande exactitude , le
titre , l'année de l'Édition & le format des Ouvrages
qu'on voudra fe completter ou avoir . Les Soufcrip
seurs auront feuls le droit de proposer des articles
fans frais.
HISTOIRE de l'Églife , dédiée au Roi , par M.
l'Abbé de Bérault Bercaftel , Chanoine de l'Eglife
de Noyon , in- 12 , Tomes XIX & XX. A Paris ',
chez Moutard , Imprimeur - Libraire , rue des Mathurins
, hôtel de Cluny.
Le Tome XIX comprend ce qui s'eft paffé depuis
la fin du Concile de Trente , en 1563 , jufqu'à la réconciliation
du Roi Henri IV avec l'Églife Romaine,
en 1595 ; & le Tome XX depuis cette dernière
époque jufqu'à la naiffance du Janfénifnie , en 1630.
ETAT de la France , ou les vrais Marquis ,
Comtes , Vicomtes & Barons , enrichi de Gravares ,
précédé d'un Traité fur les Dignités Féodales & Politiques
, les Dignités des Eccléfiaftiques , les Dignités
des Vidames attachés à l'Eglife , les Titres &
Qualités perfonnelles , les Titres & Qualités des Ec
cléfiaftiques , les Titres & Qualités des Gens de
Lettres , &c.; Ouvrage terminé par trois Tables ,
contenant , 1 ° . tous les Dépôts où la Nobleffe peut
avoir recours pour fes différentes recherches ;
2º . tous les noms des Terres & des Perfonnes titrées ;
3 ° . tous les noms de Famille compris dans l'Ouvrage
, avec le renvoi aux Auteurs les plus accrédités
, qui en ont donné les Généalogies , au nombre
DE FRANCE. 189
de deux mille articles ; par M. le Comte de Waroquier
de Combles , Officier d'Infanterie , Prix , 4 liv.
12 fols broché, A Paris , maifon de l'Auteur , rue
des Cordiers , no. 4 , près la Place Sorbonne ; Cloufier
, Imprimeur - Libraire , rue de Sorbonne ; la
Veuve Duchefne & Belin , Libraires , rue Saint
Jacques, & chez tous les Libraires les plus aflortis .
N. B. Les Perfonnes intéreflées à la perfection
& à la continuation de cet Ouvrage , font priées ,
d'adreffer franc de port leurs Mémoires , Additions
& Corrections à l'Auteur.
L'Auteur fera en forte de donner un Volume d'environ
400 pages tous les trois mois , à raiſon de 3 liv.
12 fols pour les Soufcripteurs , & de 4 liv. 12 fols
pour ceux qui n'auront pas foufcrit.
ÉCCOONNOOM11 Rurale & Civile , ou Moyens les
plus économiques d'adminiftrer & faire valoir fes
biens de campagne & de ville , de régier fa maifon ,
fa dépenfe , fes achats & ventes , d'exécuter as fire
exécuter les Ouvrages des Arts & Métiers de l'ufage
le plus ordinaire, de conferver & rétablir fa fanté
& celle des animaux domestiques , d'occuper fes loifors
avec utilité & agrément , le tout rangé par ordre
de matières , avec des avis fur les préjugés , erreurs ,
les fraudes, artifices , falfifications des Ouvriers ou
Marchands , les moyens de les connoître- & de prévenir
les torts & rifques , 7 Volumes in - 8 ° . , avec
des Planches en taille-douce , propofés par foufcrip- <
tion. On ne paye rien d'avance . A Paris , hôtel de
Mefgrigny , rue des Poitevins , nº . 13 .
On le propofe de publier dans cet Ouvrage avec
le moins d'étendue qu'il fe pourra & avec des expreffions
claires & des termes commans , les méthodes ,
les pratiques , les recettes les plus sûres , les plus
faciles & les moins coûteufes fur les divers objets
de cet Ouvrage.
190 MERCURE
La continuité d'une bonne fanté étant effentielle
à l'homme qui fait valoir des biens de campagne ,
Propriétaire, Fermier , Ouvrier, pour fuffire à la fuite
des travaux , l'Éditeur y donnera un précis des
moyens de conferver la fanté , de prévenir & guérir
les maladies les plus communes.
Cet Ouvrage formera 7 Volumes in- 89. de 500
pages au moins chacun , avec des Planches en tailledouce.
Le caractère fera le même que celui des
quatre premières pages du profpectus , & le papier
également conforme. On promet une impreffion &
des Planches très-foignées.
Au premier Janvier 1786 , l'ou en délivrera deux
ou trois Volumes. Les autres paroîtront de fuite &
fucceffivement deux à deux ; mais on ne peut fixer
jufte l'époque de ces dernières Livraiſons.
Le prix de chaque Volume broché en carton
avec étiquette imprimée collée fur le dos , fera de
4 liv . pour Paris. Les Perfonnes de Province qui
defireront recevoir ces Volumes directement payeront
alors 4 liv. 10 fols chaque Volume également
broché en carton ; l'expédition leur en fera faite
promptement & franc de port par la poſte dans tout
le Royaume,
Le prix de chaque Volume relié en veau pris à
Paris fera des liv. , & relié en baſanne de 4 liv.
I fols . La pofte ne fe charge abfolument que des
Livres brochés.
་
On ne paye rien d'avance ; on prie feulement les
Perfonnes qui defireront s'infcrire , d'adreffer leur
engagement le plus tôt poffible , & avant le premier
Novembre prochain , à Paris , à M. Buiffon , hôtel de
Mefgrigny , rue des Poitevins , nº . 13. On s'inferit
auffi chez tous les principaux Libraires & chez les
Directeurs des poftes du Royaume & de l'Europe,
PROCES - VERBAL des Séances de l'AdminiftraDE
FRANCE; 191
tion Provinciale du Berry , tenues à Bourges au
mois d'Octobre 1783 , in- 4 ° . A Paris , chez Mufier
père , Libraire , rue Pavée Saint André , maiſon de
M. Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , nº . 28 .
On ne verra point fans intérêt les foins actifs &
vigilans de cette Affemblée Provinciale . Le bien
qu'elle a opéré eft déjà la récompenfe de fon zèle ,
& le garant du bonheur de cette Province.
HISTOIRE Abrégée de l'Antimoine , & particulièrement
de fa Préparation , par M. Jacquet,
•
Cer Ouvrage fe trouve chez l'Auteur , rue des
Saints Pères , nº . 56 ; la Veuve Duchesne , Libraire ,
rue Saint Jacques , & Delalain jeune , Libraire , même
rue. Les Malades qui ont besoin de ce Remède
doivent s'en fervir avec d'autant plus de confiance ,
qu'il a pour lui l'expérience & le fuffrage des Gens
de l'Art . Nous penfons , difent les Commiffaires
» nommés par la Société Royale de Médecine , que
» l'efficacité des Pilules Antimoniales fe trouve
» confirmée par les Certificats de plufieurs Médecins
» célèbres qui les ont employées avec fuccès dans
» les maladies occafionnées par l'épaiffiffement de
la lymphe , dans les vices dartreux , fcrophuleux ,
» vénériens , & les laits répandus. 33
NOUVEAU Plan des Jardins de Sceaux - Penthièvre,
par Pierre Champin & E. F. Cécile. Prix ,
2 liv. 8 fols. A Paris , chez Tardieu , Graveur ,
Place de l'Eftrapade , maifon de M. Moreau , &
chez la Veuve de la Gardette , Marchande d'Eftampes
, au Palais Royal , nº, 141.
NUMERO 7 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pour deux Violons ou Violoncelles .
Prix de l'Abonnement 15 & 18 livres. Séparément
4 liv. A Paris , chez le fieur Bornet , Profeffeur de
Mufique & de Violon , rue Tiquetonne , nº. 1º,
192 .
MERCURE
NUMERO 6 du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres , quatrième année , Prix , 15 liv .
port franc. Séparément 3 liv. A Paris , chez Leduc ,
fucceffeur du fieur de la Chevardière , rue du Roule ,
à la Croix d'or , nº. 6. Journal de Harpe , par.
les meilleurs Maîtres , cinquième année, Numéros 25,
26 & 27. Prix , féparément 12 liv . Abonnement
15 liv. port franc pour cinquante - deux Livraifons ,
qui fe font tous les Dimanches. Même Adreſſe que
ci deffus .
L'INCONSTANTE , ou la Femme à la mode
Romance nouvelle , avec Violon & Baffe , & fuivie
de deux Menuets , par M. Dorfonville , Penfionnaire
du Roi . Prix , 1 livre 16 fols . A Paris , chez
Mme Baillon , rue Neuve des Petits-Champs , au
coin de celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique.
E PITRE
TAB L E.
PITRE au Dodeur Petit , principales villes de Com .
145
merce ,
Le Cerf, le Cheval & l'Hom- Annales Poétiques ,
166
167
me , Fable ,
148 L'Efprit des Ufages & des Charade , Enigme & Logo Coutumes des différens Peu- gryphe ,
150 ples , Lettre de M. de Peyffonnel , Académie Roy. de Mufiq. 179
152 Comédie Italienne ,
Tableau des Ufances & jours Annonces & Notices ,
d'échéances adres dans les
PAT lu 2
APPROBATION.
174
182
186
par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 23 Juillet 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 22 Juillet 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS au Coufin JACQUES , fur fon
premier Numéro des Lunes .
GRACE à la charmante influence
De l'aftre qui te fait la loi ,
14
De nos joyeux François nous verrons l'affluence
Rire & s'égaïer avec toi .
Va, crois-moi, pourfuis ta carrière , 1
Donne un nouvel éclat à de nouveaux cſſais ;
Ta plume badine & légère
Nous promet chaque jour de plus heureux accès.
Ris ; ch ! qu'importe la manière
Dès qu'on le fait avec ſuccès ?
Si c'eft la Lune qui t'inſpire ,
Je ne conteſte point cela ; 1
N°. 31 , 30 Juillet 1785 . I
194
MERCURE
Mais , Coufin , cette Lune là
M'a bien l'air du Dieu de la Lyre.
Tes vers font un remède à la mélancolie ,
Et la raifon chez les François
Ne fe montre jamais avec plus de fuccès
Que fous les traits de la folie .
(Par Mme H.... de Sainte- C.... , de
la Loge des Neuf Soeurs. )
MADRIGAL.
AIMER eft doux , plaire l'eſt davantage ;
Unir les deux eft encore plus doux ;
Le premier eft mon lot , le ſecond eſt à vous ;
Mais je préfère mon partage,
Je n'aime que vous feule , & vous plaiſez à tous .
UNE
É PIGRAM ME.
NE énigme piquoit ma curioſité :
Samufer d'une énigme ! eh ! qu'y peut on apprendre ,
Me dit avec un ton rempli de vanité
Certain bavard? A fuir l'ennui de vous entendre.
and
ParM. Guichard. )
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS
DE FRANCE.
195
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Vice - Roi ; celui
de l'énigme eft Enigme ; celui du Logogryphe
eft Seringue , où l'on trouve Seine ,
Sire , ferin , ferine , ferein , finge , firêne
grue , rien , Surin , Ségui.
CHARADE.
Mon premier eft un lieu , Lecteur ,
Où defcend notre nourriture ;
Mon fecond eft une couleur,
Et mon tout eft un mot que l'on dit quand onjure.
(Par M. Gobet , Ecolier de Seconde au
College des Quatre Nations . )
ENIGM E.
SI fur mes quatre pieds eu me crois une bête ,
Je te nîrai le fait en me coupant la tête .
( Par M. Raficot , Elève de l'Ecole Royale
Militaire de Rebais , en Brie. )
I i
196 MERCURE
LOGO GRYPH E.
J'HABITE
HABITE dans les champs , les villes & les bois ,
Dans le trouble des Cours & dans les lieux tranquilles ;
Je fers également les Bergers & les Rois :
Enfin , fans moi jamais il n'eût été de villes.
Confulte mes fix pieds , Lecteur , tu trouveras
Ce qui fait diftinguer les mortels ici bas ;
Deux pronoms ; un adverbe ; un Royaume d'Afie ;
Le bon Roi qui donna ſon nom à l'Ionie ;
Un Magicien célèbre au règne de Néron ;
Un Apôtre ; de l'an la douzième partie ;
Deux notes de mufique ; un Prince fils d'Éſon ,
Qui , voulant de Colchos enlever la Toiſon,
Sut monter le premier navire ;
Un des juges du fombre empire ;
L'opposé de malade ; une conjonction ;
Et cette fille d'Hermione ,
Qui, fe croyant une lionne ,
Maffacra fes deux fils pour de vrais lionceaux ,
Et de leur mort défeſpérée
Se précipita dans les eaux ;
Une montagne célébrée
Dans les chants du Prophète Roi ;
Un membre à l'homme fort utile ,
Et dont il fait fouvent un bien mauvais emploi ;
Tu trouveras encor de la Suiffe une ville ;
Une Nymphe du Mont-Ida ,
DE FRANCE: 197
Que le Roi Capis époufa ;
Du Hainault la capitale ;
De Junon une rivale ;
Le mois qu'on trouve le plus beau ;
Ce qui refte de la farine ;
Ce qu'on voit quelquefois aux portes d'un château.
Mais j'en ai dit affez , mon cher Lecteur , devine.
( Par M. Conjon. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES Morales de Plutarque , traduites
en François par M. l'Abbé Ricard , de
l'Académie des Sciences & Belles - Lettres
de Toulouſe . A Paris , chez la Veuve
Defaint , Libraire , rue du Foin S. Jacques.
Troisième volume.
NOUS
ous nous contenterons de confirmer ici ,
fans les répéter , les éloges que nous avons
donnés au travail de M. l'Abbé Ricard , en
rendant compte des deux premiers volumes ;
celui-ci contient trois Ouvrages.
1º. Les Apophtegmes des Lacédémoniens
connus ', avec les anciennes Infiitutions des
Spartiates.
2º. Les actions courageufes & vertueufes
des femmes.
3. Les queftions Romaines. Les queftions
Grecques font renvoyées au volume fuivant.
I iij
198 MERCURE
Il eft pour le moins fort incertain que le
premier de ces Ouvrages foit de Plutarque .
Il paroît n'être qu'un extrait ou abrégé de
fes vies , fait avec beaucoup de négligence ,
pour l'inftruction des enfans. Et il n'y a
guères d'apparence que Plutarque , après
avoir expolé avec le plus grand detail , dans
la vie de Lycurgue , les inflitutions de ce Légiflateur
, ait compofé après coup un traité
féparé de ces Inftitutions , moins complet
que le premier , un traité tronqué d'ailleurs ,
& qui eft quelquefois en contradiétion avec
ce que l'Auteur rapporte dans la vie de Lycurgue.
Cependant , ce Traité fe trouve dans le
catalogue des Euvres de Plutarque , donné
par Lampias , fon fils ; & ne feroit - il pas
poffible que cet Ouvrage fît partie des premières
études de ce Philofophe , des matériaux
qu'il avoit amaffes pour la compofition
de fes vies , & qu'il fallût expliquer la
contradiction & les différences des deux Ouvrages
, par des lumières poftérieurement acquifes
, & par un redoublement d'attention
& d'exactitude dans l'Ouvrage même , dont
les Apophtegmes n'étoient , dans cette fuppofition
, que les matériaux ?
Ce Recueil des Apophtegmes des Lacédémoniens
, pourroit avoir fervi de modèle à
nos Recueils modernes , connus fous le nom
d'Ana ; ce font de même des mots , des
faits , des anecdotes , des penfées détachées ;
on fent combien tous ces traits , qui , accuDE
FRANCE. 199
mulés ainfi dans un Recueil , ne peignent
rien , ou ne peignent que vaguement , doivent
acquérir de prix dans les Vies de Plutarque
, où ils font mis à leur place , & employés
à fervir de preuves aux divers traits
du caractère de chaque perfonnage. Ces
Apophregmes , en général , font très- connus ,
M. Rollin en a rempli fon Hiftoire Ancienne
. Les mots fur -tout qui caractériſent
la conftance héroïque des Lacédemoniennes
& leur patriotisme vainqueur des fentimens.
de la Nature , font dans la bouche de tout
le monde. On les apprend dès l'enfance , &
on ne les oublie jamais.
Plufieurs des traits raffemblés dans cet
Ouvrage ne méritent pas le grand nom d'Apophregmes.
Ce ne font quelquefois que des
plaifanteries , que des réparties plus ou moins
heureufes , que des bons mots , qui , comme
on fait , ne font pas toujours bons . Par
exemple , quand Paufanias répond à un Médecin
qui lai fait compliment fur la bonne
fanté: C'estque vous n'êtes pas mon Médecin ;
quand il répond la même chofe à un autre
ou au même , qui lui difoit : Vous voilà devenu
vieux ; tout cela eft épigrammatique ,
fi l'on veut , cela eft au moins dur & défobligeant
; mais il n'y a rien là d'Apophtegmatique.
Boileau a dit :
Ton oncle , dis -tu , l'affaffin ,
M'a guéri d'une maladie ;
I iv
200 MERCURE
La preuve qu'il ne fut jamais mon Médecin ,
C'eſt que je fuis encore en vie.
On pourroit croire que Paufanias lui a ici
fervi de modèle , fi les plaifanteries fur les
Médecins n'avoient pas dû être les mêmes
dans tous les temps & dans tous les pays .
Le fecond Ouvrage eft un monument
élevé par Plutarque à la gloire des femmes ;
' il s'y propofe de prouver par les faits que
les femmes ne le cèdent point aux hommes.
en vertu , c'eft à-dire , en courage ; & pour
prévenir l'objection qu'on auroit pu lui faire ,
que des exemples particuliers ne prouvent
rien , parce qu'ils peuvent être regardés
comme des exceptions , il commence par
citer plufieurs exemples publics . c'eft-à - dire ,
dans lefquels des actions mémorables de
courage & de vertu ont pour Auteurs toutes
les femmes d'une même ville ou d'un même
pays , comme les Troyennes , les Phocéennes
, les Argiennes , & c .
Le Traité des Questions Romaines feroit
fort utile pour nous donner la clef de diverfes
cérémonies & de divers ufages établis
chez les Romains , fi ces queftions étoient
plus fouvent réfolues , & fi l'Auteur ne fe
contentoit pas de propofer fur chacune ,
auffi par forme de queftions , deux ou trois
conjectures , entre lesquelles il ne choiſit
pas. Malgré cet inconvénient , qui tient peutêtre
à une ignorance invincible , ce Traité
fert du moins à nous faire favoir que ces
-
DE FRANCE. 201
ufages ont exifté , & quelquefois même à
nous en faire connoître l'origine & la caufe.
Parmi ces questions , il y en a une qu'un
François réfoudroit par une plaifanterie ;
Plutarque , à fon ordinaire , ne la réfout pas ,
mais il la difcute très - férieuſement .
"s
Pourquoi les maris , au retour d'un
» voyage ou de la campagne , font- ils pré-
» venir leurs femmes de leur arrivée ?.
» Eft ce par un effet de leur confiance en
» elles ? Car une arrivée fubite & inattendue
» a l'air d'un espionnage , & annonce le
defir de furprendre. C'eft pour cela qu'ils
» s'empreffent de donner à leurs femmes la
» nouvelle d'un retour qu'elles attendent ,
» & qui doit leur faire plaifir . Eft- ce pour
favoir s'ils les trouveront bien portantes
» & empreffées de les revoir ? Seroit - ce
» enfin que les femmes , en l'abſence de
» leurs maris , ont plus de peines & de fol-
» licitudes domeftiques , & qu'ils les font
» prévenir de leur retour , afin qu'elles quit-
» tent tout autre foin , pour ne s'occuper
de les bien recevoir ? »
و د
» que
Toutes ces raifons font un peu tirées ;
nous craignons bien que ce ne fût le François
qui eût raifon , & que cet ufage n'eût
rapport à l'aventure de quelque mari , hom--
me confidérable dans la République , qui fe:
fera mal trouvé d'avoir négligé cette précaution.
C'eft confondre toutes les idées que
d'ériger , comme Plutarque , une précaution:
en marque de confiance , ce feroit bien
I'v
202 MERCURE
plutôt une marque de défiance , fi un ufage
généralement établi ne lui eût ôté ce caractère
injurieux ; mais certainement il y a bien
plus de confiance à croire qu'on peut tou-
Jours arriver impunément , à ne pas même
foupçonner l'infidélité , à la juger , pour
ainfi dire impoffible , qu'à prendre des précautions
contre tous les inconvéniens d'un
retour imprévu .
Sur cette première raiſon , alléguée par Plutarque,
M. l'Abbé Ricard fait la note fuivante.
" Des Savans croyent que Plutarque fe
» trompe ici , & apportent en preuve ces
» vers de Tibulle à Délie :
Tunc veniam fubitò , nec quifquam nunciet antè
Sed videar calo miffus adeffe tibi.
93
30
Qu'alors je paroiffe tout- à- coup , fans que
perfonne t'annonce mon arrivée , & que
j'aie l'air de defcendre du ciel.
ود
Mais on peut répondre , dit -il , que
Délie étoit la maîtreffe & non la femme
» de Tibulle ; que par conféquent cet exem-
» ple ne conclut rien contre la raifon qu'allègue
Plutarque.
"9 »
Tout ceci nous confirme dans notre idée.
Tibulle ici fait allufion à l'uſage des maris ,
& il dit qu'il ne le fuivra pas , que l'impatience
de fon amour ne lui en laiffera pas le
loifir , que dans fon empreffement d'arriver
auprès de Délie , aucun courier ne pourra
jamais le devancer :
Nec quifquam nunciet amè
DE FRANCE. 103
Plutarque examine encore pourquoi les Romains
enterroient toutes vives les Veftales
qui fe laiffoient féduire ?
On pourroit répondre :
Parce que les hommes font foux , méchans
& cruels , ingénieux à trouver des
moyens & des raifons de fe tourmenter les
uns les autres , fur- tout quand quelque intérêt
chimérique de myfticité vient feconder
- leur férocité naturelle ; mais Plutarque envifage
autrement cette queſtion ; & voici ce
qu'il répond , ou plutôt ce qu'il demande.
"
Comme ils font dans l'ufage de brûler
les morts , croyent ils qu'il n'eft pas jufte
» de brûler celle qui n'a pas fu garder reli-
" gieufement le feu facré-
>
Cette première raifon , à ce qu'il nous
femble , eft doublement mauvaiſe . 1º . On
n'enterroit point vives les Veftales pour avoir
laiffé éteindre le feu facré , mais pour avoir
eu une foibleffe. 2º, En fuppofant même ce
que dit Plutarque , ce petit rapport d'être
punie à la mort par la privation du feu
pour avoir laiffé manquer le feu , peut-il
motiver un fupplice auffi horrible que celui
d'être enterrée vive ? Mais cette réflexion
peu jufte peur en faire naître une meilleure ;
c'eft que la faute de la Veftale pouvoit mériter
que , par une diftinction ignominieufe
à laquelle on l'auroit fu deffinée pendant le
refte de fa vie , elle fût enterrée , non pas
vive , mais après fa mort , à la différence des
autres Veftales , dont les corps étoient brûlés .
I vj
201
MERCURE
Plutarque continue :
Regardent-ils comme un facrilège - de
faire périr un corps confacré par les céré-
» monies les plus auguftes , & de porrer des
22 mains violentes fur une femme facrée ?
» C'eft pour cela qu'ils la laiffent mourir en
» la defcendant fous terre , dans le domi-
» cile qu'ils lui ont préparé , & où l'on a
» mis une lampe , un pain , du lait & de
» l'eau , & qu'enfuite ils cachent foigneufement
le caveau en le couvrant de terre.
» Encore ne fe croyent - ils pas quittes de
» tout fcrupule ; & il eft d'ufage , même aujourd'hui
, que les Prêtres faffent les céré
» monies funèbres fur le lieu où une Vef-
» tale a été enterrée. »
"
39
99
Le Traducteur , dans ce volume comme
dans les précédens , joint au texte de la Traduction
, des notes fages & inftructives qui
L'écliciffent.
Il témoigne dans fon Avertiffement une
grande do ilité pour les objections, que
quelques Journaliſtes lui ont faites.
ESSA1 Analytique de l'Air pur & des.
différentes cfpèces d'Air , par M. de la
Metherie , Docteur en Médecine. in- 8 ° .
de 474 pages, A Paris , rue & hôtel Serpente.
L'ESPRIT humain , en perfectionnant quelques
branches de la Phyfique , a fuivi la
route natur, lle , qui , de vérités en vérités
menoit à de plus grandes découvertes. Dans
"
DE FRANCE. 205
l'étude de l'air , par exemple , il reconnue
d'abord les qualités les plus fenfibles , comme
la pefanteur , l'élaſticité , la raréfactibilité ,
- & c.; mais quand il eut épuiſé les recherches
analogues à ces découvertes primitives , ce
fut une époque remarquable dans l'Hiftoire
de la Chimie , quand on vit débrouiller du
chaos de l'atmosphère cette nombreuſe fuite
de fluides aériformes , jufqu'alors confondus
, & qui opéroient fans que le Phyficien
s'en apperçût , une infinité de phénomènes
dans les efpaces aériens ; une nouvelle branche
de la Chimie eft fortie , pour ainsi dire ,
du néant.
*
M. de la Métherie , connu par des Ouvrages
philofophiques très - profonds , par
diverfes obfervations & expériences Chimiques
, toutes également neuves , & par un
Traité fur l'organiſation animale & végétale ,
a entrepris un corps de doctrine de tous les
fluides aériformes . Lorsqu'une Science ,
dit- il , afait des progrès , & que les faitsfont
multipliés , il eft une circonftance où , pour
préparer des progrès fubfequens , il faut les
* M. de la Métherie eft l'Auteur du projet propofé
( dans le Mercure du 20 Mai 1780 ) de conftruire
des tables où les degrés de certitude ou de probabilité
des connoiffances humaines feroient affignés.
Il les divife en quatre claffes . Dans la première ,
feroient les chofes démontrées ; dans la feconde , les
chofes fondées fur la mémoire ; dans la troifière ,,
celles qui font affurées par l'analogie ; & enfin le
témoignage des hommes formeroit la quatrième..
206 MERCURE
rapprocher , les général fer , & rechercher des
principes certains , des bafes de l'édifice.
Pour cela , il parcourt en détail ces différentes
fortes de fluides , l'air pur , l'air inflammable
, l'air fixe ou acide , l'air phlogiftiqué
ou impur , l'air nitreux , le Auide
électrique , l'air hépathique , les acides marin
, vitriolique , nitreux , fpathique , végétal
, auimal , à l'état aériforme ; & il paffe
enfuite aux diverfes opérations , foit naturelles
, foit artificielles , qui développent la
doctrine , comme la combuftion , les fermentations
, la végétation , & c.
Que de fluides nouveaux dans l'atmofphère
depuis qu'on cultive cette nouvelle
forte de connoiffances ! Déjà nous connoiffons
l'air pur ou déphlogistiqué , qui ne paroît
former que la quatrième partie de l'air
atmosphérique ; l'air phlogiftiqué y domine ;
on foupçonne de l'air inflammable dans les
plus hautes régions , les airs fixe & alkalin ,
provenans de la putréfaction végétale &
animale , l'air fulphureux volatil , l'air acide
marin ; & fi on ajoute à ces fluides particuliers
les fluides généraux qui enveloppent la
terre , pour ainfi dire , & s'étendent bien audela
. tels que l'eau réduite en vapeurs , la
lumière , le fluide électrique , la matière de
la chaleur , la matière du magnétifme infiniment
répandue , infiniment divifée , infini
ment pénetrante , & qu'on retrouve d'un
pôle à l'aurre , fur mer & dans les continens
, fur les hautes montagnes élevées de
DE FRANCE 207
2300 toifes , & dans tous les bas - fonds , &
qui pénètre les maffes le plus compactes du
globe ; fi on coniidère , dis- je , que tous ces
fluides fe pénètrent , occupent enſemble le
même efpace , & forment , pour ainsi dire ,
un chaos , on conclura que dans l'Hiftoire
des Hommes , le fiècle éclairé qui a claffé
& défini tous ces objets pour la première
fois , eft fans doure digne de remarque.
Nous ne fuivrons point M. de la Métherie
dans fes diverfes obfervations ; nous nous
con - enterons de dire que fon Ouvrage forme
un enſemble de doctrine qui en fait un
Livre élémentaire : il procède par principes
& obfervations avant d'établir les vérités
générales ; & dans l'état actuel des connoiffances
relatives à cet objet , ce Livre devient
abfolument néceffaire. Ce Chimiſte
lui-même , outre l'ordonnance de fa doctrine
, l'a enrichie d'une infinité de faits
d'expériences qui font à lui , & qui intéresfent
tous les Chimiftes & les Phyficiens.
Toutes les oblervations montrent que M.
de la Métherie fait lier fon objet avec la
Phyfique , l'Hiftoire Naturelle , la Médecine ,
la Phyfiologie ; la petite obſervation ifolée
qui ne prouve rien , qui ne tient à rien ,
n'appartient qu'aux efprits qui n'ont que des
vûes ou fauffes ou limitées ; mais celui qui
fait tenir comme dans fa main , les vérités
qui ont le plus de rapports , ou faire des
expériences fertiles en réſultats variés , eft
le véritable interprète de la Nature.
268 MERCURE
¿
VARIÉTÉ S.
LETTRE d'un Docteur en Droit de Province ,
à un Docteur en Droit de la Faculté de
Paris , fur un Article du Mercure , du
Samedi 19 Février 1785 , par M. Garat ,
cencernant les Loix Romaines .
Q U nous fommes heureux , Monfieur de vivre
dans un fiècle auffi éclairé ! le flambeau de la raifon
& de la Philofophie vient enfin à bout de diffiper les
ténèbres dans lesquelles nous étions plongés depuis
fi long -temps. Une vieille habitude , d'anciens préjugés
avoient confacré chez nous un monument
qu'une longue fuite de fiècles nous avoit appris à
refpecter ; nos plus habiles Jurifconfultes en avoient
fait l'objet de leurs veilles ; nos plus grands Magiftrats
, par leurs exemples , en avoient encouragé
l'étude ; nos Rois avoient voulu qu'il fût la bâfe de
Finftitution nationale ; ils avoient cru voir dans le
Recueil des Loix Romaines , un corps de doctrine
fondé fur la raifon & la fagefle , rempli de maximes.
propres à tous les temps & à tous les Goavernemens
ils avoient regardé ce Livre comme un guide
sûr pour la jeuneffe qui fe forme à l'étude de la Jurifprudence,
& même comme un point de ralliement
au milieu de la confufion qu'occafionne chez nous
cette multitude d'ufages & de contumes . Ils fe font
trompés un génie réformateur vient d'apprécier:
cette efpèce d'idolâtrie , & nous prouver que le corps
des Loix Romaines n'eft plus qu'une compilation informe
, fans goût: & fans choix. Un enthouſiaſte
DE FRANCE. 209
s'avife , en compilant les Loix Municipales du Languedoc
, de féliciter cette belle & grande Province
de ce qu'elle a confervé précieufement le Droit
Romain , qui eft fa Loi territoriale ; M. Garat prétend
faire revenir le Languedoc , & même toute la
France , d'une erreur auffi groffière.
Auriez-vous cru qu'un homme , qui ›, par état .
doit être l'interprête des Loix , qui a dû conféquemment
en connoître les fources , & fe familiarifer
avec leurs principes , eût été le premier à avancer un
fyftême auffi monstrueux ? Qu'un Jurifconfulte ,
connu par fes lumières & fes talens , eut voulu emprunter
les armes de l'ignorance & de la médiocrité ,
en déuigrant un Ouvrage contre lequel on ne s'élève
aujourd'hui que parce qu'on ne s'eſt pas mis en état
de l'entendre ? Les Savans , les Magiftrats , qui en ont
recommandé l'étude la plus férieuſe , l'avoient lû &
médité toute leur vie ; il faudroit , pour détruire
l'opinion qu'ils nous en ont donnée , avoir imité leur
application.
Que M. Garat , dans un âge mûri par les réflexions,
eûr patu fe décider d'après une étude plus approfondie
des Loix Romaines , à la bonne heure , fon
jugement auroit au moins eu l'air d'être le réſultat
d'un travail férieux ; mais il nous renvoie à une
production de fa jeune ffe , à une diatribe qu'il a
compofée autrefois contre le Droit Romain . Il avoit
prétendu alors fixer fon opinion fur le mérite de
cette Légiflation , & fans vouloir fouffrir ni Traducteur
ni Commentateur entre lui & les Loix Romaiil
avoit pris d'une main le texte pur de cette
Légiftation , & de l'autre , l'Hiftoire qui apprenoit
comment elle s'étoit formée , & il avoit écrit. Mais ,
de bonne-foi , le texte des Loix Romaines devoit- il
fe lire comme une Brochure , & M. Garat pouvoitil
fe flatter de faifir l'enfemble , les rapports & le vrai
fens de quantité de ces Loix , qui ont exercé l'efprit
nes ,
210 MERCURE
des Commentateurs les plus éclairés ? Aufſi je ne puis
croire que
la compilation du Droit Romain ait rien
perdu de fon fafte pour avoir déplu à M. Garat. Dans
un fiècle aufli léger que celui-ci, un paradoxe peut faire
illufion à la multitude ; on aime mieux croire fur la
foi de l'Ecrivain qui amufe , que les Loix Romaines
font ridicules , que de fe convaincre de leur fageffe
par des lectures férieuſes & pénibles , & voilà le
terme des efpérances de M. Garat.
Jetons cependant un coup- d'oeil fur les moyens ,
& tâchons de les apprécier à leur jufte valeur.
Il reproche aux Romains le mauvais choix , l'obſcurité
de leurs premieres loix. Une parfaite légiflation
ne peut être que l'effet du temps & de l'expé
rience.Quel eft le Peuple qui, dès fon berceau, fe foit
élevé à ce degré que la civilifation feule peut procurer
? Si les premières loix de Rome furent vicieufes ,
il n'en faut accufer que le temps où elles furent
faites , & les moeurs de la Nation qui les adopta .
En lifant attentivement l'hiftoire de ce Peuple réputé
barbare, ne paroîtra t- il pas exempt de tout reproche
fi , fentant lui même le befoin qu'il avoit d'une
meilleure législation , il a cherché à diffiper les ténèbres
qui l'environncient ? Gouverné depuis l'expulfion
de fes Rois & la fuppreffion des loix Royales ,
par quelques ufages & la volonté arbitraire de fes
Magiftrats , il entend parler de la fageffe des Gouvernemens
Grecs , des loix de Lycurgue & de Solon
; il fonge fur-le- champ à fe les approprier ; il
nomme des Députés chargés de parcourir les différentes
Villes de la Grèce , & d'y recueillir les loix &
les réglemens les plus conformes à la conftitution
de la République. A leur retour il élit des Magiftrats
qu'il charge de la rédaction d'un code , & leur travail
a produit la fameufe loi des douze Tables .
Mais à cette époque , où tous les Arts & toutes les
Sciences étoient ignorés à Rome , où l'on faifoit
DE FRANCE. 211
même gloire de les méprifer , les Commiffaires envoyés
dans la Grèce ont-ils pu avoir affez de lumières
pour faire un choix raisonnable dans les loix de
Lycurgue & de Solon , pour bien concilier enfemble
des loix prifes dans des légiflations fi diverfes , pour
les accorder enfuite avec ce qu'on vouloit conferver
des loix Royales , pour les accommoder enfin au
caractère déjà formé de la République Romaine ?
M. Garat regarde apparemment les Romains à
cette époque comme une horde de Sauvages , comme
an Peuple entièrement ifolé ; cependant les victoires
l'avoient déjà rendu refpectable en Italie , où il
avoit fubjugué plufieurs Nations. Il avoit vraifemblablement
des correfpondances avec les Colonies
Grecques établies fur la côte d'Italie appelée la
Grande Grèce ( Denys d'Halycarnaffe , Antiq. Rom.
Livre 3 ) puifque la plupart des Auteurs prétendent
que les Députés Romains furent chargés spécialement
de parcourir ces Villes ; peut- être même que
les connoiffances qu'ils y prirent , les engagèrent à
aller directement à la fource ; mais ils ne connoiffoient
pas affez les Loix Greeques pour les adapter à
leur Gouvernement. Avec un peu d'attention & de
bonne- foi , M. Garat auroit vû que les Députés Romains
pafsèrent trois ans à parcourir les Villes Grecques,
vraisemblablement pour s'inftruire à fond des
loix qu'on leur communiquoit ; que les Magiftrats
chargés de la rédaction , & au nombre defquels furent.
mis ces mêmes Députés , ne s'en rapportèrent point à
leurs propres lumières ; qu'ils furent aidés dans leur
travail par un certain Hermodore , Éphéfien , perfonnage
diftingué par fes vertus & fon favoir , qui ,
exilé de fa patrie , fe trouva alors à Rome , & à
qui, fuivant Pline , les Romains , en reconnoiffance
des fervices qu'il leur rendit en cette occafion élevèrent
une ftatue dans la place publique.
Ce qui choque le plus M. Garat dans cette lòi ,
212 MERCURE
•
c'eſt un article de la troisième Table , qui permet aux
créanciers de couper en pièces le corps du débiteur
infolvable , & de fe le partager ; c'eft , dit- il , une
loi digne d'un Peuple d'antropophages. On pourroit
lui répondre qu'on n'eft pas bien d'accord fur le fens
de cet article ; que malgré les témoignages d'Auteurs
anciens , de Quintilien , d'Aulugeile , de Tertulien ,
qui paroiffent avoir entendu le partes fecanto dont
fe fert la loi , de la fection même du corps du débiteur
; plufieurs Interprêtes célèbres , que M. Garat
n'a sûrement pas lus , comme Heinnccius , Binkerfock
, ont prétendu qu'il ne s'agiffoit que du partage
des biens. Mais paffons condamnation fur cet article
, accordons à M. Garat que la loi des douze
Tables ait prononcé cette peine contre le débiteur
infolvable, renvoyons- le feulement pour s'inftruire
au Livre 20 , Chap. 1 des Nuits Attiques d'Aulugelle
, où cet Auteur rend compte d'une converfation
entre Cæcilius , Jurifconfulte Romain , & le Philofophe
Favorinus , fur la loi des douze Tables * , il y
verra que cette peine n'avoit été imaginée que pour
détourner les Romains de manquer à leur parole ;
que fa rigueur étoit une fauve - garde contre ellemême.
Eft-il probable d'ailleurs que fi jamais elle
avoit été exécutée , il n'en fût reſté aucune trace dans
l'Histoire? Une preuve non équivoque qu'elle ne l'a
point été que plus d'un fiècle après , lorſque la loi
Petitia Papiria , renouvellée encore quarante ans
* Eam capitis poenam fanciendæ fidei gratiâ horrificam
atrocitatis obtentu , novifque terroribus
metuendam reddiderunt .... Eo confilio tantas immnanitas
poenæ denuntiata eft , ne ad eam unquam perveniretur.....
Diſſectum effe antiquitus neminem
neque legi , neque audivi. Acerbitas plerumque ulcif
cendi maleficii , benè & caftè vivendi diſciplina eft.
DE FRANCE. 213
après, à l'époque de la retraite du l'euple fur le Janicule
, défendit aux créanciers de retenir leurs débiteurs
dans les fers ; on fe plaignit bien des mauvais
traitemens qu'ils leur faifoient éprouver , mais on ne
leur reproche pas d'avoir employé la peine prononcée
par la loi des douze Tables .
Il en eft de même de l'article qui permettoit à un
père , en vertu de la puiffance paternelle , de réduire
fon fils en efclavage, & de le vendre ; on ne voit
nulle part qu'elle ait été exécutée. A l'égard du
droit de vie & de mort accordé ou plutôt confirmé
par la même loi aux pères fur leurs enfans , on voit
qu'ils l'ont exercé en plufieurs occafions . Sallufte &
Valère-Maxime citent plufieurs exemples de fils mis
à mort par leurs pères pour traki ons & complots
formés contre l'État , mais M. Garat veut bien n'en
point faire un crime à la loi des douze Tables ;
peut-être a-t- il lû ce que dit Montefquieu , Efprit
des Loix , Livre 5 , Chap. 6 : « que l'autorité pater-
» nelle eſt très utile pour maintenir les moeurs dans,
» une République , qui n'ayant pas une force fi
réprimante que dans les autres Gouvernemens , a
» befoin que les loix cherchent à y fuppléer ; qu'elles
» le font par l'autorité paternelle , qu'ainfi à Rome.
» les pères avoient droit de vie & de mort fur leurs
» enfans ..... que la puiffance paternelle fe perdit à
Rome avec la République.
33
"
ןכ
M. Garat n'eſt pas auffi heureux , au moins en
apparence , dans les reproches qu'il fait à deux autres
articles de la Loi des douze Tables,
10. Il prétend que tous les enfans qui naifoient
avec des organes foibles ou mal conformés , devoient
être précipités de la Roche Tarpéïenne. La
Loi dit : Pater infignem ad deformitatem puerum
citò necato , & examinant le mot dont elle fe fert
deformitatem , il cft aité de voir qu'elle n'a point
voulu parler d'un enfant foible & mal conformé ,
214
MERCURE
mais d'un monftre qui n'a point la forme humaine ,
d'un être que
les Médecins appellent , animal ita genitum
, ut à figura bonitate , & fimplicitate fua fpeciei
enormiter recedat.
Le deuxième article regarde les femmes que leurs
maris pouvoient tuer , lorfqu'elles avoient bu duvin.
Il ne tiendroit qu'à moi de faire ici une longue
differtation , de diſcuter le ſentiment des interprêtes
; mais M. Garat ne fe donne pas la peine
de lire les commentateurs. Je lui obferverai que
cet article n'eft pas de la Loi des douze Tables ; que
le favant M. Pothier prétend qu'il n'y a jamais été
inséré , & qu'il ne le rapporte qu'à la fuite des
fragmens de la Loi des douze Tables . Mais qu'importe
, dira M. Garat , c'eſt une Loi Romaine ! Oui ,
mais elle n'eft pas auffi atroce qu'il le prétend . Voici
cette Loi qu'on attribue à Romulus , & qui a fubfifté
affez long- temps à Rome : Ut fi que mulier
temetum ( vinum ) biberet , in eam maritus caufâ cum
propinquis cognitâ poenam ftatueret , at fi eam in
adulterio deprehenderet , tunc eam occidendijus , poteftatemque
haberet.
Ce texte paroît avoir été rédigé d'après les anciens
Auteurs qui en ont parlé, & fur-tout d'après Denis
d'Halicarnaffe & Aulugelle . ( Denis d'Hal
liv. 2 , chap. 4. Aulugelle , liv. 10 , tit. 13. )
M. Garat voudroit nous faire croire que boire
du vin , & commettre un adultère , avoient été
entièrement regardés de même oeil par le Légiflateur
; que dans ces deux cas , le mari n'étoit
pas répréhenfible s'il eût tué fa femme prife en
flagrant délit. Point de doute , relativement à l'adultère.
En eft-il de même fi elle a bu du vin ? La Loi
ne paroît donner au mari d'autre droit que celui
d'affembler les parens pour juger le crime avec
eux , & lui infliger une peine , pænam ftatueret ;
c'étoit vraisemblablement celle du divorce . Quand on
DE FRANCE.
215
vent attaquer la légiflation d'un peuple auffi connu
que le peuple Romain , il faut un peu plus de critique
& d'attention . Au refte , on peut obferver à
M. Garat , d'après l'Hiftoire , que dans ces temps
où les moeurs avoient encore plus d'effet que les
Loix , on regardoit l'ivregneric , fur- tout dans les
femmes , comme la fource de tous les vices ; mais
ce qui fait honneur aux Dames romaines , c'eft
que, pendant plus de cinq fiècles , il n'y eut entre
elles & leurs maris , aucune plainte , aucun procès
d'adultère , & pas un ſeul divorce . ( Aulugelle , Liv.
17, Chap. 21. )
Quel eft le résultat des déclamations de M. Garat?
C'eft de conclure que la Loi des douze Tables renfermoit
plufieurs réglemens durs & rigoureux ; mais
cette rigueur , cette dureté , tenoit à l'âpreté des
moeurs de ce temps - là ? Quelle légiflation , avant
que d'être épurée , n'a pas été dure , & peut- être
même barbare ? On a vu chez nous ordonner le duel
judiciaire , l'épreuve par l'eau , le feu , le congrès
, &c. &c. Nous avons eu le fort de tous les
peuples qui fe font policés à la longue . M. Garat
auroit mieux fait d'examiner fous fon vrai point de
vue la Loi des douze Tables , il auroit trouvé les
réglemens les plus fages pour le maintien des propriétés
, la forme & la jurifdiction des tribunaux ,
Ja police , les contrats , les fucceffions , les tutelles ,
le foin du culte , &c .; il auroit vu enfuite que les
Romains , dans les temps les plus policés , confervèrent
le plus grand refpect pour cette Loi ; qu'ils
la faifoient apprendre par coeur à ceux qui étudioient
la Jurifprudence; que Cicéron & Tite - Live , ne font
aucune difficulté de la mettre au-deffus de tous les
ouvrages des Philofophes ( *) , & malgré la multi-
* Fremant omnes licet, dicam quod fentio , Biblio216
MERCURE
plicité des Loix portées depuis elle , de la regarder
comme la fource la plus pure du droit , tant public
que particulier.
M. Garat traite avec la même légèreté toute la
suite de la légiflation Romaine. Ce peuple , occupé
de difcordes & de féditions , pouvoit- il faire de fages
réglemens , qui ne fe reffentiffent pas de l'état de trouble
& d'anarchie dans lequel il étoit continuellement ?
En étudiant l'Hiftoire , qui eft la meilleure clef de
la législation , on voit qu'à Rome , à la moindre
lueur du bien public , les partis les plus échauffés
oublioient leurs querelles ; que dans les temps heureux
de la république l'honneur & la gloire de l'état ,
ainfi que l'avantage des particuliers , furent toujours
l'objet principal des Romains. D'ailleurs , les efforts
que firent les deux ordres occupés à s'obſerver & à.
garantir leurs droits refpectifs , durent contribuer à
la fageffe de la légiſlation .
·
La partie qui concerne l'Edit du Prêteur
n'étoit peut être pas affez claire pour que M.
Garat fût en état de l'apprécier , il envifage le
Prêteur comme un Souverain qui foule aux pieds
les anciennes Loix , & qui ne fuit que fon caprice.
If eft bon de fixer les idées fur cet Edit , qui
a été la fource la plus féconde de la Jurifprudence
Romaine. La Loi des douze Tables , fèvère dans fes
principes , conciſe dans ſes exprffions , publiée dans
thecas me Hercule omnium Philofophorum unus
mihi videtur XII Tabular . Libellus , fi quis legum
fontes & capita viderit, & autoritatis pondere , &
utilitatis ubertate fuparare. Cic. de Orat. Lib. 1 ,
Cap. 44.
Nunc quoque in hoc immenfo aliarum fuper
alias acervatarum legum cumulo , fons omnis publici
privatique juris.
นา
DE FRANCE. 217
un temps où la pauvreté des Citoyens & leurs défintéreffement
occafionnoient peu de procès , laiffa
beaucoup à faire aux Magiftrats chargés de l'administration
de la Juftice , à mesure que le commerce ,
les richeffes , les conquêtes , multiplièrent les affaires.
Le Préteur crut qu'il étoit de fon devoir , en déterminant
le fens de la Loi , de l'étendre ou de la modifier
, d'adoucir fa féverité par des motifs d'équité
& de bien public , de tirer des conféquences d'un´
cas à un autre ; en un mot , d'en rendre l'application
plus utile. Ce fyftême , adopté par les premiers
Préteurs , parut fi fage que leurs fucceffeurs fe firent
un devoir de le fuivre ; & tous les ans l'Edit du
Prêtear , affiché en public , fe trouvoit enrichi de
nouvelles & de nouvelles vues découvertes . Il y eut
à la vérité , quelques abus ; mais ils furent réprimés
par de févères Loix , & cette Jurifprudence ( * ) con-"
tinua d'embraffer toutes les parties du droit Romain
jufqu'au temps d'Adrien , qui fit recueillir par le Jurifconfulte
Salvius Julianus , tous les Edits des Préteurs
, & en fit compofer un feul , qu'on appella
l'Edit perpétuel .
Voilà le prétendu tyran imaginé par M. Garat : le
reconnoîtrez -vous à ces traits , fur tout quand vous
vous rappellerez que le Préteur ne compofoit fon
Edit que d'après l'avis des plus habiles Jurifconfultes
, qui même lui fervoient de confeil & d'affeffeurs.
Après les Magiftrats tyrans , M. Garat introduit
des particuliers encore plus tyrans , à ce qu'il pré-
* Ed. quòd quifque juris in alterum ftatuerit
ut ipfe utatur.
Scun anni 585 , uti Prætores ex fuis perpetuis
_edictis jus dicerent .
Lex Cornelia anni 686 , in eumdem fenfum.
Nº. 31 , 30 Juillet 1785 .
K
218 MERCURE
tend , puifque fans aucune autorité , au moins afparente
, ils ufurpent le pouvoir législatif fur la
Loi , & le Magiftrat lui - même . Ces hommes , qui
paroiffent au déclin de la république , & qui fe multiplient
fingulièrement fous les Empereurs , font les .
Jurifconfules appelés Prudentes , qui ne font point
Juges , & jugent les procès , ne font point Légiflateurs
, & font les Loix . J'avoue que je n'entends pas
trop ce que veut dire M. Garat. Ne confondroit il
pas ici deux chefes très- diftinctes dans le Droit Roinain
, les Prudentes , Auteurs de l'eſpèce de Droit
appelée Interpretatio Prudentum ; & les Prudentes ,
de qui font émauées les réponfes des Jurifconfultes ,
Refponfa Prudentum ? Les premiers n'eurent d'autre
autorité que celle que donne la fcience & la raison.
C'étoit des Jurifconfultes qui , dans les fréquentes
Conférences qu'ils avoient entre eux , déterminoient
le fens de la Loi , & enfeignoient au peuple la manière
dont elle devoit être mile à exécution . L'interprétation
qu'ils donnèrent à plufieurs articles de la Loi
des douze Tables , acquit la même force que la Loi ,
dont elle fut cenfée faire partie , & ce fut l'opinion ,
ou plutôt l'utilité publique qui confacra ce Droit ,
appelé aufi difputatio Fori , Mores , Jus Moribus.
receptum .
Les prétendus tyfans ne peuvent donc être que
les Jurifconfultes auxquels Augufte attribua une
nouvelle prérogative. Ce Prince , qui vouloit affoiblir
les anciennes Loix , & fur - tout l'efprit républicain , fi
contraire au gouvernement qu'il avoit établi , n'imagina
pas de plus sûr moyen , que de fe rendre maître
de l'interprétation de ces mêmes Loix , en n'accordant
le droit de donner des confultations qu'à des Jurifconfultes
affidés , & écartant ceux qui feroient imbus
des anciennes maximes . Il fut même plus loin ; car on
prétend qu'il aftreignit les Juges à fe conformer à ces
opinions , & que , par là , il porta une atteinte conDE
FRANCE. 219
fidérable à la Jurifdiction du Préteur. Quelques
Savans , cependant , entr'autres M. Pothier, d'après
Godefroy , prétendent que ces confultations , quoiqu'émanées
de gens à qui feuls les Empereurs avoient
attribué le droit d'en donner , n'eurent jamais d'autorité
pour aftreindre les Juges , & que le Paragraphe
8 , au deuxième Titre du Livre premier des
Inftitutes de Juftinien , doit s'entendre de la conftitution
de Théodofe le jeune , qui avoit attribué
force de Loi aux écrits de certains Jurifconfultes.
Quoi qu'il en foit , on ne peut pas dire que ces Jurifconfultes
, dont la prérogative même ne dura que
jufqu'à A rien , ufurpèrent le pouvoir législatiffur
la Loi & fur le Magiftrat lui - même ; ils ne faifoient
qu'obéir aux Pri ces qui vouloient fe fervir d'eux
pour affermir leur puiffance ; ces moyens de politique
étoient ce que Tacite appelle inftrumenta Imperii.
En étudiant auffi peu les objets qu'il critique ,
M. Girat a l'art de ne fe point faire entendre ; on
voit feulement qu'il a de l'humeur contre la légiflation
& le gouvernement des Romains ; mais
l'humeur de M. Garat ne forme pas une autorité.
Ce fut auffi fous le règne d'Augufte qu'on vit
naître les différentes fectes des Jurifconfultes , dont
le choc & les difputes animèrent l'étude de la Jurif
prudence , en y portant ce feu & cette émulation
fi néceffaires au progrès des fciences . M. Garat
leur reproche d'y avoir porté le goût de la difpute qu'ils
avoient pris au Lycée & à l'Académie , ou plutôt
d'avoir appliqué la Philofophie à la Jurifprudence ;
j'aurois cru , au contraire , que la Jurifprudence ne
pouvoit que gagner à être éclairée par le flambeau
de la Philofophie , dont l'étude forme le raiſonnement
, apprend à tirer des conféquences
donne du relief à toutes les autres connoiffances.
De la Légiflation Républicaine , M. Garat paffe à
celle des Empereurs : ce ne font plus que des tyrans
> &
Kij
220 MERCURE
qui portent des Loix , auffi font- elles dictées par l'efprit
du defpotifme , enveloppées de myſtères impénétrables.
Pendant fix ou fept cent ans , depuis Cefar
jufqu'à Juftinien , qui font ceux qui donnent des Loix
du monde? Pour un Trajan & un Marc- Aurèle ,je
vois vingt Néron & vingt Commodes ; je vois que
le plus grand nombre des Loix a été fait par les
tyrans qui ont le plus deshonoré & affligé la nature
humaine.
Il eft vrai que dans la fucceffion des Empereurs depuis
Jules -Céfar jufqu'à Juftinien , on trouve des
monftres , des tyrans ; mais les Loix que nous avons ,
font- elles de ces monftres , de ces tyrans , portentelles
l'empreinte de leurs cruautés & de leurs fureurs ?
Celles qui nous reftent dans le Digefte , & qui font
émanées directemenr des Empereursjufqu'à Adrien ,
ou indirectement fous le nom de Senatus Confultes ,
portent pour la plupart les caractères de la plus grande
fageffe. Depuis Adrien , qui le premier commença à
négliger la méthode employée par fes prédéceffeurs ,
de laiffer au Sénat une ombre de Légiſlation , en faifant
paffer les Loix par fon canal , les Empereurs
manifeftèrent plus fouvent leur volonté par des
Décrets , des Edits , des Refcrits . Ces Loix forment
le Code de Juftinien . Elles font pour la plus grande
partie d'Antonin , de Marc-Aurèle , de Septime-
Sévère , d'Alexandre-Sévère , d'Adrien , d'Aurélien ,
de Probus , de Dioclétien , dont la mémoire , odieuſe
à la vérité au Chriftianifme , eft chère à la Jurifprudence
, par la fageffe des Loix publiées fous fon
règne. Ajoutez- y Conftantin , Julien , Valentinien
Théodofe le Grand , Théodofe le jeune , Martien ,
Léon, Anaftafe , Juftin ; fi ces Princes, loin de déshonorer
l'Empire , en ont foutenu la gloire par leurs
vertus & leur courage , c'eſt au moins une préfomption
en faveur des Loix qu'ils ont portées.
Mais ces Lois font perpétuellement en contradicDE
FRANCE. 221
tion ; elles offrent à la fois les maximes du Chriftiá-
» nifme & les maximes du Paganime . A côté des
» Loix faites pour encourager les mariages , pour
les multiplier , on rencontre des Loix qui honorent
& récompenfent le célibat , qui parlent des
» fecondes noces avec horreur ; des Légiflateurs
traitent les bâtards comme les enfans de la Patrie ;
» d'autres ne voyent en eux que les enfans du vice ,
» & daignent à peine leur accorder des alimens .
» Conftantin affure que les bâtards adultérins ne
font pas des enfans naturels , & conclud de - là
» que la nature même ne leur doit rien . »
Par les Loix qui honorent & récompenfent le
célibat , M. Garat veut apparemment parler de
celles qui concernent le célibat des Prêtres . Je ne
vois pas qu'elles foient en contradiction avec celles
qui favorisent le mariage. Les Empereurs , en recevant
la Religion Chrétienne dans leurs Etats , admirent
les règles de difcipline établies parles Conciles ,
& les fcellèrent du fceau de leur autorité. Ces Loix
permettoient à un homme marié d'afpirer aux Ordres
, & lui défendoient même de fe féparer de fa
femme ; mais un célibataire une fois engagé dans
le Ministère facré , ne pouvoit plus , dans l'Eglife
Orientale , contracter de mariage ; on préfumoit
alors que par un abandon volontaire , il s'étoit
affranchi de tout ce qui pouvoit le détourner des
foins attachés à fon nouvel état. Adopter des réglement
de difcipline propres à rendre plus refpectable
une Religion fondée fur la pratique la plus
accomplie des vertus morales , ce n'est pas contredire
les Loix faites pour encourager le mariage. "
Elles parlent avec horreur des fecondes noces.
Voici en quoi confifte cette horreur. 19. Elles notoient
d'infamie les femmes qui fe remarioient dans
l'année du deuil , propter turbationem fanguinis ;
précaution fage & décente. 29. Elles étoient atten-
Kiij
222 MERCURE
1
tives à garantir les enfans du premier lit des incon
véniens qui pouvoient réfulter pour eux d'un fecond
mariage ( Leg. 6. Cod. de fecund. nuptiis ) , en obligeant
leurs pères & mères , à ne pas donner à un
fecond mari ou à une feconde femme , une plus
grande portion de leurs biens propres que celle du
moins prenant de leurs enfans. Cet article a paru fi
fage au fameux Chancelier de l'Hôpital , qui connoiffoit
mieux les Loix Romaines que M. Garat ,
qu'il l'a adapté à notre Droit François , & en a com-.
Fofé l'Edit des fecondes noces.
A l'égard des bâtards , ( L. 8. Cod. de natur. liberis.
lex. 2. eod. ) M. Garat a confondu les enfans
naturels avec les bâtards inceftueux & adultérins :
la Loi traitoit favorablement les enfans naturels , &
permettoit au père de leur laiffer par teftament , & à
défaut d'enfans légitimes , la moitié de fes biens , &
une moindre partie , s'il y avoit des enfans légitimes ;
mais elle avoir en horreur les fruits d'un amour
inceftueux & criminel elle les traitoit comme s'ils
n'avoient jamais dû naître ; cette sévérité étoit
peut être un peu outrée , mais elle n'embrasfoit pas
tous les bâtards . M. Garat l'attribue à Conſtantin ,
elle eft d'une époque plus récente ; elle est tirée des.
Novelles de Juftinien , ( Auth . cx complexu Cod. de
inc. & inut. nuptiis . )
Nous arrivons enfin au règne de Juftinien. Tous
les peuples fatigués de l'incertitude & de la contradiction
des Loix fous lefquelles ils vivent , demandent
une Légiflation plus fimple , & des Loix qu'ils
puiffent comprendre. Comment , en puifant dans une
fource auffi impure qu'étoit la Légiflation Romaine,
le mari de l'impudique Théodora , le protecteur de
l'infâme Tribonien , ce Prince foible , pufillanime ,
cruel , pourra-t-il répondre à l'attente de l'Univers ?
Vous prévoyez d'avance le jugement que nous promet
ce début. Examinons cependant ſi Juſtinien &
DE FRANCE. 223
la compilation des Loix faites par fes ordres , font
auffi méprifables qu'ou veut nous le faire entendre ..
Juftinien , en prenant les rênes de l'Empire , voit
qu'il eft déchu de fon ancienne fplendeur ; que fes
armes font fans force & fans vigueur ; que les plus
belles Provinces font envahies ; que l'Italie , l'ancien
patrimoine du peuple Romain , & Rome même
font fous le joug des Barbarcs : il crée des armées
forme des Généraux . Bélifaire & Narsès abattent
l'orgueil des Perfes , chaffent les Vandales de l'Afrique
, les Gots de l'Italie ; Rome reconnoît fes anciens
maîtres . Tels font les traits brillans de fon
règne au -dehors ; mais perfuadé qu'il eft encore
plus glorieux pour un Prince de régler fes Etats
de bonnes Loix , que d'en reculer les limites , par il
avoit , en montant fur le Trône , conçu un projet
formé avant lui par plufieurs grands Princes , entr'autres
par Jules-Cefar & Théodofe- le- Grand , de
réduire en un feul corps toute la Légiflation Romaine
; en conféquence , il appelle auprès delu , des
différentes parties de l'Empire , les plus habiles Jurif
confultes ; il met à leur têre Tribonien , que de vaftes
connoiffances , & fur- tout une érule profonde des
Loix, rendoient digne de cette confiance. Le tumulte
des armes ne le détourne pas d'une fi vafte entreprife
il embraffe à la fois les foins de la guerre
ceux de la paix. Sa première attention eft de faire
recueillir les Ordonnances Impériales qui renfermoient
le Droit nouveau , en fupprimant celles qui
font ou contradictoires ou hors d'ufage. Animé par
le fuccès de ce premier travail , il ordonne un ou
vrage plus étendu & plus difficile , c'eft de raffembler
les monumens de l'ancienne Jurifprudence , &
les décifions qui en contiennent l'efprit. Les coopérateurs
qu'il a choifis font chargés de rechercher
& de mettre en ordre ce qu'il y a de plus utile dans
les livres des plus fameux Jurifconfultes ; il leur rei
&
Kiv
224
MERCURE
commande dans le choix qu'ils feront , de n'avoir
égard ni au nom , ni à la réputation , mais feulement
à la fageffe & à l'équité des décisions . Avant
de publier cette collection précieuſe , il croit néceſfaire
de la faire précéder par des élémens fimples ,
précis , où les principes clairement expofés , dégagés.
d'érudition , & plus conformes au nouvel état de la
Jurifprudence, offrent à la jeuneffe des réſultats plus
fatisfaifans & plus faciles à faifir. Ces deux ouvrages ,
que le Code avoit précédé de quelques années ,
paroiffent en 533 , au moment où l'Empire , couvert
de gloire par la défaite des Vandales , commence à
goûter les douceurs de la paix , & ils en font l'ornement.
Les travaux entrepris avoient fait découvrir
dans le Code des omiffions & des imperfections ;
on fe hâte de les corriger, & il reparoît en 534 tel
que nous l'avons aujourd'hui . A ces trois parties , on
joignit depuis une quatrième , compofée des Loix
publiées par Juftinien depuis la dernière édition du
Code , & qu'on appelle pour cette raifon Novelles.
TI cft aifé de voir que toutes ces parties devoient
être diftinctes & féparées , & qu'il ne falloit pas que
les principes faffent confondus avec la nouvelle ou
l'ancienne Jurifprudence.
Voilà Juftinien tel que nous le repréſente l'Hiftoire
, ou plutôt fes travaux politiques & guerriers.
M. Garat n'a voulu l'étudier que dans l'ouvrage de
Procope , intitulé Anecdotes , où il ravale ce Prince
au-deffous de la condition humaine , tandis que dans
fon Hiftoire de la guerre contre les Goths , les
Perfes , les Vandales , il l'élève jufqu'aux cieux.
Quel fond peut- on faire fur un Ecrivain qui fouffle
à la fois le froid & te chaud ? Sans doute Juftinien
avoit des défauts , peut- être même ont ils influé fur
la collection du Droit , dans laquelle j'avoue qu'il fe
trouve des imperfections confidérables ; mais avec
toutes ces fautes , je foutiendrai qu'elle est un des
DE FRANCE. 225
1
monumens le plus précieux qui nous refte de l'antiquité
, qu'elle eft la fource de la plus pure & de la
plus faine légiflation . ( Argou , Hift . du Droit Franç.
pag. 70.) On trouver un livre dans lequel les principes
de la Jurifprudence foient plus clairement érablis
, non - feulement pour le droit particulier des
Romains , mais encore pour les droits qui font
communs à toutes les Nations ? Eft- ce dans nos
coutumes , dans ces ufages fi variés , fi différens les
uns des autres , qu'on trouve des règles fixes & certaines
? Pourquoi les Peuples , d'un commun accord ,
ont-ils toujours rendu à ces Loix un hommage conf
tant , & en ont-ils fait , pour la plupart , le fondement
de leur légiflation ? C'eft que le befoin des vrais
principes fe fait toujours fentir , & que le flambeau.
de la raifon ne peut jamais , s'éteindre. Je ne croirai
jamais qu'une colleétion , confacrée par l'admiration
de douze fiecles , les hommages des Magiftrats
les plus favans & les plus vertueux , foit digne
du mépris auquel M. Garat la dévoue ; il me
permettra de m'en rapporter , non à fon opinion ,
mais à celle des Chanceliers Lhôpital & d'Agueffeau ,
des Argou , Domat , Pothier , de nombre de Magiftrats
éclairés , qui ont été révoltés de fa diatribe.
* Les Avocats , dit M. Garat , dans le compte
qu'il rend du Difcours de Réception de M. Target
à l'Académie Françoife , ( Mercure , Samedi 28 Mai
1785 ) ne citeront plus Domat , mais d'Agueffeau ,
Lhôpital.
M. Garat ne prend peut être pas trop garde à ce
qu'il dit ; Ihôpital & d'Agueffeau avoient étudié
fes Loix Romaines , & les favoient parfaitement.
Citer ces Grands Hommes , c'eft rendre hommage
aux fources dans lefquelles ils ont puifé eux -mêmes.
M. Target , qui réunit toutes les connoiffances qui
forment l'Avocat , ne les a sûrement pas négligées.
K v
226 MERCURE
Les Loix Romaines , felon M. Garat , ont éé
chailées par les Anglois de leurs tribunaux. C'eft
ainfi qu'il effaie d'oppofer au refpect que nous
avons pour ces Loix , l'exil auquel il fuppofe qu'un
peuple , qu'il croit fans doute toujours conduit par
la raifon , & que l'illuftre Montefquicu , ( Liv. 19 ,
Chap. 2.) confidéroit comme plus aifément conduit
par fes paflions , les a condamnées ; mais heureufement
la Nation qu'il nous invite à imiter , partage
avec nous le culte religieux que nous rendons à
la légiflation Romaine.
Que l'on confulte Arthurduk , profond légifte
Anglois , qui a publié , au commencement du dixfeptième
fiècle , fon traité fi univerfellement eftimé :
De ufu & authoritate juris civilis in Dominiis
principum Chriftianorum ; on y verra , Liv. 2 , Chap.
8 , que l'étude du Droit civil a toujours été très floriffante
dans les univerfités de fa patrie ; que fi , d'un
côté , les coutumes nées en Angleterre y font feules
fuivies par les Juges du Banc Royal & de la Cour
des Communs-Plaids , les Loix Romaines font ,
autre côté , d'un fréquent ufage dans les tribunaux
de la grande Chancellerie , des gens de guerre , de
l'Amitauté , du Clergé , & dans les Académies d'Oxfort
& de Cambridge , qui ont le droit de juger
les actions perfonnelles de ceux qui en dépendent
.
d'un
Difons plus dans les fièges même où les ufages
Anglois règlent les jugemens , on ne peut inftruire
avec fuccès les caufes , fans connoître les recueils
qui ont confervé jufqu'à préfent ces ufages dans leur
pureté originelle ; or , dans ces recueils , tels que
ceux de Littleton , de Glandville , de Britton , de
Ce n'eft pas en jetant du ridicule fur les Loix Romaines
qu'il s'eft frayé le Chemin de l'Académie.
DE FRANCE. 227
Bracton , de Hornes , de la. Flete , de Cowel , les
matières font divifées comme dans les inftitutes de
Juftinien , & c'eft fouvent d'après leurs difpofitions
qu'elles y font décidées.
On peut
fur ce point
recourir
au texte
de ces divers
ouvrages
, que le favant
M. Houart
, de l'Académie
des Infcriptions
& Belles
Lettres
, a publié
depuis
1766.
En voilà , je crois , affez pour prouver que le
Droit Romain n'eft point banni de la grande Bretagne
qu'au contraire il y eft enfeigné & refpecté.
J'obferverai en finiffant que M. Garat , quoiqu'il
en dife , n'a pas fuivi , l'Histoire à la
main , les Loix Romaines dans les diverfès révolutions
qu'elles ont éprouvées depuis leur origine
; qu'il a trop obéi à fon penchant d'outrer
ce qu'il fent , & de prendre l'exagération pour la
force ; qu'il a jugé les Loix Romaines , & ne les
a point lues ; que s'il les avoit lues avec toutes les
forces de fon attention , il n'y auroit trouvé rien de
mystérieux , & que la fageffe de ces Loix s'infinuant
doucement dans fon efprit , en auroit diffipé les
doutes, &fait taire les orages.
K vj -
228
MERCURE
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
la ON a donné le Mardi 19 de ce mois ,
première repréſentation de la repriſe des
Danuïdes , Opéra en cinq Actes , paroles
de M. *** , mufique de M. Saliéri.
Les obfervations très - détaillées que nous
avons faites fur cet Ouvrage , lorſque nous
l'avons annoncé dans le Mercure en 1784 ,
nous difpenfent d'entrer de nouveau dans
aucun détail fur les beautés & les défauts
que nous y trouvons. L'effet des deux premières
repréſentations de cette repriſe a été
à peu- près le même que dans la nouveauté.
On n'a pas trouvé que l'intérêt de l'action
répondît à celui qu'annonçoit un fujet auffi
terrible ; & plufieurs fituations qui fembloient
devoir produire l'effet le plus tragique , n'en
produifent qu'un très- médiocre ; foit qu'elles
ne foient ni affez préparées ni affez motivées
; foit que l'invraisemblance du fujet ou
quelque vice d'exécution en affoibliffe l'intérêt
. Telles font la Scène du deuxième Acte ,
où Danaüs , révélant fon projet de vengeance
à fes filles , les arme chacune d'un poignard
qu'elles prennent fur l'autel de Némefis
; celle d'Hypermneftre , entre Danaus
DE FRANCE. 229
& Lincée , au troiſième Acte , n'oſant révéler
ce funefte fecret à fon ainant , crainte
d'expofer la vie de fon père , & tremblant
pour la vie de fon amant , en ne le lui révélant
pas ; enfin la Scène pantomime des Danaïdes
, armées de thirfes , de poignards
& de tambours de bafques , transportées
d'ivrefle & de fureur , venant célébrer , par
des chants & des danes , l'horrible vengeance
qu'elles viennent d'exercer. L'idée
feule de ces tableaux frappe vivement l'imagination
; mais exécutés au Théâtre , ils ne
laiffent que des émotions fort au -deffous de
celles qu'on s'attend à éprouver.
La mufique eft pleine de grandes & vraies
beautés , dont la plupart ont été fort applaudies
; mais dont quelques - unes demandent ,
peut- être pour être fenties , des efprits plus
attentifs , & des oreilles plus exercées qu'on
n'a droit de l'attendre d'un grand nombre de
Spectateurs , que l'habitude , le défoeuvrément
, le befoin de diffipation amènent à nos
Théâtres , & qui ne fongent guères à raifonner
leurs fenfations & leurs plaifirs .
Les airs paffionnés y ont toujours de l'expreffion
, & l'expreflion propre du fentiment
qu'il faut rendre ; il n'y a pas un choeur
qui n'ait auffi la couleur qu'exige la fituation
& les paroles ; & quelques - uns joignent le
plus beau chant à l'harmonie la plus agréable
& la plus brillante. Les airs de danfe font
prefque tous charmans ; enfin , ce qui nous
paroit en général diftinguer cette mufique ,
230
MERCURE
c'eft la verve & la chaleur dans la compofition,
l'abondance des idées ; la vérité des expreffions
& le bel accord de l'orchestre avec le
chant ; mais ce qu'on y defire , c'eſt un récitatif
d'une marche plus facile & plus analogue
à notre langue ; plus de repos dans
l'orchestre , & fur -tout dc ces airs d'une
mélodie plus douce & plus floide , fi nous
ofons nous exprimer ainfi , d'une forme plus
régulière & d'un mouvement plus uniforme ,
qui tiennent plus au goût qu'au génie , mais
que l'oreille faifit & retient ailément , &
qui ont un charme qui ne demande ni attention
ni réflexion pour être goûtés par tout
le monde.
Tous les rôles , à l'exception de celui
d'Hypermneftre , ont été joués par les Acteurs
qui en ont été chargés dans la nouveauté
; & nous n'avons pas befoin de dire
que le fieur Larrivée , dans celui de Danaus ,
& le fieur Laînez , dans celui de Lincée , y
on mis toute l'intelligence & la chaleur
dont ils étoient fufceptibles.
>
Mlle Dozon , dans celui d'Hypermneftre
a ajouté encore à l'opinion qu'on
avoit déjà de fon rare talent par la vérité ,
la chaleur & l'intérêt qu'elle a mis dans
fon jeu & dans fon chanr . Nous l'invitons
encore à modérer fon action , & à évirer
davantage ces éclats & ces efforts de la
voix , dont la véritable expreffion du chant
a rarement befoin , & qui fatigueroient fon
organe brillant & pur qu'il eft fi important
DE FRANCE. 231
de ménager. Toutes les danfes font conçues
dans l'efprit du fujet & très - bien exéçutées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LORSQUE
LORSQUE nous avons rendu compte du
Jaloux de M. Rochon de Chabannes , nous
avons eu occafion de rappeler au fouvenir
des Amateurs du Théâtre , le Jaloux fans
amour de M. Imbert , & nous avons regretté
que cet Ouvrage eftimable , dont on avoit
porté, lors de fes premières repréfentations ,
un jugement plus remarquable encore par
fon injuftice que par fa rigueur , n'eût pas
été remis fous les yeux du Public. Nous ignorions
alors que la Comédie Françoife s'occupât
du foin de reprendre cette Pièce , &
de mettre l'Auteur en état d'appeler , pour
ainsi dire , à Philippo ebrio , ad Philippum
fanum. La repriſe qu'on en a faite , le Mercredi
o de ce mois , nous a convaincus que
nous n'avions pas pris du mérite de cet Ouvrage
une opinion exagérée , & que , dégagé
de quelques longueurs , comme à l'aide de
quelques changemens , il étoit digne de
plaire , & de trouver dans le Répertoire du
Théâtre de la Nation une place fort diftinguée.
Il a en effet été vivement applaudi ;
les fuffrages les plus flatteurs , c'eft - à - dire ,
ceux que l'on pourroit appeler fuffrages d'ef232
MERCURE
time , le font tous réunis en fa faveur. Les
deux articles que nous avons contacrés dans
ce Journal à la Comédie de M. Imbert ,
vers le commencement de 1781 , nous difpenfent
d'en donner ici une analyfe détaillée ;
mais nous devons compte à nos Lecteurs des
refforts qui viennent de motiver le fuccès
de fa remife. C'eft de quoi nous allons nous
Occuper.
Le caractère du Jaloux fans amour n'eft
pas du nombre de ceux qui fe fuffifent à
eux-mêmes , & qui peuvent feuls foutenir
l'intérêt & la gaité dans le long cours de
cinq Actes ; il ne préfente point , comme
celui du Jaloux amoureux , ces fortes nuances
de ridicule , de déraifon & de fenfibilité
qui , le plaçant dans une fluctuation continuelle
de fentimens , en forment un perfonnage
toujours dramatique , & tendant
toujours à l'effet. Le malheureux dont la
jalousie n'a d'autre motif que la vanité , doit
par fois devenir , même à la Scène , un perfonnage
trifte ; & il faut beaucoup d'adreffe
pour l'empêcher de devenir odieux . M. Imbert
a fenti cette diftinction & ces difficultés.
Il nous a peint M. d'Orfon fous les traits
d'un homme qui a de la fenfibilité dans
l'âme , mais dont le torrent de l'exemple a
égaré l'efprit ; qui , entraîné par le goût
trop commun des plaifirs honteux qu'on a
fi fouvent la fottife d'acheter , a perdu celui
des plaifirs purs & vrais que l'on trouve
dans le fein d'un hymen heureux , fans renonDF
FRANCE. 233
cer pour cela au droit tyrannique & ridicule
d'être jaloux de l'épouſe qu'il délaiſſe . A côté
de ce perfonnage il a placé une femme tendre
, vertueufe , indulgente , affez courageufe
non feulement pour fouffrir fans fe plaindre
, mais encore pour diflimuler les torts
de fon époux ; enfin , douée de toutes les
vertus & de tous les charmes capables de
ramener un coeur qui n'eft pas encore abfolument
gâté par le vice . L'etabliffement de
ces deux caractères atténue d'une pait l'effet
trop affligeant que pourroit produire le Jaloux
fans amour , & de l'autre motive fon
retour vers la femte. Quant au comique de
l'Ouvrage , il reffort principalement d'un
certain Marquis de Rainville , homme de
foixante ans , oncle de M. d'Orſon , grand
parleur , ayant de la prétention à l'efprit
s'applaudiffant en fecret de tout ce qu'il
fait , de tout ce qu'il dit , de tout ce qu'il entreprend
, affectant fans ceffe une modeſtie
dont il est très - éloigné ; d'ailleurs bon humain
, obligeant & généreux . C'eft ce Marquis
de Rainville qui a marié M. & Mme
d'Orfon : lui feul , par une fuite de la bonne
opinion qu'il a de la jufteffe de fon coupd'oeil
, ne voit point les écarts de fon neveu ,
il s'obftine à le croire tendre , fidèle : il s'y
obftine fi bien , qu'il rit à l'excès des ditcours
publics auxquels donne lieu la conduite
de M. d'Orfon ; qu'en préfence de fa femme
même il plaifante avec lui de ces difcours
dont il fait le récit , & met aiufi , fans
234
MERCURE
le favoir , les deux époux dans une fituation
très- pénible , mais dramatique & très piquante.
Le caractère noble , ferme & raifon
nable du Chevalier d'Elcourt , ami de M.
d'Orfon , & amant d'une foeur de celui - ci ,
contrafte bien avec celui du vieux Marquis.
Touché du malheur de Mme d'Orlon , rougillant
de la foibleffe de fon ami , il met
tout en oeuvre pour lui defiller les yeux ; &
en feignant de mettre un très haut prix
aux faveurs de la Phryné qui a féduit
d'Orfon , il vient enfin à bout de lui faire
connoître combien fon erreur étoit honteufe
& coupable. C'eft par ces moyens
réunis que nous citons de préférence à quelques
autres , que M. Imbert a fuppléé au
comique & à l'intérêt dont fon principal
caractère ne paroiffoit pas fufceptible . Ce
n'eft pas que celui ci re foit quelquefois
placé dans des pofitions fort attachantes ; au
contraire les Amateurs ont diftingué la
Scène du quatrième Acte , où M. d'Orfon
partagé entre la jaloufie que lui infpire fa
femme & celle que lui donne fa maîtreffe ,
fe trouve dans la perplexité la plus fâcheufe
que puiffe rencontrer un homme orgueilleux
& vain . Le ftyle eft facile , naturel &
fin ; il eft rempli de détails brillans , de penfées
agréables & ingénieufes ; mais nous
croyons qu'il pourroit être plus concis &
plus ferré. Nous fommes tentés de croire
que les vers libres peuvent donner au langage
de la Comédie une abondance , une
DE FRANCE. 235
,
vérité , une aifance qui le rapprochent de
celui de la converfation familière ; mais
qu'ils lui donnent auffi quelquefois de la
prolixité. Cette prolixité détruit ou au
moins diminue l'effet de certaines tirades ,
elle retarde le mot qu'on attend , qu'on devine
fouvent , elle en ternit la fraîcheur &
en affoiblit la grâce. L'Amphitrion de Molière
nous paroît la feule Comédie du
Théâtre François où l'emploi des vers libres
ne laiffe rien à defirer quant à l'enchaînement
des idées & à la manière de les exprimer
; car nous ne voulons point parler
des rimes fauffes , foibles ou trop négligemment
rapprochées qu'on y rencontre . Au
refte , c'eft une obfervation que nous foumettons
au goût & à la fagacité de M.
Imbert.
Les rôles de cette Comédie font très -bien
rendus. Les principaux font entre les mains
de MM. Molė , Fleury , Vanhove & de Mile
Contat. Le premier , après s'être fait infiniment
d'honneur dans le Jaloux de M. Rochon
, vient de prouver dans celui de M.
Imbert avec quel art & quelle fineffe il fait
diftinguer les caractères & divifer leurs
nuances . M. Fleury eft décent , noble , ſenfible
dans le rôle du Chevalier d'Elcount. Le
Marquis de Rainville eft agréablement joué
par M. Vanhove ; cet Acteur a bien faifi la
gaîté indifcrette , la feinte modeftie de ce
perfonnage , & fon faux defintéreffement
fur la louange. Quant à Mlle Contat , le
236 1 MERCURE
7
talent qu'elle déploye dans le rôle de
Mme d'Orion , annonce qu'elle travaille
tous les jours à mériter de nouveaux fuffrages
, & pour embellir fa réputation . Son
jeu a non- feulement de l'efprit , de l'intelligence
, de la fenfibilité , mais encore de
la profondeur. On ne peut pas douter qu'en
continuant de perfectionner ainfi fes talens ,
déjà fi juftement eftimés , cette Actrice ne
voie un jour fon nom placé au rang de ceux
des Actrices les plus célèbres de notre Théâtre
National.
Il y a trois rôles moins étendus , qui font
agréablement joués par M. Dazincourt ,
Mlle Olivier & Mile Joly.
ANNONCES ET NOTICES.
ONN mettra en vente le Lundi premier Août 1785 ,
la Quatorzième Livraifon de l'Encyclopédie . Cette
Livraison eft compofée du Tome premier , deuxième
Partie de la Botanique , imprimé chez M. Gueffier ;
du Tome premier , deuxième Partie de l'Art Militaire
, imprimé chez M. Nyon ; du Tome cinquième ,
première Partie de la Jurifprudence , imprimé chez
M. Stoupe ; du Tome deuxième , deuxième Partie
de la Grammaire & Littérature , imprimé chez
M. Demonville.
La partie de la Botanique , imprimée il y a plus de
fix mois , pouvoit paroître avec la Treizième Livraifon
; nous en avons prévenu le Public dans le temps ,
parce que cette Partic contient nombre de découvertes
nouvelles , & qu'il importoit de fixer la date
DE FRANCE: 237
de l'impreffion , afin de laiffer à l'Auteur ( M. le Chevalier
de la Marck ) tout l'honneur du plus grand
travail qui ait jamais été entrepris en Botanique . On
a mis à la fin de ce Volume une Table des noms
latins des genres de plantes qu'il renferme.
La partie de l'Art Militaire eft de M. le Chevalier
de Kéralio , de l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres , & il nous a chargé d'annoncer que M. le
Chevalier de Ceffac , Capitaine au Régiment Dau
phin , Infanterie , a donné , dans la Partie précédente
& dans celle- ci , plufieurs articles très-bien faits &
très- intéreffans pour les Militaires , dont les principaux
font , Avancement , Baïonnette , Brigadier ,
Carabiniers , Caffe , Chauffure , Congé , &c. Ce Militaire
, auffi laborieux qu'inftruit & éclairé , contitinuera
de donner dans le Volume fuivant , tout ce
qui concerne les détails intérieurs des Troupes , &
la Fortification de Campagne,
M. Groffier , Chirurgien - Major du même Régiment
, a donné l'article Chirurgien - Major , dans
lequel on trouvera tout ce qui concerne les devoirs
de cet emploi fi intéreffant pour tout les Corps Militaires
, & des vûes nouvelles pour en augmenter
l'utilité. L'article Hôpital fera fait par le même
Auteur.
On vient de mettre fous Preffe les Antiquités ,
dont feu M. de Gébelin s'étoit chargé , & que M. de
Mongez , Chanoine Régulier de Sainte Geneviève ,
a remplacé. Le premier Volume paroîtra à la fin de
cette année. On a mis auffi fous Preffe la partie de l'Équitation
, de l'Efcrime & de la Danfe , par M. de
Kéralio , parties qui ont été oubliées dans le Profpectus
, ainfi que l'Architecture. Nous espérons pouvoir
donner à la fin de cette année , d'après les affumêmes
rances que les Auteurs nous en ont eux
données , les Beaux - Arts , par M. Vatelet , Receveur-
Général des Finances ; & la Chimie , la Pharmacie &
238
MERCURE
la Métallurgie , par MM. de Morveau , Maret &
Duhamel. Ces Volumes font fous Preffe depuis longtemps
chez MM. Balard & Prault.
Plufieurs grandes Parties font auffi ſous preffe
depuis même plufieurs années , comme la Théologie
, &c. Mais quelques - unes de ces Parties ne paroîtront
que toutes à - la- fois , parce que plufieurs
de leurs Auteurs l'ont defiré , & que d'ailleurs l'importance
& la liaiſon des matières l'exigent. Enfin ,
des vingt- fept grandes Parties dont l'Encyclopédie
eft compofée , il n'y en a que trois à quatre qui ne
foient pas fous preffe , & le Public Soufcripteur , qui
ne ceffe de s'inquiéter , doit être parfaitement tranquille
, parce que j'ai l'affurance la plus pofitive de
la part des Auteurs en retard , qu'ils s'occupent fans
relâche de la Partie dont ils ont bien voulu fe charger;
& que s'il y en a , comme la Médecine & fa
Chirurgie , qui ne font pas encore fous preffe , c'eft
que leurs Auteurs veulent leur donner toute la perfection
dont ces grandes & utiles connoiffances font
fufceptibles.
Le prix de cette quatorzième Livraiſon eft de
24 liv . broch. , & de 22 liv . en feuilles .
La foufcription de cette Encyclopédie eft tou
jours ouverte ; elle eft du prix de 751 liv.
On peut s'adreffer , pour foufcrire , hôtel de
Thou, rue des Poitevins , n °. 17 , & chez les Libraires
de France & Etrangers .
Paiemens faits par les Soufcripteurs jufqu'à ce jour.
La foufcription. • • 36 liv. Les treize premières Livraiſons , comprenant
26 Volumes , dont 4 de Planches, 338
La quatorzième Livraiſon .
En feuilles.
22
• 396
On paie la brochure féparément . Le port eft au
compte des Soufcripteurs.
DE FRANCE. 239
N. B. Comme le Vocabulaire indiquera l'ordre
des Volumes de cette Encyclopédie , en reprenant
tous les mots de chacune des parties qui la compofent
; & en y renvoyant , nous prévenons le Public
qu'il ne doit faire relier ces Volumes que lorfque
le Vocabulaire aura paru , finon il court le rifque
de perdre fon Exemplaire , ou du moins de ne
pouvoir pas en faire ufage : c'eft ce qui eft déjà arrivé
à plufieurs Soufcripteurs.
SUPPLEMENT au Répertoire univerfel & raifonné
de Jurifprudence Civile , Criminelle , Canonique
& Bénéficiale. A Paris , chez Viffe , rue de la
Harpe , près de la rue Serpente , & chez les princi-
Libraires des Provinces de France. paux
En publiant le Proſpectus de la nouvelle Édition
in-4 ° . du Répertoire de Jurifprudence , on a annoncé
que pour conferver à l'Édition in - 89 . toute
fon utilité , on réuniroit dans un Supplément les corrections
& les augmentations qui auroient été faites
à la nouvelle Édition . On va remplir cette promeffe.
Les comparaifons qu'on eft en état de faire de ces
deux Éditions , rendront témoignage du foin avec
lequel on a travaillé à ces corrections & augmentations.
Non-feulement elles font effentielles , mais
elles font auffi très - conſidérables , car elles s'étendront
au moins à douze Volumes in- 8 ° . de plus de
cinq cent pages chacun. Tous ces Volumes feront
mis fous preffe le 15 Septembre prochain , & feront
livrés dans le courant de la préfente année 1785.
Par le moyen de ce Supplément , l'ancienne Édition
fera exactement conforme à la nouvelle .
Comme on ne prétend tirer de ce Supplément aucun
bénéfice , & qu'on veut feulement fe rembourfer
des frais & avances qu'il aura coûtés , on ne payera
pour chaque Volume qu'un prix modique de 3 liv.
240 MERCURE
12 fols, non compris la brochure, qui fera de 3 fols,
& la reliûre qui fera de 22 fols par Volume.
On conçoit que le Supplément dont il s'agit ne pouvant
convenir qu'aux Perſonnes qui ont l'Édition in-
8. à laquelle il eft adapté , ce feroit une dépenſe en
pure perte que d'en faire imprimer un plus grand
nombre d'Exemplaires que ceux qui auront été
demandés. On prévient par conféquent ceux qui voudront
fe procurer ce Supplément de faire remettre ,
avant le 15 Septembre , au Libraire un à compte de
30 liv. pour fubvenir aux frais les plus urgens de l'impreffion
, & ils payeront le reste du prix fixé en reti
rant l'Ouvrage,
L'Efprit des Ufages & Coutumes des différens -
Peuples , annoncé dans le précédent Mercure , fe
vend chez Laporte , Imprimeur- Libraire , rue des
Noyers. Prix , 9 liv. br,
TABLE.
VERS au Coufin Jacques , Eſſai Analytique de l'Air pur
Madrigal,
Epigramme ,
phe ,
193 & des differentes espèces
204
2c8
Charade, Enigme & Logogry Académie Roy . de Mufiq. 228
194 d'Air ,
ibid, Variété ,
195 Comédie Françoife ,
197
Euvres morales de Plutarque , Annonces & Notices ,
1
231
236
APPROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 31 Juillet . Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
le 30 Juillet 1785. GUIDI.
Nicole de Beauvais : 2 vol .
in- 12. br. 2 1. 8 f.
Novelle di Grazzini : tn-4 °.
grand pap. 18 l .
-Les mêmes ; in- 8 ° . tranche
dorée , 6 1 .
Payfanne parvenue : 4 volumes
iniz. petit pap. 81.
Voyages & Aventures de **
4 vol . in- 12. br. 8 1 .
ARRET S.
Edit du Roi , portant création
d'un Office de premier Huiffier-
Audiencier au grenier à fel du
château Portien ; donné à Verfailles
au mois d'Avril 1785 , re-
Philofophes aventuriers : 2 v.giftré en la Cour des Aides le
in- 12. br. 3 1 .
Plaifirde l'amour : 2 vol. in- 12 .
br. 2 liv . 8 f.
Recueil de contes : 2 volumes
in- 12. br. 3 .
Rendez vous du parc de Verfailles
, 2 vol. in- 12. br. 1 livre
10 fols.
11 Mai fuivant. A Paris , chez
Knapen & fils , Libr.- Imprimeurs
de la Cour des Aides , au bas du
pont S. Michel.
LIVRES ETRANGERS.
Camille , ou Lettres de deux
filles de ce fiècle , traduites de
l'anglois fur les originaux : 4
OEuvres de Mad. Riccoboni : vol. in 12. A Paris , chez De
20 part. en 9 vol . 30 l. lalain jeune , Libr. rue S. Jac
Aloyfe de Livaro , Enguer- ques, numéro 13 .
rand & Gertrude : 2 volumes br. De methodo futuram pontis ,
3 liv. lignei unico arcu conftaturi fir-
Roman bourgeois de Fare - mitatem inveftigandi : La manière
tière in-12 jolie édition , 6 liv.
-de Voltaire : 3 vol . in- 12 .
petit pag. br . 61.
- & autres Euvres de Bellegarde
: 14 vol . in- 12. 28.1.
& Comte de Voifenon :
I vol. in 12. br. 21. 8 f.
ر
de connoître la force d'un port .
de bois d'une feule aiche : 1780 ,
in-89. de 107 pag. A Bude.
Difcours couronné par la Société
royale des Arts & des
Sciences de Metz , fur les queftions
fuivantes , propofées pour
Ralile : 2 yol . in T2 3 1. fujets du prix de l'année 1784 :
Rouffeau , nouvelle Héloïfe 1 ° . Quelle eft l'origine de l'opi-
& aut, es ouvrages : 12 vol. in 4 ° .nion qui étend fur tous les indifg.
de Moreau , en feuilles ,
108 liv .
--Les mêmes : 24 vol. in- 8 ° .
72 liv.
-Les mêmes : 24 vol. in- 12. 42 liv.
Le Sylphe : 2 vol . in- 12 . br.
3 liv. 12 f.
Temple du bonheur : 4 vol. ^
in 12. To liv.
Triomphe de la nature : in- 12 .
br. 1 liv. 16 f.
Tyran le Blanc : 3 vol . in 12 .
br. 6 liv.
vidus d'une même famille , une
partie de la honte attachée aux
peines infamantes que fubit un
coupable . Ceite opinion eft.
elle plus nuifible qu'utile ? 3 "
Dans le cas où on fe décideroit
pour l'affirmative, quels feroient
les moyens de parer aux inconvériens
qui en réſultent ? Par
M. de Robespierre , Avocat en
Parlement : in- 8°. br. 1 1. 4 fols .
A Paris , chez J. G. Mérigo
jeune , Libr. quai des Auguſtins .
On fonferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIP
shez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi, me Sain -
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fois par année , avee
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix ek , pour , Paris
de trente livres , & pour la Province , port franc
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois d'Août
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreffess
& qu'ils n'éprouvent aucun retarddans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & quali
és d'a e écriture lifible , & affranchir les lettres ,
fansi elles neferont point reçues.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 28. )
SAMEDI 9 JUILLET 1785.
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
De l'Autorité de l'ufage fur
Je langue , Difcours lu dans la
féance publique de l'Académie
françoife , le 16 Juin 178 ;; par
M. Marmontel , Secrétaire per
pétuel de l'Académie , Hiftoriographe
de France : in- 4°. , broc .
de 36 pag. 1 liv. 4 fols . A Paris ,
the Demonville, impr.- Libr. de
Academiefrançoife , rue Chrif
ne.
chet fils , Editeur , rue Bauregard,
Numéro , au premier ; & cheg
le Boucher , Libr. quai de Gévres ,
à la Prudence.
*
Notice raifonnée des ouviages
de Gafpart Schott , Jésuite ,
contenant des obfervations cu
rieufes fur la physique expérimentale
, l'hiftoire naturelle &
les arts ; par M. l'Abbé M***
Abbé de S. Leger de Soiffons ,
ancien Bibliothécaire de Sainte-
Geneviève Manuel des goutteux & des , &c. 1 liv. ro ſota.
rhumatites , ou l'Art de fe trai- Paris , chez Lagrange , Libr.
ser foi-même de la gourte , du au Palais royal , du côté de le
thumarifme , & de leur complire des Bons-Enfans numire
cation , avec la manière de s'en 128
préferver , de s'en guérir, & Publi Virgilii Maronis Bucod'en
éviter la récidive ; par M.lica, Georgica & Æncis ; ad ope
Gachet , Maître en chirurgie , timorum exemplarium fidem re-
Auteur de l'Elixir anti- goutieux, cenfuit Rich. Franc. Phil. Brunek
liv. 16 fols. „d -Paris , cheg Ga- | Argentorati : 1785 , in-82€
?
Se trouve à Paris , chez Theophile
Barrois lejeune , Libr quai
des Auguftins , numéro 18.
AVIS.
Ou tronve chez Royez , Libr.
quai des Auguftins , les livres
fuivans :
Penfées philofophiques fur la
mature , l'homme & la religion ;
par M. Boudier de Villement :
3 vol in 16 , br . 6 liv. rel. 7 1.
fols.
On fépare les derniers vol.
brochés , à 1 liv. 16. fols.
L'Ami des femmes ; par
même Auteur : 1 vol. in - 12.
liv . 16 fois.
rue 3. Jacques, vis-à-vis `eella
de la Parchemerie.
Eloge de l'Impératrice Marie -
Thérèle , par M. PAbbé Frifi ş
traduit de l'italien ppar M. l'Abbé
M*** , 1 liv . 16 fols . A Paris ,
chez le même.
Nauticale almanac and aftronómical
ephemeris for the year
1790 , published by order of the
comm.thioners oflongitude. London
, in- 8°. A Paris , chez Théophile
Barrons le jeune , Lior. quai
des Auguftins , numéro 18 .
Le Spectateur américain,, o
Remarques genérales fur l'Amérique
feptentrionale , & fur la
republique des treize Etats Unis ;
fuivi de recherches philofophi-
Effai fur les moeurs ; par M.
Soret , Avocat ; nouvelle édi
tion : 2 vol. in - 12. 3 ¡ iv . 12 f.ques fur la découverte du nou-
ARRET S
La
veau monde , ou d'un difcours
Arrêt de la Cour de Parle for cette queftion , propofee par ,
ment. qui fait défenſes à Fran- l'Académie des Sciences , Bellesgois
Dacher de vendre & diftri- Lettres & Arts de Lyon
buer un liqueur qualifiée Eau decouverte de l'Amérique a-tftomachique
fondente & anti-dar- elle été utile ou nuifible au
treufe ; du 23 Avril 1735. A Pa- genre humain ? S'il en eft reſulté
ris , chez P. G. Simon & N. H. des biens , quels font les moyens,
Nyon , imp. du Parlement rue de les conferver & de les ac-
Mignon St- André des- Arcs . croftre ? Si elle a produit des
Arrêt de la Cour de Parle- maux , quels font les moyens
ment , qui homologue une Ord'y remédier par M. J. M.
donnance rendue en la Juftice **** , Negociant à Amfterd'Argenteuil
, concernant l'ordre dam , & Membre de l'Acadé~
& la tranquillité publique , du mie de Bourg en Breffe : in-8° .
• Mai 1785. A Paris , chez les AAmferdam.
antra:s. Le Vice & la Foibleffe , on
Arrêt de la Cour de Parie- Mémoires de deux provinciae
ment , qui ordonne l'exécution les , rédigés par l'Auteur de la
d'une Sentence rendue eu la Quinzaine angloise , 2 vol in- 12 .
châtellenic royale de Billy & 3 liv . A Paris , chez Regnault,
fége royal de S. Gerand - le- Libr. rue 8. Jacques , vis" d- via
Puy , pour l'ordre & la tranquil celle du Plâtre .
ité publique ; du 1 Juin 1985 .
Paris, chez les mêmes,
LIVRES ETRANGERS.
Le Café littéraire , ou la Fo-
He du jour , Comédie prologue
ans préface , repréfentée tous
Les jours & felon les circonf-
Bances ; par Mile . C*** D*** ,
iv. 41. 4 Peris, chez Leroy,
Voyage minéralogique & phyfique
de Bruxelles à Lausanne ,
dans le gouvernement d'Aigle ,
& une partie du Valais ; par le
Comie de Razoumouski. Laufanne
, 1783 & 1784 : 2 volumes
, in 8. A Paris , chez Théor
phile Barrois lejeune , L. quai deg
Auguſtins.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG le 16 Juin.
L
>
11.paffe pour certain que l'ancien Vifir ,
dépouillé de fa place , de fa fortune , du
gouvernement de Gedda , où il devoit être
relégué , a été étranglé dans fa route par
ordre du Grand Seigneur. Le Capigi Bachi ,
chargé de cette exécution , a fait apporter
Conftantinople la tête de la victime , qu'on a
expofée à la porte du Serrail de S. H.
à
L'Abbé Ofter , nommé par Sa Sainteté
Vicaire du S. Siege en Suede , où la Religion
romaine eft tolérée depuis le 24 Janvier
1781 , travaille à étendre dans ce royaume
le culte du catholicifme. Il va faire conftruire
une égliſe à Stockolm , & en élevera
enfuite dans les provinces.
Les Allemans ont pouffé très loin cette
partie de l'économie politique dont ils ont
fait une ſcience , fous le nom de Statistique ;
c'eft-à - dire , l'art de pefer , de balancer les
N°. 27 , 2 Juillet 1785.
a
( 2)
K
forces , la puiffance , la profpérité d'un Etat.
Aucunes autres nations , fil'on en excepte les
Anglois , ne s'adonnent à cette étude , qu'apparemment
elles jugent trop minutieule , &
trop au- deffous de leur génie . Les travaux
des Allemands en ce genre nous ont appris
a connoître la fituation intérieure de plufieurs
Etats de cette vafte contrée , comme
un négociant exact connoît le bilan de fa
fortune. Voici par exemple quelques détails
inftructifs fur les fabriques & fur le commerce
des Etats Autrichiens , tirés d'un
Journal Allemand ; car les Journaux de ce
pays -là ne font pas forcés de s'en tenir à judes
hémiftiches , ou à annoncer des
grames académiques,
ger
-
pro-
On porte le nombre des moutons dans les
Etats héréditaires à 7 millions , dont 4 fe trouvent
dans la Hongrie. Ces moutons produisent
par an , à raison de 4 livres pefant de lainé
par chaque mouton , 28 , 000, 000 de livres
pefant , lefquelles , évaluées en argent , forment
un objet de 11,200,000 de florins. Les mouches
à miel fourniffent par an environ 6,139,3507
livres pefant de miel , & 245,594 livres pefant
de cire. En 1773 , les mines d'or de Cremniz
& de Schemniz ont rapporté 2,429 marcs ,
& l'or des rivieres dans la Tranſylvanie a été
évalué à la fomme de 600,000 florins. -Le
produit en argent de toutes les mines peut être
évalué par an à 140,000 florins.
Le produit
des mines
de fer en Stirie
eft par an de
400,000
quintaux
: les mines
& les forges
y
occupent
65,000
ouvriers
; celui
des mines
de
fer en Carinthie
monte
à 120,000
quintaux
,
( 3 )
& occupe 10,000 ouvriers . Les fabriques de faulx
& faucilles fourniffent par an près de 800,000
pieces , dont 500,000 font exportées en Ruffie ,
en Turquie & dans les deux Indes . Les mines
de cuivre en Hongrie produifent par an 34,000
quintaux de cuivre , & celles du Tyrol 2,500 .
Le vif argent que l'on exploite annuellement des
mines d'Ydria monte à 5oco quintaux. On peut
évaluer la quantité de fel - gemme & de fel de
fources falées gagnée annuellement dans les
Etats héréditaires , à 5 millions de quintaux.-
A Schvaz en Tyroi , on prépare par an environ
100 quintaux de verre de montagne . La
haute Autriche fabrique beaucoup de toile ; on
y compte environ 36,000 métiers de Tifferands.
La toile que fournit par an la Bohême excede
en valeur la fomme de 3 millions de florins ; il
en paffe pour 2 millions à l'étranger. La fabrication
de la toile dans ce Royaume occupe 300,000
perfonnes . La fabrique de draps établie près
de Brin fait des affaires confidérables ; en 1784 ,
on lui commanda de Conftantinople pour deux
millions de florins de draps . Le nombre d'ouvriers
dans les filatures de laine dans la haute
Autriche monte à 10,852 , celui dans la Bohême
à 10,091 , & celui dans la Moravie à
2172. Les rubans de foie fabriqués par an à
Prague , forment un objet de 700,000 florins .
Les fabriques d'indienne & de coton dans les
Etats Autrichiens fourniffent par an environ
160,000 ; leur valeur furpaffe la fomme de 3
millions de florins ; le coton qu'elles irent de la
Turquie & de Smirne monte à 60,000 quintaux.
Les manufactures de chapellerie à Vienne envoient,
par an en Allemagne & en Italie près de
25,000 chapeaux. Les peaux- de lievre que fournit
annuellement la Bohême montent à 400,000 ,
&
a 2
( 4 )
▬▬
celles des autres Etats à environ un million de pieces.
On porte le nombre d'ouvriers , hommes &
femmes , occupés par les fabriques dans les Etats
Autrichiens , à 890,000 . D'après ce calcul , &
en admettant dans ces Etats une population de
vingt millions d'ames , la vingtieme partie de la
population travaille dans les fabriques en général, mais en particulier c'eft la douzieme dans l'Autriche
, la onzieme dans la Bohême , la treizieme dans
la Moravie , la feizieme dans la Stirie , la fixieme
dans les Pays Bas , & environ la quarantieme
dans la Hongrie , la Pologne Autrichienne , l'Ef-
Le
clavonie , la Croatie & la Bukowine .
numéraire actuellement en circulation dans les
Etats Autrichiens ne paffe probablement pas la
fomme de 140 millions de florins ; en ajoutant à cette fomme celle de cent millions dans les
tréfors , le numéraire effectif monte à 240 millions
. On évalue le total de l'argent dans ces Etats
à 5000 quintaux. La Hongrie fait paller
par an à Vienne 40,000 boeufs , & en Bohême , en Moravie & en Stirie 55,000 . Ce commerce
roule fur une fomme de 4,550,000 florins Les
marchandifes qui paffent de Vienne dans la Hongrie
font un objet annuel de deux millions &
demi de florins . La balance du commerce de
l'Autriche avec la Hongrie eft à l'avantage de
ce Royaume ; quelques- uns portent le bénéfice
net de la Hongrie à trois millions de florins.
La Bohême vend par an aux autres provinces
Autrichiennes pour plus de 250,000 fl . de verre ,
peaux de lievres.
pour environ 120,000 florins de
On porte à près de 20, 000 pieces de volaille ,
que la Stirie exporte annuellement. Cette même
province fournit par an environ 600,000 eimer
de vin , dont la plupart eft envoyé en Carin.
thie, & lerefte paffe dans l'Evêché de Salzbourg
( 5 )
"
& dans la Baviere ; & environ cinq millions de
boifleaux de Vienne de bled , dont 4,800,000 font.
confommés dans le pays . Le commerce de cette
province avec les autres Etats Autrichiens roule
fur une fomme d'environ un million & demi de
florins ; elle en reçoit pour 900,000 florins de
marchandifes , & y exporte pour 600,000 flor.
Le commerce de Triefte occupe par an environ
12,000 voitures , celui de l'Italie par le Tyrol en
Allemagne 5,300 , & celui des Pays Bas Autrichiens
à Francfort fur le Mein , 3200 : En
1773 , on avoit exporté dans l'étranger pour
135,000 florins de draps des fabriques du pays ;
ce commerce roule actuellement fur 326,000
florins.
Le voyage projetté de l'Impératrice de
Ruffie aura lieu jufqu'à Novogorod . C'eſt une
fimple promenade à laquelle ont été invités
les Miniftres des Cours de Vienne , de Verfailles
& de Londres. Le Prince Potemkin ,
M. Samoilow , le Comte Besborodkin , &
5 autres perfonnes , y compris une des
Dames d'honneur de l'Impératrice , formeront
toute fa compagnie . Son abſence fera
de 3 femaines.
L'Académie des Sciences de Pétersbourg
présidée par la Princeffe d'Afchkow , a nommé
des Profeffeurs qui donneront gratuitement & en
langue ruffe , des leçons de Mathématiques & de
Chymie . Ces leçons publiques auront lieu , pour
la première fois , an commencement du mois
prochain . Les Profeffeurs feront payés des fonds
de l'Académie.
Depuis le 29 Mai plus de 370 bâtimens
de diverfes nations ont paffé & repaffé le
Sund . a 3
( 6 )
Of a tiré des régimens Danois dans le
Holftein 240 foldats , pour renforcer la garnifon
de Copenhague.
Les denrées font fi rares & fi cheres à
Varfovie , que pour en prévenir la difette ,
le Grand-Maréchal de la couronne a fait
venir des approvifionnemens de toute efpece
, & a exempté les vivres qui feroient
importés dans cette ville de tous droits
quelconques.
DE VIENNE , le 17 Juin.
L'Empereur a fait une très - grande diligence
; & nous fcavons depuis quelques
jours fon heureufe arrivée à Mantoue , à
Pife & à Florence : dans trois femaines on
efpere le revoir ici . On parle même pofitivement
du voyage de LL. MM. Siciliennes :
des ordres font donnés pour leur réception
en cette capitale , & pour les y amufer il
y aura , dit- on , deux bals parés à Schonbrunn
, deux grandes chaffes & un feu d'artifice
.
Ce voyage a été pénible & dangereux
dans plufieurs endroits , à caufe du débordement
des rivieres du Tyrol. A peine l'Empereur
avoit il paffé le pont de Saxenbourg ,
qu'une partie de ce pont fut emportée par
la violence du torrent. Auffi la fuite de
Sa Majesté n'a pu fe remettre en route de
cet endroit que le lendemain . Entre Neumark
& Salurn les chemins étoient couverts
( 7)
d'eau débordée des rivieres de Kienz , d'Eifak
& d'Etfch. Des hommes robuftes , bien
inftruits de la route , marchoient devant &
à côté de la voiture de l'Empereur. L'eau
leur arrivoit quelquefois jufqu'à la moitié
du corps , & pénétroit même dans la voiture.
Malgré ce danger , S. M. a toujours
continué la route , & elle arriva à
Trente , le 31 Mai.
Le camp de Minkendorf fera de 30000
hommes. On n'indique point encore le mo- .
ment où il fera affemblé ; mais la plus grande
partie des régimens cantonnés en Hongrie
fe tiennent prêts à marcher au premier ordre.
Une Ordonnance de S. M. a aboli dans les
Ecoles de Médecine les Thèles pour les grades ,
difputationes pro gradu. Elles occafionnoient de
très-grands frais & n'en étoient pas moins de la
plus grande inutilité. Ceux qui afpireront au
grade de Docteur doivent , fuivant le nouveau
Réglement , adopter fpécialement quelques malades
du grand hôpital , étudier leur état , les
moyens de les guérir , & chercher les moyens de
prévenir ces maladies dans d'autres fujets . Ils feront
enfuite un Mémoire détaillé de leur méthode
& du résultat de leurs expériences , & en
foumettront les jugement à la Faculté de Médecine
, qui fe trouvera par- là plus à portée de
connoître & d'apprécier leur habileté .
On n'a plus de doute fur notre prochaine
réconciliation avec la Hollande. On va même
jufqu'à fpécifier & à déterminer pofitivement
le contenu des articles de cet accom.
a 4
( 8 )
modement. Il confiftera , felon le bruit public
.
1º. Dans la navigation libre de l'Eſcaut
accordée aux navires autrichiens d'une grandeur
déterminée jufqu'à la mer , tant pour
y entrer que pour en fortir , & remonter jufqu'à
Anvers ; mais aux autres navires étrangers
, jufqu'à Saftingen feulement.
2°. Quelques - uns des forts bâtis fur les
rives de l'Elcaut feront démolis.
3 °. L'envoi de deux Ambaffadeurs à Vienne
, pour y faire de la part de la République
des propofitions fur le coup de canon
tiré fur l'Efcaut.
4°. Que la Hollande payera à S. M. I.
10 millions de florins , en forme de dédom
magement.
Un Religieux , apparemment aliéné d'ef
prit , avoit demandé la permiffion de changer
de religion , fous prétexte qu'il vouloit
fe marier. L'autorité fuprême répondit à
cette demande , par un ordre aux fupérieurs
du Requérant , de l'enfermer ; mais
l'on ajoute qu'on avoit eu deffein de le condamner
à ramaffer les boues dans les rues
avec l'habit de fon Ordre , ce qui eût été
bien violent.
C'est une brochure contre la nouvelle
pratique d'enterremens ordonnée , puis révoquée
par l'Empereur , qui a déterminé ce
Prince à renoncer à ce changement . L'au(
9 )
1 teur de cet écrit , dit- on , avoit déja fait fupprimer
en Pruffe l'impôt fur le café , & le
Roi lui fit remettre fon portrait fur une
boëte d'or. Se trouvant à Vienne , cet Ecrivain
fi perfuafif , démontra à l'Empereur ,
brochure en main , qu'on devoit enfevelir
les morts dans l'ancienne méthode.
Dans un fiecle de projets de toute eſpece ,
de quoi ne s'avife - t- on pas ? Voici encore
une réforme à laquelle on travaille en ce
moment.
Une fociété de douze dames travaille à former
un habillement pour toutes les claffes & pour
tous les états ; elles rejettent tout ce qui eft
fuperflu, Ce font des poupées qu'elles habillent ,
& enfuite elles les expoferont dans une grande
fale , & inviteront plufieurs autres dames pour
favoir leur avis. Ces Dames prétendent qu'il feroit
poffible d'entretenir une femme à deux tiers
meilleur marché , & qui feroit plus élégante &
plus aimable. Quant aux filles de joie , elles feront
exceptées de ce nouvel hábillement ; &
celles des autres femmes qui ne voudront pas
l'adopter , feront regardées comme des filles publiques.
Suite de l'Ordonnance de l'Empereur fur
la circulation de nouveaux billets de banque.
Pour ce qui concerne la fubftance , la propriété
, la qualité & les avantages de ces nouveaux
billets , toutes ces chofes continuent d'être
en général les mêmes qui ont été accordées
& attribuées aux billets de banque actuellement
en cours par la patente du 1er Août 1771 ; en
a s
( 10 )
forte que par la création des nouveaux billets ,
on n'a pour ainfi dire , rien changé que la forme
des anciens , au fujer de quoi on a eu foin de
prendre toutes les précautions néceffaires pour
leur en donner une plus parfaite , afin d'en empêcher
la falfification & obvier à tous les abus
qu'on en pourroit faire.
?
:
Tous ces nouveaux billets pourront être donnés
dans les caiffes fuivantes contre argent comptant
, & pareillement en être retirés à volonté
avec argent comptant , favoir à Vienne , pour
l'Au riche inférieure , dans la grande & principale
caifle de la banque ; a Prague dans la Bohême
, dans la caiffe d'adminiftration de la banque
; pour la Moravie , la Siléfie , dans la caiffe
d'adminiftration de la banque à Brinn ; pour la
haute Autriche , dans la caille de la grande douane
à Lintz ; pour les Provinces de l'Autriche intérieure
, dans les carffes de la banque à Gratz ,
à Clagenfourt & Luyback, pour Triefte , Goritz,
Gradifca & les frontieres , dans la caiffe de la
banque d'Ofen , Rofchau & Fiume ; pour la Tranfilvanie
, dans la propre caiffe de banque à Hermanftad
; pour la Gallicie enfin dans la caiffe de
banque de Lemberg.
3
Toutes ces cailles , pour pouvoir continuer
comme ci - devant fans aucun délai ni retard ,
l'échange des billets , feront de temps à autre ,
fuivant le befoin , pourvues tant de capitaux que
de billets ; au cas même qu'il arrivât dans quelque
Province qu'on échangeât beaucoup plus
de billets de banque que de coutume , & que
le capital ordinaire , foit en argent comptant ,
foit en bil ets deſtinés à cet ufage & en réſerve
dans la caiffe , vint à ne p s fuffire , on prendra
d'abord de telles précautions , que dans l'efpace
de quinze jours , ou tout au plus de trois
( 11 )
femaines , conformément à l'éloignement de la
province dans laquelle le plus grand échange
pourra arriver , la caiffe fera pourvue tant en
argent comptant qu'en billets , ſuivant & en
proportion de l'exigence du cas.
Tous ces nouveaux billets de banque dans
les Etats Héréditaires Allemands de Hongrie ou
Gallicie , feront acceptés & reçus dans leur entiere
valeur comme argent comptant , tant dans
toutes les caiffes de contributions , de guerre ,
des revenus de la chambre , que dans celle des
Etats & de la banque .
Mais par rapport aux revenus , rentes ou cafuels
qui font adminiftrés par la banque de la
ville de Vienne, tous paiemens qu'on aura à y
faire , dont la fomme montera à dix florins ,
devront être faits au moins pour la moitié en
billets de banque , enforte que la banque pourra
refufer en entier le paiement de toute perfonne
qui aura une rerte à payer , & qui n'aura pas
pour cela la fufdite quantité exigible de billets
de banque .
Dans le cas au contraire de paiemens à faire
de particuliers à particuliers , l'acceptation des
billets de banque reftera comme ci - devant entierement
libre & volontaire .
Les nouveaux billets n'étant deftinés qu'à
remplacer les anciens , il s'enfuit que les anciens
billets ctuellement en cours , doivent être changés
pour les nouveaux . Pour cet échange , les propriétaires
ou porteurs des anciens billets de
banque , s'adreileront aux caiffes des Provinces
défignées ci- deffus , art . III ; pour l'effet de quoi
Nous accordons par ces préfentes aux propriétaires
defdits b.ilets qui fe trouvent dins l'intérieur
de nos pays héréditaires , un délai de
quatre mois à compter du jour de la publication
a 6
( 12 )
de cette patente , & de fix mois , à compter du
même jour, pour ceux qui ne fe trouvent pas
dans l'intérieur du pays , de maniere qu'après ce
délai expiré , aucun ancien billet ne pourra plus
être échangé contre un nouveau , ni accepté pour
argent comptant.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Le 19 Mai , le Comte de Geifruk tranfporta
le chapeau ducal de la Stirie à Prugg,
& le remit au Comte de Khevenhuller , qui
conformément aux ordres de l'Empereur ,
doit le porter à Vienne , & le dépofer au
Tréfor impérial & royal , où font déja confervées
les Couronnes de Hongrie & de
Bohême .
Une grêle violente a ravagé les bleds &
les vignes aux environs de Krems , & le
temps s'eft réfroidi dans la Stirie , au point
que le premier de ce mois , les montagnes
fe couvrirent entierement de neige.
Immédiatement après le départ de l'Empereur
, il eft arrivé ici deux couriers , l'un
de Paris , & l'autre de Conftantinople. Les
dépêches ont été envoyées fur le champ à
-S . M. I.
On mande du bourg de Stainz un exemple
rare de fécondité . Une femme de cet endroit
a mis au monde 12 enfans dans cinq
couches elle accoucha la premiere fois de
4 , la feconde de 3 , la troifieme de 2 , la
quatrieme d'un , & en dernier lieu de 2
enfans.
:
L'éducation du ver à foie , écrit - on de la
( 13. )
Croatie , & la préparation de la foie deviennent
de plus en plus un objet principal de l'induftrie
nationale . En 1783 , les habitans de la campagne
, dans le diftri&t de Warafdin , ont vendu
pour 8000 florins de foie , & en 1784 pour 16000 .
On compte que dans cette année la vente en fera
au moins d'un tiers plus confidérable que l'année
derniere.
?
Un Chevalier Thieri de Fiume s'eft avifé
d'inftituer en Carniole une ROSIERE à
l'inftar de celles couronnées aux environs
de Paris , & le 22 Mai on a célébré la premiere
fête avec beaucoup de folemnité.
DE FRANCFORT , le 21 Juin.
Le château de Rheinak , fitué près du
Rhin , & appartenant aux Comtes de Sinzendorf,
a été détruit par un incendie.
L'Archevêque Electeur de Cologne a défendu
dans fon Dioceſe les difcours ou Sermons
de controverfe qu'on étoit dans l'ufage
de prononcer dans les Eglifes.
On affure que le Duché de Tefchen & la
Bukovine feront incorporés dans la Gallicie.
On compte dans cette derniere Province
2442 biens domaniaux , 7417 Villes ,
Bourgs & Villages , & 343,101 habitans ,
dont 44,400 font Juifs.
La Cour Electorale Palatine de Baviere eft une
des plus difpendieufes d'Allemagne. On en jugera
par l'état fuivant des perfonnes employées dans
la Maiſon Electorale , & dans les divers Tribunaux
& Colléges . La furintendance de la Maiſon
( 14 )
emploie 1103 individus ; le grand Chambellan en
a fous lui 234 , le grand Maréchal 692 , le grand
Ecuyer 1107 , & le grand Veneur 514 ; la Mufique
& le Théatre font compofés de 450 perfonnes.
La Cour de l'Ele&trice douairiere confide
en 67 perfonnes . On compte au Miniftere 281
Employés , à la Régence fupérieure 185 , au
Tribunal des revifions 94 , au Confeil de la
Cour 699 , au Confeil des Affaires Eccléfiaftiques
à la Chambre de la Cour , 1554 , au College
des Mines 255 , au Colge des Médecins
103 , au College pour la cenfure des Livres 25 ,
ai Tribunal du Juge de la Cour 301 , a la Direction
de la Loterie 90 , & au College des
Etats 94. Le nombre des Membres de l'Académie
des Sciences eft de 29. Tous ces individus forment
un total de 7978 .
101 ,
Le Roi de Pruffle a aligné un fonds de
200,000 rixdalers pour les réparations les
plus urgentes qu'exigent les lieux les plus
endommagés par le débordement des rivieres.
Une des principales branches de l'induftrie des
habitans du Duché de Saxe- Gotha eft la fabrication
des toiles & coutils. Ce dernier article occupe
actuellement 450 Ouvriers , qui fourniffent par
an environ 53,208 pieces de coutils . En évaluant
cette marchandiſe à 5 dallers & 8 groſchen la
piece , elle procure au pays la fomme de 284,160
dallers.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 2 Juin.
L'octroi de la nouvelle Compagnie des
( x5 )
Philippines ou des Indes , eft du 10 Mars
1785 , & contient cent articles dont plufieurs
relatifs à la diffolution de la Compagnie
des Caracas , à la liquidation de fes
dettes, & à l'incorporation de fes fonds dans
la nouvelle Compagnie.
Les opérations de celle - ci commenceront le
premier Juillet de l'année courante. Il lui eft accordé
un privilege exclufif durant vingt - cinq
ans pour le commerce de l'Afie , que fon objet
eft de réunir avec celui de l'Amérique. Dans cette
derniere partie du monde , la Compagnie ne jouira
d'aucun privilege ; mais feulement de la liberté
indéfinie accordée à tout Espagnol pour
ce commerce. Le port de Manille aux Philippines
eft libre & ouvert aux Nations Afiatiques :
fes habitars pourront faire le commerce dans toute
l'Afie , le privilege de la Compagnie ne le bor-.
nant qu'au tranſport d'Amérique en Afie & d'Afie
en Europe. Le Roi permet l'introduction & la
vente de toute les denrées & mar . handifes de
l'Afie , foies , cotons , porcelaines , thé , bois
précieux , mouffelines, &c Quant aux droits les
piaftres embarquées en Espagne pour les Philippines
, en feront entièrement libres ; cel es exportées
des ports de la mer du Sud pour les Philippines
, paieront deux & demi pour cent de
leur valeur ; les flers & fruits de l'Espagne exportés
pour ces ifles , ainfi que les effets & fruits
exportés des ports de l'A sérique , où les vaif- .
feaux de la Comp gnie aborderent , feront francs
de droits ; les eff is & fruits étrangers embarques
en Elp gue pour les Philippines , paieront
deux pour cent ; l'argent , les fruits & marchandifes
nationales d'Espagne & de l'Amérique , exportés
de Manille pour l'Afie par des Efpagnols ,
t
( 16 )
feront libres ; s'ils font exportés par des Afatiques
, l'argent paiera trois pour cent de droits ;
les effets espagnols ou de l'Amérique feront
francs , les effets étrangers paieront deux pour
cent de leur valeur ; & les droits d'entrée pour
les marchandifes de l'Afie feront de cinq pour cent.
L'extrême modicité de ces droits ne pourra fervir
qu'à faire fleurir le commerce des Indes Orientales
, & faciliter le commerce de la Compagnie.
Les fons de la Compagnie feront , quant à
préfent , de 120 millions de réaux de Vellon ,
divifés en 32 mille actions de 250 piaftres chacune
. S. M. y prend pour 20 millions de réaux de
velion , la Banque nationale pour 12 millions.
La foufcription eft ouverte pour les étrangers
jufqu'à la fin de l'année courante , pour l'Amérique
jufqu'à la fin de 1786 , & pour les ifles Philippines
on réferve 3000 actions pendant deux
ans . Ce capital ne pourra être augmenté que par
de nouvelles actions , & jimais par emprunt . On
accorde à la Compagnie , pour bàtir fes vaiffeaux
, les mêmes privileges que ceux dont jouit
la Marine Royale ; fes vaiffeaux auront le pavillon
royal , & les Capitaines de la Marine Royale
pourront y fervir fans déroger. Pendant le voyage
jufqu ' au retour en Espagne , les équipages feront
réputés de la Marine du Roi , & jouiront
de tous les privileges. Les voyages pourront fe
faire par le Cap de Bonne- Espérance ; mais on
préfere qu'ils fe dirigent par le Cap Horn , en
faifant échelle dans les ports de la mer du Sud.
Jufqu'à préfent le vaiſſeau qui va d'Acapulco à
Manille pourra continuer. Les retours doivent le
rendre en droiture dans les ports de l'Espagne ,
fans pouvoir aller en Amérique , fous quelque
prétexte que ce foit . La Compagnie enverra un
nombre d'Artifans à Manille , avec les inftru
( 17 )
mens néceffaires pour la culture des terres ; &
fur le bénéfice annuel , il fera pris quatre pour
cent , pour encourager l'Agriculture & l'induftrie
aux ifles Philippines , où la Compagnie aura
un Confeil . Il fera établi une Direction générale à
Madrid , à laquelle le Miniftre des Indes préfidera.
La Compagnie ne fe mêlera d'aucun objet
politique quelconque , fous quelque prétexte que
ce foit.
Les laines de Vigogne qu'on tiroit de
Lima & de Buenos - Ayres , ayant abfolument
manqué depuis les dernieres révoltes
au Pérou , la Cour en a défendu l'exportation
pour les pays étrangers.
ས 1-
La Pofte d'Amérique , vaiffeau de registre ,
arrivé ce matin de Lima , a apporté 1,263,557
piaftres fortes , 4625 arobes de quinquina , 9779
de cacao de Guayaquil , 1220 quintaux de cuivre
en 627 planches : il avoit mis à la voile le 10
Janvier avec le Trident , autre batiment d
giftre , dont il fe fépara peu de jours après , mais
qu'il a vu depuis fur le Cap de Horn , enfuite
à la hauteur de Buenos Ayres , & qu'il croit avoir
vu encore récemment fur le Cap Saint- Vincent ,
d'où on l'attend d'un moment à l'autre. Sa cargaifon
en or & en argent eft à- peu - près égale à
celle de la Pofte d'Amérique ; mais le cacao qu'il
apporte forme un objet confidérable .
On prépare plufieurs flutes du Roi pour
tranfporter des munitions de guerre aux
Colonies de l'Amérique . D. Cajetan de Langara
doit commander le Rufé de foixante
carrons , qui fe rendra au Pérou , & y féjournera
.
( 18 )
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Juin .
La taxe fur les boutiques qui eft en vigueur
depuis le 13 , occafionna le 14 une
de ces émotions populaires qui font dreffer
les cheveux des têtes foibles fur le continent
, & qui excitent à peine ici l'attention
publique. Ces petits mouvemens ,
indifpenfables dans l'état de liberté , n'ont
d'importance , qu'autant que l'on en veut
mettre à les réprimer . La plus grande partie
des boutiques du quartier de Weſtminſter ,
du fauxbourg de Southwarck & quelquesunes
dans la Cité furent formées , le lende
a sanction du Bill qui impofe les
boutiques de détailleurs . On les avoit lugubrement
parées de crêpes & d'infcriptions ,
dont entr'autres les fuivantes :
main de la s.
» Point de taxe fur les boutiques.
>> Point de Miniftres comme Pitt .
» Boutique fermée par acte du Parlement.
>> Fonds de boutique tranfporté en Irlande.
» Les oeuvres de William Pitt , & c.
Un parti de la canaille qu'il ne faut point
confondre avec le peuple , s'affembla dans
Downingſtreet , au moment où le Miniſtre
alloit fe rendre au Parlement. On entoura ,
on preffa fon carroffe avec mille imprécations
: quoique fes chevaux le traînaffent au
19 )
,
galop , la multitude le fuivit jufqu'à Weftminſter
& il eut beaucoup de peine à
gagner le grand efcalier en fauta.t rapidement
de la voiture. Le Docteur Prettyman
fon ancien Précepteur , aujourd'hui
fon Secretaire , fut pourſuivi long - temps &
obligé de gagner une maifon particuliere où
il trouva afyle. Une autre troupe attendoit
M. Dundas dans Charinggroff, mais il ne
parut point. Plufieurs des membres des
Communes qui avoient voté en faveur de la
taxe , traverferent la falle baffe de Weftminfter
, pour éviter l'entrée ordinaire. L'effigie
de M. Pitt fut brûlée en plufieurs endroits ,
notamment à Southwarck , où l'on décerna
les mêmes honneurs à M.Thornton, l'un
des Repréfentans de ce fauxbourg. On plaça
1 - maifon des Minif-
Tes Gardes autour de la m GOD A
tres & dans les lieux néceffaires , en cas de
violences ultérieures ; mais infenfiblement la
populace fe diffipa , tout rentra dans le calme,
après cette exploſion , & le lendemain
toutes les boutiques furent rouvertes . Durant
cette émeute , il ne s'eft commis ni
meurtre, ni vols , ni même de violences.
Le Roi a nommé le Marquis de Carmarthen
, Gouverneur des Sorlingues à la place
de feu Lord Godolphin , à qui on a trouvé
un million fterling comptant après fa mort.
Le Prince Guillaume- Henri ne fera pas un
long féjour en Angleterre'; le Roi a décidé
qu'il partiroit avec le Commodore Lewefon
Gower , qui fuccede au Chevalier John
( 20 )
Lindfay dans le commandement de l'Efcadre
de la Méditerranée . En conféquence le
jeune Prince a fubi devant l'Amirauté , l'examen
de Lieutenant. On lui fit produire fes
livres de lock , fon journal nautique écrit de
fa main , & les certificats de fon Capitaine.
Après avoir répondu aux différentes interrogations
de fes Examinateurs , il reçut le
brevot de Lieutenant. La Flotte d'obfervation
qu'on deftine à la Méditerrannée eft
compofée de frégates , de floops & de cutters
, & on l'augmente de deux frégates &
d'un floop. Le bagage du Commodore &
celui du Prince font déjà à Porfmouth, d'où
l'Eſcadre ne tardera pas à appareiller pour
Gibraltar.
Le 15 eft arrivé de l'Inde le fameux Gouverneur
général du Bengale , M. Haftings ,
après une heureufe traverfée de trois mois.
& 20 jours. Il eft, dit- on , très - bien portant,
& il a déja eu une conférence avec les deux
Secrétaires d'Etat , ainfi qu'une audience
particuliere de S. M. avant fon lever. Les
préfens apportés du Bengale par M. Haftings
pour fes amis & pour la Famille Royale ,
furpaffent , dit on , en rareté & en magnificence
tous les tributs que l'Orient a fourni
à l'Europe jufqu'à préfent.
M. Haltings a pris paffage fur le Barrington
, vaiffeau de la Compagnie , à bord duquel
fe trouvoient auffi M. Anderſon , le
Major Sands , le Capitaine Scott & Lady
Francis. Outre le Barrington , il eft encore
( 21 )
arrivé à la Compagnie les vaiffeaux , le
Southampton , le Royal - Bishop , le Sullivan
, le Hawke & la Réfolution.
L'Irlande , à ce qu'on dit , a demandé
au Roi la permiffion d'envoyer des Confuls
dans les principaux ports étrangers d'Europe
& d'Amérique mais le Confeil a rejetté
cette requête ; & il a décidé que les .
affaires du commerce de ce royaume fe feront
comme ci- devant par les Confuls An .
glois.
Le Général Haldimand , qui doit partir inceffamment
pour fon Gouvernement de Québec ,
emportera avec lui les plans de plufieurs houveaux
forts que l'on élévera daas le Canada , fur
les frontieres qui féparent les poffeffions angloifes
de celles des Etats-Unis. Ces forts feront au
nombre de cinq , dont deux doivent être conf
truits fur les bords des lacs pour protéger le commerce
de pelleteries que les Anglois font avec
les Sauvages. Les deux Régimens d'Infanterie ,
l'un de l'établiffement d'Angleterre , & l'autre
de l'établiffement d'Irlande , qui ont reçu ordre
de paffer à Québec , font deſtinés à former les
garnisons de ces nouveaux forts,
Selon l'ancienne méthode ufitée pour le
recouvrement des impôts , toutes les taxes
de l'accife coûtoient au Gouvernement 6
pour cent de recouvrement , les droits de
douane 8 pour cent , & ceux impofés fur les
colporteurs & porteballes le taux énorme
de 47 pour cent. Au moyen
du nouveau
régime de recouvrement par des collecteurs
paroifliaux , les impôts ne coûteront que
3 pour 100.
( 22 )
M. Beaufoi préfenta le 15 une pétition de certains
Négocians de la Cité de Londres, contenant
plufieurs griefs relatifs à l'importation du tabac .
Il obferva que parmi les denrées importées de
l'Amérique feptentrionale , il n'y en avoit point
qui rendit autant au fifc ; il offrit plufieurs calculs
à l'appui de cette affertion . Lorsque le total des
marchandifes importées de ce continent le monte
à 1,500,000 1. le tabac feul entre pour 700,000 1.
dans cette fomme. La Grande -Bretagne , ajouta-
il , importe annuellement 30,000 boucaults
de tabac , tandis que la France , dont la confommation
s'éleve à 25,000 boucauts ne peut
en titer que douze cens en droiture de l'Amérique.
La Hollande , dont la conſommation s'éleve
à 18,000 boucauts , y comprife la quantité qu'elle
fait paffer en Allemagne , n'a jamais importé plus
de 5000 boucauts .
"
La pétition ayant été lue , la Chambre ordonna
qu'elle fût mife fur le Bureau.
On lit l'article fuivant , fort extraordinaire
dans la plupart de nos papiers publics .
La Cour de Madrid a fait propofer à la nôtre ,
par le Comte de Cheſterfield , notre Ambaffadeur
en Espagne , un arrangement d'une nature trèsfinguliere.
I eft queftion d'une garantie réciproque
de certaines poffeffions , ifles & établiffemens
limitrophes au territoire des Etats -Unis.
On n'eft encore entré dans aucunes négociations
fur cet objet ; mais on prétend que S. M. Catholique
, dans la vue de déterminer notre Cour à
conclure un tel traité , lui a fait des propofitions
très -féduifantes . Les fujets de la Grande-Bretagne
auroient , dit - on , le droit de commercer dans certains
ports de l'Amérique Méridionale , dont l'entrée
eft aujourd'hui interdite aux vaiffeaux de
( 23 )
toutes les Nations. Les Miniftres n'ont pas en ce
moment le loifir de s'occuper de cette affaire ; mais
auffi-tô: que le Parlement fera féparé , ils y donneront
toute leur attention.
La Compagnie des Indes , par l'achat
qu'elle vient de faire à Lisbonne & à Gothembourg
des thés des Compagnies Portugaife
& Suédoife , fe trouve avoir actuellement
en propriété tous les thés de l Europe ,
excepté ceux qui ont été importés par les
vaiffeaux François , dernierement arrivés à
l'Orient. Le
Gouvernement a défendu
des vues politiques à la Compagnie des Indes
d'acheter les thés françois.
par
On a calculé que les différentes Puiffances Européennes
emploient au commerce de l'Inde environ
160 vaiffeaux montés par 14 à 15,000 hommes.
Sur ce nombre , il revient de l'Inde annuellement
environ 65 vaiſſeaux .
La Compagnie Angloife emploie 54 vaiſſeaux ,
dont environ 16 reviennent tous les ans.
Les Hollandois , environ 40 , dont il en revient
annuellement 13.
Les Danois , 11 , dont il en revient 5 .
Les Suédois , 11 , dont il en revient 4.
Les Portugais , 8 , dont il en revient 4.
La Compagnie Impériale 7 , dont il en revient
3 ou 4.
Les Puiffances Italiennes 12 , dont il en revients.
L'Espagne en reçoit 2 tous les ans.
La France en emploie depuis la paix 14 , dont
7 font revenus.
Enfin , les Américains ont reçu à New-Yorck
un vaiffeau Indien , depuis leur
indépendance.
Le Général
Advertiſer préſente un Etat
( 24 )
comparatif, affez exact , du revenu des plus
riches Particuliers de l'Europe. En conféquence
, il donne de rentes ,
Au Comte Sheremetoff (Ruffe)
liv. fterlings.
· 170,000.
Au Prince Lubomirski ( Polonois ) 110,000 .
Au Comte Czernichew ( Ruffe ) . 90,000 .
Au Prince Radziwill ( Polonois ) . 80,000.
AuDuc de Medina- Sidonia(Efpagnol ) 90,000.
Au Duc de Bedford ( Anglois )
Au Duc de Marlborough ( id . ) .
Au Duc de Devonshire ( id . )
Au Duc de Northumberland ( id . ) 50,000 .
Au Chevalier Watkin Williams Wynn
( id . ) •
•
•
·
70,000.
58,000 .
60,000.
38,000.
Les revenus du Marquis de Buckingham ,
du Comte de Lonfdale , du Lord Grosvenor ,
de M. Pulteney , font auffi confidérables. Il y
même dans le commerce en Angleterre des
fortunes équivalentes , ou plus opulentes encore.
M. Richard Atkinſon , qui vient de
mourir Directeur de la Compagnie des Indes,
jouifloit de 600,00 livres fterl. de rente. M.
Beckford en a 40,000 1. &c. &c. Obfervons
bien qu'en Angleterre on ne comprend jamais
dans l'évaluation des revenus les émolumens
des places , dignités , charges lucratives
comme on le fait ailleurs .
On parle de former des Princes étrangers
& des Princes du fang Chevaliers de la
Jarretiere , une claffe de furnuméraires &
d'honoraires. Par cet arrangement , il ref-
"
teroit
( 25 )
teroit quelques colliers vacans , qu'on def
tine au Marquis de Buckingham , à Lord
Carmarthen , à M. Pitt , & au Général
Elliot.
Les changemens qu'ont fubi les propofitions
de M. Pitt , relatives à l'Irlande , dans
la Chambre des Communes en grand comité
, font à quelques égards affez effentiels ,
pour que nous devions mettre fous les
de nos lecteurs ces articles dans leur état
yeux
actuel.
イ
I. Arrêté qu'il eft de la plus grande impor
tance pour l'intérêt général de l'Empire Britannique
, qu'il foit établi entre la Grande Bretagne
& l'Irlande , un fyftême de commerce fur
des principes d'égalité & de réciprocité , qui puiffent
être également
avantageux aux deux pays.
II. Arrêté qu'il eft expédient que l'Irlande foit
admife à partager avec la plus parfaite égalité les
avantages que la Grande- Bretagne retire de fon
commerce , pourvu néanmoins que le Parlement
d'Irlande confente à partager , en proportion de
fa profpérité , les dépenfes néceffaires au maintien
& à la dépenfe des intérêts généraux də
l'Empire.
III. Arrêté que pour parvenir à effectuer un
établiffement auffi defirable , il est néceffaire &
expédient que les articles qui ne feront point
le produit du crû ou des manufactures de la
Grande - Bretagne ou de l'Irlande , excepté ceux
provenant du crû ou des
manufactures des pays
fitués au - delà du Cap de Bonne - Efpérance &
du détroit de Magellan , feront importés dans
chaque Royaume
réciproquement , en payant les
mêmes droits , s'il en exifte , auxquels ils font
Nº. 27 , 2 Juillet 1785. b
( 126 )
fujets , lorfqu'ils font importés directement des
lieux qui les produifent, & que les droits impofés
ci-devant fur l'importation dans l'un des
deux Royaumes feront entiérement retirés fur
l'importation dans l'autre , excepté ceux qui
» feront mis fur l'arrack, les eaux- de- vie étrangeres
, le rum & toutes les liqueurs fortes ,
qui ne font pas importées des colonies angloi-
» fes des Indes Occidentales ou de l'Amérique,
Mais les impôts continueront à être protégés
& confervés tels qu'ils font , en fufpendant les
rabais jufqu'au retour du certificat de fortie des
Officiers de la douane du Royaume dans lequel
l'exportation aura été faite.
IV. Arrêté qu'il eft très important pour l'intérêt
général de l'Empire Britannique que les loix fervant
de réglement pour le commerce & la navigation
, foient générales pour la Grande - Bretagne
comme pour l'Irlande ; qu'en conféquence
il eft effentiel , pour effectuer le plan propofé ,
que toutes les loix qui ont été ou pourront être
faites dans la Grande-Bretagne , pour accorder
des privileges exclufifs aux navires de l'Angleterre
, de l'Irlande & des Colonies Angloites ,
& pour régler & reftreindre le commerce des
Colonies , feront également miles én force dans
les deux Royaumes , par des actes des Parlemens
des deux pays , qui devront être faits en même
temps , & de la même manière . Et qu'il fois
pris de temps à autre des mesures pour veiller
à ce qu'elles foient exécutées.
V. Arrêté qu'il eft également effentiel pour
efficacité du plan propofe
que toutes les
marchandifes du crâ ou du produit des manufacturesde
la Grande- Bretagne , ou des Colonies
des Indes Orientales & de l'Amérique , ou des
Etabliffemens anglois de la côte d'Afrique ,.
( 27 )
"
.בכ
fo ents lorfqu'elles feront importées en Irlande ,
fujettes aux mêmes impôts que les mêmes marchandifes
paient , ou pourront payer à l'avenir
lorfqu'elles feront importées en Angleterre. « Ou
» fi l'importation en étoit prohibée dans la
Grande - Bretagne , arrêté qu'elles le feront
également & de la même maniere en Irlande,
VI. Arrêté que pour prévenir les pratiques illicites
, également nuifibles au commerce des
deux Royaumes , il eft néceffaire que toutes les
marchandiſes , foit du crû ou des manufactures
de la Grande-Bretagne , foit de l'Irlande ou des
pays étrangers , qui pourront être importées par
la fuite de l'Irlande dans la Grande Bretagne ,
ou de la Grande-Bretagne dans l'Irlande , foient
affujetties par des actes des Parlemens des deux
Royaumes aux mêmes Réglemens auxquels les
mêmes marchandifes font fujettes en paffant
d'un port de la Grande - Bretagne dans un autre ,
& que tous les articles du crû , ou du produit des
manufactures de l'Irlande , qui feront importés
dans la Grande- Bretagne , foient toujours munis
de certificats pareils à ceux qui ont été éta .
lis par acte du Parlement fur les toiles d'Irlande
importées dans la Grande - Bretagne.
La fuite à l'ordinaire prochain.
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 13 Avril.
Le mémoire que le Congrès a fait paffer
à la cour de Madrid , relativement à la navigation
du Miffilipi , tend à prouver que
tous les droits fur le territoire , qui apparb.
2
( 28 )
tenoient précédemment à la Grande - Bretagne
, ont été dévolus de la maniere la plus
formelle aux Etats Unis par le Traité de
paix . Il y eft dit que fi la cour de Madrid
refufoit de faire juftice fur ce point , les
Etats Unis trouveront les moyens de fe la
faire rendre.
Les prétentions de la Cour de Madrid fur les
Etabliflemens de la côte des Mofquites , peuvent ,
felon plufieurs Papiers de New- Yorck , avoir les
fuites les plus funeftes à la profpérité des Etats-
Unis . L'arrivée de M. Galvez dans ces parages,
difent ces Feuilles , ne doit pas être confidérée
d'un oeil indifférent . La conduite des Espagnols
envers lés Américains , fournit une preuve mani→
fefte que les premiers ont des vues d'hoftilité. En
effet , pourquoi nous auroient- ils interdit la navigation
du Miffiffipi ? Pourquoi fe feroient- ils
emparés des Mufcle- Shvals & les auroient- ils for
tifiés ? Pourquoi enfin auroient- ils équipé une Ef
cadre fi formidable en tems de paix ?
Le Congrès a le projet de lever un corps
de 700 hommes , deftinés à défendre les
frontieres du Nord Oueft. Le danger att
quel étoient expofés les habitans de cette
partie du territoire des Etats - Unis , de la
part des fauvages qui y font fouvent des
incurfions dans la vue de piller les habitations
ifolées ; & la crainte bien fondée que
les magafins de l'Etat ne foient pas à l'abri
de leurs rapines , ont fuggéré ce plan de
défenfe. Ces troupes ferviront pendant trois
ans , à moins qu'elles ne foient licenciées
plutôt,
( 29 )
On affure que le Congrès a renvoyé l'affaire
du Chevalier Julien de Longchamp à
John Jay , Miniftre des affaires étrangeies.
On ne fcait point encore précisément la
décifion qu'il aura donnée , mais le bruit
court qu'elle eft favorable au Chevalier ,
attendu qu'il a déja été jugé , & qu'il languit
actuellement encore dans une étroite
détention .
Le Sénat de New- Yorck , par une majorité de
2 voix feulement , a rejetté le bill pour c&troyer
l'impofition , conformément à la demande du
Congrès , quoiqu'elle ait été accordée par 11 Etats
de l'Union. Un événement auffi extraordinaire &
auffi inattendu , a fait la fenfation la plus défagréable
, non- feulament parmi les Créanciers de
l'Etat , mais parmi tous les amis défiatéreflés de
J'indépendance & de l'honneur national . Les prin
cipaux habitans de New - Yorsk fe font affemblés
pour délibérer fur les mesures à prendre dans une
Gvation auffi allarmante. Voici le réfultat des
réfolutions unanimes de cette Affemblée. Treize
de fes Membres feront choifis pour former un
Comité deft né à rédiger des remontrances à ce
fujet , lefquelles doivent être préfentées à la Légiflature
, ainfi qu'une Airefle aux habitans des
autres Comiés de l'Etat , pour les inviter à comcourir
par leur union aux mefures qui leur paroîtront
propres & efficaces , pour recouvret & rérab'ir
la foi & le crédit public ; pour faire rendre
jaftice dans toutes les parties de l'Etat au nombre
infini de malheureux citoyens qui lui ont fi généreufement
fait le facrifice de leur argent , de leurs
propriétés & de leurs fervices dans les circonflances
les plus critiques & les plus dangereufes , efforts
b 3
( 30 )
de patriotifme , par lefquelsle Gouvernement s'eft
vu en état de fuivre la guerre , auffi longue que
difpendieufe , qui s'eft enfin terminée par l'indépendance
des Etats - Unis. Le Comité a auffi ordre
d'établir à ce fujet une correfpondance avec les
particuliers des Etats voisins , connus par leur
patriotiline & par leur influence dans les affaires ,
& the convoquer d'autres Affemblées , quand il le
jugera à propos.
L'Affemblée générale de Rhode- Inland s'occupe
en ce moment de l'établiſſement d'un revenu
national , proportionné aux beſoins publics. Par
ces bills , préparés à ce fujet , le Congrès fera autorifé
à établir l'impôt général , projetté depuis fi
long- tems , & cela , auf - tôt que 11 Etats auront
confenti à cette opération. Les Etats qui refuferont
de fe prêter à ce plan , feront affujettis dans
le Rhode Island à des droits d'entrée équivalens
une prohibition abfolue . Un projet auffi vigoureux
, s'il réuffit , contribuera , peut- être , à faire
revivre le crédit public , & à donner de nouvelles
forces à l'Affemblée . De tels expédiens font devenus
néceffaires pour prévenir l'abattement , ou
peut-être même la diffolution du Corps politique.
La Légiflature de la Caroline méridionale
a difcuté dans le cours de la derniere
feflion , s'il ne feroit pas avantageux de
transférer le fiege du gouvernement dans
un endroit plus rapproché des diverfes
ties de l'Etat , que ne l'eft Charles - town. Au
moyen de l'ajournement de la Chambre ,
la difcuffion ultérieure de cette affaire eft
remiſe à la prochaine feffion .
par-
La Légiflature de cet Etat , perfuadée
fans beaucoup de fondement , que « les
(༩ ༡ ་ )
39
1
» Sciences font le plus ferme appui d'un
Gouvernenient républicain , & qu'elles
oppofent la plus forte digue à l'impétuo-
» fité des paffions , a paflé un acte portant
établiſſement de trois colleges , dont l'un
fera fitué dans le voisinage de Charles-town ,
le fecond à Wimsborough , & le troifieme
à Ninety- fix.
La Légiflature de Virginie a donné à titre de
propriété au Général Washington , 50 lots dans
la nouvelle navigation de lariviere de Potowmack,
& 100 lots dans celle de la riviere James. Les premiers
font évalués à rool . ft . chaque , & les der
niers à zoo piaftres chaque ; ce qui forme en tout
42,000 piaftres.
On écrit de la Barbade , que le Gouverneur
de cette ifle a reçu ordre du Miniſtere
britannique de conftater par l'avis des
principaux habitans , s'il feroit avantageux
de faire de la Barbade un port franc. Il s'eft
tenu déja plufieurs affemblées pour diſcuter
cette grande queftion.
Un Négociant Américain a obfervé qu'il n'exicte
aucun droit d'entrée en Angleterre fur la potaffe
de l'Amérique , tandis que celle qui vient
des autres pays eft affujettie à un droit qui vaut
depuis 2 jufqu'à 5 fols le cent pefant, La potaffe
de l'Amérique étant généralement regardée comme
la meilleure qu'il y ait , il en conclut que ce
pays pourroit faire ce commerce exclufivement ,
vu fur-tout que les bois d'où l'on tire cette cendre
y font très- communs,
b 4
( 32 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Juin.
1
Le fieur Jacob , ci- devant Curé de la paroiffe
Saint- Louis , a eu , le 3 de ce mois ,
l'honneur d'être préfenté au Roi par le fieur
Jacquier , Supérieur- général de la Congrégation
de la Million , en qualité de Curé de
la paroiffe Notre - Dame de cette ville.as
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 19 de ce mois , le contrat de mariage
du fieur Perreney de Grosbois , Premier
Préfident en furvivance du Parlement
de Befançon , avec Demoifelle Anjorrant.
Le même jour , la Comteffe de Chinon
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Mar
jeftés & à la Famille Royale , par la Maréchiale
de Richelieu.
La Reine s'eft rendue , ce jour , à fon
château de Trianon , où Sa Majesté doit
paffer quelques jours . Le lendemain , Monfieur
eft parti pour aller voir Mefdames
Adelaïde & Victoire de France à Vichi ,
d'où il fera de retour le 30.
DE PARIS , le 30 Juin."
Nous n'avons pas de détails bien impor,
tans à ajouter à ceux qu on a lûs dans ce
Journal , fur la mort tragique de MM . Pilâtre
du Rozier & Romain. Trois petits
( 33 )
pas.
.
ballons fucceffivement lancés comme avantcoureurs
, le départ par un vent de Sud Elt ,
qui porta la machine au deffus de la mer ,
le vent de Sud - Oueft qui la ramena fur la
côte peu de temps après , la chûte à 300
des bords de la Manche & à cinq quarts
de lieue de Boulogne , font des circonftances
qui n'ajoutent rien à l'intérêt de ce trifte
événement Quelle en a été la caufe accidentelle
C'eft fur quoi l'on ne s'accorde
nullement , non plus que fur les fymptômes
de détreffe , & fur l'état vifible de l'Aeroftat
avant fa chûte. Quelques uns l'attribuent
uniquement à la dilatation du gaz infammable
qui fit créver l'enveloppe déja pourrie
; d'autres ne doutent point , d'après
plufieurs relations , que l'air inflammable
n'ait fait explofion , foit par la rareté
exceffive de l'air , foit par la rencontre d'un
courant électrique , foit enfin , ce qui eſt
très- vraiſemblable , par l'action du feu de
la Montgolfiere fur le gaz qu'il aura fait détonner.
Le bruit de cette détonnation a été, dit on,
entendu généralement. Le ballon fut crevé
& déchiré : mais la Montgolfiere , en forme
de cylindre vertical qui lui étoit adaptée ,
ne parut pas avoir fouffert. Les deux cada
vres fe trouverent dans la galerie , à la même
place qu'ils occupoient au moment de l'af
cenfion , & furent inhumés le même, foir,
dans la paroiffe de Wimille voiline du lieu
de l'accident. Ce qui eft arrivé à Londres
b5
( 34 )
où un Ballon lancé par M. Blanchard a
fait exploſion , confirme pleinement que ces
machines n'ont pas befoin d'une Montgolfiere
, pour éprouver le fort de l'Aréoſtat
de Boulogne.
On dit que les montres des deux Aëronautes
précipités & leur panier de proviſions
n'étoient nullement dérangés. Le Corps
Municipal de Boulogne fe propofe d'ériger
un Obélifque fur l'endroit de l'accident ,
avec des infcriptions. M. Pilâtre du Rozier
avoit fait fon teftament & écrit une lettre ;
fes foeurs doivent aux bontés de S. M. de
fucceder à la penfion de leur frere infortune.
Le premier de ce mois , l'Académie Roya
le des Sciences a élu M. Brouffonet , Docteur
en Médecine , de l'Univerfité de Montpellier
, pour remplir la place vacante dans
la claffe d'Anatomie , par la mort de M.
Morand .
En qualité de fantalin , qui tous les foirs
remercie Dieu de n'être pas refté dans la
journée fous les roues des voitures de cette
capitale , je configne ici l'Ordonnance
humaine fage digne des plus vifs
éloges , que vient de rendre l'Adminiftration
de Metz. Le ro de ce mois ,
elle a défendu en ces termes l'ufage de
ces chars meurtriers nommés Cabriolets ,
à qui on doit imputer plus d'affaffinats
dans une année qu'il ne s'en commet afluré(
35 )
ment dans tout le royaume par la main des
malfaiteurs.
לכ
» Défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , de
» fe fervir dans cette ville ( de Merz ) de
» cabriolets à 1 ou 2 chevaux , à moins
» qu'ils ne foient menés par un poftillon ,
» ou par un conducteur à pied , à peine de
so liv. d'amende , dont feront refponfa-
» bles les peres & meres pour leurs enfans ,
» les tuteurs pour leurs pupilles , les maîtres
» & maitreffes pour leurs domeftiques.
L'on apprend de la même Province que le 8
de ce mois , vers les deux heures après - midi , un
orage terrible s'eft développé fur le village de
Lorry, devant Metz ; il y eft tombé une fi prodigieufe
quantité de grêle , & d'une telle groffeur
, qu'il n'y a plus d'efpérance de récolte
pour les vignes , ni pour les fruits , dont les Habitans
font un grand commerce . Les lieux circonvoifins
, tels que Plappeville , Tignomont
te Ban- Saint Martin , &c. ont également fouffert
, mais dans une proportion bien moins confilérable.
De- là cet orage s'eft porté vers les vitlages
de Saint- Julien & de Valliere , où il a fair
beaucoup de dégâts ; il a pris enfuite fa direction
du côté du levant , & s'eft terminé fur les
villages de Pange & Maizeroy , qui ont été trèsmaltraités
par la grêle.
Heureufement dans le refte de la province
, les dernieres pluies ont ranimé toute
fa campagne l'herbe a pouffé avec vigueur
, & l'on efpere une récolte de foins
affez paffable. Les avoines , les bleds , les
vignes font de la plus grande beauté.
b 6
( 36 ))
Les incendies continuent & fe multiplient
dans toutes les provinces.
Le 16 Juin , fur les 6 heures du foir , le
feu prit à un bâtiment au village de Contay.
En moins de 3 heures , 52 maiſons , une
grande quantité de bâtimens , tous les meubles
, grains & effets qui y étoient refferrés ,
furent la proie des flammes. M. d'Agay ,
Intendant de Picardie , s'eft empreffé d'envoyer
des fecours pour fournir à la fubfiftance
des malheureufes victimes de cet événement.
Un défaltre prefqu'auffi douloureux a
affligé le bourg de Sougeres près Clamecy ,
& de la Généralité d'Orléans.
Le 6 Mai dernier , à 8 heures du matin , le feu
prit à la cheminée de la forge d'un Maréchal , a
laquelle on n'avoit point fait les réparations convenables.
La couverture de la maiſon qui étoit en
paille , fut auffi - tôt enflammée . Un vent du midi
a excité en un inftant l'incendie la plus dévorante
& la plus rapide : 22 ménages ont été , en moins
de trois quarts d'heure , la proie des flammes , &
l'embralement eût été général , fil'activité du feu
n'eût été rallentie par une maison couverte en
zuile , à laquelle on a eu le tems de porter fecours.
Un homme a manqué perdre la vie en travaillanc
à fa maiſon ; on l'a heureufement ſauvé , mais
les pieds & les mains brûlés. Cet accident a réduit
à la plus affreufe mifere environ go perfonnes qui
habitoient ces mailons incendiées , & qui fe font
trouvées tout-à - la - fois fans afyle , fans vêtement,
fans pain. M. le Préfident de St. Fargeau , nouveau
Seigneur de cet endroit , a fait répandre de
prompts fecours en pain , toile & bois de char(
37 ))
pente ; mais ces infortunés font encore bien éloi
gnés de pouvoir réparer la perte qu'ils ont faite
de tous leurs bâtimens , meubles & effets .
. Ceux qui defireroient donner quelques preuves
de leur attendriffement fur leur fort , font priés
d'adreffer leurs bienfaits à Mr. Sauveige , Notaire
à Paris , rue de Buffy , ou au Sr. Rolland , Prieur-
Curé de ce lieu , par Clamecy .
L La Grand'Chambre vient de rendre un
Arrêt , dont l'hiftoire & le contenu occuperont
un moment l'attention de nos lecteurs.
Tour Paris fe rappelle encore le Convoi d'un
certain Charpentier , nommé Bougault. Cet homme
, né de parens pauvres , à Joigny en Champagne
, avoit été appellé à Paris par un oncle
Maître Charpentier. Après avoir fait au Collége
du Pleffis une partie de fes études , il les avoit
quittées pour prendre le métier de fon oncle , dans
lequel il avoit acquis une fortune confidérable .
Par fon teftament , du mois d'Avril 1783 , Bougault
faifoit l'Univerfité de Paris fa Légataire
univerfelle , à la charge d'employer fon legs à
des fondations de Bourfes . Ce legs forme un objet
de plus de 200,000 liv.
ག་ ་
Le Teftateur laiffoit pour les Héritiers de droit,
deux foeurs & les enfans d'un freré prédécédé ,
tous dans la pauvreté .
Ces Héritiers demandoient que lelegs de l'Uni
verfité fût réduit . Le Parlement , par fon, Arrêt
l'a effectivement réduit à 50,000 liv . & a ordonné
que le refte de la fucceffion appartiendrait aux
Héritiers.
L'Univerfité avoit fait déclarer fur le Barreau ,
par fon Défenfeur , qu'elle confentoit à ce que les
Bourfes qui feroient fondées en conféquence du
teftament , fuffent appliquées à la famille , &
l'Arrêt l'a ordonné ainsi.
(( 38 ))
Mais cette Caufe , intéreffante par elle-même ,
Left devenue davantage par une circonſtance biem
faite pour être connue.
Ce Charpentier , embarraffé de fa fortune , aimant
peu fes parens , dont il croyoit avoir le droir
de le plaindre , avoit , quelque tems avant fon
testament , propofé au feur Poultier , Huiffer-
Prifeur , de difpofer en fa faveur de tout ou une
partie de les biens . Voici ce que lui avoit répondu
cet homme honnête. La lettre avoit été trouvée
fous les fcellés de Bougault.
MONSIEUR ,
I
« Je luis , on ne peut plus reconnoiffant de vos,
offres obligeantes ; mais ma délicateffe ne me
permet d'en accepter aucune.
En les confidérant comme une marque trèsdiftinctive
de la fatisfaction de mes fervices , de
pareilles intentions font faites pour me flatter.
" Teut homme véritablement honnête , ne peut
avoir d'autre langage , & j'efpere toute ma vie
n'en pas changer. Ne croyez pas , je vous prie,
M. , que le refus affirmatif que je vous réitere
a d'accepter vos généreufes propofitions , foit un,
piége adroit que je vous tend pour obtenir,
" d'autres avantages par une autre voie. Pour
» vous en diffuader d'une maniere indubitable ,
je vous déclare formellement , que dans le cas
où il vous plairoit , par teftament ou autres
» moyens directs , dont vous pouvez faire ufage ,
my appeller , me donner à vie ou en propriété,
quelques immeubles ou autres objets , j'en
ferai , dans tous les tems , comme je le pro-
" tefte par la préſente , l'abandon à vos préfomptifs
Héritiers , à moins que l'effet de vos intentions
à non égard ne fe réduifit à une modique
fomme , qui pût s'apprécier comme
» l'honoraire du tems employé à vos affaires &
» des foins que j'ai pu y mettre.
"
( 39 )
1
1
Je connois à peine de vue deux de vos parens
mais à les juger d'après votre propre récit , ce
font d'honnêtes gens ; & en fuppofant qu'ils
aient eu quelques torts vis-à-vis de vous , j'ai
» lieu de croire que vous les avez oubliés , puifque
vous les recevez avec amitié . Je vous in
vite au contraire à ne les pas perdre de vue ;
vous avez affez d'aifance pour partager vos
» bienfaits mais obfervez feulement que la liberalite
» fans juftice n'est plus une vertu. Vous avez de
l'esprit , & c'eft ce qui me fait efpérer que vous
ne défapprouverez point mes réflexions.. Puiffiez-
vous en être convaincu , comme de l'affu
rance du profond refpect avec lequel j'ai l'honneur
d'être , Votre , &c. Signé , POULTIER .
On mande de Lyon , que les de Juin
dernier , às heures du matin , le nommé
Dumont pêchant à la ligne fur la riviere de
Saone , s'y eft noyé dans un endroit bourbeux
& profond , d'où on ne put le retirer
qu'au bout d'un grand quart d'heure ; il
étoit fans connoiffance , fans mouvement &
fans poulx ; on le porte en cet état au corps,
de garde du change : M. Brodier , ancien
Prévôt du College de Chirurgie , lui fait
donner les fecours ufités ; une demi heure
d'adminiſtration a fuffi pour faire appercevoir
du mouvement dans fes yeux , fon
poulx fe fit auffi fentir : il eut encore des
naufées qui furent bientôt fuivies d'un vomiffement
bilieux affez confidérable. Agité
alors de violentes convulfions , fans pouvoir
proférer une parole , on lui continua les
foins relatifs à fon état ; & enfin on le trans-
"
( 40 )
féra au grand Hôtel Dieu où il a été traité
& complertement rappellé à la vie.
Lundi 20 , on a célébré
le mariage
de très haut
& très -illuftre
Monſeigneur
Alexandre
- Louis - Augufte
de Rohan
Chabot
Prince
de Léon , avee très - haute
&
très illuftre
Demoiſelle
Anne
Louiſe
Magdelaine-
Eliſabeth
de Montmorency
; la bénédiction
nuptiale
leur a été donnée
par
Monfeigneur
l'Evêque
de S. Claude
, en
préfence
du Curé de S. Euftache
, dans la
chapelle
particuliere
de l'hôtel
de Montmo
rency
, où la fête a été terminée
le foir par
un feu d'artifice
& une illumination
brillante
, qui avoient
attiré
une affluence
de
monde
confidérable
, tant dans le jardin
que
fur les boulevards
qui bornent
cet hôtel.
On écrit de Turin l'anecdote fuivante ,
atteſtée par un témoin oculaire .
Un riche Banquier de cette ville a deux fils ,
tous deux mariés ; l'un a épousé une Demoiselle
d'une famille noble , & l'autre la fille d'un Coureur
de la Cour. Le premier demeuroit avec fa
femme chez le père , qui depuis le mariage de
fon fecond fils , n'avoit pas même voulu voir fa
belle fille. Le fils inquiet de fa méfalliance ,
pour appaifer le pere , s'étoit adreffé au Roi de
Sardaigne , & ce bon Prince , dit- on , fit fentie
indirectement à M. M ... fon defir de voir réta
blir l'union dans cette famille , defir auquel M.
M ... avoit réfifté .
Depuis deux ans ce mariage étoit contracté ;
M. M... ne connoiffoit pas encore fa belle - fille ;
lorfque lejour de la Fête Dieu , M. M... voyanc
( 41 )
une très- belle femme fur le balcon d'un de fes
amis , prt plafir à la confidérer , & monta enfuite
chez fon ami pour la voir de plus près.
Cette femme étoit fa belle - fille : très - émue ,
elle voulut abfolument s'en aller ou le cacher ;
mais on l'engagea à refter ... ĐỘ
Sur le même balcon fe trouvoit un Seigneur
ani de M. M... Ils fe complimentent fur le plaifir
d'etre en compagnie avec une aufli aimable &
Auffi belle dame ; on vante fis belies qualités ;
M. M... entre en converfation avec elle , & lui
prodigue mille galanteries .... Enfin la curiofité
le pouffe , il, s'éloigne d'elle , & demande le nom
& la qualité de cette dame ( fa belle- file ) . On
le refüle ; il perfifte , il n'obtient rien ; finalement
on lui promet de le fatisfaire , s'il coníent à embraffer
l'inconnue . Quoique l'ufage d'embraffer
les dames ne foit guere d'ufage ici , il s'approche,
donne un baifer ; aufli - tô: Madame M... fa belle
fille , tombe à fes genoux route tremblante de
joie , & s'écrie : Ah ! mon pere , c'eft votre bellefille
qui vous baife les genoux Elle alloit continuer
le pere lateleve , l'embraffe de nouveau...
Je vous pardonne , ma fille , ainfi qu'à votre époux.
Le public applaudit avec tranfport à cette réconciliation
qui s'eft affermie , au point que les
deux époux ont aujourd'hui leur domicile chez
M. M....
:
"
L'Académie des Belles Lettres de la Rochelle
tint le 18 Mai fon Affemblée publi
que , à laquelle M. le Comte de Puifégur
Commandant de la Province , affifta en
qualité d'Académicien Honoraire.
M. de Chaffiron , Dite&teur , en fit l'ouver
tures, en rendant compre des événemens
intérelfans
pour l'Académie , qui ont eu lieu depuis la
L
( 42 )
derniere féance ; ce qui amena l'éloge de M.
Court de Gebelin , précédé d'une notice fur M.
le Franc de Pompignan , l'un & l'autre Affociés
de l'Académie .
M. de Bauffay lut une Piece de vers fur la fuite
du Temps , imitation libre de Tibulle.
J
M. Nicolas , de l'Oratoire , Curé de S. Sauyeur
, Chancelier lat un Mémoire pour
prouver que les meres doivent élever leurs filles , &
qu'ellespeuvent feules réuffir dans cette éducation ;
qu'elles y trouveroient leurfatisfaction , leur gloire ,
& la fociétéfes avantages.
M. de Chaffiron lut une fable en verse, intitulée
, le Lierre & l'Ormeau.
M. Carrayon lut un Eftai fur les moyens de per
fectionner ladiftillation des Vins.
M. de Malartic , fecond Secretaire Perpétuel ,
termina la féance par une Piece de vers relative
à l'affemblée intitulée , les Adieux difficiles.
François Davézé , né en 1749 , fils du feur
Davézé, Marchand à Cloye , Election de Châteaudun
, Généralité d'Orléans , a quitté la maison
paternelle en 1776.
Taille d'environ cinq pieds deux pouces , front
tond & étroit , yeux enfoncés , fourcils & barbe
chatains , vifage gros & rond , bouche petite ,
menton fourchu , nez petit.
Son état eft Chandelier-Cirier, Il travailloit à
Blois en ce te qualité en 1781 & 1782 , & auparavant
à la Ferté- Lowendal.
Depuis ce tems il a difparu. La fucceffion de
fa mere , décédée depuis peu , rend la préſence
néceffaire .
Meffieurs les Curés , Officiers , & autres Perfonnes
publiques , font priés de prendre des ins
formations , & de donner avis de fon exiftence )
eu de fa mort , au ficur Davézé fon pere , ou au
( 43 )
fieur Perrier , chez M. Barré , rue des Noyers
N°. 24 , à Paris.
Melchior Thierry , Chevalier , Seigneur
d'Oppy , Eppeville , Inghem , Gricourt - le-
Blocus , Foncquevillers , Capitaine d'Infanterie
, & ancien Grand Bailli d'Epée de la
ville de Douai , y eft mort le 24 Avril dernier.
Marguerite Louife- Benigne de Pont de
Vaux , Abbeffe de l'Abbaye de S. Jacques .
Ordre de Cîtaux , diocefe de Châlons - fur-
Marne , eft morte le 6 du mois dernier.
François- Gabriel -Théodore , Comte d'Aymery
, Brigadier des Armées de Sa Majeſté ,
Guidon de la Compagnie des Chevaux - Légers
de la Garde du Roi , eft mort dans
fon château de Viroflay , le 23 Mai , âgé de
59`ans.
PAYS- BAS,
DE
BRUXELLES , le 27 Juin.
Les deux Députés Hollandois à la Cour
de Vienne ont pris congé de LL. HH. PP. ,
& partiront pour leur destination , dès
l'Empereur fera de retour à Vienne .
que
On affure pofitivement que l'Amirauté de
Frife vient de déclarer fa banqueroute.
Une Société de Négocians de Triefte s'eft réunie
fous le nom de Compagnie Patriotique Autri
chienne du Commerce maritime , pour travailler de
concert à étendre le commerce des productions
caturelles , & celles des Manufactures des Etats
( 44 )
1
И
héréditaires. La Société fera dirigée par une Maifon
de Commerce de Triefte , & confiftera dans
un certain nombre d'Actionnaires , & chaque
Action fera de 500 florins. Les engagemens que
les
Aftionnaires y prennent ne s'étendront que
fur l'expédition d'un Bâtiment que l'on affurera.
Au retour de ce Bâtiment, les marchandises ferent
vendues , & chaque Actionnaire eft remboursé de
fon fonds & reçoit en même tems fa part de bénéfice
. En attendant l'expédition du premier Bâtiment
, la Société recevra des foumiffions pour
d'autres chargemens ; & à melure qu'il y aura des
fonds , elle expédiera des Bâtimens.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX (1 ).
Caufe entre la veuve Genti! & la veuve Thomas
& fon fils. Dommages intérêts pour
inexécution de promeffe de mariage.
L'inexécution d'un promeile de mariage eft
une injure grave , un véritable quafi délit qui
donne lieu à des dommages-intérêts. Les prin
cipes font les mêmes pour tous les états ; il n'y a
de différence que relativement à la quotité , qui
s'arbitre fuivant la qualité & la fortune des Parties
, & felon la gravité des circonftances. Une
promefle de mariage fuivie , par exemple , de
contrat , de publication de banc , d'achat d'habits
de noces d'uftenfiles de ménage , de frais de
repas , &c. Tous ces apprêts devenus inutiles la
veille du jour de la bénédiction nuptiale , doivent
augmenter fans doute la maffe du dédommagement.
La caufe que nous allons rapporter a
donné lieu à l'application de ces principes . -
N.... femme du fieur Gentil , Fermier Laboureur
aux environs d'Etampes , perdit fon mari au
mois de Juin de l'année 1784. Reftée veuve à
l'age de trente ans , chargée de deux enfans , à
la tête d'une ferme confidérable & à la veille de
( 45 )
la moiffon ; ces circonstances lui firent bien- tôt
fentir la néceffité d'un fecond mari ; fes parens
& les amis en jugerent de même. Plufieurs partis
furent propofés a cette jeune veuve . Un de ceux
qui ambitionna fa main avec le plus d'ardeur ,
fut le nommé Thomas , jeune Laboureur âgé de
vingt quatre ans . En effet , une femme jeune
une bonne ferme , tous les uftenfiles néceffaires à
à l'exploitation d'un bon labourage , une récolte
abondante prête à être ferrée ; tous ces objets
étoient bien capables de le déterminer . La veuve
Gentil , de fon côié , croyoit appercevoir dans le
fieur Thomas un jeune homme honnête , actif,
laborieux , intelligent & qui avoit de la fortunc :
elle le préféra. Le contrat de mariage fut rédigé
& figné. Sans en rapporter toutes les difpofitions
, il fuffit de dire que la veuve Gentil apportoit
environ mille écus , tant en mobilier
qu'en argent', non compris les bénéfices de la récolte
, lors trés prochaine ; que le fieur Thomas
fe dotoit de 4000 livres que fa mere lui donnoit.
Le jour du mariage fut arrêté pour le 22 Juillet ,
il n'y avoit pas de temps à perdre ; la moiffon .
devoit commencer peu de jours après . Le 21 ait
foir , l'inconftance du fieur Thomas fe manifefta;
il écrivit à la veuve Gentil pour lui annoncer fon
irréſolution , prélude de fon changement de volonté.
Il démanda à différer. La veuve , d'après le
confeil de les parens , répondit par une fommation
qu'elle fit faire au fieur Thomas , pour qu'il
eût à fe trouver le lendemain à l'Eglife pour la
bénédiction nur tiale , finon protefte de fe pour
voir. En effet , le lendemain 22 Juillet , la
femme Gentil , avec toute fa famille , fe rendit à
l'heure convenue pour la bénédiction nuptiale.
Le feur Thomas & fa mere ne s'y étant pas
dus , la veuve Gentil fit dreffer procès - verbal
ren(
46 )
Į
de fa comparution & de l'abfence du prétendu ;
enfuite elle le fit affigner, ainfi que la veuve Thomas
fa mere & la turrice , pour être condamnés
aux dommages - intérêts réfultans de l'inexécu
tion de la promeffe de mariage. Arrêt du 12
Mars 1785 , confirmatif d'une Sentence d'Etampes
, qui avoit condamné Thomas en de gros
dommages- intérêts envers la veuve Gentil , & en
tous les dépens , à l'exception que les dommages
& intérêts furent modérés à 2000 livres.
: PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Inftance entre les Chanoines réguliers de l'Abbaye de
La Magdelaine de Châteaudun. Et le Chapitre
de l'Eglife Collégiale de la même Ville .
Religieux ne pouvant être admis aux aſſemblées
- municipales , & y prétendre la préféance.
•
La ville de Chateaudun renferme trois Communautés
Eccléfiaftiques , une Sainte- Chapelle,
la Magdelaine , Abbaye Royale de Chanoines
réguliers de Ste. Genevieve , & la Collégiale de
Sr. André.
La même Ville eft gouvernée , quant aux
affaires de la Communauté , par un Corps municipal
, tel qu'il a été fixé par l'Edit de 1765 ,
qui a réglé l'adminiſtration dans toutes les Villes
du Royaume.
L'art 29 de cet Edit porte : que les Affemblées
des Notables qui doivent repréfenter feuls la Communauié
, feront compofées du Maire , des Echevins
des Confeillers & Notables . L'art . 33 , ordonne que
pour former le nombre des Notables , il en fera choifi
undans le Chapitre principal du lieu . L'article ajoute
que pour procéder à l'élection de ces Notables , il
fera nommé un député par le Chapitre principal du
Lieu , ou par chaque autre Chapitre féculier.
Pour procéder à Châteaudun à l'exécution de
ces difpofitions , une aſſemblée fut convoquée le
( 47 )
+
12-Juin 1765. Il s'y trouva des Députés de tous
les Corps , notamment celui de l'Abbaye de la
Magdelaine , & le Doyen de l'Eglife Collégiale
de St. André. C'eft fur les prérogatives d'honneur
, de la qualité de Chapitre principal du lieu,
que s'éleva la queftion de favoir à qui cette qua
lité devoit appartenir. Chacun des Députés des
trois Chapitres , la Ste. Chapelle , l'Abbaye de
la Magdelaine & l'Eglife Collégiale de St. André
la réclama pour le Corps dont il étoit membre.
Pour ne pas retarder les opérations de l'AC
femblée , les Echevins & Députés propoferent
que , fans préjudice du droit des Parties , la queftion
fût décidée à la pluralité des voix , par fcrutin
, ainfi que celle de favoir fi les Chanoines.
réguliers de la Magdelaine devoient être confidérés
comme Chapitre , ce qui fut fait ; & il y
fut décidé , à la pluralité de 29 voix contre 3 ,
que ces Chanoines ne pouvoient être confidérés
comme Chapitre , par rapport aux difpofitions
de l'Edit , & à celle de 25 contre 7 , que la quafité
de Chapitre principal appartenoit à celui de
St. André. Le Député de la Magdelaine fe retira,
& fe conforma pendant fept ans à cette délibération
; mais en 1771 , le Roi ayant créé de nouyeaux
Offices municipaux , les Religieux parvin.
rent à fe faire inviter aux affemblées en 1771 , &
les billets d'invitation furent continués depuis.
En 1776 , le Chapitre de St. André, par délibé¬
ration Capitulaire du 23 Décembre 1776 , réfolut
de demander l'exécution de la délibérationdu
Bureau de la Ville , du 5 Juillet 1775 ; ce qu'il
fit à l'Affemblée de la Ville , du lendemain 24
Décembre , en déclarant s'opposer à l'admiſſion
du Député des Religieux , à la préféance que ce
Député pourroit prétendre fur celui du Chapitre
de St. André , & à toute nomination qui feroit
faite avec lui,
( 48 )
Le Prieur de la Madgelaine invoque la poffelfion
antérieure à 1763 , enfin fur les conclutions
du Procureur du Roi , qui obferva qu'il n'y avoit
contre l'ordre public ni poffeffion , ni prefcription
, on alla au fcrutin , & à la pluralité de 16
voix contre 3 , la préféance fut accordée au Dé
puté du Chapitre de St. André fur celui de l'Abbaye
de la Magdelaine.
Le Député des Religieux fe retira , & c'eft de
cette délibération que les Religieux ont interjerté
appel en la Cour.
Arrêt du 21 Août 1781 , par lequel la Cour ,
en tant que touche l'appel des Religieux de la
Magdelaine , de la délibération du 24 Décembre
1766 , a mis l'appellation au néant ; émendant
fur les demandes à fin de préféance fur les Députés
du Chapitre de St. André dans les affemblées
de la Ville de Châteaudun ; a mis & met les Parties
hors de Cour en tant que touche l'appel def
dits Religieux , de la délibération du Bureau de
la Ville , du Juillet 1761 ; a déclaré lefdits
Religieux non-recevables en leur appel , & les a
condamnés en l'amende ; faifant droit fur les
conclufions du Procureur Général du Roi , a ordonné
que l'Edit du mois de Mai 1765 , regiſtre
en la Cour le 17 duineme mois , feroit exécuté
ce faifant , a fait défenfes auxdits Religieux de
la Magdelaine , comme réguliers , d'affler à au
cunes Affemblées municipales de la Ville de Châ
teandun , a donné acte aux Officiers municipaux
de Châteaudun , des déclarations porrées par leur
Requête, & déclaré le préfent Arrêt commun
avec eux ; fur le furplus des demandes , fins &
& conclufions des Parties , les a miles hors de
Cour , tous dépens entre les Parties compenfes.
*JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Mai.
TOUTE
OUTES les formalités d'ufage ont été
remplies à la mort fanglante de notre
ancien Vifir. A l'arrivée des muets , il voulut
défendre fes jours profcrits ; un coup de
fabre le renverfa , & le refte de l'exécution
fut bientôt achevé. Sur l'écriteau qui accompagnoit
fa tête attachée à la porte du
Serrail , on lifoit la formule ordinaire ; voici
· la tête coupée du Vifir Halil Amid Pacha ,
décolé pour avoir trahi les intérêts de l'Etat &
de la Religion , &c. &c. Comme cette efpece
de fentence eft proclamée contre les innocens
, auffi bien que contre les coupables
on ne fait pas trop à quoi s'en tenir ici fur le
compte de l'ancien Vifit. Les uns vantent
fa capacité & fon zele pour l'Etat : d'autres
en font un concuffionnaire. On a débité
qu'ayant été averti de mettre fa tête en sû-
1. No. 28 , 9 Juillet 1785.
a
( 50 )
*
reté , il répondit qu'il n'avoit rien à crain →
dre , ayant toujours bien fervi fon maître.
Il s'étoit affez bien fervi lui même , puifqu'il
laiffe une fucceffion de huit millions
de piaftres , dévolue au Grand - Seigneur :
fes amis , fes créatures , fes parens ont été
ou étranglés , ou chaffés , ou exilés ; juſqu'à
recommencer dans quelques mois avec le
nouveau Vilir.
Celui- ci , dit- on , eft un barbare qui n'a
jamais étudié. Il a débuté fur fa route par
quelques actes de rigueur. On le croit trèsporté
à la guerre , & gouverné , ainfi que le
Muphti , dévot jufqu'au fanatifme , par le
Capitan Bacha , dont l'humeur n'eft pas pacifique.
Le is de ce mois , le même Capigi Bachi
, chargé de faire étrangler le Vilir , a
décolé , chemin faifant , l'ancien gouverneur
de Servie , Ized Pacha , qu'il rencontra
près de Widdin . On n'a trouvé à ce
Pacha que deux millions en effets précieux ,
parce qu'il avoit eu la précaution de mettre
à couvert fon argent comptant.
Tous ces détails , pris des feuilles publiques
peuvent bien n'être que des contes
orientaux ; & l'on en croira ce qu'on voudra.
Si les nouvelles du carrefour le plus
voifin de nous font prefque toujours infideles
, qu'eft ce de celles qui nous arrivent
de la mer Noire ?
Des lettres de Tanger , du s Mai , font
( 51 )
mention en ces termes d'un accident terri
ble , arrivé dans cette ville .
Hier nous effuyâmes un orage fi terrible , que
notre ville (embloit menacée d'une ruine totale ;
la confternation étoit générale , & le peuple
croyant toucher à fa derniete heure , couroit en
foule dans les Mofquées. Le tonnerre étant tombé
fur le magafin à poudre , qui eft dans la ville ,
y mit le feu. L'édifice fauta avec un fracas épouvantable
, & la plus grande partie des maifons
voifines en furent renverfées. L'explofion fut fi
terrible , que toute la ville en fut ébranlée , &
les fenêtres & les portes des maisons entierement
brifées. Lorfque l'on fut un peu revenu
de l'effroi caufé par cet affreux événement , on
s'occupa à retirer les malheureux enfevelis fous
les débris des maiſons. Il n'y a eu cependant que
feize perfonnes qui ont péri dans ce défaftre.
Heureufement que la plus grande partie de notre
provifion de poudre dépofée dans ce magafin
, en avoit été tirée quelques jours auparavant
pour être envoyée à Conftantinople , & qu'il
n'en reftoit que cent vingt quintaux , fans quoi
toute la ville auroit été convertie en un monceau
de ruines.
Le fieur Payne , Conful Britannique auprès
de S. M. Marocaine , eft chargé , diton
, d'une négociation délicate auprès de
l'Empereur de Maroc .
Comme le commerce du Levant va être , felon
toutes les apparences , partagé entre plufieurs nations
, qui jufqu'ici n'y avoient eu qu'une petite
part , les Anglois fe font propotés d'y affurer le
leur fur un pied très - avantageux. A cet effet ,
M. Payne, va propofer au Monarque Maure un
nouveau Traité de commerce , entre S. M. & la
cC33
( 52 )
mation Angloife. Une Société Argloife fait deman
der l'agrement d'avoir pour entrepôt le port de
Tetuan , ou celui de Martin , à deux lieues du premier.
La Société s'engageroit à entretenir dans
celui de ces deux ports que S. M. Marocaine voudroit
lui affigner , un Agent réfident , & elle feroit
bâtir des magafins pour y dépofer toutes les marchandifes
qui feroient achetées dans les Etats du
Roi de Maroc , lefquelles y feroient portées par
les propres navires de cette Compagnie , dans leur
pafage pour le Levant. Le Conul Angleis ne
paroit pas être bien informé de l'état actuel du
commerce de Maroc , & particuliérement de celui
de la ville de Tetuan , la plus favorifée par l'Em .
pereur de toutes les villes de fes Etats . Les Négocians
de Tetuan vont eux- mêmes acheter dans
tous les marchés , & paient comptant ; de façon
que les profits qu'ils font , font de peu de conféquence.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 23 Juin.
Les 4 vaiffeaux
Danois
, arrivés
dernierement
des
Indes
Orientales
, font
le Ganges
,
le Lion
du Nord
, le Copenhague
& l'Elifabeth
,
le Danemarck
venant
de la Chine
.
Le Réglement de Douane & le Tarif des droits
à payer pour les bâtimens & les marchandifes qui
pafferont par le nouveau canal de Holftein , a paru
le 25 Mai. Il eft composé de 26 articles . Les productions
naturelles & manuf Aurés de Danemarck
, de Groenland , d'Iſlande , de Sleefwich &
de Holftein , font exemptes des droits ; les marchandifes
de Chine & des Indes- Orientales & Occidentales
, venant de Coppenhague , jouiront du
même avantage . Les marchandifes de tranfit , venant
de la Baltique, & paffant par le canal à Rendsbourg,
pour étre tranfportées de- là par terre à
( 53 )
Altona ou à Han! ourg , & les marchandiſes qui
viennent de ces deux villes à Rendsbourg , pour
être envoyées par le canal dans le Baltique , ne
pateront plus les droits de tranfit établis par le Ré
glement de 1778 .
La derniere affemblée de la Compagnie
Afiatique de Copenhague a porté fon dividende
à 5o rixdalers par action , foit à 10
pour cent.
On apprend de Conftantinople , que la
grande efcadre ne tardera pas à mettre en
mer ; elle fera commandée par le Lieutenant
du Capitan Pacha ; celui -ci doit fe rendre
à Bujukderé , pour y obferver les travaux &
les mouvemens des Ruffes à Cherfon .
Un Journal d'économie politique préfente les
détails fuivans concernant les fabriques & le
commerce dans la Principauté de Minden . La raffinerie
de fucre établie dans la ville de Minden ,
depuis 1764 , fournit par an pour 190,000-rixdalers
de fucre , dont on en exporte pour 150,000
rixda'ers dans les pays de Paderborn , de Heffe &
d'Hanovre. Le fucre brut eft tiré de France , &
forme annuellement un objet de 150,000 rixdalers.
La fabrique de cire blanche & de bougie en fait par
an pour 6,300 rixdalers ; on en vend à l'Etranger
pour environ 3,000 rixdalers ; l'achat de la cire
brute monte à 3,100 rixdalers . Le peu de foins
qu'on donne dans cette Principauté à l'éducation
des abeilles , empêche cette fabrique d'étendre
davantage fon induftrie & fon commerce.Le favon
noir , fabriqué annuellement à Minden , forme un
objet de 14,000 rixdalers ; il en paffe à l'Etranger
pour 7,000 rixdalers ; les matériaux pour cette fabrication
reviennent à 11,600 rixdalers. Les fa-
C 3
( 54 )
briques de cuir en fourniffent par an pour 6,900
rixdalers ; il en paffe à l'Etranger pour 3,600 . Les
fabriques de drap , d'étoffes , de bas & bennets, de
tabac , de chapeaux , &c . , font dans cet Etat fort
médiocres ; mais les fabriques de toiles à Bielefeld
font très- importantes ; la plupart des habitans du
Comté de Ravenfberg , qui eft incorporé à la Prin.
cipauté de Minden , font occupés pour la fabrication
des toiles. Le Corps des Tifferans de Bielefeld
& leurs Statuts datent de 1 309 & de 1339.
On continue , écrit- on de Pétersbourg ,
à faire des levées d'hommes dans la Ruffie .
L'intention de l'Impératrice eft d'augmen--
ter l'armée de 40,000 hommes. L'ordonnance
qui a paru à ce fujet , porte que les
nouvelles acquifitions ont rendu cette augmentation
néceffaire.
DE BERLIN , le 23 Juin .
Le 11 , às heures après midi , le Roi &
le Prince héréditaire de Pruffe font revenus
de leur voyage dans la Pruffe occidentale.
S. M. a marqué le plus grand contentement
aux revues de fes troupes , & fa fanté eft
meilleure qu'elle n'a été depuis plufieurs années
,
La fenfation qu'a caufé la mort du Prince
Léopold de Brunſwick n'eft point affoiblie.
Tous les habitans de Francfort fur l'Oder
portent le deuil de ce héros. Ceux qui ne
font pas en état d'avoir un habit noir , marquent
leur affliction au moins par un ruban
de cette couleur. Une fociété s'eſt formée
>>
*
ici pour fondet une fête annuelle , encom
mémoration de la mort du vertueux Prince ;
dans ce deffein , elle a ouvert une foufcription
par un Programe très -intéreffant , dont
voici la fubftance : » L'action noble du Duc
Léopold de Brunswick , qui a excité une
admiration & un attendriffement univerfels
, a atteint un but plus grand que
celui qu'elle a manqué. Le Prince vouloit
fauver la vie de quelques malheureux : il
a réveillé chez tous les hommes de bien
» le fentiment de la bienfaifance & de la
philantropie. Les foulignés fouhaitent ,
» & qui ne le fouhaitera pas avec eux ? que
» l'action du Duc fe repréfente encore aux
» yeux de la postérité , pour l'inftruire & pour
» l'attendrir. Un monuntent littéraire ferviroit
» fans doute à remplir ces vues ; mais on
les rempliroit mieux encore , & l'on entreroit
plus dans l'efprit de celui qu'on veut
» honorer , en inftituant une fête annuelle
» de bienfaifance . Le Prince immortalifé
» déroba à fes propres plaifirs des fommes
» confidérables , entr'autres celles qu'il fit
>>
1
fervir à la fondation & à l'entretien de l'é-
» cole de la garnifon à Francfort . De tou-
» tes fes inftitutions , c'étoit celle que le
Duc chériffoit le plus. Il fe trouva fi fou-
» vent & avec tant de joie au milieu de ces
» enfans innocens , dont le bonheur futur
» occupoit fa générofité ! Cette école lui
» ayant été fi chere pendant fa vie , elle doit
לכ
"
c
4:
( 36 )
»l'être après fa mort , à ceux qui l'ajmoient
» & qui veulent honorer fa mémoire . L'i-
» dée des fouffignés eft de raffembler une
» fomme par foufcription , & avec les inté-
» rêts annuels de cet argent , de fonder
» pour les enfans de cette école la fête anni-
» verfaire de la perte de leur bienfaiteur :
» fête qui dans le cours de l'année leur fer-
לכ
ל כ
vira d'encouragement , où on leur don-
» nera en public un repas & des préfens , &
» où l'on habillera , finon tous , au moins
les plus indigens & les plus dignes de ré-
» compenfe. Cet inftitut en mémoire du
» Duc , fera éloigné de toute pompe , & de
ce faux éclat auquel l'ame noble de ce
jeune Prince attachoit i peu de prix ; il
» aura la fimplicité , la modestie , la bien-
» faifance propres à l'objet de nos regrets :
il fera préférable à une repréfentation en
» marbre d'une figure inanimée , & fervira
» de repréſentation fidele & parlante d'un
» coeur rempli d'amour pour fes femblables .
» On va raffembler les traits du caractere
» & les anecdotes les plus intéreffan : es de la
כ כ
vie du Duc de Brunfwick ; une des meil .
leures plumes s'y employera : la fouſcrip
» tion pour ces mémoires fera d'un écu feu-
» lement ( 4 liv . tournois ) , afin de laiffer
>> aux amis du Prince , peu favorifés de la
» fortune , la confolation de fournir auffi
» leur obole au projet de continuer les vues
bientaifantes de cet illuftre philantrope.
( 37 )
Un particulier a propofé auffi un prix de
25 louis d'or , pour la meilleure Ode fur le
même événement , & il a nommé le célébre
Klopftock , juge du concours.
ici
Entre les mémoires qui ont été envoies
pour concourir aux prix relatifs à la premiere
partie du projet d'un code général
pour les Etats Pruffiens , celui du fieur
Roeflin , grand Bailli à Gochshim , dans le
Duché de Wurtemberg , a remporté le premier
prix de 4 ducats ; le fecond prix de
25 ducats a été adjugé au mémoire du fieur
Schmider , Avocat à la régence de Darmf
tadt.
DE VIENNE , le 24 Juin.
Nous avons parlé l'Ordinaire dernier du
danger auquel l'Empereur a été expofé dans
fon voyage d'Italie les circonstances qui
ont accompagné cet inftant périlleux ont fait
trembler ici fur les fuites funeftes que pouvoit
avoir le courage de S. M. I.
Le 20 de Mai , écrit - on de la Carinthie , nous
eûmes le bonheur de voir arriver ici notre Monarque,
avec une feule des voitures qui compoſoit
fa fuite une autre voiture arriva immédiatement
après , & nous informa que la troifieme s'étoit
brifée à la feconde ftation de Vienne , d'où l'on
avoit été obligé d'en faire venir deux autres ,
qui n'arriverent ici que le 30 à quatre heures du
matin . Pendant toute la journée du 29 il avoit fait
une pluie fi forte & fi abondante , que les eaux
de notre riviere avoient groffi confidérablement.
CS
( 58 )
P
On repréfenta à S. M. le danger imminent qu'elle
couroit de paffer dans cette circonstance , le pont
près de Saxenbourg , & on la fupplia de vouloir
bien s'arrêter jufqu'au lendemain , temps ou l'é
coulement des eaux lui permettroit de paffer le
pont avec moins de péril . Mais , fans s'effrayer
du danger , le Monarque commanda- aux poftillons
de franchir hardiment le pont ; feulement
par précaution il ordonna à une troupe de pay
fans de fe tenir fur les bords de la riviere , prêts
à donner les fecours néceffaires en cas de quelque
accident. Il eft difficile d'exprimer la frayeur
dont furent faifis en ce moment les fpectateurs ,
la vue du danger qui menaçoit les jours de S. M.
& a quel degré fut portée leur angoiffe , lorsqu'ils
virent le pont qui réfiftoit déjà avec peine aux
efforts des vagues , fe plier & s'ébranler par les
fecouffes de la voiture , au point qu'au moment
où le char de l'Empereur atteignit le bord oppofé
de la riviere , le pont fe détacha & fut emposté
par le courant des eaux : fi le trajet avoit duré
une minute de plus , c'en étoit fait de la vie de
S. M. , vu la fapidité des eaux & l'impoffibilité
de lui porter aucun fecours.
*
à
Les affaires publiques ne perdent rien de
leur activité par l'abfence du Souverain. Les
dépêches font régulierement envoiées à Sa
Majefté Impériale , qui en a déja expédié
une partie dans fa route.
On répand depuis quelques jours une
nouvelle trop extraordinaire
? pour être
adoptée fur destémoignages équivoques. Elle
a été , dit on , apportée par une eftafette
expédiée de Semlin par le Baron de
Sturm ; quoiqu'elle forte , à n'en pas douter ,
( 59 )
de la même fabrique que tant d'autres para
graphes de cette efpece , nous allons la rapporter
dans les termes des inventeurs .
Le9 de ce mois , 4000 Bofniaks , faifant partie
de l'armée turque qui eft actuellement en
Servie , ont paru fur les frontieres des états
de S. M. I. L'apparition d'un corps de
troupes auffi confidérable fit d'abord craindre
un projet hoftile : on fonna l'alarme , &
les troupes impériales , répandues çà & là ,
fe réunirent à la hâte , autant qu'il leur fut
poflible , & fe difpoferent à tenir tête à l'ennemi.
Mais au lieu d'agir hoftilement , ce
torps Turc s'annonça comme transfuge , &
init auffitôt bas les armes , en déclarant qu'il
defiroit entrer au fervice de l'Empereur , ou
s'établir fur le territoire de S. M.
Mais que faire d'un corps auffi confidérable ?
comment faire fubir une quarantaine à 4000 hommes?
comment les nourrir & les garder pendant
le cours de cette épreuve Toutes ces difficultés
donnerent lieu à l'Expédition de l'Eftafette. Auffi
- tôt après fon arrivée , on expédia un Courier
à l'Empereur , pour l'informer de cet événement
; le Gouvernement en a auffi dépêché um
autre à Semlin , avec une lettre pour le Commandant
de cette place ; il lui enjoint de retenir
ce corps de troupes Turques jufqu'à ce que
l'Empereur ait fignifié fes intentions , & il approuve
en même temps tout ce que ledit Commandant
a fait jufqu'à préfent à cet égard. On
ne fait pas encore fi ce corps n'eft composé que
de Mahométans , ou s'il n'eft pas en grande par
tie formé de Grecs : dans le premier cas l'em
o 6
( 60 )
#
barras feroit encore plus grand. C'eſt fans doute
le mécontentement excité par les changemens
qui fe font faits dans le miniftere Ottoman , qui
aura donné lieu à cette défertion extraordinaire,
comme il a déja cauſé la révolte du Pacha de
Romanie , qui réfide à Philippolis . La nouvelle
de la rébellion de ce Pacha a caufé la plus vive
alarme dans Conftantinople . Le nouveau Prince
de Mo davie Mauro Cordato , continue auffi à
exercer la plus grande rigueur dans les Etats ;
& , ce qui n'étoit jamais arrivé , plufieurs Boyards
redoutant la févérité , ont quitté leur pays pour
fe retirer fur les terres de l'Empereur.
L'Empereur a nommé trois Officiers
militaires penfionnés , pour chefs de la
police à Bude , à Peft & à Presbourg. On
place ainfi de temps en temps d'anciens
Officiers dans le corps de Magiftrature des
villes. C'est une épargne pour la caiffe des
penſions , mais il en résulte des inconvéniens
; parce que tous les Officiers ne font
pas également propres à manier la plume
& l'épée. En ce moment un Officier qui
a été fait Sénateur de la ville de Linz , veut
quitter ce pofte , & redemande fa penfion
militaire , avouant qu'il ne fauroit le faire
aux affaires civiles.
Deux de nos marchands viennent de faire
des banqueroutes confidérables. On a découvert
une contrebande énorme que faifoient
d'audacieux fpéculateurs . Mauvais
figne pour notre commerce exclufif; cependant
on s'occupe de modifications du tarif
pour certaines marchandiſes.
( 61 )
Un trifeur a été arrêté pour dettes. Elles
fe montent à plus de so mille florins . Il
n'eft pas étonnant qu'un frileur foit peut
fcrupuleux ; mais que dans une ville où
un très - honnête homme a beaucoup de
peine à trouver du crédit pour so florins ,
on en ait prêté so mille à un friſeur , voilà
ce qui doit paroître étrange.
Le bruit le répand qu'un de nos favans
qui avoit ouvert une foufcription pour un
Dictionnaire de la Nobleffe Autrichienne ,.
s'eft évadé avec l'argent des fouſcripteurs.
Beaucoup de nos parvenus , qui efpéroient
d'étaler dans ce Dictionnaire leur nobleffe
achetée , jettent les hauts cris .
Une perfonne de diftinction , ayant
tenté de tuer fon épouſe , a été renfermée
dans la maifon des foux .
Le 30 du mois de Mai , on a coupé les
cheveux à l'ex- Confeiller aulique de guerre
Kriegl , convaincu de malverfations. Le
lendemain on le revêtit de l'habillement
des balayeurs de rues ; il eft condamné à ce
genre de travaux publics : mais heureuſement
à la veille de mourir d'hydropific .
. En traverfant le Tirol , l'Empereur a converfé
avec le Comte de Heifter fur le rétabliffement
de l'ancienne route qui conduifoit
du Tirol en Suiffe , & delà en Lombardie
par la Valteline. A fon retour , le
Prince doit obferver lui- même le terrain &
la montagne que traverleroit ce nouveau
( 62 )
chemin , qui rencontrera des obftacles topographiques
& politiques.
On mande de Conftantinople , que les Turcs
ne paroillent pas fort contens de leur nouveau
Grand Vifir ; ils le dépeignent comme un homme
fans connoillances , fans extérieur , fourbe &
vindicarif. Il fe commet tous les jours plus de
brgandages & de vols fur les grandes routes de
la Turquie. Derniérement encore un Cadi & un
Scheichadar furent volés & affaffinés près de Viddin
; une petite caravane fut entiérement pillée
& toutes les perfonnes qui s'y treuvoient furent
mallacrées. Les Marchands qui fe rendent à préfent
à la grande foire de Zoncfora font exposés
aux plus grends dangers de la part des hordes de
voleurs qui fe raffemblent par centaine , pour
attaquer les voyageurs.
Par une Ordonnance du 9 Mai , l'Empereur
a fupprimé les droits fur l'amidon & la
poudre à poudrer , que l'on percevoit dans
les campagnes & dans les villes de province.
Mais ces droits continueront à être perçus
dans cette capitale ; & à compter du pre-
: mier de ce mois , ces marchandifes ne pourront
être vendues que dans de petits facs ou
rouleaux qui feront timbrés. La livre de la
poudre la plus fine payera 4 creutzers de
droits , la moyenne 3 , & la commune 2 :
l'amidon payera autant la livre que la poudre
commune.
La tour de l'Eglife d'Althof, près de Hullenberg
, tant à caufe de fa fituation fur un endroit
fort élevé , que de la nature de fon toit qui eft de
fer- blanc , avoit fouvent été frappée & endommagée
du tonnerre. En l'année 1783. cette même
( 63 )
tour , ainsi que toute l'Eglife ayant beaucoup
fouffert d'un orage , on y conftruifit une espece
de paratonnerre , qui ne confiftoit qu'en un fil
d'archal de la groffeur d'un tuyau de plume ,
qu'on avoit difpofé d'une maniere convenable ,
& dont les frais ne montoient pas à plus de 14
florins. Le 26 du mois dernier , jour de la Fête-
Dieu , fur les fept heures du foir , il furvint un
orage affez violent . On voulut alors faire l'éz
preuve de cette méthode fi fimple , & on eut la
fatisfaction d'en voir tout le fuccès ; un éclat du
tonner e ayant defcendu jufqu'à l'extrémité des
fils d'archal conduits jufqu'à trois ou quatre pieds
dans la terre ne produifit point d'autre effet que
de marquer fachute fur les fils d'archal par quelques
étincelles de feu . C'eſt à un Chanoine de
Garck que nous avons l'obligation de la découverte
de cette méthode fi fimple & fi peu difpendieufe
pour mettre un bâtiment à l'abri des
mauvais effets de la foudre. .
On peut ajouter le trait fuivant à toutes
les filouteries dont les grandes villes font le
théâtre.
Un cavalier fe promenant derniérement à pied ,
fut abordé par un mendiant boiteux & contrefait ,
qui lui demanda plufieurs fois l'aumône. Fatigué
de l'obftination de cet homme , qui perfiftoit à
l'importuner de fes fupplications , il lui donna
une piece de monnoie . Vousêtes trop bon , M. le
Comte de donner quelque chofe à ce maraut , lui dit
un inconnu qui fe trouva dans ce moment prês
de lui ; c'est un fourbe qui contrefait le boiteux pour
arracher à la générofité compaiffante une aumône
qu'il ne mérite pas ; il marche auffi droit que vous
& moi ; prêtez- moi un inftant votre canne , je vais
vous en donner lapreve . Auffi- tôt l'inconnu prend
la canne du Comte & fe met à courir après le
1
( 64 )
feint boiteux , qui retrouva auffi tôt les jambes
& s'enfuit de toutes fes forces ; tous deux difparurent
bientôt . Le Comte tout ftupéfait attendit
quelque temps le retour de fon homme ; mais il
eft encore à revenir .
Fin de l'Ordonnance de l'Empereur fur
les nouveaux billets de banque.
*
Toutes perfonnes qui font employées à l'adminiſtration
des caiffes , dans lesquelles doit fe
faire l'échange des billets de banque , doivent
également s'attendre à la même punition , nonfeulement
lorfqu'elles refuferent de payer comptant
les billets qu'on pourra leur préſenter , mais
auffi lorfqu'elles en retarderont le paiement. *
Toute perfonne qui pourroit entreprendre de
contrefaire des billets de banque , ou d'en falſifier
de véritables , en augmentant la fomme pour
laquelle ils auroient originairement été faits ,
auffi bien que celles qui pourroient ſciemment
contribuer ou fervir à commettre ce crime qui
détruiroit la confiance publique , ou enfin qui
auroient en quelque façon participé , ſoit par la
contrefaction de la fignature ou des armes , par
la fabrication du timbre , des matrices , des lettres
, des ornemens , des preffes ou inftruinens
qui , de quelques manieres que ce ſoit , auroient
pu fervir à la fufdite contrefaction ou falfification
; toutes ces perfonnes , difons- nous ,
feront
confidérées comme criminelles envers l'état , &
en conféquence châtiées & punies fuivant la teneur
des loix criminelles , foit qu'elles aient entiérement
exécuté , ou non leur entreprise , foit
qu'il ait réfuté ou non un dommage effectif
pour une cuiffe quelconque , ou pour un fimple
particulier , foi enfin que la contrefaction foit
facile ou non à découvrir.
Nous promettons au contraire d'accorder une
( 65 )
récompenfe de 10 mille florins à quiconque dénoncera
& indiquera le premier , telle perfonne
que ce foit , qui contrefera ou falfifiera des billets
de banque , pourvu toutefois que le dénoncé en.
foit légalement convainca ; au cas que le dénonciateur
defire que fon nom refte caché , on lui
promet de ne pas le faire connoître . La même
récompene de 10 mille florins fera accordée &
payée à tout complice qui en découvrira & dénoncera
une autre ; au cas qu'il foit reconnu coupable
, la punition & le châtiment qu'il auroit mérité
lui- même , lui feront entièrement remis . II
fera pareillement accordé à quiconque découvrira
un contrefacteur ou falfificateur de billets de
banque , & qui contribuera , en l'indiquant , à
le faire arrêter , une récompenſe proportionnée à
l'importance de la dénonciation ou indication
qu'il en aura faite.
La même récompenfe fera payée par nos Miniftres
employés dans les différentes Cours , à
quiconque découvrira , dans quelque pays étranger
que ce foit , & dénoncera un contrefa&teur
ou falfificateur de billets de banque , & qui pourra ·
en donner des preuves authentiques .
Avant fon départ pour l'Italie l'Empereur
a donné ordre de fupprimer encore 60 couvens
dans la Bohême , & 30 dans la Moravie.
Il eft arrivé dernierement à Temeſwar en
viron 50 familles Allemandes . L'année derniere
le nombre des nouveaux colons Allemands
, qui font venus dans le Bannat ,
monte à 6000 ames. On leurpromet des maifons
, des terres à cultiver , des beftiaux ,
des uftenfiles & des grains , outre l'exemp(
66 )
(
tion pendant dix ans de toutes les impofitions
quelconques . Ces nouveaux co .
lons remplacent les Valaques qui ont quitté
le pays.
Des lettres de la Haute- Autriche & de Salzbourg
, du rer . de ce mois , apprennent que le 30
Mai , un orage terrible , accompagné de grêle de
la groffeur d'une noix , a dévasté entiérement les
Districts de plus de 13 endroits ; les principaux font
Henndorf, Mattfée , Burghauſen , Braunau , Ried,
Wels , Niumarck , Strafealchen , Fribourg , & c.
Beaucoup de volaille & de beftiaux ont été tués
par les grelons ; quelques perfonnes ont fubi le
même fort. Le vent qui fouffloit avec impétuofité,
a arraché un grand nombre d'arbres & découvert
des maifons , des granges & des écuries. La mifere
de ces environs eft déplorable.
L'inftruction qui accompagnoit l'Edit fur
les mariages , ayant occafionné quelques
méprifes , on a envoyé aux Curés de nouvelles
explications , dont voici la ſubſtance :
19. Les Curés & les Vicaires , après que les
Conjoints futurs leur auront délivré le certificat du
Juge Civil, portant qu'ils ont prêté ferment de ne
point fe trouver dans les cas d'empêchement de .
mariage établi par ledit Edit , & qu'ils ont obtenu
la difpenfe de la publication des báns , feront tenus
de les marier fur le champ , & de leur donner
auffi gratuitement la difpenfe eccléfiaftique de
cette publication , s'ils en font requis par les
Parties.
1
2º. Les Curés & les Vicaires feront obligés de
délivrer , fans délai , le certificat préſcrit par ledit
Edit , à ceux des perfonnes mariées qui defirent de
fe faire féparer de corps & de biens , après les avoir
exhorté préalablement de ne point faire cette dé
marche & de vivre enfemble paifiblement .
( 67 )
3 °. Les Curés & les Vicaires font autorisés à dilpenfer
gratuitement des 3e . & 4e. degrés fimple
& mixte de confanguinité & d'affinité . Il fera fait
mention des degrés difpenfés dans les registres des
mariages ; & les difpenfes , tant pour la publication
des bans que pour les 3e. & 4e . degrés, feront
notifiées au Confiftoire qui les fera enregistrer dans
un protocolle particulier.
DE FRANCFORT , le 28 Juin.
On lit dans un Journal le paffage fuivant , concernant
les revenus actuels des Ducs de Saxe de la
branche Erneftine , comparés à ceux qu'ils avoient
dans le 16e. fiécle. En 1547 , les revenus de tous
les Pays de cette branche ne montoient qu'à
$0,000 florins ; mais en 1572 , ils étoient portés
à la fomme de 142,847 florins , dont la part du
Duc de Weimar faifoit 79,073 florins , & celle du
Duc de Gotha , 67,944. Aujourd'hui , les revenus
annuels du Duc de Weimar vont au delà de
600,000 rixdalers & ceux du Duc de Gotha ,
à 700,000.
>
On n'a pas été peu furpris que les Turcs ,
fans provocations , fans préliminaires , fe .
foyent emparés de Ragufe , fous prétexte de
faciliter la réduction des Monténégrins . On
ne cite point encore la date de cet événement
douteux : on ignore également fi cette
ufurpation violente a été ordonnée par le
Divan. Quelques-uns prétendent que c'eft
un coup de main particulier du Pacha de
Bolnie , qui cherche les moyens d'amaffer
de l'argent , pour fe foutenir contre la Porte,
fort mécontente de lui. Quoi qu'il en foit , ce
Pacha s'eft préfenté , dit on , devant Ragufe
( 68 )
avec 40000 hommes , en demandantle paffage
pour fon armée. On le reçut dans la ville ,
&' il ne lui fut pas difficile , après cette perfidie
, de s'emparer des principales portes ,
ainſi que de la fortereffe. L'avenir nous apprendra
fi cette nouvelle République confifquée
recouvrera ou non fon indépendance.
Comme elle n'eft nullement connue en
France , excepté par les erreurs de nos géographes
& de nos hiftoriens , nous placerons
ici quelques détails exacts fur ce petit état.
Il est l'unique pays libre qui exiſte depuis
Venife au Kamfchatka. Il a 18 lieues de
Tong , 10 de large , 90 de furface. La capitale
contient 8000 ames , & l'Etat entier 56000 .
En 1779 iillyyavoit fur les regiftres de l'Amirauté
de Ragufe 162 vaiffeaux de 10 à 40
canons, & 29 fur les chantiers. Point d'impôts
fur le fol ; liberté entiere de commerce
& de circulation, Une garde de 160 foldats
& une milice réglée compofent tout l'état
militaire de la République.
Ses relations avec les Turcs •, datent depuis
Orcan, fecond Sultan des Turcs , en 1330 .
Ragufe obtint de lui le privilege de commercer
librement dans les états avec des
exemptions fpéciales , moyennant une redevance
annuelle d'environ 13 mille francs
tournois , que la République paye encore.
Elle a toujours vécu avec les Turcs dans la
meilleure intelligence ; fon pavillon eft refpecté
par les barbarefaues ; feule des puif-
Lances Européennes , effe jouit d'une Eglife
( 69 )
& d'un logement libre à Conftantinople.
Le gouvernement de Ragufe eft ariftocratique.
Si l'on obferve la délicateffe de fa pofition
entre les Ottomans , la maifon d'Autriche &
les Vénitiens , & l'indépendance qu'elle a
fu conferver , on aura une preuve authentique
de l'extrême fageffe de cette République.
Quelques divifions promptement appaifées
s'éleverent en 1763 entre deux partis
, nommés des Salamanquois & des Sorboniftes.
Ces premiers , à l'arrivée des Ruffes
dans l'Archipel , penchoient à entrer avec
eux en négociation ; mais ce projet ne prévalut
point. Les Ruffes voulurent forcer les
Raguféens à recevoir leurs vaiffeaux de ligne;
& , fuivant l'ufage , ils prirent tous les
vaiffeaux de la République qui fe trouverent
fur leur paffage , bloquèrent le port, & me
nacerent de bombarder la ville. La République
foutint fon refus avec fermeté , & fe
prépara à une opiniâtre réſiſtance.
Cedémêlé ayant amenéune négociation , le
Comte Ragni , député de Ragufe , fut envoyé
à Petersbourg, & renvoié de Petersbourg au
Comte d'Orlow , alors à Pife. Pour prélimi
naires , ce dernier demanda une Eglife Grecque
à Ragufe. Ragni répondit , j'ai ordre
de ne pas écouter une pareille propofition. Sa
Majefté Impériale peut bombarder Ragufe ,
mais jufqu'à fa deftruction il n'y aurapoint
d'Eglifes Gre:ques dans ma patrie , & mon Sou(
70 )
verain n'acceptera aucune propofition contraire
à fes traités avec la Porte.
Il faudroit que la République eût entierement
changé de politique pour avoir
adopté d'autres maximes , & déterminé la
Porte à une hoftilité auffi criante.
Parmi les articles extraordinaires qui fe répetent
dans les papiers publics , il faut diftinguer
celui qui fuit.
Plusieurs familles Genevoifes , au lieu de fuivre
leurs Compatriotes en Angleterre , ont demandé
à S. M. I. la permiffion de venir s'établir
à Confiance , dans l'efpoir de rendre à cette
Ville fon ancien éclat . L'Empereur a accueilli
favorablement leur requête ; il a en conféquence
envoyé dans cette Ville l'ordre de réunir en un
deux couvents de Religieufes , & de faire placer
les Carmes dans celui qu'on auroit abandonné ,
Les Carmes occupent une maifon fuperbe dans
une ifle qui leur forme la plus jolie fituation.
Ils ne quittent pas leur local fans regret . Ils ont
fait repréfenter qu'il n'étoit pas décent qu'on les
fit fortir pour céder leur maison à des Proteftans.
L'Empereur n'a eu aucun égard à cette défaite ;
& les réfugiés y trouveront un afyle commode &
agréable .
Voici un autre paragraphe bien plus
étrange , & déja configné dans trois ou quas
tre gazettes.
,
« Dans une Ferme du Gouvernement de
Pétersbourg un jeune Payfan Ruffe , nommé
Daniel Priputenko , ayant été mordu d'un chien
enragé & cet accident n'étant pas accompagné
d'aucune mauvaiſe fuite , il avoit été prié
9
( 71 )
à une noce , où effectivement il fe trouva . Ce
jeune homme y but & mangea fans que les convives
priffent avec lui aucune précaution . Cependant
, avant de fortir de table , le venin fe
communiqua fi rapidement , que 58 hommes &
41 femmes le trouverent incommodes tous à la
fois , les uns reffentoient une grande douleur
de tête , d'autres crachoient le fang en abondance
, d'autres étoient égarés , & d'autres enfin
étoient tombés fans connoiffance . Ceux qui
accoururent pour porter du fecours à ces infortunés
, remarquerent fous la langue de tous
ces malades des petites veffies bleues de la groffeur
d'un grain d'orge ; mais qui groffiffoient
d'un moment à l'autre. On perça ces veflies
avec une aiguille & il en découla un lang
noir . Eufuite on frotta ces plaies avec du fel
fin. On fut même obligé de faire la même opération
à quelques-uns jufqu'à neuf fois , parce qué ·
ces veffies fe rempliffoient de nouveau . On employa
le même remede à l'égard du petit payfan
qui avoit infecté la compagnie ; mais fans
aucun fuccès , parce qu'apparemment les veffies,
qu'il devoit avoir fous la langue, s'étoient percées
en mangeant , & que , fans y faire attention ,
Al en avoit avalé le fang. Ainfi , après avoir
donné tous les fymptômes d'un enragé , il mou
rut dans les convulfions horribles de cette cruelle
maladie. On fit faire ufage aux autres d'unè
infufion d'une plante appellée en Botanique Ginefta
Tinctoria. On leur en fit prendre foir &
matin un grand verre . Ceux même qui n'avoient
pas été infectés , mais qui avoient donné
leurs foins charitables à ces malheureux , firent
auffi ufage de cette boiffon , & il n'y a eu que le
petit payfan qu foit mort ; tous les autres font
aujourd'hui très - bien prants
( 72 )
*
L'Electeur Palatin eft parti de Duffeldorf
pour retourner à Manheim , & l'on s'attend
à le voir reparoître inceflamment à Munich.
La Hongrie ayant effuyé , & étant à la
veille d'effuyer encore de grands changemens
dans fa conftitution , on ne fera pas
fâché de connoître un peu particulierement
ce qu'on appelle dans ce Royaume le droit
d'indigénat.
Elle remonte au regne de Ferdinand I. ; ce
Prince , Roi de Bohême en 1526 , de Hongrie
en 1527 , & Roi des Romains en 1531 , l'introduifit
en 1542 dans ce Royaume ; & ce ne fut
qu'en 1715 que cete maniere de naturaliſer un
étranger fut légalement confirmée. Les premiers
qui obtinrent des Rois ou des Etats de Hongrie
l'indigenat noble , furent Martin Mufika , ou
plutôt Lafcan , qui avoit été Commandant de la
fortereffe de Gran , Frédérick Malatefta Secrétaire
privé du Roi Ferdinand , & les Comtes de
Salmis & d'Harrach . C'eft de leurs concitoyens
bourgeois que les étrangers non nobles obtiennent
l'indigenat ; ils ne peuvent être élevés
enfuite au rang de nobles Hongrois , qu'à la
recommandation de la bourgeoisie de la ville où
ils demeurent & de deux Confeillers auliques .
La taxe que doit payer celui qui eſt ainſi naturalife
, eft de 2000 ducats. Le Souverain ou les
Erat peuvent lui en faire la remife ; il prête
ferment devant eux quand ils font aſſemblés ; &
l'acte alors n'a pas befoin d'une autre publicité ;
lorfqu'ils ne le font pas , il prêre le ferment
entre les mains du Souverian , du Palatin &»du
Chancelier , il faut que le diplome ſoit publié
aux differens comitats. La formule pour les
Catholiques eft de jurer par le Dieu vivant , la
Sainte-Vierge
( 73 )
Sainte- Vierge & tous les Saints , d'être fideles
au Roi & à fes Succeffeurs , à la Patrie , & de
1e conformer aux loix du Royaume ; les Proteftans
ne jurent que par Dieu feul. Par l'arricle
18 des Tables légiflatives des Etats de 1575 ,
& le 32 de celles de 1585 , les habitans de la
Pologne & des Etats de la République de Venife,
ont été déclarés ne pouvoir être admis à l'indige
nat.
:: Enfin on a pris à Ulm la réfolution de
rayer des prieres publiques la formule ridicule
& intolérante de prier Dieu contre le
Turc & contre le Pape.
Le Doyen des Avocats de Nuremberg,
M. Deneufville , qui vient de mourir célibataire
, à l'âge de 88 ans , a laiffé un tefta .
ment , dans lequel il fait une penſion ali
mentaire à fes chiens & à fes chats , dont il
étoit grand amateur. Sa difpofition en faveur
de ces animaux porte que la perfonne
qui s'en chargera , recevra par femaine pour
l'entretien de chacun 12 creutzers , & en outre
elle fera logée dans fa maiſon.
GRANDE-BRETAGNE.
f
DE LONDRES , le Juin.
Le Prince Williams Henri eft parti de
Portfmouth , d'où à appareillé l'Efcadre du
Commodore Lewefon Gower , qui emmene
auffi Pun de fes fils. Non feulement le jeune
Prince profitera de ce voyage pour étendre
N° . 28 , 9 Juillet 1785. d
( 74 )
fes connoiffances nautiques , il doit encore
féjourner dans les principales villes de la Méditerranée
, afin de s'y inftruire dans la Politique
, dans le Commerce & dans les Beaux-
Arts , tels qu'ils font cultivés par les habitans
de cette partie de l'Europe.
Le bruit court que M. Haftings ne tardera
pas à être déclaré Pair du Royaume. Il a de
fréquentes conférences avec le Roi & avec
fes Miniftres. Les Adverfaires de cet homme
célebre conviennent que s'il eût voulu fe dé .
clarer indépendant & fe faire élire Empereur
du Bengale , rien ne pouvoit contrarier fon
deffein. L'armée lui étoit dévouée , 30 millions
d'hommes lui étoient foumis ; les tréfors
du Bengale étoient entre fes mains. Il a occupé
13 ans ce Gouvernement . Le moment
de fon départ a été un jour de deuil général.
Tous les Anglois de Calcutta lui remirent
une Adreffe , remplie des plus fortes expreffions
de leurs regrets & de leur reconnoiffance.
Les Officiers du Fort Williams & des
Garniſons voisines lui prodiguerent les mêmes
marques d'attachement ; & lorsqu'il fut
prêt à quitter Calcutta , les Naturels en foule
le prefferent en pleurant fur fon paffage.
avec les plus vifs témoignages de douleur,
Elle est bien légitime , & de long- tems , probablement
, on ne reverra pas un pareil hom
me à la tête des Domaines Britanniques , fi A
toutefois lui-même n'en reprend pas les rênes ;
Le Barrington , fur lequel M. Haftings a fait
175 )
fon retour , a apporté à la Compagnie une
cargaifon de 400,000 liv. fterlings.
L'affaire des Loyaliſtes , fi long - temps
fufpendue , vient enfin d'être terminée.
M. Pitt leur a fait accorder par le Parlement
une fomme de 471,000 liv . fterl. , dont on
leur fera cette année un premier paiement de
´150,000 liv. fterl. Cette fomme fera répartie
fur le pied de 40 pour cent , de la valeur de
leurs pertes , à ceux qui ont fervi l'Angleterre
avec zèle & fidélité pendant la derniere
guerre , & fur le pied de 30 feulement à ceux
qui font reftés en Europe , tranquilles fpectateurs
de la révolution."
M. Pitt a fait accorder auffi par le Parle--
ment une gratification annuelle de 1000 liv.
aux premiers Commis des Secrétaires d'Etat ,
pour les indemnifer de leurs dépenses de
Bureau.
Tout porte à croire que les Arrêtés de la
Chambre des Communes d'Angleterre , fur
l'arrangement de commerce à conclure avec
l'Irlande , ne feront point adoptés dans leur
état actuel par le Parlement de ce dernier
Royaume. Il paroît donc probable que cette
grande affaire ne fe terminera pas dans la
Seffion actuelle..
Quoique très - Anti- Miniftériel , le Lord
Townſend , ancien Viceroi d'Irlande , appuie
fortement les intêrêts de ce Royaume dans la
Chambre Haute. Les Lords Gower & Camden
y conduisent l'affaire dans les vues du
d2
( 76 )
Miniftre ; les Lords Storment & Loughbo
roug font Chefs de l'Oppofirion. Les Lords
Carlifle & Fitz -William , le Duc de Portland
, n'ont pas abfenté la Chambre une
feule fois pendant cette difcuffion.
Depuis l'arrivée de M. Adams , Miniftre
plénipotentiaire des Etats - Unis , la queſtion
d'un traité de commerce avec les Américains
a été remife fur le tapis. Toutes les converfations
roulent fur cet objet important. Les
uns penfent que l'on doit permettre aux
Américains de commercer librement avec
les ifles Angloifes ; d'autres font d'avis que
les denrées des Etats Unis ne doivent être
admifes dans les ports des ifles , que dans le
cas où elles feront chargées fur des bâtimens
Anglois . Cette opinion eft celle de plufieurs
gros négocians qui , dans la vue de l'accrédirer
, ont fait circuler des propofitions adreffées
aux planteurs.
Perfonne , dit le Morning- Chronicle , n'eſt
encore nommé notre Ambafladeur en Amérique.
Pourquoi n'y enverroit- on pas le Philofophe
Adam Smith , Auteur de la Richeffe
des Nations, ou le Docteur Price ? Pourquoi
pas M, Wilkes ou M. Burke ?
La Chambre s'étant formée en grand comité le
21 , pour prendre en confidération les droits ac
tuellement établis fur le tabac, & pour aviſer aux
moyens d'en régler la perception de la maniere la
plus avantageule , M. Pitt expofa à la Chambre
que les progrès allarmans de la contrebande dutabac
avoient donné lieu à plufieurs pétitions . Les
( 77 )
droits levés fur cette marchandife , dit il , s'éleveroient
à une fomme confidérable , fi la perception
en étoit mieux réglée . La confommation qui
s'en fait en Angleterre étant de 12 millions de liv.
pefant & le droit de chaque livre étant de 15 d. &
une fraction , eet impôt devoit rendre au fife une,
fomme de 750,000 liv. fi la perception en étoit
bien réglée ; au lieu que dans l'état actuel des
chofes le produit moyen de cet impôt pendant
les trois dernieres années n'a pas excédé 380
mille liv. Il indique enfuite les moyens qui lui
paroiffoient les plus propres à remédier aux
fraudes qui fe commettoient lors du débarquement
du tabac , à fon tranſport d'un endroit à un
autre en Angleterre & après qu'il avoit été manufacturé.
Il propofa en conféquence au comité
de ftatuer , 1 ° . qu'il feroit défendu de débarquer
une cargaison de tabac lorfque le connoiffement
ne feroit point figné par le Conful Anglois de
l'endroit d'où ledit tabac feroit importé. 2°. Qu'à
l'effet de prévenir l'effet des fraudes commifes
dans le tranfport du tabac d'un endroit à l'autre
en Angleterre , toute quantité de cette marchandife
qui ne feroit point accompagnée d'un ac
quit de la douane feroit fujette à la faifie ; & 3
que les exportations du tabac manufacturé feroient
foumifes au régime de l'accife.
M. Pitt , pour mieux faire fentir la néceffité
de cette derniere mefure , dit qu'il arrivoit
fouvent que le tabac , après avoir été manufacturé
, étoit exporté dans la vue de fe procurer la
remife du droit & que la même cargaiſon rentroit
clandeftinement en Angleterre , & étoit de
nouveau exportée après avoir touché le rembourfement
des droits quoiqu'on n'en eût pas
acquitté. Il termina fes obfervations par une
motion tendante à ce qu'il fût permis de préd3
( 78)
fenter un Bill pour régler la perception des droits
fur le tabac de la maniere la plus avantageu fe.
Le Procureur général préſenta le 22 à la
Chambre des Communes un bill pour régler
la police de Londres : nous y reviendrons
l'ordinaire prochain .
La feffion du Parlement fera probablement
plus longue que celles qui ont précédé
depuis plufieurs années ,. le cabinet ayant
réfolu de faire terminer toutes les affaires
dont s'occupent actuellement les deux Chambres
, ce qui demandera encore un mois ou
fix femaines .
La Compagnie des Indes a déclaré un dividende
de 8 pour cent , pour la demie année
, depuis Noël jufqu'à la S. Jean.
On a donné ordre de conftruire dans le
chantier de Harwich un vaiffeau neuf de
64 can. , qui fera nommé le Rodney.
L'Amiral Campbell eft arrivé heureufe
ment à Terre-Neuve , avec toute fon Eſcadre.
4
Marie, M'Donnell eft morte le 16 du mois
dernier dans le Comté de Down en Irlande,
âgée de 118 ans. Elle étoit née en Ecoffe
dans l'Ile de Skie , l'une des Hébrides , d'où
elle paffa en Irlande , à la révolution de 1688.
L'année derniere, elle faifoit encore 14 milles
dans un jour. Si l'on en excepte un peu de
foibleffe dans la vue , tous fes fens & fes organes
étoient parfaitement confervés , ainfi
fa force & fa bonne humeur. que
( 79 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Juin
Le 19 de ce mois , le fieur Willot de Beauche
min , & le fieur Vandelin d'Augerans , Officier au
Régiment de Metz , du Corps Royal d'Artillerie,
Députés de la ville de Dôle . préfentés par le
Maréchal de Ségur , Miniftre & Secretaire d'Etat
ayant le département de la Franche - Comté , &
par le Maréchal de Duras , Gouverneur de la Pro
vince , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majeftés le procès - verbal de l'inauguration de la
Statue érigée au Roi le 14 Décembre 1783 , &
celui de la cérémonie anniverfaire de cette inauguration
faite l'année fuivante.
Le 23 , le Roi a aflifté, dans l'Eglife de la pa
roifle Notre Dame , au Service anniverfaire fon
dé pour le repos de l'Ame de la feue Reine
auquel le fieur Jacob , Curé de la Paroiffe , a
officié .
Le même jour , le Comte de la Luzerne , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , nomme
Gouverneur général de Saint- Domingue , a eu
l'honneur de faire fes remercîmens au Roi , à
qui il a été préfenté par le Maréchal de Caftries ,
Miniftre & Secretaire d'Etat au département de
la Marine.
Le Roi a nommé à l'Intendance de la Marine à
Breft , le fieur Redon de Beaupreau , ci - devant
Commiffaire - Ordonnateur à Rochefort ; à celle
de Rochefort , le fieur de la Granville , ci - devant
Commiffaire- Ordonnateur à Bordeaux ; à celle
de la Martinique , le feur Foulquier , ci - devant
Intendant à la Guadeloupe , à celle de la Guadeloupe
, le fieur Foullon d'Ecotier , Maître des
Requêtes ; à celle de Saint- Domingue , le fieur
de Marbois , ci -devant Confeiller au Parlement
d4
( 80 )
de Metz , Conful général , chargé des Affaires
de Sa Majesté près des Treize- Etats unis.
Le 24 , le Comte d'Albert de Rions , Cemmandant
de la Marine au département de Toulon , a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le Maréchal
de Caftries , Miniftre & Secretaire d'Etat
ayant le département de la Marine.
Après la mort du fieur Cherin , Généalogifte
des Ordres du Roi , qui s'étoit rendu recomman
dable par fes talens & la plus févere probité , Sa
Majefté a commis le fieur Berthier , l'un des premiers
Commis du Cabinet de l'Ordre du Saint
Elprit , pour exercer , par interim , la charge de
Généalogifte de fes Ordres , & continuer à travailler
fur les objets dont étoit chargé ledit fieur
Chérin , juſqu'au tems où il plaira à S. M. de
nommer à cette Charge.
DE
PARIS , le 7 Juillet.
L'admiffion des étrangers dans le commerce
des fujets du Roi au Levant , autoriféo
e par une Ordonnance de S. M. , du
3 Mars 1781 , vient d'être révoquée par
une autre Ordonnance du 29 Avril de cette
année. Les étrangers auront huit mois pour
liquider & terminer leurs affaires.
Par Arrêt du . Confeil de même date
S. M. a fupprimé le droit de deux pour cent
perçu à l'expédition de Marfeille , fur les
marchandifes du Royaume pour le Levant
& la Barbarie , & a réduit à trois pour cent
la totalité du droit , jufqu'à préſent de cinq
pour cent , connu fous le nom du Droit de
Confulat.
Un autre Arrêt du Confeil d'Etat , du
16 Juin dernier , homologue le réglement
( 81 )
des Actionnaires de la Caiffe d'efcompte
pour la fixation du Dividende ; réglement
dont voici la teneur :
•
Article premier. Pour fixer le Dividende du
femeftre courant & des fuivans , à raiſon de cinq
mille Actions , on commencera par prélever fur
les bénéfices réalifés , c'eft- à - dire après la déduc
tion des frais & de l'efcompte , fur les Lettres du
porte-feuille non fentrées , dans la forme adoptée
par le compre du femeftre de Janvier 1785 ,
cinq pour cent du capital actuel & futur des Actions
; lequel taux fervira toujours de baſe pour
la fixation des Dividendes : on ajoutera à cette
baſe la moitié de l'excédent des bénéfices , l'autre
moitié fera jointe à la réſerve actuelle , ainfi que
les fractions qui fe trouveront donner moins de
dix livres dans la moitié à répartir au Dividende.
II. Lorfque les fonds réfervés fe monteront à
trois millions cinq cents mille livres , il en fera
joint deux millions cinq cens mille livres au fonds
capital des Aations , qui fera alors de trois mille
cinq livres pour chacune ; & toutes les fois qu'enfuite
les fonds qui resteront en réſerve ſe monteront
encore à trois millions cinq cents mille li
vres , il en fera joint pareillement deux millions
cinq cents mille livres au capital des Actions ,
qui , en conféquence , feront de nouveau augmantées
de cinq cents livres pour chacune.
III. Dans le cas où les bénéfices d'un femefre
ne produiroient point pour Dividende cinq pour
cent du capital des Actions , il fera pris fur la
réferve de quoi le portes àce raux.
IV. On comptera dans les bénéfices d'un femeftre
, ce qui aura été recouvré pendant le cours
dicelui, des créances qui auroient été diftrain
ds
( 82 )
tes comme douteufes les femeftres antérieurs:
Un nouvel Arrêt du Confeil , concernant
le prompt remboursement des refcriptions
fufpendues , a fait monter à 4 & demi l'emprunt
de 125 millions . Les Actions de la Banque
de St. Charles continuent de baiffer , par
la crainte qu'on ne répande ici de nouvelles
Actions de cette Caiffe. Pour tous les autres
effets publics , l'empreffement eft toujours
inoui . On doit cet agiotage à quelques Etrangers
& à la diminution des armemens dans
nos ports de mer , qui a jetté dans cette Capitale
une multitude de Joueurs Capitaliſtes.
L'Adminiſtration ne peut rien contre cette.
frénéfie dont les dangers ne tarderont pas à
éclater. Elle opere clandeftinement : ce n'eft
pas à la Bourfe que les joueurs fe font réciproquement
la guerre : c'eft au café du Caveau ,
au Palais Royal , à ce même Café , jadis le
rendez vous des efprits les plus aimables &
des Poëtes les plus gais de ce royaume. En
attendant que ce combat finiffe , faute de
combattans , les manufactures perdent de leur
activité , les arts fleuriffent moins , les biensfon
's perdent de leur prix aux yeux des pro
priétaires , tentés par les profits énormes
& rapides de l'agiotage. Il fe trouve ,
dit on , en ce moment dans le royaume
cinq mille terres à vendre fans acheteurs.
Paris eft un gouffre où vient s'enfouir tout
Fargent de la France. Elle n'eft pas feule à
fouffrir de cet agiotage effrené ; Geneve qui
en fournit les agens les plus adroits , voit
fortir du commerce , des arts , des fabriques
.
"
( 83 )
tout l'argent qui les foutenoit. L'utile manufacturier
& le négociant ne trouvent à emprunter
qu'avec ufure , & la profpérité d'une
ville floriflame eft facrifiée à celle de quelques
fpéculateurs hardis.
On écrit d'Orléans , qu'un bateleur cou
rant les provinces avec une ménagerie d'animaux
étrangers , a laiffé échapper un léopard
, qui caufe les plus vives allarmes dans
les campagnes. Les meilleurs chiens courans
& les mâtins les plus courageux , lorfqu'ils
font fur fa voie , refufent de le fuivre.
12 hommes de chaque communauté font
commandés pour faire une battue ; & le
Grand- Louvetier de France a fait partir des
piqueurs & des chiens de l'équipage du Roi.
On a reçu les nouvelles les plus fatisfafantes
des travaux de Cherbourg : le troifieme
cône , lancé le 7 de Juin , a été bien
tôt fuivi de deux autres qui ont eu le même
fuccès. Voici en quels termes une lettre de
Cherbourg parle des travaux du 7 Juin."
A fix heures vingt minutes du matin , la caiffe
conique a commencé à flotter. Les couteaux ont
coupé les cordes qui attachoient les barriques à
la maffe flottante . A mefure chaque fois que les
barriques le détachoient , la caiffe penchoit
droite ou à gauche : on a attribué cette oſcillation
effrayante , qui a fait douter pendant près d'une
heure du fuccès de la tentative , à quelques cou
teaux qui ont d'abord infructueufement opéré ,
ou qui n'ont point agi en même tems que les
autres ; mais on étoit raffuré d'un moment à
Pautre , parce que la caiffe fe relevoit & red6
( 84 )
l'air
prenoit fon aplomb : enfin elle a heureuſement
échoué , au fouhait unanime des fpectateurs ,
dans 33 ou 34 pieds d'eau , à une heure vingt
minutes ; elle a été placée à cinquante toiles de
F'autre , c'est- à- dire , au terme technique de l'art s
de centre en centre ; elle a 450 pieds de circon,
férence , 150 pieds de diametre , & 60 de hauteur.
Les pontons qui la haloient , étoient au nombre
de trois . Auffi - tôt qu'elle a été en place , la
frégate ou la corvette du Roi la Cérès , a tiré
fept coups de canon . Le ciel a été ferein ,
doux & la mer tranquille durant toute la manoeu
vre. On conftruit un nouveau fort Himmet , fitué
un peu plus loin que l'ancien ; cet édifice eft déja
très-avancé ; il paroît déja s'élever du fein des
eaux. Sa conftruction fera telle qu'il pourra fe
défendre contre les attaques de la plus formidable
efcadre. Les batteries font à labord , &
garnies de pieces marines. Trente- un canons de
36 armeront la premiere batterie ; des pieces du
même calibre défendront les deux autres , une
terraffe , où feront placés des mortiers & des
bombes , dominera les deux premiers . Le fort
de l'ifle Pelée n'eft pas auffi avancé que l'autre ;
mais on y travaille auffi à force , de même qu'aux
cazernes deſtinées à loger 600 hommes , & aux
pavillons , qui , bâtis en face des chantiers , ferviront
d'alyle aux Officiers. Cherbourg n'eft pas
reconnoiflable depuis l'été dernier. On conftruit
par- tout de nouvelles maiſons , on vient d'y ou
viir deux rues & de faire un beau chemin , qui
conduit à l'Abbaye , dont on augmente confidérablement
les bâtimens , & qui fera déformais
le gouvernement. Vous favez qu'il est égale
ment décidé qu'on y conftruira un beau pont.
Dans ce moment , les deux tiers du Régiment
de la Reine continuent d'être employés aux diffé(
85 )
rens travaux , ainfi que trois cents foldats de la
Marine.
Il feroit à fouhaiter que l'on pût douter
de la mort tragique de MM. Pilâtre du
Rozier & Romain , comme on eft aujourd'hui
obligé de le faire pour les circonftances
de cet événement. Il y a déja dix verfions
, dix relations toutes authentiques &
toutes contraires , vingt témoins oculaires
qui fe combattent : l'un a vu brûler le ballon
en entier , l'autre l'a vu fans être confumé.
Ici on dilate le gaz , là on le fait détonner ;
dans un club on ouvre la foupape , dans
l'autre on la ferme : quant à l'occaſion même
de l'accident ,
Aujourd'hui la pluie en eft la caufe ,
Et demain c'eft le beau temps.
Les lettres , les explications & les affertions
pleuvent de toutes parts , & inondent
les feuilles publiques. Quel parti prendre
celui de citer auffi quelque rapport. En
voici un qui nous eft adreffé par M. Duriez
Profeffeur de Phyfique & de Chymie à
Boulogne , & qui nous paroît éclaircir un
peu cerre queftion obfcure.
La Machine , dit ce Profefleur , commençoit
defcendre vifit ! ement & diminuot nos inquiétudes
, lorsqu'on apperçut fortir par l'ouverture de
cette foupape une vapeur aflez légere, fuivie au
même inſtant d'une flamme d'environ 2 pieds de
haut , qui dura 3 ou 4 fecondes , & le développa
au point d'occuper un efpace double à celui du
Ballon ; & cela fans detonation ſenſible : la partie
( 86 )
fupérieure vole en lambeaux , le refte de l'enve
loppe , elle pefoit 300 1. , fe déchire en plufieurs
parties , jufqu'à l'équateur , frappe , une minute,
l'air , en tout fens , roule & fe reploie fur la galerie
, qui , furchargée de ce nouveau poids, tombe
avec une viteffe tellement accélérée , qu'elle parcourt
, en moins d'une minute , l'efpace de plus
de 1500 toifes , & brile contre terre les deux
Aëronautes infortunés , dont l'un , M. de Rofier
étoit mort en tombant ; l'autre expiroit , chargé
de l'examen des débris. La galerie s'eft trouvée
féparée en plufieurs parties ; le foyer ou réchaud ,
applati fur un fens , & brifé de l'autre ; la Montgolfiere
, encore dans tout fon entier, & auffi neuve
auffi intacte , que fi elle n'eût pas fervi : le papier
blanc dont elle étoit doublée , auffi entier quel'étoffe
, & point du tout terni , ni même deſſéché.
Enfin nulle trace qui laiſsât foupçonner la moindre
atteinte de la part du feu , feulement quelques
légeres déchirures qui ont pu fe faire en tombant,
on dans les différens tranfports d'un lieu à un autre
, &c. Une partie de la calotte fupérieure du
ballon , prife depuis & autour de la foupape, étoit
emportée de 5 pieds d'un côté , 7 de l'autre, plus
ou moins les débris en ont été raffemblés par
lambeaux , criblés par parties , calcinés , détruits
dans d'autres , par l'action de la flamme qui les a
divifé.
Toutes les parties de la circonférence du Globe,
en contact avec celles qui ont été détruites, étoient
racornies & crifpées dans tous leurs points , à 1 &
2 pieds de large ; quelques autres parties déchirées
jufqu'à l'équateur , par l'action fubite du gaz qui
a dû le porter avec une rapidité extrême , du bas
en haut. Le reste de la Machine ne portoit aucune
marque qui décelât l'action du feu ; au contraire ,
toute la partie intérieure , les appendices , &c. ,
( 87 )
même celles qui pendoient dans la galerie, & avoi
finoient le foyer, font reftées faines , & abfolument
détachées ; la partie du filet correſpondant à celle
du ballon , qui a été emportée , s'eft trouvée détruite
, les bords calcinés , & le refte entier.
Il eft donc évident que la Montgolfiere n'a con
tribuée en rien à la deſtruction de la Machine ;
tout prouve au contraire que le feu s'eft communiqué
par la partie fupérieure , & à l'endroit où eft
la foupape ; c'eft ce qu'atteftent tous ceux qui
étoient à proximité , & qui ont obfervé la Machine
avant & après fa chûte.
Il eſt done naturel de croire que l'inflammation
du gaz a été l'effet de quelque phénomene éle aris
que ; beaucoup d'Obfervateurs m'ont dit avoir
remarqué à l'inftant mème du défaftre , un petit
nuage blanc , de la nature de ceux que les Marins
redoutent tant en mer , à proximité de la partie
fupérieure du ballon flottant entre lui & un grou
pe de nuages élevés fort au- deſſus.
Or , il arrive fouvent que des nuages intermé
diaires , fitués entre un nuage principal & la terre,
fervent comme de degrés en degrés à tranſmettre
à cette derniere une charge électrique . Si quelques
petits nuages n'ayant aucune liaifon avec la nuée
principale , flottent entre elle & la terre , ils doivent
néceffairement fe trouver d'une électricité
femblable à celle du nuage principal ou électrifé
d'une maniere contraire , ou enfin privés de toute
efpece d'électricité . Si un nuage eft électrifé d'une
façon contraire à celle d'un autre nuage , avant
qu'ils puiffent s'approcher l'un de l'autre , leurs
atmospheres , auffi électrifées d'une façon cons
traire , doivent néceffairement s'entremêler , an
point qu'ils ne voltigeront plus dans un état d'in
dépendance ; mais qu'attirés l'un vers l'autre, celui
qui fera pofitif, transmettra au nuage négatif
La charge furabondante de feu électrique.
( 88 )
Dans l'état d'extrême dilatation où s'eft trouvé
la Machine au plus haut point de fon élévation , le
gaz , preffé de toute part , & fortant avec violence
par l'ouverture de la ſoupape , couverte alors par
l'un des voyageurs , a dû néceffairement former
un jet long & continu ; ce jet ne fe feroit- il pas
trouvé interpofé entre les nuages , ou dans leur
Sphere d'activité , au moment où le feu électrique
paffoit de l'un à l'autre ? Enfin , un météore quel
conque n'auroit- il pas plutôt porté l' :gnition dans
le dépôt terrible d'une matiere auffi inflammable
que le gaz dont s'étoient fervi ces deux infortunés
martyrs de l'aëroſtation ? ·
Depuis la lettre inférée dans ce Journal ,
où un Curé calculoit les dépenfes néceffaires
de fes confreres , nous avons reçu une
foule de lettres fur le même objet , avec des
réflexions & des projets. Malgré notre defir
de répondre aux vues des refpectables Eccléfialtiques
auxquels nous devons ces documens
nous fommes forcés de les prier
de confidérer notre pofition , celle de ce
Jou nal , & les conjonctures : ils ne feront
pas furpris alo s du filence que nous fommes
forcés de garder fur ces matieres.
L'Académie Royale des Sciences & Belles-
Lettres de la vile d'Angers ayant jugé infuffifans
tous les Mémoires qui lui ont été adreffés
fur le fujet fuivant , le propoſe de nouveau.
« Ques font les moyens les plus fimples &
les moins difpendieux d'empêcher les débor-
» demens de l'Authion & ftanagnation de fes
❤eaux , même de rendre cette riviere naviga.
ble dans une partie de fon cours
Le prix confite en une médaille d'or du poids
de trois onces & demie.
( 89 )
Les Numéros fortis au Tirage, de la
Loerie Royale de France , le i de ce
mois , font : 70 , 18 , 53 , 75 , & 4.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 4 Juillet.
Le Baron de Waffenaër-Twickel & le
Baron de Lynden , Députés des Etats Généraux
auprès de l'Empereur , font partis
l'un Four Vienne , où il fe rend à petites
journées , l'autre pour la Gueldres , d'où il
rejoindra M. de Lynden , pour fe rendre à
leur commune deſtination .
Les Commiffaires chargés des recherches
fur la non expédition des navires pour Breft
pendant la derniere guerre , ont fait leur
rapport à l'affemblée des Etats - Généraux ,
rapport qu'on doit publier inceffamment.
Sept Capitaines aux Gardes Hollandoifes
, tous des familles les plus confidérables
de la République , fe font plaints par requête
à LL. HH. PP. de ce que la levée des
corps francs & des légions avoit fait nommer
au grade de Colonels des officiers nationnaux
, & même des étrangers moins.
anciens que les requérans. Ils demandent
juftice de ce paffe-droit ; mais il eft encore
incertain s'ils pourront l'obtenir.
Les Députés des Etats Généraux ont rapporté
le projet de réponſe à faire aux Directeurs
de la Compagnie des Indes , au
( 90 )
j
fujet de leurs queftions fur la maniere d'exé--
cuter les articles 5 & 6 des Préliminaires de
paix avec la Grande- Bretagne. Il eft dit dans
ce rapport :
?
Que cet article 6 contient un engagement de
la part de l'Etat , & qui par confequent oblige
auffi la Compagnie des Indes Orientales de ne
point troubler ni molefter la Navigation des Sujets
britanniques dans les mers de l'Inde ; que
pour remplir cet engagement il fuffit de laiffer
aux Sujets britanniques la liberté de cette Navigation
daus toute fon étendue fans y porter
quelqu'obftacle où empêchement ; que néanmoins
cet article 6 dudit Traité de paix n'a
aucune relation avec le commerce en général
ni avec celui des Epiceries en particulier , &
laiffe la Compagnie Hollandoife des Indes Orientales
dans la libre poffeffion de tous les droits à
cet égard ; que rien de ceci n'a été cédé à Sa
Majefté ni rendu commun avec les Sujets ;
que cet article eft fi clair , & fi peu ſujet à
quelqu'interprétation ou extenfion , excepté &
au -delà de la libre Navigation ; que LL . HH .
PP. ne peuvent croire que les Sujets de la Grande-
Bretagne voudroient ( du moins avec le confentement
, encore moins avec l'autorité de Sa
Majefté ) entreprendre quelque chofe qui paf
fât les bornes d'une fimple liberté de naviguer
dans les mers de l'Inde ; que certainement LL.
HH. PP . ne pourroient envifager pareille tentative
de la part des Sujets Britanniques , que
comme un abus formel de cette liberté de Navigation
qu'elles ont accordée par l'article fufmentionné
que la Compagnie eft reftée en droit
d'empêcher le commerce qui lui appartient exclufivement
, & qu'ainfi LL. HH . PP. laiffent
"
>
aux Directeurs la liberté de donner les ordres
qu'ils jugeront les plus convenables pour la
confervation de leurs privileges , & contre toutes
atteintes à cet égard .
Que LL. HH. PP. , par l'envoi d'une efca
dre de vaiffeaux de guerre , fous les ordres du
Capitaine- Commandant Van Braam , ont déjà
donné aux Directeurs des preuves de la difpofition
où elles fent de protéger la Compagnie
dans for commerce ; qu'elles ont pris des mefures
pour continuer cette protection ', & qu'elles
font difpofées à déférer aux demandes que les Directeurs
pourroient juger néceffaire de leur faire à
ce fujet.
L'examen de ce rapport a été pris ad referendum
par les provinces de Hollande , de
Frife , de Zélande & de Groningue.
Le Miniftere Efpagnol , à ce qu'on nous
apprend de Madrid , a adreffe des lettres circulaires
à toutes les fociétés économiques
du royaume. On leur a fait connoître que
le Roi defire un état exact du produit de
Pagriculture, & des mémoires précis tant
fur les moyens les plus faciles de l'améliorer
, que fur ceux de procurer des débouchés
sûrs au commerce des grains , dans les
endroits où ils croiffent en abondance. En
même temps la Banque a été chargée d'envoyer
au Miniftere une note exacte des fabriques
du Royaume , des marchandiſes qui
y font fabriquées , & des prix des marchandifes.
La Banque joindra à cette note des
échantillons des diverfes productions des
manufactures , & en outre elle fera mention
(1924 )
des manufactures tombées en décadence ,
& qui méritent d'être relevées ; en général
elle donnera un avis détaillé fur tous les objets
relatifs à cette partie de l'industrie . On
affure que la Banque a établi une grande
correfpondance , pour fe procurer à cet
égard tous les éclairciffemens dont elle a
befoin , & qu'elle entretient même des commiffaires
pour avancer le travail dont elle
doit s'occuper.
On affure que l'Ouvrage de M. Necker
fur les Finances de France , dans lequel il
eft dit que la France gagne annuellement
60 millions dans le commerce avec les nations
étrangeres , a donné lieu à ces lettres
circulaires & à la commiffion dont la Banque
a été chargée. Mais cette affertion n'aura
pas grand poids auprès des efprits fenfés.
Aux avis vrais ou faux qu'on a lu à l'ar
ticle de Conftantinople , il faut joindre celui
qui fuit :
Une Lettre de Belgrade annonce une révolte
complette dans la Province de Romelie. » Le Pacha
cherche à s'y rendre indépendant du Grand-
Seigneur. Abdi - Baffa a levé de fa propre autorité
un Corps de Troupes confidérable ; on alsûre
même qu'il marche à leur tête vers Sophie
Capitale de la Bulgarie , pour s'en rendre le maî
tre. Ce Gouverneur a fait déjà pendre 15 Capigi
Bafchis que la Sublime - Porte lui avoit dépêchés
l'un après l'autre , pour lui fignifier la Sentence
de profcription prononcée contre lui dans
le Sérail . Abdi protefte néanmoins qu'il ne s'éleve
pas contre la volonté fuprême du Sultan ;
( 93 )
mais qu'il cherche à mettre fa tête à l'abri , ne
voulant pas fe la laiffer couper par un ordre qui
ne feroit pas émané du Grand - Seigneur lui-même.
Pour donner fans doute des preuves de fa
fidélité , ce Gouverneur ravage tout ce qu'il rencontre
fur les pas. Il fait trancher des têtes
fa volonté , lui qui protefte qu'on ne peut faire
abattre la fienne , même avec des ordres portés
par les Miniftres ordinaires du Sultan , fon maître.
En arrivant dans Philipolis , ville de la Romelie
, il commença à y exercer fon autorité
abfolue en faifant tomber à fes pieds , les têtes
des huit perfonnes les plus diftinguées de la ville;
enfuite , il fit mettre aux fers quelques Magiftrats
qu'il enchaîna à fon Char de Triomphe , après
avoir exigé 70 bourfes . Ce rebelle ne pouffera
pas loin la carriere ; & il eft facile de prévoir
qu'il fera bientôt puni de fes cruautés ».
Al'arrivée d'une eftafette expédiée de Mantoue
parS. M. I. au département de la guerre
à Vienne, l'on a appris que le camp de Minkendorf
n'auroit pas lieu cette année. On a
fufpendu de même tous les préparatifs pour
la réception de LL. MM. Napolitaines , qui
ne feront point le voyage de Vienne.
Cette capitale de l'Autriche fourmille d'émigrans
de l'Empire qui fe rendent au Bannat.
La Chancellerie Hongroife qui leur diftribue
les paffeports & l'argent pour le voyage , en eft
affiégée du matin au foir. Comme une émigration
auffi confidérable pourroit avoir des fuites facheufes
pour les pays fitués près du Rhin & des
frontieres de France , les Etats de l'Empire qui
en fouffrent le plus , ont préfenté une fupplique
al'Empereur , par laquelle ils le prient d'arrê
( 94 )
ter un défordre qui croît tous les jours d'avan
tage. S. M. a eu égard à cette requête , & a envoyé
ordre à fes Miniftres aux cercles de Franconic
, de Weftphalie & du Rhin , de ne recevoir
déformais d'émigrans , que ceux qui feront munis
d'une lettre de congé de ceux fous la dépendance
de qui ils étoient.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , IIe . CHAMBRE DES
ENQUETES.
Procès par écrit , entre le fieur Pinta & les héritiers
de la demoiselle Moroy. Notaires, pere &
fils peuvent - ils rédiger & figner les mêmes
actes ?
Le 24 Juin 1772 , le fieur Pinta , bourgeois ;
demeurant à Filmes en Champagne , épousa la
demoiselle Moroy. Leur contrat de mariage fut
paffé dans la même ville , le 20 Juin , & reçu par
les fieurs B.... pere & fils Notaires. Voici la
claufe intéreffante du contrat . « En confidération
» de la bonne amitié , &c. &c. fe donnent réci¬
» proquement les futurs époux tous & un chacun,
» les biens , meubles , acquets , conquêts , immeubles
& propres qui fe trouveront appartenir
au premier mourant , au jour de fon décès ,
en quelques lieux qu'ils foient fitués , pour en
jouir par le furvivant , en ufufruit feulement. » အ
La demoiſelle Moroy , femme du fieur Pinta
, eft morte le 17 Juin 1776. Procès entre le
fieur Pinta & les héritiers de la demoiselle Moroy.
Ceux ci ont demandé la nullité du contrat de
mariage & de la donation , fous prétexte que le
contrat avoit été paffé devant deux Notaires ,
pere & fils. Sentence eft intervenue en la
Prévôté de Filmes , le 13 Février 1781 , dont
voici les principales difpofitions . « Tout confi
déré , joint les circonftances que les Régle(
95 )
May
"2
ן כ
mens qui défendent d'inftrumenter le pere & le
fils , ne doivent demeurer fans effet , tur-tout
» que dans l'efpece , le fils venoit d'être reçu
Notaire ; qu'un acte de donation , comme celui
porté au contrat de mariage du fieur Pinta
» eft un acte de rigueur ; acte d'ailleurs fufpe&t
» en ce que dans le contrat de mariage , il ne paroît
ni pere , ni mere , ni parens , ni amis , ni
ee témoins pris par le Notaire , autre que fon
» fils , &c ... Nous avons déclaré nul le contrat
» de mariage paffé entre le fieur Pinta & la
demoiselle Moroy , par MM. B... pere & fils ,
» Notaires , le 20 Juin 1772 & la donation
mutuelle faite par icelui , & avons condamné
le fieur Pinta aux dépens ». Appel au
Bailliage de la même ville de Filmes , Sentence
par défaut , le 29 Mars 1781 , qui confirme
celle de la Prévôté. Appel au Parlement.
Procès par écrit en la deuxieme Chambre des
Enquêtes. Enfin , Arrêt du 27 Avril 1785 ;
qui ordonne que le contrat de mariage du zo
» Juin 1774 , & la donation y portée , feront
exécutés felon leur forme & teneur , condamne
» les héritiers Moroy aux dépens. Faifant droit
» fur les Conclufions du Procureur Général du
» Roi , enjoint à B... de fe conformer aux Réglemens
du 24 Mai , 1550 , & 3 Avril 1559 ,
avec défenfe d'y contrevenir , fous telle peine
qu'il appartiendra ».
"
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Oppofition au Bureau des Hypothéques ; question fur
le domicile élu dans ladite oppofition .
Les feur & Dame Benoft , Américains , domiciliés
en Normandie , avoient vendu au fieur .
( 96 )
un Domaine qu'ils poffédoient au lieu de ... &
avoient laiffé une partie du prix entre les mains
de l'acquéreur , à rente conftituée . Il eft effentiel
d'obferver que , dans l'acte de vente , il avoit
été élu par les vendeurs , fans doute vu leur
éloignement , domicile irrévocable pour l'exécution
du contrat , chez un Procureur , & après lui chez
le fucceffeur à fon office . Ce même Domaine fut
dans la fuite vendu au fieur Durand , Négociant
à Toulouse , qui , ayant éprouvé des malheurs
dans fon commerce , le vendit à fon tour au fieur
Baifade , fon confrere , avec faculté d'ufer de
ladite rente conftituée ; celui - ci ayant pourſuivi
des Lettres de ratification , elles ont été fcellées
à la charge d'une oppofition des fieur & Dame
Benoit , dans laquelle oppofition il avoit été élu
tout autre domicile que celui élu irrévocablement
dans l'acte de vente deſdits fieur & Dame Benoît.
Le fieur Durand ayant intérêt d'avoir la mainlévée
de cette oppofition , a fait affigner à cette
fin les fieur & Dame Benoit devant le Sénéchal
de Toulouſe , où les fieur & Damé Benoît le font
préfentés pour demander la callation de l'affignation
, fous prétexte de contravention à l'Edit
du mois de Juin 1771 , qui veut que les Oppofans
foient affignés au domicile par eux élu dans leur
oppofition ; tandis que les fieur & Dame Benoit
ont été affignés au domicile élu dans leur acte
de vente. Appointement du Sénéchal , qui déboute
les Sieurs & Dame Benoît ; appel en la
Cour. Le Défenſeur des Sieur & Dame Benoît a
foutenu que l'appointement du Sénéchal devoit
être néceffairement réformé,& l'affigration donnée
à fes Parties , caffée ; il a cité l'article 22 de
PEdit du mois de Juin 1771.- Arrêt du premier
Août 1783 , qui a demis les fieur & Dame Bonoit
de leur appel , avec amendè & dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 2 Juin.
E nouveau Vifir , Hafnadar Ali Pacha
Lfut inftailé le 10 du mois paflé dans la
nouvelle dignité. Après les jours de cérémonie
, on s'eft occupé des déplacemens .
Tous les grands Officiers attachés à l'ancien
Vifir & dépoffédés , ont été remplacés par
les partifans du Miniftre actuel . Entre les
victimes de cette révolution , il faut compter
encore Imaël Pacha , Gouverneur de
Belgrade , dont la tête a été expofée durant
trois jours fur la porte du Serrail . On commence
à annoncer le même fort au nouvel
Hofpodar de Moldavie , Mauro Cordato .
La flotte , compofée de fix vaiffeaux de
ligne , d'une galiote à bombes & de trois
galeres , appareilla le 12 du mois dernier ,
pour fe remettre à l'ancre à l'entrée de la
rade , devant la mailon de plafance du
No. 29, 16 Juillet 1785.
( 98 )
Grand - Seigneur. Probablement les circonftances
actuelles retiendront toute l'année
cette efcadre dans l'immobilité..
Le Pere Vincent Rufo , Napolitain & Miffionnaire
à Moful ( c'eft l'ancienne Ninive ) vient
d'être la victime de fon imprudence préfomptueule.
Comme il prétendoit être expert en
Médecine. Mehemet , Bey d'Elgefira , le trouvant
fort incommodé , le fit appeler pour le confulter
. Le prétendu Médecin affura le Bey que
fa maladie n'étoit nullement grave & qu'il
le guériroit dans l'inftant. Le Bey fe méfiant de
la capacité du Miffionnaire , voulut une affurance
, & le bon Religieux promit fur fa tête de le
tirer d'affaire . Il donna en coníéquence au Bey
une potion qui fit un effet fi merveilleux , que
celui - ci mourut quelques momens après l'avoir
prife. Les Serviteurs du Bey voyant leur Maître
mort , voulurent faire tenir parole au Miffionnaire
; ils tomberent fur lui & le mirent en
pieces.
Un négociant françois , qui a féjourné
long - temps en Perfe , parle en ces termes des
révolutions auxquelles cet empire eft livré
depuis fi long- temps.
Aly-Murat- Kan eſt aujourd'hui Souverain de
cet Empire , dépouillé des belles Provinces qui
autrefois en faifoient le plus riche appanage.
Les Généraux qui avoient aidé Nader-Schach à
faire des conquetes , même fur le Grand - Mogol ,
& qui avoient fixé les limites de cet Empire depuis
les bords de la Mer Cafpienne , juſqu'au
Pays des Usbeks , penferent , après la mort du
Conquérant , qu'ils avoient un droit incontestable
à l'Empire & fe firent la guerre pour le
conquérir de nouveau les uns fur les autres. Ke,
( 99 )
1
rim- Kam , entraîné dans cette guerre , la finit en
s'emparant de la Province d'Erakatzam , dans
laquelle eft fituée la ville d'Ifpahan , Capitale de
l'Empire . Il fit auffi la conquête de la Province
de Fars.
Bientôt après , autant par
fa politique que par les crimes , il ajouta d'autres
Provinces à fon Empire . Mais il ne fit aucune
démarche pour s'aflujettir les autres Provinces
feparée ; il fe contenta de recevoir l'hommage
annuel de celles Sitziftam & Makaran . Kerim-
Kam étoit né avec une ame très- élevée . Selon
l'ufage de les compatriotes qui habitent aux pieds
des. montagnes de Kermoncha , il avoit donné les
premieres marques de fa valeur en pillant les Caravanes
, & il s'étoit fait une grande réputation
par ce genre d'exploits. Nader- Schach en conféquence
de fes talens & de fon intrépidné , l'avoit
fait fon Grand-Ecuyer . Pendant la vie même
de ce Prince , il avoit été honoré du rang des
Khans , & après la mort de fon Bienfaiteur , il
intrigua fi bien à la Cour , qu'il fe fit nommer
Généraliffime de l'armée de Perfe. Cinq ans
après , il fut déclaré Régent ; il remplit ce pofte
pendant vingt- quatre ans de fuite , avec une habileté
extraordinaire & avec une modération qui
lui gagna les coeurs , tant des Grands que des Petits
; il fut , par la juftice & par fon équité , fe
concilier l'affection & l'estime
univerielle. Il
mourut le premier Mars 1779 , âgé de 74 ans .
Après fa mort , la divifion fe mit une feconde
fois parmi les Grands de l'Empire , & ils chercherent
tous à fe
fupplenter les uns les autres.
Un des plus renommés , fut Saq Khan , ' qui ,
fous prétexte de protéger la Famille Royale
dont il fe difoit le défenfeur , carvint jusqu'a la
Capitale de l'Empire , s'empara des Fils du Roi,
de leurs femmes & de leurs efclaves , & fous prée
2
7
( 100 )
texte qu'il n'y avoit pas des vivres pour les nourrir
, il leur fit lier les main & les fit mallacrer
cruellement les uns après les autres , référvant
pourtant les deux Princes fils du Roi , & les
tenant Prifonniers. Ce fanguinaire Conqué
rant partit de la Capitale pour d'autres expéditions
, & fe propoſa de laiſſer un monument éternel
de fa rage. Arrivé à Yeſtkaft , il fit part de
fon deffein à fes Troupes , & leur dit qu'il avoit
formé le beau projet d'élever dans ce lieu trois
montagnes de corps morts , en égorgeant tous les
Officiers & Serviteurs attachés à la Cour , & que
fur le fommet de chacune de ces montagnes , il
vouloit placer les deux têtes des fils du Roi &
celle de Sadic - Khan . Les Soldats , révoltés d'un
projet fi fanguinaire confpirerent contre la
vie du Général ; ils fe rendirent maîtres de fa
perfonne au moment qu'il fortoit de fa tente
pour mettre le comble à fa barbarie . Sadic-Kan
& les deux Princes furent délivrés ; Abulaht-
Kan , l'ainé des fils du Roi , fut proclamé & res
connu Empereur ; il fit fon entrée à Shiras le 21
Juin 1779. Celui- ci à fon tour fit renfermer Con
frere , pour n'avoir rien à craindre de les intri
gues. Sadic- Kan , après le départ de la famille
Royale pour Ispahan , revint de Shiras , & malgré
une nombreufe garnifon , il s'empara du Pa
fais les fils eurent des querelles avec la famille
royale , mais enfin ils firent , après bien des pillages
, une paix fimulée avec la Cour a laquelle
ils étoient unis par les liens du lang . Sadickhan,
après avoir mis les Grands de la Cour dans fon
parti , furprit à table , le 26 Août , Aboulfath-
Khan fon neveu , regnant alors en Perfe ; ce
Prince y étoit en débauche avec des femmes qui
l'avoient enivré. Sadic Khan , indigné de cette
crapule , fit faifir Abulaht- Kan , le fit renfermer
( 101 )
& le fit déclarer incapable de gouverner. S'étant.
emparé du Tréfor Royal , il fe fit reconnoître en
qualité de Régent & écrivit à tous les Gouverneurs
des Provinces , que l'incapacité reconnue
du fils du dernier Roi , l'avoit porté à s'emparer
de la régence , afin de prévenir les défordres qui
menaçoient l'Etat .
Cependant les Gouverneurs des Provinces ne
vivoient pas en bonne intelligence , ni entr'eux ,
ni avec la Cour . Aly Murat Khan , devenu Généraliffime
des Troupes de Perſe , informé des
cruautés du nouveau Régent , & des atrocités
que fes trois fils commettoient . vint mettre le
fiege devant Shiras , il en prit poffieffion , revint
à Iſpahan , & au mois de Mars 1780 , il fe fit
déclarer Régent de Perfe. Trois jours après , il
fit couper la tête à Sadic Kan , & il fit crever
le yeux à Aboulfath - Khan , légitime Souverain
, de même qu'aux deux autres Princes fes
freres. L'Empereur refta Prifonnier à Shiras , &
les deux autres furent tranſportés à Arzerun . Il
donna le Gouvernement de Shiras à Seed - Murad
, & fixa fa réfidence à Ifpahan . Aly- Murad-
Kan a conquis prefque toutes les Provinces déta
chées de l'Empire. 11 s'eft rendu maître entre
autres de Siriftan ; il en eft parti à la tète de
40000 hommes , pour le rendre dans la Province
de Teiran , d'où il eft reparti au commencement
du printemps de cette année , pour fuivre
le cours de les conquêtes . Teiran , Kilan &
Shirivan font les Provinces les plus fertiles de tout
P'Empire de Perfe ; l'air y eft plus tempéré qu'au
centre du Royaume ; on y recueille da ris en
abondance & les champs y font plantés d'une
grande quantité d'orangers . Les bois de Kilan.
abondent en toutes fortes de fruits ; on y trouve
même des arbres particuliers au fol de l'Amérique
Septentrionale. e 3
( 102 )
ALLEMAGNE
DE
HAMBOURG , le 30 Juin.
Le Roi de Suede a fait frapper huit nouvelles
médailles , qui repréſentent les principaux
événemens de la vie de ce Monar- .
que , depuis 1768 jufqu'en 1779 .
Quelques particuliers diftingués par leur
amour pour les fciences , ayant deffein d'élever
un monument à Berlin , à la mémoire
de Leibnitz , de Sulzer & de Lambert , le
Roi de Pruffe a affigné un emplacement
digne de ce projet. Lorfqu'on l'a communiqué
à ce monarque , il a répondu en ces
termes , en donnant fon approbation.
Les monumens élevés à l'honneur des grands
hommes ont été anciennement un aiguillon propre
à piquer l'émulation de la postérité . Un Baron
de Leibnitz , un Sulzer , un Lambert , ne
méritent pas moins que les grands hommes de
l'antiquité , que leur mémoire foit honorée de la
même maniere , & que leurs talens & leurs mérites
foient tranfmis à la poftérité la plus recu
lés. Peut - être auffi que ces marques d'honneur
réveilleront dans quelqu'un , l'émulation de les
imiter . C'eft dans cette efpérance que , pour répondre
à votre demande d'hier , je vous accorde
la permiffion d'élever un trophée à leur honneur,
orné de leurs ftatues & médaillons . Le lieu le
pius propre pour ériger un tel monument , me
paroit être le milieu de la place qui est devant
ma grande Bibliotheque ; c'eft - là donc que je
vous permets de le faire élever ; vous pouvez :
( 103 )
en conféquence vous adreffer au Lieutenant-
Général de Mollendorf , Gouverneur de Berlin ,
qui recevra de votre gracieux Souverain , les Ordres
néceffaires pour vous accorder certe permiffion
. Pofidam , le 24 Avril 1785. FREDERIC.
Par les vaiffeaux arrivés des Indes orientales
à Copenhague , on apprend qu'il fe
trouvoit l'année derniere à Wampou , dans
la riviere de Canton en Chine , 16 vaiffeaux
Anglois , dont 8 appartenoient à la Compagnie
des Indes orientales , 4 François , 4
Hollandois , 4 Danois , 5 Portugais & un
Américain .
Le riche négociant Danois , Baron de
Bolten , a remis à la Juftice le bilan de fes
affaires de commerce. Les fâcheufes nouvelles
reçues des Indes orientales l'ont déterminé
à cette démarche. On croit cependant
que fes créanciers ne perdront rien.
La Compagnie Afiatique de Copenhague
gagne une année dans l'autre 7 à 8 tonnes
d'or. On porte le bénéfice de la moitié
d'une cargaifon à 50 pour cent par action .
La caiffe de la Compagnie fait circuler annuellement
4 à 5 millions de rixdalers ; & às
on évalue de 10 à 12 millions de rixdalers
la valeur des marchandifes de Chine & des
Indes orientales apportées cette année à
Copenhague fur les vaiffeaux de la Compagnie
& ceux des particuliers .
Une lettre de Holmen en Islande , datée
du 28 Mars , préfente en ces mots le tableau
déplorable de cette ifle.
e 4
( 104 )
Cette ifle continue à préfenter le spectacle de la
déſolation . On avoit pris toutes les mefures imaginables
pour prévenir la famine ; mais malgré ces
précautions , un grand nombre d'habitans font expirés
de faim ; actuellement , il regne ici des maladies
, & fur- tout une diffenterie épidémique qui
moiffonne une grande partie des habitans que
la
famine avoit épargnés . Ceux qui ne font pas encore
attaqués de maladie , font fi énervés , fi dénués de
forces , que les morts reftent 3 à 4 femaines fans
être enterrés. Les vols , faure de fubfiftance , font
très -fréquens, & les mendians nombreux. La perte
de l'ifle eft certaine , G la Providence ne nous dédommage
pas par une fuite d'années fertiles. La
préfente année a bien commencé ; nous n'avons
pre que pas eu d'hiver , la faifon actuelle est belle,
& la pêche s'eft faite avec fuccès jufqu'à préfent.
Il exifte fur le grand cimetiere près de
Potsdam , un monument fépulcral qu'un
négociant y fit élever en 1762 à la mémoire
de fa femme. Ce monument , remarquable
par fa fingularité extravagante ,
offre un mélange de Mythologie & de
Chriftianifme. On y voit un groupe de 3
figures , dont 2 font de grandeur coloffale .
Elles repréfentent Saturne debout avec les
attributs du temps ; une femme affife , &
profondement affligée , & un petit garçon ,
avec les attributs de Mercure. Ce dernier
préfente à la femme une lettre cachetée avec
Pinfcription fuivante en François : A Madame
, Madame Dickow , née à Grunthal , à
Potsdam. La femme tient elle même dans fa
main une feuille , fur laquelle on lit en Allemand
ce qui fuit , traduit littéralement :
( 105 )
Golgatha , le jour de la rédemption générale .
Sur ma feule lettre de change , valeur reçue
en piété & en fidélité conjugale , te payera ,
immédiatement après ton décès , le falut éternel
, ton Sauveur Jesus-Chrift.
Entre divers ufages très - finguliers qu'on
remarque parmi les payfans de certains diftricts
de la Weftphalie , la maniere de célébrer
les noces aux environs de Soeſt , eft furtout
digne d'être connue.
La noce eft ordinairement célébrée à la Ferme
qui doit être habitée par les nouveaux mariés. Les
convives s'affemulent de grand matin ; les hommes
à la Ferme du pere de l'époux ; les femmes & les
filles à celle du pere de la fiancée . A leur arrivéen
on leur fert de l'eau-de - vie & des gâteaux. Pendant
ce déjeûné , les filles habillent la mariée , &
lui placent fur la tête une couronne qu'e les attachent
avec beaucoup de foin . La chûte ou le
moindre dérangement de cette couronne pafferoit
pour un mauvais augure. La fiancée étant habillée ,
on la conduit à l'Eglife ; le plus proche parent du
marié la prend derriere lui fur fon cheval , décoré
de beaucoup de rubans & de fleurs . Quand la bénédiction
nuptiale eft donnée , les payfans qui entourent
le marié , lui appliquent des coups de bâafin
de lui apprendre que les coups meurtriffent
, & qu'il le garde de battre fa femme. Pour
échapper à ce traitement , qui eft quelquefois très.
rude , le marié fe fauve le plus promptement poffible
à la Ferme, où la noce eft célébrée. La mariée
le fuit avec fon cortege ; arrivée à une petite dif
tance de cette Ferme , elle defcend de cheval , &
l'époux , accompagné d'un Ménétrier , vient audevant
d'elle , tenant dans une main un pot de
tons ,
es
( 106 )
bierre , & dans l'autre, un pain , garni de quelques
pieces d'argent ; la mariée en gcûte , & le refte ,
avec l'argent , eft donné aux pauvres. Cette cérémonie
exprime l'obligation où eft l'homme d'entretenir
fa femme pendant fa vie. Le marié conduit
enfuite la femme à table , la place en haut &
la fert pendant le diner. Le diner fini , le plus
proche parent du marié conduit la fiancée à la
falle du bal , & l'ouvre avec elle ; ce qui lui vaut
un beau mouchoir de poche , qu'il reçoit de la danfeufe.
Vers la nuit, on ôte à la mariée la couronne
qui eft remplacée par un bonnet de femme . A cette
occafion , les femmes & les filles de la noce font
grand bruit ; les filles défendent la couronne de la
mariée , à laquelle les femmes s'efforcent de mettre
un bonnet de leur fexe ; à la fin , les dernieres
remportent la victoire , qu'elles fignalent par une
danfe ; le marié faifit cette circonſtance de gaieté
pour enlever fa femme qu'il conduit dans la chambre
nuptiale. Le lendemain matin , les convives
s'affemblent de nouveau à la maison de noce , &
après le déjeûné , les jeunes gens des deux fexes
conduilent la mariée par-tout l'enclos de la Ferme
de fon mari ; les garçons font munis de fufils &
portent un drap blanc, attaché à une longue perche
; ils tirent fur ce drap , & tâchent d'y mettre
le feu. Cette promenade finie , on se met à table,
& la fête eft terminée par des préfens que les convives
font aux nouveaux mariés .
Le fupplice du dernier Vifir , à ce qu'on
apprend de Conftantinople , a été accompagné
de circonſtances qui ajoutent à l'intérêt
de cette tragédie.
L'exécution fe fit dans l'iffe de Bochera- Ada
dans l'Archipel , où Aly Bey , fils du Lieutenant
du Capitan- Pacha , & le Maître- d'Hôtel du vieux
( 107 )
Grand Amiral , atteignirent le malheureux Halil
Hamid : ils fe rendirent à minuit dans fon
appartement ; & l'ayant trouvé au lit , ils lui no.
tifierent l'Arrêt fatal que fon Maî re avoit rendu
contre lui. L'infortuné Miniftre , plein de défefpoir
, déchira le papier , & fe prépara fur- lechamp
à la mort en faifant fa priere , au milieu
de laquelle fes bourreaux fe jetterent fur lui ,
l'étranglerent & lui couperent la tête. Vrailemblablement
c'eſt une addition à la vérité , lorfqu'on
rapporte que dans ce moment de défo ation
& d'anxiété il s'écria : Telle eft dans ce pays
larécompenfe des Miniftres qui ont fidélement ſervi
- l'Etat ! Du moins eft- il certain , que Halil - Hamid-
Pacha , par une adminiſtration prudente &
réglée , avoit rendu de grands fervices à l'Empire
Ottoman. Mais en revanche on ne lui reproche
qu'avec trop de fondement , qu'il étoit dominé
par une avarice infatiable , & que fa plus grande
paffion étoit d'accumuler des tréfors . Dès qu'il
eut été mis à mort , l'on fouilla fes effets , &
l'on Y trouva des joyaux pour la valeur d'environ
cent mille piaftres , des Lettres de- change pour
environ cinquante mille piaftres , deux mille
ducats de Venife en efpece , & des tablettes relatives
à fes finances particulieres , mais écrites
de façon qu'on n'en a pu tirer aucun éclairciffement.
:
La deftinée de l'ancien Muphti n'auroit pas
été meilleure que celle de l'ancien Grand - Vifir,
fi fon fucceffeur ne l'avoit empêché du moins
on affure que , comme la Religion Mufulmane
défend de mettre la main fur un des Miniftres du
Prophète , pour lui faire violence , & beaucoup
plus pour attenter à la vie , le projet étoit de le
tirer des Gens de Loi , en lui conférant les trois
Queues , & dele faire étrangler enfuire omme
e 6
( 108 \
n'appartenant plus au Corps du Clergé mais
le nouveau Muphti ne voulant pas fans doute donner
un exemple qui pourroit un jour lui devenir
funefte à lui - même , s'y oppofa de toute fa force ,
& effectua qu'on fe contentât de le reléguer à
Caiffa en Arabie ; exil néanmoins qui a beaucoup
étonné , parce qu'il est très rare à l'égard
d'un Chefde la Hiérarchie.
DE VIENNE le 17 Juillet.
3
Le jour même de fon arrivée à Mantoue ,
premier Juin ) l'Empereur alla à la rencontre
de LL. MM . Siciliennes , qui le même
foir , entrerent dans la ville , où les fêtes fe
font fuccédées les jours fuivans. Le 7 , l'Empereur
, le Roi de Naples & l'Archiduc fe
rendirent à Vérone , où on leur donna le
fpectacle d'un combat de taureaux . Ils revinrent
le même jour à Mantoue , où le
Grand Duc de Tofcane les joignit le lendemain
. De Parme où le Roi & la Reine
de Naples fe font rendus , en quittant Mantoue
, ils font allés à Turin , d'où ils viendront
à Milan où on leur prépare différentes
fêtes.
Le Comte de Fries , Banquier de la Cour ,
a été trouvé noyé , il y a quelques jours ,
dans l'un des ballins de fon jardin . On ne
fait fi cet accident eft dû à une attaque d'apoplexie
, ou aux vapeurs hypocondriaques
auxquelles M. de Fries étoit fujet depuis
quelque temps. Il étoit né à Mulhouſe en
( 109
Suiffe , & laiffe une fortune immenfe à partager
entre plufieurs enfans .
Des lettres de Conftantinople du 4 de ce
mois , portent qu'on y conftruit en diligence
z vaiffeaux de ligne , qu'on y a lancé
dernierement un yacht d'avis , & que refcadre
deſtinée à croifer dans l'Archipel a
mis à la voile . Ces lettres ajoutent que 2
vaiffeaux vont à Synope ; à bord de l'un fe
trouve un Capidgi Bachi qui y doit examiner
l'affaire du Conful Ruffe . Le Gouvernement
de Gedda , que devoir avoir l'Ex-
Grand -Vilir , étranglé en route par l'ordre
du Grand Seigneur , a été conféré au
Pacha de Candie .
-
La pefte s'étant manifeftée à Smirne & à
Tripoli , les bâtimens venant du Levant , &
allant à Triefte , font obligés d'y faire une
quarantaine de 45 jours.
Un particulier d'Oedenbourg , nommé Jofeph
Thot , qui n'a pas de proches parens , a fait un acte
teftamentaire , par lequel il a inftitué les pauvres
honteux de cette ville , légataires univerfels de fa
fortune , & il a placé pour eux un capital de
33,000 florins , dont il leur fait diftribuer les intérêts
avec exa&itude . L'Empereur ayant cu connoiffance
de cet acte de bienfaisance a fait remettre
à ce particulies , publiquement une
chaîne d'or.
2
,
Depuis quelque temps , on avoit remarqué
plufieurs crevaffes d'une montagne plantée
de vignes aux environs de Claulenbourg
en Tranfylvanie. Tout à coup cette montagne
s'eft fendue dans la longueur de 15
( 110 )
toifes fur une largeur de 20 pieds , & la partie
qui s'en eft détachée , et tombée dans
la riviere de Szomos. On craint que la
montagne entiere ne s'écroule ; & cela feroit
très-poflible , comme l'événement eſt
arrivé en Suiffe aux monts Diablerets , &
en Savoye fur la route de Chambery à Grenoble
, près du village des Marches .
Depuis le 22 jufqu'au 25 Juin , les eaux
du Danube fe font tellement accrues
qu'elles ont inondé les fauxbourgs de Roffan
, de Wiefen , de Léopolftadt , & tous les
diftricts fur fes deux rives. Non- feulement
les jardins & les campagnes font fubmergés
; mais la rapidité du courant a de plus
renversé des ponts , des digues , des maifons
; des villages entiers ont été détruits ,
ainsi qu'une grande quantité de bétail . Le
cours des poftes a été fufpendu , & la crue
des eaux fi fubite , qu'on n'a pas eu le temps
de prendre aucunes précautions. On attribue
cette inondation à la prodigieufe quantité
de neiges qui couvroit les montagnes
du Tyrol & de l'Autriche fupérieure , &
qu'ont fondu les chaleurs & les pluies de
l'Eté.
Il s'eft paffé dernierement dans cette capitale
un événement tragique , dont on a
déja vu ailleurs quelques exemples .
Un foldat aimoit paffionément une jeune
fille & fe flattoit de l'époufer . Il rencontra des
obfticles qu'il n'avoit pas prévus ; il ne pouvoit
en obtenir la permiffion , & il fe vit réduit à
( m )
perdre tout espoir. Il va trouver la maîtreffe , &
lui déclare que , ne pouvant vivre fans elle , il
veut périr , mais qu'il l'estime affez pour croire
qu'elle voudra bien périr avec lui . La fermeté
avec laquelle il fait cette propofition étonne la
jeune perfonne qui , foit par crainte ou d'autres
motifs , lui demande quelques jours de réflexion .
Il céde à fes inftances ; plufieurs jours s'écoulent
, nul changement dans leur fort ; il déclare
qu'il va mourir feul . Sa maîtreffe ne peut foutenir
cette idée , elle le fuit hors de la ville ; ar
rivés dans un endroit écarté , il tire froidement
un pistolet & le dirige fur fa compagne qui fut
renversée ; tandis qu'il le recharge pour luimême
, l'infortunée lui dit qu'elle n'eft que légérement
bleffée , & le prie de l'achever. Il tire
un fecond coup , & lui loge une balle dans la
poitrine. Il recharge tranquillement fon arme ,
Ja dirige contre fon front , la balle ne fait que
l'effleurer ; il a la force de recommencer une
quatrieme fois , & il tombe à côté de fon amante.
Le hafard fit découvrir les deux corps le jour
même on leur trouva encore un refte de vie :
le rapport des Chirurgiens confirme qu'ils ont
tous deux reçu un coup qui ne pouvoit les tuer ;
tous deux avoient la feconde balle dans le
corps , & on efpere de les fauver , fur - tout
la fille .
DE FRANCFORT , le S Juillet.
Nous fommes encore fans nouvelles certaines
de l'invafion de Ragufe par les Turcs.
Quelques difpofitions de ces derniers , dont
on rend compte dans des lettres de Fiume
ont femé cette allarme anticipée.
( 112 )
Les deux Bachas de Scutari & de Bofnie font
en pleine révolte contre le Grand Seigneur. Ils
font à la tête d'une armée confidérable , & font
des mouvemens qui annoncent leur deffein de
piller & de dévafter tout ce qui tombera fous
leurs mains , ou fera à leur bienfeance . La Régence
de Ragufe eft dans les plus vives allarmes
à ce sujet. A tout événement , elle prend toutes
les précautions qui font en fon pouvoir pour fe
mettre en état défenſe . Elle a fait venir les habitans
de fon territoire , & leur a fait tranſpor
ter de l'Artillerie dans les fortifications où il en
manquoit . Cette Régence a ordonné d'employer
toute la farine à faire du biſcuit ; toute la viande
fraiche a été falée , afin de mieux la conferver ;
on a pris auffi du côté de la mer toutes les précautions
que la prudence fuggere dans les grands
dangers. La Régence s'eft crue d'autant plus nécellirée
à le mettre en état de défenſe , qu'elle
fait pofitivement que les deux Bachas ont refufé
conftamment de marcher avec toute leur cava'erie,
comme ils en ont reçu l'ordre téitéré & précis
da Grand Seigneur . Le Miniftre Ottoman
a déja dépêché deux fatellites- bourreaux pour
porter la tête de ces deux Gouverneurs à Conftantinople
, mais infructueufement. Les deux
rebelles qui ne font pas d'avis de fe la laiffer
couper de bonne grace , ayant été avertis de
l'ordre expédié contr'eux , ont fait cauſe commune
, & ont levé une armée de foixante mille
hommes ; avec cette fauve -garde . ils ont gagné
vers les montagnes des Montenegrins , pour s'y
retrancher & y attendre tous les Capigi Bachis du
Sérail. On croit cependant qu'ils ne réuffiront
pas facilement à fe réfugier chez les Monteaegrins
, & qu'ils feront forcés de chercher un autre
afyle . Ce qui augmente la terreur des Ragufiens ,
( 113 )
c'eft qu'un proche parent du Bacha de Scutari eft
allé fe réfugier à Ragufe , pour fauver la tête
que le Bacha vouloit abattre , afin de n'avoir
plus rien à craindre de l'infidélité de ce parent
devenu fufpec. Ia colere du Becha eft exaltée
contre les Ragufiens , parce qu'ils ont donné
afyle à ce fugitif , & qu'ils lui ont ouvert les portes
de leur ville , de même qu'à 60 compagnons
qui ont échappé à la cruauté du Bacha.
Le Duc regnant de Bruntwick a fait préfent
à fon frere , le Duc Frédéric' , de la
fucceffion du feu Duc Léopold , dont le
Prince a difpofé en faveur de l'Ecole de garnifon
à Francfort fur l'Oder , fondée par le
Prince mort.
Dans les affemblées de la Diete de Ratifbonne
, du 30 Mai , du 3 & du 6 de ce
mois , les trois colleges de l'Empire ont
donné leur agrément aux conventions d'échange
& de limites entre la Couronne de
France , le Prince de Nafla - Weilbourg , le
Prince Evêque de Bâle & la maifon des
Comtes de la Leyen . En conféquenceil a été
arrêté de fupplier S. M. I. de ratifier ces
conventions , en qualité de chef de l'Empire.
La recette de la caiffe de la Chambre Impériale
de Wezlar a monté l'année derniere
à la fomme de 109,453 rixdalers , & la dépenfe
à celle de 91,405 . Il fe trouve actuellement
en caiffe 266,443 rixdalers , & il lui
eft dû comme arrérages de contributions
des états de l'Empire la fomme de 547,750
rixdalers .
( 114 )
ITALI E.
DE GENES , le 28 Juin.
Le Doge Giovanno Baptifto Airolo ayant
achevé le temps de fon adminiftration , la
République lui a donné pour fucceffeur
dans cette éminente dignité , le Noble Giovanno
Carlo Pallavicini.
Les dernieres lettres d'Iftrie & de Dalmatie
nous ont raffuré fur l'invafion du territoire
de Ragufe. Le Pacha de Scutari y étoit
entré effectivement ; mais fans commettre
d'hoftilités ; encore moins s'empara- t-il de la
ville , qui s'étoit miſe en défenſe. Ce Pachaeft
actuellement hors du domaine de la République
, & on lui fuppofe le projet d'une
expédition contre les Monténégrins.
L'Inquifition de Madrid a condamné à
une prifon d'un an & à un banniffement
perpétuel , un vieillard François , nommé
Pierre Conteau , Maître de Langues , accufé
de quelques erreurs dans le dogme & d'indiferétion
dans fes leçons publiques.
Ler du mois dernier , une galiote de cette Régence
amena dans ce port un matelot, un mouffe ,
un novice & une femme échappés de la frégate
Françoi e la Modefte , périe par le feu dans la Méditerranée
, avec des circonftances auffi terribles
que la maniere dont ces quatre perfonnes ont eu
le bonheur de fe fauver eft étonnante. Lorfque
l'équipage de la frégate vit qu'il n'étoit plus poffible
d'arrêter le progrès des flammes , on prit le
( 115 )
parti de mettre les canots à la mer , mais le grand
nombre de ceux qui s'y jetterent pêle- mêle avec
précipitation , les fit couler à fond. Le grand
mât & le mât de beaupré , ayant été brûlés par
le pied , tomberent dans l'eau , & fervirent de
refuge au Capitaine , avec trente hommes de l'équipage.
Quinze autres , entre lefquels étoient
les trois hommes & la paffagere qui font arrivés
dans ce port , s'attacherent au mât de beaupré ,
fur lequel ils flotterent pendant fix jours. Sans
alimens quelconques , ils ne fubfifterent que de
leur urine & d'un peu d'eau de mer. Dix de ces
malheureux périrent fucceffivement . Le fixieme
jour, les cinq qui avoient réfifté aux horreurs de
cette fituation , apperçurent la galiote Algérienne
, qui s'approchi d'eux & les reçur avec le
plus grand empreffement. Le Reis ou Capitaine
porta méme l'humanité jufqu'à chercher les débris
de la frégate où d'autres perfonaes pouvoient
s'être fauvées : à la diſtance de plus de deux milles
, il trouva le grand mât , mais il n'y vit perfonne.
Malgré les fecours qu'il fit donner aux
cinq qu'il avoit à bord , l'un d'eux mourut au
bout de deux jours. If a préfenté les quatre autres
au Dey qui les a envoyé fur le champ au
Conful François . On dit que le matelot & le
novice font hors de danger , mais que le mouffe
& la paffagere font dans un état déſeſpéré.
Cette derniere eft de Marfeille. Elle alloit rejoindre
fon mari , qui eft établi au Cap François.
Elle menoit avec elle une fille de feize ans , qui
fe trouve probablement au nombre de ceux qui
ont péri.
L'Empereur de Maroc travaille à réparer
les défenfes de fes villes maritimes , de Tanger
en particulier. Il a fait acheter à Gibral-
"
( 116 )
tar 1o canons de 36 livres de balles. En ou
tre , il a reçu du Roi d'Angleterre un préfent
de 4 canons de cuivre de 26 livres de
balles , & 24 canons de fer. La frégate fuedoife
le Gripen a apporté aui à ce Prince
un cadeau de munitions de guerre : le tribut
du Roi de Danemarck , fufpendu depuis
trois ans , & qui confifte en 75000
piaftres , eft arrivé à Mogador. L'Empereur,
dit-on , a demandé quelques frégates à la
Hollande & au Portugal , & en fait réparer
deux ou trois à Gibraltar.
On a reçu en Eſpagne de triftes nouvelles
du vaiffeau de regiftre la Licorne , parti' de
Cadix pour Lima , le 19 Mai 1784.
Ce Vaiffeau , après avoir vainement tenté de
paffer le cap de Horn , fe trouva forcé de chercher
une relâche, & avoit eu le bonheur de gagner le
port de Maldonado , où il étoit entré le 26 Janvier
dernier , après 8 mois & 7 jours d'une navigation
pénible , pendant lefquels il avoit été plufieurs
fois en danger de périr au milieu des glaces , dont
il s'étoit trouvé environné à la latitude du cap de
Horn, Il avoit heurté contre un banc de ces gla
ces , & n'avoit évité de s'y brifer que par un bonheur
inouï , après avoir été démâ: é de ſon mât
d'artimon & avoir eu fon beaupré très - endommagé
. On affure qu'il a perdu 101 à 102 hommes
d'équipage , morts de fatigue & par une luite de la
corruption des vivres ; enfin ce Vaiffeau est arrivé
dans le plus fâ heux état à Montevideo .
LL. MM. Siciliennes arriverent à Turin
le 15 de ce mois , fous le nom de Comte &
de Comtele de Caftellamare . Elles avoient
( 117 )
dîné le même jour à Montcallier , avec la
Famille Royale , & affifterent le foir au ſpectacle
fur le théâtre royal qu'on avoit illu
miné. Chaque jour a été marqué depuis par
des réjouiffances qui ont dû fe prolonger
jufqu'au départ de LL . MM . Siciliennes.
L'Empereur étoit attendu à Milan le 18.
De Crémone ce Prince eft allé à Pizzightone
, vifiter les travaux de conftruction
d'une nouvelle maifon de force. Le 14 il fe
rendit à Pavie , d'où il fe rendit à Sefto près
du lac majeur , fur lequel il doit s'embarquer
avec le Grand Duc pour aller voir les
fameufes & charmantes ifles Borromées.
Don François Daniele , Hiſtoricgraphe du Roi
de Naples , a été chargé par S. M. d'écrire l'Hiftoire
de la Calabre , en expofant l'état de cette
Province , avant le défaftre de 1783 , & fon état,
actuel , depuis les fages réglemens & les mesures
dont s'occupe le Gouvernement pour lui rendre
fon premier éclat .
Depuis que le St. Pere a été vifiter les marais
Ponteins , le bruit s'eſt répandu que S. S. eft dans
l'intention de faire ceffer les travaux entrepris
pour le defféchement de ces marais. On donne
pour raison de cette réfolution , la grande difficulté
de trouver la pente néceffaire pour l'écou
lement des eaux. Il fera même difficile de conferver
dans l'état actuel la partie de ces travaux qui
eft déji achevée , & qui épargne 30 milles de
chemin pén ble pour le rendre de Naples à Rome.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , les Juillet.
M. John Adams , Miniftre plénipotentiaire
( 118 )
des Etats Unis , a preffé , dit - on, le Marquis
de Carmarthen , Secrétaire d'Etat , d'ouvrir
une négociation pour le paiement des négres
enlevés aux Infurgens pendant la derniere
guerre . Le Secrétaire d'Etat , à ce qu'on ajoute
, s'eft refufé à ces inftances , en déclarant
qu'il ne s'y prêteroit qu'après l'exécution entiere
& prealable de la part des Américains ,
des claufes du Traité de paix. M. Adams fera
auffi tous les efforts pour obtenir la liberté
de commerce entre les Etats Unis & les Ifles
Angloifes ; article encore plus délicat que le
précédent.
M. Wilkes a été réélu Chambellan de la
Cité , malgré les efforts de fes Adverfaires ,
& a prété le ferment de fon office.
La Chambre Haute a entendu toutes les
dépofitions relatives à l'arrangement de commerce
avec l'Irlande , & dans peu de jours.
elle prendra cet objet en confidération . Perfonne
ne s'eft plus diftingué , durant ces longues
& pénibles féances , que le Vicomte de
Stormont. Il n'ajamais manqué à l'Affemblée;
dans fes recherches , dans fes interrogations
aux témoins entendus à la Barre de la Chambre,
il a montré une fagacité , une connoiffance
des affaires , & une jufteffe d'efprit fupérieures.
Tous les partis fe réuniffent dans
cet éloge bien mérité.
La Chambre des Communes a voté une
fomme de 21,000 l . ft. pour les Bâtimens du
Sommerfet -House , pendant l'année courante.
( 119 )
Il eft à obferver que même , au milieu de la
guerre la plus difpendieufe pour la Nation ,
jamais la partie du Subfide , confacrée à ce
grand édifice , n'a été fufpendue.
Le Bill relatif à la Police de la Cité &
de Westminster , préienté par le Solliciteur
général , éprouve des difficultés . Il s'agit
moins cependant , de faire de nouvelles loix,
que de redonner aux anciennes de la vigueur,
&fur-tout d'en aflurer l'exécution . Le Corps
Municipal paroît le plus vivement fo levé
contre les mesures pro olées , ainfi qu'on en
jugera par la Pétition fuivante que les Sheriffs
de la Cité préfenterent le 29 à la Chambre
des Communes .
Les fupplians expofent qu'ils font très - juftement
allarmés d'un bill poré au Parlement ,
pour prévenir plus efficacement les crimes & punir
plus promptement les pertubateur : du repos
public , dans les cités de Londre : & de Weftminf
ter , dans le fauxbourg de Southwark & certaines
parties y adjacentes . Ils fe croient obligés , en
qualité de Magiftrats effentiellement intéreflés à
l'adminiftration de la juftice , de témoigner les
effets funeftes & dangereux qu'ils appréhendent
d'une Loi qui , fous prétexte de corriger des
abus , renverſe les formes établies par la fageffe
de nos ancêtres , & qui tend à détruire les droits
les plus refpectables & les plus chers d'une ville
floriffante , & la liberté conftitutionnelle de plus
d'un million des fujets de S. M. Que les Supplians
s'abftiennent de préfenter le nombreuses
& puiffantes objections qui s'offrent à eux contre
les claufes & les provifions particulieres du bili ,
parce qu'il fuffit de dire que le principe du bili
( 120 )
établit , au mépris des Chartes , un fyftême de.
police entiérement neuf & extremeinent arbi- “
traire , en créant fans néceffité de nouveaux Officiers
, revêtus de pouvoirs dangereux & exe,
traordinaires , renforcés par des peines capitales ,
& totalement exempts de cette limitation & de
cette refponfabilité , dont la Loi a juſqu'ici jugé ,
néceffaire d'accompagner tout pouvoir extraordinaire.
Ce principe leur paroit fi pernicieux qu'il
n'eft point d'amendement , ni de modification'
qui puiffent excufer cette mefure aux yeux de la
nation . Ils fupplient donc très - inilamment la
chambre de tranquillifer , en rejettant immédia-.
tement le bil , les fujets de Sa Majesté.
L'Alderman Newnham ayant fait la motion
que cette Requête fut mile fur le tapis ,
P'Orateur de la Chainbre répondit , que le
Bill original avoit été retiré , & qu'on s'occupoit
lui en fübftituer un nouveau. Le
Solliciteur général ayant été interrogé fur le
tems où le nouveau Bill feroit préfenté à la
Chambre , il répondit , qu'il le feroit bientôt,
ou point du tout.
L'Alderman Hammet dit que le bill avoit alar ,
mé toute la Ville . qu'elle comptoit beaucoup
fur la vertu du Miniftre , & qu elle eſpéroit en
conféquence qu'il ne donneroit po.nt fa voix aux
propofitions actuelles .
i
•
L'Alderman Thownfed appuya ce bill , en difant
qu'il étoit très- néceffaire depuis que l'emploi
de Juge étoit devenu fi difficile. Le bill actuel.
dit - il , n'eil point préſenté dans la vue d'augmenter
la licence des cabarets & des prêteurs
fur gage. Son objet eft de régier la police de la
ville. Mais on ne pourra guere diſcuter le mérite
de
( 121 )
de ce bill , la feffion étant auffi avancée , & la
Chambre étant auffi peu nombreuſe , puifqu'il
paroît qu'il n'y a pas dans ce moment cent de fes
Membres à Londres. M. Townsend cenfura let
défaut des Loix qui permettoient à un Juge de
pardonner aux voleurs les plus déterminés. Il fe
plaignit de ce qu'il n'y avoit point de lieu par
ticulier fixé pour la tranfportation des criminels.
Il dit qu'il falloit que puifque la Chambre s'intéreffoit
encore à la vie de ceux qui s'étoient
rendus indignes de toute miféricorde , il falloit
qu'elle nommât des comités pour choisir un climat
qui ne fût ni trop chaud , ni trop froid. Perfoune,
dit il , ne s'émeut lorsqu'une perfonne
indigente eft dépouillée de fa propriété : perfonne
ne fonge à réparer fon malheur ; mais lorsqu'un
voleur eft arrêté , tout le monde s'alarme fur
fon fort. En critiquant l'infuffifance des Loix ,
M. Tow hend cita le cas d'un M. Beft , qui ayant
été attaqué par des voleurs , fe défendit contr'eux
en homme de coeur. Les voleurs furentarrêtés , jugés
& condamnés ; puis on leur pardonna , à condition
qu'ils feroient renfermés quelque tems en
prifon . Finalement ils ne furent pas même enfermés
, & ils jurerert en ſe retirant qu'ils arrangegeroient
M. Beft ; de maniere que ce particulier
étoit obligé de s'armer toutes les fois qu'il fortoit
de la Ville , pour être en état de repouffer ces
bandits. Il remarqua que les vols de chevaux fe
multiplioient à un point étonnant , & il attribua
ce vice à l'impunité. Il dit que lorsque le Marquis
de Lanfdown étoit à la tête des affaires , on
avoit donné une proclamation pour faire arrêter
tous les vagabonis ; que les Magiftrats avoient
exécuté fa teneur, mais que le nouveau Minifire ,
loin de fu vre fon devoir à cet égard , avoient fait
donner la liberté à ceux qui avoient été arrêtés,
N°. 29 , 16 Juillet 1785.
f
1
( 122
de maniere qu'ils étoient devenus plus voleurs
que jamais. L'honorable Echevin finit par obfer.
ver qu'une fimple addition aux loix actuelles ferpit
fuffifante.
Le Chancelier de l'Echiquier défapprouva la
motion , & dit qu'il n'étoit pas auffi difficile de
régler la police que cet Alderman vouloit le faire
entendre. Il finit fon difcours par s'oppoſer à la
motion.
Le Solliciteur général affura la Chambre , par
un très-long difcours , qu'il l'inftruiroit pleinement
de la nature & des progrès du bill. Il dit
que depuis plufieurs mois , il s'étoit particuliérement
attaché à fuivre dans les papiers publics ,
les accidens où la fûreté publique avoit été vio-
Tée. Les nombreux événemens de ce genre l'avoient
convaincu de la néceffité d'une amélioration
dans l'inſpection de la police , & il finit en
difant qu'il fe croyoit obligé de foutenir une pareille
meſure.
L'Alderman Watſon & quelques autres Membres
ayant encore parlé , la motion fut rejettée.
Perfonne n'a joui dans ce Royaume d'une
plus haute eftime que M. Haftings : il en reçoit
les marques les plus flatteufes; & il eft difficile
d'obtenir une confidération plus univerſelle.
La Cour des Directeurs de la Compagnie lui
a donné un dîner folemnel à la Taverne de
Londres. Le Comte de Mansfield , le Chancelier
Lord Thurlow , tout ce que l'Etat a de
plus illuftre & de plus recommandable , s'empreffent
à le rechercher & à l'accueillir. Son
caractere ouvert & facile , & fes manieres
aifées , ont achevé de lui gagner les fuffrages
de ceux qui ne le connoiffoient encore que
1.
( 123 )
par fes talens & par fes fervices. Sa préfente,
a fait taire tous fes détracteurs. On peut fe
rappeller leurs forties précédentes en Parlement
, contre ce Gouverneur Général , dont
ils alloient , difoient ils , dévoiler la conduite
& demander la tête. Aujourd'hui , ces Orateurs
font muets , & conviennent , par leur
filence , des immenfes avantages qui ont réfulté
de l'adminiftration de M. Haftings.
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Olnabruck ,
doit affifter à la revue générale de l'armée
Pruffienne. Le Comte Cornwallis , le Colonel
Fox, & plufieurs autres Officiers Anglois
doivent accompagner ce Prince , & vont fe
rendre à Hanøvre inceffamment.
Le paiement du demi- dividende annuel
des Actions de la Compagnie des Indes , qui
fe fait en ce moment , va mettre en circulation
deux millions fix cens mille liv. fterl .
dont un million , au moins , à ce qu'on préfume
, fera verté dans les fonds publics .
Quelqu'un a calculé , que fi de deux perfonnes
, l'une fe leve à 6 , & l'autre à 8 heures'
chaque jour , en les fuppofant toutes deux
couchées à la même heure , il en résulte en
faveur de la premiere, dans l'efpace de 40 ans,
un bénéfice de 29,200 heures , foit de trois
années , 121 jours & 16 heures , gagnées pour
les affaires & pour l'occupation de fon efprit
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Juillet.
30
Le 19 du mois dernier , le fieur Foullon
£ 2
( 124 )
d'Ecotier , Maître des Requêtes , nommé à
l'Intendance de la Guadeloupe , a eu l'honneur
de faire fes remercîmens au Roi , à qui
il a été préfenté par le Maréchal de Caftries,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le département
de la Marine.
Le 29 , le feur de la Peroufe , Capitaine
de Vaiffeau , commandant la Bouffole &
Aftrolabe , a eu l'honneur de prendre congé,
étant préfenté à Sa Majefté par le Maréchal
de Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de la Marine.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le
contrat de mariage du Vicomte de Caraman,
Capitaine de Dragons au régiment de Noailles
, avec Demoifelle de Merode.
Le feur du Perron , des ' Académies de
Rouen & de Gaën , & la dame veuve
Pallouis , Artifte Lyonnoiſe , Entrepreneurspropriétaires
de la Fabrique 1oyale de la
vraie fo e galette filée par les Pauvres , &
des étoffes de Paris , ont eu lhonneur de
préfenter à Monfeigneur le Duc de Normandie
, avec l'agrément de la Ducheffe de
Polignac, Gouvernante des Enfans de France,
une étoffe en foie femblable à l'ancienne
écarlate fur laine , pour faire un couvre- berceau
pour ce Prince.
Le Roi ayant permis au fieur ô - Dunne ,
fon Ambaffadeur près Leurs Majeftés Très-
Fideles , de fe retirer , Sa Majesté a nommé
à cette Ambaffade le Marquis de Bombelles ,
ci-devant ſon Miniftre près la Diete géné(
125 )
rale de l'Empire , qui a eu , le 2 de ce mois ,
l'honneur de faire fes remercîmens au Roi ,
étant préfenté par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Miniftre
& Secrétaire d Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Mauléon ,
Ordre de Saint -Auguftin , diocefe de la Roche
le , l'Abbé de Ségur , Vicaire général de
Bordeaux ; à celle de Saint Michel de Tonnerre
, Ordre de Saint Benoît , dioceſe de
Langres , l'Abbé Guyot d'Uffieres , Précepteur
des Princes enfans du Duc de Chartres ;
& à celle de la Caignotte , même Ordre ,
diocefe d'Acqs , l'Abbé Parent, Vicaire général
d'Orléans .
}
DE PARIS , le 14 Juillet.
M. de la Chalotais , ancien Procureur-
Général au Parlement de Rennes , vient de
mourir à l'âge de 84 ans .
On écrit de S. Malo , ce que nous ne garantiflons
point , que la marée a manqué
un jour dans ce port. Ce phénomene trèsrare,
n'eft pas fans exemple , & n'a jamais
été général : il tient fans doute à des cau es
locales & momentanées , fans la parfaite
connoiffance defquelles , il feroit difficile de
l'expliquer.
Le bruit s'étoit répandu que M. Ducis ,
de l'Académie Françoife , voyageant en
Suiffe , étoit tombé dans un précipice , en
voulant fauter de fa voiture prête à verfer.
Cet accident exagéré n'eft point arrivé en
f }
( 126 )
Suiffe , où la beauté des grandes routes
dans les montagnes rendent ces événemens
auffi rares que dans la plaine. Il est vrai que
fur la route de Lyon en Savoie , entre les
Echelles & Chambery , les chevaux de la
voiture de M. Ducis prirent le mors au
dent; il fut emporté affez long- temps dans
des chemins affez périlleux ; & la portiere
de fa voiture s'étant brifée , il s'élança fur
des rochers qui l'ont meurtri. Il étoit beaucoup
mieux au départ du dernier courier.
Tels font du moins les détails qu'on donne
dans le public de cette chûte.
Abufés par le ton d'affurance des feuilles
publiques ou d'autorités équivalentes , nous
avons annoncé précédemment un incendie
à Luxeuil , & des pluies bienfaifantes en Auvergne.
Le fait eft qu'il n'y a eu ni pluies ni
incendie. M. le Maire de Luxeuil nous a éclai
zés fur cette impofture , dont nous ne divulguerons
pas les motifs ; & il nous atteſte
que depuis un an , il ne s'eft pas feulement
manifefté un feu de cheminée à Luxeuil & à
trois lieues à la ronde. Pour comble , les
auteurs de cette fauffeté avoient attribué ce
prétendu embrâfement à des incendiaires.
Nous fimes fentir l'invraiſemblance de cette
fuppofition , fans nous douter de la hardieffe
avec laquelle on avançoit un fait auffi
aifé à démentir.
L'Auvergne a reffenti quelques légers momens
d'orage , fans pluies durables , &
éprouvoit encore, à la fin du mois dernier,
( 127 )
la calamité d'une féchereffe défaftreufe , doft
nous recevons des détails défolans de tou
tes parts. Cette malheureufe province , eft
d'autant plus à plaindre , que les beftiaux &
les fromages font toute fa reffource ; & nous
reffentons le plus grand regret d'avoir préfenté
fa fituation fous des couleurs qui fem
bleroient rendre inutiles les ſecours dont elle
a un befoin urgent. Efpérons que les pluies ,
dont Paris & fes environs ont été arrofés
depuis quelques jours , auront également
vivifié le refte du royaume.
Un particulier de Beaumont de Loumagne ,
voulant faire curer fon puits , qui s'étoit defféché
, y fit defcendre un homme qui bientôt après
avoir commencé fon travail , fut obligé de remeň .
ter , à caufe d'une extrême défaillance dont il fe
Textit preffé.
Il y redefcendit le lendemain , & fe fentit attaqué
du même mal , mais fi vivement qu'il tomba
en fyncope. Le maître n'entendant plus travailler
, parle à cet homme , qui ne lui répond point.
Auffi-tôt il appelle du fecours. Un jeune homme
defcend vite pour fecourir ce malheureux ; à
peine eft - il au fond du puits , qu'il tombe luimême
évanoui fur fon camarade .
La confternation & la crainte s'emparent de
tous ceux qui font préfens. Aucun ne veut rifquer
le fort que viennent d'éprouver les deux prémiers.
Cependant un troifième fe fent affez de
courage pour defcendre dans le puits , mais à
condition qu'il fera attaché par le milieu du
corps à une corde affez forte pour qu'on puiffe
le remonter en cas d'événement. En effet , d
peine eft il au milieu du puits qu'il le fent fuffoquer
; il crie qu'on le remonte ; & fans les
f 4
( 128 )
prompts fecours qu'on lui adminiftra , il auroit
péri comme les deux autres , que l'on tira du
puits avec des crochets : on ufa de l'alkali fuor
& de bien d'autres remèdes , pour tâcher de les
rappeller à la vie après avoir donné quelques
foibles marques d'exiftence , ils fermerent let
yeux à la lumiere .
:
Sang connoî re la véritable caufe d'un pareil
malheur , l'on préfume qu'il doit y avoir quelque
foffe d'aifance affez près du puits, & que cette folle
ayant crevé , par le travail du Curear , le puits
fut rempli d'air méphytique , qui donna la inert
à ces deux malheureux ouvriers.
Le particulier , dont on a lu le fignalement
dans ce Journal , & qui demande une
femme par la voie des papiers publics, avoit
omis une condition effentielle , favoir de
défigner les qualités qu'il exige dans celle
qu'il invite à partager fon coeur & fon état .
Comme , fans cette précaution , les réponfes
pourroient être innombrables , il eft bon
de les prévenir par l'extrait de la fecondelettre
que vient de nous écrire M. de...
Le défaut le plus ordinaire chez les femmes eft
la coquetterie : c'est celui qui me les feroit mêprifer
, fi l'on pouvoit mépriser ce qu'on aime.
Je voudrois donc que ma femme ne fût pas coquette
, fans être dépourvue du defir de plaire qui
embellit fon fexe.
Le defir d'éure paré n'eft pas precifément de la
coquetterie mais je ne voudrois pourtant pas
que ma femme eût ce goût effréné de la toilette ,
fi commun de nos jours . Ce brillant attrait de
gaze , de fleurs , de plumes , de linon , qui charge
pefamment la tête de nos jolies femmes , ne les
embelit point. Je n'en veux qu'une preuve .
Quandl'heure du berger les met fcus les arines ,
( 129 )
e'lès s'en tiennent au fimple bonnet , à un élégant
& frais négligé ; alors elles font bien plus
intéreflantes. Delfinez vous ainfi ma chere .
femme , quand vous m'enverrez votre portrait.
Demanderai - je qu'el'e foit jolie ? C'est ici ,
Monfieur , que la main me tremble ..... Hé
bien ! toute réflexion faire , jolie foit . Si je
fuis , comme dit Montaigne , obligé de dîner à
la fumée du rôt , il y en a bien d'autres ; & je
me réfigne. J'appelle jolie femme celle dont la
figure annonce un mélange d'efprit & de fenfibi-
Lité , qui à un air doux & prévenant , joint
un jeu de phyfionomie piquant ; celle qui dans
fes manieres de dire & de faire , a une certaine
grace qu'on fent mieux qu'on ne la définit ....
Je ne voudrois point d'une fuperbe femme ce
feroit beaucoup trop pour moi d'avoir tous les
hommes pour ennemis .
t
Qu'elle ne foit ni trop grande , ni trop graffe;
ces tournures leur donnent un air folemnel qui ne
me plaît pas ... Brune ou blanche , l'écorce n'y
fait rien.
Je ne la voudrois point bel - efprit , tranchant
& décidant fur tout moins encore ce qu'on appelle
femme favante. Madame Dacier m'eût ren-.
d fou ; j'aimerois autant êpouler Saumaiſe ou
Cafaubon. D'ailleurs je n'ai point oublié que
dè , le tems de Martial , les maris faifoient des .
folécifmes .
Qu'elle ne foit point ce que , depuis quelque
tems , on appelle philofophe : parce que j'ai remarqué
qu'un grand nombre d'elles avoient fauffé
rétymologie du mot.
L'éducation entre pour trop de chofes dans le
bonheur de la vie pour n'en pas défirer dans ma
femme je voudrois donc que fon efprit fut cultivé
; qu'elle eût une teinture des grands événe.
f 4
( 130 )
mens paffés , & qu'elle fût diſpoſée par fön int
truction , à prendre part à ceux qui fe paffent fous
fes yeux. Je n'exige pas qu'elle ait lu Vopifcus
ou Ducange ; mais je ne voudrois pas qu'elle prît
Frédégonde pour une Romaine, ou Cornélie pour
une Grecque, Epoufer une femme fans éducation,
c'eft s'attacher vivant à un cadavre.
• J'y veux un autre point :
C'eft de l'efprit , car les fots n'aiment point.
J'appelle efprit cette facilité de dire avec agrément
des chofes qui nous égaient ou nous émeuvent
, en réveillant en nous plufieurs idées ou
plufieurs fenfations. Le goût ne confifte qu'à les
choifir.
Je ne prendai pas ma femme dans la roture.
Je m'explique. Le talent chez les femmes eft de
qualité , l'efprit n'est que noble , tous les fots font
roturiers.
Que ma femmefoit modefte , & même un peu
timide. Je ne faurois foutenir ces regards effrontés
qui paroiffent difputer d'audace avecun homme.
Qu'elle foit honnête & chafte , fans reffembler
cependant à ces dragons de vertu , dont la faulle
pudeur fe gendarme contre ce qu'elles ne devroient
pas favoir.
Je voudrois qu'elle eût un coeur tendre & un
caractère prévenant : fans l'ua , point de bonheur
dans le mariage ; & fans l'autre , c'eft affifter à un
banquet fans y être invité .... Je ne vois pour
moi point d'obftacle à glaner au champ, du veuvage.
L'âge que je defire en elle , c'eft qu'elle ne foit
pas au- deffous de dix - huit , ni au-deffus de
trente- cinq ans. Plutôt , le fruit n'eft pas mûr ;.
plus tard , il commence à l'être trop .... Je ne
veux point d'une vieille femme ; il faudroit la
chatouiller pour la faire rire. J'en ai perdu
l'habitude.
( 131 )
Quant à la fortune ; je veux qu'elle ait au
moins mille écus de rente. Je me furfais fans
doute , & l'on me trouvera trop exigeant peute
être mais je ne m'en excufe pas. C'eſt un défaut
que j'avois omis dans mon portrait , & qui
n'eft maintenant que trop énoncé.
J'avertis cependant , Monfieur , qu'il eft des
chofes fur lefquelles je pourrois compofer un
peu ; & cette réflexion me détermine à demander
fon portrait à celle qui fe décideroit à devenir ma
chere épouse.
M. de.... eft délicat & difficile ; il ne
fera pas aifé de le fatisfaire . Jufqu'ici du
moins les différens portraits que nous ont
fait paffer leurs originaux , quoique piquans,
péchent tous par quelque trait ; l'article de
la fortune eft fpécialement en défaut , & les
diverfes correfpondantes qui fe font mifes
fur les rangs , ne s'annoncent qu'avec une
dot de 1500 liv . de rente. La plus fincere
de toutes , fi elle n'eft la plus belle , & compatriote
de M. de.... lui envoye le tableau
fuivant.
Ma taille eft de 4 pieds , 4 pouces , j'ai de l'em
bonpoint ; les épaules baffes & très - écarrées , læ
taille paffablement bien faite , & proportionnée ,
dit on ; la figure allongée , le front grand , les
cheveux mal plantés ; les fourcils épais ; les yeux
d'un brun clair , plus grands que petits , plus
longs que ronds ; le regard affez vif ; le nez un
peu large ; la bouche grande ; les levres un peu
épaifles & vermeilles ; les dents propres , & à moirié
mal rangées ; le teint pâle & des rouffeurs.
Voilà un début qui n'eft pas fait pour plaire
m'allez-vous dire peut- être . J'avoue , Monfieur,
£ 6
( 132 )
que dans ce détail il n'y a rien de joli ; mais
je le dorne tel qu'il eft. Le refte du portrait ne
fera non plus , ni flatteur , ni flatté.
Ma fortune étant bornée , & n'ayant l'espoir
d'en avoir un jour qu'autant que vous en avez
à préfent , c'eft à-dire , environ 1500 liv. de
rente , mon éducation n'a pas été brillante ; par
conféquent j'ai l'efprit peu cultivé ; mais je le
crois jufte. J'ai l'humeur gaie , prompte , bruf
que & franche ; l'imagination vive ; le coeur
droit ; les idées un peu fingulieres ; mais la conduite
unie ; cédant aux circonftances , & conformant
allez volontiers mon caractere à celui de
chaque perfonne avec lefquelles je vis. J'ai
l'ame fenfible , & me défole facilement ; je ne
fais point tromper , je ne dis que ce que je penfe
; je ne hais perfonne ; peu de gens m'amufent
, perfonne ne m'ennuye ; j'aime à rendre
fervice , fans avoir l'air de m'en empreffer ;
mais j'y fuis toujours prête , & rien ne me coûte
pour obliger ; j'aime peu l'argent , je fais le ménager
, & ne regrette jamais celui que je dépenfe.
Je fuis propre par goût , fans élégance ;
aimant l'ordre , principalement dans les chofes
effentielles , car j'en manque par fois dans les
chofes fimples ; j'aime la fociété , & vis prefque
feule ; mes occupations me tiennent leu
de tout ; je fuis , quand je le peux , ce qu'on
appelle le grand monde ; mes goûts dominans
1ont : la mufique , la peinture , l'écriture , les
Ouvrages propres à mon fexe , la converfation
de mes amis , & la lecture quand je n'ai rien
de mieux à faire . Je détele le jeu , par goût,
& par raiſon , fans blâmer ceux qui s'en amufent.
Mes goûts ne varient point ; je ferai demain
ce que je fuis aujourd'hui , & ce que j'é-
Lois hier. Malgré les contraftes & les bifarreries
( 133 )
peut - être , que renferme ce tableau , je plais
bien des gens ; même aux femmes railonnables.
J'ai auffi des amis , & ces amis ont du mérite
, & font généralement eftimés ; que vous
veuillez en augmenter le nombre , ou que vous
ne veuillez pas ,
Je fuis , &c . &c . **** .
Penfionnaire au Couvent de......à Rennes.
Nous demandons pardon aux autres con
currentes de garder le filence ; mais ce commerce
épiftolaire embrafferoit le Journal ent
tier , qui n'eſt point un recueil de contrats
de mariages. Une galerie de jeunes & jolies
perfonnes feroit fans doute plus attrayante
que des nouvelles politiques , & nous avons
intérêt de ne pas gâter nos lecteurs par des
épiſodes trop féduifans. į
Madame Adélaite de France entra à Riom
en Auvergne , le 30 du mois dernier , fur les dix
heures du matin , au bruit du canon , au fon de
toutes les cloches , & aux acclamations du peur
ple. Le régiment de Royal - Navarre , Cavale
rie venu exprès de Clermont dès la veille ,
plufieurs brigades de Maréchauffée , la Milice
bourgeoife, & des corps nombreux de volontaires
fous les armes , formoient une double
baie , depuis la porte d'entrée jufques au parvis
de l'Eglife Collégiale de faint Amable , où Madame
defcendit de fa voiture.
Mgr. l'Evêque de Clermont , revêtu de tous
fes ornemens pontificaux , à la tête du Clergé
nombreux de cette Eglife , reçut la Princeffe ,
lui donna l'encens , & eut l'honneur de la com→
plimenter. Madame de France entendit la Mefle
dans le coeur : Mgr. l'Evêque de Clermont fit
à côté de cette Princeffe les fonctions ordinaires
de premier Aumônier.
( 134 )
Dès que Madame de France fut arrivée
l'Hôtel - de-Ville , toutes les compagnies s'y rendirent
pour lui offrir leurs refpects . Elles furent
accueillies avec la plus grande bonté. Pendant
le dîner de Madame il tomba une grande
pluie très - abondante , qui étoit defirée depuis
deux mois : Cette circonftance heureuſe doubla
la joie publique , & la Princeffe daigna montrer
combien elle y étoit fenfible. Madame ,
accompagnée de toute fa Cour , fe rendit de
bonne heure à la promenade , où fe trouva
toute la Ville , Des grouppes chofis de payfans
& de payfannes danfoient de tous côtés au fon
des inftrumens ; Madame parut s'en amufer ; eile
leur parla , & leur fit des libéralités , qu'elle
étendit dans le jour fur les divers hôpitaux .
A l'entrée de la nuit , la ville fut toute ile
luminée. Riom eft très avantageufement fitué ,
bien bâti & très bien percé : Le coup- d'oeil
parut plaire à Madame. Il y eut bal . Dès que
la Princeffe fut rentrée , la pluie recommença ,.
elle dura une grande partie de la nuit , & prefque
la matinée du lendemain : Vous en aviez
bien befoin , dit la Princeffe , je la vois tomber
avec bien du plaifir.
, A dix heures du matin Madame partit au
bruit du canon & de toutes les cloches , pour fe
rendre à Vichy , rejoindre Madame Victoire fa
foeur.
Des perfonnes remplies de zele , d'humanité
, fouvent d'expérience & de lumieres ,
nous adreffent différens projets fur des
points d'adminiftration publique les plus
délicats , fans confidérer que ce Journal ne
peut admettre ni ces réclamations ni ces
avis. Il ne dépend point de nous de remplir
1
7135 )
à cet égard , les falutaires intentions de nos
correfpondans ; mais nous ferons toujours.
foigneux d'extraire de leurs lettres ce qui ne
paffe point les bornes très - étroites de ce
Journal. Par exemple , le paragraphe ſuivant
nous femble mériter d'être connu.
Aux avis que vous donnez dans votre nº. 24.
pour ſuppléer à la rareté des fourages , on peut
ajouter de couper des fougeres , les faire à moitié
fanner pour les conferver ; fcier le bled le plus
près poffible de la terre , afin d'avoir une plus
grande quantité de paille..... Car ordinairement ,
dans la majeure partie des pays , on ne la coupe
qu'à moitié , & le refte forme ce qu'on appelle
paille noire , qui n'eft recolté que dans l'hiver ,
pour faire de la litiere aux beftiaux ..... Il y a
beaucoup de perte cet ufage , perte du tems
& de la matiere.....
à
On ne connoît dans ce pays , pour faire des
prés artificiels , que la luzerne & le faiqfoin ,
prefque pas le treffle , nullement le lupin , dont
il eft parlé dans votre Mémoire de la Pruffe... ( *)
L'oca que M. de Marmontel , dans fes Incas ,
Chap. XX , dit être une racine favoureuſe , n'eft
pas non plus connue ..... La pomme - de - terre
fimplement dite , le canada , le topinambour
commencent à être un peu en ufage..... Les
gros navets pas encore..... La plante nommée
la téef, par M. de la Condamine , feroit a defirer
, fi , comme il le dit , venant à maturité
elle eft excellente pour les beftiaux , & la tige
propre à faire du pain.
(*) L'auteur de la Lettre pouvoit ajouter la pim
prenelle , qui fait une des richeffes des prairies en
Angleterre.
( 136 )
Je pense qu'il feroit à - propos de confeiller
la culture du bled de Sibérie , & du bled noir
ces deux efpeces rendent , craignent peu la féchereffe
, & font de bon pain , on peut les lemer
jufques dans le mois de Juillet ..... Ce n'eft
pas le tout de confeiller , il eft à defirer qu'on
falle parvenir les diverfes efpeces aux gros prob
priétaires ..... Et pour donner des lumieres aux
plus petits particuliers , faire inférer dans les
a'manichs ( unique livre du peuple ) ces difcours
, documents , & retrancher les inepties qui
s'y trouvent..... Ce moyen ne fera pas difpendieux
pour l'état.
Line feuille de province raconte en ces
termes un marché fort plaifant.
"
Un Perruquier buvoit dans un cabaret, Entre
un Boucher qui portoit un veau. Le Perruquier
Jui dit combien la livre de votre veau ?
Six fols . Bon fix fols ? Une épingle.
Une épingle , eh bien tope , pourvu que vous
doubliez toujours de livre en livre jufqu'au
poids total du veau. Le Perruquier croyant faire
un excellent marché , confent , prend des té.
moins & donne fa montre en gage. Ils fortent
, & vont enſemble au Poids -du-Roi ; l'animal
p : fe 47 livres. Il s'agit de favoir combien
il en coûtera d'épingles au Perruquier : ils calculent
autant qu'ils le peuvent , & fe perdant
bientôt , ils vont chercher de l'aide . Enfin le
Boucher confent à s'arranger pour vinge écus .
Le Perruquier effrayé l'amene chez le Juge ,
conte fon aventure , & offre fix francs au Bou
cher , qui les refle & va chercher un Procureur
qui veuille bien fe charger de cette affaire.
. Dès le lendemain on eft inftruit de cette
affaire originale ; og additionne a perte de vue.
( 137 )
Additionnons auffi comme les autres me rappellant
mes vieux principes de mathématiques ,
je me dis : Nous avons ici une progreffion géomérique
de 47 termes , dont le premier eft un
& la raifon deux ; il faut donc pour trouver le
dernier terme , élever le quorient à la 46°. puiffance
, & pour trouver la fomme de tous les
termes doubler le 47c . ou dernier terme , & que
j'en retire , fuivant la loi de la progreffion
dont il eft ici queftion . Cette premiere opération
faite, je trouve , fauf erreur, & abondonnant
le calcul aux amateurs pour le rectifier , s'il y a
lieu , je trouve 140,607,387,875,327 épingles ,
qui , réduites en milliers , font 140,627,387,875
milliers ; plus 327 épingles , lefquelles à 10 f.
le millier , donnent la fomme en liv. tournois
de 70,313,693 937 liv. 13 f. 3 d.
;
En comparant cette fomme aux revenus de
la France , qui font d'environ 600,000,000 , je
trouve qu'il faudroit à peu près 117 ans de fes
revenus pour payer ce fameux veau ; ou bien
s'il falloit à ce Boucher une femme comptant
. ( le numérataire de la France étant de 2,200 , -
000,000) il faudroit que plus de trente Royaum:
s , auffi riches que le nô re , miffent tous
leurs capitaux en maffe pour fatisfaire le vendeur.
D'où je conclus que le Boucher et réellement
trop modefte , de n'exiger que vingt écus ,
& qu'il eft malheureux qu'une auffi bonne affaire
pour lui fe trouve réalisée.
Le 23 Juin , le feu prit à l'une des premieres
maisons de Quincey , village à trois
quarts de lieue de Nuits en Bourgogne. Le
vent étoit violent , & fouffloit précisément
dans la direction de la rue tranfverfale de
çe village. En une heure & demie quarante
( 138 )
maifons furent confumées ; dix à douze fett- .
lement échappées aux flammes , par la vi
gilance de M. Cortois , Seigneur du lieu
& par le zele du Curé. Il ne refte de beftiaux
que ceux qui étoient alors aux champs.
La perte eft évaluée 120,000 liv.
Les Religieux de la Merci & de la Trinité
au nombre de quatre , Commiffaires députés par
Sa Majesté fe font rendus à Marseille . pour y attendre
la Frégate qui doit porter les 300 Efclaves
François rachetés dans le pays d'Alger.
Le rachat de ces 300 Efclaves a coûté 573094
livres. Les fonds qui avoient été ramaflês dans
les différentes Provinces , depuis la derniere Redemption
, n'ayant pas fuffi , ces Religieux ont
été forcés d'emprunter 87000 liv.; on a lieu
d'efpérer que les bonnes ames voudront les aider
de leurs fecours , afin qu'ils puiffent fournir ,
tant aux frais du voyage de ces infortunés , qu'à
leur veftiaire , & au viatique que l'on le propofe
de leur donner , pour le rendre dans leur
Patrie.
Les charités feront reçues par les R. P. Decamps,
Commandeur , Ruffat , Procureur- Général
des Esclaves , & Coffaune Syndic.
Le 9 Juin 1785 , le fieur Charles Godart,
ancien laboureur , demeurant à Gizancourt,
près Sainte - Menehould , diocefe de Châalons-
fur- Marne , âgé de 83 ans , & Louife
le Seure fon époufe , âgée de 86 ans , ont
célébré dans l'églife dudit Gizancourt la
foixante unieme année de leur mariage , en
préſence de leurs enfans & petits - enfans , au
nombre de so .
Marie -Anne-Jeanne- Françoife de Sauva(
139) )
ger-Defelos , veuve de Charles - François ,
Comte de Froullay , Lieutenant général des
Armées du Roi , & fon Ambaffadeur près la
République de Venife , eft morte à Paris , le
25 de Mai , âgée de près de 87 ans.
PAY S - B A S.
DE BRUXELLES , le 11 Juillet.
Nous apprenons de Vienne , que l'Empereur
arrivé à Milan le 18 Juin , devoit être
de retour dans fa capitale , le 11 de ce mois .
On parle d'un camp de 25 mille hommes
en Automne & dans les environs de Machren
, d'un autre camp de 60 mille hommes
en Bohême , & d'un troifieme de 80 mille
hommes près de Peſt.
Les mêmes lettres contiennent les triftes
circonftances de la mort du Comte de Fries,
annoncée plus haut , art. de Vienne.
Le 13 de Juin , il fit un voyage de plaifir à
Kettenhoff, pour y vifiter fon neveu , qui poffede
une fabrique dans cet endroit. Le 17 il fe
rendit de-là à la terre de Voeslau , accompagné du
médecin & du dire&eur de la fabrique de Kettenhoff.
Dès qu'on le fut ici , on lui envoya le
gouverneur du jeune comte & fon valet de chambre
pour lui tenir compagnie. Le 19 le comte
fonna vers les quatre heures du matin ; il fe plaignit
de la chaleur & d'un malaife général . Il fe
fit habiller ; & quoiqu'on lui repréfentât que la
fraîcheur du matin pourroit lui nuire , il fortit
de fon appartement & alla refpirer l'air dans le
'( 140 )
jardin. Le chaffeur qui l'accompagnoit le quitta
un inftan: pour aller s'habiller. A fon retour , il
ne retrouve plus fon maître. Après bien des rccherches
inutiles , il apperçoit la canne du com e
qui furnageoit au deffus de l'étang du châ eau ;
& bientôt après il retire du fond de l'eau le corps
inanimé de fon maître , près de l'endroit où le
comie avoit coutume de s'affeoir. ' Dans l'ou- .
verture qui fe fit du cadavre , on trouva les inteftins
gangrénés , & toutes les marques d'une
apoplexie , dont l'attaque fubite a fans doute été
la caufe de la chute du comte dans l'étang, M. de
Fries , mort à l'âge de 67 ans , eft univerfellement
regretté. Ses qualités perfonnelles & les fervices
effentiels qu'il a readus à l'Etat en y faifant
fleurir le commerce , l'avoient fait généralement
chérir & timer.
Le defir de vivre en paix avec tout le
monde prévaut aujourd'hui dans plufieurs
des Provinces Unies. Celle d'Utrecht a
adopté l'avis des provinces de Zélande &
de Groninge fur le sidicule démêlé avec
Venife. Elle trouve que la fituation des chofes
ne permet pas de fonger à une rupture ;
que cette difpute n'a pour objet que l'inté
rêt de deux négocians , & qu'il vaut
mieux s'arranger que fe battre ; qu'en conféquence
il convient de renouer le plu
tôt polible les conférences avec M. Torniello
, Réfident de Veniſe à Londres ,
tuellement à la Haye.
ac-
Le bourgeois de la Haye qui , dans le
mois de Mars dernier , s'étoit avifé d'envelopper
les marchandifes qu'il vendoit dans
du papier exuleur d'orange , a été con(
141 )
damné à une annee de prifon & à deux ans
de banniflement.
Le 29 Juin, la garnifon & les habitans
de Maltricht ont été témoins d'une fcene
bien attendriſfante.
·
Un très jeune foldat du régiment du
prince de Bade , natif de la principauté de
Liege , ayant été atteint & convaincu du
crime de défertion , avoit été condamné ,
felon les ordonnances , à avoir la tête caffée.
En conféquence , tout étoit déja difpofé
pour l'exécution ; le criminel fut conduit fur
la place au milieu du cercle formé par les
troupes ; on fui lut fa fentence ; on lui ceignit
le bandeau fatal ; & au moment où les
fpectateurs remplis d'effroi , s'attendoient à
voir donner le fignal de la mort , ce ſignal
fut celui de fa grace , qui lui fut annoncée
par S. A. S. le prince de Heffe Caffel.
Depuis long-temps on n'avoir vu à Spa
un pareil concours d'étrangers de la plus
haute diſtinction. L'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays Bas , le Duc de Saxe-
Tefchen fon époux , l'Electrice dorairiere
de Baviere , la Princeffe Cunégonde & le
Prince Xavier de Saxe , le Duc Louis de
Brunswick , s'y trouvoient réunis au commencement
du mois dernier.
Le différend de M. le Comte de Gerfford
avec M. Favre , ancien Secrétaire de
légation prullienne à Madrid , a été enfin
vuidé , près d'Aix la Chapelle , à la fatisfaction
des intereflés. Voici les circonstances
( 142 ) }
>
de ce duel , telles que les raconte une lettre
authentique d'Aix -la , Chapelle du 29 Jun . *
M. Le comte de Gersdorfétant parti de Saxe
arriva hier au foir dans les environs de notre
ville , & en fit inftruire M. Favre qui s'étoit
rendu ici. Il fut convenu que l'on le battroit aú
piftolet , & que l'on tireroit jufqu'à ce que M.
le comte crut pouvoir être fatisfait . En conféquence
ce matin à fix heures ; ces MM . avec
leurs feconds fe rendirent à l'endroit indiqué ,
où il y avoit plufieurs fpectateurs des environs ,
& entre autres fix à fepc Officiers de différentes
Puiffances. Les deux combattans ſe mirent à
quinze pas de diſtance. M. le comte tira le premier
, il manqua ; alors M. Favre lui demanda
fi il étoit content . Sur la réponſe en negative ,
M. Favre tira fon coup , qui manqua auffi , M. le
comte prit un fecond piſtolet , tira : M. Favre lui
ayant ripofté auffi fans effet , on rechargea les
armes. Dans cet inftant , M. Favre s'approcha de
M. le comte de Gerfdorf , & lui dit qu'il croyoit
qu'ildevoit être fatisfait . Au moment même , MM.
les Officiers fpectateurs s'approcherent , & fe
joignirent aux inftances de M. Favre , repréfentant
que l'honneur fatisfait , l'humanité devoit
reprendre fes droits. M. le comte de Gersdorf
, quelques fentimens que fon coeur lui infpirât
, ne crut pas devoir céder à ces inftances
attendu que les bruits répandus dans le public, &•
qu'avoit accrédité la lettre inférée dans le courier
du Bas- Ryn , que toutes les Gazertes avoit
copiées , ne lui permettoient pas d'entendre à
aucun arrangement. M. Favre lui ayant répondu
qu'il défavouoit toutes ces lettres , MM. les
Officiers lui propoferent d'en donner une déclaration
autentique , dont M. le comte pour-
Foit faire tel ufage qu'il jugeroit à propos. Il
( 143 )
confentit à cette demande : voici l'extrait de cette
déclaration,
M. Favre confent qu'elle foit inférée dans
les papiers publics. .11 déclara que les lettres
dont ont fait mention les gazettes , ont été
publiées à fon infçu. 11 defavoue publiquement
tout ce qui a été écrit de déshonorant
& de défavantageux dans cette affaire , pénétré
& convaincu que les démarches de M. le
comte ont été guidées par les fentimens d'hon
neur qui ont toujours caractériſé la conduite.
Un des Officiers fpectateurs ayant offert fon
Portefeuille , a écrit cette déclaration fous la
dictée de M. le comte de Gerfdorf. M. Favre
la fignée & remife à M. le comte , qui , fa
tisfait , a reçu la déclaration & l'on s'eft féparé.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Demande en réduction de legs pieux.
Il n'y a pas de plus grands obſtacles au fuccès
d'une demande , que le défaut d'intérêt ou de
qualité pour la former , & les fins de non- recevoir
qu'on a foi - même fournies avant de l'intenter
: entrons en matiere La Dame Lacour ,
domiciliée dans une Coutume , qui permet réciproquement
les dipofitions à caufe de mort
entre maris & femmes , inkitua ſon mari fon
légataire univerfel , en toute propriété , de tous
(1 ) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de is liv. par an , chez M. Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 144 )
fes biens , meubles , conquêts , immeubles , &
du quint de fes propres , à la charge par la fucceffion
de fon mari de payer 20000 liv. aux Curés
des Paroifles d'Amiens , pour être par eux
diuribuées aux Pauvres. Au décès de la
Dame Lacour , fon mari forma fa demande en
délivrance des legs contre les héritiers . Ceux - ci
ne trouvant aucuns moyens pour attaquer ce
legs univerfel , confen: irent purement & fimplement
à fa délivrance , & à l'exécution du teftament
; en conféquence , Sentence contradictoire.
interyint , qui ordonna l'exécution du teftament
de la Dame de Lacour , aux charges , clauſes &
conditions y portées . Le fieur de Laccur eft
décédé avant que la fucceffion fût liquidée ; mais
il avoit inftitué le fieur Fontaine , fon neveu ,
fon Légataire univerfel. Celui - ci a continué
les opérations ; il fe difpofoit même à faire
la remiſe des 20000 1. aux Curés des Paroilles
d'Amiens , lorfqu'il fut arrêté par cinq prétendus
héritiers de la Dame de Lacour , qui
demanderent que la difpofition faite en faveur
des Pauvres fût réduite. Le fieur Fontaine
dénonçà cette demande aux Curés Légataires
des 20000 liv. Ceux ci firent affigner en mainlevée
les oppofans . , & demanderent contre le
fieur Fontaine & les héritiers , la remife des.
20000 liv. , avec les intérêts. Les premiers
Juges ont ordonné la remife des 20000 liv.
aux Curés des Paroiffes d'Amiens , avec les in-.
térts , à compter du jour du décês du fieur de
Lacour. Appel de cette Sentence. Arrêt
du 21 Mai 1785 , de conformité qui a mis l'arpellation
au néant , ordonné que ce dont eft appel ,
fortiroit fon plein & entier effet , condamné les
Appellans en l'amende & aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE,
DE HAMBOURG , le 7 Juillet.
ERS la fin du mois dernier , une nou-
VERvelle inondation a ravagé la haute Siléfie.
Le cours des poftes a été fufpendu : divers
couriers ont failli refter dans les fondrieres
, & une partie des toiles étendues fur
les blanchifferies a été entraînée par les eaux .
Plufieurs maiſons du fauxbourg de Schweidnitz
, déja ébranlées par la premjere inondation
ont cédé à la fureur de celle- ci ; autour
de la ville , les grains & les foins font
totalement perdus.
Le Roi de Suede arriva le 8 Juin à Calfcrone.
S. M. après un féjour de quelques
heures , s'embarqua fur le yacht l'Amadis ,
qui a dû la conduire en Finlande.
Voici un état exact de la valeur des marchandifes
efpagnoles ou étrangeres , expor-
N°. 30 , 23 Juillet 1785 . 1
g
( 146 )
tées des ports d'Efpagne pour l'Amérique
pendant l'année 1784.
Ports. Marchandifes Marchandifes
Réauxde veillon.
Cadixi
Malaga,
Séville .
Bercelonne
Corogne .
St. Ander .
Tortofa
• " 19,637,965
Espagnoles. Etrangeres .
143,891,263 218,253,107
1,430,109
6,271,373 3,054,365
12,263,177 2,124,069
6,457,595 3,996,200
3,671,501 9,01,7374
• 766,918 28,953
Gyon • 420,154 1,019,047
Inles des Canaries, 2,497,415
Total , 195,885,361 238,923,219
Total général de la valeur. 424,808,580
17,080,414
Ces marchandiſes ont payé
en droits la fonime de
Pendant la même année 1784 il a été importé
de l'Amérique en Eſpagne , la valeur
fuivante foit en argent, foit en marchandifes..
Port,
Cadix .
Malaga.
Barcelonne
Argent compt. Marchandifes.
& pierres préc. évaluées en arg,
829,716,470 299,075,708
1,860,554
8,123,320 ·
Corogne
• •
10,214,060
74,128,324
St. Ander . 4,084,340
Inles des Canaries , 10,980,700
9,900, 194
10,097,430
5,256,980
Total , 929,123,894 334,393,886
Total général... 1,263,517,779.
Réauxde veill
L'importation furpaffé l'ex-
147 )
portation de •
828,789,200
Les
productions
du crû de la
Pologne
arrivent
à
Dantzick
en
abondance
, & l'on
attend
inceffamment
beaucoup
de
bâtimensy
chargés
de feigle. Il paffe
auffi de
grandes
quantités
de blé à
Elbingue. Le prix du feigle
eft
beaucoup
diminué ; on en
payoit le
laft , il y a
quelque
temps
210
florins , &
actuellement
il eft
vendu
pour 190 .
Depuis le 14 jafqu'au 20 de Juin , il eſt arrivé
au Sund 281
bâtimens de diverfes Nations. O
comptoit dans ce nombre plufieurs bâtimens
Hollandois , chargés de bois de
conftruction &
de
planches , & venant , les uns de Narva , les
autres de
Wibourg .
Selon les
dernieres lettres de
Conftantinople
du 9 Juin , il y eft arrivé 3
nouveaux
Confuls Ruffes ; l'un va à
Alexandrie où il réfidera
en
qualité de
Conful
général en
Egypte
; les 2 autres font des vice
Confuls , dont
l'un pour l'ifle de
Rhodes , & l'autre pour
celle de
Chypre.
On porte à 31 le nombre des Grands qui
ont fubi le
malheureux fort de l'ex- Grand-
Vilir.
Haffan
Pacha a été
nommé au
gouvernement
d'Oczakow ;
Aifdolu
Pacha à celui
d'Ifmail ; Seid
Achmet à celui de
Siliftrie ,
&
Hazine
Ifmaël
Pacha à celui de
Bofnie.
Le
Journal
Politique qui
s'imprime ici , offre
les détails fuivans fur les
Colonies dans le Duché
de Brême. Ce Duché ,
comme on fait , eft rempli
g 2
( 148 )
de marais . Déja , vers le milieu du dernier fiécle,
on a commencé à en deffécher une partie & àles
rendre propres à l'Agriculture. L'étendue de marais
defléchés forme actuellement plus de 38,102
arpens ; les villages qu'on y a établis fucceffivement
, montent à41 , & renferment une popula
tion de 3,114 ames .
DE VIENNE , le 8 Juillet.
Depuis le 26 Juin , le Danube a baiffé
journellement , & eft entierement rentré
dans fon lit. On avoit exagéré d'abord les
dommages occafionnés par cette inondation
. Les trois ponts fur le fleuve , qu'on
craignoit de voir entraînés par l'impétuolité
des courans , n'ont reçu aucun mal. Dans
la matinée du 22 , on apperçut un berceau
furnageant fur le fleuve des bateliers l'ayant
atteint , ils y trouverent un enfant pailiblement
endormi. Ce nouveau Moïfe fut auſſi
tôt porté à la maison des orphelins,
Le Prince de Kaunitz , Chancelier d'Etat ,
a fait expédier pour les Députés hollandois
qui font attendus ici , des paffeports qui
leur permettent de faire entrer librement
dans les Etats de S. M. I. les meubles ,
effets , vins & autres provifions de bouche ,
pour lefquelles ils avoient demandé la periniflion.
Mais les caiffes , coffres , & c. feront
affujettis à la vifite de la douane .
Un gros bâtiment , appartenant au Comte de
Fefteries , & chargé de marchandifes des Etats149
)
Héréditaires , a paffé près de Sirmic fur le Danube
; une partie de fa cargaiſon eſt deſtinée pour
Buchareft , & l'autre pour Cherfon . On voit paffer
fouvent pour la Mer Noire des bâtimens de Triefte
de Fiume , chargés de draps , de porcelaine , de
de fer, de fucre & de café .
verre ,
Il eft décidé actuellement que la Bukowine
fera incorporée à la Gallicie.
Les ex-Jéfuites , qui occupoient ici leur
ancien noviciat de Sainte - Anne , ont reçu
Fordre de le quitter . On affure que cet édifice
fera deftiné aux Académies des beauxarts.
L'Empereur eft de retour ici depuis le 3 .
DE FRANCFORT le 12 Juillet. ›
Le Comte d'Ofterman , Chancelier de
l'Impératrice de Ruffie , a fait remettre de la
part de fa Souveraine , une lettre circulaire
à tous les Miniftres des Puiffances , réfidens
à Ratisbonne . Cette lettre concerne , dit- on ,
les bruits d'échange de la Baviere , & porte :
Que comme les bruits qui ont couru fur cet
échange ont caufé aux différens Etats de l'Empire
des alarmes plus ou moins vives , felon que
lefdits Etats font plus ou moins intéreffés à s'oppoſer
à cet échange , quoique s'il fe fût effectué
les Parties contractantes y euffent procédé d'une
maniere à ce que la conftitution du Corps Germanique
n'en eût pas éprouvé la moindre altération
, l'Impératrice jugeoit cependant à propos
que fes Miniftres aux différens Etats d'Allemagne
répondiffent aux demandes qui pourroient leur
g 3.
( 150 )
être faites à ce fujet , que , quoiqu'il eût été que
tion de cet échange , les démarches que S. M. I.
avoit faites à ce fujet , n'avoient été que purement
éventuelles, & pour donner à l'Empereur des marques
de fon eftime . Que l'Impératrice n'avoit eu
nullement en vue par là d'introduire quelques
changemens préjudiciables à la conftitution Germanique
, ni d'y engager qui que ce fût . Qu'au
contraire , dans le peu de démarches qu'elle avoit
faites , elle s'étoit fondée fur la claufe très expreffe
du Traité de Bade , fait fous la garantie de la con <
fédération Germanique , par laquelle claufe , la
maiton ducale de Baviere peut difpofer à ſon gré
de fes Etats , foit par échange , foit autrement .
Que conformément à ce droit , S. M. Imp, avoit
fait aire des propofitions au Duc de Deux Ponts ,
com'me héritier préfomptif; mais que ce Duc ne
les ayant pas acceptées , l'affaire en étoit reftée là.
Le Comte de Trautmansdorf , Miniſtre
de S. M. I. , arriva le 13 du mois paffé à
Waberen , maifon de campagne du Landgrave
de Heffe Caffel , & le lendemain préfenta
à ce Prince fes lettres de créance ; le
Comte de Romanzoff , Envoié de Ruffie
auprès de la. Diete , s'eft rendu également
auprès du Landgrave, & l'on croit ces deux
Miniftres chargés de quelque commiffion
relative à l'échange de la Baviere.
Un Journal économique offre les détails
fuivans fur la population & fur l'induſtrie
de plufieurs cercles de la Siléfie.
On compte dans le cercle de Rofenberg une
population à la campagne , de 16,966 ames ; dans
celui de Grand Streliz , y compris les villes , 13,668 ;
dans celui de Cofel , y compris la ville , 15,924
( 151 )
•
dans celui de Toft, 24,636 ; dans celui de Lublinez
12,066 ; dans celui de Beuthen , à la campagne ,
9,877 , & dans celui de Liegniz , 3,119 feux &
4.C45 familles . On fabrique dans le cercle de Lublinez
des pipes à fumer , de la fayence , du verre,
de la potaffe & du fer , dont on exporte par an
environ 55,000 quintaux . Le meilleur fer de Siléfie
eft tiré du cercle de Beuthen , & nommément
des mines près de Tarnowiz. Dans le cercle de
Toft , on fabrique du laiton , de la poraffe & du
fer , qui monte annuellement à environ 50,000
quintaux.
On comptoit en 1782 , dans la ville de Gruneberg,
fituée dans la Principauté de Glogau , 890
feux , & une population de 5,450 ames ; la principale
branche d'induftrie des habitans , eft la fabrication
de draps , dont il a été envoyé à l'Etranger,
dans la même année , 15,518 pieces.
La population de Konigsberg en Pruffe montoit
en 1782, à 53,414 ames , fans la garniſon , & celle
de Neuzuppin , en 1783 , à 4,034 , fans le militaire
.
Le Comté de la Lippe avoit , en 1782 , une
population de 67,000 ames.
Le Duc regnant de Saxe -Weimar a fupprimé
dans fes Etats les maiſons des orphelins
, qui à l'avenir feront placés chez les
particuliers. La mauvaiſe adminiſtration de
ces maifons , & l'affurance que l'on a donné
au Duc , que les orphelins feroient mieux
élevés dans les penfions , & que l'on pourroit
avec les mêmes fonds en entretenir un
plus grand nombre , l'ont déterminé à cette
fuppreffion.
On apprend de Vienne , que l'Empereur
8 4
( 152 )
a ordonné que dorénavant les chaires de
profeffeurs dans les établiſſemens pour l'inftruction
de la jeune nobleffe , feront remplies
par des laïcs , & que les leçons feront
données aux éleves en langue Allemande.
On a fait paffer 30,000 quintaux de farine
dans les magafins de Budweis en Bohême.
On écrit de Helmftadt , que le Duc de
Brunſwick a ordonné au profeffeur Schnaubert
, de donner aux étudians catholiques
un cours public du droit eccléfiaſtique ,
d'après les principes de l'Eglife catholiqueromaine.
Des liftes authentiques portent le nombre des
naiffances de l'année derniere , dans l'Autriche
intérieure ; favoir , les Provinces de Stirie , de
Carinthie & de Carniole , & les pays y incorporés ,
à 52,961 ; celui des morts à 36,908 , & celui des
mariages , à 12,317. D'après ces donnés , la popu
lation actuelle de ces Provinces monte à 1 ,, 332,660
ames.
On confirme l'exiftence d'une convention
entre la Cour de Vienne & celle de Madrid
, concernant le vif- argent que les Autrichiens
fourniront aux Efpagnols ; la date
de cet accord eft du 24 Mai , & le prix
convenu 82 florins pour le quintal de cette
marchandiſe . Indépendamment des riches
mines de vif argent près d'Idria , il y en a
encore d'autres dans les Etats Autrichiens ,
mais quejufqu'à préfent on n'avoit exploitées
que négligemment. Il fe trouve au - deffus
de Clofterneubourg une veine de vifargent(
153 )
dans le Danube , d'où ce demi métal coule
en abondance.
Un Papier public porte la population actuelle
d'Emden , à 7,968 habitans , fans le militaire. Lè
commerce de cette ville eft très - actif ; le nombre
des bâtimens qui lui appartiennent , monte à 273.
L'année derniere , il y eft arrivé 48bâtimens , &
568 en font partis.
On évalue à 600,000 rixdalers les dommages
qui ont été occafionnés dans les Domaines du Roi
de Pruffe , par les débordemens des rivieres.
ITALI E.
DE ROME , le 26 Juin.
Nous parlâmes dans le temps de la donation
qu'avoit fait de fes biens Dom Amanzio
Lepri , en faveur de Sa Sainteté . Cet
héritage montant à 700,000 écus romains ,
devoit appartenir naturellement au petit-fils
du donateur , né , il eſt vrai , dix mois après
la mort de fon pere. Cette donation ayant
'été attaquée juridiquement , le tribunal de
la Rote l'a caffées à l'unanimité.
Plus l'affaire étoit délicate , tant par le fond de
la matiere , que par la diftin&tion du client qui a
été condamné , plus auffi notre admiration & notre
vive reconnoiffance ont éclaté pour les Juges
qui fe font immortalifés par un Jugement inefpéré.
La belle fille de Lepri s'eft raccommodée avec
l'aïeul de fon fils , & ce vieillard fait éclater aujourd'hui
fa joie fur le Jugement qui redreffe la
faute qu'il avoit commife , en déshéritant le feul
enfant qui eût droit à fa riche fucceffion . Le 7 du
8 .
( 154 )
mois prochain , la mere du jeune Lepri levera ia
Sentence du Tribunal & en fera imprimer 10,000
Exemplaires qui feront diftribués dans le Public
Cette Piece fera d'autant plus curieufe , qu'on y
verra les raifons fur lesquelles le Tribunal a prono
ncé fa Sentence. On croit qu'on pourra déterminer
le vieillard à publier un petit Ouvrage ,.
dans lequel il expofera les moyens dont l'Abbé
Pianta s'eft fervi pour furprendre la donation en
faveur du Pape..
DE LIVOURNE , le 28 Juin..
Le 26 de ce mois , la frégate la Minerve ,
de 40 can. & 300 hommes d'équipage ,.
commandée par le Chevalier Jean Baptifte
Guillichini , & le brigantin il Sparviere, de
16 can. & 60 hommes d'équipage , commandée
par le Chevalier Pignatelli , ont
mouillé dans ce port. Ces deux vailleaux
Napolitains font venus de Genes en deux
jours.
Le même jour , la frégate de guerre hollandoife
le Tigre , de 40 can , & de 400
hommes d'équipage , commandée par le
Comte de Byland , venant auffi de Genes ,
a mouillé dans ce port . Elle n'a point falué.
la place ; & for Capitaine , après avoir tenu
une conférence avec le Conful de fa nation
, a remis à la voile à 10 heures du matin,
fans qu'on ait fcu fa deftination .
Les deux chebecs Napolitains il Difenfore
, commandé par le Chevalier Caracciolo
, & il Vigilante, commandé par
le
tiss Y
Chevalier Comte de la Tour , chacun de
20 can. , & de 200 hommes d'équipage ,
font rentrés dans ce port , venant de la
courſe, Ils ont amené une galere de Tripoli
qu'ils ont prife après onze heures de chaffe.
Cette galere avoit déja amariné & envoié à
Tripoli une felouque Napolitaine , venant
de Marfeille , & chargée de thon mariné.
Par cette raifon il n'y avoit à fon bord que
19 Turcs & 11 matelots de la felouque Napolitaine
, laquelle , pendant le combat a eu
deux matelots tués , & quelques autres bleffés.
Le chebec le Vigilant , à bord duquel
fe trouve l'équipage Turc , & la galere ellemême
font actuellement en quarantaine.
L'Empereur a envoyé en préfent au Mufée
d'Hiftoire Naturelle du Collége de Nazareth à
Rome , caifles , contenant un grand nombre de
productions curieufes de fes mines d'or , d'argent
& autres métaux , comme auffi de fels , terres
foffiles , &c. Cette collection , qui doit fervir à
l'inftruction de la jeune Nobleffe , a été raflemblée
& décrite par le célebre Confeiller Baron de
Born. Elle fera fuivie de quelques autres caiffes
qui completteront la collection des échantillons
de toutes les mines qui ſe trouvent dans les vaftes
Etats de l'Empereur.
Le Roi de Sardaigne a ordonné une aug
mentation dans chaque compagnie de troupes
réglées ; de maniere que fon armée ſe
trouve fur le pied de guerre , fans recruter
de nouveaux corps. Cette méthode paroît
la meilleure , puifque l'on fauve les dépenfes
des Officiers d'Etat Major , & que les re
g. G
( 156 )
crues incorporées en petit nombre avec les
vieux' foldats , font en état en peu de temps
d'entrer en campagne . On tranfporte de
l'artillerie dans nos places frontieres , & on
dit qu'il y aura dans peu une promotion
d'Officiers - généraux.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le
و
Juillet.
L'amélioration des pêcheries fut , l'année
derniere , l'objet des recherches , & fixa l'attention
de la Chambre des Communes.
Avant de prendre une réfolution générale
fur cet objet capital , on fecourut provifoirement
les pêcheurs d'Ecoffe , en faifant diftribuer
dans le nord de ce Royaume un trèsgrand
nombre de bateaux ,propres à la pêche
du hareng. Aujourd'hui , les Communes
viennent de reprendre la chofe en confidération
.
M. Beaufoy expofa que l'acte qui accorde des
primes aux Bâtimens pêcheurs , étant fur le point .
d'expirer , il étoit indifpenfable de rechercher les
caufes du peu de fuccès de ces gratifications. Selon
lui , les gênes impofées aux Pêcheurs avoient
contribué principalement à détruire l'effet des
primes. Les Bâtimens Anglois ne commençant
leur pêche que le premier Août , tandis que les
Hollandois la commencent dès le 24 Juin , on
ne devoit point s'étonner qu'ils le procuraffent
des bénéfices beaucoup fupérieursaux nôtres dans
les différens marchés de l'Europe. Le réglement
( 157_ )
qui enjoignoit à tous les Bâtimens de fe rendre
en certains lieux fpécifiés , ne fervoit qu'à occafionner
un retard difpendieux . L'acte qui limi
toit les exportations du fel & du charbon le long
des côtes , étoit la fource d'un autre inconvé
nient.
M. Beaufoy ayant propofé au Comité
quelques Arrêtés , tendant à écarter ces différentes
entraves , la motion fut agréée , & voici
la teneur de ces Arrêtés .
сс« Qu'il permit à tous les bâtimens pêcheurs ,
munis & approviſionnés , ainſi que les loix l'or
donnent , de fortir des ports de la Grande- Bretagne
entre le 1er de Juin & le 1er d'Octobre,
pour ſe rendre aux endroits où la pêche peut être
avantageufe , fans qu'ils foient obligés de tou
cher préalablement dans d'autres ports ».
« Que les Capitaines , ou les Maîtres des bâti -
mens pêcheurs , employés à la pêche du hareng ,
pourront acheter les harengs frais d'autres bateaux
pêcheurs anglois , & les débarquer dans tous les
ports du Royaume , en prêtant ferment qu'ils les
ont achetés des pêcheurs natifs du pays ».
«Que , pour encourager & faire revivre la pêche
de la morue dans les mers du Nord & dans
l'Irlande , les propriétaires des bâtimens qui y
font employés , auront la liberté de fe fervir ,
dans ces pêcheries , de fel anglois , franc de toute
efpece de droits » .
CC
Que tous les bâtimens employés à la pêche ,
auront droit dorénavant aux primes , fans limitation
quelconque , excepté cependant qu'aucuns
de ces bâtimens ne feront au - deffous de zo tonneaux
, ni au - deffus de 80 ».
сс
Qu'il fera permis aux bâtimens employés à
la pêche du hareng , de pêcher auffi la morue
( 158 )
& qu'ils jouiront des mêmes privileges pour
préparer le poiffon , & auront le fel franc de
fous droits.».
(C
Que les impôts que payoit ci devant le poiffon
pêché & préparé par des fujets anglois , feront
retirés lorfque ce poiffon , conformément aux
loix , aura été débarqué comme poiſſon frais pour
la confommation intérieure .
La Chambre générale des Manufactu
riers , dans l'affemblée qu'elle tint le premier
de ce mois , difcuta le plan de conduite à
adopter , relativement à l'affaire de l'Irlande.
Ce corps refpectable a droit à la reconnoiffance
de la nation . C'eft à fes lumieres & à
fon zele qu'on doit les changemens faits au
fyftême de commerce avec l'Irlande . Elle
a réfolu de ne négliger aucun des moyens
compatibles avec les formes parlementaires ,
& dans le cas de néceffité , de s'adreffer au
trône.
Dans cette Affemblée du rer de ce mois , M.
Wedgwood obferva que la fupériorité des Ouvriers
anglois dans plufieurs branches de Manufactures
avoit toujours excité l'envie des nations , & que
plufieurs Gouvernemens du continent n'avoient
rien épargné pour attirer à eux des Ouvriers
anglois. Il dit qu'il y avoit même actuelle
ment en Angleterre des Emiffaires fecrets dans
ce deffein. La conviction , dit - il , où font ces
gouvernemens de l'importance des Manufactures ,
en les portant à appeller des Ouvriers étrangers ,
ne les excite pas moins à retenir les leurs . L'Empereur
, qui veille aux intérêts de les Etats , vient
de publier des Réglemens qui défendent l'introduction
d'une quantité de marchandifes dans fes
( 159 )
Etats d'Allemagne. En même tems , ppur pré
venir l'émigration de fes Manfacturiers , il a
donné un Edit , dont on a préſenté dernierement .
un Extrait à la Chambre des Pairs . Quoique
l'Emperer , en faisant ces prohibitions , n'ait
point témoigné un deffe in formel de porter coup
à l'Angleterre , cependant non- feulement il eft
clair que c'eft à elle qu'il eft deftiné , mais encore
à l'intligation de qui il a été porté . Ces difpofitions
, continua M. Wedgwood , feront en eff
le plus grand tort à nos exportations pour fes
Etats , lefquels nous offroient après l'Amérique
peut -être le meilleur marché pour les marchandifes
actuellement probibée . M. Wedgwood démontra
enfuite l'infuffifance de nos loix pour
prévenir les émigrations des Manufacturiers ;
les Ouvriers. Anglois ont actuellement la liberté
de paffer avec les inventions , les machines &
les inftrumens les plus nouveaux en Irlande ; &
une fois dans ce Royaume , ils peuvent paffer
dans tels pays étrangers qu'ils jugeront à propos.
Les partifans du Miniftere prétendent ,
qu'il n'a apporté un fi long délai à l'examen
des arrêtés relatifs à l'Irlande , que dans la
vue de fe concerter avec le Confeil privé de
ce dernier pays, & de voir fi les changemens ,
dont les dépofitions des témoins ont démontré
la néceffité , ne font pas fufceptibles
de certaines modifications , propres à concilier
les fuffrages des deux parties intéreffées.
Le Trufty , de so canons , arrivé de la
Méditerranée , retournera inceffamment à
cette ftation , & l'on préfume que le Général
( 160 )
T
Boyd , Gouverneur en fecond de Gibraltar ,
s'embarquera fur ce vaiffeau. Le Général Elliot
ne reviendra en Angleterre qu'après l'arr
rivée de M. Boyd.
La femaine derniere , eft mort dans la Comté
d'Effex le doyen des Généraux Européens,
James Ogletorphe , âgé de 102 ans . En 1700,
il étoit Aide de Camp du Prince Eugene , &
paffa dans les Gardes en 1706. Ce refpectable
vieillard fut le Fondateur de la Colonie
de la Géorgie , à l'établiſſement de laquelle il
employa une partie de fa fortune , & qu'il
gouverna enfuite avec autant de défintéreffement
que de paternité.
Le Commodore Gower a ordre de l'Amirauté
de toucher à Lifbonne , pour faire connoître
au Prince Guillaume-Henri cette Capitale
du Portugal , où ce jeune Marin paroîtra
comme fimple particulier , & fans être
préfenté à la Cour de Liſbonne.
Dans la Seffion de l'Old-Bailey , terminée
les de ce mois , 25 criminels ont été condamnés
à mort ; 31 à la tranſportation , 17 à
l'emprisonnement dans une maifon de force
& aux travaux publics ; 5 à l'emprisonnement
à Newgate & au fouet : 36 prifonniers ent
- été déchargés publiquement. S. M. a fait
grace de la vie à un enfant de 12 ans , nommé
George Morris , jugé digne de mort par
Tribunal.
le
Le droit fur l'acier importé en Angleterre ,
eft , par tonneau , de 2.1. 16 f. 1 & demi den.
( 161 )
tandis qu'en Irlande , on ne paie que 9 f. 7
& demi den. ; différence qui donne aux Fabriques
Irlandoifes , toutes chofes égales
d'ailleurs, un avantage de 20 pour cent. Pour
ajouter plus de poids à cette remarque , on
préfente l'état fuivant du commerce de l'acier
dans la Grande - Bretagne.
On y fabrique d'ouvrages
en acier , pour la valeur de . 4,000,000 I. ft.
Le capital qu'ils emploient ,
eft de ·
Le nombre d'ouvriers qu'ils
occupent , de
Les taxes payées par ces ouvriers
& par leurs familles
pour leur confommation
La quantité d'acier , fabriqué
annuellement, monte à
10,000,000 .
200,000.
500,000 .
250,000 ton.
L'acier importé en Angleterre, à 55,000.
L'un & l'autre produisent au
revenu public ,
· · 154,344 1. ft.
Le Docteur Adam Smith , dans fon excellent
Ouvragefur les caufes de la Richeffe des
Nations , obferve , en parlant des taxes , qu'on
avoit voulu en mettre une fur les boutiques ,
en 1759 ; mais qu'on renonça fagement à
cette idée, par l'impoflibilité de proportionner
une pareille taxe à l'étendue du commerce
du poffeffeur de la boutique ; à moins
qu'on ne tentât d'introduire une efpece d'inquifition
, odieufe dans un Pays libre .
S. M. a dû faire aujourd'hui 9 , à Woolwich
, la revue du Régiment Royal d'Ar
( 162 )
1
tillerie . Cette revue attire une grande foule
de curieux ; elle doit offrir un fpectacle d'un
nouveau genre . On donnera un fimulacre du
fiége de Gibraltar. Cet exercice fera exécuté
par les mêmes Officiers & Soldats qui ont
défendu cette Fortereffe. On doit auffi , en
cette occafion , faire l'effai de quelques canons
de fonte , pris fur les Efpagnols.
Hier M. Pitt a propofé à la Chambre des
Communes les nouvelles taxes fuivantes ,
en modification de celle fur les domestiques
du fexe.
Toute perfonne qui n'aura jamais été mariée ,
& qui aura à fon fervice une ou plufieurs fervantes
, fera tenue de payer à titre d'impôt les diverſes
fommes fuivantes .
Pour une feule fervante , la fomme addition
nelle de 2 f. 6 d . fterl .
Pour deux fervantes , 5 f
Pour trois domeftiques , 10 f. par tête .
Tout homme qui n'aura jamais été marié
paiera annuellement ;
Pour chaque domeftique homme , qui ne fera
pas employé uniquement à l'agriculture ou aux
manufactures , ou à tout autre commerce dont le
maître tire la fubfiftance ou ſon profit , a fomme
additionnelle de 25 f.
Il fera payé un droit de timbre de 1 f. 6. den.
pour tout acte qui autoriſe à intenter une action ,
lorfque la fomme , réclamée par le créancier , fe
montera à plus de z liv.
Tout Procureur ou tout Avocat , immatriculé
dans une Jurifdiction quelconque fera tenu de ſe
faire délivrer tous les ans un certificat d'immatri
cule , pour lequel il paiera 2 livres fterl. de droit
( 163 )
de timbre , s'il fait fa réfidence à Londres , & 3 l.
ferl. feulement s'il réfide dans tout autre endroit
de la Grande Bretagne.
"
Les remifes faites aux Braffeurs , qui vendent
de la bierre en moindre quantité qu'un tonneau
contenant quatre gallons & demi , n'auront plus
lieu à l'avenir.
L'oppofition du Corps municipal au Bill
pour régler la Police de Londres & Weftminſter
, lui a attiré une foule de farcafmes ,
dont le fuivant , tiré du Morning Poft , eft
un des plus tempérés . L'éditeur fuppofe
cinq réſolutions prifes dans le Confeil de la
Cité , favoir :
Arrêté unanimement , que toutes les loix font
des fubterfuges , tendant à décourager les gens
de génie , & à introduire les plus grands inconvéniens
dans l'exercice de leur profeffion .
Arrêté unanimement , que la méthode actuelle
de ne pendre qu'une fois en 6 ou 7 femaines , encourage
l'efprit d'entreprife , & calme les inquiétudes
des bons enfans qui fuivent la carriere.
qui les mêne au gibet.
Arrêté unanimement , que tous les changemens
introduits dans la police font des infractions
odieufes des droits naturels du fujet , &
que le Miniftre qui propofe de pareilles innovations
eft l'ennemi des voleurs , quoi qu'il puiffe
dire pour perfuader le contraire à fes amis.
Arrêté , que tous les Juges de paix qui encouragent
les friponneries , & confervent les vieux
coquins pour dreffer les jeunes , font des mem
bres très- utiles à la fociété.
Arrêté , que les remerciemens de cette affemblée
feront préfentés au Lord Maire , & à la Cour
des Aldermans , pour le zele aveclequel ils fe font
oppofés au bill qui a été retiré.
( 164 )
h
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck
& le Prince Guillaume Henri paroiffent réunir
l'attachement & les éloges de toute la
ration . On cite un trait aimable du plus
jeune de ces deux Princes , durant fon féjour
en Allemagne.
Ayant appris par hafard que le premier de Janvier
étoit l'anniverfaire de la naiffance d'un ancien
Officier des Gardes Hanovriennes , nommé
le Capitaine 'Kirchoff, pour lequel il avoit une
effime particuliere ; le Prince alla lui rendre
vifite de bonne heure , & lui ayant fait part du
double motif qui l'amenoit , il lui fit préfent
d'une riche tabatiere d'or enrichie d'un médail-
Fon entouré de perles , le priant de la garder
comme une marque de fon fouvenir.
Le célebre Lord Chefterfield étoit fort
diftrait. Pendant fon Ambaffade à la Haie , il
yenoit de finir fes dépêches à une heure de la
nuit fort avancée ; il la fermoit à la hâte , par,
ce que le Courier de la Pofte alloit partir ;
lorfque , par diftraction , il prit le cornet à
encre , au-lieu de la fabliere , & le jetta fur
les dépêches , qui venoient de lui coûter dix
heures de travail. Obligé de recommencer ,
paffa toute la nuit à travailler , & dépêcha
un Courier extraordinaire en Angleterre.
Un autre jour , étant également à travailler
très à la hâte , il enferma fes lunettes dans
fon dernier paquet ; de forte qu'il fut privé
de la vue jufqu'au retour du Courier , parce
qu'il ne put pas trouver de verre qui lui
convînt.
La coutume des Irlandois d'allumer des feux
(( 165 )
de joie fur les montagnes aux Fêtes de S. Jean
& de S. Pierre , eft d'une origine beaucoup plus
ancienne que le Chriftianifme ; & quoique cette
pratique ait lieu aujourd'hui fous Pinvocation
des Saints Apôtres , on trouve dans l'antiquité la
plus reculée , que ces feux fe faifoient en l'honneur
de Baal , idole des Syriens . Le reproche d'avoir
confervé cette coutume , comme un refle
d'ido âtrie , n'eft pas le feul qu'on puiffe faire
aux Irlandois. Il en eft un encore plus important
: c'eft que les bâtimens qui font continuel
lement en mer fur les côtes d'Irlande font four
vent trompés la nuit par ces feux illufoires , juf
qu'à ce que le malheureux Pilote vienne toucher
fur la côte ou fur quelque roche. Il eſt arrivé
ces jours derniers un accident femblable. Un Bâtiment
du Hampshire , deftiné pour Dublin , prie
des feux qu'il vit fur la côte , pour les fanaux de
Wicklewhead , qui dirigent les Marins pour en
trer dans le Swash , & vint toucher deux fois fur
des bancs . Il fe feroit perdu infailliblement , i
un temps modéré , & un vent de terre qui s'éleva
tout- à- coup , ne lui avoient permis de porter au
large. Il y a encore à préfent des collines qui
brûlent depuis deux jours , parce que les feux de
la S. Pierre ont incendié les bruyeres & autres
matieres combuflibles de cette efpecc qui les
Couvroient.
1. Marie Cameron eft morte dernierement à
Braé Mar dans le comté d'Inverneff, âgée de
130 ans ; elle a confervé l'ufage de les fens
Jufqu'au dernier moment ; elle fe rappelloit
les réjouiffances faites à la reftauration de
Charles II ; elle étoit fortement attachée à
l'Eglife épifcopale , & fa maifon fervit d'afyle
aux membres exclus du Clergé à la ré(
166 )
volution , & aux perfonnes qui furent profcrites
en 1715 & en 1745 ; lorfqu'elle apprit
que l'on alloit rendre les biens qui avoient
été confifqués , elle répéta avec teu le premier
verſet du cantique de Siméon : maintenant
je puis mourir en paix , je n'ai plus rien
à voir en ce monde.
ila
Suite des arrêtés relatifs à l'Irlande.
7. Arrêté que , pour les mêmes raiſons ,
été jugé expédient que lorfque les marchandifes
provenant du crú ou du produit des manufactures
des colonies angloifes des Indes Occidentales ,
ou d'aucunes autres colonies ou plantations appartenantes
à la Grande Bretagne , feront expédiées
de l'Irlande pour ce Royaume , elles devront
également être munies des certificats des
Officiers de la douane de ces colonies , tels qu'ils
pourront être réglés par un acte particulier à
ce fujet. Et dans le cas où la quantité spécifiée
dans un certificat n'auroit pas été expédiée à la
fois , la différence en feroit marquée ſur ledit
certificat , qui devra toujours être envoyée avec
la partie de marchandifes expédiée . Le refte ne
pourra être envoyé qu'avec de nouveaux certifi
cats donnés par les principaux Officiers de la
douane d'Irlande , qui fpécifieront les quantités
envoyées précédemment , le nom des vaiffeaux
fur lefquels elles ont été chargées , & celui du
port pour lequel les bâtimens étoient deſtinés.
8. Arrêté qu'il eft effentiel , pour effectuer
plus complettement l'arrangement propofé , que
toutes les marchandiſes exportées de l'Irlande
dans les colonies angloifes des Indes Occidentales,
de l'Amérique , & dans les établiſſemens de
l'Afrique , foient affujesties de tems à autre à
des droits , ou à des rabais , ou aux réglemens
( 169 )
qui pourront paroître néceffaires , afin que l'exportation
de l'Irlande ne fe trouve point trop
avantagée , & qu'elle foit mife au pair avec celle
de la Grande - Bretagne.
८..
9. Arrêté qu'il eft de la plus haute importance
pour les intérêts généraux du commerce de cet
Empire , qu'aucuns des articles du crû , ou provenant
des manufactures du pays fitué au - delà du
Cap de Bonne - Efpérance , ou des détroits de Magellan
, ne puiffent être importés en Irlande
d'aucun pays de l'Europe , ou des établiſſemens
Gitués dans les Indes , & appartenans à des Puiffances
européennes , & que tant que le Parlement
de ce Royaume jugera à propos de laiffer le commerce
de ces pays à une Compagnie particuliere,
aucun des articles du crû , ou des marchandifes
de ces contrées ne pourra être importé en Irlande
que par le canal de la Grande -Bretagne , il fera
permis aux bâtimens qui partiront de la Grande-
Bretagne pour le rendre aux Indes , de toucher
dans les ports de l'Irlande , & de prendre à bord
les articles du crû ou des manufactures de ce
Royaume .
10. Arrêté , qu'il eft abfolument néceffaire pour
l'avantage général de l'Empire Britannique ,
qu'il ne fubfifte aucune prohibition quelconque
daus aucun des deux Royaumes , fur l'importation
, la vente ou la conſommation des articles
du cru , ou des manufactures de l'autre ( excepté
fur ceux qui de tems à autres pourront le requérir
, tels que les grains , la farine , la drêche &
les biſcuits ) << & ceux qui font fujets à des prohibitions
ordonnées par des actes des Parlemens
» Britannique ou Irlandois , qui ne défendent
» pas abfolument l'importation des marchandifes
, ou des matieres premieres de manufactures
, mais qui regle les poids , mefures &
( 168 )
emballages , & arrangemens particuliers , ou
qui precrivent la forme de conftruction & les
dimenfions des bâtimens qui devront importer
» ces articles , excepté auffi les armes , la poudre
à canon & les autres munitions de guerre ,
» qui ne peuvent être importées qu'avec une
permiffion particulière de S. M. ». Les droits
dont ces articles pourront être chargés dans l'un
des Royaumes, par rapport à l'importation , ſeront
précisément les mêmes pour l'autre , excepté les
cas où un impô. additionel paroîtroit néceffaire
dans l'un des pays , en raifon d'un droit intérieur
qui auroit été impofé fur un article de fa confommation
dans, l'autre .
11. Arrêté , que dans tous les cas où les impôts
fur les articles du crû ou des manufactures d'un des
deux Royaumes , feroient différens fur l'impor
tation dans l'autre , ces impôts feront diminués
dans le Royaume où ils font les plus hauts , & feront
mis au niveau de ceux de l'autre , a de forte
» que l'impôt fur l'importation de la bierre en
» Irlande n'excédera jamais celui qui a été établi
dans la dernière feffion du Parlement d'Ir-
›› lande Et ces mêmes articles pourront être
exportés du Royaume dans lequel ils auront été
importés , fans être fujets à d'autres droits que
ceux que paient les mêmes objets dans l'autre
Royaume.
12., Arrêté , que dans le cas où des articles de
confommation de l'un des deux Royaumes feroient
chargés d'impôts intérieurs , les mêmes
articles impofés de l'autre foient affujettis àpayer
un droit additionnel , comme équivalent : excepté
cependant fur l'importation de la bierre en
Irlande. Ces impôts additionnels fubfifteront
auffi long- tems que celui qui aura été placé fur
des objets de consommation intérieure , dans le
cas
( 169 )
cas où il exifteroit dans l'un des deux Royaumes
un droit fur les matieres premieres , fervant aux
manufactures , fupérieur à celui qui feroit fur
les mêmes matieres dans l'autre , ou fi cet impot
étoit retiré en tout oouu en partie , ou fi les mêmes
articles recevoient des primes d'exportation , ils
feront chargés à leur importation d'un impôt
contrebalançant qui puiffe les mettre au pair avec
les mêmes articles impofés dans l'autreRoyaume;
les manufactures du Royaume où cet impôt fub-
' fiftera , recevront également des primes d'exportation.
13. Arrêté , que pour donner plus de folidité
aux arrangemens que l'on fe propoſe d'établir ,
'il eft néceffaire qu'il n'y ait plus de prohibitions
ni d'impôts dans aucun des deux Royaumes fur
l'importation des articles du crû ou des manufac
tures de l'autre , excepté les droits additionnels
qui paroîtront néceffaires pour contrebalancer
les impôts fur la confommation intérieure , conformément
aux réfolutions précédentes ; « ou en
conféquence de primes reftantes fur des articles
qui feroient exportés de l'autre Royaume ».
Lafuite à l'ordinaire prochain.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 13 Juiillet.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné le 10 , le contrat de mariage du Comte
Charnailles , Maréchal de Camp , avec la
Comteffe Thefcle Mefnard de Chouzy ,
Chanoineffe du Chapitre de l'Argentiere.
Ce jour , le fieur Rédon de Beaupreau ,
nommé Intendant de la Marine à Breft, a
eu l'honneur d'être préfenté au Roi par le
N°. 30 , 23 Juillet 1785.
( 170 )
Y
Maréchal de Caftries , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine ,
& de faire fes remercimens à Sa Majesté.
DE PARIS, le 20 Juillet.
M. d'Albert de Rioms ne fut pas plutôt arrivé
à Breft , que l'Eſcadre d'évolution mit à la voile;
elle fortit le 3 , au nombre de 7 Bâtimens , favoir , ༡
la Railleufe , commandée par M. de Vaugiraud ,
la Cléopatre , par M. de la Bouchotiere , le Croiffant
, par M. de Tilleneuve , le Roffignol , par M.
de Guinouard , le Clairvoyant , par M. de Segonzac
, le Pandour , par M. de Champagny , & la
Lévrette , par M. de Vallongne, Cette Efcadre
trouvera un pareil nombre de Bâtimens fur le Cap
Layos , fortis de Toulon avec le Vaiffeau de
Ligne le Séduifunt , que montera M. d'Albert de
Rions.
Quelques jours auparavant , on avoit lancé à
l'eau , des Chantiers de Breft , la Fégate la Proferpine
, de 40 canons. En même tems , on lançoit
aufli , avec le même fuccès , à Rochefort , le Généreux
, Vaiffeau de 74 , & la Frégate la Pomone .
On ne coulera plus qu'une Caiſſe ou deux à
Cherbourg , pendant cette année , & malgré les
craintes de quelques efprits jaloux ou prévenus ,
on ne doute plus aujourd'hui du fuccès de cette
grande opération . Quelques Capitaines de la Marine
Angloife ont defiré encore en dernier lieu ,
dêtre témoins des procédés que l'on fuit dans ces
travaux . & M. le Duc d'Harcourt a eu la bonté
de les prendre avec lui dans fon Canot ; rien ne
leur a été caché .
Les trois vaiffeaux de Chine arrivés à l'Orient
, avoient été obligés d'en treter un
( 171 )
quatrieme à l'ifle de France , pour diminuer
leurs cargaifons ce dernier eft encore at
tendu. Les trois bâtimens font entrés dans
le port , à une heure d'intervalle les uns des
autres , quoiqu'ils n'euffent pas appareillé de
l'ifle de France le même jour , & que l'un
d'eux ait touché à Sainte Helene . On prétend
que leur départ de la Chine fut retardé
par un événement dont les Feuilles publiques
ont parlé d'une maniere très inexacte ,
& dont on trouvera le précis authentique
dans une lettre intéreffante de Canton , du
25 Janvier dernier , qu'on nous a communiquée.
En voici la teneur :
Dans des repréfentations faites cette année
au Houpou (Chef des Douannes ) , on lui a fait
voir combien il feroit jufte que toutes les Nations
profitaffent de l'arrangement formé entre
les Anglois & les Haniftes ( Négocians privilégiés
, pour faire rentrer en dix ans les fommes
dues aux premiers. Ce Mandarin promit d'avoir
égard à cet article , ainfi qu'à d'autres réclamations
fur les vexations journalieres auxquelles
tous les Européens font également affujettis. Il
finit même par dire qu'il viendroit dans quelques
jours prendre copie des repréſentations ,
mais le principal Négociant Chinois a tant intrigué
, que le Houpou n'a pas paru , malgré toutes
les inftances , & la réunion des Européens faite à
certe occafion n'a produit aucun effet , parce
qu'ils ont bien vite ceffé de s'entendre & d'agir
de concert . Notre Vice - Conſul a fait dreffer un
état des créances Françoifes , & l'a envoyé au Miniftre.
Elles s'élevent à plus de 600,000 piaftres.
On y verra à quel point nous fommes victimes
h 2
( 172 )
des Chinois , & on prendra peut- être des mesures
pour y remédier,
Voici encore un autre exemple de la juftice
de ce pays- ci à l'égard des Européens. Un Vaiffeau
de l'Inde Anglois , en faifant un falut , au
mois de Novembre dernier , eut le malheur de
bleffer mortellement deux Chinois conducteurs
du bateau qui apportoit à bord les derniers effets.
On apprit bien tô: leur mort à Canton, & le quai
Européen fut couvert de foldats. Le Superca gue
du Navire fut enlevé & conduit en Ville . Après
quelque jours' de tumulte & d'incertitude parmi
Jes Anglois , un de leurs Capitaines s'offrit pour
aller chercher le malheureux qui avoit mis le feu
au canon , & dont les Mandarins exigeoient la
emife avant de rendre le Supercargue . Ce Capitaine
revint le lendeinain , conduifant le pauvre
Canonier , & efcorté par un bateau Chinois qui
portoit un grand pavillon rouge , fignal de mort
ou de victoire. Auffi - tôt cet infortuné fut livré
aux Chinois , & ils relâcherent le Supercargue.
Le 7 Janvier , arriva le Gouverneur de la Ville ,
qui avoit reçu , en route pour Pekin , ordre de
retourner à Canton & d'y faire étrangler ce malheureux
canonier : ce qui fut exécuté le même
jour à midi , très loin de notre quartier . Les
Mandarins ont de plus fait fentir aux Européens
qu'ils devoient fe trouver fort heureux que l'Einpereur
fe contentât d'une victime , pendant que
deux Chinois étoient morts . En falloit - il donc
aucune pour un par accident ? Le Capitaine Amglois
& ceux qui le feconderent , ne pensoient pas
fans doute que cette injufte récrimination eût été
confommée. Le Supercargue étoit pris , tant pis
pour lui , pourquoi ne s'étoit - il pas rendu à bord
fur la premiere nouvelle de l'accident ? Son Navire
étoit chargé, rien ne l'auroit empêché de par-
-
( 173 )
tir; s'il avoit même fubi la peine exécutée fut le
Canonnier , c'eût été fans doute un événement
bien cruel , inais la confcience de tout le monde
étoit nette , excepté celle des barbares qui
l'auroient condamné à la mort : celui qui l'a
reçue ne la méritoir pas plus que lui .
Les Portugais ont eu auffi quelques altercations
avec les Mandarins , au fujet d'un Chinois , Prê
tre Catholique , pourfuivi par le Gouvernement
& auquel il avoit été donné afyle à Macao. Ils
ont répondu avec tant de fermeté aux Mandarins
, qu'on les a laiffé tranquilles . Cependant il
eft venu des ordres de l'Empereur , portant d'avoir
de gré ou de force le Prêtre Chinois , accufé
d'avoir introduit des Miffionnaires dans le pays.
On a fait de nouvelles démarches auprès des Por
tugais qui ont répliqué qu'il n'étoit pas à Macno,
& quand même il y feroit , ils ne le livreroient
pas. Ils ont accompagné ce te affertion de préparatis
bien entendus . His oht
..... ..
ries , arreté tout le riz qui fe trouvoit dans la
Ville & les environs , enlevé quelques Jonques
& bateaux qui en étoient chargés , & c. Les
Mandarins voyant qu'ils ne pouvoient pas
avoir raifon des barbares de Macao , fe font retournés
fur Canton , où ils ont arrêté le Procureur
de la Propagande ( le P. della Torre ) . Ils
ne manqueront pas de s'excufer à fes dépens ; ils
diront que c'est lui qui a introduit ou fait introduire
les Miffionnaires pris dans les terres , ou
bien
que fans lui on auroit mis la main fur le
Chinois qu'ils cherchoient: ils pourront dire tout
ce qu'ils voudront , & comme il y va de leur
tête , garre à celle du P. della Torre. Il va partic
pour Pekin , où on le confrontera avec les Mif-
Gonnaires arrêtés,
Le Tribunal de Mathématiques de cette Capi
h z
( 174 )
tale ( comme le qualifient les Miffionnaires qui
y font établis ) ou les ouvriers Européens au fervice
de l'Empereur (comme les appellent les Chinois)
le trouvent auffi, dit- on , compromis . Voici ce
que me diſoit dernierement un Chinois fur leur
converfion; ils donnoient dans les commencemeńs
quatre piaftres par mois à tous ceux qui fe laiffoient
baptifer ; mais le nombre des profélytes
devenoit fi confidérable, que les pauvres Miffionnaires
étoient obligés de réduire la part des nouveaux
convertis pour avoir de quoi en faire d'autres
. Enfin , quand ils n'avoient plus que des exhortations
à diftribuer , les nouveaux convert's
renonçoient au Paradis , & s'en alloient en difant ?
Mao ganne, mao Keliftan , point d'argent , point de
Chrétien.
Les Miffionnaires arrivés ici cette année pour
paífer à Pekin , devoient nous precurer le ſpectacle
d'un ballon ; mais à l'inftant de l'expérience ,
our dit que le ballon croit percé , & qu'il avoit
perdu l'air inflammable & voilà tout ce que j'en
al vu .
Il eft vesu bien moins de vaiffeaux Européens
en Chine cette faiion que la précédente ; leur
nombre confifte en 10 Anglois de la Compagnie
, 4 François , 4 Hollandois , 3 D.nois , s
Portugais . Total pour Europe , 26 vailleaux .
2 Anglo- Américains , chargeant pour leur pays,
& 6 Anglois venus de l'Inde & y retournant . En
tout , 34 vaiffeaux.On attendoit de plus 2 Anglois
, 2 Suédois , 2 Impériaux 1 Danois & un
Pruffien . En tout 8 vaiffeaux manquant leur voya
ge , & qui auroient chargé ici pour Europe.
Cette lettre , comme on voit , ne fait
aucune mention de l'emprifonnement de
tous les Millionnaires à la Chine , ni du
( 175- )
Procureur général des Miffions , traduit de
Canton à Peckin , pour y rendre compte
de fa conduite , ainfi qu'on le rapporte en
public , d'après les vaiffeaux arrivés à l'Orient.
M. Francklin eft parti pour le Havre de
Grace depuis quelques jours. Le Roi lui
ayant fait donner une des litieres de fes petites
écuries , il a préféré cette voiture à la route
par eau. Il ne fe fert point pour fon paffage
du paquebot de l'Orient , mais du Havre
: il ira à l'ifle de Whigt, où on lui prépare
un bâtiment. "
On fe rappelle des fabots élastiques , à
l'aide defquels un Lyonnois devoit paffer la
Seine. Un particulier vient de faire mieux .
Il s'eft chauffé , à ce qu'on dit , de brodequins
de liege , à talons profonds & fpacieux
, qui lui ont permis de traverſer la riviere
au- deffus du pont de Neuilly , n'ayant
de l'eau que jufque'à mi -jambe , ce qui eft
fi
peu merveilleux , qu'il ne mériteroit pas
même d'être raconté.
Aux détails que nous avons donné l'Ordinaire
dernier , fur l'état déplorable de
P'Auvergne , nous joindrons la lettre que
nous a adreffé M. le Comte de Rangoufe
de la Baſtide , datée d'Aurillac , les Juillet.
Ce naturalifte nous mande :
Depuis le commencement d'Avril , nous avons
effuyé la plus grande féchereffe , avec l'alternative
du froid & du chaud ; le chaud fur tout , a été
depuis le commencement de Mai , jufqu'à ce mo
h
4
( 178
ment , des plus exceffifs : le thermometre de
Réaumur a été conftamment du 18 , au 20 & 22;
il est aujourd'hui au 30 : le barometre a été au
très fec ; il eft à ce moment , du fec au variable .
> Le 22 Jain me trouvant à minéraliſer
ſur les
hastes montagnes de Chaveroche , & Puy-Marie ,
le thermometre eft refté à zero deux fois 24 heures;
le tens étoit nébuleux , ce n'étoit que de la bruine.
Les beftiaux ont à peine de quoi brouter ; les fon
taines font taries ; le lit des rivieres eft à fec : les
fourrages ont manqué totalement par tout ;
peine en a - t- on le quart des autres années. La calamité
eft complette ; les foires ne font plus fuivies
; il ne fe préfente pas d'acquéreurs
, on ne
fait que faire des animaux ; on fera forcé de les
égorger : les fromages , le feul produit de cette
partie de la Province où j'habite , font montés à un
prix exceffif , par rapport à la petite quantité qu'on
en fait ; il s'en fera encore moins l'année prochaine
, puifque les vaches manqueront.
Il feroit à defirer pour mon pays , que cette
prétendue hative végéta ion , que vot e Correl
pondant attribue au fol de nos montagnes , fût ,
comme il l'annonce : ce Monfieur eft affurément
très mauvais Phyficien : la pluie amene toujours
ici le froid , & la végétation n'y a lieu qu'infen-
Giblement & plufieurs jours après .
Nous attendions le réfultat des obfervations
& des découvertes de M. Haiiy , chargé
de l'éducation du jeune Anonyme trouvé
près des côtés de Normandie , pour répon
dre aux diverfes queftions qu'on nous a faites
à fon fujet , lorfque nous avons reçu la
lettre fuivante de M. Compère Laubier ,
vice -Conful d'Efpagne à l'ifle d'Oléron
( 177 )
Voici l'hypothefe qu'il a formée , après
avoir entretenu ce jeune homme.
J'ai cru appercevoir qu'il eft venu des mers
ou contrées de l'Amérique méridionale ; car il
répete fouvent le mot Perou.
Le jeune homme a deffiné imparfaitement le
coflume dont il étoit paré chez lui , qui défigne
fes habits & ornemens : il a la tête couverts
de plumes
un petit habit- vefte à revers & à
double rang de boutonieres , un carquois rempli
de fleches pendant au côté gauche , un arc
& une fleche dans les mains . Il a deffiné à côté
un bouclier & une efpece d'Egide , faifant connoître
que ce font les armes dont on fe fert à
la guerre ; il a auffi deffiné un cheval , & fait
entendre qu'il en avoit à fon fervice , & plufieurs
domestiques ; enfin , que fon pere étoit Chef de
fon pays.
Il a fait entendre auffi qu'il avoit un frere aîné
décoré de deux Ordres , la tête ornée d'une couronne
de plumes avec une efpece de fleur en
pierreries au côté gauche , & une forme de demilune
à droite .
Une foeur fort richement vêtue & très- parée ,
ayant de longs pendants d'oreille qui tombent fur
le fein , & fur lequel elle a un colier de perles qui
pend jufqu'à la centure.
Si ces conjectures peuvent être tant foit peu
vraisemblables , il réfulteroit que ce jeune homme
appartient à quelque Prince de cette partie de
l'Amérique ; je ne crois pas , même d'après ce
que j'ai vu & ouï dire à M. Haiy , & exprimer -
au jeune homme , qu'il y ait de doute à cet
égard .
J'imagine que ce jeune homme aura pû être
confié au Capitaine du navire fur lequel il
étoit venu des mers de l'Amérique méridionale ,
hs
( 178 )
pour lui faire donner les principes d'éducation &
des moeurs européennes : ce qui induit à le penfer
ain , c'eft qu'il fait entendre qu'il avoit
de l'argent & des effets confidérables dans un
coffre .
il
Lorfque je lui ai montré plufieurs eftampes de
vaiffeaux , que j'avois portées avec moi , il a
donné une défignation de la forme de celui fur
lequel il a péri , & qui étoit à deux mâts : & ,
à la vue d'un autre vailleau armé en guerre ,
a fait entendre qu'il étoit monté de 14 Canons ;
appercevant une de ces eftampes qui en figuroit
un affailli par la tempête & menacé de la fou
dre , il a fait connoître , à l'inftant même , que
c'étoit certe caufe qui avoit brifé le navire avec
éclat ; alors il s'eft abandonné à des acclamations
de terreur & d'épouvante pour faire com .
prendre le bruit de la foudre lorfque le bâtiment
a été brifé : il a foufflé fur la niain pour indiquer
la violence du vent qui agitoit la mer , & fait
comprendre que la majeure partie de l'équipage
a été tuée ou bleffée , que lui & un autre faifirent
un morceau de mât , à la faveur duquel il s'eft
fauvé feul fur le rivage , où il s'eft alimenté avec
des coquillages qu'il trouva attachés au rocher.
Ce navire ayant péri près de Caen , il eft probable
qu'il en fera venu quelques débris à terre ,
même la chaloupe ou le canot. Le foin de cette
découverte eft bien digne de l'Auteur de cette
lettre , pui qu'il refte à portée.
O
Ne pourroit- on pas favoir de quelques places
maritimes , fur tout d'Efpagne , Danemarck ,
Hollande ou Portugal , s'il leur manque un navire
à deux mâts , monté de 14 canons , & s'il en
étoit àttendu de l'Amérique méridionale vers le
mois de Mars 1784 ; alors fachant le lieu où
il avoit été , cela donnera des inductions lumineufes
& fatisfaifantes.
( 179 )
Ce jeune homme a une figure qui intéreffe , de
l'intelligence , beaucoup de feu , & une imagination
active : il s'enflâme aiſément & paroît avoir
une ame ſuſceptible de beaucoup d'énergie ; il a
fait entendre que fon pays le Pérou produit de l'or,
de l'argent , des pierreries , enfin que le foleil eft
leur principale Divinité. Il a reconnu les monnoies
Efpagnoles & Hollandoifes , ce qui donne un
préjugé de plus qu'il auroit été dans un bâtiment
de l'une de ces deux nations.
M. Hauy a également publié dans une
feuille quotidienne , que les difcours & les
manieres du jeune Inconnu annoncoient
une origine relevée , & que s'il n'étoit pas
né dans l'Amérique méridionale , il y a au
moins fait un long féjour. Malgré ces préfomptions
, la folution du problême nous
paroît encore très peu avancée.
On fe plaint encore dans différentes provinces
du Royaume , de la mauvaiſe qualité
des tuiles & des briques . Celles que l'on retrouve
dans les anciens édifices font d'une
meilleure qualité : c'eft ce qui a déterminé
l'Académie de Bourg-en- Breffe à offrir divers
encouragemens aux fabricans de tuiles
dans cette province . Elle en promet auffi à
celui qui le premier aura conftruit un four
d'une figure exactement elliptique .
Le Roi vient d'établir chez les Bénédictins
de l'Abbaye de S. Clément de Metz , une
penfion pour les éleves & les afpirans du
Corps Royal d'Artillerie. Les principaux articles
du Réglement de cette penfion , mis
hs
( 180 )
fous les yeux du Roi , & approuvé de S. M,
font :
1º. Il y aura un Directeur qui fera chargé de
la Police générale , deux Profeffeurs qui expliqueront
le Cours de Mathématiques
, adopté par le
Corps Royal de l'Artillerie , & des Préfets qui furveilleront
hors le tems des Ecols , de maniere
que Mrs les Eleves ne feront jamais feuls.
1. Mrs les Penfionnaires ne fortiront de la mai
fon que pour fe promener tous enfemble hors de
la ville , les jours que le Directeur le permettra .
Toute fortie pour vifite leur fera interdite , quand
même les parens fe chargeroient de les accom
pagner.
3. M. le Commandant de l'Ecole Royale de
l'Artillerie pourra faire examiner les Eleves & les
Afpirans , deux ou trois fois par an.
4°. Le prix de la Penfion fera de 40 liv. par
mois. On fournira à Mrs les Penfionnaires les
Maîtres de Mathématiques , la nourriture , une
chambre , un lit , une table , une chaiſe , enfin la
chandelle & le feu commun.
La Penfion s'ouvrira au mois d'Août prochain ,
lorfque l'examen de Mrs les Eleves de l'Ecole
Royale de l'Artillerie fera commencé .
Ceux qui voudront avoir une connoiffance plus
détaillée du Réglement, pourront s'adreffer à Dom
Pieron , Prieur de l'Abbaye de S. Clément, & Directeur
des Eleves .
Les circonstances où fe trouvent les campagnes
nous engagent à tranfcrite ici l'article
fuivant , tiré des affiches du Poitou
province ( pécialement affligée de la féche
reffe & de fes fâcheufes fuites.
Les boeufs & autres animaux ruminans font
dans l'ufage de brouter les premieres feuilles
( 181 )
& bourgeons , des chênes , châtaigniers , &c.; le
befoin les attire fur- tout vers cette pâture lorfque
les fourages ordinaires leur manquent. Les
mati eres, glutineufes que ces feuilles & bourgeons
contiennent , occafionnent dans l'eftomac
de ces animaux un embarras qui produit la maladie
vulgairement appellée brout. Le fieur
Texier , Artifte - Vétérinaire , brévété par le Roi ,
& réfident à Saint Maixent en Poitou , appellé
par M. l'Intendant pour ſe ren ' re dans quelques
Paroiffes où cette maladie s'eft manifeftée , a
éprouvé avec fuccès & confeillé la méthode
fuivante. M. l'Intendant a ordonné que cette
recette fût imprimée & répandue fur le champ
dans la Généralité , pour fervir ſelon les circonftances.
Prenez , fel de nitre , quatre gros ; huile d'oli .
ves , trois à 4 onces ; miel commun , deux cuillerées
; jaunes d'oeufs , cinq à fix .
Faites prendre cette doſe à chaque boeuf malade
, pendant quatre à cinq jours , le matin
avant qu'il ait rien mangé . Laiffez - le enfuite deux
heures fans lui rien préfenter , qu'une bouteille de
lait bouilli , coupé avec de l'eau , ou du petit -lait ,
& à défaut une pinte d'eau blanchie avec du fon
de froment. On ne donnera point d'autre boiffon
à l'animal pendant tout le traitement . On ajoutera
, par feau d'eau blanche , une demi once de
fel de nitre. Cette boiffon eft adouciífante , tempérante
, rafraîchiffante & un peu nutritive ; elle
fecondera l'effet du remede indiqué ci - deffus , qui
eft doux & diffolvant.
Après ces quatre à cinq jours écoulés , vous donnerez
à l'animal malade , pendant deux matins
à jeun , un breuvage laxatif , compoſé de la mamiure
fuivante .
› Prenez , caffe en bâton ou filique , demi- livre
A
( 182 )
concaffée ; faites bouillir dans deux pintes d'eau
commune ; coulez ; ajoutez deux onces de tel
d'Eplom , & faites prendre. Cette dole fuffira
à un animal pendant deux matins. Ce breuvage
facilitera l'écoulement des matieres contenues
dans fon eftomac , & préviendra toute inflamma
tion .
Donnez enfuite le foir une chopine de l'infufion
fuivante , qui ranimera le reffort des meinbranes
de l'eftomac .
Ahfinte , une poignée , infufée dans de l'eau
bouillante , à laquelle vous joindrez par breuvage
une once de fel de cuifine. Vous donnerez ce brɛavage
, convenablement refroidi , quatre foirs de
fuite ; il facilitera la digeftion .
Donnez pendant plufieurs jours plufieurs
lavemens compofés avec la décoction de feuilles
de mauve & de fon de froment , un peu
miellé.
Ne donnez pour aliment , qu'un peu de fon de froment , hume &té & faturé de fel marin. Cette
derniere fubftance réveillera le reffort des glandes
falivieres , facilitera cette fecrétion , & aidera par
conféquent la digeftion . On peut auffi leur faire
paître un peu d'herbes fraîches .
Il faut un peu bouchonner les animaux , pour
dilater les pores de la peau , & faciliter par - là la
tranſpiration . On les promenera doucement , en
les tenant dans une atmoſphere tempérée . Enfin ,
on ne leur donnera que très - peu d'alimens foli des
Rendant le traitement .
Les différentes dofes prefcrites dans cette méthode
, font pour les boeufs de quatre à cinq ans :
on les diminuera de moitié pour les veaux & géniffles.
Le fieur Davoife , qui compofe aujour(
183 )
d'hui la véritable Encre concentrée & perpétuelle
, a établi fon dépôt chez le fieur
Lavallard , Marchand de papier , rue Saint-
Victor , prefque vis - à - vis celle des Bernardins
, & chez le fieur Degras , Parfumeur ,
Abbaye S. Germain , cour du Prince.
L'Académie de Nifmes avoit propofé ,
pour le prix double de cette année , cette
queftion : Quelle a été l'influence de Boileau
fur la Littérature Françoife.
De tous les Ouvrages envoyés au concours
, aucun n'a rempli parfaitement , les
vues de la Compagnie ; elle fe voit forcée
de réferver encore le prix pour l'année 1786;
il est de 600 liv.
L'Académie a propoſé , dès l'année derniere ,
pour fujet du Prix de 1786 , cette question :
Quelle a éré la progrefion de la valeur des fonds
de terre , dans le Diocefe de Nifmes , depuis le
commencement du fiece ; & quelles ont été les
caufes de cette progreffion .
Ce Prix , qui fri de 300 livres , fera également
délivré , & l'Ouvrage qui l'aura mérité ,
fera la dans la Séance publique de 1786.
Les paque's feront adreffés , francs de port ,
à M. RAZOUX , Secrétaire perpétuel de l'Académie
: ils ne feront pas reçus après le 31 Mars
1786. Ce terme eft de rigueur.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 67 , 52 , 78. 88 , & 40.
PAYS- BA S.
DE BRUXELLES , le 28 Juillet.
MM. de Waffenaër & de Lynder, Dépu
1
( 184 )
tés des Etats - Généraux à la Cour de Vienne,
font partis de Nimegue pour leur deftination
.
Le Stathouder eft parti de la Maiſon du
Bois pour aller vifiter quelques places fortes.
La Princeffe d'Orange & fes enfans accome
pagnent le Stathouder jufqu'à Breda , d'où
S. A. S. fe rendra à Berg op-Zoom.
3
La balance du commerce entre la France
& l'Angleterre eft , à ce qu'on dit , à Paris en
ce moment i avantageufe à cette derniere ,
le change entre Paris & Londres eſt ſi défavorable
à la France , que M. le Contrôleurgénéral
n'eft aujourd'hui entierement occupé
que des moyens de rendre la balance
plus égale , & le change moins onéreux :
l'importation de l'Angleterre en France n'eft
rien moins que de 51 millions , & à peine la
notre s'éleve - t - elle à 10. Elle étoit plus confidérable
autrefois , mais depuis la révocation
des droits fur le thé , il n'y a plus guères
de contrebande , & nos Smoglers ne
trouvent pas que l'eau-de- vie feule les paie
des rifques qu'ils courent.
On pourroit demander d'où , & comment
l'on fait l'état de cette prétendue balance
de 40 millions en faveur de l'Anglererre.
La plupart des marchandifes importées
d'Angleterre en France paffent en contrebande
; leur valeur ne peut donc être constatée
par les relevés des douanes. Aucuns des ca'-
culateurs Anglois les plus récens , tels que
M. Chalmers & Lord Sheffield , n'ont porté
( 185 )
à so millions , ni à beaucoup près l'importation
d'Angleterre en France. Il est trèsvrai
que le commerce de celle ci dans les
ifles Britanniques a confidérablement baiſſe
depuis les dernieres mefures de M. Pitt ,
pour prévenir la contrebande ; il eft vrai encore
que toute l'Europe eft inondée de
marchandifes Angloifes dont l'extrême
perfection peut décider la préférence des
acheteurs. Auffi depuis long- temps , le commerce
des Anglois n'a été auffi florillant qu'il
l'eft en ce moment.
On croira ce qu'on voudra de l'annonce
fuivante, qui fe trouve dans plufieurs feuilles
publiques .
113
On ne tardera pas à voir paroître à Paris une
piece de mécanique affez surprenante ; c'eft un
cheval qui marche , galope , tourne à droite , à
gauche , & s'arrête à la volonté de l'écuyer quile
monte. Cet écuyer eft un Marſeillois , dont le gé
nie mérite des encouragemens. Il s'étoit adreffé à
un homme fort riche , qui connoît les talens, pou?
en obtenir quelques fecours , à titre de prêt , afin
de pouvoir donner au cheval toute la perfection
dont il pouvoit être fufceptible & fubvenir aux
frais du tranfport , depuis Marſeille jufqu'ici ; mais
le riche Automate , pour motiver fon refus , lui dit
fort fpirituellement : Puifque votre cheval eft en état
de marcher, montez le jufqu'à Paris ; à coup sûr vous
ne dépenserez pas beaucoup pour fa nourriture.
Le même Mécanicien avoit imaginé un fufil
dont le canon plat contenoit plufieurs balles de
front qui s'écartoient en fortant ; de tels fufils auroient
pu être d'un grand fecours dans les vaiffeaux
, où fouvent le courage doit fuppléer au
( 186 )
nombre ; on a rejetté le projet de cette arme meurtriere
, & l'humanité ne peut qu'applaudir à cette
réfolution ; mais l'on a éconduit l'auteur fans récompenfe
, & il eft à craindre qu'il n'aille offrir ce
fecret infernal aux nations voiſines , qui ne feront
peut être pas fi fcrupuleuſes.
Un économiste Allemand s'eft amulé à
calculer la valeur ftatistique de la république
de Hollande : voici le réſultat de fes calculs.
Nombre
d'arpens ,
Population
,.
Taxe des Terres ,
Taxe des Maiſons.
8,367,000.
2,700,000 ames,
9,800,000 rixdalers.
Montant des fommes dans les Compagnies
& les emprunts étrangers.
Bénéfice net du commerce,
Revenus publics.
Dépenfes annuelles.
Dette nationale.
•
11,000,000 id.
35,000,000 id.
12,250,000 id.
21,700,000 id.
• 21,550,000 ide
$90,000,000 id.
Suivant des lettres fort peu authentiqueş
de Conftantinople , l'ancien Muphti depofé
a été tué. Si cette violence eft connue
du peuple , il eft à craindre qu'elle n'ait
des fuites. Voici ce qu'on débite des circonftances
de l'exécution d'Ifmaïl Pacha ,
Gouverneur de Belgrade , dont nous annonçâmes
la fin tragique l'Ordinaire dernier.
Raïf-Ifmail - Pacha , rappellé de Belgrade &
nommé Pacha de Negrepont encore fous le Miniftere
du défunt Grand -Vifir : étoit en route
pour fon nouveau Gouvernement , lorfqu'il fut
enveloppé dans la difgrace de fon protecteur : il
reçut en chemin la nouvelle de cet événement ,
avec ordre de fe rendre en exil au château de
( 187 )
1
Mouffa , dans l'ifle de Chypre Cependant prévoyant
que le changement de fa fortune pouvoit
ne pas être encore à fon comble , & que fa vie
n'étoit pas plus en fûreté que celle de l'ancien
Grand- Vifir , il crut devoir le mettre à l'abri ;
au lieu de ſe rendre à l'endroit de fon exil , il fe
détermina à fe porter directement vers l'Albanie
à la tête de 600 hommes , tous
affidés. Il
gens
ne fe trompoit point dans fa conjecture , puifqu'en
effet la premiere commiffion dont Aly. Beg
fut chargé après avoir mis le Grand- Vifir à mort,
fat celle d'apporter à Conftantinople la tête de
Raif- Ifmail- Pacha. Le Capigi ayant joint cet infortuné
fur la frontiere , s'informa fous main du
Village où le Pacha comptoit paffer la nuit.
L'ayant appris en fecret , il fit un détour à toute
bride , & arriva dans l'endroit ayant Raïf- Ilmaïl ,
qui ne pouvoit faire une fi grande diligence avec
fon nombreux cortege. Cet endroit étoit le bourg
de Delpina . Aly - Beg , immédiatement apts t
arrivée : ipuint
Tuint les his du village de l'objet
Chef's
de fa venue : il déclara qu'il avoit ordre d'apporter
au Sultan la tête du Gouverneur de Belgrade
; & il ajouta que fi l'exécution lui manquoit
, tout le Bourg , les Chefs fur- tout lui en
feroient refponfables. L'on prit donc les mesures
les plus prudentes. Le Pacha venu le foir , fut
legé dans une maifon cù il ne pouvoit coucher
qu'un très petit nombre de fes gens : le refte de fa
fuite fut difperfé & éloigné , le plus qu'il fe pouvoit
les uns des autres. A minuit , heure défignée
pour l'exécution , Aly- Beg raffembla autant d'ha
bitans qu'il crut être néceflaire pnur tenir tête à
l'escorte du Gouverneur : il furprit la maison ;
mais cette furpriſe ne put fe faire affez tranquil.
Jement pour ne pas donner l'alarme aux gens de
Raif-Ifmail : ils réfifterent aux affaillans , & dans
( 188 )
ce combat le Pacha reçur un coup de fabre qui le
coucha fur le carreau. Ses gens ne purant empêcher
qu'Aly- beg ne s'emparât du corps fanglant
de la victime & ne lui coupât la tête , qu'il mit
dans un fac fuivant l'ufage. Nanti de fa proie , il
monta à cheval & s'enfuit à franc étrier. Le refle
du cortege de Ralf- Immail , qui avoit été éparpillé
dans le Village , accourut au fecours de
leur Maître ; mais il étoit déjà trop tard , & quoiqu'ils
pourfuiviffent le Capigi , leur tentative
n'en fut pas moins vaine . La tête de l'infortuné
Ifmail , apportée à Conftantineple par un des domeftiques
d Aly - Beg , a été expofée le 19 Mai
& les deux jours fuivans à l'entrée du Sérail avec
un écriteau pottant : & qué par des vexations &
» des concuffions inouies , il avoit opprimé le
» peuple confié à les foins , & qu'en dernier lieu
» il avoit cauſé une émeute à Belgrade . »
Comme Aly- Beg n'eſt pas lui - même pousut
de cette terry mini que nous venons de le dire ,
mais qu'au contraire it continue fa tournée dans
les provinces , l'on préſume qu'il n'eſt pas encore
à la fin de fon fanguinaire voyage. Deux Agas
des Janiffaires , dépofés l'un après l'autre , ont
été décapités à Rodefto: Le peuple juſqu'à préfent
eft tranquille fpectateur de ce carnage ; mais
comme depuis bien du temps il n'y étoit plus ac+
coutumé , ces démiffions , ces exécutions & ces
changemens fubits ne laiffent pas de faire fur fon
efprit une impreflion qui approche du murmare
ou du mécontentement . C'eft fans doute la rai
fon qui a empêché le Capitan - Pacha de quitter
la Capi ale ; & comme le Grand Seigneur ne
fait actuellement rien fans lui , il fe tient la plupart
du temps à Oftokoy , maifon à peu de dif
tance du Château qu'occupe Sa Hauteffe. L'ef.
cadre ne fera rien durant l'été , finon quelques
( 189 )
croifieres contre les Corfaires qui infeftent l'Ar
chipel,
M. Blanchard , qui voltige d'une contrée de
l'Europe à l'autre , pour les amufer fucceffivement
, s'eft élevé dans fon ballon , à la Haye ,
le 12 de ce mois . Il étoit accompagné de M. d'Hcnin&
t han , Officier de la legion de Maillebois :
Après s'être accroché , chemin faifant , à une
cheminée, M. Blanchard , eft defcendu à 6 lieues
de la Haye , fur une prairie au bord d'un étang.
Là , il n'a point retrouvé ces Payfans refpectueux
de la Normandie, qui dans leur extafe ,
lui demanderent s'il étoit un Dieu ou un homme :
les ruftiques Hollandois , plus jaloux d'une botte
de foin qne de tous les ballons de l'univers ,
& plus curieux de ducats que de phyfique
l'ont accueilli brutalement , fous prétexte que
fa defcente avoit foulé l'herbe de la prairie ,
ils fe fcnt jettés , armés de fourches , fur le char
qu'ils ont brifé , ils en ont volé la gaze d'or
& même la toile qui en couvroit le fond. Le
propriétaire de la prairie exigea de plus dix
ducats de dommages & intérêts , fomme dont
M. Blanchard lui fit fon billet forcé en ces
termes : Je certifie que je fuis deſcendu à
9 heures du feir , fur une prairie ifolée , appartenante
à un homme à qui cela n'a pas fait
le moindre tort , & qui a eu l'indignité d'exiger
» de moi dix duca's , après avoir aidé à me dépouiller.
» C'est à ce prix qu'il a ſauvé ſon
g'obe des mains des barbares , dont la conduite
fait un fingulier contrafte avec ce qui s'eft paffé
ailleurs. Un Gazecier , dans un élan de fon
enthoufiafme , a demandé juſtice de ces Canni-
BALBS ; ce font les termes,
( 190 )
"GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
1
Interprétation de la claufe d'un teftament.
La Baronne de le D ... eft décédée après
avoir fait un teftament qui contient les difpofitions
fuivantes . « Je legue à ma fille Marie-
» Françoife- Blanche de Milani de Romieu de
le D ... fa légitime , & je l'inftitue , à cet
» égard , mon héritiere particuliere . Je nom-
» me & inftitue pour mon héritier univerfel ,
» M. Claude de Milani de Romieu , Baron de
» le D ... , mon mari , lui laiffant la jouiffance
» de mes biens , aux conditions fuivantes . :
59
-
-
=
1º. Si ma fille , en quel tems & à quel âge
» que ce foit , fe marie avec une perfonne im
pliquée dans une affaire criminelle , quelle
que foit l'iffue de cette affaire , je veux qu'elle
foit réduite à fa légitime. 2º. Si ma fille , à
» l'âge de 30 ans complets , n'eft pas mariée ,
je veux qu'elle ait fur mes biens une penfion
de mille écus , en comprenant dans cette
femme les intérêts de fa légitime. 3º. Si
» ma fille contracte , après 25 ans , un mariage
" convenable à fa condition , je veux qu'elle
» entre dès- lors en poffeffion de mes biens , &
» dans ce cas , je veux que M. de le D ... ait
" fur mes biens une penfion alimentaire de mille
livres, = 4° . Si ma fille n'étoit pas mariée
à la mort de M. le D ..., & que par confé.
quent M. de le D ... ait confervé la jouiffance
de mes biens , ma volonté eft qu'alors
ma fille entre en pleine & entiere poffeffion
» de mes biens , toujours fous la condition
» qu'elle ne contractera pas un mariage indigne
» d'elle & de fa famille , avec une perfonne impliquée
dans une affaire criminelle , quelle que
» foit l'iffue de cette affaire. Enfin fi ma fille ,
רכמ
ל כ
"
"
1
( 191 )
89
» à quel âge , en quel tems que ce foit , fe mas
» rie avec une perfonne impliquée dans une
» affaire criminelle , quelle que foit l'iffue de
» cette affaire , je veux que M. de le D ...
conferve la jouiffance de tous mes biens juſqu'à
fa mort ; voulant qu'après la mort , M. de
Saint-J.... marié à Mile de Ch ... poffede
» mes biens & en jouiffe , l'inftituant , en ce cas,
mon héritier univerfel , & à fon défaut , fes
enfans ». = Après la mort de la Baronne de
le D ... fon époux a joui de fa fucceffion ; cependant
leur fille unique nourriffoit , contre lear
gré , dès l'âge le plus tendre , une inclination
pour le fieur de V ... , Lieutenant - Colonel
d'infanterie , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis. Ni les rigueurs de l'abſence ,
ni douze ans de retraite forcée dans un Cloître ,
à 160 lieues de fes parens , n'avoient diminué
dans cette fille trop fenfible , le defir d'unir um
jour fon fort à l'Officier à qui elle avoit donné
fon coeur , & qui lui étoit à ſon tour inviolablement
attaché ; elle attendoit avec une conſtante
réfignation fa majorité. Mais fi la Providence
l'eût réservée à une épreuve d'un autre genre ,
que toutes celles dont elle avoit été le malheureux
objet , le fieur de V ... fut impliqué dans
une affaire fameuſe contre la dame de S. V ...,
qui ne fut terminée que le 7 Mai 1777 = par
l'Arrêt définitif ; le feur de V ... obtint les
dépens à titre de dommages- intérêts. Ainſi lavé,
il le rapprocha de la Dile de le D ..., qui le
voyant enfin digne d'elle & de fon amour , crut
devoir faire les démarches néceffaires pour parvenir
à l'époufer. Elle n'oublia néanmoins aucuns
procédés pour faire revenir fon pere du préjugé
dans lequel on l'entretenoit contre le fieur
de V... ; mais ce fut en vain , il demeura inébranlable.
Alors elle lui fit faire trois fomma(
192 )
mes ,
tions refpectueufes ; il s'empreffa de former oppofition
au mariage de fa file . Celle - ci ne
voulut pas d'abord recourir aux Tribunaux , elle
.fit de nouvelles tentatives , elle s'adreſſa même
au Commandant de la Province , qui s'étoit déjà
intéreffé pour elle ; mais le fuccès ne répondit
pas à fes efpérances. Il fallut que, la demoiselle
de le D ... reprit les voies juridiques ; elle fe
pourvut à cet effet devant le Sénéchal de Nifoù
elle obtint différentes Ordonnances. =
Nous pafferons fous filence les différens degrés
de Jurifdiction où cette affaire fut fucceffivement
portée par le Baron de le D ... qui ne vouloit
que gagner du tems. Le Confeil de Sa Majesté
fut inême faifi par une inftance de réglement de
Juges , dont l'événement fut de renvoyer les
Parties au Parlement de Provence , où la demoifelle
de le D ... obtint un Arrêt qui lui permit
d'époufer le fieur de V...Il ne reftoit donc
plus alors à la dame de V ... que de faire ftatuer
fur le teftament de la dame fa mere ; &
comme fon pere lui refufoit la qualité d'héritiere
de la dame de le D ... , les Parties plaiderent
de nouveau devant le Sénéchal de Nif
mes , qui rendit le 27 Novembre 1782 , une -
Sentence contradictoire qui condamna le Baron
de le D ... à délaiffer à fa fille la fucceffion de la
dame de le D ... avec reflitution de fruits depuis
la premiere fommation reſpectueuse , déelara
caduque la difpofition conditionnelle faite
au profit du fieur de Saint J ... dans le teftament
de la dame de le D. & condamna les fieurs
de le D ... & de Saint - J ... aux dépens envers
la dame de V ... Appel au Parlement de Tou-
Joufe de la part du Baron de le D ... & Arrêt
'du 9 Septembre 1783 , qui l'a démis de fon appel
de la Sentence du 27 Novembre 1782 , avec
amende & dépens.
+
....
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , Le 14 Juillet.
'ON ne fait point encore quelle opinion
Lprendre de la politique du nouveau Miniftere
Ottoman . Ceux qui lui prêtent des
intentions pacifiques , fe fondent fur celles
des puiffances de l'Europe qui ont le plus
à coeur les vrais intérêts de la Porte , & fur
les dangers dans lefquels une nouvelle
guerre pourroit l'envelopper. Ceux au contraire
qui veulent abfolument la faire combattre
, trouvent dans chacune de fes démarches
actuelles des difpofitions hoftiles.
Par exemple , on dit que la Porte a indiqué
pour le mois de Juillet un rendez vous général
aux Tartares mécontens de la domination
des Ruffes : on ajoute qu'elle a promis
aux députés du Dagheftan des fecours
contre le Prince Heraclius ; tant il importe
aux Ottomans 'de ne pas laiffer les Ruffes
No. 31 , 30 Juillet 1785 31,30 . i
( 194 )
maîtres du Caucafe & d'un chemin libre
vers le Tigre & l'Euphrate.
On a renouvellé à Conftantinople la défenfe
de lire des gazettes étrangeres , fous
les peines les plus rigoureuſes.
S. A. S. le Prince Evêque de Lubeck ,
Duc de Slefwick Holftein , & Duc regnant
d'Oldenbourg, eft mort, âgé de74 ans
dans fon château d'Oldenbourg.
Ce Prince , né le 20 Septembre 1711 , fut
nommé en 1743 Coadjutear de l'Evêché
de Lubeck , & Prince Evêque en 1750 .
1
Dimanche paffé , dit une lettre de Berlin du
5 Juillet , à trois heures de l'après - midi , la
foudre tomba fur la troifième Caferne de l'Ar
tillerie, près la Porte de Koenigs . Son effet
fut des plus finguliers. Le feu du Ciel s'étant
divisé en plufieurs filets , après l'exploſion
paffa à travers 23 chambres contigues. Un Officier
qui étoit à une fenêtre du fecond étage ,
en fut atteint au bras gauche. La manche de
l'habit fut percée & le trou n'eft pas plus grand
que celui qu'auroit fait un grain de plomb ordinaire.
Une feconde étincelle perça encore les
plis de fon habit , & y fit une petit trou pareil
à celui de la manche. Un troifième rayon
de ce feu électrique fe gliffa dans le fourreau
de fon épée & tomba en fortant fur le bout
du foulier de fa botte , qu'il perça . Toute la
partie gauche du corps de cet Officier eft bleue,
quoiqu'il n'ait aucun mil. Un Officier fubalterne,
logé au premier étage, a été auffi atteint
de la foudre: il a été frappé légerement au
cô droit. Le feu électrique l'a pris de la tête
aux pieds & fe divifant en deux rayons , a filloné
( 195 )
fon corps ; la trace du feu céleste est marquée
par une petite raye rouge de la largeur d'un fil
ordinaire qu'on remarque des deux côtés du
corps. Une femme & un enfant qu'elle portoit
fur les bras , furent auffi atteints légèrement de
la foudre : L'enfant fut attaqué fur le champ
d'une hémorragic de nez. La chute de la foudre
n'a pas été fuivie d'autres malheurs.
L'Impératrice de Ruffie eft partie le 4 de
Tzarckozelo pour Novogorod , & S. M. I.
fe propofe d'aller jufqu'à Moskow . Immédiatement
après le départ de l'Impératrice
, l'Ambaffadeur Impérial & le Minif
tre du Roi d'Angleterre ont expédié des
dépêches à leurs Cours refpectives .
来源
Les dernieres nouvelles de Catharinaflaw
annoncent les progrès du mécontentement
des Tartares du Cuban & des environs
du Caucafe. On porte le nombre des
mécontens à 80,000 hommes. Ils fe plaignent
, dit- on , de l'établiſſement des nouvelles
fortereffes & de la trop grande extenfion
que la Ruffie a donnée à fes limites. Le
cordon , des troupes Ruffes a été augmenté
fur les frontieres de plufieurs régimens.
DE VIENNE le 15 Juillet.
Quoique S. M. I. ait été un peu indifpofée
dans fa route , fa fanté ne fe reffent nullement
des fatigues du voyage.
Depuis fon retour d'Italie , l'Empereur a
travaillé avec la plus grande activité. Le foir
i 2
( 196 )
même de fon arrivée , on expédia un courier
à Conftantinople , S. M. I. n'a point encore
donné d'audience . Le Secrétaire des Dépu
tés Hollandois eft ici depuis quelques jours .
La malheureuſe frénéfie du fuicide , l'une
des maladies morales particulieres à ce fiecle
de raifon , fait ici de grands ravages comme
ailleurs. Trois foldats de notre garniſon ſe
font tués le jour de la S. Pierre , & l'Intendant
d'un Seigneur , qui craignoit les fuites
d'un déficit dans fa caiffe , de 12000 flor . ,
s'eft jetté dans le Danube.
Nous n'avons pas été feuls à fouffrir des
dernieres inondations . L'abondance
des
pluies fubites a caufé des débordemens
&
des ravages affreux en divers endroits ; les
habitans d'Agram ont été obligés d'abandonner
leurs maifons , & de fe retirer fur
les hauteurs . Pour comble , l'eau ayant coulé
dans un magafin de chaux non éteinte ,
elle s'alluma , & caufa un incendie qui faillit
fe communiquer
à toutes les maifons du
quartier. Les torrens ont emporté un village
entier dont il n'eft refté que quatre habitations.
Plufieurs perfonnes ont exercé leur
bienfaifance
fur les malheureux
des fauxbourgs
de Leopolftadt & Roffau ; le Comte
Diechtriftein
entr'autres leur a fait diftribuer
1000 ducats.
Six voleurs commettoient les plus grands
dégats dans les montagnes du Bannat. Un
Huffard eft venu à bout d'en tuer deux , &
avec le fecours de quelques perfonnes , d'a(
197 )
mener les quatre autres à Orowitz. Il a reçu
600 florins pour récompenfe de cette expédition
.
DE FRANCFORT , le 19 Juillet.
Il est très conftaté que le Pacha de Scutari
s'eft mis en marche contre les Monténégrins
, fans toucher à Ragufe , comme on
l'avoit fauffement débité. On dit qu'arrivé
près de Caftel -Nuovo , forterefle contiguë
à la Dalmatie , il demanda la liberté du paffage
au commandant Vénitien qui le refufa.
Le Pacha n'en traverfa pas moins le territoire
de la République.
A tous les rapports qu'on ne ceffe de répandre
fur l'Inquifition d'Etat à Venife , il
faut joindre le fuivant , qui fe trouve dans
divers papiers publics.
Un noble Vénitien vint ces jours derniers.
chez le Doge , Paul Renier , pour fe plaindre
de quelques ordres que le Doge avoit
donnés pour l'amélioration d'un de fes Domaines
, & dont l'exécution pouvoit porter quelque
préjudice à la maifon de campagne du Noble
qui y étoit contigue, Le Doge ayant affez mal
accueilli les plaintes du Noble , celui ci en prit
occafion d'aller porter fes plaintes aux Inquifiteurs
d'Etat ; ces Juges redoutables trouverent
la conduite du Doge fi repréhenfible , qu'ils
voulurent d'abord le faire mettre aux arrêts ; mais
its adoucirent enfuite leur jugement & déciderent
que le Secrétaire du Tribunal feroit député vers
le Doge pour lui faire une forte mercuriale , &
lui fignifier que , s'il commettoit encore quel-
13
( 198 )
que faute de cette nature , on procédéroit contre
lui de la manière la plus rigoureufe.
Avec une légere connoiffance du Gouvernement
de Venife , on jugera combien
ce conte eft ridicule. L'Inquifition d'Etat
ne fe mêle ni ne doit fe mêler des affaires
civiles. Sa jurifdiction a été trop récemment
refferrée dans fes véritables limites ,
pour qu'elle fe permit une pareille illégalité .
Il y a environ un an & demi , dit une Gazettede
Vienne , qu'un Particulier découvrit une
Plante , dont la vertu eft de donner un bleu auffi
beau que celui de l'indigo : cette Plante fe nemme
en Allemand , Wuid , ou Wald ; Pline la défigne
par le mot Latin Glaftum , & on la connoit
en France , fous la dénomination de Guef
de. L'Auteur de cette rare découverte ne mérita
d'abord nil croyance , ni la confiance de nos
Naturalifes. Cependant , il en a fait des expériences
fur la laine , fur le fil & fur la foye ; il
a obtenu le réfattat le plus complet & le plus ,
heureux Les draps & les étoffes de foye qu'il
en a teints , font d'une couleur auffi folide &
auffi riche que s'ils euffent été teints avec l'in
digo , elle donnera une teinture cinq fois moins
chère ; d'ailleurs l'argent qu'il faut donner pour
fe la procurer refte dans le Pays , puifque c'est
une Plante indigène , au lieu que l'indigo nous
vient de l'Amérique . On commence à cultiver
la Guefde , aux environs de Therefienstad. On
fe propofe auffi de la planter en Hongrie , ce
qui occupera utilement une grande quantité
d'Habitans , &leur fournira un moyen fûr de gagnerleur
vie.
On ne voit pas pourquoi l'auteur de cette
rare découverte ne méritoit ni croyance , ni
( 199 )
confiance , puifque la Guefde ou le Paft: eft
cultivée dans les provinces méridionales de
France , & d'ufage depuis très long - temps
dans la teinture en bleu. Cette plante fe
trouve même en plufieurs endroits de l'Allemagne
, & n'eft rien moins qu'un phénomene.
Quant à fes prétendus, avantages far
Tindigo , ils font tellement nuls , que cette
derniere teinture a obtenu une préférence
univerfelle , vu qu'elle fournit plus de couleur,
& qu'elle eft d'une manipulation beaucoup
plus ailée.
Le Comte de Fries difoit quelque temps
avant fa mort , qu'il avoit commis dans fa
vie trois grandes tolies ; la premiere d'avoir
époufé fa femme , la feconde d'avoir pris
le titre de Comte , & la troifieme d'avoir
fait bâtir le palais magnifique fur la place
Jofeph à Vienne. Sans ces trois folies , di
foit il , j'aurois vecu plus content , & j'aurois
épargné fix millions .
{
On a roué dernierement à Munich un
voleur , qui ne témoigna d'autre regret que
celui d'avoir été filouté par un de fes camarades
, chez lequel il avoit paflé la nuit , &
qui lui prit 650 florins .
On écrit de Vienne , qu'attendu la rareté
des grains & des fourrages , il n'y aura pas
de camp cette année , & on ajoute inême
que l'Empereur l'a déja déclaré.
Un nouveau Meffie , fripon ou fanatique ,
nommé Muller , a établi le théâtre de fon Apoltolat
auprès de Berlt bourg. Il nie l'existence de
i
4
( 200 )
..
tous les Perfonnages importans de la fainte Ecriture
depuis Moyfe jufqu'à Jefus- Chrift , & prérend
que ce faint Livre ne renferme que des
allégories ; il fe donne à lui-même les noms
des Prophètes , de Moyfe & du Chrift . Il vient
d'annoncer que le Jegement dernier aura lieu
inceffammeat , & qu'alors il jugera au nom du
Père , les peuples de la terre. Ce nouveau
Meffie étoit autrefois Gardeur de porcs , mais
il quitta cet état & devint Ménétrier . Il a parcouru
avec fon violon prefque toute l'Europe.
Il a fait en Ruffie & en Suède beaucoup de difciples
qui lui envoyent des fonds tant pour fon
entretien que pour le mettre en état de publier
les ouvrages. Ce Fanatique mêne une vie tranquille
, & on ne s'apperçoit de fes folies que
lorfqu'on lui parle de fa miffion.
Dernierement on a publié à Berlin un
Ecrit très intéreffant , intitulé : Confidérations
fur les fuites de l'ouverture de l'Efcaut ,
relativement au commerce fur le Rhin , &c .
On lira avec plaifir quelques détails de cette
brochure de circonftance.
On appelle Commerce du Rhin , celui qui
fe fait fur ce fleuve & fur les, fleuves & Rivières
qui s'y jettent. Ce Commerce s'étend
donc fur tous les Pays fitués entre le Rhin
la Mofelle , le Mein , le Neckar , la Lahr , la
Ruhr , la Lippe & la Meufe . Les Hollandois
en étoient jufqu'à prefent les principaux Agens
& on prétend qu'il forme un objet annuel d'environ
cent millions de florins. Mais pour pouvoir
l'apprécier plus en décail , il convient de le
confidérer fous les trois points de vue fuivans :
favoir ; comme actif , paffif, & comme commerce
de fret ou de transport.
( 201 )
Le Commerce actif comprend toutes les marchandifes
, envoyées dans la Hollande des pays
de Juliers , de Bergues & de Clèves , des
Electorats de Mayence , de Trèves & de Cologre
, du Comté de Catzenelnbogen , des pays
de Naffau, de la Franconie , de la Souabe , de
l'Alface & de la Suiffe ; ces marchand.fes confiftent
principalement en vin , vinaigre , fruits
frais & fechés , lentilles , millet , bled- farrafin
, chanvre , marchandifes de Nuremberg
eaux minérales , bois de conftruction , meubles
& autres espèces de bois . Le vin qui palle de
Mayence dans la Hollande , monte par an à près
de mille pièces & forme un objet d'environ
300,000 florins ; les villes de Dort & d'Am
terdam fervent d'étapes pour les vins du Rhin.
--Le Commerce paffif comprend les marchandifes
que les Pays fufnommés tirent de la Hollande
; elles confiftent principalement en épicerie
, drogues , marchandifes des Indes , &c.
Le Commerce de tranfport fur le Rhin & les
Rivieres qui s'y jettent eft celui qui fe fait de
territoire en territoire , c'eſt- à - dire les batelets
d'une Jurifdiction conduifent les marchandifes
jufqu'à une autre , & les déchargent enfuite
dans les bateaux des Bateliers de l'autre Jurildiction
; par cette maniere , chaque territoire
participe au fret ; & fait percevoir en même
tems les droits d'entrée & de tranfit . -- On
compte que le Commerce du Rhin , tant actif
que paffif , employe par an près de 1300 bateaux
, dont il y en a de trois différentes grandeurs
fur le haut Rhin , favoir de 2000 quintaux
, de 1500 , & de 1000 ; les bateaux qui
partent de Cologne jufqu'au bas - Rhin font z
à 3 fois plus grands que les premiers . Un bateau
qui remonte le Fleuve est tiré par 10à
is
( 202 )
-
12 chevaux , & le bateau qui le defcend , par
5 ou 6. Les villes de Cologne & de Mayence
font les principaux entrepôts pour le Commerce
du Rhin. Les nombreufes Douanes &
le haut taux des droits ont diminué confidérablement
ce Commerce. On transporte aujourd'hui
par terre depuis Francfort & Mayence ,
prefque toutes les marchandifes deftinées pour
' Alface , la Suifle , le Luxembourg , la Lorraine
, & c. Voici la nomenclature des Douanes
où les marchandifes qui paffent fur le Rhin
& les autres Rivieres adjacentes payent des
droits. Depuis Amfterdam jufqu'à Cologne : Arnheim
, Lubek , Schinkefchens , Emvich , Res ,
Urfchau , Rur , Erdingen , Kaifertwert , Difteldorf
& Zuns : Depuis Cologne jufqu'à Mayence :
Bonn , Linz , Leiderftorf , Andernach , Coblence
, Lonftein , " Popert , St. Goar , Kaub , Bachavach
& Bingen . Depuis Colognejufqu'à Trèves :
Bonn , Linz , Leiderftorf , Andernach , Coblence
, Kockheim . Depuis Mayencejufqu'à Strasbourg :
Mayence , Obeinheim , Gernsheim , Manheim ,
Philipsbourg, Germersheim , Schrock , Sels ,
Hillesheim & Dirsche. Depuis Mayence jufqu'à
Heilbroon : Mayence , Obenheim , Gernsheim
Manheim, Nekergemund. Depuis Mayencejufqu'à
Wirzbourg : Mayence , Hochft , Francfort , Hanau
, Steinheim , Selyenftädt , Stokstadt , Werth ,
Mitteberg.
Les Saxons , comme l'on fait , ont été
les premiers à faire une véritable fcience de
l'exploitation des mines. Ils ont même fingulierement
perfectionné ces travaux , ainſi
qu'on en juge par un réſultat tiré des regiftres
de la Capitainerie des mines de Marienberg
en Mifnie. Dans un efpace de 93
( 203 )
ans, depuis 1674 julqu'en 1767, les mines ont
rapporté 20,862 marcs & 2 onces d'argent,
tandis que leur produit depuis 1768 jufqu'en
1778 s'eft élevé à 24,679 marcs & 7 onces.
ITALIE
DE LIVOURNE , le 10 Juillet.
Les dernieres nouvelles de Tunis en repréfentent
les habitans comme vivement allarmés
de l'apparition de l'efcadre Vénitienne
, commandée par le Chevalier Emo.
Elle eft compofée d'un vaiffeau de 70 can . ',
d'un de 60 , d'une frégate , d'une galiotte
& doit être renforcée d'un pareil nombre
de bâtimens . On dit que l'Amiral Vénitien
eft autorifé à conclure la paix avec les Tunifiens
, moyennant 108 mille fequins de
Venife , payables dans l'efpace de douze
ans. Cette fomme exorbitante, ruinerojt
cette Régence , & elle fe trouve aujourd'hui
dans la néceffité , ou de fe voir privée de
fes reffources pécuniaires , ou d'être anéantie
en peu de temps . Cependant elle a pour
elle l'avantage de la pofition , qui rend un
bombardement difficile à effectuer ; elle n'a
à craindre que le blocus.
DE ROME , le 7 Juillet.
On continue vivement les excavations
commencées en différens endroits de cet
Etat , & particuliérement dans le territoire
i6
( 204 )
de Civita Vecchia , pour en retirer les albatres
fuperbes , les bréches coralines & autres
marbres précieux qu'on y areconnus. On a
Ouvert à Civita Vecchia pour la commodité
des Errangers , un Magafin public , où l'on
a déjà tranfporté une quantité de morceaux
de marbre , dont on va commencer à faire
le commerce avec l'Etranger.
DE NAPLES , le 2 Juillet.
On conftruit dans notre chantier un
Vaiffeau de foixante - dix canons , dont
toute la membrure eft achevée . Il fera ,
dit on , entierement fini cette année. Auffitôt
qu'on l'aura lancé à l'eau , on en recommencera
un autre , le Gouvernement ayant
réfolu d'occuper toujours ce chantier , ainſi
que ceux de Caftellamare.
Les canons que l'on a reçus de Suède pour
le Service du Roi , font au nombre de 140 ,
dont 30, de 24 livres de balle & 110 de 18.
Ils ont été fondus en 178 ; & 84. Ces canons
vont augmenter l'Artillerie formidable de l'Armée
, fi néceffaire pour garnir toutes les Pla
& les côtes de ce Royaume.
On rapporte le trait fuivant du Prince
royal. Ce jeune Prince , âgé de huit ans , rencontra
fur fon paffage ces jours derniers , le
Régiment Royal Italien , qui alloit en quartier
au Château del Carmine. Il remarqua à
queue du Régiment quatre Soldats enchaînés
avec les yeux bandés. Il fit appeller
le Colonel , & voulut favoir de lui quel étoit
leur délit . L'Officier lui répondit qu'ils
la
( 205 )
étoient coupables de défertion . Le Prince
Royal dit alors : eh bien , je veux les voir à découvert
: Dans ce moment , le peuple cria
- tout d'une voix grace , grace ; & le Prince
daigna répliquer , c'eft juftement pour cela que
je leur ai fait óter leur bandeau . Ce mouvement
de compaffion eft digne d'éloge , parce
que S. A. R. n'y fue portée ni par fon Gouverneur
, ni par fon Précepteur , qui étoient
avec Elle dans la voiture .
A l'imitation des principales villes de
l'Europe , les PP . Bruffa & Poletti , Servites
très -inftruits , viennent de garnir leur fpacieux
couvent de Boulogne , de Paratonnerres
, deftinés à préferver particulierement le
Cabinet de phylique qu'ils conftruiſent
leur profeffeur le P. Marifaldi. On elpere
que cet exemple fera fuivi dans cette ville
pour les édifices les plus confidérables .
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 27 Juin.
pour
Il doit fe former ici une Compagnie marchande
, qui correfpondra avec les princi
pales maifons de Londres , d'Amfterdam &
d'Anvers, Cette fociété projette d'établir
des factoreries à Tetuan & à Tanger pour
le commerce du Levant . Il paroît certain
que M. Payne , Conful Britannique à Tanger
, a propofe un traité de commerce
P'Empereur de Maroc : il offre cinq mille
( 206 )
liv. fterl. pour obtenir en faveur de fa nation
le privilege d'avoir un Réfident & des
magafins àTetuan.
Un courier arrivé de Carthagene à Aranjuez
, a apporté la nouvelle de la fignature
des préliminaires de paix entre la cour d'Ef
pagne & les Algériens . Cette négociation
a été conduite par un Agent François ,
qu'une premiere tentative infructueufe n'a
pas rebuté.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 16 Juillet.
Les claufes du traité commercial avec
l'Irlande , arrêtées dans la Chambre des Commanes
, le feront encore par la Chambre-
Haute , où le Miniftere a confervé toute fa
fupériorité. Les Pairs s'étant formés le 8 en
Comité, vainement Lord Carlisle , fecondé
de l'Oppofition , demanda que le Préfident
quittât la chaire ; cette motion fut rejettée
. par 58 voix contre 27. Dans les débats de
cette féance , on remarqua fur tout les difcours
du Vicomte Stormont ,de Lord Loughborough,
de Lord Camden , & du Marquis
de Lanfdown ( ci - devant Lord Shelburne ).
Comme ces différentes déductions , pour ou
contre , repofent toutes fur les principes déjà
débattus dans la Chambre des Communes ,
nous les pafferons fous filence. Les jours fuivans
on a pourſuivi la lecture des réſolutions ,
( 207 )
qui jufqu'ici ont été approuvées fans modifications
, malgré les efforts de la Minorité.
Refte à favoir , comment elles feront
reçues à Dublin. On dit que les Orateurs
les plus éminens du Parlement d'Irlande ,
MM. Grattan , Flood , Daly , font décidés
à les rejetter. Mais les papiers dévoués à
P'Oppofition étant feuls à nous rendre compte
du fentiment de ces Patriotes Irlandois , on ne
peut compter fur l'exactitude de ce rapport.
On s'attend à la prorogation du Parle
ment dans quinze jours. La Seffion fuivante
doit s'occuper encore d'objets fi importans ,
qu'elle ne fera probablement ni moins longue
, ni moins active que les deux qui viennent
de s'écouler..
Le Capitaine J. Gell a été nommé Commandant
en chef des troupes navales dans
l'Inde ; il s'embarquera fur le Jupiter , de so
can. qui doit mettre à la voile avec deux
frégates vers le mois d'Octobre.
Le Commodore Bowyer qui , depuis la
paix , commandoit dans la rivie.e Medway ,
vient de donner fa démiffion . Les Lords
de l'Amirauté ont nommé à fa place le Chevalier
Andrew Snape Hammond , qui a
hiffé fon pavillon à bord de l'Irréfiftible ,
vaiffeau de 74 can. mouillé à Chatain .
Laflotte que la Compagnie des Indes fera
partir cet automne , fera compofée au
moins de 16 vaiffeaux ' , dont 11 pour la
Chine.
L'on apprend que l'Impératrice de Ruffe
( 208 )
+
a donné le commandement de l'expédition
projettée fur la côte nord eft de l'Afie , à
M. Billings , l'un des compagnons du Capitaine
Cook , dans fon dernier voyage. Il
fe rendra par terre dans la Sibérie orientale ,
où il déterminera la véritable fituation de
la riviere Kovyma , & la côte des Thuski. Il
s'embarquera enfuite à Okhorsk , dans le
deffein de completter la carte des ifles tributaires
dela Ruffie, & vifiterales havies de l'Amé
rique où les navires d'Okhorsk vont acheter
les pelleteries , &c . &c. Cette expédition durera
cinq à fix ans . M. Billings eft accompagné
d'un excellent Botanifte.
Le bureau de l'Amirauté a reçu des dépêches de
l'Amiral Campbell , datées de Terre -Neuve . Elles
annoncent que cette Ifle jouit de la plus grande
tranquillité . Les habitans ont eu un hiver un peu
rigoureux ; moins long cependant que de coutume.
La pêche a commencé de bonne heure.
Les bâtimens qui ont hiverné à St. Jean en ont
fait une très-abondante . Auffitôt leurs cargaifons
complettes , ils ont mis à la voile pour les
ports de la Méditerranée , d'ou ils doivent revenir
promptement , afin de pouvoir faire deux
voyages pendant la faifon de la pêche. Les François
de Miquelon & de St. Pierre , étoient paifibles
& pleinement fatisfaits des avantages qui
leur font affurés par le dernier traité de paix.
Plufieurs bâtimens de leur nation avoient hiverné
à Boſton , à Silems , & dan les ports du
nouveau Hampshire ; on n'en comptoit cepen
dant que cinq qui , à cette époque , euffent mis
à la voile pour l'Europe , ce qui vient probablement
de ce que le poiffon a moins abondé
( 209 )
dans leurs limites que dans celles des Anglois.
La Compagnie des Indes eft convenue
avec le Gouvernement de faire revenir le
refte des troupes envoyées dans l'Inde pendant
la derniere guerre . C'eft la feule réduction
qui aura lieu dans fon établiſſement
militaire. La traverfée de ces troupes fera,
paiée par la Compagnie. On affure que la
guerre a réduit leur nombre à un fixieme.
Les délais apportés à la conclufion du traité de
commerce avec les Américains , nuifent plus ,
dit-on , au commerce des pelleteries qu'à toute
au re branche de commerce . Les Chapeliers fe
plaignent de ce que les caflors ne font pas d'une
auffi bonne qualité , & reviennent à un prix trèshaut.
Ces circonstances doivent être attribuées à
la réfolution prife par le Miniftere de faire de
Quebec le fiége du Gouvernement des Colonies
qui nous restent dans l'Amérique , & l'étape des
productions de ce pays . Dans cette vue les batimeus
armés qu'on équipe actuellement dans les
différens ports de la Grande Bretagne , font deftinés
à croifer fur les côtes de l'Amérique pour
prévenir le commerce interlope des Etats- Unis
avec. Quebec , la nouvelle Ecofle , la Jamaïque ,
& les autres Inles des Indes occidentales . Les habitans
de Bofton , ayant été inftruits du plan adopté
à cet égard par le Ministére Anglois , en ont
témoigné le plus vif mécontentement.
Le 12 de ce mois , il eft arrivé des dépêches
de la côte d'Afrique , apportées par le
Prince Williams. Les Anglois, les François
& les Hollandois font réciproquement rentrés
en poffeflion des établiffemens qui leur
( 210 )
avoient été enlevés pendant la derniere
guerre ; & tout annonçoit entre eux des difpofitions
pacifiques . Les canaux pour le
commerce commençoient à s'ouvrir . Quelques
Anglois étoient partis pour la Côte
d'or , dans le deffein d'y établir une nouvelle
Factorerie , & d'y former un établiffement.
Its doivent auffi conftruire avec la
permiffion du Gouvernement un nouveau
fort , qui fera nommé le Fort de George III.
Une jeune ſervante d'un Fermier de Mursley
, dans la Comté de Bucks , s'eft tuée
d'une maniere bien étrange. Pendant l'abfence
de ſes maîtres , elle fe lia la partie fupérieure
de la cuiffe gauche , & armée d'une
lancette ( flâme ) avec laquelle on faigne les
chevaux , elle fe fir une profonde incifion
dans l'artele , & perdit tout fon fang avant
qu'on pût la fecourir. Le Verdict du Coroner
l'a déclarée lunatique.
Le Morning- Poft rapporte l'extrait fuivant
d'une lettre écrite à bord du vaiffeau
de S. M. B. l'Europa , & daté du Port-
Royal , ifle de la Jamaïque , du 2 Avril
1785 .
Je n'ai d'autre nouvelle à vous apprendre , firon
qu'il exiſte une légere apparence d'hoftilités entre
l'Espagne & l'Angleterre , rela : ivement au diffe
rend qui s'eft élevé fur la côte des Mofquiter.
Nous fommes encore en poffeffion d'une partie
de nos établiffe mens fur cette côte. Les naturels
du pays nous font entièrement dévoués ; ils fe fort
attirés la haine des Espagnols , qui ont juré leur
perte . Nous leur avons fourni 20.000 moufquets ,
( 211 )
& nous avons envoyé des troupes à leur fecours.
Ces forces confiftent en 300 hommes , qui ont été
répartis fur une frégate de 44 can. , deux de 36, & 3
floops. Il n'eft reité ici que le vaiffeau l'Europa ,
une frégate de 20 canons & un floop . L'Officier
qui commande ce renfort a reçu ordre , dit - on ,
de ne commettre aucunes hoſtilités , mais feulement
de protéger les Indiens. H eft difficile de
prévoir quel fera le réſultat de ces démarchés ;
quant à moi , je pense que l'objet en litige n'eft
pas de nature à fufciter une guerre entre l'Angleterre
& l'Espagne.
Le Lieutenant - Colonel Georges Campbell ,
qui fervoit précédemment dans le corps du Colonel
Fanning , a été nominé , dit - on , Gouverneur
de nos établifferens fur la côte des
Mofquites.
27
La Compagnie des Indes vient d'apprendre
l'heureufe nouvelle de l'arrivée de deux
de fes yaiffeaux dans la rade de Weymouth,
le Vanfittart & le Beborough. Un troifieme
de fes navires , la Réfolution , dont on n'avoit
aucun avis depuis trois ans , & qu'on croyoit
perdu , a aufli mouillé dans la Tamife. Tout
fon équipage européen a péri , à la réſerve
du Canonier , devenu Capitaine du bâtiment
, & d'un Matelot , faifant les fonctions
de premier Lieutenant.
A la revue du Régiment d'Artillerie , le
Roi a examiné très long temps & fingulie
rement approuvé un canon imaginé par le
Colonel Williams.
Le poids des canons de deux Bataillons , de
6 lb. de calibre , avec les caiffors & munitions
prêts à entrer en campagne , répond en pro(
212 )
portion à ceux de l'invention du Colonel
Williams .
tonn . cent lb. tonn. cent lb.
7 17
12 à 8
Comme 6 ΙΟ 88 font à 3
Les chevaux pour traîner le tout
comme
Les Artilleurs néceffaires pour
fervir les pièces comme
L'efpace que prend la ligne de
marche comme
327 à 16
1
35 à 13
6 à
L'arrimage à-peu - près comme
N. B. 400 livres de munitions font comprifes
dans les deux poids Lorfque le canon
marche avec la Cavalerie , les Canonniers font
tous montés : ce canon manoeuvra avec le 162 .
Régimen: de Dragons , & travería route forte
de terrein avec la même viteffe . -- Ce canon &-
le Détache.nent marcherent de Wincheſter à
Southampton en une heure cinq minutes ; la
diftince eft de 12 milles. -- Et de Winchester
à Woolwich , dont la distance eft de 72 milles
, en 20 heures , avec les mêmes chevaux.
Nous rapportâmes cet hiver le trait de
probité d'un Marchand Ecoffois , que des
malheurs forcèrent de tranfiger avec les créan
ciers , à cinquante pour cent de perte au défavantage
de ces derniers , & qui , ayant
depuis rétabli fa fortune , a liquidé la dette
entiere avec les intérêts bien comptés . Les
créanciers , touchés de ce: acte de vertu ,
viennent de faire préfent à leur ancien débiteur
d'une piece d'argenterie , avec l'infcription
fuivante :
፡፡
A. W. Hatchinfon , Marchand de beftiaux ,
à Lanehead , Airshire.
Une autre infcription , dans la même con(
213 )
trée , vient de conlacrer la belle découverte
du Comte de Dundonald . Sous la bafe d'une
des fabriques où ce Seigneur fait extraire le
goudron du charbon de terre , on a poſé
une plaque de plomb , avec cette infcription
latine :
A. D. M. DDC. LXXX.
Anno XX, régni Georgii III.
Artem carbonibus bitumen extrahendi invenit,
Archibaldus, Comes de Dundonald.
De tous les traits cités jufqu'à ce jour , en
preuve de la finguliere intelligence des Eléphans ,
peu font auffi extraordinaires & auffi authentiques
que le fuivant .
Un Eléphant appartenoit à un particulier de
Calcutta , qui l'envoya à Chotygoné. Par accident
, l'animal fe déchaîna , perdit fon Conducteur
qui l'avoit toujours bien traité , & s'égara
dans les bois, On fuppofa que le Cornax
avoit vendu l'Eléphant , & on le condamna à
travailler fur les chemins. Douze ans après , ce
même homme fut envoyé dans l'intérieur de la
contrée , pour aider à une chaffe d'Eléphans
fauvages. L'une des méthodes employées par
les Indiens eft , d'entourer ces animaux , de
referrer l'enceinte par degrés , jufqu'à ce qu'elle
devienne la plus étroite poffible. Dans cette
pofition , il eft fort dangereux d'approcher des
Eléphans , iufqu'à ce que quelqu'un d'eux apprivoifé
, les ait déterminés par fon exemple ,
à perdre leur férocité & à fe rendre traitables,
Dans le milieu du circuit où les Eléphans
étoient raffembles , le Cornac apperçut ' e fugitif
qui avoit été l'occafion de les malheur . Ausune
repréſentation , aucune crainte ne l'arrê
( 214 )
tent ; il fe détermine à aller à fon prifonnier
au travers du grouppe de ces animaux furieux
& menaçans. Auffi -tôt qu'il approche ,
l'Eléphant
le reconnoît , le falue par trois balancemens
de fa trompe , s'agenouille , & le reçoit
fur fon dos ; il l'aide enſuite à s'aſſurer
des autres Eléphans , & emmène avec lui trois
de fes petits qu'il avoit eu depuis fon évafion..
Cet Eléphant appartient aujourd'hui à Mr.
Haftings.
à
Fin des arrêtés relatifs à l'Irlande.
14. qu'il
te , que pour les mêmes raifons , il eſt
propos ne fubfifte dans aucun des deux
Royaumes , ni prohibition ni impôt fur l'expor tation des articles du crû ou des manufactures
de l'un dans l'autre , excepté fur ceux qui pourront
l'exiger de tems à autre , tels que les grains , la drêche , la farine & le biscuit,
15. Arrêté , qu'il eft également néceffaire qu'il
ne foit pas accordé des primes dans aucun des deux
Royaumes pour l'exportation des articles dans
l'autre , excepté pour les grains , la drêche , les
farines & les bifcuits ; « & les primes accordées
pour le moment dans la Grande- Bretagne ,
fur la bierre & les eaux- de- vie de grain diſtil-
" lées».; ni compenfation , ni dédommagement
pour les impôts que l'on pourroit payer ; & qu'il
ne fera accordé aucune prime fur l'exportation
des articles provenant des colonies angloifes ,
» ou des établiſſemens anglois de la côte d'Afri
que , ou fur l'exportation d'articles importés
des colonies angloifes , ou des établiffemens
anglois de l'Afrique , oudes Indes Orientales ;
» à moins que de pareilles primes ne foient ac
" cordées dans la Grande- Bretagne fur les mêmes
"
exportations. Et dans le cas où il feroit accer(
215 )
dé dans l'un des deux Royaumes des primes fur
les manufactures qui y font établies , & que
ces primes continuaffent même fur leur expor
tation , un impôt contrebalançant pourra être
" mis fur l'importation de ces marchandises dans
l'autre Royaume .
ود
ט כ
16. Arrêté , qu'il eft effentiel , pour l'avantage
de l'Empire Britannique , que l'importation
des articles venant de l'étranger , foit réglée de
tems à autre dans chaque Royaume , de maniere à
pouvoir conferver une préférence effective à
l'importation des mêmes articles provenant du
crû ou des manufactures de l'un des deux pays :
excepté les matieres premieres venant de
l'étranger , dont l'importation eff on pourroit
être permife , & libre de tous impôts. Et dans
» le cas où l'importation des articles provenant
» des pays foumis aux Etats-Unis de l'Amérique,
» feroit affujettie à des droits fupérieurs à ceux
» que paient les mêmes articles importés , comme
le crû ou le produit des colonies angloifes ,
» ou des pêcheries britanniques , ces mêmes articles
importés des Etats- Unis de l'Amérique
en Irlande , paieront les mêmes droits auxquels
eft ou fera fujette la même importation dans
» la Grande Bretagne ».
•
17. Arrêté , qu'il eft néceffaire que les privi.
leges des Auteurs & des Libraires de la Grande-
Bretagne continuent à être protégés , de la maniere
dont ils le font actuellement par les loix
de la Grande- Bretagne ; & qu'il eft jufte auffi que
le Parlement d'Irlande prenne de pareilles mesures
pour donner la même protection aux Auteurs &
aux Libraires.
18. Arrêté qu'il eft de la plus haute importance
, pour la fûreté de l'Empire Britannique
que l'excédent de la recette des revenus héré-
>
( 216 )
ditaires du Royaume d'Irlande , au- deſſus de la
fomme de 650,000 liv . fterl . ( déduction faite de
toutes les primes & des rabais qui pourront être
accordés ) foit appliqué à l'entretien des forces
navales de l'Empire , & de la maniere qu'il fera
ordonné par le Parlement d'Irlande : cette appropriation
devant être regardée comme un équivalent
fatisfaifant , proportionné à l'accroiffement
de la profpérité de ce Royaume , & devant fervir
à défrayer , en tems de paix , les dépenſes néceffaires
pour la protection du commerce , & les intérêts
généraux de l'Empire.
M. Fox propofa que les impôts fur l'importation
des matieres premieres dans la Grande
Bretagne & l'Irlande fuffent les mêmes ; ce qui a
été accordé.
#
: ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 25 Mai.
En conféquence de la ceffion faite par la
cour d'Espagne à la Géorgie , du pofte fitué
fur le territoire des Natchez , le Gouver
neur de cet Etat y a envoié des troupes pour
en former la garnifon . Un grand nombre
d'habitans de la Georgie font ailés s'établir
fur les bords du Miliffipi . Le fiege du gouvernement
fera transféré de Savannah à
Augufta.
Plufieurs cultivateurs de la même province
s'occupent férieufement de la culture
de la vigne. Ils ont pris à leur ſervice des
vignerons François & Allemands , & ils efperent
dans peu d'années obtenir de bonnes
récoltes .
Il paroît par les dernieres lettres de la Jamaïque
,
( 217 )
maïque , que la récolte du fucre fera cette
année d'une abondance extraordinaire .
Le Vaiffeau l'Impératrice de la Chine est arrivé
le 11 à New York. Ce Bâtiment commandé
par le Capitaine John Green , avoit appareillé
de la même Ville le 24 Février 1784. 11 a
mouillé au Port Wampou , dans la rivière de
Cinton , le 28 Août , & il en eft parti le 30
Décembre. S traverſée a été très - heureuſe ; il
n'a point effuyé de coups de vent , à l'exception
d'une petite bourafque lorsqu'il a quitté
cette côte. Son Equipage a conftamment joui
de la meilleure fanté : aufli n'a t - il perda qu'un
homme , le Charpentier du Bâtiment , infirme
depuis longtem . A l'arrivée du Capitaine Jehn
Green à Wampou , le Commodore Britannique
( M. Williams ) eut pour lui les attentions.
les plus diftinguées . Après avoir falué fon Vaiffeau
, il envoya à fon bord un Officier pour le
complimenter & lui offrir tous les fervices qui
feroient à fon pouvoir.
Dans fa traversée pour revenir à New-York ,
le. Vaiffeau l'Imperatrice de la Chine relâcha au
Cap , où il apprit qu'un autre Bâtiment appellé
les Etats -Unis , venant de Philadelphie , avoit
manqué fon paffage , mais qu'il étoit arrivé fans
accident à Pondichery. Legrand Turc , de Bofton
, étoit alors au Cap , d'où le Capitaine
Green a rapporté quelques moutons. L'Impératrice
de la Chine a fait ce voyage de l'Inde avec
une diligence pour laquelle on ne peut donner
trop d'éloges à fon Commandant & à fes Officiers
. En effet , ce Vaiffeau eſt revenu à New-
York 14 mois 24 jours après fon départ de
cette Ville Le Capitaine Green a laiffé à Canton
MM. Shaw & Randal , pour y veiller aux
No. 31 , 30 Juillet 1785 .
k
( 218 ).
intérêts de la Compagnie qui a formé cette
entrepriſe.
y
Ce vaiffeau de retour de la Chine
avoit porté une cargaifon d'articles infiniment
variés , cutr'autres une quantité confidérable
de Ginteng. Cette plante eſt tellement
recherchée par les Chinois , qu'ils n'en
trouvent jamais le prix trop cher. Le gouvernement
de la Chine envoie tous les ans
dix mille foldats tartares pour en faire la
récolte. Chacun d'eux eft obligé de fournir
gratis deux onces de Ginfeng de la meilleure
qualité , mais le refte leur eft payé fur
le pied de ce qu'il pefe d'argent. Il eſt défendu
à toute autre perfonne de recueillir
une plante auffi précieuſe. Mais cette prohibition
injufte n'a pu empêcher les habitans
pays de fe livrer à un commerce devenu
prefqu'indiſpenſable pour eux.
du
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 20 Juillet.
Le 17 de ce mois , le Comte d'Estaing ,
Vice -Amiral de France , que le Roi avoit
précédemment nommé au Gouvernement
de Touraine , vacant par la mort du Duc de
Choifeul , a prêté , en cette qualité , ferment
entre les mains de Sa Majesté.
Le même jour , le Comte de Turpin a eu
l'honneur de préfenter au Roi les Commentaires
de Céfar , avec des notes de lui.
DE PARIS , le 27 Juillet.
Ce que nous avons annoncé , l'Ordinaire
-
( 219 )
dernier , des vues du Gouvernement pour
diminuer l'importation des marchandiſes
étrangeres , vient de s'effectuer par un Arrêt
du Confeil d'Etat du Roi , daté du 17 Juillet.
Cette meſure de l'Adminiſtration devart
être fuivie de conféquences importantes ,
nous entrerons dans quelque détail au fujet
de cet Arrêt , dont le préambule eft de la
teneur fuivante :
Le Roi s'étant fait rendre compte des plaintes
qui lui ont été adreflées par les Marchands &
Fabricans de fon Royaume , fur le préjudice que
leur caufe le débit qui fe fait ouvertement des
Marchandifes étrangeres , & fur tout de celles de
fabriques Angloifes , auxquelles la mode & la
fantaisie font donner une préférence décourageante
pour l'induftrie nationale , & d'autant plus
intolérable que les marchandifes Françoifes font
exclues de l'Angleterre par les prohibitions les
plus rigoureuſes : Et Sa Majefté s'étant fait repréfenter
les Arrêts & Réglemens qui , pour favorifer
les Manufactures du Royaume , ainfi que
par le motif d'une jufle réciprocité , ont défendu
l'entrée de certaines marchandifes étrangeres ,
& en ont foumis d'autres à des droits confidérables
, dont on étude aujourd'hui le paiement ; Sa
Majeſté a reconnu que la protection qu'Elle doit
au commerce de fes Sujets , exigeoit qu'Elle renouvelât
ces différentes loix , & qu'Elle preferîvit
des regles pour en affurer plus efficacement
l'exécution : Elle a bien voulu néanmoins que
les prohibitions qui ont pour objet d'empêcher
la vente des marchandifes étrangeres n'étendiffent
pas leur effet jufqu'à interdire abfolu
ment à ceux de fes fujets qui ne font aucun com-
>
k 2
( 220 )
merce , la liberté de fatisfaite leur goût , en
faifant venir de l'Etranger des objets nouvellement
inventés , ou qu'ils croiroient être d'une f.-
brication ples parfaite que celle du Royaume ;
mais en même tems Sa Majefté a jugé néceffaire
d'en affujettir l'introduction à des droits affez
forts pour qu'elle ne puiffe préjudicier aux Manufactures
nationales , à l'encouragement defquelles
le produit de ces droits fera
ployé , enforte que les jouiffances du luxe deyendront
en quelque forte tributaires de l'utilité
generale.
em-
Les principaux articles de l'Arrêt portent
en fubftance ce qui fuit :
—
Les Denrées & Marchandifes étrangeres , dont
l'introduction dans le Royaume eft défendue par
les Ordonnances & Réglemens rendus depuis
1687 jufqu'à ce jour , feront & demeureront prohibées
à toutes les entrées du Royaume . Les
Marchandifes de fabriques Angloiles , autres que
celles dont l'entrée a été nommément perm.fe
par l'Arrêt du 6 Septembre 1701 , ou autres
fub équens , continueront d'être prohibées à toutes
les entrées du Royaume , notamment toute
efpece de Sellerie , Bonneterie , Draperie &
Quincaillerie , fous peine de confifcation defdites
marchandifes , & de dix mille livres d'amende
. Défend Sa Majefté , fous les mêmes
pe nes , l'introduction de tous Ouvrages d'acier
poi , autres que les outils & inftrumens propres
aux Arts & aux Sciences , & de tous criftaux &
verres provenant de l'Etranger . - Permit
néanmoins fa Majefté à ceux de fes fujets qui
ne font aucun commerce , de faire venir d'Argle
erre ou d'autres Pays étrangers , mais feule
nent pour leur propre ufage & confommation
perfonnelle , les objets dont l'introduction dans
( 221 )
>
le Royaume eft prohibée ; en demandant au préalable
une permiffion qui leur fera délivrée par
le Contrôleur général des Finances , fur la déclaration
qu'ils feront de la qualité & quantité
des marchandifes , & du Bureau par lequel elles
devront être introduites ; & à la charge de payer
à l'Ajudicataire des Fermes générales , trente
pour cent de leur valeur , eníemble les Dix lous
pour livre , fuivant l'état eftimatif defdices marchandifes.
Renouvelle Sa Majefté , les défenfes
à tous Marchands & Négocians , tant ea
gros qu'en détail , des villes & autres lieux du
Royaume , & à toutes autres perfonnes , d'expofer
en vente débiter ou vendre de maniere
quelconque , aucune defdites marchandifes prohibées
, à peine de confifcation d'icelles , & de
Trois mille livres d'amende . Fait pareillemen:
Sa Majesté très- expreffes inhibitions & défenfes
à tous Marchands des villes & autres lieux
du Royaume, de mettre fur les portes de leurs
boutiques le titre de Magafin de Marchandifes
d'Angleterre , ou d'autres Pays étrangers , fous la
même peine de Trois mille livres d'amende , &
d'être déchus des droits & priviléges de Marchands,
Les marchandifes dont la confifcation
aura été prononcée , feront eftimées par deux
Experts à ce commis , pour être , la moitié du
prix de ladite eftimation , accordée & payée comp.
tant aux Commis faififlans , fans aucune retenue ;
& feront enfuite , leídites marchandifes , réexportées
à l'Etranger , & à cet effet renvoyées ;
favoir , celles connues fous le nom de Marchandifes
blanches , dans le Port de l'Orient , & les
autres dans l'un des Ports francs du Royaume ,
où elles feront vendues au mois de Janvier de
chaque année , par vente publique , fans pouvoir
en aucun cas , rentrer dans le Royaume .
k
3
( 222 )
Les marchandifes Angloifes qui continueront
d'être reçues dans le Royaume , en
payant les droits fixés , font':
Chevaux . Laines. - Cotons en laine.
Cuirs verds. Andgang Peaux de boeuf.
de veau. Roc , ou poil de vache .
--
Peaux
Suifs
de toute etpece . Cire jaune. Cire blanche.
Charbons de terre. →→→→ Chairs falées.
Biere , en bouteille feulement . Colle ,
Corne ronde ou plate.
Couperofe .
dite d'Angleterre.
- Dents d'Eléphant .
Drogues fervant à la teinture . Forces à tondre
, & autres Outils ou Inftrumens propres aux
Meules à Taillandier. Arts.
------
Etain non
Beis -
Futailles ,
ouvré........ Bois de conftruction ,
Feuillards , Bois Merreins ,
venant d'Angleterre ou des Colonies angloifes.
Un autre Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , '
en date du 10 de ce mois , renouvelle les anciennes
défenfes d'introduire dans le royaume
, aucunes toiles de coton & mouffelines
venant de l'étranger , autres que celles
de l'Inde apportées par le commerce national
. Le même Arrêt interdit le débit des
toiles peintes , gazes & linons de fabrique
étrangere , fauf le délai fixé pour celles exiftantes
dans le Royaume . Ce délai eft d'un
an , à compter de la date de l'Arrêt . Voici
le préambule qui motive cette mefure de
Adminiftration.
Le Roi s'étant fait repréſenter , en fon Confeil
, les Arrêts des 5 Septembre & 28 Octobre
1759 , par lefquels l'introduction des Toiles
de coton blanches & des Toiles peintes venant
de l'Etranger , avoit été permife par les ports
( 223 )
& lieux y défignés , à la charge d'acquitter les
droits qui ont été fixés par les mêmes Arrêts , &
enfuite évalués par celui du 19 Juillet 1760 :
Sa Majefté a reconnu d'un côté que les circonftances
qui avoient motivé cette permiffion ,
n'avoient plus lieu depuis l'établiffement de la
nouvelle Compagnie des Indes ; & d'un autre
côté , que les droits d'entrée qui avoient été impofés
dans la vue de favorifer le commerce & l'induftrie
nationale , étoient continuellement éludes
par la contrefaction des plombs ou bulletins ,
& par l'effet inévitable d'une contrebande que
la multitude de Bureaux ouverts à l'introduction ,
ne permet pas d'empêcher. Sa Majefté eft d'ailleurs
informée qu'il eft arrivé dans les Ports '
étrangers , des cargaifons trè confidérables de
marchandifes des Indes , dont l'importation produiroit
une furabondance di'proportionnée aux
befoins de fes peuples , & auffi nuifible aux Manufactures
qui peuvent fuppléer ces marchandifes
, qu'aux intérêts de la Compagnie chargée
d'en approvifionner le Royaume . Ces différentes
confidérations n'ont pu échapper à l'attention
de Sa Majefté , lorsque pour faire jouir fes
fujets de tous les genres d'avantages que le retour
de la paix leur promet , Elle s'occupe effentiellement
des moyens d'encourager leur induftrie
, d'étendre les progrès de leur commerce
, & de relever les Manufactures dont une trop
grande tolérance des objets fabriqués chez l'Etranger
a occafionné la chute & l'anéantiffement.
Rien ne lui paroîtroit plus defirable & ne feroit
plus conforme à fes principes qu'une liberté générale
qui , affranchiffant de toute espece d'entraves
la circulation des productions & marchandifes
des différens pays , fembleroit de toutes
les Nations n'en faire qu'une pour le com-
>
k 4
( 224 )
merce : mais auffi long- tems que cette liberté
ne pourra être univeriellement admife & partout
réciproque , l'intérêt de l'Etat ex ge de
la fageffe de Sa Majefté qu'Elle continue d'exclure
de fon Royaume , ou de n'y laiffer importer
que par le commerce national , celles des
marchandifes étrangeres dont la libre introduction
nuiroit aux Manufactures du Royaume , &
pourroit faire pencher à ſon défavantage la balance
du commerce .
Les Ordres royaux , militaires & hofpitaliers
de Notre -Dame du Mont-Carnel &
de Saint Lazare de Jérufalem , ont fait cé-
.lébrer , le 18 de ce mois , dans la Chapelle
de l'Ecole Royale - militaire , la fête de Notre
- Dame du Mont- Carmel . Monfieur a
tenu , avant la Meffe , un Chapitre defdits
Ordres , dans lequel ce Prince a nommé
Chevaliers de Notre Dame du Mont Carmel,
les fieurs Pierre - Marie-Augufte Picot
de Peicaduc , Jacques Pierre Daniel Nepveu
de Bellefille , & Louis Edmond le Picard
de Phelipeaux , Eleves de l'Ecole-
Royale Militaire . Après la Meffe , à laquelle
a officié l'Evêque de Dijon , Commandeur
Eccléfiaftique defdits Ordres , & qui a été
chantée par la Mufique de Monfieur , fous
la conduite de l'Abbé Gauzargues , Surintendant
de la Mufique de ce Prince , Monfieur
a reçu Chevalier des deux Ordres
réunis le Comte de Coflé.
Les fourrages , à ce qu'on mande de
Guyenne , ont abfolument manqué dans la
province mais les vignes & les bleds don(
225 )
noient les plus belles espérances. Le foin
qui ci devant fe vendoit à Touloufe 30 f.
le quintal , valoit au commencement du
mois 5 liv. 10 fols à 6 liv. Nous remplirions
ce Journal uniquement des récits déplorables
qu'on nous envoie de toutes parts . La
Généralité d'Alençon n'eft pas la moins
maltraitée , ainfi que nous l'apprend M. Du
Friche de Valazé , auteur d'un des plus réfléchis
, des plus philofophiques , & par confquent
des plus inutiles ouvrages qu'on ait
publié en France fur les Loix pénales . Voici
l'extrait de la lettre de M. de Valazé.
Toute la France fouffre , fans doute , de la
féchereffe qui a eu lieu cette année mais il
éft des cantons bien moins affligés les uns que
les autres : ceux , par exemple , dont le genre de
culture confifte à faire des pâturages artificiels
ne font pas á beaucoup piès auffi malheureux que
les pays de prairies ; car fi les premiers n'ont
fourni qu'une demi récolte en foin , les der
niers n'ont produit que le dixieme de la dépouille
ordinaire . Le canton que j'habite eft
dans ce dernier cas : & comme le feul commerce
qui s'y falle confifte en Beftiaux , nos
Cultivateurs font à la veille d'une ruine certaine.
Le Roi a permis le pâturage dans fes
forêts ; cette reffource nous manque encore
quoique nous foyons environnés de forêts , dont
l'entrée nous eft défendue. En rendant notre fi
tuation publique , & en faifant voir qu'elle ne
fauroit être plus malheureuſe , nous parvien→
drons , fans doute , à intéreffer le Gouvernement,
dont l'attention parernelle nous eft fi nécess
faire .
>
( 226 )
Trois cent treize captifs délivrés à Alger
par les PP. de la Rédemption , font arrivés
Marſeille , le 9 de ce mois , fur la frégate
la Minerve , commandée par M. le Chevalier
de Ligondès. Cet Officier a confirmé
ce qu'on avoit appris de la paix conclue entre
la Cour d'Espagne & la Régence d'Alger.
Il paroît que celle ci fonge à fe dédom--
mager fur les navires d'autres puiffances ;
car au départ de M. de Ligondès , il fe
trouvoit dans le port d'Alger 14 corfaires ,
prêts à mettre à là voile .
Le trait fuivant , dont on vient de nous
faire paffer les circonflances authentiques ,
nous a paru fi touchant , que nous ne balançons
pas à lui donner place dans cette
feuille.
Le nommé Clermont , âgé de 16 ans , natif de
Colmar en Alface , & Eleve d'une penfion trèsconnue
qu'il avoit quittée , parce que la mort
d'un oncle , fon protecteur , Sergent Major dans
le Régiment des Gardes Suiffes , ne lui permettoit
plus de continuer le cours de fes études ,
eft venu le mois d'Avril dernier voir les anciens
camarades , fous l'habit de Garde Françoife.
L'amour filial l'avoit forcé , depuis un an , de
prendre l'uniforme : incapable , à ſon âge , ( il
n'a que 16 ans ) de procurer des fecours réels
à une mere infortunée que fon mari venoit d'abandonner
; il voulut au moins lui en donner
de momentanés : il s'engagea , & la même main
qui venoit de figner la perte de fa liberté , fut
en verfer le prix dans le fein de fon indigente
mere. On avoit ignoré fon fort , lorfque ,
( 227 )
pouffé par un mouvement affez naturel , il voulut
revoir les anciens camarades ; affiégé d'abord
par la foule des Eleves , il ne répondit rien
à leurs queftions bruyantes ; mais fe trouvant
avec ceux en qui il avoit le plus de confiance ,
il leur parla à coeur ouvert , & leur apprit le
motifde fon engagement. Son récit les attendrit
tous jufqu'aux larmes , mais particulierement
ceux qui devoient faire leur premiere communion.
A peine le foldat les eut il quittés , que
leurs têtes ouvrent différens avis ; enfin ils s'arrêtent
à celui de dégager leur camarade , ils écrivent
fur le champ à un Commiffaire des guerres ,
en reçoivent une réponſe favorable ; mais ils
apprennent qu'il faut un facrifice de 20 louis
deux de ces enfans fe chargent de faire parmi
eux la quête pour Clermont toutes les bourfes
s'ouvrent & s'épuifent pour faire une fomme
de 80 livres c'étoit bien loin de compte :
mais on prend patience , en cachant leurs projets
à tous leurs Maîtres , ils attendent jufqu'au mois
prochain pour groffir leur maffe de tout l'ar
gent de leurs menus- plaifirs. ; à la fin de Mai
ils avoient raffemblé environ 10 louis. On furprit
une lettre à ce fujet , leur projet fut éventé ,
mais l'exécution en devint plus facile , la générofité
de quelques parens , la libéralité du
Maître de penfion , ont complété le refte de la
fomme néceffaire. On a envoyé au Sergent-
Major de Clermont , 300 livres , & fon congé
lui a été délivré à la fin de juin dernier ; le
refte de l'argent a ſervi à l'habiller & aux frais
de fon voyage. Le jeune Clermont a mieux
aimé retourner dans fa famille où un Procureur
lui a promis de l'occupation.
"
r
MM. les Officiers du Régiment de Savoie
-Carignan , en garnifon à Arras , ont
+
k 6
( 228 )
fait célébrer le 16 un Service folemnel pour
le repos de l'ame du Prince de Savoie-
Carignan , Comte de Villefranche , dont
nous avons annoncé la mort prématurée
dans fa terre de Domart en Picardie , le 30
Juin dernier.
La Meffe en mufique de la compofition du
fieur Goffec , à laquelle avoient été invités tous
les différens corps & particuliers notables , de
la ville & de la garnifon , ayant à leurs têtes
M. le Comte de Sommievre , Commandant en
chef en Artois , a été exécutée par les Muficiens
de la Cathédrale , de la Ville , des Régimens
de la garnifon , & d'une grande quantité
des Villes & Métropoles voisines .
La nef de la Cathédrale étoit tendue de noir ,
& décorée par des écuffons , de différente grandeur
, aux armes du Prince , & par différens
attributs analogues à la circonftance .
Au devant du choeur s'élevoit un catafalque
foutenu par huit colonnes d'ordre corrinthien ,
& furmonté par une pyramide de 80 pieds de
haut.
On avoit placé au frontifpice de la pyramide
un tableau repréfentant le Prince pouffé dans
le tombeau par la mort , arrêtée , mais en vain ,
par un génie en pleurs , tenant d'une main les
drapeaux du Régiment , & tirant de l'autre la
mort parla draperie dont elle étoit enveloppée .
MM. les Officiers du Regiment de Savoye
portoient tous un crêpe au bras gauche ; & étoient
en grande tenue , ainfi que tous les Soldats
de ce Régiment . auxquels on avoit fait prendre
les armes pour cette trifte cérémonie . Les Saldats
grouppés entre les piliers , formoient un
coup- d'oeil impofant.
( 229 )
La douleur peinte fur le vifage des Officiers
& des Soldats du Régiment de Savoye eft inexprimable
, & la maniere dont ils parlent de leur
Colonel , regretté de toute cette ville , proeve
combien ils lui étoient fincerement & refpectueufement
attachés . Tous ceux qui l'ont connu
partagent les regrets de ces MM.
Le Prince étoit le pere des Soldats & l'ami
des Officiers , fon caractere doux & liant avoit
tellement uni entre eux tous les individus , qu'il
fembloit être le chef d'une famille dans laquelle
chacun s'empreffoit de contribuer au bonheur
& à la fatisfaction commune. On lui obéiffoit
fans qu'il commandât , chaque occupation fe
changeoit en amufement , & l'on aimoit à fe
rendre aux leux où l'on étoit appellé par fon
devoir 9 parce qu'on avoit le plaifir d'être
auprès de lui , & que l'on étoit fûr de s'entendre
dire toujours quelque chofe d'honnête & de
flatteur.
Il avoit fçu conferver au milieu de la Cour
& des hommes , cette fimplicité noble que l'on
admire avec juftice dans tous les Princes de
cette Maifon , & on avoit pour lui non - feulement
le refpect dû à fa puiffance , à fa dignité ,
& à la naiffance ; mais encore celui que peut
infpirer l'extrême vertu jointe à l'extrême bonté
Monfeigneur le Prince de Condé , dans
fon voyage d'Alface , s'étant arrêté le 9 de
ce mois à Vefoul , pour y voir le Régiment
Royal Cavalerie , en garnifon dans cette
ville , M. le Comte d'Ecquevilly , Meftre
de Camp , Commandant de ce Régiment ,
a faifi cette occafion de faire bénir les étendarts.
( 230 )
Le Prince , accompagné de M. le Duc de Bourbon
, après avoir été reçu avec tous les honneurs
qui lui font dûs , fe rendit à l'Eglife
où il préfenta un des étendarts au pied de
l'autel , les autres l'ont été par M. le Duc de
Bourbon , M. le Marquis de Vibraye , Inspecteur
du Régiment , & M. le Comte d'Ecquevilly.
M. l'Abbé d'Ecquevilly , Vicaire général
de Reims , a prononcé un difcours dans lequel
il a rappellé la journée de Fridberg , où le
Régiment Royal avoit été témoin de la valeur
d'un Prince cher à la Nation.
L'Orateur fit obferver enfuite que le Régiment
Royal jouiffoit de l'avantage de ne s'être
jamais trouvé qu'à une bataille malheureuſe
( celle de Dettingen ) dans laquelle il fe conduifit
avec une telle diftinction , que le Général
de l'Armée crut devoir en rendre un compte
particulier au Roi.
Le Prince qui devoit al'er coucher à Belfort ,
a trouvé fur fon chemin le Régiment qu'il a
yu manoeuvrer pendant une heure.
Barthelemi de Vougny , Chevalier ,
Comte de Boqueftant , ancien Capitaine au
Régiment de Briffac- Cavalerie , aujourd'hui
Royal Champagne , & Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint -Louis , eft
mort à Paris , le 23 de Juin dernier , âgé de
77 ans & 8 mois.
Pierre - François Pâquier , natif de Vefoul en
Franche Comté , s'engagea à l'âge de 15 ans &
demi , en 1758 , au fervice du Roi , dans le Régiment
de Be funce , aujourd'hui Flandres , Infanterie.
Le 20 Juillet 1763 , le Régiment étant en
garnifon à Lille , Pâquier difparut , fans que fa
famille en ait depuis reçu aucune nouvelle . On
( 231 )
apprit cependant , mais fans aucune certitude ;
qu'il étoit paffé dans le se . Bataillon des Gardes
Wallonnes en Eſpagne . Sa famille defire avoir
fon fignalement , s'il exifte encore , ou fon extrait
mortuaire , s'il eft décédé : ces pieces lui étant
néceflaires contre un ufurpateur du nom de ce
jeune homme. Ceux qui pourront en donner
quelques indices , font priés de les adreffer à
Vefoul , à M. Flagrigny , Chanoine.
Plufieurs membres du Corps municipal ,
de l'Académie des Sciences & de la Société
royale de Médecine , fe font rendus le 7 &
le 9 de ce mois , à l'Ecole de Natation que
fe fieur Turquin vient d'établir au bas du
pont de la Tournelle , auprès de fes Bains
Chinois ; ils ont affifté aux premieres leçons
données dans cet établiſſement , qui manquoit
encore à nos inftitutions modernes
ils ont applaudi aux moyens employés par
l'auteur pour hâter les progrès de fes éleves ,
& prévenir toute efpece de danger ; ils ont
examiné de nouveau les Bains du fieur
Turquin , qui ont également mérité leurs
fuffrages.
;
Le prix de l'abonnement pour l'Ecole de
Natation , eft de 48 liv . ou de 30 fous par
leçon ; celui des Bains eft de 1 liv. 4 fous
pour celui qui prendra un cabinet feul , de
1 liv . 16 f. pour deux perfonnes , & de 2 liv.
8 f. pour trois .
M. de la Blancherie , Agent général de correfpondance
pour les fciences & les arts , eft fur le
point de faire un voyage eu Suiffe , en Alface ,
dans une grande partie de l'Allemagne ( la plus
( 232 )
f
voifine de la France ) la Hollande , les Pays - Bas
Autrichiens , & c ; dans le deffein de prendre tur
les lieux , felon le plan de l'établiffement , les
renfeignemens relatifs aux fciences , aux arts &
à l'induftrie , pour lefquels les relations épiftolaires
auroient été infuffifantes . Les perfonnes de
tous les pays qui voudront profiter de ces avantages
, font priées d'envoyer inceffamment des
mémoires écrits , ou dans les principales langues
vivantes , ou en latin .
L'abfence de l'Agent général ne changera rien
à l'ordre des différentes parties de l'établiffement.
Tous mémoires , lettres & envois continueront
d'être adreffés , fous fon nom , au chef- lieu de la
Correspondance , toujours à l'hôtel Villayer , rue
St.- Andrésdes- Arts , à Paris , où il fera fu , pléé
par M. Deflers de Rancy , Secrétaire général de
la Correfpondance.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 25 Juillet.
M. Van- der-Goës a pris congé des Etars
Généraux , devant partir au premier jour
pour le Danemarck , où il eft nommé Miniftre
de la République.
Le plan propofé par M. le Comte de
Maillebois pour l'établiffement d'un département
militaire , éprouve des difficultés.
Dans le rapport qu'en ont fait les Commiffaires
de LL. HH . PP . , ces Commiffaires
objectent que ce projet ôteroit au Confeil
d'Etat , ainfi qu'à fes Adjoints dans l'occafion
, une partie de leurs fonctions , & qu'il
limiteroit trop l'autorité du Stathouder , en
fa qualité de Capitaine général .
( 233 )
1
La légion de Maillebois ne pouvant être
complette au 15 Septembre prochain , le
Général a demandé que ce terme fût prolongé
de quelques mois , & la revue de ce
corps n'aura lieu qu'au printemps fuivant.
M. de Maillebois a fuivi le Stathouder dans
la vifite que fait ce Prince de quelques places
fortes.
Le jardinier Van Brakel qui , durant la
derniere guerre , fut condamné conime cou
pable d'avoir voulu engager à une trahifon
l'enfeigne de Witte en garnifon dans l'ifle
Gorée , a tenté d'affaffiner le concierge de la
prifon où il étoit renfermé , mais ce projet a
été prévenu à temps.
M. de Thulemeyer , Miniftre de la cour
de Berlin à la Haye , a notifié officiellement
à la République de Hollande , la fignature
d'une ligue , formée en Allemagne pour le
maintien des droits & de l'indivifibilité du
Corps germanique , entre les Rois de Pruffe
& de Suede , les Electeurs de Saxe , d'Hanovre
& de Treves , les maifons de Heffe ,
de Brunfwick , d'Anfpach , &c.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Le Chargé des affaires de la Cour de Vienne a
r . mis au Miniftere d'Espagne un Mémoire ou une
espece de Manifefte , dans lequel l'Empereur « fe
» plaint de la conduite de la Cour de Berlin à fon
» égard & des démarches qu'elle fait , tendant à
infpirer aux Membres du Corps Germanique &
à d'autres Cours une défiance injufte envers
( 234 )
S. M. Imp. , comme fi elle avoit en vue d'altérer
la Conftitution Germanique , de miner les
Droits & Privileges , & de les renverfer enfin
>> de fond en comble ; vues dont S. M. Imp . étoit
» fi éloignée , qu'au contraire elle déclaroit être
» prête à fe placer à la tête d'une Confédération ,
ဘ
dont l'objet feroit de maintenir la Conftitution
» du Corps Germanique , de défendre fes Droits ,
Privileges , &c. » Telle eft la ſubſtance de ce
Mémoire , qu'on croit être une Piece circulaire .
[ Gazette de Leyde , num. 56. ]
On apprend que quelques Officiers du Régiment
d'Onderwater , en garnifon dans cette ville ,
pour fervir de garde à L. N. P. , Mrs. les Commiffaires
, s'étant avifés de porter à leurs badines
des cordons tirant fur la couleur prefqu'Orange ,
comme cette couleur doit être en abomination
particuliérement dans cette Province , depuis que
les habitans font prefque tous attaqués de la jauniffe
, ces Officiers réfractaires ont été févérement
réprimandés , & c'est par grace ſpéciale qu'on ne
leur a pas fait fubir des peines plus rigoureufes
pour la bifarrerie de leur goût. Le jaune & tout ce
qui approche de cette couleur primitive , eft tellement
en horreur dans ce pays , qu'on efpere que
les Peres de la Patrie , nos Médecins politiques ,
feront fagement défendre l'introduction de toute
matiere tirant fur la couleur jaune , ou fervant à
la former , y compris les prifmes qui peuvent fervir
à la retracer , & même l'ufage des jaunesd'oeufs
, &c. ( Nouvellifte d'Allemagne , num . 108. )
La Cour de Madrid a fait une Réponte claire &
précile à l'Ambaffadeur d'Angleterre , chargé par
fes Inftructions , de demander raifon de l'envoi
& de la deftination d'un Corps de Troupes embarquées
à la Corogne. Ces Troupes , au nombre
de fix mille hommes embarqués le 10 du mois de
( 235)
Juin, fur 12 Navires de tranfport , & fous l'efcorte
de 3 vaiffeaux de guerre, font deftinées pour renforcer
les garnifons de Penfacola & de S. Auguftin dans
les deux Florides. Cette précaution a paru d'autant
plus néceffaire au Cabinet de Madrid , que depuis
la derniere révolution arrivée en Amérique , ces
deux Provinces Méridionales de l'Amérique Septentrionale
font devenues la clef de l'Amérique- Méridionale,
& qu'il importe hautement à la Courd'Efpagne
d'être toujours prête , dans cette partie du
monde , à faire face à tout événement. Au refte ,
le Miniſtere de Madrid a formellement déclaré à
l'Ambaffadeur d'Angleterre , que les Différends furvenus
fur la côte de Muſquito, n'avoient nullement
influé fur l'embarquement de ces troupes aux Indes-
Occidentales ; qu'au furplus , S. M. Catholique ne feroit
pas la premiere à troubler le repos rétabli dans
cette partie de la terre . Cet envoi de forces ne doit
donc être confidéré que comme une fimple précaution
, prife par le Roi d'Espagne , pour affurer
fes poffeffions dans un pays fi éloigné du centre de
la Monarchie Espagnole.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre Me. P... de N... Procureur en la Cour,
& la Dame fon épouse ; La Dame veuve
C... & la Dlle. Courtier. Teftament AB
IRATO.
-
Un teftateur , & fur- tout un pere qui difpofe ,
au préjudice de fes héritiers dégitimes , doit bien
fe garder de laiffer appercevoir dans fon tefta-
(i) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de 15 liv, par an , chez M. Mars , Avocat, cue
& Hôtel de Serpente,
( 236 )
ment aucune preuve de haine. Il n'eft point de
moyens plus v. &orieux pour faire anéantir les
difpofitions . Feu Me . C ... ancien Procureur en la
Cour , n'avoit pas affez réfléchi fur cette verité ;
auffi fon teftament a -t - il éprouvé le fort aug el
il étoit réservé .
Me. C ... avoit eu pour Me. Clerc le fitur P...
de N... & il avoit fans doute conçu pour ce jeune
hom.ne des fentimens avantageux , puifqu'ayant
pallé depuis dans une autre Etude , & ayant traié
de l'Office de Me . Coueffé du Boulay , M :. C...
n'hésita pas de rendre de lui un témoignage avantageux
à l'occafion d'un mariage qui lui étoit
propofé . Me. C... fit plus , ce projet de mariage
n'ayant pas réuffi , il propofa au fieur P ... de N...
de lui donner fa file . Me. P... après avoit
été arrêté quelques temps par la modicité de la
dot que les fieurs & Dame- C .. vouloient donmer
à leur fille , s'y détermina cependant , à caule
de l'eftime finguliere qu'il avoit pour la Dile, &
pour toute la famille. Le mariage fut décidé &
célébré au mois d'Avril 1780. La dor de la Dlle.
fut fixée à 30,000 liv. dont 10,000 fiv . feulement
, qui devoient entrer en communauté ,
étoient fipulées , payables le lendemain du mariage
, les autres 20,000 liv. n'étoient payables
qu'au premier Janvier 1781. Me. P... ne fe
marioit qu'avec Ton Office de Procureur acheté
41,600 liv . qu'il devoit en entier . La gêne qu'entraînent
les premiere années d'un établiffement ,
fe fit d'autant plus fenir à Me. P. , . que la dut
de fa femme n'avoit point été réalisée en argent
comptant , & fa pofition devint fi embarraflante
la premiere année de fon mariage , qu'il crut en
devoir faire part à Me. C... fon beau - pere . -
La fituation de M. P ... de N... parut donner des
inquiétudes à Me C... qui l'imputa à mauvaile
---
( 237 )
adminiftration , & a peu de conduite de la part
de fon gendre : cependant Me . C... déguila fes
fentimens , & fous les dehors du plus vif intérêt
, il parut avoir envie de venir à fon fecours ,
en le prêtant à ce qu'il defiroit fur l'emploi du
remboursement des 20,000 qui devoit s'effectuer
en Janvier 1781 ; il exigea donc que Me , P..,
lui remît un état exa & & certifié de lui , de tout
ce qu'il devoit. Me. P ... n'eut rien de plas preffé
que de le fatiffaire ; c'eft cependant cette marque
de confiance & de déférence d'un gendre pour
fon beau- pere qui a fervi de prétexte & de baſe
à ce dernier pour la rédaction de fon teftament.
Mais par bonheur pour Me . P ... le teftateur a
fourni lui -même , dans cet acte , les moyens les
plus puiffans pour le faire anéantir : voici la teneur
du teftament de Me . C ...
פ כ
« Si au jour de mon décès , Mde. Coutier ma
belle-mere ( qui étoit en démence & interdite ,
>> & dont Me. C. étoit le Curateur ) eft vivante,
je defire que la curatelle à fon interdiction ſoit
» déférée à ma veuve , & à fa foeur conjointe-
» ment , & à la furvivante des deux . J'obferve
qu'il y auroit le plus grand danger à y nommer
M. P... de N... mon gendre .
33
Je nom-
» me Mile. Coutier , ma belle - foeur , ma légataire
univerfelle de tous mes biens de toute
nature , meubles & immeubles ; mon intention
» étant qu'elle foit feule propriétaire , tant en
fon is qu'en jouiflance , & qu'elle en puiffe
» difpofer comme elle avifera , à la charge néanmoins
par elle de laiffer une fomme de 30,000l.
» i celui ou celle de mes enfans qui l'auront méri-
» e , ea h norant leur mere & leur tante , & leur
portant le refpe &t qu'ils leur doivent jufqu'au
ombean ; & fi la demoiſelle Coutier décede fans
» nominer celui ou celle de mes enfans qui l'auront
( 238 )
» méritée , & qui feroient dignes de recueillir lefdites
30,000 liv. , je veux que la difpofition de
» mon préfent teftament qui greve fon legs univerfel
de la charge defdites 30,000 l . foit répu-
> tée comme non - avenue . — Dans tous les cas,
» mes enfans ne pourront inquiéter la demoiſelle
Coutier , ni l'affujettir , après mon décès, à faire
» faire un inventaire , ni aucun autre a&te de Juſtice.
Si au décès de la demoiſelle Coutier ,
» il ſe trouve en nature dans fa fucceffion quelques-
uns des immeubles venant de moi , dont
» elle n'ait pas difpofé , je veux que ce qui en
>> restera appartienne , après elle , à mes enfans ,
à condition fur iceux , à commencer par les
que
» biens propres , & enfuite par les conquêts , mes
» enfans , non- mariés & dotés , feront égalés à
» Madame P ... de N... ma fille , qui a eu & reçu
» 30,000 l. , argent comptant , en mariage ; & à
» l'égard du furplus qui pourra revenir à ladite
» dame de N..., même fa part dans les biens propres
, ainfi que fa portion légitimaire ; je veux
& entends que le tout lui foit & demeure fubfti-
», tué , ainſi qu'à les enfans & petits enfans , at-
» tendu les engagemens confidérables & le mauvais
» état des affaires dudit Me. P... de N... & fa fem-
» me; voulant & entendant qu'aucuns des biens
»fubftitués ne puiffent être faifis ni délégués par
"
"
aucun créancier , & que tous les revenus en
» foient touchés par ma fille ſur les fimples quit-
» tances , fans qu'elle ait befoin de l'autorisation
» de fon mari , & fans que les revenus puiſſent
» jama's être confondus dans leur Communauté ;
» défendant à ma fille de donner ni pouvoir , ni
" procuration á fon mari , directement , ni indirec
» tement , á l'effet de recevoir les revenus fubfti-
» tués , attendu leur deſtination aux alimens de la
» mere & des enfans , » -◄◄◄ Le Teftateur finit par
( 239 )
nommerla dame C ... fon épouse pour Exécutrice
de fon Teftament. A ce Teftament , Me . C... a
joint l'état des affaires de Me . P... de N... , avec
cette note : annexé au Teftament , pour ſervir à juſtifier
la fubftitution . Le Teftateur , après avoir
clos fon Acte , croit n'avoir pas fuffilamment décrié
fon gendre , il fait , le même jour , un Codicile
, où il déclare qu'il veut que fi la dame de N...
décéde avant fon mari , il foit pourvu à ſes enfans
d'un Tuteur ou Tutrice , autre que Me. P.. de N...
à l'effet de toucher & recevoir pour les enfans tous
les deniers & revenus fubftitués , & de les employer
à les élever & entretenir. Enfin , le 2 Mars 1782
il fait un nouveau Codicile , où il renchérit encore
fur les preuves qu'il a déja données de fa haine : il
s'exprime ainfi : » Si Mademoiſelle Coutier , ma
belle four , renonçoit au legs univerfel que je
» lui fais par mon Teftament , ou bien , fi ledit legs
» venoit à être attaqué de nullité , ainfi que la
» ſubſtitution , & que foit par cette voie , foit par
» toutes autres, ledit legs univerfel & ladite fubfti
» tution vinflent à être annullés ; en ce cas , je
» donne tous mes biens difponibles à l'Hôpital des
» Incurables de Paris , pour y fonder autant de lits
» qu'il fera poffible , & le droit de nommer à per
ဘ
pétuité auxdits lits appartiendra á ma femme ,
» & après elle , á fon fils. » Me . C ... eft mort le
7 Mai 1782 ; les dépofitaires de fon Teftament , les
perfonnes qui y étoient intéreffées , la veuve C ... ,
Exécutrice , & la demoiſelle Coutier , fa légataire
univerfelle , furent long- temps fans produire au
grand jour cet acte irrégulier. Les enfans de Me.
C... ne foupçonnoient pas même fon exiſtence , &
Jaiffoient la veuve jouir paifiblement , fans demander
ni compte , ni partage , & fans la preffer
de faire un inventaire , qu'elle a néanmoins fait
( 240 )
J
depuis , comme elle a voulu. C'est dans le calme
de cette parfaite concorde de la famille , dont rien
ne fembloit préfager le trouble ; que la dame de
C... , huit jours après le décès de fon mari , a tiré
de l'ebfcurité le Teftament & les deux Codiciles
dont on a parlé , & en a fait , le 8 Décembre , le
dépôt chez Me, le Cointre , Notaire , qui avoit fait
l'inventaire ; elle fit appeller le lendemain fon
gendre pour venir en écouter la lecture. Sa furprife
fut extrême , lorfqu'il entendit les difpofitions
d'un acte , où fon honneur & fa réputation
Le trouvoient finguliérement compromis ; il n'hé
fita pas fur le parti qu'il avoit à prendre pour le
faire anéantir. Il l'attaqua comme fait AB IRATO;
il fit fortir les moyens du contexte même de l'acte,
qui ne refpiroit que haine & fureur , & furabondamment
, il foutint que le legs univerfel fait par
Me. C... à la demoiselle Coutier , fa belle foeur ,
pouvoit paroître , à certains égards , renfermer une
efpece d'avantage indirect & de fidei - commis du
mari au profit de fa femme , foit à caufe de la cohabitation
commune , foit à cause de la communauté
& confuſion des revenus qui exifloient , dêpuis
40 ans , entre la demoiſelle Coutier & Me . C...
& qui probablement devoit continuer entre les
deax foeurs après la mort ; confufion de biens qui
pouvoit rendre par le fait , la veuve jouiffante de
tous les biens de fon mari. Les moyens de Me.
P... , qui fe préfentent d'eux mêmes , ont été développés
dans une Confultation imprimée. Enfin ,
une Sentence des Requêtes du Palais , qui fut bientôt
fuivie d'en Arrêt confirmatif, rendu le 28
Juillet 1784 , déclara nuls le Teftament & Codiciles
du beau- pere de Me. P...
Differtation fur le duct , publiée
par ordre , comme ayant
remporté le prix ( en Mai 1784 )
dans l'Univerfité de Cambridge ;
par Richard Hey , Docteur en
droit , &c. : 1785 , in - 8 " . A Lodes.
Effais de Michel de Montagne ,
traduits nouvellement en langue
tofane , par un Académicien
de Florence , & publiés par
Philandre; tomel : in- 12 de 262
page . Amfterdam.
Pièces morales fentimendernes
du facré palais apokokque
, on Majordomes pontificaux
; dédiées à S. E Rév. Monfign.
D. Romuald Braſchi Onefti
, neveu & Majordome du Pape
Pie VII, heureufement régnants
1785 , in-4°. de 106 pag. A Rome.
Nouvelle ciropédie , ou Voyage
de Cyrus , avec un difcours far
la mythologie , écrit en françois
par M. de Ramfay, auquel on a
joint une lettre de M. Freret , od
l'exacte chronologie de l'ouvrage
eft mife dans le plus grand jour :
tales fur divers fujets , com le tout traduit par François Sa
pofées dans la retraite, fur vila , de l'Académie de Barce
les bords de la Brenta , dans l'é- lone , & c : 1785. A Madrid.
tat de Venife , par Mad. J. W
C-r- ffe de R-f-g : 2 vol. petit
in- 8°. 1785. A Londres.
Obfervations fur l'importance
de la révolution de l'Amérique ,
& fur les moyens de la rendre
Notices fur les bâtimens qui utile au monde. On y a ajouté
ont été au bombardement d'Al- fune lettre de M. Turgor, Conger
, fous les ordres du Lieute- trôleur général des finances de
nant général D. Antoine Barcelo, France , avec un appendice con-
& du fecond Commandant & ftenant une traduction ( en an- .
Chef d'Efcadre , D. François glois ) du teftament de M. For-
Cifneres , avec les noms des Ca- tuné Richard , dernièrement put
Mines des mêmes bâtimens , ! blié en France par Richard Price,
& le nombre de leurs canons : Membre de la Société sovale de
1784. A Madrid. Londres , & de l'Académie des
Arts & des Sciences dans la nouvelle
Angleterre : 1785 , in-8*.
A Londres .
Notices hiftoriques des an-
Piens Vice-maîtres du patriachat
de Latran , & des Préfets me
On Conſcrit ſéparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE }
chez PH.-D. PIERRES , Impriment Ordinaire du Roi , me Saint
Jacques. Le prix de l'abonasment cât de 7 1, 4 fois par annéc , aveg
la Table:
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente deux livres que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lertrs
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois d'Aote
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner aufft leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres à
fans quoi elles ne feront point reques,
DE FRANCE .
( No. 27. )
SAMEDI 2 JUILLET 1785.
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX,
L'Ami de l'adolefcence ; par
M. Berquin : neuvième & dixième
cahiers ,formant le cinquième
volume de cet ouvrage .
La foufcription eft de 13 liv.
4 fols pour Paris , & de 16 liv.
fols pour la Province.
On foufcrit à Paris , aŭ Bureau
de l'Ami des Enfans, rue de
PUniverfité , au coin de celle du
Bacq , n °. 18.
par M. Bernardï ; 1 v. in-8° . br.
41. 10 f. A Paris , chez Servière ,
Libr. rue S. Jean - de - Beauvais
Médecine nouvelle , ou l'Art
de conferver la fanté , & c.; par
M: L*** , D. M. br. de 91 p. 4
Paris , chez Morin , L. r. S. Jacq.
AVIS.
Les Etrennes du printemps
aux habitans de la campagne
le trouvent actuellement chez
Lamy , Libraire. quai des Auguf
Difcours pronencés dans l'A- ins.
cadémie françoife , le Jeudi 15 On trouve chez Servière , L.
Juin 1785 , à la réception de M. ' rue S. Jean- de-Beauvais , les ļil'Abbé
Morellet , liv. 4 fols. vres fuivans !
A Paris , chez Demonville , Imp.- Traité de l'afthme , par Jean
Libr. rue Chriftine. Floyer , Docteur en médecine ;
Efai fur les révolens du traduit de l'anglois : 1 vol. in- 12-
droit françois , pour fervir d'in- rel. 2 liv. 1ofols .
troduction à l'étude de ce droit , Traité théorique & pratique
fuivi de vues fur la juftice civile, des maladies inflammatoires
par M. J. F. Carrere : I volume
in- 12 . rel. 3 1.
Extrait de l'esprit des loix :
Science du bon-homme Richard
; parie Docteur Franklin :
De la connoiffance & du trai- 1 vol . in-12. br. 1 1. 4f.
tement des maladies , principalement
des aiguës ; traduit du la- 1 vol. in-12 . br. 1 1. 4 f.
tin de M. Eller, par J. Agathangele
Roy: I volume in- 12. rel .
3-liv.
L'Art de nager ; par un Plongeur
: 12 f.
Le Manuel du chaffeur , con-
Formules de médecine, latines tenant un vocabulaire des ter-
& françoiſes , pour le grand Hômes de chaffe ; un traité des diftel-
Dieu ds Lyon ; par Pierre férentes eſpèces de chaffe &
Garnier : nouvelle édition', 1 v. des fanfares en mufique : in- 12.
m-12. rel. 3 liv. a liv. 8 f.
>
Obfervations de chirurgie , Eloge de M. Blanchard ; par
où l'on en trouve de remarqua- M. du Chofale: r 1. 4 f.
bles fur les effets de l'agaric de Suite des livres qui fe trouvent
chêne dans les amputations , & chez Voland , Libraire, quai des
la compofition des bougies fou- Auguftins , près la rue du Hure
veraines dans les maladies de l'u poix.
rètre ; traduites de l'anglois de
M. Warner , &c . 1 vol. ina2 .
xel. 2 liv. 10 f.
Nouvelles obfervations fur le
pouls intermittent , qui indique
Tufage des purgatifs & qui ,
Hiftoires tragiques , extraites
de Bandel , & mifes en françois
par Boiteau & Belleforeft :
7 vol. 21 liv.
Jeune Alcidiane : 3 vol. in - 12.
br. fig. 7 1. 10 f.
, Suivant Solano & Nihell , an- Infortuné Napolitain
nonce une dhiarré critique , &c.Aventures de Rofelli : 2 vol.
ouvrage traduit de l'anglois de in- 12 . fig. 61 .
Daniel Cox : 1 vol. in- 12 . relié ,
2 liv. 10 f.
I
Cours d'accouchemens , en
forme de catéchisme , par Jacq.
Télinge : 1 v. in-12. r. 1 liv . 16 f.
On trouve chez Royez , Libr.
quai & près des Auguftins , les
Ouvrages fuivans :
Inftitution aux loix eccléfiaftiques
de France , d'après les
Jofeph , Roman poétique ; par
Bitaube: in- 12. petit papier , rel .
2 liv. ro f
Lettres de la Ducheffe de **
par Crebillon : 2 vol. 3 1.
Le Mariage : 2 vol . in- 12 . br.
3 liv.
Mémoires de Berval : in- 12 .
petit pap. 11. 10 f.
-de Mile de Sternheim : 2 v.
Memoires du Clergé 3 vol . pe- in - 12 . br . 3 1 , 12 f.
tit in- 8 °. br. 91 .
Hiftoire du droit public ecclé
fiaftique françois : 2 vol. in-12.
br. francs de port partout le
Royaume , 5 1.
Loix pénales , d'après le ta
bleau comparé des vertus , des
devoirs , des vices & des crimes :
vol. grand in- 8 br. 4 1.
Traité des violences publiques
& particulères , & du devoir des
Juges , italien & françois : in- 12 .
rel. 3 liv.
-Turcs : 3 vol . in 12. figures ,
6 liv.
Mille & un quart d'heures :
3 vol . in 12.7 1. 10 f.
Mille & un jours : 5 volumes
12 liv. 10 f.
Mort d'Abel, de Gefner :in- 12.
pet. cap. 21.
Narciffe dans l'ifle de Vénus ;
par Malfilatre in-8 ° . fig . ' 3 liv .
12 fols
*
Nérs & Mérhoé ; a volumes
in-12.5 liv.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 JUILLET 1785.
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKI , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
PIÈCES
Du mois de Juin 1785.
IECES FUGITIVES . $5
▲ Adélaïde , à ſon retour de La Folle Journée , ou le Ma-
Jofeph de Vendôme,
la campagne , 3
Réponses à la Queſtion ,
Vers faits à Vauclufe , 49
A mon Médecin , 52
riagede Figaro, Comédie 105
Hiftoire des progrès & de la
chie de la République Romaine
,
Court de Gébelin ,
126
Vers à la louange de feu M. L'Enfant Prodigue , Poëme , 77
102
132
152
Vers pour le Portrait de M. L'Enfer , Poëme du Danie,
Bérenger ,
Vers à Mme de Genlis, 145 Lettres au Rédacteur du Mer-
Epitre à mapetite Jument, 146
Réponse à M. Damas ,
cure , 73 , 83 , 138.
148 Académie Françoise , 185
SPECTACLES.
149 Académie Roy.de Mufiq. 36
La Brebis & le Chien , Fable ,
Gharades , Enigmes & Logogryphes
, 8 , 52 , 102 , 15
NOUVELLES LITTER.
Théâtre Italien de M. de Florian
10
Eloge Hiftorique de Louis-
174
Comédie Françoiſe , 137 , 176
Comédie Italienne , 38
Annonces & Notices , 41 , 88
139 , 186
>
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 JUILLET 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
1
A M. le Prince DE B *** , après lui
avoir lû une petite Comédie intitulée :
Les Papilles.
DEVENEZ EVENEZ le Tuteur de mes jeunes Pupilles ;
Celui que jufqu'ici leur traça mon crayon ,
Eft vertueux , ſenſible , aimable autant que bon ,
Et fur-tout il le plaît aux actions utiles.
Prince , vous le voyez ; ainſi mes jeunes gens ,
En quittant le Tuteur que leur créa mon zèle ,
Si j'ai bien exprimé mes fecrets fentimens ,
Ne changeront point de Tutelle.
A i
4 MERCURE
MES SOUHAITS , Imitation libre d'un
Prologue de Galathée , Roman Paftoral
de M. de Florian , Gentilhomme de S. A.
S. Mgr. le Duc de Penthièvre.
Hoc erat in votis. HORACE .
QUAND pourrai-je vivre au village !
Quand ferai- je le poſſeſſeur
D'un champêtre réduit , aſyle du bonheur ,
Qu'un bois de cerifiers ombrage !
TOUT auprès feroit un jardin
Ou croîtroit la laitue , où verdiroit l'ofeille ,
Parmi de longs feftons de lavande & de thym :
Les murs feroient couverts d'une flexible treille ,
Où pendroit la grappe vermeille ;
La figue y muriroit à côté du raifin ,
Et la fraife odorante aux pieds de la groſeille....
Le lait d'une géniffe , aliment doux & fain ,
Ou liquide ou preffé dans fa pure corbeille ,
Fourniroit , fans recherche , aux frais de mon feftin,
Quand l'amant des cités péniblement ſommeille ,
Quel plaifir d'entendre au matin ,
Sur l'arbuste fleuri qu'auroit planté ma main ,
Gazouiller la fauvette ou murmurer l'abeille !
謎
BORDÉ de noisetiers , un limpide ruiffeau
BIBLIOTECA
REGLA
DE FRANCE.
Environneroit mon empire ,
Et mes defirs , j'ofe le dire,
Ne pafferoient jamais le canal de fon cau.
LA , dans le fein de la Nature ,
Là , je coulerois d'heureux jours ;
La promenade , la lecture ,
Le repos , le travail en rempliroient le cours.
PLUS fatisfait que ceux que la fortune enivre ,
Et dont l'avide coeur ne fauroit le borner,
Avec peu j'aurois de quoi vivre ,
J'aurois encor de quoi donner.
Doux plaifir de donner , d'épandre fes largeffes ,
Toi feul tu fais fentir le vrai prix des richeffes !
Il doit être fi doux , pour l'auteur d'un bienfait ,
De rencontrer les yeux de l'heureux qu'il a fair !
O Vertu qu'adore norre âge!
Noble & touchant befoin de faire des heureux ,
Plaifir vraiment royal , plaifir digne des Dieux ,
( Et qu'avec ces derniers Penthièvre partage ,
Pehthièvre , la vive image
De l'Etre bienfaifant qui règne dans les cieux , )
Defcends dans mon humble hermitage ,
Et verfe dans mon coeur l'amour délicieux
De ce devoir divin , la volupté du fage.
QUE manque-til à mon bonheur ,
Si goûtant avec moi ce fort prefque céiefte ,
A iij
aerische
Stabibliothek
München
MERCURE
Une épouse douce & modefte
Embellit ma retraite & confole mon coeur ;
Si je vois quelquefois & ma fille & fon frère ,
Sur le gazon , le plaifir dans les yeux ,
Se difputer à qui courra le mieux
1
Pour venir embraſſer leur mère !
Ah ! je croirois alors , même an fein des déferts ,
Pofféder , fentir feul le charme de la vie ,
Et devoir exciter l'envie
De tous les Rois de l'Univers.
(Par M. Bérenger. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Charbon ; celui
de l'Enigme eft Brochet ; celui du Logogryphe
eft Truite , où l'on trouve truie , étui ,
rue, ut, ré , titre , ire , têtu , Urie , tue , Eu ,
Ur , rit.
CHARADE.
NE perdons point de temps , courage, dépêchons ;
Donnez la torture à vos têtes ,
Et devinez de deux façons
Monun, mon deux, mon tout ; ce font autant de bêtes.
DE FRANCE
.
ENIGM E.
PLACE fur un portrait, daris les jardiæs fleuris ,
Aux champs , plus ſouvent qu'à la ville ,
Durant le jour je me rends fort utile;
Pendant la nuit je n'ai plus aucun prix.
Je vis par le foleil , par fa feule lumière ;
Sa foeur m'éclaire & ne m'anime pas :
A peine a - t'il atteint le haut de fa carrière ,
De mon côté chacun tourne fes pas.
J'aime à les voir venir tous à la fuite ,
Curieux , attentifs à l'indication ,
Sur mon avis diriger leur conduite.
Je ne fais point payer la confultation ;
On le croiroit , voyant qu'à chaque queſtion ,
Ils portent vite une main à la poche ;
Mais , loin de réclamer leur générosité ,
Je me crois trop heureux , & fuis affez flatté
S'ils daignent , en partant , m'épargner le reproche
Et de menfonge & d'infidélité..
( Par M. de L **. )
A iv
8 MERCURE..
1
SUR D
LOGO GRYPHE.
UR mes huit pieds , fans pied , cher Lecteur , to
me vois.
Je voyage en panier ou bien dans une hotte .
On metourmente au point de me mettre en compote .
Veux- tu me voir deux pieds ? Il faut m'en ôter trois.
Par tout pays , alors , fort importante ,
Ici , de plus , je fuis charmante.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS fur le Préjugé des Peines Infa
mantes , couronné à l'Académie de Metz;
Lettrefur la Réparation qui feroit dûe aux
Accufes jugés innocens ; Differtation fur
le Ministère Public ; Réflexions fur la
Réforme de la Juftice Criminelle , par
M. de Lacretelle , Avocat au Parlement .
A Paris , chez Cuchet , rue & hôtel Serpente
, 1784.
Nous ne parlerons , dans cet extrait , que
du Difcours qui forme la plus grande partie
de cet Ouvrage.
Il eſt divifé en trois parties : Quelle est
DE FRANCE.
l'origine du préjugé qui étend fur la famille
d'un coupable l'opprobre attaché aux peines
qui ont été décernées contre lui ? Ce préjugé
eft-il utile ? Quels feroient les moyens de le
détruire ? Telles font les queftions que M.
de Lacrerelle s'eft propofe de réfoudre , &
qu'il traité chacune féparément dans une des
trois parties de fon Difcours.
Le préjugé dont on examine ici l'origine
& les effets , n'eft pas ce mouvement naturel
qui nous infpireroit pour le parent d'un
coupable une forte de défiance machinale ,
ou cette eſpèce d'éloignement qu'on éprouveroit
pour la fociété d'un homme dont la
préfence rappelle des idées triftes ou révoltantes,
& oblige d'ailleurs à une forte de contrainte.
Ce n'eft pas non plus ce fentiment
qui nous fait préférer en général pour des
mariages , pour des affociations , pour la nomination
à des emplois , un homme forti
d'une famille honorée , à celui dont les parens
fe font avilis par des vices ou par des
crimes .
Si dans un grand nombre de circonftances
ces fentimens nous trompent , fi nous avons
tort de nous y abandonner fans les foumertre
, pour chaque application particulière , au
jugement de la raifon , on ne peut cependant
leur donner abfolument le nom de
préjugés . Ce font des impreffions qui tiennent
à la Nature , auxquelles on ne doit pas
céder fans examen , mais qu'il eft impoffible.
de détruire.
A v
10
MERCURE
i
›
Le préjugé confifte proprement dans
l'opinion que le père , le fils , le frère d'un
coupable , puni pour un crime deshonorant
ne doit plus être admis dans la
fociété des homines honnêtes ; que toute
alliance avec lui eft un opprobare ; qu'il ne
doit occuper aucune des places qui demandent
une réputation d'honneur & de probité.
M. de Lacretelle trouve la première origine
de ce préjugé dans l'ancienne Légiflation
des Germains. Chez ce peuple , la Société
paroît avoir été le réſultat d'une affociation
volontaire de familles , & leurs Loix
nous fourniffent un grand nombre d'indices
de cette origine. Elles avoient établi la compofition
pour la plupart des crimes ; c'eftà-
dire , qu'on renonçoit , pour une fomme
fixée , au droit de fe venger , fuite du droit
de guerre , auquel chaque famille avoit
renoncé. La famille entière répondoit , dans
certains cas , des compofitions pour crime
auxquelles un de fes membres étoit condamné
, & delà au préjugé qui étend l'opprobre
du crime fur tous les parens d'un
coupable: il n'y a pas loin , dans la logique
d'un peuple ignorant & à demi barbare.
Une autre caufe vint augmenter la force
de ce préjugé. Dans le temps de l'anarchie
féodale , les Nobles étoient rarement punis ,
leurs affaffinats , leurs brigandages s'appeloient
des guerres ; & on n'auroit pu même ,
fans imprudence , étendre la honte d'un fupDE
FRANCE.
plice fur toute une famille ; ç'eût été lui impoler
la néceffité de s'unir & de prendre les
armes. Les bourgeois riches des grandes
villes participèrent bientôt à la même impunité
; enforte que les crimes publics , les
crimes que le Gouvernement a un intérêt
direct de pourfuivre , étoient les feuls pour
lefquels on puniffoit des hommes d'un état
au deffus du peuple. Or , ces crimes portent
avec eux un caractère d'importance & de
grandeur , qui empêche d'y attacher une
idée d'aviliffement & d'opprobre.
>
On vit donc les condamnations pour les
crimes particuliers , devenir deshonorantes
pour les familles , parce qu'elles fembloient
prouver que ces familles appartenoient aux
dernières claffes de la Société ; & le préjugé
une fois établi , a fait des progrès rapides
par les efforts mêmes que les familles ont
été obligé de faire pour en éviter les effets .Ce
qui prouve cette origine , c'eft que dans nos
moeurs , le crime le plus conftaté , le plus
honteux , ne répand prefque aucune tache
fur une famille , & que le fupplice la couvre
d'un opprobre ineffaçable .
M. de Lacretelle explique encore trèsbien
comment ni le crime , ni la punition
même , ne déshonoreroient une famille illuftre
, quoique le préjugé fubfifte dans toute
la force contre les familles ordinaires. On
repréfentoit un jour à un Grand le tort que
l'action infâme d'un de fes parens pourroit
A vj
12 MERCURE
répandre fur fon nom , fi fa famille ne fe
hâtoit d'en réparer les fuites. Un nom comme
le mien ne peut jamais être déshonoré , répondit-
il , & cet bumiliant aveu , échappé à
l'orgueil en délire , exprimoit peut- être une
vérité !
Ce préjugé eft- il utile ? M. de Lacretelle
examine d'abord s'il eft jufte , & il montre
qu'il ne l'eft pas . En effet , le crime d'un
individu ne prouve pas que toute fa famille
partage les vices qui l'y ont entraîné , & ces
vices ne font pas néceffairement l'ouvrage
de ceux mêmes de fes parens dont il a reçu
l'éducation . Rien n'eft utile que ce qui eft
jufte. Ainsi , l'injuftice du préjugé en prouve
au moins l'inutilité ; mais en l'examinant
dans les effets , on voit combien il eft nuifible
, foit qu'il encourage au crime par l'efpérance
de l'impunité , foit qu'il multiple
dans la fociété l'existence dangereuſe d'hommes
qui n'ont plus d'honneur à perdre , foit
enfin par le mal réel qu'il fait à un grand
nombre de Citoyens innocens .
Quels font les nioyens de le détruire ? M.
de Lacretelle en propofe plufieurs : la réforme
de quelques Loix qui femblent le favorifer
, une attention fuivie dans tous les dépofitaires
de la puiffance publique à ne lui
accorder aucune autorité dans leurs décifrons
; enfin , de la part du Chef de la Nation
, une déclaration publique , qu'il le regarde
comme injufte , qu'il defire de le voir
DE FRANCE. 13
1
s'anéantir , & des marques de confidération
accordées à quelques victimes du préjugé
lorfque des vertus on des talens reconnus
les rendroient dignes de cette eſpèce de réparation.
Peut-être M. de Lacretelle infifte- t'il trop
fur ce dernier moyen ; ce n'eft pas un crime ,
mais ce n'eft pas non plus un mérite d'appartenir
par le fang à un coupable ; & l'intérêt
du peuple exige que les grâces du
Souverain ne foient jamais que des actes de
juftice. Ces marques de confidération &
d'égards devroient donc être extrêmement
rares , d'autant plus qu'en cherchant à détruire
un préjugé , on rifque de manquer fon
but fi on attaque en même temps le fentiment
naturel auquel ce préjugé doit fon
existence.
Il eft un quatrième moyen fur lequel , au
contraire , M. de Lacretelle n'infifte pas affez,
peut être par modeftie , ce font de bons
Ouvrages où le préjugé feroit attaqué avec
les armes que la raifon peut y oppoſer ; qui ,
par les agrémens du ftyle pourroient avoir
beaucoup de Lecteurs , & qui intérefferoient
par la fenfibilité que l'Auteur auroit fu y
répandre . Ce moyen eft un des plus efficaces :
un préjugé à qui tout le monde en donne le
nom , eft bien prêt d'être détruit . On pourroit
citer quelques exemples contraires ;
mais fi on y regarde de près , on verra qu'alors
le Public appelle préjugé par vanité , ce qu'il
continue de croire par habitude.
14
MERCURE
Lorfque le préjugé eft populaire , il ne
fuffit pas , pour en corriger les mauvais
effets , de le détruire dans l'efprit des hommes
éclairés ou de ceux qui lifent , il faut
encore leur en faire defirer la deftruction ;
il faut les exciter à employer , pour y parvenir
, l'autorité qu'ils ont fur l'opinion . L'Ouvrage
de M. de Lacretelle remplit parfaite
ment ce dernier objet. Il fait infpirer l'interêt
pour les malheureufes victimes du préjugé
qu'il attaque , par les peintures vraies ,
mais terribles , des maux auxquels une fauffe
opinion les condamne. C'eft ici une de ces
queftions où le raifonnement feul ne fuffiroit
pas. Plus les opinions qu'il faut attaquer
font abfurdes , pins la raifon a befoin du fecours
de l'éloquence.
Ainfi , on auroit tort de reprocher à M. de
Lacretelle d'en avoir prodigué toutes les ref
fources.
*
í
DE FRANCE.
IS
1
VARIÉTÉ S.
LETTRES au Rédacteur du Mercure.
IL
go
!
Left des Ouvrages , Monfieur , qu'on ne voit
que chez les Libraires , & des Brochures qui vieilliffent
étalées chez les Marchands de Nouveautés ;
les titres les plus pompeux & les plus piquans , ne
préfervent pas toujours de ce maiheur ; & cependant
combien l'Art des titres & la fcience de l'affiche ont
fait de progrès ! En traverfant, il y a quelques jours,
le Luxembourg , à travers la pouffière qui couvroit
une Brochure, je vis ce titre : Réflexions fur les Gens
de Lettres & fur les Journalistes , fuivies d'une Lettre
fur Jean-Jacques Rouffeau. Ce titre m'arrêta ; j'aime
Rouleau avec paffion , j'ai l'ambition d'être un jour
un Homme de Lettres , & je tâche de me faire d'avance
l'opinion que je dois avoir des Journalistes.
J'achetai la Brochure fur le titre . J'allois à la campagne
, je la parcourus en chemin ; je marchois , je
lifois & je difputois . Contre qui , me direz- vous ?
Contre la Brochure , Monfieur. Preſque jamais nous
n'étions du même avis , la Brochure & moi . Je la
couvrois de coups de crayon ; j'écrivois un mot en
marge , & la phraſe entière dans ma tête . Avant
d'être arrivé dans mon hermitage , tout ce qu'il y
avoit de papier blanc dans la Brochure étoit noirci
de mes caractères hiéroglyphiques . Je les raffemble ,
je les explique le mieux que je puis , Monfieur , &
je vous les adreffe . Vous rédigez un Journal
Monfieur , & vous verrez que je parle quelquefois
avec irrévérence , non pas des Dieux , mais des
Journalistes. Mais le Mercure eft un Journal , & ce
nefont pas des Journalistes qui le font, qui le rédigent.
16 MERCURE
C'est comme le jugement des Pairs , des Jurés en
Angleterre , ( s'il eft permis de comparer les petites
chofes aux grandes ) les Jurés jugent & ne font point
juges.
Après cette petite adreffe de mon exorde, j'entre en
matière avec ma Brochure , qui n'eft ni d'un mauvais
efprit ni d'un méchant homme , quoiqu'il admire
beaucoup les Journaliſtes & fort peu Jean-
Jacques Rouffeau. L'Auteur examine d'abord pourquoi
la Province a fourni plus d'Hommes célèbres
que la Capitale. Ce n'eft point là peut - être une chofe
affez furprenante pour en rechercher la caufe ,
comme on cherche la folution d'un problême. Ce
n'eft pas une merveille fi vingt l'rovinces fourniſſent
plus d'hommes de talens qu'une feule Capitale ; &
d'ailleurs , prefque tous les grands Hommes nés dans
les Provinces , ont été formés à Paris. M. de Buffon
eft né en Bourgogne , & M. l'Abbé Delille en Au
vergne ; mais ce n'eft pas à Clermont que l'Abbé
Delille a appris à être le rival de Virgile ; ce n'eft
pas à Dijon que Buffon a trouvé le fecret de ce ſtyle
qui réunit les talens du Philofophe , de l'Orateur &
du Poëte. L'Auteur de la Brochute dit d'ailleurs des
chofes fenfées & utiles fur les effets différens du
féjour de Paris & de la Province pour les Hommes
de Lettres , & il mérite quelquefois d'être entendu ,
quoique fa Brochure reftât ignorée.
و د
3
« Les Gens de Lettres nés à Paris ne profitent pas
» toujours , étant jeunes, des facilités que préfente la
Capitale à tout homme qui cherche à s'inftruire . Ils
font au courant des Spectacles , des Brochures nouvelles
, des Anecdotes Littéraires , & lifent peu nos
bons Auteurs.... Leur efprit étendu fur un fi grand
» nombre d'objets n'en approfondit aucun Ils favent
parler de tout , & ne favent rien. Leur fa-
» mille , les étangers qui les vifitent les affujétif-
» fent à une multitude de devoirs qui font une mulDE
FRANCE. 17
ود
» titude de jours perdus pour le talent. S'ils ont de
» la fortune , ils peuvent avoir tous les plaifirs , &
quand on eft jeune , on préfère les plaifirs faciles
» à la gloire , qui n'eſt jamais le prix que des grands
» efforts & des grands travaux . » Paris doit être en
général pour les talens ce qu'il eft pour les productions
de la Nature : c'eft à Paris qu'on en jouit ,
mais ce n'eſt pas à Paris qu'elles naiffent.
Cette comparaison , qui n'eft pas de l'Auteur dé
la Brochure , ne paroît pas très-jufte . Il ne naît pas
un épi de blé à Paris où l'on en confomme tant ; il y
eft né de grands efprits & des hommes de génie.
D'ailleurs , en jouiffant des productions de la Nature
, on ne fait que les confommer , que les détruire
; & plus d'une fois en jouiſſant des talens on
les épure , on les perfectionne , on rend le goût plus
sûr , plus exquis , & le goût eft la perfection da
talent quand le goût eft parfait lui- même. Une reche
che très - curieufe , je dirai plus , très -importante
, feroit celle de l'influence du féjour d'une ville
telle que Paris , fur les hommes de Lettres ; il fau
droit rechercher les bons & les mauvais effets qu'il produit
, & la manière dont il faudroit y vivre pour en
recueillir les avantages , pour en éviter les inconvéniens.
La variété des Spectacles , le luxe , les plaifirs
, la mollefe , tout cela énerve l'attention , éteint
le courage des conceptions vaftes & audacieufes ,
enlève l'âme aux méditations conftantes & profondes
; & fans tout cela , le génie n'eft plus. Mais
d'un autre côté , le goût dont les plaifits ont tant de
rapports avec les autres plaifirs des fens , devient
plus fenfible & plus délicat dans les délices d'une
vie embellie par les Arts , par le luxe , par la variété
des Spectacles. Ce n'eft que dans une grande ville
qu'on apperçoit en grand le tableau de la fociété
humaine des paffions du coeur humain . A quelle
diſtance du monde faut-il vivre pour le bien con18
MERCURE
?
noître , pour en avoir au befoin le ton, le langage ,
& pour ne pas y perdre dans l'oifiveté le talent de le
bien peindre ? Peut-on diftribuer fa vie de manière
que tour à-tour on fe livre au tourbillon pour l'obferver,
& qu'on en forte pour attendre le moment de
ces retours fur foi - même , qui font les momens de
l'infpiration & du génie ? Horace alloit fans ceffe
de Rome à Tibur , de. Tibur à Rome ; mais cette
inconftance , qu'il nous peint fi bien , qui le promenoit
fans ceffe de la ville aux champs , des champs
à la ville , je foupçonne qu'elle a pu contribuer beaucoup
à perfectionner ce goût fi fin , mais fi naturel ,
ce talent fi fouple & fi heureux , qui peint les ridicules
de Rome avec tant d'enjouement & de grâces
les délices de la campagne avec tant de charme &
d'amour. On demandoit à Voltaire comment il avoit
pu faire tant d'Ouvrages : en vivant très-peu à Paris ,
répondit Voltaire ; & en effet , dans fa jeuneffe
même , cet homme qui a recommandé aux Poëtes
de faire tous leurs vers à Paris , vivoit beaucoup
dans des campagnes ; mais ces campagnes étoient
celles des Sally , des Vendôme , des Pallu , des
Martel le bon goût de Paris & de la Cour Y refpiroit
par-tout, & Voltaire y répandoit encore plus
de pureté & plus de politeffe. Lorfque fa gloire fut
bien établie , Voltaire eut beau quitter Paris , Paris ,
pour ainsi dire , ne quitta plus Voltaire . Les efprits
de cette Capitale de l'Europe Littéraire qui avoient
le plus de lumières , le plus de goût , entretenoient
un commerce continuel avec lui , ne défertoient
point les retraites de ce grand Homme ; & le Dieu
même du goût avoit peut- être befoin , pour conferver
fa pureté , du commerce de fes favoris. Les
mondes errans autour des foleils en reçoivent la lumière
qui les éclaire ; mais ils nourriffent de leur
propre fubftance les feux que les foleils épanchent
fur eux. Deux Anglois , devenas très - célèbres depuis ,
DE FRANCE. 19
I
Hume & Gibbon , jeunes encore , voulurent connoître
la France & Paris avant de prendre la plume :
ils voulurent étudier le goût des François avant
d'écrire pour l'Univers . Ils vécurent quelque temps
à Paris ; mais l'un & l'autre en fortirent lorsque le
moment du travail fut venu ; l'un alla à Laufane ,
l'autre à la Flèche. Là, peut- être, ils fe croyoient allez
près de la délicateffe de notre goût , & affez loin du
tumulte de nos plaifirs . Je voudrois que vers la fin
de la carrière , un homme qui auroit mérité & obtena
une grande célébrité , traçât un plan de vie & de
conduite pour les Hommes de Lettres. On ne penfe
qu'à donner des lumières aux efprits & des principes au
goût ; & certainement c'eſt le plus eflentiel ; mais on
ne fonge pas combien de fois le goût le plus heureux,
l'efprit le plus jufte & le plus élevé fe font égarés , &
perdus dans les défordres d'une vie mal combinée
pour entretenir & féconder le génie , pour lui faire
produire des fruits immortels. On n'a donné làdeffus
, comme fur prefque tout le refte , que des
confeils vagues & communs qui s'effacent de l'efprit
au premier pas que l'on fait dans le monde ; au lieu
qu'il faudroit qu'une imagination vive & pleine encore
de fouvenirs , peignit de couleurs fidelles &
frappantes toutes les circonftances qui attendent
l'homme de talent dans le monde , & lui traçât la
route qu'il doit fuivre dans toutes les circonftances ,
dans chaque occafion . Oh ! que la morale dans tous
les genres eft loin d'être encore ce qu'elle doit être !
elle nous dicte des loix & ne nous peint pas la vie.
Elle reffemble à un Géographe qui croiroit avoir
applani toutes les routes de l'Océan en criant aux
Navigateurs : Evitez les écueils , allez la fonde à la
main. Ceux qui ont avancé la navigation ont parlé
autrement , ils ont dit : A cette hauteur du ciel ,
fous ce méridien , vous trouverez des courans ; fous
cette latitude , à tel point du ciel & de l'Océan , tel
20 .
MERCURE
rocher s'élève & cache fa cime fous les flots. Moraiftes
, faites-moi bien connoître les routes de la vie ,
& je vous diſpenſe du refte , je trouverai moi - même
les loix de la morale !
L'Auteur dont je commente longuement les courtes
réflexions , croit appercevoir pour l'Homme de
Lettres né à Paris , un grand avantage fur l'Homme
de Lettres né en Province : c'eft de trouver autour de
lui en naiffant, pour ainfi dire , des fecours de tous
les genres , & de pouvoir être déjà connu par des
fuccès dans un âge où à peine le Provincial aura pu
partir pour la Capitale.
Je ne fais , mais je ne fuis pas très - frappé de cet
avantage : il faut avoir des fecours fans doute ; mais
une chofe eft plus néceffaire encore , c'est d'en
fentir le befoin ; & on ne le fent point lorfque
le fecours fe préfente en même- temps que le befoin
ou le précède ; il faut avoir été tourmenté par
la crainte d'en manquer toujours ; il eft bon qu'un
génie naiffant fe trouve quelquefois effrayé & découragé
de l'abandon où ilſe voit dans le coin d'une
Province ; que d'autres fois auffi fon jeune orgueil s'en-
Bamme , conçoive l'efpérance hardie de fe fuffire à
lui-même , de fe créer rout feul . C'eft dans ces alternatives
d'efpérances & de craintes , qu'heureux &
malheureux tour- à-tour par le talent qu'il caltive ,
fon goût pour fon talent devient une paffion , une
paffion éternelle & unique. On ne fait pas encore
combien la gloire des Lettres , vûe de loin, s'agrandit
& s'embellit dans cette distance : avec combien plus
d'ardeur on l'ambitionne lorfqu'on eft loin des
lieux où on fe difpute les couronnes ! 'Un fuccès
contefté à Paris par l'envie , fait palpiter de joie &
d'émulation dans les Provinces toutes les âmes nées
pour les grandes chofes. Tandis que l'Auteur à Paris
verfe des larmes amères fur les injuftices qui empoifonnent
fon fuccès ; tandis que , plus fenfible encore
DE FRANCE 2 I
à l'amitié qu'à l'éclat d'ene grande célébrité , il
pleure de perdre des amis à mefure qu'il acquiert
de la gloire ; fon nom dans les Provinces réveille ou
fait naître l'ambition ; la deſtinée eſt enviée de tous
ceux qui aiment la renommée , & n'excite l'envie
de perfonne . Placez une âme jeune & fenfible au
milieu de ces deux tableaux fi différens , & prononcez
enfuite lequel des deux doit produire un effet
plus favorable à l'accroiffement ou à la naiſſance du
génie .
Les fuccès fi prompts font-ils d'ailleurs d'un fi
grand avantage qu'il faille beaucoup les defirer ? Je
conçois qu'un jeune homme ardent , impatient
comme on l'eſt à cet âge , s'écrie fouvent avec douleur
, comme le Métromane :
Infortuné ! je rampe encore à l'âge heureux
Où Corneille & Racine étoient déjà fameux.
Ces vers le font préfentés trop fouvent à ma mémoire
pour douter que le fentiment qu'ils expriment
n'ait fouvent tourmenté mon coeur ; mais on
peutjuger la paffion même qui nous dévore , on peut
la contenir pour mieux la fatisfaire , & la paffion
même fouffre le frein qui ne l'arrête que pour la
guider aux grandes jouillances. Il n'eft pas queftion
d'obtenir une gloire précoce , mais de mériter une
gloire durable. Il faut faire tourner fans doute au
profit du talent & ces impreffions fi aimables de la
jeunefle , & ces élans de fon imagination , qui femblent
être ceux du génie . Mais d'ordinaire l'imagination
, à ce premier âge , eft ardente fans être féconde
, elle eft plutôt propre pour recevoir des impreflions
que pour en rendre ; & cela eft fi vrai ,
que prefque toujours elle public les fiennes pour rendre
celles des autres . Les compofitions de la première
jeunelle ne font prefque jamais que des imitations.
L'âge le plus dominé par fa manière de fentir , eft
22 MERCURE
celui qui , en écrivant , fe foumet avec le plus de
docilité à la manière de fentir des autres ; & fi on
avoit plus obfervé ce phénomène , je crois qu'on en
auroit tiréplus de lumières pour la théorie des Arts ,
& fur- tout pour la conduite des Artiftes . Voltaire
un jour s'entretenant à Ferney , avec un homme qu'il
aimoit beaucoup , de la Littérature & des réputations
de Paris , demandoit ce qu'on y penfoit d'un
jeune homme qui débutoit avec beaucoup de fuccès.
On trouve , lui dit fon ami , qu'il écrit bien , qu'il a du
goût , mais qu'il manque de chaleur & de fenfibilité.
Oh ! cela nefait rien , répondit Voltaire , la fenfibilité
& la chaleur viendront . La chaleur viendra li
on en manque d'abord ! la fenfibilité viendra fi on
n'en a pas dans la première jeuneffe ! On eft prefqu'un
peu tenté de rire ; mais c'eſt Voltaire qui parle ,
& on ne rit point. On fait mieux , pour peu qu'on
foit capable de réfléchir & de comprendre le mot de
Voltaire , on l'admire . C'eft le mot d'un grand
Homme , qui avoit repaffé fur tous les âges de fon
génie , & qui fe fouvenoit très- bien de l'âge où il
avoit ofé écrire d'après fon âme , où il avoit ofé la
répandre toute entière dans fes Ouvrages . C'est peutêtre
l'époque de Zaire : il avoit alors 40 ans . Les
premiers Ecrits d'un homme de Lettres ne font prelque
jamais des effais de fon génie , mais des effais
qu'il fait dans l'art d'écrire . Ce font des études : il
apprend à manier l'inftrument dont il doit fe fervir
toute la vie ; & tant qu'il lui refte encore des incertitudes
& des inquiétudes fur la manière de s'en
fervir , tant qu'il n'eft pas encore entièrement maître
de fon inftrument , cette inquiétude même refferre
fon âme , en arrête les épanchemens , & for génie
ne paroît , pour ainfi dire , que foumis & tremblant
devant les modèles. Peut- être eft - ce pour le génie
un grand malheur d'avoir paru dans cet état devant
les hommes. Ils en auront toujours moins de refpect
DE FRANCE. 23
>
>
pour lui. On fe fouviendra toujours du temps où il
n'exiftoit pas ; & lors même qu'il fe montrera dans
tout fon éciat , on lui niera fon exiſtence ; on fe
rappellera qu'il a eu des taches , & on verra ces
taches dans les Ouvrages les plus purs & les plus
parfaits ; il vaudroit mieux fans doute préparer
fon inftrument loin du regard des hommes
& ne paroître devant eux que comme ces fondateurs
des peuples & dès empires de l'antiquité ,
qu'on voit fortir d'un défert pour donner des loix
aux Nations . Parmi nous , plufieurs de nos hommes
célèbres ont paru tard , & ce ne font pas ceux dont
la gloire aura le moins de durée , & a eu le moins
d'éclat à la naiffance . Molière avoit plus de 34 ans
& il n'étoit encore Auteur que de quelques farces qu'il
jouoit lui -même comme Comédien de campagne :
La Bruyère à 40 ans obſervoit encore le monde &
les hommes , & n'avoit pas encore publié ces Caractères
, qui feront éternellement les caractères du
coeur humain dans une grande fociété : lorfque les
Lettres Perfannes furent imprimées , & firent chercher
l'Auteur d'un Ouvrage fi neuf dans les Écrivains
qui avoient déjà le plus de renommée , Montefquieu
fe cachoit encore à fa gloire , & il avoit
34 ans paffés : quand les Sciences & les Arts fe virent
attaqués jufques dans un de leurs fanctuaires , par
un génie audacieux qui fe couvroit de leur gloire er
les accufant du malheur des hommes, qui faifoit pofer
fur fa tête les couronnes qu'il fouloit à fes pieds ,
Rouffeau , qui donnoit ce ſpectacle fi nouveau dans
l'empire des Lettres , avoit toute l'audace d'un jeune
homme , & n'en avoit plus l'âge. Les fouvenirs de
fa jeuneffe étoient encore très -ardens chez lui ; mais
ce n'étoient pourtant que des fouvenirs . Ce peintre
fublime de la Nature , qui nous a montré la Nature
& l'art du ftyle fous des couleurs & fous des
formes fi neuves , fi belles , fi variées ; Buffon , ainfi
24
MERCURE
que
Rouffeau , avoit 40 ans lorfqu'il ofa pénétrer
dans les profondeurs de la terre & de l'Océan pour
nous dévoiler comment l'Océan , qui femble à
chaque inftant menacer ce globe de ſa deſtruction ,
en avoit deffiné les formes , en avoit arrangé toutes
les parties avec tant d'ordre & d'harmonie. Comment
un efprit qui n'eft pas entièrement formé,
pourroit- il donner le jour à des productions immortelles
? Eft- ce trop d'un homme dans toute la force
de l'âge & de la maturité , pour écrire fur la Nature,
fur la fociété , fur le coeur humain , des chofes dignes
d'être écoutées des fiècles : On a trop confondu peutêtre
les divers âges de l'homme & ceux de fon efprit
; l'homme phyfique eft déjà achevé , déjà il peut
fe reproduire dans fon femblable , & fon efprit eft
encore dans l'enfance. Il peut donner le jour à un
homme, & ne peut pas créer une idée . Les diverfes
faifons de la vie & celles de l'efprit tombent fur des
points différens de notre durée. La jeuneſſe du génie
eft dans la maturité de l'homme , & lorfque l'homme
eft déjà vieux , fon génie fe maintient encore longtemps
dans fa maturité. Peut- être en eft- il de notre
efprit comme de notre corps , qui s'épuife & fe ruine
lorfqu'il veut produire avant d'avoir pris encore
tout fon accroiffement. Je croirai donc que c'eſt un
malheur , ou du moins un danger plutôt qu'un
avantage , d'afpirer à une gloire fi précoce.
On s'eft toujours plaint que dans toutes les claffes
de la fociété, les avantages de la fortune & de la confidération
ne font pas réparties avec équité fuivant
les divers degrés du mérite . Ici , on voit les richeffes
fans le mérite , & là le mérite fans les richeffes.
Le bon Homme Richard , ( ce bon homme eft M.
Francklin ) n'eſt pas de cetre opinion , & je crois que
cette opinion a été au moins beaucoup exagérée par
les déclamateurs. La Brochure qui me fert de texte
veut montrer cette inégalité révoltante dans la Littérature
.
DE FRANCE. 25
&
térature. Les Écrivains , dit l'Auteur , qui font en
trois semaines une Tragédie en cinq Actes ou un
Roman en plufieurs Tomes , trouvent des Imprimeurs
& des Lecteurs ; une chanfon qu'on chante
dans les carrefours vaut cent écus au Poëte ,
l'Auteur du Monde Primitif n'a pas de quoi faire
imprimer fes étonnans Ouvrages. « Portons , ajoute-
» t'il , nos regards fur les Écrivains du premier
» genre ; c'est ainsi que le Public appelle ceux dont
»les travaux lui font d'une utilité générale & di-
» recte. Nous les trouverons. fimples , modeftes
D
>
timides , parlant peu , faifant quelquefois des fo-
» lécifimes , & ayant , pour ainsi dire , beſoin d'être
» devinés. Parcourons toutes les nuances qui les
» uniffent aux Écrivains de la dernière claffe ; nous
» verrons les prétentions augmenter à mesure que
» le mérite diminue ; & enfin là où il n'a jamais pu
fe loger , nous chercherions en vain autre chofe
» qu'une fatuité fans bornes . »
On peut avoir écrit ces réflexions fans avoir beaucoup
réfléchi ; & fi l'Auteur en avoit pris la peine,
peut être auroit - il découvert que toutes ces idées
dont quelques-unes ne font pas affez démontrées ,
& dont les autres le font trop , ne pouvoient pas
faire la fortune d'une Brochure. Le Monde Primitif
eft un Ouvrage très-étonnant à beaucoup d'égards ;
mais M. Court de Gébelin , qui en eft l'Auteur ,
n'étoit pourtant ni un elprit ni un Écrivain de la
première claffe ; & ce qu'il a écrit fur les peuples de
l'antiquité n'eft pas fur tout de l'utilité la plus directe
pour les peuples modernes. Ce principe peut
être contefté encore , qui établit que les Écrivains
du premier, genre font les Écrivains les plus utiles.
Dans les Beaux - Arts , ce n'eft pas l'utilité qui fixe
rangs , mais la beauté . Cent beaux vers ne font
pas grand chofe pour la prospérité d'un empire ;
mais ils donnent beaucoup de plaifir à ceux qui ai
Nº. 27 , 2 Juillet 1785 .
les
B
26 MERCURE
ment les beaux vers , & font très-utiles à la gloire
de celui qui les a faits. L'Abbé de Saint- Pierre , ce
bon Abbé qui écrivit toujours pour l'utilité la plus
directe , eft mis , comme Écrivain , fort au- deffous
d'Hamilton , qui a fait les Mémoires du Chevalier
de Grammont , dont je ne voudrois pas garantir
l'utilité pour les moeurs , mais qui font d'un très -bon
goût , quoiqu'ils ne foient pas de très - bonne morale.
Cela paroît fcandaleux , & ne l'eft point . Prodiguez
aux bons Citoyens les récompenfes des bons Citoyens
; mais ne leur donnez pas le laurter du grand
Écrivain . Ce n'eft pas à la vertu qu'il faut décerner
le prix de la beauté . Et combien cependant la beau
té , entourée même d'hommages & d'adorateurs ,
eft au-deffous de la vertu modefte & délaiffée ? Les
grands Écrivains , les Écrivains du premier genre
font ceux qui portent dans les langues de nouvelles
penfées, de nouvelles images, de nouveaux fentimens,
de nouveaux ftyles . C'eft Boffuet qui a fait paffer dans
le François ces penfées extraordinaires puifées , pour
ainfi dire , dans le fein même de Dieu , & qu'aucune
langue humaine ne paroiffoit être digne de rendre ;
c'eft Racine qui a exprimé les paffions les plus vraies
& les plus naturelles du cour humain dans une langue
ornée de toutes les beautés & de tous les charmes
de la poéfie. Le premier rang eft celui des Écrivains
fublimes ; le fecond , celui des Écrivains qui
ont poffédé la grâce ; & la première place eft pour
l'Écrivain qui réunit au même degré la grâce & le
fublime. Les Ouvrages de ces Écrivains immortels
ne font pas d'une utilité bien directe , ils font d'une
utilité très étendue , & prefque fans bornes. Ils éclaireat
l'efprit des Nations , qui portent enfuite fur tous
les objets de leurs befoins la lumière qu'ils y ont
puifée . Eft-ilvrai que ces grands Écrivains qui enrichiffent
leur langue en écrivant , l'eftrepient quand
ils la parlent ? Court de Gébelin pouvoit faire des
DE FRANCE. 27
•
folécifmes , quoiqu'il eft écrit une bonne grammaire
; Voltaire & Diderot n'en faifoient point.
J'ai vu de grands Ecrivains qui parloient peu , je.
n'en ai point vû qui parlât mal ; j'en connois qui ont
l'éloquence de la parole comme celle du ftyle . En
général , on doit peu ambitionner cette réputation
fugitive lorfqu'on afpire à une gloire immortelle.
Ce qu'on remarque le plus dans la converfation des
Hommes de Lettres diftingués , c'eft une fimplicité
extrême : on diroit qu'après avoir recherché en écrivant
, & quelquefois avec effort , ce que la langue
a de plus élevé & de plus noble , c'eft pour eux
comme un foulagement & un plaifir de fe fervir en
parlant de ce qu'elle a de plus fimple & de plus familier.
Mais cette familiarité eft piquante & cette fimplicité
ingénieufe . Leur génie fe cache dans le ton du
monde , mais il est toujours avec eux , & fouvent il leur
échappe. On les admire moins , on les goûte davantage
; & quel eft l'homme de talent qui auroit affez
peu de goût pour porter fon talent dans la fociété ?
Ce feroit affurément un homme bien peu aimable
que celui dont il faudroit admirer toutes les paroles,
qu'il faudroit écouter avec l'attention qu'on donne
à un livre , & qu'on applaudiroit dans un fouper
comme dans une Académie . Ceux même qui ont
toujours tout leur efprit préſent , ſe gardent bien de
le montrer tout entier , & quelques - uns ont le bonheur
d'en manquer très -fouvent. Une femme qui
en avoit beaucoup , comparoit les Hommes de Lettres
à ces grands Seigneurs qui ont de grands biens
au foleil, & point de revenus. Ce mot me donne
très-bonne opinion des Hommes de Lettres que
voyoit la Ducheffe de Cb . ... Mais il eft pourtant
vrai que la plupart ont des revenus qu'ils ne veulent
pas dépenfer, & qu'ils réfervent pour étendre encore
ces grands biens qu'ils ont au foleil. J'ai vu , j'ai
connu ( & je ſens en le difant des mouvemens de
Bij
28 MERCURE
joie , de regret & d'orgueil , ) j'ai connu plufieurs
des Hommes de génie qui ont illuftré ce fiècle , &
qui feront les guides des fiècles qui fuivront le nôtre.
J'ai caufé avec Jean- Jacques Rouleau dans fon
humble appartement de la rue Plâtrière , & au Louvre
avec d'Alembert , auffi fimple , auffi modefte dans le
Palais des Rois que Rouffeau à un troiſième étzge :
Je me fuis entretenu avec Condillac , dans la maiton
d'Helvétius ; avec Diderot , à la campagne , en préfence
de la Nature , avec Buffon , dans ce jardin ou
il raffemble les richeffes de l'Univers , fi bien décrit
par fon génie ; & je n'ai trouvé aucun de ces Philofophes
au- deffous de fes Ouvrages, Leur ton étoit
baiffé , mais non pas leur efprit . D'Alembert étoit
fouvent aufli piquant dans fon fallon qu'à l'Académie
; Roufleau, correctjufqu'au fcrupule , n'avoit, pour
devenir éloquent , qu'à penfer à ce qu'il aimoit & à
ce qu'il n'aimoit pas , à la vertu & à fes ennemis ;
Condillac , toujours maître de fes idées dont il avoit
fi bien découvert l'origine , la génération & la liai
fon , refaifoit fes livres dans fa converfation , &
peignoit les erreurs de l'efprit humain avec des traits
plus piquans que dans les livres , Diderot , toujours
abandonné aux hafa ds heureux de fon imagination
, mais toujours pur , toujours exact ,
jours élégant dans fon langage , parloit comme
les Poëtes Lyriques chantent : la converfation étoit
une Ode ; Buffon , plus élevé , plus magnifique
qu'eux tous dans fes Ouvrages, eft celui dont la parole,
fimple & familière , forme le contraft : le plus frappant
avec fon ftyle , mais rien peut être ne lui fait
plus d'honneur que fa converfation , & c'eſt - là que
l'on voit que dépouillé même de fon ftyle , & nud ,
pour ainfi dire , fon génie ne paroît ni moins puiffant
ni moins élevé . J'aurois pu rapporter d'autres
exemples , mais je n'ai voulu citer que des noms à
qui l'envie commence à pardonner,
touDE
FRANCE. 29
Les Ouvrages de ces grands Ecrivains ont trouvé
des Imprimeurs dont ils ont fait la fortune , & des
Lecteurs dont ils ont fait les délices , dont ils ont
agrandi l'efprit & épuré l'âme. Quelques - uns nés
avec des patrimoines honnêtes, ne les ont augmentés
que par les travaux les plus conftans ; & ceux qui
ont vécu pauvres , ont pu cependant cultiver leur
génie dans l'indépendance : il ne faut pas d'autre fortune
à un Homine de Lettres. Les jeunes Littérateurs
éclairés par les Ouvrages de ces grands Hommes , doivent
donc être encore encouragés par leurs deftinées ;
car l'Homme de Lettres ne met pas au rang des maux
les injuftices de la critique & la perfécution de l'envie;
elles font pour lui un garant de fes fuccès ; il fait que
les cris de l'envie ont toujours été une partie du bruit
de la Renommée . Le feul mal réel pour le génie , c'eſt
Pimpaffance de le manifefter , de fe montrer aux
regards des hommes, & la pauvreté peut le condamner
quelquefois à cette impuiffance. Lucain a dit que la
pauvreté eft féconde en grandsommes : elle en
fait naître , mais il arrive trop auffi qu'elle les étouffe
en naiffant Chez les Anciens , la pauvreté n'empêchoit
pas de fe préfenter aux premières places de
la République , & de les obtenir. Quel mal réel pouvoit
elle faire ? à quelle privation réelle pouvoit- elle
condamner ceux qu'elle n'empêchoit ni d'exercer
de grands talens , ni de pratiquer des vertus fublimes ?
Ah ! les maux qu'elle fait parmi nous font d'une
autre nature ! Un jeune homme , à cet âge où l'on
commence à connoître le befoin du regard des hommes
, fent dans fon efprit & dans fon coeur le gérme
des belles actions & des beaux Ouvrages ; & s'il ett
pauvre , la pauvreté le condamne à laiffer périr fon
génie pour chercher les moyens de ne pas mourir de
faim ; elle le condamne , pour n'être pas humilié à
chaque pas , pour ne pas rougir à chaque regard
qu'on jette fur lui , à fuir ces hommes qui de-
B iij
30
MERCURE
:
vroient être fes admirateurs , & les témoins de fa
gloire. La fortune n'a établi réellement fon empire
fur le monde , que depuis qu'elle a obligé les hommes
fupérieurs à mandier les faveurs avant de fe
préfenter à la Renommée. Eh ! combien il en eft
qui perdent dans ces douloureufes épreuves ces fentimens
élevés & généreux de l'âme , aliment pur
dont fe nourrit le génie ! Avant de prendre la plume
on eft avili ; ce n'eft plus la peine d'écrire . Il ne refte
plus alors qu'à fe cacher & à fe taire.
L'Auteur de la Brochure dont je parle ou dont je ne
parle pas, indique aux jeunes Littérateurs des moyens
d'éviter les amertumes de cette fituation , que plufieurs
n'ont pas eu le courage de fupporter, quoiqu'ils
ayent eu le courage de renoncer à la vie.
« Jeune homme qui n'avez que du génie , voulez
vous ne pas rifquer les refus infolens de la
tourbe des Libraires ? Faites un choix parmi eux ;
» il en eft d'honnêtes , il en eft d'éclairés , quoiqu'en
petit nombre. Ne rougiffez pas de dire à un de
ceux-là : J'ai besoin d'argent , voilà mon Ou
vrage ; confultez-vous , je reviendrai demain. »
5כ
L'Auteur n'a pas confidéré que pour tenir ce
langage il faut avoir un Ouvrage tout prêt ; & que
le plus difficile , lorfqu'on manque de tout , c'eſt
d'avoir le temps & le loifir de faire un Ouvrage . De
quel Libraire d'ailleurs , de quel Imprimeur ce langage
élevé fera-t - il entendu & accueilli ? S'il en eft
un qui fût capable de faire les bous Ouvrages
qu'il imprime , qui a renoncé à une réputation
qu'il auroit obtenue pour faire une fortune
néceffaire à fa famille , qui donne tous les jours
des regrets amers à la gloire des Lettres au milieu
de la confidération d'un commerce qu'il a ennobli ;
on peut s'adreffer à celui - là fans doute ; celuilà
fera en état d'apprécier un Ouvrage & un
homme, & pour fecourir le befoin il n'attendroit
t
DE FRANCE. if
pas que le talent lui affurât le retour & les intérêts de
fes avances ; mais il eft dans ce genie plus d'un
malheureux , & un homme généreux ne fuffit pas
pour les confoler, pour les tirer de la détreffe .
"
<< Sans doute , ajoute l'Auteur , il eft un moyen
» plus sûr encore , & qui ne déchire pas le coeur ;
» c'eſt d'aller chez un Ecrivain du petit nombre
» de ceux dont vous voudriez avoir fait les Ou-.
» vrages. Vous vous ferez connoître › & il vous
aidera. Ne vous étonnez pas fi fa porte vous eft
» d'abord fermée. Il y a tant de petits importans
» qui affiègent la porte des Hommes célèbres !
» tant de petits barbouilleurs qui voudroient leur
» faire goûter leur profe ! tant de petits rimailleurs
» qui voudroient leur faire admirer leurs vers !
tant d'étrangers ! tant de provinciaux ! tant de
parifiens ! tant d'oififs qui s'imaginent que pour
» reconnoître le mérite il faut l'accabler de vifites &
» d'ennui ! »
"
Ce témoignage honorable rendu aux Écrivains
célèbres, a été dicté par la vérité & la juftice. C'eſt le
talent dans la gloire qui fait foulager le talent dans
l'infortune. Le jeune afpirant fenfible au mérite ,
comme on l'eft à cet âge , eft déjà moins malheureux
lorfqu'il a pénétré dans l'afyle d'un Écrivain
renommé. C'eft déjà pour lui un bonheur de le
voir, un honneur de l'entretenir , & il fent moins
Les autres befoins ; il a meilleure opinion de luimême
, & toutes les efpérances élèvent fon âme du
moment qu'il a parlé au génie . C'eſt-là qu'il trouve
à-la -fois des fecours pour fon talent & contre fon
indigence. Le fcandale des haines littéraires a décrié
les Lettres aux yeux du monde ; le monde ignore
prefque tous ces traits de bienfaiſance pure , de tendreffe
fraternelle qui font fi communs dans le commerce
des Gens de Lettres entre- eux . C'eſt parmi eux
que la pauvreté même eft généreufe , & que la géné-
Biv
32
MERCURE
rofité n'humilie jamais l'infortune . Le monde jouit des
arts de l'efprit , mais trop fouvent il eft indifférent ou
ingrat envers ceux qui les possèdent ; & après les
avoir applaudis avec tranfport , il les abandonne.
avec joie à la malignité qui les punit de leurs fuccès.
Que d'Hommes de talent la France auroit perdus ,
fr dans leur jeuneffe & dans leurs befoins ils n'avoient
été fecourus par ceux dont ils alloient être un
inftant les difciples pour être éternellement leurs
rivaux dans la Poftérité ! Les jeunes Littérateurs
même entre-eux , au milieu de ce défordre de leur
vie , qui tient beaucoup à la mobilité de leur imagination
; dans ces momens même où ils ont l'air de
ne favoir ce qu'ils font , font à chaque inftant dest
actions & des facrifices qui ne leur coûtent rien , &^
qu'on jugeroit fublimes . Ils ont très- peu de fageffe ,
& fent remplis de mouvemens pleins de bonté &
d'élévation. Le portrait qu'Horace a tracé de l'Homme
de Lettres , il y a près de deux mille ans , eft
chcore le portrait de l'Homme de Lettres d'au
jourd'hui .
Non fraudem focio , puerove incogitat ullam
Pupillo : vivit filiquis & pane fecundo.
Mox etiam pecus præceptis format amicis .
Inopemfolatur & agrum. ·
Ce portrait , qui étoit fans doute celui d'Horace luimême
, celui de Virgile ſon ami , a encore beaucoup
de modèles parmi nous. Mais apparemment qu'il eft
très difficile de reffembler en tout à Virgile & à Horace.
Horace ajoute que l'Homme de Lettres fait
guérir les hommes de la colère & de l'envie : Et invidia
corrector & ira. Les Ecrivains poflédoient peutêtre
ce don à Rome ; il paroît qu'ils ne le pofsèdent
pas tous à l'aris , & que plufieurs connoiffent mieux
la jaloufe que le fecret de s'en corriger. On a dit
DE FRANCE.
33
qu'elle étoit toujours la compagne de la médiocrité ,
& cela feroit à defirer pour l'honneur du talent ; mais
non ; la réputation dont on jouit ne confole pas tou
jours de celle des autres ; & le plus grand mal que
l'envie ait fait au génie , ce n'eft pas de le perfécuter,
mais de le rendre jaloux & perfécuteur . C'eft une
âme grande & noble qu'il faut avoir pour être
exempt de toute jaloufie , & cela eft plus rare encore
que le grand talent. Peut- être fi les Écrivains
n'afpiroient qu'aux hommages de la l'oftérité , la
nobleffe de cette ambition fe communiqueroit- elle
à tous leurs fentinens. La véritable gloire , celle
qui eft décernée par la voix des Nations & des fiècles,
eft fi étendue , qu'elle fuffit à l'ambition de tous les
efprits. Mais on veut des fuccès du jour , du mo❤
ment, & ces fuccès font fi peu de chofe , qu'ils ne
font plus rien dès qu'on les partage , & l'envie s'élève
toujours autour des prétentions exclufives . On
a beaucoup parlé des maux que fe font les Hommes
de Lettres par leurs diffentions & leurs querelles . On
n'a point affez dit combien ils perdent de douceurs
& d'avantages en vivant féparés , en réſiſtant à l'at--
trait qui les appelle toujours les uns vers les autres .
Dans les momens où ils ne font point en guerre , ils
fe rencontrent toujours avec joe , ils ont toujours
de la peine à fe féparer ; & comment n'auroient - ils
pas un goût très - vif, un penchant très - naturel les
uns pour les autres ? Ils ont toujours à fe parler de ce
que tous aiment le mieux au monde. Entre la plupart :
des hommes, la converfation , compofée d'idées froi--
des & indifférentes pour tous , ne réveille l'efprit d'au- ·
cun ; l'organe de la penfée , la parole , eft en action ,
la penfée elle - même eft fans mouvement , le coeur
rette fans émotion. Il y auroit peu d'exagération à
dire que la converfation eft pour eux comme un
exercice du corps ; elle eft l'exercice le plus délicieux de
B.V
34 MERCURE
:
T'efprit & de l'âme pour tous ceux qui cultivent & qui
aiment les Lettres . Entre eux la converfation fort de
ces lieux communs qui ne font que la même converfation
répétée depuis vingt ans ; & l'attrait de la
nouveauté , fi piquant pour l'efprit , le réveille , l'excite
, lui fait voir & dire à chaque inftant des chofes
nouvelles là , chaque mot exprime toujours une
idée ou un fentiment , & en fait naître plufieurs. Celui
qui parle infpire celui qui écoute , & tous les deux ,
pour ainfi dire , font tour- à - tour le génie l'un de
l'autre. Ceux qui ne feroient que prêter l'oreille ,
croiroient affifter à ces combats de l'efprit & de
l'imagination , cu des Poëtes qui ſe diſputent le prix
de leur Art , concourent également à embellir le
même Ouvrage. Que de fois l'Homme de Lettres
a puifé dans l'entretien d'un tival , l'enthouſiaſme
créateur qui l'élève au deffus de lui ! Combien de fois,
plus heureux encore, ils oublient dans les délices de leurs
entretiens, tous les momens deftinés à la rivalité de la
gloire ! Ce font ceux qui favent rendre l'amitié avec
tous fes charmes qui favent jouir auffi de toutes fes
douceurs. Le moment où les ames pourront fe voir
& communiquer enfemble , eft pour le commun des
homes l'objet de leurs elpérances immortelles . Ce
bonheur du Ciel les Gens de Lettres favent le faire
defcendre fur la terre . Otez de leur coeur ce fentiment
de la jaloufie dont les injuftices ont dégradé
tant de répatations fans pouvoir jamais rabaiffer un
feul talent , & je préférerai encore leur bonheur à
leur gloire. Quelle grande vérité leur dit M. de
Buffon , au milieu de l'Académie , lorsqu'il y fit entendre
ces paroles : Les Gens de Lettres ont plus
befoin encore de concorde que de protection ! Combien
il doit leur être doux & glorieux de penfer
qu'ils peuvent fe faire plus de bien entre eux qu'ils
n'en ont reçu de Richelieu & de Louis XIV , redeDF
FRANCE. 35
5
vables tous les deux d'une grande partie de leur
renommée à la protection qu'ils ont donnée aux
Lettres !
que
--
Les Rois , dit - on , & les Miniftres créent les
talens qu'ils protègent ; ils peuvent dire au génie
comme Dieu à la lumière fois , & le génie fera
C'est toujours la création de la lumière , & la lumiere
des efprits eft auffi néceffaire aux grandes Sociétés
celle du Soleil à la Nature. Mais il me femble
que les Rois & les Miniftres n'ont pas toujours bien
choifi le moment où ils prononcent ces paroles de
création. Je m'explique, & je quitte ce langage
figuré peu propre à la précifion des idées . - Jufqu'à
préfent la protection des Gouvernemens a confiité
en récompenfes plutôt qu'en encouragemens ; &
quoique ces deux chofes paroiffent n'être que la
même chofe , quoiqu'on doive être encouragé par
l'attente d'une récompenfe sûre au moment où on
l'aura méritée , ce n'eft pourtant pas tout- à- fait la
même chofe : les effets fur- out peuvent en être
très - différens. Les récompenfes arrivent après les
Ouvrages , à la fuite des fuccès ; les encouragemens
portent fur les Effais , & donnent les moyens
de concevoir & d'exécuter des Ouvrages. Il faut
bien comprendre deux faits , tous les deux incontef
tables ; l'un , c'eft que de cent jeunes gens que la
Nature fait naître avec le germe du talent , il y en a
plus de quatre vingt qu'elle fait naître dans la pauvreté
; l'autre , que l'amour des Lettres s'empare
prefque toujours d'une âme toute entière , & que
l'âme qui en eft poffédée eft incapable de toute.
autre chofe : c'eft pour cela que très-fouvent le même
homme paroît tour- à- tour bète & fublime. Eft- ce
des récompenfes qu'il faut promettre à ces jeunes
gens qui avec du génie même font dans l'impuiffarce
de faire de beaux Ouvrages ? Si vous voulez qu'ils
créent , faites -les vivre , .car ils n'en ont pas les
B vj
3.6.
MERCURE
moyens, & ils ne favent pas les chercher. C'eſt dans.
ce premier moment de leur naiffance qu'un grand
nombre de talens font perdus pour les Nations ;
les uns , effrayés par la vue de la pauvreté dont le
fantôme hideux les arrête à l'entrée de la carrière
de la gloire , fe rejettent en arrière , entrent dans les
routes de la fortune , & y deviennent des hommes
opulens & communs ; les autres , manquant de ce
caractère ferme & décidé fans lequel on ne fait
jamais un grand facrifice en entier , fe partagent
entre des travaux commandés par les befoins de la vie ,
& des travaux commandés par le befoin de la gloire ,
& meurent trop fouvent fans avoir obtenu la gloire ,
fans avoir connu l'aifance. C'eſt donc à ce premier
moment de fa naiffance où tant de caufes peuvent
le faire périr que les Gouvernemens doivent s'avancer
au fecours du génie . La Nature vient de faire
naître le plus beau de fes Ouvrages ; que le Gouvermement
l'adopte , l'élève , & qu'il ait part à la plus
belle des créations. Quelle récompenfe pouvez - vous
lui offrir lorfqu'il s'eft manifefté au monde dans
tour fon éclat ? Il a la gloire. A- t- il befoin d'une
autre récompenfe ? Tout ce que vous faites alors.
pour l'honorer , pour l'enrichir ce n'eft plus pour
lui que vous le faites , c cft pour vous- mêmes ; c'eft
pour entrer en partage de la gloire. Vous changez
de rôle , & c'eft lui alors qui a l'air de vous foutenir,
de vous élever , de vous protéger ; auffi a t- il
quelquefois l'orgueil de refufer vos fecours arrivés
trop tard. On peut dire : Mais comment diftinguer
entre des jeunes gens qui n'ont rien fait encore ceux
qui font appelés par la nature , & ceux qui ne font
entraînés que par un fol amour des Lettres & de l'indépendance
? Voilà qui paroît bien difficile , & rien ne
feroit peut- être plus aifé à qui en fentiroit bien l'impor
tance, à qui en auroit le pouvoir & la volonté, qui eft
an fi grandpouvoir . Les Académies jugent les Ouvra
DE FRANCE. 37
ges; elles pourroient bien auffi peut-être juger les hom
mes; & unjeune homine qui auroit la confiance de demander
les fecours qu'on ne doit qu'aux talens ,
pourroit être foumis à des épreuves qui effrayeroient
fa vanité fi fa confiance n'étoit que de la vanité
& qui feroient entrevoir au moins fon talent s'il
étoit deſtiné à en avoir. Ces ſecours feroient fi_modiques
, qu'ils ne pourroient être ni embarraffans
pour le Tréfor Royal , ni tentans pour l'avidité
& pour l'intrigue. Les moindres fervices qu'on
rend à l'Etat lui coûtent tant ! que faut - il à
l'Homme de Lettres pour lui affuser l'indépendance ,
fans laquelle il n'y a point de génie , & le loifir
fans lequel le génie même ne produit rien ? Du
pain , de l'eau & un habit dont le délabrement
n'humilie pas la vanité des autres . Vous avez entendu
dans un des meilleurs Drames de nos jours ,
un jeune homme , enfilamné d'une pallion amoureufe
, qu'on menace de l'exhérédation , à qui on
annonce qu'il fera réduit à quinze cent livres de
rente , vous l'avez entendu s'écrier dans le transport
de fa joie : Quinze cent livres de rente ! Sophie !
j'aurai quinze cent livres de rente ! La gloire fait être
pauvre comme l'amour , & cette paffion de l'efprit ,
non moins violente , a un courage plus foutenu &
une conftance moins fujette au refroidiſſement. Miniftres
des Rois, je vous parle de la foule ; mais c'eſt
dans la foule où elles font délaiffées qu'on voit &
qu'on connoît les âmes dont je vous parle ; & mon
abfcurité même donne ici du poids à mon témoignage.
Evaluez à la rigueur le pain néceffaire pour
nourrir un homme , l'eau qui doit l'abreuver , l'habit
décent auquel les portes ne font pas fermées ; &
avec cette fomme que vous donnerez à quelques
jeunes gens , vous ferez naître des hommes dont les
idées éclaireront vos vues & vos deffeins fur la félicité
des peuples. Donnez cela & ne donnez pas
38 MERCURE
davantage. Refufez ou retirez tout à qui fera dans
ee genre une demande de plus . Celui qui ne trouve
pas dans fon talent tous les biens qu'il defire , & le
dédommagement de tous les plaifirs dont il fe prive,
n'a point de talent ; celui-là n'eſt fait ni pour éclairer
les hommes , ni pour s'illuftrer lui - même.
Qu'il rampe , qu'il s'enrichiffe & qu'il s'élève
aux places ; que celui - là cherche fa félicité dans
des jouiffances que le plus groffier des hommes
peut goûter mieux que lui . Richelieu a inftitué
l'Académie ; & dans une monarchie où tout eft
rang & prééminence , chez une Nation fenfible &
délicate , où les diftinctions fociales font les premiers
des biens , cette inftitution a eu des influences
que Richelieu étoit loin de prévoir ; dès - lors en entrant
dans la carrière des Lettres , le jeune homme
a penfé à l'Académie comme à la gloire , & ces deux
ambitions ſe font confondues dans les espérances ;
mais de cela même il résulte que la récompenfe de l'Académie
n'eft pas différente de celle de la gloire ; elle
ne fert tout au plus qu'à donner à la gloire un figne
plus fenfible , plus expofé à tous les regards ; mais
elle ne peut tenir lieu des premiers encouragemens ,
& il feroit dangereux qu'elle devint le dernier terme
de l'ambition Littéraire. L'ambition du grand talent
doit afpirer bien au - delà . L'Académie doit être dans
les chemins qui mènent à l'immortalité , un hofpice
qui affure que vous ne vous êtes point égaré dans
la route , où l'on prend de nouvelles forces en fe repofant
, où l'on rencontre des compagnons du même
voyage , qui racontent ce qu'ils ont vu & obfervé
dans d'autres fentiers , avec lefquels on fait un
échange de lumières ; mais il faut reprendre fa route ,
tendre à un but plus éloigné , & arriver à ce temple
de la gloire , qui n'eft nulle part & qui eft par- tout ,
que les Rois & les Miniftres n'ont point élevé , & ou
ils ne font admis eux-mêmes que lorsqu'ils ont été
DE FRANCE. 39
de grands Hommes : où n'arrivent pas tous ceux
qui font arrivés à l'Académie , mais où l'on trouve
à leur place les Virgile , les Tacite , les Homère ,
l'élite des Académiciens de toutes les Nations & de
tous les fiècles.
J'ai l'honneur d'être , &c.
COSSEPH D'USTARITS .
A F. aux R. , près la Foffe Bazin.
SPECTACLES
.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 20 Juin , on a joué , pour la
première fois , l'Épreuve Délicate , Comédie
en trois Actes & en vers.
Tout le monde connoît le Scrupule ,
Conte moral de M. Marmontel . Dans ce
Conte , un jeune Militaire écrit à ſa maîtreſſe
, dont il veut éprouver l'amour , qu'il
a perdu un oeil à l'Armée , & voit auflitôt
difparoître la tendreffe qu'il croyoit avoir
infpirée . Cet incident a donné le fond d'une
Comédie en deux Actes . repréſentée à Lon
dres en 1761 , fur le Théâtre de Drury -Lane ,
& qui a pour titre : Il eft poffédé. En voici
une courte analyſe.
Le Colonel d'Herby , amoureux d'Émily ,
'étoit fur le point de l'époufer , lorfqu'il s'eft
vû forcé de ſe rendre au fiège de la Havane.
De retour , avec le Major Belford , fon
40 MERCURE
ami , il veut éprouver la maîtreffe , & députe
avant lui le Major , pour apprendre à
fa belle qu'il a perdu au fiège un oeil & une
jambe . Il paroît bientôt devant elle avec un
oeil caché fous un ruban noir , & fair mar→
cher par fecouffes une de fes jambes , comme
fi cette jambe etoit de bois . Émily , à ce
fpectacle , fe trouble pâlit , verfe des larmes
, on l'emmène . Betford veut engager fon
ami à ceffer fon épreuve , dont il lui remontre
toute l'extravagance ; peine inutile ,
d'Herby perfifte. L'indifpofition d'Émily fait
mander le Médecin Prattle , homme vain ,
fuperficiel & bavard . Ce Médecin a rencontré
le Colonel avant fon déguiſement , parle
de lui , affure qu'il ne l'a jamais vû mieux
portant ni d'une figure plus agréable , &
donne ainfi à Emily des lumières fur la
caufe ridicule du traveftiffement de d'Herby.
On projette de fe venger de lui ; une Françoife
, nommée Florimonde , amante aimée
du Major , s'est réfugiée en Angleterre chez
Emily , à qui elle a été adreffée par fon.
frète . On engage Florimonde à jouer un
rôle dans la vengeance projetée , elle s'y
prête. An retour du Colonel d'Herby, Émily
parle à Florimonde , vêrue en Cavalier , avec
une familiarité qui choque & irrite le Colonel
, d'autant plus aifément qu'elle ne le
traite qu'avec une indifference marquée.
Furieux , au défecſpoir de l'infidélité d'Émily ,
il provoque le faux rival , arrache fon ruban
noir , fe montre tel qu'il eft , & fe difpofe
DE FRANCE.
41
à fortir , quand Belford rentre , reconnoît
Florimonde , voit la fuite de l'indifcrette
épreuve du Colonel , & parvient enfin à
réconcilier les deux amans . Émily oublie fon
humeur , & elle le doit ; car au commencement
du premier Acte , dans une Scène
avec la foeur Bella , elle s'eft vantée de
brûler pour le Colonel d'une paffion vraie
pure , défintéreffée ; & les prétendues pertes
de d'He by viennent de lui prouver que fa
endreffe eft comme celle de toutes les
femmes , ou à peu- près , fubordonnée à
certains accidens.
La Pièce Angloife n'a pas été inutile à
l'Auteur François ; mais l'Ouvrage de celui
ci a été très- mal reçu ', & l'autre a eu du
fuccès.La différence du génie des deux Nations
n'eft pas la feule caufe de la chûte de l'Épreuve
Délicate. Il eft de certaines caricatures
dont le tableau peut être fort agréable à Londres
, & très- déplaifant à Paris ; mais ce qui
ne peut réuffir fur aucun Théâtre , c'eft une
Comédie dont la marche eft lente , froide,
dénuée de comique , dont le ftyle eft précieux
, maniéré , quelquefois obfcur , &
toujours farigant pour le goût du Spectateur
éclairé. Voila les défauts de l'Épreuve Délicate,
qui ne préſente rien d'affez neufpar le
fonds pour que nous en donnions une analyfe
à part. Le Publie a d'ailleurs témoigné
fon mécontentement d'une manière fi bruyante
, que la plus grande partie du dernier
Acte nous a échappé.
42 MERCURE
Qu'un Auteur qui débute dans la carrière
du Théâtre , fe trompe fur l'effet du ſujet
dont il fait choix ; qu'il ne préfente pas des
chofes bien neuves , qu'il adopte des refforts
comiques foibles ou équivoques , cela n'eft
ni étonnant ni rare ; mais ce qui devroit être
moins commun , c'eft la recherche que femblent
faire tous nos jeunes Écrivains d'un
jargon amphigourique , fouvent inintelligible
, & bien plus déplacé encore dans la
Comédie que dans tout autre genre de Littérature.
Pourquoi chercher à être neuf par
les mots ? C'est par les chofes qu'il faudroit
tenter de l'être. Les combinaiſens dramatiques
& morales ne font pas inépuifables ,
fans doute , mais il eft poffible de les rajeunir
par de nouveaux réfultats. Quand on a
bien conçu fon fujet , qu'on en bien établi
les développemens , & qu'avant de commencer
fon travail on en a bien confidéré
la fin , on n'a pas befoin de courir après les
expreffions , elles viennent fe placer naturellement
fous la plume ; & l'on n'eft pas
réduit à la trifte néceffité de cacher le
vuide de fes idées fous des phrafes qu'on
croit brillantes , & qui ne font que fauffes
ou infignifiantes , La facilité que le
Public a montrée long-temps à applaudir
des Ouvrages écrits de ce tyle , a perdu une
partie de nos Adeptes Littéraires : il eft
tems enfin qu'on banniffe du Théâtre le langage
des ruelles , & qu'on fe fouvienne de
ces quatre vers de l'Alcefte de Molière , qui
DE FRANCE. 43
font la condamnation éternelle du jargon
de tous nos faifeurs d'Épîtres :
Ce ſtyle figuré dont on fait vanité ,
Sort du bon caractère & de la vérité ;
Ce n'eft que jeu de mots , qu'affectation pure ,
Et ce n'eft point ainſi que parle la Nature.
Nous parlerons dans le prochain Mercure
d'Agnès Bernau , Drame Héroïque en quatre
Actes & en vers , repréfenté , pour la première
fois , avec un fuccès douteux , le
Mardi 21 Juin , à la Comédie Italienne .
Le 13 , le Public a revu avec les démonftrations
de la joie la plus vive , M. Dazincourt
rentrer au Théâtre par le rôle de Pafquin ,
dans le Triple Mariage. Cet Acteur , qui
depuis fon début , avoit toujours gagné dans
l'opinion du Public , vient d'acquérir de
nouveaux droits à fon eftime , par le rôle
de Figaro ; auffi a- t'il eu lieu de s'appercevoir
, pendant une grave maladie d'environ
fix mois , de tout l'intérêt qu'il a fu infpirer.
Quand il a reparu , des applaudiffemens
univerfels
, qui fe font prolongés dans tour le
courant de fon rôle , ont exprimé tout-à lafois
la crainte qu'avoit caufé fa maladie, &
le plaifir qu'on goûtoit à le revoir.
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
ATLAS
TLAS nouveau , cinquième Livraiſon . Cer Onvrage
, juftement eftimé pour l'exactitude des Cartes
& la beauté de la gravure , offre l'avantage de préfenter
, fur les grands États , la Géographie Phyfique ,
ancienne & moderne . La cinquième Livraison , que
l'on diftribue actuellement , en complette les foixante
premières Cartes ; la fixième Livraison des Cartes &
la deuxième des Plans paroîtront dans quelques
mois. Le prix des 138 Cartes continnera d'être de
138 liv. jufqu'à la feptième Livraiſon . A cette
époque , il fera porté à 160 liv . On continue de ſoufcrire
à Paris , chez M. Mentelle , Hiftoriographe de
Mgr. Comte d'Artois , rue de Seine , Fauxbourg
S. Germain , N° . 27 , & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
Cette cinquième Livraiſon renferme les Cartes
de l'Anjou, de l'Orléanois , de la Touraine , de la
Bourgogne & de la Franche - Comté , en quatre
feuilles , du Comtat Vénaiffin , de la Provence , du
Béarn , du Comté de Foix & du Rouſſillen .
La fixième , dont on grave actuellement la lettre ,
renferme la Lorraine , en quatre feuilles , la Champagne
id. , la Normandie , id.
La feptième renfermera la Carte ancienne des
Pays - Bas , &c. des Provinces- Unies , la Carte
Générale de ces Etats , les Provinces - Unies , en
quatre feuilles , les Pays -Bas , en quatre feuilles , &
deux Cartes des Gouvernemens de la France.
Ces deux Livraiſons feront publiées avant la fin
de l'année 1785.
N. B. Le même Auteur publiera , dans deux
mois , fa Cofmographie Elémentaire , nouvelle ÉdiDE
FRANCE.
45
tion , in - 8 ° . avec une augmentation confidérable de
Difcours & de quelques Planches. Il y aura auffi une
Edition in-4 ° . , dont 50 exemplaires fur papier vélin ,
avec un plus grand nombre de Caites d'une enluminure
très-détaillée & très-foignée.
L'AMI de l'Adolefcence , par M. Berquin , neuvième
& dixième Cahiers, formant le cinquième
Volume de cet ouvrage .
pour
La Soufcription de cet Ouvrage intéreffant eft de
13 liv. 4 fols pour Paris , & de 16 liv. 4 fols
la Province ; s'adreffer à M. Leprince , Directeur ,
ad Bureau , rue de l'Univerfité , No. 28 .
Le Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de figures . Troisième Livraiſon , Tomes V & VI ,
contenant les Illuftres Fées , la Tyrannie des Fées
détruite , par Mme la Comteffe d'Auneuil ; les Contes
moins Contes que les autres , par Preslac ; les Fées ,
Contes des Contes , par Mlle de la Force ; les Cheva-
'liers Errans & le Génie Familier , par Mme la
Comtelle d'Aulnoy .
د
Cette Collection aura 30 vol . de Conres , & un vol.
de Difcours , contenant l'Origine des Contes des Fées,
& les Notices Jur les Auteurs . On délivrera régulièrement
a vol . par mois . On s'infcrit à Paris , rue
& Hotel Serpente , cbez Cuchet , Libraire -Éditeur
des OEuvres de le Sage & de l'Abbé Prévost. Le prix
de l'Infcription eft de 3 liv. 12 fols le vol, broché
orné de trois planches faites fous la direction de
MM. Delaunay & Marillier.
La Vie de Louis - Marie Grgnion de Montfort ,
Miffionnaire Apoftolique , Inftituteur des Miffionnaires
du Saint - Esprit & des Filles de la Sageffe ,
par M. P, J. Picot de Clorivière, Recteur de Paramé,
46 MERCURE
in- 12 . A Paris , chez Delalain jeune , Libraire , rue
Saint Jacques. A Saint - Malo , chez L. Hovius père
& fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Rennes , chez
Em. G. Blouet , Libraire , rue Royale.
Les Perfonnes pieufes liront avec intérêt l'Hiſtoire
de M. de Monfort, qui , au mérite d'une vie vraiment
apoftolique, a joint celui d'établir deux Congrégations
Religieufes.
-
-
NOUVEAU Plan Géométral de la Ville de
Metz, avec fes changemens & augmentations jufqu'à
ce jour, feuille grand Aigle. Prix , 3 liv. en
blanc , & 6 liv . lavé & colorié . Carte réduite du
Golfe de Gascogne en deux feuilles , avec toutes les
Sondes indiquées , par M. de Perigny & par M.
Magin , Ingénieur de la Marine. Prix , 4 liv .
Carte Géométrique de l'entrée de la rivière de Bordeaux
, avec toutes les Sondes , par M. Magin , Ingénieur
de la Marine. Prix , 3 livres , avec l'Inftruction
. Carte de l'entrée de la rivière de Loire ,
avec toutes les Sondes relatives à la navigation de
cette rivière , par le même , deux feuilles. Prix ,
4 liv. A Paris , chez Dezauche , Géographe , fucceffeur
des fieurs Delifle & Phil . Buache , premiers
Géographes du Roi , feuls chargés de l'Entrepôt général
des Cartes de la Marine de Sa Majeſté , rue
des Noyers,
-
DICTIONNAIRE de la Provence & du Comté
Venaiffin , par une Société de Gens de Lettres ,
Tome I , in- 4°. A Marſeille , de l'Imprimerie de
Jean Moffy , Imprimeur-Libraire , à la Canatière.
La Provence eft fi recommandable par fon importance
actuelle & par fon antiquité, qu'un Ouvrage
qui la concerne doit intéreffer par fon objet ,
& les fources qu'indiquent les Auteurs de ce Dic-
}
DE FRANCE. 47
tionnaire , doivent prévenir en faveur de fon exécution
.
Le premier Volume , qui paroît actuellement ,
contient un Vocabulaire François - Provençal. Ceux
qui connoiffent notre Hiftoire , favent quel rôle la
Langue Provençale a joué dans l'Europe Litttéraire .
Les anciennes Mufes Françoifes & Italiennes fe font
formées dans l'étude de cet Idiôme . Pétrarque avoue
s'être enrichi nel tesoro della Lingua provençale. Nous
renvoyons, pour connoître l'utilité de ce Vocabulaire,
à l'Avertiffement qu'on a mis en tête.
EXPLICATION du Siftême de l'Harmonie pour
abréger l'étude de la compofition , & accorder la pratique
avec la théorie ; par le Chevalier de Lirou
in 8. Prix , 3 liv. 12 fols br. A Londres ; & ſe
trouve à Paris , chez Mérigot , Libraire , quai des
Auguftins; Bailly , Libraire, rue S. Honoré ; Bailleux ,
Marchand de Mufique . rue S. Honoré , & Boyer
Marchand de Mufique , rue de Richelieu .
Nous rendrons compte de cet eftimable Quvrage.
OUVERTURE & Entre-Acte de Théodore , Comédie
mêlée d'Ariettes , formant une Symphonie
concertante pour une Flûte , un Haut- Bois & un
Baffon récitans , Violon , Alto & Baffe , les Cors &
Haut-Bois ad libitum. Le Haut Bois peut être remplacé
par un Violon , & le Baffon par un Violoncelle.
Prix , 4 liv. 4 fols . A Paris , chez M. Bailleux
, Marchand de Mufique de la Famille Royale ,
rue Saint Honoré , près celle de la Lingerie.
NUMÉROS 13 , 14 , 15 , 16 , 17 & 18 de la
Mufe Lyrique, ou Journal de Guittare , dédié à la
Reine , par M. Porro , contenant des Airs du Barbie r
de Séville exécuté à la Cour , des deux Rubans , de
Memnon , de Panurge , &c. , avec des Airs de fociété.
48 MERCURE
.
Prix , 12 liv. & 18 liv . A Paris , chez Mme Baillon ,
rue Neuve des Petits -Champs , au coin de celle de
Richelieu , à la Mufe Lyrique. Numéro 6 du.
Journal de Violon , par le même. Prix , féparément
2 liv. 8 fols. Abonnement 18 liv. & 21 liv. Même
Adreffe.
-
JOURNAL de Harpe , par les meilleurs Maîtres ,
Nº. 24. Prix , 12 fols . Abonnement is liv. franc
de port pour cirquante - deux Livraiſons qui fe font
chaque Dimanche. A Paris , chez M. Leduc , cidevant
rue Traverfière , actuellement rue du Roule ,
à la Croix d'or , nº. 6 .
Six Duos concertans pour deux Flûtes , par M.
Cambini , mis au jour par M. Muffard , Maître de
Flûte , rue Aubry- le- Boucher , maifon du Marchand
de Vin. Prix , 7 liv. 4 fols.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 1st , ligne 22 , par un trait charmant
lifez : par un vers.
TABLE.
VERS à M. le Prince de Difcours fur le Préjugé des
B*** ,
Mes Souhaits ,
Feines Infamantes ,
8
4 Variété , 15
39
6. Annonces & Notes , 44
Charade, Enigme & Legogry Comédie Françoife ,
phe ,
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Juillet . Je n'y ai
Lien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A Paris¸
le 1 Juillet 1785. RAULIN,
J
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits en fortant de la Galerie de
M. DE BEAUJON.
Je l'ai donc vût ce précieux tableau ,
Où le pinceau de l'immortel Santerre
Nous peint Adam épris du fruit nouveau
Il figuroit dans le Temple du Goût ;
Autour de lui Téniers , d'une main sûre ,
Chez le Flamand groffier , riant de tout ,
Comme en jouant ſurprenoit la Nature.
Qu'avec plaifir je vous ai vûs , beaux lieux ;
Riches des dons de la fuperbe Afie ,
Vous préfentiez à mon oeil curieux
Vingt monumens faits pour la fantaisie !
, 9 Juillet 1785. C
N°. 28 , 9
so MERCURE
« Ici jadis Vénus tenoit fa Cour , »
Me fuis je dit des talens protectrice ,
» Et pliant tout à fon heureux caprice ,
Elle entendoit mille fois dans un jour
L'enfant aîlé portant le nom d'Amour ,
Qui l'appeloit fa maman ........ »
ɔɔ
Dans l'Univers tout change ainfi fans cefſe ;
Et le féjour qu'habitoit la Beauté ,
Devient celui du Dieu de la richeſſe .
Un pareil Dieu feroit toujours fêté,
Heureux Beaujon , fi , comme vous aimable ,
Et des Beaux- Arts indulgent protecteur ,
Pour l'homme obfcur ſe montrant plus affable ,
Il lui rioit par un accueil flatteur.
Mais j'avourai qu'au fein de l'opulence
Je me livrois au plus tendre plaisir
En parcourant votre magnificence ,
Quand le chagrin eft venu me faiſir ,
En apprenant qu'une goutte traîtreffe
Vous empêchoit de jouir du bonheur ,
Et que le fort auprès de la richeffe
Avoit placé quelquefois la douleur.
Puiffe le Dieu qu'Epidaure révère ,
( Par le refpect ce feul væru fut dicté , )
Pour mon bonheur & celui de la terre ,
A vos trésors joindre auffi la fanté .
(Par M. Santerre de Magny. )
BIBLIOTHECA
REGIA
MHACENFIN
DE FRANCE.
SI
A M. le Comte DE TURCONI ,
Chambellan de Sa Majefté Impériale.
CHER ami , ma
convaleſcence
Étoit- elle une grâce ou non ?
Chez vous la même jouillance
Vient l'appeler de ſon vrai nom.
Aux jours de votre maladie
Efpérant , tremblant , incertain ,
Pour m'avoir confervé la vie
Que pouvois-je dire au deftin?"
Mais en fauvant auffi la vôtre ,
Comme il a fait parler mon coeur !
Par cette nouvelle faveur
J'ai fenti tout le prix de l'autre.
( Par M. le Marquis de Fulvy. ).
COUPLETS DU COUSIN JACQUES.
AIR: De tous les Capucins du monde.
On défoblige en cette ville
De la façon la plus civile :
Aux protecteurs ayez recours ,
Quand fur cax votre espoir fe fonde ,
Ils vous éconduisent toujours ,
Mais le plus poliment du monde,
Cij
52 MERCURE
Vous voyez par toute la France
Même ton , même prévenance ;
Chacun être votre agent pour
Vous montre une ardeur fans feconde ,
Et vous escroque votre argent ,
Mais le plus poliment du monde .
Ne manquez d'aucune reffource ,
Un ami vous offre fa bourfe....
Recourez à ſon amitié ,
En vains prétextes il abonde ,
Et vous refufe fans pitié ,
Mais le plus poliment du monde .
UNE caule eft- elle bien claire ?
Sur le fuccès de votre affaire
Allez confulter, fupplier....·
Nul Procureur qui n'en réponde ;
Et s'il vous fait perdre & payer ,
C'eft le plus poliment du monde.
Vous pourrait-on pour quelque dette ?
Bientôt l'Huiffier le plus honnête
Vientfaifir dans votre maiſon ;
On vous plaint par-tout à la ronde ! ....
Er l'on vous conduit en priſon………..
Ah ! le plus poliment du monde,
DE FRANCE. 53
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Verrat ; celui
de l'Enigme eft Cadran Solaire ; celui du
Logogryphe eft Reinette.
CHARA DE..
SANS le fecours de mon premier
Bientôt mes doigts fe laffent du dernier ,
Mais pour mon tout de lui je n'ai que faire
; Un couteau , des cifeaux font eux feuls mon affaire .
( Par M. l'Abbé Paſquet. )
È NIG ME.
JE fuis venu de Rome , & de plus j'ai l'honneur
D'avoir pour mon parrain fon premier Empereur.
Avec moi font toujours foixante & deux efclaves ,
• Les uns poltrons , les autres braves ;
De très- longs habits blancs les braves font ornés ,
Et font voir ma grandeur & ma magnificence ;
A de courts habits noirs les polttons deſtinés ,
D'un règne paffager marquent la décadence ;
Car apprenez quel eft mon deftin rigoureur ,
Cij
$4
MERCURE
Après le peu
de
temps que
m'ont donné les Dieux
Pour régner chaque an fur la terre ,
Je dois mettre mon fceptre entre les mains d'un frère ,
Qui doit bientôt au fien le remettre à fon tour ;
Et moi , pour oublier une perte auffi chère ,
Je dors jufques à mon retour.
( Par M. Conjon. )
LOGOGRYPH E.
GRACE à ma bonne deftinée ,'
Je nais & je meurs chaque année.
Dérange mes fept pieds , tu trouveras , Lecteur ,
D'un Empereur Romain la fille ;
L'excrément de quelque liqueur ;
Du Rouffillon une petite ville ;
D'Alface une rivière ; une conjonction ;
Aux mortels endormis ce qui femble fi bon ;
Le fils du Héros refpectable
Qu'a chanté l'Homère Romain ;
Une ville du Limousin';
Un fynonyme de femblable ;
De mufique une note , ainfi quetrois pronoms;
Et ce qui fert enfin à couvrir les maiſons.
( Par le même. ) .
DE FRANCE.
1
55
>
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'Amour de Henri IV pour les Lettres ,
avec cette épigraphe :
Il n'eft point de lauriers qui ne couvrent la tête.
A Paris , chez Lagrange , au Palais Royal ,
fous les arcades , Nº. 113 ; Bailly , barrière
des Sergens , & Royez , quai des Auguf
tins. vol. in 18. Prix , 2 liv. 8 fols.
CET Ouvrage , fait pour plaire aux Lecteurs
fenfibles de toutes les Nations , doit
principalement intéreffer les Lecteurs François.
Deſtiné à juftifier Henri IV des injuftes
reproches que lui ont faits d'Aubigné , Faucher
, & plufieurs autres Écrivains de fon
tems , qu'aveugloient l'orgueil , le fanatifme
ou la haine ; peut-être même à venger ce
Prince , finon de l'ingratitude , au moins de
la négligence de quelques Auteurs plus modernes
, il ne peut qu'ajouter non feulement
à fa gloire , mais encore à l'amour & au
reſpect dont tous les peuples éclairés honorent
fa mémoire. Le nom de Henri rappelle
heureufement à la penfée le fouvenir d'un
homme qui fut également grand fur le Trône ,
à la tête des Armées , au milieu des combats
Civ
56 MERCURE
& dans les Confeils ; dont l'âme fière &
inébranlable au fein du malheur & des perfécutions
, fut douce & bienfaifante dans la
profpérité ; mais peu de gens favent que ce
nom augufte tient ou doit tenir une place
diftinguée dans le rang des protecteurs des
Lettres & des reftaurateurs des Arts. Il eft
donc prouvé que ce Héros , que les circonftances
portèrent , prefque malgré lui , fur
la ligne des plus fameux Guerriers ; qui força
fes ennemis à le craindre & à l'admirer ;
qui connut fi bien le prix de l'amitié , qu'il
fut digne d'avoir des ainis ; que ce Roi Citoyen
, dont le coeur & le génie n'enfantèrent
jamais que des projets capables d'illuftrer
fon Koyaume & d'affurer le bonheur
de fon peuple , a mérité , tant par fes vertus
fublimes que par la pretection qu'il a accordée
aux Lettres , le monument qu'un de
nos premiers Écrivains a confacré à fa gloire !
Rendons grâces au Littérateur laborieux &
reconnoiffant , dont les recherches eftimables
viennent d'ajouter un fleuron à la courenne
immortelle qui pare le front du grand
Henri.
Il faudroit tranfcrite la plus grande partie,
de ce petit Ouvrage , ainfi que des notes
inftructives & amufantes dont il eft fuivi ,
pour faire connoît e tout ce qu'il a de curieux
& d'intéreffant. Nous nous , bornerons
malgré nous , & en cherchant à maîtrifer
l'impulfion qui nous entraîne , à un
certain nombre de citations . Nous ne fuiDE
FRANCE. 57
vrons point l'Auteur pas à pas : nous pren
drons tour-à-tour , dans le texte & dans les
notes , les Anecdotes qui peuvent fervir à
peindre le premier des Bourbons , & à développer
les traits caractéristiques de fon
âme depuis fon enfance , jufqu'au moment
fatal qui le vit périr fous le couteau d'un
exécrable affaflin. Nous ferons peu d'obfervations
: l'efprit doit fe taire où l'âme feule
doit fentir.
Il est des hommes qui , par les actions de
leur enfance même , annoncent le caractère
qu'ils doivent avoir un jour. Henri fut de
ce nombre. Les deux faits fuivans vont le
-prouver.
و د
" A lâge de dix ans , ( en 1963 ) Henri
" fit un voyage à la Cour de France , accom-
" pagné de la Gaucherie , fon Précepteur.
» Dans une de ces Loteries ingénieufes ,
» dont Médicis avoit apporté le goût d'Ita-
" lie , & où chacun choififfoit une devife ,
» le petit Prince de Béarn , dont la gentilleffe
amofoir beaucoup les Dames , choifit
» pour la fienne ces mots grecs :
"
vix ,
alav . Médicis defira favoir de l'enfant
ce que cela fignifioit , il ne voulut
» jamais le lui dire . Elle le fut d'ailleurs .
» VAINCRE OU MOURIR. Telle étoit cette
»
devife. Ce trait annonçoit d'avance un
homme qui devoit être auffi ferme que hardi.
dans fes deffeins : celui que nous allons
citer , attefte que l'amour de l'honneur ,
la loyauté & la grandeur d'âme étoient , dès
CY
8 MERCURE
:
le bas - âge , les premières vertus de Henri.
"
99
"
"
66
Il avoit environ onze ans ; on venoit de
lui lire la Vie de Camille & celle de
Coriolan , La Gaucherie lui demanda auquel
des deux Héros il aimeroit mieux
» reffembler ? Le jeune homme , charmé de
la vertu de Camille , qui oublie ſa vengeance
pour fauver fa Patrie , non - feule-
» ment lui donna la préférence fans balan-
» cer , mais blâma la colère de Coriolan ,
qui , fourd à toutes les prières , porte le
» fer & la flamme dans fa patrie pour affou-
- vit fa vengeance ; & racontant lui - même
» les exploits des deux Romains , il ſe paſ-
"
29.
fionnoit autant pour la générosité du pre-
» mier , qu'il s'indignoit contre le crime
» du fecond. La Gaucherie le voyant amfi
» échauffé : Eh bien , lui dit- il , vous avez un
» Coriolan dans votre famille. Alors ce fage
» Inftitateur lui raconta l'Hiftoire du Con-
» nérable de Bourbon ; comment ce grand
Homme perfécuté alla porter les talens
& fa vengeance à Charles - Quint , le plus
cruel ememi de fon Roi ; comment il
» rentra dans fon pays à la tête d'une Armée
formidable , portant par -tout la terreur
& la défolation ; & qu'enfin fa haine im-
» placable & fes funeftes fuccès mirent la
» France à deux doigts de fa perte. Pendant
» ce récit , le jeune homme s'agitoit , alloit
» & venoit par la chambre , s'affeyoit , fe
» levoit , frappoit des pieds , verfoit des
» larmes , qu'il s'efforçoit vainement de
29
ود
DE FRANCE.
S9
و ر
2
» cacher . Enfin , n'y pouvant plus tenir , il
» prend fa plume , court à une carte généalogique
de la Maifon de Bourbon , qui
» étoit contre la muraille , en efface le nom
» du Connétable , & écrit à fa place celui
» du Chevalier Bayard. N'oublions pas
que jamais l'âge mûr de Bourbon n'a démenti
ces fentimens de fon enfance ; que , devenu
l'héritier d'un grand Empire , & obligé de conquérir
fon Royaume pièce à pièce , il oppofa
toujours la clémence à l'opiniâtreté , les
bienfaits à l'ingratitude ; & que plufieursannées
après la paix , des fanatiques continuant
de déclamer contre lui , & refuſant
même de le nommer aux prières publiques ,
Henri le fut , & fe contenta de dire : Il faut
attendre , ils font encore fâchés.
Paffons rapidenient fur toutes celles des
actions de ce Prince qui font généralement
connues ; laiffons à nos Lecteurs la fatisfaction
de retrouver dans l'Ouvrage dont nous
rendons compte, ces mots précieux , ces répar
ties vives & agréables , ces difcours ou fiers
ou aimables qu'on apprend avec plaifir
qu'on fe rappelle avec délices , que l'on répère
avec tranfport , & qui peignent tout
enfemble la fenfibilité du coeur de Henri , la
délicateffe de fon efprit & la nobleffe de fon
âme. Hâtons nous de le confidérer comme
Protecteur & comme Reftaurateur des
Lettres.
"1
Lorfque la paix eut couronné les voeux ,
» c'est alors qu'il s'attacha à remettre les
C vj
60 MERCURE
"
» Lettres en honneur . Pendant les horreurs
» de la Ligue , & depuis le meurtre de l'il-
» luftre Ramus , elles avoient fui loin d'un
féjour fouillé du fang de ſes plus chers
» nourriffons. Le College Royal , déferié
pendant plus de vingt ans , avoit été
» abandonné aux plus vils ufages par les
» Tyrans de Paris . * Peu de jours après fon
» entrée dans la Capitale , Pafferht , l'un
ود
»
33
des plus beaux efprits de ce fiècle , ouvrit
» les Écoles publiques par un Difcours élo-
» quent , mêlé de plaintes fur les malheurs
paffes , & d'éloges touchans du fecond
» Reftaurateur des Lettres . Les Profeffeurs
» furent tous rappelés . Admis à l'audience
» du Monarque , ce Prince les entretint avec
» cette familiarité , cette popularité charmantes
qui lui gagnoient tous les coeurs ;
moyens fi faciles & fi sûrs de leur effet ,
qu'il paroît toujours étonnant que les
Rois ne foient pas plus fouvent tentés d'en
» faire ufage ! Henri donna les ordres les
plus précis pour qu'ils fuffent exactement
payés de ce qui leur étoit dû , leur an-
" nonça qu'il augmentoit leurs honoraires
» de moitié, puis le tournant vers les Cour-
» tifans : Oui , dit - il , j'aime mieux qu'on
» diminue ma dépenfe , & qu'on ôte de ma
» table pour payer mes Lecteurs : je veux les
» contenter ; M. de Rofny les payera.
Meffieurs , ajouta Rolny , les autres vous
"
ود
»
* On en avoit fait des écuries.
DE FRANCE. 610
" ont donné du papier , du parchemin , de
» la cire ; le Roi vous a donné fa parole , &
» moi je vous donnerai de l'argent. » On
verra bientôt que l'auftère Sully n'eut pas
toujours autant de plaifir à tenir la parole
du Roi , que ce Prince en trouroit à la donner
& a la voir remplie.
tre ;
Henri accueillit les Savans , les rechercha ,
& les encouragea par les bienfaits. Il attira
en France le fameux Cafaubon , qui y refta
jufqu'à la mort de fon protecteur ; il s'efforça
d'y fixer le jeune Grotius , dont le mérite
naiffant commençoit à fe faire connoîil
donna un afyle au Flamand Bertius
un des plus (avans hommes de fon temps;
il rétablit dans leurs Charges dans leurs
biens , Viguier quelques autres François
que le malheur des temps avoit chaffes de
leur patrie ; il offrit à Jufte- Lipfe une place
honorable & fix cens écus d'or d'appointemens
; il fit à François de Sales , le Fénelon
de fon fiècle , les offres les plus féduifantes
pour le fixer dans les Etats ; il arracha à la
Cour de Savoye le célèbre Calignon , qui
fat depuis un des Rédacteurs de l'Édit de
Names ; il éleva Fenouillet à l'Épifcopat ;
Fenouillet, qui n'eut jamais d'autre recom
mandation que fon mérite ; il accorda la
même faveur au Jacobin Coeffeteau , qui ,
dans des difputes Théologiques , fut doux ,
raifonnable & éloquent ; il éleva au faîte
des grandeurs du Perron , depuis Cardinal ,
authi bel- efp : it que favant profond; il dona
2
62 MERCURE
la Charge de Premier Aumônier de la Reine
à Bertaut , dont les vers faciles & agréables
ne font point encore oubliés , & qui eut
l'avantage d'être eftimé de Malherbe ; il
honora celui- ci fort fouvent d'entretiens particuliers
; & s'il ne fit pas la fortune de ce
grand Poëte , c'eft Sully qu'il en faur accufer
, Sully , qui ne pardonna point à l'Homme
de Lettres d'avoir mis , comme Soldat ,
fa vie en danger dans les guerres de la Ligue.
Il combla de bienfaits le Satyrique
Regnier ; il rendit à Defportes les tiches bénefices
qui avoient été laifis , & lui accorda
fon eftime , quoique ce Poëte eût eu la foibleffe
de fe ranger pendant quelque temps
du parti de la Ligue. Une place parmi nos
Sénateurs fut la récompene des Ecrits pleins
de courage & de patriotifine du vertueux de
Belloy, Citoyen d'autant plus reſpectable
que foible & inconnu , il ofa , dans le fein
du fanatifme & au péril de fa vie , élever la
voix en faveur de fes Princes légitimes . De
quelle protection n'honora- t'il point l'immortel
de Thou , en le preffant de publier
fon Hiftoire , en protégeant tout haut ce bel
Ouvrage , & en écrivant à Rome , qui le
mettoit à l'Index : c'eft moi qui en ai commandé
le cours & la vente ! Le modeſte &
Lavant Pithou , Gaucher de Sainte - Marthe ,
du Haillan , l'Hiftoriographe Mathieu , le
célèbre Etienne Pafquier , & tant d'autres
qu'il feroit trop long de nommer , eurent
également part à fes bonnes grâces & à fes
DE FRANCE 63
faveurs. Henri , dit un Contemporain , n'eut
jamais connoiffance d'aucun excellent perfonnage
de fon Royaume , & fur- tout recommandable
pour la gloire des Lettres , qu'il ne
le favorisât de quelque honnête penfion . Péréfixe
ajoute qu'il en donnoit à plufieurs
hommes doctes , même dans l'Italie & dans
l'Allemagne , & qu'il prenoit foin lui- même
de les leurfaire tenir. Ainfi , temarque l'Auteur
, Louis XIV ne fut pas le premier qui
fit ces conquêtes glorieufes do genie fur
l'etranger ; Henri IV lui en donna l'exemple.
Quels hommes Bourbon plaça- t'il à la
tête des Troupes , dans les Confeils , dans
les Ambaffades , &c. ? Rapprochons leurs
noms indiftinctement : la Noue , Mornay ,
Armand de Biron , Turenne , Lefdiguières
Sully , Briffac , Givry , les frères d'Angennes
, Vivonne , Salignac , grand oncle
de l'immortel Fénelon , le Cardinal d'Cffat ,
Bongars , le Fèvre de la Boderie , du Bartas,
mauvais Poëte , mais grand Négociateur
Frefne-Canaye , le Prefident Jeannin , &
l'on verra que ce tableau préfente le nom
des hommes les plus inftruits de leur fiècle.
>
Ce qui diftingue Henri de prefque tous
les Princes qui ont protégé les Gens de Lettres
, c'eſt que non- feulement il méprifa les
plumes médiocres , mais qu'il n'eftima jamais
la flatterie , & qu'il accueillit la vérité avec
autant de grâces que de courage. J'entends ,
difoit-il au Préfident Jeannin , laiffer la vérité
en fa franchife , & la liberté de la dire
64
MERCURE
fans fard & fans artifice.
•
Henri avoit nommé Pierre Mathieu fon
Hiftoriographe. Un jour que celui - ci lui lifoit
quelques pages de fon hiftoire , où il parloit
de fon penchant pour les femmes. " A quoi
» bon dit d'abord Henri de révéler
» ces foibleffes ? Mathieu lui fit fentir que
» cette leçon n'étoit pas moins utile à fon
» ffiillss que celle de les grandes actions. Le
» Roi réfléchit un peu . Après un moment
و ر
›
,
de filence. Oui , dit - il , il faut dire la
» vérité toute entière. Si on fe taifoit fur mes
fautes , on ne croiroit pas le refle : eh bien ,
écrivez- les donc , afin qu'il les évite. »
Henri ne devoit point craindre l'etfor de la
vérité , il étoit homme, & participoit comme
un autre aux imperfections de l'efpèce humaine
; mais la Nature , qui avoit voulu en
faire un être privilégié , ne lui donna que les
défauts néceffaires pour tempérer un peu
l'éclat de fes qualités éminentes ; trop de
perfection eût infpité trop de refpect ; en le
rapprochant des autres hommes par quelques
foibleffes , elle en a fait la plus adorable
de toutes les créatures. Qu'on juge par le
trait fuivant , que nous choififfons parmi
beaucoup d'autres , fi cet éloge eft exagéré.
Sully dit un jour à Cafaubon : Vous coûtez
DE FRANCE. 65
trop au Roi , Monfieur : vous avez plus que
deux bons Capitaines , & vous ne fervez de
rien. Cafaubon , qui étoit fort doux , ne répondit
pas un mot ; mais il alla ſe plaindre
au Roi. M. Cafaubon , lui dit ce bon Prince ,
que cela ne vous mette point en peine ; j'ai
partagé avec M. de Sully ; il a toutes les mauvaifes
affaires , && mmooii jjee mmee fuis réfervé les
bonnes. Quand il faudra aller à lui pour vos
appointemens , venez à moi auparavant , je
vous dirai le mot du guet pour être payé facilement.
Étoit- il pollible de prendre une tourpure
plus agréable pour excufer la dureté
du Miniftre , & pour confoler l'amourpropre
bleffe du Profeſſeur ?
Nous nous arrêtons , malgré l'extrême
detir que nous éprouvons de citer d'autres
traits , de parier de fes Lettres familières , où
fon âme le peint toute entière , & de fes
Difcours au Clergé , aux Parlemens & à fes
Peuples. Nous ne pouvons cependant nous
refufer la fatisfaction de citer un fragment
de celui qu'il adreffa au Parlement , quand
il vint lui faire des remontrances fur l'Édit
de Nantes.
"
Mellieurs , vous me voyez en mon cabinet
où je viens vous parler , non point
» en habit royal ni avec la cape & l'épée
» comme mes prédéceffeurs , ni comme un
Prince qui vient recevoir des Ambaffa-
» deurs ; mais vêta comme un père de fa-
» mille , en pourpoint , pour parler familièrement
à fes enfans. Je prends bien les
66 MERCURE
»
"
"
» avis de mes Serviteurs : lorfqu'on m'en
» donne de bons , je les embraſſe ; & fi je
» trouve leur opinion meilleure que la
mienne , je la change fort volontiers. Il
n'y a pas un de vous qui , quand il voudra
» me venir trouver & me dire : Sire , vous
faites telle chofe qui eft injufte à toute raifon
, que je ne l'écoute fort volontiers ;
il ne faut plus faire diftinction de Catholiques
& d'Huguenots ; il faut que tous
» foient bons François , & que les Catholiques
convertiffent les Huguenots par
l'exemple de leur bonne vic. Je fuis Roi
Berger , qui ne veux répandre le fang de
» mes brebis , mais je veux les raffembler
29
23
avec douceur , & c . » Il n'est pas étonnant
, fans doute , qu'un Roi qui s'expliquoit
avec une franchife fi aimable & une cordialité
f touchante , infpire encore à des François
l'ivreffe dont on les voir pénétrés à la moindre
circonftance qui fait prononcer tout haut
le nom de Henri. La bonté & la juftice prolongent
, même après le trépas , l'empire des
Princes fur leurs fujets ; ils ceffent de vivre ,
mais ils règnent encore par le fouvenir de leurs
vertus . On cherche à oublier , où l'on ne ſe
rappelle qu'avec horreur les monftres qui
ont trop fouvent fouillé les Trônes qu'ils
ont occupés ; on ſe plaît à s'iſoler avec la
mémoire des Trajan , des Marc - Aurèle , des
Louis XII , des Henri IV , & nous aimons à
penfer que tout François fe convaincra avec
plaifir que ce dernier , dejà fi digne de notre
DE FRANCE. 67
vénération & de notre amour , est encore
l'egal de fon petit - fils par tout ce qui contri
bue à la gloire des grands Rois & des Princes .
éclairés.
( Cet Article eft de M. de Charnois. )
ر
TESTAMENT de M. Fortuné Ricard ,
Maitre d'Arithmétique à D ** lû &
publié à l'Audience du Bailliage de cette
ville , le 14 Août 1 , 84, Prix , 12 fols . Se
trouve à Paris , chez Cuchet , rue & hôtel
Serpente,
C'EST un bon homme & un bon calculateur
que ce M. Fortuné Ricard ! il a un air
un peu original , peut être parce qu'il raifonne
fort nature.lement. Ce qu'il vous annonce
paroît d'abord un peu étonnant ;
quand il s'eft expliqué , on s'écrie : tien n'est
plus fimple.
M. Fortuné Ricard , en mourant , peut
difpofer d'une femme de seo liv. L'emploi
n'en paroîtra pas d'abord difficile à faire ;
& l'on ne voit pas là de quoi fe donner de
nombreux ni de riches héritiers . Cependant
avec cette fomme , il trouve le moyen de
fonder des prix , de former des érabliffemens
très considérables , de remplir de
grandes caiffes , & de devenir enfin le bailleur
de fonds des Souverains de l'Europe. Il
eft vrai que ces miracles -là ne s'opèrent
qu'avec le temps ; mais quand on faura par
68 MERCURE
quels inoyens fimples & faciles notre Teftateur
parvient à une bienfaifance auffi bril-
⚫lante que fructueuse , quand on verra qu'il
lui en coûte fi peu , on fera honteux de
mourir fans avoir fait quelque bien à l'humasité
ou à fa patrie..
Il divife fa fomme de foc liv. en cinq
parts. La première fomme de 100 liv . , en
laiffant accumuler les intérêts , montera dans
cent ans à plus de 13100 liv. , qui feront
deftinées pour un prix de 40co liv. , qu'on
accordera à une Differtation Théologique ,
dans laquelle on aura prouvé la légitimitédes
prêts de commerce ; avec trois médailles
de 600 liv. chaque , pour les trois Difcours
qui auront approché le plus de l'Ouvrage
couronné. Le furplus fera employé à faire
imprimer la Differtation couronnée & l'extrait
des autres.
Cette fondation , étant le produit d'une
fomme prêtée , doit difpofer les concurrens
à traiter favorablement la queftion des prêts
de commerce.
Cent ans après , la feconde fomme de
100 liv. aura produit , moyennant les intérêts
, un million fept cent mille livres . L'intention
du magnifique Teftateur eft que cette
fomme foit employée à fonder à perpétuité
quatre-vingt prix de mille livres chacun ;
quinze prix pour les actions vertueules ;
quinze pour les Ouvrages de Science & de
Littérature ; dix pour des questions d'arithmétique
& de calcul ; dix pour les nouveaux
DE FRANCE. 69
procédés en agriculture , qui fe trouveront
confirmés par les meilleures récoltes ; dix pour
des courfes , jeux d'adreffe & autres exercices
propres à développer les forces & l'agilité
du corps.
On voit que le bon Ricard n'oublie pas
fa fcience favorite , puiſqu'il fonde dix prix
d'arithmétique & de calcul ; mais cet égoïſme
eft bien naturel ; & la fcience du calcul l'a
mis à portée de faire tant de bien , qu'il y
auroit de l'ingratitude à lui favoir mauvais
gré de fa reconnoiffance.
-La troisième fomme de 100 liv . , avec les
intérêts , montera , cent ans après , à plus de
deux cent vingt-fix millions . Voilà une belle
fomme ! elle fera bien employée . Le Teftateur
prend là-deffus cent quatre-vingt- feize
millions , pour établir cinq cent caiffes
fe- patriotiques de prêt gratuit , foit pour
courir les malheureux , foit pour faire fleurir
, par des avances néceffaires , l'agriculture
, l'induſtrie & le commerce.
Sur les deux cent vingt -fix millions , il
refte encore trente millions , qui feront employés
à fonder douze Mulées dans les
principales villes du Royaume . M. Ricard
n'épargne rien pour que le local foit beau
& commnode, & pour que les Muféens foient
heureux . Il employe foo mille livres pour
chaque bâtiment & le terrein néceffaire à
faire des jardins de botanique , des promenades
, & c.; chaque Mufée aura cent mille
livres de rente ; & il y fera logé & nourri
*
70 MERCURE
30
cr
quarante Hommes de Lettres ou Artiftes
d'un merite fupérieur , qui trouveront autour
d'eux tout ce qui fera réceffaire à leurs
travaux & à leurs delaffemens . Mais le Teftateur
tient aux principes de la morale comme
il pofsède ceux de l'arithmétique.
On ne
fera , dit-il , admis au Mufèe qu'après
avoir fait preuve , non de nobleffe , mais
» de moeurs , & de n'avoir jainais avili fa
plune par des Écrits contre la Religion
» & le Gouvernement , ni par des fatires
» contre aucun Citoyen. En y entrant , on
prêtera ferment de préférer la vertu ,
vérité , la patrie à tout , & le bien général
» des Lettres à fa propre gloire.
39
ม
">
la
Voilà certainement de très -honnêtes difpofitions.
A la vérité , le ferment de préférer
la gloire des Lettres à fa propre gloire ,
pourra occafionner quelques parjures ; mais
la crainte de l'abus ne doit pas nous dégoûter
de faire le bien .
C'est ici que les pouvoirs du Teftateur:
deviennent immenfes ; auffi vous allez voir
qu'il donne l'effor à fa générofité. Cent ans
après la quatrième fomme de co liv. toujours
avec les intérêts , monte à près de
trente milliards . Pour le coup on ne s'amufera
pas à bâtir cinq cent bâtimens de 500
mille livres ; on bâtira cent Villes de cent
cinquante mille âmes chacune. Au teftament
devoit être annexé un mémoire fur la
manière de les peupler & de les faire fleurir,
mais on n'a pas cru devoir le publier
DE FRANCE. 71
encore; & en effet rien ne preffe , puifque
ces Villes - là ne doivent le bâtir que dans
quatre cens ans.
Enfin , dans cent ans encore , c'est- à - dire ,
cinq cens ans après , la dernière fomme de
100 livres , montant à plus de trois mille
neuf cens milliards , ne laiffe plus rien
d'impoffible à la bienfaifance dè fortuné
Ricard. Le voilà qui influe fur le fort de
l'Europe. D'abord fon patriotifine paye la
dette nationale de la France ; enfuite fon humanité
acquitte celle de l'Angleterre . Comme
les expreffions fe reffentent toujours de nos
moyens , ceux de M. Fortuné Ricard fe
trouvent fi exorbitans à cette époque , qu'on
n'eft pas furpris de l'entendre appeler les
douze milliards qu'il donne à l'Angleterre ,,
une légère marque de fon fouvenir.
On employera en outre trente milliards.
à faire les fonds d'une rente de quinze
cent millions à partager en temps de paix
entre toutes les Puiffances de l'Europe . En
temps de guerre , la portion de l'agreffeur :
appartiendra à celui ou à ceux qui feront ,
injuftement attaqués ; & fi en faifant participer
au bénéfice de cette difpofition les:
autres parties du monde , les héritiers efpèrent
réufir à éteindre par- tout la fureur
de la guerre , le Teftateur confent qu'on y
confacre encore cent , milliards.
On priera Sa Majefté le Roi de France.
d'accepter fix milliards ; un milliard pour
remplacer le produit des loteries , que le
72 MERCURE
Teftateur appelle plaifamment un impôt
fur les mauvaifes têtés , qui contribue encore
à les rendre plus mauvaiſes ; un milliard
.pour racheter toutes les charges inutiles ; un
milliard pour racheter celles qui font affez
importantes pour être dangereufes par leur
vénalité; un milliard pour former à Sa Majefté
un Domaine digne de fa Couronne
& fuffifant pour les dépenfes de fa Cour ;
des deux autres milliards on formera un
fonds pour les penfions & bienfaits.
Les Cures & Vicaires -intereffent auffi la
bienfaifance du Teftateur, Il donne un milliard
pour ajouter mille livres à la portion
congrue de tous les Curés du Royaume ,
& fix cent livrés à celle de leurs Vicaires , à
condition qu'ils fupprimeront les quêtes , &
qu'ils ne recevront plus d'honoraires pour
leurs Meffes .
Les Nourrices ne devoient pas échapper
à la prévoyance paternelle de M. Fortuné
Ricard. Pour affurer leur payement , fans
attenter à la liberté des pères qui font hors
d'état de payer , il deftine deux milliards à
former , pour tous les enfans qui naîtront
dans le Royaume, une rente de dix livres par
mois jufqu'à l'âge de trois ans ; cette rente
fera portée jufqu'à trente liv. pour les enfans
qui feront nourris par leur propre mère.
Le Teftateur fait encore d'autres établiffemens
, comme cinq cent petits héritages à
donner en pur don à autant de payfans mariés
; des Maifons d'Éducation ; quarante
mille
DE FRANCE. 73
mille Maifons de travail , où l'on favorifera
fur-tout & où l'on payera mieux les travaux
des femmes , ce qui épargnera deux
dangers à leur vertu : l'oifiveté & l'indigence.
Ce n'eft pas là le feul bienfait dont le
fexe foit redevable à M. Fortuné Ricard . Il
publie fur cet objet une idée neuve ; c'eſt
l'idée d'un François , mais d'un François
bienfaifant. Il approuve fort les établiffeinens
en faveur des Nobles fans fortune ;
mais il voudroit qu'à l'inftar de ce qu'on a
fait pour la Nobleffe pauvre , on établît des
Maifons pour la Beauté indigente . On ne
peut qu'applaudir à cette idée. Nous ne
voyons à reprendre que le titre de l'établif
fement : Hofpices des Anges. La galanterie
de ce titre approche trop de la fadeur ; ce
n'eft pas là le ftyle d'un moribond , ni même
celui d'un Arithméticien en bonne fanté.
La difpofition qui fuit celle-là , prouveroit
feule que leTeftateur n'a pas befoin du manè
ge d'une fade galanterie pour obtenir le fuffrage
de fa Nation . Il deftine un milliard à
faire placer dans les hôtels de toutes les Villes
du Royaume, ou dans d'autres lieux convenables
, des ftatues , des buftes , des médail
lons & d'autres monumens en l'honneur des
Hommes célèbres , & dix milliards pour des
Maifons de fanté dans chaque Paroiffe.
Voilà fans doute d'affez belles fommes
employées ; il refte cependant encore plus
de trois mille fept cent milliards , & M.
Fortuné Ricard exhorte fes héritiers , pré-
N°. 28 , 9 Juillet 1785 .
D
74 MERCURE
fens & à venir , de les employer à des objets
utiles . A la fuite du teftament fe trouvent
des Tables juftificatives de tous les calculs
qui en compofent les différentes difpofitions.
Au refte , en lifant cette Brochure , on
s'en amufe comme d'un badinage ; mais on
fent que l'Auteur eft capable de s'occuper
d'objets utiles & importans. La manière
dont il applique fes bienfaits à venir prouve
qu'il s'eft familiarifé avec la Morale & la
Politique , & qu'il rit comine un homme
qui ne rit pas toujours.
Un article de la Gazette de France , rapporté
en note par l'Auteur , fait voir que le
projet de ce teftament eft moins chimérique
qu'il ne le femble d'abord ; cet article a paru
tandis qu'on imprimoit cette Brochure.
" On lit dans quelques - uns de nos Papiers
un fait affez fingulier. Le Jage
» Normand de Norwich , mort en 1724 )
» avoit fait un teftament par lequel il
léguait une fomme de 4000 liv. fterl.
pour bâtir , foixante ans après , une Ecole
» de Charité , à la fondation de laquelle
» on employeroit le fonds & les intérêts
» accumulés pendant cet intervalle . Ses
difpofitions ultérieures fixent le nombre
» des Elèves à cent vingt , règlont les repas
de tous les jours de la femaine ; chacun
doit avoir le Dimanche à dîner une
» livre de boeuf rôti , & le foir dix onces de
plumb pudding. Il confie l'adminiftration
DE FRANCE. 75
"'
de cette Ecole à l'Evêque , au Chance-
❤lier , an Doyen , auxquels on joindra deux
» Députés de la Ville , deux du Comté , &
» huit Eccléfiaftiques. Le terme déterminé
» pour l'exécution de cette dernière volonté
eft expiré depuis le mois de Mai . La
fomme exifte , & elle monte actuelle-
» ment , par la réunion du capital & des in-
» térêts , à 74,000 liv . fterl . »
A la vérité, les fruits que doit rappor
ter le Teftament que nous annonçons , feront
plus tardifs que la fondation du Teftateur
Anglois ; mais il n'en eft pas moins vrai que
tout n'en iroit que mieux aujourd'hui , fi quelque
Maître d'Arithmétique avoit eu , il y a
fix cens ans , l'efprit calculateur & le coeur
généreux de fortuné Ricard.
( Cet Article eft de M. Imbert. )
LE Comte de Waltham , ou l'Amitié trahie ,
Drame en trois Actes & en profe , par
Mlle Parigot. Prix , 1 liv. 4 fols . A Paris ,
chez l'Auteur , rue du Sentier , Nº . 40 ,
& chez les Libraires qui vendent des
Nouveautés.
L'ÉPOQUE du fujet de ce Drame eft fixée
au temps où Charles II , Roi d'Angleterre ,
faifoit des tentatives pour recouvrer les
États ; époque intéteffante , & qui répand
fur toute la Pièce les teintes pathétiques de
Dij
76 MERCURE
1
la terreur la plus théâtrale. Ce Prince , déguifé
fous le nom de Ward , eft réfugié en
Écoffe chez Sir James Lindfay , un de Les
partifans. Celui- ci s'eft infatué du Comte de
Waltham, homme fourbe & pervers , qui
feint de rechercher fa foeur , tandis qu'il
aime en fecret fa femme , qui eft bien loin
de répondre à fa coupable paffion . Tout ceci
fe trouve expofé dans la première Scène avec
beaucoup d'intérêt .
HENRIETTI , fe réveillant.
" Dieu ! il eft grand jour , & Lindſay ne
» revient pas !
"
"
ÉLISABETH , fe réveillant auffi.
Quelle heure eft-il , ma (oeur ?
HENRIETTE.
Environ fix heures.Je fuis dans de cruelles
» alarmes. Mon efprit , ingénieux à ſe tour-
» menter , me préfage mille malheurs , &
» des fonges effrayans ont encore augmenté
» mon trouble. Hélas ! les brigands dont
» ces bois font remplis , ont peut-être arrêté
» Sir James ; peut- être eft-il découvert ! Le
» Roi le chargea de porter des lettres de fa
» part à plufieurs perfonnes ; fi quelque
perfide l'avoit trahi , nous ferions tous
perdus avec notre maître.
ÉLISABETH.
» Raffurez-vous , ma chère foeur , il peut
DE FRANCE. 77
» avoir refté chez Sir Douglas pour voir le
» Comte de Waltham .
HENRIETTE.
» Voudroit-il ainfi nous mettre en peine ?
TÉLI SABE T H.
» Le plaifir qu'il a d'être avec cet homme,
» eft affez grand pour lui faire oublier l'inquiétude
qu'il donne.
99
HENRIETTE .
Il eft vrai qu'il nous le préfère en tout ,
» & que fon amitié pour lui va jufqu'à l'ex-
» travagance .
33
ÉLISABETH.
» Comment mon frère ne peut - il pas s'ap
percevoir qu'il le trompe au fujet du pré-
» tendu mariage qu'il feint de vouloir contracter
avec moi , & dont il remet la conclufion
de temps à autre ?
"
»
HENRIETTE.
» Mais fiWaltham obtenoit le confentement
de fon oncle , te déterminerois - tu
à l'époufer ?.
ÉLISABETH.
» Ma foeur , je ne crois pas être obligée
de le refufer jamais ; car je ne fers que de
prétexte.
D iij
$8
MERCURE
HENRIETTE .
» Eh ! quel feroit donc fon vrai deffein ?
ÉLISABETH
.
» Il en a de fecrets fans doute.
99
55
HENRIETTE .
Explique- toi librement. Que crois - tu
qu'il vienne faire ici ?
ÉLISABET H.
Vous voir , & chercher à vous plaire.
HENRI E T T E.
» Je m'en doute depuis long - temps. Ses
» difcours paffionnés , les libertés qu'il ofe
quelquefois prendre malgré moi , tout me
" prouve fon déteftable amour.
39
"
ور
ÉLISABETH.
Que ne vous plaignez- vous à mon frère.
HENRIETT E.
Vondroit il m'écouter ? J'ai tenté plufieurs
fois de le prévenir là- deffus ; mais
» la crainte de lui déplaire.....
"
ÉLISABETH.
» Il faut pourtant nous délivrer de ce fourbe.
HENRIETTE.
» Ah ! ma chère Élifabeth , je le defire
DE FRANCE. 79
N
» avec ardeur . Un preffentiment fecret m'agite.
Il me dit que cet homme artificieux
» nous fera funefte. L'horreur qu'il m'inf
pire eft fi grande , que je ne puis enten-
» dre fon nom fans frémir.
و د
ÉLISA BÉ T H.
» S'il fut jamais dangereux , c'eft dans les
» circonstances actuelles. Mon frère n'a
» rien de caché pour lai : il pourroit lui
» confier que le Roi......
HENRIETTE.
» Non : il a juré à Sa Majeſté un ſecret
» inviolable .
ÉLISABETH.
» Mais d'où vient n'a-t'il pas exclus Wal-
» tham de la maifon comme les autres
» amis , puifqu'il fait , à n'en pouvoir dou-
» ter , qu'il tient ouvertement le parti de
» Cromwel ? Si c'étoit un autre , il l'abhor-
» reroit ; ne défefpérons cependant point
» nous parviendrons un jour à le lui faire
» connoître.
HENRIETTE.
"
» Nous verrons..... Ciel ! que fon retard
» m'inquiette ! lui feroit-il arrivé quelque
» malheur ?.... Je friffonne.... Il me femble
» que ce jour nous préfage quelque chofe de
» finiftie. O grand Dieu ! conferve celui
Div
MERCURE
» que tu m'as donné pour époux. J'entends
quelqu'un ; c'eft peut-être lui . Non , c'est
» le Roi. »
20
Les Scènes fuivantes répondent à l'intérêt
de celle- ci , & l'augmentent encore. Waltham
témoigne tant de haine au Roi , quoique
fans le connoître , que le Prince exige
de Sir James qu'il lui défende l'entrée de fa
maifon. Sir James obéit avec peine ; il montre
à Waltham la douleur qu'il reffent de
l'éloigner , & lui dit imprudemment qu'on
l'y force. Celui-ci , qui fe doute bien que le
Roi le fait chaffer , infinue à Sir James , que
Ward , c'eft-à dire le Roi , aime fon épouse ,
& qu'il en a tout obtenu. Ce crédule ami
ajoute foi à l'impofture : il tombe en foibleffe
. Cette Scène eft terrible , & tout- àfait
dans la manière Angloife. Pendant l'évanouiffement
de fon ami , Waltham veut fe
défaire de lui ; il lui paffe un cordon autour
du col , le ferre foiblement ; un mouvement
de pitié , & peut être un retour vague d'amitié
, ou , pour mieux dire , la crainte d'être
furpris , l'arrête , il retire le cordon , le laiffe
tomber à fes piés , & lui fait refpirer des
fels. Sir James , revenu de fon , évanouiffement,
mais toujours douloureuſement perfuadé
de ce que Waltham lui a dit fur le
compte d'Henriette , propofe au Roi de fe
retirer ailleurs. Le Roi s'en offenfe , & Sir
James prend le parti de quitter lui - même
la maifon. C'eft chez Waltham qu'il projette
DE FRANCE.
`
de fe retirer. Celui- ci le fait : il gagne Robert
, Valet de Sir James , & l'engage , par
de grandes promeffes , à maffacrer fon maître
dans le bois qu'il faudra traverſer. Sir
James part enfin fans laiffer appercevoir la
jalousie qui l'égare ; mais il adreſſe au Roi
une lettre pleine de reproches & de menaces.
Cette lettre effraye tellement le Prince ,
qu'il fuit auffi lui - même. Quand il eft forti ,
Waltham revient près d'Henriette , il lui
affure que fon époux eft chez lui , qu'il la
demande , & que la jaloufie l'ayant éloigné
d'elle , l'einpreffement qu'elle aura d'aller le
retrouver, fuffira pour le guérir de les foupçons.
Henriette refufe de le fuivre. Après
s'être en vain fervi de tous les artifices dont
il eft capable , il lui avoue qu'il l'aime , &
veut ufer de violence envers elle . Il l'entraînoit
malgré les cris , lorfque le Roi & Sir
James entrent tous deux l'épée à la main . Le
Roi a rencontré Sir James dans le bois ; il l'a
fecouru contre Robert à l'inftant que ce dernier
alloit l'affaffiner. Waltham, confterné
par le retour de Sir James , & défefpéré de
voir fes crimes découverts , veut fuir ; mais
le Roi le pourfuit & le tue. A juger de ce
Drame par le fujet , par le caractère exécrable
& prefque gratuitement pervers da
Comte de Waltham , par les fituations vraiment
Angloifes, par les couleurs locales, par
les plus petits détails , & même par les plaifanteries
telles que celle -ci : " Faire rire un
Ecoffois , toi fur-tout , quelle nouveauté ! 39
Dv
82 MERCURE
» on le mettroit dans les Gazettes ; » nous
avions préfumé que c'étoit une production
du fol de l'Angleterre , que Mife Parigot
avoit tranfportée dans notre climat . En effet ,
les défauts & les beautés de cette Pièce font
abſolument du genre de celles des Théâtres
de Londres. Mais l'Auteur nous a affuré formellement
que ce n'eft point une imitation .
On ne peut que l'encourager & la féliciter
des progrès qu'elle a faits d'elle - même , &
fans aucun Maître , dans la langue & la Lit
térature Angloife.
SPECTACLE S.
COMÉDIE ITALIENNE.
QUOIQUE l'Agnès Bernau des Allemands.
foit tachée de toutes les irrégularités communes
aux Ouvrages qui forment aujourd'hui
le Théâtre de leur Nation , c'eſt
néanmoins une Tragédie fort intéreffante .
Elle doit produire un très - grand effer à la
repréſentation , & les perfonnes fenfibles ne
peuvent la lire fans verfer des larmes . Les
caractères font bien tracés , bien foutenus ,
ceux d'Agnès & d'Albert fur- tout font trèsattachans.
Il y a de la fageffe , de la clarté &
de l'intérêt dans l'expofition ; le nænd, formé
par un incident d'un genre neuf, eft fait pour
DE FRANCE. 8+
fixer l'attention des Spectateurs éclairés ,
mais il fe développe trop lentement : la cataftrophe
eft déchirante ; mais outre qu'elle
s'éloigne de nos moeurs & de notre goût ,
elle doit laiffer quelque chofe à defirer ,
même aux yeux des Allemands , puifque la
mort cruelle d'Agnès n'eft point vengée , &
qu'il paroît certain qu'elle ne doit jamais
l'être , quoiqu'on fache que l'infortunée eft
morte victime de l'iniquité , & que le coupable
foit connu. Une analyfe rapide va la
faire connoître.
> Albert , Duc & Comte de Vohbourg ,
eft devenu amoureux de la fille d'un Bajgneur
, nommée Agnès Bernau , & il en a
fait fa femme. Erneft , Duc de Bavière-
Munick , fon père , ignore qu'il ait épousé
cette jeune fille , qui eft un prodige de beauté
& de vertu ; il le croit l'amant , l'esclave
d'une femme perdue , & cherche les moyens
qui peuvent ouvrir les yeux de fon fils , en
écattant l'ignominie dont un hymen tellement
difproportionné couvrirait la maiſon.
Il tient un confeil à ce fujet ; l'avis qu'il
adopte eft celui de faire fermer les barrières
au jeune Prince dans un tournois convoqué
à Ratisbonne , s'il ne confent pas à fe juftifier
de la lâcheté qu'on lui impute. En effet ,
Albert le préfente au tournois , on lui annonce
qu'il ne peut pas jouter : furieux , il
en demande la caufe , on la lui apprend.
Son père même est fon accufateur. Le perfécureur
le plus acharné d'Agnès eft le Vidame
D vj
17
霉
84
MERCURE
&
de Straubing : il porte l'indécence juſqu'à
dire tout haut devant Albert , qu'aucun Chevalier
ne combattra pour la fille d'un Baigneur.
Celui-ci tranfporté tire fon ſabre ,
du dos il en frappe le Vidame , en lui difant
: Vous ne combattrez jamais , je vous
déshonore , moi , votre Duc. Erneft , indigné ,
tire le fien , en frappe fon fils , en répétant
le même difcours. Le jeune Prince , en proie
à la rage , déclare la guerre à fon père , rappelle
aux Bavarois fes anciens triomphes , &
les invite à fe ranger fous les étendarts . La
plus grande partie des Chevaliers & du
Peuple paffe du côté d'Albert , qui fort.
Erneft , accablé , demande de nouveaux avis ,
on lui confeille les voies de pacification ; il
cède & envoie deux Chevaliers à fon fils . Le
retour d'Albert & fes caufes , ont pénétré de
douleur la déplorable Agnès ; c'eft pour elle
que le fang va couler ; cette idée la déſeſpère
, elle voudroit que tout le fien fût le
fceau de la paix entre le Duc & fon fils . Les
deux Chevaliers arrivent , & proposent au
jeune Prince de renoncer à fon amour; en
apprenant qu'il eft l'époux d'Agnès , ils l'engagent
à fe foumettre à fon père , & lui promettent
de tout entreprendre pour que fon
épouſe lui refte , à condition toutefois qu'elle
ne fera point Ducheffe . Sur cet eſpoir , Albert
confent à la paix , fait licencier fes
Troupes , & fe rend euprès de fon père.
Pendant que tout ceci fe paſſe , Erneft
a appris le mariage de fon fils , & tiene
DE FRANCE. 85
: un nouveau confeil , dans lequel le Vidame
propofe la mort d'Agnès comme
le feul remède aux maux qui menacent la
famille de Wittelfpach . Le Duc adopte cet
avis. Deux nouveaux députés fe rendent à
Vohbourg ; & tandis que , plein de confiance ,
le jeune Duc s'arrache des bras d'Agnès
qu'il laiffe fous la garde de J. Zinger , fon
ami , l'appartement d'Agnès eft force , Zinger
tué à côté d'elle , & on enlève l'infortunée .
Traînée dans une prifon , on l'en arrache
pour la conduire devant les Juges ; le féroce
Vidame la fait interroger , la fait fortir ,
prend les voix ; & comme elles font également
partagées , il prononce qu'elle meure.
Albert retourne à Vohbourg , apprend ce qui
s'eft paffé, reçoit les derniers foupirs de Zinger
& vole à Straubing , Il arrive trop tard.
Agnès , les mains liées , vient d'être précipitée
dans le Danube. On entend crier grâce :
Erneft arrive , on ſe jette à la nage , on ra
mène le corps d'Agnès , il n'eft plus d'efpérance
, elle eft morte. On s'oppoſe aux tranfports
d'Albert , que les larmes d'Erneft adouciffent
enfin , & à qui on offre pour confo
lation la Bavière.
Autant qu'une Pièce irrégulière peut ref
fembler à un Ouvrage fait d'après les principes
qui gouvernent notre Théâtre , l'Agnès
Allemande reffemble à l'Agnès Françoile.
M. Milcent a écarté les confeils férqueus
que tient le Duc Erneft , & tous les incidens
qui font voyager l'action d'Acte en
$6 MERCURE
Acte , & quelquefois de Scène en Scène :
il à confidérablement diminué le nombre
des perfonnages qui jouent un rôle dans
l'original , & il a bien fait ; mais il a fait
paroître le père d'Agnès , & fans doute
il devoit s'en abftenir ; car de deux chofes
l'une , ou le rôle de ce vieillard pouvoit être
fort intéreffant , & par conféquent il devoit
nuire à celui d'Agnès , ou bien , comme rôle
fabordonné , il ne peut que jeter de la langueur
dans la marche de l'action . Si Agnèsn'étoit
encore que la maîtreffe d'Albert , la
décence théâtrale exigeroit peut -être qu'elle
parût fous la garde de fon père ; mais elle eſt
femme du Duc , elle peut fe fuffire à ellemême
: M. Milcent devoit donc ne pas admettre
dans fon action un perſonnage qui
n'y fait rien. Obfervons d'ailleurs que dans
l'Ouvrage Allemand , les regrets d'Agnès ,
en parlant de fon vieux père , font très - touchans
, parce que l'imagination ennoblit ce
perfonnage , dont les yeux n'ont point vû la
misère ; effet que fa préfence détruit chez
M. Milcent.
C'eft à la fin de fon Drame , que M.
Milcent s'écarte le plus de fon original. Albert
, vaincu par fon père , voit enlever fa
femme , que l'on conduit en prifon . Là , on
propofe à l'infortunée de renoncer à la main
d'Albert fous peine de la mort ; elle préfère
de mourir. Le Duc vient avec fon fils :
celui- ci doit , s'il veut fauver les jours.
d'Agnès , lui déclarer qu'il renonce à elle ; il
DE FRANCE. 87
le fait avec effort. La malheureufe eft accablee
de defefpoir ; elle voyoit la mort avec
courage ; elle ne peut réfifter à l'infidélité
d'Albert. Ses reproches , fes larmes , la douleur
déchirent le coeur du jeune Prince , qui
.s'élance dans les bras de fa femme , & préfère
au Trône & à la vie le bonheur de moufir
avec Agnès. Erneft menace ; il va condamner
les époux , lorfqu'un bruit d'armes
fe fait entendre ; c'eft le brave Zinger , l'ami
d'Albert , qui entre triomphant. Au milieu
de la déroute des Bavarois , il s'eft caché avec
-fa troupe dans un fouterrain du Château de
Vohbourg ; il a furpris les vainqueurs
maflacré les uns , fait les autres prifonniers ;
enfin Albert eft maître , & c'eft de lui que
dépendent la vie & la couronne du Duc.
Loin d'abufer de la victoire , le jeune Prince
fe jette aux genoux de fon père, lui jure la foumiffion
la plus tendre , la plus refpectueuse ,
la plus inaltérable. Cet acte généreux défarme
la colère & l'orgueil d'Erneſt ; il approuve
le mariage de fon fils .
• a
Cet Acte eft plein d'intérêt ; c'eft . le meilleur
de la Pièce : les fentimens d'Agnès , fa
"nobleffe , fa douleur , attachent l'attention ,
& parlent au coeur d'une manière très- puiffante.
Il eft d'ailleurs très bien rendu par
Mlle Pirrot & par M. Granger , dont la
pantomime feule annonce unActeur confommé
& une âme pleine de fenfibilité . Les trois
premiers Actes font lents & froids , excepté
la Scène du Tournoi au fecond Acte. Le
88 MERCURE
caractère de Gundelfing eft odieux , & les
caufes de la haine qu'il porte au Duc Albert
ne font point affez motivées. Chez l'Auteur
Allemand , la haine du Vidame a une caufe
connue ; il falloit que M. Milcent profitât de
fon modèle. Quant au Atyle , il eft quelque
fois doux , rarement affez noble pour le
fujet , & toujours extrêmement négligé. Virgile
a dit , & ce précepte ne doit pas être
oublié :
Si canimus fylvas , fylvæfint confule digna.
Nous parlerons dans le prochain Mercare
de l'Heureufe Réconciliation , & de
Claude & Claudine , deux Ouvrages nouvellement
repréfentés à ce Théâtre.
A
VARIÉTÉ S.
LA FIN de la Partie Politique du Mercure,
Nº. 28 , on a inféré l'Extrait d'un Mémoire du fieur
Varnier , Médecin ; & cet Extrait , qui a été tiré
mot à mot de la Gazette des Tribunaux , compofée
par le fieur Mars , a fait croire à quelques Perfonnes
que nous étions Partifans du Magnétifme Animals
d'autres en ont même induit que nous n'avions fait
cette annonce que par ordre du Gouvernement.
Nous déclarons que les uns & les autres font dans
l'erreur. En rendant compte de ce Mémoire , nous
' n'avons entendu que faire connoître le fait de fon
exiſtence , mais nullement en adopter la doctrine ,
& encore moins donner à penfer que le Gouveracment
eût aucune part à cet article.
DE FRANCE 89
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVEAU Volume du Théâtre d'Education , par
Madame la Comteffe de Genlis , contenant la Mort
d'Adam ; Agar dans le Défert ; Ifaac ; Jofeph
reconnu par fes frères ; Ruth & Noémi ; la Veuve
de Sarepta , & le Retour dujeune Tobie. í vol. in - 8 °.
broché. Prix s liv. A Paris , chez Lambert , Imprimeur-
Libraire , rue de la Harpe , près S. Cofme.
Ce Volume forme le premier Volume du Théâtre
d'Éducation.
On trouve chez le même Libraire tous les Ouvrages
de Madame la Comteffe de Genlis. Savoir :
le Théâtre d'Education , 7 vol . in- 8 ° , br. 35 liv. ;
les Annales de la Vertu , 2 vol . in- 8°, br. 10 liv,;
Adèle &Théodore, ou Lettresfur l'Education , 3 vol.
"in- 8 °. br. 15 liv. ; les Veillées du Château , 3 vol.
in- 8 °. br. 1 1. On vend auffi féparément le Théâtre
de Société , 2 vol . in- 89 . br. 10 liv . faifant partie
du Théâtre d'Education . Cette Collection forme
Is vol. in- 8 , ou 15 vol, in- 12,
L'ALAITEMERT Maternel encourage , Eftampe
de neuf pouces de haut , fur treize de large , gravée
d'après Borel , par E. Voylard. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , nº . 18 , vis - à - vis
la rue Serpente.
Cette Eftampe doit faire plaifir aux Amateurs par
la compofition & la beauté du burin . On trouve au
bas cette explication : « Un Philofophe fenfible.
indique à la Bienfaiſance les objets fur lesquels
» elle doit verfer fes dons. » La Comédie , fous la
figure de Figaro , tient de gros facs ; elle en répand
un aux pieds de plufieurs Mères qui donnent le fein
30
30
MERCURE
a leurs enfans . Au deffus du Philofophe eſt la ſtatue'
de l'Humanité portant ces inots : Secours des
Mères Nourrices.
BIBLIOTHEQUE des meilleurs Poëtes Italiens
en trente - fix Volumes in- 8°. , propofée par ſouſcription
, par M. Couret de Villeneuve , Imprimeur
du Roi à Orléans , & Éditeur de cette Collection .
La réputation que s'eft faite M. Couret de Villeneuve
par plufieurs Ouvrages typographiques , eft
toujours un préjugé favorable pour les Éditions qu'il
promet au Public , & ce préjugé eft toujours juſtifié
par l'exécution. Les deux Volumes qui paroiffent
déjà de fa Bibliothèque des meilleurs Poëtes Italiens
font imprimés avec beaucoup de netteté quant au
caractère , & quant au texte avec la plus grande
exactitude. La Langue Italienne étant généralement
connue & eftimée , cette importante Collection ne
peut manquer d'avoir du fuccès.
Il en paroîtra un Volume par mois. La Collection
fera pour les Perfonnes qui auront foufcrit pendant
le temps de la Livraiſon des quatre premiers
Volumes , du prix de 90 livres ; favoir , is livres en
recevant le premier Volume, fix mois après 15 liv. ,
& ainfi de fuite de fix mois en fix mois . On fera
libre , en s'adreffant à l'Éditeur , de remettre ladite
fomme de 15 liv. à la pofte fans affranchir le port
de la lettre & de l'argent.
COLLECTION des meilleurs Romans Grecs ,
Latins & Gaulois , extraits de la Bibliothèque des
Romans. De l'Imprimerie de Didot l'aîné . A Paris ,
chez Volland , Libraire , quai des Auguftins , près la
rue du Hurepoix , 2 Vol. in-4° . de près de soo
pages chacun. Prix , 12 liv . brochés.
La médiocrité du prix , la beauté de l'impreffion
& les Extraits choifis des meilleurs Romans qui
DE FRANCE
exiftent dans les Langues Grecque , Latine & Gauloife,
& de ceux qui ont parú dès le dix -feptième
fiècle , doivent procurer un débit prompt & certain
de ce Livre, dont on n'a tiré que très- peu d'Exemplaires.
Pour donner une idée de cette Collection , nous
joindrons ici une note des principaux Romans qui
fe trouvent dans ces deux Volumes.
Dans le premier font : Les Affections de divers
Amans , de Parthenius , les Narrations d'amour de
Plutarque , l'Ane d'or d'Apulée , le Roman & les
Prophéties de Merlin , Hector , Artus , Roi de la
Grande Bretagne , Charlemagne , Godefroy de
Bouillon , Bertrand du Guefclin , Aftrée , les Satyres
de Pétrone , le Télémaque de M. de Fénélon , avec
quelques Fables du même Auteur , la Médaille à
l'envers , le Cordelier Médecin , le Mari armé , le
Duc de l'Aiguillette , l'Ivrogne en Paradis , le Mari
commode , l'Encens au Diable , le Clerc eunuque
le Faifeur de Papes , la Nonain favante , le Borgne
aveugle , le Confeiller au blatean , l'Enfant de
neige , l'Enfant à deux Pères , la Botte à demi , la
Forcée de gré , le Mari Confeffeur , les Amans infortunés
, l'Hiftoire de Mélufine , Romans merveilleux
, les meilleurs Contes de Madame d'Aulnoy,
les Amours de Daphnis & de Chloé , Hiftoire fecrette
des femmes galantes de l'antiquité , Hiſtoire d'Io ,
Hiftoire de Cérès , de Vénus , d'Ariane , de Sémiramis
, de Donefie , de Tarpeia , de Callifthée , de
Pafiphile , Almahide , feize différentes Fables , le
Roman bourgeois de Furetière , Hiftoire de Lucrèce
la Bourgeoife , fept Nouvelles Françoifes , dont
Adélaïde , Honorine , Mathilde , Armide & Floridon
, &c. & c.
Le ſecond contient Eraftus on les fept Sages de
Rome , les Compagnons de la Table ronde , les Impératrices
Romaines , Calpurnie , Lirée , Julie , les
92 MERCURE
*
trois femmes de Caligula , Meffala , Lépide , le Pélerinage
de Colombelle & de Volontarette , Télémaque
travesti , les Contes du temps paffé de Perrault ,
les Amours de Leucippe , traduits du Grec de Tatius ,
Lancelot Dulac , Chevalier de la Table ronde , Artamène
, Zayde , Princeffe de Montpenfier , Carpenteriana
, Voyages de Cyrus , par Ramfay , le Repos
de Cyrus , Contes , Nouvelles & joyeux Devis de
Bonnaventure des Perriers , Cymbalum mundi , les
trois Fous , les Contes d'Hamilton , & c. & c.
Ceux qui n'ont pas la Bibliothèque des Romans ,
feront charmés d'avoir un pareil choix fupérieurément
imprimé pour 12 liv.
Le Théâtre des Grecs , par le Père Brumoy ,
nouvelle Edition , enrichie de très - belles gravures ,
& augmentée de la traduction entière des pièces
grecques dont il n'exifte que des extraits dans toutes
les Éditions précédentes , & de comparaiſons , d'obfervations
& de remarques nouvelles , propofée par
foufcription , en to ou 12 Volumes , grand &
petit in-8 . , & in -4 ° . Tome I de la Collection &
'Efchyle , le fecond terminera les OEuvres de cet
Auteur , & paroîtra inceffamment. A Paris , chez
Cuffac , Libraire , rue & carrefour Saint Benoît ,
vis-à-vis la rue Taranne.
Nous avons annoncé le projet de ce grand Ouvrage
, l'un des plus intéreffans qu'on ait entrepris
de nos jours , & l'un des plus propres à exciter l'empreffement
du Public. L'exécution typographique
répond à l'importance de l'Ouvrage ; elle eft telle
qu'on devoit l'attendre du Libraire , qui s'eft fait
connoître avantageufement par l'Edition du Plutarque.
Le Théâtre des Grecs aura 10 ou 12 Volumes ,
& fera imprimé en trois formats , chacun d'un papier
différent. Le premier, petit in- 8 °. fera imDE
FRANCE. 93
primé fur de l'écu . Le grand in - 8 ° . fur du carré
fin d'Angoulême , pareil à celui du Plutarque. On
tirera quelques Exemplaires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in- 4º .
En fe faifant inferire pour le petit in 8. l'on
paye 8 livres , & 4 liv. lors de la livraifon de
chaque Volume broché. En foufcrivant pour le
grand in- 8 ° . l'on donne 12 livres , & 6 liv. en
recevant chaque Volume . Pour le même format in-
8. fur papier vélin , l'on paye 30 livres , & 15 liv.
en faifant retirer chacun des Volumes. Pour le
format in 4. imprimé pareillement ſur papier vélin
& fur la même juſtification que l'in - 8 ° . l'on donne
en foufcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume, L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers ,
fera à valoir fur les deux derniers Volumes , qui
feront livrés gratis aux Soufcripteurs .
Le prix de la foufcription fera le même jufqu'au
dernier Juillet de la même année , & c'eft à
cette époque qu'il fera augmenté.
1
On foufcrit auffi chez les principaux Libraires
des Villes de l'Europe.
HISTOIRE Générale de la Grèce , précédée
d'une Defcription Géographique , de Differtations
fur la Chronologie , les Mefures , la Mythologie ,
&c. & terminée par le parallèle des Grecs anciens
avec les modernes ; par M. Coufin Defpreaux , de
l'Académie des Sciences , Belles Lettres & Arts de
Rouen , de celle de Villefranche & des Arcades de
Rome , in 12 , Tomes X & XI . A Rouen , chez
Leboucher le jeune , Libraire ; & à Paris , chez
Durand neveu , Libraire , rue Galande ; Morin &
Guillot , Libraires , rue Saint Jacques.
DISSERTATIO Botanica de Sida , & de quibufdam
94
MERCURE
Plantis qua cum illa affinitatem habent. Auctore Antonio
Jofepho Cavanilles , Hifpano-Valentino. Prix ,
liv. 12 fols. Parifiis , apud Francifcum Amb. Didot.
Cette Diflertation donne de grandes lumières furle
Sida , famille de Mauves , & fur quelques autres
Plantes qui en approchent. On n'avoit encore fait connoître
que trente deux efpèces de Sida. M. Cavanilles
en décrit jufqu'à quatre- vingt- deux , & les fait connoître
de la manière la plus fatisfaifante.Cet Ouvrage,
qui a obtenu le fuffrage de l'Académie des Sciences ,
eft accompagné de treize Planches , avec leur Explication.
LE Poëte Anonyme , en deux Actes & en vers . A
Paris , chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
L'Auteur de cette Comédie a voulu attaquer le
ridicule des Plagiaires , qui s'attribuent les Ouvrages
d'autrui.
Damis & Dorante font des rivaux qui diffèrent
totalement d'humeur & de caractère. Damis eft doux ,
modefte , fait des vers , & n'ofe les avouer. Dorante
eft un fat, un important qui s'attribue ceux
qu'il n'a pas faits , & profite par- là de l'anonyme
que garde fon rival. Dorante n'eft pas l'amant
aimé; mais il eft préféré par le père , qui aime
beaucoup la Poéfie . La Soubrette , pour fervir l'amour
de Rofalie, employe un ftratagême. Il force Damis
de fe déclarer l'Auteur d'une pièce de vers qui fait
du bruit , & perfuade à Dorante que s'il avoue
qu'il n'eft pas l'Auteur des vers qu'il s'eft attribués ,
il plaira à Rofalie , qui ne craint rien tant que
d'être la femme d'un Poëte. Cette double déclarátion
produit l'effet que defiroit la Soubrette. Damis
plaît au père de Rofalie comme Poëte ; & Dorante
par la raifon contraire , tombe dans la difgrâce,
DE FRANCE . 95
Cette Comédie eft écrite & dialoguée facilement ;
mais elle a befoin d'être beaucoup refferrée. Peut-être
le ſujet ne comportoit-il qu'un Acte.
HISTOIRE d'Angleterre , repréſentée par Figures,
accompagnées d'un Précis Hiftorique , quatrieme
Livraison. Prix , 15 liv. A Paris , chez David ,
Graveur , rue des Cordeliers , au coin de celle de
l'Obfervance .
La Confolation de l' Abſence , peint à la gouache ,
par N. Lavreince , gravé par N. Delaunay , Graveur
du Roi. A Paris , chez Delaunay , Graveur , -
des Académies Royales de Paris & de Copenhague ,
rue de la Bucherie , nº. 26 .
Cette jolie Eftampe eft la fixième de la fuite déjà
connue du même Auteur , fous les titres du Carquois
épuifé , les Soins tardifs , l'Heureux Moment , la
Complaifance Maternelle & le petit Jour , d'après
MM. Baudouin & Lavreince.
C'EST une misère ; je vends des bouquets ; tout
doucement ; હ nous allons ici fouper tête - à - tête ;
pour un baifer ; & non , non , je ne puis me défendre
; la noble chofe que d'être Chevalier ; que voulez-
vous ? un prix bien doux ; ah , que l'Amour eft
chofe jolie ! Neuf Airs de la Fée Urgèle remife en
Mufique par M. le Comte de F.... , Officier au
Régiment d'Infanterie du Roi , représentée à Nancy
en 1784 , arrangés pour le Forte-Piano & un Violon.
Prix , 1 liv, 4 fols chaque, A Paris , chez Bignon ,
Place du Louvre , & à l'Opéra.
JOURNAL d'Ariettes , Scènes & Duos , tradu'ts
mités ou parodiés de l'Italien , par M. de C...,
96 MERCURE
Amateur. La Prima Vera , ou le Retour du Printemps
, Quatuor de l'Opéra des deux Comteffes ,
del fignor Gov. Paisiello. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez M. de Roullède , rue Saint Honoré , entre celle
des Poulies & l'Oratoire.
NUMÉRO 14 , Air de Danfe du deuxième Acte
de la Caravane , arrangé pour le Clavecin , Violon
obligé , par M. Pouteau , Organifte & Maître de
Clavecin. Prix , 1 liv . 4 fcls . A Paris , chez M.
Bouin , Marchand de Mufique , rue Saint Honoré ,
près Saint Roch , & Mlle Caftagnery , rue des
Prouvaires.
TABL E.
VE
ERS faits en fortant de la
Galerie de M. de Beaujon ,
les Lettres ,
Teftament de M. Fortuné Ri-
49 card , 67
75
82
88
53 Annonces & Notices ,
A M. le Comte de Turconi, Le Comte de Waltham ,
Couplers du Coufin Jacques , 51 Comédie Italienne ,
Charade , Enigme & Logo- Variété , ·
gryphe ,
De l'Amour d'Henri IV pour
J'AT lu
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , lé
Mercure de France , pour le Samedi , Juillet 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 8 Juillet 1785. GUIDI
Jer . 125 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 JUILLET 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VER S
Sur la Mort du Duc MAXIMILIEN-JULEST
LEOPOLD DE BRUNSWICK.
AsSSEZ d'autres les ont chantés ,
Ces Héros deftructeurs , qui , tout enſanglantés ,
Sont defcendus au fombre Empire.
Toi , l'ami de l'Humanité ,
O Léopold ! c'est toi que ma Mufe defire
Guider à l'immortalité.
Que dis-je ? La postérité
Entendra-t'elle , hélas ! les accords de ma lyre ?
Moi! chanter Léopold ! .... d'où me vient cet orgueil?
Ma lyre , brifez- vous ? Et vous , Mufe indifcrette ,
Voyez le monde entier gémir fur le cercueil
N°. 29 16 Juillet 1785 .
Bovensche
Startebikinthet
KRUCHEN
E
$8
MERCURE
C
Du Héros qu'en vain il regrette :
Voyez , fur- tout , voyez le Salomon du Nord ,
Inconfolable de fa mort ,
De fes pleurs chaque jour honorer la mémoire.
Les pleurs de Frédéric , l'amitié de Henri
Suffifent fans doute à fa gloire ;
Mais non , de l'orphelin , du pauvre il fut chéri ;
Et voilà , fi je dois vous prendre pour arbitre ,.
Voilà quel eft fon plus beau titre ,
Eh bien ! lifez ces mots gravés au coeur de tous ,
Ces mots fi touchans & fi doux ,
Ces mots qu'il fit entendre à l'inſtant où la Parque
Le plongea dans l'onde en courroux ,
Ces mois dignes d'un Sage , & fur- tout d'un Monarque
:
Hommes ! ne fuis - je pas un homme comme vous ?
Qu'on écrive donc fur fa cendre
Ces mots , garants de fes vertus.
Et que peut-on dire de plus
De celui qui préfère aux beaux ans d'Alexandre ,
Unjour, un feul jour de Titus ?
(Par M. le Chevalier de Cubières. )
BIBLIOTHECA
REGLA
MONAGENSIS.
DE FRANCE. 79
A Madame........ , qui vient d'accoucher ;
pour la troifième fois , d'une fille.
L'AMOUR , ce Dieu léger , peu connu des époux ,
Se plaît , le fixe fur vos traces ;
En lui donnant un frère ,' il eût été jaloux :
Il s'accommode mieux des Grâces.
Par M. Guichard. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
Lequel des deux agit plus follement , ou
la vieille femme qui époufe unjeune homme,
ou le vieillard qui prend une jeune femme ?
I.
VIEILLE femme avec jeune époux ,
Vieil époux avec jeune femme ,
Font un affemblage de foux
Que le démon feul amalgame.
Point de trêve, point de repos,
Point de paix au premier ménage.
De problématiques marmots ,
Vrais efcamoteurs d'héritage ,
Du fecond feront le partage ,
Sans compter tant d'autres fléaux !
E.ij
100 MERCURE
D'où je conclus , fans être habile ,
Que , fi pour prix de les travaux
La vieille fole a cent grelots ,
Le vieux fou doit en avoir mille.
( Par M. le Vicomte de Mélignan. )
I I.
༠ རྒྱུ ་
Quz je vous plains , pauvre Araminte !
Sachez que votre jeune époux
Va porter chez la følle Aminte
Les bailers qu'il vous doit & l'or qu'il tient de vous.
ENTRE vos bras , aimable Laure ‚ ‚
La Vieilleffe & le Temps refpectent Liſimon :
C'eſt ainsi que le vieux Titon
A rajeuni dans le fein de l'Aurore.
( Par M. B. D. L. )
III.
AVEC jeane tendron quand il forme un lien ,
Le vieillard à tout doit s'attendre.
Mais , plus folle que lui , la vieille qui veut prendre
Un jeune époux , ne doit s'attendre à rien.
( Par un Abonné de Bernai. )
I V.
UNE femme fur le retour ,
Qui , pour unjeune objet , fe prend d'un belamour ,
Mérite aſſurément quelques, grains d'ellébore ;
DE FRANCE. 101
Mais plus fou me paroît encore
Ce trop ridicule barbon,
Qui , des brás de la jeune Flore ,
Se rend à grands pas chez Pluton.
Je fais qu'il eft plus d'un Titon ,
Mais il n'existe plus d'Aurore.
Par un Membre de la Société Littéraire
de Rennes. )
V.
Vous demandez , aimable Éléonore ,
Lequel eft le plus fou du vieillard langoureux
Qui de la jerne Hébé , qu'en fecret il adore ,
Veut fuivre les deftins , veut enchaîner les voeux ,
Ou d'Urgelle qu'Amour & tranſporte & dévore ,
Et qui d'un jeune amant veut amortir les feux ?
Ce cas , me dites - vous , eft indécis encore.
Vous vous trompez , rivale de Vénus ,
Il est bien décidé par ces deux traits connus :
« Diane au teint d'argent dont la nuit ſe décore ,
Entre les bras glacés du jeune Endimion
"
N'effuya que dédains , & vieillit tout de bon ;
» Mais Titon rajeunit fur le fein de l'Aurore. »
( Par M. Régnault du Beaucaron , Avocat, )
E iij
102
MERCURE
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
En quoi le bonheur que l'Amour procure
'diffère-t'il de celui que donne l'Amitié?
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Découdre ; celui
de l'Enigme & du Logogryphe eft le mois
de Juillet , où l'on trouve Julie , lie , ille ,
ill, & , lit , Jule , Tulle , iel , ut , lui , tu ,
il , tuile.
CHARADE.
Au bout de votre doigt charmant
Vous mettez fouvent ma première ;
Ma feconde eft une carrière
Où pour vous difputer entrera maint amant ;
Mon tout eft le charme indicible
Qu'éprouvera celui d'entre eux
Qui pourra vous rendre fenfible ,
Et que vous voudrez rendre heureux .
( Par une Société de Saint- Rambert , en Bugey.
DE FRANCE: 103
ENIGM E.
D'ORDINAIRE , ' ORDINAIRE , Lecteur , j'habite les campagnes ,
Dans les plaines , fur les montagnes ;
On m'élève toujours un folide château ;
Mais par un artifice auffi fimple que beau ,
Malgré ma pefanteur , un jeune homme fans peine
Me tourne , me retourne , à fon gré me promène.
Pour épargner les tiens , j'ai quatre excellens bras ,
Je fuis infatigable ; & contre toi je gage
Qu'à moi feul je fais un ouvrage
Que cent hommes ne feroient pas
Ni fi bien , ni fi vîte .
Quand mes bras vigoureux font une fois en train ,
Le moindre obſtacle les irrite ,
Ils brifent tout dans leur chemin.
Garde-toi d'eux , Lecteur ; & dans mon château même
Sois en me vifitant d'une prudence extrême.
( Par M. de la Sablonière , C. R. )
*
. Eiv
104
MERCURE
LOGOGRYPHE - MONORIME.
QUE Que l'on m'employe au propre ou par figure ,
Je ſuis toujours employé pour piqûre.
Au propre , je fuis bon & te fers de pâture ;
Au figuré , malin de ma nature ,
Je fuis fouvent plus cruel que l'injure ;
Tous les travers prêtent à ma morfure ;
Lorfque je fuis fondé ſur l'impoſture ,
On doit me méprifer & de moi n'avoir cure.
Un cauftique fouvent me rend avec ufure .
Dans les fix piés qui forment ma ſtructure »-
Tu verras une clef propre à toute ferrure ;
La chair d'un enfant d'Épicure ; १
L'oppofé de la quadrature ;
Un titre que l'Anglois refuſe à la foture ;
Un Héros très fameux , mais qui l'eft en peinture ;
Ce qui d'un pauvre amant abrège la torture ;
Un parfum renommé dans la Sainte Écriture ;
Ce que l'homme prudent ne croit qu'avec meſure ;
Un des points cardinaux deux villes pour conclure.
Ami Lecteur , fi tu crains ma bleffure ,
Ne donne point matière à la cenfure ,
C'eft , & crois m'en , la route la plus sûre .
(Par M. M..... , à Nifmes . )
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ORAISON Funèbre de Très - Haut & Très-
Puiffant Seigneur Jean de Montefquiou
Fezenzac- Poylobon , Abbé de l'Eglife
Royale & Collégiale de S. Martial & de
Bolbone , Vicaire- Général du Diocèfe de
Limoges , prononcée dans l'Églife de Saint-
Martial , le 15 Janvier 1785 , par M. Antoine
Faugère , Chanoine de la même
Églife. A Paris , chez Crapard , Libraire ,
place S. Michel .
LE défaut le plus commun dans les Difcours
Oratoires , & même dans ceux qui ne
le font pas , c'eft de ne pas entrer tout de
fuite dans fon fujet , de ne pas montrer dès
le début même tout l'efpace qu'on va parcourir.
On tourne autour du ſujet , & le
Lecteur ou l'Auditeur font déjà fatigués avant
d'y arriver. Un exorde doit être le commencement
du Difcours , l'ouverture , & l'on fait
des exordes qui n'ouvrent rien , qui ne font
le commencement de rien . M. l'Abbé Faugère
a bien fa éviter ce reproche dans l'Oraifon
Funèbre de Jean de Montefquiou de
Fezenzac. Dès les premiers mots , l'Orateur
eft en action dans fon fujet , il en développe
la nature , il en difpofe les parties. Il prend
E v
106 MERCURE
ود
לכ
pour texte ces paroles du Livre de la fage ffe :
Venit in mefpiritus fapientia , & præpofui illam
regnis & fedibus, & divitias nihil effe duxi
in comparitione illius. Et l'Orateur s'écrie
tout de fuite : « Que font en effet ces grandeurs
, ces dignités , ces richeffes que inéprife
le fage ? Des appâts pour l'ambition,
» des alimens pour l'orgueil , des fantômes
» de bonheur , & la moiffon de la mort ; la
» fageffe , au contraire , qui éclaire l'homme
» & qui l'élève , eft grande comme Dieu ,
" immortelle comme lui.... Mais , hélas !
» tel eft notre penchant à l'erieur , tel eft
» notre amour pour l'illufion , qu'en vain
le trépas abat les têtes les plus fuperbes ,
» jette les grands noms dans l'oubli , & con-
» centre dans un peu de terre les plus ri-
» ches poffeffions ; ces exemples frappans
ne font jamais pour nous des leçons ; les
perfonnages du plus grand éclat nous fem-
>> blent toujours les plus grands Hommes ;
» & nous venons admirer les trophées de la
gloire alors même qu'ils font mêlés avec
» les trophées de la mort.
ود
ور
ور
ور
» Éclairé par l'efprit de fage ffe qui s'étoit
répandu dans fon âme , l'illuftre Chef que
» nous regrettons , Meffieurs , avoit bien
fu faire le jufte difcernement des vrais
» biens & des biens imaginaires . Toute l'hif-
» toire de fa vie , fi on l'approfondit , n'eft
"39 qu'une préférence continuelle & éclatante
» du bonheur de la fageffe fur toutes les va-
» nités des grandeurs humaines. »
DE FRANCE. 107
c6
L'Orateur ne diffimule point que la vie
qu'il va célébrer eft peu fertile en événemens ;
mais qu'importe le nombre & l'éclat des
événemens , quand on trouve un grand
» caractère ; & qui jamais en offrit un plus
» marqué , plus conftant que l'Abbé de
» Montefquiou ? Homme , il eut toutes les
» vertus qui honorent l'humanité , fans participer
aux foibleffes qui la déshonorent .
» Grand , il eut toutes les qualités qui illuf-
» trent la nobleffe , fans partager les défauts
» qui la dégradent, »
"
و د
"
Le Difcours entier eft deftiné à développer
ces deux propofitions , & les développe
parfaitement.
On a blâmé les divifions ; La Bruyère s'en
moque avec des tournures piquantes ; Fénelon
les condamne par des principes qui femblent
être ceux de la raifon même & du
goût. Cicéron en fait un précepte de l'art
oratoire dans fes Livres de thétorique ; & fi
l'on ofpit préférer une autorité entre ces
grandes autorités , on feroit de l'avis de Cicéron.
Il est même à préfuiner que Fénelon
& La Bruyère n'ont entendu profcrire que
l'abus des divifions . L'efprit divife naturellement
tout ce qu'il veut voir avec clarté ;
& ce qui eft un befoin de l'efprit ne peut pas
être contraire au bon goûr. Ce qu'il faut
profcrire , ce font ces divifions de mots qui
ne touchent point du tout aux choſes ; ce
font ces divifions de chofes qui , à force
de les divifer en petites parties , les rendent
E vj
108 MERCURE
imperceptibles ; ce qui eft trop grand & ce
qui eft trop petit fe dérobe également à la
vûe & à l'efprit ; l'art des divifions confifte
à donner aux chofes une proportion rela
tive aux bornes de notre efprit & à fon
étendue ; ufez, n'abufez pas , eft un excellent
principe de goût comme de morale.
Il nous femble , que M. l'Abbé Faugère a
ufé & n'a point abuse.
99
" Je ne fouillerai point , dit l'Orateur ,
» dans les premières années de l'Abbé de
Montefquiou ; je ne rechercherai point
» dans la carrière des armes , où il entra
» d'abord , un homme qui devoit fe diftinguer
par les vertus douces & pacifiques
du Sacerdoce ; ne confultons ni des tra
» ditions incertaines ni des vertus inconnues
à notre reconnoiffance ; ne confidérons
» ici que l'homme digne de nos hommages
» perfonnels , tel qu'il nous fut connu ,
depuis que fon long féjour parmi nous ,
» fes fentimens & fes bienfaits l'eurent ren-
» du notre concitoyen . Trente années de
» fageffe feroient elles trop peu pour méri-
» ter le titre de fage ? »
"
>>
ל כ
Borner ainfi un Panégyrique à ce que les
Auditeurs eux-mêmes ont vû , ont connu ,
n'eft-ce pas l'enrichir , n'eft- ce pas y répandre
plus de fenfibilité , le rendre plus oratuire
? Alors le temple du Seigneur devient
la maifon de fes enfans : un feul raconte
la perte que tous ont faire , & tous pleurent
également. C'eft dans le difcours religieux
DE FRANCE. 109
f
que l'éloquence peut prendre fur-tout ce
caractère pathétique : les larmes d'un peuple
qui gémir , deviennent facrées en tombant
fur l'autel.
Le tableau de cette vie , toujours refferrée
dans les vertus du Sacerdoce , eft plein d'interêt
, il eft par-tout tracé avec chalenr.
"
"3
99
ود
« Heureux dans un rang qui le difpenfoit
de la repréſentation , charge peut - être la
plus onéreuse qui foit attachée aux places
éminentes , l'Abbé de Montefquiou régloit
fon état dans le monde fur les loix
» de cette fageffe réfléchie qui meſure avec
précifion tous les devoirs de fociété , tous
» les rapports , toutes les convenances. Ja-
» mais l'avare ne put remarquer les profafions
, jamais le prodigue ne put blâmer
» fon économie. Toujours modéré dans fes
goûts comme dans les jouiffances , con-
» tent quand la fortune étoit plus refferrée ,
» également modefte quand elle cut pris de
» l'accroiffement ; il mérita ce bel éloge
» confacré par S. Ambroife à la mémoire
» d'un frère chéri : Neque ut opulens exul-
» tavit in divitiis , neque ut pauper exiguum
quod habuitjudicavit . Une habitation pré-
» caire , un domeftique peu nombreux ,
» fans marques diftinctives qui décorent leur
» fervitude ; un ameublement fimple , des
» vêtemens modeftes ; un char , ſecours tardif
de fes infirmités ; jamais de fomptuo-
" fité à fa table ; une vie de retraite ; une
" forte d'obfcurité ; telles furent les moeurs
"
39
ود
و د
110 MERCURE
» d'un deſcendant des Héros . Quelle leçon
» pour le luxe infenfé , qui , croyant éblouïr
la multitude par fon éclat inattendu , rap-
"
pelle fans ceffe à la jaloufie le point d'où
" il eft parti , & les progrès rapides avec
lefquels il s'eft déployé. »
"3
Ailleurs , l'Orateur peint d'un trait bien
heureux & bien énergique la nobleffe des
Montefquiou. Le plus grand éloge qu'on
faffe de l'origine d'une nobleffe , c'est de
dire qu'elle fe perd dans la nuit des temps ;
celle des Montefquiou ne s'y perd point ,
elle arrive à la clarté de l'Hiftoire jufqu'au
trône de Clovis .
Mais l'Orateur loue bien davantage la
bonté , l'humanité de l'Abbé de Montefquiou
; & en finiffant , il s'écrie : « Quelle
» s'élève donc aujourd'hui comme dans l'an-
» cienne Égypte , la malignité accuſatrice ,
39
»
39
qui oferoit démentir ou refreindre cet
éloge ! je lui oppoſerai la voix publique ,
» cette voix fi fincère qui retentit dans toute
la ville au moment de fa mort ; cette
" voix fi touchante qui accompagna fes
» triftes funérailles , qui fe convertit en fanglots
quand il defcendit dans le tombeau.
» Non accufavit illum homo , & poft hos
» dormivit. Jamais perfonne ne s'étoit plaint
de lui , & fon trépas fut comme un doux
» -repos fur l'eftime publique. Peut - être ,
Meffieurs , faudra-t'il parcourir bien des
» contrées & attendre des fiècles pour trouver
un homme en place , auquel , après
93
DE FRANCE. III
"
» la mort , on pût appliquer , avec autant
de jufteffe qu'à notre Chef révéré , ces paroles
facrées : Non accufavit illum homo ,
» & poft hoc dormivit.
"
Un moment après, l'Orateur, par un retour
nouveau fur cette mort , qui fut comme fubite
, la rend plus terrible encore & plus dou
loureufe : " Ah ! Meffieurs , la deftinée a bien
ور
fervi les coeurs fenfibles en leur cachant
le fecret des deftinées humaines ; quand
» nous jouiffions avec tant de confiance de
» fes vertus paifibles , de fa fociété amicale ,
» de fon autorité protectrice ; & fur- tout
» en ce jour déplorable , où nous le vîmes
» pour la dernière fois , quand fa noble fa-
" miliarité mêloit à nos entretiens des traits ,
» ce femble , plus animés ; quand fon zèle
39
éclairoit de près nos intérêts & s'apprêtoit
» à les fervir ; quand il fe felicitoit de réunir
» bientôt fes enfans autour de fa table pa
»-ternelle , qui de nous n'auroit frémi s'il
» eût vu le trait fatal levé fur la tête chérie.
» Ofallax lætitia ! ô incerta rerum humana-
» rum curricula ! l'arrêt eft porté : aujourd'hui
parmi nous , demain il ne fera plus ! au-
» jourd'hui il marche , il fe rend au Saint
» Temple , demain on l'y portera victime
» de la mort. »
ور
ود
و د
Ce dernier trait eft beau ; il eft d'une imagination
éloquente & fenfible.
M. l'Abbé Faugère , qui a rendu cet hommage
à la mémoire de l'Abbé de Montefquiou
, peut , comme on voit , ſe diſtinguer
712 MERCURE
dans la carrière de la Chaire ; il l'eft déjà
dans les Sciences ; fon nom eft connu des
Aftronomes les plus célèbres , & il eſt mêlé
à l'histoire de plufieurs obfervations modernes
& intéreffantes. Et cependant , dans
un endroit de ce Difcours , où il loue l'Abbé
de Montefquiou de la fageffe de fes choix
pour les places dont fa Prélature lui donnoit
la nomination , l'Orateur , qui lui devoit un
Canonicar , laiffe entendre que le Prélat put
fe méprendre une fois dans fes choix : il eft
probable au contraire que ce fut un des meilleurs
qu'il ait faits , & que dans la bouche
d'un autre Orateur , c'eût été un des titres des
éloges de cette Oraifon Funèbre.
(Cet Article eft de M. Garat . )
VARIÉTÉ S.
DISCOURS Préliminaire de l'Ouvrage de
Morale , dont on a inféré des fragmens
dans le Mercure du 2 Avril.
UN Philofophe qui a agrandi la Scieuce qu'il
avoit particulièrement cultivée , qui a indiqué , dans
les autres , des réformes fages & heureuſes , en traçant
pour les études publiques un plan de morale
tout nouveau , avoit conçu , il y a déjà long - tems ,
l'idée d'extraire de la morale fes règles pratiques ,
*
* M. d'Alembert , dans fes Elémens de Philofophie.
DE
1 113
FRANCE
de leur donner le développement le plus fimple , de
les rédiger dans le ityle le plus familier ; en un mot ,
il avoit propofé un catéchisme de morale.
Cette excellente idée n'a pas eu le fort de tant
d'autres ; elle est toujours restée préfente à quelques
bons efprits & à des âmes affez vertueules
pour faire
le bien qu'elles defirent. Il y a trois ans qu'un Ano+
nyme a fondé à l'Académie Françoiſe un Prix pour
an Ouvrage pareil , fous le titre de devoirs de
l'Homme & du Citoyen.
•
Nous n'avons befoin que d'interroger notre rais
fon , que d'écouter notre conſcience pour connoîtrenos
devoirs . Mais quoique ce retour fur nous- mêmes
n'exige ni de grands efforts , ni une grande pénétra
tion , peu d'hommes cependant en font capables
ou s'en font une habitude. La plupart paffent leur
vie ; ayant un fentiment confus , jamais une pleine
connoiffance de ce qui conduit à la vertu & au bonheur.
Rien ne pourroit donc leur être meilleur que
de recevoir dans leur jeuneffe ces précieufes notions ,
que d'apprendre dans un Livre ce qu'ils ne démêlent
pas affez dans leur propte coeur . Ces principes de la
vertu , fi facilement adoptés par notre confcience ,
y refteroient gravés. A chaque inftant , à chaque
occafion , ils nous préfenteroient notre devoir tout
entier & le fentiment qui nous y porte en feroit
plus vif , parce que l'idée en feroit plus nette. Les
anciens Législateurs , qui ont fait de fi grandes
chofes avec des moyens fi fimples , n'en employoient
pas de plus sûr & de plus puiffant que celui - ci . Ils
traçoient aux Citoyens leurs principaux devoirs dans
un petit nombre de Loix dont ils rempliffoient leur
mémoire ; & ces Loix devenoient leurs moeurs
leurs paflions .
114
MERCURE
Mais fi cette manière
d'inftruire les efprits eft funeſte à la découverte de
la vérité , elle cft la meilleure pour affermir les rè
gles éternelles de la morale.
Un Livre de morale élémentaire & populaire ,
fous quelqu'afpeet qu'on le confidère , promet d'heu
reux effets . Rien ne feroit plus propre à donner de
bonnes moeurs , à infpiler de grandes vertus dans
une Nation nouvelle ou régénérée . Si quelque chofe
peut auffi lutter avec avantage contre les défordres
& les vices qui viennent à la fuite d'une
grande puiffance & d'un grand luxe , c'eft encore
une inftruction pareille habilement adminiftrée dèsl'enfance.
Elle pourroit faire le même bien dans les claffes
diftinguées d'un État , qui font , pour la morale ,
dans la même pofition qu'un peuple parvenu à tous
les maux & à toute la fplendeur de l'extrême civilifation.
Le peuple , dans les grands Empires , reffemble
auffi , à cet égard , à une Société naiffante. Par les
moeurs que lui commande fa fituation , il refte encore
affez près de celles de la nature , qui font peu
éloignées des règles de la vertu. Il ne lui manque
que de bien fentir fes devoirs , en les connoiffant
mieux que d'y être préparé par la confcience réfléchie
du bonheur qu'ils lui promettent. Or , c'eſtlà
le plus grand & le plus sûr fervice que l'Ouvrage
dont je parle pourroit rendre , s'il devenoit la bâfe
de l'éducation du peuple .
C'eft-là auffi le but principal & prefque unique
qu'a eu en vue le fondateur du Prix propofé. Il demande
un Livre d'éducation &´un Livre populaire.
Il a penſé fagement qu'il étoit moins aifé de tourner
au bien , par leur éducation , les riches & les Grands ,
qui trouvent d'ailleurs affez dans les avantages de
leur fituation , les moyens de s'inftruire de tous leurs
DE FRANCE. IIS
devoirs , quand ils veulent férieufement les connoître
& les remplir ; il a cru qu'il valoit mieux s'intéreff:
r à l'amélioration beaucoup plus facile , & à
l'inftruction beaucoup plus négligée des hommes
• pauvres & obfcurs. Cette préférence pour les intérêts
du peuple , d'autant plus touchante qu'elle eft
toujours fi rare , répand encore quelque chofe de
plus refpectable fur le bienfaifant projet de l'Anonyme.
C'eft par- là auffi que ce projet a afſez vivement
touché mon âme pour me faire entreprendre un Ouvrage
beaucoup plus long & plus difficile qu'on ne
le croira d'abord. La première récompenfe d'un bon
deffein , c'eft d'en fentir micux le mérite. On n'a pas
encore affez réfléchi combien la gloire des Livres
élémentaires & populaires feroit douce & noble. En
tout , on eft plus entraîné par l'éclat des chofes que
par leurs bons effets. Un Livre qui ajoute aux connoiffances
acquifes , qui crée de nouvelles beautés
dans les Arts , frappant plus vivement les esprits
éclairés , pour qui feuls il eft fait , eft la grande am
bition du génie. Mais fi le génie daignoit s'occuper
de tirer de nos connnoiffances ce qu'elles ont de plus
utile pour le grand nombre , de lui offrir ces réfultats
dans cet ordre & avec cet intérêt qui font un des
plus heureux fervices qu'il puiffe rendre aux Sciences
, feroit il une oeuvre moins digne de lui , & dont
le fuccès le toucheroit moins ? N'est- ce rien que de .
propager la Science , de la perfectionner en la fimplifiant
, de devenir l'ami de la jeuneffe , le bienfaiteur
des intelligences communes , le premier guide
de ceux qui font deſtinés à ajouter à ce qu'ils ont
appris ? Et fi l'Ouvrage élémentaire & populaire ,
auquel ces hommes du premier ordre auroient confacré
une partie de leur temps & de leurs talens ,
avoit pour objet , comme celui - ci , de rendre
les hommes meilleurs & plus heureux , qu'elle
· 116 MERCURE.
fource de pures fatisfactions , de délicieux fouvenirs
quel bonheur pour un Écrivain de rencontrer
quelquefois fon Livre parmi les meubles indigens
des ateliers & des cabanes , & de pouvoir fe dire à
cette vûe : qu'ailleurs on loue ou l'on déprécie mon
talent ; ici , du moins , j'inftruis & je confole , je
fais pratiquer la vertu que je chéris ; ces enfans qui
étudient avec reſpect , avec attendriffement leurs
devoirs dans mon Livre , fe font peut- être informés
de non nom pour le bénir ; mes leçons ont pu contribuer
à leur ôter un vice , à leur donner une vertų
de plus ; & leur père , qui les leur enfeigne , qui les
confacre à leurs yeux par fa conduite , melera
peut être quelques- unes de mes paroles dans les faintes
exhortations qu'il leur adreffera au lit de la mort.
Plus j'ai médité ce fujet , plus il m'a paru important ,
& en quelque forte facré. J'ai regretté profondément
de n'avoir pas ces grands talens qui entraînent vers
d'autres Ouvrages pour les raffembler dans celui- ci ,
Je me fuis promis au moins d'y apporter toute l'application
dont je fuis capable. Hélas ! un homme
de Lettres , dans fes meilleures intentions , ne peut
fe promettre qu'une influence fi foible & fi lente de
fes travaux , que fi Poccafion d'un Quvrage d'uné
utilité plus prompte & plus réelle lui a été offerte , il
doit s'en faifir comme d'un honneur & d'un bonheur
particuliers.
Mais en fentant tous les avantages & l'intérêt de
Ouvrage expliqué par le Programme de l'Acadé
mie , j'ai bientôt apperçu les difficultés & même
les inconvéniens que préfente fon exécution .
Un Code de morale élémentaire & populaire devroit
être court , & très- fimples dans les idées & dans
le ftyle.
Cependant un bon code de morale a beſoin de
difcutions fur les principes & de développemens.
DE FRANCE. 117
dans les fentimens ; il exige par-là de l'étendue & de
la fagacité ; & il ne peut être compris fans une certaine
application & quelques connoiffances antérieures.
Le peuple même, dans des Nations très - éclai
rées & très- corrompues , où l'on fait jeter des doutes
fur tous les points de la conduite , a befoin d'une
morale raiſonnée .
D'ailleurs , pourquoi fe borner ici à l'inftruction
du peuple ? Les autres claffes de la Société ont- elles
moins befoin d'être formées à leurs devoirs ? N'eftce
pas de leurs exemples que le peuple reçoit la confirmation
de ce qu'on lui enfeigne ? On peut moins
fur elles à cet égard; mais pourquoi négliger ce
qu'on peut ? Or , les devoirs du peuple ne comprennent
pas tous ceux des autres claffes . Ceux- ci
demandent d'être p'us démontrés , & fouvent d'être
appuyés fur d'autres motifs.
confé-
C'eft fur-tout à l'éducation que le Livre propofé
devroit être approprié par le ton & les objets. Cepen
dant ne feroit-il pas encore très utile qu'il pût être
relu avec fruit dans les autres âges , & par
quent qu'il n'eût pas de difproportion avec les ma
nières de penfer & de fentir que l'on a alors ? Un
pareil Livre , s'il étoit bien fait , mériteroit de n'êtré
jamais abandonné d'un honnête homme , bien moins
parce qu'il fatisfairoit fans ceffe fon goût , que parce
qu'il lui retraceroit tout ce qu'il lui importe de ne
jamais perdre de vûe.
Preffé entre des vûes prefque contradictoires , j'al
reconnu avec fatisfaction que , pour remplir les unes
& les autres , il n'étoit pas néceffaire d'abandonner
le plan propofé , mais feulement de l'étendre. J'ai
donc pris le parti d'accommoder le même ſujet à la
portée & aux befoins des différens âges , des différentes
conditions , & de faire deux Ouvrages , l'un
en principes & en développemens , l'autre en réfultats
& en fimples énonciations,
7
118 MERCURE
CES deux Ouvrages , ayant des objets divers ,
demandoient d'être rédigés d'après des principes
différens.
VOICI ceux qui m'ont dirigé dans le premier.
La morale eft la connoiffance de l'homme dans
fes befoins , fes pakions , fes devoirs , & les moyens
de le diriger ; elle a commencé avec la Société ;
malgré tout ce qui lui manque encore , de toutes les
Sciences , c'est la plus riche en faits & en obfervations,
Toutes les Nations , tous les fiècles , toutes les
efpèces de talens , Poëtes , Orateurs , Hiftoriens
Philofophes , ont travaillé pour elle ; mais ceux qui
l'ont particulièrement cultivée , qui devoient mettre
en ordre & tourner à l'utilité toutes les acquifitions ,
ou ont laiffé échapper une partie de fes principes ,
ou les ont employés fans les bien lier , fans les bien
éclaircir. Il me femble que les deux plus importans
Ouvrages , dans cette fcience , font encore à faire ,
& peut-être eft- ce un bien qu'on ne les exécute
qu'avec cette étendue de lumières & cette perfection
de méthodes , qui font les avantages particuliers du
fiècle où nous vivons.
Le premier devroit tracer l'hiftoire & le fyftême
de la morale , montrer comment fe font fucceffivement
développées les différentes parties ; comment
elle a été conçue , expliquée & pratiquée dans les
diverfes époques de l'Hiftoire , & chez les Nations
qui fe fodt illuftrées par leurs moeurs & lenrs lumières
; ce que chaque Nation , chaque Société y a
ajouté , en examinant fous ce point de vue les différentes
fortes d'Écrivains , & en donnant à chacune
la part de gloire ; raffembler enfuite & expliquer
tous les objets qu'elle embraſſe , préfenter
les réfultats de les progrès fur chacun d'eux , indiquer
les lacunes , marquer les parties vicicufes &
obfcures qu'on y remarque encore , & préfenter les
DE FRANCE. 119
1
vues d'après lefquelles on pourroit la perfectionner.
Si je me fens un jour capable d'un fi grand & fi
beau travail , j'oferai l'entreprendre.
Ce premier Ouvrage auroit uniquement pour
objet la théorie de la Morale.
Le fecond ne fe rapporteroit qu'à la pratique ; il
feroit
pour l'honnête homme ce que l'autre feroit
pour le Philofophe ; il préfenteroit le tableau raifonné
de nos devoirs dans la Société : c'eſt celui dont
je fuis maintenant occupé,
Il doit former fur nos devoirs une inftruction également
nette & complette , les bien fixer & les bien
démêler. Pour cela, il faut qu'il remonte à leurs principes
, qu'il les cherche dans l'analyſe de la nature
humaine & de la conftitution fociale , qu'il les fuive
dans la plupart de leurs applications ; qu'en les fai
fiffant ainfi dans leurs vraies fources , il les éclaire de
toutes les explications qui peuvent les développer,
Mais s'il faut un Ouvrage approfondi , afin que
tout le fyftême moral repofe fur une bâſe ſolide , &
que les préjugés de l'ignorance & les fophifmes des
paffions ne puiffent en ébranler les règles , il faut en
même-temps qu'il n'ait rien d'hypothétique & d'abftrait
, puifqu'il a un but pratique . Il faut le tirer uniquement
de la raiſon générale , de ce qui eft éclairci
parmi les meilleurs Philofophes , & le rapprocher ,
autant qu'il fe pourra , des notions les plus familières.
Ce feroit ici une prétention également funefte
& coupable que celle de n'admettre que des idées à
foi . Je fais bien qu'il ne faut pas écrire pour ne dire
que ce que tout le monde favoit déjà ; mais ne
peut - on pas , en rejetant ce qui n'a plus befoin
d'être appris , s'attacher utilement à ces idées qui ne
font ni affez vraies , ni affez préciſes dans la plupart
des efprits , ajouter à l'évidence des chofes déjà
connues par de nouvelles raifons , par un ordre
plus heureux? On fe tromperoit beaucoup , d'ail
127 MERCURE
Y
kurs , fi l'on penfoit que tout foit épuifé , même
dans les objets les plus rébattus de la Morale ; il
refte encore beaucoup à apprendre , & beaucoup à
rectifier. Au refte , la gloire de ce Livre - ci est toute
en utilité , & l'Auteur doit tout facrifier à ce but.
Tous nos devoirs naiffent des différens rapports
dans lefquels nous nous trouvons placés. C'eſt la
raifon qui obferve ces rapports , pour modifier nos
devoirs d'après les changemens qui y arrivent ; c'est
elle qui diftingue nos devoirs , qui les mefure , qui
nous en apprend les motifs & les effets , qui nous
indique des moyens de vaincre les obftacles qui nous
en det urnent , les paffions qui s'y refufent. Mais
avant de les connoître par notre raifon , nous en
fommes avertis par notre confcience. Un penchant
naturel nous y porte , quand une affection contraire
ne l'a pas étouffé. C'eft donc auffi dans notre coeur
qu'il faut toujours chercher nos devoirs , c'eft-là
fur-tour qu'il faut les graver. Sans les infpirations ,
fans fes impu'lions , nous ferions incapables même
du bien que nous connoîtrions le mieux . Obfervons
donc ici de faire parler enfemble la raifon & le fentiment
, de les étendre & de les fortifier l'un par
Lautre.
Il n'y a que des coeurs & des efprits gâtés par une
longue dépravation
de mecurs , qui ignorent ou ne
fatent plus les principaux
devoirs de l'Homme
&
du Citoyen . Mais fouvent , par la contradiction
des
inftitutions
de la Nature & de celles de la Société ,
par le combat des opinions publiques
avec notre raifon
, par tous les faux raifonnemens
où nous induifent
les paffions des autres , & plus encore les nôtres ,
nous nous trouvons
en plufieurs rencontres
indécis
fur ce qui eft jufle , fur ce qui eft honnête ; nous ne
favons comment
nous conduire
de manière à ne
mériter aucun reproche , à ne pas nous en faire à
nous- mêmes. Il doit entrer dans le plan de ce Livre
d'offrir
- DE FRANCE. 121
d'offrir dans ce cas les connoiffances & les règles
dont la plupart des hommes ont befoin.
>
Cependant cet Ouvrage feroit fans fin , s'il vouloit
décider toutes les queftions de la Morale - pratique
que les circonftances peuvent faire naître ; &
comme les circonftances varient à chaque inftant
il ne pourroit prefque jamais décider ces questions
d'une manière abfolue . Il vaut mieux ne s'arrêter
qu'aux plus fréquentes dans les diverfes relations ,
indiquer les principes & réveiller les fentimens avec
lefquels chaque homme fera en état de bien inger
& de bien faire dans tous les cas imprévus. En Morale
, comme dans les Sciences , l'homme vaut mieux
par la perfection de fes facultés que par l'étendue
de fes études .
Telles font les vûes dans lesquelles j'ai conçu &
exécuté ce premier Ouvrage. Renfermé dans fes
véritables bornes , s'il étoit d'ailleurs exécuté avec
tout le talent qu'il exige , il pourroit être un Livre
d'Education , non pas pour les enfans du Peuple
mais dans les Écoles publiques des autres Citoyens.
En effet , quoiqu'il exige des notions métaphyfiques
, qu'il emprunte quelques idées aux plus fins &
aux plus vaftes apperçus de la Morale & de la Politique
, cependant au fond il ne traite que des
chofes que nous fentons tous les jours dans nousmêmes
, que nous voyons fans ceſſe autour de nous ,
& fur lefquelles notre continuel intérêt , en nous
rendant, plus attentifs , nous rend plus fufceptibles
d'une facile inftruction. Pour ne pas m'écarter de
cet intéreffant point de vûe , j'ai toujours placé
devant moi un jeune homme doué du fimple bon
fens , & capable de fuivre une chaîne d'idées. C'eft
à lui que j'expofe ma penfée ; je la fimplife jufqu'à
ce qu'il me paroiffe qu'il peut la comprendre . Quelquefois
feulement je fuppofe derrière lui un Maître
plus inftruit & plus exercé à la diſcuſſion, qui lui ex-
Nº. 29 , 16 Juillet 1785 .
F
122 MERCURE
plique ce qui, dans un Livre , exigeoit plus de précifion
que de développement , & qui le prépare , par
quelques connoiffances étrangères , à des idées & des
expreffions qui appartenoient trop à mon ſujet pour
n'y être pas admites.
par
;
J'ai balancé long - temps fi je ne donnerois pas à
cet Ouvrage une forme dramatique ; c'eft celle qu'on
emploie ordinairement dans les Livres d'Éducation ;
elle a l'avantage pour des jeunes gens de frapper leur
imagination , en leur montrant une fcère , des perfonnages
, des événemens ; d'attacher leur attention
par cet appareil , de rendre l'inftruction plus vive
les émotions qu'el'e y mêle. D'un autre côté ,
l'Auteur trouve auffi fon profit à fondre fes idées
dans une action . En fa qualité d'Auteur & de Philofophe
, il fe permettroit quelquefois de fortir de
fon fujet , ou de le traiter fans trop d'égards pour
ceux qui doivent le lire ; mais , dans un plan dramati
que, ce n'eft plus lui qui parle ; il cède la parole à un
perfonnage, dont le caractère donné impoſe un ton à
foutenir cela exige de plus grands efforts ; & les
efforts du talent amènent de plus grands fuccès. Il
ne difcute pas , il converfe ; par-là quelque chofe de
plus fimple dans fa manière de concevoir les idées ,
de plus libre & de plus familier dans fa manière de
les énoncer. L'Auteur ne parle qu'à un Lecteur inconnu
& fouvent indifférent ; le personnage s'adreſſe
à des gens qu'il aime ou qu'il hait , qu'il veut éclai
rer ou confondre ; & cette paffion fait fortir les penfées
avec plus d'abondance & de force , & précipite
fa marche. Mais en voulant porter dans mon fujet
les avantages de la forme dramatique , j'ai vû qu'ils
s'y changeoient en inconvéniens. Le principal mérite
d'un Ouvrage comme celui-ci , c'eft le complément
& l'enchaînemer.t des idées , & comment les concilier
avec les convenances d'une difcuffion par interlocuteurs
? L'attention continuelle à les marquer , no
DE FRANCE. 123
refroidiroit- elle pas à chaque inftant la scène ? Et
au lieu d'une inftruction plus intérellante , n'en auroit
on pas une plus imparfaite dans les idées &
défagréable même par le mêlange des deux manières
?
Je crois que le plan dramatique eft le meilleur
quand on a plus d'émotions à donner que d'idées à
claffer ; quand on fe borne à une feule grande vérité
, que l'on veut confidérer fous toutes les fa es;
quand les chofes que l'on a à dire ont befoin d'être.
relevées par des formes vives & impofantes . Mais
laiffons l'ordre méthodique à un Ouvrage qui doit
me tre dans leur vraie place une foule de vérités imfachous
nous contenter de l'intérêt
portantes ; propre
à ces vérités. Un Ouvrage qui préfente aux hommes
le tableau de leurs devoirs , a droit à leur attention
lui - même; & il peut déployer , pour leur plaire,
toute l'éloquence de la raifon & toute la variété de
nos fentimens.
par
Si cet Ouvrage n'étoit pas néceffaire & utile par
fon but particulier, il feroit au moins , dans l'Auteur,
une heureufe préparation au fecond Ouvrage plus
élémentaire encore que j'ai annoncé .
L'efprit de l'homine eft lent dans les acquifitions
, parce qu'il eft borné dans fes moyens. Communénient
il n'arrive à la vérité , qu'après s'être
égaré dans un grand nombre d'erreurs. On ne peut
fimplifier que la fcience dont on a bien approfondi
le fyftême ; on ne peut réduire que celle dont on
possède bien toutes les parties. Il n'y a que des
génies extraordinaires qui puiffent avoir une marche
plus prompte ; & cela vient de ce qu'à la faveur
de leur excellente organifation , ile pafent fi rapidement
par cette inftruction préliminaire qu'eux- mêmes
ne s'en apperçoivent pas. Toujours il eft bon ,
toujours il eft néceffaire d'embratler le plus pour
Fij
124
MERCURE
faire le moins , d'approfondir la théorie de la choſe¸
dont on ne veut que tracer la pratique .
Ce fecond Ouvrage , particulièrement deſtiné à
des hommes qui railonnent moins , qui rifquent
plus de s'égarer par ignorance que par l'abus de
leurs connoiffances , doit donner peu d'explications
, beaucoup de préceptes. Sans négliger ce qui
fonde , ce qui modifie les devoirs , il doit les préfenter
en peu de mots ; il doit s'appuyer de ce qu'il
de plus fimple dans la raifon , émouvoir le fentiment
, fe proportionner à des efprits qui ne comprennent
pas tout , entraîner par je ne fais quelle pré..
cifion impéricufe des efprits qui ont besoin d'être
frappés vivement.
y.a
Si j'ofois me féliciter de quelque chofe dans ce
plan , ce feroit d'avoir ainfi féparé ces deux objets.
Je ne compte pas pour un de fes moindres avantages
celui de fauver de l'envie naturelle , & peut- être
de la néceflité de faire entrer dans l'un ce qui ne doit
appartenir qu'à l'autre. Au moyen de la divifion que
j'ai conçue , chaque chofe viendra à fon tour , &
reftera à fa place .
J'ai voulu raſſembler ici toutes les espèces d'uti
lité . S'il y en a une grande à faire deux Ouvrages
fur ce fujet , il n'y en auroit pas une moindre à faire
concourir ces deux Ouvrages au plus grand effet l'un
de l'autre. Or , pour leur donner ce mérite de plus ,
il fuffit , en s'occupant effentiellement de leur but
particulier , de les confidérer auffi dans ce qu'ils ont
de commun .
Le fecond Ouvrage doit être un réfultat du premier
. Or , c'eft dans un réfultat que l'on faifit d'une
manière plus vive & plus nette tout un fujer. Ce
réfultat doit contenir en préceptes ce qui a été dit
dans le premier Ouvrage en explications ; les préceptes
, en tournant vers la pratique les idées qu'ils
offrent à méditer, doivent en augmenter l'impreffion
DE FRANCE.
125
à- peu-près de la même manière qu'on eft plus frappé
d'une bonne action que de l'exhortation qui nous y
appelle.
Ce fecond Ouvrage traçant les premières vérités
de la Morale , pourra aufli difpofer à en faifir de
plus éloignées & de plus compliquées ; difant ce
qu'il faut faire , il invitera à en chercher les raifons ;
il pourra même développer dans des efprits érrangers
aux Sciences & aux Lettres cette intelligence des
chofes réfléchies & ce goût du beau moral , qui
feront néceffaires pour profiter dans la lecture du
premier Ouvrage.
Les mêmes raifons qui m'ont éloigné de la forme
dramatique dans le premier , m'en ont détourné pour
lé fecond .
Il en est une , ce me femble , beaucoup plus appropriée
à l'objet , c'eft celle des Maximes & Sentences.
>
Les Sentences font très à faire faifir une propres
penée à des elprits peu exercés au raifonnement
quand elles u'expriment que des chofes qui tiennent
aux notions communes , à nos premiers fentimens ,
telles que les vérités morales . Elles imitent en un
point les procédés de la fcicnce la plus précife ; elles
ifol: nt une penfée de toutes celles qui l'avolfinent ,
pour l'offiir feule à l'intelligence , à la mémoire ;
elles lui donnent par cette unité d'objet , par cette
briéveté d'énonciation , une énergie qui fe perdroit
par le développement .
Le feul inconvénient qui paroiffe à craindre dans
ce ftvie , c'eſt la féchereffe . Mais la féchereffe aupartient
bien moins à l'emploi des Sentences qu'au génie
des Écrivains . Je n'en confeille rois pas l'ufage à des
hommes fans chaleur & fans imagination ; inais ces
hommes doivent faire plus , ils doivent s'abftenir
d'écrire fer la Morale. Comment a t- on pu la traiter
avec féchereffe ? Elle a pour objet nos intérêts , nos
Fiij
126 MERCURE
penchans , tout ce qu'il y a de plus vif dans notre
coeur , de plus certain dans notre efprit. La meilleure
preuve qu'on ne fait pas creufer dans un pareil fujet ,
c'eft de n'en être pas affez ému pour communiquer
fes impreffions Comment arrive -t- il encore que
l'étude de la Morale n'infpire à tant de perfonnes
que de l'ennui ? Si quelques Auteurs l'ont traitée
froidement , d'autres n'y ont ils pas porté toute la
majefté , toute l'onction de l'Éloquence ? Je vous
drois détruire dans les gens du monde une prévention
qui nuit peut être à leurs moeurs par les étudss
& les réflexions qu'elle les empêche de faire.
La forme des Maximes que les Moraliftes ont
fouvent employée eft fufceptible de toutes les beautés
du ftyle; beaucoup d'exemples l'ont prouvé. Le ſtyle
dins un Ouvrage pour le peuple & les jeunes gens
demande moins d'art , mais non pas moins de talent.
Le peuple fent l'Éloquence , pufqu'il ſent la raiſon &
la Nature . Toutes les qualités de l'Eloquence n'a-.
giffent pas fur lui ; mais celles qui l'émeuvent font
les meilleures.
Un des principaux avantages des Sentences dans
ce Livre, c'est d'être facilement retenues. Cet avantage
doubleroit encore , fi elles étoient é rites en vers. Le
vers, par fon rhithme, eft mieux faifi de l'organe , qu'il
fatte d'ailleurs par une harmonie plus fenfible , ce
qui le grave mieux dans l'âme , toujours dépendar.te
des fens . J'avou : que defirant faire cet Ouvrage de
non mieux , j'en ai plus vivement fenti le regret
d'être privé du talent du Poëte. Je dis du Poë'e , car
il faudroit ici de ces vers pleins , plus précis que la
profe , parce qu'ils naiffent d'efforts plus heureux.
Les foibleffes & les longueurs du Verfificateur gâteroient
plus cet Ouvrage que la meſure poétique ne le
ferviroit.
Il c une tournure particulière à donner aux SenDE
FRANCE. 117
tences , qui vaudra peut- être encore mieux que celle
des vers , c'eſt celle du Proverbe.
Le Proverbe , par la naïveté des idées , la familiarité
des expreffions , paroît le langage de tous les tems,
de toutes les Nations ; il femble dire ce que tout le
monde a penfé & fenti ; il réunit à la douce perfuafion
des chofes fimples l'autorité des chofes antiques. Le
Peuple , dont les Proverbes font la fcience & la
fageffe , aime à recevoir l'inftruction dans ce langage
; il fe plaît à les citer , à les entendre , à s'en
autorifer & à leur obéir , car il y a cela de bon avec
le Peuple, qu'il ne reçoit pas des règles pour les difcu
ter , mais pour ies fu vre.
Mais cette manière d'écrire demande un talent.
très original , dont nous n'avons encore qu'un bon
modèle. Je m'eforcerai d'en approcher autant que
mon efp.it pourra s'y prêter , & en évitant une fervile
imitation , c'e lifeience du bon homme Richard;
Livre auffi extraordinaire qu'utile , où l'efprit le plus
fin & le plus jufte fe cache fous la bonhommie la plus
aimable, & auquel il ne manque que d'avoir traité
le fujet qui m'occupe. Qui peut fentir tout le mérite
de ce Livre fans remarquer qu'il eft une des premières
productions Littéraires de ces Peuples qui
prennent maintenant leur rang parmi les Nations ,
& qui doivent dans peu occuper une fi grande
place dans l'Hiftoire ; que l'Auteur de cette effèce
de création ino: ale eft en même - temps celui d'une
des plus illuftres découvertes en Phyfique ; qu'il a
préfidé à la plus grande révolution politique , & tracé
les premières Loix du Nouveau Monde. Que manquoit
- il à un homme confacré par tant de titres que
de tranfporter fa vieilleffe parmi nous , de venir
allier les Peuples les plus fages dans leur liberté avec
la Nation la plus Leureufe par fon obéiſſance , &
de recueillir ces hommages qu'au milieu de nos vices
& de notre gloire , nous aimons à prodiguer au
Fiv
128 MERCURE
génie étranger & à des vertus que nous ne connoiffons
plus ! Nous nous étions comme accoutumés à
pofféder cet augufte Vieillard. Mais les bons Citoyens
quittent leur pays pour le fervir , & ils y retournent
mourir. Honorons ce courageux patriotifme , & confolons
nos regrets par la penfée de fa gloire . Francklin
doit ſa cendre à l'Amérique.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ONNaadonné fur ce Théâtre , Mardi 6 de
ce mois , la première repréſentation d'une
Houvelle reprife de l'Opera de Colinette à
la Cour , paroles de M. *** , muſique de
M. Gréri.
Cet Opéra eft le premier d'un genre, dont
l'Auteur ingénieux & fécond de tant de
chef - d'oeuvres applaudis chaque jour
au Théâtre Italien , a enrichi la Scène Lyrique
; il a été revu , à cette quatrième reprife
, avec tout l'intérêt de la nouveauté. Si
l'on peut quelquefois contefter le mérite
d'une production nouvelle , malgré l'affluence
qu'elle attire & les applaudiffemens
qu'elle reçoit , il feroit au moins déraifonnable
de n'en pas convenir lorfque
des reprifes multipliées , couronnées par le
་
DE FRANCE. 129
faccès le plus conftant , placent un Ouvrage,
dans le petit nombre de ceux que le Public
revoit toujours avec un nouveau plaifir.
On regarda dans le temps comme un attentat
à la dignité de la Scène Lyrique, l'heureux
effai du premier Opéra où l'on ait vû
une action & un dialogue comiques, exprimés
par une mufique tour- à- tour naïve , gaie ,
fenfible , & toujours fpirituelle. On prétendit
que c'étoit dégrader la Scène où l'on chante
les malheurs de la famille d'Agamemnon ,
que d'y introduire des fujets tirés du Théâtre
Italien ; & que c'étoit anéantir toutes les
conventions dramatiques , que d'ofer faire
rire les Spectateurs de la jalousie de Julien
à ce même Théâtre où , la veille , les accens
des deux Iphigénies leur avoient fait répandre
tant de larmes. Ces préjugés de routine
& d'habitude que la jouiffance même de
plaifirs nouveaux ne vient à bout de vaincre
qu'à l'aide du temps , fembloient autorifer
les défenfeurs de la dignitê de l'Opéra
à profcrire la Comédie Lyrique . Ils
ne vouloient point voir que ce genre pouvoit
fervir officieufement l'Art pour lequel
ce Théâtre eft effentiellement fait. Ils r fufoient
de convenir que des fujets comiques ,
mais d'un comique qui n'a rien de has & de
trivial , étoient fufceptibles non - feulement
de toutes les richeffes muficales , mais encore
de cette diverfité de tableaux & de
fêtes qu'il eft fi avantageux de conferver à
un Théâtre qu'ils embelliront.conjours , &
1 ;0 MERCURE
qui en ont fait pendant fi long - temps prefque
l'unique intérêt.
D'autres Ouvrages de ce genre , couronnés
par un fuccès à- peu -près égal , ont enfin détuit
ce préjugé d'opinion ; & celui de l'Opé a
de Colinette eft affez décidé pour ofer dire
qu'au Theâtre fur - tout , tous les genresfont
bons hors le genre ennuyeux.
Nous fomnies loin de défendre les dfauts
que le Public a oblervés dans le
Poëme. En ren lant juſtice à la manière ingéniçufe
dont l'Auteur a conçu & coupé le
premier & le dernier Acte de cet Opéra , nouslegretterons
toujours qu'il ait donné à la
Comteffe un amour dont le fentiment , prefque
méthaphyfique , ne fert qu'a jeter du
froid fur l'action générale. Nous diffimulerons
encore moins combien il eſt à regretter
que le defir d'éviter des reffemblances trop
fortes, ait fait renoncer l'Auteur à quelques
fituations qui auroient pu , ainfi qu'il en convient
, répandre plus d'intérêt & de comique
dansfon Drame , & qui auroient certainement
fervi plus heureufement le talent de
M. Grétri , que ces divertiffemens accumulés
dans le fecond Acte , par lefquels M. ***
cru pouvoir les remplacer.
Ces réflexions n'ôtent rien au mérite général
de l'Ouvrage. L'action en eft bien conduite
; le dialogue a preſque toujours le ton
qu'exigeoit la nature du fujet & le caracrère
des perfonnages. La finale du premier
Acte , le duo de Colinette & de Julien ;
DE FRANCE. 131
,
& le quatuor qui termine le fecond Acte;
le choeur dialogué , d'un chant fi aimable ,
fi fenfible , & fi heureufement contraſté
par lequel finit l'Opéra , ont obtenus à
cette reprife , comme à toutes les autres ,
les applaudiffemens les plus vifs . Ces diffé
rens morceaux offriront toujours un modèle
de l'accord le plus précieux entre le chant
& les accompagnement; de la vérité d'expreffion
qui en réfulte ; de la manière la plus
fpirituelle de faifir les intentions du Poëte ,
& de les renforcer fouvent par des traits de
chant ou d'orchestre qui femblent prêter un
charme & un intérêt de plus à la fituation
& aux paroles.
Les rôles du Prince , de la Comteffe & de
Julien , ont été rendus , à cette repriſe , par
le fieur Lainez , la Dl'e Maillard & le fieur
Chéron , avec l'inteligence & le goût qu'ils
avoient montrés aux premières repréfentations
de cet Ouvrage. La Dlle Gavaudan la
cadette , qui a été chargée , à cette repriſe ,
de celui de Colinette , y a mérité des applau- .
diffemens. Elle a laiffé quelque chofe à
defirer , & dans la sûreté de fes intonations ,
& dans la légèreté qu'exigent plufieurs des
airs qu'elle chante , & dins la fineffe du jeu
d'un rôle rendu dune manière ſi piquan'e
par la Dlle Audinot , dans la nouveauté & aux
diverfes reprifes de cet Ouvrage ; mais nous
ne doutons pas que Mlle Gavaudan ne parvienne
bientôt à acquérir tout ce qui avoit
fervi à diftinguer dans ce rôle charmant le
F vj
132 MERCURE
talent de celle qui l'a établi au Théâtre.
Cet Opéra a été remis avec le plus grand
foin. L'exécution des choeurs feule , & furtout
de celui qui le termine , n'a pas cu la
précifion & l'enſemble qu'on a droit de
defirer.
Les Ballets ont fait le plus grand plaifir.
Nous croyons cependant qu'on pourroit retrancher
de celui qui coupe le premier Acte
une pantomime prefque ridicule , & dont
l'action cft certainement invraisemblable ,
dans laquelle on voit un Maître d'École tomber
aux genoux d'une Bergère , à qui il fait
une déclaration d'amour fous les yeux d'un
nombreux Ballet qui les entoure ; on pourroit
du moins déployer d'une manière moins
mal-adroite le filet dont on s'enveloppe.
Ce petit moyen , déjà employé dans le fond
du théâtre aux premières repréfentations de
cer Opéra , ne devient pas plus piquant
pour être ainfi rapprochée de l'oeil du
Spectateur. Le pas de deux de Paftres , danfé
à la fin de cet Acte , par le Sieur Laurent
& la Dlle Langlois , a paru bien conçu &
fupérieurement exécuté. La fête de l'Ami
tié a obtenu les plus grands applaudiffemens
; il fuffit de dire la Dile Guimard &
le Sieur Veftris y ont danfé. La gigue , dans
laquelle cet étonnant Danfeur annonça , lors
de la nouveauté de cet Opéra , le talent pour
lequel la Nature femble l'avoir feul créé ,
eft précédée à cette reprife d'un air qu'il
danfe avec Mlle Guimard , dont le caracDF
FRANCE. 133
tère doux & agréable contrafte heureufement
avec l'entrée brillante qui fuccède.
Mme Pérignon a danfé , dans la fête des
Bohémiens , un pas de Catalane , où elle a
déployé cette légèreté , & cette préciſion
d'exécution qui caractériſe fon talent. M.
' Gardel l'aîné a coupé très heureuſement le
Ballet charmant qui termine cet Opéra , par
un petit épifode, dont le fujet lui a été fourni
par cet air de M. Grétri.
Bon dieu ! bon dieu , comme à c'te fête
Monfieur de la France étoit honnête.
Cette intention a été très- bien rendue par
Mlle Guimard , les Sieurs Veftris & Laurent .
Il feroit difficile de décrire Peffet piquant de
cette petite pantomime , & plus difficile encore
d'exprimer la légèreté qu'y a déployée le
Sieur Veftris . La grâce aimable & facile avec
laquelle il vient à bout de diffimuler la force
des chofes étonnantes qu'il exécute , eft peutêtre
le comble de l'Art auquel puiffe être
porté un talent fi extraordinaire.
COMÉDIE ITALIENNE.
Le Samedi 26 Juin , on a repréſenté , pour
la première fois , l'Heureufe Réconciliation ,
Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes .
C'est dans l'Heureux Divorce , Conte moral
de M. Marmontel , qu'on a puifé le fujet
134
MERCURE
de l'Heureufe Réconciliation ; mais il s'en
faut bien que le Copifte ait tiré du modèle
tout ce que celui - ci pouvoit fournir d'inté •
reffant & de propre à la Scène. Rien de plus
monotone , & par cette raifon de moins intéreffant
que la marche de la Comédie. En
voici la Fable. La Scène fe paffe dans un
jardin.
Le Marquis de Lisère a vû Lucile , fa
femme , céder à l'amour des plaiſirs , préférer
aux jouiffances tranquilles que donne la vie
fédentaire , celles qu'on trouve dans le tourbillon
du monde ; il fe croit oublié , peutêtre
trahi. Dans la douleur qu'il éprouve ,
il prend la réfolution de quitter la Capitale ,
& de fe retirer dans une de fes Terres. Avant
de s'éloigner , il écrit à Lucile une lettre qu'il
fe propofe de lui faire remettre par la femme
de fon vieux Domeftique Ambroife , & il
engage le bonhomme , qu'il veut emmener
avec lui , à la charger de fa commiflion ,
en lui recommandant le fecret jufqu'au
départ. Ce fecret n'eft point gardé. Lucile a
vû le monde , elle l'a connu pour le méprifer
; elle regrette le bonheur qu'elle a perdu
en négligeant la tend.effe de fon éponx ; à la
lecture de la lettre que lai remet l'épaule
d'Ambroife , fon chagrin redouble ; enfin
elle tente de faire connoître au Marquis le
repentir dont elle eft pénétrée. Lisère , dans
les premiers jours de fon mariage , a fait
faire le portrait de fa femme , & l'a placé
dans fon cabinet ; depuis le refroidiffement
DE FRANCE. 135
de la Marquife , ce portrait eft l'unique confolation
de fon mari ; Lucile fe le fait apporter
, elle change l'expreffion de la phyfionomie
, fubftitue l'air du defordre douloureux
à la recherche de la parure , & fait
couler de fes yeux des larmes , fymbole de
fa trifteffe. Le Marquis , à la vûe de ce portrait
, eft frappé de l'expreffion qu'il y remar
que , fe livre à l'efpérance du doux préfage.
qu'elle lui indique , voit Lucile s'élancer
d'un pavillon voifin , d'où elle épioit l'effet
- que produiroit la tentative , & fe jette à les
genoux ; enfin , il l'entend abjurer fes erreurs.
Il ne doute point qu'elle ne foit encore
digne de toute fon eftime , & il lui rend
fa tendreffe , à la grande fatisfaction du
vieil Ambroise & de fa femme . *
-Ceux de nos Lecteurs qui connoiffent le
Conte de M. Marmontel, feront étonnés
que d'un fonds auffi riche que celui de l'Heureux
Divorce on n'ait tiré qu'une intrigue
aufli pauvre que celle dont nous venons
de donner l'analyfe. Une feule phrafe du
Conte , phrafe que l'Auteur de l'Heureufe
Réconciliation a copiée mot à mot , fuffifoit
dire
* Pour être rigoureufement exacts , nous devons
que cette intrigue eft coupée par la vifite d'un
certain Comte , perfonrage épifodique , qui a vâ
1 ucile dans le monde , & qui vient favoir d'elle s'il
eft vrai qu'elle le foit mife dans la réforme. Le mauvais
ton de cet apôtre du plaifir n'eſt pas fait pour en
donner le goût.
136
MERCURE
ور
61
néanmoins pour indiquer la manière de porter
au Theatre ce fujet très- moral. Nous la tranf
crivons ici . Je l'ai trahie (Lucile ) en l'abandonnant
, dit Lisère ; le ciel m'avoit choifi
» pour gardien de fa jeuneffe imprudente &
fragile. Cette feule réflexion devoit développer
aux yeux d'un Auteur Dramatique
les refforts capables d'intéreffer & de plaire :
nous croyons au moins les appercevoir. Ne
pourroit - on pas rejeter dans l'avant - Scène
tour ce qui s'eft paffé entre les époux depuis
leur union jufqu'au moment du divorce ; dépeindre
leurs caractères dans l'expofition ;
annoncer Lucile comme une femme qui ,
s'étant fait une opinion exagérée des égards
que les hommes doivent & confervent aux
femmes qu'ils aiment ou qu'ils époufent , ne
regarde Lisère que comme un mari froid &
indifférent , parce qu'il n'a point pour elle
la paffion d'un Héros de Roman ; tracer le
caractère un peu trop raifonneur de Lisère ;
démontrer les dangers de fa trop grande réferve
, & principalement ceux du divorce
dont il a très- indifcrètement adopté le par-.
ti ; préfenter les derniers momens que Lucile
paffe dans un monde vicieux , où feule ,
livrée à elle-même , foible & fans expérience ,
elle voit la vertu attaquée & prête à fuccomber
; offrir Lisère en proie aux tourmens de
• l'inquiétude , de la crainte , & même du remords
; enfin , par une progreffion habilement
ménagée , éclairer les deux époux , &
amener pour le dénouement l'heureufe fitua
DE FRANCE. 137
tion du Conte. Tout cela nous paroît naturel
& raifonnable ; au moins penfons - nous que
eette marche , plus larmoyante , à la vérite ,
que comique , étoit la feule que l'on pût
prendre pour remplir le but du Conteur
moral , & pour compofer un Ouvrage ſufceptible
de quelque cffet. Nous conviendrons
volontiers qu'une intrigue ainfi compoſée
pourroit devenir étrangère à une Pièce à
ariettes , & fur - tout à une Pièce en un Acte ;
mais il faudroit d'abord étendre fon action ,
- & la divifer en trois Actes ; enfuite , pourquoi
porter dans un genre ce qui convient,
à un autre ? Il ne faut point fe laffer de le
répéter , c'eſt le défaut de réflexion qui opère
ffouvent la confufion des genres , & c'cft
de cette confufion , à laquelle on finira malheureufement
par s'accoutumer , que réfultera
, tôt ou tard , la perte de l'Art Dramatique
en France .
L'Heureufe Réconciliation eft foiblement
écrite , pour ne rien dire de plus , & la négli
gence du ftyle , jointe à la langueur de l'action
, en fait un des Ouvrages les plus tièdes
que l'on puiffe voir repréſenter.
*
La mufique eft d'un étranger ; c'eft un
effai : il annonce d'heureufes difpofitions. Le
faire en eft quelquefois laborieux & pénible ;
mais on y remarque des idées, des intentions
heureufes , & l'intelligence d'un bon Compofiteur.
L'expreffion y eft, de tems en tems , un
peu forcée, & paroît plus propre à la Tragédie
qu'au Comique larmoyant; mais elle a fou738
MERCURE
vent de la jufteffe & de l'intérêt . Qu'exiger
d'ailleurs d'un Muficien pour qui le Poëte
n'a prefque rien fait , & qui eft obligé de
deguifer le néant des vers fur lefquels il travaille
, par les reffources & les combinaiſons
de l'Art mufical : Rien , que le choix d'un
meilleu canevas .
LE Mardi 28 Juin , on a donné la première
repréfentation de Claude & Claudine ,
Opéra - Comique en un Acte & en vaudeville.
Claude & Claudine , s'aiment & deſirent
de fe marier ; mais ils ignorent ce que c'eft
que le mariage : ils cherchent à le favoir. Les
informations qu'ils prennent fur cet article
ne leur en donnent que des notions trèsvagues.
Claude vient tout fimplement dire
qu'on l'a inftruit , fans que l'on fache par
qui , ni comment il a été éclairé. Claudine
raconte qu'elle a rêvé , & fe croit inft uite
par fon rêve. Un Seigneur auquel ils font
attachés , & qui s'eft un moment amufe de
leur innocence , confent à les unir.
Les inquiétudes amoureufes , la curiofité
naïve & l'embarr's un peu licentieux de
Daphnis & de Chloé , dans le Roman célè ·
bre qui porte leur rom , ont déjà fourni à
quelques Auteurs le fonds cu les incidens
de plufieurs bagatelles dramatiques I fant
parmi elles diftinguer la Chercheufe d'Ef
DE FRANCE. 139
,
prit , de M. Favart , Ouvrage charmant
plein de grâces , & dans lequel la décence
trouve fouvent à rire , fans être jamais alarmée.
Celle ci ne mérite pas , à beaucoup
près la même diftinction . Claude &
Claudine font bien éloignés d'avoir aucune
reffemblance avec Alain & Nicette.
Ceux-ci ont de la naïveté , ils infpirent
de l'intérêt , ceux - là font tout fimplement
niais & froids , quoiqu'ils ayent par
fois de la prétention à l'efprit ; mais cet ef
prit n'a point été goûté , parce qu'en effet il
ne devoir pas l'être. Pour faire paffer ce que
la gravelure a de trop licentieux , il faut de
la fiueffe & de la gaîté ; Claude & Clandine
n'ont l'une ni l'autre. Le feul couple tqui
ait eu un fuccès général , eft celui - ci ; le der
nier du vaudeville : il a été redemandé.
、
Quand une Pièce eft applaudie ,
C'eft pour nous un très-grand bonheur;
Cela redouble notre envie
De contenter le Spectateur:
Mais quand l'Amateur fait la mine ,
Et qu'il n'écoute plus l'Acteur ,
La Comédie eft la Claudine ,
Et le vrai Claude , c'eft l'Auteur.
Les Comédiens François annoncent dans
ce moment une Comédie que nous avions
defiré de voir remettre au Théâtre : le Jaloux
fans Amour.
140 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
LE Moralife Mefmérien , brochure in - 12 . de
132 pages . A Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux .
Nous nous fommes ordinairement bornés à une
fimple annonce des Ouvrages relatifs à la querelle
du magnétifme , mais nous croyons devoir revenir
fur celui ci , parce qu'il eft en quelque forte étranger
à cette querelle , & qu'il nous femble plutôt appartenir
à la philofophie qu'au magnétifme .
J. J. Rouffeau dit qu'il faut diftinguer deux chofes
dans l'amour , le phyfique & le moral. Notre Anteur
foutient que le moral n'y entre pour rien ; & il
faut convenir que fi c'eft un paradoxe , il l'appuie
de toutes les raifons qui peuvent le rendre probable.
Selon lui , le vif attachement d'un fexe pour l'autre
eft l'effet d'une tympathie phyfique : chercher à le
produire par la féduction , c'eft falfifier la Nature.
L'amour propre , mis en jeu par différentes caufes ,
produit, à la vérité , des paffions artificielles , qui ,
fans être l'amour , en offrent le caractère ; mais en
fe rendant un fidèle compte de ce qui fe pafle audedans
de foi ; l'on peut reconnoître fi l'on aime
véritablement.
Nos Lecteurs pourront voir , dans l'Ouvrage
même , de quelle manière l'Auteur établit cette différence
; & nous croyons que les partifans du magnétifme
, fes adverfaires , & ceux qui ne font ni
pour ni contre y trouveront des chofes qui les fatisferont
également.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France. A Londres ; &
fe trouve à Paris , rue d'Anjou , la feconde porte .
DE FRANCE. 141
"
cochère à gauche en entrant par la rue Dauphine.
Il paroît quatre Volumes de cette importante .
Collection , qui doit former une Bibliothèque auffi
utile que difficile à raffembler. On en publie un
Volume régulièrement tous les mois . Le prix de la
foufcription pour douze Volumes à Paris eft de
48 liv. , ou de 24 liv . pour la demi - année . Les
Soufcripteurs de Province payeront de plus 7 liv.
fols pour l'année entière , ou celle de 3 liv . 12 fols
pour la demi année , à caufe des frais de pofte.
4
, FABLIAUX choifis , mis en vers & fuivis de
l'Hiftoire de Rofemonde , par M .... Brochure in- 16.
de 125 pages. A Amfterdam , & fe trouve à Paris ,
chez Eugène Onfroy , Libraire , rue du Hurepoix ,
près le quai des Auguftins , & chez Belin , Libraire ,
rue S. Jacques.
Cette brochure contient la Traduction de cinq
Fabliaux : Aucaffin & Nicolette ; Aubérée , Gauvain ,
ou les Lévriers ; la Châtelaine de Vergy ; le Chevalier
à la Trappe , avec l'Hiftoire de Rofemonde.
Tout cela eft verfifié très - facilement.
LEÇONS Elémentaires d'Hiftoire Ancienne ,
tant Sainte que Profane , à l'ufage des Elèves de la
Maifon d'Education de M. Bullette , à Bordeaux ,
rédigées par lui - même , 2 Vol . in- 12 . A Bordeaux ,
chez les Frères Labottière , Impr. Libr . , Place du
Palais ; & fe trouve à Paris , chez Lottin de Saint-
Germain , Libraire , rue Saint Jacques .
Cet Ouvrage , qui eft fait avec clarté & précifion
, eft extrait des Hiftoriens les plus judicieux &
les plus exacts de nos jours.
NOUVELLE Topographie , ou Deſcription
détaillée de la France divifée par carrés uniformes ,
dont les Cartes font accompagnées d'un Difcours fur
142
MERCURE
les objets les plus intéreffans qui leur font propres ,
avec le rapport des mefures locales à la toife du
Châtelet de Paris ; Ouvrage utile à tous les Citoyens
en général , fur-tout aux Seigneurs , aux Propriétaires
- Fonciers & aux Cultivateurs par M. de
Heffeln , Géographe de la Ville de Paris , & Cenfeur
Royal , rue du Jardinet , vis- à - vis celle du
Paon.
Cartes des Contrées Nord & Nord- Eft de la
Région Centre , la quatrième & la cinquième de
celles qui offrent le fecond degré des détails de la
fuperficie du Royaume jufqu'aux Paroiffes inclufivement.
La Contrée Nord contient la majeure partie de
l'Orléanois & fa Capitale , qui eſt affez près du centre
de la Carte. Elle eft traversée par le Méridien de
l'Obſervatoire à l'Eft . Cette ligne eft graduée par
lieues de 2187 tuiles , afin de fervir de bafe à la
meſure de toutes fes parallèles ; la même Carte eft
traversée dans fa partie Nord par une perpendiculaire
qui eft graduse de même par lieues de 2187
toifes , à raifon de 9 lignes pour chaque lieue , afin
d indiquer la mesure de toutes fes parallèles .
La contrée Nord- Eft contient le Gâtinois , avec
une partie de la Champagne. La perpendiculaire
graduée la traverſe dans la direction vers l'Eſt.
Les Villes de Joigny , Courteney & Villeneuvele-
Roi occupent le centre de cette Carte , qui ne le
cède pas aux précédentes pour la beauté & la netteté
de la Gravure.
La première Partie de l'Ouvrage , compofée des
neuf Cartes de Régions , renfermant le premier
degré des détails de la fuperficie du Royaume fur
une échelle invariable de 729 toifes par ligne, fe
diftribue chez l'Auteur , avec la Carte de la France
en une feuille , fervant de Tableau général pour
tout l'Ouvrage , dont l'Auteur ne propofe pour le
DE FRANCE. 145
préfent au Public que les deux premières Parties ;
favoir , celle des neuf Cartes des Régions & celle
des Cartes des Contrées , dont la Collection entière
e de foixante onze à foixante-douze Cartes ; elles
-valent 3 liv. 18 fols chacune , lavée , avec filets , &
3 liv. 12 fols fans lavis pour les Perfonnes qui n'ont
pas fouferit.
Ces deux premières Parties de l'Ouvrage étant
actuellement très avancées , la ſouſcription partielle
eft fermée pour ceux qui n'ont pas foufcrit dans le
temps ; mais l'Auteur recevra encore pendant quelque
temps celle de la Collection entière des Cartes
de ces deux premières Parties , qui font un objet de
180 liv. pour les Cartes lavées , avec filets , & de
160 liv. feulement pour les mêmes Cartes fans
lavis.
PRECIS Hiftorique fur la Vie & les Exploits de
François Lefort , Citoyen de Genève , Général &
Grand Amiral de Ruffie , Vice - Roi du Nowe- Goj
rod , & principal Miniftre de Pierre- le- Grand ,
par M. de Basville , in- 89. Prix , 3 liv. broché. A
Genève ; & fe trouve à Paris, chez Laurent , rue
de Tournon.
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par de grands événemens & de grandes qua
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fujets des Livres de l'Ancien & du Nouveau Teftament
, décorée des attributs de la Religion , haute de
If pouces, large de ti pouces & demi . Se vend à
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Jean , Marchands d'Eftampes , rue Saint Jean de
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OUVERTURE du Barbier de Séville de M. Paifiello
, pour le Clavecin avec Violon . Prix , a liv.
& fols. Airs du même Opéra avec Harpe ou
Piano. Prix , 3 liv. 12 fols . Ouverture d'Alexis
& Justine pour Clavecin & Violon. Prix , 2 liv.
8 fols . Airs du même Opéra pour Harpe ou
Piano. Prix , 7 liv . 4 fols , par M. Leroy, OEuvres XII ,
XIII , XIV & XV . On recevra ces différens Morceaux
port franc par la pofte , ainfi que toute espèce
de Mufique , en payant par lettre affranchie le prix
marqué fur chaque Exemplaire. A Paris , chez l'Auteur,
Marchand de Mufique , Place du Palais Royal ,
Café de la Régence . Les Airs fe vendent auffi féparément
à la même Adreffe .
TABLE.
VERS fur la Mort du Duc Montefquiou-Fézenzac-Pey-
A Madame..... :
de Brunswick,
Réponse à la Question ,
phe,
97 loton
99 Variété ,
105
112
ib. Académie Roy. de Mufiq. 128
Charade , Enigme & Logogry- Comédie Italienne , 133
102 Annonces & Notices , 140
Oraifon Funèbre de Jean de
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Juillet . Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris »
le 15 Juillet 1785. GUIDI .
10.5
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE au Docteur PETIT , appelé dans
fa Patrie pour inoculer les Enfans de nos
premiers Citoyens.
ENFIN , Docteur , dans ta Patrie
La voix de la Philofophie .
T'appelle pour combattre un mal ,
Un mal que le peuple infernal
Inventa dans fes noirs abymes ,
Pour groffir l'effaim des victimes
Que moiffonne l'acier fatal :
Gliffé par toi fous l'épiderme
D'un enfant unique , adoré ,
Un levain choifi , préparé ,
Va fans péril hâter le germe
N° . 30 , 23 Juillet 1785.
G
146 MERCURE
De ce virus tant abhorré ,
Qui , comme un velcan dans nos veines ,
Dort jufqu'au temps où, fermenté ,
En tonnant , fes fureurs foudaines
Orent la vie ou la beauté,
Laiffe crier les Moraliftes ,
Er les Paltrons & les Cagots ,
L....... les Rigoriftes ,
Les vieux Affaffins & les Sots ;
Imitons la fage Angleterre :
La Circaffie & tout le Nord ,
Danpant cet exemple à la terre ,
Font lâcher fa proie à la mort.
Oh! dans ma ville ( empoisonnée ,
Grâce au ſtupide préjugé , )
Que n'as-tu plutôt voyagé !
Plus d'une victime épargnée....
Chaffons ce trifte fouvenir ,
Ne le mêlons point, au plaifir
Que nous caufe ton arrivée.
Cent triomphes que j'ai prédir
Signalent déjà ta préfence,
Le fanatifme & l'ignorance
Seront encor tes ennemis :
On les confond par le filence ,
Par les fuccès & le mépris.
Un mot , Docteur , & je finis .
Les efprits font aufli foumis ,
BIBLIOTHECA
REOLA
MACIESIS
DE FRANCE. 147
Ou doivent l'être à ta puiſſance.
Pourrois-tu pas avec prudence ,
Inoculer certaines gens ,
Et donner , felon l'exigence ,
Par exemple, à l'un du bon fens ,
A l'autre de la prévoyance ;
Aux femmes un peu de conftance ,
-Plus de tendreffe à leurs amans ,
Aux petits maîtres fémillans ,
Qui pirouettent en cadence ,
Malgré leur trente ou quarante ans :
Inoculer la confiftance
A nos Politiques bruyans ,
Formés par nos Bouillons favans
Et par la Gazette de France :
Inoculer la défiance
De tant de bruits impertinens
Et de tant de faux jugemens
Que vend la haine à l'ignorance;
Inocule aux Abbés galans
Certaine dofe de décence ,
Afin qu'avec moins d'impudence
Ils lorgnent des appas naiffans :
Inocule, & prends bien ton temps
A tous Auteurs , de l'indulgence
Pour leurs Confrères en talens :
A tous dévots , archi-pédans ,
Le reſpect pour l'homme qui penſe ;
Gij
148
MERCURE
La haine de la médifance ,
L'amour des vers , des arts charmans
Qu'ils dénigrent par impuiſſance,
Docteur , tu bâilles , je le vois ,
J'abufe de ta complaisance ;
Malgré ton art & ta fcience ,
Qui d'Arropos fufpend les loix ,
Des cures de cette importance
Ne s'opèrent pas dans un mois .
(Par M, Crignon. )
LE CERF , LE CHEVAL ET L'HOMME ,
Fable librement imitée d'Horace,
CONTENT CONTENTONS - NOUS du néceſſaire :
Tel qui fous fon bumble chaumière ,
Dans une heureuſe obſcurité ,
Eût pu terminer fa carrière ,
Pour un peu d'or vendit fa liberté ,
Et regretta toute la vie
Les biens que lui coûta fon infigne folie.
Le Cheval & le Cerf , jadis d'un bon accord ,
Vivoient au même pâturage.
Bientôt ennuyé du pacage ,
Et n'écoutant que la loi du plus fort ,
Le Cerfchaffa fon camarade ,
DE FRANCE. -149
Qui d'abord dans un pré voifin
Courut fe confoler de ſa brufque incartade.
Mais , bien qu'il fuffît à ſa faim ,
Le régal lui ſemblant moins exquis & moins fin ,
A l'Homme il fut conter fa chance ,
Et le pria de fervir fa vengeance.
Qu'arriva t'il ? Au frein il fallut fe plier.
Le fang de fon rival expia fon offenſe ;
Mais rien ne put délivrer le courfier
Ni du frein , ni du cavalier.
(Par M. Nogent , Receveur des Fermes
à Avalon. )
?
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délice ; celui
de l'Enigme eft Moulin ; celui du Logogryphe
eft Lardon , où l'on trouve or, lard,
rond , Lord, Roland, don , Nard, on , Nord,
Oran , Laon.
G iij
150
MERCURE
MON
CHARA D E.
fecond vertueux abhorre mon premier ;
La paix , le bonheur de notre âge,
Sont l'ouvrage de mon dernier ,
Dont mon tout , loin de lui , repréſente l'image.
( Par M. de L **. )
ÉNIG ME.
DANS le fein du défoeuvrement ,
( Chacun le fait ) je puiſai l'être ;
Et moi , pour le payer de ce qu'il me fit naftre ,
Je me dévoue à fon amuſement.
Qui fuis-je ? C'est le hic... Avec empreffement ,
Tel rôde autour de moi , peut-être ,
Qui, mêmeen m'approchant , me cherche vainement.
Tel autre auffi rapidement
Pénètre le déguisement
Qui l'empêchoit de me connoître.
Eh bien , t'y voilà ? · Non. -- Tant mieux ; car,
franchement ,
Dès qu'on me voit trop clairement ,
Je ceffe d'être moi . Quoi qu'il en foit , mon maître,
Ne te rebutes pas ; effaye adroitement
De me faifir. Aye , aye , me tiens- tu ? -- Sûrement.
DE FRANCE.
1st
Oui! tant pis. bon ! - --
Mais , oui : c'eft - là le
dénoûment,
En me nommant , Lecteur , tu m'as fait difparoître .
(Par M. Rouhier. )
LOGO GRYPH E.
PARAR mon fecours on fait monter
Un élément qui veut toajours defcendre.
Je rougirois de me nommer ,
Lecteur , tâchez de me comprendre.
Tel rit fouvent à mon afpect ,
Qui dans certain cas me révère :
Et tel autre pouffant bien plus loin le refpect ,
Pour me toucher met les genoux en terre.
Si quelquefois vous êtes peu difpos ,
Pour vous fervir de moi vous me tournez le dos.
Dans mes huit pieds fe trouve une rivière
Qui coule au milieu de Paris ; -
Le maître de la France entière ;
Des oifeaux l'un des plus jolis
Par fon
ramage
Et fon plumage ;
Le tendre objet de fon amour ;
Ce que l'on craint à la fin d'un beau jour ;
Un animal malfaiſant & rifible ;
Un monfire enchanteur & terrible
Giv
152
MERCURE
Qu'Ulyffe autrefois redouta ;
Cet oifeau que maint loup dupa ;
Le contraire de quelque chofe ;
Un bouig que la Garonne arrofe ;
Le nom d'un bon Prédicateur.
Voilà tout. Devinez , Lecteur,
( Par M. Lècefne. Y
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE de M. de Peyffonnel , ancien Conful
Général à Smyrne , ci - devant Conful de
S. M. auprès du Khan des Tartares , à
M. le Marquis de N. , contenant quelques
obfervations relatives aux Mémoires qui
ont paru fous le nom de M. le Baron'de
Toit. in 8°. A Amfterdam 1785.
PEU de Livres ont été lûs avec plus d'intérêt
par la multitude , & avec plus de défiance
par les efprits réservés , que les Mémoires
de M. le Baron de Tott . C'eft à leurs
défauts même qu'ils ont dû en partie ce
fuccès rapide , qui n'eft pas toujours un gage
du fuffrage de la poftérité. Si le grand nom
bre d'objets qu'on parcourt dans cet Ouvrage
euffent été développés , cette érudition
hiftorique eût fatigué des Lecteurs impatiens
, qui n'ont pas beſoin de rien apprendre ;
DE FRANCE. 153
fi l'Auteur eût approfondi les détails importans,
au lieu de multiplier ceux qui pouvoient
être agréables , il cût fait travailler l'intel-,
ligence , fans amufer l'imagination ; ſi l'on
n'eût pas flatté la curiofité par un tableau
difforme , dont l'invraifemblance forme le
principal attrait , les Turcs ne nous auroient.
paru qu'une Nat on trop ordinaire , & d'un
caractère trop difficile à faifir à la première
lecture. Enfin , les doutes , les exceptions ,
les difcuflions peuvent occuper les Savans
mais rébutent les gens du monde , gênent le
bel - efprit jaloux de généralifer , & forment
un écueil pour les idées fyftématiques.
En analyfant les Mémoires de M. de Tott ,
nous préfentâmes quelques remarques à
demi developpées fur les conféquences politiques
, déduites par l'ingénieux Auteur
de quelques faits particuliers ; fur l'impoffibilité
de concevoir l'exiftence d'une Nation
telle qu'il nous a repréſenté les Turcs ; fur
les abus prefque toujours confondus dans ce
Livre avec les ufages ; enfin fur les véritables
caufes & fur le degré de la décadence
actuelle de l'Empire Ottoman. Nos conjectures
viennent d'être pleinement confirmées
par M. de Peyffonnel.
Ainfi qu'à d'autres , on ne lui objectera
pas puérilement , que n'ayant jamais vu les
Turcs , illui eft défendu d'en jeger différemment
que les Voyageurs ; fon autorité eft
équivalente à celle de M. de Tott. Vingtfept
ans de féjour en Turquie , une longue
Gy
>
1f4
MERCURE
}
adminiftration d'affaires délicates & difficiles
au milieu des Ottomans , une parfaite connoiffance
de leur langue & l'étude de leurs
ufages , permettent fans doute à M. de
Peyffonnel d'expofer fon opinion. Il l'a fait
avec autant d'eſprit que de politeffe ; mais
fa critique rejette le Lecteur dans un nouvel
embarras ; car elle efface prefque tous les
grands coups du pinceau brillant de M. de
Tott.
Faudra-t'il donc recommencer l'étude de
la Turquie Oui , il eft bien d'autres Na-.
tions plus voifines qui , malgré tant de Livres
, d'Obfervateurs & de Voyages , auroient
auffi le droit de nous renvoyer à
l'école .
Par un éloge infiniment outré de nos premières
obfervations , M. de Peyffonnel nous
a interdit d'examiner les fiennes ; notre jugement
feroit fufpect , & nous devons nous
borner , par quelques citations , à mettre
le Public en état de comparer les affertions
des deux Écrivains. Il n'y a point d'ordre
dans les Mémoires de M. de Tott ; il n'y en
a point dans la critique de M. de Peyffonnel ;
il n'y en aura point dans cette analyfe , &
nous fuivrons tous trois , ainfi que le Lecteur
, les habitans du Bofphore de Thrace ,
fans refpect pour les tranfitions..
On peut fe rappeler que M. de Toit éternife
la barbarie Ottomane , en attribuant
l'ignorance des Turcs à l'extrême difficulté
qu'ils ont de lire leur propre langue. M. de
DE FRANCE.
Iss
"
66
Peyffonnel fait à ce fujet une remarque extrêmement
fimple . Si les Indigènes qui
» favent la langue , avoient tant de peine à
» lire l'écriture , quel devroit donc être le
» travail des étrangers ?..... Cependant M.
» de Tott nous apprend qu'avec le fecours
» d'un Maître de Langue Perfan , toujours
ivre d'opium & d'eau-de-vie , il fut en
peu de temps en état de fe paffer d'interprête.
Si nous avons eu , fi nous avons en-
» core tant de favans Interprêtes en état de
» défier en Turc , en Perfan & en Arabe ,
les Lettrés Mahometans les plus inftruits ,
» on doit en conclure que les indigènes qui
favent déjà la langue , doivent parvenir
» facilement à lire & à entendre les Ou-
" vrages les plus abftraits. »
»
"
"
33
M. de Tort refufe aux Turcs toute culture
de l'efprit. Leurs études & leur Litté
rature le børnent , felon lui , à des tranfpofitions
de lettres , amufement du mauvais
goût. Cette affertion paroît à M. de Pey ffon
nel une exagération injuſte. Autant vaudroitil
avancer qu'on ne compofe en France que
des charades & des calembours , parce que
ces miférables jeux d'efprit exercent la fagacité
de quelques individus. Depuis la grammaire
aux mathématiques , pas une fcience
que l'on n'enfeigne dans les Médreffés ou
Colleges Turcs ; pas une fcience fur laquelle
les Ottomans n'ayent des Auteurs . Sans doute
ce n'eft pas affez pour fe procurer des Efcadres
, des Armées , une difcipline militaire,
G vj
156
MERCURE
une fage adminiftration , & tous les Arts
qui ont donné aux Européens tant de fupériorité
fur les Afiatiques ; mais n'eût elle que
les élémens d'Euclide & les Fables de Lockman
, une Nation ne mériteroit pas d'être
placée au degré de rufticité fociale où la fuppofe
M. de Tott.
Il lui eft échappé des erreurs hiftoriques
affez nombreuſes , dont M. de Peyffonnel
s'étonne avec raiſon . Après 23 ans de féjour
en Turquie , comment l'Auteur des Mémoires
a t'il fait de la Georgie une dépendance
de la Perfe plutôt que de la Turquie ,
tandis que cette Province eft divifée en deux
principautés dont la plus importante , valfale
aujourd'hui de la Ruffie , l'étoit ci devant
du Grand Seigneur ? Comment trouvet'il
dans le mot Sultan un fimple titre de
naiffance , qui n'entraîne aucune idée d'autorité
, lorfque la légende des monnoies
Turques commence précisément par ces
mots: Soultan el Bercin , le Souverain des
terres , Ve Hahka el Bahrein , & le Dominateur
des mers? Comment réferve -t'il au
feul Souverain des Tartares la qualification
de Khan , tandis que l'Empereur Turc la
prend dans toutes fes monnoies ? Comment
s'eft-il trompé fur la généalogie même des
Souverains qu'il a vû réguer à Conftantinople
, fur la naiffance des Sultans Mahmoud
& Ofman , fils de Muftapha III , & non
d'Achmet , comme il le dit ? & c. Comment
a- t'il attribué à Sultan Ofınan le genDE
FRANCE. 157
re de mort de Sultan Mahmoud , fon prédéceffeur
, frappé d'agonie entre les deux
portes du Sérail ? Comment deux fois prendt'il
le fleuve du Niéper ou le Borifthène ,
pour le Niefter qu'il a traverfé ? & c.M.deTott
eft la preuve qu'on peut commettre beaucoup
de méprifes de cette efpèce , & refter
un homme plein d'efprit , de feu , d'imagination
& de talens ; mais quelque peu effentielles
que foyent ces imperfections , elles
indiquent des connoifiances fouvent peu
exactes & des informations négligées. Précipitation
dans le travail , qui fait craindre
celle des jugemens.
Il eft des ufages fouvent pen remarquables
en eux-mêines , qui fervent à caractérifer
parfaitement l'efprit national ; il
importe de ne pas fe tromper fur le vrai
motif de leur inftitution . « Plufieurs :
" gens riches , dit M. de Tott , font conf-
» truire des fontaines & des Namazgiak ,
2
afin d'indiquer aux dévots Mufulmans la
direction de la Mecque. » D'après ce paffage
, on eft tenté d'attribuer à la ſuperſtition
des Turcs , ce qui eft l'ouvrage de l'efprit
d'humanité. « Les fondateurs des fon-
» taines , remarque M. de Peyffonnel , ont
و د
regardé , avec raifon , comme une oeuvre
» très- méritoire , d'étancher la foif des paſ-
» fans dans les rues , & des voyageurs dans
les chemins , & de leur fournir les moyens
de faire les ablutions qui , de toute néceffité
, doivent précéder la prière . Plufieurs "
158 MERCURE
39
ont pouffé la bienfaiſance jufqu'à affigner
» des fonds pour la fourniture de la neige
pendant tout l'éré , afin que les paffans
qui viennent s'abreuver à leurs fontaines ,
boivent plus frais & fe defaltèrent plus
» facilement. "
"
Pour juftifier l'idée qu'il a conçue & qu'il
nous préfente du Gouvernement des Turcs ,
l'Auteur des Mémoires , entraîné par fes
préjugés , voit par tout le defpote implacable
& le peuple impuiffant . Il donne
au premier le pouvoir illimité d'opprimer
impunément , & ôte au fecond jufqu'aux
forces morales pour fe défendre. Suivant lui ,
aucune loi ne réclame contre les atrocités du
defpotifme , & l'habitude de fouffrir étouffe
jufqu'à la plainte. Puifque cet état de choles
exifte en Ruffie , où les fujets vivent , nonfeulement
fous une autorité politique , ab
folue & arbitraire , mais encore fous le joug
de la fervitude réelle , le même phénomène
pourroit fe retrouver en Turquie. Heureufement
on doit douter de cette funcfte reffemblance.
"Il n'y a peut-être pas de Monarque fut
» la terre , dit M. de Peyffonnel , témoin
» oculaire de ce qu'il avance , plus acceffible
» à la plainte que l'Empereur Turc. Tous
» fes fujets indiftinctement , Mahométans ,
» Chrétiens & Juifs , peavent, tous les Vendredis
, lorfqu'il va en cérémonie à la
Mofquée , lai préfenter un placet. Les opprimés
fe rangent en file fur le paffage du
"
DE FRANCE. 359
"3
» Souverain ; ils ont chacun fur la tête un
» morceau de natte allumé & fumant ; quand
l'Empereur apperçoit cette fumée , il s'arrête
, donne ordre à quelqu'un de fes gens
» de ramaffer les placets , il fe les fait re-
» mettre , & les place dans fon fein. Muftapha
IV les lifoit tous ; & fouvent après
» cette lecture il fit des actes de juftice éclatans.
On voit quelquefois dans les Tribu-
» naux des plaideurs fermes & hardis qui ,
foupçonnant quelque prévarication , ofent
menacer le Juge en ces termes : Haffir
» Yakarum ; j'allumerai la natte . »
"
מ
Il existe un contre- poids légal au defpotifme
de l'Empereur Ture , dans l'autorité
des Ulemas , ou gens de loi ; M. de Tort
l'avoue ; & , ce qu'il y a d'étrange , il induit
de ce choc de ces deux puitfances , que la
feconde eft abfolument fans énergie. Sa
fo: ce , il eft vrai , peur n'être pas égale ; mais
de ce qu'elle eft plus foible , s'enfuivroit - il
qu'elle fût nulle ? Écoutons M. de Peylfonnel.
93
"
" Dès qu'il y a entre le Defpote & le Peu
ple un Corps intermédiaire dont le droit
» eft égal ; dès que ce Corps et le dépofitaire
, l'organe & l'interprête de la Loi ,
» à laquelle le Souverain doit être foumis
» comme le dernier de fes Sujets ; enfin ,
dès que ce Corps & le Defpote font forcés
par la Loi de fe craindre & de fe mé:
» nager , il ne peut plus y avoir d'arbitraire
abfolu..... Si le Souverain peut d'un feul
160 MERCURE
ور
ود
"
» mot exiler & même perdre le Mufti &
» les Ulemas ; ceux- ci peuvent, dans un inf
» tant , par des difcours ou par des placards
affichés aux Mofquées , foulever le peuple,
détrôner , faire étrangler ou maffacrer le
» Souverain. Ce fut de fon exil , & dans fa
» maifon de campagne fur le Bofphore, que
» le fameux Mufti Effad Effendi , excita
» contre Sultan Mahmoud la fermentation.
qui eût entraîné la perte de cet Empereur,
» s'il ne s'étoit promptement décidé à facrifier
les trois favoris.
ور
" د
Je paffe les remarques du Critique fur
l'adminiftration de la juftice civile & criminelle
, remarques directement oppofées au
fyftême de l'Auteur des Mémoires . Voici
une nouvelle preuve de l'exceffive prévention
de ce dernier. Jufqu'à lui , on avoit été
unanime à croire la douane de Conftantinople
plus douce que celle d'Europe ; il
s'élève ironiquement contre cette opinion ,
& nous affure que fi les Francs ne payent
qu'un droit de trois pour cent , ce droit eft
de fept , fouvent même de dix pour cent
pour les Indigènes. Sur cet article , on peut
fuppofer l'ancien Conful Général du Roi de
France fort exactement inftruit. Or , que
nous apprend- t'il ?
Qu'aucune douane n'eft plus modérée ;
qu'en comptant le bénéfice du tarif , les
Francs ne payent qu'environ deux pour cent
de leurs marchandiſes ; qu'une fois ce droit
acquité , le Négociant parcourt tout l'Empire
DE FRANCE. 161
avec fes ballots gratuitement ; qu'il n'y a jamais
d'avanies ; que les Indigènes payent
cinq , & non fept & dix pour cent ; que le
Marchand eft libre de payer en argent ou en
nature , & que par conféquent il ne peut
être vexé dans cette dernière efpèce de tribut
; qu'enfin , les loix pénales fur la contrebande
fe réduisent à une taxe double des
droits fraudés. « Les François , ajoute M. de
و د
"
39
Peyffonnel , pourront-ils oublier la bon-
» hommie d'Ifak Aga , Grand Douanier de
Conftantinople , qui , dans le temps où la
pefte faifoit d'affreux ravages , & où les
bureaux même en étoient infectés , déféra
» à la prière de M. le Comte Defalleurs ,
» Ambaffadeur du Roi , pour perimettre que
les marchandifes des François fuffent
tranfportées directement dans leurs magafins
, fans fubir aucune vilite , & pour fe
» contenter de leurs propres déclarations ?
Neft- il pas douloureux d'oppofer à cette
» bonne -foi l'indignité de quelques François,
qui , malgré les menaces formidables
de l'Ambaff deur , osèrent préfenter des
déclarations infidelles , dont cet honnête
» homme eut la fagacité de découvrir la
fraude , & la générofité de ne pas fe
plaindre.
??
"
ود
و د
و ر
30
ود
M. de Tott a fans doute ignoré de pareils
faits ; peut- être auroit - il dû chercher à s'en
inftruire avant de prendre la plume ; car
l'Hiftorien n'eft pas un Avocat chargeant.
tous les traits blâinables d'une partie ad162
MERCURE
verfe , & diffimulant les côtés avantageux.
J'abrège à regret ; car chaque page de
l'Ouvrage de M. de Peyffonnel renferme,
une obfervation ou un fait intéreffant. Il
rend juſtice au tableau exact & inftructif des
moeurs & des ufages des Tartares , tel que ,
l'a tracé M. de Tott . Son Critique a féjourné
quatre ans dans la petite Tartarie , où il fut
chargé d'une miffion importante. Ce concert ,
de témoignage entre les deux voyageurs ,
dédommage du contrafte de leurs récits fur
des points moins effentiels. M. de Tott , par
exemple , n'a mangé en Crimée que de mau
vais pain , du riz , du mouton , des volailles
ériques , il n'y a vû ni beurre , ni légumes
ni poiffon ; les Tartares , felon lui , ne ſavent
pas même battre le beurre,
Au contraire , M. de Peyffonnel s'eft
nourri à Baktcheferai de très - bon pain
d'excellent vin blanc du crû du pays , d'une
abondance de dindes , de poules , de poulets ,
d'oies délicieufes à très -bon marché. Il demande
ce qu'étoient devenus , à l'époque
des Mémoires , les lièvres , les perdrix , les
canards , les pluviers dorés , les cailles , &c.
dont il étoit raffafié ; la morue fraîche &
les haîtres , les traites de Katchi , les excellens
& fuperbes melons d'eau , les énormes
concombres , les cardes & les afperges , &c.
Avec tout cela , il eft difficile de comprendre
comment on peut faire fi mauvaiſe
chère. Quant au beurre qui difparoît de la
Crimée fous la baguette de M. de Tott , cette
DE FRANCE. 163
prefqu'Ifle en fournit soco quintaux par
an : il en vient le double de chez les Nogais
du Djamboilouck & du Couban , & il faut
être auffi malheureux pour manquer de
beurre en Crimée que pour manquer de vin
en Bourgogne & d'huile en Provence.
Je regrette de ne pouvoir tranfcrire les
détails curieux par lefquels M. de Peyffonnel
développe les circonftances du combat
de Tchefmé & le caractère d'Haffan Pacha ,
aujourd'hui Capitan Pacha , aufli pea ménagé
par l'Auteur des Mémoires que la Nation
dont il nous a offert la caricature. Il a
traité de fou le projet qu'exécuta avec tant
de valeur cet Haffan Pacha , de délivrer
Leinos , affiégée par les Ruffes. Le Vilir , à
qui M. de Tort avoit repréfenté l'extravagance
de cette tentative , formée par 4000
Volontaires , lui répondit : Ce fera 4000 cor
quins de moins , cela vaut bien une victoire,
Voici donc ce que firent les 4000 , ou plutôt
les 500 coquins , car Haffan Pacha n'en conduifoit
pas davantage.
20
• Avec cette petite troupe , embarquée
» fur de très-petits bateaux , fans artillerie
" & fans provifions , cet Amiral partit des
Dardanelles , profita de la nuit pour faire
» le trajet , & aborda le lendemain dans
» l'Ile de Lemnos. Dès que fon monde a
» debarqué , il donne un coup de pié à ſon
» batean , ordonne à tous les camarades
» d'en faire autant ; les bateaux ainfi pouffés
» au large , il fait une courte harangue à
"
"
164
MERCURE
""
" fes compagnons : Mes enfans , leur dit- il ,
plus d'espoir de fuir: nous n'avons point
» de vivres & nous fommes à jeun ; mais
» nous en trouverons chez l'ennemi , & nous
" ne mangerons qu'après la victoire : je vais
» yous y conduire , fuivez moi. Il part delà
» à marche forcée , va chaffer les Ruffes de
» la ville de Lemnos & du port S. Antoine ,
" les force de fe rembarquer , delivre le
fort affiégé inutilement depuis quatre
» mois , demeure maître de leur artillerie &
» de leur bagage , voit appareiller leur
flotte , & retourne triomphant aux Dar-
» danelles. "
ود
99
و د
On croit lire l'Histoire de la Grèce dans
fes beaux jours ; & qu'a fait de plus
l'homme fi foiblement loué par M. de Tott ?
" Il a rétabli la Marine Ottomane en-
» tièrement détruite à Tehefiné ; il a per-
" fectionné la conftruction & le gréement
des vaiffeaux ; il a châtié les plus puiffans
» rébelles de l'Empire , & délivré la Morée
» de l'invafion des Albanois ; il a fauvé les
"
Grecs qu'on avoit délibéré dans le Divan
» d'exterminer entièrement , pour les punir
» de leur défection , & n'y être plús expofé ;
» il a obtenu pour eux une amniftie géné
» rale fidèlement obfervée ; il a conftam-
» ment maintenu la police , l'ordre & la
"
tranquillité dans la Capitale , prévenu ou
» étouffe toutes les révoltes . La Nature ,
aidée par l'étude & par l'art , auroit fair
d'Hallan Pacha un homme prodigieux ;
DE FRANCE. 155
» la Nature toute feule n'en a fait qu'un
30 grand homme. »
ور
"
Je finis par une réflexion de M. de Peyffonnel.
« Si l'on vouloit , dit - il , repréſenter
» aujourd'hui les Turcs à l'Europe , comme
» un effaim anarchique de barbares , vivant
fans ordre , fans juftice , fans loix , fans
» moeurs , fans caractère , ignorant les pre-
» miers élémens de toutes chofes , & énervés.
par le poids accablant de l'arbitraire le
plus abfolu ; il femble que dans un pareil
jugement les reproches devroient être
plus profondément difcutés & la ſentence
mieux motivée. Il faut un Ouvrage im-
» menfe pour donner des idées vraies du
» caractère , du Gouvernement , des moeurs
» & des coutumes des Turcs, Je n'entreprendrai
pas ce travail , parce que j'ai sû
indirectement qu'il eſt déjà fait & bien
» fait par l'homme du monde le plus capa-
» ble de l'exécuter . »
"
ور
"
M. de Peyffonnel feroit fans doute cet
homme-là. Il a raffemblé , dit - on , une immenfité
de recherches , d'obfervations & de
faits relatifs à la contrée qu'il paroît avoir
étudiée avec beaucoup de foin ; mais fi fa
modeftie , ou d'autres raifons , l'empêchent
d'ouvrir un porte- feuille auffi précieux , il
faut croire qu'il fera bien remplacé , & l'on
peut s'en repofer fur fön autorité , en attendant
l'Ouvrage qu'il nous annonce , comme
devant remplir un but imparfaitement atreint
jufqu'à ce jour.
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
166 MERCURE
TABLEAU des Ufances & jours d'échéances
admis dans les principales villes de Commerce
, par M. Gorneau. in-4° . brochure
de 66 pages. A Paris , chez l'Auteur ,
Cloître S. Merry.
On demandoit depuis long- temps un Tableau
qui fit connoître aux Négocians les
jours de grâce & l'échéance des effets de
commerce. M. Gorneau a fait ce Tableau
avec la fage précaution de s'affurer des
règles & des ufages des principales villes ;
fant par des autorités particulières , que par
les certificats d'un grand nombre de Juridictions
confulaires . On peut compter fur
l'exactitude du travail de M. Gornau . Nous
favons qu'il a beaucoup de matériaux fur le
Commerce , dont il feroit à defirer qu'il fit
part au Public. Ce Procureur jouit dans le
Commerce & aux Confuls de la confidération
la mieux méritée. Profeffeur des Cours
de Commerce , qui ont lieu chaque année
dans la Salle des Confuls , on a fouvent été
l'entendre avec plaifir , parce qu'il possède
parfaitement les matières qu'il traite , & qu'il
l'art de les énoncer avec clarté.
DE FRANCE. 167
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poéfie Francoife. Tomes 27 , 28 , 29 &
30. A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Jullienne , & Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins .
A MESURE que cette intéreffante Collection
avance , les noms qu'elle préfente doivent
être plus connus ; cependant on eft rout
étonné d'y trouver quelquefois des Poëtes
eftimables & prefque ignorés. Les quatre
nouveaux volumes que nous annonçons , répondent
à l'idée avantageufe que l'on s'eft
forinée de ce Recueil , & juftifient les éloges
qu'on leur a donnés . Comme cer Ouvrage
eft connu il y a long- temps , nous nous bornerons
à quelques citations que nous croyons
propres à amufer nos Lecteurs.
Le vingt- feptième volume contient les
Poéfies de Linière , de Gilles Boileau , de
Richelet , de Pavillon , de Perrault & de
Regnier Defmaretz. Ces fix Poëtes ont produit
une moiffon abondante . Le vingthuitième
volume contient le choix des
Poéfies de Mme Deshoulières , dont nous
nous difpenferons de rien dire ; mais après
Fléchier vient Bourfault , qui mérite que
nous nous y arrêtions , parce qu'il eft moins
connu. Nous commencerons par une Pièce
qui nous donne lieu de faire une obfervation
critique .
168 MERCURE
Épigramme de Bourfault.
Figure du monde qui paſſe ,
Et qui paffe dans un moment >
Pompe , richeffe , honneurs , frivole amusement,
Dont un mortel s'enivre & jamais ne ſe laſſe ,
De quoi fert votre éclat à l'heure de la mort ?
Il ne peut ni changer ni retarder le fort.
Gerfeuil plus haut que lui ne voyoit que fon maître ;
Dans le fein des grandeurs , des biens & du plaiſir ,
Lorfqu'il la craint le moins , la mort vient le faifir ,
Et ne lui donne pas le temps de fe connoître.
Hélas ! aux grands emplois à quoi fert de courir ?
Pour veiller fur foi - même , heureux qui s'en délivre !
Qui n'a pas le temps de bien vivre ,
Trouve mal aifément le temps de bien mourir.
Cette Pièce , faite fur la mort du Marquis
de Louvois , le trouve dans le précédént volume
, à l'article de Perrault , page 178.
>
Epigramme de Bourfault.
Colas , ce dévot perſonnage ,
Eft mort depuis cinq ou fix jours ;
Raifin , * à la fleur de fon âge ,
Vient auffi de finir fon cours ;
Dans le maudit fiècle où nous fommes ,
Chacun fe déguiſe ſi bien ,
* Fameux Comique.
Qu'on
DE FRANCE. 169
t.
Qu'on ne fait qui de ces deux hommes
Fur le plus grand Comédien .
Autre.
Bon Dieu ! que dans le monde on fe déguiſe bien!
Dans quelle Comédie a - t'on inieux fait fon rôle ,
Que Pacôme , qui la contrôle ,
Pendant oute fa vie a fu faire le fien ?
Si les fictions & les fables
Parmi les Chrétiens font blamables ,"
Et trabiffent la vérité ;
Eft il fiction plus criante ,
Que de prêcher la pauvreté
Avec vingt mille écus de rente ?
Autre.
UN Prélat ayant fait bâtir
Un palais magnifique où brilloient mille charmes ,
A l'endroit le plus beau fit arborer fes armes
Avec les ornemens pour les bien affortir ;
La croffe , le chapeau , tout étoit dans fon ordre ;
Mais comme on ne voit rien où l'on ne puiſe mordre ,
Et
que l'un trouve laid ce que l'autre croit beau ,
Un homme épluchant tout du bas jofques au faîte :
Voilà , dit-il , un grand chapeau
Pour une bien petite tête.
Autre.
UN Prélat de bonae maison ,
Ou bien il n'en eft point en France ,
30 , 2 , Juillet 17: 5.
N°.
H
170
MERCURE
De la grandeur de fa naiffance
Se fouvint une fois un peu hors de faifon ;
Dans une maladie extrême ,
Exténué , languiffant , blême ,
Mais toujours de fon fang foutenant la fplendeur :
Par votre puiffance ſuprême ,
Seigneur , s'écria- t'il , s'adreffant à Dieu même ,
Ayez pitié de ma grandeur.
Nous ne citons aucune des Fables de ce
Peete eftimable ; elles font trop connues ,
& il n'y en a peut- être pas une dans le grand
nombre que les Éditeurs en ont recueilli
dont la lecture ne foit amufante ou inftructive.
On lira avec plaifir quelques Pièces de
le Pays , qui n'eft guères connu que par les
vers de Boileau :
Sans mentir , le Pays eft un bouffon plaifant.
+
Madrigal à Mlle de..... , qui vouloit dire à
l'Auteur fa bonne aventure.
Ja ne difpute point contre votre ſcience ;
J'en croirai , belle Iris , tout ce qu'il vous plaira ;
Je croirai que , fachant fort bien la chiromance ,
Vous voyez l'avenir comme il arrivera ;
Votre adreffe n'eft pas une adreffe commune ;
On ne m'a jamais mieux dit ma bonne fortune ;
Mais confeffons la vérité :
Je vous fais peu de gré de vouloir m'en inftruire ;
DE FRANCE. 171
Vous me la pouvez faire avec facilité ,
Et vous vous amuſez , Philis , à me la dire.
Épigramme.
Tout le monde me veut du bien ,
Chacun me dit que j'en mérite ;
Moi-même je le dis fans faire l'hypocrite ,
Mais la fortune n'en croit rien.
›
Nous nous arrêterons peu au vingt-neuvième
volume , qui contient Quinault
Chaulieu & Lenoble ; l'article de Quinault
n'eft compofé que de deux Pièces de Poéfie :
la première , l'Opéra difficile , eft trop connue
pour être citée ici . C'eft avec grand
plaifir qu'on lira la vie de ce Poëte , dans
laquelle on trouvera une difcuffion fage &
ingénieufe de fon talent , de fes difcuffions
avec Boileau , & un extrait de ſes Opéra ,
avec des citations qui en font connoître à
peu-près tous les beaux endroits.
Comme Boileau le trouve dans toutes les
bibliothèques , & que pour faire un choix
de fes Poéfies il eût fallu les copier à peuprès
en entier , les Éditeurs ont cru devoir
fe borner à une Épître qui ne fe trouve point
dans fes OEuvres. On trouve enfuite un
choix des Fables de Lenoble. Cet Auteurétant
très- volumineux , & ayant fait une
infinité de vers au deffous de la médiocrité,
il est un de ceux qui gagnent le plus à être
réduits. C'eſt lorſqu'on rencontre des Poëtes
Hij
172 MERCURE
>
auffi féconds , dont le talent eft étouffé par
un grand nombre de mauvais Ouvrages
que l'on fent toute l'importance du fervice
que les Éditeurs des Annales Poétiques ont
rendu à la Littérature Françoife . Nous engagcons
nos Lecteurs à lire Lenoble , non dans
l'Édition de fes Ouvrages , il tomberoit trop
fouvent des mains ; mais dans la Collection
que nous annonçons.
Le trentième volume commence par Jean
Racine , qui eft fuivi de Poiffon , de la Monnoye
, de l'Abbé Geneft & de Mlle de la
Vigne.
Dialogue de deux Compères à la Meffe
par M. de la Monnoye
BON JOUR Compère Andié. Bon jour Compère
Gille .
-
Comment vous portez- vous ?
A fouhait
-
Bien, & vous ?
Puis -je ouir cette Meffe ? - Elle est tout votre fait ;
Le Prêtre n'en eft pas encore à l'Évangile .
-Voulez-vous qu'au fortir nous déjeûnions en ville ?
-Tope. Nous y mettrons Sire Ambroise & Rolait.
Il ne nous faut qu'un bon cochon
-
D'accord. ---
de lait;
-Ah ! vous n'y fongez pas ; c'eft aujourd'hui vigile.
-Vigile ! à demain donc , je fais pour les jours gras.
A propos , on m'a dit que le voifin Lucas
Époufe votre.... Point , j'ai découvert fes dettes.
"
DE FRANCE. 173
-Où vend- t'on du bon vin ? -Tout proche l'Hôtel-
-
Dieu .
Grand merci ; prêtez - moi de grâce vos lunettes.
Oh , oh , la Meffe eft dire ; adieu , Compère.
Adicu.
Epitaphe d'un Evêque , qui avoit légué cent
écus à celui qui la feroit.
CI- GIT un très - grand perfonnage ,
Qui fut d'un illuftre lignage ,
Qui pofféda mille vertus ,
Qui ne trompa jamais , qui fut toujours fort lage,
Je n'en dirai pas davantage ;
C'eft trop mentir pour cent écus.
Épigramme.
MARQUIS , ce drap d'Efpagne eft beau ;
Que vous l'a vendu Breteneau ?
---
Quinze écus l'aune .
G
Comment diable !
C'est bien cher.
ة ي ا م ح
Mais c'eſt à crédit.
Oh ! oh! l'emplette eft admirable ,
Vous avez pour rien votre habit.
On lira avec plaifir , à la fuite de la Monnoye
, deux Pièces de l'Abbé Geneft , connu
par la Tragédie de Pénélope , qui n'eut que fix
repréſentations , & quien méritoit davantage.
Cette Tragédic a confervé l'eftime des connoiffeurs
, non pour fa verfification , qui eft
affez foible , mais par le caractère vertueux
H iij
174 MERCURE
des principaux perfonnages , & le goût de
fimplicité antique qui y refpire. Boffuet ,
ennemi des Spectacles , n'héfita pas à dire
qu'il les approuveroit fi on y donnoit toujours
des Pièces auffi épurées.
Le volume eft terminé par l'article de
Mile la Vigne.
On fent combien nous aurions pu multiplier
nos citations & nos éloges , fi nous
avions voulu analyfer les quatre volumes
que nous venons de parcourir.
L'ESPRIT des Ufages & des Coutumes des
differens Peuples. Ouvrage dans lequel on
a réuni en Corps d'Hiftoire tout ce qu'ont
imaginé les hommes fur les alimens & les
repas , les femmes , le mariage , la naiffance
& l'éducation des enfans , les Chefs
& les Souverains , la guerre, la diftribution
des rangs , la fervitude & l'esclavage,
la pudeur , la parure , les modes , la fociété
& les ufages domeftiques , les Loix pénales,
les fupplices , la Médecine , la mort, les
funérailles , les fépultures , &c.; par M. de
Meunier , Traducteur du dernier Voyage
de Cook. A Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés .
L'ÉTUDE des Nations cft une étude digne
de la curiofité de l'efprit humain ; cependant
rien n'eft fi commun que l'ignorance où nons
vivons des moeurs , des coutumes , du caractère
des Nations , foit anciennes , foit moDE
FRANCE.
175
dernes. On nous reproche de ne pas chercher
à connoître davantage les peuples voifins
avec lefquels nous avons des relations
d'intérêt , les moeurs de notre patrie même
nous font étrangères. Croirions - nous pouvoir
nous fuffire à nous - mêmes ? La vanité nous
porteroit- elle à ne rien appercevoir d'eftimable
au- delà de nous ? Cette indifférence
ne feroit-elle pas plutôt une fuite de notre
goût pour tout ce qui eft amufement , & de
notre averfion pour tout ce qui exige un peu
de réflexion & de travail ?
Le progrès des lumières , & les connoiffances
Philofophiques qui fe font fi fort
multipliées depuis plus d'un fiècle , devroient
nous avoir perfuadé que rien n'eft plus ridicule
que le préjugé qui ne nous fait eftimer
que notre Nation . La variété des inftitutions
qui fe font établies dans chaque pays ,
la fingularité des ufages arbitraires , peuventelles
nous empêcher de regarder tous les
hommes , même les plus barbares , comme
les enfans d'une même famille, pour lesquels
nous devons conferver l'intérêt le plus tendre
? Un vrai Philofophe , fans ceffer d'appartenir
à la patrie , & de lui confacrer les
talens , ne doit - il pas afpirer à être l'homme
de tous les temps & de toutes les Nations ?
Convenons donc que rien ne peut juftifier
notre négligence à nous inftruire de tout ce
qui a rapport aux diverfes Nations qui compofent
le genre humain. Plus le champ de
Hiv
176 MERCURE
l'obfervation s'eft étendu , plus il préfente
d'époques à parcourir , plus cette étude eft
devenue néceffaire & intéreffante. Nous con
venons toutefois que le plaifir d'étudier l'efprit
d'une Nation , croît en proportion du
rôle que cette Nation joue fur le Théâtre de
l'Univers , & de l'intérêt que nous avons à
le connoître. Nous devons par conféquent
étudier les meurs des Anglois avant celles
des Nations éloignées avec lefquelles nous
n'avons pas les mêmes rapports . Rien de fi
aifé que de fuivre cet ordre , & d'approfondir
le génie de nos voifins , avant d'étudier
les moeurs des Nations anciennes & éloignées
de notre patrie.
Mais pont nous livrer à cette étude fi intéreffante
& fi digne de la curiofité de l'efprit
humain , & y faire promptement des
fuccès , il faur favoir tapprocher les moeurs ,
les ufages , les coutumes & les loix des différens
peuples , & fur tout en découvrir l'efprit
s'il eft poffible . Tel eft l'objet de l'Ouvrage
que nous annonçons . L'Auteur s'eft
chargé de nous faciliter cette étude , en raffemblant
tout ce qui est épars dans une infiniré
d'Ouvrages , & en recueillant avec une
faine critique toutes les recherchés des Hiftoriens
& des Voyageurs . Mais comme les
Hiftoriens n'ont rapporté fouvent les ufages
& les coutumes des Nations que d'une manière
très-fuccincte , & que la plupart des
Voyageurs n'ont pas mis affez d'ordre & de
DE FRANCE. 177
fuite dans ce qu'ils ont rapporté fur cet ob
jet, rien ne pouvoit être plus utile aux Lecteurs
que de trouver dans un feul Ouvrage ,
réunis fous un même point de vue , les coutumes
, les ufages & les moeurs de toutes les
Nations. En effet , rien ne caufe plus de furprife
à l'efprit humain que cette prodigieufe
variété qu'on obſerve à cet égard
parmi les Nations.
Le climat , comme l'obferve l'Aureur de
l'Ouvrage , la ftérilisé du pays , l'organiſation
physique , les befoins & la pofition des peuplades
, ont dû néceffairement introduire des
coutumes très- différentes . La politique , les
loix & la morale , les idées fauffes & les
préjugés , la liberté , l'efclavage , & mille
autres circonftances ont auffi contribué à les
varier. Plufieurs ufages font le réſultat de
l'expérience qui fe perfectionne fucceffivement
, & ne peut par conféquent être la
même dans tous les temps & dans tous les
lieux. Tel ufage qui étoit raisonnable dans
fon origine , s'eft dénaturé dans la fuite , &
l'on eft furpris de voir qu'il ſe foit confervé
en devenant ridicule. On eft donc obligé de
fe transporter aux époques de leur établif
fement , & d'étudier l'hiftoire du temps &
des moeurs régnantes , pour pouvoir décou
vrir les caufes phyfiques & les caufes morales
qui ont influé fur toutes ces differentes
courumès . C'eſt la méthode qu'a fuivie exac
tement M. de Meunier , en étudiant les progrès
de la civilifation , & en examinant
Hv
178 MERCURE
de quelle manière les ufages avoient été
changés.
M. de Meunier a été obligé de rectifier ce
que les Écrivains avoient mal vû, & de fuppléer
à leur filence fur plufieurs points. Il
n'a pas craint de dévorer des in -folio , & de
tirer de tant de compilations monftrueufes,
tous les traits précieux qui avoient rapport
aux uſages & aux coutumes. C'est dans les
codes des anciens peuples qu'il a fouvent
cherché les traces & l'origine de leurs ufages.
Quant aux faits extraordinaires qui femblent
répugner aux loix de la Nature , il a mis en
ufage les règles d'une faine critique , fans ſe
livrer aux abfurdités du pirrhoniſme. Malgré
le penchant à croire les ufages finguliers , il
y a un point, où il est néceffaire de s'arrêter ;
& c'est ce point qu'il étoit effentiel de difcerner
& de faifir. En cherchant l'efprit des
ufages & des coutumes des différens peuples
, l'Auteur a fu réunir en corps d'Hif
toire tout ce qu'ont penfé les hommes fur
les alimens & les repas , & c. Les femmes ,
le mariage , la naiffance , l'éducation des enfans
; les Chefs & les Souverains , la guerre,
la diftinction des rangs , la nobleffe & l'in
fociabilité des Nations , l'esclavage & la fervitude
, la beauté , la parure , & les manières
de fe défigurer , la pudeur & la continence
, l'aftrologie , les ufages , cabaliftiques
, &c.; la fociété & les ufages domef
tiques , les Loix pénales , les épreuves , les
fupplices , le fuicide , l'homicide & les facriDE
FRANCE, 179
fices humains , les maladies , la Médecine &
la mort, & enfin les funérailles , les fépultures
& les enterremens.
Tels font les objets intéreffans qu'embraffe
l'Auteur dans fon Ouvrage , qui doit
également fervir à éclaircir plufieurs Auteurs
anciens , & à fuppléer au filence de la plupart
des Hiftoriens , qui femblent s'être occupés
uniquement des faits militaires & politiques
, & qui ont un peu trop négligé les
détails de la vie privée.
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LES
ES Papiers Publics ont annoncé , l'année
dernière , trois nouveaux Prix , inftitués par le
Roi , pour l'encouragement du Théâtre Lyrique
, en vertu d'un Arrêt du Confeil d État
du , Janvier 1784. Le premier Prix eft une
médaille de la valeur de quinze cent livres ,
pour la Tragédie Lyrique qui fera reconnue
la meilleure au jugement des Gens de Lettres
invités au nom de Sa Majesté à en faire
l'examen ; le fecond , une médaille de la valeur
de cinq cent livres , pour la Tragédie
Lyrique qui obtiendra le fecond rang ; le
troifième , une médaille de Gix cent livres ,
Hv}
180 MERCURE
pour le meilleur Opéra-Baller , Paftorale ou
Comédie Lyrique.
Il y a eu cinquante-buit Poëmes envoyés
au Concours. Les Académiciens nommés
par le Roi ont déclare , après le plus mûr
examen , que dans ce nombre il y en avoit
trois qui leur paroiffoient meriter chacun
uni Pix ; mais que la difference des genres
& du mérite de chacun de cès Ouvrages ne
permettant ni d'en faire une comparaifon
exacte & rigoureufe , ni de donner à aucun
une préférence abfolue , ils prioient le Miniftre
de partager la fomme totale deftinée
aux trois Prix , en trois médailles de valeur
égale , qui feroient adjugées fans diflinction
aux trois Ouvrages qu'ils ont diftingués. Le
Miniftre a bien voulu confentir à cet arrangement
; & en conféquence les trois médailles
ont été adjugées aux Poëmes fuivans : la
Toifon d'Or , par M. de Chabanon ,
l'Académie Françoife & de celle des Infcriptions
& Belles - Lettres ; dipe à Colone,
par M. Guillard , Auteur d'Iphigénie en
Tauride , & de quelques autres Operas ; &,
Cora par M. Valadier.
de
Les mêmes Prix font proposés pour l'année
prochaine. Les Poemes deftinés au Concours
doivent être remis , avant le premier Février ,
à M. Suard , de l'Académie Françoife , Secrétaire
du Comité des Examinateurs. Les Auteurs
ne fe feront point connoître , & mettront
feulement leur nom avec une deviſe
dans un papier cacheté.
DE FRANCE. 131
On croit devoir prévenir les Gens de Lettres
qui fe propofent de concourir , que
l'objet de l'Adminiſtration , dans l'inititution
de ces Prix , étant d'encourager les Ecrivains
d'un talent diftingué à fe livrer à la compofition
des Poëmes Lyriques , l'invention dans
le plan & dans la conduite , l'élégance & la
correction du ftyle , font deux merites indife
penfables , fans lefquels aucun Ouvrage ne
peut prétendre au Prix . Ainfi , un Poëme
dont le fujet & la conduite feroient vifibleinent
imités d'un Ouvrage Dramatique déjà
mis au Théâtre , feroit rejeté fans autre examen;
& celui qui réuniroit à la forme du
Poëme Lyrique un dialogue ingénieux &
vrai , & une poéfie élégante & harmonieuſe ,
obtiendroit la préférence fur le Poëme , qui,
par fa coupe
& par l'intérêt même de l'action
, feroit fufceptible de prodaire de plus
grands effets dramatiques & de plus grandes
beautés muficles , fi le ftyle en étoit incorrect
& commun. Quinault & Métaſtaſe ont
prouvé que la Tragédie même n'avoit point
d'effer qui ne pût le tranfporter avec fuccès
fur le Théâtre de l'Opéra , & qu'une belle
poéfie pouvoit s'unir à la plus belle mufiqué.
afir
182 MERCURE
COMEDIE ITALIENNE.
MMB Dugazon jouiffoit déjà d'une réputation
brillante , lorfqu'elle joua le rôle de
Babet dans Blaife & Babet , Comédie de
M. Monvel, mufique de M. D. Z. L'effet
qu'elle produifit dans ce perfonnage, ajouta
beaucoup à l'idée avantageufe que le Public
avoit conçue de fes talens ; mais le
rôle de Juftine dans Alexis & Juftine , Comédie
des mêmes Auteurs , fit encore croître
fa renommée , & lui concilia les fuffrages
les plus univerfels. Jamais , il eſt vrai , Mme
Dugazon n'a développé avec plus de richeffe
que dans ces deux rôles , les moyens que la
Nature lui a prodigués pour intéreffer &
pour plaire ; jamais elle n'a été , nous ne
difons pas mieux , mais auffi bien placée que
dans Babet & dans Juftine. Par une fatalité
qui femble s'attacher de préférence aux premiers
fujets des Théâtres de la Capitale , à
peine certe Actrice a - t - elle vu l'attention
& la curiofité publiques fe fixer fur elie ; à
peine a t elle excité un enthouſiaſme général
que les maladies font venues l'affaillir ,
& que la foibleffe de fa fante l'a contrainte,
à quitter pour quelques mois le féjour de la
Capitale. Gémiffons , fans nous plaindre , des
privations trop frequentes auxquelles nous
foumet cette fatalité rigoureuſe , & remerDE
FRANCE. 183
cions les bienheureufes circonstances qui
nous amènent des confolations à l'inftant
même que nous les attendions le moins .
Depuis le départ de Mme Dugazon la
Comédie d'Alexis & Juftine reftoit fur l'af
fiche fans qu'on la repréfentât ; aucune femme
du Théâtre Italien n'ofoit hafarder de fe
préfenter dans un perfonnage qui menaçoit
d'une rivalité auffi dangereufe ; lorfque Mile
Desbroffes , enhardie fans doute par le fen
timent intérieur de fes propres forces , a eu
le courage de les effayer dans le rôle de Juftine
, & de chercher à y plaire après Mme
Dugazon. La première fois qu'on l'y a vue
paroître , on l'a reçue avec une humeur
très-bruyante , fuire néceffaire de la prévention
& de l'injuftice qui marche ordinairement
à fes côtés. Il étoit à craindre que
Mlle Desbroffes , effrayée par une réception
auffi décourageante , ne fentît tout- àfes
moyens s'affaiblir , fa tête fe troubler
, & qu'elle ne perdit le fruit de fes
travaux. Heureufement , malgré l'inquiétude
qui l'agitoit , & qu'elle ne pouvoit diffimuler
, elle a montré dans tout le cours de fon
rôle de l'efprit , de l'intelligence , de la fenfibilité
, de l'abandon , en un mot toutes les
qualités propres à bien rendre le perfonnage
qu'elle repréfentoit. Les Spectateurs
étonnés lui ont accordé les plus vifs applaudiffemens
; on l'a demandée à la fin de la
Pièce ; & quand elle a paru , on a multiplié
en fa prefence les témoignages les moins -
coup
184 MERCURE
équivoques de la fatisfaction univerfelle.
Cet evenement , joint à quelques autres
du même genre , devroit bien faire reve
nic une certaine portion du Public de l'aveugle
facilité qui la porte à fe prévenir pour ou
contre tel fujet. Si Mlle Desbroffes , qui s'eft
yue fouvent en butte aux caprices des habitués
de la Comédie Italienne ; fi cette
Actrice, qui, peut- être, a été quelquefois réprehenfible
par la recherche affectée de fa
parure dans des rôles qui n'en exigent point ,
n'eût pas été portée , par des circonftances
très - imprevues , dans le perfonnage de Juftine
; fi elle eût été foible & pufillanime , on
ignoreroit encore combien fon talent peut
être utile au Théâtre dont elle eft membre ,
intéreffant pour les Auteurs , & agréable aux
Amateurs de la Comédie . Le mérite d'un
Comédien reffemble à un tableau ; pour pro
duire fon effet , il faut qu'il foit mis dans
fon jour. Tous les Acteurs ne font pas
dignes , on doit l'avouer , d'inſpirer de
l'intérêt il en eft même qui ne peuvent
jamais être abfolument bien placés . Lorfqu'un
Comédien n'annonce dans fon jeu ni
fenfibilité ni efprit , c'eft un fujet voué à la
médiocrité, & quelque bien partagé qu'il
puiffe être d'ailleurs du côté des avantages
phyfiques , les encouragemens ne font pas
faits pour lui; mais on en doit à tour fujet
dont les effais annoncent du travail , de
l'étude & des efpérances. On en devoit donc à
Mile Desbroffes : pourquoi les lui a - t - on
DE FRANCE. 185
1
refufés fi long- temps ? Au refte , fon fuccès
préfent eft bien capable de la confuler de
la prévention paffee.
Après avoir rendu à certe Actrice la juſtice
qui lui eft due , il faut aufli que nous parlions
de M. D. Z. Nous avons remarqué
depuis long-temps que les Drames qu'il a
mis en nufique , font ceux qui offrent aux
Chanteurs & aux Chanteufes les moyens les
plus sûrs de fuocès , & qu'ils font repréfentés
avec plus d'enſemble & de precifion
qu'un grand nombre d'autres Ouvrages.
Pourquoi cela ? Ne feroit- ce pas parce que
M. D. Zr, toujours occupé de chercher le
vrai , & de fe rapprocher de l'imitation de
la Nature , fait donner à chacun de fes perfonnages
un ftyle caractéristique & foutena ;
" parce que , négligeant les tours de force ; il
ne perd jamais fon temps à faire briller le
gozier de M. ou de Mme tel & telle , &
qu'il marche toujours à fon bu: en confervant
à chacun de fes Acteurs fon langage &
fa phyfionomie ? On le peut croire : il n'eft
pas au moins difficile de trouver dans les
productions de M. D. Z. la preuve de fes
connoiffances dans l'Art Dramatique , d'y
voir que la fcience des effets & & le fecret
d'embellir les fituations lui font très -familiers.
Le rôle de Juftine nous a fingulièrement
frappés à cerre reprife ; tout ce qu'il y a de
grâces , de chaleur , de fenfibilité , d'énergie
dans l'expreflion , fait horneur à l'âme à
l'efprit du Compofiteur. Il n'eft pas étonnant
186 MERCURE
qu'une Actrice , faite pour le bien pénétrer
du fentiment d'un rôle auffi bien tracé , obtienne
de grands fuccès. Cet eloge de M. D..
Z. ne femblera pas trop fort à ceux qui voudront
bien fe fouvenir que Mme Dugazon
lui doit ce que fa réputation a de plus brillant
, & que c'eft lui qui vient d'établir celle
de Mlle Desbroffes.
ANNONCES ET NOTICES.
HERBIER
liard.
ERBIER de la France , Nº. 57 , par M. Bul-
Cet intéreffant Ouvrage fe fuit toujours avec la
même activité &avec le même foin . Onva réimprimer
les premiers Numéros , & tirer à plus grand nombre
les Numéros fuivans , qui paroîtront de mois en
mois comme ci - devant. On prévient les Perfonnes
qui ont tardé jufqu'ici à fe procurer cet Ouvrage.
en totalité ou en partie de ne pas attendre jufqu'au
premier Février 1786 à fe faire enregiſtrer , parce
qu'à cette époque le nombre des Exemplaires iera
fixé à celui des Perfonnes enregistrées. Ceux qui fe
préfenteront plus tard, ne feront point admis à l'enregiftrement
à moins qu'ils ne confentent à payer 31.
1o fols chaque Numéro au lieu de 3 liv.; cette
augmentation fera pour les frais en pure perte qu'entraînera
alors le tirage forcé des planches fi nombreufes
qui compofent cette riche Collection .
On ne recevra point d'argent d'avance des Per- -
fonnes qui habitent Paris. Il fuffira qu'elles fe faffent
enregistrer chez l'Auteur ( M. Bulliard ) , rue des
Poftes , au coin de celle du Cheval vert , à Paris ,
DE FRANCE. 187
ou chez Didot jeune , Barrois jeune & Belin , Libraires
, à Paris. Comme on affranchit les envois
aux Perfonnes qui habitent la Province , elles voudront
bien joindre à la lettre affranchie qui contiendra
l'objet de leur demande la fomme de 36 liv. ,
laquelle fomme reſtera en avance jufqu'à ce que
l'Auteur en tienne compte par un dernier envoi.
Pour faciliter à MM, les Étudians en Médecine
l'acquifition de cet Ouvrage , qui leur eft néceffaire
, on leur délivrera deux ou trois Numéros par
mois jufqu'à ce qu'ils fe trouvent au courant des
Livraifons. Ils trouveront aux Adreffes ci- deffus
l'Hiftoire des Plantes vénéneufes complette ; elle fe
vend féparément 94 liv. , & un Dictionnaire Élémentaire
de Botanique deftiné à rendre l'étude de
la Botanique très facile pour tout le monde au
moyen d'un nombre prodigieux de figures qui
aident fingulièrement à l'intelligence de tous les
termes tecniques & à l'application de tous les préceptes
de cette Science. Prix , 15 liv. broché en
carton,
Avis concernant la Soufeription des Feuilles des
demandes pour les Livres féparés & difficiles à trouver
, au Magafin des Livres dépareillés , rue Saint
André-des- Arts. "
Cette Feuille intéreffante fe divife en deux Parties
; la première , pour les Livres téparés & difficiles
à trouver qu'on demande journellement ; la
deuxième, pour les Livres propofés . On s'eft déter
miné à ouvrir une Soufcription de quinze Feuilles
pour chaque année. Prix , 6 liv . port franc par tout
le Royaume. On aura l'attention de ne point inférer
de petits Ouvrages en un , deux & trois Volumes.
in- 12 , à moins qu'il n'y en ait un certain nombre
d'Exemplaires , ou que ces Ouvrages ne foient rares
& intereffans : on marquera ordinairement les prix
-188 MERCUKE
fixes de chaque article propofé ; le droit de commillion
ne regardera que les vendeurs. On payera
toujours fois pour le droit d'enregistrement de s
chaque article , & on pourra en tout temps faire répéter
une feconde fois , fans frais , les articles non
trouvés ; il faudra avoir foin d'envoyer au fieur
Fétil , Libraire , avec la plus grande exactitude , le
titre , l'année de l'Édition & le format des Ouvrages
qu'on voudra fe completter ou avoir . Les Soufcrip
seurs auront feuls le droit de proposer des articles
fans frais.
HISTOIRE de l'Églife , dédiée au Roi , par M.
l'Abbé de Bérault Bercaftel , Chanoine de l'Eglife
de Noyon , in- 12 , Tomes XIX & XX. A Paris ',
chez Moutard , Imprimeur - Libraire , rue des Mathurins
, hôtel de Cluny.
Le Tome XIX comprend ce qui s'eft paffé depuis
la fin du Concile de Trente , en 1563 , jufqu'à la réconciliation
du Roi Henri IV avec l'Églife Romaine,
en 1595 ; & le Tome XX depuis cette dernière
époque jufqu'à la naiffance du Janfénifnie , en 1630.
ETAT de la France , ou les vrais Marquis ,
Comtes , Vicomtes & Barons , enrichi de Gravares ,
précédé d'un Traité fur les Dignités Féodales & Politiques
, les Dignités des Eccléfiaftiques , les Dignités
des Vidames attachés à l'Eglife , les Titres &
Qualités perfonnelles , les Titres & Qualités des Ec
cléfiaftiques , les Titres & Qualités des Gens de
Lettres , &c.; Ouvrage terminé par trois Tables ,
contenant , 1 ° . tous les Dépôts où la Nobleffe peut
avoir recours pour fes différentes recherches ;
2º . tous les noms des Terres & des Perfonnes titrées ;
3 ° . tous les noms de Famille compris dans l'Ouvrage
, avec le renvoi aux Auteurs les plus accrédités
, qui en ont donné les Généalogies , au nombre
DE FRANCE. 189
de deux mille articles ; par M. le Comte de Waroquier
de Combles , Officier d'Infanterie , Prix , 4 liv.
12 fols broché, A Paris , maifon de l'Auteur , rue
des Cordiers , no. 4 , près la Place Sorbonne ; Cloufier
, Imprimeur - Libraire , rue de Sorbonne ; la
Veuve Duchefne & Belin , Libraires , rue Saint
Jacques, & chez tous les Libraires les plus aflortis .
N. B. Les Perfonnes intéreflées à la perfection
& à la continuation de cet Ouvrage , font priées ,
d'adreffer franc de port leurs Mémoires , Additions
& Corrections à l'Auteur.
L'Auteur fera en forte de donner un Volume d'environ
400 pages tous les trois mois , à raiſon de 3 liv.
12 fols pour les Soufcripteurs , & de 4 liv. 12 fols
pour ceux qui n'auront pas foufcrit.
ÉCCOONNOOM11 Rurale & Civile , ou Moyens les
plus économiques d'adminiftrer & faire valoir fes
biens de campagne & de ville , de régier fa maifon ,
fa dépenfe , fes achats & ventes , d'exécuter as fire
exécuter les Ouvrages des Arts & Métiers de l'ufage
le plus ordinaire, de conferver & rétablir fa fanté
& celle des animaux domestiques , d'occuper fes loifors
avec utilité & agrément , le tout rangé par ordre
de matières , avec des avis fur les préjugés , erreurs ,
les fraudes, artifices , falfifications des Ouvriers ou
Marchands , les moyens de les connoître- & de prévenir
les torts & rifques , 7 Volumes in - 8 ° . , avec
des Planches en taille-douce , propofés par foufcrip- <
tion. On ne paye rien d'avance . A Paris , hôtel de
Mefgrigny , rue des Poitevins , nº . 13 .
On le propofe de publier dans cet Ouvrage avec
le moins d'étendue qu'il fe pourra & avec des expreffions
claires & des termes commans , les méthodes ,
les pratiques , les recettes les plus sûres , les plus
faciles & les moins coûteufes fur les divers objets
de cet Ouvrage.
190 MERCURE
La continuité d'une bonne fanté étant effentielle
à l'homme qui fait valoir des biens de campagne ,
Propriétaire, Fermier , Ouvrier, pour fuffire à la fuite
des travaux , l'Éditeur y donnera un précis des
moyens de conferver la fanté , de prévenir & guérir
les maladies les plus communes.
Cet Ouvrage formera 7 Volumes in- 89. de 500
pages au moins chacun , avec des Planches en tailledouce.
Le caractère fera le même que celui des
quatre premières pages du profpectus , & le papier
également conforme. On promet une impreffion &
des Planches très-foignées.
Au premier Janvier 1786 , l'ou en délivrera deux
ou trois Volumes. Les autres paroîtront de fuite &
fucceffivement deux à deux ; mais on ne peut fixer
jufte l'époque de ces dernières Livraiſons.
Le prix de chaque Volume broché en carton
avec étiquette imprimée collée fur le dos , fera de
4 liv . pour Paris. Les Perfonnes de Province qui
defireront recevoir ces Volumes directement payeront
alors 4 liv. 10 fols chaque Volume également
broché en carton ; l'expédition leur en fera faite
promptement & franc de port par la poſte dans tout
le Royaume,
Le prix de chaque Volume relié en veau pris à
Paris fera des liv. , & relié en baſanne de 4 liv.
I fols . La pofte ne fe charge abfolument que des
Livres brochés.
་
On ne paye rien d'avance ; on prie feulement les
Perfonnes qui defireront s'infcrire , d'adreffer leur
engagement le plus tôt poffible , & avant le premier
Novembre prochain , à Paris , à M. Buiffon , hôtel de
Mefgrigny , rue des Poitevins , nº . 13. On s'inferit
auffi chez tous les principaux Libraires & chez les
Directeurs des poftes du Royaume & de l'Europe,
PROCES - VERBAL des Séances de l'AdminiftraDE
FRANCE; 191
tion Provinciale du Berry , tenues à Bourges au
mois d'Octobre 1783 , in- 4 ° . A Paris , chez Mufier
père , Libraire , rue Pavée Saint André , maiſon de
M. Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , nº . 28 .
On ne verra point fans intérêt les foins actifs &
vigilans de cette Affemblée Provinciale . Le bien
qu'elle a opéré eft déjà la récompenfe de fon zèle ,
& le garant du bonheur de cette Province.
HISTOIRE Abrégée de l'Antimoine , & particulièrement
de fa Préparation , par M. Jacquet,
•
Cer Ouvrage fe trouve chez l'Auteur , rue des
Saints Pères , nº . 56 ; la Veuve Duchesne , Libraire ,
rue Saint Jacques , & Delalain jeune , Libraire , même
rue. Les Malades qui ont besoin de ce Remède
doivent s'en fervir avec d'autant plus de confiance ,
qu'il a pour lui l'expérience & le fuffrage des Gens
de l'Art . Nous penfons , difent les Commiffaires
» nommés par la Société Royale de Médecine , que
» l'efficacité des Pilules Antimoniales fe trouve
» confirmée par les Certificats de plufieurs Médecins
» célèbres qui les ont employées avec fuccès dans
» les maladies occafionnées par l'épaiffiffement de
la lymphe , dans les vices dartreux , fcrophuleux ,
» vénériens , & les laits répandus. 33
NOUVEAU Plan des Jardins de Sceaux - Penthièvre,
par Pierre Champin & E. F. Cécile. Prix ,
2 liv. 8 fols. A Paris , chez Tardieu , Graveur ,
Place de l'Eftrapade , maifon de M. Moreau , &
chez la Veuve de la Gardette , Marchande d'Eftampes
, au Palais Royal , nº, 141.
NUMERO 7 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pour deux Violons ou Violoncelles .
Prix de l'Abonnement 15 & 18 livres. Séparément
4 liv. A Paris , chez le fieur Bornet , Profeffeur de
Mufique & de Violon , rue Tiquetonne , nº. 1º,
192 .
MERCURE
NUMERO 6 du Journal de Clavecin , par les
meilleurs Maîtres , quatrième année , Prix , 15 liv .
port franc. Séparément 3 liv. A Paris , chez Leduc ,
fucceffeur du fieur de la Chevardière , rue du Roule ,
à la Croix d'or , nº. 6. Journal de Harpe , par.
les meilleurs Maîtres , cinquième année, Numéros 25,
26 & 27. Prix , féparément 12 liv . Abonnement
15 liv. port franc pour cinquante - deux Livraifons ,
qui fe font tous les Dimanches. Même Adreſſe que
ci deffus .
L'INCONSTANTE , ou la Femme à la mode
Romance nouvelle , avec Violon & Baffe , & fuivie
de deux Menuets , par M. Dorfonville , Penfionnaire
du Roi . Prix , 1 livre 16 fols . A Paris , chez
Mme Baillon , rue Neuve des Petits-Champs , au
coin de celle de Richelieu , à la Mufe Lyrique.
E PITRE
TAB L E.
PITRE au Dodeur Petit , principales villes de Com .
145
merce ,
Le Cerf, le Cheval & l'Hom- Annales Poétiques ,
166
167
me , Fable ,
148 L'Efprit des Ufages & des Charade , Enigme & Logo Coutumes des différens Peu- gryphe ,
150 ples , Lettre de M. de Peyffonnel , Académie Roy. de Mufiq. 179
152 Comédie Italienne ,
Tableau des Ufances & jours Annonces & Notices ,
d'échéances adres dans les
PAT lu 2
APPROBATION.
174
182
186
par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 23 Juillet 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 22 Juillet 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 JUILLET 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS au Coufin JACQUES , fur fon
premier Numéro des Lunes .
GRACE à la charmante influence
De l'aftre qui te fait la loi ,
14
De nos joyeux François nous verrons l'affluence
Rire & s'égaïer avec toi .
Va, crois-moi, pourfuis ta carrière , 1
Donne un nouvel éclat à de nouveaux cſſais ;
Ta plume badine & légère
Nous promet chaque jour de plus heureux accès.
Ris ; ch ! qu'importe la manière
Dès qu'on le fait avec ſuccès ?
Si c'eft la Lune qui t'inſpire ,
Je ne conteſte point cela ; 1
N°. 31 , 30 Juillet 1785 . I
194
MERCURE
Mais , Coufin , cette Lune là
M'a bien l'air du Dieu de la Lyre.
Tes vers font un remède à la mélancolie ,
Et la raifon chez les François
Ne fe montre jamais avec plus de fuccès
Que fous les traits de la folie .
(Par Mme H.... de Sainte- C.... , de
la Loge des Neuf Soeurs. )
MADRIGAL.
AIMER eft doux , plaire l'eſt davantage ;
Unir les deux eft encore plus doux ;
Le premier eft mon lot , le ſecond eſt à vous ;
Mais je préfère mon partage,
Je n'aime que vous feule , & vous plaiſez à tous .
UNE
É PIGRAM ME.
NE énigme piquoit ma curioſité :
Samufer d'une énigme ! eh ! qu'y peut on apprendre ,
Me dit avec un ton rempli de vanité
Certain bavard? A fuir l'ennui de vous entendre.
and
ParM. Guichard. )
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS
DE FRANCE.
195
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Vice - Roi ; celui
de l'énigme eft Enigme ; celui du Logogryphe
eft Seringue , où l'on trouve Seine ,
Sire , ferin , ferine , ferein , finge , firêne
grue , rien , Surin , Ségui.
CHARADE.
Mon premier eft un lieu , Lecteur ,
Où defcend notre nourriture ;
Mon fecond eft une couleur,
Et mon tout eft un mot que l'on dit quand onjure.
(Par M. Gobet , Ecolier de Seconde au
College des Quatre Nations . )
ENIGM E.
SI fur mes quatre pieds eu me crois une bête ,
Je te nîrai le fait en me coupant la tête .
( Par M. Raficot , Elève de l'Ecole Royale
Militaire de Rebais , en Brie. )
I i
196 MERCURE
LOGO GRYPH E.
J'HABITE
HABITE dans les champs , les villes & les bois ,
Dans le trouble des Cours & dans les lieux tranquilles ;
Je fers également les Bergers & les Rois :
Enfin , fans moi jamais il n'eût été de villes.
Confulte mes fix pieds , Lecteur , tu trouveras
Ce qui fait diftinguer les mortels ici bas ;
Deux pronoms ; un adverbe ; un Royaume d'Afie ;
Le bon Roi qui donna ſon nom à l'Ionie ;
Un Magicien célèbre au règne de Néron ;
Un Apôtre ; de l'an la douzième partie ;
Deux notes de mufique ; un Prince fils d'Éſon ,
Qui , voulant de Colchos enlever la Toiſon,
Sut monter le premier navire ;
Un des juges du fombre empire ;
L'opposé de malade ; une conjonction ;
Et cette fille d'Hermione ,
Qui, fe croyant une lionne ,
Maffacra fes deux fils pour de vrais lionceaux ,
Et de leur mort défeſpérée
Se précipita dans les eaux ;
Une montagne célébrée
Dans les chants du Prophète Roi ;
Un membre à l'homme fort utile ,
Et dont il fait fouvent un bien mauvais emploi ;
Tu trouveras encor de la Suiffe une ville ;
Une Nymphe du Mont-Ida ,
DE FRANCE: 197
Que le Roi Capis époufa ;
Du Hainault la capitale ;
De Junon une rivale ;
Le mois qu'on trouve le plus beau ;
Ce qui refte de la farine ;
Ce qu'on voit quelquefois aux portes d'un château.
Mais j'en ai dit affez , mon cher Lecteur , devine.
( Par M. Conjon. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES Morales de Plutarque , traduites
en François par M. l'Abbé Ricard , de
l'Académie des Sciences & Belles - Lettres
de Toulouſe . A Paris , chez la Veuve
Defaint , Libraire , rue du Foin S. Jacques.
Troisième volume.
NOUS
ous nous contenterons de confirmer ici ,
fans les répéter , les éloges que nous avons
donnés au travail de M. l'Abbé Ricard , en
rendant compte des deux premiers volumes ;
celui-ci contient trois Ouvrages.
1º. Les Apophtegmes des Lacédémoniens
connus ', avec les anciennes Infiitutions des
Spartiates.
2º. Les actions courageufes & vertueufes
des femmes.
3. Les queftions Romaines. Les queftions
Grecques font renvoyées au volume fuivant.
I iij
198 MERCURE
Il eft pour le moins fort incertain que le
premier de ces Ouvrages foit de Plutarque .
Il paroît n'être qu'un extrait ou abrégé de
fes vies , fait avec beaucoup de négligence ,
pour l'inftruction des enfans. Et il n'y a
guères d'apparence que Plutarque , après
avoir expolé avec le plus grand detail , dans
la vie de Lycurgue , les inflitutions de ce Légiflateur
, ait compofé après coup un traité
féparé de ces Inftitutions , moins complet
que le premier , un traité tronqué d'ailleurs ,
& qui eft quelquefois en contradiétion avec
ce que l'Auteur rapporte dans la vie de Lycurgue.
Cependant , ce Traité fe trouve dans le
catalogue des Euvres de Plutarque , donné
par Lampias , fon fils ; & ne feroit - il pas
poffible que cet Ouvrage fît partie des premières
études de ce Philofophe , des matériaux
qu'il avoit amaffes pour la compofition
de fes vies , & qu'il fallût expliquer la
contradiction & les différences des deux Ouvrages
, par des lumières poftérieurement acquifes
, & par un redoublement d'attention
& d'exactitude dans l'Ouvrage même , dont
les Apophtegmes n'étoient , dans cette fuppofition
, que les matériaux ?
Ce Recueil des Apophtegmes des Lacédémoniens
, pourroit avoir fervi de modèle à
nos Recueils modernes , connus fous le nom
d'Ana ; ce font de même des mots , des
faits , des anecdotes , des penfées détachées ;
on fent combien tous ces traits , qui , accuDE
FRANCE. 199
mulés ainfi dans un Recueil , ne peignent
rien , ou ne peignent que vaguement , doivent
acquérir de prix dans les Vies de Plutarque
, où ils font mis à leur place , & employés
à fervir de preuves aux divers traits
du caractère de chaque perfonnage. Ces
Apophregmes , en général , font très- connus ,
M. Rollin en a rempli fon Hiftoire Ancienne
. Les mots fur -tout qui caractériſent
la conftance héroïque des Lacédemoniennes
& leur patriotisme vainqueur des fentimens.
de la Nature , font dans la bouche de tout
le monde. On les apprend dès l'enfance , &
on ne les oublie jamais.
Plufieurs des traits raffemblés dans cet
Ouvrage ne méritent pas le grand nom d'Apophregmes.
Ce ne font quelquefois que des
plaifanteries , que des réparties plus ou moins
heureufes , que des bons mots , qui , comme
on fait , ne font pas toujours bons . Par
exemple , quand Paufanias répond à un Médecin
qui lai fait compliment fur la bonne
fanté: C'estque vous n'êtes pas mon Médecin ;
quand il répond la même chofe à un autre
ou au même , qui lui difoit : Vous voilà devenu
vieux ; tout cela eft épigrammatique ,
fi l'on veut , cela eft au moins dur & défobligeant
; mais il n'y a rien là d'Apophtegmatique.
Boileau a dit :
Ton oncle , dis -tu , l'affaffin ,
M'a guéri d'une maladie ;
I iv
200 MERCURE
La preuve qu'il ne fut jamais mon Médecin ,
C'eſt que je fuis encore en vie.
On pourroit croire que Paufanias lui a ici
fervi de modèle , fi les plaifanteries fur les
Médecins n'avoient pas dû être les mêmes
dans tous les temps & dans tous les pays .
Le fecond Ouvrage eft un monument
élevé par Plutarque à la gloire des femmes ;
' il s'y propofe de prouver par les faits que
les femmes ne le cèdent point aux hommes.
en vertu , c'eft à-dire , en courage ; & pour
prévenir l'objection qu'on auroit pu lui faire ,
que des exemples particuliers ne prouvent
rien , parce qu'ils peuvent être regardés
comme des exceptions , il commence par
citer plufieurs exemples publics . c'eft-à - dire ,
dans lefquels des actions mémorables de
courage & de vertu ont pour Auteurs toutes
les femmes d'une même ville ou d'un même
pays , comme les Troyennes , les Phocéennes
, les Argiennes , & c .
Le Traité des Questions Romaines feroit
fort utile pour nous donner la clef de diverfes
cérémonies & de divers ufages établis
chez les Romains , fi ces queftions étoient
plus fouvent réfolues , & fi l'Auteur ne fe
contentoit pas de propofer fur chacune ,
auffi par forme de queftions , deux ou trois
conjectures , entre lesquelles il ne choiſit
pas. Malgré cet inconvénient , qui tient peutêtre
à une ignorance invincible , ce Traité
fert du moins à nous faire favoir que ces
-
DE FRANCE. 201
ufages ont exifté , & quelquefois même à
nous en faire connoître l'origine & la caufe.
Parmi ces questions , il y en a une qu'un
François réfoudroit par une plaifanterie ;
Plutarque , à fon ordinaire , ne la réfout pas ,
mais il la difcute très - férieuſement .
"s
Pourquoi les maris , au retour d'un
» voyage ou de la campagne , font- ils pré-
» venir leurs femmes de leur arrivée ?.
» Eft ce par un effet de leur confiance en
» elles ? Car une arrivée fubite & inattendue
» a l'air d'un espionnage , & annonce le
defir de furprendre. C'eft pour cela qu'ils
» s'empreffent de donner à leurs femmes la
» nouvelle d'un retour qu'elles attendent ,
» & qui doit leur faire plaifir . Eft- ce pour
favoir s'ils les trouveront bien portantes
» & empreffées de les revoir ? Seroit - ce
» enfin que les femmes , en l'abſence de
» leurs maris , ont plus de peines & de fol-
» licitudes domeftiques , & qu'ils les font
» prévenir de leur retour , afin qu'elles quit-
» tent tout autre foin , pour ne s'occuper
de les bien recevoir ? »
و د
» que
Toutes ces raifons font un peu tirées ;
nous craignons bien que ce ne fût le François
qui eût raifon , & que cet ufage n'eût
rapport à l'aventure de quelque mari , hom--
me confidérable dans la République , qui fe:
fera mal trouvé d'avoir négligé cette précaution.
C'eft confondre toutes les idées que
d'ériger , comme Plutarque , une précaution:
en marque de confiance , ce feroit bien
I'v
202 MERCURE
plutôt une marque de défiance , fi un ufage
généralement établi ne lui eût ôté ce caractère
injurieux ; mais certainement il y a bien
plus de confiance à croire qu'on peut tou-
Jours arriver impunément , à ne pas même
foupçonner l'infidélité , à la juger , pour
ainfi dire impoffible , qu'à prendre des précautions
contre tous les inconvéniens d'un
retour imprévu .
Sur cette première raiſon , alléguée par Plutarque,
M. l'Abbé Ricard fait la note fuivante.
" Des Savans croyent que Plutarque fe
» trompe ici , & apportent en preuve ces
» vers de Tibulle à Délie :
Tunc veniam fubitò , nec quifquam nunciet antè
Sed videar calo miffus adeffe tibi.
93
30
Qu'alors je paroiffe tout- à- coup , fans que
perfonne t'annonce mon arrivée , & que
j'aie l'air de defcendre du ciel.
ود
Mais on peut répondre , dit -il , que
Délie étoit la maîtreffe & non la femme
» de Tibulle ; que par conféquent cet exem-
» ple ne conclut rien contre la raifon qu'allègue
Plutarque.
"9 »
Tout ceci nous confirme dans notre idée.
Tibulle ici fait allufion à l'uſage des maris ,
& il dit qu'il ne le fuivra pas , que l'impatience
de fon amour ne lui en laiffera pas le
loifir , que dans fon empreffement d'arriver
auprès de Délie , aucun courier ne pourra
jamais le devancer :
Nec quifquam nunciet amè
DE FRANCE. 103
Plutarque examine encore pourquoi les Romains
enterroient toutes vives les Veftales
qui fe laiffoient féduire ?
On pourroit répondre :
Parce que les hommes font foux , méchans
& cruels , ingénieux à trouver des
moyens & des raifons de fe tourmenter les
uns les autres , fur- tout quand quelque intérêt
chimérique de myfticité vient feconder
- leur férocité naturelle ; mais Plutarque envifage
autrement cette queſtion ; & voici ce
qu'il répond , ou plutôt ce qu'il demande.
"
Comme ils font dans l'ufage de brûler
les morts , croyent ils qu'il n'eft pas jufte
» de brûler celle qui n'a pas fu garder reli-
" gieufement le feu facré-
>
Cette première raifon , à ce qu'il nous
femble , eft doublement mauvaiſe . 1º . On
n'enterroit point vives les Veftales pour avoir
laiffé éteindre le feu facré , mais pour avoir
eu une foibleffe. 2º, En fuppofant même ce
que dit Plutarque , ce petit rapport d'être
punie à la mort par la privation du feu
pour avoir laiffé manquer le feu , peut-il
motiver un fupplice auffi horrible que celui
d'être enterrée vive ? Mais cette réflexion
peu jufte peur en faire naître une meilleure ;
c'eft que la faute de la Veftale pouvoit mériter
que , par une diftinction ignominieufe
à laquelle on l'auroit fu deffinée pendant le
refte de fa vie , elle fût enterrée , non pas
vive , mais après fa mort , à la différence des
autres Veftales , dont les corps étoient brûlés .
I vj
201
MERCURE
Plutarque continue :
Regardent-ils comme un facrilège - de
faire périr un corps confacré par les céré-
» monies les plus auguftes , & de porrer des
22 mains violentes fur une femme facrée ?
» C'eft pour cela qu'ils la laiffent mourir en
» la defcendant fous terre , dans le domi-
» cile qu'ils lui ont préparé , & où l'on a
» mis une lampe , un pain , du lait & de
» l'eau , & qu'enfuite ils cachent foigneufement
le caveau en le couvrant de terre.
» Encore ne fe croyent - ils pas quittes de
» tout fcrupule ; & il eft d'ufage , même aujourd'hui
, que les Prêtres faffent les céré
» monies funèbres fur le lieu où une Vef-
» tale a été enterrée. »
"
39
99
Le Traducteur , dans ce volume comme
dans les précédens , joint au texte de la Traduction
, des notes fages & inftructives qui
L'écliciffent.
Il témoigne dans fon Avertiffement une
grande do ilité pour les objections, que
quelques Journaliſtes lui ont faites.
ESSA1 Analytique de l'Air pur & des.
différentes cfpèces d'Air , par M. de la
Metherie , Docteur en Médecine. in- 8 ° .
de 474 pages, A Paris , rue & hôtel Serpente.
L'ESPRIT humain , en perfectionnant quelques
branches de la Phyfique , a fuivi la
route natur, lle , qui , de vérités en vérités
menoit à de plus grandes découvertes. Dans
"
DE FRANCE. 205
l'étude de l'air , par exemple , il reconnue
d'abord les qualités les plus fenfibles , comme
la pefanteur , l'élaſticité , la raréfactibilité ,
- & c.; mais quand il eut épuiſé les recherches
analogues à ces découvertes primitives , ce
fut une époque remarquable dans l'Hiftoire
de la Chimie , quand on vit débrouiller du
chaos de l'atmosphère cette nombreuſe fuite
de fluides aériformes , jufqu'alors confondus
, & qui opéroient fans que le Phyficien
s'en apperçût , une infinité de phénomènes
dans les efpaces aériens ; une nouvelle branche
de la Chimie eft fortie , pour ainsi dire ,
du néant.
*
M. de la Métherie , connu par des Ouvrages
philofophiques très - profonds , par
diverfes obfervations & expériences Chimiques
, toutes également neuves , & par un
Traité fur l'organiſation animale & végétale ,
a entrepris un corps de doctrine de tous les
fluides aériformes . Lorsqu'une Science ,
dit- il , afait des progrès , & que les faitsfont
multipliés , il eft une circonftance où , pour
préparer des progrès fubfequens , il faut les
* M. de la Métherie eft l'Auteur du projet propofé
( dans le Mercure du 20 Mai 1780 ) de conftruire
des tables où les degrés de certitude ou de probabilité
des connoiffances humaines feroient affignés.
Il les divife en quatre claffes . Dans la première ,
feroient les chofes démontrées ; dans la feconde , les
chofes fondées fur la mémoire ; dans la troifière ,,
celles qui font affurées par l'analogie ; & enfin le
témoignage des hommes formeroit la quatrième..
206 MERCURE
rapprocher , les général fer , & rechercher des
principes certains , des bafes de l'édifice.
Pour cela , il parcourt en détail ces différentes
fortes de fluides , l'air pur , l'air inflammable
, l'air fixe ou acide , l'air phlogiftiqué
ou impur , l'air nitreux , le Auide
électrique , l'air hépathique , les acides marin
, vitriolique , nitreux , fpathique , végétal
, auimal , à l'état aériforme ; & il paffe
enfuite aux diverfes opérations , foit naturelles
, foit artificielles , qui développent la
doctrine , comme la combuftion , les fermentations
, la végétation , & c.
Que de fluides nouveaux dans l'atmofphère
depuis qu'on cultive cette nouvelle
forte de connoiffances ! Déjà nous connoiffons
l'air pur ou déphlogistiqué , qui ne paroît
former que la quatrième partie de l'air
atmosphérique ; l'air phlogiftiqué y domine ;
on foupçonne de l'air inflammable dans les
plus hautes régions , les airs fixe & alkalin ,
provenans de la putréfaction végétale &
animale , l'air fulphureux volatil , l'air acide
marin ; & fi on ajoute à ces fluides particuliers
les fluides généraux qui enveloppent la
terre , pour ainfi dire , & s'étendent bien audela
. tels que l'eau réduite en vapeurs , la
lumière , le fluide électrique , la matière de
la chaleur , la matière du magnétifme infiniment
répandue , infiniment divifée , infini
ment pénetrante , & qu'on retrouve d'un
pôle à l'aurre , fur mer & dans les continens
, fur les hautes montagnes élevées de
DE FRANCE 207
2300 toifes , & dans tous les bas - fonds , &
qui pénètre les maffes le plus compactes du
globe ; fi on coniidère , dis- je , que tous ces
fluides fe pénètrent , occupent enſemble le
même efpace , & forment , pour ainsi dire ,
un chaos , on conclura que dans l'Hiftoire
des Hommes , le fiècle éclairé qui a claffé
& défini tous ces objets pour la première
fois , eft fans doure digne de remarque.
Nous ne fuivrons point M. de la Métherie
dans fes diverfes obfervations ; nous nous
con - enterons de dire que fon Ouvrage forme
un enſemble de doctrine qui en fait un
Livre élémentaire : il procède par principes
& obfervations avant d'établir les vérités
générales ; & dans l'état actuel des connoiffances
relatives à cet objet , ce Livre devient
abfolument néceffaire. Ce Chimiſte
lui-même , outre l'ordonnance de fa doctrine
, l'a enrichie d'une infinité de faits
d'expériences qui font à lui , & qui intéresfent
tous les Chimiftes & les Phyficiens.
Toutes les oblervations montrent que M.
de la Métherie fait lier fon objet avec la
Phyfique , l'Hiftoire Naturelle , la Médecine ,
la Phyfiologie ; la petite obſervation ifolée
qui ne prouve rien , qui ne tient à rien ,
n'appartient qu'aux efprits qui n'ont que des
vûes ou fauffes ou limitées ; mais celui qui
fait tenir comme dans fa main , les vérités
qui ont le plus de rapports , ou faire des
expériences fertiles en réſultats variés , eft
le véritable interprète de la Nature.
268 MERCURE
¿
VARIÉTÉ S.
LETTRE d'un Docteur en Droit de Province ,
à un Docteur en Droit de la Faculté de
Paris , fur un Article du Mercure , du
Samedi 19 Février 1785 , par M. Garat ,
cencernant les Loix Romaines .
Q U nous fommes heureux , Monfieur de vivre
dans un fiècle auffi éclairé ! le flambeau de la raifon
& de la Philofophie vient enfin à bout de diffiper les
ténèbres dans lesquelles nous étions plongés depuis
fi long -temps. Une vieille habitude , d'anciens préjugés
avoient confacré chez nous un monument
qu'une longue fuite de fiècles nous avoit appris à
refpecter ; nos plus habiles Jurifconfultes en avoient
fait l'objet de leurs veilles ; nos plus grands Magiftrats
, par leurs exemples , en avoient encouragé
l'étude ; nos Rois avoient voulu qu'il fût la bâfe de
Finftitution nationale ; ils avoient cru voir dans le
Recueil des Loix Romaines , un corps de doctrine
fondé fur la raifon & la fagefle , rempli de maximes.
propres à tous les temps & à tous les Goavernemens
ils avoient regardé ce Livre comme un guide
sûr pour la jeuneffe qui fe forme à l'étude de la Jurifprudence,
& même comme un point de ralliement
au milieu de la confufion qu'occafionne chez nous
cette multitude d'ufages & de contumes . Ils fe font
trompés un génie réformateur vient d'apprécier:
cette efpèce d'idolâtrie , & nous prouver que le corps
des Loix Romaines n'eft plus qu'une compilation informe
, fans goût: & fans choix. Un enthouſiaſte
DE FRANCE. 209
s'avife , en compilant les Loix Municipales du Languedoc
, de féliciter cette belle & grande Province
de ce qu'elle a confervé précieufement le Droit
Romain , qui eft fa Loi territoriale ; M. Garat prétend
faire revenir le Languedoc , & même toute la
France , d'une erreur auffi groffière.
Auriez-vous cru qu'un homme , qui ›, par état .
doit être l'interprête des Loix , qui a dû conféquemment
en connoître les fources , & fe familiarifer
avec leurs principes , eût été le premier à avancer un
fyftême auffi monstrueux ? Qu'un Jurifconfulte ,
connu par fes lumières & fes talens , eut voulu emprunter
les armes de l'ignorance & de la médiocrité ,
en déuigrant un Ouvrage contre lequel on ne s'élève
aujourd'hui que parce qu'on ne s'eſt pas mis en état
de l'entendre ? Les Savans , les Magiftrats , qui en ont
recommandé l'étude la plus férieuſe , l'avoient lû &
médité toute leur vie ; il faudroit , pour détruire
l'opinion qu'ils nous en ont donnée , avoir imité leur
application.
Que M. Garat , dans un âge mûri par les réflexions,
eûr patu fe décider d'après une étude plus approfondie
des Loix Romaines , à la bonne heure , fon
jugement auroit au moins eu l'air d'être le réſultat
d'un travail férieux ; mais il nous renvoie à une
production de fa jeune ffe , à une diatribe qu'il a
compofée autrefois contre le Droit Romain . Il avoit
prétendu alors fixer fon opinion fur le mérite de
cette Légiflation , & fans vouloir fouffrir ni Traducteur
ni Commentateur entre lui & les Loix Romaiil
avoit pris d'une main le texte pur de cette
Légiftation , & de l'autre , l'Hiftoire qui apprenoit
comment elle s'étoit formée , & il avoit écrit. Mais ,
de bonne-foi , le texte des Loix Romaines devoit- il
fe lire comme une Brochure , & M. Garat pouvoitil
fe flatter de faifir l'enfemble , les rapports & le vrai
fens de quantité de ces Loix , qui ont exercé l'efprit
nes ,
210 MERCURE
des Commentateurs les plus éclairés ? Aufſi je ne puis
croire que
la compilation du Droit Romain ait rien
perdu de fon fafte pour avoir déplu à M. Garat. Dans
un fiècle aufli léger que celui-ci, un paradoxe peut faire
illufion à la multitude ; on aime mieux croire fur la
foi de l'Ecrivain qui amufe , que les Loix Romaines
font ridicules , que de fe convaincre de leur fageffe
par des lectures férieuſes & pénibles , & voilà le
terme des efpérances de M. Garat.
Jetons cependant un coup- d'oeil fur les moyens ,
& tâchons de les apprécier à leur jufte valeur.
Il reproche aux Romains le mauvais choix , l'obſcurité
de leurs premieres loix. Une parfaite légiflation
ne peut être que l'effet du temps & de l'expé
rience.Quel eft le Peuple qui, dès fon berceau, fe foit
élevé à ce degré que la civilifation feule peut procurer
? Si les premières loix de Rome furent vicieufes ,
il n'en faut accufer que le temps où elles furent
faites , & les moeurs de la Nation qui les adopta .
En lifant attentivement l'hiftoire de ce Peuple réputé
barbare, ne paroîtra t- il pas exempt de tout reproche
fi , fentant lui même le befoin qu'il avoit d'une
meilleure législation , il a cherché à diffiper les ténèbres
qui l'environncient ? Gouverné depuis l'expulfion
de fes Rois & la fuppreffion des loix Royales ,
par quelques ufages & la volonté arbitraire de fes
Magiftrats , il entend parler de la fageffe des Gouvernemens
Grecs , des loix de Lycurgue & de Solon
; il fonge fur-le- champ à fe les approprier ; il
nomme des Députés chargés de parcourir les différentes
Villes de la Grèce , & d'y recueillir les loix &
les réglemens les plus conformes à la conftitution
de la République. A leur retour il élit des Magiftrats
qu'il charge de la rédaction d'un code , & leur travail
a produit la fameufe loi des douze Tables .
Mais à cette époque , où tous les Arts & toutes les
Sciences étoient ignorés à Rome , où l'on faifoit
DE FRANCE. 211
même gloire de les méprifer , les Commiffaires envoyés
dans la Grèce ont-ils pu avoir affez de lumières
pour faire un choix raisonnable dans les loix de
Lycurgue & de Solon , pour bien concilier enfemble
des loix prifes dans des légiflations fi diverfes , pour
les accorder enfuite avec ce qu'on vouloit conferver
des loix Royales , pour les accommoder enfin au
caractère déjà formé de la République Romaine ?
M. Garat regarde apparemment les Romains à
cette époque comme une horde de Sauvages , comme
an Peuple entièrement ifolé ; cependant les victoires
l'avoient déjà rendu refpectable en Italie , où il
avoit fubjugué plufieurs Nations. Il avoit vraifemblablement
des correfpondances avec les Colonies
Grecques établies fur la côte d'Italie appelée la
Grande Grèce ( Denys d'Halycarnaffe , Antiq. Rom.
Livre 3 ) puifque la plupart des Auteurs prétendent
que les Députés Romains furent chargés spécialement
de parcourir ces Villes ; peut- être même que
les connoiffances qu'ils y prirent , les engagèrent à
aller directement à la fource ; mais ils ne connoiffoient
pas affez les Loix Greeques pour les adapter à
leur Gouvernement. Avec un peu d'attention & de
bonne- foi , M. Garat auroit vû que les Députés Romains
pafsèrent trois ans à parcourir les Villes Grecques,
vraisemblablement pour s'inftruire à fond des
loix qu'on leur communiquoit ; que les Magiftrats
chargés de la rédaction , & au nombre defquels furent.
mis ces mêmes Députés , ne s'en rapportèrent point à
leurs propres lumières ; qu'ils furent aidés dans leur
travail par un certain Hermodore , Éphéfien , perfonnage
diftingué par fes vertus & fon favoir , qui ,
exilé de fa patrie , fe trouva alors à Rome , & à
qui, fuivant Pline , les Romains , en reconnoiffance
des fervices qu'il leur rendit en cette occafion élevèrent
une ftatue dans la place publique.
Ce qui choque le plus M. Garat dans cette lòi ,
212 MERCURE
•
c'eſt un article de la troisième Table , qui permet aux
créanciers de couper en pièces le corps du débiteur
infolvable , & de fe le partager ; c'eft , dit- il , une
loi digne d'un Peuple d'antropophages. On pourroit
lui répondre qu'on n'eft pas bien d'accord fur le fens
de cet article ; que malgré les témoignages d'Auteurs
anciens , de Quintilien , d'Aulugeile , de Tertulien ,
qui paroiffent avoir entendu le partes fecanto dont
fe fert la loi , de la fection même du corps du débiteur
; plufieurs Interprêtes célèbres , que M. Garat
n'a sûrement pas lus , comme Heinnccius , Binkerfock
, ont prétendu qu'il ne s'agiffoit que du partage
des biens. Mais paffons condamnation fur cet article
, accordons à M. Garat que la loi des douze
Tables ait prononcé cette peine contre le débiteur
infolvable, renvoyons- le feulement pour s'inftruire
au Livre 20 , Chap. 1 des Nuits Attiques d'Aulugelle
, où cet Auteur rend compte d'une converfation
entre Cæcilius , Jurifconfulte Romain , & le Philofophe
Favorinus , fur la loi des douze Tables * , il y
verra que cette peine n'avoit été imaginée que pour
détourner les Romains de manquer à leur parole ;
que fa rigueur étoit une fauve - garde contre ellemême.
Eft-il probable d'ailleurs que fi jamais elle
avoit été exécutée , il n'en fût reſté aucune trace dans
l'Histoire? Une preuve non équivoque qu'elle ne l'a
point été que plus d'un fiècle après , lorſque la loi
Petitia Papiria , renouvellée encore quarante ans
* Eam capitis poenam fanciendæ fidei gratiâ horrificam
atrocitatis obtentu , novifque terroribus
metuendam reddiderunt .... Eo confilio tantas immnanitas
poenæ denuntiata eft , ne ad eam unquam perveniretur.....
Diſſectum effe antiquitus neminem
neque legi , neque audivi. Acerbitas plerumque ulcif
cendi maleficii , benè & caftè vivendi diſciplina eft.
DE FRANCE. 213
après, à l'époque de la retraite du l'euple fur le Janicule
, défendit aux créanciers de retenir leurs débiteurs
dans les fers ; on fe plaignit bien des mauvais
traitemens qu'ils leur faifoient éprouver , mais on ne
leur reproche pas d'avoir employé la peine prononcée
par la loi des douze Tables .
Il en eft de même de l'article qui permettoit à un
père , en vertu de la puiffance paternelle , de réduire
fon fils en efclavage, & de le vendre ; on ne voit
nulle part qu'elle ait été exécutée. A l'égard du
droit de vie & de mort accordé ou plutôt confirmé
par la même loi aux pères fur leurs enfans , on voit
qu'ils l'ont exercé en plufieurs occafions . Sallufte &
Valère-Maxime citent plufieurs exemples de fils mis
à mort par leurs pères pour traki ons & complots
formés contre l'État , mais M. Garat veut bien n'en
point faire un crime à la loi des douze Tables ;
peut-être a-t- il lû ce que dit Montefquieu , Efprit
des Loix , Livre 5 , Chap. 6 : « que l'autorité pater-
» nelle eſt très utile pour maintenir les moeurs dans,
» une République , qui n'ayant pas une force fi
réprimante que dans les autres Gouvernemens , a
» befoin que les loix cherchent à y fuppléer ; qu'elles
» le font par l'autorité paternelle , qu'ainfi à Rome.
» les pères avoient droit de vie & de mort fur leurs
» enfans ..... que la puiffance paternelle fe perdit à
Rome avec la République.
33
"
ןכ
M. Garat n'eſt pas auffi heureux , au moins en
apparence , dans les reproches qu'il fait à deux autres
articles de la Loi des douze Tables,
10. Il prétend que tous les enfans qui naifoient
avec des organes foibles ou mal conformés , devoient
être précipités de la Roche Tarpéïenne. La
Loi dit : Pater infignem ad deformitatem puerum
citò necato , & examinant le mot dont elle fe fert
deformitatem , il cft aité de voir qu'elle n'a point
voulu parler d'un enfant foible & mal conformé ,
214
MERCURE
mais d'un monftre qui n'a point la forme humaine ,
d'un être que
les Médecins appellent , animal ita genitum
, ut à figura bonitate , & fimplicitate fua fpeciei
enormiter recedat.
Le deuxième article regarde les femmes que leurs
maris pouvoient tuer , lorfqu'elles avoient bu duvin.
Il ne tiendroit qu'à moi de faire ici une longue
differtation , de diſcuter le ſentiment des interprêtes
; mais M. Garat ne fe donne pas la peine
de lire les commentateurs. Je lui obferverai que
cet article n'eft pas de la Loi des douze Tables ; que
le favant M. Pothier prétend qu'il n'y a jamais été
inséré , & qu'il ne le rapporte qu'à la fuite des
fragmens de la Loi des douze Tables . Mais qu'importe
, dira M. Garat , c'eſt une Loi Romaine ! Oui ,
mais elle n'eft pas auffi atroce qu'il le prétend . Voici
cette Loi qu'on attribue à Romulus , & qui a fubfifté
affez long- temps à Rome : Ut fi que mulier
temetum ( vinum ) biberet , in eam maritus caufâ cum
propinquis cognitâ poenam ftatueret , at fi eam in
adulterio deprehenderet , tunc eam occidendijus , poteftatemque
haberet.
Ce texte paroît avoir été rédigé d'après les anciens
Auteurs qui en ont parlé, & fur-tout d'après Denis
d'Halicarnaffe & Aulugelle . ( Denis d'Hal
liv. 2 , chap. 4. Aulugelle , liv. 10 , tit. 13. )
M. Garat voudroit nous faire croire que boire
du vin , & commettre un adultère , avoient été
entièrement regardés de même oeil par le Légiflateur
; que dans ces deux cas , le mari n'étoit
pas répréhenfible s'il eût tué fa femme prife en
flagrant délit. Point de doute , relativement à l'adultère.
En eft-il de même fi elle a bu du vin ? La Loi
ne paroît donner au mari d'autre droit que celui
d'affembler les parens pour juger le crime avec
eux , & lui infliger une peine , pænam ftatueret ;
c'étoit vraisemblablement celle du divorce . Quand on
DE FRANCE.
215
vent attaquer la légiflation d'un peuple auffi connu
que le peuple Romain , il faut un peu plus de critique
& d'attention . Au refte , on peut obferver à
M. Garat , d'après l'Hiftoire , que dans ces temps
où les moeurs avoient encore plus d'effet que les
Loix , on regardoit l'ivregneric , fur- tout dans les
femmes , comme la fource de tous les vices ; mais
ce qui fait honneur aux Dames romaines , c'eft
que, pendant plus de cinq fiècles , il n'y eut entre
elles & leurs maris , aucune plainte , aucun procès
d'adultère , & pas un ſeul divorce . ( Aulugelle , Liv.
17, Chap. 21. )
Quel eft le résultat des déclamations de M. Garat?
C'eft de conclure que la Loi des douze Tables renfermoit
plufieurs réglemens durs & rigoureux ; mais
cette rigueur , cette dureté , tenoit à l'âpreté des
moeurs de ce temps - là ? Quelle légiflation , avant
que d'être épurée , n'a pas été dure , & peut- être
même barbare ? On a vu chez nous ordonner le duel
judiciaire , l'épreuve par l'eau , le feu , le congrès
, &c. &c. Nous avons eu le fort de tous les
peuples qui fe font policés à la longue . M. Garat
auroit mieux fait d'examiner fous fon vrai point de
vue la Loi des douze Tables , il auroit trouvé les
réglemens les plus fages pour le maintien des propriétés
, la forme & la jurifdiction des tribunaux ,
Ja police , les contrats , les fucceffions , les tutelles ,
le foin du culte , &c .; il auroit vu enfuite que les
Romains , dans les temps les plus policés , confervèrent
le plus grand refpect pour cette Loi ; qu'ils
la faifoient apprendre par coeur à ceux qui étudioient
la Jurifprudence; que Cicéron & Tite - Live , ne font
aucune difficulté de la mettre au-deffus de tous les
ouvrages des Philofophes ( *) , & malgré la multi-
* Fremant omnes licet, dicam quod fentio , Biblio216
MERCURE
plicité des Loix portées depuis elle , de la regarder
comme la fource la plus pure du droit , tant public
que particulier.
M. Garat traite avec la même légèreté toute la
suite de la légiflation Romaine. Ce peuple , occupé
de difcordes & de féditions , pouvoit- il faire de fages
réglemens , qui ne fe reffentiffent pas de l'état de trouble
& d'anarchie dans lequel il étoit continuellement ?
En étudiant l'Hiftoire , qui eft la meilleure clef de
la législation , on voit qu'à Rome , à la moindre
lueur du bien public , les partis les plus échauffés
oublioient leurs querelles ; que dans les temps heureux
de la république l'honneur & la gloire de l'état ,
ainfi que l'avantage des particuliers , furent toujours
l'objet principal des Romains. D'ailleurs , les efforts
que firent les deux ordres occupés à s'obſerver & à.
garantir leurs droits refpectifs , durent contribuer à
la fageffe de la légiſlation .
·
La partie qui concerne l'Edit du Prêteur
n'étoit peut être pas affez claire pour que M.
Garat fût en état de l'apprécier , il envifage le
Prêteur comme un Souverain qui foule aux pieds
les anciennes Loix , & qui ne fuit que fon caprice.
If eft bon de fixer les idées fur cet Edit , qui
a été la fource la plus féconde de la Jurifprudence
Romaine. La Loi des douze Tables , fèvère dans fes
principes , conciſe dans ſes exprffions , publiée dans
thecas me Hercule omnium Philofophorum unus
mihi videtur XII Tabular . Libellus , fi quis legum
fontes & capita viderit, & autoritatis pondere , &
utilitatis ubertate fuparare. Cic. de Orat. Lib. 1 ,
Cap. 44.
Nunc quoque in hoc immenfo aliarum fuper
alias acervatarum legum cumulo , fons omnis publici
privatique juris.
นา
DE FRANCE. 217
un temps où la pauvreté des Citoyens & leurs défintéreffement
occafionnoient peu de procès , laiffa
beaucoup à faire aux Magiftrats chargés de l'administration
de la Juftice , à mesure que le commerce ,
les richeffes , les conquêtes , multiplièrent les affaires.
Le Préteur crut qu'il étoit de fon devoir , en déterminant
le fens de la Loi , de l'étendre ou de la modifier
, d'adoucir fa féverité par des motifs d'équité
& de bien public , de tirer des conféquences d'un´
cas à un autre ; en un mot , d'en rendre l'application
plus utile. Ce fyftême , adopté par les premiers
Préteurs , parut fi fage que leurs fucceffeurs fe firent
un devoir de le fuivre ; & tous les ans l'Edit du
Prêtear , affiché en public , fe trouvoit enrichi de
nouvelles & de nouvelles vues découvertes . Il y eut
à la vérité , quelques abus ; mais ils furent réprimés
par de févères Loix , & cette Jurifprudence ( * ) con-"
tinua d'embraffer toutes les parties du droit Romain
jufqu'au temps d'Adrien , qui fit recueillir par le Jurifconfulte
Salvius Julianus , tous les Edits des Préteurs
, & en fit compofer un feul , qu'on appella
l'Edit perpétuel .
Voilà le prétendu tyran imaginé par M. Garat : le
reconnoîtrez -vous à ces traits , fur tout quand vous
vous rappellerez que le Préteur ne compofoit fon
Edit que d'après l'avis des plus habiles Jurifconfultes
, qui même lui fervoient de confeil & d'affeffeurs.
Après les Magiftrats tyrans , M. Garat introduit
des particuliers encore plus tyrans , à ce qu'il pré-
* Ed. quòd quifque juris in alterum ftatuerit
ut ipfe utatur.
Scun anni 585 , uti Prætores ex fuis perpetuis
_edictis jus dicerent .
Lex Cornelia anni 686 , in eumdem fenfum.
Nº. 31 , 30 Juillet 1785 .
K
218 MERCURE
tend , puifque fans aucune autorité , au moins afparente
, ils ufurpent le pouvoir législatif fur la
Loi , & le Magiftrat lui - même . Ces hommes , qui
paroiffent au déclin de la république , & qui fe multiplient
fingulièrement fous les Empereurs , font les .
Jurifconfules appelés Prudentes , qui ne font point
Juges , & jugent les procès , ne font point Légiflateurs
, & font les Loix . J'avoue que je n'entends pas
trop ce que veut dire M. Garat. Ne confondroit il
pas ici deux chefes très- diftinctes dans le Droit Roinain
, les Prudentes , Auteurs de l'eſpèce de Droit
appelée Interpretatio Prudentum ; & les Prudentes ,
de qui font émauées les réponfes des Jurifconfultes ,
Refponfa Prudentum ? Les premiers n'eurent d'autre
autorité que celle que donne la fcience & la raison.
C'étoit des Jurifconfultes qui , dans les fréquentes
Conférences qu'ils avoient entre eux , déterminoient
le fens de la Loi , & enfeignoient au peuple la manière
dont elle devoit être mile à exécution . L'interprétation
qu'ils donnèrent à plufieurs articles de la Loi
des douze Tables , acquit la même force que la Loi ,
dont elle fut cenfée faire partie , & ce fut l'opinion ,
ou plutôt l'utilité publique qui confacra ce Droit ,
appelé aufi difputatio Fori , Mores , Jus Moribus.
receptum .
Les prétendus tyfans ne peuvent donc être que
les Jurifconfultes auxquels Augufte attribua une
nouvelle prérogative. Ce Prince , qui vouloit affoiblir
les anciennes Loix , & fur - tout l'efprit républicain , fi
contraire au gouvernement qu'il avoit établi , n'imagina
pas de plus sûr moyen , que de fe rendre maître
de l'interprétation de ces mêmes Loix , en n'accordant
le droit de donner des confultations qu'à des Jurifconfultes
affidés , & écartant ceux qui feroient imbus
des anciennes maximes . Il fut même plus loin ; car on
prétend qu'il aftreignit les Juges à fe conformer à ces
opinions , & que , par là , il porta une atteinte conDE
FRANCE. 219
fidérable à la Jurifdiction du Préteur. Quelques
Savans , cependant , entr'autres M. Pothier, d'après
Godefroy , prétendent que ces confultations , quoiqu'émanées
de gens à qui feuls les Empereurs avoient
attribué le droit d'en donner , n'eurent jamais d'autorité
pour aftreindre les Juges , & que le Paragraphe
8 , au deuxième Titre du Livre premier des
Inftitutes de Juftinien , doit s'entendre de la conftitution
de Théodofe le jeune , qui avoit attribué
force de Loi aux écrits de certains Jurifconfultes.
Quoi qu'il en foit , on ne peut pas dire que ces Jurifconfultes
, dont la prérogative même ne dura que
jufqu'à A rien , ufurpèrent le pouvoir législatiffur
la Loi & fur le Magiftrat lui - même ; ils ne faifoient
qu'obéir aux Pri ces qui vouloient fe fervir d'eux
pour affermir leur puiffance ; ces moyens de politique
étoient ce que Tacite appelle inftrumenta Imperii.
En étudiant auffi peu les objets qu'il critique ,
M. Girat a l'art de ne fe point faire entendre ; on
voit feulement qu'il a de l'humeur contre la légiflation
& le gouvernement des Romains ; mais
l'humeur de M. Garat ne forme pas une autorité.
Ce fut auffi fous le règne d'Augufte qu'on vit
naître les différentes fectes des Jurifconfultes , dont
le choc & les difputes animèrent l'étude de la Jurif
prudence , en y portant ce feu & cette émulation
fi néceffaires au progrès des fciences . M. Garat
leur reproche d'y avoir porté le goût de la difpute qu'ils
avoient pris au Lycée & à l'Académie , ou plutôt
d'avoir appliqué la Philofophie à la Jurifprudence ;
j'aurois cru , au contraire , que la Jurifprudence ne
pouvoit que gagner à être éclairée par le flambeau
de la Philofophie , dont l'étude forme le raiſonnement
, apprend à tirer des conféquences
donne du relief à toutes les autres connoiffances.
De la Légiflation Républicaine , M. Garat paffe à
celle des Empereurs : ce ne font plus que des tyrans
> &
Kij
220 MERCURE
qui portent des Loix , auffi font- elles dictées par l'efprit
du defpotifme , enveloppées de myſtères impénétrables.
Pendant fix ou fept cent ans , depuis Cefar
jufqu'à Juftinien , qui font ceux qui donnent des Loix
du monde? Pour un Trajan & un Marc- Aurèle ,je
vois vingt Néron & vingt Commodes ; je vois que
le plus grand nombre des Loix a été fait par les
tyrans qui ont le plus deshonoré & affligé la nature
humaine.
Il eft vrai que dans la fucceffion des Empereurs depuis
Jules -Céfar jufqu'à Juftinien , on trouve des
monftres , des tyrans ; mais les Loix que nous avons ,
font- elles de ces monftres , de ces tyrans , portentelles
l'empreinte de leurs cruautés & de leurs fureurs ?
Celles qui nous reftent dans le Digefte , & qui font
émanées directemenr des Empereursjufqu'à Adrien ,
ou indirectement fous le nom de Senatus Confultes ,
portent pour la plupart les caractères de la plus grande
fageffe. Depuis Adrien , qui le premier commença à
négliger la méthode employée par fes prédéceffeurs ,
de laiffer au Sénat une ombre de Légiſlation , en faifant
paffer les Loix par fon canal , les Empereurs
manifeftèrent plus fouvent leur volonté par des
Décrets , des Edits , des Refcrits . Ces Loix forment
le Code de Juftinien . Elles font pour la plus grande
partie d'Antonin , de Marc-Aurèle , de Septime-
Sévère , d'Alexandre-Sévère , d'Adrien , d'Aurélien ,
de Probus , de Dioclétien , dont la mémoire , odieuſe
à la vérité au Chriftianifme , eft chère à la Jurifprudence
, par la fageffe des Loix publiées fous fon
règne. Ajoutez- y Conftantin , Julien , Valentinien
Théodofe le Grand , Théodofe le jeune , Martien ,
Léon, Anaftafe , Juftin ; fi ces Princes, loin de déshonorer
l'Empire , en ont foutenu la gloire par leurs
vertus & leur courage , c'eſt au moins une préfomption
en faveur des Loix qu'ils ont portées.
Mais ces Lois font perpétuellement en contradicDE
FRANCE. 221
tion ; elles offrent à la fois les maximes du Chriftiá-
» nifme & les maximes du Paganime . A côté des
» Loix faites pour encourager les mariages , pour
les multiplier , on rencontre des Loix qui honorent
& récompenfent le célibat , qui parlent des
» fecondes noces avec horreur ; des Légiflateurs
traitent les bâtards comme les enfans de la Patrie ;
» d'autres ne voyent en eux que les enfans du vice ,
» & daignent à peine leur accorder des alimens .
» Conftantin affure que les bâtards adultérins ne
font pas des enfans naturels , & conclud de - là
» que la nature même ne leur doit rien . »
Par les Loix qui honorent & récompenfent le
célibat , M. Garat veut apparemment parler de
celles qui concernent le célibat des Prêtres . Je ne
vois pas qu'elles foient en contradiction avec celles
qui favorisent le mariage. Les Empereurs , en recevant
la Religion Chrétienne dans leurs Etats , admirent
les règles de difcipline établies parles Conciles ,
& les fcellèrent du fceau de leur autorité. Ces Loix
permettoient à un homme marié d'afpirer aux Ordres
, & lui défendoient même de fe féparer de fa
femme ; mais un célibataire une fois engagé dans
le Ministère facré , ne pouvoit plus , dans l'Eglife
Orientale , contracter de mariage ; on préfumoit
alors que par un abandon volontaire , il s'étoit
affranchi de tout ce qui pouvoit le détourner des
foins attachés à fon nouvel état. Adopter des réglement
de difcipline propres à rendre plus refpectable
une Religion fondée fur la pratique la plus
accomplie des vertus morales , ce n'est pas contredire
les Loix faites pour encourager le mariage. "
Elles parlent avec horreur des fecondes noces.
Voici en quoi confifte cette horreur. 19. Elles notoient
d'infamie les femmes qui fe remarioient dans
l'année du deuil , propter turbationem fanguinis ;
précaution fage & décente. 29. Elles étoient atten-
Kiij
222 MERCURE
1
tives à garantir les enfans du premier lit des incon
véniens qui pouvoient réfulter pour eux d'un fecond
mariage ( Leg. 6. Cod. de fecund. nuptiis ) , en obligeant
leurs pères & mères , à ne pas donner à un
fecond mari ou à une feconde femme , une plus
grande portion de leurs biens propres que celle du
moins prenant de leurs enfans. Cet article a paru fi
fage au fameux Chancelier de l'Hôpital , qui connoiffoit
mieux les Loix Romaines que M. Garat ,
qu'il l'a adapté à notre Droit François , & en a com-.
Fofé l'Edit des fecondes noces.
A l'égard des bâtards , ( L. 8. Cod. de natur. liberis.
lex. 2. eod. ) M. Garat a confondu les enfans
naturels avec les bâtards inceftueux & adultérins :
la Loi traitoit favorablement les enfans naturels , &
permettoit au père de leur laiffer par teftament , & à
défaut d'enfans légitimes , la moitié de fes biens , &
une moindre partie , s'il y avoit des enfans légitimes ;
mais elle avoir en horreur les fruits d'un amour
inceftueux & criminel elle les traitoit comme s'ils
n'avoient jamais dû naître ; cette sévérité étoit
peut être un peu outrée , mais elle n'embrasfoit pas
tous les bâtards . M. Garat l'attribue à Conſtantin ,
elle eft d'une époque plus récente ; elle est tirée des.
Novelles de Juftinien , ( Auth . cx complexu Cod. de
inc. & inut. nuptiis . )
Nous arrivons enfin au règne de Juftinien. Tous
les peuples fatigués de l'incertitude & de la contradiction
des Loix fous lefquelles ils vivent , demandent
une Légiflation plus fimple , & des Loix qu'ils
puiffent comprendre. Comment , en puifant dans une
fource auffi impure qu'étoit la Légiflation Romaine,
le mari de l'impudique Théodora , le protecteur de
l'infâme Tribonien , ce Prince foible , pufillanime ,
cruel , pourra-t-il répondre à l'attente de l'Univers ?
Vous prévoyez d'avance le jugement que nous promet
ce début. Examinons cependant ſi Juſtinien &
DE FRANCE. 223
la compilation des Loix faites par fes ordres , font
auffi méprifables qu'ou veut nous le faire entendre ..
Juftinien , en prenant les rênes de l'Empire , voit
qu'il eft déchu de fon ancienne fplendeur ; que fes
armes font fans force & fans vigueur ; que les plus
belles Provinces font envahies ; que l'Italie , l'ancien
patrimoine du peuple Romain , & Rome même
font fous le joug des Barbarcs : il crée des armées
forme des Généraux . Bélifaire & Narsès abattent
l'orgueil des Perfes , chaffent les Vandales de l'Afrique
, les Gots de l'Italie ; Rome reconnoît fes anciens
maîtres . Tels font les traits brillans de fon
règne au -dehors ; mais perfuadé qu'il eft encore
plus glorieux pour un Prince de régler fes Etats
de bonnes Loix , que d'en reculer les limites , par il
avoit , en montant fur le Trône , conçu un projet
formé avant lui par plufieurs grands Princes , entr'autres
par Jules-Cefar & Théodofe- le- Grand , de
réduire en un feul corps toute la Légiflation Romaine
; en conféquence , il appelle auprès delu , des
différentes parties de l'Empire , les plus habiles Jurif
confultes ; il met à leur têre Tribonien , que de vaftes
connoiffances , & fur- tout une érule profonde des
Loix, rendoient digne de cette confiance. Le tumulte
des armes ne le détourne pas d'une fi vafte entreprife
il embraffe à la fois les foins de la guerre
ceux de la paix. Sa première attention eft de faire
recueillir les Ordonnances Impériales qui renfermoient
le Droit nouveau , en fupprimant celles qui
font ou contradictoires ou hors d'ufage. Animé par
le fuccès de ce premier travail , il ordonne un ou
vrage plus étendu & plus difficile , c'eft de raffembler
les monumens de l'ancienne Jurifprudence , &
les décifions qui en contiennent l'efprit. Les coopérateurs
qu'il a choifis font chargés de rechercher
& de mettre en ordre ce qu'il y a de plus utile dans
les livres des plus fameux Jurifconfultes ; il leur rei
&
Kiv
224
MERCURE
commande dans le choix qu'ils feront , de n'avoir
égard ni au nom , ni à la réputation , mais feulement
à la fageffe & à l'équité des décisions . Avant
de publier cette collection précieuſe , il croit néceſfaire
de la faire précéder par des élémens fimples ,
précis , où les principes clairement expofés , dégagés.
d'érudition , & plus conformes au nouvel état de la
Jurifprudence, offrent à la jeuneffe des réſultats plus
fatisfaifans & plus faciles à faifir. Ces deux ouvrages ,
que le Code avoit précédé de quelques années ,
paroiffent en 533 , au moment où l'Empire , couvert
de gloire par la défaite des Vandales , commence à
goûter les douceurs de la paix , & ils en font l'ornement.
Les travaux entrepris avoient fait découvrir
dans le Code des omiffions & des imperfections ;
on fe hâte de les corriger, & il reparoît en 534 tel
que nous l'avons aujourd'hui . A ces trois parties , on
joignit depuis une quatrième , compofée des Loix
publiées par Juftinien depuis la dernière édition du
Code , & qu'on appelle pour cette raifon Novelles.
TI cft aifé de voir que toutes ces parties devoient
être diftinctes & féparées , & qu'il ne falloit pas que
les principes faffent confondus avec la nouvelle ou
l'ancienne Jurifprudence.
Voilà Juftinien tel que nous le repréſente l'Hiftoire
, ou plutôt fes travaux politiques & guerriers.
M. Garat n'a voulu l'étudier que dans l'ouvrage de
Procope , intitulé Anecdotes , où il ravale ce Prince
au-deffous de la condition humaine , tandis que dans
fon Hiftoire de la guerre contre les Goths , les
Perfes , les Vandales , il l'élève jufqu'aux cieux.
Quel fond peut- on faire fur un Ecrivain qui fouffle
à la fois le froid & te chaud ? Sans doute Juftinien
avoit des défauts , peut- être même ont ils influé fur
la collection du Droit , dans laquelle j'avoue qu'il fe
trouve des imperfections confidérables ; mais avec
toutes ces fautes , je foutiendrai qu'elle est un des
DE FRANCE. 225
1
monumens le plus précieux qui nous refte de l'antiquité
, qu'elle eft la fource de la plus pure & de la
plus faine légiflation . ( Argou , Hift . du Droit Franç.
pag. 70.) On trouver un livre dans lequel les principes
de la Jurifprudence foient plus clairement érablis
, non - feulement pour le droit particulier des
Romains , mais encore pour les droits qui font
communs à toutes les Nations ? Eft- ce dans nos
coutumes , dans ces ufages fi variés , fi différens les
uns des autres , qu'on trouve des règles fixes & certaines
? Pourquoi les Peuples , d'un commun accord ,
ont-ils toujours rendu à ces Loix un hommage conf
tant , & en ont-ils fait , pour la plupart , le fondement
de leur légiflation ? C'eft que le befoin des vrais
principes fe fait toujours fentir , & que le flambeau.
de la raifon ne peut jamais , s'éteindre. Je ne croirai
jamais qu'une colleétion , confacrée par l'admiration
de douze fiecles , les hommages des Magiftrats
les plus favans & les plus vertueux , foit digne
du mépris auquel M. Garat la dévoue ; il me
permettra de m'en rapporter , non à fon opinion ,
mais à celle des Chanceliers Lhôpital & d'Agueffeau ,
des Argou , Domat , Pothier , de nombre de Magiftrats
éclairés , qui ont été révoltés de fa diatribe.
* Les Avocats , dit M. Garat , dans le compte
qu'il rend du Difcours de Réception de M. Target
à l'Académie Françoife , ( Mercure , Samedi 28 Mai
1785 ) ne citeront plus Domat , mais d'Agueffeau ,
Lhôpital.
M. Garat ne prend peut être pas trop garde à ce
qu'il dit ; Ihôpital & d'Agueffeau avoient étudié
fes Loix Romaines , & les favoient parfaitement.
Citer ces Grands Hommes , c'eft rendre hommage
aux fources dans lefquelles ils ont puifé eux -mêmes.
M. Target , qui réunit toutes les connoiffances qui
forment l'Avocat , ne les a sûrement pas négligées.
K v
226 MERCURE
Les Loix Romaines , felon M. Garat , ont éé
chailées par les Anglois de leurs tribunaux. C'eft
ainfi qu'il effaie d'oppofer au refpect que nous
avons pour ces Loix , l'exil auquel il fuppofe qu'un
peuple , qu'il croit fans doute toujours conduit par
la raifon , & que l'illuftre Montefquicu , ( Liv. 19 ,
Chap. 2.) confidéroit comme plus aifément conduit
par fes paflions , les a condamnées ; mais heureufement
la Nation qu'il nous invite à imiter , partage
avec nous le culte religieux que nous rendons à
la légiflation Romaine.
Que l'on confulte Arthurduk , profond légifte
Anglois , qui a publié , au commencement du dixfeptième
fiècle , fon traité fi univerfellement eftimé :
De ufu & authoritate juris civilis in Dominiis
principum Chriftianorum ; on y verra , Liv. 2 , Chap.
8 , que l'étude du Droit civil a toujours été très floriffante
dans les univerfités de fa patrie ; que fi , d'un
côté , les coutumes nées en Angleterre y font feules
fuivies par les Juges du Banc Royal & de la Cour
des Communs-Plaids , les Loix Romaines font ,
autre côté , d'un fréquent ufage dans les tribunaux
de la grande Chancellerie , des gens de guerre , de
l'Amitauté , du Clergé , & dans les Académies d'Oxfort
& de Cambridge , qui ont le droit de juger
les actions perfonnelles de ceux qui en dépendent
.
d'un
Difons plus dans les fièges même où les ufages
Anglois règlent les jugemens , on ne peut inftruire
avec fuccès les caufes , fans connoître les recueils
qui ont confervé jufqu'à préfent ces ufages dans leur
pureté originelle ; or , dans ces recueils , tels que
ceux de Littleton , de Glandville , de Britton , de
Ce n'eft pas en jetant du ridicule fur les Loix Romaines
qu'il s'eft frayé le Chemin de l'Académie.
DE FRANCE. 227
Bracton , de Hornes , de la. Flete , de Cowel , les
matières font divifées comme dans les inftitutes de
Juftinien , & c'eft fouvent d'après leurs difpofitions
qu'elles y font décidées.
On peut
fur ce point
recourir
au texte
de ces divers
ouvrages
, que le favant
M. Houart
, de l'Académie
des Infcriptions
& Belles
Lettres
, a publié
depuis
1766.
En voilà , je crois , affez pour prouver que le
Droit Romain n'eft point banni de la grande Bretagne
qu'au contraire il y eft enfeigné & refpecté.
J'obferverai en finiffant que M. Garat , quoiqu'il
en dife , n'a pas fuivi , l'Histoire à la
main , les Loix Romaines dans les diverfès révolutions
qu'elles ont éprouvées depuis leur origine
; qu'il a trop obéi à fon penchant d'outrer
ce qu'il fent , & de prendre l'exagération pour la
force ; qu'il a jugé les Loix Romaines , & ne les
a point lues ; que s'il les avoit lues avec toutes les
forces de fon attention , il n'y auroit trouvé rien de
mystérieux , & que la fageffe de ces Loix s'infinuant
doucement dans fon efprit , en auroit diffipé les
doutes, &fait taire les orages.
K vj -
228
MERCURE
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
la ON a donné le Mardi 19 de ce mois ,
première repréſentation de la repriſe des
Danuïdes , Opéra en cinq Actes , paroles
de M. *** , mufique de M. Saliéri.
Les obfervations très - détaillées que nous
avons faites fur cet Ouvrage , lorſque nous
l'avons annoncé dans le Mercure en 1784 ,
nous difpenfent d'entrer de nouveau dans
aucun détail fur les beautés & les défauts
que nous y trouvons. L'effet des deux premières
repréſentations de cette repriſe a été
à peu- près le même que dans la nouveauté.
On n'a pas trouvé que l'intérêt de l'action
répondît à celui qu'annonçoit un fujet auffi
terrible ; & plufieurs fituations qui fembloient
devoir produire l'effet le plus tragique , n'en
produifent qu'un très- médiocre ; foit qu'elles
ne foient ni affez préparées ni affez motivées
; foit que l'invraisemblance du fujet ou
quelque vice d'exécution en affoibliffe l'intérêt
. Telles font la Scène du deuxième Acte ,
où Danaüs , révélant fon projet de vengeance
à fes filles , les arme chacune d'un poignard
qu'elles prennent fur l'autel de Némefis
; celle d'Hypermneftre , entre Danaus
DE FRANCE. 229
& Lincée , au troiſième Acte , n'oſant révéler
ce funefte fecret à fon ainant , crainte
d'expofer la vie de fon père , & tremblant
pour la vie de fon amant , en ne le lui révélant
pas ; enfin la Scène pantomime des Danaïdes
, armées de thirfes , de poignards
& de tambours de bafques , transportées
d'ivrefle & de fureur , venant célébrer , par
des chants & des danes , l'horrible vengeance
qu'elles viennent d'exercer. L'idée
feule de ces tableaux frappe vivement l'imagination
; mais exécutés au Théâtre , ils ne
laiffent que des émotions fort au -deffous de
celles qu'on s'attend à éprouver.
La mufique eft pleine de grandes & vraies
beautés , dont la plupart ont été fort applaudies
; mais dont quelques - unes demandent ,
peut- être pour être fenties , des efprits plus
attentifs , & des oreilles plus exercées qu'on
n'a droit de l'attendre d'un grand nombre de
Spectateurs , que l'habitude , le défoeuvrément
, le befoin de diffipation amènent à nos
Théâtres , & qui ne fongent guères à raifonner
leurs fenfations & leurs plaifirs .
Les airs paffionnés y ont toujours de l'expreffion
, & l'expreflion propre du fentiment
qu'il faut rendre ; il n'y a pas un choeur
qui n'ait auffi la couleur qu'exige la fituation
& les paroles ; & quelques - uns joignent le
plus beau chant à l'harmonie la plus agréable
& la plus brillante. Les airs de danfe font
prefque tous charmans ; enfin , ce qui nous
paroit en général diftinguer cette mufique ,
230
MERCURE
c'eft la verve & la chaleur dans la compofition,
l'abondance des idées ; la vérité des expreffions
& le bel accord de l'orchestre avec le
chant ; mais ce qu'on y defire , c'eſt un récitatif
d'une marche plus facile & plus analogue
à notre langue ; plus de repos dans
l'orchestre , & fur -tout dc ces airs d'une
mélodie plus douce & plus floide , fi nous
ofons nous exprimer ainfi , d'une forme plus
régulière & d'un mouvement plus uniforme ,
qui tiennent plus au goût qu'au génie , mais
que l'oreille faifit & retient ailément , &
qui ont un charme qui ne demande ni attention
ni réflexion pour être goûtés par tout
le monde.
Tous les rôles , à l'exception de celui
d'Hypermneftre , ont été joués par les Acteurs
qui en ont été chargés dans la nouveauté
; & nous n'avons pas befoin de dire
que le fieur Larrivée , dans celui de Danaus ,
& le fieur Laînez , dans celui de Lincée , y
on mis toute l'intelligence & la chaleur
dont ils étoient fufceptibles.
>
Mlle Dozon , dans celui d'Hypermneftre
a ajouté encore à l'opinion qu'on
avoit déjà de fon rare talent par la vérité ,
la chaleur & l'intérêt qu'elle a mis dans
fon jeu & dans fon chanr . Nous l'invitons
encore à modérer fon action , & à évirer
davantage ces éclats & ces efforts de la
voix , dont la véritable expreffion du chant
a rarement befoin , & qui fatigueroient fon
organe brillant & pur qu'il eft fi important
DE FRANCE. 231
de ménager. Toutes les danfes font conçues
dans l'efprit du fujet & très - bien exéçutées.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LORSQUE
LORSQUE nous avons rendu compte du
Jaloux de M. Rochon de Chabannes , nous
avons eu occafion de rappeler au fouvenir
des Amateurs du Théâtre , le Jaloux fans
amour de M. Imbert , & nous avons regretté
que cet Ouvrage eftimable , dont on avoit
porté, lors de fes premières repréfentations ,
un jugement plus remarquable encore par
fon injuftice que par fa rigueur , n'eût pas
été remis fous les yeux du Public. Nous ignorions
alors que la Comédie Françoife s'occupât
du foin de reprendre cette Pièce , &
de mettre l'Auteur en état d'appeler , pour
ainsi dire , à Philippo ebrio , ad Philippum
fanum. La repriſe qu'on en a faite , le Mercredi
o de ce mois , nous a convaincus que
nous n'avions pas pris du mérite de cet Ouvrage
une opinion exagérée , & que , dégagé
de quelques longueurs , comme à l'aide de
quelques changemens , il étoit digne de
plaire , & de trouver dans le Répertoire du
Théâtre de la Nation une place fort diftinguée.
Il a en effet été vivement applaudi ;
les fuffrages les plus flatteurs , c'eft - à - dire ,
ceux que l'on pourroit appeler fuffrages d'ef232
MERCURE
time , le font tous réunis en fa faveur. Les
deux articles que nous avons contacrés dans
ce Journal à la Comédie de M. Imbert ,
vers le commencement de 1781 , nous difpenfent
d'en donner ici une analyfe détaillée ;
mais nous devons compte à nos Lecteurs des
refforts qui viennent de motiver le fuccès
de fa remife. C'eft de quoi nous allons nous
Occuper.
Le caractère du Jaloux fans amour n'eft
pas du nombre de ceux qui fe fuffifent à
eux-mêmes , & qui peuvent feuls foutenir
l'intérêt & la gaité dans le long cours de
cinq Actes ; il ne préfente point , comme
celui du Jaloux amoureux , ces fortes nuances
de ridicule , de déraifon & de fenfibilité
qui , le plaçant dans une fluctuation continuelle
de fentimens , en forment un perfonnage
toujours dramatique , & tendant
toujours à l'effet. Le malheureux dont la
jalousie n'a d'autre motif que la vanité , doit
par fois devenir , même à la Scène , un perfonnage
trifte ; & il faut beaucoup d'adreffe
pour l'empêcher de devenir odieux . M. Imbert
a fenti cette diftinction & ces difficultés.
Il nous a peint M. d'Orfon fous les traits
d'un homme qui a de la fenfibilité dans
l'âme , mais dont le torrent de l'exemple a
égaré l'efprit ; qui , entraîné par le goût
trop commun des plaifirs honteux qu'on a
fi fouvent la fottife d'acheter , a perdu celui
des plaifirs purs & vrais que l'on trouve
dans le fein d'un hymen heureux , fans renonDF
FRANCE. 233
cer pour cela au droit tyrannique & ridicule
d'être jaloux de l'épouſe qu'il délaiſſe . A côté
de ce perfonnage il a placé une femme tendre
, vertueufe , indulgente , affez courageufe
non feulement pour fouffrir fans fe plaindre
, mais encore pour diflimuler les torts
de fon époux ; enfin , douée de toutes les
vertus & de tous les charmes capables de
ramener un coeur qui n'eft pas encore abfolument
gâté par le vice . L'etabliffement de
ces deux caractères atténue d'une pait l'effet
trop affligeant que pourroit produire le Jaloux
fans amour , & de l'autre motive fon
retour vers la femte. Quant au comique de
l'Ouvrage , il reffort principalement d'un
certain Marquis de Rainville , homme de
foixante ans , oncle de M. d'Orſon , grand
parleur , ayant de la prétention à l'efprit
s'applaudiffant en fecret de tout ce qu'il
fait , de tout ce qu'il dit , de tout ce qu'il entreprend
, affectant fans ceffe une modeſtie
dont il est très - éloigné ; d'ailleurs bon humain
, obligeant & généreux . C'eft ce Marquis
de Rainville qui a marié M. & Mme
d'Orfon : lui feul , par une fuite de la bonne
opinion qu'il a de la jufteffe de fon coupd'oeil
, ne voit point les écarts de fon neveu ,
il s'obftine à le croire tendre , fidèle : il s'y
obftine fi bien , qu'il rit à l'excès des ditcours
publics auxquels donne lieu la conduite
de M. d'Orfon ; qu'en préfence de fa femme
même il plaifante avec lui de ces difcours
dont il fait le récit , & met aiufi , fans
234
MERCURE
le favoir , les deux époux dans une fituation
très- pénible , mais dramatique & très piquante.
Le caractère noble , ferme & raifon
nable du Chevalier d'Elcourt , ami de M.
d'Orfon , & amant d'une foeur de celui - ci ,
contrafte bien avec celui du vieux Marquis.
Touché du malheur de Mme d'Orlon , rougillant
de la foibleffe de fon ami , il met
tout en oeuvre pour lui defiller les yeux ; &
en feignant de mettre un très haut prix
aux faveurs de la Phryné qui a féduit
d'Orfon , il vient enfin à bout de lui faire
connoître combien fon erreur étoit honteufe
& coupable. C'eft par ces moyens
réunis que nous citons de préférence à quelques
autres , que M. Imbert a fuppléé au
comique & à l'intérêt dont fon principal
caractère ne paroiffoit pas fufceptible . Ce
n'eft pas que celui ci re foit quelquefois
placé dans des pofitions fort attachantes ; au
contraire les Amateurs ont diftingué la
Scène du quatrième Acte , où M. d'Orfon
partagé entre la jaloufie que lui infpire fa
femme & celle que lui donne fa maîtreffe ,
fe trouve dans la perplexité la plus fâcheufe
que puiffe rencontrer un homme orgueilleux
& vain . Le ftyle eft facile , naturel &
fin ; il eft rempli de détails brillans , de penfées
agréables & ingénieufes ; mais nous
croyons qu'il pourroit être plus concis &
plus ferré. Nous fommes tentés de croire
que les vers libres peuvent donner au langage
de la Comédie une abondance , une
DE FRANCE. 235
,
vérité , une aifance qui le rapprochent de
celui de la converfation familière ; mais
qu'ils lui donnent auffi quelquefois de la
prolixité. Cette prolixité détruit ou au
moins diminue l'effet de certaines tirades ,
elle retarde le mot qu'on attend , qu'on devine
fouvent , elle en ternit la fraîcheur &
en affoiblit la grâce. L'Amphitrion de Molière
nous paroît la feule Comédie du
Théâtre François où l'emploi des vers libres
ne laiffe rien à defirer quant à l'enchaînement
des idées & à la manière de les exprimer
; car nous ne voulons point parler
des rimes fauffes , foibles ou trop négligemment
rapprochées qu'on y rencontre . Au
refte , c'eft une obfervation que nous foumettons
au goût & à la fagacité de M.
Imbert.
Les rôles de cette Comédie font très -bien
rendus. Les principaux font entre les mains
de MM. Molė , Fleury , Vanhove & de Mile
Contat. Le premier , après s'être fait infiniment
d'honneur dans le Jaloux de M. Rochon
, vient de prouver dans celui de M.
Imbert avec quel art & quelle fineffe il fait
diftinguer les caractères & divifer leurs
nuances . M. Fleury eft décent , noble , ſenfible
dans le rôle du Chevalier d'Elcount. Le
Marquis de Rainville eft agréablement joué
par M. Vanhove ; cet Acteur a bien faifi la
gaîté indifcrette , la feinte modeftie de ce
perfonnage , & fon faux defintéreffement
fur la louange. Quant à Mlle Contat , le
236 1 MERCURE
7
talent qu'elle déploye dans le rôle de
Mme d'Orion , annonce qu'elle travaille
tous les jours à mériter de nouveaux fuffrages
, & pour embellir fa réputation . Son
jeu a non- feulement de l'efprit , de l'intelligence
, de la fenfibilité , mais encore de
la profondeur. On ne peut pas douter qu'en
continuant de perfectionner ainfi fes talens ,
déjà fi juftement eftimés , cette Actrice ne
voie un jour fon nom placé au rang de ceux
des Actrices les plus célèbres de notre Théâtre
National.
Il y a trois rôles moins étendus , qui font
agréablement joués par M. Dazincourt ,
Mlle Olivier & Mile Joly.
ANNONCES ET NOTICES.
ONN mettra en vente le Lundi premier Août 1785 ,
la Quatorzième Livraifon de l'Encyclopédie . Cette
Livraison eft compofée du Tome premier , deuxième
Partie de la Botanique , imprimé chez M. Gueffier ;
du Tome premier , deuxième Partie de l'Art Militaire
, imprimé chez M. Nyon ; du Tome cinquième ,
première Partie de la Jurifprudence , imprimé chez
M. Stoupe ; du Tome deuxième , deuxième Partie
de la Grammaire & Littérature , imprimé chez
M. Demonville.
La partie de la Botanique , imprimée il y a plus de
fix mois , pouvoit paroître avec la Treizième Livraifon
; nous en avons prévenu le Public dans le temps ,
parce que cette Partic contient nombre de découvertes
nouvelles , & qu'il importoit de fixer la date
DE FRANCE: 237
de l'impreffion , afin de laiffer à l'Auteur ( M. le Chevalier
de la Marck ) tout l'honneur du plus grand
travail qui ait jamais été entrepris en Botanique . On
a mis à la fin de ce Volume une Table des noms
latins des genres de plantes qu'il renferme.
La partie de l'Art Militaire eft de M. le Chevalier
de Kéralio , de l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres , & il nous a chargé d'annoncer que M. le
Chevalier de Ceffac , Capitaine au Régiment Dau
phin , Infanterie , a donné , dans la Partie précédente
& dans celle- ci , plufieurs articles très-bien faits &
très- intéreffans pour les Militaires , dont les principaux
font , Avancement , Baïonnette , Brigadier ,
Carabiniers , Caffe , Chauffure , Congé , &c. Ce Militaire
, auffi laborieux qu'inftruit & éclairé , contitinuera
de donner dans le Volume fuivant , tout ce
qui concerne les détails intérieurs des Troupes , &
la Fortification de Campagne,
M. Groffier , Chirurgien - Major du même Régiment
, a donné l'article Chirurgien - Major , dans
lequel on trouvera tout ce qui concerne les devoirs
de cet emploi fi intéreffant pour tout les Corps Militaires
, & des vûes nouvelles pour en augmenter
l'utilité. L'article Hôpital fera fait par le même
Auteur.
On vient de mettre fous Preffe les Antiquités ,
dont feu M. de Gébelin s'étoit chargé , & que M. de
Mongez , Chanoine Régulier de Sainte Geneviève ,
a remplacé. Le premier Volume paroîtra à la fin de
cette année. On a mis auffi fous Preffe la partie de l'Équitation
, de l'Efcrime & de la Danfe , par M. de
Kéralio , parties qui ont été oubliées dans le Profpectus
, ainfi que l'Architecture. Nous espérons pouvoir
donner à la fin de cette année , d'après les affumêmes
rances que les Auteurs nous en ont eux
données , les Beaux - Arts , par M. Vatelet , Receveur-
Général des Finances ; & la Chimie , la Pharmacie &
238
MERCURE
la Métallurgie , par MM. de Morveau , Maret &
Duhamel. Ces Volumes font fous Preffe depuis longtemps
chez MM. Balard & Prault.
Plufieurs grandes Parties font auffi ſous preffe
depuis même plufieurs années , comme la Théologie
, &c. Mais quelques - unes de ces Parties ne paroîtront
que toutes à - la- fois , parce que plufieurs
de leurs Auteurs l'ont defiré , & que d'ailleurs l'importance
& la liaiſon des matières l'exigent. Enfin ,
des vingt- fept grandes Parties dont l'Encyclopédie
eft compofée , il n'y en a que trois à quatre qui ne
foient pas fous preffe , & le Public Soufcripteur , qui
ne ceffe de s'inquiéter , doit être parfaitement tranquille
, parce que j'ai l'affurance la plus pofitive de
la part des Auteurs en retard , qu'ils s'occupent fans
relâche de la Partie dont ils ont bien voulu fe charger;
& que s'il y en a , comme la Médecine & fa
Chirurgie , qui ne font pas encore fous preffe , c'eft
que leurs Auteurs veulent leur donner toute la perfection
dont ces grandes & utiles connoiffances font
fufceptibles.
Le prix de cette quatorzième Livraiſon eft de
24 liv . broch. , & de 22 liv . en feuilles .
La foufcription de cette Encyclopédie eft tou
jours ouverte ; elle eft du prix de 751 liv.
On peut s'adreffer , pour foufcrire , hôtel de
Thou, rue des Poitevins , n °. 17 , & chez les Libraires
de France & Etrangers .
Paiemens faits par les Soufcripteurs jufqu'à ce jour.
La foufcription. • • 36 liv. Les treize premières Livraiſons , comprenant
26 Volumes , dont 4 de Planches, 338
La quatorzième Livraiſon .
En feuilles.
22
• 396
On paie la brochure féparément . Le port eft au
compte des Soufcripteurs.
DE FRANCE. 239
N. B. Comme le Vocabulaire indiquera l'ordre
des Volumes de cette Encyclopédie , en reprenant
tous les mots de chacune des parties qui la compofent
; & en y renvoyant , nous prévenons le Public
qu'il ne doit faire relier ces Volumes que lorfque
le Vocabulaire aura paru , finon il court le rifque
de perdre fon Exemplaire , ou du moins de ne
pouvoir pas en faire ufage : c'eft ce qui eft déjà arrivé
à plufieurs Soufcripteurs.
SUPPLEMENT au Répertoire univerfel & raifonné
de Jurifprudence Civile , Criminelle , Canonique
& Bénéficiale. A Paris , chez Viffe , rue de la
Harpe , près de la rue Serpente , & chez les princi-
Libraires des Provinces de France. paux
En publiant le Proſpectus de la nouvelle Édition
in-4 ° . du Répertoire de Jurifprudence , on a annoncé
que pour conferver à l'Édition in - 89 . toute
fon utilité , on réuniroit dans un Supplément les corrections
& les augmentations qui auroient été faites
à la nouvelle Édition . On va remplir cette promeffe.
Les comparaifons qu'on eft en état de faire de ces
deux Éditions , rendront témoignage du foin avec
lequel on a travaillé à ces corrections & augmentations.
Non-feulement elles font effentielles , mais
elles font auffi très - conſidérables , car elles s'étendront
au moins à douze Volumes in- 8 ° . de plus de
cinq cent pages chacun. Tous ces Volumes feront
mis fous preffe le 15 Septembre prochain , & feront
livrés dans le courant de la préfente année 1785.
Par le moyen de ce Supplément , l'ancienne Édition
fera exactement conforme à la nouvelle .
Comme on ne prétend tirer de ce Supplément aucun
bénéfice , & qu'on veut feulement fe rembourfer
des frais & avances qu'il aura coûtés , on ne payera
pour chaque Volume qu'un prix modique de 3 liv.
240 MERCURE
12 fols, non compris la brochure, qui fera de 3 fols,
& la reliûre qui fera de 22 fols par Volume.
On conçoit que le Supplément dont il s'agit ne pouvant
convenir qu'aux Perſonnes qui ont l'Édition in-
8. à laquelle il eft adapté , ce feroit une dépenſe en
pure perte que d'en faire imprimer un plus grand
nombre d'Exemplaires que ceux qui auront été
demandés. On prévient par conféquent ceux qui voudront
fe procurer ce Supplément de faire remettre ,
avant le 15 Septembre , au Libraire un à compte de
30 liv. pour fubvenir aux frais les plus urgens de l'impreffion
, & ils payeront le reste du prix fixé en reti
rant l'Ouvrage,
L'Efprit des Ufages & Coutumes des différens -
Peuples , annoncé dans le précédent Mercure , fe
vend chez Laporte , Imprimeur- Libraire , rue des
Noyers. Prix , 9 liv. br,
TABLE.
VERS au Coufin Jacques , Eſſai Analytique de l'Air pur
Madrigal,
Epigramme ,
phe ,
193 & des differentes espèces
204
2c8
Charade, Enigme & Logogry Académie Roy . de Mufiq. 228
194 d'Air ,
ibid, Variété ,
195 Comédie Françoife ,
197
Euvres morales de Plutarque , Annonces & Notices ,
1
231
236
APPROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 31 Juillet . Je n'y al
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
le 30 Juillet 1785. GUIDI.
Nicole de Beauvais : 2 vol .
in- 12. br. 2 1. 8 f.
Novelle di Grazzini : tn-4 °.
grand pap. 18 l .
-Les mêmes ; in- 8 ° . tranche
dorée , 6 1 .
Payfanne parvenue : 4 volumes
iniz. petit pap. 81.
Voyages & Aventures de **
4 vol . in- 12. br. 8 1 .
ARRET S.
Edit du Roi , portant création
d'un Office de premier Huiffier-
Audiencier au grenier à fel du
château Portien ; donné à Verfailles
au mois d'Avril 1785 , re-
Philofophes aventuriers : 2 v.giftré en la Cour des Aides le
in- 12. br. 3 1 .
Plaifirde l'amour : 2 vol. in- 12 .
br. 2 liv . 8 f.
Recueil de contes : 2 volumes
in- 12. br. 3 .
Rendez vous du parc de Verfailles
, 2 vol. in- 12. br. 1 livre
10 fols.
11 Mai fuivant. A Paris , chez
Knapen & fils , Libr.- Imprimeurs
de la Cour des Aides , au bas du
pont S. Michel.
LIVRES ETRANGERS.
Camille , ou Lettres de deux
filles de ce fiècle , traduites de
l'anglois fur les originaux : 4
OEuvres de Mad. Riccoboni : vol. in 12. A Paris , chez De
20 part. en 9 vol . 30 l. lalain jeune , Libr. rue S. Jac
Aloyfe de Livaro , Enguer- ques, numéro 13 .
rand & Gertrude : 2 volumes br. De methodo futuram pontis ,
3 liv. lignei unico arcu conftaturi fir-
Roman bourgeois de Fare - mitatem inveftigandi : La manière
tière in-12 jolie édition , 6 liv.
-de Voltaire : 3 vol . in- 12 .
petit pag. br . 61.
- & autres Euvres de Bellegarde
: 14 vol . in- 12. 28.1.
& Comte de Voifenon :
I vol. in 12. br. 21. 8 f.
ر
de connoître la force d'un port .
de bois d'une feule aiche : 1780 ,
in-89. de 107 pag. A Bude.
Difcours couronné par la Société
royale des Arts & des
Sciences de Metz , fur les queftions
fuivantes , propofées pour
Ralile : 2 yol . in T2 3 1. fujets du prix de l'année 1784 :
Rouffeau , nouvelle Héloïfe 1 ° . Quelle eft l'origine de l'opi-
& aut, es ouvrages : 12 vol. in 4 ° .nion qui étend fur tous les indifg.
de Moreau , en feuilles ,
108 liv .
--Les mêmes : 24 vol. in- 8 ° .
72 liv.
-Les mêmes : 24 vol. in- 12. 42 liv.
Le Sylphe : 2 vol . in- 12 . br.
3 liv. 12 f.
Temple du bonheur : 4 vol. ^
in 12. To liv.
Triomphe de la nature : in- 12 .
br. 1 liv. 16 f.
Tyran le Blanc : 3 vol . in 12 .
br. 6 liv.
vidus d'une même famille , une
partie de la honte attachée aux
peines infamantes que fubit un
coupable . Ceite opinion eft.
elle plus nuifible qu'utile ? 3 "
Dans le cas où on fe décideroit
pour l'affirmative, quels feroient
les moyens de parer aux inconvériens
qui en réſultent ? Par
M. de Robespierre , Avocat en
Parlement : in- 8°. br. 1 1. 4 fols .
A Paris , chez J. G. Mérigo
jeune , Libr. quai des Auguſtins .
On fonferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIP
shez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi, me Sain -
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fois par année , avee
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix ek , pour , Paris
de trente livres , & pour la Province , port franc
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois d'Août
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreffess
& qu'ils n'éprouvent aucun retarddans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & quali
és d'a e écriture lifible , & affranchir les lettres ,
fansi elles neferont point reçues.
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 28. )
SAMEDI 9 JUILLET 1785.
A PAR I S.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
De l'Autorité de l'ufage fur
Je langue , Difcours lu dans la
féance publique de l'Académie
françoife , le 16 Juin 178 ;; par
M. Marmontel , Secrétaire per
pétuel de l'Académie , Hiftoriographe
de France : in- 4°. , broc .
de 36 pag. 1 liv. 4 fols . A Paris ,
the Demonville, impr.- Libr. de
Academiefrançoife , rue Chrif
ne.
chet fils , Editeur , rue Bauregard,
Numéro , au premier ; & cheg
le Boucher , Libr. quai de Gévres ,
à la Prudence.
*
Notice raifonnée des ouviages
de Gafpart Schott , Jésuite ,
contenant des obfervations cu
rieufes fur la physique expérimentale
, l'hiftoire naturelle &
les arts ; par M. l'Abbé M***
Abbé de S. Leger de Soiffons ,
ancien Bibliothécaire de Sainte-
Geneviève Manuel des goutteux & des , &c. 1 liv. ro ſota.
rhumatites , ou l'Art de fe trai- Paris , chez Lagrange , Libr.
ser foi-même de la gourte , du au Palais royal , du côté de le
thumarifme , & de leur complire des Bons-Enfans numire
cation , avec la manière de s'en 128
préferver , de s'en guérir, & Publi Virgilii Maronis Bucod'en
éviter la récidive ; par M.lica, Georgica & Æncis ; ad ope
Gachet , Maître en chirurgie , timorum exemplarium fidem re-
Auteur de l'Elixir anti- goutieux, cenfuit Rich. Franc. Phil. Brunek
liv. 16 fols. „d -Paris , cheg Ga- | Argentorati : 1785 , in-82€
?
Se trouve à Paris , chez Theophile
Barrois lejeune , Libr quai
des Auguftins , numéro 18.
AVIS.
Ou tronve chez Royez , Libr.
quai des Auguftins , les livres
fuivans :
Penfées philofophiques fur la
mature , l'homme & la religion ;
par M. Boudier de Villement :
3 vol in 16 , br . 6 liv. rel. 7 1.
fols.
On fépare les derniers vol.
brochés , à 1 liv. 16. fols.
L'Ami des femmes ; par
même Auteur : 1 vol. in - 12.
liv . 16 fois.
rue 3. Jacques, vis-à-vis `eella
de la Parchemerie.
Eloge de l'Impératrice Marie -
Thérèle , par M. PAbbé Frifi ş
traduit de l'italien ppar M. l'Abbé
M*** , 1 liv . 16 fols . A Paris ,
chez le même.
Nauticale almanac and aftronómical
ephemeris for the year
1790 , published by order of the
comm.thioners oflongitude. London
, in- 8°. A Paris , chez Théophile
Barrons le jeune , Lior. quai
des Auguftins , numéro 18 .
Le Spectateur américain,, o
Remarques genérales fur l'Amérique
feptentrionale , & fur la
republique des treize Etats Unis ;
fuivi de recherches philofophi-
Effai fur les moeurs ; par M.
Soret , Avocat ; nouvelle édi
tion : 2 vol. in - 12. 3 ¡ iv . 12 f.ques fur la découverte du nou-
ARRET S
La
veau monde , ou d'un difcours
Arrêt de la Cour de Parle for cette queftion , propofee par ,
ment. qui fait défenſes à Fran- l'Académie des Sciences , Bellesgois
Dacher de vendre & diftri- Lettres & Arts de Lyon
buer un liqueur qualifiée Eau decouverte de l'Amérique a-tftomachique
fondente & anti-dar- elle été utile ou nuifible au
treufe ; du 23 Avril 1735. A Pa- genre humain ? S'il en eft reſulté
ris , chez P. G. Simon & N. H. des biens , quels font les moyens,
Nyon , imp. du Parlement rue de les conferver & de les ac-
Mignon St- André des- Arcs . croftre ? Si elle a produit des
Arrêt de la Cour de Parle- maux , quels font les moyens
ment , qui homologue une Ord'y remédier par M. J. M.
donnance rendue en la Juftice **** , Negociant à Amfterd'Argenteuil
, concernant l'ordre dam , & Membre de l'Acadé~
& la tranquillité publique , du mie de Bourg en Breffe : in-8° .
• Mai 1785. A Paris , chez les AAmferdam.
antra:s. Le Vice & la Foibleffe , on
Arrêt de la Cour de Parie- Mémoires de deux provinciae
ment , qui ordonne l'exécution les , rédigés par l'Auteur de la
d'une Sentence rendue eu la Quinzaine angloise , 2 vol in- 12 .
châtellenic royale de Billy & 3 liv . A Paris , chez Regnault,
fége royal de S. Gerand - le- Libr. rue 8. Jacques , vis" d- via
Puy , pour l'ordre & la tranquil celle du Plâtre .
ité publique ; du 1 Juin 1985 .
Paris, chez les mêmes,
LIVRES ETRANGERS.
Le Café littéraire , ou la Fo-
He du jour , Comédie prologue
ans préface , repréfentée tous
Les jours & felon les circonf-
Bances ; par Mile . C*** D*** ,
iv. 41. 4 Peris, chez Leroy,
Voyage minéralogique & phyfique
de Bruxelles à Lausanne ,
dans le gouvernement d'Aigle ,
& une partie du Valais ; par le
Comie de Razoumouski. Laufanne
, 1783 & 1784 : 2 volumes
, in 8. A Paris , chez Théor
phile Barrois lejeune , L. quai deg
Auguſtins.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG le 16 Juin.
L
>
11.paffe pour certain que l'ancien Vifir ,
dépouillé de fa place , de fa fortune , du
gouvernement de Gedda , où il devoit être
relégué , a été étranglé dans fa route par
ordre du Grand Seigneur. Le Capigi Bachi ,
chargé de cette exécution , a fait apporter
Conftantinople la tête de la victime , qu'on a
expofée à la porte du Serrail de S. H.
à
L'Abbé Ofter , nommé par Sa Sainteté
Vicaire du S. Siege en Suede , où la Religion
romaine eft tolérée depuis le 24 Janvier
1781 , travaille à étendre dans ce royaume
le culte du catholicifme. Il va faire conftruire
une égliſe à Stockolm , & en élevera
enfuite dans les provinces.
Les Allemans ont pouffé très loin cette
partie de l'économie politique dont ils ont
fait une ſcience , fous le nom de Statistique ;
c'eft-à - dire , l'art de pefer , de balancer les
N°. 27 , 2 Juillet 1785.
a
( 2)
K
forces , la puiffance , la profpérité d'un Etat.
Aucunes autres nations , fil'on en excepte les
Anglois , ne s'adonnent à cette étude , qu'apparemment
elles jugent trop minutieule , &
trop au- deffous de leur génie . Les travaux
des Allemands en ce genre nous ont appris
a connoître la fituation intérieure de plufieurs
Etats de cette vafte contrée , comme
un négociant exact connoît le bilan de fa
fortune. Voici par exemple quelques détails
inftructifs fur les fabriques & fur le commerce
des Etats Autrichiens , tirés d'un
Journal Allemand ; car les Journaux de ce
pays -là ne font pas forcés de s'en tenir à judes
hémiftiches , ou à annoncer des
grames académiques,
ger
-
pro-
On porte le nombre des moutons dans les
Etats héréditaires à 7 millions , dont 4 fe trouvent
dans la Hongrie. Ces moutons produisent
par an , à raison de 4 livres pefant de lainé
par chaque mouton , 28 , 000, 000 de livres
pefant , lefquelles , évaluées en argent , forment
un objet de 11,200,000 de florins. Les mouches
à miel fourniffent par an environ 6,139,3507
livres pefant de miel , & 245,594 livres pefant
de cire. En 1773 , les mines d'or de Cremniz
& de Schemniz ont rapporté 2,429 marcs ,
& l'or des rivieres dans la Tranſylvanie a été
évalué à la fomme de 600,000 florins. -Le
produit en argent de toutes les mines peut être
évalué par an à 140,000 florins.
Le produit
des mines
de fer en Stirie
eft par an de
400,000
quintaux
: les mines
& les forges
y
occupent
65,000
ouvriers
; celui
des mines
de
fer en Carinthie
monte
à 120,000
quintaux
,
( 3 )
& occupe 10,000 ouvriers . Les fabriques de faulx
& faucilles fourniffent par an près de 800,000
pieces , dont 500,000 font exportées en Ruffie ,
en Turquie & dans les deux Indes . Les mines
de cuivre en Hongrie produifent par an 34,000
quintaux de cuivre , & celles du Tyrol 2,500 .
Le vif argent que l'on exploite annuellement des
mines d'Ydria monte à 5oco quintaux. On peut
évaluer la quantité de fel - gemme & de fel de
fources falées gagnée annuellement dans les
Etats héréditaires , à 5 millions de quintaux.-
A Schvaz en Tyroi , on prépare par an environ
100 quintaux de verre de montagne . La
haute Autriche fabrique beaucoup de toile ; on
y compte environ 36,000 métiers de Tifferands.
La toile que fournit par an la Bohême excede
en valeur la fomme de 3 millions de florins ; il
en paffe pour 2 millions à l'étranger. La fabrication
de la toile dans ce Royaume occupe 300,000
perfonnes . La fabrique de draps établie près
de Brin fait des affaires confidérables ; en 1784 ,
on lui commanda de Conftantinople pour deux
millions de florins de draps . Le nombre d'ouvriers
dans les filatures de laine dans la haute
Autriche monte à 10,852 , celui dans la Bohême
à 10,091 , & celui dans la Moravie à
2172. Les rubans de foie fabriqués par an à
Prague , forment un objet de 700,000 florins .
Les fabriques d'indienne & de coton dans les
Etats Autrichiens fourniffent par an environ
160,000 ; leur valeur furpaffe la fomme de 3
millions de florins ; le coton qu'elles irent de la
Turquie & de Smirne monte à 60,000 quintaux.
Les manufactures de chapellerie à Vienne envoient,
par an en Allemagne & en Italie près de
25,000 chapeaux. Les peaux- de lievre que fournit
annuellement la Bohême montent à 400,000 ,
&
a 2
( 4 )
▬▬
celles des autres Etats à environ un million de pieces.
On porte le nombre d'ouvriers , hommes &
femmes , occupés par les fabriques dans les Etats
Autrichiens , à 890,000 . D'après ce calcul , &
en admettant dans ces Etats une population de
vingt millions d'ames , la vingtieme partie de la
population travaille dans les fabriques en général, mais en particulier c'eft la douzieme dans l'Autriche
, la onzieme dans la Bohême , la treizieme dans
la Moravie , la feizieme dans la Stirie , la fixieme
dans les Pays Bas , & environ la quarantieme
dans la Hongrie , la Pologne Autrichienne , l'Ef-
Le
clavonie , la Croatie & la Bukowine .
numéraire actuellement en circulation dans les
Etats Autrichiens ne paffe probablement pas la
fomme de 140 millions de florins ; en ajoutant à cette fomme celle de cent millions dans les
tréfors , le numéraire effectif monte à 240 millions
. On évalue le total de l'argent dans ces Etats
à 5000 quintaux. La Hongrie fait paller
par an à Vienne 40,000 boeufs , & en Bohême , en Moravie & en Stirie 55,000 . Ce commerce
roule fur une fomme de 4,550,000 florins Les
marchandifes qui paffent de Vienne dans la Hongrie
font un objet annuel de deux millions &
demi de florins . La balance du commerce de
l'Autriche avec la Hongrie eft à l'avantage de
ce Royaume ; quelques- uns portent le bénéfice
net de la Hongrie à trois millions de florins.
La Bohême vend par an aux autres provinces
Autrichiennes pour plus de 250,000 fl . de verre ,
peaux de lievres.
pour environ 120,000 florins de
On porte à près de 20, 000 pieces de volaille ,
que la Stirie exporte annuellement. Cette même
province fournit par an environ 600,000 eimer
de vin , dont la plupart eft envoyé en Carin.
thie, & lerefte paffe dans l'Evêché de Salzbourg
( 5 )
"
& dans la Baviere ; & environ cinq millions de
boifleaux de Vienne de bled , dont 4,800,000 font.
confommés dans le pays . Le commerce de cette
province avec les autres Etats Autrichiens roule
fur une fomme d'environ un million & demi de
florins ; elle en reçoit pour 900,000 florins de
marchandifes , & y exporte pour 600,000 flor.
Le commerce de Triefte occupe par an environ
12,000 voitures , celui de l'Italie par le Tyrol en
Allemagne 5,300 , & celui des Pays Bas Autrichiens
à Francfort fur le Mein , 3200 : En
1773 , on avoit exporté dans l'étranger pour
135,000 florins de draps des fabriques du pays ;
ce commerce roule actuellement fur 326,000
florins.
Le voyage projetté de l'Impératrice de
Ruffie aura lieu jufqu'à Novogorod . C'eſt une
fimple promenade à laquelle ont été invités
les Miniftres des Cours de Vienne , de Verfailles
& de Londres. Le Prince Potemkin ,
M. Samoilow , le Comte Besborodkin , &
5 autres perfonnes , y compris une des
Dames d'honneur de l'Impératrice , formeront
toute fa compagnie . Son abſence fera
de 3 femaines.
L'Académie des Sciences de Pétersbourg
présidée par la Princeffe d'Afchkow , a nommé
des Profeffeurs qui donneront gratuitement & en
langue ruffe , des leçons de Mathématiques & de
Chymie . Ces leçons publiques auront lieu , pour
la première fois , an commencement du mois
prochain . Les Profeffeurs feront payés des fonds
de l'Académie.
Depuis le 29 Mai plus de 370 bâtimens
de diverfes nations ont paffé & repaffé le
Sund . a 3
( 6 )
Of a tiré des régimens Danois dans le
Holftein 240 foldats , pour renforcer la garnifon
de Copenhague.
Les denrées font fi rares & fi cheres à
Varfovie , que pour en prévenir la difette ,
le Grand-Maréchal de la couronne a fait
venir des approvifionnemens de toute efpece
, & a exempté les vivres qui feroient
importés dans cette ville de tous droits
quelconques.
DE VIENNE , le 17 Juin.
L'Empereur a fait une très - grande diligence
; & nous fcavons depuis quelques
jours fon heureufe arrivée à Mantoue , à
Pife & à Florence : dans trois femaines on
efpere le revoir ici . On parle même pofitivement
du voyage de LL. MM. Siciliennes :
des ordres font donnés pour leur réception
en cette capitale , & pour les y amufer il
y aura , dit- on , deux bals parés à Schonbrunn
, deux grandes chaffes & un feu d'artifice
.
Ce voyage a été pénible & dangereux
dans plufieurs endroits , à caufe du débordement
des rivieres du Tyrol. A peine l'Empereur
avoit il paffé le pont de Saxenbourg ,
qu'une partie de ce pont fut emportée par
la violence du torrent. Auffi la fuite de
Sa Majesté n'a pu fe remettre en route de
cet endroit que le lendemain . Entre Neumark
& Salurn les chemins étoient couverts
( 7)
d'eau débordée des rivieres de Kienz , d'Eifak
& d'Etfch. Des hommes robuftes , bien
inftruits de la route , marchoient devant &
à côté de la voiture de l'Empereur. L'eau
leur arrivoit quelquefois jufqu'à la moitié
du corps , & pénétroit même dans la voiture.
Malgré ce danger , S. M. a toujours
continué la route , & elle arriva à
Trente , le 31 Mai.
Le camp de Minkendorf fera de 30000
hommes. On n'indique point encore le mo- .
ment où il fera affemblé ; mais la plus grande
partie des régimens cantonnés en Hongrie
fe tiennent prêts à marcher au premier ordre.
Une Ordonnance de S. M. a aboli dans les
Ecoles de Médecine les Thèles pour les grades ,
difputationes pro gradu. Elles occafionnoient de
très-grands frais & n'en étoient pas moins de la
plus grande inutilité. Ceux qui afpireront au
grade de Docteur doivent , fuivant le nouveau
Réglement , adopter fpécialement quelques malades
du grand hôpital , étudier leur état , les
moyens de les guérir , & chercher les moyens de
prévenir ces maladies dans d'autres fujets . Ils feront
enfuite un Mémoire détaillé de leur méthode
& du résultat de leurs expériences , & en
foumettront les jugement à la Faculté de Médecine
, qui fe trouvera par- là plus à portée de
connoître & d'apprécier leur habileté .
On n'a plus de doute fur notre prochaine
réconciliation avec la Hollande. On va même
jufqu'à fpécifier & à déterminer pofitivement
le contenu des articles de cet accom.
a 4
( 8 )
modement. Il confiftera , felon le bruit public
.
1º. Dans la navigation libre de l'Eſcaut
accordée aux navires autrichiens d'une grandeur
déterminée jufqu'à la mer , tant pour
y entrer que pour en fortir , & remonter jufqu'à
Anvers ; mais aux autres navires étrangers
, jufqu'à Saftingen feulement.
2°. Quelques - uns des forts bâtis fur les
rives de l'Elcaut feront démolis.
3 °. L'envoi de deux Ambaffadeurs à Vienne
, pour y faire de la part de la République
des propofitions fur le coup de canon
tiré fur l'Efcaut.
4°. Que la Hollande payera à S. M. I.
10 millions de florins , en forme de dédom
magement.
Un Religieux , apparemment aliéné d'ef
prit , avoit demandé la permiffion de changer
de religion , fous prétexte qu'il vouloit
fe marier. L'autorité fuprême répondit à
cette demande , par un ordre aux fupérieurs
du Requérant , de l'enfermer ; mais
l'on ajoute qu'on avoit eu deffein de le condamner
à ramaffer les boues dans les rues
avec l'habit de fon Ordre , ce qui eût été
bien violent.
C'est une brochure contre la nouvelle
pratique d'enterremens ordonnée , puis révoquée
par l'Empereur , qui a déterminé ce
Prince à renoncer à ce changement . L'au(
9 )
1 teur de cet écrit , dit- on , avoit déja fait fupprimer
en Pruffe l'impôt fur le café , & le
Roi lui fit remettre fon portrait fur une
boëte d'or. Se trouvant à Vienne , cet Ecrivain
fi perfuafif , démontra à l'Empereur ,
brochure en main , qu'on devoit enfevelir
les morts dans l'ancienne méthode.
Dans un fiecle de projets de toute eſpece ,
de quoi ne s'avife - t- on pas ? Voici encore
une réforme à laquelle on travaille en ce
moment.
Une fociété de douze dames travaille à former
un habillement pour toutes les claffes & pour
tous les états ; elles rejettent tout ce qui eft
fuperflu, Ce font des poupées qu'elles habillent ,
& enfuite elles les expoferont dans une grande
fale , & inviteront plufieurs autres dames pour
favoir leur avis. Ces Dames prétendent qu'il feroit
poffible d'entretenir une femme à deux tiers
meilleur marché , & qui feroit plus élégante &
plus aimable. Quant aux filles de joie , elles feront
exceptées de ce nouvel hábillement ; &
celles des autres femmes qui ne voudront pas
l'adopter , feront regardées comme des filles publiques.
Suite de l'Ordonnance de l'Empereur fur
la circulation de nouveaux billets de banque.
Pour ce qui concerne la fubftance , la propriété
, la qualité & les avantages de ces nouveaux
billets , toutes ces chofes continuent d'être
en général les mêmes qui ont été accordées
& attribuées aux billets de banque actuellement
en cours par la patente du 1er Août 1771 ; en
a s
( 10 )
forte que par la création des nouveaux billets ,
on n'a pour ainfi dire , rien changé que la forme
des anciens , au fujer de quoi on a eu foin de
prendre toutes les précautions néceffaires pour
leur en donner une plus parfaite , afin d'en empêcher
la falfification & obvier à tous les abus
qu'on en pourroit faire.
?
:
Tous ces nouveaux billets pourront être donnés
dans les caiffes fuivantes contre argent comptant
, & pareillement en être retirés à volonté
avec argent comptant , favoir à Vienne , pour
l'Au riche inférieure , dans la grande & principale
caifle de la banque ; a Prague dans la Bohême
, dans la caiffe d'adminiftration de la banque
; pour la Moravie , la Siléfie , dans la caiffe
d'adminiftration de la banque à Brinn ; pour la
haute Autriche , dans la caille de la grande douane
à Lintz ; pour les Provinces de l'Autriche intérieure
, dans les carffes de la banque à Gratz ,
à Clagenfourt & Luyback, pour Triefte , Goritz,
Gradifca & les frontieres , dans la caiffe de la
banque d'Ofen , Rofchau & Fiume ; pour la Tranfilvanie
, dans la propre caiffe de banque à Hermanftad
; pour la Gallicie enfin dans la caiffe de
banque de Lemberg.
3
Toutes ces cailles , pour pouvoir continuer
comme ci - devant fans aucun délai ni retard ,
l'échange des billets , feront de temps à autre ,
fuivant le befoin , pourvues tant de capitaux que
de billets ; au cas même qu'il arrivât dans quelque
Province qu'on échangeât beaucoup plus
de billets de banque que de coutume , & que
le capital ordinaire , foit en argent comptant ,
foit en bil ets deſtinés à cet ufage & en réſerve
dans la caiffe , vint à ne p s fuffire , on prendra
d'abord de telles précautions , que dans l'efpace
de quinze jours , ou tout au plus de trois
( 11 )
femaines , conformément à l'éloignement de la
province dans laquelle le plus grand échange
pourra arriver , la caiffe fera pourvue tant en
argent comptant qu'en billets , ſuivant & en
proportion de l'exigence du cas.
Tous ces nouveaux billets de banque dans
les Etats Héréditaires Allemands de Hongrie ou
Gallicie , feront acceptés & reçus dans leur entiere
valeur comme argent comptant , tant dans
toutes les caiffes de contributions , de guerre ,
des revenus de la chambre , que dans celle des
Etats & de la banque .
Mais par rapport aux revenus , rentes ou cafuels
qui font adminiftrés par la banque de la
ville de Vienne, tous paiemens qu'on aura à y
faire , dont la fomme montera à dix florins ,
devront être faits au moins pour la moitié en
billets de banque , enforte que la banque pourra
refufer en entier le paiement de toute perfonne
qui aura une rerte à payer , & qui n'aura pas
pour cela la fufdite quantité exigible de billets
de banque .
Dans le cas au contraire de paiemens à faire
de particuliers à particuliers , l'acceptation des
billets de banque reftera comme ci - devant entierement
libre & volontaire .
Les nouveaux billets n'étant deftinés qu'à
remplacer les anciens , il s'enfuit que les anciens
billets ctuellement en cours , doivent être changés
pour les nouveaux . Pour cet échange , les propriétaires
ou porteurs des anciens billets de
banque , s'adreileront aux caiffes des Provinces
défignées ci- deffus , art . III ; pour l'effet de quoi
Nous accordons par ces préfentes aux propriétaires
defdits b.ilets qui fe trouvent dins l'intérieur
de nos pays héréditaires , un délai de
quatre mois à compter du jour de la publication
a 6
( 12 )
de cette patente , & de fix mois , à compter du
même jour, pour ceux qui ne fe trouvent pas
dans l'intérieur du pays , de maniere qu'après ce
délai expiré , aucun ancien billet ne pourra plus
être échangé contre un nouveau , ni accepté pour
argent comptant.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Le 19 Mai , le Comte de Geifruk tranfporta
le chapeau ducal de la Stirie à Prugg,
& le remit au Comte de Khevenhuller , qui
conformément aux ordres de l'Empereur ,
doit le porter à Vienne , & le dépofer au
Tréfor impérial & royal , où font déja confervées
les Couronnes de Hongrie & de
Bohême .
Une grêle violente a ravagé les bleds &
les vignes aux environs de Krems , & le
temps s'eft réfroidi dans la Stirie , au point
que le premier de ce mois , les montagnes
fe couvrirent entierement de neige.
Immédiatement après le départ de l'Empereur
, il eft arrivé ici deux couriers , l'un
de Paris , & l'autre de Conftantinople. Les
dépêches ont été envoyées fur le champ à
-S . M. I.
On mande du bourg de Stainz un exemple
rare de fécondité . Une femme de cet endroit
a mis au monde 12 enfans dans cinq
couches elle accoucha la premiere fois de
4 , la feconde de 3 , la troifieme de 2 , la
quatrieme d'un , & en dernier lieu de 2
enfans.
:
L'éducation du ver à foie , écrit - on de la
( 13. )
Croatie , & la préparation de la foie deviennent
de plus en plus un objet principal de l'induftrie
nationale . En 1783 , les habitans de la campagne
, dans le diftri&t de Warafdin , ont vendu
pour 8000 florins de foie , & en 1784 pour 16000 .
On compte que dans cette année la vente en fera
au moins d'un tiers plus confidérable que l'année
derniere.
?
Un Chevalier Thieri de Fiume s'eft avifé
d'inftituer en Carniole une ROSIERE à
l'inftar de celles couronnées aux environs
de Paris , & le 22 Mai on a célébré la premiere
fête avec beaucoup de folemnité.
DE FRANCFORT , le 21 Juin.
Le château de Rheinak , fitué près du
Rhin , & appartenant aux Comtes de Sinzendorf,
a été détruit par un incendie.
L'Archevêque Electeur de Cologne a défendu
dans fon Dioceſe les difcours ou Sermons
de controverfe qu'on étoit dans l'ufage
de prononcer dans les Eglifes.
On affure que le Duché de Tefchen & la
Bukovine feront incorporés dans la Gallicie.
On compte dans cette derniere Province
2442 biens domaniaux , 7417 Villes ,
Bourgs & Villages , & 343,101 habitans ,
dont 44,400 font Juifs.
La Cour Electorale Palatine de Baviere eft une
des plus difpendieufes d'Allemagne. On en jugera
par l'état fuivant des perfonnes employées dans
la Maiſon Electorale , & dans les divers Tribunaux
& Colléges . La furintendance de la Maiſon
( 14 )
emploie 1103 individus ; le grand Chambellan en
a fous lui 234 , le grand Maréchal 692 , le grand
Ecuyer 1107 , & le grand Veneur 514 ; la Mufique
& le Théatre font compofés de 450 perfonnes.
La Cour de l'Ele&trice douairiere confide
en 67 perfonnes . On compte au Miniftere 281
Employés , à la Régence fupérieure 185 , au
Tribunal des revifions 94 , au Confeil de la
Cour 699 , au Confeil des Affaires Eccléfiaftiques
à la Chambre de la Cour , 1554 , au College
des Mines 255 , au Colge des Médecins
103 , au College pour la cenfure des Livres 25 ,
ai Tribunal du Juge de la Cour 301 , a la Direction
de la Loterie 90 , & au College des
Etats 94. Le nombre des Membres de l'Académie
des Sciences eft de 29. Tous ces individus forment
un total de 7978 .
101 ,
Le Roi de Pruffle a aligné un fonds de
200,000 rixdalers pour les réparations les
plus urgentes qu'exigent les lieux les plus
endommagés par le débordement des rivieres.
Une des principales branches de l'induftrie des
habitans du Duché de Saxe- Gotha eft la fabrication
des toiles & coutils. Ce dernier article occupe
actuellement 450 Ouvriers , qui fourniffent par
an environ 53,208 pieces de coutils . En évaluant
cette marchandiſe à 5 dallers & 8 groſchen la
piece , elle procure au pays la fomme de 284,160
dallers.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 2 Juin.
L'octroi de la nouvelle Compagnie des
( x5 )
Philippines ou des Indes , eft du 10 Mars
1785 , & contient cent articles dont plufieurs
relatifs à la diffolution de la Compagnie
des Caracas , à la liquidation de fes
dettes, & à l'incorporation de fes fonds dans
la nouvelle Compagnie.
Les opérations de celle - ci commenceront le
premier Juillet de l'année courante. Il lui eft accordé
un privilege exclufif durant vingt - cinq
ans pour le commerce de l'Afie , que fon objet
eft de réunir avec celui de l'Amérique. Dans cette
derniere partie du monde , la Compagnie ne jouira
d'aucun privilege ; mais feulement de la liberté
indéfinie accordée à tout Espagnol pour
ce commerce. Le port de Manille aux Philippines
eft libre & ouvert aux Nations Afiatiques :
fes habitars pourront faire le commerce dans toute
l'Afie , le privilege de la Compagnie ne le bor-.
nant qu'au tranſport d'Amérique en Afie & d'Afie
en Europe. Le Roi permet l'introduction & la
vente de toute les denrées & mar . handifes de
l'Afie , foies , cotons , porcelaines , thé , bois
précieux , mouffelines, &c Quant aux droits les
piaftres embarquées en Espagne pour les Philippines
, en feront entièrement libres ; cel es exportées
des ports de la mer du Sud pour les Philippines
, paieront deux & demi pour cent de
leur valeur ; les flers & fruits de l'Espagne exportés
pour ces ifles , ainfi que les effets & fruits
exportés des ports de l'A sérique , où les vaif- .
feaux de la Comp gnie aborderent , feront francs
de droits ; les eff is & fruits étrangers embarques
en Elp gue pour les Philippines , paieront
deux pour cent ; l'argent , les fruits & marchandifes
nationales d'Espagne & de l'Amérique , exportés
de Manille pour l'Afie par des Efpagnols ,
t
( 16 )
feront libres ; s'ils font exportés par des Afatiques
, l'argent paiera trois pour cent de droits ;
les effets espagnols ou de l'Amérique feront
francs , les effets étrangers paieront deux pour
cent de leur valeur ; & les droits d'entrée pour
les marchandifes de l'Afie feront de cinq pour cent.
L'extrême modicité de ces droits ne pourra fervir
qu'à faire fleurir le commerce des Indes Orientales
, & faciliter le commerce de la Compagnie.
Les fons de la Compagnie feront , quant à
préfent , de 120 millions de réaux de Vellon ,
divifés en 32 mille actions de 250 piaftres chacune
. S. M. y prend pour 20 millions de réaux de
velion , la Banque nationale pour 12 millions.
La foufcription eft ouverte pour les étrangers
jufqu'à la fin de l'année courante , pour l'Amérique
jufqu'à la fin de 1786 , & pour les ifles Philippines
on réferve 3000 actions pendant deux
ans . Ce capital ne pourra être augmenté que par
de nouvelles actions , & jimais par emprunt . On
accorde à la Compagnie , pour bàtir fes vaiffeaux
, les mêmes privileges que ceux dont jouit
la Marine Royale ; fes vaiffeaux auront le pavillon
royal , & les Capitaines de la Marine Royale
pourront y fervir fans déroger. Pendant le voyage
jufqu ' au retour en Espagne , les équipages feront
réputés de la Marine du Roi , & jouiront
de tous les privileges. Les voyages pourront fe
faire par le Cap de Bonne- Espérance ; mais on
préfere qu'ils fe dirigent par le Cap Horn , en
faifant échelle dans les ports de la mer du Sud.
Jufqu'à préfent le vaiſſeau qui va d'Acapulco à
Manille pourra continuer. Les retours doivent le
rendre en droiture dans les ports de l'Espagne ,
fans pouvoir aller en Amérique , fous quelque
prétexte que ce foit . La Compagnie enverra un
nombre d'Artifans à Manille , avec les inftru
( 17 )
mens néceffaires pour la culture des terres ; &
fur le bénéfice annuel , il fera pris quatre pour
cent , pour encourager l'Agriculture & l'induftrie
aux ifles Philippines , où la Compagnie aura
un Confeil . Il fera établi une Direction générale à
Madrid , à laquelle le Miniftre des Indes préfidera.
La Compagnie ne fe mêlera d'aucun objet
politique quelconque , fous quelque prétexte que
ce foit.
Les laines de Vigogne qu'on tiroit de
Lima & de Buenos - Ayres , ayant abfolument
manqué depuis les dernieres révoltes
au Pérou , la Cour en a défendu l'exportation
pour les pays étrangers.
ས 1-
La Pofte d'Amérique , vaiffeau de registre ,
arrivé ce matin de Lima , a apporté 1,263,557
piaftres fortes , 4625 arobes de quinquina , 9779
de cacao de Guayaquil , 1220 quintaux de cuivre
en 627 planches : il avoit mis à la voile le 10
Janvier avec le Trident , autre batiment d
giftre , dont il fe fépara peu de jours après , mais
qu'il a vu depuis fur le Cap de Horn , enfuite
à la hauteur de Buenos Ayres , & qu'il croit avoir
vu encore récemment fur le Cap Saint- Vincent ,
d'où on l'attend d'un moment à l'autre. Sa cargaifon
en or & en argent eft à- peu - près égale à
celle de la Pofte d'Amérique ; mais le cacao qu'il
apporte forme un objet confidérable .
On prépare plufieurs flutes du Roi pour
tranfporter des munitions de guerre aux
Colonies de l'Amérique . D. Cajetan de Langara
doit commander le Rufé de foixante
carrons , qui fe rendra au Pérou , & y féjournera
.
( 18 )
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Juin .
La taxe fur les boutiques qui eft en vigueur
depuis le 13 , occafionna le 14 une
de ces émotions populaires qui font dreffer
les cheveux des têtes foibles fur le continent
, & qui excitent à peine ici l'attention
publique. Ces petits mouvemens ,
indifpenfables dans l'état de liberté , n'ont
d'importance , qu'autant que l'on en veut
mettre à les réprimer . La plus grande partie
des boutiques du quartier de Weſtminſter ,
du fauxbourg de Southwarck & quelquesunes
dans la Cité furent formées , le lende
a sanction du Bill qui impofe les
boutiques de détailleurs . On les avoit lugubrement
parées de crêpes & d'infcriptions ,
dont entr'autres les fuivantes :
main de la s.
» Point de taxe fur les boutiques.
>> Point de Miniftres comme Pitt .
» Boutique fermée par acte du Parlement.
>> Fonds de boutique tranfporté en Irlande.
» Les oeuvres de William Pitt , & c.
Un parti de la canaille qu'il ne faut point
confondre avec le peuple , s'affembla dans
Downingſtreet , au moment où le Miniſtre
alloit fe rendre au Parlement. On entoura ,
on preffa fon carroffe avec mille imprécations
: quoique fes chevaux le traînaffent au
19 )
,
galop , la multitude le fuivit jufqu'à Weftminſter
& il eut beaucoup de peine à
gagner le grand efcalier en fauta.t rapidement
de la voiture. Le Docteur Prettyman
fon ancien Précepteur , aujourd'hui
fon Secretaire , fut pourſuivi long - temps &
obligé de gagner une maifon particuliere où
il trouva afyle. Une autre troupe attendoit
M. Dundas dans Charinggroff, mais il ne
parut point. Plufieurs des membres des
Communes qui avoient voté en faveur de la
taxe , traverferent la falle baffe de Weftminfter
, pour éviter l'entrée ordinaire. L'effigie
de M. Pitt fut brûlée en plufieurs endroits ,
notamment à Southwarck , où l'on décerna
les mêmes honneurs à M.Thornton, l'un
des Repréfentans de ce fauxbourg. On plaça
1 - maifon des Minif-
Tes Gardes autour de la m GOD A
tres & dans les lieux néceffaires , en cas de
violences ultérieures ; mais infenfiblement la
populace fe diffipa , tout rentra dans le calme,
après cette exploſion , & le lendemain
toutes les boutiques furent rouvertes . Durant
cette émeute , il ne s'eft commis ni
meurtre, ni vols , ni même de violences.
Le Roi a nommé le Marquis de Carmarthen
, Gouverneur des Sorlingues à la place
de feu Lord Godolphin , à qui on a trouvé
un million fterling comptant après fa mort.
Le Prince Guillaume- Henri ne fera pas un
long féjour en Angleterre'; le Roi a décidé
qu'il partiroit avec le Commodore Lewefon
Gower , qui fuccede au Chevalier John
( 20 )
Lindfay dans le commandement de l'Efcadre
de la Méditerranée . En conféquence le
jeune Prince a fubi devant l'Amirauté , l'examen
de Lieutenant. On lui fit produire fes
livres de lock , fon journal nautique écrit de
fa main , & les certificats de fon Capitaine.
Après avoir répondu aux différentes interrogations
de fes Examinateurs , il reçut le
brevot de Lieutenant. La Flotte d'obfervation
qu'on deftine à la Méditerrannée eft
compofée de frégates , de floops & de cutters
, & on l'augmente de deux frégates &
d'un floop. Le bagage du Commodore &
celui du Prince font déjà à Porfmouth, d'où
l'Eſcadre ne tardera pas à appareiller pour
Gibraltar.
Le 15 eft arrivé de l'Inde le fameux Gouverneur
général du Bengale , M. Haftings ,
après une heureufe traverfée de trois mois.
& 20 jours. Il eft, dit- on , très - bien portant,
& il a déja eu une conférence avec les deux
Secrétaires d'Etat , ainfi qu'une audience
particuliere de S. M. avant fon lever. Les
préfens apportés du Bengale par M. Haftings
pour fes amis & pour la Famille Royale ,
furpaffent , dit on , en rareté & en magnificence
tous les tributs que l'Orient a fourni
à l'Europe jufqu'à préfent.
M. Haltings a pris paffage fur le Barrington
, vaiffeau de la Compagnie , à bord duquel
fe trouvoient auffi M. Anderſon , le
Major Sands , le Capitaine Scott & Lady
Francis. Outre le Barrington , il eft encore
( 21 )
arrivé à la Compagnie les vaiffeaux , le
Southampton , le Royal - Bishop , le Sullivan
, le Hawke & la Réfolution.
L'Irlande , à ce qu'on dit , a demandé
au Roi la permiffion d'envoyer des Confuls
dans les principaux ports étrangers d'Europe
& d'Amérique mais le Confeil a rejetté
cette requête ; & il a décidé que les .
affaires du commerce de ce royaume fe feront
comme ci- devant par les Confuls An .
glois.
Le Général Haldimand , qui doit partir inceffamment
pour fon Gouvernement de Québec ,
emportera avec lui les plans de plufieurs houveaux
forts que l'on élévera daas le Canada , fur
les frontieres qui féparent les poffeffions angloifes
de celles des Etats-Unis. Ces forts feront au
nombre de cinq , dont deux doivent être conf
truits fur les bords des lacs pour protéger le commerce
de pelleteries que les Anglois font avec
les Sauvages. Les deux Régimens d'Infanterie ,
l'un de l'établiffement d'Angleterre , & l'autre
de l'établiffement d'Irlande , qui ont reçu ordre
de paffer à Québec , font deſtinés à former les
garnisons de ces nouveaux forts,
Selon l'ancienne méthode ufitée pour le
recouvrement des impôts , toutes les taxes
de l'accife coûtoient au Gouvernement 6
pour cent de recouvrement , les droits de
douane 8 pour cent , & ceux impofés fur les
colporteurs & porteballes le taux énorme
de 47 pour cent. Au moyen
du nouveau
régime de recouvrement par des collecteurs
paroifliaux , les impôts ne coûteront que
3 pour 100.
( 22 )
M. Beaufoi préfenta le 15 une pétition de certains
Négocians de la Cité de Londres, contenant
plufieurs griefs relatifs à l'importation du tabac .
Il obferva que parmi les denrées importées de
l'Amérique feptentrionale , il n'y en avoit point
qui rendit autant au fifc ; il offrit plufieurs calculs
à l'appui de cette affertion . Lorsque le total des
marchandifes importées de ce continent le monte
à 1,500,000 1. le tabac feul entre pour 700,000 1.
dans cette fomme. La Grande -Bretagne , ajouta-
il , importe annuellement 30,000 boucaults
de tabac , tandis que la France , dont la confommation
s'éleve à 25,000 boucauts ne peut
en titer que douze cens en droiture de l'Amérique.
La Hollande , dont la conſommation s'éleve
à 18,000 boucauts , y comprife la quantité qu'elle
fait paffer en Allemagne , n'a jamais importé plus
de 5000 boucauts .
"
La pétition ayant été lue , la Chambre ordonna
qu'elle fût mife fur le Bureau.
On lit l'article fuivant , fort extraordinaire
dans la plupart de nos papiers publics .
La Cour de Madrid a fait propofer à la nôtre ,
par le Comte de Cheſterfield , notre Ambaffadeur
en Espagne , un arrangement d'une nature trèsfinguliere.
I eft queftion d'une garantie réciproque
de certaines poffeffions , ifles & établiffemens
limitrophes au territoire des Etats -Unis.
On n'eft encore entré dans aucunes négociations
fur cet objet ; mais on prétend que S. M. Catholique
, dans la vue de déterminer notre Cour à
conclure un tel traité , lui a fait des propofitions
très -féduifantes . Les fujets de la Grande-Bretagne
auroient , dit - on , le droit de commercer dans certains
ports de l'Amérique Méridionale , dont l'entrée
eft aujourd'hui interdite aux vaiffeaux de
( 23 )
toutes les Nations. Les Miniftres n'ont pas en ce
moment le loifir de s'occuper de cette affaire ; mais
auffi-tô: que le Parlement fera féparé , ils y donneront
toute leur attention.
La Compagnie des Indes , par l'achat
qu'elle vient de faire à Lisbonne & à Gothembourg
des thés des Compagnies Portugaife
& Suédoife , fe trouve avoir actuellement
en propriété tous les thés de l Europe ,
excepté ceux qui ont été importés par les
vaiffeaux François , dernierement arrivés à
l'Orient. Le
Gouvernement a défendu
des vues politiques à la Compagnie des Indes
d'acheter les thés françois.
par
On a calculé que les différentes Puiffances Européennes
emploient au commerce de l'Inde environ
160 vaiffeaux montés par 14 à 15,000 hommes.
Sur ce nombre , il revient de l'Inde annuellement
environ 65 vaiſſeaux .
La Compagnie Angloife emploie 54 vaiſſeaux ,
dont environ 16 reviennent tous les ans.
Les Hollandois , environ 40 , dont il en revient
annuellement 13.
Les Danois , 11 , dont il en revient 5 .
Les Suédois , 11 , dont il en revient 4.
Les Portugais , 8 , dont il en revient 4.
La Compagnie Impériale 7 , dont il en revient
3 ou 4.
Les Puiffances Italiennes 12 , dont il en revients.
L'Espagne en reçoit 2 tous les ans.
La France en emploie depuis la paix 14 , dont
7 font revenus.
Enfin , les Américains ont reçu à New-Yorck
un vaiffeau Indien , depuis leur
indépendance.
Le Général
Advertiſer préſente un Etat
( 24 )
comparatif, affez exact , du revenu des plus
riches Particuliers de l'Europe. En conféquence
, il donne de rentes ,
Au Comte Sheremetoff (Ruffe)
liv. fterlings.
· 170,000.
Au Prince Lubomirski ( Polonois ) 110,000 .
Au Comte Czernichew ( Ruffe ) . 90,000 .
Au Prince Radziwill ( Polonois ) . 80,000.
AuDuc de Medina- Sidonia(Efpagnol ) 90,000.
Au Duc de Bedford ( Anglois )
Au Duc de Marlborough ( id . ) .
Au Duc de Devonshire ( id . )
Au Duc de Northumberland ( id . ) 50,000 .
Au Chevalier Watkin Williams Wynn
( id . ) •
•
•
·
70,000.
58,000 .
60,000.
38,000.
Les revenus du Marquis de Buckingham ,
du Comte de Lonfdale , du Lord Grosvenor ,
de M. Pulteney , font auffi confidérables. Il y
même dans le commerce en Angleterre des
fortunes équivalentes , ou plus opulentes encore.
M. Richard Atkinſon , qui vient de
mourir Directeur de la Compagnie des Indes,
jouifloit de 600,00 livres fterl. de rente. M.
Beckford en a 40,000 1. &c. &c. Obfervons
bien qu'en Angleterre on ne comprend jamais
dans l'évaluation des revenus les émolumens
des places , dignités , charges lucratives
comme on le fait ailleurs .
On parle de former des Princes étrangers
& des Princes du fang Chevaliers de la
Jarretiere , une claffe de furnuméraires &
d'honoraires. Par cet arrangement , il ref-
"
teroit
( 25 )
teroit quelques colliers vacans , qu'on def
tine au Marquis de Buckingham , à Lord
Carmarthen , à M. Pitt , & au Général
Elliot.
Les changemens qu'ont fubi les propofitions
de M. Pitt , relatives à l'Irlande , dans
la Chambre des Communes en grand comité
, font à quelques égards affez effentiels ,
pour que nous devions mettre fous les
de nos lecteurs ces articles dans leur état
yeux
actuel.
イ
I. Arrêté qu'il eft de la plus grande impor
tance pour l'intérêt général de l'Empire Britannique
, qu'il foit établi entre la Grande Bretagne
& l'Irlande , un fyftême de commerce fur
des principes d'égalité & de réciprocité , qui puiffent
être également
avantageux aux deux pays.
II. Arrêté qu'il eft expédient que l'Irlande foit
admife à partager avec la plus parfaite égalité les
avantages que la Grande- Bretagne retire de fon
commerce , pourvu néanmoins que le Parlement
d'Irlande confente à partager , en proportion de
fa profpérité , les dépenfes néceffaires au maintien
& à la dépenfe des intérêts généraux də
l'Empire.
III. Arrêté que pour parvenir à effectuer un
établiffement auffi defirable , il est néceffaire &
expédient que les articles qui ne feront point
le produit du crû ou des manufactures de la
Grande - Bretagne ou de l'Irlande , excepté ceux
provenant du crû ou des
manufactures des pays
fitués au - delà du Cap de Bonne - Efpérance &
du détroit de Magellan , feront importés dans
chaque Royaume
réciproquement , en payant les
mêmes droits , s'il en exifte , auxquels ils font
Nº. 27 , 2 Juillet 1785. b
( 126 )
fujets , lorfqu'ils font importés directement des
lieux qui les produifent, & que les droits impofés
ci-devant fur l'importation dans l'un des
deux Royaumes feront entiérement retirés fur
l'importation dans l'autre , excepté ceux qui
» feront mis fur l'arrack, les eaux- de- vie étrangeres
, le rum & toutes les liqueurs fortes ,
qui ne font pas importées des colonies angloi-
» fes des Indes Occidentales ou de l'Amérique,
Mais les impôts continueront à être protégés
& confervés tels qu'ils font , en fufpendant les
rabais jufqu'au retour du certificat de fortie des
Officiers de la douane du Royaume dans lequel
l'exportation aura été faite.
IV. Arrêté qu'il eft très important pour l'intérêt
général de l'Empire Britannique que les loix fervant
de réglement pour le commerce & la navigation
, foient générales pour la Grande - Bretagne
comme pour l'Irlande ; qu'en conféquence
il eft effentiel , pour effectuer le plan propofé ,
que toutes les loix qui ont été ou pourront être
faites dans la Grande-Bretagne , pour accorder
des privileges exclufifs aux navires de l'Angleterre
, de l'Irlande & des Colonies Angloites ,
& pour régler & reftreindre le commerce des
Colonies , feront également miles én force dans
les deux Royaumes , par des actes des Parlemens
des deux pays , qui devront être faits en même
temps , & de la même manière . Et qu'il fois
pris de temps à autre des mesures pour veiller
à ce qu'elles foient exécutées.
V. Arrêté qu'il eft également effentiel pour
efficacité du plan propofe
que toutes les
marchandifes du crâ ou du produit des manufacturesde
la Grande- Bretagne , ou des Colonies
des Indes Orientales & de l'Amérique , ou des
Etabliffemens anglois de la côte d'Afrique ,.
( 27 )
"
.בכ
fo ents lorfqu'elles feront importées en Irlande ,
fujettes aux mêmes impôts que les mêmes marchandifes
paient , ou pourront payer à l'avenir
lorfqu'elles feront importées en Angleterre. « Ou
» fi l'importation en étoit prohibée dans la
Grande - Bretagne , arrêté qu'elles le feront
également & de la même maniere en Irlande,
VI. Arrêté que pour prévenir les pratiques illicites
, également nuifibles au commerce des
deux Royaumes , il eft néceffaire que toutes les
marchandiſes , foit du crû ou des manufactures
de la Grande-Bretagne , foit de l'Irlande ou des
pays étrangers , qui pourront être importées par
la fuite de l'Irlande dans la Grande Bretagne ,
ou de la Grande-Bretagne dans l'Irlande , foient
affujetties par des actes des Parlemens des deux
Royaumes aux mêmes Réglemens auxquels les
mêmes marchandifes font fujettes en paffant
d'un port de la Grande - Bretagne dans un autre ,
& que tous les articles du crû , ou du produit des
manufactures de l'Irlande , qui feront importés
dans la Grande- Bretagne , foient toujours munis
de certificats pareils à ceux qui ont été éta .
lis par acte du Parlement fur les toiles d'Irlande
importées dans la Grande - Bretagne.
La fuite à l'ordinaire prochain.
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 13 Avril.
Le mémoire que le Congrès a fait paffer
à la cour de Madrid , relativement à la navigation
du Miffilipi , tend à prouver que
tous les droits fur le territoire , qui apparb.
2
( 28 )
tenoient précédemment à la Grande - Bretagne
, ont été dévolus de la maniere la plus
formelle aux Etats Unis par le Traité de
paix . Il y eft dit que fi la cour de Madrid
refufoit de faire juftice fur ce point , les
Etats Unis trouveront les moyens de fe la
faire rendre.
Les prétentions de la Cour de Madrid fur les
Etabliflemens de la côte des Mofquites , peuvent ,
felon plufieurs Papiers de New- Yorck , avoir les
fuites les plus funeftes à la profpérité des Etats-
Unis . L'arrivée de M. Galvez dans ces parages,
difent ces Feuilles , ne doit pas être confidérée
d'un oeil indifférent . La conduite des Espagnols
envers lés Américains , fournit une preuve mani→
fefte que les premiers ont des vues d'hoftilité. En
effet , pourquoi nous auroient- ils interdit la navigation
du Miffiffipi ? Pourquoi fe feroient- ils
emparés des Mufcle- Shvals & les auroient- ils for
tifiés ? Pourquoi enfin auroient- ils équipé une Ef
cadre fi formidable en tems de paix ?
Le Congrès a le projet de lever un corps
de 700 hommes , deftinés à défendre les
frontieres du Nord Oueft. Le danger att
quel étoient expofés les habitans de cette
partie du territoire des Etats - Unis , de la
part des fauvages qui y font fouvent des
incurfions dans la vue de piller les habitations
ifolées ; & la crainte bien fondée que
les magafins de l'Etat ne foient pas à l'abri
de leurs rapines , ont fuggéré ce plan de
défenfe. Ces troupes ferviront pendant trois
ans , à moins qu'elles ne foient licenciées
plutôt,
( 29 )
On affure que le Congrès a renvoyé l'affaire
du Chevalier Julien de Longchamp à
John Jay , Miniftre des affaires étrangeies.
On ne fcait point encore précisément la
décifion qu'il aura donnée , mais le bruit
court qu'elle eft favorable au Chevalier ,
attendu qu'il a déja été jugé , & qu'il languit
actuellement encore dans une étroite
détention .
Le Sénat de New- Yorck , par une majorité de
2 voix feulement , a rejetté le bill pour c&troyer
l'impofition , conformément à la demande du
Congrès , quoiqu'elle ait été accordée par 11 Etats
de l'Union. Un événement auffi extraordinaire &
auffi inattendu , a fait la fenfation la plus défagréable
, non- feulament parmi les Créanciers de
l'Etat , mais parmi tous les amis défiatéreflés de
J'indépendance & de l'honneur national . Les prin
cipaux habitans de New - Yorsk fe font affemblés
pour délibérer fur les mesures à prendre dans une
Gvation auffi allarmante. Voici le réfultat des
réfolutions unanimes de cette Affemblée. Treize
de fes Membres feront choifis pour former un
Comité deft né à rédiger des remontrances à ce
fujet , lefquelles doivent être préfentées à la Légiflature
, ainfi qu'une Airefle aux habitans des
autres Comiés de l'Etat , pour les inviter à comcourir
par leur union aux mefures qui leur paroîtront
propres & efficaces , pour recouvret & rérab'ir
la foi & le crédit public ; pour faire rendre
jaftice dans toutes les parties de l'Etat au nombre
infini de malheureux citoyens qui lui ont fi généreufement
fait le facrifice de leur argent , de leurs
propriétés & de leurs fervices dans les circonflances
les plus critiques & les plus dangereufes , efforts
b 3
( 30 )
de patriotifme , par lefquelsle Gouvernement s'eft
vu en état de fuivre la guerre , auffi longue que
difpendieufe , qui s'eft enfin terminée par l'indépendance
des Etats - Unis. Le Comité a auffi ordre
d'établir à ce fujet une correfpondance avec les
particuliers des Etats voisins , connus par leur
patriotiline & par leur influence dans les affaires ,
& the convoquer d'autres Affemblées , quand il le
jugera à propos.
L'Affemblée générale de Rhode- Inland s'occupe
en ce moment de l'établiſſement d'un revenu
national , proportionné aux beſoins publics. Par
ces bills , préparés à ce fujet , le Congrès fera autorifé
à établir l'impôt général , projetté depuis fi
long- tems , & cela , auf - tôt que 11 Etats auront
confenti à cette opération. Les Etats qui refuferont
de fe prêter à ce plan , feront affujettis dans
le Rhode Island à des droits d'entrée équivalens
une prohibition abfolue . Un projet auffi vigoureux
, s'il réuffit , contribuera , peut- être , à faire
revivre le crédit public , & à donner de nouvelles
forces à l'Affemblée . De tels expédiens font devenus
néceffaires pour prévenir l'abattement , ou
peut-être même la diffolution du Corps politique.
La Légiflature de la Caroline méridionale
a difcuté dans le cours de la derniere
feflion , s'il ne feroit pas avantageux de
transférer le fiege du gouvernement dans
un endroit plus rapproché des diverfes
ties de l'Etat , que ne l'eft Charles - town. Au
moyen de l'ajournement de la Chambre ,
la difcuffion ultérieure de cette affaire eft
remiſe à la prochaine feffion .
par-
La Légiflature de cet Etat , perfuadée
fans beaucoup de fondement , que « les
(༩ ༡ ་ )
39
1
» Sciences font le plus ferme appui d'un
Gouvernenient républicain , & qu'elles
oppofent la plus forte digue à l'impétuo-
» fité des paffions , a paflé un acte portant
établiſſement de trois colleges , dont l'un
fera fitué dans le voisinage de Charles-town ,
le fecond à Wimsborough , & le troifieme
à Ninety- fix.
La Légiflature de Virginie a donné à titre de
propriété au Général Washington , 50 lots dans
la nouvelle navigation de lariviere de Potowmack,
& 100 lots dans celle de la riviere James. Les premiers
font évalués à rool . ft . chaque , & les der
niers à zoo piaftres chaque ; ce qui forme en tout
42,000 piaftres.
On écrit de la Barbade , que le Gouverneur
de cette ifle a reçu ordre du Miniſtere
britannique de conftater par l'avis des
principaux habitans , s'il feroit avantageux
de faire de la Barbade un port franc. Il s'eft
tenu déja plufieurs affemblées pour diſcuter
cette grande queftion.
Un Négociant Américain a obfervé qu'il n'exicte
aucun droit d'entrée en Angleterre fur la potaffe
de l'Amérique , tandis que celle qui vient
des autres pays eft affujettie à un droit qui vaut
depuis 2 jufqu'à 5 fols le cent pefant, La potaffe
de l'Amérique étant généralement regardée comme
la meilleure qu'il y ait , il en conclut que ce
pays pourroit faire ce commerce exclufivement ,
vu fur-tout que les bois d'où l'on tire cette cendre
y font très- communs,
b 4
( 32 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Juin.
1
Le fieur Jacob , ci- devant Curé de la paroiffe
Saint- Louis , a eu , le 3 de ce mois ,
l'honneur d'être préfenté au Roi par le fieur
Jacquier , Supérieur- général de la Congrégation
de la Million , en qualité de Curé de
la paroiffe Notre - Dame de cette ville.as
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 19 de ce mois , le contrat de mariage
du fieur Perreney de Grosbois , Premier
Préfident en furvivance du Parlement
de Befançon , avec Demoifelle Anjorrant.
Le même jour , la Comteffe de Chinon
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Mar
jeftés & à la Famille Royale , par la Maréchiale
de Richelieu.
La Reine s'eft rendue , ce jour , à fon
château de Trianon , où Sa Majesté doit
paffer quelques jours . Le lendemain , Monfieur
eft parti pour aller voir Mefdames
Adelaïde & Victoire de France à Vichi ,
d'où il fera de retour le 30.
DE PARIS , le 30 Juin."
Nous n'avons pas de détails bien impor,
tans à ajouter à ceux qu on a lûs dans ce
Journal , fur la mort tragique de MM . Pilâtre
du Rozier & Romain. Trois petits
( 33 )
pas.
.
ballons fucceffivement lancés comme avantcoureurs
, le départ par un vent de Sud Elt ,
qui porta la machine au deffus de la mer ,
le vent de Sud - Oueft qui la ramena fur la
côte peu de temps après , la chûte à 300
des bords de la Manche & à cinq quarts
de lieue de Boulogne , font des circonftances
qui n'ajoutent rien à l'intérêt de ce trifte
événement Quelle en a été la caufe accidentelle
C'eft fur quoi l'on ne s'accorde
nullement , non plus que fur les fymptômes
de détreffe , & fur l'état vifible de l'Aeroftat
avant fa chûte. Quelques uns l'attribuent
uniquement à la dilatation du gaz infammable
qui fit créver l'enveloppe déja pourrie
; d'autres ne doutent point , d'après
plufieurs relations , que l'air inflammable
n'ait fait explofion , foit par la rareté
exceffive de l'air , foit par la rencontre d'un
courant électrique , foit enfin , ce qui eſt
très- vraiſemblable , par l'action du feu de
la Montgolfiere fur le gaz qu'il aura fait détonner.
Le bruit de cette détonnation a été, dit on,
entendu généralement. Le ballon fut crevé
& déchiré : mais la Montgolfiere , en forme
de cylindre vertical qui lui étoit adaptée ,
ne parut pas avoir fouffert. Les deux cada
vres fe trouverent dans la galerie , à la même
place qu'ils occupoient au moment de l'af
cenfion , & furent inhumés le même, foir,
dans la paroiffe de Wimille voiline du lieu
de l'accident. Ce qui eft arrivé à Londres
b5
( 34 )
où un Ballon lancé par M. Blanchard a
fait exploſion , confirme pleinement que ces
machines n'ont pas befoin d'une Montgolfiere
, pour éprouver le fort de l'Aréoſtat
de Boulogne.
On dit que les montres des deux Aëronautes
précipités & leur panier de proviſions
n'étoient nullement dérangés. Le Corps
Municipal de Boulogne fe propofe d'ériger
un Obélifque fur l'endroit de l'accident ,
avec des infcriptions. M. Pilâtre du Rozier
avoit fait fon teftament & écrit une lettre ;
fes foeurs doivent aux bontés de S. M. de
fucceder à la penfion de leur frere infortune.
Le premier de ce mois , l'Académie Roya
le des Sciences a élu M. Brouffonet , Docteur
en Médecine , de l'Univerfité de Montpellier
, pour remplir la place vacante dans
la claffe d'Anatomie , par la mort de M.
Morand .
En qualité de fantalin , qui tous les foirs
remercie Dieu de n'être pas refté dans la
journée fous les roues des voitures de cette
capitale , je configne ici l'Ordonnance
humaine fage digne des plus vifs
éloges , que vient de rendre l'Adminiftration
de Metz. Le ro de ce mois ,
elle a défendu en ces termes l'ufage de
ces chars meurtriers nommés Cabriolets ,
à qui on doit imputer plus d'affaffinats
dans une année qu'il ne s'en commet afluré(
35 )
ment dans tout le royaume par la main des
malfaiteurs.
לכ
» Défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , de
» fe fervir dans cette ville ( de Merz ) de
» cabriolets à 1 ou 2 chevaux , à moins
» qu'ils ne foient menés par un poftillon ,
» ou par un conducteur à pied , à peine de
so liv. d'amende , dont feront refponfa-
» bles les peres & meres pour leurs enfans ,
» les tuteurs pour leurs pupilles , les maîtres
» & maitreffes pour leurs domeftiques.
L'on apprend de la même Province que le 8
de ce mois , vers les deux heures après - midi , un
orage terrible s'eft développé fur le village de
Lorry, devant Metz ; il y eft tombé une fi prodigieufe
quantité de grêle , & d'une telle groffeur
, qu'il n'y a plus d'efpérance de récolte
pour les vignes , ni pour les fruits , dont les Habitans
font un grand commerce . Les lieux circonvoifins
, tels que Plappeville , Tignomont
te Ban- Saint Martin , &c. ont également fouffert
, mais dans une proportion bien moins confilérable.
De- là cet orage s'eft porté vers les vitlages
de Saint- Julien & de Valliere , où il a fair
beaucoup de dégâts ; il a pris enfuite fa direction
du côté du levant , & s'eft terminé fur les
villages de Pange & Maizeroy , qui ont été trèsmaltraités
par la grêle.
Heureufement dans le refte de la province
, les dernieres pluies ont ranimé toute
fa campagne l'herbe a pouffé avec vigueur
, & l'on efpere une récolte de foins
affez paffable. Les avoines , les bleds , les
vignes font de la plus grande beauté.
b 6
( 36 ))
Les incendies continuent & fe multiplient
dans toutes les provinces.
Le 16 Juin , fur les 6 heures du foir , le
feu prit à un bâtiment au village de Contay.
En moins de 3 heures , 52 maiſons , une
grande quantité de bâtimens , tous les meubles
, grains & effets qui y étoient refferrés ,
furent la proie des flammes. M. d'Agay ,
Intendant de Picardie , s'eft empreffé d'envoyer
des fecours pour fournir à la fubfiftance
des malheureufes victimes de cet événement.
Un défaltre prefqu'auffi douloureux a
affligé le bourg de Sougeres près Clamecy ,
& de la Généralité d'Orléans.
Le 6 Mai dernier , à 8 heures du matin , le feu
prit à la cheminée de la forge d'un Maréchal , a
laquelle on n'avoit point fait les réparations convenables.
La couverture de la maiſon qui étoit en
paille , fut auffi - tôt enflammée . Un vent du midi
a excité en un inftant l'incendie la plus dévorante
& la plus rapide : 22 ménages ont été , en moins
de trois quarts d'heure , la proie des flammes , &
l'embralement eût été général , fil'activité du feu
n'eût été rallentie par une maison couverte en
zuile , à laquelle on a eu le tems de porter fecours.
Un homme a manqué perdre la vie en travaillanc
à fa maiſon ; on l'a heureufement ſauvé , mais
les pieds & les mains brûlés. Cet accident a réduit
à la plus affreufe mifere environ go perfonnes qui
habitoient ces mailons incendiées , & qui fe font
trouvées tout-à - la - fois fans afyle , fans vêtement,
fans pain. M. le Préfident de St. Fargeau , nouveau
Seigneur de cet endroit , a fait répandre de
prompts fecours en pain , toile & bois de char(
37 ))
pente ; mais ces infortunés font encore bien éloi
gnés de pouvoir réparer la perte qu'ils ont faite
de tous leurs bâtimens , meubles & effets .
. Ceux qui defireroient donner quelques preuves
de leur attendriffement fur leur fort , font priés
d'adreffer leurs bienfaits à Mr. Sauveige , Notaire
à Paris , rue de Buffy , ou au Sr. Rolland , Prieur-
Curé de ce lieu , par Clamecy .
L La Grand'Chambre vient de rendre un
Arrêt , dont l'hiftoire & le contenu occuperont
un moment l'attention de nos lecteurs.
Tour Paris fe rappelle encore le Convoi d'un
certain Charpentier , nommé Bougault. Cet homme
, né de parens pauvres , à Joigny en Champagne
, avoit été appellé à Paris par un oncle
Maître Charpentier. Après avoir fait au Collége
du Pleffis une partie de fes études , il les avoit
quittées pour prendre le métier de fon oncle , dans
lequel il avoit acquis une fortune confidérable .
Par fon teftament , du mois d'Avril 1783 , Bougault
faifoit l'Univerfité de Paris fa Légataire
univerfelle , à la charge d'employer fon legs à
des fondations de Bourfes . Ce legs forme un objet
de plus de 200,000 liv.
ག་ ་
Le Teftateur laiffoit pour les Héritiers de droit,
deux foeurs & les enfans d'un freré prédécédé ,
tous dans la pauvreté .
Ces Héritiers demandoient que lelegs de l'Uni
verfité fût réduit . Le Parlement , par fon, Arrêt
l'a effectivement réduit à 50,000 liv . & a ordonné
que le refte de la fucceffion appartiendrait aux
Héritiers.
L'Univerfité avoit fait déclarer fur le Barreau ,
par fon Défenfeur , qu'elle confentoit à ce que les
Bourfes qui feroient fondées en conféquence du
teftament , fuffent appliquées à la famille , &
l'Arrêt l'a ordonné ainsi.
(( 38 ))
Mais cette Caufe , intéreffante par elle-même ,
Left devenue davantage par une circonſtance biem
faite pour être connue.
Ce Charpentier , embarraffé de fa fortune , aimant
peu fes parens , dont il croyoit avoir le droir
de le plaindre , avoit , quelque tems avant fon
testament , propofé au feur Poultier , Huiffer-
Prifeur , de difpofer en fa faveur de tout ou une
partie de les biens . Voici ce que lui avoit répondu
cet homme honnête. La lettre avoit été trouvée
fous les fcellés de Bougault.
MONSIEUR ,
I
« Je luis , on ne peut plus reconnoiffant de vos,
offres obligeantes ; mais ma délicateffe ne me
permet d'en accepter aucune.
En les confidérant comme une marque trèsdiftinctive
de la fatisfaction de mes fervices , de
pareilles intentions font faites pour me flatter.
" Teut homme véritablement honnête , ne peut
avoir d'autre langage , & j'efpere toute ma vie
n'en pas changer. Ne croyez pas , je vous prie,
M. , que le refus affirmatif que je vous réitere
a d'accepter vos généreufes propofitions , foit un,
piége adroit que je vous tend pour obtenir,
" d'autres avantages par une autre voie. Pour
» vous en diffuader d'une maniere indubitable ,
je vous déclare formellement , que dans le cas
où il vous plairoit , par teftament ou autres
» moyens directs , dont vous pouvez faire ufage ,
my appeller , me donner à vie ou en propriété,
quelques immeubles ou autres objets , j'en
ferai , dans tous les tems , comme je le pro-
" tefte par la préſente , l'abandon à vos préfomptifs
Héritiers , à moins que l'effet de vos intentions
à non égard ne fe réduifit à une modique
fomme , qui pût s'apprécier comme
» l'honoraire du tems employé à vos affaires &
» des foins que j'ai pu y mettre.
"
( 39 )
1
1
Je connois à peine de vue deux de vos parens
mais à les juger d'après votre propre récit , ce
font d'honnêtes gens ; & en fuppofant qu'ils
aient eu quelques torts vis-à-vis de vous , j'ai
» lieu de croire que vous les avez oubliés , puifque
vous les recevez avec amitié . Je vous in
vite au contraire à ne les pas perdre de vue ;
vous avez affez d'aifance pour partager vos
» bienfaits mais obfervez feulement que la liberalite
» fans juftice n'est plus une vertu. Vous avez de
l'esprit , & c'eft ce qui me fait efpérer que vous
ne défapprouverez point mes réflexions.. Puiffiez-
vous en être convaincu , comme de l'affu
rance du profond refpect avec lequel j'ai l'honneur
d'être , Votre , &c. Signé , POULTIER .
On mande de Lyon , que les de Juin
dernier , às heures du matin , le nommé
Dumont pêchant à la ligne fur la riviere de
Saone , s'y eft noyé dans un endroit bourbeux
& profond , d'où on ne put le retirer
qu'au bout d'un grand quart d'heure ; il
étoit fans connoiffance , fans mouvement &
fans poulx ; on le porte en cet état au corps,
de garde du change : M. Brodier , ancien
Prévôt du College de Chirurgie , lui fait
donner les fecours ufités ; une demi heure
d'adminiſtration a fuffi pour faire appercevoir
du mouvement dans fes yeux , fon
poulx fe fit auffi fentir : il eut encore des
naufées qui furent bientôt fuivies d'un vomiffement
bilieux affez confidérable. Agité
alors de violentes convulfions , fans pouvoir
proférer une parole , on lui continua les
foins relatifs à fon état ; & enfin on le trans-
"
( 40 )
féra au grand Hôtel Dieu où il a été traité
& complertement rappellé à la vie.
Lundi 20 , on a célébré
le mariage
de très haut
& très -illuftre
Monſeigneur
Alexandre
- Louis - Augufte
de Rohan
Chabot
Prince
de Léon , avee très - haute
&
très illuftre
Demoiſelle
Anne
Louiſe
Magdelaine-
Eliſabeth
de Montmorency
; la bénédiction
nuptiale
leur a été donnée
par
Monfeigneur
l'Evêque
de S. Claude
, en
préfence
du Curé de S. Euftache
, dans la
chapelle
particuliere
de l'hôtel
de Montmo
rency
, où la fête a été terminée
le foir par
un feu d'artifice
& une illumination
brillante
, qui avoient
attiré
une affluence
de
monde
confidérable
, tant dans le jardin
que
fur les boulevards
qui bornent
cet hôtel.
On écrit de Turin l'anecdote fuivante ,
atteſtée par un témoin oculaire .
Un riche Banquier de cette ville a deux fils ,
tous deux mariés ; l'un a épousé une Demoiselle
d'une famille noble , & l'autre la fille d'un Coureur
de la Cour. Le premier demeuroit avec fa
femme chez le père , qui depuis le mariage de
fon fecond fils , n'avoit pas même voulu voir fa
belle fille. Le fils inquiet de fa méfalliance ,
pour appaifer le pere , s'étoit adreffé au Roi de
Sardaigne , & ce bon Prince , dit- on , fit fentie
indirectement à M. M ... fon defir de voir réta
blir l'union dans cette famille , defir auquel M.
M ... avoit réfifté .
Depuis deux ans ce mariage étoit contracté ;
M. M... ne connoiffoit pas encore fa belle - fille ;
lorfque lejour de la Fête Dieu , M. M... voyanc
( 41 )
une très- belle femme fur le balcon d'un de fes
amis , prt plafir à la confidérer , & monta enfuite
chez fon ami pour la voir de plus près.
Cette femme étoit fa belle - fille : très - émue ,
elle voulut abfolument s'en aller ou le cacher ;
mais on l'engagea à refter ... ĐỘ
Sur le même balcon fe trouvoit un Seigneur
ani de M. M... Ils fe complimentent fur le plaifir
d'etre en compagnie avec une aufli aimable &
Auffi belle dame ; on vante fis belies qualités ;
M. M... entre en converfation avec elle , & lui
prodigue mille galanteries .... Enfin la curiofité
le pouffe , il, s'éloigne d'elle , & demande le nom
& la qualité de cette dame ( fa belle- file ) . On
le refüle ; il perfifte , il n'obtient rien ; finalement
on lui promet de le fatisfaire , s'il coníent à embraffer
l'inconnue . Quoique l'ufage d'embraffer
les dames ne foit guere d'ufage ici , il s'approche,
donne un baifer ; aufli - tô: Madame M... fa belle
fille , tombe à fes genoux route tremblante de
joie , & s'écrie : Ah ! mon pere , c'eft votre bellefille
qui vous baife les genoux Elle alloit continuer
le pere lateleve , l'embraffe de nouveau...
Je vous pardonne , ma fille , ainfi qu'à votre époux.
Le public applaudit avec tranfport à cette réconciliation
qui s'eft affermie , au point que les
deux époux ont aujourd'hui leur domicile chez
M. M....
:
"
L'Académie des Belles Lettres de la Rochelle
tint le 18 Mai fon Affemblée publi
que , à laquelle M. le Comte de Puifégur
Commandant de la Province , affifta en
qualité d'Académicien Honoraire.
M. de Chaffiron , Dite&teur , en fit l'ouver
tures, en rendant compre des événemens
intérelfans
pour l'Académie , qui ont eu lieu depuis la
L
( 42 )
derniere féance ; ce qui amena l'éloge de M.
Court de Gebelin , précédé d'une notice fur M.
le Franc de Pompignan , l'un & l'autre Affociés
de l'Académie .
M. de Bauffay lut une Piece de vers fur la fuite
du Temps , imitation libre de Tibulle.
J
M. Nicolas , de l'Oratoire , Curé de S. Sauyeur
, Chancelier lat un Mémoire pour
prouver que les meres doivent élever leurs filles , &
qu'ellespeuvent feules réuffir dans cette éducation ;
qu'elles y trouveroient leurfatisfaction , leur gloire ,
& la fociétéfes avantages.
M. de Chaffiron lut une fable en verse, intitulée
, le Lierre & l'Ormeau.
M. Carrayon lut un Eftai fur les moyens de per
fectionner ladiftillation des Vins.
M. de Malartic , fecond Secretaire Perpétuel ,
termina la féance par une Piece de vers relative
à l'affemblée intitulée , les Adieux difficiles.
François Davézé , né en 1749 , fils du feur
Davézé, Marchand à Cloye , Election de Châteaudun
, Généralité d'Orléans , a quitté la maison
paternelle en 1776.
Taille d'environ cinq pieds deux pouces , front
tond & étroit , yeux enfoncés , fourcils & barbe
chatains , vifage gros & rond , bouche petite ,
menton fourchu , nez petit.
Son état eft Chandelier-Cirier, Il travailloit à
Blois en ce te qualité en 1781 & 1782 , & auparavant
à la Ferté- Lowendal.
Depuis ce tems il a difparu. La fucceffion de
fa mere , décédée depuis peu , rend la préſence
néceffaire .
Meffieurs les Curés , Officiers , & autres Perfonnes
publiques , font priés de prendre des ins
formations , & de donner avis de fon exiftence )
eu de fa mort , au ficur Davézé fon pere , ou au
( 43 )
fieur Perrier , chez M. Barré , rue des Noyers
N°. 24 , à Paris.
Melchior Thierry , Chevalier , Seigneur
d'Oppy , Eppeville , Inghem , Gricourt - le-
Blocus , Foncquevillers , Capitaine d'Infanterie
, & ancien Grand Bailli d'Epée de la
ville de Douai , y eft mort le 24 Avril dernier.
Marguerite Louife- Benigne de Pont de
Vaux , Abbeffe de l'Abbaye de S. Jacques .
Ordre de Cîtaux , diocefe de Châlons - fur-
Marne , eft morte le 6 du mois dernier.
François- Gabriel -Théodore , Comte d'Aymery
, Brigadier des Armées de Sa Majeſté ,
Guidon de la Compagnie des Chevaux - Légers
de la Garde du Roi , eft mort dans
fon château de Viroflay , le 23 Mai , âgé de
59`ans.
PAYS- BAS,
DE
BRUXELLES , le 27 Juin.
Les deux Députés Hollandois à la Cour
de Vienne ont pris congé de LL. HH. PP. ,
& partiront pour leur destination , dès
l'Empereur fera de retour à Vienne .
que
On affure pofitivement que l'Amirauté de
Frife vient de déclarer fa banqueroute.
Une Société de Négocians de Triefte s'eft réunie
fous le nom de Compagnie Patriotique Autri
chienne du Commerce maritime , pour travailler de
concert à étendre le commerce des productions
caturelles , & celles des Manufactures des Etats
( 44 )
1
И
héréditaires. La Société fera dirigée par une Maifon
de Commerce de Triefte , & confiftera dans
un certain nombre d'Actionnaires , & chaque
Action fera de 500 florins. Les engagemens que
les
Aftionnaires y prennent ne s'étendront que
fur l'expédition d'un Bâtiment que l'on affurera.
Au retour de ce Bâtiment, les marchandises ferent
vendues , & chaque Actionnaire eft remboursé de
fon fonds & reçoit en même tems fa part de bénéfice
. En attendant l'expédition du premier Bâtiment
, la Société recevra des foumiffions pour
d'autres chargemens ; & à melure qu'il y aura des
fonds , elle expédiera des Bâtimens.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX (1 ).
Caufe entre la veuve Genti! & la veuve Thomas
& fon fils. Dommages intérêts pour
inexécution de promeffe de mariage.
L'inexécution d'un promeile de mariage eft
une injure grave , un véritable quafi délit qui
donne lieu à des dommages-intérêts. Les prin
cipes font les mêmes pour tous les états ; il n'y a
de différence que relativement à la quotité , qui
s'arbitre fuivant la qualité & la fortune des Parties
, & felon la gravité des circonftances. Une
promefle de mariage fuivie , par exemple , de
contrat , de publication de banc , d'achat d'habits
de noces d'uftenfiles de ménage , de frais de
repas , &c. Tous ces apprêts devenus inutiles la
veille du jour de la bénédiction nuptiale , doivent
augmenter fans doute la maffe du dédommagement.
La caufe que nous allons rapporter a
donné lieu à l'application de ces principes . -
N.... femme du fieur Gentil , Fermier Laboureur
aux environs d'Etampes , perdit fon mari au
mois de Juin de l'année 1784. Reftée veuve à
l'age de trente ans , chargée de deux enfans , à
la tête d'une ferme confidérable & à la veille de
( 45 )
la moiffon ; ces circonstances lui firent bien- tôt
fentir la néceffité d'un fecond mari ; fes parens
& les amis en jugerent de même. Plufieurs partis
furent propofés a cette jeune veuve . Un de ceux
qui ambitionna fa main avec le plus d'ardeur ,
fut le nommé Thomas , jeune Laboureur âgé de
vingt quatre ans . En effet , une femme jeune
une bonne ferme , tous les uftenfiles néceffaires à
à l'exploitation d'un bon labourage , une récolte
abondante prête à être ferrée ; tous ces objets
étoient bien capables de le déterminer . La veuve
Gentil , de fon côié , croyoit appercevoir dans le
fieur Thomas un jeune homme honnête , actif,
laborieux , intelligent & qui avoit de la fortunc :
elle le préféra. Le contrat de mariage fut rédigé
& figné. Sans en rapporter toutes les difpofitions
, il fuffit de dire que la veuve Gentil apportoit
environ mille écus , tant en mobilier
qu'en argent', non compris les bénéfices de la récolte
, lors trés prochaine ; que le fieur Thomas
fe dotoit de 4000 livres que fa mere lui donnoit.
Le jour du mariage fut arrêté pour le 22 Juillet ,
il n'y avoit pas de temps à perdre ; la moiffon .
devoit commencer peu de jours après . Le 21 ait
foir , l'inconftance du fieur Thomas fe manifefta;
il écrivit à la veuve Gentil pour lui annoncer fon
irréſolution , prélude de fon changement de volonté.
Il démanda à différer. La veuve , d'après le
confeil de les parens , répondit par une fommation
qu'elle fit faire au fieur Thomas , pour qu'il
eût à fe trouver le lendemain à l'Eglife pour la
bénédiction nur tiale , finon protefte de fe pour
voir. En effet , le lendemain 22 Juillet , la
femme Gentil , avec toute fa famille , fe rendit à
l'heure convenue pour la bénédiction nuptiale.
Le feur Thomas & fa mere ne s'y étant pas
dus , la veuve Gentil fit dreffer procès - verbal
ren(
46 )
Į
de fa comparution & de l'abfence du prétendu ;
enfuite elle le fit affigner, ainfi que la veuve Thomas
fa mere & la turrice , pour être condamnés
aux dommages - intérêts réfultans de l'inexécu
tion de la promeffe de mariage. Arrêt du 12
Mars 1785 , confirmatif d'une Sentence d'Etampes
, qui avoit condamné Thomas en de gros
dommages- intérêts envers la veuve Gentil , & en
tous les dépens , à l'exception que les dommages
& intérêts furent modérés à 2000 livres.
: PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Inftance entre les Chanoines réguliers de l'Abbaye de
La Magdelaine de Châteaudun. Et le Chapitre
de l'Eglife Collégiale de la même Ville .
Religieux ne pouvant être admis aux aſſemblées
- municipales , & y prétendre la préféance.
•
La ville de Chateaudun renferme trois Communautés
Eccléfiaftiques , une Sainte- Chapelle,
la Magdelaine , Abbaye Royale de Chanoines
réguliers de Ste. Genevieve , & la Collégiale de
Sr. André.
La même Ville eft gouvernée , quant aux
affaires de la Communauté , par un Corps municipal
, tel qu'il a été fixé par l'Edit de 1765 ,
qui a réglé l'adminiſtration dans toutes les Villes
du Royaume.
L'art 29 de cet Edit porte : que les Affemblées
des Notables qui doivent repréfenter feuls la Communauié
, feront compofées du Maire , des Echevins
des Confeillers & Notables . L'art . 33 , ordonne que
pour former le nombre des Notables , il en fera choifi
undans le Chapitre principal du lieu . L'article ajoute
que pour procéder à l'élection de ces Notables , il
fera nommé un député par le Chapitre principal du
Lieu , ou par chaque autre Chapitre féculier.
Pour procéder à Châteaudun à l'exécution de
ces difpofitions , une aſſemblée fut convoquée le
( 47 )
+
12-Juin 1765. Il s'y trouva des Députés de tous
les Corps , notamment celui de l'Abbaye de la
Magdelaine , & le Doyen de l'Eglife Collégiale
de St. André. C'eft fur les prérogatives d'honneur
, de la qualité de Chapitre principal du lieu,
que s'éleva la queftion de favoir à qui cette qua
lité devoit appartenir. Chacun des Députés des
trois Chapitres , la Ste. Chapelle , l'Abbaye de
la Magdelaine & l'Eglife Collégiale de St. André
la réclama pour le Corps dont il étoit membre.
Pour ne pas retarder les opérations de l'AC
femblée , les Echevins & Députés propoferent
que , fans préjudice du droit des Parties , la queftion
fût décidée à la pluralité des voix , par fcrutin
, ainfi que celle de favoir fi les Chanoines.
réguliers de la Magdelaine devoient être confidérés
comme Chapitre , ce qui fut fait ; & il y
fut décidé , à la pluralité de 29 voix contre 3 ,
que ces Chanoines ne pouvoient être confidérés
comme Chapitre , par rapport aux difpofitions
de l'Edit , & à celle de 25 contre 7 , que la quafité
de Chapitre principal appartenoit à celui de
St. André. Le Député de la Magdelaine fe retira,
& fe conforma pendant fept ans à cette délibération
; mais en 1771 , le Roi ayant créé de nouyeaux
Offices municipaux , les Religieux parvin.
rent à fe faire inviter aux affemblées en 1771 , &
les billets d'invitation furent continués depuis.
En 1776 , le Chapitre de St. André, par délibé¬
ration Capitulaire du 23 Décembre 1776 , réfolut
de demander l'exécution de la délibérationdu
Bureau de la Ville , du 5 Juillet 1775 ; ce qu'il
fit à l'Affemblée de la Ville , du lendemain 24
Décembre , en déclarant s'opposer à l'admiſſion
du Député des Religieux , à la préféance que ce
Député pourroit prétendre fur celui du Chapitre
de St. André , & à toute nomination qui feroit
faite avec lui,
( 48 )
Le Prieur de la Madgelaine invoque la poffelfion
antérieure à 1763 , enfin fur les conclutions
du Procureur du Roi , qui obferva qu'il n'y avoit
contre l'ordre public ni poffeffion , ni prefcription
, on alla au fcrutin , & à la pluralité de 16
voix contre 3 , la préféance fut accordée au Dé
puté du Chapitre de St. André fur celui de l'Abbaye
de la Magdelaine.
Le Député des Religieux fe retira , & c'eft de
cette délibération que les Religieux ont interjerté
appel en la Cour.
Arrêt du 21 Août 1781 , par lequel la Cour ,
en tant que touche l'appel des Religieux de la
Magdelaine , de la délibération du 24 Décembre
1766 , a mis l'appellation au néant ; émendant
fur les demandes à fin de préféance fur les Députés
du Chapitre de St. André dans les affemblées
de la Ville de Châteaudun ; a mis & met les Parties
hors de Cour en tant que touche l'appel def
dits Religieux , de la délibération du Bureau de
la Ville , du Juillet 1761 ; a déclaré lefdits
Religieux non-recevables en leur appel , & les a
condamnés en l'amende ; faifant droit fur les
conclufions du Procureur Général du Roi , a ordonné
que l'Edit du mois de Mai 1765 , regiſtre
en la Cour le 17 duineme mois , feroit exécuté
ce faifant , a fait défenfes auxdits Religieux de
la Magdelaine , comme réguliers , d'affler à au
cunes Affemblées municipales de la Ville de Châ
teandun , a donné acte aux Officiers municipaux
de Châteaudun , des déclarations porrées par leur
Requête, & déclaré le préfent Arrêt commun
avec eux ; fur le furplus des demandes , fins &
& conclufions des Parties , les a miles hors de
Cour , tous dépens entre les Parties compenfes.
*JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Mai.
TOUTE
OUTES les formalités d'ufage ont été
remplies à la mort fanglante de notre
ancien Vifir. A l'arrivée des muets , il voulut
défendre fes jours profcrits ; un coup de
fabre le renverfa , & le refte de l'exécution
fut bientôt achevé. Sur l'écriteau qui accompagnoit
fa tête attachée à la porte du
Serrail , on lifoit la formule ordinaire ; voici
· la tête coupée du Vifir Halil Amid Pacha ,
décolé pour avoir trahi les intérêts de l'Etat &
de la Religion , &c. &c. Comme cette efpece
de fentence eft proclamée contre les innocens
, auffi bien que contre les coupables
on ne fait pas trop à quoi s'en tenir ici fur le
compte de l'ancien Vifit. Les uns vantent
fa capacité & fon zele pour l'Etat : d'autres
en font un concuffionnaire. On a débité
qu'ayant été averti de mettre fa tête en sû-
1. No. 28 , 9 Juillet 1785.
a
( 50 )
*
reté , il répondit qu'il n'avoit rien à crain →
dre , ayant toujours bien fervi fon maître.
Il s'étoit affez bien fervi lui même , puifqu'il
laiffe une fucceffion de huit millions
de piaftres , dévolue au Grand - Seigneur :
fes amis , fes créatures , fes parens ont été
ou étranglés , ou chaffés , ou exilés ; juſqu'à
recommencer dans quelques mois avec le
nouveau Vilir.
Celui- ci , dit- on , eft un barbare qui n'a
jamais étudié. Il a débuté fur fa route par
quelques actes de rigueur. On le croit trèsporté
à la guerre , & gouverné , ainfi que le
Muphti , dévot jufqu'au fanatifme , par le
Capitan Bacha , dont l'humeur n'eft pas pacifique.
Le is de ce mois , le même Capigi Bachi
, chargé de faire étrangler le Vilir , a
décolé , chemin faifant , l'ancien gouverneur
de Servie , Ized Pacha , qu'il rencontra
près de Widdin . On n'a trouvé à ce
Pacha que deux millions en effets précieux ,
parce qu'il avoit eu la précaution de mettre
à couvert fon argent comptant.
Tous ces détails , pris des feuilles publiques
peuvent bien n'être que des contes
orientaux ; & l'on en croira ce qu'on voudra.
Si les nouvelles du carrefour le plus
voifin de nous font prefque toujours infideles
, qu'eft ce de celles qui nous arrivent
de la mer Noire ?
Des lettres de Tanger , du s Mai , font
( 51 )
mention en ces termes d'un accident terri
ble , arrivé dans cette ville .
Hier nous effuyâmes un orage fi terrible , que
notre ville (embloit menacée d'une ruine totale ;
la confternation étoit générale , & le peuple
croyant toucher à fa derniete heure , couroit en
foule dans les Mofquées. Le tonnerre étant tombé
fur le magafin à poudre , qui eft dans la ville ,
y mit le feu. L'édifice fauta avec un fracas épouvantable
, & la plus grande partie des maifons
voifines en furent renverfées. L'explofion fut fi
terrible , que toute la ville en fut ébranlée , &
les fenêtres & les portes des maisons entierement
brifées. Lorfque l'on fut un peu revenu
de l'effroi caufé par cet affreux événement , on
s'occupa à retirer les malheureux enfevelis fous
les débris des maiſons. Il n'y a eu cependant que
feize perfonnes qui ont péri dans ce défaftre.
Heureufement que la plus grande partie de notre
provifion de poudre dépofée dans ce magafin
, en avoit été tirée quelques jours auparavant
pour être envoyée à Conftantinople , & qu'il
n'en reftoit que cent vingt quintaux , fans quoi
toute la ville auroit été convertie en un monceau
de ruines.
Le fieur Payne , Conful Britannique auprès
de S. M. Marocaine , eft chargé , diton
, d'une négociation délicate auprès de
l'Empereur de Maroc .
Comme le commerce du Levant va être , felon
toutes les apparences , partagé entre plufieurs nations
, qui jufqu'ici n'y avoient eu qu'une petite
part , les Anglois fe font propotés d'y affurer le
leur fur un pied très - avantageux. A cet effet ,
M. Payne, va propofer au Monarque Maure un
nouveau Traité de commerce , entre S. M. & la
cC33
( 52 )
mation Angloife. Une Société Argloife fait deman
der l'agrement d'avoir pour entrepôt le port de
Tetuan , ou celui de Martin , à deux lieues du premier.
La Société s'engageroit à entretenir dans
celui de ces deux ports que S. M. Marocaine voudroit
lui affigner , un Agent réfident , & elle feroit
bâtir des magafins pour y dépofer toutes les marchandifes
qui feroient achetées dans les Etats du
Roi de Maroc , lefquelles y feroient portées par
les propres navires de cette Compagnie , dans leur
pafage pour le Levant. Le Conul Angleis ne
paroit pas être bien informé de l'état actuel du
commerce de Maroc , & particuliérement de celui
de la ville de Tetuan , la plus favorifée par l'Em .
pereur de toutes les villes de fes Etats . Les Négocians
de Tetuan vont eux- mêmes acheter dans
tous les marchés , & paient comptant ; de façon
que les profits qu'ils font , font de peu de conféquence.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 23 Juin.
Les 4 vaiffeaux
Danois
, arrivés
dernierement
des
Indes
Orientales
, font
le Ganges
,
le Lion
du Nord
, le Copenhague
& l'Elifabeth
,
le Danemarck
venant
de la Chine
.
Le Réglement de Douane & le Tarif des droits
à payer pour les bâtimens & les marchandifes qui
pafferont par le nouveau canal de Holftein , a paru
le 25 Mai. Il eft composé de 26 articles . Les productions
naturelles & manuf Aurés de Danemarck
, de Groenland , d'Iſlande , de Sleefwich &
de Holftein , font exemptes des droits ; les marchandifes
de Chine & des Indes- Orientales & Occidentales
, venant de Coppenhague , jouiront du
même avantage . Les marchandifes de tranfit , venant
de la Baltique, & paffant par le canal à Rendsbourg,
pour étre tranfportées de- là par terre à
( 53 )
Altona ou à Han! ourg , & les marchandiſes qui
viennent de ces deux villes à Rendsbourg , pour
être envoyées par le canal dans le Baltique , ne
pateront plus les droits de tranfit établis par le Ré
glement de 1778 .
La derniere affemblée de la Compagnie
Afiatique de Copenhague a porté fon dividende
à 5o rixdalers par action , foit à 10
pour cent.
On apprend de Conftantinople , que la
grande efcadre ne tardera pas à mettre en
mer ; elle fera commandée par le Lieutenant
du Capitan Pacha ; celui -ci doit fe rendre
à Bujukderé , pour y obferver les travaux &
les mouvemens des Ruffes à Cherfon .
Un Journal d'économie politique préfente les
détails fuivans concernant les fabriques & le
commerce dans la Principauté de Minden . La raffinerie
de fucre établie dans la ville de Minden ,
depuis 1764 , fournit par an pour 190,000-rixdalers
de fucre , dont on en exporte pour 150,000
rixda'ers dans les pays de Paderborn , de Heffe &
d'Hanovre. Le fucre brut eft tiré de France , &
forme annuellement un objet de 150,000 rixdalers.
La fabrique de cire blanche & de bougie en fait par
an pour 6,300 rixdalers ; on en vend à l'Etranger
pour environ 3,000 rixdalers ; l'achat de la cire
brute monte à 3,100 rixdalers . Le peu de foins
qu'on donne dans cette Principauté à l'éducation
des abeilles , empêche cette fabrique d'étendre
davantage fon induftrie & fon commerce.Le favon
noir , fabriqué annuellement à Minden , forme un
objet de 14,000 rixdalers ; il en paffe à l'Etranger
pour 7,000 rixdalers ; les matériaux pour cette fabrication
reviennent à 11,600 rixdalers. Les fa-
C 3
( 54 )
briques de cuir en fourniffent par an pour 6,900
rixdalers ; il en paffe à l'Etranger pour 3,600 . Les
fabriques de drap , d'étoffes , de bas & bennets, de
tabac , de chapeaux , &c . , font dans cet Etat fort
médiocres ; mais les fabriques de toiles à Bielefeld
font très- importantes ; la plupart des habitans du
Comté de Ravenfberg , qui eft incorporé à la Prin.
cipauté de Minden , font occupés pour la fabrication
des toiles. Le Corps des Tifferans de Bielefeld
& leurs Statuts datent de 1 309 & de 1339.
On continue , écrit- on de Pétersbourg ,
à faire des levées d'hommes dans la Ruffie .
L'intention de l'Impératrice eft d'augmen--
ter l'armée de 40,000 hommes. L'ordonnance
qui a paru à ce fujet , porte que les
nouvelles acquifitions ont rendu cette augmentation
néceffaire.
DE BERLIN , le 23 Juin .
Le 11 , às heures après midi , le Roi &
le Prince héréditaire de Pruffe font revenus
de leur voyage dans la Pruffe occidentale.
S. M. a marqué le plus grand contentement
aux revues de fes troupes , & fa fanté eft
meilleure qu'elle n'a été depuis plufieurs années
,
La fenfation qu'a caufé la mort du Prince
Léopold de Brunſwick n'eft point affoiblie.
Tous les habitans de Francfort fur l'Oder
portent le deuil de ce héros. Ceux qui ne
font pas en état d'avoir un habit noir , marquent
leur affliction au moins par un ruban
de cette couleur. Une fociété s'eſt formée
>>
*
ici pour fondet une fête annuelle , encom
mémoration de la mort du vertueux Prince ;
dans ce deffein , elle a ouvert une foufcription
par un Programe très -intéreffant , dont
voici la fubftance : » L'action noble du Duc
Léopold de Brunswick , qui a excité une
admiration & un attendriffement univerfels
, a atteint un but plus grand que
celui qu'elle a manqué. Le Prince vouloit
fauver la vie de quelques malheureux : il
a réveillé chez tous les hommes de bien
» le fentiment de la bienfaifance & de la
philantropie. Les foulignés fouhaitent ,
» & qui ne le fouhaitera pas avec eux ? que
» l'action du Duc fe repréfente encore aux
» yeux de la postérité , pour l'inftruire & pour
» l'attendrir. Un monuntent littéraire ferviroit
» fans doute à remplir ces vues ; mais on
les rempliroit mieux encore , & l'on entreroit
plus dans l'efprit de celui qu'on veut
» honorer , en inftituant une fête annuelle
» de bienfaifance . Le Prince immortalifé
» déroba à fes propres plaifirs des fommes
» confidérables , entr'autres celles qu'il fit
>>
1
fervir à la fondation & à l'entretien de l'é-
» cole de la garnifon à Francfort . De tou-
» tes fes inftitutions , c'étoit celle que le
Duc chériffoit le plus. Il fe trouva fi fou-
» vent & avec tant de joie au milieu de ces
» enfans innocens , dont le bonheur futur
» occupoit fa générofité ! Cette école lui
» ayant été fi chere pendant fa vie , elle doit
לכ
"
c
4:
( 36 )
»l'être après fa mort , à ceux qui l'ajmoient
» & qui veulent honorer fa mémoire . L'i-
» dée des fouffignés eft de raffembler une
» fomme par foufcription , & avec les inté-
» rêts annuels de cet argent , de fonder
» pour les enfans de cette école la fête anni-
» verfaire de la perte de leur bienfaiteur :
» fête qui dans le cours de l'année leur fer-
לכ
ל כ
vira d'encouragement , où on leur don-
» nera en public un repas & des préfens , &
» où l'on habillera , finon tous , au moins
les plus indigens & les plus dignes de ré-
» compenfe. Cet inftitut en mémoire du
» Duc , fera éloigné de toute pompe , & de
ce faux éclat auquel l'ame noble de ce
jeune Prince attachoit i peu de prix ; il
» aura la fimplicité , la modestie , la bien-
» faifance propres à l'objet de nos regrets :
il fera préférable à une repréfentation en
» marbre d'une figure inanimée , & fervira
» de repréſentation fidele & parlante d'un
» coeur rempli d'amour pour fes femblables .
» On va raffembler les traits du caractere
» & les anecdotes les plus intéreffan : es de la
כ כ
vie du Duc de Brunfwick ; une des meil .
leures plumes s'y employera : la fouſcrip
» tion pour ces mémoires fera d'un écu feu-
» lement ( 4 liv . tournois ) , afin de laiffer
>> aux amis du Prince , peu favorifés de la
» fortune , la confolation de fournir auffi
» leur obole au projet de continuer les vues
bientaifantes de cet illuftre philantrope.
( 37 )
Un particulier a propofé auffi un prix de
25 louis d'or , pour la meilleure Ode fur le
même événement , & il a nommé le célébre
Klopftock , juge du concours.
ici
Entre les mémoires qui ont été envoies
pour concourir aux prix relatifs à la premiere
partie du projet d'un code général
pour les Etats Pruffiens , celui du fieur
Roeflin , grand Bailli à Gochshim , dans le
Duché de Wurtemberg , a remporté le premier
prix de 4 ducats ; le fecond prix de
25 ducats a été adjugé au mémoire du fieur
Schmider , Avocat à la régence de Darmf
tadt.
DE VIENNE , le 24 Juin.
Nous avons parlé l'Ordinaire dernier du
danger auquel l'Empereur a été expofé dans
fon voyage d'Italie les circonstances qui
ont accompagné cet inftant périlleux ont fait
trembler ici fur les fuites funeftes que pouvoit
avoir le courage de S. M. I.
Le 20 de Mai , écrit - on de la Carinthie , nous
eûmes le bonheur de voir arriver ici notre Monarque,
avec une feule des voitures qui compoſoit
fa fuite une autre voiture arriva immédiatement
après , & nous informa que la troifieme s'étoit
brifée à la feconde ftation de Vienne , d'où l'on
avoit été obligé d'en faire venir deux autres ,
qui n'arriverent ici que le 30 à quatre heures du
matin . Pendant toute la journée du 29 il avoit fait
une pluie fi forte & fi abondante , que les eaux
de notre riviere avoient groffi confidérablement.
CS
( 58 )
P
On repréfenta à S. M. le danger imminent qu'elle
couroit de paffer dans cette circonstance , le pont
près de Saxenbourg , & on la fupplia de vouloir
bien s'arrêter jufqu'au lendemain , temps ou l'é
coulement des eaux lui permettroit de paffer le
pont avec moins de péril . Mais , fans s'effrayer
du danger , le Monarque commanda- aux poftillons
de franchir hardiment le pont ; feulement
par précaution il ordonna à une troupe de pay
fans de fe tenir fur les bords de la riviere , prêts
à donner les fecours néceffaires en cas de quelque
accident. Il eft difficile d'exprimer la frayeur
dont furent faifis en ce moment les fpectateurs ,
la vue du danger qui menaçoit les jours de S. M.
& a quel degré fut portée leur angoiffe , lorsqu'ils
virent le pont qui réfiftoit déjà avec peine aux
efforts des vagues , fe plier & s'ébranler par les
fecouffes de la voiture , au point qu'au moment
où le char de l'Empereur atteignit le bord oppofé
de la riviere , le pont fe détacha & fut emposté
par le courant des eaux : fi le trajet avoit duré
une minute de plus , c'en étoit fait de la vie de
S. M. , vu la fapidité des eaux & l'impoffibilité
de lui porter aucun fecours.
*
à
Les affaires publiques ne perdent rien de
leur activité par l'abfence du Souverain. Les
dépêches font régulierement envoiées à Sa
Majefté Impériale , qui en a déja expédié
une partie dans fa route.
On répand depuis quelques jours une
nouvelle trop extraordinaire
? pour être
adoptée fur destémoignages équivoques. Elle
a été , dit on , apportée par une eftafette
expédiée de Semlin par le Baron de
Sturm ; quoiqu'elle forte , à n'en pas douter ,
( 59 )
de la même fabrique que tant d'autres para
graphes de cette efpece , nous allons la rapporter
dans les termes des inventeurs .
Le9 de ce mois , 4000 Bofniaks , faifant partie
de l'armée turque qui eft actuellement en
Servie , ont paru fur les frontieres des états
de S. M. I. L'apparition d'un corps de
troupes auffi confidérable fit d'abord craindre
un projet hoftile : on fonna l'alarme , &
les troupes impériales , répandues çà & là ,
fe réunirent à la hâte , autant qu'il leur fut
poflible , & fe difpoferent à tenir tête à l'ennemi.
Mais au lieu d'agir hoftilement , ce
torps Turc s'annonça comme transfuge , &
init auffitôt bas les armes , en déclarant qu'il
defiroit entrer au fervice de l'Empereur , ou
s'établir fur le territoire de S. M.
Mais que faire d'un corps auffi confidérable ?
comment faire fubir une quarantaine à 4000 hommes?
comment les nourrir & les garder pendant
le cours de cette épreuve Toutes ces difficultés
donnerent lieu à l'Expédition de l'Eftafette. Auffi
- tôt après fon arrivée , on expédia un Courier
à l'Empereur , pour l'informer de cet événement
; le Gouvernement en a auffi dépêché um
autre à Semlin , avec une lettre pour le Commandant
de cette place ; il lui enjoint de retenir
ce corps de troupes Turques jufqu'à ce que
l'Empereur ait fignifié fes intentions , & il approuve
en même temps tout ce que ledit Commandant
a fait jufqu'à préfent à cet égard. On
ne fait pas encore fi ce corps n'eft composé que
de Mahométans , ou s'il n'eft pas en grande par
tie formé de Grecs : dans le premier cas l'em
o 6
( 60 )
#
barras feroit encore plus grand. C'eſt fans doute
le mécontentement excité par les changemens
qui fe font faits dans le miniftere Ottoman , qui
aura donné lieu à cette défertion extraordinaire,
comme il a déja cauſé la révolte du Pacha de
Romanie , qui réfide à Philippolis . La nouvelle
de la rébellion de ce Pacha a caufé la plus vive
alarme dans Conftantinople . Le nouveau Prince
de Mo davie Mauro Cordato , continue auffi à
exercer la plus grande rigueur dans les Etats ;
& , ce qui n'étoit jamais arrivé , plufieurs Boyards
redoutant la févérité , ont quitté leur pays pour
fe retirer fur les terres de l'Empereur.
L'Empereur a nommé trois Officiers
militaires penfionnés , pour chefs de la
police à Bude , à Peft & à Presbourg. On
place ainfi de temps en temps d'anciens
Officiers dans le corps de Magiftrature des
villes. C'est une épargne pour la caiffe des
penſions , mais il en résulte des inconvéniens
; parce que tous les Officiers ne font
pas également propres à manier la plume
& l'épée. En ce moment un Officier qui
a été fait Sénateur de la ville de Linz , veut
quitter ce pofte , & redemande fa penfion
militaire , avouant qu'il ne fauroit le faire
aux affaires civiles.
Deux de nos marchands viennent de faire
des banqueroutes confidérables. On a découvert
une contrebande énorme que faifoient
d'audacieux fpéculateurs . Mauvais
figne pour notre commerce exclufif; cependant
on s'occupe de modifications du tarif
pour certaines marchandiſes.
( 61 )
Un trifeur a été arrêté pour dettes. Elles
fe montent à plus de so mille florins . Il
n'eft pas étonnant qu'un frileur foit peut
fcrupuleux ; mais que dans une ville où
un très - honnête homme a beaucoup de
peine à trouver du crédit pour so florins ,
on en ait prêté so mille à un friſeur , voilà
ce qui doit paroître étrange.
Le bruit le répand qu'un de nos favans
qui avoit ouvert une foufcription pour un
Dictionnaire de la Nobleffe Autrichienne ,.
s'eft évadé avec l'argent des fouſcripteurs.
Beaucoup de nos parvenus , qui efpéroient
d'étaler dans ce Dictionnaire leur nobleffe
achetée , jettent les hauts cris .
Une perfonne de diftinction , ayant
tenté de tuer fon épouſe , a été renfermée
dans la maifon des foux .
Le 30 du mois de Mai , on a coupé les
cheveux à l'ex- Confeiller aulique de guerre
Kriegl , convaincu de malverfations. Le
lendemain on le revêtit de l'habillement
des balayeurs de rues ; il eft condamné à ce
genre de travaux publics : mais heureuſement
à la veille de mourir d'hydropific .
. En traverfant le Tirol , l'Empereur a converfé
avec le Comte de Heifter fur le rétabliffement
de l'ancienne route qui conduifoit
du Tirol en Suiffe , & delà en Lombardie
par la Valteline. A fon retour , le
Prince doit obferver lui- même le terrain &
la montagne que traverleroit ce nouveau
( 62 )
chemin , qui rencontrera des obftacles topographiques
& politiques.
On mande de Conftantinople , que les Turcs
ne paroillent pas fort contens de leur nouveau
Grand Vifir ; ils le dépeignent comme un homme
fans connoillances , fans extérieur , fourbe &
vindicarif. Il fe commet tous les jours plus de
brgandages & de vols fur les grandes routes de
la Turquie. Derniérement encore un Cadi & un
Scheichadar furent volés & affaffinés près de Viddin
; une petite caravane fut entiérement pillée
& toutes les perfonnes qui s'y treuvoient furent
mallacrées. Les Marchands qui fe rendent à préfent
à la grande foire de Zoncfora font exposés
aux plus grends dangers de la part des hordes de
voleurs qui fe raffemblent par centaine , pour
attaquer les voyageurs.
Par une Ordonnance du 9 Mai , l'Empereur
a fupprimé les droits fur l'amidon & la
poudre à poudrer , que l'on percevoit dans
les campagnes & dans les villes de province.
Mais ces droits continueront à être perçus
dans cette capitale ; & à compter du pre-
: mier de ce mois , ces marchandifes ne pourront
être vendues que dans de petits facs ou
rouleaux qui feront timbrés. La livre de la
poudre la plus fine payera 4 creutzers de
droits , la moyenne 3 , & la commune 2 :
l'amidon payera autant la livre que la poudre
commune.
La tour de l'Eglife d'Althof, près de Hullenberg
, tant à caufe de fa fituation fur un endroit
fort élevé , que de la nature de fon toit qui eft de
fer- blanc , avoit fouvent été frappée & endommagée
du tonnerre. En l'année 1783. cette même
( 63 )
tour , ainsi que toute l'Eglife ayant beaucoup
fouffert d'un orage , on y conftruifit une espece
de paratonnerre , qui ne confiftoit qu'en un fil
d'archal de la groffeur d'un tuyau de plume ,
qu'on avoit difpofé d'une maniere convenable ,
& dont les frais ne montoient pas à plus de 14
florins. Le 26 du mois dernier , jour de la Fête-
Dieu , fur les fept heures du foir , il furvint un
orage affez violent . On voulut alors faire l'éz
preuve de cette méthode fi fimple , & on eut la
fatisfaction d'en voir tout le fuccès ; un éclat du
tonner e ayant defcendu jufqu'à l'extrémité des
fils d'archal conduits jufqu'à trois ou quatre pieds
dans la terre ne produifit point d'autre effet que
de marquer fachute fur les fils d'archal par quelques
étincelles de feu . C'eſt à un Chanoine de
Garck que nous avons l'obligation de la découverte
de cette méthode fi fimple & fi peu difpendieufe
pour mettre un bâtiment à l'abri des
mauvais effets de la foudre. .
On peut ajouter le trait fuivant à toutes
les filouteries dont les grandes villes font le
théâtre.
Un cavalier fe promenant derniérement à pied ,
fut abordé par un mendiant boiteux & contrefait ,
qui lui demanda plufieurs fois l'aumône. Fatigué
de l'obftination de cet homme , qui perfiftoit à
l'importuner de fes fupplications , il lui donna
une piece de monnoie . Vousêtes trop bon , M. le
Comte de donner quelque chofe à ce maraut , lui dit
un inconnu qui fe trouva dans ce moment prês
de lui ; c'est un fourbe qui contrefait le boiteux pour
arracher à la générofité compaiffante une aumône
qu'il ne mérite pas ; il marche auffi droit que vous
& moi ; prêtez- moi un inftant votre canne , je vais
vous en donner lapreve . Auffi- tôt l'inconnu prend
la canne du Comte & fe met à courir après le
1
( 64 )
feint boiteux , qui retrouva auffi tôt les jambes
& s'enfuit de toutes fes forces ; tous deux difparurent
bientôt . Le Comte tout ftupéfait attendit
quelque temps le retour de fon homme ; mais il
eft encore à revenir .
Fin de l'Ordonnance de l'Empereur fur
les nouveaux billets de banque.
*
Toutes perfonnes qui font employées à l'adminiſtration
des caiffes , dans lesquelles doit fe
faire l'échange des billets de banque , doivent
également s'attendre à la même punition , nonfeulement
lorfqu'elles refuferent de payer comptant
les billets qu'on pourra leur préſenter , mais
auffi lorfqu'elles en retarderont le paiement. *
Toute perfonne qui pourroit entreprendre de
contrefaire des billets de banque , ou d'en falſifier
de véritables , en augmentant la fomme pour
laquelle ils auroient originairement été faits ,
auffi bien que celles qui pourroient ſciemment
contribuer ou fervir à commettre ce crime qui
détruiroit la confiance publique , ou enfin qui
auroient en quelque façon participé , ſoit par la
contrefaction de la fignature ou des armes , par
la fabrication du timbre , des matrices , des lettres
, des ornemens , des preffes ou inftruinens
qui , de quelques manieres que ce ſoit , auroient
pu fervir à la fufdite contrefaction ou falfification
; toutes ces perfonnes , difons- nous ,
feront
confidérées comme criminelles envers l'état , &
en conféquence châtiées & punies fuivant la teneur
des loix criminelles , foit qu'elles aient entiérement
exécuté , ou non leur entreprise , foit
qu'il ait réfuté ou non un dommage effectif
pour une cuiffe quelconque , ou pour un fimple
particulier , foi enfin que la contrefaction foit
facile ou non à découvrir.
Nous promettons au contraire d'accorder une
( 65 )
récompenfe de 10 mille florins à quiconque dénoncera
& indiquera le premier , telle perfonne
que ce foit , qui contrefera ou falfifiera des billets
de banque , pourvu toutefois que le dénoncé en.
foit légalement convainca ; au cas que le dénonciateur
defire que fon nom refte caché , on lui
promet de ne pas le faire connoître . La même
récompene de 10 mille florins fera accordée &
payée à tout complice qui en découvrira & dénoncera
une autre ; au cas qu'il foit reconnu coupable
, la punition & le châtiment qu'il auroit mérité
lui- même , lui feront entièrement remis . II
fera pareillement accordé à quiconque découvrira
un contrefacteur ou falfificateur de billets de
banque , & qui contribuera , en l'indiquant , à
le faire arrêter , une récompenſe proportionnée à
l'importance de la dénonciation ou indication
qu'il en aura faite.
La même récompenfe fera payée par nos Miniftres
employés dans les différentes Cours , à
quiconque découvrira , dans quelque pays étranger
que ce foit , & dénoncera un contrefa&teur
ou falfificateur de billets de banque , & qui pourra ·
en donner des preuves authentiques .
Avant fon départ pour l'Italie l'Empereur
a donné ordre de fupprimer encore 60 couvens
dans la Bohême , & 30 dans la Moravie.
Il eft arrivé dernierement à Temeſwar en
viron 50 familles Allemandes . L'année derniere
le nombre des nouveaux colons Allemands
, qui font venus dans le Bannat ,
monte à 6000 ames. On leurpromet des maifons
, des terres à cultiver , des beftiaux ,
des uftenfiles & des grains , outre l'exemp(
66 )
(
tion pendant dix ans de toutes les impofitions
quelconques . Ces nouveaux co .
lons remplacent les Valaques qui ont quitté
le pays.
Des lettres de la Haute- Autriche & de Salzbourg
, du rer . de ce mois , apprennent que le 30
Mai , un orage terrible , accompagné de grêle de
la groffeur d'une noix , a dévasté entiérement les
Districts de plus de 13 endroits ; les principaux font
Henndorf, Mattfée , Burghauſen , Braunau , Ried,
Wels , Niumarck , Strafealchen , Fribourg , & c.
Beaucoup de volaille & de beftiaux ont été tués
par les grelons ; quelques perfonnes ont fubi le
même fort. Le vent qui fouffloit avec impétuofité,
a arraché un grand nombre d'arbres & découvert
des maifons , des granges & des écuries. La mifere
de ces environs eft déplorable.
L'inftruction qui accompagnoit l'Edit fur
les mariages , ayant occafionné quelques
méprifes , on a envoyé aux Curés de nouvelles
explications , dont voici la ſubſtance :
19. Les Curés & les Vicaires , après que les
Conjoints futurs leur auront délivré le certificat du
Juge Civil, portant qu'ils ont prêté ferment de ne
point fe trouver dans les cas d'empêchement de .
mariage établi par ledit Edit , & qu'ils ont obtenu
la difpenfe de la publication des báns , feront tenus
de les marier fur le champ , & de leur donner
auffi gratuitement la difpenfe eccléfiaftique de
cette publication , s'ils en font requis par les
Parties.
1
2º. Les Curés & les Vicaires feront obligés de
délivrer , fans délai , le certificat préſcrit par ledit
Edit , à ceux des perfonnes mariées qui defirent de
fe faire féparer de corps & de biens , après les avoir
exhorté préalablement de ne point faire cette dé
marche & de vivre enfemble paifiblement .
( 67 )
3 °. Les Curés & les Vicaires font autorisés à dilpenfer
gratuitement des 3e . & 4e. degrés fimple
& mixte de confanguinité & d'affinité . Il fera fait
mention des degrés difpenfés dans les registres des
mariages ; & les difpenfes , tant pour la publication
des bans que pour les 3e. & 4e . degrés, feront
notifiées au Confiftoire qui les fera enregistrer dans
un protocolle particulier.
DE FRANCFORT , le 28 Juin.
On lit dans un Journal le paffage fuivant , concernant
les revenus actuels des Ducs de Saxe de la
branche Erneftine , comparés à ceux qu'ils avoient
dans le 16e. fiécle. En 1547 , les revenus de tous
les Pays de cette branche ne montoient qu'à
$0,000 florins ; mais en 1572 , ils étoient portés
à la fomme de 142,847 florins , dont la part du
Duc de Weimar faifoit 79,073 florins , & celle du
Duc de Gotha , 67,944. Aujourd'hui , les revenus
annuels du Duc de Weimar vont au delà de
600,000 rixdalers & ceux du Duc de Gotha ,
à 700,000.
>
On n'a pas été peu furpris que les Turcs ,
fans provocations , fans préliminaires , fe .
foyent emparés de Ragufe , fous prétexte de
faciliter la réduction des Monténégrins . On
ne cite point encore la date de cet événement
douteux : on ignore également fi cette
ufurpation violente a été ordonnée par le
Divan. Quelques-uns prétendent que c'eft
un coup de main particulier du Pacha de
Bolnie , qui cherche les moyens d'amaffer
de l'argent , pour fe foutenir contre la Porte,
fort mécontente de lui. Quoi qu'il en foit , ce
Pacha s'eft préfenté , dit on , devant Ragufe
( 68 )
avec 40000 hommes , en demandantle paffage
pour fon armée. On le reçut dans la ville ,
&' il ne lui fut pas difficile , après cette perfidie
, de s'emparer des principales portes ,
ainſi que de la fortereffe. L'avenir nous apprendra
fi cette nouvelle République confifquée
recouvrera ou non fon indépendance.
Comme elle n'eft nullement connue en
France , excepté par les erreurs de nos géographes
& de nos hiftoriens , nous placerons
ici quelques détails exacts fur ce petit état.
Il est l'unique pays libre qui exiſte depuis
Venife au Kamfchatka. Il a 18 lieues de
Tong , 10 de large , 90 de furface. La capitale
contient 8000 ames , & l'Etat entier 56000 .
En 1779 iillyyavoit fur les regiftres de l'Amirauté
de Ragufe 162 vaiffeaux de 10 à 40
canons, & 29 fur les chantiers. Point d'impôts
fur le fol ; liberté entiere de commerce
& de circulation, Une garde de 160 foldats
& une milice réglée compofent tout l'état
militaire de la République.
Ses relations avec les Turcs •, datent depuis
Orcan, fecond Sultan des Turcs , en 1330 .
Ragufe obtint de lui le privilege de commercer
librement dans les états avec des
exemptions fpéciales , moyennant une redevance
annuelle d'environ 13 mille francs
tournois , que la République paye encore.
Elle a toujours vécu avec les Turcs dans la
meilleure intelligence ; fon pavillon eft refpecté
par les barbarefaues ; feule des puif-
Lances Européennes , effe jouit d'une Eglife
( 69 )
& d'un logement libre à Conftantinople.
Le gouvernement de Ragufe eft ariftocratique.
Si l'on obferve la délicateffe de fa pofition
entre les Ottomans , la maifon d'Autriche &
les Vénitiens , & l'indépendance qu'elle a
fu conferver , on aura une preuve authentique
de l'extrême fageffe de cette République.
Quelques divifions promptement appaifées
s'éleverent en 1763 entre deux partis
, nommés des Salamanquois & des Sorboniftes.
Ces premiers , à l'arrivée des Ruffes
dans l'Archipel , penchoient à entrer avec
eux en négociation ; mais ce projet ne prévalut
point. Les Ruffes voulurent forcer les
Raguféens à recevoir leurs vaiffeaux de ligne;
& , fuivant l'ufage , ils prirent tous les
vaiffeaux de la République qui fe trouverent
fur leur paffage , bloquèrent le port, & me
nacerent de bombarder la ville. La République
foutint fon refus avec fermeté , & fe
prépara à une opiniâtre réſiſtance.
Cedémêlé ayant amenéune négociation , le
Comte Ragni , député de Ragufe , fut envoyé
à Petersbourg, & renvoié de Petersbourg au
Comte d'Orlow , alors à Pife. Pour prélimi
naires , ce dernier demanda une Eglife Grecque
à Ragufe. Ragni répondit , j'ai ordre
de ne pas écouter une pareille propofition. Sa
Majefté Impériale peut bombarder Ragufe ,
mais jufqu'à fa deftruction il n'y aurapoint
d'Eglifes Gre:ques dans ma patrie , & mon Sou(
70 )
verain n'acceptera aucune propofition contraire
à fes traités avec la Porte.
Il faudroit que la République eût entierement
changé de politique pour avoir
adopté d'autres maximes , & déterminé la
Porte à une hoftilité auffi criante.
Parmi les articles extraordinaires qui fe répetent
dans les papiers publics , il faut diftinguer
celui qui fuit.
Plusieurs familles Genevoifes , au lieu de fuivre
leurs Compatriotes en Angleterre , ont demandé
à S. M. I. la permiffion de venir s'établir
à Confiance , dans l'efpoir de rendre à cette
Ville fon ancien éclat . L'Empereur a accueilli
favorablement leur requête ; il a en conféquence
envoyé dans cette Ville l'ordre de réunir en un
deux couvents de Religieufes , & de faire placer
les Carmes dans celui qu'on auroit abandonné ,
Les Carmes occupent une maifon fuperbe dans
une ifle qui leur forme la plus jolie fituation.
Ils ne quittent pas leur local fans regret . Ils ont
fait repréfenter qu'il n'étoit pas décent qu'on les
fit fortir pour céder leur maison à des Proteftans.
L'Empereur n'a eu aucun égard à cette défaite ;
& les réfugiés y trouveront un afyle commode &
agréable .
Voici un autre paragraphe bien plus
étrange , & déja configné dans trois ou quas
tre gazettes.
,
« Dans une Ferme du Gouvernement de
Pétersbourg un jeune Payfan Ruffe , nommé
Daniel Priputenko , ayant été mordu d'un chien
enragé & cet accident n'étant pas accompagné
d'aucune mauvaiſe fuite , il avoit été prié
9
( 71 )
à une noce , où effectivement il fe trouva . Ce
jeune homme y but & mangea fans que les convives
priffent avec lui aucune précaution . Cependant
, avant de fortir de table , le venin fe
communiqua fi rapidement , que 58 hommes &
41 femmes le trouverent incommodes tous à la
fois , les uns reffentoient une grande douleur
de tête , d'autres crachoient le fang en abondance
, d'autres étoient égarés , & d'autres enfin
étoient tombés fans connoiffance . Ceux qui
accoururent pour porter du fecours à ces infortunés
, remarquerent fous la langue de tous
ces malades des petites veffies bleues de la groffeur
d'un grain d'orge ; mais qui groffiffoient
d'un moment à l'autre. On perça ces veflies
avec une aiguille & il en découla un lang
noir . Eufuite on frotta ces plaies avec du fel
fin. On fut même obligé de faire la même opération
à quelques-uns jufqu'à neuf fois , parce qué ·
ces veffies fe rempliffoient de nouveau . On employa
le même remede à l'égard du petit payfan
qui avoit infecté la compagnie ; mais fans
aucun fuccès , parce qu'apparemment les veffies,
qu'il devoit avoir fous la langue, s'étoient percées
en mangeant , & que , fans y faire attention ,
Al en avoit avalé le fang. Ainfi , après avoir
donné tous les fymptômes d'un enragé , il mou
rut dans les convulfions horribles de cette cruelle
maladie. On fit faire ufage aux autres d'unè
infufion d'une plante appellée en Botanique Ginefta
Tinctoria. On leur en fit prendre foir &
matin un grand verre . Ceux même qui n'avoient
pas été infectés , mais qui avoient donné
leurs foins charitables à ces malheureux , firent
auffi ufage de cette boiffon , & il n'y a eu que le
petit payfan qu foit mort ; tous les autres font
aujourd'hui très - bien prants
( 72 )
*
L'Electeur Palatin eft parti de Duffeldorf
pour retourner à Manheim , & l'on s'attend
à le voir reparoître inceflamment à Munich.
La Hongrie ayant effuyé , & étant à la
veille d'effuyer encore de grands changemens
dans fa conftitution , on ne fera pas
fâché de connoître un peu particulierement
ce qu'on appelle dans ce Royaume le droit
d'indigénat.
Elle remonte au regne de Ferdinand I. ; ce
Prince , Roi de Bohême en 1526 , de Hongrie
en 1527 , & Roi des Romains en 1531 , l'introduifit
en 1542 dans ce Royaume ; & ce ne fut
qu'en 1715 que cete maniere de naturaliſer un
étranger fut légalement confirmée. Les premiers
qui obtinrent des Rois ou des Etats de Hongrie
l'indigenat noble , furent Martin Mufika , ou
plutôt Lafcan , qui avoit été Commandant de la
fortereffe de Gran , Frédérick Malatefta Secrétaire
privé du Roi Ferdinand , & les Comtes de
Salmis & d'Harrach . C'eft de leurs concitoyens
bourgeois que les étrangers non nobles obtiennent
l'indigenat ; ils ne peuvent être élevés
enfuite au rang de nobles Hongrois , qu'à la
recommandation de la bourgeoisie de la ville où
ils demeurent & de deux Confeillers auliques .
La taxe que doit payer celui qui eſt ainſi naturalife
, eft de 2000 ducats. Le Souverain ou les
Erat peuvent lui en faire la remife ; il prête
ferment devant eux quand ils font aſſemblés ; &
l'acte alors n'a pas befoin d'une autre publicité ;
lorfqu'ils ne le font pas , il prêre le ferment
entre les mains du Souverian , du Palatin &»du
Chancelier , il faut que le diplome ſoit publié
aux differens comitats. La formule pour les
Catholiques eft de jurer par le Dieu vivant , la
Sainte-Vierge
( 73 )
Sainte- Vierge & tous les Saints , d'être fideles
au Roi & à fes Succeffeurs , à la Patrie , & de
1e conformer aux loix du Royaume ; les Proteftans
ne jurent que par Dieu feul. Par l'arricle
18 des Tables légiflatives des Etats de 1575 ,
& le 32 de celles de 1585 , les habitans de la
Pologne & des Etats de la République de Venife,
ont été déclarés ne pouvoir être admis à l'indige
nat.
:: Enfin on a pris à Ulm la réfolution de
rayer des prieres publiques la formule ridicule
& intolérante de prier Dieu contre le
Turc & contre le Pape.
Le Doyen des Avocats de Nuremberg,
M. Deneufville , qui vient de mourir célibataire
, à l'âge de 88 ans , a laiffé un tefta .
ment , dans lequel il fait une penſion ali
mentaire à fes chiens & à fes chats , dont il
étoit grand amateur. Sa difpofition en faveur
de ces animaux porte que la perfonne
qui s'en chargera , recevra par femaine pour
l'entretien de chacun 12 creutzers , & en outre
elle fera logée dans fa maiſon.
GRANDE-BRETAGNE.
f
DE LONDRES , le Juin.
Le Prince Williams Henri eft parti de
Portfmouth , d'où à appareillé l'Efcadre du
Commodore Lewefon Gower , qui emmene
auffi Pun de fes fils. Non feulement le jeune
Prince profitera de ce voyage pour étendre
N° . 28 , 9 Juillet 1785. d
( 74 )
fes connoiffances nautiques , il doit encore
féjourner dans les principales villes de la Méditerranée
, afin de s'y inftruire dans la Politique
, dans le Commerce & dans les Beaux-
Arts , tels qu'ils font cultivés par les habitans
de cette partie de l'Europe.
Le bruit court que M. Haftings ne tardera
pas à être déclaré Pair du Royaume. Il a de
fréquentes conférences avec le Roi & avec
fes Miniftres. Les Adverfaires de cet homme
célebre conviennent que s'il eût voulu fe dé .
clarer indépendant & fe faire élire Empereur
du Bengale , rien ne pouvoit contrarier fon
deffein. L'armée lui étoit dévouée , 30 millions
d'hommes lui étoient foumis ; les tréfors
du Bengale étoient entre fes mains. Il a occupé
13 ans ce Gouvernement . Le moment
de fon départ a été un jour de deuil général.
Tous les Anglois de Calcutta lui remirent
une Adreffe , remplie des plus fortes expreffions
de leurs regrets & de leur reconnoiffance.
Les Officiers du Fort Williams & des
Garniſons voisines lui prodiguerent les mêmes
marques d'attachement ; & lorsqu'il fut
prêt à quitter Calcutta , les Naturels en foule
le prefferent en pleurant fur fon paffage.
avec les plus vifs témoignages de douleur,
Elle est bien légitime , & de long- tems , probablement
, on ne reverra pas un pareil hom
me à la tête des Domaines Britanniques , fi A
toutefois lui-même n'en reprend pas les rênes ;
Le Barrington , fur lequel M. Haftings a fait
175 )
fon retour , a apporté à la Compagnie une
cargaifon de 400,000 liv. fterlings.
L'affaire des Loyaliſtes , fi long - temps
fufpendue , vient enfin d'être terminée.
M. Pitt leur a fait accorder par le Parlement
une fomme de 471,000 liv . fterl. , dont on
leur fera cette année un premier paiement de
´150,000 liv. fterl. Cette fomme fera répartie
fur le pied de 40 pour cent , de la valeur de
leurs pertes , à ceux qui ont fervi l'Angleterre
avec zèle & fidélité pendant la derniere
guerre , & fur le pied de 30 feulement à ceux
qui font reftés en Europe , tranquilles fpectateurs
de la révolution."
M. Pitt a fait accorder auffi par le Parle--
ment une gratification annuelle de 1000 liv.
aux premiers Commis des Secrétaires d'Etat ,
pour les indemnifer de leurs dépenses de
Bureau.
Tout porte à croire que les Arrêtés de la
Chambre des Communes d'Angleterre , fur
l'arrangement de commerce à conclure avec
l'Irlande , ne feront point adoptés dans leur
état actuel par le Parlement de ce dernier
Royaume. Il paroît donc probable que cette
grande affaire ne fe terminera pas dans la
Seffion actuelle..
Quoique très - Anti- Miniftériel , le Lord
Townſend , ancien Viceroi d'Irlande , appuie
fortement les intêrêts de ce Royaume dans la
Chambre Haute. Les Lords Gower & Camden
y conduisent l'affaire dans les vues du
d2
( 76 )
Miniftre ; les Lords Storment & Loughbo
roug font Chefs de l'Oppofirion. Les Lords
Carlifle & Fitz -William , le Duc de Portland
, n'ont pas abfenté la Chambre une
feule fois pendant cette difcuffion.
Depuis l'arrivée de M. Adams , Miniftre
plénipotentiaire des Etats - Unis , la queſtion
d'un traité de commerce avec les Américains
a été remife fur le tapis. Toutes les converfations
roulent fur cet objet important. Les
uns penfent que l'on doit permettre aux
Américains de commercer librement avec
les ifles Angloifes ; d'autres font d'avis que
les denrées des Etats Unis ne doivent être
admifes dans les ports des ifles , que dans le
cas où elles feront chargées fur des bâtimens
Anglois . Cette opinion eft celle de plufieurs
gros négocians qui , dans la vue de l'accrédirer
, ont fait circuler des propofitions adreffées
aux planteurs.
Perfonne , dit le Morning- Chronicle , n'eſt
encore nommé notre Ambafladeur en Amérique.
Pourquoi n'y enverroit- on pas le Philofophe
Adam Smith , Auteur de la Richeffe
des Nations, ou le Docteur Price ? Pourquoi
pas M, Wilkes ou M. Burke ?
La Chambre s'étant formée en grand comité le
21 , pour prendre en confidération les droits ac
tuellement établis fur le tabac, & pour aviſer aux
moyens d'en régler la perception de la maniere la
plus avantageule , M. Pitt expofa à la Chambre
que les progrès allarmans de la contrebande dutabac
avoient donné lieu à plufieurs pétitions . Les
( 77 )
droits levés fur cette marchandife , dit il , s'éleveroient
à une fomme confidérable , fi la perception
en étoit mieux réglée . La confommation qui
s'en fait en Angleterre étant de 12 millions de liv.
pefant & le droit de chaque livre étant de 15 d. &
une fraction , eet impôt devoit rendre au fife une,
fomme de 750,000 liv. fi la perception en étoit
bien réglée ; au lieu que dans l'état actuel des
chofes le produit moyen de cet impôt pendant
les trois dernieres années n'a pas excédé 380
mille liv. Il indique enfuite les moyens qui lui
paroiffoient les plus propres à remédier aux
fraudes qui fe commettoient lors du débarquement
du tabac , à fon tranſport d'un endroit à un
autre en Angleterre & après qu'il avoit été manufacturé.
Il propofa en conféquence au comité
de ftatuer , 1 ° . qu'il feroit défendu de débarquer
une cargaison de tabac lorfque le connoiffement
ne feroit point figné par le Conful Anglois de
l'endroit d'où ledit tabac feroit importé. 2°. Qu'à
l'effet de prévenir l'effet des fraudes commifes
dans le tranfport du tabac d'un endroit à l'autre
en Angleterre , toute quantité de cette marchandife
qui ne feroit point accompagnée d'un ac
quit de la douane feroit fujette à la faifie ; & 3
que les exportations du tabac manufacturé feroient
foumifes au régime de l'accife.
M. Pitt , pour mieux faire fentir la néceffité
de cette derniere mefure , dit qu'il arrivoit
fouvent que le tabac , après avoir été manufacturé
, étoit exporté dans la vue de fe procurer la
remife du droit & que la même cargaiſon rentroit
clandeftinement en Angleterre , & étoit de
nouveau exportée après avoir touché le rembourfement
des droits quoiqu'on n'en eût pas
acquitté. Il termina fes obfervations par une
motion tendante à ce qu'il fût permis de préd3
( 78)
fenter un Bill pour régler la perception des droits
fur le tabac de la maniere la plus avantageu fe.
Le Procureur général préſenta le 22 à la
Chambre des Communes un bill pour régler
la police de Londres : nous y reviendrons
l'ordinaire prochain .
La feffion du Parlement fera probablement
plus longue que celles qui ont précédé
depuis plufieurs années ,. le cabinet ayant
réfolu de faire terminer toutes les affaires
dont s'occupent actuellement les deux Chambres
, ce qui demandera encore un mois ou
fix femaines .
La Compagnie des Indes a déclaré un dividende
de 8 pour cent , pour la demie année
, depuis Noël jufqu'à la S. Jean.
On a donné ordre de conftruire dans le
chantier de Harwich un vaiffeau neuf de
64 can. , qui fera nommé le Rodney.
L'Amiral Campbell eft arrivé heureufe
ment à Terre-Neuve , avec toute fon Eſcadre.
4
Marie, M'Donnell eft morte le 16 du mois
dernier dans le Comté de Down en Irlande,
âgée de 118 ans. Elle étoit née en Ecoffe
dans l'Ile de Skie , l'une des Hébrides , d'où
elle paffa en Irlande , à la révolution de 1688.
L'année derniere, elle faifoit encore 14 milles
dans un jour. Si l'on en excepte un peu de
foibleffe dans la vue , tous fes fens & fes organes
étoient parfaitement confervés , ainfi
fa force & fa bonne humeur. que
( 79 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Juin
Le 19 de ce mois , le fieur Willot de Beauche
min , & le fieur Vandelin d'Augerans , Officier au
Régiment de Metz , du Corps Royal d'Artillerie,
Députés de la ville de Dôle . préfentés par le
Maréchal de Ségur , Miniftre & Secretaire d'Etat
ayant le département de la Franche - Comté , &
par le Maréchal de Duras , Gouverneur de la Pro
vince , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majeftés le procès - verbal de l'inauguration de la
Statue érigée au Roi le 14 Décembre 1783 , &
celui de la cérémonie anniverfaire de cette inauguration
faite l'année fuivante.
Le 23 , le Roi a aflifté, dans l'Eglife de la pa
roifle Notre Dame , au Service anniverfaire fon
dé pour le repos de l'Ame de la feue Reine
auquel le fieur Jacob , Curé de la Paroiffe , a
officié .
Le même jour , le Comte de la Luzerne , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , nomme
Gouverneur général de Saint- Domingue , a eu
l'honneur de faire fes remercîmens au Roi , à
qui il a été préfenté par le Maréchal de Caftries ,
Miniftre & Secretaire d'Etat au département de
la Marine.
Le Roi a nommé à l'Intendance de la Marine à
Breft , le fieur Redon de Beaupreau , ci - devant
Commiffaire - Ordonnateur à Rochefort ; à celle
de Rochefort , le fieur de la Granville , ci - devant
Commiffaire- Ordonnateur à Bordeaux ; à celle
de la Martinique , le feur Foulquier , ci - devant
Intendant à la Guadeloupe , à celle de la Guadeloupe
, le fieur Foullon d'Ecotier , Maître des
Requêtes ; à celle de Saint- Domingue , le fieur
de Marbois , ci -devant Confeiller au Parlement
d4
( 80 )
de Metz , Conful général , chargé des Affaires
de Sa Majesté près des Treize- Etats unis.
Le 24 , le Comte d'Albert de Rions , Cemmandant
de la Marine au département de Toulon , a
eu l'honneur d'être préſenté au Roi par le Maréchal
de Caftries , Miniftre & Secretaire d'Etat
ayant le département de la Marine.
Après la mort du fieur Cherin , Généalogifte
des Ordres du Roi , qui s'étoit rendu recomman
dable par fes talens & la plus févere probité , Sa
Majefté a commis le fieur Berthier , l'un des premiers
Commis du Cabinet de l'Ordre du Saint
Elprit , pour exercer , par interim , la charge de
Généalogifte de fes Ordres , & continuer à travailler
fur les objets dont étoit chargé ledit fieur
Chérin , juſqu'au tems où il plaira à S. M. de
nommer à cette Charge.
DE
PARIS , le 7 Juillet.
L'admiffion des étrangers dans le commerce
des fujets du Roi au Levant , autoriféo
e par une Ordonnance de S. M. , du
3 Mars 1781 , vient d'être révoquée par
une autre Ordonnance du 29 Avril de cette
année. Les étrangers auront huit mois pour
liquider & terminer leurs affaires.
Par Arrêt du . Confeil de même date
S. M. a fupprimé le droit de deux pour cent
perçu à l'expédition de Marfeille , fur les
marchandifes du Royaume pour le Levant
& la Barbarie , & a réduit à trois pour cent
la totalité du droit , jufqu'à préſent de cinq
pour cent , connu fous le nom du Droit de
Confulat.
Un autre Arrêt du Confeil d'Etat , du
16 Juin dernier , homologue le réglement
( 81 )
des Actionnaires de la Caiffe d'efcompte
pour la fixation du Dividende ; réglement
dont voici la teneur :
•
Article premier. Pour fixer le Dividende du
femeftre courant & des fuivans , à raiſon de cinq
mille Actions , on commencera par prélever fur
les bénéfices réalifés , c'eft- à - dire après la déduc
tion des frais & de l'efcompte , fur les Lettres du
porte-feuille non fentrées , dans la forme adoptée
par le compre du femeftre de Janvier 1785 ,
cinq pour cent du capital actuel & futur des Actions
; lequel taux fervira toujours de baſe pour
la fixation des Dividendes : on ajoutera à cette
baſe la moitié de l'excédent des bénéfices , l'autre
moitié fera jointe à la réſerve actuelle , ainfi que
les fractions qui fe trouveront donner moins de
dix livres dans la moitié à répartir au Dividende.
II. Lorfque les fonds réfervés fe monteront à
trois millions cinq cents mille livres , il en fera
joint deux millions cinq cens mille livres au fonds
capital des Aations , qui fera alors de trois mille
cinq livres pour chacune ; & toutes les fois qu'enfuite
les fonds qui resteront en réſerve ſe monteront
encore à trois millions cinq cents mille li
vres , il en fera joint pareillement deux millions
cinq cents mille livres au capital des Actions ,
qui , en conféquence , feront de nouveau augmantées
de cinq cents livres pour chacune.
III. Dans le cas où les bénéfices d'un femefre
ne produiroient point pour Dividende cinq pour
cent du capital des Actions , il fera pris fur la
réferve de quoi le portes àce raux.
IV. On comptera dans les bénéfices d'un femeftre
, ce qui aura été recouvré pendant le cours
dicelui, des créances qui auroient été diftrain
ds
( 82 )
tes comme douteufes les femeftres antérieurs:
Un nouvel Arrêt du Confeil , concernant
le prompt remboursement des refcriptions
fufpendues , a fait monter à 4 & demi l'emprunt
de 125 millions . Les Actions de la Banque
de St. Charles continuent de baiffer , par
la crainte qu'on ne répande ici de nouvelles
Actions de cette Caiffe. Pour tous les autres
effets publics , l'empreffement eft toujours
inoui . On doit cet agiotage à quelques Etrangers
& à la diminution des armemens dans
nos ports de mer , qui a jetté dans cette Capitale
une multitude de Joueurs Capitaliſtes.
L'Adminiſtration ne peut rien contre cette.
frénéfie dont les dangers ne tarderont pas à
éclater. Elle opere clandeftinement : ce n'eft
pas à la Bourfe que les joueurs fe font réciproquement
la guerre : c'eft au café du Caveau ,
au Palais Royal , à ce même Café , jadis le
rendez vous des efprits les plus aimables &
des Poëtes les plus gais de ce royaume. En
attendant que ce combat finiffe , faute de
combattans , les manufactures perdent de leur
activité , les arts fleuriffent moins , les biensfon
's perdent de leur prix aux yeux des pro
priétaires , tentés par les profits énormes
& rapides de l'agiotage. Il fe trouve ,
dit on , en ce moment dans le royaume
cinq mille terres à vendre fans acheteurs.
Paris eft un gouffre où vient s'enfouir tout
Fargent de la France. Elle n'eft pas feule à
fouffrir de cet agiotage effrené ; Geneve qui
en fournit les agens les plus adroits , voit
fortir du commerce , des arts , des fabriques
.
"
( 83 )
tout l'argent qui les foutenoit. L'utile manufacturier
& le négociant ne trouvent à emprunter
qu'avec ufure , & la profpérité d'une
ville floriflame eft facrifiée à celle de quelques
fpéculateurs hardis.
On écrit d'Orléans , qu'un bateleur cou
rant les provinces avec une ménagerie d'animaux
étrangers , a laiffé échapper un léopard
, qui caufe les plus vives allarmes dans
les campagnes. Les meilleurs chiens courans
& les mâtins les plus courageux , lorfqu'ils
font fur fa voie , refufent de le fuivre.
12 hommes de chaque communauté font
commandés pour faire une battue ; & le
Grand- Louvetier de France a fait partir des
piqueurs & des chiens de l'équipage du Roi.
On a reçu les nouvelles les plus fatisfafantes
des travaux de Cherbourg : le troifieme
cône , lancé le 7 de Juin , a été bien
tôt fuivi de deux autres qui ont eu le même
fuccès. Voici en quels termes une lettre de
Cherbourg parle des travaux du 7 Juin."
A fix heures vingt minutes du matin , la caiffe
conique a commencé à flotter. Les couteaux ont
coupé les cordes qui attachoient les barriques à
la maffe flottante . A mefure chaque fois que les
barriques le détachoient , la caiffe penchoit
droite ou à gauche : on a attribué cette oſcillation
effrayante , qui a fait douter pendant près d'une
heure du fuccès de la tentative , à quelques cou
teaux qui ont d'abord infructueufement opéré ,
ou qui n'ont point agi en même tems que les
autres ; mais on étoit raffuré d'un moment à
Pautre , parce que la caiffe fe relevoit & red6
( 84 )
l'air
prenoit fon aplomb : enfin elle a heureuſement
échoué , au fouhait unanime des fpectateurs ,
dans 33 ou 34 pieds d'eau , à une heure vingt
minutes ; elle a été placée à cinquante toiles de
F'autre , c'est- à- dire , au terme technique de l'art s
de centre en centre ; elle a 450 pieds de circon,
férence , 150 pieds de diametre , & 60 de hauteur.
Les pontons qui la haloient , étoient au nombre
de trois . Auffi - tôt qu'elle a été en place , la
frégate ou la corvette du Roi la Cérès , a tiré
fept coups de canon . Le ciel a été ferein ,
doux & la mer tranquille durant toute la manoeu
vre. On conftruit un nouveau fort Himmet , fitué
un peu plus loin que l'ancien ; cet édifice eft déja
très-avancé ; il paroît déja s'élever du fein des
eaux. Sa conftruction fera telle qu'il pourra fe
défendre contre les attaques de la plus formidable
efcadre. Les batteries font à labord , &
garnies de pieces marines. Trente- un canons de
36 armeront la premiere batterie ; des pieces du
même calibre défendront les deux autres , une
terraffe , où feront placés des mortiers & des
bombes , dominera les deux premiers . Le fort
de l'ifle Pelée n'eft pas auffi avancé que l'autre ;
mais on y travaille auffi à force , de même qu'aux
cazernes deſtinées à loger 600 hommes , & aux
pavillons , qui , bâtis en face des chantiers , ferviront
d'alyle aux Officiers. Cherbourg n'eft pas
reconnoiflable depuis l'été dernier. On conftruit
par- tout de nouvelles maiſons , on vient d'y ou
viir deux rues & de faire un beau chemin , qui
conduit à l'Abbaye , dont on augmente confidérablement
les bâtimens , & qui fera déformais
le gouvernement. Vous favez qu'il est égale
ment décidé qu'on y conftruira un beau pont.
Dans ce moment , les deux tiers du Régiment
de la Reine continuent d'être employés aux diffé(
85 )
rens travaux , ainfi que trois cents foldats de la
Marine.
Il feroit à fouhaiter que l'on pût douter
de la mort tragique de MM. Pilâtre du
Rozier & Romain , comme on eft aujourd'hui
obligé de le faire pour les circonftances
de cet événement. Il y a déja dix verfions
, dix relations toutes authentiques &
toutes contraires , vingt témoins oculaires
qui fe combattent : l'un a vu brûler le ballon
en entier , l'autre l'a vu fans être confumé.
Ici on dilate le gaz , là on le fait détonner ;
dans un club on ouvre la foupape , dans
l'autre on la ferme : quant à l'occaſion même
de l'accident ,
Aujourd'hui la pluie en eft la caufe ,
Et demain c'eft le beau temps.
Les lettres , les explications & les affertions
pleuvent de toutes parts , & inondent
les feuilles publiques. Quel parti prendre
celui de citer auffi quelque rapport. En
voici un qui nous eft adreffé par M. Duriez
Profeffeur de Phyfique & de Chymie à
Boulogne , & qui nous paroît éclaircir un
peu cerre queftion obfcure.
La Machine , dit ce Profefleur , commençoit
defcendre vifit ! ement & diminuot nos inquiétudes
, lorsqu'on apperçut fortir par l'ouverture de
cette foupape une vapeur aflez légere, fuivie au
même inſtant d'une flamme d'environ 2 pieds de
haut , qui dura 3 ou 4 fecondes , & le développa
au point d'occuper un efpace double à celui du
Ballon ; & cela fans detonation ſenſible : la partie
( 86 )
fupérieure vole en lambeaux , le refte de l'enve
loppe , elle pefoit 300 1. , fe déchire en plufieurs
parties , jufqu'à l'équateur , frappe , une minute,
l'air , en tout fens , roule & fe reploie fur la galerie
, qui , furchargée de ce nouveau poids, tombe
avec une viteffe tellement accélérée , qu'elle parcourt
, en moins d'une minute , l'efpace de plus
de 1500 toifes , & brile contre terre les deux
Aëronautes infortunés , dont l'un , M. de Rofier
étoit mort en tombant ; l'autre expiroit , chargé
de l'examen des débris. La galerie s'eft trouvée
féparée en plufieurs parties ; le foyer ou réchaud ,
applati fur un fens , & brifé de l'autre ; la Montgolfiere
, encore dans tout fon entier, & auffi neuve
auffi intacte , que fi elle n'eût pas fervi : le papier
blanc dont elle étoit doublée , auffi entier quel'étoffe
, & point du tout terni , ni même deſſéché.
Enfin nulle trace qui laiſsât foupçonner la moindre
atteinte de la part du feu , feulement quelques
légeres déchirures qui ont pu fe faire en tombant,
on dans les différens tranfports d'un lieu à un autre
, &c. Une partie de la calotte fupérieure du
ballon , prife depuis & autour de la foupape, étoit
emportée de 5 pieds d'un côté , 7 de l'autre, plus
ou moins les débris en ont été raffemblés par
lambeaux , criblés par parties , calcinés , détruits
dans d'autres , par l'action de la flamme qui les a
divifé.
Toutes les parties de la circonférence du Globe,
en contact avec celles qui ont été détruites, étoient
racornies & crifpées dans tous leurs points , à 1 &
2 pieds de large ; quelques autres parties déchirées
jufqu'à l'équateur , par l'action fubite du gaz qui
a dû le porter avec une rapidité extrême , du bas
en haut. Le reste de la Machine ne portoit aucune
marque qui décelât l'action du feu ; au contraire ,
toute la partie intérieure , les appendices , &c. ,
( 87 )
même celles qui pendoient dans la galerie, & avoi
finoient le foyer, font reftées faines , & abfolument
détachées ; la partie du filet correſpondant à celle
du ballon , qui a été emportée , s'eft trouvée détruite
, les bords calcinés , & le refte entier.
Il eft donc évident que la Montgolfiere n'a con
tribuée en rien à la deſtruction de la Machine ;
tout prouve au contraire que le feu s'eft communiqué
par la partie fupérieure , & à l'endroit où eft
la foupape ; c'eft ce qu'atteftent tous ceux qui
étoient à proximité , & qui ont obfervé la Machine
avant & après fa chûte.
Il eſt done naturel de croire que l'inflammation
du gaz a été l'effet de quelque phénomene éle aris
que ; beaucoup d'Obfervateurs m'ont dit avoir
remarqué à l'inftant mème du défaftre , un petit
nuage blanc , de la nature de ceux que les Marins
redoutent tant en mer , à proximité de la partie
fupérieure du ballon flottant entre lui & un grou
pe de nuages élevés fort au- deſſus.
Or , il arrive fouvent que des nuages intermé
diaires , fitués entre un nuage principal & la terre,
fervent comme de degrés en degrés à tranſmettre
à cette derniere une charge électrique . Si quelques
petits nuages n'ayant aucune liaifon avec la nuée
principale , flottent entre elle & la terre , ils doivent
néceffairement fe trouver d'une électricité
femblable à celle du nuage principal ou électrifé
d'une maniere contraire , ou enfin privés de toute
efpece d'électricité . Si un nuage eft électrifé d'une
façon contraire à celle d'un autre nuage , avant
qu'ils puiffent s'approcher l'un de l'autre , leurs
atmospheres , auffi électrifées d'une façon cons
traire , doivent néceffairement s'entremêler , an
point qu'ils ne voltigeront plus dans un état d'in
dépendance ; mais qu'attirés l'un vers l'autre, celui
qui fera pofitif, transmettra au nuage négatif
La charge furabondante de feu électrique.
( 88 )
Dans l'état d'extrême dilatation où s'eft trouvé
la Machine au plus haut point de fon élévation , le
gaz , preffé de toute part , & fortant avec violence
par l'ouverture de la ſoupape , couverte alors par
l'un des voyageurs , a dû néceffairement former
un jet long & continu ; ce jet ne fe feroit- il pas
trouvé interpofé entre les nuages , ou dans leur
Sphere d'activité , au moment où le feu électrique
paffoit de l'un à l'autre ? Enfin , un météore quel
conque n'auroit- il pas plutôt porté l' :gnition dans
le dépôt terrible d'une matiere auffi inflammable
que le gaz dont s'étoient fervi ces deux infortunés
martyrs de l'aëroſtation ? ·
Depuis la lettre inférée dans ce Journal ,
où un Curé calculoit les dépenfes néceffaires
de fes confreres , nous avons reçu une
foule de lettres fur le même objet , avec des
réflexions & des projets. Malgré notre defir
de répondre aux vues des refpectables Eccléfialtiques
auxquels nous devons ces documens
nous fommes forcés de les prier
de confidérer notre pofition , celle de ce
Jou nal , & les conjonctures : ils ne feront
pas furpris alo s du filence que nous fommes
forcés de garder fur ces matieres.
L'Académie Royale des Sciences & Belles-
Lettres de la vile d'Angers ayant jugé infuffifans
tous les Mémoires qui lui ont été adreffés
fur le fujet fuivant , le propoſe de nouveau.
« Ques font les moyens les plus fimples &
les moins difpendieux d'empêcher les débor-
» demens de l'Authion & ftanagnation de fes
❤eaux , même de rendre cette riviere naviga.
ble dans une partie de fon cours
Le prix confite en une médaille d'or du poids
de trois onces & demie.
( 89 )
Les Numéros fortis au Tirage, de la
Loerie Royale de France , le i de ce
mois , font : 70 , 18 , 53 , 75 , & 4.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 4 Juillet.
Le Baron de Waffenaër-Twickel & le
Baron de Lynden , Députés des Etats Généraux
auprès de l'Empereur , font partis
l'un Four Vienne , où il fe rend à petites
journées , l'autre pour la Gueldres , d'où il
rejoindra M. de Lynden , pour fe rendre à
leur commune deſtination .
Les Commiffaires chargés des recherches
fur la non expédition des navires pour Breft
pendant la derniere guerre , ont fait leur
rapport à l'affemblée des Etats - Généraux ,
rapport qu'on doit publier inceffamment.
Sept Capitaines aux Gardes Hollandoifes
, tous des familles les plus confidérables
de la République , fe font plaints par requête
à LL. HH. PP. de ce que la levée des
corps francs & des légions avoit fait nommer
au grade de Colonels des officiers nationnaux
, & même des étrangers moins.
anciens que les requérans. Ils demandent
juftice de ce paffe-droit ; mais il eft encore
incertain s'ils pourront l'obtenir.
Les Députés des Etats Généraux ont rapporté
le projet de réponſe à faire aux Directeurs
de la Compagnie des Indes , au
( 90 )
j
fujet de leurs queftions fur la maniere d'exé--
cuter les articles 5 & 6 des Préliminaires de
paix avec la Grande- Bretagne. Il eft dit dans
ce rapport :
?
Que cet article 6 contient un engagement de
la part de l'Etat , & qui par confequent oblige
auffi la Compagnie des Indes Orientales de ne
point troubler ni molefter la Navigation des Sujets
britanniques dans les mers de l'Inde ; que
pour remplir cet engagement il fuffit de laiffer
aux Sujets britanniques la liberté de cette Navigation
daus toute fon étendue fans y porter
quelqu'obftacle où empêchement ; que néanmoins
cet article 6 dudit Traité de paix n'a
aucune relation avec le commerce en général
ni avec celui des Epiceries en particulier , &
laiffe la Compagnie Hollandoife des Indes Orientales
dans la libre poffeffion de tous les droits à
cet égard ; que rien de ceci n'a été cédé à Sa
Majefté ni rendu commun avec les Sujets ;
que cet article eft fi clair , & fi peu ſujet à
quelqu'interprétation ou extenfion , excepté &
au -delà de la libre Navigation ; que LL . HH .
PP. ne peuvent croire que les Sujets de la Grande-
Bretagne voudroient ( du moins avec le confentement
, encore moins avec l'autorité de Sa
Majefté ) entreprendre quelque chofe qui paf
fât les bornes d'une fimple liberté de naviguer
dans les mers de l'Inde ; que certainement LL.
HH. PP . ne pourroient envifager pareille tentative
de la part des Sujets Britanniques , que
comme un abus formel de cette liberté de Navigation
qu'elles ont accordée par l'article fufmentionné
que la Compagnie eft reftée en droit
d'empêcher le commerce qui lui appartient exclufivement
, & qu'ainfi LL. HH . PP. laiffent
"
>
aux Directeurs la liberté de donner les ordres
qu'ils jugeront les plus convenables pour la
confervation de leurs privileges , & contre toutes
atteintes à cet égard .
Que LL. HH. PP. , par l'envoi d'une efca
dre de vaiffeaux de guerre , fous les ordres du
Capitaine- Commandant Van Braam , ont déjà
donné aux Directeurs des preuves de la difpofition
où elles fent de protéger la Compagnie
dans for commerce ; qu'elles ont pris des mefures
pour continuer cette protection ', & qu'elles
font difpofées à déférer aux demandes que les Directeurs
pourroient juger néceffaire de leur faire à
ce fujet.
L'examen de ce rapport a été pris ad referendum
par les provinces de Hollande , de
Frife , de Zélande & de Groningue.
Le Miniftere Efpagnol , à ce qu'on nous
apprend de Madrid , a adreffe des lettres circulaires
à toutes les fociétés économiques
du royaume. On leur a fait connoître que
le Roi defire un état exact du produit de
Pagriculture, & des mémoires précis tant
fur les moyens les plus faciles de l'améliorer
, que fur ceux de procurer des débouchés
sûrs au commerce des grains , dans les
endroits où ils croiffent en abondance. En
même temps la Banque a été chargée d'envoyer
au Miniftere une note exacte des fabriques
du Royaume , des marchandiſes qui
y font fabriquées , & des prix des marchandifes.
La Banque joindra à cette note des
échantillons des diverfes productions des
manufactures , & en outre elle fera mention
(1924 )
des manufactures tombées en décadence ,
& qui méritent d'être relevées ; en général
elle donnera un avis détaillé fur tous les objets
relatifs à cette partie de l'industrie . On
affure que la Banque a établi une grande
correfpondance , pour fe procurer à cet
égard tous les éclairciffemens dont elle a
befoin , & qu'elle entretient même des commiffaires
pour avancer le travail dont elle
doit s'occuper.
On affure que l'Ouvrage de M. Necker
fur les Finances de France , dans lequel il
eft dit que la France gagne annuellement
60 millions dans le commerce avec les nations
étrangeres , a donné lieu à ces lettres
circulaires & à la commiffion dont la Banque
a été chargée. Mais cette affertion n'aura
pas grand poids auprès des efprits fenfés.
Aux avis vrais ou faux qu'on a lu à l'ar
ticle de Conftantinople , il faut joindre celui
qui fuit :
Une Lettre de Belgrade annonce une révolte
complette dans la Province de Romelie. » Le Pacha
cherche à s'y rendre indépendant du Grand-
Seigneur. Abdi - Baffa a levé de fa propre autorité
un Corps de Troupes confidérable ; on alsûre
même qu'il marche à leur tête vers Sophie
Capitale de la Bulgarie , pour s'en rendre le maî
tre. Ce Gouverneur a fait déjà pendre 15 Capigi
Bafchis que la Sublime - Porte lui avoit dépêchés
l'un après l'autre , pour lui fignifier la Sentence
de profcription prononcée contre lui dans
le Sérail . Abdi protefte néanmoins qu'il ne s'éleve
pas contre la volonté fuprême du Sultan ;
( 93 )
mais qu'il cherche à mettre fa tête à l'abri , ne
voulant pas fe la laiffer couper par un ordre qui
ne feroit pas émané du Grand - Seigneur lui-même.
Pour donner fans doute des preuves de fa
fidélité , ce Gouverneur ravage tout ce qu'il rencontre
fur les pas. Il fait trancher des têtes
fa volonté , lui qui protefte qu'on ne peut faire
abattre la fienne , même avec des ordres portés
par les Miniftres ordinaires du Sultan , fon maître.
En arrivant dans Philipolis , ville de la Romelie
, il commença à y exercer fon autorité
abfolue en faifant tomber à fes pieds , les têtes
des huit perfonnes les plus diftinguées de la ville;
enfuite , il fit mettre aux fers quelques Magiftrats
qu'il enchaîna à fon Char de Triomphe , après
avoir exigé 70 bourfes . Ce rebelle ne pouffera
pas loin la carriere ; & il eft facile de prévoir
qu'il fera bientôt puni de fes cruautés ».
Al'arrivée d'une eftafette expédiée de Mantoue
parS. M. I. au département de la guerre
à Vienne, l'on a appris que le camp de Minkendorf
n'auroit pas lieu cette année. On a
fufpendu de même tous les préparatifs pour
la réception de LL. MM. Napolitaines , qui
ne feront point le voyage de Vienne.
Cette capitale de l'Autriche fourmille d'émigrans
de l'Empire qui fe rendent au Bannat.
La Chancellerie Hongroife qui leur diftribue
les paffeports & l'argent pour le voyage , en eft
affiégée du matin au foir. Comme une émigration
auffi confidérable pourroit avoir des fuites facheufes
pour les pays fitués près du Rhin & des
frontieres de France , les Etats de l'Empire qui
en fouffrent le plus , ont préfenté une fupplique
al'Empereur , par laquelle ils le prient d'arrê
( 94 )
ter un défordre qui croît tous les jours d'avan
tage. S. M. a eu égard à cette requête , & a envoyé
ordre à fes Miniftres aux cercles de Franconic
, de Weftphalie & du Rhin , de ne recevoir
déformais d'émigrans , que ceux qui feront munis
d'une lettre de congé de ceux fous la dépendance
de qui ils étoient.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS , IIe . CHAMBRE DES
ENQUETES.
Procès par écrit , entre le fieur Pinta & les héritiers
de la demoiselle Moroy. Notaires, pere &
fils peuvent - ils rédiger & figner les mêmes
actes ?
Le 24 Juin 1772 , le fieur Pinta , bourgeois ;
demeurant à Filmes en Champagne , épousa la
demoiselle Moroy. Leur contrat de mariage fut
paffé dans la même ville , le 20 Juin , & reçu par
les fieurs B.... pere & fils Notaires. Voici la
claufe intéreffante du contrat . « En confidération
» de la bonne amitié , &c. &c. fe donnent réci¬
» proquement les futurs époux tous & un chacun,
» les biens , meubles , acquets , conquêts , immeubles
& propres qui fe trouveront appartenir
au premier mourant , au jour de fon décès ,
en quelques lieux qu'ils foient fitués , pour en
jouir par le furvivant , en ufufruit feulement. » အ
La demoiſelle Moroy , femme du fieur Pinta
, eft morte le 17 Juin 1776. Procès entre le
fieur Pinta & les héritiers de la demoiselle Moroy.
Ceux ci ont demandé la nullité du contrat de
mariage & de la donation , fous prétexte que le
contrat avoit été paffé devant deux Notaires ,
pere & fils. Sentence eft intervenue en la
Prévôté de Filmes , le 13 Février 1781 , dont
voici les principales difpofitions . « Tout confi
déré , joint les circonftances que les Régle(
95 )
May
"2
ן כ
mens qui défendent d'inftrumenter le pere & le
fils , ne doivent demeurer fans effet , tur-tout
» que dans l'efpece , le fils venoit d'être reçu
Notaire ; qu'un acte de donation , comme celui
porté au contrat de mariage du fieur Pinta
» eft un acte de rigueur ; acte d'ailleurs fufpe&t
» en ce que dans le contrat de mariage , il ne paroît
ni pere , ni mere , ni parens , ni amis , ni
ee témoins pris par le Notaire , autre que fon
» fils , &c ... Nous avons déclaré nul le contrat
» de mariage paffé entre le fieur Pinta & la
demoiselle Moroy , par MM. B... pere & fils ,
» Notaires , le 20 Juin 1772 & la donation
mutuelle faite par icelui , & avons condamné
le fieur Pinta aux dépens ». Appel au
Bailliage de la même ville de Filmes , Sentence
par défaut , le 29 Mars 1781 , qui confirme
celle de la Prévôté. Appel au Parlement.
Procès par écrit en la deuxieme Chambre des
Enquêtes. Enfin , Arrêt du 27 Avril 1785 ;
qui ordonne que le contrat de mariage du zo
» Juin 1774 , & la donation y portée , feront
exécutés felon leur forme & teneur , condamne
» les héritiers Moroy aux dépens. Faifant droit
» fur les Conclufions du Procureur Général du
» Roi , enjoint à B... de fe conformer aux Réglemens
du 24 Mai , 1550 , & 3 Avril 1559 ,
avec défenfe d'y contrevenir , fous telle peine
qu'il appartiendra ».
"
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Oppofition au Bureau des Hypothéques ; question fur
le domicile élu dans ladite oppofition .
Les feur & Dame Benoft , Américains , domiciliés
en Normandie , avoient vendu au fieur .
( 96 )
un Domaine qu'ils poffédoient au lieu de ... &
avoient laiffé une partie du prix entre les mains
de l'acquéreur , à rente conftituée . Il eft effentiel
d'obferver que , dans l'acte de vente , il avoit
été élu par les vendeurs , fans doute vu leur
éloignement , domicile irrévocable pour l'exécution
du contrat , chez un Procureur , & après lui chez
le fucceffeur à fon office . Ce même Domaine fut
dans la fuite vendu au fieur Durand , Négociant
à Toulouse , qui , ayant éprouvé des malheurs
dans fon commerce , le vendit à fon tour au fieur
Baifade , fon confrere , avec faculté d'ufer de
ladite rente conftituée ; celui - ci ayant pourſuivi
des Lettres de ratification , elles ont été fcellées
à la charge d'une oppofition des fieur & Dame
Benoit , dans laquelle oppofition il avoit été élu
tout autre domicile que celui élu irrévocablement
dans l'acte de vente deſdits fieur & Dame Benoît.
Le fieur Durand ayant intérêt d'avoir la mainlévée
de cette oppofition , a fait affigner à cette
fin les fieur & Dame Benoit devant le Sénéchal
de Toulouſe , où les fieur & Damé Benoît le font
préfentés pour demander la callation de l'affignation
, fous prétexte de contravention à l'Edit
du mois de Juin 1771 , qui veut que les Oppofans
foient affignés au domicile par eux élu dans leur
oppofition ; tandis que les fieur & Dame Benoit
ont été affignés au domicile élu dans leur acte
de vente. Appointement du Sénéchal , qui déboute
les Sieurs & Dame Benoît ; appel en la
Cour. Le Défenſeur des Sieur & Dame Benoît a
foutenu que l'appointement du Sénéchal devoit
être néceffairement réformé,& l'affigration donnée
à fes Parties , caffée ; il a cité l'article 22 de
PEdit du mois de Juin 1771.- Arrêt du premier
Août 1783 , qui a demis les fieur & Dame Bonoit
de leur appel , avec amendè & dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 2 Juin.
E nouveau Vifir , Hafnadar Ali Pacha
Lfut inftailé le 10 du mois paflé dans la
nouvelle dignité. Après les jours de cérémonie
, on s'eft occupé des déplacemens .
Tous les grands Officiers attachés à l'ancien
Vifir & dépoffédés , ont été remplacés par
les partifans du Miniftre actuel . Entre les
victimes de cette révolution , il faut compter
encore Imaël Pacha , Gouverneur de
Belgrade , dont la tête a été expofée durant
trois jours fur la porte du Serrail . On commence
à annoncer le même fort au nouvel
Hofpodar de Moldavie , Mauro Cordato .
La flotte , compofée de fix vaiffeaux de
ligne , d'une galiote à bombes & de trois
galeres , appareilla le 12 du mois dernier ,
pour fe remettre à l'ancre à l'entrée de la
rade , devant la mailon de plafance du
No. 29, 16 Juillet 1785.
( 98 )
Grand - Seigneur. Probablement les circonftances
actuelles retiendront toute l'année
cette efcadre dans l'immobilité..
Le Pere Vincent Rufo , Napolitain & Miffionnaire
à Moful ( c'eft l'ancienne Ninive ) vient
d'être la victime de fon imprudence préfomptueule.
Comme il prétendoit être expert en
Médecine. Mehemet , Bey d'Elgefira , le trouvant
fort incommodé , le fit appeler pour le confulter
. Le prétendu Médecin affura le Bey que
fa maladie n'étoit nullement grave & qu'il
le guériroit dans l'inftant. Le Bey fe méfiant de
la capacité du Miffionnaire , voulut une affurance
, & le bon Religieux promit fur fa tête de le
tirer d'affaire . Il donna en coníéquence au Bey
une potion qui fit un effet fi merveilleux , que
celui - ci mourut quelques momens après l'avoir
prife. Les Serviteurs du Bey voyant leur Maître
mort , voulurent faire tenir parole au Miffionnaire
; ils tomberent fur lui & le mirent en
pieces.
Un négociant françois , qui a féjourné
long - temps en Perfe , parle en ces termes des
révolutions auxquelles cet empire eft livré
depuis fi long- temps.
Aly-Murat- Kan eſt aujourd'hui Souverain de
cet Empire , dépouillé des belles Provinces qui
autrefois en faifoient le plus riche appanage.
Les Généraux qui avoient aidé Nader-Schach à
faire des conquetes , même fur le Grand - Mogol ,
& qui avoient fixé les limites de cet Empire depuis
les bords de la Mer Cafpienne , juſqu'au
Pays des Usbeks , penferent , après la mort du
Conquérant , qu'ils avoient un droit incontestable
à l'Empire & fe firent la guerre pour le
conquérir de nouveau les uns fur les autres. Ke,
( 99 )
1
rim- Kam , entraîné dans cette guerre , la finit en
s'emparant de la Province d'Erakatzam , dans
laquelle eft fituée la ville d'Ifpahan , Capitale de
l'Empire . Il fit auffi la conquête de la Province
de Fars.
Bientôt après , autant par
fa politique que par les crimes , il ajouta d'autres
Provinces à fon Empire . Mais il ne fit aucune
démarche pour s'aflujettir les autres Provinces
feparée ; il fe contenta de recevoir l'hommage
annuel de celles Sitziftam & Makaran . Kerim-
Kam étoit né avec une ame très- élevée . Selon
l'ufage de les compatriotes qui habitent aux pieds
des. montagnes de Kermoncha , il avoit donné les
premieres marques de fa valeur en pillant les Caravanes
, & il s'étoit fait une grande réputation
par ce genre d'exploits. Nader- Schach en conféquence
de fes talens & de fon intrépidné , l'avoit
fait fon Grand-Ecuyer . Pendant la vie même
de ce Prince , il avoit été honoré du rang des
Khans , & après la mort de fon Bienfaiteur , il
intrigua fi bien à la Cour , qu'il fe fit nommer
Généraliffime de l'armée de Perfe. Cinq ans
après , il fut déclaré Régent ; il remplit ce pofte
pendant vingt- quatre ans de fuite , avec une habileté
extraordinaire & avec une modération qui
lui gagna les coeurs , tant des Grands que des Petits
; il fut , par la juftice & par fon équité , fe
concilier l'affection & l'estime
univerielle. Il
mourut le premier Mars 1779 , âgé de 74 ans .
Après fa mort , la divifion fe mit une feconde
fois parmi les Grands de l'Empire , & ils chercherent
tous à fe
fupplenter les uns les autres.
Un des plus renommés , fut Saq Khan , ' qui ,
fous prétexte de protéger la Famille Royale
dont il fe difoit le défenfeur , carvint jusqu'a la
Capitale de l'Empire , s'empara des Fils du Roi,
de leurs femmes & de leurs efclaves , & fous prée
2
7
( 100 )
texte qu'il n'y avoit pas des vivres pour les nourrir
, il leur fit lier les main & les fit mallacrer
cruellement les uns après les autres , référvant
pourtant les deux Princes fils du Roi , & les
tenant Prifonniers. Ce fanguinaire Conqué
rant partit de la Capitale pour d'autres expéditions
, & fe propoſa de laiſſer un monument éternel
de fa rage. Arrivé à Yeſtkaft , il fit part de
fon deffein à fes Troupes , & leur dit qu'il avoit
formé le beau projet d'élever dans ce lieu trois
montagnes de corps morts , en égorgeant tous les
Officiers & Serviteurs attachés à la Cour , & que
fur le fommet de chacune de ces montagnes , il
vouloit placer les deux têtes des fils du Roi &
celle de Sadic - Khan . Les Soldats , révoltés d'un
projet fi fanguinaire confpirerent contre la
vie du Général ; ils fe rendirent maîtres de fa
perfonne au moment qu'il fortoit de fa tente
pour mettre le comble à fa barbarie . Sadic-Kan
& les deux Princes furent délivrés ; Abulaht-
Kan , l'ainé des fils du Roi , fut proclamé & res
connu Empereur ; il fit fon entrée à Shiras le 21
Juin 1779. Celui- ci à fon tour fit renfermer Con
frere , pour n'avoir rien à craindre de les intri
gues. Sadic- Kan , après le départ de la famille
Royale pour Ispahan , revint de Shiras , & malgré
une nombreufe garnifon , il s'empara du Pa
fais les fils eurent des querelles avec la famille
royale , mais enfin ils firent , après bien des pillages
, une paix fimulée avec la Cour a laquelle
ils étoient unis par les liens du lang . Sadickhan,
après avoir mis les Grands de la Cour dans fon
parti , furprit à table , le 26 Août , Aboulfath-
Khan fon neveu , regnant alors en Perfe ; ce
Prince y étoit en débauche avec des femmes qui
l'avoient enivré. Sadic Khan , indigné de cette
crapule , fit faifir Abulaht- Kan , le fit renfermer
( 101 )
& le fit déclarer incapable de gouverner. S'étant.
emparé du Tréfor Royal , il fe fit reconnoître en
qualité de Régent & écrivit à tous les Gouverneurs
des Provinces , que l'incapacité reconnue
du fils du dernier Roi , l'avoit porté à s'emparer
de la régence , afin de prévenir les défordres qui
menaçoient l'Etat .
Cependant les Gouverneurs des Provinces ne
vivoient pas en bonne intelligence , ni entr'eux ,
ni avec la Cour . Aly Murat Khan , devenu Généraliffime
des Troupes de Perſe , informé des
cruautés du nouveau Régent , & des atrocités
que fes trois fils commettoient . vint mettre le
fiege devant Shiras , il en prit poffieffion , revint
à Iſpahan , & au mois de Mars 1780 , il fe fit
déclarer Régent de Perfe. Trois jours après , il
fit couper la tête à Sadic Kan , & il fit crever
le yeux à Aboulfath - Khan , légitime Souverain
, de même qu'aux deux autres Princes fes
freres. L'Empereur refta Prifonnier à Shiras , &
les deux autres furent tranſportés à Arzerun . Il
donna le Gouvernement de Shiras à Seed - Murad
, & fixa fa réfidence à Ifpahan . Aly- Murad-
Kan a conquis prefque toutes les Provinces déta
chées de l'Empire. 11 s'eft rendu maître entre
autres de Siriftan ; il en eft parti à la tète de
40000 hommes , pour le rendre dans la Province
de Teiran , d'où il eft reparti au commencement
du printemps de cette année , pour fuivre
le cours de les conquêtes . Teiran , Kilan &
Shirivan font les Provinces les plus fertiles de tout
P'Empire de Perfe ; l'air y eft plus tempéré qu'au
centre du Royaume ; on y recueille da ris en
abondance & les champs y font plantés d'une
grande quantité d'orangers . Les bois de Kilan.
abondent en toutes fortes de fruits ; on y trouve
même des arbres particuliers au fol de l'Amérique
Septentrionale. e 3
( 102 )
ALLEMAGNE
DE
HAMBOURG , le 30 Juin.
Le Roi de Suede a fait frapper huit nouvelles
médailles , qui repréſentent les principaux
événemens de la vie de ce Monar- .
que , depuis 1768 jufqu'en 1779 .
Quelques particuliers diftingués par leur
amour pour les fciences , ayant deffein d'élever
un monument à Berlin , à la mémoire
de Leibnitz , de Sulzer & de Lambert , le
Roi de Pruffe a affigné un emplacement
digne de ce projet. Lorfqu'on l'a communiqué
à ce monarque , il a répondu en ces
termes , en donnant fon approbation.
Les monumens élevés à l'honneur des grands
hommes ont été anciennement un aiguillon propre
à piquer l'émulation de la postérité . Un Baron
de Leibnitz , un Sulzer , un Lambert , ne
méritent pas moins que les grands hommes de
l'antiquité , que leur mémoire foit honorée de la
même maniere , & que leurs talens & leurs mérites
foient tranfmis à la poftérité la plus recu
lés. Peut - être auffi que ces marques d'honneur
réveilleront dans quelqu'un , l'émulation de les
imiter . C'eft dans cette efpérance que , pour répondre
à votre demande d'hier , je vous accorde
la permiffion d'élever un trophée à leur honneur,
orné de leurs ftatues & médaillons . Le lieu le
pius propre pour ériger un tel monument , me
paroit être le milieu de la place qui est devant
ma grande Bibliotheque ; c'eft - là donc que je
vous permets de le faire élever ; vous pouvez :
( 103 )
en conféquence vous adreffer au Lieutenant-
Général de Mollendorf , Gouverneur de Berlin ,
qui recevra de votre gracieux Souverain , les Ordres
néceffaires pour vous accorder certe permiffion
. Pofidam , le 24 Avril 1785. FREDERIC.
Par les vaiffeaux arrivés des Indes orientales
à Copenhague , on apprend qu'il fe
trouvoit l'année derniere à Wampou , dans
la riviere de Canton en Chine , 16 vaiffeaux
Anglois , dont 8 appartenoient à la Compagnie
des Indes orientales , 4 François , 4
Hollandois , 4 Danois , 5 Portugais & un
Américain .
Le riche négociant Danois , Baron de
Bolten , a remis à la Juftice le bilan de fes
affaires de commerce. Les fâcheufes nouvelles
reçues des Indes orientales l'ont déterminé
à cette démarche. On croit cependant
que fes créanciers ne perdront rien.
La Compagnie Afiatique de Copenhague
gagne une année dans l'autre 7 à 8 tonnes
d'or. On porte le bénéfice de la moitié
d'une cargaifon à 50 pour cent par action .
La caiffe de la Compagnie fait circuler annuellement
4 à 5 millions de rixdalers ; & às
on évalue de 10 à 12 millions de rixdalers
la valeur des marchandifes de Chine & des
Indes orientales apportées cette année à
Copenhague fur les vaiffeaux de la Compagnie
& ceux des particuliers .
Une lettre de Holmen en Islande , datée
du 28 Mars , préfente en ces mots le tableau
déplorable de cette ifle.
e 4
( 104 )
Cette ifle continue à préfenter le spectacle de la
déſolation . On avoit pris toutes les mefures imaginables
pour prévenir la famine ; mais malgré ces
précautions , un grand nombre d'habitans font expirés
de faim ; actuellement , il regne ici des maladies
, & fur- tout une diffenterie épidémique qui
moiffonne une grande partie des habitans que
la
famine avoit épargnés . Ceux qui ne font pas encore
attaqués de maladie , font fi énervés , fi dénués de
forces , que les morts reftent 3 à 4 femaines fans
être enterrés. Les vols , faure de fubfiftance , font
très -fréquens, & les mendians nombreux. La perte
de l'ifle eft certaine , G la Providence ne nous dédommage
pas par une fuite d'années fertiles. La
préfente année a bien commencé ; nous n'avons
pre que pas eu d'hiver , la faifon actuelle est belle,
& la pêche s'eft faite avec fuccès jufqu'à préfent.
Il exifte fur le grand cimetiere près de
Potsdam , un monument fépulcral qu'un
négociant y fit élever en 1762 à la mémoire
de fa femme. Ce monument , remarquable
par fa fingularité extravagante ,
offre un mélange de Mythologie & de
Chriftianifme. On y voit un groupe de 3
figures , dont 2 font de grandeur coloffale .
Elles repréfentent Saturne debout avec les
attributs du temps ; une femme affife , &
profondement affligée , & un petit garçon ,
avec les attributs de Mercure. Ce dernier
préfente à la femme une lettre cachetée avec
Pinfcription fuivante en François : A Madame
, Madame Dickow , née à Grunthal , à
Potsdam. La femme tient elle même dans fa
main une feuille , fur laquelle on lit en Allemand
ce qui fuit , traduit littéralement :
( 105 )
Golgatha , le jour de la rédemption générale .
Sur ma feule lettre de change , valeur reçue
en piété & en fidélité conjugale , te payera ,
immédiatement après ton décès , le falut éternel
, ton Sauveur Jesus-Chrift.
Entre divers ufages très - finguliers qu'on
remarque parmi les payfans de certains diftricts
de la Weftphalie , la maniere de célébrer
les noces aux environs de Soeſt , eft furtout
digne d'être connue.
La noce eft ordinairement célébrée à la Ferme
qui doit être habitée par les nouveaux mariés. Les
convives s'affemulent de grand matin ; les hommes
à la Ferme du pere de l'époux ; les femmes & les
filles à celle du pere de la fiancée . A leur arrivéen
on leur fert de l'eau-de - vie & des gâteaux. Pendant
ce déjeûné , les filles habillent la mariée , &
lui placent fur la tête une couronne qu'e les attachent
avec beaucoup de foin . La chûte ou le
moindre dérangement de cette couronne pafferoit
pour un mauvais augure. La fiancée étant habillée ,
on la conduit à l'Eglife ; le plus proche parent du
marié la prend derriere lui fur fon cheval , décoré
de beaucoup de rubans & de fleurs . Quand la bénédiction
nuptiale eft donnée , les payfans qui entourent
le marié , lui appliquent des coups de bâafin
de lui apprendre que les coups meurtriffent
, & qu'il le garde de battre fa femme. Pour
échapper à ce traitement , qui eft quelquefois très.
rude , le marié fe fauve le plus promptement poffible
à la Ferme, où la noce eft célébrée. La mariée
le fuit avec fon cortege ; arrivée à une petite dif
tance de cette Ferme , elle defcend de cheval , &
l'époux , accompagné d'un Ménétrier , vient audevant
d'elle , tenant dans une main un pot de
tons ,
es
( 106 )
bierre , & dans l'autre, un pain , garni de quelques
pieces d'argent ; la mariée en gcûte , & le refte ,
avec l'argent , eft donné aux pauvres. Cette cérémonie
exprime l'obligation où eft l'homme d'entretenir
fa femme pendant fa vie. Le marié conduit
enfuite la femme à table , la place en haut &
la fert pendant le diner. Le diner fini , le plus
proche parent du marié conduit la fiancée à la
falle du bal , & l'ouvre avec elle ; ce qui lui vaut
un beau mouchoir de poche , qu'il reçoit de la danfeufe.
Vers la nuit, on ôte à la mariée la couronne
qui eft remplacée par un bonnet de femme . A cette
occafion , les femmes & les filles de la noce font
grand bruit ; les filles défendent la couronne de la
mariée , à laquelle les femmes s'efforcent de mettre
un bonnet de leur fexe ; à la fin , les dernieres
remportent la victoire , qu'elles fignalent par une
danfe ; le marié faifit cette circonſtance de gaieté
pour enlever fa femme qu'il conduit dans la chambre
nuptiale. Le lendemain matin , les convives
s'affemblent de nouveau à la maison de noce , &
après le déjeûné , les jeunes gens des deux fexes
conduilent la mariée par-tout l'enclos de la Ferme
de fon mari ; les garçons font munis de fufils &
portent un drap blanc, attaché à une longue perche
; ils tirent fur ce drap , & tâchent d'y mettre
le feu. Cette promenade finie , on se met à table,
& la fête eft terminée par des préfens que les convives
font aux nouveaux mariés .
Le fupplice du dernier Vifir , à ce qu'on
apprend de Conftantinople , a été accompagné
de circonſtances qui ajoutent à l'intérêt
de cette tragédie.
L'exécution fe fit dans l'iffe de Bochera- Ada
dans l'Archipel , où Aly Bey , fils du Lieutenant
du Capitan- Pacha , & le Maître- d'Hôtel du vieux
( 107 )
Grand Amiral , atteignirent le malheureux Halil
Hamid : ils fe rendirent à minuit dans fon
appartement ; & l'ayant trouvé au lit , ils lui no.
tifierent l'Arrêt fatal que fon Maî re avoit rendu
contre lui. L'infortuné Miniftre , plein de défefpoir
, déchira le papier , & fe prépara fur- lechamp
à la mort en faifant fa priere , au milieu
de laquelle fes bourreaux fe jetterent fur lui ,
l'étranglerent & lui couperent la tête. Vrailemblablement
c'eſt une addition à la vérité , lorfqu'on
rapporte que dans ce moment de défo ation
& d'anxiété il s'écria : Telle eft dans ce pays
larécompenfe des Miniftres qui ont fidélement ſervi
- l'Etat ! Du moins eft- il certain , que Halil - Hamid-
Pacha , par une adminiſtration prudente &
réglée , avoit rendu de grands fervices à l'Empire
Ottoman. Mais en revanche on ne lui reproche
qu'avec trop de fondement , qu'il étoit dominé
par une avarice infatiable , & que fa plus grande
paffion étoit d'accumuler des tréfors . Dès qu'il
eut été mis à mort , l'on fouilla fes effets , &
l'on Y trouva des joyaux pour la valeur d'environ
cent mille piaftres , des Lettres de- change pour
environ cinquante mille piaftres , deux mille
ducats de Venife en efpece , & des tablettes relatives
à fes finances particulieres , mais écrites
de façon qu'on n'en a pu tirer aucun éclairciffement.
:
La deftinée de l'ancien Muphti n'auroit pas
été meilleure que celle de l'ancien Grand - Vifir,
fi fon fucceffeur ne l'avoit empêché du moins
on affure que , comme la Religion Mufulmane
défend de mettre la main fur un des Miniftres du
Prophète , pour lui faire violence , & beaucoup
plus pour attenter à la vie , le projet étoit de le
tirer des Gens de Loi , en lui conférant les trois
Queues , & dele faire étrangler enfuire omme
e 6
( 108 \
n'appartenant plus au Corps du Clergé mais
le nouveau Muphti ne voulant pas fans doute donner
un exemple qui pourroit un jour lui devenir
funefte à lui - même , s'y oppofa de toute fa force ,
& effectua qu'on fe contentât de le reléguer à
Caiffa en Arabie ; exil néanmoins qui a beaucoup
étonné , parce qu'il est très rare à l'égard
d'un Chefde la Hiérarchie.
DE VIENNE le 17 Juillet.
3
Le jour même de fon arrivée à Mantoue ,
premier Juin ) l'Empereur alla à la rencontre
de LL. MM . Siciliennes , qui le même
foir , entrerent dans la ville , où les fêtes fe
font fuccédées les jours fuivans. Le 7 , l'Empereur
, le Roi de Naples & l'Archiduc fe
rendirent à Vérone , où on leur donna le
fpectacle d'un combat de taureaux . Ils revinrent
le même jour à Mantoue , où le
Grand Duc de Tofcane les joignit le lendemain
. De Parme où le Roi & la Reine
de Naples fe font rendus , en quittant Mantoue
, ils font allés à Turin , d'où ils viendront
à Milan où on leur prépare différentes
fêtes.
Le Comte de Fries , Banquier de la Cour ,
a été trouvé noyé , il y a quelques jours ,
dans l'un des ballins de fon jardin . On ne
fait fi cet accident eft dû à une attaque d'apoplexie
, ou aux vapeurs hypocondriaques
auxquelles M. de Fries étoit fujet depuis
quelque temps. Il étoit né à Mulhouſe en
( 109
Suiffe , & laiffe une fortune immenfe à partager
entre plufieurs enfans .
Des lettres de Conftantinople du 4 de ce
mois , portent qu'on y conftruit en diligence
z vaiffeaux de ligne , qu'on y a lancé
dernierement un yacht d'avis , & que refcadre
deſtinée à croifer dans l'Archipel a
mis à la voile . Ces lettres ajoutent que 2
vaiffeaux vont à Synope ; à bord de l'un fe
trouve un Capidgi Bachi qui y doit examiner
l'affaire du Conful Ruffe . Le Gouvernement
de Gedda , que devoir avoir l'Ex-
Grand -Vilir , étranglé en route par l'ordre
du Grand Seigneur , a été conféré au
Pacha de Candie .
-
La pefte s'étant manifeftée à Smirne & à
Tripoli , les bâtimens venant du Levant , &
allant à Triefte , font obligés d'y faire une
quarantaine de 45 jours.
Un particulier d'Oedenbourg , nommé Jofeph
Thot , qui n'a pas de proches parens , a fait un acte
teftamentaire , par lequel il a inftitué les pauvres
honteux de cette ville , légataires univerfels de fa
fortune , & il a placé pour eux un capital de
33,000 florins , dont il leur fait diftribuer les intérêts
avec exa&itude . L'Empereur ayant cu connoiffance
de cet acte de bienfaisance a fait remettre
à ce particulies , publiquement une
chaîne d'or.
2
,
Depuis quelque temps , on avoit remarqué
plufieurs crevaffes d'une montagne plantée
de vignes aux environs de Claulenbourg
en Tranfylvanie. Tout à coup cette montagne
s'eft fendue dans la longueur de 15
( 110 )
toifes fur une largeur de 20 pieds , & la partie
qui s'en eft détachée , et tombée dans
la riviere de Szomos. On craint que la
montagne entiere ne s'écroule ; & cela feroit
très-poflible , comme l'événement eſt
arrivé en Suiffe aux monts Diablerets , &
en Savoye fur la route de Chambery à Grenoble
, près du village des Marches .
Depuis le 22 jufqu'au 25 Juin , les eaux
du Danube fe font tellement accrues
qu'elles ont inondé les fauxbourgs de Roffan
, de Wiefen , de Léopolftadt , & tous les
diftricts fur fes deux rives. Non- feulement
les jardins & les campagnes font fubmergés
; mais la rapidité du courant a de plus
renversé des ponts , des digues , des maifons
; des villages entiers ont été détruits ,
ainsi qu'une grande quantité de bétail . Le
cours des poftes a été fufpendu , & la crue
des eaux fi fubite , qu'on n'a pas eu le temps
de prendre aucunes précautions. On attribue
cette inondation à la prodigieufe quantité
de neiges qui couvroit les montagnes
du Tyrol & de l'Autriche fupérieure , &
qu'ont fondu les chaleurs & les pluies de
l'Eté.
Il s'eft paffé dernierement dans cette capitale
un événement tragique , dont on a
déja vu ailleurs quelques exemples .
Un foldat aimoit paffionément une jeune
fille & fe flattoit de l'époufer . Il rencontra des
obfticles qu'il n'avoit pas prévus ; il ne pouvoit
en obtenir la permiffion , & il fe vit réduit à
( m )
perdre tout espoir. Il va trouver la maîtreffe , &
lui déclare que , ne pouvant vivre fans elle , il
veut périr , mais qu'il l'estime affez pour croire
qu'elle voudra bien périr avec lui . La fermeté
avec laquelle il fait cette propofition étonne la
jeune perfonne qui , foit par crainte ou d'autres
motifs , lui demande quelques jours de réflexion .
Il céde à fes inftances ; plufieurs jours s'écoulent
, nul changement dans leur fort ; il déclare
qu'il va mourir feul . Sa maîtreffe ne peut foutenir
cette idée , elle le fuit hors de la ville ; ar
rivés dans un endroit écarté , il tire froidement
un pistolet & le dirige fur fa compagne qui fut
renversée ; tandis qu'il le recharge pour luimême
, l'infortunée lui dit qu'elle n'eft que légérement
bleffée , & le prie de l'achever. Il tire
un fecond coup , & lui loge une balle dans la
poitrine. Il recharge tranquillement fon arme ,
Ja dirige contre fon front , la balle ne fait que
l'effleurer ; il a la force de recommencer une
quatrieme fois , & il tombe à côté de fon amante.
Le hafard fit découvrir les deux corps le jour
même on leur trouva encore un refte de vie :
le rapport des Chirurgiens confirme qu'ils ont
tous deux reçu un coup qui ne pouvoit les tuer ;
tous deux avoient la feconde balle dans le
corps , & on efpere de les fauver , fur - tout
la fille .
DE FRANCFORT , le S Juillet.
Nous fommes encore fans nouvelles certaines
de l'invafion de Ragufe par les Turcs.
Quelques difpofitions de ces derniers , dont
on rend compte dans des lettres de Fiume
ont femé cette allarme anticipée.
( 112 )
Les deux Bachas de Scutari & de Bofnie font
en pleine révolte contre le Grand Seigneur. Ils
font à la tête d'une armée confidérable , & font
des mouvemens qui annoncent leur deffein de
piller & de dévafter tout ce qui tombera fous
leurs mains , ou fera à leur bienfeance . La Régence
de Ragufe eft dans les plus vives allarmes
à ce sujet. A tout événement , elle prend toutes
les précautions qui font en fon pouvoir pour fe
mettre en état défenſe . Elle a fait venir les habitans
de fon territoire , & leur a fait tranſpor
ter de l'Artillerie dans les fortifications où il en
manquoit . Cette Régence a ordonné d'employer
toute la farine à faire du biſcuit ; toute la viande
fraiche a été falée , afin de mieux la conferver ;
on a pris auffi du côté de la mer toutes les précautions
que la prudence fuggere dans les grands
dangers. La Régence s'eft crue d'autant plus nécellirée
à le mettre en état de défenſe , qu'elle
fait pofitivement que les deux Bachas ont refufé
conftamment de marcher avec toute leur cava'erie,
comme ils en ont reçu l'ordre téitéré & précis
da Grand Seigneur . Le Miniftre Ottoman
a déja dépêché deux fatellites- bourreaux pour
porter la tête de ces deux Gouverneurs à Conftantinople
, mais infructueufement. Les deux
rebelles qui ne font pas d'avis de fe la laiffer
couper de bonne grace , ayant été avertis de
l'ordre expédié contr'eux , ont fait cauſe commune
, & ont levé une armée de foixante mille
hommes ; avec cette fauve -garde . ils ont gagné
vers les montagnes des Montenegrins , pour s'y
retrancher & y attendre tous les Capigi Bachis du
Sérail. On croit cependant qu'ils ne réuffiront
pas facilement à fe réfugier chez les Monteaegrins
, & qu'ils feront forcés de chercher un autre
afyle . Ce qui augmente la terreur des Ragufiens ,
( 113 )
c'eft qu'un proche parent du Bacha de Scutari eft
allé fe réfugier à Ragufe , pour fauver la tête
que le Bacha vouloit abattre , afin de n'avoir
plus rien à craindre de l'infidélité de ce parent
devenu fufpec. Ia colere du Becha eft exaltée
contre les Ragufiens , parce qu'ils ont donné
afyle à ce fugitif , & qu'ils lui ont ouvert les portes
de leur ville , de même qu'à 60 compagnons
qui ont échappé à la cruauté du Bacha.
Le Duc regnant de Bruntwick a fait préfent
à fon frere , le Duc Frédéric' , de la
fucceffion du feu Duc Léopold , dont le
Prince a difpofé en faveur de l'Ecole de garnifon
à Francfort fur l'Oder , fondée par le
Prince mort.
Dans les affemblées de la Diete de Ratifbonne
, du 30 Mai , du 3 & du 6 de ce
mois , les trois colleges de l'Empire ont
donné leur agrément aux conventions d'échange
& de limites entre la Couronne de
France , le Prince de Nafla - Weilbourg , le
Prince Evêque de Bâle & la maifon des
Comtes de la Leyen . En conféquenceil a été
arrêté de fupplier S. M. I. de ratifier ces
conventions , en qualité de chef de l'Empire.
La recette de la caiffe de la Chambre Impériale
de Wezlar a monté l'année derniere
à la fomme de 109,453 rixdalers , & la dépenfe
à celle de 91,405 . Il fe trouve actuellement
en caiffe 266,443 rixdalers , & il lui
eft dû comme arrérages de contributions
des états de l'Empire la fomme de 547,750
rixdalers .
( 114 )
ITALI E.
DE GENES , le 28 Juin.
Le Doge Giovanno Baptifto Airolo ayant
achevé le temps de fon adminiftration , la
République lui a donné pour fucceffeur
dans cette éminente dignité , le Noble Giovanno
Carlo Pallavicini.
Les dernieres lettres d'Iftrie & de Dalmatie
nous ont raffuré fur l'invafion du territoire
de Ragufe. Le Pacha de Scutari y étoit
entré effectivement ; mais fans commettre
d'hoftilités ; encore moins s'empara- t-il de la
ville , qui s'étoit miſe en défenſe. Ce Pachaeft
actuellement hors du domaine de la République
, & on lui fuppofe le projet d'une
expédition contre les Monténégrins.
L'Inquifition de Madrid a condamné à
une prifon d'un an & à un banniffement
perpétuel , un vieillard François , nommé
Pierre Conteau , Maître de Langues , accufé
de quelques erreurs dans le dogme & d'indiferétion
dans fes leçons publiques.
Ler du mois dernier , une galiote de cette Régence
amena dans ce port un matelot, un mouffe ,
un novice & une femme échappés de la frégate
Françoi e la Modefte , périe par le feu dans la Méditerranée
, avec des circonftances auffi terribles
que la maniere dont ces quatre perfonnes ont eu
le bonheur de fe fauver eft étonnante. Lorfque
l'équipage de la frégate vit qu'il n'étoit plus poffible
d'arrêter le progrès des flammes , on prit le
( 115 )
parti de mettre les canots à la mer , mais le grand
nombre de ceux qui s'y jetterent pêle- mêle avec
précipitation , les fit couler à fond. Le grand
mât & le mât de beaupré , ayant été brûlés par
le pied , tomberent dans l'eau , & fervirent de
refuge au Capitaine , avec trente hommes de l'équipage.
Quinze autres , entre lefquels étoient
les trois hommes & la paffagere qui font arrivés
dans ce port , s'attacherent au mât de beaupré ,
fur lequel ils flotterent pendant fix jours. Sans
alimens quelconques , ils ne fubfifterent que de
leur urine & d'un peu d'eau de mer. Dix de ces
malheureux périrent fucceffivement . Le fixieme
jour, les cinq qui avoient réfifté aux horreurs de
cette fituation , apperçurent la galiote Algérienne
, qui s'approchi d'eux & les reçur avec le
plus grand empreffement. Le Reis ou Capitaine
porta méme l'humanité jufqu'à chercher les débris
de la frégate où d'autres perfonaes pouvoient
s'être fauvées : à la diſtance de plus de deux milles
, il trouva le grand mât , mais il n'y vit perfonne.
Malgré les fecours qu'il fit donner aux
cinq qu'il avoit à bord , l'un d'eux mourut au
bout de deux jours. If a préfenté les quatre autres
au Dey qui les a envoyé fur le champ au
Conful François . On dit que le matelot & le
novice font hors de danger , mais que le mouffe
& la paffagere font dans un état déſeſpéré.
Cette derniere eft de Marfeille. Elle alloit rejoindre
fon mari , qui eft établi au Cap François.
Elle menoit avec elle une fille de feize ans , qui
fe trouve probablement au nombre de ceux qui
ont péri.
L'Empereur de Maroc travaille à réparer
les défenfes de fes villes maritimes , de Tanger
en particulier. Il a fait acheter à Gibral-
"
( 116 )
tar 1o canons de 36 livres de balles. En ou
tre , il a reçu du Roi d'Angleterre un préfent
de 4 canons de cuivre de 26 livres de
balles , & 24 canons de fer. La frégate fuedoife
le Gripen a apporté aui à ce Prince
un cadeau de munitions de guerre : le tribut
du Roi de Danemarck , fufpendu depuis
trois ans , & qui confifte en 75000
piaftres , eft arrivé à Mogador. L'Empereur,
dit-on , a demandé quelques frégates à la
Hollande & au Portugal , & en fait réparer
deux ou trois à Gibraltar.
On a reçu en Eſpagne de triftes nouvelles
du vaiffeau de regiftre la Licorne , parti' de
Cadix pour Lima , le 19 Mai 1784.
Ce Vaiffeau , après avoir vainement tenté de
paffer le cap de Horn , fe trouva forcé de chercher
une relâche, & avoit eu le bonheur de gagner le
port de Maldonado , où il étoit entré le 26 Janvier
dernier , après 8 mois & 7 jours d'une navigation
pénible , pendant lefquels il avoit été plufieurs
fois en danger de périr au milieu des glaces , dont
il s'étoit trouvé environné à la latitude du cap de
Horn, Il avoit heurté contre un banc de ces gla
ces , & n'avoit évité de s'y brifer que par un bonheur
inouï , après avoir été démâ: é de ſon mât
d'artimon & avoir eu fon beaupré très - endommagé
. On affure qu'il a perdu 101 à 102 hommes
d'équipage , morts de fatigue & par une luite de la
corruption des vivres ; enfin ce Vaiffeau est arrivé
dans le plus fâ heux état à Montevideo .
LL. MM. Siciliennes arriverent à Turin
le 15 de ce mois , fous le nom de Comte &
de Comtele de Caftellamare . Elles avoient
( 117 )
dîné le même jour à Montcallier , avec la
Famille Royale , & affifterent le foir au ſpectacle
fur le théâtre royal qu'on avoit illu
miné. Chaque jour a été marqué depuis par
des réjouiffances qui ont dû fe prolonger
jufqu'au départ de LL . MM . Siciliennes.
L'Empereur étoit attendu à Milan le 18.
De Crémone ce Prince eft allé à Pizzightone
, vifiter les travaux de conftruction
d'une nouvelle maifon de force. Le 14 il fe
rendit à Pavie , d'où il fe rendit à Sefto près
du lac majeur , fur lequel il doit s'embarquer
avec le Grand Duc pour aller voir les
fameufes & charmantes ifles Borromées.
Don François Daniele , Hiſtoricgraphe du Roi
de Naples , a été chargé par S. M. d'écrire l'Hiftoire
de la Calabre , en expofant l'état de cette
Province , avant le défaftre de 1783 , & fon état,
actuel , depuis les fages réglemens & les mesures
dont s'occupe le Gouvernement pour lui rendre
fon premier éclat .
Depuis que le St. Pere a été vifiter les marais
Ponteins , le bruit s'eſt répandu que S. S. eft dans
l'intention de faire ceffer les travaux entrepris
pour le defféchement de ces marais. On donne
pour raison de cette réfolution , la grande difficulté
de trouver la pente néceffaire pour l'écou
lement des eaux. Il fera même difficile de conferver
dans l'état actuel la partie de ces travaux qui
eft déji achevée , & qui épargne 30 milles de
chemin pén ble pour le rendre de Naples à Rome.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , les Juillet.
M. John Adams , Miniftre plénipotentiaire
( 118 )
des Etats Unis , a preffé , dit - on, le Marquis
de Carmarthen , Secrétaire d'Etat , d'ouvrir
une négociation pour le paiement des négres
enlevés aux Infurgens pendant la derniere
guerre . Le Secrétaire d'Etat , à ce qu'on ajoute
, s'eft refufé à ces inftances , en déclarant
qu'il ne s'y prêteroit qu'après l'exécution entiere
& prealable de la part des Américains ,
des claufes du Traité de paix. M. Adams fera
auffi tous les efforts pour obtenir la liberté
de commerce entre les Etats Unis & les Ifles
Angloifes ; article encore plus délicat que le
précédent.
M. Wilkes a été réélu Chambellan de la
Cité , malgré les efforts de fes Adverfaires ,
& a prété le ferment de fon office.
La Chambre Haute a entendu toutes les
dépofitions relatives à l'arrangement de commerce
avec l'Irlande , & dans peu de jours.
elle prendra cet objet en confidération . Perfonne
ne s'eft plus diftingué , durant ces longues
& pénibles féances , que le Vicomte de
Stormont. Il n'ajamais manqué à l'Affemblée;
dans fes recherches , dans fes interrogations
aux témoins entendus à la Barre de la Chambre,
il a montré une fagacité , une connoiffance
des affaires , & une jufteffe d'efprit fupérieures.
Tous les partis fe réuniffent dans
cet éloge bien mérité.
La Chambre des Communes a voté une
fomme de 21,000 l . ft. pour les Bâtimens du
Sommerfet -House , pendant l'année courante.
( 119 )
Il eft à obferver que même , au milieu de la
guerre la plus difpendieufe pour la Nation ,
jamais la partie du Subfide , confacrée à ce
grand édifice , n'a été fufpendue.
Le Bill relatif à la Police de la Cité &
de Westminster , préienté par le Solliciteur
général , éprouve des difficultés . Il s'agit
moins cependant , de faire de nouvelles loix,
que de redonner aux anciennes de la vigueur,
&fur-tout d'en aflurer l'exécution . Le Corps
Municipal paroît le plus vivement fo levé
contre les mesures pro olées , ainfi qu'on en
jugera par la Pétition fuivante que les Sheriffs
de la Cité préfenterent le 29 à la Chambre
des Communes .
Les fupplians expofent qu'ils font très - juftement
allarmés d'un bill poré au Parlement ,
pour prévenir plus efficacement les crimes & punir
plus promptement les pertubateur : du repos
public , dans les cités de Londre : & de Weftminf
ter , dans le fauxbourg de Southwark & certaines
parties y adjacentes . Ils fe croient obligés , en
qualité de Magiftrats effentiellement intéreflés à
l'adminiftration de la juftice , de témoigner les
effets funeftes & dangereux qu'ils appréhendent
d'une Loi qui , fous prétexte de corriger des
abus , renverſe les formes établies par la fageffe
de nos ancêtres , & qui tend à détruire les droits
les plus refpectables & les plus chers d'une ville
floriffante , & la liberté conftitutionnelle de plus
d'un million des fujets de S. M. Que les Supplians
s'abftiennent de préfenter le nombreuses
& puiffantes objections qui s'offrent à eux contre
les claufes & les provifions particulieres du bili ,
parce qu'il fuffit de dire que le principe du bili
( 120 )
établit , au mépris des Chartes , un fyftême de.
police entiérement neuf & extremeinent arbi- “
traire , en créant fans néceffité de nouveaux Officiers
, revêtus de pouvoirs dangereux & exe,
traordinaires , renforcés par des peines capitales ,
& totalement exempts de cette limitation & de
cette refponfabilité , dont la Loi a juſqu'ici jugé ,
néceffaire d'accompagner tout pouvoir extraordinaire.
Ce principe leur paroit fi pernicieux qu'il
n'eft point d'amendement , ni de modification'
qui puiffent excufer cette mefure aux yeux de la
nation . Ils fupplient donc très - inilamment la
chambre de tranquillifer , en rejettant immédia-.
tement le bil , les fujets de Sa Majesté.
L'Alderman Newnham ayant fait la motion
que cette Requête fut mile fur le tapis ,
P'Orateur de la Chainbre répondit , que le
Bill original avoit été retiré , & qu'on s'occupoit
lui en fübftituer un nouveau. Le
Solliciteur général ayant été interrogé fur le
tems où le nouveau Bill feroit préfenté à la
Chambre , il répondit , qu'il le feroit bientôt,
ou point du tout.
L'Alderman Hammet dit que le bill avoit alar ,
mé toute la Ville . qu'elle comptoit beaucoup
fur la vertu du Miniftre , & qu elle eſpéroit en
conféquence qu'il ne donneroit po.nt fa voix aux
propofitions actuelles .
i
•
L'Alderman Thownfed appuya ce bill , en difant
qu'il étoit très- néceffaire depuis que l'emploi
de Juge étoit devenu fi difficile. Le bill actuel.
dit - il , n'eil point préſenté dans la vue d'augmenter
la licence des cabarets & des prêteurs
fur gage. Son objet eft de régier la police de la
ville. Mais on ne pourra guere diſcuter le mérite
de
( 121 )
de ce bill , la feffion étant auffi avancée , & la
Chambre étant auffi peu nombreuſe , puifqu'il
paroît qu'il n'y a pas dans ce moment cent de fes
Membres à Londres. M. Townsend cenfura let
défaut des Loix qui permettoient à un Juge de
pardonner aux voleurs les plus déterminés. Il fe
plaignit de ce qu'il n'y avoit point de lieu par
ticulier fixé pour la tranfportation des criminels.
Il dit qu'il falloit que puifque la Chambre s'intéreffoit
encore à la vie de ceux qui s'étoient
rendus indignes de toute miféricorde , il falloit
qu'elle nommât des comités pour choisir un climat
qui ne fût ni trop chaud , ni trop froid. Perfoune,
dit il , ne s'émeut lorsqu'une perfonne
indigente eft dépouillée de fa propriété : perfonne
ne fonge à réparer fon malheur ; mais lorsqu'un
voleur eft arrêté , tout le monde s'alarme fur
fon fort. En critiquant l'infuffifance des Loix ,
M. Tow hend cita le cas d'un M. Beft , qui ayant
été attaqué par des voleurs , fe défendit contr'eux
en homme de coeur. Les voleurs furentarrêtés , jugés
& condamnés ; puis on leur pardonna , à condition
qu'ils feroient renfermés quelque tems en
prifon . Finalement ils ne furent pas même enfermés
, & ils jurerert en ſe retirant qu'ils arrangegeroient
M. Beft ; de maniere que ce particulier
étoit obligé de s'armer toutes les fois qu'il fortoit
de la Ville , pour être en état de repouffer ces
bandits. Il remarqua que les vols de chevaux fe
multiplioient à un point étonnant , & il attribua
ce vice à l'impunité. Il dit que lorsque le Marquis
de Lanfdown étoit à la tête des affaires , on
avoit donné une proclamation pour faire arrêter
tous les vagabonis ; que les Magiftrats avoient
exécuté fa teneur, mais que le nouveau Minifire ,
loin de fu vre fon devoir à cet égard , avoient fait
donner la liberté à ceux qui avoient été arrêtés,
N°. 29 , 16 Juillet 1785.
f
1
( 122
de maniere qu'ils étoient devenus plus voleurs
que jamais. L'honorable Echevin finit par obfer.
ver qu'une fimple addition aux loix actuelles ferpit
fuffifante.
Le Chancelier de l'Echiquier défapprouva la
motion , & dit qu'il n'étoit pas auffi difficile de
régler la police que cet Alderman vouloit le faire
entendre. Il finit fon difcours par s'oppoſer à la
motion.
Le Solliciteur général affura la Chambre , par
un très-long difcours , qu'il l'inftruiroit pleinement
de la nature & des progrès du bill. Il dit
que depuis plufieurs mois , il s'étoit particuliérement
attaché à fuivre dans les papiers publics ,
les accidens où la fûreté publique avoit été vio-
Tée. Les nombreux événemens de ce genre l'avoient
convaincu de la néceffité d'une amélioration
dans l'inſpection de la police , & il finit en
difant qu'il fe croyoit obligé de foutenir une pareille
meſure.
L'Alderman Watſon & quelques autres Membres
ayant encore parlé , la motion fut rejettée.
Perfonne n'a joui dans ce Royaume d'une
plus haute eftime que M. Haftings : il en reçoit
les marques les plus flatteufes; & il eft difficile
d'obtenir une confidération plus univerſelle.
La Cour des Directeurs de la Compagnie lui
a donné un dîner folemnel à la Taverne de
Londres. Le Comte de Mansfield , le Chancelier
Lord Thurlow , tout ce que l'Etat a de
plus illuftre & de plus recommandable , s'empreffent
à le rechercher & à l'accueillir. Son
caractere ouvert & facile , & fes manieres
aifées , ont achevé de lui gagner les fuffrages
de ceux qui ne le connoiffoient encore que
1.
( 123 )
par fes talens & par fes fervices. Sa préfente,
a fait taire tous fes détracteurs. On peut fe
rappeller leurs forties précédentes en Parlement
, contre ce Gouverneur Général , dont
ils alloient , difoient ils , dévoiler la conduite
& demander la tête. Aujourd'hui , ces Orateurs
font muets , & conviennent , par leur
filence , des immenfes avantages qui ont réfulté
de l'adminiftration de M. Haftings.
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Olnabruck ,
doit affifter à la revue générale de l'armée
Pruffienne. Le Comte Cornwallis , le Colonel
Fox, & plufieurs autres Officiers Anglois
doivent accompagner ce Prince , & vont fe
rendre à Hanøvre inceffamment.
Le paiement du demi- dividende annuel
des Actions de la Compagnie des Indes , qui
fe fait en ce moment , va mettre en circulation
deux millions fix cens mille liv. fterl .
dont un million , au moins , à ce qu'on préfume
, fera verté dans les fonds publics .
Quelqu'un a calculé , que fi de deux perfonnes
, l'une fe leve à 6 , & l'autre à 8 heures'
chaque jour , en les fuppofant toutes deux
couchées à la même heure , il en résulte en
faveur de la premiere, dans l'efpace de 40 ans,
un bénéfice de 29,200 heures , foit de trois
années , 121 jours & 16 heures , gagnées pour
les affaires & pour l'occupation de fon efprit
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Juillet.
30
Le 19 du mois dernier , le fieur Foullon
£ 2
( 124 )
d'Ecotier , Maître des Requêtes , nommé à
l'Intendance de la Guadeloupe , a eu l'honneur
de faire fes remercîmens au Roi , à qui
il a été préfenté par le Maréchal de Caftries,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le département
de la Marine.
Le 29 , le feur de la Peroufe , Capitaine
de Vaiffeau , commandant la Bouffole &
Aftrolabe , a eu l'honneur de prendre congé,
étant préfenté à Sa Majefté par le Maréchal
de Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de la Marine.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le
contrat de mariage du Vicomte de Caraman,
Capitaine de Dragons au régiment de Noailles
, avec Demoifelle de Merode.
Le feur du Perron , des ' Académies de
Rouen & de Gaën , & la dame veuve
Pallouis , Artifte Lyonnoiſe , Entrepreneurspropriétaires
de la Fabrique 1oyale de la
vraie fo e galette filée par les Pauvres , &
des étoffes de Paris , ont eu lhonneur de
préfenter à Monfeigneur le Duc de Normandie
, avec l'agrément de la Ducheffe de
Polignac, Gouvernante des Enfans de France,
une étoffe en foie femblable à l'ancienne
écarlate fur laine , pour faire un couvre- berceau
pour ce Prince.
Le Roi ayant permis au fieur ô - Dunne ,
fon Ambaffadeur près Leurs Majeftés Très-
Fideles , de fe retirer , Sa Majesté a nommé
à cette Ambaffade le Marquis de Bombelles ,
ci-devant ſon Miniftre près la Diete géné(
125 )
rale de l'Empire , qui a eu , le 2 de ce mois ,
l'honneur de faire fes remercîmens au Roi ,
étant préfenté par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Miniftre
& Secrétaire d Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Mauléon ,
Ordre de Saint -Auguftin , diocefe de la Roche
le , l'Abbé de Ségur , Vicaire général de
Bordeaux ; à celle de Saint Michel de Tonnerre
, Ordre de Saint Benoît , dioceſe de
Langres , l'Abbé Guyot d'Uffieres , Précepteur
des Princes enfans du Duc de Chartres ;
& à celle de la Caignotte , même Ordre ,
diocefe d'Acqs , l'Abbé Parent, Vicaire général
d'Orléans .
}
DE PARIS , le 14 Juillet.
M. de la Chalotais , ancien Procureur-
Général au Parlement de Rennes , vient de
mourir à l'âge de 84 ans .
On écrit de S. Malo , ce que nous ne garantiflons
point , que la marée a manqué
un jour dans ce port. Ce phénomene trèsrare,
n'eft pas fans exemple , & n'a jamais
été général : il tient fans doute à des cau es
locales & momentanées , fans la parfaite
connoiffance defquelles , il feroit difficile de
l'expliquer.
Le bruit s'étoit répandu que M. Ducis ,
de l'Académie Françoife , voyageant en
Suiffe , étoit tombé dans un précipice , en
voulant fauter de fa voiture prête à verfer.
Cet accident exagéré n'eft point arrivé en
f }
( 126 )
Suiffe , où la beauté des grandes routes
dans les montagnes rendent ces événemens
auffi rares que dans la plaine. Il est vrai que
fur la route de Lyon en Savoie , entre les
Echelles & Chambery , les chevaux de la
voiture de M. Ducis prirent le mors au
dent; il fut emporté affez long- temps dans
des chemins affez périlleux ; & la portiere
de fa voiture s'étant brifée , il s'élança fur
des rochers qui l'ont meurtri. Il étoit beaucoup
mieux au départ du dernier courier.
Tels font du moins les détails qu'on donne
dans le public de cette chûte.
Abufés par le ton d'affurance des feuilles
publiques ou d'autorités équivalentes , nous
avons annoncé précédemment un incendie
à Luxeuil , & des pluies bienfaifantes en Auvergne.
Le fait eft qu'il n'y a eu ni pluies ni
incendie. M. le Maire de Luxeuil nous a éclai
zés fur cette impofture , dont nous ne divulguerons
pas les motifs ; & il nous atteſte
que depuis un an , il ne s'eft pas feulement
manifefté un feu de cheminée à Luxeuil & à
trois lieues à la ronde. Pour comble , les
auteurs de cette fauffeté avoient attribué ce
prétendu embrâfement à des incendiaires.
Nous fimes fentir l'invraiſemblance de cette
fuppofition , fans nous douter de la hardieffe
avec laquelle on avançoit un fait auffi
aifé à démentir.
L'Auvergne a reffenti quelques légers momens
d'orage , fans pluies durables , &
éprouvoit encore, à la fin du mois dernier,
( 127 )
la calamité d'une féchereffe défaftreufe , doft
nous recevons des détails défolans de tou
tes parts. Cette malheureufe province , eft
d'autant plus à plaindre , que les beftiaux &
les fromages font toute fa reffource ; & nous
reffentons le plus grand regret d'avoir préfenté
fa fituation fous des couleurs qui fem
bleroient rendre inutiles les ſecours dont elle
a un befoin urgent. Efpérons que les pluies ,
dont Paris & fes environs ont été arrofés
depuis quelques jours , auront également
vivifié le refte du royaume.
Un particulier de Beaumont de Loumagne ,
voulant faire curer fon puits , qui s'étoit defféché
, y fit defcendre un homme qui bientôt après
avoir commencé fon travail , fut obligé de remeň .
ter , à caufe d'une extrême défaillance dont il fe
Textit preffé.
Il y redefcendit le lendemain , & fe fentit attaqué
du même mal , mais fi vivement qu'il tomba
en fyncope. Le maître n'entendant plus travailler
, parle à cet homme , qui ne lui répond point.
Auffi-tôt il appelle du fecours. Un jeune homme
defcend vite pour fecourir ce malheureux ; à
peine eft - il au fond du puits , qu'il tombe luimême
évanoui fur fon camarade .
La confternation & la crainte s'emparent de
tous ceux qui font préfens. Aucun ne veut rifquer
le fort que viennent d'éprouver les deux prémiers.
Cependant un troifième fe fent affez de
courage pour defcendre dans le puits , mais à
condition qu'il fera attaché par le milieu du
corps à une corde affez forte pour qu'on puiffe
le remonter en cas d'événement. En effet , d
peine eft il au milieu du puits qu'il le fent fuffoquer
; il crie qu'on le remonte ; & fans les
f 4
( 128 )
prompts fecours qu'on lui adminiftra , il auroit
péri comme les deux autres , que l'on tira du
puits avec des crochets : on ufa de l'alkali fuor
& de bien d'autres remèdes , pour tâcher de les
rappeller à la vie après avoir donné quelques
foibles marques d'exiftence , ils fermerent let
yeux à la lumiere .
:
Sang connoî re la véritable caufe d'un pareil
malheur , l'on préfume qu'il doit y avoir quelque
foffe d'aifance affez près du puits, & que cette folle
ayant crevé , par le travail du Curear , le puits
fut rempli d'air méphytique , qui donna la inert
à ces deux malheureux ouvriers.
Le particulier , dont on a lu le fignalement
dans ce Journal , & qui demande une
femme par la voie des papiers publics, avoit
omis une condition effentielle , favoir de
défigner les qualités qu'il exige dans celle
qu'il invite à partager fon coeur & fon état .
Comme , fans cette précaution , les réponfes
pourroient être innombrables , il eft bon
de les prévenir par l'extrait de la fecondelettre
que vient de nous écrire M. de...
Le défaut le plus ordinaire chez les femmes eft
la coquetterie : c'est celui qui me les feroit mêprifer
, fi l'on pouvoit mépriser ce qu'on aime.
Je voudrois donc que ma femme ne fût pas coquette
, fans être dépourvue du defir de plaire qui
embellit fon fexe.
Le defir d'éure paré n'eft pas precifément de la
coquetterie mais je ne voudrois pourtant pas
que ma femme eût ce goût effréné de la toilette ,
fi commun de nos jours . Ce brillant attrait de
gaze , de fleurs , de plumes , de linon , qui charge
pefamment la tête de nos jolies femmes , ne les
embelit point. Je n'en veux qu'une preuve .
Quandl'heure du berger les met fcus les arines ,
( 129 )
e'lès s'en tiennent au fimple bonnet , à un élégant
& frais négligé ; alors elles font bien plus
intéreflantes. Delfinez vous ainfi ma chere .
femme , quand vous m'enverrez votre portrait.
Demanderai - je qu'el'e foit jolie ? C'est ici ,
Monfieur , que la main me tremble ..... Hé
bien ! toute réflexion faire , jolie foit . Si je
fuis , comme dit Montaigne , obligé de dîner à
la fumée du rôt , il y en a bien d'autres ; & je
me réfigne. J'appelle jolie femme celle dont la
figure annonce un mélange d'efprit & de fenfibi-
Lité , qui à un air doux & prévenant , joint
un jeu de phyfionomie piquant ; celle qui dans
fes manieres de dire & de faire , a une certaine
grace qu'on fent mieux qu'on ne la définit ....
Je ne voudrois point d'une fuperbe femme ce
feroit beaucoup trop pour moi d'avoir tous les
hommes pour ennemis .
t
Qu'elle ne foit ni trop grande , ni trop graffe;
ces tournures leur donnent un air folemnel qui ne
me plaît pas ... Brune ou blanche , l'écorce n'y
fait rien.
Je ne la voudrois point bel - efprit , tranchant
& décidant fur tout moins encore ce qu'on appelle
femme favante. Madame Dacier m'eût ren-.
d fou ; j'aimerois autant êpouler Saumaiſe ou
Cafaubon. D'ailleurs je n'ai point oublié que
dè , le tems de Martial , les maris faifoient des .
folécifmes .
Qu'elle ne foit point ce que , depuis quelque
tems , on appelle philofophe : parce que j'ai remarqué
qu'un grand nombre d'elles avoient fauffé
rétymologie du mot.
L'éducation entre pour trop de chofes dans le
bonheur de la vie pour n'en pas défirer dans ma
femme je voudrois donc que fon efprit fut cultivé
; qu'elle eût une teinture des grands événe.
f 4
( 130 )
mens paffés , & qu'elle fût diſpoſée par fön int
truction , à prendre part à ceux qui fe paffent fous
fes yeux. Je n'exige pas qu'elle ait lu Vopifcus
ou Ducange ; mais je ne voudrois pas qu'elle prît
Frédégonde pour une Romaine, ou Cornélie pour
une Grecque, Epoufer une femme fans éducation,
c'eft s'attacher vivant à un cadavre.
• J'y veux un autre point :
C'eft de l'efprit , car les fots n'aiment point.
J'appelle efprit cette facilité de dire avec agrément
des chofes qui nous égaient ou nous émeuvent
, en réveillant en nous plufieurs idées ou
plufieurs fenfations. Le goût ne confifte qu'à les
choifir.
Je ne prendai pas ma femme dans la roture.
Je m'explique. Le talent chez les femmes eft de
qualité , l'efprit n'est que noble , tous les fots font
roturiers.
Que ma femmefoit modefte , & même un peu
timide. Je ne faurois foutenir ces regards effrontés
qui paroiffent difputer d'audace avecun homme.
Qu'elle foit honnête & chafte , fans reffembler
cependant à ces dragons de vertu , dont la faulle
pudeur fe gendarme contre ce qu'elles ne devroient
pas favoir.
Je voudrois qu'elle eût un coeur tendre & un
caractère prévenant : fans l'ua , point de bonheur
dans le mariage ; & fans l'autre , c'eft affifter à un
banquet fans y être invité .... Je ne vois pour
moi point d'obftacle à glaner au champ, du veuvage.
L'âge que je defire en elle , c'eft qu'elle ne foit
pas au- deffous de dix - huit , ni au-deffus de
trente- cinq ans. Plutôt , le fruit n'eft pas mûr ;.
plus tard , il commence à l'être trop .... Je ne
veux point d'une vieille femme ; il faudroit la
chatouiller pour la faire rire. J'en ai perdu
l'habitude.
( 131 )
Quant à la fortune ; je veux qu'elle ait au
moins mille écus de rente. Je me furfais fans
doute , & l'on me trouvera trop exigeant peute
être mais je ne m'en excufe pas. C'eſt un défaut
que j'avois omis dans mon portrait , & qui
n'eft maintenant que trop énoncé.
J'avertis cependant , Monfieur , qu'il eft des
chofes fur lefquelles je pourrois compofer un
peu ; & cette réflexion me détermine à demander
fon portrait à celle qui fe décideroit à devenir ma
chere épouse.
M. de.... eft délicat & difficile ; il ne
fera pas aifé de le fatisfaire . Jufqu'ici du
moins les différens portraits que nous ont
fait paffer leurs originaux , quoique piquans,
péchent tous par quelque trait ; l'article de
la fortune eft fpécialement en défaut , & les
diverfes correfpondantes qui fe font mifes
fur les rangs , ne s'annoncent qu'avec une
dot de 1500 liv . de rente. La plus fincere
de toutes , fi elle n'eft la plus belle , & compatriote
de M. de.... lui envoye le tableau
fuivant.
Ma taille eft de 4 pieds , 4 pouces , j'ai de l'em
bonpoint ; les épaules baffes & très - écarrées , læ
taille paffablement bien faite , & proportionnée ,
dit on ; la figure allongée , le front grand , les
cheveux mal plantés ; les fourcils épais ; les yeux
d'un brun clair , plus grands que petits , plus
longs que ronds ; le regard affez vif ; le nez un
peu large ; la bouche grande ; les levres un peu
épaifles & vermeilles ; les dents propres , & à moirié
mal rangées ; le teint pâle & des rouffeurs.
Voilà un début qui n'eft pas fait pour plaire
m'allez-vous dire peut- être . J'avoue , Monfieur,
£ 6
( 132 )
que dans ce détail il n'y a rien de joli ; mais
je le dorne tel qu'il eft. Le refte du portrait ne
fera non plus , ni flatteur , ni flatté.
Ma fortune étant bornée , & n'ayant l'espoir
d'en avoir un jour qu'autant que vous en avez
à préfent , c'eft à-dire , environ 1500 liv. de
rente , mon éducation n'a pas été brillante ; par
conféquent j'ai l'efprit peu cultivé ; mais je le
crois jufte. J'ai l'humeur gaie , prompte , bruf
que & franche ; l'imagination vive ; le coeur
droit ; les idées un peu fingulieres ; mais la conduite
unie ; cédant aux circonftances , & conformant
allez volontiers mon caractere à celui de
chaque perfonne avec lefquelles je vis. J'ai
l'ame fenfible , & me défole facilement ; je ne
fais point tromper , je ne dis que ce que je penfe
; je ne hais perfonne ; peu de gens m'amufent
, perfonne ne m'ennuye ; j'aime à rendre
fervice , fans avoir l'air de m'en empreffer ;
mais j'y fuis toujours prête , & rien ne me coûte
pour obliger ; j'aime peu l'argent , je fais le ménager
, & ne regrette jamais celui que je dépenfe.
Je fuis propre par goût , fans élégance ;
aimant l'ordre , principalement dans les chofes
effentielles , car j'en manque par fois dans les
chofes fimples ; j'aime la fociété , & vis prefque
feule ; mes occupations me tiennent leu
de tout ; je fuis , quand je le peux , ce qu'on
appelle le grand monde ; mes goûts dominans
1ont : la mufique , la peinture , l'écriture , les
Ouvrages propres à mon fexe , la converfation
de mes amis , & la lecture quand je n'ai rien
de mieux à faire . Je détele le jeu , par goût,
& par raiſon , fans blâmer ceux qui s'en amufent.
Mes goûts ne varient point ; je ferai demain
ce que je fuis aujourd'hui , & ce que j'é-
Lois hier. Malgré les contraftes & les bifarreries
( 133 )
peut - être , que renferme ce tableau , je plais
bien des gens ; même aux femmes railonnables.
J'ai auffi des amis , & ces amis ont du mérite
, & font généralement eftimés ; que vous
veuillez en augmenter le nombre , ou que vous
ne veuillez pas ,
Je fuis , &c . &c . **** .
Penfionnaire au Couvent de......à Rennes.
Nous demandons pardon aux autres con
currentes de garder le filence ; mais ce commerce
épiftolaire embrafferoit le Journal ent
tier , qui n'eſt point un recueil de contrats
de mariages. Une galerie de jeunes & jolies
perfonnes feroit fans doute plus attrayante
que des nouvelles politiques , & nous avons
intérêt de ne pas gâter nos lecteurs par des
épiſodes trop féduifans. į
Madame Adélaite de France entra à Riom
en Auvergne , le 30 du mois dernier , fur les dix
heures du matin , au bruit du canon , au fon de
toutes les cloches , & aux acclamations du peur
ple. Le régiment de Royal - Navarre , Cavale
rie venu exprès de Clermont dès la veille ,
plufieurs brigades de Maréchauffée , la Milice
bourgeoife, & des corps nombreux de volontaires
fous les armes , formoient une double
baie , depuis la porte d'entrée jufques au parvis
de l'Eglife Collégiale de faint Amable , où Madame
defcendit de fa voiture.
Mgr. l'Evêque de Clermont , revêtu de tous
fes ornemens pontificaux , à la tête du Clergé
nombreux de cette Eglife , reçut la Princeffe ,
lui donna l'encens , & eut l'honneur de la com→
plimenter. Madame de France entendit la Mefle
dans le coeur : Mgr. l'Evêque de Clermont fit
à côté de cette Princeffe les fonctions ordinaires
de premier Aumônier.
( 134 )
Dès que Madame de France fut arrivée
l'Hôtel - de-Ville , toutes les compagnies s'y rendirent
pour lui offrir leurs refpects . Elles furent
accueillies avec la plus grande bonté. Pendant
le dîner de Madame il tomba une grande
pluie très - abondante , qui étoit defirée depuis
deux mois : Cette circonftance heureuſe doubla
la joie publique , & la Princeffe daigna montrer
combien elle y étoit fenfible. Madame ,
accompagnée de toute fa Cour , fe rendit de
bonne heure à la promenade , où fe trouva
toute la Ville , Des grouppes chofis de payfans
& de payfannes danfoient de tous côtés au fon
des inftrumens ; Madame parut s'en amufer ; eile
leur parla , & leur fit des libéralités , qu'elle
étendit dans le jour fur les divers hôpitaux .
A l'entrée de la nuit , la ville fut toute ile
luminée. Riom eft très avantageufement fitué ,
bien bâti & très bien percé : Le coup- d'oeil
parut plaire à Madame. Il y eut bal . Dès que
la Princeffe fut rentrée , la pluie recommença ,.
elle dura une grande partie de la nuit , & prefque
la matinée du lendemain : Vous en aviez
bien befoin , dit la Princeffe , je la vois tomber
avec bien du plaifir.
, A dix heures du matin Madame partit au
bruit du canon & de toutes les cloches , pour fe
rendre à Vichy , rejoindre Madame Victoire fa
foeur.
Des perfonnes remplies de zele , d'humanité
, fouvent d'expérience & de lumieres ,
nous adreffent différens projets fur des
points d'adminiftration publique les plus
délicats , fans confidérer que ce Journal ne
peut admettre ni ces réclamations ni ces
avis. Il ne dépend point de nous de remplir
1
7135 )
à cet égard , les falutaires intentions de nos
correfpondans ; mais nous ferons toujours.
foigneux d'extraire de leurs lettres ce qui ne
paffe point les bornes très - étroites de ce
Journal. Par exemple , le paragraphe ſuivant
nous femble mériter d'être connu.
Aux avis que vous donnez dans votre nº. 24.
pour ſuppléer à la rareté des fourages , on peut
ajouter de couper des fougeres , les faire à moitié
fanner pour les conferver ; fcier le bled le plus
près poffible de la terre , afin d'avoir une plus
grande quantité de paille..... Car ordinairement ,
dans la majeure partie des pays , on ne la coupe
qu'à moitié , & le refte forme ce qu'on appelle
paille noire , qui n'eft recolté que dans l'hiver ,
pour faire de la litiere aux beftiaux ..... Il y a
beaucoup de perte cet ufage , perte du tems
& de la matiere.....
à
On ne connoît dans ce pays , pour faire des
prés artificiels , que la luzerne & le faiqfoin ,
prefque pas le treffle , nullement le lupin , dont
il eft parlé dans votre Mémoire de la Pruffe... ( *)
L'oca que M. de Marmontel , dans fes Incas ,
Chap. XX , dit être une racine favoureuſe , n'eft
pas non plus connue ..... La pomme - de - terre
fimplement dite , le canada , le topinambour
commencent à être un peu en ufage..... Les
gros navets pas encore..... La plante nommée
la téef, par M. de la Condamine , feroit a defirer
, fi , comme il le dit , venant à maturité
elle eft excellente pour les beftiaux , & la tige
propre à faire du pain.
(*) L'auteur de la Lettre pouvoit ajouter la pim
prenelle , qui fait une des richeffes des prairies en
Angleterre.
( 136 )
Je pense qu'il feroit à - propos de confeiller
la culture du bled de Sibérie , & du bled noir
ces deux efpeces rendent , craignent peu la féchereffe
, & font de bon pain , on peut les lemer
jufques dans le mois de Juillet ..... Ce n'eft
pas le tout de confeiller , il eft à defirer qu'on
falle parvenir les diverfes efpeces aux gros prob
priétaires ..... Et pour donner des lumieres aux
plus petits particuliers , faire inférer dans les
a'manichs ( unique livre du peuple ) ces difcours
, documents , & retrancher les inepties qui
s'y trouvent..... Ce moyen ne fera pas difpendieux
pour l'état.
Line feuille de province raconte en ces
termes un marché fort plaifant.
"
Un Perruquier buvoit dans un cabaret, Entre
un Boucher qui portoit un veau. Le Perruquier
Jui dit combien la livre de votre veau ?
Six fols . Bon fix fols ? Une épingle.
Une épingle , eh bien tope , pourvu que vous
doubliez toujours de livre en livre jufqu'au
poids total du veau. Le Perruquier croyant faire
un excellent marché , confent , prend des té.
moins & donne fa montre en gage. Ils fortent
, & vont enſemble au Poids -du-Roi ; l'animal
p : fe 47 livres. Il s'agit de favoir combien
il en coûtera d'épingles au Perruquier : ils calculent
autant qu'ils le peuvent , & fe perdant
bientôt , ils vont chercher de l'aide . Enfin le
Boucher confent à s'arranger pour vinge écus .
Le Perruquier effrayé l'amene chez le Juge ,
conte fon aventure , & offre fix francs au Bou
cher , qui les refle & va chercher un Procureur
qui veuille bien fe charger de cette affaire.
. Dès le lendemain on eft inftruit de cette
affaire originale ; og additionne a perte de vue.
( 137 )
Additionnons auffi comme les autres me rappellant
mes vieux principes de mathématiques ,
je me dis : Nous avons ici une progreffion géomérique
de 47 termes , dont le premier eft un
& la raifon deux ; il faut donc pour trouver le
dernier terme , élever le quorient à la 46°. puiffance
, & pour trouver la fomme de tous les
termes doubler le 47c . ou dernier terme , & que
j'en retire , fuivant la loi de la progreffion
dont il eft ici queftion . Cette premiere opération
faite, je trouve , fauf erreur, & abondonnant
le calcul aux amateurs pour le rectifier , s'il y a
lieu , je trouve 140,607,387,875,327 épingles ,
qui , réduites en milliers , font 140,627,387,875
milliers ; plus 327 épingles , lefquelles à 10 f.
le millier , donnent la fomme en liv. tournois
de 70,313,693 937 liv. 13 f. 3 d.
;
En comparant cette fomme aux revenus de
la France , qui font d'environ 600,000,000 , je
trouve qu'il faudroit à peu près 117 ans de fes
revenus pour payer ce fameux veau ; ou bien
s'il falloit à ce Boucher une femme comptant
. ( le numérataire de la France étant de 2,200 , -
000,000) il faudroit que plus de trente Royaum:
s , auffi riches que le nô re , miffent tous
leurs capitaux en maffe pour fatisfaire le vendeur.
D'où je conclus que le Boucher et réellement
trop modefte , de n'exiger que vingt écus ,
& qu'il eft malheureux qu'une auffi bonne affaire
pour lui fe trouve réalisée.
Le 23 Juin , le feu prit à l'une des premieres
maisons de Quincey , village à trois
quarts de lieue de Nuits en Bourgogne. Le
vent étoit violent , & fouffloit précisément
dans la direction de la rue tranfverfale de
çe village. En une heure & demie quarante
( 138 )
maifons furent confumées ; dix à douze fett- .
lement échappées aux flammes , par la vi
gilance de M. Cortois , Seigneur du lieu
& par le zele du Curé. Il ne refte de beftiaux
que ceux qui étoient alors aux champs.
La perte eft évaluée 120,000 liv.
Les Religieux de la Merci & de la Trinité
au nombre de quatre , Commiffaires députés par
Sa Majesté fe font rendus à Marseille . pour y attendre
la Frégate qui doit porter les 300 Efclaves
François rachetés dans le pays d'Alger.
Le rachat de ces 300 Efclaves a coûté 573094
livres. Les fonds qui avoient été ramaflês dans
les différentes Provinces , depuis la derniere Redemption
, n'ayant pas fuffi , ces Religieux ont
été forcés d'emprunter 87000 liv.; on a lieu
d'efpérer que les bonnes ames voudront les aider
de leurs fecours , afin qu'ils puiffent fournir ,
tant aux frais du voyage de ces infortunés , qu'à
leur veftiaire , & au viatique que l'on le propofe
de leur donner , pour le rendre dans leur
Patrie.
Les charités feront reçues par les R. P. Decamps,
Commandeur , Ruffat , Procureur- Général
des Esclaves , & Coffaune Syndic.
Le 9 Juin 1785 , le fieur Charles Godart,
ancien laboureur , demeurant à Gizancourt,
près Sainte - Menehould , diocefe de Châalons-
fur- Marne , âgé de 83 ans , & Louife
le Seure fon époufe , âgée de 86 ans , ont
célébré dans l'églife dudit Gizancourt la
foixante unieme année de leur mariage , en
préſence de leurs enfans & petits - enfans , au
nombre de so .
Marie -Anne-Jeanne- Françoife de Sauva(
139) )
ger-Defelos , veuve de Charles - François ,
Comte de Froullay , Lieutenant général des
Armées du Roi , & fon Ambaffadeur près la
République de Venife , eft morte à Paris , le
25 de Mai , âgée de près de 87 ans.
PAY S - B A S.
DE BRUXELLES , le 11 Juillet.
Nous apprenons de Vienne , que l'Empereur
arrivé à Milan le 18 Juin , devoit être
de retour dans fa capitale , le 11 de ce mois .
On parle d'un camp de 25 mille hommes
en Automne & dans les environs de Machren
, d'un autre camp de 60 mille hommes
en Bohême , & d'un troifieme de 80 mille
hommes près de Peſt.
Les mêmes lettres contiennent les triftes
circonftances de la mort du Comte de Fries,
annoncée plus haut , art. de Vienne.
Le 13 de Juin , il fit un voyage de plaifir à
Kettenhoff, pour y vifiter fon neveu , qui poffede
une fabrique dans cet endroit. Le 17 il fe
rendit de-là à la terre de Voeslau , accompagné du
médecin & du dire&eur de la fabrique de Kettenhoff.
Dès qu'on le fut ici , on lui envoya le
gouverneur du jeune comte & fon valet de chambre
pour lui tenir compagnie. Le 19 le comte
fonna vers les quatre heures du matin ; il fe plaignit
de la chaleur & d'un malaife général . Il fe
fit habiller ; & quoiqu'on lui repréfentât que la
fraîcheur du matin pourroit lui nuire , il fortit
de fon appartement & alla refpirer l'air dans le
'( 140 )
jardin. Le chaffeur qui l'accompagnoit le quitta
un inftan: pour aller s'habiller. A fon retour , il
ne retrouve plus fon maître. Après bien des rccherches
inutiles , il apperçoit la canne du com e
qui furnageoit au deffus de l'étang du châ eau ;
& bientôt après il retire du fond de l'eau le corps
inanimé de fon maître , près de l'endroit où le
comie avoit coutume de s'affeoir. ' Dans l'ou- .
verture qui fe fit du cadavre , on trouva les inteftins
gangrénés , & toutes les marques d'une
apoplexie , dont l'attaque fubite a fans doute été
la caufe de la chute du comte dans l'étang, M. de
Fries , mort à l'âge de 67 ans , eft univerfellement
regretté. Ses qualités perfonnelles & les fervices
effentiels qu'il a readus à l'Etat en y faifant
fleurir le commerce , l'avoient fait généralement
chérir & timer.
Le defir de vivre en paix avec tout le
monde prévaut aujourd'hui dans plufieurs
des Provinces Unies. Celle d'Utrecht a
adopté l'avis des provinces de Zélande &
de Groninge fur le sidicule démêlé avec
Venife. Elle trouve que la fituation des chofes
ne permet pas de fonger à une rupture ;
que cette difpute n'a pour objet que l'inté
rêt de deux négocians , & qu'il vaut
mieux s'arranger que fe battre ; qu'en conféquence
il convient de renouer le plu
tôt polible les conférences avec M. Torniello
, Réfident de Veniſe à Londres ,
tuellement à la Haye.
ac-
Le bourgeois de la Haye qui , dans le
mois de Mars dernier , s'étoit avifé d'envelopper
les marchandifes qu'il vendoit dans
du papier exuleur d'orange , a été con(
141 )
damné à une annee de prifon & à deux ans
de banniflement.
Le 29 Juin, la garnifon & les habitans
de Maltricht ont été témoins d'une fcene
bien attendriſfante.
·
Un très jeune foldat du régiment du
prince de Bade , natif de la principauté de
Liege , ayant été atteint & convaincu du
crime de défertion , avoit été condamné ,
felon les ordonnances , à avoir la tête caffée.
En conféquence , tout étoit déja difpofé
pour l'exécution ; le criminel fut conduit fur
la place au milieu du cercle formé par les
troupes ; on fui lut fa fentence ; on lui ceignit
le bandeau fatal ; & au moment où les
fpectateurs remplis d'effroi , s'attendoient à
voir donner le fignal de la mort , ce ſignal
fut celui de fa grace , qui lui fut annoncée
par S. A. S. le prince de Heffe Caffel.
Depuis long-temps on n'avoir vu à Spa
un pareil concours d'étrangers de la plus
haute diſtinction. L'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays Bas , le Duc de Saxe-
Tefchen fon époux , l'Electrice dorairiere
de Baviere , la Princeffe Cunégonde & le
Prince Xavier de Saxe , le Duc Louis de
Brunswick , s'y trouvoient réunis au commencement
du mois dernier.
Le différend de M. le Comte de Gerfford
avec M. Favre , ancien Secrétaire de
légation prullienne à Madrid , a été enfin
vuidé , près d'Aix la Chapelle , à la fatisfaction
des intereflés. Voici les circonstances
( 142 ) }
>
de ce duel , telles que les raconte une lettre
authentique d'Aix -la , Chapelle du 29 Jun . *
M. Le comte de Gersdorfétant parti de Saxe
arriva hier au foir dans les environs de notre
ville , & en fit inftruire M. Favre qui s'étoit
rendu ici. Il fut convenu que l'on le battroit aú
piftolet , & que l'on tireroit jufqu'à ce que M.
le comte crut pouvoir être fatisfait . En conféquence
ce matin à fix heures ; ces MM . avec
leurs feconds fe rendirent à l'endroit indiqué ,
où il y avoit plufieurs fpectateurs des environs ,
& entre autres fix à fepc Officiers de différentes
Puiffances. Les deux combattans ſe mirent à
quinze pas de diſtance. M. le comte tira le premier
, il manqua ; alors M. Favre lui demanda
fi il étoit content . Sur la réponſe en negative ,
M. Favre tira fon coup , qui manqua auffi , M. le
comte prit un fecond piſtolet , tira : M. Favre lui
ayant ripofté auffi fans effet , on rechargea les
armes. Dans cet inftant , M. Favre s'approcha de
M. le comte de Gerfdorf , & lui dit qu'il croyoit
qu'ildevoit être fatisfait . Au moment même , MM.
les Officiers fpectateurs s'approcherent , & fe
joignirent aux inftances de M. Favre , repréfentant
que l'honneur fatisfait , l'humanité devoit
reprendre fes droits. M. le comte de Gersdorf
, quelques fentimens que fon coeur lui infpirât
, ne crut pas devoir céder à ces inftances
attendu que les bruits répandus dans le public, &•
qu'avoit accrédité la lettre inférée dans le courier
du Bas- Ryn , que toutes les Gazertes avoit
copiées , ne lui permettoient pas d'entendre à
aucun arrangement. M. Favre lui ayant répondu
qu'il défavouoit toutes ces lettres , MM. les
Officiers lui propoferent d'en donner une déclaration
autentique , dont M. le comte pour-
Foit faire tel ufage qu'il jugeroit à propos. Il
( 143 )
confentit à cette demande : voici l'extrait de cette
déclaration,
M. Favre confent qu'elle foit inférée dans
les papiers publics. .11 déclara que les lettres
dont ont fait mention les gazettes , ont été
publiées à fon infçu. 11 defavoue publiquement
tout ce qui a été écrit de déshonorant
& de défavantageux dans cette affaire , pénétré
& convaincu que les démarches de M. le
comte ont été guidées par les fentimens d'hon
neur qui ont toujours caractériſé la conduite.
Un des Officiers fpectateurs ayant offert fon
Portefeuille , a écrit cette déclaration fous la
dictée de M. le comte de Gerfdorf. M. Favre
la fignée & remife à M. le comte , qui , fa
tisfait , a reçu la déclaration & l'on s'eft féparé.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Demande en réduction de legs pieux.
Il n'y a pas de plus grands obſtacles au fuccès
d'une demande , que le défaut d'intérêt ou de
qualité pour la former , & les fins de non- recevoir
qu'on a foi - même fournies avant de l'intenter
: entrons en matiere La Dame Lacour ,
domiciliée dans une Coutume , qui permet réciproquement
les dipofitions à caufe de mort
entre maris & femmes , inkitua ſon mari fon
légataire univerfel , en toute propriété , de tous
(1 ) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de is liv. par an , chez M. Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 144 )
fes biens , meubles , conquêts , immeubles , &
du quint de fes propres , à la charge par la fucceffion
de fon mari de payer 20000 liv. aux Curés
des Paroifles d'Amiens , pour être par eux
diuribuées aux Pauvres. Au décès de la
Dame Lacour , fon mari forma fa demande en
délivrance des legs contre les héritiers . Ceux - ci
ne trouvant aucuns moyens pour attaquer ce
legs univerfel , confen: irent purement & fimplement
à fa délivrance , & à l'exécution du teftament
; en conféquence , Sentence contradictoire.
interyint , qui ordonna l'exécution du teftament
de la Dame de Lacour , aux charges , clauſes &
conditions y portées . Le fieur de Laccur eft
décédé avant que la fucceffion fût liquidée ; mais
il avoit inftitué le fieur Fontaine , fon neveu ,
fon Légataire univerfel. Celui - ci a continué
les opérations ; il fe difpofoit même à faire
la remiſe des 20000 1. aux Curés des Paroilles
d'Amiens , lorfqu'il fut arrêté par cinq prétendus
héritiers de la Dame de Lacour , qui
demanderent que la difpofition faite en faveur
des Pauvres fût réduite. Le fieur Fontaine
dénonçà cette demande aux Curés Légataires
des 20000 liv. Ceux ci firent affigner en mainlevée
les oppofans . , & demanderent contre le
fieur Fontaine & les héritiers , la remife des.
20000 liv. , avec les intérêts. Les premiers
Juges ont ordonné la remife des 20000 liv.
aux Curés des Paroiffes d'Amiens , avec les in-.
térts , à compter du jour du décês du fieur de
Lacour. Appel de cette Sentence. Arrêt
du 21 Mai 1785 , de conformité qui a mis l'arpellation
au néant , ordonné que ce dont eft appel ,
fortiroit fon plein & entier effet , condamné les
Appellans en l'amende & aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE,
DE HAMBOURG , le 7 Juillet.
ERS la fin du mois dernier , une nou-
VERvelle inondation a ravagé la haute Siléfie.
Le cours des poftes a été fufpendu : divers
couriers ont failli refter dans les fondrieres
, & une partie des toiles étendues fur
les blanchifferies a été entraînée par les eaux .
Plufieurs maiſons du fauxbourg de Schweidnitz
, déja ébranlées par la premjere inondation
ont cédé à la fureur de celle- ci ; autour
de la ville , les grains & les foins font
totalement perdus.
Le Roi de Suede arriva le 8 Juin à Calfcrone.
S. M. après un féjour de quelques
heures , s'embarqua fur le yacht l'Amadis ,
qui a dû la conduire en Finlande.
Voici un état exact de la valeur des marchandifes
efpagnoles ou étrangeres , expor-
N°. 30 , 23 Juillet 1785 . 1
g
( 146 )
tées des ports d'Efpagne pour l'Amérique
pendant l'année 1784.
Ports. Marchandifes Marchandifes
Réauxde veillon.
Cadixi
Malaga,
Séville .
Bercelonne
Corogne .
St. Ander .
Tortofa
• " 19,637,965
Espagnoles. Etrangeres .
143,891,263 218,253,107
1,430,109
6,271,373 3,054,365
12,263,177 2,124,069
6,457,595 3,996,200
3,671,501 9,01,7374
• 766,918 28,953
Gyon • 420,154 1,019,047
Inles des Canaries, 2,497,415
Total , 195,885,361 238,923,219
Total général de la valeur. 424,808,580
17,080,414
Ces marchandiſes ont payé
en droits la fonime de
Pendant la même année 1784 il a été importé
de l'Amérique en Eſpagne , la valeur
fuivante foit en argent, foit en marchandifes..
Port,
Cadix .
Malaga.
Barcelonne
Argent compt. Marchandifes.
& pierres préc. évaluées en arg,
829,716,470 299,075,708
1,860,554
8,123,320 ·
Corogne
• •
10,214,060
74,128,324
St. Ander . 4,084,340
Inles des Canaries , 10,980,700
9,900, 194
10,097,430
5,256,980
Total , 929,123,894 334,393,886
Total général... 1,263,517,779.
Réauxde veill
L'importation furpaffé l'ex-
147 )
portation de •
828,789,200
Les
productions
du crû de la
Pologne
arrivent
à
Dantzick
en
abondance
, & l'on
attend
inceffamment
beaucoup
de
bâtimensy
chargés
de feigle. Il paffe
auffi de
grandes
quantités
de blé à
Elbingue. Le prix du feigle
eft
beaucoup
diminué ; on en
payoit le
laft , il y a
quelque
temps
210
florins , &
actuellement
il eft
vendu
pour 190 .
Depuis le 14 jafqu'au 20 de Juin , il eſt arrivé
au Sund 281
bâtimens de diverfes Nations. O
comptoit dans ce nombre plufieurs bâtimens
Hollandois , chargés de bois de
conftruction &
de
planches , & venant , les uns de Narva , les
autres de
Wibourg .
Selon les
dernieres lettres de
Conftantinople
du 9 Juin , il y eft arrivé 3
nouveaux
Confuls Ruffes ; l'un va à
Alexandrie où il réfidera
en
qualité de
Conful
général en
Egypte
; les 2 autres font des vice
Confuls , dont
l'un pour l'ifle de
Rhodes , & l'autre pour
celle de
Chypre.
On porte à 31 le nombre des Grands qui
ont fubi le
malheureux fort de l'ex- Grand-
Vilir.
Haffan
Pacha a été
nommé au
gouvernement
d'Oczakow ;
Aifdolu
Pacha à celui
d'Ifmail ; Seid
Achmet à celui de
Siliftrie ,
&
Hazine
Ifmaël
Pacha à celui de
Bofnie.
Le
Journal
Politique qui
s'imprime ici , offre
les détails fuivans fur les
Colonies dans le Duché
de Brême. Ce Duché ,
comme on fait , eft rempli
g 2
( 148 )
de marais . Déja , vers le milieu du dernier fiécle,
on a commencé à en deffécher une partie & àles
rendre propres à l'Agriculture. L'étendue de marais
defléchés forme actuellement plus de 38,102
arpens ; les villages qu'on y a établis fucceffivement
, montent à41 , & renferment une popula
tion de 3,114 ames .
DE VIENNE , le 8 Juillet.
Depuis le 26 Juin , le Danube a baiffé
journellement , & eft entierement rentré
dans fon lit. On avoit exagéré d'abord les
dommages occafionnés par cette inondation
. Les trois ponts fur le fleuve , qu'on
craignoit de voir entraînés par l'impétuolité
des courans , n'ont reçu aucun mal. Dans
la matinée du 22 , on apperçut un berceau
furnageant fur le fleuve des bateliers l'ayant
atteint , ils y trouverent un enfant pailiblement
endormi. Ce nouveau Moïfe fut auſſi
tôt porté à la maison des orphelins,
Le Prince de Kaunitz , Chancelier d'Etat ,
a fait expédier pour les Députés hollandois
qui font attendus ici , des paffeports qui
leur permettent de faire entrer librement
dans les Etats de S. M. I. les meubles ,
effets , vins & autres provifions de bouche ,
pour lefquelles ils avoient demandé la periniflion.
Mais les caiffes , coffres , & c. feront
affujettis à la vifite de la douane .
Un gros bâtiment , appartenant au Comte de
Fefteries , & chargé de marchandifes des Etats149
)
Héréditaires , a paffé près de Sirmic fur le Danube
; une partie de fa cargaiſon eſt deſtinée pour
Buchareft , & l'autre pour Cherfon . On voit paffer
fouvent pour la Mer Noire des bâtimens de Triefte
de Fiume , chargés de draps , de porcelaine , de
de fer, de fucre & de café .
verre ,
Il eft décidé actuellement que la Bukowine
fera incorporée à la Gallicie.
Les ex-Jéfuites , qui occupoient ici leur
ancien noviciat de Sainte - Anne , ont reçu
Fordre de le quitter . On affure que cet édifice
fera deftiné aux Académies des beauxarts.
L'Empereur eft de retour ici depuis le 3 .
DE FRANCFORT le 12 Juillet. ›
Le Comte d'Ofterman , Chancelier de
l'Impératrice de Ruffie , a fait remettre de la
part de fa Souveraine , une lettre circulaire
à tous les Miniftres des Puiffances , réfidens
à Ratisbonne . Cette lettre concerne , dit- on ,
les bruits d'échange de la Baviere , & porte :
Que comme les bruits qui ont couru fur cet
échange ont caufé aux différens Etats de l'Empire
des alarmes plus ou moins vives , felon que
lefdits Etats font plus ou moins intéreffés à s'oppoſer
à cet échange , quoique s'il fe fût effectué
les Parties contractantes y euffent procédé d'une
maniere à ce que la conftitution du Corps Germanique
n'en eût pas éprouvé la moindre altération
, l'Impératrice jugeoit cependant à propos
que fes Miniftres aux différens Etats d'Allemagne
répondiffent aux demandes qui pourroient leur
g 3.
( 150 )
être faites à ce fujet , que , quoiqu'il eût été que
tion de cet échange , les démarches que S. M. I.
avoit faites à ce fujet , n'avoient été que purement
éventuelles, & pour donner à l'Empereur des marques
de fon eftime . Que l'Impératrice n'avoit eu
nullement en vue par là d'introduire quelques
changemens préjudiciables à la conftitution Germanique
, ni d'y engager qui que ce fût . Qu'au
contraire , dans le peu de démarches qu'elle avoit
faites , elle s'étoit fondée fur la claufe très expreffe
du Traité de Bade , fait fous la garantie de la con <
fédération Germanique , par laquelle claufe , la
maiton ducale de Baviere peut difpofer à ſon gré
de fes Etats , foit par échange , foit autrement .
Que conformément à ce droit , S. M. Imp, avoit
fait aire des propofitions au Duc de Deux Ponts ,
com'me héritier préfomptif; mais que ce Duc ne
les ayant pas acceptées , l'affaire en étoit reftée là.
Le Comte de Trautmansdorf , Miniſtre
de S. M. I. , arriva le 13 du mois paffé à
Waberen , maifon de campagne du Landgrave
de Heffe Caffel , & le lendemain préfenta
à ce Prince fes lettres de créance ; le
Comte de Romanzoff , Envoié de Ruffie
auprès de la. Diete , s'eft rendu également
auprès du Landgrave, & l'on croit ces deux
Miniftres chargés de quelque commiffion
relative à l'échange de la Baviere.
Un Journal économique offre les détails
fuivans fur la population & fur l'induſtrie
de plufieurs cercles de la Siléfie.
On compte dans le cercle de Rofenberg une
population à la campagne , de 16,966 ames ; dans
celui de Grand Streliz , y compris les villes , 13,668 ;
dans celui de Cofel , y compris la ville , 15,924
( 151 )
•
dans celui de Toft, 24,636 ; dans celui de Lublinez
12,066 ; dans celui de Beuthen , à la campagne ,
9,877 , & dans celui de Liegniz , 3,119 feux &
4.C45 familles . On fabrique dans le cercle de Lublinez
des pipes à fumer , de la fayence , du verre,
de la potaffe & du fer , dont on exporte par an
environ 55,000 quintaux . Le meilleur fer de Siléfie
eft tiré du cercle de Beuthen , & nommément
des mines près de Tarnowiz. Dans le cercle de
Toft , on fabrique du laiton , de la poraffe & du
fer , qui monte annuellement à environ 50,000
quintaux.
On comptoit en 1782 , dans la ville de Gruneberg,
fituée dans la Principauté de Glogau , 890
feux , & une population de 5,450 ames ; la principale
branche d'induftrie des habitans , eft la fabrication
de draps , dont il a été envoyé à l'Etranger,
dans la même année , 15,518 pieces.
La population de Konigsberg en Pruffe montoit
en 1782, à 53,414 ames , fans la garniſon , & celle
de Neuzuppin , en 1783 , à 4,034 , fans le militaire
.
Le Comté de la Lippe avoit , en 1782 , une
population de 67,000 ames.
Le Duc regnant de Saxe -Weimar a fupprimé
dans fes Etats les maiſons des orphelins
, qui à l'avenir feront placés chez les
particuliers. La mauvaiſe adminiſtration de
ces maifons , & l'affurance que l'on a donné
au Duc , que les orphelins feroient mieux
élevés dans les penfions , & que l'on pourroit
avec les mêmes fonds en entretenir un
plus grand nombre , l'ont déterminé à cette
fuppreffion.
On apprend de Vienne , que l'Empereur
8 4
( 152 )
a ordonné que dorénavant les chaires de
profeffeurs dans les établiſſemens pour l'inftruction
de la jeune nobleffe , feront remplies
par des laïcs , & que les leçons feront
données aux éleves en langue Allemande.
On a fait paffer 30,000 quintaux de farine
dans les magafins de Budweis en Bohême.
On écrit de Helmftadt , que le Duc de
Brunſwick a ordonné au profeffeur Schnaubert
, de donner aux étudians catholiques
un cours public du droit eccléfiaſtique ,
d'après les principes de l'Eglife catholiqueromaine.
Des liftes authentiques portent le nombre des
naiffances de l'année derniere , dans l'Autriche
intérieure ; favoir , les Provinces de Stirie , de
Carinthie & de Carniole , & les pays y incorporés ,
à 52,961 ; celui des morts à 36,908 , & celui des
mariages , à 12,317. D'après ces donnés , la popu
lation actuelle de ces Provinces monte à 1 ,, 332,660
ames.
On confirme l'exiftence d'une convention
entre la Cour de Vienne & celle de Madrid
, concernant le vif- argent que les Autrichiens
fourniront aux Efpagnols ; la date
de cet accord eft du 24 Mai , & le prix
convenu 82 florins pour le quintal de cette
marchandiſe . Indépendamment des riches
mines de vif argent près d'Idria , il y en a
encore d'autres dans les Etats Autrichiens ,
mais quejufqu'à préfent on n'avoit exploitées
que négligemment. Il fe trouve au - deffus
de Clofterneubourg une veine de vifargent(
153 )
dans le Danube , d'où ce demi métal coule
en abondance.
Un Papier public porte la population actuelle
d'Emden , à 7,968 habitans , fans le militaire. Lè
commerce de cette ville eft très - actif ; le nombre
des bâtimens qui lui appartiennent , monte à 273.
L'année derniere , il y eft arrivé 48bâtimens , &
568 en font partis.
On évalue à 600,000 rixdalers les dommages
qui ont été occafionnés dans les Domaines du Roi
de Pruffe , par les débordemens des rivieres.
ITALI E.
DE ROME , le 26 Juin.
Nous parlâmes dans le temps de la donation
qu'avoit fait de fes biens Dom Amanzio
Lepri , en faveur de Sa Sainteté . Cet
héritage montant à 700,000 écus romains ,
devoit appartenir naturellement au petit-fils
du donateur , né , il eſt vrai , dix mois après
la mort de fon pere. Cette donation ayant
'été attaquée juridiquement , le tribunal de
la Rote l'a caffées à l'unanimité.
Plus l'affaire étoit délicate , tant par le fond de
la matiere , que par la diftin&tion du client qui a
été condamné , plus auffi notre admiration & notre
vive reconnoiffance ont éclaté pour les Juges
qui fe font immortalifés par un Jugement inefpéré.
La belle fille de Lepri s'eft raccommodée avec
l'aïeul de fon fils , & ce vieillard fait éclater aujourd'hui
fa joie fur le Jugement qui redreffe la
faute qu'il avoit commife , en déshéritant le feul
enfant qui eût droit à fa riche fucceffion . Le 7 du
8 .
( 154 )
mois prochain , la mere du jeune Lepri levera ia
Sentence du Tribunal & en fera imprimer 10,000
Exemplaires qui feront diftribués dans le Public
Cette Piece fera d'autant plus curieufe , qu'on y
verra les raifons fur lesquelles le Tribunal a prono
ncé fa Sentence. On croit qu'on pourra déterminer
le vieillard à publier un petit Ouvrage ,.
dans lequel il expofera les moyens dont l'Abbé
Pianta s'eft fervi pour furprendre la donation en
faveur du Pape..
DE LIVOURNE , le 28 Juin..
Le 26 de ce mois , la frégate la Minerve ,
de 40 can. & 300 hommes d'équipage ,.
commandée par le Chevalier Jean Baptifte
Guillichini , & le brigantin il Sparviere, de
16 can. & 60 hommes d'équipage , commandée
par le Chevalier Pignatelli , ont
mouillé dans ce port. Ces deux vailleaux
Napolitains font venus de Genes en deux
jours.
Le même jour , la frégate de guerre hollandoife
le Tigre , de 40 can , & de 400
hommes d'équipage , commandée par le
Comte de Byland , venant auffi de Genes ,
a mouillé dans ce port . Elle n'a point falué.
la place ; & for Capitaine , après avoir tenu
une conférence avec le Conful de fa nation
, a remis à la voile à 10 heures du matin,
fans qu'on ait fcu fa deftination .
Les deux chebecs Napolitains il Difenfore
, commandé par le Chevalier Caracciolo
, & il Vigilante, commandé par
le
tiss Y
Chevalier Comte de la Tour , chacun de
20 can. , & de 200 hommes d'équipage ,
font rentrés dans ce port , venant de la
courſe, Ils ont amené une galere de Tripoli
qu'ils ont prife après onze heures de chaffe.
Cette galere avoit déja amariné & envoié à
Tripoli une felouque Napolitaine , venant
de Marfeille , & chargée de thon mariné.
Par cette raifon il n'y avoit à fon bord que
19 Turcs & 11 matelots de la felouque Napolitaine
, laquelle , pendant le combat a eu
deux matelots tués , & quelques autres bleffés.
Le chebec le Vigilant , à bord duquel
fe trouve l'équipage Turc , & la galere ellemême
font actuellement en quarantaine.
L'Empereur a envoyé en préfent au Mufée
d'Hiftoire Naturelle du Collége de Nazareth à
Rome , caifles , contenant un grand nombre de
productions curieufes de fes mines d'or , d'argent
& autres métaux , comme auffi de fels , terres
foffiles , &c. Cette collection , qui doit fervir à
l'inftruction de la jeune Nobleffe , a été raflemblée
& décrite par le célebre Confeiller Baron de
Born. Elle fera fuivie de quelques autres caiffes
qui completteront la collection des échantillons
de toutes les mines qui ſe trouvent dans les vaftes
Etats de l'Empereur.
Le Roi de Sardaigne a ordonné une aug
mentation dans chaque compagnie de troupes
réglées ; de maniere que fon armée ſe
trouve fur le pied de guerre , fans recruter
de nouveaux corps. Cette méthode paroît
la meilleure , puifque l'on fauve les dépenfes
des Officiers d'Etat Major , & que les re
g. G
( 156 )
crues incorporées en petit nombre avec les
vieux' foldats , font en état en peu de temps
d'entrer en campagne . On tranfporte de
l'artillerie dans nos places frontieres , & on
dit qu'il y aura dans peu une promotion
d'Officiers - généraux.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le
و
Juillet.
L'amélioration des pêcheries fut , l'année
derniere , l'objet des recherches , & fixa l'attention
de la Chambre des Communes.
Avant de prendre une réfolution générale
fur cet objet capital , on fecourut provifoirement
les pêcheurs d'Ecoffe , en faifant diftribuer
dans le nord de ce Royaume un trèsgrand
nombre de bateaux ,propres à la pêche
du hareng. Aujourd'hui , les Communes
viennent de reprendre la chofe en confidération
.
M. Beaufoy expofa que l'acte qui accorde des
primes aux Bâtimens pêcheurs , étant fur le point .
d'expirer , il étoit indifpenfable de rechercher les
caufes du peu de fuccès de ces gratifications. Selon
lui , les gênes impofées aux Pêcheurs avoient
contribué principalement à détruire l'effet des
primes. Les Bâtimens Anglois ne commençant
leur pêche que le premier Août , tandis que les
Hollandois la commencent dès le 24 Juin , on
ne devoit point s'étonner qu'ils le procuraffent
des bénéfices beaucoup fupérieursaux nôtres dans
les différens marchés de l'Europe. Le réglement
( 157_ )
qui enjoignoit à tous les Bâtimens de fe rendre
en certains lieux fpécifiés , ne fervoit qu'à occafionner
un retard difpendieux . L'acte qui limi
toit les exportations du fel & du charbon le long
des côtes , étoit la fource d'un autre inconvé
nient.
M. Beaufoy ayant propofé au Comité
quelques Arrêtés , tendant à écarter ces différentes
entraves , la motion fut agréée , & voici
la teneur de ces Arrêtés .
сс« Qu'il permit à tous les bâtimens pêcheurs ,
munis & approviſionnés , ainſi que les loix l'or
donnent , de fortir des ports de la Grande- Bretagne
entre le 1er de Juin & le 1er d'Octobre,
pour ſe rendre aux endroits où la pêche peut être
avantageufe , fans qu'ils foient obligés de tou
cher préalablement dans d'autres ports ».
« Que les Capitaines , ou les Maîtres des bâti -
mens pêcheurs , employés à la pêche du hareng ,
pourront acheter les harengs frais d'autres bateaux
pêcheurs anglois , & les débarquer dans tous les
ports du Royaume , en prêtant ferment qu'ils les
ont achetés des pêcheurs natifs du pays ».
«Que , pour encourager & faire revivre la pêche
de la morue dans les mers du Nord & dans
l'Irlande , les propriétaires des bâtimens qui y
font employés , auront la liberté de fe fervir ,
dans ces pêcheries , de fel anglois , franc de toute
efpece de droits » .
CC
Que tous les bâtimens employés à la pêche ,
auront droit dorénavant aux primes , fans limitation
quelconque , excepté cependant qu'aucuns
de ces bâtimens ne feront au - deffous de zo tonneaux
, ni au - deffus de 80 ».
сс
Qu'il fera permis aux bâtimens employés à
la pêche du hareng , de pêcher auffi la morue
( 158 )
& qu'ils jouiront des mêmes privileges pour
préparer le poiffon , & auront le fel franc de
fous droits.».
(C
Que les impôts que payoit ci devant le poiffon
pêché & préparé par des fujets anglois , feront
retirés lorfque ce poiffon , conformément aux
loix , aura été débarqué comme poiſſon frais pour
la confommation intérieure .
La Chambre générale des Manufactu
riers , dans l'affemblée qu'elle tint le premier
de ce mois , difcuta le plan de conduite à
adopter , relativement à l'affaire de l'Irlande.
Ce corps refpectable a droit à la reconnoiffance
de la nation . C'eft à fes lumieres & à
fon zele qu'on doit les changemens faits au
fyftême de commerce avec l'Irlande . Elle
a réfolu de ne négliger aucun des moyens
compatibles avec les formes parlementaires ,
& dans le cas de néceffité , de s'adreffer au
trône.
Dans cette Affemblée du rer de ce mois , M.
Wedgwood obferva que la fupériorité des Ouvriers
anglois dans plufieurs branches de Manufactures
avoit toujours excité l'envie des nations , & que
plufieurs Gouvernemens du continent n'avoient
rien épargné pour attirer à eux des Ouvriers
anglois. Il dit qu'il y avoit même actuelle
ment en Angleterre des Emiffaires fecrets dans
ce deffein. La conviction , dit - il , où font ces
gouvernemens de l'importance des Manufactures ,
en les portant à appeller des Ouvriers étrangers ,
ne les excite pas moins à retenir les leurs . L'Empereur
, qui veille aux intérêts de les Etats , vient
de publier des Réglemens qui défendent l'introduction
d'une quantité de marchandifes dans fes
( 159 )
Etats d'Allemagne. En même tems , ppur pré
venir l'émigration de fes Manfacturiers , il a
donné un Edit , dont on a préſenté dernierement .
un Extrait à la Chambre des Pairs . Quoique
l'Emperer , en faisant ces prohibitions , n'ait
point témoigné un deffe in formel de porter coup
à l'Angleterre , cependant non- feulement il eft
clair que c'eft à elle qu'il eft deftiné , mais encore
à l'intligation de qui il a été porté . Ces difpofitions
, continua M. Wedgwood , feront en eff
le plus grand tort à nos exportations pour fes
Etats , lefquels nous offroient après l'Amérique
peut -être le meilleur marché pour les marchandifes
actuellement probibée . M. Wedgwood démontra
enfuite l'infuffifance de nos loix pour
prévenir les émigrations des Manufacturiers ;
les Ouvriers. Anglois ont actuellement la liberté
de paffer avec les inventions , les machines &
les inftrumens les plus nouveaux en Irlande ; &
une fois dans ce Royaume , ils peuvent paffer
dans tels pays étrangers qu'ils jugeront à propos.
Les partifans du Miniftere prétendent ,
qu'il n'a apporté un fi long délai à l'examen
des arrêtés relatifs à l'Irlande , que dans la
vue de fe concerter avec le Confeil privé de
ce dernier pays, & de voir fi les changemens ,
dont les dépofitions des témoins ont démontré
la néceffité , ne font pas fufceptibles
de certaines modifications , propres à concilier
les fuffrages des deux parties intéreffées.
Le Trufty , de so canons , arrivé de la
Méditerranée , retournera inceffamment à
cette ftation , & l'on préfume que le Général
( 160 )
T
Boyd , Gouverneur en fecond de Gibraltar ,
s'embarquera fur ce vaiffeau. Le Général Elliot
ne reviendra en Angleterre qu'après l'arr
rivée de M. Boyd.
La femaine derniere , eft mort dans la Comté
d'Effex le doyen des Généraux Européens,
James Ogletorphe , âgé de 102 ans . En 1700,
il étoit Aide de Camp du Prince Eugene , &
paffa dans les Gardes en 1706. Ce refpectable
vieillard fut le Fondateur de la Colonie
de la Géorgie , à l'établiſſement de laquelle il
employa une partie de fa fortune , & qu'il
gouverna enfuite avec autant de défintéreffement
que de paternité.
Le Commodore Gower a ordre de l'Amirauté
de toucher à Lifbonne , pour faire connoître
au Prince Guillaume-Henri cette Capitale
du Portugal , où ce jeune Marin paroîtra
comme fimple particulier , & fans être
préfenté à la Cour de Liſbonne.
Dans la Seffion de l'Old-Bailey , terminée
les de ce mois , 25 criminels ont été condamnés
à mort ; 31 à la tranſportation , 17 à
l'emprisonnement dans une maifon de force
& aux travaux publics ; 5 à l'emprisonnement
à Newgate & au fouet : 36 prifonniers ent
- été déchargés publiquement. S. M. a fait
grace de la vie à un enfant de 12 ans , nommé
George Morris , jugé digne de mort par
Tribunal.
le
Le droit fur l'acier importé en Angleterre ,
eft , par tonneau , de 2.1. 16 f. 1 & demi den.
( 161 )
tandis qu'en Irlande , on ne paie que 9 f. 7
& demi den. ; différence qui donne aux Fabriques
Irlandoifes , toutes chofes égales
d'ailleurs, un avantage de 20 pour cent. Pour
ajouter plus de poids à cette remarque , on
préfente l'état fuivant du commerce de l'acier
dans la Grande - Bretagne.
On y fabrique d'ouvrages
en acier , pour la valeur de . 4,000,000 I. ft.
Le capital qu'ils emploient ,
eft de ·
Le nombre d'ouvriers qu'ils
occupent , de
Les taxes payées par ces ouvriers
& par leurs familles
pour leur confommation
La quantité d'acier , fabriqué
annuellement, monte à
10,000,000 .
200,000.
500,000 .
250,000 ton.
L'acier importé en Angleterre, à 55,000.
L'un & l'autre produisent au
revenu public ,
· · 154,344 1. ft.
Le Docteur Adam Smith , dans fon excellent
Ouvragefur les caufes de la Richeffe des
Nations , obferve , en parlant des taxes , qu'on
avoit voulu en mettre une fur les boutiques ,
en 1759 ; mais qu'on renonça fagement à
cette idée, par l'impoflibilité de proportionner
une pareille taxe à l'étendue du commerce
du poffeffeur de la boutique ; à moins
qu'on ne tentât d'introduire une efpece d'inquifition
, odieufe dans un Pays libre .
S. M. a dû faire aujourd'hui 9 , à Woolwich
, la revue du Régiment Royal d'Ar
( 162 )
1
tillerie . Cette revue attire une grande foule
de curieux ; elle doit offrir un fpectacle d'un
nouveau genre . On donnera un fimulacre du
fiége de Gibraltar. Cet exercice fera exécuté
par les mêmes Officiers & Soldats qui ont
défendu cette Fortereffe. On doit auffi , en
cette occafion , faire l'effai de quelques canons
de fonte , pris fur les Efpagnols.
Hier M. Pitt a propofé à la Chambre des
Communes les nouvelles taxes fuivantes ,
en modification de celle fur les domestiques
du fexe.
Toute perfonne qui n'aura jamais été mariée ,
& qui aura à fon fervice une ou plufieurs fervantes
, fera tenue de payer à titre d'impôt les diverſes
fommes fuivantes .
Pour une feule fervante , la fomme addition
nelle de 2 f. 6 d . fterl .
Pour deux fervantes , 5 f
Pour trois domeftiques , 10 f. par tête .
Tout homme qui n'aura jamais été marié
paiera annuellement ;
Pour chaque domeftique homme , qui ne fera
pas employé uniquement à l'agriculture ou aux
manufactures , ou à tout autre commerce dont le
maître tire la fubfiftance ou ſon profit , a fomme
additionnelle de 25 f.
Il fera payé un droit de timbre de 1 f. 6. den.
pour tout acte qui autoriſe à intenter une action ,
lorfque la fomme , réclamée par le créancier , fe
montera à plus de z liv.
Tout Procureur ou tout Avocat , immatriculé
dans une Jurifdiction quelconque fera tenu de ſe
faire délivrer tous les ans un certificat d'immatri
cule , pour lequel il paiera 2 livres fterl. de droit
( 163 )
de timbre , s'il fait fa réfidence à Londres , & 3 l.
ferl. feulement s'il réfide dans tout autre endroit
de la Grande Bretagne.
"
Les remifes faites aux Braffeurs , qui vendent
de la bierre en moindre quantité qu'un tonneau
contenant quatre gallons & demi , n'auront plus
lieu à l'avenir.
L'oppofition du Corps municipal au Bill
pour régler la Police de Londres & Weftminſter
, lui a attiré une foule de farcafmes ,
dont le fuivant , tiré du Morning Poft , eft
un des plus tempérés . L'éditeur fuppofe
cinq réſolutions prifes dans le Confeil de la
Cité , favoir :
Arrêté unanimement , que toutes les loix font
des fubterfuges , tendant à décourager les gens
de génie , & à introduire les plus grands inconvéniens
dans l'exercice de leur profeffion .
Arrêté unanimement , que la méthode actuelle
de ne pendre qu'une fois en 6 ou 7 femaines , encourage
l'efprit d'entreprife , & calme les inquiétudes
des bons enfans qui fuivent la carriere.
qui les mêne au gibet.
Arrêté unanimement , que tous les changemens
introduits dans la police font des infractions
odieufes des droits naturels du fujet , &
que le Miniftre qui propofe de pareilles innovations
eft l'ennemi des voleurs , quoi qu'il puiffe
dire pour perfuader le contraire à fes amis.
Arrêté , que tous les Juges de paix qui encouragent
les friponneries , & confervent les vieux
coquins pour dreffer les jeunes , font des mem
bres très- utiles à la fociété.
Arrêté , que les remerciemens de cette affemblée
feront préfentés au Lord Maire , & à la Cour
des Aldermans , pour le zele aveclequel ils fe font
oppofés au bill qui a été retiré.
( 164 )
h
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck
& le Prince Guillaume Henri paroiffent réunir
l'attachement & les éloges de toute la
ration . On cite un trait aimable du plus
jeune de ces deux Princes , durant fon féjour
en Allemagne.
Ayant appris par hafard que le premier de Janvier
étoit l'anniverfaire de la naiffance d'un ancien
Officier des Gardes Hanovriennes , nommé
le Capitaine 'Kirchoff, pour lequel il avoit une
effime particuliere ; le Prince alla lui rendre
vifite de bonne heure , & lui ayant fait part du
double motif qui l'amenoit , il lui fit préfent
d'une riche tabatiere d'or enrichie d'un médail-
Fon entouré de perles , le priant de la garder
comme une marque de fon fouvenir.
Le célebre Lord Chefterfield étoit fort
diftrait. Pendant fon Ambaffade à la Haie , il
yenoit de finir fes dépêches à une heure de la
nuit fort avancée ; il la fermoit à la hâte , par,
ce que le Courier de la Pofte alloit partir ;
lorfque , par diftraction , il prit le cornet à
encre , au-lieu de la fabliere , & le jetta fur
les dépêches , qui venoient de lui coûter dix
heures de travail. Obligé de recommencer ,
paffa toute la nuit à travailler , & dépêcha
un Courier extraordinaire en Angleterre.
Un autre jour , étant également à travailler
très à la hâte , il enferma fes lunettes dans
fon dernier paquet ; de forte qu'il fut privé
de la vue jufqu'au retour du Courier , parce
qu'il ne put pas trouver de verre qui lui
convînt.
La coutume des Irlandois d'allumer des feux
(( 165 )
de joie fur les montagnes aux Fêtes de S. Jean
& de S. Pierre , eft d'une origine beaucoup plus
ancienne que le Chriftianifme ; & quoique cette
pratique ait lieu aujourd'hui fous Pinvocation
des Saints Apôtres , on trouve dans l'antiquité la
plus reculée , que ces feux fe faifoient en l'honneur
de Baal , idole des Syriens . Le reproche d'avoir
confervé cette coutume , comme un refle
d'ido âtrie , n'eft pas le feul qu'on puiffe faire
aux Irlandois. Il en eft un encore plus important
: c'eft que les bâtimens qui font continuel
lement en mer fur les côtes d'Irlande font four
vent trompés la nuit par ces feux illufoires , juf
qu'à ce que le malheureux Pilote vienne toucher
fur la côte ou fur quelque roche. Il eſt arrivé
ces jours derniers un accident femblable. Un Bâtiment
du Hampshire , deftiné pour Dublin , prie
des feux qu'il vit fur la côte , pour les fanaux de
Wicklewhead , qui dirigent les Marins pour en
trer dans le Swash , & vint toucher deux fois fur
des bancs . Il fe feroit perdu infailliblement , i
un temps modéré , & un vent de terre qui s'éleva
tout- à- coup , ne lui avoient permis de porter au
large. Il y a encore à préfent des collines qui
brûlent depuis deux jours , parce que les feux de
la S. Pierre ont incendié les bruyeres & autres
matieres combuflibles de cette efpecc qui les
Couvroient.
1. Marie Cameron eft morte dernierement à
Braé Mar dans le comté d'Inverneff, âgée de
130 ans ; elle a confervé l'ufage de les fens
Jufqu'au dernier moment ; elle fe rappelloit
les réjouiffances faites à la reftauration de
Charles II ; elle étoit fortement attachée à
l'Eglife épifcopale , & fa maifon fervit d'afyle
aux membres exclus du Clergé à la ré(
166 )
volution , & aux perfonnes qui furent profcrites
en 1715 & en 1745 ; lorfqu'elle apprit
que l'on alloit rendre les biens qui avoient
été confifqués , elle répéta avec teu le premier
verſet du cantique de Siméon : maintenant
je puis mourir en paix , je n'ai plus rien
à voir en ce monde.
ila
Suite des arrêtés relatifs à l'Irlande.
7. Arrêté que , pour les mêmes raiſons ,
été jugé expédient que lorfque les marchandifes
provenant du crú ou du produit des manufactures
des colonies angloifes des Indes Occidentales ,
ou d'aucunes autres colonies ou plantations appartenantes
à la Grande Bretagne , feront expédiées
de l'Irlande pour ce Royaume , elles devront
également être munies des certificats des
Officiers de la douane de ces colonies , tels qu'ils
pourront être réglés par un acte particulier à
ce fujet. Et dans le cas où la quantité spécifiée
dans un certificat n'auroit pas été expédiée à la
fois , la différence en feroit marquée ſur ledit
certificat , qui devra toujours être envoyée avec
la partie de marchandifes expédiée . Le refte ne
pourra être envoyé qu'avec de nouveaux certifi
cats donnés par les principaux Officiers de la
douane d'Irlande , qui fpécifieront les quantités
envoyées précédemment , le nom des vaiffeaux
fur lefquels elles ont été chargées , & celui du
port pour lequel les bâtimens étoient deſtinés.
8. Arrêté qu'il eft effentiel , pour effectuer
plus complettement l'arrangement propofé , que
toutes les marchandiſes exportées de l'Irlande
dans les colonies angloifes des Indes Occidentales,
de l'Amérique , & dans les établiſſemens de
l'Afrique , foient affujesties de tems à autre à
des droits , ou à des rabais , ou aux réglemens
( 169 )
qui pourront paroître néceffaires , afin que l'exportation
de l'Irlande ne fe trouve point trop
avantagée , & qu'elle foit mife au pair avec celle
de la Grande - Bretagne.
८..
9. Arrêté qu'il eft de la plus haute importance
pour les intérêts généraux du commerce de cet
Empire , qu'aucuns des articles du crû , ou provenant
des manufactures du pays fitué au - delà du
Cap de Bonne - Efpérance , ou des détroits de Magellan
, ne puiffent être importés en Irlande
d'aucun pays de l'Europe , ou des établiſſemens
Gitués dans les Indes , & appartenans à des Puiffances
européennes , & que tant que le Parlement
de ce Royaume jugera à propos de laiffer le commerce
de ces pays à une Compagnie particuliere,
aucun des articles du crû , ou des marchandifes
de ces contrées ne pourra être importé en Irlande
que par le canal de la Grande -Bretagne , il fera
permis aux bâtimens qui partiront de la Grande-
Bretagne pour le rendre aux Indes , de toucher
dans les ports de l'Irlande , & de prendre à bord
les articles du crû ou des manufactures de ce
Royaume .
10. Arrêté , qu'il eft abfolument néceffaire pour
l'avantage général de l'Empire Britannique ,
qu'il ne fubfifte aucune prohibition quelconque
daus aucun des deux Royaumes , fur l'importation
, la vente ou la conſommation des articles
du cru , ou des manufactures de l'autre ( excepté
fur ceux qui de tems à autres pourront le requérir
, tels que les grains , la farine , la drêche &
les biſcuits ) << & ceux qui font fujets à des prohibitions
ordonnées par des actes des Parlemens
» Britannique ou Irlandois , qui ne défendent
» pas abfolument l'importation des marchandifes
, ou des matieres premieres de manufactures
, mais qui regle les poids , mefures &
( 168 )
emballages , & arrangemens particuliers , ou
qui precrivent la forme de conftruction & les
dimenfions des bâtimens qui devront importer
» ces articles , excepté auffi les armes , la poudre
à canon & les autres munitions de guerre ,
» qui ne peuvent être importées qu'avec une
permiffion particulière de S. M. ». Les droits
dont ces articles pourront être chargés dans l'un
des Royaumes, par rapport à l'importation , ſeront
précisément les mêmes pour l'autre , excepté les
cas où un impô. additionel paroîtroit néceffaire
dans l'un des pays , en raifon d'un droit intérieur
qui auroit été impofé fur un article de fa confommation
dans, l'autre .
11. Arrêté , que dans tous les cas où les impôts
fur les articles du crû ou des manufactures d'un des
deux Royaumes , feroient différens fur l'impor
tation dans l'autre , ces impôts feront diminués
dans le Royaume où ils font les plus hauts , & feront
mis au niveau de ceux de l'autre , a de forte
» que l'impôt fur l'importation de la bierre en
» Irlande n'excédera jamais celui qui a été établi
dans la dernière feffion du Parlement d'Ir-
›› lande Et ces mêmes articles pourront être
exportés du Royaume dans lequel ils auront été
importés , fans être fujets à d'autres droits que
ceux que paient les mêmes objets dans l'autre
Royaume.
12., Arrêté , que dans le cas où des articles de
confommation de l'un des deux Royaumes feroient
chargés d'impôts intérieurs , les mêmes
articles impofés de l'autre foient affujettis àpayer
un droit additionnel , comme équivalent : excepté
cependant fur l'importation de la bierre en
Irlande. Ces impôts additionnels fubfifteront
auffi long- tems que celui qui aura été placé fur
des objets de consommation intérieure , dans le
cas
( 169 )
cas où il exifteroit dans l'un des deux Royaumes
un droit fur les matieres premieres , fervant aux
manufactures , fupérieur à celui qui feroit fur
les mêmes matieres dans l'autre , ou fi cet impot
étoit retiré en tout oouu en partie , ou fi les mêmes
articles recevoient des primes d'exportation , ils
feront chargés à leur importation d'un impôt
contrebalançant qui puiffe les mettre au pair avec
les mêmes articles impofés dans l'autreRoyaume;
les manufactures du Royaume où cet impôt fub-
' fiftera , recevront également des primes d'exportation.
13. Arrêté , que pour donner plus de folidité
aux arrangemens que l'on fe propoſe d'établir ,
'il eft néceffaire qu'il n'y ait plus de prohibitions
ni d'impôts dans aucun des deux Royaumes fur
l'importation des articles du crû ou des manufac
tures de l'autre , excepté les droits additionnels
qui paroîtront néceffaires pour contrebalancer
les impôts fur la confommation intérieure , conformément
aux réfolutions précédentes ; « ou en
conféquence de primes reftantes fur des articles
qui feroient exportés de l'autre Royaume ».
Lafuite à l'ordinaire prochain.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 13 Juiillet.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné le 10 , le contrat de mariage du Comte
Charnailles , Maréchal de Camp , avec la
Comteffe Thefcle Mefnard de Chouzy ,
Chanoineffe du Chapitre de l'Argentiere.
Ce jour , le fieur Rédon de Beaupreau ,
nommé Intendant de la Marine à Breft, a
eu l'honneur d'être préfenté au Roi par le
N°. 30 , 23 Juillet 1785.
( 170 )
Y
Maréchal de Caftries , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine ,
& de faire fes remercimens à Sa Majesté.
DE PARIS, le 20 Juillet.
M. d'Albert de Rioms ne fut pas plutôt arrivé
à Breft , que l'Eſcadre d'évolution mit à la voile;
elle fortit le 3 , au nombre de 7 Bâtimens , favoir , ༡
la Railleufe , commandée par M. de Vaugiraud ,
la Cléopatre , par M. de la Bouchotiere , le Croiffant
, par M. de Tilleneuve , le Roffignol , par M.
de Guinouard , le Clairvoyant , par M. de Segonzac
, le Pandour , par M. de Champagny , & la
Lévrette , par M. de Vallongne, Cette Efcadre
trouvera un pareil nombre de Bâtimens fur le Cap
Layos , fortis de Toulon avec le Vaiffeau de
Ligne le Séduifunt , que montera M. d'Albert de
Rions.
Quelques jours auparavant , on avoit lancé à
l'eau , des Chantiers de Breft , la Fégate la Proferpine
, de 40 canons. En même tems , on lançoit
aufli , avec le même fuccès , à Rochefort , le Généreux
, Vaiffeau de 74 , & la Frégate la Pomone .
On ne coulera plus qu'une Caiſſe ou deux à
Cherbourg , pendant cette année , & malgré les
craintes de quelques efprits jaloux ou prévenus ,
on ne doute plus aujourd'hui du fuccès de cette
grande opération . Quelques Capitaines de la Marine
Angloife ont defiré encore en dernier lieu ,
dêtre témoins des procédés que l'on fuit dans ces
travaux . & M. le Duc d'Harcourt a eu la bonté
de les prendre avec lui dans fon Canot ; rien ne
leur a été caché .
Les trois vaiffeaux de Chine arrivés à l'Orient
, avoient été obligés d'en treter un
( 171 )
quatrieme à l'ifle de France , pour diminuer
leurs cargaifons ce dernier eft encore at
tendu. Les trois bâtimens font entrés dans
le port , à une heure d'intervalle les uns des
autres , quoiqu'ils n'euffent pas appareillé de
l'ifle de France le même jour , & que l'un
d'eux ait touché à Sainte Helene . On prétend
que leur départ de la Chine fut retardé
par un événement dont les Feuilles publiques
ont parlé d'une maniere très inexacte ,
& dont on trouvera le précis authentique
dans une lettre intéreffante de Canton , du
25 Janvier dernier , qu'on nous a communiquée.
En voici la teneur :
Dans des repréfentations faites cette année
au Houpou (Chef des Douannes ) , on lui a fait
voir combien il feroit jufte que toutes les Nations
profitaffent de l'arrangement formé entre
les Anglois & les Haniftes ( Négocians privilégiés
, pour faire rentrer en dix ans les fommes
dues aux premiers. Ce Mandarin promit d'avoir
égard à cet article , ainfi qu'à d'autres réclamations
fur les vexations journalieres auxquelles
tous les Européens font également affujettis. Il
finit même par dire qu'il viendroit dans quelques
jours prendre copie des repréſentations ,
mais le principal Négociant Chinois a tant intrigué
, que le Houpou n'a pas paru , malgré toutes
les inftances , & la réunion des Européens faite à
certe occafion n'a produit aucun effet , parce
qu'ils ont bien vite ceffé de s'entendre & d'agir
de concert . Notre Vice - Conſul a fait dreffer un
état des créances Françoifes , & l'a envoyé au Miniftre.
Elles s'élevent à plus de 600,000 piaftres.
On y verra à quel point nous fommes victimes
h 2
( 172 )
des Chinois , & on prendra peut- être des mesures
pour y remédier,
Voici encore un autre exemple de la juftice
de ce pays- ci à l'égard des Européens. Un Vaiffeau
de l'Inde Anglois , en faifant un falut , au
mois de Novembre dernier , eut le malheur de
bleffer mortellement deux Chinois conducteurs
du bateau qui apportoit à bord les derniers effets.
On apprit bien tô: leur mort à Canton, & le quai
Européen fut couvert de foldats. Le Superca gue
du Navire fut enlevé & conduit en Ville . Après
quelque jours' de tumulte & d'incertitude parmi
Jes Anglois , un de leurs Capitaines s'offrit pour
aller chercher le malheureux qui avoit mis le feu
au canon , & dont les Mandarins exigeoient la
emife avant de rendre le Supercargue . Ce Capitaine
revint le lendeinain , conduifant le pauvre
Canonier , & efcorté par un bateau Chinois qui
portoit un grand pavillon rouge , fignal de mort
ou de victoire. Auffi - tôt cet infortuné fut livré
aux Chinois , & ils relâcherent le Supercargue.
Le 7 Janvier , arriva le Gouverneur de la Ville ,
qui avoit reçu , en route pour Pekin , ordre de
retourner à Canton & d'y faire étrangler ce malheureux
canonier : ce qui fut exécuté le même
jour à midi , très loin de notre quartier . Les
Mandarins ont de plus fait fentir aux Européens
qu'ils devoient fe trouver fort heureux que l'Einpereur
fe contentât d'une victime , pendant que
deux Chinois étoient morts . En falloit - il donc
aucune pour un par accident ? Le Capitaine Amglois
& ceux qui le feconderent , ne pensoient pas
fans doute que cette injufte récrimination eût été
confommée. Le Supercargue étoit pris , tant pis
pour lui , pourquoi ne s'étoit - il pas rendu à bord
fur la premiere nouvelle de l'accident ? Son Navire
étoit chargé, rien ne l'auroit empêché de par-
-
( 173 )
tir; s'il avoit même fubi la peine exécutée fut le
Canonnier , c'eût été fans doute un événement
bien cruel , inais la confcience de tout le monde
étoit nette , excepté celle des barbares qui
l'auroient condamné à la mort : celui qui l'a
reçue ne la méritoir pas plus que lui .
Les Portugais ont eu auffi quelques altercations
avec les Mandarins , au fujet d'un Chinois , Prê
tre Catholique , pourfuivi par le Gouvernement
& auquel il avoit été donné afyle à Macao. Ils
ont répondu avec tant de fermeté aux Mandarins
, qu'on les a laiffé tranquilles . Cependant il
eft venu des ordres de l'Empereur , portant d'avoir
de gré ou de force le Prêtre Chinois , accufé
d'avoir introduit des Miffionnaires dans le pays.
On a fait de nouvelles démarches auprès des Por
tugais qui ont répliqué qu'il n'étoit pas à Macno,
& quand même il y feroit , ils ne le livreroient
pas. Ils ont accompagné ce te affertion de préparatis
bien entendus . His oht
..... ..
ries , arreté tout le riz qui fe trouvoit dans la
Ville & les environs , enlevé quelques Jonques
& bateaux qui en étoient chargés , & c. Les
Mandarins voyant qu'ils ne pouvoient pas
avoir raifon des barbares de Macao , fe font retournés
fur Canton , où ils ont arrêté le Procureur
de la Propagande ( le P. della Torre ) . Ils
ne manqueront pas de s'excufer à fes dépens ; ils
diront que c'est lui qui a introduit ou fait introduire
les Miffionnaires pris dans les terres , ou
bien
que fans lui on auroit mis la main fur le
Chinois qu'ils cherchoient: ils pourront dire tout
ce qu'ils voudront , & comme il y va de leur
tête , garre à celle du P. della Torre. Il va partic
pour Pekin , où on le confrontera avec les Mif-
Gonnaires arrêtés,
Le Tribunal de Mathématiques de cette Capi
h z
( 174 )
tale ( comme le qualifient les Miffionnaires qui
y font établis ) ou les ouvriers Européens au fervice
de l'Empereur (comme les appellent les Chinois)
le trouvent auffi, dit- on , compromis . Voici ce
que me diſoit dernierement un Chinois fur leur
converfion; ils donnoient dans les commencemeńs
quatre piaftres par mois à tous ceux qui fe laiffoient
baptifer ; mais le nombre des profélytes
devenoit fi confidérable, que les pauvres Miffionnaires
étoient obligés de réduire la part des nouveaux
convertis pour avoir de quoi en faire d'autres
. Enfin , quand ils n'avoient plus que des exhortations
à diftribuer , les nouveaux convert's
renonçoient au Paradis , & s'en alloient en difant ?
Mao ganne, mao Keliftan , point d'argent , point de
Chrétien.
Les Miffionnaires arrivés ici cette année pour
paífer à Pekin , devoient nous precurer le ſpectacle
d'un ballon ; mais à l'inftant de l'expérience ,
our dit que le ballon croit percé , & qu'il avoit
perdu l'air inflammable & voilà tout ce que j'en
al vu .
Il eft vesu bien moins de vaiffeaux Européens
en Chine cette faiion que la précédente ; leur
nombre confifte en 10 Anglois de la Compagnie
, 4 François , 4 Hollandois , 3 D.nois , s
Portugais . Total pour Europe , 26 vailleaux .
2 Anglo- Américains , chargeant pour leur pays,
& 6 Anglois venus de l'Inde & y retournant . En
tout , 34 vaiffeaux.On attendoit de plus 2 Anglois
, 2 Suédois , 2 Impériaux 1 Danois & un
Pruffien . En tout 8 vaiffeaux manquant leur voya
ge , & qui auroient chargé ici pour Europe.
Cette lettre , comme on voit , ne fait
aucune mention de l'emprifonnement de
tous les Millionnaires à la Chine , ni du
( 175- )
Procureur général des Miffions , traduit de
Canton à Peckin , pour y rendre compte
de fa conduite , ainfi qu'on le rapporte en
public , d'après les vaiffeaux arrivés à l'Orient.
M. Francklin eft parti pour le Havre de
Grace depuis quelques jours. Le Roi lui
ayant fait donner une des litieres de fes petites
écuries , il a préféré cette voiture à la route
par eau. Il ne fe fert point pour fon paffage
du paquebot de l'Orient , mais du Havre
: il ira à l'ifle de Whigt, où on lui prépare
un bâtiment. "
On fe rappelle des fabots élastiques , à
l'aide defquels un Lyonnois devoit paffer la
Seine. Un particulier vient de faire mieux .
Il s'eft chauffé , à ce qu'on dit , de brodequins
de liege , à talons profonds & fpacieux
, qui lui ont permis de traverſer la riviere
au- deffus du pont de Neuilly , n'ayant
de l'eau que jufque'à mi -jambe , ce qui eft
fi
peu merveilleux , qu'il ne mériteroit pas
même d'être raconté.
Aux détails que nous avons donné l'Ordinaire
dernier , fur l'état déplorable de
P'Auvergne , nous joindrons la lettre que
nous a adreffé M. le Comte de Rangoufe
de la Baſtide , datée d'Aurillac , les Juillet.
Ce naturalifte nous mande :
Depuis le commencement d'Avril , nous avons
effuyé la plus grande féchereffe , avec l'alternative
du froid & du chaud ; le chaud fur tout , a été
depuis le commencement de Mai , jufqu'à ce mo
h
4
( 178
ment , des plus exceffifs : le thermometre de
Réaumur a été conftamment du 18 , au 20 & 22;
il est aujourd'hui au 30 : le barometre a été au
très fec ; il eft à ce moment , du fec au variable .
> Le 22 Jain me trouvant à minéraliſer
ſur les
hastes montagnes de Chaveroche , & Puy-Marie ,
le thermometre eft refté à zero deux fois 24 heures;
le tens étoit nébuleux , ce n'étoit que de la bruine.
Les beftiaux ont à peine de quoi brouter ; les fon
taines font taries ; le lit des rivieres eft à fec : les
fourrages ont manqué totalement par tout ;
peine en a - t- on le quart des autres années. La calamité
eft complette ; les foires ne font plus fuivies
; il ne fe préfente pas d'acquéreurs
, on ne
fait que faire des animaux ; on fera forcé de les
égorger : les fromages , le feul produit de cette
partie de la Province où j'habite , font montés à un
prix exceffif , par rapport à la petite quantité qu'on
en fait ; il s'en fera encore moins l'année prochaine
, puifque les vaches manqueront.
Il feroit à defirer pour mon pays , que cette
prétendue hative végéta ion , que vot e Correl
pondant attribue au fol de nos montagnes , fût ,
comme il l'annonce : ce Monfieur eft affurément
très mauvais Phyficien : la pluie amene toujours
ici le froid , & la végétation n'y a lieu qu'infen-
Giblement & plufieurs jours après .
Nous attendions le réfultat des obfervations
& des découvertes de M. Haiiy , chargé
de l'éducation du jeune Anonyme trouvé
près des côtés de Normandie , pour répon
dre aux diverfes queftions qu'on nous a faites
à fon fujet , lorfque nous avons reçu la
lettre fuivante de M. Compère Laubier ,
vice -Conful d'Efpagne à l'ifle d'Oléron
( 177 )
Voici l'hypothefe qu'il a formée , après
avoir entretenu ce jeune homme.
J'ai cru appercevoir qu'il eft venu des mers
ou contrées de l'Amérique méridionale ; car il
répete fouvent le mot Perou.
Le jeune homme a deffiné imparfaitement le
coflume dont il étoit paré chez lui , qui défigne
fes habits & ornemens : il a la tête couverts
de plumes
un petit habit- vefte à revers & à
double rang de boutonieres , un carquois rempli
de fleches pendant au côté gauche , un arc
& une fleche dans les mains . Il a deffiné à côté
un bouclier & une efpece d'Egide , faifant connoître
que ce font les armes dont on fe fert à
la guerre ; il a auffi deffiné un cheval , & fait
entendre qu'il en avoit à fon fervice , & plufieurs
domestiques ; enfin , que fon pere étoit Chef de
fon pays.
Il a fait entendre auffi qu'il avoit un frere aîné
décoré de deux Ordres , la tête ornée d'une couronne
de plumes avec une efpece de fleur en
pierreries au côté gauche , & une forme de demilune
à droite .
Une foeur fort richement vêtue & très- parée ,
ayant de longs pendants d'oreille qui tombent fur
le fein , & fur lequel elle a un colier de perles qui
pend jufqu'à la centure.
Si ces conjectures peuvent être tant foit peu
vraisemblables , il réfulteroit que ce jeune homme
appartient à quelque Prince de cette partie de
l'Amérique ; je ne crois pas , même d'après ce
que j'ai vu & ouï dire à M. Haiy , & exprimer -
au jeune homme , qu'il y ait de doute à cet
égard .
J'imagine que ce jeune homme aura pû être
confié au Capitaine du navire fur lequel il
étoit venu des mers de l'Amérique méridionale ,
hs
( 178 )
pour lui faire donner les principes d'éducation &
des moeurs européennes : ce qui induit à le penfer
ain , c'eft qu'il fait entendre qu'il avoit
de l'argent & des effets confidérables dans un
coffre .
il
Lorfque je lui ai montré plufieurs eftampes de
vaiffeaux , que j'avois portées avec moi , il a
donné une défignation de la forme de celui fur
lequel il a péri , & qui étoit à deux mâts : & ,
à la vue d'un autre vailleau armé en guerre ,
a fait entendre qu'il étoit monté de 14 Canons ;
appercevant une de ces eftampes qui en figuroit
un affailli par la tempête & menacé de la fou
dre , il a fait connoître , à l'inftant même , que
c'étoit certe caufe qui avoit brifé le navire avec
éclat ; alors il s'eft abandonné à des acclamations
de terreur & d'épouvante pour faire com .
prendre le bruit de la foudre lorfque le bâtiment
a été brifé : il a foufflé fur la niain pour indiquer
la violence du vent qui agitoit la mer , & fait
comprendre que la majeure partie de l'équipage
a été tuée ou bleffée , que lui & un autre faifirent
un morceau de mât , à la faveur duquel il s'eft
fauvé feul fur le rivage , où il s'eft alimenté avec
des coquillages qu'il trouva attachés au rocher.
Ce navire ayant péri près de Caen , il eft probable
qu'il en fera venu quelques débris à terre ,
même la chaloupe ou le canot. Le foin de cette
découverte eft bien digne de l'Auteur de cette
lettre , pui qu'il refte à portée.
O
Ne pourroit- on pas favoir de quelques places
maritimes , fur tout d'Efpagne , Danemarck ,
Hollande ou Portugal , s'il leur manque un navire
à deux mâts , monté de 14 canons , & s'il en
étoit àttendu de l'Amérique méridionale vers le
mois de Mars 1784 ; alors fachant le lieu où
il avoit été , cela donnera des inductions lumineufes
& fatisfaifantes.
( 179 )
Ce jeune homme a une figure qui intéreffe , de
l'intelligence , beaucoup de feu , & une imagination
active : il s'enflâme aiſément & paroît avoir
une ame ſuſceptible de beaucoup d'énergie ; il a
fait entendre que fon pays le Pérou produit de l'or,
de l'argent , des pierreries , enfin que le foleil eft
leur principale Divinité. Il a reconnu les monnoies
Efpagnoles & Hollandoifes , ce qui donne un
préjugé de plus qu'il auroit été dans un bâtiment
de l'une de ces deux nations.
M. Hauy a également publié dans une
feuille quotidienne , que les difcours & les
manieres du jeune Inconnu annoncoient
une origine relevée , & que s'il n'étoit pas
né dans l'Amérique méridionale , il y a au
moins fait un long féjour. Malgré ces préfomptions
, la folution du problême nous
paroît encore très peu avancée.
On fe plaint encore dans différentes provinces
du Royaume , de la mauvaiſe qualité
des tuiles & des briques . Celles que l'on retrouve
dans les anciens édifices font d'une
meilleure qualité : c'eft ce qui a déterminé
l'Académie de Bourg-en- Breffe à offrir divers
encouragemens aux fabricans de tuiles
dans cette province . Elle en promet auffi à
celui qui le premier aura conftruit un four
d'une figure exactement elliptique .
Le Roi vient d'établir chez les Bénédictins
de l'Abbaye de S. Clément de Metz , une
penfion pour les éleves & les afpirans du
Corps Royal d'Artillerie. Les principaux articles
du Réglement de cette penfion , mis
hs
( 180 )
fous les yeux du Roi , & approuvé de S. M,
font :
1º. Il y aura un Directeur qui fera chargé de
la Police générale , deux Profeffeurs qui expliqueront
le Cours de Mathématiques
, adopté par le
Corps Royal de l'Artillerie , & des Préfets qui furveilleront
hors le tems des Ecols , de maniere
que Mrs les Eleves ne feront jamais feuls.
1. Mrs les Penfionnaires ne fortiront de la mai
fon que pour fe promener tous enfemble hors de
la ville , les jours que le Directeur le permettra .
Toute fortie pour vifite leur fera interdite , quand
même les parens fe chargeroient de les accom
pagner.
3. M. le Commandant de l'Ecole Royale de
l'Artillerie pourra faire examiner les Eleves & les
Afpirans , deux ou trois fois par an.
4°. Le prix de la Penfion fera de 40 liv. par
mois. On fournira à Mrs les Penfionnaires les
Maîtres de Mathématiques , la nourriture , une
chambre , un lit , une table , une chaiſe , enfin la
chandelle & le feu commun.
La Penfion s'ouvrira au mois d'Août prochain ,
lorfque l'examen de Mrs les Eleves de l'Ecole
Royale de l'Artillerie fera commencé .
Ceux qui voudront avoir une connoiffance plus
détaillée du Réglement, pourront s'adreffer à Dom
Pieron , Prieur de l'Abbaye de S. Clément, & Directeur
des Eleves .
Les circonstances où fe trouvent les campagnes
nous engagent à tranfcrite ici l'article
fuivant , tiré des affiches du Poitou
province ( pécialement affligée de la féche
reffe & de fes fâcheufes fuites.
Les boeufs & autres animaux ruminans font
dans l'ufage de brouter les premieres feuilles
( 181 )
& bourgeons , des chênes , châtaigniers , &c.; le
befoin les attire fur- tout vers cette pâture lorfque
les fourages ordinaires leur manquent. Les
mati eres, glutineufes que ces feuilles & bourgeons
contiennent , occafionnent dans l'eftomac
de ces animaux un embarras qui produit la maladie
vulgairement appellée brout. Le fieur
Texier , Artifte - Vétérinaire , brévété par le Roi ,
& réfident à Saint Maixent en Poitou , appellé
par M. l'Intendant pour ſe ren ' re dans quelques
Paroiffes où cette maladie s'eft manifeftée , a
éprouvé avec fuccès & confeillé la méthode
fuivante. M. l'Intendant a ordonné que cette
recette fût imprimée & répandue fur le champ
dans la Généralité , pour fervir ſelon les circonftances.
Prenez , fel de nitre , quatre gros ; huile d'oli .
ves , trois à 4 onces ; miel commun , deux cuillerées
; jaunes d'oeufs , cinq à fix .
Faites prendre cette doſe à chaque boeuf malade
, pendant quatre à cinq jours , le matin
avant qu'il ait rien mangé . Laiffez - le enfuite deux
heures fans lui rien préfenter , qu'une bouteille de
lait bouilli , coupé avec de l'eau , ou du petit -lait ,
& à défaut une pinte d'eau blanchie avec du fon
de froment. On ne donnera point d'autre boiffon
à l'animal pendant tout le traitement . On ajoutera
, par feau d'eau blanche , une demi once de
fel de nitre. Cette boiffon eft adouciífante , tempérante
, rafraîchiffante & un peu nutritive ; elle
fecondera l'effet du remede indiqué ci - deffus , qui
eft doux & diffolvant.
Après ces quatre à cinq jours écoulés , vous donnerez
à l'animal malade , pendant deux matins
à jeun , un breuvage laxatif , compoſé de la mamiure
fuivante .
› Prenez , caffe en bâton ou filique , demi- livre
A
( 182 )
concaffée ; faites bouillir dans deux pintes d'eau
commune ; coulez ; ajoutez deux onces de tel
d'Eplom , & faites prendre. Cette dole fuffira
à un animal pendant deux matins. Ce breuvage
facilitera l'écoulement des matieres contenues
dans fon eftomac , & préviendra toute inflamma
tion .
Donnez enfuite le foir une chopine de l'infufion
fuivante , qui ranimera le reffort des meinbranes
de l'eftomac .
Ahfinte , une poignée , infufée dans de l'eau
bouillante , à laquelle vous joindrez par breuvage
une once de fel de cuifine. Vous donnerez ce brɛavage
, convenablement refroidi , quatre foirs de
fuite ; il facilitera la digeftion .
Donnez pendant plufieurs jours plufieurs
lavemens compofés avec la décoction de feuilles
de mauve & de fon de froment , un peu
miellé.
Ne donnez pour aliment , qu'un peu de fon de froment , hume &té & faturé de fel marin. Cette
derniere fubftance réveillera le reffort des glandes
falivieres , facilitera cette fecrétion , & aidera par
conféquent la digeftion . On peut auffi leur faire
paître un peu d'herbes fraîches .
Il faut un peu bouchonner les animaux , pour
dilater les pores de la peau , & faciliter par - là la
tranſpiration . On les promenera doucement , en
les tenant dans une atmoſphere tempérée . Enfin ,
on ne leur donnera que très - peu d'alimens foli des
Rendant le traitement .
Les différentes dofes prefcrites dans cette méthode
, font pour les boeufs de quatre à cinq ans :
on les diminuera de moitié pour les veaux & géniffles.
Le fieur Davoife , qui compofe aujour(
183 )
d'hui la véritable Encre concentrée & perpétuelle
, a établi fon dépôt chez le fieur
Lavallard , Marchand de papier , rue Saint-
Victor , prefque vis - à - vis celle des Bernardins
, & chez le fieur Degras , Parfumeur ,
Abbaye S. Germain , cour du Prince.
L'Académie de Nifmes avoit propofé ,
pour le prix double de cette année , cette
queftion : Quelle a été l'influence de Boileau
fur la Littérature Françoife.
De tous les Ouvrages envoyés au concours
, aucun n'a rempli parfaitement , les
vues de la Compagnie ; elle fe voit forcée
de réferver encore le prix pour l'année 1786;
il est de 600 liv.
L'Académie a propoſé , dès l'année derniere ,
pour fujet du Prix de 1786 , cette question :
Quelle a éré la progrefion de la valeur des fonds
de terre , dans le Diocefe de Nifmes , depuis le
commencement du fiece ; & quelles ont été les
caufes de cette progreffion .
Ce Prix , qui fri de 300 livres , fera également
délivré , & l'Ouvrage qui l'aura mérité ,
fera la dans la Séance publique de 1786.
Les paque's feront adreffés , francs de port ,
à M. RAZOUX , Secrétaire perpétuel de l'Académie
: ils ne feront pas reçus après le 31 Mars
1786. Ce terme eft de rigueur.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 67 , 52 , 78. 88 , & 40.
PAYS- BA S.
DE BRUXELLES , le 28 Juillet.
MM. de Waffenaër & de Lynder, Dépu
1
( 184 )
tés des Etats - Généraux à la Cour de Vienne,
font partis de Nimegue pour leur deftination
.
Le Stathouder eft parti de la Maiſon du
Bois pour aller vifiter quelques places fortes.
La Princeffe d'Orange & fes enfans accome
pagnent le Stathouder jufqu'à Breda , d'où
S. A. S. fe rendra à Berg op-Zoom.
3
La balance du commerce entre la France
& l'Angleterre eft , à ce qu'on dit , à Paris en
ce moment i avantageufe à cette derniere ,
le change entre Paris & Londres eſt ſi défavorable
à la France , que M. le Contrôleurgénéral
n'eft aujourd'hui entierement occupé
que des moyens de rendre la balance
plus égale , & le change moins onéreux :
l'importation de l'Angleterre en France n'eft
rien moins que de 51 millions , & à peine la
notre s'éleve - t - elle à 10. Elle étoit plus confidérable
autrefois , mais depuis la révocation
des droits fur le thé , il n'y a plus guères
de contrebande , & nos Smoglers ne
trouvent pas que l'eau-de- vie feule les paie
des rifques qu'ils courent.
On pourroit demander d'où , & comment
l'on fait l'état de cette prétendue balance
de 40 millions en faveur de l'Anglererre.
La plupart des marchandifes importées
d'Angleterre en France paffent en contrebande
; leur valeur ne peut donc être constatée
par les relevés des douanes. Aucuns des ca'-
culateurs Anglois les plus récens , tels que
M. Chalmers & Lord Sheffield , n'ont porté
( 185 )
à so millions , ni à beaucoup près l'importation
d'Angleterre en France. Il est trèsvrai
que le commerce de celle ci dans les
ifles Britanniques a confidérablement baiſſe
depuis les dernieres mefures de M. Pitt ,
pour prévenir la contrebande ; il eft vrai encore
que toute l'Europe eft inondée de
marchandifes Angloifes dont l'extrême
perfection peut décider la préférence des
acheteurs. Auffi depuis long- temps , le commerce
des Anglois n'a été auffi florillant qu'il
l'eft en ce moment.
On croira ce qu'on voudra de l'annonce
fuivante, qui fe trouve dans plufieurs feuilles
publiques .
113
On ne tardera pas à voir paroître à Paris une
piece de mécanique affez surprenante ; c'eft un
cheval qui marche , galope , tourne à droite , à
gauche , & s'arrête à la volonté de l'écuyer quile
monte. Cet écuyer eft un Marſeillois , dont le gé
nie mérite des encouragemens. Il s'étoit adreffé à
un homme fort riche , qui connoît les talens, pou?
en obtenir quelques fecours , à titre de prêt , afin
de pouvoir donner au cheval toute la perfection
dont il pouvoit être fufceptible & fubvenir aux
frais du tranfport , depuis Marſeille jufqu'ici ; mais
le riche Automate , pour motiver fon refus , lui dit
fort fpirituellement : Puifque votre cheval eft en état
de marcher, montez le jufqu'à Paris ; à coup sûr vous
ne dépenserez pas beaucoup pour fa nourriture.
Le même Mécanicien avoit imaginé un fufil
dont le canon plat contenoit plufieurs balles de
front qui s'écartoient en fortant ; de tels fufils auroient
pu être d'un grand fecours dans les vaiffeaux
, où fouvent le courage doit fuppléer au
( 186 )
nombre ; on a rejetté le projet de cette arme meurtriere
, & l'humanité ne peut qu'applaudir à cette
réfolution ; mais l'on a éconduit l'auteur fans récompenfe
, & il eft à craindre qu'il n'aille offrir ce
fecret infernal aux nations voiſines , qui ne feront
peut être pas fi fcrupuleuſes.
Un économiste Allemand s'eft amulé à
calculer la valeur ftatistique de la république
de Hollande : voici le réſultat de fes calculs.
Nombre
d'arpens ,
Population
,.
Taxe des Terres ,
Taxe des Maiſons.
8,367,000.
2,700,000 ames,
9,800,000 rixdalers.
Montant des fommes dans les Compagnies
& les emprunts étrangers.
Bénéfice net du commerce,
Revenus publics.
Dépenfes annuelles.
Dette nationale.
•
11,000,000 id.
35,000,000 id.
12,250,000 id.
21,700,000 id.
• 21,550,000 ide
$90,000,000 id.
Suivant des lettres fort peu authentiqueş
de Conftantinople , l'ancien Muphti depofé
a été tué. Si cette violence eft connue
du peuple , il eft à craindre qu'elle n'ait
des fuites. Voici ce qu'on débite des circonftances
de l'exécution d'Ifmaïl Pacha ,
Gouverneur de Belgrade , dont nous annonçâmes
la fin tragique l'Ordinaire dernier.
Raïf-Ifmail - Pacha , rappellé de Belgrade &
nommé Pacha de Negrepont encore fous le Miniftere
du défunt Grand -Vifir : étoit en route
pour fon nouveau Gouvernement , lorfqu'il fut
enveloppé dans la difgrace de fon protecteur : il
reçut en chemin la nouvelle de cet événement ,
avec ordre de fe rendre en exil au château de
( 187 )
1
Mouffa , dans l'ifle de Chypre Cependant prévoyant
que le changement de fa fortune pouvoit
ne pas être encore à fon comble , & que fa vie
n'étoit pas plus en fûreté que celle de l'ancien
Grand- Vifir , il crut devoir le mettre à l'abri ;
au lieu de ſe rendre à l'endroit de fon exil , il fe
détermina à fe porter directement vers l'Albanie
à la tête de 600 hommes , tous
affidés. Il
gens
ne fe trompoit point dans fa conjecture , puifqu'en
effet la premiere commiffion dont Aly. Beg
fut chargé après avoir mis le Grand- Vifir à mort,
fat celle d'apporter à Conftantinople la tête de
Raif- Ifmail- Pacha. Le Capigi ayant joint cet infortuné
fur la frontiere , s'informa fous main du
Village où le Pacha comptoit paffer la nuit.
L'ayant appris en fecret , il fit un détour à toute
bride , & arriva dans l'endroit ayant Raïf- Ilmaïl ,
qui ne pouvoit faire une fi grande diligence avec
fon nombreux cortege. Cet endroit étoit le bourg
de Delpina . Aly - Beg , immédiatement apts t
arrivée : ipuint
Tuint les his du village de l'objet
Chef's
de fa venue : il déclara qu'il avoit ordre d'apporter
au Sultan la tête du Gouverneur de Belgrade
; & il ajouta que fi l'exécution lui manquoit
, tout le Bourg , les Chefs fur- tout lui en
feroient refponfables. L'on prit donc les mesures
les plus prudentes. Le Pacha venu le foir , fut
legé dans une maifon cù il ne pouvoit coucher
qu'un très petit nombre de fes gens : le refte de fa
fuite fut difperfé & éloigné , le plus qu'il fe pouvoit
les uns des autres. A minuit , heure défignée
pour l'exécution , Aly- Beg raffembla autant d'ha
bitans qu'il crut être néceflaire pnur tenir tête à
l'escorte du Gouverneur : il furprit la maison ;
mais cette furpriſe ne put fe faire affez tranquil.
Jement pour ne pas donner l'alarme aux gens de
Raif-Ifmail : ils réfifterent aux affaillans , & dans
( 188 )
ce combat le Pacha reçur un coup de fabre qui le
coucha fur le carreau. Ses gens ne purant empêcher
qu'Aly- beg ne s'emparât du corps fanglant
de la victime & ne lui coupât la tête , qu'il mit
dans un fac fuivant l'ufage. Nanti de fa proie , il
monta à cheval & s'enfuit à franc étrier. Le refle
du cortege de Ralf- Immail , qui avoit été éparpillé
dans le Village , accourut au fecours de
leur Maître ; mais il étoit déjà trop tard , & quoiqu'ils
pourfuiviffent le Capigi , leur tentative
n'en fut pas moins vaine . La tête de l'infortuné
Ifmail , apportée à Conftantineple par un des domeftiques
d Aly - Beg , a été expofée le 19 Mai
& les deux jours fuivans à l'entrée du Sérail avec
un écriteau pottant : & qué par des vexations &
» des concuffions inouies , il avoit opprimé le
» peuple confié à les foins , & qu'en dernier lieu
» il avoit cauſé une émeute à Belgrade . »
Comme Aly- Beg n'eſt pas lui - même pousut
de cette terry mini que nous venons de le dire ,
mais qu'au contraire it continue fa tournée dans
les provinces , l'on préſume qu'il n'eſt pas encore
à la fin de fon fanguinaire voyage. Deux Agas
des Janiffaires , dépofés l'un après l'autre , ont
été décapités à Rodefto: Le peuple juſqu'à préfent
eft tranquille fpectateur de ce carnage ; mais
comme depuis bien du temps il n'y étoit plus ac+
coutumé , ces démiffions , ces exécutions & ces
changemens fubits ne laiffent pas de faire fur fon
efprit une impreflion qui approche du murmare
ou du mécontentement . C'eft fans doute la rai
fon qui a empêché le Capitan - Pacha de quitter
la Capi ale ; & comme le Grand Seigneur ne
fait actuellement rien fans lui , il fe tient la plupart
du temps à Oftokoy , maifon à peu de dif
tance du Château qu'occupe Sa Hauteffe. L'ef.
cadre ne fera rien durant l'été , finon quelques
( 189 )
croifieres contre les Corfaires qui infeftent l'Ar
chipel,
M. Blanchard , qui voltige d'une contrée de
l'Europe à l'autre , pour les amufer fucceffivement
, s'eft élevé dans fon ballon , à la Haye ,
le 12 de ce mois . Il étoit accompagné de M. d'Hcnin&
t han , Officier de la legion de Maillebois :
Après s'être accroché , chemin faifant , à une
cheminée, M. Blanchard , eft defcendu à 6 lieues
de la Haye , fur une prairie au bord d'un étang.
Là , il n'a point retrouvé ces Payfans refpectueux
de la Normandie, qui dans leur extafe ,
lui demanderent s'il étoit un Dieu ou un homme :
les ruftiques Hollandois , plus jaloux d'une botte
de foin qne de tous les ballons de l'univers ,
& plus curieux de ducats que de phyfique
l'ont accueilli brutalement , fous prétexte que
fa defcente avoit foulé l'herbe de la prairie ,
ils fe fcnt jettés , armés de fourches , fur le char
qu'ils ont brifé , ils en ont volé la gaze d'or
& même la toile qui en couvroit le fond. Le
propriétaire de la prairie exigea de plus dix
ducats de dommages & intérêts , fomme dont
M. Blanchard lui fit fon billet forcé en ces
termes : Je certifie que je fuis deſcendu à
9 heures du feir , fur une prairie ifolée , appartenante
à un homme à qui cela n'a pas fait
le moindre tort , & qui a eu l'indignité d'exiger
» de moi dix duca's , après avoir aidé à me dépouiller.
» C'est à ce prix qu'il a ſauvé ſon
g'obe des mains des barbares , dont la conduite
fait un fingulier contrafte avec ce qui s'eft paffé
ailleurs. Un Gazecier , dans un élan de fon
enthoufiafme , a demandé juſtice de ces Canni-
BALBS ; ce font les termes,
( 190 )
"GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
1
Interprétation de la claufe d'un teftament.
La Baronne de le D ... eft décédée après
avoir fait un teftament qui contient les difpofitions
fuivantes . « Je legue à ma fille Marie-
» Françoife- Blanche de Milani de Romieu de
le D ... fa légitime , & je l'inftitue , à cet
» égard , mon héritiere particuliere . Je nom-
» me & inftitue pour mon héritier univerfel ,
» M. Claude de Milani de Romieu , Baron de
» le D ... , mon mari , lui laiffant la jouiffance
» de mes biens , aux conditions fuivantes . :
59
-
-
=
1º. Si ma fille , en quel tems & à quel âge
» que ce foit , fe marie avec une perfonne im
pliquée dans une affaire criminelle , quelle
que foit l'iffue de cette affaire , je veux qu'elle
foit réduite à fa légitime. 2º. Si ma fille , à
» l'âge de 30 ans complets , n'eft pas mariée ,
je veux qu'elle ait fur mes biens une penfion
de mille écus , en comprenant dans cette
femme les intérêts de fa légitime. 3º. Si
» ma fille contracte , après 25 ans , un mariage
" convenable à fa condition , je veux qu'elle
» entre dès- lors en poffeffion de mes biens , &
» dans ce cas , je veux que M. de le D ... ait
" fur mes biens une penfion alimentaire de mille
livres, = 4° . Si ma fille n'étoit pas mariée
à la mort de M. le D ..., & que par confé.
quent M. de le D ... ait confervé la jouiffance
de mes biens , ma volonté eft qu'alors
ma fille entre en pleine & entiere poffeffion
» de mes biens , toujours fous la condition
» qu'elle ne contractera pas un mariage indigne
» d'elle & de fa famille , avec une perfonne impliquée
dans une affaire criminelle , quelle que
» foit l'iffue de cette affaire. Enfin fi ma fille ,
רכמ
ל כ
"
"
1
( 191 )
89
» à quel âge , en quel tems que ce foit , fe mas
» rie avec une perfonne impliquée dans une
» affaire criminelle , quelle que foit l'iffue de
» cette affaire , je veux que M. de le D ...
conferve la jouiffance de tous mes biens juſqu'à
fa mort ; voulant qu'après la mort , M. de
Saint-J.... marié à Mile de Ch ... poffede
» mes biens & en jouiffe , l'inftituant , en ce cas,
mon héritier univerfel , & à fon défaut , fes
enfans ». = Après la mort de la Baronne de
le D ... fon époux a joui de fa fucceffion ; cependant
leur fille unique nourriffoit , contre lear
gré , dès l'âge le plus tendre , une inclination
pour le fieur de V ... , Lieutenant - Colonel
d'infanterie , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis. Ni les rigueurs de l'abſence ,
ni douze ans de retraite forcée dans un Cloître ,
à 160 lieues de fes parens , n'avoient diminué
dans cette fille trop fenfible , le defir d'unir um
jour fon fort à l'Officier à qui elle avoit donné
fon coeur , & qui lui étoit à ſon tour inviolablement
attaché ; elle attendoit avec une conſtante
réfignation fa majorité. Mais fi la Providence
l'eût réservée à une épreuve d'un autre genre ,
que toutes celles dont elle avoit été le malheureux
objet , le fieur de V ... fut impliqué dans
une affaire fameuſe contre la dame de S. V ...,
qui ne fut terminée que le 7 Mai 1777 = par
l'Arrêt définitif ; le feur de V ... obtint les
dépens à titre de dommages- intérêts. Ainſi lavé,
il le rapprocha de la Dile de le D ..., qui le
voyant enfin digne d'elle & de fon amour , crut
devoir faire les démarches néceffaires pour parvenir
à l'époufer. Elle n'oublia néanmoins aucuns
procédés pour faire revenir fon pere du préjugé
dans lequel on l'entretenoit contre le fieur
de V... ; mais ce fut en vain , il demeura inébranlable.
Alors elle lui fit faire trois fomma(
192 )
mes ,
tions refpectueufes ; il s'empreffa de former oppofition
au mariage de fa file . Celle - ci ne
voulut pas d'abord recourir aux Tribunaux , elle
.fit de nouvelles tentatives , elle s'adreſſa même
au Commandant de la Province , qui s'étoit déjà
intéreffé pour elle ; mais le fuccès ne répondit
pas à fes efpérances. Il fallut que, la demoiselle
de le D ... reprit les voies juridiques ; elle fe
pourvut à cet effet devant le Sénéchal de Nifoù
elle obtint différentes Ordonnances. =
Nous pafferons fous filence les différens degrés
de Jurifdiction où cette affaire fut fucceffivement
portée par le Baron de le D ... qui ne vouloit
que gagner du tems. Le Confeil de Sa Majesté
fut inême faifi par une inftance de réglement de
Juges , dont l'événement fut de renvoyer les
Parties au Parlement de Provence , où la demoifelle
de le D ... obtint un Arrêt qui lui permit
d'époufer le fieur de V...Il ne reftoit donc
plus alors à la dame de V ... que de faire ftatuer
fur le teftament de la dame fa mere ; &
comme fon pere lui refufoit la qualité d'héritiere
de la dame de le D ... , les Parties plaiderent
de nouveau devant le Sénéchal de Nif
mes , qui rendit le 27 Novembre 1782 , une -
Sentence contradictoire qui condamna le Baron
de le D ... à délaiffer à fa fille la fucceffion de la
dame de le D ... avec reflitution de fruits depuis
la premiere fommation reſpectueuse , déelara
caduque la difpofition conditionnelle faite
au profit du fieur de Saint J ... dans le teftament
de la dame de le D. & condamna les fieurs
de le D ... & de Saint - J ... aux dépens envers
la dame de V ... Appel au Parlement de Tou-
Joufe de la part du Baron de le D ... & Arrêt
'du 9 Septembre 1783 , qui l'a démis de fon appel
de la Sentence du 27 Novembre 1782 , avec
amende & dépens.
+
....
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , Le 14 Juillet.
'ON ne fait point encore quelle opinion
Lprendre de la politique du nouveau Miniftere
Ottoman . Ceux qui lui prêtent des
intentions pacifiques , fe fondent fur celles
des puiffances de l'Europe qui ont le plus
à coeur les vrais intérêts de la Porte , & fur
les dangers dans lefquels une nouvelle
guerre pourroit l'envelopper. Ceux au contraire
qui veulent abfolument la faire combattre
, trouvent dans chacune de fes démarches
actuelles des difpofitions hoftiles.
Par exemple , on dit que la Porte a indiqué
pour le mois de Juillet un rendez vous général
aux Tartares mécontens de la domination
des Ruffes : on ajoute qu'elle a promis
aux députés du Dagheftan des fecours
contre le Prince Heraclius ; tant il importe
aux Ottomans 'de ne pas laiffer les Ruffes
No. 31 , 30 Juillet 1785 31,30 . i
( 194 )
maîtres du Caucafe & d'un chemin libre
vers le Tigre & l'Euphrate.
On a renouvellé à Conftantinople la défenfe
de lire des gazettes étrangeres , fous
les peines les plus rigoureuſes.
S. A. S. le Prince Evêque de Lubeck ,
Duc de Slefwick Holftein , & Duc regnant
d'Oldenbourg, eft mort, âgé de74 ans
dans fon château d'Oldenbourg.
Ce Prince , né le 20 Septembre 1711 , fut
nommé en 1743 Coadjutear de l'Evêché
de Lubeck , & Prince Evêque en 1750 .
1
Dimanche paffé , dit une lettre de Berlin du
5 Juillet , à trois heures de l'après - midi , la
foudre tomba fur la troifième Caferne de l'Ar
tillerie, près la Porte de Koenigs . Son effet
fut des plus finguliers. Le feu du Ciel s'étant
divisé en plufieurs filets , après l'exploſion
paffa à travers 23 chambres contigues. Un Officier
qui étoit à une fenêtre du fecond étage ,
en fut atteint au bras gauche. La manche de
l'habit fut percée & le trou n'eft pas plus grand
que celui qu'auroit fait un grain de plomb ordinaire.
Une feconde étincelle perça encore les
plis de fon habit , & y fit une petit trou pareil
à celui de la manche. Un troifième rayon
de ce feu électrique fe gliffa dans le fourreau
de fon épée & tomba en fortant fur le bout
du foulier de fa botte , qu'il perça . Toute la
partie gauche du corps de cet Officier eft bleue,
quoiqu'il n'ait aucun mil. Un Officier fubalterne,
logé au premier étage, a été auffi atteint
de la foudre: il a été frappé légerement au
cô droit. Le feu électrique l'a pris de la tête
aux pieds & fe divifant en deux rayons , a filloné
( 195 )
fon corps ; la trace du feu céleste est marquée
par une petite raye rouge de la largeur d'un fil
ordinaire qu'on remarque des deux côtés du
corps. Une femme & un enfant qu'elle portoit
fur les bras , furent auffi atteints légèrement de
la foudre : L'enfant fut attaqué fur le champ
d'une hémorragic de nez. La chute de la foudre
n'a pas été fuivie d'autres malheurs.
L'Impératrice de Ruffie eft partie le 4 de
Tzarckozelo pour Novogorod , & S. M. I.
fe propofe d'aller jufqu'à Moskow . Immédiatement
après le départ de l'Impératrice
, l'Ambaffadeur Impérial & le Minif
tre du Roi d'Angleterre ont expédié des
dépêches à leurs Cours refpectives .
来源
Les dernieres nouvelles de Catharinaflaw
annoncent les progrès du mécontentement
des Tartares du Cuban & des environs
du Caucafe. On porte le nombre des
mécontens à 80,000 hommes. Ils fe plaignent
, dit- on , de l'établiſſement des nouvelles
fortereffes & de la trop grande extenfion
que la Ruffie a donnée à fes limites. Le
cordon , des troupes Ruffes a été augmenté
fur les frontieres de plufieurs régimens.
DE VIENNE le 15 Juillet.
Quoique S. M. I. ait été un peu indifpofée
dans fa route , fa fanté ne fe reffent nullement
des fatigues du voyage.
Depuis fon retour d'Italie , l'Empereur a
travaillé avec la plus grande activité. Le foir
i 2
( 196 )
même de fon arrivée , on expédia un courier
à Conftantinople , S. M. I. n'a point encore
donné d'audience . Le Secrétaire des Dépu
tés Hollandois eft ici depuis quelques jours .
La malheureuſe frénéfie du fuicide , l'une
des maladies morales particulieres à ce fiecle
de raifon , fait ici de grands ravages comme
ailleurs. Trois foldats de notre garniſon ſe
font tués le jour de la S. Pierre , & l'Intendant
d'un Seigneur , qui craignoit les fuites
d'un déficit dans fa caiffe , de 12000 flor . ,
s'eft jetté dans le Danube.
Nous n'avons pas été feuls à fouffrir des
dernieres inondations . L'abondance
des
pluies fubites a caufé des débordemens
&
des ravages affreux en divers endroits ; les
habitans d'Agram ont été obligés d'abandonner
leurs maifons , & de fe retirer fur
les hauteurs . Pour comble , l'eau ayant coulé
dans un magafin de chaux non éteinte ,
elle s'alluma , & caufa un incendie qui faillit
fe communiquer
à toutes les maifons du
quartier. Les torrens ont emporté un village
entier dont il n'eft refté que quatre habitations.
Plufieurs perfonnes ont exercé leur
bienfaifance
fur les malheureux
des fauxbourgs
de Leopolftadt & Roffau ; le Comte
Diechtriftein
entr'autres leur a fait diftribuer
1000 ducats.
Six voleurs commettoient les plus grands
dégats dans les montagnes du Bannat. Un
Huffard eft venu à bout d'en tuer deux , &
avec le fecours de quelques perfonnes , d'a(
197 )
mener les quatre autres à Orowitz. Il a reçu
600 florins pour récompenfe de cette expédition
.
DE FRANCFORT , le 19 Juillet.
Il est très conftaté que le Pacha de Scutari
s'eft mis en marche contre les Monténégrins
, fans toucher à Ragufe , comme on
l'avoit fauffement débité. On dit qu'arrivé
près de Caftel -Nuovo , forterefle contiguë
à la Dalmatie , il demanda la liberté du paffage
au commandant Vénitien qui le refufa.
Le Pacha n'en traverfa pas moins le territoire
de la République.
A tous les rapports qu'on ne ceffe de répandre
fur l'Inquifition d'Etat à Venife , il
faut joindre le fuivant , qui fe trouve dans
divers papiers publics.
Un noble Vénitien vint ces jours derniers.
chez le Doge , Paul Renier , pour fe plaindre
de quelques ordres que le Doge avoit
donnés pour l'amélioration d'un de fes Domaines
, & dont l'exécution pouvoit porter quelque
préjudice à la maifon de campagne du Noble
qui y étoit contigue, Le Doge ayant affez mal
accueilli les plaintes du Noble , celui ci en prit
occafion d'aller porter fes plaintes aux Inquifiteurs
d'Etat ; ces Juges redoutables trouverent
la conduite du Doge fi repréhenfible , qu'ils
voulurent d'abord le faire mettre aux arrêts ; mais
its adoucirent enfuite leur jugement & déciderent
que le Secrétaire du Tribunal feroit député vers
le Doge pour lui faire une forte mercuriale , &
lui fignifier que , s'il commettoit encore quel-
13
( 198 )
que faute de cette nature , on procédéroit contre
lui de la manière la plus rigoureufe.
Avec une légere connoiffance du Gouvernement
de Venife , on jugera combien
ce conte eft ridicule. L'Inquifition d'Etat
ne fe mêle ni ne doit fe mêler des affaires
civiles. Sa jurifdiction a été trop récemment
refferrée dans fes véritables limites ,
pour qu'elle fe permit une pareille illégalité .
Il y a environ un an & demi , dit une Gazettede
Vienne , qu'un Particulier découvrit une
Plante , dont la vertu eft de donner un bleu auffi
beau que celui de l'indigo : cette Plante fe nemme
en Allemand , Wuid , ou Wald ; Pline la défigne
par le mot Latin Glaftum , & on la connoit
en France , fous la dénomination de Guef
de. L'Auteur de cette rare découverte ne mérita
d'abord nil croyance , ni la confiance de nos
Naturalifes. Cependant , il en a fait des expériences
fur la laine , fur le fil & fur la foye ; il
a obtenu le réfattat le plus complet & le plus ,
heureux Les draps & les étoffes de foye qu'il
en a teints , font d'une couleur auffi folide &
auffi riche que s'ils euffent été teints avec l'in
digo , elle donnera une teinture cinq fois moins
chère ; d'ailleurs l'argent qu'il faut donner pour
fe la procurer refte dans le Pays , puifque c'est
une Plante indigène , au lieu que l'indigo nous
vient de l'Amérique . On commence à cultiver
la Guefde , aux environs de Therefienstad. On
fe propofe auffi de la planter en Hongrie , ce
qui occupera utilement une grande quantité
d'Habitans , &leur fournira un moyen fûr de gagnerleur
vie.
On ne voit pas pourquoi l'auteur de cette
rare découverte ne méritoit ni croyance , ni
( 199 )
confiance , puifque la Guefde ou le Paft: eft
cultivée dans les provinces méridionales de
France , & d'ufage depuis très long - temps
dans la teinture en bleu. Cette plante fe
trouve même en plufieurs endroits de l'Allemagne
, & n'eft rien moins qu'un phénomene.
Quant à fes prétendus, avantages far
Tindigo , ils font tellement nuls , que cette
derniere teinture a obtenu une préférence
univerfelle , vu qu'elle fournit plus de couleur,
& qu'elle eft d'une manipulation beaucoup
plus ailée.
Le Comte de Fries difoit quelque temps
avant fa mort , qu'il avoit commis dans fa
vie trois grandes tolies ; la premiere d'avoir
époufé fa femme , la feconde d'avoir pris
le titre de Comte , & la troifieme d'avoir
fait bâtir le palais magnifique fur la place
Jofeph à Vienne. Sans ces trois folies , di
foit il , j'aurois vecu plus content , & j'aurois
épargné fix millions .
{
On a roué dernierement à Munich un
voleur , qui ne témoigna d'autre regret que
celui d'avoir été filouté par un de fes camarades
, chez lequel il avoit paflé la nuit , &
qui lui prit 650 florins .
On écrit de Vienne , qu'attendu la rareté
des grains & des fourrages , il n'y aura pas
de camp cette année , & on ajoute inême
que l'Empereur l'a déja déclaré.
Un nouveau Meffie , fripon ou fanatique ,
nommé Muller , a établi le théâtre de fon Apoltolat
auprès de Berlt bourg. Il nie l'existence de
i
4
( 200 )
..
tous les Perfonnages importans de la fainte Ecriture
depuis Moyfe jufqu'à Jefus- Chrift , & prérend
que ce faint Livre ne renferme que des
allégories ; il fe donne à lui-même les noms
des Prophètes , de Moyfe & du Chrift . Il vient
d'annoncer que le Jegement dernier aura lieu
inceffammeat , & qu'alors il jugera au nom du
Père , les peuples de la terre. Ce nouveau
Meffie étoit autrefois Gardeur de porcs , mais
il quitta cet état & devint Ménétrier . Il a parcouru
avec fon violon prefque toute l'Europe.
Il a fait en Ruffie & en Suède beaucoup de difciples
qui lui envoyent des fonds tant pour fon
entretien que pour le mettre en état de publier
les ouvrages. Ce Fanatique mêne une vie tranquille
, & on ne s'apperçoit de fes folies que
lorfqu'on lui parle de fa miffion.
Dernierement on a publié à Berlin un
Ecrit très intéreffant , intitulé : Confidérations
fur les fuites de l'ouverture de l'Efcaut ,
relativement au commerce fur le Rhin , &c .
On lira avec plaifir quelques détails de cette
brochure de circonftance.
On appelle Commerce du Rhin , celui qui
fe fait fur ce fleuve & fur les, fleuves & Rivières
qui s'y jettent. Ce Commerce s'étend
donc fur tous les Pays fitués entre le Rhin
la Mofelle , le Mein , le Neckar , la Lahr , la
Ruhr , la Lippe & la Meufe . Les Hollandois
en étoient jufqu'à prefent les principaux Agens
& on prétend qu'il forme un objet annuel d'environ
cent millions de florins. Mais pour pouvoir
l'apprécier plus en décail , il convient de le
confidérer fous les trois points de vue fuivans :
favoir ; comme actif , paffif, & comme commerce
de fret ou de transport.
( 201 )
Le Commerce actif comprend toutes les marchandifes
, envoyées dans la Hollande des pays
de Juliers , de Bergues & de Clèves , des
Electorats de Mayence , de Trèves & de Cologre
, du Comté de Catzenelnbogen , des pays
de Naffau, de la Franconie , de la Souabe , de
l'Alface & de la Suiffe ; ces marchand.fes confiftent
principalement en vin , vinaigre , fruits
frais & fechés , lentilles , millet , bled- farrafin
, chanvre , marchandifes de Nuremberg
eaux minérales , bois de conftruction , meubles
& autres espèces de bois . Le vin qui palle de
Mayence dans la Hollande , monte par an à près
de mille pièces & forme un objet d'environ
300,000 florins ; les villes de Dort & d'Am
terdam fervent d'étapes pour les vins du Rhin.
--Le Commerce paffif comprend les marchandifes
que les Pays fufnommés tirent de la Hollande
; elles confiftent principalement en épicerie
, drogues , marchandifes des Indes , &c.
Le Commerce de tranfport fur le Rhin & les
Rivieres qui s'y jettent eft celui qui fe fait de
territoire en territoire , c'eſt- à - dire les batelets
d'une Jurifdiction conduifent les marchandifes
jufqu'à une autre , & les déchargent enfuite
dans les bateaux des Bateliers de l'autre Jurildiction
; par cette maniere , chaque territoire
participe au fret ; & fait percevoir en même
tems les droits d'entrée & de tranfit . -- On
compte que le Commerce du Rhin , tant actif
que paffif , employe par an près de 1300 bateaux
, dont il y en a de trois différentes grandeurs
fur le haut Rhin , favoir de 2000 quintaux
, de 1500 , & de 1000 ; les bateaux qui
partent de Cologne jufqu'au bas - Rhin font z
à 3 fois plus grands que les premiers . Un bateau
qui remonte le Fleuve est tiré par 10à
is
( 202 )
-
12 chevaux , & le bateau qui le defcend , par
5 ou 6. Les villes de Cologne & de Mayence
font les principaux entrepôts pour le Commerce
du Rhin. Les nombreufes Douanes &
le haut taux des droits ont diminué confidérablement
ce Commerce. On transporte aujourd'hui
par terre depuis Francfort & Mayence ,
prefque toutes les marchandifes deftinées pour
' Alface , la Suifle , le Luxembourg , la Lorraine
, & c. Voici la nomenclature des Douanes
où les marchandifes qui paffent fur le Rhin
& les autres Rivieres adjacentes payent des
droits. Depuis Amfterdam jufqu'à Cologne : Arnheim
, Lubek , Schinkefchens , Emvich , Res ,
Urfchau , Rur , Erdingen , Kaifertwert , Difteldorf
& Zuns : Depuis Cologne jufqu'à Mayence :
Bonn , Linz , Leiderftorf , Andernach , Coblence
, Lonftein , " Popert , St. Goar , Kaub , Bachavach
& Bingen . Depuis Colognejufqu'à Trèves :
Bonn , Linz , Leiderftorf , Andernach , Coblence
, Kockheim . Depuis Mayencejufqu'à Strasbourg :
Mayence , Obeinheim , Gernsheim , Manheim ,
Philipsbourg, Germersheim , Schrock , Sels ,
Hillesheim & Dirsche. Depuis Mayence jufqu'à
Heilbroon : Mayence , Obenheim , Gernsheim
Manheim, Nekergemund. Depuis Mayencejufqu'à
Wirzbourg : Mayence , Hochft , Francfort , Hanau
, Steinheim , Selyenftädt , Stokstadt , Werth ,
Mitteberg.
Les Saxons , comme l'on fait , ont été
les premiers à faire une véritable fcience de
l'exploitation des mines. Ils ont même fingulierement
perfectionné ces travaux , ainſi
qu'on en juge par un réſultat tiré des regiftres
de la Capitainerie des mines de Marienberg
en Mifnie. Dans un efpace de 93
( 203 )
ans, depuis 1674 julqu'en 1767, les mines ont
rapporté 20,862 marcs & 2 onces d'argent,
tandis que leur produit depuis 1768 jufqu'en
1778 s'eft élevé à 24,679 marcs & 7 onces.
ITALIE
DE LIVOURNE , le 10 Juillet.
Les dernieres nouvelles de Tunis en repréfentent
les habitans comme vivement allarmés
de l'apparition de l'efcadre Vénitienne
, commandée par le Chevalier Emo.
Elle eft compofée d'un vaiffeau de 70 can . ',
d'un de 60 , d'une frégate , d'une galiotte
& doit être renforcée d'un pareil nombre
de bâtimens . On dit que l'Amiral Vénitien
eft autorifé à conclure la paix avec les Tunifiens
, moyennant 108 mille fequins de
Venife , payables dans l'efpace de douze
ans. Cette fomme exorbitante, ruinerojt
cette Régence , & elle fe trouve aujourd'hui
dans la néceffité , ou de fe voir privée de
fes reffources pécuniaires , ou d'être anéantie
en peu de temps . Cependant elle a pour
elle l'avantage de la pofition , qui rend un
bombardement difficile à effectuer ; elle n'a
à craindre que le blocus.
DE ROME , le 7 Juillet.
On continue vivement les excavations
commencées en différens endroits de cet
Etat , & particuliérement dans le territoire
i6
( 204 )
de Civita Vecchia , pour en retirer les albatres
fuperbes , les bréches coralines & autres
marbres précieux qu'on y areconnus. On a
Ouvert à Civita Vecchia pour la commodité
des Errangers , un Magafin public , où l'on
a déjà tranfporté une quantité de morceaux
de marbre , dont on va commencer à faire
le commerce avec l'Etranger.
DE NAPLES , le 2 Juillet.
On conftruit dans notre chantier un
Vaiffeau de foixante - dix canons , dont
toute la membrure eft achevée . Il fera ,
dit on , entierement fini cette année. Auffitôt
qu'on l'aura lancé à l'eau , on en recommencera
un autre , le Gouvernement ayant
réfolu d'occuper toujours ce chantier , ainſi
que ceux de Caftellamare.
Les canons que l'on a reçus de Suède pour
le Service du Roi , font au nombre de 140 ,
dont 30, de 24 livres de balle & 110 de 18.
Ils ont été fondus en 178 ; & 84. Ces canons
vont augmenter l'Artillerie formidable de l'Armée
, fi néceffaire pour garnir toutes les Pla
& les côtes de ce Royaume.
On rapporte le trait fuivant du Prince
royal. Ce jeune Prince , âgé de huit ans , rencontra
fur fon paffage ces jours derniers , le
Régiment Royal Italien , qui alloit en quartier
au Château del Carmine. Il remarqua à
queue du Régiment quatre Soldats enchaînés
avec les yeux bandés. Il fit appeller
le Colonel , & voulut favoir de lui quel étoit
leur délit . L'Officier lui répondit qu'ils
la
( 205 )
étoient coupables de défertion . Le Prince
Royal dit alors : eh bien , je veux les voir à découvert
: Dans ce moment , le peuple cria
- tout d'une voix grace , grace ; & le Prince
daigna répliquer , c'eft juftement pour cela que
je leur ai fait óter leur bandeau . Ce mouvement
de compaffion eft digne d'éloge , parce
que S. A. R. n'y fue portée ni par fon Gouverneur
, ni par fon Précepteur , qui étoient
avec Elle dans la voiture .
A l'imitation des principales villes de
l'Europe , les PP . Bruffa & Poletti , Servites
très -inftruits , viennent de garnir leur fpacieux
couvent de Boulogne , de Paratonnerres
, deftinés à préferver particulierement le
Cabinet de phylique qu'ils conftruiſent
leur profeffeur le P. Marifaldi. On elpere
que cet exemple fera fuivi dans cette ville
pour les édifices les plus confidérables .
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 27 Juin.
pour
Il doit fe former ici une Compagnie marchande
, qui correfpondra avec les princi
pales maifons de Londres , d'Amfterdam &
d'Anvers, Cette fociété projette d'établir
des factoreries à Tetuan & à Tanger pour
le commerce du Levant . Il paroît certain
que M. Payne , Conful Britannique à Tanger
, a propofe un traité de commerce
P'Empereur de Maroc : il offre cinq mille
( 206 )
liv. fterl. pour obtenir en faveur de fa nation
le privilege d'avoir un Réfident & des
magafins àTetuan.
Un courier arrivé de Carthagene à Aranjuez
, a apporté la nouvelle de la fignature
des préliminaires de paix entre la cour d'Ef
pagne & les Algériens . Cette négociation
a été conduite par un Agent François ,
qu'une premiere tentative infructueufe n'a
pas rebuté.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 16 Juillet.
Les claufes du traité commercial avec
l'Irlande , arrêtées dans la Chambre des Commanes
, le feront encore par la Chambre-
Haute , où le Miniftere a confervé toute fa
fupériorité. Les Pairs s'étant formés le 8 en
Comité, vainement Lord Carlisle , fecondé
de l'Oppofition , demanda que le Préfident
quittât la chaire ; cette motion fut rejettée
. par 58 voix contre 27. Dans les débats de
cette féance , on remarqua fur tout les difcours
du Vicomte Stormont ,de Lord Loughborough,
de Lord Camden , & du Marquis
de Lanfdown ( ci - devant Lord Shelburne ).
Comme ces différentes déductions , pour ou
contre , repofent toutes fur les principes déjà
débattus dans la Chambre des Communes ,
nous les pafferons fous filence. Les jours fuivans
on a pourſuivi la lecture des réſolutions ,
( 207 )
qui jufqu'ici ont été approuvées fans modifications
, malgré les efforts de la Minorité.
Refte à favoir , comment elles feront
reçues à Dublin. On dit que les Orateurs
les plus éminens du Parlement d'Irlande ,
MM. Grattan , Flood , Daly , font décidés
à les rejetter. Mais les papiers dévoués à
P'Oppofition étant feuls à nous rendre compte
du fentiment de ces Patriotes Irlandois , on ne
peut compter fur l'exactitude de ce rapport.
On s'attend à la prorogation du Parle
ment dans quinze jours. La Seffion fuivante
doit s'occuper encore d'objets fi importans ,
qu'elle ne fera probablement ni moins longue
, ni moins active que les deux qui viennent
de s'écouler..
Le Capitaine J. Gell a été nommé Commandant
en chef des troupes navales dans
l'Inde ; il s'embarquera fur le Jupiter , de so
can. qui doit mettre à la voile avec deux
frégates vers le mois d'Octobre.
Le Commodore Bowyer qui , depuis la
paix , commandoit dans la rivie.e Medway ,
vient de donner fa démiffion . Les Lords
de l'Amirauté ont nommé à fa place le Chevalier
Andrew Snape Hammond , qui a
hiffé fon pavillon à bord de l'Irréfiftible ,
vaiffeau de 74 can. mouillé à Chatain .
Laflotte que la Compagnie des Indes fera
partir cet automne , fera compofée au
moins de 16 vaiffeaux ' , dont 11 pour la
Chine.
L'on apprend que l'Impératrice de Ruffe
( 208 )
+
a donné le commandement de l'expédition
projettée fur la côte nord eft de l'Afie , à
M. Billings , l'un des compagnons du Capitaine
Cook , dans fon dernier voyage. Il
fe rendra par terre dans la Sibérie orientale ,
où il déterminera la véritable fituation de
la riviere Kovyma , & la côte des Thuski. Il
s'embarquera enfuite à Okhorsk , dans le
deffein de completter la carte des ifles tributaires
dela Ruffie, & vifiterales havies de l'Amé
rique où les navires d'Okhorsk vont acheter
les pelleteries , &c . &c. Cette expédition durera
cinq à fix ans . M. Billings eft accompagné
d'un excellent Botanifte.
Le bureau de l'Amirauté a reçu des dépêches de
l'Amiral Campbell , datées de Terre -Neuve . Elles
annoncent que cette Ifle jouit de la plus grande
tranquillité . Les habitans ont eu un hiver un peu
rigoureux ; moins long cependant que de coutume.
La pêche a commencé de bonne heure.
Les bâtimens qui ont hiverné à St. Jean en ont
fait une très-abondante . Auffitôt leurs cargaifons
complettes , ils ont mis à la voile pour les
ports de la Méditerranée , d'ou ils doivent revenir
promptement , afin de pouvoir faire deux
voyages pendant la faifon de la pêche. Les François
de Miquelon & de St. Pierre , étoient paifibles
& pleinement fatisfaits des avantages qui
leur font affurés par le dernier traité de paix.
Plufieurs bâtimens de leur nation avoient hiverné
à Boſton , à Silems , & dan les ports du
nouveau Hampshire ; on n'en comptoit cepen
dant que cinq qui , à cette époque , euffent mis
à la voile pour l'Europe , ce qui vient probablement
de ce que le poiffon a moins abondé
( 209 )
dans leurs limites que dans celles des Anglois.
La Compagnie des Indes eft convenue
avec le Gouvernement de faire revenir le
refte des troupes envoyées dans l'Inde pendant
la derniere guerre . C'eft la feule réduction
qui aura lieu dans fon établiſſement
militaire. La traverfée de ces troupes fera,
paiée par la Compagnie. On affure que la
guerre a réduit leur nombre à un fixieme.
Les délais apportés à la conclufion du traité de
commerce avec les Américains , nuifent plus ,
dit-on , au commerce des pelleteries qu'à toute
au re branche de commerce . Les Chapeliers fe
plaignent de ce que les caflors ne font pas d'une
auffi bonne qualité , & reviennent à un prix trèshaut.
Ces circonstances doivent être attribuées à
la réfolution prife par le Miniftere de faire de
Quebec le fiége du Gouvernement des Colonies
qui nous restent dans l'Amérique , & l'étape des
productions de ce pays . Dans cette vue les batimeus
armés qu'on équipe actuellement dans les
différens ports de la Grande Bretagne , font deftinés
à croifer fur les côtes de l'Amérique pour
prévenir le commerce interlope des Etats- Unis
avec. Quebec , la nouvelle Ecofle , la Jamaïque ,
& les autres Inles des Indes occidentales . Les habitans
de Bofton , ayant été inftruits du plan adopté
à cet égard par le Ministére Anglois , en ont
témoigné le plus vif mécontentement.
Le 12 de ce mois , il eft arrivé des dépêches
de la côte d'Afrique , apportées par le
Prince Williams. Les Anglois, les François
& les Hollandois font réciproquement rentrés
en poffeflion des établiffemens qui leur
( 210 )
avoient été enlevés pendant la derniere
guerre ; & tout annonçoit entre eux des difpofitions
pacifiques . Les canaux pour le
commerce commençoient à s'ouvrir . Quelques
Anglois étoient partis pour la Côte
d'or , dans le deffein d'y établir une nouvelle
Factorerie , & d'y former un établiffement.
Its doivent auffi conftruire avec la
permiffion du Gouvernement un nouveau
fort , qui fera nommé le Fort de George III.
Une jeune ſervante d'un Fermier de Mursley
, dans la Comté de Bucks , s'eft tuée
d'une maniere bien étrange. Pendant l'abfence
de ſes maîtres , elle fe lia la partie fupérieure
de la cuiffe gauche , & armée d'une
lancette ( flâme ) avec laquelle on faigne les
chevaux , elle fe fir une profonde incifion
dans l'artele , & perdit tout fon fang avant
qu'on pût la fecourir. Le Verdict du Coroner
l'a déclarée lunatique.
Le Morning- Poft rapporte l'extrait fuivant
d'une lettre écrite à bord du vaiffeau
de S. M. B. l'Europa , & daté du Port-
Royal , ifle de la Jamaïque , du 2 Avril
1785 .
Je n'ai d'autre nouvelle à vous apprendre , firon
qu'il exiſte une légere apparence d'hoftilités entre
l'Espagne & l'Angleterre , rela : ivement au diffe
rend qui s'eft élevé fur la côte des Mofquiter.
Nous fommes encore en poffeffion d'une partie
de nos établiffe mens fur cette côte. Les naturels
du pays nous font entièrement dévoués ; ils fe fort
attirés la haine des Espagnols , qui ont juré leur
perte . Nous leur avons fourni 20.000 moufquets ,
( 211 )
& nous avons envoyé des troupes à leur fecours.
Ces forces confiftent en 300 hommes , qui ont été
répartis fur une frégate de 44 can. , deux de 36, & 3
floops. Il n'eft reité ici que le vaiffeau l'Europa ,
une frégate de 20 canons & un floop . L'Officier
qui commande ce renfort a reçu ordre , dit - on ,
de ne commettre aucunes hoſtilités , mais feulement
de protéger les Indiens. H eft difficile de
prévoir quel fera le réſultat de ces démarchés ;
quant à moi , je pense que l'objet en litige n'eft
pas de nature à fufciter une guerre entre l'Angleterre
& l'Espagne.
Le Lieutenant - Colonel Georges Campbell ,
qui fervoit précédemment dans le corps du Colonel
Fanning , a été nominé , dit - on , Gouverneur
de nos établifferens fur la côte des
Mofquites.
27
La Compagnie des Indes vient d'apprendre
l'heureufe nouvelle de l'arrivée de deux
de fes yaiffeaux dans la rade de Weymouth,
le Vanfittart & le Beborough. Un troifieme
de fes navires , la Réfolution , dont on n'avoit
aucun avis depuis trois ans , & qu'on croyoit
perdu , a aufli mouillé dans la Tamife. Tout
fon équipage européen a péri , à la réſerve
du Canonier , devenu Capitaine du bâtiment
, & d'un Matelot , faifant les fonctions
de premier Lieutenant.
A la revue du Régiment d'Artillerie , le
Roi a examiné très long temps & fingulie
rement approuvé un canon imaginé par le
Colonel Williams.
Le poids des canons de deux Bataillons , de
6 lb. de calibre , avec les caiffors & munitions
prêts à entrer en campagne , répond en pro(
212 )
portion à ceux de l'invention du Colonel
Williams .
tonn . cent lb. tonn. cent lb.
7 17
12 à 8
Comme 6 ΙΟ 88 font à 3
Les chevaux pour traîner le tout
comme
Les Artilleurs néceffaires pour
fervir les pièces comme
L'efpace que prend la ligne de
marche comme
327 à 16
1
35 à 13
6 à
L'arrimage à-peu - près comme
N. B. 400 livres de munitions font comprifes
dans les deux poids Lorfque le canon
marche avec la Cavalerie , les Canonniers font
tous montés : ce canon manoeuvra avec le 162 .
Régimen: de Dragons , & travería route forte
de terrein avec la même viteffe . -- Ce canon &-
le Détache.nent marcherent de Wincheſter à
Southampton en une heure cinq minutes ; la
diftince eft de 12 milles. -- Et de Winchester
à Woolwich , dont la distance eft de 72 milles
, en 20 heures , avec les mêmes chevaux.
Nous rapportâmes cet hiver le trait de
probité d'un Marchand Ecoffois , que des
malheurs forcèrent de tranfiger avec les créan
ciers , à cinquante pour cent de perte au défavantage
de ces derniers , & qui , ayant
depuis rétabli fa fortune , a liquidé la dette
entiere avec les intérêts bien comptés . Les
créanciers , touchés de ce: acte de vertu ,
viennent de faire préfent à leur ancien débiteur
d'une piece d'argenterie , avec l'infcription
fuivante :
፡፡
A. W. Hatchinfon , Marchand de beftiaux ,
à Lanehead , Airshire.
Une autre infcription , dans la même con(
213 )
trée , vient de conlacrer la belle découverte
du Comte de Dundonald . Sous la bafe d'une
des fabriques où ce Seigneur fait extraire le
goudron du charbon de terre , on a poſé
une plaque de plomb , avec cette infcription
latine :
A. D. M. DDC. LXXX.
Anno XX, régni Georgii III.
Artem carbonibus bitumen extrahendi invenit,
Archibaldus, Comes de Dundonald.
De tous les traits cités jufqu'à ce jour , en
preuve de la finguliere intelligence des Eléphans ,
peu font auffi extraordinaires & auffi authentiques
que le fuivant .
Un Eléphant appartenoit à un particulier de
Calcutta , qui l'envoya à Chotygoné. Par accident
, l'animal fe déchaîna , perdit fon Conducteur
qui l'avoit toujours bien traité , & s'égara
dans les bois, On fuppofa que le Cornax
avoit vendu l'Eléphant , & on le condamna à
travailler fur les chemins. Douze ans après , ce
même homme fut envoyé dans l'intérieur de la
contrée , pour aider à une chaffe d'Eléphans
fauvages. L'une des méthodes employées par
les Indiens eft , d'entourer ces animaux , de
referrer l'enceinte par degrés , jufqu'à ce qu'elle
devienne la plus étroite poffible. Dans cette
pofition , il eft fort dangereux d'approcher des
Eléphans , iufqu'à ce que quelqu'un d'eux apprivoifé
, les ait déterminés par fon exemple ,
à perdre leur férocité & à fe rendre traitables,
Dans le milieu du circuit où les Eléphans
étoient raffembles , le Cornac apperçut ' e fugitif
qui avoit été l'occafion de les malheur . Ausune
repréſentation , aucune crainte ne l'arrê
( 214 )
tent ; il fe détermine à aller à fon prifonnier
au travers du grouppe de ces animaux furieux
& menaçans. Auffi -tôt qu'il approche ,
l'Eléphant
le reconnoît , le falue par trois balancemens
de fa trompe , s'agenouille , & le reçoit
fur fon dos ; il l'aide enſuite à s'aſſurer
des autres Eléphans , & emmène avec lui trois
de fes petits qu'il avoit eu depuis fon évafion..
Cet Eléphant appartient aujourd'hui à Mr.
Haftings.
à
Fin des arrêtés relatifs à l'Irlande.
14. qu'il
te , que pour les mêmes raifons , il eſt
propos ne fubfifte dans aucun des deux
Royaumes , ni prohibition ni impôt fur l'expor tation des articles du crû ou des manufactures
de l'un dans l'autre , excepté fur ceux qui pourront
l'exiger de tems à autre , tels que les grains , la drêche , la farine & le biscuit,
15. Arrêté , qu'il eft également néceffaire qu'il
ne foit pas accordé des primes dans aucun des deux
Royaumes pour l'exportation des articles dans
l'autre , excepté pour les grains , la drêche , les
farines & les bifcuits ; « & les primes accordées
pour le moment dans la Grande- Bretagne ,
fur la bierre & les eaux- de- vie de grain diſtil-
" lées».; ni compenfation , ni dédommagement
pour les impôts que l'on pourroit payer ; & qu'il
ne fera accordé aucune prime fur l'exportation
des articles provenant des colonies angloifes ,
» ou des établiſſemens anglois de la côte d'Afri
que , ou fur l'exportation d'articles importés
des colonies angloifes , ou des établiffemens
anglois de l'Afrique , oudes Indes Orientales ;
» à moins que de pareilles primes ne foient ac
" cordées dans la Grande- Bretagne fur les mêmes
"
exportations. Et dans le cas où il feroit accer(
215 )
dé dans l'un des deux Royaumes des primes fur
les manufactures qui y font établies , & que
ces primes continuaffent même fur leur expor
tation , un impôt contrebalançant pourra être
" mis fur l'importation de ces marchandises dans
l'autre Royaume .
ود
ט כ
16. Arrêté , qu'il eft effentiel , pour l'avantage
de l'Empire Britannique , que l'importation
des articles venant de l'étranger , foit réglée de
tems à autre dans chaque Royaume , de maniere à
pouvoir conferver une préférence effective à
l'importation des mêmes articles provenant du
crû ou des manufactures de l'un des deux pays :
excepté les matieres premieres venant de
l'étranger , dont l'importation eff on pourroit
être permife , & libre de tous impôts. Et dans
» le cas où l'importation des articles provenant
» des pays foumis aux Etats-Unis de l'Amérique,
» feroit affujettie à des droits fupérieurs à ceux
» que paient les mêmes articles importés , comme
le crû ou le produit des colonies angloifes ,
» ou des pêcheries britanniques , ces mêmes articles
importés des Etats- Unis de l'Amérique
en Irlande , paieront les mêmes droits auxquels
eft ou fera fujette la même importation dans
» la Grande Bretagne ».
•
17. Arrêté , qu'il eft néceffaire que les privi.
leges des Auteurs & des Libraires de la Grande-
Bretagne continuent à être protégés , de la maniere
dont ils le font actuellement par les loix
de la Grande- Bretagne ; & qu'il eft jufte auffi que
le Parlement d'Irlande prenne de pareilles mesures
pour donner la même protection aux Auteurs &
aux Libraires.
18. Arrêté qu'il eft de la plus haute importance
, pour la fûreté de l'Empire Britannique
que l'excédent de la recette des revenus héré-
>
( 216 )
ditaires du Royaume d'Irlande , au- deſſus de la
fomme de 650,000 liv . fterl . ( déduction faite de
toutes les primes & des rabais qui pourront être
accordés ) foit appliqué à l'entretien des forces
navales de l'Empire , & de la maniere qu'il fera
ordonné par le Parlement d'Irlande : cette appropriation
devant être regardée comme un équivalent
fatisfaifant , proportionné à l'accroiffement
de la profpérité de ce Royaume , & devant fervir
à défrayer , en tems de paix , les dépenſes néceffaires
pour la protection du commerce , & les intérêts
généraux de l'Empire.
M. Fox propofa que les impôts fur l'importation
des matieres premieres dans la Grande
Bretagne & l'Irlande fuffent les mêmes ; ce qui a
été accordé.
#
: ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 25 Mai.
En conféquence de la ceffion faite par la
cour d'Espagne à la Géorgie , du pofte fitué
fur le territoire des Natchez , le Gouver
neur de cet Etat y a envoié des troupes pour
en former la garnifon . Un grand nombre
d'habitans de la Georgie font ailés s'établir
fur les bords du Miliffipi . Le fiege du gouvernement
fera transféré de Savannah à
Augufta.
Plufieurs cultivateurs de la même province
s'occupent férieufement de la culture
de la vigne. Ils ont pris à leur ſervice des
vignerons François & Allemands , & ils efperent
dans peu d'années obtenir de bonnes
récoltes .
Il paroît par les dernieres lettres de la Jamaïque
,
( 217 )
maïque , que la récolte du fucre fera cette
année d'une abondance extraordinaire .
Le Vaiffeau l'Impératrice de la Chine est arrivé
le 11 à New York. Ce Bâtiment commandé
par le Capitaine John Green , avoit appareillé
de la même Ville le 24 Février 1784. 11 a
mouillé au Port Wampou , dans la rivière de
Cinton , le 28 Août , & il en eft parti le 30
Décembre. S traverſée a été très - heureuſe ; il
n'a point effuyé de coups de vent , à l'exception
d'une petite bourafque lorsqu'il a quitté
cette côte. Son Equipage a conftamment joui
de la meilleure fanté : aufli n'a t - il perda qu'un
homme , le Charpentier du Bâtiment , infirme
depuis longtem . A l'arrivée du Capitaine Jehn
Green à Wampou , le Commodore Britannique
( M. Williams ) eut pour lui les attentions.
les plus diftinguées . Après avoir falué fon Vaiffeau
, il envoya à fon bord un Officier pour le
complimenter & lui offrir tous les fervices qui
feroient à fon pouvoir.
Dans fa traversée pour revenir à New-York ,
le. Vaiffeau l'Imperatrice de la Chine relâcha au
Cap , où il apprit qu'un autre Bâtiment appellé
les Etats -Unis , venant de Philadelphie , avoit
manqué fon paffage , mais qu'il étoit arrivé fans
accident à Pondichery. Legrand Turc , de Bofton
, étoit alors au Cap , d'où le Capitaine
Green a rapporté quelques moutons. L'Impératrice
de la Chine a fait ce voyage de l'Inde avec
une diligence pour laquelle on ne peut donner
trop d'éloges à fon Commandant & à fes Officiers
. En effet , ce Vaiffeau eſt revenu à New-
York 14 mois 24 jours après fon départ de
cette Ville Le Capitaine Green a laiffé à Canton
MM. Shaw & Randal , pour y veiller aux
No. 31 , 30 Juillet 1785 .
k
( 218 ).
intérêts de la Compagnie qui a formé cette
entrepriſe.
y
Ce vaiffeau de retour de la Chine
avoit porté une cargaifon d'articles infiniment
variés , cutr'autres une quantité confidérable
de Ginteng. Cette plante eſt tellement
recherchée par les Chinois , qu'ils n'en
trouvent jamais le prix trop cher. Le gouvernement
de la Chine envoie tous les ans
dix mille foldats tartares pour en faire la
récolte. Chacun d'eux eft obligé de fournir
gratis deux onces de Ginfeng de la meilleure
qualité , mais le refte leur eft payé fur
le pied de ce qu'il pefe d'argent. Il eſt défendu
à toute autre perfonne de recueillir
une plante auffi précieuſe. Mais cette prohibition
injufte n'a pu empêcher les habitans
pays de fe livrer à un commerce devenu
prefqu'indiſpenſable pour eux.
du
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 20 Juillet.
Le 17 de ce mois , le Comte d'Estaing ,
Vice -Amiral de France , que le Roi avoit
précédemment nommé au Gouvernement
de Touraine , vacant par la mort du Duc de
Choifeul , a prêté , en cette qualité , ferment
entre les mains de Sa Majesté.
Le même jour , le Comte de Turpin a eu
l'honneur de préfenter au Roi les Commentaires
de Céfar , avec des notes de lui.
DE PARIS , le 27 Juillet.
Ce que nous avons annoncé , l'Ordinaire
-
( 219 )
dernier , des vues du Gouvernement pour
diminuer l'importation des marchandiſes
étrangeres , vient de s'effectuer par un Arrêt
du Confeil d'Etat du Roi , daté du 17 Juillet.
Cette meſure de l'Adminiſtration devart
être fuivie de conféquences importantes ,
nous entrerons dans quelque détail au fujet
de cet Arrêt , dont le préambule eft de la
teneur fuivante :
Le Roi s'étant fait rendre compte des plaintes
qui lui ont été adreflées par les Marchands &
Fabricans de fon Royaume , fur le préjudice que
leur caufe le débit qui fe fait ouvertement des
Marchandifes étrangeres , & fur tout de celles de
fabriques Angloifes , auxquelles la mode & la
fantaisie font donner une préférence décourageante
pour l'induftrie nationale , & d'autant plus
intolérable que les marchandifes Françoifes font
exclues de l'Angleterre par les prohibitions les
plus rigoureuſes : Et Sa Majefté s'étant fait repréfenter
les Arrêts & Réglemens qui , pour favorifer
les Manufactures du Royaume , ainfi que
par le motif d'une jufle réciprocité , ont défendu
l'entrée de certaines marchandifes étrangeres ,
& en ont foumis d'autres à des droits confidérables
, dont on étude aujourd'hui le paiement ; Sa
Majeſté a reconnu que la protection qu'Elle doit
au commerce de fes Sujets , exigeoit qu'Elle renouvelât
ces différentes loix , & qu'Elle preferîvit
des regles pour en affurer plus efficacement
l'exécution : Elle a bien voulu néanmoins que
les prohibitions qui ont pour objet d'empêcher
la vente des marchandifes étrangeres n'étendiffent
pas leur effet jufqu'à interdire abfolu
ment à ceux de fes fujets qui ne font aucun com-
>
k 2
( 220 )
merce , la liberté de fatisfaite leur goût , en
faifant venir de l'Etranger des objets nouvellement
inventés , ou qu'ils croiroient être d'une f.-
brication ples parfaite que celle du Royaume ;
mais en même tems Sa Majefté a jugé néceffaire
d'en affujettir l'introduction à des droits affez
forts pour qu'elle ne puiffe préjudicier aux Manufactures
nationales , à l'encouragement defquelles
le produit de ces droits fera
ployé , enforte que les jouiffances du luxe deyendront
en quelque forte tributaires de l'utilité
generale.
em-
Les principaux articles de l'Arrêt portent
en fubftance ce qui fuit :
—
Les Denrées & Marchandifes étrangeres , dont
l'introduction dans le Royaume eft défendue par
les Ordonnances & Réglemens rendus depuis
1687 jufqu'à ce jour , feront & demeureront prohibées
à toutes les entrées du Royaume . Les
Marchandifes de fabriques Angloiles , autres que
celles dont l'entrée a été nommément perm.fe
par l'Arrêt du 6 Septembre 1701 , ou autres
fub équens , continueront d'être prohibées à toutes
les entrées du Royaume , notamment toute
efpece de Sellerie , Bonneterie , Draperie &
Quincaillerie , fous peine de confifcation defdites
marchandifes , & de dix mille livres d'amende
. Défend Sa Majefté , fous les mêmes
pe nes , l'introduction de tous Ouvrages d'acier
poi , autres que les outils & inftrumens propres
aux Arts & aux Sciences , & de tous criftaux &
verres provenant de l'Etranger . - Permit
néanmoins fa Majefté à ceux de fes fujets qui
ne font aucun commerce , de faire venir d'Argle
erre ou d'autres Pays étrangers , mais feule
nent pour leur propre ufage & confommation
perfonnelle , les objets dont l'introduction dans
( 221 )
>
le Royaume eft prohibée ; en demandant au préalable
une permiffion qui leur fera délivrée par
le Contrôleur général des Finances , fur la déclaration
qu'ils feront de la qualité & quantité
des marchandifes , & du Bureau par lequel elles
devront être introduites ; & à la charge de payer
à l'Ajudicataire des Fermes générales , trente
pour cent de leur valeur , eníemble les Dix lous
pour livre , fuivant l'état eftimatif defdices marchandifes.
Renouvelle Sa Majefté , les défenfes
à tous Marchands & Négocians , tant ea
gros qu'en détail , des villes & autres lieux du
Royaume , & à toutes autres perfonnes , d'expofer
en vente débiter ou vendre de maniere
quelconque , aucune defdites marchandifes prohibées
, à peine de confifcation d'icelles , & de
Trois mille livres d'amende . Fait pareillemen:
Sa Majesté très- expreffes inhibitions & défenfes
à tous Marchands des villes & autres lieux
du Royaume, de mettre fur les portes de leurs
boutiques le titre de Magafin de Marchandifes
d'Angleterre , ou d'autres Pays étrangers , fous la
même peine de Trois mille livres d'amende , &
d'être déchus des droits & priviléges de Marchands,
Les marchandifes dont la confifcation
aura été prononcée , feront eftimées par deux
Experts à ce commis , pour être , la moitié du
prix de ladite eftimation , accordée & payée comp.
tant aux Commis faififlans , fans aucune retenue ;
& feront enfuite , leídites marchandifes , réexportées
à l'Etranger , & à cet effet renvoyées ;
favoir , celles connues fous le nom de Marchandifes
blanches , dans le Port de l'Orient , & les
autres dans l'un des Ports francs du Royaume ,
où elles feront vendues au mois de Janvier de
chaque année , par vente publique , fans pouvoir
en aucun cas , rentrer dans le Royaume .
k
3
( 222 )
Les marchandifes Angloifes qui continueront
d'être reçues dans le Royaume , en
payant les droits fixés , font':
Chevaux . Laines. - Cotons en laine.
Cuirs verds. Andgang Peaux de boeuf.
de veau. Roc , ou poil de vache .
--
Peaux
Suifs
de toute etpece . Cire jaune. Cire blanche.
Charbons de terre. →→→→ Chairs falées.
Biere , en bouteille feulement . Colle ,
Corne ronde ou plate.
Couperofe .
dite d'Angleterre.
- Dents d'Eléphant .
Drogues fervant à la teinture . Forces à tondre
, & autres Outils ou Inftrumens propres aux
Meules à Taillandier. Arts.
------
Etain non
Beis -
Futailles ,
ouvré........ Bois de conftruction ,
Feuillards , Bois Merreins ,
venant d'Angleterre ou des Colonies angloifes.
Un autre Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , '
en date du 10 de ce mois , renouvelle les anciennes
défenfes d'introduire dans le royaume
, aucunes toiles de coton & mouffelines
venant de l'étranger , autres que celles
de l'Inde apportées par le commerce national
. Le même Arrêt interdit le débit des
toiles peintes , gazes & linons de fabrique
étrangere , fauf le délai fixé pour celles exiftantes
dans le Royaume . Ce délai eft d'un
an , à compter de la date de l'Arrêt . Voici
le préambule qui motive cette mefure de
Adminiftration.
Le Roi s'étant fait repréſenter , en fon Confeil
, les Arrêts des 5 Septembre & 28 Octobre
1759 , par lefquels l'introduction des Toiles
de coton blanches & des Toiles peintes venant
de l'Etranger , avoit été permife par les ports
( 223 )
& lieux y défignés , à la charge d'acquitter les
droits qui ont été fixés par les mêmes Arrêts , &
enfuite évalués par celui du 19 Juillet 1760 :
Sa Majefté a reconnu d'un côté que les circonftances
qui avoient motivé cette permiffion ,
n'avoient plus lieu depuis l'établiffement de la
nouvelle Compagnie des Indes ; & d'un autre
côté , que les droits d'entrée qui avoient été impofés
dans la vue de favorifer le commerce & l'induftrie
nationale , étoient continuellement éludes
par la contrefaction des plombs ou bulletins ,
& par l'effet inévitable d'une contrebande que
la multitude de Bureaux ouverts à l'introduction ,
ne permet pas d'empêcher. Sa Majefté eft d'ailleurs
informée qu'il eft arrivé dans les Ports '
étrangers , des cargaifons trè confidérables de
marchandifes des Indes , dont l'importation produiroit
une furabondance di'proportionnée aux
befoins de fes peuples , & auffi nuifible aux Manufactures
qui peuvent fuppléer ces marchandifes
, qu'aux intérêts de la Compagnie chargée
d'en approvifionner le Royaume . Ces différentes
confidérations n'ont pu échapper à l'attention
de Sa Majefté , lorsque pour faire jouir fes
fujets de tous les genres d'avantages que le retour
de la paix leur promet , Elle s'occupe effentiellement
des moyens d'encourager leur induftrie
, d'étendre les progrès de leur commerce
, & de relever les Manufactures dont une trop
grande tolérance des objets fabriqués chez l'Etranger
a occafionné la chute & l'anéantiffement.
Rien ne lui paroîtroit plus defirable & ne feroit
plus conforme à fes principes qu'une liberté générale
qui , affranchiffant de toute espece d'entraves
la circulation des productions & marchandifes
des différens pays , fembleroit de toutes
les Nations n'en faire qu'une pour le com-
>
k 4
( 224 )
merce : mais auffi long- tems que cette liberté
ne pourra être univeriellement admife & partout
réciproque , l'intérêt de l'Etat ex ge de
la fageffe de Sa Majefté qu'Elle continue d'exclure
de fon Royaume , ou de n'y laiffer importer
que par le commerce national , celles des
marchandifes étrangeres dont la libre introduction
nuiroit aux Manufactures du Royaume , &
pourroit faire pencher à ſon défavantage la balance
du commerce .
Les Ordres royaux , militaires & hofpitaliers
de Notre -Dame du Mont-Carnel &
de Saint Lazare de Jérufalem , ont fait cé-
.lébrer , le 18 de ce mois , dans la Chapelle
de l'Ecole Royale - militaire , la fête de Notre
- Dame du Mont- Carmel . Monfieur a
tenu , avant la Meffe , un Chapitre defdits
Ordres , dans lequel ce Prince a nommé
Chevaliers de Notre Dame du Mont Carmel,
les fieurs Pierre - Marie-Augufte Picot
de Peicaduc , Jacques Pierre Daniel Nepveu
de Bellefille , & Louis Edmond le Picard
de Phelipeaux , Eleves de l'Ecole-
Royale Militaire . Après la Meffe , à laquelle
a officié l'Evêque de Dijon , Commandeur
Eccléfiaftique defdits Ordres , & qui a été
chantée par la Mufique de Monfieur , fous
la conduite de l'Abbé Gauzargues , Surintendant
de la Mufique de ce Prince , Monfieur
a reçu Chevalier des deux Ordres
réunis le Comte de Coflé.
Les fourrages , à ce qu'on mande de
Guyenne , ont abfolument manqué dans la
province mais les vignes & les bleds don(
225 )
noient les plus belles espérances. Le foin
qui ci devant fe vendoit à Touloufe 30 f.
le quintal , valoit au commencement du
mois 5 liv. 10 fols à 6 liv. Nous remplirions
ce Journal uniquement des récits déplorables
qu'on nous envoie de toutes parts . La
Généralité d'Alençon n'eft pas la moins
maltraitée , ainfi que nous l'apprend M. Du
Friche de Valazé , auteur d'un des plus réfléchis
, des plus philofophiques , & par confquent
des plus inutiles ouvrages qu'on ait
publié en France fur les Loix pénales . Voici
l'extrait de la lettre de M. de Valazé.
Toute la France fouffre , fans doute , de la
féchereffe qui a eu lieu cette année mais il
éft des cantons bien moins affligés les uns que
les autres : ceux , par exemple , dont le genre de
culture confifte à faire des pâturages artificiels
ne font pas á beaucoup piès auffi malheureux que
les pays de prairies ; car fi les premiers n'ont
fourni qu'une demi récolte en foin , les der
niers n'ont produit que le dixieme de la dépouille
ordinaire . Le canton que j'habite eft
dans ce dernier cas : & comme le feul commerce
qui s'y falle confifte en Beftiaux , nos
Cultivateurs font à la veille d'une ruine certaine.
Le Roi a permis le pâturage dans fes
forêts ; cette reffource nous manque encore
quoique nous foyons environnés de forêts , dont
l'entrée nous eft défendue. En rendant notre fi
tuation publique , & en faifant voir qu'elle ne
fauroit être plus malheureuſe , nous parvien→
drons , fans doute , à intéreffer le Gouvernement,
dont l'attention parernelle nous eft fi nécess
faire .
>
( 226 )
Trois cent treize captifs délivrés à Alger
par les PP. de la Rédemption , font arrivés
Marſeille , le 9 de ce mois , fur la frégate
la Minerve , commandée par M. le Chevalier
de Ligondès. Cet Officier a confirmé
ce qu'on avoit appris de la paix conclue entre
la Cour d'Espagne & la Régence d'Alger.
Il paroît que celle ci fonge à fe dédom--
mager fur les navires d'autres puiffances ;
car au départ de M. de Ligondès , il fe
trouvoit dans le port d'Alger 14 corfaires ,
prêts à mettre à là voile .
Le trait fuivant , dont on vient de nous
faire paffer les circonflances authentiques ,
nous a paru fi touchant , que nous ne balançons
pas à lui donner place dans cette
feuille.
Le nommé Clermont , âgé de 16 ans , natif de
Colmar en Alface , & Eleve d'une penfion trèsconnue
qu'il avoit quittée , parce que la mort
d'un oncle , fon protecteur , Sergent Major dans
le Régiment des Gardes Suiffes , ne lui permettoit
plus de continuer le cours de fes études ,
eft venu le mois d'Avril dernier voir les anciens
camarades , fous l'habit de Garde Françoife.
L'amour filial l'avoit forcé , depuis un an , de
prendre l'uniforme : incapable , à ſon âge , ( il
n'a que 16 ans ) de procurer des fecours réels
à une mere infortunée que fon mari venoit d'abandonner
; il voulut au moins lui en donner
de momentanés : il s'engagea , & la même main
qui venoit de figner la perte de fa liberté , fut
en verfer le prix dans le fein de fon indigente
mere. On avoit ignoré fon fort , lorfque ,
( 227 )
pouffé par un mouvement affez naturel , il voulut
revoir les anciens camarades ; affiégé d'abord
par la foule des Eleves , il ne répondit rien
à leurs queftions bruyantes ; mais fe trouvant
avec ceux en qui il avoit le plus de confiance ,
il leur parla à coeur ouvert , & leur apprit le
motifde fon engagement. Son récit les attendrit
tous jufqu'aux larmes , mais particulierement
ceux qui devoient faire leur premiere communion.
A peine le foldat les eut il quittés , que
leurs têtes ouvrent différens avis ; enfin ils s'arrêtent
à celui de dégager leur camarade , ils écrivent
fur le champ à un Commiffaire des guerres ,
en reçoivent une réponſe favorable ; mais ils
apprennent qu'il faut un facrifice de 20 louis
deux de ces enfans fe chargent de faire parmi
eux la quête pour Clermont toutes les bourfes
s'ouvrent & s'épuifent pour faire une fomme
de 80 livres c'étoit bien loin de compte :
mais on prend patience , en cachant leurs projets
à tous leurs Maîtres , ils attendent jufqu'au mois
prochain pour groffir leur maffe de tout l'ar
gent de leurs menus- plaifirs. ; à la fin de Mai
ils avoient raffemblé environ 10 louis. On furprit
une lettre à ce fujet , leur projet fut éventé ,
mais l'exécution en devint plus facile , la générofité
de quelques parens , la libéralité du
Maître de penfion , ont complété le refte de la
fomme néceffaire. On a envoyé au Sergent-
Major de Clermont , 300 livres , & fon congé
lui a été délivré à la fin de juin dernier ; le
refte de l'argent a ſervi à l'habiller & aux frais
de fon voyage. Le jeune Clermont a mieux
aimé retourner dans fa famille où un Procureur
lui a promis de l'occupation.
"
r
MM. les Officiers du Régiment de Savoie
-Carignan , en garnifon à Arras , ont
+
k 6
( 228 )
fait célébrer le 16 un Service folemnel pour
le repos de l'ame du Prince de Savoie-
Carignan , Comte de Villefranche , dont
nous avons annoncé la mort prématurée
dans fa terre de Domart en Picardie , le 30
Juin dernier.
La Meffe en mufique de la compofition du
fieur Goffec , à laquelle avoient été invités tous
les différens corps & particuliers notables , de
la ville & de la garnifon , ayant à leurs têtes
M. le Comte de Sommievre , Commandant en
chef en Artois , a été exécutée par les Muficiens
de la Cathédrale , de la Ville , des Régimens
de la garnifon , & d'une grande quantité
des Villes & Métropoles voisines .
La nef de la Cathédrale étoit tendue de noir ,
& décorée par des écuffons , de différente grandeur
, aux armes du Prince , & par différens
attributs analogues à la circonftance .
Au devant du choeur s'élevoit un catafalque
foutenu par huit colonnes d'ordre corrinthien ,
& furmonté par une pyramide de 80 pieds de
haut.
On avoit placé au frontifpice de la pyramide
un tableau repréfentant le Prince pouffé dans
le tombeau par la mort , arrêtée , mais en vain ,
par un génie en pleurs , tenant d'une main les
drapeaux du Régiment , & tirant de l'autre la
mort parla draperie dont elle étoit enveloppée .
MM. les Officiers du Regiment de Savoye
portoient tous un crêpe au bras gauche ; & étoient
en grande tenue , ainfi que tous les Soldats
de ce Régiment . auxquels on avoit fait prendre
les armes pour cette trifte cérémonie . Les Saldats
grouppés entre les piliers , formoient un
coup- d'oeil impofant.
( 229 )
La douleur peinte fur le vifage des Officiers
& des Soldats du Régiment de Savoye eft inexprimable
, & la maniere dont ils parlent de leur
Colonel , regretté de toute cette ville , proeve
combien ils lui étoient fincerement & refpectueufement
attachés . Tous ceux qui l'ont connu
partagent les regrets de ces MM.
Le Prince étoit le pere des Soldats & l'ami
des Officiers , fon caractere doux & liant avoit
tellement uni entre eux tous les individus , qu'il
fembloit être le chef d'une famille dans laquelle
chacun s'empreffoit de contribuer au bonheur
& à la fatisfaction commune. On lui obéiffoit
fans qu'il commandât , chaque occupation fe
changeoit en amufement , & l'on aimoit à fe
rendre aux leux où l'on étoit appellé par fon
devoir 9 parce qu'on avoit le plaifir d'être
auprès de lui , & que l'on étoit fûr de s'entendre
dire toujours quelque chofe d'honnête & de
flatteur.
Il avoit fçu conferver au milieu de la Cour
& des hommes , cette fimplicité noble que l'on
admire avec juftice dans tous les Princes de
cette Maifon , & on avoit pour lui non - feulement
le refpect dû à fa puiffance , à fa dignité ,
& à la naiffance ; mais encore celui que peut
infpirer l'extrême vertu jointe à l'extrême bonté
Monfeigneur le Prince de Condé , dans
fon voyage d'Alface , s'étant arrêté le 9 de
ce mois à Vefoul , pour y voir le Régiment
Royal Cavalerie , en garnifon dans cette
ville , M. le Comte d'Ecquevilly , Meftre
de Camp , Commandant de ce Régiment ,
a faifi cette occafion de faire bénir les étendarts.
( 230 )
Le Prince , accompagné de M. le Duc de Bourbon
, après avoir été reçu avec tous les honneurs
qui lui font dûs , fe rendit à l'Eglife
où il préfenta un des étendarts au pied de
l'autel , les autres l'ont été par M. le Duc de
Bourbon , M. le Marquis de Vibraye , Inspecteur
du Régiment , & M. le Comte d'Ecquevilly.
M. l'Abbé d'Ecquevilly , Vicaire général
de Reims , a prononcé un difcours dans lequel
il a rappellé la journée de Fridberg , où le
Régiment Royal avoit été témoin de la valeur
d'un Prince cher à la Nation.
L'Orateur fit obferver enfuite que le Régiment
Royal jouiffoit de l'avantage de ne s'être
jamais trouvé qu'à une bataille malheureuſe
( celle de Dettingen ) dans laquelle il fe conduifit
avec une telle diftinction , que le Général
de l'Armée crut devoir en rendre un compte
particulier au Roi.
Le Prince qui devoit al'er coucher à Belfort ,
a trouvé fur fon chemin le Régiment qu'il a
yu manoeuvrer pendant une heure.
Barthelemi de Vougny , Chevalier ,
Comte de Boqueftant , ancien Capitaine au
Régiment de Briffac- Cavalerie , aujourd'hui
Royal Champagne , & Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint -Louis , eft
mort à Paris , le 23 de Juin dernier , âgé de
77 ans & 8 mois.
Pierre - François Pâquier , natif de Vefoul en
Franche Comté , s'engagea à l'âge de 15 ans &
demi , en 1758 , au fervice du Roi , dans le Régiment
de Be funce , aujourd'hui Flandres , Infanterie.
Le 20 Juillet 1763 , le Régiment étant en
garnifon à Lille , Pâquier difparut , fans que fa
famille en ait depuis reçu aucune nouvelle . On
( 231 )
apprit cependant , mais fans aucune certitude ;
qu'il étoit paffé dans le se . Bataillon des Gardes
Wallonnes en Eſpagne . Sa famille defire avoir
fon fignalement , s'il exifte encore , ou fon extrait
mortuaire , s'il eft décédé : ces pieces lui étant
néceflaires contre un ufurpateur du nom de ce
jeune homme. Ceux qui pourront en donner
quelques indices , font priés de les adreffer à
Vefoul , à M. Flagrigny , Chanoine.
Plufieurs membres du Corps municipal ,
de l'Académie des Sciences & de la Société
royale de Médecine , fe font rendus le 7 &
le 9 de ce mois , à l'Ecole de Natation que
fe fieur Turquin vient d'établir au bas du
pont de la Tournelle , auprès de fes Bains
Chinois ; ils ont affifté aux premieres leçons
données dans cet établiſſement , qui manquoit
encore à nos inftitutions modernes
ils ont applaudi aux moyens employés par
l'auteur pour hâter les progrès de fes éleves ,
& prévenir toute efpece de danger ; ils ont
examiné de nouveau les Bains du fieur
Turquin , qui ont également mérité leurs
fuffrages.
;
Le prix de l'abonnement pour l'Ecole de
Natation , eft de 48 liv . ou de 30 fous par
leçon ; celui des Bains eft de 1 liv. 4 fous
pour celui qui prendra un cabinet feul , de
1 liv . 16 f. pour deux perfonnes , & de 2 liv.
8 f. pour trois .
M. de la Blancherie , Agent général de correfpondance
pour les fciences & les arts , eft fur le
point de faire un voyage eu Suiffe , en Alface ,
dans une grande partie de l'Allemagne ( la plus
( 232 )
f
voifine de la France ) la Hollande , les Pays - Bas
Autrichiens , & c ; dans le deffein de prendre tur
les lieux , felon le plan de l'établiffement , les
renfeignemens relatifs aux fciences , aux arts &
à l'induftrie , pour lefquels les relations épiftolaires
auroient été infuffifantes . Les perfonnes de
tous les pays qui voudront profiter de ces avantages
, font priées d'envoyer inceffamment des
mémoires écrits , ou dans les principales langues
vivantes , ou en latin .
L'abfence de l'Agent général ne changera rien
à l'ordre des différentes parties de l'établiffement.
Tous mémoires , lettres & envois continueront
d'être adreffés , fous fon nom , au chef- lieu de la
Correspondance , toujours à l'hôtel Villayer , rue
St.- Andrésdes- Arts , à Paris , où il fera fu , pléé
par M. Deflers de Rancy , Secrétaire général de
la Correfpondance.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 25 Juillet.
M. Van- der-Goës a pris congé des Etars
Généraux , devant partir au premier jour
pour le Danemarck , où il eft nommé Miniftre
de la République.
Le plan propofé par M. le Comte de
Maillebois pour l'établiffement d'un département
militaire , éprouve des difficultés.
Dans le rapport qu'en ont fait les Commiffaires
de LL. HH . PP . , ces Commiffaires
objectent que ce projet ôteroit au Confeil
d'Etat , ainfi qu'à fes Adjoints dans l'occafion
, une partie de leurs fonctions , & qu'il
limiteroit trop l'autorité du Stathouder , en
fa qualité de Capitaine général .
( 233 )
1
La légion de Maillebois ne pouvant être
complette au 15 Septembre prochain , le
Général a demandé que ce terme fût prolongé
de quelques mois , & la revue de ce
corps n'aura lieu qu'au printemps fuivant.
M. de Maillebois a fuivi le Stathouder dans
la vifite que fait ce Prince de quelques places
fortes.
Le jardinier Van Brakel qui , durant la
derniere guerre , fut condamné conime cou
pable d'avoir voulu engager à une trahifon
l'enfeigne de Witte en garnifon dans l'ifle
Gorée , a tenté d'affaffiner le concierge de la
prifon où il étoit renfermé , mais ce projet a
été prévenu à temps.
M. de Thulemeyer , Miniftre de la cour
de Berlin à la Haye , a notifié officiellement
à la République de Hollande , la fignature
d'une ligue , formée en Allemagne pour le
maintien des droits & de l'indivifibilité du
Corps germanique , entre les Rois de Pruffe
& de Suede , les Electeurs de Saxe , d'Hanovre
& de Treves , les maifons de Heffe ,
de Brunfwick , d'Anfpach , &c.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
Le Chargé des affaires de la Cour de Vienne a
r . mis au Miniftere d'Espagne un Mémoire ou une
espece de Manifefte , dans lequel l'Empereur « fe
» plaint de la conduite de la Cour de Berlin à fon
» égard & des démarches qu'elle fait , tendant à
infpirer aux Membres du Corps Germanique &
à d'autres Cours une défiance injufte envers
( 234 )
S. M. Imp. , comme fi elle avoit en vue d'altérer
la Conftitution Germanique , de miner les
Droits & Privileges , & de les renverfer enfin
>> de fond en comble ; vues dont S. M. Imp . étoit
» fi éloignée , qu'au contraire elle déclaroit être
» prête à fe placer à la tête d'une Confédération ,
ဘ
dont l'objet feroit de maintenir la Conftitution
» du Corps Germanique , de défendre fes Droits ,
Privileges , &c. » Telle eft la ſubſtance de ce
Mémoire , qu'on croit être une Piece circulaire .
[ Gazette de Leyde , num. 56. ]
On apprend que quelques Officiers du Régiment
d'Onderwater , en garnifon dans cette ville ,
pour fervir de garde à L. N. P. , Mrs. les Commiffaires
, s'étant avifés de porter à leurs badines
des cordons tirant fur la couleur prefqu'Orange ,
comme cette couleur doit être en abomination
particuliérement dans cette Province , depuis que
les habitans font prefque tous attaqués de la jauniffe
, ces Officiers réfractaires ont été févérement
réprimandés , & c'est par grace ſpéciale qu'on ne
leur a pas fait fubir des peines plus rigoureufes
pour la bifarrerie de leur goût. Le jaune & tout ce
qui approche de cette couleur primitive , eft tellement
en horreur dans ce pays , qu'on efpere que
les Peres de la Patrie , nos Médecins politiques ,
feront fagement défendre l'introduction de toute
matiere tirant fur la couleur jaune , ou fervant à
la former , y compris les prifmes qui peuvent fervir
à la retracer , & même l'ufage des jaunesd'oeufs
, &c. ( Nouvellifte d'Allemagne , num . 108. )
La Cour de Madrid a fait une Réponte claire &
précile à l'Ambaffadeur d'Angleterre , chargé par
fes Inftructions , de demander raifon de l'envoi
& de la deftination d'un Corps de Troupes embarquées
à la Corogne. Ces Troupes , au nombre
de fix mille hommes embarqués le 10 du mois de
( 235)
Juin, fur 12 Navires de tranfport , & fous l'efcorte
de 3 vaiffeaux de guerre, font deftinées pour renforcer
les garnifons de Penfacola & de S. Auguftin dans
les deux Florides. Cette précaution a paru d'autant
plus néceffaire au Cabinet de Madrid , que depuis
la derniere révolution arrivée en Amérique , ces
deux Provinces Méridionales de l'Amérique Septentrionale
font devenues la clef de l'Amérique- Méridionale,
& qu'il importe hautement à la Courd'Efpagne
d'être toujours prête , dans cette partie du
monde , à faire face à tout événement. Au refte ,
le Miniſtere de Madrid a formellement déclaré à
l'Ambaffadeur d'Angleterre , que les Différends furvenus
fur la côte de Muſquito, n'avoient nullement
influé fur l'embarquement de ces troupes aux Indes-
Occidentales ; qu'au furplus , S. M. Catholique ne feroit
pas la premiere à troubler le repos rétabli dans
cette partie de la terre . Cet envoi de forces ne doit
donc être confidéré que comme une fimple précaution
, prife par le Roi d'Espagne , pour affurer
fes poffeffions dans un pays fi éloigné du centre de
la Monarchie Espagnole.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre Me. P... de N... Procureur en la Cour,
& la Dame fon épouse ; La Dame veuve
C... & la Dlle. Courtier. Teftament AB
IRATO.
-
Un teftateur , & fur- tout un pere qui difpofe ,
au préjudice de fes héritiers dégitimes , doit bien
fe garder de laiffer appercevoir dans fon tefta-
(i) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de 15 liv, par an , chez M. Mars , Avocat, cue
& Hôtel de Serpente,
( 236 )
ment aucune preuve de haine. Il n'eft point de
moyens plus v. &orieux pour faire anéantir les
difpofitions . Feu Me . C ... ancien Procureur en la
Cour , n'avoit pas affez réfléchi fur cette verité ;
auffi fon teftament a -t - il éprouvé le fort aug el
il étoit réservé .
Me. C ... avoit eu pour Me. Clerc le fitur P...
de N... & il avoit fans doute conçu pour ce jeune
hom.ne des fentimens avantageux , puifqu'ayant
pallé depuis dans une autre Etude , & ayant traié
de l'Office de Me . Coueffé du Boulay , M :. C...
n'hésita pas de rendre de lui un témoignage avantageux
à l'occafion d'un mariage qui lui étoit
propofé . Me. C... fit plus , ce projet de mariage
n'ayant pas réuffi , il propofa au fieur P ... de N...
de lui donner fa file . Me. P... après avoit
été arrêté quelques temps par la modicité de la
dot que les fieurs & Dame- C .. vouloient donmer
à leur fille , s'y détermina cependant , à caule
de l'eftime finguliere qu'il avoit pour la Dile, &
pour toute la famille. Le mariage fut décidé &
célébré au mois d'Avril 1780. La dor de la Dlle.
fut fixée à 30,000 liv. dont 10,000 fiv . feulement
, qui devoient entrer en communauté ,
étoient fipulées , payables le lendemain du mariage
, les autres 20,000 liv. n'étoient payables
qu'au premier Janvier 1781. Me. P... ne fe
marioit qu'avec Ton Office de Procureur acheté
41,600 liv . qu'il devoit en entier . La gêne qu'entraînent
les premiere années d'un établiffement ,
fe fit d'autant plus fenir à Me. P. , . que la dut
de fa femme n'avoit point été réalisée en argent
comptant , & fa pofition devint fi embarraflante
la premiere année de fon mariage , qu'il crut en
devoir faire part à Me. C... fon beau - pere . -
La fituation de M. P ... de N... parut donner des
inquiétudes à Me C... qui l'imputa à mauvaile
---
( 237 )
adminiftration , & a peu de conduite de la part
de fon gendre : cependant Me . C... déguila fes
fentimens , & fous les dehors du plus vif intérêt
, il parut avoir envie de venir à fon fecours ,
en le prêtant à ce qu'il defiroit fur l'emploi du
remboursement des 20,000 qui devoit s'effectuer
en Janvier 1781 ; il exigea donc que Me , P..,
lui remît un état exa & & certifié de lui , de tout
ce qu'il devoit. Me. P ... n'eut rien de plas preffé
que de le fatiffaire ; c'eft cependant cette marque
de confiance & de déférence d'un gendre pour
fon beau- pere qui a fervi de prétexte & de baſe
à ce dernier pour la rédaction de fon teftament.
Mais par bonheur pour Me . P ... le teftateur a
fourni lui -même , dans cet acte , les moyens les
plus puiffans pour le faire anéantir : voici la teneur
du teftament de Me . C ...
פ כ
« Si au jour de mon décès , Mde. Coutier ma
belle-mere ( qui étoit en démence & interdite ,
>> & dont Me. C. étoit le Curateur ) eft vivante,
je defire que la curatelle à fon interdiction ſoit
» déférée à ma veuve , & à fa foeur conjointe-
» ment , & à la furvivante des deux . J'obferve
qu'il y auroit le plus grand danger à y nommer
M. P... de N... mon gendre .
33
Je nom-
» me Mile. Coutier , ma belle - foeur , ma légataire
univerfelle de tous mes biens de toute
nature , meubles & immeubles ; mon intention
» étant qu'elle foit feule propriétaire , tant en
fon is qu'en jouiflance , & qu'elle en puiffe
» difpofer comme elle avifera , à la charge néanmoins
par elle de laiffer une fomme de 30,000l.
» i celui ou celle de mes enfans qui l'auront méri-
» e , ea h norant leur mere & leur tante , & leur
portant le refpe &t qu'ils leur doivent jufqu'au
ombean ; & fi la demoiſelle Coutier décede fans
» nominer celui ou celle de mes enfans qui l'auront
( 238 )
» méritée , & qui feroient dignes de recueillir lefdites
30,000 liv. , je veux que la difpofition de
» mon préfent teftament qui greve fon legs univerfel
de la charge defdites 30,000 l . foit répu-
> tée comme non - avenue . — Dans tous les cas,
» mes enfans ne pourront inquiéter la demoiſelle
Coutier , ni l'affujettir , après mon décès, à faire
» faire un inventaire , ni aucun autre a&te de Juſtice.
Si au décès de la demoiſelle Coutier ,
» il ſe trouve en nature dans fa fucceffion quelques-
uns des immeubles venant de moi , dont
» elle n'ait pas difpofé , je veux que ce qui en
>> restera appartienne , après elle , à mes enfans ,
à condition fur iceux , à commencer par les
que
» biens propres , & enfuite par les conquêts , mes
» enfans , non- mariés & dotés , feront égalés à
» Madame P ... de N... ma fille , qui a eu & reçu
» 30,000 l. , argent comptant , en mariage ; & à
» l'égard du furplus qui pourra revenir à ladite
» dame de N..., même fa part dans les biens propres
, ainfi que fa portion légitimaire ; je veux
& entends que le tout lui foit & demeure fubfti-
», tué , ainſi qu'à les enfans & petits enfans , at-
» tendu les engagemens confidérables & le mauvais
» état des affaires dudit Me. P... de N... & fa fem-
» me; voulant & entendant qu'aucuns des biens
»fubftitués ne puiffent être faifis ni délégués par
"
"
aucun créancier , & que tous les revenus en
» foient touchés par ma fille ſur les fimples quit-
» tances , fans qu'elle ait befoin de l'autorisation
» de fon mari , & fans que les revenus puiſſent
» jama's être confondus dans leur Communauté ;
» défendant à ma fille de donner ni pouvoir , ni
" procuration á fon mari , directement , ni indirec
» tement , á l'effet de recevoir les revenus fubfti-
» tués , attendu leur deſtination aux alimens de la
» mere & des enfans , » -◄◄◄ Le Teftateur finit par
( 239 )
nommerla dame C ... fon épouse pour Exécutrice
de fon Teftament. A ce Teftament , Me . C... a
joint l'état des affaires de Me . P... de N... , avec
cette note : annexé au Teftament , pour ſervir à juſtifier
la fubftitution . Le Teftateur , après avoir
clos fon Acte , croit n'avoir pas fuffilamment décrié
fon gendre , il fait , le même jour , un Codicile
, où il déclare qu'il veut que fi la dame de N...
décéde avant fon mari , il foit pourvu à ſes enfans
d'un Tuteur ou Tutrice , autre que Me. P.. de N...
à l'effet de toucher & recevoir pour les enfans tous
les deniers & revenus fubftitués , & de les employer
à les élever & entretenir. Enfin , le 2 Mars 1782
il fait un nouveau Codicile , où il renchérit encore
fur les preuves qu'il a déja données de fa haine : il
s'exprime ainfi : » Si Mademoiſelle Coutier , ma
belle four , renonçoit au legs univerfel que je
» lui fais par mon Teftament , ou bien , fi ledit legs
» venoit à être attaqué de nullité , ainfi que la
» ſubſtitution , & que foit par cette voie , foit par
» toutes autres, ledit legs univerfel & ladite fubfti
» tution vinflent à être annullés ; en ce cas , je
» donne tous mes biens difponibles à l'Hôpital des
» Incurables de Paris , pour y fonder autant de lits
» qu'il fera poffible , & le droit de nommer à per
ဘ
pétuité auxdits lits appartiendra á ma femme ,
» & après elle , á fon fils. » Me . C ... eft mort le
7 Mai 1782 ; les dépofitaires de fon Teftament , les
perfonnes qui y étoient intéreffées , la veuve C ... ,
Exécutrice , & la demoiſelle Coutier , fa légataire
univerfelle , furent long- temps fans produire au
grand jour cet acte irrégulier. Les enfans de Me.
C... ne foupçonnoient pas même fon exiſtence , &
Jaiffoient la veuve jouir paifiblement , fans demander
ni compte , ni partage , & fans la preffer
de faire un inventaire , qu'elle a néanmoins fait
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J
depuis , comme elle a voulu. C'est dans le calme
de cette parfaite concorde de la famille , dont rien
ne fembloit préfager le trouble ; que la dame de
C... , huit jours après le décès de fon mari , a tiré
de l'ebfcurité le Teftament & les deux Codiciles
dont on a parlé , & en a fait , le 8 Décembre , le
dépôt chez Me, le Cointre , Notaire , qui avoit fait
l'inventaire ; elle fit appeller le lendemain fon
gendre pour venir en écouter la lecture. Sa furprife
fut extrême , lorfqu'il entendit les difpofitions
d'un acte , où fon honneur & fa réputation
Le trouvoient finguliérement compromis ; il n'hé
fita pas fur le parti qu'il avoit à prendre pour le
faire anéantir. Il l'attaqua comme fait AB IRATO;
il fit fortir les moyens du contexte même de l'acte,
qui ne refpiroit que haine & fureur , & furabondamment
, il foutint que le legs univerfel fait par
Me. C... à la demoiselle Coutier , fa belle foeur ,
pouvoit paroître , à certains égards , renfermer une
efpece d'avantage indirect & de fidei - commis du
mari au profit de fa femme , foit à caufe de la cohabitation
commune , foit à cause de la communauté
& confuſion des revenus qui exifloient , dêpuis
40 ans , entre la demoiſelle Coutier & Me . C...
& qui probablement devoit continuer entre les
deax foeurs après la mort ; confufion de biens qui
pouvoit rendre par le fait , la veuve jouiffante de
tous les biens de fon mari. Les moyens de Me.
P... , qui fe préfentent d'eux mêmes , ont été développés
dans une Confultation imprimée. Enfin ,
une Sentence des Requêtes du Palais , qui fut bientôt
fuivie d'en Arrêt confirmatif, rendu le 28
Juillet 1784 , déclara nuls le Teftament & Codiciles
du beau- pere de Me. P...
Differtation fur le duct , publiée
par ordre , comme ayant
remporté le prix ( en Mai 1784 )
dans l'Univerfité de Cambridge ;
par Richard Hey , Docteur en
droit , &c. : 1785 , in - 8 " . A Lodes.
Effais de Michel de Montagne ,
traduits nouvellement en langue
tofane , par un Académicien
de Florence , & publiés par
Philandre; tomel : in- 12 de 262
page . Amfterdam.
Pièces morales fentimendernes
du facré palais apokokque
, on Majordomes pontificaux
; dédiées à S. E Rév. Monfign.
D. Romuald Braſchi Onefti
, neveu & Majordome du Pape
Pie VII, heureufement régnants
1785 , in-4°. de 106 pag. A Rome.
Nouvelle ciropédie , ou Voyage
de Cyrus , avec un difcours far
la mythologie , écrit en françois
par M. de Ramfay, auquel on a
joint une lettre de M. Freret , od
l'exacte chronologie de l'ouvrage
eft mife dans le plus grand jour :
tales fur divers fujets , com le tout traduit par François Sa
pofées dans la retraite, fur vila , de l'Académie de Barce
les bords de la Brenta , dans l'é- lone , & c : 1785. A Madrid.
tat de Venife , par Mad. J. W
C-r- ffe de R-f-g : 2 vol. petit
in- 8°. 1785. A Londres.
Obfervations fur l'importance
de la révolution de l'Amérique ,
& fur les moyens de la rendre
Notices fur les bâtimens qui utile au monde. On y a ajouté
ont été au bombardement d'Al- fune lettre de M. Turgor, Conger
, fous les ordres du Lieute- trôleur général des finances de
nant général D. Antoine Barcelo, France , avec un appendice con-
& du fecond Commandant & ftenant une traduction ( en an- .
Chef d'Efcadre , D. François glois ) du teftament de M. For-
Cifneres , avec les noms des Ca- tuné Richard , dernièrement put
Mines des mêmes bâtimens , ! blié en France par Richard Price,
& le nombre de leurs canons : Membre de la Société sovale de
1784. A Madrid. Londres , & de l'Académie des
Arts & des Sciences dans la nouvelle
Angleterre : 1785 , in-8*.
A Londres .
Notices hiftoriques des an-
Piens Vice-maîtres du patriachat
de Latran , & des Préfets me
On Conſcrit ſéparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE }
chez PH.-D. PIERRES , Impriment Ordinaire du Roi , me Saint
Jacques. Le prix de l'abonasment cât de 7 1, 4 fois par annéc , aveg
la Table:
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft , pour Paris
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente deux livres que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lertrs
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu da
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois d'Aote
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner aufft leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres à
fans quoi elles ne feront point reques,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères