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1785, 05-06, n. 19-22, 24-25 (7, 14, 21, 28 mai, 11, 18 juin) (incomplet)
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23.30 Mo
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Texte
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles R
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la NoticedesÉdits, Arrêts;lesAvis
particuliers , &s. &c.
SAMEDI 7 MAI 1785 .
A PARIS;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins.
AvecApprobation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois d'Avril 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
Histoire de la Russie Moderne,
Epure à M. Sabatier de Cavaillon
, 3 Cléopâtre , Tragédie,
Réponse aux Vers deM. Bu- Eloge de M. l'Abbéde Guafret,
6
A Maman , pour sa Fête , 49 .
Lucas , Perrette & les Moutons
, Fable,
Epigramme ,
Madrigal,
Ve's fur la Naissance du
deNormandie ,
Aux Canons de la Ville ,
Impromptu ,
Idem.
A Mme de Genlis ,
Le Proverbe appliqué ,
AMadame de ** ,
Les Regrets du premier
Romance ,
52
co,
70
81
Du Gouvernementdes Moeurs,
86
105 L'Iliade d'Homère ,
14 Suite des Eloges lûs dans les
Séances publiques de la So-
Duc ciété Royalede Médecine ,
ibid.
97
98 Le Jaloux , Comédie ,
152
165
9 Histoire d'Abdalmazour , 201
ibid. Mémoire fur les Tremblemens
100 deTerre de la Calabre , 208
ibib. Nouveaux Mélanges de Philo-
145 Sophie &deLittérature , 210
Age , Les OEuvres d'Héſiode , 212
147 Mémoirefur les Ciseaux à in-
La Vérité & l'Envie , Fable
Allégorique ,
cifion , 213
148 Collection des Mémoires relatifs
Coupletfur la Naiſſance de àl'Histoirede France,
Mgr. le Duc de Normandie,
AMlleV*** ,
AMadame B..... ,
217/
193 Le Comte de Valmon , 220
194 Variétés ,
195
115 , 195
SPECTACLES ..
Le Rendez-vous manque , 196 Concert Spirituel ,
•Conte,
120
197 AcadémieRoy. deMusiq. 34 ,
Charades , Enigmes & Logo- 181
gryphes , 9 , 95 , 102 , 150, Comédie Françoise , 36 , 130 ,
199 229
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne , 40, 134
LaPoétiquede laMusique , 10 Annonces & Notices , 44 , 89 ,
Fragmens d'un Ouvrage de
Morale, 24
137 , 187,233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de laHarpe , près S. Cême.
Comblesets
2Night
7-10-31
"MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 MAI 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Naiſſance de Monseigneur le Duc
DE NORMANDIE.
Quor done ? avec éclatj'entends gronder la foudre,
L'Ennemi viendroit-il pour nous réduire en poudre ?
Non, non , raſſurez-vous , ô généreux François ;
Louis ne lance plus fon orgueilleux tonnerre ;
Et ce qui fut toujours l'inſtrument de la guerre ,
Devient en ce moment le ſignal de la Paix .
( Faits par M. d'Iray, jeune homme âgé de
Seize ans, Ecolier au Collège de Lisieux.)
A ij
4 MERCURE
VERS adreſsés à M. PuJos , après avoir
vu la Collection des Grands Hommes dont
il s'occupe de faire les Portraits. *
CHEZ Hez vous , Peintre heureux des Savans,
Appelledu ſiècle où nous ſommes ,
J'ai vû cent Portraits différens
Qui m'ont retracé les Grands Hommes ;
Mais dans ce rare cabinet ,
Pujos , il en faudroit un autre ;
Jamais il ne fera complet
Tant que vous oublirez le vôtre.
(Par M. Duchofal. )
LE BONHEUR , Stances.
HEUREUX l'homme qui , fur lui -même,
Sitôt que la raiſon commence à l'éclairer ,
Prenant uu empire ſuprême ,
Se cherche , s'étudie , & peut ſe pénétrer !
* M. Pujos travaille à la Collection entière des Grands
Hommes de notre ſiècle. Entre autres Portraits ført intéreffans,
tels que ceux de MM. de Buffon , de Mably , de
la Harpe , on y voit celui de Voltaire à l'âge de vingt-deux
ans , & le même à l'âge de quatre- vingt.
DE FRANCE.
Qur , ſur le vrai formant ſon âme ,
Par de vains préjugés ne vitpoint combattu ;
Dont le coeur généreux s'enflamme
Au récit envié d'un acte de vertu !
Qui poſsède un ami ſincère ,
Ami , que pour rival il ne redoute pas;
Qui dans une femmepréfère
Le coeur à ſon eſprit, l'eſprit à ſes appas !
QUI , de l'un chérifiant le zèle,
En reçoit les conſeils , même les moins flatteurs;
Et qui , de l'autre amant fidèle ,
Mérite , en les taifant, fesplus tendres favents!
Qur , dans le tourbillon du monde ,
Philoſophe prudent, ne va point s'engager ;
Qui jamais en vain ne le fronde,
Mais , d'après les travers, ſonge à ſe corriger!
Qur, dans le Temple de Mémoire ,
Refuſe de porter un pas trop haſardeux ,
Content de la paiſible gloire
De penſer, d'être ſage , humain &vertueux!
Qur fait enfin , dans ſa jeuneſſe .
Qui ſaitavec tantd'art ménager le plaifir ,
Que, dans ſa tardive vieilleſſe,
De le goûter encore il ſente le deſir !
( Par M. Guichard. )
A iij
$ MERCURE
Mirtil , au péril de ſes jours ,
Va conquérir un diadême
Four voir couronner ſes amours .
Qui des deux aime plus ſa mie ?
Que conclure de leurs ardeurs ?
Guſman la préfère aux honneurs ,
Mirtil la préfère à la vie.
III.
QU'ELLE eft flatteuſe la Couronne !
Qu'elle a de charmes pour un coeur,
Quand c'eſt un amant qui la donne,
Et qu'on la doit à ſa valeur !
Quel plaifir pour une maîtreſſe ,
En formant d'auſſi doux liens ,
Des'écrier dans ſon ivreſſe :
(
Il expoſa ſes jours pour embellir les miens !
(ParunMembredela Chambre Littéraire deRennes.)
IV.
Он! parlez -moi d'un verd galant
Qui s'adjuge un Trône gaîment
Pour plaire encor plus à ſa belle !
Tombe- til ſur une infidelle ?
Le Trône en tout événement
Adoucira ſon fort funeſte ;
Il peut dire en ſe conſolant :
Si l'amour fuit..... le Trône reſte.
(Par un autre Membre de la Chambre
Littéraire de Rennes. )
DEFRANCE.
9
V.
QUITTER pour la maitreſſe unTrône ,
C'eſt de nos Céladons un des traits les plus beaux ;
Mais ofer conquérir pour elle une Couronne
Par la valeur , les dangers , les travaux ,
C'eſt aimer plus & mieux , c'eſt aimer en Héros.
:
(Par un Septuagénaire de Montrichard. )
VI.
Un amant qui deſcend du Trône
Pour unir ſon deſtin à l'objet de ſes voeur ,
Prouve bien l'excès de ſes feux;
Celui qui pour lui plaire ufurpe une Couronne,
Eſt moins tendre qu'ambitieux.
Par Mile Sophie de Ch ***. )
VII.
:
LORSQU'ON s'élève au rang desRois
Pour y placer l'objet qu'on aime ,
On fatisfait deux penchans à la fois ,
Etl'on fait pour l'amour bien moinsque pour ſoi-même;
Mais un amant qui ſans retour
Sacrifieà les feux ſon Seeptre &fa Couronne,
Ne fatisfait en deſcendant du Trône.
Que le ſeul penchant de l'amour.
Lequel des deux mérite la victoire ?
Je laiſſe aux tendres coeurs le ſoin de le nommer.
2. L'un en aimant cherche la gloire , ..
L'autre la fuit pour mieux aimer.
(Par M.le Vicomte de Mélignch.)
Av
10 MERCURE
VIIL
L'AMOUR m'inſpira le projet
De conquérir une Couronne ;
Zélis , vous en étiez l'objet;
J'ai réuſſi , je vous la donne.
Mais ſi de ce brillant hommage
Votre coeur paroît peu flatté ,
Je peux faire encor davantage .
Je renonce à la Royauté.
IX.
Pour s'unir à l'objet qu'on aime,
Renoncer à la Royauté ,
D'amour c'eſt un effort fuprême,
Dont un coeur doit être Batté.
٢٢
Mais celui qui, plus, fier , voudroit par ſon courage
Lui donner un Sceptre , une Cour ,
Peut-être en prouvant moins d'amour,
Eninſpireroitdavantage.
(Parune Dame abonnée. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
UnAmantdoit-il compromettre fon amour
en mettant l'amitiédansfa confidence ?Doitil
bleſſer l'amitié en lui cashant leſecres defom
Geur?
مز
DE FRANCE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
JÉRUSALEM Délivrée , nouvelle Traduction
, dédiée à M. le Comte de Vergennes ,
Miniftre & Chef du Conſeil Royal des
Finances , avec ſon portrait , gravé par
Gaucher , vol. in- 18.imprimés ſur papier
fin d'Angoulême. A Paris , rue des Poitevins
, 1785. ( Le texte eſt placé Stance
par Stance à côté de la Traduction. )
Nconnoît le jugement de Boileau ſur le Taffe :
AMalherbe , à Racan préférer Théophile ,
Et le clinquant du Tafſe à tout l'or de Virgile .
Ce traitde critique vint fort à propos pour le Clerc ,
qui publioit alors ſa traduction des cinq premiers
Chants de la Jérusalem Délivrée; cette traduction
to.nba , & le Clerc tâcha de ſe faire l'illuſion d'en
imputer la chûte à la critique que Boileau avoit
faite de l'original ; mais la traduction de le Clerc
n'avoit pas de clinquant; elle tomba par la même
raiſon que ſes Tragédies , parce qu'elle étoit ennuyeuſe.
Quant au jugement porté par Boileau , & dans
lequel il a perfifté juſqu'à la mort , M. Mirabaud ,
Traducteur plus heureux du Taſſe, a prouvé qu'il
étoit directement contraire à celui qu'ont porté de
laJérusalemDélivrée, les Italiens les plus opposés au
Taſſe. En France , on lui reprochoit du clinquant
&des Concetti; en Italie , on lui reprochoit d'en
manquer , on le trouvoit ſec & froid. L'Académie
A vj
12 MERCURE
de Eruſca, qui donna ſon ſentiment ſur le Poëme
de laJérusalem Délivrée, comme l'Académie Françoiſe
donna dans la ſuite le fien ſur le Cid, relève
Hir-tout dans le Taſſe ce défaut de fleurs & d'agrémens.
De forte qu'on pourroit dire de lui , à cet
égard , ce que dit M. de Voltaire ſur un autre
føjet , qu'il lui arriva la même choſe qu'à M. de
*>> Langeais , qui étoit pourſuivi par ſa femme au
>>> Parlementde Paris pour cauſe d'impuiſſance , &
>>> par une fille au Parlement de Rennes , pour lui
زور
avoir fait un enfant. Il falloit qu'il gagnât une
des deux affaires , il les perdit toutes deux. >>
On peut dire cependant que le Taſſe les a gagnées
toutes deux , il n'a cellé en effet de gagner dans la
poſtérité, il eſt généralement ro. onnu aujourd'hui
en tous pays que le Taſſe ne manque point de fleurs
& d'ornemens , & que ces orneinens ont ratement
le défaut que Boileau a déſigné par le clinquant du
Taſſe. La Jérusalem Délivrée a eu , comme les
grands Poëmes de l'antiquité , l'avantage de fournir
des tableaux aux Peintres , des ſujets à tous les a: ts
& à tous les talens ; elle a fait faire à Quinault le
Poëme immortel d'Armide , à Danchet même celui
de Tancrède; elle eſt enfin au nombre des cinq ou
fix Poëmes Epiques dont les premières Nations du
monde, tant anciennes que modernes , ont à ſe glorifier.
Le rang , entre ces divers Poëmes Epiques ,
s'aſſigne diverſement , ſelon le goût du Lecteur. M.
de Voltaire , après avoir parlé d'Homère& de Virgile,
ajoute :
De faux brillans , trop de magie ,
Mettent le Taſſe un cran plus bas;
Mais que ne tolère-t'on pas
Pour Armide & pour Herminie?
On pourroit ajouter , & pour Clorinde mourant
DE FRANCE.
de la main& ſous les yeux deTancrède , ſon amanc ,
&pour Olinde & Sophronie , dont les ſentimens ſont
fi tendres& fi purs ; & pour Renaud , l'Achille de ce
Poëme , &c.
Le mot de Boileau tiroit d'autant plus à conféquence
, que ce n'étoit qu'un mot , & qu'on ne pouvoit
le difcuter. On le regardoit comme un réſultat
général , comme un jugement abſolu. Boileau s'eſt
expliqué depuis dans un diſcours tenu peu de temps
avant fa mort , où il confirme ce jugement, mais
en convenant que le Taffe , ( ce ſont ſes termes )
étoit un géniesublime, étendu , heureusement népour
être Poëte & grand Poëte. Un tel aven pouvoit
fervir de paſſeport à bien des critiques. Celles que
fait ou plutôt qu'annonce Boileau , tont générales ;
& comme elles ne ſont point appliquées à des
exemples , elles ne peuvent être réfutées. Ce difcours
-de Boileau eft rapporté dans l'hiſtoire de l'Académie
Françoiſe , par M. l'Abbé d'Olivet , qui l'avoit entendu.
Le P. Bouhours , autre critique ſévère , eſt en général
de l'avis de Boileau ſur le Taffe; & comme il
motive ſa critique, comme il l'applique à des exemples
, on peut raiſonner avec ou contre lui.
Il relève, par exemple , ce vers du dix neuvième
'Chant , ou , en parlant de la mort du féroce Argant,
leTaſſedit:
Minacciava morendo , e non languia.
***'Qu'il menace, dit- il , que ſes dernières paroles
>> ayent quelque chofe de fier, de ſuperbe & de ter-
>> rible.
1
Superbi , formidabili , feroci ,
Gli ultimi moti fur , l'ultime voci .
>>> Cela convient au caractère d'Argant; ...... mais
14 MERCURE
>> de n'être point foible lorſqu'on ſe meurt, e non
>> languia , c'eſt ce qui n'a pointde vraiſemblance...
>> La fermeté de l'âme n'empêche pas que le corpsne
>> s'affoibliſſe ; ... cependant le non languia, qui va au
> corps , exempte Argant de la loi commune , &
>>> détruit l'homme en élevant le héros.
Cette critique nous paroît minutieuſe, ſévère &
même injuſte ; le Taſſe ne dit point que le corps
d'Argant ne s'affoiblit pas , puiſqu'il a dit pluſieurs
fois le contraire.
Già nelle ſceme forze il furor langue ....
Tancredi che'l vedea coł braccio eſangue
Girar i colpi ad or più leni , &c.
Il parle du dernier caractère que l'âme d'Argant
imprime ſur ſon viſage , & il dit que c'eſt un caractère
decolère , de menace, & non de langueur. C'eſt
ainſi que Salluſte dit de Catilina , que mort ou mourant,
il confervoit l'air de fierté qu'il avoit en vivant,
ferociam animi quam habuerat vivus , in vultu retinens.
C'eſt ainſi que Velleius Paterculus dit d'un Gé
néral des Samnites vaincu , qu'il avoit plus l'air d'un
⚫ vainqueur que d'un mourant, victoris magis quàm
morientis vultum preferens. C'est ainſi que le mêmе
Taſſe dit d'un autre Sarrazin , que tout mort qu'il
eft, il menace encore les Chrétiens.
Emorto anco minaccia.
Ce qui vraiſemblablement n'a point déplu à Racine,
qui , dans le récit du combat & de la mort des
frères ennemis, dit, en parlant de Polynice:
Tout mort qu'il eſt , Madame , il garde ſa colère ,
Et l'on diroit qu'encore il menace ſon frère!
Son viſage , où la mort a répandu ſes traits ,
Demeure plus terrible & plus fier que jamais.
DE FRANCE. יז
Ileſt peut- être affez remarquable que le P.Bouhours
approuve dans Sidoine Apollinaire,un traità peu-près
du même genre , & qui eſt exprimé par un jeude
mots :
Animoque ſuperſunt
Jam propè poſt arimam .
Je nefaiss'il eût été auſſi indulgent pour leTaffe;
Armide dit à Renaud: Jeferai cequ'ilvous plaira ,
ou votre Ecuyer ou votre Bouclier; mais ces mots
d'Écuyer & de Bouclier forment dans l'Italien un
jeu de mots que le P. Bouhours ne paſſe point ae
Taffe:
Sarò qual più vorrai ſcudiero ſcudo.
Le Cardinal Palavicini , dont le P. Bouhours rapportele
fentiment fans l'improuver , blâmoit leTaſſe
d'avoir dit qu'au commencement d'une bataille les
nuées diſparurent , le ciel voulant voir fans voile les
grandes actions qui alloient ſe faire.
Efenzavelo
Volfe mirar l'opre grandi il cielo.
יכ
Sic'eſt le ciel matériel , dit le Cardinal Palavicini ,
il ne voit rien; fi ce ſont les habitans du ciel , ils
voyentà travers lesnuages. Ilnous femble que cette
manièrede critiquer tend à détruire toute poéfie.
Le P. Bouhours nous paroît reprendre avec plus
dejuſtice les morceaux ſuivans, comme affectés &
trop peu convenables à la fituation.
Tancrède ayant tué Clorinde ſans la connoître ,
apoſtrophe la main qui vient de frapper ſon amante,
& lui dit: & Perce donc auffi mon fein ! .... Mais
peut- être qu'accoutumée à des actions atroces ,
>> barbares , tu regarderois comme un bienfait une
mort qui finiroit mes douleurs .
16 MERCURE
:
Paſſa pur queſto petto , e fieri ſeempi
Col ferro tuo crudel fa del mio core.
Maforte , uſata a' fatti atroci ed empi,
Stimi pietà dar morte al mio dolore.
:
La Traduction nouvelle , dont nous venons de
nous fervir , déguiſe un peu ici le vice de l'original ,
mais fatis farre difparoître le rafinement & l'affectation
fi- contraires au vrai langage de la donlear...
On peut encore faire de juſtes reproches au paf
fage ſuivant , en reconnoiffant toujours que le Tra
ducteur a eu le mérite d'affoiblir le vice de l'original.
«O reſtes chéris ! .... Si des monttres en ont fait
leur proie , je veux auffi être la proie des monftres
; je veux que leurs entrailles ſoient notre tom-
>> beau commun. T
L'original pèſe bien davantage ſur des idées dé ;
fagréables , dont la délicatele de notre langue exige
qu'on fupprime les détails , comme l'a faitle Traducteur.


Amate ſpoglie
S'egli avvien che i vaghi membri fuoi
Stati fian cibo di ferine voglie ;
Vuò che la bocca ſteſſa anco me ingoi ,
E'l ventre chiuda me che lor raccoglie,
Cet art de déguiſer les défauts de l'original , fans
infidélité, eft encore plus remarquable dans le paffage
ſuivant. C'eſt toujours Tauerède qui pleure
Clorinde , mais qui la pleure avec trop d'efprit &de
recherche , felon le P. Bouhours :
O faſſo amato ed onorato tanto
Che dentro hai le mie fiamme , e fuoriil pianto. ; :
Non di morte ſei tu , ma di vivaci
Ceneri albergo , ov'e è ripoſto amore.
DE FRANCE. 17
• O tombe fi chérie , i reſpectée , qui renfermes
l'objet de ma flamme , & que j'arroſe de mes
larmes ! Non , tu n'es pas le ſéjour de la mort ,
>> mais d'une cendre animée où l'amour repoſe. »
Comme la petite antithèſe recherchée & badine
de dentro e fuori , diſparoît ſous cette expreffion décente&
d'ailleurs très- exacte : qui renfermes l'objet
de ma flamme & quej'arrose de mes larmes ! C'eſt la
même choſe , & il n'y a plus d'antithèſe ; combien le
défenſeur du clinquant, Philanthe, fait bien plus fortir
cedéfaut par l'éloge même qu'il en fair!
• Quoi de plus ſpirituel , dit- il , que ce marbre
» qui a des feux au dedans , des pleurs au-dehors ;
>> qui n'eſt pas la demeure de la mort , mais qui
>> renferme des cendres vives où l'amour repoſe ? »
Les jeux d'eſprit , répond Eudoxe , ne s'accordent
pas bien avec les larmes , & le P. Bouhours applique
ici le mot de Quintilien : Sententiolis neflendum
erit ?
Mais veut- on voir ces deux vers : Non di morte
fei ta , &c. bien embellis , bien corrigés , purgés.
d'antithèſes , reſpirant l'amour & la douleur ? Rappelons-
nous ces vers de M. de Voltaire.
Non , ces bords déſormais ne feront plus profanes ,
Ils contiennent ta cendre; & ce trifte tombeau ,
Honoré par tes chants , conſacré par tes mânes ,
Eft pour nous un temple nouveau.
C'eſt encore avec trop d'art & d'esprit , ſelon le
P. Bouhours , qu'Armide ſe plaint de Renaud , qui
la quitte:
Otu che porte
Teco parte di me, parte ne laffi ;
O prendi l'una , o rendi l'altra , e morte
Dà infieme ad ambe.
18 ۱ MERCURE
On pourroit croire que ce ſeroient ces vers qui auroient
fait faire à Corneille ces fameux vers du Cid :
La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau ,
Etm'oblige à venger, après ce coup funeſte ,
Celle que je n'ai plus ſur celle qui me refte.
S'ils n'étoient pas dans Guillen de Castro :
Lamitad de mi vida
Ha muerto la otra mitad.
Yal vengar
De mi vida la una parte
Sin las dos hede quedar.
Et ce n'eſt point ainſi que parle la Nature ,
1
dit à ce ſujet M. de Voltaire , d'après le Milantrope
; puis il ajoute une réflexion fine , pleine de
fentiment & de goût :
« Par quel art cependant , dit- il , ces vers tou-
>> chent-ils ? N'est- ce point que la moitié de ma vie
a mis l'autre au tombeau , porte dans l'âme une
>> idée attendriſſante qui ſubſiſte encore malgré les
>>>vers qui ſuivent ?
Les exemples de Concetti , que nous venons de
citer , & quelques autres ſemblables que le Taffe
préſente, & dont on ne trouveroit pas la moindre
trace dans Virgile , ſont ſans doute ce qui fonde la
eritique de Boileau &duP. Bouhours,que M. de Voltaire
paroît confirmer .
Voilà pour les faux brillans. Quant à la magie ,
elle eſt le principal reſſort du merveilleux dans la
Jérusalem Délivrée , & elle y remplace l'intervention
des Dieux, ſi ordinaire , & toujours fi froide dans
les Poëmes Epiques. Mais on peutdire de cette magie :
L'effet en eſt trop beau pour en blâmer la cauſe.
DE FRANCE. 19

La forêt enchantée, le palais & les jardins d'Armide
ont fourni aux Artsdes ſujets , & au Public des Spectacles
intéreſſans ..
Virgile avoit imité Homère , fur-tout dans les
détails; il nous femble qu'on n'a pas affez dit combien
le Taſſe a imité Virgile.
Quant au plan général du Poëme , il paroît conçu
d'après celui de l'Iliade , non- ſeulement par la multitudedes
combats généraux &particuliers ; non- feulement
parce que dans l'un de ces Poëmes on aſſiège
Troye, dans l'autre, Jerufalem ; mais fur-tout parce
que dans tous les deux le mécontentement & l'indocilité
aux ordresdu Général, tiennent long-temps le
Héros principal dans l'inaction , ce qui donne aux
Héros ſecondaires le moyen de paroître avec éclat
& avec avantage. La colère ſeule retient Achille immobiledans
ſes vaiſſeaux; le jeune Renaud eſt enchaîné
par la volupté , ce qui eſt pour le moins auſſi
moral.
Quant aux détails , c'eſt Virgile fur-tout que le
Taffe s'attache à imiter ; & comme Virgile lui-même
aſouvent imité Homère , il arrive quelquefois que le
Taſſe les imite tous deux.
Nos Lecteurs verront avec plaifir la manière du
Taſſe rapprochée de celle de Virgile dans pluſieurs
de ces imitations.
Nox erat , &placidum carpebantfeſſaſoporem
Corpora per terras , Sylvaque & sava quierant
Æquora ; cùm medio volvunturfidera lapſu ,
Cùm tacet omnis ager,pecudes pictaque volucres,
Quæque lacus latè liquidos , quæque afpera dumis
Rura tenent ;fomnopoſitafub noctefilenti
Lenibant curas, & corda oblita laborum.
Atnon infelix animi Phaniſſa: neque unquam
1
20 MERCURE
1
:
!
Solvitur infomnos , oculiſve aut pectore nodem -
Accipit.
Era la notte allor ch'alto ripofo
Han l'onde e i venti , e parea muto il mondo,
Gli animai lafſi , e quei che'l mare endoſo ,
O de' liquidi laghi alberga il fondo ,
E chi ſi giace in tana , o in mandra aſcoſo ,
E i pinti augelli , nell' oblio giocondo
Sotto il filenzio de' fecreti orrori
Sopian gli affanni , e raddolciano icori.
Ma ne'l campo ſedel , ne'l Franco Duca
Si difcioglie dal fonno , o almen s'accheta.
«La nuit régnoit ſur l'Univers; l'onde & les
>> vents étoient parfaitement calmies , toute la Na-
> ture paroiffoit en filence: les animaux fatigués ;
* les habitans des mers & des lacs; les hôtes des
> antres , des forêts ou des bergeries ; les oifeaux de
>> toute eſpèce oublioient , dans un doux repos &
>> dans le filence d'une fecrette horreur , leurs tra-
» vaux , leurs peines , & calmoient leurs inquiétudes.
>>Mais ni Godefroy ni les Chrétiens ne goûtent
>> le repos & ne ſe livrent au sommeil . >>
Centauri inforibusſtabulant ,fcyllaque biformes :
Etcentumgeminus Briareus , ac bellua lerna
4
Horrendumſtridens , flammiſque armata Chimera :
Gorgones ,harpyïaque , & forma tricorporis umbra.
Quì mille immonde Arpie vedreſti , e mille
Centauri , e Sfingi , e pallide Gorgoni ,
Molte e molte latrar voraci Scille ,
E fiſchiar Idre , e fibilar Pitoni,
DE FRANCE. 2
E vomitar Chasere acro faville ,
EPolifemi errendi , e Gerioni ,
Ein nuovi moftri , e non più inteſi o viſti ,
Diverſi aſpetti in un confuſi , e mifti .
« Là , on voit des milliers de harpies immondes ,
> des milliers de centaures, de ſphinx & de pâles
>> gorgones ; nombre de ſcylles dévorantes qui
aboient , des hydres qui ſoufflent , & des pithons
>> qui ſifflent ; des chimères qui vomiffent des tor-
>> rens d'une noire fumée;des polyphêmes effrayans ;
>> des gérions, mille monſtres nouveaux , inconnus ,
>> ignorés , de formes différentes , mêlés & con-
>>> fondus tous enſemble. »
Dans cet exemple , le Taſſe a ſeulement chargé
le même tableau d'un plus grand nombre d'objets.
Oquam te memorem , virgo ! namque haud tibi
vultus
Mortalis , nec voxhominemfonat. O Deasertè.
Sisfelix , noftrumque leves quacumque laborem.
Donna, ſe pur tal nome a te convien ;
Che' non ſomigli tu coſa terrena ......
Fà ch' io ſappia chi ſei ; fà ch' io non erri
Noll' onorarti , e s'è ragion , m'atterri.
•Madame , fi pourtant je dois vous appeler de
>> ce nom ; car vous ne reſſemblez en rien à ure
> mortelle....... Apprenez moi qui vous êtes ; faites
>> que je ne me trompe pas dans les hominages que
- je vous rends; permettez que je me proſterne à
>> vós pieds. >>
Sed mihi vel tellus optem priùs ima dehifcat ,
VelPater omnipotens adigat mefulmine ad umbras,
Pallentes umbras erebi , noctemque profundam
22 MERCURE
Antepudor, quam te violo aut tua jura refolvo.
Oufancte pudor , &c.
Ahi , che fiamma dal cielo anzi in me ſcenda ,
Santa onestà ch' io le tue leggi offenda !
<<<O ſainte pudeur ! que la foudre m'écraſe , plu-
>> tôt que jamais je viole tes loix !
Gratior & pulchro veniens in corpore virtus.
La....... virtute .......
Che in ſi bel corpo più cara venia .
«La valeur que rehauſſent les grâces de Renaud.
Forfan & hac olim meminiſſejuvabit.....
Durate , & voſmet rebus fervatesecundis.
Toſto un di fia che rimembrar vi giove
Gli ſcorſi affanni , e ſciorre i voti a Dio.
Or durate magnanimi , e voi ſteſſi
Serbate , prego , ai profperi ſucceſſi.
>> Un jour viendra que vous aimerez à vous rap-
» peler les dangers que vous aurez courus pour ac-
» quitter vos voeux. Maintenant ranimez tout votre
» courage, & réſervez-vous , je vous conjure , pour
» des ſuccès heureux. »
Multa gemens .... quos amifit inultus amores.
Ettentatfefe atque irafci in cornua difcit ,
Arboris obnixus trunco , ventoſque laceffit
Ittibus , &sparsâ adpugnam proludit arenâ.
Non altramente il tauro , ove l'irriti
Geloſo amor con ſtimoli pungenti
Orribilmente mugge , è co' muggiti
Gli ſpirti in ſe riſveglia , e l'ire ardenti,
DE FRANCE.
23
E'l corno aguzza ai tronchi: e par ch'inviti
Con vani colpi alla bataglia i venti :
Sparge col piè l'arena , el ſuo rivale
Da lunge sfida a guerra aſpra e mortale.
ככ
:
Ainfi , untaureau,qquuee les fureurs d'un amour
> jaloux irritent , mugit horriblement ; par ſes
>> mugiſſemens , il réveille ſon courage & ſes bouil-
>> lans tranſports; il aiguiſe ſes cornes contre les
>> troncs des arbres; il ſemble , par d'inutiles coups ,
>> défier les vents au combat : il lance le ſable avec
>> les pieds ; & de loin , il appelle & provoque ſon
>> rival à une guerre ſanglante & mortelle. >>
Le Taffe , dans ce tableau , ne laiſſe guères à
Virgileque l'honneur de lui en avoir fourni les principauxtraits.
O mihi prateritos referat fi Jupiter annos ,
Qualis eram, cùm primam aciem Praneſteſub ipsâ
Stravi ,Scutorumque incendi victor aærvos ,
Et regemhâc herilum dextra fub tartaramifi , &c.
Oh foſs'io pur ſul mio vigordegli anni ! .....
E quale allora fui , quando al coſpetto
Di tutta la Germania , alla gran corte
Del ſecondo Corrado , aperſi il petto
Al feroce Leopoldo, e'l poſi à morte.
« Ah ! ſi j'étois encore dans la vigueur de mon
>>>jeune âge ! .... ou ſi j'étois encore tel que je fus ,
>> quand , aux yeux de toute l'Allemagne , à la Cour
>> brillante de Conrad II , je perçai la poitrine du
>> farouche Léopold , & lui donnai la mort.»
Avidis ubifubditaflamma medullis ,
Veremagis (quia vere calor redit offibus ) illa
Ore omnes verſa in zephyrum, ſtant rupibus altis
24 MERCURE
Exceptantque leves auras ; & fapèfine ullis
Conjugiis , vento gravida ( mirabile dictu . )
talora
L'avida madre del guerriero armento ,
Quando l'alma ſtagion chen'innamora ,
Nel cor le inſtiga il natural talento ,
Volta l'aperta bocca in contra l'ora
Raccoglie i ſemi del fecondo vento :
E de' tepidi fiati ( o maraviglia )
Cupidamente ella concepe , e figlia.
» Quelquefois , quand le printemps ramène les
>> amours & excite dans les coeurs des deſirs naturels,
>> la cavale , animée d'une fureur nouvelle , préſente
> à l'air ſa bouche béante , reçoit l'haleine féconde
» des vents , & par un miracle de nature , conçoit &
» devient mère , en reſpirant ces ſouffles animés. »
Quam multa infylvis autumnifrigore primo
Lapfa caduntfolia ; aut ad terram gurgite ab alto
Quammulta glomerantur aves , ubifrigidus annus
Transpontumfugat , & terris immittit apricis.
Non paſſa il mar d'augei fi grande ſtuolo ,
Quando ai foli più tepidi s' accoglie :
Ne tante vede mai l' autunno al ſuolo
Cader , co' primi freddi , aride foglie .
:
1
>> Jamais une ſi grande troupe d'oiſeaux n'a tra-
>> verſé les mers pour chercher de plus douces con-
>> trées, jamais , aux premiers froids de l'Automne ,
>> on n'a vu tomber ſur la terre tant de feuilles def-
20 féchées.
Vix eafatus erat , cum circumfuſa repentè
Scinditſe nubes , & in athera purgat apertum.
Cio
٢٤
DE FRANCE.
25
Ciò diſſe appena , e immantinente il velo
Della nube , che ſteſa è lor d'intorno ,
Sifende , e purga nell' aperto cielo .
•Apeine a-t-il parlé, ſoudain le nuage qui l'en-
>> veloppe , ſe déchire & ſe diſipe dans les airs. "
Nifus ait : Dii ne hunc ardorem mentibus addunt
Euryale ? anfua cuique Deus fit dira cupido ?
Aut pugnam , aut aliquid jam dudum invadere
magnum
Mens agitatmihi : necplacidd contenta quiete ef.
Buona pezza è , ſignor , che in ſe raggira
Un non ſo chè d'inſolito e d'audace
La mia mente inquieta : o Dio l'inſpira ,
Ol'uom del ſuo voler ſuo Dio ſi face.
.
>> Il y a bien long-temps , Seigneur , que mon
>> eſprit inquiet roule un projet hardi , extraordi-
> naire ; ou c'eſt un Dieu qui me l'inſpire , ou
l'homme ſe fait un Dieu de ſon deſir. ככ
Le reſtede l'épiſode de Nifus & d'Euryale a fourai
pluſieurs traits au Tafſfc.
Mene igiturfociumfummis adjungere rebus ,
Nife, fugis ? Solum te in tanta pericula mittam ?
Tu là n'andrai , riſpoſe , e me negletto
Qui laſcierai tra la volgare gente !
* Tu iras-là , lui dit- il , & moi , tu me laiſſeras
>> ici , mépriſé , confondudans la foule des guerriess
* vulgaires !
Efthic, est animus lucis contemptor , & iftum
Qui vitâ bene credat emi , quò tendis honorem.
Nº. 19 , 7 Mai 1/85 .
B
C
26 MERCURE.
Ho core anch'io che morte ſprezza , e crede ,
Cheben fi cambi con l'onor la vita .
» J'ai, comme toi , un coeur qui mépriſe la mort ;
» je crois , comme toi , qu'il eſt beau de changer ta
>> vie contre l'honneur. »
Dii patrii , quorumfemperfub numine Troja est ,
Non tamen omninò teucros delere paratis ,
Cum tales animosjuvenum , & tam certa tuliftis
Rectora.
Nè già fi toſto cadera , ſe tali
Animi forti in ſua difeſa or fono .
>>N>on, il ne tombera pas, puiſqu'il lui reſtepour
> appui des coeurs ſi inagnanimes. »
Diſce , puer, virtutem ex me verumque laborem ,
Fortunam ex aliis.
;
Viva e ſol d'oneſtate a me ſomigli :
L'eſempio di fortuna altronde pigli .
Qu'elle vive , ma fille , qu'elle me reſſemble
>> ſeulement par ſon honnêteté ! mais qu'elle ap-
>prenne d'un autre à être plus heureuſe. د
Te dulcis conjux , teſolo in littoreſecum ,
Te veniente die , te decedente canebat......
Qualis populeâ marens Philomelafub umbrâ ,
Amiffos queriturfatus , quos durus arator
Obfervans nido implumes detraxit ; at illa
Flet noctem , ramoque ſedens miferabile carmen
Integrat , & mastis latè loça queſtibus implet.
Lei nel partir , lei nel tornar del ſole
Chiama con voce ſtanca , e prega , e plora :
DE FRANCE. 27
1
Come aliguiol cui 'l villan duro invole
Dal nido i figli non pennuti ancora ;
Che in miferabil canto , affitte e ſole
Piange le notti , e n'empie i boſchi e l'ora.
D'une voir mourante , il appelle Clorinde
>> quand le jour finit ; il l'appelle quand le jour
>> commence , il l'invoque , il la pleure : ainſi un
>> roſſignol , à qui un barbare villageois a enlevé
>> ſes petits , fair entendre pendant les nuits un chant
>> triſte , folitaire & douloureux ; de ſes plaintes it
>> remplit l'air & les bois. »
L'Epiſode de Polydore, ſe retrouve auſſi dans le
treizième Livre de la Jérusalem Délivrée , & il eſt
très-bien placé parmi tous les prodiges de la forêt
enchantée. En cet endroit, Virgile eſt encore tha fuir
preſque littéralement. Dans pluſieurs autres il n'eſt
qu'imité, dans quelques-uns il eſt embelli ; il l'eft ,
par exemple, dans le paſſage ſuivant :
১১
১৪
Labitur infelix ftudiorum atque immemorherba
Victor equus ; fontesque avertitur , & pede terram
Crebra ferit , demiffa aures .....
Langue il corſier già fi feroce , e l'erba
Che fu ſuo caro cibo a ſchifo prende ;
Vacilla il piede infermo , e la ſuperba
Cervice dianzi , or giù dimeſſa pende .
« Le courſier , jadis fi fier , languit auprès d'une
herbe aride & ſans ſaveur : ſes pieds chancellents
ſa tête , auparavant ſi ſuperbe , tombe négligen
ment penchée. »
Juſques là , tout eſt à peu-près égal entre le moèle
& l'imitateur , mais ce dernier ajoute au tablean
'autres traits qui l'embelliffent , &que nous ne raperterons
point.
Bij
28 MERCURE
Fer conatus ibi collo dare brachia circum ,
Ter fruftrà comprensa manus effugit imago ,
Par levibusventis volucriquefimillimafomno.
Gli ſtendea poi con dolce amico affetto
Tre fiate le braccia al collo intorno ;
Etre fiate in van cinta l'imago
Fuggia , qual leve ſogno od aer vago .
• Et auſſitôt, lui tendant les bras avec une douce
>> affection , trois fois il eſſaye de le ſerrer contre
> ſon ſein; mais , tel qu'un ſonge ou une vapeur
>> légère , trois fois l'ombre échappe à ſes vains
>> embraſſemens. >>>
Armide , au moment où Renaud la quitte , lui
tient le même diſcours que Didon àÉnée; le Taſſe
ne fait que traduire en cet endroit ce mouvement
éloquent & paffionné :
Nec tibi diva parens , generis nec Dardanus
auctor, &c,
Les amours d'Antoine &de Cléopâtre , & la bataille
d'Actium , font repréſentés dans le palais d'Armide
comme ſur le bouclier d'énée ; ce qui donne
encore occafion au Taſſe de traduire Virgile ; mais
ce beau mouvement ſur la fuite d'Antoine , appartient
en propre au Taſſe.
E fugge Antonio ! e laſci or può la ſpeme
Dell' imperio del mondo , ov'egli aſpira !
Non fugge nò , non teme il fier , non teme ;
Ma ſegue lei che fugge , e ſeco il tira.
La ceinture d'Armide eſt à peu-près celle de
Vénus dans Homère,
Le bouclier de Renaud eſt celui d'Achille & celui
d'Enée, mais bien plutôt le ſecond que le premier ,
DE FRANCE. 29
en quoi le Taſſe a montié ſon bon goût: en effet , les
objets gravés ſur le bouclier d'Achille , manquentde
convenance; ils font tous étrangers & indifférens à
cehéros; Virgile a corrigé cette faute; tout intereffe
Énée dans les objets que repréſente ſon bouclier , ce
font tous les héros de ſa race , tous les faits de
'Hiſtoire Romaine.
Illic res Italas Romanorumque triumphos.
..... . Iliic genus omne futura
Stirpis ab Ascanio pugnataque in ordine bella....
Attollens humero famamque &fata nepotum.
Il en eſt de même du bouclier de Renaud. Ce guerrier
eſt un des ancêtres du Duc de Ferrare , protecteur
du Taſſe; tous les ancêtres de Renaud , dont les exploits
ſont gravés ſur ſon bouclier , ſont les Auteurs
de la Maiſon d'Eſt.
Il yabeaucoup d'autres imitations de Virgile dans
lePoëme du Taffe; nous n'avons prétendu montrer
que quelques-unes des principales ; comme nous les
avons accompagnées de la traduction , nos Lecteurs
ont pu ſe faire une idée de la fidélité à la fois élégante
& littérale de cette traduction. Pour achever
de montrer cette fidélité fous toutes les formes ,
nous ajouterons ici divers morceaux; le premier eſt
celni qu'on cite toujours pour prouver que le Taffe
ne le cède point aux anciens dans le talent de l'harmonie
pittoreſque & figurative ; il prouve encore ,
ainſi que le ſuivant & pluſieurs autres , ce qu'a dit
M. de Voltaire , « que quand le ſujet demande de
>> l'élévation on est étonné comment la molleſſe
>> de la langue Italienne prend un nouveau caractère
ſous les mains du Taſſe ,& ſe change en ma- ود
,
>> jeſté & en force. >>
Chiama gli abitator dell' ombre eterne
Il rauco ſuon della tartarea tromba :
Biij
30
MERCURE
Treman le ſpazioſe atre caverne ,
E l'aer cieco a quel romor rimbomba.
Nè sì ftridendo mai dalle ſuperné
Regioni del cielo il folgor piomba
Nè sì ſcoſſa giammai trema la terra ,
Quando vapori in ſen gravida ſerra .
" D'un fon rauque , la trompette du Tartare ap-
> pelle les habitans des ombres éternelles. Les ca-
>> vernes noires & profondes de l'enfer en font
>> ébranlées ; l'air ténébreux , à ce bruit , retentit,
>> Jamais la foudre qui tombe des régions ſupé-
>> rieures du ciel , n'éclate avec tant de fracas , &
» de moins terribles ſecouſſes ébranlcat la terre ,
> quand les vapeurs qu'elle renferme dans ſon ſein
>> s'agitent & s'embrafent. >>
Giacè l'alta Cartago : appena i ſegni
Deltalte ſue ruine il lido ſerba.
Muojono le città , muojono i regni :
Copre i fafti e le pompe arena ad erba :
E l'uom d'eſſer mortal par che ſi sdegni ;
Onoftra mente cupida e ſuperba !
>>L'altière Carthage n'eſt plus : cette rive con-
> ſerve à peine quelques ſignes de ſes débris. Les
>> villes périſſent , les Royaumes périfſent ; l'herbe
» & le ſable couvrent les monumens du faſte; &
» l'homme ſemble s'indigner d'être mortel ! ô folie !
>>> ô chimère de l'ambition & de l'avarice ! >>>
Le P. Bouhours croit que cette belle idée de la
mort des Cités &des Empires , & la réflexion qui la
fuit , pourroient bien avoir été fournies au Tafle
par cepaſſage de la lettre de Sulpicius à Cicéron ,
fur la mort de ſa fille : Hem nos homunculi indignamurfi
quis noſtrum interiit , quorum vita brevior
L
!
DE FRANCE.
31
A
effe debet , cùm uno loco , tot oppidorum cadavera
projectajaceant.
LesChants premier , quatrième, ſeptième, ſeizième
&vingtième , font les plus remplis de ces grandes
beautés qui font le charme du Lecteur: c'eſt de ce
dernier qu'un homme d'eſprit & de goût a dir que
le Tafſey avoit l'air d'un Dieu qui achève un monde.
Ne pouvant citer pluſieurs endroits , nous nous
bornerons à rapporter quelques Stances du Chant VII.
C'eſt la réponſe du Berger à Herminie, lorſqu'elle
vient lui demander un aſyle.
IX.
O SIA grazia del Ciel che l'umiltade
D'innocente paſtor ſalvi , e ſublime ;
4
Oche , ficcome il folgore non cade
In baſſo pian ma ſulle eccelſe cime ;
Così il furor di peregrine ſpade
Sol de' gran Re le altere teſte opprime ;
Nè gli avidi foldati a preda alletta
La noſtra povertà vile e negletta.
« Soit grâce du Ciel , qui veille ſur l'humble in-
>> nocence des Bergers & les protège ; ſoit que ,
>> ſemblable à la foudre qui frappe les cîmes les
>> plus élevées & épargne les vallons , de même la
>> fureur de ces armes étrangères n'opprime que la
>> têtealtière des plus grands Kois , notre pauvreté
>> vile &dédaignée ne tente point d'avides ſoldats. >>
Χ.
ALTRUI vile e negletta , a me sì cara ,
Chè non bramo tefor nè regal verga ;
Nè tura o voglia ambizioſa o avara
Mai nel tranquillo del mio petto alberga.

Biv
32
MERCURE
Spengo la ſete mia nell' acqua chiara ,
Che non tem'io che di venen s' afperga :
E queſta greggia e l' orticel diſpenſa
Gibi non compri alla mia parca menſa.
«Cette pauvreté fi vile , ſi dédaignée , eft ponr
>> tant fi chère à mon coeur , que je ne ſouhaite ni
>> les ſceptres ni les tréſors: jamais aucun defir in-
>> quiet d'ambition , jamais l'avarice n'ont pénétré
➤dans mon âme paiſible : je me déſaltère dans une
>> onde pure , fans craindre qu'on y mêle des poi-
>> fons. Mon troupeau , mon petit jardin fournif-
>> ſent , abondamment & fans frais , tout ce qui eft
> néceſſaire à matable frugale.
XL
CHÈ poco è il defiderio , e poco è il noſtro
Biſogno , onde la vita fi conſervi .
Son figlj miei queſti ch'addito e moftro
Cuſtodi della mandra , e non ho ſervi .
Così men vivo in folitario chiostro ,
Saltar veggendo i capri ſnelli e i cervi ,
Ed i peſci guizzar di queſto fiume ,
E ſpiegar gli augelletti al ciel le piumc.
«Comme nos deſirs ſont bornés , nos beſoins le
>> font auffi . Mes enfans , que vous voyez , font
>> les gardiens de mon troupeau; je n'ai point de
>> ſerviteurs. Ainsi, dans cette retraite écartée , je
>> pafle mes jours , en voyant bondir les cerfs & les
>> jeunes chevreaux , les poiſſons ſe jouer dans les
>> ondes , & les oiſeaux déployer leurs ailes dans
>>> les airs.
Le Traducteur , contre l'uſage , dit beaucoup de
bien dans ſa Préface des Traductions qui ont précédé
la fienne , nommément de celle de M. Mirabaud
, à laquelle il reproche ſeulement de n'être en
DE FRANCE. 33
quelques endroits qu'un abrégé du Taſſe ; il loue
encore avec plus de plaifir & moins de restrictions
la Traduction de M. le Brun , dont il avoue qu'il a
fait leplus grand uſage; inais la fienne eſt juſqu'à
préſent la ſeule qu'on ait ofé faire paroître ſtance à
ſtance en préſence du texte , qu'elle repréſente fidelement.
« Madame de la Fayette , dit-il , comparoît un
>> Traducteur inexact à un laquais que ſa Mai-
>> treffe envoie faire un compliment. Plus le com-
>> pliment eſt délicat , plus on est sûr que le laquais
>> s'en tire mal.>>>
Pour éviter cet inconvénient, le Traducteur doit
s'oublier entièrement pour n'être que l'Auteur qu'il
traduit; il doit en exprimer tous les traits , en ſuivre
tous les mouvemens , rendre non-ſeulement les idées
principales, mais les idées acceſſoires , les mots, les
images , les figures , les comparaiſons , & autant
qu'il eſt poſſible dans le même ordre que l'Auteur
original. Une Traduction eſt fidelle quand elle rend
toutes les idées ſans rien ajouter ni retrancher ; elle
eft littérale quand elle eſt aſſervie & aux mots &
aux idées & à leur ordre , autant que le génie des
deux langues peut le permettre; car il n'eſt jamais
permis, dit le Traducteur , d'être barbare , plat ou
ridicule. Tel eſt le précis de ſa doctrine ſur l'art de
traduire ; mais les développemens mêmes de cette
'doctrine méritent d'être mis ſous les yeux du Lecteur.
« Les ſentimens , dit le Traducteur , ſont en-
>> core partagés ſur les libertés qu'on peut prendre
>> en traduiſant; les uns exigent une fidélité ſcrupu
>> leuſe...; les autres veulent qu'on corrige l'origi
>> nal ſuivant le beſoin. Ils prétendent qu'un Tra-
ود ducteur ne doit tendre qu'à la perfection de fon
>>>original ; & il y en a qui ont poufflé cette liberté
>> ſi loin, qu'ils ont abſolument revêtu leur Auteur
>> à la Françoiſe . Cependant je crois que tout Au
Bv
34 MERCURE
> teur original doit être facré pour un Traducteur ;
» s'il mérite d'être traduit , il ne faut ni le corriger,
>> ni l'embellir; & de même que ſur la ſcène on
>> s'attache à nous rendre avec vérité les coſtumes
des Peuples anciens dont on veut nous retracer
>>>une fidelle image , de même un Traducteur ne
>> doit chercher qu'à rendre ſon Auteur avec tous
>> ſes traits caractéristiques ; fon eſprit doit , pour
>> aiuk dire , s'identifier avec celui de l'original ; il
doit.... rendre ſa phyſionomie , ſon ton , ſa manière
, le caractère de ſes penſées , de ſon ſtyle ;
>> il doit faire plier ſa langue au génie de la langue
qu'il traduit , & non faire plier fon Auteur au
>> génie de la langue adoptive. N'est - il pas ridi
>> cule de faire parler un Grec, un Romain comme
> ils ſe fufſent exprimés s'ils euſſent écrit de nos
jours ? Ce n'eſt pas César dans Paris qu'on veut
connoître , c'eſt César au milieu de Rome & des
* factions ......
Toute Traduction abrégée ne montre que
l'impuiſſance ou l'on a été de la rendre fidelle.
>> Les Traductions libres ſervent la pareſſe en per-
>> mettant qu'on se mette au- deſſus de toutes les
difficultés ; elles ſont beaucoup plus faciles que
les Traductions littérales , car c'eſt preſque toujours
les endroits difficiles qu'on ne rend pas littéralement......
Dans le ſiècle dernier on avoit , ce
me ſemble , un ſyſtême de Traduction infini-
>> ment préférable. Les. Traductions étoient bearcoup
plus fidelles , plus fittérales..... Elles étoient
>> bien ſupérieures à ces Traductions libres qui ſe
reproduiſent avec tant de facilité , & qui ſervent
> moins à faire connoître l'original que l'eſprit du
Traducteur. »
Le nouvean Traducteur de la Jérufalem Délivrée
avoue cependant que les Traductions libres
doivent plaire davantage à une première lecture , en:
DE FRANCE.
35
quoi nous ne ſavons s'il n'accorde pas trop aux
Tra Juctions libres ,& s'il ne fait pas un peu trop
les honneurs de la fienne . Souvent , dans les momens
où une Traduction déplaît , on jette les yeux
-ſur l'original par un mouvement naturel , & on
voit preſque toujours que c'eſt pour s'en étre écarté
que le Traducteur a ceffé de plaire & d'intéreffer :
on voit que le vrai remède aux défauts qui ſe font
ſentirdans la lecture de ſa Traduction , auroit été de
ſe rapprocher de l'original. Ceci nous fait naître une
idée générale ſur les Traductions , c'eſt qu'elles
feroient dans la main d'un homme de goût un des
meilleurs moyens d'enrichir la langue traductrice
d'une multitude de mots &de tours étrangers qui ne
répugneroient point trop au géniede cette langue. Il
feroit plus perinis d'ofer dans ce genre à un Traducteur
qu'à un Auteur original, parce que le premier
auroit un prétexte, diſons mieux, un motif,
auquel on déféreroit toujours beaucoup , celui de
s'approcher de l'original ; cet art demanderoit une
grande fineſſe de tact pour ſaiſir des affinités délicates
, & rejeter les rapports trop éloignés , trop
durs , trop tranchans; pour diftinguer ce qui peut
être riſqué dans ce genre , & ce qui ne doit pas
même être tenté; pour uſer généreuſement des droits
d'un Traducteur , droits fondés ſur ſes devoirs & ſes
obligations , & pour ne pas en abuſer.
Quoi qu'il en foit, tenons-nous en à ce principe
duTraducteur , principe qui doit être regardé comme
fondamental en matière de Traduction : c'eſt de
reſter toujours le plus près poſſible de l'original ,
c'eſt à-dire, auſſi près que le génie de la langue traductrice
peut le permettre; c'eſt cette fidélité littéralle
fans barbarie , qui fait le principal mérite de cette
Traduction ; elle fait parfaitement connoître l'original
, elle en fait diſparoître les difficultés , elle difpenſe
de recourir à un Dictionnaire ; elle peut être
Bvj
36 MERCURE
utile & aux Italiens qui apprennent notre Langue ,
& aux François qui veulent apprendre la Langue
Italienne. Le ſtyle a de l'aiſance , de l'élégance & de
la grâce, malgré les entraves de la fidélité la plus
ſcrupuleuſe.
VARIÉTÉS.
LETTRE de Mme la Princeſſe Czartorinska
à M. l'Abbé de Lille.
PARDONNEZ ARDONNEZ , Monfieur, ſi j'interromps vos loifirs
; prenez-vous-en à votre réputation & à vos
Ouvrages , fi une Société entière s'adreſſe à vous
pour remplir fon attente. Raffemblés dans un petit
hameau , où nous faiſons notre principal ſéjour ,
l'amitié , l'inclination , le ſang & les convenances
nous lient ; tout ſe raſſemble pour nous faire eſpérer
que nous ne ſerons jamais ſéparés.
Il eſt tout fimple que nous deſirions d'embellir
notre retraite ; le Poëme des Jardins nous a éclairés
ſur la manière ; la fenſibilité , les ſouvenirs & la
reconnoiffance nous guident , & tout le hameau ,
dans ce moment,y eſt occupé à élever un monument
àtous les Auteurs qui ont ſi ſouvent remplinos
jours d'inſtruction , d'attendriſſement & d'agrément ;
ils feront marqués ſelon leur rang , fur les quatre
faces d'une pyramide de marbre ; d'un côté Pope ,
Milton , Young , Sterrnnee , Shakespear , Racine &
Rouffeau ; de l'autre , Pétrarque , Anacréon , Métastase,
le Taffe & Lafontaine ; ſur le troiſième ,
Mme de Sévigné , Mme Riccoboni , Mme de la
Fayette , Mme Deshoulières & Sapho; fur le quatrième
enfin , Virgile , Gefner & l'Abbé Delille.
-Ces quatre faces feront accompagnées d'arbres ,
d'arbuites & de fleurs.
DF FRANCE. 27
Les roſes , le jaſmin , le lilas , des paquets de
violettes &depenſées ſeront du côté des femmes ;
Pétrarque , Anacreon &Métaſtaſe auront le myrthe;
le laurier ſera pour le Taſſe; le ſaule pleurant ,
Je triſte cyprès , les ifs accompagneront Shakespear ,
Young & Racine; pour le quatrième côté , le hameau
choiſira ce que les vergers , les bois , les prairies
peuvent offrir de plus agréable; & chaque habitant
plantera un arbre ou arbuſte , pour éternifer des Auteurs
qui leur ont donné le goût de la vie champêtre
, & par-là même contribué à leur bonheur.
Il ne leur manque qu'une Inſcription pour rendre
leur idée , & la taire paſſer àla poſtérité, elle ſera
gravée au pied du monument; & tout le hameau ,
d'un ſeul cri , a décidé que vous en ſoyiez l'Auteur.
Nous la demandons autant à votre coeur qu'à votre
eſprit. Cet hommage , ſimple & vrai , ſera bien
rendu par l'Auteur du Poëme des Jardins , par le
Traducteur de Virgile , & fur- tout par un homme
fenfible.
Nous vous prions de croire aux ſentimens diftingués
avec leſquels nous ſommes, Monfieur ,
Les plus grands Admirateurs
de vos Ouvrages.
Réponſe de M. l'Abbé DE LILLE.
MADAME ,
La Lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire , eſt venue me trouver à Conſtantinople ,
où j'ai accompagné M. le Comte de Choiſeul-
Gouffier , Ambaſſadeur de France dans ces mêmes
lieux , qu'il a parcourus autrefois comme Voyageur.
Vous connoiſſez le beau monument qu'il a élevéà
l'honneur de la Grèce. Si les Arts, rappelés dans leur
première Patrie , en conſacrent un à ceux qui auront
38 MERCURE
préparé leur retour , mon ami aura des droits à une
des premières places. Je prévois qu'il laiſſera dansce
pays, un nom illuſtre dans plus d'un genre .
Pour moi , Madame , avide depuis long-temps de
connoître ce beau pays de la Grèce , j'y ai porté des
illuſions trop tôt détruites ; j'ai cherché les Athéniens
dans Athènes ; je ne les y ai point trouvés , & j'ai
appris par votre leure, pleine d'eſprit & de grâces ,
qu'ils étoient réfugiés parmi les Sarmates . En la
lifant , je l'ai crue écrite par des particuliers aimables
& inftruits , à qui un goût naturel & la médiocrité
de leur état rendoient agréable le féjour de
la campagne ; je l'ai trouvée ſignée par tout ce que
l'Europe a de plus distingué par la naiſſance , la
valeur , l'eſprit & les grâces. J'en ai été plus flatré
que furpris. Votre nom & votre rang , Madame ,
vous condamnent à n'avoir point de goûts obfcurs.
Je connoiffois depuis long-temps le votre pour tout
ce qui eſt ſimple & beau. Ce Virgile , à qui vous
deſtinez dans votre hameau une place , qui ajoutera
encore à ſa gloire , ſemble avoir dit pour vous :
Les Dieux ont quelquefois habité les forêts.
Je ſuis bien loin de prétendre à la, place que vous
voulez bien me donner près de lui dans le charmant
projet de votre Pyramide. C'eſt bien aſſez d'avoir
défiguré ſa Poéfie dans mes foibles traductions ,
fans gâter encore les honneurs que vous lui rendez .
.Quelques perſonnes d'un rang diftingué , qui veulent
bien aimer mes vers champêtres , ont fait planter dans
leur jardin un arbre qu'elles ont nommé de mon
nom. Cemonument eft le ſeul qui convienne à la
modeſtie d'une Muſe des champs ; elle ſe rend juf
tice , quand elle a peur des marbres & des Pyramides
; ces honneurs ne ſont dûs qu'à ce même Virgile,
qui fut , en chantant les forêts , rendre les forêts
dignes des Confuls ; & fi vous vous rappelez ,
DE FRANCE
39
Madame , que ces Confuls étoient à-la-fois de grands
Guerriers & de grands Hommes d'État , l'application
de ces vers d'un Poëte Latin ne vous fera pas
difficile. Je travaille dans ce moment à un Poëme
fur l'Imagination ; j'ai tâché d'y peindre le pouvoir
qu'elle exerce ſur l'eſprit par les monumens ; le
vôtre , Madame , n'y ſera pas oublié. Pour prix de
mes vers je ne demande à la Divinité que je chante
que de me tranſporter dans votre hameau , de m'affocier
à vos goûts & à vos entretiens. Si mon nom
eſt quelquefois prononcé dans vos ſcènes champêtres;
fi mes vers, rappelés par les objets qu'ils décrivent
, ſont quelquefois répétés dans vos bois , je
me croirai trop heureux.
Votre Société , unie par les liens du fang , par
Pamour des Arts , ſur- tout par l'amitié , eſt la plus
aimable confédération qu'ait vu la Pologne. Cette
liberté que les Héros de votre patrie & de votre
Maiſon ont cherchée ſi courageuſement le fabre à
la main, vous l'avez trouvée ſans frais & danger
dans la folitude &dans la paix des champs .
Vous me parlez , Madame , de vos ſouvenirs ;
d'autres , à votre place , ſe rappelleroient l'antiquité
d'uneNobleſſe illuftre , &l'honneur d'appartenir au
fang des Rois. Vos ſouvenirs , au lieu d'être ceux
de la vanité , ſont ceux de l'amitié & de la reconnoiffance
; celle que vous témoignez pour les Auteurs
fameux dontlalecture charme votre retraite ,
eft bienjuſte&bien digne de vous. Permettez-moi
ſeulement , Madame , quelques obſervations ſur la
placeque vous leur offrez. Ni Racine , ni Greſſet ne
me paroiffent faits pour être placés à côté des
Poëtes champêtres. Racine mérite une place bien
ſupérieure. Greffet, qui a traduit les Éclogues de
Virgile , paroît n'en avoir pas rendu la belle fimplicité
: il a peint avec fineſſe les ridicules de la Ville ,
mais il ſentoirpeu les charmes de la campagne.
1
1
40 MERCURE
Pour moi , Madame , ma place ne m'appartient
pas aſſez pour avoir le droit de la céder, ni pour
déſigner celui qui doit la remplacer. C'eſt à la
ſociété d'y nommer; mais , en vous rendant votre
bienfait , permettez que je conſerve ma reconnoiſſance.
A l'égard de l'Inſcription que vous me faites
Thonneur de me demander , j'oſerai vous obſerver
encore qu'il feroit difficile , pour ne pas dire impoffible
, d'exprimer , auſſi brièvement que le genre
l'exige , le caractère d'un aufli grand nombre d'Auteurs
, tous différens de langues , de nations & de
fiècles : j'ai tâché de la faire ſimple, préciſe, dans le
ſtyle lapidaire & antique; & pour rendre dans le
moindre nombre de mots poſſible l'hommage que
des perſonnes illuftres offrent dans une retraite
champêtre aux grands Écrivains qui charment leurs
loiſirs , je crois qu'il ſuffira de graver ſur la Pyramide:
Les Dieux des Champs aux Dieuxdes Arts.
L'Inſcription , comme vous le voyez, eſt écrite
dans notre langue , ou plutôt dans la vôtre ; elle
vous appartient par les grâces que vous lui prêtez ,
&j'oſerai vous dire avec Voltaire : Elle est à toi ,
puifque tu l'embellis. J'ai cru qu'une langue dans
laquelle vous rendez tous les jours vos ſentimens&
vos idées , ne pourroit être indigne d'aucun monument:
je ne l'ai trouvée inſuffiſante que pour expriiner
toute la vénération , la reconnoiffance& le refpect
avec lesquels j'ai l'honneur d'être , &c. Signé ,
DELILLE.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES.
D
ICTIONNAIRE des Jardiniers , contenant les
meilleures Méthodes pour cultiver & améliorer les
Jardins potagers , à fruits , à fleurs , les pépinières ,
&c. , avec des moyens nouveaux de faire le vin&de
le conferver, & la manière d'employer toutes fortes
de bois de charpente , traduit de l'Anglois de la huitième
Edition de Philippe Miller , augmenté de la
Deſcription d'un grand nombre de Plantes inconnues
àMiller ,& des Notes relatives à la Phyſique
&à la Matière médicale , in-49 . Propoſé par ſoufcription
. A Paris , chez Guillot , Libraire , tue S.
Jacques , vis - à- vis celle des Mathurins. Prix ,
12 liv. le Volume en feuilles. On paye en ſouſcrivant
12 livres , & autant en recevant chaque Volume.
Les deux premiers ſont en vente, les ſuivans
ſous preffe.
Juſqu'à préſent la Nation Angloiſe peut ſe glorifier
d'avoir produit l'Ouvrage le plus précieux ſur
la culture des Plantes indigènes & exotiques. La
pratique du célèbre Miller , Cultivateur Philoſophe ,
étoit appuyée ſur quarante ans d'expérience & de
réflexions; auſſi ſes compatriotes s'empreſſent-ils
de profiter des connoiſſances utiles renfermées dans
le Dictionnaire des Jardiniers. Huit Éditions conſécutives
de cet Ouvrage furent enlevées avec la
même rapidité.
La Traduction qu'on offre au Public mérite
d'être accueillie par les ſoins qu'on a pris de rendre
l'Auteur avec exactitude , &de l'enrichir des découvertes
qui ont été faites depuis Miller. Nous avons
beaucoup d'Ouvrages de Botanique, peu ſur l'édu42
MERCURE
cation des Plantes , mais pas un que nous puiſſions
comparer à ce Dictionnaire .
MÉTHODE de traiter les morſures des animaux
enragés & de la vipère , ſuivie d'un Précis fur la
Putride maligne , par M. Eſſaux , Profeffeur du
Cours d'Accouchement des États de Bourgogne , &c.
& par M. Chauſſier , Profeffeur d'Anatomie des
Etats de Bourgogne , &c. Volume in- 12. A Dijon ,
chez A. M. Defay, Imprimeur.
CetOuvrage vraiment utile, a été rédigépar ordre
deMM. les Elus Généraux des Etats de Bourgogne ,
&deftiné particulièrement à être diftribué dans les
campagnes. Ce n'eſt pas là le ſeul objet d'éloges dûs
àMM. les Elus Généraux de cette Province ; différens
Cours qu'ils ont établis , célèbrent affez leurs
vues de patrio iſme & de bienfaiſance.
On a imprimé ſéparément chacun des Traités
qui compoſent ce Recueil , & on en trouvera
inceſſamment des Exemplaires à Paris , chez Didot
Jejeune & Barrois , Libraires , quai des Auguſtins.
APPELLES & Campaſpe , ou le Triomphe
d'Alexandre ,Comédie Héroïque en un Afte. Prix ,
18 fols. AOrléans , chez Letourmi , Libraire , Place
du Martey ; & à Paris, chez Royer , quai des Anguſtins,&
chez les Marchands de Nouveautés.
Une charmante Pièce de Poéfie de M. de Saint-
Lambert a fourni le ſujet de cette petite Pièce, écrite
&imprimée fans prétention.
OPUSCULES Lyriques , par le même Auteur
(M. Lablée ) , & chez les mêmes Libraires. Prix ,
1 liv.
Ce petit Recueil annonce du talent dans le genre
de laChanſon. Il y a quelques morceaux que l'Au
FA
teur auroit dû exclure , tels que la Chanſon intitulée
DE FRANCE. 43
Dorlis & Dircé; mais ily en a d'autres , tels que les
Impromptus & la Séduction inévitable , qui juſtifient
notre éloge , & qu'on verra avec plaifir.
PRÉCIS des Histoires d' Alexandre-le-Grand &
de Jules-César , & de leurs Faits Militaires , foit
comparés,foit opposés entre-eux , fuivi de pluſieurs
points de comparaiſon ou d'oppofition entre ces deux
Guerriers; par M. Deſclaiſons, Brigadier d'Infanserie
, & Chefde Brigade au Corps Royal du Génie ,
2Vol. in- 12 A Paris, chez Méquignon le jeune ,
Libraire , au Palais.
L'Auteur de cet Ouvrage a voulu mettre entre les
mainsdetout le monde & préſenter ſous un même
point de vûe les Commentaires de Céfar & Quint
Curce; en conféquence, il a rapproché tous les morecaux
de ces deux Onvrages qui ont pu lui fournir
quelque fujet d'oppoſition ou de comparaiſon; &
pour ne point ſe livrer aux ſoins & aux dangers
de traduire les deux Anteurs Latins , il a employé ,
ainſi qu'il le dit lui-même , la Traduction la plus
récente des Commentaires & le ſens de celle de
Quinte- Curce par Vaugelas. L'Auteur a fupprimé
les Harangues , les Digreſſions , les Difcours de
longue haleine. Il s'eſt appliqué à rapprocher les
faits, & il faut convenir qu'après avoir lu cet Ouvrage
on eft très en état de juger les deux Héros ,
&l'on s'en est formé une idée très juſte & trèslaire
Nous finirons cet article par ces mots du
Cenſeur, qui nous ont paru rendre juſtice à l'Ouvrage
& à l'Auteur. « Il falloit un Homme de
l'Art pour nous donner un parallèle auſſi com-
>> plet& aufli judicieux de ces deux Conquérans ,
dont l'un étoit le favori , & l'autre le maître de
>> la Victoire. »
ود
MÉMOIRES lus dans la Séance publique du Bu44
MERCURE
reau Académique d'Écriture , en préſence des Préfidens
du Bureau , le 18 Novembre 1784. A Paris ,
chez d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr. le Dua
d'Orléans , rue Hautefeuille.
Ces Mémoires font au nombre de trois. Le premier
, ſur la Vérification des Écritures , eſt de M.
Harger , Secrétaire du Bureau ; le deuxième , par M.
Dautrepe, roule ſur l'utilité de l'inſtruction publique.
On trouve dans l'un & dans l'autre d'excellentes
vûes, rédigées avec préciſion & écrites avec
clarté. Le troiſième Mémoire , lu par M. Hany ,
préſente un objet bien intéreſſant ; il traite de
l'Éducation des Aveugles. Nous n'avons pas beſoin
de louer un projet auſſi cher à l'humanité ; tout ce
qui tend fur-tout à adoucir le fort de cette partie
des hommes à qui la Nature a refuſé , ou à qui des
accidens malheureux ont enlevé l'uſage de leurs
fens , eſt dans tous les temps & dans tous les lieux
enpoffeſſion du fuffrage du Public. Les ſuccès qui
ont ſuivi les premiers Eſſais de M. Hauy, doivent
lui faire eſpérer d'être un jour aſſocié à la gloire de
M. l'Abbé de l'Epée ; la manière dont M Hauy
en parle dans ſon Mémoire, doit lui aſſurer l'eſtime
publique, en prouvant qu'il réunit une modeſtie intéreſſante
au zèle le plus actif& le plus déſintéreſſé.
CORRESPONDANGE du Lord Germain avec les
Généraux Clinton , Cornwallis & les Amiraux dans
lastation de l' Amérique , avec plusieurs Lettres interceptées
du Général Washington , du Marquis de
la Fayette & de M. de Barras , Chef d'Escadre ,
traduit de l'Anglois. A Londres ; & ſe trouve à
Verſailles , chez Poinçot , Libraire ; & à Paris , chez
Piffot , Libraire , quai des Auguſtins , & Nyon
jeune , Libraire , quai des Quatre Nations.
Ces Lettres feroient peut- être de quelque utilité à
celui qui voudroit écrire l'Hiſtoire de la Révolution
DE FRANCE.
45
d'Amérique , & joindre à cette Hiftoire toutes les
Pièces propres à faire connoître les Períonnages
qui y ont joué un rôle. Pour le plus grand nombre
des Lecteurs , les Lettres offrent peu de choſe à la
curiofité & à l'inſtruction publique.
COURS de Pathologie & de Thérapeutique Chirur.
gicales , nouvelle Edition , augmentée de Remarques
&Obfervations importantes , par M. Hévin , Profeffeur
Royal de Chirurgie , Conſeiller , premier
Chirurgien de feu M. le Dauphin & de Mesdames
les Dauphines , premier Chirurgien de Madame ,
Seoeur du Roi , ancien Inſpecteûr des Hôpitaux Militaires
& des Colonies , des Académies Royales des
Sciences de Lyon & de Suède , &c. Première Partic.
Prix , 7 liv. to fols relié en un Volume , &-8 liv.
10 fols relié en deux Volumes. A Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers , près
desEcoles de Chirurgie.
Les changemens que l'Auteur a faits à cet importantOuvrage
en augmentent l'intérêt & l'utilité.
On trouve chez le même Libraire : Nouvelles
Instructives , Bibliographiques , Historiques & Critiques
deMédecine & de Chirurgie , ou Recueil raifonnéde
tout ce qu'il importe d'apprendre chaque annéepour
être au courant des connoiſſances relatives à
l'Artdeguérir, Année 1785 .
PORTRAIT de Louis XVI , Roi de France &
de Navarre , deſſiné par L. S. Boizot, Sculpteur du
Roi , gravé par N. Y. Voyer. Prix , 1 liv. 4 fols.
A Paris , chez l'Auteur , ruc Zacharie , près
celle de Saint Severin.
Ce Portrait eſt fort reſſemblant.
VUE Perspective du nouveau Palais Royal, inventé
& conduit par Louis , Architecte, deffiné &
40- MERCURE
gravé par N. Raſonnette. Prix , 3 liv. A Paris,
chez l'Auteur , rue Perdue , n . 6, Place Maubert.
Cette Vue eſt deſtinée à fervir de pendant à
-l'Arrivée du Roi à ſon Palais de Juſlice , par le même
Graveur.
L'ABSENCE , Romance nouvelle , avec Accompagnement
de Guittare; paroles & muſique de M..
de Morlanne l'aîné. Prix , 4 fols. A Paris , chez
l'Auteur , Porte Saint Honoré , maiſon de Mile de la
Locherie.
7
NUMÉRO 15 de la cinquième année du Journal
de Harpe, par les meilleurs Maîtres. Abonnement
15 liv. port franc par la poſte pour cinquante deux
Livraiſons qui paroiſſent tous les Dimanches. Prix ,
ſéparément 12 ſols .-Numéro 12 du Journal d'Orgue
à l'usage des Paroiſſes & Communautés Religieuses
, par M. Charpentier , Organiſte de l'Égliſe
de Paris , &c. , contenant trois Hymnes avec quate
grands Choeurs que l'on peut employer aux rentrées:
de Proceffions pour les jours de grande Fête. Prix ,
6 liv. port franc , abonnement 24 liv. de même
port franc A Paris , chez Leduc, fucceffeur de M.
de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix d'or ,
n°.6.
SIX Duos pour deux Violons séparés , par M.
Prot, Muficien de la Comédie Françoiſe , OEuvre VI.
Prix, 4 liv. 16 fo's. A Paris , chez l'Auteur , rue
Saint Honoré , maiſon de M. Roblatre , Marchand
Épicier , près la rue Saint Nicaiſe , & à la Comédie
Françoiſe pendant le Spectacle.
Air de l'Epreuve Villageoise arrangé pour le
Clavecin , Violon obligé , par M Pouteau , Organifte
& Maître de Clavecin. A Paris , chez M.Bouin ,
DE FRANCE. 47.
Marchand de Muſique , rue Saint Honoré , près
Saint Roch , an Gagne petit ; Mlle Castagnery , rue
des Prouvaires ; & à Versailles , chez Blaizor , rue
Satory.
1 LE Sicur Porée, Marchand de Cheveux , Cour
du Manège, Porte des Tuileries , tient du ſieur
Chaumont , Maître Perruquier , rue des Poulies , à
Paris , un Dépôt d'une nouvelle Pommade attractivequi
ne fond point.
Cette Pommade ſert à fixer ſolidement les toupets
poſtiches fur la tête pendant plus d'un mois fans
aucun inconvénient , & en produitant Pillufion de la
chevelure la mieux plantée. Elle ſe vend 3 liv. le
bâton de deux onces.
Le ſieur Dubots, Sergent en Charge des Gardes
del'Hôtel de Ville de Paris , demeurant préſentement
dans l'Abbaye S. Germain-des- Prés , Cour des Princes ,
chez le Sr Barbrau, Md. Mercier, continue ledébit de
laanouvelle Pommade de Ninon, pourôter les tachesde
rouffeur, qui blanchit & nourrit la peau , efface les rides,
ainſi que de celle du ſoir, pour ôter le rouge& rafraîchir
la peau , & d'une nouvelle Effence de Beauté
pour le teintdes Dames & la barbe. Le prix de ces
trois objets font , la Pommade de Ninon , 6 liv. le
pot, & celle du ſoir, 3 liv. le pot; l'Effence de
Beauté
, depuis 3 liv . la bouseille juſqu'à 12 livres.
On trouve également ces trois articles, à Versailles ,
au bas de l'Eſcalier des Princes; à Rouen , chez
Gaillier, Mercier, rue Saint-Lo, à Saintes enSaintonge,
chez Gaillard , Bijoutier , & à Grenoble , chez Mine
Durand& Dury , Négocians. Il continue toujours de
vendre la Pommade Séphonique , pour faire croître
& épaiſlir les cheveux , à 6 liv. le pot ; l'Écorce
dorme piramydal, à 3 liv. la livre; le Rouge de
Paris, tiré du règne végétal , ſuperfin , à 6 liv. le
1
48 MERCURE
pot ,& l'inférieur, à 3 liv. ; l'Eau de Cologne ſupérieure,
à36 fols la bouteille ,& la Limonade sèche ,
rafraîchiſſante & diurétique , à 6 liv. la livre ; l'Eau
Georgienne , qui efface les taches de rouſſeur , blanchit
le teint , détruit les rides; ( elle eſt tirée des ſucs
des végétaux, ) à 6 liv. la bouteille. Le ſicur Dubots
s'eſt appliqué , dès ſa tendre jeuneſſe , à la connoifſancedestrois
Règnes de la Nature. L'on trouve auſſi
chez lui toutes les Plantes Médicinales , tant exotiques
qu'indigènes , & fleurs de toutes eſpèces , ſans
crainte d'avoir l'une pour l'autre , ce qui arrive ſouvent.
Il prie ceux qui lui écriront d'affranchir leurs
lettres.
Le ſieur Dubots débite auſſi un nouveau Cuir à
Rafoir, fait ſuivant une nouvelle méthode , qui
exemptede ſe ſervir de la pierre ; prix 3 liv. & 6 liv. ,
ainſiquede très-bons Rafoirs , à 4 liv .&6 liv. la pièce .
TABLE
VERS sur la Naiſſance de Charade, Enigme& Logogry-
Mgr. le Ducde Norman- phe , 6
die, Jérusalem Délivrée , II
- A M. Pujos , 4 Variétés 36
LeBonheur , Stances , ib. Annonces & Notices , 41
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde desSceaux,le
Mercure de France , pour le Samedi 7 Mai. Je n'y ai
rientrouvéqui puiſſe enempêcher l'impreſſion. A Paris ,
le6Mai 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Mars.
TES lettres du Caire contiennent la nouvelle
d'une nouvelle tragédie dans cette
capitale de l'Egypte. Le 3 Février, jour de
la fête du Pacha , tous les Beys & autres
grands Officiers ſe rendirent au château pour
ycomplimenter le Gouverneur. Environ 60
Conjurés , attachés à des Grands exilés dans
les derniers troubles , choiſirent ce moment
pour le venger de pluſieurs Beys : ils s'introduifirent
armés &traveſtis dans la falle
d'audience; mais faute de concert , l'exécution
de ce complot ne réuffit pas. Quelques
mouvemens ſuſpects parmi les conjurés
furent obſervés par l'Emir Hatch , qui fit
un figne à Huſſan Bey. Ce dernier s'étant
levé , on lui tira un coup de piſtolet , dont
il eut la mâchoire emportée ; tout fanclant
il mit le ſabre à la main, ainſi que d'antres
No. 19, 7 Mai 1785. a
(2)
Beys, &perça au travers des conjurés. L'un
des Beys a été tué , & le Chiaoux Kiayfli
dangereuſement bleflé. Après cet événement
, le gouvernement, ou plutôt l'anarchie
dépoſa le Pacha le même jour , & pluſieurs
de ſes Officiers furent exilés. On fait
des recherches vives ſur cette conſpiration ,
pluſieurs Grands du Caire ont déja été traînés
au fupplice.
Il eſt aſſez plaiſant que nous ayons adepté
ici les expériences aëroſtatiques ; apparemment
ſous la conduite de quelques étrangers.
Cette nouveauté nous a même ſingu-
Herement exaltés , ainſi qu'on en jugera par
le récit ſuivant :
Deux Boſtangis du ſérail , ſecondés par un
Perſan phyſicien, ont conſtruit un Ballonaſſez vo
lumineux pour enlever trois perſonnes. Après
avoir tout diſpoſé pour que leur entrepriſe eûcun
plein ſuccès , ils demanderent auGrand Seigneur
Ja permiffion de monter tous les trois dans le Ballon,
& de faire un voyage aérien. Sa Hauteſſe la
leur accorda avec bonté , & voulut même que
cette expérience fe fit avec la plus grande ſolemnité.
Le jour fixé étant arrivé , toutes les fulsanes
ſuperbement habillées ſe rendirent fur la
rerraſſe du ſérail. Un nombre infini de Muſulmans
&d'Européens entourerent l'amphithéâtre. Les
trois intrépides aéronautes s'étant préſentés der
vant le Grand Seigneur pour recevoir l'ordre du
départ , Sa Hauteffe les accueillit avec bonté , &
remit lui -même à chacun d'eux une ſuperbe peliffe.
Aufli-tot après ils entrerent dans laGondole,&
on coupa les cordes qui retenoient leBallon.
L'Aéroſtat s'éleva majestueusement au mì
( 3 )
Heu des cris d'applauditement de tous les fpectateurs;
après être parvenu à une très grande
hauteur , le vent foufflant du Nord-Ouest , il pric
ſa direction vers la Calcédoine : fa marche fut fi
rapide que dans quatre heures & demie il fit trente
lieues , & alla tomber au milieu du château de
Buria. Les habitans épouvantés crurent d'abord
que c'étoit leur prophete , qui indigné de leurs
crimes , venoit pour les châtier. Les voyageurs
étant deſcendus , allerent ſaluer le Pacha ; ils fe
rendirent enſuite avec leur Ballon à bord d'un bâtiment
, qui les tranſporta à Conſtantinople , où
ils entrerent en triomphe au milieu des acclamations
de tout le peuple. Ils eurent auffitót après
leur arrivée , audience du Grand-Seigneur , qui
leur témoigna ſa ſatisfaction , & les comblad'éloges
& de préſens. Sa Hauteſſe ordonna que le
Globe aéroſtatique ſeroit ſuſpendu au milieu de
lamoſquée de Ste Sophie, pour perpétuer l'époquede
cette glorieuſe entrepriſe ; que les deux
Boſtangis auroient les deux premiers poſtes vacans
deBaſſa à deux queues , & que le Perſan ſeroit
nommé premier phyſiciende la Porte avec
24 bourſes d'appointemens annuels.
Onnous permettra de ſoupçonner que ce
détail , raconté très - ſérieuſement , n'eſt
qu'une paſquinade. Le ballon ſuſpendu dans
la Moſquée de ſainte Sophie paſſe même la
raillerie. Quant aux voyageurs clévés au
grade de Bacha à deux queues , ondoit les
féliciter d'avoir fi heureuſement trouvé ce
nouveau moyen de parvenir.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 21 Avril.
En expoſant les rapports des Feuilles puaz
4)
,
bliques fur la conſpiration réelle ou fappo
ſée contre le Prince Adam Czartoriski
nous avons conftamment témoigné notre
défiance des conjectures & des ablurdes affertions
, par leſquelles on expliquoit cette
affaire myſtérieuſe. Il nous a toujours paru
intenté d'imaginer , que par ſpéculation ,
une femme s'exposât à une procédure criminelle
, par des impoſtures qui devoient
foulever contr'elle des accuſés puiflans. Le
Comte Stanislas Potocki vient de confirmer
nos doutes dans une lettre qu'il s'eſt cru
obligé d'adreſſer à l'un des gazetiers qui
donnoit le plus de cours à ces rapports.
Voici de quelle maniere le Comte s'explique
à ce ſujet :
En parcourant vos Feuilles , dès la premiere
qui annonce la trame contre le Prince Czartoryski
, juſqu'au n°. XVIII. , il ma éré facile de
me convaincre , que votre correſpondant de Varſovie
ſuit affez exactement la marche progreffive
de la calomnie. Si le Public eſt le Juge des Juges,
il ne l'est qu'en dernier appel : il ne fauroit décider
en premiere inſtance. Lorſque le Tribunal
duGrand-Maréchal aura prononcé ſur l'accufation,
lePublic prononcera a ſon tour ſur le décret
&fur l'accuſateur, s'il exiſte. Aujourd'hui il y a
une accufation fans accufareur. Si le Prince Czartori
ki a abandonné ſa plainte , c'eſt que tous ſes
témoins ont été exclas. Toute la queſtion ſe ré
duit done maintenant à ſavoir , ſi les témoins peuvent
être légalement rejettés dans un crime ſecret,&
fi la trame contre le Prince Czartoriski
mérite ceredénomination.
Il eſt inutile d'entrer dans le détail des fauſſes
( 5 )
imputationsde votre correſpondant , quant à l'af
faire même. Voici le fimple expoſé du fait , qui
les détruit touses. Le Prince Czartoriski fait citer
le fieur Ryx , Valet-de-Chambre du Roi , comme
ayant attenté à ſa vie : il produit trois témoins
oculaires. Le freur Ryx recrimine contre les té
moins: on les implique dans leProcès; on les éloigne
du témoignage , & le Prince Czartoriski ſe
voitpar là forcéd'abandonner ſa plainte.
Votre correspondant n'ignore pas , fans doute;
que la fuppreffion des preuves doit être toujours
regardée comme la preuve la plus forte : il cher
che donc d'avance à noircir le caractere des té
moins , pourdiminuer dans le public l'impreſſion
de leur exclufion.
La femme d'Ougroumoffa été citée commetémoin.,
parce que fa confrontation avec les deux
autres est néceffaire. Si ſon témoignage ne mé
rite pas une croyance aveugle , il exige un examen
attentif. Son excluſion eſt oifeuſe , par-là
même que fon admiſſion ne peut être nuiable.
D'ailleurs tout le mal , qu'en dit votre correfpon
dant , prouve qu'on ne s'adreſſe jamais pour un
crime à d'honnêtes gens , mais qu'en le dévoilant
les plus malhonnêtes effacent par-là leur conduite
paffée.
Le Négociant Taylor, ſecond témoin ciré&
exclus , que votre correspondint vous a peint
comme un des aides de la dénonciatrice , viem
dedonner une preuve de ſon innocence & de fon
honnêteté , qui laiſſe peu àdire pour ſa juſtifica
tion. Ayant appris que le tribunal avoit refuſé
d'admettre ſon témoignage , il lui a demandéavec
indance de ſe rendre prifonnier. Je me fais un
plaifir& un devoir de vous envoyercopie de cette
demande : ſa publicité ne peut être qu'avantageuk;
c'eſt un grand exemple à citer.
23
( 6 )
- Le troikame témoin cité & coclus , c'eſt moi ,
jemetrouve impliqué dans la récromation : je la
fupporte,je la confondrai . En attendant il m'eſt
impoſſiblede nepas être ſenſible àla qual fication
Aide de ladénonciatrice , que votre correſpondant
ſemble me donner d'avance. Mon nom , à la vésite
, n'eſt pas prononcé; mais it eft indiqué , on
De laiſſe àdeviner , c'eſt ce qui m'oblige à parler.
Je ſens , que la naiſſance , la fortune , les
rangs ne font dûs qu'au hafard. Pour déterminer
la qualitéd'un témoin , il faut la réputation & l'eftime
générale. L'éloge public , dont leRoi abien
voulu m'honorer à la derniere Diète , les témoi
gnages flatteurs des Etats afſemblés ; leurs fuffrages
pour le choix du Conſeilde Sa Majeſté;-
tous ces traits ſeroient des titres pour moi , ſi
l'homme de bien ,réduit au rang d'accuſé , avoit
beſoin de deſcendre dans des détails humilians de
juſtification;maismon exclufion ne porte que fur
ma prétendue parenté.

L'Impératrice de Ruffie a nommé pour
fon Envoyé à Munichle ComteRomanzow ,
troiſieme fils du Feldt-Maréchal de ce nom,
& on attend à Petersbourg le Comte de
Schall , député par l'Electeur Palatin avec le
même caractere.
«Les Académiesde Peinture , de Sculpture&
d'Architecture établies à Pétersbourg par feue
FImpératrice Elifabeth , viennent de recevoir
un nouvel accroiſſement , & d'être mifes fur un
pied fixe par l'Impératrice régnante , qui leur
aaſſigné des fonds confidérables , pour encouzager
les talens de leurs Eleves & ſe les attacher
davantage. Dans la vue de pouſſer & de perfecsionner
les importantes découvertes déjà faites
par les Navigateursde cet Empire , S. M. a auffi
(
or donné l'exécution d'une entrepriſe dont le fuccès
ne peut qu'intéreſſer tous ceux qui aiment
1es progrès des ſciences , fur tout ceux des connoiffances
géographiques & de l'Histoire naturelle.
C'est le Lieutenant - Colonel Bleumer
qu'Elle en a chargé. Accompagné de quelques
perſonnes verſées dans la Géographie , il débouchera
de la riviere d'Anadir , & fera une excиг-
fion vers les parages où quelques Navigateurs
Marchands , en doublant le Cap de Tichuktſchi
à 74 degrés de latitude , & deſcendant vers le
Midi par le détroit qui ſépare la Sibérie de l'Amérique
, ont découvert des Ifles habitées au
64º degré de latitude . Le pays leur a paru fi
avantageux , qu'ils y ont établi avec les habitans
uncommerce de pelleteries , dont nous avons ici
pluſieurs échantillons : ils ont fait ſur tout un
préſent à l'impératrice de quelques peaux de
renards noirs, des plus belles qulon ait encore
vues. L'on penſe que quelques-unes de ces Ines
qu'ils ont nommées Aleyat , ziennent au Continent
de l'Amérique . L'entrepôt de ce nouveau
commerce eft à l'Ifle de Behring .
Le même météorologiſte & Profeffeur
Luders de Glucksbourg , qui annonça la
prolongation d'un hiver rude juſqu'au commencement
d'Avril , vient de prédire le
regne des vents de Nord & de NordEft ,
pendant tout le Printemps . Juſqu'ici cette
prédiction n'eſt malheureuſement que trop
fondée ; mais il faut eſpérer que le Phyficien
n'aura pas rencontré juſte juſqu'au bout.
L'Elbe eft actuellement débarraſſée deglases
, & ouverte à la navigation .
A
( 3 )
Il partira d'ici cette année 24 bâtimens
pour faire la pêche de la baleine.
Le nombre de bâtimens baleiniers , que
la ville d'Altona équippe eſt de 4 , & celui
de Glukſtadt, de 7.
Les , les bâtimens que l'on avoit vu
dans les glaces près de Hornbech , ont éré
chaſſés dans le Cattegat par un vent de S. O.
:
Les 6 & 7 , le vent étant au Nord , il eſt
arrivé 11 bâtimens à la rade de ce port .
DE VIENNE , le 23 Avril.
1
Il n'est queſtion que de la paix avec la
Hollande &de préparatits militaires. Chacun
explique comme il peut cette contradiction
: en attendant qu'elle ſe leve , il y
a toujours d'aſſez grands mouvemens atutour&
au milieu de nous. Le corps franc
de Brentano , qui a paſſé ici doit s'arrêter
entre Lintz & Polten , poury attendre des
ordres ultérieurs , en vertu deſquels il continvera
la route vers les Pays Bas, ou paffera le
Danube à Krems pour ſe rendre en Bohême.
Cecorps a été très admiré ici : la vigueur,
-la contenance & la diſcipline de cette troupe
ont frappé les ſpectateurs : nonobitant
cettediſcipline, quelques ſoldats , en paffant
devant des boutiques de boulangers , ont
enfiléà leurs longs couteaux à la Turque les
petits pains étalés en vente : ils ont cru que
cette expoſition étoit une galanterie qu'on
leur avoit préparée , & ils l'ont miſe à profit
pour paroître reconnoiſſans .
) و (
Parmi les douze vieillards auxquels l'Em-,
pereur lava les pieds, ſelon l'uſage , le jour
du Vendredi faint , il s'en trouva un qui
portoit une bourſe à cheveux. Le Monarque
Layant remarqué , demanda à un des prélats
qui l'affiſtoient , s'il avoit jamais qui dire
que parmi les Apôtres , il y en eût un qui
portât une bourſe à cheveux.
On a ordonné au Gouverneur de Tran
ſylvanie de défarmer tous les payfans , qui
reftent ſans défenſe contre les loups , contre
Ieurs oppreſſeurs& contre les brigands dont
la province eſt infeſtée.
L'Empereur a nommé le général de Clairfait
vice Commandant de Vienne , & Bri
gadier des régimens dans la Baſſe Autriche.
DE FRANCFORT , le 26 Avril.
:
Le 6 de ce mois , M. de Mollendorf,
Gouverneur de Berlin , reçut ordre de ſe
rendre ſur le champ à Potsdam aupres de
S. M. Le même ordre fut intimé au Géné
ral de lengeſeldt , ainſi qu'à M. de Werder,
Miniſtre d'Etat. Cette conférence a fait naî
tre beaucoup d'inductions trop chiméri
ques pour être rapportées.
Le jugement des 150 Valaques entpriſonnés
n'a pas été fort rigoureux : ancun
d'eux n'a été puni de mort. Ils ont été feulement
condamnés à une prifon plus ou
noins longue , ou à une flagellation plas
on moins grande , chacun d'une maniere
2
( 10 )
proportionnelle à fon délit. Le salme eſt .
parfaitement rétabli dans la Transylvanie ,
&on s'occupe à réparer & à augmenter les
fortifications des principales villes de cette
province , telles que Hermanftat, Foarach
&Mediach.
On vient d'établir en Hongrie de nouvelles
écoles , dans lesquelles on apprendra
aux enfans la langue allemande dans toute
ſa pureté. Les enfans de toute religion y
feront admis .
Des Negocians qui reçoivent de tems entems
des lettresde la Macédoine , diſent que les Turesy
font de grands préparatifs contre les Monténégrins,
quireveulent pas ſe ſoumettre à la Porte , & qui
ontdéja taillé en pieces pluſieurs corps de troupes
Ottomanes. Les Grecs prétendent que c'eſt contre
eux que les Tures ſe diſpoſent à agir. Près Shabaz
en Boſnie, l' Aga a fait arrêter & mettre enpriſon
quelques familles dont les chefs avoient quitté le
pays : ils ont fait dire à l'Aga , que s'il ne rendoit
pas la liberté aux leurs , ils viendroient mettre le
feu à ſon château. L'Aga n'ayant tenu aucun
compte de leur menace , ils l'ont effectuée pendant
la nuit , & l'ont emsené lui-même dans
leurs forêts, où ils Pauroneprobablement maſſacré.
Le 18 , àdeuxheures de la nuit , le feu
s'eſt manifeſté dans la falle de ſpectacle de
cette ville ; heureuſement les fecours ont
été adminiftrés avec tant d'adreſſe &de célérité
, qu'on a ſauvé l'édifice , à la réſerve
de deux chambres très-endommagées.
La Direction de la Compagnie des Indes de
Brême a fait notifier , que le 9 du mois prochain
commencera la vente des marchandiſes des Indes
1
( FF )
Orientales , apportées au mois deNovembre der
nier par le bâtiment le Président.Ces marchanlifes
confiftent en 250,000 liv. peſant de café de Java ,
150,700 liv. de poivre noir, 3,000 liv. de poivre
blanc , 30,000 liv. d'étain , 12,500 liv. debois
de Japon , 400 paquets decannes , 2 cailles idem
de camphre de Japon , de l'indigo , des nankins ,
du thédeHayſon & de Soatchen , de la gommegutte,
du ſandragon , des damas , des ſatins&des
mouſſelines.
On apprend de Gottingue que le ſieur
Kolborn , de la religion Catholique , a été
appellé à cette célébre Univerſité Proteftante
, en qualitéde profeſſeur de Droit Canon.
יו
La commotion ſouterraine que l'on a
éprouvée à Mayence , dans la nuit du 2 au
3 de se mois , s'est fait auſſi reffentir dans
pluſieurs autres endroits , & nommément à
Seligenſtadt.
Une chronique de Vienne porte que l'hiver
de 1682 s'étoit prolongé juſqu'au mois
de Mai ; que les glaces du Danube ne s'é
roient rompues que le 12 Avril , & que le
5 Mai on avoit encore été obligé à faire du
feu dans les poëles .
Une lettre écrite de Mayence à M. F.. par
M. le Comte de.... contient un fait fingulier.
A6 lieues de Mayence, demeure dans le village
deBadenheim un payſan , nommé Ifaac Maus, que
lanature paroît avoir favoriſé particulièrement
dans la formation de ſes facultés intellectuelles.
Cet homme , fimple Laboureur , eſt doué d'une
pénétration d'eſprit & d'un jugement extraordinaires.
Ses connoiffances & fa lecture font trèsérendues.
Demiere ſa charrue, ou occupé par d'au
a6
( 12 )
1
tres travaux rafiques , il combinedes eſquiflesde
poëmes , ou médite quelque plan ſur des objets
philoſophiques ou économiques , qu'il écrit& développe
dans ſes heures de loifir. Ce pay an extraordinaire
a ſu , par ſon travail , ſe procurer une
aiſance honnête. Sa conduire eſt irréprochable ;
c'enun tendre époux , un tendre pere & un ſujet
fidele. Son champ eſt bien cultivé , ſa maiſon eſt
entretenue proprement , & on reconnol: dans tous
les arrangemens qu'il a fait , un véritable eſpritphilofophique
; j'ai lu de ſes počſies & de ſes autres
écrits , &je crois pouvoir aſſurer , que comme
Poëte, il mérite une place honorable au Parnaſſe.
La verſification de ſes poéſies eſt légere & coulante;
fon langage eſt fier , ferré ,måle & énergique,
&les images qu'il empleie ſont pleines de chaleur
&de vérité. Ce payfan , Poëte & Philoſophe,
a été follicité à plufieurs repriſes de donner ſes
manufcrits pour l'impreffion ; il a enfin cédé aux
instances réitérées de ſes ainis &protecteurs ;il leur
a remis une partie de ſes poéfies qui paroîtront inceffamment
par la voiede la ſouſcription ( 1 ) .
L'Electeur de Baviere ſe propoſe de faire
dans le mois de Mai , un voyage à Pife , &
de revenir ici au mois de Juillet : on ne
ſcait pas encore fi la cérémonie de preſtation
du ferment de fidélité des Erats & ſujets de
Baviete aura lieu avant le départ de S. A. E.
Depuis quelque temps les Etats tiennent
ſouvent des affemblées .
Le Duc regnant de Wirtemberg a fait
graver fur une pierre ſépulcrale , placée par
ſes ordres dans ſon hermitage de Hohen-
(1) Om fouferit à Paris , chez M. Friedel, Profeffeur
des Pages du Roi, rue S. Honoré ; prix 3 liv.
( 13 )
heim , à l'endroit deſtiné à ſa ſépulture, l'infcription
ſuivante en langue Allemande ,
dont voici la traduction :
و
AMI.
J'ai joui du monde, j'en ai joui en abondance;
ſes charmes m'avoient entraîné ;je me luis laiſſé
emporter aveuglément par le torrent. Dieu ! quel
aſpect! lorſque mes yeux ſe défillerent. Des jours
&des années s'étoient écoulés , & jamais il ne fut
fongé au bien. L'hypocrifie & la faufferé déifigrent
les actions les plus baſſes ,& le voile qui couvroit
la vérité , fut comme un brozillard noir que les
plus forts rayons du ſoleil bienfaiſant ne purent
diffiper. Que me reſte-t-il encore ? hélas ami !
Cette pierre couvre mon tombeau , elle couvre
auſſi tout le pafié . Seigneur ! veilles ſur mon
avenir.
ITALI Ε.
DE VENISE , le 13 Avril.
On a envoyé des ordres au Capitaine
Querini à Corfou , de partir inceſſamment
avec le vaiſſeau de ligne le Brillant & la
frégate l'Ange, pour ſe joindre aux 8 navires
qui ont paſſé l'hiver en Sicile ſous les
ordres du Chevalier Emo. Les deux gros
vaiſſeaux , l'Eole & la Victoire , qui font à
Malte , n'attendent qu'un vent favorable
pour niettre à la voile & fe joindre à l'eſcadre.
La Diligence & la Ga athée , qui font
dans notre port , ne tarderont pas aufli à
partir. On doit lancer dans new de jours un
aure gros vaiſſeau. On rétablit le chebec
( 14 )
PAchille; deux frégates d'une nouvelle conftruction
ſont preſque entierement équipées;
enfin le nombre des vaiſſeaux qui doivent
ſe réunir à Malte , fera de 15 , outre un bâtiment
de tranſport & un autre qui ſervira
d'hôpital.
DE ROME, le 10 Avril.
Le Saint - Pere qui avoit appliqué des
fommes immenſes au deſſéchementdes mal
rais Pontins , commence à jouir des fruits
de cette dépenſe. Sa Sainteté a eu la fatisfaction
de voir découvrir la Via Appia qui
étoit enſevelie dans les eaux & couverte de
joncs & d'herbages depuis pluſieurs fiecles...
Ce grand ouvrage eſt d'autant plus mémorable
, que jamais aucun des Empereurs , ni
ſucceſſivement aucun des Souverains Rontites
n'avoient pu réuílir à le voir terminé.
Ce chemin vient d'être raccommodé& allongé
de maniere à faciliter le commerce &
à ſervir d'ornement à cette province. Sa
Sainteté , qui y a fait conftruire des habitations
commodes , veut qu'on y rétabliſſe
l'ancien cours des Poſtes , par la voie de la
montagne , à commencer du 15 du mois
prochain.
Suivant les dernieres lettres de Naples ,
en date du 2 de ce mois , on y a reçu la
fâcheuſe nouvelle , que le 17 Mars dernier ,
Meſſine a éprouvé toutes les horreurs d'un
nouvean tremblement de terre , dont les
( 15 )
ſecouſſes ont été ſi terribles , que lepeude
maifons preſqu'en ruines qui exiſtoient encore
, ont été renverſées. Le plus grand
nombre des baraques qui avoient été conftruites
dans la campagne , ont eu le même
fort, &celles qui reſtent , ſont preſque toutes
trèsendonimagées. Perſonne heureuſement
n'a été victime de cet affreux déſaſtre ,
dor til faut attendre la confirmation.
On a commis à Naples , à la fin du mois
dernier , un vol aſſez plaiſant.
1
Un Particulier s'étant apperçu qu'on lui avoit
volédans fa garderobe des gallons , des tapiſſeries
& d'autres effets pour plus de 600 ducats ,
en fit ſon rapport à la Juſtice , qui fit arrêter plufieurs
domeſtiques. Le véritable voleur , inſtruit
de leur détention , en eut pitié , & chercha les
moyens de les faire mettre en liberté. Il ſe déguiſa
en Prêtre , alla trouver le Cavalier volé , &
lui dit que la veille on lui avoit , en Confeffior 、
reftituétous les effets dérobés ; mais qu'il n'avoit
på ſediſpenſerde promettreau voleur une ſomme
de 50 ducats. Il ajouta qu'il étoit allé lui-même
reconnoître le tout dans le logement du voleur,
& qu'il l'avoit trouvé dans la derniere miſere ,
avec une nombreuſe famille , fans fubfiftance.
Le Cavalier, ſenſible à ce récit , ſe prêta volon-;
tiers à ce paiement , & voulut ſur le champ comp- .
ter l'argent au Prêtre ſuppoſé; mais celui-ci refuſa
de le recevoir , & le pria de le lui envoyer vers le
midi dans une Egliſe qu'il lui indiqua. Le Cavalier
eut l'attention de le faire reconnoître par un
de ſes domeſtiques , & à l'heure affignée , il l'envoya
ponctuellement avec l'argent à l'Eglise , où
le voleur l'attendoit déjà dans un Confeffionnal ,
feignant de réciter l'Office-Divin, Il ſe leva auffi
( 16 )
iot, vint au-devant du domeſtique , &prit l'argent,
Ini diſantde l'attendre là, qu'il aloit revenir
avec le paquet ; & alors , pour mieux le per-..
fuader , il lui donna à garder ſon Brèviaire , ſon
bonnet & fon mouchoir. Après avoir attendu fort
long-tems , ſans voir arriver períonne , le dometique
alla s'informer du Prêtre à la Sacriſtie ; il
découvrit alors la ſupercherie; on vit clairement
que c'étoit là le voleur primitif , & en conféquence
, on miten liberté les perſonnes innocentes
qu'on avoit emprisonnées.
Le bruit ſe répanden Italie, qu'un corps
de troupes Autrichiennes doit inceſſam.
ment paſſer dans la Lombardie .
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 24 Avril.
Le 19 , M. Pitt fixa l'attention de laChambre
des Communes ſur la réforme dans la
répréſentation du Peuple au Parlement.
422 Membres étoient réunis pour écouter
le Miniftre , une foule immenſe d'Auditeurs
rempliffoit la galeris , & l'on attendoit
avec plus de curiofité encore que d'intérêt
le ført d'une motion préparée depuis
ff long-tems , lorſque M. Pitt ſe leva , &
prononça leDifcours ſuivant que nous avons
regret de réduire en abregé fuccinct .
Je ſens combien la tâche que je m'impoſe eſt
épineufe. Les Membres qui ont moutré de l'averfionpour
un plan de réforme , forment une phalange
fi redoutable , qu'il faut s'armer d'un grand
( 17 )
courage pourhafarder de le propoſer. Quelques
uns , remplis d'une vénération tuperſtiti uſe pour
notre Conftitution ,dont ils admirent même les
défauts,ont toujours blámé le projet de modifier
Ja repréſentation. D'autres conviennent des défauts
de notre Conſtitution ; mais ils font tenus en
fufpens, entre le defir d'y apporter quelque remede,
& la crainte que fi l'on touche à la Conftitution
dans un ſeul point , elle ne perde le refpet
qu'elle inſpiroit. Leur imagination troublée.
ne voit plus alors qu'innovations , ſe ſuccédant les
unes aux autres. D'autres enfin prétendent que
Pérat actuel de la repréſentation eſt parfait , &
qu'il remplitl'objet qu'on s'eſt propoſé . L'idée
d'une repréſentation générale & complette, qui
embraſſeroit tous les individus , & qui feroit par.
ticiper chacun d'eux à la Légiflation , eſtune idée
entiérement inadmiſſible , vû la popularion &
Pétat actuel de ce pays. Si l'on veut définir avec
précision ce qu'eſt de nos jours la Chambre des
Communes , ne doit-on pas dire que c'eſt une
Aſſemblée de Repréſentans élus librement , entre
Jeſquels & la mafſe du peuple, exiſtent l'union la
ples étroite & l'accord le plus parfait ? -Que
l'on conſulte l'Hiſtoire : l'on verra que nos
ancêtres penſoient que le changement de circonf
tances autoriſoit le changement dans la repréſentation
; que comme il étoit impoſſible que
chaque individu d'une nombreuſe Nation pût faire
choix d'un Repréſentant, cette tâche devoit être
confiée à des corps d'hommes réunis en communautés
dans les divers diſtricts du Royaume , &
que comme de telles communautés étoient lujetzes
par leur nature à éprouver beaucoup de vicif
fitudes , la Couronne devoit être revêtue du pouvoir
de déſigner leſquels d'entre ces diftricts auroient
le droit d'élire desRepréſentans. Depuis
( 18) )
long-temps , il n'ya eu de changemens dans la
repréſentation des Comtés. Il n'en eſt pas de
même de celle des Bourgs ; elle a varié beaucoup.
La repréſentation de ces derniers eſt elle danc
plus facrée qu'autrefois , pour que la moindre
innovation àcet égard excite de ſi vives allarmes ?
Les principaux lieux doivent ſeuls jouir du droit
d'élection ; il entraîne les plus grands abus, lorfqu'il
eſt conféré à des Bourgs déchus. Il eſt de
Ja ſageſſe de la Chambre d'admettre comme un
axiome , en fait de repréſentation , qu'elle est
entirement indépendante , & des lieux , & du
nom,& que le nombre des habitans d'un endroit
* ſon état floriſſant forment feuis la fonà cet
égard. Telles ſont au moinsles idées que j'ai qués,
& que j'aurai toujours fur cette matiere. Lorſque
la Chambre aura faiſi l'enſemble de mon plan ,
Me reconnoîtra , j'eſpere , qu'il tend non-feulement
à opérer une réforme immédiate , mais
encore à étendre ſon influence juſqu'aux temps
les plus reculés , & á ſervir de regle dans touς
les changemens futurs. Je dois rappeller à la
Chambre que le pouvoir attribué à la Couronne ,
selativement aux él Etions , lui a toujours été
confervé. L'acte d'Union ſeul y porta quelque
atteinte. En vertu de cet acte , la Couronne ne
peut augmenter, ni diminuer le nombre des Repréſentans
. Mon plan , continua M. Pitt, eft
compoſéde deux parties : la premiere doit effecwer
, finon immédiatement , du moins danspeu
une réforme dans la repréſentation des Bourgs; la
feconde a pour objet d'établir une regle , d'après
laquelle la repréſentation ſera modifiée toutes
les fois que les circonstances l'exigeront. Tous les
gens ſentés conviennent que la proportion acwelle
des Repréfentans entre les Comtés & les
Bourgs eft fingulièrement défectueuſe, & que dans
( 19 )
le cas d'une réforme , les endroits qui ont une
forte population , devroient avoir un plus grand
nombre de Députés.
Je penſe qu'il ſeroitconvenable que les Repré
ſentans d'un certain nombre de Bourgs déchus
fuſſent répartis parmi les Comtés. L'on peut connoître
quels sont les Bourgs qu'on doit ranger
dans cette claſſe pour le nombre des maiſons. Le
moyen que j'indique réunit à l'avantage de préſenter
des notions certaines dans une ſemblable
recherche , celui de quadrer parfaitement avec les
principes de la repréſentation. Il ſeroit naturel
de s'occuper en premier lieu des Comtés dont le
nombre des Repréſentans eſt trop borné. Il est
aiſé d'appercevoir qu'une pareille réforme eſt li
mitée par ſa nature. Car lorſqu'on aura une fois
adopté une regle pour procéder à l'augmentation
du nombre des Repréſentans des Comtés qui en
ont le moins , il ſera facile de déterminer la pro
portiondes autres .Je crois ne pas m'éloigner beau,
coup de la vérité en évaluant à 36 le nombre des
Bourgs fufceptibles d'une pareille réforme.L'aug
mentation des Repréſentans des Comtés ferois
donc de 72. Mon deſſein eſt de propofer à la
Chambre de ftatuer que ce nombre ne
mais changé pour aucune cauſe que ce ſoit. L'exé
cution de ce plan ne pourra s'opérer que graduellement
, vû que les Bourgs ne feront privés
de leurs franchiſes que ſur la demande qu'ils en
feront eux - mêmes . On ne peut effectuerune ré
forme de cette nature que de deux manieres , foit
parune acte d'autorité , ſoit en accordant une com ..
penſation raiſonnable aux Corps & aux individus
qui renonceront à leurs droits. Il feroit odieux
d'employer le premier de ces moyens. Il pro
pofa en conféquence lP'établiſſement d'une
caifle dont les fouds feroient destinés à acheter
fera j
( 10 ) 7
les franchiſes des Bourgs déchus , & leur interet
les invite à ſe prêteràcet arrangement .
Lorsque les 36 Bourgs mentionnés ſe feront dé
misde leurs franchiſes ,& que leurs Repréſentans
auront été transférés aux Comtés , s'il exifte encore
quelque Bourg fuf eptible d'une pareille réforme
, il lui feraliere de ſe démettre de ſes franchiles
aux mêmes conditions ,& le droit de députer
des Membres au Parlement ſera transféré
ax villes Horiſſantes qui ſeroient jalouſes d'obtenir
ce privilege.
M. Pitt alla au devant des objections , telles
que les dépenſes qu'il entraîneroit , & la lenteur
de fon exécution. Au sujet de la premiere , itch
ferva que les avantages du plan étoient fi précieux
, qu'on nedevot regreter aucunes dépenfes.
Quant à la feconde , il démontra la probabilité
quetes parties in éreilées accueillercientavecompreffement
les offres qui leur fcroient faites à titre
de compenfation pour leurs franchiſes.
M. Pitt termina ſon diſcours par une motion
tendante à ce qu'il lui fût permis de préſenter un
bill, ayant pour objet de modifier la repréſentation
parlementaire .
M. Duncombe ſeconda la motion & ſe déclara
un de ſes partitans les plus zélés ,
M. Powys , repréſentant du Comte deNorthampton
, proteſta hautement contre ce plan ,
auſſi bien que contre tout autre , tendant a changer
l'état actuel de la repréfentation . Il fir obferver
que les différentes idées des ſpéculateurs
avoient toutes été contradictoire ; & pour prouverque
le plan propoſé étoit peu propre à farisfaire
les partiſans de la réforme parlementaire ,
il pria la Chambre de conſidérer combien les
demandes des différentes requêtes qu'on lui
avoit préſentée, étoient opporées. Il remarqua
1
( 25 )
qu'il n'y avoit pas même deux de ces pétitions
qui fuflent d'accord.
Puitque chaque ſpeculateur a une théorie qui
lui eft propre & fans laquelle il pense que la
conſtitution eſt perdue , il eft abturde , dit- it ,
de croire que le projet de M. Pat puiſſe être
complet ou définitif
Il complimenta le Chancelier de l'Echiquier
fur le talent & l'éloquence qu'il venoit de déployer
dans ſon Oraiion funebre de la conſtitution
, & demanda judicicuſement que l'on fit
venir , & que l'on interrogeât à la Barre de la
Chambre les auteurs des pétitions pour la réforme
, & qu'on les obligeât à dire quelles plaintes
ils avoientàformer contre le Parlement actuel.M.
Powis tourna en ridicule enſutela rage de réforme
qui avoit faifi notre fiecle, nous voyons , dit- il ,
deux réforinateurs Maniaques, l'un ancien, l'autre
moderne. Procuſte , le réformateur ancien , avoit
un lit de fer d'une certaine dimenfion , & par
amour pour leſyſtème d'égalité ; il faifoit couper
les membres de ceux qui étoient trop grands
pour entrer dans ce lit , & alionger les muſcles
de ceux qui étoient trop courts. Le réformateur
moderne eſt parini nous ; je ne cacherai
pas fon nom: c'eſt le Docteur Wiſwill , vénérable
chef d'une Croifade politique, Au reſte ,
ajouta-t- il , une raiſon m'engageroit àfeconder
le plan de M. Pitt , c'eſt que l'événement en
prouvera les inconvéniens.
Le lord North ſe leva pour attaquer la
motion : le changement proposé conſidéré
comparativement , dit ce lord , n'eſt defiré
que par un petit nombre de perſonnes , &
jefpere que la Chambre ne ſera pas affez
aveugle pour ſacrifier des avantages actuels à un
projet viſionnaire formé par quelques individus.
( 22 )
Siela veforme que l'on propoſe , eft réellement
néceſſaire pour le bien de la Nation , il eſt
étrange que la voix publique ne l'ait point
demandé;cela ſeul pourroit juſtifier unepareille
innovation. On devoit s'attendre à voir Birmingham
& pluſieurs autres Villes opulentes &
peuplées , qui n'ont pas le bonheur d'être repréfentées
en Parlement , préſenter des requêtes
à la Chambre- Leur filence fur ce point important
, doit faire croire qu'elles ne ſe ſont point
crues léſées de n'avoir pasde voix dans le Sénat
de la Nation. Je pourrois , dit le lord North ,
citer encore un autre exemple qui démontre
que la paffion pour la réforme n'eſt pas auffi
générale qu'on a voulu le faire entendre. Un
honorable membre de la Chambre que je n'ai
point à la vérité l'honneur de connoître , mais
qui repréſente un Comté conſidérable ( celui de
Suffolk ) a preſſenti ſes.conftituans par les papiers
publics , au ſujet de laréforme parlementaire;
mais on ne lui a point donné d'inftructions
fur ce point , & l'on n'a pas même difcuté
cette affaire .
L'Affemblée de la Cité de Londres , expreffément
convoquée pour prendre la réforme en
conſidération , ne s'eſt trouvée compoſée que de
300 perſonnes. Ces faits prouvent affez que la
réforme propofée n'eſt point de néceffité , &
que la Nation a ratifié tacitement que la repréſentationdont
elle jouiſſoit étoit ſuffiſante , puiſ
que ſi le peuple avoit deſiré la réforme ; il auroitdonné
ordre à ſes repréſentans de voter en
contéquence. Les projets vifionnaires , enfantés
par un honorable membre de cette Chambre ,
méritent peu d'attention ; & quant aux requêtes
préſentées au ſujet de la réforme quoiqu'elles
Loientplus importantes & qu'elles méritent une
(231)
confidération plus ſérieuse , cependant comme
elles font extrêmement vagues & contradictoires,
& que leurs demandes ne font pas celles du corps
de la Nation , je ne crois pas qu'elles doivent
engager la Chambre à violer ou à enfreindre
Pheureuſe conffiturion confiée à fes foins , &
dont elle a garanti la préſervation'comme le des
voir le plus facré.
Le Lord North examina alors les alluſions,
par leſquelles on avoit infinué que la guerre
d'Amérique avoit été caufée par une repréſen
tation inegale du peuple. Il maintint , comme
il Pa toujours fait , que cette guerre avoit été la
guerre du peuple , & que quand meme la repréferitation
eût été différente , elle auroit toujours
en lien. Le Lord, après avoir combattu quel .
ques argumens apporté par. M. Pitt , donna fa
negative tres décidée contre la motion.
M. Wilberforce , obferva que le noble Lord
S'éroit opporé àtoute innovation par une foite
de fon caractere ordinaire ; d'où il conclut qu'il
haiffoit la nouveauté même dans les argumens
avancésà cette occafion . Il s'étonna de voirque
L'on ramenoit exactement les mémes plaifanteries
, les memes métaphores dont on avoit fair
ulage il y a quatre ans. Quant à la conféquence
que le Lord North avoit tiré de ce qu'il n'avoit
point été préfenté beaucoup de pétitions à la
"Chan bre au lujet de la réforme , il dit qu'elle
étoit de fort peu de poids , puiſqu'il auroitdu ſe
reſſouvenir de la quantité de pétitions qui avoient
été préſentées jadis à la Chambre à ce ſujet ; que
Tes de mandes portées ces Requétes , n'ayant
pas été écoutees ni fatisfaites , elles étoient encore
dans toute leur force , & rendoient toute
nouvelle inſtance fuperflue . Il termina fon dic
cours parune fuited'argumens ingénieux en fapar
:
( 24 )
veur du ſyſtême propofé ; dont le but étoit
ſelon lui , de détruire cette influence qui enchaînoit
les opinions& toute liberté de penfer.
Aquatre heures du Matin , la Chambre
étant allée aux voix , la motion fut rejettée
par une majorité de 74 ; 248 contre 174.
Beaucoup de gens ſuppoſent que cet évé
nement déterminera M. Pitt à ſa retraite. Il
ne pourrait, ditent- ils , choiſir de moment
plus favorable , car le peuple le regarderoit
comme la victime du parti de la Cour. Cependant
ce n'eſt point le parti de la Cour
qui a rejetté la réforme, au contraire plufieurs
amis de M. Pitt, il est vrai , ont vote
contre la motion.
Le 20 , le Miniftre propoſa à la Chambre
des Communes de révoquer l'acte de la
derniere Seflion , qui impoſoit un droit d'acciſe
ſur les manufactures de coton de Mancheſter.
L'Etat , dit M. Pitt , n'est pas encore
Dieu merci , dans une détreſſe à ne pouvoir
pas facrifier 40 à 50 mille livres sterlings de
taxes qui excitent d'auffi vives reclamations.
En conséquence la motion fut agréée , &
fans les amendemens propoſés par l'oppofition.
Il y a actuellement ſur le bureau de la
Chambre des Communes les requêtes de
cinquante corporations différentes de manufacturiers
contre le ſyſteme de commerce
projetté avec l'Irlande.
L'examen de l'élection de Kirkwall eft
terminée.
( 25 )
terminée. M. Fox a été reconnu à l'unani .
mité pour le membre élu légalement. Ainſi
M. Fox repréſente en ce moment deux
villes; & voilà, diſent ſes partiſans , le réſultat
de l'acharnement avec lequel ſes ennemis
l'ont perſécuté.
LeGouvernement vient de recevoir du
Canada une petition , ſignée par la plus
grande partie des habitans , & par laquelle
ils demandent d'être autoriſés à former
une chambre d'affemblée. Les Seigneurs ,
ainſi que le Général Haldimand , Gouverneur
du Canada , déſapprouvent cette pétition.
Les Canadiens , animés par l'exemple
des états-Unis &de l'Irlande , veulent avoir
une légiflation à eux.
Le Capitaine Philipps Cosby doit remplacer
le Commodore Lindſay , qui commande
l'eſcadre Angloiſe dans la Méditerranée;
il s'embarquera pour cet effet le mois
prochain ſur une frégate.
Trois régimens ont reçu ordre de s'embarquer
ſous peu de jours pour les ifles , à
bord de vaiſſeaux marchands.
Le Lord North eſt le premier qui ait
adopté la méthode d'embarquer des troupes
pour les Ifles ſur des bâtimens marchands à
un prix convenu pour chaque homme , au
lieu de ſe ſervir de bâtimens de tranſport ,
qui coûtoient très- cher à la Nation.
La Gazette de Kingſton dans laJamaïque,
en date du 3 Février dernier , donne le dé-
No. 19 , 7 Mai 1785. b
( 26 )

tail ſuivant des troubles élevés ſur la côte
des Moſquites.
Vers le 16 Décembre dernier, un corps de 500
Eſpagnols bien armés , prirent poffeffion de l'ifle
deRattan & chafferent de leurs habitations le peu
de Pêcheurs Anglois qui s'y étoient établis. Les
E'pagnols fort fient maintenant , avec la plus
grande diligence , cette ifle qui offre un excellent
port dans ſa partie méridionale , & d'où ils ſe dif
poſent à pouffer leurs opérations contre la côte
des Moſquites. Cette même perſonne ajoute , que
des corps confidérables de troupes réglées & de
anilices font en mouvement à Porto- Bello , Carthagene
, Guatimala , Yacatan , Tabasco & la
Nouvelle - Orléans , fars doute avec le deſſein
d'exterminer toutes les nations Indiennes qui habitent
la côte des Moſquites , ainſi que les Anglois
leurs alliés fur cette côte , s'ils leur donnent
le moindre ſecours. Don Mathias Galvez ,
Vice- Roi du Mexique , qui a donné l'idée de
cette belle expédition a afferé à la Cour de Madrid
, dans les termes les plus formels , qu'elle
auroit un fuccès complet , & il en a chargé fon
fils Don Galvez qui eſt maintenant Gouverneur
de Cuba . Le commencement des hoſtilités eſt
fixé au 20 Mars prochain.
Par les derniers avis de la côte des Moſquites
on a appris qu'il étoit arrivé une Frégate dans
le golfe de Dulce , & qu'elle étoit mouillée ſous
le fort d'Omoa. Selon les mêmes avis , on avoit
déjà raſſemblé à Truxilles 500 hommes de troupes
& 900 Volontaires , tous mulâtres , métis&
negres. Cette ville qui eſt dans le voiſinage de
la-baie de Honduras , eft le rendez - vous géné
ral des forces que les Eſpagnols deſtinent à cette
expédition,
( 27 )
Tous les Gouverneurs des Provinces qui bornent
la côte des Moſquites , ont publié des Edits
qui défendent , ſous les peines les plus rigoureufes
, àqui que ce ſoit dans leurs jurisdictions , de
commercer avec lesAnglois , ni de leur fournic
des provifions , ſoit à la côte des Moſquites. En
contéquence il n'y aplus aucune communication
entre les deux nations de ces parages .
On affure que l'on a embarqué il ya quelques
jours , àbord d'un tranſport armé , deſtiné pour
cette côte , 10,000 armes à feu , 40,000 cartouches
, & un grand train d'artillerie.
Ce n'eſt plus le Marquis de Landsdown
que l'on fait fuccéder à M. Pitt , c'eſt M.
Fox. Le 20 , après le lever , ce Chet du
parti de l'Oppoſition eut une audience trèslongue
du Roi , dans laquelle on prétend
très légerement , que les préliminaires de
l'arrangement ont été arrêtés.
Les Directeurs de la Compagnie des Indes s'afſemblerent
le 18 de ce mois pour lire les dépêches
apportées du Bengale par le paquebot la Surprise.
Des lettres du Conſeil ſuprême , en date du 13
Novembre apprennent qu'Aphrafaib Cawn ,
premier Miniſtre du Grand-Mogol , a été afſaffiné.
Le jeune Prince de Délhi qui s'eſt évade des
Etats de ſon pere , a mis en oeuvre tous les
moyens que lur conſeilioient ſon honneur & fa
sûreté pour être reçu à la Cour de Délhi , mais
toutes les négociations ont été infru&ueules. Les
dépêchesde M. Haſtings portent que les affaires
de la Compagnie ſont dans un état fi profpere que
ſadette hypothéquée , pourra être liquidée avant
peu.
M. Haſtings a dû s'embarquer le is Mars
pour revenir en Angleterre.
( 28 ).
;
Le Gouvernement a réſolu d'envoyer
deux Régimens d'Infanterie à la Jamaïque
au lieu d'un. Cette augmentation de troupes
eſt la ſuite du différend qui s'eſt élevé entre
les ſujets de l'Angleterre & ceux de la Cour
d'Eſpagne. Dans l'état actuel des chofes ,
la prudence conſeille de mettre la garniſon
dela Jamaïque urun pied reſpectable. Ces
Troupes feront embarquées ſur des bâtimens
de commerce qui doivent appareiller
inceffament pour cette Iſle.
FRANCE.
DEVERSAILLES , le 27 Avril.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Saint-
Claude , l'Abbé de Chaliot ; & à l'Abbaye
de Grand- champ , ordre de Citeaux , diocefe
de Chartres , l'Abbé Tourteau , Vicaire
général d'Agde.
Le Comte de Poret, le Comte de Luberſac
, le Baron de Luberſac & le Marquis
de Raigecourt , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 20 de ce mois , celui de monter dans
les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre
à la chaffe.
Le 24 , le Roi & la Famille Royale ont
ſigné le contrat de mariage du Marquis de
Loſtanges , Meſtre de- Camp en ſecond du
Régiment de Darfort, Dragons , avec Demoiselle
de Vintimille du Luc ; & celui du
( 29 )
Marquis de Gaſville , Meſtre-de Camp ,
Lieutenant des Cent-Suiſſes de la Garde du
Roi , avec Demoiſelle de Malartic de Montricoux.
Cejour , le Baron de Makau , que le Roi
anommé fon Miniſtre plénipotentiaire près
le Duc de Wirtemberg ,& fon Miniſtre près
le Cercle de Suabe, eut l'honneur de prendre
congéde Sa Majesté ,&de ſe rendre à ſa deftination
, étant préſenté par le Comte de
Vergennes , Chefdu Conſeil Royal des Finances
, Miniſtre & Secretaire dEtat , ayant
le département des Affaires étrangeres.
L'état de la Reine ne laiſſant plus rien à
defirer , Sa Majesté , qui , le 12 de ce mois ,
avoit vu toutes les perſonnes qui ont les entrées
de la Chambre , tant chez le Roi que
chez la Reine , admit à lui faire leur cour,
le 24 , tous les Seigneurs & Dames de la
Cour. Hier , Sa Majeſté , après avoirentendu
la Moſle chez Elle , s'eſt rendue à la Chapelle
du Château , où Elle a été relevée par
l'Evêque Duc de Laon , ſon Grand Aumônier.
La ſanté de Monſeigneur le Duc de Normandie
ſe fortifie de jour en jour.
Le feur Heſſen , Horloger bréveté de
Monfieur , Frère du Roi, a en , le même
jour , l'honneur de préſenter à ce Prince ,
qui a bien voulu en accepter la Dédicace ,
un Mémoire fur l'Horlogerie , contenant une
!
b3
( 30 )
nouvelle conftruction de Montres fimples & à
répétition , à roues de rencontre , approuvée
par l'Académie Royale des Sciences.
DE PARIS , les Mai .
M. l'Abbé de Mably , mort la ſemaine
derniere , âgé de 76 ans , agrandit encore
le vuide immenſe qui ſe forme depuis quelque
tems dans notre Littérature. C'eſt une
perte non- feulement pour la France , mais
pour l'Europe entiere; car l'Abbé de Mably
n'étoit point réduit à l'une de ces réputations
locales , qui expirent hors de la
Capitale , des cercles , des Afſemblées Littéraires
, où on leur donne un inſtant
d'existence. Tous ſes Ouvrages ſans exception
ont eu pour objet les premiers intérêts
de l'homme ſocial , & la défenſe de ſes
droits. Toutes les Nations avoient honoré
cet Ecrivain d'une eſtime qu'on n'accorde
jamais au talent ſeul , & que mérita M. de
Mably , ainſi que J. J. Rouſſeau , par la fageſſe
conſtante de ſes principes. Ses Entretiens
de Phocion furent couronnés par une
République à qui les Maximes de l'Auteur
parurent le code des Etats libres. La Pologne
&les Américains eurent auffi recours aux lumieres
de l'Abbé de Mably , & une quatrieme
République en reçut des conſeils tropjudicieux
pour être écoutés dansdestempsde trouble.
C'eſt là fans doute la véritable gloire :
( 31 )
elle n'a beſoin ni de prôneurs , ni d'intrigues
, ni de protections. M. de Mably vivoit
depuis long tems hors de la Littérature
de Paris , à laquelle le genre de ſes
occupations le rendoit étranger : aucune
Académie n'a pu s'honorer de l'avoir accueilli
, & il laiſſe après lui un bel exemple
aux Gens de Lettres dans ſa conduire
& dans ſes travaux. Le ſeul reproche fondé
qu'on fera à ſes différens Ouvrages , c'eſt
de les avoir tous établis fur la fuppofition
que les Peuples d'aujourd'hui poavoient
s'appliquer le régime des Républiques Greques
& Romaines. Etranger d'ailleurs aux
Etats libres par ta patrie , par ſon état , par
ſon éducation, il est tombé dans les défauts
inévitables où tomberoit un Républicain
aſſez hardi pour dicter la diſcipline des
Royaumes. Du reſte , M. de Mably ne
fera point confondu avec une cohue de déclamateurs
modernes , qui n'écrivent jama's
fur la liberté qu'avec le tranſport au cerveau
, qui prennent pour de l'éloquence une
fermentation de cerveaux inconfidérés , &
qui pourroient être dangereux , s'ils ceffoient
d'être infenfes & ridicules.
Le vent de nord , fi funeſte aux campagnes
, retient encore dans la léthargie
M. Pilatre de Rozier & fon ballon. Cet Aëronaute
eft toujours à Boulogne , où il n'a
ni de Calchas pour rendre des oracles , ni
d'Iphigenie pour appaiſer les vents contraires.
b4
( 32 )
Le 18 du mois dernier , ſa machine aérofta
tique alloit prendre l'effor , les ſpectateurs
étoient raſſemblés , preſque toutes les cordes
-déjà coupées , lorſqu'un orage fir de nouveau
xenvoyer l'expérience.
La tenacité des vents contraires , aux atterrages,
mettantbeaucoup de navires attendus dans
le danger de manquer de vivres , la majeure
partie des Négocians de Nantes s'eſt réunie par
une Soufcription , & a fait expédier quatre Batimens
, chargés de vivres , pour aller juſqu'au
dehors des caps , les porter aux Navires qu'ils
pourront rencontrerdans lebeſoin. Ces Bâtimens
ont été expédiés dans vingt-quatre heures , & ont
deſcendu la riviere le 12du courant. Il s'eſt préſenté
pluſieurs Officiers remplis de zele pour
offrirces ſecours aux malheureux. MM. le Nouque
, la Motte , Gareau , Rivet, Perlier , David ,
Gautier & Monier , ſe ſont embarqués pour remplir
cet objet ; & MM.Me Commiſſaire Ordonnateur
de la Marine , & le Directeur des Fermes
du Roi , ont accordé les ſecours & les facilités
✓néceſſaires pour accélérer cette Expédition avec
un zele qui doit leur mériter la reconnoiffance
de toutes les ames ſenſibles.
M. deGaulle , Ingénieur de la Marine au
Havre , & Correſpondant de l'Académie
Royale des Sciences , a préſenté à cette Société
un Mémoire dont voici la ſubſtance :
Dans le deffein de concourir àla conſervation
des Marins , de cette claſſe d'hommes ſi précieux
àl'Etat , & dont le fort eſt ſouvent fi à plaindre
, j'oſe ſupplier l'Académie de vouloir bien
permettre qu'il lui ſoit remis de ma part une
Médaille de deux cent quarante livres pour un Prix
qui fera adjugé à la Saint- Louis prochaine , au
( 33 )
Mémoire qui , au jugement de cette ſavante &
reſpectable Compagnie , aura le mieux traité
cette queſtion ;
N'y auro't- il pas des moyens pour placer en mer ,
le long des côtes de France , dans les parties qui en
Sontfufceptibles , des eſp anad s ou digues artificielles
, qui , dans les gros temps, puiffent fervir à rompre
l'impétuofité de la mer , &fous le vent desque les
un Navive au Roi , du Commerce , cu toutes autres
embarcations qui n'ont d'autres reffou ces qu la coe,
piffent , eny mouillant ,y trouver un afyle où ils
n'aient d'autres efforts à vaincre que c lui du vent ,
dont la réſiſtance peut être diminuée par les manxuvres
ufſitées en pareilles circonstances ?
Les perſonnes qui feront afſez amies de l'humamanité
pour s'occuper de cette queſtion , voudrontbien
ſe reſſouvenir qu'on entend par dizues
artificielles , des corps flotans , tenus ou attachés
au fond par des fortes ancres & des chaînes d'une
longueur proportionnnée à la hauteur de l'eau
dans les plus grandes marées. Ces corps doivent
être compoſes , de façon que par leur légereté
ils ſe prêtent à toutes les impulfions de la laine
(ou vague), en fatiguant le moins poffible ,& contenir
un affezgrand eſpace pour mettre au moins
un Navire ou deux , d'une certaine grandeur ,
l'abri de la force des vagues , dont les élévations
ſubites contribuent plus , par les ſecouſſes qu'elles
donnent aux Navires , à les faire chaſſer ou
caffer leurs cables , qu'une force de vent plus
conſidérable avec une mer moins groffe.
à
L'Académie des Sciences s'eſt chargée du
jugement du Prix propoſé : les favans de
toutes les Nations ſont invités à y concoutir.
Les Ouvrages qui doivent être adreflés
bs
1 ( 34 )
au Secretaire Perpétuel, feront reçusjuſqu'au
premier Janvier 1786.
Voici encore une annonce digne d'être
priſe en conſidérationselle eft due à l'humanité
& au patriotifme d'un grand Seigneur
auli reſpectable par ſes lumieres que par ſes
vertus , & dont le nom eſt placé depuis
long tems à la tête de tous les établiſſemens
utiles.
M. le Duc de Charoft , honoraire de l'Académie
d'Amiens , en fondanr un prix de 600' liv,
pour leMémoire le plus intéreſſant fur um ſujet
utile à l'Agriculture , au Cominere , &c . a luis
-même indiqué , pour cette année , le ſujet du
prix.
«Quel est le moyen le plus fimple & le moins
> difpendieux de prévenir &d'éviter , dans la
>> généralité d'Amiens , les iscerdies dans la
>>campagne , &en même temps le plus analogue
>>>aux productions du fol , à la poſition actuelle
>>>des villages & des bâtimens qui les compolent,
>>>matieres communes , propres à la conſtruction,
à la forme nouvelle dont les logemens perſonnels
, granges & étables peuvent être ſulceр-
>>tibles , & enfin aux ſecours de l'autorité ou de
>> la bienfaiſance. >>>>>>>
L'importance de la matiere a décidé l'Académie
à renouveller l'annonce déjà faite dans les
Papiers publics , avee prorogation de délai ,pour
l'envoi, juſqu'au 20 Juillet prochain.
Il eſt bon d'obſerver que M. l'Intendant accorde
un dédommagement aux incendiés , qui ,
en rebâtiffant , couvrent en tuiles ou en ardoiſes .
Les paquets avec le nom cacheté , & une deviſeſur
lebillet& ſur la differtation , feront adref..
fés, francs de port , à M. Goffail , Avocat , S
cretaire perp étuel de l'Académie.
1
/
( 35 )
Le 28 du mois dern er, l'Académie Françaite
a remplacé l'Abbé Millot par l'Abbé
Moreliet , anteur de la Vision , de la Théorie
du Paradoxe , d'un Proſpectas de Dictionnaire
, & Traducteur de l'ouvrage , des Dé.
lits & des Peines , du Marquis Beccaria. Le
nouvel Académicien a concouru avec M.
Sedaine , Auteur da Philofophefans le favoir
&de la Gageure imprévue , deux Ouvrages
reſtés au Théatre François , revus toujours
avec un nouveau plaiſir , pleins d'effers-diamatiques
& d intérêt; de Rofe & Colas, l'un
des tableaux les plus agréables que r'on ait
mis fur la ſcene de la Comédie Italieune ,
de Richard coeur de lion , joné déjà vingtfix
fois , &c. &c .
Lanotice ſuivante étant propre à indiquer
au Public l'objet de curioſité le plus digne
d'être vu dans cette Capitale , après l'admirable
établiſſement de M. l'Abbé de l'Epée ,
nous croyons devoir la rapporter.
L'Ecole gratuite des Aveugles-nés , deſtinés
à leur enſeigner la Lecture , l'Arithmétique , la
Geographie , la Muſique , l'Imprimerie , &c. dont
l'ouverture s'eſt faite publiquement , le 19 Février
dernier , au Château des Tuileries , eſt
maintenant établie chez M. Haüy , Interprete du
Roi , rue Coquilliere.
Ce digne Inſtituteur fe propoſe d'admettre le
Public aux exercices des enfans aveagles , les
Mercredis & Samedis matin , à onze heures précifes.
Il ſe fera également unplaifirde confacrer un
après dîner par ſemaine en faveur des perſonnes

b6
( 36 )
à qui leurs affaires ne permettent pas d'aſſiſter à
ces exercices aux jours &heures indiqués ci-defſus,
pourvu qu'elles le faffent prévenir deux jours
d'avance de celui qu'elles auront choifi .
Undes avantages de cet Etabliſſement eſtd'offrir
aux perfonnes qui ont perdu la vue par acci
dent , un moyen d'adoucir leur fort , en profitant.
des reiſources qu'il procure.
Les Enfins aveugles ſe diſpoſent à imprimer
un Effai fur leur Education ; tout le produit de
la vente de ce petit Ouvrage , ainſi que de tous
ceux qui fortirontde leur preſſe , ſera uniquement
à leur profit . Les ſouſcriptions feront reçues
par le fieur Lesueur , premier Eleve & Inftituten
des Aveugles .
Les Comédiens François ont donné une
repréſentation au bénéficede Mademoiselle
Laveau , jeune Actrice , dont le malheur a
excité une compaſſion générale. Erant il y a
trois ſemaines devant ſa cheminée , & prête
à s'habiller , le feu pritàſa robe de linon ,
& l'on ne put l'éteindre , qu'après que cette
jeune perſonne eût été dangereuſement brûlée.
Quoiqu'on lui ait ſauvé la vie, fon
état eft toujours critique , & l'on n'oſe penfer
aux fouffrances qu'elle a du éprouver.
Le public a témoigné à cette Actrice l'intérêt
qu'il prenoit à ſon infortune , en ſe portant
en foule à fon bénéfice . S. M. lui a fait
donner cent piſtoles de ſa caſſetre.
L'entrepriſe des voyages pittoresques de Suiffe
&d'Italie auxquels fuccede aujourd'hui le voyage
pittorelque de la France , eſt un beau monument
élevé par le génie des arts & par le goût. Le fieur
Lamy , Libraire , Quai desAuguſtins , Propriés
( 37 )
tare acquei de cetOuvrage a mistous fes foins à
en perfectionner , à en accélérer la continuation.
La vingt ſeptieme livraiſon qui vient d'être pu
bliée, préſente le frontiſpice pour la Province de
Dauphiné & les monumens de Paris , en ſeize
Estampes. Dans le nombre , eſt une ruine d'une
vieile Eglife des Bernardins , près du Couvent
de cet Ordre. Une autre eſtampe repréſente ,
toujours dans le même quartier , la Halle-auxveaux
, conſtruction peu digne , ce nous ſemble ,
de figurer dans un Recueil où éclate toute lamagnificence
de l'architecture en Italie & toute celle
de la nature dans la Suiſſe. Les Eſtampes d'ailleurs
ſont ſupérieurement exécutées (*) .
La curiofité nous ayant conduits la lemaine
derniere à cette ruine de l'Eglife des
Bernardins , antiquité du moyen âge, prefque
ignorée des trois quarts des habitans ,
nous trouvâmes ce monument converti en
grenier à leſlive , & tapiflé dans les débris
de la net , de guenilles fraîchement lavées ,
qu'on faifoit fécher. Les murs croulans de
l'édifice du côté du nord , fervent de logemens
à des Cabaretiers qui ont écrit ſous les
fenêtres grillées de ces cachots: Ici l'on loge
& l'on nourrit très proprement.
Le Musée de Paris a tenu le Lundi 7 Avril une
féance publique qui a été ouverte par la lecture
de l'Introduction deſtinée à être miſe à la tête de
la ſeconde livraiſon des Mémoires du Musée.
(*) Les 6 volumes in folio , déjà publiés , comprennent
25 livraiſons , dontle prix eſtde 25 louis . Pour en faciliter
P'acquifition , le ſieur Lamy prolonge juſqu'à la fin d'Octobre
prochain la faveur accordée aux Souſcripteurs , qui
paient 24 liv. d'avance , en ſe faifant inferire , & 12 liv,
par ſemaine en recevant chaque cahier,
( 38 )
M. de Cailhava , Président du Maſée , lut enſuiteun
morceau de la nouvelle édition qu'il
prépare de fon Art de la Comédie , & M. Mo
reau de St. Méry , Vice - Préſident , pour M.
Houel , l'un des Secretaires Adjoints , des Extraits
de ſes vvooyyaaggee: de Sicile ; M. deGrandmaifon
lut des Obfervations fur le Bocho - Upas ou
arbre-poiſon de Java ; M. Trincaño , pour M.
Ber.... Correfpondantdu Musée à Orléans , Ja
Boutade d'un Miſantrope , qui fut fuivi d'un
morceau ſur la décence theatrale , par M. Clément
, auffi Correfpondant , & des Plaiſirs des
bords dela mer aux ifles d'Heres , piece en vers
de cing fyllabes , du même M. Ber.... Enfin ,
après la lecture faite par M. Moreau de St. Mery ,
d'un fragment de fon Ouvrage ſur la Légiflation
des Colonies , relatif à l'affranchiſſement des
efclaves', M. Le Changeux termina la ſéance
par le récit de quelques Fables de ſa compofition.
Un particulier du Languedoc prétend
avoir trouvé un ſpécifique contre les charanſons
dans le lavage des grains à l'eau
bouillante. Cetre pratique , qui n'eſt ni difpendieuſe
ni difficile , a été éprouvée devant
les Officiers municipaux d'une ville de la
Province , & avec ſuccès. Ce n'eſt pas d'aujourd'hui
cependant qu'on a fait l'eſſai de
ce procédé , dont nous avons vu plus d'une
fois l'infuftifance.
Le feu a pris deux fois aux bâtimens
neufs du Palais Royal depuis huit jours ;
mas les prompts ſecours donnés à l'un &
à l'autre de ces incendies en ont empêché
les progrès.
1
1
T ( 39 )
Olivier Pomponne, Comte de Ruppiere ,
Brigadier des Armées du Roi , Mestre de-
Camp en fecond du régiment de Rohan-
Soubiſe , eft mort en ſon château de Vaufermond
en Normandie , à l'âge de 44 ans.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le 2 de ce
mois , font : 42 , 27 , 40 , 20 , & 77 .
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 2 Mai.
Les derniers couriers arrivés de Paris
ont trompé l'attente générale , & ne nous
ont apporté aucuns préliminaires ſignés.
Les demandes de l'Empereur ſe bornent ,
dit-on , à la fouveraineté d'une partie de
l'Efcaut , à la poſſeſſion de nos quatre forts
fur le fleuve , au Comté d'Outre - Meufe &
à quelques millions de florins. Quant à
Mastricht, il fera examiné impartialement ,
dans les négociations ſubſéquentes , à qui
cette place doit appartenir.
Ces facrifices ont paru ſi douloureux ,
que trois Provinces juſqu'ici y ont refufé
leurs fuffrages. Les étars de Gueldres ont
témoigné le plus vif mécontentement des
inſtructions envoyées à ce fujet aux Ambaffadeurs
de la République à Paris , & ont
ordonné à leurs députés à l'aſſemblée des
Etats-Généraux , de ſe refuſer à toute conclufion
, juſqu'à ce qu'elle ait étë priſe ad
1 ( 40 )
referendum par la Province. A cette occaſion
, le Baron de Capelle de Marſch a remis
aux états de Gueldres un avis , dont la vivacité
tientun peu de la violence , & qui porte
en ſubſtance.
,
2
Grace au ciel , notre République n'eſt pas
encore déchue à ce degré d'abaiffement , qu'elle
doive ſe ſoumettre , fans coup ferir , aux de
mandes arbitraires , que tout Prince , qui confulteroit
plus fes forces que le droit , jugerot à
propos de lui faire. Il est vrai que ſans
eſpoir de ſecours de l'Etranger , fans concorde
dans l'intérieur , la Republique ne ſoutiendroit
que difficilement la guerre contre un puiffant
ennemi. Cependant , quoiqu'il faille attribuer à
une négligence tout-à-fait remarquable que
Palliance fi néceſſaire avec une Puiſſance refpet
ble& bienfaiſante n'ait pas été conclue depuis
long-temps , je m'aſſure que cette même
Puiſſance , fi l'Etat eût été en danger , ne l'auroit
point abandonné, fur-tout of nous enfions
montré nous-mêmes l'activité vraie & requiſe
pour notre propre défenſe. Et , ſuppoſe que
nous fulfions entiérement laiſſés à nous-mêmes ,
nous ſommes encore eſt état de défendre notre
propriété légitime. Je m'imagine qu'en pareille
extrémité chacun , mettant de côté tout eſprit
de parti , toutes voes impérieuſes , finiftres &
intéreſſées , ſe ſeroit empreſſé à l'envi de facrifier
ſon dernier obole , ſa vie même , pour
prévenir une humiliation flétriſſante , qui , fi
les choſes devoient reſter ſur le même pied ,
couvriroit notre Nation d'opprobres . Si à
ceci , Nobles & Puiſſans Seigneurs . nous ajoutons
que les circonstances , où l'Empereur ſe
trouve lui même , rendent ſes monaces moins
( 41 )
terribles pour la République , & que fans doute
plus de fermeté , plus de preuves de. courage
de notre part auroient prévenu toute humiliation
; nous devons être accablés de douleur avec
la République entiere , en apprenant qu'une réponſe
, dont la condeſcendance approche fi fort
d'une honteuſe baſſeſſe , ait été donnée au dernier
ultimatum de l'Empereur & arrêtée d'une
maniere indécente &digne d'une animadverſion ,
par les Députés de quatre Provinces aux Etats-
Généraux , quoique l'affaire eût été priſe ad referendam
parune cinquieme ,& que deux autres
proteſtaſſent contre la conclufion ; réponſe , par
laquelle , comme conditions préliminaires pour
reprendre les Négociations , l'on ne promet pas
moins que de céder une partie de la Souveraineté
de l'Eſcaut , avec quatre Forts , dont deux
font de cette importance , que fans eux il eſt
impoſſible à pluſieurs égards de fermer cette
Riviere ,& enfin de donner quelques millions
par furcroît pour conſerver une poffeſſion qui
nous appartient légitimement :
Comment les Repréſentans du peuple , qui
ont acquiefcé à ces conditions , pourront- ils ſe
juſtifier ? Comment pourront- ils ſe raffurer euxmêmes
& convaincre la Nation , qu'ils ont fait
rout ce qui dépendoit d'eux ? Comment ſe conduiront-
ils dans une nouvelle rupture , fi d'autres
démêlés hostiles nous entraînent dans une
guerre; fi le peuple murmure des impôts qu'il
porte avec tant de bonne-volonté pour le bienétre
commun ? A qui en ſera la faute , fi ce
même peuple , ſe rappellant ces facrifices &
cette honte , ſe refute à verſer utilement ſa
propriété dans le tréſor de l'état ?
Au reſte jeme réfere au mécontentement que
V. N. P. ont déjà témoigné à leur Député aux
( 42 )
,
Erats-Généraux , qui , dans le Comité ſécret
de L. H. Puiflances , a outrepaffé ſes pouvoirs
de ſa propre autorité , d'une maniere fi inquie &
fi puniffable , en courant à la conclufion de
la réponſe ſusdite par ſa voix , contre la teneur
expreſſe de ſes inſtructions , ſans conſulter les
autres Députés de la Province à l'Aſſeniblée
&fans en prévenir V. N. Puiſſances . Pour
cette raiſon je m'affure , que V. N. P. не perdront
point de vue des meſures efficaces , pour
l'obliger en tous temps à rendre compte de ſa
conduite ce qui ſervira en même temps à
prévenir , que la Souveraineté de cette Affemblée
ne ſoit plus mépriſée à l'avenir , vu que
les Députés de V. N. P. aux E ats-Généraux
ſemblent , plus d'une fois , s'être empreffés ,
comme à l'envi , d'outrepaſſer , en differentes
eccafions ouvertement & ſecrettement , les
bornes des pouvoirs qui leur avoient été confiés.
M. J. Henri Mollerus a été nommé ſecrétaire
du Conſeil d'Erat , & M. Martin Van
der Goës , fecrétaire de la Magiftrature de la
Haye, paſſe en qualité d'Envoyé extraordinaire
à la cour de Danemarck .
,
Sur les repréſentations de M. Cornet, Envoyé
de l'Electeur Palatin , L. H. P. ont
ordonné au Commandant de Grave d'ouvrir
les écluſes , pour faire écouler les eaux
qui ont inondé les villages du Comté de
Ravenſtein.
On affure que MM. de Waffenaër Twickel
& de Lynden ſe préparent à partir pour
Vienne.
Le camp qu'on formera à Waalwyck entre
Bosle-Duc&Breda, fera compofé de
( 43 )
33 bataillons , & commandé par deux Lieutenans
Généraux.
Le Confeil de guerre ſupprimé , il y a
deux ans , va être rétabli , ſur la demande
de M. de Maillebois. Il doit être compofé
de deux Confeillers d'Etat de Province, du
grand Penſionnaire , de deux Fiſcaux , des
Amiraux & vice-Amiraux & des Généraux
de terre.
On apprend que le Conſeil d'Etat a fait la
demande d'une fomme de 514,000 florins pour
l'érection de la Légion de Maillebois. Cette demande
a été envoyée aux Provinces reſpectives
par L. H. P. , avec une lettre pour en appuyer le
contenu. En attendant , trois rendez-vous font
aſſignés pour raſſembler cette Légion ; le premier
à Ryswyk pour les Chaſſeurs à cheval , que ce
Général veut avoir ſous ſes yeux ; le ſecond au
Pest-Huys de Rotterdam pour les Chaſſeurs àpied
&une Compagnie d'Artilleerriiee,,&les environsde
Nimégue pour ſeize Compagnies de Fuſiliers.
Le Colonel Mattha , dont la Légion levée à
Liége eft preſque complerte , ſe trouve dans cette
Réſidence. Les Barons de Sternbarch & de Lega
ont prêté ſerment aux Eta's Généraux ; le premier
le 24 , & le ſecond le 29 du mois paffé. Le
cinquieme Bataillon de Waldeck eſt arrivé le 11
à Caeverden.
Le vice-Amiralde Kinsbergen , qui commande
l'eſcadre de la République dans la
Méditerranée , ademandé des renforts pour
la protection du commerce vu l'activité
des Vénitiens dans leurs armemens déja portés
à neuf vaiſſeaux de ligne &pluſieurs frégates.
Les Amirautés ont délibéré fur cet
,
( 44 )
objer; les deux ſeules provinces de Gueldres
& de Hollande paroiſſant approuver la
dangereuſe importance qu'on a miſe à cette
affaire , il eſt à croire que les cinq autres
provinces ne ſouffriront pas qu'elle trouble
le repos de la République .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 3 Mai.
Lerégiment de Latterman , en garniſon à
Luxembourg , a reçu depuis quelque temps
ordre de ſe tenir prêt à marcher , ainſi que
les régimens de Teutchmeiſter & de Cobourg.
Tous lesjours on exercele corps de
Stein , & il arrive journellement des recrues
d'Allemagne . Les canoniers ſont partis de
Malines pour aller chercher la groſſe artillerie
de Luxembourg : 144 chariots feront
employés à ce tranſport.
2
Il eſt arrivé d'Angleterre à Oſtende 11066
barils de poudre pour le ſervice de S. M. I.
On peut ſe ſouvenir de la querelle trèsférieuſe
qui éclata à Madrid , il y a un an
&demi, entredeux membres du corps diplomatique
, le Baron de Gerſdorf, Miniftre
de Saxe auprès du Roi d'Eſpagne , &
M. Favre , ſecrétaire de légation Pruffienne.
Le caractere du Baron de Gerſdorf ne lui
avoit permis de venger fon outrage que par
la voie de plaintes à la Cour d'Eſpagne &
à l'Envoyé de Pruſſe : aujourd'hui libre , il
(45 )
vient d'écrire à l'offenteur la lettre ſuivante
qu'il a fait inférer dans les papiers publics .
A M. Louis Favre , ci- devant Secretaire de
Légation Pruffienne à la Cour de Madrid.
MONSIEUR ,
Vous ne ſerez pas ſurpris qu'après les tentatives
infructueutes que j'ai faites pour découvrir
le lieu de votre retraite , je prenne le
parti de vous écrire par les papiers publics.
Ayant obtenu depuis peu de jours mon rappel
du poſte qui m'avoit été confié , je puis déformais
agir en liberté , ſans m'expoſer à des
déſagrémens de ma Cour , & vous demander
les explications que vous me devez encore ,
relativement à l'affaire qui s'eſt paſſée entre
nous à Madrid. Comme je ne doute pas que
vous n'acqueſciez à ma juſte demande , je
vous prie , Monfieur , de me marquer , fans
délai , l'endroit que vous choiſirez pour notre
'entrevue. Je préſume que vous n'êtes pas intentionné
devous rendre à Berlin, puiſque vous
avez laiſſé paſſer un temps ſi conſidérable lans donner
de vos nouvelles ; mais ſuppoſé que vous vou-
Inſfiez le faire , vous en aurez tout le temps d'ici
au mois de Juillet indépendamment de notre entrevue.
Vous voudrez bien mettre votre réponſe
ſous l'enveloppe de Mrs. Teufch & Heeckers ,
Londres , ou de Mrs. Hachmeeſter & Z. Eekhout
à Amfterdam , qui me la feront paffer fur le
chame. Je vous préviens auſſi que ceux de ces
Meffieurs , qui auront reçu veure lettre, font
chargés de vous remettre cent louis de ma part ,
pour vous faciliter les moyens de faire ce voyage
, & , au beſoin , je vous ferai payer une
nouvelle ſomme pour votre retour. Du reſte ,
fi vous laiſſiez paſſer quatre mois ſans me communiquer
votre réſolution , je me verrai dans
( 46 )
la néceffité d'inftruire le Public des motifs, de
ce filence. Je ſuis , Monfieur , votre très- hum
ble & très -obéiſſant ſerviteur , figné le Comte
de Gerſsdorf , Chambellan de S. A. S. Electorale
, & ci-devant ſon Miniſtre Plénipotentiaire
auprès de S. M. Catholique.
Au Château d'Erbach , le 20 Avril 1785.
On écrit de Francfort que les Lettres réquifitoriales
pour le paſſage des troupes Impériales
qui vont ſe rendre dans les Pays-
Bas , ont été remiſes au cercle du haut &
bas Rhin. :
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
Dans le cours de la ſemaine derniere ,unjeune
Gentilhomme , d'un rang très-élevé , & trois de
fes compagnons , échauffés par le vin de Champagne,
furent interrompus par la garde dans
l'une de leurscurſes nocturnes. Après quelque
réſiſtance , ils céd erent à la force , & furent conduits
au Corps-de garde dans Mount-Street. Un
de ces Gentilshommes , qui avoit traité le Conftable
un peu durement , fat logé, fars aucune
cérémonie, dans le cachot. Ses amisde la gaieté
ſe virent obligés d'envoyer chercher un de leurs
marchands , qui recula d'éronnement en apperce.
vant le jeune Gentilhomme. Alors , le Constable
&les hommes du guet reconnoiſſant le perſonnage
qu'ils avoient en leur garde ,ſe rangerent
antour de lui , en difant qu'ils efpéroient que
S. A. R. leur pardonneroit leur méépriſe. A ce
propos , le P s'écria :<<< Vous en vouloir ,
mes braves enfans ! point du tout. Graces au
ciel! les loix de ce pays ſont ſupérieures au
( 47 )
>> rang; & lorſque les hommes d'une extraction
> illuftre oublient le decorum qu'ils doivent gar-
>> der envers la ſociété, il eſt à propos que l'on
>> les traite fans aucune diſt netion » . Un Anglois
doit être bien fier de voir un Pie
G- obligé d'envoyer chercher un Tailleur
pour lui ſervir de caution.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Cause entre la veuve Ch. & le Régiffeur du
Domaine.
Ladonation d'une ſurvivance de penfion viagere
faite à un bâtard adulterin , par ſon pere ,
peut-elle être regardée comme un avantage
prohibé par les Loix ? Une femme donataire
univerſelle de ſon mari , par contrat de mariage,
peut-elle regarder comme une fraude l'emploi
d'une fomme de 8000 liv. fait par ſon
mari , dans un emprunt viager , placé ſur la
tête d'une enfant naturel , & dont le mari s'eſt
réſervé la jouiſſance ſa vie durant ? Cette femme;
après la mort de l'enfant , peut-elle réclamer
dans ſa ſucceffion le montant des arrérages accumulés
de la rente dont il auroit dû jouir.
depuis la mort de ſon pere ? Tels étoient les
objets que cette Cauſe préfentoit. Voici les faits.
- Les fieur & dame CH. s'éroient mariés ,
fans beaucoup de fortune ; ils s'étoient fait donation
mutuelle , univertelle & au ſurvivant
(1 On foufcrit pour Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de is liv. par an , chez M. Mars , Avocat, tue
&Hôtel de Serpente.
(48 )
d'eux , de tous les biens que la communauté
pourroit produire. Cette communanté fut en effet
quelque temps avantageuſe , tant que la bonne
conduire, le travail & l'intelligence entre les
deux époux fut l'ame de leur commerce ; mais
P'aiſance produifit dans l'eſprit du mari le goût
de la diffipation & une affection étrangere , qui
donna naiſſance à un bâtard adultérin .-Le
ſieur Ch. ne ſe contenta pas du ſoin de l'
lever & de lui donner un état; la tendreſſe du
ſieur Ch. fut d'autant plus vive , que ſon mariage
ne lui avoit point fait connoître le ſentiment
paternel ; il voulut encore aſſurer une
certaine aiſance à ſon bâtard ; un emprunt viager
ouvert en 1766 , lui fournit l'occaſion de
ſe fatisfaire. Il plaça des fonds de la communauté
, une ſomme de 8000 liv. fur la tête de
fon bâtard , & ſe réſerva pendant ſa vie , la
rente de 800 liv. qui en provenoit. Le ſieur
Ch. eſt mort en 1771 , & ajoui par conféquent
de la rente de 800 liv. qui devoit retourner
a fon fils. Des circonftances particulieres ,
un défaut d'immatricule , &c. ont ſuſpendu la
perceptiondes arrérages de cette rente pendant
toute la vie de l'enfant , qui eſt mort en 1783 ;
de forte qu'au mement de ſon décès il lui étoit
dû douze années. Le Receveur du Domaine ,
héritier du bâtard , s'eſt fait envoyer en poffeffion
de ſa ſucceſſion , & a touché les arrérages
qui s'étoient accumulés. La veuve CChh.. ajugé
àproposde réclamer & de faire affigner le Recereur
du Domaine pour le faire condamnerà
une reftitution . Une Sentence de la Chambre
des Domaines a debouté la veuve de ſa demande.
Appel en la Cour & Arrêt confirmatif
du 12 Janvier 1785 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 MAI 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMITATION d'une Élégie d'Ovide , contre
les Envieux & fur la longue Renommée
des Poëtes.
Quidmihi , livor edax , &c. Éleg.XV , Lib. 1 .
POOUURRQQUUOOII , monſtre jaloux , noire & finiſtre
Envie ,
Diſtiller ton venin ſur mes plus doux plaiſirs ?
Troubler les pareſſeux loiſirs
Qui partagent le cours de na paiſible vie ?
Dire que l'Art des Vers , cet Art noble & divin ,
N'eſt qu'un travail léger &vain ?
Loin de la route de mes pères ,
Il est vrai, j'ai cueilli les roſes du printemps :
Je n'ai point recherché le tumulte des camps ,
Nº. 20 , 14 Mai 1785 . C
So
MERCURE
Ni prêté mon oreille aux trompettes guerrières.
Pour démêler le fil du dédale des Loix ,
Je n'ai point au Sénat proſtitué ma voix.
Quel champ à parcourir dans ces ſphères étroites ,
Périſſables travaux du reſte des mortels ?
De la terre en extaſe obtenir des autels ,
Voilà la gloire des Poëtes.
Homère ! tu vivras tant que le Mont Athos
Soutiendra les voûtes du monde ,
Tant qu'au ſein de la mer profonde
Le Simoïs rapide ira porter ſes flots.
Tu vivras , ô vieillardd'Aſcrée !
Tant que l'épi doré tombera ſous la faulx ;
Tant qu'autour des jeunes ormeaux
On veira la vigne pourprée
Enlacer ſes tendres rameaux.
Le temps reſpectera ton antique cothurne ,
Sophocle , Auteur divin ! tant que le Dieu du jour ,
Dans les douze palais , brilléra tour à-tour ;
Er qu'au ſein du repos roulant ſon chat nocturne ,
La Courière des mois , Diane , au front d'argent ,
Éclairera les nuits de ſon diſque changeant.
Térence, Efchyle , Plaute , Euripide , Ménandre !
Tous , aux mêmes honneurs vous êtes appclés.
De la Parquevainqueurs, vos noms doivent s'étendre
Aux fiècles les plus reculés.
Auteur fécond! peintre ſablime!
Lucrèce , ſi jamais ils périffent , tes vers ,
DE FRANCE.
στ
Il faut qu'auparavant ce fragile Univers ,
Sorti du noir chaos , rentre dans ſon abime.
On lira l'Enéïde , & Tityre & les Bois ,
Tant que Rome à la terre impoſera des loix.
Onrelira les vers que Tibulle ſoupire ,
Tant que le Dieu qui les inſpire
Gardera ſon flambeau , ſes flèches , ſon carquois.
Tu verras de ton nom s'énorgueillir l'Eſpagne,
OGillus! & ton nom ne ſera point vanté ,
Que celui de l'objet dont tu fus enchanté ,
-Que Lycoris ne l'accompagne.
Unjour tout doit céder au naufrage des ans.
De la herſe &du ſoc les dents ſeront uſées
Sous la vieille lime du temps :
Tout périt, hors les vers & les doctes pensées.
Vosgrandeurs même , ô Rois , par cux ſont éclip ſées!
Que le Tage ſe gonfle & roule des flots d'or ;
Qu'il attire les voeux du profane vulgaire ;
Ton Permeſſe , Apollon ! voilà mon ſeul tréſor.
Dans ta coupe à longs traits que je me déſaltère ;
Que le myrte , ſenſible au ſouffle des frimats ,
En feſtons odorans orne ma chevelure ;
Que mes vers à l'amant livrentde doux combats;
Qu'il foit diſtrait , ſe plaiſe & rêve à leur lecture.
Que l'amour , dirigeant ſon doigt ,
Lui faſſe remarquer l'endroit
Où ſon corur ſe rappelle une douce peinture.
• L'Envie , attachée ànos pas ,
Cij
52
MERCURE
Ceffe de nous pourſuivre aux portes du trépas.
Oui , la tombe eſt l'afile où le talent ſe venge.
Plus l'hommage eſt tardif , plus pure eſt la louange.
Il en eſt temps enfin : deſcendons aux enfers .
Qu'importe que je touche à mon heure ſuprême !
Un monument d'airain va conſacrer mes vers .
Frappe donc , ô mort ! .... de moi-même
La plus belle moitié reſte dans l'Univers .
(Par M.le Bailly , Avocat en Parlement.)
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Charrue ; celui
de l'énigme eſt Raiſin ; celui du Logogryphe
eſt Ronce , où l'on trouve once.
M
CHARADE.
On premier étourdit , mon ſecond fait plaifir ;
Montout eſt un honneur qui fait ſouvent mourir.
(Par M. Cornufils. )
ÉNIGME.
GAGE des plus doux ſentimens
De l'Amour &de la Nature ,
DE FRANCE. 53
Je ſers les amis , les amans ,
Quelquefois même le parjure .
Puiflant ſur un coeur amoureux ,
Souvent dans un moment d'ivreſſe ,
J'ai fait au ſein d'une maîtreſſe
Paſſer à l'inſtant mille feux .
Mais ce bien chéri qu'un coeur tendre
Ne reçoit point ſans être ému ,
On ne l'a pas plutôt reçu ,
Qu'on brûle déjà de le rendre.
LOGOGRYPΗ Ε.
JEE fuis l'objet des voeux de la Nature humaine,
Et pour jouir de moi nul n'épargne ſa peine
On me cherche par-tout , j'exiſte ; & cependant
Si l'on me trouve , hélas ! c'eſt pour un ſeul inſtant.
Auffi certain Auteur, dans ſon humeur cynique ,
Achanté que j'étois un être chimérique ,
Auquel renonceroit tout homme un peu ſenſé.
Mon nom eſt , cher Lecteur , de huirpieds compoſé.
Tu trouveras en eux ce temps périodique
Où la Nature ſemble enfin plus énergique ;
Un lieu qui réunit mille eſprits de travers ,
Sans ceffe entre-choqués par mille avis divers ;
Ce ſéjour ſi vanté depuis le premier âge ,
Qui de l'homme , dit-on , peut être l'héritage;
C iij
1
54
MERCURE
1
Un meuble recherché par beſoin , par plaifir ,
Et qui reçoit de nous premier, dernier ſoupir.
(Par M. le Comte de Pontevès , Officier de
la Marine Royale. !
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les deux Centénaires de Corneille , Pièces
en un Acte & en vers , par M. le Chevalier
de Cubières , de l'Académie de Lyon . A
Paris , chezCailleau ,Imprimeur-Libraire ,
rue Galande , N °. 64.
DE ces deux Centenaires , l'une a été lûe
deux fois , & deux fois reçue à la Comédie
Françoiſe , où néanmoins elle n'a pas été repréſentée.
La ſeconde l'a été avec ſluccès fur
quelquesThéâtres de Province. Nous allons
les faire connoître l'une & l'autre , tant par
la citation de quelques-uns de leurs détails ,
qu'en donnant une idée rapide de leur contexture.
Dans la première, ( cel'e qui a été repréfentée
en Province ) Apollon a fait préparer
fur le Parnafle ,une fête deſtinée à célébrer
l'année feculaire de la mort de Corneille ;
mais c'eſt en vain que le Dieu des Arts s'eſt
latté d'enlever le Poëte aux enfers , Pluton
le refuſe aſes voeux , & le retient dans l'Élyſés .
Tandis qu'Apollon , Melpomene & Thalie
DE FRANCE.
55
s'affligent de ne pouvoir rendre qu'à l'image
de l'Auteur de Cinna , les honneurs qu'ils
deſtinoient à ſa perſonne , un mortel ofe ,
à l'infçu du Dieu s'introduire dans le fanctuairede
ſontemple : c'eſt George de Scuderi ,
celui-là même qui fit une critique du Cid ,
& qui ſe croyoit un grand Homme , parce
qu'à une repréſentation de fon Amour Tyrannique
, quarre Portiers avoient été tués à
l'entrée du Spectacle. Non - ſeulement il
s'étonne, mais encore il s'indigne de ce qu'on
prépare à Corneille les honneurs de l'Apotheoſe.
Fidèle aux principes qu'il étala , lorfqu'il
vivoit , dans ſes pamphlets ſatyriques ,
il cririque en trois mots, & d'un ton aufli
magiſt al qu'indécent , les plans , les caractères
&le ſtyle de Corneille. Voici comme
Apollon venge ſon favori des injures ſubalternes
du bienheureux Scudéri.
Queje reconnois bien un fuppôt de l'Envie
Aces diſcours injurieux !
Muſes , voyez ſa joie , & lifez dans ſes yeux
Combien il a l'âme ravie
:
Quand il a blafphêmé les Talens & les Dieux !
Mais eſpère-t'il nuire au nom du grand Corneille ?
Penſe-t'il étouffer nos généreux tranſports ?
Non, malgré ſes lâches efforts ,
Le frelon n'aigrit point le nectar de l'abeille.
En vain , pour l'abaiſſer juſques à leur niveau,
S'uniſſent à la fois l'orgueil & l'ignorance ;
Civ
56 MERCURE
Corneille à leurs fureurs doit un lustre nouveau.
Quel autre a donc créé la Tragédie en France ?
Eft- ce le froid Mairet , l'inégal du Ryer?
Eſt-ce toi , dont le fiel crut ternir ſon laurier ?
Est- ce Rotrou , Hardy , Garnier , Triftan , Jodèle ?
Qu'onse détrompe enfin : Corneille le premier
Ouvrit & parcourut le tragique ſentier ,
Et, fair pour en ſervir , écrivit ſans modèle.
Qu'onse détrompe enfin, eſt un membre de
phrafe trop vague ; il n'y a que les Scudéris
qui puiffent ſe tromper fur Corneille , parce
qu'ils ſe trompent à leur eſcient. Ceffe de
t'abufer eût été plus juſte. Cette tirade éta-
Blit la ſupériorité de Corneille fur ceux qui
l'ont précédé ; mais elle ne peint pas encore
celle de fon génie. Auffi Apollon ajoute-t'il
plus bas :
Quand le grand Richelieu lui donna des rivaux ,
On le vit s'élever comme un chêne ſuperbe
Au milieu des humbles roſeaux
Qu'il laiſſe enſevelis ſous l'herbe ,
Et monter à ce rang où l'on n'a plus d'égaux.
Semblable à Jupiter , dont la toute puiſſance
Force l'impie à l'adorer ;
S'il a quelques jaloux , ſa rapide éloquence
Les pourſuit , les atteint , les réduit au filence ,
Et les condamne à l'admirer.
Oui , l'admiration eſt le reſſort ſublime
Que ſa main fait toujours mouvoir ;
DE FRANCE.
57
Et, par elle , fur nous il a tant de pouvoir ,
Que pour ſes défauts même il commande l'eſtime .
C'eſt par de pareils traits qu'un Écrivain
ſe montre digne de louer un grand Homme.
La penſée rendue par le dernier vers appartient
à Racine ; mais elle trouve ici ſa place
très -naturellement ; d'ailleurs elle eſt rajeunie
par l'expreffion .
Pour punir la lâche jalouſie de Scudéri ,
Apollon veut rendre hommage à Corneille
en préſence de ſon vil Détracteur. Melpomène
& Thalie ſe retirent un inſtant , & reparoiſſent
, l'une à la tête des principaux perfonnages
Tragiques , & l'autre des principaux
perſonnages Comiques qui naquirent
des pinceaux de Corneille. Polymnie vient à
fon tour ſaluer l'Auteur d'Andromède & de
Psyché. Enfin on voit paroître le génie de
l'ancienne Rome. Il s'intéreſſe autant que le
Dieu des vers à la gloire de Corneille. En
voici la cauſe.
,
Depuis vingt ſiècles révolus ,
Depuis le grand Pompée , enfin , je n'étois plus ,
EtCorneille m'a fait revivre ;
Corneille a de nouveau fait vaincre mes Romains.
Par l'amour du pays , fur -tout par le courage ,
J'en fis les premiers des humains ,
Corneille en fait des Dieux ; Corneille a l'avantage ,
En le reproduiſant , d'embellir mon ouvrage.
De fes mâles tableaux que j'aime les couleurs!
Les Rois , les mortels Conſulaires ,
CY
$$ MERCURE
Les vertus du Sénat, les troubles populaires ,
La mépriſable Cour des derniers Empereurs ,
Mon peuple à ſon déclin , mon peuple àſa naiſſance,
Ses conquêtes& ſes revers ,
Et ſa foibleffe& ſa puiſſance ,
Ilatout peint. Rendue avec ſes traits divers ,
Romen'estplus dans Rome , elle est toute en ſes vers.
Cet éloge n'eſt point forcé , il n'eſt que
vrai. Si quelqu'obſervateur pointilleux trouvoit
de l'exagération dans cet hemiftiche ,
Corneille enfait des Dieux; nous lui tappellerions
que Voltaire a remarqué dans ſes
Commentaires ſur Corneille , qu'on a dit ,
avec raison , que ce grand Homme faisoit
quelquefois parler les Romains mieux qu'ils
neparloient eux-mêmes.
Le génie de l'ancienne Rome a fléchi la
rigueur de Pluton. En mémoire du grand
nombre d'illuftres morts que les Romains
ont jadis précipités dans les enfers , le Dieu
a conſenti à lui rendre Corneille ; mais à
condition qu'on le veria ſans pouvoir l'entendre.
Corneille paroît revêtu de la Pourpre
Romaine ; les Muſes & les Arts le conduiſent
en triomphe ſur le trône d'Apollon .
Nous n'examinerons pas avec ſévérité
Yaction de cette petite Comédie. Pluton
refuſant , fans autre motif que ſa volonté
qu'on pourroit taxer de caprice , de laiſſer
jouir Corneille de la gloire qu'Apollon
lui a préparée , & ſe rendant enfuite aux
DE FRANCE .
59
voeux da génie de l'ancienne Rome : tout
cela eſt plus bizarre que piquant. Les couplets
qui terminent la Pièce ne font pas
dignes du grand Homme à l'Apotheoſe duquel
ils font deſtinés. Malgré ces defauts ,
ce petit Ouvrage plaît & doit plaire , parce
que Corneille y eſt ſouvent loué d'une manière
intéreſſante & noble , parce que M. le
Chevalier de Cubières prouve toutes les fois
qu'il ajoute quelques coups de pinceau au
portrait qu'il trace, qu'il s'est bien pénétré
du caractère de l'Écrivain ſublime qu'il
avoit à peindre.
La Fablede la ſeconde Centénaire de Cornei'le
eſt plus ſimple & plus raiſonnable
que celle de la première. Tandis que la Muſe
de laTragédie eſt deſcendue aux enfers pour
fupplier le Dieu des rivesfombres de lui rendre
Corneille , auquel elle deſtine les honneurs
dûs à ſon génie , elle a confié la garde de ſon
temple à ſa ſoeur Thalie. Le Faux-Goût s'y introduit
, & fiège ſur le trône de Melpomène.
Ce perſonnage , un Auteur Tragique , un
Auteur Comique de la ſuite du Faux Goût
étalent toutes les extravagances , toutes les
opinions erronnées que certains novateurs
ont cherché à introduire dans l'Art Dramatique
, & fe félicitent avec grand fracas de
leurs heureuſes découvertes. Enfin ils ſe reti .
rent , & font place à Melpomène , qui conduit
le grand Corneille. Nous citerons avec
plaiſir lecommencement de la Scène ſixième ,
entre Corneille&Melpomène.
Cvj
60 MERCURE
CORNEILLE , après avoir beaucoup regardé leTemple.
Ce Temple , j'en conviens , fut reconftruit par moi;
Mais depuis mon trépas , qucile bizarre loi
En a changé l'architecture ?
Toujours fidèle à la Nature
Dans mes tableaux , dans mes moindres deffins ,
Elle fut mon guide & mon maître.
Ici , j'ai peine à reconnoître
L'antique ouvrage de mes mains.
MELPOMENE.
Vous aviez , il est vrai , poſé chaque colonne
Sur de plus larges fondemens.
Vousavicz.....
CORNEILLE.
Quel est donc ce trône 2
MELPOMÈNE.
C'eft le mien.
CORNEILLE.
C'eſt le vôtre ! ô fatals changemens
Ce ſéjour,illuſtre Déeſſe ,
Ne devroit- il briller que de faux ornemens ?
Un oripeau frivole, une vaine richeffe
Yremplacent les diamans.
Ce tableau allégorique de la décadence de
l'Art Tragique , n'eft malheureuſement que
trop vrai. A côté de lui ,l'Auteur a trèsDE
FRANCE. 61
adroitement placé les éloges de Racine , de
Voltaire , de Crébillon , de Belloy . On doit
ſavoir gré à M. de Cubières d'avoir placé
dans labouche de Corneille les fix vers fuivans
, qui ſont de ce grand Homme , & qui
prouvent que ſon âme étoit auſſi élevée que
ſon génie. On lui a reproché d'avoir été jaloux
de Racine ; Melpomene lui rappelle ce
reproche. Voici ſa réponſe.
Je vois d'un oeil égal croître le nom d'autrui ,
Et tâche à m'élever tout auſſi haut que lui ,
Sans hafarder ma peine à le fairedeſcendre.
La gloire a des tréſors qu'on ne peut épuiſer ;
Et plus elle en prodigue à nous favoriſer ,
Plus elle engarde encore où chacun peut prétendre.
C'eſt ainſi que devroient penfer tous les
grands Artiſtes.Qu'il eſt fâcheux d'être obligé
de convenir que des eſprits fublimes ont été
affez foibles, non- feulement pour haïr leurs
rivaux , mais encore pour tenter de flétrir la
gloire de leurs Maîtres.
Cependant le Faux Goût , ſuivi de tous
les fiens , vent s'emparer du Temple de
Melpomène. Les Muſes tententde s'oppoſer à
fon deffein; Corneille marche avec elles audevant
des novateurs. Le Faux-Goût l'emporte
, il pénètre dans le Temple avec ſa
fuite ; mais Apollon, qui a enlevé Corneille
aux outrages de ſes plats ennemis, paroîtdans
un nuage avec le grand Homme ,& s'adreſfant
au Faux-Goût:
62 MERCURE
Vois tu le grand Corneille aſſis à mes côtés ?
De mes ſuprêmes volontés
Son aſpect doit t'inſtruire & me faire connoître.
Tyran , defcends du trêne & fais place à ton maître. *


LesRois , nés pour régir la terre ,
LesGrands qui conſeillent les Rois ,
L'homme d'État qui fait fleurir les Loix ,
Le Héros qui de Mars gouverne le tonnerre ,
Tous les mortels par lui ſont formés aux vertus.
Turenne , dans Sertorius ,
Puiſoit des leçons ſur la guerre.
LeGénie,en ſa courſe impétueuſe , altière ,
Souvent , je l'avouerai , marche à pas inégaux ;
Mais un ſeul lui fuffit pour franchir la carrière ,
Et pour laiſſer à la barrière
Se traîner leinde lui ſes impuiſſans rivaux.
Le Faux-Goût ne veut point quitter le
Trône , & Apollon le frappe de la même
lèche qui extermina jadis le ſerpent Python.
Le Dieu des Arts place Corneille fur le
Tiône.
Dans une petite Pièce de M. Imbert , repréſentée
pour l'Inauguration du nouveau
Théâtre François , le Mauvais Goût étoit
précipité dans le Tartare par le pouvoir
d'Apollon. Ce dénouement paroît avoir
* Vers d'Héraclius .
DE FRANCE 63
donné à M. de Cubières l'idée du ſien. Au
reſte , peut être ne s'eſt - il point rappelé
l'Ouvrage de M. Imbert. L'idée de faire
tomber le Faux-Goût ſous la puiſſance du
Dieudes Arts eſt ſi naturelle , que deux Auteurs
peuvent s'y rencontrer fans qu'on puiffe
accuſer de plagiat celui des deux qui vient en
ſecond avec le même reffort ; mais on aura
toujours à dire qu'en Littérature les idées
appartiennent à l'Ecrivain qui le premier les
a rendues publiques.
Le ſtyle de cette ſeconde Centenaire eſt
ſouvent négligé , & l'Auteur s'y eſt permis
quelques plaiſanteries qui ne nous paroiffent
pas d'un bon genre. La ſituation où le Faux-
Goût remonte ſur le Trône au bruit des
corners à bouquin , où on entend un choeur
de voix diſcordantes chanter vistoire , victoire
, & où Thalie s'éerie ironiquement :
Silence, Monfieur Gluck , taiſez- vous , Piccinni ,
Devant cette belle Muſique ,
Nous paroît au moins équivoque. Dans un
Ouvrage où l'on déclare la guerre au Faux-
Goût, il faut être très-ſévère avec ſoi même ,
&faire avec un geût très- pur & une recherche
très-fcrupuleuſe le choix de ſes incidens,
de ſes pensées & de ſes expreffions.
Au reſte , ce reproche ne s'adreſſe qu'à
quelques détails de la Pièce ; ce que nous
en avons cité prouve d'ailleurs qu'elle a des
parties louables , & que l'Auteur eſt ſouvent
le maître de ſon ſujet.
64 MERCURE
Nous regrettons que dans les nombreux
éloges que M. de Cubières a donnés à Corneille,
il ne ſe ſoit pas étendu davantage fur
les caractères de Chimène & de Pauline.
Ils feront l'admiration & l'amour de tous
les véritables Amateurs de l'Art. Ils font
placés dans des ſituations ſi heureuſes , fi
intéreſſantes , fi dramatiques , que nous ne
connoiffons rien qui puiffe leur être comparé
, ou au moins préféré.
Ces deux Pièces ſont précédées de réflexions
ſur Corneille, où l'enthouſiaſme de
l'admiration eſt porté quelquefois un peu
loin , mais où l'on trouve ſouvent des idees .
très-juſtes & des obſervations qui n'annoncent
point un efprit ordinaire. M. de Cubières
remarque avec raiſon que c'eſt à Corneille
que Racine a été redevable du plus
grand nombre de ces expreffions trouvées
qu'on a tant admirées dans ſon ſtyle , & il
le prouve victorieuſement. Il obſerve encore
avec beaucoup de juſteſſe que ſi ces
deux grands Hommes ont beaucoup influé
fur leur fiècle , ils ont à leur tour beaucoup
influé l'un fur l'autre ; mais il ajoute que
Racinevoyant lepas infructueux qu'il avoit
fait dans le domaine de Corneille , retourna
en arrière , & s'éleva à la haute place dont
onne l'a point vu defcendre , tandis que Corneille
TOMBA DU TRONE en voulant
trop s'avancer dans les états de Racine. Il eſt
trop vrai , Corneille ſe perdit en voulant
imiter Racine; mais ſi Racine tomba dans
2
DE FRANCE. 65
l'Alexandre , il ſe releva dans Bajazet &
dans Britannicus , fur-tout dans ce dernier
Ouvrage, un des chef d'oeuvres de notre
Théâtre , production digne du grand Corneille
, où Racine lui eſt bien fuperieur par
le ſtyle , & dans lequel , pour nous fervir
des expreflions de Voltaire , la politique eſt
foutenu par de grands intérêts , par des paffions
vraies , & par de grands mouvemens
d'éloquence. On peut préfumer que Racine
doità la ſcène où Auguſte rappelle à Cinna
les bienfaits dont il l'a comblé , cette fameuſe
Scène du quatrième Acte de Britannicus entre
Agrippine &Néron, ſcènepleine de génie ,
&toute entière dans le goût de Corneille ;
mais il n'en réſultera pas moins que Racine
a marché quelquefois à pas très- sûrs dans le
domaine de l'Auteur deCinna.
(Cet Article est de M. de Charnois. )
RÉFLEXIONS fur l'Éloge de Bernard de
Fontenelle ; Difcours par M. Garat , qui
a remporté le Prix à l'Académie Françoife
en 1784 , par M. Chas , Avocat, du Mutée
de Paris , Brochure de 93 pages in -8 ° .
A Paris , chez Cailleau , Imprimsur-Libraire
, rue Galande.
C'EST venir un peu tard pour attaquer un
Diſcours de l'année dernière ; les Journaux
qui font la petite guerre , & ceux qui font la
grande , ont pris probablement la fleur du
66 MERCURE
1
fujer ; & l'interêt de la matière eft peut-être
épuisé , quoique les défauts de monDiſcours
foient peut êtreun ſujet inépuiſable. Il faut
que M. Chas ne l'ait pas penſe ainfi ; car
après les mille & un Journaux , qui , tous ,
fans en excepter un , m'ont donne , dit- on ,
des témoignages diftingués de leur bienveillance
, M. Chas vient encore à moi ; il me
prend corps à corps; il n'eſt pas Journaliſte ,
& il veut me déchirer; il n'eſt pas mon ami ,
& le zèle de mon avancement le dévore : it
veut abſolument me perfectionner. Mon
Diſcours eſt trop long , & il n'a pourtant
ques pages ; les réflexions de M. Chas en
ont 9. M. Chas connoît la meſure des chofes;&
j'avoue qu'une critique a bien plus le
droit d'être longue qu'un Panegyrique.
Mon uſage eſtde rechercher les critiques
des hoinmes de Lettres , des hommes de
goûr , & de ne jamais life celles des Journaliſtes:
j'ai eu des raiſons particulières de
jeter les yeux ſur la Brochure de M. Chas ,
& on les verra tout- à-l'heure .
Après avoir lû la Brochure de M. Chas
il n'eſt pas aifé de deviner ce que M. Chas
penſe de l'éloge de Fontenelle.
On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé.
Il affure ( & j'oſe à peine le répéter ) que
l'Auteur de l'éloge de Fontenelle eſt quelquefois
précis,fublime ; que d'autres fois ,
(& je crains bien que ce ne foit beaucoup
plus ſouvent ) il eſt obfcur & médiocre ; que
DE FRANCE.
67
tantôtje le conduis dans des campagnes charmantes
, tantôt fur des rochers arides , d'où
fon oeil n'apperçoit qu'un horizonfombre, des
mafures & des précipices. Il me recommande
d'arrêter ou defufpendre les mouvemens d'une
imagination qui , dansson délire , multiplie
les erreurs , les fauxjugemens & les contradictions;
& après ces mots , & 3 pages de
critique, il finit par proteſter qu'il aime
beaucoup mes Ecrits. C'eſt aſſurément avoir
bién de la bonté.
On fent bien qu'à tout cela je n'ai rien à
répondre , que je ne répondrai rien ; je ferai
feulement tous mes efforts à l'avenir pour
ne pas prendre la plume lorſque je ferai ex
délire, pour ne pas transporter M. Chasfur
des rochers arides , d'où il ne voit que des
précipices.
S'il y a quelque choſe au monde de peu
raifonnable , c'eſt de défendre ſes Écrits
contre les critiques; il eſt même affez difficile
de dire à un Critique : Monfieur , ma
phrafe est bonne , mon expreſſion est juste &
convenable , & de n'être pas bien près de
toucher au ridicule.
Je me gardesai donc bien de me défendre
contre M. Chas; mais je veux fare voir
comment M. Chas attaque. M. Chas parle
beaucoup de morale , des progrès de la morale
: je frappe , dit-il , fon imagination par
des tableaux , je le réjouis; ( & cela est heureux
) maisje nefais rien pour les progrès de
la morale. Il m'a paru curieux de faire voir
68 MERCURE
:
quelle eſt en général la morale d'un Critique
, & quelle eft en particulier la morale
des critiques de M. Chas.
Lorſqu'un Écrivain veut critiquer & ré
futer un Ouvrage , la morale lui impoſe la
loi de citer avec exactitude ce qu'il critique
&ce qu'il réfute.
M. Chas cite ainſi une phrafe de l'Éloge.
de Fontenelle : Qui auroit cru que , privé de
tous les talens , & presque de tous lesfentimens
que l'églogue exige , Fontenelle devoit
faire des églogues charmantes?
En lifant cette phrafe , on doit croire
que j'ai dit que Fontenelle ne pouvoit pas
faire de bonnes églogues , & qu'il avoit
pourtant fait des églogues charmantes ; &
il faudroit affurément être dans un terrible
délire pour ne pas éviter une pareille
contradiction ; mais voici la phraſe.de
l'éloge de Fontenelle : Qui auroit cru que ,
privé de tous les talens , & preſque de tous les
Sentimens que l'églogue exige, Fontenelle devoit
fairedes églogues , qui font des OUVRAGES
charmans ?Cela n'eſt pas , comme on voit ,
tout- à- fait la même choſe; une pièce qui
porte le titre d'églogue peut être un Ouvrage
charmant , & n'être pas une bonne églogue.
Beaucoup de Gens de Lettres ont dit du Télémaque
& du Paradis Perdu , ce ſont des
Ouvrages fublimes , mais ce ne ſont pas des
Poëmes épiques .
On doit dire à M. Chas que cette manière
de citer n'eſt pas morale : elle eſt com-
1
رت
DE FRANCE. 69
mode quand on veut critiquer , & M. Chas
uſe ſouvent de ſa commodité.
Il me fait dire ailleurs que les âmes ſenfibles
préfèrent l'hiſtoire monotone des paf.
fions au tableau énergique des paffions.Nulle
part je n'ai parlé de l'hiſtoire monotone des
paffions ; & M. Chas , qui me reproche ſouvent
d'avoir de l'eſprit , me corrige afſurément
de ce défaut quand il me fait parler.
Nulle part je n'ai dit que les âmes ſenſibles
aiment moins le tableau des paflions que
leur hiſtoire : j'ai trop ſouvent fenti le contraire
pour le penſer ; un autre critique m'a
fait dire que l'histoire des paffions repose;
nulle part je n'ai dit que l'hiſtoire des pafſions
repoſe : j'ai dit qu'il y a DES MOMENS
où les âmes les plus fenfibles , fatiguées de
leurs paffions , en aiment mieux l'histoire, qui
les fait réfléchir avec intérêt , que le tableau
énergique qui les agite & les remue encore.
Voilà ma phrafe , & on voit qu'il n'eſt-là
queſtion ni d'histoire monotone des paſſions ,
ni de l'histoire des paſſions qui REPOSE.
Il eſt fâcheuxde citer à faux ce que l'on
juge avec tant de ſuffiſance.
M. Chas affure que j'ai donné à Fontenelle
le titre de génie univerſel : nelle part
je n'ai dit que Fontenelle fût un génie univerfel
, & pas même qu'il fût un homme de
génie. Je l'ai comparé un moment au génie
univerſel des ſciences ; mais je n'ai point dit
qu'il fût ce génie. Lorſqu'il eſt queſtion de
fixer les titres de Fontenelle , on trouve ces
79
MERCURE
mots dans ſon Éloge : je ne dirai donc point
que Fonteneliefut un homme degénie.
J'ai dit , ſuivant M. Chas , que tout un
ſiècle fut appelé philofophique la première
foisque Fontenelle écrivit.
eu écr
fiècle a
tout un
Voi i la phrafe : c'est lorſque Fontenelle a
que,pour lapremière fois ,
été appeléphilofophique.
M. Chas me fait dire ailleurs que Fontenelle
eſt le génie le plus profond & le plus
univerſel que les ſiècles ayent produit ; qu'il
eftfupérieur aux Platon , aux Ariftote , aux
Pitagore , ( je ne crois pas que le nom de Pitagore
fe trouve une ſeule fois dans mon
Difcours ) aux Bacon , aux Pascal, aux
Montesquieu , aux Fénélon , aux Voltaire ,
aux J. J. Rouffeau , aux Buffon , & c. &c.
Je n'ai ni dit ni penſé rien de ſemblable;
je penſe le contraire , & je ſuis prêt à le dire.
J'ai beaucoup étudié Fontenelle lorſque j'ai
voulu en faire l'Éloge, parce que je crois
qu'il faut étudier un Ecrivain pour être en
état de le juger , parce que j'ai toujours vû
que ceux qui parlent de ce qu'ils n'ont fait
que lire , parlent de ce qu'ils ne connoiffent
pas. Il eſt évident, par exemple , que M.
Chas n'a point étudié Fontenelle , il eſt évident
même qu'il ne l'a pas lû. J'ai confeffé
dans le Diſcours même que je ne l'avois
prefque pas lû avant d'en entreprendre le
panégyrique. Il eſt probable que je le lirai
peu actuellement , que fon panégyrique est
fast. Il s'en faut bien que Fontenelle foit
DE FRANCE. 71
l'Écrivain ſelon mon goût. Il en eſt beaucoup
que j'aime infiniment davantage , &
preſque tous ceux , par exemple , auxquels
M. Chas prétend que je le préfère. Je fais par
coeur des Ouvrages entiers de Voltaire , des
morceaux en iers de Paſcal, de Monteſquieu ,
de M. de Buffon , de Rouſſeau; je me les récite
ſouvent àmoi-même pour charmer mes
promenades folitaires;je ne ſais preſque rien
de Fontenelle , je retiens ſes idées & non pas
ſon ſtyle , quoiqu'il me faſſe ſouvent un
extrême plaifir. Lorſqu'il eſt queſtion de vivre
avec les hommes, d'en faire ſes amis , il
eſt permis de conſulter ſon goût , de ſe livrer
même à des préférences excluſives ; mais
lorſqu'on les apprécie & qu'on s'établit leur
juge , il faut le défendre autant qu'on peut
les préférences de ſon goût particulier ; autant
qu'il eſt poſſible , il faut les juger avec
la raiſon univerſelle. Si on n'adopre pas ce
même principe en jugeant les Écrivains , cn
ſera ſouvent injuſte envers eux.
M. Garat trouvera peut-être mes réflexions
injustes & amères , dit M. Chas ; leur amertume
ne me feroit rien du tout , & ce n'eſt
pas à moi à juger de leur juſteſſe ou de leur
injustice , je n'en parle point du tout; on fait
des réflexions comme on peut , mais il faut
citer les choſes comme elles font , & quand
les citations de M. Chas font inexactes , je
les trouve inexactes; quand elles font fauſſes
je ne puis pas les trouver vraies .
M. Chas en veut à Fontenelle preſqu'au
7.2
MERCURE
tant qu'à ſon panegyriſte , & j'aurois quelqu'envie
de défendre Fontenelle , cela me
feroit du moins permis ;'niais M. Chas attaque
avectant d'imprudence , qu'il déſarme.
On ne peut pas ſe réfoudre à diriger le fer
fur une poitrine entièrement découverte. Il
parle de morale , de poésie ,de métaphyfique
, & dans toutes ces chofes-là on voit que
le premier mot lui manque. Il condamne
Fontenelle & ne l'entend pas ; il ne fait pas
qu'avant d'avoir du goût il faut avoir de l'intelligence
, parce qu'on ne peut pas fentir ce
qu'on ne comprend pas. M. Chas , par exemple
, penſe & dit ſerieuſement que dans les
Dialogues des Morts , Fontenelle finit par
nous intéreſſer pour les courtiſanes de la
Grèce & de Rome , pour l'incendiaire du
temple d'Éphèſe , pour l'Arétin , pour un
impoſteur Ruſſe , &c . &c. On doit laiſſer
dire ces choſes à M. Chas , & ne pas lui répondre.
Dans un de ſes Dialogues , Fontenelle met -
en ſcène Apicius avec Galilée : Ai je beſoin ,
pour m'inftruire avec Galilée , s'écrie éloquemment
M. Chas , qu'on m'apprenne qu'à
Rome unGOURMAND épuisa les reſſources
de'l'ART pour contenterfafenfualité?
Il eſt clair qu'il ne faut pas répondre à M.
Chas , puiſqu'il croit que Fontenelle a pu
faire un dialogue exprès pour lui apprendre
un fait de ce genre.
Fontenelle aimoit les plaiſanteries, & les
aimoit trop; il en a fait un grand nombre de
charmantes ,
1
DE FRANCE. 73
charmantes , &ſes ennemis en citent éternellement
de lui un petit nombre qui font mauvaiſes.
Mais juſqu'à préſent ceux qui aiment
lemoins la plaifanterie s'étoient contentés de
dire que dans les ſujets graves , elle bleffe
les convenances & le bon goût. La gravitéc
le ſérieux de M. Chas vont plus loin. Il va
juſqu'à dire qu'elle eſt funeſte à lafaine morale.
C'est ainsi , dit-il gravement , qu'on s'attache
à l'erreur & à la frivolité , & que notre
âme incorporée , pour ainſi dire , avec le
mensonge , reste dans l'oubli de ſes devoirs ,
& multiplie avec le tempsſes injuftices &fes
prévarications. Qui auroit cru que la plaitan -
terie fût une choſe ſi terrible ? Mais M. Chas
a beau être grave , il ne donne pas enviede
l'être , & c'eſt lorſqu'il prend le plus ſon ſerieux
qu'on eft tenté de perdre le ſien.
Au reſte , Fontenelle n'eſt pas le ſeulde
nos Ecrivains célèbres dont il fait affez peu
de cas. M. Chas foupçonne que Voltaire &
Montesquieu feront unjour oubliés.Ce jour
eſt propablement un peuéloigné ; mais un
grand Critique voit au loin , & en dictant
ſes arrêts , il prépare ceux de la poſtérité.M.
Chas veut éviter ſans doute un pareil malheur;
il veut que tous les jours ſa gloire
s'étende , & qu'il n'y ait point de jour qui
la faſſe oublier ; mais pour cela , il a quelques
précautions à prendre.
Il fautqu'il choiſiſſe bien d'abord le genre
qui lui convient, & on ne voit pas trop quel
eſt ce genre. Il parle beaucoup de poéſie ;
N°. 20 , 14 Mai 1785 . D
74 MERCURE
& ces deux vers charmans de Virgile :
Malo me Galatea petit l.Jeiva puella
Etfugit adfalices &ſe cupit ante videri.
Voici comment il les traduit : La vive &
tendreGalatée, en voyant approcher Mélibée,
s'enfuit , & se cache parmi lesfaulespour inviterſonBerger
à lafuivre.
En lifant cette Traduction, on eſt prêt à
conſeiller à M. Chas d'écrire ſur la morale.
Il parle plus encore de morale ; & dans
une wive apoftrophe aux jeunes Ecrivains ,
il s'écrie : Éclairez les Rois de la terre; ditesleur
que les Titus & les Marc- Aurèle font
digne des hommages & de l'admiration de
toutes lesgénérations , & que les Alexandre &
lesCefars ne méritent que leur haine & leur
indignation.
Ily a quelque temps qu'on a dit cela aux
Rois; & li on veut les éclairer , il faut leur
dire autre choſe.
Quand on voit comment M. Chas veut
faire faire des progrès à la morale , on eſt
tentéde lui dire de traduire des Poëtes.
Juſqu'à préſent , mes leçons de morale &
mes reproches n'ont été que pour M. Chas ,
mais , hélas ! je ne ſuis pas moi-même exemp
de reproche envers M, Chas , & il faut favoir
auſſi ſe donner des leçons à ſoi-même.
Mes fautes m'en ont rendu l'habitude trop
néceſſaire; & quoiqu'elle ſoit toujours pénible
, une confeffion me coûte pourtant
moins encore qu'une accufation,
i
DE FRANCE. 75
Je vais donc ne confeſſer de mes torts envers
M. Chas.
J'étois à la campagne il y a deux ou trois
ans , j'y étois occupé d'un travail affez con
ſidérable & malade ; je reçois un gros paquet
& une lettre: la lettre & le paquet ,
étoient de M. Chas : le paquet contenoit
une réfutation d'un morceau de M. Servan
contre Rouſſeau , dont on a parlé dans le
temps : dans la lettre , M. Chas me prioit
de lire cette réfutation , de l'examiner , de la
juger ; il réclamoit mongoût , mes lumièrex.
Ce n'étoit que ſur mon fuffrage qu'il pouvoit
Se résoudre à imprimer; que ne me diſoit
point M. Chas ? Je viens de copier ſes critiques
fans aucune peine , il me feroit impoſſible
de copier la moitié de ſes loges. Si
j'en avois cru M. Chas , j'aurois pu me
dire comme Jeannot Lapin , qui fait peur
aux grenouilles , je suis donc un foudre de
guerre. Je defirois de tout mon coeur pouvoir
rendre à M. Chas le ſervice qu'il me demandoit
: j'eſpérois le pouvoir ; je penſois abfolument
comme lui ſur ce que M. Servan a
écrit contre Rouſſeau. Je parcourus le maſcrit;
malheureuſement il y avoit beaucoup
d'obſervations à faire à M. Chas: cela,
demandoit du temps , &je n'en avois pas;
M. Chas m'écrivoit ſouvent , mes réponſes
étoient rares; il faut tout dire , ſoit négligence
, ſoit lenteur , ſoit maladie , foit tout
cela enſemble , j'eus envers M. Chas des pro- ,
cédés dont il pouvoit avoir le droit de ſe
D
76 MERCURE
plaindre. Il envoya chercher ſes papiers':
fans ſe plaindre alors , fans me rien faite
dire; ſans doute il ſe réſervoit de me donner
de ſes nouvelles à la première occafion.
Les premières que j'en ai reçues , c'eſt fa
Brochure qui me les a appriſes , & voilà ce
que c'eſt que d'être pareffeux , que d'être
négligent; avec les meilleures intentions du
monde on ſe conduit mal ; on s'attire des
affaires fâcheuſes ſur les bras ; le moins que
vousy penſez , vous trouvez une Brochure
de 93 pages écrite contre vous ; il faut répondre
aux lettres avec exactitude : voilà la moralité
de cette hiſtoire.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL..
MmeSIREMEN , qui s'étoit faitentendre ici
fur le violon , il y a quatorze ans , a reparu
de nouveau; mais on ne peut diffimuler que
la ſenſation qu'elle a produite n'ait été moins
favorable. Mme Siremen a conſervé les pric
cipes de l'excellente École de Tartini , peutêtre
trop oubliés aujourd'hui , une charmante
qualité de ſon , de beaux doigts , un
jsu plein d'intérêt & de grâce , auquel les
grâces particulières à ſon ſexe ajoutent encore;
mais ſon ſtyle , le même qu'elle avoit
DE FRANCE. 77
il y a quatorze ans , eſt extrêmement vieilli ;
depuis qu'on a ſubſtitué des notes à des
fons , des tours de force à des traits de chants ,
on ne veut plus qu'étonner , & Mme Siremen
peut bien charmer l'oreille , mais elle
n'étonne pas. Ceci eſt loin d'être une critique
de ſa manière ; mais enfin , puiſque
cette manière n'eſt plus de mode , nous
croyons devoir lui conſeiller de jouer des
Concertos d'un ſtyle plus moderne , & nous
ne doutons pas qu'a'ors elle ne ramène autantde
ſuffrages qu'elle en a obtenus autrefois.
On a exécuté à ce Concert un Motet
de Schuster , extrêmement agréable , & qui
a été parfaitement chanté par M. Laïs . M.
Rouffeau n'a pas moins bien exécuté un
Hyérodrame nouveau de M. l'Abbe Lepreux ,
qui a été fort applaudi. Nous obſerverons
ſeulement qu'on ne fauroit appeler Hyérodrame,
un hymne chanté par une ſeule perſonne
, parce qu'un monologue n'eſt point
un drame .
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
MARDI
ARDI 3 de ce mois , on a donné , ſur ce
Théâtre , la première repréſentation de Pizarre
, ou la Conquête du Pérou , Tragédie
Lyrique en cing Actes , paroles de M. D***,
muſique de M. Candeille .
Le Théâtre repréſenteuneplace publique ,
au fond de laquelle eſt le temple du Soleil.
Diij
78 MERCURE
1
Alzire , fiile de l'Inca Atabaliba , eſt au
moment d'être unie à Zamore; l'un & l'antre
, ainſi que l'Inca & une foule de Peuple
& de Guerriers , viennent en ce lieu pour
lacérémonie du mariage. La porte du temple
s'ouvre; on en voit fortir les Prêtres , ſuivis
des jeunes Vierges attachées au culte du
foleil. Zamore & Alzire prononcent fur
l'autel le ſerment d'un amour éternel. Des
fêtes & des danſes ſuccèdent à cette cérémonie.
Mais elles font bientôt interrompues
par l'arrivée d'un Péruvien , qui vient annoncer
avec effroi qu'on a vu la mer couverte
d'objets inconnus , d'où partoient des
bruits ſemblables à celui du tonnerre; &
dans ce moment on entend au loin pluſieurs
coups de canon. Tout le peuple eſt dans la
conſternation ; Zamore les raffure , & vole
avec l'Inoa à la défenſe du pays. L'interval'edu
premier au ſecond Acte eſt rempli par le bruit
croiffant des armes à feu , qui annonce un
combat entre les Eſpagnols & les Péruviens.
Les Vierges éponvantées , mêlées avec le peuple,
traverſent la Scène en déſordre.Une troupe
d'Eſpagnols pourſuit une troupe de Péruviens
, que le courage de Zamore ne peut
défendre , & qui ſe rendent au vainqueur.
Les Eſpagnols , maîtres du temple , le dévaftent
, & on le voit bientôt s'écrouler par
l'effet du canon. Pizarre entre avec ſes troupes
victorieuſes. Après avoir célébré ſa victoire
, les Eſpagnols ſe retirent; & Pizarre ,
refté ſeul avec Alonzo , lui apprend qu'il eſt
:
DE FRANCE.
79
amoureux d'une jeune beauté qui vient de
s'offrir à ſes yeux. Il a appris qu'elle ſe nommoit
Alzire , qu'elle eſt la fille de l'Inca; &
il charge Alonzo d'aller calmer ſon effroi ,
& la prévenir qu'elle trouvera en lui , non
un vainqueur redoutable , mais un amant
tendre & ſenſible. Le Théâtre repréſente au
troiſième Acte une place au devant du palais
des Incas , que l'on voit dans l'éloignement.
Pizarre paroît , & eſt bientôt ſuivi
de l'Inca , à qui il propoſe de reſter ſur le
trône du Pérou , tributaire du Roi d'Eſpapagne,
à condition qu'il lui accordera la
main d'Azire. Atabaliba répond que c'eſt
àſa fille que Pizarre doit s'adreſſer , & qu'il
ſouſcrira au choix qu'elle aura fait; &tandis
que , dans un duo , Pizarre ſe livre à l'eſpérance
d'obtenir l'objet qu'il aime , Atabalıba
fait entendre à part qu'il faura tromper ſon
attente & ſe venger de ſon oppreffeur. Alzire
entre en ce moment , & ſon père lui
annonce les intentions du vainqueur. On
amène en ce moment Zamore & les Péruviens
enchaînés ; Pizarre fait détacher leurs
fers , & leur déclare qu'il va ſe fixer parmi
eux en s'uniſſant avec Alzire. Zamore, furpris
& furieux , s'écrie qu'on ne lui ravira
ſa femme qu'avec la vie. Pizarre indigné
lui répond en ordonnant ſon fupplice,
Alzire , reſté ſeule avec Pizarre , cherche à
flechir fon courroux ; mais il ne lui laiffe
eſpérer la grâce de ſon amant, que lorſqu'ellemême
fe montrera ſenſible à ſon amour. II
Div
80 MERCURE
la quitte , & Atabaliba vient annoncer à fa
fille qu'il va mettre Zamore en liberté; il
lui dit de ſe rendre aux tombeaux de
leurs ancêtres , où ſon amant la joindra bientốt
; & il ajoute qu'ils profiteront des ténèbres
de la nuit & d'une fête ordonnée par
Pizarre , pour attaquer les Eſpagnols & délivrer
leur pays de ſes tyrans. Le Théâtre repréſente
au quatrième Acte l'entrée d'un
bois éclairé par le coucher du ſoleil; on y
apperçoit des tombeaux épars , au milieu
deſquels on en diftingue un plus élevé que
les autres. Alzire y paroît avec ſes femmes ;
mais n'y trouvant point Zamore , elle s'enfonce
dans la forêt. Zamore paroît bientôt
accompagné de quelques Pérúviens. Il ra-
Dime leur courage,& les excite à venir attaquer
leurs opprefleurs tandis qu'ils font
livrés au ſommeil. Alzire revient ; elle vent
détourner fon amant d'un projet qu'elle regarde
comme téméraire , & l'engage à fuir
avec elle dans les déferts ; Zamote inacceffible
à la crainte , rejette ce confeil , & fe
livre à l'eſpérance de revenir bientôt à elle
libre & vainqueur. Alzire ne pouvant le
fléchir , fort en lui annonçant qu'elle va recourir
au feul moyen qui lui reſte pour le
ſauver. Atabaliba arrive alors avec des armes
qu'il diftribue à Zamore & aux Péruviens ;
&après avoir invoqué les mânes de ſes ancêtres,
il fort avec eux pour aller exécuter
ſon projet. Le Théâtre repréſente au cin
quième Acte l'intérieur du palais des Incas
DE FRANCE. 81
Pizarre , à qui les inquiétudes de l'amour ne
permettent pas de ſe livrer au ſommeil ,
vient déplorer ſa foibleſſe , & il eſt prêt à
renoncer généreuſement à ſes projets ſur
Alzire , lorſqu'il entend crier aux armes.
Alonzo vient lui annoncer que les Péruviens ,
avec Zamore à leur tête , vont forcer le palais.
On entend le cliquetis des armes; &
tandis que les Eſpagnols ſe rangent autour
de Pizarre , Zamore , à la tête des Péruviens ,
entre de l'autre côté , & ſe diſpoſe à fondre
ſur ſon rival . Alzire arrivant tout-àcoup
, ſuivie des Vierges du Soleil , ſe jette
au milieu des combattans , & les conjure de
fufpendre leurs fureurs ; mais voyant qu'e'le
ne peut les fléchir , elle ſe jette ſur l'épée de
Zamore , en lui demandant de commencer
par la frapper elle-même.Zamore , alors attendri
, dit à Pizarre :
Emporte nos tréſors s'ils peuvent te tenter ;
Je les mépriſe trop pour te les diſputer ;
Mais Alzire eft à moi , je l'adore , elle m'aime;
Je la défendrai ſeul contre tous tes efforts ;
Contre toi , qui te dis envoyé de Dieu même ,
Et qui vient l'annoncer en dévaſtant nos bords.
PIZARRE.
Jeune & fuperbe Inca, j'excuſe ces tranſports
De la vertu ſauvage.
Senfible aux pleurs de la beauté,
Atraiter avec toi j'abaiſſe ma fierté.
Dv
MERCURE
De la paix entre nous qu'Alzire ſoit le gage;
Tu poſsède fon coeur, fois avec elle uni.
Cetre réconciliation ſe termine par des fêtes
&par un Baller , où les Eſpagnols & les Péruviens
dantent enſemble.
Certe courte expofition du ſujet & de la
marche dramatique que l'Auteur a fuivie ,
nous diſpenſe d'entrer dans le détail des
défauts qu'on peut reprocher au plan & à
l'exécution . Le Public les a fentis,&d'autres
Critiques les ont déjà relevés . On fent que
P'amour de Pizarre eſt trop bruſque , que la
paflion de Zamore & d'Alzire n'eſt pas allez
développée , que les incidens de l'action ne
font ni affez préparés ni allez nouveaux pour
qu'il réſulte de cet ensemble un vif intérêt.
L'Anteur y a ſupplée par le mouvement de
l'action , la pompe du ſpectacle, & la variété
des tableaux conformes aux uſages & aux
costumes des Peuples qu'il a mis en ſcène.
Nous ne dirons rien du ſtyle de cet Ouvrage;
on peut en prendre une idée ſur les
vers que nous avons cités. On y a trouvé
beaucoup de négligences; mais le ſuccès de
pluſieurs Opéras modernes nous fait la loi
d'être fort indulgens fur cet article.
La première repréſentation de cet Opéra
a été un peu tumultueuſe. Le défaut de précifion
& d'enſemble dans quelques parties
de l'exécution& des longueurs qui refroidiffoient
l'action ont paru indiſpoſer les
Spectateurs. Au moyen de quelques cor
DE FRANCE. 83
rections & de pluſieurs retranchemens utiles,
&d'une meilleure exécution , la ſeconde repréſentation
a été mieux écoutée , & beaucoup
plus applaudie.
Nous attendrons l'effet des repréſentations
ſuivantes pour parler de la muſique ,
&pour annoncer plus poſitivement l'opinion
du Public ſur le mérite de cet Ouvrage.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi 30 Avril , on a repréſenté ,
pour la première fois , Albert & Emilie ,
Tragédie en cinq Actes.
Cet Ouvrage , imité d'une Tragédie Allemande
, qui a pour titre Agnès Bernau ,&
dont M. Friedel nous a donné une Traduction
, n'a point obtenu de ſuccès. Il a quelque
rapport avec l'Inès de la Motte , & n'eſt
pas , à beaucoup près , auſſi attachant. Le
ſtyle en eſt très négligé, ſouvent fort incorrect.
L'intérêt , qui devroit être gradué avec
adreſſe , tant pour ſoutenir l'attention que
pour exciter la curioſité , s'établit d'abord
avec quelque avantage ; mais loin d'augmenter
d'Acte en Acte , de Scène en Scène ,
il s'affoiblit d'une manière ſenſible depuis le
noeud juſqu'au dénouement. Quoique les
Amateurs indulgens , & le nombre n'en
eſt pas conſidérable , y ayent remarqué de
temps en temps de la chaleur , de l'énergie,
Dvj
84 MERCURE
de la verve , néanmoins ils ſe ſont vûs forcés
dedire avec Boileau :
C'eſt peu qu'en un Ouvrageoù les fautes fourmillent,
Des traits d'eſprit ſemés detemps entemps pétillent.
Les Comédiens Italiens , nous l'avons déjà
dit , doivent bientôt repréſenter un Drame ,
dont Agnès Bernau eſt auſſi le modèle: nous
nous diſpenſerons donc de donner l'analyſe
d'Albert & Émilie. Pour fatisfaire d'un côté
l'impatiente curioſité d'une partie du Public,
il ne faut pas , de l'autre , affoiblir les efpérances
d'un Auteur , en donnant trop de
publicité aux refforts qu'il a cru devoir employer
pour réuſſir. Albert n'est pas exactement
calqué ſur Agnès , mais le fonds des
deux Ouvrages eſt le même. On peut préſumer
que le Drame , comme la Tragédie ,
aura une reſſemblance marquée avec la
Pièce Allemande. Telle eſt la raiſon de notre
filence.
Avant de terminer cet article , nous ne
pouvons nous diſpenſer de dire quelques
mots d'une décoration faite exprès pour
çette Tragédie , & dont l'Auteur eſt le fils
du célèbre Servandoni . Elle annonce de
l'imagination , du goût , & une connoifſance
très-étendue des effets de l'optique.
Pour en donner une idée juſte dans ſon enſemble
&dans ſes détails , il faudroit avoir
eu l'occaſion de l'obſerver plus d'une fois ;
FAuteur d'Albert , en retirant ſon Ouvrage ,
nous a privés du plaifir de motiver les éloges
DE FRANCE. 85
que nous croyons devoir à un Artiſte qui
nous paroît digne de ſe faire une réputation ;
mais auffitôt que les circonſtances nous le
permettront , nous nous empreſſerons d'appuyer
ſur des preuves, ce que nous nepourrions
avancer aujourd'hui que ſur un premier
apperçu , par conféquent d'une manière
au moins hafardée.
Nousparlerons de la Comteffe deChazelle ,
nouvelle Comédie , dans un autre Mercure.
COMÉDIE ITALIENNE .
LE Jeudi 28 Avril , on a joué , pour la
première fois , Théodore , Comédie en trois
Actes & en proſe , mêlée d'ariettes.
Cet Ouvrage eſt imité d'un épiſode des
Fauffes Délicateſſes , Comédie du Théâtre
Anglois. A l'inſtant où nous écrivons , il n'a
eu qu'une repréſentation. Comme notre intention
eſt de rapprocher l'original de la
copie , nous attendrons qu'on l'ait rejoué
pour en rendre compte. La inuſique , dont
l'Auteur a acquis quelque reputation dans
des compofitions inſtrumentales , a mérité
des applaudiffemens. Le ſtyle n'en eſt pas
toujours très-dramatique; mais on y a remarqué
de la grâce , des intentions heureuſes
, & un faire peut-être même trop
facile. Au reſte , c'eſt un effei; & il y a une
grande différence entre l'art d'affembler des
traits pour ime ſymphonie , & celui de faire
86 MERCURE
parler des hommes convenablement à leur
état, à leurs paflions & à la vérité. Tous ceux
qui s'occupent des Arts , dont le but eſt
l'imitation de la Nature , ne doivent point
perdre de vûe ce précepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ,fint proxima veris.
ANNONCES ET NOTICE S.
ON
N mettra en vente le 18 Mai 1785, la treizième
Livraiſon de l'Encyclopéaie. Cette Livraiſon ,
en deux Volumes, comprend la partie des Manufactures
, Arts & Mériers qui emploient dans leurs fabriques
le chanvre , le lin , la laine , le poil, la
foie. Ces Arts forment la ſeconde diviſion du Dictionnaire
des Arts & Métiers méchaniques , ainſi
que nous l'avons annoncé dans la Préface qui eſt à
la tête du Tome premier des Arts & Métiers. Ces
Arts , qui emploient le chanvre, le lim , &c. font
tous en quelque ſorte de la même claſſe , ils fraterniſent;
ils font dans une relation réciproque & continuelle;
ils tendent tous à an but commun , qui eſt
en général Thabillement , & ils ne pouvoient guères
être traités qu'enſemble.
On trouve à la tête du premier Volume de cette
Livraiſon, un Diſcours Préliminaire ſur la nature &
l'emploi des différentes matières propres à l'habillementdes
hommes, un plan de cet ouvrage, & l'ordre
dans lequel il doit être lu , pour prendre , de chaque
objet , une connoiſſance autli étendue que la nature
de ceite entrepriſe le comporte , & enfin un fommaire
des traités contenus dans ce Dictionnaire ;
ſavoir, l'Attelier ; Blanchiſſage, Blanchiment ; Bon-
Eeterie ; Bourfier ; Broderie ; Canon & Canette ;
DE FRANCE. 87
Cardes & Cardages; Chaîne ; Chanvre ; Chapellerie;
Chardon-Bonnetier , Colles- Collages ; Corderie;
Coton; Couturière ; Crin , Crinier-Broffier , Pinceaux;
Dentelles , Blondes , Points & Filets; Deſſin ;
Draperie; Filature ; Forces ; Friſe ; Gazes , Crepes ,
Marli , Linon à jour ou Gaze de fil ; Habits , Coftumes
; Inſpecteurs des Manufactures & du Commerce;
Laire ; Lin ; Linge , Lingère ; Liſière ;
Liffe ; Manufacture ; Métiers ; Modes ; Moutons ;
Navette; Ourdir , Ourdiſſage; Paſſementerie; Peignage;
Peigne ; Poil ; Réglement ; Retordu , Retordage
; Ruban , Rubanier ; Soie & Soierie ; Sparte ,
Tailleur ; Tapis , Tapiſſier , Tapiſſerie ; Toile ,
Toilerie. Ce grand Ouvrage , compoſé & rédigé
par M. Roland de la Platière , Inſpecteur - Général
desManufactures , eſt le fruit de trente années de
travaux , d'obſervations , de voyages ; d'enquêtes ,
de recherches , d'expériences , de veilles , de dépenſes
même: ce n'eſt point proprement un Dictionnaire ,
c'eſtune ſuite de Traités , rangés ſous une forine
alphabétique , mais qui , en général , renferment
ungrand nombre de procédés , ſouvent très - diſparates
, quoique ceux- ci ne foient , par leur fucceffion&
leur enchaînement, que l'Art même mis en
pratique.
Tout art a ſes termes propres, ſa langue particulière
, ſon vocabulaire enfin ; l'Auteur s'est dé erminé
à ne former qu'un ſeul & même Vocabulaire
de tous les termes de ces différens Arts , qui ont
entre-cux tant de rapports & de connexité. Ce Vo
cabulaire , par des raiſons indiquées dans un Avertiffement
qui ſe trouve à la fin du ſecond Volume
decette treizième Livraiſon , ne paroîtra que dans
un an; & ces raiſons méritent encore d'être miſes
ſous les yeux du Public , en laiſſant parler l'Auteur
lui -même.
a Par amour du bien public , & pour le progrès
88 MERCURE
* de ces Arts, je prie, je conjure ceux qui les
>> liront , de remarquer ce qui leur manque , & en
> quoi ils pèchent, de le noter ,& de me faire part
>> de leurs obſervations ; je les ordonnerai en lieu
>> convenable dans le Vocabulaire ( lequel , pour
>> cetteraiſon , ne ſera imprimé qu'un an après cet
>> avertiſſement) , & j'en ferai publiquement à leurs
Auteurs, comme d'une choſe dûe, l'hommage le
> plus authentique.
>> Ceux qui n'auroient pas le temps , ou qui ne
>> voudroient pas ſe donner la peine de rédiger
>> leurs idées & leurs avis , ne doivent point ſe gèner
>> à cet égard ; ce ne doit être pour perſonne une
>> raifon de ne pas concourir à la perfection de, cer
>> Ouvrage. J'emploirai comme matériaux ce qu'on
> mefournira comine tels , &je n'en ferai pas moins
>> honneur à ceux à qui ils appartiendront. Au con-
>> traire , j'emploierai l'expreſſion même de ceux
>> qui , contens de leur travail , defireront que je le
>> publie fous la livrée qu'ils lui auront donnée. Je
** dis & promers plus, perfuadé que ceux qui
>> ainent& cultivent les Arts, s'ils font honnêtes,
>> &je ne m'adreſſe qu'à ceux-là , perfuadé , dis - je ,
>> que ceux qui aiment les Arts , s'il leur arrive de
>> critiquer l'Auteur lorſqu'ils pourroient n'attaquer
> que l'Ouvrage, ne le font peut- être qu'emportés
> par un defir véhément de la perfection de l'Art ;
je ne leur promets pas moins , quelque perſon-
>> welles que puiffent m'être leurs expreſſions , de les
>> publier en leur nom. Je redoute infiniment moins
>> tout ce qu'on peut dire de moi , que je ne crains
* d'échapper une réflexion utile; & jannonce ,
>> comme une vérité , que j'ai le defir le plus ardent
de recueillir tour ce qui porte ce caractère.>>
Le Vocabulaire , qui complète cette partie ,
paroîtra avec le Volume de Planches relatives à ces
Arts , dont on eſt actuellement occupé.
1
DE FRANCE. 89
J
Le prix de cette treizième Livraiſon eſt de 23 liv.
broch . , & de 22 liv. en feuilles .
La Souſcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte; elle eſt du prix de 751 liv.
On peut s'adreſſer, pour ſouſcrire , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , nº. 17, & chez les Libraires
de France&Étrangers.
Paiemens faits par les Souſcripteurs juſqu'à ce
jour.
La Souſcription. .
Les douze premières Livraiſons comprenant
vingt- quatre Volumes *.
La treizième Livraiſon.
Enfeuilles.

.
36 liv .
316
22
374
On paie la brochure ſéparément.
Le port eſt au compte des Souſcripteurs .
Nous aurions defiré joindre à cette Livraiſon la
feconde partie du Tome premier de la Botanique ,
parM. le Chevalier de la Mark , qui est actuellement
prête ; mais nous ſommes obligés de la réferver
pour la quatorzième Livraiſon. Nous nous bornons
aujourd'hui à annoncer cette nouvelle partie
de Botanique , parce qu'elle contient nombre de
découvertes nouvelles , dont il importe de fixer la
date, afin de laiffer à l'Auteur tout l'honneur duplus
grand travail qui aitjamais été entrepris en Botanique.
N. B. Comme le Vocabulaire indiquera l'ordre
des Volumes de cette Encyclopédie , en reprenan
tous les mots de chacune des parties qui la compoſent,
& en y renvoyant , nous prévenonslePublic
qu'il ne doit faire relier ces Volumes que lorſque
le Vocabulaire aura paru , finon il court le riſque de
Dont 4 de Plancties.
१०
MERCURE
perdre ſon Exemplaire, ou du moins de ne pouvoir
pas en faire uſage; c'eſt ce qui eft déjà arrivé à
pluſieurs Souſcripteurs.
FIGURES de l'Histoire Romaine, accompagnées
d'un Précis Historique au bas de chaque Estampe ,
troisième Livraiſon .
On ſouſcrit pour cet Ouvrage important & toujours
exécuté avec le même ſoin , chez l'Auteur ,
M. de Mirys , Secrétaire des Commandemens de
Mgr. le Duc de Montpenſier. Tout eſt imprimé ſur
papier vélin. :
VARIÉTÉS Littéraires , Historiques , Galantes ,
&c. , Ouvrage périodique propoſé par ſouſcription
&fans ſouſcription . AParis , au Bureau , rue Neuve
Sainte Catherine au Marais , nº. 21. S'adreſſer à
M. Siredey.
CetOuvrage, qui eſt le produit d'un long travail
&de grandes richeſſes Littéraires , paroîtra par
Cahiers de quatre feuilles in-8 °. chacun, qui feront
diſtribués tous les quinze jours.
Chaque feuille contient un article qui a ſon titre
particulier. L'article premier , ſous le nom de
'Année Historique, préſente les Événemens anciens
& modernes rangés ſuivant le jour de l'année
où ils font arrivés ; l'article ſecond, fous le titre
de Littérature légère , renferme des Poénes , des
Contes, des Traits plaifans , &c.; le troiſième
article eſt intitulé : L'Histoire foumise à l'opinion ;
il traite des Moeurs , Loix , Uſages , &c. , avec des
Réflexions qui en développent les cauſes & les motifs
; le quatrième article , intitulé Anecdotes , offre
des Singularités , Monumens , Traductions , &c.
Outre les ſources communes , qui font les Livres ,
on a puiſé dans des Manufcrits. Les morceaux qui
DE FRANCE. 91
auront déjà été imprimés , ou ſur la nouveauté defquels
on aura des doutes , feront indiqués par une
croix.
La diftribution des articles ſera faite de manière
qu'on pourra décompoſer les Cahiers , & faire relier
à part , ſelon le genre , quatre Volumes par
ande vingt quatre feuilles. Au bout de l'année on
donnera gratis un vingt-cinquième Cahier , contenant
uneTablequi pourra ſe diviſer pour être appliquée
aux quatre différens Volumes .
On voit , par l'expofition de ce plan , qu'on a
ſongé à l'agréable ; & tout ce qui tient à l'hiſtorique
peut être fort utile , & fervir à redreſſer beaucoup de
fauxjugemens.
Ons'engage à prendre une année entière , avec
la liberté de payer 2 liv. par mois. L'année entière
pour la Province eſt de 30 liv.
MELANGES de Littérature étrangère , Tome I.
AParis , chez Gogué & Née de la Rochelle , Libraires
, rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel ;
Belin , Libraire , rue S. Jacques , & Hardouin , au
Palais Royal , ſous les arcades à gauche , nº . 14.
CetOuvrage peut être utile , & l'Auteur mérite
d'être encouragé.
Dla Philofophie Corpusculaire , ou des Connoiſſances
& des Procédés Magnétiques. A Paris ,
chez Cuchet, rue & hôtel Serpente.
Parmi tous les Ouvrages publiés en faveur du
Magnétiſme , il en eſt quelques-uns où l'on trouve
un eſprit de doute , plutôt l'envie de faire examiner
que la fureur de faire croire , de la diſcuſſion & de
Peſprit dans tous les détails. Il faut convenir que
cette querelle qui s'eſt élevée dans la Phyſique , malgré
tous les ridicules dont elle couvrira ce ſiècle ,
aura rectifié bien des fauſſes idées , & fervi l'eſprit
92 MERCURE
humain en montrant juſqu'à quel point & comment
il peut s'égarer dans les temps de la plus grande
kumière. On reconnoît particulièrement dans cet
Ouvrage-ci un eſprit jufte & attaché au vrai ; c'eſt
une choſe curicuſe que de le voir défendre une folie
renouvelée par le charlataniſme,avec des raiſons qui
devroient ſans ceſſe l'avertir de ſon erreur. Mais tel
eft le malheur des raiſonnemens de l'homme, qu'il
n'a plus d'efprit que pour ſe tromper dès qu'il a
commencé par- là. Malgré ce défaut capital , qui
enfera le charme pour le grand nombre des Mefmériens
, ce Livre mérite de l'eſtime & de l'intérêt.
Il eſt d'ailleurs écrit avec une nobleſſe , une
facilité& une modération auſſi rares que précieuſes
dans de pareils Ouvrages.
NOUVEAUX Eſſais Philologiques , Numéro I,
Pièces intéreſſantes pour fervir à l'Histoire des
grands Hommes de notre fiècle, par M. Poullin de
Fleins , ancien Correcteur des Comptes , in-8 °. A
Paris, chez Leroy , fucceffeur de M. Lottin lejeune ,
Libraire , rue S. Jacques , vis-à-vis celle de la Parcheminerie.
CetteBrochure comprend deux Parties. La première
est compoſée de quelques recherches ſur
Louis Racine ou Racine le fils. Elle renferme peu de
détails intéreſſans ſur ect eſtimable Poëte. Et l'Ouvrage
entier annonce un Auteur qui a du ſens &de
l'inſtruction. Nous aurions ſeulement defiré que lorfqu'il
a raiſon contre Boileau , ce fut avec un penplus
d'égards pour ce grand Poëre .
La deuxième Partie est une Differtation fort bien
faite ſur les Inſcriptions. L'Auteur annonce une
fuite à cet Ouvrage , & ce Numéro la fait defirer.
MEMOIRE de M. Demours fils , Docteur-
Regent de la Faculté de Médecine de Paris , &
DE FRANCE.
1,
Médecin - Oculiste du Roi en furvivance , lû à
l'Affemblée dite prima Menfis , le premier Novembre
1784. A Paris , chez Didot le jeune &
Barrois le jeune , Libraires , quai des Auguſtins.
Il eſt queſtion dans ce Mémoire d'un nouvel
Inſtrument pour l'opération de la cataracte , inventé
par M. Demours , dont la piqûure ne cauſe aucune
douleur & ne laiſſe aucune trace ; telle eſt l'opinion
deMM. Sallin & Goubelly , Commiſſaires nommés
pour en faire l'examen , qui ont vu M. Demours
opérer avec le plus grand ſuccès Mme la Comteſle
de Longueval , & qui atteſtent que cet Inftrument
rendra l'opération de la cataracte beaucoup
plus facile & plus sûre.
De la connoiſſance & du traitement des Maladies,
principalement des aiguës , traduit du Latin
de M. Eller , par J. Agathance Leroy , Docteur en
Médecine , & c. un Volume in - 12. Prix , 3 liv. rel.
-Traité de lAfthme , par Jean Floyer , Docteur
en Médecine, traduit de l'Anglois , un Volume in-
12. Prix, 2 liv. 10 ſols . Formules de Médecine
Latines & Françoiſes pour le grand Hôtel-Dieu de
Lyon , par Pierre Garnier , Médecin ordinaire du
Roi , &c. un Volume in- 12. Prix , 3 liv. relié. A
Paris , chez Servière , Libraire, rue Saint-Jean-de-
Beauvais.
Ce ſont trois Ouvrages eftimables , dont le dernier
a été pluſieurs fois imprimé.
CARTE de la Bouche de l'Escaut , Environs
d'Anvers , Lillo , tirée du Général Ferratis. Prix ,
I liv. 4 fols. Plus : le douzième Cahier de sJardins
Chinois , contenant Bagatelle, à Mgr. Conte d'Artois
; Saint- Leu , à S. A. S. M. le Duc de Chartres;
Projet d'un grand Jardin François , Anglois , Hollandois
, Chinois , avec un Mémoire , par Bettini ;
94
MERCURE
Bonnelles , à M. le Duc d'Uzès ; Jardin de M. le
Comte d'Orsay à Paris ; celui de M. Tronchin à
Chaillot; Vûes de Romainville , d'Ermenonville ,
de Maupertuis , la Chapelle , Chaville , Attichi ,
&c. Tables des deux cent quatre -vingt- fix Planches
formant les douze Cahiers. Prix , 12 liv, brochés.
On fera la remiſe d'un quart à ceux qui prendront
la Collection entière. A Paris , chez le Rouge , Ingénieur-
Géographe du Roi , rue des grands Auguftins
Le treizième Cahier paroſtra le 15 Juin , &
ſera de 12 liv.
SAINTE-BIBLE traduite en François , avec
l'explication du ſens littéral & du ſens ſpirituel ,
nouvelle Edition , Tome XIII. A Niſmes , chez
Pierre Beaume , Imprimeur-Libraire ; & ſe trouve à
Paris , chez Guillaume Deſprez , Imprimeur-Libraire
, rue Saint Jacques.
La Bonne Mere , Comédie en un Acte & en
profe , repréſentée ſur un Théâtre de Société le
2 Février 1785 , par M. le Chevalier de Florian. A
Paris , chez Didot l'aîné , Imprimeur-Libraire , rue
Pavée-Saint- André.
M. de Florian a fait imprimer cette intéreſſante
Comédie pour ſatisfaire à l'impatience de ceux qui
l'ont vue ſur le Théâtre de Société où elle a paru ;
mais elle fera partie de ſon troiſième Volume de
Théâtre qu'il donnera bientôt, du même format &
fur le même papier que ſes autres Ouvrages.
ESSAIS de critiqueſur la Littérature ancienne &
moderne , par M. Clément , 2 Vol. in - 12. Prix ,
s liv. brochés. A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , hôtel de Cluny.
C'eſt un Reoucil de Morceaux eſtimables de LitDE
FRANCE.
95
térature qui ont paru pour la plupart dans les Journaux
, de Diſcuſſions d'une critique plus ſaine qu'indulgente.
De la Tragédie , deuxième Partie , par le même
Auteur & chez le même Libraire , qui a mis en vente
auffi un Eloge de Court de Gébelin , par M. le Comte
d'Albon, de la plupart des Académies de l'Europe.
vane ,
DIX-SEPTIEME Recueil d'Airs d'Opéras de
[Epreuve Villageoise , Blaise & Babet , la Cara-
Chimène , &c. , avec Accompaguement de
Guittare , par M. Vidal , Maître de Guittare. Prix ,
6 liv. A Paris , chez M. Bouin , Marchand de Muſique
, rue Saint Honoré , près Saint Roch , au
Gagne - petit; Mlle Castagnery , rue des Prou
vaires ; & à Verſailles , chez M. Blaizot , rue Satory.
SIX Quatuors concertans àdeux Violons , Alto
& Violoncelle , par M. Cambini , dix-neuvième
Livre de Quatuors. Prix , 9 liv. A Paris , mêmes
Adreſſesque ci-deſſus.
SIX Quatuors concertans pour deux Violons ,
Alto & Baffe , par M. Cambini , vingt-deuxième
Livre de Quatuors de Violon. Prix , 9 liv. A
Paris , chez Imbault , rue & vis- à-vis le Cloître
Saint Honoré, maiſon du Chandelier.
NUMEROS à 12 du Journal de Guittare , pac
M. Porro , contenant des Airs de Panurge , des
Danaïdes , d'Alexis & Juſtine , &c. Prix de la foufcription-
12 & 18 liv . - Numéro 4 du Journal de
Violon , ou Recueil d'Airs nouveaux arrangés pour
le Violon , l'Alto , la Flûte & la Baſſe , par le
même, Prix , léparément 2 liv. 8 ſols. Abonnement
95 MERCURE
18 liv. & 21 liv. On ſouſcrit pour ces deux Journaux
à Paris , chez Baillon , Marchand de Muſique,
rue Neuve des Petits Champs , au coin de celle de
Richelieu , à la Muſe lyrique.
DEUX Concertos pour la Harpe on Forte-
Piano , deux Violons , deux Haut - Bois , deux
Flûtes, deux Cors , Alto & Baffe , par M. Ragué ,
OEuvre VI . Prix, 9 liv. franc de port Ces Concertos
peuvent s'exécuter ſansAccompagnement comme
des Sonates. A Paris , chez Baillon, même Adreſſe
que ci-deſſus .
SIX Sonates pour le Clavecin , par M. William
Dance , OEuvre I. Prix , 9 liv. A Paris , chez M.
Bailleux , Marchandde Mufique du Roi , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie , à la Règle
d'or.
Ces Sonates , qui rappellent la manière de M.
Clementi , ſont d'un très - grand effet , & font deſirer
que l'Auteur ſe livre à ce genre de compoſition.
:
TABLE.
IMITATION d'une Elégie nard de Fontenelle ,
d'Ovide , 49 Concert Spirituel .
Charade , Enigme & Logo- Acad. Roy. de Musique ,
gryphe, 52 Comédie Françoise ,
Lesdeux Centenaires de Cor- Comédie Italienne ,
neille , 54 Annonces&Notices ,
Réflexions fur l'Eloge de Ber-
APPROBATION.
1
65
76
77
83
85
86
J'AI lu
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 14 Mai 1785. Je n'y
- ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 13 Mai 1785. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 28 Avril.
T'Année derniere
on a obſervé dans la
pêchedu Nord que lehareng commence
à ſe porter ſur des parages où l'on n'en
prenoit pas. La péche de ce poilon près de
Gottembourg n'avoit jamais été aufli abondante
que cette année. La pêche de la baleine
près du Groenlande de 1 Iſlande & dans
le détroit de Davis , n'a été que médiocre.
elle a mieux réuſſi ſur la côte de l'Afrique.
Nous avons donné l'érat déraillé des
troupes de l'Empereur , de Danemarck , de
Heffe-Caffel , & de quelques autres Erars ;
nous allons joindre à ces liſtes qu'on aime
quelquefois à confulter , celle de l'amée
de Suede.
L'Armée Suéloiſe eſt compoſée de troupes nationales&
de troupes enrôlées . Les Régimens na-
N°. 20 , 14 Mai 1789. C
( 50 )
tionaux, qui ſont le fond de l'armée, ſont répartis
dans les Provinces & entretenus par le Pays , qui
leurdonne des fermes à cultiver , qu'on appelle
Boffells ; mais , en tems de guerre ,its reçoivent la
meme paye que les autres troupes. Ils portent les
noms des Provinces , & pendant la paix , après les
reues , ils travaillent dans leurs diſtricts comme
les autres payſans & ouvriers. Cet établiſſement ,
formé d'après les principes de la conſtitution phyſique
& politique de Suède , eſt très avantageux
au pays . Les Régimens enrőlés ſont formés ſur le
même pied que les autres troupes de l'Europe , &
employés comme garniſons dans les villes & fortereſſes
. Les troupes nationales peuvent être doublées
en tems de guerre par la milice nationale.
Letotal général de l'Armée Suédoiſe eit de47,387
hommes, diftribués de la maniere ſuivante.
Cavalerie nationale , ......
enrôlée .......
Infanterie nationale , ....
enrőlée ,
Artillerie ,
TOTAL ,
.. .....
.........
:
• •
hommes .
9,700210,250
5505
24,847
9,060 37,137
3,2300
47,387
Indépendamment de ces trompes, il y a encore
en Suède 3 Brigades de troupes de fortification ;
favoir , laBrigade du Corps,celle deWeſt.Gothie
*&celle de Scanie,
Les Officiers des Régimens & les Trabans ou
Gardes-du-Corps du Roi à cheval , ne font pas
compris dans cet état . Le Corps d'Officiers de chaqueRegiment
confifte en i Colonel, 1 Lieutenant-
Colonel , 2 Majors , & pour chaque Compagnie ,
Capitaine , 1 Lieutenant , 1Enteigne, & Ad
( 5 )
judans. Les Gardes du Roi à cheval font des
Gentilshommes & ont le grade de Lieutenant &
deCornette. Leurgaraiſon est à Stokolm. Ils sont
compotés de too hommes & forment 4 Eſcadrons,
chacun de 25 hommes , de 2 Caporaux & de z
Vice-Caporaux. Ils gardent le Roi & la Famille
Royale ,& fuivent Sa Majesté lorſqu'Elle fait des
voyages.
Oncompte actuellement en Suède deux Feid-
Maréchaux , 3 Généraux de Cavalerie & d'Infanterie
, 13 Lieutenans-Généraux de Cavalerie &
d'Infanterie, 17 Majors-Généraux & 52Colone's;
I Grand-Amiral , I Amiral Général , I Amiral ,
4Vice-Amiraux , 2 Contre-Amiraux , 1 Adudant-
Général & Colonels de Marine.
Les troupes de Marine (ont réparties endeux
Régimens de Volontaires , compoſes chacunde
700 hommes. Les Matelots de la Marine Royale
font au nombre de 17,400.
La nouvelle Compagnie des Indes Orientales
de Stokolm vient de publier le plan
d'après lequel elle recevra les actions.
Le Portefeuille Hiſtorique a publié un état
général des marchand ſes qui ont été exportées
d'Archangel , pendant l'année 1784. Le résumé
des exportations porte que ces marchandiſes ont
été exportées ſur 129 Bâtimens , dont 24 font
Lallés à Hambourg , 27 à Amſterdam , 13 à Londres
, 8 à Breme , à Berguen , 6 à Hull , 3 à
Drontheim , 3 à Dortrecht , 3 á Dublin , 3 à
Liverpool , 3 à Lisbonne , 3 à Newcaßle , 3 à
Leith , 2 à Greenook , 2 à Coppenhague , i à
Onéga , un à St. Ubes , 1 àRochefter , 1 à Barcelone
1 à Bordeaux , 1 à Rotterdam ,
Marseille , 1 àPort à port , à Belfaft & un à
2
Oftende.
à
C2
( 2 )
Le 16 de ce mois, 126 bâtimens de diverfes
nations ſont entrés dans le Sud venant
de la mer du Nord.
LeRoi de Danemarc a donné des ordres
pour la conſtruction d'un grand fanal près
d'Anhæk. Ce fanal ſervira de guide aux
bâtimens qui navigueront dans le Cattegat.
Le 18 , il eſt parti d'ici 25 bâtimens dont
19 ſe rendent au Groenlande pour y faire
la pêche de la Baleine.
On écrit de Warſovie que le Roi a nommé
le Major Général de Drickonky au
poſte de Tréſorier de la Lithuanie.
L'année derniere il arriva à Lisbonne 1006
gros bâtimens ; ſavoir 337 Portugais , 11 Elpagnols,
89 François , 252 Anglois, 77 Hollandois
. 80 Suédois , 30 Danois , 3 Ruſſes , to Autrichiens
, 23 Américains , 18 Venitiens , 12 Raguſains
, 11 Hambourgeois , 6 Pruffiens , 2Bremois
, i de Gênes , I de Dantzick , 1 de Lubek ,
I de Naples & I de Maroc ,
On écrit de Lubeck que pluſieurs Maiſons
de commerce ont porté leur faillire à
2,293,500 marcs.
On a compté l'année derniere à Coppenhague
12,642 perſonnes occupées dans les
manufactures de cette Capitale.
Le ſieur Heller , inſpecteur des forêts à
Furſtenſtein dans la baſſe Siléſie , a trouvé
un moyen de rectifier les charbons de terre
&d'entiter une eſſence avec laquelle , dans
l'eſpace de huit ſemaines on peut préparer
(153 )
la peau des bêtes à come pour en faire des
cuirs à femelle plus ſolides & plus durables
que celui tanné à la maniere ordinaire. Les
charbons rectifiés peuvent auſſi être employés
avantageuſement pour la fuſion des
métaux.
Un voyageur qui a parcoru nouvellement
la Crimée , affure que la population actuelle
de cette nouvelle Province Rufße ne monte
pas au-delà de 60000 , ames: ce ſeroit peu
relativement à l'étendue de cette preſqu'ifle ;
mais depuis qu'elle appartient à la Ruffie ,
nous croyons , fur de bonnes autorités , le
nombre de ſes habitans encore inférieur.
Un Journal offre les détails ſuivans fur l'indultrie
&le commerce dans la Sildfie Pruffienne :
la garance eft cultivée principalement dans le
Cercle de Breſlau , & il s'en vend par an pour
environ 300,000 rixdalers . Waldenbourg, Schmicdeberg
, Landshut & les environs font les principaux
endroits pour la fabrication & le commerce
de la toile ; une ſeule maiſon à Landshut
en exporte par an environ 40,000 ſchok , &Waldenbourg
& les Villagesqui l'environnen ,au-delà
de 150,000 ; il y a des années que cette petite
Ville exporte pour un mill on de rixdalers de
toile. La plupart des linens font fabriqués à
Schmiedeberg , & fur-tout à Hirsberg , qui en
fait un commerce conſidérable avec l'Eſpagne...
-La principale fabrique du bleu pour la teinture
eft à Querbach , qui en fournit par an plus
de mille quintaux,
Le Lieutenant-Général Comte d'Anhalt
eſt de retour à Peteſbourg du voyage qu'il
C3
( 54 )
a fait à Archangel. Dans l'eſpace de fix femaines
, il a parcouru un trajet de 4000
werftes.
DE VIENNE , le 28 Avril.
Il est sûrement très-faftidieux pour lepublic
impatient d'entendre ſans ceſſe répéter
Fannonce de troupes en marche , de munirions
envoyées , & en même temps d'une
paix certaine. Cependant toutes les nouvelles
ſe réduiſent encore à ce refultat.
Un courier arrivé de Paris a augmenté
les eſpérances du retour de la concorde entre
l'Empereur& la Hollande : cette République
, dit- on , s'eſt déterminée à des propoſitions
qui ont fait dire ici que , dans 15
jours , ce démêlé ſeroit terminé. D'autres ,
moins expéditifs, regardent le terme des négociations
comme plus éloigné.
De nouveaux tranſports de recrues font
partis pour les Pays Bas. Le troifiente bataillon
des régimens de Preiſſ & de Teuchmeiſter
s'eſt mis en marche , & ſe joindra
à Lintz à d'autres corps , qui feront halte
juſqu'après des ordres ultérieurs. 800 Houlans
doivent paſſer par Egra : le corps de
Brentano marche fur trois colonnes; ſavoir,
une de huſſards de 552. hommes, une de 6
compagnies , formant 1332 hommes , & la
troiſieme , également de 6 compagnies ,
faiſant enſemble 3216 foldats. Les Croates
( 35 )
qui devoient s'arrêter à S. Porten ont reçu
ordre de continuer leur route ſans interruption.
Le Cardinal Garampi , Nonce du Pape ,
a eu fon audience de congé , le 9 de ce
mois. En fortant de la chambre d'audience ,
il reçut des mains du Comte de Roſenberg ,
Grand Maître de la Chambre , une Croix
épiſcopale très - précieuſe , enrichie de diamans.
On a publié ces jours derniers une Ordonnance
de S. M. J'Empereur & Rei , en douze articles ,
par laquelle ce Monarque voulant étendre
de plus en plus la liberté à tous ſes ſujets ,
par la fuppreffion générale du droit de ſervitude
dans tous ſes Etats , accordeen outre à toute
perfonne qui voudra paſſer d'une partie de ſes
Etats dans une autre, ſoit dans la Bohême , l'Autriche
, la Gallicie même , les Pays-BasAutri
chiens , la Lombardie, la Toscane , &c. la permiffion
de pouvoir ainſi changer ſon habitation ,
ſans qu'elle puiſſe être aſſujettie à payer , pour la
fortiede fon mobilier aucun droit tel qu'il puiſſe
être , ſous quelque dénomination que ce ſoit. Sa
M. veut qu'en conféquence , toute impofition
juſqu'à préſent perçue à cet égard , à commencerdu
premier Mai prochain , ne puiſſe plus en
aucune façon être exigée , à moins que ce ne
fût pour paſſer dans la Hongrie , la Tranfilvanie
ou quelque état étranger ; dans lequel cas S.
M. a réglé , par ladite Ordonnance , tant la
maniere dont on auroit à payer le droit de retenue
, conformément à la nature & à l'eſpece
du mobilier qu'on voudroit transporter , que la
ſomme qu'on auroit à payer , laquelle dans au-
C4
( 56 )
cun eas ne pourra jamais excéder dix pour cent.
Toutes les autres diſpoſitions ne tendant uniquement
qu'à conferver aux corps municipaux ou
Seigneurs fonciers les privileges & conceffions
qui leur aureient été accordés par rapport à ce
droit , dans les cas auxquels , d'après cette Ordonnance
, il pourroit encore être exigé , qu'enfin
à déterminer la maniere & la proportion ,
d'après leſquelles ( dans ces derniers cas) le droit
en queſtion pourroit être perçu , nous nous dilpenſerons
de les rapporter en détail.
La Nobleſſe Hongroiſe vient de recueillir
généreuſement les enfans de tous ceux qui
ont péri dans les derniers troubles , en ſe
chargeant de leur entretien &de leur éducation.
On parle vaguement du départ d'un
grand Général pour les Pays-Bas , dans le
cas où il feroit néceſſaire d'ouvrir la campagne.
Il en fera probablement de ce voyage
comme de celui de l'Empereur lui-même ,
dont aujourd'hui il n'eſt plus queſtion.
M. de Sonvaigne , après avoir obtenu la permiſion
& le privilege de Sa Majesté Impériale,
eſt dans l'intention d'établir une nouvelle rafinerie
de fucre à Cloſter Neubourg . Conformémenta
au plan qu'il en a remis aux négocians
de cette ville , le contrat d'aſſociation pour cette
nouvelle rafinerie doir durer 25 ans , àcompter
du premier de ce mois , & les fon is néceſſaires
feront fournis par le moyen d'actions de soo &
250 flor. chacune. Pour favoriſer cette entrepriſe
, S. M. a dû accorder , dès le 7 Janvier
dernier au ſieur de Souvaigne la permiffion de
( 57 )
faire venir exempts de tous droits 400 quintaux
de ſucre bruc.
L'excellente qualité des tabacs d'Amersfort
, d'Ukraine , de Sardaigne , devroit en.
courager les Puiſſances tributaires de l'Amérique
pour cette feuille ſi recherchée , à
la cultiver en Europe , ſous les climats qui
lui font favorables. Cette culture réuffit parfaitement
en Hongrie. Deux négocians de
Trieſte ont acheté depuis peu 12 mille
quintaux de tabac à Segedin & à Groniklos ,
à 7 ou 8 florins lequintal.
Le 16 Mai un incendie a détruit dans le
village de Schadendorf 21 maiſons , les
granges& les écuries adjacentes , &un grand
nombre de beſtiaux .
On apprend de conſtantinople qu'Aicloslu-
Mehmed , Pacha , Gouverneur de Bender,
à obtenu le gouvernement de Boſnie."
La grande quantité de neige & la rigueur
du froid ont fait périr en Hongrie preſque
tout le gibier, & un grand nombre de bêtes
à cornes , de chevaux & de moutons manquant
de fourrage.
L'Empereur pour avancer l'affaire du cadaſtre
général des impoſitions dans la Baſſe-
Autriche , a établi ici une commiſſion ſupérieure
, & en a confié la direction au Comte
d'Aversperg & au Conſeiller Holzmeiſter .
La Conſcription militaire s'exécute dans
la Tranſylvanie avec beaucoup d'ordre &
cs
.
( 58 )
decélérité ; on prend ſoin d'envoyer fur le
champ les recrues aux régimens nationaux.
La Gazette de cetre Ville vient de publier la
liſte ſuivante des naiſſances , des morts & des
mariages dans l'Autriche intérieure ou les Provinces
de Stirie de Carinthie & de Carniole
pendant l'année derniere.
Naiſſances dans la Stirie 27,318 , dont 14.106
garçons & 12,212 filles ; dans la Catinthie 8,512,
dont 4,397 garçons & 4,115 filles , & dans la Carniole
17,131 , dont 8,795 garçons & 8,335 filles ;
morts dans la Stirie 24,151 , dont 12,014
hommes , & 12,137 femmes ; dans la Carinthie
8,308 , dant 4,113 hommes & 4,125 femmes ;
&dans la Carniole 14,449 , dont 7,276 hommes
&7,173 femmes ; excédent des naiſſances fur les
morts 6,053. Mariages dans la Stirie 6,745 ,
dans la Carinthie 1,736, &dans la Carniole 3,906.
Toral des mariages 1,238.
-On écrit du comitat de Szeverin , dans la
Croarie, que la femme d'un ouvrier eſt accouchée
à Lama de 4 enfans à la fois qui
ont été baptifés le même jour , & qui ſe
portent bien ainſi que l'accouchée.
Les couriers ſe ſuccédent ici rapidement.
Le it il en eft venu un de Pétersbourg ,
dont les dépêches ont fait aſſembler un
Conſeil extraordinaire .
Ala fin du mois de Mars le montant de la Caiſſe
des pauvres étoit de 21,811 Horins , dont 10,518
ont été répartis parmi les Penſionnaires de la
Caiffe. Le nombre des penſionnés monte actuellement
à 5,545 .
On continue toujours à envoyer des muni(
59)
tions de guerre en Boheme , où l'on établit de
grands magaſins de grains.
DE FRANCFORT , le 3 Mai.
Le public continue à envoyer 30 mille
Ruſſes à Kiow , pour ſe porter au beſoin
vers la Moldavie ou vers la pruffe , &
mille Ruſſes tantôt en Livonie , tantôt ailleurs;
enſorte qu'on peut joindre ces armées
formidables aux 300,000 Tartares qu'on
faiſoit avancer il y a quelque temps , & à ces
légions de Turcs arrivés ſur le Danube. Ces
grands mouvemens amafent la curiofité , &
n'ont juſqu'ici gueres plus de fondement les
unes que les autres.
,
On ne fe reſſouvient pas d'avoir effayé enBaviere
un hiver auſſi long& auffi rude que le dernier.
Le 14 du mois de Mars le thermometre de
Réaumur étoit deſcendu à 21 degrés au-deſſous
du point de congélation. Ce froid , de 4 degrés
plus rigoureux que celui qui s'eſt fait ſentir Tannée
derniere , étoit accompagné d'un brouillard
noir & épais dont l'odeur étoit inſupportable
, & qui ne ſe diſſipa qu'à dix heures du
matin. Juſqu'à cette époque le froid n'avoit pas
dépaſſé 14degrés ; depuis il a varié. Le 26 Mars,
le thermometre étoit à 11 degrés & demie audeffous
de la glace; aujourd'hui à ſept heures
du matin , il n'en marquoit plus ques , malgré
cette afcenfion , il ne paroît pas qu'on touche e1-
core au moment du dégel. La campagne eft co
verte de dix pieds de neige ; depuis trois jours il
en eſt tombédeux pieds , & il ne ceffe pas d'en
c6
( 60 )
tomber encore. La mifere des habitans de la campagne
efl extrême ; les chemins impraticables
&dangereux leur ôtent la facilité d'approviſionner
la ville , qui ſouffre de la rareté & de l'exceſſive
cherté des denrées de toute eſpece. On a
de la peine á ſe procurer pour 12 flor, une meſure
de bois , qui ſe vend communéments flor. Indépendamment
des enſemencemens qui ſe font au
Printemps , & auxquels il faut renoncer on
crant beaucoup pour les grains déjà enſemencés..
Le gibier a preſque tout péri , quelque foin qu'on
ait pris pour le nourrir & lui procurer des abris .
Au milieu de toutes ces calamités , la fonte des.
neiges , particulièrement de celles dont les montagnes
du Tyrol font chargées , & qui ſe jettent
dans le Danube & I'Iſer , fait redouter des inondations.
,
Ily a quelques années que le nommé Friderich.
Meyer , eſt décédé à Hauweiller ,
dans le Comté de Bitche , à l'âge de 97 ans .
Il avoit en mourant 240 enfans , petitsenfans
, & arriere - petits enfans : il s'étoit
marié en fecondes noces à l'âge de 75 ans .
Cethomme mérite d'ailleurs d'être connu
coname fondateur du village de Hauweiller ,
qù il a établi ſa nombreuſe famille , & où
il a détriché une grande quantité de terres
incultes. Il ajoui juſqu'à ſa mort d'une ſanté
robuste.
L'Ex-Jéſuite Weinhart, ci - devant Profeffeur
en Mathématiques à Inſpruck , vient de
préſenter une requête ces jours derniers au
Gouvernement du pays. Ildemandoit qu'en
vertu d'un décret d'expectance , à expédier
( 61 )
de ſon vivant , il lui fût permis après fa
mort de ſe faire enterrer dans la terre ſépulcrale
qui couvre les cendres des Jéſuites ,
ſes confreres , & non parmi les Prêtres féculiers
& autres prophanes de ce monde. La
réponſe que lui a fait le Gouvernement cadre
parfaitement avec la fingularité de cetre demande
: elle porte , « que l'expédition préa-
>> lable d'un pareil décret d'expectance étant
>> inuſitée & fans exemple , le ſuppliant aura
>> à comparoître dansle tems que ledit décret
>> pourra être mis à exécution » . C'est -à-dire
après ſa mort.
UneGazette Allemandede Commerce s'exprimede
la maniere ſuivante au ſujet de l'In duſtrie &
duCommerce d'Elberfeld & de Barmen , dans le
Duché de Berg . On y compte 100 blanchiſſeries
qui occupent 700 ouvriers. Chaque blanchiſſerie
confomme environ 40 quintaux de potaſſe , qui eft
tirée en grande partie de l'Empire & auffi de la
Hongrie. La Marche fournit à ces blanchifferies
environ 80,coo primes de charbons de terre . Les
métiers des Tiſſerans de toile & de rubans ſont au
nombre de 2,500 . Chaque métier gagne par an
environ 250 à 300 rixdalers. Les rubans de fil font
envoyés en France , dans la Hollande , dans l'Empire
, &c. Les Manufactures de fil blanc en fourniffent
paran 6,000 quintaux , qui paſſent dans le
Brabant , en France , en Angleterre , dans la Hollande
& dans l'Empire. Les métiers pour la fabri- '
cation des ſiamoiſes font au nombre de 3,500 ,
qui fourniſſent par an 49,000 pieces. Cette marchandiſe
eſt envoyée dans l'Empire , la Hollande ,
&c. Les métiers pour la fabrication des couverturesde
lit de plume ſont au nombre de 180 ; on
( 62 )
en fabrique par an environ 39,200 couvertures ,
dont la plupart font exportées dans l'Empire &la
Hollande. Depuis quelques années , on a auſſi
établi à Elberfel ides Manufactures de foierie &
mi- foierie , & de dentelles.Ces nouveaux établiſ
femens,qui ne font pas encore portés au point
où ils doivent l'être , promettent par la ſuite les
plus grands ſuccès.
Une lettre de Hongrie, du 2 Avril , annonce
de grands mouvemens parmi les
Régimens des Croates , & que les lesVolontaires
Croates & Vallaques ſe ſont mis en
marche.
Deux Régimens de Cavalerie en garnifon
dans la Pologne Autrichienne, ont, dit on ,
reçu l'ordre de ſe rendre dans la Moravie ,
où ils doivent arriver vers la fin d'Avril.
On vient de publier à Berlin le Mémoire in
téreſſant que le Baron de Herzberg , Miniftre
d'Etat , a lu dans la derniere aſſemblée de l'Académie
, concernant la population des états en général
, & celle des états Pruſſiens en particulier.
La population actuelle des Etats du Roi eſt portée
dans ce Mémoire à fix millions d'ames , dont on
compte deux millions pour les Provinces de Silefie
, de Pruffe orientale & d'Oſtfrife. Les anciens
Etats de la domination Prufienne contenoient
avant l'avénement au trône de Sa Majeſté
2,240,000 ames , & aujourd'hui Ns renferment
quatre millions. Cette augmentation confilérable
d'bommes eſt due aux ſoins paternels du Roi ,
qui ne nég'ige aucun moyen d'encourager l'agriculture
, les fabriques , le commerce , τι
général toutes les branches quelconques dinduſtrie.
Les bienfaits que S. M. a accordés de
( 63 )
puis le 1 Juin 1784 pour les améliorations de
diverſes Provinces ſont montés à la ſomme de
2,236,116 rixdalers .
LeMein& la riviere de Kinzig ſont débordés
; les champs & les jardins des envis
ronsdeMayence font inondés ,& le paſſage
des couriers & des voitures publiques eſt
arrêté. S'il ne tombe pas d'eau , il y a lieu
d'eſpérer que le débordement ne s'étendra
pas plus loin , & que ces rivieres rentreront
inceſſammentdans leurs lits.
On annonce comme certaine la mort du
Duc regnant de Mecklenbourg Schwerin ,
âgé de 63 ans. Ce Prince ne laiſſe point
d'enfans ,& fon neveu lui fuccédera.
Ce qui fait préſumer que les nouvelles
propoſitions des Hollandois n'ont point
fait un grand effet à Vienne , c'eſt que l'itinéraire
des troupes impériales qui doivent
encore ſe rendre aux Pays-Bas , eſt déjà réglé
dans la Baviere. Un corps de fix mille
hommes doit traverſer inceffamment cet
Etat. On a auffi envoyé ordre aux chaffeurs
Tirolois , qui font à Inſpruck , de fe
tenir prêts à marcher.
23
ITALI Ε.
DE LIVOURNE , le 20 Avril.
Oneſt informé par les lettres de Veniſe ,
que le Gouvernement de cette République
a expédié au Chevalier Emo , maintenant à
( 64 )
Malte , des ordres preſſans dont on ignore
le contenu. Il eſt néanmoins très certain que
ceGénéral eſcortera l'eſcadre napolitaine qui
conduira ici Leurs Majeſtés Siciliennes.Ainfi
outre le plaifir de jouir de la préſence de
ces Souverains nous aurons encore
celui de voir dans notre port une eſcadre
nombreuſe compoſée de vaiſſeaux de diverſes
Nations , qui accompagneront leurs
Majeſtés pendant tout le tems de leurvoyage
maritime.
,
Des lettres de Trente aſſurent poſitivement
que le Capitaine provincial de cette
Ville a reçu ordre de préparer des logemens
pour le paſſage de vingt mille hommes de
troupes autrichiennes , deſtinées pour
P'Italie.
DE BOLOGNE , le 16 Avril.
L'affaire du Marquis Davia , qui a fait une
ſigrande ſenſation en Italie , eſt enfin terminee.
On fait qu'il s'étoit évadé des priſons de
l'Inquifition . Au grand étonnement de tout
le monde , ce Tribunal a ſévi beaucoup
plus contre fon propre chefque contre l'accufé.
Par la Sentence , l'Inquifiteur actuel a été
déposé. On ne fauroit lui refuſer quelque
pitié, vu ſon âge de 93 ans. Il eſt réduit à
couler le reſte de ſes jours dans un Couvent,
avec une chétive penſion de ſoixante écus.
Le R. P. Tommaſo Panni a été élu Inquiſiteur
à la place de ce dernier. Il eſt arrivé ici
:
( 65 )
le 15 du mois paffé : les habitansde la Ville
ont été à ſa rencontre à la diſtance de trois
milles ; il eſt allé deſcendre au Sant- Office
où il a pris auſſi tôt poſſeſſion de ſa nouvelle
dignité. Le Vicaire Luigi Ceruti , accuſé
d'avoir participé au complot de l'évafion
, a triomphé des calomnies de ſes ennemis.
On a reconnu que le Frere laïque
Pietro-Paolo Belli Mareliſgiano étoit la
perſonne la plus coupable. Des motifs d'intérêt
l'avoient déterminé à favorifer la fuite
du Marquis Davia , & il a été condamné à
la perte de fon emploi à l'Inquifition. Le
Marquis Davia eſt revenu ici le 6 de ce mois.
Il a été accueilli avec des tranſports de joie
par toute la Nobleffe. S. S. ayant chargé
notre Archevêque d'arranger cette affaire ,
le pere du Marquis Davia préſenta ſon fils à
S. E. , qui le reçut avec affabilité. Elle lui
enjoignit néanmoins de ſe rendre au Couvent
des PP. Carmélites. On a tout lieu
de préſumer que ſa détention ne ſera pas
de longue durée. Elle eſt uniquement la
fuite des égards qui font dûs à la fuprême
Congrégation de Rome. "
DE NAPLES , le 17 Avril.
Leurs Majeſtés ſe rendent preſque tous les
jours de Portici en cette Ville. Elles s'occupent
ſans ceffede nouvelles diſpoſitions non--
ſeulement relatives à leur prochain voyage ,
( 66 )
A
maisque leur abſence de cette Capitale rend
auſſi extrêmement néceſſaires. Lenombrede
préſensquelaReine ſe propoſe de faire eft fi
conſidérable, que les tabatieres, pendules&
autres bijoux , ſe montent ſeuls à la ſomme
de cent mille ducas. Le Roi montre la plus
grande fatisfaction d'aller à Piſe , pour y
voir le ſpectacleappellé il Giuoco bel Ponte ;
Sa Majeſté en parle très ſouvent, & elle invite
beaucoup de perſonnes de ſa Cour à fe
rendre auſſi dans laCapitale du Pifan pour
yjouir de ce ſpectacle. On aſſure même
déja que le Roi s'eſt déclaré pour le parti
portant le nom di S. Antonio , dont il pren
dra ladeviſe. Il a ordonné qu'on le partir
dans peu de jours , fos chevaux barbes qui
doivent courir au jeu del Ponte, Ceux des
autres Seigneurs , & particuliéremcat de
Dom Diomède Caraffa , ſuivront la même
route.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Avril.
On voit ici les deux premiers volumes
d'un ouvrage intitulé Theatro Espagnol , rédigé
par D. Vicente Garcia de la Huerta.
C'eſt une collestion des meilleures pieces
de la nation en tout genre. Elle fera compoſée
de cinq parties. Dans la premiere qui
fera de 4 volumes , on trouvera les Comédiens
à caractere , ou le haut comique Ef(
67 )
pagnol appellé de Figuron. Dans la ſeconde
qui ſera de 8 volumes , les Comédiens d'intrigues
que les Eſpagnols appellent de Capa
y Espada. Dans la troiſieme compoſée de
4 volumes , les Comédiens Héroïques. Dans
laquatrieme des Tragédies anciennes&modernes.
Dans la cinquieme enfin , des Loas
&des Intremedes ( Entremeſes ) choiſis parmi
la quantité innombrable qu'en ont les
Eſpagnols. La collection ſera terminée par
un catalogue univerſel de toutes les Pieces
de théa re que les Eſpagnes ont écrites.
fe-
La Société Economique de Valence a offert un
prix de 3000 réaux de vellon à celui qui recueillera,
dans la préſente année , la plus grande
quantitéde ſoie de ſeconde récolte , c'est-à-dire
de foie produite pardes vers élevés avec la
conde feuille de mûrier blanc ou noir. Les procédés
devront être atteſtés pas le Juge & le Curé
du lieu. Dans cette atteſtation , on devra rap
porter le poids de la graine qu'on a fait éclorre,
le jour où l'on a commencé l'éducation des vers
celui où le ver a commencé à monter, en un mot
toutes les époques de ſon éducation , la quantité
de cocons qu'on a recueilli , la quantité &
la qualité de la ſoie qu'ils ont produit ; enfin
ladépenſede feuilles de murier. On obſervera fi
ce ſecond dépouillement ne fait pas de tort aux
arbres ; & s'il en a fait , on calculera cette perte
avec le plus grand bénéfice qui réſulte de cette
ſeconde récolte de ſoie. Les Mémoires ſe remettront
dans le courant du mois de Novembre prochainentre
les mains du Baron de Trigneſtani ,
Secretaire de la Société.
( 68 )
1
1
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 1 Mai.
۱
La ſeſſion s'avance , &juſqu'ici , le Parlement
ne s'eſt preſque occupé que d'opérations
préparatoires. L'affaire d'Irlan le, l'é
tatdes Finances , l'amélioration des pêcheries;
&c. reſtent encore en arriere : pour
accélérer , M. Pitt a fait la motion de remettre
après la Pentecôte l'examen de pétitions
relatives aux élections conteſtés.
Le 22 Avril , la Chambre des Communes
arrêta que le ſurplus du fonds d'amortiffement
qui monte à700,000 liv. ft. ſeroit appliqué
au ſervice courant de l'année. Le
même jour M. Pitt mit ſur le bureau des
Communes deux états du produit des taxes;
le premier préſente le produit net de toates
les taxes depuis Noël 1783 juſqu'au s Avril
1784 , & depuis Noël 1784 juſqu'au's Avril
1785 ; le fecond préſente le produit pendant
l'année 1784 , des taxes établies par M. Pitt
à laderniere ſeſſion. Ces deux pieces intéreſ
ſantes forment le tableau ſuivant :
ETAT du produit net de toutes les taxes ,
depuis Noël 1783 juſqu'au 5 Avril 1784 , & depuis
Noël 1784 juſqu'au 5 Avril 1785 .
1. 1. d.
Droitsde Douanes.
Total juſqu'au 5 Avril 1784. 419.915 06 .
Total juſqu'au 5 Avril 1785 . 990,209 147
( 69 )
Droits d Excije.
Total juſqu'au 5 Avi 1784. 1,292,220 3 6:
Totaljusqu'au 5 Avril 1785. 1,312,612 6 10.
Droits deTambre.
Total juſqu'au s Avril 1784. 222,421 17 4.
Total jutqu'au 5 Avril 1785 . 320,336 0.
Objets divers.
Total juſqu'au 5 Avril 1784.
Total juſqu'au 5 Avril 1785.
263,419 3 10.
373,097 16 8 .
Total desdroits de Douane
, d'Exciſe , de Timbre &
des objets divers , juſqu'au
5 Avril 1784 • 2,198,006 5 250 • •
Total des droits de Douane,
d'Exciſe , de Timbre &
des objets divers juſqu'au s
Avril 1785 . 3,066,255 18 2.
Fait au Bureau de l'Echiquier , le 15 Avril
1784. Signé JOHN HUGHSON.
ETAT du produit des diverſes taxes établies
par un acte de la derniere ſeſſion du Parlement ,
dans lequel on indique ſéparément le produit de
chaque taxe.
1. f. d.
Année 1784.
Droits ſur la foie & le plomb.
Sur le papier depuis le II
13,415 12 4.
Août P • • • 3,235 12 0.
Sur les chandelles , depuis
)
le premier Août . 46,168 2 6.
Sur les permiffions généralesit,
depuis le 10 Septembre . 42,082 0 0.
11 Août •
15 kv. pour cent depuis le
Droits fur les toiles & étoffes
, depuis le Octobre
Sur les briques &toiles ,de-
• 1,022
• 3,085 0 .
(( 70 ))
puis le 2 Septembre
. Droit additionnel fur les
Fiacres. •
• .. 20,170 3
8.
4,8000
Droit de Timbre additionel
, depuis le ser. Septembre. 113,411
Portde lettres •
0.
43,70000.
Total. 291,109 1065.
M. Pitt ayant fondé furla premiere de ces
deux notes les affertions touchant la poſition
floriflante des finances de l'Angleterre , &
l'eſpoir qu'on avoit d'affecter tous les ans
un & même deux millions à l'extinction des
dettes, fut contredit par M. Eden. Ce dernier
prétendit que le quartier ſur lequel le
Miniſtre avoit établi tous ſes calculs , étoit
de quinze ſemaines au lieu de treize , & que
par conféquent il étoit faux que le revenu
de l'année fût quatre fois le produit de cette
période , ainſi que M. Pitt l'avoit annoncé.
Le Miniſtre repouſſa cette accufation par
des éclairciſſemens qui ne furentpas exempts
de vivacités.
Il eſt certain que M. Fox eut , il y a
Is jours une conférence avec le Roi; mais
ou l'arrangement dont on parloit étoit imaginaire
, ou il eſt encore très peu avancé.
Le Gouverneur & les Directeurs de la
Banque ont arrêté de ſuſpendre juſqu'à l'année
prochaine le rembourſement de deux
millions avancés au Gouvernement : ils
offrent encore pour cette année une avance
dedeux ou trois millions às pour 100.
( 71 )
Il eſt peu probable que le Gouvernement
faffe un emprunt cette année. Pour faire
face aux 2,500,000 liv. ſterl. de ſubſides
extraordinaites votes par le Parlement , le
Miniſtere a les articles ſuivans.
1. १००,०००.
La Compagnie des Indes
doit payer au Gouveinement
en Juillet prochain ......
Emploi du furplus du fonds
d'amortiflement ............ 800,000.
Loterie de so mille billets
à 12 1. 10 f. par billets ..... 625,000.
1. 2,325,000
Le Sloop le Dispatch venant d'Antigues eſt
arrivé dans la Delawave le 26 Janvier , après
ure traverſée de 25 jours. Le Capitaine Horgun
qui le commande , a apporté la nouvelle que ,
quelques jours avant d'apareiller , le Médiator ,
vaiſſeau de guerre anglois , étoit arrivé à An
tigues , que le Capitaine de ce vaiſſeau avoit auffitot
fait la vifite des papiers de tous les bâtimens
mouillés dans ce port , & qu'un ou deux jours
Maprès , un bâtiment américain , dont la mature
avoit été endommagée , étant arrivé à Antigues ,
le Capitaine du Médiator lui avoit ordonné de
venir à poupe , lui avoit défendu de hiſſer ſon
pavillon , & qu'après avoir envoyé ſes Charpentiers
à bord de ce bâtiment pour réparer fa mâture
, il lui avoit ordonné de remettre immédiatement
à la voile.
L'Amiral Campbell qui commande la
flotte deTerre Neuve a pris congé du Roi.
Son efcadre eft composée d'un vaiſleau de
( 72 )
5
so canons , de trois frégares & d'une corvette.
Les expéditions pour la pêche font
encore plus conſidérables que l'année-derniere.
Le Général Haldimand doit s'embarquer
ſur le Saliſbury que montra l'Amiral
Campbell , avec qui il doit examiner
les_fortifications de Terre Neuve , & une
frégate le reconduira à ſon gouvernement
de Quebec.
Le Lord Camarthen a reçu des dépêches de
Madrid qui ſont relatives au différend qui s'eſt
élevé ſur la côte des Moſquites au ſujet de la
coupe dubois de Campêche. La Cour d'Eſpagne
a énoncé des griefs contre les Sujets Anglois établis
dans cette partiede l'Amérique , & elle prétendque
ſuivant les détails authentiques qui lui
ſont parvenus concernant cette affaire, les Anglois
ont été les agreſſeurs , qu'ils ont empiété
fur les limites des Colonies Eſpagnoles , qu'ils
ont exercé des voies de fait contre les Sujets de
S. M. C. & ont manqué de reſped envers ſes
Officiers . Le Lord Camarthen , à la réception des
dépêches qui renfermoient ces détails , s'eſt, diton,
rendu ſur le- champ à Windſor pour les faire
lire au Roi.
Un de nos Papiers adreſſe les queſtions
ſuivantes à toutes les perſonnes intéreſſées
dans les fonds publics.
Les Commiflaires des Douanes ne déclarentils
pas que les réglemens projettés contre l'Irlande
, réduiront tout d'un coup à moitié les
revenus que l'Angleterre retire & fon commerce
avec l'Irlande ?
N'eſt- il pas reconnu que l'opération portée par
la derniere clauſe de la cinquieme réſolution ,
tarira
( 73 )
târira par degré les ſources les plus lucratives
des revenus publics , pour les transférer à l'Irlande?
Le projet d'émigrer en Irlande que nos Manufacturiers
ont témoigné vouloir exécuter ſi les
réſolutions paſſent en Parlement , ne privera-t- il
point immédiatement l'Angleterre des ſommes
immenſes qu'il eſt prouvé que ces Manufacturiers
paient actuellement à l'Excife?
Enfin la facilité & l'encouragement que ces
réſolutions donneront à la contrebande des marchandiſes
de toute eſpece , & en particulier à
celle des marchandiſes des Indes , n'affecterontilspoint
les fonds publics de la maniere la plus
funeſte?
L'appel de M. Wedgwood à tous les propriétaires
de biens-fonds , dans le dernier rapport
des tranſactions de la Chambre générale de Manufacturiers
(dit un de nos Papiers) mérite l'attention
la plus ſérieuſe de toutes les perſonnes
qui ontdes biens-fonds dans ce Royaume. -
La valeur des terres dépend évidemment du prix
des denrées, & le prix de ces denrées du nombre
d'habitans. Si donc l'Angleterre , en conféquence
de ſon ſyſtême de commerce avec l'Irlande
, perd trois à quatre cent mille Manufacturiers
; la population étant diminuée , les
terres perdront de leur valeur dans les dix
premieres années , au moins l'uſufruit de dix
Ce n'eſt donc pas les ſeuls habitans de
Mancheſter , de Bristol , de Liverpool , &c. qui
reſſentiront les conféquences fatales du nouveau
ſyſtême : l'effet en ſera auſſi général que pernicieux.
Enfin il n'y aura point de pauvre rentier
dans 1 Royaume qui ne faſſe des pertes &
qui ne trouve ſes revenus diminués par cette
meſure abfurde & maladroite.
ans. -
N°. 20 , 14 Mai 1785.
d
( 74)
On apprend de Dublin que la manufacture
de Potafle établie dans cette ville eft
à un tel point de perfection que la potaſſe
qu'elle produit eſt eſtimée preſque aufli
bonne que celle d'Amérique. Cet objet eſt
de grande conféquence pour les manufactures
de toile.
L'abondance du poiſſon a été fi grande
dans les environs de la Baye de Dublin
que la ſemaine derniere un bateau pêcheur
qui étoit au large près du Kish pêcha 400
cabillisux d'un coup de filet.
Jeudi dernier le Chancelier de l'Echiquier a
eu une conférence avec les principaux Commerçans
en cuirs , dans laquelle ils lui ont expoſé
que , en conséquence d'un acte du Parlement
paffé en 1780 , l'Angleterre avoit exporte d'Ir--
lande dans cette année pour 2,500 liv. fterl . de
evirs ; en 1781 pour la ſomme de 12,000 ; l'année
ſuivante l'exportation monta juſqu'à 17,90०
liv.; mais en 1782 ( les Marchés ayant regorgé
de cette marchandiſe ) l'exportation tomba à
8,000 liv.; l'année derniere cependant les exportations
font montées rapidement à la ſommede
48,000 liv.
Ce qu'il y a de bien extraordinaire , c'eſt que
pendant que l'on faiſoit les recherches relatives
à cette branche de commerce , les Marchands
Anglois avouerent qu'ils ignoroient abſolument
l'exiſtence de cet acte du Parlement au inchen
duquel l'Irlande a accumulé des ſommes auſſi
conſidérables. Ils avoient à la vérité éprouvé des
revers dans leur commerce , mais ils en ignoroient
la caute , juſqu'au moment où elle fut divulguée
par les ſoins de la Chambre générale des
Manufactures.
( 75 )
Le diſcoursde M. Pitt ſur l'état des finances
, va devenir le ſujet de débats très-curieux
& très-inſtructifs . M. Fox ne s'eft pas ,
dit il , laifé éblouir par le tableauflatteurque
le Miniſtre a fait de la proſpérité de l'Etat ; il
veut des preuves , & en conféquence il annonça
le 26 Avril à la Chambre des Communes,
qu'il feroit ir ceſſamment une motion
pour que l'on mit ſur le bureau tous
les papiers qui pourroient éclairer la Chambre
fur la véritable poſitiondes finances de l'Etar,
&lui faire connoître le degré de probabilité
qu'il y avoit de diminuer la dette nationale.
M. Pitt ne s'oppoſa point à cette propoſition,
& il affura qu'il démontreroit quand on le
voudroit , que tout ce qu'il avoit dit étoit
parfaitement fondé.
Le 26 Avril le Conſeil de Guerre nomme
pour juger le Général Roff a conſenti , en s'ajournant
, à recevoir l'avis des douze Juges de
Ang'eterre fur la queſtion ſuivante : « Si le Gé
néral Roff , comme Officier à demi-paie , étoit
dans le cas d'être traduit au Tribunal d'un Conſeil
de Guerre ». Les Juges déciderent d'une
voix unanime que , comme Officier à demi-paie,
ce Général ne devoit pas être ſoumis à la Loi
martiale. Leur réponſe porta fur deux points , &
le principe ſur lequel ils appuyerent leur ſentinaent
dans l'un& l'autre cas fut , que le pouvoir
atribué au Général Roff, comme Officier Gé
néral , & le traitement dont iljouiſſoit , comme
Officier á demi paie , ôtoient au Conſeil de
Guerre tout droit de le juger militairement. En
conféquence , ce Général a été relevé de fon
d2
( 76 )
arrêt , & le Conſeil de Guerre s'eſt ſéparé..."
Les Anglois ne ſauroient affez apprécier tonte
Pimportance dont eſt pour eux la décision que
les Juges ont donnée dans cette affaire. En effet ,
s'ils euſſent prononcé que des hommes licenciés
de l'armée à demi- paie devoient être tenus de
comparoître à volonté , ou bien qu'ils étoient
dans le cas d'être jugés militairement.-Sils
avoient décidé que la demi-paie accordée à ces
bommes étoit une récompenſe pour leurs ſervices
paffés , mais auſſi un engagement pour l'avenir ,
il eſt indubitable que la Couronne ſe ſeroit
trouvée inveſtie du pouvoir d'avoir conſtamment
ſur pied une armée qui ne peut être levée ſans la
permiffion du Parlement.
Le Roi a nommé M. Thomas Warton ,
Poëte Lauréat , à la place de feu M. William
Witehead. Deux perſonnes briguoient cette
place ; M. Potter , le Traducteur d'Efchyle ,
&M. Warton : on aſſure que la recommandation
du Roi aaſſuré la place à ce dernier;
ſon traitement eſt de 100 liv . ſt . par
an , avec une piece de vin de Canarie , que
l'on paie en argent 60 liv. ft. M. Warton
eft connu dans la Littérature pour un Sar
vant du premier ordre , &un Grammairien
excellent ; on lui doit une Hiſtoire très - curieuſe
de la Poéſie angloiſe. Cette place ridicule
de Poëte de la Cour date du regne
d'Elifabeth. Spenſer l'occupa le premier , &
mourut en 1598 , quatre ans avant laReine,
Samuel Daniel & Ben Johnson lui fuccéde
rent : ce dernier réſigna en faveur de Sir
William Davenant, qui , après trente deux
( 77 )
ans d'exercice , laiſſa ſa dignité lyrique à
Dryden. Ce Poëte célebre fut détrôné à la
révolution , & on le remplaça par un nommé
Shadwell , qu'il a tourne en ridicule dans
une de ſesSatyres. Vinrent enſuite Eufden &
Colley Cibber , Poëte dramatique , à qui
avoit fuccédé M. William Witehead.
Les deux Corſaires Lucke Ryan & Mercator ,
connus par les déprédations qu'ils ont commifes
pendant la guerre derniere , au grand préjudice
du commerce dans le canal St. Georges , avoient
été condamnés rigoureuſemont par le Tribunal
duOld Bailey. Après que l'on eut obtenu leut
élargiffement par une puiſſante entremiſe , ils
retournerent à Dunkerque. Arrivés dans cette
Ville , ils apprirent que la maiſon dans laquelle
ils avoient déposé environ cent mille livres fter.
ling de leurs richeſſes mal acquiſes , avoit failli .
Ce revers les réduifit à l'indigence. Mercator
s'embarqua pour les Ifles en qualité de ſecond
fur un Bâtiment , & péritdans un ouragan à la
hauteur du Cap François.Ryan eft actuellement
garçon dans une Auberge à Oftende , cù dans
Thumilité de cette ſituation , il ſe comporte
très fagement.
2
Nous ne garantiſſons point la vérité de ce
récit qui ſe trouve dans tous les Papiers Anglois.
On cite ici le jeune Marquis de Tirchfield,
fils du Duc de Portland , comme exrêmement
ſavant dans la langue grecque.
Ses talens donnent les plus grandes eſpérances.
Il afait ſes études ſous M. Goodenouch ,
&de ſes mains il a paſſé à l'Ecole de Weſtminſter
, où on avoua qu'on ne pouvoit lui
donner aucun Auteur claſſique qu'il ne con-
1
( 78 )
nût déja. Dans ce moment ci il eſt àl'Univerſité
d'Oxford.
Le Chevalier Joſeph Banks , Préſident de
la Société Royale , a donné le 16 Avril ,
dans ſa maiſon de Soho Square , des Converfazioni
à pluſieurs Membres de la Société
, aux Ambaſſadeurs étrangers & aux Savans.
L'aſſemblée ſe tint dans ſa grande Bibliotheque
, qui communiquoit à d'autres
falles. Les uns y tenoient des conférences ,
d'autres examinoient des livres & des curiofités
, &c. L'aſſemblée commença à ſept
heures , & finit à dix, On dit qu'elle aura
lieu tous les Samedis pendant certains moi
de l'année.
Cet uſage eſt très à la mode en Italie
parmi les Savans & les Gens de qualité. Le
Chevalier Banks l'aura introduit le premier
en Angleterre. Ces affemblées ayant pour
but l'encouragement des Sciences , peuvent
avoir une certaine ut lite , ſur-tout fi les
autres claſſes des Citoyens cherchent à les
imiter; le tenis paſſé dans ces aſyles feroit
autant de pris ſur les vices & fur la diffipation.
L'eſpace nous ayant manqué l'ordinaire
dernier pour donner en entier les débats
qui ont eu lieu au ſujet de la réforme pa
Jementaire; nous allons reprendre ici les dif
cours de M. Henri Dundas & de M. Burke.
M. Dundas dit qu'il étoit fâché de voir mêler
au débat tant de diſcuſſions étrangeres , qui
non-ſeulement avoient détourné de l'attention
( 79 )
:
Ja Chambre , mais avoient encore tendu à aliéner
les partiſans de la motion les uns des autres. II fe
déclara le partiſan des propoſitions de ſon honorable
ami ( M. Pitt ) , & il repréſenta à la
Chambre qu'elle ne devoit point enviſager fa
déclaration comme inconféquente , parce qu'il
avoit toujours regardé un plan de réforme comme
utile & néceſſaire ; ne s'étant jamais oppoſé quà
des projets trop généraux & peu détaillés , an
moyen deſquels la Chambre couroit le rifque
de reſſembler à une boutique de projets. Il dit
que la Chambre devroit tenir un Comité de
confultation ſur les vices de la conflitution. C'est
contre ces projets obfcurs , dit M. Dundas , que
je me ſuis toujours déchaîné ; non contre le projet
actuel qui forme un bill complet; qui travaille
à une réforme non-feulement immédiate , mais
conſtante dans la repréſentation , & qui guérit
les vices radicaux de cet édifice. Je répéterai ici
combienje ſuis fâché que l'on ait introduit dans le
débat des diſcuſſions auffi éloignées du ſujet ,
que la guerre de Amérique. Cette guerre étoit
la guerre du peuple ; & dans cette occafion
cene fut point la conſtitution du Parlement qui y
donna licu , mais le ſentiment général de la nation
qui le témoigna au moyen de ſes Repréſentans.
Ce n'eſt point Mylord North qui a été
l'auteur de la guerre. Il n'a fait que remplir les
defirs de la nation , & , à mon avis , s'il eſt blamable
en quelque chote , c'eſt d'avoir inis de
la lenteur à les fatisfaire .
M. Burke parla contre la motion. Il fit particulièrement
alluſion à la conduite d'un très-
Révérend Membre ( M. Wyvil ). Il critiqua la
variété & l'étendue de la correſpondance , qui
n'étoit point ſeulement bornée au Chancelier de
l'Echiquier , & aux Volontaires de l'Irlande; mais
d4
(80 )
qui s'étendoit au Lord Shelburne & à M. Macgrugar
, dont les noms étoient laiffés à la pofzérité
avec pluſieurs autres auſſi célebres dans les
écrits de ceThéologien Réformateur. Aprè savoir
lû quelques Extraits de cette correſpondance ,
M. Burke obſerva que M. Pitt , précédemment ,
avoit ſoumis à la Chambre deux plans , qui
tous deux étoient la perfection même , & qu'il
en préſentoit aujourd'hui un troiſieme encore
plus parfait qu'aucun des précédens. J'avoue ,
dit-il , que ce plan a en lui-même beaucoup plus
de palliatifs que ſes deux freres , puiſque ſon
effet ne doit affecter aucun des Membres du
Parlement actuel ; en cela , je ne ſaurois affez
admirer l'adreſſe de M. Pitt , qui a ſu rendre
ainſi ſon plan agréable à tous les Partis. Quant
à moi , je confidere ſa motion totale comme
une pure illuſion , un ignis fatuus , fait pour
égarer & pour abuſer ceux qui en feront uſage , &
jinſiſterai toujours ſur ce que ce Miniſtre a abandonné
le principe ſur lequel il avoit originairement
formé la queſtion,
M. Burke parla enſuite du plan qu'un noble
Duc avoit fait circuler ; plan fondé ſur une théorie
à la fois la plus belle & la plus impraticable
que l'on pût imaginer. Le Chancelier de
l'Echiquier, dit M. Burke , a avancé comme
un argument en faveur de ſon ſyſtême que fon
plan devoit être complet & définitif. Commenta-
t - il pu faire cette propoſition avec vérité ?
Eft-il certain que , lorſque ſon plan ſera établi
, ſon noble Collegue ne ſe préſentera pas
auſſi avec ſon plan ? Eſt- 1 bien sûr qu'il n'infiſtera
pas comme homme & comme Miniſtre
pour qu'on l'établiſſe auffi ?
:
L'argument de M. Pitt , il faut en convenir ,
eft curieux. C'eſt précisément comme s'il dis
( 81 )
1
ſoit : « De deux maux , choiiſſez le moindre , &
je vous promets , lorſque vous m'aurez per .
>> mis d'enlever les parties de votre ameuble-
>> ment , que je pourrai convoiter , je vous
>> promets , dis-je , de fermer la porte , & d'empêcher
d'entrer le Duc de Richmond ou la
> canaille qui voudroit emporter ce qui reſte » .
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 15 Février.
Un anonyme a propoſé dans les Papiers publics
de donner à cette nouvelle ville le nom de
Columbia Si les idées de juſtice & d'équité qui
regnent aujourd'hui , dit il , avoient eu la même
influence dans le quinzieme fiecle . notre Continent,
au lieu de porter le nom d'Amérique ,
auroit été connu par celui de Colombia , en l'honneur
de l'homme courageux qui l'a découvert ;
mais dans cet âge d'IGNORANCE & de cruauté ,
Améric Vespuce , Négociant de Fiorence , eut
l'art de faire porter ſon nom à la moitié du globe ,
tandis que l'immortel Colomb fut traité comme
un traitre & conduit en Europe chargé de fers.
Notre Empire naiſſant , continue l'anonyme ,
ayant été établi d'une maniere quifait honneur.
à l'humanité , & qui a de l'affinité avec les grandes
e repriſes de Colomb , nous croyons que l'on
devroit donner lenom de ce célebre voyageur à la
ville fédérale que l'on va bâtir. C'est lui qui a
découvert le Nouveau Monde , & c'eſt à lui que
nous devons par conféquent la retraite où nous
nous ſommes mis à l'abri de la tyrannie eccléfiaſtique
& civile , & où la liberté a pu s'élever
untemple qui ne ſera jamais détruit. Cette belle
idée a fait la plus grande ſenſation , & il paroît
que toutes les voix ſe réuniſſent pour qu'elle foit
adoptée.
ds
:
82 )
Le Congrès a actuellement ſous les yeux des
remontrances ſérieuſes du Gouvernement d'Erpagne
relativement à la navigation de Miſſiſlipi .
Les Eſpagnols veulent interdire ce fleuve aux habitans
des Etats Unis , quoique la navigation leur
en ſoit aſſurée par le traité avec l'Angleterre, Les
Eſpagnols menacent même de confiſquer les
bâtimens américains qu'ils trouveront ſur ce
fleuve. Ce procédé des Eſpagnols n'eſt point
Ie ſeul dont les Américains ſe plaignent. Ils
accufent les Gouverneurs de la Floride d'encourager
les Indiens du Keutucky â s'armer contre
les Sujets des Etats-Unis , & ils ſont perfuadés
que tous les actes de cruauté que commettent ces
Sauvages font l'ouvrage de leurs veiſins.
La Province de Vermont a choiſi des Délégués
pour la repréſenter dans le Congrès ,
cequi fait préſumer que cette Province va
être admiſe dans la confédération.
On a exporté de Boſton dans le mois de
Décembre dernier , deux cents barils de dollars
; il en eſt de même dans tous les ports
des Etats Unis, d'où l'on exporte conſidérablement
d'eſpeces. Ce fait prouve que la
balance du commerce n'est pas encore en
faveur de l'Amérique , & ne le ſera pas de
très-long- tems.
Les Loyaliſtes qui ſe ſont réfugiés dans
l'iſle d'Abacco , l'une des Bahama , ont déja
rendu cette ifle très fertile ; elle produit actuellement
du ſucre , du coton & de l'indigo,
& il paroît que dans quelques années fon
commerce ſera conſidérable.
La légiſlation de New-Yorck eſt ſur le
point de paſſer un bill pour l'abolition de
( 83 )
l'esclavage , il ſe trouve peu d'elclaves dans
cette colonie..
L'aſſemblée générale du Continent a paſſé un
ate, par lequel cet Etat confere au Marquis de la
Fayette & à fon fils George Washington-la-
Fayette , tous les privileges & toutes les immunitésdont
jouiſſent les Citoyens de cer Etat.
LaVirginie fait ſcuplter deux buſtes du Marquis
de la Fayette ; elle en fera remettre un de
ſa part à la ville de Paris , & l'autre fera placé
dans l'endroit où la Législature ſedéterminera à
faire placer la ſtatue duGénéral Washington.
L'Etat de Penſylvanie a fait don à la Société
Philofophique , d'un terrein ſur lequel
cette Compagnie ſavante fera élever un bâtiment
qui renfermera une ſalle d'aſſemblée ,
une bibliotheque , un obfervatoire , & un logement
pour fon Secretaire.
On écrit de Rohoboth que le 18 Décembre
1784 , William Dréger eſt mort à l'âge
de cent ans. Il a vu les enfans de ſes enfans
juſqu'à la quatrieme génération, ſe multiplier
au nombre de 179 , dont 149 font encore
vivans. Ce reſpectable vieillard eſt'né
en Angleterre ; mais il habitoit l'Amérique
depuis 80 ans.
L'Etat de New-yorck a paſſé le 19 Novembre
dernier un acte en ſupplément de
celui des impoſitions .
Le premier article ordonne que tous les étrangers
(les Anglois exceptés ) ne paieront ſur le
rum , eaux-de- vie , &c. qu'ils importeront dans
cet Etat , que les mêmes droits que ceux payés
parlesCitoyens.
d
( 84 )
Le ſecond que toutes les marchandiſes impor
tées dans des vaiſſeaux anglois feront ſujettes à
un droit double de celui qui ſeroit payé fi elles
euſſent été apportées dans des bâtimens de toute
autre nation .
Le troiſieme , que l'étain & tous les meubles
de cuiſine ,&c. feront foumis à un droit de cinq
pour cent, mais qui fera porté à dix , lorſque le
tranſport en aura été fait dans des vaiſſeaux anglois.
L'honorable John Adams , Ecuyer , a été
nommé par le Congrés, Miniſtre plénipotentiaire
à la cour de Londres , & William
Smith , Ecuyer , Secrétaire de la légation .
L'Etat de Géorgie a ordonné que l'on paſſera
ane loi pour marquer les limites d'une étendue
de pays ſituée dans cer Etat & ſur la riviere du
Miffifii, lequel détroit ſera formé en un nouveau
Comté , appellé Bourbon.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Mai.
Le Marquis de Meſnard , le Comte de
Saint Aftier & le Vicomte de Chevigné , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préſentés au Roi , ont eu , le 29 du mois
dernier , celui de monter dans les voitures
de Sa Majefté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le ſieur Lamy , Libraire , a auffi eu l'honneur
de préſenter au Roi & à la Famille
Royale la 27e. livraiſon du Voyage pittoresque
de la France, & la 45e. de celui de la
Suiffe , ouvrages que Leurs Majeſtés & la
:
( 85 )
Famille Royale ont honoré de leurs foufcriptions.
Le Roi a nommé à l'Abbaye d'Elan , ordre
de Citeaux , dioceſe de Reims , l'Abbé
de Damas , Vicaire général de Nevers ; à
celle de Quimperlé, ordre de Saint Benoît ,
dioceſe de Quimper , l'Abbé d'Avaux , Inftituteur
des Enfans de France ; & à celle
d'Eaunes , Ordre de Citeaux , dioceſe de
Toulouſe , l'Abbé de Cambon , Vicaire général
du même dioceſe.
Les Etats d'Artois furent admis , le premier
de ce mois , à l'audience du Roi ; ils
furent préſentés à Sa Majesté par le Maréchal
de Ségur , Miniſtre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de l'Artois , & par le
Maréchal Duc de Lévis , Gouverneur général
de la province. La Députation , conduite
à l'audience par les ſieurs de Nantouillet
, Maîtres des Cérémonies , & par le ſieur
de Watronville , Aide des Cérémonies , étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Abbé de
Fabry, Chanoine &Vicaire général de Saint-
Omer , qui porta la parole ; pour la Nobleſſe
, du Comte de Cunchy de Fleury; &
pour le Tiers Etat, du fieur Duqueſnoy ,
Ecuyer , Avocat & ancien Echevin de la ville
d'Arras.
DE PARIS , le 12 Mai.
Le leger ſouffle du vent du Sud & du
Sud-Eft qui ſe fit fentir un jour ou deux ,
( 86 )
conduifit dans les ports de Bordeaux & de
Nantes , &c. plus de 40 navires ; la plupart
louvoyoent depuis deux mois ſur nos atterrages
& mouroient de faim. Aufli les bâtimens
ſortis de Nantes chargés de vivres
& de rafraichiſſemens leur ont été d'un
grand ſecours.
On lit dans les Affiches de Nantes le
certificat ſuivant.
Je ſouſſigné Commandant le Navire le Tage ,
>> de Nantes , venant de Lisbonne , après 56 jours
>> de traverſée , déclare que , manquant abfolu-
> ment de vivres , & à la veille de mourir de faim ,
> me trouvant à47 degrés de latitude,& 19degrés
> de longitude au Méridien de Paris , j'ai eu le
bonheurde rencontrer à la mer, le 8 Avril 1785 ,
le Navire nommé la Branche d'Olive , ( Olie-
Blanch ) Américain , commandé par le ſieur
>> Joseph Lenord , allant d'Amſterdam à Charles-
Town , dans la Caroline du Sud ; que j'ai
>> reçu de ce Capitaine tous les ſecours imagina-
> bles en pain , boeuf, volaille , vin , beure, pois,
>> patates, eau, & autres rafraichiſſemens ; qu'il a
>> conſtamment refuſé tout paiement , diſant qu'il
>>se trouvoit trop heureux de pouvoir obliger un François;
que l'ayant remercié & quitté , j'ai conti-
>> nué ma route juſqu'ici : & je me hâte de confi-
>>gner ce trait de générosité dans les Papiers
>>p>ublics , pour preuve de ma reconnoiſſance ».
ANantes , ce 23 Avril 1785. Signé , CHARLES
DAVID.
L'Académie Royale des Belles- Lettres d'Arras
propoſa pour la troiſieme fois , pour le ſujet ſuivant,
des prix qu'elle diftribuera en 1787 :
« Quelles farent autrefois les différentes bran
( 87 )
>>
>>ches de commercedans les contrées quiforment
preſentement la Province d'Artois , en remon-
>> tant même au temps des Gaulois ? Quelles
>> ont été les cauſes de leur décadence , & quels
>> ſeroient les moyens de les rétablir , notamment
>> let Manufactures de la ville d'Arras ?
Elle donnera de plus à la même époque un
prix ſemblable ſur la queſtion ſuivante :
>> Eſt- il avantageux de réduire le nombre des
>>cheminsdans le territoire des villages de la Pro-
>> vince d'Artois , & de donner à ceux que l'on
>>conferveroit une largeur ſuffiſante , pour être
plantés ? Indiquer , dans le cas de l'affirmative,
>> d'opérer cette réduction » .
Les Mémoires ſeront adreſſés , francs de port ,
au Secrétaire-Perpétuel de l'Académie , à Arras ,
ou ſous le couvert de M. l'Intendant de Flans
& Artois , à Lille ; & on ne délibérera que
fur ceux qui feront reçus avant le premier Décembre
1786.
L'Académie décernera vers les Fêtes de Pâques
1786 , le prix annoncé dès l'année derniere , ſur
ce ſujet :
«Eſt - il utile en Artois de diviſer les Fermes
>> ou Exploitations des terres ;dans le cas d'affir-
>> mative , quelles bornes doit-on garder dans
>> cene divifion » ?
Les prix conſiſteront , chacun dans une médaille
d'or de la valeur de 500 livres , ou dans
cette ſommeen eſpeces.
- Pierre René de Gohin , Chevalier , Seigneur
de l'Antivel , la Cointrie , Maillé ,
Marcilly , Villetrouvé , &c. &c. Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Lieutenant pour le Roi & Commandant
dans les villes & forts de Thionville , eſt
( 88 )
mort à Angers , le 17 d'Avril , âgé de 69
ans.
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE , le 9 Mai.
On attend toujours avec impatience &
avec inquiétude l'iſſue des négociations relatives
à notre démêlé avec l'Empereur.
Voici ce qu'on débite à ce ſujet depuis quelques
jours.
L'Ambaſſadeurde France ayant reçu d'importantesdépêchesdeſacour,
ſur les moyens
d'entrer en accommodement, elles ont été
portées dans l'aſſembléedesEtats-Généraux ,
&de-là dans celle des Etats de Hollande.
Quelques membres en ont demandé copie
pour en faire rapport à leurs commertans.
On ne fait encore rien de poſitif fur le con
tenu de ces dépêches. Il faut qu'elles foient
d'une grande importance ; mais on ne
penſe pas qu'elles annoncent une rupture
certaine; & la France s'emploie de tout fon
crédit pour amener l'Empereur à des propofitions
raiſonnables , & pour prévenir les
hoftilités . On ajoute , que les diverſes provinces
, éveillées par l'exemple de la Gueldre
, ont enjoint à leurs députés de ne rien
conclure en comité ſecret , ſans avoir des
ordres de leurs conſtituans. On dit à préſent
que l'Empereur demande encore Saftingen
, comme compris dans la déclaration
( 89 )
&dans l'arrangement de 1664 , auquel il eſt
réſolu de s'en tenir : les ſommes d'argent
que S. M. demande pour Maſtricht , fesoient
calculées depuis l'an 1678 , époque
de la paix de Nimegue. D'autres prétendent
que l'Empereur ſeroit incliné à échanger
Maftricht & le pays d'Outre - Meuſe
( qu'il regarde probablement comme des
propriétés deja acquiſes )contre Ruremonde.
Les Etats-Généraux ont invité chaque
province à nommer quelques députés aux
conférences extraordinaires , qui auront pour
objet l'examen des divers abus dans l'adminiftration
des affaires de la Généralité.
Le Vice Baillif de Maestricht , M. Van
Slype arrêté avec tant d'éclat comme
un confpirateur , traité en complice d'un
crime de haute trahiſon , ſi indignement
accusé par des Feuilles publiques autorisées.
eſt mis en liberté. Le jour de ſon élargifſement
a excité l'allégreſſe univerſelle des
habitans de Maestricht. Dans le voisinage
du domicile de ce Magiſtrat on a dreſſé
un arc de triomphe , & la ville a été généralement
illuminée. M. Van Slype eſt arrivé
dans cette réſidence peu de jours après.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 10 Mai,
On tranſporte dans les Pays-Bas les emmagaſinemens
faits à Heilbron , en les rem.
) وه (
plaçant à meſure dans cette derniere ville.
Les munitions qui étoient à Liege , feront
conduites à Tirlemont.
Quelques Feuilles publiques préfentent
en ces termes une apologie du Comte Charles
de Proli.
« Le retour à Anvers du Comte Charles de Proli,
ſur le départ duquel on s'étoit plu à répandre les
bruits les plus injurieux , défille enfin les yeux du
public impartial . L'on reconnoît qu'il a été la
dupe & la victime de ſon bon coeur &de la malice
de ſes envieux. L'acharnement de ceux-ci à le
perfécuter , le deſſein de le détruire totalement
les avoit portés aux excès les plus coupables. Un
petit nombre de prétendus créanciers ne faiſant
pas la cinquieme partie de ſes dettes paſſives, s'eſt
arrogé le droit de s'aſſembler ſans convoquer les
autres , & animés par la rage d'un ou deux d'entr'eux,
font parvenus à nommer des curateurs à fa
maſſe. Ceux- ci ne ſe font occupés qu'à annoncer
A bublicuneruine totale &à précipiter les ven
tes, endétériorant les effets plutôt que de travailler
à les faire valoir le plus que cela ſe pouvo ,
&ils onttoutfait ſans dreſſer un bilan , fars interpeller
les créanciers les plus conſidérables , fans
former des inventaires en regle des effers précieux
qui se trouvoient dans ſon mobilier ; enfin ſans aucun
des préliminaires ufités en pareil cas . Les
honnêtes gens gémiffent de voir que ce vieillard
reſpectable ait dû demander des lettres de
fauf- conduit , dont il n'avoit pas beſoin pour revenir
dans ſa patrie . L'oppoſition de ſes ennemis
àla conceffion de ces lettres eſt une preuve maniſeſte
de leur animoſité contre lui. Cet homme ,
que trop de zele pour le bien- être de ſa patrie , a
entraîné dans des ſpéculations dont l'iſſue a été
) وا (
malheureuſe, ne devoit s'attendre qu'à être plaint,
loin d'encourir le moindre blâme; & les honnêtes
gens ne conçoivent pas que l'on ne ſe ſoit pas empreſſé
à le redemander plutôt qu'à vouloir l'éloigner
, puiſque ſa préſence eſt indiſpenſablement
utile& néceſſaire à l'explication du nombred'objets
relatifs aux intérêts publics : Car on a beau
dire; le Comte Charles de Proli , s'il n'est pas le
feul, eſt, ſans contredit , l'homme le plus inſtruit
du pays dans les affaires d'un négoce anſſi étendu
&compliqué que celuides Indes 1
On écrit de Paris une anecdote affez
plaiſante, dont on croira ce qu'on voudra.
Trois jeunes Demoiſelles à-peu- près du même
âge , s'étoient liées de la plus étroite amitiédans
unCouvent où elles étoient pentionnaires depuis
un an ou deux. Elles s'aimoient à tel point ,
qu'elles réſolurent de re point ſe ſéparer de leur
vie. Une réflexion affligeante vint pourtanttroubler
la douceur de leur union : leur ſéjourdans ce
Couvent ne devoit point étre éternel , & le mo
ment , où leurs parens les rappelleroient pour les
marier, ſeroit d'une cruelle ſéparation. Comment
parer ce terrible inconvénient ? Leur jeune
cervelle s'épuiſa à chercher un expédient. Enfin ,
elles imaginerent que le ſeul moyen d'être unies à
jamais, étoit d'épouſer toutes trois le même mari.
Mais la légiflation du pays défend la polygamie :
enfin,laplus aviſée des trois fit ſonger aux autres
qu'il n'yavoit que le grand Turc qui pût faireleur
affaire.En conſequence , les trois petites Demoiſelles
écrivent auſſi -tôt une lettre en commun
dans laquelle elles expoſent au grand Turc la
tendre amitié qui les unit , la crainte qu'elles
ont d'être ſéparées , & le choix qu'elles ont
faitde lui pour être leur commun époux ; elles
( 92 )
ajoutent , qu'auſſi-tôt leur premierecommunion
faite , elles ſe mettront en route pour ſes Etats ;
qu'en conféquence , il diſpoſe tout pour les recevoir.
Les trois amies, ravies d'avoir trouvé cet expédient,
cacheterent la lettre,& la font mettre à la
poſte avec cette adreſſe : à Monfieur le Grand Ture,
dans fon Sérail , à Constantinople . Cette adreſſe
ayant paru ſuſpecte , on remit la lettre au Miniftre
, qui lacommuniqua au Roi.
On trouve dans un ouvrage périodique
l'anecdote ſuivante , digne d'être rapportée.
Pendant la guerre de 1757 , en Allemagne , un
jour que pluſieurs Généraux & autres Officiers
d'Etat major ſe trouvoient reunis à la table du
FeldMaréchal Comte de Daun ; un Caporal de
Grenadiers s'en vint faire quelque rapport à l'un
de ſes Aides -de-Camp , dînant avec eux. Celuici
ſe leve auſſi tôt de table , & va donner audience
au Caporal , dans l'avenue de la ſalle , près
de la porte d'entrée , que d'une main il tensit
entr'ouverte, tandis qu'il écoutoit le rapport
au moment qu'il alloft rentrer , le FeldMaréchal
entrevit le Grenadier ; c'étoit un Soldat déjà
blanchi fous les armes , de la figute la plus mar
tiale& la plus intéreſſante , remarquable d'ailleurs
parun oeil cicatrité , & entiérement perdu
d'un coup de feu reçu par l'ennemi , fur lequel
oeil , ou plutôt ſa concavité , inclinoit & s'ens
fonçoit fierement un honorable bonnet : le Feld
Maréchal , enchanté de la bonne minedu vieu,x
guerrier , & n'écoutant en ce moment que l'inf.
tinct heureux de ces ſentimens qui parent lo
grand homme , lui cria de s'arrêter , & le faiſant
approcher , lui demanda en ces propres mots :
-Caporal , ave-z vous diné ?-Votre Excellence
, pas encore. - Mettez-vous donc à talle
( 93 )
&manger avec nous. Il eut le plus grand ſoin de
fon brave compagnon de guerre ; & le Grenadier
, ſans perdre contenance , ſans être embarraffé
le moins du monde de la perſonne , parut
auſſi intrépide convive , & fut auffi excellent
mangeur à la table de ſonGénéral , qu'il étoit
intrépide combattant & bon ſoldat dans ſon
armée.
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
Grand Chambre.
Cause entre la demoiselle Noailles , Appellante
comme d'abus. Le ſieur Noailles , Négociant de
Beaucaire , fon pere , plaignant pour crime de
Rapt. Et leſieur Deroy pere , & le Chevalier
Deroy, fon fils , Défendeurs.
QUESTION D'ÉTAT .
La demoiselle Noailles fut recherchée dès l'âge
de dix- neuf ans par le Chevalier Deroy , qui en
avoit alors dix - huit & demi. Il paroît par les
lettres qu'il lui écrivit pendant l'eſpace d'environ
cinq années , que les parens reſpectifs s'oppoſerent
à cette inclination ; que la demoiselle Noailles
repouffa les entrepriſes du Chevalier , & que la
conduite de cette demoiselle futtoujours ſage &
décente ; toutes les lettres du Chevalier ſemblent
être l'expreffion d'une ame honnête & vertueuſe;
les mots de probité , de vertu & de religion y
ſont ſouvent répétés. -Le ſieur Noailles pere ,
craignant néanmoins pour ſa fille , ne la perdoit
jamaisde vue ; le Chevalier Deroy convient luimême
qu'il ne pouvoit lui parler qu'à minuit ; la
demoiſelle Noailles , à un certain ſignal , ſe mettoit
à la fenêtre , & le Chevalier étant dans la
rue , l'entretenoit de ſes ſentimens. -Le Chevalier
, preſſé de mettre fin à ſon entrepriſe , &
D'ayant pu perfuader à la demoiselle Noailles de
1
( 94 )
s'échapper pendant le jour , pour le ſuivre en
pays étranger , afin d'y contracter mariage , ré-
Colut d'employer la force & la rufe. Il avoue
lui même , dans une lettre du 5 Mars , qu'il avoit
fait faire une clef ſur l'empreinte qu'il avait priſe
de la véritable , qu'un domestique intéreſſé lui
avoit procurée : muni de cette clef , il entra
pendant la nuit dans la maiſon de celle qu'il ai
moit; il avoit eu la précaution de ſurprendre un
blanc-feing à fon pere , qu'il avoit rempli d'une
permiffionde le marier ; & le lui montrant , la
conjura de faire de ſon côté tous les efforts pour
avoir celui de ſes parens. Lademoiselle Noailles
demanda toute la ſemaine pour agir , & le preſſa
de ſe retirer. Le Chevalier , qui feignoit d'avoir
trouvé la porre de la rue ouverte , demanda à la
demoiselle Noailles ſi elle ne vouloit pas venir la
"fermer& l'éclairer en même tems. La demoiselle
Noailles , qui ne ſe méfioit de rien , le fuivit ;
mais auffi-tôt qu'elle fut près de la porte de la
rue , trois inconnus la ſaiſirent , la mirent dans
une voiture , & elle fut conduite dans le Comtat
Vénaiffin. Environ deux mois après le Rapt,
on découvrit le lieu de leur retraite ; le frere de
Ja demoiſelle y accourut par ordre de ſon pere ;
mais ce jeune homme , gagné à fon tour par le
Chevalier , & par le Curé de Montſavet , ſe laiſſa
perfuader que l'honneur de ſa famille ne pouvoit
être réparé que par un mariage ; il perdit de vue
Je ordres que ſon pere lui avoit donnés , & fe
retira. Six mois après , les fugitifs allerent à
l'Egliſe Paroiſſiale de Montſavet , aſſiſtés de trois
témoins, & à la fin de la Meſſe qu'ils entendirent,
ils atteſteront le ciel & le peuple qu'ils ſe prenoient
pour époux ; le Curé leur délivra acte de
leurs promeſſes & fermens , ſigna cet acte , &
fit figner les témoins. Le même jour ,le Curé
( ور (
-
fit enregiſtrer l'acte chez un Notaire ; ce qui
occafionna une Plainte que rendit le Promoteur
d'Avignon . Quelque tems après le mariage , le
frere aîné du Chevalier Deroy mourut ; le Chevalier
, oublié juſqu'alors par ſes parens , ſacrifié
Four cet aîné , condamné au célibat , comme il le
dit lui même dans ſes lettres , devint l'eſpoir de
ſa famille. On l'attira à Beaucaire ; il s'y rendit
avec ſa femme, il ſe préſenta ſeul chez ſon pere ,
il y fut accueilli , on ne lui fit aucun reproche ;
mais ſa femme éprouva un traitement bien difftrent
, elle fut repouffée , chaffée , & le pere de
ſon mari lui fit dire qu'il ne vouloit point la voir ,
Cette femme ſe retira chez une de ſes
fours. Le Chevalier Deroy ne ceſſa de l'y aller
voir, eu de lui écrire ; &dans toutes ſes lettres ,
il l'appelloit ma chere femme , ma chere épouse.
Dix-huit mois s'étoient à peine écoutés , que l'on
apprit que le ChevalierDeroy étoit für le point de
ſe marier à Marseille ; la demoiselle Noailles forma
oppoſition à cet engagement. Alors le ChevalierDeroy
, conjointement avec ſon pere , la firent
affigner devant l'Official Forain d'Arles en main
levéede ſon oppoſition .-Lademoiselle Noailles
ſoutint qu'elle étoit l'épouſe du Chevalier ; elle
ajouroit que puiſqu'il dénioit le fait du mariage ,
laCauſe n'étoit pius de la compétence de l'Official
, & pppoioit des fins de non-procéder ; ſur
quoi il intervint, le 23 Juin 1783 , Sentence qui
ladémit de ſon exception , & déclara le Chevalier
Deraylibre de pouvoir ſe marier. La demoiſelle
Noailles interjetta appel comme d'abus de la
Sentence du Promoteur d'Arles au Parlement de
Toulouſe ; ſur ſon appel , ellé fit affigner les ſieurs
Dercy , pere & fils ; ceux-ci , à leur tour , firent
affigner le fieur Noailles pere , pour voir déclarer ,
common avec lui , l'Arrêt qui interviendroit.
-La Cauſe portée à l'Audience de laGrand
( 96 )
Chambre , Arrêt du 29 Mars 1784 , qui, faifant
droit tur l'appel comme d'abus , déclara y avoir
abus dans la Sentence de l'Official d'Arles ; & tur
toutes les demandes des Parties , les renvoya où
&pardevant qui de droit.
Cause entre le fieur Tardy , ancien Curé de Dompierre:
Et lefieur Plaffard , Son Refignataire.-
-
Demande en Regret.
Un vieillard plus qu'octogénaire , déterminé
par ſes infirmités , réſigne ta Cure à un de ſes
Vicaires ; il affiſte à ſa priſe de poſſeſſion , qui n'a
lieu néanmoins que plus de ſix mois après l'acte
de réſignation ; il paſſe même depuis un acte de
vente de partie du mobilier étant dans ſon Presbytere.
Cependant ce vieillard inconſtant quatre
mois après cette priſe de poffeffion , forme ſa demande
en regret de la Cure dont il s'eſt voiontairement
dépouillé. Il prétend que les maladies,
les infirmités dont il étoit tourmenté au moment
de la réſignation , étant en partie diffipées , il recouvrede
jour en jour l'uſage de ſes forces.
Le ſieur Tardi avoit formé ſa demande en regret
devant le Lieutenant - Général de Villefranche
en Beaujolois , & il avoit obtenu ſur ſa requête
une Ordonnance conforme à ſes conclufions.
Appel interjeté par le ſieur Plaſſard , de
l'Ordonnance qui avoit admis le regret. Il demande
à ſon tour à être maintenu dans la poſſeffion
de la Cure de Dompierre. Sentence contradictoire
qui ordonne qu'il ſera réintégré par forme
de recréance dans la poſſeſſion& jouiſſance
de la Cure. Appel en la Cour de la part du
Geur Tardy , & Arrêt du 23 Février 1785 , qui
adébouté le ſieur Tardy de ſa demande en regret,
maintenu & gardé le ſieur Plaſſard dans
lapoffeffionde la Cure.
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 1 ΜΑΙ 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à un bon Humain , qui me trouvoit
malheureux de n'avoir pas un carroffe.
AMMTr,, mon modique apanage
N'annonce pas des Dieux le funeſte courroux ;
Du brillant Lucullus , ſans en être jaloux ,
Je verrai long temps le partage.
Traîné par fix courſiers , dont Plutus l'a doté ,
Il figure aux remparts , ou s'en va chez les Belles
Enſevelir ſa nullité.
J'ai cinq chevauxde moins , &je ſuis mieux monté,
J'obtins l'égaſe , il a des alies ,
Et mène à l'immortalité.
(Par M. Félix-Nogaret , Bibliothécaire
deMadame Comteſſe a'Artois. )
Nº. 21 , 21 Mai 1755 . E
98 MERCURE
A un Ami , qui vouloit abandonner l'Amour
pour l'Amitié.
DANS le temple de l'Amitié
Le repos durable réſide ,
Tu déſertes celui de Gnide
Comme un amant diſgracié.
Le Dieu quicommande à Cythère
Se rit ſi ſouvent de nos pleurs.....
Ami , la faveur paſſagère
Eſt is pronoſtic des malheurs :
Abandonnons donc ce corſaire ,
Sa ſcoeur eſt un guide plus sûr ,
Sa foeur eſt un peu plus auſtère ;
Mais le coeur eſt tranquille & pur .
A l'Amour qui croit toujours plaire ,
La prévoyance eſt étrangère ;
L'Amitié , bonne ménagère ,
Sait glaner pour le temps futur.
( Par M. le Comte de Rofières. )
CONTE.
Unjour un fort fot perſonnage
Diſoit au Curé d'un village ,
Dont les modiques revenus
Nedonnoient pas nombre d'écus:
DE FRANCE.
69
Aux coeurs généreux rien ne conte ,
Vous ne ſavez vous garder rien ;
A ce trait je vous connois bien ,
Les pauvres vous ruinent ſans doute.
Malgré ma bonne volonté ,
Je ne puis leur donner l'aumône ,
Dit le Paſteur avec bonté ,
Mais en revanche je leur donne
Certificat de pauvreté.
(Par M. l'Abbé de St-Amans , Curé de Lavergne.)
L'AIGLE ET LE SERPENT.
UNN Aigle avoit quitté le ſéjour du tonnerre ;
Modeſtement il marchoit ſur la terre ;
A peine y marche- t'il , qu'il rencontre un Serpent.
Auſſitôt l'animal rampant
Au favori des Dieux veut déclarer la guerre ;
Déjà le reptile inſolent ,
Bouffi d'envie & de colère ,
Se dreſſe ſur ſa queue & recule en fifflant.
Le Roi du peuple volatile
Peut ſe venger , mais il fait beaucoup mieux ,
Il prend un vol fublime , & ſe perd dans les cieux ,
Que ne peuvent fixer les regards d'un reptile .
(ParM. Hoffman . )
1 .
Eij
100 MERCURE
Les dangers & les plaifirs de la Senfibilité ,
Conie.
Du temps que les Provinces étoient des
Royaumes , & les Poffeffeurs de Terres des
Souverains , la Fée Sembiant- de- rien babitoit
le Midi de la France. Pluſieurs autres
Fees du même canton y répandoient la terreur
ou la confiance, ſelon leurs diverſes humeurs.
Celle de Semblant de-rien étoit un
problême.On ne pouvoit pénétrer ce qu'el'e
penſoit , ni deviner ſi on étoit aimé ou haï.
Les Courtifans venoient apprendie chez elle
le grand art de diſſimuler ,& il étoit de mode
que les mères lui confiaffent l'éducation de
leurs filles .
Le Sire de Loyauté & la Princeffe Sincère
tenoient leur Cour à quelques lieues du palais
de la Fée. Amans conftans , heureux
époux , ils ne connoiffoient qu'amour &
fimpleſſe. Une antipathie ſecrère les avoit
toujours éloignés de Semblant-de rien. Cette
Fée vindicative ſentit leur dédain , & jura de
s'en venger. La Princeſſe ſe voyoit prête à
donner le jour au premier fruit de ſon
hymen, La tendreffe , ſouvent mère de la
crainte , lui fit redouter le pouvoir de la Fée.
Elle ſuivit donc la coutume du temps , &
la fit inviter par des Ambaſſadeurs chargés
de magnifiques préſens. Ses compagnes reçurent
les mêmes honneurs. Enfin le jour
DE FRANCE. tor
venu où Sincère devoit accoucher , elle mit
au monde une fille charmante. La blancheut
furprenante de ſon teint la fit nommer
Candor. Toutes les Fées qui étoient accourues
, douèrent à l'envi la petite Princeſſe :
beauté , vertu , eſprit , fortune , talens , rien
ne fut oublié. Semblant-de- rien parla la dernière
: « Je doue , dit-elle , cette enfantde
>> la plus extrême ſenſibilité. »
Sincère&Loyauté, heureux par le ſentiment
, n'eurent garde de ſoupçonner ce dor.
Ils ne pouvoient penfer qu'une cauſe ſi deli
cieuſe eût dans ſon excès des fuites fi funeftes.
Semblant-de-rien fut comblée d'actions
de grâces.En remontant dans ſon équipage
, ( c'étoit un char de couleur doureuſe,
traîné par deux angoras ) elle ne put s'em
pêcher de ſoutire à ſa vengeance. Ce fourire
la décéla aux yeux de Toute - bonne. Cerre
Fée, demeurée après les autres pour quelque
acte de bienfaiſance, communiqua ſes craintes
à Sincère , & pour détourner les malheurs
qui menaçoient la petite Princeffe , il
fut décidéque dès l'âge de ſept ans elle feroit
confiée à Toute-bonne..
Loyauté& Sincère ne tardèrent pas à s'appercevoir
de la trahiſonde Semblant-de-rien.
Candorcroiffois en âge , en eſprit , en beauté.
A peine commençoit-elle à parler , qu'elle
diſoir les plus jolies choſes du monde. Il
ſembloit que le temps employé à développer
l'organe de la langue , l'eût été à cultiver
fon intelligence. En apprenant , elle paroif-
Eij
102 MERCURE
foit ne faire que ſe reſſouvenir. Lui préſentoit-
on un inftrument , ſes petits doigts , en
s'y poſant , formoient les plus doux accords.
Saififfoit-elle un crayon, des couleurs , auflitôt
les fleurs , les fruits, tous les objets rians
qui s'offroient à ſes yeux , ſembloient ſe reproduire
ſous ſa main ; mais tous ces avantages
étoient balancés par une âme ſi déli
eate, ſi ſuſceptible , qu'elle ne pouvoit être
heureuſe un jour entier. La moindre plainte
d'un être ſouffrant lui cauſoit des convulfions
de douleur. Un mot moins tendre , un
regard moins affectueux la plongeoit dans la
triſteffe. Si fon petit chien crioit , la Princeſſe
verſoit des larmes. Un jour ſon ſerein
s'étoit caffé la patte , Candor tomba ſans connoiffance.
La petite Princeſſe atteignoit à peine ſa
ſeptième année , quand Toute-bonne vint la
prendre pour l'élever dans ſon palais . Elle
frémit au récit des malheureux effets du don
de Semblant - de- rien. Elle ſentit toutes les
difficultés qu'il alloit apporter à l'éducation
qu'elle vouloit lui donner; mais la véritable
bienfaiſance ne ſe rebute de rien.
La Cour de Toute - bonne étoit nombreuſe.
La merveilleuſe Candor fut d'abord l'objet
de l'admiration & bientôt celui de l'envie.
Delà quelle nouvelle ſource de chagrins pour
elle! fi elle ſe choiſiſſoit une amie , ſes ſuccès
en peu de temps la changeoient en ennemie.
Si quelque jeune Prince rendoit hommage
à ſes charmes , auffitôt mille voix s'unifDE
FRANCE.
103
foient pour la calomnier. Candor , toujours
franche , toujours prévenante , recherchoit
ſes compagnes avec cette honnêteté tendre
qui prouve la ſupériorité de l'âme. Leur jalouſie
en augmentoit; elles ſe ſentoient plus
humiliées que flattées , & la Princeffe en
étoit d'autant plus haïe , qu'elle étoit plus
digne d'être aimée. Candor , toujours rebutée
, ou trahie par des coeurs inſenſibles ou
faux , paſſoit les jours dans les regrets , &
les nuits dans les larmes . Hélas ! diſoit-elle à
Toute-bonne , quel malheur eſt le mien ?
J'aime , je m'intéreſſe à tout , & ie ne puis
êue aimée de rien. Toute- bonne l'encourageoit
& l'inſtruiſoit. Ma fille , lui dit- elle , il
faut opter. Si vous voulez , je vous ferai
perdre cette ſenſibilité qui vous tue; mais il
faudra prendre le caractère oppoſé , & les
vices qui dans les autres vous rendent fi malheureuſe.
Ah ! ma bonne , reprit vivement
la Princeſſe , gardez - vous- en bien . J'aime
mieux pleurer toute ma vie , que de faire
verſer une larme. Cependant la triſteſſe la
confumoit inſenſiblement. Toute - bonne efpéroit
que l'habitu de émouſſeroit enfin cette
delicateſſe importune ; mais chaque jour apportoit
quelque nouveau chagrin .
Six années s'étoient écoulées dans ces agitations.
La bonne Fée imagina enfin de faire
voyager ſa Pupille. Elle eſpéroit que le mouvement
, la variété des objets , leur rapidité ,
qui ne permettroit pas à ſon âme de s'y atracher
fortement , feroient au moins une di-
E iv
104 MERCURE
verſion paffagère qui donneroit à ſa ſanté
le temps de ſe rétablir.
La Fée Frivolide tenoit alors le rang le
plus diftingué dans les Gaules. Sa Cour brillante
étoit remplie de l'élite des deux ſexes.
Onvenoit y prendre le ton & les grâ es. Des
fêtes perpétuelles y entretenoient l'ivreſſe
&ladiffipation. On les prenoit pour le bonheur.
Ce fut- là que Toute- bonne conduifit
Candor. Leur arrivée redoubla les plaifus.
L'empreſſement marqué de la Fée mit la
Princeffe à la mode pendant une ſemaine. Il
n'étoit bruit que de ſes talens & de ſon efprit.
Elle avoit tous les tons , celui-ci nalui
fut point étranger . D'abord , cette foule qui
l'arrachoit à elle-même ne lui déplut point .
Mais bientôt ennuyée duvuide que fon coeur
euronvair ahl mahoune dit-elle à
dre Fée , quel pays ! l'étourdiſſement y tient
lieu de jouiſſance ; rien n'y parle à l'eſprit ,
rienn'y intéreſſe le coeur. Peu s'en faut que
je n'y regrette mes chagrins !
Parmi cette foule d'hommes légers , ſe
trouvoit un jeune Chevalier qui ſe nommoit
Roficle , & étoit neveu de l'enchanteur
Merlin. Une figure agréable , une taille
parfaite, un extérieur léger , cachoient en lui
une âme droite , généreuse & ſenſible. La
mode ne l'avoit point entraîné aux pieds de
Candor. Une ſympathie ſecretre l'avoit guidé
vers elle. Voir Candor, l'aimer & le lui dire ,
fut l'affaire d'un jour. La Princeſſe , de fon
côté , éprouva un genre de ſentiment tout
DE FRANCE.
105
nouveau pour elle. Elle ne chercha point à
le cacher ; la véritable innocence ne rougit
pas. Cependant elle s'en alarma , & crus
devoir ouvrir ſon coeur à la bonne Fée.
Ma fille , répartit celle-ci , ne vous alarmez
point , Roficle eſt digne de vous. Son
oncle, qui est le Souverain des Enchanteurs,
pourra peut- être délivrer vos jours du funeſte
alcendant de Semblant- de- rien. Cette
Fée eft ici , elle vous ſuſcite de nouvelles
traverſes. Laiffez -moi le temps de l'obſerver.
Je veux eſſayer d'obtenir d'elle -même le
changeinent de votre deſtinée. Si par ſes
ruſes ordinaires , elle élude mes inſtances ,
nous partirons , nous irons implorer les Génies
ſupérieurs. Inſtruiſez Roficle de nos projets.
S'il quitte cette Cour , s'il vous fuit ,
fon amour fera certain. Tâchez de ſuſpendre
juſqu'à cette épreuve l'aveu de vos fentimens.
Cependant Rofiele ne quirtoit plus
la Princeſſe. Il employoit pour la charmer
tout ce que l'amour a de reſpectueux & de
ſéduiſant , de tendre & d'eſtimable. Candor,
véritablement touchée , ne put cacher ſa
tendreſſe à fon amant. Quel coup de foudre
pour Semblant - de - rien , quand elle apprit
l'intelligence de nos deux amans ! Roficle lui
plaiſoit depuis longtemps , & l'avoit toujours
dédaignée. C'étoit pour le voir qu'elle
arrivoit chez Frivolide. Sa haine pour Can
dor en prit de nouvelles forces. A quel excès
n'eût-elle point porté ſa rage , ſi la protection
de Toute - bonne n'eût garanti la Prin
Ev
106 MERCUR
ceſſe de ſes attentats ! El'e ne pouvoit la perſécuter
que dans la perſonne de Roficle , &
elle ſe promettoit bien de tout faire pour
l'enlever à ſa rivale.
-Elle étoit dans ces diſpoſitions lorſque
Toute-bonne vint la trouver pour folliciter la
fin des malheurs de ſa Pupille.Quand les paffions
font à leur excès , la diffimulation la
plus profonde devient un voile trop léger
pour les cacher. Semblant-de- rien , troublée
au ſeul nom de Candor , fut aisément pénétrée
par Toute- bonne. Ma foeur , lui dit celleci
en la quittant , j'en appelle au Génie Souverain
; il me fera raiſon de vos injuſtices.
Aces mots , elle vole vers la Princeffe.
Quittons ces lieux , lui dit-elle , votre ennemie
y triomphe; je l'ai trouvée inexorable.
Allons chercher le ſecours que je vous
ai promis. La Princeſſe atendoit Roficle.
Madame , dit elle, partirons-nous ſans l'informer
de nos démarches ? Il va venir. Ce
moment eſt l'épreuve de ſon amour. Ah !
laiffez-moi jouir du plaiſir de le trouver
fidèle. Cependant le jour s'écoule , Candor
en compte d'abord les heures , enſuite les
minutes ; la nuit arrive , Roficle n'a point
paru. Tremblante , éplorée , elle ſe jette dans
les bras de la Fée..... Ah ! ma bonne , mon
amant n'eſt plus ! Roficle ne peut qu'être
mort on infidèle. Mes malheurs vont anir.
Mon âme s'envole pour le rejoindre..... A
ces mots elle tombe ſans connoiffance , &
preſque ſans vie.
DE FRANCE. 17
Toute- bonne ſaiſit ce moment pour l'enlever
d'un lieu funeſte. Elle ignoroit ellemême
ce qu'étoit devenu Roficle. Ses livres
lui apprenoient qu'il avoit diſparu ; que peutêtre
Candor & lui ſe rejoindroient ; mais
qu'il falloit auparavant que l'un & l'autre
ſubiffent de nouvelles traverſes.
Le char de la Fée tranſporta Candor dans
les États du Génie Raiſonnable. Sa Cour étoit
petite , ſon palais ſimple & majestueux. Le
maintien du Génie étoit grave , froid & auftère
Ses favoris compoſoient leur extérieur
fur le fien. Les Grâces n'avoient jamais approché
de ce ſéjour. Ce fut avec Candor
qu'elles y entrèrent pour la première fois.
Toute- bonne conte ſes malheurs au Génie.
Toujours en garde contre le ſentiment , il
l'écoute avec application , mais ſans intérêt.
Tâchons, dit- il , de la rappeler à la vie ,
enſuite nous lui apprendrons , s'il eſt poſſible
, à en diriger l'uſage.
Candor enfin revint à elle ; mais quel fut
fon déſeſpoir en ſentant ſe ranimer des jours
qu'elle croyoit ne pouvoir plus unir à ceux
de ſon amant ! Cruels ! s'écria t'elle , ne me
rendez-vous la vie que pour me faire mourir
mille fois ? Toute- bonne , pénétrée de douleur
, fit d'abord naître le doute , enſuite
l'eſpérance dans le coeur de ſa Pupille. Roficle
, dit-elle , voit peut-être encore la lumière!
une ſimple conjecture vous effraye ,
&vous fait quitter un monde que votie
amant habite. Le deſtin vous ſépare ; mais il
E vj
1108 MERCURE
peut vous réunir. Vivez , ma fille: le Génie
Raifonnable vous protège. Implorez le , &
confervez-vous pour revoir , ou du moins
pour chercher Roficle.
A ce nom chéri , la Princeſſe reprit toutà-
fait ſes ſens , & confentit à recevoir les
ſecours qu'on lui prodiguoit. La converfation
du Génie , ſes conſeils ſages occupèrent
quelque-temps ſon attention; mais l'ennui
s'empara bientôtde ſon âme. Le ſeul eſpoir
de retrouver Roficle la rendoit à la vie , &
ſon eſprit ne ſongeoit qu'à en trouver les
moyens.
Madame , dit- elle un jour à la Fée , je
révère le Génie; mais croyez- moi , il ne peut
rien contre le mal qui m'accable. Il parle à
mon intelligence , il la fatisfait ; mais rien de
ce qu'il dit n'arrive à mon coeur. Vos foins,
vos tendres leçons , plus conformes à mon
âme , y répandent plus de confolations. Remenez
- moi dans votre palais ; j'eſpère y
trouver plus de calme que dans celui- ci .
Toute bonne y conſentit; mais , hélas ! fa
Cour , aſyle des infortunés , étoit le lieu le
plus funeſte pour l'âme ſenſible de la Princeffe.
Pour la rendra parfaitement contente ,
il eût fallu la placer dans un point de l'Univers
, où il n'y cût eu ni malheureux ni méchans.
Ma falle , lui dit un jour la Fée , je vous
apporte une heureuſe nouvelle. Le ſage
Merlin vient d'arriver d'un long voyage dans
les planètes. Allons implorer ſes lumières&
DE FRANCE. 109
ſa puiſſance. Allons , s'écria la Princeffe. Ah!
qu'il falle pour moi ce qu'il voudra ; mais
qu'il retrouve Roficle.
Le char de la Fée, attelé de douze tendres
colombes, les eut bientôt tranſportées chez
l'Enchanteur. Sa taille étoit haute , fon viſage
augufte , mais ferein & affectueux ; il avoit
l'air d'un Dieu bienfaifant . Il aimoit Toutebonne
, il la reçut avec joie. L'état de Candor
le toucha ſenſiblement. Sa ſcience profonde
lui fit ailément pénétrer le fort de la Princeffe.
Je fais , dit-il , aimab'e Fée , le ſujet
qui vous amène. Mon intérêt eſt joint au
vôtre. La perfide Semblant-de rien eſt notre
ennemie commune. Depuis long - remps fa
faufſe ſageffe fert de voile aux vices honteux.
& aux paffions déſordonnées. Elle aime mon
neveu autant qu'elle hait votre Pupille. Ne
pouvant s'en faire aimer , e'le le retient par
enchantement. Une métamorphoſe cruelle
le cache à tous les yeux. C'eſt lui qui , ſous
la figure d'un épagneul , ne quitte ni les
bras ni les genoux de la Fée. Elle a cru que
cette forme in flueroit fur fon coeur , & que
Pattachement affez ordinaire à ce petit animal
, pafferoit juſqu'à l'âme de Roficle. Elle
s'eſt trompée. Le pouvoir de l'Amour, ſupérieur
au fien , le conſerve fidèle à ſa chère
Candor. Je veux le délivrer & punir la Fée;
mais auparavant il faut ſecourir votre Pupille.
Le Génie Infouciant poſsède un talifman
sûr. C'eſt une bague appelée la bague
d'oubli. Elle a le pouvoir d'effacer toutes les
110 MERCURE
impreſſions douloureuſes , & de n'ouvrir le
coeur qu'à celles qui font agréables ...... Ah !
Souverain des Enchanteurs , s'écria la Princeffe
, permettez que je refuſe ce don , il
me feroit peut être oublier mon amour.
Raffurez -vous , reprit le ſage , votre amour
érant heureux , ne ſera point ſujet à l'oubli ;
mais hâtons votre bonheur. Partez , j'irai
bientôt vous rejoindre. Cependant laiſſez
votre char. Vos foibles colombes ne pourroient
vous mener juſqu'au pays d'Inſouciant.
Il eſt placé fort au deſſus de cemonde
fublunaire , dans une des étoiles de la voielactée.
Six aigles vigoureux & brillans
comme le ſoleil , vous enlèveront juſqu'au
palais du Génie ,& ces tablettes l'inſtruiront
de votre fort , de mes deſſeins , de vos deſirs ;
elles vous le rendront entièrement favorable.
Candor ſentit pour la première fois une
joie pure pénétrer ſon coeur , & cette joie fit
renaître ſa beauté. Elle ſe jeta aux pieds de
Merlin avec un de ces tranſports de ſenſibilité
qu'elle ſeule pouvoit éprouver. Toutebonne
y joignit les fiens. L'Enchanteur les
prit par la main, & les plaça dans ſon char ,
ordonnant à ſes ſuperbes oiſeaux de les mener
à l'étoile d'Infouciant .
Le vol rapide de ces aigles imitoit celui de
la penſée. En un inſtant ils franchirent les
vaſtes plaines de l'air , & arrivèrent dans les
États du Génie.
L'air du pays étant parfaitement pur ,
DE FRANCE. ILI
laiſſfoit pénétrer les objets les plus lointains ;
mais l'oeil égaré revenoit avec plus de plaiſir
fur ce lieu charmant.On y reſpiroit une vapeur
douce , fraîche & tranquille. Nulle
plainte , nul gémiſſement n'y troubloient
l'harmonie du bonheur. A meſure que le
char avançoit , Candor ſembloit reprendre
une nouvelle existence. Enfin elles arrivèrent
au palais. L'aſpect en étoit riant , l'intérieur
plus élégant que magnifique.
Le Génie , ſuivi de ſa Cour , vint recevoir
la Fee & la Princeſſe. Il prit les tablettes de
Merlin , & dans l'inſtant , préſentant à Candor
la bague magique : Charmante Princeſſe ,
dit- il , je ne pouvois en orner une plus belle
main, ni rendre le repos à une plus belle
âme. Ce don vous ſeroit inutile ſi vous habitiez
parmi nous; mais le deſtin vous à ſoumiſe
à une existence mortelle. La vie humaine
étant un compoſéde biens &de maux ,
il eſt impoſſible que des atteintes douloureuſes
n'arrivent encore juſqu'à vous. Cette
bague les rendra nulles en les faiſant diſparoître
de votre eſprit , & ne laiſſant votre
âme ouverte qu'aux ſenſations agréables.
Ainsi , la méchanceté de Semblant- de- rien
vous aura conduite au genre de bonheur le
plus parfait dont vous ſoyez ſuſceptible , &
l'aſpect de votre félicité ſera le premier ſupplice
de votre ennemie. Une fête extraordinaire
que je donne dans trois jours , affemblera
près de moi les Fées & les Génies. Elle
112 MERCURE
yviendra , & ſe livrera elle-même aux mains
qui doivent la punir.
Candor , pénétrée de reconnoiſſance , dit
au Genie : Etre fublime , l'excès du ſentiment
faifoit mon malheur dans le monde
terreſtre ; depuis que je ſuis auprès de vous ,
il fait mon bonheur. En effet , la bague d'ou
bli avoit opéré une révolution fubite dans
l'âme de cette Princeſſe. Elle l'eut à peine à
ſa main , que le doux ſourire vint pour jamais
embellir ſes traits. Ses peines paſſees
devinrent pour elle comme ces fonges dont
il ne tefte nulle trace au réveil. Le ſouvenit
de ſon amant n'étoit plus un tourment pour
fon coeur. Elle goûroit le bien d'aimer , &
fentoit tous les plaiſirs de l'eſpérance.
Cependant les heures rapides eurent bientôt
amené le jour célèbre qui devoit réunir à
la Cour d'Infouciant tous les eſprits fupé-
Tieurs. Semblant- de- rien arriva avec ſes compagnes.
Quel fut fon effroi en appercevant
Toute - bonne & Candor, mais Candor plus
belle , plus brillante que jamais ! en vain elle
voulut fuir ; elle étoit ſous la puiſſance du
Génie , qui la rendit immobile. Le fidèle
épagneul , toujours triſte , dormoit fur les
genoux de la Fée. L'impreffion rapide de
l'amour en préſence de l'objet aimé , le réveille
plus encore que la fineſſe de fes organes.
A peine apperçut-il ſa chère Princeſſe ,
qu'il fit un cri perçant , & voulut contir à
elle. Semblant- de rien s'efforçoit en vain de
DE FRANCE.
113
le retenir; il mordoit , s'élançoit , & dans
ſes efforts auroit briſe ſon enveloppe magique
, ſi l'Enchanteur Merlin , venant à paroître
, n'eût fixé l'attention de la Fée. Perfide
, lui dit ce ſage , reçois le prix de tes
forfaits. Le plus grand fupplice de l'hypocrifie
eſt de ſe voir dévoilée. En même-temps
il lui préſenta le miroir de Vérité. Les traits
de Semblant-de rien y, furent à peine réfléchis
, que , reprenant leur véritable forme ,
elle parut aux yeux de l'aſſemblée ſous celle
de tous les vices. Pour combler ſes malheurs
, la glace fidelle rendant à Roſicle ſa
figore naturelle, il courut ſe jeter aux pieds
de Candor. Tous deux tranſportés d'amour
& de joie , béniſſoient Toute- bonne , Merlin
&le Génie, Leur bonheur augmenta les plaifus
de la fête; & pour qu'il ne manquât rien
à ſa rage & à ſon châtiment , on força Semblant-
de-rien d'y reſter.
A
Quelques jours étant écoulés , Toute-bonne,
Cander & Roficle , comblés des faveurs du
Génie , ſe rendirent à la Cour de Loyauté&
de Sincère. La joie de ce tendre couple fut
égale à la douleur dont le fort de la Princeſſe
les accabloit depuis ſa naiſſance. Roficle leur
fut préſenté par l'Enchanteur. Ses vertus, ſes
agrémens , ſon amour les remplirent de tendreffe
& d'eſtime. Ils l'adoptèrent pout fils
en le rendant l'heureux épouxde ſon amante.
Leur Cour fut le berceau des vertus Gauloiſes.
Candor & Roficie , en les confervant ,
yajoutèrent la gaîté , qui fut depuis le carac
114 MERCURE
tère de leur Nation. C'eſt de leurs États que
vint originairement l'eſpèce ſi rare & fi parfaite
des François raiſonnables.
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade , eft Cordon ; celui
de l'énigme eſt Baiser ; celui du Logogryphe
eſt Félicité; où l'on trouve été, Cité ,
ciellit.
CHARADE.
M
ONpremier nanque-t'il, la vie est mondernier,
Et le ſage à mon tout égale mon premier.
( Par Mlle Moreau , de Roane , âgée de 15 ans. )
ÉNIGME , qui n'en est point une.
TOUJOURS
OUJOURS belle aux yeux des mortels ,
En tous lieux j'obtiens des autels .
Par-tout on m'honore , on m'encenſe ,
On me rend des ſoins ſuperfius .
Pauvres humains , quelle démence !
Ai-je en moi toutes les vertus ?
Injuſte , infidelle , inconftante ,
Je fais faire mille faux pas.
DE FRANCE.
115
Tel , pour me fixer ſe tourmente ,
Qui de vingt ans ne me voit pas.
Tel autre , au contraire , eſt tranquille
Sans courir après mes bienfaits ,
Qui voit changer ſon ſimple afile
En ſuperbe & riche palais.
Je parle au coeur de tous les hommes
Etflatte en ſecret leurs defirs .
Dans le brillant ſiècle où nous ſommes ,
Moi feule enchaîne les plaiſirs.
Le ſot m'apporte ſon offrande ,
Le bel eſprit vit ſous mes loix ,
Etj'aſſervis , quand je commande ,
Grands Seigneurs , Nobles & Bourgeois,
Je vis ignorée au village
Pour le bonheur du payſan ;
Car j'ai troublé plus d'un ménage
Et perdu plus d'un Courtiſan.
Mon règne eſt plaiſant & bizarre ,
Je répands le bien & le mal ;
Je fais du prodigue un avare ,
Undocte d'un fot animal ;
D'un faquin je fais quelque choſe ;
Je réduis quelque choſe à rien ;
Sans ceſſe je métamorphoſe ,
Rarement j'opère le bien.
Par plus d'un moyen illuſoire
Je parviens à gâter les moeurs.
116 MERCURE
Rarementje mène à la gloire ,
Toujours je conduis aux honneurs.
(Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine au
Régiment de Blaifois . )
LOGOGRYPHE.
SANS Ans la mer , les ruiſſeaux , les lacs & larivière ,
Lecteur , je n'exiſterois pas ;
J'ai ſouvent ſauvé du trépas
Des malheureux réduits à leur heure dernière ,
Témoin le Prophète Jonas.
Dans les fix pieds qui forment mon partage,
Apeu-près voici mon avoir.
Savoir:
Un oiſeau qui ne fut pas ſage ,
Lorſque pour paroître plus beau
Il ſe revêtit du plumage
D'un autre oiſeau ;
Un ennemi de la mélancolie ;
Uncoteau renommée par ſon vin pétillant ;
Une mortelle frénéfie ;
Un grivois qui va vacillant ;
Un ſynonyme de mon être ;
Une ſuite d'inſtans trop courts
Entre celui qui te vit naître ,
Hélas ! & la fin de tes jours ;
Un mouvement d'impatience
DE FRANCE. 117
Qui te faiſit quand on t'offenſe ;
Un partiſan de la véracité ;
Un gibier d'aſſez bonne eſpèce
Qui vient à la fin de l'été ;
Un poiſſon renommé par ſa délicateſſe ;
Cequi d'une chanſon fait ſouvent tout le prix;
Un Aéau deſtructeur des fruits ;
Ce que fur fon ſiège eſt un juge ;
Ce que belle Dame à trente ans
Ne dit jamais ſans ſubterfuge ;
Une racine enfin que l'on aange en printemps.
(Par un Abonné au Mercure.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
OEUVRES Morales de Plutarque , traduites
en vers François par M. l'Abbé Ricard. A
Paris , chez la Veuve Deſaint , Libraire ,
rue du Foin Saint-Jacques. 2 vol . in- 12 .
IL faut diftinguer dans Plutarque l'Hiſtorien
& le Philofophe ; c'est-à- dire , l'Auteur
des vies& des parallèles des Hommes illuftres
, & l'Auteur des oeuvres morales ; car
d'ailleurs Plutarque , appuyant à propos ſes
préceptes d'exemples bien choiſis , eſt ſouvent
Hiſtorien dans ſes Ouvrages philoſophiques
, & il eſt toujours Philofophe dans
ſesHiſtoires.
118 MERCURE
د
L'Hiftorien a été traduit en François , le
Moraliſte ne l'a pas été au moins en entier ;
quelques traités ſeulement l'ont été en divers
temps. M. Dutheil , de l'Académie des Belles-
Lettres , a donné , il y a quelques années ,
une Traduction eſtimée de deux morceaux
très-bien choiſis ; le traité intitulé : de la manière
de difcerner le Flatteur de l'Ami , & le
dialogue qui a pour titre : Le Banquet des
Sept Sages . Mais enfin une Traduction
completre des OEuvres moralesde Plutarque
manquoit à notre Littérature ; c'eſt ce que
M. l'Abbé Ricard entreprend aujourd'hui ,
& ce qu'il a déjà exécuté en partie dans les
deux volumes , dont le premier a paru en
1783 , & le ſecond en 1784. Comme il falloit
que tout fût d'une même main , M.
l'Abbé Ricard a retraduit les morceaux déjà
traduits , mais en rendant hautement témoignage
au mérite du travail de ſes prédéceſ--
ſeurs , en avouant le fruit qu'il en a tiré , &
en rendant compte des raiſons qu'il a cru
avoir le plus ſouvent , d'adopter leurs opinions
ſur l'interprétation de certains pafſages
, quelquefois , mais plus rarement de
s'en éloigner.
Laiſſons M. l'Abbé Ricard achever cette
première entrepriſe , c'est-à- dire , completter
la Traduction des OEuvres morales , &
enſuite nous lui repréſenterons que ni la Traduction
d'Amyot ni celle de M. Dacier ne
doivent l'empêcher de nous en donner une
nouvelle des Vies des Hommes - Illuftres ;
DE FRANCE.
119
celle d'Amyot eſt la plus eſtimée , celle de
Dacier est la plus lûe , malgré la peſateur ,
l'incorrection & l'inélégance de ſon ſtyle ;
ce qui prouve le beſoin qu'on avoit de lire
Plutarque dans une langue plus formée , plus
grave , plus remplie de dignité que ne l'étoit
le François du temps d'Amyot. Ceci a beſoin
d'être expliqué. Le caractère dominant , &
preſque unique du vieux François , étoit la
naïveté , c'étoit la langue propre du genre
naïf; & La Fontaine , le plus naïf de nos
Écrivains modernes , l'emploie avec goût &
avec ſuccès , lorſqu'il veut être , pour ainſi
dire , plus naïf encore ; mais bornons-nous
à l'hiſtoire & à ce qui s'y rapporte. Cette
même langue étoit , par exemple , d'un grand
uſage dans les Mémoires hiſtoriques , où
l'Auteur raconte ce qu'il a vu & ce qu'il a
ſenti , & où la naïveté eſt un charme qui
attache le Lecteur , ce ſeroit en conféquence
une fort ſotte entrepriſe que celle de mettre
en langage moderne les Mémoires de Philippe
de Comines , de Vieilleville , &c. Et
c'en fut une aſſez ſotte que d'y mettre la
vieille& naïve hiſtoire du Chevalier Bayard.
On auroit pu ſe diſpenſer auſſi d'y mettre
les Mémoires des du Bellay ; & pluſieurs
perſonnes n'ont pas approuvé , du moins
dans le temps , qu'on y ait mis même les Mémoires
de Sully , malgré le ſuprême mérite
de l'exécution , qui enfin a fait prévaloir les
nouveaux Mémoires ; car , quoi qu'on en
diſe encore , on ne lit plus que ceux-ci.
120 MERCURE
Mais enfin il eſt toujours vrai que plus un
Livte , ſoit Mémoires , ou tel autie Ouvrage
hiſtorique , eſt eſſentiellement naïf , plus il
gagne à être écrit en vieux François , langue
qui double ce mérite de naïveté. Plutarque
ne manque pas non plus de naïveté; mais
c'eſt de cette naïveté qui peint vivement les
objets , & qui les met ſous les yeux ; non de
celle qui porte au rire , & qui tient je ne
fais quoi du badinage ; or , tel eit le caractère
de la naïvete d'Amyot & de fon langage.
Si Plutarque eſt naïf, ce n'eſt pas aux dépens
de la gravité , de la dignité qui conviennent
à un Hiftorien. Et voilà les caractères que
la langue d'Amyot ne peur pas rendre ;; nous
n'avons beſoin que de l'exemple d'Amyot
lui-même , pour diftinguer parfaitement ce
qui convient à cette langue & ce qui n'y
convient pas. La Traduction 'du Roman de
Daphnis & Chloé, Ouvrage effentielleme: t
naïf , a un charme inexprimable , Amyot y
eſt auffi original que l'original même , &
fait autant d'effet; quand il traduit Plutarque ,
fa langue perd tout ſon prix , elle eſt trop
meſquine , trop badine pour peindre des
Héros ; elle remplace toujours la dignité par
la naïveté, elle a ſouvent l'air d'une parodie ;
onfent qu'il faut une autre langue pour peindre
Caton , Brutus , Cicéron , Alcibiade , ces
fiers Romains , ces Grecs éloquens , ces
hommes ſupérieurs aux autres hommes. Le
ſtyle de M. l'Abbé Ricard eſt pur , il eſt
ſage, & ne manque point d'élégance ; il faut
qu'il
DE FRANCE. 121
qu'il achève ſon Ouvrage , il faut que nous
ayons Plutarque traduit tout entier de ſa
main , & les Lecteurs l'engageront sûrement
àce travail.
Le Traité de Plutarque ſur l'Éducation des
Enfans , contient le germe des préceptes les
plus utiles , développés dans pluſieurs excellens
Ouvrages modernes , on trouve aufli
quelques détails de ce traité , & certains
traits d'Ouvrages modernes , d'un genre &
fur des ſujets tout differens , des rapports
dûs ou à l'imitation ou peut- être ſimplement
au hafard. Par exemple , Plutarque , en tirant
des choſes naturelles , certaines preuves
du pouvoir de l'habitude , dit : « L'eau en
tombant goutte à goutte , creuſe les ro-
>> chers les plus durs. - Ce ſont les vers
connus de Quinault:
L'eau qui tombe goutte àgoutte
Perce le plus dur rocher.
Ovide avoit dit auffi :
Gutta eavat lapidem.
En avertiſſant d'éloigner des enfans, des
eſclaves barbares ou corrompus , qui leur
cominuniqueroient les vices de leur langage
& de leurs moeurs , Plutarque cite un proverbe
qu'il annonce déjà comme ancien :
On apprend à boiter avec les boiteux. Ce proverbe
ſe retrouve ſous une autre forme dans
notre Comédie des Plaideurs .
On apprend à heurler , dit l'autre , avec les loups.
Nº. 21 , 21 Mai 1785 . F
122 MERCURE.
ود
" Les Médecins , dit Plutarque , tempèrent
l'amertume de leurs potions, par le mê-
>> lange de quelque liqueur douce , & font
>>paffer à la faveur de ce déguiſement un
» remède déſagréable , mais utile. »
C'eſt le trait fameux & ſi ſouvent cité du
Taffe:
Cofi allegro Fanciulporgiamo afperfi
Difoavi licor gli orli del vaſo.
Succhi amari , ingannato , in tanto ei beve ,
El dall' inganno ſuo vita riceve.
:
LeTraitéfur la manière de lire les Poëtes
a plus de rapport à la morale qu'au goût ; &
d'ailleurs tout ce qu'il contient étoit vraiſemblablement
plus d'uſage du temps de Plutarque
qu'il ne le ſeroit aujourd'hui .
Le traité : Comment on doit écouter , ſeroit
peut-être au contraire encore plus d'uſage
aujourd'hui qu'il n'a pu l'être dans aucun
temps; mais il faudroit le faire précéder d'un
autre Traité intitulé : Qu'ilfaut écouter , vérité
abfolument méconnue , & qui auroit
beſoin d'être rappelée.
Le Trané : Sur la manière de difcerner un
flatteur d'avec un ami , eſt encore de tous
les temps ,
• Évitons , dit Plutarque dans cet On-
>> vrage , de reprendre nos amis en public ,
(quoique ce foit plutôt la faute d'un ami
indifcret que d'un flatteur ) " & ſouvenons-
> nous de Platon , qui , dans un repas ,
DE FRANCE.
123
- voyant Socrate réprimander trop fortement
un de ſes Diſciples: Ne valoit-il pas
* mieux , dit-il, lui faire ces reproches en
" particulier ? Et vous - même , reprit So-
» crate , ne pouviez-vous attendre , pour me
" le dire, que nous fuſſions seuls ? » Il eſt
plaiſant en effet de tomber ainſi dans la faute
qu'on reprend.
ود
Turpe est Doctori cùm culpa redarguit ipfum.
" On dit que Pithagore fit publiquement
à un jeune homme une réprimande ſi ſé-
>> vère , qu'il ſe pendit de déſeſpoir ; depuis
>> ce temps , ce Philoſophe ne reprit jamais
> perſonne que ſeul à ſeul...... Sans doute ce
ود
ود
fut moins la chaleur du vin qui irrita ſi
fort Alexandre contre Clitus , que le dépit
>>de ſe voir repris publiquement. Ariſto-
» mène , Gouverneur du Roi Ptolémée ,
» ayant réveillé ce Prince qui s'endormoit
→ endonnant audience à des Ambaſſadeurs ,
"
رد
les flatteurs en prirent occaſion de le per-
>> dre; & affectant la plus vive indignation ,
>> comme ſi l'honneur du Prince y étoit in-
> téreſſé , ils lui dirent : Si , accablé de veilles
& de travaux , vous vous laiſſez quelquefois
ſurprendre au ſommeil , on doit vous
avertir en particulier , & non porter la
» main ſur vous devant une & nombreuſe
aſſemblée. Ptolémée , irrité par ces propos
, envoya du poiſon à Ariſtomène.
"
"
ود
ود
Plutarque , plein de ſon ſujet , ſavoir l'inconvénient
de reprendre en public , ne s'ar
Fij
124
MERCURE
rête pas à juger la conduite de ees divers
perſonnages. Ariſtomène avoit peut - être
commis une petite indiſcrétion , dont on
pourroit l'abſoudre , & même ſoutenir qu'il
épargnoit au Prince une plus grande confufion;
les Courtiſans faifoient leur odieux
métier , &le Roi , par un orgueil auſſi ſtupide
que féroce, commit un crime menſtrueux.
Dans le Traitéfur les moyens de connoître
lesprogrèsqu'onfait dans lavertu , Plutarque
paroît, entre-autres moyens, adopter la règle
de Platon & de Zénon, qui veulent qu'on
juge par les ſonges même de ſes progrès dans
lebien : qu'on prenne garde ſi , pendant le
ſommeil , on ne ſe plaît pas à des repréſenrations
deshonnêtes ; fi l'on ne croit pas faire
ou approuver des injuftices &des violences ;
ou ſi l'âme , toujours tranquille , toujours
éclairée par la raiſon , tient dans une foumiſſion
entière l'imagination & les ſens.
Vraiſemblablement cette règle tromperoit
ſouvent ; elle tendroit d'ailleurs à juſtifier
la violence de ce Tyran qui fit mourir
unhomme de ſa Cour pour avoir rêvé qu'il
l'affaffinoit .
Xénophon a dit : Il est d'un hommeſage
de tirer parti defes ennemis même. C'eſt le
développement de cette grande vérité qui
forme le Traité de Plutarque , fur l'utilité
qu'on peut retirer defes ennemis.
Dans le Traitéfur legrandnombre d'amis ,
Plutarque veut qu'on n'en ait qu'un. Il obDE
FRANCE. 125
ferve que nous ne les trouvons jamais que
deux à deux : Theſée & Pyrirhoüs , Achille
& Patrocle , Oreſte & Pylade , Pythias &
Damon , Epaminondas & Pélopidas. En re-
'tranchant quelques -uns de ces exemples ,
M. de Voltaire a dit plaiſamment :
Ces noms font beaux , mais ils ſont dans les fables.
Dans le Traitéſur la Fortune , l'Auteur lui
enlève tout ce qu'il peut; il obſerve avec
complaiſance qu'elle n'a point d'empire ſur
les Arts; il cite cependant l'hiſtoire du Peintre
, qui , ne pouvant réuffir à rendre à fon
gré l'écume d'un cheval , jeta ſur le tableau
ſon éponge, laquelle par hafard remplit parfaitement
l'idée du Peintre. Plutarque obſerve
que c'eſt le ſeul cas où la Fortune ait
mieux fait que l'Art.
Dans le Traité ſur le Vice & la Vertu ,
l'Auteur établit qu'il n'y a point de vrai plaifir
pour l'homme vicieux , & que l'homme
eftheureux par la vertu, dans quelque liruation
qu'il ſe trouve. Maxime très-morale,&
peut- être plus vraie que ne le croyent la plupart
de ceux même qui la foutiennent. Voilà
tous les Ouvrages que contient le premier
volume.
Le ſecond offre d'abord la Conſolation a
Apolloniusfur la Mortdefon fils. L'Auteur
prouve qu'une trop grande proſpérité doit
alarmer. Philippe de Macedoine , dit-il , reçur
enun même jour trois nouvelles heureuſes ;
ſes courſiers avoient temporté le prix aux
Fiij
126 . MERCURE
\
jeux olympiques ; Parménion , ſon Lieutenant
, avoit vaincu les Dardaniens ; Alexandre
venoit de naître. Fortune , s'écria-t'il ,
envoie moi quelque diſgrâce !
Théramène , l'un des trente Tyrans d'Athènes
, dînant avec pluſieurs perſonnes , la
maiſon s'abyma, il fut ſeul ſauvé. O Fortune !
dit-il, à quel fort me réſerves-tu ? En effet ,
peu de temps après il périt dans les fupplices.
On eſt étonné de ne pas trouver en cet
endroit l'hiſtoire de Polycrate tyran de
Samos.
Plutarque prouve qu'au jugement des
Dieux , la plus prompte mort eſt le plus
grand bien pour les hommes; il le prouve
par l'exemple connu de Cléobis & Biton ,
jeunes gens d'Argos , fils d'une Prêtreſſe de
Junon. Leur mère, pour récompenfer leur
piété , pria la Déeſſe de leur donner ce qu'il
y avoit de meilleur pour les hommes , ils
s'endormirent peu de temps après , & ne ſe
reveillèrent plus. La douceur de cette mort
étoit bien un auſſi grand bienfait que ſa
promptitude.
Le dialogue de Moſchion & de Zeuxippe ,
intitulé : Préceptes de Santé , en contient en
effet d'utiles , fur tout pour les Gens de
Lettres. L'Auteur examine s'il eſt bon de
s'occuper à table de quelque diſcuſſion Littéraire
, & il tient fort pour l'affirmative.
Dans les Préceptes de Mariage , on établit
que celui qui ne fait pas gouverner ſa mai
DE FRANCE. 127
ſon , n'eſt pas propre à l'adminiſtration publique.
Le Rheteur Gorgias , exhortant les
Grecs à la concorde & à la paix , commence ,
lai dit Mélanthius , ſon adverſaire , par
établir la paix chez toi , entre tafemme & ta
Servante.
Il ne faut pourtant pas toujours condamner
ſans reſtriction ceux qui ne peuvent parvenir
à cette paix domestique.
Paul Émile ayant répudié une femme riche
, belle & fage , ſes amis l'en blâmoient.
Voyez- vous ce ſoulier , leur dit-il, il eſt beau
& bienfait , il n'y a que moi qui ſache où il
mebleſſe.
Plutarque établit qu'en général la perſuaſion
a plus de pouvoir ſur les femmes
que la contrainte , & cite à ce ſujet la fable
du Soleil & de Borée .
Le Banquet des Sept Sages eſt le plus
connude tous ces Traités moraux de Plutarque
, & par cette raiſon nous n'en dirons
rien.
Le Traité de la Superstition avoit éré tra
duit par M. le Févre , & ce ſavant avoit
joint à ſa Traduction des notes dont M.
l'Abbé Ricard a quelquefois profité. Il eſt à
remarquer que dans ce Traité , Plutarque
paroît préférer l'atheïfre à la ſuperſtition ;
mais M. l'Abbé Ricard craignant que cetre
idée ne pût contribuer à diminuer l'horreur
qu'on doit avoir de l'athéïſme , oppoſe dans
une note Plutarque à lui-même , en rapportant
un paffage d'un autre Traité , où Plu-
Fiv
128 MERCURE
tarque , au contraire ,donne la préférence la
plus formelle à la ſuperſtition ſur l'atheïſme.
LesApophtegmes des Rois & des Capitaimes
célèbres terminent ce ſecond volume.
CetOuvrage eſt encore plus connu que le
Banquet des Sept Sages. C'eſt même le premier
Ouvrage de Plutarque qu'on met entre
les mains des jeunes gens , lorſqu'ils commencent
à ſe familiariſer avec le Grec. Ils
y trouvent une multitude de faits curieux ,
de maximes utiles, propres, par leur brièveté
&par le trait hiſtorique auquel elles tiennent
, à ſe graver aiſément dans la mémoire,
&à former les moeurs de l'enfance. Nous
remarquerons particulièrement ce trait de
juftice & de générofité.
2
"Memnon , faiſant la guerre pour Darius
>> contre Alexandre , entendit un de ſes Soldars
qui tenoit les propos les plus injurieux
fur le compte de ce Prince. Il le
>>frappa de ſa lance , en lui diſant : Je te
>>paye pour faire la guerre à Alexandre , &
> non pour en médire.>>>
Le Traducteur , dans un court ſommaire
placé à la tête de chaque Traité , rétablit la
liaiſon des idées principales quelquefois
interrompue dans le texte par des idées incidentes
, & préſente ſous un même point de
vûe toute la ſuite du raiſonnement. Il affoiblit
par-là , fans aucune altération , le principal
défaut de ſon Auteur , & en rend la
lecture plus facile & plus agréable.
Il eſt échappé à M. l'Abbé Ricard , dans
TA
DEFRANCE. 12
l'Avertiſſement du premier volume , deux
petites négligences de ſtyle, dont il nous ſaura
peut-être gré de l'avertir.
1º . " Il s'étoit exercé ſur les différens ob-
>> jets qu'elle einbraſſe avec un ſuccès égal.>>
Il y a ici une petite équivoque grammaticale
, & quitient à la tournure de la phraſe.
Eſt-ce lui qui s'étoit exercé avec un ſuccès
égal ? Est-ce elle qui embraffe les différens
objets avec un égal fuccès ? C'eſt lui ſans
doute; mais il falloit mettre :
« Il s'étoit exercé avec un ſuccès égal fur
> les différens objets qu'elle embraffe.
28. " J'ai traduit différemment que ceux
» qui m'ont précédé.
Différemmende, ou autrement que. Encore
eft-il mieux d'éviter la première tournure.
TRAITÉ de l'usage des Armes à Feu , écrit
en ItalienparM. le Commandeur d'Antoni,
traduit en François par M. le Marquis de
Saint - Auban , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Lieutenant
-Général des Armées du Roi. in-80
de 345 pages , avec une Notice hiſtorique
fur la Vie & les Ouvrages de M. le Marquis
de Saint-Auban , ſon portrait & des
planches , 178F. A Paris , chez Lambert,
Imprimeur - Libraire , rue de la Harpe ,
où se trouvent les autres Ouvrages dia
Traducteur.
PENDANT que lesTraducteurs & lesCom
mentateurs n'étoient qu'Erudits , & ne pof-
Fv
130 MERCURE
ſédoient d'autres connoiſſances que celle des
Langues , les originaux étoient mal entendus
&plus mal rendus encore. Delà vient peut-..
être que les Auteurs anciens , qui ont écrit
fur les Arts & ſur l'Hiſtoire Naturelle , font
encore à traduire , & ne pourront l'être dignement
que par des Artiſtes & des Naturaliſtes
, ou par des Ecrivains qui poſſederont
à la fois les langues anciennes avec la
theorie des Arts & de la Nature. Vitruve ,
&un petit nombre d'autres , ont joui du
bonheur que nous deſirons à tous les bons
Ecrivains de l'antiquité; car Claude Pérault
étoit auffi habile Architecte que Vitruve ;
mais l'Auteur qui méritoit davantage d'être
traduit par un Savant auquel on reconnût
des lumières , égales aux Sciences , c'étoit
Polybe : ſes Écrits ſont la production d'un
homme conſommé dans l'Art de la Guerre
&dans la Tactique des Grecs & des Romains.
C'eſt ainſi qu'après avoir paffé une
grande partie de ſa vie dans les Camps, après
avoir fait la guerre dans le poſte d'Officier-
Partiſan , comme les anciens la faiſoient
avec de petites Armées , le Chevalier de Folard
publia des Commentaires ſur Polybe.
Tel auſſi avoit été Céſar , qui ne ſuſpendoit
quelques inſtans le plaisir de vaincre , que
pour favourer à loiſir celui de publier ſes
victoires .
L'Ouvrage que nous annonçons eſt dû à
un Militaire qui a charmé les loiſirs de ſa
vicilleſſe par l'étude & la traduction des
DE FRANCE. 131
Écrits d'un Artilleur des plus célèbres. M.
d'Antoni a créé, pour ainſi dire , l'Artillerie
en Piémont. Il a eu l'avantage rare de pouvoir
faire & répéter dans les Écoles Nationales
les expériences déciſives , ſeules baſes
ſolides d'un Art qui gît tout entier dans les
faits. Sans préjugé national , ſans eſprit de
parti , libre de toute contrainte , l'Artilleur
Piémontois a repris les travaux de tous ſes
prédéceſſeurs. Il a commencé par une étude
ſuivie de la poudre à canon , ce mélange
terrible qui décide aujourd'hui du fort des
Empires , & il a publié le réſultat de ſes recherches
dans ſon Efame d'ella polvera . Depuis
il a fait des recherches ſur la nature , la
forme & l'uſage des armes , que la poudre
rend ſi redoutables , dans le Traité intitulé :
Ufo d'elleArmi dafuoco .
M. le Marquis de St-Auban eft très-connu
par ſes ſuccès dans la conduite de l'Artillerie
Françoiſe , & par les Écrits qu'il a compoſés
en faveur de cette Artillerie qui avoit
vaincu à Fontenoi & à Raucoux. Il a cru
ne pouvoir mieux ſervir ſa Patrie qu'en l'enrichiffant
d'un traité dans lequel l'artillerie
eſt ſi bien démontrée. Son expérience dans
cet Art formidable , lui donnoit pour cette
Traduction des facilités que tout autreMilitaire
n'auroit acquiſes qquu''aavec peine.
avoit étudié l'Artillerie pendant dix - ſept
campagnes , à trente- huit fièges ou batailles ,
&pendant quarante- fix ans de ſervice. Retiré
à Paris , éloigné des combats , il voulut
Il
F vj
MERCURE
encore être utile par ſes conſeils aux Artilleurs
, qu'il avoit formés autrefois par ſes
exemples & par ſes commandemens , ſemblable
à ces Athlères fameux , que l'âge & la
vieilleſſe empêchoient de combattre ſans
pouvoir cependant les empêcher de retourner
au Gymnaſe, & d'y donner aux jeunes
Élèves d'utiles leçons, M. le Marquis de
Fraguier , ſon beau-fils , n'a pas voulu que
la mort de cet habile Militaire privât le
Public du dernier fruit de ſes travaux. On
lui en ſait d'autant plus de gré , que cette
Traduction a été agréée par M. d'Antoni
lui-même. Il y a reconnu ſes idées & ſa manière
de les préſenter , malgré la différence
que doit apporter le génie d'une langue dans
laquelle il n'avoit point écrit. Cet aveu du
favant Artilleur Piemontois fera mieux l'éloge
du travail de M. le Marquis de Saint-
Auban que tous les jugemens des Listerateurs.
C'eſt pourquoi nous nous contentons
dedonner un extrait de l'Ouvrage original.
On obſervera que le Traducteur a eu ſoin
de le faire précéder d'une évaluation fidelle
des poids & meſures de Piémont en poids
& mefures de France , évaluations qu'il
avoit reçues de M. d'Antoni.
M. d'Antoni réduit dans ſon premier Chapitre
la perfection de toute arme à fen à deux
principales conditions; la première confifte
àconstruire l'arme de manière qu'elle ne
puiſſejamais nuire à celui qui la manoeuvre ,
&la deuxième , à ce qu'elle devienne utile &
DF FRANCE .
143
commode à celui qui la manoeuvre ; c'eſt à
remplir ces deux conditions qu'eſt employé
tout ſon Traité. Il le commence par de favantes
recherches métallurgiques fur la nature
du fer , du cuivre , du zinc & de l'érain ,
élémens de l'alliage appele tronze , qui ſont
abrégées dans le réſultat des expériencesfaites
en Piémont en 1759 , pour confronter la dureté
relative de ces métaux. Il s'occupe enſuite
de la ténacité & de la dureté que doit
avoir le bronze employé par l'Artillerie ;
des cauſes qui occaſionnent le choc du boulet
dans l'intérieur du canon ; ( la méthode de
forer les pièces diminue ſenſiblement ce
choc , lorſqu'elle eſt pratiquée avec ſoin &
exactitude ) du vent des boulets ; de la figure
& de la longueur de l'âme des canons , &
de leur épaiffeur.
Après avoir fixé par une multitude d'expériences
les dimenſions préliminaires , M.
d'Antoni traite de la fonte des canons & des
mortiers , & donne aux Fondeurs des avis &
des principes qu'ils n'auroient jamais décou
verts par la routine de leurs pratiques. La
lumière , l'examen & les épreuves des canons
de nouvelle fonte occupent la fin de cette
première Partie , qui eſt conſacrée uniquement
à la connoiffance méchanique des Armesà
fen.
:
Un nouvel ordrede choſes fixe l'attention
des Lecteurs dans la ſeconde Partie. Ce ne
font plus des détails purement méchaniques
qui les occuperont ; mais ils vont ſuivre M.
143
MERCURE
d'Antoni dans des recherches phyſico-mechaniques
, dont l'application peut être généraliſée
. Cet Écrivain traite d'abord des projectiles
de l'Artillerie , de la viteſſe initiale
des boulets , & de la courbe qu'ils décrivent.
Il démontre enſuite par des expériences
fans nombre , les effets des boulets , ſoit
contre les fortifications , ſoit dans les batailles.
Le canon chargé à mitrailles eſt examiné
dans un Chapitre particulier. M. d'Antoni
en conſacre un autre à la comparaiſon
des obuſiers avec lesfagres, pièces de quatre
à dix livres de balle ,ainſi appelées par les
Italiens ; & il couronne ce précieux Ouvrage
par des confidérations ſur les effets des
bombes.
On peut affurer qu'on n'avoit produit en
Artillerie rien d'auſſi profond , & en mêmetemps
d'auſſi élémentaire , depuis les recherches
de Bélidor & celles de M. de Saint-
Remy. C'eſt dans les écoles , ſur le terrein ,
que des Ouvrages de cette nature doivent
être compoſés. Ceux-là ſeuls qui auront été
médités & préparés dans les batteries pafferont
à la poſtérité , à côté de ces ſavantes
théories qui doivent les prendre pour baſe ,
&non en deviner & prédire les réſultats.Une
partie des éloges que nous venons de donner
à l'Auteur rejailliſſent ſur le Traducteur ,
qui , après avoir dirigé pendant long-temps
fur le chemin de la victoire l'Artillerie Francoiſe
, & après en avoir défendu les anciennes
proportions par des Écrits lumineux ,
DE FRANCE.
135
n'a pas dédaigné de rendre dans notrelangue
les idées d'un étranger ; & qui enfin a ſacrifié
l'amour- propre d'Auteur, à l'avantage de ſes
compatriotes & à l'utilité publique.
SPECTACLES.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'OPÉRA de Pizarre continue d'obtenir
des applaudiſſemens , & a attiré une grande
affluence à la quatrième repréſentation . L'Ouvrage
a été mieux exécuté & mieux écouté, &
l'on a étéà portée d'en apprécier le mérite &
d'en mieux ſentir les effets.
La muſique a été jugée en général d'une
bonne facture. On voit que l'Auteur a bien
écouté les Ouvrages des plus célèbres Compoſiteurs
, & qu'il a cherché à mettre dans ſa
muſique le caractère & le mouvement qui
convient à la Tragédie. L'ouverture n'eſt pas
une fimple ſymphonie : quoique les intentions
n'en ſoyent peut -être pas affez déterminées
, on voit qu'elle annonce une action
noble & intéreſſante . Parmi pluſieurs morceaux
qui ont été applaudis , on a diftingué
au premier Acte le duo entre Zamore & Alzire
, d'un chant agréable , quoique d'une
expreffion trop foible , & la marche ſur
laquelle arrive l'Inca , dont le caractère
136. MERCURE
paru bien faifi & d'un bon effet. Au ſecond
Acte , l'air de Pizarre : Pour vous iln'est plus
de barrière , & le choeur qui s'y joint , ont le
caractère de nobleſſe, de chaleur & detriomphe
qui convient à la ſituation. L'air que
chante Alzire au quatrième Acte : J'expose
une tête fi chère , eſt d'un beau chant , & la
ſeconde partie fur-tout eſt d'une expreffion
vive, énergique & vraie. Celui de Zamore ,
dans le même Acte: Que fon fang répandu
commence le carnage , mérite les mêmes
éloges ; l'invocation de l'Inca , aux mânes de
fesaïeux , eſt d'unton impoſant & religieux ,
& le choeur qui ſuccède : Marchons , exterminons
cette race barbare , a le mouvement
& l'expreſſion qu'exigent la fituation & les
paroles.
Le reproche le plus général que l'on ait fait
à la muſique , c'eſt de manquer d'originalité.
Le récitatifpourroit avoir plus de vérité dans
les accens& de variété dans la marche ; mais
il y a ſouvent de l'intention &de la chaleur
dans l'accompagnement ; on y defireroit ſeulement
plus de repos & un travail d'orcheſtre
moins continu. Les airs de danſe ont
paru en général agréables, & d'un bon genre.
Peut-être ceux du divertiſſement du pre
mier Acte auroient pu avoir un caractere
plus convenable à une fête religieuſe. On y
adiftingué particulièrement les deux premiers
airs que danſent les filles du Soleil.
L'Ouvrage en général a été mais avec foin
& bien exécuté; les premiers Sujets , tant
DE FRANCE. 137
duchant que de la danſe , y ont concouru
avec le zèle & les talens qu'on leur connoîr.
ANNONCES BT NOTICES.
V
Ue du Château de Vincennes , près Paris ,gravée
d'après M. Moreau l'aîné. Cette Vûe eſt la troiſième
de la Collection des monumens des environs de cette
Ville , que fait graver M. Moreau le jeune , ſous fa
direction. Les deux qui précedent cale-ci font le
Pont de Neuilly & le Chateau de Madrid. Ces Eftampes
ſe trouvent à Paris, chez M. Moreau le jeune,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi & de fon
Académie Royale de Peinture & Sculpture , rue du
Coq S. Honoré. Le prix eſt de 3 liv. chacune. Cette
Eltampe eſt dédiée à M. le Baron de Breteuil , Chevalier
des Ordres du Roi , Miniſtre & Secrétaire
d'État , &c.
La Vue que nous annonçons nous paroît d'une
grande vérité , & priſe d'une manière très -pittorefque
, quoique d'un effet ſimple & viai ; enfin on y
trouve ce fentiment d'harmonie qui caractériſe les
Ouvrages de M. Moreau. La Gravure ne dément en
rien les Vûes précédentes , on y retrouve la touche
ſpirituelle que nous avons déjà louée avec justice
dans les Ouvrages de Mlle Éliſe Saugrain , par qui
cette planche eſt gravée.
Cette Collection , dans la manière dont elle eſt
conçue, avec la note hiftorique qui ſe trouve au bas
de chaque Eſtampe , étant ſuivie avec exactitude ,
peut former une hiſtoire pittoreſque des monumens
de notre Nation .
PORTRAIT de M. l'Abbé Arnaud , Abbé de
138 MERCURE
Grandchamp , de l'Académie Françoise , & de celle
des Inscriptions , Lecteur & Bibliot. de MONSIEUR,
Hiftoriographe de l'Ordre de S. Lazare; gravé d'après
J. S. Dupleffis, par L. Valperga. Prix , 4 liv. Se trouve
chez Lenoir , Marchand d'Eſtampes , galerie du Palais
Royal , Nº. 43 .
C'eſt par ce Portrait que s'eſt manifeſté d'abord
le grand talent de M. Dupleſſis pour la Peinture.
C'eſt faire un aſſez grand éloge de la manière dont
il eſt gravé , que de dire que M. Valperga a ſu , avec
la reſſemblance , réunir l'eſprit qu'y a mis ce Peintre
, & l'effet du tableau. Ce jeune Artiſte débute
d'une manière très- avantageufe.
Voici quatre vers deſtinés à être mis au bas de ce
Portrait , & qu'on attribue à un illuſtre confrère de
l'Abbé Arnaud , qui aime lui-même tous les arts , &
qui eſt fort connu par des ouvrages de ſociété , pleins
d'efprits , d'élégance & de naturel .
Né pour tous les Beaux-Arts , pour leur culte enflammé ,
Adorateur des Grecs , & François plein de grâce ,
Il eût également charmé
Le fiècle de Platon , de Voltaire ou d'Horace.
PORTRAIT d'Eléonor-Marie de Rochefort ,
Curé de la Paroiffe de Saint André des-Arcs , pré
ſenté par Delattre , & ſe vend chez lui , rue Pavée ,
au coinde la rue de Savoie , nº. 26.
Au bas de ce Portrait on lit ces vers adreſſés à M.
de Rochefort , qui mérite au moins l'éloge qu'ils
renferment par la piété éclairée & par ſa bienfaifance
:
Dans un hiver affreux à jamais mémorable ,
Ce Paſteur ſecourut de ſa main charitable ,
La Veuve , l'Orphelin , l'Ouvrier , l'Artiſan ;
Il a jeté ſur tous un regard bienfaiſant :
Il chercha l'Indigent avec un ſoin extrême ;
Et pour le foulager , il s'oublia lui-même.
DE FRANCE. 139
PORTRAIT de Mlle Beaumesnil, gravé par
Vidal. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Noyers , nº . 29 ; & au Palais Royal , chez Pithou ,
Marchand d'Eſtampes , nº. 138 des Galeries neuves.
Aubasde ce Portrait , qui eft finement gravé , on
lit ces quatre vers :
Est- ce une Muſe ? Est- ce une Grâce
Qui tient ici la lyre d'Apollon ?
C'eſt toutes deux. Tibulle en inſtruit le Parnaſſe ,
EtBeaumeſnil leur a prêté ſon nom.
CePortrait eſt gravé d'après M. Pujos , qui depuis
long-remps conſacre ſon talent à reproduire les trai's
desPerſonnes célèbres dans tous les genres.
Le Paysan mécontent , gravé en couleur par
J. B. Morrel , d'après A. Borel . Prix , 3 livres. A
Paris , chez Morrel , Graveur , rue des Deux-
Portes-Saint-Sauveur , maiſon de M. Lelièvre ,
nº . 18 .
Cette Eſtampe a de l'effet , & doit faire plaiſir.
SECONDE Suite de l'Aventurier François, contenant
les Mémoires de Cataudin , Chevalier de
Roſamène , fils de Grégoire Merveil , 2 Volumes ,
formant les Tomes V & VI de l'Aventurier François.
A Londres; & ſe trouve à Paris , chez l'Auteur
, hôtel de Malte , rue Chriſtine , Fauxbourg
Saint Germain; Quillau l'aîné , Libraire , même
rue; la Veuve Ducheſne , Libraire , &c. - Hiftoire
de la République des Lettres & Arts en France ,
année 1783. A Amſterdam; & ſe trouve à Paris ,
même Adreſſe .
Ces deux Ouvrages font ſuite à d'autres dont
nous avons rendu compte. L'Aventurier François a
beaucoup réuffi.
De l'Universalité de la Langue Françoiseد
140 MERCURE
Diſcours qui a remporté le Prix à l'Académie de
Berlin en 1784 , deuxieme Édition. A Berlin ; & fe
trouve à Paris , chez Prault, Imprimeur du Roi ,
quai des Auguſtins , & Bailly , Libraire , rue Saint
Honoré.
Peu d'Ouvrages ont joui d'un ſuccès auſſiuniverfellement
avoué. Ce Diſcours eſt un titre de gloire
pour fon Auteur , comme la queſtion qui en fait le
fujet eſt un objetde triomphe pour notre Langue.
Nous en rendrons compte inceſſamment.
SUPPLEMENT à la Magie Blanche dévoilée ,
contenant l'explication de pluſieurs Tours nouveaux
joués depuis peu à Londres , avec des éclaircoffemens
ſur les artifices des Joueurs de profeffion , les
cadrans ſympathiques , le mouveinent perpétuel,
les chevaux ſavans , les poupées parlantes , les automates
danſans , les ventriloques , les ſabots élaftiques,
&c.; par M. Decremps , avec cette Epigraphe
tirée des Lettres de Mylord Chesterfield à ſon fils :
Mankindare easier deceived than undeceived.
Il eſt plus facile de tromper le monde que de le
détromper , Volume in-8°. , avec vingt-neuf fig.
Prix, 4 liv. 4 fols envoyé frane de port par la poſte
dans tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur , rue
des Rats , près la Place Maubert , nº . 5.
M. Decremps avoit obtenu l'année dernière le
fuffragedes Amateurs , en donnant une explication
claire& ſuccinte des Tours qui firent pendant quelque
temps l'admiration de Paris & de la Province;
ildoit eſpérer un pareil ſuccès de ſon Supplément ,
qui contient des inſtructions utiles , des articles
ſcientifiques & des chapitres amuſans. Parmi les
Tours de combinaiſon dont il eſt parlé dans ce
Supplément , il y en a un bien fingulier , qui confiſte
à entretenir une correſpondance ſecrette en
écrivant en latin, fans favoir cette Langue, des letDE
FRANCE. 148
tres à double ſens , dont le myſtère ne peut être pénéiré
par aucun Latiniſte , ni même par ceux qui
ſavent le même ſecret , lorſqu'ils n'ont pas la elef
particulière de la perſonne qui en fait uſage.
Nous engageons nos Lecteurs à voir l'explication
de ce ſecret dans l'Ouvrage même.
OEUVRES Choisies de Boſſuet , Evêque de
Meaux, par M. l'Abbé de Sauvigny , Tome I. A
Niſmes , chez Pierre Beaume , Imprimeur - Libraire ,
à lagrande Race.
Cepremier Volume de l'Édition de Boffuet doit
en donner une opinion avantageuſe. Il contient fon
beau Difcours ſur l'Hiftoire Univerſelle , avec ſa
Lettre au Pape Innocent XI , concernant l'Éducation
de Mgr. le Dauphin. On lira avec beaucoup
d'intérêt le précis de la Vie de Boffuet , que M. de
Sauvigny a mis à la tête de ce premier Volume.
C'eſt un tableau rapide de la vie privée de cet
illuftre Prélat, & une énumération de ſes triomphes
Littéraires & Apoftoliques. Son immenfe érudition
, ſon zèle éclairé , courageux & infatigable, y
reçoivent de la part de l'Éditeur des éloges auffi raiſonnésque
ſentis..
Cette Edition , qui paroît devoir être bien rédigée
, offrira pluſieurs avantages , le choix des Ouvrages
recueillis , les ſuppreffions néceſſaires , & la
publication de pluſieurs Écrits qui n'ont pas encore
vu lejour.
:
Elle paroît en deux formats , in-4 ° . & in-8 .
COURIER Lyrique & Amuſant. Pluſieurs Perſonnes
ayant de différentes Provinces envoyé leur
adreſſe au fieur Knapen fils , Imprimeur - Libraire ,
rue Saint André-des Arcs , à Paris , afin d'être inf
crites ſur le Regiſtre des premiers Souſcripteurs au
*Courier Lyrique & Amuſant , ou Paffe-Temps des
142
MERCURE
Toilettes; & lui ayant demandé un moyen pour
lui faire tenir leur argent , il croit ne pouvoir pas
en indiquer de plus sûr , de plus prompt & de
plus commode que celui qui a déjà été employé par
la plupartde ſes Seuſcripteurs. Ce moyen connu &
probablement ufité à l'égard des autres Journaux
conſiſte à remettre à la Poſte le prix de l'abonnement,
en le faiſant précéder d'une lettre d'avis à ſon
adreſſe, dans laquelle doit être incluſe la quittance.
du Directeur de la Poſte où l'on a payé. Toutes les
Perſonnes qui employeront cette voie, font aſſurées
de recevoir ſans retard & fans interruption les
Numéros de ce Journal , qui paroîtra au premier
Juin prochain , & dont la ſouſcription eſt de 14 liv.
pour Paris , & de 16 liv. 8 ſols pour la Province.
PLANISPHERE , OU Boufſole Harmonique ,
avec un imprimé ſervant à l'expliquer.
Ce Tableau , imaginé par Zozime Boutroy , de
l'Académie Royale de Muſique , a pour objet de
rendre l'étude de l'harmonie plus sûre , plus ſimple
&plus facile , ſoit pour compoſer , accompagner ou
analyſer toutes fortes de morceaux de Muſique.
On trouve dans cet Ouvrage ſept accords , que
l'Auteur nomme primitifs , & qui produiſent , par le
ſimple renverſement , tous les accords poffibles. On
ytrouve auſſi une nouvelle manière de chiffrer les
accords primitifs & leurs combinaiſons ſi fimple &
ſi exacte , que l'Auteur qui l'adoptera ſera sûr , en
l'employant , d'accompagner toujours avec les mêmes
accords qu'il aura indiqués .
Outre ces deux objets , qui forment le fond de
l'Ouvrage , on y trouvera , 1 °. le nom propre des
notes , dites naturelles ; 2. l'intervalle ou diſtance
qui doit ſe rencontrer d'une note à ſa plus prochaine
, ſuivant le dégré qu'elles peuvent ou doivent
occuper dans une gamme majeure ou mineure ;
DE FRANCE.
143
3º. les trois clefs , leurs différentes pofitions & leurs
mutations , par le moyen des dièzes ou bémols , ce
qu'on nomme tranſpoſitions ; 4°. la connoiſſance
des modes , par les dièzes ou bémols; s°. la manière
la plus ſimple de préparer & fauver les diffonances;
6°. le mouvement que doit ou peut faire
chacune des notes qui a porté tel ou tel accord ;
7°. une gamme complette de tous les accords que
peuvent porter les ſept notes de la gamme, foit en
modemajeur ou mineur; 89. le moyen de reconnoître
la véritable note fondamentale des accords
produits ; 9. un détail des différens chiffres dont ſe
font ſervistous les Auteurs juſqu'à ce jour pour indiquer
les accords; 10. l'accord qu'on peut faire
fuccéder à tel ou tel autre , d'après leur meilleur
effet ; 11º. un moyen sûr & facile d'analyſer une
Partition , de ſe rendre raiſon des accords pratiqués
dans unmorceau de muſique fait ,&de les réduire à
leurs primitifs fondamentaux ; 12°. enfin tout ce
qui peut faciliter la compoſition muſicale ou l'accompagnement,
L'Auteur eſpère que cet Ouvrage , qui forme un
Tableau de 26 pouces ſur 30 , ne ſera pas moins
utile à ceux qui ont déjà des connoiffances dans
l'harmonie qu'aux Commençans. Le prix en feuilles,
ycompris la Clef brochée , eſt de 24 liv. pour
Paris , & 27 liv . pour la Province franc de port.
Les Perſonnes qui defireront qu'on le leur faffe
paffer , pourront écrire directement à l'Auteur , ruc
Grenetat , la deuxième porte-cochère en entrant à
droite par la rue Saint Martin, & aux Adreſſes ordinaires
de Moſique.
QUVERTURE del Signor Anfosi pourle Claveçin
avec Violon , arrangée par M. Bambini , Maître
de Chant & de Clavecin. Prix , 2 liv. 8 fols,
Douze petits Airs pour le Clavecin avec Violon ,
-
144
MERCURE
par M. Bambini , OEuvre IV. Prix , 4 liv. 4fols. A
Paris , chez l'Auteur , rue des vieux Auguſtins , aux
Eaux de Paſſy.
Ces petits Airs , qui ſont très-brillans fans être
fort difficiles , nous ont paru d'un chant très-agréable,&
prouvent que l'Auteur poſsède parfaitement
ſon Inſtrument.
ERRATA Du dernier MERCURE.
Page 5+ , article des Centenaires de Corneille ,
il faut lire ainſi les deux premières phrases .: De
ces deux Centenaires l'une a étéjouée avec ſuccès fur
quelques Théâtres de Province ; laſeconde a été lue
& reçue deux fois à la Comédie Françoise , où
néanmoins elle ri'a pas été repréſentée.
Même article , page 65 , ligne 12 , cettefameuse
Scène; lifez , la fameuse Scène.
TABLE
VERSà unbonHumain , 97 phe ,
AunAmi ,
Conte,
114
98 OEuvres Morales de Plutaribid.
que , 117
L'Aigle & le Serpent , 99 Traité de l'usage des Armes à
Ees dangers& les plaisirs de la Feu
-Sensibilité ,
, 129
100 Académie Roy. de Musiq. 135
Charade, Enigme& Logogry- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
137
1
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Mai. Je n'y at
rien trouvé qui puiffa en empécher l'impreſſion . A Paris ,
le 20 Mai 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Mars.
IEN n'eſt encore terminé , ni prêt à
Rl'être, felon les apparences extérieures,
au ſujet de l'affaire des limites avec la cour
de Vienne. Son Internonce , le Baron de
Herbert, paroît même avoir rallenti ſes démarches
, & s'occuper ſpécialement des facilités
commerciales à procurer aux ſujets
Autrichiens. La concurrence des Ruſſes eſt
devenue dangereuſe pour les nations de
l'Europe qui fréquentent la mer Noire ,
quoiqu'on exagere infiniment trop les défavantages
de celles- ci. Une ſeule maiſon
Allemande a juſqu'ici envoyé dans la mer
Noire quelques navires ſous pavillon Autrichien;
mais comme plufieurs autres ſe propoſent
les mêmes ſpéculations , on leur a accordé
l'établiſſement d'un Conſul Impérial
en Crimée , ſous les ordres de l'Internonce
àlaPorte.
No. 21, 21 Mai 1785.
( 98 )
Nos canoniers ſe forment affez bien aux
manoeuvres de l'artillerie ; mais l'on déſefpereentierementdes
Janiſſaires & des Spahis,
&le gouvernement paroît dégoûté des eſſais
infructueux qu'il a tenté pour exercer & pour
diſcipliner ces milices ſelon la tactique européane.
La grande faveur du Capitan Pacha a
paru ſenſiblement pendant ſa maladie. Le
Grand Seigneur lui renditune viſite, & lui envoya
le Docteur Gobis, originairedeTrieſte ,
ſelon quelques - uns , & éleve de Van Swieten.
A peine rétabli , le Capitan Pacha a fait
diſgracier le Grand- Viſir, le Muphti & l'Aga
des Janiſſaires , tous trois remplacés par des
Miniſtres attachés au parti du Grand-Amiral.
On parle d'une demande faite à la Porte:
par le Baron de Herbert , pour obtenir en
faveur des navires Autrichiens , employés
au commerce de l'Inde , l'entrée du port de
Suès. Les Anglois à qui elle avoit été accordée
, en furent bannis enſuite. Cependant
on aſſure qu'un Capitaine François , actuellement
au Caire , a ouvert des négociations ,
afin de procurer à ſa nation le privilege de
fréquenter ce port de la mer Rouge.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 5 Μαί.
C'eſt le 24 Avril qu'eſt expiré à Ludwigsluth
le Duc Frédéric de Mecklenbourg
Schwerin, âgé de 68 ans. La maladie & la
mort de ce Prince ont eu lieu dans 24
heures. Il n'avoit point d'enfans de fon
( وو (
épouſe la Princeſſe Louiſe- Frédérique de
Wirtemberg Stuttgard , & fes Etats paſſent
à fon neveu le Duc Frédéric François , âgé
de 29 ans.
Il ſe trouve à Varſovie depuis quelques
jours , un Archimandrite des Monténégrins,
qui ſe propoſe de faire un voyage à Péterfbourg.
On le croit chargé d'une commifſion
importante pour cette cour.
On apprend de Polocz , que l'Archevêque
de Mohilow a reçu de la cour de Rome
un Bref qui l'établit Viſiteur Apoftolique
, &qui lui confere les pouvoirs néceffaires
de prendre au ſujet des Religieux dans
la Ruffie tels arrangemens qu'il jugera convenables.
On a publié à Lubekune lettre que le Magiftrat
a adreſſée le 16mai aux citoyens de cette ville libre
& Impériale, & dans laquelle il exhorte les Négocians
, de la maniere la plus perſuaſive , à faire le
commerce avec probité , à ſuivre dans cet état des
principes ſages , propres à ſe procurer une aiſancehonnête&
à inſpirer de la confiance aux étrangers,
enfinà ne plus ſe livrer à des ſpéculations &à
des entrepriſes trop avanturées, qui ruinent les fortunes
particulieres en renverſant entierement le
crédit public,fondement de tout étatcommerçant.
Le Magiſtrat a annoncé en même tems dans cette
piecequ'il publiera inceſſamment un nouveau Réglement
concernant les faillites.
Toute l'armée du Roi de Danemarck
recevra de nouvelles armes , & on ſe propoſe
de lui faire exécuter de nouvelles
évolutions pendant l'été.
4
62
( 100 )
On vient d'établir à Copenhague un depôt
de cartes maritimes , dont la direction
a été confiée au Capitaine de Loewenoern.
DE BERLIN , le 4 Mai.
La baſſe Siléſie a été preſqu'entierement
inondée vers la fin du mois dernier , par la
tonte rapide des neiges accumulées ſur les
montagnes , & des glaces épaiſſes qui couvroient
les rivieres. L'Oder , le Bober &
d'autres rivieres ont ſurmonté leur lit ordinaire
, & les communications entre divers
lieux ont été totalement interrompues. M.
de Hoym , Miniftre d'Etat s'eſt empreſſé de
conner les ordres néceſſaires pour rouvrir
les chemins & pour foulager les habitans.
Un accident bien douloureux a accompagné
les déſaftres de cette inondation. Le
Duc Maximilien Leopold de Brunswick ,
Général Major & Colonel d'un Régiment
d'Infanterie au ſervice du Roi de Prufſe , a
été englouti ſous les eaux , le 27 Avril , entre
midi & une heure , en voulant ſecourir
les malheureux entraînés par le débordement
de l'Oder. Voici les circonstances de
ce triſte événement.
Le 27 l'Oder commença à rompre différentes
digues & inonda toute la campagne. Cette accident
força les habitans de ſe retirer ſur le
toît de leurs maiſons ou ſur le ſommet des digues.
La violence des flots alla en augmentant ;
ils entraînerent preſqu'en entier le pont de
l'Oder . Le Duc voyant dans le lointain ces
infortunés privés de toute aſſiſtance , voulut
( IOI )
abſolument aller à leur ſecours pour les aſſiſter
&donner les ordres néceſſaires. S. A S. ſe plaça
pour ect objet avec trois Bateliers dans une petite
barque , & fut , malgré la rapidité des flots ,
affez heureux pour gagner fans accident la rive
oppoſée . Mais arrivant auprès d'une autre digue
rompue , la barque toucha probablement un pieu
caché ſous l'eau ; du moins elle ſe renverſa tout à
coup , & le Prince , avec les trois Bateliers ,
tomba dans la riviere . S. A. S. fut apperçue auſſitôt
les bras étendus ſur l'eau ; & diſparutde nouveau
fans aucun eſpoir de ſecours .
La Cour de Berlin a été ſaiſie de la plus
vive douleur , en apprenant la perte de ce
jeune prince , âgé de 33 ans , victime d'un
courage & d'une humanité bien rares, même
dans les hommes d'un rang inférieur.
On l'avertit du danger , & l'on refuſoit même
del'accompagnneerr,, àla vuedes eaux effrayantes
du fleuve & des débris qu'elles
entraînoient : ſon intrépidité l'emporta fur
les réflexions & décida les mariniers. Il étoit
le plus jeune des freres du Duc regnant de
Brunswick.
Les trois bateliers que le Duc, ſa bourſe
à la main , avoit engagés à le ſuivre , ont
été ſauvés : on a à deux cents pas retrouvéle
corps de ce Prince, pleuré du peuple , des
foldats , de la Cour, de fa famille , auſſi
bienfaiſant qu'inſtruit , & dont toutes les
vertus avoient un caractere d'énergie. Il nageoit
parfaitement ; mais la violence du
courant ne lui permit pas d'y réſifter.
Nous donnâmes , il y a 15 jours , le ſome3
( 1021
maire de la population des Etats Prufſiens ,
d'après la diſſertation lue à l'aſſemblée publique
de Berlin , du 29 Janvier , par M. de
Hertzberg , Miniftre d'Etat. Les preuves juftificatives
qui développent & qui fondent
les affertions de ce mémoire , font très- intéreffantes
, & en voici l'extrait.
Après une courte notice des principaux Auteurs
qui ont écrit ſur la population , & un examen
rapide de la queſtion tant débattue , ſavoir ſi
notre globe eſt aujourd'hui plus ou moins peuplé
que dans les anciens tems , M. de Hertzberg
continue aing :
د
« Il étoit réſervé au grand Roi , dont nous célébrons
aujourd'hui le quarante- ſeptieme anniverſaire
, non ſeulement de rétablir & de doubler
, malgré ſes longues & sanglantes guerres ,
la population de ſes anciens états héréditaires
mais encore de la tripler par les provinces nouvellement
acquiſes . J'entrerai ici dans quelques
'détails ſurles moyens , dentle Roi s'eſt ſervi pour
augmenter le bonheur & la population de fes ſujets.
>>
1. « L'agriculture étant le moyen le plus für
d'augmenter la population , le Roi n'a ceſſé , pendant
tout ſon règne , de faire rebâtir les villages
&les métairies , qui avoient diſparu par l'injure
des tems paſlés , &d'en faire bâtir même de nouveaux
, fur-tout le long des rivieres. La plupart
de ces rivieres ayant débordé dans les anciens
tems , & inondé beaucoup de terrein fertile , il
les a fait refferrer par des digues , & a retiré par
ce moyen un nombre immenfe d'arpens de terre
cultivable & d'excellens pâturages , & les a donnés
gratis à des colons , la plupart étrangers, en
leur faiſant encore bâtir des maiſons & fournir
le bétail , & tout ce dont ils avoient beſoin pour
( 103 )
leur établiſſement , & en leur accordant de lon
gues franchiſes d'impôt & d'enrólement. Ce que
Pon a exécuté le long des rivieres de la Nerze
&de la Warthe , depuis Drieſenjuſqu'à Cuſtrin ;
ce quiaproduit undéfrichement de 120000journaux
, & un établiſſement de 3000 familles ; le
long del'Oder, de Cuſtrin juſqu'à Oderberg ; le
long de la Havel & de l'Elbe , autour du grand
lacde Madue en Pomeranie & dans le marécage
de Fienet , au pays de Magdebourg , & aux environs
de Potsdam ,& enfin dans un grandnombre
d'endroits de toutes les provinces , dont le dénombreinent
exigeroit un volume. Il s'occupe
actuellement à faire deſſecher & défricher les marais
du Dromling , terrein inacceſſible dans la
Vieille-Marche, au moyen de quoi on compte
de rendre à l'agriculture juſqu'à 120000 journaux
ou arpens de terre cultivable & de pâturages.
Pour ces différentes entrepriſes & améliorations
le Roi a fait bâtir : ce
A
Villages &hameaux
<<Dans la Marche Electorale de
Dans la Nouvelle-Marche.
& y a établi , familles :
Brandebourg. • 217 -
10,740
• 152 -
3,643
Dans la Poméranie . 100-
5,312
Dans les pays de Magdebourg &
de Halberstadt.
20- 2,805
Dans les provinces de Cleves ,
Meurs , Marck , Gueldres ,
Minden , Ravensberg , Tecklembourg
, Lingen & Ooſt-
Frife. • •
Dans la Pruſſe Occidentale.
Dans le Duché de Siléfie.
4,940
50 - 1,119
14,050
-
539 42,050.
4
( 104 )
Voilà donc environ 600 villages & hameaux
que le Roi a nouvellement bâtis , & près de
43,000 familles qu'il a établies fur de nouveaux
fonds de terre ; en comptant cing perſonnes par
chaque famille , on aura une augmentation de
215,000 perſonnes. Il faut obſerver que les deux
tiersdecescolons ont étédes étrangers .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
:
DE VIENNE , le 7 Mai.
De nouvelles troupes ſont-elles en marche
ou non pour les Pays-Bas? Il ſeroit difficile
de réfoudre ce problême d'après les
rapports publics . Alternativement ambulans
&ſtationnés , en pleine marche par les ordresde
la veille , arrêtés par les contr'ordres
du lendemain , ces régimens ſont ballottés
dans les feuilles publiques , comme s'ils
étoient inviſibles. Il eſt apparent que ces
changemens fréquens font la ſuite de l'état
actuel des négociations. D'ailleurs, ce ne font
pas les Pays- Bas ſeuls qui nous occupent ,
& où la préſence de nos troupes puiſſe devenir
néceſſaires.
L'Empereur a nommé à l'ambaſſade d'Elpagne
, vacante par la mort du feu Comte
Jofeph de Kaunitz , le Comte de Kageneck ,
fon Envoyé extraordinaire à la Cour de
Londres. Il y fera remplacé par le Comte
de Rewiski , Envoyé à Berlin , & auquel
fuccédera le Prince de Reuff , Chambellan
actuel de S. М. І.
Ce dernier , Colonel du régiment de Til
( 105 )
lier , diſoit à l'Empereur , à propos de fa
nomination , Je suis foldat , & peu propre aux
diſcuſſions politiques . Soyez tranquille , reprit
l'Empereur en riant, vous aurez bientôt acquis
à la Cour de Berlin l'expérience qui vous manque.
Le Chevalier Foscarini , Ambaſſadeur de
Veniſe auprès de notre cour , eſt mort en
cette ville , le 23 Avril , à l'âge de 67 ans.
If avoit rempli les premieres dignités de ſa
République , réſidoit ici depuis long-temps ,
&laiſſedes regrets à toutes ſes connaiſſances.
Le Danube, dont les eaux avoient commencé
à s'accroître conſidérablement depuis quelques
jours , ſortitde ſes bornes le 22 Avril pendant la
nuitdans trois endroits différens. Les jours ſuivans
, le débordement de ce fleuve s'augmenta
de plus en plus , ſans cependant caufer aucun
dommage parce que la glace s'étoit rompue &
déjà écoulée auparavant que l'eau ſe fût groffie
& enflée , au point d'expoſer à de grands dangers
les endroits de faubourg ſuſceptibles d'être
inondés. L'eau a beaucoup diminué depuis
le 27 Avril. Pendant tout ce temps , S. M. l'Empereur
n'a pas manqué un ſeul jour d'aller reconnoître
lui-même les progrès du débordement ,
& de donner tous les ordres néceſſaires pour prévenir
, autant qu'il étoit poſſible , tous les accidens
qui pouvoient cauſer cette inondation.
Un quatrieme chef des payſans Valaques
révoltés , nommé Peter Boëſch , étoit revenu
dans fon village avec ſécurité , quoique
coupable d'une infinité de meurtres &
de pillages. Un Pope l'a dénoncé au goues
( 106 )
vernement , il a été ſaiſi; & on le croitdeftiné
au même ſupplice que ſes trois aſſociés.
Quelques Gentilshommes Hongrois , & furtout
le Comte Sigifmond de Thorockay ſe
diftinguent par leur activité à ſoulager ceux
de leurs compatriotes qu'ont ruiné les déprédations
des Valaques.
Le corps des Houlans arriva ici le 21 du
mois dernier ,, & y eſt caſerné. Le régiment
de Mecklenbourg nous a quittés pour ſe
porter en Hongrie.
Le Prince de Kaunitz entroit, un de ces jours
derniers dans ſa ſoixante quatorzieme année.
L'Empereur ayant appris qu'il devoir venir ce
jour-là auManege , s'y eſt rendu avant ſept heudu
matin , & ordonna qu'on l'avertit auffi-tôt
qu'on verroit en approcher le Prince. Cet ordre
ayant été exécuté , la Monarque eſt allé luimême
au- devant de ſon Miniſtre juſqu'aux portes
du Manege , où il le reçut avec ces paroles , fi
peuufitées dans la bouche des Rois : Heureux le
jour auquel est né le Prince de Kaunitz ! Le Miniftre
furpris , & encore plus touché de cette démarche
de ſon Souverain , ne put prononcer une feule
parole ; mais on remarquoit que des larmes de
joie couloient de ſes yeux. JOSEPH II y ayant fait
attention , continua : Jefais mon cher Kaunitz ,
que vous traitez aujourd'hui vos bons amis ; je me
compte du nombre , & je ferai exact à me rendre
chez vous .
Il ſera établi deux banques particulieres ,
mais dépendantes de la banque de cette
Capitale; l'une dans la Hongrie , & l'autre
dans la Pologne Autrichienne. On tâchera
par ce moyen de faciliter le cours des nou(
107 )
veaux billets de banque, dont le montant
ira , dit- on , à 20 millions de florins .
L'Empereur a ordonné d'adopter dans les mines
d'or & d'argent de ſes Etats la nouvelle
méthode de ſéparer les métaux du minerai qui
les enveloppe , découverte par le Conſeiller de
Born . Pour récompenſer l'Auteur , S. M. lui a
confié la direction générale de ſon procédé , &
lui a aſſuré pendant dix ans le tiers du nouveau
bénéfice qui en réſultera & dont on calculera le
montant d'après un tableau de comparaiſon des
frais & du bénéfice de l'ancienne méthode .
Ces dix années révolues , l'auteur ou ſes héritiers
percevront encore pendant vingt ans une rente
de quatre pour cent du montant du tiers debénéfice
perçu pendant les dix premieres années .
Le ſieur Haydinger , éleve du Conſeiller de
Born, partira pour Schemniz où il introduira la
nouvelle méthode d'amalgame & le ſieur de Born
ſe propoſe de la publier inceſſamment.
Des lettres de Troppau , du 22 Avril ,
apprennent que le débordement de la riviere
d'Oppa y a occaſionné de grands dégats , &
l'on craint que la miſere des habitans ne ſoit
encore augmentée par la fonte des neiges
entaſſées fur les montagnes.
• Pluſieurs diſtricts de la Hongrie ſont auſſi
couverts d'eau; le Danube adébordé aux
environs de Presbourg , & la riviere de Maros
près d'Arad. Le degré de miſere où ſe
trouvent les habitans de ces diſtricts inondés
eft inexprimable.
DE FRANCFORT , le 10 Mai.
Lc nouvel Evêché de Budweis en Bohe
( 108
me , auquel l'Empereur a nommé leComte
de Schafkotſch , étend ſa jurifdiction ſur les
cercles de Budweis , de Prachin , de Klattan
&deTabor. On compte dans ces cercles
une population de 590,711 ames, 256 curés
féculiers , 39 curés religieux , 84 Chapelainies
, 23 Couvens d'hommes , 60 villes ,
52 bourgs , 2778 villages , 85 hôpitaux &
3 hofpices pour des malades.
La ville d'Oedenbourg dans la Hongrie eſt
connue depuis long-temps par ſon grand com.
merce de vins. On compte qu'elle en exporte
par an 60 à 70,000 Eimer , depuis 20 juſqu'à 40
florins chacun. La plupart des vins de Hongrie
ſe confervent environ 20 ans ; ils perdent fuccef-
Avement de leur force , mais ils deviennent plus
doux & plus agréables à boire.
L'agitation de l'Allemagne donne lieu à
mille bruits journaliers très -incertains ; de
ce nombre eſt la nouvelle d'une défenſe de
fortir les chevaux dans le Burgaw , d'un
camp que formeront les troupes du cercle
de Souabe pres du Danube , & d'un ordre
aux troupes du cercle de Franconie de ſe
raſſembler. 3000 chevaux de remonte viennent
d'être achetés aux environs d'Altona
pour le compte de l'Empereur; ils ſeront
conduits àCommotau en Bohême.
C'eſt encore une nouvelle très-ſuſpecte ,
que l'annonce d'un traité de la Cour de
Vienne avec la République de Veniſe , qui
fourniroit à S. M. I. une eſcadre de quelques
vaiſſeaux de ligne & frégates , moyennant
fix millions de florins par an.
On écrit de Varſovie , qu'on y a publié
( 109 )
le decret relatifà l'affaire du Staroſte Ryx,
ce valet de chambre du Roi , accuſé du
complot contré le Prince Czartoriski . Son
accuſatrice a été flétrie , marquée , & confinée
pour le reſte de ſes jours dans une maifonde
force. Cet arrêt n'a nullement détruit
les doutes des intéreſſés .
L'Electeur de Mayence , à ce qu'on rapporte
, a fait des répréſentations contre l'établiſſement
d'une nonciature à Munich .
On écrit de la Saxe qu'un corps des.
troupes de l'Electeur est en marche pour
former un camp près de Torgaw.
Dreide ſouffre actuellement autant des
débordemens de l'Elbe que l'année derniere,
Les eaux de ce fleuve couvrent une grande
partie de la ville. Le débordement de la
riviere de Mulde augmente la miſere ; la
route de Leipfic , où doit ſe tenir à préſent
la foire , eſt impraticable , & les ponts
ſur le cheminde Berlin ont été emportés par
le torrent.
Le dommage n'eſt pas moindre dans les
envitons de Magdebourg , d'où l'on mande
ce qui fuit.
L'Elbe a débordé & a mis ſous l'eau pluſieurs
grands diſtricts , nommément les bailliages de Roſembourg
,de Calbe & de Gotteſgnaden. L'impétuoſité
du torrent à renversé les plus fortes
digues . La plupart des beſtiaux ont péri ſubmergés,
les hommes n'ont pu ſe ſauver qu'avec la
plus grande peine. La campagne ne préſente
qu'une mer , & il n'y a nulle eſpérance pour
aucune récolte quelconque. Comme le Kluf
( 110 )
damm eſt auſſi rompu , il n'y a plus de commu
nication avec Berlin.
Il s'eſt formé depuis quelques jours devant
la porte de S. Pierre à Ratisbonne , une
ouverture dans la terre , d'environ 16 pieds
de diametre & d'autant de profondeur. Par
cette ouverture on découvre deux trous ,
l'un du côté de la ville , l'autre du côté de
la campagne , & d'où s'éleve de temps en
temps une vapeur fulphureuſe. Cette fingu .
larité eſt d'autant plus remarquable , que
perſonne ne ſe ſouvient ici d'avoir éprouvé
une commotion fouterraine .
ITALI Ε.
DE LIVOURNE , le 27 Avril.
De toutes parts , il arrive des étrangers
pour affifter aux fêtes qui ſe préparent à
Pife. Nous attendons l'eſcadre Napolitaine
fur laquelle leurs Majestés ſont embarquées ;
le ſpectacle en ſera très-beau , vu le nombre
des vaiſſeaux & la maniere dont ils ſeront
pavoiſés.
Les fêtes à l'occaſion du jeu du Pont font
brillantes & remarquables : on prendra une
idée de leur magnificence par le détail de
leur annonce.
Le Mardi 10 Mai , on fera la cérémonie du
cartel de défi entre les deux partis du nord & du
midi. Elle ſera exécutée ſur le pont par tous les
combattans armés , conduits par leurs Officiers
avectoute la pompe de ce ſpectacle, & conformé
ment à l'histoire de ces anciens combats héroïques.
( 111 )
On paffera en ſuite enrevue les troupes , ve
tues de riches habillemens à l'antique , avec des
morions &des panaches diſtinguées par les couleurs
de leurs quadrilles reſpectives.
De leurs camps reſpectifs , elles défileront ainſi
fur le pont , &de là ſur la rive de l'Arno , par
le Palais Royal , d'où elles ſe rendront , par des
rues différentes , à la place de la Cathédrale où
elles trouveront des tentes diſpoſées ſimétriquement
, ſous leſquelles on leur ſervira une collation
abondante au bruit d'une muſique militaire.
Le Jeudi 12, l'après- midi , on célébrora il Giuco
del Ponte , & le ſoir même on donnera gratis
un grand bal maſqué , dans un vaſte ſallon conftruit
à cet effat .
Le 14 , il y aura une courſe de chevaux choifis
, ſur la rive ſeptentrionale de l'Arno , Le prix
ſera une riche médaille d'argent.
Le 17 , la quadrille qui aura été victoricuſe
dans les jjeeux , célébrera , avec le plus grand
faſte , ſon triomphe par des chars ſuivis par les
vainqueurs , des trophées &un cortege de leurs
parens. Le foir , il y aura , gratis , bal maſqué
au théatre .
Le 19 , autre bal maſqué gratis , dans lefallon
ci-deſſus mentionné.
,
Le 21 , les rives de l'Arno ſeront illuminces
des deux côtés de la riviere , à l'imitation de
l'illumination triennale de S. Renaud mais
avec de nouveaux deffeins magnifiques , pour
exciter encore davantage le génie & le bon goût
des Piſans , déjà connus dans ce genre de ſpectacle;
on a fait ſavoir aux propriétaires des mai-
Cons ſituées ſur les rives de l'Arno , que ſi quelqu'un
defiroit être remboursé en tout ou en partiede
la dépenſe qu'il aura faite , pourra s'adreſ
fer au Provéditeur du Bureau des foffés de Piſe.
( 112 )
Le ſieur D. Antoine Gicca, fils du teu
Lieutenant général de ce nom , a été nommé
par l'Impératrice de Ruſſie Conſul à
Raguſe , avec 2400 roubles d'appointemens
annuels , & deux mille trois cens roubles
pour ſon voyage. Cette Princeſſe a également
nommé un Conſul à Cephalonique.
Une Lettre d'Alger porte ce qui fuit,
Un Bâtiment marchand vient d'apporter beaucoup
d'outils à l'uſage del'Artillerie. Il a débarqué
auffi deux Ingénieurs dont on ignore le nom & le
pays. Ils ont pris , auſſi tôt après leur débarquement,
le commandement des batteries & du port,
& les travaux dont ils ont la conduite ſontpoufſés
avec la plus grande activité. Le bruit court
que les Eſpagnols ont réſolu de battre le port &
la ville de Bona. Cette ville , dont le port eſt
conſidérable , eſt ſituée dans la province de Conftantin
, & diſtante d'une lieue de l'ancienne Hipponne.
Elle fut priſe en 1533 , par Charles V;
mais depuis elle fut rebâtie par les Turcs. Pour
mettre cette ville dans le meilleur état de défenſe;
la garniſon a été renforcée de 1500 hommesde
troupes Turques , qui y ſont arrivés avec
un train d'artillerie & beaucoup de munitons de
guerre. On eſt ici dans les plus vives allarmes &
on ne parle que de guerre .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Mai.
Le 29 Avril , on préſenta à la Chambre
desCommunes une pétition du Lord Dundonald
, pour obtenir le privilege exclufif
( 113 )
d'extraire le goudron du charbon de terre.
Cette demande rencontra beaucoup de difficultés
, & plufieurs Membres propoſerent
'de ſubſtituer au privilege , un droit quelconque
en faveur de Milord Dundonald ,
fur chaque baril de goudron extrait des différentes
mines du royaume. Nonobſtant ces
oppoſitions , la requête fut admife & renvoyée
à des Commiſſaires chargés d'examiner
cet objet.
Puiſque l'occaſion ſe préſente, nous dirons
un motde cette découverte , pour rectifier
l'inexactitude & les injuftices de quelques
Feuilles périodiques. Cette invention
appartient originairement aux Allemands ,
à qui l'Europe doit au moins les deux tiers
des découvertes utiles qui ſe ſont faites depuis
cinq cents ans. Il y a long-tems que
cette extraction d'une huile minérale du charbon
de terre ſe pratique en Allemagne , &
notamment dans la Siléſie , par les foins
de M. Heller , Inſpecteur des Forêts. Tous
les propriétaires de ſoſſile charbon ſavoient
que cette ſubſtance recele un bitume qui
ſe diſſipe en fumée par la combustion ,
& qu'on ne ſongeoit pas à recueillir. Le
Comte de Dundonald, de la famille Ecofſaiſe
de Cochran , s'eft occupé longtems
de cet objet. Après des expériences
nombreuſes , & des dépenses affez confidérables
pour déranger ſes affaires patrimoniales
, il eſt parvenu à découvrir une forme
d'appareils propre à condenſer la fumée qui
( 114 )
s'exhale du charbon de terre , à la réfoudre
par un réfrigerant ; & à ſe procurer un
goudron d'une excellente qualité. Enfortant
des fourneaux où ſe fait l'opération , le charbon
de terre eſt dépouillé de ſon bitume ,
perd ſon odeur incommode , ſans perdre
de chaleur lorſqu'on l'emploie enſuite pour
le chaufage. Ce charbon débituminiſe , eſt
connu fous le nom de Coke dans les forges
d'Angletrre & d'Ecofſſe , où il ſert très-utilement
, ſpécialement dans les fameuſes
fabriques de Carron.
Le Comte de Dundonald a monté en
grand &multiplié ſes établiſſemens. De jour
en jour, ſes opérations ſe ſont perfectionnées ;
l'Amirauté Anglaiſe a employé fon goudron
pour le ſervicedes chantiers ; mais comme
il étoit impoſſible , qu'un procédé connu
d'un très-grand nombre de manipulateurs ,
fût long-tems un ſecret ; pluſieurs chefs de
mines de charbon , entr'autres MM. Walker
de Newcastle, ont imité cette préparation
, & ont obligé le Comte de Dundonald
à defirer un privilege. Son ami , le
reſpectable Chevalier Adam Ferguffon , en
a appuyé la demande , ſur la néceſſité de
préſenter aux créanciers ds Milord Dundonald
un titre de fortune , & de prévenir
ainſi la vente forcée des biens du débiteur.
Il s'eſt dérangé uniquement par différens
eſſais diſpendieux ,& fur- tout par celui d'un
nouvelle méthode de purifier le fel , dont on
eſpere de grands avantages. Toutes les Na
( 115 )
tions lui devront de la reconnoiſſance pour
avoir exécuté en grand le premier une préparation
auſſi importante , & qui épargne
à l'Angleterre la valeur immenſe des primes
qu'on diſtribuoit pour l'importation du goudron
étranger.
M. Faujas de S. Fond, dans un voyage
qu'il a fait en Ecoſſe l'année derniere , a vifité
les établiſſemens du comte de Dundonald.
Ils ne lui ont point été ſoigneusement
fermés , comme on le dit fauſſement à Paris
, & à fon retour, il a enrichi ſa patrie de
cette utile fabrication. M. de Buffon , dont
le zele ne vieillit pas plus que le génie , a fait
faire des expériences ſous les yeux au jardin
du Roi; elles ont été répétées en grand, &
dans toutes M. Faujas de S. Fond a obtenu
un ſuccès dont il ne pouvoit douter , d'après
l'inſpection des établiſſemens d'Ecoffe.
Juſqu'ici , il a retiré quatre& cinq livres de
goudron par quintal de charbon de terre ,
dont les différentes qualités doivent donner
des produits différens.
Les Anglois attribuent à cette réſine minérale
des avantages ſur le goudron végétal.
Il eſt plus tranſparent & moins ſujet aux
gerçures , lorſqu'il eſt ſéché. On le ſuppoſoit
auſſi moins cauſtique ,& par conféquent plus
propre aux cordages ; mais on n'eſt nullement
d'accord en Angleterre ſur ce point.
Quant à la faculté de préſerver les vaiſſeaux
de la piquûre des vers , nous répétons qu'on
vient très récemment d'adopter dans plu
( 116 )
freurs chantiers Anglois la méthode des
Ruſſes , qui conſiſte à verſer une diſſolution
de ſel préparé , ſur l'extrémité des gros bois
&des planches de conſtruction : expérience
à laquelle on n'eût pas recouru , ſi le goudron
minéral en eût rempli l'objet.
Conformément à l'avis qu'il en avoit donné
le 26, M. Fox préſenta le 29 ſa motion &
fes critiques ſur l'état des Finances du royaume.
Dans le principe , il avoit conteſté la
juſteſſe des comptes préſentés par M. Pitt ;
les comptes ayant été foumis à la Chambre
des Communes , il s'eſt étudié à prouver
qu'ils ne devoient pas être juſtes. Voici la
ſubſtance de ce débat très - inftructif pour les
lecteurs , curieux de rectifier la multitude
de fauſſes notions dont nous ſommes inondés
ſur les finances d'Angleterre.
Quoique les avis , dit M. Fox , foient partagés
dans les queſtions politiques , ou de pure
ſpéculation ; tout le monde est d'accord ſur la
néceſſité de maintenir le crédit public. Loin
qu'on puiſſe m'imputer d'être guidé en ce jour
par un eſprit de parti qui cherche à répandre
l'allarme , mon unique defir eſt de voir établir
une exacte proportion entre les revenusde l'Etat
&ſes beſoins.
On a beaucoup raiſonné en différens temps
fur le fonds d'amortiſſement & fur la convenance
qu'il y auroit à s'en faire une reſſource pour les
beſoins preſſans de l'Etat. Sans entrer dans une
difcuffion de cette nature , j'obſerverai ſeulement
que , quoique ce fonds ait été app iqué
enpluſieurs occaſions à ſuppléer aux déficits des
( 117 )
taxes , il n'a jamais été appliqué conftamment au
paiement d'aucune annuité fondée ſur des emprunts.
La Chambre a toujours pourvû par la
voie des taxes au paiement des créanciers de
l'Etat , & le produit du fonds d'amortiſſement
ne leur a été préſenté que comme un nouveau
gage de la régularité des paiemens , dans le
cas même où les taxes ne fournitoient pas des
reſſources ſuffiſantes . L'honorable Membre , qui
eſt à la tête des finances , eſpere que les revenus
de ce pays monteront à 15 millions&demi;
au moyen deſquels il ſe trouveroit un million
de ſurplus , applicable à l'extinction des dettes nationales.
Les détails , dans lesquels je vais entrer
, prouveront que les hypotheſes de l'honorable
Membre ſont illuſoires .-Je fuis
d'ailleurs entiérement perfuadé que la publicité
de l'état de nos finances eſt le moyen le plus
efficace de maintenir le crédit public. La Chambre
a prouvé dans tous les tems qu'elle ne vouloit
point ſe tromper elle-même , ni en impoſer à
la nation par des calculs erronés , utiles ſeulement
aux parties intéreſſées & très - funeſtes à
l'Erat.
L'honorable Membre a mis ſous les yeux de
la Chambre un état du produit comparatif des
taxes du trimestre finiſſant au 5 Avril 1784 .
& du trimestre finiſſant au 5 Avril 1785. Le
montant des taxes de ce dernier trimestre lui
a fait conclure que le produit de toutes les taxes
levées pendant cette année fourniroit un furpits
d'un million au-delà du paiement de toutes les
annuités & autres charges de l'Etat. Pour prouver
combien ce calcul eſt erroné,il ſuffira d'ob
ſerver que le trimestre en queſtion a onze jours
de plus que les trois autres. Le trimestre en
généraleſt compoſé de quatre-vingt-onze jours
( 118 )
& une fraction , mais celui dont nous parlons
en a 102. Le montant des taxes pendant ce
long trimestre a été , comme on le voit par
l'état préſenté à la Chambre , de 3,066,000 liv. ,
qui , multipliées par quatre , forment un produit
de 12,264,000 liv. par année. Je paſſe les
fractions pour plus de clarté ; les onze jours
qu'il faut ſouſtraire du trimestre en queſtion
occaſionnent un réſultat trés-différent . Le produit
moyen des taxes eſt d'environ 30,000 liv.
par jour ; cette ſomme pour les ſuſdits onze jours
monte à celle de 330,000 liv. , qui , multiplée
par 4 , donne 1,320,000 liv. , qu'on doit ſouſtraire
des calculs de l'honorable Membre. Par
cemoyen , le produit annuel des taxes ſe trouve
réduit à 11,000,000 liv. Si l'on ajoute à cette
ſomme celle de 2,500,000 livres , qui forme le
montant de la taxe des terres & de la taxe ſur
Ja drêche , l'univerſalité des taxes ne ſera que
de 13 millions & demi , c'est- à- dire , 2 millions
demoins que ne l'indiquent les calculs de l'honorable
Membre.
L'on préſente un état peu juſte du produit des
taxes en prenant le montant d'un trimestre pour
le quart des taxes de toute l'année. Le produit
des trimestres varie fingulièrement. Je puis préſenter
, en exemple de comparaiſon , un état
du montant des droits de douanne pendant onze
années. Je pense que dans une ſemblable matiere
l'analogie peut procurer des réſultats fatisfaifans.
Le total de droits des Douannes pendant
le trimestre , finiſſant au 5 Avril de la préſente
année , eſt monté à 770,000 liv. On auroit
grand tort d'en conclure que les trois autres
trimestres ont rendu autant. L'expérience
a appris que toutes les fois que les trimestres
ont rendu beaucoup , les autres ont rendu moins
( 119 )
& vice versa. Les années 1778 & 1779 offrent
des exemples ſemblables à celui de la préſente
année. Dans l'une , les droits de douanne des
premiers trimestres s'éleverent à 708,000 liv . ,
&dans l'autre à 715,000 liv. , & cependant
le produit des droits de douanne de ces deux
années a été inférieur à celui des 9 autres .
M. Fox paſſa enſuite en revue les divers art.
énoncés dans les calculs de M. Pitt. L'honorable
Membre , dit- il , a avancé que les droits ſur les
marchandiſes avoient rendu 86,000 liv. dans le
premier trimestre de la préſente année. Cette
ſomme excedetellement le produit des trimestres
desprécédentes années, qu'il eſt impoſſible qu'elle
ne forme que le quart du produit de l'année actuelle.
Le produit moyen de cet article pendant
les onze dernieres années n'a été quede 120,000
livres par an , & le trimestre finiflant ausAvril
1784 , n'a rendu que 10,000 liv. On doit donc
préſumer que dans le trimeſtre ſur lequel l'honorable
Membre fonde de ſi brillantes eſpérances,
le paiement de quelques arrérages dus par la
Compagnie des Indes , a contribué à groſſir le
produit des droits acquittés par elle. Suivantles
calculs de l'honorable Membre , le droit
dedix huit &demi pour cent ſur les mouſſelines
étrangeres , a rendu 86,000 liv. dans le trimestre
en queſtion. J'obſerverai ſimplement à cet égard
quecette ſomme eſt équivalente au produit total
de ce droit pendant l'année derniere. Il paſſa enſuite
aux droits d'acciſe. Ces droits , dit il , rendent
au fiſc 350,000 liv. par ſemaine, mais pour
ſe formerune idée juſte de leur montant annuel
il faut ſouſtraire les onze jours ajoutés au trimeftre
en queſtion dans les calculs de l'honorable
Membre. Lors même , continua-t-il , qu'on admettroit
toutes les hypotheſes forcées de l'hono
( 120 )
rable Membre, cette condeſcendance ne le met
troit point à l'abri du reproche d'avoir erré dans
ſes calculs ; car dans ce cas même le produit
total des taxes ne ſe monteroit qu'à 14,233,0001.
fomme inferieure de 300,000 liv . à celle de l'univerfalité
des charges de l'Etat , & inférieure
de 1,300,000 liv. à celle portée dans les calculs
de l'honorable Membre , & qui devoit fournir un
furplus d'un million par année pour le fonds d'amortiſſement.
: M. Fox , après avoir démontré la néceſſité d'a
voir recours à de nouvelles impoſitions qu'il évalua
à 1,300,000 liv. , dit qu'il avoir d'abord eu
le projet de faire une motion , portant « que la
Chambre étoit d'avis que les revenus de l'Etat
ne momcient que de 1 à 12 millions , mais
qu'au défaut de notions affez préciſes ſur ce point,
il ſe contenteroit de propoſer qu'il fût nommé ,
comme cela avoit eu lieu en 1782 , un Comité
chargé de faire des recherches ſur le produit annuel
des taxes , en diftinguant chaque année &
chaque trimestre , ainſi que le produit des taxes
reſpectives & leurs totaux , lequel Comité ſeroit
chargé en outre de préſenter à la Chambre l'état
deladette fondée & non fondée au 5 Avril 1785 .
Ilpropoſa enſuite que leditComité fût également
chargé de conſtater à quoi s'eſt monté le produit
destaxes établies depuis 1775 , jusqu'en 1784.
M. Eden , après avoir lecondé la motion de
M. Fox , demanda la permiffion d'y ajouter deux
circonstances qui rendoient ſes argumens encore
plus puiſſans ; lavoir , qu'au quartier échu le 5
Avril 1785 , la Compagnie des Indes Orientales
avoit acquitté une dette de 275,000 liv. dont le
paiement a produit l'excédent de ce quartier. II
porta auſſi l'attention de la Chambre ſur un événement
ſemblable , arrivé dans la demi - année
précédente ,
( 121 )
précédente , circonstance qui changea beaucoup
l'état de la queſtion. Dans ces fix derniers mois ,
la Compagnie a payé 700,000 livres , mais dans
les fix mois précédens , elle n'en avoit payé que
100,000 liv .
M. Pitt juſtifia ſa conduite , & s'appliqua furtout
à répondre aux obſervations de M. Fox. 11
convint de la néceſſité indiſpenſable pour le bienêtre
, la proſpérité , le ſalurmêmede la nation ,
d'établir un fonds d'amortifiement fixe , súr &
inaliénable ; mais il nia que pour cette opération
il fal'ût augmenter dès à préſent le fardeau des
ſubſides. Il s'oppoſa à la motion pour une enquêre
, par la raiſon que ces examens font perdre
an tems confidérable & précieux , & ne ſervent
ſouvent qu'à empirer l'état des affaires , en tant
au Public la confiance qu'il doit avoir dans le
Gouvernement. Selon lui , la ſituation de la
Grande Bretagne n'eſt ni auſſi brillante , ni auffi
fâcheute qu'on s'eſt plu à la repréſenter ; mais
en ſuppoſantle mal auſſi grand qu'il peut être ,
rien n'eſt désespéré. Le Miniſtre ſe fit fort d'applanir
toutes les difficultés ;&promitde trouver,
s'il le falloit , des taxes proportionnées aux befoins
, ſecours néanmoins dont il n'uſeroit qu'à
laderniere extrémité ». Quelques perſonnes ,
(ajouta-t- il ) ſe ſont fait une idée très érrange
&très-fauſſe , de ce qu'on appelle fonds d'amortiſſement
, puiſqu'elles réprouvent tout emploi
que l'on pourroit faire de ſon excédent , ſoit
pour ſuppléer au défaut des taxes , ou pour acquitter
la dépenſe de la préſente année. Cette
deſt nation eſt cependant fort naturelle ; elle a
été ſouvent pratiquée, même en tems de paix , &
par le Lord North. On est d'accord que ces fonds
peuvent être appliqués très-légalement aux dépenſes
de l'Etat , pourvu qu'il reſte en réſerve une
No. 21 , 21 Mại 1785. f
( 122
partie ſuſſiſante pour la liquidationde ladette nasionale.
Or tel étant l'état des chofes , & sûr ,
comme je le prouverai ci après , d'avoir un excédent
affez conſidérable , toutes les charges acquittées,
Pour remplir cet objet , je ne vois pas
la néceſſité d'une enquête , dont le réſultat ne
produiroit que des eſtimations d'une exactitude
bien peu ſupérieure à celledes papiers , actuellement
ſous les yeux de la Chambre .
Quant aux chicanes faites àce Miniſtre ſur la
préciſion de ſes calculs , il a répondu : qu'en
annonçant la ſomme de 3,066,000 liv. comme le
produitdu dernier quartier , il n'avoit pas prézendudireque
cette fomme multipliée par quatre
donnat le produit juſte d'une année , mais que
ſon ſeul objet avoit été de faire voir que, à quelque
différence près en plus ou en moins ; ce produit
devoit s'approcherde cette eſtimation. M.
Fox , poursuivit - il , témoigne ſa ſurpriſe de
l'accroiffement de différens articles du revenu ,
il n'y en a cependant aucun pour lequel il ne ſoit
très- aifé d'aſſigner la cauſe de cette augmentation.
Celui des mouſſelines , par exemple , provientdes
derniers Réglemens , qui , en prévenant
la contrebande , ont prodigieuſement amélioré
cette branche de revenu » .
D'après un tableau comparé des différens prodnits
, il fit voir que les impoſitions pour les fix
mois échus à la fin de Septembre de l'année derniere
, ne montoient qu'à 4,977,000 liv .; tandis
que les autres fix mois , depuis cette époque, échus
le 5 Avril de la préſente année , ont rendu
5,758,615 1. , au moyen de quoi , vû la réduction
extrême de cette évaluation , le produit de l'année
préſente ſera au moins de 12 millions ſterling..
Mais la taxe des maiſons n'eſt point compriſe dans
ce compte,nonplus que celle des terres &de la
( 123 )
drêche. Or , comme ſelonM. Pitt , le premier de
ces objets monte au moins à 500.000 1. & l'autre
à 2,480,000 liv. Ces deux ſommes , ajoutées àla
précédente , porteroient le revenu annuel à
14,980,000 liv.: produit qui , toute déduction
faite , laiſſe une recette bien ſupéricure à la dépenfe.
Comme on lui avoit reproché d'avoir choifi le
quartier où le produit étoit le plus haut, il affura
que , d'après les recherches les plus exactes', il
s'étoit convaincu que c'étoient les autres au contraire
qui rendoient infiniment davantage , & il
fonda ſon aſſertion ſur ce que les bâtimens de la
Baltique, retenus par les glaces , & ceux des Ifles
Angloiſes en Amérique, n'étoient point encore
arrivés.
{
Malgré les efforts de l'Oppoſition pour
détromper ou pour tromper la nation , les
effets publics ont hauffé de 4pour cent ; &
il eſt probable qu'ils hauſſeront encore. S'il
ſe fait un nouvel emprunt cette année , il
fera très modique. Dans peu de jours le
Budget fera ouvert ; tous les Secrétaires de
laTréforerie en ſont occupés actuellement.
Un ſpéculateur vientde donner auMiniſtre un
projet de taxes excellentes , ſelon lui , fuflantes
pour un emprunt d'un million . Ce projet confitte
à faire payer une impoſition àtous les poſſeſſeurs
debénéficeseccléſiaſtiques , au-deſſus de 199 liv.
ft. de revenu ; ſavoir , pour un bénéficede
100
1
in
:
• 3.3.
200 1. ft . 1. 2. 2. f.
de300 •
de400 •
de soo •
de 600
..
LesArchevêques taxés chacunà 30...
5.5.
6. 6.
10. 10
f2
( 124 )
1
Tous les Evêques du Pays de Galles
& lesdeuxpetits Evêchés d'Anglet.
à
15.
Les autres Evêques Anglois à 20.
Selon les calculs de l'Auteur, cette taxe rendra
au moins 5000 1. ſterl , Il met auſſi un droit ſur les
coches d'eau & fur les pipes de tabac , & voilà les
intérêts de l'emprunt très- aſſurés .
On preſſe à Portsmouth les réparations de
la PrinceſſeRoyale de 98 canons,duDuke de
90, du Bedford, &du Berwik de74 canons.
Le Grampus de 74 canons a appareillé ces
jours derniers. Dès que les Lords de l'Amirauté
& les Commiſſaires chargés de l'examen
dés fortifications projetrées , feront arrivés
à Plymouth ; on lancera le Royal Souverain
de 110 canons.
L'apparition de M. Fox au Palais de Saint-
James avoit été interprétée de diverſes manieres.
Onen fait aujourd'hui le véritable motif; depuis
long-temps le Prince de Galles avoit témoigné
te plus vif defir de faire un voyage ſur le Conti-
Dent. Le Miniftere avoit mis tout enuſage pour
le faire renoncer à ce projet , &ce jeune Prince
avoit paru ſe rendre aux raiſons qu'on lui avoit
alléguées ; mais tout récemment il renouvella
ſes ſollicitations auprès du Roi avec plus de chaleur
que jamais. Dans cet état des choses , M.
Fox eut affez de pouvoir ſur l'eſprit de S. A R.
pour lui faire abandonner toute idée de voyage
chez l'étranger. Il lui repréſenta qu'une telle
excurſion (eroit propre à inſpirer des alarmes à ſa
nation , qui auroit effectivement lieu de craindre
qu'il n'adoptât des principes incompatibles avec
la conſtitution du pays qu'il étoit appelé àgou.
Verner. Le Lord Southampton ayant informé
( 125 )
S. M. du ſuccès qu'avoient eu les conſeils de
M. Fox , le Roi lui ordonna de témoigner à
ce dernier combien il lui favoit gré de la démarche.
Ce fut à cette occafion que M. Fox
parut au cercle pour y faire fa cour à S M.
L'Alderman Sawbridge a renouvellé le
3 la motion annuelle pour réduire à une
année l'exiſtence des Parlemens , & l'on penfe
bien, ſans que nous le diſions , qu'elle a
eu fon fort accoutumé.
Le Miniftre prépare un bill pour deman
der au Parlement d'autoriser le Roi à difpoſer
des tonds reſtés à la banque fans réclamation
, & de les appliquer à l'extinction
de la dette nationale. Ces fonds ſe montent
dit on , à près de 3 millions ſterkings.
On lit ce qui fuit dans une Lettre de
Bombay du 24 Janvier.
« Il y a lieu de craindre que nous ne jouiſſions
pas long-tems des douceurs de la paix , conclue
avec Tippoo Saïb. Ses Miniſtres ont réufli à réconcilier
avec ce Prince un grand nombre deNababs
& de Rajahs qui, depuis quelques années ,
s'étoient déterminés à traverſertous fes deffeins » .
« Cette Ifle eft maintenant dans le meilleur état
de profpérité . Quoique petite , ſa ſituation la
rend peut- être plus floriſſante qu'aucune de celles
qui exiſtent dans l'Univers. Son fol eſt àla vérité
fi ingrat , qu'il ne produit aucune plante digne
d'être citée ; mais , d'un autre côté , l'avantage de
ſa poſition nous dédommagera toujours avec
uſure de ſa ſtérilité . Bombay doit fans doute être
confidéré comme le grand magasin de tout le
commerce de l'Arabie & de la Perſe ».
«Quand cette Iſle nous fut cédée par ' e. Por
f3
( 126 )
tugais , nous crûmes d'abord qu'elle méritoit à
peine notre attention ; mais , peu d'années après ,
P'expérience nous apprit à connoître toute l'importance
dont elle étoit pour nous ; & fi un jour
laGrande-Bretagne ſe voit dépouillée par la fourberie
ou par la force de ſes poſſeſſions dans le
Carnate , elle pourra s'en dédommager , en faifant
de ce petit morceau de terre un point de ſtation ,
d'autant plus sûr & d'autant plus effentiel , qu'il
vient d'être nouvellement fortifié de la maniere
laplus formidable » .
و
Samedi dernier , on trouva dans un champ
près d'Hammersmith , unjeune homme &
une jeune femme bien vêtus ſe tenant
embraſſés , & tous deux poignardés ; leurs
cadavres déjà froids ne pouvoient recevoir
aucun ſecours . L'homme avoit une montre,
& cinq guinées dans ſa bourſe.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le II Mai.
Le Chevalier de Monteſſon & le Chevalier
de Lannoy de Clervaux , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi , ont eu , le premier , le 2 de ce
mois , & le fecond le 7, celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre
à la chaffe.
Le 8 , Leurs Majestés & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du comte
de Dampiere , Capitaine de Cavalerie au
régiment de Quercy , avec demoiſelle de
( 127 )
Ségur Cabanac ; & celui du fieur de La
more , Premier Préſident en ſurvivance de
la cour des Aides de Bar , ave. Demoiselle
de Moinville.
Le même jour , la Marquiſe de Loſtanges
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Marquife
de Loſtanges , Dame pour accompagner
Madame Adelaïde de France.
Le 10 , le Roi s'eſt rendu à l'Egliſe de la
paroiſſe Notre Dame , où il a affifté au Service
folemnel que les Curé & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverſaire de la
mort de Louis XV. Madame , Madame
Comteſſe d'Artois , Madame Elifabeth de
_France , & Madame Adelaïde de France , y
ont aſliſté. Monfieur & Monſeigneur Comte
d'Artois ſe ſont rendus , le même jour , à
l'Abbaye royale de Saint-Denys , où ils ont
aſſiſté au Service ſolemnel qui y a été célé
bré pour le même anniverſaire.
DE PARIS , le 19 Mai.
Par un Arrêt du Conſeil d'Etat du 29
Mars dernier , le Roi a commis.M. Boyetet
, ci-devant chargé des affaires de la marine&
du commerce de France en Eſpagne,
&M. Du Pont, Inſpecteur Général ducommerce
, pour faire chaque année un tableau
raifonné & circonstancié de la balance du
commerce , tant intérieur qu'extérieur ; rafſembler
à cet effet les réſumés des érats d'ex
f4
( 128 )
portation &d'importation; entretenir toutes
les correſpondances néceſſaires pour acquérir
une connoiſſance exacte de la ſituation
du commerce du royaume; faire leurs obfervations
fur les gênés qu'il éprouve , & fur
les accroiſſemens dont il eſt ſuſceptible , &c.
Le Roi s'étant fait repréſenter le réglementdu
22 Décembre 1776 , les Lettres - Patentes du 8
Septembre 1778 , & la Déclaration du 7 Janvier
1779 , par lesquels en établiſſant un nouvel ordre
pour le paiement des penſions , Sa Majeſté a
voulu arrêter le progrès de leurs augmentations:
Et s'étant fait rendre compte en même temps de
l'effet qui en eſt réſulté , Elle a reconnu que ſes
intentions avoient été remplies utilement , en
ce qui concerne l'ordre de la comptabilité , mais
que la fixation qu'Elle s'étoit propoſé de faire de
la fomme d'extinctions annuelles dont le remplacement
pourroit être fait en chaque département,
n'ayant pas encore été déterminée , la réunion
au Tréfor Royal de toutes les penfions & graces
pécuniaires , n'avoit pas produit la réduction économique
qu'Elle en avoit eſpérée ; que même le
Miniſtre de ſes finances n'étoit pas inſtruit aſſez
promptement des graces & brevets expédiés dans
chaque département , pour pouvoir eſtimer &
porter avec exactitude dans les états de la dépenſe
annuelle , le paiement des penfions , conféquem-.
ment aux variations qui ſurviennent d'une année
à l'autre : Sa Majesté , de plus en plus convaincue
de la néceffité de ramener cet objetde dépenſe à
une meſure plus convenable a jugé que le
moyen le plus efficace pour compléter & affurer
le ſuccès de ſes vues à cet égard, ſeroit de régler
tous les ans dans ſon Conſeil , la fomme des
penfions qui feroient accordées pour chaque dé-
,
2
( 129 )
partement , dans une proportion toujours moindre
que celle des extinctions de l'annee pricedente,
afin d'en diminuerfucce Rivement ia matle,
& de mettre d'adminiſtration des finances en état
de prévoir affez tôt & de toujours connoître avec
certitude , le montant de leur paiement annuel. A
quoi voulant pourvoir : Qui le rapport da ſieur
de Calonne , Conſeiller o dinaire au Confeil
Royal , Contrôleur Général des finances ; LE
ROI ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne
ce qui fuit :
ART. I. La ſomme des penfions & graces pécuniaires
que Sa Majesté permettra de lui propoſer
chaque année , ſera réglée & déterminée par
Elle pour chaque département , dans un Conſeil
qu'Elle a rétolu de tenir tous les ans à cet effet
dans le courant de Mars .
II. Le Contrôleur Général mettra alors ſous
les yeux de Sa Majesté le tableau général de toutes
les penfions & graces annuelles réunies au
Tréſor Royal en exécution du Réglement du 22
Décembre 1776 ; enſemble l'état des extinctions
d'icelles ſurvenues dans le cours de l'année
précédente , en claſſant ſéparément les parties
reiauves aux divers départemens.
III. Veut Sa Majeſté que ſur le total deſdites
extinctions , les deux tiers ſeulement puiſſent lui
être propoſés en remplacement dans l'année fuivante,
l'autre tiers demeurant ſupprimé pour
opérer une diminution ſucceſſive ſur le totaldefdites
penfions , juſqu'à ce qu'il ſe trouve réduit
au taux que Sa Majeſté jugera à propos de fixer .
IV. La tomme a laquelle monteront les deux
tiers deſdites extitions , fera par Sa Majesté partagée&
diſtribuée entre les diversdépartemens, en
telle proportion qu'Elle eſtamera convenable ; &,
les états qui en feront arrêtés par Eile dans ledit
fs
( 130 )
Confeil pour chaque département , feront remis
à chacun des Ordonnateurs pour s'y conformer.
V. Le Contrôleur Général portera dans l'état
de la dépenſe annuelle le montant deſdits érats,
&en fera les fonds qui ne pourront être excédés
ſous aucun prétexte ni portés en compte pour
plus forte ſomme; l'intention de Sa Majeſté
étantquedans les cas extraordinaires où les graces
qu'Elle jugeroit à propos d'accorder pour récompenſesde
ſervices , ſurpaſſeroientle montant des
ſommes aſſignées à chaque département , leſdites
graces ne foient accordées qu'en expectative , &
pour n'ètre payées que par remplacement ſur les
extinctions de l'année ſuivante ; de quoi les brevets
, s'ils étoient dès- lors expédiés , porteroient
mention expreſſe. FAIT au Conſeil d'Etat du
Roi , Sa Majefté y étant , tenu à Verſailles ie huit
Mai mil ſept cent quatre-vingt- cinq. Signé LE
BARON DE BRETEUIL..
On apprendra fans doute avec bien de
lajoie les ſecours que vient d'accorder S. M.
au religieux & admirable établiſſement de
l'Abbé de l'Epée , en faveur des fourds &
muets. L'Arrêt du Conseil du 25 Mars
qui leur deſtine une partie des bâtimens des
Célestins à Paris , contient entre'autres difpoſitions
, celles qui ſuivent :
6
Il ſera inceſſamment pourvu à la confection
des diſtributions & réparations néceſſaires pour
recevoir l'établiſſement des Sourds & Muets de
l'un &de l'autre ſexe , & y former un Hofpice
permanent d'éducation &d'enſeignement en leur
faveur par le fieur Abbé de l'Epée & autres Inf
tituteurs qui lui fuccéderont à l'avenir.
Juſqu'à ce qu'il ait été pourvu à la dotation
decet établiſſement , il ſera annuellement payé
( 131 )
fur les mêmes biens au ſieur Abbé de l'Epée ,
la fomme de trois mille quatre cent livres pour
être employée à l'entretien des pauvres Sourds
&Muets de l'un & de l'autre fexe qui pourront
en avoir beſoin , & à faciliter Pinſtruction de
F'Eccléſiaſtique adjoint à ſes travaux pour ſe former
audit enſeignement.
Lapenſion gratuite entiere pour chaque Eleve,
fera & demeurera fixée à la ſomme de Quatre
cents livres par an , & la demi-penſion à celle de
Deux cents livres ; & ne pourront être leſdizes
penſions payées & continuées au-delà du ternce
de trois années , paſſé lequel , les mêmes ſujets
ne pourront plus en jouir , ſous quelque prétexte
que ce ſoit.
Leſdites penfions &demi- penſions gratuites ne
feront accordées qu'à des ſujets d'une pauvreté
reconnue& atteſtée par le certificat du Curé de
la Paroiffe, & par l'extrait du rôle des impoſitions
qui fera à cet effet délivré par le Receveur particu'ier
de l'Election ; & feront leſdits extraits &
certificats dûment légalisés par le Juge Royal le
plus prochain , pour être , s'il y a lieu , fur iceuxprocédé
à l'admiffion du ſujet dans leditHoſpice.
M. le Duc de Choifenil- Amboiss , Pair
de France , Chevalier des Ordres du Roi
&de la Toiſon d'or , Lieutenant-Général ,
Gouverneur - Général de la Province de
Touraine & de la ville d'Amboiſe , Gouverneur
& Grand -Bailli de la Préfecture,
provinciale d'Haguenau ,& Miniſtre d'Etat ,
eſt mort le 8 de ce mois en cette Capitale
, emportant les regrets publics. On lui
en a donné des témoignages éclatans , dans
l'empreſſement avec lequel on s'eſt porté
f6
( 132 )
à fon hôtel pendant ſa maladie , & fur le
paſſage de ſon convol. Une foule prodigieufe
occupoit toutes les rues principales
&adjacentes que ce convoi dut traverſer.
M. le Duc de Choiseuil ayant voulu qu'on
le tranſportât dans fon Duché , il ne fut
que préſenté à la Paroiſſe de S. Eustache ;
fon corps a été conduit à Chanteloup où
cet ancien Miniſtre avoit fait conſtruire fon
cimetiere ,& où il ſera enterré au pied d'un
peuplier qu'il avoit planté lui même...
Le 12 S. M. paſſa en revue les deux régimens
des Gardes Françaiſes & Suiſſes à
la plaine des Sablons. M. le Maréchal de
Biron, convalefcent d'une longue maladie
eut la force d'aſſiſter à la revue , mais reſtatoujours
à cheval. Il y a 40 ans qu'à pareil
jour , fur le champ de bataille de Fontenoy
, M. le Maréchal de Biron fut nommé
Colonel des Gardes Françaiſes ,
Onlit dans les Affiches de Sens une lettre
ences termes ſur les prés artificiels.
Je ſuis perfuadé qu'on parviendroit à faire
durer plus long-temps les prés artificiels en les
cultivant avec ſoin ; mais on tient , & j'en ai
Fexpérience , que ces fains font pernicieux : it
faudroit donc encore s'attacher , finon à en détruire
, du moins à en diminuer le danger. Cetre
efpece de fourages , & fur-tout la luzerne donnée
trop fraiche aux beftiaux , les fair técher , ou
les brûle , comme diſent nos laboureurs. Secs ,
Jafeuille tombe , & ilne reſte plus que la rige que
les befiaux margent mal : on croity remédier
enles mouillant avant de les leur donner ; mais
( 133 )
ce moyen eſt il encore bien falutaire?Je penſe
que l'herbe qui croît avec la luzerne en diminue
l'inconvénient juſqu'à un certain point ;
&ce qui me porteroit à le croire, c'eſt que trois
vaches ayant été nourries pendant quelques ſemaines
avec de la luzerne verte , j'en aivu périr
deux en peu de temps ,& l'on ne put conferver
Pautre qu'en mêlant la Luzerne avec de la paille
d'avoine ou d'orge.
Il eſt fâcheux de voir entretenir des préjugés
auffi contraires au perfectionnement
de cette branche d'agriculture. La ſeule répon'e
à faire à l'auteur de cette lettre , eſt
que l'Angleterre , la Hollande, la Flandre ,
une grande partie de l'Allemagne , la Suffe
entiere , font couvertes de prairies artificielles
qui font la richeſſe de toutes ces
contrées floriſſantes. Certainement la luzerne
fraiche , priſe en trop grande quantité,
eſt nuiſible aux beſtiaux ; mais les fons ſe
mangent ſecs &non pas ſur plante , excenté
danslespays affez pauvres , pour être réduits
à cette derniere extrémité.
1
Voici un autre article d'agriculture , où
l'on expoſe le procédé de greffer la vigne ,
connu des anciens .
Engreffant la vigne , on la rajeunit: elle donne,
deux ans aprés l'opération , une plus grante
quantité qu'avant , & le vin eſt bien meilleur
que celui de la vigne âgée de 12 à is ars . Voici
la maniere de greffer :
On couche ladouche dans un foffé de 15 pouces
environ de profondeur ; on coupe les farmens
deux ou trois yeux du conc , & entre deux bou
(134)
tons , en bec de flute un peu alongé ; on a des
farmens coupes par le gros bout , de la même
façon on les ajuste Vun ſur l'autre , & on les
afſuj stit avec du fil de coton ou de laine qui
ne puiſſe pas le couper ; on couche le tout dans la
foffe , fur une couche de terre bien émiée. On
la remplit fans la fouler avec les pieds ; on ne
laiffe forer de terre que deux yeux ou boutons ,
foutenant le cep greffé avec un perit échalat.
Si on fait plus d'une greffe ſur une fouche , on
les diviſe , ainſi que les doigts , quand la main eſt
épanouie. L'opération ſe fait depuis le mois de
Février juſqu'au 15 Avril. La ſeve a'ors en
mouvement ne tarde pas à ſouder les deux far-,
mens , & en paſſant par la vieille ſouche , elle
en eſt plus parfaite , ainſi que la qualité du vin.
M. Lorrain , chez M. l'Evêque de Vabre , qui
a publié cette maniere de greffer , offre des renſeignemens
fur ce ſujet , aux perſonnes qui en
auroient beſoin.
Cette maniere étoit connue en Languedoc ,
d'où elle a été portée en Rouergue ; fa parfaite
réuflite a engagé plufieurs Propriétaires & Vignerons
à l'exécuter en grand fur pluſieurs ſererées
de vignes , meſure qui équivaut à un
arpent; cette méthode prend la plus grande faveur.
Le Corps Municipal de Grenoble a donné
un exemple digne d'être imité , dans la
délibération ſuivante.
:
1
M. de Mayeu , premier Conſul de Grenoble ,
ayant expofé, le 29 Juillet 1784 , devant le Confeil-
Général aſſemblé , que le ſieur Pierre Paut
Bourron , Tourneur-Ebéniste en cette ville , a.
porté ſon art à un degré de perfection qui lui
a acquis , même dans les Provinces étrangeres
( 135 )
&dans la Capitale du Royaume, la réputation
due aux talens diftingués en tous genres ; qu'à
ces talens , le ſieur Bourron joint une ſimplicité
, une pureté de moeurs & des fentimens de
droiture qui en font un Citoyen précieux & re--
commandable ; que cet Artitte paie ſon tribut
à. la cité ,par une forte de contribution volontaire
, qu'il force l'étranger, homme de goût
de s'impoſer pour jouir des ouvrages qu'il admire
; que d'ailleurs le ſieur Bourron à élevé
une famille nombreuſe , pere de ſept enfans
&de trois morts ; qu'il n'y a aucun de ſes enfans
qui ne ſe ſoit montré digne d'un pere ſi vertueux
; que le ſieur Bourron mérite donc des
égards , & comme Artiſte , & comme Citoyen ;
qu'on s'empreffe avec d'autant plus de plaifir de
lui rendre , auprès du Conseil Général , ce témoignage
public , qu'il n'eſt perſonne dans l'Afſemblée
de qui ſa réputarion ne foit connue ;.
que d'ailleurs , on ne défere point à ſes follicitations
, puiſqu'il ignore qu'on doive s'occuper
de lui ; qu'enfin l'objet ſur lequel on doit
délibérer eſt l'encouragement qu'il convient de
donner aux arts,en récompenfant les talens du
fieur Bourron.
Le Confeil , après avoir oui l'expoſé ci-deſſus ,
attendu la notoriété des faits annoncés , & par
les motifs qui y sont contenus , délibere qu'à
l'avenir le fieur Bourron ſera & demeurera , fa
vie durant , exempt , ſous le bon plaifir de Monſeigneur
le Commandant &de Monſeigneur l'Inzendant
, de guet , garde , patrouille ,logement
de gens de guerre , du paiement de la capita- -
zion , de l'induſtrie , & généralement de toutes
charges & preftations perſonnelles , auxquelles
ledit ſieur Bourron étoit ci devant tenu ; & que ,
pour lui donner connoiffance de la distinction.
( 136 )
que le Conſeil fait de ſes talens , il lui ſera
remisun extrait en forme de la préſente par le Secrétaire
de la ville , &c .
Nota. Cette délibération a été approuvée par
M. Le Duc de Clermont Tonnere, Commandant
& Lieutenant - Général du Dauphiné , & par
M. de la Bove , Intendant de la même Province.
Leſt faux , comme on l'avance dans le
public& dans les gazettes que la terre de
Ferney ait été vendue à M. de Beaumarchais.
Cette demeure célébre a été rachetée par
M. de Budé , d'une très - ancienne famille
Noble de Geneve, de qui M. de Voltaire
l'avoit acquiſe. Ainfi , cette terre retourne à
ſes anciens maîtres , & M. de Budé ne faic
que racheter le patrimoine de ſes ancêtres.
François-Itaac du Signet de Beaumont ,
Chevalier , ancien Capitaine au régiment de
Languedoc , Chevalier de Saint-Louis , Seigneur
du Pleſſis en Normandie , &c. eſt
mort à Montrouge près Paris , le 28 Mars ,
âgéde 70 ans.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo ene Royale de France , le 18 de ce
mois , font : 19,77,21.29 , & 78 .
PROVINCES- UNIES.
LA HAYE , le 16 Mai.
Il ne faudroit pas s'étonner de l'extenfion
que viennent de donner les Erats de Hollande
, dans un nouveau préavis , aux facri
( 137 )
fices qui peuvent conſerver à l'Etat fa tranquillité
, ſi les demandes de l'Empereur font
telles qu'on les rend aujourd'hui. Elles confiftent
, ſelon l'opinion générale , 1 °. dans
Fouverture illimitée de l'Escaut juſqu'à Saftingen
; 2°. dans la navigation libre vers la
mer , pour les ſeuls vaiſſeaux Autrichiens ,
moyennant un léger tarif ; 3 °. Dans la ceffion
des deux ſeigneuries ou comtés de
Vronhove & d'Outremeaſe; 4°. dans douze
millions de florins pour équivalens de Maftricht.
Les Erats de Hollande propoſent ,
dit on , d'ajouter quelques millions aux qua
tre déja offerts , & l'on ſe flatte apparemment
de rapprocher ainſi les termes d'accommodement.
Une autre difficulté eſt dans le conſentement
de pluſieurs provinces , déja indiſpoſées
contre les premieres conceffions. Les
Etats de Gueldres doivent s'aſſembler extraordinairement
à ce ſujet, &ceux d'Utrecht
paroiſſent décidés à refuſer de pleins-pouvoirs
à leurs députés à la Généralité.
Les trois régimens Suiſſes qui ſe trouvent
à Maëſtricht , quitteront cette garniſon pour
ſe rendre au camp de Walwyck , & feront
remplacés par trois régimens tirés de Bergop
Zoom. On avoit inondé les environs de
cette derniere place, mais crainte d'endommager
les fortifications , on a fait écouler
les eaux , & l'on ſe borne à perfectionner
les ouvrages de défenſe .
Le campement de Walwyck ſera compofé
de la maniere ſuivante :
( 138 )
U s'y trouvera , pour la Cavalerie, 3 Eſcadrons
deGardes; 4 de Famars ; 4de Thuylde Serooskerken
; 4 de van der Hoop ; 4 de Staveniffe-Pons ; 4
de Stocken ; 2 d'Orange- Friſe ; 2 de Carabiniers ,
faiſant enſemble 27 Eſcadrons. PourlesDragons ,
ily aura 4 Efcadrons deGardes ; 4 de Byland ; 4 de
Heffe-Caffel, enſemble 12 Eſcadrons. Pour l'Irfanterie,
2BataillonsdeGardes à pied; 2 deGardes
Suiffes ; to de Suiſſes ; I d'Orange-Gueldre ; 1
d'Orange- Frife ; 1 d'Orange- Naſſau; 1 de Waldeck;
premier Régiment ; 1 dito ſecondRégiment ; 1 du
Prince Héréditaire ; I de Pabſt ; 1 de Holstein-
Gottorp & I deRandwyk ; enſemble 23 Bataillons .
Chaque Bataillon ſera compoſé de to Compagnies
; les 3 Compagnies qui ne pourroient fournir
afſez , devront ſe completter des Bataillons des
autres Régimens. Six Bataillons , comprenant
chacun 8 Compagnies , feront formés des CompagniesdeGrenadiers
des autres Régimens d'Infanterie
,eny ajoutant 1 Bataillon ou plus , pour fervirde
Troupes Légeres , Huſſards , Artillerie &
tout cequi appartient à un Camp ; le tout enſemble
devant former entre 19 & 20 mille hommes.
:
LL. HH. PP. ont agréé la brigade du
Prince de Heſſe-Darmſtadt. Elle fera compofée
de 2500 hommes ,&diviſée en cinq
bataillons. Le corps de Sprengporten , de
400 dragons , ſera admis inceſſamment ;
mais il n'eſt plus queſtion de ceux de Meyeren
, de Sternbach & de Rechteren .
L'Etat des Officiers de la Légion de Maillebois
eſt arrêté & public. Le Marquis de Caffini en eft
Colonel-Commandant fous le Général de Maillebois
, & le Marquis de Bourzac, Colonel en ſecond.
Les 4Colonelsde Brigade font MM. d'Angeli , de
Ternant, de Kleinberg , & de Murat ; les Lieute
( 139 )
mans Colonels, MM. de Prés de Craffier,deHoltzendorff,
de Cornabé & de Bombelles ; & les Majors,
MM.deScherer de Joncherg , de Buchos , de Mermer
de St. Landri , & de Tinne. Il y a 8 Capitaines titulaires
& 8 Capitaines Commandans de Cavalerie ;
16 Lieutenans & autant de Sous - Lieutenans . L'Infanterie
eft compoſée de la même maniere, &c&c.
Deux feuilles publiques eſtimées s'expriment
en ces termes , au ſujet des heureux
effets de l'arrivée de M. de Maillebois en
Hollande.
« L'accord & la bonne harmonie entre S. A.S.
»& le nouveau Général au ſervice de cet Etat ,
>prennent chaque jour denouvelles forces. M. de
>> Maillebois s'eſt expliqué à cet égard d'une ma-
>>> niere qui fait le plus grand honneur á ſon coeur
>& à ſon équité. Dégagé de toute prévention , &
>>> libre de tout eſpritde parti , ce grandGénéral a
>> avoué franchement & ouvertement , qu'il étoit
>> loinde s'attendre àune connoiſſance auffi profonde
de la théorie de l'art militaire , dans un
Prince , Mgr. le Stadhouder , qui n'a point eu
>>> l'avantage d'avoir l'expérience pour guide ,&
>> dont la juſteſſe d'eſprit dans les plans dedéfenſe
combinés par lui ſeul , lui paroît d'autant plus
>> étonnante , qu'on ſembloit avoir pris à tâche
>>>d'inſpirer des idées contraires à tout le monde.
>> Un accord auſſi heureux, & une pareille juſtice
>> rendue par un ancien Militaire,&illuſtre appréciateur
, ferment la bouche à la critique d'une
part , & préſagent de l'autre les ſuccès les plus
>> probables , s'il arrive qu'on ait beſoin de mettre
à l'épreuve la bonne volonté de nos Troupes.
>> Une bonne partie des citoyens ſouhaite même
>> que cette épreuve ait lieu ; premiérement , pour
>> montrer à l'Europe que le Soldat Batave n'a
( 140 )
>point dégénéré de ce qu'u fut jadis ; & en fecond
lieu , pour ramener en faveur d'un Prince,
>>>qu'on n'eftime pas à ſon juſte prix , la confiance
>> qu'il ſeroit à même par-là de mériter ».
M. Van der Stype, pleinement & publiquement
juſt fić , continuera l'exercice de ſa
charge à Mac tricht. La ſeule piece qui ait
motivé fa détention , eſt une lettre du Duc
de Brunswick , ſon ancien ami , qui ſe plaignoit
à lui très-vivement de la conduite &
de l'ingratitude dun des principaux Miniftres
de l'Erat. Sur cette ſeule miſſive , le
commiſſaveVan Tulling opina à faire transferer
& examiner à la Haye, M. Van der
Slype; mais les autres commiſſaires s'oppoferent
à un procédé aufli tyrannique.
وا
,

Les calomnies des papiers publics fur
cette affaire les conféquences dangereuſes
qui ne ceſſent d'en réſulter &
l'abus eftréné d'une liberté très - utile
lorſqu'elle eſt exercée par des écrivains
honnêtes , ont enfin ouvert les yeux de
pluſieurs régences. Celle d'Amſterdam a
fait arrêter l'auteur & l'imprimeur d'un libelle
périodique , intitulé le Politicq Kruyer
(le Crocheteur politique ) ouvrage digne de
fon titre.
Ces précautions aideront ſans doute à
développer les germes d'intelligences qui
ſemblent renaître entre les différens partis .
On ne voit plus du moins la même animofité
, & pour commencer cette bonne coeu
vre de modération , on a fait relâcher à
(( 1411 ))
Rotterdam les deux poimardes Kaat Moſſel
& Keet Zwenk , pritonnieres depuis un an.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 18 Mai.
On dit que , durant le mois de Mars , le
Général de Wurmſer a parcouru incognito
les principales villes & places des Provinces
Unies , & qu'il eſt allé rendre compte à
l'Empereur de ſes obſervations. Il feroit
étonnant que cet Officier général, très-connu
& d'une phyſionomie remarquable , eût
fait un pareil voyage , ſans être découvert,
Cause extraite du Journal des Causes célébres.
Jeune Saxon condamné à avoir la tête tranchée , fur
une fauffe accusation de paternité.
En Saxe , ( dic M. Deſeſfarts ), on punit la ſéduction
d'une maniere terrible. Celui qui en eſt
déclaré coupable , eſt condamné á mort , s'il ne
répare ſon crime en épouſant la perſonne qu'il a
ſéduite. Cette jurisprudence ſévere a été longtemps
ſuivie parmi nous ; elle exiſte encore dans
toute fa rigueur , lorſque la ſéduction offre des
caracteres de violence , ou qu'elle a été exercée
pardes hommes qui ont abuſé des liens les plus
reſpectables de la ſociété , tels qu'un tuteur qui
a ſédait ſa pupille , un domeſtique la fille de ſon
maître , un confeſſeur ſa pénitente , &c.... Mais
la déclaration ſeule de la perſonne ſéduite ne
fuffit pas pour conduirele coupable à l'échafaud;
il faut que la vérité de cette déclaration, ſoit atteſtée
pard'autres preuves. Rien, en effet , ne
[1] On fouferit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defefjarts , Avocat , rue Dauphine,
Hôtel de Mouy, chez Mérigot lejeune , Libraire , &
Quai des Auguſtins. Prix , 18 liv. pour Paris , & $4 liv.
pour laProvince.
2
(( 142- ))
Teroit plus dangereux que d'admettre la déclara
tion d'une fille , & , fur-tout , d'en faire la bafe
d'une condamnation capitale. Cependant il paroît
qu'on ſuit encore cet ancien uſage en Saxe ,
comme l'exemple ſuivant ſemble l'annoncer.
Ily a quelque temps, un jeune homme ,d'une
charmante figure , vint ſe fixer dans une petite
ville de Saxe Sa naiſſance étoit inconnue ; mais
tout parloit en fa faveur, Son éducation foignée
&les agrémens de fa perſonne le firent admettre
dans les ſociétés. Bientôt les femmes le dictinguèrent
, & l'on affure qu'il inſpira plus d'une
paffion. La fille d'un bourgeois , nommée Catherine
, voulut, fur- tout , l'attacher à ſon char
par les prévenances les plus marquées. Praw
(c'étoit ainſi que s'appelloit le jeune homme )
parut ſenſible aux avances de Catherine. Cette
fille , frts pudeur , conçut alors le projet d'en
faire ſon époux , & de lui apporter en dot un
enfant qu'elle portoit dans ſon ſein , & dont un
autre que Praw étoit le pere. Praw ne voyant ,
dans ſa aiſon avec Catherine , qu'une de ces intrigues
ordinaires dans la ſociété , étoit loin de
prévoir les dangers auxquels il s'expoſoit.
En effet, Catherine lui déclara formellement
qu'elle vouloit être ſa femme , & que s'il n'acceptoit
pas le don de ſa main , elle le dénonceroit
à la justice , comme l'auteur de ſa groſſeſſe ,
&comme coupable du crime de ſéduction.
Praw , indigné d'un pareil aveu , traita Catherine
comme une vile proſtituée , & lui dit
qu'elle pouvoit employer contre lui toutes les
reſſources de la calomnie & de la malignité ,
qu'il trouveroit les moyens d'éclairer les magiſcrats,&
de la faire punir de ſon audace.
Catherine , irritée d'avoir été traitée avec aucant
de mépris par un homme qu'elle adoroit ,

(143 )
réſolut de tirer la vengeance la plus cruelle de
l'affront ſanglant qu'elle avoit éprouvé. Elle
courut auſſi tốt chez le Magiſtrat , & lui déclara
que Praw l'avoit féduiteſous promeffe de l'épouser ,
&qu'elle étoit enceinte deses oeuvres.
Le Magiftrat donne auſſi tốt ordre d'arrêter
l'infortunePraw ,&de le conduire en priſon. On
inftruit ſon Procès. Interrogé s'il eſt l'auteur de
lagroffeffe de Catherine , il répond qu'il n'a jaamais
eu aucun commerce criminel avec cette
fille. On le confronte avec Catherine. Lorſqu'il
l'entend aſſurer , ſous la religion du ferment ,
qu'il eſt le perede l'enfant dont elle eft enceinte,
il leve les yeux au ciel ,& le prend à témoin de
la fauſſeté de l'accuſation de cette fille impudente
; mais ſes proteſtations & ſes ſermens
n'empêchent pas que les Magiftrats ne donnent
Ja préférence à la déclaration de Catherine. Iis
croienty voir la vérité ,&, ſur cettebaſe fragile,
ils font décidés à prononcer un jugement terrible
; mais avant , ils donnent encore quelques
jours au malheureux Praw , pour choiſir entre la
main de Catherine & la mort. Le délai expiré ,
P'accuſé fut conduit devant ſes Juges , qui lui demanderent
ſa réponſe. Praw leur déclara qu'il
aimeroit mieux mourir mille fois & périr dans
lestourmens les plus affreux , que dépouſer une
femme aufli mépriſable que Catherine, Sur cette
réponſe , les Magiſtrats condamnerent Praw à
avoir la tête ttanchée , s'il perſiſtoit dans ſon refus
d'épouſer la fille qu'il avoit ſéduite.
La veille dujour où ce jugement terrible devoit
être exécuté , le jeune homme fit prier un
des Magiſtrats de deſcendre dans ſon cachot ,
pour recevoir une déclaration importante qui
devoit épargner une mépriſe ſanglante à la juftice.
CeMagiftrat ſe rendit auſſi tôt à la prilon.
(144 )
6
Praw lui adreſſa ce diſcours , qui devroit être fans
ceſſe ſous les yeux des Juges quidoivent prononcer
ſur la vie des hommes.
« Vous m'envoyez à la mort , dit Praw , &
>> votre confcience ne vous fait aucun reproche.
>Apprenez cependant à vous défier des preuves
>
qui vous ſont offertes. Celui que vous avez
>>condamné comme l'auteur de la groſſeſſe d'une
fille ſans pudeur , eſt lui-mêmeune fille. Ap-
>> pellez vos Médecins & vos Chirurgiens , ils
>>vous atteſteront mon ſexe , &je ne vous de-
>> mande d'autre réparation de l'indigne procédure
qu'on a exercée contre moi , que la ven-
>>geance de rendre mon accuſatrice témoinde la
>> viſite des gens de l'art ».
Le Magiſtrat , étonné , manda ſur le champ
un Médecin & un Chirurgien , & donna ordre
qu'on allât chercher Catherine. Celle-ci s'empreſſad'arriver,
croyant que Praw vouloit répa-
Ter fon honneur en l'épouſant ; mais quelle fut ſa
ſurpriſe lorſque le Magiſtrat lui déclara que
Praw prétendoit être fille , & que des gens de
l'art alloient le viſiter en ſa préſence.
Il ne fut pas difficile au Médecin & au Chirurgien
de prouver l'innocence du malheureux
Praw , puiſque réellement Catherine & Praw
étoient du même ſexe. Cette découverte fut un
coup de foudre pour l'impudente accufatrice , &
le ciel vengea ſa calomnie ; car , dès le même
jour , elle fit une fauſſe couche , & mourut le
lendemain.
Nous ignorons la date précile de cette ſcène
comi-tragique ; ce qu'il y a de certain , c'eſt
qu'elle eſt récente , & que la vérité des détails
que nous avons rapportés , eſt atteſtée par plu-
Geurs papiers publics.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 28 MAI 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Au Peintre des Enfans de Mme S. DE G.,
d'Orléans.
:
TOI , qui , dans ce riche &brillant Médaillon ,
As raſſembléd'amours une famille entière ,
Dis-moi donc , bourreau! dis- moi donc
Pourquoi je n'y vois pas leur mère ?
;
Quoi ! tu ne pouvois pas , ſous tes pinceaux flatteurs ,
Reproduire les traits d'une Beauté modeſte ,
Au front noble , au regard céleste ,
Effaçant par ſon teint le vif éclat des fleurs ?
Tes parlantes couleurs ne pouvoient-elles rendre
Ni ce ſourire ingénieux & fin ,
Que l'on croiroit légèrement malin ,
7
Nicet oeil noir&doux , & qu'on voudroit voir tendre?
N°. 22 , 28 Mai 1785. G
146 MERCURE
JE CONÇOIS bien ton embarras
Si l'on eût exigé de ton pinceau fidèle
Son art de plaire & de n'y fonger pas ,
Etſa franchiſe naturelle
Et ſon eſprit ſans faſte , ſans apprêts ,
Dont chaque trait pique , & jamais ne bleſſe ,
Et ſon expreſſive tendreſſe
Pourquatre enfans charinans , héritiers de ſes traits,
Tout cela n'eſt pas la figure ;
C'eſt l'âme , c'eſt l'eſprit. Comment peindre l'eſprit ?
Qui..... je conçois que la peinture
Anime rarement celle qu'elle embellit,
Majs voici le ſecret dont ſagement Apelles
Uſoit pour eſquiſſer la mère des Amours :
Plus d'un Artiſte de nos jours
S'en ſert, dit-on , pour les mortelles,
ON PARCOURT un eſſaim de parfaites Beautés ;
Onvapar-tout marquant, ſaiſiſſant quelque choſe,
Ici le lys, ailleurs la roſe,
La nobleſſe , la grâce , avec cent qualités
Dont l'accord très heureux compoſe
De Cypris , de Seurrat les attraits fivantes :
Voilà le ſeul moyen d'attrapper cet enſemble
De grâces & d'appas , de raiſon & d'eſprit,
Que rarement on réunit
Et queG... raſſemble.
(ParM. Bérenger. )
DE FRANCE 147
A Madame DUFRESNOY.
AIR : Philis demande for Portrait
MONGRIE ONCRIF a donné des leçons
Sur les moyens de plaire ;
Sur l'Art d'Aimer nous connoiſſons
Plus d'un beau commentaire.
Mais tes jolis yeux & l'Amour ,
Fixant nos deſtinées ,
En apprennent plus en un jour
Qu'ovide en dix années.
DONNER aux Arts ingénieur
Leprintemps de ſa vie ;
Et , ce qui vaut encor bien mieux,
Etre aimable& jolie ;
Ace portrait ſi reſſemblant
ンLa Vérité préſide :
On ne peut flatter enpeignant
D'après Adélaïde.
TU SAIS paſſer en te jouant
Du plaiſir à la gloire ;
Si chez toi l'on cite un talent ,
On cite une victoire.
Ta voix embellit nos concerts
Avec autant d'aiſance
Gi
148 MERCURE
Que le goût brille dans tes vers
Et tes pas à la danse,
Jours d'un triomphe fi beau;
Tour- à-tour Muſe & Grâce ,
Entre Deshoulière& Sapho
L'Amour retient ta place;
De qui peur t'entendre & te voir
Je connois le martyre ,
Puiſqu'il faut t'aimer ſans eſpoir
Et même ſans le dire.
Par M. Damas.)
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Ordure ; celui
de l'Enigme eſt Fortune; celui du Logogryphe
eſt Rivage , où l'on trouve geai , gai ,
Ai , rage , ivre vieire , vrat , grive , raie ,
air , ver grave , aage ,rave. ;
CHARADE à Mile D.....
D
E la mère de mon premier
Vous avez tout l'éclat , adorable Glycère ;
Depuis près de vingt ans vous êtes ma dernière;
Et montout, ſans vous voir, me ſemble un ſiècle entier.
(Par M. FG. , de Sédan. )
DE FRANCE.
149
ÉNIGME.
JEme plains à raiſon de l'ingrate Nature ;
Je crée & je ne puis jouir ;
Je grave , & cependant j'ignore la ſculpture;
Quoiqu'environné d'or ,je ne puis m'enrichir.
Nouveau Tentale, ſur ma bouche
Pendent des fruits , je ne puis les cueillir ;
Je vais autour de moi l'objet de mon defir ,
Jamais pourtant ma main n'y touche.
1 (Par M. S** B**. )
LOGOGRYPΗ Ε.
I
crje ſuis petit, là je me trouve grand ;
Le Monarque des Dieux eſt moi par excellence ;
Sans contredit eſt moi notre grand Roi de France ;
Le Charbonnier eſt moi , ce qui le rend content.
Décompofé , je paroîtrai ſans volle.
Dans mes fix pieds , Lecteur , ſi tu veux l'y chercher ,
Tu verras ceque l'homme en vain voudroit ſécher ;
Dansunnavire un arbre ombragé d'une toile ;
Aſa bonne , le nom que donne unjeune enfant ;
Un inſecte menu qu'engendra le fromage;
Ćequ'une fille prend contractant mariage ;
mitre .sat
maitre
Giij :
MERCURE
Le partage de ceux qui ſe trouvent ſansdent
Le mets friand du chat ; deux notes de muſique;
Un ornement ſacré de tête apostolique ;
Encore , ſi l'on veut, ce qui plaît ayant chaud ;
Le premier Officier d'une maison de ville ;
Enfin un fort beau mois en noces pen fertile ;
Et ce qu'agitent tant les Matelots dans l'eau.
(Par M. l'Abbé Dugarcein. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés à l'Académie Françoise
, à la réception de M. Target. A
Paris , chez Demonville , Imprimeur de
l'Académie Françoiſe ,the Chriſtine.
Ily avoit près d'un ſiècle qu'aucun Avocat
n'avoit été reçu à l'Académie Françoiſe
comme Avocat. Cet Ordre , toujours illuſtré
par des talens d'un grand éclat, ne mêloit
plus ſa gloire à la gloire des Lettres & de
l'Académie. L'éloquence du Barreau fembloit
s'être ſéparée de l'eloquence Littéraire ,
& ne plus tenir aux Arts du goût. Il devoit
être honorable d'interrompre le premier cet
uſage contre lequel perfonne ne réclamoi
plus , & qui paroiſſoit conforme à la na
DE FRANCE.
ture des choſes. Cet honneur , d'autres l'ont
auſſi merité ſans doute , mais c'eſt M. Target
qui l'a recueilli , & fon nem étoit fait pour
conſacrer une révolution. Si une grande célébrité
, acquiſe par le talent de la parole , ſi
des triomphes accomules , & dont le ſouvenir
ſurvit aux combats qui ſont oubliés , ſi
une grande réputation enfin eſt ungrand titre ,
peu d'hommes parmi les plus celebres en
ont porté de meilleur à l'Académie. Mais il
ne faut pas croire que les titres de M. Target
ne foient que dans la mémoire de ceux qui
l'ont entendu parler au Barreau ; parmi ſes
Ouvrages imprimés , il y en a pluſieurs que
l'Avocat doit étudier comme des modèles
& que l'Homme de Lettres aime à lire
comme des morceaux d'une grande éloquence.
On ſe ſouviendra toujours que le Mémoire
pour M. Aliot eut un ſuccès qui ,
du temple de la Juſtice , ſe répandit dans le
monde; qu'on y trouvoit à la fois la diſcuſfion
la plus profonde & la ſenſibilité la plus
touchante ; qu'il donnoit autant d'émotions
aux Lecteurs que de lumières aux Juges.
Lorſqu'on entendit parler , pour la première
fois, au milieu du luxe & des plaiſirs de
Paris , de cet antique uſage de Salency , où
la vertu ſimple & modeſte d'une jeune fille
reçoit pour couronne une roſe , tous les
coeurs furent émus : tout le monde voulut
imiter ou peindre cet uſage , ou en parler.
Les Seigneurs voulurent avoir des Rolières
Giv
2 MERCURE
dans leurs Terres les Peintres mirent
éelle de Salency dans leurs tableaux , les
Poëtes la repréſentèrent fur le Theatre.
Tous les Arts , tous les talens voulurent
peindre & honorer une fi touchante inftitution.
On n'a pas coutume au Barreau
de s'entretenir de coutumes aufli intéreſfantes
; mais la couronne de role tie
naître un procès , & perſonne n'a parlé de
det uſage avec plus d'interêt & plus de char
me que M. Target dans un plaidoyer. Qu'on
le life , &je m'en rapporte au jugement de
deux même qui ont écrit ſur le même ſujet
ils avoueront , je m'affure , que la grâce n'eſt
pas toujours étrangère à l'éloquence du Barreau.
Quand Mme de Genlis a voulu faire
connoître cette inſtitution rouchante à la tête
de fonpetit Drame , où elle paroît bien plus
touchante encore , ce font les paroles de
M. Target qu'elle a citées , ce font les paroles
& le ſtyle de l'Avocat que la femme
de goût a préférés. Les momens heureux an
Barreau, ce ſont ces momens trop rares , où
auxdiſcuſſions des intérêts privés, ſe mêlent
les difcuffions des grands intérêts publics , où
il faut chercher l'eſprit d'une loi civile dans
les principes univerſels du droit des gens ,
dans les conftitutions des Empires , dans les
fondemens de la motale. Alors le génie de
P'Avocat ( fi du moins il a du génie ) ſe relève
de la contrainte &de l'eſpèce d'oppref-
Gon où le tiennent les queſtions de moindre
DEFRANGE.
1'5'3
importance qu'il agite tous les jours ; alors ,
fans bleſfer la convenance , cette première
loi de tout Orateur, & de tout Ecrivain , ſon
ton peut s'élever à la hauteur de cette éloquence
philofophique qui plaide devant
les Rois & devant les Nations , pour les intérêts
& pour les droits du genre humain ; il
n'invoquera plus , il ne citera plus Domat ,
il citera Montesquieu , d'Agueſſeau , L'Hôpital
, & fes paroles ſe mêleront aux paroles
de l'Eſprit des Loix; alors il peut ſe livrer à
ces illufions brillantes que cherche toujours
l'imagination des Avocats ; il peut ſe croire
le ſucceſſeur de ces Orateurs, dont la voix ſe
faifoit entendre devant les Dieux du Capitole;
il peut parler au Barreau comme s'il
parloit devant les Comices: il donnera un
moment aux audiences du Palais l'éclat de
fon talent & la grandeur de ſes idées. Ces
momens , qui ne naiſſent que pour les Avocats
célèbres , & qui devoient naître pour
M. Target , ont été les plus beaux de la vie
&de fon talent. On ne fortoit point des
audiences où il avok traité des queſtions femblables
fans prendre une plus haute idée des
Loix , de la Juſtice & de ſon adminiſtration
en France ; & lorſqu'il avoit en préſence
(ce qui lui arrivoit ſouvent ) cet autre Orateur
du Barreau, que la Nature a tant aimé , à
qui elle a prodigué ſes dons les plus heureux
nue phyfionomie pleine de nobleffe & de
grâce , un eſprit éminemment jufte , une
imagination prompte à s'émouvoir , une
"
Gv
154
MERCURE

voix dont tous les fonsſont des accens, des regards
où vont ſe peindre tous les mouvemens
de ſonâme ; quand M. Target plaidoit contre
M. Gerbier , qui l'a précédé dans la carrière
pour la rendre plus glorieuse , & qui eſt encore
aujourd hui ſon rival& fſon ami , alors
on ſe croyoit tranſporté à ces combats de
l'éloquence ancienne , où des talens rivaux
& amis alloient enſemble à la gloire en balançant
entre leurs mains les deſtinées des
hommes. M. Target a bien fait voir combienſoneſprit
eſt propre à traiter les grandes
queſtions de droit public , loiſqu'il les a
waitées hors du Barreau , dans des Écrits
dont elles étoient l'unique objet ,& fous des
points de vûe abſolument généraux. Dans
un moment de criſe pour l'Ordre des Avocats&
pour la France ; dans un moment où
il étoit queſtion ou d'abolir , ou d'étendre ,
ou de réformer cette eſpèce de Juridiction
que cet Ordre exerce ſur ſes Membres ſous le
nom de diſcipline , on vit paroître ſous le
nom de la Cenfure un perit Écrit qui n'avoit
que quelques pages , & qui avoit beaucoup
de penſées ; jamais on n'y perd de vûe l'Ordre
des Avocats ; & les principes de certe
petite Brochure ſont affez étendus & affez
profonds pour être la législation de la cenfure
dans une grande République. Les vûes
font toujours vaſtes & générales , & les applications
toujours fixées & préciſes. Le ton
du ſtyle a la ſoupleſſe de la familiarité , & il
n'eſt jamais au-deſſous de la grandeur de l'objet.
Lorſque preſque toute la France LittéDE
FRANCE
ASS
raire écrivoit ſur le Commerce des Grains ,
M. Target jeta une petite lettre au milieu de
la foule des volumes ; & au milieu de tant
de volumes qui n'étoient pas apperçus ,
cette lettre fut fingulièrement remarquée;
elle méritoit de l'être. Cette eſpèce de problême
politique , ( fi pourtant c'eſt un problême
) eſt enviſage ſous toutes ſes faces dans
une difcuffion extrêmement rapide ; & s'il
m'eſt permis d'emprunter d'un homme célèbre
une de ces expreffions heureuſes &
toujours critiquées , l'Auteur fait tout le tour
de la queſtion , il pénètre de tous côtés dans
l'intérieur , & n'a jamais l'air que d'en parcourir
rapidement les ſuperficies. On ne fait
pas en général combien les queſtions les plus
compliquées , les plus difficiles , gagnent de
clarté& de facilité à être agitées dans le langage
familier d'une lettre ou d'une converſation.
On le ſent à chaque page en lifant
ces deux morceaux de M. Target , & tous les
deux prouvent que s'il eût porté dans les
objets de la philofophie& de la morale , &
l'eſprit & les longs travaux qu'il a confacrés
au Barreau , M. Target eût obtenu parmi
les Philoſophes une place auſſi diſtinguée
que parmi les Avocats.
Naturellement on devoit être très-diſpofe
àlui en demander une nouvelle preuve dans
fon Diſcours de réception; & le Public a
jugé que M. Target avoit donné cette preuve.
Il l'a déclaré ainſi par ſes applaudiſſemens à
la Séance. Malgré le reſpect qu'inſpirent fes
Gvj
Rya MERCURE
moeurs , & la bienveillance qu'inſpire
fon caractère , on ſe préparoit à le juger
avec rigueur ; il a été applaudi avec chaleur
& avec joie ; le Public paroiffoit heureux
du bonheur qu'il lui donnoit.
Le debut de ſon Difcours ſemble aveir
été inſpire à M. Target par les objets mêmes
& par les hommes qu'il voyoit en commençantà
parler.
« Je ne m'étois jamais permis de penſer
> à l'honneur que je reçois; le defir m'en
>>avoit paru toujours téméraire ; & dans
>> cette journée même l'impreffion de la fur-
>>priſe ſe mêle encore àtous les fentimens
>> que je viens vous offrir , & que je vou-
>> drois vous exprimer.De quelque côté que
2 fe portent mes regards , je rencontre partout
les titres glorieux qui vous ont mé-
>> tité vos couronnes; je contemple avec ref-
>> pect laffemblage des talens dont je fuis
>> environné , j'admire à-la-fois , dans ce
>> Temple consacré aux Lettres , une élo-
» quence majestueuse & riche comme la
>> Nature , dont elle est l'interprète; une
>> imagination & des pinceaux dignes de
nous rendre Virgile; la morale revêtue
des grâces du conte ou des fineſſes de,
>>Pavologue ; le génie du théâtre , la ſévé-
>>rité qui garde & qui défend l'héritage des
Leures; la raifon , les Sciences & les Arts
>> parés des charmes de l'élocution , couverts
de l'éclat de la poéſie , & animés
>> par fes images; toutes les richeſſes Litté-
ود
20
ود
DE FRANCE.
157
raires en unmot; & je me vois affis parmi
>> vous !
" Vous avez pensé , Meſſieurs , que le
>> temps eſt venu où les recompenfes pré-
" parées pour les Lettres doivent entrer dans
>>tous les États qui ne leur font pas étran-
>> gers : c'eſt le Barreau François que vous
- avez voulu adopter , en y laiflant tomber
>> preſqu'au haſard un rayon de votre gloire.
Aufli ne m'avez vous pas demandé des
>> titres Littéraires ; je n'en poſſedois aucun ,
» & ſi j'avois pu vous en offrir , j'aurois
> peut-être été moins propre à faire ſentir
l'intention de votre choix. د
Comme la modeſtie qui eſt ſi aimable eſt
encore ingénieuſe! comme elle cache avec
grâce & les droits & les titres du talent !
Rien de ſi fin que ces dernières idées du début
de M. Targer, & c'eſt pour diffimuler fon
mérite. La vanité & la confiance ne plaiſent
point tant , & elles n'ont pas la réputation
d'être ſi ingénicuſes. Etje me vois affis parmi
vous , eſt encore un beau mouvement , le
mouvement d'une âme bien ſenſible.
Depuis trente ans à peu-près preſque tous
les Académiciens qui ont été reçus, ont ſenti
la néceffité de rompre la monotonie des
éloges par des diſcuſſions Littéraires ; &
depuis ce moment, ces Difcours de reception,
ſur leſquels leshommes de goût s'étoient
égaïés quelquefois , ont été très-ſouvent des
morceaux d'une Littérature excellente , où
tous les homines de talent peuvent perfec158
MERCURE
(
tionner leur goût : Monteſquieu auroit pa
apprendre par coeur le Diſcours ſur le ſtyle,
de M. de Buffon ,& ne s'en ſeroit pas moquédans
les Lettres Perſannes. C'eſt pourtant
un faittrès connu , que ce Diſcours de
réception de M. de Buffon fut traité avec dénigrement
dans toutes les critiques du tems .
Mais jamais il n'y eut peut être d'injustice
plus excuſable. Il y a plus de trente ans que
ce Diſcours a été prononcé ,& les critiques
à cette époque étoient encore plus incapables
qu'aujourd'hui d'entendre cette philoſophie
ſi élevée & fi profonde , de comprendre
quelque choſe à ces principes de bon
goût puiſés dans la nature de l'eſprit humain.
M. Target a voulu traiter auſſi un ſujet ,
&l'éloquence a dû ſe préſenter naturellement
à l'Orateur du Barreau. Preſſe par les
bornes d'un Difcours , il n'a pu offrir qu'une
efquiſſe rapide de cette vaſte hiſtoire ; mais
cette eſquiſſe eſt remplie de traits dignes
d'un grand tableau.
ود
"Toutes les grandes choſes ont été faites
par la puiſſance de la parole. Si je re-
> monte aux premiers âges , les traditions
>> de la fable , ſouvent plus inſtructives que
les faits hiſtoriques , nous repréſententun
homme à-la-fois Orateur & Poëte , éle-
>> vant une voix harmonieuſe dans des cli
>>mars ſauvages , placé entre les ſpectacles

ود
ور de la nature&des âmes neuves , ſuſceptibles
de grandes émotions. L'Orateur exerDE
FRANCE. 159
J
» çoit alors un pouvoir invincible.Tout étoit
>>eloquence dans ces temps primitifs où
> tout parloit aux ſens : l'imagination avoit
>> peuplé l'Univers ; les enfans vivoient en-
>> toures des mânes de leurs aïeux ; chaque
>> objet étoit un monument dont la vue rap-
>> peloit une idée intéreſſante , ou réveilloit
la fenfibilité ; une pierre brute au milieu
d'un champ , tranſmettoit juſqu'à la der-
" nière pofterité les ſouvenirs dont elle étoit
>>dépoſitaire ; les révolutions phyſiques &
>>les faits de l'Hiſtoire revivoient pour cha-
» que génération par la préſence de leurs
" emblêmes ; & c'eſt ainſi que , parmi les
» peuplades du nouveau monde ( eſpèce
>> d'antiquité dont nous ſommes contempo-
> rains ) les conventions , les traités , les alliances
ſe font encore pardes ſymbolesqui
>> en confervent la mémoire.
"
>> L'établiſſement des Sociétés &des Loix
étendit le règne de la penſée , & borna
celui de l'imagination ; & depuis ce mo-
» ment , les deſtinées de l'éloquence furent
>> toujours attachées aux révolutions des
» Gouvernemens & des moeurs. »
M. Target fuit enſuite l'éloquence dans
toutes ces révolutions des moeurs&des Empires
dont elle fut ſouvent l'inftrument.
La plus ſaine philoſophie a dicté la plupart
des idées du morceau que nous venons de
copier ; mais la philoſophie adopte-t-elle
l'opinion qui donne aux peuples naiffans&
ignorans une imagination plus riche & plus
160 MERCURE
feconde qu'aux Nations éclairées par les
Sciences & par les Arts ? Les Sauvages n'ont
que des images ; mais ont-ils plus d'images
ont - ils autant d'inages que des Poëtes tels,
qu'Homère & Virgile , que des Philoſophes.
tels que Pline & Buffon , que des Crateurs
tels que Cicéron & Boffuet ? N'est-il pas
plus vrai de dire que l'imagination s'enrichit
& s'erend avec les penſees , qu'elle lève ,
pour ainſi dire , de ſes regards le plan coloré,
de l'Univers , tandis que la philofophie en
meſure l'eſpace avec ſon compas , en fixe
les mouvemens avec ſes calculs ? Qu'est-ce
que l'imagination ? C'eſt , ſuivant qu'on la
confidère comme pallive ou comme active ,
tantôt une ſuite de tableaux vivans tracés ,
dans l'eſprit , & tous fidèles
bleaux de la Nature , tantôt la faculté de ſe
faifir rapidement des images que l'Univers
nous offre , & d'en former par la réflexion
des compoſes qui ne ſont point dans la nature.
Je ne puis croire qu'Orphée , qui étoit
encore un peu sauvage , puiſque ſa voix
charmoit les forêts , eût dans ſon entendement
plus d'images de la Nature qu'Homère
& Horace; je ne me perfuade point qu'il
fût en état de compoſer ſur un modèle idéal
des tableaux où la Nature fût embellie avec
tantde magnificence ou de charmes. L'imaginarion
du Sauvage l'entoure des mânes de
ſes aïeux ; mais l'homme éclairé a vû dans
Hiſtoire les peuples qui ont paffé ſur la
terre , il a vû dans les voyageurs tous ceux
aux taDEFRANCE.
161
4
qui vivent actuellement ſur le globe ; & s'il
a de l'imagination , il peut à ſon gré évoquer
tous ces peuples , &tous , avec leurs traits
diftinctifs , leurs coutumes, leurs vétemens ,
viendront entourer ſa penſée. De ces deux
hommes , lequelà votre avis voit plus d'ima
ges , a plus d'imagination ? L'imagination du
dernier eſt la ſeule qui convienne à la véritable
éloquence. Dans tous les temps, a dit
M. de Buffon , il s'eft trouvé des hommesqui
ont commandé aux autres par la puiſſance de
laparole. Ce n'est que dans les temps éclairés
qn'on a bien écrit & bien parlé. LA VÉRITABLE
éloquence ſuppoſe l'exercice du génie &
la culturede l'esprit. Voyez auſſi les vûes excellentes&
neuves que répandit fur cet objet
M. de Condorcet , dans ſon Diſcours de
réception à l'Académie Françoiſe; car je ne
veux citer ici que des Diſcours de ce genre.
M. de Condorcet penſe abſolument comme
M. de Buffon. M. Target ne dit pas pofitivement
le contraire , mais on peut l'induire
de ce qu'il dit , & il ne faut pas laiſſer l'autorité
de ſonnom à une erreur dont les pédans
ſe fervent tous lesjourspour attaquer les
ſièclesde lumières,&les talens de ces fiècles.
Dans ce tableau rapide de l'hiſtoire de
l'éloquence , M. Target avoit deux grandes
figures à deſſiner , celle de Démosthène &
celle de Cicéron; il les a placées au milieu
de la peinture d'Athènes & de Rome , & les
deux figures s'en agtandiffent , elles deviennent
plus vivantes & plos animées.
162 MERCURE
« J'ai conſidéré Athènes , fur-tout depuis
» Périclès , Athènes ſi ſenſible aux Beaux-
» Arts , ſi rafſafiée de chef- d'oeuvres , fi
>> ſuperbe dans ſes dédains; j'ai vu que ce
>> peuple ingénieux ne craignoit pas un avis
" funeſte autant qu'une faute de langage ;
> ſes impreſtions appartenoient moins à la
" ſenſibilité de l'âme qu'au tact d'un eſprit
> cultivé ; il jugeoir plus qu'il ne reſpectoit
"
ود
ſes Magiftrats & fes Orateurs , & dans
leursharangues harmonieuſes il cherchoit,
>> nondes conſeils utiles, mais des émotions
» & des ſpectacles. Quel fut donc ce Dé-
>> moſthène, qui parvint à contenter les dé-
>>licateſſes , & à gouverner l'eſprit d'un tel
» peuple , qui ne perdit pas l'effet d'une
>> ſeule de ſes paroles fur des Cenſeursft
> difficiles , & qui , ſans les ſeduire , pro-
>> digue des reproches & de vérités dures ,
> marchant à ſon butfans detour , égal à
ود ſon ſujet ſans aller jamais au delà , les
>>accabla des forces de ſa raiſon , les entraîna
par la véhémence de ſes mouve-
» mens , & vécut enfin l'objet de leur ad-
>> miration & l'arbitre de leurs conſeils .....
2
ود
"
A Rome , la cenſure que les hommes pablics
eurent à craindre fut toujours moins
redoutable que celle dont la Grèce s'eroit
armée contre-eux ; cependant l'Orateur
>> Romain parut occupé ſans ceſſe du ſoin
ود
"
ود de la prévenir. Avec quelle adreffe il dif-
>> poſe le raiſonnement , le ſentiment & les
>> images ! quel intérêt il répand dans ſes
DE FRANCE. 163
>> diſcuſſions ! que de naturel & de grâce
» dans ſa ſenſabilité !&dans ſon ſtyle , que
» de mouvement , de coulear & d'harmo-
> nie ! Jamais génie plus ſouple &plus ha-
> bile ne mania ce grand Art de la perſua-
> ſion; ſon éloquence remplit l'idée qu'on
» ſe forme de la perfuafion même ; & c'eſt
>> ainſi qu'il eſt parvenu à ſurprendre l'opi-
>> nion de tous les ſiècles, entre la richeſſe
>> de ſes talens & l'énergique ſimplicité de
» Démosthène. »
Il faut avouer que de pareils traits caractériſentmieuxces
deux grands Orateurs, que
cesfimilitudes ſi ſouvent rebattues dans les
Colléges , où l'on compare l'un à un torrent
qui entraîne tout , & l'autre à un incendie
qui s'accroît par degrés,&augmente ſa flamme
de tout ce qu'il dévore dans ſon paſſage.
Ces comparaiſons ont été belles, mais une
ſeule fois, la première.
M. Target n'a point diſſimulé que ces modèles
fublimes doivent être rarement ceux
de nos Avocats. " Dans les combats de cha-
» que jour , la nature des ſujets , les règles
>>inviolables de la raiſon& du goût, les refferrent
entre des bornes qu'ils ne doivent
>> pas eſſayer de franchir; alors on n'attend
>> plus de leur éloquence qu'une diſcuſſion
» lumineuse & préciſe , des raiſonnemens
N clairs & folides,, une ſenſibilité qui ne
>> s'epanche qu'après que la raiſon eſt éclai-
>> rée , & dans le ſtyle je ne ſais quoi de ſé-
- vère , qui convienne à la loi , qui répande
164 MERCURE
>> fur le diſcours moins de luftre que de dignité
, qui affure à l'Orateur plus d'aurorité
que d'applaudiſſement , & à la cauſe
>>plus d'attention qu'à l'Orateur, »
-Il eſt impoffible de n'en pas donner beaucoup,
& à ces idées d'un goût ſi excellent ,
&à l'Orateur du Barreau qui les fait entendre
à l'Académie. Ces principes , & la manière
dont ils font énoncés , ne ſeroient point
indignes fans doute de ces Livres de thétorique
où Cicérón donne dés préceptes ſi lumi
neux de l'art dont il avoit donné des modèles
ſi ſublimes. Je doute ſeulement qu'il y
ait aucun genre & aucun fujet qui impoſe
au ſtyle la néceffité d'être févère. Il doit être
fouvent grave & fans ornement; mais lafévérité
annonce peut-être je ne ſais quoi d'un
peu dur , qui dans tous les ſtyles eſt plutôt
un défaut qu'une convenance. Je n'aimerois
pas plus la ſévérité dans les ta' ens que dans
les moeurs , & je ſuis porté à croire que le
goût & la vertu peuvent également s'en paf
fer. J'ai ſouvent penſé que les Lettres Provinciales
étoient pour les Avocats de nos
jours les modèles les plus parfaits & les plus
convenables. Je ne parle point deces Lettres
où Pafcal veut rendre les Jéſuites tantôt
ridicules & tantôt odieux , où ils font peints
quelquefois comme Molière peignoit George
Dandin ,& d'autres fois comme il peignoit
le Tartufe : celles-là doivent_entrer dans les
études des Poëtes Comiques ; je parle de ces
Lettres ( les trois ou quatre premières ) où
DE FRANCE. 165
Paſcal , en traitant les queſtions de la méraphyſique
la plus fubtile & la plus vague ,
fait les réduire aux idées les plus ſimples , les
plus claires & les plus ſenſibles , à des images
, & met à la portée d'un enfant ou
d'une femme ce qui pendant des ſiècles avoit
déſolé les Docteurs. Là, ſon ſtyle eſt prefque
toujours grave , il ne ſe permet preique
point de plaifanteries , mais ce ſtyle n'eſt
jamais févère; il eſt embelli quelquefois par
une comparaiſon qui n'y eſt point comme
ornement , mais pour la clarté , pour y faire
entrer le jour ; tantôt par une tournure piquante
qui ſemble être , & qui eft en effet
la feule manière de préſenter un raifonnement
par le côté le plus faillant & le plus
invincible. Je crois que les Avocats pourroient
fe permettre de pareils embelliffemens
dans toutes les cauſes , & qu'ils feroient
ſouvent néceſſaires pour répandre de la lumière
fur ces loix qui n'en ont pas toujours ,
& de l'intérêt ſur ces formes qui en manquent
quelquefois; en général dans les genres
les plus auſtères , une beauté eſt peut être
toujours à ſa place lorſqu'ele paroît amenee
par la néceffité de l'enchaînement des
idées ,& non par l'ambition de l'Orateur.
Mais comme M. Target paroît avoir
ſenti toutes celles de Boffuet ! comme elles
le tranſportent à la hauteur de ces conceptions&
de cet enthousiasme où Boſſuet luimême
puiſoit ces beautés , qui ſemblent être
en quelque forte au-delà du fublime !.
166 MERCURE
" Que j'aime à me repréſenter le moment
» où des hommes éclairés & fenfibles , raf-
>> ſemblés par la religion dans l'intérieur du
> temple , & prépares par la pompe d'une
» cérémonie lugubre , virent , pour la première
fois , Boffuet paroître au milieu
» d'eux , s'elever du néant de la terre dans
→ la grandeur de Dieu , & en defcendre ar-
» me des foudres de la parole ! comme il
» ajoute à la langue des hommes tout ce qui
» lui manque pour monter à la hauteur de
>>ſes conceptions ! comme avec des mots
- anciens il ſe fait une élocution nouvelle !
- toujours ſa ſimplicité étonne ,& fa familiarité
eſt ſublime. De la plénitude de ſon
âme il verſe , il prodigue ſur tous les
» ſujets qu'il traite l'inépuiſable variété du
>> ſentiment & de la penſée , ſans atteindre
• jamais les bornes ni de ſon génie ni du
>> langage : il ne fut pas donné à l'homme
» de déployer plus de force & plus d'élo-
"
"
> quence.
En parlant des langues , du goût des anciens,
entraitant de l'éloquence , M. Target
rencontroit M. l'Abbé Arnaud , ſon prédéceffeur
, au milieu même du ſujet qu'il traitoit
; la tranſition étoit donnée.
M. Target a ſouvent peint M. l'Abbé
Arnaud comme nous , qui étions ſes amis , -
qui vivions avec lui, nous l'avons vû& nous
l'avons connu . En entrant dans ſon appartement
, on pouvoit croire entrer dans l'appartement
d'un Philoſophe ou d'un Rhé,
DE FRANCE. 167
teur ancien, de Longin ou de Denis d'Halicarnaffe.
Les buſtes d'Homère & de Platon
s'offroient aux regards ; on voyoit quelques
Volumes entr'ouverts , c'étoient encore
Platon ou Homère. Lui-même dans
ſes regards , dans ſon geſte , dans les accens
de ſa voix , dans ſa phyſionomie , qui
donnoit à tous les Artiſtes le deſir de la
repréſenter, il portoit cette inſpiration qu'on
cherche dans le commerce de l'antiquité ;
ſon langage comme ſon ſtyle étoit empreint
des couleurs & des formes de ces
genies antiques & créateurs , dont les génies
de tous les ſiècles , dont l'eſprit humain
lui même ne paroît être qu'une copie. Il enrichiffoit
notre langue, fans la dénaturer , de
ces périodes ſi nombreuſes , de ces exprefſions
ſi vivantes de la langue qu'on parloit
devant l'Aréopage. C'étoit un Grec , & ce
Grec étoit d'Athènes. Il ſentoit & rendoit
la grâce divine de Platon comme le ſublime.
Par un contraſte frappant , mais aimable , le
même homme qui parloit ſouvent du ton
d'un Prophète ou d'un Hierophanre , poffédoit
toutes les fineſſes de l'urbanité Françoife
, toutes les grâces de la galanterie du
monde. Il plaiſoità tous les eſprits au premier
moment , & renouveloit toujours cette
première impreſſion , &, ce qui eſt rare,
ſouvent avec les mêmes choſes. Il agiſſoit
fur les âmes comme les productions de ces
talens dont il étoit l'adorateur : paffionné
pour tous les Beaux-Arts , il ajoutoit à la
168 MERCURE
patlion de tous les Artiſtes , & par confé
quent à leur génie. Les defauts même de fon
elprit concouroient avec ſes grandes qualités
pour produire cet effet. Pour tous les
détails ſon goût etoit fingulièrement delicat
&ſenſible ; ni les taches , ni les grâces les
plus légères ne lui échappoient ; & lorſqu'il
pailoit des Arts en general , ſes vûes , qui
n'étoient toujours ni très - nettes ni très-précifes
, avoient ce vague, cette grandeur indéfinie
d'où l'imagination , au défaut de
lumières , reçoit de grandes ſenſations. Il
jugeoit les details comme Horace , & ne
raiſonnoit fur les principes que comme Platon.
Long-temps on l'a accufe de ne pas
aimer beaucoup la Philofophie moderne ;
je l'ai toujours vû du moins admirer , refpecter
& chérir les vrais Philofophes ; mais
je ſuis porté à croire qu'en effet cette Philoſophie
qui dérermine toutes les idées avec
précifion , qui prouve ce qu'elle avance ,
& fait de ſes preuves une chaîne où l'efprit
ſe trouve environné de toutes parts ,
devoit mettre ſon eſprit à la gêne & preſque
au ſupplice. Dans la Philoſophie même, c'étoient
les apperçus de l'imagination qu'il
aimoit ,& non pas les vûes de l'eſprit. Il a
peu écrit ; mais dans quelques pages il a
montré un grand talent. Il a jeté négligemment
dans divers Recueils des morceaux
affez précieux pour mériter d'être raffembles
pour la Poſtérité. Ses idées l'occupoient
toujours , il les portoit toujours avec lui , &
fouvent
L
DE FRANCE. 169
ſouvent écrires dans fa mémoire) mais ellesne
ſe réveill vient vive went qu'en prefence
des hommes , & ad auroit une belle place
dans la Poſté ité même, ſi elle pouvoit entendre
ce qu'il a dit dans ces momens heu
reas. Choſe effez remarquable , ſes impreffions
étoient fortes & puiſſantes , fis opinions
foibles & mal affurees. Jamais il ne
fut l'ennemi d'un grand talert , d'une gloire
établie , & il a moit fingulièrement à découvrir
un talent nouveau , à faire naître une
réputation. Le jeune homme qui cache avec
pudeur ſa première production , alloit la
mettre ſous ſes yeux avec confiance. Il ſentoit
les beautés avant les défauts , difpofition
fi-heureuſe, fi néceffaire pour le jeune talent
qui confie ſes eſſais , & qui eſt prêt à rougir
de ſes beautés mêmes. La carrière de M.
l'Abbé Arnaud n'a pas été très longue ; mais
ſa vie a été heureuſe , & fon plus grand
bonheur a été ſans doute d'en paffer une
grande partie avec un ami fait pour cultiver
les Arts comme lui , d'un goût auſſi délicat&
bien plus sûr , & qui ſavoit répandre
fur ces conceptions grandes , mais vagues ,
dont M. l'Abbé Arnaud avoit pris le goût
dans Platon & dans Gravina , le jour pur , la
lumière que la ſeule Philofophie moderne
fait faire naître.
Mais je me laiſſe entraîner au plaifir de
parler d'un homme que j'ai aimé , à qui je
dois de la reconnoiſſance , & j'oublie que
Nº. 22 , 28 Mai 1785. H
:
170 MERCURE
pour les intérêts même de fa gloire il vaut
mieux en en tendie parler M. Taiger .
" Quelquefois dans ces compoſitions ani-
>>mees , M. l'Abbé Arnaud paroît vouloir
ſecouer le joug des règles , & les renvoyer
à la médiocrite; mais ce qui eft digne de
> remarque , preſque toujours il as ref-
>> pecte : me trompai-je en jugeant que fon
" oreille étoit le frein de ſon imagination?
>> Le tour nombreux de ſa phrafe arrêtoit
ود l'eſſor de ſes idées; ce qu'il avoit dans
>>l'eſprit d'audace & d'impatience , reſtoit
>> comme enchaîné dans la meſure de ſes
>> périodes , & le ſentiment de l'harmonie qui
>> gouvernoit ſon ſtyle , le ſoumettoit à des
>>principes qu'il obſervoit ſans les aimer. »
Cette explicarion eſt très-ingénieuſe , &
elle eſt vraie; elle eſt auſſi bien heureuſtment
rendue.
M. l'Abbé Arnaud étoit Abbé de Grand-
Champ , Abbaye qu'il devoit à fon ami M.
Gerbier , qui la demanda pour lui , & à qui
il a toujours été difficile de refuſer quelque
chofe.
"
« J'ai defiré de ſavoir , dit M. Target , ce
» que penſoient de M. l'Abbé Arnaud les
habitans des campagnes , où l'on ne connoît
ni eſprit , ni talens , ni ſcience , ni
>> gloire , mais où la bienfaiſance , plus né-
>> ceſſaire , eſt auſſi mieux ſentie , & peut-
"
ود être plus véritab'ement honorée. Tandis
>>que je rends ici l'hommage que je dois à
ſes talens , là, des bénédictions ſont adref-
<
DE FRANCE. 171
>> ſées à ſa mémoire. Je ne raconterai qu'un
>>*feul fair. Un Curé lui demande le paye-
> ment d'une portion congrue. L'Abbe de
>> Grand-Champ veut ſe defendre. Le Curé
>> vient , lui expoſe ſon indigence , & n'a
"
ود
pas de peine à l'émouvoir. M. l'Abbé Ar-
>> naud foulagera le Curé pendant ſa vie ; il
» s'y engage , & tient parole ; mais il n'a
>> point de loi à preſcrire après ſa mort.
" Que fera-t-il done ? Il peut defirer de
>> perdre ſa cauſe, & il le defire; il peut
chercher des titres contre lui-même , & il
en cherche , & eſt affez heureux pour
> en trouver; il en arme fon adverfaire ,
& à force de ſoins il parvient à être
condamné. Ce n'est pas tout encore ,
Meſſieurs , ce trait ſi attendriſſant & fi
>> noble , c'eſt moi qui , le premier , l'ai fait
connoître au Public , & même à ſes
amis. „
"
"
ود
"
C'eſt avec cette ſenſibilité qu'il convient
de parler de la bienfaisance; & qui auroit
le droit de parler de la vertu , fi ce n'éroit
M. Target ? Tout ſon Diſcours , d'où nous
pourrions extraite encore des morceaux
d'un égal mérite, reſpire le bon goût dans
les principes & dans le ſtyle. Il ſemble
que l'Orateur du Barreau n'ait voulu laiſſer
voir que l'Académicien en entrant à l'Académie.
On a déjà remarqué comme une faveur
du fort pour le Public , pour l'Académie &
pour les Récipiendaires , les Élections non-
Hi
172 MERCURE
breuſes où M. le Duc de Nivernois a rempli
les fonctions de Directeur. Si l'eſprit & la
grâce, ſi l'agrément &la noble familiaritédes
tournures font en effet néceſſaires quelque
part , c'eſt dans ces occaſions où il faut
louer des hommes devant une eſpèce de
Souverain , qui eſt le Public; & tel eſt le
talent de M. le Duc de Nivernois pour ce
genre ſi difficile, que c'eſt le Public furtout
, que c'eſt ce Souverain qui applaudit
le plus aux éloges que M. le Duc de Nivernois
donne en ſa préſence. Il a été fans
doute infiniment heureux , par exemple , de
rappeler comme le plus beau moment de la
vie de M. Target , ce jour , cette époque du
rerour de la Magistrature , ſi chère an Public
, à la Nation entière.
ود
" Perſonne n'oubliera la belle journée du
• 12 Novembre 1774 , qui , après quatre
années d'un filence égaleinent courageux
» & modefte, rendit votre voix à vos Cliens ,
" & unit votre triomphe à celui de la Ma-
>>giftrature entière ; jour memorable où la
ود
"
"
France attendrie vit ſon jeune Roi dans
» l'auguſte appareil de fon autorité turélaire,
& entouré de coeurs reconnoiflans ,
rendre aux voeux de la Nation les anciens
Dépofitaires d'une confiance que le temps
ſeul peut établir ! Dix ans ſe ſont écoulés
>> depuis cette grande époque , & durant
» ces dix années , portion conſidérable de la
ود
८८
ود vie humaine, tous les jours ont été mar-
> qués par vos travaux & par vos ſuccès. Il
DE FRANCE.
173
:
>> eſtremps d'y mettre une borne , Monfieur ;
» vous ne pouvez plus rien ajouter à la
>> conſidération que vous avez ſi juſtement
> acquiſe; venez goûter dans le Temple
ود
"
des Muſes ce loitir honorable qu'accom-
» pagnela dignité ; venez en jouir , Monfieur,
dans le ſein d'une Compagnie où vous ne
pouvez trouver que des amis , parmi des
hommes qui ſavent apprécier le mérite &
>> chérir la vertu. »
"
ود
( Cet Article est de M. Garat. )
FABLES Nouvelles , ſuivies de Poésies
fugitives , par M.le Bailly , Avocat en
Parlement, du Musée de Paris. Superfunt
mihi quafcribam,fodparcofciens. A Paris',
chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue
Galande , Nº . 64 .
Si La Fontaine a dit, en parlant de l'Apo .
logue :
Et ce champ ne ſe peut tellement moiſſonner ,
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.
d'autres Écrivains , en très-petit nombre , il
eſt vrai , ont acquis par quelques bonnes Fables
le droit de tenir après lui le même langage.
Il y a dans Lamotre pluſieurs Fables
charmantes , auſſi morales qu'ingénieuſes ;
c'eſt-là fur-tout qu'il eſt Philofophe; c'eſt - là
qu'il penſe beaucoup plus que dans ſes Odes ,
qui font vuides d'idées & de poéſie ; c'eſt
Hiij
174 MERCURE
dans ſes Fables qu'il ſe montre Poëte quelquefois.
Depuis , dans le même genre de
compofition , M. Boifard a fu faire goûter
une manière très-différente. Le Recueil de
M. leBailly en offre auſſi quelques-unes qui
plairont fans doute aux Lecteurs par une
extrême préciſion, qui leur donne une tour-
: nure originale; telle eſt la ſuivante.
Le Mulet & le Rat.
LeMulot dit au Kat : camarade , ſouvent
Je te vois grignoter , ronger maint & maint livre ,
Et tu n'en es pas plus favant.
Qu'importe , dit le Rat , je ne cherche qu'à vivre.
La moralité est heureuſement renfermée
dans le récit même de l'apologue. La Ronce
& le Saule , le Cigne & le Corbeau ,le Papillon
& le Lys or , comme la Fable précédente
, le mérite d'une conciſion très-piquante.
Ce genre d'apologue ne demande
pas beaucoup d'eſprit & de poéſie; il y a plus,
on n'a pas le temps ni l'eſpace d'y en répandre
beaucoup; car d'ailleurs ce beſoin ſe fait
généralement ſentir dans les Fables de M.
le Bailly , qui ont quelque étendue. Trop de
négligence dans la verfification , trop peu
dedétails ingénieux , trop peu d'images poétiques
les rendent moins agréables à live .
M. le Bailly eft affez jeune pour faire des
progrès , &pour permettre qu'on lui donne
des avis. Il doit ſe défier de ſon extrême facilité.
Il doit tâcher de répandre dans ſes
DE FRANCE. 175
narrations plus de poéſie , de grâce & de
gaîté. S'il n'y a rien de ſi rare qu'une Fable
excellente , iln'y a rien de ſi aiſe que de compoſer
un volume de Fables médiocres. Au
furplus , en confeillant à l'Auteur d'affai
fonner des récits de plus de ſel & d'enjouement,
nous n'avons pas prétendu dire qu'il
man quât abſolument de ces deux qualités ;
c'eſt parce qu'elles ne lui ſemblent pas étrangères
, que nous l'engageons à en faire uſage
plus ſouvent , comme dans la Fable du Nain
&du Rat.
Près d'une grange , on raconte qu'un Nain
S'étoit endormi ſur la paille.
Un Rat vers cet endroit attiré par la faim ,
Confidère de loin notre homme à courte taille.
Il fait un pas, puis deux , puis trois , & puis ſoudain
Recule , ſoupçonnant que c'eſt quelque machine,
Nouvelle invention de Rominagrobis.
( L'hiſtoire da bloc de farine
Retentiſſoit encor dans tout Ratapolis ; )
Mais , hélas ! pour devenir ſage,
Suffit-il done toujours de l'exemple d'autrui ?
Non,monRat du contraire offreunbon témoignage.
Ilvoudroit s'éloigner ; cependant malgré lui
Je ne fais quel penchant l'attire.
Enfin à tout haſard il s'approche du Nain ,
Et flaire ſon ſoulier , dont le cuir étoit fin.
L'odeuren plaît au nez du Sire .
D'où vous jugez qu'en même- temps
Hiv
176 MERCURE
Il s'eſcrime à l'entour , de la patte & des dents.
C'en étoit fait de la chauſſure
Lorſqu'une vive égratignure ,
A réveillé le Nain , qui , tout ſaiſi d'abord ,.
Tremble , pâlit , s'écrie , & reſte demi- mort
Mais bientôt ſa frayeur le quitte ,
En voyant l'animal qui regagnoit ſon gîte
Au plus vite ;
Il le pourſuit, l'atteint ,l'immole à ſa fureur.
De ce monftre , dit- il , me voilà donc vainqueur!
Tu l'as vû , maître du tonnerre ;
Les Hercules , je crois , ne ſont pas tous aux cieux ;
Ilen reſte encor fur la terre ,
Et tu dois m'élever au rang des demi-Dieux.
Combien voit- on dans les Hiſtoires
De Héros à crédit cités avec éclat ,
Et qui ne comptent de victoires
Que celle du Nain ſur le Rat.
C'eſt auſſi parce que M. le Bailly a rencontré
quelquefois des expreffions poétiques
que nous l'exhortons à réſiſter davantage à
l'impatience de ſa plume , & à choiſir davantage&
fes expreffions & ſes idées .
Dans la Fable des Jeux Olympiques , on
trouve entre-autres une métaphore très-belle.
Aufſitôt dans les airs mille cris élancés
Sont les trompettes de la gloire .
Ilya de la poéſie dans cette expreffion. C'eſtlà
le grand fecret du ſtyle de La Fontaine.
DE FRANCE. 177
Ala ſuite des Fables , l'Auteur a recueilli
quelques poéſies fugitives , peu piquantes ,
mais où l'on retrouve toujours cette facilité
dont il ne peut trop ſe défier.
VARIÉTÉS.
RÉPONSE de M. Framery à M.le Marquis
de Ch***.
MONSIEUR ,
Pourrois-je ne pas être infiniment flatté de la
Lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adreſſer
dans le Mercure ? ( N°. 18. ) N'est- ce pas confacrer
, pour ainſi dire , mes opinions que de les ap .
puyer de votre ſuffrage ? Et fi je ne les ai propoſées
juſqu'ici qu'avec la jutte défiance qu'elles doivent
m'inſpirer , ne m'eſt il pas permis de me livrer aujourd'hui
au doux orgueil de croire que j'ai raiſon ,
lorſque ces opinions ſe trouvent conformes aux
vôtres ? J'oſerai en cela , Monfieur , différer de votre
avis , lorſque vous avancez modeſtenment que votre
fuffrage n'eſt pas pour moi de la plus grande importance.
Je crois , au contraire , qu'il ajoute un
poids infini aux idées que j'ai préſentées dans l'extrait
de la Poétique de la Muſique , & que l'on me
conteſtera moins légèrement ſans doute , quand
vous daignez les confirmer. Je porterai même plus
loin l'ingratitude; car tandis que vous avez la bonté ,
Monfieur , d'être par tout de mon ſentiment , je vais
m'attacher à combattre le vôtre , & à détruire les
raiſons que vous avez accumulées pour juftifier l'efpèce
d'oubli dans lequel vous croyez devoir laiffer
votreTraité ſur l'union de la Poéſie &de la Muſique.
ΗνV
178 MERCURE
Vous prétendez , Monfieur , que cette Brochure
n'a d'autre mérite que d'avoir énoncé la première
quelques idées qui n'exiſtoient que d'une manière vague&
indéterminée dans la pensée d'un petit nombre
d'Amateurs : dites plutôt qu'elle les y a fait naître ;
& fi cetOuvrage eût paru dans des temps plus favorables
, il n'eſt pas douteux qu'il n'eût fait un nombrede
proſélytes beaucoup plus grand. Vous diſiez
à la poéſie de prendre les formes convenables à la
muſique , lorſque la muſique nationale n'avoit pas
elle-même encore de formes déterminées. Peu de
perſonnes s'intéreſſoient alors aux progrès de cet
Art; celles même qui paroiffoient s'en occuper ,
l'aimoient beaucoup plus qu'elles ne l'eftimoient.
Reléguée à l'Opéra- Comique , on ne croyoit pas
que la muſique pût germer ailleurs ; & ce Théâtre ,
le berceau du bon genre , le feul où la mélodie fit
entendre le véritable accent des paffions ,&yjoignie
les formes régulières qui conſtituent un Art , n'étoit
pas le Théâtre National. Ceux qui croyoient que
nous n'aurions jamais de mufque Françoiſe , applaudiſſoient
à ce qu'ils appeloient le petit genre , &
ne chargeoient pas d'opinion . Aqui donc , Monfieur,
pouvoient fervir vos idées ſur l'union de la poéſie &
de la muſique quand notre Théâtre Lyrique n'avoit
ni Poëtes ni Compofiteurs ? Ceux qui travailloient
pour la Comédie Italienne ſe rapprochcient de votre
ſyſtême par une forte dinſtinct , parce qu'ils en
avoient quelques modèles. Duni , le premier qui
peut-être a le plus contribué à la création de la muique
dramatique en France , accoutumé aux formes
ſymmétriques de l'Italie , convaincu de l'avantage
qu'elles offroient au Compofiteur , les apprit aux
Poëtes qu'il s'affocia. Anfesume ſur- tout s'y conforma
toujours ;& toutes les Pièces , dont je ne juge
pas le mérite, préſentent au moins des airs d'un
mêtre égal, & céſurés également. Cette règle , &
DE FRANCE. 179
eſſentielle à la beauté du chant , quoiqu'on en puiſſe
dire , ſi bien développée dans votre Ouvrage, &
pourtant trop méconnue des Poëtes François , fut
créée en Italie par Métaſtaſe, ſentie à l'inſtant même ,
& adoptée avidement par cette nation , qu'une plus
grande ſenſibilité d'organes rendit plus facile à perfuader.
C'eſt à cette égalité de thithme peut- être ,
plus qu'à aucun autre avantage , qu'eſt dûe la
prééminence de la langue Italienne ſur la langue
Françoiſe , contre, laquelle il exiſte , relativement à
la muſique , un trop injuſte préjugé. Ce même Duni
éroit fi perfuadéde cette opinion , qu'en publiant ſon
premier Ouvrage , il fit de cette langue , qu'il préféroità
la fienne même , une apologie que M. Gluck
confirma depuis par ſon ſoffrage. La poéſie Françoiſe
, plus énergique , ſembloit l'inspirer davantage ;
il n'en exigeoit qu'un mètre coupé ſymmétriquement.
M. Marmontel, qui régua enſuite fur la Scène
Italienne , étoit bien fait pour donner du crédit à
cette loi. Soit qu'éclairé par votre ouvrage & par
l'exemple des Poëtes Italiens , il ait voulu les prerdre
pour niodèles , foit que le ſentiment exquis de
la musique, dont il adonné plus d'une preuve , aidé
de ſes propres réflexions , lui en ait fait fentir tous
les avantages , nul n'a mieux connu que lui l'art
de couper favorablement ſes vers pour le Mukcien ;
mais cependant ſa méthode n'a point prévalu. Faure
d'en connoître les principes , on l'a priſe pour une
opinion particulière que rien n'obligeoit d'adopter
généralement. On a cru pouvoir faire auffi bien en
faifant d'une autre manière. Lorſqu'enfin la réforme
s'eſt faire fur le grand Théâtre , on s'eſt occupé
d'objets qu'on a cru plus preffés. On apportoit une
muſique nouvelle , il falloit créer une exécution nouvelle
dans l'orchestre & parmi les Chanteurs , ſi l'on
a fongé aux Poëmes , c'étoit pour leur donner plus
de mouvement plus d'énergie , une diftribution
?
Hvj
180 MERCURE
plus intéreſſante , plus raisonnable , ( févérité qu'on
a peut- être portée trop loin ) on n'a pas affez ſenti
combien la forme partielle des morceaux deſtinés à
la muſique proprement dite , devoit influer ſur le
mérite total . Après le ſuccès , on n'a pas cru qu'il
reftât encore quelque chofe à faire ; les Poëtes Lyriques
ſe ſont trouvés fatigués du grand pas qu'ils
avoient fait vers la perfection , ils ſe ſont arrêtés
avant d'y arriver. Maintenant qu'ils doivent être
repófés , maintenant que les premiers efforts ont été
faits dans tous les genres , il eſt temps de les guider
pour le reſte de la route ; c'eſt à préſent , Monfieur ,
que les Traités font néceffaires , le vôtre ſur tout ,
en ce qu'il regarde particulièrement les Poëtes , &
que ce ſont eux qui ont le plus beſoin d'être inſtruits
de conventions que l'ignorance de la muſique ne
leur permet pasde deviner.
Les Brochures , les Livres mêmes , dites-vous ,
Monfieur , ont ils le droit de créer des Poëtes Lyriques
? Oui , je le crois , lorſqu'il ne s'agira que de
les inftruire des procédés dela muſfique , de les avertir
de ce qu'elle exige d'eux , de leur apprendre un
méchar ifme facile , & de leur en perfuader la néceffité;
quand il ne s'agira que de leur développer ces
propofitions fi victorieuſement établies dans votre
Effai , que fi la poéfie qu'on appelle lyrique , quoiqu'elle
ne foit pas chantée , exige un mètre égal &
fymmétrique, à plus forte taifon celle qui eft deſtinée
au chant , que la muſique elle-même étant aſſujétie
de lamanière la plus rigoureuſe à une ſucceſſion alternative
de longues&de brèves , étant obligée à des
repos ſymmétriques ,& compofée de périodes exactement
compaffées , il eſt juſte que la poéſie ſe prête
autant qu'il dépend d'elle à ces loix. ( Pardon
Monfieur, fi je ne cite que de mémoire votre Ouvrage
, que je n'ai plus depuis 15 ans. ) Il me femble
qu'il ſuffit de démontrer ces vérités à ceux qui
>
DE FRANCE. 181
ont déjà le talent de la poéfie, pour en former de
véritables Poëtes Lyriques. C'eſt à eux que votre Onvrage
feroit utile , plutôt qu'aux Muſiciens qui liſent
peu , qui ne ſuivent guères que l'impulfion de leur
génje , & à qui , quand ils en manquent , toutes les
poétiques du monde n'en fauroient donner.
Je crois comme vous , Monfieur , que la Didon
de M. Marmontel eſt l'époque de la perfection où
pouvoir atteindre notre Scène Lyrique. Je me glórifie
même d'en avoir parlé d'après cette idée en rendant
compte dans ce même Journal de la Partition ;
mais je ne crois pas devoir en conclure , ainſi que
vous , qu'il n'eſt plus néceſſaire de tien imprimer. Il
ne ſuffit pas , ce me ſemble , d'offrir des chef- d'oeu
vres pour modèles; premièrement , parce que l'amourpropre
abhorre les modèles ; d'ailleurs , il est bon
d'indiquer encore à ceux qui ſuivent la même carrière,
pourquoi la route propoſée est la meilleure ,
comment elle aconduit au ſuccès, ce qu'on riſque à
s'en écarter. Etes-vous bien perfuadé , Monfieur ,
que tous les Opéras qui réuffiront après Didon feront
faits de la même manière ? Et ne croira-ton pas
avoir affez bien fait quand on aura réuffi ? Pourquoi
, dira- t'on , chercher le mieux quand on porsède
le bien ? C'eſt ce qu'auroient dit auffi fans
doute les Poëtes François du temps de Marot , fi on
leur eût propofé tout-à-coup de renoncer aux enjambemens
, de fuir les hyatus , d'alterner les rimes
mafculines & féminines , &c. ils auroient cité des
vers charmans , qui , ſans être aſſujétis à ces entraves
, avoient obtena beaucoup de ſuccès. Ces
règles n'ont pu s'établir qu'avec peine , qu'à force
d'en répéter les avantages ; & ce n'eft qu'après leur
adoption générale , qu'on a bien ſenti tout ce que
l'Art y gagnoit.
Il me femble , Monfieur , qu'il en faut faire de
même pour les Ouvrages Lyriques, Les Compofi182
MERCURE
teurs ont adopté le meilleur ſyſtême. Les Chanteurs
mêmes commencent à ſuivre la bonne route , il ne
reſte plus que les Poëtes à inſtruire , & c'eſt le moment
de leur répéter ſans celle ce qu'ils ont beſoin
de ſavoir. C'eſt pour eux que ſont faits les Livres , il
faut les multiplier. Qu'ils liſent votre Ouvrage &
celui deM. de la Cépède ,& celui de M. de Chabanon
, qui me paroît digue en tout de l'éloge que
vous en faites, peut- être alors feront ils moins étrangers
qu'ils ne le ſont communément à l'Art auquel ils
prétendent affocier le leur.
Mais lorſqu'on propoſe aux Poëtes de ſe charger
de nouvelles entraves en faveur de la muſique, ne
feroit il pas juſte que, pour les dédommager de rant
de facrifices, lePublic leur rendit un peu de la gloire
qu'il leur refuſe ? N'avez-vous pas remarqué , M. ,
le bizarre eatin qui attend ceux qui travaillent pour
nos Theatres Lyriques , pour l'Opéra for tout ? La
muſique y paroît être l'objet principal , le ſeul dont
on parle, auquel on s'intéreſle. Vous avez entendu
diremille fois dans le monde : Qu'importe que les
paroles d'un Opéra foient mauvaiſes , pourvu quela
musique foit bonne! comme ſi cette muſique pouvoit
être bonne quand les paroles ne ſont pas dignes d'inf
pirer le Compofiteur ! Souvent les éloges s'érendent
juſqu'aux Acteurs , on vantera Vart avec lequel ils
ont rendu leur rôle , ſans penser que le Poëte a
fourni les fituations où ils ont développé leurs talens ,
&que l'Acteur le plus fublime ne fauroit faire naître
l'intérêt où le Poëte n'en a pas mis; mais on ne veut
pas qu'il ſoit compré pour quelque choſe. Encore
s'il étoit vrai qu'il n'eût pas plus de part au fuccès
que ne lui en attribue l'opinion publique ! mais au
contraire il eſt chargé de tout. Le choix du ſujet , la
diſpoſition, le piquant , l'intérêr des fituations , la
vérité du dialogue , les nuances des caractères ; enfin
-ce qui fait réuſſir ou tomber un Drame , tout vient
DEFRANCF. 183
de lui , & l'on s'en souvient bien au moment de la
chûte , c'eſt lui ſeul qu'on en accuſe , le Muficien eſt
exempt de tout reproche. Que pouvoit-il faire fur
defi mauvaiſes paroles ? On l'oublie au moment du
fuccès; tout le mérite en eſt au Compofiteur. Comme
Je Valet d'un Maître injuste , quand le Poëte a bien
fait , il n'a fait que ſon devoir; s'il bronche , la
moindre faute eſt punie. Il ne partage la gloire de
perfonne, perſonne ne partage ſa honte avec lui,
quoique de lui ſeul dépende ou la honte cu la gloire.
J'oferois avancer ce paradoxe, que dans les premières
repréſentations d'un Ouvrage Lyrique , la musique
n'influe en rien ſur le ſuccès. Miile exemples pourroient
prouver qu'un Poëme intéreſſant foutientune
muſique médiocre , & que la plus excellente mufique
attachée à un Poëme ſans valeur , ne peut en empêcher
la chûte , & eſt au contraire entraînée avec
lui; on n'en citeroit pas un où, par le ſeccurs de la
muſique ſeule , un Poëme entièrement dénué d. mé.
rite ait pu réuffir. Je fais combien cette propofition
eft contraire aux idées reçues, combien elle paroîtra
d'abord révoltante ; mais je demande qu'on l'examine
de près avant de la rejeter. On ne peut nier
au moins que la bonté du Poëme n'ait une grande
inquence fur le ſuccès de l'enſemble: qu'on rende
donc au Poëre la part d'estime qui lui revient, animé
par cet encouragement, vous le verrez faire de nouveaux
efforts pour la perfection de l'Art , & c'est
alors qu'il profitera des Livres qui lui en enſeigneront
lesmoyens.
Cette longue digreffion ne m'a pas fait oublier le
vôtre , Monfieur. La meilleure raiſon que vous apportiez
pour vous diſpenſer de le faire reparoître ,
c'eſt qu'il ſe trouvera fondu dans les articles que M.
Marmontel fournit à la nouvelle Encyclopédie , &
que ces articles réunis pourront former une poétique
muſicale ; à la bonne heure , pourvu qu'on trouve le
184 MERCURE
moyen de répandre , de faire fructifier d'auſſi excellens
principes , il importe peu ſous quelle forme on
les préſente. Je vous avouerai même impoliment
qu'en defirant une nouvelle Édition de vorre Ouvrage
, je m'occupois moins de votre gloire que des
progrès de l'Art. Couronné de lauriers de toutes les
eſpèces , je penſois bien qu'une branche de plus
devoit avoir peu d'attrait pour vous. Je crois auffi
que vos idées , aſſociées à celles de M. Marmontel ,
ſes réflexions jointes aux vôtres , une théorie lumineuſe
, ſoutenue, développée par d'heureuſes expériences
, offriront dans cette Poétique un nouveau
degré d'utilité Cette réunion de ſentimens doit donner
à des principes conteftés une autorité plus impoſante.
Il ſera difficile de nier des propoſitions
déjà couronnées par le ſuccès.
J'infifte donc fur le projet de publier ſéparément
cette Poétique Muſicale. Ces idées éparſes dans
l'Encyclopédie , ne ſeroient pas à la portée d'un
affez grand nombre, & je crois avoir prouvé que
les Ouvrages qui traitent de l'union des deux Arts ,
font dans ce moment de fermentation très - néceffaires
aux Poëtes , s'ils ne le ſont pas aux Muficiens ;
c'étoit au moins le butde cette Lettre , dontje vous
fupplie , Monfieur , de me pardonner la longueur.
Trop flatté que quelques -unes de mes idées ayent
obtenu votre ſuffrage , & que vous ayez daigné
m'adreffer vos ſages réflexions , je n'ai pu mé défendre
d'un ſentiment d'amour - propre , & l'amour-/
propre eſt verbeux ; je n'ai pu réſiſter non plus au
plaifir de m'étendre far un Artque j'aime avec paffion,&
fur votre Ouvrage , à qui je dois ſur le
*même Art les lumières les plus utiles.
J'ai l'honneur d'être avec reſpect , Monfieur ,
Votre ,&c. FRAMERY.
DE FRANCE. 185
ANNONCES ET NOTICES.
A
LMANACH Littéraire , ou Etrennes d'Apollon.
L'année 1778 des Etrennes d'Apollon qui étoit
ſous preffe paroît depuis quelques jours. On la trouvera
chez l'Auteur , rue Saint Jacques , la portecochère
attenant la Librairie de Mme la Veuve
Ducheſne, près la Place de Cambrai , & chez tous
les Libraires. Ce Recueil curieux commencé en 1777
a eu le plus grand fuccès dès la première année , &
continue de plaire au Public. La Collection complette
formant neuf Volumes petit in - 12 ſe vend
11 liv. 2 ſols. Chaque Almanach vaut ſéparément
1 livre 4 fols. Celui de 1777 ſe paye ſeul 1 livre
10 fols par rapport à l'Eſtampe , dont le fujet eft
l'Apothéofe du grand Corneille.
TRAITE complet d'Electricité, par M. Tibère
Cavalle , traduit de l'Anglois ſur la ſeconde & dernière
Edition de l'Auteur , enrichie de ſes nouvelles
Expériences , dédié à MONSIEUR. A Paris , chez
Guillot , Libraire , rue Saint Jacques , vis -à vis celle
des Mathurins.
On doit ſavoir gré à M. l'Abbé de Silvestre de
nous avoir fait connoître l'ouvrage d'un Savant
étranger connu de tous les Savans de l'Europe. On
y trouvera un tableau fidèle de l'état où ſe trouve
actuellement l'Electricité , & l'on y puiſera des
lumières propres à ſeconder les progrès de cette
Science.
ENCYCLOPÉDIE , ou Abrégé de toutes les Sciences
à l'usage des Enfans , cinquième Edition , enrichie
de dix Plunches en taille-douce. A Bruxelles ,
186 MERCURE
chez B. Lefrancq & Savena , Imprimeurs-Libraires ;
& ſe trouve à Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguſtins ; la Veuve Eſprit , au
Palais Royal.
Cet Ouvrage a été corrigé de nouveau , & la
PartieHiſtorique y eft continuée juſqu'à nos jours.
On trouve chez les mêmes Libraires , Orléans
Délivré, Poëme en douze Chants , I Volume in- 12 .
Prix , 2 liv. 10 fols relié.
PRINCIPES d'Eloquence pour la Chaire & le
Barreau , par M. l'Abbé Maury , de l'Académie
Françoiſe , Abbé Commendataire de la Frenade ,
Chanoine , Vicaire Général & Official de Lombez ,
&Prédicateur ordinaire du Roi , nouvelle Edition. A
Paris, chez Guillot , Libraire , rue Saint Jacques ,
vis-à - vis celle des Mathurins.
Cet Ouvrage eſt connu , & mérite de l'être
davantage. M. l'Abbé Maury a fi bien donné
l'exemple de l'Eloquence , qu'il doit en être cru
quand il en donne is precepte.
NOUVEAU Manuel Epistolaire , renfermant par
ordre alphabétique , des Modèles de Lettres fur les
différens ſujets quise préfentent dans la vie , avec
quelques Avisfur le cérémonial qu'on doit y obferver,
Volume in 12. Prix , 2 liv. 8 fols broché , &
3 liv. relié. A Caën , chez G. Leroy , Imprimeur du
Roi , à l'ancien Hôtel de la Monnoie.
Ily a dans ce Volume , comme le titre l'annonce ,
des Lettres pour toutes fortes de fujers. Les Cuvrages
de ce genre , qui font diftinés à diriger de
jeunes Ecrivains leur donnent quelquefois la
sentation d'étre Plagiaires. Hs vont chercherlà des
Lettres toutes faires , comme un mauvais Arithméticien
va chercher des compres faits dans Barême.
,
L
DE FRANCE. 187
Mais il ya des inconvéniens à tout, & les Plagiaires
auront toujours tort .
Au reſte , il y adans le nouveau Recueil que nous
annonçons , des Lettres qui n'avoient jamais vu le
jour, & même d'Auteurs les plus célèbres ,
SUPERSTITIONS Orientales , ou Tableaux des
erreurs &desfuperftitions des principaux Peuples de
l'Orient , de leurs Moeurs , de leurs Usages & de
leur Législation , Ouvrage orné de gravures , & propre
à ſervir de Suite aux Cérémonies Religieuſes des
Peuples du Monde , de l'ancienne Edition de Hollande;
par une Société de Gens de Lettres. Prix ,
32 liv. broché. AParis chez Leroy, fucceffeur du
ſieur Lottin le jeune , Libraire , rue Saint Jacques ,
vis-à-vis celle de la Parcheminerie.
On ne doit pas être ſurpris de voir un Volume
in-folio quand il s'agit des Superfſtnions humaines ,
& c'eſt fur tout dans les pays Orientaux qu'elles
doivent ſe propager. Ce Volume eſt terminé par la
Traduction du fameux Sadder des Perfes , accompagnée
de Notes inſtructives. Le ſuccès des Cérémo
nies Religieuſes par le même Auteur eſt un préjugé
favorable pour les Superftitions Orientales .
MANUEL propre à MM. Les Curés , Vicaires
ou Ecclésiastiques chargés de la partie des Mariages
, pour se mettre à l'abri de la rigueur des
Loix , &c . , par M. l'Abbé Thuet , Prêtre du Diocèſe
de Noyon , Licentié en Droit Canon de la Faculté
de Paris , & premier Vicaire de Saint Médard
de Paris. Prix , 1 livre 16 fols. A Paris , chez l'Auteur
, au Vicariat de Saint Médard , rue d'Orléans ,
FauxbourgS. Marcel.
OBSERVATIONS fur différens Moyens propres
àcombattre les Fièvres Putrides & Malignes , &
188 MERCURE
préfever de lear contagion , par M. Banau , Docteur
en Médecine, & Médecin de la Garde-Suiffe de
Mgr. Comte d'Artois. A Amſterdam; & ſe trouve
à Paris , chez Leroy , ſucceſſeur du fieur Lottin le
jeune , Libraire , rue S. Jacques , vis-à vis celle de
la Parcheminerie. Prix , 2 liv. 16 fols broché.
Le mérite de cet Ouvrage eſt ſi connu , qu'il
nous diſpenſe d'en faire une analyſe : deux Editions
entevées ſucceſſivement en atteſtent le ſuccès. Nous
nous contenterons de dire , en annonçant cette troifième
Edition , que le Ministre de la Marine en a
ordonné la diftribution en 1776 dans les Ports &
dans les Colonies; que cet exemple a été ſuivi par
M. l'Intendant de Paris , par les Etats d'Artois & par
ceux de Languedoc ; que Mgr. l'Archevêque de
Narbonne a même donné un Mandement au mois
de Mai 1781 , & que ces mêmes Etats ont accordé à
l'Auteur une gratification honorable , & ont ordonné
depuis une ſeconde diſtribution de l'Ouvrage ſur la
preuve acquiſe de ſon utilité.
La maladie épidémique qui a effrayé le Languedoc
en 1782 , a fourni l'occaſion de ſe convaincre
de la méthode de M. Banau Six cent perſonnes ont
été traitées & conſervées dans la Ville de Foix ; huit
cent l'ont été de même à Sarlat , & un particulier a
par- le même moyen ſauvé quarante perſonnes à
Mont - Ferrand, & raſſuré preſque en un inſtant les
eſprits frappés déjà de conſternation.
L'ART du Peintre , Doreur, Verniffeur , par le
fieur Watin , Peintre , Doreur , Verniffeur & Mr.
chandde Couleurs , Dorures & Vernis , quatrième
Édition , revue , corrigée & augmentée. Prix ,
4 liv. 16 fols broché franc de port par-tout le
Royaume en lui faiſant toucher ce prix net , & en
affranchiſſant la lettre 'd'avis & le prix de l'argent .
- Supplément Servant de Réponse aux Critiques.
DEFRANCE. 189
Prix , 12 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue Sainte
Apolline , no . 33 .
Cet Ouvrage a beaucoup réuffi , & il mérite
ſon ſuccès. Cette Edition nouvelle renferme quelques
augmentations qu'on veira avec plaifir.
La France Chevaleresque & Chapitrale , ou
Précis de tous les Ordres cxiftans de Chevalerie ,
des Chapitres Nobles de l'un & de l'autre sexe , des
Corps, Colléges & Ecoles de Nobleſſe du Royaume ,
avec une Notice des preuves exigées pour y être
admis , & les noms de tous les Chevaliers , Chanoines
& Chanoineffes ; par M. le Vicomte de
G****. Prix , 3 liv. broché. A Paris , chez Leroy ,
ſucceſſeur du ſieur Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis celle de la Parcheminerie.
Cet Ouvrage réunit les Notices des divers Etabliſſemens
Nobles du Royaume , connoiffances
qu'on ne trouve raſſemblées nulle part. Il doit
plaire à la Nobleſſe, qu'il inſtruira plus particulièrement
de ſes Privilèges , & peut faire naître
l'utile ambition de les mériter.
NOUVELLE Collection de Coëffures , par le
fieur Nenot , Coëffeur de Dames. Prix , 3 liv. en
blanc, 3 liv. 12 fols coloriée , & à différens prix
montée ſous verre. A Paris , chez l'Auteur , rue
SaintAntoine , vis à-vis la vieille rue du Temple.
LE Triomphe de la Religion , ou Eſſai fur la
Religion Chrétienne , dont on ſe propose de prouver
La certitude par une réfutation abrégée des systémes
de la Philofophie moderne , & par la nécessité & la
confirmation de la Révélation; Ouvrage diviſé en
quatre Parties , très-propre pour faire connoître le
fond & l'eſprit de la Religion ; par M. L***. ,
Volume in- 12. Prix, 2 liv. 15 fols relié, 2 liv.
190 MERCURE
broché. A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire,
rue Galande.
Il y a de la préciſion & de la méthode dans
cet Ouvrage , fait pour tenir lieu d'autres Livres
eftimables fur cette matière , mais trop volumineux
pour étre d'une utilité univerſeile.
ABRÉGÉ Chronologique des grands Fiefs de la
Couronne de France , avec la Chronologie des Princes
& Seigneurs qui les ont poſſfédés jusqu'à leur réunion
à la Couronne . Ouvrage qui peut ſervir de
Supplément à l'Abrégé Chronologique de l'Hiſtoire
de France , par M. le Préfident Hénault. Prix , s liv.
broché. A Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des
Auguſtins.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames ,
Romans , Tome I , quatrième Livraiſon. A Paris ,
rue d'Anjou , la deuxième porte - cochère à gauche
en entrant par la rue Dauphine.
Il paroît deux Volumes par mois de cer Ouvrage.
Le prix de la ſouſcription pour vingt-quatre
Volumes reliés & dorés ſur tranche eſt de 72 liv.
pour Paris , & de 61 liv. 4 fols brochés francs de
port par la poſte. On peut ne ſouſcrire que pour une
demi-année .
L'INNOCENCE en danger , gravée d'après le
Tablean original de Lavreince , par Caquet. Prix ,
3 liv. A Paris , chez Maſſard , Graveur , rue &
Porte Saint Jacques , no. 122 .
Cette Eſtampe eſt d'un ſujet agréable.
ANGÉLIQUE & Médor , gravés d'après le
Tableau original de Romanelli, par E. Guerfant.
Prix , 3 liv. A Paris , chez Maſſard , Graveur , rue
& Porte Saint Jacques , nº . 122 .
DE FRANCE.
191
Cette Eſtampe eft gravée d'une manière affez
ferme.
NUMÉRO 4 du Journal de Clavecin , par les meil
leurs Maîtres , contenant des Airs de Panurge & de
Richard. Prix , ſéparément 3 liv. Abonnement Is live
franc de port. -Numéros 16, 17 , 18 , 19 & 20 du
Journal de Harpe, par les meilleurs Maîtres. Prix ,
ſéparément 12 fols. Abonnement is liv. francs de
port pour cinquante-deux Livraiſons , qui ſe fout
chaque Dimanche. A Paris , chez Leduc , ſucceſſeur
de M. de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix
d'or , nº. 6.
NUMEROS 25, 26, 27, 27 bis & 28 des Feuilles de
Terpsychore pour la Harpe , idem pour le Clavecin.
Chacunede ces Feuilles paroît tous les Lundis. Prix ,
I livre 4 fols ſéparément. On s'abonne aufli pour
l'année chez Coufineau père & fils , Luthiers de la
Reine, rue des Poulies , & chez Salomon, Luthier ,
Place de l'École.
4
HUITIÈME Concerto à Violon principal , deux
Violons , Alto & Baffe , Cors & Haut- Bois , par
M. Chartrain. Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris , chez M.
Michaud, rue des Mauvais Garçons , près celle de
Buſſy , chez l'Herborifte .
RECUEIL des Ariettes de Théodore , arrangées
par l'Auteur , avec un Accompagnement de Forte-
Piano ou de Harpe. Prix, 2 liv. 8 fols.-Ouverture&
Entre Afte de Théodore , arrangés par l'Auteur
en forme de Sonate pour le Forte Piano ou la
Harpe, Violon ad libitum . Prix, 3 liv. 12 fols. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique du
Roi, rue Saint Honoré ,près celle de la Lingerie , à
la Règle d'or .
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SONATE pourle Clavecin, avec Accompagnement
de Violon , par M. de Chabanon. Prix , 2 liv.
8 fols, faifant le Numéro 17 du Journal de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs . Prix de l'Abonnement
pour douze Numéros 24 & 30 liv. A Paris ,
chez M. Boyer , rue de Richelieu , ancien Café de
Foy , & Mme Lemenu , rue du Roulé , à la Clef d'or.
Al'inſtant ou ce célébre Amateur publie un excellent
Ouvrage ſur la Muſique , cette production
nouvelle ne pouvoit paroître plus à propos , & doit
être regardée comme une preuve defa miffion.
JOURNAL de Violon , ou Recueil d'Airs nouveaux
, par les meilleurs Maîtres , arrangés pour le
Violon , l'Alto , la Flûte & la Baſſe , Numéro s .
L'année entière de douze Cahiers eſt de 18 &
21 liv. Séparément 2 liv. 8 fois . On s'abonne en
tout temps pour ce Journal & celui de Guittare ,
dont le prix eft de 12 & 18 liv. à Paris , (chez M.
Bailion , Marchand de Muſique , rue Neuve des
Petits - Champs , au coin de celle de Richelieu.
TABLE.
Au Peintre des Enfans de
Mme S. de G. ,
AMme Dufresnoy ,
cadémieFrançoise , 150
145 Fables Nouvelles , ſuivies de
147 Poésies fugitives , 173
Charade , Enigme & Logo- Réponſe deM. Framery àM.
gryphe , 148 le Marquis de Ch*** , 177
Discoursprononcés dans l'A- Annonces & Notices ,
APPROBATIΟ Ν.
185
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercurede France , pour le Samedi 28 Mai 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris, le 27 Mai 1985. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DA
DE PÉTERSBOURG , le 25 Avril.
No
Us parlames , dans le temps , des difficultés
qui ont interrompu ie commerce
des Ruffes avec les Chinois. L'Impératrice
fentant l'importance de cette communication
, a envoyé des pleins pouvoirs au gouverneurd'Irkutsch
en Sibérie , pour terminer
ces différends à l'amiable.
eft Notre Souveraine a renoncé au voyage
qu'elle projettoit de faire à Katchina. La
fanté de cette Princeſſe ne paroît pas encore
affez raffermie , pour entreprendre des excurſions
hors de la capitale. Le célébre Zimmermann,
Médecin du Roi d'Angleterre à
Hanovre , qui avoit été invité à ſe rendre
ici , s'en eſt excuſé ſur le dépériſſement de
ſa ſanté..
L'escadre en équipement à Cronſtadt a
reçu ordre d'appareiller le mois prochain
N°. 22 , 28 Mai 1785 . 8
( 146 )
Elle conſiſtera en 15 vaiſſeaux de ligne & 6
frégates , approviſionnés pour une longue
croifiere. Une autre eſcadre de 8 vaiſſeaux
de ligne fera , dit on , des évolutions dans
laBaltique pendant l'été.
LL
Aftracan & Le 23 Février on reffentit à
dans les environs , trois ſecouſſes violentes
de tremblement de terre , qui heureuſement
n'ont été fuivies d'aucuns défaftres .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 12 Mai.
T
C'eſt le 22 du mois dernier , que la femme
Ougrowmoff a ſubi ſa ſentence à Varfovie.
Elle fut conduite ſur une mauvaiſe
charette au lieu de l'exécution , fous l'efcorte
d'une garde conſidérable, pour prévenir
les mouvemens des partiſans de la coupable.
Elle fut marquée d'un fer rouge fur
Pépaule gauche , & on la tranſportera , à
ce qu'on préſume , à Dantzick dans une
maiſon de force.
L'Ordonnance rendue le 22 Novembre
dernier , par l'Impératrice de Ruſſie en faveur
du commerce de la Pologne , eſt aujourd'hui
publique ; en voici les articles
effentiels.
I. Pour témoigner notre bienveillance à la Pologne
, nous lui approprions l'article XVII de
notre Ordonnance du 27 Septembre 1782 , publiée
à la ſuite du Tarif, & dont voici la teneur
mot pour mot; & Quoique ce Tarif général
(( 347 )
>> doive ſervir auſſi pour tous nos Ports ſitués fue
« la Mere Noire , & fur celle d'Azoph , cepen-
>> dant nous diminuons , dans leſdits Ports , d'un
quart les droits fixés par ce Tarif, afin d'y en-
>>courager le Commerce pour l'utilité de nos
>>> Sujets , & des Nations avec lesquelles nous fri-
>> pulerons à cet égard des avantages reciproques
>>>en compenſation des prérogatives qu'elles ac-
>>corderont à notre Commerce. Excluant cepene
>> dantde cette diminution les marchandiſes nom-
>> mément ſpécifiées dans le préſentTarif, comme
>>>devant payer les mêmes droits dans les Ports
>>>de la Mer Noire , que dans les autres Douanes
>> de notre Empire ; auſſi bien que celles pour
>>leſquelles le préſent Tarifdétermine des droits
>particuliers dans les Ports de la Mer Noire ».
En conséquence de quoi les Polonais jouiront de
cette diminution de droits dans nos Ports de la
Mer Noire & celle d'Azoph .
. II. Nous confirmons par notre préſenteOrdon.
nance l'article VI de celle du 24 Février, comme
une regle qu'on a abſolument à ſuivre , & où il
eſt dit : « Comme il ſe trouve dans l'article XII
>>de notre ſuſdite Ordonnance du 27 Septembre
>> 1782 : Que les marchandiſes du crû de la Po-
>>logne aux environs des Gouvernemens de la
>> Petite-Ruffie & de la Ruffie-Blanche , ſavoir:
>>> le Chanvre , le Lin , le Miel , la Cire , les
>> Rayons de Miel , l'Huile de Chanvre & de Lin,
>> les Peaux de Boeufs crues , toute eſpece de
>>>Grains , les Soyes de Porc, la Graine de Lin &
>> de Chanvre , le Goudron , toutes fortes d'uf-
>>>tenfiles de Bois , le Bois de Charpente, & les
autres choſes néceſſaires aux Habitans de la
Campagne , de même que toute l'eſpece de
>>>Fauve & deGibier , pourront entrer en Ruffe
ſans payer aucuns droits aux Douanes des fron
g2
( 148 )
tieres. Ainfi pour l'intérêt des HabitansduGou
>>>vernement de Catharineflaw , & pour leur fuggérer
les moyens les plus commodes d'expor-
>>ter , pour le bien du Commerce , de telles pro-
>> ductions & marchandises par Mer , nous éten-
>dons le contenu du préſent article dans toute
ſa force furles frontieres dud. Gouvernement.
III . La Ville de Cherſon doit être le ſeul Port
d'où on fera le commerce de tranfit , tant avec
les marchandiſes exportées de la Po ogne dans
les PaysEtrangers , qu'avec celles qui ſeront importées
de l'Etranger , & deſtinées pour la Po-
Logne.
2
• IV. LeGouverneurGénéral de Carharinoflaw
&de la Tauride, établira une Douane de frontiere
particuliere , là où il jugera à propos , par
où paſſeront les Marchandiſes Polonaiſes , importées
dans leGouvernementde Catharinoflaw , &
deſtinées pour en être exportées par Mer , de
même que les marchandiſes importées parMer
à Cherfon , pour être tranſportées en Pologne.
Enchoiſiſſant un lieu propre àl'établiſſement de
cette Douanede frontiere, on joindra à la facilité
defaire le commerce de tranfit celle de pouvoir
prévenir & couper racine à toutes les moleſtations
nuiſibles & contraires à l'intérêt de la Couronne
& à celui de notre Commerce.
V. De toutes les marchandises étrangeres ,
qui , à leur entrée , auront payé toute laDouane ,
on ne retiendra à leur fortie de Cherſon pour les
Pays Etrangers , qu'un huitieme au profit de la
Couronne, &les ſept autres parts ſeront reftituées
à celui qui les aura importées ou exportées. Ce
remboursement cependant n'aura lieu que pour
le terme d'une année, à compter du jour où ces
marchandises auront acquitté les droits de la
Douane, mais il ne s'étendra pas au- delà.
149 )
VI. Les marchandiſs étrangeres qui , en vertu
des arrangemens faits en faveur du commerce de
tranfit , jouiſſent de cette dimin tion de droits ,
ne doivent pas être en petite quantité. On ne
peut l'exiger pour moins d'une piece entiere des
marchandises qu'on meſure à l'aune , comme
Draps , Etoffes de Soye & de Laine , Toiles , Rubans
, Gazes & autres , & pas au deſſous de 200
livres des marchandiſes qui ſe vendent au poids ,
en exceptant cependant les Drogues , Epiceries ,
Soye , Thé & autres , dont ilne faudra pas déclarer
moins de dix livres. Quant aux Boiſſons ,
elle ne ſera pas accordée pour moins d'une Barrique
ou Oxhffot , & des marchandiſes liquides ,
&qui peuvent ſe nombrer , p. ex. Vins & autres
Boiſſons en bouteilles & flacons , il faudra au
moins cinquante Bouteilles ou Flacons : la quantité
de Chapeaux , de Bonnets , de Bonnets de
nuit , de Bas , de Mouchoirs & d'autres effets ,
ne doit pas être au-deſſous d'une douzaine. La
ſomme des effets qui paient à l'eſtimation , ainſi
que des marchandises qui ne ſont pas ſpécifiées
dans ceTarif, ne doit pas être au- deſſous de cent
Roubles .
VII. Comme l'Etat Taurique abonde en Sel
fort ſain&durable , & que nous ſuppoſonsqu'en
vertu de noire Réglement de Sel , il s'en pourvoit
non - ſeulement lui - même , mais auſſi le
Gouvernement de Catharinoſlaw , les trois autres
de la Petite-Ruffie & autres endroits , ainſi
que les Magaſins; nous defirons que le ſuperflu
en ſoit expotté au profit de la Couronne , nonſeulement
en Pologne , mais auſſi dans les autres
Etats voiſins. C'eſt à ce ſujet que le Gouverneur
deCatharinoſlaw & de la Tauride , ne manquera
pasde prendre les arrangemens néceflaires , lorfqu'ony
aura établi une Chambre de Finances.
T
83
( 150 )
1
C'eſtde quoi on fait publication par la préſente.
Suite de la differtatior ſur la population
des Etats Prufſiens par M. de Hertzberg .
3º. Le Roi , de plus, a avancé à un grand nombre
deGentils - hommes &de poſſeſſeurs de terres dans
les Marches, en Pomeranie & en Siléfie , des ſommes
montant à pluſieurs millions , dont j'ai donné
les détails dans les mémoires précédens , &
dans celui- ci , pour les mettre en état de défricher
& d'améliorer leurs terres , & d'y établir des
colons. Il leur a donné ces ſommes ou purement
en préſent , ou à raiſon de 1 & de 2 pour cent
d'intérêt , dont le produit eſt destiné pour des
penſions de maîtres d'école & de veuves ou filles
de pauvres Officiers . Par ce moyen il eſt parvenu
à faire défricher & à mettre en culture preſque
tout ce qui en eſt encore ſuſceptible & qui en
vaut lapeine. Il ſonge même actuellement aux
moyens d'abolir les jacheres de fix ans , ce qui
ſera pourtant difficile.
I
4°. Il a donné en ferme héréditaire à toutes
fortes de cultivateurs plus de 300 métairies ou
poffeffions de ſes propres domaines , en les féparant
de ſes grands bailliages. C'eſt un des
moyens les plus propres & les plus prompts pour
augmenter la population , parce que plus les poffeffions
ſontpetites& partagées, plus elles nourriſſent
d'hommes. Comme le ſouverain de la
Pruſſe poſſede en domaine & en propriété prefqu'un
tiers des biens fonds de tous les états , &
qu'il en tire juſqu'ici les revenus par la ferme
zemporaired'un grand nombre de villages , qu'on
nomme bailliage, (Aenter) il pourroit fans doute
confiderablement augmenter la populationde fes
états &le nombre de ſes ſujets en diftribuant tous
ſes domaines en petites fermes héréditaires , tant
aux payſans qu'à d'autre cultivateurs. Les finan
isty
ciers les plus habiles de ces pays-ci ſoutiennent
pardes raiſons apparentes , que le ſouverain y
perdroit une trop grande ſomme de ſes revenus ,
qui font néceſſaires pour l'entretien de l'armée ,
&queles petits fermiers , quoique héréditaires ,
he pourroient pas en payer les mêmes fermes que
les grands baillifs , parce qu'ils ont de plus grands
beſoins pour le nombre ſupérieur de leurs familles
, & qu'ils n'ont pas tant de moyens de bien
exploiter leurs poſſeſſions que les grands fermiers.
C'eſt le même principe que le cultivateur Anglois
Young foutient , dans ſon Arithmétique politique
fur l'utilité des grandes fermes ; & ce feroit
ici l'endroit de difcuter certe queſtion intéreſ
fante , & j'en avois le loiſir. Je dirai ſeulement en
gros , que M. Young me paroît avoir tort àl'égard
d'un gouvernement, républicain , tel que celui
de laGrande-Bretagne , qui a plus beſoin qu'un
autre d'unegrande population , & quant aux états
Pruffiens , l'objection des financiers peut être
fondée pour un certain temps , mais il paroît
für, d'un autre côté, que fi le Souverain pouvoit
ou vouloit ſupporter ſeulement pour quelques
années la perte quil feroit dans la diminution
de ſes revenus , il la regagneroit enfuite
aveč uſure par l'accroiſſement de la population ,
& par celui de la conſommation qui en réſulte
naturellement & dont il tire toujours des revenus
proportionnés par les acciſes . Du moins
on pourroit commencer par abolir les grands
bailliages compoſés d'un grand nom
villages & donner pour une longue ferme
chaque village à un fermier particulier , qui is
cultiveroit alors comme fant nos Gentilshom
mes.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
84
( 152 )
DE VIENNE , le 14 Mai.
Le corps de Brentano , arrivé le 21 du
mois dernier à Lintz , y eſt reſté en ſtation
juſqu'à nouvel ordre. On préſume qu'il
marchera en Bohême , au lieu de fuivre la
route des Pays-Bas ; mais toutes ces conjecsures
font encore fort hafardées .
Le Comte Graneri , Commandeur de
l'Ordre de S. Maurice , & Ambaſſadeur du
Roi de Sardaigne auprès de notre cour , eſt
de retour ici avec ſon épouſe, & a été admis
à l'audience de S. M. I.
Le projet d'une Impoſition unique & univetſelle
va ſe réaliſer inceſſamment. Juſqu'ici ,
cette idée de quelques économiſtes avoit été
repouffée , comme une de ces hypotheſes ,
ſéduiſantes dans la théorie,& impraticable.
Nous verrons ſi l'expérience juſtifiera ou non
cette opinion. S. M. I. a nommé deux Com
miſſaires ſuprêmes , pour faire à ceſujetles recherches
néceſſaires dans l'Autriche inférieure.
Il nous arrive continuellement une foule
d'émigrans de la Souabe , du Haut & du
Bas Rhin , & l'on en attend encore des colonies
très conſidérables.
M. Blumauer vient de publier le ſecond
volume de ſon Enéide , parodie aſſez plaiſante
du célébre poëme de ce nom là, &
remplie d'alluſions aux réformes actuelles &
aux événemens dujour. Le ſecond volume
( 153 )
fait ici beaucoup de ſenſation : ſur la vignette
du titre on voit la tête de l'auteur à
terre ; pluſieurs chiens l'entourent , & man-.
gent ſa cervelle: chaque chien a un collier
fur lequel on trouve la lettre initiale du nom
des contrefacteurs du premier volume.
L'Empereur vient de détendre l'exportation
des chevaux hors de l'Autriche antérieure.
Le régiment que cette province four-:
nit , ſera porté à 4000 hommes , qui ſervi-.
ront chacun pendant 6ans.
Le 25 Avril il eſt arrivé ici un courrier
extraordinaire , avec des dépêches de Conftantinople.
On a appris par ce courier la dépofition
du Grand- Viſir , & l'élévation au
Viziriat d'Iſmaël Pacha , Beglierbeg d'Oczakow
. Les mouvemens militaires & les
préparatifs de guerre ſe continuent dans les
Erats du Grand-Seigneur.
On a expédié des ordres au Commandant
général de la Tranſylvanie , d'enjoindre
au Comte de Czaky , qui pendant les
troubles avoit aſſemblé des troupes, de les
congédier ſur le champ , & de ſejuſtifier de
fa conduite.
DE FRANCFORT , le 17 Mai.
Le 3 de ce mois , l'Electeur Palatin eſt
arrivé à Manheim , accompagné de M.
le Baron de Vieregg , Grand-Ecuyer & Miniſtre
d'Erat. S. A. E. a fait en 27 heures le
trajet de Munich à Manheim. Les habitans
85
( 154 )
de cette derniereville onttémoigné leur fenfibilité
furle retour deleur Souverain dans ſon
ancienne réſidence. Il ne la quittera plus , à
ce qu'on rapporte , excepté pour aller faire
un tour dans ſes états du Bas - Rhin , &
l'on s'occupe à Duſſeldorf des préparatifs
néceſſaires à ſa réception.
Ce déplacement , ou comme d'autres
l'enviſagent , cette eſpece de fuite de l'Elecreur
, intrigue toute l'Allemagne. Une lettre
de Munich, du 29 Février , exprime en
ces termes les inquiétude de la Baviere :
Les Etats de Baviere ne ſont pas encore tranquillifés
parfaitement ſur l'échange connu : au
contraire , de temps en temps il ſe paſſe des faits
qui augmentent leur inquiétude. Cen'eft pas avec
indifférence qu'on regarde l'intimité qui s'établit
entre notre Electeur & la Cour de Pétersbourg ,
puiſque l'on fait combien lesdeux Cours Impériales
favoriſent mutuellement leursvues combinées,
&l'on affure que c'eſt par une ſuite de cette intimité
, que notre Cour & la Ruſſie vont s'envoyer
reciproqnement des Miniſtres. Le voyage
même de l'Electeur dans ſes Etats fur leRhin
nous allarme . La ſuite nombreuſe , les bagages
en grande quantité , le grand ſervice d'argent&
le ſervice d'or , que S. A. emmene avec elle ,
donnent lieu de penser qu'elle ne reviendra pas
pas de fitôt , & l'on n'en doutera plus fi le régiment
Electoral , du Corps va auffi ſe rendre à
Manheim, ainſi qu'on l'aſſure. L'approche des
troupes Impériales , fous prétexte de marcher
vers les Pays-Bas , acheve de nous mettre ſur
les épines, Il eſt vrai que notre Cour s'eſt amica(
155 )
lement excuſée de leur accorder le paſſage par
le pays; mais l'on craint qu'elles ne profitent de
l'absence de l'Electeur , pour y entrer fans attendre
de permiſſion ultérieure
Quelques Feuilles publiques ont parlé
d'un changement dans l'Uniforme des troupes
Bavaroiſes : elles vont être habillées en
blanc, comme les ſoldats Autrichiens : les
Etats ont vu des conféquences dans cette
conformité , & ont fait des repréſentations
à l'Electeur. Ce prince a répondu que la
couleur du vêtement étoit très indifférente ,
qu'il avoit en vue un but d'économie , &
que les uniformes blancs produitoient une
économie de 20,000 florins. Les Etats n'ont
point changé d'avis , & ils ont été ſi perſuadés
de la folidité de leurs argumens , qu'ils
ont offert de fournir les 20000 florins , fi
cette fomme étoit néceſſaire aux beſoins de
S. A. E.
La derniere foire de Leipfick a été affez
mauvaiſe; la longueur de l'hyver lui a beaucoup
nui : les chemins étoient affreux , &
beaucoup de marchandises , en particulier
celles d'Angleterre , ſont arrivées trop tard ,
ou ne ſont point arrivées du tout. Il eſt
étonnant que dans la Saxe , l'une des parties
les mieux policées de l'Allemagne , on ait
négligé d'avoir ſoin des avenues d'une ville
de commerce ſi importante. La route de
Wittemberg à Leipfick étoit preſque impraticable.
On s'eſt reſſenti dans cette derniere
g6
( 156 )
foire , commedans les précédentes , des défenſes
d'importer en Autriche des fabrications
étrangeres. De ſon côté , l'Impératrice
de Ruffie a établi un Conſul à Leipſick ,
pour y ſurveiller les marchands Ruffes qui
achetent des marchandiſes interdites dans
leur pays.
N. B .. dans l'Electorat d'Hanovre , où celui
qui retire une perſonne de l'eau reçoit une récompenſe
, deux jeunes garçons s'accorderent
pour que l'un ſe jettât à l'eau & que l'autre vint
le ſecourir; ce projet fut entendu d'un valet de
juſtice; il ſuivit ſans mot dire les deux jeumes
gens qui ne ſe doutoient pas d'avoir été entendus:
Punfejette à l'eau , crie au ſecours; & fon camarade
y va ; mais tous deux entraînés par le
sorrent , ils crient réellement à l'aide : le valet
dejuſtice ſe précipite à l'eau au péril de ſa vie ,
& eſt aſſez heureux pour ſauver ces deux poliffons
: il va enſuite faire ſadéclaration , obtient
récompenſe; & les deux jeunes gens ont reçu le
fouet publiquement.
L'on fera long-temps à ſe conſoler de la
mort héroïque du prince Léopold de Brunfwick.
Chéri &eſtimé de tout le monde , il
aprouvé combien il étoit digne d'inſpirer
depareils ſentimens. Il naquit le 10 Octobre
1752 , & entra au ſervice de Pruſſe en
1775. Son régiment , commandé en 1757
par le comte de Schwerin , ſe trouvoit en
garniſon à Francfort ſur l'Oder. En 1782 ,
leprince Léopold fut nommé Général-Major.
Rempli de diſpoſitions naturelles , il
( 157 )
les avoit cultivées avec application par les
ſciences & par les voyages. Il fit , entr'autres
, celui d'Italie avec le célebre Leffing ,
& tout promettoit en lui l'ornement d'une
famille de Héros , chez qui les vertus & les
talens ſont héréditaires. C'eſt le prince Ferdinand
de Brunswick qui s'eſt chargé d'inftruire
de ce déplorable événement , laDucheſſe-
Douairiere , foeur du Roi de Pruſſe ,
inconfolable de la perte d'un fils qu'elle
adoroit.
On aſſure poſitivement que les Etats du
cercle de Souabe tiendront à Ulm, le 24 de
ce mois , une aſſemblée générale.
Le catalogue général des nouveaux livres imprimés
en Allemagne pendant l'année dernfere ,
les porte à 1,790. Dans ce nombre on compte
292Ouvrages Théologiques , 143 Romans , 6
Tragédies & 60 Comédies , &c ..

ITALI E.
DE VENISE , le 30 Avril.
Lon a lancé le 23 de ce mois deux vaifſeaux
conſtruits dernierement dans l'arfenal.
Les autres vaiſſeaux de guerre qui font
actuellement dans le baſſin de Spignioni , en
fortiront dans peu de jours. Le gouvernement
a ordonné fur toutes les Communautés
de terre ferme la levée de nouvelles
milices . Elles ſont deſtinées à former les
garniſons des fortereſſes de l'Eſt.
( 158 )
Il eſt queſtion d'une alliance entre notre
République & la Ruſſie. Si elle fe conclud ,
comme on a tout lieu de l'eſpérer , elle nous
ſera très- utile , dans le cas où notre différend
avec la Hollande ne pourroit pas s'arranger
à l'amiable.
:
DE LIVOURNE , le 4 Mai .
Des lettres de Cagliari en Sardaigne portent
que la petite eſcadre Vénitienne , détachée
par le Chevalier Emo , pour bloquer
les ports de la Régence de Tunis , a rencontré
deux gros bâtimens chargés de munitions
de guerre & de proviſions , ſous pavillon
anglois . Les bâtimens ayant voulu
entrer dans le goulet , le Commandant Vénitien
fit feu fur eux , & les força de chan
ger de route. Ils cinglerent vers l'ifle de
Malthe.
La nouvelle attaque projettée par les
Eſpagnols , a répandu le plus grand effroi
parmi les Algériens. Ils ont fait fortifier tous
les endroits qui avoient le plus beſoin de
P'être , & ont garni toute la côte de troupes.
Il est très-probable que la diſſenſion qui
continue de regner parmi les principaux
membres du gouvernement amenera quelque
révolution.
M. Udney , Conſul de S. M. B. a reçu du Commodore
Lindsay , une lettre circulaire , qu'il eſt
chargé de communiquer à tous les Capitaines des
Bâtimens Marchands mouillés dans ce port . I
( 159 )
Ieureſtenjoint parcette lettre de ſe munir d'Ar
tillerie , de pavoiſer leurs bâtimens& de fortir
du môle pour ſaluer l'Eſcadre de S. M. Sicilienne.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 14 Mai.
M. Pitt ouvrit le Budget le 9 de ce
mois dans la Chambre des Communes . II
n'y aura point d'emprunt public cette année,
comme nous l'avions annoncé. Pluſieurs
Feuilles publiques ayant fait un véritable galimathias
du Plan propoſé par M. Pitt, nous
le rendrons clair & intelligible ,en ſuivant
lediſcours du Miniſtre , qui avoit à pourvoir ,
1°. Aux ſervices courants de l'année.
2°. A la dette non fondée.
Quant au premier de ces objets , dit M. Pitt ,
on a déjà vôté pour le ſervice de la marine.

L.
Dixhuit mille hommes . 936,000.
Dépenſes ordinaires de la Marine. 675,307.
• Extraordinaires de la Marine. • 94,000.
1,705,307.
On a voté › pour le ſervice de l'armée ,
2,286,263 liv .
On a voté , pour les dépenſes de l'artillerie,
392,855 liv....
Les déficits ſe montent à la ſomme de
1,612,908 liv. & les ſervices divers à celles de
3,359,836 liv. Ces deux ſommes réunies forment
preſqueun total de 9,747,300 liv . Les voics &
( 160 )
Fonds d'amortiſſement
au paiement des troupes
moyens que la Chambre a votés pour réaliſer cette
fomme ſont tels qu'il ſuit.
Droits ſur la drêche
Taxe des terres .
• • • •
• • • •
Billets de l'Echiquier . ....
Epargnes ſur les fonds deſtinés
• •
:
L.
750,000.
2,000,000 .
2,500,000 .
702,539.
231,578.
6,184,117.
Reſte à pourvoir :::: • 3,563,183 .
Sur cette ſomme l'on a déjà verſé
à l'Echiquier celle de 199,561 .
Surplus d'Octrois en 1784 60,161.
Produit croiſſant du fonds d'amortiſſement.
• 2,297,400,
2,575,122 .
Il ne manque donc qu'un million. J'ai cru
pouvoir me diſpenſer de faire un emprunt direct ,
&je me ſuis adreſſé à la Banque. Le million,
qu'elle avancera lui ſera remboursé en billets de
l'Echiquier. Au moyen de cette opération , le
public ſera moins chargé , parce que cette fomme
ne devant pas être fournie immédiatement
l'intérêt ne montera qu'à 4 l. 11 f. pour cent.
J'évalue cependant l'intérêt de la ſomme totale
å50,000 1. ft.
,
Le Chancelier de l'Echiquier fixa enſuite
l'attention de la Chambre ſur les moyens
de pourvoir au paiement de la dette non
fondée.
La dette non fondée de la Marine , en principal
& intérêts montoit dit- il , au 30 Décembre
1784, à . 9,505,808 1.
( 161 )
Les débets de l'artillerie ſe
montoient , à la même époque , à 504,349:
10,010,157 1.
Quelque confidérable que ſoit cette dette ,&
quoique je ſente que pour parvenir a l'éteindre
il faudra faire ſupporter à la nation de très- fortes
charges , je ſuis néanmoins d'avis qu'on s'occupe
dès lapréſente ceffion àla liquider.Elle porte at.
teinte aucrédit de la nation, &cette ſeule cis
conſtance doit démontrer combien il ſeroit imprudent
de temporiſer à cet égard. La plus
grande partie de cette dette confifte en billets de
la Marine dont il a été fondé pour fix millions
l'année derniere La Chambre a aſſigné des taxes
pour cet objet à lamême époque. L'opiniongénérale
eſt que les billets de la Marine , dont Pemiffion
date de deux ans , doivent être payés au
pair. Je propoſerai donc au comité d'offrir quelque
encouragement aux propriétaires de ces
effets , afin qu'ils aient l'alternative ou de les
négocier ſur la place , ou d'attendre l'expiration
des deuxannées: j'ai fondé les propriétaires deces
effers , & j'ai lieu de croire qu'ils conſentiroient
àun léger facrifice dans le cas où cette dette
feroit fondée. Ce ſacrifice peut être évalué à
quare pour cent par an. J'ai tâché de prouver
l'année derniere que dans le cas où l'on fonderoit
cette dette , il ſeroit plus avantage ux au
publicde convertir les billets de la Marine en
effets a 5 pour cent qu'en d'autres effets qui portentun
plus haut intérêt , quoique leur dénomination
en annonce un moindre. Je ne fatiguerai
point l'attention du comité en difcutant de
nouveau cette matiere ; j'obſerverai ſeulement
qu'au moyen de la converſion propoſée en effets
às pour cent , il y auroit une économie de
30,000 l. ft. par an,
( 162 )
M.Pittpréſenta enſuite le tableau des ſommes
qu'il étoit néceſſaire de lever pour payer les intérêts
de la dette de la Marine , ceux de l'emprunt
d'un million à la Banqee ,&pour remplacer
la taxe ſur les futaines .
Intérêts de la dettede la Marine. 323,000 1.
Intérêts du million à emprunter à
labanque..
Montant probable de la taxe qui
doitremplacer celle ſur les futaines .
-Toral des ſommes à lever pour
faire face à ces divers objets .
さり
50,000.
40,000.
413,000 1 .
Avant d'énuumerer les taxes qu'il alloit
propofer , M. Pitt dit qu'il eſperoit faire
appercevoir à la Chambre les ménagemens
qu'on avoit gardés envers la claſſe indigente
des citoyens.
Taxesurles
21
lesDomestiques de l'un & de l'autre sexe.
Les Hommes.
Il m'a paru convenable , continua le Minif
tre , d'augmenter la taxe ſur les Domeſtiques de
notre ſexe en raison du luxe & de la vanité qui
rendent leur ſervice plus ou moins néceſſaire.
En conféquence , je prepoſe qu'il foit payé pour
chaque Domestique mâle , une taxe annuelle de
1 liv. 2. f. , taxe qui augmentera dans la proportion
ſuivante. De deux Domeſtiques juſqu'a
cing , on paiera 1 1. to f. , de cinq à ſept IP.
f. , & de huit à dix 2 liv. Enfin , pour onze
Domestiques & au- deſſus , 3 liv. par tête . Je
préſume que le produitadditionel de cette taxe , y
compris celle ſur les garçons de Cabaret ( Taverne
) d'Auberge & de Café , montera à
35,000 liv .
:
Femmes ou Filles.
Jen'ignore pas qu'une taxe fur cette claſſe
-
( 163 )
de Domeſtiques eſt odieuſe & très-décriée , furtout
parmi le peuple , mais elle ſera très-productive
, & j'oſe croire , d'après mes diſpoſitions ,
qu'elle ſera preſqu'inſenſible. En effet , on ne
payera pour une Domeſtique que 2 sh. 6 deniers ,
& pour deux 5 sh. Mais les peſonnes qui en
auront trois & plus, paieront to sh. pour chacune .
Il eſt très difficile d'apprécier le produit de cette
taxe , faute de données comme pour la précédente.
Mais d'après le nombre des maiſons ,
il me ſemble qu'elle ne peut aller à moins de
140,000 liv . fterl .
2 .
-
Marchands Détailleurs.
J'aurois fort defiré pouvoir éviter cette taxe
comme toutes celles qui ſont payées directement
& non d'une maniere inſenſible. La premiere
eft toujours odieuſe , tandis que l'autre ,
confondue avec le prix des marchandiſes ache.
tées , n'eſt ſouvent même pas connue. Cependant
j'ai tâché de modifier celle-ci de maniere
que la claffe la plus pauvre n'eût point à s'en
plaindre , & que la charge fût également pour les
plus riches. D'après cet objet j'en ai établi la
proportion ſur le loyer des boutiques , lequel
ordinairement eſt en raiſon du profit des marchands.
Je propoſe donc une taxe de resh. par
livre pour les plus pauvres des Marchands Détailleurs
, dont le loyer va de quatre livres à
dix ; dedix livres à quinze i sh 3 deniers par1.
&de quinze livres à vingt- cinq 1 sh 6 deniers. En
ajoutant pout toutes les boutiques , dont la location
eſt au-deſſus de vingt-cinq liv. , 3 den.
pour chaque cinq livres de loyer excédant ladite
ſomme de vingt-cinq livres. Comme c'eſt
une taxe nouvelle , j'ai cherché à me procurer
les moyens d'apprécier au moins l'à-peu-près
de ſon produit. D'après mes informations , je
(164 )
crois pouvoir avancer que cette taxe pour la
ville de Londres , avec ſes dépendances , montera
à 60,000 liv. , ce qui , joint à celle produite
par les autres parties du Royaume , donnera
une ſomme de 144,000. Mais comme il eſt impoſſible
d'établir avec préciſion un calcul de
cette eſpece, je réduis le produit total de cette taxe
à 120,000 1. , ſomme confidérable , & qui , par
la nature de ſa perception , ne ſera cependant
pas onéreuſe à la nation. Pous la lui rendre encore
moins défagréable , je me propoſe de ſuppri
mer les Permiffions qu'on accordoit tous les ans
aux Colporteurs & autres petits Marchands ſans
boutique , pratique auſſi préjudiciable aux commerçans
honnêtes , que favorable à la contrebande
& à ſes agens. D'ailleurs cette taxe ne
coutera rien au Public , parce qu'elle ſera levée
avec celle des terres .
Chevaux de Poftes.
Cette taxe ne ſera payée que par le loueur
de chevaux , & comme on paie par mille 12
deniers au lieu de 11 , il me ſemble que je
puis mettre ſur cet objet une taxe additionelle
d'un demi-denier par mille par chaque
cheval. Cette taxe doit produire envion cin
quante mille livres.
Gants.
Le projet d'une taxe ſur cet article , dont la
consommation eſt rrès-étendue , a ſouvent été
imaginé , ſans qu'il ait jamais été mis en exé.
cution , parce qu'on en a regardé la perceprion
comme impraticable , ou du moins très-difficile.
Mais il me ſemble qu'elle peut ſe lever auffi
aiſément que celle ſur les chapeaux , c'est- à-dire ,
par le moyen du timbre. Mon intention eſt auſſi
qu'elle ne ſoit payée que par le Marchand détailleur.
Comme c'eſt une taxe fur le luxe , le
( 165 )
pauvre n'en ſentira point le fardeau. Quant à
l'apréciation de ſon produit , voici le ſeul moyen
qui me ſemble en donner une idée. Je porte
trois millions le nombre des perſonnes qui dans
le Royaume font ulage de gants , & ce calcul
nene paroît point exagéré. Je ſuppoſe enſuite
que la conſommation de cet article monte à
neuf millions par an. J'exempte de la taxe tous
les gants dont la taxe ne monte qu'à trois de
niers la paire. Pour tous ceux au- deſſus , voici
la taxe que je propoſe.
Chaque paire degants , dont le prix eſt depuis
4d. juſqu'à 10 inclufivement , paierent un droit
d'un denier.
Depuis 10 deniers juſqu'à 16 , deux deniers ,&
troisdeniers pour tous ceux dont le prix excédera
16deniers. Ainſi done , en évaluant la taxe ſur les
gants , l'un portant l'autre , a un demi-denier la
paire , cette taxe produira une ſomme de 55,000 1.
que je réduis à 10,000 liv.
Prêteursfur gages.
J'impoſe une ſomme de to liv. fur toutes les
perſonnes qui font ce métier dans Londres , & de
5 pour celles qui l'exercent dans les Provinces ;&
fans ſavoirprécisément leur nombre ,je crois pou
voir évaluer le produit de cette taxe à 15,000 liv.
Sel.
Mon projet fur ce dernier article n'eſt pas proprement
une taxe , mais un changement dans la
perception durevenu ſurle ſel . On eſt dans l'ufage
de faire une remiſe pour avarie ſur le ſeltranſpor
té par le cabottage. Cette remife , beaucoup trop
forte , eſt de trois boiſſeaux & demi pour40 boifſeaux.
En conséquence ,je propote de reſtreindre
ceste remiſeàun boiſſeau &demi fur ladite quantitéde
40 boiſſeaux ; ce qui produira unbénéfice
de12,000 liv,
( 166 )
Voici maintenant le réſumé des différens arti
cles de mon projet pour l'augmentation du revenu.
hommes , • 35,000 1,
Domeſtiques , femmes & filles , • 140,000
Marchands Détailleurs , •
Chevaux de Poſte , •
Gants, •
Prêtours ſur gages,
Sel •
TOTAL. • •

• 50,000
15,000
12,000
422,000 1,
120,000
50,000 ,
Le lendemain (10) on fit le rapport des
propoſitions du Budget , & les différentes
taxes furent approuvées ſans débars , à l'exception
de celle ſur les ſervantes qui donna
lieu à une diſcuſſion ſérieuſe , & à des arguments
qui ne l'étoient gueres : M. Courtenay
égaya la Chambre par beaucoup
de plaifanteries ; mais Lord Surrey , moins
badin , vit dans la taxe les plus graves conféquences.
Il la préſenta comme funeſte aux
moeurs , parce qu'elle obligeroit beaucoup
de gens à renvoyer leurs fervantes , dévouées
de ce moment à la débauche par
la néceffité de ſubſiſter.
M. Fox , avec ſon énergie ordinaire , propoſa
une taxe ſur les célibataires pour encourager le
mariage , & non pour y mettre des obſtacles. Il indique
au Miniſtre quelles diſtinaions l'on pourroit
établir entre les célibataires & les gens mariés. Il
dit que de telles diſtinctions pouvoient avoir lieu
dans la taxe fur les maiſons , dans celle ſur les domeſtiques
, dans celle ſur les fenêtres. La taxe ſur
les domeſtiques , par exemple , pouvoit, ſelon lui,
être portée à deuxguinées par an , à moins que le
( 167 )
particulier ne prouvat par un affidavit qu'il étoit
marié , auquel cas il ne paieroit que la moitié.
Cette regle pourroit avoir lieu pour pluſieurs
taxes , & il n'eſt perſonne dans ce pays qui regardất
cet impotcomme onéreux , ou comme con
traire à la laine politique.
:
M. Pitt. adopta en partie cette heureuſe
idée de fon antagoniſte , & il afſſura qu'il
propoſeroit au Comité d'exempter les gens
mariés & les peres de famille de la taxe fur
Ies ſervantes , en chargeant les célibataires
du déficit qu'entraîneroit cette exemption.
Nonobſtant les débats , l'impoſition fut
agrée par 97 voix contre 24.
Dans la féance du 12 , M. Pitt propoſa
a la Chambre des Communes formée en
grand comité les arrêts de commerce à ſtatuer
avec l'Irlande. Il ajouta à onze premieres
réſolutions ſeize nouveaux articles&
en difcuta à fond la nature & les effets dans
undifcours de plus de trois heures. Mylord
North le combattit ; & M. Fox occupa la
Chambré trois heures & demie par une critique
du plan , pleine de logique , de force
& de ſagacité : la durée & la violence des
débats furent proportionnées à l'importance
de l'objet , & la féance ſe prolongea jufqu'à
huit heures du matin. M. Fox & fon
parti ayant demandé que la Chambre s'ajournât
pour délibérer plus mûrement ſur
P'affaire en queſtion , cette propoſition fut
rejettée , & le Miniſtre l'emporta à la pluralité
de 281 voix contre 155. Nous re-
J
( 168 )
viendrons l'ordinaire prochain à ce débat
intéreſlant, que le manque d'eſpace nous
empêche de détailler aujourd'hui.
L'on a appris l'arrivée du Chevalier
EdouardHughes au CapdeBonne Eſpérance.
L'Elcadre aux Indes ſe trouve , depuis le
départ de cet Amiral , conmmandée par fon
premier Lieutenant.
M. Francis propoſa le s à la Chambre des
Communes de nommer un Comité pour examiner
la fituation actuelle des affaires de laCompagnie
des Indes, & pour en faire fon rapport.
Cette motion motivée de même que celle de
M. Fox du 29 Avril fur les Finances , eut ab
ſolument lemême fort ; elle fut re etée. M. Francis
eſſaya de démontrer que les Directeurs de la
Compagnie des Indes ont préſenté au Parlement
un état inexact rempli de contradictions & de
mentonges ; le réſultat de ces calculs fut que
les revenus de la Compagnie , loin d'excéder
ſa dépense, étoient infuffi ants ; & qu'au lieu
d'avoir , ainſi qu'elle l'avoit fait eſpérer , un
furplus d'un million ſteiling pour payer ſa dette ,
aujourd'hui de 9000,000 liv . fterl, il ſe trouvoit
dans ſa balance un déficit de plus d'un million.
M. Sarth , Directeur de la Compagnie des
Indes, prit la défenſe du rapport antaqué fi vivement
, il entra dans des détails très-circonf
tanciés ſur la ſituation aquelle des affaires de
la Compagnie. Il dit que le produitde ſes ventes
s'étoit élevé l'année derniere à13,309,000 1, ft .
&qu'il avoit tout lieu de préſumer que le produit
moyen de pluſieurs ventes confécutives ne
tomberoitjamais au-deſſous de cette proportion ;
que la Compagnie , loin de ſe trouver dans une
Guation délaftreuſe en Angleterre, feroit nonfeulement

( 169 )
feulement en état d'acquitter fans délai le arérages
dûs à la douane depuis le mois de Septembre
dernier , & qui ſe montoient à 600,000 1.
mais auſſi d'acquitter les arrérages précédens
évalués à 500,000 1. Si d'ailleurs on faiſoit attention
à la valeur des cargaiſons de retour actuellement
en route , & qui devoient procurer à
la Compagnie des reſſources encore plus éten
dues, l'on feroit obligé de convenir qu'elle avoit
fait tout ce qui dépendoit d'elle pour remplir
ſes engagemens envers le public , & que s'il
s'étoit glitte quelques erreurs dans ſes comptes, ce
n'étoit pas de deſſein prémédité.
Il parla enſuitede la ſituation des diverſes Préfidencesde
l'Inde. Celle de Bombay avoit beſoin
pour lepréſeetd'un ſecours annuelde 140,000 1.
car il s'en falloit de cette ſomme que ſes revenus
fuſſent proportionnés à ſes dépenſes. Si
deplus on faiſoit entrer en ligne de compte l'intérêtde
ſes dettes & les arrérages dûs à l'armée
du Sud ,, le déficit de ſes revenus ſe monteroit
en tout à 380,000 livres. Les revenus du Fort
Saint George , y compriſe la ſomme payée annuellement
par le Nabab d'Arcate , s'élevoient
à un million, Cette ſomme ſuffiſoit à cet établiſſement
, non-ſeulement pour faire face à ſes
dépenſes , mais auſſi pour payer l'intérêt d'une
dettede 400,000 liv. Cette Préſidence n'avoit
donc beſoin d'aucun ſecours. Il peignit enſuite
la ſituation de la Province de Bengale d'après
les documens les plus authentiques.
Ses revenus s'élevoient à
:
Sesdépenſes annuelles à
Surplus
5,450,000 liv.
4,300,000
Maisil falloit ſouſtraire de cette derniere Comme
l'intérêt de la dette fondée du Bengale &
N°. 22 , 28 Μαί 1785.
( 170 )
lemontant des ſecours pécuniaires que cet érabliſſement
fourniſſoit tous les ans à celui de
Bombay. Ces deux objets réduiſoient le furplus
à environ 530,000 livres , leſquelles étoient
emp'oyées à l'achat des cargaiſons de retour. Il
fit mention des diverſes économies projetées à
l'égard du Bengale. La Cour des Directeurs avoit
envoyé des ordres poſitifs pour l'effet deſquelles
les depenſes de l'adminiſtration civile ſeroient
diminuées de 27 lacques , & celles des autres
départemens de 25 lacques de roupies. Ces dépenſes
de l'Etabliſſement Militaire doivent également
ſubir une réduction évaluée à 90,000 liv.
Tous ces objets ajoutés au ſurplus énoncé cideſſus
, formoientun total de 1,300,000 livres ,
ſomme qui étoit de bien peu inférieure à celle ſur
laquelle on avoit compté. Il convenoit que la
jouiſſance de ce ſurplus dépendit uniquemnet
de la continuation de la paix ; mais , dans ce
dernier cas , ce ſurplus devoit être la ſource
des plus grands avantages , non-ſeulement pour
la Compagnie , mais auſſi pour toutela Nation

Samedi dernier , le feu ſe manifeſta dans
un magafin de Tooley Street, au fauxbourg
de Southwark , près de la Tamiſe & à côté
du vieux pont de Londres. Ce magaſin &
d'autres contigus étoient remplis de poix ,
de thérébentine , de réſine , de goudron&
d'autres combustibles; bientôt les flammes
ſe communiquerent à quatre maiſons voifines
qui furent incendiées. L'embrâſement
offrit le ſpectacle effrayant d'une riviere de
feu liquide, qui ſemblable à la lave d'un
volcan , dévoroit tout ce qui ſe trouva fur
fon chemin ; &après avoir attaqué le quai ,
( 171 )
alla s'éteindre dans la Tamiſe. Trois allegos
de la Compagnie des Indes ont été conſumées
, avec treize mille caifles de thé acheté
à Oſtende. On évalue à40 mille liv. fterl.
la perte de la Compagnie , & celle des particuliers
est très-conſidérable.
Jeudi matin , vers les neuf heures, dit une lettre
d'Oxford , du 7 du courant , M. Sadler de cere
ville , accompagné de l'honorable M. Windham ,
ci-devant de cette Univerſité , s'eſt élevé des jardins
de M. Dodwell , à Moulſey-Heat , près de
Hampron- Court , dans un grand Ballon , capable
de porter quatre perſonnes , & chargé de trois
quintaux de leſt , outre les inſtrumens de Mathématiques.
Les Voyageurs ont paffé ſur Londres &
Westminster , d'où on les a vus à une hauteur prodigieuſe.
Ils ont été enſuite endanger d'être emportés
dans la mer du Nord. Le Ballon cependant
rencontra heureuſement un autre courant d'air
qui le fit aborder près du Nore a 200 milles du
point de leur départ. Ils font revenus en poſte à
Londres le ſoir même .
M. Blanchard a fait auſſi une nouvelle
courſe de 34 milles en trois heures de tems ,
& avec le même ſuccès que les précédentes..
Il eſt mort derniérement à Holmeſchapel, dans
le Cheshire , un nommé Froome , âgé de 125 ans
& 8 mois. Cet individu avoit paffé cette vie patriarchale
au ſervice de feu M. John Smith Barry ,
Ecuyer , en qualité de Jardinier. Son Maître , en
conſidération de ſes ſervices&de fon grand âge ,
lui avoit fait une rente viagere de so 1. ft. dont il
avoit joui dans la meilleure ſanté , excepté les
deux jours environ qui ont précédé fa mort. Il a
laiſſé un fils qui paſſe 90 ans , & qui travaille à
une Manufacture du Lancashire , où , ſelon les
a2
( 172 )
apparences , il vivra aufſi long-temps que fou
ſonpere.
Un détachement du 39. &du 48°. régimens
, commandé par les Majors Horlburgh
& Browne , & faiſant partie de la
garniſon qui adéfendu Gibraltar , arriva à
Lancaſtre ces jours derniers , aux acclamations
d'une multitude immenfe , raſſemblée
ſur ſon paſſage. Les drapeaux furent portés
auhaut de la tour de Sainte Marie , & l'on
ſonna les cloches tout le jour. Les Juges
du Comté qui tenoient leurs ſeſſions , inviterent
les Officiers à dîner avec eux ; on
diftribua aux foldats une ample proviſion
de bierre, & l'on leva une ſomme pour leurs
femmes.
L'on apprend du Connecticut que les
Etats de la province ont accordé les droits
de Citoyen au ſieur John de Crevecoeur ,
Conſul de S. M. T. C. , ainſi qu'à ſes deux
fils.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 18 Mai.
Le 11, de cemois , le Roi , accompagné
de Monfieur , s'eſt rendu vers midi à la
plaine des Sablons , où il a paſſé on revue le
régiment des Gardes-françoiſes & celui des
Suiſſes , Monſeigneur Comte d'Artois , Colonel
de ce dernier Corps , étant à ſa tête,
Les Troupes , après avoir fait l'exercice ,
ont défilé devant Sa Majesté , devant Mon(
173 )
ſieur , Madame , Madame Comteſſe d'Artois&
Madame Elifabeth de France.
Le lendemain, le Roi & la Famille Royale
ſe ſont rendus à l'Egliſe de la pa.oifſſe Saint-
Louis , pour y aſſiſter au Service fondé pour
le repos de l'ame de Louis XV.
Le même jour , le Comte de Mouftier ,
Miniſtre plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Treves, de retour par congé , a
eu l'honneur d'être préſenté à Sa Majesté
par le Comte de Vergennes , Chefdu Conſeil
royal des Fnances , Miniftre & Secrétaira
d'Etat, ayant le département des Affaires
étrangeres.
Cejour, le Comte de Lucinge & le Marquis
de Valori de Lacé , qui avoient pré
cédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi , ont eu celui de monter dans les
voitures de Sa Majesté & de la ſuivre à la
chaffe.
Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné , le 8 de ce mois , le contrat de mariage
du Baron Dubois Berranger , Aidemajor
au régiment des Gardes-françoiſes ,
avec Demoiselle de Maleiſſye.
Le Comte de Néel , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté au Roi , eut , le 11
de ce mois , celui de monter dans les voitures
de S. M. & de la ſuivre à la chaffe .
Le 15 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Esprit , s'étant aſſemblés vers le midi dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majeſté , devant laquelle
marchoient deux Huiffiers de la Chambre ,
1
h3
1 ( 174 )
portant leurs maffes , fortit de ſon appartement
pour ſe rendre à la Chapelle , précédée de Monfeur
, de Monſeigneur Comte d'Artois , du Duc
d'Orléans , du Duc de Chartres , du Duc de
Condé , du Duc de Bourbon , du Prince de Conti ,
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre . Apres la Meſſe ,
qui fut chantée par la Muſique du Roi & célébrée
par l'Evéque d'Autun , Prélat- Commandeur
de l'Ordre , le Roi fut reconduit à ſon appartement
, en obſervant l'ordre dans lequel il en
étoit forti . Madame Comteſſe d'Artois & Madame
Elifabeth de France aſſiſterent dans la Tribune
à la grand'Meſſe , à laquelle la Baronne
d'Eſcars fit la quête. L'après - midi , le Roi &
la Famille Royale , après avoir entendu le Sermon
prononcé par le Pere Loth , Minime de la
Maiſon de Paris , affifterent aux Vêpres chantées
par la Muſique du Roi ,& auxquelles l'Abbé
deGanderatz , Chapelain de la grande Chapelle ,
officia .
Leurs Majestés & la Famille Royale fignerent
, ce jour , le contrat de mariage du Comte
de Grouchy , Capitaine au Réginent Royal-
Etranger , avec Demoiselle de Pontécoulant.
Le 17 de ce mois , le Roi & la Reine ſe ſont
rendus à la Chapelle du Château , accompagnés
de Monfieur , de Monseigneur & de Madame
Comteſſe d'Artois , de Madame Elifabeth & de
Madadme Adelaide de France , du Duc & de
la Ducheſſe de Chartres , du Prince de Condé,
du Duc & de la Ducheſſe de Bourbon , du Prince
&de la Princeſſe de Conti , & du Duc de Penzhievre.
Leurs Majeſtés y ont tenu fer les Fonts
de baptême le Duc d'Enghien , qu'Elles ont
nommé Louis- Antoine-Henri. Les cérémonies du
Baptême ayant été ſuppléées à ce Prince par
۱
( 175 )
l'Evêque de Senlis , Premier-Aumônier du Roi ;
en préſence du ſieur Broquevicile , Curé de la
Paroiffe. Leurs Majestés, ainſi que la Famille
Royale , ont figné l'acte de Baptême , que les
Princes & Princeſſes ont également ſigné.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Vaux en
Ornois , Ordre de, Citeaux , dioceſe de Toul ,
l'Evêque de Dol ; à celle de Menat , Ordre de
Saint-Benoît , dioceſe de Clermont , l'Abbé de
Sartiges , Comte de Lyon , à celle de Saint-
Léon , Ordre de Saint -Auguſtin , dioceſe de
Toul , l'Abbé de Mélignan , Aumônier de Madame
Victoire de France ; à celle de Noyers .
Ordre de Saint Benoît , dioceſe de Tours , l'Abbé
d Andigné , Vicaire - Général de Châlons-fur-
Marne ; & à celle de Loroy , Ordre de Citeaux ,
dioceſe de Bourges , l'Abbé Guénée , Sous-
Précepteur des Enfans de Monteigneur Comte
d'Artois , fur la nomination & préſentation de
ce Prince , en vertu de ſon Apanage.
M. Jefferson , Miniſtre plénipotentiaire des
Etats -Unis de l'Amérique ſeptentrionale , eut
une audience particuliere du Roi , pendant laquelle
il préſenta ſa lettre de créance à S. M.
Il fur conduit à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale, par le ſieur
Lalive de la Briche , Introducteur des Ambaffadeurs
; le fieurde Séqueville , Secrétaire ordinaire
du Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
DE PARIS, le 26 Mai
Il eſt arrivé depuis peu à l'Orient fix vaifſeaux
venant de l'Inde , qui , diſent- ils , ont
laiilé 32 bâtimens dans la riviere de Ben-
2
h4
( 176 )
gale,dont 24Danois: probablement , il y a
une mépriſe dans ce dernier chiffre. Ceux
de ces vaiſſeaux qui ont apporté du thé ,
eſperent le vendre avantageuſement , parce
que la Compagnie Angloiſe a perdu dans la
Tamiſe trois bâtimens , chargés de cette
denrée ; mais cette perte eſt une goutte
d'eau dans un Océan ; les magaſins de cette
Compagnie regorgent de thés , & ceux qui
viennent d'être incendiés , de qualité inférieure
, avoient été achetés à Oſtende. Le
vent d'Oueſt a amené en différens ports un
grand nombre de bâtimens des ifles.
Les prieres pour obtenir la pluie continuent
dans lesEgliſes decette Capitale , &
la Châſſe de Sainte Genevieve a été découverte
, & expoſée à la vénération des Fideles.
Le ventd'Oueſt a amené un peude pluie ,
mais il eſt revenu au Nord depuis quelques
jours. Quelques provinces ont été beaucoup
plus favorisées : d'autres , l'Auvergne
en particulier , ont eu des orages & de la
grêle.
On voit au bas du Pont-Royal une mignature
de bâtiment de guerre , armé de
8 canons & de quelques eſpingards. Ce petit
embryon eſt renferiné dans une enceinte
de 15 à 20 toiſes quarrées , & caché par des
toiles , foutenues de longues perches. Il fait
quelques tours à droite & à gauche , & tire
un coup de canon chaque quart d'heure.
On paye 6 liv. & 3 liv. pour voir ces évolu-
6
( 177 )
tions maritimes qui attirent les amateurs.
Le public n'a nullement goûté une critiquedu
livrede M. Necker , ſous le titre de
Principes &c. opposés aux fystémes des Docteurs
modernes. Ce qu'il y a de plaiſant ,
c'eſt qu'on retrouve dans ce pamphlet le ton
dogmatique , les prétentions , les énigmes
économiques qu'un écrivain tourna en ridi-
'cule , ainſi que leurs auteurs , dans une certaine
Réponse aux Docteurs modernes qu'on
n'a pas oubliée.
M. le Comte du Maitz de Goimpy , Chef
d'Efcadre , nous a adreſſe la Lettre ſuivante
ſur une inexactitude des Feuilles Publiques
qui intéreſſe la réputation de cet eftimable
Officier.
M. Le Roi ayantdaignéêtre ſatisfaitdecequele
Destin,vaiſſeaude 74canons , que je commandois
dans ſon arméeaux Antilles,en 1780, fous les ordres
de M. le ComtedeGuichen, avoit combattudans la
journée du 17 Avril , l'Amiral Rodney, commarndant
enchefl'armée pavaleAngloiſe, montant le
Sandwich de96can. , à 3 ponts; je vis avec la plus
grande ſurpriſe la telation du même com.bat, inféréedans
laGazette de France ; relation oppoſée au
compte rendu au Roi ,& au certificatduGénéral.
On a pouffé l'inexactitude juſqu'à donner une lignedebataille
fauffe.
Ladeuxieme Eſcadre ,formant l'arriere-garde
quiavoit été attaquuééeepar laplus grande partiede
P'armée ennemie, étoit ſuppoſée à l'avant-garde ,
où elle n'auroit eu que des forces inférieures à com.
battre. LeDestin, ſuppoſé vaiſſeau de tête; eût été
dansune impoſſibilité phyfique de combattre l'A
miral en chef, qui n'a jamais dépaſſé le centre.
( 178 )
Cette inexactitude étoit d'autant plus fâcheufe,que
la réputationd'authenticité de la Gazette de Franeemedonneroit
l'apparence de m'écarter prodigieuſementde
la vérité.
Lorſque j'en portai mes plaintes à M. le Comte
deGuichen , il vit avec la plus vive ſenſibilité, que
l'on pût la lui attribuer , & l'on jugerade ſes ſentimens
à cet égard, par le certificat ci joint. Plufleurs
circonstances ayant ſuſpendu juſqu'ici maréclamation,
je vous prie,M.,de la rendre publique,
pour détruire une erreur préjudiciable à ma répunation
de véracité.
C'eſt une fatisfaction pour moi de rendre en public
au Vengeur de 64 canons , commandé parM.
de Retz , la même juſtice que je lui ai renduedans
mes lettres au Miniftre , pour avoir parfaitement
foutenu le Destin , en combattant le Sandwich &
fes matelots.
Ce 12 Mai 1785. Le Comte Du MAITZ DB
GOIMPY , Chef d'Eſcadre .
Nous , &c. Certifions que le vaiſſeau le Deſtin,
commandé par M. le Comte du Maitz deGoimpy,
faiſoit partie de cette armée , & que dans les trois
combats contre celle des ennemis , commandée
par M. Rodney , il a toujours combattu avec
beaucoup de valeur ; que dans le premier combat,
il s'eſt trouvé par le travers du Sandwich , vaiſſeau
à trois ponts , monté par cet Amiral , qu'il a
combattudetrès-près , avec la plus grande fermezé
,&qu'à notre relâche au Fort-Royal de laMartinique,
ſon vaiſſeau étoit confidérablement maltraité;
mais l'avis que je reçus de l'atterrage de la
FlotteEſpagnole, me détermina àpartir tout de
fuitepour lesprotéger avec les vaiſſeaux en état de
mefuivre. M. le Comte du Maitz ne conſulta que
ſes ſentimens , &me ſuivit , ſans égard au mauvais
Grande ſon vaiſſeau ; j'en ai également été fatis
( 179 )
fait dans toutes les autres occafions , en foi de
quoi j'ai ſigné ce Certificat.
Je certifie auſſi que le Deſtin n'a jamais été
vaiſſeau de tête de la ligne du combat ; ce pofte
important étoit confié au Citoyen , commandé par
M. le Marquis de Nieul , qui l'a conſervé toute la
campagne. Ainsi , la Gazette qui l'a marqué autrement,
eft fauſſe . A Morlaix , ce 28 Mars 1785 .
Signé , GUICHEN .
L'Académie Royale des Sciences a élu ,
le ii de ce mois , M. Charles , non pas l'Aréonaute
, mais le Géometre , & M. de
Fourcroy , Chymiſte diſtingué , pour remplir
les places vacantes dans les claſſes de
Géométrie & de Chymie.
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel ,
aſſemblés , le 9 , au Couvent des Cordeliers de
cette ville , ont tenu un Chapitre , auquel a
préſidé pour S. M. le Prince de Montbarey , Chevalier
Commandeur des Ordres de Saint - Michel
& du Saint-Eſprit ; aprés un diſcours qui
a été prononcé par le ſieur Pourſin de Grandchamp
, Secrétaire du Roi , Chevalier de l'Ordre
, nommé par Sa Majesté , pour ſuppléer le
fieur Collet , Chevalier & Secrétaire perpétuel
dudit Ordre , tous les Chevaliers , le Prince de
Montbarey à leur tête , ſe ſont rendus procefſionnellement
en l'Egliſe du Couvent , & ont
aſſiſté à la Meſſe ſolemnelle qui ſe célebre tous
les ans.
Le 29 Janvier , l'Abbé & les Religieux
de l'Abbaye de S. Rambert en Bugey , ont
affranchi les mortaillables de leurs domaines
, ſous la ſeule redevance de 3 deniers de
cens par arpent de terre.
b 6
( 180 )
On a parlé pluſieurs fois de la compofition
, ou du métal imaginé par MM. Legars
& Lonati de Nantes , pour le doublage des
vaiſſeaux. Un capitaine de vaiſſeau vient de
rendre compte à ſon armateur des effets de
ce doublage dans la lettre ſuivante , publiée
par les affiches de Nantes .
J'ai l'honneur de vous écrire , pour vous informer
que j'ai viſité le doublage de votre navire le
Meilleur Ami , à préſent qu'il n'y a plus rien à
bord; il m'a paru que rien n'y manque , & que
tout eſt auſſi bien que quand je ſuis parti de Bordeaux
; il s'y ramaiſe cependantde la mouſſe qui
s'attache à la flottaiſon , mais qu'il eſt facile de
nettoyer avec une broſſe ou un balai : la tête des
clous m'a paru rouillée ; j'ai fait nettoyer avec
un balai : cela eſt tombé comme de la pouffiere
; & les clous & leurs têtes ont paru métalliques
comme auparavant. Ce doublage ſe connoîtra
mieux encore apres le voyage. Le navire
n'a fait aucune goutte d'eau dans toute fa traver-
1ee; &la marche eſt ſupérieure de près d'un
tiers de plus , puiſque , ſans les calmes que j'ai
eſſuyés au tropique , je me ſerois rendu en 23 ou
24 jours au Port- au-Prince , attendu que j'avois
tropiqué le quinzieme jour de ma ſortie par les 55
degrés de longitude.
M. Houël vient de publier le 20°. Chapitre
de fon Voyage pittoreſque de Sicile.
Ce nouveau cahier eſt orné de fix eſtampes ,
dont le texte facilite l'intelligence (1 ).
La premiere préſente l'intérieur d'une
grotte de lave, dont on a fait un magaſin
de neige comprimée, qui ſe conſerve tout
l'été , & qui appartient à l'ifle de Malthe ,
(1) Puix ra 1, chez l'auteur, rue du Coq S. Honoré,
( 181 )
d'où l'on vient la chercher pour rafraîchir
les boiſſons. Les cinq autres offrent le plan
de pluſieurs volcans ſecondaires de l'Etna ,
tels que le Mont Rouge, Monte Rofſo , &c.
& l'auteur a accompagné ces vues d'une
explication très-détaillée ſur les phénomenes
de l'Etna, ſur ſes diverſes éruptions ,
fur leur origine, leur ancienneté , leur aliment.
Toutes ſes idées ſont d'une ſaine
phyſique , & méritent d'être lues par ceux
même qui ont étudié les volcans. Par le ſujet&
par la maniere dont il eſt traité , ce
nouveau Chapitre intéreſſe tous les naturaliftes&
tous les curieux.
M. Pronzat , Recteur de la paroiſſe de
Rouans , dans l'Evêché de Nantes , a célébré
, le 19 du mois dernier, la cinquantaine
dumariage du nommés Charpentreau , âgé
de 79 ans, &de MarcGouï , âgé de 75 ans ,
avec leurs épouſes à peu près du même âge.
69 de leurs enfans , petits- enfans & arrierepetits
enfans accompagnoient ces deux couples
à l'Eglife ; & après la Meſſe , les Religieux
de l'Abbayé de Buzay dont ils dépendent
, leur fit ſervir un grand dîné.
La Société d'Emulation de Bourg- en-Breffe
avoit propoſé pour ſujet d'un Prix qu'elle devoit
adjuger en 1785 , les queſtions ſuivantes :
« 1°. Quelle ſeroit la maniere la plus facile &
>>> la moins diſpendieuſe de curer la riviere de
>> Reiſſouze , qui traverſe laBreſſe , en évitant les
>> inconvéniens , même momentanés , qui pourroient
réſulter de l'enlevement de ſa vaſe ?
2°. Quel feroit l'emploi le plus avantageux -
( 182 )
decette vaſe , pour l'engrais des prés& terres
>riveraines ? Comment ſeroit-il poſſible de ſub-
>> venir à la depenſe du curage, par qui , & dans
quelle proportion devroit- elle être ſupportée ?
>
3º. Déterminer une ligne de profi qui fixe
irrévocablement la hauteur des bancs graviers des
>> moulins fitués ſur la Reiſſouze , de maniere que
>> ſans nuireà leur travail , on donne plus de pente
>> à ſes eaux,& que les prés& terres voilines ſoient
á l'abri de toute inondation ? >>
La Société a arrêté de prolonger le Concours
juſqu'au rer. Juillet 1786 , & de différer juſqu'à
cet inſtant l'examen des Mémoires quiont déjà été
envoyés.
M. le Comte de Montrevel a fait les fonds de ce
Prix, auquel l'Ordrede la Nobleſſe de Breffe & de
Dombes a ajouté depuis la publication du premier
Programme , une ſomme de720 liv. , ainſi il ſera
de60 louis .
LesMémoires feront adreſſés , francs de port , à
M. Riboud, Procureur du Roi au Préſidial , Secrétaire
perpétuel, avantle rer. Juillet 1786 .
L'Académie des Sciences avoit propoſé le Prix
relatif à la Machine de Marly pour l'époque de
Pâques 1785 ; mais aucune des pieces qui ont été
envoyées pour le concours ne lui ont paru remplir
ſesvues , quoique pluſieurs d'entre elles contiennent
des obſervations intéreſſantes & utiles ; &
ellelepropoſeune ſeconde fois pour l'année 1787,
en obfervant :
1°. Que les Auteurs ſeront invités à apprécier ,
autant qu'il fera poſſible , les avantages & les défauts
de la Machine actuelle de Marly , afin qu'on
puiſſe juger s'il y a beaucoup à attendre desMachinesmieux
entendues & mieux exécutées .
2º. Que les Auteurs pourront être diſpenfes
d'envoyer des modeles pour les Machines qu'ils
( 183 )
propoſeront; qu'il ſuffira qu'ils expliquent clairement
leurs idées par le diſcours & par des figures.
Si néanmoins ils jugeoient à propos de s'expliquer
auffi par des modeles , ils pourront ſe contenter
d'en envoyer de petits , & ſeulement pour les parsies
qu'ils jugeront les plus nouvelles & les plus
utilesdans leurs projets .
Les Mémoires pour le concours ſeront remis ,
francs de port , entre les mains du Secrétaire perpétuel
de l'Académie, avantle 1 1 Novembre1786,
& ceux qui arriveront après cette époque , ne ſeront
point admis au concours. Les pieces qui auront
obtenu les Prix feront proclamées dans l'AG
ſemblée publique de l'Académie , immédiatement
aprèsPâques de l'année 1787 .
La rareté des fourrages ayant excité la
vigilancedu gouvernement , il vient d'être
rendu , à ce ſujet , un Arrêt du Conseil du
Roi , du 17 Mai , qui porte en ſubſtance :
Sur le compte rendu au Roi , des maux que
l'aridité de la ſaiſon & la rareté des fourrages , occafionnent
ou font craindre en différentesPrevincesdefonRoyaume,
S. M. , toujours ſenſible aux
beſoinsde ſes Sujets , & particulièrementattentive
àceuxdes Cultivateurs ,s'eſt occupée de tous les
moyens d'adoucir cette calamité pafſagere , &
d'obvier aux ſuites tâcheuſes qui pourroient en
réſulter au préjudice de l'Agriculture : dans cette
vue, elle a réſolude ſuſpendre pour quelque tems
l'exécution des Ordonnances qui défendent le
parcours &vain pâturage dans les bois de ſesDomaines;
derenouveller les Réglemens qui tendent
àdiminuer les conſommations nuiſibles à la reproduction
de l'eſpece; d'annoncer des récompenſes
&des encouragemens pour exciter àconſerverplus
debeftiaux & à faire plus d'éleves ;; enfin d'accor
( 184 )
der tous les genres de ſecours qu'elle reconnoîtra
être néceſſaires , d'après le compte que chacun
des Intendans lui rendra des beſoins plus oumoins
preſſans de ſaGénéralité .
S. M. a permis &permet aux habitans des cam
pagnes , d'envoyer & conduire dans tous les bois
de ſes Domaines , ainſi que dans ceux desCommunautés
féculieres &régulieres , les chevaux& les
bêtes à cornes ſeulement,& de les y faire pâturer
juſqu'au rer. O&obre prochain .
S.M. fait d'itératives & très - expreſſes défenſes
àtoutes perſonnes , de vendre au marché , tuer &
débiter des veaux au deſſous de l'âge de 6 femaines
, à peine de 1000 liv. d'amende.
Ordonne S. M. aux Intendans & Commiſfairés
départis dans les différentes Provinces de ſon
Royaume , où la diſette des fourrages ſe fait le
plus ſentir , d'apporter tous leurs foins à la conſervationdes
beſtiaux ,&de lui rendre compte des
moyens qu'ils croiront convenable d'employer à
cet effet dans les parties les plus ſouffrantes de
leurs Généralités : les autoriſe à annoncer des
Primes d'encouragement & de facilités , tant pour
lamultiplication & l'éleve des bêtes à cornes , que
pour mettreenuſage de nouveaux genres de nourritures
utiles aux beftiaux , notamment exciter à
la culture des turnebs ou groffes raves , & autres
plantes propres á former des prairies artificielles ,
dont les graines ſeront diſtribuées gratuitement
aux habitans des campagnes les moins aifés.
:
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 25 Mai.
bi, ci-devant Minif(
185 )
tre plénipotentiaire de Ruffie à la Cour de
Verſailles , eſt arrivé à la Haye depuis quelques
jours. On le croit chargé d'appuyer
les efforts de ſa Souveraine pour amener la
Hollande à déférer aux principales demandes
de l'Empereur : c'eſt dans cette vue que
M. de Kalitchoff remit le 7 Mars une note
à LL. HH. PP. , dont le contenu ſuivant
étoit reſté ignoré juſqu'à ce jour :
LaRéponſe de L. H. P. à la Note que le Soufſigné
a eu l'honneur de leur remettre le 19 Novembre
dernier , annonçant les diſpoſitions de la
République à s'arranger à l'amiable avec S. M.
l'Empereur desRomains,a été d'autant plus agréable
à l'Impératrice , qu'elle eſt inſtruitede la fincérité
avec laquelle l'Empereur ſe prêtera à faciliter
cebut ſalutaire ,par des Propoſitions juſtes&
modérées , dont la République a déja même reçu
les premieres ouvertures. Dans la ferme eſpérance
donc , qu'un accommodement aura lieu entre les
deuxParties , l'Impératrice ,guidee par ſes ſentimens
naturels d'humanité , autant que par le vif
intérêt qu'elle prend à S. M. l'Empereur, ſonAmi
& fonAllié , & celui qu'elle aconſtamment manifeſté
pour lebien- être de la République , ne peut
s'empêcher de renouveller à celle-ci ſes inſtances
lesplus preffantes de porter ſans délai la négociationàdes
termes qui , en ſatisfaiſant la dignitéde
Sa Maj . l'Empereur , facilitent un arrangement
amiable ſur ſes autres prétentions à la charge
de la République.
Les confidérations les plus fortes invitent Leurs
Hautes Puiſſances à déférer aux conſeils ſalutaires
de l'Impératrice,dictés uniquement par le deſir de
prévenir une guerre , dont les ſuites ne pourroient
-être que fâcheuſes pour la République. L'Impéra .
1
( 186 )
trice,perfuadée que la prévoyance & 11 ſageſſe
de L. H. P. leur feront enviſager ces objets importans
ſous le même point de vue , ne doute pas
qu'elles ne s'appliqueront à prendre les meſures
les plus propres pour affurer le ſuccès des négociations
, qui viennent d'être ſi heureuſement
reprifes . Signé , KALITCHOFF.
La réponte des Etats-Généraux à cette
note , porte en ſubſtance :
Que les Etats -Généraux ſont fort ſenſibles aux
nouvelles affurances que l'Impératrice de Ruffie a
bien voulu leur donner , de l'intérêt qu'elle prend
au repos & au bien-être de la République. Que
L. H. P. font conſtamment diſpoſées à entrer dans
des vues d'accommodement avec l'Empereur.
Qu'elles font prêtes à envoyer deux Députés à
Viennepourtémoignerà S. M. I. le regret qu'elles
ont au ſujet de ce qui s'eſt paſſe ſur l'Escaut. Que
leursAmbaſladeurs à Paris font autorisés à traiter
fur tous les autres points en conteſtation , ſous la
médiation de la France& avec ſon ſeul garant, &
ày apporter toutes les facilités poffibles . Quant
au reſte , L. H. P. prient l'Impératrice de vouloir
bien coopérer par ſes bons offices auprès de l'Empereur,
à la bonne iſſue de cet ouvrage ſalutaire.
La Compagnie Hollandoiſe des Indes
Orientales doit s'occuper inceſſamment des
queſtions épineuſes , que lui a adreſſées le
Conteil de Baravia, fur les préliminaires de
la paix avec l'Angleterre. Cesqueſtions font
les ſuivantes.
« 1. Comment&dans quel temps les villes ,
forts , poris & poffeffions dont les Angloisſe
font rendus maîtres pendant la derniere guerre
fur la Compagnie Hollandoiſe , doivent être reftitués?
( 187 )
2. Juſques à quel point la libre navigationdes
Anglois dans les mers orientales doit définitivement
s'étendre ? Quelles ſont proprement les libertés
obtenues à cet égard ?
3. Comment leſdits Gouverneur & Conſeillers
devront fe conduire , au cas que les Navigateurs
Anglois vinſſent à abuſer de cette liberté ,de maniere
à porter préjudice au principal commerce de
la Compagnie , ſavoir celui des Epiceries ?
4. Enfin des ordres poſitifs ſur les abus qui
pourroient , de la maniere ci-deſſus , avoir lieu ,
& ſavoir fi la haute Régence des Indes doit ſe
borner aux moyens de prévoyance, ou s'y oppoſer
par voie de force , &c » .
Les eſpérances qu'entretient la Hollande
d'un accommodement avec S. M. I. fe fortifient
de plus en plus. Le parti Ariftocratique
, qui veut abſolument la paix , a fait
prévaloir l'avis de grandes conceflions. L'on
préſume que l'Eſcaut ſera ouvert aux navires
Autrichiens d'un port limité , que l'on
payera plus de fix millions de florins pour
racheter Maſtricht , &c. &c. Pluſieurs provinces
& un grand nombre de citoyens
voient avec douleur ces ſacrifices , faits à
la néceffité & aux circonstances.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entreMe. Varnier , Docteur-Régent de la Facultéde
Médecine de Paris. -Et la Faculté de
Médecine.
MAGNÉTISME ANIMAL.
Voici une affaire intéreſſante qui réveille l'attention
du Publie ſur le Magnétisme animal , &
ſemble donner à ce ſyſtême plus d'importance
( 188 )
qu'on ne penſoit. -La Faculté de Médecine
ayant fait le 28 Août 1784 , un Décret contre
le Magnétisme animal , pluſieurs Docteurs ont refuſe
de ſigner ce Décret , ſoit parce qu'ils étoient
partiſans du Magnetisme , ſoit parce qu'il vouloient
te réſerver la liberté d'en prendre telle
opinion qu'ils jugeroient à propos.-Ces Docteurs
ont été multés par différens Décrets de la
Faculté , quelques-uns même ont été rayés du
Tableau. Du nombre de ceux- ci eſt Me. Varnier ,
qui s'eſt rendu appelant du Décret de radiation ;
& l'objet du Mémoire que nous annonçons , eft
d'attaquer l'acte d'autorité que s'eſt permis la Facultéde
Médecine. Me. Varnier établit que la Faculté
n'a pas ledroit d'enchaîner l'opinion de ſes
Membres , ni de les aſſujétir à une croyance uniforme
en matiere de phiſiologie ; que l'incertitude
de la Médecine autoriſe chaque Médecin
à chercher à étendre ſes moyens & ſes connoifſances
: d'où il conclut qu'il n'eſt pas coupable
de refuſer ſa ſignature à un Décret qui tend
à lui interdire une étude analogue à ſa profeffion
. Cette diſcuſſion eſt faite de maniere à
tenir le lecteur en ſuſpens ſur le mériteduMagnétiſme
animal , que Me. Varnier préſente comme
une fimple hypotheſe qui doit tenir ſa place parmi
tant d'autres hypotheſes, qui compofent le
tréſor de la Médecine ; mais cette incertitude
ceſſe à la fin dn Mémoire , où Me Varnier ſe
déclare partiſan du Magnétisme animal , qu'il regarde
comme une découverte dont on peut tirer
avantage pour la cure des maladies. Cette déclaration
eſt faite ſans enthouſiaſme & avec la
plus grande modération. Me. Varnier croit au
Magnétisme animal , parce qu'une longue étude :
&des obfervations multipliées ont furmonté fon.
incrédulité. » La Providence , dit- il , ne nous
( 189 )
» ayant donné que les ſens & les lumieres de
» la raiſon pour juger & apprécier les objets ,
>> il faut bien donner notre confiance à ces
>> moyens & admettre pour vrai , tout ce qui
>>>porte le caractere de la vérité c. -Me. Varnier
ajoute , qu'il n'a manqué à MM. les Commiſſaires,
nommés par le Roi pour l'examen du
Magnétiſme animal , pour être convaincus , comme
lui , que d'avoir vu de plus près & plus conftamment.
C'étoit là l'occaſion toute naturelle
de donner une idée du Magnétiſme animal , &
Me. Varnier ne l'a pas manquée ; mais en même
temps , retenu fans doute par des conſidérations
particulieres , il s'eſt contentéd'en tracer à grands
traits le tableau. - La pratique duMagné-
>> tiſme animal n'eſt point un fecret , c'eſt une
> ſcience ; elle a ſes principes , ſa théorie ,
> qu'il eſt important de connoître pour en ob-
>> tenir des effets plus ſalutaires & plus évidens ;
>> mais cette théorie eft imple , & l'application
en eſt facile. -Ce n'eſt pas une Science
oculte & myſtèrieuse ; il eſt au contraire de
>> ſa nature d'être répandue , enſeignée publi-
> quement , d'entrer dans l'éducation des deux
>> fixes , afin que toute perſonne ſoit à portée
> d'en tirer avantage pour ſa conſervation &
>> celle d'autrui. -Cetre ſcience n'exige ni
>> instrument , ni attelier , ni appareil , ni dépen-
»fes; la Nature bienfaiſante , en plaçant ce
>> moyen de conſervation ſous notre main , n'a
>> eu gardede l'environner d'entraves &dedifficultés
: elle ne l'a point attaché à la dignité ,
à la naiſſance , ni à l'éclat extérieur : pour
> cette fois l'humanité recouvre ſes droits ; il
> ſuffit d'être homme pour être le ſauveur d'un
> autre : le pauvre n'eſt point exclu de certe
>> heureuſe puiſſance, & s'il est vrai que cette
»
.
( 190 )
>> faculté confervatrice ſoit liée avec une ame
bienfaisante & un coeur pur , peut- être que
les p'us grands ſecours ſe trouveront dans
› certe clafle dédaignée , & que l'objet du mépris
du riche deviendra déſormais celui de
ſa conſidération . -Si ce n'étoir là qu'une
> illufion , ce ſeroit une illuſion précieuſe &
>> fublime , ouvrage d'un grand génie & d'une
>> belle ame; ce ne ſeroit point à des erreurs de
>> cette eſpece qu'il faudrait appliquer les noms
>> injurieux , prodigués dans le Rapport des Com-
>> miffaires & dans le Décret de la Faculté.-II
>> faut réſerver ces qualifications , pour les ſyftêmes
qui tendent à iſoler les individas, d
>> préconifer un égoïsme deſtructeur , & à rom-
>> pre les liens qui uniſſent les citoyens à la
fociété. Mais c'eſt ſe rendre coupabled'une
> ſouveraine injustice , & faire preuve d'une
>> aveugle animoſité , que de dénoncer au Pu-
>> blic , comme un charlatanime attentatoire
» aux bonnes moeurs , une doctrine qui , en dé-
>> couvrant dans l'ouvrage de la création des
>> perfections ignorées juſqu'ici , nous rappelle
>> fans ceffe vers la Divinité ; qui nous fait voir
>> dans un principe unique , exiſtant autour de
>> nous , un moyen univerſel de conſervation;
>> qui , nous liant avec la nature entiere , éta-
>> blit une eſpece de fraternité avec tout ce qui
>> nous environne ; qui inſpire aux hommes du
>> reſpect pour leur exiſtence ; & en leur apprenant
tout le prix d'une organiſation parfaite ,
leur montre un nouveau motif de te chérir
& de s'aimer mutuellement , en leur dévoi.
lant les roeuds ſecrets qui les attachent l'un
>> à l'autre ; enfin , qui marie les vertus civiles
» & religieuſes avec la ſanté , & fait de la pu-
>> reté du coeur un moyen de conſervation phy
מ
כנ
( 191 )
que -Le Mémoire de Me. Fourmel nous
paroit précieux ; les raisonnemens y font preffans
& par conféquent folides ; à l'égard du ſtyle
de cet ouvrage , c'eſt une forte de magie qui
vous entraîne , qui vous fubjugue & qui vous
force , comme malgré vous , d'en continuer la
lecture jutqula la fin, lorſque vous l'avez ure
fois commencée. -Au pied de ce Momoi.e
on trouve une Confultation très folidement
écrite,de MM. Coq. eleyd Chauſſepierre,Routette,
Aved de Loizeroile , Vermeil , Blondel , le frêtre
de Boifiervile , Fera , Mouricault , Alix , Leon ,
Billard , Hemerie , Hardoin de la Resnerie , de la
Vigne , Poirier , Bosquillon & du Veyrier. Le Corſeil
ne puite peint les motifs de fa déciſion dans
le mérite du Magnétisme animad ; mais en confidérant
la radiation de Me. Varrier ſous fon rapport
avec les droits de la Faculté & l'intérêt
public , il pente que ce Décret ne peut la jut ifier
par aucun des motifs qui s'y trouvent exprimés.
Les Avocats confultés ne voient dans l'attachement
de Me. Varnier , pour le ſyſteme dont il
s'agit , ni enthouſiaſme , ni exaltation qui puifſent
compromettre l'honneur ou la dignité d'un
Médecin ; c'eſt,de ſa part une opinion ſur la propriété
d'un moyen naturel , qu'il croit app icable
à la Médecine , & capable d'étendre ſes reſſour
ces&de corriger ſes erreurs. -> Cette opinion,
>> diſent ils , n'a rien de repréhenfkle , & elle
>> rentre dans la claſſe de tant d'autres hypotheſes
, adoptées en Médecine & en Phyfi
>> que , & qu'il eſt permis à chacun d'admettre
> ou de rejetter ; ils regardent ce formulaire ,
>> qu'on vouloit faire figner à Me. Varnier , com-
> me un obſtacle dangereux à la recherche de la
» vérité & à l'inſtruction publique. Si la Fa-
>> culté (continuent-ils) avoit été enpoffeffion
( 192 )
>> d'une doctrine uniforme , qui ſervit de regle
>> à chacunde ſes Membres , on conçoit qu'elle
>>>auroit quelque droit de les ramener vers cette
>> doctrine , en leur interdiſant des études ou des
>> pratiques qui les en écarteroient. -Mais
>> aucun article des Staturs & des Rég'emens de
ນ la Faculté ne lui ayant attribué une pareille
>> jurisdiction , &l'incertitude de la Médecine
>> ne permettant point d'admettre invariablement
>> un ſyſtême à l'excluſion de tout autre , le Pu-
>> blic eſt intéreſſé à ce que cette ſcience ſe per-
> fectionne , & acquiere le degré d'accroiffe-
>> ment néceſſaire pour la rendre de plus en plus
falutaire. Or elle ne peut arriver à cette per-
>> fection , qu'autant que ceux qui la profeſſent
>>>jouirontd'une entiere libertédans leurs études ,
>> leurs pratiques & leurs opinions. Les tra-
>> vaux opiniâtres , les obſervations & les expériences
multipliées peuvent ſeuls la tirer de
>> cet étatſtationaire dans lequel elle eſt encore
reſtée , lorſque les autres ſciences , telles que
>> la Chymie 1 :Chirurgie , la Phyſique ,&c.
>> ont fait des progrès ſi rapides .-Le doute
>> étant la clef de toutes les ſciences & la voie
» qui conduit à la vérité, c'eſt ſervir le Public
>>>que de protéger le doutes c'eſt nuire au bien
» général que de l'interdire , pour y fubftituer
>une afſurance indiſcrete , qui n'eſt que trop
>> ſouvent ſuivie de regrets .- Ce que nous
venons de publier de cette Conſultation , fuffic
pour en faire connoître l'eſprit; nous obſerverons
ſeulement en finiſſant , que l'ouvrage de
Me. Fournel , & l'avis des Avocats confultés ,
confirment cette vérité de tous les ficcles , & par
conféquent immuable , que l'opinion eſt peut-être
le ſeul bien qui appartienne véritablement à
t'homme , & qu'aucune Puiſſance ne puiffe lui
enlever.
<
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 11 JUIN 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits à Vaucluse , & gravés fur
l'écorce d'un figuier avec la pointe d'un
couteau .
HEUREUX qui , dansles jours de la ſaiſon brûlante ,
Vers ces afyles frais conduit ſa jeune amante ,
Et, Pétrarque à la main, la pénètre des feux
Qui vivent dans les chants de ſon luth amoureux !
Caſcadesde Vaucluſe! adorable contrée ,
Par tant de vers heureux , par l'Amour conſacrée!
Oqui m'arrêtera dans vos ſecrets détours ,
Pour regretterdu moins ma Laure &mes beaux jours !
(Par un Troubadour. )
Nº. 24 , 11 Juin 1785. C
so MERCURE
A MON MÉDECIN , qui m'avoit guéri
de la Fièvre Tierce..
DEE
ma Muſe , Docteur , daigne agréer l'encens;
Chacun doit ici - bas payer à ſa manière :
Qu'un Financier te paye en beaux deniers comptans ,
Apollon paye en vers , ainſi que ſes enfans :
Et cet encens ne ſauroit tedéplaire.
Mais c'eſt aſſez , j'entre en matière.
La fièvre & la ſanté , depuis maint & maint jour ,
Sur mon corps malheureux à l'envi tour-à-tour
Briguoient l'honneur d'exercer leur puiſſance.
Je languiſſois ; vainemenr d'Apollon ,
Dont je ſuis , quoiqu'indigne , un tendre nourriſſon ,
Ma voix plaintive imploroit l'aſſiſtance ;
Le Dieu faiſoit le ſourd ; car ſouvent il guérit
Ses chers enfans , ainſi qu'il les nourrit.
Mais , qu'ai-je dit ? Grand Dieu , pardonne ce blafpheme
;
La fièvre a tant ſoit peu détraqué mon cerveau ;
Tu m'envoyas ton fils au défaut de toi-même.
Oui , cher Docteur , Eſculape nouveau
Tu parles ; àta voix la fièvre ſe retire;
Tu parois ; la ſanté daigne encor me fourire.
J'AI célébré le Médecin ,
Célébrons à ſon tour la poudre merveilleuſe
DE
SI
FRANCE.
Qui vient , grâce à ton Art divin ,
D'opérer cette cure heureuſe.
J'imite ſur ce point ce Pindare fameux
Qui chantoit , m'a-t'on dit , le guide induſtrieux
Qui , le premier, fourniſſoit ſa carrière ,
Et célébroit auſſi le courſier généreux
Qui , le premier , touchoit à la barrière .
OQUINQUINA ! je te dois la ſanté;
Que ne puis-je à mon tour éternifer ta gloire!
Muſe, portez ces vers au Temple de Mémoire ;
Nous volerons tous deux à l'immortalité.
Mais , par quel nom d'abord ſuis-je donc arrêté ?
Quoi! tu nais au Pérou , ce théâtre des crimes !
OPérou! ton nom ſeul me fait frémir d'horreur ;
C'eſt tonſein qui produit ce métal deſtructeur ,
Pour qui l'on égorgea des milliers de victimes .
Oui , ton or infernal n'a paſſé dans nos mains ,
Que tout rouge du fang des malheureux humains.
Mais où m'emporte une juſte colère ?
Qu'importe le pays aux coeurs reconnoiſſans ?
Ne nourris- tu donc pas , au rang de tes enfans ,
Du quinquina l'écorce ſalutaire ?
J'oublie en ſa faveur un généreux tranſport ;
Je fais plus : avec toi je me réconcilie ;
Si ton or aux humains ſouvent donna la mort,
Ton quinquina ſouvent leur redonne la vie.
(Par M. Theveneau . )
Cij
52
MERCURE
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Lequel des deux agit plus follement , ou
la vieillefemme qui épouse unjeune homme ,
ou le vieillard qui prend une jeunefemme ?
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Gros Lot ; celui
de l'Enigme eſt Serrure; celui du Logogryphe
eft Mai ( mois de ) , où l'on trouve ma ,
ai , mi , ami.
RE
CHARADE.
EPTILE en mon premier , je t'offreenmonſecond
Cequedans l'arbre on voitde plus long, de plus rond ;
Mais mon tout eſt un mal cruel & redoutable ,
Qui fait tourner la tête à l'être raiſonnable.
(ParM. le Chevalier Amyot. )
DE FRANCE. 53
ÉNIGME.
DE mes pieds , cher Lecteur, au nombre indéfini ,
Tu peux ajouter ou rabattre ;
Sur un , ſur deux , fur trois , ſur quatre
Onpoſe mon être chéri.
Pour me conſtruire , il faut abattre
Dans nos vergers ou dans nos champs ,
Un de leurs plus beaux ornemens.
Je ſuis également utile
Chez les petits &chez les grands ;
A la Cour ainſi qu'à la Ville ,
Autour de moi s'empreſſent mes amis ;
Souvent je cauſe des querelles
Et ſouvent j'en finis ,
Qui ſans moi ſeroient éternelles.
Jadis un deſtin très fameux
Rendit célèbres mes pareilles ;
Les plus étonnantes merveilles
Annoncèrent ce don des cieux ;
Enſuite un Tribunal auguſte
Emprunta , je ne ſais pourquoi ,
Sa puiſſance ou fon nom de moi .
Icitrès-aiſément tu peux deviner juſte.
(Par M. l'Abbé C..... )
Ciij
$4
MERCURE
LOGOGRYPHΗΕ.
QQUE je ſuis malheureux ! à peine ſuis-je né
Qu'il fautbientôt mourir ; l'arrêt en eſt porté.
Hélas ! mourir n'eſt rien ! mais c'eſt bien choſe
étrange;
Car ſi je vois jaunir pluſieurs fois la moiſſon ,
Par un deſtin bizarre il faut changer de nom !
Ma foi , j'aimerois mieux être batteur engrange.
Je marche ſur ſix pieds ; éparpille-les bien ,
J'ai de quoi t'étonner. Je porte dans mon ſein
Ma bonne mère ,
Non pas mon père.
Je deviens un défaut ſur une belle main;
J'enferme une Cité dans le pays Lorrain ;
Un habitant des cieux ; un animal vorace ;
Un adverbe ; un article ; un mot qui trouve place...
Où? dans la ſphère ; un vent diſpendieux ;
De l'Ancien Testament un homme vertueux ;
Un mot, qui plaît toujours, lorſqu'on aime ſoi -même;
Un autre qui déplaît dans un beſoin extrême ;
Puis un autre qui ſert pour ne pas te nommer.
M'as-tu trouvé , Lecteur ? Faut- il encor biaiſer ?
Non , diſons tout : je ſers àla muſique ,
Et dans chaque ménage à l'uſage on m'applique.
Enfin , pour me mettre au grandjour ,
Et pour m'expliquer ſans détour ,
DE FRANCE .
55
Autrefois un Romain , ſi tu fais ton Hiſtoire ,
Mon appétit perdu , ſans coupe me fit boire.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉLOGE Historique de Louis - Jofeph de
Vendôme , Généraliſſime des Armées de
France & d'Espagne , Ouvrage qui a remporié
le Prix de l'Académie de Marseille ,
par M. de Villeneuve , Commis à l'Hôtel
des Fermes : Optimè is laudaverit qui fideliternarraverit.
Quint.
ONaime à voir un jeune homme ſe montrer
pour la première fois dans la Littérature
une couronne à la main, & s'annoncer au Public
par un triomphe. La gloire fied bien à la
jeuneſſe; & fi elle eſt une illuſion , elle embellit
encore toutes les brillantes illufions de
cet âge. On affecte quelquefois de dédaigner ,
de mépriſer même ces triomphes Littéraires ;
mais c'eſt ſur tout lorſqu'on a fait de vains
efforts pour en obtenir. Pendant cinq ou fix
années , on envoie conſtamment ſon Dif
cours ou fon Poëme à tous les Concours; &
lorſqu'on n'a rien obtenu , pas même une
Civ
56 MERCURE
mention, on imprime dans de petites ſatyres
obſcures , ou dans de gros volumes de
critiques , que les couronnes Académiques
font des brevets de médiocrité. Il faut bien
qu'il y ait des confolations pour les humiliations
de la vanité , ſi cruelles & fi profondes
! Il ſeroit trop inhumain de lui enlever
ces confolations qui ne confolent guères.
On pourroit même , avec un peu de
bonté, lui conſeiller d'en chercher de meilleures:
il n'eſt pas adroit d'avouer qu'on n'a
pu s'élever juſqu'à la médiocrité ; ces artifices
manquent un peu d'art ; depuis le Renardde
la Fable ils font même rire , & l'on
eſt toujours tenté de s'écrier : Que ce La
Fontaine étoit grand Peintre! qu'il connoiffoitbien
la nature des bêtes !
Les talens , la gloire & le caractère de
Vendôme ſembloient exiger d'autres pinceaux
que ceux d'un jeune homme. L'eſprit
des jeunes gens , qui a plutôt de la ſenſibilité
que de la pénétration , eſt frappé des
grands traits , &peu des nuances ; ils ſavent
donner plus d'éclat encore aux voix éclatantes
de la renommée ; leur admiration ,
toujours près de l'enthouſiaſme , eſt plutôt
faite pour être l'interprète des peuples
que celui des ſages ; & Vendôme a plutôt
fair de grandes choſes qu'il n'a laiſſé
tune grande renommée........... Attaqué toujours
par l'envie , pendant qu'il vécut
il la fit taire ſouvent par ſes exploits , ou
du moins il en étouffa la voix dans le
DE FRANCE.
57
bruit de ſes victoires ; les cris de l'envie accuſent
encore ſa mémoire dans la poſtérité.
Il falloit donc non- ſeulement peindre
ſa gloire , mais prouver ſes talens ; faire
fortit avec éclat ſon génie guerrier du milieu
même des fautes qu'on lui a reprochées ,
ſéparer ſes défauts , qui étoient d'un particulier
, de ſes vertus , qui étoient d'un
Héros plein d'humanité ; & placer , à
côté des Condé & des Turenne , un Héros
né du ſang de nos Rois , & qui n'a pas obtenu
ſa place dans l'Hiſtoire de France ,
quoiqu'il ait été adoré du Peuple & du Soldat
François ; & c'eſt ce que M. de Villeneuve,
nous paroît avoir très-bien exécuté ,
quoique très jeune encore , & quoique l'éloge
de Vendôme ſoit ſon premier Ouvrage.
La marche de ce Diſcours eſt celle de
l'Hiſtoire plutôt que d'un Diſcours oratoire.
L'Auteur fuit ſon Héros dans l'ordre des faits
de ſa vie, & cen'eſt pas un reproche que nous
faiſons à M. de Villeneuve , qui a intitulé fon
Ouvrage Éloge Historique. Il faut toujours
juger unÉcrivain par ce qu'il a voulu faire ;
il n'eſt pas queſtion de ſavoir ſi le Critique
auroit fait autrement ; car on pourroit faire
autrement & ne pas faire mieux.
"Boncomme ſon aïeul, intrépide autant
» que lui , Vendôme unit à l'éclat de la
>> plus rare valeur, le caractère le plusdoux ,
93 les plus ſimples moeurs avec ce naturel
heureux qui porte aux belles actions ſans
>> nul effort. Homme d'eſprit , a ni géné-
Cv
8 MERCURE
ود
ود
ود
reux & fidèle , protecteur ſans morgue ,
Prince fans ambition ; il méconnut l'or-
>>gueil , l'intrigue , la vengeance , & ne fit
>>ſentir ſa grandeur que par celle de ſes ac-
» tions. La Cour eut des torts avec lui , il
>> ſe retira ſans ſe plaindre ; on le vit repren-
>> dre le commandement , fans ſe prévaloir
» des circonstances qui le rendirent nécef-
>> faire; & toujours favorisé de la victoire ,
>>jamais il ne mit de prix à ſes ſervices . Ou-
» blié dans des jours de bonheur , on fe
" ſouvint de lui quand il fallut venger ou
ود défendredes Rois. Pour louer untelhom-
>> me, il faut peu d'éloquence ; le montrer
tel qu'il fut eſt ſon plus bel éloge. » ود
En le montrant tel qu'il eſt ,M. de Villeneuve
aura plus d'une fois la chaleur & l'intérêt
de l'éloquence , & l'éloquence n'eſt autre
choſe que le talent de dire des vérités
grandes & intéreſſantes avec ſenſibilité &
nobleffe.
Le Panegyriſte ſuit Vendôme dans ſes premières
campagnes fous Turenne , après la
mort duquel il arrête les ennemis fur le
pont d'Altenheim; ſous Crequi , qui , après
l'avoir conſulté un jour , apperçoit dans
l'avis d'un jeune Colonel le génie naiſſant
d'un grand Général , & s'empreſſe d'écrire
au Roi cette prophétie ; ſous Luxembourg ,
dont il mérita d'abord les applaudiſſemens ,
dont il excita enſuite la jaloufie; fous Catinat
, qui , toujours modeſte & fage au milieu
des ſuccès , aima dans Vendôme des ta-
$
DE FRANCE.
59
lens qui ſe perfectionnoient à ſon école , &
qui , après l'avoir vû dans une bataille s'élancer
pluſieurs fois ſur l'ennemi à travers des
tourbillons de fumée & de feux , écrivoit
de lui : on l'eût pris pour un de ces Héros
fabuleux qui défioient la foudre. Steinkerque
& la Marfaille , dit le Panegyriſte , rappellent
autantfon nom que ceux de Luxembourg
& de Catinat ; il est autant célèbre par les
combats où il obéit , que par ceux où il commanda.
C'est trop dire; la gloire de Ven
dôme a commencé à ces journées mémorables;
mais ce-ne font pas ces journées qui
l'ont établie. La Marfaille & Steinkerque
réveillent fur-tout les noms de Carinat &
de Luxembourg , & la gloire de Vendôme
n'eſt pas une gloire ſubordonnée. Le Panégyriſte
lui-même la fait paroître bien plus
éclatante , lorſque commandant pour lapremière
fois en chef en Eſpagne , Vendôme
s'empare de Barcelonne , défendue par des
remparts formidables , hériſſés d'une puiſſante
artillerie , par 12000 hommes d'élite , & les
prodiges de la valeur des Catalans ; & cependant
Vendôme étoit dangereuſement malade
, & il ſe faiſoit porter dans un fauteuil
pour diriger les attaques. Sa gloire paroît
bien plus grande , lorſqu'en paroiſſant en
Italie, il rétablit les affaires de la France, réduites
à un état déplorable par la témérité
préſomptusuſe de Villeroi; lorſqu'ayant en
tête Eugène , déjà illustré par des victoires
célèbres dans l'Europe, il rompt par ſon ha
Cv
60 MERCURE
bileté preſque tous les deſſeins de ce grand
Homme , remporte tous les avantages de la
campagne , & couronne tous ſes ſuccès par
la victoire de Caffano; Vendome fur - tout
paroît bien plus grand , & remporte des
fuccès bien plus glorieux , lorſqu'appelé par
Philippe V, qui avoit été obligé de fuit deux
fois de ſa Capitale, il fait paſſer la victoire du
côté des Eſpagnols , qui avoient perdu jufqu'à
leur fierté , & fait remonter Philippe
ſur ſon Trône , comme ſur un char de
triomphe. C'eſt alors que Louis XIV dit ces
paroles remarquables : Quels changemens !
comme ils ont été rapides ! & qu'est-ce qui les
aproduits? Unfeul homme.
M. de Villeneuve nous ſemble caracté
riſer très bien le talent particulier de Vendôme
, & le défendre avec force contre les.
reproches que lui faiſoient ſes ennemis.
* L'envie répéta ſouvent que Vendôme
>> avoit plus de valeur que de prudence ;
>>l'envie exagère tout ce qui peut porter at-
> teinte à la réputationdes grands Hommes.
Elle conteſte leurs vertus , elle épie leurs
>> foibleſſes , pour les dénoncer à la mali-
>> gnité publique ; toujours prête à fixer fes
>> regards ſur les taches légères qui peuvent
> rernir l'éclat qui l'éblouit, & rabaiffer la
>> ſupériorité qui l'humilie. Il eſt vrai qu'inſouciant
en apparence , négligeant au-
>> tant ce qu'on nomme affaire que ſon
>> extérieur , aimant les plaiſirs au camp
» comme à la ville, ne paroiffant occupé
ود
DEFRANCE. 61
>> que dans le moment preſſant , il donna
>> quelquefois à ſes ennemis l'eſpoir de le
>>ſurprendre , cet eſpoir fut toujours dé-
>> menti par l'événement. Vendôme travail-.
>>loit peu , parce qu'il concevoit rapide-
> ment; fans rechercher de profondes com-
>> binaiſons , ſon génie vif & preffant fut
>> toujours faire le meilleur choix , & décon-
> certer les deſſeins les mieux médités .
M. de Villeneuve revient encore ailleurs fur
cet objet , parce que la haine & l'envie y
étoient revenues très-ſouvent. " Ce Prince
" n'entroit jamais en campagne ſans bien
>> connoître & le pays & l'ennemi ; inais
> après ces précautions générales , il mar-
>> choit ordinairement à ſon but ſans s'af-
>> treindre à ſuivre une marche calculée que
>> des circonſtances imprévues pourroient
- déranger ; il ſe réſervoit de ſaiſir les
>> moyens que lui pré'enteroient l'ennemi ,
ود le moment , ſa fortune& ſon coeur. S'il
» montra rarement cette prévoyance qui
>> veut tout préparer , il fit voir plus que
>>perſonne cette heureuſe détermination
» qui fait le meilleur emploi de l'occaſion ;
>> il ne prétendit pas enchaîner les événe-
>> mens , il fut les mettre à profit. Ce don
>>précieux de ſaiſir le parti le plus avanta-
» geux dans les haſards toujours renaiſſans
>> d'un combat ou d'une campagne ,
"
ne
ſeroit- il pas d'un effet plus heureux que
les longs efforts d'un eſprit réfléchi , qui ,
> ſouvent , après avoir tracé ſes opérations
"
62. MERCURE
ود dans la tranquillité du cabinet , ſe trouve
>> au dépourvu quand un des caprices du
" fort ſubſtitue un événement bizarre à ce
>> que Fordre des choſes ſembloit devoir
>> amener ? Dans ce moment preffant , ſe-
ود ra - ce la lente réflexion qui réparera le
>>defordre ? Ah ! c'eſt alors que le génie
>> exécute ce que la prudence ne peut jamais
» prévoir ! »
Vendôme formoit ſes deſſeins devant la
fortune; le plan & l'exécution étoient pour
lui la même choſe ; il étoit parmi les Généraux
ce que font parmi les Orateurs les hommes
dont la penſée ſe tait dans le filence
du cabinet , mais dont le génie ſe réveille
en préſence d'une multitude , & qui n'ont
beſoin que d'avoir à parler pour être ſublimes.
On voit que M. de Villeneuve tire ſes
idées & fes vûes du caractère & du génie de
ſon Héros ; qu'il ne le peint pas de ces traits
communs qu'on applique à tous les grands
Hommes , & qui ne conviennent à aucun :
c'eſt Vendôme , & ce n'eſt ni Créqui ni Luxembourg
, ni Turenne. Rien n'annonce
mieux l'homme d'eſprit & le bon eſprit ;
rien ne fait mieux préſumer qu'un homme
eft fait pour écrire.
M. de Villeneuve justifie Vendôme d'un
autre reproche avec la même ſagacité & la
même juſteſſe. Vendôme commandoit en
Italie ; le Duc de Savoie , qui avoit trompé
Louis XIV , vouloit joindre ſes Troupes aux
T
DE FRANCE. 63
Troupes Impériales , commandées par Stharemberg
, & il falloit empêcher cette jonction.
Stharemberg , habile & actif , l'exécuta;
mais les François lui tuèrent plus de
fix mille hommes.
« Les ennemis de ces deux Capitaines
>> furent également injuftes à Vienne & à
>>Verſailles ; les uns prétendoient que Stha-
>> remberg auroit dû effectuer ſa jonction
>> avec moins de perte; les autres , que Vendôme
étoit maître de la prévenir. D'un
côté , on ne vouloit pas regarder que le
ود
ود
ود Général François avoit des conquêtes à
>> couvrir , le Duc de Savoie à obſerver , &
» Stharemberg à ſuivre ; de l'autre part ,
ود que celui-ci traverſoit un pays difficile ,
» qui , s'il favoriſoit quelquefois le ſecret
>> de fa marche , devoit auſſi ſouvent la re-
>> tarder ; qu'enfin , il luttoit contre le rival
» d'Eugène. Ces deux grands Capitaines
ود
ود
firent cependant tout ce qu'il étoit poffible
de faire réciproquement ; mais il eſt
» des Généraux qui ne peuvent être tout-à-
ود
"
fait prévenus ou ſurpris , ni jamais en-
>> tièrement défaits ; qui réparent prompte-
>> ment une faute légère , & couvrent une
retraite , quelque déſavantageuſe qu'elle
ſoit; qui voient à la fois ce qu'il faut
facrifier au moment , & ce qu'il eſt poffible
de ſauver. Le peuple , toujours
éblouï par l'éclat du bonheur , applaudit
>> davantage au ſuccès le plus facile , qu'à la
ود
رد
ود
ود
ود lutte la plus ſavante contre les talens&
:
64 MERCURE
> les obftacles , tandis que l'homme ſenſé ,
>> qui obſerve un grand Homme opposé à
» un digne Émule, eſpère d'autant moins
>>des ſuccès déciſifs , que les deux génies
>> rivaux ſont plus faits pour ſe meſurer.
» Dans ces momens de combinaiſons , de
» ſoins & d'anxiété entre deux grands Ca-
> pitaines , on ne peut attendre de victoire
>> complette. Turenne & Montécuculi , lors
» de leurs dernières campagnes , ne firent
» que s'obſerver ſans pouvoir ſe vainere ,
» & jamais ils ne parurent plus dignes de
>> leur célébrité...
Ces réflexions , qui naiſſent du ſujet ,
ſont très judicieuſes; & on aime à voir
Stharemberg juſtifié par le Panégyrifte de
Vendôme ; on aime à voir l'Orateur traiter
deux grands Hommes rivaux avec cette
équiré généreuſe qu'ils ont preſque toujours
l'un pour l'autre.
Le ſtyle de M.de Villeneuve , qui , comme
on voit , a de la ſageſſe dans les réflexions
prend de la rapidité& de la chaleur dans les
récits des batailles & des victoires. On apperçoit
ſur- tout ce mérite dans le récit de la
priſe de Brihuega & du combat de Villaviciofa.
" Vendôme ſuit les ennemis dans leur
>> retraite; il preſſe ſa marche & arrive à
» Guadalaxara. Les Gardes du Roi ſe pré-
>> paroient à paſſer le pont. Vendôme cal-
" cule le retard que cette manoeuvre peut
>> cauſer à ſon Infanterie. Il fait ſonder le
DE FRANCE. 65
>>Tage , qui ſe trouve rapide & profond;
>> des roches dans le milieu , en mettant
» obſtacle à ſon cours , forment des tour-
>>billons& augmentent le péril; cependant
>> le ſalut de l'État peut dépendre d'un jour
» de marche. Vendôme s'adreſſe aux Gardes :
» Mes amis , vous êtes braves; nous avons
* beſoin de diligence..... Il dit , & déjà fon
>> courier fend les flots ; Gardes & Cava-
>> liers ſe hâtent , à rangs preffés , de fuivre
»& de garantir le Héros..... Il apprend que
>>fix mille Anglois , l'élite & l'arrière-
>>garde de l'Armée qu'il poursuit , ſe
> font renfermés dans Brihuega avec le
>>plus précieux de leur butin ; ils eſpè-
>>rent ſe défendre juſqu'à ce que Stharem-
>> berg , inſtruit des mouvemens du Prince
» François , revienne ſur ſes pas; mais Ven-
>>dôme eſt au pied de leurs m
>>ronner la place , diſpoſer l'attaque , faire
>>obſerver la marche de Stharemberg , & ,
>>malgré la force des retranchemens , la
» bravoure des Anglois & leur feu terrible ,
L
s'elancer ſur les brêches & forcer la vic-
>>>toire , tout fut l'ouvrage d'un jour. Stan-
>>hope remit au vainqueur Brihuega , ſes
>> Troupes , & les richeſſes immenfes amaf-
»ſées en ravageant l'Eſpagne. A peine Stan-
>> hope étoit rendu , le canon de Stharem-..
berg annonce ſon arrivée , & donne à
>> connoître le prix de la célérité du Prince
>>François. Les ennemis ſoupçonnent la
>>perte de leurs Alliés ; muls fignaux ne ré--
P
66 MERCURE
>> pondent aux leurs . Un Officier - Général
conſeille à Stharemberg de ſe retirer :
> vous connoiſſez bien Vendôme , répondt'il
, avant deux heures ilfaut combattre. >>>
Stharemberg avoit raiſon , il fallut combattre
, &il fut vaincu , malgré une défenſe
preſque auffi glorieuſe qu'une victoire .
M. de Villeneuve a entrepris de diſculper
Vendôme du malheur de la France dans
cette guerre de la Flandre , où Marleboroug
fur toujours vainqueur. Ici , nous ne pouvons
nous empêcher d'avouer qu'on eût
defiré que M. de Villeneuve n'eût pas entrepris
cette juſtification , ou qu'il l'eût
mieux faite. Je ne connois pas un Historien ,
dir M. de Villeneuve dans une note , qui ne
convienne que Vendôme ne fut contrarié en
tout. Le Duc de Bourgogne , au contraire,
commandant fuprême , n'obéiſſoit qu'à sa
volonté; ſoit de fon propre mouvement ,foit
parles infinuations de fon Confeil , cette volontéfut
toujours opposée à l'avis de Vendôme.
Onpeut douter que tous les Hiſtoriens
ayent là-deſſus l'opinion de M. de Villeneuve.
Voici ce qu'a écrit un grand Homme
dans un Éloge hiſtorique du Maréchal de
Berwick . ( M. de Montesquieu. )
" Après la perte de la bataille d'Oude-
>> narde, les ennemis firent le ſiège de Lille ,
» & pour lors M. le Maréchal de Berwick
>> joignit ſon Armée à celle de M. de Ven-
" dône. Il fallut des miracles ſans nombre
>> pour nous faire perdre Lille. M. le Duc
DE FRANCE. 67
>> de Vendôme étoit irrité contre M. le Ma-
>> réchal de Berwick , qui avoit fait diffi-
>> culté de ſervir ſous lui . Depuis ce temps ,
> aucun avis de M. le Maréchal de Berwick
>> ne fut accepté par M. le Duc de Vendôme;
» & fon âme , ſi grande d'ailleurs , ne conſerva
plus qu'un reſſentiment vif de l'ef-
> pèce d'affront qu'il croyoit avoir reçu.
>> M. le Duc de Bourgogne& le Roi , tou-
>> jours partagés entre des propoſitions con-
» tradictoires , ne ſavoient prendre d'autre
» parti que de déférer au ſentiment de M. de
>> Vendôme. Il fallut que le Roi envoyât à
>>l'Armée , pour concilier les Généraux , un
>> Miniſtre qui n'avoit point d'yeux ; ( M. de
> Chamillard ) il fallut que cette maladie
>> de l'eſpèce humaine , de ne pouvoir fouf-
>> frir le bien lorſqu'il eſt fait par des gens
» qu'on n'aime pas, infeſtår pendant teure
• cette campagne le coeur & l'eſprit de M.
de Vendôme. Il fallut qu'un Lieutenant-
» Général eût aſſez de faveur à la Cour ,
» pour pouvoir faire à l'Armée deux fot-
>> tiſes l'une après l'autre , ſa défaite & ſa
>>capitulation ; il fallur que le ſiège de Bru-
>> xelles eût été rejeté d'abord , & qu'il eût
» été entrepris depuis ; que l'on réfolut de
» garder en même-temps l'Eſcant & le ca-
>> nal , c'eſt à-dire , de ne garder rien. Enfin ,
> le procès entre ces deux grands Hommes
exiſte; les Lettres écrites par le Roi , par
M. le Duc de Bourgogne , par M. le Duc
» de Vendôme , par M. le Duc de Berwick ,
ود
"
68 MERCURE
>> par M. de Chamillard , exiſtent auffi. On
>> verra qui des deux manqua de ſang- froid ,
» & j'oſerois peut-être même dire de rai-
" ſon. A Dieu ne plaiſe que je veuille met-
>> tre en queſtion les qualités éminentes de
M. le Duc de Vendôme ! Si M. le Maré-
- chal de Berwick revenoit au monde , il
>> en ſeroit fâché ! mais je dirai dans cette
>> occaſion ce qu'Homère dit de Glaucus :
>>Jupiter ôta la prudence à Glaucus , & il
>>changea un bouclier d'or contre un bou
" clier d'airain. Ce bouclier d'or , avant
>> cette campagne , M. de Vendôme l'avoit
>> toujours eu , & il le retrouva depuis. -
Ce n'eft point-là un détracteur de M. de
Vendôme , c'eſt un de ſes admirateurs , c'eſt
Monteſquieu. Il énonce des faits poſitifs , &
il indique destémoignages irrécufables. Tout
ChaCigcoin de M. de Villeneuve ou un examen
plus approfondi que ſon eſprit étoit en
état de faire , ou un aveu fans déguiſement
des torts de M. de Vendôme , que ſon coeur
ſe ſeroit plû à faire dans un panégyrique
même.
M. de Villeneuve a mêlé enſemble le récit
des faits qui peignent l'homme dans Vendôme,
& des faits qui peignent le Guerrier ;
on eût voulu qu'illes eût ſéparés, & cela étoit
peut-être néceſſaire, même dans un Éloge hiftorique
; autrement un mot touchant , une
action pleine d'une bonté facile & généreuſe
ſe perdent , pour ainſi dire , an milieu
du bruit des combats & du fracas de la
DE FRANCE. 69
guerre. On aime à voir tous les mots & tous
les faits de ce genre réunis pour y repoſer un
moment ſon coeur. Peu d'hommes , entre
ceux qui ont obtenu la celébrité des Héros ,
enoffrent un ſi grand nombre queVendôme,
&d'un caractère aufli aimable.
Brave comme Henri IV, ſon aïeul , Vendôme
en eut auſſi l'humanité. Lorſque Turenne
livroit le Palatinat aux flammes pour
obéir à Louvois , Vendôme , qui devoit exécuter
l'incendie de Worms , demanda que le
jour de ſon commandement fût changé :
Jeune encore , dit M. de Villeneuve , il devançoitlejugement
de la postérité. Mais c'eſt
peut-être parce qu'il étoit jeune ; les jeunes
gens ſont plus près de la vérité en tout genre,
ils font fur-tout preſque toujours plus près
de l'humanité .
Le Gouverneur de Verue , ville que Vendôme
avoit priſe , avoit tranfgreffé les loix
de la guerre: Vous méritez la mort , lui dit
le Prince , maisj'aime mieux me ſouvenir de
votre courage que de votrefaute.
Villars ſe vantoitde ne s'être enrichi qu'aux
dépens de l'ennemi. Catinat , dit M. de la
Harpe, ne prit rien à personne. Vendôme fit
plus: ilne permitpas àVerue que la garniſon
fût dépouillée , & pluſieurs fois il dédommagea
de ſon argent les Soldats auxquels il
nevouloit pas permettreele pillage ; & lorfque
des Souverains lui offrirent des tréſors
pour le dédommager de ces ſacrifices , il les
refuſa. Louis XIV , en l'envoyant défendre
1
70
MERCURE
le Trône de ſon petit-fils , veut lui donner
cent cinquante mille livres pour la campagne.
Non , Sire , dit Vendôme à Louis ,
gardez cet or pour ceux qui ne peuvent foutenir
l'Etatfans ce ſecours , ou qui feignent
de ne le pouvoirpas ;j'espère ne rien coûter,
même à l'Espagne. Après qu'il a ſauvé l'Efpagne
, Philippe , qui venoit de recevoir les
tréſors du nouveau monde, lui offre cinq
cent mille livres. Sire , dit Vendôme , jefuis
ſenſible à la magnificence de Votre Majesté ,
maisje lafupplie de faire diftribuer cet or à
fes braves Espagnols, dont la valeur lui a con-
Servé tant d'Etats en un jour. Lorſqu'il
arriva en Eſpagne , les GRANDS délibérèrent
s'ils donneroient le pas au Prince François :
Je nesuis pas venu vous diſputer des honneurs
, leur dit Vendôme , qui apprend leurs
débars , mais pour vousfervir. Vieux Soldat ,
je ne veux pas d'autre rang ; donnez - moi
Seulement un peu d'argent & de farine pour
mes camarades. N'est - ce pas Henri IV qui
parle ? Quelle ſimplicité ſublime ! quelle
bonté adorable ! que devient la Grandezza
auprès de cette autre grandeur ! Après la
bataille de Villaviciofa, la campagne eſt couverte
de dépouilles & de richeſſes abandonnées
par les vaincus. Vendôme veut auffi
prendre ſa part dans le champ de victoire.
Il voit un petit chien tremblant & tapi au
milieud'unmonceau de pierres ; il le raſſure,
le careffe , le nomme la Déroute , & c'eſt
toute la part qu'il veut d'un ſi riche butin.
DEFRANCE. 71
Oncroit lirePlutarque. Les Hommes illuftres
de Plutarque n'ont pas plus de mépris pour
les richeſſes & plus de bonté dans la gloire.
Cette généroſité n'abandonnoit jamais M. de
Vendôme ; jamais il ne recevoit , quoiqu'il
dérangeât ſouvent ſes affaires en donnant.
Nommé Gouverneur de Provence très-jeune
encore , il s'oppoſa à tous les frais de réception;
& lorſque la Province , qu'il avoit
défendue dans une invasion , voulut lui témoigner
ſa reconnoiffance par un préſent :
Les Gouverneurs , dit Vendôme , font faits
pour représenter aux Rois les misères des
peuples ;je nepuis accepter un préfent , qui ,
quoique volontaire , feroit onéreux au pays.
On fait que le Duc de Villars a rendu cette
réponſe du Duc de Vendôme plus célèbre
encore par un mot bien différent. La même
Province lui offroit un préſent , & lui rappeloit
le refus de Vendôme. Ce Vendôme ,
dit Villars en prenant l'or , étoit un homme
* inimitable.
Vendôme étoit extrêmement familier
avec les Soldats , avec les Grenadiers ; ils
alloient prendre du tabac dans ſa boîte.
Vendôme ne craignoit point qu'ils abuſaſfent
de cette familiarité; il étoit bien sûr de
leur imprimer aſſez de reſpect & d'admiration
un jour de bataille.
Il aimoit les Lettres , & même les Gens
de Lettres ; il ne ſavoit pas , comme tant
d'autres , jouir des Arts , & être ingrat envers
les Artiſtes. Ilfut pendant ving-cinq ans ,
72
MERCURE
1
:
non pas le protecteur , mais l'ami de Campiſtron
, que Racine lui avoit fait connoître.
Ce Campiſtron, dont la poéfie eſt ſi foible
&fi languiſſante , avoit une âme pleine de
force & d'énergie. Il avoit même le conrage
des Héros; il ſuivoit le Duc à la guerre,
& ne reſtoit jamais dans les quartiers de
réſerve. A Steinkerque , où le Duc-chercha&
brava tant de dangers , au plus fort du péril
il apperçoit Campiſtron près de lui: Eh! que
D....faites vous ici , lui dit Vendôme: Eh
bien, Monseigneur , fi vous vous y trouvez
mal , allons nous en lui répondit le Poëte.
Vendôme ſe rappela toujours avec plaifir &
le courage & la plaiſanterie de Campiſtron .
CetOuvrage fait connoître avantageuſement
M. de Villeneuve. Il montre une
étude réfléchie de l'Histoire , le talent de ramener
une multitude confuſe de faits , àdes
réſultats clairs & intéreſſans , & le bon efprit
d'écrire des choſes diverſes avec le ton
&le ſtyle qui conviennent à chacune.Nous
croyons feulement qu'on doit inviter l'Auteur
à donner à ſes phraſes des formes plus
brillantes & plus variées , & à ſes exprefſions
une élégance plus continue. Il ne faut
pas avoir un ſtyle recherché , mais il faut
chercher les embelliſſemens qui donnentplus
d'intérêt au ſtyle. Un Auteur , quel qu'il
ſoit, ne doit pas négliger de recueillir dans
ſa route ,& les grâces & les beautés que le
ſujet peut faire naître. On s'expoſe par-là à
plus de critiques , mais on obtient aufli plus
d'éloges ,
DE FRANCE.
73
:
d'éloges , & M. de Villeneuve paroît être
fait pour vivre au milieu des éloges & des
Critiques.
( Cet Article est de M. Garat. )
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure,fur
quelques paſſages d'un Ouvrage en 3 vol. ,
intitulé: Pièces intéreſſantes & peu connues
, pour ſervir à l'Histoire , &c . &c .
SÉPARÉE ÉPARÉE de la Critique , l'Hiſtoire feroit la plus
frivole de toutes les Sciences , & même l'une des
plus dangereuſes. Il ne ſuffit pas , il est vrai , des
raifonnemens & des réflexions pour établir ou pour
combattre la vérité des faits; ils ne peuvent être
éclaircis que par d'autres faits , dont la connoif
ſance, aujourd'hui trop négligée, peut ſeule légitimer
le doute & détruire les erreurs,
A la lecture de tantde compilations qui ſuccèdent
depuis quelque temps aux Ouvrages hiſtoriques dont
la France peut s'honorer , on a raiſon de craindre
qu'il ne nous reſte plus en ce genre qu'une bibliothèque
de bruits de Gazettes ou de Romans. Le dégoût
des recherches , le mépris verſé par le beleſprit
ſur l'érudition , la fureur de tout lire & de
tout écrire, transformeront bientôt l'Hiſtorien en Fabuliſte
de ruelles, ou en copiſte aveugle des impofteres
qui peuvent flatter la curioſité de la multitude
1 L'Auteur des Pièces intéreſſfantes & peu connues ,
pourfervir à l'Histoire , n'étoit pas fait certaine-
Nº. 24 , 11 Juin 1785 . D
74 MERCURE
ment pour encourir un pareil reproche. Sa réputation
eſt fort au-deſſus du mérite facile de recueillir
des Anecdotes apocryphes , & il eſt trop eftimable
pour qu'on doive dédaigner ſes erreurs. Non- ſeulement
il les étaye de ſon autorité , il les appuie
encore de celle d'un Hiſtoriographe de France
Seerétaire-Perpétuel de l'Académie Françoiſe , de feu
M. Duclos. A ce nom , & après l'éloge que fait de
fon porte- feuille l'Auteur des Pièces intéreſſantes ,
la crédulité ſeroit excuſable ; il faut la prémunir
contre des Fables qu'aucun Journaliſte n'a contredites,&
difcerner les pierres fauſſes qu'on a mêlées à
des morceaux précieux.
La principale Anecdote , tirée de ce porte-feuille
de M. Duclos , eſt l'aventure de la Princeſſe Char-
Jotte-Chriſtine- Sophie de Wolfenbuttel , épouſe du
Tzarewitz Alexis Pétrowitz, fils infortuné de Pierre I.
M. Duclos & ſon Éditeur racontent cette abſurdité
avec le ton de la plus parfaite confiance ; le premier
va juſqu'à dire qu'il vit cette Princeffé en 1768.
Vous avez rapporté , Monfieur , se Conte ridicule
dans l'extrait des Pièces intéreſſantes , ainfi il est
inutile de le rappeler à vos Lecteurs ,
Il étoit connu bien antérieurement. M. le Chevalier
le Boſſu l'avoit raconté de la même manière
dans ſon nouveau Voyage d'Amérique Septentrionale
, imprimé en 1776 ; mais en Hiſtorien qui ſe
reſpecte , lorſqu'il avance des faits douteux& invraiſemblables
, M. le Boſſu termina ſon récit en avouant
que , quoiqu'il tint ces faits d'un affez grand nombre
de perſonnes dignes de foi , il ne voudroit pas
cependant en garantir l'authenticité. M. de L. P.
a été moins circonfpect , ſans avoir eu plus de
preuves,
Avant M. le Boffu , M. Richer avoit inféré , dans
lemanuſcrit de ſon Histoire Moderne , ce Roman
des Mille & une Nuits ; mais le Cenfeur , M. de
DE FRANCE.
75
Guignes, refufa ſon approbation , & cet article fut
rayé. Le ſavant Académicien crut judicieuſement
que ſi cette Princeſſe exiſtoit , il étoit imprudent de
la faire connoître en divulguant ſon ſecret , & que ſi
elle n'étoit plus , on devoit retrancher de l'Hiſtoire
ſa prétendue réſurrection .
Elleeſt auſſi fauſſe que les circonstances de ſa vie
&de fa mort, telles que les rapporte M. Duclos. Le
Tzarewitz , dit- il , eſſaya pluſieurs fois d'empoisonnerſa
femme ; mais le contre-poifon la fauva. J'ebſerve
en paſſant que le poiſon & le contre-poifon
jouentun rôle trop fréquent dans ces Pièces intér effantes
, où l'on renouvelle pluſieurs fois , fans la
moindre autorité , des accuſations a'roces , dignes.
de mépris. Celle de M. Duclos contre le Tzarewitz
, eſt démentie par des témoignages inconteftables,&
appartient excluſivementà cet Hiftoriographe.
S'il eût été inſtruit des particularités de la Cour de
Pierre I , il auroit ſu que , fombre & fauvage ,
Alexis n'étoit pas un empoisonneur. Ses moeurs
étoient dures , groffieres &dépravées; il avoit perdu
dans la débauche le ſentiment de l'amour & le goût
de lavertu. Son épouſe , ornée des charmes de la
figure , y joignoit un air de grandeur , une douceur
touchante , un enjouement & une fineſſe d'eſpric
auxquels le Tzarewitz fut inſenſible; aucun égard ,
aucune complaiſance de ſa part ne rachetoient ſes
honteuſes habitudes & l'abandon d'une femme eſtimable.
Toutes ſes attentions , tout ſon temps étoit
réſervé à ſa maîtreſſe Finoiſe , Euphroſine , qui, conformément
aux moeurs de ſon état , le trahit après
l'avoir corrompu ; mais il n'eſt nullement vrai qu'il
traitât la Princeſſe avec inhumanité , & qu'il ſe fûr
emporté juſqu'à la frapper. La ſeule crainte de fon
père & de Catherine , touchés du ſort de la Grande
Ducheffe , & qui lui donnoient des preuves journa
Dij
76 MERCURE
lières de leur attachement , auroit ſuffi pour contenir
la brutalité d'Alexis. Pierre I n'étoit pas d'un
caractère à pardonner à fon fils un empoisonnement ,
ni la Princeſſe dans le cas de le diſſimuler. Ses plaintes
furent même trop fréquentes; elles irritèrent le
Czar contre ſon fils qui en murmura , qui redoubla
d'averfion pour une épouſe qu'il regardoit comme la
délatrice de ſes torts, & dont les chagrins étoient
encore envcnimés par la vivacité de la Princeſſe
d'Oost- Friſe , ſa parente.
•Enfin, continue M. Duclos , il lui donna un
>> jour un fi furieux coup de pied dans le ventre ,
» étant groffe de huit mois , qu'elle tomba évanouie
" &noyéedans ſon ſang. Pierre-le Grand étoit alors
» dans un de ses voyages. Son fils , perfuadé que
>> cette malheureuſe Princeſſen'en pouvoir revenir ,
>> par:it à l'instant poursa maison de campagne. La
>> Comteffe de Coniſmarck étoit auprès de la Prin-
رد ceffe lorſqu'elle accoucha d'un enfant mort. »
Pas une ligne de ce récit qui ne ſoit contraire à
la vérité Il eſt à comprendre comment un Hiſtoriographe
de France a pu ſe méprendre à ce point
fur les époques , & ignorer des faits de notoriété
publique. La Grande Ducheſſe n'accoucha point au
terme de huit mois; clle mit au monde ſars accident
, le 22 Octobre 1715 , un fils que toute l'Europe
a vû régner ſous le nom de Pierre II. Cette
même année 1715 , le Czar , heureux dans la guerre ,
ayantprefque tout le Nord pour Allié , maître d'une
partie de la Finlande , s'occupoit à Pétersbourg d'af
fermir ſes nouveaux établiſſemens , & ne quitta ſa
Capitale qu'au mois de Février de l'année ſuivante,
pour aller au fiège de Wiſmar. La naiſſance de ſon
petit fils lui cauſa la plus grande joie. Aux approches
de la moit , la Princeffe demanda à voir ſon beaupère,
lui recommanda ſes enfans , & les remit au
DE FRANCE. ブブ
Tzarewiz , après les avoir baignés de ſes larmes. *
Alexis ne ſe ſauva point à la campagne , comme on
l'affirme pour arranger le tiſſu d'une Fable; il reconduifit
ſes enfans dans ſon appartement , & re
retourna plus auprès de ſon épouſe , dont il ne
demanda pas même des nouvelles .
Ces circonstances authentiques ſont atteſtées par
tous les Hiſtoriens de quelque poids , notamment
par Henri Bruce , Gentilhomme Écoffois , Capitaine
au Service de Ruſſie , témoin oculaire , & coufin du
Général Bruce , dont les deſcendans jouiffent encore
de la plus grande faveur en Ruſſie. Ses Mémoires ,
fages & curieux , écrits en Anglois , ne laiſſent aucun
doute fur les faits précédens. **
L'inhumation de la Grande Ducheſſe yeft racontée
avec la même exactitude que ſa mort. Cette
malheureuſe Princeſſe demanda à n'être point embaumée
, & fut enſevelie le ſeptième jour dans la
principale Egliſe de la fortereſſe , quoiqu'elle ne fût
point de la Religion Grecque , avec la pompe & les
Lonneurs dûs à ſa naiſiance. Muller , dans ſon Dictionnaire
Géographique , eft abfolument d'accord
avec Henri Bruce. MM. le Clerc , dans la ſavante
Hiftoire de Ruffie dont l'Europe leur eſt redevable ,
ont fanctionné ce témoignage; le leur ſeul ſeroit
décisif; car peu d'Hiſtoriens ont raſſemblé autant de
ſolides moyens de lumières &d'inſtructions ; un trèslong
séjour dans le pays dont ils ont étudié les Annales
, une ſcrupuleuſe probité , le commerce des
perſonnages les plus confidérables , la facilité de
fouiller les fources , & ce difcernement sår , fans
lequel un Hiſtorien n'est qu'un paperaffeur ou un
*Elle avoit un premier enfant , la Princeſſe Natalie
née le 23 Juillet 1714.
**Voy. Mémoirs ofPeterHenri Bruce, &c. &c. Liv. V,
P. 147& 148 .
Diij
78 MERCURE
phrafier. Souvent, il eſt vrai , l'Hiſtoire ne dit pas
tout , & l'on pourroit ſoupçonner MM. le Clerc de
quelque réticence. Je les ai donc interrogés ſur
l'étrange Anecdote qu'on vient de réchauffer ; ils
m'ont affermi dans mon ſcepticiſme , & leur candeur
, affez connue , n'a beſoin d'aucune preuve. Je
la trouverois , d'ailleurs , dans le témoignage unanime
de tous les Ruſſes que j'ai confultés , & ſpécialement
de Mme la Princeſſe d'Aſchkof, que j'entendis
, il y a pluſieurs années, traiter avec le ridicule
convenable , les aventures héroïqnes & conjugales
de la Princeſſe de Wolfenbuttel.
Il eſt donc très-évident qu'on n'imagina point
ae mander au Tzarewitz la mort de sa femme & de
fon enfant , puiſque cet enfant eſt monté ſur le trône
fans partager les courſes romaneſques de ſa mère;
qu'on ne dépêcha point de Couriers au Czar , puifqu'il
étoit à Pétersbourg , & qu'on n'enſevelit point
une bûche ; car on ne diſpoſe nullement du corps
de l'Héritière préſomptive d'un Empire , au milieu
d'une Cour , pour le transformer en morceau de
bois. Le cercueil de la Grande Ducheffe n'a pas été
ſouſtrait, deux générations ont pu conſtater la fupercherie
; fi elle eût exiſté , certainement on ne
l'ignoreroit pas à Pétersbourg. Quel feroit le bat
d'un pareil myſtère? Un événement de ce genre
n'eſt pas un ſecret d'État , & la Princeſſe reſſuſcitée
n'avoit aucun trône à diſputer. D'ailleurs , qui imaginera
que , fille de Souverain , ſoeur d'une Impératrice
d'Allemagne, au lieu de mettre ſes jours en
sûreté à Vienne ou à Wolfenbuttel , oubliant la dignité
de ſon rang , une Grande Ducheffe de Ruffie
aille ſe réfugier à Paris avec un Laquais & que ſe
croyant trop près encorede tous ceux qui pouvoient la
conſoler& la venger, elle s'embarque pour la Loui-
Gane ? Envérité, oneſt honteux de réfuter de pareilles
rêveries,
DE FRANCE.
79
Cependant elles ont acquis de la conſiſtance , &
uniquement ſur le narré de M. le Boſſu & de M.
Duclos. Beaucoup de gens prétendent aujourd'hui
avoir été auſſi en commerce avec l'Héroine. L'un
s'eſt promené avec elle aux Tuileries ; un autre l'a
cue aafa table;; un troiſième en a été amoureux .
Tous ont reçu ſa confidence ; il n'y a qu'à Pétersbourg
où ce que tout le monde ſavoit ailleurs eſt
demeuré inconnu. Il ne reſte plus qu'à foutenir que
la bûche à ſon tour s'eſt changée en Princeſſe de
Wolfenbuttel ; & qu'après avoir couru le monde ,
celle- ci eſt venue ſe replacer dans l'Égliſe de Saint-
Pierre & Saint-Paul, ſur les bords de la Néva .
Au reſte , qu'une aventurière ait occupé les badaurs
, en ſe diſant la femine d'un Tzarewitz , je
n'empêche ; ce n'eſt pas le premier exemple d'une
pareille fraude: il eſt plus aiſé d'y croire qu'à des
Princeſſes Souveraines qui ſe mettent en route incognito
le dix-ſeptième jour de leurs couches , & parcourent
cinq cent lieues pour aller ſe marier en
fuite à un Officier François , ſur les rives du Miſfiffipi.
L'inventeur de cette nouvelle , bonne à figurer
dans les Métamorphofes d'Ovide , & à laquelle M.
Duclos cut trop légèrement , étoit ignorant & maladroit.
Il avoit oui parler des moeurs farouches
d'Alexis , il en fit un empoiſonneur ; il ſuppoſa un
voyage de Pierre-leGraanndd , parce que ce Prince
paffa en effetune parriede fa vieà voyager ; après
avoir écarté le père, il écarte aufli le fils; il fait
mourir l'enfant , pour donner crédit à la fable du
coup de pied ; il place auprès de la Princeſſe la Comteſſe
de Koniſmarck , qu'il prend pour la Princeſſe
d'Ooft- Friſe , & l'intrigue marche enſuite toute ſeule.
Le plus léger examen ſuffiſoit pour en déſabuſer M.
Duclos.
Mais en tout on aime l'extraordinaire , & la vé
Div
80 MERCURE
rité hiſtorique n'a plus de charmes pour des Lecteurs
blâtés qui , en voyant le théâtre du monde ,
voudroient dans ceſſe y retrouver celui de l'Opéra .
S'il fuffifoit de quelqu'incident mystérieux , de quelque
bruit incertain pour fonder des anecdotes ſecrettes
, le merveilleux de la mythologie n'approcheroit
pas de celui de l'Hiſtoire. N'a t'on pas débité,
même ne voit-on pas des Ruffes perfuadés
que Pierre III eft encore vivant , qu'il eſt enfermé
dans une fortereffe , & qu'on l'y conſerve comme
le Palladium de nonvelles révolutions ? Joignons
la Princeffe de Wolfenbuttel à Pierre III , au Roi
Sébastien , aux Démétri , au Sultan Zizim , & à tant
d'autres fantômes que des Romanciers firent fortir
de leurs tombeaux .
J'ajouterai que M. Coxe , voyageur philoſophe ,
obſervateur tranquille , Hiſtorien exact , a rapporté ,
d'après les meilleures informations , les détails de la
vie du Tzarewitz & de la mort de ſon épouſe , conformément
au récit d'Henri Bruce & de MM. le
Clerc, Dans fon dernier voyage en Ruffie , en Pologne,
&c. , il cite en entier la lettre ou plutôt la
prière qu'adreſſa la Grande-Ducheffs mourante à
Pierre- le-Grand ; c'eſt une pièce authentique. La
Princeſſe y laiſſe au Tzar le ſoin de ſes funérailles
; & comme, elle n'appartenoit point à la
Religion dominante , elle demande un lieu do
fépulture où ſon corps puiſſe repofer en pair. Elle
diſpoſe de ſes bijoux en faveur de ſes enfans , de fa
garderobe en faveur de la Princeſſe d'Ooſt- Friſe ;
elle prie fon beau-père de payer ſos dettes per
confidérables ; elle finit par des remerciemens touchans
des bontés conſtantes du Tzar & de Catherine
, en conjurant le Ciel d'ajouter à leurs jours ce
qu'il retranchoit des fiens. Aſſurément on ne pouffe
pas la farce juſqu'à écrire un pareil testament , ni
juſqu'à ſe jouer d'un Souverain , d'un père , en,
DE FRANCE. I
contrefaifant les expreſſions de la piété , de la reconnoiffance
, de la réſignation & de l'agonie..
Il faudroit appliquer , Monfieur , les mêmes réflexions
à l'hiſtoriette de Mylord Stairs , que vous
avez rapportée d'après l'Éditeur des Pièces intéreſfantes.
Des morceaux de ce genre peuvent ſervir à
la bibliothèque bleue , mais jamais à 1 Hiſtoire. Les
Mémoires de Mylord Stairs , d'où l'on a tiré cette
étrange anecdote, font un roman obfcur , & autant
vaudroit s'appuyer de la Tragédie de Zaïre pour
écrire les particularités des Croiſades. Toute l'Ecofie
avoit connu le biſayeul de Mylord Stairs : ni M.
Hume, ni Mme Macaulay , ni Smolett, ni Mylord
Littleton , dont les Ouvrages furent compoſés depuis
1743 , époque de la publication de ces Mémoires
, n'ont daigné même faire mention de cette
fable. Cependant chaque détail de la décolation de
Charles I, étoit aſſez précieux pour qu'aucun Hiftorien
cût négligé une circonstance aufli extraordinaire.
Pourquoi d'ailleurs le Lord Stairs , plus que
centenaire , ſe ſeroit-il rendu inviſible ? Qu'avoit-il à
craindre de la Maiſon d'Hanovre & des Whigs qui
J'avoient portée ſur le Trône ? Qui croira à la violence
& à la durée de ſes remords au milieu d'une
Nation où ce régicide trouve des apologiſtes , tandis
quejuges&bourreaux de Charles I', conſervèrent
tous ſur l'échafaud , dans les priſons , ou dans l'exil ,
lefanatiſme républicain qui les avoir animés ?
Il eſt à remarquer que dans une Lettre qu'écrit le
prétendů vieillard, meurtrier de Charles I, il figne
John Stairs. Or , le nom de cette famille n'eſt point
Stairs , mais Dalrymple ; elle n'eut qu'en 1703 ,
fous le règne de la Reine Anne, la Pairie Écofſoiſe
& letitre de Stairs; par conséquent , l'aïeul du premier,
titulaire ne pouvoit prendre un nom qui
n'exiſtoit pas. Ce fait ſeul anéantit toute cette fiction
pathétique.. ::
2
Dv
82 MERCURE
Onregrette encore de rencontrer dans un Recueil
Hiſtorique que la haine de Louis XIVpour te
Prince d'Orange venoit du refus qu'il avoit fait
d'épouser sa fille & de Mme de la Vallière , depuis
Princeſſe de Conti Ce mariage eût été fort extraordinaire.
Guillaume III ne fut Stathouder qu'en
1672 , & juſqu'alors la France , qui s'oppoſa à ſon
rétabliſſement dans la dignité de ſes ancêtres , ne
penſoit guères à l'allier à la Maiſon de Bourbon. La
Princeſſe de Conti, née en 1666, n'avoit que fix ans
à cette époque. Cinq ans après , en 1677 , le Stathouder
épouſa Marie, fille de Jacques II , âgée de
quinze ans. Mlle de Blois n'en avoit alors que onze ,
&il eſt peu vraiſemblable qu'auſſi jeune on eût ſongé
à l'établir. L'oppofition de caractère entre Louis XIV
&Guillaume III ,& celle des intérêts , ſuffiſent pour
expliquer cette antipathie ſans recourir à des cauſes
domeſtiques.
L'Editeur , toujours armé du Mémorial de M.
Duclos, prête à Mylord Stairs , Ambaſſadeur d'Angleterre
en France , le projet d'avoir apoſté trois
affaffins conduits par Douglas , Colonel Irlandois au
Service de France , pour tuer le Prétendant fur le
chemin de Nonancourt, Lorſqu'on avance de pareilles
imputations contre des hommes de ce caractère
, & qu'on les avance le premier, il faut citer ſes
preuves, ſes témoins , parce qu'on n'a pas le droit de
diſpoſer ainſi des réputations , ſans juſtifier mûrement
la hardieſſe d'une ſentence criminelle .
Il eſt affez fingulier que l'Auteur ne ſe ſouvienne
de cette maxime que pour contredire un
fait avéré , ſavoir , la cauſe de la mort de Clément
XIV. Cefont des calomnies , dit M. D. L. P. qui
fubfifteront probablement plus d'un jour comme des
vérités. Joſe le croire , d'après ces afſertions , auffi
✓peu inſtruit des circonstances qui ont fait périr Ganganelli&
de l'examen de ſon cadavre , que M.DuDE
FRANCE. 83
clos le fut de la maladie & de la mort de la Grande-
Ducheſſe de Ruffie. Il me feroit aiſe de prouver
cette opinion ſi la nature de ce Journal ne me forçoit
au filence.
Si M. D. L. P. a voulu amuſer ſes Lecteurs , il y
a réuſſi; s'il a voulu les inſtruire , il s'eſt trompé en
les trompant. Cette diſtinction eſſentielle qui a
échappé à toutes les Feuilles publiques mérite d'être
pefée , & je l'abandonne au jugement de tous les
Lecteurs ſages.
J'ai l'honneur d'être , &c. MALLET DU PAN.
Paris, ce 14 Mai 1785 .
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
PUISQUE UISQUE vous avez daigné faire uſage de la
Lettre que je vous ai adreſſée l'année dernière ſur
l'expofition de Tableaux , Études & Deſſins que les
Élèves de la Peinture font annuellement dans la
Place Dauphine, le jour de l'Octave de la Fête- Dieu,
j'espère , Meſſieurs , que vous daignerez encore admettre
dans votre Journal celle que j'ai l'honneur de
vous faire parvenir aujourd'hui . Toujours guidé par
les mêmes motifs , c'est- à- dire , plein du defir d'encourager
les jeunes gens , qui , au germe du talent ,
paroitlent joindre l'étude qui perfectionne , & l'ardeur
qui conduit aux fuccès , je parlerai avec beau
coup d'indulgence des productions que j'ai examinées.
Je ſuis éloignéde reſſembler à ces Amateurs dédaigneux,
qui voudroient ne fixer leur attentionque ſurdes
talens conſommés, ou à ces Maîtres ſuperbes, que leur
réputationpréſente diſtraitdu ſouvenir de leur foibleſſe
paflée , & qui oublient combien de fois ils ont bronché
dans la carrière avant d'y marcher d'un pas
ferme & affuré. Lorſque non oeil s'arrête fur les
Dj
84 MERCURE
Ouvrages de ceux qui , par le nom qu'ils ſe ſont faie
& le rang qu'ils tiennentdans les Arts , peuvent être
conſidéréscomme des modèles , il s'arme alors de
quelque ſévérité , &j'oſe indiquer tout haut les défauts
que j'y apperçois pour l'inſtruction du jeune
Artiſte qui peut s'égarer ſur la foi d'un grand nom ,
parce que ſon goût n'eſt pas encore formé ; mais
quandje regarde les Tableaux d'un Élève , j'y cherche
moins les taches qui néceſſairement doivent y
être fréquentes, que l'eſpérance, poſſible à conceveir,
defon talent futur . Tout dans la Nature eſt foible à
fon principe ; tout enſuite , depuis l'humble plante
que l'herbe cache à nos yeux juſqu'à l'homme qui
ſe croit le Roi du monde , ſe développe & ſe fortifie
par degrés. Il en eſt de même des talens. J'aime
mieux les voir s'avancer à pas meſurés , eſſayer prudemment
leurs forces , que de les voir s'élancer avec
audace , étaler des fruits précoces , & uſer dans leur
germe les moyens qui devoient leur donner de l'exiftence&
de l'énergie. C'eſt d'après ces réflexions que
je vais haſarder mon avis ſur une partie desTableaux
, Études ou Deſſins qui m'ont paru dignes
d'être remarqués à l'expofition de la Place Dauphine.
Mes regards ont d'abord été frappés de deux tableaux
de Mile Guéret, Le premier repréſente une
mère aſſiſe à côté de ſon fils malade, & faiſant
ſigne à quelqu'un , qui vraiſemblablement s'avance ,
de ne point faire de bruit. Le ſecond repréſente la
même femme les cheveux épars , & dans l'attitude
de la plus profonde douleur , fixant un oeil morne, -
fur le berceau vuide de ſon enfant mort. Ces deux
compoſitions , principalement la ſeconde , annoncent
de l'imagination ,& cette fenfibilité qui eſt te premier
ſoutien du talent , ſurtout dans les femmes.
Je defirerois pourtant que l'expreſſion des figures fût
plus déterminée , & que les proportions fuſſent plus,
DE FRANCE. 85
exactes. A côté du berceau. dont la petiteſſe annonce
que l'enfant auquel il ſervoit pouvoit avoir un an ou
quinze mois , on apperçoit un ſoulier propre à chauffer
un enfantde trois ans. On remarque le même
défautdans un bas qui a du ſervir au même enfant ,
& qui eſt ſuſpendu aux pieds du berceau. Quoi qu'il
en ſoit , & malgré d'autres taches fur leſquelles je
crois devoir garder le filence , Mile Guéret me paroît
mériterdegrands encouragemens . J'oſe lui promettre
des ſuccès fi elle perfectionne , par l'obſervation des
bons modèles , le talent qu'elle annonce d'une ma
nière fi intéreſſante.
Mlle Capet a fait ſes preuves depuis long- temps;
je ne vous dirai rien d'elle , parce que je pense qu'elle
devroit quitter le rang des Élèves.
J'ai diſtingué avec plaisir un portrait au paſtel ,
repréſentant une femme coëffée d'un chapeau de
paille. Il eſt de Mle Verrier. Le ton de couleur m'en
a paru fort bon ; le deſſin en eſt ſage & correct. Je
Jui reprocherois preſque d'être un peu froid : peutêtre
eft- ce la faute du modèle.
Je n'ai rien trouvé à reprendre dans un portrait
au pastel peint par Mile Ravenel. Ce portrait repréſente
un homme vêtu de noir & coëffé d'une perruque
ronde. La phyſionomie eft animée , elle eſt
vivante.
Trois tableaux de Mllele Roulx de la Ville , âgée
de 17 ans & demi , ont mérité l'attention des Amateurs.
Le premier , qui repréſente deux jeunes perfontes
, dont l'une eſt aſſiſe & l'autre debout à côté
d'elle, eſt compoſé difficilement. L'attitude de la
jeune perfonne qui eſt debout , eft contrainte &
même maniérée a la rigueur: j'ai été d'autant plus.
frappéde cedéfaut que l'attitude,de la perſonne affiſe
m'a parue d'une grande vérité. Je defirerois que
sette jeuue Artiſte, qui paroît s'occuper beaucoup des
donner de la régularité, aux traits de ſes figures.
86 MERCURE
s'occupât auſſi da ſoin de leur donner de l'âme; cè
qu'en termes de l'art , on appelle de la phyſionomie.
Le ſecond eſt un portrait à l'huile : les acceſſoires
annoncent un Homme de Lettres , ils font rendus
avec eſprit. La poſe eſt agréable , peut être le corps
eft- il un peu penché , mais la tête est bonne : elle
eſt du nombre de celles qui , par la vérité qu'on y
remarque , atteſtent une grande reſſemblance. La
troiſième eſt unetête d'étude au paſtel qui m'a ſemblé
être une Didon , au moins la couronne & le coftume
l'annoncent ils. L'expreffion de cette tête m'a ſingulièrement
plu . J'y ai trouvé un mélange de crainte
&d'eſpoir exprimé avec beaucoup de grâce. Le
plaifir que j'ai eu à la conſidérer eſt encore ſi vif
par le ſouvenir , qu'il m'interdit la faculté de parler
des petits défauts que j'y ai remarqués .
۱
1
Parmi un affez grand nombre de deſſins , j'en ai
diftingué un de Mile Vallain , repréſentant un jeune
Deffinateur le chapeau ſur la tête , & appuyé fur un
carton.Beaucoup de correction , d'eſprit & de vérité,
voilà lemérite de cette jolie compoſition , qui donne ,
àmon avis , de grandes eſpérances.
Les Payſages que MM. Duval frères ont expofés
cette année ſont très-ſupérieurs à ceux qu'ils
ont expoſés l'année dernière. Les progrès de M.
François Duval m'ont ſur - tout paru très-remarquables.
Un Payſage de M. Dupont m'a paru fort
louable. Le ton de la verdure eſt un peu prononcé;
mais ce Tableau m'a paru trop fraîchement
compoſé pour être , ſur cet objet , jugé à la rigueur.
M. Pequignot a étudié le Pouffin , on s'apperçoit
même qu'il a cherché à s'approprier ſon ſtyle. Je lui
obſerverai que quand on prend les grands Artiſtes
pour modèles il ne faut pas les fuivre trop ſervilement
, car alors on ne reſſemble pas à un imitateur,
on reffemble à un plagiaire.
DE FRANCE. 87
Deux Paysages de M. Gautier m'ont paru richement
compofés. J'y ai trouvé des réminiscences ; je
l'invite à s'obferver ſur cet article . Il annonce affez de
talens pour chercher à compoſer d'après lui-même ,
&àconfulter ſon génie.
M. de Gault a expoſé des Canées, dans leſquelles
on diftingue un fini précieux & fait pour le genre.
M. Duperreux , jeune Amateur âgé de vingt- deux
ans , s'eſt diftingué par plufieurs Tableaux , m'a- t-on
dit; je n'en ai pu appercevoir qu'un tant j'étois gêné
par la foule. C'eſt un Payſage remarquable par
T'heureux choix du ſite , par la manière dont il est
éclairé, &par le ton de la couleur.
M. le Chevalier de Lorimier ſoutient la réputation
qu'il s'eft faire comme Amateur ; mais j'ai été
fâchéde voir à côté de trois jolis Tableaux de ſa
compofition un Payſage d'un ſtyle ſec & d'un ton de
couleur très déſagréable. Je le prie de ſe ſouvenir
que la malignité des Artistes s'attache avec plus de
plaifir fur les productions foibles des Amateurs que
fur celles qui annoncent ou qui prouvent du talent.
J'oubliois de vous parler d'une tête de femme au
pastel de Mlle Falconnet. Il y a un fi fingulier contraſte
entre l'eſprit , les intentions agréables qu'on
remarque dans la phyſionomie , & les défauts du
buſte ſur lequel la tête eſt poſée , qu'on eſt tenté de
croire que ces deux parties de la compoſition ne font
pas de la même main. J'exhorte Mlle Falconnet à
foigner dorénavant ſes Tableaux dans leur enfemble&
dans leurs détails ; cette attention pourra détourner
les idées que fait naître une négligence auffi
décidée , & qui ne font rien moins que favorables à
un Élève dont on connoît le Maître .
Je m'arrête, Meſſieurs ; je ne veux vous entretenir
ni de ce que je n'ai pu voir qu'en paſſant , ni des Tableauxde
quelques Elèves qui n'ont pas répondu aux
eſpérances que leurs premiers Ouvrages avoient fait
88 MERCURE .
concevoir. J'obſervetai ſeulement que les Maîtres
devroient conſeiller à leurs Diſciples de ne rien expoſer
quand ils ne peuvent effrir à l'oeil de l'Amateur
que des compofitions abſolument médiocres.
C'eſt manquer au Public que de tâter ainſi ſon goût
par des ébouches in rmes & dignes de tapiffer les
murailles de nos Guinguetres. L'appliquerai ici , à ce
fujet , le vers connu de Boileau , qui me paroît
trouver naturellement ſa place :
Il n'est point de degré du médiocre au pire.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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l'Auteur , rue des Saints Pères , nº. 56 ; la Veuve
Duchefne, Libraire , rue Saint Jacques ; Delalain
jeune, Libraire , même rue , & chez les Libraires du
Palais Royal & du quai de Gêvres.
M. Jacquet , appliqué à la Chimie depuis ſa jeuneffe
, a voulu s'affurer de toutes les vertus & de
tous les vices qu'on attribuoit à l'Antimoine. Il
s'eſt attaché à lire tous les Auteurs qui traitent de
ceMinéral&de ſes qualités ; il a ſouvent répété
les Expériences qui étoient indiquées dans ces Livres;
il ena eſſayé de nouvelles , s'eft appuyé du ſentiment
des plus célèbres Chimiſtes , a ſuivi leurs procédés
dans toutes ſes opérations . a doublé , triplé
fon travail pour parvenir à l'évidence. Enfin , après
quatorze ans d'un travail affidu , il s'eſt élevé aux
plus grands fuccès. Cette Hiſtoire abrégée de l'An92
MERCURE
timoine , où l'on trouvera des faits très curieux , eſt
ſuivie du ſentiment des Médecins de la Faculré , &
de la manière de ſe ſervir de la nouvelle Préparation.
Paf l'Extrait des Regiſtres de la Société de Médecine,
inféré dans l'Ouvrage que nous annonçons ,
on voit clairement que le Public peut donnet toute
ſa confiance aux Pilules Antimoniées.
ESSAI fur différentes espèces d'air fixe ou de
gaz, pour fervir de Site & de Supplément aux
Elemens Physiques du même Auteur, par M. Sigaud
de la Fond , ancien Dénonitrateur de Phyſique Expérimentale
de l'Univerſité , de la Société Royale
des Sciences de Montpellier, des Académies de Saint-
Pétersbourg , & c. rouvelle Édition , revue & augmentée
, par M. Rouland , Profeſſeur de Phyfique
Expérimentale , & Démonftrateur en l'Univerſité de
Paris , Volume in - 8 °. Prix , s liv. broché. A
Paris , chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur-Libraire ,
au bas de la rue de la Harpe.
CetEſſai étoit déjà réputé un bon Ouvrage en
1779. Les Expériences & les Découvertes qu'on a
faites depuis cette époque devoient fournir de nouvelles
lumières , & M. Rouland , en l'enrichiiſant de
ſes connoiffances, en a augmenté le prix & le mérite .
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tirée de l'Italien au Cardinal Sforce Pallavicini ,
dédiée à MONSIEUR , par M. l'Abbé Parmentier
fon Secrétaire ordinaire , & Aumônier de ſa Vénerie.
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR , chez
Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue S. Jacques,
vis-à vis la rue des Mathurins.
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commencé par Chafran Macret , & terminé par
DE FRANCE.
93
H Guttenberg , 1785. Prix , 6 liv. A Paris , chez
la Veuve Macret , rue des Foſſés de M. le Prince ,
au coin de celle de Touraine , maiſon de M. Duhamel
, Bijoutier.
La Fontaine conduit par Phèdre & couronné par
Efope. On remarque aflis ſur le devant , Laure &
Pétrarque ; près d'eux ſont debout Pline & Virgile ;
au milieu, ſur le ſecond plan, la Reine de Navarre &
Bocace; pluſieurs Génies portent les OEuvres de La
Fontaine ; à ſes pieds font les animaux qu'il a fi
bienfait parler.
Cette belle Eftampe fair ſuite à celles de Voltaire
&de Rouffeau aux Champs Elysées. Les Amateurs
trouveront un très- beau Deſſin à la même Adreſſe .
La Coquette fixée , peinte par Fragonard , Peintre
du Roi , gravée à l'eau forte par J. Couché ,
terminéepar Dambrun. A Paris , chez J. Couché ,
Graveur , rue Sainte Hyacinthe , nº. 51. Prix ,
3 liv.
CINQUIÈME Livraiſon des Estampes pour les
OEuvres de Voltaire , in- 8 " . , dédiée a S. A. R.
Mgr. le Prince de Pruffe.
,
Cette Livraiſon est composée , comme les précédentes
, de dix Eltampes. Trois repréſentent les
Portraits de Louis XV d'après L. M. Vanico , du
Roi de Pruſſe Frédéric II, d'après Amédée Vantoo
& de Charles XII d'après un Tableau du Cabinet
du Roi . Les trois Graveurs de ces Portraits , MM.
Foſſeyeux , Langlois & Tardieu , s'y ſont diſtingués.
Leur burin a de la fermeté & de la vigueur. Ils
font eſpérer de grands Artiſtes dans ce genre.
Les ſept autres Estampes font pour les Pièces de
Théâtre : Adélaïde du Guesclin , le Droit du Seigneur,
Charlot, Zulime , les Loix de Minos, le
Temple de la Gloire & la Mort de Socrate. MM.
94
MERCURE
Simonet, Longueil , Dambrun , Delignon , Halbon
& Duclos , Graveurs , ont exécuté avec beaucoup
d'eſprit les deſſins de M. Moreau le jeune , Auteur
de cet Ouvrage , qui devient de plus en plus intéreſfant
par la variété des compoſitions & le travail
précieux des Estampes.
Il paroît que la réputation de cet Artiſte paſſe
avec gloire & avec eſtime chez l'Étranger , puifqu'un
Prince , ami des Arts , S. A. R. Frédéric
Guillaume, Prince Royal de Pruſſe , a bien vou'n
lui donner des témoignages flatteurs de ſa bienveillance
en l'honorant de la qualité de Conſeiller de
✓ Cour , & de Graveur & Deffinateur auprès de ſa
Perſonne, avec la jouiſſance des Privilèges attribués
àcette qualité.
On foufcrit pour ces Estampes, à Paris , chez M.
Morcan le jeune , Deſſinateur & Graveur du Cabinet
du Roi , rue du Coq- Saint-Honoré , & chez les
principaux Libraires de la France & de l'Europe.
Nota. Cet Artiſte s'étoit engagé par ſon Profpectus
à faire la remiſe des 24 liv. pour la ſouſcription
ſur les trois dernières Livraiſons. Il a jugé plus
convenable de la faire fur les fix dernières , à commencer
par celle qui vient de paroître ; elle fera
done, ainſi que celles qui vont ſuivre , du prix de
6liv . au lieu de to liv.
1
ou
,
BIBLIOTHEQUE Phyſico-Economique , inftructive
& amusante , troisième & quatrieme années
années 1784 & 1785 , contenant des Mémoires &
Obſervations-Pratiques ſur l'Economie Ruſtique
fur les nouvelles Découvertes les plus intéreſſantes
defcription de nouvelles Machines inventées pour
la perfection des Arts utiles & agréables , &c. On y
a joint nombre de Remèdes-Pratiques & Procédés
découverts récemment fur les maladies des hommes
&des animaux , ſur l'économie doneſtique , & en
DE FRANCE.
&
général ſur tous les objets d'agrément & d'utilité
dans la vie , 2 Vol. in- 12 de 400 pages chacun ,
avec des Planches en taille- douce , ſeconde Edition.
On s'adreſſe à Paris à M. Buiſſon , hôtel de Mégrigny,
rue des Poitevins, nº. 13. Cet Ouvrage forme
actuellement quatre Volumes ou années 1782 , 83 ,
84, 85 , dont le prix eſt de 2 liv. 12 ſols chacun
rendu francde port par la poſte. On les vend enſemble
оц ſéparément. L'argent & la lettre d'avis
doivent être affranchis .
La première Edition de ces deux derniers Volumes
eftàpeine imprimée que la ſeconde paroît , ce qui
prouve que le Public continue à recevoir ce Recueil
avecplaifir. On y trouve en effet des objets nou .
veaux & d'une utilité journalière en Agriculture ,
Economie Rurale & Civile , Arts , Manufactures ,
Médecine des hommes & des animaux , &c &c.
EXTRAIT de la Correspondance de la Société
Royale de Médecine , relativement au Magnétisme
Animal, par M. Thourat , imprimé par ordre du Roi.
Ce Recueil , qui eſt le réſumé des Lettres & Obſervations
adreſſées des Provinces à la Société
Royale par des Médecins & autres, fournit un
faifceaudetraits contre le Magnétiſme.
SUITE & grand Suceès de mon Expérience à
Belleville , Banlieue de Paris , par M. Maupin ,
ancien Valet-de-chambre de la feue Reine , Brochure
de 14 pages, A Paris , chez l'Auteur , rue du
Pont- aux-Choux , au petit hôtel de Poitou.
M. Maupin , après s'être long - temps occupé
d'objets utiles , & en avoir entretenu le Public , fait
ſes adieux par cette Brochure , & annonce la réduction
du prix des Ouvrages qu'il a publiés juſqu'à
préſent , réduction qui n'aura pourtant lieu que du
21 Marsjuſqu'au 21 Juin de la même année.
96 MERCURE
Six Sonates en Duo pour deux Violons , compoſées
pour les jeunes Élèves par M. Bertin ,
OEuvre V. Prix , 6 liv. A Lyon , chez Cartaud , Libraire
& Marchand de Muſique , Place de la Comédie
; & à Paris , chez Cornouailles , rue Saint
Julien- le-Pauvre , nº . 3 .
PARTITION d'Alexis & Juftine , Comédie Lyrique
en deux Actes , paroles de M. Monvel , Mutique
de M. D. Z. Prix , 24livres , & les parties ſéparées
12 liv. A Paris , chez M. Verdun , rue de Tournon ,
n°. 17 , & chez. M. Haguet, rue de Marivaux,
maifon du Marchand Papetier.
Nous croyons que cette Pièce , compoſée de
morceaux d'un chant très-heureux & pleins d'effet ,
doitjuſtifier à la lecture le ſuccès qu'elle a eu à la
repréſentation.
TABLE.
i
Amon Médecin ,
VERS faits à Vaucluse, 49 Joseph de Vendôme , 55
52 Lettres au Rédacteur duMer-
Charade , Enigme & Logo cure , 73 , 83
gryphe, so Annonces & Notices , 88
Eloge Historique de Louis-
JAI lu
APPROBATION.
,par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 11 Juin 1785. Je n'y
ai tien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 10 Juin 1986. RAULIN.
7
!
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 19 Mai.
E canal creuſé dans le Duché de Holf-
L ✓
tein ,
pour ouvrir une communication
entre la Baltique & la mer du Nord , eſt
achevé , comme nous l'avons rapporté précédemment.
Il intéreſſe infiniment & les
Danois & les étrangers , en épargnant le
trajet par le Cattégat & par le Sund ; trajet
difficile& très-fréquenté. Le Roi de Danemarck
vient de rendre une Ordonnance du
5 Mai dernier , qui laiſſe aux navires étrangers
de toutes nations , le libre paſſage de
ce canal intérieur , moyennant un droit de
tranfit , pendant l'eſpace de ſix années : con.
cellion momentanée & nullement obligatoire
; S. M. ſe réſervant de la limiter ou de
la fupprimer , ſi beſoin eſt , en 1791 .
On compre actuellement 31 Bâtimens nationaux
, qui font aux Indes orientales pour y faire
N°. 24 , 11 Juin 1785. C
( 50 )
le commerce. La compagnie Aſiatique en attend
5 de la Chine & 4 de l'Inde ; la Compagnie des
Indes Occidentales , 3 de l'Inde , celle de la Baltiquer
, celle du Canal 1 , & diverſes maiſons de
commerce en attendent 16.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 26 Mai.
On continue à parler de grands préparatifs
à Conſtantinople , d'une armée qui doit
camper au printemps, d'ordres envoyés pour
s'aſſurer de l'attirail néceſſaire. Le Capitan
Pacha eſt deſtiné , ſelon les mêmes bruits ,
à croifer dans l'Archipel , & le Seraskier de
Bender , campé près d'Iſmailow , doit marcher
à Sophie , afin de ſe rapprocher des
frontieres de la Boſnie.
On raconte qu'il eſt arrivé d'Aſie à Conftantinople
une Géante de fix aulnes , ce qui
ne détermine point ſa hauteur , vu qu'on
ne déſigne point l'eſpece d'aulne dont on
s'eſt ſervi pour la meſurer. Si cette aulne
eſt le Pichys d'uſage en Turquie , qui eſt à
l'aulne de France dans le rapport de 3 às ,
cette Géante feroitune jolie perſonne d'environ
12 à 13 pieds de haut. On lui donne
pour cortege une troupe de muſiciens , de
faltimbanques & de comédiens François.
DesGrecs ayant aſſiſté à l'une des repréſentations
de cette bande , le Patriarche les
excommunia le lendemain.
Quelques voitures chargées de draps &
( 31 )
d'autres marchandiſes étrangeres , à l'uſage
de la maiſon du Roi de Pologne, étant arrivées
à Var ovie , ce Prince a fait acquitter
les droits de douane , comme un ſimple
particulier , afin de donner aux Magnats
l'exemple de l'obéiſſance aux dernieres Ordonnances
de la Diete.
Fin de la Differtation ſur la population des
Etats Prufſiens , par M. de Hertzberg.
Lorſque le Roi morta ſur le trône , en 1740 ,
la population totale de ſes états montoit à deux
millions deux cent quarante-deux mille têtes. Si
l'on y ajoute deux millions pour la population
de la Siléſie , de la Pruſſe occidentale & de l'Oftfriſe
, comme les trois provinces que le Roi a
acquiſes , & qu'on déduiſe ces deux millions de
la fomme totale de fix millions , il en réſultera ,
pour l'augmentetion intérieure de la population
des anciennes provinces , le nombre d'un million
ſept cent mille , ce qui fait preſque le double
de l'ancienne population , & en y ajoutant les
nouvelles provinces , elle a été preſque triplée
ſous le regne du Roi. Nous pouvons eſpérer que
cet accroiffement de la monarchie Pruſſienne continuera
encore long-temps dans la même proportion
ſous le regne du Roi , & ſous celui que nous
pouvons attendre de ſes ſucceſſeurs. Il eſt auffi
poſſible , puiſque les 3600 milles quarrés d'Allemagne
que la monarchie Pruſſienne contient ,
ont 1667 habitans ſur un mille quarré ; population
, qui eſt déjà fort grande pour un état médiocrement
fertile, & ſupérieure à celle de plufieurs
autres Royaumes de l'Europe ; mais qui
laiſſe pourtant encore des places ſuffiſantes pour
une population plus grande. Cette eſpérance eft
encore augmentée , outre ce grand nombre de
C2
( 52 )
raiſons déjà alléguées, par legrand excédent des
naiſſances ſur les morts , que nous obſervons dans
les liftes annuelles. Cet excédent a été dans l'année
paflée de 59000 naiſſances ; & il doit naturellement
augmenter progreſſivement la population
, fi elle n'eſt pas arrêtée par quelque grande
mortalité.
Je puis encore faire cette obſervation agréable
pour un patriote , que les états Pruffiens
fourniffent un excédent de naiſſances fur les
morts , beaucoup ſupérieur à celui de pluſieurs
autres états connus. Par exemple , le Dannemarck
n'a eu l'année paſſée ſur 66000 naiſſances qu'un
furplus de 9000 naiſſances ſur les morts ; & la
France , qui , ſelon le calcul de M. Moheau ,
doit avoir 24 millions d'habitans , 929000 naifſances
& 793000 morts , n'a eu qu'un excédent
de naiſſancesde 136000. Or, les états Pruffiens
ayant eu fur 6 millions d'habitans un ſurplus de
$9000 naiſſances , ils ont eu un excédent de naiffances
deux fois plus grand que la France , &
par conséquent un progrès de population dans la
même proportion. Voilà un nombre d'obſervations,
auffi conftatées qu'il eſt poſſible en pareille
matiere , mais que le temps ne m'a permis que
d'eſquiſſer , & qui offrent pourtant une agréable
perſpective aux vrais amateurs de la patrie.
M. de Hertzberg préſente enfuite le tableau
des ſommes qu'adiſtribué le Roi en
1784 , & dont la valeur monte à 2,236,156
écus d'Allemagne. Ce Miniſtre finit par les
réflexions ſuivantes qu'il eſt bon de connoître
en tout pays.
Je crois ne pas faire tort à l'Etat , ni trahir ſes
ſecrets , en publiant des faits notoires chez nous,
&qui ferventàhonorer le Gouvernement , &à
( 53 )
:
faire connoître davantage ſa bonté , ſa force&
ſon nerf. On reconnoît de plus en plus , que
lagrande politique ne conſiſte pas dans le myſtere,
dont lesGouvernement ſe couvroient jadis ; mais
que ceux , qui agiſſent à découvert , avec publicité&
franchiſe , gagnent beaucoup plus la confiancedes
ſujets & des voiſins. Voilà , puiſqu'il
faut juſtifier quelquefois les actions les plus innocentes
, les véritables & ſeules raiſons qui m'ont
engagé à publier ces mémoires. Mon but eſtde
faire voir à d'autres Souverains & à la poſtérité
, par d'autres exemples auſſi rares qu'inſtructifs
, ce qu'un bon Prince peut & doit faire pour
procurer & pour aſſurer à ſa nation toute la profpérité
dont elle eſt ſuſceptible. Mon ſecond &
principal but eſtde faire connoître aux patriotes
& à tous ceux qui s'y intéreſſent , par quels
moyens notre grand Roi eſt parvenu àdonner à
fon Etat , auſſi médiocre en étendue que pour la
qualité du terroir ,un degré de puiſſance , qui le
met de niveau avec les premieres Monarchies de
l'Europe , à lui aſſurer une conſiſtance permanente,
auffi long - temps qu'on obſervera les mêmes
regles de Gouvernement ,&à lui faire jouer
ce rôle brillant , quoique dangereux & difficile ,
qu'il eſt obligé de foutenir dans la poſition locale
de laMonarchie Pruffienne , pour ſa propre conſervation&
pour celle de l'équilibrede l'Allemagne
&de l'Europe. Je crois que desobſervations de ce
genre , faites & publiées d'une maniere qui ne
bleſſe ni les intérêts ni la délicateſſe de perſonne ,
peuvent contribuer à élever l'ame des patriotes
pruffiens&à leur inſpirer ainſi qu'aux amis de la
Pruſſe , de la confiance en une Puiſſance qui ne
veut& ne peut même , par ſon intérêt & ſa pofition
, emplover ſes forces que pour foutenir la
juſtice & la sûreté générale , &c.
€3
( 54 )
D'après un état préſenté l'année derniere
à la Diete de Grodno , l'armée eſt compoſée
actuellement de 17,649 hommes , dont
13,272 pour l'armée de Pologne, & 4,377
pour celle de Lithuanie.
Indépendamment des 30,000 hommes de
troupes Ruffes , qui ſe ſont aſſemblées ſur
les frontieres de Finlande , pluſieurs régimens
de Coſaques ont encore reçu l'ordre
de s'y rendre.
La derniere débacle de la glace a emporté
d'ici plus de 2000 mâts , & une
grande quantité d'autres eſpeces de bois.
Les magaſins de chanvre ont auſſi ſouffert
à cette occaſion.
La Cour de Suede vient d'envoyer aux
Miniſtres étrangers , réſidant ici , la convention
conclue à Verſailles , le 1 Juillet de
l'année derniere avec la Cour de France ,
concernant l'entrepôt des marchandifes
Françoiſes à Gothembourg , & la ceſſionde
l'ifle de S. Barthelemi , &c. L'état qu'on
vient de lever de la population actuelle de
Gothembourg la porte à 12,783 perſonnes.
DE BERLIN , le 26 Mai.
LeRoi, accompagné du prince de Pruſſe,
arriva ici le 20 de Potsdam , & paſſa en revuedevant
la porte de Hall les régimens
d'infanterie du prince Henri , du prince Ferdinand
, du prince Léopold de Brunswick ,
de Wunſch , de Koniz , les cuiraſſiers de
Bakhof, & le régiment de Kowalzky.
( 55 )
Ce Monarque partira inceſſamment pour
Magdebourg , où il paſſera les troupes en
revue ; & reviendra le 28. Le 1 Juin ,
il ira à Cuſtrin , le 2 à Stargard , les à
Koniz , le 6 à Graudenz , & le 7 au camp
qui s'aſſemble près de Mokerau. Le retour
de S. M. à Potsdam eſt fixé au 12 .
On a fait partir de Berlin pour la fortereſſe
de Graudenz dans la Pruſſe , des tranfports
conſidérables d'artillerie & d'autres
municions de guerre ; & il a été envoyé des
ordres dans la Siléſie du côté des montagnes
pour y conſtruire des bâtimens , dans lefquels
on pourra loger des troupes légeres.
Les héritiers du feu ſieur Wilkens , Inſpecteur
à Cotbus dans la Baſſe- Luſau offrent aux amateurs
de l'Hiſtoire naturelle une collection éten .
due& très-précieuſe d'objets tirés des trois regnes
de cette hiſtoire. Le nombre des minéraux , des
pierres, des petrifications , des coquilles , des coraux
, des inſectes & des plantes maritimes eff
conſidérable , & beaucoup d'objets du regne ani
mal ſont conſervés dans de l'eſprit-de-vin. Cette
collection eſt claſſée d'après les meilleurs ſyſtêmes
de peur que rien ne manque à la perfection de ce
Cabinet. Feu le ſeur Wilkens en a fait un Catalogue
raiſonnéde 10 volumes in-folio. Le prix de
ce Cabinet eſt de mille ducats.
DE VIENNE , le 27 Mai.
Suivant des lettres de Clagenfurth , une
partie de la grande chauffée , établie le long
du lac de Wert, s'écroula tout à coup le
C4
( 56 )
28 du mois dernier , & s'abîma dans le
lac. Trois voituriers furent témoins de l'événement
, ſans en recevoir aucun dommage.
L'enfoncement offre deux braſſes de
profondeur.
L'Empereur defirant faciliter les communications
& les tranſports de la Carniole &
de la Croatie avec l'Iſtrie Autrichienne & le
Golfe Adriatique , vient d'ordonner deux
nouvelles routes en cette contrée ; l'une de
Zeng à Novi ; l'autre de Fiume à Laybach .
Cette derniere épargnera les longs détours
qu'on étoit obligé de faire au travers des
montagnes .
Les modifications apportées depuis quelque
temps à l'ancienne dépendance de la
Preſſe , a multiplié à l'excès les auteurs , les
libraires & es imprimeurs. Beaucoup d'ouvrages
clandeſtins ont été le fruit de cette
demi tolérance; & l'on imagine en prévenir
les abus , en ordonnant , comme on
vient de le faire , la plus grande ſévérité
dans les recherches & dans la police ſur cet
objet.
Deux Conſeillers Auliques ont été caſſés
publiquement , comme indignes de leurs
places , par leurs, dettes &par leur inconduite.
On a expulſé pareillement une cantatrice
de l'Opéra , dont le débordement
avoit allarmé pluſieurs familles diſtinguées.
Le Cardinal Migazzi , Archevêque de
cette métropole , a eſſuyé quelques déſagrémens
aſſez vifs , dont on raconte ainſi &
l'occafion & la nature.
( 57 )
C«C Il avoitparu, enAvril dernier, une brochure
allemande intitulée : La Deſtraction des Jésuites
Miffionaires à la Chine , dans laquelle l'Auteur
tournoit en ridicule les myſteres & les dogmes de
la Religion Catholique-Romaine , en mettant
cetteſatyredans la bouche de l'Empereur Chinois
&de ſes Mandarins. La commiſſion de la cenſure
trouva dans un ballot d'autres livres venant de
l'étranger , 4 exemplaires de la brochure en queftion
, les confiſqua , & en défendit l'introduction
ultérieure. Mais , comme en vertu du réglement ,
établi même du temps de feue l'Impératrice , on
ne doit point refuſer ces fortesde livres à des pers
ſonnes diftinguées , lorſqu'elles les demandent
pour leur uſage , par un billet ſigné de leur main ,
la commiſſion en avoit accordé ainſi deux exemplaires.
On aſſure que le Vicaire du Cardinal ,
connu par un zele indiſcret , ayant eu ce libelle ,
alla pleurer aux pieds de S. E. , lui repréſentant
laReligion comme étantdans le plus grand danger.
Le Cardinal lut le livre , en fitdes plaintes au
Grand-Chancelier de Bohême , l'engagea à le lire
auſſi , & ayant été le trouver quelques jours après,
le vit perfuadé qu'un pareil livre ne devoit point
être permis. Là-deſſus , S. E. ayant dit auGrand-
Chancelier qu'il alloit immédiatement aux pieds
de S. M. I. , le pria de lui prêter la brochure pour
la faire voir au Souverain; ce qui lui fut poliment
accordé. Il eſt réſulté de cette démarche une tracaſſerie
attribuée peut-être fauſſement au Cardinal
; mais qui lui a fait encourir la diſgrace de Sa
Maj. Imp.
Lemontant de la caiſſe des pauvres, à la
fin d'Avril , étoit de 18,956 florins , dont
9,078 ont été diſtribués parmi les penſionnaires
de l'Inftitut . Leur nombre monte actuellement
à 5,536. CS
( 58 )
Des lettres du diſtrict d'Arad , du 1 Mai ,
contiennentdesdétails déplorablesdes dégats
cauſés par le débordement de la riviere de
Maros. Les pauvres habitans ſont dans la
plus grande miſere ; ils ont perdu un grand
nombre de leurs bêtes à corne & preſque
tous leurs moutons.
L'Empereur a nommé le Comte de
Trautmanſdorf , Miniſtre plénipotentiaire
auprès de la Cour Electorale de Mayence
& des princes & Etats des cercles du haut
Rhin &de Franconie , & le Comte Joſeph
de Seilern , Miniſtre Electoral de Bohême
près de la Diete générale de l'Empire.
LaGarniſon de cette Capitale eſt compoſée actuellement
de 10,050 hommes , ſavoir , du ſecond
Régiment d'Artillerie à l'exception d'une divifion
qui eſt à Eberſdorf, du Régiment de Charles de
Toſcane , d'un bataillon du Régiment de Ferdinand
de Toſcane , d'un bataillon du Régiment
de Pélégrini , des troiſiemes bataillons des Régimens
de Preiſs &de Teutſchmeiſter , de 2 bataillons
de Grenadiers , d'une diviſion de Cuirafſiers
de Meklenbourg , & de 2 Corps d'Uhlans.
Des lettres de Conſtantinople portent qu'on y
arme une eſcadre qui , ſous les ordres du Capitan
Pacha , croiſera dans l'Archipel , & qu'un corps
de troupes , qui campoit près d'Ibrailow , avoit reçu
l'ordre de ſe rendre à Sophie.
Par un decret , daté du 29 Avril , l'Empereur
a nommé les membres qui compoferont
le nouveau confiſtoire des Proteftans
de la confeſſion d'Augsbourg ; ce font le
Comte d'Aversperg , Préfident , les fleurs
Fok& Enopf, Miniſtres de la communauté
( 59 )
des Proteſtans de cette confeſſion dans cette
ville; le Baron de Lariſch , & les ſieurs de
Bludonsky & de Carwinsky .
Les Proteſtans de la Confeſſion Helvétitique
auront auſſi inceſſamment un confiftoire
particulier dans cette capitale.
DE FRANCFORT , le 1 Juin.
La Gazette de Munich , du 17 Mai , s'eſt
expliquée ſur l'échange éventuel de la Baviere
, dans un paragraphe qui a donné lieu
à beaucoup de réflexions. En voici le contenu
:
>>On s'étoit flatté juſqu'ici que les ſpéculateurs
politiques , & les écrivains de papiers publics ſe
ſeroient enfin laſſés de débiter leur fable d'un
prétendu échange de la Baviere , & qu'ils ſe ſeroient
aviſé d'en forger une autre pour amuſer
leurs lecteurs ; mais envain. Ils continuent hardiment
d'inſulter à une nation indépendante , ainſi
qu'à l'auguſte Prince qui la gouverne. Le démenti
public & formel qu'on a cru devoir donner
dans cette feuille aux faux bruits que ces fabulißes
ſe ſont plu d'accréditer , eût dû , à la vé
rité, comme on s'y attendoit , les faire revenir
de leur erreur & les engager à ſe retracter ſur
l'impoſture qu'ils venoient de répandre , s'ils eufſent
conſulté leur bon ſens & les égards qu'ils
doivent au public & aux illuftres perſonnages
qu'ils ont fi indignement compromis. En effet ,
cette nouvelle ne pouvoit leur avoir été ſuggérée
que par un traître ou par un impofteur : &
afſurément ni l'un ni l'autre ne mérite d'être
cru ſur ſa propre parole, Cependant nos nouvel
сб
( 60 )
liftes prévenus , qui diſpoſent à leur gré des
états de notre Souverain , en les échangeant comme
s'il ne s'agiſſoit que de la permutation d'une
métairie , ont à peine appris le départ de notre
ſéréniffime Electeur pour Manheim , qu'ils ſe
ſont évertués de nouveau à donner une aparence
de vérité & de probabilité à leurs idées creuſes ,
en les accompagnant de nouvelles circonstances
qui ne laiſſoient plus aucun doute , ſelon eux ,
ſur ce qu'ils avoient avancé ; telle que la marche
du régiment des gardes de S. A. E. qui devoit
ſuivre inceſſamment l'Electeur dans ſon ansienne
réſidence , &c. &c. C'eſt ainſi qu'ils ont
abuſé juſqu'ici de la crédulité de cette partie du
public qui aime à ſe repaître de chimeres & à
ſe faire illufion , ſurtout en matiere de politique
; & que , pour le déſabuſer & nous juftifier
du reproche qu'on pourroit nous faire d'avoir
gardé fi long-temps le filence ſur toutes les rêveries
que ces écrivains téméraires ont répandues
au ſujetde la Baviere , nous avons cru enfin devoir,
une fois pour toutes , trancher le mot , en
diſant à ces impofteurs : Vous en avezmenti «.
L'Evêque d'Hildesheim a eſſuyé dernierement
un accident qui a fait craindre pour
ſa vie.
Quoique les Gazettes affectent de contredire
les préparatifs militaires très réels qui ſe
font en Pruſſe , & la levée de huit bataillons
francs , la choſe n'en est pas moins parfaitement
certaine.
Il ne l'eſt point du tout que le gouvernement
de Veniſe ait fait piller une loge de
Francs Maçons , dont on a brûlé les meubles
, & exilé les chefs , ainſi qu'on le rapporte
dans pluſieurs Feuilles publiques.
( 61 )
Un papier public porte à 30,000 le nombre
des nouveaux colons répartis dans la
Hongrie & dans les provinces incorporées .
On fait que l'Empereur a accordé à une Société
, ſous la direction du ſieur de Sauvaigne , la permiſſion
d'établir un Raffinerie de ſucre à Clofter-
Neubourg. Le fonds de cette Société eſt de cinquante
milles florins , qui font répartis en 50 actions
de 500 florins chacune ,& en 100 actions de
250 florins. Il a été permis à cette Compagnie
d'importer 400 quintaux de ſucre brut ſans en
payer aucunsdroits.
ITALI Ε.
DE BOLOGNE , le 15 Mai.
On aſſure qu'outre Parme & Milan , le
Roi de Naples verra auſſi Turin. Le gouvernement
de Veniſea , dit- on , invité ce
Monarque à venir viſiter cette République.
Le Chevalier Hamilton , Miniſtre d'Angletetre
à Naples , profite de l'abſence
du Souverain , pour faire un voyage au
Mont Caffin & dans d'autres lieux remarquables
de ce royaume.
On a commencé à Veniſe les recherches
contre les ſcélérats qui avoient conçu le
projet de réduire l'arſenal en cendres. Les
ſoupçons ſont tombés ſur deux étrangers ,
qui depuis pluſieurs années ſervoient dans
l'arſenal en qualité de portefaix. On préfume
que ces ſoupçons étoient juſtement fonparce
que ces deux prifonniers , du
lieu où ils avoient été enfermés d'abord, ont
été transférés dans des cachots.
dés
,
( 62 )
DE PISE , le 11 Mai.
Le Roi & la Reine de Naples , accompagnés
du Grand-Duc & de la Grande-Ducheſſe
, arriverent en cette ville avant-hier ,
à une heure après - midi. Ils furent reçus avec
les plus vives acclamations & au bruit d'une
décharge d'artillerie. L'Archidue Ferdinand ,
Gouverneur du Milanais , arriva le même
jour , & quelques minutes ſeulement avant
le Roi de Naples. Il fit ſon entrée par la
porte de Lucques , où il fut reçu par S. E.
le Comte de Thurn , Grand Majordome.
Le lendemain matin il y eut appartement
à la Cour, & dans la ſoirée, la cérémonie du
Cartel de défi entre les deux partis du Nord
& du Midi de la ville. Un concours immenſe
de peuple occupoit toutes les avenues
du pont.
On appréhendoit que le Jeu du Pont ne fût
différé de quelques jours , à cauſe de la pluie
qui ſurvint le lendemain; mais le tems s'étant
remis au beau vers le midi , le Grand Duc ordonna
les préparatifs couvenables. La Cour s'é
tant placée dans l'endroit qui lui étoit deſtiné ,
les troupes des deux partis défilerent de leurs
camps reſpectifs & furent pallées en revue. Enfin
le ſignal en ayant été donné , l'action s'engagea
,& continua avec quelque acharnement jufqu'à
la concluſion de ce fimulacre de combat. La
victoire ſe décida en faveur du parti du midi or
de S. Antoine. Elle doit être célébrée par de no
velles fêtes qui ſe préparent en ce moment.
( 63 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 28 Mai.
Suivant les lettres apportées de la Jamaïque
par le paquebot le Portland , les habitans
de cette ifle paroiſſent craindre que le
démêlé avec les Eſpagnols ſur la côte des
Moſquites ne devienne très-ſérieux . L'Amiral
Innes a aſſiſté , depuis ſon arrivée , à pluſieurs
délibérations du Conſeil ; ſes inſtructions
lui enjoignant , dit - on , de foutenir
ouvertement les Anglois établis ſur la côte
des Moſquites. Il eſt actuellement occupé à
raſſembler tous les vaiſſeaux qui ſe trouvent
à la Jamaïque , & les troupes dont
cette ifle peut ſe paſſer , pour aller au ſecours
de nos colons , dans le cas où le Gouverneur
Eſpagnol commenceroit les hoftilités .
En attendant , l'on a expédié pour Black'River
deux Schooners chargés de provifions.
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
ont reçu le 20 , des dépêches de M.
Haſtings , datées du mois de Décembre dernier.
Ce gouverneur leur témoigne fa furpriſede
leur filence , relativement à lanomination
de ſon ſucceſſeur. Il eſpere que le
premier paquebos lui apportera la nouvelle
de cet événement qu'il deſire depuis longtemps.
Il ajoute avoir arrêté ſon paſſage à
bord du Barrington , vaiſſeau de la Compa
gnie; ſa ſanté ne lui permettant plus de
( 64 )
remplir les fonctions de ſa place dans toute
leur étendue. Eufin il aſſure que ne voulant
rien faire de déſagréable aux Directeurs , il
attendra l'arrivée du premier paquebot , &
que ſi les Directeurs ont accepté ſa démiſfion,
ouy ont conſenti tacitement , il s'embarquera
, dès que le Barrington fera prêt
à appareiller. Dans ce cas , il remettroit le
gouvernement à M. Macpherson , le plus
ancien membre du Conſeil ſuprême , &
Couſindu traducteur d'Oſſian .
La quantité de thé & d'autres marchandiſes
chargées ſur les vaiſſeaux de la Compagnie
des Indes , eſt ſi conſidérable , qu'on
a été obligé de louer de nouveaux magaſins
pour les recevoir.
Les Détailleurs de Londres ſe ſont aſſemblés
le 22 à Westminster- Hall , pour aviſer aux meilleurs
moyens de faire rejetter la taxe qui les
concerne. Les arrêtés pris en cette occafion contiennent
en ſubſtance que la taxe ſur les maiſons ,
celle ſur les fenêtres , celle ſur les quittances &
autres, ne peſoient déja que trop ſur les Détailleurs
; qu'en conféquence , on ne pouvoit les afſujettir
àde nouvelles taxes , ſans commettre la
plus grande injustice ; que le Lord Hood & M.
Fox ſeroient chargés d'expoſer leurs griefs à la
Chambre desCommunes , & de s'oppoſer de tout
leur pouvoir à l'admiffion de cette taxe.
Dans la ſéance de la Chambre des Com
munes le 23 on fit la ſeconde lecture du
bill qui doit établir cette taxe ſur les boutiques.
Les principales objections , élevées contre ceze
( 65 )
impoſition, furent qu'elle ne ſeroit point payée
par le conſommateur , comme on l'avoit prétendu
; qu'elle ſeroit infiniment onéreuſe aux
petits détailleurs ; qu'il auroit été beaucoup plus
ſage de la faire ſupporter aux riches négocians&
auxBanquiers. On propoſa de la remplacer par
une taxe ſur les Procureurs , ou fur les bâtiſſes ,
ou ſur les cartes à jouer , ou enfin par un droit
additionnel ſur les maiſons, Ces diverſes idées
ne furent point goûtées par M. Pitt qui s'attacha
à faire voir l'impropriété des taxes qu'on
vouloit ſubſtituer à celle ci . La Chambre étant
allée aux voix , il y en eut 142 pour , & si contre
cette taxe .
La taxe ſur les ſervantes a ſubi pluſieurs
changemens. Toutes celles qui n'auront pas
encore atteint l'âge de 15 ans , en feront
exemptes , ainſi que les ſervantes des fermiers
& des laitieres. On imagine que le
Bill qui établit cette taxe , recevra encore
des modifications , avant d'être mis en comité.
:
1.'Irlande voudroit qu'on lui facrifiât le
commerce & les manufactures de l'Angleterre;
l'Angleterre qu'on lui ſacrifiât le commerce&
les manufactures de l'Irlande . Celleci
veut tout acquérir ; celle- là tout conferver
; l'une demande tous les privileges de
la Métropole & ceux des Nations Etrangeres
réunis , un commerce libre en Angleterre
, & libre par-tout aux Iſles , aux
Indes , &c. fans participer néanmoins aux
charges de la Grande-Bretagne , ni à fa prof
périté. L'autre ſemble craindre celle de l'Ir
( 66 )
lande , & regarde comme un vol qu'on
lui fait , la reftitution à laquelle on l'oblige
envers ſa ſoeur cadette. Il s'en ſuit de cette
contrariété de vues , que le Miniſtre affez
habile pour les concilier , en élaguant les
prétentions reſpectives , ne fera guères que
des mécontens dans les deux Royaumes.
Les eſprits éclairés , les véritables politiques ,
les Citoyens dégagés de préjugé ne prévaudroient
jamais ſeuls contre ce cri del'intérêt
perſonnel , ſi le Parlement des deux
Ifles n'étoit déterminé à s'y rendre inſenfible.
Les Irlandois murmurent , dit-on , des
modifications adoptées par M. Pitt dans
le traité de commerce mutuel, ils demandent
qu'on les rejette comme honteuſes , mais
la Chambre Baſſe n'eſt point de cet avis ,
M. Pitt foumet progreſſivement à celle de
notre Parlement toutes les réſolutions ſur
cet objet modifiées ; les dix- sept premieres
font admiſes , & les autres le feront certainement
auſſi : les ennemis de ce ſyſtême
eſperent qu'il ſe trouvera de vives oppoſitions
dans la Chambre des Pairs , qui
ſe préparent, diſent ils, à modifier à leur tour ,
de maniere à réduire à zéro les avantages
de l'Irlande .
M. Fox , le 24 , ayant déclaré que les
Communes agiſſoient en ceci d'une maniere
indécemment contraire au voeu de la nation
, exprimé dans les nombreuſes requêtes
( 67 )
entaſſées ſur le bureau , leTréſorier de la
Marine lui répondit : >> Ces requêtes , que ſi-
>> gnifient- elles ? Ce ne ſont que des mor-
>> ceaux de parchemin chargés d'encre & de
>> barbouillage >>
On mande de Bombay le récit d'une révolution
qui vient de s'opérer dans cette partie de l'Inde ,
& à la faveur de laquelle Madajée Scindia , l'allié
des Anglois , a acquis une prépondérance qui ne
fauroit trop fixer l'attention de la Compagnie. La
réputation de ce ChefMaratte eft connue. Madajée
ayant appris qu'il s'étoit élevé un différend
entredeuxPrinces tributaires du Roi de Deihy, ſe
joignit à l'un d'eux. Ils étoient convenus d'attaquer
l'ennemi un jour donné ; mais la veille de ce
jour-là , le Prince dont Scindia avoit épousé la
cauſe , fut afſaffiné dans ſa tente ; & en confé
quence , l'attaque fut ſuſpendue. Madajée , quoique
ſoupçonné d'être l'auteur de l'affaffinat ,
s'infinua tellement dans l'eſprit des Officiers du
Prince mort , qu'il les détermina à combattre fous
ſes ordres. Quelques jours après , il força l'ennemi
à mettre bas les armes. Cet événement l'a
rendu maître d'un pays immenſe , & a réduit le
Roi de Delhy à jouer un fort triſte rôle . Si Madajéetournoit
ſes armes contre la Compagnie , elle
trouveroit en lui un ennemi formidable. La trahiſon
infignedont il s'eſt rendu coupable dans cette
circonfiance , fait voir combien peu l'on doit
compter fur la foi des Princes Indiens.
Quoique M. Haſtings ait paffé 35 ou
40 années de ſa vie dans l'Inde , & que dans
cet intervalle , il ait occupé ſucceſſivement
les places les plus lucratives de l'adminiſtration,
ſa fortune ne ſcauroit être comparée
( 68 )
àcelle acquiſe par divers de ſes prédécefſears
, en moitié moins de temps. L'amour
du pouvoir & l'ambition étoient ſes paſſions
favorites , & ont détruit dans ce grand caractere
le principe de la cupidité.
Le Yacht l'Auguſta , ſur lequel s'eſt embarqué
le PrinceEdward, eſt arrivé au Nore
le 20 au foir , & en a appareillé tout de
fuite pour Stade , de conſerve avec deux
vaiſſeaux qui avoient mouillé au Nore.
Le Prince Williams Henri , fera , dit- on ,
à fon retour , nommé Lieutenant de la frégate
l'Hébé , & l'année prochaine , on lui
donnera le commandement d'un Sloop qui
ſera employé dans la Méditerranée.
Le Gouvernement a reçu des dépêches
du Commodore Lindſay. Il eſt arrivé le 29.
Avril à Gibraltar ſur le Trusty , de so can.
avec les frégates le Phaëton , la Thétis & le
Sphynx, & le floop le Fisher. Le Commodore
reviendra en Angleterre avec le Général
Elliot.
Le-19 de ce mois , vers les onze heures & demie
, M. Sadler, l'aréonaute , s'éleva de nouveau
dans les airs , du terrein de M. Haworth , à
Mancheſter. Le temps étoit très -clair , & il régnoitun
vent affez fort. L'aſcenſion fe fit trèsrapidement
& fans le moindre accident , à la
vue d'un concours prodigieux de ſpectateurs.
Onvit bientôt le ſpectateur traverſer un nuage ,
&on le perdit de vue. Il nous apprend qu'après
avoir traverſé ces nuages , il s'éleva toujours avec
une viteſſe extraordinaire , & parvint à la hauteur
de deux milles &demie , à laquelle il éprou
( 69 )
vadans cette région de l'air une ſenſation trèsdéfagréable;
fa reſpiration devint très-courte
& il reffentit une forte douleur dans les oreilles ,
accompagnée d'un froid qui l'obligea pluſieurs
fois à boire de l'eau-de-vie. Ici la raréfaction
de l'air fatigua ſon ballon au point qu'il fut au
moment de crever. Il tenta vainement d'ouvrir
la ſoupape avec la corde deſtinée à cet effet ;
mais en examinant plus attentivement , il trouva
que tout étoit gelé roide. Pendant trois quarts
d'heures , M. Sadler ne vit que des nuages qui
lui déroboient la vue de la terre , & qui ſeirbloient
rouler les uns ſur les autres. L'ombre de
fon ballon paroiſſoit auſſi ſur les nuages , & fembloit
courirdans une direction oppoſée à ſa courfe.
Il y avoit autour de lui une e pece de giboulée
tranſparente & gelée, qui , par la réflexion
des rayons du ſoleil , formoit un ſpectacle fort
agréable. Après avoir parcouru un trajet de plus
de so milles , il eſt deſcendu à une heure moins
cinq minutes à Pontefract. Malheureuſement il
ne le trouva dans le voiſinage qu'un homme à
cheval qu'il appellaà haute voix , mais ce payſan
effrayé s'enfuit à toute bride , & s'éloigna de lui.
Alors il jetta ſon grappin; la corde qui le retenoit
ne put réſiſter à la vélocité de la marche,
&caffa , & le ballon avança toujours en raſant la
terre. M. Sadler chercha inutilement à l'élever
enjettant tout ce qu'il put , & même partie des
ornemens de la galerie. Enfin le ballon s'acerecka
entre deux arbres & s'arrêta . M. Sadler s'apprêtoit
à deſcendre, lorſqu'il ſurvint une bouffée
devent qui détacha le ballon ; de maniere que
M. Sadler reſta ſuſpendu par les mains à la galerie,
& fut ainſi entraîné pendant plus de det x
milles , au bout deſquels il vint enfin heurter
contre une cabane. N'ayant aucune eſpérance
( 70 )
d'être ſecouru , & étant d'ailleursharraſſé de fa-
Figues , & meurtri de coups , il fut forcé de lâ
cher priſe. Le ballon remonta auffi- tôt avec une
rapidité extraordinaire , en faiſant un bruit ſemblable
à celui d'une fuſée. Il n'eſt pas probable
qu'il ait été fort loin , parce que s'étant ſans doute
élevé dans une région d'air très raréfié , il a dû
vraiſemblablement crever. M. Sadler parvint à
trouver un cheval , & arriva à Mancheſter l'aprèsmidi.
On a lu dans quelques feuilles publiques
que le Gouverneur de l'ifle de Fer fit
maſſacrer le 14 Décembre de l'année derniere
, l'équipage d'un bâtiment Anglois ,
réfugié dans ces parages; le prétendu équipage
étoit compoſé de 92 criminels condamnés
à la tranſportation ,& embarqués
à Dublin , le 17 du mois précédent. Voici
ce qu'on raconte ſur ce fait ſingulier.
Il a été prouvé , par les dépoſitions de l'Equipage&
des Paſſagersde ce Brigantin , que fix de
cescriminels avoient trouvélemoyen de rompre
leurs fers fix heures après leur embarquement ;
qu'on n'étoit parvenu à les contenir qu'après
s'être armé , & avoir tiré ſur eux un coup d'efpingarde
; que quatrejours après leur départ de
Dublin , ils tomberent malade des fievres épidémiques
; que deux d'entr'eux en moururent
avant que le Vaiſſeau eût atterré aux ifles Canaries
; que leur rébellion continua toujours ,
avec menace de ſe jetter ſur le Capitaine & fur
l'Equipage ; que lors de l'atterriſſement à l'iſle
de Fer, ils exigerent abſolument d'être débarqués
ſur l'ifle , & enfin que le Capitaine , pour
ſe débarraſſer de gens auſſi dangereux pour lui &
pour ſon équipage , tant par leur violence que
( 71 )
par leur maladie, ſe crut obligé de fatisfaire à
leurs inſtances. Le Gouverneur de l'iſle les a reçus
comme des peſtiférés, & un peu bruſquement,
s'eſt délivré du danger en les faiſant mettre à
mort.
On taille actuellement ici un diamant ,
qui lorſque le travail fera fini , peſera encore
72 carats , il eſt deſtiné pour la Reine ,
& on l'évalue environ à40,000 liv. ſterlings.
Le Colonel S. G..... s'eſt battu dernierement
en Irlande. Les Magiſtrats inſtruits de ſa querelle,
lui firent promettre , ainſi qu'à ſon adverfaire , de
refter en paix , fous peine de payer une ſomme
conſidérable. Le Colonel envoya là deſſus à ſon
ennemi la fomme pour laquelle il s'étoit engagé,
avec un billet très- poli , dans lequel il lui mandoit
qu'il ſeroit fâché que ſon engagement l'empêchât
de fatisfaire à fon honneur. Son adverſaire
lui témoigna en réponſe ſon extrême gratitude,
& lui aſſigna un rendez vous , où ils ſe
battirent , & tâcherent de la maniere du monde
la plus amicale de ſe brûler la cervelle.
L'Amirauté a donné ordre d'équiper deux
frégates pour un nouveau voyage autour
du,monde. En conféquence , le Capitaine
Gore , l'un des compagnons du célébre
Cook , eft allé viſiter les différens bâtimens
de guerre qui ſe trouvent àWoolwich & à
Deptford , your choiſir ceux qui lui paroîtront
les plus propres à cette expédition.
Les productions de l'Irlande , envoyées en Angleterre
, pendant les trois dernieres années , finiffant
en 1783 , ont monté , ſelon les calculs
des Communes d'Irlande , au taux moyen de
2,272,645 liv. , dans laquelle ſomme ſont com
( 72 )
priſes les troisgrandes branches du commercede
'Irlande , ſavoir : les vivres , les matieres crues
& les toiles , toutes franches de droits à leur importation
en Angleterre.
Vivres.
4,760 1.
229
Boeufs , 952 ,
Cochons , 229 ,
Boeuf falé , 80,018 barrils , 102,691
Langues , 1129 douzaines ,
Beurre , 131,436 quintaux ,
677
262,872
Porc falé , 55,375 barrils , 73,064
Jambons , 299 quintaux ,
Eleches de lard , 1942 ,
450
485
Petit lard , 2688 quintaux , 4,032
Poſſon ſalé , 968
Total des vivres , 450,328
-
Matieres premieres .
Laines de moutons , 2,044 stones ,
Filde coton , 3524 livres peſant ,
1,022 1.
176
Fil de lin , 33,063 quimaux . 198,376
Laine filée , 777 ftones , 123
Fil d'érame , 77,452 ftones , 110,678
Suif, 35,382 quintaux , 70,761
Cuires verds , 83,521 , 111,261
Total , 492,497
Toiles.
• Batistes , 135 verges ,
Toiles unies , 18,108,958 verg. 1,207,263
Toiles peintes , 256 verg.
Total ,
38
20
1,207,321
FRANCE.
( 73 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 1 Juin.
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre
au Marquis de la Fayette , au Vicomte
de Lévis , Capitaine des Gardes-du-Corps
de Monfieur en ſurvivance , au Marquis de
Conflans , au Vicomte de Narbonne , au
Marquis de Chabannes , au Comte de
Thiart & au Marquis de Clermont-Gallerande..
Le 26 de ce mois , jour de la Fête-Dieu ,
le Roi , accompagné de Monfieur , de Madame
, de Monseigneur Comte d'Artois ,
'de Madame Comteſſed'Artois &de Madame
Elifabeth de France , s'eſt rendu à l'Egliſe
de la paroiſſe Notre-Dame , où , après avoir
aſſiſté à la Proceſſion du Saint Sacrement ,
Sa Majesté , ainſi que les Princes & Princeſſes
, ont entendu la grand'Meſſe. L'après-
-midi , la Cour a aſſiſté au ſalut dans la Cha-
-pelle du Château .
Meſdames Adelaïde & Victoire de France
doivent partir demain pour aller à Vichi ,
où Madame Victoire de France va prendre
les eaux.
LeMaréchal Duc de Mouchy a pris , le 29 du
mois dernier , congé de L. M. & de la Famille
Royale , pour ſe rendre à ſon Commandement du
Gouvernement général deGuyenne.
L. M. & la Famille Royale ont ſigné le même
Nº. 24, 11 Juin 1785. d
( 74 )
jour le contrat de mariage du Prince de Leon , fils
duDucde Chabet,avecAnne Louite Magdeleine-
Elifabeth de Montmorenci , fille du Duc de Montmorenci.
Le même jour , le ſieur Bruneau de Beaumez ,
Avocat-Général au Parlement de Douai , a eu
P'honneur d'être préſenté au Roi par le Garde des
Sceaux de France , & de faire ſes remercimens ,
enqualitéde Procureur Général de cette Cour; il
aenſuite eu celui de faire ſa révérence à la Reine
&àla Famille Royale.
Ce jour , l'Aſſemblée généra'e du Clergé de
France , ayant à ſa tête l'Archevêque de Narbonne
qui porta la parole , ſe rendit ici , & eut
audience du Roi ; elley fut conduite par le ſieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies , & par le
ſieur de Watronville , Aide des Cérémonies. Le
Baron de Breteuil , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ,
chargé des affaires du Clergé , préſenta àS. M. les
Députés des Provinces du premier & du ſecond
Ordre, Cette Aſſemblée fut enſuite conduite &
préſentée de la même maniere à l'audience de la
Reine.
La Cour a pris le deuil le Mardi 31 Mai , pour
8 jours , à l'occaſion de la mort du Prince Jules-
Léopold , frere du Duc de Brunswick-Wolfemburel.
1
DE PARIS, le 9 Juin .
L'ouverture de l'Aſſemblée du Clergé eut
lieu le 27 du mois dernier, avec les cérémonies
accoutumées. M. l'Evêque de Langres
prononça le fermon d'uſage à cette occaſion
qui roula ſur la Foi. Les nouveaux
Agens du Clergé ſont M. l'Abbé de Mon(
75 )
)
teſquiou & M. l'Abbé de Barral. Les Panégyriques
de S. Louis étant extraordinairement
multipliés , pour éviter les répétitions
inévitables , on prétend que l'Académie
Françoiſe a laiſſé au choix des Orateurs le
ſujet du Diſcours qu'elle entend le jour de la
S. Louis.
Tout ce qui étoit en rade & en armement
à Breſt eſt parti. Les gabarres ont été
dans le Nord; & la Réſolution que commande
M. d'Entrecaſteaux , mit enfin à la
voile le 13 pour l'Iſle de France. On s'eſt
beaucoup plus occupé dans ce port , depuis
un an , du radoub des vieux vaiſſeaux , que
de la conſtruction des nouveaux. Cela n'a
pas empêché que les travaux n'aient été ſuivis
avec activité.
Les bâtimens qu'on attendoit de nos Iſles
ſont preſque tous arrivés , & dans tout le
courant du mois de Juin , on attend encore
à l'Orient 8 a 13 vaiſſeaux de l'Inde ,
dont 4 vaiſſeaux de la Chine.
On écrit de l'un de nos ports , que M. de
Bras , qui commande la petite flotille en ſtation
aux Antilles , ayant rencontré un vaifſeau
Américain , forti du Cap , & chargé de
ſucre , l'arrêta. Une heure après on envoya
le Capitaine de ce bâtiment préſenter ſes
connaiſſemens en bonne forme , comme
chargé pour le compte de négocians François
, & comme deſtiné pour la France.
Alors M. de Bras le laiſſa paſſer.
d2
( 76 )
On n'imagineroit pas juſqu'à quel point
les têtes font tournées en ce moment , &
combien l'eſprit de vertige , qui s'eſt répandu
fur toute la bonne compagnie de Paris , ſe
foutent & ſe propage ! Nous avons , diton
, actuellement des aſſemblées ſecretes , où
l'on vous montre clairement dans un mirci ,
ou dans l'eau , les objets que vous deſirez
de voir , les perſonnes chéries que vous
avez perdues , ou qui font éloignées de
vous. Des perſonnes achetent à grand prix
ces miroirs ; ils payent fort cher la compofition
de cette eau merveilleuse ; & , revenus
chez eux , ils reconnoiſſent la nullité de
leurs talifmans ; mais ils n'ont garde de ſe
plaindre , & laiſſent d'autres dupes ſe prendre
au même trébuchet. Tout cela ſe fait
en ſecret ; mais ce qui eſt public , ce font
toujours les mêmes baquets , & de nouvelles
ſcenes magnétiques. On croyoit le
fomnambuliſme tombe; mais cette comédie
ſe joue aujourd'hui dans le plus grand
appareil . La Société de l'Harmonie a établi
ſon théâtre , & pour 4 louis , dit- on , on
peut aller ſe nourrir de la ſcience , & voir
tous les prodiges du ſomnambulisme ; des
*perſonnes de tout état prononcent , chacune
alternativement , le diſcours qui ouvre chaque
ſéance. Si l'on ajoute à toutes ces folies
l'effervescence cauſée dans les eſprits d'une
autre claſſe de laſociété , par cette fureur du
•jeu des actions, qui a enrichi quelques indivi
( 77 )
dus , on aura de fingulieresidéesdela Philoſo
phie, qui, dit on , a établi ſon empire dans cette
ville. Sil'on demande comment les têtes peuvent
ſe monteràce point làà la fin du dix-huitieme
fiecle , on trouvera la réponſe à cette
queſtion dans une brochure très-piquante,
du moment. » Il eſt impoſſible , dit l'Au-
>> tear , de s'exagérer combien , lorſque la
>>> cupidité & l'ignorance s'enflamment pour
>>>des objets que l'imagination ſeule appré-
>>cie , toutes les abſurdités deviennent pof
>>ſibles , en quelque temps que l'on foit ,
» & de quelques lumieres dont un fiecle
>>> ſe vante <<.

M. Franklin ſe diſpoſe à retourner à Philadelphie.
Comme il nepeut pas ſupporter
la voiture , il s'embarquera ſur la Seine visà
vis ſa maiſon de Pally. Il ira à Rouen ;
de là au Havre , où l'on prépare le bâtiment
qui doit le tranſporter en Amérique. Ainfi
il ſera vrai de dire qu'il n'aura pas beſoin de,
faire un ſeul pas pour aller de Paris à Philadelphie.
Le Mercredi , 11 de Mai , le feu s'eft manifeflé,
à 5heures du foir , à Villers la Montagne , petite
ville de la Lorraine , fur les confins du Duché de
Luxembourg . L'incendie commença par une maiſon
couverte en chaum ; & dans une demi-heure,
les 17 premieres habitation , couvertes également
en chaume , furent enflammées .
Dans le moment où les habitans de la partie
occidentale de la ville , environ à 500 toiſes de
d 3
( 78 )
diſtancedu foyer de l'incendie , travailloient pour
leurs conciroyens , un faiſceau de paille enflammée,
eſt tombé fur la toiture d'unede leurs granges,
& a incendié 13 maiſons couvertes en tuiles
pour la plupart .
Vers les 6heures du ſoir , au même inſtant où
Villers-la-Montagne étoit en flammes , les habitans
de Longwy contemploient , du haut des
remparts , la ville d'Arlon , ſituée au Nord de leur
poſition , qui étoit également incendiée. M. le
Comte de Ligniville , Colonel & commandant le
Régiment de Royal- Roufillon , fe diſpoſoit à y
porterdu ſecours , lorſqu'en tournant les regards.
du Nord au Midi , on s'apperçut que Villers- la-
Montagneen avoit également un preſſant beſoin .
M. de Ligniviile y envoya auſfi-tốt un détachement
de 14 hommes. Avec ce renfort , il a été
poflible d'établir une bonne police , & l'on a été
allez heureux pour ſauver le centre de la ville&
les principales habitations.
Le feu a continué , dans une plus ou moins
grande activité , les Mercredi , Jeudi& Vendredi .
La perte , occafionnée par le feu , tant en maiſons
que meubles, effets &bétail, eſt eftimée à 4,7501.
On écrit de la Champagne unjugement
fingulier , rendu dans un procès dont voici
l'occaſion :
Un particulier avoit ſouſtrait unmouton à un
autre particulier du même endroit. Le Villageois
à qui appartenoit le mouton dérobé , s'apperçut de
fon abfence ,& après quelques recherches , il le
reconnut parmi ceux de l'auteur du vol. Il l'avertit
qu'il eût à le reftituer ; mais ne pouvant obtemir
fatisfaction , il forma ſa demande devant le
( 79 )
Juge; après quelques défenſes reſpectives, le Juge
renditune Sentencedont voici les diſpoſitions :
« Parties ouïes , Nous , avant faire droit , or-
>> donnons que le mouton qui fait l'objet de la
>> conteſtation , ſera transféré Mardi prochain ,
>> heure de dix , dans notre Auditoire , d'où nous
>> le ferons ſortir en préſence des Parties , pour ,
>>>laPartie dans la Bergerie de laquelle le mouton
>> ſe réfugiera , être préſumée & jugée véritable
>> & ſeule propriétaire légitime dudit mouton :
>> faiſons défenſes aux Parties , fi elles ſont pré-
> ſentes , de faire aucuns fignes d'invitation au
>> mouton en queſtion , que nous fuivrons dans
>> la route qu'il tiendra ,juſqu'à ce qu'il ait fait
> un choix de Bergerie , dépens réſervés : fait par
>> Nous.... Juge & Prevőt d'.... , le 19Avril
» 1785 , &c. »
CeJugementa été exécuté avec tout l'appareil
poſſible. Le mouton a été amené à la Salle d'Audience.
Toute la Paroiſſe étoit préſente ; on a
lâché le mouton , qui s'eſt rendu en ligne directe
dans la Bergerie du réclamant. L'auteur du vol a
été ſur le champ condamné aux dépens ; le peuple
l'a reconduit chez lui au milieu des huées. QuoiquelaSentence
fût ſuſceptibled'appel , il y a fatisfait
en payant les frais.
Un ami de M. l'Abbé de Mably lui a
conſacré une Epitaphe latine, publiée dans
un ouvrage périodique; & nous préſumons
que nos lecteurs ne liront pas avec indifférence
ce tribut à la mémoire d'un Ecrivain
fidignede regrets.
d4
( 80 )
D. Ο.Μ.
Ε. Μ. E.
GABRIELIS BONNOT DE MABLY
GRATIANOPOLITANI
Juris Naturæ & Gentium indagator
intefeſſus , audax, felix,
dignitatis humanæ vindex ;
Inter Scriptores politicos infignis,
orbis utriufque fuffragiis ornatus ,
eventuum præteritorum caufas detoxit ,
futuros prænuntiavit,
quæ ad avertendos docuit ,
recti pervicax ,
quid pulchrum , quid turpe ,
quid utile , quid non dixit ,
Vir paucorum hominum
honores , divitias ,
omnimoda fervitii vincula ,
in modica re ,
conftanter aspernatus,
vita innocuus , religionis cultor
æquiſſimo animo
Obiit 23 Apr. D. 1785. nat. 14 Mart. 1709 .
H. M.
AMICI MERENTES POSUERUNT .
TRADUCTION.
A la gloire de Dieu tout bon , tout puiffant , &
à la mémoire éternelle de Gabriel Bonnot de Mably,
né àGrenoble.
Infatigable , courageux , heureux dans ſes recherchesfur
ledroit de la nature & des gens , il a
vengé la dignité de l'homme.
( S1 )
Egal aux plus célebres Ecrivains politiques , les
deuxinondes l'ont honoré de leurs fuffrages .
It a découvert aux peuples les cautes des révolutions
, annoncé celles dont ils font menacés , indiqué
les moyens de les prévenir.
Invariablement attaché au vrai , il a démaſqué
le vice , fait briller la vertu , éclairé les hommes
fur leurs plus grands intérêts.
Il ne prodigua ni ſon eſtime , ni ſon amitié.
Dans la médiocrité de ſa fortune, il a conſtamment
dédaigné les honneurs , les richeſſes , toutes les
places , comme des entraves à la liberté.
Sa vie fut fans tache. Fidele aux devoirs de la
Religion , il mourut avec tranquillité le 23 Avril
1785. Il étoit né le 24 Mars 1709 .
Ses amis affligés lui ont érigé ce monument.
On nous a fait paſſer le rapport d'une
expérience électrique aſſez curieuſe , dont
nous abrégeons le détail :
M. Charles Milion , Demonſtrateur de Phyſique
, connu par le ſingulier procédé de faire le
portrait d'une perſonne par le moyen de l'étincelle
électrique , a imaginé un canon aéropneu- .
matique , qui tire douze coups par minute , &
dont la tonation eſt très impoſante. On y met
le feu avec la bouteille de Leyde , ou avec un
morceau de peau de chat. Il ſe déviſſe en deux
parties , afin que le Phyſicien puiſſe adapter la
pompe de compreſſion au réſervoir , pour le rem .
plir degaz .
La maniere de le charger ou d'y introduire
le gaz , conſiſte à recevoir cette vapeur dans une
veffie , à mesure qu'elle fort de la bouteille pneumati
ochimique , à adapter la veſſie à la pompe de
compreſſion , pour que celle-ci la comprime dans
le réſervoir.
Le réſervoir eſt conſidéré comme un cube de
ds
82 )
cinq pouces,dans lequel la dilatation de l'air inflammable
eſt réduite , par la compreſſion , à un
volume moindre de cinquante fois , que ſon état
deliberté .
Un Arrêt du Conſeil du Roi , du 27 Mai
dernier , ſupprime les droits ſur les fourrages
étrangers , apportés dans le Royaume.
Du I Juin au 1 Octobre prochain , il ne
ſera perçu aux entrées du Royaume , que
fix deniers par millier peſant de foin , paille ,
& autres fourrages venant de l'étranger ;
cette légere taxe n'ayant pour but , que de
faire connoître les quantités importées.
On vient également de publier , par or
dre de S. M. , une Inftruction ſur les moyens
de ſuppléer à la difette des fourrages , &
d'augmenter la ſubſiſtance des beftiaux. Ces
moyens , dont on développe luſage dans
desarticles particuliers , font :
La liberté de faire paître les beſtiaux dans les
bois, de cueillir l'herbe qui y croît , d'enlever la
giandée ; l'emploi de l'émondage des arbres ;
P'extraction des racines nutritives ; la préparation
dequelques végétaux; la récolte de pluſieurs autres
qu'on néglige ordinairement; l'extenſiondecultu.
res propres à fournirune nourriture abondante ,
entr'autres celles de la pomme de terre &des navets;
particulièrement de ceux connus ſous le
nom de Turneps ; les prairies artificielles ; le fauchage
anticipé des prés ; la converſion des jacheres
en prairies momentanées , à la faveur du
Maïs & d'autres graines; le chaulage du grain ;
le parcage des moutons &autres beſtiaux .
Relativement aux feuilles & à l'émondage
, il eſt dit dans cette Inſtruction ;
1
( 85 )
Dépouiller entiérement les arbres de feuilles
ce ſeroit nuire à leur accroiſſement &à leur conſervation
; mais l'expérience prouve qu'on peut ,
ſans inconvénient , en retrancher les nouvelles
pouſſes , qui , tendres , molles & flexibles , ſont
une nourriture excellente pour tous les beftiaux.
Il y a peu d'arbres , dont les feuilles & fur- tout
ces jeunes pouſſes ne leur conviennent ; ſouvent
même ils les préferent aux fourrages ordinaires ;
le boeufles aime autant que le foin & l'avoine.
Les moutons de l'Angleterre qui donnent la plus
Lelle laine , font nourris avec la feuille d'Orme :
dans les Provinces méridionales du Royaume , on
Jeur réſerve pour l'hiver , les extrémités de Peupliers
, dont on faitde petits fagots.
Le jeune lierre eſt encore une nourriture qu'aime
le monton ; on remarque qu'elle augmente le
lait des brebis .
L'uſage de récolter les pouſſes d'Ormes , de
Peupliers , d'Érable , de Frêne , de Charme , de
Micocoulier , de Hêtre , &c. , ſubſiſte enItalie de
tems immémorial; il exiſtoit même aſſez généralement
en France ſous le regne d'Henri IV.
Onne doit pas négliger les feuilles du Tilleul ,
du Platane , du Chêne , ni même celles du Marronier
d'Inde ; obſervant ſeulement de mêler ces
deuxdernieres avec d'autres eſpeces de feuillages.
Les pays découverts offrent à cet égard moins
de reſſources ; on peut cependant y profiter des
plantations formées ſur les bords des grandes
routes.
La récolte des feui'les faitedans les mois d'Août
& de Septembre , fournit un excellent fourrage
pour l'hiver ; mais leur conſervation exige des
procédés particuliers : le Gouvernement s'empreſſera
de les publier , & l'adoption de cette méthode
en France, promet une reſſource précieu e
d
( 84 )
dans l'économie rurale; car il eſt eſſentiel d'obſerver
que ce n'eſt pas la rareté des fourrages or- >
dinaires qui fait rechercher celui-ci en Italie ;
ce ſont ſes avantages.
La culturedes Turneps ou gros navets eſt
recommandée en ces termes :
On ne fauroit trop inviter à femer promptement
l'eſpece des gros navets qu'on nomme en
quelques endroits Turneps. On en fait ungrand
ulage en Flandre , en Alface & dans l'Auvergne.
Cette culture , comme on l'a déjà obſervé , fait
une des principales richeſſes rura es-économiques
del'Angleterre; elle réuſſit , même dans les terreins
maigres& légers .
On ne ſeme communément les Turneps qu'à
Ja fin de Juillet , mais le befoin actuel l'exigeant ,
on peut le faire plutôt, en deftinant à cet effet
les jacheres que cette plante peut occuper ſans déranger
euraſſolement , vu que cette plante n'appauvrit
pas la terre; elle ne peut que l'ameublir .
Le Gouvernement s'occupe de faire parvenir
de la graine de Turneps à ceux de MM. les Intendans
qui endemanderont pour être diſtribuée dans
les campagnes ; on y joindra une inſtruction imprimée
ſur la meilleure maniere de cultiver cette
plante , & de la conſerver pour en préparer la
nourriture des beſtiaux pendant l'hiver.
On indique auſſi les précautions relatives
au changement de nourriture.
Dans l'obligation de changer la nourriture des
animaux , il faut ne le faire que par gradation ,
&ne commencer un nouveau régime qu'en le
combinant avec l'ancien , dans des proportions
relatives aux reſſources locales. Ces précautions
deviennentbien plus indiſpenſables lorſqu'il faut
paſſer à une nourriture entiérement nouvelle ,
un changement trop ſubit pourroit nuire aux befsiaux
, en ſuppoſant même que ce nouvel ali(
85 )
ment fût meilleur que celui auquel ils étoient
accoutumés .
La conſtitution de l'atmosphere ayant une
égale influence fur tous les êtres organiſés , il
eſt à craindre que les animaux n'éprouvent cette
année quelques effets pernicieux de la ſéchereſſe
extraordinaire. Ce feroit à tort qu'on les imputeroit
aux alimens propoſés dans cette in'truction,
puiſqu'ils font déja conſacrés par une longue expérience.
L'article relatif au fauchage des prairies
n'eſt pas moins important.
Il convient de faucher dès-à-préſent les prairies:
la ſeconde coupe en fera plus belle & plus
hâtive,ſur tout à l'approche du ſolſtice d'été ,
qui amene ordinairement des pluies.
La coupe des foins n'eſt retardée que pour la
conſervation du gibier , mais dans le moment
actuel cette conſidération ne fauroit balancer
l'intérêt majeur de la conſervation des beſtiaux.
On obſerve qu'en général on fauche trop tard
les prés en France , & qu'il y a fur cela des réglemens
& des préjugés nuiſibles à l'abondance
des fourrages.
Quand les prés ont manqué d'eau pendant le
printemps , les plantes , quoique n'érant pas
parvenues à toute leur hauteur, ont cependant
acquis leur maturité ; du moment où la floraiſon
a lieu , la tige ſe deſſeche , l'herbe n'a plus de
ſucs à tirer de la terre ; elle la fatigue en pure
perte pour la feconde coupe , & le foin eſt
beaucoup plus dur & moins fucculent : la coupe
hative a donc beaucoup d'avantage , tant pour
labonté des foins , que pour l'abondance & la
qualité des regains.
La liberté , toujours précieuse pour l'Agriculture,
ſe trouve à cet égard reſtreinte par diffe

( 86.)
rens uſages , & quelquefois par des prétentions :
mal fondées . Il peuty avoir plus d'une confidération
à peſer avant de ſe porter à corriger ,
ou à modifier par une regle générale ce qui s'obferve
actuellement dans les différentes parties du
Royaume; mais lorſque les beſoins exigent des
reſſources extraordinaires , l'affranchiſſement de
toute entrave peut être regardé comme un des :
moyens les plus efficaces ; & l'intention de Sa
Majeſté eſt de recevoir favorablement les pro- !
pofitiens qui pourront lui être faites à cet égard.
Anne Henriau , veuve Chéramy , grand'-
mere de M. Buchet , Principal du College
de Châteaudun en Beauce , & Chanoine
de la Sainte Chapelle du Château de cette
ville , eſt morte dernierement dans ſa centieme
année , étant née le 4Décembre 1685 .
Elle portoit deux deſcentes ou hernies , dont
une conſidérable depuis foixante années .
Jean - Joachim , Comte de Monehy ,
Meſtre-de-camp de Cavalerie , ancien ſous-
Lieutenant des Gardes du Corps du Roi ,
eſt mort en fon château de Marchaumont ,
au Comté d'Eu , le 23 Mars dernier , dans
la foixante ſeptieme année de ſon âge.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES, le 7 Juin.
Les nouvelles de Hollande font très-peu
intéreſſantes , nonobſtant le crédit qu'on a
tâché de redonner aux bruits de guerre. Les
Feuilles publiques ont continue de femer
:
( 87 )
l'allarme , toujours à l'occaſion d'une prétendue
demande de l'Empereur , relative à
l'ancien Feldt- Maréchal de la république.
La maniere ſeule dont ce rapport eſt exprimé
, fuffit pour lui ôter toute autorité : car
il ſeroit queſtion d'obliger la république à
pourſuivre le procès criminel du Duc de
Brunswick ; à lui rendre , s'il eſt déchargé ,
fon honneur qu'il n'a cerrainement point
perdu , une juſtice qu'il ne demande point ,
&des réparations au-deſſous de ſa dignité.
Il s'enfuivroit auſſi de cet examen juridique ,
une légitime condamnation de ce prince ,
s'il étoit trouvé coupable : or , l'on ne voit
pas pourquoi ceux qui depuis fix ans n'ont
cefféde le repréſenter comme tel , font effrayés
au point de demander la guerre plutôt
qu'un jugement ſi favorable à leur inimitié.
Dans le but d'accréditer cette fiction ,
on la fait regarder comme réſultante des
liens de conſanguinité qui attachent la maifon
d'Autriche à celle de Brunswick.
Quoi que l'on en diſe , quoique les ordres
pour le camp , fuſpendus un moment, aient
été renouvellés , & même rendus généraux
pour toute l'armée , rien ne changera , & la
république confervera la paix .
Elle eſt ſi néceſſaire qu'un parti commence
àſe laſſer des armemens , à s'en allarmer
même , &à parler deja de la réduction de
l'armée. Les Etats de Friſe ont chargé leurs
députés à la Généralité de s'oppoſer à la levée
du corps de Sprengporten .
( 88 )
On dit que le Baron de Kinckel , Adju
dant-Général de Marine , a rempli à Londres
une cominiſſion particuliere du Srathouder ,
& qu'il eſt parti pour Berlin avec les mêmes
inſtructions : nouveau ſujet de terreurs &
de conjectures auſſi puériles que tant d'autres.
Les Erats de Brabant ont ouvert un emprunt
de quatre millions à quatre pour cent
d'intérêts en faveur de S. M. I.
Nous avons reçu ici la cédule du roi
d'Eſpagne , portant établiſſement de la nouvelle
Compagnie des Philippines. Elle ſera
formée de 32 mille actions, faifant , dit on ,
un capital de trente millions.
LaCompagnie de Caraccas en fournira neuf&
fera réunic à la nouvelle ; leRoi donne cinq
millions , la banque de Madrid trois , les habitans
des iſles Philippines trois ; les autres dix millions
feront diviſés en actions de 1000 liv . chacune,
Il y aura un con'eil établi à Madrid , & un
autre à Manille dans les ifles Philippines , pour
J'adminiſtration de cette Compagnie. Elle fera
chargée de l'équippement de tous les vaiſſeaux
marchands deſtinés pour l'Amérique Eſpagnole ,
où elle fera paſſer toutes les denrées & marchandiſes
néceſſaires à ces contrées . Elle recevra en
échange des piaſtres , des grains & des fruits ,
qu'elle tranſportera aux Philippines , où elle
fera l'achat de toutes les marchandises des Indes
&de la Chine . Pour faciliter ce commerce , le
Roi permet à toutes les nations l'entrée dans les
ports des ifles Philippines .
Sans garantir ce dérail , nous obſerverons
qu'un écrivain a dit récemment , en parlant
( 89 )
de cette Compagnie : >> une Compagnie ,
>> dont le ſiege eſt à Madrid , l'adminiſtra-
>> tion aux Indes , & le magaſin chez les
>> Marattes ; il ne manquoit plus à cette
>> ſpéculation , d'un genre tout neuf aſſuré-
>>ment, que des actionnaires Parifiens. Mais
la compagnie Angloiſe a auſſi ſon ſiege en
Europe , fon adminiſtration aux Indes , &
ſon magaſin ſur les rives du Gange, ſans
être d'une ſpéculation d'un genre neuf. La
compagnie des Philippines fut propoſée par
la ville de Séville en 1731 , & par celle de
Cadix en 1733. On peut conſulter ſur cette
matiere le Ve. volume d'un ouvrage célébre
où elle eſt examinée .
On a reçu en Hollande une lettre de
Malacca , dont l'extrait contient en ces termes
les avantages remportés par la Compapagnie
des Indes ſur les naturels l'année
derniere.
L'occaſion de pouvoir mettre nos troupes à
terre ne ſe préſenta que le 18 Juin. Nous débarquâmes
à trois heures du matin ſur la côte , favoir
402 Européens & le reſte Indiens , formant
entout un Corps de 734 hommes. Un fi grand
filence fut obſervé, que l'ennemi n'eut pas la
moindre connoiſſance de notre approche , qui fut
favoriſée par le flux; on prit la précaution de
dreſſer les batteries du Batavier & du cutter le
Patriote pour protéger la deſcente. Vers les fix
heures du matin, nous commençames à l'effectuer;
les Indiens s'en étant alors apperçus , &
ayant donné l'allarme pardes cris nous fimes
jouer notre artillerie , qui balayant toute la côte ,
,
4
( १० )
les empêcha de ſe raſſembler ; ce qui durajuf-,
ques vers les ſept heures &demie ; alors les cha
loupes ayant pu s'approcher de terre , M. Wifcher
, Lieutenant des troupes du navirel'Utrecht,
fut le premier qui ſauta fur le rivage , ſuivi de
pluſieurs Grenadiers ; enſuite le Major Hamell
lui- même avec le reſte des troupes , malgré le
feudes ennemis qui s'étoient formés avec affez de
vivacité. Les nôtres s'étant d'abord rangés en
ordre de bataille s'avancerent vers le lieu où flottoit
le pavillon de Radja Hadje , & là commença
un combat des plus furieux. La réſiſtance fut opi..
niâtre & la victoire long-temps douteuſe : elle ſe
déclara enfin pour nous , les Indiens furent forcés
dans leurs retranchemens , & preſque tous
taillés en pieces. Parmi les morts on trouva leur
Chef Radja Hadje avec trois de ſes fils & l'elite
de ſes Officiers . Nous n'avons eu de notre
coté que peu de tués & de bleſſes. Le Capitaine
dela Junin M. deWish , & le Lieutenant Faber
ſont du nombre de derniers , & ne font pas hors
dedanger. Cet événement mémorable a rétabli
T'honneur du pavillon Batave dans toutes ces contrées
, ainſi que la conſidération & le pouvoir
de la Compagnie. Celle- ci fur - tour y gagne
beaucoup , en ce qu'elle ſe trouve délivrée d'un
ennemi formidable dont elle avoit à craindre
l'influence ſur ſes voiſins , tant qu'il auroit vécu ;
cette influence étoit tres forte fur tous les Princes
Indiens de cette côte , leſquels prendront probablement
aujourd'hui d'autres ſentimens.
Les Portugais ont été auſſi heureux , s'il
faut en croire une dépêche du Gouverneur
général de Goa , adreſſé à la Cour de Lifbonne
, & qui dit :
LePrince Indien Bonfulo nous ayant déclaré
la guerre , & s'étant emparé des diſtricts deGu-
Julem , Moncrim , Manecorem , Salem & Domaffem
, & s'étant mis enſuite en marche pour
attaquer la fortereſſe de Sanquelim , on fit marcher
d'abord un detachement , ſous les ordres du
Général Veiga , pour faire diverſion & attaquer
le pays ennemi. Les deux armées ſe rencontrerent
á Chapora ; la troupe de Bonfulo y fut défaite,
& le ſecours néceſſaire introduit à Sanquelim.
Le Prince Indien ayant abandonné le fiége ,
on l'a poursuivi , & une ſeconde rencontre a cu
Fiau à Gorobaïm. Les ennemisy ont encore éré
battus & mis en fuite fans autre perte du côté
des Portugais qu'un Enſeigne , deux Caporaux ,
& virgt - deux foldats , outre une vingtaine de
blefles. L'armée Portugaiſe dirigea enſuite ſa
marche vers la Province de Pirnim , où l'ennemi
avoit encore un autre corps de troupes de 3000
hommes d'Infanterie & 300 de Cavalerie. Les
deux armées s'étant rencontrées auprès de Manecorem
, les Portugais commencerent l'attaque ,
forcerent l'ennemi dans ſes retranchemens & l'obligerent
de ſe retirer à plus de huit lieues dans
l'intérieur des terres. Après cette expédition ,
les troupes de Sa Majesté Très Fidele rebrouſſerent
chemin, & vinrent mettre le ſiege devant
Talorna , dont elles s'emparerent : continuant
enfuite leur marche au nordde la Province de
Ponda ; elles prirent ſur les Indiens les fortereſſes
de Querim , Gululem , Bicholim , Uſpa ,
Belixi . Avaro & Manerim : ce qui a ſoumis une
étendue de pays auſſi conſidérable que les Portugais
en aientjamais poſſédé dans ces contrées. Le
Maréchal Veiga détacha enſuire un corps de
1400 hommes pour attaquer la Province de
Pirnim , retraite des Indiens ;les troupes s'y font
( 92 )
ſignalées avec un égal courage , en détruiſant
ou ſoumettant les Villages de Contuale , Orddem
, Ufari , Tuem , Parcha avec ſa célebre
pagode , Mondrem & Voilangor. Peu de jours
après , les Cancares , Peuplade de la Province
d'Alorna , les habitans d'Ibrampur & de Safloli ,
&que ques autres Villes, vinrent ſe ſoumettre
& prêter fermert de fidélité au Gouverneur .
Le Prince Bonfulo ſe vit alors forcé de venirde.
mander la paix , laquelle lui a été acordée. Il a
obtenu de plus , par l'interceffion du Marata ,
d'envoyer des Ambaſſateurs que leGouverneur-
Général a reçu a Pangim , dans le mois de Mai
1784.
L'anecdote ſuivante , que l'on dit parfaitement
authentique , eſl bien propre à émouvoir
la commifération des ames ſenſibles.
Un jeune homme , dont la famille eſt depuis
long-temps dans un des régimens de S. M. I. ,
avoit obtenu par ſa bonne conduite le grate de
ſergent. L'amour vint le deranger. Il conçutune
violente paſſion pour une fille dont la conduite
étoit ſuſpecte , &demanda à ſes ſupérieurs la permiffion
de l'épouſer. Comme les officiers santéreſſoient
vivement à ſon fort , ils crurent devoir
l'empêcher de faire une ſottiſe , & lui refuferent
ſa demande. L'amour ne raiſonne pas; le malheureux
ne vit qu'une injuftice dans le refus paternel
qu'on lui faifoit. Il déferta& courut s'engger
en Hollande , où fa maîtreffe érant alléele
joindre , ils ſe marierent. Le fugitiftentit la faute
qu'il avoit commife ; il écrivit pour implorer fa
grace , & demanda inſtamment qu'on lui permit
de retourner au régiment qu'il regardoit
comme ſa famille. Sa femme vint elle - même folliciter.
Après quelques mois d'attente , pendant
( 93 )
:
:
Jeſquels il ne ſe démentit point , ſon colonel lui
envoya enfin ſa grace. Sa femme va la lui annoncer&
revient l'attendre au régiment. A peine
yeſt-elle qu'elle apprend que ſon infortune ma.
ri , arrêté comme il cherchoit à ſortir de la Hollande
, a été pendu ſur le champ.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 )
CONSEIL SOUVERAIN D'ARTOIS .
Charivari.
Ces aſſemblées tumultueuſes , reſtes indécens
des moeurs groſſieres de nos ancêtres , ſont punies
ſévérement toutes les fois que la connoif-
-ſance en parvient aux Tribunaux. La tranquillité
des citoyens&ja ſûreté particuliere exigent que
le miniſtere public s'éleve avec force contre des
abus qui peuvent eux-mêmes devenir des crimes
, ou en produire. O n'a pas encore dans
les campagnes des idées bien ſaines ſur les ſuites ,
quelquefois dangereuſes , de ces attrouppemens
qu'on appelle Charivaris. Un homme eſt- il battu
par ſa femme; une veuve doit-elle convoler à
de ſecondes noces ; un étranger eſt- il congédié
après avoir eu des raiſons pour eſpérer d'obrenir
en mariage une fille du lieu ? toutes ces grandes
circonstances échauffent les eſprits , fur- tout
lorſqu'on eft au cabaret ; & du deſſein , on palle
quelquefois très- rapidement à l'exécution . -II
s'agiſſoit , dans l'affaire dont on rend compte ,
d'un charivari qui avoit pour objet de ridiculiſer
un étranger , qui , après avoir été ſur le point
d'épouſer une fille du village de Boubers les-Hefmond
en avoit reçu ſon congé. Ce particulier
nommé Jean-Marie Thalet , étoit des environs de
( 94 )
Boulogne ; il étoit venu depuis peu s'établir at
village de Boubers , & on l'y regardoit de mauvais
oeil. Cela n'empêcha pas qu'il ne rendic des
ſoins à une fille du lieu , appellée Marie-Jeanne
Martel. Elle le reçut d'abord avec plaifir , & le
mariage fut bientôt propoſé& accepté ; lesjeunes
gens étoient prêts à s'unir , lorſque Jeanne Marie
Martel changea de réſolution. Ilya lieude croire
que les conſeils de quelques habitans de l'endroit
en furent la caufe; car ayant été informés du
changement de Marie-Jeanne Martel , ils s'attroupperent
auffi-tôt avec ſcandale dans le village
de Boubers , & y firent charivari ; ils étoient mu
nis de tous les instrumens que la tradition fait
croire néceſſaires à une pareille cérémonie , tels
que cornets , fifflets , baffins , cafferoles& chaudrons;
ils crioient : Charivari à Brieu , ( ils décoroientde
ce ſobriquet le nommé Thalet ) Charivari
à Brieu ; Marie- Jeanne Martel s'est dédite ;
Brieu ne se mariera pas. Un Charivati n'eſt pas
comp'et s'il y manque une effigie de paille , auſſi
les acteurs en avoient une , qu'ils diſoient être
Marie-Jeanne Martel . Voilà Marie- Jeanne Martel.
Cetartrouppement dura deux jours. Le premier ,
ils allerent juſqu'au village d'Embry ; le ſecond ,
juſqu'à celuide Boubers , toujours accompagnés
de la figure de paille , qu'ils avoient revêtue d'une
juppe. Cos ſcenes ſe ſont paſſées les 21 & 22 Mai
1783.Le Procureur du Roi au Bailliage
d'Heſdin fit informer contre les auteurs de ce
délit. Les Officiers du Bailliage condamnerent
pluſieurs particuliers à l'admonition , & folidairement
chacun en une aumône de 3 livres , applicable
au paindes Priſonniers de la ville d'Hef.
din ; faiſant droit fur les demandes de Thalet , ils
les condamnerent ſolidairement en une ſomme
de300 livres, par forme de dommages , intérêts
( 95 )
&réparation civile. Quelques- uns furent mis
hors de Cour , & tous furent condamnés ſolidairement
aux frais & miſes de justice & dépens du
procès. L'Arrêt qui intervint ſur l'appel , le
17 Mars 1785 , réforma la Sentence , en ce que
les nommés Neuvezlife , Pinte & Lennè , aucuns
des Appellans , avoient été condamnés en une
ſomme de 300 livres pour réparation civile ; ils
furent condamnés chacun en une ſomme de
3 livres , par forme d'aumône , applicable au
pain des Priſonniers des priſons du Bailliage
d'Heſdin ; il leur fat fait défenſes de récidiver
ſous plus grandes peines. Les nommés Neuveglife,
Pinte & conforts furent en outre condamnés ſolidairement
en une ſomme de 50 livres , par forme
de dommages & intérêts envers Thalet , &
ſo idairement auſſi aux frais & miſes de juſtice ,
& aux dépens ; il a été auſſi ordonné que l'Arrêt
ſeroit imprimé en la ville d'Arras en celle
d'Heſdin , aux lieux de Boubers - les-Heſmond ,
&Embry , au nombre de cent exemplaires , aux
frais deſdits Neuvegliſe , Pinte & conſorts.
,
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Testamentfait par un Homme , dont lafolie confiſtoit
àpaſſer pourfemme , attaque& caffé.
On a vu ſouvent des femmes ſe déguiſer ſous
les vêtemens des hommes ; mais la métamorphoſe
des hommes en femmes eſt beaucoup plus
rare. Notre ſiecle a offert un exemple de la premiere
métamorphoſe. L'Héroïne qui l'a donné
a excité la curioſité de l'Europe entiere , & elle
jouit d'une réputation quelle doit plus à l'énergiede
ſon ame, qu'à la biſarrerie des circonſtances
qui ont produit les événemens de ſa vie.
Pluſieurs années avant que cette femme éton
( 96 )
nante abdiquât , pour ainſi dire , ſon ſexe , un
particulier avoit donné aux environs de Toulouſe
, l'exempled'une autre ſingularité , qui a
eu peu de modeles & peu d'imitateurs. Cet
homme qui s'appelloit Dumouret , croyoit que la
nature s'étoit trompée , en lui donnant les ſignes
caractériſtiques du ſexe masculin , & pentoit de
bonne foi qu'il étoit femme ; il portoit les habits
de ce ſexe; il ſe montroit ainſi déguisé dans les
Sociétés qu'il fréquentoit; il alloit dans les Egliſes
ſous ce coſtume , & l'on aſſure même que
plufieurs fois il s'eſt préſenté en cet état pour
recevoir les Sacremens:-Lorſqu'on l'appelloit
M. Dumouret , il entroit en fureur; il montroit
ſa robe , ſa coeffe & ſa taille qu'il avoit
ſoin d'arrondir pour en impoſer. Quand on vouloit
lui faire plaifir , on le traitoit comme une
femme ; & il faiſoit fur-tout éclater ſa joie , lorfqu'on
l'appelloit Mademoiselle Roſette.-Cet
•extravagant étoit riche ; il habitoit un pays où le
*droit de dépouiller ſes héritiers , en s'en créant ,
paſſe pour la prérogative la plus précieuſe dont
unhomme puiſſe jouir. On trouva après ſon décès
un testament, qui privoit ſes héritiers de ſa
ſucceſſion . Mademoiselle Rosette avoit l'ame compatiſſante
, on en profita pour la déterminer à
inſtituer pour ſes héritiers les pauvres de la ville
où elle demeuroit. -Le motifqui animoit le
Teſtateur étoit louable à la vérité, mais il n'en
étoit pas moins cruel pour ceux que la nature &
les loix appelloient à la ſucceſſion de s'en voir dépouillés.
Ils eurent recours aux Tribunaux, &
ils prétendirert que le teſtament du fieur Dumouret
étant l'ouvrage d'un homme attaqué d'une
folie habituelle , &devoit être caſſé : c'eſt ce qui
fut jugé en l'année 1729 , par Arrêt rendu en la
Grand Chambre,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 JUIN 1935 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à la louange de feu M. COURT DE
GÉBELIN , lûs dans la Société connue
fous le nom des Neuf Soeurs , à la Fête
funèbre du 7 Mars 1785 .
QUEUELL eſt cet immenſe ridean
Qui s'entrouvre & préſente àma vûc érennée ,
Les attributs épars de la nuit détrônée ?
Ala lueur d'un jour nouveau ,
J'apperçois des débris de palais , de ſtatues ,
Des focles renverſés , des colonnes rompues....
Sur ces débris , Saturne , * immobile & debout,
*En raſſemblant les faits&en les comparant , M.G6-
belindonne l'explication detroisAllégories orientales qui
forment un tout inséparable , & dont la réunion prouve
N°. 25 , 18 Juin 1785 . E
1
:
98 MERCURE
Me figure le Temps , le Temps qui détruit touc
Mercure l'accompagne & fixe ma penſée;
Mercure , ſon Miniſtre , avec ſon caducée ,
L'inſtruit par ſes conſeils à régler ſes États;
Hercule enfin les ſuit; fon redoutable bras ,
Queteint le ſang impur du lion de Némée ,
Et que d'un chêne antique arme le tronc noueux ,
Suſpendà chaque pas l'eſſor impétueux
De l'ardente Bellonne au carnage animée ,
DeBellonne toujours prête à fondre ſur eux.
O! qui m'expliquera les myſtères nombreux
Cachés ſous ces Allégories ?
Acombattre l'erreur , quelles mains aguerries
la vérité de ce que Diodorede Sicile & Sanchoniatondiſent
àce ſujet. Ces trois Allégories ſont l'Histoire de Saturne,
la même que celle d'Ofiris , ſous un autre nom; celle de
Thot ou Mercure , & celle d'Hercule & de fes douze trayaux.
Saturne , mangeur d'enfans , ouvre la marche avec
fa faulx; Mercure, inte prête des Dieux , fuit avec fon
caducée; Hercule , vainqueur du lion , & avec ſa mafiue
livrant douze combats , termine la ſcène, en montant au
siel , après s'être confumédans un bûcher.
L'Hiftoire de Saturne eſt le récit allégorique de l'invention
de l'Agriculture , båſe des Empires & des richeffes ,&
meſuredu Temps. Mercure offre l'Allégorie&l'invention
de l'Aftronomie & du calendrier , ſur lequel l'Agriculteur
règle toutes ſes opérations; & dans l'Histoire d'Hereule
&de ſes travaux, on voit le défrichement des terres , & la
diftribution des travaux de la campagne pour chaque mois
de l'année.
DE FRANCE.
Me pourront déchirer leurs voiles ténébreux ?
Gébelin a parlé ; des torrens de lumière
Jailliſſent à l'envi de ſes ſavans diſcours ,
Et viennent éblouir ma débile paupière :
Les plusobfcures nuits font place aux plusbeauxjours
Inſtruit par les leçons de Vénus-Uranie ,
Par-tout cet Edipe nouveau ,
Au ſphinx préſente le flambeau ,
Et s'ouvre du paſſé la carrière infinie.
Ecoutel- le un moment, par ma timide voix,
Vous raconterdes Dieux l'hiſtoire & l'origine.
Ami de la raiſon , ſans violer fes loix ,
Ce qu'il ne peut ſavoir, ſon inſtinct le devines
De l'Hercule Thébain comme il briſe l'autel !
Hercule n'eſt plus ce mortel ,
Qui , ſur le front des Rois, raffermit la Couronne,
Qui , par douze immenfes travaux ,
Éterniſe ſon nom , de gloire s'environne ,
Etdans unHéros ſeal offre douze Héros;
Hercule eſt le foleil: dans ſa marche annuelle
Qui partage à la fois & règle les ſaiſons ,
Lorſqu'on voit ce flambeau de la voûte éternelle
Parcourir ſes douze maitons ,
C'eſtHercule qu'il nous rappelle.
Du calendrier inventeur ,
Mercure eſt l'Aſtronome: il compte les étoiles,
Et ſoulevant des cieux les redoutables voiles ,
Il dirige l'Agriculteur.
1
Eif
100 MERCURE
Le vieux Saturne enfin , qui dévora ſon père
Et qui mutila ſes enfans ,
Saturne eſt l'image proſpère
Du Laboureur des premiers temps.
Que dis-je ? Ce vieillard eſt le Laboureur même ,
Se nourriſſant des fruits &qu'il plante & qu'il seme;
Et la faulx dont la fable avoit armé ſes mains,
Moiſſonne des épis & non pas des humains.
De la nuit où l'erreur nous plonge ,
Ainſi perçant l'obſcurité ,
Gebelin , du ſein du menſonge
Fait éclore la vérité ,
En nous montrant ce qu'il faut croire,
Il fait plus , àgrands flots répandant la clarté,
Il change la Fable en Hiſtoire.
Qui ſaura , comme lui , ſous les mêmes drapeaux ,
Réunir avec art , ranger avec adreſſe
L'immenſe famille des mots ?
De ceux de l'Aufonie & de ceux de la Grèce ,
Saifir tous les rapports antiques & nouveaux ?
Et de la langue primitive
Raſſemblant les membres épars ,
En traits de feu , ſous nos regards ,
Fixer de ſon pouvoir la trace fugitive ?
Qui pourra jamais achever
Le remple auguſte & ſaint qu'à la Philoſophie
1
Ses veilles venoient d'élever ?
Vous, dont le coeur la déifie ,
DE FRANCE. ΙΟΙ
Et par qui ſon autel eft toujours encenſé,
Quelle douceur vous eſt ravie !
L'Architecte n'eſt plus ; il a perdu la vie ,
Et l'édifice, hélas ! à peine eſt * commencé.
Il n'eſt plus ! qu'ai -je dit ? Berceaux de Franconville ,
Jardins que d'Alben a plantés ,
D'un grand Homme par vous les reſtes adoptés ,
Vous rendent les rivaux des bois d'Ermenonville.
Vous futes , il eſt vrai, long-temps inhabités ;
Mais vous ne l'êtes plus , aſyles enchantés :
L'illuſtre Gébelin ſous vos ombres repoſe ;
C'eſt-là qu'il vit encor ; c'eſt- là que déſormais
Il vivra pour ſourire à ſon apothéoſe;
(Un grand Homme ne meurt jamais ; )
C'eſt-làqu'errant dans des boſquets
Que couronne un feuillage ſombre ,
Il ramaſſe des fleurs & forme des bouquets
Pour l'ami vertueux qui recueillit ſon ombre.
(Par M. le Chevalier de Cubières. )
* On fait que M. Gébelin n'a point fini ſon grand
Ouvrage du Monde Primitif.
Eiif
101 MERCURE
VERS
Faitspour un Portrait de M. BÉRENGER
DA
ANS ſes Écrits , fans y fonger ,
Il attache ſon âme & peint ſon caractère.
Coeur ſenſible , eſprit doux , ami tendre & ſincère,
Tel fut Reyrac, & tel eſt Bérenger..
De l'antique & faine éloquence
Vingt ans avec ſuccès il donna des leçons,
Etmérita pour récompenſe
La haine des méchans & l'amitié des bons.
(Par M. C. d .... de plusieurs Académies. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Lemot de la Charade eſt Vertige; celui
de l'énigme eſt Table ; celui du Logogryphe
eſt Poulet , où l'on trouve poule, loupe ,
Toul , Élu , loup , où , le , pôle , pet , lot
u, peu telut, pot.
UN
CHARADE.
Nbaudet porte mon premier,
Mon ſecond porte mon entier.
3
(ParM. le Th. ***
DE FRANCE.
103
ÉNIGM Ε.
It tiens d'une ſervile main
Le jour , la taille & la figure ;
Je ſuis de légère nature
Quandje n'ai pas le ventre plein
Souvent au milieu de mon ſein
Je porte la fange & l'ordure ;
Moncorps eſt ſans architecture,
Mais iln'eſt pas fait fans deſſein.
Quoique j'habite le village ,
Je ſuis à la ville en uſage ,
Souvent on m'y laiſſe en repos.
Mais qu'est- ce que fait le caprice?
Auſſitôtqueje rends ſervice ,
Monmaître me tourne le dos.
(ParM. le Chevalier Brunet de laMartinière;
fils aîné. )
SOUS
LOGOGRYPHE.
àtes regards;
ous deux ſexes , Lecteur , jem'offre à
Mâle , je ſuis formé pour récréer la vûe;
Femelle , j'appartiens à Mars ,
On me déchire , & moi je tue.
Pour me dévoiler mieux , neuflettres font montout;
Eiv
104
MERCURE
J'ai vingt- cinq enfans de bon compte ,
Sans comprendre un fiipon qui me couvre de honte;
Heureux fi dans le nombre il en eſt de ton goûr !
Tour-à-toar je te les préſente.
Vois rouler inégalement
Une voiture leſte; une autre affez pefante ;
Vois l'eſpace où chacune eſt dans ſon élément;
D'un Dieu l'armure inévitable ;
Cedont l'albâtre attire & retient un amant;
Une ville ; un légume ; un peuple; un inſtrument;
D'un petitmonde actif l'aſyle profitable ;
Un animal rongeur , & ce qu'il fait ſouvent ;
Le matois dont l'oreille à ſon bruit eſt dreffée ;
Le néceſſaire d'un couvent;
L'état dont une fille eſt bien embarraffée;
Ua meuble utile au voyageur;
Le contraire de la Nature ;
Ceque l'inſenſé croit la ſource du bonheur ;
L'endroit où rarement on trouve une âme pure ;
Levaſe brut& vil aux yeux de la grandeur ;
Un ornement d'Architecture ;
Une pièce d'outil propre à l'Agriculture ;
De certains criminels le funeſte flambeau ;
Un motde mépris en Peinture;
Unedas qualités qui diſtingue un tableau.
Pour le coup tu me tiens ; car.... je te vois ſourire :
Amoins de me nommer , en pouvois-je plus dire ?
DE FRANCE.
105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA FOLLE JOURNÉE , ou le Mariage de
Figaro , Comédie en cinq Actes en profe ,
par M. de Beaumarchais ; repréſentée ,
pour la première fois , par les Comédiens
François ordinaires du Roi , le Mardi 27
Avril 1784. A Paris , chez Ruault , Libraire
, au Palais Royal , Nº. 216 .
sle
TOUT eft dit , & l'on vient trop tard depuis
plus defept mille ans qu'ilya des hommes,&
qui penfent. Sur ce qui concerne les moeurs ,
plus beau & le meilleur est enlevé ; on nefait
que glaner après les anciens & les hatiles
d'entre les modernes. C'eſt par cetre réflexion
que La Bruyère commence le premier Chapitrede
ſon Livre des Caractères. Si elle est
vraie , elle n'eſt pas moins décourageante ;
&nous ne concevons pas comment , avec
la certitude d'acquérir ſi peu de gloire d'un
eôré , & celle d'être jugé de l'autre avec ume
ſévérité ſi dédaigneuſe , on écrit encore aujourd'hui
pour les moeurs.Néanmoins , qu'un
Moraliſte trace dans le filence de ſon cabinet
le réſultat de ſes obſervations , qu'il faffe
enfuite connoître ſon Ouvrage par la voie
de l'impreffion , cela n'eſt point furprenant :
il n'a pour juges que des Lecteurs , il eſt
Ev
воб MERCURE
éloigné d'eux ; les traits que la critique luis
porte , font affoiblis par l'éloignement , &
une partie de ſon orgueil eſt à couvert ,
parce qu'on ne peut pas ſe donner le plaifir
très méchant de le bleſſer en face. Mais nous.
ſommes toujours étonnés de voir les Auteurs
Dramatiques compromettre leur amour-pro--
pre avec le Public , en traitant des ſujets.
utiles & moraux. Le plus grand nombre des
Spectateurs ne vient chercher au Théâtreque
de l'amuſement. Offrez-lui une inftruction
directe , il la repouſſe; déguiſez - la ,,
il ne l'apperçoit point. Nous dirons plus ,
ſi quelque eſprit malin ou prévenu chercheà
prêter à la gaîté d'un Auteur comique des
intentions équivoques , il voit bientôt adop--
ter ſes idées avec cet empreſſement commun
à tous ceux qui , par pareſſe ou par igno--
rance, ſontdécidément incapables de ſe faire
un avis ; & il y en a beaucoup de cette efpèce.
Delà, les farcafmes, les épigrammes
les clameurs , le blâme & l'injustice. Voilà
le fruit qu'an Théâtre on retire le plus ordinairement
d'une longue feite d'études , de
réflexions , & d'un travail aufli opiniâtre
que difficile. C'étoit bien la peine d'écrire.
Que d'Aureurs ont malheureuſement acquis
le droit de parler ainti !
M. de Beaumarchais n'a pas dû être furpris
de fe voit traiter comme l'ont été à peuprès
tous ceux de ſes prédéceſſeurs qui ont
eu de la celebrité , & par confequent des
ennemis. •
DE FRANCE. 107


• •
• •



• •

• Les uns , dans la Folle Journée
ont blamé tout ſans diſtinction , & ſe ſont
écriés , avec le Marquis de la Critique de
Y'Écoledes Femmes : Elle est détestable ,parce
qu'elle est détestable ; façon de juger trèscommole
, avec la quelle on peut être fort
économe de connoiffances &de logique , &
qui n'eſt pas moins envogue en ce temps-ci
que du temps de Molière. Les autres , en
confondant les acceſſoires avec le fonds , fe
font appuyés de quelques expreſſions ha
fardées; tranchons le mot , fort libres , &
dont nous deſirerions que l'Ouvrage fût
purgé, * pour lui reprocher non-feulement
de l'immoralité , mais une indécence cynique.
Il eſt à préſumer que tant d'acharnement,
tant de mauvaiſe- foi ont exalté la tête
de M. de Beaumarchais; que le déchaînement
des déclamateurs a fermé fon oreille
aux avis raifonnables des gens ſans paffion ,
& qu'on trouve à préſent dans le Mariage
de Figaro une foule de détails , de phrafes
&de locutions que l'Auteur cût fait diſparoître,
fil'extrême injusticedesuns ne l'eût pas
aveuglé ſur l'impartiale véracité des autres..
* Voyez le premier compte rendu de cet Ouvrage ,,
Mercuredu 8 Mai 1784; No. 19.
Evj
108 MERCURE
L'inconvénient le plus fatal que produiſe la
perfecution , eſt d'egarer l'homme à qui elle
s'attache : ceux qui cherchentà nuire ne l'ignorent
pas ; aufli ne ſe laffent- ils point de harceler,
de fatiguer l'objet de leur envie ou de
leur haine , bien sûrs qu'il en refulte toujours
quelque choſe. Il eſt encore naturel de
croire que c'eſt à cette exaltation que nous
devons la Préface qui précède le Mariage de
Figaro. Le ton qui s'y fait remarquer , annonce
plutôt un homme mécontent qui écrit
avec humeur , qu'un Littérateur qui diſcute ,
&dont le but eſt de jeter un grand jour fur
les idées d'après leſquelles il a compofé fon
Ouvrage. On peut regreter qu'un fuccès
preſqu'inoui juſqu'à ce jour , n'ait pas ſuffi
pour engager M. de Beaumarchais à pardenner
à fes ennemis .
& qu'il ait été affez foible
pour defcendre dans l'arène où ils cherchoient
à l'attirer ; car , ce qu'il a cru devoir
permettre à ſa vengeance , nuit beaucoup à
ce qu'il a donné à la raiſon dans cette Préface,
où, quoi qu'en ait pu dire & imprimer ,
il y a des chofſes très bien vues , très-bien
ſenties& très-bien exprimées.
M. de Beaumarchais croit que la Comé
die doit inſtruire en amufanr. Preſque tous
les gens du monde , & un affez grand nombre
de Gens de Lettres , croyent au contraire
que la Comédie a rempli ſon but quand elle
amuſe,quelques Écrivains ont même avancé
que non-feulement elle ne ſaureit corriger
DE FRANCE 109
و
les moeurs , mais encore que nos Pièces de
caractères , telles que l'Avare , le Tartufe ,
&c. préſentoient plutôt aux avares & aux hypocrites,&
c . les moyens d'être vicieuximpunément
, que des leçons capables de les corriger.
Quoique cette dernière façon de penfer
foit fondée ſur des autorites d'un certain
poids , nous ne faurions l'adopter abfolument
, & nous penchons pour l'avis de
M. de Beaumarchais. La feconde utilité du
Poëme Dramatique , dit Corneille , *fe rencontre
en la naïve peinture des vices & des
vertus QUI NE MANQUE JAMAIS A
FAIRE SON EFFET , quand elle est bien
achevée, & que les traits enfontfi reconnoiffables,
qu'on ne les peut confondre l'un dans
l'autre , ni prendre le vice pour la vertu ..... Le
fuccèsheureux de la vertu, en dépit des traverses
& des périls , nous excite à l'embraffer ,
& lefuccès funeste du crime ou de l'injustice est
capable de nous en augmenter l'horreur natu
relle , par l'appréhension d'un pareil malheur.
Molière s'explique d'une manière plus
preffante &plus poſitive dans fa Préface du
Tartufe. Le Théâtre , dit il , a une grande
vertu pour la correction. Les plus beaux traits
d'uneféricufe moralefont moins puiſſans , le
plus souvent , que ceux de la fatyre , & rien
ne reprend mieux laplupart des hommes que
la peinture de leurs défauts. C'est une grande
* Premier Diſcours ſur l'utilité & les parties du
Poëme Dramatique.
/
MERCURE
alleinte aux vices que de les expofer à la raillerie
de tout le monde. Onfouffre aisément des
répréhenſions ,mais on ne ſouffre point la rail-
Lerie. On veut bien être méchant , mais on ne
veut point être ridicule. On peut donc pardonner
à M. de Beaumarchais un avis qui ,
avant d'être le fien, étoit celui de Corneille
& de Molière.
Quoique ces deux grands Hommes n'ayent
point indiqué la borne où peut s'arrêter l'utilité
morale de la Comédie , on doit croire
qu'ils la conoiffoient. Quand ils ont écrit ce
quenous venons de citer , ils n'ont pas fans
doute prétendu que tous les eſprits fuffent
également ſuſceptibles de correction , qu'un
homme vicieux par goût & par ſyſtême , ne
trouvât point de plaisir à l'être. Ils étoient
trop éclairés pour ne pas ſentir qu'il eftd'autant
plus impoffible de réformer certains vices
de coeur , que , nés avec l'être qui en eſt
entaché,&corroborés par l'habitude , ils ont
pris un caractère indélébile ; mais ils ont cru ,
avecraiſon, quelesvices nejetoient pointdans
rous les coeurs des racines également profondes;
qu'en les attaquant avant qu'ils ſe
développâſſent , on pouvoit , finon les anéantir,
au moins en affoiblir l'effor , & par conféquent
les réſultats; & que pour les âmes
encore douées de quelque délicateſſe , la
crainte de la honte & du ridicule ſeroit un
reffort capable de les combattre d'une manière
victorieuſe . Si la Comédie manque fon
effet ſur quelques têtes incapables de rien
DE FRANCE. IID
faiſir de raiſonnable , & fur quelques coeurs
corrompus , faut-il en conclure pour fon
inutilité morale ? Il vaudroit autant dire
que la loi qui voue à l'échafaud le voleur
& l'affaffin eſt inutile , puifque ſa ſévérité
n'eſt pas affez puiflante pour détourner
du crime. Avancer que la Comédie doit
néceffairement corriger tous les hommes
vicieux , ce ſeroit une abfurdité; poſer en
fait qu'elle ne peut jamais réformer le coeur ,
c'en feroit une plus grande. Cette dernière
affertion ne fauroit fortir que de la tête d'un
étourdi ou de celle d'un ſceptique; dans ce
cas , il faudroit rire du premier , & ne pas.
faire l'action d'un fou en s'élevant contre less
paradoxes &les ſophifmes du ſecond. Nous
voyons au refte que les loix , les moeurs , la
religion même étoient du reffort du Théâtre
Grec; que Térence eſt très-moral dans les
fix Pièces qui nous font reſtées de lui ; qu'Horace,
auquel on ne fauroitrefuſer autant de
lumières que de philoſophie , faifoit un cas
fort médiocre des facéties du très-comique:
mais très-immoral Plaute. Il dit en propres
termes :
At noftri Proavi Plautinos & numeros&
Laudaverefales , nimium patienter utrumque
Ne dicamftulte mirati.
:
Nous voyons enfin que Molière eſt con--
fidérénon ſeulement comme le premier Au--
tear comique de toutes les Nations , maiss
JIL -MERCURE
,
encore comme le plus redoutable fléau des
vices&des ridicutes; que Philofophe profond
autant quhomme de génie , il a cru
que depuis l'imbécille payſan qui épouſe
imprudemment une fille de qualité, juſqu'au
ſcélerat qui abuſe du plus ſaint de tous les
inſtituts pour inaſquer les vices de ſon coeur ,
tout étoit du reffort de la Comédie. Nous
nous rappelons les heureux effets que produifirent
les repréſentations du Tartufe
& nous concluons de tout cela que M. de
Beaumarchais a raiſon de croire que la Comédie
doit inſtruire en amufant. Au furplus ,
ſi quelqu'un doute de bonne foi de l'utilité
morale de la Comédie, qu'il jette un
coup-d'oeil fur ceux que ſes tableaux peuvent
démaſquer; à leur terreur , à leurs cris ,
àleur déchaînement,il ſentira combien on
la redoute , & ſe convaincra bientôt que
fon utilité n'eſt point une chimère.
Qu'est- ce que la décence Théâtrale , fe
demande M. de Beaumarchais ? Nous avons
vû beaucoup de gens étonnés qu'il ſe fût
fait une queſtion de cette eſpèce à la tête
du Mariage de Figaro . Pourquoi cet étonnement
? On l'accufe d'avoir compoſé un Ouvrage
indécent; il ne croit pas mériter ce
reproche,& avant d'y répondre il examine ce
que c'eſt que la décence Théâtrale ; il la
définit ſous les yeux de ſes accuſateurs : at-
il tort ?On en va juger.
" Ce n'eſt, dir- il , ni le vice ni les incidens
qu'il amène , qui font l'indécence
DE FRANCE.
113
1
"
ود
» Théâtrale , mais le défaut de leçons & de
moralité. Si l'Auteur, ou foible ou timide,
n'oſe en tirer de ſon ſujet , voilà ce qui
rend ſa Pièce équivoque ou vicieuſe. »
Nous croyons que ce principe eſt inconteſtable.
Ouvrons le Joueur de Regnard.
C'est un Ouvrage très-comique ſans doute ;
mais ſi l'on y cherche un but moral , on ne
le trouvera point. On y verra toujours
l'homme d'eſprit employant avec une adreffe
rare , avec un art infini , tous les refforts qui
peuvent foutenir l'attention & la gaieté ;
mais on n'y appercevra jamais le Philoſophe
cherchant à lutter avec avantage contre une
paſſion funeſte , à inſpirer l'horreur dont
elle eſt ſuſceptible , & s'efforçant de lui arracher
quelques victimes. Auſſi le Joueur
n'eſt-il point une Comédie morale , mais au
contraire an Ouvrage très- équivoque . Si
l'on s'arrête au Légataire univerſel du même
Auteur, on concevra facilement pourquoi
des Perſonnages reſpectables ont regardé le
Théâtre comme une école de mauvaiſes
moeurs. Quel ſpectacle que celui d'un vieillard
valétudinaire entouré de fripons qui , le
croyant mort, forment & exécutent l'odieux
projetde tromper les Dépoſitaires des actes
qui établiſſent & fixent les droits des Citoyens,
afin de s'approprier ſes dépouilles ! Si
12 philofochie de Regnard eût éré atre
choſe qu'on pur épicureifme , il pouvoit tirer
une moralicé profonde du fonds de fon
ſujet , & préſenter dans le perſonnage de
114 MERCURE
l'infortuné Géronte , les cruels inconvéniens
du célibat. En oubliant ou en négligeant de
donner une fin utile à ſon Légataire , cer
Écrivain n'a fait qu'un Ouvrage vicieux ,
& qu'on rougit de voir , avec quelques autres
de la même eſpèce, ſur le Répertoire de
la Comédie Françoiſe. Il n'en eſt pas de
même du Tartufe. Il n'y a point au Théâtre
de ſcène plus hardie, plus effrayante
pour la pudeur , que la ſcène cinquième du
quatrième Acte de cet Ouvrage. Ce n'eſt
pas fansune eſpèce de frémiſſement qu'on
entend Tartufe répondre aux feintes douceurs
de la femine d'Orgon par les vers qu'on
va lire.
4
Jeneme fierai point à des propos ſi doux ,
Qu'un peu de vos faveurs , après quoi je ſoupire ,
Nevienne m'aſſurer tout ce qu'ils ont pu di
Erpianterdansmon âme une conftante foi
Des charmantes bontés que vous avez pour moi.
Il est vrai qu'Orgon , caché ſous la table,
eft préſent à cette Scène; mais ſa longue
immobilité devient très-inquiétante ; & c'eſt
bien ſérieuſement qu'on eſt alarmé quand
Elmire , preſſée par l'artificieuſe & infernale
logique de Tartufe , ſe croit obligée de s'ex :
pliquer ainfi:
Enfin je vois qu'il faut ſe réſoudre à céder,
Qu'il faut que je conſente à vous tout accorder.
DE FRANCE. FIS
...Paiſque l'on s'obſtine à m'y vouloir réduire ,
Puiſqu'on ne veut point croire à tout ce qu'on peut
dire,
Etqu'on veut des témoins qui ſoient plus convaincus,
Il faut biens'y résoudre & contenter les gens.
Pourquoi cette ſituation , toute équivoque
qu'elle paroît d'abord , ne mérite-t'elle point
d'être conſidérée comme une indécende théâtrale
? C'eſt que Molière s'en eſt habilement
fervi pour demaſquer abſolument le vice affreux
qu'il avoit à peindre; c'eſt qu'elle eft
prolongée autant qu'il faut pour éveiller l'inquiétude
du Spectateur ; que l'Auteur s'arrête
à l'inſtant où il a prononcé les derniers
traits du vil ſcélérat qu'il dévoue à l'exécration
publique , & que du tout il tire une
morali é profonde. Ces exemples , pris chez
les deux premiers Comiques de la Nation ,
fontbien faits pour donner du poids au principe
avancé par M. de Beaumarchais .
Mais abandonnons cette Préface , dont
nous ſoinmes éloignés d'être les Apologiſtes ,
puiſque nous conviendrons très volontiers
que non feulement elle eſt ſouvent condamnable
par le ton acre qui y domine , par les
fréquentes diatribes qu'on y rencontre , mais
encore par un ſtyle pénible &contraint ,
quelquefois obſcur, preſque toujours néologique
; ſtyle qui contraſte ſingulièrement
avec des morceaux d'un très-bon ton , dictés
par la raifon , écrits avec une gaîté charmante;
& venons au Mariage de Figaro , qui
1
116 MERCURE
nous ramènera d ailleurs à l'examen de quelques-
unes des obſervations de M. de Beaumarchais.
Nous avons donné un extrait aſſez étendu
de cette Comédie , après ſa première repréſentation
, pour nous diſpenſer d'en offrir
ici une nouvelle analyſe. Nous allons examiner
rapidement ſi elle eſt ſoumiſe aux
règles du Théâtre , juſqu'à quel point elle
s'en écarte , & fur-tout juſqu'à quel degré
peut être fondé le reproche d'indécence que
nous lui avons entendu faire par bien des
gens.
Boileau a dit :
Qu'en un lieu , qu'en unjour un ſeul fait accompli
Tienne juſqu'à la fin le Théâtre rempli.
/
De ces trois unités M. de Beaumarchais en
a obſervé deux , celle de lieu & celle de
temps. La Scène ſe paſſe au château d'Aguas
Frescas, ſitué à trois lienes de Séville, &
elle ne quittepoint ce château depuis le commencement
de la Pièce juſqu'à la fin. La règle
des vingt- uatre heures y eſt ſuivie à la rigueur
; fi l'on meſure ce cours de temps à
celui des incidens qui ſe mêlent à l'intrigue ,
on ſe convaincra qu'il eſt ſuffiſant. On a
blâmé la tenue du Siège , on a prétendu qu'il
étoit convoqué d'une manière abuſive &
inouiedans aucun Tribunal. Avant de faire
ce reproche, il falloit chercher àle motiver ;
on auroit vu que le Comte Almaviva , Grand
Corregidor d'Andalouſie , pouvoit bien enDE
FRANCE. 117
voyer chercher purement & fimplement
les Officiers d'une Justice ſubalterne dont
il eſt le premier & le ſouverain Juge ; &
que pour prononcer ſur un fait Domeſtique
, il n'étoit beſoin ni d'affignations ni
de formes. Dans quelques - unes de nos
Provinces , les Seigneurs de Paroiſſes en
ufent , pour certains délits , tout auſſi defpotiquement
que le Comte Almaviva , parce
que tout tremble ſous eux , & que leurs
Payſans , parmi leſquels on peut compter
leurs Juges ,les confidèrent comme les Rois
de leur petit canton. C'eſt un abus , oni ;
mais cet abus exiſte dans beaucoup d'endroits
, & cela ſuffit pour qu'un Auteur Dramatique
ſoit autoriſé à en faire uſage lorfqu'il
lui eft utile. Quant à l'unité d'action
elle n'eſt point obſervée. Le Mariage de
Figaro eſt la principale , mais elle n'eſt pas
la ſeule; l'amour de Cherubin pour la Comteſſe
, qui ne devroit être qu'un incident ,
forme lui-même une action très-diſtincte ; &
les réclamations de Marceline , jointes à
la reconnoiſſance de Figaro pour fils de la
Duègne & de Bartholo, en forment une troifième.
Ariftore a dit (nous nous ſervons ici
de la traduction &des idées de Corneille )
que l'action d'un Poëme Dramatique doit
avoirune juſte grandeur , c'est-à-dire , qu'elle
ne doit être nifi petite qu'elle échappe à la
vûe comme un atome , nifi vaſte qu'ellesconfonde
la mémoire de l'Auditeur & égare fon
imagination. Ce principe eſt dicté par la rai-
,
118
:
MERCURE
fon& par la ſageſſe; & quand M. de Beaumarchais
parviendroit à nous convaincre , ce
que nous croyons impoffible,que l'intrigue du
petit Page & les réclamations de la Duègne
ne font que deux incidens de l'action principale
, nous ne ſerions pas moins fondés à
lui reprocher la pénible & laborieuſe éten
due de cette action. Il auroit beau s'ecrier
comme dans ſa Preface, que les règles fur
leſquelles nous le jugeons ne ſont pas les
Gennes , les bons eſprits ne confidèreroient
cette negative que comme un fubterfuge ,
&s'accorderoient tous pour lui réperer qu'il
y a peu de mérite à travailler d'après des
règles qu'on a faites pour ſoi , tandis qu'il y
en a beaucoup à bien faire en ſe ſoumertant
aux règles qui gouvernent tout le monde.
Dans tout le cours de cette Comédie
l'oeil eſt agréablement occupé par une foule
de tableaux , de ſituations , de jeux & de
coups de théâtre; mais les fils qui les amènent
ne
,
font pas toujours allez adroitement
placés pour fatisfaire l'obſervateur difficile.
Il eſt évident qu'au premier Acte , le Comte
ne ſe cache derrière le grand fauteuil , à l'ar -
rivée de Bazile , que pour amener enfuite le
tableau qui offre Cherubin blotti dans l'intérieurde
cemême fautevil; car qui force le
Comte à fe cacher ? Bazile n'est-il pas l'honnête
confident deses amours ?Quel rifque y a-
✓ t'il que ce fripon trouve Alma-Viva avec Suzanne
? Celui ci ne lui a-t'il pas confié le
ſoin de faire des propoſitions à la CamaDE
FRANCE.
119
riſte ? Un tel reſſort eſt d'autant plus condamnable
qu'il eſt faux & petit,& qu'il n'annonce
que le defir d'amener des tableaux
tels quels , & à quelque prix que ce ſoit. Au
Théâtre , on jouit de l'effet , & l'on rit ;
à la lecture, où la raiſon tranquille juge,
parce qu'elle ſe rend compte de ce qu'elle examine,
on eſt plus ſévère. Nous ſommes ſans
doute très-fondés à faire à M. de Beaumarchais
le reproche d'avoir quelquefois choifi
ſes moyens avec une négligence hâtive , puiſqu'il
a établi tous les refforts de ſon ſecond
Acte avec une adreſſe dont il réſulte un intérêt
très - vif , qu'il a ſu en motiver tous les
incidens , toutes les entrées , toutes les forties
de ſes perſonnages , inquiéter ſur l'étourderie
de la Comteffe , fur le fort de Chérubin
, & les tirer enſuite l'un& l'autre d'embarras
pardes moyens très-habilement développés.
La marche de l'intrigue eſt quelquefois
lente ; quelquefois auffi elle s'avance brufquement
& comme par bonds. Rien de
moins attendu , riendemoins poflible à prévoir
que la reconnoiffance de Figaro pour le
fils de Bartholo & de Marceline. Ouvrons la
ſeizième Scène du troiſième Acte.
وو
FIGARO.
" La précaution qu'on avoit priſe de me
faire des marques diſtinctives , témoigne-
> roit affez combien j'étois un fils précieux :
ΙΣΟ MERCURE
ود &cet hyéroglyphe à mon bras.... ( Ilveut
- Je dépouiller le tras droit. )
MARCELINE.
>>Une ſpatule à ton bras droit ?
FIGARO.
>>D'où ſavez- vous que je dois l'avoir ?
ARCELINE.
• Dieux ! c'eſt lui.
FIGARO.
» Oui , c'eſt mon.
1
BARTHOLO.
>> Et qui ? lui !
MARCELINE.
C'eſt Emmanuel.
BARTHOLO à Figaro.
>>Tu fus enlevé par des Bohémiens ?
FIGARO , exalté.
>> Tout près d'un château. Bon Docteur ,
> fi vous me rendez à ma noble famille ,
>> mettez un prix à ce ſervice ; des monceaux
> d'orn'arrêteront pas mes illuſtres parens.
BARTHOLO , montrant Marceline.
» Voilà ta mère. »
Boileau , que nous aimons à citer , a dit ,
Chant troisième de ſon Art Poétique :
L'eſprit ne ſe ſent point plus vivement frappé,
Que lors qu'en un ſujet d'intrigue enveloppé,
D'un
A
:
1
DE FRANCE. 121
D'un fecret tout-à-coup la vérité connue
Change tout , donne à tout une face imprévue.
Mais il ne veut pas que la connoiſſance de ce
ſecret ſoit bruſquée , qu'elle tombe pour
ainſi dire des nues ; & la raiſon ſeule ſuffit
pour indiquer que les événemens les plus
faits pour intéreſſer & pour amener des ſurpriſes
doivent être préparés avec intelligence
& amenés avec arr. Celui-ci ne l'eſt point.
Après la reconnoiſſance de Figaro , l'intrigue
tombe tellement que le Spectateur n'imagine
point qu'il ſoit poſſible de la relever. Elle ſe
renoue pourtant ; mais ce n'eſt que pour
marcher d'une manière languiſſante juſqu'au
cinquième Acte , où , malgré le monologue
de Figaro , & les boutades morales ou politiques
qui le compoſent , tout l'intérêt ſe
détourne de ce perſonnage pour ſe rejeter
fur la Comteffe.
Nous ſerions tentés de croire qu'outre la
Scène ſupprimée par les Comédiens, &impriméedans
la Préface, il exiſtoit dans cet Ouvrage
d'autres Scènes dont M. de Beaumarchais
s'eſt vû force de faire le ſacrifice , & dont la
ſuppreſſion a fait à l'intrigue des brêches irréparables.
Les prétentions de Bazile ſur la Duègnene
fontqu'indiquées, elles ne rendent pas
ce perſonnage plus utile , mais on peut foupçonner
qu'elles ont eu plusd'étendue , & que
Bazile devoit jouer dans la Pièce un rôle bien
plus important que celui qu'il y joue. Si nos
Loupçons ſont mal fondés, le tort de l'Au-
No. 25 , 18 Juin 1785. : F
122 MERCURE
.
teur eft grand; car nom- feulement le Maître
de Clavecin de la Comteſſe eſt un perſonnage
nul , mais c'eſt encore un perfonnage
odieux & révoltant .
Cherchons maintenant quel a été le but de
l'Auteur dans cet Ouvrage , qu'il croit moral
, & que l'on s'obſtine à trouver très indéceor.
Il nous ſemble que M. de Beaumarchais
s'eſt propoſé d'y offrir plus d'une vérité,
d'y combattre plus d'un abus, &d'indiquer
les inconvéniens de certaines foibleſſes .
Nous ne voulons pas parler de tout ce que
M. de Beaumarchais a voulu fronder , nous
ne parlerons que de ce qui eſt utile à la
marche & an but d'une Comédie.
LeComte Almaviva doit à Figaro l'heureux
ſuccès de ſes amours avec Roline , devenue
depuis ſa femme; & parce que , né libertin ,
ceGrand d'Eſpagne n'a plus pour la Comteſſe
cet ardent amour qui lui a fait tout
entreprendre pour parvenir à l'épouſer , il
ſe propoſe de ſéduire la femme qu'il a promiſe
à l'homme qui fa fervi avec zèle , &
d'immoler ſon honneur à la vivacité indécente
de ſes deſirs. Noble & puiſſant , il
ſe croit tout permis; & pour la fatisfaction
d'un appétit brutal , il deſcend juſqu'à l'injustice.
Heureuſement celuiqu'il veut facrifier
àune vaine paffion, n'eſt pas d'un caractère à
endurer la perſécution en filence ; il oppoſe
la ruſe à la force & au pouvoit , enveloppe
le fuborneur dans ſes propres filets; & , fecondé
par la jeune perſonne qu'il aime , fille
DE FRANCE.
123
adroite , vive , ſpirituelle , mais ſage par goût
& par choix , il a le plaiſir de voir fon orgueilleux
Maître devenir la victime de ſes
coupables projets , & s'expoſer lui-même à
la riſeede ſes vaſſaux. Que d'une pareille donnée
on puiſſe tirer, comme le dit M. de Beaumarchais
, une moralitéprofonde , nous ne le
penſons pas , nous croyons au contraire que
cét Écrivain s'eſt fort exagéré ſon but; mais
que ce tableau ſoit abſolument inutile, nous le
nions poſitivement. Il ne dégoûtera certainement
pas les Grands du libertinage auquel
ils font trop accoutumés , ſur lequel même
on leur fait grâce trop légèrement , pour
qu'ils prennent la réſolution de renoncer
àdes plaiſirs dont ils ſe ſont fait une habis
tude & douce & criminelle ; mais il eſt
poſſible que l'exemple du Comte Almaviva
les engage à ſe reſpecter davantage , à régler
quelquefois leurs deſirs inſenſés ; qu'il leur
faſſe entrevoir que toutes les femines ne
ſont pas également ſuſceptibles de ſe laiſſer
ſéduire par l'appât de l'or & par l'orgueil
d'un nom illuftré , & qu'il ne faut qu'une
femme adroite & fpirituelle , comme Suzanne
, pour les couvrir de honte , en les
couvrant de ridicule. Alors le petit bien qui
en pourra réſulter , & c'eſt déjà un grand
avantage qu'un petit bien , ne naîtra point
de l'amour de la vertu , mais de la crainte
du ridicule. Eh ! qu'importe comment le bien
artive pourvu qu'il vienne. Diſons mieux :
quand il n'eſt pas poſſible de produire un
Fij
124 MERCURE
bien réel, & qu'on s'efforce de diminuer la
fomme du mal , on eſt déjà utile.
Si l'on veut conſidérer avec attention le
caractère de Suzanne , on ſentira qu'il eſt
auſſi aimable qu'intéreſſant. On peut lui reprocher
de la légèreté , de l'étourderie , &
quelques mauvaiſes plaifanteries , mais elle
aime le bien pour l'amour du bien même.
Quand elle ſe prête au projet qu'a formé
la Comreſſe de ſe rendre au jardin en fon
nom , afinde tenter les derniers efforts pour
ramener le coeur de ſon époux , Suzanne
ne cède que malgré elle ; & c'eſt après
que la Comteſſe lui a dit , je prends tout
furmon compte , qu'elle conſent à écrire à
fon Maître pour lui donner un rendezvous.
Se conferver à fon Figaro , parvenir à
l'épouſer malgré les oppoſitions du Comte
& l'orgueil imbécille du Jardinier Antonio ,
voilà tout ce qu'elle veut , & elle parvient à
ſe fatisfaire en jouant un fuborneur , & en
le forçant à romber aux pieds de ſa femme.
Le caractère du Page n'eſt tracé que pour
mettre celui de la Comteſſe en jeu ; fi le
reffort eft bon , fi par lui l'Auteur arrive à
fes fins , nous ne voyons point ce qu'il a de
blamable. Arrêtons nous donc à celui de la
Comteffe, & voyons ce que M. de Beaumarchais
en dit dans ſa Préface,
" Abandonnée d'un époux trop aimé ,
> quand l'expoſe-t'on à vos regards ? Dans le
• moment critique où ſa bienveillance pour
Run aimable enfant , ſon filleul , peut de
DE FRANCE: 125
>> venir un goût dangereux , ſi elle permer
>>au reſſentiment qui l'appuie , de prendre
>> trop d'empire ſur elle. C'eſt pour faire
>> mieux fortir l'amour du devoir que l'Au-
" teur lametun moment aux priſes avec un
>> goût naiſſant qui le combat. » Cette définition
du caractère de la Comteſſe eſt exacte
&vraie. Le coeur de cette femme intéreſſante
éprouveunbeſoin d'aimer qui eſt ſur le point
de l'égarer ; on craint un moment qu'elle ne
ſuccombe , on le craint même par intervalles;
mais les combats qu'on lui voit éprouver
, les efforts qu'on lui voit faire pour repouffer
un ſentiment dont elle ne s'eſt pas
encore rendu compte , raffurent les coeurs
honnêtes que fon péril alarme. Combien de
femmes ont fuccombé pour avoir manqué à
examiner la nature du penchant qui les ensraînoit
vers un homme agréable , combien
enſontdevenues les victimes , & que l'exemple
de la Comteſſe Almaviva pourroit être
utile , ſi quelques-unes des infortunées que
leurs époux délaiſſent , cherchoient dans le
caractère de ce perſonnage la moralité qu'il
renferme!
Au total,& fans prolonger davantage un
examen déjàtrès-long,le Mariage de Figaro
ne nous paroît point mériter par le fonds le
reproche d'indécence qu'on lui fait avec
rant de rigueur , & il préſente des apperçus
moraux très - eſtimables. Nous deſiterions
que le ſtyle en fût plus naturel ; que Figaro ,
qui eſtunfou très-gai , quiditdetems entems
Fiij
116 MERCURE
des vérités très-importantes , s'expliquât plus
naturellement, & ne s'appropriât point quelquefois
le ſtyle de M. des Mazures ; que le
dialogue en fût plus vrai , plus naturel ,
mieux attaché ; que la logique générale de
l'Ouvrage fût plus ferme ; qu'on en écartât
les expreffions hafardées , les pointes , les
jeux de mots , les plaiſanteties uſées qu'on
y rencontre , & qu'en élaguant des inutilités
affez fréquentes , M. de Beaumarchais fit
marcher ſon action plus rapidement , &, par
une fuite naturelle , avec plus d'intérêr. En
in mot, nous ne conſeillerions à perſonne
de prendre cette Comédie pour modèle ;
mais nous ne croyons pas non plus que perfonne
pût regretter de l'avoir faite , parce
que c'eſt un Ouvrage fort gai , fort original
, fort piquant , ce qui n'eſt pas une choſe
commune,&qui annonce que Son Auteur
eft , à coup sûr , plus qu'un homine de beaucoup
d'eſprit.
21
( Cet Article eft de M. de Charnois.)
HISTOIRE des progrès & de la chûte de
la République Romaine , par Adam Ferguſon,
Profeffeur de Philofophie Morale
à l'Univerſité d'Édimbourg , Ouvrage
orné de Cartes ,& traduit de l'Anglois. A
Paris , chez Nyon l'aîne , Libraire , rue
du Jardinet. 1784,3 Vol. in-12 .
M. FERGUSON eſt l'Auteur de l'Effaifur
DE FRANCE.
127
l'Histoire de la Société Civile , Ouvrage connu
& eſtimé dans toute l'Europe.
Celui que nous annonçons aujourd'hui
eſt une nouvelle Hiftoire Romaine ; l'Aureur
déclare affez naturellement qu'il n'en
connoît aucune moderne qui ſoit digne du
ſujet, qui ſoit ſimple , & qui dédaigne une
fauſſe parure , qui ſe borne dans les détails
aux faits utiles , & dont l'enſemble donne
une juſte idée de la conduite militaire & des
opérations politiques du Peuple Romain .
Son plan paroît avoir été de faire pour
l'Hiſtoire de la République Romaine ce que
M. Gibbon vient de faire pour l'Hiſtoire de
l'Empire Romain , & la réunion de ces
deux Ouvrages formera un corps complet
&àpeu-près uniforme d'Hiſtoire Romaine.
La ſeule manière convenable d'écrire
'Hiſtoire dans un ſiècle philoſophique , eſt
de l'écrire philoſophiquement , de la raifonner
beaucoup , de montrer le rapport
des effers aux cauſes, des événemens aux
moeurs , de faire du paſſe l'inſtruction du
préſent & de l'avenir , de tourner pour le
genre-humain les erreurs & les crimes des
générations précédentes au profit des lumières
&des vertus.
M. de Montefquieu a embraſſé d'une
vue philofophique toute l'Hiſtoire Romaine
dans ſes grandes révolutions; il l'a raiſonnée
ſans la retracer , au moins en détail , &
en la ſuppoſant connue , il l'a traitée en Philoſophe
d'après les Hiſtoriens. M. Ferguson
Fiv
128 MERCURE
eft à-la-fois Hiſtorien & Philoſophe ; il
écrit l'Hiſtoire Romaine , mais toujours
relativement à un but qu'il ne perd pas un
moment de vûe ; il ſuit la marche du Peuple
Romain vers la perfection & la détérioration;
il montre dans la conduite politique ,
civile &militaire de ce Peuple fameux , les
cauſes de ſes progrès & de ſa décadence. Il
écarte àdroite & à gauche tout ce qui eft
étranger à ſon objet, tout ce qui n'a pas un
caractère ou d'utilité ou de certitude affez
marqué. Les premiers fiècles de Rome l'arrêtent
peu ; il eſt affez porté à en reléguer
l'Hiſtoire parmi les fables , ce qui prouve
que les raiſons alléguées par M. de Pouilly
• fur l'incertitude de l'Hiſtoire de ces pre
miers fiècles , ont fait impreffion aux Philoſophes
, quoiqu'elles ayent été réfutées par
des Savans. En général , le doute eſt ami de
la raiſon ; la Philofophie aime à douter ,
parce qu'elle craint l'erreur ; l'érudition
aime à croire , parce que croire c'eſt ſavoir ,
du moins juſqu'à ce que l'erreur ſoit démontrée.
M. Ferguson donne plus d'étendue
&de développement à ſa narration à mefure
que les événemens & la Nation même
acquièrent plus d'importance. Le troiſième
Volume ne contient qu'un petit nombre
d'années. Le premier contient pluſieurs
ſiècles. Le troiſième Volume s'étend juſqu'à
la fin du ſeptième ſiècle de Rome. Il ſera
ſuivi de trois autres Volumes , & cependant
il ne reſte plus que quelques années à
DE FRANCE.
129
remplir , puiſque l'Ouvrage ſe borne à
l'Hiſtoire de la République; mais nous concevons
que ce qui concerne le changement
de conſtitution & le paſſage de la liberté à
la ſervitude , ſera traité avec les développemens
convenables , comme étant le grand
objet de cette entrepriſe.
L'Ouvrage au reſte a beaucoup d'enſemble;
c'eſt un tiſſu ſerré , où tout ſe tient ,
qu'il faut embraſſer dans ſa totalité, &
dont on ne pourroit détacher des détails
ſans leur faire tort , en les privant de l'avantage
qu'ils tirent de leur rapport & de leur
union avec ce qui précède & ce qui ſuit.
Le Gouvernement Romain eſt la matière
d'un problême qui ne ſera pas fitôt réſolu.
Les uns , frappés des diſſentions perpétuelles
du Sénat & du Peuple , des Patrie
ciens & des Plébéïens , des Confuls & des
Tribuns , choqués des inconvéniens du partage
& de l'incertitude même du pouvoir ,
ne balancont pas à condamner cette confti
tution mixte& vacillante; les autres , admirantcette
prompteréunion de tous les ordres
de l'État , non-feulement pour la défenſe
commune, mais pour l'attaque , pour la
conquête , pour tout ce qui pouvoit procurer
l'agrandiſſement de la République & la
gloire du nom Romain , ont regardé les
diſſentions même dont nous parlons comma
des mouvemens utiles qui entretenoient &
augmentoient l'énergie de laNation , comme
un intérêt de plus qui attachoit les Citoyens
Fv
130 MERCURE
àlaPatrie.On не ſera pas étonné qu'un Auteur
Britannique ſe montre affez favorable à
laConſtitution Romaine & au balancement
des pouvoirs. On le ſera peut-être un peu
plus de voir ce même Auteur ſe montrer &
favorable à un tyran tel que Sylla , & fi indulgent
pour les proſcriptions.
66 Il eſt affreux , dit il , de dire que les
>>Nations peuvent ſe trouver dans un état
» qui exige un pareil remède; il eſt permis
» du moins d'aſſurer que jamais aucun Peu-
>> ple ne s'eſt vû dans une ſituation ſembla-
ود
ود
57
"
ble ( à celle où étoit alors le Peuple Ro-
>> main ), & que les maux de l'État demandoient
des remèdes très-violens. Rome
étoit très-peuplée , & la Capitale d'un
vaſte Empire; chacun de ſes habitans vouloit
dicter des ordres & des loix , & perfonne
ne vouloit obéir. Ils deſircient tous
devenir les Co Souverains d'un grand
> nombre de Provinces ; ils étoient prêts à
détruire toutes les inſtitutions imaginées
>> pour maintenir la ſubordination entre
- eux; ils defiroient tous renverſer les prin-
>> cipes d'ordre & de juſtice néceſſaires à
ود
ود
:
toutes les Sociétés ; & l'on doit avouer
» que dans un Corps auſſi vicié & auffi
> corrompu , il étoit indiſpenſable de re-
>>trancher quelques Membres. Les Citoyens
ود ſe réuniſſoient en troupes nonibreuſes
» pour commettre des crimes & des forfaits
; ils s'enrôloient dans les factions , &
ils ſe livroient à tous les défordres qui
DE FRANCE.
131
"
ود
» convenoient à leurs Démagogues. Parmi
les moyens de réforme & les inftrumens
de guériſon qui s'offrirent à Sylla , il eſt
vraiſemblable que le glaive fut le ſeal fur
> lequel il put compter ,& qu'il s'en ſervit
>> avec la fermeté d'un Chirurgien qui veut
réuffir dans ſon opération.
"
Le Traducteur abandonne avec raiſon ſur
ce point M. Ferguson. " Il ſeroit à deſirer ,
>> dit - il , que M. Ferguson eût adouci &
>>développé davantage ſes idées , & qu'il
"
ود
eût examiné s'il eſt permis d'employer de
>> pareils moyens ; s'il ne valoit pas mieux
abandonner la République à ſon fort , ou
• plutôt s'il n'y avoit pas d'autres expédiens.
> D'abord Sylla ne réforma point la Répu-
>> blique; & enſuite, quand des opérations
>> plus modérées auroient laiſſé des abus dans
l'État , il valoit mieux leur donner la préférence.
2
"
>>On doit le regarder , dit encore M. Fer-
> gufon , comme un monftre abominable ,
ſi les Citoyens qu'il mit ſur ſes tables de
>> proſcription , ſans forine de procès , ne
furent point coupables , ou fi dans l'état
où ſe trouvoit la République on pouvoit
>> encore les condamnerjuridiquement.Mais
ود
ود ſi l'une ou l'autre de ces ſuppoſitions eſt
>> faufſe ; s'ils étoient coupables des plus
>> grands crimes ; s'ils étoient les Auteurs
des troubles &de l'anarchie qui rempliffoientRome
de forfaits & de défordres ,
il ſemble mériter des éloges pour avoir
ود
*
وش
1
Fvj
4
132 MERCURE
>>arraché la République des mains de ses
>>ſcélérats , pour avoir détruit ce ramas de
» brigands. »
Brigands, ſcélérats , tout ce qu'on voudra ;
mais qui ne voit , qui ne ſait que le crime
dont il les puniſſoit & dont il vouloit les
punir , étoit d'être ſes ennemis, & que les
proſcriptions contraires de Marius & de
Sylla , furent reſpectivement caufes les unes
des autres , parce que le mal produit toujours
le mal ? Peut-on prononcer le mot
d'éloge en parlant de pareilles horreurs ! M.
Ferguſon, ſi tous ſes jugemens reffembloient
à celui-ci , mériteroit bien peu lui-même les
éloges que nous lui avons donnés , & que
nous confirmons.
2
L'ENFANT Prodigue , Poëme en huit
Chants , par M. Daillant de la Touche.A
Genève & ſe trouve à Paris , chez
Guillot , rue S. Jacques; Brunet , Place du
Théâtre Italien , & chez tous les Marchands
de Nouveautés.
Nous avons eu déjà pluſieurs fois occaſion
de remarquer que M. Daillant de la
Touche eſt l'un de nos Poëtes actuels qui
s'eſt le plus garanti des vices du ſtyle moderne.
Ses penſées & ſes images font toujours
vraies , ſes expreſſions ſimples & franches;
& dans ce nouvel Ouvrage , comme
dans les précédens, il ſeroit difficile de trouver
une idée peu naturelle , ou une phrafe
DE FRANCE.
133
obſcure & alambiquée. Les premiers Chants
de ce Poëme , ceux qui contiennent les erreurs
de l'Enfant Prodigue , ſont un peu négligés
; mais dans les derniers , où le jeune
Almon , après bien des fautes , ſe trouve
plongédans la misère & réduit à garder les
troupeaux , comme l'Enfant Prodigue de
l'Evangile , le ſtyle de l'Auteur devient touchant
& animé ; & la peinture de la vie
paftorale d'Almon nous paroît fur- tout un
morceau de poéſie très intéreſſant. Au lieu
de choiſir plufieurs autres citations qui pourroient
également donner une idée avantageuſe
de l'Ouvrage , nous croyons faire plaifir
à nos Lecteurs en leur mettant en partie
ce tableau ſous les yeux. Il commence le
ſeptième Chant.
Les arbriſſeaux couronnés de feuillage ,
Les prés fleuris , les coteaux verdoyans ,
De l'aquilon ne craignoient plus l'outrage ;
L'air imprégné de ſucs vivifians ,
De doux parfums , ouvroit le ſein des rofes;
Le blé croiffant ſur un tube noueux ,
Réuniſſoit ſes feuillesdemi-cloſes ;
L'aigle , au ſommet d'un chêne , oudans le creux
De quelque roche , avoit bâti ſon aire ;
Et le moineau , ſous le chaume des toits ,
Cachoit ſon nid de moufle& de fougère.
Les animaux aſſervis ſous nos loix ,
Ceux qui craintifs vivent au fond des bois
Le vermifſeau , l'infecte , le reptile ,
134 MERCURE
Et l'habitant des ruiſſeaux tortueux ,
Brûloient d'amour : l'homme brûloit comme eux;
Car la raifon, foible & preſqu'inutile ,
Dans ces beaux jours ne calme point ſes feux.
(Almon conduit alors ſes troupeaux fur un coteau
plus éloignédefa demeure.)
Ce lieu paré des mains de la Nature ,
Offroit aux yeux les fublimes beautés ,
Les grands objets qu'une âme libre & pure
Aime à trouver loin du bruit des cités.
Cachant ſa tête élevée & ſauvage
Sous de vieux pins , dont les triftes rameaux
Sembloient noircir & percer le nuage ,
Le mont formé de cercles inégaux ,
Moins eſcarpé , fécond vers ſa racine ,
En ſe courbant lentement deſcendoit ,
Comme une douce & riante colline ,
Au bord d'un lac on le ciel ſe peignoit
Dans les reflets d'une onde cryftalline.
Un bois touffu , verdoyant , terminoit
Sur l'autre rive une vaſte prairie ;
Et les ormeaux , les chênes élancés
Étoient encore en hauteur ſurpaſſés
Par les clochers d'une antique Abbaye.
« La paix , qui fuir de mon âme inquiète ,
» L'aimable paix eſt là, >> diſoit Almen ,
:
DE
1351
FRANCE.
En regardant cette heureuſe retraite.
Ses inaux cruels& la douce ſaiſon ,
Qui , ranimant la Nature embellie ,
Fait en nos coeurs , d'eux-mêmes ſurchargés ,
Naître l'amour & la mélancolie ,
La folitude auſſi qu'il a choiſie ,
Ces rochers noirs triſtement ombragés,
Ces bois , ce lac dont ſes yeux affligés
Ont tant de fois meſuré l'étendue ,
Tous ces objets , ſon âge & ſes loiſirs ,
Renouveloient & les tendres defirs
Et les chagrins dans ſon âme abattue.
« Faudra- t'il donc , en gardant les troupeaux ,
Pleurer , dit- il , le reſte de ma vie ?
> Quand le ſommeil du ſommet des coteaux
>> Ne lance plus ſes feux fur la prairie ,
>>>Le Laboureur , de travail haraffé ,
>> Finit ſa tâche ; au village il ramène
» Ses boeufs peſans , qui traînent avec peine
» Et la charrue & le ſoc renverſé.
Dans ſa famille attendu, careffé ,
>> Des ſimples mets que ſa femme prépare
* Il eſt content ; le doux ſommeil répare
>> L'épuiſement d'un corps robuſte & ſain ,
> L'aube le trouve aux champs le lendemain.
>> Avec le mal , moi , je n'ai point de trêve.
> Pendant la nuit je baigne de mes pleurs
ود Ma triſte couche: enfin le jour ſe lève;
4

136 MERCURE
:
>> Mais ſon éclat irrite mes douleurs ,
>> Et je m'afflige encor lorſqu'il s'achève.
» Aimable oiſeau , qui , dans ces derniers tems,
>> D'un ton plaintif accuſiez la Nature,
>> Lorſque tous deux battus des ouragans ,
Nous ſouffrions la faim & la froidure ;
➤ L'hiver n'eſt plus ; pour vous ledoux printems
› A ramené les Zéphyrs , la verdure ,
» Et vous chantez maintenant vos amours.
>> Privé d'eſpoir ,je ſuis plus triſte encore ,
>> Plus miférable , & la ſaiſon de Flore
>> N'aura pour moi ni plaiſirs ni beaux jours .
>> Froids confidens de ma douleur profonde ,
>> Vallons , rochers , montagnes, ſombres bois,
>> Rendez-moi donc, en me cachant au monde,
- Semblable àvous; ruiſſeau , qui tant de fois,
> As vû mes pleurs ſe mêler àton onde, &c.&c.»
Ce morceau eſt nourri de ſentimens &
d'images ; on voit que M. Daillant de la
Touche aime les peintures champêtres.
Auſſi en a-t'il femédans tous ſes Ouvrages ,
qui annoncent une âme douce & un talent
aimable.
SesContes & fes caprices en vers ſe trouvent
aux mêmes adreſſes.
DE FRANCE. 137
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 6 de ce mois , on a repréſenté ,
pour la première fois , Roxelane & Mustapha,
Tragédie en cinq Actes , par M. de
Maisonneuve .
Nous regrettons que l'abondance des matières
ne nous permette pasde rendre compte
de cet Ouvrage , qui vient d'obtenir un fuccès
auffi brillant que mérité. Nous nous
propoſons de le faire connoître par une analyſe
détaillée que nous imprimerons dans le
Mercure prochain. En attendant , nous devons
dire que l'ordonnance de cette nouvelle
Tragédie eſt pleine de ſageſſe , que
l'action marche avec une rapidité attachante,
& que peu d'Auteurs ont , dans un coup
d'eſfai , car c'en eſt un , donné de plus belles
eſpérances ; ce qu'il nous fera facile de
prouver par un expoſe ſimple & exact des
refforts que M. de Maisonneuve a employés
pour établir , filer , développer &
parfaire fon intrigue. Les caractères de Soliman
, de Roxelane , de Mustapha & de
Zéangir font marqués à des traits qui annoncent
un eſprit juſte , une tête raifonnable&
un coeur chaud; le dernier ſur-tout a
138 MERCURE
fingulièrement frappé les Connoiffeurs: on
y.a remarqué des nuances d'héroïfme & de
fenfibilité fondues avec rant d'art & tant
d'intérêr, que tous les fuffrages ſe ſont réunis
en ſa faveur. Ce rôle eſt parfaitement
rendu par M. Saint- Phal , dont le talent
déjà jußement eſtime , prend tous les jours
plus d'effor & d'énergie.
LE
VARIÉTÉS.
E Sieur BOSSE, Serrurier de S. A. Mgr. Je
Prince de Soubiſe , eſt déjà avantageuſement connu
par des Fauteuils Mechaniques qu'il a imaginés à
l'uſage des Malades & des Perfonres goutteuſes. Il
vient encore d'en multiplier les propriétés , & de les
porter à un nouveau degré de perfection. Ces Fauteuils
peuvent ſervir maintenant de Lits de repos ,
& fuppléer à d'autres meubles de néceffité & d'une
utilitéjournalière.On peut s'y promener ſoi-même
dans ſes appartemens & jardins ; & entr'autres commodités,
on en démonte les bras ou accotoirs pour la
facilité du panſement d'un Malade.
Puiſque l'âge & les accidens amènent les infirmités
, on doit applaudir & encourag i l'induſtrie qui,
vient au ſecours de l'humanité ſouffrante. On peut
voir ce meuble très-utile chez le ſieur Boſſe , Serrurier
, rue du Perche au Marais.
Nota. Les Roulettes , qui font ordinairement en
bois ou en cuivre , ſont faites ici de cuirs Anglois
d'une force extraordinaire très bien amalguamés ,
réſiſtans plus que le bois & le cuivre , & ayant par
conféquent l'avantage de faire moins de bruit , &
de n'être point ſujettes à fillonner le parquet ni les
carreaux.
DE FRANCE. 139
ANNONCES ET NOTICES.
ES Terriers rendus perpétuels , ou véritable
Méchanisme de leur confection ; Ouvrage en fix
Livraiſons , utile à tous Propriétaires de terres ou
fiefs, à tous Notaires , Régiffeurs , Géomètres , Féodiſtes
& autres enfin qui ſe deſtinent à la partie des
Terriers , avec Plans & Tableaux gravés de tous
les genres , in - folio , première Livraiſon , compoſée
de l'Atlas radical , N°. II , de l'Indication radicale,
Nº . III , & de l'indication perpétuelle , Nº. VIII ;
par M. Aubry de Saint-Vibert. Prix , 6 liv. chaque
Livraiſon , rendu franc de port dans tout le Royaume ,
en affranchiſſant la lettre d'avis& le port de l'argent.
On payera en outre I liv. 4 fols pour les filets diftinctifs
des Fiefs & autres objets qui compoſent les
deux plans de cete Livraiſon , & 6 liv. pour ſe procurer
les mêmes plans lavés foigneuſement. AParis ,
chez l'Auteur, rue des Blancs-Manteaux , N ° . 37 ,
&chez Belin , Libraire , rue S. Jacques , près S. Yves ,
chez leſquels on continue de foufcrire pour l'Ouvrage
entier , moyennant 36 liv. en feuilles ſans filers.
Ce Livre manquoit. On a d'excellens Traités ſur
les Matières Féodales , ſur les Biens en roture , &
même des Ouvrages très conſidérables ſur la confection
des Terriers; mais perſonne n'a tenté juſqu'à
ce jour de donner une Méthode auſli complette
; & tout partiſan de l'ordre & du bien public
doit yoir avec fatisfaction un Ouvrage qui intéreſſe
à la- fois la propriété des Seigneurs & la tranquillité
desCitoyens.
Il eſt bien à defirer en effet que l'on afſferviſſfe
ure opération auſſi compliquée que la confectiondes
Terriers, à un principe unique & invariable, qui est
l'âme de tous les bons établiſſemens. Les moyens
440 MERCURE
propoſés par l'Auteur ne font en aucune manière
compliqués ;& quand ils paroîtroient tels au premier
coup-d'oeil , il ne faut pas oublier que ce n'eſt point
le nombre des colonnes dans les Ouvrages à Tableaux
qui produit la confufion, mais le défaur d'ensemble.
S'il est vrai que l'Auteur ait trouvé cet enſemble , les
Seigneurs vont jouir de la double fatisfaction de
pouvoir meture leurs terres dans le meilleur ordre
poffible,& de les y conferver.
Il ne faut pas croire que l'entretien des Terriers
foit une choſe chimétique. Il eſt du plus grand intérêt
que l'on s'en occupe, à caufe des avantages confidérables
qui en réſultent; & s'il n'a pas été propoſé
plus tôt , c'eſt parce qu'on n'étoit pas encore
affez éloigné de la barbarie qui a préſque toujours
régné juſqu'à préſent dans les Ouvrages de Terriers .
Quand cet Ouvrage ne conviendroit pas à toutes
les Seigneuries du Royaume , à cauſe de la variété
infinie des propriétés (qu'un ſeul homme ne peut
pas connoî.re,) il n'en eſt pas moins réel que la
divifion que l'Auteur en a faite en Provinces à cens
diviſible & Provinces à cens indiviſible, eſt le moyen
le mieux imaginé pour donner à ſon Ouvrage toute
l'extenfion dont il eſt ſuſceptible.
Les Livraiſons de cet Ouvrage font diftribuées de
manière que les Acquéreurs peuvent ſe flatter d'en
retirer de l'utilité dès le premier inftant , chaque
Numéro étant un Traité particulier ſur la matière
qu'il traite , du moins quant à ce qui concerne le but
général de l'Ouvrage: au refte, il ſeroit imprudent
de prononcer fur l'Ouvrage entier avant qu'on
ait reçu toutes ſes Livraiſons.
MÉMOIRE ſur l'Horlogerie , contenant une
nouvelle conftruction de Montres fimples & à répétitions
, à roues de rencontre , approuvé par
l'Académie Royale des Sciences , le 22 Décembre
DE FRANCE. 141
1784; par le ſieur Heſſen , Horloger-Bréveté de
MONSIEUR. A Londres ; & ſe trouve à Paris , chez
la Veuve Eſprit , au Palais Royal.
M. Heſſen paroît fait pour ajouter aux connoiffances
de fon Art ; & les ſuccès qu'il y a obtenus
doivent l'engager à de nouveaux efforts pour le
conduire à ſa perfection .
FANFAN & COLAS , Eſtampe dédiée à Mme de
Beaunoir , & gravée par Helman , d'après le deſſin
de Bertaux. A Paris , rue Royale , Place Louis XV ,
maiſon de M. Lucotte. Prix , I liv. 4 fols.
Cette Eſtumpe eſt deſſinée avec eſprit ; le ſujet eft
tiré de la Scene dixième de la jolie Comédie de
Mme de Beaunoir ; elle rend très-bien le moment
où le petit Colas refuſe d'accepter une bourſe que
lui préſen e l'orgueilleux Fanfan pour le prix d'une
galette que ſon frère de lait vient de lui apporter.
TRAITÉ des Devises Héraldiques , de leur ori
gine& de leur usage , avec un Recueil des Armes
de toutes les Maisons qui en portent , ensemble un
Précis fur leur origine , & un Recueil des faits qui
leur font particuliers , & qui ne font point encore
connus ; Ouvrage enrichi de Gravures , le tout pour
Servir d'Introduction à l'Etat de la France ; par
M.le Comtede Waroquier de Combles , Officier
dInfanterie. Prix , 4 liv. 12 ſols les deux Parties
brochées , A Paris, chez l'Auteur , rue des Cordiers ,
nº. 4; la Veuve Ducheſne , Libraire , rue Saint
Jacques; Belin , Libraire , rue Saint Jacques ; Nyon
l'aîne , Libraire , rue du Jardinet ; Mérigot , Libraire
, quai des Auguſtins , & Royez .
N. B. Les Perſonnes qui n'ont pas encore pre
fenté leurs quittances pour avoir la deuxième Partie
gratis , font priées de le faire dans le courant du
mois de Juin .
142 MERCURE
PORTIQUE ancien & moderne, ou Temple de
Mémoire, dédié aux Mânes des Savans illuures &
des Artiſtes célèbres ; Ouvrage dans lequel on trouvera
un extrait de leur Vie & leur Portrait, &c.
Cette Entrepriſe doit être vue avec intérêt. C'eſt
un Monument propre à encourager les Savans , les
Geus de Lettres & les Artistes .
Le Portique ancien & moderne ſera compoſé de
douze Cahiers du même format & du même papier
que le Profpectus, Chaque Cahier contiendra deux
Portraits , & chaque Portrait ſera accompagné d'une
Notice raifonnée ſur la Vie & les Ouvrages de
l'Artiſte dont on aura le Portrait. Les Artiſtes dont
il ſera fait mention feront pris indifféremment dans
tous les ſiècles , depuis l'origine des Arts juſqu'à nos
jours. On aura ſoin que chaque Notice commence
une feuille d'impreſſion , afin que les Perſonnes qui
acheteront cet Ouvrage puiſſent les claffer à leur
gré.
Le Portique contiendra de plus la Vie des Hommes
qui ſe font illustrés dans les Sciences & dans les
Lettres , ou qui ont contribué à les faire fleurir
avant le ſiècle de Léon X.
Il paroîtra un Cahier chaque mois.
On n'exige aucun paiement d'avance : le Public
ne paiera qu'à meſure qu'il recevera les Cahiers. En
donnant ſeulement une ſoumiffion , on recevera les
douze Cahiers francs de port , & ornés des plus
belles gravures ou meilleures épreuves qui feront
réſervées.
Le prix des douze Livraiſons ou Cahiers de
vingt- quatre Portraits ſera de 36 liv . par an ; ainfi
chaque Gravure ne reviendra qu'à vingt- quatre fofs.
LesGravures de ce Portique ſeront faites par des
Graveurs connus & eſtimés , & les Portraits feront
tous faits d'après la fameuſe Collection qui ſe
trouve au Cabinet des Eſtampes du Roi. On peut
DF FRANCE.
143
ſe faire inſcrire au Bureau , rue Neuve S. Merry ,
no. 22; chez Cuſſac, Libraire , rue & carrefour
Saint Benoît , vis-à- vis la rue Taranne , & chez les
principaux Libraires de l'Europe .
Il y aura des Exemplaires ſur papier vélin.
La première Livraiſon aura lica inceſſamment :
Pouvrage eſt ſous preſſe.
M. Pierres ſera chargé de la partie typographique.
LE Porte- Feuille des Enfans , No. 6. Prix ,
I liv. 4 ſols. A Paris , chez Gogué & Née de la
Rochette , Libraires , rue du Hurepoix , près du
Pont Saint Michel ; Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet; Mérigot jeune , Libraire , quai des Auguſtins
, & Chereau , Marchand d'Eſtampes , rue des
Mathurins .
CetOuvrage a le double mérite d'être heureuſement
conçu& ſoigneuſement exécuté.
TROIS Sonates pour le Clavecin , Accompagnement
de Violon , dédiées à Mme de Villeblanche .
Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez le ſieur Sieber ,
Marchand de Muſique , rue Saint Honoré , vis-àvis
l'hôtel d'Aligre , maiſon de l'Apothicaire ,
n°. 92 .
Ces Sonates, d'un Amateur célèbre, M. de Chabanon
, ont beaucoup de mérite ; mais elles ſem
blent en avoir encore davantage ſous les doigts
brillans de Mme ſa nièce, à qui elles ſont dédiées.
NUMEROS 153 & 154 du Journal d' Ariettes
Italiennes , dédiés à la Reine , & pour lesquels on.
ſouſcrit chez M. Bailleux , Marchand de Muſique
de la Famille Royale , rue Saint Honoré , près celle
de la Lingerie. Prix de l'abonnement 36 liv. &
42 livres, ſéparément 3 liv. 12 fols chacune ; la
ERCURE
première , eſt une très - belle Scène de Sarti ; la
ſeconde, de Cimaroſa , a été chanrée par M. David
au Concert Spirituel , & n'a pas moins de mérite.
Ce Journal ſe ſoutient toujours par le ſoin qu'apporte
l'Éditeur au choix de ſes Airs. On en peut
voir la preuve par la fuperbe Scène de Sarti la dolce
Compagna , chantée avec tant de ſuccès par Mlle
Buret au dernier Concert, & qui fait partie de cette
Collection.
ERRATA. C'eſt par erreur qu'on a annoncé , dans
le Mercure du 21 Mai , que le Supplément à la
Magie Blanche, & les Eclairciſſemens , ſe vendent
4 liv. 4 fols , c'eſt-là le prix du premier Ouvrage;
les Eclairciſſemens , &c. coûtent ſéparément 3 liv.;
en tout 7 liv. 4 fols.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 87, ligne 6 , des Camées , dans lesquelles ,
lifez: dans lesquels.
TABLE
VERS à la louange de feu Histoire des progrès & de la
M. Court de Gebelin , 77 chûte de la RépubliqueRo-
Vers pour le Portrait de M. maine ,
Charade,Enigme& Logogry-
126
Bérenger, 1102 L'Enfant Prodigue , Poëme ,
132
phe, ibid. Comédie Françoise , 137
138
19
La Folle Journée , ou le Ma- Variété ,
riagede Figaro, Comédie 105 Annonces& Notices ,
APPROBATIΟΝ.
J'Arla , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 18 Juin. Je n'y al
rientrouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. AParis ,
le 17Juin 1785, RAULIN.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 2 Juin .
E Lieutenant-Colonel Blumer eſt char-
Lugé, dit on, par l'Impératrice de Ruffie d'aller
tenter de nouvelles découvertes dans
l'Archipel du Nord. Accompagné de quelques
ſavans & géographes , il fera voile du
fleuve Anadir pour parcourir les côtes d'Afie
&d'Amérique. Après avoir doublé les caps
Tſchalatzki au 74. & 62. degré de latitude
ſeptentrionale , il doit tâcher de fortifier les
relations de commerce qu'on a établies avec
les Américains de cette partie du monde ,
en commençant par l'ifle de Behring . Ce
commerce ne peut gueres porter que ſur les
pelleteries : mais il eſt ſuſceptible de devenir
très important , ainſi qu'on en peut juger par
les détails que contiennent à ce ſujet le livre
des DÉCOUVERTES DES RUSSES de M.
Coxe , & le dernier Voyage du Capitaine
Cook.
No. 25 , 18 Juin 1785. e
( 98 )
L'ancien Grand- Viſir , HalilAmid Pacha,
avoit été nommé après la difgrace , au gouvernement
de Gedna , & devoit ſe rendre à
Alexandrie en s'embarquant à Gallipoli ;
mais cet ordre a été changé. Tous fes biens
ont été confiſqués , & on lui a ſignifié
d'aller à Tenedos , d'où un navire le portera
on nedit pas où . Le Capitan Pacha fait
les fonctions de Caimacan juſqu'à la nomination
d'un nouveau Viſir. Les bruits de
guerre , de préparatifs , de mouvemens des
troupes fur les frontieres de Turquie &dans
l'intérieur ſe répétent ſans beaucoup s'accréditer;
& il ne faut pas être bien fin pour
comprendre que nous ne ſavons àpeu près
rien de sûr de ces contrées éloignées.
Le Prince Edouard d'Angleterre arriva
à Stade le 26 Mai , ſur le yacht l'Auguſta.
Le lendemain ce Prince partit pour
Lunebourg. Le 6 de ce mois , le prin--
ce Guillaume Henri d'Angleterre s'embarquere
ſur le même yacht pour retourner à
Londres.
Le 18 du mois dernier , un yacht Suédois
, chargé de bled , a fait naufrage près
de Cronenbourg. L'équipage s'eſt heureulement
ſauvé.
Un meûnier de la Seigneurie de Militſch
dans la Siléſie , eſt parvenu à conftruire en
perit un moulin à bled , dont le mouvement
ſe fait & ſe ſoutient par le moyen de
poids& de reſſorts. Le Roi de Pruſle , qui
( وو (
acu connoiffance de cette invention , a don
né des ordres d'exécuter ce moulin en
grand. On eſpere d'en tirer de grands avantages
ſurtout dans les fortereſſes.
On voit une liſte des villes nouvelles établies
dans l'Empire de Ruffie, pendant le
regne de l'Impératrice actuelle , dont le
nombre eſt de 193 .
Comme il eſt fort queſtion en ce monde
des propofitions faites à la Porte pour en
obtenir un paſſage aux Indes par la mer
Rouge , la notice ſuivante peut inſtruire le
lecteur des véritables difficultés de cette entrepriſe
, ſans parler de l'affreux gouvernement
de l'Egypte , de ſes brigandages , de
fon anarchie , de ſon inſtabilité.
Il y a long - temps qu'il eſt queſtion d'une
communication aux Indes Orientales par le
port de Suez ; mais on a déjà obſervé que ce
ne ſeroit ni par le golfe ni par le port de Suez
qu'on pourroit établir la communication laplus
avantageuſe des Indes à la Méditéranée.Quoique
la navigation ſoit conftamment très-poffible
par le golfe de Suez , cependant on ne peut
parvenirjuſqu'à ce port qu'avec des naviresd'une
médiocre grandeur ; lesgrands vaiſſeaux ſeroient
obligés de s'arrêter à plus de 80 lieues de Suez ,
d'où il faudroit tranſporter les marchandises
juſqu'àceport ſurdes navires qui tiraffent moins
d'eau & avec lesquels on pût éviter la quantité
innombrable des bancs de ſable qui ſetrouvent
vers la fin du golfe , à mesure qu'on approche
au portde Suez. Le trajet par terre de
C2
( 100 )
Suez au Caire eſt encore d'environ 32 milles
d'Allemagne , ou du moins d'environ 128460
toiſes de France au travers du déſert. Les
marchandises débarquées à Suez ne pourroient
ainſi ſe tranſporter au Caire que ſur des chameaux
, car le projet d'un canal à faire du port
de Suez juſqu'à la branche la plus orientale
du Nil , eft à tous égards une entrepriſe impoffible
, à cauſe du fond trop ſabloneux dans
lequel le canal devroit être creuſé; auſſi ce canai
, commencé du temps de Séſoftris , & dont
on voit encore quelques veſtiges à l'entrée du
déſert en approchant du Nil, fut- il abandonné
par cette même raiſon. La communication de
la Méditérannée par le port de Suez ne procureroit
pas un grand avantage à la nation même
qui l'obtiendroit auffi n'a-ce pas été l'objet
des plans que nous n'ignorons pas qui ont été
remis à un Miniſtre éclairé , dans lesquels on
indiquoit une autre voie de communication , par
Laquelle on ſe ſouſtrairoit à jamais à l'avidité des
Pachas du Caire , qui ne manqueroient pas ,
lorſque le commerce ſeroit établi par la Mer
rouge , de remettre de tels impors ſur les marchandiſes
qui paſſeroient par le Caire , que les
Européens ſe trouveroient encore forcés d'abandonner
ce commerce comme ils l'ont fait autrefois
par la même raiſon.
:
DE VIENNE , le 3 Juin.
L'Empereur a rendu le mois dernier une
Ordonnance qui autoriſe l'aliénation des
Fidei-commis , & conçue en ces termes :
Nous JOSEPH II. &c. &c. &c. Nous avons
trouvé qu'il étoit avantageux pour le bien pus
( 101 )
blic d'affranchir les propriétés immobiliaires
des entraves auxquelles elles étoient ci-devant
foumiſes par rapport aux fideicommis . En con
ſéquence pour opérer avec plus de certitude
&en méme-tems accélérer l'avantage qui en doit
découler , Nous avons ordonné ce qui fuit:
ART. I. Nous accordons à tous propriétaires
de quelque terre ou autre propriété immobiliaire
fideicommiſſale exempte de toute dette ,
le pouvoir & le droit de la changer en un
capital qui tout fois ſera mis dans les fonds
publics , & conféquemment par-là de s'approprier
entierement , pour en diſpoſer librement
, le bien fideicommiſſal , fans pour cela
être en aucune façon obligé d'en prévenir leurs
furvivanciers . Néanmoins il ſera néceſſaire que
la Cour de Juſtice , ſous lequelle ſe trouve le
fideicommis , & de laquelle il dépend , en ſoi :
duement informée , & que toutes les obligations
publiques auxquelles ce bien eſt ſujet ,
y folent exactement déposées.
II. La taxe de la valeur d'un bien fideicommiffal
qu'on voudra de cette maniere changer
en un capital , en tant qu'elle n'aura pas
čté ſpécifiée & déterminée auſſitôt après l'inftitution
de fideicommis ou par le conſentement
unanime ſubſéquent des familles , doit être uniquement
fixé en conformité de la fomme portée
ſur les regiſtres publics appellés Landtable,
ou dans le cas qu'il n'y en cût point , ſuivant
la fomme de rectification .
III. Quand même le bien fideicommiſſal
feroit chargé de dettes, nous n'en accordons
pas moins au propriétaire d'un tel bien , le
pouvoir de ſe changer comme ci-deſſus en capital
: pourvu toutefois qu'en pareils cas le
produit total , en conformité de l'eſtimation
e3
( 102 )
:
de fa valeur déterminée comme dans l'article
précédent , en ſoit remis de la même maniere
que file bien fideicommiffat n'étoit chargé d'aucune
dette. Tous Créanciers n'en confervent
pas moins cependant dans toute leur force &
valeur , le droit de faifie fur ce même bien ,
devenu libre & paffé en propriété à celui qui
ne le poſſédoit qu'à titre de fideicommis.
IV. Pour qu'enfin tous biens fideicommiffaux
fe trouvent promptement délivrés de toutes
dettes , dont ils peuvent être chargés , Nous
ordonnons ſérieuſement à toutes celles de nos
cours de Juſtice fous lesquelles ſe trouveront
de tels biens endestés , d'avoir la plus grande
attention à ce que le paiement des dertes effectives
ſe faffe dans les termes preferits; en
outre pour l'avenir , conformément aux diſpofitions
de notre Ordonnance de 1781 , de n'ac.
corder la permiffion deprêter ſur aucuns biens
immeubles fideicommiſſaux au-delà du tiers
de leur valeur. Donné à VIENNE le 9 Mai
1785.
L'attente du nouveau réglement pour le
tarifdes impôts , & la crainte que les biens
fonds ne foient exceſſivement chargés par
cette taxe unique , ont ſuſpendu tous achats
de terres quelconques , & il ne ſe fait plus
d'affaires en ce genre là.
Cent familles d'émigrans du Palatinat &
du cercle du haut Rhin ont paſſé dans cette
capitale pour aller s'établir en Hongrie &
enGallicie.
On écrit de Bolzano que le 18 Avril on a
fermé par ordre fupérieur la maison & l'Egliſe
des Peres Dominiquains , & que tous fortirent
( 103 )
du Couvent en habits de Prêtres féculiers , à
J'exception d'un ſeul qui érant aveugle, demanda
la permiſſion de paſſer dans le Couvent
des Francifcains & d'y habiter. La Collégiale
de la même ville fut auffi fermée le 25 du
même mois . Tous les Membres confervent chacun
leurs bénéfices juſqu'a nouvel ordre de la
commiſſion Ecclésiastique.
On fait monter à 80000 ames le nombre
des Proteſtans des Communions Helvétique
&Luthérienne dans les Pays héréditaires.
On peut porter au double ceux qui ſe trouvent
dans la Hongrie.
: Le nommé Joſeph Lerch , jeune homme
de dix-sept ans , allant de Liberſchau à Saatz
avec fa mere , cette femme , dans un paſſage
fort étroit eut le malheur de faire un faux pas
&de tomber dans la riviere; voyant que per-
Tonne n'accouroit à ſon ſecours , fon fils ſejetta
lui-même à l'eau , quoiqu'il ne fût pas nager ,
&parvint , malgré les vagues qui le repouſſerent
pluſieurs fois , à ſauver fa mere , en préſence
d'un grand nombre de ſpectateurs , qui donnerent
les applaudiſſemens les plus touchansà cet acte
de piété filiale.
On nous mande de Conſtantinople , que
leGrand Seigneur s'eſt emparé de toutes les
richeſſes du Pachade Belgrade déposé , qui
montent, tanten argent qu'en pierreries , à
plus d'un demi million de piaftres. On
ajouté que lorſqu'on dérouilla ce Pacha de
tous fes habits par ordre du Capigi Bachi ,
on trouva fur lui deux gros diamans , eſti .
més plus de 200 mille florins. Comme l'envoyé
du Grand Seigneur ne lui avoit laiſſé
e4
( 104 )
que quelques habits & quelque argent poter
fa route , le nouveau gouverneur de Servie
est pitié de ſon état , & lui envoya un préfent
confidérable.
L'Empereur a ordonné qu'à l'avenir
pour épargner des frais inutiles aux jeunes
Médecins , il n'y auroit plus à l'Univerſité
de cette ville des differtations publiques à
foutenir pour obtenir le grade de Docteur,
mais les jeunes médecins feront tenus de
traiter un certain nombre de malades dans
un hôpital , & de faire par écrit un rapport
des maladies &du traitement. Ce rapport
fera foumis à l'examen de la Faculté , qui
décidera ſi le ſujet qui réclame le grade en
eft fufceptible.
Il y aura à l'avenir dans chaque diſtrict de
la Gallicie un médecin phyſicien , un chirurgien
& une ſage-femme , ſalariés de la
cante publique des cercles.
Pour l'entretien du nouveau chemin qui
conduit vers la Siléſie , on a établi divers
péages , du paiement deſquels il n'y a d'exception
qu'en faveur du charroi pour le militaire&
pour le fiſc , & de la poſte aux lettres.
Les payſans qui feront répartis en clafſes
, continueront à faire des corvées pour
la réparation des chemins.
Les chefs des régimens cantonnés à Prefbourg
& dans les autres garniſons ont reçu
le 7 , la permiffion d'accorder des congés
limités à ceux des foldats qui doivent en
avoir.
( 105 )
DE FRANCFORT , le 8 Juin .
La Princeffe douairiere de Solms , Comteſſe
Palatine du Rhin, eſt morte au château
deHungen, le 17 Mai , dans la 86 °, année
de fon âge.
L'Electeur de Cologne , dit on poſitivement
, a décidé d'établir dans ſes états un
tribunal fuprême pour les affaires eccléſiaftiques.
Si cet établiſſement a lieu , la nonciature
perdra beaucoup de ſon influence
dans les affaires du pays.
Des lettres de Vienne diſent que les divers
camps que l'Empereur est dans l'uſage
d'aſſembler annuellement , auront auſſi lieu
cette année.
Six régimens de l'Empereur font canton .
nés aux environs d'Egra ; les corps deCroates
font toujours ſur les frontieres du côté
de la Baviete.
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere , a
paſſé par cette ville , le 30 du mois dernier ,
pour le rendre à Duffeldorf.
Le principal commerce du canton de
Bâle, obſerve un voyageur, confifte dans
les rubans de ſole &de filofelle , dont on
exporte par an pour quelques millions de
florins , dans les bas &bonnets de laine ,
le papier & les indiennes. Ce commerce
que le Rhin facilite fingulierement , procure
aux Bâlois beaucoup de numéraire. On
allure que l'on peut compter à Bâle plus
es
( 106 )
200 maiſons , dont la fortune excede la
ſomme de 100,000 florins. Les vins que les
Suiſſes tirent de l'Alface,du MargraviatdeBade,
leur coûtentpar an audelade 1440,0001 ,
&dans cette fomme on ne comprend pas
celle pour les vins d'Italie , qui entrent dans
la Suiffe par le S. Gothard. Nous croyons ce
dernier état extrêmement exagéré; il n'eſt
pas un quart de la Suiffe qui boive des vins
d'Alface & du Margraviat , très-inférieurs
àceux qu'on récolte dans la Suifle même ,
fur-tout dans le pays de Vaud & dans le
comté de Neufchâtel.
D'après le dernier dénombrement du cercle
deColbus dans la Luface , la population actuelle
monte à 29, 371 âmes.
... • 5,9850
Voici la répartition de cette population :
Danslereffortdu Magiſtratde Colbus ,. 4,306.
Dans le Baillage de Colbus
Dans le Baillage de Peitz ....
Dans la Ville de Peitz
Dans les villages de la Nobleſſe
• 4,023 .
• ....... 979.
• 14,078.
Le 21 Mai , le Prince héréditaire de
Heffe-Caffel arriva à Caſſel à la têre du régiment
de fon nom. Les autres régimens que
l'on aſſemble pour leur faire exécuter des
manoeuvres , font réunis depuis 15 jours
dans cette capitale du Landgraviat.
Un Journal de commerce a publié un état
détaillé des métiers & manufactures exiftans
actucitement dans le Royaume de Bohême.
D'après cet état le nombre des Maîtres & des
Fabricans monte à 171,044. Voici les principales
fabriques & les endroits où elles font
( 107 )
établies. Fabriques d'alon , à Commotau ;
idem , de couleur bleue , 12 à Preſniz , Kuttenplan
, &c .; idem , de rubans de foie & de fil ,
550 à Jeneſlan , &c.; blanchiſſeries , 78 à Joachim
, Stel , &c.; imprimeries de livres , 19
àPrague, imprimeriesd'indiennes, 301 à Prague,
Tranſtedl , &c.; forges & entrepôts de fer ,
186 à Horzovix , &c.; métiers pour la fabri
cation des crêpes , 85 : verreries , 650 à Heila ,
Schonau, &c.; fabriques de grenat, 80 à Svielta,
fabriques d'armes , 34 à Prefniz , &c .; Chapeliers
, 515 à Prague , &.; Tifferans , 21,428 ;
papeteries, 81 ; métiers pour la fabrication d'étoffesde
foie , 183 à Wanrsdorf , &c.; fabriques
deglaces de miroir, 32 à Welniz , Lindenau , &c.
Salpêtrieres , 16 ; métiers pour la fabrication
de bas , 2,850 ; fabricans de draps , 3.462 à
Reichenberg , Humpolez , &c.; fabriques de
vitriol , 2 ; métiers pour la fabrication d'étoffes
de laine , 1,586 à Radeviz , Leippa &c .
Depuis le i de ce mois il a paffé dans la
Franconie 2988 émigrans , qui ſe rendoient
dans les états de l'Empereur. La plupart
font des familles entieres de payſans des
environs du Rhin.
Peu de lecteurs font aſſez inſenſibles , aſſez
dépravés , pour ne pas aimer à revenir ſur les
circonſtances fi touchantes , ſi déplorables
de la mort du Prince Léopold de Brunfwick.
Voici une relation exacte & détaillée
de ce dévoûment bien ſupérieur à des exemples
qu'on ne ceſſe de nous vanter , puifqu'il
eut pour mobile le plus beau ſentiment
du coeur humain,& pour auteur un homme
en qui tous les préjugés du rang, de l'édue
6
( 108
:
cation , de la naiſſance ſembloient devoir
éteindre ce généreux enthouſiaſme d'humanité.
Le 17 Avril , les dernières glaces de l'Oder ſe
détacherent. On ne tarda pas à s'appercevoir que
le torrent devenoit très- violent ; & lon ſe mit
auſſi-tôt à travailler pour porter à une plus grande
élévation la digue de l'Oder près de la ville , &
à la fortifier par des planches , des faſcines & de
la terre. Le 24 Avril , l'eau s'ouvrit un paſſage
à une demi- lieue au-deſſous de la Ville , près de
la Colonie de Lebus. Le 27 elle s'éleva à la plus
grande hauteur. Vers le midi elle étoitde 9 pouces
plus haute que dans l'année 1736 ,, lorſqu'elle
s'enfla néanmoins fi prodigieuſement , que nos
aïeux ont cru devoir en tracer la marque ſur
quelques édifices , pour ſervir de mémoire à la
poſtérité. Dès une heure du matin , l'air retentit
d'unbruit terrible , ſans qu'il y eût un orage bien
violent. Ce bruit fut ſuivi d'un nuage épais , mêlé
de grêle , & pouffé par un vent du nord-nord
oue . Au moyen de ce vent , le courant qui ,
ev rompant la digue près de la colonne de Lebus ,
s'étoit déja jetté vers cette digue , roula avec plus
de violence de ce côté-là. Vers les 8 heures du
matin les principales digues , depuis la maiſon de
Lehmann , prés du Jardin de la Fabrique de foie
juſqu'au Kuhbourg , furent fubmergés ; & dans
l'inſtantl'inondation fut fi forte que, près des maifons
de Lehmann , coulant par torrents impétueux
&formant de groſſes vagues , elle pénétra dans le
fauxbourg de la Digue , derriere la fabrique de
foie , vis-à-vis le marché aux Chevaux ; & en
quelques minutes , ce fauxbourg fut entiérement
inonde. On raſſembla auffi -tôt quelques barques ,
qu'on envoya au ſecours des malheureux , qui
( 109 )
avoient dû chercher leur falut fur le toit de leurs
maiſons . Le Duc Léopoldenvoya d'abord , d'un
des fauxbourgs de l'autre côté de la riviere , une
barque avec quelques chevaux à leur ſecours.
Auſfi-tôt après le pont ſe rompit , de forte que
les chevaux ne purent revenir dans la ville , &
qu'il fallut les conduire , ainſi que d'autres animauxdu
fauxbourg , à Cunersdorf , endroit ſitué
furuneéminence àune demi lieue du fauxbourg.
L'inſſant d'après , un gros glaçon qui dès le matindu
même jour , avoit déja commencé à ſe détacher
, fut entraîné par le torrent , de forte que
les débris en vinrent frapper le pont. L'eau atteis
gnit la hauteur des poutres ; & après dix heures
elle entraîna les deux arches du pont , qui étoient
les plus proches du glaçon. Peu après quatre autres
arches furent encore emportées , de ſorte
qu'alors toute communication entre Francfort
&le fauxbourgde la Digue ſe trouva abfolument
coupée. Elle fut même également interceptée
dans le fauxbourg , vu que peu après la digue
yfut rompuedans deux autres endroits , l'un près
de la vieille douane , & l'autre près le Kuhbourg.
Cefut fur tout à cette derniere rupture que l'impétuoſité
de l'eau fut la plus terrible. Des montagnesentieres
furent entraînées dans les vallées :
&l'on voit des lits de riviere là où s'élevoient
auparavant des montagnes. Le chemin vers le petit
moulin eſt entièrement éboulé & devenu impraticable.
Dans les champs à bled de cette confrée,
le ſable s'éleve juſqu'à cinq ou fix pieds de
hauteur.Enun mot un tremblement de terre n'auroit
pu cauſer une plus affreuſe dévaſtation. Un
Batelier avec deux autres perſonnes ſe haſardèrent
dans une petitebarque au milieudu torrent , traverſerent
l'ouverture du pont , & parvinrent heu
reuſement à la rive oppoſée. La barque fut auffi
( 110 )
tot tiréeſur ladigue&employée pourfauver les
hommes dans le fauxbourg , leur bétail & leurs
effets.
Le Duc Léopold avoit ce matin là raſſemblé
fon Régiment & luiavoit fait exécuter les manoeuvres
ordinaires hors de la ville; mais voyant le
grand péril où étoient expoſés les habitans du
fauxbourg, il le congétia , & ordonna que chacun
volat , autant qu'il étoit en fon pouvoir , au
fecours & à la délivrance des infortunés . Luimême
courut au fauxbourg de Guben , pour
aider quelques Membres du Conteil à trouver
des barques de pêclieur. Le Duc vouloit déjaalors
s'embarquer pour ſe rentre au fauxbourg de la
Digue; mais les inſtances des Conſeillers furent
fi preffantes , qu'ils l'empêcherent d'exécuter
fon projet. Deux foldats ſe jetterent à ſes pieds ,
&le conjurerent , en répandant un torrent de
larmes, qu'il ne s'exposat pas à un fi grand danger.
Ce fut là que le Prince prononça les paroles
connues: Jefuis un homme comme vous , ou
plutôt par voie d'interrogation : Nefuis-je pas un
homme auffi bien que vous ? Enfin , ne pouvant
plas réſiſter à leurs prières , il retourna vers la
ville,& vit àla porte de l'Oder les ravages de
l'eau qui alloient en croiffant. Lorſqu'il apperçut
le renverſementde diverſes maiſons au fauxbourg
de laDigue , il fit éclater par ſes paroles & fur ſa
phyfionomie les ſentimens d'humanité &de compaffion
qu'il éprouvoit. Vers le midi, le Pêcheur
Schwartz du fauxbourg de Guben , qui avoit
conduit fa barque aux magaſins ſubmergés ,
voulutpaffer de la porte des Pêcheurs à la Digue :
ily employa deux garcons , dont l'un étoit foldat :
Le dernier devoit , pour s'embarquer , avoir la
permiffion du Duc ; il fut la lui demander & l'obtint.
Alors le Duc fentit revivre le defir de les
(III )
accompagner , afin de fauver peut-être quelques
perſonnes qui , ſuivant toute probabilité , avoient
été enveloppées dans la chûte des maiſons , &
qu'on pourroit peut êtreencore retirer de deſſous
Des débris. Il ſe rendità la porte des Pêcheurs ,
s'élança dans la barque fans dire un ſeul mot , &
lapouſſa pour s'éloigner àl'inftant du rivage. Le
Pêcheur Schwartz , qui n'avoit pas encore paſſé
laporte , cria auDuc , Où veut aller VotreAlteſſe?
Jedoispafer avec cette barque ? Le Duc repliqua :
Je veuxaller avec vous . Le batelier lui repréſenta la
grandeur du danger &refuſa de ſe hafarder ſur le
torrent : mais le Duc lui déclara que , s'il ne
vouloit pas l'accompagner , il étoit décidé à paffer
Seul. Il'ordonna en même tems de conduire d'abord
fa barque à la b'anchifferie de la garnifon ,
&de prendre de la for cours vers la palée du pom
arrachée , de la même manière que la barque avec
trois perſonnesy avoit pallé.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
ITALI Ε.
DE VENISE , le 21 Mai,
Les deux vaiſſeaux de ligne l'Eole & la
Victoire ont fait voile de ce port pour aller
ſe joindre à l'eſcadre du Chevalier Emo , que
l'on dit être partie de Trapani,& à laquelle
ſe ſont réunis les vaiſſeaux de ligne & la frégate
aux ordres de l'Amiral Quirini. Les
vaiſſeaux la Galathée & la Diligence , ainſi
que la bombarde , nouvellement conſtruite ,
mettront à la voile inceſſamment.
On aſſure que L. M. Siciliennes arriveront
( 112 )
àMilan le 15 du mois de Juin prochain. On
adéjà donné les ordres pour les fêtes , qui
contiiteront dans le jeu du Ballon , en une
chaſſe dans la vallée du Tefin , une pêche ſur
le lac Majeur, une fête publique dans le Sal-
Ion Royal , un bal particulier de la Nobleſſe,
une malcarade nombreuſe des porte- faix , &
enfin en un bal public à Monza.
DE ROME , le 24 Mai.
Suivant les dernières lettres de Naples , en
date du 14 de ce mois, on y a reſſenti le 13 ,
vers minuit & demi , quelques ſecouſſes de
tremblement de terre , qui heureuſement
n'ont occaſionné aucun dommage. On préſume
que ces ſecouffes font une ſuite de nouveaux
tremblemens de terre dont la Calabre
aura encore été affligée. Cette opinion paroît
être d'autant plus fondée , que , la veille
de cet événement , l'air étoit extrêmement
denſe , & qu'on a éprouve un froid rigoureux
, auquel on ne devoit pas s'attendre
dans une ſaiſon auſſi belle.
La Reine de Naples a envoyé à ſa Cour
le Journal de ſon voyage , écrit de ſa propre
main. Le Prince Héréditaire continue de ſéjourner
à Portici , dont l'air est très - falutaire
àſon tempérament.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 20 Mai.
Le Duc de la Vauguyon , nouvel Am(
113 )
baſſadeur de France , arriva ici vendredi
dernier , & eut le 15 une audience de S. M.
à qui il remit ſes lettres de créance.
La Cour a reçu les détails du voyage de
l'infante Dona Charlotte- Joachime, future Epouſe
de l'Infant Don Jean de Portugal : Elle arriva
le 7 à Badojoz , & fans y faire de ſéjour Elle
continua le lendemain ſa route pour Villa-
Viciofa. A une lieue & demie de cette derniere
Ville , elle trouva l'Infant Don Jean ,
qui lui avoit fait l'agréable ſurpriſe de venir
à ſa rencontre avec un équipage auſſi riche
que brillant . Le Prince du Bréfil l'a reçu à
Villa- Viciosa à la deſcente du Caroffe , & la
préſentaà L. M. & au reſte de la Famille Royale.
La cérémonie de la remiſe des deux Infantesſe
fit le même ſoir. Le Duc d'Almodovar &
le Comte de Valladares , Plénipotentiaires , l'un
de S. M. Catholique , l'autre de la part de
S. M. Très - Fidele ; le Marquis de Liano &
Don Louis Pinto de Souza Coutinho , Secrétaires
autoriſés pour la remiſe , s'aſſemblerent pour
cet acte dans l'une des principales/ Salles du
Palais de Villa-Viciofa. Suivant les arrangemens
faits au préalable , le Duc d'Almodovar alla
prendre l'Infante Dona Chorlotte , la conduiſant
par la main il la remit au Comte de Valladares
, qui fit enſuite la même cérémonie à l'égard
de l'Infante Dona Marianne Victoire de
Portugal , future épouse de l'Infant Don Gabriel
d'Espagne. Le 9 & les deux jours ſuivans
le Palais & toute la Ville furent illuminés .
Comme le dernier de ces jours étoit l'Anniverfaire
de la naiſſance de l'Infant Don Gabriel ,
la Reine de Portugal defira , que l'Infante , ſa
Fiancée , le célébrât encore aves on auguſte
( 114 )
Familie. Enfin le 12 la réparation eut lieu ; &
cette derniere Princeffe partit pour Madrid ,
accompagnée de la Marquise de S. Juin , fa
Dame d'honneur , par une autredame de la Gour
de Portugal , ainſi que par la Ducheffe d'Almodovar
& la Marquise de Ville ca , qui avoit
conduit l'infante d'Espain à Villa Viciosa . L'Infante
Dona Marianne Victoire de Portugal arriva
á fix heures du ſoir à Badajoz , où elle fut
reçue avec les mêmes honneurs que la Princelle,
Fille de notre Souverain. S. M. Catho
lique a décoré le Prince du Bréfil & l'Infant
Don Jean de Portugal , du Cordon de la Toi-
Son d'Or.
On a cité ſouvent dans les papiers publics
des teſtamens d'Anglois qui léguoient
leurs fortunes à des Miniſtres patriotes , à
des défenſeurs de la liberté publique , à des
manufactures , à des hôpitaux, à des établifſemens
publics. Voici une diſpoſition héréditaire
d'une autre éſpece. Le 17 Mars ,
mourut à Bilbao un célibataire , nommé
D. Pedro de Errecarte , riche de deux millions
d'écus. Par ſon teftament il afondé
4000 meſles; il a légué 600 écus pour une
neuvaine annuelle àla chapelle de N. Dame
de Begona ; même ſomme à l'Octave du
S. Sacrement de la Cathédrale de S. Jacques;
dix mil e écus à la maiſon de miſéricorde,
&45000 pour marier 15 orphelines.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 4 Juin.
Tous les articles de l'arrangementde com
( 115 )
merce avec l'Irlande ayant paſſé dans la
Chambre Baſſe plus ou moins atténtiés ; M.
Pitt propoſa le 31 de les communiquer aux
Pairs en leur demandant une conférence.
Cette forme qui n'a jamais lieu que pour les
affairesdela premiere importance, nonencore
paſſées en bill , fut agréée par la Chambre
Haute, elle députa à la conférence un
comité composé du Chancelier , du Marquis
de Rockingham , du Duc de Bridgewater,
des Lords Weymouth , Gower ,
Carlifle , Sydney , Sackville & Scarfdale,.
à qui les réſolutions de la Chambre des
Communes furent remiſes ſolemnellement
par le Chancelier de l'Echiquier , par le
Lord Graham , & par MM. Jenkinfon ,
W. Grenville , Lord Mulgrave , Lord Avocat
d'Ecoffe , Lord Hood, H. Dundas ,
Rolle, Taylor & Mawbey. Les deux Chambres
s'étant ſéparées , le Préſident de la
Chambre des Pairs fit lecture des réſolutions
, & la Chambre ordonna qu'elles
fuſſent imprimées.
La Minorité prétend qu'elles feront fortement
contrariées dans la Chambre Haute ,
& que le Chancelier Lord Thurlow , doit
employer tout fon crédit pour les faire
échouer ; ce dont nous doutons abfolument.
La Chambre générale de Commerce ,
tint le a une affemblée , dans laquelle elle
arrêta unanimement de mettre tout en
oeuvre pour la défenſe de ſes privileges.
( 116 )
Elle ſe propoſe en conféquence de préſenter
une Requête à la Chambre des Pairs ,
pour qu'il lui ſoit permis de produire de
nouveaux témoins ; dans le cas où ſes,démarches
reſteroient ſans ſuccès , elle s'adreffera
au Roi , & priera S. M. de refufer
ſa ſanction à un bill auſſi allarmant.
Le Comité de la Chambre des Com.
munes , chargé du rapport à faire de l'état
des pêcheries , & des moyens de les
améliorer , a commencé ce travail intéreſ--
fant, en propoſant à la Chambre les réſolutions
ſuivantes qui ont été adoptées.
Arrêté , d'accorder une prime de 6 ſchellings
par chaque muids ou boiſſeau de pilchards ,
(eſpece de ſardine très-abondante ſur les côtes,)
contenant au moins so gallons , exportés entre
le 24 Juin 1985 , & le 24 Juin 1786 , pourvu
que l'exportation ne furpaſſe pas 5000 bois
jeaure.
Arrêté , d'accorder également une prime de
4 (chellings , pendant la même époque , fur
chaque boiſſeau de Pilchards exporté , juſqu'au
nombre de 10000; 2 ſchellings juſqu'à 15000;
&un pour 20,000.
La nouvelle taxe ſur les ſervantes ſera
ſupprimée, & M. Pitt a annoncéune motion
pourpréſenter un bill qui ſubſtituera à cet
impôt une taxe ſur les célibataires , conformément
à l'heureuſe idée de M. Fox ;
tout pere de famille ſera exempt de l'impoſition
qui ne portera que fur les mariages
inféconds , & fur les célibataires dans une
proportion plus forte. Autrefois il exiſtoit
( 117 )
2
en Angleterre une taxe ſur les veufs , qui
fut revoquée à l'heureuſe révolution qui
donna le Trône à Guillaume III , & à
l'Angleterre une liberté complette.
M. John Adams , Miniſtre Plénipotentiaire
des Etats Unis , a remis ſes lettres
de créance au Marquis de Carmarthen , qui
l'a préſenté le lendemain à S. M. Le Colonel
Smith , ci devant Aide- de-Camp du
Général Washington , & Secrétain a'Ambaſſade
de M. Adams , eſt auſſi arrivé en
cette Capitale.
Les réglemens de commerce entre l'Irlande
&nous une fois ajuſtés , il eſt queftion
d'envoyer à Dublin un des Princes
de la Famille Royale , en qualité de Lord
Lieutenant.
:
Les principaux articles de nos manufactures
qu'affecteront ces nouveaux réglemens , ſont les
fabriques de fer , de lainerie , de coutellerie ,
de jouaillerie , de quinquaillerie , de verres ,
de montres & de pendules. L'exportation de
ces deux derniers articles , a monté , dit-on ,
l'année derniere , à un million fterling. Si les
Irlandois ne peuvent ſe les procurer de leurs
manufactures propres , ils les tireront par contrebande
de Geneve ou de France.
L'Amiral Hughes avoit pris 36 tortues à
l'iſle de l'Aſcenſion , chacune du poids de
50 livres; 9 ſeulement ſont arrivées vivantes
en Angleterre. L'Amiral en a fait préſent au
Prince de Galles , à M. Pitt , au Chancelier
, aux Lords North , Howe, Bathurst &
Huntingdon.
( 118 )
Il circuloit ces jours derniers , qu'il s'étoit
élevé à Windsor quelque méſintelligence
entre leRoi & le Prince de Galles ,
&que ce dernier ne paroîtroit pas à la cour
famedi prochain; mais ces rumeurs manquentde
fondement.
Quelques papiers publics avoient parlé
d'une demande prochaine que le Chevalier
Erskine devoit faire au Parlement , d'une
augmentation dans les fonds de l'établiſſe..
ment du Prince de Galles ; rapport certainenement
prématuré.
Malgré la férénité conſtante du ciel les
nuits & les matins , les ondées qui font tombées
dernierement ont été ſi ſalutaires , que
tous les végétaux ſe vendent aujourd'hui
dans nos marchés cinquante pour cent
moins cher qu'ils ne l'étoient dix jours au
paravant.
M. Pitt ayant reconnu que lapermiffion de débarquer
le tabac dans différens endroits de cette
ville& de le tranſporter enſuite dans divers magafins
, faifoit éprouverau fiſe des pertes confidérables.
Il a le projet , dit- on , de rendre un Réglement,
en vertu duquel le tabac ne pourra être
débarqué qu'au ſeul quai de la Tour , & fera
entrepoſédans cet édifice juſqu'a l'acquittement
des droits.
La Compagnie des Indes , le Parlement,
la Cour des Aldermaus & la nation ont fait
une perte très - ſenſible dans M. Richard
Atkinson , mort dernierement à Brightelnſtone
, empoisonné par la mépriſe d'unde
( 119 )
ſes domestiques , auquel il a légué so liv.
ſterlings de rente. Il étoit très attaché au
parri de M. Pitt , & laiſſe une fortune de
plus d'un miltion &demi ſterling.
Uu fermier des environs de Ludlow labouroit
un champ ces jours derniers ; en
enfonçant ſa bêche plus que de coutume ,
pour le procurer de la terre neuve , il fentit
quelque réſiſtance , & apperçut une urne
enfoncée dans la terres Il courut chez lui
chercher un pieu , & retira l'urne qui ſe
trouva remplie de pieces d'or & d'argent au
coin de Jacques I & de Charles I , juſqu'à
la valeur de 800 liv. ſter. On ſuppoſe que
ces monnoies furent enfouies pendant la
grande rébellion de 1640. Le fermier , tranfporté
de ſa découverte , abandonna louvrage
, ſe mit à boire , & but à un tel excès ,
qu'en 48 heures une fievre violente l'emporta
au tombeau.
On a fait un parallele piquant de l'éloquence&
du caractere public du Comte de
Chatam , &de fon fils M. Pitt. En retranchantde
ce morceau l'exagération ordinaire
de l'eſprit de parti , pluſieurs détails en paroîtront
heureuſement ſa ſis : en voici quelques
fragmens.
>>L'éloquence de Mylord Chatam étoit
>> en lui un talent naturel. Sa contenance
>>étoit belle , ſon action agréable & ſa voix
>> muſicale. Il ſavoit parler aux pallions ,
>>> commeà la raiſon des hommes . Certains
( 120 )
>> mots , certaines périodes de ſes difcours
>> faifoient une telle impreſſion , que leur
>>>harmonie , après avoir frappé l'oreille ,
>>>reſtoit fixée dans la mémoirede fes audi-
>>>teurs , ainſi que la voix de l'Ange de Mil-
>> ton dans celle de nos premiers parens.
>>>L'éloquence de M. Pitt eſt coulante ;
>> mais dénuée de graces &de majeſté. Les
>>>mors ſortent de ſa bouche avec plus d'a-
>>>bondance que de choix ; il charme l'o-
>>> reille par une articulation ſonore , ſans
>> variété , il eſt vrai , & difficile à retenir ;
>> jamais un geſte qui aille au coeur ; preſque
>>toujours une élocution froide & argumen-
>>>tative. Ses auditeurs l'écoutent avec plai-
>> fir , mais il ne laiſſe aucune trace dans
>> leur eſprit ; ſemblable à la courſe d'une
>>> fleche qui traverſe rapidement l'eſpace ,
>> ſans y imprimer ſon paſſage. En un mot,
>> Lord Chatam fut le meilleur , M. Pitt le
>> plus ſpécieux de nos Orateurs. Tous ceux
>> qui ont entendu Lord Chatam , ſe ſou-
>> viennent de ces expreſſions polies , & ce-
>> pendant énergiques & embrâfées , de ces
>> expreſſions de jeuneſſe qui échappoient à
>> cet homme divin dans le dernier période
>> de ſa carriere. Son éloquence fut vigou-
>> reuſe , pleine d'imagination & de traits du
>>bel âge au milieu de la vieilleſſe. M. Pitt
>> eſt diſcret , prudent , & a l'éloquence de
>> l'âge à 28 ans , &c .
Le Général Boyd , qui doit remplacer le
Général
( 121 )
-Général Elliot àGibraltar , doit partir lemois
prochain pour cette fortereſſe. Il ſera accompagné
du Commodore Cosby , qui
prendra le commandement de l'eſcadre de
la Méditerranée , à la place du Chevalier
Jehn Lindſay. Le Général Elliot conſerve
toujours le gouvernement de Gibraltar ,
dont le Général Boyd eſt gouverneur en
fecond.
Nous avons déja rapporté deux récits touchant
le maſſacre d'un équipage Anglois
aux Canaries ; une troiſieme lettre de Ténériffe
du 18 Février dernier, développe en ces
termes les circonstances de cet événement.
Une barque arrivée ici de Hierro , une des Canaries
, le 14 du courant , nous a apporté les détails
de la ſcene affreuſe quis'eſt paſſée dans cette
Ifle , le7 du mois de Décembre dernier. Le 6 , un
bâtiment débarqua ſur la côte occidentale de l'Iſſe
37 perſonnes , parmi leſquelles ſe trouvoient ſept
femmes , quelques-unes portoient leurs enfans.
L'endroit où ils avoient débarqué , étoit inacceſſiblede
tous les côtés , excepté par un ſentier fort
étroit, dont quelques habitans s'étoient emparés
au moment où ils avoient apperçu ces étrangers ,
pendant qu'ils avoientdétaché un d'entre eux pour
aller avertir le Gouverneur Don Juan Briz Calderon,
de cet événement. Cet Officier convoqua le
Confeil ſur le champ : malheureuſement pour ces
infortunés,le Gouverneur avoit reçu des ordres
très- ſtricts de n'admettre aucun bâtiment , fans
prendre les plus grandes précautions , à cauſe des
ravages que la peſte faiſoit dans pluſieurs parties
de l'Europe : Don Calderon craignant que ces
étrangers ne fuſſent infectés de ce fléau , ne vit
No. 25 , 18 Juin 1785. f
( 122
:
de reffource que dans l'horrible partide ſe défaire
d'eux ; pluſieurs des Membres da Conſeil s'oppoferent
avec force à cette affreuſe réſolution , &
prirent avec chaleur le parti de ces infortunes; ils
repréſenterent qu'ils paroiſſoient jouird'unebonne
ſanté , & que ſi quelque malheur imprévu avoit
pu les forcer à chercher un aſyle ſur cette Ine , il
étoit injufte& cruel de les exterminer pour avoir
tranfgreffe une loi qu'ils ignoroient ; il y en cut
même qui offrirent de prendre ſoin d'eux à leurs
propres dépens , juſqu'à ce qu'on eût informé le
Gouverneur-Général , réſidant à Ténériffe, de çet
Cévénement ; mais malheureuſement toutes ces repréſentations
furent inutiles , & le Gouverneur
aperſiſta dans la ſanglante réſolution de ſacrifier
ces infortunés pour le falut de la Colonie.
En conséquence , Don Calderon , à la tête de
laMilice , ſe rendità l'endroit où cette horrible
tragédiedevoit s'exécuter : ces innocentes victimes
étojent diſperſées ſur la côte; les unes ramaſſant
des coquillages , d'autres ſe promenant avec tranquillité,
& les femmes ſoignant leurs enfans. C'eſt
dans cette ſituation paiſible qu'ils furent trouvés;
&que les ordres ſanglans de DonCalderon furent
mis à exécution.
Les ſoldats que commandoit le Gouverneur ,
arriverent en faiſant rouler devant eux un tonneau
vuide pour mieux raſſembler ces victimes de leur
barbarie, & ne point manquer leur coup : croyant
en effet que c'étoit des proviſions qu'on leur apportoit,
ces malheureux ſe réunirent du côté du
tonneau ; c'eſt dans ce moment que le maſſacre
commença : i'humanité ſe révolte en faifant un
récit aufli choquant ; il ſuffit de dire qu'ils furent
tous tués en deux volées, excepté une femme &
ſon enfant , qui s'étoient réfugiés entre deux rochers,
où ils furentpourſuiviss & poignardés ácoup
( 123 )
de couteau , & un homme qui , quoique bleſſé ,
ſejetta à la mer ; après être reſté pendant deux
-heures à la nage , il fut obligé de regagner le rivage,
où il fut achevé à coups de fabre.
DonCalderon avoit commencé cette horrible
boucherie en faiſant feu le premier ; & ne trou-
•vant pas que la Milice ſe porrât avec affez de chaleur
, à ſon gré , il meraça de tuer ſur le champ
* ceux qui réſiſteroient ; il abattit même à ſes pieds
d'un coup de croffe de fufil , un ſoldat qui paroif
ſoit choqué de ce maſſacre.
La nouvelle de cette action atroce a répandu
*la plusgrande conſternation dans Ténériffe , auſſitôt
qu'elle y a été connue : le Gouverneur-Général
fur-tout en a témoigné la plus vive douleur ;
il ne vouloit pas même y ajouter foi ; il a dépêché
un Officier de rang à Hierro , pour prendre connoiſſance
de cette horrible affaire , &s'affurer du
Gouverneur.
On ne fait point encore de quelle mation
étoient ces malheureuſes victimes ; mais on ſuppoſequ'ils
étoient Irlandois ou Ecoſſois , & qu'ils
ſe rendoient en Amérique. On peut compter ,
ajoute la lettre , ſur l'authenticité de ces détails.
L'état actuel de la Chambre des Pairs ,
felon nos papiers , comprend :
Princes du fang ,
Ducs ,
Marquis ,
Comtes ,
Vicomtes ,
Barons ,
Evêques ,
Pairs Ecoſſois ,
4
22
2
84
17
79
26
16
Total. • 250
f2
( 124 )
La Reine & les Princeſſes ſes filles viennent de
finir un ouvrage de tapiſſerie à l'aiguille , qui eſt
de la plus grande beauté ; C'eſt un tapis de 14 verges
quarrées, deſtiné pour un des appartemens de
Š. M.; on aſſure que les bordures font d'un goût
exquis ; le fond du tapis eſt d'un beau verd de
prairie ; les fleurs , qui y ſont brodées, ſont faites
avec tant d'art,qu'elles imitent la nature d'une
maniere étonnante : toutes les femmes qui ſont
-reçues à la Cour ont été admirer ce chef-d'oeuvre
dans l'appartement de la Reine ; il doit être montré
au publicdans un des appartemens du palais de
St. James le jour de l'anniverſaire de la naiſſance
du Roi. Les Princeſſes ont été près de quatre ans
àachever cetapis magnifique.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 8 Juin.
Le 2 de ce mois , jour de l'Octave de la
Fête-Dieu , le Roi , accompagné de la Famille
Royale , s'eſt rendu à l'Egliſe de la
paroiſſe Notre- Dame , où , après avoir afſiſté
à la proceſſion du Saint-Sacrement faite
dans l'Egliſe, Sa Majeſté a entendu la grand'-
Meſſe.
Les Secrétaires du Roi , ayant à leur tête
le ſieur Gin , qui porta la parole , ont eu
l'honneur de préſenter à Sa Majesté la Bourſe
que la Compagnie eſt dans l'uſage d'offrir
au Roi.
Sa Majesté a bien voulu accorder un brevet
de Conſeiller d'Etat au ſieur Bouchaud,
de l'Académie des Inſcriptions & Belles(
115 )
Lettres , Docteur-Régent de la Faculté de
Droit de Paris , Lecteur & Profeſſeur royal
du droit de la Nature & des Gens.
Le Chevalier de la Bintinaye, qui avoit
ea l'honneur d'être préfenté au Roi , a eu ,
le 4de ce mois , celui de monter dans les
voitures de Sa Majesté & de la ſuivre à la
chaffe.
Le 6 , le Prince de Naſſau-Ufingen prit
congé de Leurs Majestés & de la Famille
Royale , avec les formalités accoutumées ,
étant conduit par le ſieur Lalive de la Briche,
Introducteur des Ambaſſadeurs; le ſieur
de Séquevi le , Secrétaire ordinaire du Roi
pour la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
Le Bailli de la Tour a rendu , le 7 de ce
mois , pendant la Meſſe , foi & hommage
au Roi , au nom des Six Grands Prieurés
de Malte en France , en préſence du Bailli
de Breteiiil , Ambaſſadeur de la Religion de
Malte en cette Cour , à l'occaſion de la réunion
des biens de l'Ordre de Saint-Antoine
àcelui de Malte.
DE PARIS, le 16 Juin.
L'Aflemblée du Clergé a accordé à S. M.
le don gratuit ordinaire. Ce don , qui jufqu'ici
n'avoit jamais paſſé 16 millions , a été
porté cette fois à 18. 1.e Clergé n'a même
pas délibéré long-temps ſur cette augmen-
£3
( 126 )
tation, conſentie en moins de demi-heure ,
à l'unanimité des voix. :
Le Roi a diſpoſé des places qu'occupoit
ci-devant feu N. Moreau de Beaumont. M.
Fourqueux eſt entré au Conſeil des dépêches
, & devient Préſident du Comité contentieux
des Finances . M. Lenoir eſt au
Conſeil royal de commerce; M. de Bacquencourt
du comité contentieux , & M.
Fargès Conſeiller d'Etat.
Par Arrêt du Conseil du 15 Mai dernier,
le Roi a nommé aux places d'Adminiſtrateurs
de la nouvelle Compagnie des Indes ,
les fieurs de Gourlade , Berard , Périer ,
Bernier , Bezard , de Mars , Dodun , Saba- .
tier& Deſprez , Monteſſuy , Berard cadet ,
Moracin & Gougenot.
Un autre Arrêt du Conſeil de mêmedate
conſtitue M. de Boullogne , Commiſſaire
du Roi , pour ſuivre les affaires de lamême
Compagnie.
La place d'Hiſtoriographe de l'Ordre du
S. Eſprit , qu'avoit feu M. Cherin , décédé
le mois dernier , a été donnée à M. de
Chamfort de l'Académie Françoiſe. Les appointemens
de cette place , créée pour M. de
Saint Foix , prédéceſſeur de M. Cherin ,
font de deux mille livres.
Oncontinue à être inondé de pamphlets
fur lagiotage de divers effets publics ;
guerre fort ennuyeuſe pour tous ceux qui
ne pratiquent point ce jeu d'actions, fi inf-
A
( 127 )
tructif d'ailleurs pour un obſervateur. Dans
l'une de ces brochures ſur les actions des
eaux de Paris , on évalue à 23 mille le nombre
des maiſons de cette Capitale ; & en
cela l'auteur est bien informe. Depuis 30
ans néanmoins , on imprime dans tous les
Almanachs , que Paris renferme au moins
50 mille maiſons.
Le 8 de ce mois , les Adminiſtrateurs de
la Caiſſe d'Efcompte , accompagnés des
principaux actionnaires , ſe rendirent au
Contrôle général , où ils avoient été mandés
pour régler le Dividende de Juillet. La
queſtion qui a mis tant d'eſprits en effervefcence
, & qui a fait écrire tant de brochurès
, celle concernant la meſure à laquelle
on doit fixer le dividende , fut débattue en
préſencedu Miniſtre ; il fut convenu que ce
dividendedes ſix derniers mois ſero't modéré
, & que du reſte des bénéfices , une part
ſera miſe en réſerve ,& l'autre partagée entre
les actionnaires ; ce qui formera un ſecond
petit dividende. Ainſi il a été réglé que le
dividende reſtera déſormais fixé à iso liv. ,
ce qui avec l'autre moitié des bénéfices , le.
portera cette année à environ 190 liv. Lorfque
les profits en réſerve s'éléveront à cinq
millions soo mille livres , & qu'il n'en faudra
rien diftraire pour le dividende ordinaire
, alors il paroîtra un Arrêt du Conſeil qui
fixera les actions de la caiſſe à 4500 liv . , &
ainſi de (uite toutes les années.
f4
( 128 )
Plus d'une fois , nous avons averti nos
fecteurs de ſe défier de tous les énoncés de
ce Journal , ſpécialement de l'article Paris ,
toutes les fois que nous n'en garantirions
pas l'authenticité. Voici encore une preuve
de la néceſſiré de cette précaution. Nous
avions rapporté ſur la foi de ce qu'on appelle
ici le Public, les gens inſtruits, &c .
que les Etats de Bretagne n'ayant trouvé ni
à Nantes , ni à Rennes un emplacement
convenable pour la Statue du Roi , S. M.
avoit nommé Breſt comme le lieu propre à
cet objet. MM. les Députés des Etats de
Bretagne ont reclamé auprès de nous contre
cet article , en nous apprenant :
1º. Qu'il n'eſt pas vrai qu'on n'ait pas trouvé
Rennes ou à Nantes d'emplacemens convenables
pour un pareil monument , l'une & l'autre
de ces villes ont pluſieurs places qui ne font
point encoredécorées.
2.Que les Etats ne ſe ſontdéterminés à prier
S. M. de vouloir bien décider elle-même le lieu
où ſeroit placée ſa ſtatue , que parce que toutes
les villes de la province deſiroient également de
la poſſéder.
3°. Que Meſſieurs les députés des Etats n'ont
encore chargé aucun artiſte de dreſſer le plan de
cemonument , mais ils recevront avec reconnoif
fance les projets qu'on voudra bien leur préfenter.
M. de Kinsbergen , Commandant de l'efcadre
Hollandoiſe dans la Méditerranée ,
arriva à Toulon , le 21 du mois dernier.
Ayant appris que M. le Bailli de Suffren étoit
( 129 )
à Toulon , il s'empreſſa de deſcendre à terre,
avec ſon corps de Marine , pour lui rendre vifite:
M. le Bailli de Suffren lui fit l'accueil dû à fon
mérite particulier ,& à ſa qualité d'Officier général
d'une Nation amie & alliéede laFrance:il
ceignit , pour le recevoir ,la riche épée dont les
Etats-Généraux lui avoient fait préſent. Le lendemain
, M. le Bailli de Suffren viſita àſon tour
M. le Chevalierde Kinsbergen ſur ſon bord ; les
vaiſſeaux de l'eſcadre Hollandoiſe firent parade
dès que ſa chaloupe fut apperçue , & le ſaluerent
de 17 coups de canon: ſur l'invitation qui lui
fut faite , M. le Baillide Suffren revint le lendemain
au bord du Commandant Hollandois , pour
ydîner.
Nous avons reçu la lettre ſuivante, datée
du château de.... près de Nantes ; elle nous
a paru affez plaiſante pour mériter une place
dans cette feuille .
C'eſt avec un extrême plaiſir , Monfieur , que
j'ai trouvé parmi nous preſque toutes les modes
Angloiſes reçues , recherchées , quoique ſouvent
défigurées. Voitures , chevaux , habits , chapeaux
, clubs ; nous leur avons tout pris juſqu'à
'English eudgel que nous aurions pu leur laiſſer.
Mais il eſt chez eux un uſage dont perſonne , que
jeſache , ne s'eſt encore aviſé,& fur lequel, vraifemblablement
nous n'avons pas porté une atten
tion affez réfléchie. J'en parle ici moins pour en
donner l'exemple , que pour atteindre au bur que
j'ai long-tems regardé comme un écueil ſur lequel
je craignois de me briſer. Cette nouvelle
maniere d'y parvenir me paroît auſſi ſûre que
toutescellesqu'on m'a juſqu'à préſent offertes
&je la prends...... Voici ce dont il off
queſtion:
(130 )
J'ai envie de me marier. Depuis long-tems
je cherche une femme qui ſoitde mon goût ,&
àqui je convienne , ſans l'avoir pu trouver. J'eus
toujours en horreur ces mariages , qu'on appelle
de convenance , où quelquefois l'on joint les
fortunes , où plus ſouvent l'on échange des biens
contrede lanaiſſance , ou de la naiſſance contre
des biens. Ces unions ne furent jamais à mes
yeux qu'une proſtitution légale & publique , plus
criminelle que tout autre , puiſqu'elle est éternelle
, &qu'elle profane la ſainteté des loix .
Je veuxaimer ma femme,& je veux en être
chéri. Il faut donc pour cela que nous nous connoiffions
,& ne point nous tromper ſur le compte
que nous rendrons de nous. Voici le mien & je
ferai fincere :
Mon eſprit n'eſt pas d'une vaſte étendue , mais
d' une tournure originale qui plaît & amule
fouvent ; on voit qu'elle n'eſt chez moi l'effet
d'aucun effort , & un mot heureux m'échappe tout
auffi naturellement qu'une fingerie ou une grimace
quand les gens me déplaiſent. Je n'ai pas
une graade doſe d'inſtruction ; mais c'eſt la faute
de mon éducation plutôt que la mienne. Abandonné
trop jeune à moi -même , on ne m'a point
accoutumé à diſpoſer de mon attention à vo
lenté ; ce qui m'a fait long-tems ne porter ſursout
qu'un coup- d'oeil affez inattentif. Mon langage
eſt aſſez incorrect , & ma diction ne l'eſt
pasmoins , comme on pourra's'en apperçevoir par
la tournurede ma lettre. Je n'ai point cet eſpric
pointu qui ſe plaît à humilier 'aſuffisante ignorance.
Je laiſſe un ſot dire en paix des ſottiſes ,
pourvu qu'il ne meforce point àles écouter ; mais
j'oubliois que ceci tient à mon caractere ; paffons-
y:
Je ſuis en ſomme ce qu'on appelle un bon
( 31.)
homme. J'aibien fait dans mavie quelques étourderies
; mais jamais aucune méchanceté préméditée.
J'ai dans le caractere un fonds de légéreté
qui me ſauve de toutes les impreſſions profondes
, & qui , en me donnant pluſieurs formes , n'en
laiſſe dominer preſqu'aucune par où l'on puiſſe
me latſſer plus perſonnellement. Cette inſtabilité
très-commune & que je suis bien loin d'eſ
timer , m'a , par une inconféquence ordinaire ,
rendu plus propre à ce qu'on appelle la ſociété ....
Je ſuis affez obligeant ; mes amis m'ont toujours
trouvé diſpoſé à les ſervir , quand je le pouvois.
Ma bourſe leur fut ouverte ; mais je corviens
qu'il n'y avoit preſque jamais rien dedans.
Mes goûts ne ſont pas très-vifs ; on a déja
dû le juger ainfi . Je n'aime pas la chaſſe ; cet
exercice eſt trop bruyant ; je préfere le jeu , &
fur tout les jeux de ſociété. Ce paſſe- temps qui
met ſouvent le ſot au niveau de l'homme d'eſprit
me débarraſſe des importunités de celui-là , &
de la ſupériorité de celui-ci. Ce ſont peut- être
ces raiſons alternatives qui , comme moi , font
jouer ces deux claſſes d'hommes.
J'ai le coeur tendre.Je fus long tems foud'Héloiſe
: mais l'exemple & les occafions me firent
bientôt étendre ſur l'eſpece le ſentiment que je
ne portois autrefois qu'à l'individu. Je rougis
maintenant des fauſſes divinités aux pieds defquelles
je brûlois autrefois mon encens . J'avoue
que , ſacrificateur mal-adroit , j'ai même reçu
des atteintes cruelles de mes victimes ; mais
échappé que je ſuis à ce funeſte culte , je reviens
àmon épigraphe..
Je dois maintenant deux mots fur ma figure&
ma naiſſance. Je vais remplir cette tâche.
Je ne ſuis pas ce qu'on appelle un joli homme.
le front bas & circulaire , l'oeil creux& J'ai
f6
( 132 )
arrondi , le regard grivois & prolongé , la joue
ſeche &applatie , le nez large& évafé , les levres
épaiſſes & vermeilles , les dents propres & mal
rangées , la bouche fraîche,& un peu fendue, le
menton pointu& allongé. Il ne ſemble pas qu'il
yait-là de quoi faire une belle tête ; ch bien ! cependantelle
ne déplaît pas . J'ai la poitrine étroite
&enfoncée , les épaules groſſes & un peu hautes
, le dos arrondi , le corps frêle , la cuiſſe maigre,
la jambe peu fournie & le pied médiocre.
Beautés timides , ne vous effrayez point , je vous
prie , je cave ici au pire , & je puis aſſurer que
je ne ſuis point déplaiſant. Mes vêtemens ſont
affez élégants , & maintenant after the English
fashion... Mon âge eſt de 25 à 30 ans....Jeſuis
gentilhomme...... Ma fortune eſt de 1000 d
15.00 liv. de rentes , & la ſucceſſion hypothétique
de mon frere aîné , car il faut tout comp.
ter , me donnera 4000 liv. de rentesde plus..
Voilà mon fignalement , Monfieur ;fi vous
avez l'honnêteté de l'inférer dans votre Journal
avec ma demande , je vous enverrai un devis
des qualités que je defirerois dans ma future ,
avec l'adreſſe & le nom d'un Notaire à qui l'on
pourra s'adreſſer pour plus amples informations
, &c. &c. &c..
Le Chevalier de ****.
M. Vial , de Bar ſur Seine , nous inſtruit
d'un abus auquel il propoſe de remédier ,
&dont il cite un exemple dans les termes
fuivans:
Le curé de Mouffé ,dioceſe de Troyes , dès
qu'il avoit adminiſtre un malade , prenoit la finguliere
précaution de faire rédiger ſon acte mor
tuaire par fon maître d'école , & tous deux le
Agnojens enfuite. Ce procédé auſſi bizarre qu'ic
1
( 133 )
régulier a été découvert par un particulier de
cette paroiffe , qui ſe préſenta au greffe de Troyes
pour y lever l'extrait mortuaire de quelqu'un de
ſa famille ; en compulſant le regiſtre , il fut trèsfurpris
d'y trouver son nom ; il ſe rappella bien
d'avoir été dangereuſement malade ; mais fon
exiſtence étoit la preuve phyſique qu'il n'en étoit
pas mort ; ce particulier , de retour au village ,
fe hâta d'aller trouver ſon curé & lui demanda :
Vous souvenez - vous , Monsieur , de m'avoir enterré
? Non , répondit le paſteur , mais il faudra
y venir tôt ou tard. Cette anecdote s'étant répandue
en peu de tems , la juſtice de Troyes s'eſt
tranſportée au presbytere , & fans opérer un miracle
, elle a reſſuſcité le mort aux dépens dự
Curé.
Le 7 Mars dernier , vers une heure & demie
après midi , le feu prit au village de
Toulon , près Vertus en Champagne. Un
Gentilhomme du voisinage , nommé M.
Deſteufle , apperçut la flamme , & vola au
fecours. Il trouva ſur les lieux un peuple
nombreux, déja occupé à arrêter les progrès
de l'incendie : il ſe mit à la tête des plus
hardis ; & grace à fes ſoins & à fon zele , il
n'y eut que s maiſons de brûlées , qui font
à lavérité les plus conſidérables de l'endroit..
Le feu éteint , ce même M. Deſteufle s'empreſſa
de recueillir chez lui les victimes de:
ce déſaſtre. Les fourages , les ſemences d'avoine
leur manquoient, il vient de leur en
fournir de nouvelles qu'il a priſes dans fess
propres greniers. Pluſieurs d'entre ces malheureux
avoient perdu leurs vêtemens , ill
(134)
leur enadonné d'autres. Lorſqu'il s'eſt agi
de reconſtruire les bâtimens , il s'eſt offert ,
pour préſider , & préſide en effet aux achats
des matériaux néceſſaires & à la diftribution
des nouveaux logemens.
L'Académie de Lyon fit publier , en 1784 ,
qu'elle décerneroit en 1785 le Prix concernant
la différente réfrangibilité des rayons hétérogenes ,
dontM. le Duc de Villeroi , ſon protecteur , a
fourni le ſujet & les fonds. Le concours devoit
être clos le premier Août , & le Prix diſtribué
au mois de Décembre la même année.
Aucun Mémoire ſur ce ſujet , n'a été envoyé
à l'Académie ; mais elle a reçu des Lettres
de pluſieurs perſonnes , qui ſans ſe faire connoî
re , annoncent s'occuper,de cet objet , en ſe
plaignant de la briéveté du délai ', & de l'impoffibilité
où elles ſont d'approfondir , en auffi peu
de tems , cette matière importante & difficile .
L'Académie a eu égard à ces repréſentations ,
& confidérant qu'aucun Mémoire n'ayant été
admis au concours , la loi devient égale pour
tous ceux qui veulent traiter le ſujet dont il
s'agit ; elle a délibéré dès-a- préſent de prolonger
le delai ,& recevra au concours tous les Ouvrages
qui lui ſerent adreſſés juſqu'au premier Avril
1786. La diſtribution ſe fera dans la Séance publique
qu'elle tiendra, dans la même année , après
là fête de la S. Louis .
La Société patriotique de Valence en
Dauphiné vient de propoſer un prix de trois
cent livres ſur la queſtion ſuivante.
1°. Quelle ſeroit la meilleure manière de cultiver
les mûriers blancs dans le Bas- Dauphiné ,
&fur- tout dans les environs de Valence , tant
pour leur procurer une exiſtence plus ſaine , &
( 135 )
plus durable , que pourobtenir une récolte plus
abondante de feuilles propres à fournir aux vers
une nourriture de laquelle réſulteroit une foiede
la meilleure qualité ?
2º. Convient-il de laiſſer prendre à ces arbres
leur entier développement ; & dans ce cas ,
àquelle diſtance faut-il les planter ?
3°. Vaudroit- il mieux les tenir en arbresnains;
&dans ce cas , quelle doit être leur diſtance &
leur hauteur ?
4°. Seroit il plus avantageux de les cultiver
en buiſions , & quelle feroit alors la meilleure
maniere de complanter ce terrein ?
Les Mémoiresfur cette queſtion ſeront adreffés,
francs de port , à Dom Pernety , Abbé de Burgel,
Membre de l'Académie Royale des Sciences &
Belles- Lettres de Pruſſe & autres , ancien Bibliothécaire
de Sa Majesté Pruſſienne , & Secre
taire de ladite Société , à Valence en Dauphiné.
Le Prix ſera adjugé le 20 du mois d'Août
1786 , & les Mémoires ne ſeront reçus au concoursque
juſqu'au premierJuillet exclufivement ,
Le terme eſt de rigueur. Ces Mémoires feront
écrits en françois ou en latin .
On vient de mettre en vente à l'hôtel de Thou,
rue des Poitevins , la deuxieme livraiſon du troifieme
Voyage de Cook , conſiſtant dans le tome
IV , & les quatre-vingt huit planches annoncées
dans le Profpectus. Le prix de cette livraiſon eft
de 54 liv. , & on ne la délivrera que fur la reconnoiſſance
qui a été donnée avec les trois premiers
volumes . Les volumes pour les deux éditions in 8 ° .
paroiffent auffi ; comme ils ont été payés d'avance,
on ne les délivrera également qu'en rapportant
les reconnoiſſances. Le prix des quatre volumes
in 4º. brochés ou en feuilles , avec les quatre-
L
L
1
( 136 )
vingt-huit planches , eſt de 1081. L'édition in-8°.
huit voluines en blanc ou brochés , 32 livres , la
même , in-8°, quatre volumes en blanc ou brochés
, 24 liv . On ne délivrera des planches aux
Acquéreurs des éditions in 8°. , qu'au mois d'Août
prochain.
Charles-Alexandre , Marquis de Hericy ,
chefdes nom & armes de la maison de Hericy
, eſt mort à Rouen , le 15 Avtil , âgé
de 18 ans.
Angélique-Charlotte de Maſcrany , Abbeſſe
de l'Abbaye royale de Saint-Michel
deDoullens , eſt morte le premier du mois
dernier , âgée de 60 ans.
Bernard Chérin , Généalogiſte & Hiftoriographe
des Ordres du Roi , eſt mort à
Paris le 21 Mai dernier , dans la 67°. année
de ſon âge. La confiance dont Sa Majesté
&lesMiniſtres l'ont honoré , la conſidération
qu'avoit pour lui toute la Nobleſſe du
royaume , font ſuffisamment l'éloge de ſa
probité , de ſes connoiffances ,& du déſintéreſſement
avec lequel il a rempli ſa charge
pendant près de 13 ans.
Jean Louis de Lignault , Marquis de
Luſſac , ci - devant Officier au régiment des
Gardes françoiſes , eſt mort le premier Mai
dernier , au château de Luſſac-les -Egliſes ,
enBerri , âgé de 62 ans.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES, le 14 Juin.
Les Feuilles publiques qui nous promet
( 137 )
toient la guerre , il y a huit jours , reviennent
à la paix; &depuis fix mois, c'eſt dans
ces ridicules variations que conſiſtent toutes
les nouvelles. Depuis longtemps il n'en
exiſte qu'une ſeule importante à donner :
favoir , que la paix eſt certaine , nonobitant
les conjectures & les bruits oppoſés. L'embarras
obſervé dans la ſuite des négociations
, tient uniquement aux incertitudes de
quelques provinces de la Hollande , toujours
indiſpoſées contre des termes d'accommodement
qu'elles jugent trop onéreux.
L'article de l'argent , foit des 12 millions
de Horins , demandés par l'Empereur ,
éprouve fur- tout de vives difficultés , tirées
de l'épuiſement des caiſſes , des dépenſes,
accablantes qui ſe ſont ſuccédées depuis fix
ans dans la république , enfin du déshonneur&
du danger que voyent ces provinces
dans des ceſſions , auxquelles on étoit fort
éloigné de ſe ſoumettre à l'origine de la querelle."
Cependant la province de Gueldres a
déja agréé le préavis extrêmement pacifique
des Etats deHollande , & les autres provinces
ſuivront tôt ou tard : ainſi nulles inquiétudes
fur la conclufion.
Nous ſommes très- éloignés de garantir
que l'Empereur a réduit ſa demande pécuniaire
à6millions de florins , & que jufqu'à
préſentla Républiquen'en a offert que deux.
S'il falloit raconter toutes les variantes qui
( 138 )
ſe ſuccèdent chaque jour ſur ces détails ,
on feroit une bibliotheque hebdomadaire
très faftidieuſe pour le lecteur. L'envoi préalable
de deux Ambaſſadeurs à Vienne eft
encore undes articles qui , dit-on , éprouve
le plus de réſiſtance.
On travaille en Hollande à l'équipement
d'une eſcadre de dix vaiſſeaux de guerre
qu'on croit deſtinée pour la Méditerranéé.
Les forces navales actuelles des Vénitiens ,
avec leſquels la République eſt toujours en
différend, néceſſitent cet armement; nouveau
furcroît de dépenſes qu'il étoit très facile
de s'épargner.
Ala fin du mois dernier, il ſe paſſa à la
Comédie Françoiſe à la Haye une ſcene militaire
entre militaires , qui parut fort ſcandaleuſe
à des ſpectateurs peu accoutumés
aux guerres civiles du parterre, pour ou contre
la gloire de quelques Comédiennes.
Une Actrice de quelque mérite , mais victime
d'une autre regrettée, a quitté la Piece au milieu
defon rôles un moment après , la Chanteuſe plus
aimée du Public , eſt venue faire des excuſes pour
ſa compagne & affurer que fi on lui permettoit de
reparoître , elle s'efforceroit de mieux faire ; le
Parterre s'eſt partagé en deux partis , les uns
criant oui , & les autres non ; de ces derniers
étoient MM. les Officiers de la garniſon , & de
l'autre parti , MM. les Officiers de la Légion de
Maillebois. Il en eſt réſulté des propos , même des .
injures , & le Spectacle a été troublé au point que
chacun s'eſt retiré : quelques- uns ont été mis aux
J
( 139 )
Arrêts, &deux des plus véhémens ayantjugé néceſſaire
d'aller vuider le différend dans le bois , on
averſé un peu de ſang pour cette grave querelle.
Après la réponſe du fieur Favre au Comte
de Gerſdorf, que nous rapportâmes il y a
trois ſemaines , eſt venue la réplique contenue
en ces termes :
«Je viens de recevoir , M. , votre Lettre en
date du 28 Avril , qui m'eſt parvenue par la voie
d'Amsterdam . J'accepte la propoſition que vous
me faites de nous voir à . ; & je
me ferois déja mis en route pour cette Ville , fi
ma ſanté , dérangée depuis quelques jours , n'exigeoit
que j'attende ſon entier rétabliſſement ,
avant d'entre, rendre ce voyage. Ce ne ſera donc
quedans lecourant du mois prochain que je pourrai
quitter cepays- ci , pour me rendre en droiture
:
.... Dès que j'y ſerai arrivé ,je
ne tarderai pas à vous donner de mes nouvelles.
Baruth , dans la haute Luſare, le 14 Mai 1785 .
Signé , le Comte de Gersdorff , &c.
Une lettre de Madrid rapporte comme
certaine l'anecdote ſuivante.
Unjeune homme , appellé R... , né en Languedoc
, mais domicilié depuis long tems enEfpagne
, excité par quelques Négocians jaloux de
M. G... , avoit remis au Roi lui- même , à deux
différentes fois , des Mémoires &des Repréſentations
contre la Banque de S. Charles&contre ſe,s
Administrateurs. Le Roi donna ces Mémoires aux
Chefs de cet établiſſement qui détruiſirent ailémenttoutes
les inculpations donton les chargeoit.
M. R... revint à la charge ; alors le Roi , qui
ne demande qu'à être éclairci , remit ces papiers
àdifférentes perſonnes de fon Conſeil, avec ordre
de les examiner & d'en faire chacun un rapport
}
( 140 )
particulier. Tous ces différens rapports ont été
contraires à M. R... ; & le Roi , qui auroit pu
le faire punir févérement , s'eſt contenté de l'exiler
à40 lieues de Madrid , avec ordre à la Banque
de lui rembourſer le prix de toutes les actions
qu'il pourroit avoir , & de rayer ſon nom de ſes
Regiſtres.
Cause extraite du Journal des Causes célébres.
Accusation d'affaffinat.
7
Les rumeurs publiques , dit M. des Marts ,
font peut être un des pieges les plus dange
reux pour l'innocence. Le peuple aime les événemens
extraordinaires ; il croit facilement ce
qui fait une forse impreffion fur fon imagination.
Souvent, au lieu de ſoumettre à un exa .
men réfléchi les faits qu'on lui préſente comme
certains , il neprend pas même la peine devoir
s'ils fontvraiſemblables. La conduite du peuple
eft, à cet égard, d'une inconséquence auffi cruelle
qu'effrayante pour les concitoyens que des circonſtances
fatales expoſent à ſes ſoupçons. Il
ſemble que le peuple aime à trouver des coupables
, & qu'il trouve du plaifir à voir conduire
fur l'échafaud des victimes de ſa prévention.
Heureuſement les Magiſtrats , chargés par la
loi pour punir les crimes , diſcutent avec une
attention calme & fcrupuleuſe les preuves qui
leur font offertes ; & lorſqu'ils n'apperçoivent
que des ſoupçons auxquels une prévention indifcrete
veutdonner l'autorité d'une preuve préciſe
& certaine , ils s'empreſſent de venger l'innocence
: c'eſt ce qui eſt arrivé dans le procès
[1] On ſouſerit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defeßarts , Avocat, rue Dauphine
, Hôtel de Mouy , chez Mérigot lejeune , Libraire , &
Quai des Auguſtins. Prix , 18 liv, pour Paris, &34 liv
pour laProvince.
(141 )
Tuivantqui a été jugé depuis peu par le Par
lement de Paris .
a
Le cadavre d'une proſtituée ſans aſyle , qui
languiſſoit dans la mitere la plus affreuſe , dont
le libertinage avoit excité l'attention de lajuſtice ,
& qui pluſieurs fois avoit voulu ſe noyer ,
éré trouvée dans la riviere de Marne. Sa mort
devoit- elle être attribuée à un ſuicide ? étoit elle
l'effet de la vengeance & de la barbarie de trois
complices de ſes débauches ? c'eſt ce que la Juftice
avoit à éclaircir dans le procês dont nous
allons rappeller les circonstances .
Il eſt néceſſaire de faire connoître quelle étoit
cette femme , dont la mort a cauſe tant de trouble
dans la ville d'Ay.
La mere de Marie- Jeanne Thillois n'avoit
pas attendu , pour la proſtituer , qu'elle eût atteint
l'âge de puberté. Après avoir vécu pendant
quelque temps du produitde ſes charmes, elle eut
des liaiſons très- intimes avec deux ſcélérats qui
furent juſticiés à Reims ; elle ſe maria enſuite.
Marie Jeanne eut à cette époque un premier
accès de déſeſpoir ; le 30 Août 1780 , elle ſe
précipita dans un puits : deux particuliers , témeins
de cette action , accoururent & lui fauverent
la vie .
Ayant été chaſſée de la ville d'Epernay , Marie-
Jeanne ſe refugia dans celle d'Ay , où elle
fir la connoiſſance d'un homme âgé de foixanteneuf
ans , avec lequel elle vécut pendant quelque
temps , menant d'ailleurs la vie la plus diffolue.
Les orgies bruyantes qui ſe paſſoient dans la
maiſon du vieillard attirerent l'attention des Magiftrats
Pour éviter l'effet de leurs menaces , elle
Joua ailleurs unappartement. La conduite qu'elle
( 142 )
y tint déplut aux propriétaires , qui la chaſſerent
de chez eux .
Marie- Jeanne eut alors un troiſſeme accès de
déſeſpoir ; elle alloit ſe précipiter dans les foſſés
d'Ay ; des femmes charitables la conſolerent ,
&l'une d'elles ſe chargea par pitié de ſes deux
enfans.
Trop connuedans la ville d'Ay , elle retourna
à Epernay ; mais elle en fut bientôt chaffée pour
la ſeconde fois.
Elle revint à Ay , & logea chez un vigneron
nommé Teſtulat Baudoin.
Là elle fit connoiſſance avec un Maître de
danſe errant , qai fit ménage commun avec elle.
Etant enceinte encore une fois , & le ſcandale
étant porté à ſon comble , le Procureur-
Fifcal fit aſſigner le propriétaire chez lequel
elle demeuroit , pour ſe voir condamner à la
mettre dehors.
Marie Jeanne , pour ſe venger , imagina de
mettre l'enfant qu'elle portoit , ſur le compte du
ſieur Genet , beau-frere du Procureur Fiſcal.
Cependant Marie-Jeanne abandonnée de fon
Maître de danſe , expoſée aux inſultes de la populace
, manquoit du néceſſaire pendant la ſaifon
la plus rigoureuſe. Une noire mélancolie
s'étoit emparée d'elle ; elle ne prenoit pasmême
le ſoin de cacher le deſſein qu'elle avoit pris
de ſe détruire elle & ſon enfant.
Le 19 décembre 1783 , Marie- Jeanne alla pafſer
la veillée chez une femme de ſon eſpece ;
elle en ſortit vers minuit , en diſant qu'elle
avoit un rendez-vous , & ne rentra pas chez elle.
Huit jours s'écoulent ; Marie-Jeanne ne reparoît
plus. Bientôt ſa diſparition fait la nouvelle d'Ay.
On imagine quelles en peuvent être les cauſes;
( 143 )
:
elle avoit déclaré Genet l'auteur de ſa groſſeſſe;
on en tire la conféquence que c'étoit chez lui
qu'elle avoit le rendez-vous dont elle avoit parlé.
Delà l'on infere qu'il ſeroit poſſible qu'elle eût
été afſaffinée & enterrée chez Genet. Les conjetures
deviennent des ſoupçons , & les ſoupçons
des certitudes . L'oiſiveté & la malignité inven .
tent mille contes plus abfurdes les uns que les
autres. Un délire univerſel exalte toutes les
têtes. On informe , on fulmine des monitoires :
on met tout en uſage pour venger la mort d'une
proſtituée , qui , de ſon vivant , n'avoit pu trou
ver cù repoſer ſa tête.
Que faifoit cependant Marie-Jeanne ? Acco-tumée
à déloger fans bruit , elle avoit été chez
ſon mari , à quelques lieues d'Ay , pour tenter
de ſe reconcilier avec lui. Tous deux reviennent
enſemble dans Ay, le 13 Janvier. Elle rend
à Teſtulat Baudouin , chez qui elle demeuroit ,
la clef de ſon appartement. Le mari fait l'inventaire
des meubles qu'elle y avoit , & en laiſſe
une copie au propriétaire : le même jour Marie-
Jeanne diſparoît de nouveau , & le 11 Février ,
elle eſt trouvée noyée dans la riviere de Marne,
àunedemi-lieue d'Ay.
Le ſuicide eſt le dernier accès d'une maladie qui
aſes ſymptômes& ſes progrès. Depuis long-tems
Marie Jeanne en étoit atteinte.Manquantdetour,
&n'ayant pas même la douceur d'ètre plainte ,
menacée du glaive des loix , en butte aux traits
du mépris , ſouffrant à la fois les horreurs de l'infamie&
de l'indigence , la vie ne devoit pas avoir
pour elle des charmes bien puiſſens.
Marie-Jeanne ne prenoit pas même le ſoin de
cacher le peu de cas qu'elle en faiſoit. C'étoit ,
fur-tout , pendant ſes groſſeſſes , époque où
l'eſprit des femmes eſt ſuſceptible d'affections
( 144 )
plusvives &de paſſions plus profondes , que Ma
rie-Jeanne paroiſſoit agitée de lamanie de ſe détruire.
Elle eût peut être ſupporté ſa propre miſere;
maisle fort de l'être infortuné qu'elle devoit
mettre au jour , l'occupoit à chaque inftant
; & cette ame affaiffée ſous le poids de l'ignominie
, ſe relevoit , & devenoit capable de quelques
élansde deſeſpoir..
Haïffant la vie , & fortement occupée des
moyens d'en ſortir, il paroit qu'elle avoit confidéré
la fubmerfion comme la voie la plus douce.
Du moins voyons- nous que dans tous les accès
dedéſeſpoir qu'elle a eus pendant ſes différentes
groffefſes , elle a toujours cherché à ſe noyer.
Elle étoit groſſe, lorſqu'en 1781 on lui notifia
l'ordre de fortir de la villed'Epernay.Elle ſe précipitedans
un puits.
Elle étolt encore groſſe , lorſqu'en 1782 elle ſe
jetredans le ruiſſeau d'Avenay.
Elle étoit groſſe pour la troiſieme fois , lorfqu'ayant
été chaſſéede la maiſon du fieur * * *
elle courut dans l'intention de ſe précipiter dans
les foffés d'Ay.
Le Procureur-Fiſcal fait quelque démarche
pour la faire fortir de la ville , elle déclare hautement
que, fi on la tourmente , elle ſe jettera
dans la riviere.
Enfin , elle eſt trouvée noyée , n'ayant pas dans
fa poche une ſeule piece de monncie ; ce qui
prouve que la mort a été l'effet d'un déſeſpoir
cauſépar ſaprofonde miſere , & qu'on ne doit pas
chercher des coupables , puiſque perſonne n'avoit
intérêt de le devenir.
Aufli , par Arrêt du 11 Septembre 1784 , les
accufés foupçonnés d'être les auteurs de fa mort ,
ont été renvoyés abfous , & il leur a
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le