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1785, 05, n. 19-22 (7, 14, 21, 28 mai)
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15.70 Mo
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389
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Texte
MERCURE
DE FRANCE
23230
DÉDIÉ AUROI , ´´
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
7
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles in
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découwertes
dans les Sciences & lesArts ; les Spectacles ,
les Causes célebres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Noticedes Édits, Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 7 MAI 1785 .
A PARIS
Chez PANCKOUCKÉ , Hôtel
rue des Poitevins .
They
BIDIOTE
UNIVERSIDAD
CENTRUL
DELA
BEMIMAGINA
AvecApprobation & Brevet du Ποί
TABLE
4
Du mois d'Avril 1785.
PIÈCES FUGITIVES. Hiſtoire de la Ruſſie Moderne ,
57 Epître à M. Sabatier de Cavaillon
, 3 Cléopâtre , Tragédie, 70
Réponseaux Vers deM. Bu- Eloge de M. l'Abbé de Guafret,
6 CO,
A Maman, poursa Fête , 49
Lucas, Perrette & les Mouzons
, Fable ,
Epigramme ,
Madrigal ,
Ve'sfur la Naissance du
deNormandie ,
Aux Canons de la Ville ,
Impromptu ,
Idem.
A Mme de Genlis ,
LeProverbe appliqué ,
AMadame de ** ,
Les Regrets du premier
Romance ,
81
Du Gouvernement des Moeurs,
86
52 L'Iliade d'Homère , 105
14 Suitedes Eloges lûs dans les
ibid. Séances publiques de laSo-
DucciétéRoyalede Médecine ,
97 152
165 98 Le Jaloux , Comédie ,
99 Histoire d'Abdalmazour , 201
ibid. Mémoire fur les Tremblemens
100 deTerre de la Calabre , 208
ibib. Nouveaux Mélanges dePhilo-
Sophie & de Littérature , 210 145
Age , Les OEuvres d'Héſiode , 212
147 Mémoirefur les Ciseaux à in-
La Vérité & l'Envie , Fable
Allégorique ,
ciſion , 213
148 Collection des Mémoires rela-
Couplet fur la Naiſſance de tifs à l'Histoire de France ,
Mgr. le Duc de Norman- 217
193 Le Comte de Valmon , 220
194 Variétés 115 , 195
195 SPECTACLES .
120
Roy.ddeeMusiq. 34 .
181
die,
AMile V*** ,
AMadame B..... ,
Conte,
Charades , Enigmes & Logo-
LeRendez-vousmanqué , 196 Concert Spirituel ,
197 Académie
gryphes , 9,55 , 102 , 150, Comédie Françoise, 36 , 130 ,
199 229
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne , 40, 134
La Poétique de laMuſique , 10 Annonces & Notices , 44 , 89 ,
Fragmens d'un Ouvrage de
Morale, 24
137 , 187 , 233
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de laHarpe , près S. Come.
DE FRANCE.
23
i
E'l corno aguzza ai tronchi : e par ch'inviti
Con vani colpi alla bataglia i venti :
Sparge col piè l'arena , el ſuo rivale
Da lunge sfida a guerra afpra e mortale.
>>>Ainfi , un taureau , que les fureurs d'un amour
jaloux irritent , mugit horriblement ; par ſes
>>>mugiſſemens , il réveille ſon courage & ſes bouil-
>> lans tranſports; il aiguiſe ſes cornes contre les
>> troncs des arbres ; il ſemble , par d'inutiles coups ,
>> défier les vents au combat : il lance le ſable avec
>> les pieds ; & de loin , il appelle & provoque ſon
>> rival à une guerre ſanglante & mortelle. >>
Le Taſſe , dans ce tableau , ne laiſſe guères à
Virgileque l'honneur de lui en avoir fourni les principauxtraits.
O mihi prateritos referat fi Jupiter annos ,
Qualis eram, cùmprimam aciem Praneſteſub ipsâ
Stravi , Scutorumque incendi victor acervos ,
Et regemhâc herilum dextra fub tartaramifi , &c.
Oh foſs'io pur ſul mio vigor degli anni ! .....
E quale allora fui , quando al coſpetto
Di tutta la Germania , alla gran corte
Del ſecondo Corrado , aperſi il petto
Al feroce Leopoldo , e'l poſi à morte.
« Ah ! ſi j'étois encore dans la vigueur de mon
>> jeune âge ! .... ou ſi j'étois encore tel que je fus ,
>> quand , aux yeux de toute l'Allemagne , à la Cour
>> brillante de Conrad II , je perçai la poitrine du
>> farouche Léopold , & lui donnai la mort. »
Avidis ubifubditaflamma medullis ,
Veremagis (quia vere calor redit offibus ) illa
Ore omnesverſa in zephyrum,ſtant rupibus altis,
24
MERCURE
Exceptantque leves auras ; & fapèfine ullis
Conjugiis,vento gravida (mirabile dictu . )
talora
L'avida madre del guerriero armento ,
Quando l'alma ſtagion che n'innamora ,
Nel cor le inſtiga il natural talento ,
Volta l'aperta bocca in contra l'ora
Raccogliei ſemi del fecondo vento:
E de' tepidi fiati ( o maraviglia )
Cupidamente ella concepe , e figlia.
T
),
:
» Quelquefois , quand le printemps ramène les
>> amours & excite dans les coeurs des deſirs naturels,
la cavale , animée d'une fureur nouvelle , préſente
> à l'air ſa bouche béante , reçoit l'haleine féconde
>> des vents , & par un miracle de nature , conçoit &
>> devient mère , en reſpirant ces ſouffles animés.
Quam multa in fylvis autumnifrigore primo
Lapfa caduntfolia ; aut ad terram gurgite ab alto
Quam multa glomerantur aves , ubifrigidus annus
Trans pontumfugat , & terris immittit apricis.
Non paſſa il mar d'augei fi grande ſtuolo ,
Quando ai ſoli pui tepidi s' accoglie :
Ne tante vede mai l' autunno al fuolo
Cader , co' primi freddi , aride foglie,
A
L
2
Jamais une ſi grande troupe d'oiſeaux n'a tra-
> verſé les mers pour chercher de plus douces-contrées
jamais , aux premiers froids de l'Automne,
>> on n'a vu tomber ſur la terre tant de feuilles def-
» féchées .
Vix eafatus erat , cum circumfufa repentè
Scinditsenubes , & in ethera purgat apertum .
<

Cio
1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 MAI 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Naiſſance de Monseigneur le Duc
Q
DE NORMANDIE.
vor done ? avec éclatj'entendsgronderla foudre;
L'Ennemi viendroit-il pour nous réduire en poudre ?
Non, non ; raſſurez-vous , ô généreux François ;
Louis ne lance plus ſon orgueilleux tonnerre ;
Etce qui fut toujours l'inſtrument de la guerre ,
Devient en ce moment le ſignal de la Paix.
(Faits par M. d'Iray, jeune homme âgé de
Seize ans, Ecolier au Collège de Lisieux .)
A ij
· MERCURE
VERS adreſsés à M. PUJOs , après avoir
vu la Collection des Grands Hommes dont
il s'occupe defaire les Portraits. *
CHEZ
HEZ vous , Peintre heureux des Savans ,
Appelle du ſiècle où nous ſommes ,
J'ai vu cent Portraits différens
Qui m'ont retracé les Grands Hommes ;
Mais dans ce rare cabinet ,
د
Pujos , il en faudroit un autre;
Jamais il ne ſera complet
Tant que vous oublîrez le vôtre.
( Par M. Duchofal. )
LE BONHEUR , Stances.
H
Sitôt que la raiſon commence à l'éclairer,
Prenant un empire ſuprême ,
EUREUX l'homme qui , fur lui- même ,
Se cherche , s'étudie ,& peut ſe pénétrer !
* M. Pujos travaille à la Collection entière des Grands
Hommes de notre ſiècle. Entre autres Portraits fort intéreffans,
tels que ceux de MM. de Buffon , de Mably , de
la Harpe , on y voit celui de Voltaire à l'âge de vingt-deux
ans , & le même à l'âge de quatre-vingt.
DE FRANCE.
5
: QUI , ſur le vrai formant ſon âme ,
Par de vains préjugés ne vit point combattu ;
Dont le coeur généreux s'enflatime
Au récit envié d'un acte de vertu!
Qui poſsède un ami fincère ,
Ami , que pour rival il ne redoute pas;
Qui dans une femme préfère
Le coeur à ſon eſprit, l'eſprit à ſes appas !
QUI , de l'un chériſſant le zèle ,
En reçoit les conſeils , même les moins flatteurs ;
Et qui , de l'autre amant fidèle ,
Mérite , en les taiſant, ſes plus tendres faveurs !
QUI , dans le tourbillon du monde ,
Philoſophe prudent , ne va point s'engager ;
Qui jamais en vain ne le fronde ,
Mais , d'après ſes travers , ſonge à ſe corriger !
Qur , dans le Temple de Mémoire ,
Refuſe de porter un pas trop hafardeux ,
Content de la paifible gloire
De penſer, d'être ſage,humain & vertueur!
Qur fait enfin , dans ſajeuneſſe ,
Qui fait avec tant d'art ménager leplaifir,
Que, dans la tardive vieilleſſe,
De le goûter encore il fente le defir !
Par M. Guichard.)
A iij
6 MERCUREExplication
de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade , de l'énigme & du
Logogryphe eſt Demain ; on y trouve mine ,
Mai , Diane , daim , amendemain , Iman ,
ane , Dame , amemain.
M
CHARADE.
ON premierbienſouvent paſſedansmonſecond;
Mon tout fertdans un champ à le rendre fécond.
ÉNIGME.
HOMME OMMES ,tyrans cruels ,
D'où vous vient contre moi cette rage implacable?
Moi , votre bienfaiteur ! comment, ingrats mortels,
Ai-je pu m'attirer le malheur qui m'accable ?
Vit on jamais tourmens moins mérités ?
Souffrez , fouffrez du moins , gent barbare & cruelle ,
Que je trace à vos yeux , de vos atrocités
Contre ma race & moi , le tableau trop fidèle ;
De ma mère d'abord vous déchirez le ſein ;
Bientôt , le fer en main ,
Vous mutilez mon père, inſenſible à ſes larmes ;
Mais nul de ces tourmens n'eſt comparable au mien
DE FRANCE. 7
Malgré mes trop juſtes alarmes ,
J'ignorois le ſupplice où j'étois attendu......
Excès de cruauté contraire à la Nature !
Mit-on jamais à la torture
Celui que l'on a vu pendu ?
LOGOGRYPH Ε.
JE prends naiſſance dans les bois ;
A te tirer du ſang je m'y tiens toujours prête ;
Mais je deviens un petit poids
Si , t'ayant outragé, tu me tranches la tête.
( Par M. Champion , de la Ferté-Vidame. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
Lequel des deux prouve plus d'amour ,
celui qui quitte le Trône pour ſa maitreſſe ,
ou celui qui veut conquérir une Couronne pour
la lui offrir.
Q
I.
UITTER un Trône pour ſaBelle ,
C'eſt prouver un amour qu'on ne peut furpaſſer ;
L'amant qui cherche à l'y placer ,
Fait autant pour lui que pour elle.
( Par M. Dehauſſy de Robécourt. )
II.
Pour s'unir à l'objet qu'il aime ,,
Guſmanquitte le rang ſuprême ;
Aiv
8 MERCURE:
Mirtil, au péril de ſes jours,
Va conquérirun diadême
Pour voir couronner ſes amoures 20
Qui des deux aime plus ſa mie? 4
Queconclure de leus ardeus ?
Guſman la préfère aux honneurs ,
Mirtil la préfère à la vie.
III.
QU'ELLE eft flatteuſe la Couronne!
Qu'elle a de charmes pour un coeur,
Quand c'eſt un amant qui la donne
Et qu'on la doit à ſa valeur !
Quel plaiſir pour une maîtreſſe ,
En formant d'auſſi doux liens ,
Des'écrier dans ſon ivreſſe :
د
Il expoſa ſes jours pour embellir les miens!
(Par un Membre de la Chambre Littéraire deRennes.)
IV.
Он ! parlez-moi d'un verd galant -
Qui s'adjuge un Trône gaiment
Pour plaire encor plus à ſabelle !
Tombe-t'il fur une infideller
Le Trône en tout événement
Adoucira fon fort funeſte;
Ilpeutdire en ſe confolant:
Si l'amour fuit..... le Trône reſte .

(Par un autre Membre de la Chambre
Littéraire de Rennes. )
DE FRANCE
9
V.
QUITTER pour la matreſſe unTrône ,
C'eſt de nos Céladons un des traits les plus beaux ;
Mais ofer conquérir pour elle une Couronne
Par la valeur , les dangers, les travaux ,
C'eſt aimer plus & mieux , c'eſt aimer enHéros.
(Par un Septuagénaire de Montrichard. )
VL.
Un amant qui deſcend du Trône
Pour unir ſon deſtin à l'objet de ſes voeux,
Prouve bien l'excès de ſes feux;
Celui qui pour lui plaire ufurpe une Couronne ,
Eſt moins tendre qu'ambitieux .
(Par Mlle Sophie de Ch ***. )
VII.
LORSQU'ON s'élève au rang des Rois
Pour y placer l'objet qu'on aime ,
On fatisfait deux penchans à la fois ,
Etl'on fait pour l'arnour bien moins que pour ſoi- même;
Mais un amant qui ſans retour
Sacrifieà fes feux fon Sceptre & fa Couronne ,
Ne fatisfait en deſcendant du Trône
Que le ſeul penchant del'amour.
Lequel des deux mérite la victoire ?
Je laitfe aux tendres coeurs le ſoin de le nommer.
L'an en aimant cherche la gloire ,
L'autre la fuit pour mieux aimer.
(ParM. le Vicomte de Mélignan. )
Av
10 MERCURE
VIII.
L'AMOUR m'inſpira le projet
De conquérir une Couronne ;
Zélis , vous en étiez l'objet;
J'ai réuffi , je vous la donne.
Mais ſi de ce brillant hommage
Votre coeur paroît peu flatté ,
Je peux faire encor davantage ,
Je renonce à la Royauté..
IX.
Pour s'unir à l'objet qu'on aime,
Renoncer à la Royauté ,
D'amour c'eſt un effort ſuprême,
Dont un coeur doit être flatté.
Mais celui qui , plus fier , voudroit par ſon courage
Lui donner un Sceptre , une Cour ,
Peut-être en prouvant moins d'amour ,
En inſpireroitdavantage..
( Par une Dame abonnée.. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Un Amant doit-il compromettrefon amour
en mettant l'amitiédansſa confidence ? Doit--
il bleſſfer l'amitié en lui cachantlefecret defons
Goeun?
DE FRANCE. 11
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
,
JÉRUSALEM Délivrée , nouvelle Traduction
, dédiée à M. le Comte de Vergennes ,
Miniftre & Chef du Conſeil Royal des
Finances avec ſon portrait , gravé par
Gaucher , vol. in- 18. imprimés ſur papier
fin d'Angoulême. A Paris , rue des Poitevins
, 1785. ( Le texte eſt placé Stance
par Stance à côté de la Traduction. )
ONNconnoît lejugement de Boileau ſur le Taſſe :
AMalherbe , à Racan préférer Théophile ,
Et le clinquant du Taſſe à tout l'or de Virgile.
Ec trait de critique vint fort à propos pour le Clerc ,
qui publioit alors ſa traduction des cing premiers
Chants de la Jérufalem Délivrée; cette traduction
to.nba, & le Clerc tâcha de ſe faire l'illuſion d'en
imputer la chûte à la critique que Boileau avoit
faite de l'original ; mais la traduction de le Clerc
n'avoit pas de clinquant ; elle tomba par lamême
raiſon que ſes Tragédies , parce qu'elle étoit ennuyeuſe.
Quant au jugement porté par Boileau , & dans
lequel il a perſiſté juſqu'à la mort , M. Mirabaud,
Traducteur plus heureux du Taſſe, a prouvé qu'il
étoit directement contraire à celui qu'ont porté de
laJérufalem Délivrée, les Italiens les plus opposés au
Taffe. En France , on lui reprochoit du clinquant
&des Concetti; en Italie , on lui reprochoit d'en
manquer , on le trouvoit ſec & froid. L'Académie
Avj
12 MERCURE
de la Cruſca , qui donna ſon ſentiment ſur le Poëme
de la Jérusalem Délivrée , comme l'Académie Françoiſe
donnadans la fuite le fien ſur le Cid, relève
fur-tout dans le Taſſe ce défaut de fleurs &d'agrémens.
De forte qu'on pourroitdire de lui, a cer
égard , ce que dit M. de Voltaire ſur un autre
ſujet, « qu'il lui arriva la même choſe qu'à M. de
>> Langeais , qui étoit pourſuivi par ſa femme au
• Parlement de Paris pour cauſe d'impuiſſance , &
par une fille au Parlement de Rennes , pour lui
➡ avoir fait un enfant. Il falloit qu'il gagnât une
des deux affaires , il les perdit toutes deux >> "
On peut dire cependant que le Taſſe les a gagnées
toutes deux, il n'a ceffé en effet de gagner dans la
poſtérité ; il eſt généralement reconnu aujourd'hui
en tous pays que le Taſſe ne manque point de fleurs
& d'ornemens , & que ces orneinens ont rarement
le défaut que Boileau a déſigné par le clinquant du
Taſſe. La Jérusalem Délivrée a cu , comme les
grands Poëmes de l'antiquité, l'avantage de fournir
des tableaux aux Peintres , des ſujets àtous les arts
& à tous les talens ; elle a fait faire àQuinault le
Poëme immortel d'Armide , à Danchet même celui
de Tancrède; elle eſt enfin au nombre des cinq ou
fix Poëmes Epiques dont les premières Nations du
monde, tant anciennes que modernes, ont à ſe glorifier.
Le rang , entre ces divers Poëmes Epiques,
s'aſſigne diverſement , ſelon le goût du Lecteur. M.
de Voltaire , après avoir parlé d'Homère & de Virgile,
ajoute:
1
De faux brillans , trop de magie ,
Mettent le Tafſe un cran plus bas;
Mais que ne tolère-t'on pas
Pour Armide & pour Herminie ?
On pourroit ajouter, & pour Clorinde mourant
DEFRANCE.
13
de lamain& ſous les yeux de Tancrède, ſon amant,
&pour Olinde& Sophronie, dont les ſentimens fors
fi tendres& fi purs , & pour Renaud, l'Achille de ce
Poëme , & c .
Le mot de Boileau tiroit d'autant plus à conféquence
, que ce n'étoit qu'un mot , & qu'on ne pou
voit ledifcuter. On le regardoit comme un réſultat
général , comme un jugement abſolu. Boileau s'eſt
expliqué depuis dans un diſcours tenu peu de temps
avant ſa mort , où il confirme ce jugement, mais
en convenant que le Taſſe , ( ce ſont ſes termes )
étoitungéniefublime, étendu , heureusement népour
êtrePoëte & grand Foëte. Un tel aven pouvoit
fervir de paſſeport à bien des critiques. Celles que
fait ou plutôt qu'annonce Boileau , font générales ;
& comme elles ne font point appliquées à des
exemples , elles ne peuvent être réfutées. Cedifcours
deBoileau eſt rapporté dans l'hiſtoire del'Académic
Françoiſe , par M. l'Abbé d'Olivet , qui l'avoit entendu.
Le P. Bouhours , autre critique ſévère , eft en général
de l'avis de Boileau ſur le Taffe; & comme il
motive ſa critique, comme il l'applique à des exemples
, on peut raifonner avec ou contre lui.
Il relève , par exemple , ce vers du dix neuvième
Chant , où, en parlant de la mort du féroceArgant,
le Taſſedit:
Minacciava morendo ,e non languia.
• Qu'il menace, dit-il, que ſes dernières paroles
ayent quelque choſe de fier , de ſuperbe &de tex-
» rible.
Superbi , formidabili , feroci ,
Gli ultimi moti fur , l'ultime voci.
>>Cela convient au caractère d'Argant; ..... mais
14 MERCURE
>> de n'être point foible lorſqu'on ſe meurt, e non
languia, c'eſt ce qui n'a point de vraiſemblance...
>> La fermeté de l'âme n'empêche pas que le corpsne
>> s'affoibliſſe ; ... cependant le non languia, qui va au
* corps , exempte Argant de la loi commune , &
>> détruit l'homme en élevant le héros,
Cette critique nous paroît minuticuſe , ſévère &
même injuſte ; le Taſſe ne dit point que le corps
d'Argant ne s'affoiblit pas , puiſqu'il a dit pluſieurs
fois le contraire.
Già nelle ſceme forze il furor langue....
Tancredi che'l vedea col braccio eſangue
Girar i colpi ad or più lenti , &c .
Il parledu dernier caractère que l'âme d'Argant
imprime ſur ſon viſage , & il ddiittque c'eſt un caractère
decolère , de menace,& non de langueur. C'eſt
ainſi que Salluſte dit de Catilina , que mort ou mourant
, il conſervoit l'air de fierté qu'il avoit en vivant,
ferociam animi quam habuerat vivus , in vultu retinens.
C'est aina que Velleius Paterculus dit d'un Gé
néral des Samnites vaincu , qu'il avoit plus l'air d'un
vainqueur que d'un mourant, victoris magis quàm
morientis vultum praferens. C'est ainſi que le même
Taſſe dit d'un autre Sarrazin , que tout mort qu'il
eft, il menace encore les Chrétiens.
E morto anco minaccia.
Ce qui vraiſemblablement n'a point déplu àRacine,
qui , dans le recit du combat & de la mort des
frères ennemis , dit , en parlant de Polynice :
Tout mort qu'il eſt , Madame , il garde ſa colère ,
Et l'on disoit qu'encore il menace ſon frère !
Son viſage , où la mort a répandu ſes traits ,
Demeure plus terrible & plus fier que jamais..
DE FRANCE.
15
1
Ileſtpeut- être affez remarquable que le P.Bouhours
approuve dans Sidoine Apollinaire,un traitàpeu-près
du même genre , & qui eſt exprimé par un jeu de
mots :
Animoque ſuperſunt
Jam propè poſt animam.
Je ne ſais s'il eût été aufſi indulgent pour leTafſe;
Armide dit à Renaud: Jeferai cequ'ilvous plaira,
ou votre Ecuyer ou votre Bouclier; mais ces mots
d'Écuyer & de Bouclier forment dans l'Italien un
jeu de mots que le P. Bouhours ne paſſe point au
Tafle: ८
Sarò qual più vorrai ſcudiero oscudo.
Le Cardinal Palavicini , dont le P. Bouhours rapportele
ſentiment ſans l'improuver , blâmoit leTaſſe
d'avoir dit qu'au commencement d'une bataille les
auées diſparurent, le ciel voulant voir fans voile les
grandes actions qui alloient ſe faire.
Eſenza velo
Volfe mirar l'opere grandi il cielo .
Si c'eſt le ciel matériel , dit le Cardinal Palavicini ,
il ne voit rien ; fice ſont les habitans du ciel , ils
voyent à travers les nuages. Il nous femble que cette
manière de critiquer tend à détruire toute poéfie.
Le P. Bouhours nous paroît reprendre avec plus
de justice les morceaux ſuivans , comme affectés &
trop peu convenables à la ſituation.
Tancrède ayant tué Clorinde ſans la connoître ,
apoſtrophe la main qui vient de frapper ſon ainante ,
& lui dt: « Perce done aufli mon ſein! ..... Mais
>> peut- être qu'accoutumée à des actions atroces ,
>> barbares , tu regarderois comme un bienfait une
>> mort qui finiroit mes douleurs..
16 MERCURE
Paffa pur queſto petto , e fieri ſcempi
Col ferro tuo crudel fa del mio core .
Maforſe , uſata a' fatti atroci ed empi,
Stimi pietà dar morte al mio dolore.
La Traduction nouvelle , dont nous venons de
nous fervir , déguiſe un peu ici le vice de l'original ,
mais fans faire diſparoître le raffinement & l'affectation
ſi contraires au vrai langage de la douleur.
Onpent encore faire de juſtes reproches au paffage
fuivant , en reconnoiſſant toujours que le Traducteur
a eu le mérite d'affoiblir le vice de l'original.
O reftes chéris ! .... Si des monftres en ont fait
- leur proie , je veux auſſi être la proie des monf-
* tres; je veux que leurs entrailles foient notre tom-
>> beau commun. >>>>
L'original pèſe bien davantage ſur des idéesdéfagréables
, dont la délicateſſe de notre langue exige
qu'on fupprime les détails , comme l'a fait leTraducteur.
....
Amate ſpoglie
S'egli avvien che i vaghi membri ſuoi
Stati fian cibo di ferine voglie ;
Vuò che la bocca ſteſſa anco me ingoi ,
E'l ventre chiuda me che lor raccoglie.
Cet art de déguifer les défauts de l'original , fans
infidélité , eft encore plus remarquable dans le pafſage
fuivant. C'eft toujours Tancrède qui pleure
Clorinde , mais qui la pleure avec trop d'efprit &de
recherche , felon le P. Bouhours :
Ofaffo amato ed onorato tanto
Che dentro hai le mie fiamme , e fuori il pianto ;
Nondi morte ſei tu , ma di vivaci
Ceneri-albergo , ov'e è ripofto amore.
2
DE FRANCE. 17
«Otombe ſi chérie , ſi reſpectée , qui renfermes
>> l'objet de ma flamme , & que j'arroſe de mes
>> larmes ! Non , tu n'es pas le ſéjour de la mort ,
>> mais d'une cendre animée où l'amour repoſe. »
Comune la petite antithèſe recherchée & badine
de dentro e fuori , diſparoît ſous cette expreffion dé
cente & d'ailleurs très -exacte : qui renfermes l'objet
de ma flamme & quej'arrofe de mes larmes ! C'eſt la
même choſe , & il n'y a plus d'antithèſe ; combien le
défenſeur du clinquant, Philanthe, fait bien plus fortir
ce défaut par l'éloge même qu'il en fait !
« Quoi de plus ſpirituel , dit-il , que ce marbre
» qui a des feux aw dedans , des pleurs au- dehors ;
>> qui n'eſt pas la demeure de la mort, mais qui
>> renferme des cendres vives où l'amour repoſe ? »
Lesjeux d'efprit, répond Eudoxe , ne s'accordent
pas bien avec les larmes ,& le P. Bouhours appli
que ici le mot de Quintilien: Sententiolis neflendum
erit?..
Mais veut-on voir ces deux vers : Non di morte
fei tu , &e. bien embellis , bien corrigés , purgés
d'antithèſes , reſpirant l'amour & la douleur ? Rap .
pelons-nous ces vers de M. de Voltaire .
Non , ces bords déſormais ne feront plus profanes ,
Ils contiennent ta cendre; & ce trifte tombeau ,
Honoré par tes chants , conſacré par tes manes ,
Eſt pour nous un temple nouveau.
C'eſt encore avec trop d'art & d'esprit , felon le
P. Boshours, qu'Armide ſe plaint de Renaud , qui
laquitte :
Otu cheporte
Tecoparte di me, parte ne lathi ;
: Oprendi l'una , o rendi l'altra , omorte
Dà infieme ad ambe.
18 MERCURE
On pourroit croire que ce ſeroient ces vers qui auroient
fait faire à Corneille ces fameux vers du Cid:
La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau ,
Etm'oblige à venger , après ce coup funeſte ,
Celle que je n'ai plus fur celle qui me reſte .
S'ils n'étoient pas dans Guillen de Caſtro ;
1
:
La mitad de mi vida
Ha muerto la otra mitad.
Y al vengar
- De mi vida la una parte
Sin las dos hede quedar..
Et ce n'eſt point ainſi que parle la Nature ,
dit à ce ſujet M. de Voltaire , d'après le Miſantrope
; puis il ajoute une réflexion fine , pleine de
ſentiment & de goût :
« Par quel art cependant , dit- il , ces vers tou-
>> chent-ils ? N'est-ce point que la moitié de ma vie
> a mis l'autre au tombeau , porte dans l'âme une
> idée attendriſſante qui ſubſiſte encore malgré les
>> vers qui ſuivent ? >>
Les exemples de Concetti , que nous venons de
citer , & quelques autres ſemblables que le Taſſe
préſente , & dont on ne trouveroit pas la moindre
trace dans Virgile, ſont ſans doute ce qui fonde la
critique de Boileau &du P. Bouhours,que M. de Voltaire
paroît confirmer ,
Voilà pour les faux brillans . Quant à la magie ,
elle eſt le principal reſſort du merveilleux dans la
Jérusalem Délivrée , & elle y remplace l'intervention
des Dieux, ſi ordinaire , & toujours ſi froide dans
les Poëmes Épiques. Mais on peut dire de cette magie :
L'effet en eſt trop beau pour en blâmer la cauſe .
DEFRANCE. 19
La forêt enchantée , le palais& les jardins d'Armide
ont fourni aux Arts des ſujets , & au Public des Spectacles
intéreſſans .
Virgile avoit imité Homère , fur-tout dans les
détails; il nous femble qu'on n'a pas affez dit combien
le Taſſe a imité Virgile.
✓ Quant au plan général du Poëme , il paroît conçu
d'après celui de l'Iliade , non-ſeulement par la multitudedes
combats généraux & particuliers ; non- ſeulement
parce que dans l'un de ces Poëmes on aſſiège
Troye, dans l'autre, Jerufalem; mais fur-tout parce
que dans tous les deux le mécontentement & l'indocilité
aux ordres du Général , tiennent long-temps le
Héros principal dans l'inaction , ce qui donne aux
Héros ſecondaires le moyen de paroître avec éclat
&avec avantage. La colère ſeule retient Achille immobiledans
ſes vaiſſeaux; le jeune Renaud eſt enchaînépar
la volupté , ce qui eſt pour le moins auſſi
moral.
Quant aux détails , c'eſt Virgile ſur- tout que le
Taffe s'attache à imiter ; & comme Virgile lui-même
a ſouvent imité Homère , il arrive quelquefois que le
Taſſe les imite tous deux.
Nos Lecteurs verront avec plaiſfir la manière du
Taſſe rapprochée de celle de Virgile dans pluſieurs
de ces imitations .
Nox erat , & placidum carpebant feſſaſoporem
Corpora per terras , Sylvaque & Sava quierant
Æquora ; cùm medio volvunturſidera lapfu ,
Cùm tacet omnis ager, pecudes pictaque volucres ,
Quaque lacus latè liquidos , quaque afpera dumis
Rura tenent;fomno pofitafub nocte filenti
Lenibant curas , & corda oblita laborum.
Atnon infelix animi Phaniſſa : neque unquam
4
20 MERCURE
Solvitur infomnos , oculifve aut pectore noctem
Accipit.
Era la notte allor ch'alto ripoſo
Han l'onde e i venti, e parea muto il mondo ,
Gli animai laſſi , e quei che'l mare ondoſo ,
O de' liquidi laghi alberga il fondo ,
Echi fi giace in tana , o in mandra aſcoſo ,
E i pinti augelli , nell' oblio giocondo
Sotto il filenzio de' ſecreti orrori
Sopiangli affanni , e raddolciano' i cori.
Ma ne'l campo ſedel , ne'l Franco Duca
Si diſcioglie dal fonno , o almen s'accheta.
«La nuit régnoit ſur l'Univers; l'onde & les
• vents étoient parfaitement calmes , toute la Na-
* ture paroiffoit en filence: les animaux fatigués ;
১১ les habitans des mers & des lacs; les hôtes des
>> antres , des forêts ou des bergeries; les oiſeaux de
>> toute eſpèce oubhoient, dans un doux repos &
ود dans le filence d'une fecrette horreur , leurs tra-
» vaux , leurs peines , & calmoient leurs inquié
>> tudes..
>>Mais ni Godefroy ni lesChrétiens ne goûtent
>> le repos & ne ſe livrent au ſommeil.>>
Centauri inforibus ftabulant , Scyllaque biformes :
Etcentumgeminus Briareus , ac bellua lerna
Horrendumftridens , flammiſque armata Chimera :
Gorgones ,harpyïaque , &forma tricorporis umbre.
Quìmille immonde Arpie vedreſti, e mille
Centauri , e Sfingi , e pallide Gorgeni ,
Molte e molte latrar voraci Scille ,
E fiſchiar Idre , e fibilar Pitoni ,
DE FRANCE. 28
EvomitarChimere atre faville ,
E Polifemi orrendi , e Gerioni ,
E in nuovi moſtri , e non più inteſi o viſti,
Diverſi aſpetti in un confuſi , e miſti .
« Là , on voit des milliers de harpies immondes ,
>> des milliers de centaures , de ſphinx & de pâles
> gorgones ; nombre de ſcylles dévorantes qui
>> aboient , des hydres qui ſoufflent , & des pithons
• qui fifflent ; des chimères qui vomiſſent des tor-
>> rensd'une noire fumée ; des polyphemes effrayans ;
des gérions ; mille monſtres nouveaux , inconuus ,
ignorés , de formes différentes , mêlés & con-
>> fondus tous enſemble. »
ود
28
Dans cet exemple, le Taſſe a ſeulement chargé
le même tableau d'un plus grand nombre d'objets.
O quam te memorem , virgo ! namque haud tibi
vultus
Mortalis , nec voxhominemfonat. O Dea certè...
Sisfelix , noftrumque leves quacumque laborem.
Donna , ſe pur tal nome a te convienfi ;
Che' non ſomigli tu coſa terrena ......
Fà ch' io ſappia chi ſei ; fà ch' io non erri
Nell' onorarti , e s'è ragion , m'atterri .
•Madame, fi pourtant je dois vous appeler de
» ce nom ; car vous ne reffemblez en rien à ure
> mortelle....... Apprenez moi qui vous êtes ; faites
>> que je ne me trompe pas dans les hommages que
» je vous rends; permettez que je me profterne à
>> vos pieds. p
Sedmihi vel tellus optem priùs ima dehifcat ,
VelPateromnipotens adigatmefulmine adumbras,
Pallentes umbras erebi , noſtemque profundam
22 MERCURE
Ante pudor, quam te violo aut tua jura refolvo.
Oufancte pudor, &c.
Ahi , che fiamma dal cielo anzi in me ſcenda ,
Santa onestà ch' io le tue leggi offenda !
« O ſainte pudeur ! que la foudre m'écrâſe , plu-
>> tôt que jamais je viole tes loix !
Gratior& pulchro veniens in corpore virtus.
La ....... virtute .......
Che in fi bel corpo più cara venia.
" La valeur que rehauſſent les grâces de Renaud.
Forfan & hac olim meminiffe juvabit.....
Durate , & voſmet rebusfervatefecundis.
Toſto un di fia che rimembrar vi giove
Gli ſcorſi affanni , e ſciorre i voti a Dio .
Or durate magnanimi , e voi ſteſſi
Serbate , prego , ai proſperi ſucceſſi .
Un jour viendra que vous aimerez à vous rap-
» peler les dangers que vous aurez courus pour ac-
» quitter vos voeux. Maintenant ranimez tout votre
>> courage , & réſervez-vous , je vous conjure , pour
» des ſuccès heureux. »

Multa gemens.... quos amifit inultus amores.
Et tentatfefe atque irafci in cornua diſcit ,
Arboris obnixus trunco, ventoſque laceffit
Ictibus , & sparsâ adpugnam proludit arena.
Non altramente il tauro , ove l'irriti
Geloſo amor con ſtimoli pungenti
Orribilmente mugge , è co' muggiti
Gli ſpirti in ſe riſveglia , e l'ire ardenti ,
r
DE FRANCE.
25
Ciò diſſe appena , e immantinente il velo
Della nube , che ſteſa è lor d'intorno ,
Si fende , e purga nell' aperto cielo .
•A peine a-t-il parlé, ſoudain le nuage qui l'ea-
>> veloppe , ſe déchire &ſe diſſipe dans les airs.»
Nifus ait : Dii ne hunc ardorem mentibus addunt ,
Euryale ? an fua cuique Deus fit dira cupido ?
Aut pugnam , aut aliquid jam dudum invadere
magnum
Mens agitat mihi: nec placidâ contenta quiete eft.
Buona pezza è , ſignor , che in ſe raggira
Un non ſo chè d'inſolito e d'audace
La mia mente inquieta : o Dio l'inſpira ,
Ol'uom del ſuo voler ſuo Dio fi face.
» Il y a bien long-temps , Seigneur , que mon
>> eſprit inquiet roule un projet hardi , extraordi-
>> naire ; ou c'eſt un Dieu qui me l'inſpire , ou
>> l'homme ſe fait un Dieu de ſon defir, »
Le reſte de l'Épiſode de Niſus & d'Euryale a fourni
pluſieurs traits au Taſſe.
Mene igiturfociumfummis adjungere rebus ,
Nife,fugis ? Solum te in tanta pericula mittam ?
Tu là n'andrai , riſpoſe , e me negletto
Qui laſcierai tra la volgare gente !
« Tu iras-là , lui dit- il , & moi , tu me laiſſeras
» ici , mépriſé , confondudans la foule des guerriers
> vulgaires ! »
Eft hic , eft animus lucis contemptor , & iftum
Qui vitâ bene credat emi , quò tendis honorem.
Nº. 19 , 7 Mai 1/85 . B
26 MERCURE.
1
Ho core anch'io che morte ſprezza , e crede ,
Cheben fi cambi con l'onor la vita.
>> J'ai , comme toi , un coeur qui mépriſe la mort ;
» je crois , comine toi , qu'il eſt beau de changera
>>> vie contre l'honneur. »
Dii patrii , quorumfemperfub numine Troja eſt ,
Non tamen omninò teucros delere paratis ,
Cùm tales animosjuvenum , & tam certa tuliftis
Pectora.
Nè già ſi toſto caderà , ſe tali
Animi forti in ſua difeſa or fono.
>> Non , il ne tombera pas , puiſqu'il lui reſte pour
> appui des coeurs ſi inagnanimes. >>
Diſce , puer , virtutem ex me verumque laborem ,
Fortunam ex aliis .
Viva e fol d'oneftate a me ſomiga:
L'eſempio di fortuna altronde pigli.
A
Qu'elle vive , ma fille , qu'elle me reffemble
ſeulement par ſon honnêteté ! mais qu'elle ap-
> prenne d'un autre à être plus heureuſe. »
Te dulcis conjux , teſolo in littorefecum ,
Te veniente die , te decedente canebat......
Qualis populeâ marens Philomelafub umbrâ ,
Amiſſos queriturfatus, quos durus arator
Obfervans nido implumes detraxit ; at illa
Flet nočtem , ramoque ſedens miferabile carmen
Integrat , & mastis latè loca queſtibus implet,
Lei nel partir , lei nel tornar del ſole
Chiama con voce ſtanca , e prega , e plora :
DE
FRANCE.
27
Come uſignuol cui 'I villan duro invole
Dal nido i figli non pennuti ancora ;
Che in miferabil canto , afflitte e ſole
Piange le notti , e n'empie i boſchi e l'ora.
• D'une voir mourante , il appelle Clorinde
> quand le jour finit ; il l'appelle quand le jour
» commence , il l'invoque , il la pleure : ainſi un
>> roſſignol, à qui un barbare villageois a enlevé
>> ſes petits , fait entendre pendant les naits un chant
> triſte , ſolitaire & douloureux ; de ſes plaintes il
>>> remplit l'air & les bois. »
L'Épiſode de Polydore ſe retrouve auſſi dans le
treizième Livre de la Jérusalem Délivrée , & il eſt
très-bien placé parmi tous les prodiges de la forêt
enchantée. En cet endroit , Virgile eſt encore traduit
preſque littéralement. Dans pluſieurs autres il n'eſt
qu'imité , dans quelques-uns il eſt embelli ; il l'eſt .
par exemple , dans le paſſage ſuivant :
Labitur infelix ftudiorum atque immemorherba
Victor equus ; fontesque avertitur , & pede terram
Crebra ferit,demiſſa aures.....
Langue il corſier già ſi feroce , e l'erba
Che fù fuo caro cibo a ſchifo prende ;
Vacilla il piede infermo , e la ſuperba
Cervice dianzi, or giù dimeſſa pende.
« Le courſier , jadis ſi fier , languit auprès d'une
>> herbe aride & fans ſaveur: ſes pieds chancellent;
>> ſa tête, auparavant ſi ſuperbe,tombe négligem
و د
ment penchée. »
Juſques là, tout eſt à-peu-près égal entre le meèle
& l'imitateur , mais ce dernier ajoute au tableau
'autres traits qui l'embelliffent, & que nous ne raporterons
point
1
:
Bij
28 MERCURE
Ter conatus ibi collo dare brachia circum;
Terfruftrà comprensamanus effugit imago ,
Parlevibus ventis volucrique fimillimafomno.
Gli ſtendea poi con dolce amico affetto
Tre fiate le braccia al collo intorno :
Etre fiate in van cinta l'imago
Fuggia , qual leve ſogno od aer vago .
• Et auſſitôt , lui tendant les bras avec une douce
>> affection , trois fois il eſſaye de le ſerrer contre
>> ſon ſein; mais , tel qu'un ſonge ou une vapeur
>> légère , trois fois l'ombre échappe à ſes vains
>> embraſſemens. >>
Armide , au moment où Renaud la quitte , lui
tient le même diſcours que Didon à Énée; le Taſſe
ne fait que traduire en cet endroit ce mouvement
éloquent & paffionné :
Nec tibi diva parens , generis nec Dardanus
auctor , &c.
Les amours d'Antoine & de Cléopâtre , & la bas
taille d'Actium , ſont repréſentés dans le palais d'Armide
comme ſur le bouclier d'Énée ; ce qui donne
encore occafion au Taſſe de traduire Virgile ; mais
ce beau mouvement ſur la fuite d'Antoine , appar.
sient en propre auTaſſe.
E fugge Antonio ! e laſci or può la ſpeme
Dell' imperiodel mondo , ov'egli aſpira !
Non fugge nò , non teme il fier , non teme ;
Ma ſegue lei che fugge, e ſeco il tira.
La ceinture d'Armide eſt à peu-près celle de
Vénus dans Homère.
Le bouclier de Renaud eſt celui d'Achille & celui
d'Enée, mais bien plutôt le ſecond que le premier ,
DE FRANCE: 29
enquoi leTaſſe a montré ſon bon goût : en effet, les
objets gravés ſur le bouclier d'Achille , manquent de
convenance ; ils font tous étrangers & indifférens à
cehéros; Virgile a corrigé cette faute; tout intéreſfe
Énée dans les objets que repréſente ſon bouclier , ce
font tous les héros de ſa race , tous les faits de
'Histoire Romaine.
Illic res Italas Romanorumque triumphos.
Illic genus omne futura ...
Stirpis abAscanio pugnataque in ordine bella....
Attollens humero famamque &fata nepotum.
Il en eſt de même du bouclier de Renaud. Ce guerrier
eſt un des ancêtres du Duc de Ferrare , protecteur
du Taſſe; tous les ancêtres de Renaud , dont les exploits
ſont gravés ſur ſon bouclier , ſont les Auteurs
de la Maiſon d'Est.
Il y a beaucoup d'autres imitations de Virgile dans
le Poëme du Taſſe; nous n'avons prétendu montrer
que quelques- unes des principales ; comme nous les
avons accompagnées de la traduction , nos Lecteurs
ont pu ſe faire une idée de la fidélité à la fois élégante
& littérale de cette traduction . Pour achever
de montrer cette fidélité ſous toutes les formes ,
nous ajouterons ici divers morceaux; le premier eſt
celui qu'on cite toujours pour prouver que le Taſſe
ne le cède point aux anciens dans le talent de l'harmonie
pittoreſque & figurative ; il prouve encore ,
ainſi que le ſuivant & pluſieurs autres , ce qu'a dit
M. de Voltaire , ce que quand le ſujet demande de
l'élévation , on eſt étonné comnment la molleffe
>> de la langue Italienne prend un nouveau carac-
" tère ſous les mains du Taſſe , & ſe change en ma-
» jeſte & en force . »
לכ
Chiama gli abitator dell' ombre eterne
Il rauco ſuon della tartarea tromba : ..
Biij
30
MERCURE
(
Treman le ſpazioſe atre caverne ,
E l'aer cieco a quel romor rimbomba.
Nè sì ſtridendo mai dalle ſuperne
Regioni del cielo il folgor piomba ,
Nè sì ſcoſſa giammai trema la terra ,
Quando vapori in ſen gravida ſerra.
" D'un ſon rauque ,la tromperte du Tartare ap-
>> pelle les habitans des ombres éternelles . Les ca-
>> vernes noires & profondes de l'enfer en font
>> ébranlées ; l'air ténébreux , à ce bruit , retentit.
>> Jamais la foudre qui tombe des régions ſupé-
>> rieures du ciel , n'éclate avec tant de fracas , &
de moins terribles ſécouſſes ébranlent la terre ,
>> quand les vapeurs qu'elle renferme dans ſon ſein
» s'agitent & s'embraſent. >>
SC
Giacè l'alta Cartago : appena i ſegni
Dell'alte ſue ruine il lido ſerba.
Muojono le città , muojono i regni :
Copre i faſti e le pompe arena ad erba :
E l'uom d'eſſer mortal par che ſi sdegni ;
Onoftra mente cupida e ſuperba!
>> L'altière Carthage n'eſt plus : cette rive con-
>> ſerve à peine quelques ſignes de ſes débris. Les
villes périſſent , les Royaumes périſſent ; l'herbe
» & le ſable couvrent les monumens du faſte; &
>> l'homme ſemble s'indigner d'être mortel ! ô folie !
>> ô chimère de l'ambition & de l'avarice ! »
ود
Le P. Bouhours croit que cette belle idée de la
mort des Cités & des Empires , & la réflexion qui la
fuit , pourroient bien avoir été fournies au Tafie ,
par ce paſſage de la lettre de Sulpicius à Cicéron ,
ſur la mort de ſa fille : Hem nos homunculi indignamurfi
quis nostrum interiit , quorum vita brevior
DE FRANCE .
31
effe debet , cùm uno loco , tot oppidorum cadavera
projectajaceant.
LesChants premier , quatrième, ſeptième, ſeizième
&vingtième , font les plus remplis de ces grandes
beautés qui font le charme du Lecteur : c'eſt de ce
dernier qu'un homme d'eſprit & de goût a dit que
leTafſey avoit l'air d'un Dieu qui achève un monde.
Ne pouvant citer pluſieurs endroits , nous nous
bornerons à rapporter quelques Stances du ChantVII.
C'eſt la réponſe du Berger àHerminie , lorſqu'elle
-vient lui demander un aſyle.
:
IX.
O SIA grazia del Ciel che l'umiltade
D'innocente paſtor ſalvi , e ſublime ;
O che , ficcome il folgore non cade
In baflo pian ma ſulle eccelſe cime ;
Così il furor di peregrine ſpade
Sol de' gran Re le altere teſte opprime;
Nè gli avidi ſoldati a preda alletta
La noftra povertà vile e negletta.
« Soit grâce du Ciel , qui veille ſur l'humble in-
>> nocence des Bergers & les protège ; ſoit que ,
> ſemblable à la foudre qui frappe les cîmes les
>>> plus élevées & épargne les vallons , de même la
>> fureur de ces armes étrangères n'opprime que la
> têre alrière des plus grands Rois , notre pauvreté
>>> vile &dédaignée ne tente point d'avides foldats..
Χ.
ALTRUI vile e negletta , a me sì cara ,
Chè non bramo teſor nè regal verga ;
Nè cuťa o voglia ambizioſa o avara
Mai nel tranquillo del mio petto alberga.
Biv
32 MERCURE
Spengo la ſete mia nell' acqua chiara ,
Che non tem'io che di venen s' aſperga :
E queſta greggia e l' orticel diſpenſa
Cibi non compri alla mia parca menſa.
«Cette pauvreté ſi vile , fi dédaignée , eſt pour-
>> tant fi chère à mon coeur , que je ne ſouhaite ni
>> les ſceptres ni les tréſors: jamais aucun deſir in-
>> quiet d'ambition , jamais l'avarice n'ont pénétré
>> dans mon âme paiſible: je me déſaltère dans une
>> onde pure , ſans craindre qu'on y mêle des poi-
>> fons. Mon troupeau, mon petit jardin fournif-
>> fent , abondamment & fans frais , tout ce qui eſt
>> néceſſaire à ma table frugale.
つク
ככ
:
XI
יכ
CHÈ poco è il defiderio , e poco è il noſtro
Biſogno , onde la vita ſi conſervi .
Son figlj miei queſti ch'addito e moſtro
Cuftodi della mandra , e non ho ſervi.
Così men vivo in ſolitario chioftro ,
Saltar veggendo i capri ſnelli e i cervi ,
Ed i peſci guizzar di queſto fiume ,
E ſpiegar gli augelletti al ciel le piumc.
" Comme nos defirs font bornés , nos beſoins le
font aufli . Mes enfans , que vous voyez , font
>> les gardiens de mon troupeau; je n'ai point de
ferviteurs. Ainsi , dans cette retraite écartée , je
>> paffe mes jours , en voyant bondir les cerfs & les
>> jeunes chevreaux , les poiſſons ſe jouer dans les
>>>ondes , & les oiſeaux déployer leurs aîles dans
>> les airs .
Le Traducteur , contre l'uſage , dit beaucoup de
bien dans ſa Préface des Traductions qui ont pré--
cédé la fienne , nommément de celle de M. Mirabaud
, à laquelle il reproche ſeulement de n'être en
DEFRANCE.
33
quelques endroits qu'un abrégé du Taffe ; il loue
encore avec plus de plaifir & moins de restrictions
la Traduction de M. le Brun , dont il avoue qu'il a
fait le plus grand uſage; mais la tienne eſt juſqu'à
préſent la ſeule qu'on ait ofé faire paroître ſtance à
ſtance en préſence du texte , qu'elle repréſente fidelement.
« Madame de la Fayette , dit-il , comparoît un
>> Traducteur inexact à un laquais que ſa Malî--
» treſſe envoie faire un compliment. Plus le com-
>> pliment eſt délicat, plus on eſt sûr que le laquais
>> s'en tire mal. >>
Tery
Pour éviter cet inconvénient , le Traducteur doit
s'oublier entièrement pour n'être que l'Auteur qu'il
traduit; il doit en exprimer tous les traits , en ſuivre
-tous les mouvemens , rendre non-ſeulement les idées
principales, mais les idées acceſſoires , les mots , les
images , les figures , les comparaiſons , & autant
qu'il eſt poffible dans le même ordre que l'Auteur
original. Une Traduction eſt fidelle quand elle rend
toutes les idées ſans rien ajouter ni retrancher ; elle
eſt littérale quand elle eſt aſſervie & aux mots &
aux idées & à leur ordre , autant que le génie des
deux langues peut le permettre ; car il n'eſt jamais
-permis, dit le Traducteur , d'être barbare , plat ou
ridicule. Tel eſt le précis de ſa doctrine ſur l'art de
traduire ; mais les développemens mêmes de cette
doctrine méritent d'être mis ſous les yeux du Lecteur.
« Les ſentimens , dit le Traducteur , font en-
>> core partagés ſur les libertés qu'on peut prendre
>> en traduiſant; les uns exigent une fidélité ſcrupu-
>> leuſe... ; les autres veulent qu'on corrige l'origi-
ככ
ود
nal ſuivant le beſoin. Ils prétendent qu'un Traducteur
ne doit tendre qu'à la perfection de ſon
>> original ; & il y en a qui ont pouffé cette liberté
>> ſi loin , qu'ils ont abſolument revêtu leur Auteur
>> à la Françoife . Cependant je crois que tout Au-
Bv
34
MERCURE
teur original doit être facré pour un Traducteur ;
s'il mérite d'être traduit , il ne faut ni le corriger
> ni l'embellir; & de même que fur la ſcène on
>> s'attache à nous rendre avec vérité les coſtumes
des Peuples anciens dont on veut nous retracer
* une fidelle image , de même un Traducteur ne
doit chercher qu'à rendre ſon Auteur avec tous
ſes traits caractériſtiques ; ſon eſprit doit , pour
ainſi dire , s'identifier aveccelui de l'original ; il
doit.... rendre ſa phyſionomie , ſon ton , ſa ma-
>> nière , le caractère de ſes penſées , de ſon ſtyle;
>> il doit faire plier ſa langue au génie de la langue
» qu'il traduit , & non faire plier ſon Auteur au
génie de la langue adoptive. N'est - il pas ridicule
de faire parler un Grec , un Romain comme
ils ſe fuſſent exprimés s'ils euffent écrit de nos
jours ?Ce n'eſt pas Céſar dans Paris qu'on veut
>> connoître , c'eſt César au milieu de Rome & des
factions ......
>> Toute Traduction abrégée ne montre que
l'impuiſſance où l'on a été de la rendre fidelie,
>> Les Traductions libres ſervent la pareſſe en permettant
qu'on ſe mette au- deſſus de toutes les
difficultés ; elles ſont beaucoup plus faciles que
>> les Traductions littérales , car c'eſt preſque tou
> jours les endroits difficiles qu'on ne rend pas littéralement......
Dans le ſiècle dernier on avoit, ce
me ſemble, un ſyſteme de Traduction infini-
>> ment préférable. Les Traductions étoient beaucoup
plus fidelles , plus littérales..... Elles éroient
>>bien ſupérieures à ces Traductions libres qui ſe
reproduifent avec tant de facilité , & qui ſervent
moins à faire connoître l'original que l'eſprit du
Traducteur.
Le nouveau Traducteur de la Jérufalem Déls
vrée avoue cependant que les Traductions libres
Loivent plaire davantage à une première lecture , en
DE FRANCE.
35
:
quoi nous ne ſavons s'il n'accorde pas trop aux
Traductions libres ,& s'il ne fait pas un peu trop
les honneurs de la ſienne. Souvent, dans les momens
où une Traduction déplaît , on jette les yeux
ſur l'original par un mouvement naturel , & on
voit preſque toujours que c'eſt pour s'en être écarté
que le Traducteur a ceffé de plaire & d'intéreſſer :
on voit que le vrai remède aux défauts qui ſe font
ſentir dans la lecture de ſa Traduction, auroit été de
ſe rapprocher de l'original. Ceci nous fait naîtreune
idée générale ſur les Traductions , c'eft qu'elles
ſeroient dans la main d'un homme de goût un des
meilleurs moyens d'enrichir la langue traductrice
d'une multitude de mots & de tours étrangers qui ne
répugneroient point trop au génie de cette langue. Il
ſeroit plus permis d'ofer dans ce genre à un Traducteur
qu'à un Auteur original , parce que le premier
auroit un prétexte, diſons mieux, un motif,
auquel on déféreroit toujours beaucoup , celui de
s'approcher de l'original ; cet art demanderoit une
grande fineſſe de tact pour ſaiſir des affinités délicates
, & rejeter les rapports trop éloignés , trop
durs , trop tranchans; pour distinguer ce qui peut
être riſqué dans ce genre, & ce qui ne doit pas
même être tenté; pour uſer généreuſement des droits
d'un Traducteur, droits fondés ſur ſes devoirs & fes
obligations , & pour ne pas en abufer.
Quoi qu'il en ſoit, tenons-nous en à ce principe
duTraducteur , principe qui doit être regardé comme
fondamental en matière de Traduction : c'eſt de
refter toujours le plus près poſſible de l'original ,
c'eſt à-dire, auſſi près que le génie de la langue traductrice
peut le permettre; c'eſt cette fidélité littéralle
ſans barbarie , qui fait le principal mérite de cette
Traduction elle fait parfaitement connoître l'original,
elle en fait diſparoître les difficultés, elle difpenſe
de recourir à un Dictionnaire ; elle peut être
Bvj
36 MERCURE
utile & aux Italiens qui apprennent notre Langue ,
& aux François qui veulent apprendre la Langue
Italienne. Le ſtyle a de l'aiſance , de l'élégance & de
la grâce , malgré les entraves de la fidélité la plus
ſcrupuleufe.
VARIÉTÉS.
LETTRE de Mme la Princeſſe Czartorinska
à M. l'Abbé de Lille.
PARDONNEZ ARDONNEZ , Monfieur , fi j'interromps vos loifirs
; prenez-vous- en à votre réputation & à vos
Ouvrages , fi une Société entière s'adreſſe à vous
pour remplir ſon attente. Raſſemblés dans un petit
hameau , où nous faiſons notre principal ſéjour ,
l'amitié , l'inclination , le ſang & les convenances
nous lient ; tout ſe raſſemble pour nous faire eſpérer
que nous ne ferons jamais ſéparés.
Il eſt tout ſimple que nous defirions d'embellir
notre retraite; le Poëme des Jardins nous a éclairés
fur la manière ; la fenfibilité , les ſouvenirs & la
reconnoiffance nous guident , & tout le hameau ,
dans ce moment, y eft occupé à élever un morument
à tous les Auteurs qui ont ſi ſouvent rempli nos
jours d'inſtruction , d'attendriſſement & d'agrément ;
ils feront marqués felon leur rang , fur les quatre
faces d'une pyramide de marbre; d'un côté Pope ,
Milton , Young , Sterne , Shakespear , Racine &
Rouffeau ; de l'autre , Pétrarque , Anacréon , Méraftafe
, le Taffe & Lafontaine ; fur le troisième
Mme de Sévigné , Mme Riccoboni , Mme de la
Fayette , Mme Deshoulières & Sapho; fur le quatrieme
enfin , Virgile , Gefner & l'Abbé Delille.
Ces quatre faces feront accompagnées d'arbres ,
d'arbuttes & de fleurs .
,
DF FRANCE. 17
Les roſes , le jaſmin , le lilas , des paquets de
violettes & de penſées ſeront du côté des femmes ;
Pétrarque , Anacréon & Métaſtaſe auront le myrthe
;le laurier ſera pour le Taſſe ; le ſau'e pleurant ,
letriſte cyprès , les ifs accompagneront Shakespear ,
Young & Racine; pour le quatrième côté , le hameau
choiſira ce que les vergers , les bois , les prairies
peuvent offrir de plus agréable; & chaque habitant
plantera un arbre ou arbuſte , pour éternifer des Auteurs
qui leur ont donné le goût de la vie champêtre
, & par-là même contribué à leur bonheur.
Il ne leur manque qu'une Inſcription pour rendre
leur idée , & la faire paſſer à la poſtérité: elle ſera
gravée au pied du monument; & tout le hameau ,
d'un ſeul cri , a décidé que vous en ſoyiez l'Auteur.
Nous la demandons autant à votre coeur qu'à votre
eſprit. Cet hommage , ſimple & vrai , ſera bien
rendu par l'Auteur du Poëme des Jardins par le
Traducteur de Virgile , & fur- tout par un homme
fenfible.
د
Nous vous prions de croire aux ſentimens diftingués
avec leſquels nous ſommes , Monfieur ,
7
Les plus grands Admirateurs
de vos Ouvrages.
Réponſe de M. l'Abbé DE LILLE.
MADAME ,
La Lettre que vous n'avez fait l'honneur de
m'écrire , eſt venue me trouver à Conſtantinople ,
où j'ai accompagné M. le Comte de Choiſeul-
Gouffier , Ambaffadeur de France dans ces mêmes
lieux , qu'il a parcourus autrefois comme Voyageur,
Vous connoiffez le beau monument qu'il a élevé à
Ihonneur de la Grèce. Si les Arts, rappelés dansleur
première Patrie , en conſacrent un à ceux qui auront
38 MERCURE
préparé leur retour , won ami aura des droits à-ane
des premières places. Je prévois qu'il laiſſera dans
ce pays, un nom illuſtre dans plus d'un genre .
Pour moi , Madame , avide depuis long-temps de
connoître ce beau pays de la Grèce , j'y ai porté des
illufions trop tôt détruites ; j'ai cherché les Athéniens
dans Athènes ; je ne les y ai point trouvés , & j'ai
appris par votre leure, pleine d'eſprit & de grâces ,
qu'ils étoient réfugiés parmi les Sarmates . En la
liſant , je l'ai crue écrite par des particuliers aimables
& inſtruits , à qui un goût naturel & la médiocrité
de leur état rendoient agréable le ſéjour de
la campagne ; je l'ai trouvée ſignée par tout ce que
l'Europe a de plus diftingué par la naiſſance , la
valeur , l'eſprit & les grâces. J'en ai été plus flatté
que furpris. Votre nom & votre rang , Madame ,
vous condamnent à n'avoir point de goûts obſcurs.
Je connoiffois depuis long-temps le votre pour tout
ce qui eſt ſimple & beau . Ce Virgile , à qui vous
deſtinez dans votre hameau une place , qui ajoutera
encore à ſa gloire , ſemble avoir dit pour vous :
Les Dieux ont quelquefois habité les forêts.
Je ſuis bien loin de prétendre à la place que vous
voulez bien medonner près de lui dans le charmant
projet de votre Pyramide. C'eſt bien aſſez d'avoir
défiguré ſa Poéſie dans mes foibles traductions ,
fans gâter encore les honneurs que vous lui rendez.
Quelques perſonnes d'un rang diſtingué , qui veulent
bien aimer mes vers champêtres , ont fait p'anter dans
leur jardin un arbre qu'elles ont nommé de mon
nom. Ce monument eeſſtt llee ſeul qui convienne à la
modeſtie d'une Muſe des champs , elle fe rend juf
tice, quand elle a peur des marbres & des Pyramides
; ces honneurs ne ſont dûs qu'à ce même Virgile
, qui fut , en chantant les forêts, rendre les forêts
dignes des Confuls ; & i vous vous rappelez ,
DE FRANCE
39
:
Madame , que ces Confuls étoient à-la- fois degrands
Guerriers & de grands Hommes d'État, l'application
de ces vers d'un Poëte Latin ne vous ſera pas
difficile. Je travaille dans ce moment à un Poëme
fur l'Imagination ; j'ai tâché d'y peindre le pouvoir
qu'elle exerce ſur l'efprit par les monumens; le
vôtre , Madame , n'y ſera pas oublié. Pour prix de
îmes vers je ne demande à la Divinité que je chante
que de me tranſporter dans votre hameau , de m'affocier
à vos goûts & à vos entretiens. Si monnom
eſt quelquefois prononcé dans vos ſcènes champêtres;
fi mes vers , rappelés par les objets qu'ils dé
crivent , ſont quelquefois répétés dans vos bois , je
me croirai tropheureux.
Votre Société , unie par les liens du ſang , par
l'amour des Arts , ſur-tout par l'amitié, eft fa plus
aimable confédération qu'ait vu la Pologne. Cette
liberté que les Héros de votre patrie & de votre
Maiſon ont cherchée ſi courageuſement le ſabre à
la main, vous l'avez trouvée ſans frais & danger
dans la folitude & dans la paix des champs.
Vous me parlez , Madame , de vos ſouvenirs ;
d'autres , à votre place , ſe rappelleroient l'antiquité
d'une Noblefſe illuftre , & l'honneur d'appartenir au
fang des Rois. Vos ſouvenirs, au lieu d'être ceux
de la vanité, ſont ceux de l'amitié & de la reconnoiſſance
; celle que vous témoignez pour les Auteurs
fameux dont la lecture charme votre retraite ,
eſtbien juſte&bien digne de vous. Permettez- moi
feulement , Madame , quelques obſervations ſur la
* place que vous leur offrez. Ni Racine , ni Greffet ne
me paroiffent faits pour être placés à côté des
Poëtes champêtres. Racine mérite une place bien
ſupérieure. Greffet , qui a traduit les Éclogues de
Virgile, paroît n'en avoir pas rendu la belle fimpli
cité : il a peint avec fineſſe les ridicules de la Ville ,
mais il fentoit peu les charmes de la campagne.
40 MERCURE
Pour moi , Madame , ma place ne m'appartient
pas affez pour avoir le droit de la céder, ni pour
déſigner celui qui doit la remplacer. C'eſt à la
ſociété d'y nommer; mais , en vous rendant votre
bienfait , permettez que je conſerve ma reconnoiffance.
A l'égard de l'Inſcription que vous me faites
l'honneur de me demander , j'oſerai vous obſerver
encore qu'il feroit difficile , pour ne pas dire impofſible
, d'exprimer , auſſi brièvement que le genre
l'exige , le caractère d'un auſſi grand nombre d'Auteurs
, tous différens de langues , de nations & de
ſiècles: j'ai tâché de la faire ſimple , préciſe , dans le
ſtyle lapidaire & antique; & pour rendre dans le
moindre nombre de mots poſſible l'hommage que
des perſonnes illuftres offrent dans une retraite
champêtre aux grands Écrivains qui charment leurs
loiſirs , je crois qu'il ſuffira de graver fur la Pyramide
:
Les Dieux des Champs aux Dieux des Arts.
L'Inſcription , comme vous le voyez, eſt écrite
dans notre langue , ou plutôt dans la vôtre ; elle
vous appartient par les grâces que vous lui prétez ,
& j'oferai vous dire avec Voltaire : Elle est à toi ,
puiſque tu l'embellis . J'ai cru qu'une langue dans
-laquelle vous rendez tous les jours vos ſentimens &
vos idées, ne pourroit être indigne d'aucun monumentsje
ne l'ai trouvée inſuffiſante que pour exprimer
toute la vénération , la reconnoifiance & le refpect
avec lesquels j'ai l'honneur d'être , &c. Signé,
DELILLE.
DE FRANCE.
41
ANNONCES ET NOTICES.
د
DICTIONNAIRE des Jardiniers contenant les
meilleures Méthodes pour cultiver & améliorer les
Jardins potagers , à fruits , à fleurs , les pépinières ,
&c. , avec des moyens nouveaux de faire le vin & de
le conferver , & la manière d'employer toutes ſortes
de bois de charpente , traduit de l'Anglois de la huitième
Edition de Philippe Miller , augmenté de la
Deſcription d'un grand nombre de Plantes inconnues
à Miller , & des Notes relatives à la Phyſique
&à la Matière médicale , in-4 °. Propoſé par foufcription
. A Paris , chez Guillot , Libraire , rue S.
Jacques , vis - à- vis celle des Mathurins. Prix ,
12- liv. le Volume en feuilles. On paye en ſouſcrivant
12 livres , & autant en recevant chaque Volume.
Les deux premiers font en vente, les ſuivans
ſouspreffe.
Juſqu'à préſent la Nation Angloiſe peut ſe glorifier
d'avoir produit l'Ouvrage le plus précieux fur
la culture des Plantes indigènes & exotiques. La
pratique du célèbre Miller , Cultivateur Philoſophe ,
étoit appuyée ſur quarante ans d'expérience & de
réflexions; auſſi ſes compatriotes s'empreffent-ils
de profiter des connoiſſances utiles renfermées dans
le Dictionnaire des Jardiniers. Huit Éditions confécutives
de cet Ouvrage furent enlevées avec la
même rapidité.
La Traduction qu'on offre au Public mérite
d'être accueillie par les ſoins qu'on a pris de rendre
l'Auteur avec exactitude , & de l'enrichir des découvertes
qui ont été faites depuis Miller. Nous avons
beaucoup d'Ouvrages de Botanique, peu fur l'édu
MERCURE
42.
cation des Plantes , mais pas un que nous puiſſions
comparer à ce Dictionnaire.
MÉTHODE de traiter les morſures des animaux
enragés & de la vipère , ſuivie d'un Précis fur la
Putride maligne , par M. Eflaux , Profeſſeur du
Cours d'Accouchement des États de Bourgogne , &c .
& par M. Chauſſier , Profeſſeur d'Anatomie des
Etats de Bourgogne , &c. Volume in- 12. A Dijon ,
chez A. M. Defay , Imprimeur.
CetOuvrage vraiment utile, a été rédigé par ordne
deMM. les Elus Généraux des Etats de Bourgogne ,
&deftiné particulièrement à être diftribué dans les
-campagnes. Ce n'eſt pas là le ſeul objet d'éloges dûs
àMM. les Elus Généraux de cette Province ; différens
Cours qu'ils ont établis , célèbrent affez leurs
vûes de patrio iſme & de bienfaiſance .
On a imprimé ſéparément chacun des Traités
qui compoſent ce Recueil , & on en trouvera
inceſſamment des Exemplaires à Paris , chez Didot
le jeune & Barrois , Libraires, quai des Auguftins.
١٠
APPELLES & Campafpe , ou le Triomphe
d'Alexandre , Comédie Héroïque en un Acte. Prix ,
18 fols. A Orléans , chez Letourmi , Libraire , Place
du Martoy ; & à Paris, chez Royer, quai des Auguſtins
, & chez les Marchands de Nouveautés.
Une charmante Pièce de Poésie de M. de Saint-
Lambert a fourni le ſujet de cette petite Pièce, écrite
&imprimée ſans prétention.
OPUSCULES Lyriques, par le même Auteur
(M. Lablée) , & chez les mêmes Libraires. Prix ,
1 liv.
Cepetit Recueil annonce du talent dans le genre
de la Chanſon. Il y a quelques morceaux que l'Auteur
auroitdû exclure , tels que la Chanſon intitulée
DEFRANCE. 43
Dorlis & Dircé; mais il y en a d'autres , tels que les
Impromptus & la Séduction inévitable , qui juftifient
notre éloge , & qu'on verra avec plaiſir.
PRECIS des Histoires d'Alexandre- le-Grand
de Jules-César , & de leurs Faits Mi itaires , foit
comparés,foit opposés entre-eux , fuivi de plufieurs
points de comparaiſon ou d'oppofition entre ces deux
Guerriers ; par M. Deſclaiſons , Brigadier d'Infanterie
, &Chefde Brigade au Corps Royal du Génie ,
2Vol. in- 12 . A Paris , chez Méquignon le jeune ,
Libraire , au Palais.
L'Auteur de cet Ouvrage a voulu meture entre les
mains de tout le monde & préſenter ſous un même
point de vue les Commentaires de César & Quinte-
Curce; en conféquence il a rapproché tous les morceaux
de ces deux Ouvrages qui ont pu lui fournir
quelque ſujet d'oppofition ou de comparaiſon ; &
pour ne point ſe livrer aux foins & aux dangers
de traduire les deux Auteurs Latins , il a employé ,
ainſi qu'il le dit lui-même, la Traduction la plus
récente des Commentaires & le ſens de celle de
Quinte- Curce par Vaugelas. L'Auteur a fupprimé
les Harangues , les Digreffions , les Difcours de
longue haleine. Il s'eſt appliqué à rapprocher les
faits ,&il faut convenir qu'après avoir lu cet Ouvrage
on eſt très en état de juger les deux Héros ,
&l'on s'en est formé une idée très juſte & trèsclaire.
Nous finirons cet article par ces mots du
Cenſeur , qui nous ont paru rendre juſtice à l'Ouvrage
& à l'Auteur. « Il falloit un Homme de
l'Art pour nous donner un parallèle anſſi com-
>> plet & auli judicieux de ces deux Conquérans ,
dont l'un étoit le favori , & l'autre le maître de
la Victoire. »
ود
MÉMOIRES lus dans la Séancepublique du Bu-
:
44
MERCURE
reau Académique d'Écriture , en préſence desPréſidens
du Bureau , le 18 Novembre 1784. A Paris ,
chez d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr. le Duc
d'Orléans , rue Hautefeuille.
Ces Mémoires ſont au nombre de trois. Le premier
, ſur la Vérification des Écritures , eſt de M.
Harger , Secrétaire du Bureau ; le deuxième , par M.
Dautrepe, roule ſur l'utilité de l'inſtruction publique.
On trouve dans l'un & dans l'autre d'excellentes
vûes, rédigées avec préciſion & écrites avec
clarté. Le troiſième Mémoire , lu par M. Hany ,
préſente un objet bien intéreſſant ; il traite de
l'Éducation des Aveugles. Nous n'avons pas beſoin
de louer un projet auſſi cher à l'humanité ; tout ce
qui tend fur-tout à adoucir le ſort de cette partie
des hommes à qui la Nature a refuſé , ou à qui des
accidens malheureux ont enlevé l'uſage de leurs
fens , eſt dans tous les temps & dans tous les lieux
en poffeffion du fuffrage du Public. Les ſuccès qui
ont ſuivi les premiers Eſſais de M. Hauy, doivent
lui faire eſpérer d'être un jour aſſocié àlagloirede
M. l'Abbé de l'Epée ; la manière dont M. Hauy
en parle dans ſon Mémoire, doit lui aſſurer l'eſtime
publique, en prouvant qu'il réunit une modeſtie intéreſſante
au zèle le plus actif& le plus déſintéreſſé.
CORRESPONDANCE du Lord Germain avec les
Généraux Clinton , Cornwallis & les Amiraux dans
laſtation de l'Amérique , avec plusieurs Lettres interceptées
du Général Washington , du Marquis de
la Fayette & de M. de Barras , Chef d'Escadre ,
traduit de l'Anglois. A Londres ; & ſe trouve à
Verſailles , chez Poinçot , Libraire ; & à Paris , chez
Piſſot , Libraire , quai des Auguſtins , & Nyon
jeune , Libraire , quai des Quatre Nations.
Ces Lettres ſeroient peut-être de quelque utilité à
celui qui voudroit écrire l'Hiſtoire de la Révolution
DE FRANCE
45
d'Amérique , & joindre à cette Hiſtoire toutes les
Pièces propres à faire connoître les Perſonnages
qui y ont joué un rôle. Pour le plus grand nombre
des Lecteurs , les Lettres offrent peu de choſe à la
curiofité & à l'inſtruction publique,
Cours de Pathologie & de Thérapeutique Chirur.
gicales , nouvelle Edition , augmentée de Remarques
&Observations importantes , par M. Hévin , Profefſeur
Royal de Chirurgie , Conſeiller , premier
Chirurgien de feu M. le Dauphin &de Mesdames
les Dauphines , premier Chirurgien de Madame ,
Soeur du Roi , ancien Inſpecteur des Hôpitaux Militaires
& des Colonies , des Académies Royales des
Sciences de Lyon & de Suède , &c. Première Partie,
Prix , 7 liv. to fols relié en un Volume , & & liv.
10 ſols relié en deux Volumes. A Paris , chez Mé
quignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers , près
des Ecoles de Chirurgie.
Les changemens que l'Auteur a faits à cet important
Ouvrage en augmentent l'intérêt & l'utilité.
On trouve chez le même Libraire : Nouvelles
Instructives , Bibliographiques , Historiques & Critiques
de Médecine & de Chirurgie , ou Recueil rai-
Sonnéde tout ce qu'il importe d'apprendre chaque annéepour
être au courant des connoiſſances relatives à
l'Art de guérir. Année 1785.
PORTRAIT de Louis XVI , Roi de France&
deNavarre , deſſiné par L. S. Boizot, Sculpteur du
Roi , gravé par N. Y. Voyer. Prix , 1 liv. 4 ſols.
A Paris , chez l'Auteur , rue Zacharie , près
celle de Saint Severin.
Ce Portrait eſt fort reſſemblant,
1
VUE Perspective du nouveau Palais Royal, inventé
& conduit par Louis , Architecte, deſfiné &
46 MERCURE
gravé par N. Raſonnette. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Perdue , nº. 6 , Place Maubert.
Cetre Vue eſt deſtinée à ſervir de pendant à
l'Arrivée du Roi à ſon Palais de Jaſtice , par le même
Graveur.
L'ABSENCE , Romance nouvelle , avec Accompagnement
de Guittare; paroles & muſique de M.
de Morlanne l'aîné. Prix , 4 fols. A Paris , chez
l'Auteur , Porte Saint Honoré , maiſon de Mile de la
Locherie.
NUMÉRO IS de la cinquième année du Journal
deHarpe, par les meilleurs Maîtres. Abonnement
15 liv. port franc par la poſte peur cinquante-deux
Livraiſons qui paroiſſent tous les Dimanches. Prix ,
ſéparément 12 (ols.-Numéro 12 du Journal d'Orgue
à l'usage des Paroiſſes & Communautés Religieuses,
par M. Charpentier , Organiſte de l'égliſe .
de Paris , &c. , contenant trois Hymnes avec quatre
grands Choeurs que l'on peut employer aux rentrées
de Proceffions pour les jours de grande Fête. Prix ,
6 liv. port franc , abonnement 24 liv. de même
port franc. A Paris , chez Leduc , ſucceſſeur de M.
de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix d'or ,
д°. 6.
Six Duos pour deux Violons séparés , parM.
Prot, Muſicien de la Comédie Françoiſe , Envre VI.
Prix, 4 liv. 16 ſols. A Paris , chez l'Auteur , ruc
Saint Honoré , maiſon de M. Roblâtre , Marchand
Épicier , près la rue Saint Nicaiſe , & à la Comédie
Françoiſe pendant le Spectacle.
AIR de l'Epreuve Villageoise arrangé pour le
Clavecin , Violon obligé , par M. Pouteau , Organiſte
& Maître de Clavecin . A Paris , chez M. Bouin ,
DE FRANCE.
47
Marchand de Muſique , rue Saint Honoré , près
Saint Roch , au Gagne petit; Mlle Castagnery , rue
des Prouvaires ; & à Versailles , chez Blaizot , rue
Satory.
LE Sicur Porée , Marchand de Cheveur, Cour
du Manège , Porte des Tuileries , tient du ſieur
Chaumont, Maître Perruquier , rue des Poulies , à
Paris, un Dépôt d'une nouvelle Pommade attractive
qui ne fond point.
Cette Pommade ſert à fixer ſolidement les toupets
poſtiches ſur la tête pendant plus d'un mois ſans
aucun inconvénient , & en produitant l'illufion de la
chevelure la mieux plantée. Elle ſe vend 3 liv. le
bâton de deux onces.
Le fieur Dubots , Sergent en Charge des Gardes
de l'Hôtel de Ville de Paris, demeurant préſentement
dans l'Abbaye S. Germain-des-Prés , Cour des Princes,
chez le Sr Barbrau, Md. Mercier, continue ledébit de
ſanouvellePommade de Ninon, pour ôter les tachesde
rouffeur, qui blanchit & nourrit la peau , efface les rides,
ainſi quedecelle du foir , pour êter le rouge & rafraîchir
la peau , & d'une nouvelle Effence deBeauté
pour le teint des Dames & la barbe. Le prix de ces
trois objets font , la Pommade de Ninon , 6 liv. le
pot, & celle du ſoir, 3 liv. le pot; l'Effence de
Beauté , depuis 3 liv. la bouteille juſqu'à 12 livres.
On trouve également ces trois articles, à Verſailles ,
au bas de l'Escalier des Princes ; à Rouen, chez
Gaillier, Mercier, rue Saint-Lo ; à Saintes en Saintonge,
chez Gaillard, Bijoutier , & à Grenoble , chez Mme
Durand & Dury , Négocians, Il continue toujours de
vendre la Pommade Séphonique , pour faire croître
& épaiffir les cheveux , à 6 liv. le pot ; l'Écorce
d'orme piramydal , à 3 liv. la livre; le Rouge de
Paris, tiré du règne végétal, ſuperfin, à 6 liv. le
48 MERCURE
pot , & l'inférieur , à 3 liv. ; l'Eau de Cologne ſupérieure,
à 36 ſols la bouteille , & la Limonade sèche ,
rafraîchiſſante & diurétique , à 6 liv, la livre ; l'Eau
Georgienne , qui efface les taches de rouffeur , blanchit
le teint , détruit les rides ; ( elle eſt tirée des ſucs
des végétaux, ) à 6 liv. la bouteille. Le ſieur Dubots
s'eſt appliqué , dès ſa tendre jeuneſſe , à la connoifſancedes
trois Règnes de la Nature. L'on trouve auffi
chez lui toutes les Plantes Médicinales , tant exotiques
qu'indigènes , & fleurs de toutes eſpèces , ſans
crainte d'avoir l'une pour l'autre , ce qui arrive ſouvent.
Il prie ceux qui lui écriront d'affranchir leurs
lettres.
Le ſieur Dubots débite auſſi un nouveau Cuir à
Rafoir, fait ſuivant une nouvelle méthode , qui
exempte de ſe ſervir de la pierre; prix 3 liv. & 6 liv . ,
ainſi quede très-bons Raſoirs , à4 liv.& 6liv. la pièce.
VERS
TABLE
ERS fur la Naiſſancede Charade, Enigme& Logogry-
Mgr. le Duc de Norman- phe ,
die,
-A M. Pujos ,
LeBonheur, Stances ,
6
3 Jérusalem Délivrée , II
4Variétés, 36
ib. Annonces&Notices, 41
APPROΒΑΤΙΟΝ:
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde desSceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 7 Mai. Je n'y ai
rien trouvéqui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le6Mai 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Mars.
ES lettres du Caire contiennent la nou-
Livelle d'une nouvelle tragédie dans cette
capitale de l'Egypte. Le 3 Février, jour de
la fête du Pacha , tous les Beys & autres
grands Officiers ſe rendirent au château pour
y complimenter le Gouverneur. Environ 60
Conjurés , attachés à des Grands exilés dans
les derniers troubles , choiſirent ce moment
pour le venger de pluſieurs Beys : ils s'introduifirent
armés & traveſtis dans la ſalle
d'audience ; mais faute de concert , l'exécution
de ce complot ne réuffit pas. Quelques
mouvemens ſuſpects parmi les conjurés
furent obſervés par l'Emir Hatch , qui fit
un figne à Huſſan Bey. Ce dernier s'étant
levé , on lui tira un coup de piſtolet , dont
il eut la mâchoire emportée ; tout fanglant
il mit le ſabre à la main, ainſi que d'autres
Nº. 19 , 7 Mai 1785. 2
( 2 )
1
Beys , & perça au travers des conjurés. L'un
des Beys a été tué , & le Chiaoux Kiayfli
dangereuſement bleſſé. Après cet événement
, le gouvernement , ou plutôt l'anarchie
dépoſa le Pacha le même jour , & plufieurs
de ſes Officiers furent exilés. On fait
des recherches vives fur cette conſpiration ,
pluſieurs Grands du Caire ont déja été traînés
au fupplice.
Il eſt aſſez plaiſant que nous ayons adepré
ici les expériences aëroſtatiques ; apparemment
ſous la conduite de quelques étrangers.
Cette nouveauté nous a même ſingulierement
exaltés , ainſi qu'on en jugera par
le récit fuivant :
Deux Boſtangis du ſérail , ſecondés par uns
Perſan phyficien, ont conſtruit un Ballonafiez vo
lumineux pour enlever trois perſonnes. Après ,
avoir tout difpoſé pour que leur entrepriſe eût un
plein ſuccès , ils demanderent auGrand-Seigneur
La permiffion de monter rous les trois dans le Ballon
, & de faire un voyage aérien. Sa Hauteſſe la
leur accorda avec boné , & voulut même que
cette expérience ſe fit avec la plus grande folemnité.
Le jour fixé étant arrivé , toutes les fulsanes
ſuperbement habillées ſe rendirent ſur la
terraſſe du ſérail . Un nombre infini de Muſulmans
&d'Européens entourerent l'amphithéâtre . Les
trois intrépides aéronautes s'étant préſentés de
vant le Grand Seigneur pour recevoir l'ordre du
départ , Sa Hauteſſe les accueiliit avec bonté , &
remit lui-même à chacun d'eux une ſuperbe peliffe
. Auſſi-tôt après ils entrerent dans laGondole,&
on coupa les cordes qui retenoient le Ballon
. L'Aéroſtat s'éleva majestueuſement au mi(
3 )
lieu des cris d'applauditement de tous les ſpectateurs
; après être parvenu à une très-grande
hauteur, le vent ſoufflant du Nord-Ouest, il prit
ſa direction vers la Calcédoine : fa marche fut fi
rapide que dans quatre heures &demie il fit tren..
te lieues , & alla tomber au milieu du château de
Buria. Les habitans épouvantés crurent d'abord
que c'étoit leur prophete , qui indigné de leurs
crimes , venoit pour les châtier. Les voyageurs
étant deſcendus ,allerent ſaluer le Pacha ; ils ſe
rendirent enſuite avec leur Ballon à bord d'un bâtiment,
qui les tranſporia à Conſtantinople , où
ils entrerent en triomphe au milieu des acclamations
de tout le peuple. Ils eurent auſſitôt après,
leur arrivée , audience du Grand- Seigneur , qui
leur témoigna ſa ſatisfaction , & les combla d'éloges&
de préſens. Sa Hauteſſe ordonna que le
Globe aéroſtatique ſeroit ſuſpendu au milieu de
la moſquée de Ste Sophie , pour perpétuer l'époque
de cette glorieuſe entrepriſe ; que les deux
Boſtangis auroient les deux premiers poſtes vacans
de Baſſa à deux queues , & que le Perſanſeroit
nommé premier phyſiciende la Porte avec
24 bourſes d'appointemens annuels.
On nous permettra de ſoupçonner que ce
détail , raconté très - ſérieuſement , n'eſt
qu'une paſquinade. Le ballon ſuſpendu dans
la Moſquée de ſainte Sophie paſſe même la
raillerie. Quant aux voyageurs elévés au
grade de Bacha à deux queues , on doit les
féliciter d'avoir fi heureuſement trouvé ce
nouveau moyen de parvenir.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 21 Avril.
En expoſant les rapports des Feuilles pu-
:
22
( 4 )
bliques ſur la conſpiration réelle ou ſuppoſée
contre le Prince Adam Czartoriski ,
nous avons conſtamment témoigné notre
défiance des conjectures & des abſurdes afſertions
, par leſquelles on expliquoit cette
affaire mystérieuſe. Il nous a toujours paru
inſenſé d'imaginer , que par ſpéculation ,
une femme s'exposât à une procédure criminelle
, par des impoſtures qui devoient
foulever contr'elle des accuſés puiſſans. Le
Comte Stanislas Potocki vient de confirmer
nos doutes dans une lettre qu'il s'eſt cru
obligé d'adreſſer à l'un des gazetiers qui
donnoit le plus de cours à ces rapports.
Voici de quelle maniere le Comte s'explique
à ce ſujet :
En parcourant vos Feuilles , dès la premiere ,
qui annonce la trame contre le Prince Czartozyski
, juſqu'au nº. XVIII. , il ma été facile de
me convaincre , que votre correſpondant de Varſovie
ſuitaſſez exactement la marche progreſſive
de la calomnie. Si le Public eſt le Juge des Juges,
il ne l'eſt qu'en dernier appel : il ne fauroit décider
en premiere inſtance. Lorſque le Tribunal
duGrand-Maréchal aura prononcé ſur l'accufation
, lePublic prononcera a ſon tour ſur le décret
&ſur l'accuſateur , s'il exiſte. Aujourd'hui il y a
une accuſation ſans accuſateur. Si le Prince Czartoriski
a abandonné ſa plainte , c'eſt que tous ſes
rémoins ont été exclus . Toute la queſtion ſe réduit
donc maintenant à ſavoir , ſi les témoins peuvent
être légalement rejettés dans un crime ſecret,&
fi la trame contre le Prince Czartoriski
mérite cette dénomination.
Ji eſt inutile d'entrer dans le détail des fauſſes
1
( 5 )
imputationsde votre correſpondant , quant à l'af
faire même. Voici le ſimple expoſé du fait , qui
les détruit toutes. Le Prince Czartoriski fait citer
le ſieur Ryx , Valet- de-Chambre du Roi , comme
ayant attenté à ſa vie : il produit trois témoins
oculaires . Le ſieur Ryx recrimine contre les témoins
: on les implique dans le Procès ; on les éloigne
du témoignage , & le Prince Czartoricki ſe
voitpar là force d'abandonner ſa plainte .
Votre correſpondant n'ignore pas , fans doute ,
que la fuppreffion des preuves doit être toujours
regardée comme lapreuve la plus forte : il cherche
donc d'avance à noircir le caractere des témoins
, pour diminuer dans le public l'impreſſion
de leur exclufion .
La femme d'Ougroumoff a été citée commetémoin
, parce que ſa confrontation avec les deux
autres est néceſſaire. Si ſon témoignage ne mé
rite pas une croyance aveugle , il exige un exainen
attentif. San excluſion eſt oifeuſe, par-là
même que fon admiffion ne peut être nuiſible.
D'ailleurs tout le mal , qu'en dit votre correſpondant
, prouve qu'on ne s'adreſſe jamais pour un
crime à d'honnêtes gens , mais qu'en le dévoilant
les plus malhonnêteseffacent par-là leur conduite
paffée.
Le Négociant Taylor , ſecond témoin cité&
exclus , que votre correſpondant vous a peint
comme un des aides de la dénonciatrice , vient
dedonner une preuve de ſon innocence &de ſon
honnêteté , qui laiſſe peu à dire pour ſa juſtification.
Ayant appris que le ibunal avoit refuſé
d'admettre ſon témoignage , fi lui a demandé avec
inſtance de ſe rendre prifonnier. Je me fais un
piaiſir& un devoir de vous envoyer copie de cette
demande: ſa publicité ne peut être qu'avantageuſe;
c'eſt ungrand exemple à citer.
23
( 6 )
on
Le troiſieme témoin cité & exclus , c'eſt moi ,
je me trouve impliqué dans la récromation : je la
ſupporte , je la confondrai. En attendant il m'eſt
impoflible de ne pas être ſenſible à la qual fication
d'Aide de la dénonciatrice, que votre correſpondant
femble me donner d'avance. Mon nom , à la vérité
, n'eſt pas prononcé ; mais il eſt indiqué ,
•de laiſſe à deviner , c'eſt ce qui m'oblige à parler.
Je ſens , que la naiſſance , la fortune , les
rangs ne ſont dûs qu'au haſard. Pour déterminer
la qualité d'un témoin , il faut la réputation & l'eftime
générale. L'éloge public , dont le Roi a bien
voulu m'honorer à la derniere Diète , les témoignages
flatteurs des Etats aſſemblés ; leurs fuffrages
pour le choix du Conſeil de Sa Majefté ;
tous ces traits ſeroient des titres pour moi , fi
l'homme de bien ,réduit au rang d'accuſé , avoit
beſoin de deſcendre dans des détails humilians de
juſtification ; mais mon exclufion ne porte que fur
ma prétendue patenté.

L'Impératrice de Ruffie a nommé pour
fon Envoyé à Munich le ComteRomanzow ,
troiſieme fils du Feldt-Maréchal de ce nom ,
& on attend à Petersbourg le Comte de
Schall , député par l'Electeur Palatin avec le
même caractere.
« Les Académies de Peinture , de Sculpture &
d'Architecture établies à Pétersbourg par foue
l'Impératrice Elifabeth , viennent de recevoir
un nouvel accroiſſement , & d'être miſes ſur un
pied fixe par l'Impératrice régnante , qui leur
aaſſigné des fonds conſidérables , pour encousager
les talens de leurs Eleves & ſe les attacher
davantage. Dans la vue de pouſſer & de perfectionner
les importantes découvertes déjà faites
par les Navigateurs de cet Empire , S. M. a auffi
( 7 )
ordonné l'exécution d'une entrepriſe dont le fuccès
ne peut qu'intéreſſer tous ceux qui aiment
1's progrès des ſciences , ſur tout ceux des connoiſſances
géographiques & de l'Hiſtoire naturelle.
C'eſt le Lieutenant - Colonel Bleumer
qu'Elle en a chargé. Accompagné de quelques
perſonnes verſées dans la Géographie , il débouchera
de la riviere d'Anadir , & fera une excurfion
vers les parages où quelques Navigateurs
Marchands , en doublant le Cap de Tichuktſchi
à 74 degrés de latitude , & deſcendant vers le
Midi par le détroit qui ſépare la Sibérie de l'Amérique
, ont découvert des Iſles habitées au
64º degré de latitude. Le pays leur a paru ſi
avantageux , qu'ils y ont établi avec les habitans
un commerce de pelleteries , dont nous avons ici
pluſieurs échantillons : ils ont fait fur tout un
préſent à l'Impératrice de quelques peaux de
renards noirs , des plus belles qu'on ait encore
vues. L'on penſe que quelques-unes de ces Iſles,
qu'ils ont nommées Aleyat , tiennent au Continent
de l'Amérique. L'entrepôt de ce nouveau
commerce eſt à l'Iſle de Behring » .
Le même météorologiſte & Profeſſeur
Luders de Glucksbourg , qui annonça la
prolongation d'un hiver rude juſqu'au commencement
d'Avril , vient de prédire le
regne des vents de Nord & de NordEft ,
pendant tout le Printemps. Juſqu'ici cette
prédiction n'eſt malheureuſement que trop
fondée ; mais il faut eſpérer que le Phyſicien
n'aura pas rencontré juſte juſqu'au bout.
I
L'Elbe eſt actuellement débarraſſée deglaces
,&ouverte à la navigation.
a 4
( 8 )
Il partira d'ici cette année 24 bâtimens
pour faire la pêche de la baleine.
Le nombre de bâtimens baleiniers , que
la ville d'Altona équippe eſt de 4 , & celui
de Glukſtadt, de 7.
Les , tes bâtimens que l'on avoit vu
dans les glaces près de Hornbech , ont été
chaſſés dans le Cattegat par un vent de S. O.
Les 6 & 7 , le vent érant au Nord , il eſt
arrivé 11 bâtimens à la rade de ce port.
DE VIENNE , le 23 Avril.
Il n'eſt queſtion que de la paix avec la
Hollande & de préparatifs militaires. Chacun
explique comme il peut cette contradiction
: en attendant qu'elle ſe leve , il y
a toujours d'affez grands mouvemens autour
& au milieu de nous. Le corps franc
de Brentano , qui a paſſé ici doit s'arrêter
entre Lintz & Polten , pour y attendre des
ordres ultérieurs , en vertu deſquels il continuera
fa route vers les Pays -Bas, ou paſſera le
Danube à Krems pour ſe rendre enBohême .
Ce corps a été très admiré ici : la vigueur,
la contenance & la diſcipline de cette trour
pe ont frappé les ſpectateurs : nonobſtant
cettediſcipline , quelques ſoldats , en paſſant
devant des boutiques de boulangers , ont
enfilé à leurs longs couteaux à la Turque les
petits pains étalés en vente : ils ont cru que
cette expoſition étoit une galanterie qu'on
leur avoit préparée , & ils l'ont miſe à profit
pour paroître reconnoiſſans.
( و )
Parmi les douze vieillards auxquels l'Empereur
lava les pieds , ſelon l'uſage , le jour
du Vendredi ſaint , il s'en trouva un qui
portoit une bourſe à cheveux. Le Monarque
l'ayant remarqué , demanda à un des prélats
qui l'aſſiſtoient , s'il avoit jamais oui dire
que parmi les Apôtres , il y en eût un qui
portât une bourſe à cheveux.
On a ordonné au Gouverneur de Tranſylvanie
de déſarmer tous les payfans , qui
reſtent ſans défenſe contre les loups , contre
leurs oppreſſeurs& contre les brigands dont
la province eſt infeſtée.
L'Empereur a nommé le général de Clairfait
vice Commandant deVienne , & Brigadier
des régimens dans la Baſſe Autriche.
DE FRANCFORT , le 26 Avrtl.
Le 6 de ce mois , M. de Mollendorf ,
Gouverneur de Berlin , reçut ordre de ſe
rendre ſur le champ à Potsdam aupres de
S. M. Le même ordre fut intimé au Général
de lengeſeldt , ainſi qu'à M. de Werder ,
Miniſtre d'Etat. Cette conférence a fait naître
beaucoup d'inductions trop chimériques
pour être rapportées. :
Le jugement des 150 Valaques empriſonnés
n'a pas été fort rigoureux : aucun
d'eux n'a été puni de mort. Ils ont été ſeulement
condamnés à une priſon plus ou
moins longue , ou à une flagellation plus
ou moins grande , chacun d'une maniere
as
( 10 )
proportionnelle à ſon délit. Le calme eſt
parfaitement rétabli dans la Transylvanie ,
& on s'occupe à réparer & à augmenter les
fortifications des principales villes de cette
province , telles que Hermanſtat, Foarach
&Mediach.
:
On vient d'établir en Hongrie de nouvelles
écoles , dans leſquelles on apprendra
aux enfans la langue allemande dans toute
fa pureté. Les enfans de toute religion y
feront admis.
Des Negocians qui reçoivent de tems en tems
des lettres de la Macédoine , diſent que les Tures y
font de grands préparatifs contre les Monténégrins,
qui ne veulent pas ſe ſoumettre à la Porte , & qui
ontdéja taillé en pieces pluſieurs corps de troupes
Ottomanes. LesGrecs prétendent que c'eſt contre
cux que lesTurcs ſe diſpoſent à agir. Près Shabaz
en Bofnie , l' Aga a fait arrêter & mettre enpriſon
quelques familles dont les chefs avoient quitté le
pays : ils ontfait dire à l'Aga , que s'il ne rendoit
pas laliberté aux leurs , ils viendroient mettre le
feu à ſon château. L'Aga n'ayant tenu aucun
compte de leur menace , ils l'ont effectuée pendant
la nuit , & l'ont emisené lui-même dans
leurs forêts, où ils l'auront probablement maſſacré.
Le 18 , à deux heures de la nuit , le feu
s'eſt manifeſté dans la ſalle de ſpectacle de
cette ville ; heureuſement les ſecours ont
éré adminiſtrés avec tant d'adreſſe & de célérité
, qu'on a ſauvé l'édifice , à la réſerve
de deux chambres très-endommagées.
La Direction de la Compagnie des Indes de
Brême a fait notifier, que le 9 du mois prochain
commencera la vente des marchandiſes des Indes
( 11 )
4
Orientales , apportées au mois de Novembre der
nier par le bâtiment le Président. Ces marchan lifes
confiftenten 250,000 liv. peſant de café de Java ,
150,700 liv. de poivre noir , 3,000 liv . de poivre
blanc , 30,000 liv. d'étain , 12,500 liv . de bois
de Japon , 400 paquets de cannes , 2 caiſſes idem
de camphre de Japon , de l'indigo , des nankins ,
du thé de Hayſon & de Soatchen , de la gommegutte,
du ſandragon, des damas , des latins & des
mouffelines.
On apprend de Gottingue que le ſieur
Kolborn , de la religion Catholique , a été
appellé à cette célébre Univerſité Proteſtante
, en qualité de proteſſeur de Droit Canon.
La commotion fouterraine que l'on a
éprouvée àMayence , dans la nuit du 2 au
3 de ce mois , s'eſt fait auſſi reſſentir dans
pluſieurs autres endroits , & nommément à
Seligenſtadt.
Une chronique de Vienne porte que l'hiver
de 1682 s'étoit prolongé juſqu'au mois
de Mai ; que les glaces du Danube ne s'étoient
rompues que le 12 Avril , & que le
Mai on avoit encore été obligé à faire du
feu dans les poëles.
Une lettre écrite de Mayence à M. F.. par
M. le Comte de.... contient un fait fingulier.
A6lieues de Mayence,demeure dans le village :
deBadenheim un payfan , nommé Ifaac Maus, que
la nature paroît avoir favorite particulièrement
dans la formation de ſes facultés intellectuelles.
Cet homme , fimple Laboureur , eſt doué d'une
pénétration d'eſprit & d'un jugement extraordinaires
. Ses connoiffances & fa lecture font trèsétendues.
Derriere fa charruc, on occupé pard'au
26
( 12 )
tres travaux ruſtiques , il combine des eſquiſſes de
poëmes , ou médite quelque plan ſur des objets
philoſophiques ou économiques , qu'il écrit & développedans
ſes heures de loiſir. Ce payian extraordinaire
a ſu , par ſon travail, ſe procurer une
aiſance honnête. Sa conduite eft irréprochable ;
c'eſtun tendre époux, un tendre pere & un ſujet
fidele. Son champ eſt bien cultivé , ſa maiſon eft
entretenue proprement , & on reconnoît dans tous
les arrangemens qu'il a fait , un véritable eſprit
philofophique ; j'ai lu de ſes poéſies & de ſes autres
écrits , & je crois pouvoir aſſurer , que comme
Poëte , il mérite une place honorable au Parnaffe.
La verſification de ſes poéſies eſt légere & coulante;
ſon langage eſt fier , ferré , mâle & énergique,
&les images qu'il emploie ſont pleines de chaleur
&de vérité . Ce payſan , Poëte & Philoſophe,
a été ſollicité à pluſieurs repriſes de donner ſes
manuscrits pour l'impreſſion ; il a enfin cédé aux
inftances réitérées de ſes amis &protecteurs ; illeur
aremis une partiede ſes poéſies qui paroîtront inceſſamment
par la voie de la ſouſcription ( 1 ) .
L'Electeur de Baviere ſe propoſe de faire
dans le mois de Mai, un voyage à Pife , &
de revenir ici au mois de Juillet : on ne
fcait pas encore i la cérémonie de preſtation
du ferment de fidélité des Etats & ſujets de
Baviere aura lieu avant le départ de S. A. E.
Depuis quelque temps les Etats tiennent
ſouvent des affemblées.
Le Duc regnant de Wirtemberg a fait
graver fur une pierre ſépulcrale , placée par
fes ordres dans ſon hermitage de Hohen-
(1) Onfouscrit à Paris , chez M. Friedel, Profeffeur
des Pages du Roi, rue S. Honoré; prix 3 liv.
( 13 )
heim, à l'endroit deſtiné à ſa ſépulture, l'inf
cription fuivante , en langue Allemande ,
dont voici la traduction :
AMI..
J'ai joui du monde , j'en ai joui en abondance ;
ſes charmes m'avoient entraîné ; je me suis laiſſe
emporter aveuglément par le torrent. Dieu ! quel
aſpect! lorique mes yeux ſe défillerent. Des jours
&des années s'étoient écoulés ,&jamais il ne fut
longé au bien. L'hypocrifie & la fauſſeré déifierent
les actions les plus baſſes ,& le voile qui couvroit
la vérité , fut comme un brosillard noir que les
plus forts rayons du ſoleil bienfaiſant ne purent
diffiper. Que me reſte-t-il encore ? hélas ami !
Cette pierre couvre mon tombeau , elle couvre
auffi tout le paſſé, Seigneur ! veilles ſur mon
avenir.
ITALIE.
DE VENISE , le 13 Avril.
On a envoyé des ordres au Capitaine
Querini à Corfou , de partir inceſſamment
avec le vaiſſeau de ligne le Brillant & la
frégate l'Ange, pour ſe joindre aux 8 navires
qui ont paſſé l'hiver en Sicile ſous les
ordres du Chevalier Emo. Les deux gros
vaiſſeaux , l'Eole & la Victoire , qui font à
Malte , n'attendent qu'un vent favorable
pour mettre à la voile & ſe joindre à l'eſcadre.
La Diligence & la Galathée , qui font
dans notre port , ne tarderont pas aufli à
partir. Ondoit lancer dans peu de jours un
autre gros vaiſſeau. On rétablit le chebec
( 14 )
PAchille; deux frégates d'une nouvelle conf
truction font preſque entierement équipées ,
enfin le nombre des vaiſſeaux qui doivent
ſe réunir à Malte , fera de 15 , outre un bâtiment
de tranſport & un autre qui ſervira
d'hôpital.
:
:
DE ROME , le 10 Avril.
Le Saint - Pere qui avoit appliqué des
fommes immenfes au deſſéchementdes marais
Pontins , commence à jouir des fruits
de cette dépenſe. Sa Sainteté a eu la ſatisfaction
de voir découvrir la Via Appia qui
étoit enſevelie dans les eaux & couverte de
joncs & d'herbages depuis pluſieurs fiecles.
Ce grand ouvrage eſt d'autant plus mémorable
, que jamais aucun des Empereurs , ni
fucceſſivement aucun des Souverains Pontites
n'avoient pu réuſſir à le voir terminé.
Ce chemin vient d'être raccommodé & allongé
de maniere à faciliter le commerce &
à ſervir d'ornement à cette province. Sa
Sainteté , qui y a fait conſtruire des habitations
commodes , veut qu'on y rétabliſſe
l'ancien cours des Poſtes , par la voie de la
montagne , à commencer du 15 du mois
prochain.
Suivant les dernieres lettres de Naples ,
en date du 2 de ce mois , on y a reçu la
fâcheuſe nouvelle , que le 17 Mars dernier ,
Meſſine a éprouvé toutes les horreurs d'un
nouveau tremblement de terre , dont les
( 15 )
fecouſſes ont été ſi terribles , que le peu de
maiſons preſqu'en ruines qui exiſtoient encore,
ont été renverſées. Le plus grand
nombre des baraques qui avoient été conftruites
dans la campagne , ont eu le même
fort, & celles qui reſtent , font preſque toutes
très endommagées. Perſonne heureuſement
n'a été victime de cet affreux déſaſtre ,
dontil faut attendre la confirmation.
On a commis à Naples , à la findu mois
dernier , un vol aſſez plaiſant .
Un Particulier s'étant apperçu qu'on lui avoit
volé dans ſa garderobe des gallons , des tapifferies
& d'autres effets pour plus de 600 ducats ,
enfit ſon rapport à la Juſtice , qui fit arrêter plufieurs
domeſtiques. Le véritable voleur , inſtruit
de leur détention , en eut pitié , & chercha les
moyens de les faire mettre en liberté. Il ſe déguiſa
en Prêtre ,alla trouver le Cavalier volé , &
lui dit que la veille on lui avoit , en Confeffion ,
reſtitué tous les effets dérobés ; mais qu'il n'avoit
pû ſediſpenſer de promettre au voleur une ſomme
de 50 ducats. Il ajouta qu'il étoit allé lui-même
reconnoître le tout dans le logement du voleur ,
& qu'il l'avoit trouvé dans la derniere miſere ,
avec une nombreuſe famille , fans fubfiftance.
Le Cavalier , ſenſible à ce récit ,ſe prêta volontiers
à ce paiement , & voulut ſur le champ compter
l'argent au Prêtre ſuppoſé; mais celui-ci refuſa
de le recevoir , & le pria de le lui envoyer vers le
midi dans une Egliſe qu'il lui indiqua. Le Cavalier
eut l'attention de le faire reconnoître par un
de les domeſtiques , & à l'heure affignée , il l'envoya
ponctuellement avec l'argent à l'Eglife , où
le voleur l'attendoit déjà dans un Confeffionnal ,
feignant de réciter l'Office-Divin. Il ſe leva aufh(
16 )
3
tot , vint au-devant du domeftique , &prit l'ar
gent, lai difant de l'attendre là , qu'il aloit reve-
Hir avec le paquet ; & alors , pour mieux le perfuader
, il lui donna à garder ſon Brėviaire , fon
bonnet & fon mouchoir. Après avoir attendu fore
long-tems , fans voir arriver perſonne , le domeftique
alla s'informer du Prêtre à la Sacriſtie ; il
découvrit alors la ſupercherie; on vit clairement
que c'étoit là le voleur primitif , & en conféquence
, on mit en liberté les perſonnes innocentes
qu'en avoit empriſonnées.
Le bruit ſe répand en Italie, qu'un corps
de troupes Autrichiennes doit inceſſam .
ment paſſer dans la Lombardie.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 24 Avril.
Le 19 , M. Pitt fixa l'attention de la Chambre
des Communes ſur la réforme dans la
répréſentation du Peuple au Parlement.
422 Membres étoient réunis pour écouter
le Miniſtre ; une foule immenſe d'Auditeurs
rempliffoit la galerie , & l'on attendoit
avec plus de curioſité encore que d'intérêt
le fort d'une motion préparée depuis
ff long- tems , lorſque M. Pitt ſe leva , &
prononça le Diſcours ſuivant que nous avons
regret de réduire en abregé ſuccinct.
Je ſens combien la tâche que je m'impoſe eſt
épineuſe. Les Membres qui ont montré de l'averfionpour
un plan de réforme , forment une phalange
fi redoutable , qu'il faut s'ariner d'un grand
( 17 )
1
:
L
courage pour hafarder de le propoſer. Quelques
uns , remplis d'une vénération fuperftiticute pour
notre Conſtitution , dont ils admirent même les
defauts , ont toujours blámé le projet de modifier
la repréſentation. D'autres conviennent des défauts
de notre Conftitution ; mais ils ſont tenus en
ſuſpens , entre le defir d'y apporter quelque remede
, & la crainte que ſi l'on touche à la Conftitution
dans un ſeul point,elle ne perde le refpect
qu'elle inſpiroit. Leur imagination troublée
ne voitplus alors qu'innovations , ſe ſuccédant les
unes aux autres. D'autres enfin prétendent que
l'état actuel de la repréſentation eſt parfait , &
qu'il remplit l'objet qu'on s'eſt propoſé . L'idée
d'une repréſentation géénnéérraallee & complette,qui
embraſſeroit tous les individus , & qui feroit participer
chacun d'eux àla Légifſlation , eſt une idée
entiérement inadmiſſible , vû la population &
P'état actuel de ce pays. Si l'on veut définir avec
précifion ce qu'eſtde nos jours la Chambre des
Communes , ne doit-on pas dire que c'eſt une
Aſſemblée de Repréſentans élusinent , entre
lesquels & la maſſe du peuple , exiſtent l'union la
plus étroite & l'accord le plus parfait ?-Que
I'on conſulte l'Hiſtoire : l'on verra que nos
ancêtres penſoient que le changement de circonftances
autoriſoit le changement dans la repréſentation
; que comme il étoit impoffible que
chaque individu d'une nombreuſe Nation pût faire
choix d'un Repréſentant , cetre tâche devoit être
confiée à des corps d'hommes réunis en communautés
dans les divers diſtricts du Royaume , &
que comme de telles communautés étoient ſujetzes
par leur nature à éprouver beaucoup de vicif
fitudes , la Couronne devoit être revêtue du pouvoir
de déſigner leſquels d'entre ces diſtricts auzoient
le droit d'élire desRepréſentans.-Depuis
( 18 )
long-temps , il n'y a eu de changemens dans la
"repréſentation des Comtés. Il n'en eſt pas de
⚫même de celle des Bourgs ; elle a varié beaucoup.
La repréſentation de ces derniers eſt elle donc
plus facrée qu'autrefois , pour que la moindre
innovation à cet égard excite de ſi vives allarmes ?
Les principaux lieux doivent ſeuls jouir du droit
d'élection ; il entraîne les plus grands abus , lorfqu'il
eſt conféré à des Bourgs déchus. Il eſt de
la ſageſſe de la Chambre d'admettre comme un
axiome , en fait de repréſentation , qu'elle eft
entiérement indépendante , & des lieux , & du
nom ,& que le nombre des habitans d'un endroit
& fon état floriſſant forment ſeuls la loi à cet
égard. Telles font au moins lesidées que j'ai cues,
& quej'aurai toujours ſur cette matiere. Lorſque
la Chambre aura ſaiſi l'enſemble de mon plan ,
elle reconnoîtra , j'eſpere , qu'il tend non-feulement
à opérer une réforme immédiate , mais
encore à étendre ſon influence juſqu'aux temps
les plus recules , & á fervir de regle dans tous
les changens futurs. Je dois rappeller à la
Chambre que le pouvoir attribué à la Couronne ,
relativement aux él tions , lui a toujours éré
conſervé. L'acte d'Union ſeul y porta quelque
Matteinte. En vertu de cet acte , la Couronne ne
peut augmenter, ni diminuer le nombre des Repréſentans.
-Mon plan, continua M. Pitt , eft
compofé de deux parties : la premiere doit effectuer
, finon immédiatement , du moins dans peu ,
une réforme dans la repréſentation des Bourgs; la
Teconde a pour objet d'établir une regle , d'après
laquelle la repréſentation ſera modifiée , toutes
les fois que les circonstances l'exigeront . Tous les
gens ſenſés conviennent que la proportion acfuelle
des Repréſentans entre les Comtés & les
Bourgs eft fingulièrement défectueuse, & quedans
( 19 )
le cas d'une réforme , les endroits qui ont une
forte population , devroient avoir un plus grand
nombre de Députés.
Je pense qu'il ſeroit convenable que les Repréſentans
d'un certain nombre de Bourgs déchus
fuſſent répartis parmi les Comtés. L'on peut connoître
quels font les Bourgs qu'on doit ranger
dans cette claſſe pour le nombre des maiſons. Le
moyen que j'indique réunit à l'avantage de prefenter
des notions certaines dans une femblable
recherche , celui de quadrer parfaitement avec les
principes de la repréſentation. il ſeroit naturel
de s'occuper en premier lieu des Comtés dont le
nombre des Repréſentans eſt trop borné. Il eſt
aifé d'appercevoir qu'une pareille réforme eft limitée
par ſa nature. Car lorſqu'on aura une fois
adopté une regle pour procéder à l'augmentation
du nombre des Repréſentans des Comités qui en
Lont le moinss,, il ſera facile dedéterminer la proportiondes
autres. Je crois ne pas m'éloigner beaucoup
de la vérité en évaluant à 36 le nombre des
Bourgs fufceptibles d'une pareille réforme.L'augmentation
des Repréſentans des Comtés ſeroit
donc de 72. Mon deſſein eſt de propoſer à la
Chambre de ſtatuer que ce nombre ne ſera jamais
changé pour aucune cauſe que ce ſoit. L'exécution
de ce plan ne pourra s'opérer que graduellement
, vû que les Bourgs ne feront privés
de leurs franchiſes que fur la demande qu'ils en
feront eux-mêmes. On ne peut effectuer une ré.
forme de cette nature que de deux manieres , ſoit
par une acte d'autorité , ſoit en accordant une compenfation
raiſonnable aux Corps & aux Individus
qui renonceront à leurs droits. Il-feroît odieux
d'employer le premier de ces moyens. Il propoía
en conféquence l'établiſſement d'une
caiſſe dont les fonds feroient deſtinés à acheter
( 20 )
les franchiſes des Bourgs déchus , & leur interét
les invite à ſe prêter à cet arrangement.
Lorſque les 36 Bourgs mentionnés ſe ſerontdémisde
leurs franchiſes , & que leurs Repréſentans
auront été transférés aux Comtés , s'il exiſte encore
quelque Brurg fufceptible d'une pareille réforme
, il lui fera libre de ſe démettre de ſes franchiſes
aux mêmes conditions , & le droit de députer
des Membres au Parlement ſera transféré
ax villes florifſfantes qui feroient jalouſes d'obzenir
ce privilege .
M. Pitt alla au devant des objections , telles
que les dépenſes qu'il entraîneroit , & la lenteur
de ſon exécution. Au ſujet de la premiere , il ob
ſerva que les avantages du plan étoient fi précieux
, qu'on ne devoit regreter aucunes dépenses.
Quant à la ſeconde , il démontra la probabilité
que les parties intérellées accue lleroientavec cmpreſſement
les offres qui leur ſeroient faites àtitre
de compenfation pour leurs franchiſes.
M. Pitt termina ſon diſcours par une motion
tendante à ce qu'il lui fût permis de préſenter un
bill , ayant pour objet de modifier la repréſentation
parlementaire.
M. Duncombe ſeconda la motion & ſe déclara
un de ſes partiſans les plus zélés .
M. Powys , repréſentant du Comte de Northampton
, proteſta hautement contre ce plan ,
auſſi bien que contre tout autre , tendant à charger
l'état actuel de la repréſentation. Il fit obſerver
que les différentes idées des ſpéculateurs
avoient toutes été contradictoires ; & pour prouver
que le plan propoſé étoit peu propre à farisfaire
les partiſans de la réforme parlementaire ,.
il pria la Chambre de conſidérer combien les
demandes des différentes requêtes qu'on lui
avoit préſentée , étoient opposées. Il remarqua
( 21 )
qu'il n'y avoit pas même deux de ces pétitions
qui fuffens d'accord.
Puiſque chaque ſpeculateur a une théorie qui
lui eſt propre & fans laquelle il penſe que la
conſtitution eſt perdue , il eſt abfurde , dit- il ,
de croire que le projet de M. Pitt puiſſe être
complet ou définitif.
Il complimenta le Chancelier de l'Echiquier
fur le talent & l'éloquence qu'il venoit de déployer
dans ſon Oraiſon funebre de la conſtitution
,& demanda judicieuſement que l'on fit
venir , &que l'on interrogeât à la Barre de la
Chambre les auteurs des pétitions pour la réforme
, &qu'on les obligeât à dire quelles plaintes
ils avoient à former contre le Parlement actuel.M.
Powis tourna en ridicule enſuite la rage de réforme
qui avoit ſaiſi notre fiecle , nous voyons , dit- il ,
deux réformateurs Maniaques, l'on ancien, l'autre
moderne. Proculte , le réformateur ancien , avoit
un lit de fer d'une certaine dimenſion , & par
amour pour leſyſtème d'égalité ; il faifoit couper
les meinbres de ceux qui étoient trop grands
pour entrer dans ce lit , & allonger les muſcles
de ceux qui étoient trop courts. Le réformateur
moderne eſt parimi nous ; je ne.cacherai
pas ſon nom: c'eſt le Docteur Witwill , vénérable
chef d'une Croifade politique. Au reſte ,
ajouta-t- il une raiſon m'engageroit àſeconder
le plan de M. Pitt , c'eſt que l'événement en
prouvera les inconvéniens .
&
Le lord North ſe leva pour attaquer la
motion : le changement propoſé conſidéré
comparativement , dit ce lord , n'eſt desiré
que par un petit nombre de perſonnes
j'eſpere que la Chambre ne ſera pas affez
aveugle pour ſacrifier des avantages actuels à un
projet viſionnaire formé par quelques individus.
,
( 22 )
Si la reforme que l'on propoſe , eſt réellement
néceſſaire pour le bien de la Nation , il eſt
étrange que la voix publique ne l'ait point
demandé ;cela feul pourroit juftifier une pareille
innovation. On devoit s'attendre à voir Birmingham
& pluſieurs autres Villes opulentes &
peuplées , qui n'ont pas le bonheur d'être repréſentées
en Parlement , préſenter des requêtes
à la Chambre- Leur filence fur ce point important
, doit faire croire qu'elles ne ſe ſont point
crues léſées de n'avoir pas de voix dans le Sénat
de la Nation . Je pourrois , dit le lord North ,
citer encore un autre exemple qui démontre
que la paffion pour la réforme n'eſt pas auſſi
générale qu'on a voulu le faire entendre. Un
honorable membre de la Chambre que je n'ai
point à la vérité l'honneur de connoître , mais
qui repréſente un Comté conſidérable ( celui de
Suffolk ) a preſſenti ſes conſtituans par les papiers
publics , au ſujet de la réforme parlementaire
;mais on ne lui a point donné d'inſtructions
ſur ce point , & l'on n'a pas même diſcuté
cette affaire .
,
L'Aſſemblée de la Cité de Londres , expreffément
convoquée pour prendre la réforme en
conſidération , ne s'eſt trouvée compoſée que de
300 perſonnes. Ces faits prouvent affez que la
réforme propofée n'eſt point de néceſſité &
que la Nation a ratifié tacitement que la repréientation
dont elle jouiſſoit étoit ſoffiſante , puifque
ſi le peuple avoit defiré la réforme ; il auroit
donné ordre à ſes repréſentans de voter en
conféquence. Les projets viſionnaires , enfantés
par un honorable membre de cette Chambre ,
méritent peu d'attention ; & quant aux requêtes
presentées au ſujet de la réforme quoiqu'elles
Loientplus importantes & qu'elles méritent une
( 23 )
conſidération plus ſérieule ; cependant comme
elles font extrêmement vagues & contradictoires ,
&que leurs demandes ne tont pas celles du corps
de la Natio'n, je ne crois pas qu'elles doivent
engager, la Chambre à violer ou à enfreindre
Theureuſe conſtitution confiée à ſes ſoins , &
dont elle a garanti la préſervation comme le devoir
le plus facré.
Le Lord North examina alors les allufions ,
par leſquelles on avoit infinué que la guerre
d'Amérique avoit été cauſée par une repréſentation
inegale du peuple. Il maintint , comme
il Pa toujours fait, que cette guerre avoit été la
guerre du peuple , & que quand même la repréſentation
eût été différente , elle auroit toujours
eu lieu . Le Lord , après avoir combattu quel .
ques argumens apporté par M. P.tt , donna fa
négative très décidée contre la motion .
M. Wilberforce , oblerva que le noble Lord
s'étoit oppoſé à toute innovation par une fuite
de fon caractere ordinaire , d'où il conclut qu'il
haïffoit la nouveauté méme dans les argumens
avancés à cette occafion. Il s'étonna de voir que
l'on ramenoit exactement les mêmes plaitanteries
, les mêmes méta, hores dont on avoir fait
uſage il y a quatre ans. Quant à la conféquence
que le Lord North avoit tiré de ce qu'il n'avoit
point, été préſenté beaucoup de pétitions à la
Chambre au ſujet de la réforme , il dit qu'elle .
étoit de fort peu de poids , puiſqu'il auroit dû ſe
reſſouvenirde la quantité de pétitions qui avoient
été préſentées jadis à la Chambre à ce ſujet ; que
les demandes portées par ces Requêtes , n'ayant
pas été écoutées ni fatisfaites , elles étoient encore
dans toute leur force , & rendoient toute
nouvelle inſtance ſuperflue. Il termina ſon dif
cours parune ſuite d'argumens ingénieux en fa-
Σ
( 24 )
veur du ſyſtême propoſe ; dont le but étoit ,
ſelon lui , de détruire cette influence qui enchaînoit
les opinions& toute liberté de penſer.
Aquatre heures du Matin , la Chambre
étant allée aux voix , la motion fut rejettée
par une majorité de 74 ; 248 contre 174.
Beaucoup de gens ſuppoſent que cet évé.
nement déterminera M. Pittà ſa retraite. Il
ne pourrait , difent-ils , choiſir de moment
plus favorable , car le peuple le regarderoit
comme la victime du parti de la Cour. Cependant
ce n'eſt point le parti de la Cour
qui a rejetté la réforme , au contraire : pluſieurs
amis de M. Pitt , il est vrai , ont voté
contre la motion.
Le 20 , le Ministre propoſa à la Chambre
des Communes de révoquer l'acte de la
derniere Seffion , qui impofoit un droit d'acciſe
ſur les manufactures de coton de Mancheſter.
L'Etat , dit M. Pitt , n'est pas encore
Dieu merci , dans une détresse à ne pouvoir
pas facrifier 40 à 50 mille livres sterlings de
taxes qui excitent d'auſſi vives réclamations.
En conféquence la motion fut agréée , &
fans les amendemens propoſés par l'oppofition.
Il y a actuellement ſur le bureau de la
Chambre des Communes les requêtes de
cinquante corporations différentes de manufacturiers
contre le ſyſtême de commerce
projetté avec l'Irlande.
L'examen de l'élection de Kirkwall eſt
terminée.
1
( 25 )
terminée. M. Fox a été reconnu à l'unanimité
pour le membre élu légalement. Ainſi
M. Fox repréſente en ce moment deux
villes ; & voilà , diſent ſes partiſans , le réſultat
de l'acharnement avec lequel ſes ennemis
l'ont perſécuté.
Le Gouvernement vient de recevoir du
Canada une petition , ſignée par la plus
grande partie des habitans , & par laquelle
ils demandent d'être autoriſés à former
une chambre d'aſſemblée. Les Seigneurs ,
ainſi que le Général Haldimand , Gouverneur
du Canada, déſapprouvent cette pétition.
Les Canadiens , animés par l'exemple
des états-Unis & de l'Irlande , veulent avoir
une légiflation à eux.
Le Capitaine Philipps Cosby doit remplacer
le Commodore Lindſay , qui commande
l'eſcadre Angloiſe dans la Méditerranée;
il s'embarquera pour cet effet le mois
prochain fur une frégate.
Trois régimens ont reçu ordre de s'embarquer
ſous peu de jours pour les ifles , à
bord de vaiſſeaux marchands .
Le Lord North eſt le premier qui ait
adopté la méthode d'embarquer des troupes
pour les ifles ſur des bâtimens marchands à
unprix convenu pour chaque homme , au
lieu de ſe ſervir de bâtimens de tranſport ,
qui coûtoient très- cher à la Nation .
La Gazette de Kingſtondans la Jamaïque ,
en date du 3 Février dernier , donne le dé-
No. 19 , 7 Mai 1785 . b
( 26 )
tail ſuivant des troubles élevés ſur la côte
des Moſquites.
Vers le 16 Décembre dernier, un corps de 500
Eſpagnols bien armés , prirent poffeffion de l'iſle
de Rattan & chafferent de leurs habitations le peu
de Pêcheurs Anglois qui s'y étoient établis . Les
Eſpagnols fortifient maintenant avec la plus
grande diligence , cette ifle qui offre un excellent
portdans ſa partie méridionale , & d'où ils ſe ditpoſent
à pouffer leurs opérations contre la côte
des Moſquites . Cette même perſonne ajoute , que
des corps confidérables de troupes réglées & de
inilices font en mouvement à Porto- Bello , Carthagene
, Guatima'a , Yacatan , Tabasco & la
Nouvelle - Orléans , fars doute avec le deſſein
d'exterminer toutes les nations Indiennes qui habitent
la côte des Moſquites , ainſi que les Anglois
leurs alliés ſur cette côte , s'ils leur donnent
le moindre ſecours. Don Mathias Galvez ,
Vice- Roi du Mexique , qui a donné l'idée de
cette belle expédition a aſſuré à la Cour de Madrid
, dans les termes les plus formels , qu'elle
auroit un ſuccès complet , & il en a chargé ſon
fils Don Galvez qui eſt maintenant Gouverneur
de Cuba . Le commencement des hoftilités eſt
fixé au 20 Mars prochain,
Par les derniers avis de la côre des Moſquites
on a appris qu'il étoit arrivé une Frégate dans
le golfe de Dulce , & qu'elle étoit mouillée ſous
le fort d'Omon . Selon les mêmes avis , on avoit
déjà raſſemblé à Truxilles 500 hommes de troupes
& 900 Volonaires, tous mulâtres , métis &
negres, Cette ville qui eſt dans le voiſinage de
la baie de Honduras , eſt le rendez-vous généraldes
forces queles Eſpagno's deſtinent àcette
expédition,
1
( 27 )
• Tous les Gouverneurs des Provinces qui bornent
la côte des Moſquites , ont publié des Edits
qui défendent , ſous les peines les plus rigoureuſes
, à qui que ce ſoit dans leurs jurisdictions , de
commercer avec les Anglois , ni de leur fournir
des provifions , ſoit à la côte des Moſquites . En
contéquence il n'y a plus aucune communication
entre les deux nations de ces parages .
On aſſure que l'on a embarqué il y a quelques
jours , à bord d'un tranſport armé , deſtiné pour
cette côte , 10,000 armes à feu , 40,000 cartouches
, & un grand train d'artillerie .
Ce n'eſt plus le Marquis de Landsdown
que l'on fait fuccéder à M. Pitt , c'eſt M.
Fox. Le 20 , après le lever , ce Chef du
parti de l'Oppoſition eut une audience trèslongue
du Roi , dans laquelie on prétend
très légerement , que les préliminaires de
l'arrangement ont été arrêtés.
Les Directeurs de la Compagnie des Indes s'afſemblerent
le 18 de ce mois pour lire les dépêches
apportées du Bengale par le paquebot la Surpriſe .
Des lettres du Conſeil fuprême , en date du 13
Novembre apprennent qu'Aphrafaib Cawn ,
premier Miniſtre du Grand-Mogol , a été aflaffiné.
Le jeune Prince de Délhi qui s'eſt évade des
Etats de fon pere , a mis en oeuvre tous les
moyens que lui conſeilloient ſon honneur & fa
sûreté pour être reçu à la Cour de Déthi , mais
toutes les négociations ont été infructueutes . Les
dépêches de M. Hastings portent que les affaires
dela Compagnie ſont dans un état fi pro pere que
Ta dette hypothéquée , pourra être liquidée avant
peu
M. Haſtings a dû s'embarquer le 15 Mars
pour revenir en Angleterre.
b2
( 28 )
Le Gouvernement a réſolu d'envoyer
deux Régimens d'Infanterie à la Jamaïque
au lieu d'un. Cette augmentation de troupes
eſt la ſuite du différend qui s'eſt élevé entre
les ſujets de l'Angleterre & ceux de la Cour
d'Eſpagne. Dans l'état actuel des choſes ,
Ja prudence conſeille de mettre la garnifon
dela Jamaïque ſurun pied reſpectable . Ces
Troupes feront embarquées ſur des bâtimens
de commerce qui doivent appareiller
inceſſament pour cette Ifle.
FRANCE.
DEVERSAILLES , le 27 Avril.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Saint-
Claude , l'Abbé de Chaliot ; & à l'Abbaye
de Grand-champ , ordre de Citeaux , dioceſe
de Chartres , l'Abbé Tourteau , Vicaire
général d'Agde.
Le Comte de Porer , le Comte de Luberſac
, le Baron de Luberſac & le Marquis
de Raigecourt , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 20 de ce mois , celui de monter dans
les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre
àla chaſſe.
Le 24 , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Marquis de
Loſtanges , Mestre de-Camp en ſecond du
Régiment de Durfort , Dragons , avec Demoiſelle
de Vintimille du Luç; & celui du
( 29 )
Marquis de Gaſville , Meſtre de Camp ,
Lieutenant des Cent-Suiſſes de la Garde du
Roi , avec Demoiſelle de Malartic de Montricoux.
Ce jour , le Baron de Makau , que le Roi
anommé ſon Miniſtre plénipotentiaire près
le Duc de Wirtemberg , & fon Miniſtre près
le Cercle de Suabe, eut l'honneur de prendre
congé deSa Majesté ,& de ſe rendre à ſa deftination
, étant préſenté par le Comte de
Vergennes , Chef du Conſeil Royal des Finances
, Miniſtre & Secretaire d Etat , ayant
ledépartement des Affaires étrangeres.
L'état de la Reine ne laiſſant plus rien à
defirer , Sa Majefté , qui , le 12 de ce mois ,
avoit vutoutes les perſonnes qui ont les entrées
de la Chambre , tant chez le Roi que
chez la Reine , admit à lui faire leur cour,
le 24 , tous les Seigneurs & Dames de la
Cour. Hier , Sa Majeſté , après avoirentendu
la Meſſe chez Elle , s'eſt rendue à la Chapelle
du Château , où Elle a été relevée par
l'Evêque Duc de Laon , ſon Grand Auniônier.
:
La ſanté de Monſeigneur le Duc de Normandie
ſe fortifie de jour en jour.
Le ſieur Heffen , Horloger bréveté de
Monfieur , Frère du Roi, a eu , le même
jour , l'honneur de préſenter à ce Prince ,
qui a bien voulu en accepter la Dédicace ,
un Mémoire fur l'Horlogerie, contenant une
b3
( 30 )
nouvelle conſtruction de Montres fimples & à
répétition , à roues de rencontre , approuvée
par l'Académie Royale des Sciences.
DE PARIS , les Mai.
M. l'Abbé de Mably , mort la ſemaine
derniere , âgé de 76 ans , agrandit encore
le vuide immenfe qui ſe forme depuis quel-,
que tems dans notre Littérature. C'eſt une
perte non- feulement pour la France , mais
pour l'Europe entiere; car l'Abbé de Mably
n'étoit point réduit à l'une de ces réputations
locales , qui expirent hors de la
Capitale , des cercles , des Aſſemblées Lit.
téraires , où on leur donne un inſtant
d'exiſtence. Tous ſes Ouvrages ſans exception
ont eu pour objet les premiers intérêts
de l'homme ſocial , & la défenſe de ſes
droits. Toutes les Nations avoient honoré
cet Ecrivain d'une eſtime qu'on n'accorde
jamais au talent feul , & que mérita M. de
Mably , ainſi que J. J. Rouſſeau , par la lageffe
conftante de ſes principes. Ses Entretiens
de Phocion furent couronnés par une
République à qui les Maximes de l'Auteur
parurent le code des Etats libres .La Pologne
& les Américains eurent auffi recours aux lumieres
de l'Abbé de Mably , & une quatrieme
République en reçut des conſeils trop judicieux
pour être écoutés dans des temps de trouble.
C'eſt là fans doute la véritable gloire :
( 31 )
1
elle n'a beſo'n ni de pronears , ni d'inrigues
, ni de protections. M. de Mab.y vivoit
depuis long tems hors de la Litterature
de Paris , à laquelle le genre de ſes
occupations le rendoit étranger : aucune
Académie n'a pu s'honorer de l'avoir accueilli
, & il laiſſe après lui un bel exemple
aux Gens de Lettres dans ſa conduite
& dans ſes travaux. Le feul reproche fondé
qu'on fera à ſes différens Ouvrages , c'eſt
de les avoir tous établis fur la fuppofition
que les Peuples d'auiondhui pouvoient
s'appliquer le régime des Républiques Greques
& Romaines. Etranger d'ailleurs ax
Etats libres par la patrie , par fon état , par
ſon éducation, il est tombédans les dérans
inévitables où tomberoit un Républica'n
aſſez hardi pour dister la difcipline des
Royaumes. Du reſte, M. de Mably ne
fera point confondu avec une cohue de déclamateurs
modernes , qui n'écrivent jama's
für la liberté qu'avec le tranſport au cerveau
, qui prennent pour de l'éloquence une
fermentation de cerveaux inconfidérés , &
qui pourroient être dangereux , s'ils ceffoient
d'être infenfes & ridicules .
Le vent de nord , fi funeſte aux campagnes
, retient encore dans la léthargie
M. Pilarre de Rozier & fon ballon. Cet Aё-
ronauté eſt toujours à Boulogne , où il n'a
ni de Calchas pour rendre des oracles , ni
d'Iphigenie pour appalſer les vents contraires.
b4
( 32 )
:
4
Le 18 du mois dernier , ſa machine aéroftatique
alloit prendre l'eſſor , les ſpectateurs
étoient raſſemblés , preſque toutes les cordes
déjà coupées , lorſqu'un orage fit de nouveau
renvoyer l'expérience.
La tenacité des vents contraires , aux atterrages,
mettant beaucoup de navires attendus dans
le danger de manquer de vivres , la majeure
partie des Négocians de Nantes s'eſt réunie par
une Souſcription , & a fait expédier quatre Bâzimens
, chargés de vivres , pour aller juſqu'au
dehors des caps , les porter aux Navires qu'ils
pourront rencontrer dans lebeſoin. Ces Bâtimens
ont été expédiés dans vingt-quatre heures , & ont
deſcendu la riviere le 12 du courant. Il s'eſt préſenté
pluſieurs Officiers remplis de zele pour
offrir ces ſecours aux malheureux. MM. le Nouque
, la Motte , Gareau , Rivet , Perlier , David ,
Gautier & Monier , ſe ſont embarqués pour remplir
cet objer ; & MM. le Commiſſaire Ordonnateur
de la Marine , & le Directeur des Fermes
duRoi , ont accordé les ſecours & les facilités
néceffaires pour accélérer cette Expédition avec
un zele qui doit leur mériter la reconnoiffance
de toutes les ames ſenſibles.
M. de Gaulle , Ingénieur de la Marine au
Havre , & Correſpondant de l'Académie
Royale des Sciences , a préſenté à cette Société
un Mémoire dont voici la ſubſtance :
Dans le deſſein de concourir à la conſervation
des Marins , de cette claſſe d'hommes ſi précieux
à l'Etat , & dont le fort eſt ſouvent fi à plaindre
, j'oſe ſupplier l'Académie de vouloir bien
permettre qu'il lui ſoit remis de ma part une
Médaille de deux cent quarante livres pour un Prix
qui fera adjugé à la Saint- Louis prochaine , au
( 5 )
Mémoire qui , au jugement de cette favance&
respectable Compagnie , aura le mieux traité
cettequeſtion ;
N'y auroit- ilpas des moyens pour placer en mer,
lelong des côtes de France , dans les parties qui en
fontjufcep'ibles , des espanades ou digues artificielles
, qui , dans lesgros temps, puiffent fervir à rompre
l'impétuofué de la mer , &ſous le vent desquelles
un Navire du Roi , du Commerce, ou toutes autres
embarcations qui n'ont d'autres veſſources que la core,
priffent, eny mouillant ,y trouver un aſyle où ils
n'aient d'autres efforts à vaincre que c lui du vent ,
dont la réſiſtance peut être diminuée par les manæuvres
ufitées en pareilles circonstances ?
1.
Les perſonnes qui ſeront aſſez amies de l'humamanité
pour s'occuper de cette queſtion , voudrontbien
ſe reſſouvenir qu'on entend par digues
artificielles , des corps flotans , tenus ou attachés
au fond par des fortes ancres & des chaînes d'une
longueur proportionnnée à la hauteur de l'eau
dans les plus grandes marées. Ces corps doivent
être compoſés , de façon que par leur légereté
ils ſe prêtent à toutes les impulfions de la lame
(ou vague); en fatiguant le moins poſſible, & con
tenir un aſſez grand eſpace pour mettre au moins
un Navire ou deux , d'une certaine grandeur , à
l'abri de la force des vagues , dont les élévations
ſubites contribuent plus ,par les ſecouſſes qu'elles
donnent aux Navires , à les faire chaffer ou
caffer leurs cables , qu'une force de vent plus
conſidérable avec une mer moins groſſe.
L'Académie des Sciences s'eſt chargée du
jugement du Prix propoſé : les ſavans de
toutes les Nations ſont invités ày concourir.
Les Ouvrages qui doivent être adrefſés
bs
( 34 )
au Secretaire Perpétuel, ſeront reçusjuſqu'au
premierJanvier 1786 .
Voici encore une annonce digne d'être
priſe en conſidération ; elle eſt due à l'humanité
& au patriotiſme d'un grand Seigneur
auſſi reſpectable par ſes lumieres que par ſes
vertus , & dont le nom eſt placé depuis
long tems à la tête de tous les établiſſemens
utiles.
M. le Duc de Charoſt , honoraire de l'Acadé--
mie d'Amiens , en fondant un prix de 600 liv.
pour le Mémoire le plus intéreſſant ſur un fujet
utile à l'Agriculture , au Commere , & c . a luimême
indiqué , pour cette année , le ſujet du
prix.
«Quel est le moyen le plus fimple & le moins
>>diſpendieux de prévenir & d'éviter , dans la
>> généralité d'Amiens , les incendies dans la
>>>c>ampagne ,&en même tempsle plus analogue
>> aux productions du ſol , à la poſition actuelle
>>>des villages & des bâtimens qui les compoſent,
>> matieres communes , propres à la conſtruction ,
>à la forme nouvelle dont les logemens perſon-
> nels , granges & étables peuvent être fufceptibles
, & enfin aux ſecours de l'autorité ou de
la bienfaiſance, »
L'importance de la matiere a décidé l'Académie
à renouveller Pannonce déjà faite dans les
Papiers publics , avec prorogation de délai , pour
l'envoi , juſqu'au 20 Juillet prochain.
Il est bon d'obſerver que M. l'Intendant accorde
un dédommagement aux incendies , qui ,
en rebatiffant , couvrent en tuiles ou en ardoiſes .
Les paquets avec le nom cacheté , & une deviſe
ſur lebillet & ſur la diſſertation , feront adreffés,
franes de port , à M. Goſſail , Avocat , Secret
aire perpétuel de l'Académie.
5
( 35 )
1
Le 28 du mois dernier , l'Académie Françaiſe
a remplacé l'Abbé Millot par l'Abbé
Morellet , auteur de la Vifion , de la Théorie
du Paradoxe , d'un Profpestus de Dictionnaire
, & Traducteur de l'ouvrage , des Délits
& des Peines , du Marquis Beccaria . Le
nouvel Académicien a concouru avec M.
Sedaine , Auteur du Philofophe ſans le ſavoir
& de la Gageure imprévue , deux Ouvrages
reſtés au Théatre François , revus toujours
avec un nouveau plaiſir , pleins d'effets dramatiques
& d'intérêt; de Rose & Colas , l'un
des tableaux les plus agréables que l'on ait
mis fur la ſcene de la Comédie Italienne ,
de Richard coeur de lion , joué déjà vingtfix
fois , &c . &c.
La notice ſuivante étant propre à indiquer
au Public l'objet de curiofité le plus digne
d'être vu dans cette Capitale , après l'admirable
établiſſement de M. l'Abbé de l'Epée ,
nous croyons devoir la rapporter.
L'Ecole gratuite des Aveugles-nés , deſtinée
à leur enſeigner la Lecture , l'Arithmétique , la
Geographie , la Muſique , l'Imprimerie , &c. dont
l'ouverture s'eſt faite publiquement , le 19 Février
dernier , au Château des Tuileries , eſt
maintenant établie chez M. Haüy , Interprete du
Roi , rue Coquilliere ,
Ce digne Inſtituteur ſepropoſe d'admettre le
Public aux exercices des enfans aveagles , les
Mercredis & Samedis matin , à onze heures précifes.
Il ſe fera également un plaisir de confacrer un
ap rès- diner par ſemaine en faveur des perfonnes
.
b6
( 36 )
à qui leurs affaires ne permettent pas d'aſſiſter à
ces exercices aux jours & heures indiqués ci- deſſus
, pourvu qu'elles le faſſent prévenir deux jours
d'avance de celui qu'elles auront choiſi .
Un desavantages de cet Etabliſſement eſt d'offrir
aux perſonnes qui ont perdu la vue par accident
,un moyen d'adoucir leur fort , enproficant
des refſources qu'il procure.
Les Enfans aveugles ſe diſpoſent à imprimer
unEſſai ſur leur Education ; tout le produit de
la vente de ce petit Ouvrage , ainſi que de tous.
ceux qui ſortirontde leur preſſe, ſera uniquement
à leur profit . Les ſouſcriptions ſeront reçues
par le fieur Lesueur , premier Eleve & Inſtituteur
des Aveugles .
Les Comédiens François ont donné une
repréſentation au bénéfice de Mademoiſelle
Laveau , jeune Actrice , dont le malheur a
excité une compaffion générale. Etant il y a
trois ſemaines devant ſa cheminée , & prête
à s'habiller , le feu prit àſa robe de linon ,
& l'on ne put l'éteindre , qu'après que cette
jeune perſonne eût été dangereuſement brûlée.
Quoiqu'on lui ait fauvé la vie , ſon
état eſt toujours critique , & l'on n'oſe penfer
aux fouffrances qu'elle a du éprouver.
Le public a témoigné à cette Actrice l'intérêt
qu'il prenoit à fon infortune , en ſe portant
en foule à ſon bénéfice . S. M. lui a fait
donner cent piſtoles de ſa caffette.
L'entrepriſe des voyages pittoresques de Suiffe
&d'Italie auxquels fuccede aujourd'hui le voyage
pittoreſque de la France, eſt un beau monument
élevé par le génie des arts & par le goût. Le ſieur
Lamy , Libraire , Quai des Auguſtins , Propriés
J
( 37 )
+
taire actuei de cet Ouvrage a mistous les foins à
en perfectionner , à en accélérer la continuation .
Lavingt ſeptieme livraiſon qui vientd'care publiée
, préſente le frontifpice pour la Province de
Dauphiné & les monumens de Paris , en ſeize
Estampes. Dans le nombre , eſt une ruine d'une
vieile Egliſe des Bernardins , près du Couvent
de cet Ordre. Une autre elampe repréſente ,
toujours dans lemême quartier , la Halle-auxveaux
, conftruction peu digne , ce nous ſemble ,
de figurer dans un Recueil où éclate toute la magnificencede
l'architecture en Italie & toute celle
de la nature dans la Suiſſe. Les Eſtampes d'ailleurs
ſont ſupérieurement exécutées (*) .
La curiofité nous ayant conduits la fe
maine derniere à cette ruine de l'Eglife des
Bernardins , antiquité du moyen âge , pref
que ignorée des trois quarts des habitans ,
nous trouvames ce monument converti en
grenier à leſſive , & tapiſſé dans les débris
de la nef , de guenilles fraîchement lavées ,
qu'on faifoit ſécher. Les murs croulans de
l'édifice du côté du nord , ſervent de logemens
à des Cabaretiers qui ont écrit ſous les
fenêtres grillées de ces cachots : Ici l'on loge
& l'on nourrit très proprement.
Le Musée de Paris a tenu le Lundi 7 Avril une
féance publique qui a été ouverte par la lecture
de l'Introduction deſtinée à être miſe à la tête de
la ſeconde livraiſon des Mémoires du Musée.
(*) Les 6 volumes in folio , déjà publiés , comprennent
25 livraiſons , dont le prix eſt de 25 louis. Pour en faciliter
l'acquiſition , le ſieur Lamy prolonge juſqu'à la fin d'Octobře
prochain la faveur accordée aux Sou'cripteurs , qui
paient 2+ liv. d'avance , en ſe faiſant infcrire , & 12 liv.
par ſemaine en recevant chaque cahier ,
( 38 )
A
M. de Cailhava , Préfident du Mafée , lut enfuite
un morceau de la nouvelle édition qu'il
prépare de ſon Art de la Comédie , & M. Mreau
de St. Méry , Vice President , pour м.
Houel , l'un des Secretaires Adjoints , des Extraits
de fes voyages de Sicile ; M. de Grandmaifon
lut des Obſervations fur le Bocho - Upas ou
arbre-poiſon de Java ; M. Trincano , pour M.
Ber.... Correſpondant du Muſfée à Orléans , la
Boutade d'un Miſantrope , qui fut ſuivi d'un
morceau ſur la décence theatrale , par M. Clément
, auffi Correſpondant , & des Plaiſirs des
bords de la mer aux ifles d'Hieres , piece en vers
de cinq fyllabes , du même M. Ber. Enfin ,
après la lecture faite par M. Moreau de St. Mery,
d'un fragment de fon Ouvrage ſur la Légiflation
des Colonies , relatif à l'affranchiſſement des
eſclaves , M. Le Changeux termina la ſéance
par le récit de quelques Fables de ſa compofition.
Un particulier du Languedoc prétend
avoir trouvé un ſpécifique contre les charanſons
dans le lavage des grains à l'eau
bouillante. Cette pratique , qui n'eſt ni difpendieuſe
ni difficile , a été éprouvée devant
les Officiers municipaux d'une ville de la
Province , & avec ſuccès. Ce n'eſt pas d'aujourd'hui
cependant qu'on a fait l'eſſai de
ce procédé , dont nous avons vu plus d'une
fois l'infufiſance .
Le feu a pris deux fois aux bâtimens
neufs du Palais Royal depuis huit jours ;
mais les prompts ſecours donnés à l'un &
à l'autre de ces incendies en ont empêché
les progrès.
( 39 )
Olivier Pomponne, Comte de Ruppiere,
Brigadier des Armées du Roi , Meſtre de-
Camp en ſecond du régiment de Rohan-
Soubiſe , eſt mort en ſon château de Vaufermond
en Normandie , à l'âge de 44 ans.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France le 2 de ce
mois , font : 42 , 27 , 40 , 20 , & 77 .
,
PROVINCÈS - UNIES .
LA HAYE , le 2 Mai.
Les derniers couriers arrivés de Paris
ont trompé l'attente générale , & ne nous
ont apporté aucuns préliminaires ſignés.
Les demandes de l'Empereur ſe bornent ,
dit- on , à la ſouveraineté d'une partie de
l'Eſcaut , à la poſſeiſion de nos quatre forts
fur le fleuve , au Comté d'Outre- Meuſe &
à quelques millions de florins. Quant à
Maſtricht , il fera examiné impartialement ,
dans les négociations ſubſéquentes , à qui.
cette place doit appartenir.
Ces ſacrifices ont paru ſi douloureux
que trois Provinces juſqu'ici y ont refuſé
leurs fuffrages . Les états de Gueldres ont
témoigné le plus vif mécontentement des
inſtructions envoyées à ce ſujet aux Ambafſadeurs
de la République à Paris , & ont
ordonné à leurs députés à l'aſſemblée des
Etats-Généraux , de ſe refuſer à toute concluſion
, juſqu'à ce qu'elle ait été priſe ad
( 40 )
referendum par la Province. A cette occafion,
le Baron de Capelle de Marſch a remis
aux états de Gueldres un avis , dont la vivacité
tientun peu de la violence , & qui porte
en fubitance.
Grace au ciel , notre République n'eſt pas.
encore déchue à ce degré d'abaiſſement , qu'elle
doive ſe ſoumettre , fans coup ferir , aux demandes
arbitraires , que tout Prince , qui contulteroit
plus fes forces que le droit , jugerot à
propos de lui faire. Il eſt vrai que fans
eſpoir de ſecours de l'Etranger , fans concorde
dans l'intérieur , la Republique ne ſoutiendroit
que difficilement la guerre contre un puiffant
ennemi . Cependant , quoiqu'il faille attribuer à
une négligence tout-à-fait remarquable , que
P'alliance fi néceffaire avec une Puiſſance refpet
ble & bienfaiſante n'ait pas été conclue depuis
long-temps , je m'affure que cette même
Puiſſance , fi l'Etat eût été en danger , ne l'auroit
point abandonné , ſur-tout of nous euffions
montré nous- mêmes l'activité vraie & requife
pour notre propre défenſe. Et , ſuppoſe que
nous fuffions entiérement laiſſés à nous mêmes ,
nous ſommes encore eſt état de défendre notre
propriété légitime. Je m'imagine qu'en pareille
extrémité chacun , mettant de côté tout eſprit
de parti , toutes vdes impérieuſes , finiſtres &
intéreſſées ſe ſeroit empreſſé à l'envi de ſacrifier
ſon dernier obole , ſa vie même , pour
prévenir une humiliation flétriſſante , qui , fi
les choſes devoient reſter ſur le même pied ,
couvriroit notre Narion d'opprobres . Si à
ceci , Nobles & Puiffins Seigneurs nous ajoutons
que les circonstances , où l'Empereur ſe
trouve lui même , rendent ſes menaces moins
,
( 41 )
-terribles pour la République , & que fans doute
plus de fermeté , plus de preuves de courage
de notre part auroient prévenu toute humiliation
; nousdevons étre accablés de douleur avec
la République entiere , en apprenant qu'une réponſe
, dont la condefcendan e approche fi fort
d'une honteuſe baſſeſſe , ait été donnée au dernier
ultimatum de l'Empereur & arrêtée d'une
maniere indécente & digne d'une animadverſion ,
par lesDéputés de quatre Provinces aux Etats-
Généraux , quoique l'affaire eût été priſe ad referendum
par une cinquieme , & que deux autres
proteſtaſſent contre la conclufion ; réponſe , par
laquelle , comme conditions préliminaires pour
reprendre les Négociations , l'on ne promet pas
moins que de céder une partie de la Souveraineté
de l'Eſcaut , avec quatre Forts , dont deux
ſont de cette importance , que fans eux il eſt
impoſſible à pluſieurs égards de fermer cette
Riviere , & enfin de donner quelques millions
par furcroît pour conſerver une poſſeſſion qui
nous appartient légitimement :
Comment les Repréſentans du peuple , qui
ont acquiefcé à ces conditions , pourront-ils ſe
juſtifier ? Comment pourront-ils ſe raſſurer euxmêmes
& convaincre la Nation , qu'ils ont fait
rout ce qui dépendoit d'eux ? Comment ſe conduiront-
ils dans une nouvelle rupture , fi d'autres
démêlés hostiles nous entraînent dans une
guerre ; fi le peuple murmure des impôts qu'il
porte avec tant de bonne-volonté pour le bienêtre
commun ? A qui en ſera la faute , fi ce
même peuple , ſe rappellant ces facrifices &
cette honte , ſe refute à verſer utilement ſa
propriété dans le tréſor de l'état ?
Au reſte je me réfere au mécontentement que
V. N. P. ont déjà témoigné à leur Député aux
( 42 )
Etats-Généraux , qui , dans le Comité ſecret
de L. H. Puiſſances , a outrepaflé ſes pouvoirs
de ſa propre autorité , d'une maniere fi inouie &
punifiable , en courant à la conclufion de
la réponſe ſusdite par ſa voix , contre la teneur
expreſſe de ſes inſtructions , fans confulter les
autres Députés de la Province à l'Aſſemblée ,
& fans en prévenir V. N. Puiflances . Pour
cette raiſon je m'affure , que V. №. Р. не рог-
dront point de vue des mesures efficaces , pour
Tobliger en tous temps à rendre compte de fa
conduite , ce qui ſervira en même temps à
prévenir , que la Souveraineté de cette Affemblée
ne foit plus mépriſée à l'avenir , vu que
les Députés de V. N. P. aux E ats-Généraux .
ſemblent , plus d'une fois , s'être emprafſés
comme à l'envi , d'outrepaſſer , en différentes
occafions , ouvertement & fecrectement , les
bornesdes pouvoirs qui leur avoient été confiés.
M. J. Henri Mollerus a été nommé fecrétaire
du Conſeil d'Etar , & M. Martin Van
der Goës , fecrétaire de la Magiſtrature de la
Haye , paſſe en qualité d'Envoyé extraordinaire
àla cour de Danemarck.
Sur les repréſentations de M. Cornet , En.
voyé de l'Électeur Palatin , L. H. P. ont,
ordonné au Commandant de Grave d'ou-.
vrir les écluſes , pour faire écouler les eaux
qui ont inondé les villages du Comté de
Ravenſtein .
On affure que MM. de Waſſenaër Twickel
& de Lynden ſe préparent à partir pour
Vienne.
Le camp qu'on formera à Waalwyck entre
Bois-le -Duc & Breda , fera compofé de
( 43 )
33 bataillons , & commandé par deux Lieutenans-
Généraux .
Le Conſeil de guerre ſupprimé , il y a
deux ans , va être rétabli , ſur la demande
de M. de Maillebois. Il doit être compofé
de deux Conſeillers d'Etat de Province, du
grand Penfionnaire , de deux Fiſcaux , des
Amiraux & vice- Amiraux & des Généraux
de terre.
On apprend que le Conſeil d'Etat a fait la
demande d'une ſomme de 514,000 florins pour
l'érection de la Légion de Maillebois. Cette demande
a été envoyée aux Provinces reſpectives
par L. H. P. , avec une lettre pour en appuyer le
contenu, En attendant , trois rendez vous font
affignés pour raffembler cette Légion ; le premier
àRyswyk pour les Chaſſeurs à cheval , que ce
Général veut avoir ſous ſes yeux : le ſecond au
Peft-HuysdeRotterdam pour les Chaſſeurs à pied
&uneCompagnie d'Artillerie , & les environs de
Nimégue pour ſeize Compagnies de Fufiliers.
Le Colonel Mattha , dont la Légion levée à
Liége eſt preíque complette , ſe trouve dans cette
Réfidence. Les Batons de Sternbarch & de Lega
ont prêté ſerment aux Etats Généraux ; le premier
le 25 , & le ſecond le 29 du mois paſſé . Le
cinquieme Bataillon de Waldeck eſt arrivé le 11
à Caeverden.
Le vice-Amiral de Kinsbergen , qui commande
l'eſcadre de la République dans la
Méditerranée , a demandé des renforts pour
la protection du commerce , vu l'activité
des Vénitiens dans leurs armemens déja portés
à neuf vaiſſeaux de ligne & pluſieurs frégates.
Les Amirautés ont délibéré ſur cet
( 44 )
objet; les deux ſeules provinces de Gueldres
& de Hollande paroiſſant approuver la
dangereuſe importance qu'on a miſe à cette
affaire , il eſt à croire que les cinq autres
provinces ne ſouffriront pas qu'elle trouble
le repos de la République.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 3 Mai.
Le régiment de Latterman , en garniſon à
Luxembourg , a reçu depuis quelque temps
ordre de ſe tenir prêt à marcher , ainſi que
les régimens de Teutchmeiſter & de Cobourg.
Tous les jours on exerce le corps de
Stein , & il arrive journellement des recrues
d'Allemagne. Les canoniers ſont partis de
Malines pour aller chercher la groſſe artillerie
de Luxembourg : 144 chariots feront
employés à ce tranſport.
Il eſt arrivé d'Angleterre à Oſtende 11066
barils de poudre pour le ſervice de S. M. I.
On peut ſe ſouvenir de la querelle trèsſérieuſe
qui éclata à Madrid , il y a un an
&demi , entre deux membres du corps diplomatique
, le Baron de Gerſdorf, Miniftre
de Saxe auprès du Roi d'Eſpagne , &
M. Favre , ſecrétaire de légation Pruffienne.
Le caractere du Baron de Gerſdorf ne lui
avoit permis de venger ſon outrage que par
la voie de plaintes à la Cour d'Eſpagne &
à l'Envoyé de Pruſſe : aujourd'hui libre , il
( 45 )
1
vient d'écrire à l'offenteur la lettre ſuivante
qu'il a fait inférer dans les papiers publics .
A M. Louis Favre , ci- devant Secretaire de
Légation Pruſſienne à la Cour de Madrid.
MONSIEUR ,
Vous ne ferez pas ſurpris qu'après les tentatives
infructueuses que j'ai faites pour découvrir
le lieu de votre retraite , je prenne le
parti de vous écrire par les papiers publics.
Ayant obtenu depuis peu de jours mon rappel
du poſte qui m'avoit été confić , je puis déformais
agir en liberté , ſans m'expoſer à des
déſagrémens de ma Cour , & vous demander
les explications que vous me devez encore ,
relativement à l'affaire qui s'eſt pallée entre
nous à Madrid. Comme je ne doute pas que
vous n'acqueſciez à ma juſte demande , je
vous prie , Monfieur , de me marquer , fans
délai , l'endroit que vous choifirez pour notre
entrevue. Je préſume que vous n'êtes pas intentionné
de vous rendre à Berlin , puiſque vous
avez laiſſé paſſer untemps ſi conſidérable lans donner
de vos nouvelles; mais ſuppoſé que vous vou-
Juſſiez le faire , vous en aurez tout le temps d'ici
au mois de Juillet indépendamment de notre entrevue.
Vous voudrez bien mettre votre réponſe
ſous l'enveloppe de Mrs. Teuſch & Heeckers , à
Londres , ou de Mrs. Hachmeeſter & Z. Eekhout
à Amſterdam , qui me la feront paſſer ſur le
champ. Je vous préviens auſſi que ceux de ces
Meſſieurs , qui auront reçu vorre lettre , font
chargés de vous remettre cent louis de ma part ,
pour vous faciliter les moyens de faire ce voyage
, & , au beſoin , je vous ferai payer une
nouvelle ſomme pour votre retour. Du reſte ,
fi vous laiſſiez paſſer quatre mois ſans me com
maniquer votre réſolution , je me verrai dans
( 46 )
la néceffité d'inſtruire le Public des motifs de
ce, filence. Je ſuis , Monfieur , votre très- humble
& très- obéiſſant ſerviteur , figné le Comte
de Gerſsdorf , Chambellan de S. A. S. Electorale
, & ci-devant fon Miniſtre Plénipotentiaire
auprès de S. M. Catholique.
Au Château d'Erbach , le 20 Avril 1785 .
On écrit de Francfort que les Lettres réquiſitoriales
pour le paſſage des troupes Impériales
qui vont ſe rendre dans les Pays-
Bas , ont été remiſes au cercle du haut &
bas-Rhin.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
Dans le cours de la ſemaine derniere , unjeune
Gentilhomme , d'un rang très-élevé , & trois de
ſes compagnons , échauffés par le vin de Champagne
, furent interrompus par la garde dans
l'une de leurs courſes nocturnes. Après quelque
réſiſtance , ils céderent à la force , & furent conduits
au Corps-de garde dans Mount- Street. Un
de ces Gentilshommes , qui avoit traité le Conftableun
peu durement , fut logé , fars aucune
cérémonie , dans le cachot. Ses amis de la gaieté
ſe virent obligés d'envoyer chercher un de leurs
marchands , qui recula d'étonnement en apperce.
vant lejeune Gentilhomme. Alors , le Constable
&les hommes du guet reconnoiſſant le perſonnage
qu'ils avoient en leur garde , de rangerent
antour de lui , en difant qu'ils eſpéroient que
S. A. R. leur pardonneroit leur mééprite. Ace
propos , le Ps'écria : Vous en vouloir ,
mes braves enfans ! point du tour. Graces au
>> ciel! les loix de ce pays ſont ſupérieures au
( 47 )

> rang ; & lorſque les hommes d'une extraction
illuſtre oublient le decorum qu'ils doivent gar-
>> der envers la fociété , il eſt à propos que l'on
les traite fans aucune diſtention » . Un Anglois
doit être bien fier de voir un Pie
Gobligé d'envoyer chercher un Tailleur
pour lui ſervir de caution,
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entre la veuve Ch. & le Régiſſeur du
Domaine.
La donation d'une ſurvivance de penſion viagere
faire à un bâtard adulterin , par ſon pere ,
peut elle étre regardée comme un avantage
prohibé par les Loix ? Une femme donataire
univerſelle de ſon mari , par contrat de mariage
, peut- elle regarder comme une fraude l'emploi
d'une ſomme de 8000 liv. fait par fon
mari , dans un emprunt viager , placé fur la
tête d'une enfant naturel , & dont le mari s'eft
réſervé la jouiſſance ſa vie durant ? Cette femme;
après la mort de l'enfant , peut- elle réclamer
dans ſa ſucceſſion le montant des arrérages accumulés
de la rente dont il auroit du jouir
depuis la mort de ſon pere ? Tels étoient les
objets que certe Cauſe préſentoit. Voici les faits.
- Les ſieur & dame CH, s'étoient mariés ,
fans beaucoup de fortune ; ils s'étoient fait donation
mutuelle , univerſelle & au ſurvivant
( On fouferiz pour l'Ouvrage entier , dont l'abonrement
eit de 15 liv , par an , chez M. Mars , Avocat, tue
Hôtel de Serpente,
( 48 )
)
Le
d'eux , de tous les biens que la communauté
pourroit produire. Cette communanté fut en effet
quelque temps avantageuſe , tant que la bonne
conduite , le travail & l'intelligence entre les
deux époux fut l'ame de leur commerce ; mais
l'aiſance produiſit dans l'eſprit du mari le goût
de la diffipation & une affection étrangere , qui
donna naiſſance à un bâtard adultérin .
fieur Ch. ne ſe contenta pas du ſoin de l'élever
& de lui donner un état; la tendreſſe du
ſieur Ch. fut d'autant plus vive , que ſon mariage
ne lui avoit point fait connoître le ſentiment
paternel ; il voulut encore affurer une
certaine aiſance à ſon bâtard ; un emprunt viager
ouvert en 1766 , lui fournit l'occaſion de
Le fatisfaire. Il plaça des fonds de la communauté
, une ſomme de 8000 liv, ſur la tête de
ſon bâtard , & ſe réſerva pendant ſa vie , la
rente de 800 liv. qui en provenoit. Le ſieur
Ch. eſt mort en 1771 , & a joui par conséquent
de la rente de 800 liv. qui devoit retourner
àſon fils . Des circonffances particulieres ,
un défaut d'immatricule , &c. ont ſuſpendu la
perception des arrérages de cette rente pendant
toute la vie de l'enfant , qui eſt mort en 1783 ;
de forte qu'au mement de ſon décès il lui étoit
dû douze années. Le Receveur du Domaine ,
héritier du bâtard , s'eſt fait envoyer en poſſeffion
de ſa fucceffion , & a touché les arrérages
qui s'étoient accumulés. La veuve Ch. a jugé
à propos de réclamer & de faire affigner le Receveur
du Domaine pour le faire condamner à
une reſtitution. Une Sentence de la Chambre
des Domaines a debouté la veuve de ſa demande.
Appel en la Cour & Arrêt confirmatif
du 12 Janvier 1785 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 MAI 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
IMITATION d'une Élégie d'Ovide , contre
les Envieux & fur la longue Renommée
des Poëtes.
Quid mihi , livor edax , &c. Éleg. XV , Lib . 1 .
POURQUOI OURQUOI , monſtre jaloux , noire & unifore
Envie ,
Diſtiller ton venin ſur mes plus doux plaiſirs ?
Troubler les pareſſeux loiſirs
Qui partagent le cours de ma paiſible vie ?
Dire que l'Art des Vers , cet Art noble & divin ,
N'eſt qu'un travail léger &vain ?
Loin de la route de mes pères ,
Il eſt vrai , j'ai cueilli les roſes du printemps :
Je n'ai point recherché le tumulte des camps,
N°. 20 , 14 Mai 1785 . C
1
so
MERCURE 1

Ni prêté mon oreille aux trompettes guerrières.
Pour démêler le fil du dédale des Loix ,
Je n'ai point au Sénat proſtitué ma voix.
Quel champ à parcourir dans ces ſphères étroites ,
Périſſables travaux du reſte des mortels ?
De la terre en extaſe obtenir des autels
Voilà la gloire des Poëtes.
Homère! tu vivras tant que le MontAthos
Soutiendra les voûtes du monde ,
Tant qu'au ſein de la mer profonde
Le Simoïs rapide ira porter ſes flots.
Tu vivras , ô vieillard d'Afcrée !
Tant que l'épi doré tombera ſous la faulx ;
Tant qu'autour des jeunes ormeaux
Onverra la vigne pourprée
Enlacer ſes tendres rameaux.
Le temps reſpectera ton antique cothurne ,
Sophocle , Auteur divin ! tant que le Dieu du jour ,
Dans ſes douze palais , brillera tour à-tour ;
Et qu'au ſein du repos roulant ſon char nocturne ,
La Courièredes mois , Diane , au front d'argent ,
Éclairera les nuits de ſon diſque changeant.
Térence , Eſchyle , Plaute , Euripide , Ménandre !
Tous , aux mêmes honneurs vous êtes appelés.
De la Parque vainqueurs, vos noms doivent s'étendre
Aux ſiècles les plus reculés.
Auteur fécond! peintre ſublime !
Lucrece, ſi jamais ils périffent , tes vers,
DE FRANCE.
Il faut qu'auparavant ce fragile Univers ,
Sorti du noir chaos , rentre dans ſon abimo.
On lira l'Enéïde , & Tityre & les-Bois ,
Tant que Rome à la terre impofera des loix.
On relira les vers que Tibulle ſoupire ,
Tant que le Dieu qui les inſpire
Gardera ſon flambeau, ſes flèches , ſon carquois.
Tu verras de ton nom s'énorgueillir l'Eſpagne,
OGallus! & ton nom ne ſera point vanté ,
Que celui de l'objet dont tu fus enchanté ,
Que Lycoris ne l'accompagne.
Un jour tout doit céder au naufrage des ans.
De la herſe &du ſoc les dents feront ufées
Sous la vieille lime du temps :
Tout périt, hors les vers & les doctes pensées.
Vosgrandeurs même , ô Rois , par eux ſont éclip ſées !
Que le Tage ſe gonfle & rouledes flots d'or ;
Qu'il attire les voeux du profane vulgaire;
Ton Permeſſe , Apollon ! voilà mon ſeul tréſor.
Dans ta coupe à longs traits que je me déſaltère ;
Que le myrte , ſenſible au ſouffle des frimats ,
En feſtons odorans orne ma chevelure ;
Que mes vers à l'amant livrent de doux combats;
Qu'il foit diſtrait , ſe plaiſe & rêve à leur lecture.
:
Que l'amour , dirigeant ſon doigt ,
Lui faſſe remarquer l'endroit
Où ſon coeur ſe rappelle une douce peinture.
L'Envie , attachée à nos pas, T
Cij
52
MERCURE
Y Ceſſede nous pourſuivre aux portes du trépas.
Oui , la tombe eſt l'afile où le talent ſe venge.
Plus l'hommage eſt tardif, plus pure eſt la louange.
Il en eſt temps erfin : deſcendons aux enfers.
Qu'importe que je touche à mon heure ſuprême !
Un monument d'airain va conſacrer mes vers .
Frappe donc , ô mort ! .... de moi-même
La plus belle moitié reſte dans l'Univers .
(Par M. le Bailly , Avocat en Parlement. )
1 .
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Charrue ; celui
de l'énigme eſt Raisin; celui du Logogryphe
eſt Ronce , où l'on trouve once.
M
CHARADE.
ON premier étourdit, mon ſecond fait plaifir ;
Mon tout eſt unhonneur qui fait ſouvent mourir.
: ( ParM. Cornufils. )
ÉNIGME.
AGE des plus doux ſentimens GAGE
De l'Amour & de la Nature ,
DE FRANCE. 53
Je ſers les amis , les amans ,
Quelquefois même le parjure.
Puiſſant fur un coeur amoureux ,
Souventdans un moment d'ivreſſe ,
J'ai fait au ſein d'une maîtreſſe
Paſſer à l'inſtant mille feux .
Mais ce bien chéri qu'un coeur tendre
Ne reçoit point ſans être ému ,
Onne l'a pas plutôt reçu ,
Qu'on brûle déjà de le rendre.
J
LOGOGRYPH. Ε.
Efuis l'objetdes vooeux de la Nature humaine,
Etpour jouir de moi nuln'épargne ſa peine
On me cherche par-tout , j'exiſte;& cependant
Si l'on me trouve , hélas! c'eſt pour un ſeul inſtan.t
Aufſi certainAuteur , dans ſon humeur cynique ,
A chanté que j'étois un être chimérique ,
Auquel renonceroit tout homme un peu ſenſé.
Mon nom eſt , cher Lecteur , de huit pieds compoſé.
Tu trouveras en eux ce temps périodique
Où la Nature ſemble enfin plus énergique ;
Un licu qui réunit mille eſprits de travers ,
Sans ceffe entre-choqués par mille avis divers;
Ce ſéjour ſi vanté depuis le premier âge ,
Qui de l'homme , dit- on, peut être l'héritage ;
Cinj
54 MERCURE
Unmeuble recherché par beſoin , par plaifur ,
Etqui reçoit de nous premier , dernier foupir.
(ParM. le Comte de Pontevès, Officierde
la Marine Royale. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les deux Centénaires de Corneille, Pièces
en unActe& en vers , par M. le Chevalier
de Cubières , de l'Académie de Lyon . A
Paris, chez Cailleau,Imprimeur-Libraire,
rue Galande , Nº. 64.
DE ecsdeuxCenténaires , l'une aété lûe
deux fois ,&deux fois reçue à la Comédie
Françoiſe , oùnéanmoins elle n'a pas été repréſentée.
La feconde l'a été avec ſuccès fur
quelques Théâtres de Province. Nous allons
les faire connoître l'une & l'autre , tant par
la ciration de quelques-uns de leurs détails ,
qu'en donnant une idée rapide de leur contexture.
Dans la première , ( cel'e qui a été repréſentée
enProvince ) Apollon a fait préparer
fur le Parnaffe , une fête deſtinée à célébrer
l'année ſéculaire de la mort de Corneille ;
mais c'eſt en vain que le Dieu des Arts s'eſt
flatté d'enlever le Poëte aux enfers , Pluton
le refuſe àſesvoeux , & le retient dans l'Élyfér .
Tandis qu'Apollon , Melpomene & Thalie
DE FRANCE. 55
s'affligent de ne pouvoir rendre qu'à l'image
de l'Auteur de Cinna , les honneurs qu'ils
deſtinoient à ſa perſonne ,un mortel ofe ,
à l'in çu du Dieu s'introduire dans le ſanctuaire
de ſontemple : c'eſt George de Scudéri ,
celui-là même qui fitune critique du Cid ,
& qui ſe croyoit un grand Homme , parce
qu'à une repréſentation de ſon Amour Tyrannique
, quare Portiers avoient été tués à
l'entrée du Spectacle. Non - ſeulement il
s'étonne, mais encore il s'indigne de ce qu'on
prépare à Corneille les honneurs de l'Apothéoſe.
Fidèle aux principes qu'il étala , lorfqu'il
vivoit , dans ſes pamphlets ſatyriques ,
il critique en trois mots , & d'un ton aufli
magiſt al qu'indécent , les plans , les caractères
&le ſtyle de Corneille. Voici comme
Apollon venge ſon favori des injures ſubalternes
du bienheureux Scudéri . :
Que je reconnois bien un fuppôt de l'Envic
Aces diſcours injurieux !.
Muſes , voyez ſa joie , & lifez dans ſes yeux
Combien il a l'âme ravie
Quand il a blafphêmé les Talens & les Dieux !
Mais eſpère-t'il nuire au nom du grand Corneile ?
Penſe-t'il étouffer nos généreux tranſports ?
Non , malgré ſes lâches efforts ,
Le frêlon n'aigrit point le nectar de l'abeille .
En vain , pour l'abaiſſer juſques à leur niveau ,
S'uniſſent à la fois l'orgueil & l'ignorance ;
Civ
56 MERCURE
Corneille à leurs fureurs doit un lustre nouveau.
Quel autre a donc créé la Tragédie en France ?
Eft- ce le froid Mairet , l'inégal du Ryer ?
Est- ce toi , dont le fiel crut ternir ſon laurier ?
Eft- ce Rotrou , Hardy , Garnier , Triſtan , Jodèle ?
Qu'on fe détrompe enfin : Corneille le premier
Ouvrit & parcourut le tragique ſentier ,
Et , fait pour en ſervir , écrivit ſans modèle.
Qu'onse détrompe enfin , eſt un membre de
phrafe trop vague ; il n'y a que les Scudéris
qui puiffent ſe tromper ſur Corneille , parce
qu'ils ſe trompent à leur eſcient. Ceffe de
t'abufer eût été plus juſte. Cette tirade établit
la ſupériorité de Corneille ſur ceux qui
l'ont précédé; mais elle ne peint pas encore
celle de fon génie. Auſſi Apollon ajoute-t'il
plus bas:
Quand le grand Richelieu lui donna des rivaux ,
On le vit s'élever comme un chêne ſuperbe
Au milieu des humbles roſeaux
Qu'il laiſſe enſevelis ſous l'herbe ,
Et monter à ce rang où l'on n'a plus d'égaux.
Semblable à Jupiter , dont la toute puiſſance
Force l'impie à l'adorer ;
S'il a quelques jaloux , ſa rapide éloquence
Les pourſuit , les atteint , les réduit au filence ,
Et les condamne à l'admirer.
Oui , l'admiration eſt le reſſort ſublime
Queſa main fait toujours mouvoir ;
DE
57
FRANCE.
{
Et, par elle , fur nous il a tant de pouvoir ,
Que pour ſes défauts même il commande l'eſtime.
C'eſt par de pareils traits qu'un Écrivain
ſe montre digne de louer un grand Homme.
La penſée rendue par le dernier vers appartient
à Racine ; mais elle trouve ici ſa place
très - naturellement ; d'ailleurs elle eſt rajeunie
par l expreffion.
Pour punir la lache jalouſie de Scudéri ,
Apollon veut rendre hommage à Corneille
en préſence de ſon vil Détracteur. Melpomène
& Thalie ſe retirent un inſtant , & reparoiſſent
, l'une à la tête des principaux perfonnages
Tragiques , & l'autre des principaux
perfonnages Comiques qui naquirent
des pinceaux de Corneille . Polymnie vient à
fon tour ſaluer l'Auteur d' Andromède & de
Pſyché. Enfin , on voit paroître le génie de
l'ancienne Rome. Il s'intéreſſe autant que le
Dieu des vers à la gloire de Corneille. En
voici la cauſe .
Depuis vingt ſiècles révolus ,
Depuis le grand Pompée, enfin , je n'étois plus ,
Et Corneille m'a fait revivre ;
Corneille a de nouveau fait vaincre mes Romains
Par l'amour du pays , ſur-tout par le courage ,
J'en fis les premiers des humains,
Corneille en fait des Dieux; Corneille a l'avantage,
En le reproduiſant , d'embellir mon ouvrage.
De ſes mâles tableaux que j'aime les couleurs !
:
Les Rois,les mortelsConſulaires,
C▼
8 MERCURE
Lesvertus du Sénat, les troubles populaires ,
La mépriſable Cour des derniers Empereurs ,
Monpeuple àſon déclin , mon peuple à ſa naiſſance,
Ses conquêtes& fes revers,
Et ſa foibleffe& ſa puiſſance ,
Il atout peint. Rendue avec ſes traits divers ,
Romen'estplus dans Rome , elle est toute en ſes vers.
Cet éloge n'eſt point forcé , il n'eſt que
vrai. Si quelqu'obſervateur pointilleux trouwoit
de l'exagération dans cet hémiſtiche ,
Corneille enfait des Dieux; nous lui rappellerions
que Voltaire a remarqué dans ſes
Commentaires ſur Corneille , qu'on a dit ,
avec raifon , que ce grand Homme faisoit
quelquefois parler les Romains mieux qu'ils
neparloient eux -mêmes.
Le génie de l'ancienne Rome a fléchi la
rigueur de Pluton. En mémoire du grand
nombre d'illuſtres morts que les Romains
ont jadis précipités dans les enfers , le Dieu
a conſenti à lui rendre Corneille ; mais à
condition qu'on le verta fans pouvoir l'entendre.
Corneille paroît revêtu de la Pourpre
Romaine ; les Muſes & les Arts le conduiſent
en triomphe ſur le trône d'Apollor .
Nous n'examinerons pas avec ſévérité
l'action de cette petite Comédie. Pluton
refuſant , fans autre motif que ſa volonté
qu'on pourroit taxer de caprice , de laiffer
jouir Corneille de la gloire qu'Apollon
lui a préparée , & ſe rendant enfuite aux
1
!
DE FRANCE.
59
voeux du génie de l'ancienne Rome : tout
cela eſt plus bizarre que piquant. Les couplets
qui terminent la Pièce ne ſont pas
dignes du grand Homme à l'Apotheoſe duquel
ils ſont deſtines. Malgré ces défauts ,
ce petit Ouvrage plaît & doit plaire , parce
que Corneille y eſt ſouvent loué d'une manière
intéreſſante & noble , parce que M. le
Chevalier de Cubières prouve toutes les fois
qu'il ajoute quelques coups de pinceau au
portrait qu'il trace, qu'il s'eſt bien pénétré
du caractère de l'Écrivain ſublime qu'il
avoit à peindre.
La Fable de laſecondeCenténaire deCornei'le
eſt plus ſimple & p'us raiſonnable
que celle de la première. Tandis que la Muſe
de laTragédie eſt deſcendue aux enfers pour
Supplier le Dieu des rivesfombres de lui rendre
Corneille , auquel elle deſtine les honneurs
dûs à ſon génie , elle a confié la garde de ſon
temple à ſa ſoeur Thalie. Le faux-Goût s'y introduit
, & fiège ſur le trône de Melpomène.
Ce perſonnage , un Auteur Tragique , un
Auteur Comique de la ſuite du Faux Goût
étalent toutes les extravagances , toutes les
opinions erronnées que certains novateurs
ont cherché à introduite dans l'Art Drama---
tique , & ſe félicitent avec grand fracas de
leurs heureuſes découvertes. Enfin ils ſe reti .
rent , & font place à Melpomène , qui conduit
le grand Corneille. Nous citerons avec
plaifirlecommencement de la Scène ſixième,
entre Corneille&Melpomène.
-
Cvj
60 MERCURE
CORNEILLE , après avoir beaucoupregardé leTemple.
Ce Temple , j'en conviens , fut reconſtruit par moi ;
Mais depuis mon trépas , quelle bizarre loi
En a changé l'architecture ?
Toujours fidèle à la Nature
Dans mes tableaux , dans mes moindres deſſins,
Elle fut mon guide & mon maître..
Ici , j'ai peine à reconnoître
L'antique ouvrage de mes mains.
MELPOMENE..
Vous aviez , il eſt vrai , poſé chaque colonne
Surde plus larges fondemens.
: Vous aviez.....
CORNEILLE.
Quel est donc ce trône
MELPOMÈN 1.
C'eſt le mien ..
CORNBILLE..
C'eſt le vôtre! ô fatals changemens
Ce ſéjour , illuftre Déeſſe ,.
Ne devroit- il briller que de faux ornemens ?
Un oripeau frivole , une vaine richeffe
Yremplacentles diamans..
;
1
Cetableau allégorique de la décadence de
PArt Tragique , n'eſt malheureuſement que
mop vrai.. A côté de lui , l'Aureur a très-
ر
DE FRANCE. 61
adroitement placé les éloges de Racine , de
Voltaire , de Crebillon , de Belloy. On doit
favoir gré à M. de Cubières d'avoir placé
dans la bouche de Corneille les fix vers ſuivans
, qui font de ce grand Homme , & qui
prouvent que ſon âme étoit auſſi élevée que
fon génie. On lui a reproché d'avoir été ja-
Loux de Racine ; Melpomène lui rappelle ce
reproche. Voici ſa reponfe.
Je vois d'un oeil égal croître le nom d'autrui ,
Et tâche à m'élever tout auſſi haut que lui ,
Sans hafarder ma peine à le faire deſcendre.
La gloire a des tréſors qu'on ne peut épuiſer ;
Et plus elle en prodigue à nous favorifer ,
Plus elle en garde encore où chacun peut prétendre.
C'eſt ainſi que devroient penſer tous les
grands Artiſtes.Qu'il eſt fâcheux d'être obligé
de convenir que des eſprits fublimes ont éré
affez foibles , non-feulement pour hair leurs
rivaux , mais encore pour tenter de flétrir la
gloire de leurs Maîtres .
Cependant le Faux Goût , ſuivi de tous
les ſiens , veut s'emparer du Temple de
Melpomène. Les Muſes tententde s'oppoſer à
fon deffein; Corneille marche avec elles audevant
des novateurs. Le Faux-Goût l'emporre
, il pénètre dans le Temple avec ſa
fuite ; mais Apollon , qui a enlevé Corneille
aux outrages de fes plats ennemis, paroît dans
un nuage avec le grand Homme , & s'adreffant
au Faux-Goût:
62 MERCURE
Vois tu le grand Corneille affis à mes côtés ?
De mes ſuprêmes volontés
3
Son aſpect doit t'inſtruire & me faire connoître.
Tyran, deſcends du trône& fais place à ton maître. *
Les Rois , nés pour régir la terre ,
LesGrands qui conſeillent les Rois ,
L'homme d'État qui fait fleurir les Loix ,
Le Héros qui de Mars gouverne le tonnerre ,
Tous les mortels par lui ſont formés aux vertus.
Turenne , dans Sertorius ,
Puiſoit des leçons ſur la guerre.
LeGénie , en ſa courſe impétueuſe , altière ,
Souvent, je l'avouerai , marche à pas inégaux ;
Mais un ſeul lui fuffit pour franchir la carrière ,
Et pour laiſſer à la barrière
Setraîner loin de lui ſes impuiſſans rivaux.
Le Faux-Goût ne veut point quitter le
Trône , & Apollon le frappe de la même
flèche qui extermina jadisle ferpent Python.
Le Dieu des Arts place Corneille ſur le
Trône.
Dans une petite Pièce de M. Imbert , repréſentée
pour l'Inauguration du nouveau
Théâtre François , le Mauvais Goût étoit
précipité dans le Tartare par le pouvoir
d'Apollon. Ce dénouement paroît avoir
* Vers d'Héraclius.
DE FRANCE. 63
donné à M. de Cubières l'idée du ſien. Au
refte , peut être ne s'eſt - il point rappelé
l'Ouvrage de M. Imbert. L'idée de faire
tomber le Faux-Goût ſous la puiſſance du
Dieu des Arts eſt ſi naturelle, que deux Auteurs
peuvent s'y rencontrer ſans qu'on puiſſe
accuſer de plagiat celui des deux qui vient en
ſecond avec le même reffort ; mais on aura
toujours à dire qu'en Littérature les idées
appartiennent à l'Ecrivain qui le premier les
a rendues publiques.
Le ſtyle de cette ſeconde Centénaire eſt
ſouvent négligé , & l'Auteur s'y eſt permis
quelques plaitanteries qui ne nous paroiffent
pas d'un bon genre. La ſituation où le Faux-
Goût remonte ſur le Trône au bruit des
cornets à bouquin , où on entend un choeur
de voix diſcordantes chanter vistoire , victoire
, & où Thalie s'écrie ironiquement :
Silence , Monfieur Gluck , taiſez - vous , Piccinni ,
Devant cette belle Muſique ,
Nous paroît au moins équivoque. Dans un
Ouvrage où l'on déclare la guerre au Faux-
Goût, il faut être très-ſévère avec ſoi-même ,
& faire avec un goût très- pur & une recherche
très-fcrupuleuſe le choix de ſes incidens,
de ſes pensées & de ſes expreſſious.
Au reſte, ce reproche ne s'adreſſe qu'à
quelques détails de la Pièce; ce que nous
en avons cité prouve d'ailleurs qu'elle a des
parties louables , & que l'Auteur eſt ſouvent
le maître de ſen ſujet.
64 MERCURE
Nous regrettons que dans les nombreux
éloges que M. de Cubières a donnés à Corneille
, il ne ſe ſoit pas étendu davantage fur
les caractères de Chimène & de Pauline.
Ils feront l'admiration & l'amour de tous
les veritables Amateurs de l'Art. Ils font
placés dans des ſituations ſi heureuſes , fi
intéreſſantes , fi dramatiques , que nous ne
connoiffons rien qui puiſſe leur être conparé,
ou au moins préféré.
Ces deux Pièces ſont précédées de réfle
xions fur Corneille, où l'enthouſiaſme de
Padmiration eſt porté quelquefois un peu
loin , mais où l'on trouve ſouvent des idees
très-juſtes & des obſervations qui n'annoncent
point un eſprit ordinaire. M. de Cu
bières remarque avec raifon que c'eſt à Corneille
que Racine a été redevable du plus
grand nombre de ces expreffions trouvées
qu'on a tant admirées dans ſon ſtyle , & il
le prouve victorieuſement. Il obſerve encore
avec beaucoup de juſteſſe que fi ces
deux grands Hommes ont beaucoup influé
fur leur fiècle , ils ont à leur tour beaucoup
influé l'un fur l'autre ; mais il ajoute que
Racine voyant lepas infructueux qu'il avoit
faitdans le domaine de Corneille , retourna
en arrière , & s'éleva à la haute place dont
on ne l'a point vu defcendre ,tandis que Corneille
TOMBA DU TRONE en voulant
trop s'avancer dans les états de Racine. Il est
trop vrai , Corneille ſe perdit en voulant
imiter Racine; mais ſi Racine tomba dans
DE FRANCE. 65
Alexandre , il ſe releva dans Bajazet &
dans Britannicus , fur- tout dans ce dernier
Ouvrage , un des chef d'oeuvres de notre
Théâtre , production digne du grand Corneille
, où Racine lui eſt bien fuperieur par
le ſtyle , & dans lequel , pour nous fervir
des expreffions de Voltaire , la politique eſt
foutenu par de grands intérêts , par des paffions
vraies , & par de grands mouvemens
d'éloquence. On peut prélumer que Racine
doit à la ſcène où Auguſte rappelle à Cinna
les bienfaits dont il l'a comblé , cette fameuſe
Scène du quatrième Acte de Britannicus entre
Agrippine &Neron , ſcène pleine de génie ,
& toute entière dans le goût de Corneille ;
mais il n'en réſultera pas moins que Racine
a marché quelquefois à pas très- sûrs dans le
domaine de l'Auteur de Cinna.
2
(Cet Article est de M. de Charnois.)
RÉFLEXIONS fur l'Éloge de Bernard de
Fontenelle ; Discours par M. Garat , qui
a remporté le Prix à l'Académie Françoiſe
en 1784 , par M. Chas , Avocat, du Musée
de Paris , Brochure de 93 pages in -8 °.
A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire
, tue Galande.
C'EST venir un peu tard pour attaquer un
Diſcours de l'année dernière ; les Journaux
qui font la perite guerre , & ceux qui font la
grande , ont pris probablement la fleur du
66 MERCURE
ſujet; & l'intérêt de la matière eſt peut-être
épuisé , quoique les défauts de monDiſcours
foient peut être un ſujet inépuiſable. Il faut
que M. Chas ne l'ait pas penſe ainfi; car
après les mille & un Journaux , qui , tous ,
ſans en excepter un , m'ont donné , dit- on ,
des témoignages diftingués de leur bienveillance
, M. Chas vient encore à moi ; il me
prend corps à corps ; il n'eſt pas Journaliſte ,
&il veut me déchirer; il n'eſt pas mon ami ,
& le zèle de mon avancement le dévore : il
veut abſolument me perfectionner. Mon
Diſcours eſt trop long , & il n'a pourtant
ques pages ; les réflexions de M. Chas en
ont . M. Chas connoît la meſure des cho--
fes ;& j'avoue qu'une critique a bien plus le
droit d'être longue qu'un Panegyrique.
Mon uſage eſt de rechercher les critiques
des hommes de Lettres , des hommes de
goûr ,& de ne jamais lire celles des Journaliſtes:
j'ai eu des raiſons particulières de
jeter les yeux ſur la Brochure de M. Chas ,
&on les verra tout-à- l'heure.
Après avoir lû la Brochure de M. Chas ,
il n'eſt pas aiſé de deviner ce que M. Chas
penſe de l'éloge de Fontenelle.
Oncherche ce qu'il dit après qu'il a parlé.
Il aſſure ( & joſe à peine le répéter ) que
l'Auteur de l'éloge de Fontenelle eſt quelquefois
précis ,fublime ; que d'autres fois ,
(& je crains bien que ce ne ſoit beaucoup
plus ſouvent ) il eſt obfcur & médiocre ; que
DE FRANCE. 67
chard'où
tantôtje le conduis dans desscampagnes
mantes , tantôt fur des rochers arides ,
fonoeil n'apperçoit qu'un horizonfombre, des
máfures & des précipices. Il me recommande
d'arrêter ou defufpendre les mouvemens d'une
imagination qui , dansson délire,multiplie
les erreurs , les fauxjugemens & les contradictions;
& après ces mots , & 93 pages de
critique, il finit par proteſter qu'il aime
beaucoup mes Écrits. C'eſt aſſurément avoir
bien de la bonté.
On ſent bien qu'à tout cela je n'ai rien à
répondre , que je ne répondrai rien ; je ferai
ſeulement tous mes efforts à l'avenir pour
ne pas prendre la plume lorſque je ferai en
délire , pour ne pas transporter M. Chasfur
des rochers arides , d'où il ne voit que des
précipices.
S'il y a quelque choſe au monde de peu
raiſonnable , c'eſt de défendre ſes Écrits
contre les critiques; il eſt même affez difficile
de dire à un Critique : Monfieur , ma
phrase est bonne , mon expreſſion est juste &
convenable , & de n'être pas bien près de
toucher au ridicule .
: Je me garderai donc bien de me défendre
contre M. Chas; mais je veux faire voir
cominent M. Chas attaque. M. Chas parle
beaucoup de morale , des progrès de la mojefrappe
dit-il ,fon imagination par
des tableaux,je le réjouis; (& cela eft heureux
) maisje nefais rien pour les progrès de
tamorale. Il m'a paru curieux de faire voir
rale:
68 MERCURE
quelle eſt en général la morale d'un Critique
, & quelle eſt en particulier la morale
des critiques de M. Chas.
Lorſqu'un Écrivain veut critiquer & re
futer un Ouvrage , la morale lui impoſe la
loi de citer avec exactitude ce qu'il critique
&ce qu'il réfute .
M. Chas cite ainſi une phraſe de l'Éloge
de Fontenelle: Qui auroit cru que , privé de
tous les talens , & presque de tous lesfentimens
que l'églogue exige, Fontenelle devoit
fairedes églogues charmantes?
2 En lifant cette phrafe , on doit croire
que j'ai dit que Fontenelle ne pouvoit pas
faire de bonnes églogues , & qu'il avoit
pourtant fait des églogues charmantes ; &
il faudroit aſſurément être dans un terrible
délire pour ne pas éviter une pareille
contradiction ; mais voici la phrafe de
l'Éloge de Fontenelle : Qui auroit cru que ,
privé de tous les talens , & preſque de tous les
fentimensque l'églogue exige, Fontenelle devoit
faire des églogues , qui font des OUVRAGES
charmans ?Cela n'eſt pas , comme on voit ,
tout- à- fait la même choſe, une pièce qui
porte le titre d'églogue peut être un Ouvrage
charmant , & n'être pas une bonne églogue.
Beaucoup deGens de Lettres ont dit du Télémaque
& du Paradis Perdu , ce ſont des
Ouvrages fublimes , mais ce ne font pas des
Poëmes épiques .
On doit dire à M. Chas que cette manière
de citer n'eſt pas morale : elle eft com
DE FRANCE. 69
mode quand on veut critiquer , & M. Chas
uſe touvent de ſa commodité.
Il me fait dire ailleurs que les âmes ſenfibles
préfèrent l'hiſtoire monotone des paſ
fions au tableau énergique des paffions.Nulle
-part je n'ai parlé de l'hiſtoire monotone des
paffions ; & M. Chas , qui me reproche ſouvent
d'avoir de l'eſprit , me corrige aſſurémentde
ce défaut quand il me fait parler.
Nulle part je n'ai dit que les âmes ſenſibles
aiment moins le tableau des paffions que
leur hiſtoire : j'ai trop ſouvent ſenti le contraire
pour le penſer ; un autre critique m'a
fait dire que l'histoire des paſſions repose;
nulle part je n'ai dit que l'hiſtoire des pafſions
repoſe : j'ai dit qu'il y a DES MOMENS
où les âmes les plus ſenſibles , fatiguées de
leurspaffions, en aiment mieux l'histoire, qui
les fait réfléchir avec intérêt , que le tableau
énergique qui les agite & les remue encore.
Voilà ma phrafe , & on voit qu'il n'eſt-là
queſtion ni d'hiſtoire monotone des paſſions ,
ni de l'histoire des paſſions qui REPOSE.
Il eſt facheux de citer à faux ce que l'on
juge avec tant de ſuffiſance.
M. Chas affure que j'ai donné à Fontenelle
le titre de génie univerſel : nulle part
je n'ai dit que Fontenelle fût un génie universel
, & pas même qu'il fût un homme de
génie. Je l'ai comparé un moment au génie,
univerſel des ſciences ; mais je n'ai point dit
qu'il fût ce génie. Lorſqu'il eſt queſtion de
fixer les titres de Fontenelle , on trouve ces
70
MERCURE
mots dans ſon Eloge : je ne dirai donc point
que Fontenellefut un homme degénie.
J'ai dit , ſuivant M. Chas , que tout un
ſiècle fut appelé philoſophique la première
foisque Fontenelle écrivit.
Voici la phrase : c'est lorſque Fontenelle a
eu écrit, que,pour la première fois , tout un
fiècle a été appeléphilofophique.
M. Chas me fait dire ailleurs que Fontenelle
eſt le génie le plus profond & le plus
univerſel que les ſiècles ayent produit ; qu'il
eftfupérieur aux Platon , aux Ariftote , aux
Pitagore , ( je ne crois pas que le nom de Pitagore
ſe trouve une ſeule fois dans mon
Difcours ) aux Bacon , aux Pascal , anx
Montesquieu , aux Fénélon , aux Voltaire,
aux J. J. Rouffeau , aux Buffon , & c. &c.
Je n'ai ni dit ni penſé rien de ſemblable ;
jepenſe le contraire ,& je ſuis prêt à le dire.
J'ai beaucoup étudié Fontenelle lorſque j'ai
voulu en faire l'Éloge, parce que je crois
qu'il faut étudier un Ecrivain pour être en
état de le juger , parce que j'ai toujours vû
que ceux qui parlent de ce qu'ils n'ont fait
que fire , parlent de ce qu'ils ne connoiffent
pas. Il eſt évident , par exemple , que M.
Chas n'a point étudié Fontenelle , il eſt évident
même qu'il ne l'a pas lû. J'ai confeflé
dans le Diſcours même que je ne l'avois
preſque pas lû avant d'en entreprendre le
panegyrique. Il eſt probable que je le lirai
peu actuellement , que ſon panégyrique eſt
fait. Ils'en faut bien que Fontenelle foit
DE FRANCE. 71
l'Écrivain ſelon mon goût. Il en eſt beaucoup
que j'aime infiniment davantage , &
preſque tous ceux , par exemple , auxquels
M. Chas prétend que je le préfère. Je fais par
coeur des Ouvrages entiers de Voltaire , des
morceaux entiers de Paſcal,de Monteſquieu,
de M. de Buffon , de Rouffeau ; je me les récite
ſouvent à moi-même pour charmer mes
promenades ſolitaires;je ne ſais preſque rien
de Fontenelle , je retiens ſes idées & non pas
ſon ſtyle , quoiqu'il me faſſe ſouvent un
extrême plaiſir. Lorſqu'il eſt queſtion de vivre
avec les hommes, d'en faire ſes amis , il
eſt permis de conſulter ſon goût , de ſe livrer
même à des préférences excluſives ; mais
lorſqu'on les apprécie & qu'on s'érablit leur
juge , il faut ſe défendre autant qu'on peut
les préférences de ſon goût particulier; autant
qu'il eſt poſſible , il faut les juger avec
la raiſon univerſelle. Si on n'adopte pas ce
même principe en jugeant les Écrivains , on
ſera ſouvent injuſte envers eux.
M. Garat trouvera peut-être mes réflexions
injustes & amères , dit M. Chas ; leur amertume
ne me feroit rien du tout , & ce n'eſt
pas à moi à jugar de leur juſteſſe ou de leur
injustice , je n'en parle point du tout ; on fait
des réflexions comme on peut , mais il faut
citer les choſes comme elles font , & quand
les citations de M. Chas font inexactes , je
les trouve inexactes; quand elles font fauſſes
je ne puis pas les trouver vraies.
M. Chas en veut à Fontenelle preſqu'au
72 MERCURE
tant qu'à ſon panegyriſte , & j'aurois quelqu'envie
de défendre Fontenelle , cela me,
feroit du moins permis ; mais M. Chas attaque
avectant d'imprudence , qu'il deſarme.
On ne peut pas ſe reſoudre à diriger le fer
fur une poitrine entièrement découverte. Il
parle de morale , de poetie , de métaphyfi-,
que,& dans toutes ces chofes-là on voit que
le premier mot lui manque. Il condamne
Fontenelle & ne l'entend pas ; il ne fait pas
qu'avant d'avoir du goût il faut avoir de l'intelligence
, parce qu'on ne peut pas fentur ce
qu'on ne comprend pas. M. Chas , par exemple,
penſe & dit ſerieusement que dans les
Dialogues des Morts , Fontenelle finit par
nous intéreſſer pour les courtiſanes de la
Grèce & de Rome , pour l'incendiaire du
temple d'Éphèſe , pour l'Arétin , pour un
impoſteur Ruffe , & c. &c. On doit laiſſer
dire ces choſes à M. Chas , & ne pas lui répondre.
Dans un de ſes Dialogues , Fontenelle met
en ſcène Apicius avec Galilée : Ai je besoin ,
pour m'inftruire avec Galilée , s'ecrie éloquemment
M. Chas , qu'on m'apprenne qu'à
Rome un GOURMAND épuisa les refſources
de l'ART pour contenterfafenfualité?
Il eſt clair qu'il ne faut pas répondre à M.
Chas , puiſqu'il croit que Fontenelle a pu
faire un dialogue exprès pour lui apprendre
un fait de ce genre .
Fontenelle aimoit les plaiſanteries , & les
aimoit trop ; il en a fait un grand nombre de
charmantes ,
:
DE FRANCE 74
charmantes , & ſes ennemis en citent ére.
lement de lui un petit nombre qui ſont m
vaiſes. Mais juſqu'à préſent ceux qui aiment
le moins la plaiſanterie s'étoient contentés de
dire que dans les ſujets graves , elle bleſſe
les convenances & le bon goût. La graviré &
le ſérieux de M. Chas vont plus loin. Il va
juſqu'à dire qu'elle eſt funeſte à lafaine morale.
C'est ainsi , dit-il gravement , qu'on s'atcache
à l'erreur & à la frivolité , & que notre
âme incorporée , pour ainsi dire
mensonge , refte dans l'oubli de ſes devoirs ,
& multiplie avec le tempsfes injuftices &fes
prévarications. Qui auroit cru que la plaiſanterie
fût une choſe ſi terrible ? Mais M. Chas
a beau être grave , il ne donne pas envie de
l'être , & c'eft lotſqu'il prend le plus ſon ſérieux
qu'on eſt tenté de perdre le ſien.
avec le
Au reſte , Fontenelle n'eſt pas le ſeul de
nos Ecrivains célèbres dont il fait affez peu
de cas. M. Chas foupçonne que Voltaire &
Monteſquieu feront unjour oubliés. Ce jour
eſt propablement un peu éloigné; mais un
grand Critique voit au loin , & en ditant
ſes arrêts , il prépare ceux de la poſtérité. M.
Chas veut éviter ſans doute un pareil malheur;
il veut que tous les jours ſa gloire
s'étende, & qu'il n'y ait point de jour qui
la faſſe oublier; mais pour cela , il a quelques
précautions à prendre.
Il faut qu'il choiſiſſe bien d'abord le genre
qui lui convient ,&on ne voit pas trop quel
eſt ce genre. Il parle beaucoup de poélie;
N°. 20 , 14 Mai 1785. D
74 MERCURE
& ces deux vers charmans de Virgile :
Malo me Galatea petit Ifeiva puella
Etfugit adfalices &fe cupit ante videri.
Voici comment il les traduit : La vive &
tendreGalatée, en voyant approcher Mélibée,
s'enfuit, & se cache parmi les faules pour inviterſon
Berger à lafuivre.
En lifant cette Traduction , on eft prêt à
conſeiller à M. Chas d'écrire ſur la morale,
Il parle plus encore de morale ; & dans
une vive apoftrophe aux jeunes Ecrivains ,
il s'écrie : Éclairez les Rois de la terre ; dites
leur que les Titus & les Marc - Aurèle font
digne des hommages & de l'admiration de
zoutes les générations , & que les Alexandre&
lesCefars ne méritent que leur haine & leur
indignation.
Ily a quelque temps qu'on a dit cela aux
Rois; & fi on veut les éclairer , il faut leur
dire autre choſe .
Quand on voit comment M. Chas veut
faire faire des progrès à la morale , on eft
tenté de lui dire de traduire des Poëtes .
Juſqu'à préſent , mes leçons de morale &
mes reproches n'ont été que pour M. Chas ,
mais , hélas! je ne ſuis pas moi-même exempt
de reproche envers M. Chas , & il faut favoir
auſſi ſe donner des leçons à foi-même.
Mes fautes m'en ont rendu l'habitude trop
néceſſaire ; & quoiqu'elle ſoit toujours pénible,
une confeffion me coûte pourtant
moins encore qu'une accufation,
DE FRANCE.
75
Je vais donc me confeſſer de mes torts envers
M. Chas.
J'étois à la campagne il y a deux ou trois
ans , j'y étois occupé d'un travail affez conſidérable
& malade ; je reçois un gros paquet
& une lettre: la lettre & le paquet
étoient de M. Chas : le paquet contenoit
une réfutarion d'un morceau de M. Servan
contre Rouffean , dont on a parlé dans le
temps : dans la lettre , M. Chas me prioit
de lire cette refutation , de l'examiner , de la
juger ; il réclamoit mon goût , mes lumières.
Ce n'étoit que ſur mon ſuffiage qu'il pouvoit
ſe résoudre à imprimer ; que ne me diſoit
point M. Chas ? Je viens de copier ſes critiques
ſans aucune peine , il me ſeroit impoſſible
de copier la moitié de ſes éloges. Si
j'en avois cru M. Chas , j'aurois pu me
dire comme Jeannot Lapin , qui fait peur
aux grenouilles , je suis donc un foudre de
guerre. Jedefirois de tout mon coeur pouvoir
rendre à M. Chas le ſervice qu'il me demandoit
: j'eſpérois le pouvoir ; je penſois abſolument
comme lui ſur ce que M. Servan a
écrit contre Rouſſeau. Je parcourus le manuſcrit;
malheureuſement il y avoit beaucoup
d'obſervations à faire à M. Chas : cela
demandoit du temps , & je n'en avois pas;
M. Chas m'écrivoit ſouvent , mes réponſes
étoient rares ; il faut tout dire , ſoit négligence
, ſoit lenteur , ſoit maladie , ſoit tout
cela enſemble , j'eus envers M. Chas des procédés
dont il pouvoit avoir le droit de ſe
Dif
76 MERCURE
3
plaindre. Il envoya chercher ſes papiers :
ſans ſe plaindre alors , fans me rien faire
dire; ſans doute il ſe réſervoit de me donner
de ſes nouvelles à la première occaſion .
Les premières que j'en ai reçues , c'eſt ſa
Brochure qui me les a appriſes , & voilà ce
que c'eſt que d'être pareſſeux , que d'être
négligent; avec les meilleures intentions du
monde on ſe conduit mal ; on s'attire des
affaires fâcheuſes ſur les bras ; le moins que
vous y penſez , vous trouvez une Brochure
de 93 pages écrite contre vous ; il faut répondre
aux lettres avec exactitude : voilà la moralité
de cette hiſtoire.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
MmeSIREMEN , qui s'étoit fait entendre ici
fur le violon , il y a quatorze ans , a reparu
de nouveau; mais on ne peut diffimuler que
la ſenſation qu'elle a produite n'ait été moins
favorable. Mme Siremen a conſervé les principes
de l'excellente École de Tartini , peutêtre
trop oubliés aujourd'hui , une charmante
qualité de ſon , de beaux doigts , un
jeu plein d'intérêt & de grâce , auquel les
grâces particulières à ſon ſexe ajoutent encore;
mais ſon ſtyle , le même qu'elle avoit
DE FRANCE. 77
T
il y a quatorze ans , eft extrêmement vieilli ;
depuis qu'on a ſubſtitué des notes à des
fons,des tours de force à des traits de chants ,
on ne veut plus qu'étonner , & Mme Siremen
peut bien charmer l'oreille , mais elle
n'étonne pas. Ceci eſt loin d'être une critique
de ſa manière ; mais enfin , puiſque
cetre manière n'eſt plus de mode , nous
croyons devoir lui conſeiller de jouer des
Concertos d'un ſtyle plus moderne , & nous
ne doutons pas qu'a'ors elle ne ramène autantde
ſuffrages qu'elle en a obtenus autrefois.
On a exécuté à ce Concert un Motet
de Schuster , extrêmement agréable , & qui
a été parfaitement chanté par M. Laïs . M.
Rouſſeau n'a pas moins bien exécuté un
Ilyérodrame nouveau de M. l'Abbé Lepreux ,
qui a été fort applaudi. Nous obferverons
feulement qu'on ne fauroit appeler Hyérodrame,
un hymne chanté par une ſeule perfonne
, parce qu'un monologue n'eſt point
undrame.
4
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
MARARDDII 3 decemois , on a donné , ſur ce
Théâtre , la première repréſentation de Pizarre
, ou la Conquête du Pérou , Tragédie
Lyrique en cing Actes , paroles de M. D***,
mufique deM. Candeille.
Le Théâtre reptéſente une place publique,
au fondde laquelle eſtle temple du Soleil.
Dinj
78 MERCURE
Alzire , fille de l'Inca Atabaliba , eft au
moment d'être unie à Zamore ; l'un & l'autre
, ainſi que l Inca &une foule de Peuple
& de Guerriers , viennent en ce lieu pour
la cérémonie du mariage. La porte du temple
s'ouvre ; on en voit fortir les Prêtres , ſuivis
des jeunes Vierges attachées au culte du
foleil. Zamore & Alzire prononcent fur
l'autel le ferment d'un amour éternel. Des
fêtes & des danſes ſuccèdent à cette cérémonie.
Mais elles fout bientôt interrompues
par l'arrivée d'un Peruvien , qui vient annoncer
avec effroi qu'on a vu la mer couverte
d'objets inconnus , d'où partoient des
bruits fenablables à celui du tonnerre ; &
dans ce moment on entend au loin pluſieurs
coups de canon. Tout le peuple eft dans la
conſternation ; Zamore les raffure , & vole
avec l'Inca à ladéfenſe du pays. L'intervalledu
premierauſecond Acte eſt rempli par le bruit
croiffant des armes à feu , qui annonce un
combat entre les Eſpagnols & les Péruviens.
Les Vierges épouvantées , mêlées avec le peuple,
traverſentla Scène endéſordre Une troupe
d'Eſpagnols pourſuit une troupe de Péruviens
, que le courage de Zamore ne peut
défendre , & qui ſe rendent au vainqueur.
Les Eſpagnols , maîtres du temple, le dévaftent
, & on le voit bientôt s'écrouler par
l'effet du canon. Pizarre entre avec ſes troupes
victorienfes. Après avoir célébré ſa victoire
, les Eſpagnols ſe retirent; & Pizarre ,
refté ſeul avec Alonzo , lui apprend qu'il eſt
DE FRANCE. 79
T
amoureux d'une jeune beauté qui vient de
s'offrir à ſes yeux. Il a appris qu'elle ſe nommoit
Alzire , qu'elle eſt la fille de l'Inca ; &
il charge Alonzo d'aller calmer fon effroi ,
& la prévenir qu'elle trouveia en lui , non
un vainqueur redoutable , mais un amant
tendre & ſenſible. Le Théâtre repréſente au
troiſième Acte une place au devant du palais
des Incas , que l'on voit dans l'éloignement.
Pizarre paroît , & eſt bientôt ſuivi
de l'Inca , à qui il propoſe de reſter ſur le
trône du Pérou , tributaire du Roi d'Eſpapagne
, à condition qu'il lui accordera la
main d'Azire. Atabaliba répond que c'eſt
à ſa fille que Pizarre doit s'adreſſer , & qu'il
ſouſcrira au choix qu'elle aura fait; & tandis
que , dans un duo, Pizarre ſe livre à l'eſpérance
d'obtenir l'objet qu'il aime , Atabaliba
fait entendre à part qu'il faura tromper fon
attenre & ſe venger de ſon oppreffeur. Alzire
entre en ce moment , & fon père lui
annonce les intentions du vainqueur. On
amène en ce moment Zamore & les Péruviens
enchaînés ; Pizarre fait détacher leurs
fers , & leur déclare qu'il va ſe fixer parmi
eux en s'uniſſant avec Alzire. Zamore , furpris
& furieux , s'écrie qu'on ne lui ravira
ſa femme qu'avec la vie. Pizarre indigné
lui répond en ordonrant ſon ſupplice.
Alzire, reſté ſeule avec Pizarre , cherche à
flechir fon courtoux ; mais il ne lui laiffe
elpérer la grâce de fon amant, que lorſqu'ellemme
ſe montrera ſenſible à fon amour. Il
Dιν
80 MERCURE
1
la quine , &Artabaliba vient annoncer à fa
fille qu'il va mettre Zamore en liberte; il
lui dit de ſe rendre aux tombeaux de
leurs ancêtres , où ſon amant la joindra bientêr
; & il ajoute qu'ils profiteront des ténèbres
de la nuit & d'une fête ordonnée par
Pizarre , pour attaquer les Eſpagnols & délivrer
leur pays de ſes tyrans. Le Théâtre repréſente
au quatrième Acte l'entrée d'un
bois éclairé par le coucher du ſoleil ; on y
apperçoit des tombeaux épars , au milieu
deſquels on en diftingue un plus élevé que
les autres. Alzire y paroît avec ſes femmes;
mais n'y trouvant point Zamore , elle s'enfonce
dans la forêt. Zamore paroît bientôt
accompagné de quelques Péruviens. Il rar
nime leur courage, & les excite à venir attaquer
leurs oppreffeurs tandis qu'ils font
livrés au fommeil. Alzire revient; elle vent
détourner fon amant d'un projet qu'elle regarde
comme téméraire , & l'engage à fuit
avec elle dans les déferts ; Zamore inaccef
ſible à la crainte , rejette ce confeil , & fe
livre à l'eſpérance de revenir bientôt à elle
libre & vainqueur. Alzire ne pouvant le
fléchir , fort en lui annonçant qu'elle va recourir
au ſeul moyen qui lui reſte pour le
ſauver. Atabaliba arrive alors avec des armes
qu'il diſtribue à Zamore & aux Péruviens ;
&après avoir invoqué les mânes de ſes ancêtres
, il fort avec eux pour aller exécuter
ſon projet. Le Théâtre repréſerte au cinquième
Acte l'intérieur du palais des Incas .
DE FRANCE 8
Pizarre, à qui les inquiétudes de l'amour ne
permettent pas de ſe livrer au fommeil ,
viet déplorer ſa foibleſſe , & il eſt prêt à
renoncer généreuſement à ſes projets fur
Alzire , lorſqu'il entend crier aux armes.
Alonzo vient lui annoncer que les Péruviens ,
avec Zamore à leur tête , vont forcer le palais.
On entend le cliquetis des armes; &
tandis que les Eſpagnols ſe rangent autour
de Pizarre , Zamore,à la tête des Péruviens ,
entre de l'autre côté , & ſe difpofe à fondre
ſur fon rival. Alzire arrivant tout-àcoup
, fuivie des Vierges du Soleil , ſe jette
au milieu des combattans , & les conjare de
fufpendre leurs fureurs; mais voyant qu'elle
ne peut les fléchir , elle ſe jette ſur l'épée de
Zamore , en lui demandant de commencer
par la frapper elle-même. Zamore , alors artendri
, dit à Pizarre:
Emporte nos tréſfors s'ils peuvent to tenter ;
Je les mépriſe trop pour te lesdiſputer ;
Mais Alzire eft à moi , je l'adore , elle m'aime ;
Je ladéfendrai ſeul contre tous tes efforts ;
Contre toi , qui te dis envoyé de Dieu même ,
Et qui vient l'annoncer endévaſtant nosbords.
PIZARRE
Jeune& fuperbe Inca, j'excuſe ces tranſports
De la vertu ſauvage.
Senible aux pleurs de la beauté ,
Awaiter avec toi j'abaifſe ma fierté.
Dv
$2 1 MERCURE
De la paix entre nous qu'Alzire ſoit le gage;
Tu poſsède ſon coeur, fois avec elle uni .
Cette réconciliation ſe termine par des fêtes
& par un Ballet , où les Eſpagnols & les Péruviens
danſent enſemble.
Cette courte expoſition du ſujet & de la
marche dramatique que l'Auteur a ſuivie ,
nous diſpenſe d'entrer dans le détail des
défauts qu'on peut reprocher au plan & à
l'exécution. Le Public les a fentis , & d'autres
Critiques les ont déjà relevés. On fent que
l'amour de Pizarre eſt trop bruſque , que la
paflion de Zamore & d'Alzire n'eft pas affez
développée , que les incidens de l'action ne
font ni affez préparés ni affez nouveaux pour
qu'il réfulte de cet enſemble un vif interet.
L'Auteur y a ſupplée par le mouvement de
l'action , la pompe du ſpectacle, & la variété
des tableaux conformes aux uſages & aux
coftumes des Peuples qu'il a mis en ſcène...
Nous ne dirons rien du ſtyle de cet Ouvrage,
on peut en prendre une idée ſur les
vers que nous avons cités. On y a trouvé
beaucoup de négligences; mais le ſuccès de
pluſieurs Opéras modernes nous fait la loi
d'être fort indulgens fur cet article.
La première repréſentation de cet Opéra
a été un peu tumultueuſe. Le défaut de préciſion
& d'enſemble dans quelques parties
de l'exécution& des longueurs qui refroidiffoient
l'action ont paru indiſpoſer les
Spectateurs. Au moyen de quelques cor
DE FRANCE. 83
rections&de pluſieurs retranchemens utiles,
&d'une meilleure exécution , la ſeconde repréſentation
a été mieux écoutée , & beaucoup
plus applaudie.
Nous attendrons l'effet des repréſentations
ſuivantes pour parler de la muſique ,
&pour annoncer plus poſitivement l'opinion
du Public ſur le mérite de cet Ouvrage.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi 30 Avril , on a repréſenté ,
pour la première fois , Albert & Emilie ,
Tragédie en cinq Actes.
Cet Ouvrage , imité d'une Tragédie Allemande
, qui a pour titre Agnès Bernau , &
dont M. Friedel nous a donné une Traduction
, n'a point obtenu de ſuccès. Il a quelque
rapport avec l'Inès de la Motte , & n'eſt
pas , à beaucoup près , aufli attachant. Le
ſtyle en eſt très négligé , ſouvent fort incorrect.
L'intérêt , qui devroit être gradué avec
adreffe , tant pour foutenir l'attention que
pour exciter la curioſité , s'établit d'abord
avec quelque avantage ; mais loin d'augmenter
d'Acte en Acte , de Scène en Scène ,
il s'affoib'it d'une manière ſenſible depuis le
noeud juſqu'au dénouement. Quoique les
Amateurs indulgens , & le nombre n'en
eſt pas conſidérable , y ayent remarqué de
temps en temps de la chaleur , de l'énergie ,
Dj
S MERCURE
dela verve, néanmoins ils ſe font vûs forcés
de dire avec Boileau :
C'eſt peu qu'en unOuvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d'eſprit ſemés detemps en temps pétillent.
A
Les Comédiens Italiens, nous l'avons déjà
dit ,doivent bientôt repréſenter un Drame,
dont Agnès Bernau eſt auſſi le modèle: nous
nous diſpenſerons donc de donner l'analyſe
Albert & Emilie. Pour fatisfaire d'un côté
l'impatiente curioſité d'une partie du Public,
il ne faut pas , de l'autre , affoiblir les efpérances
d'un Auteur , en donnant trop de
publicité aux refforts qu'il a cru devoir em
ployer pour réuſſir. Albert n'eſt pas exactement
calqué ſur Agnès , mais le fonds des
deuxOuvrages eſt le même. On peut préſumer
que le Drame , comme la Tragédie ,
aura une reffemblance marquée avec la
Pièce Allemande. Telle est la raifon de notre
Glence.
Avant de terminer cet article , nous ne
pouvons nous diſpenſer de dire quelques
mots d'une décoration faite exprès pour
cette Tragédie , & dont l'Auteur est le fils
du célèbre Servandoni. Elle annonce de
l'imagination , du goût , & une connoilſance
très étendue des effers de l'optique.
Pour en donner une idée juſte dans ſon enfemble&
dans ſes détails , il faudroit avoir
en l'occaſion de l'obſerver plus d'une fois ;
l'Auteur d'Albert , en retirant fon Ouvrage ,
nous a privés du plaifir de motiver les éloges
DE FRANCE. 83.
que nous croyons devoir à un Arifte qui
nous paroît digne de ſe faire une réputation;
mais autfitôt que les circonstances nous le
permettront , nous nous emprefferons d'appuyer
iur des preuves, ce que nous ne pourrions
avancer aujourd hai que ſur un premier
apperçu , par confequent d'une manière
au moins hafardée.
Nous parlerons de la Comteffe de Chazelle,
nouvelle Comédie, dans un autreMercure.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 28 Avril , on a joué , pour la
première fois , Théodore , Comédie en trois
Actes& en profe ,mêlee d'ariettes.
Cet Ouvrage eſt imité d'un épisode des
Fauffes Délicateffes , Comédie du Théâtre
Anglois. A l'inftant où nous écrivons , il n'a
eu qu'une repréſentation. Comme notre intention
eſt de rapprocher l'original de la
copie , nous attendrons qu'on l'ait rejoué
pour en rendre compte. La muſique , dont
l'Auteur a acquis quelque reputation dans
des compofitions inſtrumentales , a mérité
des applaudiſſemens. Le ſtyle n'en est pas
toujours très-dramatique ; mais on y a remarqué
de la grâce , des intentions heureuſes
, & un faire peut-être même trop
facile. Au reſte , c'eſt un eſſai; & il y a une
grande différence entre l'art d'affembler des
traits pour une ſymphonie ,& celui de faire.
86 MERCURE
(
parler des hommes convenablement à leur
état, à leurs paffions & à la vérité. Tous ceux
qui s'occupent des Arts , dont le but eſt
limitation de la Nature , ne doivent point
perdre de vûe ce précepte d'Horace :
Ficta voluptatis causa ,fint proxima veris.
ANNONCES ET NOTICE S.
Ο
N mettra en vente le 18 Mai 1785, la treizième
Livraiſon de l'Encyclopédie. Cette Livraiſon ,
en deux Volumes, comprend la partie des Manufactures
, Arts & Métiers qui emploient dans leurs fabriques
le chanvre , le lin , la laine , le poil , la
foie. Ces Arts forment la ſeconde diviſion du Dictionnaire
des Arts & Métiers méchaniques , ainſi
que nous l'avons annoncé dans la Préface qui est à
la tête du Tome premier des Arts & Métiers. Ces
Arts , qui emploient le chanvre, le lim , &c. font
tous en quelque forte de la même claſſe , ils fraterniſent;
ils font dans une relation réciproque & continuelle
; ils tendent tous à un but commun , qui eſt
en général l'habillement , & ils ne pouvoient guères
être traités qu'enſemble.
On trouve à la tête du premier Volume de cette
Livraiſon, un Diſcours Préliminaire ſur la nature &
l'emploi des différentes matières propres à l'habillementdes
hommes, unplan de cet ouvrage, & l'ordre
dans lequel il doit être lu , pour prendre, de chaque
objet , une connoiffance aufli érendue que la nature
de cette entrepriſe le comporte , & enfin un fommaire
des traités contenus dans ce Dictionnaire ;
ſavoir, l'Attelier ; Blanchiſſage, Blanchiment ; Bonneterie
Bourfier ; Broderie ; Canon & Canette ;
DE FRANCE. 87
Cardes & Cardages; Chaîne ; Chanvre ; Chapellerie;
Chardon-Bonnetier ; Colles - Collages ; Corde.
rie; Coton; Couturière ; Crin , Crinier- Broffier , Pinceaux;
Dentelles, Blondes , Points & Filets; Deffin ;
Draperie ; Filature; Forces; Frife. Gazes , Crepes ,
Marli , Linón à jour ou Gaze de fil; Habits , Coftumes
; Inſpecteurs des Manufactures & du Commerce;
Laine ; Lin ; Linge , Lingère ; Liſière ;
Lifſe ; Manufacture ; Métiers; Modes ; Moutons ;
Navette; Ourdir , Ourdiſſage; Paſſementerie ; Peignage;
Peigne ; Poil ; Réglement ; Retordu , Retordage
; Ruban , Rubanier ; Soie & Soierie ; Sparte ,
Tailieur ; Tapis , Tapiſſier , Tapiſſerie ; Toile ,
Toilerie. Ce grand Ouvrage , compofé & rédigé
par M. Roland de la Platière, Inſpecteur - Général
des Manufactures , eſt le fruit de trente années de
travaux , d'obſervations , de voyages ; d'enquêtes ,
de recherches , d'expériences , de veilles , de dépenſes
même: ce n'est point proprement un Dictionnaire ,
c'eſt une ſuite de Traités , rangés ſous une forine
alphabétique , mais qui , en general , renferment
un grand nombre de procédés , ſouvent très - diſparates
, quoique ceux- ci ne ſoient, par leur fucceffion
& leur enchaînement , que l'Art mense mis en
pratique.
Tout art a ſes termes propres, ſa langue particulière,
fon vocabulaire enfin ; l'Auteur s'eſt dé erminé
à ne former qu'un ſeul & même Vocabulaire
de tous les termes de ces différens Arts, qui ont
entre-eux tant de rapports & de connexité. Ce Vocabulaire
, par des raiſons indiquées dans un. Avertiffement
qui ſe trouve à la fin du ſecond Volume
de cette treizième Livraiſon , ne paroîtra que dans
un an; & ces raiſons méritent encore d'être miſes
ſous les yeux du Public, en laiſſant parler l'Auteur
lui-même
* Par amour du bien public , & pour le progrès
-88 MERCURE
de ees Arts, je prie , je conjure ceux qui les
» lirent , de remarquer ce qui leur manque , & en
>>quoi ils pèchent, de le noter, & de me faire part
➡ de leurs obſervations ; je les ordonnerai en lieu
>> convenable dans le Vocabulaire ( lequel , pour
>>> cette raiſon , ne ſera imprimé qu'un an après cer
>> avertiſſement) , & j'en ferai publiquement à leurs
>>> Auteurs , comme d'une choſe dûe , l'hommage le
>> plus authentique.
>> Ceux qui n'auroient pas le temps , ou qui ne
>> voudroient pas fe donner la peine de rédiger
>>>leurs idées & leurs avis , ne doiventpoint ſe gèner
* àcet égard; ce ne doit être pour perſonne une
>> raiſon de ne pas concourir à la perfection de cet
>> Ouvrage. J'emploirai comme matériaux ce qu'on
>> me fournira comme tels,&je n'en ferai pas moins
>> honneur à ceux à qui ils appartiendront. Au con-
>> traire , j'emploierai l'expreſſion même de ceux
>> qui, contens de leur travail , deſireront que je le
>> publie ſous la livrée qu'ils lui auront donnée. Je
>> dis & promets plus , perfuadé que ceux qui
>> aiment& cultivent les Arts , s'ils font honnêtes ,
• &je ne m'adreſſe qu'à ceux-là, perfuadé , dis - je,
>> que ceux qui aiment les Arts , s'il leur arrive de
>> critiquer l'Auteur lorſqu'ils pourroient n'attaquer
מ que l'Ouvrage, ne le font peut-être qu'emportés
>> par un defir vehement de la perfection de l'Art;
>> je ne leur promets pas moins, quelque perfon-
>>>nelles que puiffent m'être leurs expreffions , de les
>> publier en leur nom. Je redore infiniment moins
>> tout ce qu'on peut dire de moi , que je ne crains
>> d'échapper une réflexion urile; & fannonce ,
>> commeune vérité , que j'ai le deſir le plus ardent
>> de recucillir tout ce qui porte ce caractère. >>
Le Vocabulaire qui complète cene partie ,
paroîtra avec le Volume de Planches relatives à ces
Arts, dont on est actuellement occupé.
1
DE FRANCE. 89
Le prix de cettetreizième Livraiſon eft de 23 kv.
broch., & de 22 liv, en feuilles.
La Souſcription de cette Encyclopédie eſt soujours
ouverte; elle eſt du prix de 751 liv.
On peut s'adreſſer , pour ſouſcrire , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , n . 17, & chez les Lis
braires de France& Étrangers.
Paiemens faits par les Souſcripteurs juſqu'à ce
jour.
LaSouſcription.
Les douze premières Livraiſons comprenantvingt-
quatre Volumes *.
La treizième Livraiſon .
Enfeuilles.
Onpaie la brochure ſéparément.
Le port eſt au compte des Souſcripteurs.
36 liv.
316
22
374
Nous aurions defiré joindre à cette Livmiſon la
feconde partiedo Tome premier de la Botanique,
parM. le Chevalier de la Mark , qui est actuelle
mentprête ;mais nous ſommes obligés de la réſerver
pour la quatorzième Livraiſon. Nous nous bor
nons aujourd'hui à annoncer cette nouvelle partie
de Botanique , parce qu'elle contient nombre de
découvertes nouvelles , dont il importe de fixer la
date , afin de laiſſer à l'Auteur tout l'honneur du
plus grand travail qui aitjamais éré entrepris en Botanique.
1
N. B. Comme le Vocabulaire indiquera l'ordre
des Volumes de cette Encyclopédie, en reprenan
tous les mots de chacune des parties qui la compoſent,&
eny renvoyant, nons prévenons lePublic
qu'il ne doit faire relier ces Volumes que lorſque
le Vocabulaire aura paru, finon il court le riſquede
*Dont 4 de Planches.
:
१० MERCURE
perdre ſon Exemplaire, ou du moins de ne pouvoir
pas en faireuſage ; c'eſt ce qui est déjà arrivé à
pluſieurs Souſcripteurs.
FIGURES de l'Histoire Romaine, accompagnées
d'un Précis Hiſtorique au bas de chaque Estampe,
troisième Livraiſon.
Onſouſcrit pour cet Ouvrage important & toujours
exécuté avec le même ſoin , chez l'Auteur ,
M. de Mirys , Secrétaire des Commandemens de
Mgr. le Duc de Montpenfier. Tout eſt imprimé ſur
papiervélin.
VARIÉTÉS Littéraires , Historiques , Galantes ,
&c. , Ouvrage périodique propoſé par ſouſcription
&ſans ſouſcription. AParis, au Bureau , rue Neuve
Sainte Catherine au Marais , nº. 21. S'adreſſer à
M. Siredey.
CetOuvrage, qui eſt le produit d'un long travail
& de grandes richeſſes Littéraires , paroîtra par
Cahfers de quatre feuilles in-8 ° , chacun , qui feront
diſtribués tous les quinze jours.
Chaque feuille contient un article qui a ſon titre
particulier. L'article premier , ſous le nom de
l'Année Historique , préſente les Événemens anciens
& modernes rangés ſuivant le jour de l'année
où ils fontarrivés; l'article ſecond , ſous le titre
de Littérature légère , renferme des Poénes , des
Contes , des Traits plaifans , &c.; le troiſième
article eſt intitulé : L'Hiftoire foumise à l'opinion ;
il traite des Mooeurs , Loix , Ufages , &c. , avec des
Réflexions qui en développent les cauſes & les motifs
; le quatrième article , intitulé Anecdotes , offre
des Singularités , Monumens , Traductions , &c.
Outre les ſources communes , qui ſont les Livres ,
on a fuiſé dans des Manuscrits. Les morceaux qui
1
1
DE FRANCE. وہ
aurontdéjà été imprimés , ou ſur la nouveauté defquels
on aura des doutes , feront indiqués par une
croix.
La diſtribution des articles ſera faite de manière
qu'on pourra décompoſer les Cahiers , & faire relier
à part , felon le genre , quatre Volumes par
ande vingt quarre feuilles . Au bout de l'arnée on
donnera gratis un vingt-cinquième Cahier , contenant
une Table qui pourra ſe diviſer pour être appliquée
aux quatre différens Volumes.
On voit, par l'expoſition de ce plan , qu'on a
fongé à l'agréable; & tout ce qui tient à l'hiſtorique
peut être fort utile , & fervir à redreſſer beaucoup de
fauxjugemens.
On s'engage à prendre une année entière , avec
la libertéde payer 2 liv. par mois. L'année entière
pour la Province eſt de 30 liv.
MÉLANGES de Littérature étrangère , Tome 1.
AParis , chez Gogué & Née de la Rochelle , Libraires,
rue du Hurepoix , près du Pont S. Michel ;
Belin , Libraire , rue S. Jacques , & Hardouin , au
Palais Royal , ſous les arcades à gauche , n . 14.
CetOuvrage peut être utile , & l'Auteur mérite
d'être encouragé.
De la Philofophie Corpusculaire , ou des Con
noiſſances & des Procédés Magnétiques. A Paris ,
chez Cuchet , rue & hotel Serpente.
Parmi tous les Ouvrages publiés en faveur du
Magnétiſme , il en eft quelques-uns où l'on trouve
un eſprit de doute , plutôt Fenvie de faire examiner
que la furcur de faire croire , de la diſcuſſion & de
l'eſprit dans tous les détails. Il faut convenir que
cette querelle qui s'eſt élevée dans la Phyſique , malgré
tous les ridicules dont elle couvrira ce fiècle ,
aura rectifié biendes fauſſes idées , & fervi l'eſprit
92
MERCURE
>
1
huina'n en montrant juſqu'à quel point & comment
il peut s'égarer dans les temps de la plus grande
lumière. On reconnoît particulièrement dans cet
Ouvrage- ci un eſprit jufte & attaché au vrai ; c'eſt
une chofe curieuſe que de le voir défendre une folie
renouvelée par le charlataniſme,avec des raiſons qui
devroient ſans ceſſe l'avertir de fon erreur. Mais tel
eft le malheur des raiſonnemens de l'homme, qu'il
n'a plus d'eſprit que pour ſe tromper dès qu'il a
commencé par-là. Malgré ce défaut capital , qui
enfera le charme pour le grand nombre des Mefmériens
, ce Livre mérite de l'eſtime & de l'intérêt.
Il eſt d'ailleurs écrit avec une nobleffe , une
facilité& une modération auſſi rares que précieuſes
dans de pareils Ouvrages.
NOUVEAUX Eſſais Philologiques , Numéro I,
Pièces intéreſſantes pour fervir à l'Histoire des
grands Hommes de notre fiècle , par M. Foullin de
Fleins , ancien Correcteur des Compres , in-8°. A
Paris, chez Leroy, fucceffeur de M. Lottin lejeune ,
Libraire , tue S. Jacques, vis-à-vis celle de la Parcheminerie.
Cette Brochure comprend deux Patties. La première
est compoſte de quelques recherches fut
Louis Racine ou Racine le fils. Elle renferme peu de
détails intéreſſans fur cet eftimable Poëte. Et l'Ouvrage
entier annonceun Auteur qui a du ſens & de
l'inftruction. Nous aurions ſeulement defiré que lorfqu'il
a raiſon contre Boilean, ce fut avecun penplus
d'égards pour ce grand Poëre.
La deuxième Partie est une Differtation fort bien
faite fur les Inſcriptions. L'Auteur annonce une
fuite à cet Ouvrage , & ceNuméro la fait defirer.
MEMOIRE de M Demours fils , Dotteur-
Régent de la Faculté de Médecine de Paris , &
DE FRANCE ११
Médecin - Oculiste du Roi en survivance , lû à
l'Affemblée dite prima Menfis , le premier Novembre
1784. A Paris , chez Didot le jeune &
Barrois le jeune , Libraires , quai des Auguſtins.
Il eſt queſtion dans ce Mémoire d'un nouvel
Inftrument pour l'opération de la cataracte , inventé
par M. Demours , dont la piqûure ne cauſe aucune
douleur & ne laiſſe aucune trace ; telle eſt l'opinion
de MM. Sallin & Goubelly , Commiſſaires nommés
pour en faire l'examen , qui ont vu M. Demours
opérer avec le plus grand ſuccès Mme la Cointefle
de Longueval , & qui atteſtent que cet Inftrument
rendra l'opération de la cataracte beaucoup
plus facile&plus sûre.
De la connoisſſance & du traitement des Maladies,
principalement des aigues , traduit du Latin
deM. Eller, par J. Agathance Lerov , Docteur en
Médecine , &c. un Volume in - 12. Prix , 3 liv. rel .
-Traité de l'Afthme , par Jean Floyer , Docteur
en Médecine , traduit de l'Anglois, un Volume in-
12. Prix , 2 liv. 10 fols. Formules de Médecine
Latines& Françoifes pour le grand Hôtel- Dieu de
Lyon, par Pierre Garnier , Médecin ordinaire du
Roi , &c. un Volume in- 12. Prix , 3 liv. relié. A
Paris , chez Servière, Libraire , rue Saint-Jean-de-
Beauvais. ۱
Ce font trois Ouvrages eſtimables , dont le derniera
été pluſieurs fois imprimé.
CARTE de la Bouche de l'Escaut, Environs
d'Anvers , Lillo , tirée du Général Ferraris. Prix ,
I liv. 4 fols. Plus : le douxième Cahier des Jardins
Chinois, contenant Bagatelle, à Mgr. Comte d'Artois
; Saint- Leu , à S. A. S. M. le Duc de Chartres ;
Projet d'un grand Jardin François , Anglois , Hol.
landois, Chinois , avec un Mémoire , par Bertini ;
94
MERCURE
)
Bonnelles , à M. le Duc d'Uzès ; Jardin de M. le
Comte d'Orsay à Paris ; celui de M. Tronchin à
Chaillot; Vûes de Romainville , d'Ermenonville ,
de Mauperturis , la Chapelle , Chayille , Attichi ,
&c. Tables des deux cent quatre- vingt- fix Planches
formant les douze Cahiers. Prix , 12 liv. brochés.
On fera la remiſe d'un quart à ceux qui prendront
laCollection entière . A Paris , chez le Rouge , Ingénieur-
Géographe du Roi , rue des grands Auguftins.
Le treizième Cahier paroftra le 15 Juin , &
ſera de 12 liv.
SAINTE-BIBLE traduite en François , avec
l'explication du ſens littéral & du ſens spirituel ,
nouvelle Edition , Tome XIII. A Niſmes , chez
Pierre Beaume , Imprimeur-Libraire ; & ſe trouve à
Paris , chez Guillaume Deſprez , Imprimeur-Libraire
, rue Saint Jacques ,
La Bonne Mere , Comédie en un Acte & en
profe , repréſentée ſur un Théâtre de Société le
2. Février 1785 , par M. le Chevalier de Florian. A
Paris , chez Didot l'aîné , Imprimeur-Libraire , ruc
Pavée-Saint-André.
M. de Florian a fait imprimer cette intéreſſante
Comédie pour fatisfaire à l'impatience de ceux qui
l'ont vue ſur le Théâtre de Société où elle a paru ;
mais elle fera partie de ſon troiſième Volume de
Théâtre qu'il donnera bientôt , du même format &
ſur lemême papier que ſes autres Ouvrages.
L
ESSAIS de critiquefur la Littérature ancienne &
moderne , par M. Clément , 2 Vol. in - 12. Prix ,
s liv. brochés. A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins, hôtel de Cluny.
C'eſt un Recueil de Morceaux eſtimables de Lit-
4
1
DE FRANCE
95
térature qui ont paru pour la plupart dans les Journaux,
de Diſcuſſions d'une critique plus ſaine qu'indulgente.
De la Tragédie , deuxième Partie , par le même
Auteur & chez le même Libraire , qui a mis en vente
aufli un Eloge de Court de Gébelin , par M. le Comte
d'Albon, de la plupart des Académies de l'Europe,
vane ,
DIX-SEPTIEME Recueil d'Airs d'Opéras de
PEpreuve Villageoise, Blaise & Babet , la Cara-
Chimène , &c . , avec Accompagnement de
Guittare , par M. Vidal , Maître de Guittare. Prix ,
6 liv. AParis , chez M, Bouin , Marchand de.Muſique
, rue Saint Honoré , près Saint Roch , au
Gagne - petit; Mlle Castagnery , rue des Prou•
vaires ; & à Versailles , chez M. Blaizot , rue Satory.
SIX Quatuors concertans à deux Violons , Alte
& Violoncelle , par M. Cambini , dix-neuvième
Livre de Quatuors. Prix , 9 liv. A Paris , mêmes
Adreſſes que ci-deſſus.
1
SIX-Quatuors concertans pour deux Violons ,
Alto & Baffe , par M. Cambini , vingt-deuxième
Livre de Quatuors de Violon, Prix , 9 liv. A
Paris , chez Imbault , rue & vis-à-vis le Cloître
Saint Honoré , maiſon du Chandelier.
NUMEROS 7 à 12 du Journal de Guittare , par
M. Porro , contenant des Airs de Panurge , des
Danaïdes , d'Alexis & Juſtine , &c. Prix de la ſoufcription
12 & 18 liv. - Numéro 4 du Journal de
Violon , on Recueil d'Airs nouveaux arrangés pour
le Violon , l'Alto , la Flitte & la Baffe , par le
-même. Prix, léparément 2 liv. & fols. Abonnement
95 MERCURE
18 liv & 21 liv. On ſouſcrit pour ces deux Jour
naux à Paris , chez Baillon , Marchand de Muſique,
rue Neuve des Petits Champs , au coin de celle de
Richelieu , à la Muſe lyrique.
DEUX Concertos pour la Harpe ou Forte-
Piano , deux Violons , deux Haut - Bois, deux
Flûtes, dux Cors , Alto & Baffe , par M. Ragné,
OEuvre VI. Prix, 9 liv. franc de port Ces Concertospeuvent
s'exécuter fans Accompagnement comme
des Sonates. A Paris , chez Baillon, même Adreſſe
que ci-deſſus .
SIX Sonates pour le Clavecin , par M. William
Dance , OEuvre I. Prix , 9 liv. A Paris , chez M.
Bailleux , Marchand de Muſique du Roi , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie , à la Règle
d'or.
Ces Sonates, qui rappellent la manière de M.
Clementi , ſont d'un très grand effet , & font defirer
que l'Auteur ſe livre à ce genre de compoſition.
TABLE.
IMITATION d'une Elégie nard de Fontenelle ,
d'Ovide ,
Charade Enigme & Logo- Acad. Roy. de Musique ,
gryphe,
65
76
77
83
49 Concert Spirituel ,
$2 Comédie Françoise ,
54 Annonces & Notices ,
86
Lesdeux Centenaires de Cor- Comédie Italienne , 85
neille
Réflexions fur l'Elogede Ber-
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'AI ki , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, de
Mercurede France , pour le Samedi 14 Mai 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'imprchion. A
Paris , le 13 Mai 1985. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
-
DE BRUXELLE S.
:
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 28 Avril.
'Année derniere on a obſervé dans la
pêchedu Nord que lehareng commence
à fe porter ſur des parages où l'on n'en
prenoit pas. La péche de ce poiſſon près de
Gottembourg n'avoit jamais été aufli abondante
que cette année. La pêche de la baleine
prèsdu Groenlande de I Iſlande & dans
le détroit de Davis , n'a été que médiocre.
elle a mieux réuſli ſur la côte de l'Afrique.
Nous avons donné l'état détaillé des
troupes de l'Empereur , de Danemarck, de
Heffe-Caffel , & de quelques autres Era's ;
nous allons joindre à ces liſtes qu'on aime
quelquetois à conſulter , celle de l'armée
de Suede.
L'Armée Suédoiſe eſt compoſée de troupes nationales
& de troupes enrôlée . Les Régimens na-
N. 20 , 14 Μαϊ 1785 . C
4
:
( 50 )
tionaux,qui font le fond de l'armée, ſont répartis
dans les Provinces & entretenus par le Pays , qui
leur donne des fermes à cultiver , qu'on appelle
Boftells ; mais, en tems de guerre , ils reçoivent la
meme paye que les autres troupes. Ils portent les
noms des Provinces , & pendant la paix , après les
revues , ils travaillent dans leurs diſtrias comme
les autres payſans & ouvriers. Cet établiſſement ,
forméd'après les principes de la conſtitutionphyfique
& politique de Suède , eſt très- avantageux
au pays . Les Régimens enrôlés ſont formés ſur le
même pied que les autres troupes de l'Europe , &
employés comme garniſons dans les villes & fortereſſes.
Les troupes nationales peuvent être doublées
en tems de guerre par la milice nationale.
Le total général de l'Armée Suédoiſe eſt de 47,387
hommes , diſtribués de la maniere ſuivante .
Cavalerie nationale ,
enrôlée •
hommes.
......
......
9,700210,250
5505
Infanterie nationale , ..... 24,847
enrôlée ,
Artillerie ,
.....
...... •
9,060 ( 37,137
3,2300
TOTAL , -. •
4
47,387
K
Indépendamment de ces troupes , il y a encore
en Suède 3 Brigades de troupes de fortification ;
ſavoir , laBrigade du Corps, celle de Weſt -Gothie
&celle de Scanie .
Les Officiers des Régimens & les Trabans ou
Gardes-du-Corps du Roi à cheval , ne font pas
comprisdans cet état. Le Corps d'Officiers de chaqueRégiment
confite en i Colonel, I Lieutenant-
Colonel , 2 Majors , & pour chaque Compagnie ,
1Capitaine, 1 Lieutenant , 1 Enseigne , & 2Ad-
1
( 1 )
1
Judans. Les Gardes du Roi à cheval ſont des
Gentilshommes & ont le grade de Lieutenant &
de Cornette. Leur garniſon eſt à Stokolm . Ils font
compofés de 100 hommes & forment 4Eſcadrons,
chacun de 25 hommes , de 2 Caporaux & de z
Vice- Caporaux. Ils gardent le Roi & la Famille
Royale , & ſuivent Sa Majeſté lorſqu'Elle fait des
Voyages.
On compte actuelleme actuellement en Suède deux Feld-
Maréchaux , 3 Généraux de Cavalerie & d'Infanterie
, 13 Lieutenans-Généraux de Cavalerie &
d'Infanterie, 17 Majors Généraux & 52 Colonels ;
I Grand- Amiral, I Amiral Général , I Amiral ,
Vice- Amiraux , 2 Contre- Amiraux , I Adju
dant-Général & 9 Colonels de Marine.
4
Les troupes de Marine ſont réparties en deux
Régimens de Volontaires , compofés chacun de
700 hommes. Les Matelots de la Marine Royale
ſont au nombre de 17,400 .
La nouvelle Compagnie des Indes Orientales
de Stokolm vient de publier le plan
d'après lequel elle recevra les actions.
Le Porte- feuille Hiſtorique a publié un état
général des marchandiſes qui ont été exportées
d'Archangel , pendant l'année 1784. Le résumé
des exportations porte que ces marchandiſes ont
été exportées ſur 129 Bâtimens , dont 24 font
allés à Hambourg , 27 à Amſterdam , 13 à Londres
, 8 à Breme , 6 à Berguen , 6 à Hull , 3 à
Drontheim , 3 à Dortrecht , 3 á Dublin , 3 à
Liverpool , 3 à Lisbonne , 3 à Newcastle , 3 à
Leith , 2 à Greenook , 2 à Coppenhague , i à
Onéga , un à St. Ubes , I à Rochester , 1 àBarcelone
, 1 à Bordeaux , 1 à Rotterdam , xà
Marseille, i à Port- à- port , I à Belfast & un à
Oftende .
C2
( 52 )
Le 16 de ce mois , 126 bâtimens de diverſes
nations ſont entrés dans le Sud vemant
de la mer du Nord.
Le Roi de Danemarc a donné des ordres
pour la conſtruction d'un grand fanal près
d'Anhæk. Ce fanal ſervira de guide aux
bâtimens qui navigueront dans le Cattegat.
4 Le 18 , il eſt parti d'ici 25 bâtimens dont
19 ſe rendent au Groenlande pour y faire
la pêche de la Baleine.
On écrit de Warſovie que le Roi a nommé
le Major Général de Drickonky au
poſte de Tréſorier de la Lithuanie.
L'année derniere il arriva à Lisbonne 1006
gros bâtimens : ſavoir 337 Portugais , 11 Eſpagnols,
89 François , 252 Anglois , 77 Hollandois,
80 Suédois , 30 Danois , 3 Ruſſes , 10Autrichiens
, 23 Américains , 18 Venitiens , 12 Raguſains
, II Hambourgeois , 6Pruſſiens , 2 Bremois
1 de Genes , I de Dantzick , I de Lubek ,
Ide Naples & I de Maroc,
On écrit de Lubeck que pluſieurs Maifons
de commerce ont porté leur faillite à
2,293,500 marçs.
On a compté l'année derniere à Coppenhague
12,642 perſonnes occupées dans les
manufactures de cette Capitale.
Le ſieur Heller , inſpecteur des forêts à
Furſtenſtein dans la baſſe Siléſie , a trouvé
un moyen de rectifier les charbons de terre
&d'entirer une eſſence avec laquelle , dans
l'eſpace de huit ſemaines on peut préparer
( 53 )
la peau des bêtes à corne pour en faire des
cuirs àfemelle plus ſolides& plus durables
que celui tanné à la maniere ordinaire. Les
charbons rectifiés peuvent auſſi être employés
avantageuſement pour la fuſion des
métaux.
Un voyageur qui a parcoru nouvellement
laCrimée, aſſure que la population actuelle
de cette nouvelle Province Ruſſe ne monte
pas au-delà de 60000 , ames : ce ſeroit peu
relativement à l'étendue de cette preſqu'iſle ;
mais depuis qu'elle appartient à la Ruffie ,
nous croyons , fur de bonnes autorités , le
nombre de ſes habitans encore inférieur.
Un Journal offre les détails ſuivans ſur l'indultrie&
le commerce dans la Siléfie Prufſienne :
la garance et cultivée principalement dans le
Cercle de Braſlau , & il s'en vend par an pour
environ 300,000 rixdalers . Waldenbourg,Schmiedeberg
, Landsnut &les environs font les prins
cipaux endroits pour la fabrication & le commerce
de la toile; une ſeule maiſon à Landshut
enexporte par an environ 40,000 ſchok , & Waldenbourg
& les Villagesqui l'environnent,au-delà
de 150,000 ; il y a des années que cette petite
Ville exporte pour un millon de rixdalers de
toile. La plupart des linons font fabriqués à
Schmiedeberg , & fur-tout à Hirsberg , qui en
faituncommerce confidérable avecl'Eſpagne.
-La principale fabrique du bleu pour la teinture
eft à Querbach , qui en fournit par an plus
de mille quintaux.
Le Lieutenant-Général Comte d'Anhalt
eſt de retour à Peteſbourg du voyage qu'il
C3
( 54 )
!
afait à Archangel. Dans l'eſpace de fix femaines
, il a parcouru un trajet de 4000
werſtes.
DE VIENNE , le 28 Avril.
Il eſt sûrement très-faftidieux pour le public
impatient d'entendre fans ceſſe répéter
l'annonce de troupes en marche , de muni-
-tions envoyées , & en même temps d'une
paix certaine. Cependant toutes les nouvelles
ſe réduiſent encore à ce refultat .
:
Un courier arrivé de Paris a augmenté
les eſpérances du retour de la concorde entre
l'Empereur & la Hollande : cette République
, dit-on , s'eſt déterminée à des propoſitions
qui ont fait dire ici que , dans 15
jours , ce démêlé ſeroit terminé. D'autres ,
moins expéditifs , regardent le terme des négociations
comme plus éloigné.
De nouveaux tranſports de recrues font
partis pour les Pays Bas. Le troiſieme bataillon
des régimens de Preiſſ & de Teuchmeiſter
s'eſt mis en marche , & ſe joindra
à Lintz à d'autres corps , qui feront halte
juſqu'après des ordres ultérieurs. 800 Hou .
lans doivent paſſer par Egra : le corps de
Brentano marche fur trois colonnes; ſavoir,
une de huffards de 552 hommes , une de 6
compagnies , formant 1332 hommes , & la
troiſieme , également de 6 compagnies ,
faiſant enſemble 3216 foldats. Les Croates
qui devoient s'arrêter à S. Porten ont reçu
ordre de continuer leur route fans interruption.
Le Cardinal Garampi , Nonce du Pape ,
a eu fon audience de congé , le 9 de ce
mois. En fortant de la chambre d'audience ,
il reçut des mains du Comte de Roſenberg ,
Grand Maître de la Chambre , une Croix
épiſcopale très - précieuſe , enrichie de diamans.
1
Onapublié ces jours derniers une Ordonnance
de S. M. l'Empereur & Roi , en douze articles ,
par laquelle ce Monarque voulant étendre
de plus en plus la liberté à tous ſes ſujets ,
par la fuppreffion générale du droit de ſervitude
dans tous fes Etats , accorde en outre à toute
perſonne qui voudra paſſer d'une partie de ſes
Etatsdansune autre, ſoit dans laBohême , l'Autriche
, la Gallicie même , les Pays-Bas Autri
chiens , la Lombardie , la Toſcane , &c. la permiſſion
de pouvoir ainſi changer fon habitation ,
ſans qu'elle puiſſe être aſſujettie à payer , pour la
fortiede ſon mobilier aucun droit tel qu'il puiſſe
être , ſous quelque dénomination que ce ſoit. Sa
M. veut qu'en conféquence , toute impofition
juſqu'à préſent perçue à cet égard , à commencerdu
premier Mai prochain , ne puiſſe plus en
aucune façon être exigée , à moins que ce ne
fût pour paſſer dans la Hongrie , la Tranſilvanie
ou quelque état étranger ; dans lequel cas S.
M. a réglé , par ladite Ordonnance , tant la
maniere dont on auroit à payer le droit de retenue
, conformément à la nature & à l'eſpece
du mobilier qu'on voudroit tranſporter , que la
ſomme qu'on auroit à payer , laquelle dans au-
C4
( 56)
cun cas ne pourra jamais excéder dix pour cent.
Toutes les autres diſpoſitions ne tendant uniquement
qu'à conſerver aux corps municipaux ou
Seigneurs fonciers les privileges & conceffions
qui leur auroient été accordés par rapport à ce
droit, dans les cas auxquels , d'après cette Ordonnance
, il pourroit encore être exigé , qu'enfin
à déterminer la maniere & la proportion ,
d'après leſquelles ( dans ces derniers cas) le droit
en queſtion pourroit être perçu , nous nous difpenſerons
de les rapporter en détail.
La Nobleſſe Hongroiſe vient de recueillir
généreuſement les enfans de tous ceux qui
ont péri dans les derniers troubles , en ſe
chargeant de leur entretien &de leur éducation.
On parle vaguement du départ d'un
grand Général pour les Pays-Bas , dans le
cas où il feroit néceſſaire d'ouvrir la campagne.
Il en fera probablementde ce voyage
comme de celui de l'Empereur lui-même ,
dont aujourd'hui il n'eſt plus queſtion.
M.de Souvaigne , après avoir obtenu la permiſſion
& le privilege de Sa Majesté Impériale,
eſt dans l'intention d'établir une nouvelle rafinerie
de fucre à Cloſter Neubourg. Conformémenta
au plan qu'il en a remis aux négocians
de cette ville, le contrat d'aſſociation pour cette
nouvelle rafinerie doit durer 25 ans , à compter
du premier de ce mois , & les fonds néceſſaires
feront fournis par le moyen d'actions de soo &
250 flor, chacune. Pour favoriſer cette entre
priſe , S. M. a dû accorder , dès le 7 Janvier
dernier au fieur de Souvaigne la permiffion de
( 57 )
fairevenir exempts de tous droits 400 quintaux
de ſucre bruc.
L'excellente qualité des tabacs d'Amersfort
, d'Ukraine , de Sardaigne , devroit en.
courager les Puiſſances tributaires de l'Amérique
pour cette feuille ſi recherchée , à
la cultiver en Europe , fous les climats qui
lui font favorables. Cette culture réuffit parfaitement
en Hongrie. Deux négocians de
Trieſte ont acheté depuis peu 12 mille
quintaux de tabac à Segedin & à Groniklos ,
à7 ou 8 florins le quintal.
Le 16 Mai un incendie a détruit dans le
village de Schadendorf 21 maiſons , les
granges&les écuries adjacentes , &un grand
nombre de beſtiaux.
On apprend de conſtantinople qu'Aicloslu-
Mehmed , Pacha , Gouverneur de Bender,
a obtenu le gouvernement de Boſnie.
La grande quantité de neige & la rigueur
du froid ont fait périr en Hongrie preſque
tout le gibier , & un grand nombre de bêtes
à cornes , de chevaux & de moutons manquant
de fourrage.
L'Empereur pour avancer l'affaire du cadaftre
général des impoſitions dans la Baſſe-
Autriche , a établi ici une commiſſion ſupérieure,
& en a confié la direction au Comte
d'Aversperg & au Conſeiller Holzmeiſter.
La Conſcription militaire s'exécute dans
la Tranſylvanie avec beaucoup d'ordre &
cs
( 58 )
de célérité ; on prend ſoin d'envoyer fur le
champ les recrues aux régimens nationaux.
LaGazette de cette Ville vient de publier la
liſte ſuivante des naiſſances , des morts & des
mariages dans l'Autriche intérieure ou les Provinces
de Stirie , de Carinthie & de Carniole
pendant l'année derniere..
Naiſſances dans la Stisie 27,318 , dont 14,106
garçons & 12,212 filles ; dans la Catinthie 8,512,
dont 4,397 garçons & 4,115 filles , & dans la Carniole
17,131 , dont 8,795 garçons & 8,335 filles ;
morts dans la Stirie 24,151 , dont 12,014
hommes , & 12,137 femmes ; dans la Carinthie
8,308 , dont 4,113 hommes & 4,125 femmes ;
& dans la Carniole 14,449 , dont 7,276 hommes
&7,173 femmes ; excédent des naiſſances for les
moris 6,053 . Mariages dans la Stirie 6,745 ,
dans laCarinthie 1,736, & dans la Carniole 3,906.
Total des mariages 1,238.
On écrit du comitat de Szeverin , dans la
Croatie, que la femme d'un ouvrier eſt accouchée
à Lama de 4 enfans à la fois qui
ont été baptifés le même jour , & qui ſe
portent bien ainſi que l'accouchée.
Les couriers fe fuccédent ici rapidement.
Len il en eſt venu un de Pétersbourg ,
dont les dépêches ont fait aſſembler un
Conſeil extraordinaire.
A la findu mois de Mars le montant de la Caiffe
des pauvres étoit de 21,811 florins , dont 10,518
ont été répartis parmi les: Penſionnaires de la
Caiffe. Le nombre des penſionnés monte actuellement
à 5,545.
On continue toujours à envoyer des munis
(
( 39 )
tions de guerre en Boheme , où l'on établit de
grands magafins de grains.
DE FRANCFORT , le 3 Mai.
Le public continue à envoyer 30 mille
Ruſſes à Kiow , pour ſe porter au beſoin
vers la Moldavie ou vers la pruffe , &-80
mille Ruffes tantôt en Livonie , tantôt ailleurs;
enforte qu'on peut joindre ces armées
formidables aux 300,000 Tartares qu'on
faiſoit avancer il y a quelque temps , & à ces
légions de Turcs arrivés ſur le Danube. Ces
grands mouvemens amuſent la curiofité , &
n'ont juſqu'ici gueres plus de fondement les
unes que les autres ,
,
On ne ſe reſſouvient pas d'avoir eſſuyé enBaviere
un hiver auſſi long& auſſi rude que le dernier.
Le 14 du mois de Mars le thermometre de
Réaumur étoit deſcendu à 21 degrés au-deſſous
du point de congélation. Ce froid , de 4 degrés
plus rigoureux que celui qui s'eſt fait ſentir l'année
derniere étoit accompagné d'un brouillard
nor & épais , dont l'odeur étoit inſupportable,
& qui ne ſe diſſipa qu'à dix heures du
matin. Juſqu'à cette époque le froid n'avoit pas
dépaſſé 14degrés ; depuis il a varié . Le 26 Mars,
le thermometre étoit à 11 degrés & demie audeſſous
de la glace ; aujourd'hui à ſept heures
du matin , il n'en marquoit plus ques , malgré
cette afcenfion , il ne paroît pas qu'on touche encore
au moment du dégel. La campagne eſt couverte
de dix pieds de neige ; dépuis trois jours il
èn eſt tombédeux pieds , & il ne ceffe pas d'em
c6
( 60 )
tomber encore. La miſere des habitans de la campagne
eft extrême ; les chemins impraticables
&dangereux leur ûtent la facilité d'approviſionner
la ville , qui ſouffre de la rareté & de l'exceffive
cherté des denrées de toute eſpece. On a
de la peine á ſe procurer pour 12 flor. une meſure
debois, qui ſe vend communément 5 flor. Indépendamment
des enſemencemens qui ſe font au
Printemps , & auxquels il faut renoncer , on
craint beaucoup pour les grains déjà enfemencés.
Le gibier a preſque tout péri, quelque foin qu'on
ait pris pour le nourrir & lui procurer des abris.
Au milieu de toutes ces calamités , la fonte des
neiges , particulièrement de celles dont les montagnes
du Tyrol font chargées , & qui ſe jettent
dans le Danube & l'Iſer , fait redouterdes inondations.
Ilya quelques années que le nommé Friderich
Meyer , eſt décédé à Hauweiller ,
dans le Comté de Bitche , à l'âge de 97 ans .
Il avoit en mourant 240 enfans , petitsenfans
, & arriere - petits enfans : il s'étoit
marié en ſecondes noces à l'âge de 75 ans.
Cet homme mérite d'ailleurs d'être connu
commefondateur du village de Hauweiller ,
où il a établi fa nombreuſe famille , & où
il a détriché une grande quantité de terres
incultes. Il a joui juſqu'à ſa mort d'une ſanté
robuſte.
L'Ex-Jéſuite Weinhart , ci- devant Profefſeur
en Mathématiques à Inſpruck , vient de
préſenter une requête ces jours derniers au
Gouvernement du pays. Il demandoit qu'en
vertu d'un décret d'expectance , à expédier
(61)
de fon vivant , il lui fût permis après ſa
mort de ſe faire enterrer dans la terre ſépulcrale
qui couvre les cendres des Jéſuites ,
ſes confreres , & non parmi les Prêtres téculiers
& autres prophanes de ce monde. La
réponſe quelui a fait le Gouvernement cadre
parfaitement avec la ſingularité de cette demande
: elle porte , « que l'expédition préa-
>> table d'un pareil décret d'expectance étant
inuſitée&ſans exemple , le ſuppliant aura
>> à comparoître dans le tems que ledit décret
> pourra être mis à exécution » . C'est- à-dire
après ſa mort.
Une Gazette Allemandede Commerce s'exprime
de la maniere ſuivante au ſujet de l'Induſtrie &
duCommerce d'Elberfeld & de Barmen , dans le
Duché de Berg. On y compte 100 blanchiſſeries
qui occupent 700 ouvriers. Chaque blanchiſſerie
conſomme environ 40 quintaux de potaſſe , qui est
tirée en grande partie de l'Empire & auffi de la
Hongrie. La Marche fournit à ces blanchiſſeries
environ 80,coo primes de charbons de terre . Les
métiers desTifferans de toile & de rubans font au
nombre de 2,500. Chaque métier gagne par an
environ 250 à 300 rixdalers . Les rubans de fil ſont
envoyés en France , dans la Hollande , dans l'Empire
, &c. Les Manufactures de fil blanc en fourniſſentpar
an 6,000 quintaux , qui paſſent dans le
Brabant , en France , en Angleterre , dans la Hotlande&
dans l'Empire. Les métiers pour la fabrication
des fiamoiſes ſont au nombre de 3,500 ,
qui fourniffent par an 49,000 pieces. Cette marchandiſe
eſt envoyée dans l'Empire , la Hollande ,
&c. Les métiers pour la fabrication des couvertures
de lit de plume font au nembre de 280; on
( 62 )
enfabrique par an environ 39,200 couvertures
dont laplupart font exportées dans l'Empire & la
Hollande. Depuis quelques années , on a auffi
établi à Elberfeld des Manufactures de ſoierie &
mi- foierie , & de dentelles. Ces nouveaux établiſſemens
,qui ne font pas encore portés au point
où ils doivent l'être , promettent par la ſuite les
plus grands ſuccès .
Une lettre de Hongrie, du 2 Avril , an
nonce de grands mouvemens parmi les
Régimens des Croates , & que les les Volontaires
Croates & Vallaques ſe ſont mis en
marche.
Deux Régimens de Cavalerie en garnifon
dans la Pologne Autrichienne , ont, dit on ,
reçu l'ordre de ſe rendre dans la Moravie ,
où ils doivent arriver vers la fin d'Avril .
On vient de publier à Berlin le Mémoire in
téreſſant que le Baron de Herzberg , Miniftre
d'Etat , a lu dans la derniere aſſemblée de l'Académie
, concernant la population des états en général
, & celle des états Pruſſiens en particulier.
La population actuelle des Etats du Roi eſt portée
dans ce Mémoire à fix millions d'ames , dont on
compte deux millions pour les Provinces de Silefie
, de Pruffe orientale & d'Oſtfriſe . Les anciens
Etats de la domination Pruffienne contenoient
avant l'avénement au trône de Sa Majesté
2,240,000 ames , & aujourd'hui ils renferment
quatre millions . Cette augmentation conſidérable
d'bommes eſt due aux ſoins paternels du Roi ,
qui ne néglige aucun moyen d'encourager l'agriculture,
les fabriques , le commerce , & ex
général toutes les branches quelconques d'imduſtrie.
Les bienfaits que S. M. a accordés de
( 63 )
puis le 1 Juin 1784 pour les améliorations de
diverſes Provinces font montés à la ſomme de
2,236,156 rixdalers .
LeMein & la riviere de Kinzig ſont débordés
; les champs & les jardins des environs
de Mayence font inondés , & le paſſage
des couriers & des voitures publiques eſt
arrêté. S'il ne tombe pas d'eau , il y a lieu
d'eſpérer que le débordement ne s'étendra
pas plus loin , & que ces rivieres rentreront
inceſſamment dans leurs lits .
On annonce comme certaine la mort du
Duc regnant de Mecklenbourg Schwerin ,
âgé de 63 ans . Ce Prince ne laiſſe point
d'enfans , & fon neveu lui fuccédera.
Ce qui fait préſumer que les nouvelles
propoſitions des Hollandois n'ont point
faitun grand effet à Vienne , c'eſt que l'itinéraire
des troupes impériales qui doivent
encore ſe rendre aux Pays -Bas , eſt déjà réglé
dans la Baviere. Un corps de fix mille
hommes doit traverſer inceſſamment cet
Etat. On a auſſi envoyé ordre aux chaffeurs
Tirolois , qui font à Inſpruck , de ſe
tenir prêts à marcher.
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 20 Avril.
On est informé par les lettres de Veniſe ,
que le Gouvernement de cette République
aexpédié au Chevalier Emo , maintenant à
( 64 )
Malte , des ordres preſſans dont on ignore
le contenu. Il eſt néanmoins très certain que
ce Général eſcortera l'eſcadre napolitaine qui
conduira ici Leurs Majeſtés Siciliennes.Ainſi
outre le plaiſir de jouir de la préſence de
ces Souverains nous aurons encore
celui de voir dans notre port une eſcadre
nombreuſe compoſée de vaiſſeaux de diverſes
Nations , qui accompagneront leurs
Majestés pendant toutle tems de leurvoyage
maritime.
,
Des lettres de Trente aſſurent poſitivement
que le Capitaine provincial de cette
Ville a reçuordre de préparer des logemens
pour le paſſage de vingt mille hommes de
troupes autrichiennes deſtinées pour
l'Italie.
DE BOLOGNE , le 16 Avril.
L'affaire du Marquis Davia , qui a fait une
figrande ſenſation en Italie , eſt enfin terminée.
Onfait qu'il s'étoit évadé des priſons de
l'Inquifition . Au grand étonnement de tout
le monde , ce Tribunal a ſévi beaucoup
plus contre fon propre chefque contre l'accufé.
Par la Sentence , l'Inquifiteur actuel a été
dépolé. On ne ſauroit lui refuſer quelque
pitié, vu ſon âge de 93 ans. Il eſt réduit à
couler le reſte de ſes jours dans un Couvent ,
avec une chétive penſion de ſoixante écus .
Le R. P. Tommaſo Panni a été élu Inquifiteur
à la place de ce dernier. Il eſt arrivé ici
( 65 )
Je 15 du moispaſſé : les habitansde la Ville
ont été à la rencontre à la distance de trois
milies ; il eſt ailé de cendre au Sant-Office
où il a pris auſſi tot poffeffion de ſa nouvelledignité.
Le Vicaire Luigi Ceruti , acciſé
d'avoir participé au complot de l'évafion
, a triomphé des calomnies de ſes ennemis.
On a reconnu que le Frere laïque
Pietro-Paolo Belli Mareliſgiano étoit la
perſonne la plus coupable. Des motifs d'intérêt
l'avoient déterminé à favorifer la fuite
du Marquis Davia , & il a été condamné à
la perte de ſon emploi à l'Inquifition. Le
Marquis Davia eſt revenu ici le 6 de ce mois .
Il a été accueilli avec des tranſports dejoie
par toute la Nobleffe. S. S. ayant chargé
notre Archevêque d'arranger cette affaire ,
le pere du Marquis Davia préſenta ſon fils à
S qui le recue avec affabilité. Elle lui
enjoignit néanmoins de ſe rendre au Cou
vent des PP. Carmélites. On a tout lieu
de préſumer que ſa détention ne ſera pas
de longue durée. Elle eſt uniquement la
fuite des égards qui font dûs à la fuprême
Congrégation de Rome.
i
DE NAPLES , le 17 Avril .
Leurs Majestés ſe rendent preſque tous les
jours de Portici en cette Ville. Elles s'occupent
fans ceſſede nouvelles diſpoſitionsnonſeulement
relatives à leur prochain voyage ,
( 66 )

\
maisque leur abſence de cette Capitale rend
auſſi extrêmement néceſſaires. Lenombrede
préſensque la Reine ſe propoſe de faire eſt fi
conſidérable , que les tabatieres , pen lules &
autres bijoux , ſe montent feals a la ſomme
de'cent mille ducas. Le Roi montre la plus
grande fatisfaction d'aller à Piſe , pour y
voir le ſpectacle appellé il Giuoco bel Ponte ;
Sa Majeſté en parle très-ſouvent, & elle invite
beaucoup de perſonnes de ſa Cour à ſe
rendre auſſi dans la Capitale du Pifan pour
y jouir de ce ſpectacle. On aſſure même
déja que le Roi s'eſt déclaré pour le parti
portant le nom di S. Antonio , dont il pren .
dra la deviſe. Il a ordonné qu'on fit partir
dans peu de jours , ſes chevaux barbes qui
doivent courir au jeu del Ponte. Ceux des
autres Seigneurs , & particulièrement de
Dom Diomède Caraffa, fuivront la même
route."
1
?
3
ESPAGNE.
:
DE MADRID , le 19 Avril.
On voit ici les deux premiers volumes
d'un ouvrage intitulé Theatro Espagnol , rédigé
par D. Vicente Garcia de la Huerta.
C'eſt une collection des meilleures pieces
de la nation en tout genre. Elle fera compoſée
de cinq parties. Dans la premiere qui
ſera de 4 volumes , on trouvera les Comé
diens à caractere, ou le haut comique Ef(
67 )
pagnol appellé de Figuron. Dans la ſeconde
qui ſera de 8 volumes , les Comédiens d'intrigues
que les Eſpagnols appellent de Capa
y Espada. Dans la troiſieme compoſée de
4 volumes , les Comédiens Héroïques. Dans
la quatrieme des Tragédies anciennes & modernes.
Dans la cinquieme enfin , des Loas
& des Intremedes ( Entremeſes ) choiſis parmi
la quantité innombrable qu'en ont les
Eſpagnols. La collection ſera terminée par
un catalogue univerſel de toutes les Pieces
de théatre que les Eſpagnols ont écrites.
La Société Économique de Valence a offert un
prix de 3000 réaux de vellon à celui qui recueillera
, dans la préſente année , la plus grande
quantité de ſoie de ſeconde récolte , c'est-à -dire
de ſoie produite par des vers élevés avec la ſeconde
feuille de mûrier blanc ou noir. Les procédésdevront
être atteſtés pas le Juge & le Curé
du lieu. Dans cette atteftation , on devra rap
porter le poids de la graine qu'on a fait éclorre
lejour où l'on a commencé l'éducation des vers ,
celui où le ver a commencé à monter, en un mot
toutes les époques de ſon éducation , la quantité
de cocons qu'on a recueilli , la quantité &
la qualité de la ſoie qu'ils ont produit ; enfin
la dépenſe de feuilles de murier. On obſervera fi
ce fecond dépouillement ne fait pas de tort aux
arbres ; & s'il en a fait , on calculera cette perte
avec le plus grand bénéfice qui réſulte de cette
ſeconde récolte de ſoie. Les Mémoires ſe remettront
dans le courant du mois de Novembre prochainentre
les mains du Baron de Trigneftani
Secretaire de la Société.
7
( 68 )
(
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 1 Mai.
4
La ſeſſion s'avance , & juſqu'ici , le Parlement
ne s'eſt preſque occupé que d'opérations
préparatoires. L'affaire d'Irlande, l'é
tat des Finances , l'amélioration des pêcheries;
&c. reftent encore en arriere : pour
accélérer , M. Pitt a fait la motion de remettre
après la Pentecôte l'examen de pétitions
relatives aux élections conteſtés.
Le 22 Avril , la Chambre des Communes
arrêta que le ſurplus du fonds d'amortiſſement
qui monte à 700,000 liv.ft. feroit appliqué
au ſervice courant de l'année. Le
même jour M. Pitt mit ſur le bureau des
Communes deux états du produit des taxes :
le premier préſente le produit net de toutes
les taxes depuis Noël 1783 juſqu'au 5 Avril
1784 , & depuis Noël 1784 juſqu'au s Avril
1785; le ſecond préſente le produit pendant
l'année 1784 , des taxes établies par M. Pitt
à laderniere ſeſſion. Ces deux pieces intéreſſantes
forment le tableau ſuivant :
ETAT du produit net de toutes les taxes ,
depuis Noël 1783 juſqu'au 5 Avril 1784 , & depuis
Noël 1784 juſqu'au 5Avril 1785 .
Droits de Douanes.
1. 1. d.
Total juſqu'au 5Avril 1784. 419.915 06
Totaljuſqu'au 5Avril 1785 . 990,209 14 7
( 69 )
Droitsd'Excise.
Total juſqu'au s Avril 1784. 1,292,220 3 6.
Totaljuſqu'au 5 Avril 1785. 1,312,612 610.
DroitsdeTimbre.
Total juſqu'au 5 Avril 1784.
Total jusqu'au s Avril 1785 .
Objets divers.
Toral juſqu'au s Avril 1784.
Toraljutqu'au 5 Avril 1785.
Total des droits de Douane
, d'Excite , de Timbre &
des objets divers , juſqu'au
5Avril 1784
222,421 17 4.
320,336 。0.
263,419 3 10.
373,097 16 8
.. 2,198,006 52
Total des droits de Douane
, d'Excife , de Timbre &
des obiets divers juſqu'au s
Avril 1785 ... . 3,066,255 18 2.
Fait au Bureau de l'Echiquier , le 15 Avril
1784. Signé JOHN HUGHSON.
ETAT du produit des diverſes taxes établies
parun acte de la derniere ſeſſion du Parlement ,
dans lequel on indique ſéparément le produit de
chaque taxe.
1. C. d.
Année 1784.
Droitsſurla foie & le plomb.
Sur le papier depuis le 11
13,415 12 4.
t
Août • 3,235 12
Sur les chandelles , depuis
le premier Août. • 46,168 2 6
Sur les permiffions générales,
depuis le 10 Septembre . 42,082 00
15 liv. pour cent depuis le
11 Acur
Droits fur les toiles & étoffes,
depuis le 2 Octobre
1,022 0
• 3,085 000
Sur les briques&toiles,de(
70 )
:
puis le 2 Septembre
Droit additionnel ſur les
Fiacres. •
Droit de Timbre additio-
20,170 3 8.
4,800
nel , depuis le zer. Septembre. 113,411 0 0.
Port de lettres Q
Total .
• 43,700
0.
291,109 106 .
M. Pitt ayant fondé ſur la premiere de ces
deux notes les affertions touchant la poſition
floriſſante des finances de l'Angleterre , &
l'eſpoir qu'on avoit d'affecter tous les ans
un & même deux millions à l'extinction des
dettes, fut contredit par M. Eden. Ce dernier
prétendit que le quartier ſur lequel le
Miniſtre avoit établi tous ſes calculs , étoit
dequinze ſemaines au lieu de treize , & que
par conféquent il étoit faux que le revenu
de l'année fût quatre fois le produit de cette
période , ainſi que M. Pitt l'avoit annoncé.
Le Miniſtre repoufla cette accufation par
des éclairciſſemens qui ne furentpas exempts
de vivacités.
Il eſt certain que M. Fox eut , il y a
15 jours une conférence avec le Roi ; mais
ou l'arrangement dont on parloit étoit imaginaire
, ou il eſt encore très peu avancé.
Le Gouverneur & les Directeurs de la
Banque ont arrêté de ſuſpendre juſqu'à l'année
prochaine le remboursement de deux
millions avancés au Gouvernement : ils
offrent encore pour cette année une avance
de deux ou trois millions às pour 100.
71 )
Il eſt peu probable que le Gouvernement
fafſe un emprunt cette année. Pour faire
face aux 2,500,000 liv. ſterl. de fubfides
extraordinaires votés par le Parlement , le
Miniftere a les articles ſuivans.
La Compagnie des Indes
doit payer au Gouvernement
en Juillet prochain ........ 1. 9००,००० .
Emploi du furplus du fonds
d'amortiſſement . ...
Loterie de so mille billets
à 12 1.10 f. par billets .....
৪০০,০০০.
625,000 .
1. 2,325,000.
Le Sloop le Dispatch venant d'Antigues eſt
arrivé dans la Delawave le 26 Janvier , après
une traverſée de 25 jours. LeCapitaine Horgun
qui le commande , a apporté la nouvelle que ,
quelques jours avant d'apareiller , le Médiator ,
vaiſſeau de guerre anglois , étoit arrivé à Antigues
, que le Capitaine de ce vaiſſeau avoit auſſitốt
fait la viſite des papiers de tous les bâtimens
mouillés dans ce port , & qu'un ou deux jours
après , un bâtiment américain , dont la mature
avoit étéendommagée , étant arrivé à Antigues ,
le Capitaine du Médiator lui avoit ordonné de
venir à poupe ,lui avoit défendu de hifler ſon
pavillon , & qu'après avoir envoyé ſes Charpentiers
à bord de ce bâtiment pour réparer ſa mature
, il lui avoit ordonné de remettre immédiatement
à la voile.
L'Amiral Campbell qui commande la
flotte de Terre Neuve a pris congé du Roi.
Son efcadre eft compoſée d'un vaiſſeau de
72
so canons , de trois frégares & d'une corvette.
Les expéditions pour la pêche font
encore plus conſidérables que l'année derniere.
Le Général Haldimand doit s'embarquer
ſur le Salisbury que montra l'Amiral
Campbell , avec qui il doit examiner
les fortifications de Terre Neuve , & une
frégate le reconduira à fon gouvernement
deQuebec.
Le Lord Camarthen a reçu des dépêches de
Madrid qui ſont relatives au différend qui s'eft
élevé fur la côte des Moſquites au ſujet de la
coupe du bois de Campêche. La Cour d'Eſpagne
a énoncé des griefs contre les Sujets Anglois établis
dans cette partie de l'Amérique , & elle présendque
ſuivant les détails authentiques qui lui
font parvenus concernant cette affaire, les Anglois
ont été les agreſſeurs , qu'ils ont empiété
fur les limites des Colonies Eſpagnoles , qu'ils
ont exercé des voies de fait contre les Sujets de
S. M. C. & ont manqué de reſpect envers ſes
Officiers.Le Lord Camarthen , à la réceptiondes
dépêches qui renfermoient ces détails , s'eſt, diton,
rendu ſur le- champ à Windſor pour les faire
lire auRoi.
Un de nos Papiers adreſſe les queſtions
fuivantes à toutes les perſonnes intéreſſées
dans les fonds publics.
Les Commiffaires des Douanes ne déclarentils
pas que les réglemens projectés contre l'Irlande
, réduiront tout d'un coup à moitié les
revenus que l'Angleterre retire & ſon commerce
avec l'Irlande ?
N'eſt-il pas reconnu que l'opération portée par
laderniere clauſe de la cinquieme refolution ,
tarira
( 73 )
tarira par degré les ſources les plus lucratives
des revenus publics , pour les transférer à l'Irlande?
* Le projet d'émigrer en Irlande que nos Manufacturiers
ont témoigné vouloir exécuter ſi les
réſolutions paſſent en Parlement , ne privera- t- il
point immédiatement l'Angleterre des ſommes
immenfes qu'il eſt prouvé que ces Manufacturiers
paient actuellement à l'Excite ?
Enfin la facilité & l'encouragement que ces
réſolutions donneront à la contrebande des marchandises
de toute eſpece , & en particulier à
celle des marchandiſes des Indes , n'affecterontils
point les fonds publics de la maniere la plus
funeſte ?
-
L'appel de M. Wedgwood à tous les propriétaires
de biens- fonds , dans le dernier rapport
des tranſactions de la Chambre générale de Manufacturiers
(dit un de nos Papiers) mérite l'artention
la plus ſérieuſe de toutes les perſonnes
qui ont des biens-fonds dans ce Rojaume.
La valeur des terres dépend évidemment du prix
des denrées , & le prix de ces denrées du nombre
d'habitans. Si donc l'Angleterre , en conféquence
de ſon ſyſtême de commerce avec l'Ir-
Jande , perd trois à quatre cent mille Manufacturiers
; la population étant diminuée , les
terres perdront de leur valeur dans les dix
premieres années , au moins l'uſufruit de dix
ans . Ce n'eſt donc pas les ſeuls habitans de
Mancheſter , de Bristol , de Liverpool , &c . qui
reſſentiront les conféquences fatales du nouveau
ſyſtême : l'effet en ſera auſſi général que pernicieux.
Enfin il n'y aura point de pauvre ren-
-tier dans le Royaume qui ne faſſe des pertes &
-qui ne trouve ſes revenus diminués par cette
meſure abfurde & maladroite.
0
N°. 20 , 14 Mai 1785. 6 d
( 74 )
On apprend de Dublin que la manufacture
de Potaſſe établie dans cette ville eſt
à un tel point de perfection que la potafle
qu'elle produit eſt eſtimée preſque aufli
bonne que celle d'Amérique. Cet objet elt,
de grande conféquence pour les manufactures
de toile .
L'abondance du poiſſon a été ſi grande
dans les environs de la Baye de Dublin
que la ſemaine derniere un bateau pêcheur
qui étoit au large près du Kish pêcha 400
cabillisux d'un coup de filer.
Jeudi dernier le Chancelier de l'Echiquier a
eu une conférence avec les principaux Commerçans
en cuirs , dans laquelle ils lui ont expoſe
que , en conféquence d'un acte du Parlement
paiſe en 1780 , l'Angleterre avoit exporté d'Irlande
dans cette année pour 2,500 liv. fterl. de
cuirs ; en 1781 pour la ſomme de 12,000 ; l'année
tuivante l'exportation monta juſqu'à 17.900
liv.; mais en 1782 ( les Marchés ayant regorgé
de cette marchandise ) l'exportation tomba à
8,000 liv.; l'année derniere cependant les exportations
font montées rapidement à la forme de
48,000 liv.
Ce qu'il y a de bien extraordinaire , c'eſt que
pendant que l'on faisoit les recherches relatives
à cette branche de commerce, les Marchands
Anglois avouerent qu'ils ignoroient abſolument
l'exiſtence de cet acte du Parlement au moyen
duquel l'Irlande a accumulé des ſommes auſſi
confidérables. Ils avoient à la vérité éprouvé des
revers dans leur commerce , mais ils en ignoroient
la cauſe , juſqu'au moment où elle fut divelguée
par les ſoins de la Chambre généraledas
Manufagures,
( 75 )
Le fcours de M. Pitt fur l'état des finances,
va devenir le ſujet de débats très-curieux
& très inſtructifs . M. Fox ne s'eſt pas ,
dit il , laiſſé éblouir par le tableau flatteur que
le Miniſtre a fait de la proſpérité de l'Etat ; il
veut des preuves , & en conféquence il annonça
le 26 Avril à la Chambre des Communes
, qu'il feroit inceſſamment une motion
pour que l'on mit ſur le bureau tous
les papiers qui pourroient éclairer la Chambre
ſur la véritable poſitiondes finances de l'Etat,
&lui faire connoître le degré de probabilité
qu'il y avoit de diminuer la dette nationale.
M. Pitt ne s'oppoſa point à cette propofition,
&il affura qu'il démontreroit quand on le
voudroit , que tout ce qu'il avoit dit étoit
parfaitement fondé .
Le 26 Avril le Conſeil de Guerre nomme
pour juger le Général Roff a conſenti , en s'ajournant
, à recevoir l'avis des douze Juges de
Angleterre fur la queſtion ſuivante : « Si le Général
Roff , comme Officier à demi-paie , étoit
dans le cas d'etre traduit au Tribunal d'un Conſeil
de Guerre » . Les Juges déciderent d'une
voix unanime que , comme Officier à demi-paie,
ce Général ne devoit pas être ſoumis à la Loi
martiale. Leur réponſe porta ſur deux points , &
le principe ſur lequel ils appuyerent leur ſentiment
dans l'un & l'autre cas fat , que le pouvoir
attribué au Général Roff , comme Officier Général
, & le traitement dont iljouiffoit , comme
Officier á demi paie , ôtoient au Conſeil de
Guerre tout droit de le juger militairement. En
conféquence , ce Général a été relevé de ſon
d2
( 76 )
rrêt , & le Conſeil de Guerre s'eſt ſéparé.
Les Anglois ne fauroient affez apprécier toute
Pimportance dont eſt pour eux la décision que
les Juges ont donnée dans cette affaire. En effet ,
s'ils euiſent prononcé que des hommes licenciés
de l'armée à demi paie devoient être tenus de
comparoître à volonté , ou bien qu'ils étoiert
dans le cas d'être jugés militairement. -Sils
avoient décidé que la demi-paie accordée à ces
hommes étoit une récompenſe pour leurs ſervices
paffés , mais aufli un engagement pour l'avenir ,
-il eſt indubitable que la Couronne ſe ſeroit
crouvée inveſtie du pouvoir d'avoir conſtamment
fur pied une armée qui ne peut être levée ſans la
permiffion du Parlement.
Sa-
Le Roi a nommé M. Thomas Warton ,
Poëte Lauréat , à la place de feu M. William
Witehead. Deux perſonnes briguoient cette
place ; M. Potter , le Traducteur d'Efchyle ,
& M. Warton : on aſſure que la recommandation
du Roi a aſſuré la place à ce dernier;
fon traitement eſt de 100 liv. ft. par
an , avec une piece de vin de Canarie , que
l'on paie en argent 60 liv. ft. M. Warton
eft dans la Littérature pour un
vant du premier ordre , & un Grammairien
excellent ; on lui doit une Hiftoire très - curicute
de la Poéſie angloife. Cette place ridicule
de Poëte de la Cour date du regne
d'Elifabeth. Spenſer l'occupa le premier , &
mouruten 1598 , quatre ans avant la Reine,
Samuel Daniel & Ben Johnson lui fuccéderent
: ce dernier réſigna en faveur de Sir
William Davenant, qui, après trente deux
connu
( 77 )
ans d'exercice , laiſſa ſa dignité lyrique à
Dryden. Ce Poëte célebre fut détrôné à la
révolution , & on le remplaça par un nommé
Shadwell , qu'il a tourné en ridicule dans
une de ſes Satyres. Vinrent enſuite Eufden &
Colley Cibber , Poëte dramatique , à qui
*avoit fuccédé M. William Witehead.
Les deux Corſaires Lucke Ryan & Mercator ,
connus par les déprédations qu'ils ont commifes
pendant la guerre derniere , au grand préjudice
du commerce dans le canal St. Georges , avoient
été condamnés rigoureuſemont par le Tribunal
du Old Bailey . Après que l'on eut obtenu leur
élargiſſement par une puiſſante entremiſe , ils
retournerent à Dunkerque. Arrivés dans cette
Ville , ils apprirent que la maiſon dans laquelle
ils avoient déposé environ cent mille livres ſter .
ling de leurs richeſſes mal acquiſes , avoit failli .
Ce revers les réduifit à l'indigence. Mercator
s'embarqua pour les Iles en qualité de ſecond
fur un Bâtiment , & périt dans un ouragan à la
hauteur du Cap François. Ryan eſt actuellement
garçon dans une Auberge a Oftende , cù dans
Thumilité de cette ſituation , il ſe comporte
très fagement.
Nous ne garantiſſons point la vérité de ce
récitqui ſe trouve dans tous les Papiers Anglois .
On cite ici le jeune Marquis de Titchfield
, fils du Duc de Portland , comme ex
trêmement ſavant dans la langue grecque .
Ses talens donnent les plus grandes eſpérances.
Il a fait ſes études fous M. Goodenouch ,
&de fes mains il a paffé à l'Ecole de Westmintter
, où on avoua qu'on ne pouvoit lui
donner aucun Auteur claſſique qu'il ne cond3
( 78 )
nût déja. Dans ce moment ci il eſt à l'Univerfité
d'Oxford .
Le Chevalier Joſeph Banks , Préſident de
la Société Royale , a donné le 16 Avril ,
dans ſa maiſon de Soho Square , des Converſazioni
à pluſieurs Membres de la Société
, aux Ambaſſadeurs étrangers & aux Savans.
L'aſſemblée ſe tint dans ſa grande Bibliotheque
, qui communiquoit à d'autres
falles. Les uns y tenoient des conférences ,
d'autres examinoient des livres & des curioſités
, &c. L'aſſemblée commença à ſept
heures, & finit à dix. On dit qu'elle aura
lieu tous les Samedis pendant certains moi
de l'année.
Cet uſage eſt très à la mode en Italie
parmi les Savans & les Gens de qualité. Le
Chevalier Banks l'aura introduit le premier
en Angleterre. Ces aſſemblées ayant pour
but l'encouragement des Sciences , peuvent
avoir une certaine ut lité , fur-tout fi les
autres claſſes des Citoyens cherchent à les
imiter ; le tems paffé dans ces aſyles ſeroit
antant de pris ſur les vices & fur la difſſipation.
L'eſpace nous ayant manqué l'ordinaire
dernier pour donner en entier les débats
qui ont eu lieu au ſujet de la réforme pa--
lementaire; nous allons reprendre ici les dif
cours de M. Henri Dundas & de M. Burke .
M. Dundas dit qu'il étoit fâché de voir mêler
au débat tant de diſcuſſions étrangeres , qui
non-feulement avoient détourné de l'attention
1
( 79 )
,
an
laChambre , mais avoient encore tendu à aliener
lespartiſans de la motion les uns des autres. Il ſe
déclara le partiſan des propoſitions de ſon honorable
ami ( M. Pitt ) , & il repréſenta à la
Chambre qu'elle ne devoit point enviſager ſa
déclaration comme inconféquente , parce qu'il
avoit toujours regardé un plan de réforme comme
utile & néceſſaire; ne s'étant jamais oppofé qu'à
des projets trop généraux & peu détaillés
moyen desquels la Chambre couroit le riſque
de reffendler à une boutique de projets. Il dit
que la Chambre devroit tenir un Comité de
confultation fur les vices de la conftitution . C'est
contré ces projets obfcurs , dit M. Dondas , que
je me ſuis toujours déchaîné ; non contre le projet
actuel qui forme un bill complet ; qui travaille
à une réforme non-feulement immédiate , mais
conſtante dans la repréſentation , & qui guérit
les vices radicaux de cet édifice. Je répéterai ici
combienje ſuis fâché que l'on ait intro luitdans le
débat des diſcuſſions auſſi éloignées du ſujet ,
que la guerre de l'Amérique. Cette guerre étoit
la guerre du peuple ; & dans cette occafion
ce ne fut point la conſtitution du Parlement qui y
donna lieu , mais le ſentiment général de la nation
qui le témoigna au moyen de ſes Repréſentans.
Ce n'eſt point Mylord North qui a été
l'auteur de la guerre. Il n'a fait que remplir les
defirs de la nation , & , à mon avis , s'il eſt blamable
en quelque choſe , c'eſt d'avoir mis de
-la lenteur à les fatisfaire .
M. Burke parla contre la motion. Il fit particulièrement
alluſion à la conduite d'un très-
Révérend Membre ( M. Wyvil ). Il critiqua la
variété & l'étendue de ſa correſpondance , qui
n'étoit point ſeulement bornée au Chancelier de
PE hiquier , & aux Volontaires de l'Irlande; mais
d + 1
1
( 80 )
qui s'étendoit au Lord Shelburne & à M. Macgrugar
, dont les noms étoient laiſſés à la pottérité
avec pluſieurs autres auſſi célebres dans les
écrits de ceThéologien Réformateur. Aprè savoir
lû quelques Extraits de cette correſpondance ,
M. Burke obſerva que M. Pitt , précédemment ,
avoit ſoumis à la Chambre deux plans , qui
tous deux, étoient la perfection même , & qu'il
en préſentoit aujourd'hui un troiſieme encore
plus parfait qu'aucun des précédens . J'avoue ,
dit-il , que ce plan a en lui même beaccoup plus
de palliatifs que ſes deux freres , puiſque ſon
effet ne doit affecter aucun des Membres du
Parlement actuel ; en cela , je ne ſaurois aſſez
admirer l'adreſſe de M. Pitt , qui a fu rendre
ainſi ſon plan agréable à tous les Partis. Quant
à moi , je confidere ſa motion totale comme
une pure illuſion , un ignis fatuus , fait pour
égarer&pour abuſer ceux qui en feront uſage , &
j'infilterai toujours fur ce que ce Miniſtre a abandonné
le principe ſur lequel il avoit originairement
formé la queſtion.
M. Burke parla enſuite du plan qu'un noble
Duc avoit fait circuler; plan fondé fur une théorie
à la fois la plus belle & la plus impraticable
que l'on put imaginer. Le Chancelier de
l'Echiquier, dit M. Burke , a avancé comme
un argument en faveur de fon ſyſteme que fon
plan devoit être complet & définitif. Comment
a- t- il pu faire cette propoſition avec vérité ?
Eſt-il certain que , lorſque ſon plan fera établi
fon noble Collegue ne ſe préſentera pas
auffi avec ſon plan ? Est-il bien sûr qu'il n'infiſtera
pas comme homme & comme Miniſtre ,
pour qu'on l'établiſſe auffi ?
5
L'argument de M. Pitt, il faut en convenir ,
eft curieux. C'eſt précisément comme s'il di-i
( 81 )
foit : & De deux maux , choifflez lemoindre,&
>> je vous promets , lorſque vous m'aurez per-
>> mis d'enlever les parties de votre ameubie-
>> ment , que je pourrai convoiter , je vous
promets , dis- je ,de fermer la porte , & d'enmpêcher
d'entrer le Duc de Richmond ou la
>> canaille qui voudroit emporter ce qui reſte ».
ETATS - UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 15 Février.
Un anonyme a propoſé dans les Papiers publics
de donner à cette nouvelle ville le nom de
Columbia Si les idées de juſtice & d'équité qui
regnent aujourd'hui , dit il , avoient eu la même
influence dans le quinzieme fiecle . notre Continent,
au lieu de porter le nom d'Amérique ',
auroit été connu par celui de Colombia , en l'honneur
de Phomme courageux qui l'a découvert ,
amais dans cet âge d'IGNORANCE & de cruiuté ,
Améric Vespuce, Négociant de Florence ,-eur
l'art de faire porter fon nom à la moitié duglobe ,
tandis que l'immortel Colomb fut traité comme
un traitre & conduit en Europe chargé de fers.
Notre Empire naiſſant , continue l'anonyme ,
ayant été établi d'une maniere qui fait honneur
à l'humanité , & qui a de l'affinité avec les grandes
entrepriſes de Colomb , nous croyons que Pon
devroit donner le nom de ce célebre voyageur à la
ville fédérale que l'on va bâtir. C'eſt lui qui a
découvert le Nouveau Monde , & c'eſt à lui qué
nous devons par conféquent la retraite où nous
nous ſommes mis à l'abri de la tyrannie eccléfiaſtique
& civile , & où la liberté a pu s'élever
un temple qui ne ſera jamais détruit. Cette belle
idéea fait la plus grande ſenſation ,&ilparoît
que toutes les voix ſe réuniſſent pour qu'elle ſoit
adoptées
ds
82)
:
Le Congrès a actuellement ſous les yeux des
remontrances ſérieuſes du Gouvernement d'Elpagne
relativement à la navigation de Miſſiſſipi.
Les Eſpagnols veulent interdire ce fleuve aux habitans
des Etats-Unis , quoique la navigation leur
en ſoit aſſurée par le traité avec l'Angleterre. Les
Eſpagnols menacent même de confiſquer les
bâtimens américains qu'ils trouveront fur ce
Aeuve. Ce procédé des Eſpagnols n'eſt point
le ſeul dont les Américains ſe plaignent. Ils
accuſent les Gouverneurs de la Floride d'encourager
les Indiens du Keutucky â s'armer contre
les Sujets des Etats- Unis , & ils ſont perfuadés
que tous les actes de cruauté que commettent ces
Sauvages font l'ouvrage de leurs veiſins.
La Province de Vermont a croifi des Délégués
pour la repréſenter dans le Congrès ,
ce qui fait préſumer que cette Province va
être admiſe dans la confédération.
On a exporté de Boſton dans le mois de
Décembredernier, deux cents barils de dollars
; il en eſt de même dans tous les ports
des Erats Unis , d'où l'on exporte confidérablement
d'eſpeces. Ce fait prouve que la
balance du commerce n'eſt pas encore en
faveur de l'Amérique , & ne le ſera pas de
très-long-tems.
1
Les Loyaliſtes qui ſe ſont réfugiés dans
l'iſled'Abacco , l'une des Bahama , ont déja
rendu cette ifle très fertile ; elle produit actuellementdu
ſucre , du coton & de l'indigo,&
il paroît que dans quelques années fon
commerce ſera conſidérable.
La légiſlation de New-Yorck eſt ſur le
point de paſſer un bill pour l'abolition de
( 83 )
l'eſclavage , il ſe trouve peu d'elclaves dans
cette colonie.
L'aſſemblée générale du Continent a paffé un
acte, par lequel cet Etat confere au Marquis de la
Fayette & à fon fils George Washington-la-
Fayette , tous les privileges & toutes les immunités
dont jouiffent les Citoyens de cet Etat.
LaVirginie fait ſcuplter deux baftes du Mare
quis de la Fayette ; elle en fera remettre un de
ſa part à la ville de Paris , & l'autre ſera placé
dans l'endroit où la Législature ſe déterminera à
faire placer la ſtatue du Général Washington .
L'Etat de Pensylvanie a fait don à la Société
Philoſophique , d'un terrein ſur lequel
cette Compagnie ſavante fera élever un bâtiment
qui renfermera une falle d'aſſemblée ,
unebibliotheque , un obſervatoire , & un logement
pour fon Secretaire.
On écrit de Rohoboth que le 18 Décembre
1784 , William Dréger eſt mort à l'âge
de cent ans. Il a vu les enfans de ſes enfans
juſqu'à la quatrieme génération, ſe multiplier
au nombre de 179 , dont 149 font encore
vivans. Ce refpectable vieillard eſt né
en Angleterre ; mais il habitoit l'Amérique
depuis 80 ans.
L'Etatde New-yorck a paſſé le 19 Novembre
dernier un acte en ſupplément de
celui des impofitions .
Le premier article ordonne que tous les étrangers
(les Anglois exceptés ) ne paieront fur le
rum , eaux-de- vie , &c. qu'ils importeront dans
cet Etat , que les mêmes droits que ceux payés
parlesCitoyens.
d6
( 84 )
Le fecond que toutes les marchandifes inipor+
tées dans des vaiſſeaux anglois feront ſujettes à
un droit double de celui qui ſeroit payé ſi elles
euſſent été apportées dans des bâtimens de toute
autre nation .
Le troiſſeme , que l'étain & tous les meubles
de cuifine ,&c. feront foumis à un droit de cinq
pour cent, mais qui ſera porté à dix , lorſque le
tranſport en aura été fait dans des vaiſſeaux anglois.
L'honorable John Adams, Ecuyer , a été
nommé par le Congrés , Miniſtre plénipotentiaire
à la cour de Londres , & William
Smith , Ecuyer , Secrétaire de la légation.
L'Etat de Géorgie a ordonné que l'on paſſera
ane loi pour marquer les limites d'une étendue
de pays ſituée dans cet Etat & fur la riviere du
Miffifii , lequel détroit ſera formé en un nouveau
Comté , appellé Bourbon.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 4 Mai.
Le Marquis de Meſnard , le Comte de
Saint Aftier & le Vicomte de Chevigné , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préſentés au Roi , ont eu , le 29 du mois
dernier , celui de monter dans les voitures
de Sa Majeſté & de la ſuivre à la chaffe.
Le fieur Lamy , Libraire, a auſſi eul'honneur
de préſenter an Roi & à la Famille
Royale la 27e. livraiſon du Voyage pittorefque
de la France , & la 45e . de celui de la
Suiſe, ouvrages que Leurs Majestés & la
( 85 )
Famille Royale ont honoré de leurs foufcriptions.
Le Roi a nommé à l'Abbaye d'Elan , ordre
de Citeaux , dioceſe de Reims , l'Abbé
de Damas , Vicaire général de Nevers ; à
celle de Quimperlé, ordre de Saint Benoît ,
dioceſe de Quimper , l'Abbé d'Avaux , Inf
tituteur des Enfans de France ; & à celle
d'Eaunes , Ordre de Citeaux , dioceſe de
Toulouſe , l'Abbé de Cambon, Vicaire gé .
néral du même dioceſe .
Les Etats d'Artois furent admis , le premier
de ce mois , à l'audience du Roi ; ils
furent préſentés à Sa Majesté par le Maréchał
de Ségur , Miniſtre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de l'Artois , & par le
Maréchal Duc de Lévis , Gouverneur général
de la province. La Députation , conduite
à l'audience par les ſieurs de Nantouillet
, Maîtres des Cérémonies , & par le ſieur
de Watronville , Aide des Cérémonies , étoit
compoſée , pour le Clergé , de l'Abbé de
Fabry, Chanoine &Vicaire général de Saint-
Omer , qui porta la parole ; pour la Nobleſſe
, du Comte de Cunchy de Fleury; &
pour le Tiers Etat , du ſieur Duqueſnoy ,
Ecuyer ,Avocat & ancien Echevin de la ville
d'Arras.
DE PARIS, le 12 Mai.
Le leger ſouffle du vent du Sud & du
Sud-Est qui ſe fit fentir un jour ou deux ,
( 86 )
conduiſit dans les ports de Bordeaux & de
Nantes , &c . plus de 40 navires ; la plupart
louvoyoent depuis deux mois ſurnos atterrages
& mouroient de faim. Auſſi les bâtimens
fortis de Nantes chargés de vivres
& de rafraichiſſemens leur ont été d'un
grand fecours.
On lit dans les Affiches de Nantes le
certificat ſuivant.
Je ſouſſigné Commandant le Navire le Tage,
de Nantes , venant de Lisbonne , après 56 jours
de traverſée , déclare que , manquant abſolu-
> ment de vivres , & à la veille de mourir de faim ,
>>metrouvant à47 degrés de latitude,& 19degrés
de longitude au Méridien de Paris , j'ai eu le
bonheurde rencontrer à la mer,le 8 Avril 1785 ,
>le Navire nommé la Branche d'Olive , ( Olive-
>> Blanch ) Américain , commandé par le ſieur
Joseph Lenord , allant d'Amſterdam à Charles-
Town , dans la Caroline du Sud ; que j'ai
reçu de ceCapitaine tous les ſecours imagina-
>bles en pain , boeuf, volaille , vin , beure, pois,
patates, eau, & autres rafraichiſſemens ; qu'il a
constamment refuſé tout paiement , diſant qu'il
>>se trouvoit trop heureux de pouvoir obliger un Fran-
>> cois; que l'ayant remercié & quitté , j'ai conti-
>> nuéma route juſqu'ici : & je me hâte de confi-
>>gner ce trait de générofité dans les Papiers
>> publics , pour preuve de ma reconnoiſſance ».
ANantes , ce 23 Avril 1785. Signé , CHARLES
DAVID .
L'Académie Royale des Belles- Lettres d'Arras
propoſa pour la troiſieme fois , pour le ſujet ſuivant
, des prix qu'elle diſtribuera en 1787 :
«Quelles furent autrefois les différentes bran
( 87 )
>>
"ches de commerce dans les contrées quiforment
preſentement la Province d'Artois , en remontant
même au temps des Gaulois ? Quelles
>> ont été les cauſes de leur décadence ,& quels
>> ſeroient les moyens de les rétablir , notamment
>> ler Manufactures de la ville d'Arras ?
Elle donnera de plus à la même époque un
prix ſemblable ſur la queſtion ſuivante :
>> Eſt - il avantageux de réduire le nombre des
>>cheminsdans le territoire des villages de la Pro-
> vince d'Artois , & de donner à ceux que l'on
>> conſerveroit une largeur tuffifante , pour être
plantés ? Indiquer , dans le cas de l'affirmative,
>d'opérer cette réduction »,
Les Mémoires ſeront adreſſés , francs de port ,
au Secrétaire-Perpétuel de l'Académie , àArras ,
ou ſous le couvert de M. l'Intendant de Flandres
& Artois , à Lille ; & on ne délibérera que
fur ceux qui ſeront reçus avant le premier Décembre
1786.
L'Académie décernera vers les Fêtes de Pâques
1786 , le prix annoncé dès l'année derniere , fur
ce ſujet :
<< Eſt - il utile en Artois de diviſer les Fermes
>> ou Exploitations des terres ; dans le cas d'affir-
>> mative , quelles bornes doit- on garder dans
cette divifion >> ?
Les prix confiſteront , chacun dans une médaille
d'or de la valeur de 500 livres , ou dans
cette fomme en eſpeces .
Pierre René de Gohin , Chevalier , Seigneur
de l'Antivel , la Cointrie , Maillé ,
Marcilly , Villetrouvé , &c. &c. Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Iouis ,
Lieutenant pour le Roi & Commandant
dans les villes & forts de Thionville , eft
( 88 )
mort à Angers , le 17 d'Avril , âgé de 69
ans.
م
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE, le 9 Mai.
On attend toujours avec impatience &
avec inquiétude l'iſſue des négociations relatives
à notre démêlé avec l'Empereur.
Voici ce qu'on débite à ce ſujet depuis quel
ques jours. :
L'Ambaſſadeurde France ayant reçu d'im
portantes dépêchesde fa cour, fur les moyens
d'entrer en accommodement , elles ont été
portées dans l'affemblée desEtats-Généraux ,
&de- là dans celle des Etats de Hollande.
Quelques membres en ont demandé copie
pour en faire rapport à leurs commettans.
On ne fait encore rien de poſitif ſur le contenu
de ces dépêches. Il faut qu'elles foient
d'une grande importance ; mais on ne
penſe pas qu'elles annoncent une rupture
certaine ; & la France s'emploie de tout fon
crédit pour amener l'Empereur à des pro--
poſitions raisonnables , & pour prévenir les
hoſtilités . On ajoute , que les diverſes provinces
, éveillées par l'exemple de la Gueldre
, ont enjoint à leurs députés de ne rien
conclure en comité ſecret , fans avoir des
ordres de leurs conſtituans . On dit à préſent
que l'Empereur demande encore Saftingen
, comme compris dans la déclaration

( 89 )
-
&dans l'arrangement de 1664 , auquel il eſt
réſolu de s'en tenir : les ſommes d'argent
que S. M. demande pour Maſtricht , feroient
calculées depuis l'an 1678 , époque
de la paix de Nimegue. D'autres prétendent
que l'Empereur feroit incliné à échanger
Mastricht & le pays d'Outre - Meuſe
( qu'il regarde probablement comme des
propriétés deja acquiſes) contre Ruremonde.
Les Erats-Généraux ont invité chaque
province à nommer quelques députés aux
conférences extraordinaires , qui auront pour
objet l'examen des divers abus dans l'adminittration
des affaires de laGénéraliré.
Le Vice Baillif de Maestricht , M. Van
Slype arrêté avec tant d'éclat comme
un confpirateur , traité en complice d'un
crime de haute trahiſon , ſi indignement
accuſé par des Feuilles publiques autoriſées ,
eſt mis en liberté. Le jour de ſon élargiffement
a excité l'allégreſſe univerſelle des
habitans de Maestricht. Dans le voiſinage
du domicile de ce Magiftrat on a dreſſé
un arc de triomphe , & la ville a été généralement
illuminée. M. Van Slype eſt arrivé
dans cette réſidence peu de jours après.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 10 Mai.
Ontranſporte dans les Pays-Bas les emmagaſinemens
faits à Heilbron , en les rent
( १० )
plaçant à meſure dans cette derniere ville.
Les munitions qui étoient à Liege , feront
conduites à Tirlemont .
Quelques Feuilles publiques préſentent
en ces termes une apologie du Comte Charles
de Proli.
« Le retour à Anvers du Comte Charles de Proli,
ſur le départ duquel on s'étoit plu à répandre les
bruits les plus injurieux , déſiile enfin les yeux du
public impartial . L'on reconnoît qu'il a été la
dupe & la victime de ſon bon coeur & de la malice
de ſes envieux, L'acharnement de ceux- ci à le
perfécuter , le deſſein de le détruire totalement
les avoit portés aux excès les plus coupables. Un
petit nombre de prétendus créanciers ne farlant
pas la cinquieme partie de ſes dettes paſlives, s'eſt
arrogé le droit de s'affembler ſans convoquer les
autres , & animés par la rage d'un ou deux d'entr'eux,
font parvenus à nommerdes curateurs à fa
maſſe. Ceux -ci ne ſe ſont occupés qu'à annoncer
au public une ruine totale& à précipiter les venres
, endétériorant les effets plutôt que de travailler
à les faire valoir le plus que cela ſe pouvoit ,
&ilsonttour fait fans drefer un bilan, fans interpeller
les créanciers les plus confidérables , fans
former des inventaires en regledes effus précieux
qui ſe trouvoient dans ſon mobilier ; enfin fans aucun
des préliminaires ufités en pareil cas. Les
honnêtes gens gémiſſent de voir que ce vieil-
Jard reſpectable ait dû demander des lettres de
ſauf-conduit , dont il n'avoit pas beſoin pour revenir
dans ſa patrie. L'oppoſition de ſes ennemis
àla conceffion de ces lettres eſt une preuve manifeſte
de leur animoſité contre lui. Cet homme ,
que trop de zele pour le bien- être de ſa patrie ,a
entraîné dans des ſpéculations dont l'iſſue a été
:
) وا (
malheureuſe , ne devoit s'attendre qu'à être plaint,
loin d'encourir le moindre blâme ; & les honnêtes
gens ne conçoivent pas que l'on ne ſe ſoit pas empreffé
à le redemander plutôt qu'à vouloir l'éloigner,
puiſque ſa préſence eſt indiſpenſablement
utile & néceſſaire à l'explication du nombre d'objets
relatifs aux intérêts publics : Car on a beau
dire ; le Comte Charles de Proli , s'il n'eſt paste
ſeul , eſt, fans contredit , l'homme le plus inſtruit
du pays dans les affaires d'un négoce auſſi étendu
&compliqué que celui des Indes » .
On écrit de Paris une anecdote affez
plaiſante, dont on croira ce qu'on voudra.
Trois jeunes Demoiſelles à- peu- près du même
âge , s'étoient liées de la plus étroite amitié dans
unCouvent où elles étoient penſionnaires depuis
un an ou deux. Elles s'aimoient à tel point ,
qu'elles réſolurent de re point ſe ſéparer de leur
vie. Une réflexion affligeante vint pourtant troubler
la douceur de leur union : leur ſéjour dans ce
Couvent ne devoit point étre éternel , & le moment
, où leurs parens les rappeleroient pour les
marier, ſeroit d'une cruelle ſéparation . Comment
parer ce terrible inconvénient ? Leur jeune
cervelle s'épuiſa à chercher un expédient. Enfin ,
elles imaginerent que le ſeul moyen d'être unies à
jamais, étoit d'épouſer toutes trois le même mari.
Mais la légiflation du pays défend la polygamie :
enfin, la plus aviſée des trois fit fonger aux autres
qu'il n'y avoit que le grand Turc qui pût faire leur
affaire. En conféquence , les trois petites Demoifelles
écrivent auſſi - tốt une lettre en commun ,
dans laquelle elles expoſent au grand Turc la
tendre amitié qui les unit , la crainte qu'elles
ont d'être ſéparées , & le choix qu'elles ont
fair de lui pour être leur commun époux ; elles
( 92 )
ajoutent , qu'auffi - tôt leur premiere communion
faite , elles ſe mettront en route pour ſes Etats ;
qu'en conféquence , ildiſpoſe tout pour les recevoir.
Les trois amies, ravies d'avoir trouvé cet expédient,
cacheterent la lettre, & la font mettre à la
pofte avec cette adreſſe : à Monfieurle Grand Ture,
dans fon Sérail , à Constantinople . Cette adreſſe
ayant paru ſuſpecte , on remit la lettre au Minic
tre , qui la communiqua au Roi.
On trouve dans un ouvrage périodique
l'anecdote ſuivante , digne d'être rapportée.
Pendant la guerre de 1757, en Allemagne , un
jour que pluſieurs Généraux & autres, Officiers
d'Etat major ſe trouvoient reunis à la table du
Feld Maréchal Comte de Daun ; un Caporalde
Grenadiers s'en vint faire quelque rapport à l'un
defesAidesd- e-Camp , dinant avec eux. Celuici
ſe leve auffi tôt de table , & va donner audien.
ce au Caporal , dans l'avenue de la falle , près
de la porte d'entrée , que d'une main il tensit
entr'ouverte , tandis qu'il écoutoit le rraapppport;
au moment qu'il alloit rentrer , le Feld- Maréchal
entrevit le Grenadier ; c'étoit un Soldat déjà
blanchi ſous les armes , de la figute la plus martiale&
la plus intéreſſante , remarquable d'ailleurs
parun oeil cicatriſé , & entiérement perdu
d'un coup de feu reçu par l'ennemi , ſur lequel
oeil , ou plutôt ſa concavité , inclinoit & s'enfonçoit
fierement un honorable bonnet : le Feld-
Maréchal , enchanté de la bonne mine du vieux
guerrier , & n'écoutant en ce moment que l'int.
tint heureux de ces ſentimens qui parent le
grand homme , lui cria de s'arrêter , & le faiſant
approcher , lui demanda en ces propres mots :
-Caporal , avez- vous dine ? Votre Excellence
, pas encore. - Mettez- vous donc à table ,
4
( 93 )
-
&manger avec nous. It eut le plus grand ſoin de
fon brave compagnon de guerre ; & le Grena
dier , fans, perare contenance , tans être embarraffé
le moins du monde de la perſonne , parut
auſſi intrépide convive , & fut auffi excellent
mangeur à la table de fon Général , qu'il étoit
intrépide combattant & bon foldat dans ton
armée.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Grand Chambre .
Cause entre la demofelle Noailles , Appellante
comme d'abus. Le ſieur Noailles , Négociant de
Beaucaire , fon pere , plaignant pour crime de
Rapt .-Et leſieur Deroy pee , & le Chevalier
Deroy , for fils , Défendeurs .
QUESTION DÉTAT.
Lademoiselle Noailles fut recherchée dès l'âge
de dix- neuf ans par le Chevalier Deroy , qui en
ayoit alors dix - huit & demi. Il paroît par les
dettres qu'il lui écrivit pendant l'eſpace d'environ
cinq années , que les parens reſpectifs s'oppoſerent
à cette inclination ; que la demoiselle Noailles
repouffa les entrepriſes du Chevalier , & que la
conduite de cette demoiselle fut toujours ſage &
décente ; toutes les lettres du Chevalier ſemblent
sêtre l'expreffion d'une ame honnête & vertueuſe ;
les mots de probité , de verau & de religion y
font touvent répétés . Le ſieur Noailles pere ,
craignant néanmoins pour ſa fille , ne la perdoit
jamais de vue ; de Chevalier Deroy convient luimême
qu'il ne pouvoit lui parler qu'à minuit ; la
demorteile Noailles , à un certain ſignal , ſe mettoit
à la fenêtre , & le Chevalier étant dans la
rue , Fentretenoit de ſes ſentimens. -Le Che
yaner , preſſé de mettre finà ſon entrepriſe , &
n'ayant pu perfuader à la demoiselle Noailles de
(94 )
s'échapper pendant le jour , pour le ſuivre en
pays étranger , afin d'y contracter mariage , refolut
d'employer la force & la rufe. Il avoue
lui même , dans une lettre du 5 Mars , qu'il avoit
faitfaire une clef ſur l'empreinte qu'il avoit priſe
de la véritable , qu'un dom Rique intéreſſé lui
avoit procurée : muni de cette clef , il entra
pendant la nuit dans la maiſon de celle qu'il aimoit
; il avoit eu la précaution de ſurprendre un
blanc-feing à ſon pere , qu'il avoit rempli d'une
permiffionde ſe marier ; & le lui montrant , la
conjura de faire de ſon côté tous ſes efforts pour
avoir celui de ſes parens. La demoiselle Noailles
demanda toute la ſemaine pour agir , & le preffa
'de ſe retirer. Le Chevalier , qui feignoit d'avoir
trouvé la porte de la rue ouverte , demanda à la
demoiselle Noailles ſi elle ne vouloit pas venir la
fermer & l'éclairer en même tems . La demoiselle
Noailles, qui ne ſe méfioit de rien , le ſuivit ;
mais auffi tôt qu'elle fut près de la porte de la
rue , trois inconnus la faifirent , la mirent dans
une voiture , & elle fut conduite dans le Comtat
Vénaiffin . Environ deux mois après le Rapt,
on découvrit le lieu de leur retraite ; le frere de
Ja demoiselle y accourut par ordre de ſon pere ;
mais ce jeune homme , gagné à ſon tour par le
Chevalier , & par le Curé de Montſavet , ſe laiſſa
perfuader que l'honneur de ſa famille ne pouvoit
être réparé que par un mariage ; il perdit de vue
-le ordres que fon pere lui avoit donnés , & fe
retira , Six mois après , les fugitifs allerent à
P'Eglife Paroiffiale de Montfavet , affiftés de trois
témoins, & à la fin de la Meſſe qu'ils entendirent,
Fils atteſterent le ciel & le peuple qu'ils ſe prenoient
pour époux ; le Curé leur délivra acte de
Jeurs promeſſes & fermens , figna cet acte , &
fit figner les témoins. Le même jour , le Curé
( 95 )
-
fic enregiſtrer l'acte chez un Notaire ; ce qui
occafionna une Plainte que rendit le Promoteur
d'Avignon. Quelque tems après le mariage , le
frere aîné du Chevalier Deroy mourut ; le Chevalier
, oublié juſqu'alors par ſes parens , facrifié
pour cet ainé , condamné au célibat , comme il le
d.t lui même dans ſes lettres , devint l'eſpoir de
ſa famille . On l'attira à Beaucaire ; il s'y rendit
avec ſa femme, il ſe préſenta ſeul chez ſon pere ,
il y fut accueilli , on ne lui fit aucun reproche ;
mais ſa femme éprouva un traitement bien différent
, elle fut répouiſée , chaffée , & le pere de
ſon mari lui fit dire qu'il ne vouloit point la yoir.
Cette femme ſe retira chez une de ſes
Lours. Le Chevalier Deray ne ceſſa de l'y aller
voir , ou de lui écrire ; & dans toutes les lettres ,
il l'appelloit ma chere femme , ma chere épouse.
Dix-huit mois s'étoient à peine écoulés , que l'on
apprit que le ChevakerDeroy étoit ſur le pointde
ſe marier à Marseille'; la demoitelle Noailles forma
oppoſition à cet engagement. Alors le Chevalier
Deroy , conjointement avec ſon pere , la firent
affigner devant l'Official Forain d'Arles en main
levéede ſon oppoſition -La demoiſe le Noailles
foutint qu'elle étoit l'épouse du Chevalier ; elle
ajoutoit que puiſqu'il dénioit le fait du mariage ,
la Cauſe n'étoit plus de la compétence de l'Offcial
,& oppoſoit des fins de non-procéder ; fur
quoi il intervint , le 23 Juin 1783 , Sentence qui
la démit de ſon exception ,& déclara le Chevalier
Deroy ibrede pouvoir ſe marier. La demoiſelle
Noailles interjetta appel comme d'abus de la
Sentence du Promoteur d'Arles au Parlement de
Toulouſe; ſur ſon appel , elle fit aſſigner les ſieurs
Deroy , pere & fils ; ceux - ci , à leur tour , firent
affigner le ſieur Noailles pere , pour voir déclarer ,
commun avec lui , l'Arrêt qui interviendroit.
La Cauſe portée à l'Audience de laGrand
( 96 )
Chambre , Arrêt du 29 Mars 1784 , qui , faiſant
droit fur l'appel comme d'abus , déclara y avoir
abus dans la Sentence de l'Official d'Arles ; & fur
toutes les demandes des Parties , les renvoya où
&pardevant qui de droit .
Cause entre lefeur Tardy , ancien Curé de Dompierre:-
Et lefieur Plaffard , fon Refignataire.-
:
Demande en Regret.
Un vieillard plus qu'octogénaire , déterminé
par ſes infirmités , réſigne ta Cure à un de ſes
Vicaires ; il aſſiſte à ſa priſe de poſſeſſion , qui n'a
lieu néanmoins que plus de fix mois après l'acte
de réſignation; il paſſe même depuis un acte de
vente de partie du mobilier étant dans fon Pres
bytere. Cependant ce vieillard inconſtant quatre
mois après cette priſe de poffeſſion , forme ſa demande
en regret de la Cure dont il s'eſt voiontairement
dépouillé. Il prétend que les maladies,
les infirmités dont il étoit tourmenté au moment
de la rélignation , étant en partie diflipées , il re
couvredejour en jour l'uſage de ſes forces .
Le fieur Tardi avoit formé ſa demande en regres
devant le Lieutenant - Général de Villefranche
en Beaujolois , & il avoit obtenu ſur fa requête
une Ordonnance conforme à ſes concluſions.
Appel interjeté par le ſieur Plafſard , de
l'Ordonnance qui avoit admis le regret. Il demande
à fon tour à être maintenu dans la poffeffion
de la Cure de Dompierre. Sentence contra .
dictoire qui ordonne qu'il ſera réintégré par forme
de recréance dans la poſſeſſion & jouiſſance
de la Cure.- Appel en la Cour de la part du
fieur Tardy , & Arrêt du 23 Février 1985 , qui
adébouté le ſieur Tardy de ſa demande en regret
, maintenu & gardé le ſieur Plafſard dans
la poffeffion de la Cure.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 1 MAI 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à un bon Humain , qui me trouvoit
malheureux de n'avoir pas un carroffe.
AMr , mon modique apanage
N'annonce pas des Dieux le funeſte courroux;
Du brillant Lucullus , ſans en être jaloux,
Je verrai long- temps le partage.
Traîné par fix courſiers , dont Plutus l'a doté,
Il figure aux remparts , ou s'en va chez les Belles
Enſevelir ſa nullité.
J'ai cinq chevaux de moins , &je ſuis mieux monté.
J'obtins Pégaſe , il a des aîles ,
Et mène à l'immortalité.
( Par M. Félix-Nogaret , Bibliothécaire
de Madame Comteffe a Artois. )
Nº. 21 , 21 Mai 1755 . E
98 MERCURE
A un Ami , qui vouloit abandonner l'Amour
pour l'Amitié.
Dans le templedel'Amitié
Le repos durable réſide ,
Tu déſertes celui de Gnide
Comme un amant diſgracié,
Le Dieu qui commande à Cythère
Se rit ſi ſouvent de nos pleurs.....
Ami , ſa faveur paſſagère
Eſt le prenoſticdes malheurs :
Abandonnons donc ce corſaire ,
Sa foeur eſt un guide plus sûr ,
Sa foeur eſt un peu plus auſtère ;
Mais le coeur eſt tranquille & pur.
A l'Amour qui croit toujours plaire ,
La prévoyance eſt étrangère ;.
L'Amitié , bonne ménagère ,
Sait glaner pour le temps futur,
UN
(Par M. le Comte de Rofières. )
CONTE.
N jour un fort ſot perſonnage
Diſoit au Curé d'un village ,
Dont les modiques revenus
Ne donnoient pas nombre d'écus :
DE FRANCE. 99
:
Aux coeurs généreux rien ne coûte ,
Vous ne ſavez vous garder rien ;
A ce trait je vous connois bien ,
Les pauvres vous ruinent ſans doute.
Malgré ma bonne volonté ,
Je ne puis leur donner l'aumône ,
Dit le Paſteur avec bonté ,
Mais en revanche je leur donne
Certificat de pauvreté.
(Par M. l'Abbé de St-Amans, Curé de Lavergne.)
L'AIGLE ET LE SERPENT.
UN Aigle avoit quitté le ſéjour du tonnerre ;
Modeſtement il marchoit ſur la terre ;
Apeine y marche-t'il , qu'il rencontre un Serpent.
Auſſitôt l'animal rampant
Au favori des Dieux veut déclarer la guerre ;
Déjà le reptile infolent,
Bouffi d'envie & de colère ,
Sedreſſe ſur ſa queue & recule en ſifflant.
Le Roi du peuple volatile
Peut ſe venger', mais il fait beaucoup mieux ,
Il prend un vol fublime , &ſe perd dans les cieux ,
Que ne peuvent fixer les regards d'un reptile.
(Par M. Hoffman. )
E ij
ICO MERCURE
Lesdangers & les plaiſirs de la Senſibilité ,
Conte.
Du temps que les Provinces étoient des
Royaumes , & les Poffeffeurs de Terres des
Souverains , la Fée Sembiant- de- rien habitoit
le Midi de la France. Pluſieurs autres
Fees du même canton y répandoient la terteur
ou la confiance , ſelon leurs diverſes humeurs
. Celle de Semblant de- rien étoit un
problême. On ne pouvoit pénétrer ce qu'elle
penſoit , ni deviner ſi on étoit aimé ou haï.
Les Courtiſans venoient apprendre chez elle
le grand art de diſlimuler , & il étoit de mode
que les mères lui confiaſſent l'éducation de
leurs filles .
Le Sire de Loyauté & la Princeſſe Sincère
tenoient leur Cour à quelques lieues du palais
de la Fée . Amans conftans , heureux
époux , ils ne connoiffoient qu'amour &
fimpleſſe. Une antipathie ſecrète les avoit
toujours éloignés de Semblant-de rien. Cette
Fée vindicative ſentit leur dédain , &jura de
s'en venger. La Princeſſe ſe voyoit prête à
donner le jour au premier fruit de ſon
hymen. La rendreſſe , ſouvent mère de la
crainte, lui fit redouter le pouvoir de la Fée .
Elle ſuivit donc la coutume du temps , &
la fit inviter par des Ambaſſadeurs chargés
de magnifiques préſens. Ses compagnes reçurent
les mêmes honneurs. Enfin le jour
DE FRANCE. 101
venu où Sincère devoit accoucher , elle mit
au monde une fille charmante. La blancheur
furprenante de ſon teint la fit nommer
Candor. Toutes les Fées qui étoient accourues
, douèrent à l'envi la petite Princeſſe :
beauté , vertu , eſprit , fortune , talens , tien
ne fut oublié. Semblant- de- rien parla la de : -
nière : " Je doue , dit-elle , cette enfant de
>> la plus extrême ſenſibilité. »
Sincère & Loyauté , heureux par le ſentiinent
, n'eurent garde de ſoupçonner ce dor .
Ils ne pouvoient penfer qu'une cauſe ſi délicieuſe
eût dans ſon excès des ſuites ti funeftes
. Semblant-de-rien fut comblée dactions
de grâces . En remontant dans ſon équipage
, ( c'étoit un char de couleur douteuſe ,
traîné par deux angoras ) elle ne put s'empêcher
de ſoutire à ſa vengeance. Ce fomire
la décéla aux yeux de Toute - bonne. Cette
Fée , demeurée après les autres pour quelque
acte de bienfaiſance, communiqua ſes craintes
à Sincère , & pour détourner les malheurs
qui menaçoient la petite Princeffe , il
fut décidéque dès l'âge de ſept ans elle feroit
confiée à Toute-bonne.
Loyauté& Sincère ne tardèrent pas à s'appercevoir
de la trahiſon de Semblant-de- rien .
Candor croiſſoit en âge , en eſprit , en beauté.
A peine commençoit- elle à parler , qu'elle
diſoir les plus jolies choſes du monde. Il
ſembloit que le temps employé à développer
l'organe de la langue , l'eût étéà cultiver
fon intelligence. En apprenant , elle paroif-
Eiij
102 MERCURE
foit ne faire que ſe reſſouvenir. Lui préſentoit-
on un inftrument , ſes petits doigts , en
s'y poſant , formoient les plus doux accords.
Saififfoit-elle un crayon, des couleurs , auffitôt
les fleurs , les fruits , tous les objets rians
qui s'offroient à ſes yeux , ſembloient ſe reproduire
ſous ſa main ; mais tous ces avantages
étoient balancés par une âme ſi délicate,
ſi ſuſceptible , qu'elle ne pouvoit être
heureuſe un jour entier. La moindre plainte
d'un être ſouffrant lui cauſoit des convulfions
de douleur. Un mot moins tendre , un
regard moins affectueux la plongeoit dans la
trifteffe. Si fon petit chien crioit , la Princeſſe
verſoit des larmes. Un jour ſon ſerein
s'étoit caffé la patte, Candor tomba ſans connoiffance.
La petite Princeſſe atteignoit à peine ſa
ſeptième année , quand Toute-bonne vint la
prendre pour l'élever dans ſon palais. Elle
frémit au récit des malheureux effets du don
de Semblant - de - rien. Elle ſentit toutes les
difficultés qu'il alloit apporter à l'éducation
qu'elle vouloit lui donner ; mais la véritable
bienfaiſance ne ſe rebute de rien .
La Cour de Toute-bonne étoit nombreuſe.
La merveilleuſe Candor fut d'abord l'objet
de l'admiration & bientôt celui de l'envie.
Delà quelle nouvelle ſource de chagrins pour
elle! fi elle ſe choiſiſſoit une amie , ſes fuccès
en peu de temps la changeoient en ennemie.
Si quelque jeune Prince rendoit hommage
à ſes charmes ,auſſitôt mille voixs'unifDE
FRANCE. 103
foient pour la calomnier. Candor , toujours
franche , toujours prévenante , recherchoir
ſes compagnes avec cette honnêteté tendre
qui prouve la ſupériorité de l'âme. Leur jaloufie
en augmentoit; elles ſe ſentoient plus
humiliées que flattées , & la Princeffe en
étoit d'autant plus haïe , qu'elle étoit plus
digne d'être aimée. Candor , toujours rebutée
, ou trahie par des coeurs inſenſibles ou
faux , paſſoit les jours dans les regrets , &
les nuits dans les larmes. Hélas ! diſoit-elle à
Toute-bonne , quel malheur eſt le mien ?
J'aime , je m'intéreſſe à tout , & je ne puis
être aimée de rien. Toute-bonne l'encourageoit
& l'inſtruiſoit. Ma fille , lui dit- elle , il
faut opter. Si vous voulez , je vous ferai
perdre cette ſenſibilité qui vous tue ; mais il
faudra prendre le caractère oppofé , & les
vices qui dans les autres vous rendent fi malheureuſe.
Ah ! ma bonne , reprit vivement
la Princeſſe , gardez - vous - en bien . J'aime
mieux pleurer toute ma vie , que de faire
verſer une larme. Cependant la triſteſſe la
conſumoit inſenſiblement. Toute - bonne efpéroit
que l'habitude émouſſeroit enfin cette
délicateſſe importune ; mais chaque jour apportoit
quelque nouveau chagrin.
Six années s'étoient écoulées dans ces agitations.
La bonne Fée imagina enfin de faire
voyager ſa Pupille. Elle eſpéroit que le mouvement
, la variété des objets , leur rapidité,
qui ne permettroit pas à ſon âme de s'y atracher
fortement , feroient au moins une di-
E iv
104 MERCURE
verſion paſlagère qui donneroit à ſa ſanté
le temps de ſe rétablir.
La Fée Frivolide tenoit alors le rang le
plus diftingué dans les Gaules. Sa Cour brillante
étoit remplie de l'élite des deux ſexes.
On venoit y prendre le ton& les grâces . Des
fêtes perpétuelles y entretenoient l'ivreſſe
&la diffipation. On les prenoit pour le bonheur.
Ce fut- là que Toute - bonne conduifit
Candor. Leur arrivée redoubla les plaiſirs.
L'empreſſement marqué de la Fée mit la
Princeſſe à la mode pendant une ſemaine. Il
n'étoit bruit que de ſes talens & de fon efprit.
Elle avoit tous les tous , celui- ci ne lui
fut point étranger. D'abord , cette foule qui
l'arrachoit à elle-même ne lui déplut point.
Mais bientôt ennuyée du vuide que ſon coeur
éprouvoit , ah ! ma bonne , dit-elle à ſa tendre
Fée , quel pays ! l'étourdiſſement y tient
lieu de jouiſſance; rien n'y parle à l'eſprit ,
rien n'y intéreſſe le coeur. Peu s'en faut que
je n'y regrette mes chagrins !
Parmi cette foule d'hommes légers , ſe
trouvoit un jeune Chevalier qui ſe nommoit
Roficle , & étoit neveu de l'enchanteur
Merlin. Une figure agréable , une taille
parfaite, un extérieur léger , cachoient en lui
une âme droite , généreuse & ſenſible. La
mode ne l'avoit point entraîné aux pieds de
Candor. Une ſympathie ſecrette l'avoit guidé
vers elle. Voir Candor, l'aimer & le lui dire ,
fut l'affaire d'un jour. La Princeſſe , de fon
côté , éprouva un genre de ſentiment tout
1
!
4
DE FRANCE
105
nouveau pour elle. Elle ne chercha point à
le cacher ; la véritable innocence ne rougit
pas. Cependant elle sen alarma , & crut
devoir ouvrir ſon coeur à la bonne Fee .
: Ma fille , répartit celle-ci , ne vous alarmez
point , Roficle eſt digne de vous. Son
oncle, qui est le Souverain des Enchanteurs ,
pourra peut être delivier vos jours du funeſte
alcendant de Semblant- de-rien. Cette
Fee eft ici , elle vous ſuſcite de nouvelles
traverſes. Laiflez- moi le temps de l'obſerver.
Je veux eſſayer d'obtenir d'elle - même le
changement de votre destinée. Si par ſes
rufes ordinaires , elle élude mes inſtances ,
nouspartirons , nous irons implorer les Génies
ſupérieurs. Inſtruiſez Roficle de nos projets.
S'il quitte cette Cour , s'il vous fuit ,
fon amour ſera certain. Táchez de fufpendre
juſqu'à cette épreuve l'aveu de vos ſentimens.
Cependant Roficle ne quittoit plus
la Princeffe. Il employoit pour la charmer
tout ce que l'amour a de reſpectueux & de
féduisant , de tendre &d'eftimable. Candor ,
véritablement touchée , ne put cacher ſa
tendreſſe à fon amant. Quel coup de foudre
pour Semblant - de -rien , quand elle apprit
l'intelligence de nos deux amans ! Roficle lui
plaifoit depuis longtemps , & l'avoit toujours
dédaignée. C'étoit pour le voir qu'elle
arrivoit chez Frivolide. Sa haine pour Candor
en prir de nouvelles forces. A quel excès
n'eût-elle point porté ſa rage , fi la protection
de Toute - bonne n'eût garanti la Prin
Ev
106 MERGUR
ceſſede ſes atrentats! El'e ne pouvoit la perfécuter
que dans la perſonne de Roficle , &
elle ſe promettoit bien de tout faire pour
l'enlever à ſa rivale.
Elle étoit dans ces diſpoſitions lorſque
Toute-bonne vint la trouver pour folliciter la
fin des ma hours de ſa Pupille . Quand les pafſions
font à leur excès , la diffimulation la
plus profonde devient un voile trop léger
pour les cacher. Scmblant - de- rien , troublée
au ſeul nom de Candor , fut aifément pénétrée
par Toute- bonne. Ma foeur , lui dit celleci
en la quittant , j'en appelle au Génie Souverain
; il me fera raiſon de vos injuftices.
A ces mots , elle vole vers la Princeffe.
Quittons ces lieux , lui dit-elle , votre ennemie
y triomphe; je l'ai trouvée inexor:-
ble. Allons chercher le ſecours que je vous
ai promis. La Princeffe at endoit Roficle.
Madame , dit elle, partirons-nous ſans l'informer
de nos démarches ? Il va venir . Ce
moment eft l'épreuve de ſon amour. Ah !
laiſſez-moi jouir du plaiſir de le trouver
fidèle. Cependant le jour s'écoule , Candor
en compte d'abord les heures , enſuite les
minutes ; la nuit arrive , Rofiele n'a point
paru. Tremblante , éplorée , elle ſejette dans
les bras de la Fée.... Ah ! ma bonne , mon
amant n'eſt plus ! Roficle ne peut qu'être
mort ou infidèle. Mes malheurs vont finir.
Mon âme s'envole pour le rejoindre ..... A
ces mots elle tombe ſans connoiffance , &
preſque ſans vie.
DE FRANCE. 1e7
Toute- bonne ſaiſit ce moment pour l'enlever
d'un lieu funeſte. Elle ignoroit ellemême
ce qu'étoit devenu Roſicle. Ses livres
lui apprenoient qu'il avoit diſparu ; que peutêtre
Candor & lui ſe rejoindroient ; mais
qu'il falloit auparavant que l'un & l'autre
fubiffent de nouvelles traverſes.
Le char de la Fée tranſporta Candor dans
les États du Genie Raiſonnable. Sa Cour étoit
petite , ſon palais ſimple & majestueux. Le
maintien du Génie étoit grave , froid & auftère
Ses favoris compoſoient leur extérieur
fur le fien . Les Grâces n'avoient jamais approché
de ce ſéjour. Ce fut avec Candor
qu'elles y entrèrent pour la première fois.
Toute- bonne conte ſes malheurs au Génie.
Toujours en garde contre le ſentiment , il
l'écoute avec application , mais ſans intérêt.
Tâchons , dit- il , de la rappeler à la vie ,
enſuite nous lui apprendrons , s'il eſt poffible
, à en diriger l'uſage.
Candor enfin revint à elle; mais quel fut
ſon déſeſpoir en ſentant ſe ranimer des jours
qu'elle croyoit ne pouvoir plus unir à ceux
de ſon amant ! Cruels ! s'écria t'elle , ne me
rendez-vous la vie que pour me faire mourir
mille fois ? Toute- bonne , pénétrée de douleur
, fit d'abord naître le doute , enſuite
l'eſpérance dans le coeur de ſa Pupille. Roficle
, dit-elle , voit peut-être encore la lumière!
une ſimple conjecture vous effraye ,
& vous fait quitter un monde que votre
amanthabite. Le deſtin vous ſépare; mais il
E vj
10 MERCURE
peut vous réunir. Vivez , ma fille: le Génie
Raiſonnable vous protège. Implorez le , &
conſervez-vous pour revoir , ou du moins
pour chercher Roficle.
A ce nom chéri , la Princeſſe reprit toutà-
fait ſes ſens , & confentit à recevoir les
ſecours qu'on lui prodiguoit. La converſation
du Génie , ſes conſeils ſages occupèrent
quelque-temps ſon attention; mais l'ennui
s'empara bientôt de ſon âme. Le ſeul eſpoir
de retrouver Roficle la rendoit à la vie , &
fon eſprit ne ſongeoit qu'à en trouver les
moyens.
Madame , dit- elle un jour à la Fée , je
révère le Génie ; mais croyez -moi , il ne peut
rien contre le mal qui m'accable. Il parle à
mon intelligence, il la fatisfait; mais rien de
ce qu'il dit n'arrive à mon coeur. Vos foins ,
vos tendres leçons , plus conformes à mon
âme , y répandent plus de confolations. Re
menez - moi dans votre palais ; j'eſpère y
trouver plus de calme que dans celui-ci .
Toute bonney conſentit; mais , hélas ! fa
Cour , aſyle des infortanés, étoit le lieu le
plus funeſte pour l'âme ſenſible de la Princeffe.
Pour la rendre parfaitement contente ,
il eût fallu la placer dans un point de l'Univers
, où il n'y eût eu ni malheureux ni méchans.
Ma fille , lui dit un jour la Fée , je vous
apporte une heureuſe nouvelle. Le ſage
Merlin vient d'arriver d'un long voyage dans
les planètes. Allons implorer ſes lumières &
DE FRANCE.
109
!
ſa puiſſance. Allons , s'écria la Princeſſe. Ah!
qu'il faffe pour moi ce qu'il voudra ; mais
qu'il retrouve Roficle.
Le char de la Fée , attelé de douze tendres
colombes , les eut bientôt tranſportées chez
l'Enchanteur. Sa taille étoit haute , ſon viſage
auguſte , mais ferein & affectueux ; il avoit
l'air d'un Dieu bienfaifant. Il aimoit Toutebonne
, il la reçut avec joie. L'état de Candor
le touch ſenſiblement. Sa fcience profonde
lui fit ailément pénétrer le fort de la Princeffe.
Je fais , dit-il , aimab'e Fée , le ſujet
qui vous amène. Mon intérêt eſt joint au
vôtre. La perfide Semblant-de rien eſt notre
ennemie commune. Depuis long-temps ſa
faufle fageffe fert de voile aux vices honteux
&aux paflions déſordonnées. Elle aime mon
neveu autant qu'elle hait votre Pupille. Ne
pon vant s'en faire aimer , elle le retient par
enchantement. Une métamorphoſe cruelle
le cache à tous les yeux. C'est lui qui , ſous
la figure d'un épagneul , ne quitte ni les
bras ni les genoux de la Fée. Elle a ciu que
cette forme influeroſt ſur ſon coeur , & que
l'attachement affez ordinaire à ce petit animal
, paſſeroit juſqu'à l'âme de Roficle. Elle
s'eft trompée. Le pouvoir de l'Amour, ſupérieur
au fien , le conſerve fidèle à ſa chère
Candor. Je veux le dé'ivrer & punir la Fée;
mais auparavant il faut ſecourir votre Pupille.
Le Génie Insouciant poſsède un talif
man sûr. C'eſt une bague appelée la bague
d'oubli. Elle a le pouvoir d'effacer toutes les
110 MERCURE
impreſſions douloureuſes , & de n'ouvrir le
coeur qu'à celles qui ſont agréables...... Ah !
Souverain des Enchanteurs , s'écria la Princeffe
, permettez que je refuſe ce don , il
me feroit peut être oublier mon amour.
Raffurez-vous , reprit le ſage , votre amour
étant heureux , ne ſera point ſujet à l'oubli ;
mais hâtons votre bonheur. Partez , j'irai
bientôt vous rejoindre. Cependant laiſſez
votre char. Vos foibles colombes ne pourroient
vous mener juſqu'au pays d'Inſouciant.
Il eſt placé fort au deſſus de ce monde
fublunaire , dans une des étoiles de la voielactée.
Six aigles vigoureux & brillans
comme le ſoleil , vous enlèveront juſqu'au
palais du Génie , & ces tablettes l'inſtruiront
de votre fort , de mes deſſeins , de vos defirs ;
elles vous le rendront entièrement favorable.
Candor ſentit pour la première fois une
joie pure pénétrer ſon coeur ,& cette joie fit
renaître ſa beauté. Elle ſe jeta aux pieds de
Merlin avec un de ces tranſports de ſenſibilité
qu'elle feule pouvoit éprouver. Toutebonne
y joignit les ſiens. L'Enchanteur les
prit par la main, & les plaça dans ſon char ,
ordonnant à ſes ſuperbes oiſeaux de les mener
à l'étoile d'Infouciant.
Le vol rapide de ces aigles imitoit celui de
la penfée. En un inſtant ils franchirent les
vaſtes plaines de l'air , & arrivèrent dans les
États du Génie.
L'air du pays étant parfaitement pur ,
DE FRANCE. 111
Jaifſoit pénétrer les objets les plus lointains ,
mais l'oeil égaré revenoit avec plus de plaifir
fur ce lieu charmant. On y refpiroit une vapeur
douce , fraîche & tranquille. Nulle
plainte , nul gémiſſement n'y troubloient
P'harmonie du bonheur. A meſure que le
char avançoit , Candor ſembloit reprendre
une nouvelle existence. Enfin elles arrivèrent
au palais. L'aſpect en étoit riant , l'intérieur
plus élégant que magnifique.
Le Genie , ſuivi de ſa Cour, vint recevoir
la Fee & la Princeffe. Il prit les tablettes de
Merlin , & dans l'inſtant , préſentant à Candorlabague
magique : Charmante Princeſſe ,
dit- il , je ne pouvois en orner une plus belle
main, ni rendre le repos à une plus belle
âme. Ce don vous seroit inutile fi vous habiriez
parmi nous; mais le deftin vous à ſoumiſe
à une exiſtence mortelle. La vie humaine
étant un compoſé de biens & de maux ,
il eft impoffible que des atteintes douloureuſes
n'arrivent encore juſqu'à vous. Cette
bague les rendra nulles en les faiſant diſparoître
de votre eſprit , & ne laiſſant votre
âme ouverte qu'aux ſenſations agréables.
Ainfi , la méchanceté de Semblant-de- rien
vous aura conduite au genre de bonheur le
plus parfait dont vous foyez fufceptible , &
l'aſpect de votre félicité fera le premier ſupplicede
votreennemie. Une fête extraordinaire
que je donne dans trois jours , affemblera
près de moi les Fées & les Génies. Elle
112 MERCURE
yviendra , & ſe livrera elle-même aux mains
qui doivent la punir.
1
Candor , pénétrée de reconnoiffance , dit
au Génie : Etre fublime , l'excès du ſentiment
faifoit mon malheur dans le monde
terreſtre ; depuis que je fuis auprès de vous ,
il fait mon bonheur. En effet, la bague d'oùbli
avoit opéré une révolution fubite dans
l'âme de cette Princeffe. Elle l'eut à peine à
fa main que le doux ſourire vint pour jamais
embellir ſes traits. Ses peines pallées
devinrent pour elle c mme ces fonges dont
il ne refte nulle trace au revel. Le ſouvenir
de fon amant n'étoit plus un tourment pour
fon coeur. El'e goûtoit le bien d'aimer , &
ſentoit tous les plaiſirs de l'eſpérance.

Gependant les heures rapides eurent bientôt
amené le jour célèbre qui devoit réunir à
la Cour d'infouciant tous les eſprits ſupérieurs
. Semblant- de- rien arriva avec ſes compagnes.
Quel fut fon effroi en appercevant
Toute - bonne & Candor , mais Candor plus
belle , plus brillante que jamais ! en vain elle
voulut fuir; elle étoit ſous la puiſſance du
Génie , qui la rendit immobile. Le fidèle
épagneul , toujours trifte , dormoit ſur les
genoux de la Fée. L'impreſſion rapide de
l'amour en préſence de l'objet aimé , le réveille
plus encore que la fineſſe de ſes organes.
Apeine apperçut-il ſa chère Princeſſe ,
qu'il fit un cri perçant , & voulut courir à
lle. Semblant-de- rien s'efforçoit en vain de
DE FRANCE. 113
le retenir; il mordoit , s'élançoit , & dans
ſes efforts auroit briſe ſon enveloppe magique
, ſi l'Enchanteur Merlin , venant à paroître
, n'eût fixé l'attention de la Fée. Perfide
, lui dit ce ſage , reçois le prix de tes
forfaits. Le plus grand fupplice de l'hypocrifie
eſt de ſe voir dévoilée . En même- temps
il lui préſenta le miroir de Vérité. Les traits
de Semblant-de rien y furent à peine réfléchis
, que , reprenant leur véritable forme ,
elle parut aux yeux de l'aſſemblée fous celle
de tous les vices. Pour combler ſes malheurs
, la glace fidelle rendant à Roficle ſa
figure naturelle , il courut ſe jeter aux pieds
de Candor. Tous deux tranſportés d'amour
& de joie , béniſſoient Toute-bonne , Merlin
&leGénie. Leur bonheur augmenta les plaifirs
de la fête ; & pour qu'il ne manquât rien
à ſa rage & à ſon châtiment , on força Semblant-
de-rien d'y reſter.
Quelques jours étant écoulés , Toute-bonne,
Candor & Roficle , comblés des faveurs du
Génie , ſe rendirent à la Cour de Loyauté&
de Sincère. La joie de ce tendre couple fut
égale à la douleur dont le fort de la Princeſſe
les accabloit depuis ſa naiſſance. Roficle leur
fut préſenté par l'Enchanteur. Ses vertus , ſes
agrémens , ſon amour les remplirent de tendreſſe
& d'eſtime. Ils l'adoptèrent pour fils
en le rendant l'heureux époux de ſon amante.
Leur Cour fut le berceau des vertus Gauloiſes.
Candor & Roficle , en les confervant ,
y ajoutèrent la gaîté, qui fut depuis le carac
114 MERCURE
tère de leur Nation. C'eſt de leurs États que
vint originairement l'eſpèce ſi rare & fi parfaite
des François raiſonnables.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade , eft Cordon ; celui
de l'énigme eſt Baiser ; celui du Logogryphe
eſt Félicité; où l'on trouve été, Cité ,
ciellit.
CHARADE.
MOND ONpremier manque-t'il , la vie eſt mondernier
Et le ſage à mon tout égale mon premier.
(ParMlle Moreau , de Roane , âgée de 15 ans. )
ÉNIGME , qui n'en est point une.
TOUJOUR
OUJOURS belle aux yeux des mortels ,
En tous lieux j'obtiens des autels.
Par-tout on m'honore , on m'encenſe ,
On me rend des ſoins ſuperflus.
Pauvres humains , quelle démence !
Ai- je en moi toutes les vertus ?
Injuſte , infidelle , inconſtante ,
Je fais faire mille faux pas.
DE FRANCE
rif
Tel , pour me fixer ſe tourmente ,
Qui de vingt ans ne me voit pas.
Tel autre , au contraire , eſt tranquille
Sans courir après mes bienfaits ,
Qui voit changer ſon ſimple afile
En ſuperbe & riche palais.
Je parle au coeur de tous les hommes
Et flatte en ſecret leurs defirs .
Dans le brillant fiècle où nous ſommes ,
Moi ſeule enchaîne les plaiſirs.
Le ſot m'apporte ſon offrande ,
Le bel eſprit vit ſous mes loix ,
Et j'aſſervis , quand je commande ,
Grands Seigneurs , Nobles & Bourgeois.
Je vis ignorée au village
Pour le bonheur du payſan ;
Car j'ai troublé plus d'un ménage
Et perdu plus d'un Courtiſan .
Mon règne eſt plaiſant & bizarre
Je répands le bien & le mal ;
Je fais du prodigue un avare ,
Un docte d'un ſot animal ;
D'un faquin je fais quelque choſe ;
Je réduis quelque choſe à rien ;
Sans ceſſe je métamorphoſe ,
Rarement j'opère le bien.
Par plus d'un moyen illuſoire
Je parviens à gâter les moeurs.
116 MERCURE
Rarement je mène à la gloire ,
Toujours je conduis aux honneurs.
SANS
( Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine au
Régiment de Blaifois. )
LOGOGRYPΗ Ε.
Ans la mer , les ruiſſeaux , les lacs & la rivière ,
Lecteur , je n'exiſterois pas ;
J'ai ſouvent ſauvé du trépas
Des malheureux réduits à leur heure dernière ,
Témoin le Prophète Jonas.
Dans les fix pieds qui forment mon partage,
Apeu-près voici mon avoir.
Savoir:
Un oiſeau qui ne fut pas ſage,
Lorſque pour paroître plus beau
Il ſe revêtit du plumage
D'un autre oiſeau ;
Un ennemi de la mélancolie ;
Un coteau renommée par ſon vin pétillant ;
Une mortelle frénéfie ;
Un grivois qui va vacillant ;
Un ſynonyme de mon être ;
Une ſuite d'inſtans trop courts
Entre celui qui te vit naître ,
Hélas ! & la fin de tes jours ;
Un mouvement d'impatience
DE FRANCE. 117
Qui te faiſit quand on t'offenſe ;
Un partiſan de la véracité ;
Un gibier d'affez bonne eſpèce
Qui vient à la fin de l'été ;
Un poiſſon renommé par ſa délicateſſe ;
Ge qui d'une chanſon fait ſouvent tout le prix;
Un fléau deſtructeur des fruits ;
Ce que ſur ſon ſiège eſt un juge ;
Ce que belle Dame à trente ans
Ne dit jamais ſans ſubterfuge ;
Une racine enfin que l'on mange en printemps.
( Par un Abonné au Mercure. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
OEUVRES Morales de Plutarque , traduites
en vers François par M. l'Abbé Ricard. A
Paris , chez la Veuve Deſaint , Libraire ,
rue du Foin Saint-Jacques. 2 vol . in- 12 .
IL faut diftinguer dans Plutarque l'Hiſtorien
& le Philoſophe; c'est-à -dire , l'Auteur,
des vies & des parallèles des Hommes illuftres
, & l'Auteur des oeuvres morales ; car
d'ailleurs Plutarque , appuyant à propos ſes
préceptes d'exemples bien choiſis , eſt ſouvent
Hiſtorien dans ſes Ouvrages philoſophiques
, & il eſt toujours Philofophe dans
ſesHiftoires.
1
118 MERCURE
د
L'Hiftorien a été traduit en François , le
Moraliſte ne l'a pas été au moins en entier ;
quelques traités ſeulement l'ont été en divers
temps. M. Dutheil , de l'Académie des Belles-
Lettres , a donné , il y a quelques années
une Traduction eſtimée de deux morceaux
très-bien choiſis ; le traité intitulé : de la manière
de difcerner le Flatteur de l'Ami , & le
dialogue qui a pour titre : Le Banquet des
Sept Sages. Mais enfin une Traduction
complette des oeuvres morales de Plutarque
manquoit à notre Littérature ; c'eſt ce que
M. l'Abbé Ricard entreprend aujourd'hui ,
& ce qu'il a déjà exécuté en partie dans les
doux volumes , dont le premier a paru en
178;, & le ſecond en 1784. Comme il falloit
que tout fût d'une même main , M.
l'Abbé Ricard a retraduit les morceaux déjà
traduits , mais en rendant hautement témoignage
au mérite du travail de ſes prédécefſeurs
, en avouant le fruit qu'il en a tiré , &
en rendant compte des raiſons qu'il a cru
avoir le plus ſouvent , d'adopter leurs opinions
ſur l'interprétation de certains_pafſages
, quelquefois , mais plus rarement de
s'en éloigner.
Laiffons M. l'Abbé Ricard achever cette
première entrepriſe , c'est-à- dire , completter
la Traduction des OEuvres morales , &
enſuite nous lui repréſenterons que ni laTraduction
d'Amyot ni celle de M. Dacier ne
doivent l'empêcher de nous en donner une
nouvelle des Vies des Hommes Illuftres ;
DE FRANCE. 119
celle d'Amyot eſt la plus eſtimée , celle de
Dacier eſt la plus lûe , malgré la peſanteur ,
l'incorrection & l'inélégance de ſon ſtyle ;
ce qui prouve le beſoin qu'on avoit de lire
Plutarque dans une langue plus formée , plus
grave , plus remplie de dignité que ne l'etoit
le François du temps d'Amyot. Ceci a beſoin
d'être expliqué. Le caractère dominant , &
preſque unique du vieux François , étoit la
naïveté , c'étoit la langue propre du genre
naïf; & La Fontaine , le plus naïf de nos
Écrivains modernes , l'emploie avec goût &
avec ſuccès , lorſqu'il veut être , pour ainfi
dire , plus naïf encore ; mais bornons nous
à l'hiſtoire & à ce qui s'y rapporte. Cette
même langue étoit , par exemple , d'un grand
uſage dans les Mémoires hiftoriques , où
l'Auteur raconte ce qu'il a vu & ce qu'il a
ſenti , & où la naïveté eſt un charme qui
attache le Lecteur ; ce ſeroit en conféquence
une fort ſotte entrepriſe que celle de mettre
en langage moderne les Mémoires de Philippe
de Comines , de Vieilleville , &c. Et
c'en fut une affez ſotte que d'y mettre la
vieille& naïvehiſtoire du Chevalier Bayard.
On auroit pu ſe diſpenſer auſſi d'y mettre
les Mémoires des du Bellay ; & pluſieurs
perſonnes n'ont pas approuvé , du moins
dans le temps , qu'on y ait mis même les Mémoires
de Sully , malgré le ſuprême mérite
de l'exécution , qui enfin a fait prévaloir les
nouveaux Mémoires ; car , quoi qu'on en
dife encore , on ne lit plus que ceux-ci.
120 MERCURE
Mais enfin il eſt toujours vrai que plus un
Livre , ſoit Mémoires , ou rel autre Ouvrage
hiſtorique , eſt effentiellement naïf , plus il
gagne à être écrit en vieux François , langue
qui double ce mérite de naïveté. Plutarque
ne manque pas non plus de naïveté; mais
c'eſt de cette naïveté qui peint vivement les
objets , & qui les met ſous les yeux ; non de
celle qui porte au tire , & qui tient je ne
fais quoi du badinage ; or , tel eſt le caractèrede
la naïvete d'Amyot & de fon langage.
Si Plutarque eſt naït, ce n'eſt pas aux dépens
de la gravité , de la dignité qui conviennent
à un Hiſtorien. Et voilà les caractères que
la langue d'Amyot ne peut pas rendre ; nous
n'avons beſoin que de l'exemple d'Amyot
lui-même , pour diftinguer parfaitement ce
qui convient à cette langue & ce qui n'y
convient pas. La Traduction du Roman de
Daphnis & Chloé, Ouvrage eſſentiellement
naïf , a un charme inexprimable , Amyot y
eſt auſſi original que l'original même , &
fait autant d'effet; quand il traduit Plutarque ,
ſa langue perd tout ſon prix , elle est trop
meſquine , trop badine pour peindre des
Héros ; elle remplace toujours la dignité par
la naïveté, elle a ſouvent l'air d'une parodie ;
onſent qu'il faut une autre langue pour peindre
Caton , Brutus , Cicéron , Alcibiade , ces
fiers Romains , ces Grecs éloquens , ces
hommes ſupérieurs aux autres hommes. Le
ſtyle de M. l'Abbé Ricard eſt pur , il eſt
ſage, &ne manque point d'élégance ; il faut
qu'il
DE FRANCE. 121
qu'il achève ſon Ouvrage , il faut que nous
ayons Plutarque traduit tout entier de ſa
main , & les Lecteurs l'engageront sûrement
à ce travail.
Le Traité de Plutarquefur l'Éducation des
Enfans,contient le germe des préceptes les
plus utiles , développés dans pluſieurs excellens
Ouvrages modernes ; on trouve auſſi
quelques détails de ce traité , & certains
traits d'Ouvrages modernes , d'un genre &
fur des ſujets tout differens , des rapports
dûs ou à l'imitation ou peut-être ſimplement
au hafard. Par exemple , Plutarque , en tirantdes
choſes naturelles , certaines preuves
du pouvoir de l'habitude , dit : « L'eau en
> tombant gourte à goutte , creuſe les ro-
>> chers les plus durs. Ce font les vers
connus de Quinault :
L'eau qui tombe goutte à goutte
Perce le plus dur rocher.
Ovide avoit dit auffi :
Gutta cavat lapidem.
En avertiſſant d'éloigner des enfans , des
efclaves barbares ou corrompus , qui leur
communiqueroient les vices de leur langage
& de leurs moeurs , Plutarque cite un proverbe
qu'il annonce déjà comme ancien :
On apprend à boiter avec les boiteux. Ce proverbe
le retrouve ſous une autre forme dans
notre Comédie des Plaideurs .
On apprend à heurler , dit l'autre , avec les loups .
N°. 21 , 21 Mai 1785 . F
122 MERCURE.
ود
" Les Médecins , dit Plutarque , tempèrent
l'amertume de leurs potions, par le mê-
>> lange de quelque liqueur douce , & font
» paller à la faveur de ce déguiſement un
remède déſagréable , mais utile. » ود
C'eſt le trait fameux & ſi ſouvent cité du
Taffe :
Cofi allegro Fanciulporgiamo afperfi
Difoavi licor gli orli del vaſo.
Succhi amari , ingannato , in tanto ei beve ,
Eldall' inganno ſuo vita riceve.
LeTraitéfur la manière de lire les Poëtes
aplus de rapport à la morale qu'au goût ; &
d'ailleurs tout ce qu'il contient éroit vraiſemblablement
plus d'uſage du temps de Plutarque
qu'il ne le ſeroit aujourd'hui .
Le traité : Comment on doit écouter , feroit
peut-être au contraire encore plus d'uſage
aujourd'hui qu'il n'a pu l'être dans aucun
temps; mais il faudroit le faire précéder d'un
autre Traité intitulé : Qu'ilfaut écouter, verité
abſolument méconnue , & qui auroit
beſoin d'être rappelée.
Le Traité : Sur la manière de difcerner un
flatteur d'avec un ami , eſt encore de tous
les temps.
« Évitons , dit Plutarque dans cet Ou
>> vrage , de reprendre nos amis en public ,
(quoique ce foit plutôt la faute d'un ami
indiſcret que d'un flatteur ) " & fouvenons
>> nous de Platon , qui , dans un repas ,
DE FRANCE. 123
- voyant Socrate réprimander trop forte-
> ment un de ſes Diſciples : Ne valoit- il pas
• mieux , dit-il , lui faire ces reproches en
» particulier ? Et vous - même , reprit So-
>> crate , ne pouviez- vous attendre , pour me
» le dire , que nous fuſſions ſeuls ? » Il eſt
plaiſant en effet de tomber ainſi dans la faute
qu'on reprend.
"
Turpe eft Doctori cum culpa redarguit ipfum.
• On dit que Pithagore fit publiquement
à un jeune homme une réprimande ſi ſé-
» vère , qu'il ſe pendit de déſeſpoir ; depuis
>> ce temps , ce Philoſophe ne reprit jamais
> perſonne que ſeul à ſeul...... Sans doute ce
"
ود
fut moins la chaleur du vin qui irrita fi
fortAlexandre contre Clitus , que le dépit
de ſe voir repris publiquement. Arifto-
» mène , Gouverneur du Roi Prolémée ,
» ayant réveillé ce Prince qui s'endormoit
- en donnant audience à des Ambaffadeurs ,
" les flatteurs en prirent occaſion de le per-
>> dre; & affectant la plus vive indignation ,
coinme ſi l'honneur du Prince y étoit in-
> téreſſé , ils lui dirent : Si , accablé de veilles
» & de travaux , vous vous laiſſez quelque-
"
22
fois ſurprendre au ſommeil , on doit vous
avertir en particulier , & non porter la
main ſur vous devant une ſi nombreuſe
aſſemblée . » Prolémée , irrité par ces pro-
» pos , envoya du poiſon à Ariftomène.
ود
Plutarque , plein de ſon ſujet , ſavoir l'inconvénient
de reprendre en public , ne s'ar
Fij
124 MERCURE
rête pas à juger la conduite de ces divers
perſonnages. Ariftomène avoit peut - être
commis une petite indiſcrétion , dont on
pourroit l'abſoudre , & même ſoutenir qu'il
épargnoit au Prince une plus grande confufion;
les Courtiſans faifoient leur odieux
métier , & le Roi , par un orgueil auſſi ſtupide
que féroce , commit un crime monstrueux.
Dans le Traité fur les moyens de connoître
lesprogrès qu'on fait dans la vertu , Plutarque
paroît, entre-autres moyens, adopter la règle
de Platon & de Zénon , qui veulent qu'on
juge par les fonges même de ſes progrès dans
lebien : qu'on prenne garde ſi , pendant le
ſommeil, on ne ſe plaît pas à des repréſen
zations deshonnêtes ; ſi l'on ne croit pas faire
ou approuver des injuftices & des violences;
ou ſi l'âme , toujours tranquille , toujours
éclairée par la raiſon , tient dans une foumiſſion
entière l'imagination & les ſens.
Vraiſemblablement cette règle tromperoit
ſouvent ; elle tendroit d'ailleurs à juſtifier
la violence de ce Tyran qui fit mourir
un homme de ſa Cour pour avoir rêvé qu'il
l'affaffinoit.
Xénophon a dit : Il est d'un hommefage
de tirer parti de ſes ennemis même. C'eſt le
développement de cette grande vérité qui
forme le Traité de Plutarque , fur l'utilité
qu'on peut retirer deſes ennemis.
Dans le Traitéfur legrandnombre d'amis ,
Plutarque veut qu'on n'en ait qu'un. Il ob-
:
DE FRANCE. 125
ſerve que nous ne les trouvons jamais que
deux à deux : Theſée & Pyrithoüs', Achille
& Patrocle , Oreſte & Pylade , Pythias &
Damon , Epaminondas & Pélopidas . En retranchant
quelques - uns de ces exemples ,
M. de Voltaire a dit plaiſamment :
Ces noms font beaux , mais ils ſont dans les fables.
Dans le Traitéfur la Fortune , l'Auteur lui
enlève tout ce qu'il peut; il obſerve avec
complaiſance qu'elle n'a point d'empire fur
les Arts; il cite cependant l'hiſtoire du Peintre
, qui , ne pouvant réuſſir à rendre à fon
gré l'écume d'un cheval , jeta ſur le tableau
ſon éponge , laquelle par hasard remplit parfaitement
l'idée du Peintre. Plutarque obſerve
que c'eſt le ſeul cas où la Fortune ait
mieux fait que l'Art.
Dans le Traitéfur le Vice & la Vertu ,
l'Auteur établit qu'il n'y a point de vrai plaifir
pour l'homme vicieux , & que l'homme
eſt heureux par la vertu , dans quelque firuation
qu'il ſe trouve. Maxime très- morale , &
peut-être plus vraie que ne le croyent la plupart
de ceux même qui la ſoutiennent . Voilà
tous les Ouvrages que contient le premier
volume.
Le ſecond offre d'abord la Confolation à
Apolloniusfur la Mort defon fils. L'Auteur
prouve qu'une trop grande préſpérité doit
alarmer. Philippe de Macédoine , dit-il , reçut
en un même jour trois nouvelles heureuſes ;
ſes courſiers avoient remporté le prix aux,
Fiij
126 MERCURE
jeux olympiques ; Parménion , ſon Lieutenant
, avoit vaincu les Dardaniens ; Alexandre
venoit de naître. Fortune , s'écria -t'il ,
envoie moi quelque disgrace !
८ Théramène , l'un des trente Tyrans d'Athènes
, dînant avec pluſieurs perſonnes , la
maiſon s'abyma , il fut ſeul ſauvé. O Fortune !
dit-il , à quel fort me réſerves-tu ? En effet ,
peu de temps après il périt dans les ſupplices.
On est étonné de ne pas trouver en cet
endroit l'hiſtoire de Polycrate , tyran de
Samos.
Plutarque prouve qu'au jugement des
Dieux , la plus prompte mort eſt le plus
grand bien pour les homines; il le prouve
par l'exemple connu de Cléobis & Biton ,
jeunes gens d'Argos , fils d'une Prêtreſſe de
Junon. Leur mère , pour récompenfer leur
piété , pria la Déeffe de leur donner ce qu'il
y avoit de meilleur pour les hommes , ils
s'endormirent peu de temps après , & ne ſe
reveillèrent plus. La douceur de cette mort
étoit bien un auſſi grand bienfait que ſa
promptitude.
Le dialogue de Moſchion & de Zeuxippe ,
intitulé : Préceptes de Santé , en contient en
effet d'utiles , fur tout pour les Gens de
Lettres. L'Auteur examine s'il eft bon de
s'occuper à table de quelque diſcuſſion Littéraire
, & il tient fort pour l'affirmative.
Dans les Préceptes de Mariage, on établit
que celui qui ne fait pas gouverner ſa mai:
:
DE FRANCE. 127
ſon , n'eſt pas propre à l'adminiſtration publique.
Le Rheteur Gorgias , exhortant les
Grecs à la concorde & à la paix , commence ,
lui dit Mélanthius , ſon adverſaire , par
établir la paix chez toi , entre tafemme & la
Servante.
Il ne faut pourtant pas toujours condamner
ſans reſtriction ceux qui ne peuvent parvenir
à cette paix domeſtique.
Paul Émile ayant répudié une femme riche
, belle & fage , ſes amis l'en blåmoient.
Voyez-vous ce ſoulier , leur dit-il , il eſt beau
&bienfait , il n'y a que moi qui ſache où il
mebleffe.
Plutarque établit qu'en général la perſuaſion
a plus de pouvoir ſur les femmes
que la contrainte , & cite à ce ſujet la fable
du Soleil & de Borée.
Le Banquet des Sept Sages eſt le plus
connu de tous ces Traités moraux de Plutarque
, & par cette raiſon nous n'en dirons
rien.
Le Traité de la Superftition avoit été tra
duit par M. le Févre , & ce ſavant avoit
joint à ſa Traduction des notes dont M.
l'Abbé Ricard a quelquefois profité. Il eſt à
remarquer que dans ce Traité , Plutarque
paroît préférer l'atheïſme à la ſuperſtition ;
mais M. l'Abbé Ricard craignant que cette
idée ne pût contribuer à diminuer Thorreur
qu'on doit avoir de l'athéïſme , oppoſe dans
une note Plutarque à lui-même , en rapportant
un paffage d'un autre Traité , où Plu-
Fiv
128 MERCURE
:
tarque , au contraire , donne la préférence la
plus formelle à la ſuperſtition ſur l'atheïline.
Les Apophtegmes des Rois & des Capitaires
célèbres terminent ce ſecond volume.
Cet Ouvrage eſt encore plus connu que le
Banquet des Sept Sages . C'eſt même le premier
Ouvrage de Plutarque qu'on met entre
les mains des jeunes gens , lorſqu'ils commencent
à ſe familiariſer avec le Grec. Ils
y trouvent une multitude de faits curieux ,
de maximes utiles, propres, par leur brièveté
&par le trait hiſtorique auquel elles tiennent
, à ſe graver aiſément dans la mémoire ,
& à former les moeurs de l'enfance. Nous
remarquerons particulièrement ce trait de
justice & de générofité.
" Memnon , faiſant la guerre pour Darius
>> contre Alexandre , entendit un de ſes Soldats
qui tenoit les propos les plus inju-
2
92 rieux fur le compte de ce Prince. Il le
>>frappa de ſa lance , en lui diſant : Je te
>>paye pour faire la guerre à Alexandre , &
>> non pour en médire. »
Le Traducteur , dans un court ſommaire
placé à la tête de chaque Traité , rétablit la
liaiſon des idées principales quelquefois
interrompue dans le texte par des idées incidentes
, & préſente ſous un même point de
vûe toute la ſuite du raiſonnement. Il affoiblit
par-là , fans aucune altération , le principal
défaut de fon Auteur , & en rend la
lecture plus facile & plus agréable.
Il eſt échappé à M. l'Abbé Ricard , dans
DE FRANCE.
129
l'Avertiſſement du premier volume , deux
petitesnégligences de ſtyle , dont il nous ſaura
peut-être gré de l'avertir.
1º. " Il s'étoit exercé ſur les différens ob-
>> jets qu'elle embraſſe avec un ſuccès égal. >>>
Il y a ici une petite équivoque grammaticale
, & qui tient à la tournure de la phrafe.
Eſt- ce lui qui s'étoit exercé avec un ſuccès
égal ? Est-ce elle qui embraſſe les différens
objets avec un égal ſuccès ? C'eſt lui fans
doute; mais il falloit mettre :
« Il s'étoit exercé avec un ſuccès égal fur
> les différens objets qu'elle embraffe.
2º. « J'ai traduit différemment que ceux
>> qui m'ont précédé.
Différemment de, ou autrement que. Encore
eft-ilmieuxd'éviter la première tournure.
TRAITÉ de l'usage des Armes à Feu , écrit
en ItalienparM. leCommandeur d'Antoni,
traduit en François par M. le Marquis de
Saint - Auban , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Lieurenant
-Général des Armées du Roi. in-8
de 345 pages , avec une Notice hiſtorique
fur la Vie & les Ouvrages de M. le Marquis
de Saint-Auban , fon portrait & des
planches , 1785. A Paris , chez Lambert ,
Imprimeur - Libraire , rue de la Harpe ,
où se trouvent les autres Ouvrages du
Traducteur.
PENDANT que les Traducteurs& lesCommentateurs
n'étoient qu'Erudits , & ne pof-
F
1
i
1
130
MERCURE
fédoient d'autres connoiſſances que celle des
Langues , les originaux étoient mal entendus
& plus mal rendus encore . Delà vient peutêtre
que les Auteurs anciens , qui ont écrit
fur les Arts & ſur l'Hiſtoire Naturelle , font
encore à traduire , & ne pourront l'être dignement
que par des Artiſtes & des Naturaliſtes
, ou par des Ecrivains qui poffederont
à la fois les langues anciennes avec la
théorie des Arts & de la Nature. Vitruve ,
&un petit nombre d'autres , ont joui du
bonheur que nous deſirons à tous les bons
Ecrivains de l'antiquité; car Claude Pérault
étoit auſſi habile Architecte que Vitruve ;
mais l'Auteur qui méritoit davantage d'être
traduit par un Savant auquel on reconnût
des lumières, égales aux Sciences , c'étoit
Polybe : fes Écrits font la production d'un
homme conſommé dans l'Art de la Guerre
&dans la Tactique des Grecs & des Romains.
C'eſt ainſi qu'après avoir paſſé une
grande partie de ſa vie dans les Camps , après
avoir fait la guerre dans le poſte d'Officier-
Partiſan , comme les anciens la faiſoient
avec de petites Armées , le Chevalier de Folard
publia des Commentaires ſur Polybe.
Tel auſſi avoit été Céſar , qui ne ſuſpendoit
quelques inſtans le plaiſir de vaincre , que
pour favourer à loiſir celui de publier ſes
victoires .
L'Ouvrage que nous annonçons eſt dû à
un Militaire qui a charmé les loiſirs de ſa
vieilleſſe par l'étude & la traduction des
f
DE FRANCE. 131
Écrits d'un Artilleur des plus célèbres. M.
d'Antoni a créé , pour ainſi dire , l'Artillerie
en Piémont. Il a eu l'avantage rare de pouvoir
faire & répéter dans les Écoles Nationales
les expériences déciſives , ſeules baſes
folides d'un Art qui gît tout entier dans les
faits. Sans préjugé national , ſans eſprit de
parti , libre de toute contrainte , l'Artilleur
Piémontois a repris les travaux de tous ſes
prédéceſſeurs. Il a commencé par une étude
ſuivie de la poudre à canon , ce mélange
terrible qui décide aujourd'hui du fort des
Empires , & il a publié le réſultat de ſes recherches
dans ſon Efame d'ella polvera. Depuis
il a fait des recherches ſur la nature , la
forme & l'uſage des armes , que la poudre
rend ſi redoutables , dans le Traité intitulé :
Uso d'elle Armi dafuoco.
M. le Marquis de St-Auban eſt très-connu
par ſes ſuccès dans la conduite de l'Artillerie
Françoiſe , & par les Écrits qu'il a compoſés
en faveur de cette Artillerie qui avoit
vaincu à Fontenoi & à Raucoux. Il a cru
ne pouvoir mieux ſervir ſa Patrie qu'en l'enrichiffant
d'un traité dans lequel l'artillerie
eſt ſi bien démontrée. Son expérience dans
cet Art formidable , lui donnoit pour cette
Traduction des facilités que tout autre Militaire
n'auroit acquiſes qu'avec peine. Il
avoit étudié l'Artillerie pendant dix - ſept
campagnes , à trente-huit ſièges ou batailles ,
&pendant quarante-fix ans de ſervice. Retiré
à Paris , éloigné des combats , il voulut
Fvj
132 MERCURE
a
encore être utile par ſes conſeils aux Artilleurs
, qu'il avoit formés autrefois par fes
exemples & par ſes commandemens , femblable
à ces Athlètes fameux , que l'âge & la
vieilleffe empêchoient de combattre fans
pouvoir cependant les empêcher de retourner
au Gymnaſe , & d'y donner aux jeunes
Élèves d'uriles leçons. M. le Marquis de
Fraguier , fon beau-fils , n'a pas voulu que
la mort de cet habile Militaire privât le
Public du dernier fruit de ſes travaux. On
lui en fait d'autant plus de gré , que cette
Traduction été agréée par M. d'Antoni
lui-même. Il y a reconnu ſes idées & fa manière
de les préſenter , malgré la différence
que doit apporter le génie d'une langue dans
laquelle il n'avoit point écrit. Cet aveu du
favant Arrilleur Piémontois fera mieux l'éloge
du travail de M. le Marquis de Saint-
Auban que tous les jugemens des Littérateurs.
C'eſt pourquoi nous nous contentons
de donner un extrait de l'Ouvrage original.
On obſervera que le Traducteur a eu foin
de le faire précéder d'une évaluation fidelle
des poids & meſures de Piémont en poids
& meſures de France , évaluations qu'il
avoit reçues de M. d'Antoni.
M. d'Antoni rédait dans ſon premier Chapitre
la perfection de toute arme à feu à deux
principales conditions; la première confifte
à construire l'arme de manière qu'elle ne
puiſſejamais nuire à celui qui la manoeuvre ,
&la deuxième ,à ce qu'elle devienne utile &
DF FRANCE. 123
2

commode à celui qui la manoeuvre ; c'eſt à
remplir ces deux conditions qu'eſt employé
tout ſon Traité. Il le commence par de favantes
recherches métallurgiques fur la nature
du fer , du cuivre , du zinc & de l'étain ,
élémens de l'alliage appelé tronze , qui font
abrégées dans le réſultat desexpériences faites
en Piémont en 1759 , pour confronter la dureté
relative de ces métaux. Il s'occupe enſuite
de la ténacité & de la dureté que doit
avoir le bronze employé par l'Attillerie ;
des cauſes qui occaſionnent le choc du boulet
dans l'intérieur du canon ; ( la méthode de
forer les pièces diminue ſenſiblement ce
choc, lorſqu'elle eft pratiquée avec ſoin &
exactitude ) du vent des boulets; de la figure
&de la longueur de l'âme des canons , &
de leur épaiſſeur .
Après avoir fixé par une multitude d'expériences
les dimenſions préliminaires , M.
d'Antoni traite de la fonte des canons & des
mortiers , & donne aux Fondeurs desavis &
des principes qu'ils n'auroient jamais découverts
par la routine de leurs pratiques. La
Inmière , l'examen& les épreuves des canons
de nouvelle fonte occupent la fin de cette
première Parrie , qui eſt conſacrée uniquement
à la connoiffance méchanique des Armes
à feu.
: Un nouvel ordre de choſes fixe l'attention
des Lecteurs dans la ſeconde Partie. Ce ne
font plus des dérails purement méchaniques
qui les occuperont ; mais ils vont fuivre M.
2
L
cr-mecha-
2
Event.
erences
tata rais et ex-
-

S USS
meme
h. de Same-
牛经teren
vantes
Dr Dae
心理学Une
Traducteur,

ઇસ અવા પ્રમે ! :
Armleri Fran
detende les an
En
pardes Sorts lumineux,
S
DE FRANCE.
135
n'a pas dédaigné de rendre dans notre langue
les idées d'un étranger ; & qui enfin a ſacrifié
l'amour-propre d'Auteur, à l'avantage de ſes
compatriotes & à l'utilité publique.
SPECTACLES.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Les dernières repréſentations de l'Opéra de
Pizarre ont obtenu beaucoup d'applaudifſemens
ſans attirer une grande affluence.
L'Ouvrage a été mieux exécuté & mieux
écouté , & l'on a été à portée d'en apprécier
le mérite & d'en mieux ſentir les effets.
La muſique a été jugée en général d'une
bonne facture. On voit que l'Auteur a bien
écouté les Ouvrages des plus célèbres Compoſiteurs
, & qu'il a cherché à mettre dans fa
muſique le caractère & le mouvement qui
convient à la Tragédie. L'ouverture n'eſt pas
une fimple ſymphonie : quoique les intentions
n'en ſoyent peut-être pas affez déterminées
, on voit qu'elle annonce une action
noble & intéreſſante. Parmi pluſieurs morceaux
qui ont été applaudis , on a diftingué
au premier Acte le duo entre Zamore & Alzire
, d'un chant agréable , quoique d'une
expreffion trop foible , & la marche ſur
laquelle arrive l'Inca , dont le caractère a
143 MERCURE
d'Antoni dans des recherches phyſico-mechaniques
, dont l'application peut être généraliſée
. Cet Écrivain traite d'abord des projectiles
de l'Artillerie , de la vîteſſe initiale
des boulets , & de la courbe qu'ils décrivent.
Il démontre enſuite , par des expériences
fans nombre , les effets des boulets , ſoit
contre les fortifications , foit dans les batailles.
Le canon chargé à mitrailles eft examiné
dans un Chapitre particulier . M. d'Antoni
en conſacre un autre à la comparaiſon
des obuſiers avec lesfagres , pièces de quatre
à dix livres de balle ,ainſi appelées par les
Italiens ; & il couronne ce précieux Ouvrage
par des confidérations ſur les effets des
bombes.
On peut affurer qu'on n'avoit produit en
Artillerie rien d'auſſi profond , & en mêmetemps
d'auffi élémentaire , depuis les recherches
de Bélidor & celles de M. de Saint-
Remy. C'eſt dans les écoles , ſur le terrein ,
que des Ouvrages de cette nature doivent
érre compoſés. Ceux-là ſeuls qui auront été
médités & préparés dans les batteries pafferont
à la poſtérité , à côté de ces ſavantes
théories qui doivent les prendre pour baſe ,
&non en deviner & prédire lesréſultats.Une
partie des éloges que nous venons de donner
à l'Auteur rejailliſſent ſur le Traducteur ,
qui , après avoir dirigé pendant long- temps
fur le chemin de la victoire l'Artillerie Fran
coiſe , & après en avoir défendu les anciennes
proportions par des Écrits lumineux ,
DE FRANCE. 135
n'a pas dédaigné de rendre dans notre langue
les idées d'un étranger ; & qui enfin a ſacrifié
l'amour -propre d'Auteur, à l'avantage de ſes
compatriotes & à l'utilité publique.
SPECTACLES
.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Les dernières repréſentations de l'Opéra de
Pizarre ont obtenu beaucoup d'applaudifſemens
ſans attirer une grande affluence.
L'Ouvrage a été mieux exécuté & mieux
écouté , & l'on a été à portée d'en apprécier
le mérite & d'en mieux ſentir les effets.
La muſique a été jugée en général d'une
bonne facture. On voit que l'Auteur a bien
écouté les Ouvrages des plus célèbres Compoſiteurs
, & qu'il a cherché à mettre dans ſa
muſique le caractère & le mouvement qui
convient à la Tragédie . L'ouverture n'eſt pas
une fimple ſymphonie : quoique les intentions
n'en ſoyent peut -être pas affez déterminées
, on voit qu'elle annonce une action
noble & intéreſſante. Parmi pluſieurs morceaux
qui ont été applaudis , on a diftingué
au premier Acte le duo entre Zamore & Alzire
, d'un chant agréable , quoique d'une
expreffion trop foible , & la marche ſur
laquelle arrive l'Inca , dont le caractère a
136. MERCURE
paru bien faifi & d'un bon effet. Au ſecond
Acte , l'air de Pizarre : Pour vous iln'est plus
de barrière , & le choeur qui s'y joint , ont le
caractère de nobleſſe, de chaleur & detriomphe
qui convient à la ſituation. L'air que
chante Alzire au quatrième Acte : J'expose
une tête fi chère , eſt d'un beau chant , & la
ſeconde partie fur-tout eſt d'une expreffion
vive, énergique & vraie. Celui de Zamore ,
dans le même Acte: Que fon fang répandu
commence le carnage , merite les mêmes
éloges; l'invocation de l'Inca , aux mânes de
Ses aïeux , eſt d'unton impoſant & religieux ,
&le choeur qui ſuccède : Marchons , exterminons
cette race barbare , a le mouvement
& l'expreffion qu'exigent la ſituation & les
paroles.
Le reproche le plus général que l'onait fait
à la muſique , c'eſt de manquer d'originalité.
Le récitatifpourroit avoir plus de vérité dans
les accens & de variété dans la marche ; mais
il y a ſouvent de l'intention & de la chaleur
dans l'accompagnement ; on y deſireroit ſeulement
plus de repos & un travail d'orcheſtre
moins continu. Les airs de danſe ont
paru en général agréables, & d'un bon genre.
Peut-être ceux du divertiſſement du premier
Acte auroient pu avoir un caractère
plus convenable à une fêre religieuſe. On y
a diftingué particulièrement les deux premiers
airs que danſent les filles du Soleil .
L'Ouvrage en général a été mais avec foin
& bien exécuté ; les premiers Sujets , tant
>
DE FRANCE. 137
du chant que de la danſe , y ont concouru
avec le zèle & les talens qu'on leur connoît.
1
ANNONCES ET NOTICES.
V
UE du Château de Vincennes , près Paris , gravée
d'après M. Moreau l'aîné. Cette Vûe eſt la troiſième
de la Collection des monumens des environs de cette
Ville , que fait graver M. Moreau le jeune , ſous fa
direction. Les deux qui précèdent cole-ci font le
Pont de Neuilly & le Château de Madrid. Ces Eftampes
ſe trouvent à Paris , chez M. Moreau le jeune,
Deſſinateur & Graveur du Cabinet du Roi & de fon
Académie Royale de Peinture & Sculpture , rue du
Coq S. Honoré. Le prix eft de 3 liv. chacune. Cette
Eſtampe eſt dédiée à M. le Baron de Breteuil , Chevalier
des Ordres du Roi , Miniftre & Secrétaire
d'État , &c.
La Vûe que nous annonçons nous paroît d'une
grande vérité , & priſe d'une manière très-pittorefque
, quoique d'un effet fimple & vrai ; enfin on y
trouve ce ſentiment d'harmonie qui caractériſe les
Ouvragesde M. Moreau. La Gravure ne dement en
rien les Vûes précédentes , on y retrouve la touche
ſpirituelle que nous avons déjà louée avec juſtice
daus les Ouvrages de Mile Élife Saugrain , par qui
cette planche eſt gravée.
Cette Collection , dans la manière dont elle eft
conçue , avec la note hiſtorique qui ſe trouve aubas
de chaque Eſtampe , étant ſuivie avec exactitude ,
peut foriner une hiſtoire pittoreſque des monumens
de notre Nation.
PORTRAIT de M. l'Abbé Arnaud Abbé de
138 MERCURE
Grandchamp , de l'Académie Françoise , & de celle
des Infcriptions , Lecteur & Bibliot. de MONSIEUR ,
Hiftoriographe de l'Ordre de S. Lazare; gravéd'après
J. S. Dupleſſis, par L. Valperga. Prix, 4 liv. Se trouve
chez Lenoir , Marchand d'Eſtampes , galerie du Palais
Royal , Nº. 43 .
C'eſt par ce Portrait que s'eſt manifeſté d'abord
le grand talent de M. Dupleſſis pour la Peinture.
C'eſt faire un affez grand éloge de la manière dont
il eſt gravé , que de dire que M. Valperga a ſu , avec
la reſſemblance , réunir l'eſprit qu'y a mis ce Peintre
, & l'effet du tableau. Ce jeune Artifte débute
d'une manière très-avantageuſe.
Voici quatre vers deſtinés à être mis au bas de ce
Portrait , & qu'on attribue à un illuſtre confrère de
l'Abbé Arnaud , qui aime lui -même tous les arts , &
qui eſt fort connu par des ouvrages de ſociété , pleins
d'eſprits , d'élégance &de naturel.
Né pour tous les Beaux-Arts , pour leur culte enflammé ,
Adorateur des Grecs , & François plein de grâce ,
Il eût également charmé
Le siècle de Platon , de Voltaire ou d'Horace.
PORTRAIT d'Eléonor-Marie de Rochefort ,
Curé de la Paroiſſe de Saint André des-Arcs , préſenté
par Delattre , & ſe vend chez lui , rue Pavée ,
aucoinde la rue de Savoie , nº. 26.
Au bas de ce Portrait on lit ces vers adreſſés à M.
de Rochefort, qui mérite au moins l'éloge qu'ils
renferment par ſa piété éclairée & par ſa bienfaiſance
:
Dans un hiver affreux à jamais mémorable ,
Ce Pafteur ſecourut de ſa main charitable ,
La Veuve , l'Orphelin , l'Ouvrier , l'Artiſan ;
Il a jeté ſur tous un regard bienfaiſant :
Il chercha l'Indigent avec un ſoin extrême ;
Et pour le ſoulager , il s'oublia lui-même.
DE FRANCE. 139
PORTRAIT de Mlle Beaumesnil, gravé par
Vidal. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Noyers , nº . 29 ; & au Palais Royal , chez Pithou ,
Marchand d'Eſtampes , nº . 138 des Galeries neuves.
Au bas de ce Portrait , qui eſt finement gravé , on
lit ces quatre vers :
Est- ce une Muſe ? Est- ce une Gråce
Qui tient ici la lyre d'Apollon ?
C'eſt toutes deux. Tibulle en inftruit le Parnaſſe ,
Et Beaumeſnil leur a prêté ſon nom .
Ce Portrait eft gravé d'après M. Pujos , qui depuis
long-temps conſacre ſon talent à reproduire les traits
des Perſonnes célèbres dans tous les genres.
LE Paysan mécontent , gravé en couleur par
J. B. Morrel , d'après A. Borel. Prix , 3 livres. A
Paris , chez Morrel , Graveur , rue des Deux-
Portes-Saint-Sauveur , maiſon de M. Lelièvre ,
19.18.
Cette Eſtampe a de l'effet , & doit faire plaifir.
SECONDE Suite de l'Aventurier François , contenant
les Mémoires de Cataudin , Chevalier de
Roſamène, fils de Grégoire Merveil , 2 Volumes ,
formant les Tomes V & VI de l'Aventurier François.
A Londres; & ſe trouve à Paris , chez l'Auteur
, hôtel de Malte , rue Chriſtine , Fauxbourg
Saint Germain; Quillau l'aîné , Libraire , même
rue; la Veuve Ducheſne , Libraire , &c. - Hiftoire
de la République des Lettres & Arts en France ,
année 1783. A Amſterdam; & ſe trouve à Paris ,
même Adreſſe.
Ces deux Ouvrages font ſuite à d'autres dont
nous avons rendu compte. L'Aventurier François a
beaucoup réuffi .
De l'Universalité de la Langue Françoise ,
10 MERCURE
Diſcours qui a remporté le Prix à l'Académie de
Berlin en 1784 , deuxieme Edition. A Berlin ; & ſe
trouve à Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins , & Bailly , Libraire , rue Saint
Honoré.
Peu d'Ouvrages ont joui d'un ſuccès auſſi univerfellement
avoué. Ce Difcours eſt un titre de gloire
pour fon Auteur , comme la queſtion qui en fait le
ſujet eſt un objet de triomphe pour notre Langue.
Nous en rendrons compte inceſſamment.
4 SUPPLEMENT à la Magie Blanche dévoilée ,
contepant l'explication de pluſieurs Tours nouveaux
joués depuis peu à Londres , avec des éclairciſſemens
ſur les artifices des Joueurs de profeffion , les
cadrans ſympathiques , le mouveinent perpétuel,
les chevaux ſavans, les poupées parlantes , les automates
danfans , les ventriloques , les fabots élastiques,
&c.; par M. Decreinps , avec cette Epigraphe
tirée des Lettres de Mylord Chesterfield à ſon fils :
Mankind are eafier deceived than undeceived.
Il eſt plus facile de tromper le monde que de le
détromper , Volume in-8 . , avec vingt-neuf fig..
Prix, 4 liv. 4 ſols envoyé franc de port par la poſte
dans tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur , rue
des Rats , près la Place Maubert , nº. s .
,
M. Decremps avoit obtenu l'année dernière le
fuffrage des Amateurs en donnant une explication
claire& fuccintedes Tours qui firent pendant quelque
temps l'admiration de Paris & de la Province ;
il doit eſpérer un pareil ſuccès de ſon Supplément ,
qui contient des inſtructions utiles , des articles
ſcientifiques & des chapitres amuſans. Parmi les
Tours de combinaiſon dont il eſt parlé dans ce
Supplément , il y en a un bien fingulier , qui conſiſte
à entretenir une correſpondance ſecrette en
écrivant en latin, ſans ſavoir cette Langue, des letDE
FRANCE. 141
1
:
tres à double ſens , dont le myſtère ne peut être pémétré
par aucun Latiniſte , ni même par ceux qui
favent le même ſecret , lorſqu'ils n'ont pas la clef
particulière de la perſonne qui en fait uſage.
Nous engageons nos Lecteurs à voir l'explication
de ce ſecret dans l'Ouvrage même.
OEUVRES Choisies de Boſſuet , Evêque de
Meaux, par M. l'Abbé de Sauvigny , Torne IA
Nifines, chez Pierre Beaume, Imprimeur - Libraire ,
à la grande Race.
Ce premier Volume de l'Édition de Boſſuet doit
en donner une opinion avantageuſes Il contient ſon
beau Diſcours ſur l'Hiſtoire Univerſelle , avec ſa
Lettre au Pape Innocent XI , concernant l'Éducation
de Mgr. le Dauphin. On lira avec beaucoup
d'intérêt le précis de la Vie de Boſſuet , que M. de
Sauvigny a mis à la tête de ce premier Volume.
C'eſt un tableau rapide de la vie privée de cet
illuftre Prélat, & une énumération de ſes triomphes
Littéraires & Apoftoliques. Son immenſe érudition
, ſon zèle éclairé , courageux & infatigable, y
reçoivent de la part de l'Éditeur des éloges auſſi raifonnés
que ſentis.
Cette Edition , qui paroît devoir être bien rédigée,
offrira pluſieurs avantages , le choix des Ouvrages
recueillis , les ſuppreffions néceffaires , & la
publication de pluſieurs Écrits qui n'ont pas encore
vu lejour.
Elle paroît en deux formats , in-49 . & in-8 °.
COURIER Lyrique & Amuſant. Pluſieurs Perſonnes
ayant de différentes Provinces envoyé leur
adreſſe au fieur Knapen fils , Imprimeur - Libraire ,
rue Saint André-des Arcs , à Paris , afin d'être iof
crites fur le Regiſtre des premiers Souſcripteurs au
Courier Lyrique & Amuſant , ou Paffe-Temps des
142
MERCURE
Toilettes; & lui ayant demandé un moyen pour
lui faire tenir leur argent , il croit ne pouvoir pas
en indiquer de plus sûr , de plus prompt & de
plus commode que celui qui a déjà été employé par
la plupart de ſes Souſcripteurs . Ce moyen connu &
probablement ufité à l'égard des autres Journaux
conſiſte à remettre à la Poſte le prix de l'abonnement,
en le faiſant précéder d'une lettre d'avis à ſon
adreſſe, dans laquelle doit être incluſe la quittance
du Directeur de la Poſte où l'on a payé. Toutes les
Perſonnes qui employeront cette voie , ſont aſſurées
de recevoir ſans retard & fans interruption les
Numéros de ce Journal , qui paroîtra au premier
Juin prochain , & dont la ſouſcription eſt de 14 liv.
pour Paris , & de 16 liv. 8 ſols pour la l'rovince.
PLANISPHERE , OU Boufſole Harmonique ,
avec un imprimé ſervant à l'expliquer.
Ce Tableau , imaginé par Zozime Boutroy , de
l'Académie Royale de Muſique , a pour objet de
rendre l'étude de l'harmonie plus sûre , plus imple
&plus facile , ſoit pour compoſer , accompagner ou
analyſer toutes fortes de morceaux de Muſique.
On trouve dans cet Ouvrage ſept accords ,' que
l'Auteur nomme primitifs , & qui produiſent, par le
ſimple renverſement , tous les accords poflibles. On
ytrouve auſſi une nouvelle manière de chiffrer les
accords primitifs & leurs combinaiſons ſi ſimple &
ſi exacte , que l'Auteur qui l'adoptera ſera sûr , en
l'employant , d'accompagner toujours avec les mêmes
accords qu'il aura indiqués.
Outre ces deux objets , qui forment le fond de
l'Ouvrage , on y trouvera , 1°. le nom propre des
notes , dites naturelles ; 2. l'intervalle ou diſtance
qui doit ſe rencontrer d'une note à ſa plus prochaine
, ſuivant le dégré qu'elles peuvent eu doivent
occuper dans une gamme majeure ou mineure ;
-
DE FRANCE. 143
3 °. les trois clefs , leurs différentes poſitions & leurs
mutations , par le moyen des dièzes ou bémols , ce
qu'on nomme tranſpoſitions ; 4º. la connoiſſance
des modes, par les dièzes ou bémols ; s ° . la manière
la plus ſimple de préparer & fauver les diſſonances
; 69. le mouvement que doit ou peut faire
chacune des notes qui a porté tel ou tel accord ;
7°. une gamme complette de tous les accords que
peuvent porter les ſept notes de la ggaamme, ſoit en
mode majeur ou mineur ; 8 ° . le moyen de reconnoître
la véritable note fondamentale des accords
produits ; 9. un détail des différens chiffres dont ſe
ſont ſervis tous les Auteurs juſqu'à ce jour pour indiquer
les accords ; 10. l'accord qu'on peut faire
ſuccéder à tel ou tel autre , d'après leur meilleur
effet ; 11º . un moyen sûr & facile d'analyſer une
Partition , de ſe rendre raiſon des accords pratiqués
dans un morceau de muſique fait , & de les réduire à
leurs primitifs fondamentaux ; 12º, enfin tout ce
qui peut faciliter la compoſition muſicale ou l'accompagnement,
L'Auteur eſpère que cet Ouvrage , qui forme un
Tableau de 26 pouces ſur 30 , ne ſera pas moins
utile à ceux qui ont déjà des connoiffances dans
l'harmonie qu'aux Commençans. Le prix en feuilles,
y compris la Clef brochée , eſt de 24 liv, pour
Paris , & 27 liv . pour la Province franc de port.
Les Perſonnes qui defireront qu'on le leur faſſe
paſſer , pourront écrire directement à l'Auteur , rue
Grenetat , la deuxième porte-cochère en entrant à
droite par la rue Saint Martin , & aux Adreſſes ordinaires
de Muſique,
OUVERTURE del Signor Anfoſſfi pour le Clavecin
avec Violon , arrangée par M. Bambini , Maître
de Chant & de Clavecin. Prix , 2 liv. 8 fols .
Douze petits Airs pour le Clavecin avec Violon ,
-
144 MERCURE
par M. Bambini , OEuvre IV. Prix , 4 liv. 4 fols. A
Paris , chez l'Auteur , rue des vieux Auguſtins , aux
Eaux de Pafly .
Ces petits Airs , qui font très - brillans ſans être
fort difficiles , nous ont paru d'un chant très-agréable
, & prouvent que l'Auteur poſsède parfaitement
fon Inſtrument.
ERRATA du dernier mercURE.
i
Page 54 , article des Centenaires de Corncille ,
il faut lire ainſi les deux premières phrafes.: De
ces deux Centenaires l'une a étéjouée avec ſuccès fur
quelques Théâtres de Province ; la seconde a été lue
& reçue deux fois à la Comédie Françoise , où
néanmoins elle r'a pas été repréſentée.
Même article , page 65 , ligne 12 , cettefameuse
Scène ; lifez , la fameuse Scène.
TABLE.
VERS à un bon Humain , 97 phe ,
Aun Ami ,
Conte,
L'Aigle & le Serpent ,
Senfibilité ,
314
98 OEuvres Morales de Pluraribid.
que, 117
99 Traité de l'usage des Armes à
Les dangers &les plaiſirs de la Feu , 129
100 Académie Roy. de Musiq. 135
Charade, Enigme& Logogry- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
137
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Mai . Je n'y ai
tien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le 20 Mai 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Mars .
IEN n'est encore terminé , ni prêt à
RT'être , felon les apparences extérieures ,
au ſujet de l'affaire des limites avec la cour
de Vienne . Son Internonce , le Baron de
Herbert , paroît même avoir rallenti ſes démarches
, & s'occuper ſpécialement des facilités
commerciales à procurer aux ſujets
Autrichiens. La concurrence des Ruſſes eft
devenue dangereuſe pour les nations de
l'Europe qui fréquentent la mer Noire ,
quoiqu'on exagere infiniment trop les déſavantages
de celles-ci. Une ſeule maiſon
Allemande a juſqu'ici envoyé dans la mer
Noire quelques navires ſous pavillon Autrichien
; mais comme pluſieurs autres ſe propoſent
les mêmes ſpéculations , on leur a accordé
l'établiſſement d'un Conful Impérial
en Crimée , ſous les ordres de l'Internonce
à la Porte.
N°. 21 , 21 Mai 1785. e
( 98 )
Nos canoniers ſe forment affez bien aux
manoeuvres de l'artillerie ; mais l'on déſeſpere
entierementdes Janiſſaires&des Spahis,
& le gouvernement paroît dégoûté des eſſais
infructueux qu'il a tenté pour exercer & pour
diſcipliner ces milices ſelon la tactique européane.
La grande faveur du Capitan Pacha a
paru ſenſiblement pendant fa maladie. Le
Grand Seigneur lui renditune viſite, &lui envoya
le Docteur Gobis, originaire de Trieſte ,
ſelon quelques -uns , & éleve de Van Swieten .
A peine rétabli , le Capitan Pacha a fait
diſgracier le Grand- Viſir, le Muphti & l'Aga
des Janiſſaires , tous trois remplacés par des
Miniſtres attachés au parti du Grand-Amiral .
On parle d'une demande faite à la Porte
par le Baron de Herbert , pour obtenir en
faveur des navires Autrichiens , employés
au commerce de l'Inde , l'entrée du port de
Suès . Les Anglois à qui elle avoit été accordée
, en furent bannis enſuite. Cependant
on aſſure qu'unCapitaine François , actuellement
au Caire , a ouvert des négociations ,
afin de procurer à ſa nation le privilege de
fréquenter ce port de la mer Rouge.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 5 Mai.
C'eſt le 24 Avril qu'eſt expiré à Ludwigsluth
le Duc Frédéric de Mecklenbourg
Schwerin , âgé de 68 ans. La maladie & la
mort de ce Prince ont eu lieu dans 24
heures. Il n'avoit point d'entans de fon
( وو (
épouſe la Princeſſe Louiſe- Frédérique de
Wirtemberg Stuttgard, & fes Etats paſſent
à fon neveu le Duc Frédéric François , âgé
de 29 ans.
Il ſe trouve à Varſovie depuis quelques
jours , un Archimandrite des Monténégrins,
qui ſe propoſe de faire un voyage à Péterfbourg.
On le croit chargé d'une commifſion
importante pour cette cour.
On apprend de Polocz , que l'Archevêque
de Mohilow a reçu de la cour de Rome
un Bref qui l'établit Viſiteur Apoftolique
, & qui lui confere les pouvoirs néceffaires
de prendre au ſujet des Religieux dans
la Ruffie tels arrangemens qu'il jugera convenables.
On a publié à Lubekune lettre quele Magiſtrat
a adreſſée le 16mai aux citoyens de cette ville libre
&Impériale, & dans laquelle il exhorte les Négocians,
de la maniere la plus perfuafive , à faire le
commerce avec probité , à ſuivre dans cet état des
principes ſages , propres à ſe procurer une aifancehonnête
& à inſpirer de la confiance aux étrangers,
enfinà ne plus ſelivrer àdes ſpéculations & à
des entrepriſes trop avanturées, qui ruinent les fortunes
particulieres en renverſant entierement le
crédit public,fondement de tout étatcommerçant.
Le Magiſtrat a annoncé en même tems dans cette
piecequ'il publiera inceſſamment un nouveau Réglement
concernant les failiites.
Toute l'armée du Roi de Danemarck
recevra de nouvelles armes , & on ſe propoſe
de lui faire exécuter de nouvelles
évolutions pendant l'été.
62
( 100 )
On vient d'établir à Copenhague un dépôt
de cartes maritimes , dont la direction
a été confiée au Capitaine de Loewenoern.
DE BERLIN , le 4 Mai.
La baſſe Siléfie a été preſqu'entierement
inondée vers la fin du mois dernier , par la
fonte rapide des neiges accumulées ſur les
montagnes , & des glaces épaiſſes qui couvroient
les rivieres . L'Oder , le Bober &
d'autres rivieres ont furmonté leur lit ordinaire
, & les communications entre divers
lieux ont été totalement interrompues. M.
deHoym , Miniſtre d'Etat s'eſt empreſſé de
donner les ordres néceſſaires pour rouvrir
les chemins & pour foulager les habitans.
Un accident bien douloureux a accompagné
les défaftres de cette inondation. Le
Duc Maximilien Leopold de Brunswick ,
Général Major & Colonel d'un Régiment
d'Infanterie au ſervice du Roi de Pruſſe , a
été englouti ſous les eaux , le 27 Avril , entre
midi & une heure , en voulant ſecourir
les malheureux entraînés par le débordement
de l'Oder. Voici les circonstances de
ce triſte événement.
4
Le 27 l'Oder commença à rompre différentes
digues & inonda toute la campagne. Cette accident
força les habitans de ſe retirer ſur le
toît de leurs maiſons ou ſur le ſommet des digues.
La violence des flots alla en augmentant ;
ils entraînerent preſqu'en entier le pont de
l'Oder. Le Duc voyant dans le lointain ces
infortunés privés de toute aſſiſtance , voulut
( 101 )
abfolument aller à leur fecours pour les affifter
& donner les ordres néceſſaires S. A S. fe plaça
pour cet objet avec trois Bateliers dans une petite
barque , & fut , malgré la rapidité des flors ,
affez heureux pour gagner fans accident la rive
oppofée . Mais arrivant auprès d'une autre digue
rompue , la barque toucha probablement un pieu
caché ſous l'ean ; du moins elle ſe renverſa tout à
coup , & le Prince avec les tro's Buteliers ,
tomba dans la riviere . S. A. S. for apperçue at ffitôt
les bras étendus fur Peau ; & difparut de nou .
veau fans aucun e poir de fecours .
,
La Cour de Berlin a été faiſie de la plus
vive douleur , en apprenant la perte de ce
jeune prince , âgé de 33 ans , victime d'un
courage & d'une humanité bien rares , méme
dans les hommes d'un rang inférieur.
On l'avertit du danger , & l'on refuſoit même
de l'accompagner , à la vue des eaux effrayantes
du fleuve & des débris qu'elles
entraînoient : fon intrépidité Temporta fur
les réflexions & décida les mariniers. Il étoit
le plus jeune des freres du Duc regnant de
Brunswick.
Les trois bateliers que le Duc , fa bourſe
à la main , avoit engagés à le ſuivre , ont
été ſauvés : on a à deux cents pas retrouvéle
corps de ce Prince , pleuré du peuple , des
foldats , de la Cour, de ſa famille , aufli
bienfaiſant qu'inſtruit , & dont toutes les
vertus avoient un caractere d'énergie. Il nageoit
parfaitements mais la violence du
courant ne lui permit pas d'y réſifter.
Nous donnâmes , il y a 15 jours , le ſome3
( 102 )
maire de la population des Etats Pruſſiens ,
d'après la differtation lue à l'aſſemblée publique
de Berlin , du 29 Janvier , par M. de
Hertzberg , Miniſtre d'Etat. Les preuvesjufrificatives
qui développent & qui fondent
les affertions de ce mémoire , font très-intéreffantes
, & en voici l'extrait.
Après une courte notice des principaux Auteurs
qui ont écrit ſur la population , & un examen
rapide de la queſtion tantdébattue , ſavoir fi
Dotre globe eſt aujourd'hui plus ou moins peuplé
que dans les anciens tems , M. de Hertzberg
continue ainsi :
« Il étoit réſervé au grand Roi , dont nous cé
lébrons aujourd'hui le quarante- feptieme anniverſaire
, non ſeulement de rétabiir & de doubler,
malgré ſes longues& ſanglantes guerres ,
la population de ſes anciens états héréditaires
mais encore de la tripler par les provinces nouvellement
acquiſes. J'entrerai ici dans quelques
détails ſur les moyens , dont le Roi s'eſt ſervi pour
augmenter le bonheur & la population de fes ſujets.
>>
1. « L'agriculture étant le moyen le plus für
d'augmenter la population , le Roi n'a ceſſé , pendant
tout fon règne , de faire rebâtir les villages
& les métairies , qui avoient diſparu par l'injure
des tems paflés , &d'en faire bâtirmême de nou.
veaux , fur- tout le long des rivieres. La plupart
de ces rivieres ayant débordé dans les anciens
tems , & inondé beaucoup de terrein fertile , il
les a fait refferrer par des digues , & a retiré par
ce moyen un nombre immenfe d'arpens de terre
cultivable & d'excellens pâturages , & les a donnés
gratis à des colons , la plupart étrangers , en
Jeur faiſant encore bâtir des maiſons & fournir
le bétail , & tout ce dont ils avoient beſoin pour
( 103 )
leur établiſſement , & en leur accordant de longues
franchiſes d'impôt & d'enrôlement. Ce que
Pon a exécuté le long des rivieres de la Netze
&de la Warthe , depuis Drieſen juſqu'à Cuſtrin ;
ce quia produit un défrichement de 120000 journaux
, & un établiſſement de 3000 familles ; le
long de l'Oder, de Cuſtrin juſqu'à Oderberg ; le
long de la Havel & de l'Elbe , autour du grand
lac de Madue en Pomeranie & dans le marécage
de Fienet , au pays de Magdebourg , & aux environs
de Potsdam ,& enfin dans ungrand nombre
d'endroits de toutes les provinces , dont le dénombreinent
exigeroit un volume. Il s'occupe
actuellement à faire deſſecher & défricher les marais
du Dromling , terrein inacceſſible dans la
Vieille- Marche, zu moyen de quoi on compte
de rendre à l'agriculturejuſqu'à 120000 journaux
ou arpens de terre cultivable & de pâturages.
Pour ces différentes entrepriſes & améliorations
le Roi a fait bâtir : ce
Villages &hameaux ,
& y a établi , familles :
Dans la Nouvelle- Marche .
« Dans la Marche Electorale de
Brandebourg. • • 217 -
10,740
152 3.643
Dans la Poméranie . . 100 -
5,312
20 2,805
Dans les pays de Magdebourg &
de Halberstadt .
Dans les provinces de Cleves ,
Meurs , Marck , Gueldres ,
Minden , Ravensberg , Tecklembourg
, Lingen & Ooſt-
Frife,
Dans la Pruſſe Occidentale .
Dans le Duché de Siléfie.
-
50 -
4,940
1,119
-
14,010
-
539 42,050.
e4
( 104 )
Voilà donc environ 600 villages & hameaux
que le Roi a nouvellement bâtis , & près de
43,000 familles qu'il a établies fur de nouveaux
fonds de terre ; en comptant cinq perſonnes par
chaque famille , on aura une augmentation de
215,000 perſonnes. Il faut obſerver que les deux
tiers de ces colons ont été des étrangers .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
DE
VIENNE , le 7 Mai .
De nouvelles troupes font elles en marche
ounon pour les Pays-Bas ? Il ſeroit difficile
de réfoudre ce problême d'après les
rapports publics .
Alternativement ambulans
& ſtationnés , en pleine marche par les ordres
de la veille , arrêtés par les contr'ordres
du lendemain , ces régimens font ballotrés
dans les feuilles publiques , comme s'ils
étoient inviſibles. Il eſt apparent que ces
changemens fréquens ſont la ſuite de l'état
actuel des négociations. D'ailleurs, ce ne font
pas les Pays-Bas ſeuls qui nous occupent ,
& où la préſence de nos troupes puiſſe devenir
néceſſaires .
L'Empereur a nommé à l'ambaſſade d'Elpagne
, vacante par la mort du feu Comte
Jofeph de Kaunitz , le Comte de Kageneck ,
ſon Envoyé extraordinaire à la Cour de
Londres. Il y fera remplacé par le Comte
de Rewiski , Envoyé à Berlin , & auquel
fuccédera le Prince de Reuff, Chambellan
actuel de S. M. I.
Ce dernier , Colonel du régiment de Til(
105 )
lier , diſoit à l'Empereur , à propos de ſa
nomination , Je Suis foldat , & peu propre aux
diſcuſſions politiques . Soyez tranquille , reprit
l'Empereur en riant , vous aurez bientôt acquis
à la Cour de Berlin l'expérience qui vous manque.
Le Chevalier Foscarini , Ambaſſadeur de
Veniſe auprès de notre cour , eſt mort en
cette ville , le 23 Avril , à l'âge de 67 ans .
Il avoit rempli les premieres dignités de ſa
République , réſidoit ici depuis long- temps ,
&laiſſe des regrets à toutes fes connaiſſances.
Le Danube , dont les eaux avoient commencé
à s'accroître conſidérablement depuis quelques
jours, fortitde ſes bornes le 22 Avril pendant la
nuitdans trois endroits différens. Les jours ſuivans
, le débordement de ce fleuve s'augmenta
de plus en plus , ſans cependant caufer aucun
dommage parce que la glace s'étoit rompue &
déjà écoulée auparavant que l'eau ſe fût groffie
& enflée , au point d'expoſer à de grands dangers
les endroits de faubourg ſuſceptibles d'être
inondés. L'eau a beaucoup diminué depuis
le 27 Avril . Pendant tout ce temps , S. M. l'Empereur
n'a pas manqué un ſeul jour d'aller reconnoître
lui-même les progrès du débordement ,
& de donner tous les ordres néceſſaires pour prévenir
, autant qu'il étoit poſſible , tous les accidens
qui pouvoient cauſer cette inondation.
Un quatrieme chefdes payſans Valaques
révoltés , nommé Peter Boëſch , étoit revenu
dans fon village avec ſécurité , quoique
coupable d'une infinité de meurtres &
de pillages. Un Pope l'a dénoncé au goues
( 106 )
vernement , il a été ſaiſi; & on le croit deftiné
au même ſupplice que ſes trois aſſociés.
Quelques Gentilshommes Hongrois , & furtout
le Comte Sigifmond de Thorockay ſe
diftinguent par leur activité à ſoulager ceux
de leurs compatriotes qu'ont ruiné les déprédations
des Valaques.
I.e corps des Houlans arriva ici le 21 du
mois dernier , & y eft caferné. Le régiment
de Mecklenbourg nous a quittés pour ſe
porter en Hongrie.
Le Prince de Kaunitz entroit , un de ces jours
derniers dans ſa ſoixante quatorzieme année.
L'Empereur ayant appris qu'il devoir venir ce
jour-là auManege , s'y eſt rendu avant ſept heudu
matin, & ordonna qu'on l'avertit auffi-tôt ,
qu'on verroit en approcher le Prince. Cet ordre
ayant été exécuté , la Monarque est allé luimême
au- devant de ſon Miniſtre juſqu'aux portes
du Manege , où il le reçut avec ces paroles , ff
peu ufitées dans la bouche des Rois : Heureux le
jour auquel est né le Prince de Kaunitz ! Le Miniftre
furpris , & encore plus touché de cette démarche
de ſon Souverain , ne put prononcer une feule
parole; mais on remarquoit que des larmes de
joiecouloientde ſes yeux. JOSEPH II y ayant fait
attention , continua : Jefais mon cher Kaunitz
que vous traitez aujourd'hui vos bons amis ; je me
compte du nombre , & je ferai exact à me rendre
chez vous.
Il ſera établi deux banques particulieres ,
mais dépendantes de la banque de cette
Capitale; l'une dans la Hongrie , & l'autre
dans la Pologne Autrichienne. On tâchera
par ce moyen de faciliter le cours des nou(
107 )

veaux billets de banque, dont le montant
ira , dit- on , à 20 millions de florins .
L'Empereur a ordonné d'adopter dans les mines
d'or & d'argent de ſes Etats la nouvelle
méthode de ſéparer les métaux du minerai qui
les enveloppe , découverte par le Conſeiller de
Born. Pour récompenſer l'Auteur , S. M. lui a
confié la direction générale de fon procédé , &
lui a aſſuré pendant dix ans le tiers de nouveau
bénéfice qui en réſultera & dont on calculera le
montant d'après un tableau de comparaiſon des
frais & du bénéfice de l'ancienne méthode.
Ces dix années révolues , l'auteur ou fes héritiers
percevront encore pendant vingt ans une rente
de quatre pour cent du montant du tiers de bénéfice
perçu pendant les dix premieres années.
Le ſieur Haydinger , éleve du Conſeiller de
Born , partira pour Schemniz où il introduira la
nouvelle méthode d'amalgame & le fieur de Born
ſe propoſe de la publier inceſſamment.
Des lettres de Troppau , du 22 Avril ,
apprennent que le débordement de la riviere
d'Oppa y a occaſionné de grands dégats , &
l'on craint que la miſere des habitans ne ſoit
encore augmentée par la fonte des neiges
entaſſées ſur les montagnes.
Pluſieurs diſtricts de la Hongrie font auffi
couverts d'eau ; le Danube a débordé aux
environs de Presbourg , & la riviere de Maros
près d'Arad. Le degré de miſere où ſe
trouvent les habitans de ces diſtricts inondés
eſt inexprimable.
DE FRANCFORT le 10 Mai.
Le nouvel Evêché de Budweis en Bohe
еб
( 108
1
me , auquel l'Empereur a nommé le Comte
de Schafkotſch , étend ſa jurifdiction ſur les
cercles de Budweis , de Prachin , de Klatran
& de Tabor. On compte dans ces cercles
une population de 590,711 ames , 256 curés
féculiers , 39 curés religieux , 84 Chapelainies
, 23 Couvens d'hommes , 60 villes ,
52 bourgs , 2778 villages , 85 hôpitaux &
3 hofpices pour des malades.
La ville d'Oedenbourg dars la Hongrie eſt
connue depuis long-temps par ſon grand commerce
de vins . On compte qu'elle en exporte
par an 60 à 70,000 Eimer , depuis 20 juſqu'à 40
florins chacun. La plupart des vins de Hongrie
ſe conſervent environ 20 ans , ils perdent fuccef-
Avement de leur force , mais ils deviennent plus
doux & plus agréables à boire.
L'agitation de l'Allemagne donne lieu à
mille bruits journaliers très-incertains ; de
ce nombre eſt la nouvelle d'une défenſe de
fortir les chevaux dans le Burgaw , d'un
camp que formeront les troupes du cercle
de Souabe pres du Danube , & d'un ordre
aux troupes du cercle de Franconie de ſe
raffembler. 3000 chevaux de remonte viennent
d'être achetés aux environs d'Altona
pour le compte de l'Empereur ; ils feront
conduits à Commotau en Bohême.
C'eſt encore une nouvelle très-ſuſpecte ,
que l'annonce d'un traité de la Cour de
Vienne avec la République de Veniſe , qui
fourniroit à S. M. I. une eſcadre de quelques
vaiſſeaux de ligne & frégates , moyennant
fix millions de florins par an .
On écrit de Varſovie, qu'on y a publié
( 109 )
le decret relatifà l'affaire du Staroſte Ryx ,
ce valet de chambre du Roi , accuſé du
complot contré le Prince Czartoriski . Sou
accufatrice a été flétrie , marquée , & confinée
pour le reſte de ſes jours dans une maifon
de force . Cet arrêt n'a nullement détruit
les doutes des intéreſſés .
L'Electeur de Mayence , à ce qu'on rapporte
, a fait des répréſentations contre l'établiſſement
d'une nonciature à Munich.
On écrit de la Saxe qu'un corps des
troupes de l'Electeur est en marche pour
former un camp près de Torgaw.
Dreide ſouffre actuellement autant des
débordemens de l'Elbe que l'année derniere,
Les eaux de ce fleuve couvrent une grande
partie de la ville. Le débordement de la
riviere de Mulde augmente la miſere ; la
route de Leipfic , où doit ſe tenir à préſent
la foire , eſt impraticable , & les ponts
ſur le chemin de Berlin ont été emportés par
le torrent.
Le dommage n'eſt pas moindre dans les
envitons de Magdebourg , d'où l'on mande
ce qui ſuit.
L'Elbe a débordé & a mis ſous l'eau ' pluſieurs
grands diſtricts , nommément les bailliages de Roſembourg
, de Calbe & de Gotte(gnaden. L'impétuoſité
du torrent à renverſé les plus fortes
digues . La plupart des beſtiaux ont péri ſubmergés,
les hommes n'ont pu ſe ſauver qu'avec la
plus grande peine. La campagne ne préſente
qu'une mer & il n'y a nulle eſpérance pour
aucune récolte quelconque. Comme le Kluf
,
( 110 )
damm eſt auſſi rompu , il n'y a plus de communication
avec Berlin-
Il s'eſt formé depuis quelques jours devant
la porte de S. Pierre à Ratisbonne , une
ouverture dans la terre , d'environ 16 pieds
de diametre & d'autant de profondeur. Par
cette ouverture on découvre deux trous ,
l'un du côté de la ville , l'autre du côté de
la campagne , & d'où s'éleve de temps en
temps une vapeur fulphureuſe. Cette fingularité
eſt d'autant plus remarquable , que
perſonne ne ſe ſouvient ici d'avoir éprouvé
une commotion fouterraine .
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 27 Avril.
De toutes parts , il arrive des étrangers
pour affiſter aux fêtes qui ſe préparent à
Pife. Nous attendons l'eſcadre Napolitaine
ſur laquelle leurs Majestés ſont embarquées ;
le ſpectacle en ſera très-beau ,vu le nombre
des vaiſſeaux & la maniere dont ils feront
pavoiſés.
Les fêtes à l'occaſion du jeu du Pont font
brillantes & remarquables: on prendra une
idée de leur magnificence par le détail de
leur annonce.
Le Mardi 10 Mai , on fera la cérémonie du
cartel de défi entre les deux partis du nord & du
midi. Elle ſera exécutée ſur le pont par tous les
combattans armés , conduits par leurs Officiers
avectoute la pompe de ce ſpectacle, & conformément
à l'hiſtoire de ces anciens combats héroïques,
( 111 )
Onpaſſera en ſuite en revue les troupes , ves
tues de riches habillemens à l'antique , avec des
morions & des panaches diftinguées par les couleurs
de leurs quadrilles reſpectives .
De leurs camps reſpectifs , elles défileront ainſi
fur lepont, &de là ſur la rive de l'Arno , par
Je Palais Royal , d'où elles ſe rendront , par des
rues différentes , à la place de la Cathédrale où
elles trouveront des tentes diſpoſées ſimétriquement
, ſous leſquelles on leur ſervira une collation
abondante au bruit d'une mufique militaire.
Le Jeudi 1 2, l'après- midi , on célébrora il Giuco
del Ponte , & le ſoir même on donnera gratis
un grand bal maſqué , dans un vaſte ſallon conftruit
à cet effat .
Le 14, ily aura une courſe de chevaux choifis
, ſur la rive ſeptentrionale de l'Arno . Le prix
ſera une riche médaille d'argent.
,
Le17, la quadrille qui aura été victoricuſe
dans les jeux , célébrera avec le plus grand
faſte , ſon triomphe par des chars ſuivis par les
vainqueurs , des trophées & un cortege de leurs
parens. Le ſoir , il y aura , gratis , bal maſqué
au théatre .
Le 19 , autre bal maſqué gratis ,dans le fallon
ci -deſſus mentionné.
Le 21 , les rives de l'Arno ſeront illuminées
des deux côtés de la riviere , à l'imitation de
P'illumination triennale de S. Renaud , mais
avec de nouveaux deſſeins magnifiques , pour
exciter encore davantage le génie & le bon goût
des Piſans , déjà connus dans ce genre de ſpectacle;
on a ſait ſavoir aux propriétaires des mai
fons ſituées ſur les rives de l'Arno , que ſi quel
qu'un defiroit être remboursé en tout ou en partiede
la dépenſe qu'il aura faite , pourra s'adreſfer
au Provéditeur du Bureau des foffés de Pife,
( 112 )
Le fieur D. Antoine Gicca , fils du teu
Lieutenant général de ce nom , a été nommé
par l'Impératrice de Ruffie Conful à
Raguſe , avec 2400 roubles d'appointemens
annuels , & deux mille trois cens roubles
pour fon voyage. Cette Princeſſe a également
nommé un Conſul à Cephalonique.
Une Lettre d'Alger porte ce qui fuit.
Un Bâtiment marchand vient d'apporter beaucoup
d'outils à l'uſage de l'Artillerie. Il a débarqué
auſſi deux Ingénieurs dont on ignore le nom & le
pays . Ils ont pris , auſſi tot après leur débarquement,
le commandement des batteries & du port,
&les travaux dont ils ont la conduite ſontpoufſés
avec la plus grande activité. Le bruit court
que lesEſpagnols ont réſolu de battre le port &
la ville de Bona . Cette ville , dont le port eit
conſidérable , eſt ſituée dans la province de Conftantin
, & diſtante d'une lieue de l'ancienne Hipponne.
Elle fut priſe en 1533 , par Charles V;
mais depuis elle fut rebâtie par les Turcs. Pour
mettre cette ville dans le meilleur état de défenſe
; la garniſon a été renforcée de 1500 hommes
de troupes Turques , qui y ſont arrivés avec
un train d'artillerie & beaucoup de munitons de
guerre. On eft ici dans les plus vives allarmes &
on ne parle que de guerre .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Mai .
Le 29 Avril , on préſenta à la Chambre
des Communes une pétition du Lord Dundonald
, pour obtenir le privilege exclufif
( 113 )
d'extraire le goudron du charbon de terre.
Cette demande rencontra beaucoup de difficultés
, & plufieurs Membres propoferent
de ſubſtituer au privilege , un droit quelconque
er faveur de Milord Dundonald ,
fur chaque baril de goudron extrait des différentes
mines du royaume. Nonobſtant ces
oppofitions , la requête fut admife & renvoyée
à des Commiſſaires chargés d'examiner
cet objet .
Puiſque l'occaſion ſe préſente, nous dirons
un mot de cette découverte , pour rectifier
l'inexactitude & les injuftices de quelques
Feuilles périodiques. Cette invention
appartient originairement aux Allemands ,
à qui l'Europe doit au moins les deux tiers
des découvertes utiles qui ſe ſont faites depuis
cinq cents ans. Il y a long- tems que
cette extraction d'une huile minérale du charbon
de terre ſe pratique en Allemagne , &
notamment dans la Siléſie , par les foins
de M. Heller , Inſpecteur des Forêts . Tous
les propriétaires de foffile charbon ſavoient
que cette ſubſtance recele un bitume qui
ſe diſſipe en fumée par la combuftion
& qu'on ne ſongeoit pas à recueillir. Le
Comte de Dundonald, de la famille Ecofſaiſe
de Cochran , s'eſt occupé longtems
de cet objet. Après des expériences
nombreuſes , & des dépenſes aſſez confidérables
pour déranger ſes affaires patrimoniales
, il eſt parvenu à découvrir une forme
d'appareils propre à condenſer la fumée qui
,
( 114 )
s'exhale du charbon de terre , à la réfoudre
par un réfrigerant ; & à ſe procurer un
goudron d'une excellente qualité. En fortant
des fourneaux où le fait l'opération , le charbon
de terre eſt dépouillé de ſon bitume ,
perd fon odeur incommode , ſans perdre
de chaleur lorſqu'on l'emploie enſuite pour
le chaufage. Ce charbon débituminiſé , eſt
connu ſous le nom de Coke dans les forges
d'Angletrre & d'Ecoſſe , où il fert très-utilement
, ſpécialement dans les fameuſes
fabriques de Carron.
Le Comte de Dundonald a monté en
grand & multiplié ſes établiſſemens . De jour
en jour, ſes opérations ſe ſont perfectionnées ;
l'Amirauté Anglaiſe a employé ſon goudron
pour le ſervice des chantiers; mais comme
il étoit impoffible , qu'un procédé connu
d'un très-grand nombre de manipulateurs ,
fût long-tems un ſecret; pluſieurs chefs de
mines de charbon , entr'autres MM. Walker
de Newcastle, ont imité cette préparation
, & ont obligé le Comte de Dundonald
à deſirer un privilege. Son ami , le
reſpectable Chevalier Adam Ferguſſon, en
a appuyé la demande , ſur la néceſſité de
préſenter aux créanciers ds Milord Dundonald
un titre de fortune , & de prévenir
ainſi la vente forcée des biens du débiteur.
Il s'eſt dérangé uniquement par différens
eſſais diſpendieux ,& fur- tout par celui d'un
nouvelle méthode de purifier le ſel , dont on
eſpere de grands avantages. Toutes les Na-
Σ
( 115 )
tions lui devront de la reconnoiſſance pour
avoir exécuté en grand le premier une préparation
auſſi importante , & qui épargne
à l'Angleterre la valear immenſe des primes
qu'on diſtribuoit pour l'importation du goudron
étranger .
M. Faujas de S. Fond, dans un voyage
qu'il afait en Ecoſſe l'année derniere , a viſité
les établiſſemens du comte de Dundonald.
Ils ne lui ont point été ſoigneuferment
fermés , comme on le dit fauſſement à Paris
, & à fon retour , il a enrichi ſa patrie de
cette utile fabrication. M. de Buffon , dont
le zele ne vieillit pas plus que le génie , a fait
faire des expériences ſous les yeux au jardin
duRoi ; elles ont été répétées en grand, &
dans toutes M. Faujas de S. Fond a obtenu
un ſuccès dont il ne pouvoit douter , d'après
l'inſpection des établiſſemens d'Ecoſſe.
Juſqu'ici , il a retiré quatre & cinq livres de
goudron par quintal de charbon de terre ,
dont les différentes qualités doivent donner
des produits différens .
Les Anglois attribuent à cette réſine minérale
des avantages ſur le goudron végétal.
Il eſt plus tranſparent & moins ſujet aux
gerçures , lorſqu'il eſt ſéché. Onle ſuppoſoit
auſſi moins cauſtique ,& par conféquent plus
propre aux cordages ; mais on n'eſt nullement
d'accord en Angleterre ſur ce point.
Quant à la faculté de préſerver les vaiſſeaux
de la piquûre des vers , nous répétons qu'on
vient très récemment d'adopter dans plu
( 116 )
Geurs chantiers Anglois la méthode des
Ruffes , qui confiſte à verſer une diſſolution
de ſel préparé , ſur l'extrémité des gros bois
&des planches de conſtruction : expérience
à laquelle on n'eût pas recouru , fi le goudron
minéral en eût rempli l'objet.
Conformément à l'avis qu'il en avoit donné
le 26, M. Fox préſenta le 29 ſa motion &
ſes critiques ſur l'état des Finances du royaume.
Dans le principe , il avoit conteſté la
juſteſſe des comptes préſentés par M. Pitt ;
les comptes ayant été ſoumis à la Chambre
des Communes , il s'eſt étudié à prouver
qu'ils ne devoient pas être juſtes. Voici la
ſubſtance de ce débat très inſtructif pour les
lecteurs , curieux de rectifier la multitude
de fauſſes notions dont nous fommes inondés
fur les finances d'Angleterre.
Quoique les avis , dit M. Fox , foient parta
gés dans les queſtions politiques , ou de pure
ſpéculation ; tout le monde est d'accord ſur la
néceffité de maintenir le crédit public. Loin
qu'on puiſſe m'imputer d'être guidé en ce jour
par un eſprit de parti qui cherche à répandre
Pallarme , mon unique deſir eſt de voir établir,
une exacte proportion entre les revenusde l'Etat
& ſes beſoins .
On a beaucoup raiſonné en différens temps
fur le fonds d'amortiſſement & fur la convenance
qu'il y auroit à s'en faire une reſſource pour les
beſoins preſſans de l'Etat. Sans entrer dans une
difcuffion de cette nature , j'obſerverai ſeulement
que , quoique ce fonds ait été app'iqué
en pluſieurs occaſions à ſuppléer aux déficits des
( 117 )
taxes , il n'a jamais été appliqué confiamment au
paiement d'aucune annuité fondée ſur des emprunts.
La Chambre a toujours porvú par la
voie des taxes au paiement des créanciers de
l'Etat , & le produit du fonds d'amortiſſement
ne leur a été préſenté que comme un nouveau
gage de la régularité des paiemens , dans le
cas même où les taxes ne fourniroient pas des
reſſources ſufhfantes . L'honorable Membre , qui
eſt à la tête des finances , eſpere que les revenus
de ce pays monteront à 15 mitions & demis
au moyen desquels il ſe trouveroit un million
de ſurplus , applicable à l'extinction des dettes nationales
. Les détails , dans lesquels je vais ( ntre
, prouveront que les hypotheses de l'hcnorable
Membre font illufoires . Je tuis
d'ailleurs entiérement perfuadé que la publicité
de l'état de nos finances eft le moyen le plus
efficace de maintenir le crédit public. La Chambre
a prouvé dans tous les tems qu'elle ne vouloit
point ſe tromper elle-même , ni en impofer à
la nation par des calculs erronés , utiles feulement
aux parties intéreſſées & très - funeſtes à
l'Erat.
-
,
L'honorable Membre a mis ſous les yeux de
la Chambre un état du produit comparatif des
taxes du trimestre finiſſant au 5 Avril 1784
& du trimestre finiſſant au 5 Avril 1785. Le
montant des taxes de ce dernier trimestre lui
a fait conclure que le produit de toutes les taxes
levées pendant cette année fourniroit un ſurple s
d'un million au-delà du paiement de toutes les
annuités & autres charges de l'Etat. Pour prouver
combien ce calcul eſt erroné , il ſuffira d'obſerver
que le trimestre en queſtion a onze jours
de plus que les trois autres. Le trimestre en
général eſt compoſe de quatre vingt- onze jours
( 118 )
& une fraction , mais celui dont nous parlons
en a 102. Le montant des taxes pendant ce
long trimeſire a été , comme on le voit par
l'état préſenté à la Chambre , de 3,066,000 liv. ,
qui , multipliées par quatre , forment un produit
de 12,264,000 liv. par année. Je paſſe les
fractions pour plus de clarté ; les onze jours
qu'il faut ſouſtraire du trimestre en queſtion
occafionnent un réſultat trés-différent . Le produit
moyen des taxes eſt d'environ 30,000 liv .
par jour ; certe ſomme pour les ſuſdits onze jours
monte à celle de 330,000 liv. , qui , multiplée
par 4 , donne 1,320,000 liv. , qu'on doit ſouſtraire
des calculs de l'honorable Membre. Par
ce moyen , le produit annuel des taxes ſe trouve
réduit à 11,000,000 liv. Si l'on ajoute à cette
ſomme celle de 2,500,000 livres , qui forme le
montant de la taxe des terres & de la taxe ſur
la drêche , l'univerſalité des taxes ne ſera que
de 13 millions & demi , c'est- à- dire , 2 millions
de moins que ne l'indiquent les calculs de l'honorable
Membre .
L'on préſente un état peu juſte du produit des
taxes en prenant le montant d'un trimestre pour
le quart des taxes de toute l'année. Le produit
des trimestres varie fingulièrement. Je puis préſenter
, en exemple de comparaiſon , un état
du montant des droits de douanne pendant onze
années. Je pense que dans une ſemblable matiere
l'analogie peut procurer des réſultats fatisfaiſans.
Le total de droits des Douannes pendant
le trimestre , finiſſant au 5 Avril de la préſente
année , eſt monté à 770,000 liv. On auroit
grand tort d'en conclure que les trois autres
trimestres ont rendu autant. L'expérience
a appris que toutes les fois que les trimestres
ent rendu beaucoup , les autres ont rendu moins ,
( 119 )
& vice versa . Les années 1778 & 1779 offrent
des exemples ſemblables à celui de la préſente
année. Dans l'une , les droits de deuanne des
premiers trimestres s'éleverent à 708,000 liv . ,
& dans l'autre à 715,000 liv. , & cependant
le produit des droits de douanne de ces deux
années a été inférieur à celui des 9 autres.
M. Fox paſſa entuite en revue les divers art.
énoncés dans les calculs de M. Pitt. L'honorable
Membre , dit- il , a avancé que les droits fur les
marchandises avoient rendu 86,000 liv. dans le
premier trimestre de la préſente année. Cette
ſomme excede tellement le produit des trimeſtres
des précédentes années, qu'il eſt impoſſible qu'elle
ne forme que le quart du produit de l'année actuelle.
Le produit moyen de cet article pendant
les onze dernieres années n'a été que de 120,000
livres par an , & le trimestre finiflant au 5Avril
1784 , n'a rendu que 10,000 liv. On doit donc
préſumer que dans le trimeſtre ſur lequel l'honorableMembre
fonde de ſi brillantes eſpérances ,
le paiement de quelques arrérages dus par la
Compagnie des Indes , a contribué à groſſir le
produit des droits acquittés par elle. - Suivant
les calculs de l'honorable Membre , le droit
de dix huit &demi pour cent ſur les mouſſelines
étrangeres , a rendu 86,000 liv. dans le trimeſtre
en queſtion. J'obſerverai ſimplement à cet égard
quecette ſomme eſt équivalente au produit total
de ce droit pendant l'année derniere. Il paſſa enſuite
aux droits d'acciſe. Ces droits , dit il , rendent
au fiſc 350,000 liv. par ſemaine, mais pour
ſe former une idée juſte de leur montant annuel ,
il faut ſouſtraire les onze jours ajoutés au trimeftre
en queſtion dans les calculs de l'honorable
Membre. Lors même , continua-t- il , qu'on admettroit
toutes les hypotheſes forcées de l'hono
( 120 )
rable Membre , cette condescendance ne le mettroit
point à l'abri du reproche d'avoir erré dans
ſes calculs ; car dans ce cas même le produit
total des taxes ne ſe monteroit qu'à 14,233,0001 .
fomme inferieure de 300,000 liv . à celle de l'univerſalité
des charges de l'Etat , & inférieure
de 1,300,000 liv. à celle portée dans les calculs
de l'honorable Membre , & qui devoit fournir un
furplus d'un million par année pour le fonds d'amortiffement
.
M. Fox , après avoir démontré la néceſſité d'avoir
recours à de nouvelles impoſitions qu'il évalua
à 1,300,000 liv. , dit qu'il avoit d'abord eu
le projet de faire une motion , portant « que la
Chambre étoit d'avis que les revenus de l'Etat
ne montoient que de II à 12 millions , mais
qu'au défaut de notions aflez préciſes ſur ce point ,
il ſe contenteroit de propoſer qu'il fût nommé ,
comme cela avoit eu lieu en 1782 , un Comité
chargé de faire des recherches ſur le produit annuel
des taxes , en diftinguant chaque année &
chaque trimestre , ainſi que le produit des taxes
reſpectives & leurs totaux , lequel Comité feroit
chargé en outre de préſenter à la Chambre l'état
de la dette fondée & non fondée au 5 Avril 1785 .
Ilpropoſa enſuite que ledit Comité fût également
chargé de conſtater à quoi s'eſt monté le produit
des taxes établies depuis 1775 , juſqu'en 1784.
M. Eden , après avoir fecondé la motion de
M. Fox , demanda la permiffion d'y ajouter deux
circonftances qui rendoient ſes argumens encore
plus puiffans ; favoir , qu'au quartier échu le 5
Avril 1785 , la Compagnie des Indes Orientales
avoit acquitté une dette de 275,000 liv . dont le
paiement a produit l'excédent de ce quartier. II
portaaufſi l'attention de la Chambre ſur un événement
ſemblable , arrivé dans la demi - année
précédente ,
( 121 )
précédente , circonstance qui changea beaucoup
l'état de la queſtion. Dans ces fix derniers mois ,
la Compagnie a payé 700,000 livres , mais dans
les fix mois précédens , elle n'en avoit payé que
100,000 liv.
M. Pitt juſtifia ſa conduite , & s'appliqua furtout
à répondre aux obſervations de M. Fox . Il
convint de la néceſſité indiſpenſable pour le bienêtre
, la proſpérité , le ſalut même de la nation ,
d'établir un fonds d'amortiſſement fixe , súr &
inaliénable ; mais il nia que pour cette opération
il fallût augmenter dès- à- préſent le fardeau des
ſubſides. Il s'oppoſa à la motion pour une enquête
, par la raiſon que ces examens font perdre
un tems conſidérable & précieux , & ne fervent
-ſouvent qu'à empirer l'état des affaires , en tant
au Public la confiance qu'il doit avoir dans le
Gouvernement. Selon lui , la ſituation de la
Grande Bretagne n'eſt ni auſſi brillante , ni auſſi
fâcheuſe qu'on s'eſt plu à la repréſenter ; mais
3en ſuppoſant le mal auſſi grand qu'il peut être ,
rien n'eſt désespéré . Le Miniſtre ſe fit fort d'applanir
toutes les difficultés ; & promit de trouver,
s'il le falloit , des taxes proportionnées aux beſoins
, ſecours néanmoins dont il n'uſeroit qu'à
laderniere extrémité ». Quelques perſonnes ,
(ajouta-t- il ) ſe ſont fait une idée très étrange
& très- fauſſe , de ce qu'on appelle fonds d'amor-
*tiſſement , puiſqu'elles réprouvent tout emploi
que l'on pourroit faire de ſon excédent , ſoit
pour ſuppléer au défaut des taxes , ou pour acquitter
la dépenſe de la préſente année. Cette
deſtination eſt cependant fort naturelle ; elle
été ſouvent pratiquée, même en tems de paix , &
par le Lord North. On estd'accord que ces fonds
peuvent être appliqués très -légalement aux dépenſes
de l'Etat , pourvu qu'il reſte en réſerve une
No. 21 , 21 Mai 1785 .
e
f
a
( 122
partie ſuffiſante pour la liquidationde ladette nationale
. Or tel étant l'état des chofes , & sûr ,
comme je le prouverai ci après , d'avoir un excédent
affez conſidérable , toutes les charges acquittées.
Pour remplir cet objet , je ne vois pas
la néceſſité d'une enquête , dont le réſultat ne
produiroit que des eſtimations d'une exactitude
bien pen ſupérieure à celle des papiers , actuellement
ſous les yeux de la Chambre .
Quant aux chicanes faites à ce Miniſtre ſur la
préciſion de ſes calculs , il a répondu : qu'en
annonçant la ſomme de 3,066,000 liv. comme le
produitdu dernier quartier , il n'avoit pas prétendu
dire que cette ſomme multipliée par quatre
donnat le produit juſte d'une année , mais que
ſon ſeul objet avoit été de faire voir que , à quelque
différence près en plus ou en moins , ce produit
devoit s'approcher de cette eſtimation. M.
Fox , pourſuivit - il , témoigne ſa ſurpriſe de
l'accroiffement de différens articles du revenu ,
il n'y en a cependant aucun pour lequel il ne ſoit
très- aiſé d'affigner la cauſe de cette augmentation.
Celui des mouſſelines , par exemple , provientdes
derniers Réglemens , qui , en prévenant
la contrebande , ont prodigieusement amélioré
cette branche de revenu ».
D'après un tableau comparé des différens prodnits
, il fit voir que les impoſitions pour les fix
mois échus à la fin de Septembre de l'année derniere
, ne montoient qu'à 4,977,000 liv. ; tandis
que les autres fix mois , depuis cette époque, échus
les Avril de la préſente année , ont rendu
5,758,615 1. , au moyen de quoi , vû la réduction
extrême de cette évaluation, le produit de l'année
préſente ſera au moins de 12 millions ſterling.
Mais la taxe des maiſons n'eſt point compriſe dans
compte,nonplus que celle des terres&de la
( 123 )
drêche. Or , comme ſelon M. Pitt , le premier de
ces objets monte au moins à 500.000 1. & l'autre
à 2,480,000 liv. Ces deux ſommes , ajoutées à la
précédente , porteroient le revenu annuel à
14,980,000 liv.: produit qui , toute déduction
faite , laiſſe une recette bien ſupérieure à la dépenfe.
Comme on lui avoit reproché d'avoir choiſi le
quartier où le produit étoit le plus haut , il aſſura
que, d'après les recherches les plus exactes , it
s'étoit convaincu que c'étoient les autres au contraire
qui rendoient infiniment davantage , & il
fonda ſon aſſertion ſur ce que les bâtimens de la
Baltique , retenus par les glaces , & ceux des Iſles
Angloiſes en Amérique , n'étoient point encore
arrivés .
-Malgré les efforts de l'Oppoſition pour
détromper ou pour tromper la nation , les
effets publics ont hauffé de 4 pour cent ; &
il eſt probable qu'ils hauſſeront encore. S'il
ſe fait un nouvel emprunt cette année , il
ſera très modique. Dans peu de jours le
Budget fera ouvert ; tous les Secrétaires de
laTréſorerie en ſont occupés actuellement.
Un ſpéculateur vient de donner au Miniſtre un
projet de taxes excellentes , ſelon lui , ſuffiſantes
pour un emprunt d'un million. Ce projet conſiſte
à faire payer une impoſition à tous les poſſeſſeurs
de bénéfices eccléſiaſtiques , au-deſſus de 199 liv.
ſt. de revenu ; ſavoir , pour un bénéfice de
:
200 1. ft. 1. 2. 2. f.
: de 300
de400
• 3.3.
• 5.5.
de 500 6..6. •
de 600 .. 10. 10.
LesArchevêquestaxes chacun à 30....
f2
( 124 )
Tous les Evêques du Pays de Galles
& lesdeux petits Evêchés d'Anglet .
à
15.
Les autres Evêques Anglois à 20.
Selon les calculs de l'Auteur, cette taxe rendra
au moins 5000 1. ſterl . Il met auſſi un droit ſur les
coches d'eau & (ur les pipes de tabac , & voilà les
intérêtsde l'emprunt très- afſurés.
On preffe à Portſmouth les réparations de
laPrinceffe Royale de 98 canons,duDuke de
90, du Bedfoul , & du Berwik de 74 canons.
Le Grampus de 74 canons a appareillé ces
jours deniers. Dès que les Lords de l'Amixauté,&
les Commiſſaires chargés de l'examen
des fortifications projettées , feront arrives
à Plymouth , on lancera le Royal Souverain
de 110 canons.
L'apparition de M. Fox au Palais de Saint-
James avoit été interprétée de diverſes manieres.
On en fait aujourd'hui le véritable motif; depuis
long-temps le Prince de Galles avoit témoigné
le plus vif defir de faire un voyage ſur le Continent.
Le Miniftere avoit mis tout enuſage pour
le faire renoncer à ce projet , & ce jeune Prince
avoit paru ſe rendre aux raiſons qu'on lui avoit
alléguées ; mais tout récemment il renouvella
ſes follicitations auprès du Roi avec plus de chaleur
que jamais. Dans cet état des choſes , M.
Fox eut affez de pouvoir ſur l'eſprit de S. A R.
pour lui faire abandonner toute idéede voyage
chez l'étranger. Il lui repréſenta qu'une telle
excurſion ſeroit propre à inſpirer des alarmes à ſa
nation , qui auroit effectivement lieu de craindre
qu'il n'adoptat des principes incompatibles avec
la conſtitutiondu pays qu'il étoit appelé à gou .
Verner. Le Lord Southampton ayant informé
( 125 )
S. M. du ſuccès qu'avoient eu les conſeils de
M. Fox , le Roi lui ordonna de témoigner à
ce dernier combien il lui ſavoit gré de ſa démarche
. Ce fut à cette occafion que M. Fox
parut au cercle pour y faire ſa cour à S. M.
L'Alderman Sawbridge a renouvellé le
3 ſa motion annuelle pour réduire à une
année l'exiſtence des Parlemens , & l'on penſe
bien, ſans que nous le diſions , qu'elle a
eu fon fort accoutumé.
Le Miniſtre prépare un bill pour demander
au Parlement d'autoriſer le Roi à difpoſer
des fonds reſtés à la banque ſans réclamation
, &de les appliquer à l'extinction
de la dette nationale. Ces fonds ſe montent
dit-on , à près de 3 millions ſterlings .
On lit ce qui fuit dans une Lettre de
Bombay du 24 Janvier.
« Il y a lieu de craindre que nous ne jouiſſions
pas long-tems des douceurs de la paix , conclue
avec Tippoo Saïb. Ses Miniftres ont réuſli à réconcilier
avec ce Prince un grand nombre de Nababs
& de Rajahs qui , depuis quelques années ,
s'étoient déterminésàtraverſerious ſes deſſeins ».
« Cette Ifle eſt maintenant dans le meilleur état
de proſpérité . Quoique petite , ſa ſituation la
rend peut- être plus floriflante qu'aucune de celles
qui exiſtent dans l'Univers. Son fol eſt à la vérité
fi ingrat , qu'il ne produit aucune plante digne
d'être citée ; mais , d'un autre côté , l'avantage de
ſa poſition nous dédommagera toujours avec
ufure de ſa ſtérilité. Bombay doit fans doute être
confidéré comme le grand magasin de tout le
.commerce de l'Arabie & de la Perſe ».
<<« Quand cette Ifle nous fut cédée par les Por
f3
( 126 )
tugais , nous crûmes d'abord qu'elle méritoit à
peine notre attention ; mais , peu d'années après,
l'expérience nous apprit à connoître toute l'importance
dont elle étoit pour nous ; & fi un jour
laGrande-Bretagne ſe vont dépouillée par la fourberie
ou par la force de des poſſeſſions dans le
Carnate , elle pourra s'en dédommager , en faiſant
de ce petit morceau de terre un point de ſtation ,
d'autant plus sûr & d'autant plus eſſentiel , qu'il
vient d'être nouvellement fortifié de la maniere
la plus formidable ».
Samedi dernier , on trouva dans un champ
près d'Hammerfinith , unjeune homme &
une jeune femme bien vêtus , ſe tenant
embraſſés , & tous deux poignardés ; leurs
cadavres déjà froids ne pouvoient recevoir
aucun ſecours . L'homme avoit une montre,
& cinq guinées dans ſa bourſe.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 1 Mai
Le Chevalier de Monteſſon & le Chevalier
de Lannoy de Clervaux, qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi , ont eu , le premier , le 2 de ce
mois , & le ſecond le 7, celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre
à la chaſſe.
Le 8 , Leurs Majeſtés & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du comte
de Dampiere , Capitaine de Cavalerie au
régiment de Quercy , avec demoiselle de
( 127 )
Ségur-Cabanac ; & celui du ſieur de La
more , Premier Préſident en ſurvivance de
la cour des Aides de Bar , ave. Demoiselle
de Moinville.
Le même jour , la Marquiſe de Loſtanges
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Marquife
de Loſtanges , Dame pour accompagner
Madame Adelaïde de France.
Le 10 , le Roi s'eſt rendu à l'Egliſe de la
paroiſſe Notre- Dame , où il a aſſifté au Service
folemnel que les Curé & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverſaire de la
mort de Louis XV. Madame , Madame
Comteſſe d'Artois , Madame Elifabeth de
France , & Madame Adelaïde de France , y
ont alliſté. Monfieur & Monſeigneur Comte
d'Artois ſe ſont rendus , le même jour , à
l'Abbaye royale de Saint -Denys , où ils ont
aſſiſté au Service folemnel qui y a été célé
bré pour le même anniverſaire.
DE PARIS , le 19 Mai.
Par un Arrêt du Conſeil d'Etat du 29
Mars dernier , le Roi a commis M. Boyetet
, ci -devant chargé des affaires de la marine
& du commerce de France en Eſpagne ;
&M. Da Pont, Inſpecteur-Général ducommerce
, pour faire chaque année un tableau
raiſonné & circonstancié de la balance du
commerce , tant intérieur qu'extérieur ; rafſembler
à cet effet les réfumés des états d'ex
f4
( 128 )
portation & d'importation; entretenir toutes
les correfpondances néceſſaires pour acquérir
une connoiffance exacte de la ſituation
du commerce du royaume ; faire leurs obſervations
fur les gênes qu'il éprouve , & fur
les accroiſſemens dont il eſt fufceptible , &c.
Le Roi s'étant fait repréſenter le réglement du
22 Décembre 1776 , les Lettres - Patentes du 8
Septembre 1778 , & la Déclaration du 7 Janvier
1779 , par leſquels en établiſſant un nouvel ordre
pour le paiement des penſions , Sa Majené a
voulu arrêter le progrès de leurs augmentations :
Et s'étant fait rendre compte en même temps de
l'effet qui en eſt réſulté , Elle a reconnu que ſes
intentions avoient été remplies utilement , en
ce qui concerne l'ordre de la comptabilité , mais
que la fixation qu'Elle s'étoit propoſé de faire de
la ſomme d'extinctions annuelles dont le rempla
cement pourroit être fait en chaque département,
n'ayant pas encore été déterminée , la réunion
au Tréſor Royal de toutes les penſions & graces
pécuniaires , n'avoit pas produit la réduction économique
qu'Elle en avoit eſpérée ; que même le
Miniftre de ſes finances n'étoit pas inſtruit affez
promptement des graces & brevets expédiés dans
chaque département , pour pouvoir eſtimer &
porter avec exactitude dans les états de la dépenſe
annuelle , le paiement des penſions , conféquemment
aux variations qui ſurviennent d'une année
à l'autre : Sa Majefté , de plus en plus convaincue
de la néceffité de ramener cet objet de dépenſe à
une meſure plus convenable , a jugé que le
moyen le plus efficace pour compléter & affurer
le ſuccès de ſes vues à cet égard!, ſeroit de régler
tous les ans dans ſon Conſeil , la ſomme des
penſions qui ſeroient accordées pour chaque dé-
7
( 129 )
د partement dansune proportion toujours moin
dre que celle des extincions de l'année précédente,
afin d'en diminuer ſucceſſivement la mafie,
&de mettre l'adminiſtration des finances en état
de prévoir aſſez tôt & de toujours connoître avec
certitude, le montant de leur paiement annuel. A
quoi voulant pourvoir : Qui le rapport da ſieur
de Calonne , Conſeiller ordinaire au Conſeil
Royal , Contrôleur Général des finances ; LE
ROI ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne
ce qui fuit :
ART. I. La ſomme des penſions &graces pécuniaires
que Sa Majeité permettra de lui propoſer
chaque année , ſera réglée & déterminée par
Elle pour chaque département , dans un Conſeil
qu'Elle a réſolu de tenir tous les ans à cet effet
dans le courant de Mars .
II. Le Contrôleur Général mettra alors ſous
les yeux de Sa Majesté le tableau général de toutes
les penſions & graces annuelles réunies au
Tréſor Royal en exécution du Réglement du 22
Décembre 1776 ; enſemble l'état des extinctions
d'icelles ſurvenues dans le cours de l'année
précédente , en claſſant ſéparément les parties
relatives aux d.vers départemens.
III . Veut Sa Majeſté que tur le total deſdites
extinctions , les deux tiers ſeulement puiſſent lui
être propoſés en remplacement dans l'année ſuivante
, l'autre tiers demeurant ſupprimé pour
opérer une diminution ſucceſſive ſur le total defdites
penſions , juſqu'à ce qu'il ſe trouve réduit
au taux que Sa Majesté jugera à propos de fixer.
IV. La ſomme a laquelle monteront les deux
tiers deldires extitions , tera par Sa Majesté partagée&
diſtribuée entre les divers départemens , en
telle proportion qu'Elle eſt mera convenable ; &
les états qui en feront arrêtés par E.. * ledit
f5
( 130 )
Conſeil pour chaque département , feront remis
à chacun des Ordonnateurs pour s'y conformer.
V. Le Contrôleur Général portera dans l'état
de la dépenſe annuelle le montant deſdits états ,
& en fera les fonds qui ne pourront être excédés
ſous aucun prétexte ni portés en compte pour
plus forte ſomme; l'intention de Sa Majefté
étant quedans les cas extraordinaires où les graces
qu'Ellejugeroit à propos d'accorder pour récompenſes
de ſervices , ſurpaſſeroient le montant des
ſommes aſſignées à chaque département , leſdites
graces ne foient accordées qu'en expectative , &
pour n'être payées que par remplacement ſur les
extinctions de l'année ſuivante ; de quoi les brevets
, s'ils étoient dès - lors expédiés , porteroient
mention expreſſe. FAIT au Conſeil d'Etat du
Roi , Sa Majefté y étant , tenu à Verſailles le huit
Mai mil ſept cent quatre-vingt-cinq. Signé LE
BARON DE BRETEUIL .
On apprendra fans doute avec bien de
la joie les fecours que vient d'accorder S. M.
au religieux & admirable établiſſement de
l'Abbé de l'Epée , en faveur des fourds &
muets. L'Arrêt du Conſeil du 25 Mars ,
qui leur deſtine une partie des bâtimens des
Célestins à Paris , contient entre'autres difpofitions
, celles qui ſuivent :
Il ſera inceſſamment pourvu à la confection
desdiſtributions &réparations néceſſaires pour
recevois l'établiſſement des Sourds & Muets de
l'un &de l'autre ſexe , & y former un Hoſpice
permanent d'éducation &d'enſeignement en leur
faveur par le ſieur Abbé de l'Epée & autres Infituteurs
qui lui ſuccéderont à l'avenir.
Juſqu'à ce qu'il ait été pourvu à la dotation
decet établiſſement , il fera annuellement payé
( 131)
fut les mêmes biens au ſieurAbbé de l'Epée ,
la fomme de trois mille quatre cent livres pour
être employée à l'entretien des pauvres Sourds
& Muers de l'un & de l'autre ſexe qui pourront
en avoir beſoin , & à faciliter l'inſtruction de
PEccléſiaſtique adjoint à ſes travaux pour ſe former
audit enſeignement.
Lapenfion gratuite entiere pour chaque Eleve,
fera & demeurera fixée à la ſomme de Quatre
cents livres par an , & la demi-penſion à celle de
Deux cents livres , & ne pourront être leſdites
penſions payées & continuées au-delà du terme
de trois années , paſſé lequel , les mêmes ſujets
ne pourront plus en jouir , ſous quelque prétexte
que ce ſoit.
Leſdites penfions &demi-penſions gratuites ne
feront accordées qu'à des ſujets d'une pauvreté
reconnue & atteſtée par le certificat du Curé de
la Paroiffe, &par l'extrait du rôle des impoſitions
qui ſera à cet effet délivré par le Receveur particu'ier
de l'Election ; & feront leſdits extraits &
certificats dûment légaliſés par le Juge Royal le
plus prochain , pour être , s'il y a lieu , ſur iceux
procédé à l'admiſſion du ſujet dans ledit Hoſpice.
M. le Duc de Choiseuil Amboise , Pair
de France , Chevalier des Ordres du Roi
& de la Toiſen d'or , Lieutenant-Général ,
Gouverneur - Général de la Province de
Touraine & de la ville d'Amboiſe , Gouverneur
& Grand - Bailli de la Préfecture
provinciale d'Haguenau , & Miniſtre d'Etat,
eſt mort le 8 de ce mois en cette Capitale
, emportant les regrets publics. On lui
en a donné des témoignages éclatans , dans
l'empreſſement avec lequel on s'eſt porté
f
(132 )
à fon hôtel pendant ſa maladie , & fur le
paſſage de fon convoi. Une foule prodigieuſe
occupoit toutes les rues principales
& adjacentes que ce convoi dut traverfer.
M. le Duc de Choiſeuil ayant voulu qu'on
le tranſportât dans fon Duché , il ne fut
que préſenté à la Paroiſſe de S. Eustache ;
fon corps a été conduit à Chanteloup où
cet ancien Miniſtre avoit fait conſtruire fon
cimetiere , & où il ſera enterré au pied d'un
peuplier qu'il avoit planté lui-même.
Le. 12 S. M. paſſa en revue les deux régimens
des Gardes Françaiſes & Suiſſes à
la plaine des Sablons. M. le Maréchal de
Biron , convalefcent d'une longue maladie
eut la force d'aſſiſter à la revue , mais reſta
toujours à cheval. Il y a 40 ans qu'à pareil
jour , ſur le champ de bataille de Fontenoy
, M. le Maréchal de Biron fut nommé
Colonel des Gardes Françaiſes .
On lit dans les Affiches de Sens une lettre
en ces termes ſur les prés artificiels .
Je ſuis perfuadé qu'on parviendroit à faire
durer plus long-temps les prés artificiels en les
cultivant avec ſoin ; mais on tient , & j'en ai
l'expérience , que ces foins font pernicieux : il
faudroit donc encore s'attacher , finon à en détruire
, du moins à en diminuer le danger. Cette
eſpece de fourages , & fur-tout la luzerne donnée
trop fraiche aux beftiaux , les fait fécher , ou
les brûle , comme diſent nos laboureurs. Secs ,
lafeuille tombe , & il ne reſte plus que la tige que
les beftiaux margent mal : on croit y remédier
en les mouillant avant de les leur donner ; mais
4
( 133 )
1
1
ce moyen eſt il encore bien ſalutaire ? Je penſe
que l'herbe qui croît avec la luzerne en diminue
l'inconvénient juſqu'à un certain point ;
& ce qui me porteroit à le croire , c'eſt que trois
vaches ayant été nourries pendant quelques ſemaines
avec de la luzerne verte , j'en ai vu périr
deux en peu de temps ,& l'on ne put conſerver
l'autre qu'en mêlant la Luzerne avec de la paille
d'avoine ou d'orge.
II eſt fâcheux de voir entretenir des préjugés
auſſi contraires au perfectionnement
de cette branche d'agriculture. La ſeule réponſe
à faire à l'auteur de cette lettre , eſt
que l'Angleterre , la Hollande , la Flandre ,
une grande partie de l'Allemagne , la Suiſſe
entiere , ſont couvertes de prairies artificielles
, qui font la richeſe de toutes ces
contrées floriſſantes. Certainement la luzerne
fraiche , priſe en trop grande quantité,
eſt nuiſible aux beſtiaux ; mais les fons ſe
mangent ſecs & non pas fur plante , excepté
dans les pays affez pauvres , pour être réduits
à cette derniere extrémité.
Voici un autre article d'agriculture , où
l'on expoſe de procédé de greffer la vigne ,
✓connu des anciens .
En greffant la vigne , on la rajeunit : elle donne,
deux ans aprés l'opération , une plus grande
quantité qu'avart , & le vin eſt bien meilleur
que celui de la vigne âgée de 12 à 15 ans . Voici
la maniere de greffer :
On couche la fouche dans un foſſé de 15 pouces
environ de profondeur ; on coupe les farmens à
deux ou trois yeux du tronc , & entre deux bou
(134)
:
tons , en bec de flute un peu alongé ; on a des
farmens coupes par le gros bout , de la même
façon ; on les ajuſte l'un ſur l'autre , & on les
afſujettit avec du fil de coton ou de laine qui
né puiffe pas le couper ; on couche le tout dans la
fofle , ſur une couche de terre bien éviée. On
la remplit ſans la foufer avec les preds ; on ne
laiſſe ſortir de terre que deux yeux ou boutons ,
foutenant le cep greffé avec un petit échalat.
Si on fait plus d'une greffe ſur une ſouche , on
les diviſe ,ainſi que les doigts , quand la main eſt
épanouie. L'opération ſe fait depuis le mois de
Février juſqu'au 15 Avril. La ſeve alors en
mouvement ne tarde pas à ſouder les deux ſarmens
, & en paſſant par la vieille ſouche , elle
en eſt plus parfaite , ainſi que la qualité du vin .
M. Lorrain , chez M. l'Evêque de Vabre , qui
a publié cette maniere de greffer , offre des renſeignemens
fur ce ſujet ,aux perſonnes qui en
auroient beſoin .
Cette maniere étoit connue en Languedoc ,
d'où elle a été portée en Rouergue ; ſa parfaite
réuffite a engagé pluſieurs Propriétaires & Vignerons
à l'exécuter en grand fur pluſieurs ſeterées
de vignes meſure qui équivaut à un
arpent ; cette méthode prend la plus grande faveur.
Le Corps Municipal de Grenoble a dorné
un exemple digne d'être imité , dans la
délibération fuivante .
M. de Mayeu , premier Conſul de Grenoble ,
ayant expofé , le 29 Juillet 1784 , devant le Conſeil-
Général aſſemblé , que le ſieur Pierre Paul
Bourren , Tourneur Ebéniste en cette ville , a
porté ſon art à un degré de perfection qui lui
a acquis , même dans les Provinces étrangeres
( 135 )
& dans la Capitale du Royaume, la réputation
due aux talens diſtingués en tous genres ; qu'à
ces talens , le ſieur Boucron joint une fimplicité
, une pureté de moeurs & des ſentimens de
droiture qui en font un Citoyen précieux & recommandable
; que cet Artiſte paie ſon tribut
à la cité , par une forte de contribution volontaire
, qu'il force l'étranger, homme de goût ,
de s'impofer pour jouir des ouvrages qu'il admire
; que d'ailleurs le ſieur Bourron à élevé
une famille nombreuſe , pere de ſept enfans
& de trois morts ; qu'il n'y a aucun de ſes enfans
quine ſe ſost montré digire d'un pere fi vertueux;
que le freur Bourron mérite donc des
égards , & comme Artiſte , & comme Citoyen ;
qu'on s'empreſſé avec d'autant plus de plaiſir de
lui rendre , auprès du Conſeil Général , ce trémoignage
public , qu'il n'eſt perſonne dans l'Afſemblée
de qui ſa réputarion ne foit connue ;
que d'ailleurs , on ne défére point à ſes follicitations
, puiſqu'il ignore qu'on doive s'occuper
de lui ; qu'enfin l'objet ſur lequel on doit
délibérer eſt l'encouragement qu'il convient de
donner aux arts , en récompenfant les talens du
fieurBourron .
Le Conſeil , après avoir oui l'expoſé ci-deſſus ,
attendu la notoriété, des faits annoncés , & par
les motifs qui y ſont contenus , délibere qu'à
T'avenir le ſieur Bourron ſera & demeurera , ſa
vie durant , exempt , ſous le bon plaifir de Monſeigneur
le Commandant & de Monſeigneur l'Intendant
, de guet , garde , patrouille ,logement
de gens de guerre , du paiement de la capitation,
de l'induſtrie , & généralement de toutes
charges & preſtations perſonnelles , auxquelles
ledit fieur Bourron étoit ci devant tenu ; & que ,
pour lui donner connoiſſance de la distinction
( 136 )
que le Conſeil fait de ſes talens , il lui ſera
remis un extrait en forme de la préſente par le Secrétaire
de la ville , & c .
Nota. Cette délibération a été approuvée par
M. Le Duc de Clermont Tonnere , Commandant
& Lieutenant - Général du Dauphiné , & par
M. de la Bove , Intendant de la même Province.
Il eſt faux , comme on l'avance dans le
public& dans les gazettes que la terre de
Ferney ait été vendue à M. de Beaumarchais.
Cette demeure célébre a été rachetée par
M. de Budé , d'une très ancienne famille
Noble de Geneve , de qui M. de Votaire
l'avoit acquiſe. Ainsi , cette terre retourne à
ſes anciens maîtres , & M. de Budé ne fait
que racheter le patrimoine de ſes ancêtres .
François- Ifaac du Signet de Bea imont ,
Chevalier , ancien Capita ne au régiment de
Languedoc , Chevalier de Saint-Louis , Seigneur
du Pleſlis en Normandie , &c. eft
mort à Montrouge près Paris , le 28 Mars ,
âgé de 70 ans .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France le 18 de ce
mois , font : 19,77,21,29 , & 78 .
,
PROVINCES - UNIES.
LA HAYE , le 16 Mai.
Il ne faudroit pas s'éronner de l'extenfion
que viennent de donner les Erats de Hollande
, dans un nouveau préavis , aux facri
( 137 )
fices qui peuvent conferver à l'Etat ſa tranquillité
, ſi les demandes de l'Empereur font
telles qu'on les rend aujourd'hui. Elles confiftent
, felon l'opinion générale , 1 °. dans
l'ouverture illimitée de l'Eſcaut juſqu'à Saftingen
; 2°. dans la navigation libre vers la
mer , pour les ſeuls vaiſſeaux Autrichiens ,
moyennant un léger tarif ; 3 °. Dans la ceffion
des deux ſeigneuries ou comtés de
Vronhove & d'Outremeuſe ; 4°. dans douze
millions de florins pour équivalens de Maftricht.
Les Etats de Hollande propoſent ,
dit-on, d'ajouter quelques millions aux quatre
déja offerts , & l'on ſe flatte apparemment
de rapprocher ainſi les termes d'accommodement.
Une autre difficulté eſt dans le conſentement
de pluſieurs provinces , déja indiſpoſées
contre les premieres conceſſions. Les
Etats de Gueldres doivent s'aſſembler extraordinairement
à ceſujet, &ceux d'Utrecht
paroiſſent décidés à refuſer de pleins-pouvoirs
à leurs députés à la Généralité.
Les trois régimens Suiſſes qui ſe trouvent
àMaëſtricht , quitteront cette garniſon pour
ſe rendre au camp de Walwyck , & feront
remplacés par trois régimens tirés de Bergop-
Zoom. On avoit inondé les environs de
cette derniere place , mais crainte d'endommager
les fortifications , on a fait écouler
les eaux , & l'on ſe borne à perfectionner
les ouvrages de défenſe.
Le campement de Walwyck ſera compoſé
de la maniere ſuivante :
( 138 )
}
Il s'y trouvera , pour la Cavalerie , 3 Eſcadrons
deGardes; 4de Famars ; 4 de Thuyl de Serooskerken
; 4 de van der Hoop ; 4 de Staveniffe- Pons ; 4
de Stocken ; 2 d'Orange- Frife ; 2 de Carabiniers ,
faiſant enſemble 27 Elcadrons. Pour les Dragons ,
il y aura 4 Eſcadrons de Gardes ; 4deByland; 4de
Heffe- Caffel , enſemble 12 Eſcadrons. Pour l'Irfanterie
, 2 Bataillons de Gardes à pied ; 2 de Gardes
Suiffes ; to de Suiſſes ; 1 d'Orange- Gueldre ; I
d'Orange- Frise; 1 d'Orange- Naffau; 1 de Waldeck ;
premier Régiment ; I dito ſecond Régiment ; 1 du
Prince-Héreditaire ; I de Pabft ; 1 de Holstein-
Gottorp & 1 de Randwyk ; enſemble 23 Bataillons.
:
Chaque Bataillon ſera compoſe de 10 Compagnies
; les 3 Compagnies qui ne pourroient fournir
affez , devront ſe completter des Bataillons des
autres Régimens. Six Bataillons , comprenant
chacun 8 Compagnies , feront formés des Compagnies
deGranadiers des autres Régimens d'Infanterie
, eny ajoutant 1 Bataillon ou plus , pour fervir
de Troupes Légeres , Huſſards , Artillerie &
tout ce qui appartient à un Camp ; le tout enſemble
devant former entre 19 & 20 mille hommes .
LL . HH. PP. ont agréé la brigade du
Prince de Heſſe-Darmſtadt. Elle fera compoſée
de 2500 hommes , & diviſée en cinq
bataillons. Le corps de Sprengporten , de
400 dragons , ſera admis inceſſamament ;
mais il n'eſt plus queſtion de ceux de Meyeren
, de Sternbach & de Rechteren .
L'Etat des Officiers de la Légion de Maillebois
eſt arrêté & public. Le Marquis de Caffini en eſt
Colonel - Commandant ſous le Général de Maillebois
, & le Marquis de Bourzac, Colonel en ſecond.
Les 4Colonels de Brigade ſont MM. d'Angeli , de
Ternant , de Kleinberg , & de Murat ; les Lieute-
;
( 139 )
mans- Colonels , MM. de Prés de Craffier, de Holtzendorff,
de Cornabé & de Bombelles ; & les Majors,
MM. de Scherer de Joncherg , de Buchos , de Mermet
de St. Landri , & de Tinne Il y a 8 Capitaines titu-
Jaires & 8 Capitaines Commandans de Cavalerie ;
16 Lieutenans & autant de Sous- Lieutenans . L'Infanterie
eſt compoſée de la même maniere, &c &c.
Deux feuilles publiques eſtimées s'expriment
en ces termes , au ſujet des heureux
effets de l'arrivée de M. de Maillebois en
Hollande.
« L'accord & la bonne harmonie entre S. A.S.
»& le nouveau Général au ſervice de cet Erat ,
>prennent chaque jour de nouvelles forces . M. de
>> Maillebois s'eſt expliqué à cet égard d'une ma-
>> niere qui fait le plus grand honneur á ſon coeur
> &à ſon équité. Dégagé de toute prévention , &
>> libre de tout eſprit de parti , ce grand Général a
avoué franchement & ouvertenment , qu'il étoit
loin de s'attendre àune connoiffance auſſi pro-
>> fonde de la théorie de l'art militaire , dans un
Prince , Mgr. le Stadhouder , qui n'a point eu
l'avantage d'avoir l'expérience pour guide , &
> dont lajuſteſſed'eſprit dans les plans de défenſe
>> combinés par lui ſeul , lui paroît d'autant plus
>> étonnante , qu'on ſembloit avoir pris à tâche
>> d'inſpirer des idées contraires à tout le monde.
>Un accord auffi heureux, & une pareille juſtice
>> rendue par un ancien Militaire,& illuſtre appré-
>> ciateur , ferment la bouche à la critique d'une
part , & préſagent de l'autre les ſuccès les plus
>>>>probables , s'il arrive qu'on ait beſoin de mettre
> à l'épreuve la bonne volonté de nos Troupes.
> Une bonne partie des citoyens ſouhaite même
>> que cette épreuve ait lieu ; premiérement , pour
>> montrer à l'Europe que le Soldat Batave n'a
(140 )
>> point dégénéré de ce qu'il fut jadis ; & en ſe
>> cond lieu , pour ramener en faveur d'un Prince ,
>> qu'on n'eſtime pas à fon juſte prix , la confiance
> qu'il ſeroit à même par-là de mériter ».
M. Van der Slype , pleinement & publiquement
juftifié , continuera l'exercice de ſa
charge à Maëſtricht. La ſeule piece qui ait
motivé ſa détention , eſt une lettre du Duc
de Brunswick , ſon ancien ami , qui ſe plaignoit
à lui très-vivement de la conduite &
de l'ingratitude d'un des principaux Miniftres
de l'Etat. Sur cette ſeule miſſive , le
commiſſaireVan Tulling opina à faire transferer
& examiner à la Haye , M. Van der
Slype; mais les autres commiſſaires s'oppoferent
à un procédé auſſi tyrannique.
,
,
Les calomnies des papiers publics fur
cette affaire les conféquences dangereuſes
qui ne ceſſent d'en réſulter , &
l'abus effréné d'une liberté très - utile
lorſqu'elle eſt exercée par des écrivains
honnêtes , ont enfin ouvert les yeux de
pluſieurs régences. Celle d'Amſterdam a
fait arrêter l'auteur & l'imprimeur d'un libelle
périodique , intitulé le Politicą Kruyer
(le Crocheteur politique ) ouvrage digne de
fon titre.
Ces précautions aideront fans doute à
développer les germes d'intelligences qui
ſemblent renaître entre les diffe ens partis .
On ne voit plus du moins la même animofité
, & pour commencer cette bonne oeu
vre de modération , on a fait relâcher à
1
( 141 )
Rotterdam les deux poiffardes Kaat Moſſel
& Keet Zwenk , prifonnieres depuis un an.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 18 Mai.
On dit que , durant le mois de Mars , le
Général de Wurmſer a parcouru incognito
les principales villes & places des Provinces
-Unies , & qu'il eſt allé rendre compte à
l'Empereur de ſes obſervations. Il feroit
étonnant que cet Officier général, très connu
& d'une phyſionomie remarquable , eût
fait un pareil voyage , ſans être découvert.
Cause extraite du Journal des Causes célébres.
Jeune Saxon condamné à avoir la tête tranchée , fur
une fauffe accusation de paternité.
En Saxe , ( dit M. Defeſſarts ) , on punit la ſéduction
d'une maniere terrible. Celui qui en eft
déclaré coupable , eſt condamné á mort , s'il ne
répare ſon crime en épouſant la perſonne qu'il a
ſéduite. Cette jurisprudence ſévere a été longtemps
ſuivie parmi nous ; elle exiſte encore dans
toute ſa rigueur , lorſque la ſéduction offre des
caracteres de violence , ou qu'elle a été exercée
par des hommes qui ont abuſé des liens les plus
reſpectables de la ſociété , tels qu'un tuteur qui
a ſédait ſa pupille , un domeſtique la fille de ſon
maître , un confeſſeur ſa pénitente , &c.... Mais
la déclaration ſeule de la perſonne ſéduite ne
ſuffit pas pour conduire le coupable à l'échafaud;
il faut que la vérité de cette déclaration foit ar
teſtée par d'autres preuves. Rien , en effet , ne
[1 ] On ſouſcrit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine,
Hôtel de Mouy , chez Mérigot lejeune , Libraire , &
Quai des Auguſtins. Prix , 18 liv. pour Paris , & 84 liv.
pour laProvince. 1
( 142 )
ſeroit plus dangereux que d'admettre la déclara
tion d'une fille , & , ſur- tout , d'en faire labaſe
d'une condamnation capitale. Cependant il paroît
qu'on ſuit encore cet ancien uſage en Saxe ,
comme l'exemple ſuivant ſemble l'annoncer.
Il y a quelque temps , un jeune homme, d'une
charmante figure , vint ſe fixer dans une petite
ville de Saxe. Sa naiſſance étoit inconnue ; mais
tout parloit en ſa faveur. Son éducation ſoignée
& les agrémens de ſa perſonne le firent admettre
danss ſociétés . Bientôt les femmes le dictinguèrent
, & l'on aſſure qu'il inſpira plus d'ure
paffion. La fille d'un bourgeois , nommée Catherine
, voulut , fur- tout , l'attacher à ſon char
par les prévenances les plus marquées. Praw
(c'étoit ainſi que s'appelloit le jeune homme )
parut ſenſible aux avances de Catherine. Cette
fille , ſrns pudeur , conçut alors le projet d'en
faire ſon époux , & de lui apporter en dot un
enfant qu'elle portoit dans ſon ſein , & dont un
autre que Praw étoit le pere . Praw ne voyant ,
dans ſa Baiſon avec Catherine , qu'une de ces intrigues
ordinaires dans la ſociété , étoit loin de
prévoir les dangers auxquels il s'expoſoit .
En effet , Catherine lui déclara formellement
qu'elle vouloit être ſa femme , & que s'il n'acceptoit
pas le don de ſa main, elle le dénonceroit
à la juſtice , comme l'auteur de ſa groſſeſſe ,
&comme coupable du crime de ſéduction.
Praw , indigné d'un pareil aveu , traita Catherine
comme une vile proſtituée , & lui dit
qu'elle pouvoit employer contre lui toutes les
reſſources de la calomnie & de la malignité ,
qu'il trouveroit les moyens d'éclairer les magiſ
trats ,& de la faire punirde ſon audace .
Catherine , irritée d'avoir été traitée avec autant
de mépris par un homme qu'elle adoroit ,
( 143 )
réſolut de tirer la vengeance la plus cruelle de
l'affront ſanglant qu'elle avoit éprouvé. Elle
courut auſſi tốt chez le Magiftrat , & lui déclara
que Praw l'avoit féduiteſous promeffe de l'épouser ,
&qu'elle étoit enceinte deses oeuvres.
Le Magiftrat donne auſſi tot ordre d'arrêter
l'infortune Praw , & de le conduire en priſon . On
inftruit fon Procès . Interrogé s'il eſt l'auteur de
la groſſeſſe de Catherine , il répond qu'il n'a jamais
eu aucun commerce criminel avec cette
fille. On le confronte avec Catherine. Lorſqu'il
l'entend affurer , ſous la religion du ferment ,
qu'il eſt le pere de l'enfant dont elle eſt enceinte,
il leve les yeux au ciel ,& le prend à témoin de
la fauſſeré de l'accuſation de cette fille impudente
; mais ſes proteſtations & ſes ſermens
n'empêchent pas que les Magiſtrats ne donnent
la préférence à la déclarationde Catherine. Ils
croient y voir la vérité , & , ſur cette baſe fragile ,
ils font décidés à prononcer un jugement terrible
; mais avant , ils donnent encore quelques
jours au malheureux Praw , pour choiſir entre la
main de Catherine & la mort. Le délai expiré ,
l'accuſé fut conduit devant ſes Juges , qui lui demanderent
ſa réponſe. Praw leur déclara qu'il
aimeroit mieux mourir mille fois & périr dans
les tourmens les plus affreux , que d épouſer une
femme auſſi mépriſable que Catherine. Sur cette
réponſe , les Magiſtrats condamnerent Praw à
avoir la tête tranchée , s'il perſiſtoit dans ſon re
fus d'épouſer la fille qu'il avoit ſéduite.
La veille du jour où ce jugement terrible devoit
être exécuté , le jeune homme fit prier un
des Magiſtrats de deſcendre dans ſon cachot ,
pour recevoir une déclaration importante qui
devoit épargner une mépriſe ſanglante à la jufsice.
Ce Magiftrat ſe rendit auſſitot a la priton.
( 144 )
Praw lui adreſſa ce diſcours , qui devroit être ſans
ceſſe ſous les yeux des Juges quidoivent prononcer
fur la vie des hommes.
«Vous m'envoyez à la mort , dit Praw , &
>>>votre confcience ne vous fait aucun reproche.
>> Apprenez cependant à vous défier des preuves
qui vous ſont offertes. Celui que vous avez
>> condamné comme l'auteur de la groſſeſſe d'une
>> fille ſans pudeur , eſt lui- même une fille. Ap-
>> pellez vos Médecins & vos Chirurgiens , ils
>> vous atteſteront man ſexe , & je ne vous demande
d'autre réparation de l'indigne procédure
qu'on a exercée contre moi , que la ven-
>> geance de rendre mon accuſatrice témoin de la
viſite des gens de l'art ».
Le Magiſtrat , étonné , manda ſur le champ
un Médecin & un Chirurgien , & donna ordre
qu'on allât chercher Catherine. Celle- ci s'empreſſa
d'arriver , croyant que Praw vouloit réparer
ſonhonneur en l'épouſant ; mais quelle fut fa
ſurpriſe lorſque le Magiſtrat lui déclara que
Praw prétendoit être fille , & que des gens de
l'art alloient le viſiter en ſa préſence.
Il ne fut pas difficile au Médecin & au Chirurgien
de prouver l'innocence du malheureux
Praw , puiſque réellement Catherine & Praw
étoient du même ſexe. Cette découverte fut un
coup de foudre pour l'impudente accufatrice , &
le ciel vengea fa calomnie ; car , dès le même
jour , elle fit une fauſſe couche , & mourut le
lendemain.
Nous ignorons la date préciſe de cette ſcène
comi-tragique ; ce qu'il y a de certain , c'eſt
qu'elle eſt récente , & que la vérité des détails >
que nous avons rapportés , eſt atteſtée par plufieurs
papiers publics.
4
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 28 MAI 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
Au Peintre des Enfans de Mme S. DE G.S
d'Orléans.
TOI , qui , dans ce riche &brillant Médaillon ,
As raſſemblé d'amours une famille entière ,
Dis- moi donc , bourreau! dis- moi donc
Pourquoi je n'y vois pas leur mère ?
Quoi! tu ne pouvois pas,ſous tes pinceaux flatteus ,
Reproduire les traits d'ure Beauté modeſte ,
Au front noble , au regard céleste ,
Effaçant par ſon teint le vif éclat des fleurs ?
Tes parlantes couleurs ne pouvoient- elles rendre
Ni ce ſourire ingénieux & fin ,
Que l'on croiroit légèrement malin ,
Ni cet oeil noir&doux , &qu'on voudroit voir tendre ?
Nº. 22 , 28 Mai 1785 . G
146 MERCURE
JE CONÇOIS bien ton embarras
Si l'on eût exigé de ton pinceau fidèle
Son art de plaire & de n'y fonger pas
Et- ſa franchiſe naturelle
Et ſon eſprit ſans faſte , ſans apprêts ,
Dont chaque trait pique , & jainais ne bleſſe ,
Et ſon expreſſive tendreſſe
Pour quatre enfans charınans , héritiers de ſes traits.
Tout cela n'eſt pas la figure ;
C'eſt l'âme, c'eſt l'eſprit. Comment peindre l'eſprit?
Oui..... je conçois que la peinture
Anime rarement celle qu'elle embellit,
Mais voici le ſecret dont ſagement Apelles
Ufoit pour eſquiſſer la mère des Amours :
Plus d'un Artiſte de nos jours
S'en fert , dit-on , pour les mortelles,
ON PARCOURT un eſſaim de parfaites Beautés ;
On va par-tout marquant , ſaiſiſſant quelque choſe ,
Ici le lys , ailleurs la roſe ,
La nobleſſe , la grâce , avec cent qualités
Dont l'accord très-heureux compoſe
De Cypris , de Seurrat les attraits fi vantés :
Voilà le feul moyen d'attrapper cet enſemble
Degrâces & d'appas , de raiſon & d'eſprit ,
Que rarement on réunit
Et queG. ,, raſſemble.
(ParM, Bérenger. )
DE FRANCE 147
/
A Madame DUFRESNOY.
AIR : Philis demande fon Portrait
M
ONCRIF a donné des leçons
Sur les moyens de plaire ;
Sur l'Art d'Aimer nous connoiſſons
Plus d'un beau commentaire. -
Mais tes jolis yeux & l'Amour ,
Fixant nos deſtinées ,
En apprennent plus en un jour
Qu'Ovide en dix années.
DONNER aux Arts ingénieux
Le printemps de ſa vie ;
Et , ce qui vaut encor bien mieux ,
Etre aimable & jolie ;
Ace portrait ſi reſſemblant
La Vérité préſide :
On ne peut flatter en peignant
D'après Adélaïde.
TU SAIS paſſer en te jouant
Du plaiſir à la gloire ;
Si chez toi l'on cite un talent ,
On cite une victoire.
Ta voix embellit nos concerts
Avec autant d'aiſance
Gij
148 MERCURE
Que le goût brille dans tes vers
Ettes pas à la danſe.
Jours d'un triomphe ſi beau;
Tour-à-tour Muſe & Grâce ,
Entre Deshoulière & Sapho
L'Amour retient ta place;
De qui peut t'entendre & te voir
Je connois le martyre ,
Puiſqu'il faut t'aimer ſans eſpoir
Et même ſans le dire.
1
/
ParM. Damas.)
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Ordure ; celui
de l'Enigme eſt Fortune; celui du Logogryphe
eſt Rivage , où l'on trouve geai , gai ,
Ai , rage , ivre , vie , ire , vrai , griveraie
air ver grave , age , rave.
CHARADE à Mile D.....
Dela mère de mon premier
Vous avez tout l'éclat, adorable Glycère;
Depuis près de vingt ans vous êtes ma dernière;
Itmontout, ſans vousvoir, mefembleun ſiècle entier,
(Par M. F G. , de Sédan. )
DE FRANCE. 149
ÉNIGME.
JEE me plains à raiſon de l'ingrate Nature ;
Je crée & je ne puis jouir';
Je grave , & cependant j'ignore la ſculpture;
Quoiqu'environné d'or ,je ne puis m'enrichir.
Nouveau Tentale , fur ma bouche
Pendent des fruits , je ne puis les cueillir ;
Je vois autour de moi l'objet de mon defir ,
Jamais pourtant ma main n'y touche .
(Par M. S**. B**. )
I
LOGOGRYPH E.
cr je ſuis petit, là je me trouve grand ;
LeMonarque des Dieux eſt moi par excellence;
Sans contredit eſt moi notre grand Roi de France ;
LeCharbonnier eſt moi , ce qui le rend content..
Décompoſé , je paroîtrai ſans voile.
Dans mes fix pieds , Lecteur , ſi tu veux l'y chercher,
Tu verras ce que l'homme en vain voudroit ſécher ;
Dans unnavire un arbre ombragé d'une toile ;
Aſa bonne , le nom que donne un jeune enfant ;
Un inſecte menu qu'engendra le fromage ;
Ce qu'une fille prend contractant mariage ;
Giif
150 MERCURE
1
Le partage de ceux qui ſe trouvent fans dent
Le mets friand du chat ; deux notes de muſique;
Un ornement ſacré de tête apostolique ;
Encore , ſi l'on veut , ce qui plaît ayant chaud ;
Le premier Officier d'une maiſon de ville ;
Enfin un fort beau mois en noces peu fertile ;
Et ce qu'agitent tant les Matelots dans l'eau.
(Par M. l'Abbé Dugarcein. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés à l'Académie-Françoise
, à la réception de M. Target. A
Paris , chez Demonville , Imprimeur de
l'Académie Françoiſe , rue Chriftine.
IL y avoit près d'un fiècle qu'aucun Avocat
n'avoit été reçu à l'Académie Françoiſe
comme Avocat. Cet Ordre , toujours illuftré
par des talens d'un grand éclat , ne mêloit
plus ſa gloire à la gloire des Lettres & de
l'Académie. L'éloquence du Barreau fembloit
s'être ſéparée de l'éloquence Littéraire ,
&ne plus renir aux Arts du goût. Il devoit
être honorable d'interrompre le premier cet
uſage contre lequel perfonne ne réclamoit
plus , & qui paroiffoit conforme à la na-

DE FRANCE.
151
ture des choſes . Cet honneur , d'autres l'ont
auſſi mérité ſans doute , mais c'eſt M. Target
qui l'a recueilli ,& fon nom étoit fait pour
conſacrer une révolution. Si une grande célébrité
, acquiſe par le talent de la parole , ſi
des triomphes accumulés , & dont le ſouvenir
ſurvit aux combats qui font oubliés , fi
unegrande réputation enfin eſt ungrand titre ,
peu d'hommes parmi les plus célèbres en
ont porté de meilleur à l'Académie. Mais il
ne faut pas croire que les titres de M. Target
ne ſoient que dans la mémoire de ceux qui
l'ont entendu parler au Barreau ; parmi ſes
Ouvrages imprimés , il y en a pluſieurs que
l'Avocat doit étudier comme des modèles
& que l'Homme de Lettres aime à lire
comme des morceaux d'une grande éloquence.
On ſe ſouviendra toujours que le Mémoire
pour M. Aliot eut un ſuccès qui ,
du temple de la Juſtice , ſe répandit dans le
monde; qu'on y trouvoit à la fois la difcuffion
la plus profonde & la ſenſibilité la plus
touchante ; qu'il donnoit autant d'émotions
aux Lecteurs que de lumières aux Juges.
Lorſqu'on entendit parler , pour la première
fois , au milieu du luxe & des plaiſirs de
Paris , de cet antique uſage de Salency , où
la vertu ſimple & modeſte d'une jeune fille
reçoit pour couronne une roſe , tous les
coeurs furent émus : tout le monde voulut
imiter ou peindre cet uſage , ou en parler.
Les Seigneurs voulurent avoir des Roières
Giv
152 MERCURE
1
Μ. Targetdans un
dans leurs Terres , les Peintres mirent
celle de Salency dans leurs tableaux , les -
Poëtes la repréſentèrent ſur le Theatre .
Tous les Arts , tous les talens voulurent
peindre & honorer une ſi touchante inſtitution.
On n'a pas coutume au Barrean
de s'entretenir de coutumes auſſi intéreſfantes
; mais la couronne de roſe fit
naître un procès , & perſonne n'a parlé de
cet uſage avec plus d'intérêt & plus de charme
que
plaidoyer. Qu'on
le life , & je m'en rapporte au jugement de
ceux même qui ont écrit ſur le même ſujet;
ils avoueront , je m'aſſure , que la grâce n'eſt
pas toujours étrangère à l'éloquence du Barreau.
Quand Mme de Genlis a voulu faire
connoître cette inſtitution touchante à la tête
de ſon petir Drame , où elle paroît bien plus
touchante encore , ce ſont les paroles de
M. Target qu'elle a citées , ce font les paroles
& le ſtyle de l'Avecat que la femme
de goût a préférés. Les momens heureux au
Barreau , ce font ces momens trop rares , où
auxdiſcuſſions des intérêts privés , ſe mêlent
les difcuffions des grands intérêts publics , où
il faut chercher l'efprit d'une loi civile dans
les principes univerſels du droit des gens ,
dans les conftitutions des Empires , dans les
fondemens de la morale. Alors le génie de
l'Avocat ( ſi du moins il a du génie ) ſe re
lèvede la contrainte &de l'eſpèce d'oppref-
Gon où le tiennent les queſtions de moindre
DE FRANCE.
153
importance qu'il agite tous les jours ; alors ,
fans bleſſer la convenance , cette première
loi de tout Orateur,&de tout Ecrivain , ſon
ton peut s'élever à la hauteur de cette eloquence
philofophique qui plaide devant
les Rois & devant les Nations , pour les intérêts&
pour les droits du genre humain; il
n'invoquera plus , il ne citera plus Domat
il citera Montesquieu , d'Agueſſeau , L'Hôpital
, & fes paroles ſe mêleront aux paroles
de l'Eſprit des Loix; alors il peut ſe livrerà
ces illuſions brillantes que cherche toujours
l'imagination des Avocats ; il peut ſe croire
le fucceffeur de ces Orateurs, dont la voix ſe
faifoit entendre devant les Dieux du Capitole;
il peut parler au Barreau comme s'il
parloit devant les Comices : il donnera un
moment aux audiences du Palas l'éclat de
fon talent & la grandeur de ſes idées. Ces
momens , qui ne naiffent que pour lesAvocats
célèbres , & qui devoient naître pour
M. Target , ont été les plus beaux de ſa vie
&de ſon talen . On ne fortoit point des
audiences où il avoit traité des queſtions (emblables
fans prendre une plus haute idee des
Loix , de la Juſtice & de ſon adminiftration
en France; & lorſquil avoit en préſence
( ce qui lui arrivoit ſouvent ) cet autre Orateur
du Barreau, que la Nature a tant aime , a
qui elle a prodigué ſes dons lesplus heureux ,
une phyſionomie pleine de nobleffe & de
grâce, un eſprit éminemment juſte , une
imagination prompte à s'émouvoir ک unc
Gv
154
MERCURE
voix dont tous les fons ſont des accens , des regards
où vont ſe peindre tous les mouvemens
de ſon âme ; quand M. Target plaidoit contre
M. Gerbier , qui l'a précédé dans la carrière
pour la rendre plus glorieuse , & qui eft encore
aujourd hui ſon rival & ſon ami , alors
on ſe croyoit tranſporté à ces combats de
l'éloquence ancienne , où des talens rivaux
& amis alloient enſemble à la gloire en balançant
entre leurs mains les deſtinées des
hommes. M. Target a bien fait voir combienfoneſprit
eſt propre à traiter les grandes
queſtions de droit public , loiſqu'il les a
traitées hors du Barreau , dans des Ecrits
dont elles étoient l'unique objet , & fous des
points de vûe abſolument généraux. Dans
un moment de criſe pour l'Orde des Avocats&
pour la France ; dans un moment où
il étoit queſtion ou d'abolir , ou d'étendre ,
ou de réformer cette eſpèce de Juridiction
que cet Ordre exerce ſur ſes Menbres ſous le
nom de difcipline , on vit paroître ſous le
nom de la Cenfure un petit Écrit qui n'avoit
que quelques pages , & qui avoit beaucoup
de penſées ; jamais on n'y perd de vue l'Ordre
des Avocats ; & les principes de cette
petite Brochure font affez étendus & affez
profonds pour être la légiflation de la cenfure
dans une grande République. Les vûes
font toujours vartes & générales , & les applications
toujours fixées & préciſes Le ton
du Ayle a la ſoupleſſe de la familiarité , & il
n'eſt jamais au-deſſous de la grandeur de l'objet.
Lorſque preſque toute la France LittéDE
FRANCE.
155
:
raire écrivoit ſur le Commerce des Grains ,
M. Target jeta une petite lettre au milieu de
la foule des volumes ; & au milieu de tant
de volumes qui n'étoient pas apperçus ,
cette lettre fut fingulièrement remarquée ;
elle méritoit de l'être. Cette eſpèce de problême
politique , ( ſi pourtant c'eſt un problême
) eſt enviſage ſous toutes ſes faces dans
une diſcuſſion extrêmement rapide ; & s'il
m'eſt permis d'emprunter d'un homme célèbre
une de ces expreffions heureuſes &
toujours critiquées , l'Auteur fait tout le tour
de la queſtion , il pénètre de tous côtés dans
l'intérieur , & n'a jamais l'air que d'en parcourir
rapidement les ſuperficies. On ne fait
pas en général combien les queſtions les plus
compliquées , les plus difficiles , gagnent de
clarté & de facilité à être agitées dans le langage
familier d'une lettre ou d'une converfation.
On le fent à chaque page en lifant
ces deux morceaux de M. Target , & tous les
deux prouvent que s'il eût porté dans les
objets de la philofophie & de la morale , &
l'eſprit & les longs travaux qu'il a conſacrés
au Barreau , M. Target eût obtenu parmi
les Philofophes une place auſſi diſtinguée
que parmi les Avocats .
Naturellement on devoit être très-diſpoſé
àlui en demander une nouvelle preuve dans
fon Diſcours de réception; & le Public a
jugé que M. Target avoit donné cette preuve.
Il l'a déclaré ainſi par ſes applaudiſſemens à
la Séance. Malgré le reſpect qu'inſpirent fes
Gvj
MERCURE
ncens & la bienveillance qu'inſpire
fon caractère , on ſe preparoit à le juger
avec rigueur ; il a été applaudi avec chaleur
& avec joie ; le Public paroiffoit heureux
du bonheur qu'il lui donnoit.
Le debut de ſon Diſcours ſemble avoir
été inſpire à M. Target par les objets mêmes
& par les hommes qu'il voyoit en commençantàparler.
« Je ne m'étois jamais permis de penſer
➤ à l'honneur que je reçois; le defir m'en
>> avoit paru toujours téméraite ; & dans
>>cette journée même l'impreſſion de la fur-
>> priſe ſe mêle encore à tous les fentimens
>> que je viens vous offrir , & que je vou-
> drois vous exprimer. De quelque côté que
ود
ſe portent mes regards , je rencontre partout
les titres glorieux qui vous ont métité
vos couronnes; je contemple avec ref-
> pect laffemblage des talens dont je fuis
environné ; j'admire à-la-fois , dans ce
>> Temple confacré aux Lenes , une élo-
- quence majeſtusufe & riche comme la
> Nature , dont elle est l'interprète ; une
>> im gination & des pinceaux dignes de
>> nous rendre Virgile ; la morale revêtue
>> des grâces du conte ou des fineffes de
l'a ologue; le génie du théâtre; la ſévé-
>> rire qui garde & qui défend l'héritage des
Leures, la raifon,les Sciences & les Arts
>> parés des charmes de l'élocation , cou-
>> verts de l'éclat de la poéfie , & animés
>> par ſes images; toutes les richeſſes LittéDE
FRANCE. 157
:
>> raires en un mot; & je me vois affis parini
>> vous !
13 Vous avez pensé , Meſſieurs , que le
» temps eft venu où les recompenfes pré-
>> parées pour les Lettres doivent entrer dans
>> tous les Érats qui ne leur font pas etran
>> gers : c'eſt le Barreau François que vous
- avez voulu adopter , en y laillant tomber
>> preſqu'au hafard un rayon de votre gloire.
Aufli ne m'avez vous pas demandé des
>> titres Littéraires ; je n'en poſſedois aucun ,
» & ſi j'avois pu vous en offrir , j'aurois
» peut-être été moins propre à faire ſentir
>> l'intention de votre choix. »
Comme la modeſtie qui eſt ſi aimable et
encore ingénieuſe ! comme elle cache avec
grâce &les droits & les titres du talent !
Rien de ſi fin que ces dernières idées du début
de M. Target , & c'est pour diffimuler ſon
mérite. La vaniré & la confiance ne plaiſent
point tant , & elles n'ont pas la réputation
d'être ſi ingénieuſes. Etje me vois afſis parmi
vous, est encore un beau mouvement, le
mouvement d'une âme bien ſenſible.
Depuis trente ans à peu-près preſque tous
les Académiciens qui ont été reçus, ont ſenti
la néceſſité de rompre la monotonie des
éloges par des diſcuſſions Littéraires ; &
depuis ce moment, ces Difcours de réception,
furlesquels leshommes de goût s'étoient
égaïes quelquefois , ont été très-ſouvent des
morceaux d'une Littérature excellente , où
tous les hommes de talent peuvent perfec158
MERCURE
2
:
tionner leur goût : Monteſquieu auroit pu
apprendre par coeur le Diſcours ſur le ſtyle,
de M. de Buffon , & ne s'en ſeroit pas moqué
dans les Lettres Perſannes. C'eſt pourtant
un fait très connu , que ce Diſcours de
réception de M. de Buffon fut traité avec dénigrement
dans toutes les critiques du tems.
Mais jamais il n'y eut peut être d'injustice
plus excufable. Il y a plus de trente ans que
ce Diſcours a été prononcé , & les critiques
à cette époque étoient encore plus incapables
qu'aujourd'hui d'entendre cette philofophie
ſi élevée & fi profonde , de comprendre
quelque choſe à ces principes de bon
goût puiſes dans la nature de l'eſprit humain.
M. Target a voulu traiter auſſi un ſujet ,
&l'éloquence a dû ſe préſenter naturellement
à l'Orateur du Barreau. Preſſe par les
bornes d'un Difcours , il n'a pu offrir qu'une
efquiſſe rapide de cette vaſte hiſtoire ; mais
cetre efquiffe eſt remplie de traits dignes
d'un grand tableau.
6
ود
" Toutes les grandes choſes ont été faites
» par la puiſſance de la parole. Si je remonte
aux premiers âges , les traditions
de la fable , ſouvent plus inſtructives que
les faits hiſtoriques , nous repréſentent un
>> homme à-la-fois Orateur & Poëte , éle-
» vant une voix harmonieuſe dans des cli
>> mars ſauvages , placé entre les ſpectacles
de la nature & des âmes neuves , fufceptibles
de grandes émotions . L'Orateur exer-
ود
S
DE FRANCE. 159
>> çoit alors un pouvoir invincible.Tout étoit
>> eloquence dans ces temps primitifs où
> tout parloit aux ſens : l'imagination avoit
>> peuplé l'Univers ; les enfans vivoient entourés
des mânes de leurs aïeux; chaque
>> objet étoit un monument dont la vûe rap-
>> peloitune idée intéreſſante , ou réveilloit
ود la ſenſibilité ; une pietre brute au milieu
>> d'un champ, tranfmettoit juſqu'à la der-
" nière poſtérité les ſouvenirs dont elle étoit
>> dépoſitaire ; les révolutions phyſiques &
>> les faits de l'Hiſtoire revivoient pour cha-
»que génération par la préſence de leurs
» emblêmes ; & c'eſt ainſi que , parmi les
>> peuplades du nouveau monde ( eſpèce
>> d'antiquité dont nous ſommes contempo-
>> rains ) les conventions , les traités , les al-
ود liances ſe font encorepardes ſymbolesqui
>> en conſe vent la mémoire.
R
ود
>>>L'établiſſement des Sociétés &des Loix
étendit le règne de la penſée , & borna
celui de l'imagination ; & depuis ce mo-
>> ment , les deſtinées de l'éloquence furent
> toujours attachées aux révolutions des
>> Gouvernemens & des moeurs. »
M. Target ſuit enſuite l'éloquence dans
toutes ces révolutions des moeurs & des Empires
dont elle fut ſouvent l'inſtrument.
La plus ſaine philoſophie a dicté la plupart
des idées du morceau que nous venons de
copier ; mais la philoſophie adopte-t- elle
l'opinion qui donne aux peuples naiffans &
ignorans une imagination plus riche & plus
160 MERCURE
feconde qu'aux Nations éclairées par les
Sciences & par les Arts ? Les Sauvages n'ont
que des images ; mais ont-ils plus d'images',
ont- ils autant d'images que des Poëtes tels
qu Homère & Virgile , que des Philoſophes
tels que Pline & Buffon , que des Orateurs
tels que Cicéron & Boffuet ? N'est-il pas
plus vrai de dire que l'imagination s'enrichit
& s'étend avec les pensées , qu'elle lève ,
pour ainſi dire , de ſes regards le plan coloré
de l'Univers , tandis que la philofophie en
meſure l'eſpace avec ſon compas , en fixe
les mouvemens avec ſes calculs ? Qu'est-ce
que l'imagination ? C'eſt , ſuivant qu'on la
confidère comme paſſive ou comme active ,
tantôt une ſuite de tableaux vivans tracés
dans l'efprit , & tous fidèles aux tableaux
de la Nature , tantôt la faculté de ſe
faiſir rapidement des images que l'Univers
nous offre , & d'en former par la réflexion
des compoſes qui ne ſont point dans la nature.
Je ne puis croire qu'Orphée , qui étoit
encore un peu fauvage , puiſque ſa voix
charmoit les forêts , eût dans fon entendement
plus d'images de la Nature qu'Homère
&Horace; je ne me perfuade point qu'il
fût en état de compoſer ſur un modèle idéal
des tableaux où la Nature fût embellie avec
tantde magnificence ou de charmes. L'imaginarion
du Sauvage l'entoure des mânes de
fes aïeux; mais l'homme éclairé a vû dans
'Hiſtoire les peuples qui ont paſſe ſur la
terre , il a vû dans les voyageurs tous ceux
DE FRANCE. 161
qui vivent actuellement ſur le globe ; & s'il
ade l'imagination , il peut à ſon gré évoquer
tous ces peuples , & tous , avec leurs traits
diftinctifs , leurs coutumes , leurs vêtemens ,
viendront entourer ſa penſée. De ces deux
hommes , lequel à votre avis voit plus d'ima
ges , a plus d'imagination ? L'imagination du
dernier eſt la ſeule qui convienne à la véritable
éloquence. Dans tous les temps, a dit
M. de Buffon , il s'est trouvé des hommes qui
ont commandé aux autres par la puiſſance de
laparole. Ce n'est que dans les temps éclairés
qn'on a bien écrit & bien parlé. LA VÉRITABLE
éloquence ſuppoſe l'exercice du génie &
ta culture de l'esprit. Voyez auſſi les vûes excellentes&
neuves que répandit fur cet objet
M. de Condorcet , dans ſon Diſcours de
réception à l'Académie Françoiſe; car je ne
veux citer ici que des Diſcours de ce genre.
M. de Condorcet penſe abſolument comme
M. de Buffon . M. Target ne dit pas poſitivement
le contraire , mais on peut l'induire
de ce qu'il dit , & il ne faut pas laiſſer l'autorité
de ſon nom à une erreur dont les pédans
ſe fervent tous lesjours pour attaquer les
ſièclesde lumières,&les talens de ces ſiècles.
Dans ce tableau rapide de l'hiſtoire de
l'éloquence , M. Target avoit deux grandes
figures à deſſiner , celle de Démosthène &
celle de Cicéron; il les a placées au milieu
de la peinture d'Athènes & de Rome , & les
deux figures s'en agrandiffent , elles deviennent
plus vivantes & plus animées.
162 MERCURE
ود
ود
« J'ai conſidéré Athènes , fur-tout depuis
>>> Périclès , Athènes ſi ſenſible aux Beaux-
» Arts , ſi raſſafiée de chef - d'oeuvres , ſi
>> ſuperbe dans ſes dédains; j'ai vu que ce
>> peuple ingénieux ne craignoit pas un avis
funeſte autant qu'une faute de langage ;
ſes impreflions appartenoient moins à la
" ſenſibilité de l'âme qu'au tact d'un eſprit
>> cultivé ; il jugeoit plus qu'il ne reſpectoit
>> ſes Magiſtrats & ſes Orateurs , & dans
>> leurs harangues harmonieuſes il cherchoit ,
>> non des conſeils utiles , mais des émotions
» & des ſpectacles. Quel fut donc ce Dé-
>> moſthène , qui parvint à contenter les dé-
>> licateffes , & à gouverner l'eſprit d'un tel .
» peuple , qui ne perdit pas l'effet d'une
رد
ſeule de ſes paroles ſur des Cenſeurs fi
>>difficiles , & qui , ſans les ſéduire , pro-
» digue des reproches & de vérités dures ,
marchant à fon but ſans détour , égal à
ſon ſujet fans aller jamais au- delà , les
>> accabla des forces de ſa raiſon, les en-
ود
ود
ود traîna par la véhémence de ſes mouve-
» mens , & vécut enfin l'objet de leur ad-
» miration & l'arbitre de leurs conſeils .....
>> A Rome , la cenſure que les hommes pu-
” blics eurent à craindre fut toujours moins
>> redoutable que celle dont la Grèce s'étoit
armée contre-eux ; cependant l'Orateur
Romain parut occupé ſans ceffe du ſoin
"
ود
ود de la prévenir. Avec quelle adreſſe il dif-
>> poſe le raiſonnement , le ſentiment & les
>> images ! quel intérêt il répand dans ſes
2
DE FRANCE. 163
> difcuffions ! que de naturel & de grâce
dans ſa ſenſibilité ! & dans ſon ſtyle , que
de mouvement , de coulear & d'harmo-
ود
" nie ! Jamais génie plus ſouple & plus ha-
>> bile ne mania ce grand Artde la perſua-
>>> fion; fon éloquence remplit l'idée qu'on
>> ſe forme de la perfuafion même ; & c'eſt
>> ainſi qu'il eſt parvenu à ſurprendre l'opi-
ود nion de tous les fiècles,entre la richetſe
>> de ſes talens & l'énergique ſimplicité de
» Démosthène . »
Ilfaut avouer que de pareils traits caractériſent
mieux ces deux grands Orateurs, que
cesfimilitudes ſi ſouvent rebattues dans les
Colléges , où l'on compare l'un à un torrent
qui entraîne tout , & l'autre à un incendie
qui s'accroît par degrés, &augmente ſa flamme
de tout ce qu'il dévore dans ſon paſſage.
Ces comparaiſons ont été belles , mais une
ſeule fois , la première.
M. Target n'a point diffimulé que ces modèles
fublimes doivent être rarement ceux
de nos Avocats. " Dans les combats de cha-
>> que jour , la nature des ſujets , les règles
>> inviolables de la raiſon & du goût, les ref-
>> ferrent entre des bornes qu'ils ne doivent
>> pas eſſayer de franchir; alors on n'attend
>> plus de leur éloquence qu'une difcuffion
>> lumineuse & preciſe , des raiſonnemens
" clairs & folides , une ſenſibilité qui ne
>>s'epanche qu'après que la raifon eſt éclai-
>> rée , & dans le ſtyle je ne fais quoi de ſé-
» vère , qui convienne à la loi , qui répande
164 MERCURE
> fur ledifcours moins de luftre que de di-
>> gnité , qui affure à l'Orateur plus d'auto-
> rité que d'applaudiſſement , & à la cauſe
» plus d'attention qu'à l'Orateur. »
Il eſt impoſſible de n'en pas donner beaucoup
, & à ces idées d'un goût fi excellent ,
& à l'Orateur du Barreau qui les fait entendre
à l'Académie. Ces principes , & la manièredont
ils ſont énoncés,ne ſeroient point
indignes ſans doute de ces Livres de rhétorique
où Cicéron donne des préceptes ſi lumineux
de l'art dont il avoit donné des modèles
fi fublimes. Je doute ſeulement qu'il y
ait aucun genre & aucun fujet qui impoſe
au ſtyle la néceflité d'être févère. Il doit être
fouvent grave & fans ornement; mais lafévérité
annonce peut-être je ne ſais quoi d'un
peu dur , qui dans tous les ſtyles eſt plutôt
un défaut qu'une convenance. Je n'aimerois
pas plus la ſévérité dans les talens que dans
les moeurs , & je ſuis porté à croire que le
goût & la vertu peuvent également s'en paffer.
J'ai ſouvent penſé que les Lettres Provinciales
étoient pour les Avocats de nos
jours les modèles les plus parfaits & les plus
convenables. Je ne parle point de ces Lettres
où Paſcal veut rendre les Jéſuites tantôt
ridicules & tantôt odieux , où ils font peints
quelquefois comme Molière peignoit George
Dandin , & d'autres fois comme il peignoit
le Tartufe : celles-là doivent entrer dans les
etudes des Poëtes Comiques ; je parle de ces
Lettres ( les trois ou quatre premières ) on
1
DE FRANCE. 165
Paſcal , en traitant les queſtions de la métaphyſique
la plus fubtile & la plus vague ,
fait les réduire aux idées les plus ſimples , les
plus claires & les plus ſenſibles , à des images
, & met à la portée d'un enfant ou
d'une femme ce qui pendant des ſiècles avoit
déſolé les Docteurs. Là , ſon ſtyle eſt prefque
toujours grave , il ne ſe permet preſque
point de plaiſanteries , mais ce ſtyle n'eſt
jamais ſévère ; il eſt embelli quelquefois par
une comparaiſon qui n'y eſt point comme
ornement , mais pour la clarté , pour y faire
entrer le jour ; tantôt par une tournure piquante
qui ſemble être , & qui eſt en effer
la ſeule manière de préſenter un raiſonnement
par le côté le plus ſaillant & le plus
invincible. Je crois que les Avocats pourroient
ſe permettre de pareils embelliffemens
dans toutes les cauſes , & qu'ils ſeroient
ſouvent néceſſaires pour répandre de la lumière
ſur ces loix qui n'en ont pas toujours ,
& de l'intérêt ſur ces formes qui en manquent
quelquefois; en général dans les genres
les plus auſtères , une beauré eſt peut être
toujours à ſa place lorſqu'cile paroît amenée
par la néceſſité de l'enchaînement des
idées , & non par l'ambition de l'Orateur.
Mais comme M. Target paroît avoir
ſenti toutes celles de Boffuet ! comme elles
le tranſportent à la hauteur de ces conceptions&
de cet enthouſiaſme où Boffuet luimême
puiſoit ces beautés , qui ſemblent être
en quelque forte au-delà du ſublime!
166 MERCURE
" Que j'aime à me repréſenter le moment
» où des hommes éclairés & fenfibles , raf-
>> ſemblés par la religion dans l'intérieur du
>> temple , & préparés par la pompe d'une
cérémonie lugubre , virent , pour la pre-
» mière fois , Boſſuet paroître au milieu
» d'eux , s'élever du néant de la terre dans
ود la grandeur de Dieu,&en deſcendre armé
des foudres de la parole ! comme il
» ajoute à la langue des hommes tout ce qui
"
" lui manque pour monter à la hauteur de
>> ſes conceptions ! comme avec des mots
>> anciens il ſe fait une élocution nouvelle !
>> toujours ſa ſimplicité étonne , & ſa fami-
*» liarité eſt ſublime. De la plénitude de ſon
" âme il verſe , il prodigue ſur tous les
» ſujets qu'il traite l'inépuiſable variété du
fentiment & de la penſée , ſans atteindre
>> jamais les bornes ni de ſon génie ni du
langage : il ne fut pas donné à l'homme
"
ود dedéployer plus de force &plus d'élo-
» quence. »
En parlant des langues , du goût des anciens,
entraitant de l'éloquence , M. Target
rencontroit M. l'Abbé Arnaud , ſon prédéceſſeur
, au milieu même du ſujet qu'il traitoit
; la tranſition étoit donnée.
M. Target a ſouvent peint M. l'Abbé
Arnaud comme nous , qui étions ſes amis ,
qui vivions avec lui, nous l'avons vû & nous
l'avons connu. En entrant dans ſon apparrement
, on pouvoit croire entrer dans l'appartement
d'un Philoſophe ou d'un Rhé
DE FRANCE. 167
teur ancien , de Longin ou de Denis d'Halicarnaffe.
Les buſtes d'Homère & de Platon
s'offroient aux regards ; on voyoit quelques
Volumes entr'ouverts , c'étoient encore
Platon ou Homère. Lui-même dans
ſes regards , dans ſon geſte, dans les accens
de ſa voix , dans ſa phyſionomie , qui
donnoit à tous les Artiſtes le deſir de la
repréſenter, il portoit cette inſpiration qu'on
cherche dans le commerce de l'antiquité ;
fon langage comme ſon ſtyle étoit empreint
des couleurs & des formes de ces
génies antiques & créateurs , dont les génies
de tous les ſiècles , dont l'eſprit humain
lui même ne paroît être qu'une copie. Il enrichiffoit
notre langue, fans la dénaturer , de
ces périodes ſi nombreuſes , de ces expreffions
fi vivantes de la langue qu'on parloit
devant l'Aréopage. C'étoit un Grec , & ce
Grec étoit d'Athènes. Il ſentoit & rendoit
la grâce divine de Platon comme le fublime.
Par un contraſte frappant , mais aimable , le
même homme qui parloit ſouvent du ton
d'un Prophète ou d'un Hierophante , poſſé .
doit toutesles fineſſes de l'urbanité Françoife
, toutes les grâces de la galanterie du
monde. Il plaifoit à tous les eſprits au premier
moment ,& renouveloit toujours cette
première impreſſion , & , ce qui eſt rare ,
ſouvent avec les mêmes choſes. Il agiſſoit
fur les âmes comme les productions de ces
talens dont il étoit l'adorateur : paſſionné
pour tous les Beaux-Arts , il ajoutoit à la
168 MERCURE
paffion de tous les Artiftes , & par conféquent
à leur génie. Les défauts même de fon
eſprit concouroient avec ſes grandes qualités
pour produire cet effet. Pour tous les
détails ſon goût etoit fingulièrement délicat
& ſenſible ; ni les taches , ni les grâces les
plus légères ne lui échappoient ; & lorſqu'il
parloit des Arts en général , ſes vûes , qui
n'étoient toujours ni très - nettes ni tres-préciſes,
avoient ce vague , cette grandeur indéfinie
d'où l'imagination , au défaut de
lumières , reçoit de grandes ſenſations. Il
jugeoit les détails comme Horace , & ne
raiſonnoit ſur les principes que comme Platon.
Long-temps on l'a accuſé de ne pas
aimer beaucoup la Philofophie moderne ;
je l'ai toujours vû du moins admirer , refpeter
& chérir les vrais Philoſophes ; mais
je ſuis porté à croire qu'en effet cette Philoſophie
qui détermine toutes les idées avec
préciſion , qui prouve ce qu'elle avance ,
&fait de ſes preuves une chaîne où l'efprit
ſe trouve environné de toutes parts ,
devoit mettre ſon eſprit à la gêne & preſque
au ſupplice. Dans la Philofophie même, c'étoient
les apperçus de l'imagination qu'il
aimoit , & non pas les vûes de l'eſprit. Il a
peu écrit ; mais dans quelques pages il a
montré un grand talent. Il a jeté négligemment
dans divers Recueils des morceaux
affez précieux pour mériter d'être raſſemblés
pour la Poſtérité. Ses idées l'occupoient
toujours, il les portoit toujours avec lui , &
ſouvent
DE FRANCE. 169
ſouvent écrites dans ſa mémoire ; mais elles
ne ſe réveilloient vivement qu'en préſence
des hommes , & il auroit une belle place
dans la Poſtérité même , ſi elle pouvoit entendre
ce qu'il a dit dans ces momens heureux.
Chole affez remarquable , fes imprefſions
étoient fortes & puiſſantes , les opinions
foibles & mal aſſurées. Jamais il ne
fut l'ennemi d'un grand talent , d'une gloire
établie , & il aimoit fingulièrement à découvrir
un talent nouveau , à faire naître une
réputation. Lejeune homme qui cache avec
pudeur ſa première production , alloit la
mettre ſous ſes yeux avec confiance. Il ſentoit
les beautes avant les défauts , diſpoſition
ſi heureuſe, ſi néceſſaire pour le jeune talent
qui confie ſes eſſais , & qui eſt prêt à rougir
de ſes beautés mêmes. La carrière de M.
l'Abbé Arnaud n'a pas été très longue ; mais
ſa vie a été heureuſe , & fon plus grand
bonheur a été ſans doute d'en paſſer une
grande partie avec un ami fait pour cultiver
les Arts comme lui , d'un goût auſſi delicat&
bien plus sûr , & qui ſavoit répandre
fur ces conceptions grandes , mais vagues ,
dont M. l'Abbé Arnaud avoit pris le goût
dans Platon &dans Gravina , le jour pur , la
lumière que la ſeule Philoſophie moderne
fait faire naître.
Mais je me laiſſe entraîner au plaifir de
parler d'un homme que j'ai aimé, à qui je
dois de la reconnoiſſance , & j'oublie que
N°. 22 28 Mai 1785 .
:
H
170 MERCURE
pour les intérêts même de fa gloire il vaut
mieux en er tendre parler M. Targer.
" Quelquefois dans ces compofitions ani-
» mées , M. l'Abbé Arnaud paroît vouloir
>> ſecouer le joug des règles , & les renvoyer
à la médiocrité ; mais ce qui eft digne de
» remarque , preſque toujours il les ref-
>> pecte : me trompai-je en jugeant que fon
>> oreille étoit le frein de fon imagination ?
"
"
Le tour nombreux de fa phrafe arrêtoit
l'effor de ſes idées; ce qu'il avoit dans
>>l'eſprit d'audace & d'impatience , reſtoit
>> comme enchaîné dans la mefure de ſes
>> périodes, & le ſentiment de l'harmonie qui
>> gouvernoit ſon ſtyle , le ſoumettoit à des
>>principes qu'il obſervoit fans les aimer. »
Cette explication est très-ingénieufe , &
elle est vraie ; elle eſt auſſi bien heureuſement
rendue.
M. l'Abbé Arnaud étoit Abbé de Grand-
Champ , Abbaye qu'il devoit à fon ami M.
Gerbier , qui la demanda pour lui , & à qui
il a toujours été difficile de refufer quelque
chofe.
" J'ai deſiré de ſavoir , dit M. Target , ce
>> que penſoient de M. l'Abbé Arnaud les
>>habitans des campagnes , où l'on ne con-
>> noît ni eſprit , ni talens , ni ſcience , ni
>> gloire , mais où la bienfaiſance , plus né-
>>ceffaire , eſt auſſi mieux ſentie, & peutêtre
plus véritablement honorée. Tandis
» que je rends ici l'hommage que je dois à
ſes talens , là, des bénédictions font adref- "
DE FRANCE. 171
> ſées à ſa mémoire. Je ne raconterai qu'un
» ſeul fait. Un Curé lui demande le paye
> ment d'une portion congrue. L'Abbé de
-
"
"
Grand-Champ veut ſe défendre. Le Curé
>> vient , lui expoſe ſon indigence , & n'a
pas de peine à l'émouvoir. M. l'Abbé Arnaud
ſoulagera le Curé pendant ſa vie; il
» s'y engage , & tient parole ; mais il n'a
> point de loi à preſcrire après ſa mort.
» Que fera-t-il done ? Il peut defirer de
> perdre ſa cauſe, & il le defire; il peut
>> chercher des titres contre lui-même , & il
» en cherche , & eſt affez heureux pour
>> en trouver; il en arme ſon adverſaire ,
ود
ود
& à force de ſoins il parvient à être
condamné. Ce n'eſt pas tout encore ,
>>Meſſieurs , ce trait ſi attendriſſant & fi
>> noble , c'eſt moi qui , le premier , l'ai fait
connoître au Public , & même à ſes
amis . »
وو
ود
C'eſt avec cette ſenſibilité qu'il convient
de parler de la bienfaiſance; & qui auroit
le droit de parler de la vertu , ſi ce n'étoit
M. Target? Tout fon Difcours , d'où nous
pourrions extraite encore des morceaux
d'un égal mérite, reſpire le bon goût dans
les principes & dans le ſtyle. Il ſemble
que l'Orateur du Barreau n'ait voulu laiſſer
voir que l'Académicien en entrant à l'Académie.
On a déjà remarqué comme une faveur
du fort pour le Public, pour l'Académie &
pour les Récipiendaires , les Elections nom
Hi
172
MERCURE
breuſes où M. le Duc de Nivernois a rempli
les fonctions de Directeur. Si l'efprit&la
grâce, ſi l'agrément & la noble familiarité des
tournures font en effet néceſſaires quelque
part , c'eſt dans ces occafions où il faut
louer des hommes devant une eſpèce de
Souverain, qui eſt le Public; & tel eſt le
talent de M. le Duc de Nivernois pour ce
genre ſi difficile , que c'eſt le Public furtout
, que c'eſt ce Souverain qui applaudit
le plus aux éloges que M. le Duc de Nivernois
donne en ſa préſence. Il a été ſans
doute infiniment heureux , par exemple , de
rappeler comme le plus beau moment de la
vie de M. Target , ce jour , cette époque du
retour de la Magistrature , ſi chère au Public
, à la Nation entière.
" Perſonne n'oubliera la belle journée du
» 12 Novembre 1774 , qui , après quatre
» années d'un ſilence égaleinent courageux
» & modeſte, rendit votre voix à vos Cliens ,
" & unit votre triomphe à celui de la Ma-
» giſtrature entière ; jour memorable où la
" France attendrie vit ſon jeune Roi dans
» l'auguſte appareil de fon autorité tuté-
>> laire , & entouré de coeurs reconnoiſſans
>> rendre aux voeux de la Nation les anciens
» Dépoſitaires d'une confiance que le temps
"
,
ſeul peut établir ! Dix ans ſe ſont écoulés
» depuis cette grande époque , & durant
» ces dix années , portion conſidérable, de la
vie humaine , tous les jours ont été mar-
>> qués par vos travaux & par vos ſuccès. Il
DE FRANCE.
173
1
4
>> eſttemps d'y mettre une borne , Monfieur ;
>> vous ne pouvez plus rien ajouter à la
» conſidération que vous avez ſi juſtement
>> acquiſe; venez goûter dans le Temple
>>des Muſes ce loiſir honorable qu'accom-
» pagne la dignité ; venez en jouir , Monfieur,
dans le ſein d'une Compagnie où vous ne
pouvez trouver que des amis , parmi des
hommes qui ſavent apprécier le mérite &
>> chérir la vertu. »
دو
ود
:
( Cet Article est de M. Garat. )
FABLES Nouvelles , suivies de Poésies
fugitives , par M. le Bailly , Avocat en
Parlement , du Muſée de Paris. Superfunt
mihi quefcribam ,fedparcofciens. AParis ,
chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue
Galande , N°. 64.
:
Si La Fontaine a dit, en parlant de l'Apologue:
Et ce champ ne ſe peut tellement moiffonner ,
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.
d'autres Écrivains , en très-petit nombre , il
eft vrai , ont acquis par quelques bonnes Fables
le droit de tenir après lui le même langage.
Il y a dans Lamotte pluſieurs Fables
charmantes , auſſi morales qu'ingénieuſes ;
c'eſt-là fur -tout qu'il eſt Philoſophe; c'eſt -là
qu'il penſe beaucoup plus que dans ſesOdes ,
qui ſont vuides d'idées & de poéſie ; c'eſt
1 Hiij
474
MERCURE
dans ſes Fables qu'il ſe montre Poëte quelquefois
. Depuis , dans le même genre de
compofition , M. Boiſard a fu faire goûter
une manière très-différente. Le Recueil de
M. le Bailly en offre auſſi quelques -unes qui
plairont fans doute aux Lecteurs par une
extrême préciſion, qui leur donne une tournure
originale; telle eſt la ſuivante.
Le Mulot & le Rat.
Le Mulot dit au Kat : camarade , ſouvent
Je te vois grignoter , ronger maint &maint livre ,
Et tu n'en es pas plus ſavant.
Qu'importe , dit le Rat , je ne cherche qu'à vivre.
La moralité eſt heureuſement renfermée
dans le récit même de l'apologue. La Ronce
& leSaule, le Cigne & le Corbeau ,le Papillon
& le Lys ont, comme la Fable précédente
, le mérite d'une conciſion très-piquante.
Ce gente d'apologue ne demande
pas beaucoup d'eſprit & de poéſie; il y a plus,
on n'a pas le temps ni l'eſpace d'y en répandre
beaucoup; car d'ailleurs ce beſoin ſe fait
généralement ſentir dans les Fables de M.
le Bailly , qui ont quelque étendue. Trop de
négligence dans la verfification , trop peu
de détails ingénieux , trop peu d'images poétiques
les rendent moins agréables à lire.
M. le Bailly eſt affez jeune pour faire des
progrès , & pour permettre qu'on lui donne
des avis . Il doit ſe défier de ſon extrême facilité.
Il doit tâcher de répandre dans ſes
DE FRANCE. 175
narrations plus de poésie , de grâce & de
gaîté. S'il n'y a rien de ſi rare qu'une Fable
excellente , il n'y a rien de li aiſe que de compoſer
un volume de Fables médiocres. Au
furplus , en conſeillant à l'Auteur d'affaifonner
les récits de plus de ſel & d'enjouement
, nous n'avons pas prétendu dire qu'il
manquât abſolument de ces deux qualités ;
c'eſt parce qu'elles ne lui ſemblent pas étrangères
, que nous l'engageons à en faire uſage
plus ſouvent , comme dans la Fable du Nain
&du Rat.
Près d'une grange , on raconte qu'un Nain
S'étoit endormi ſur la paille.
Un Rat vers cet endroit attiré par la faim ,
Confidère de loin notre homme à courte taille.
Il fait un pas , puis deux , puis trois ,& puis ſoudain
Recule , ſoupçonnant que c'eſt quelque machine ,
Nouvelle invention de Rominagrobis .
(L'hiſtoire du bloc de farine
Rétentiſſoit encor dans tout Ratapolis ; )
Mais , hélas ! pour devenir ſage ,
Suffit- il donc toujours de l'exemple d'autrui ?
Non , mon Rat du contraire offre unbon témoignage.
Il voudroit s'éloigner ;cependant malgré lui
Je ne fais quel penchant l'attire.
Enfin à tout hafard il s'approche du Nain ,
Et flaire ſon ſoulier , dont le cuir étoit fin.
L'odeur en plaît au nez da Sire.
D'où vous jugez qu'en même- temps
Hiv
176 MERCURE
Il s'eſcrime à l'entour , de la patte & des dents.
:
C'en étoit fait de la chauſſure
Lorſqu'une vive égratignure ,
Aréveillé le Nain , qui , tout faifi d'abord,
Tremble , pâlit , s'écrie , & reſte demi-mort,
Mais bientôt ſa frayeur le quitte ,
En voyant l'animal qui regagnoit ſon gîte
Au plus vite ;
Il le pourſuit , l'atteint , l'immole à ſa fureur.
De ce monftre , dit- il , me voilà donc vainqueur !
Tu l'as vû , maître du tonnerre ;
Les Hercules , je crois , ne ſont pas tous aux cieux ;
Il en reſte encor ſur la terre ,
Et tu dois m'élever au rang des demi-Dieux .
Combien voit- on dans les Hiſtoires
De Héros à crédit cités avec éclat ,
Etqui ne comptent de victoires
Que celle du Nain ſur le Rat.
C'eſt auſſi parce que M. le Bailly a rencontré
quelquefois des expreſſions poétiques
que nous l'exhortons à réſiſter davantage à
l'impatience de ſa plume , & à choiſir davantage
& fes expreſſions & ſes idées .
Dans la Fable des Jeux Olympiques , on
trouve entre-autres une métaphore très-belle.
Auſfitôt dans les airs mille cris élancés
Sont les trompettes de la gloire.
Il y a de la poéſie dans cette expreſſion. C'eſtlà
le grand fecret du ſtyle de La Fontaine.
DE FRANCE. 177
A la ſuite des Fables , l'Anteur a recueilli
quelques poéſies fugitives , peu piquantes ,
mais où l'on retrouve toujours cette facilité
dont il ne peut trop ſe défier.
VARIÉTÉS.
:
RÉPONSE de M. Framery à M. le Marquis
de Ch***.
M .. ONSIEUJR ,
Pourrois -je ne pas être infiniment flatté de la
Lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adreſſer
dans le Mercure ? ( N°. 18. ) N'est-ce pas conſacrer
, pour ainſi dire , mes opinions que de les appuyer
de votre ſuffrage ? Et fi je ne les ai propoſées
juſqu'ici qu'avec la juſte défiance qu'elles doivent
m'inſpirer , ne m'eſt il pas permis de me livrer aujourd'hui
au doux orgueil de croire que j'ai raiſon ,
lorſque ces opinions ſe trouvent conformes aux
vôtres ? J'oſerai en cela , Monfieur , différer de votre
avis , lorſque vous avancez modeſtement que votre
ſuffrage n'eſt pas pour moi de la plus grande importance.
Je crois , au contraire , qu'il ajoute un
poids infini aux idées que j'ai préſentées dans l'extrait
de la Poétique de la Muſique , & que l'on me
conteſtera moins légèrement ſans doute , quand
vous daignez les confirmer. Je porterai même plus
loin l'ingratitude; car tandis que vous avez la bonté ,
Monfieur , d'être par-tout de mon ſentiment , je vais
m'attacher à combattre le vôtre , & à détruire les
raiſons que vous avez accumulées pour juſtifier l'efpèce
d'oubli dans lequel vous croyez devoir laiſſer
votreTraité ſur l'union de la Poéſie&de la Muſique .
Hv
178 MERCURE
Vous prétendez , Monfieur , que cette Brochure
n'a d'autre mérite que d'avoir énoncé la première
quelques idées qui n'exiſtoient que d'une manière vague&
indéterminée dans la pensée d'un petit nombre
d'Amateurs : dites plutôt qu'elle les y a fait naître ;
& li cet Ouvrage eût paru dans des temps plus favorables
, il n'eſt pas douteux qu'il n'eût fait un nombrede
proſélytes beaucoup plus grand. Vous diſiez
àla poéfie de prendre les formes convenables à la
mufique , lorſque la muſique nationale n'avoit pas
elle-même encore de formes déterminées. Peu de
perſonnes s'intéreſſoient alors aux progrès de cet
Art; celles même qui paroiſſoient s'en occuper,
l'aimoient beaucoup plus qu'elles ne l'eftimoient.
Reléguée à l'Opéra- Comique , on ne croyoit pas
que la muſique pût germer ailleurs ; & ce Théâtre ,
le berceau du bon genre , le feul où la mélodie fit
entendre le véritable accent des paffions , & yjoignît
les formes régulières qui conſtituent un Art , n'étoit
pas le Théâtre National . Ceux qui croyoient que
nous n'aurions jamais de musique Françoiſe , applaudiffoient
à ce qu'ils appeloient le petit genre , &
ne changeoient pas d'opinion . A qui done , Monfieur,
pouvoient ſervir vos idées ſur l'union de la poche&
de la muſique quand notre Théâtre Lyrique n'avoit
ni Poëtes ni Compofiteurs ? Ceux qui travailloient
pour la Comédie Italienne ſe rapprochoient de votre
ſyſtême par une forte d'instinct , parce qu'ils en
avoient quelques modèles. Duni , le premier qui
peut- être a le plus contribué à la création de la muſique
dramatique en France , accoutumé aux formes
ſymmétriques de l'Italie , convaincu de l'avantage
qu'elles offroient au Compofiteur , les apprit aux
Poëtes qu'il s'affocia. Anfeaume fur-tout s'y conforma
toujours ;& toutes ſes Pièces , dont je ne juge
pas le mérite , préſentent au moins des airs d'un
mêtre égal , & céſurés également. Cette règle , fi
DE FRANCE. 179
effentielle à la beauté du chant , quoiqu'on en puiſſe
dire , ſi bien développée dans votre Ouvrage , &
pourtant trop méconnue des Poëtes François , fut
créée en Italie par Métaſtaſe, ſentie à l'inſtantmême ,
&adoptée avidement par cette nation , qu'une plus
grande ſenſibilité d'organes rendit plus facile à perfuader.
C'eſt à cette égalité de thithme peut-être ,
plus qu'à aucun autre avantage , qu'eſt dûe la
prééminence de la langue Italienne ſur la langue
Françoiſe , contre laquelle il exiſte , relativement à
la mafique , un trop injufte préjugé. Ce même Duni
étoit fi perfuadéde cette opinion, qu'en publiant fon
premierOuvrage , il fit de cette langue , qu'il préféroità
la fienne même , une apologie que M. Gluck
confirma depuis par ſon ſoffrage. La poéfie Françoiſe
, plus énergique , ſembloit l'inſpirer davantage;
il n'en exigeoit qu'un mètre coupé ſymmétriquement.
M. Marmontel, qui régua enſuite ſur la Scène
Italienne , étoit bien fait pour donner du crédit à
cette loi. Soit qu'éclairé par votre ouvrage & par
l'exemple des Poëtes Italiens, il ait voulu les prendre
pour modèles , ſoit que le ſentiment exquis de
la muſique, dont il a donné plus d'une preuve , aidé
de ſes propres réflexions , lui en ait fait ſentir tous
les avantages , nul n'a mieux connu que lui l'art
de couper favorablement ſes vers pour le Muſicien ;
mais cependant ſa méthode n'a point prévalu. Faure
d'en connoître les principes , on l'a priſe pour une
opinion particulière que rien n'obligeoit d'adopter
généralement. On a cru pouvoir faire auſſi bien en
faiſant d'une autre manière. Lorſqu'enfin la réforme
s'eſt faite ſur le grand Théâtre , on s'eſt occupé
d'objets qu'on a cru plus preffés. On apportoit une
muſique nouvelle , il falloit créer une exécution nouvelle
dans l'orchestre & parmi les Chanteurs ; fi l'on
a ſongé aux Poëmes , c'étoit pour leur donner plus
de mouvement , plus d'énergie , une diftribution
Hvj
180 MERCURE
plus intéreſſante , plus raisonnable , ( ſévérité qu'on
a peut- être portée trop loin ) on n'a pas affez ſenti
combien la forme partielle des morceaux deſtinés à
la mufique proprement dite , devoit influer ſur le
mérite total. Après le ſuccès , on n'a pas cru qu'il
reftât encore quelque choſe à faire ; les Poëtes Lyriques
ſe ſont trouvés fatigués du grand pas qu'ils
avoient fait vers la perfection , ils ſe ſont arrêtés
avant d'y arriver. Maintenant qu'ils doivent être
repoſés , maintenant que les premiers efforts ont été
faits dans tous les genres , il eft temps de les guider
pour le reſte de la route ; c'eſt à préſent, Monfieur ,
que les Traités font néceſſaires , le vôtre ſur-tout ,
en ce qu'il regarde particulièrement les Poëtes , &
que ce font eux qui ont le plus beſoin d'être inftruits
de conventions que l'ignorance de la muſique ne
leur permet pas de deviner.
Les Brochures , les Livres mêmes , dites-vous ,
Monfieur , ont- ils le droit de créer des Poëtes Lyriques
? Oui , je le crois , lorſqu'il ne s'agira que de
les inſtruire des procédés de la muſique , de les avertir
de ce qu'elle exige d'eux , de leur apprendre un
mechaniſme facile , & de leur en perfuader la néceffité;
quand il ne s'agira que de leur développer ces
propoſitions ſi victorieuſement établies dans votre
Effſai, que fi la poéfie qu'on appelle lyrique , quoiqu'elle
nnee foit pas chantée , exige un mètre égal &
fymmétrique, à plus forte raifon celle qui eſt deſtinée
au chant; que la muſique elle-même étant aſſujétie
dela manière la plus rigoureuſe à une ſucceſſion alternative
de longues & de brèves , étant obligée à des
repos ſymmétriques ,& compoſée de périodes exactement
compaffées , il eſt juſte que la poéſie ſe prête
aurant qu'il dépend d'elle à ces loix. ( Pardon ,
Monfieur , fi je ne cite que de mémoire votre Ouvrage,
que je n'ai plus depuis 15 ans. ) Il me femble
qu'il ſuffit de démontrer ces vérités à ceux qui
DE FRANCE. 181
ont déjà le talent de la poéſie , pour en former de
véritables Poëtes Lyriques. C'eſt à eux que votre Ouvrage
ſeroit utile , plutôt qu'aux Muſiciens qui liſent
peu , qui ne ſuivent guères que l'impulfion de leur
génie , & à qui , quand ils en manquent , toutes les
poétiques du monde n'en ſauroient donner.
Je crois comme vous , Monfieur , que la Didon
de M. Marmontel eſt l'époque de la perfection où
pouvoit atteindre notre Scène Lyrique. Je me glorifie
même d'en avoir parlé d'après cette idée en rendant
compte dans ce même Journal de la Partition ;
mais je ne crois pas devoir en conclure , ainſi que
vous , qu'il n'eſt plus néceſſaire de rien imprimer. II
ne ſuffit pas , ce me ſemble , d'offrir des chef- d'oeuvres
pour modèles ; premièrement , parce que l'amourpropre
abhorre les modèles ; d'ailleurs , il est bon
d'indiquer encore à ceux qui ſuivent la même carrière
, pourquoi la route propoſée eſt la meilleure ,
comment elle aconduit au ſuccès , ce qu'on riſque à
s'en écarter. Étes-vous bien perfuadé , Monfieur ,
que tous les Opéras qui réuſſiront après Didon ſeront
faits de la même manière ? Et ne croira-t'en pas
avoir aſſez bien fait quand on aura réuſſi ? Pourquoi
, dira-t'on , chercher le mieux quand on pofsède
le bien ? C'eſt ce qu'auroient dit auſſi ſans
doute les Poëtes François du temps de Marot , ſi on
leur eût propoſé tout-à-coup de renoncer aux enjambemens
; de fuir les hyatus , d'alterner les rimes
maſculines & féminines , &c. ils auroient cité des
vers charmans , qui , ſans être afſujétis à ces entraves
, avoient obtenu beaucoup de fuccès. Ces
règles n'ont pu s'établir qu'avec peine , qu'à force
d'en répéter les avantages ; & ce n'eſt qu'après leur
adoption générale , qu'on a bien ſenti tout ce que
l'Arty gagnoit.
Il me ſemble , Monfieur , qu'il en faut faire de
même pour les Ouvrages Lyriques. Les Compoſi-
A
182 MERCURE
teurs ont adopté le meilleur ſyſtême. Les Chanteurs
mêmes commencent à ſuivre la bonne roure ; il ne
reſte plus que les Poëtes à inſtruire , & c'eſt le noment
de leur répéter ſans ceſſe ce qu'ils ont beſoin
de ſavoir. C'eſt pour eux que ſont fairs les Livres , il
faut les multiplier. Qu'ils liſent votre Cuvrage &
celui deM. de la Cépède,& celui de M. de Chabanon
, qui me paroît digne en tour de l'éloge que
vous en faites , peut- être alors feront ils moins étrangers
qu'ils ne le ſont communément à l'Art auquel ils
prétendent affocier le leur.
و
Mais lorſqu'on propoſe aux Poëtes de ſe charger
de nouvelles entraves en faveur de la muſique , ne
feroit il pas juſte que, pour les dédommager de tant
de ſacrifices , le Public leur rendît un peu de la gloire
qu'il leur refuſe ? N'avez-vous pas remarqué , M.
le bizarre deſtin qui attend ceux qui travaillent pour
nos Théâtres Lyriques , pour l'Opéra fur-tout ? La
muſique y paroît être l'objet principal , le ſeul dont
on parle , auquel on s'intéreſſe. Vous avez entendu
dire mille fois dans le monde : Qu'importe que les
paroles d'un Opéra foient mauvaiſes , pourvu que la
musique ſoit bonne ! comme ſi cette muſique pouvoit
être bonne quand les paroles ne ſont pas dignes d'inf.
pirer le Compoſiteur ! Souvent les éloges s'étendent
juſqu'aux Acteurs; on vantera l'art avec lequel ils
ont rendu leur rôle , ſans penſer que le Poëte a
fourni les ſituations où ils ontdéveloppé leurs talens ,
&que l'Acteur le plus ſublime ne fauroit faire naître
l'intérêt oùle Poëte n'en a pas mis; mais on ne veut
pas qu'il foit compté pour quelque choſe. Encore
s'il étoit vrai qu'il n'eût pas plus de part au ſuccès
que ne lui en attribue l'opinion publique ! mais au
contraire il eft chargé de tour. Le choix du ſujet , la
diſpoſition , le piquant , l'intérêt des ſituations , la
vérité du dialogue , les nuances des caractères ; enfin
cequi fait réuffir ou tomber un Drame , tout vieng
DE FRANCE. 183.
de lui , & l'on s'en souvient bien au moment de la
chûte , c'eſt lui ſeul qu'on en accuſe , le Muſicien eſt
exempt de tout reproche. Que pouvoit-il faire fur
defi mauvaises paroles ? On l'oublie au moment du
ſuccès ;tout le mérite en eſt au Compofiteur. Comme
le Valer d'un Maître injuſte , quand le Poëte a bien
fait , il n'a fait que ſon devoir; s'il bronche , la
moindre faute eſt punie. Il ne partage la gloire de
perſonne, perſonne ne partage ſa honte avec lui,
quoique de lui ſeul dépende ou la honte ou la gloire.
J'oferois avancer ce paradoxe, que dans les premières
repréſentations d'un Ouvrage Lyrique , la muſique
n'infque en rien ſur le ſuccès. Mille exemples pourroient
prouver qu'un Poëme intéreſſant ſoutientune
muſique médiocre , & que la plus excellente muſique
attachée à un Poëme fans valeur, ne peut en empêcher
la chûre , & eft au contraire entraînée avec
lui; on n'en citeroit pas un où , par le ſecours de la
muſique ſeule , un Poëme entièrement dénué de mé.
rite ait pu réuſſir. Je fais combien cette propofition
eſt contraire aux idées reçues , combien elle paroîtra
d'abord révoltante ; mais je demande qu'on l'examine
de près avant de la rejeter. On ne peut nier
au moins que la bonté du Poëme n'ait une grande
induence ſur le ſuccès de l'enſemble: qu'on rende
donc au Poëte la part d'eſtime qui lui revient , animé
par cet encouragement, vous le verrez faire de nouveaux
efforts pour la perfection de l'Art , & c'eſt
alors qu'il profitera des Livres qui lui enenſeigneront
lesmoyens.
Cette longue digreffion ne m'a pas fait oublier le
vôtre, Monfieur. La meilleure raiſon que vous apportiez
pour vous diſpenſer de le faire reparoître ,
c'eſt qu'il ſe trouvera fondu dans les articles que M.
Marmontel fournis à la nouvelle Encyclopédie , &
que ces articles réunis pourront former une poétique
muſicale ; à la bonne heure , pourvu qu'on trouve le
184 MERCURE
)
1
moyen de répandre , de faire fructifier d'auſſi excellens
principes , il importe peu ſous quelle forme on
les préſente. Je vous avouerai même impoliment
qu'en defirant une nouvelle Éntion de votre Ouvrage
, je m'occupois moins de votre gloire que des
progrès de l'Art. Couronné de lauriers de toutes les
eſpèces , je penſois bien qu'une branche de plus
devoit avoir peu d'attrait pour vous. Je crois auffi
que vos idées , aſſociées à celles de M. Marmontel ,
ſes réflexions jointes aux vôtres , une théorie lumineuſe
, ſoutenue , développée par d'heureuſes expériences
, offriront dans cette Poétique un nouveau
degré d'utilité Cette réunion de ſentimens doit donner
à des principes conteſtés une autorité plus impoſante.
Il ſera difficile de nier des propoſitions
déjà couronnées par le ſuccès.
J'inſiſte donc fur le projet de publier ſéparément
cette Poétique Muſicale. Ces idées éparſes dans
l'Encyclopédie , ne ſeroient pas à la portée d'un
aſſez grand nombre , & je crois avoir prouvé que
lesOuvrages qui traitent de l'union des deux Arts ,
font dans ce moment de fermentation très - nécef-'
faires aux Poëtes , s'ils ne le ſont pas aux Muſiciens ;
c'étoit au moins le but de cette Lettre , dont je vous
ſupplie , Monfieur , de me pardonner la longueur.
Trop flatté que quelques - unes de mes idées ayent
obtenu votre fuffrage , & que vous ayez daigné
m'adreſſfer vos ſages réflexions , je n'ai pu me défendre
d'un ſentiment d'amour - propre , & l'amourpropre
eſt verbeux ; je n'ai pu réſiſter non plus au
plaiſir de m'étendre fur un Art que j'aime avec paffion,
& fur votre Ouvrage , à qui je dois ſur le
même Art les lumières les plus utiles.
J'ai l'honneur d'être avec reſpect , Monfieur ,
Vore , &c. FRAMERY.
DE FRANCE. 185
ANNONCES ET NOTICES.
A
LMANACH Littéraire , ou Etrennes d'Apollon.
L'année 1778 des Etrennes d'Apollon qui étoit
ſous preffe paroît depuis quelques jours . On la trouvera
chez l'Auteur , rue Saint Jacques , la portecochère
attenant la Librairie de Mme la Veuve
Ducheſne , près la Place de Cambrai , & chez tous
les Libraires. Ce Recueil curieux commencé en 1777
a eu le plus grand ſuccès dès la première année , &
continue de plaire au Public. La Collection complette
formant neuf Volumes petit in - 12 ſe vend
11 liv. 2 ſols. Chaque Almanach vaut ſéparément
I livre 4 fols. Celui de 1777 ſe paye ſeul 1 livre
10 fols par rapport à l'Eſtampe, dont le ſujet eſt
l'Apothéoſe du grand Corneille.
TRAITE complet d'Electricité , par M. Tibère
Cavalle, traduit de l'Anglois ſur la ſeconde & dernière
Edition de l'Auteur , enrichie de ſes nouvelles
Expériences , dédié à MONSIEUR. A Paris , chez
Guillot , Libraire , rue Saint Jacques , vis-à vis celle
des Mathurins.
On doit ſavoir gré à M. l'Abbé de Silveſtre de
nous avoir fait connoître l'Ouvrage d'un Savant
étranger connu de tous les Savans de l'Europe. On
y trouvera un tableau fidèle de l'état où ſe trouve
actuellement l'Electricité , & l'on y puiſera des
lumières propres à ſeconder les progrès de cette
Science.
ENCYCLOPÉDIE , ou Abrégé de toutes les Sciences
à l'usage des Enfans , cinquième Edition , enrichie
de dix Planches en taille-douce. A Bruxelles ,
186 MERCURE
chez B. Lefrancq & Savena , Imprimeurs-Libraires ;
& ſe trouve à Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire,
quai des Auguſtins ; la Veuve Eſprit , au
Palais Royal.
Cet Ouvrage a été corrigé de nouveau , & la
PartieHiſtorique yeſt continuéejuſqu'à nos jours .
On trouve chez les mêmes Libraires , Orléans
Délivré, Poëme en douze Chants , I Volume in- 12 .
Prix , 2 liv. 10 ſols relić.
PRINCIPES d'Eloquence pour la Chaire & le
Barreau , par M. l'Abbé Maury , de l'Académie
Françoiſe , Abbé Commendataire de la Frenade ,
Chanoine , Vicaire Général & Official de Lombez ,
&Prédicateur ordinaire du Roi , nouvelle Edition. A
Paris , chez Guillot , Libraire rue Saint Jacques ,
vis-à- vis celle des Mathurins.
Cet Ouvrage eſt connu , & mérite de l'être
davantage. M. l'Abbé Maury a fi bien donné
l'exemple de l'Eloquence , qu'il doit en être cru
quand il en donne le précepte.
NOUVEAU Manuel Epistolaire , renfermant par
ordre alphabétique , des Modèles de Lettres fur les
différens ſujets quise préfentent dans la vie , avec
quelques Avisfur le cérémonial qu'on doit y obferver
, Volume in 12. Prix , 2 liv. 8 ſols broché , &
3 liv. relié. A Caën , chez G. Leroy , Imprimeur du
Roi , à l'ancien Hôrel de la Monnoie.
Il y a dans ce Volume , comme le titre l'annonce ,
des Lettres pour toutes fortes de ſujets. Les Ouvrages
de ce genre , qui ſont deſtinés à diriger de
jeunes Ecrivains leur donnent quelquefois la
tentation d'être Plagiaires. Ils vont chercher la des
Lettres toutes faites, comme un mauvais Arithméti
cien va chercher des comptes faits dans Barême.
,
DE FRANCE. 187
Mais il y a des inconvéniens à tout , & les Plagiaires
auront toujours tort .
Au reſte , il y a dans le nouveau Recueil que nous
annonçons , des Lettres qui n'avoient jamais vu le
jour , & même d'Auteurs les plus célèbres .
SUPERSTITIONS Orientales , on Tableaux des
erreurs & desSuperstitions des principaux Peuples de
l''Orient , de leurs Moeurs , de leurs Usages & de
leur Législation , Ouvrage orné de gravures , & propre
à ſervir de Suite aux Cérémonies Religieuſes des
Peuples du Monde , de l'ancienne Edition de Hollande;
par une Société de Gens de Lettres. Prix ,
32 liv. broché. A Paris , chez Leroy , fucceffeur du
fieur Lottin lejeune , Libraire , rue Saint Jacques ,
vis-à-vis celle de la Parcheminerie.
On ne doit pas être ſurpris de voir un Volume
in-folio quand il s'agit des Superftitions humaines ,
& c'eſt fur tout dans les pays Orientaux qu'elles
doivent ſe propager. Ce Volume eſt terminé par la
Traduction du fameux Sadder des Perſes , accompagnée
de Notes inſtructives. Le ſuccès des Cérémonies
Religieuſes par le même Auteur eſt un préjugé
favorable pour les Superftitions Orientales .
MANUEL propre à MM. les Curés , Vicaires
ou Ecclésiastiques chargés de la partie des Mariages
, pour se mettre à l'abri de la rigueur des
Loix , &c. , par M. l'Abbé Thuet , Prêtre du Diocèſe
de Noyon , Licentié en Droit Canon de la Faculté
de Paris , & premier Vicaire de Saint Médard
de Paris. Prix , I livre 16 fols . A Paris , chez l'Auteur
, au Vicariat de Saint Médard , rue d'Orléans ,
Fauxbourg S. Marcel.
OBSERVATIONS fur différens Moyens propres
àcombattre les Fièvres Putrides & Malignes , & à
188 MERCURE
préſerver de leur contagion , par M. Banau , Docteur
en Médecine , & Médecin de la Garde-Suiffe de
Mgr. Comte d'Artois. A Amſterdam ; & ſe trouve
à Paris , chez Leroy , ſucceſſeur du fieur Lottin le
jeune , Libraire , rue S. Jacques , vis-à-vis celle de
la Parcheminerie. Prix , 2 liv . 16 ſols broché.
Le mérite de cet Ouvrage eft fi connu , qu'il
nous diſpenſe d'en faire une analyſe : deux Editions
enlevées ſucceſſivement en atteſtent le ſuccès. Nous
nous contenterons de dire , en annonçant cette troifième
Edition , que le Miniſtre de la Marine en a
ordonné la diſtribution en 1776 dans les Ports &
dans les Colonies ; que cet exemple a été ſuivi par
M. l'Intendant de Paris , par les Etats d'Artois & par
ceux de Languedoc ; que Mgr. l'Archevêque de
Narbonne a même donné un Mandement au mois
de Mai 1781 , & que ces mêmes Etats ont accordé à
l'Auteur une gratification honorable , & ont ordonné
depuis une ſeconde diſtribution de l'Ouvrage ſur la
preuve acquiſe de fon utilité.
La maladie épidémique qui a effrayé le Languedoc
en 1782 , a fourni l'occaſion de ſe convaincre
de la méthode de M. Banau. Six cent perſonnes ont
été traitées & conſervées dans la Ville de Foix ; huit
cent l'ont été de même à Sarlat , & un particulier a
par le même moyen ſauvé quarante perſonnes à
Mont- Ferrand, & raſſuré preſque en un inſtant les
eſprits frappés déjà de conſternation.
L'ART du Peintre , Doreur, Verniffeur , par le
ſieur Watin , Peintre , Doreur , Verniffeur & Marchand
de Couleurs , Dorures & Vernis , quatrième
Édition , revue , corrigée & augmentée. Prix ,
4 liv. 16 fols broché franc de port par-tout le
Royaume en lui faiſant toucher ce prix net , & en
affranchiſſant la lettre d'avis & le prix de l'argent.
-Supplément Servant de Réponse aux Critiques.
DE FRANCE. 189
Prix , 12 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue Sainte
Apolline , n ° . 33-
Cet Ouvrage a beaucoup réuffi , & il mérite
ſon ſuccès. Cette Edition nouvelle renferme quelques
augmentations qu'on verra avec plaifir.
La France Chevaleresque & Chapitrale , ou
Précis de tous les Ordres cxiſtans de Chevalerie ,
des Chapitres Nobles de l'un & de l'autre sexe , des
Corps , Colléges & Ecoles de Nobleffe du Royaume ,
avec une Notice des preuves exigées pour y étre
admis , & les noms de tous les Chevaliers , Chanoines
& Chanoineſſes ; par M. le Vicomte de
G****. Prix , 3 liv. broché. A Paris , chez Leroy ,
ſucceſſeur du ſieur Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis- à-vis celle de la Parcheminerie.
:
CetOuvrage réunit les Notices des divers Etabliſſemens
Nobles du Royaume , connoiſſances
qu'on ne trouve raſſemblées nulle part. Il doit
plaire à la Nobleſſe, qu'il inſtruira plus particulièrement
de ſes Privilèges , & peut faire naître
l'utile ambition de les mériter .
NOUVELLE Collection de Coëffures , par le
fieur Nenot , Coëffeur de Dames. Prix , 3 liv. en
blanc, 3 liv. 12 ſols coloriée , & à différens prix
montée ſous verre. A Paris , chez l'Auteur , rue
Saint Antoine, vis à- vis la vieille rue du Temple.
Le Triomphe de la Religion , ou Eſſai fur la
Religion Chrétienne , dont on ſe propose de prouver
La certitude par une réfutation abrégée des ſyſtêmes
de la Philofophie moderne , & par la néceſſité & la
confirmation de la Révélation ; Ouvrage diviſé en
quatre Parties , très-propre pour faire connoître le
fond & l'eſprit de la Religion ; par M. L***. ,
Volume in- 12. Prix, 2 liv. 15 fols relié, 2 liv.
- MERCURE
190
:
broché. A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire,
rue Galande.
Il y a de la précifion & de la méthode dans
cet Ouvrage , fait pour tenir lieu d'autres Livres
eſtimables fur cette matière , mais trop volumineux
pour être d'une utilité univerſelle.
ABREGA Chronologique des grands Fiefs de la
Couronnede France , avec la Chronologiedes Princes
&Seigneurs qui les ont poffédésjusqu'à leur réunion
à la Couronne , Ouvrage qui peut ſervir de
Supplément à l'Abrégé Chronologique de l'Hiftoire
de France , par M. le Préſident Hénault. Prix , s liv.
broché. A Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des
Auguſtins.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames ,
Romans , Tome I, quatrième Livraiſon. A Paris ,
rue d'Anjou , la deuxième porte - cochère à gauche
en entrant par la rue Dauphine.
Il paroît deux Volumes par mois de cet Ouvrage.
Le prix de la ſouſcription pour vingt-quatre
Volumes reliés & dorés ſur tranche eſt de 72 liv.
pour Paris , & de 61 liv. 4 ſols brochés francs de
port par la poſte. On peut ne ſouſcrire que pour une
demi-aunée .
L'INNOCENCE en danger , gravée d'après le
Tableau original de Lavreince , par Caquet. Prix ,
3 liv. A Paris , chez Maſſard , Graveur , rue &
Porté Saint Jacques , nº. 122 .
Cette Eſtampe eſt d'un ſujet agréable.
ANGÉLIQUE & Médor, gravés d'après le
Tableau original de Romanelli, par E. Guerfant.
Prix , 3 liv. A Paris , chez Maffard , Graveur , rue
&Porte Saint Jacques , nº . 122.
DE FRANCE. 191
Cette Eſtampe eft gravée d'une manière affez
ferme.
NUMÉRO 4 du Journal de Clavecin , par les meilleurs
Maîtres , contenant des Airs de Panurge & de
Richard, Prix , ſéparément 3 liv. Abonnement is liv.
franc de port. -Numéros 16 , 17 , 18 , 19 & 20 du
Journal de Harpe, par les meilleurs Maîtres. Prix ,
ſéparément 12 fols. Abonnement is liv. francs de
port pour cinquante-deux Livraiſons , qui ſe fout
chaque Dimanche. AParis , chez Leduc, fucceſſeur
de M. de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix
d'or , nº. 6.
NUMÉROS 25, 26, 27, 27 bis & 28 des Feuilles de
Terpsychore pour la Harpe, idem pour le Clavecin.
Chacunede ces Feuilles paroît tous les Lundis. Prix,
1 livre 4 ſols ſéparément. On s'abonne auffi pour
l'année chez Coufineau père & fils , Luthiers de la
Reine, rue des Poulies , & chez Salomon , Luthier ,
Place de l'École
HUITIÈME Concerto à Violon principal , deux
Violons , Alto & Baſſe , Cors & Haut- Bois , par
M. Chartrain. Prix , 4 liv. 4 ſols. A Paris , chez M.
Michaud, rue des Mauvais Garçons , près celle de
Buſſy , chez l'Herboriſte .
;
RECUEIL des Ariettes de Théodore, arrangées
par l'Auteur , avec un Accompagnement de Forte-
Piano ou de Harpe. Prix, 2 liv. 8 fols.-Ouverture&
Entre- Acte de Théodore , arrangés par l'Auteur
en forme de Sonate pour le Forte Piano ou la
Harpe , Violon ad libitum. Prix , 3 liv. 12 ſols. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique du
Roi, rue Saint Honoré , près celle de la Lingerie , à
la Règle d'or.
192 MERCURE
SONATE pour le Clavecin , avec Accompagnement
de Violon , par M. de Chabanon. Prix , 2 liv.
8 fols , faiſant le Numéro 17 du Journal de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. Prix de l'Abonnement
pour douze Numéros 24 & 30 liv. A Paris ,
chez M. Boyer , rue de Richelieu , ancien Café de
Foy , & Mme Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or.
Al'inſtantoù ce célébre Amateur publie un excellent
Ouvrage ſur la Muſique , cette production
nouvelle ne pouvoit paroître plus à propos , & doit
être regardée comme une preuve de fa miſſion.
JOURNAL de Violon , ou Recueil d'Airs nouveaux
, par les meilleurs Maîtres , arrangés pour le
Violon , l'Alto , la Flûte & la Baſſe , Numéro s .
L'année entière de douze Cahiers eſt de 18 &
21 liv. Séparément 2 liv. 8 ſols. On s'abonne en
tout temps pour ce Journal & celui de Guittare ,
dont le prix eſt de 12 & 18 liv. à Paris , chez M.
Baillon , Marchand de Muſique , rue Neuve des
Petits - Champs , au coin de celle de Richelieu.
TABLE.
Au Peintre des Enfans de cadémie Françoise , 150
Mme S. de G. ,
AMme Dufresnoy ,
145 Fables Nouvelles , ſuivies de
147 Poésies fugitives , 173
Charade , Enigme & Logo- Réponse de M. Framery à M.
gryphe , 148 le Marquis de Ch*** , 177
Discoursprononcés dans l'A- Annonces & Notices , 185
APPROBATION.
J'Av lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 28 Mai 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 27 Mai 1985. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 25 Avril.
OUS
N
ous parlames , dans le temps, des difficultésqui
ont interrompu le commerce
des Ruſſes avec les Chinois. L'Impératrice
ſentant l'importance de cette communication
, a envoyé des pleins pouvoirs au gouverneur
d'Irkutsch en Sibérie , pour terminer
ces différends à l'amiable.
Notre Souveraine a renoncé au voyage
qu'elle projettoit de faire à Katchina. La
ſanté de cette Princeſſe ne paroît pas encore
aſſez raffermie , pour entreprendre des excurſions
hors de la capitale. Le célébre Zimmermann
, Médecin du Roi d'Angleterre à
Hanovre , qui avoit été invité à ſe rendre
ici , s'en eſt excuſé ſur le dépériſſement de
ſa ſanté.
L'eſcadre en équipement à Cronſtadt a
reçu ordre d'appareiller le mois prochain
N°, 22 , 28 Mai 1785 . g
( 146 )
Elle conſiſtera en 15 vaiſſeaux de ligne & 6
frégates , approviſionnés pour une longue
croifiere. Une autre eſcadre de 8 vaiſſeaux
de ligne fera , dit- on , des évolutions dans
la Baltique pendant l'été.
Le 23 Février on reſſentit à Aftracan &
dans les environs , trois ſecouſſes violentes
detremblement de terre , qui heureuſement
n'ont été ſuivies d'aucuns déſaſtres.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 12 Mai.
C'eſt le 22 du mois dernier , que la femme
Ougrowmoff a ſubi ſa ſentence à Varfovie.
Elle fut conduite ſur une mauvaiſe
charette au lieu de l'exécution , fous l'efcorte
d'une garde conſidérable, pour préve-
-nir les mouvemens des partiſans de la coupable.
Elle fut marquée d'un fer rouge fur
l'épaule gauche , & on la tranſportera , à
ce qu'on préfume , à Dantzick dans une
maiſon de force.
L'Ordonnance rendue le 22 Novembre
dernier , par l'Impératrice de Ruſſie en faveurdu
commerce de la Pologne , eſt aujourd'hui
publique ; en voici les articles
effentiels.
I. Pour témoigner notrebienveillance à la Pologne
, nous lus approprions l'article XVII de
notre Ordonnance du 27 Septembre 1782 , publiée
à la ſuite du Tarif, & dont voici la teneur
mot pour mot ; & Quoique ce Tarif général
( 147 )
>> doive ſervir auſſi pour tous nos Ports ſitués ſur
« la Mere Noire , & fur celle d'Azoph , cepen-
>>dant nous diminuons , dans leſdits Ports , d'un
>>>quart les droits fixés par ce Tarif, afin d'y en-
>>> courager le Commerce pour l'utilité de nos
Sujets , & des Nations avec lesquelles nous Ai-
>> pulerons à cet égard des avantages reciproques
>>en compenſation des prérogatives qu'elles ac-
>>> corderont à notre Commerce. Excluant cepen-
>> dantde cette diminution les marchandiſes nom-
>> mémentſpécifiées dans le préſent Tarif, comme
>>> devant payer les mêmes droits dans les Ports
>> de la Mer Noire , que dans les autres Douanes
>> de notre Empire ; auſſi bien que celles pour
>>>leſquelles le préſent Tarif détermine des droits
>particuliers dans les Ports de la Mer Noire ».
En conséquence de quoi les Polonais jouiront de
cette diminution de droits dans nos Ports de la
Mer Noire & celle d'Azoph .
II . Nous confirmons par notre préſenteOrdon.
nance l'article VI de celle du 24 Février, comme
une regle qu'on a abſolument à ſuivre , & où il
eſt dit : ec Comme il ſe trouve dans l'article XII
>> de notre ſuſdite Ordonnance du 27 Septembre
1782 : Que les marchandiſes du crû de la Po
>> logne aux environs des Gouvernemens de la
>>>Petite-Ruffie & de la Ruffie-Blanche , ſavoir:
le Chanvre , le Lin , le Miel , la Cire , les
>>>Rayons de Miel ,l'Huile de Chanvre & de Lin ,
>> les Peaux de Boeufs crues , toute eſpece de
» Grains , les Soyes de Porc, la Graine de Lin &
>>>de Chanvre , le Goudron , toutes ſortes d'uf-
>>>>tenfiles de Bois , le Bois de Charpente , & les
>> autres choſes néceſſaires aux Habitans de la
>>>Campagne , de même que toute l'eſpece de
>>>Fauve & de Gibier , pourront entrer en Ruffe
>> ſans payer aucuns droits aux Douanes des fron
g2
( 148 )
tieres . Ainfi pourl'intérêt des HabitansduGou
>> vernement de Catharinoſlaw , & pour leur ſug-
>>>gérer les moyens les plus commodes d'expor-
>> ter , pour le bien du Commerce , de telles pro-
>>>ductions & marchandises par Mer , nous éten-
>>>dons le contenu du préſent article dans toute
>ſa force furlesfrontieres dud. Gouvernement. »
III. La Ville de Cherſon doit être le ſeul Port
d'où on fera le commerce de tranfit , tant avec
les marchandises exportées de la Pologne dans
les Pays Etrangers , qu'avec celles qui feront importées
de l'Etranger , & deſtinées pour la Pologne.
IV. Le GouverneurGénéral de Catharinoflaw
&de la Tauride, établira une Douane de fronțiere
particuliere , là où il jugera à propos , par
où paſſeront les Marchandiſes Polonaiſes , impor.
tées dans le Gouvernement de Catharinoflaw , &
deftinées pour en être exportées par Mer , de
même que les marchandiſes importées par Mer
à Cherſon , pour être tranſportées en Pologne,
En choiſiſſant un lieu propre à l'établiſſement de
cette Douanede frontiere , on joindra à la facilité
de faire le commerce de tranſit celle de pouvoir
prévenir & couper racine à toutes les molefta.
tions nuiſibles & contraires à l'intérêt de la Couronne
& à celui de notre Commerce.
V. De toutes les marchandises étrangeres ,
qui , à leur entrée , auront payé toute la Douane ,
on ne retiendra à leur fortie de Cherſon pour les
Pays Etrangers , qu'un huitieme au profit de la
Couronne,&les ſept autres parts ſeront reſtituées
à celui qui les aura importées ou exportées. Ce
rembourſement cependant n'aura lieu que pour
le terme d'une année , à compter du jour où ces
marchandiſes auront acquitté les droits de la
Douane, mais il ne s'étendra pas au-delà,
149 )
VI. Les marchandiſsétrangeres qui , en vertu
des arrangemens faits en faveur du commerce de
tranfit , jouiffent de cette dimin.tion de droits ,
ne doivent pas être en petite quantité. On ne
peut l'exiger pour moins d'une piece entiere des
marchandises qu'on meſure à l'aune , comme
Draps , Etoffes de Soye & de Laine , Toiles , Rubans
, Gazes & autres , & pas au deſſous de 200
livres des marchandiſes qui ſe vendent au poids ,
en exceptant cependant les Drogues , Epiceries ,
Soye , Thé & autres , dont il ne faudra pas déclarer
moins de dix livres. Quant aux Boiffons ,
elle ne ſera pas accordée pour moins d'une Barrique
ou Oxhffor , & des marchandiſes liquides ,
&qui peuvent ſe nombrer , p . ex. Vins & autres
Boiffons en bouteilles & flacons , il faudra au
moins cinquante Bouteilles ou Flacons : la quantité
de Chapeaux , de Bonnets , de Bonnets de
nuit , de Bas , de Mouchoirs & d'autres effets ,
ne doit pas être au- deſſous d'une douzaine. I a
fomine des effets qui paient à l'eſtimation , ainſi
que des marchandises quine font pas spécifiées
dans ceTarif, ne doit pas être au- deſſous de cent
Roubles .
VII . Comme l'Etat Taurique abonde en Sel
fort ſain & durable , & que nous ſuppoſons qu'en
vertu de noire Réglement de Sel , il s'en pourvoit
non ſeulement lui - même , mais auffi le
Gouvernement de Catharinoſlaw , les trois autres
de la Petite-Ruffie & autres endroits , ainſi
que les Magaſins ; nous defirons que le ſuperflu
en ſoit expotté au profit de la Couronne , nonſeulement
en Pologne , mais auſſi dans les autres
Etats voiſins . C'eſt à ce ſujet que le Gouverneur
de Catharinoflaw & de la Tauride , ne manquera
pas de prendre les arrangemens néceſſaires , lorfqu'on
y aura établi une Chambre de Finances,
83
( 150 )
C'eſtde quoi on fait publication par la préſente.
Suite de la differtation fur la population
des Etats Pruſſiens par M. de Hertzberg.
3º. Le Roi , de plus , a avancé à un grand nombre
deGentils-hommes &de poſſeſſeurs de terres dans
les Marches, en Pomeranie & en Siléſie , des ſommes
montant à pluſieurs millions , dont j'ai donné
les détails dans les mémoires précédens , &
dans celui- ci , pour les mettre en état de défricher
&d'améliorer leurs terres , & d'y établir des
colons. Il leur a donné ces ſommes ou purement
en préſent , ou à raiſon de 1 & de 2 pour cent
d'intérêt , dont le produit eſt deſtiné pour des
penſions de maîtres d'école & de veuves ou filles
de pauvres Officiers. Par ce moyen il eſt parvenu
à faire défricher & à mettre en culture preſque
tout ce qui en eſt encore ſuſceptible & qui en
vaut la peine. Il ſonge même actuellement aux
moyens d'abolir les jacheres de fix ans , ce qui
ſera pourtant difficile .
4º. Il a donné en ferme héréditaire à toutes
fortes decultivateurs plus de 300 métairies ou
poffeffions de ſes propres domaines , en les féparant
de ſes grands bailliages. C'eſt un des
moyens les plus propres & les plus prompts pour
augmenter la population , parce que plus les poffeffions
font petites& partagées, plus elles nourriffent
d'hommes . Comme le ſouverain de la
Prufſſe poſſede en domaine & en propriété prefqu'un
tiers des biens fonds de tous fes états , &
qu'il en tire juſqu'ici les revenus par la ferme
temporaired'ungrand nombre de villages , qu'on
nommebailliage, (Aemter) il pourroit fansdoute
confiderablement augmenter lapopulation de ſes
états& le nombre de ſes ſujets en diſtribuant tous
ſes domaines en petites fermes héréditaires , tant
aux payſans qu'à d'autre cultivateurs. Les finan
( 151 )
ciers les plus habiles de ces pays-ci ſoutiennent
par des raiſons apparentes , que le ſouverain y
perdroit une trop grande ſomme de ſes revenus ,
qui font néceſſaires pour l'entretien de l'armée ,
& que les petits fermiers , quoique héréditaires ,
ne pourroient pas en payer les mêmes fermes que
les grands baillifs , parce qu'ils ont de plus grands
beſoins pour le nombre ſupérieur de leurs familles
, & qu'ils n'ont pas tant de moyens de bien
exploiter leurs poſſeſſions que les grands fermiers.
C'eſt le même principe que le cultivateur Anglois
Young ſoutient , dans ſon Arithmérique politique
ſur l'utilité des grandes fermes ; & ce ſeroit
ici l'endroit de diſcuter cette queſtion intéreſſante
, i j'en avois le loiſir. Je dirai ſeulement en
gros , que M. Young me paroit avoir tort à l'égard
d'un gouvernement républicain , tel que celui
de laGrande-Bretagne , qui a plus beſoin qu'un
autre d'une grande population , & quant aux états
Pruffiens , l'objection des financiers peut être
fondée pour un certain temps , mais il paroît
fûr , d'un autre côté, que ſi le Souverain pouvoit
ou vouloit ſupporter foulement pour quelques
années la perte quil feroit dans la diminution
de ſes revenus , il la regagneroit enſuite
avec uſure par l'accroiſſement de la population ,
& par celui de la conſommation qui en réſulte
naturellement & dont il tire toujours des revenus
proportionnés par les acciſes. Du moins
on pourroit commencer par abolir les grands
bailliages compoſés d'un grand nombre de
villages & donner pour une longue ferme
chaque village à un fermier particulier , qui le
cultiveroit alors comme font nos Gentilshommes.
Lafuite à l'ordinaire prochain .
8.4
( 152 )
DE VIENNE , le 14 Mai.
Le corps de Brentano , arrivé le 21 dư
mois dernier à Lintz , y eſt reſté en ſtation
juſqu'à nouvel ordre. On préfume qu'il
marchera en Bohême , au lieu de fuivre la
route des Pays-Bas ; mais toutes ces conjectures
font encore fort hafardées .
Le Comte Graneri , Commandeur de
l'Ordre de S. Maurice , & Ambaſſadeur du
Roi de Sardaigne auprès de notre cour , eſt
de retour ici avec ſon épouse, & a été admis
à l'audience de S. M. I.
Le projet d'une Impoſition unique & univerſelle
va ſe réaliſer inceſſamment. Juſqu'ici,
cette idée de quelques économiſtes avoit été
repouffée , comme une de ces hypotheſes ,
féduiſantes dans la théorie, & impraticable.
Nous verrons ſi l'expérience juſtifiera ou non
cette opinion. S. M. I. a nommé deux Commiſſaires
ſuprêmes , pour faire à ceſujetles recherches
néceſſaires dans l'Autriche inférieure
.
Il nous arrive continuellement une foule
d'émigrans de la Souabe , du Haut & du
Bas Rhin , & l'on en attend encore des colonies
très conſidérables .
M. Blumauer vient de publier le ſecond
volume de ſon Enéïde , parodie affez plaifante
du célébre poëme de ce nom là, &
remplie d'alluſions aux réformes actuelles &
aux événemens du jour. Le ſecond volume
( 153 )
fait ici beaucoup de ſenſation : ſur la vignette
du titre on voit la tête de l'auteur à
terre; pluſieurs chiens l'entourent , & mangent
ſa cervelle : chaque chien a un collier
fur lequel on trouve da lettre initiale du nom
des contrefacteurs du premier volume.
L'Empereur vient de défendre l'exportation
des chevaux hors de l'Autriche antérieure.
Le régiment que cette province fournit
, ſera porté à 4000 hommes , qui ſerviront
chacun pendant 6 ans.
Le 25 Avril il eſt arrivé ici un courrier
extraordinaire , avec des dépêches de Conftantinople.
On a appris par ce courier la dépoſition
du Grand- Vifir , & l'élévation au
Viziriat d'Iſmaël Pacha , Beglierbeg d'Oczakow.
Les mouvemens militaires & les
préparatifs de guerre ſe continuent dans les
Etats du Grand-Seigneur.
On a expédié des ordres au Commandant
général de la Tranſylvanie , d'enjoindre
au Comte de Czaky , qui pendant les
troubles avoit aſſemblé des troupes, de les
congédier fur le champ , & de ſe justifier de
ſa conduite.
DE FRANCFORT ,le 17 Mai.
Le 3 de ce mois , l'Electeur Palatin eft
arrivé à Manheim , accompagné de M.
le Baron de Vieregg , Grand-Ecuyer & Miniſtre
d'Etat. S. A. E. a fait en 27 heures le
trajet de Munich à Manheim. Les habitans
( 154 )
decettederniereville ont témoigné leur fenfibilité
ſurle retour deleur Souverain dans ſon
ancienne réſidence. Il ne la quittera plus , à
ce qu'on rapporte , excepté pour aller faire
un tour dans ſes états du Bas - Rhin , &
l'on s'occupe à Duſſeldorf des préparatifs
néceſſaires à ſa réception .
Ce déplacement , ou comme d'autres
l'enviſagent , cette eſpece de fuite de l'Electeur
, intrigue toute l'Allemagne. Une lettre
de Munich, du 29 Février , exprime en
ces termes les inquiétude de la Baviere :
Les Etats de Baviere ne ſont pas encore tranquilliſés
parfaitement ſur l'échange connu : au
contraire , de temps en temps il ſe paſſe des faits
qui augmentent leur inquiétude. Ce n'est pas avec
indifférence qu'on regarde l'intimité qui s'établit
entre notre Electeur & la Cour de Pétersbourg ,
puiſque l'on fait combien les deux Cours Impériales
favoriſent mutuellement leursvues combinées ,
&l'on aſſure que c'eſt par une ſuite de cette intimité
, que notre Cour & la Ruſſie vont s'envoyer
reciproqnement des Miniſtres . Le voyage
même de l'Electeur dans ſes Etats ſur le Rhin
nous allarme. La ſuite nombreuſe , les bagages
en grande quantité , le grand ſervice d'argent &
le ſervice d'or , que S. A. emmene avec elle ,
donnent lieu de penſer qu'elle ne reviendra pas
pas de fitôt , & l'on n'en doutera plus fi le régiment
Electoral , du Corps va auſſi ſe rendre à
Manheim ainſi qu'on l'affure. L'approche des
troupes Impériales , ſous prétexte de marcher
vers les Pays- Bas , acheve de nous mettre fur
les épines. Il est vrai que notre Cour s'eſt amica
( 15) )
lement excuſée de leur accorder le paſſage par
le pays ; mais l'on craint qu'elles ne profitent de
l'absence de l'Electeur , pour y entrer fans attendre
de permiflion ultérieure
Quelques Feuilles publiques ont parlé
d'un changement dans l'Uniforme des troupes
Bavaroiſes : elles vont être habillées en
blanc , comme les ſoldats Autrichiens : les
Etats ont vu des conféquences dans cetre
conformité , & ont fait des repréſentations
à l'Electeur. Ce prince a répondu que la
couleur du vêtement étoit très indifférente ,
qu'il avoit en vue un but d'économie , &
que les uniformes blancs produiroient une
économie de 20,000 florins. Les Etats n'ont
point changé d'avis , & ils ont été ſi perſuadésde
la folidité de leurs argumens , qu'ils
ont offert de fournir les 20000 florins , fi
cette fomme étoit néceſſaire aux besoins de
S. A. E.
La derniere foire de Leipſick a été aſſez
mauvaiſe; la longueur de l'hyver lui a beaucoup
nui : les chemins étoient affreux , &
beaucoup de marchandiſes , en particulier
celles d'Angleterre , font arrivées trop tard,
ou ne ſont point arrivées du tout. Il eſt
étonnantquedans la Saxe , l'une des parties
les mieux policées de l'Allemagne , on ait
négligé d'avoir ſoin des avenues d'une ville
de commerce ſi importante. La route de
Wittemberg à Leipſick étoit preſque impraticable.
On s'eft reſſenti dans cette derniere
:
g6
( 156)
foire, comme dans les précédentes , des dé
fenſes d'importer en Autriche des fabrications
étrangeres. De son côté, l'Impératrice
de Ruffie a établi un Conful à Leipſick ,
pour y ſurveiller les marchands Ruſſes qui
achetent des marchandises interdites dans
leur pays.
N. B .. dans l'Electorat d'Hanovre , où celui
qui retire une perſonne de l'eau reçoit une récompenſe
, deux jeunes garçons s'accorderent
pour que l'un ſe jettât à l'eau & que l'autre vint
le ſecourir ; ce projet fut entendu d'un valet de
juſtice ; il ſuivit ſans mot dire les deux jeunes
gens qui ne ſe doutoient pas d'avoir été entendus :
P'un fe jette à l'eau , crie au ſecours; & fon camarade
y va ; mais tous deux entraînés par le
torrent , ils crient réellement à l'aide : le valet
de juſtice ſe précipite à l'eau au péril de ſa vie ,
& eft affez heureux pour fauver ces deux poliffons
: il va enſuite faire ſa déclaration , obtient
récompenfe; & les deux jeunes gens ont reçu le
fouet publiquement.
L'on ſera long-temps à ſe conſoler de la
mort héroïque du prince Léopold de Brunfwick.
Chéri & eſtimé de tout le monde , il
aprouvé combien il étoit digne d'inſpirer
de pareils ſentimens. Il naquit le 10 Octobre
1752 , & entra au ſervice de Prufſe en
(1775. Son régiment , commandé en 1757
par le comte de Schwerin , ſe trouvoit en
garnifon à Francfort ſur l'Oder. En 1782 ,
Leprince Léopold fut nommé Général-Major.
Rempli de diſpoſitions naturelles , il
( 157 )
les avoit cultivées avec application par les
ſciences & par les voyages. Il fit , entr'autres
, celui d'Italie avec le célebre Leffing ,
& tout promettoit en lui l'ornement d'une
famille de Héros , chez qui les vertus & les
talens font héréditaires. C'eſt le prince Ferdinand
de Brunswick qui s'eſt chargé d'inftruire
de ce déplorable événement , la Ducheſſe-
Douairiere , ſoeur du Roi de Pruſſe ,
inconfolable de la perte d'un fils qu'elle
adoroit.
On affure poſitivement que les Etats du
cercle de Souabe tiendront à Ulm , le 24 de
ce mois, une aſſemblée générale.
Le catalogue général des nouveaux livres im.
primés en Allemagne pendant l'année derniere ,
les porte à 1,790 . Dans ce nombre on compte
292Ouvrages Théologiques , 143 Romans , 6
Tragédies & 60 Comédies , &c .
ITALI E.
DE VENISE , le 30 Avril.
Lon a lancé le 23 de ce mois deux vaifſeaux
conftruits dernierement dans l'arfenal.
Les autres vaiſſeaux de guerre qui font
actuellement dans le baſſin de Spignioni , en
fortiront dans peu de jours. Le gouvernement
a ordonné fur toutes les Communautés
de terre ferme la levée de nouvelles
milices. Elles font deſtinées à former les
garnifons des fortereſſes de l'Eſt
( 158 )
Il eſt queſtion d'une alliance entre notre
République & la Ruſſie. Si elle ſe conclud ,
comme on a tout lieu de l'eſpérer , elle nous
ſera très utile , dans le cas où notre différend
avec la Hollande ne pourroit pas s'arranger
à l'amiable.
DE LIVOURNE , le 4 Mai .
Des lettres de Cagliari en Sardaigne portent
que la petite eſcadre Vénitienne , détachée
par le Chevalier Emo , pour bloquer
les ports de la Régence de Tunis , a rencontré
deux gros bâtimens chargés de munitions
de guerre & de proviſions , fous pavillon
anglois . Les bâtimens ayant voulu
entrer dans le goulet , le Commandant Vénitien
fit feu fur eux , & les força de changer
de route. Ils cinglerent vers l'iſle de
Malthe.
La nouvelle attaque projettée par les
Eſpagnols , a répandu le plus grand effroi
parmi les Algériens. Ils ont fait fortifier tous
les endroits qui avoient le plus beſoin de
l'être , & ont garni toute la côte de troupes.
Il eſt très-probable que la diſſenſion qui
continue de regner parmi les principaux
membres du gouvernement amenera quelque
révolution.
M. Udney , Conſul de S. M B. a reçu du Commodore
Lindsay , une lettre circulaire , qu'il eſt
chargé de communiquer à tous les Capitaines des
Bâtimens Marchands mouiliés dans ce port. Il
( 159 )
leur eſt enjoint par cette lettre de ſe munir d'Artillerie
, de pavoiſer leurs bâtimens & de fortir
du môle pour ſaluer l'Eſcadre de S. M. Sicilienne.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 14 Mai.
M. Pitt ouvrit le Budget le 9 de ce
mois dans la Chambre des Communes. Il
n'y aura point d'emprunt public cette année,
comme nous l'avions annoncé. Pluſieurs
Feuilles publiques ayant fait un véritable galimathias
du Plan propoſé par M. Pitt, nous
le rendrons clair & intelligible , en ſuivant
lediſcoursdu Miniſtre , qui avoit à pourvoir ,
1 °. Aux ſervices courants de l'année.
2°. A la dette non fondée.
Quant au premier de ces objets , dit M. Pitt ,
on a déjà vôté pour le ſervice de la marine.
L.
Dix huit mille hommes • 936,000.
Dépenſes ordinaires de la Marine. 675,307 .
Extraordinaires de la Marine . • • 94.000.
1,705.3070
On a voté , pour le ſervice de l'armée ,
2,286,263 liv .
On a voté , pour les dépenſes de l'artillerie ,
392,855 liv.
Les déficits ſe montent à la ſomme de
1,612,908 liv . & les fervices divers à celles de
3,359,836 liv. Ces deux Commes réunies forment
preſque un total de 9,747,300 liv. Les voies &
( 160 )
moyens que la Chambre a votés pour réaliſer cette
ſomme ſont tels qu'il ſuit.
L.
Droits ſur la drêche • • • 750,000.
Taxe des terreş . • • • 2,000,000 .
Billets de l'Echiquier . 2,500,000 .
Fonds d'amortiſſement • 702,539 .
Epargnes ſur les fonds deſtinés
au paiement des troupes • • 231,578 .
6,184,117.
Reſte à pourvoir • ::: 3,563,183 .
Sur cette ſomme l'on a déjà verſé
à l'Echiquier celle de • 199,561 .
Surplus d'Octrois en 1784 60,161 .
Produit croiſſant du fonds d'amortiſſement
. • • 2,297,400 ,
2,575,1226
Il ne manque donc qu'un million. J'ai cru
pouvoir me diſpenſer de faire un emprunt direct ,
&je me fuis adreſſé à la Banque. Le million
qu'elle avancera lui ſera remboursé en billets de
l'Echiquier. Au moyen de cette opération , le
public ſera moins chargé , parce que cette ſomme
ne devant pas être fournie immédiatement ,
l'intérêt ne montera qu'à 4 1. 11 f. pour cent .
J'évalue cependant l'intérêt de la ſomme totale
à50,000 1. ft.
Le Chancelier de l'Echiquier fixa enſuite
l'attention de la Chambre ſur les moyens
de pourvoir au paiement de la dette non
fondée .
La dette non fondée de la Marine , en princi
pal & intérêts montoit dit- il , au 30 Décembre
1784 , à . 9,5052808 1
( 161 )
Les débets de l'artillerie ſe
montoient , à la même époque , à 504,349.
10,010,1571 .
Quelque conſidérable que ſoit cette dette , &
quoique je ſente que pour parvenir à l'éteindre
il faudrafaire ſupporter à la nation de très- fortes
charges ,je ſuis néanmoins d'avis qu'on s'occupe
dès la préſente ceſſion à la liquider . Elle porte at.
teinte au crédit de la nation, & cette ſeule circonſtance
doit démontrer combien il ſeroit imprudent
de temporiſer à cet égard. La plus
grande partie de cette dette conſiſte en billets de
Ia Marine dont il a été fondé pour fix millions
l'année derniere . La Chambre a affigné des taxes
pour cet objet à la même époque . L'opinion générale
eſt que les billets de la Marine , dont l'emiffion
date de deux ans , doivent être payés au
pair. Je propoſerai donc au comité d'offrir quelque
encouragement aux propriétaires de ces
effets , afin qu'ils aient l'alternative ou de les
négocier ſur la place , ou d'attendre l'expiration
desdeuxannées : j'ai fondé les propriétaires de ces
effets , & j'ai lieu de croire qu'ils conſentiroient
àun léger facrifice dans le cas où cette dette
ſeroit fondée. Ce ſacrifice peut être évalué à
quaire pour cent par an. J'ai tâché de prouver
l'année derniere que dans le cas où l'on fon
deroit cette dette , il ſeroit plus avantage ux au
public de convertir les billets de la Marine en
effets à 5 pour cent qu'en d'autres effets qui portent
un plus haut intérêt , quoique leur dénomi
nation en annonce un moindre. Je ne fatiguerai
point l'attention du comité en difcutant de
nouveau cette matiere ; j'obſerverai ſeulement
qu'au moyen de la converſion propoſée en effets
às pour cent , il y auroit une économie de
30,000 1. ft. par an.
( 162 )
M. Pitt préſenta enſuite le tableau des ſommes
qu'il étoit néceſſaire de lever pour payer les intérêts
de la dette de la Marine , ceux de l'emprunt
d'un million à la Banqee , & pour remplacer
la taxe ſur les futaines .
Intérêts de la derte de la Marine. 323,000 1.
Intérêts, du million à emprunter à
la banque. •

Montant probable de la taxe qui
doit remplacer celle fur les futaines .
Total des ſommes à lever pour
faire face à ces divers objets •

50,000.
40,000.
--
413,000 1 .
Avant d'énumerer les taxes qu'il alloit
propoſer , M. Pitt dit qu'il eſperoit faire
appercevoir à la Chambre les ménagemens
qu'on avoit gardés envers la claſſe indigente
des citoyens.
Taxefur les Domestiques de l'un &de l'autre sexe .
Les Hommes.
Il m'a paru convenable , continua le Miniftre
,d'augmenter la taxe ſur les Domestiques de
notre ſexe en raiſon du luxe & de la vanité qui
rendent leur ſervice plus ou moins néceſſaire.
En conséquence , je propoſe qu'il ſoit payé pour
chaque Domestique mâle , une taxe annuelle de
1 liv. 2. f. , taxe qui augmentera dans la proportion
ſuivante. De deux Domeſtiques juſqu'a
cing , on paiera 1 1. 10 f. , de cinq à ſept 1 1.
15 C. , & de huit à dix 2 liv. Enfin , pour onze
Domeſtiques & au deſſus 3 liv. par tête . Je
préſume que le produit additionel de cette taxe , y
compris celle ſur les garçons de Cabaret ( Taverne
) d'Auberge & de Café , montera à
35,000 liv .
Femmes ou Filles .
Je n'ignore pas qu'une taxe ſur cette claſſe
:
( 163 )
de Domeſtiques eſt odieuſe & très-décriée , ſurtout
parmi le peuple , mais elle ſera très-productive
, & j'oſe croire , d'après mes diſpoſitions ,
qu'elle fera preſqu'inſenſible. En effet , on ne
payera pour une Domeſtique que 2 sh. 6 deniers ,
& pour deux 5 sh. Mais les peſonnes qui en
auront trois & plus, paieront 10 sh. pour chacune .
Il eſt très difficile d'apprécier le produit de cette
taxe , faute de données comme pour la précédente.
Mais d'après le nombre des maiſons ,
il me ſemble qu'elle ne peut aller à moins de
140,000 liv . ſterl .
Marchands Détailleurs .
J'aurois fort defiré pouvoir éviter cette taxe
comme toutes celles qui ſont payées directement
& non d'une maniere inſenſible. La premiere
eſt toujours odieuſe , tandis que l'autre ,
confondue avec le prix des marchandiſes achetées
, n'eſt ſouvent même pas connue. Cependant
j'ai tâché de modifier celle-ci de maniere
que la claffe la plus pauvre n'eût point às'en
plaindre , & que la charge fût également pour les
plus riches. D'après cet objet j'en ai établi la
proportion ſur le loyer des boutiques , lequel
ordinairement eſt en raiſon du profit des marchands.
Je propoſe donc une taxe de 1 sh. par
livre pour les plus pauvres des Marchands Détailleurs
, dont le loyer va de quatre livres à
dix; de dix livres à quinze 1 sh 3 deniers par 1.
&de quinze livres à vingt-cinqsh 6 deniers . En
ajoutant pout toutes les boutiques , dont la location
eſt au-deſſus de vingt-cinq liv. , 3 den.
pour chaque cinq livres de loyer excédant ladite
ſomme de vingt-cing livres. Comme c'eſt
une taxe nouvelle , j'ai cherché à me procurer
les moyens d'apprécier au moins l'à-peu-près
de ſon produit. D'après mes informations , je
( 164 )
crois pouvoir avancer que cette taxe pour la
ville de Londres , avec ſes dépendances , montera
à 60,000 liv. , ce qui , joint à celle produite
par les autres parties du Royaume , donnera
une ſomme de 144,000. Mais comme il eſt impoſſible
d'établir avec préciſion un calcul de
cette eſpece , je réduis le produit total de cette taxe
à 120,000 1. , ſomme conſidérable , & qui , par
la nature de ſa perception , ne ſera cependant
pas onéreuſe à la nation. Pour la lui rendre encore
moins défagréable , je me propoſe de ſupprimer
les Permißions qu'on accordoit tous les ans
aux Colporteurs & autres petits Marchands fans
boutique , pratique auffi préjudiciable aux commerçans
honnêtes , que favorable à la contrebande
& à ſes agens. D'ailleurs cette taxe ne
coutera rien au Public , parce qu'elle ſera levée
avec celle des terres .
Chevaux de Poftes.
Cette taxe ne ſera payée que par le loueur
de chevaux , & comme on paie par mille 12
deniers au lieu de II , il me semble que je
puis mettre ſur cet objet une taxe additionelle
d'un demi-denier par mille par chaque
cheval. Cette taxe doit produire envion cin
quante mille livres.
Gants.
Le projet d'une taxe ſur cet article , dont la
conſommation eſt rrès-étendue , a ſouvent été
imaginé , ſans qu'il ait jamais été mis en exé.
cution , parce qu'on en a regardé la perceprion
comme impraticable , ou du moins très - difficile .
Mais il me ſemble qu'elle peut ſe lever auſſi
aiſément que celle ſur les chapeaux , c'eſt- à dire ,
par le moyen du timbre. Mon intention eſt auſſi
qu'elle ne ſoit payée que par le Marchand détailleur.
Comme c'eſt une taxe ſur le luxe , le
( 165 )
pauvre n'en ſentira point le fardeau. Quant à
l'apréciation de ſon produit , voici le ſeul moyen
qui me ſemble en donner une idée . Je porte à
trois millions le nombre des perſonnes qui dans
le Royaume font uſage de gants , & ce calcul
ne me paroît point exagéré. Je ſuppoſe enſuite
que la conſommation de cet article monte à
neuf millions par an. J'exempte de la taxe tous ,
les gants dont la taxe ne monte qu'à trois de
niers la paire . Pour tous ceux au- deſſus , voici
la taxe que je propoſe .
Chaque paire de gants , dont le prix eſt depuis
4d. juſqu'à 10 incluſivement , paieront un droit
d'un denier.
Depuis 10 deniers juſqu'à 16 , deux deniers , &
trois deniers pour tous ceux dont le prix excédera
16 deniers . Ainſi donc , en évaluant la taxe ſur lesgants,
l'un portant l'autre , à un demi- denier la
paire , cette taxe produira une ſomme de 55,000 1.
que je réduis à 50,000 liv .
Prêteurs fur gages,
J'impoſe une ſomme de 10 liv. ſur toutes les
perſonnes qui font ce métier dans Londres , & de
spour celles qui l'exercent dans les Provinces ; &
ſans ſavoirprécisément leur nombre ,je crois pouvoir
évaluer le produit de cette taxe à 15,000 liv .
Sel.
Mon projet ſur ce dernier article n'eſt pas proprement
une taxe , mais un changement dans la
perception du revenu ſur le ſel . On eſt dansl'uſage
de faire une remiſe pour avarie ſur le ſel tranſporté
par le cabottage. Cette remiſe , beaucoup trop
forte , eft de trois boiſſeaux & demi pour 40 boif
ſeaux. En conséquence ,je propoſe de reſtreindre
cette remiſeàun boiffeau &demi ſur ladite quantité
de 40 boiſſeaux ; ce qui produira un bénéfice
de 12,000 liv,
( 166 )
Voici maintenant le résumé des différens articles
de mon projet pour l'augmentation du revenu.
hommes , • 35.000 1.
Domestiques ,. femmes & filles , • 140,000
Marchands Détailleurs , • 120,000
Chevaux de Poſte , • 50,000
Gants , • 50,000
Prêteurs fur gages, 15,000
Sel • • 12,000
TOTAL. • 422,000 1.
Le lendemain ( 10) on fit le rapport des
propoſitions du Budget , & les différentes
taxes furent approuvées ſans débats , à l'exception
de celle ſur les ſervantes qui donna
lieu à une diſcuſſion ſérieuſe , & à des arguments
qui ne l'étoient gueres : M. Cour--
renay égaya la Chambre par beaucoup
de plaiſanteries ; mais Lord Surrey , moins
badin , vit dans la taxe les plus graves conſéquences.
Il la préſenta comme funeſte aux
moeurs , parce qu'elle obligeroit beaucoup
de gens à renvoyer leurs fervantes , dévouées
de ce moment à la débauche par
la néceſſité de ſubſiſter.
M. Fox , avec ſon énergie ordinaire , propoſa
une taxe ſur les célibataires pour encourager le
mariage , & non pour ymettre des obftacles . Il indiqueau
Miniſtre quelles diſtinaions l'on pourroit
établir entre les célibataires &les gens mariés. Il
dit que de telles diftinctions pouvoient avoir lieu
dans la taxe ſur les maiſons, dans celle ſur les domeſtiques
, dans celle ſur les fenêtres. La taxe ſur
les domeſtiques , par exemple , pouvoit, ſelon lui,
être portéeàdeux guinées par an , àmoins que le
( 167 )
particulier ne prouvat par un affidavit qu'il étoit
marié , auquel cas il ne paieroit que la moitié.
Cette regle pourroit avoir lieu pour pluſieurs
taxes , & il n'eft perſonne dans ce pays qui regardât
cet impôt comme onéreux , ou comme contraire
à la laine politique.
M. Pitt. adopta en partie cette heureuſe
idée de ſon antagoniſte , & il aſſura qu'il
propoſeroit au Comité d'exempter les gens
mariés & les peres de famille de la taxe fur
les ſervantes , en chargeant les célibataires
du déficit qu'entraîneroit cette exemption.
Nonobſtant les débats , l'impoſition fut
agrée par 97 voix contre 24.
Dans la ſéance du 12 , M. Pitt propoſa
à la Chambre des Communes formée en
grand comité les arrêts de commerce à ſtatuer
avec l'Irlande. Il ajouta à onze premieres
réſolutions ſeize nouveaux articles &
en difcuta à fond la nature & les effets dans
un diſcours de plus de trois heures. Mylord
North le combattit ; & M. Fox occupa la
Chambre trois heures & demie par une critique
du plan , pleine de logique , de force
&de fagacité: la durée & la violence des
débats furent proportionnées à l'importance
de l'objet , & la ſéance ſe prolongea jufqu'à
huit heures du matin. M. Fox & fon
parti ayant demandé que la Chambre s'ajournât
pour délibérer plus mûrement fur
l'affaire en queſtion , cette propoſition fut
rejettée ,& le Miniſtre l'emporta à la pluralité
de 281 voix contre 155. Nous re
( 168 )
viendrons l'ordinaire prochain à ce débat
intéreſſant, que le manque d'eſpace nous
empêche de détailler aujourd'hui .
L'on a appris l'arrivée du Chevalier
EdouardHughes auCap de Bonne Eſpérance.
L'Eſcadre aux Indes ſe trouve , depuis le
départ de cet Amiral, commandée par fon
premier Lieutenant.
M. Francis propoſa les à la Chambre des
Communes de nommer un Comité pour examiner
la fituation actuelle des affaires de la Compagnie
des Indes , & pour en faire fon rapport.
Cette motion motivée de même que celle de
M. Fox du 29 Avril ſur les Finances , eut ab
ſolument le même fort ; elle fut rejetée, M. Francis
eſſaya de démontrer que les Directeurs de la
Compagnie des Indes ont préſenté au Parlement
un état inexact rempli de contradictions & de
mentonges ; le réſultat de ces calculs fut que
les revenus de la Compagnie , loin d'excéder
ſa dépenſe , étoient inſuffiants ; & qu'au lieu
d'avoir , ainſi qu'elle l'avoit fait eſpérer , un
furplus d'un million ſterling pour payer ſa dette ,
aujourd'hui de 9000,000 liv . ſterl . il ſe trouvoit
dans ſa balance un déficit de plus d'un million.
M. Smith , Directeur de la Compagnie des
Indes , prit la défenſe du rapport antaqué ſi vivement
, il entra dans des détails très- circonftanciés
ſur la fituation actuelle des affaires de
la Compagnie. Il dit que le produit de ſes ventes
s'étoit élevé l'année derniere à 3,300,000 1. ft .
&qu'il avoit tout lieu de préſumer que le produit
moyen de plusieurs ventes confécutives ne
tomberoit jamais au-deſſous de cette proportion;
que la Compagnie , loin de ſe trouver dans une
ſtuation délaftreuſe en Angleterre , ſeroit nonfeulement
( 169 )
ſeulement en état d'acquitter ſans délai le arérages
dûs à la douane depuis le mois de Septembre
dernier, & qui ſe montoient à 600,000 1 .
mais auffi d'acquitter les arrérages précédens
éva ués à 500.000 1. Si d'ailleurs on faiſoit attention
à la val -ur des cargaiſons de retour actuellement
en route , & qui devoient procurer à
la Compagnie des reſſources encore plus éterdues
, l'on teroit obligé de convenir qu'elle avoit
fait tout ce qui dépendoit d'elle pour remplr
ſes engagemens envers le public , & que s'il
s'étoit glité quelques erreurs dans ſes compres, ce
n'étoit pas de deſſein prémédité.
Il parla enſuite de la ſituation des diverſes Préfidences
de l'Inde . Ce'le de Bombay avoit beſoin
pour le préſeet d'un ſecours annuel de 140,000 1.
car il s'en falloit de cette ſomme que les revenus
fuffent proportionnés à ſes dépenfes. Si
deplus on faisoit entrer en ligne de compte l'intérêt
de ſes dettes & les arrérages dûs à l'armée
du Sud ,, le déficit de fes revenus ſe monteroit
• en tout à 380,000 livres . Les revenus du Fort
Saint George ,y compriſe la ſomme payée annuellement
par le Nabab d'Arcate , s'élevojent
à un million, Cette ſomme ſuffifoit à cet établiſſement
, non-feulement pour faire face à ſes
dépenſes , mais auſſi pour payer l'intérêt d'une
dette de 400,000 liv. Cette Préſidence n'avoit
done beſoin d'aucun ſecours. Il peignit enfuite
la firuation de la Province de Bengale d'après
les documens les plus authentiques.
Ses revenus s'élevoient à
: Ses dépenſes annuelles à
Surplus
5,450.000 iv.
4.30,000
1,150,000
Mais il falloit ſouſtraire de cette derniere fom.
me l'intérêt de la dette fondée du Bengale &
Nº . 22 , 28 Mai 1785 . h
( 170 )
le montant des ſecours pécuniaires que cet établiſſement
fourniiſoit tous les ans à celui de
Bombay. Ces deux objets réduiſoient le ſurplus
à environ 530,000 livres , leſquelles étoient
empoyées à l'achat des cargaiſons de retour . II
fit mention des diverſes économies projetées à
l'égard du Bengale, La Cour des Directeurs avoit
envoyé des ordres poſitifs pour l'effet deſquelles
les depenſes de l'adminiſtration civile ſeroient
diminuées de 27 lacques , & celles des autres
départemens de 25 lacques de roupies. Ces dépenſes
de l'Etabliſſement Militaire doivent également
ſubir une réduction éva uée à 90,000 liv.
Tous ces objets ajoutés au ſurplus énoncé cidelus
, formoient un total de 1,300,000 livres ,
ſomme qui étoit de bien peu inférieure à celle ſur
laquelle on avoit compté. Il convenoit que la
jouiſſance de ce ſurplus dépendît uniquemnet
de la continuation de la paix , mais , dans ce
dernier cas , ce ſurplus devoit être la ſource
des plus grands avantages , non-feulement pour
La Compagnie , mais auffi pour toute la Nation
Samedi dernier , le feu ſe manifeſta dans
un magaſin de Tooley Street, au fauxbourg
de Southwark , près de la Tamiſe & à côté
du vieux pontde Londres. Ce magaſin &
d'autres contigus étoient remplis de poix ,
de thérébentine , de réſine , de goudron &
d'autres combustibles ; bientôt les flammes
ſe communiquerent à quatre maiſons voiſines
qui furent incendiées. L'embrâſement
offrit le ſpectacle effrayant d'une riviere de
feu liquide , qui ſemblable à la lave d'un
volcan , dévoroit tout ce qui ſe trouva ſur
fon chemin ; &après avoir attaqué le quai ,
( 171 )
afla s'éteindre dans la Tamife. Trois alleges
de la Compagnie des Indes ont été confumées
, avec treize mille caiſſes de thé acheté
à Oftende . On évalue à 40 mille liv. ſterl.
la perte de la Compagnie , & celle des particuliers
eſt très -conſidérable.
Jeudi matin , vers les neuf heures, dit une lettre
d'Oxford , du 7 du courant , M. Sadler de cette
ville , accompagné de l'honorable M. Windham ,
ci-devant de cette Univerſité , s'eſt élevé des jardins
de M. Dodwell , à Moulley-Heat , près de
Hampton- Court , dans un grand Ballon , capable
de porter quatre perſonnes , & chargé de trois
quintaux de left , outre les inſtrumens de Mathématiques.
Les Voyageurs ont paſſe ſur Londres &
Westminster , d'où on les a vus à une hauteur prodigieuſe.
Ils ont été enſuite endanger d'être emporrés
dans la mer du Nord. Le Ballon cependant
rencontra heureuſement un autre courant d'air
qui le fit aborder près du Nore a 200 milles du
point de leur départ. Ils font revenus en poſte à
Londres le ſoir même.
M. Blanchard a fait auſſi une nouvelle
courſe de 34 milles en trois heures de tems ,
& avec le même ſuccès que les précédentes .
Il eſt mort derniérement à Holmeſchapel , dans
le Cheshire , un nommé Froome , âgé de 125 ans
& 8 mois. Cet individu avoit paflé cette vie patriarchale
au ſervice de feu M. John Smith Barry ,
Ecuyer , en qualité de Jardinier. Son Maître , en
conſidération de ſes ſervices&de ſon grand âge ,
lui avoit fait une rente viagere de sol. ft. dont il
avoit joui dans la meilleure ſanté , excepté les
deux jours environ qui ont précédé fa mort. Il a
*laiſſé un fils qui paſſe 90 ans , & qui travaille à
une Manufacture du Lancashire , où , ſelon les
2
( 172 )
S
apparences , il vivra auffi long temps que feu
fon pere.
,
Un détachement da 39. & du 48. rézimens
commandé par les Majors Hortburgh
& Browne , & faifant partie de la
garnifon qui a défendu G braltar , arriva à
Lancaftre ces jours derniers , aux acclamations
dune multitude immenfe , raſſemblée
fur fon patſage. Les drapeaux furent portés
au haut de la tour de Sainte Marie , & l'on
fonna les c'oches tout le jour. Les Juges
du Comté qui tenoient leurs ſeſſions , inviterent
les Officiers à dîner 'avec eux ; on
diftribua aux foldats une ample proviſion
de bierre , & l'on leva une fomine pour leurs
femmes .
L'on apprend da Connecticut que les
Etats de la province ont accordé les droits
de Citoyen au fieur John de Crevecoeur ,
Conful de S. M. T. C. , anſi qu'à ſes deux
fils.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 18 Mai.
Le 11 , de ce mois , le Roi , accompagné
de Monfieur , s'eſt rendu vers midi à la
plaine des Sablons , où il a paſſé en revue le
régiment des Gardes- françoiſes & celui des
Suiffes , Monseigneur Comte d'Artois , Colonet
de ce dernier Corps , étant à ſa têre .
Les Troupes , après avoir fait l'exercice ,
ont défilé devant Sa Majesté , devant Mon(
173 )
ſieur , Madame , Madame Comteffe d'Artois
& Madame Elisabeth de France.
Le lendemain , le Roi & la Famille Royale
ſe ſont rendus à l'Eglite de la pa oiffe Saint-
Louis , pour y alifter au Service fondé four
le repos de lame de Louis XV.
Le même jour , le Comte de Mouſter ;
Miniftre plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Treves, de retour par congé , a
eu l'honneur d'être préſenté à SSaa Majefté
par le Comte de Vergennes , Chef du Conſeil
royal des France , Miniſtre & Secrétaira
d'Erat, ayant le département des Affaires
étrangeres.
Cejour, le Comte de Lucinge & le Marquis
de Valori de Lacé , qui avoient pré
cédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi, ont eu celui de monter dans les
voitures de Sa Majeſté & de la ſuivre à la
chaffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
ſigné , le 8 de ce mois , le contrat de mariage
du Baron Dubois Berranger , Aidemajor
au régiment des Gardes-françoiſes ,
avec Demolfelle de Maleflye.
Le Comte de Néel , qui avoirprécédemment
eu l'honneur d'être préſenté au Roi , eut , k
de ce mais , celui de monter dans les voitures
de S. M. & de la ſuivre à la chaffe.
Le '15 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Fiprit, s'étant aflemblés vers le midi dans le
grand Cabinet de Ro Sa Majesté , devant laquelle
marchoient deux Huiffiers de la Chambre ,
,
h3
( 174 )
portantleurs maſſes , fortit de ſon appartement
pour ſe rendre à la Chapelle , précédée de Monfieur
, de Monſeigneur Comte d'Artois , du Duc
d'Orléans , du Duc de Chartres , du Duc de
Condé , du Duc de Bourbon , du Prince de Conti ,
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre . Apres la Meſſe ,
qui fut chantée par la Muſique du Roi & célé -
brée par l'Evêque d'Autun , Prélat- Commandeur
de l'Ordre , le Roi fut reconduit à ſon appartement
, en obſervant l'ordre dans lequel il en
étoit forti . Madame Comteſſe d'Artois & Madame
Elifabeth de France aſſiſterent dans la Tribune
à la grand'Meſſe , à laquelle la Baronne
d'Eſcars fit la quête. L'après - midi , le Roi &
la Famille Royale , après avoir entendu le Sermon
prononcé par le Pere Loch , Minime de la
Maiſon de Paris , aſſiſterent aux Vêpres chantées
par la Muſique du Roi , & auxquelles l'Abbé
deGanderatz , Chapelain de la grande Chapelle ,
officia .
Leurs Majestés & la Famille Royale fignerent
, ce jour , le contrat de mariage du Comte
de Grouchy , Capitaine au Régiment Royal-
Erranger , avec Demoiselle de Pontécoulant.
Le 17 de ce mois, le Roi & la Reine ſe ſont
rendus à la Chapelle du Château , accompagnés
de Monfieur , de Monseigneur & de Madame
Comteſſe d'Artois , de Madame Elifabeth & de
Madadme Adelaide de France , du Duc & de
la Ducheſſe de Chartres , du Prince de Condé ,
du Duc & de la Ducheſſe de Bourbon , du Prince
& de la Princeſſe de Conti , & du Duc de Penchievre.
Leurs Majestés y ont tenu ſur les Fonts
baptême le Duc d'Enghien , qu'Elles ont
Rotace Louis-Antoine- Henri. Les cérémonies du
hiroyant été fuppléées à ce Prince par
(175 )
l'Evêque de Senlis ,Premier-Aumônier du Roi ;
en préſence du ſieur Broquevicile , Curé de la
Paroiffe. Leurs Majestés , ainſi que la Famille
Royale , ont ſigné l'acte de Baptême , que les
Princes & Princeſſes ont également figné.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Vaux en
Ornois , Ordre de Citeaux , dioceſe de Toul ,
l'Evêque de Dol ; à celle de Menat , Ordre de
Saint Benoît , dioceſe de Clermont , l'Abbé de
Sartiges , Comte de Lyon , à celle de Saint-
Léon , Ordre de Saint Auguſtin , dioceſe de
Toul , l'Abbé de Mélignan , Aumônier de Madame
Victoire de France ; à celle de Noyers .
Ordre de Saint Benoît , dioceſe de Tours , l'Abbé .
d'Andigné , Vicaire -Général de Châlons-fur-
Marne; & à celle de Loroy , Ordre de Citeaux ,
dioceſe de Bourges , l'Abbé Guénée , Sous-
Précepteur des Enfans de Monseigneur Comte
d'Artois , fur la nomination & préſentation de
ce Prince , en vertu de ſon Apanage.
M. Jefferson , Miniſtre plénipotentiaire des
Etats -Unis de l'Amérique ſeptentrionale , eut
une audience particuliere du Roi , pendant laquelle
il préſenta ſa lettre de créance à S. м.
Il fut conduit à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le fieur
Lalive de la Briche , Introducteur des Ambaffadeurs
; le fieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire
du Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs , pré
cédoit.
DE PARIS, le 26 Mai
Il eſt arrivé depuis peu à l'Orient fix vaifſeaux
venant de l'Inde , qui , diſent- ils , ont
laiſſé 32 bâtiniens dans la riviere de Benh4
( 176 )
gale, dont 24 Danois: probablement , il ya
une mépriſe dans ce dernier chiffre. Ceux
de ces vaiſſeaux qui ont apporté du thé ,
efperent le vende avantageuſement , parce
que la Compagnie Angloiſe a perdu dans la
Tamiſe trois bâtimens , chargés de cette
denrée ; mais cette perte eſt une goutte
d'eau dans un Océan ; les magaſins de cette
Compagnie rezorgent de thés , & ceux qui
viennent d'être incendiés , de qualité inférieure
, avoient été achetés à Oftende. Le
vent d'Oueſt a amené en différens ports un
grand nombre de bâtimens des iftes .
Les prieres pour obtenir la pluie continuent
dans les Egliſes de cette Capirale , &
la Châſſe de Sainte Genevieve a été découverte
, & expoſée à la vénération des Fideles.
Le vent d'Oueſt a amené un peu de pluie ,
mais il eſt revenu au Nord depuis quelques
jours. Quelques provinces ont été beaucoup
plus favoriſées : d'autres , l'Auvergne
en particulier , ont eu des orages & de la
grêle.
On voit au bas du Pont Royal une mignature
de bâtiment de guerre , armé de
8 canons & de quelques eſpingards. Ce petit
embryon eft renfermé dans une enceinte
de 15 à 20 toiſes quarrées , & caché par des
toiles , foutenues de longues perches. Il fait
quelques tours à droite & à gauche , & tire
un coup de canon chaque quart d'heure.
On paye 6 liv. & 3 liv. pour voir ces évolu
1
( 177 )
tions maritimes qui attirent les amateurs .
Le public n'a nullement goûté une citique
dei livre de M. Necker , tous le titre de
Principes &c. opposés aux systémes des Doctours
modernes. Ce qu'il y a de plaifant ,
c'eſt qu'on retrouve dans ce pamphlet le ton
dogmatique , les prétentions , les énigmes
économiques qu'un écrivain tourna en ridicule
, ainſi que leurs auteurs, dans une certaine
Réponse aux Doteurs modernes qu'on
n'a pas oubliée.
M. le Comte du Maitz de Goimpy , Chef
d'Eſcadre , nous a adreſſe la Lettre ſuivante
fur une inexactitude des Feuilles Publiques
qui intéreſſe la réputation de cet eftimable
Officier.
M. Le Roiayant daigné être fatisfait de ce que le
Deftin, vaiſſeau de 74 canons , que je commandois
dans fon arméeaux Antille ,en 1780, ſous les ordres
de M. le ComtedeGuichen, avoir combattu dans la
journée du 17 Avril , l'Amiral Rodney, comman
dant en chefl'armée navale Angloiſe, montant le
Sandwich de 96 can. , à 3 ponte; je vis avec la plus
grande ſurpriſe lave'ation du méme com.bat, inférée
dans la Gazette de France ; relation oppoſée au
compte rendu au Roi , & au certificat duGénéral,
On a pouffé l'inexactitude juſqu'à donner une li .
gne de baraille fauffe,
La deuxieme Eſcadre , formant l'arriere-garde
qui avoir été attaquée par la plus grande partiede
Parmée ennemie , étoit fuppofée à l'avant-garde ,
où elle n'auroit eu que des forces inférieures à com.
battre . Le Deftin, ſuppoſé vaiſſeau de tête , eût éré
dans une impoffibilisé phyſique de combattre l'Amiral
en chef, qui n'a jamais dépaflé le centre,
hs
( 178 )
Cette inexactitude étoit d'autant plus fâcheuſe,que
la réputation d'authenticité de la Gazette de Francemedonneroit
l'apparence de m'écarter prodigicuſement
de lavérité.
Lorſque j'en portai mes plaintes à M. le Comte
deGuichen , il vit avec la plus vive ſenſibilité, que
l'on pût la lui attribuer ,& l'on jugerade ſes ſentimens
à cet égard, par le certificat ci joint. Plu-
Heurs circonstances ayant ſuſpendu juſqu'ici maréclamation,
je vous prie, M. , de la rendre publique,
pour détruire une erreur préjudiciable à ma réputation
de véracité .
C'eſt une ſatisfaction pour moi de rendre en public
au Vengeur de 64 canons , commandé par M.
de Retz , la même juſtice que je lui ai rendue dans
mes lettres au Miniſtre , pour avoir parfaitement
foutenu le Destin , en combattant le Sandwich &
ſes matelots .
Ce 12 Mai 1785. Le Comte DU MAITZ DE
GOIMPY , Chef d'Eſcadre .
Nous , &c. Certifions que le vaiſſeau le Deflin,
commandé par M. le Comte du Maitz de Goimpy,
faiſoit partie de cette armée , & que dans les trois
combats contre celle des ennemis , commandée
par M. Rodney , il a toujours combattu avec
beaucoup de valeur ; que dans le premier combat,
il s'eſt trouvé par le travers du Sandwich , vaiſſeau
à trois ponts , monté par cet Amiral , qu'il a
combattu de très- près , avec la plus grande fermeté
, & qu'à notre relâche au Fort- Royal de la Martinique,
ſon vaiſſeau étoit conſidérablement maltraité;
mais l'avis que je reçus de l'atterrage de la
Flotte Eſpagnole , me détermina à partir tout de
ſuitepour les protéger avec les vaiſſeaux en état de
me ſuivre. M. le Comte du Maitz ne conſulta que
ſes ſentimens , & me ſuivit , ſans égard au mauvais
état de ſon vaiſſeau ; j'en ai également été fatis,
( 179 )
fait dans toutes les autres occafions , en foi de
quoi j'ai ſigné ce Certificat .
Je certifie auſſi que le Deftin n'a jamais été
vaiſſeau de tête de la ligne du combat ; ce poſte
important étoit confié au Citoyen , commandé par
M. le Marquis de Nieul , qui l'a conſervé toute la
campagne. Ainsi , laGazette qui l'a marqué autrement,
eſt fauſſe. A Morlaix , ce 28 Mars 1785 .
Signé , GUICHEN .
L'Académie Royale des Sciences a élu ,
le 11 de ce mois , M. Charles , non pas l'Aréonaute
, mais le Géometre , & M. de
Fourcroy , Chymiſte diftingué , pour remplir
les places vacantes dans les claſſes de
Géométrie & de Chymie.
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel ,
aſſemblés , le 9 , au Couvent des Cordeliers de
cette ville , ont tenu un Chapitre , auquel a
préſidé pour S. M. le Prince de Montbarey , Chevalier
Commandeur des Ordres de Saint - Michel
& du Saint-Eſprit ; aprés un diſcours qui
a été prononcé par le ſieur Pourfin de Grandchamp
, Secrétaire du Roi , Chevalier de l'Ordre
, nommé par Sa Majeſté , pour ſuppléer le
fieur Collet , Chevalier & Secrétaire perpétuel
dudit Ordre , tous les Chevaliers , le Prince de
Montbarey à leur tête , ſe ſont rendus proceſſionnellement
en l'Egliſe du Couvent , & ont
aſſiſté à la Meſſe ſolemnelle qui ſe célebre tous
les ans.
Le 29 Janvier , l'Abbé & les Religieux
de l'Abbaye de S. Rambert en Bugey , ont
affranchi les mortaillables de leurs domaines
, ſous la ſeule redevance de 3 deniers de
cens par arpent de terre.
h 6
( 180 ):
On a parlé pluſieurs fois de la compofition
, ou du métal imaginé par MM. Legars
&Lonati de Nantes , pour le doublage des
vaiſſeaux. Un capitaine de vaiſſeau vient de
rendre compte à ſon armateur des effets de
ce doublage dans la lettre ſuivante , publiée
par les affiches de Nantes.
J'ai l'honneur de vous écrire , pour vous informer
que j'ai viſité le doublage de votre navire le
Meilleur Ami , à préſent qu'il n'y a plus rien à
bord; il m'a paru que rien n'y manque , & que
tout eſt auſſi bien que quand je ſuis parti de Bordeaux;
il s'y ramaſſe cependant de la mouſſe qui
s'attache à la flottaifon , mais qu'il eſt facile de
nettoyer avec une broffé ou un balai : la tête des
clous m'a paru rouillée ; j'ai fait nettoyer avec
un balai : cela est tombé comme de la pouffiere
; & les clous & leurs têtes ont paru métalliques
comme auparavant. Ce doublage ſe connoîtra
mieux encore apres le voyage. Le navire
n'a fait aucune goutte d'eau dans toute fa traverfée;
& fa marche eſt ſupérieure de près d'un
tiers de plus , puiſque , ſans les calmes que j'ai
effuyés au tropique , je me ſerois rendu en 23 ou
24 jours au Port- au- Prince , attendu que j'avois
tropiqué le quinzieme jour de ma ſortie par les 55
degrés de longitude.
M. Houël vient de publier le 20°. Chapitre
de fon Voyage pittoreſque de Sicile.
Ce nouveau cahier eſt orné de fix eſtampes ,
dont le texte facilite l'intelligence (1) .
1 La. premiere préſente l'intérieur d'une
grotte de lave , dont on a fait un magaſin
de neige comprimée, qui ſe conſerve tout
l'été , & qui appartient à l'ifle de Malthe ,
(1) Paix 11, chez l'auteur , rue du Coq S. Honoré.
( 181 )
d'où l'on vient la chercher pour rafraîchir
les boiſſons. Les cinq autres offrent le plan
de pluſieurs volcans ſecondaires de l'Etna ,
tels que le Mont Rouge, Monte Roffo , &c .
& l'auteur a accompagné ces vues d'une
explication très-détaillée ſur les phénomenes
de l'Etna , ſur ſes diverſes éruptions ,
fur leur origine , leur ancienneté , leur aliment.
Toutes ſes idées font d'une ſaine
phyſique , & méritent d'être lues par ceux
même qui ont étudié les volcans. Par le fujet
& par la maniere dont il eſt traité , ce
nouveau Chapitre intéreſſe tous les naturaliftes
& tous les curieux.
M. Pronzat , Recteur de la paroiſſe de
Rouans , dans l'Evéché de Nantes , a célébré
, le 19 du mois dernier, la cinquantaine
du mariage du nommés Charpentreau , âgé
de 79 ans , & de MarcGouï , âgé de 75 ans ,
avec leurs épouſes à peu près du même âge.
69 de leurs enfans , petits- enfans & arrierepetits
enfans accompagnoient ces deux couples
à l'Eglife ; & après la Meffe , les Religieux
de l'Abbayé de Buzay dont ils dépendent,
leur fir ſervir un grand dîné.
La Société d'Emulation de Bourg en-Breffe
avoit propoſé pour ſujet d'un Prix qu'elle devoit
adjuger en 1785 , les queftions ſuivantes :

1 °. Quelle feroit la maniere la plus facile &
>> la moins diſpendieuſe de curer la riviere de
" Reiffouze , qui traverſe la Breſſe , en évitant les
>> inconvéniens , même momentanés , qui pour.
>> roient réfulher de l'enlevement de ſa vaſe ?
> 2°. Quel feroit l'emploi le plus avakageux
1
( 182 )
CC
>>d>ecette vaſe , pour l'engrais des prés&terres
>> riveraimes ? Comment ſeroit-il poſſible de ſub-
>> venir à la depenſe du curage , par qui , & dans
quelle proportion devroit- elle être ſupportée ?
Proportion
» 3°. Déterminer une ligne de profi qui fixe
irrévocablement la hauteur des bancs graviers des
>> moulins ſitués ſur la Reiſſouze , de maniere que
>> fans nuire à leur travail , on donne plusde pente
>> à ſes eaux,& que les prés & terres voiſines ſoient
á l'abri de toute inondation ? >>
>
La Société a arrêté de prolonger le Concours
juſqu'au rer. Juillet 1786 , & de différer juſqu'à
cet inſtant l'examen des Mémoires quiont déjà été
envoyés.
M. le Comte de Montrevela fait les fonds de ce
Prix , auquel l'Ordre de la Nobleſſe de Breſſe &de
Dombes a ajouté depuis la publication du premier
Programme , une ſomme de 720 liv. , ainſi il ſera
de60 louis .
Les Mémoires ſeront adreſſés , francs de port , à
M. Riboud , Procureur du Roi au Préſidial , Secrétaire
perpétuel , avant le rer. Juillet 1786 .
L'Académie des Sciences avoit proposé le Prix
relatif à la Machine de Marly pour l'époque de
Pâques 1785 ; mais aucune des pieces qui ont été
envoyées pour le concours ne lui ont paru remplir
ſes vues , quoique pluſieurs d'entre elles contiennent
des obſervations intéreſſantes & utiles ; &
elle le propoſeune ſeconde fois pour l'année 1787,
en obſervant :
1 °. Que les Auteurs feront invités à apprécier ,
autant qu'il ſera poſſible , les avantages & les défauts
de la Machine actuelle de Marly , afin qu'en
puiſſe juger s'il y a beaucoup à attendre des Machines
mieux entendues & mieux exécutées .
2°. Que les Auteurs pourront être difpenfes
d'envoyer des modeles pour les Machines qu'ils
:
( 183 )
propoſeront ; qu'il ſuffira qu'ils expliquent clairement
leurs idées par le diſcours &par des figures .
Si néanmoins ils jugeoient à propos de s'expliquer
auſſi par des modeles , ils pourront ſe contenter
d'en envoyer de petits ,& ſeulement pour les parties
qu'ils jugeront les plus nouvelles & les plus
utiles dans leurs projets.
Les Mémoires pour le concours feront remis,
francs de port , entre les mains du Secrétaire perpétuel
de l'Académie, avant le 11 Novembre 1786 ,
&ceux qui arriveront après cette époque , ne ſeront
point admis au concours. Les pieces qui auront
obtenu les Prix feront proclamées dans l'ACſemblée
publique de l'Académie , immédiatement
après Pâques de l'année 1787 .
1
La rareté des fourrages ayant excité la
vigilance du gouvernement , il vient d'être
rendu , à ce ſujer , un Arrêt du Conseil du
Roi , du 17 Mai , qui porre en ſubſtance :
Sur le compte rendu au Roi , des maux que
Paridité de la ſaiſon & la rareté des fourrages , occafionnent
ou font craindre en différentesProvinces
deſon Royaume , S. M. , toujours ſenſible aux
beſoins de ſes Sujets , & particulierementattentive
à ceux des Cultivateurs , s'eſt occupée de tous les
moyens d'adoucir cette calamité paſſagere , &
d'obvier aux ſuites fâcheuſes qui pourroient en
réſulter au préjudice de l'Agriculture : dans cette
vue , elle a réſolu de ſufpendre pour quelque tems
l'exécution des Ordonnances qui défendent le
parcours & vain pâturage dans les bois de ſes Domaines
;de renouveller les Réglemens qui tendent
àdiminuer les consommations nuiſibles à la reproduction
de l'eſpece ; d'annoncer des récompenfes
&des encouragemens pour exciter à conſerverplus
de beftiaux & à faire plus d'éleves ;enfin d'accor
( 184 )
der tous les genresde ſecours qu'elle reconnoîtra
étre néceſſaires , d'après le compte que chacun
des Intendans lui rendra des beſoins plus ou moins
preſſans de ſa Généralité .
S. M. a permis & permet aux habitans des cam
pagnes , d'envoyer & conduire dans tous les bois
de ſesDomaines , ainſi que dans ceux des Communautés
féculieres & régulieres , les chevaux & les
bêtes à cornes ſeulement, & de les y faire pâturer
juſqu'au ter. Octobre prochain.
S. M. fait d'itératives & très- expreſſes défenſes
àtoutes perſonnes , de vendre au marché , tuer &
débiter des veaux au defſſons de l'âge de 6 femaines
, à peine de 1000 liv. d'amende.
Ordonne S. M. aux Intendans & Commiſfaires
départis dans les differentes Provinces de fon
Royaume , où la diferte des fourrages ſe fait le
plus fentir , d'apporter tous leurs foins à la conſervation
des beftiaux , & de lui rendre compte des
moyens qu'ils croiront convenable d'employer à
cet effet dans les parties les plus fouffrantes de
leurs Généralités : les autorie à annoncer des
Prines d'encouragement & de facilités , tant pour
Jamultiplication & l'éleve des bêtes à cornes , que
pour mettre en uſage de nouveaux genres de nourritures
utiles aux beftiaux , notamment exciter à
la culture des turnebs ou groffes raves , & autres
plantes propres á former des prairies artificielles ,
dont les graines feront diſtribuées gratuitement
aux habitans des campagnes les moins aifés ,
PAYS- BAS. :
DE BRUXELLES, le 25 Mai.
Le Prince. Bariatinski , ci-devant Minif-

( 185 )
tre plénipotentiaire de Ruſſie à la Cour de
Verſailles , eſt arrivé à la Haye depuis quelques
jours. On le croit chargé d'appuyer
les efforts de fa Souveraine pour amener la
Hollande à déférer aux principales dermandes
de l'Empereur : c'eſt dans cette vue que
M. de Kalitchoff remit le 7 Mars une note
à LL . HH . PP . , dont le contenu ſuivant
étoit reſté ignoré juſqu'à ce jour :
La Réponſe de L. H. P. à la Note que le Soufſigné
a eu l'honneur de leur remettre le 19 Novembre
dernier , annonçant les diſpoſitions de la
République à s'arrang r à l'amiable avec S. M.
l'Empereur des Romains,a étéd'autant plus agréable
à l'Impératrice , qu'elle eſt inſtruite de la fincérité
avec laquelle l'Empereur ſe prêtera à faciliter
ce but ſalutaire , par des Propofitions juſtes &
modérées , dont la République a déja même reçu
les premieres ouvertures . Dans la ferme eſpérance
donc , qu'un accommodement aura lieu entre les
deuxParties , l'Impératrice , guidee par ſes ſentimens
naturels d'humanité , autant que par le vif
intérêt qu'elle prend à S. M. l'Empereur , ſon Ami
& fon Allié, & celui qu'elle a conſtamment manifeſté
pour le bien- être de la République , ne peut
s'empêcher de renouveller à celle- ci ſes inſtances
les plus preſſantes de porter ſans délai la négociation
àdes termes qui , en ſatisfaiſant la dignitéde
Sa Maj . l'Empereur , facilitent un arrangement
amiable ſur ſes autres prétentions à la charge
de la République.
Les confidérations les plus fortes invitent Leurs
Hautes Puiſſances à déférer aux conſeils ſalutaires
de l'Impératrice , dictés uniquement par le deſir de
prévenir une guerre , dont les ſuites ne pourroient
êtreque fåcheuſes pour la République. L'Impéra.
( 186 )
trice , perfuadée que la prévoyance & la fageffe
de L. H. P. leur feront enviſager ces objets importans
ſous le même point de vue , ne doute pas
qu'elles ne s'appliqueront à prendre les meſures
les plus propres pour aſſurer le ſuccès des négociations
, qui viennent d'être ſi heureuſement
repriſes . Signé , KALITCHOFF .
La réponſe des Etats-Généraux à cette
note , porte en ſubſtance :
Que les Etats-Généraux font fort ſenfibles aux
nouvelles aſſurances que l'Impératrice de Ruffie a
bien voulu leur donner , de l'intérêt qu'elle prend
au repos & au bien être de la République. Que
L. H. P. fost constamment diſpoſées à entrer dans
des vues d'accommodement avec l'Empereur.
Qu'elles font prêtes à envoyer deux Députés à
Vienne pour témoigner àS. M. I. le regret qu'elles
ont au ſujet de ce qui s'eſt paſſé ſur l'Escaut. Que
leursAmbaſſadeursà Paris font autorités à trai er
fur tous les autres points en conteſtation , ſous la
médiation de la France & avec ſon ſeul garant , &
àyapporter toutes les facilités poffibles. Quant
au reſte , L. H. P. prient l'Impératrice de vouloir
bien coopérer par ſes bons offices auprès de l'Em.
pereur , à la bonne iſſue de cet ouvrage falutaire.
La Compagnie Hollandoiſe des Indes
Orientales doit s'occuper inceſſamment des
queſtions épineuſes , que lui a adreſſées le
Conteil de Batavia , fur les préliminaires de
la paix avec l'Angleterre. Ces queſtions font
les ſuivantes.
« 1. Comment &dans quel temps les villes ,
forts , poris & poffeffions dont les Angleis ſe
font rendus maîtres pendant la derniere guerre
ſur la Compagnie Hollandoiſe , doivent être reftitués?
( 187 )
2. Juſques à quel point la libre navigation des
Anglois dans les mers orientales doit définitivement
s'étendre ? Quelles ſont proprement les libertés
obtenues à cet égard ?
3. Comment leſdits Gouverneur & Conſeillers
devront ſe conduire , au cas que les Navigateurs
Anglois vinſſent à abuſer de cette liberté , de maniere
à porter préjudice au principal commerce de
la Compagnie, ſavoir celui des Epiceries ?
4. Enfin des ordres poſitifs ſur les abus qui
pourroient , de la maniere ci-deſſus , avoir lieu ,
& ſavoir ſi la haute Régence des Indes doit ſe
borner aux moyens de prévoyance, ou s'y oppoſer
par voie de force , & c » .
Les eſpérances qu'entretient la Hollande
d'un accommodement avec S. M. I. fe fortifient
de plus en plus. Le parti Aristocratique
, qui veut abfolument la paix , a fait
prévaloir l'avis de grandes conceffions. L'om
préſume que l'Eſcaut fera ouvert aux navires
Autrichiens d'un port limité , que l'on
payera plus de fix millions de florins pour
racheter Mastricht , &c. &c. Pluſieurs provinces
& un grand nombre de citoyens
voient avec douleur ces facrifices , faits à
la néceſſité & aux circonstances.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Cause entre Me. Varnier , Docteur- Régent de la Faculté
de Médecine de Paris. - Et la Faculté de
Médecine.
MAGNÉTISME ANIMAL.
Voici une affaire intéreſſante qui réveille l'attention
du Publie ſur le Magnétisme animal , &
femble donner à ce ſyſtême plus d'importance
( 188 )
qu'on ne penſoit. -La Faculté de Médecine
ayant fait , le 28 Août 1784 , un Décret contre
le Magnérifne animal , pluſieurs Docteurs ont re
fuſe de ſigner ce Décret , foit paree qu'ils étoient
partiſans du Magnetisme , foit parce qu'il vouloient
ſe réſerver la liberté d'en prendre telle
opinion qu'ils jugeroient à propos. Ces Docteurs
ont été mulctés par différens Decrets de la
Faculté , quelques-uns même ont été rayés du
Tableau. Du nombre de ceux- ci est Me. Varnier ,
qui s'est rendu appelant du Décret de radiation;
& l'objet du Mémoire que nous annonçons , eſt
d'attaquer l'acte d'autorité que s'eſt permis la FacultédeMédecine.
Me. Varnier établit que la Faculté
n'a pas le droit d'enchaîner l'opinion de ſes
Membres , ni de les afſujétir à une croyance uni
forme en matiere de phiſiologie ; que l'incerti
tude de la Médecine autorite chaque Médecin
à chercher à étendre ſes moyens & ſes connoifſances
: d'où il conclut qu'il n'eſt pas coupable
de refuſer ſa fignature à un Décret qui tend
à tui interdire une étude analogue à ſa profeffion
. -Cette diſcuſſion eſt falte de maniere à
tenir le 1.teur en ſuſpens fur le mérite du Magné
tiſme animal , que Me. Varnier préſente comme
une fimple hypotheſe qui doit tenir ſa place parmi
tant d'autres hypothefes , qui compofent le
tréſor de la Médecine ; mais cette incertitude
ceſſe à la fin da Mémoire , où Me Varnier, ſe
déclare partiſan du Magnétisme a inal , qu'il regarde
comme une découverte dont on peut tirer
avantage pour la cure des maladies . Cette déclaration
eft faite fans enthousiasme , & avec la
plus grande modération. Me. Varnier croit au
Magnétisme animal , parce qu'une longue étude
&des obſervations multipliées ont furmonté ſom
incrédulité. » La Providence , dit- il , ne nous
( 189 )
ayant donné que les tens & les lumieres de
> la raiſon pour juger & apprécier les objets ,
il faut bien donner notre confiance à ces
moyens & admettre pour vri , tout ce qui
porte le caractere de la vérité <« . -Me. Varmir
ajoure , qu'il n'a manqué à MM. les Commulaires
, nommés par le Roi pour l'examen du
Magnétisme animal , pour être convaincus , comme
lui , que d'avoir vu de plus près & plus conftamment.
C'étoit là l'occafion toute naturelle
de donner une idée du Magnétiſme animal ,&
Me. Varnier ne l'a pas manquée ; mais en même
temps , retenu ſans doute par des conſidérations
particulieres , il s'eſt contenté d'en tracer à grands
-traits le tableau . -> La pratique du Magnétiſme
animal n'eſt point un fecret , c'eſt une
ſcience ; e'le a ſes principes , ſa théorie ,
qu'il eſt important de connoître pour en ob-
-> tenir des effets plus faluraires & p'us évidens ;
mais cette théorie eſt ſimple , & l'application
en eſt facile. -Ce n'eſt pas une Science
oculte & mystérieuse ; il eſt au contraire de
la nature d'être répandue , enſeignée publi-
>> quement , d'entrer dans l'éducation des deux
sexes , afin que toute perſonne ſoit à portée
d'en tirer avantage pour ſa confervation &
celle d'autrui . -Cetre ſcience n'exige ni
>> instrument , ni attelier , ni appareil , ni dépenfis;
la Nature bienfaiſante en plaçant ce
moyen de conſervation ſous notre main , n'a
eu garde de l'environner d'entraves & de diffi-
* cultés : elle ne l'a point attaché à la dignité ,
» à la naidance , ni à l'éclat extérieur : pour
,
cette fois l'humanité recouvre ſes droits ; il
In fuffit d'être homme pour être le ſauveur d'un
autre : le pauvre n'eſt point exclu de ce te
>>> heureuſe puiſſance ; & s'il eſt vrai que cette
( 190 )
faculté conſervatrice ſoit liée avec une ame
>> bienfaifante & un coeur pur , peut- être que
les plus grands fecours ſe trouveront dans
>> cette clafie dédaignée , & que l'objet du mépris
du riche deviendra déſormais celui de
*>> ſa confidération. -Si ce n'étoit là qu'une
illufion , ce ſeroit une illufion précieuſe &
fublime , ouvrage d'un grand génie & d'une
>> belle ame ; ce ne ſeroit point àdes erreurs de
cette eſpece qu'il faudroit appliquer les noms
>> injurieux , prodigués dans le Rapport des Com-
*>> miſſaires & dans le Décret de la Faculté.-II
1
faut réſerver ces qualifications , pour les fyf-
>> têmes qui tendent à iſoler les individus , à
>> préconifer un égoïsme deſtructeur , & à rom-
>> pre les liens qui uniſſent les citoyens à la
fociété. Mais c'eſt ſe rendre coupable d'une
>> ſouveraine injuftice , & faire preuve d'une
>> aveugle animoſité , que de dénoncer au Pu-
>> blic , comme un charlataniſme attentatoire
> aux bonnes moeurs , une doctrine qui , en dé-
>> couvrant dans l'ouvrage de la création des
>> perfections ignorées juſqu'ici , nous rappelle
>> ſans celle vers la Divinité ; qui nous fait voir
>> dans un principe unique , exiſtant autour de
>> nous , un moyen univerſel de conſervation;
» qui , nous liant avec la nature entiere , établit
une eſpece de fraternité avec tout ce qui
>> nous environne ; qui inſpire aux hommes du
>> reſpect pour leur exiſtence ; & en leur appre-
>> nant tout le prix d'une organiſation parfaite ,
מ
ת
leur montre un nouveau motif de le chérir
& de s'aimer inutuellement , en leur dévoi-
>> lant les roeuds ſecrets qui les attachent l'un
בכ à l'autre ; enfin , qui marie les vertus civiles
>>& religieuſes avec la ſanté , & fait de la pu-
>> reté du coeur un moyen de conſervation phys /
( 191 )
:
fique . Le Mémoire de Me. Fournel nous
paroît précieux ; les raiſonnemens y font pref-
Jans & par conséquent folides ; à l'égard du ſtyle
de cet ouvrage , c'eſt une forte de magie qui
vous entraîne , qui vous ſubjugue & qui vous
force , comme malgré vous , d'en continuer la
le ture juſqu'à la fin , lorſque vous l'avez une
fis commencée. -Au pied de ce Mémoire
on trouve une Conſultation très ſolidement -
écrite, de MM . Coqueley de Chauſſepierre,Rouhette,
sived de Loizerolle , Vermeil , Blondel , le Prêtre
de Boiſdervile , Fera , Mouricault , Alix , Léon ,
Billard , Hemerie , Hardoin de la Reynerie , de la
Vigne , Poirier , Bosquillen & du Vejrier . Le Cor.
feil ne puiſe point les motifs de ſa déciſion dans
le mérite du Magnétisme animal ; mais en confidérant
la radiation de Me. Varnier ſous ſon rapport
avec les droits de la Faculté & l'intérêt
rublic , il pente que ce Décret ne peut la juſtifer
par aucun des motifs qui s'y trouvent exprimés .
Les Avocats conſultés ne voient dans l'attachement
de Me. Varnier , pour le ſyſteme dont il
s'agit , ni enthouſiaſme , ni exaltation qui puifſent
compromettre l'honneur ou la dignité d'un
Médecin ; c'eſt de ſa part une opinion ſur la propriété
d'un moyen naturel , qu'il croit applicable
a la Médecine , & capable d'étendre ſes reſſources
& de corriger ſes erreurs .- > Cette opinion,
>>>diſent ils , n'a rien de repréhenſikle , & elle
>> rentre dans la claſſe de tant d'autres hypotheſes
, adoptées en Médecine & en Phyfi-
» que , & qu'il eſt permis à chacun d'admettre
» ou de rejetter ; ils regardent ce formulaire ,
>> qu'on vouloit faire ſigner à Me. Varnier , com-
> me un obſtacle dangereux à la recherche de la
>> vérité & à l'inſtruction publique. Si la Fa-
> culté ( continuent-ils) avoit été en poffeſſion
( 192 )
-Mais
d'une doctrine unitonne , qui ſervit de regle
> à chacun deles Membres , on corçoit qu'el'e
>> auroit quelque droit de les ramener vers cette
doctrine , en leur interdiſant des études ou dés
pratiques qui les en écarteroient .
>> aucun article des Statu's & des Rég'emens de
la Faculté ne lui ayant attribué une pareille
>> jurisdiction , & l'incertitude de la Médecine
>> ne permettant point d'admettre invariablement
< un ſyſtême à l'excluſion de tout autre , le Fu-
>> blic eft intéreſſé à ce que cette ſcience le per-
> fectionne , & acquire le degré d'accroiife-
>> ment néceſſaire pour la rendre de plus en plus
>> falutaire. Or elle ne peut arriver à cette perfection
, qu'autant que ceux qui la profeſſent
** jouirontd'une entiere liberté dans leurs études ,
>> leurs pratiques & leurs opinions. -Les tra-
>> vaux opiniâtres , les obſervations & les expé-
* riences multipliées peuvent ſeuls la tirer de
*>> cet étatſtationaire dans lequel ele eſt encore
*>> reftée, lorſque les autres ſciences , telles que
>> la Chymie , la Chirurgie , la Physique , &c .
sont fait des progrès ſi rapides . - Le doute
>> étant la clef de toutes les ſciences & la voie
> qui conduit à la vérité , c'eſt ſervir le Public
*>> que de protéger le doure ; c'eſt nuire au bien
général que de l'interdire , pour y fubftituer
>> une afſurance indiſcrete , qui n'eſt que trop
fouvent fuivie de regrets «. -Ce que nous
venons de publier de cette Conſultation , ſuffit
pour en faire connoître l'eſprit ; nous obſerverons
ſeulement en finiſſant , que l'ouvrage de
Me. Fournel , & l'avis des Avocats contultés ,
confirment cette vérité de tous les ſiecles , & par
contéquent immuable , que l'opin on eſt peut être
le feul bien qui appartienne véritablement à
'homme , & qu'aucune Puiflance ne puiffe lui
enlever.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le