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1785, 03-04, n. 10-14, 16-18 (5, 12, 19, 26 mars, 2, 16, 23, 30 avril)
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MERCURE
7
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en prose ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la Nocice des Édits, Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDIS MARS 1785 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Février 1785 .
PIÈCES FUGITIVES. &du Bonheur , ,
Quatrain à M. le Comte d' Ef Loix Municipales & Econotaing,
3
Le Sanjonnet & leRoffignol, Epitre à la Raifon ,
miques du Languedoc , 54
Fable Allégorique ,
69
49 Discours Jur une Question, 71
51
Vûes fur l'Education d'un
74
AMadame de C... ,
Impromptu à un Poëte, ibid. Prince,
AMlle de Saint Léger , 97 Suite de l'Extrait des Loix
Les Quatre Saiſons de la Vie , Municipales du Languedoc,
98 &c. 103
Souhait de BonneAnnée , 100 Discours prononcés à l'Aca-
Le Sceptre & la Houlette ,
Fable,
démieFrançoise , 152
14) Bergeries & Opufcules , 167
L'Amour & l'Amitié , 146 SPECTACLES.
Impromptu ,
Charades , Enigmes & Logoib
. Académie Roy. de Musiq. 32 ,
77 , 125
gryphes , 4, 52 , 101 , 147 Comédie Françoise , 42 , 130
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne , 170
Eloge de Bernard le Bovier Variétés ,
de Fontenelle
?
85
6 Annonces & Notices , 44 , 88 ,
TraitéElémentaire de Morale 136, 186
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
Compol sets
ngleoff
7-10-31
24009.
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDIS MARS 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE à Mile ÉM. DE P** , qui doit
épouser un Officier , au printems prochain ,
fi la Guerre n'a pas lieu.
QU I mieux que vous , ſage Glycère ,
Sait combien je goûte d'attraits
A vivre ignoré , ſolitaire ,
Au fein de la tranquille paix
Que je trouve en mon presbytère ,
Loindes infipides caquets ,
Des faux dévots , du plat vulgaire
Dont je mépriſe les pamphlets ?
Là, dans mon boudoir littéraire,
Les Fenélons , les Boſſuets ,
Paſchal , Maſſillon , La Bruyère ,
A ij
4
MERCURE
EtdeMontagne les Eſſais ,
De inon bureau font tous les frais;
Si ce n'eſt que pour me diſtraire
Quelquefois je prends Rabelais ,
Que je quitre pour Saint-Aulaire ,
Imbert , Colardeau , Beauharnois
Et le Chantre de Béliſaire.
Ainſi , dans un vaſte parterre ,
Nos ſens tour-à-tour fatisfaits ,
Du luxe pompeux des oeillets
Paſſent àla roſe éphémère.....
Odoux loiſir que rien n'altère ,
Tu peux ſeul combler mes ſouhaits !
Eſt- il ſans toi de plaiſirs vrais ?
Eſt- il de bonheur ſur la terre
Aux lieux où gronde le tonnerre ,
Où la foudre lance ſes traits ?
Dans cette contrée étrangère ,
Ma jouiſſance la plus chère ,
C'est qu'oublié des indiſcrets ,
Jepuiffe marquer ma carnière
Par des vertus , par des bienfaits
Et des vers dignes de vous plaire ....
Amadélicate paupière
Il faut de paiſibles objets ,
Et non les lugubres apprêts-
D'une bataille meurtrière,
L'affreux touffement des bou'ets ,
Le bruit , la muſique guerrière
DE FRANCE. S
•
Pour mon coeur ne furent pas faits.
Les doux accens des flageolets ,
Les chants d'une Muſe Bergère ,
Des madrigaux , des triolets ,
Et fur-tout de jolis couplets
Rendus par votre voix légère :
Voilà mes plaiſirs , mes hochets.
C'eſtun aveu que je vous fais ,
Bienmoinsglorieux que ſincère ;
Mais à l'ombre du ſanctuaire ,
S'il eſt des Juigné , * des Beauvais ,
Les d'Estaings ne s'y trouvent guère.....
De toutes ces raiſons j'infère
Que mes voeux ſeront déſormais
Pour cette impraticable paix
Que rêva l'Abbé de Saint-Pierre ,
Et furt-tout depuis que je fais
Qu'auſſitôt que ſur la fougère
Et ſous la feuille printannière
On ira reſpirer le frais ,
Untrès-aimable Militaire ,
Dont les vertus & les hauts faits
Ont illustré la vie entière ,
Apromis , charmante Glycère ,
De s'unir à vous pour jamais.
(ParM. l'Abbé Dourneau. )
* MM. les Archevêque de Paris & l'ancien Évêque de
Sénez .
Aii)
6 MERCURE
IMPROMPTU fait à Saint - Ouën , par
le Coufin Jacques , à un petit Paysan
qui gardoit les dindons dans l'avenue de
M. le Duc de Nivernois.
LOIN
OIN d'ici tes triſtes troupeaux,
Jeune imprudent ! par quelle audace
Promènes- tu ces vils oiſeaux
Si près de l'aigle du Parnaffe ?
EH ! POURQUOI vers laCapitale,
Pourquoi ne point guider leurs pas ?
Chaque troupe aime ſon égale ;
D'amis ils ne manqueront pas.
MAIS Nivernois , de ton pays
A fait des Arts le ſanctuaire......
Sais-tu qu'il eſt des beaux- eſprits
La Divinité tutélaire ?
SAIS-TU que tu dois être fier
D'habiter les lieux qu'il habite ,
Et de reſpirer le même air
Qu'un Sage que l'Univers cite ?
MAIS , toi , né pour paſſer ta vie
Au ſein de la ruſticité.......
Je te parle de ſon génie ,
Tu ne connois que ſa bonté !
:
:
:
:
DE FRANCE. 7
STUPÉFAIT aux ſons de ſa lyre ,
Qui t'étonnent ſans se charmer ,
Tandis que tout Paris l'admire ,
Contente-toi donc de l'aimer .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Boiſſon ; celui
de l'énigme eſt Cordier; celui du Logogryphe
eſt Orgue , où l'on trouve or , ré ,
orgere grue roue, rouge.
CHARADE.
Dans la carrière del'honneur
Fuſſiez-vous parvenus juſques àma première ,
Intrépides Guerriers , malgré votre valeur ,
Hélas! ſouvent mon tout vous mit dans ma dernière .
(Par M. Courtat . )
ÉNIGME.
:
TOUJOURS OUJOURS errant au loin , toujours changeant
de lieu ,
Seul je puis rapprocher grand nombre de contrées ,
Qui , ſans moi , pour jamais reſteroient ſéparées.
De meshumides flancs quelquefois fort du feu.
Aiv
8 MERCURE
Cequi rapidement en tous lieux me tranſporte,
N'eſt que trop fréquemment mon cruel ennemi :
L'homme le plus brave a frémi
Envoyant dans mon ſein entrer ce qui me porte.
D'un hémisphère entier je fus long- temps l'effroi ,
Loinde ne voir en moi que l'humaine induſtrie :
Deux minéraux unis ſont mon unique loi
Pour regagner ou pour fuir ma Patrie.
Je n'en dirai pas plus : quiconque m'a hanté ,
Me quitte & me reprend avec même gaîté.
LOGOGRYPHE.
LECTEUR , je n'oſe m'énoncer ;
Sans peine tu vas me connoître ;
Ta bouche va me prononcer ;
Cartu m'as ſouvent vû paroître.
Cependant , comme j'ai quitté
L'habit dont j'étois revêtue ,
Entrompant ton activité ,
Je pourrois un inſtant échapper à ta vie.
Pour cet effet , déguiſons-nous ,
Prenons d'autres métamorphofes :
J'ai fix pieds , démanche- les tous ,
Tu doisy rencontrer cinq choſes.
Ce qui d'abord déplaît aux jeunes gens ,
Quoique leur étant néceſſaire ;
1
Ce que pour l'ordinaire on donne aux vieilles dents;
:
DE FRANCE.
Ce que l'on faitjouer , ſur-tout en teinps de guerre ;
Ceque l'on cire pour blancheur ;
Puis une note de muſique.
Je ne peux plus me déguiſer , Lecteur ;
Carà tesyeux rien n'eſt énigmatique.
(Par M. Barraud, Penſionnaire du Collége
de Poitiers. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
APOLOGUES & Contes Orientaux , &c. par
l'Auteur des Variétés Morales & Amufantes.
Legite , aufteri. A Paris , chez
Debure , fils aîné , Libraire , quai des
Auguſtins. in- 8 ° .
C'est après avoir prouvé , par la publication
des Variétés Morales & Amusantes ,
combien M. l'Abbé Blanchet méritoit d'être
connu , que M. Duſaulx , ſon ami & fon
parent, nous le fait connoître aujourd'hui.
Du temps des Oracles on n'auroit pas manqué
de dire que l'Auteur des Variétés , & c.
& des Apologues , &c. entraîné dès ſa jeuneſſe
vers les Lettres par un attrait irréſiftible
, avoit conſulté l'Oracle pour ſavoir
quel feroit ſon rang dans la Littérature , &
qu'il lui avoit été répondu : Redoute le moment
où les eſſais paroîtront dans le Public.
Av
10 MERCURE
En effet, après avoir, pendant plus de foixante
ans, cultivé les Lettres dans le ſecret de ſon
coeur , après avoir réſiſté pendant tout ce
temps aux tentations de la gloire , après
avoir recherché toute ſa vie l'obfcurité & la
pauvreté , comme les autres recherchent la
réputation & la fortune , après avoir injuftement
livré au feu la plupart de ſes productions
, M. l'Abbé Blanchet cède enfin ,
non ſans beaucoup d'incertitudes & d'agitations
, & fous la condition de n'être pas
noimmé , à des amis qui veulent le rendre
illuſtre malgré lui dans ſa vieilleſſe ; & le
moment où ſes Variétés paroiſſent imprimées
& reçoivent l'accueil le plus flatteur ,
ce moment de fon triomphe eft le moment
de ſa mort; il ſembloit qu'il cût été doué
du don de faire jouir les autres , & condamné
à ne jamais jouir lui-même : toujours
aimable dans la Société , à laquelle il ſe livroit
peu , fombre & mélancolique dans la
folitude , où il aimoit cependant à vivre , accablé
de vapeurs dont il ſouffroit feul , &
dont il craignoit toujours de faire fouffrirc
les autres : Tel que je fuis, diſoit-il , ilfaut
pourtant que je me fupporte ; mais les autres
yfont-ils obligés ?
On ne manquera pas , dit M. Duſaulx ,
d'objecter à l'Auteur de la Vie de M. l'Abbé
Blarchet , cette obſcurité même à laquelle
l'Abbé Blanchet s'étoit condamné. Pourquoi ,
dira-t'on , occuper le Public d'un inconnu ?
Pourquoi ? Pour le faire connoître , puif-
:
DE FRANCE. 11
& le
qu'il a mérité d'être connu , pour rerdie
hommage à ſes talens , à ſes vertus ,
venger des injustices de ſa modeſtie ; c'eſt le
plus bel emploi de l'art d'écrire :
Non ego temeis
Chartis inornatum filebo ,
Totve tuos patiar labores
Impune, Lolli , carpere lividas
Obliviones.
Le caractère de l'Abbé Blanchet eſt plein
de phyſionomie & d'originalité ; & perſonne
, après avoir lû cette vie , ne demandera
pourquoi elle a été écrite . On parle ,
avec raiſon , des réputations ufurpées ; on
peut dire que ſon obſcurité l'étoit. Bourfault
parle dans ſes Lettres de l'Abbé T*** ,
de l'Académie Françoiſe , qui avoit , felon
lui , de grands talens pour la Chaire ; il lui
diſoit que Dieu lui demanderoit compte un
jour de ces talens enfouis , & lui diroit :
" Je t'avois donné la grâce , la force , l'onc-
ود
ود
ود
وہ
tion , l'éloquence , en un mot , toutes les
qualités néceſſaires à un Prédicateur , &
tu as refifté à ce que je ſouhaitois de toi.-
Encore paffle , répondoit l'Abbé , le reproche
ſera honnête ; au lieu qu'il dira à tant
d'autres : de quoi vous êtes-vous mêlé de
» prêcher ? Je vous avois donné gratuitement
le talent de vous taire , & malgré
moi vous avez voulu parler. "
ود
"
Ce que l'Abbé de Bourſault étoit pour la
Avj
12 MERCURE
Chaire , l'Abbé Blanchet l'étoit pour la Littérature.
Il compoſoit cependant pour fon
plaiſir , &quelquefois pour celui des autres ,
mais il ne publioit rien. " On reſpecta ſa
>> modeftie , dit M. Duſaulx , de crainte de
>> troubler ſon bonheur ; car , chez ſes pa-
>> reils , l'un dépend de l'autre. Rien n'em-
>> pêche aujourd'hui de le nommer , & tout
> invite à le louer. »
M. Duſaulx le loue avec zèle , mais avec
choix , fans rien exagérer , fans rien négliger ;
on ſent que c'eſt la vertu qui aime à parlerde
la vertu. Il peint , & le plus souvent par fes
propres Lettres , " cet homme qui , gardant
2
la peine & le chagrin pour lui ſeul , ne
>> portoit que de la gaîté chez tous ceuxqu'il
>> fréquentoit ; cet homme qui ne ſavoit ni
>> demander ni accepter ; qui mépriſoit fin-
>> cèrement les richeſſes, mais ſans cyniſme ,
ود ſans jactance ,& ne condamnoit pas les
>> autres à s'en paffer. "
Il fallut s'occuper de ſa fortune malgré
lui ; un indult qu'il tenoit de l'amitié de M.
de Chavannes , Doyen du Parlement , lui
ayant procuré un Canonicat , il accepta ce
Canonicat par reconnoiffance , & s'en démit
peu de temps après. On le fit Interprête à
la Bibliothèque du Roi , à condition de ne
rien interprêter ; il voulut encore remettre
cette place , mais cette fois-ci on étoit en
garde contre lui. " Nous ne recevrons point ,
lui dit M. Bignon, la démiſſion de votre
>> place d'Interprête , comme M. de Mire-
1
DE FRANCE. 13
» poix areçu celle de votre Canonicat. Ainfi
» l'Abhe fur condamné à toucher cent pif-
> toles , qui lui ont éte comprees juſqu'à la
> mort. On le fit auſſi Cenſeur , à condition
>> de ne rien cenfurer,& ſeulement pour le
>> gratifier de nouveau : cette fois il n'en eut
» pas le démenti ; il accepta le titre & refuſa
ود la penfion. On le fit Garde des Livres du
Cabinet du Roi; il quitta encore cette place
pour aller languir & mourir à St-Germainen-
Laye.
Ce caractère ſemble , au premier coupd'oeil
, offrir quelques traits de conformité
avec celui de J. J. Rouffeau ; mais il y a de
grandes différences , dit avec raiſon M.
Duſaulx. " Jean-Jacques fut conftamment
dévoré de l'amour de la célébrité; il ſe
defia de tout le monde, & fut toujours
> inſociable ; au lieu que l'Abbé Blanchet
cacha de ſon mieux ſa vie& fes Ouvrages ,
vécut avec confiance , & mourut au ſein
>> de l'amitié......
ود
ود
ود
"
- Cet homme , dont les infirmités préco-
>> ces avoient conſidérablement altéré l'hu-
» meur & diminué l'activité , retrouva tou-
>> jours dans le beſoin de ſervir ſes amis ,
>> un principe de vie qui le rendoit infati-
>>gable. On auroit dit quelquefois que fon
>> âme , inutile à lui - même , n'appartenoit
» qu'aux autres.
Expreſſion forte & heureufe.
Cet homme , qui ſe refuſoit à toutes les
grâces & à tous les bienfaits, entroit dans le
14
MERCURE
raviſſement quand ſes amis parvenoient à
quelque choſe d'utile & d honorable. Re-
>> marquons cependant qu'il ſe modéroit
>> d'autant plus qu'il fentoit d'avantage. Par
>> une forte de pudeur que je ne faurois dé-
>>velopper , on auroit dit, lorſqu'il étoit vi
>> vement affecté , qu'il craignoit de paroître
faux & impudent .
ود
Sentiment délicat , & délicatement obſervé.
Celui que l'Abbé Blanchet lui-même
attribuoit à M. Bouvard , ne l'eſt pas moins.
Copions encore ici M. Duſaulx.
" M. Bouvart étant , ily a environ 40 ans ,
>> à toute extrêmité , dit à ſon ami Blanchet :
Du caractère dont je te connois , tu ne
>> feras jamais rien pour ta fortune : il y a
>> grande apparence , mon ami , que je n'irai
>> pas loin; & quand je ferai mort , que
>> deviendras -tu ? L'Abbé vouloit répondre ;
mais le malade profitant de ſon avantage ,
lui impoſa filence , & dicta ſes volontés :
J'entends que ta vie durant , tu jouiſſes
>> de dix mille écus que j'ai gagnés....... Ne
t'effarouche point , le fonds retournera à
>> ma famille . Quelque temps après , l'Abbé
>>> raconta ce trait àMme la Ducheſſe d'Au
>> mont , qui en fut ſi ravie , qu'elle le pria
ود
ود
ود
לכ
ע de recommencer. - Bon , Madame ! ce
» que je viens de vous dire n'eſt rien en com-
» paraiſon de ce qui fuit : quand mon pau-
ود vre Bouvarr fut hors d'affaire , eſt-ce que
>> je ne le trouvai pas tout honteux d'en être
>> revenu ? »
DE FRANCE.
15
Voilà pour ce qui concerne le caractère
de l'Abbé Blanchet, & l'intérêt qu'il pre-
_noit & inſpiroit à ſes amis . Quant à fes talens
, celui d'écrire en proſe avec beaucoup
d'eſprit , de philoſophie & de goût , eſt
prouvé par les Varietés , &c. qui ont paru
imprimées l'année dernière , & par les Apologues
, Contes , Anecdotes , &c. contenus
dans ce volume. De plus , l'Éditeur nous apprend
que l'Abbé Blanchet eſt l'Auteur de
pluſieurs petits morceaux de poefie , d'un
goût exquis pour la plupart , & dont quelques-
uns , très-connus , ont été attribués aux
meilleurs Poëtes du temps , qui ne s'en défendoientpas
trop. L'Abbé Blancher ne l'ignoroit
pas , & diſoit : Je fuis charmé que les
riches adoptent mes enfans.
C'eſtde lui , par exemple , qu'eſt ce triolet
charmant , adreſſé à trois foeurs .
Aimables ſoeurs ! entre vous trois
A qui mon coeur doit- il ſe rendre ?
Il n'a point fait encor de choix ,
Aimables foeurs , entre vous trois ;
Mais il ſe donneroit , je crois ,
A la moins fière , à la plus tendre.
Aimables Soeurs , entre vous trois
Aqui mon coeur doit-il ſe rendre ?
M. de Fontenelle , juge ſuprême dans le
genre galant , ingenieux & aimable , diſoit
qu'on ne pouvoit pas mieux faire dans ce
16 MERCURE
genre, & on ne peut qu'être de ſon avis. Le
fameux triolet de Ranchin :
Le premier jour du mois de Mai , &c.
qu'on appeloit le Roi des Triolets , eſt beau
coup moins parfait. Le voici :
Le premier jour du mois deMai
Fut le plus beau jour de ma vie;
Le beau defſfcin quejeformai
Le premier jour du mois de Mai !
Je vous vis & je vous aimai ,
Et ce deſſein vous plut , Sylvie!
Le premier jour du mois de Mai
Fut le plus beau jour dema vie.
Cetriolet , fort joli ſans doute , n'eſt pas
ſans tache. Qu'est-ce que ce deſſein formé
d'aimer ? Aime-t'on ainſi par deſſein formé ?
D'ailleurs le vers :
1
Je vous vis & je vous aimai.
qui rappelle le ut vidi , ut perii de Virgile ,
exclur cette idée de deſſein & d'arrangement.
De plus , l'à - propos des refreins , qui fait le
principal mérite des triolets ,& qui doit être
tel , que les vers répétés ſoient non-feulement
bien placés , mais néceſſaires à l'endroit
où on les répète , cet à-propos nous paroît
plus fin , plus parfait , plus abondant en
ilées acceſſoires dans le triolet de l'Abbé
Blanchet que dans celui de Ranchin.
Qu'on ne regarde point ce mérite du re-
:
DE FRANCE. 17
frein comme frivole; il fait le plus grand
charme de la poéſie lyrique & chantante
dans tous les genres ; c'eſt celui qui donne le
plus ſenſiblement & le plus délicieuſement
au coeur & à l'oreille l'idée de la perfection.
Qu'on en juge par les exemples fui
vans , pris exprès dans des genres abſolument
differens .
1º. Dans le genre noble & fublime.
Tout l'Univers eſt plein de ſa magnificence :
Qu'on l'adore ce Dieu , qu'on l'invoque à jamais ;
Son empire a des temps précédé la naiſſance.
Chantons , publions ſes bienfaits.
En vain l'injuſte violence.
Au peuple qui le loue impoſeroit filence ;
Son nom ne périra jamais.
Le jour annonce au jour ſa gloire & ſa puiſſance.
Tout l'Univers eſt plein de ſa magnificence :
Chantons , publions ſes bienfaits.
2º. Dans le genre doux & tendre.
Atys eſt trop heureux :
Souverain de fon coeur , maître de tous ſes voeur ,
Sans crainte , ſans mélancolie ,
Il jouit en repos des beaux jours de ſa vie.
Atys ne connoît point les tourmens amoureux;
Atys eſt trop heureux .
3 °. Dans le genre vif& paſſionné.
20 MERCURE
mêmes qui s'amuſoient le moins de ce genre
, & embarraſſa ceux qui s'y exerçoient le
plus.
On vous annonce une maiſon
A louer en toute ſaiſon .
Elle a deux portes , trois fenêtres,
Du logement pour quatre Maîtres,
Même pour cinq en un beſoin;
Écurie & grenier à foin. T
Elle eſt dans un quartier qui pourroit ne pas plaire;
En ce cas , le propriétaire,
Avec certains mots qui font peur ,
Et ſa baguette d'enchanteur ,
Emportera maiſon , meubles & locataire ,
Et tant fera qu'il les mettra
Entel endroit que l'on voudra.
On connoît cet hôtel célèbre
A ſon écriteau fingulier ,
Pris dans Barême ou dans l'Algèbre ,
Et l'on trouve au calendrier
Son nom & celui du ſorcier.
3
Il ne ſeroit pas impoſſible que M. l'Abbé
Blanchet eût pris la première idée de cette
Enigme dans ces vers du Mondain :
Un char commode avec grâces orné ,
Par deux chevaux rapidement traîné ,
Paroît aux yeux une maiſon roulante ,
Moitié dorée & moitié tranſparente.
DE FRANCE. 21
M. l'Abbé Blanchet , toujours ſans ſe nommer
, avoit publié dans ſa jeuneffe , dit M.
Duſaulx , une Ode contre les Incrédules :
" Il en uſoit dans cette conjoncture comme
» ceux qui écrivent contre les paſſions qu'ils
>> redoutent ou dont ils cherchent à ſe gué-
>> rir. » M. Duſaulx n'en cite qu'une ſtrophe,
dont les quatre premiers vers ſur-tout font
biendu ton qui convient à l'Ode.
Auxaccensde ſa voix féconde ,
L'Étre Éternel & Tout-puiſſant
Fit fortir letemps & le monde
Du ſombre abyme du néant.
Je fais, dit M. Duſaulx , que dans le temps
qu'elle parut , l'Abbé Desfontaines la traita
fort bien dans ſon Journal. Cette Ode est
apparemment celle que l'Abbé Desfontaines ,
dans ſes Obfervations fur les Ecrits Modernes
, Tome 12 , page 43 & ſuivantes ,
annonce ſous ce titre : Les Déiftes ; elle est
auffi tichement rimée que celles de Roufſeau
, & contient en effet de fort belles
ſtrophes ; entre-autres celle- ci :
Sage Raiſon , Vierge immortelle ,
Tu m'entends , tu viens en ces lieux :
C'eſt toi , ton cortège fidèle
Avec toi ſe montre à mes yeux ;
L'Attention laborieuſe
Et la Méthode induſtrieuſe
Tenant dans ſa droite un compas ;
22 MERCURE
Le Doute , enfant de la Prudence ,
Prêt à fuir devant l'Évidence ,
Qui vient lentement ſul tes pas.
Elle finit par ces trois vers , qui font le
précis du ſujet.
Soumis à Dieu , que j'ai pour Maître ,
Je fais raiſonner & connoître ;
Je fais plus , je ſais ignorer.
:
Obſervons encore , avant de quitter les
vers , un combat de modeſtie & d'amitié
propre à orner les faſtes de la Littérature
honnête & vertueuſe. M. l'Abbé Blanchet
avoit fait des vers pour être mis au bas
du portrait de M. Duſaulx , celui - ci les
trouvant modeſtement trop obligeans pour
lui , & jugeant qu'ils convenoient mieux.
à l'Auteur même a placé à la tête du
nouveau Recueil une fort belle gravure ,
repréſentant l'Abbé Blanchet , & au bas de
laquelle on lit ces mêmes vers faits par l'Abbé
Blanchet pour M. Duſaulx. Les voici :
,
Puis- je eſpérer de vivre au Temple de Mémoire ?....
Mais qu'importe après tout ? Dans le ſiècle où je vis ,
Je fais , grâces au ciel , tout le bien que je puis ,
Le vrai bien , peu connu , peu vanté dans l'Hiſtoire;
Je remplis mes devoirs , je règle mes defirs ,
J'aime la gloire enfin plus que les vains plaiſirs,
Et la vertu plus que la gloire.
Si quelqu'un objecte que ces mots : J'aime la
DE FRANCE.
23
gloire , ne peuvent convenir à un homme
qui ne ſongeoit qu'à ſe cacher , la réponſe
eſt qu'il faut prendre le vers entier :
J'aime la gloire enfin plus que les vains plaiſirs ,
& alors la propoſition eſt vraie; car l'Abbé
Blanchet s'eſt constamment refuſé aux vains
plaiſirs , & il a fini par ſe prêter du moins
à la gloire.
Quant à la proſe , apologues , contes ,
anecdotes , maximes & proverbes , tout eſt
moral & philoſophique dans ce Livre ; ce
qui l'eſt moins , eſt du moins plaifant & ingénieux;
telle eſt, par exemple, l'idée de l'apologue
, intitulé : L'Académie Silencieuse , ou
les Emblêmes. Le Docteur Zeb , Auteur d un
petit Livre excellent , intitulé : Le Baillon ,
eſt reçu en qualité de Surnuméraire à l'Académie
Silencieuſe; il falloit qu'il fit ſon remerciement
en une ſeule phrafe , il le fit
même ſans dire mot. " Il écrivit en marge le
ود
ود
ود
nombre cent , c'étoit celui de ſes nouveaux
>> Confrères ; puis en mettant un zéro devant
le chiffre , il écrivit au-deſſous : Ils n'en,
vaudront ni moins ni plus ( 0100 ). Le Pré-
>>ſident répondit an modeſte Docteur avec
>> autant de politeſſe que de préſence d'ef-
>> prit. Il mit le chiffre un devant le nombre
cent , & il écrivit : Ils en vaudront dix
» fois davantage ( 1100 ). »
24
MERCURE
Analyse courte & utile d'une immenfe
Bibliothèque Royale.
Cette Analyſe eſt en quatre maximes :
» 1º. Dans la plupart des Sciences , il n'y
> a que ce ſeul mot , peut-être ; il n'y en a
» que trois dans toute l'Hiſtoire : ils naqui-
» rent, ils fouffrirent , ils moururent.
* 2°. N'aime rien que d'honnête , & fais
> tout ce que tu aimes; ne penſe rien que
" de vrai , & ne dis pas tout ce que tu
>> penſes.
» 3 °. O Rois ! domptez vos paſſions , ré-
>> gnez ſur vous-mêmes ; ce ne ſera plus
» qu'un jeu de gouverner le monde.
» 4º . O Rois ! ô peuples ! on ne vous l'a
>> point encore affez dit , & de faux ſages
" ofent encore en douter : il n'eſt point de
>> bonheur ſans vertu , ni de vertu fans
crainte des Dieux . "
Un homme de plaiſir , qui ſe croyoit heureux
, quoiqu'il fût un peu troublé dans ſon
bonheur par l'idée de la mort , ſe propoſe
de ne plus penſer à la mort ; mais cela même ,
dit l'Auteur , c'étoit y penser. Ce mot rappelle
letrait de Moncrif paffé en proverbe:
En ſongeant qu'il faut qu'on l'oublie ,
On s'en fouvient.
:
Dans l'Hiſtoire d'Abou-Taher , Prince des
Carmathes , l'Auteur définit le fanatiſme ,
une eſpèce de reffort qui atout-à-la-fois l'énergię
DE FRANCE. 25
gie du crime & telle de la vertu. Nous croyons
que plus on méditera cette définition , plus
on la trouvera juſte & complette. C'eſt pre--
ciſément ce mêlange de crimes & de vertus
qui rend le fanatiſme ſi redourable.
Finiffons par quelques Maximes orientales:
"Les Rois ont beſoin du conſeil des fa-
>>ges; les ſages peuvent ſe paſſer de la faveur
» des Rois.
>>On peut vivre ſans frère, mais on ne
» peut pas vivre ſans ami.
:
وو
>> Lapatience eſt la clefde toutes les portes,
&le remède à tous les maux.
>>La triſteſſe qui vient avant la joie , eſt
moins triſte que celle qui vient après.
»L'impatience dans l'affliction eſt le com-
>>ble de l'affliction. »
Le volume eſt terminé pardeux morceaux
de Traduction ; l'un eſt l'Histoire de la Famille
d'Hiéron , dans le 24 Livre de Tite-
Live , l'autre , la Conjuration de Piſon contre
Néron , au 15 Livre des Annales de Tacite.
L'Éditeur juge que M. l'Abbé Blanchet a
mieux traduit Tacite que Tite-Live , & il
obſerve à ce ſujet qu'il eſt plus aiſé de rendre
la force que l'élégance . C'eſt que la force
de l'original ſoutient le Traducteur , & le
rend capable des efforts qu'elle exige. L'élégance
, au contraire , ne préſente que des
difficultés ſans fournir le même reffort pour
entriompher.
Nº. 10,5 Mars 1785 .
26 MERCURE
DISSERTATION qui a remporté le Prix
de l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres, àPâques 1784 , par M. de
- Paftoret, Conſeiller de la Cour des Aides ,
Membre de pluſieurs Académies; fur cette
-queftion: Quelle a été l'influence des Loix
Maritimes des Rhodiens fur laMarine des
Grecs & des Romains , & l'influence de la
Marinefur lapuiſſance de ces deux Peuples .
1 vol . in-8 . de 130 pages. A Paris , chez
Jombert le jeune , Libraire , rueDauphine.
L'ABUS de l'érudition dans les matières de
philofophie & de goût , inféparable preſque
de fon uſage , à l'époque de la renaiffance
des Lettres , en donnant à l'une un langage
étranger , en revêtant l'autre de formes bizarres
, devoit néceſſairement , dans un ſiècle
de lumières nouvelles , devenir l'objet du
ridicule & du dédain. Mais ce mépris retombant
enſuite ſur un des premiers inſtrumens
des connoiffances humaines , ſur la ſcience
des faits , a produit un nouveau mal plus
difficile à détruire que celui qu'il devoit
guérir. C'eſt à la philoſophie à arrêter ſur ce
point les écarts d'une opinion abſurde dans
fon principe , & dangereuſe dans ſes effers.
Dans le nombre des faits qu'on abandonne
pour l'ordinaire, & même ſans aucun effort
de modeſtie , aux Érudits de profeffion , à
ceshommes qu'on accuſe de tout connoître ,
DE FRANCE. 27
hors l'art de penſer , il en eſt quelques - uns ,
qui , à force d'ètre rapprochés , difcutés ,
éclaircis& combinés par la méthode & l'efprit
philofophique , offrent dans leurs réfultats
une ſource de rapports nouveaux ,
dont le Philoſophe ſeul a droit de ſoupçonner
l'existence. Tels font les faits qui ont
rapport à la Légiſlation des anciens peuples.
C'eſt en examinant avec ſoin leur nature &
leur cauſe , en rapprochant les différentes
Loix d'une Nation , des événemens , qui , à
la même époque , ſe ſont manifeſtés chez
elle d'une manière plus ou moins ſenſible ,
qu'on parvient à s'aſſurer de la vérité & de
l'étendue de cette influence , & à démontrer
d'une manière invincible pour les hommes
ordinaires , c'est-à-dire , par l'évidence des
faits , que la force d'un État eſt eſſentiellement
liée à la ſageſſe des Loix , & que le
malheur public a ſa ſource dans l'exécution
des réglemens arbitraires qui en ufurpent
lenom.
Telle a éré fansdoute l'opinion de l'Académiedans
le choix du ſujet offert par elle à
ladifcuffion publique. M. de Paſtoret a rempli
les voeuxde cette illuſtre Compagnie , il
atraité cette queſtion comme elle devoit
P'être , en Philofophe & en Savant.
Sa Differtation eſtdiviſée en trois Parties.
La première a pour objet l'Hiſtoire Maritime
des Peuples qui ſe ſont adonnés à la
navigation, &celle des Rhodiens en particulier.
L'influence des Lois Rhodiennes Aur
Bi
28 MERCURE
-
Ja Marine des Grecs , & l'influence de cette
Marine fur leur puiſſance , eſt le ſujet de la
ſeconde Partie; & la troiſième eſt conſacree
à faire pour les Romains un examen femblable
à celui que , dans la feconde , il a fait
pour les Grecs.
Il jette d'abord un coup-d'oeil rapide ſur
les Egyptiens , les Phéniciens & les anciens
peuples Navigateurs ; il trace avec aurant
d'exactitude que de préciſion le tableau des
progrès & de la décadence du commerce
chez ces différentes Nations.
Il paſſe enſuite à l'Hiſtoire des Rhodiens ,
de ce peuple , qui , fameux dans l'antiquité
par la ſageſſe de ſes Loix , ne ſe ſervit jamais
de la puiſſance qu'elles avoient fait naître ,
que pour affurer à toute la Grèce le libre
exercice des droits de la propriété , en la défendant
fans relâche contre les attaques des
ufurpateurs , & qui offrit à l'Univers le ſecond
exemple d'un empire exercé ſur des
peuples par des actes de juſtice coercitive.
Cet apperçu hiftorique eſt ſuivi de l'ana -
lyſe de leurs Loix Maritimes.On fait qu'elles
ne font point parvenues juſqu'à nous telles
qu'elles ont été faites. Il ne nous en reſte que
quelques fragmens inférés dans le Digeſte ,
&que les Empereurs avoient ſucceſſivement
réunis pour en faire une Jurisprudence navale,
ainſi qu'un petit nombre d'articles conſervés
par différens Auteurs , & qui ne renferment
pas même la diſpoſition textuelle
de ces anciennes Loix.
DE FRANCE. 29
M. de Paftorer , qui les diviſe en deux
claffes : Loix Pénales & Loix de Police , fait
voir que, ſous ce double aſpet , elles étoient
conçues avec la plus grande ſageffe.
»
"Un vaiſſeau mettant à la voile heurtoit
il dans le port un autre vaiſſeau ? Si celui
>> ci n'avoit pas été prévenu par des cris ou
» des ſignaux , il fallout payer tout le dom-
» mage. Les Paſſagers même & les Marelots
>> y contribuoient quelquefois. Les derniers
• eroient-ils engloutis avec le canot qui ſui-
• voit le navire ? Leurs héritiers recevoient
• la ſolde d'une année , à compter du jour
>> de leur mort , &c. »
Après avoir ſoumis à l'analyſe la plus philoſophique
les ſages Loix des Rhodiens, M. de
Paſtoret conclut ainſi : " Telles ſont ces Loix
» célèbres , monumens éternelsde la ſageſſe
>> des Rhodiens , qui , tour-a-tour , adoptées
» par les Grecs & les Romains , ſont ve-
>> nues enfuite ſe fondre , pour ainſi dire ,
• dans les Ordonnances Maritimes des peu-
» ples de l'Europe , & jouiſſent encore par
» conféquent de la gloire de préſider , au
98 moins en partie , au commerce de l'Univers
,
Dans la ſeconde Partie de ſa Differtation ,
il commence d'abord par expoſer l'état politique
de la Grèce avant qu'elle connût les
Loix Maritimes des Rhodiens , pour faire
connoître enſuite l'influence de la Marine.
Nous ne pouvons pas ſuivre l'Auteur dans
l'énumération detoutes les preuves qu'il ac-
B ii )
30
MERCURE
cumule. Il rapproche les Loix Rhodiennes
des Loix Navales de la Grèce , poſtérieures
aux autres de pluſieurs fiècles ,& confervées
dans quelques plaidoyers de Démofthène,
fur-tout dans celui qu'il fit contre
Lacritus , où se trouve un acte maritime ,
dans lequel on reconnoît tous les ufages ,
toutes les conditions preſcrites par les Loix
des Rhodiens.
* Qu'on ne penſe pas , ajoute-t'il, qu'entraîné
par un aveugle enthouſiaſme , je
>> ſuppoſe une liaiſon intime entre ces Loix
• & les progrès qui ont immortaliſé la
» Grèce. Sans elles , je le ſais , Platon eût
> inſtruit ſes contemporains ; Euripide &
>>Sophocle les euſſent attendris ; la toile eût
>> reſpiré ſous la main de Zeuxis,& lemarbre
ſous le ciſeau de Phidias ; fans elles ,
>> Démosthène eût écrâfé Philippe & défendu
" la liberté; mais ſans les Loix des Rhodiens
>> peut-être les efforts de Thémiſtocle n'auroient
été qu'impuiſfans . Oui , malgré le
courage de ce grand Homme , le pouvoir
>> de ſes ennemis , la renaiſſance des pré-
» jugés , la facilité d'être Corſaire , l'avan-
>> tage qu'il y avoit à l'être , le filence de la
>> Légiflation ſur la Marine , tout auroit
* éloigné les Grecs. d'avoir des flottes puif-
>> fantes , & ce_pays célèbre eût langui ſous
le joug des Perſes , qui l'auroient rendu tributaire.
ود
ود
Quelle fut l'influence de la Marine des
Grecs ſur leur puiſſance ? C'eſt ici que les
DE FRANCE 31
preuves naiſſent en foule ; mais les bornes
de cet extrait ne nous permettent pas de parcourir
avec M. de Paſtoret la ſucceſſion rapide
du triomphe des Athéniens , des ſuccès
de Themistocle & d'Eurybiade , jufqu'à la
guerre du Péloponèſe , que fit conclure à la
Grèce épouvantée cette longue & conftante
ſupériorité , & qui , après 27 ans de durée ,
vit expirer la puiffance d'Athènes avec la
deſtruction de ſes forces navales ; nous ne
pourrions conſidérer ſéparément quelques
parties de ce magnifique tableau , fans nuire
à l'effet de l'enſemble.
Il reſtoit à examiner linfluence des Loix
Rhodiennes fur la Marine des Romains , &
de celle-ci ſur leur puiſſance.
-L'Auteur commence par tracer l'hiſtoire
de la Navigation chez les Romains , & dé
velopper les cauſes de ſes progrès ſucceſſifs.
" Sans la crainte de Carthage , les Romains
n'euffent peut-être jamais connu la Marine.
מ
ود
Mais fi cette puiſſance maritime fut un
des principaux refforts de fa grandeur , elle
devint aufli une des plus puiſſantes caufes
de ſa décadence. " En ouvrant la commu-
>> nication avec les Grecs , elle ( la Marine )
>> avoit produit le commerce & l'opulence ,
>> qui produiſirent à leur tour le luxe & la
» dépravation...... La généroſité antique dif-
>> parut , & on érigea en axiôme cette ma-
ود xime déſaſtreuſe ,trop ſouvent adoptée
>> par les Gouverneurs des Empires , que la
Biv
32 MERCURE
>>politique & la bonne-foi font incompa-
>> tibles ; & que pour réuſſir dans la guerre
>> comme dans la paix , il faut ſavoir faire
>> uſage de l'adreſſe , de la fraude & du men-
> ſonge ..... »
M. de Paſtoret penſe , avec Gravina &
plufieurs autres Savans diftingués , " qu'on
> doit fixer au règne de Claude l'époque à
» laquelle on adopta la jurisprudence na-
> vale des Rhodiens ; c'eſt dire qu'elle n'eut
• aucune influence ſur la Marine des Ro-
» mains ; peut - être en eût- elle foutenu
> l'éclat ſans les chaînes & les bourreaux
>> dont ſe trouvoient alors environnés les
>> defcendans de Scipion , de Marius & de
>> Pompée ; mais à quelle gloire peut donc
» afpirer un peuple flétri par la fervitude
> jouer éternel de l'ignorance , des vices &
>>de la cruauté , de toutes les fureurs d'un
> maître corrompu ? ainſi , par une triſte ex-
>>périence , qu'atteſte l'exemple de tous les
>>peuples , les Loix utiles , ſoit qu'elles ver-
>> ſent des bienfaits , ſoit qu'elles corrigent
➤ des abus , ſemblent n'être produites que
> dans ces momens tardifs , où tout s'op-
>> poſe à leurs ſuccès. »
,
M. de Pastoret termine ainſi ſa Differtation.
Les Loix Rhodiennes obtintent la reconnoiſſance
& le reſpect des premières
Nations de l'Univers , comine elles obtiennent
encore aujourd'hui les hommages
de la poſtérité. Chez les Grecs , elles eu-
>> rent quelque influence ſur la Marine , qui
ود
ود
ود
DE FRANCE
3.3
1
» en eut beaucoup fur la puiſſance de l'Érat :
ود elles n'en eurent sucune chez les Ro-
> mains; mais ils durent a cette Marine leurs
>> grandes conquêtes , l'étendue de leur em-
- pire, leurs richeffes , leur éclat , leur induftrie
; &, par une ſuite néceſſaire , le luxe , "
ود la corruption & l'esclavage. >>
C'eſt de cette manière que M. de Paſtoret
a réſolu une des queſtions les plus intéreſ
ſantes que l'antiquité hiſtorique pouvoit offrir
à nos recherches. Sa Diflertation eſt accompagnée
d'un très -grand nombre de notes
intéreſlantes , dont la plupart font , par leur
nature , tellement liées au corps de l'ouvrage
, qu'on regrettera quelquefois de ne
pas voir ajoutés au fil hiſtorique des événemens
, des faits placés à la fin de chaque page.
La rapidité de ſa marche ne lui a vraiſemblablement
pas permis de les diſpoſer dans cet
ordre; mais quelques perſonnes diront peut
être que la rapidité n'eſt pas le premier devoir
de l'Écrivain dans ce genre de compofition,
fur- tout lorſque la matière eſt neuve
&difficile à éclaircir. Quoi qu'il en ſoir , M.
de Paftoret n'a pas cru que l'importance du
ſujet l'autorisat à dédaigner ces agrémens du
ſtyle , dont les Savans ſe diſpenſent d'ordinaire
avec une forte de facilité qui a bien
droit d'étonner , puiſqu'elle n'eſt pas l'ouvrage
de l'amour-propre , & qu'elle ne leur
eſt pas dictée par un motif d'intérêt. Sa manière
est forte & préciſe, ſon ſtyle vif &
animé , ſon ton ſage & modefte. Cette Dif
Bv
34 MERCURE
fertation , digne d'être placée dans le petit
nombre des Ouvrages d'Erudition Philofophique,
ne peut qu'ajouter infiniment à la
réputation d'un jeune Écrivain , qui , perfuade
ſans doute que les loiſirs du Magiftrat
appartiennent à la Société , & que fon âme
ne doit point s'uſer dans un cercle de diffipations
ou d'importantes frivolités , s'avance
tous les jours avec des forces nouvelles dans
une carrière toute remplie des noms fameux
des de Thou , des Peireſc , des d'Agueffeau ,
des Monteſquieu , dans une carrière où l'appelle
l'exemple des hommes les plus chers à
la Magiftrature & aux Lettres.
TABLEAUde lafituation actuelledesAnglois
dans les Indes Orientales , & de l'état de
l'Inde en général, par M. Briffot de Warville.
A Londres , & se trouve à Paris ,
chez Périffe le jeune , Libraire , rue du
Marché Neuf, pont S. Michel.
DANS un moment où la fermentation ,
excitée à Londres à l'occaſion des affaires de
l'Inde , fixe l'attention des Politiques de l'Europe
, & que chacun s'occupe plus ou moins
de cette contrée ſi vaſte & fi peu connue ,
c'eſt rendre ſervice au Public que de lui préfenter
unOuvrage qui réunit le double mérite
de faire connoître l'Inde , & de montrer
quelle y eſt depuis long-temps la conduite
des Anglois ; en conféquence de ce
DE FRANCE.
plan , l'Auteur a commencé le tableau qu'il
offre au Public , par l'Hiſtoire de l'Indottan
& celle des Marattes , qui forment les deux
premiers Numéros , & le Précis Hiſtorique
des établiſſemens des Anglois qui forme le
troiſième.On trouve dans ces trois Numéros
l'Histoire abrégée , mais préſentée avec chaleur
& avec clarté , de Mahmoud d'Aureng-
Zeb de Sevagi. L'eſprit philofophique
c'est-à-dire , l'amour de l'humanité , a toujours
tenu la plume de l'Auteur , & il ne
cite jamais des traits de courage & de bienfaiſance
que l'on trouve ſouvent dans cette
Hiſtoire , ni de perfidie & d'atrocité qui y
fourmillent bien davantage, ſans faire éprou
ver à ſes Lecteurs les ſentimens d'amour ou
de haine , de colère ou d'admiration dont il
eſt lui -même pénétré: on doit lui ſavoir gré
fur-tout de la franchiſeavec laquelle il écrit en
Anglererreune Hiſtoire qui préſente du côté
des Anglois autant d'erreurs que de crimes ;
& on applaudit avec plaifir à l'adreſſe avec
laquelle il juſtifie ſon projet & ſes vûes aux
yeux de cette Nation.
Nous ne citerons aucun trait hiſtorique ,
quoique nous en ayons trouvé pluſieurs qui
auroient pu faire plaiſir à nos Lecteurs ; nous
avons craint , en les iſolant , de leur faire
perdre de leur prix. En les liſant dans l'Onvrage
même , on verra que la géneroſité&
la tyrannie , l'extrême foibleſſe & le courage
, l'irreligion & la ſuperſtition font de
tous les temps & de tous les lieux.
Bv)
36 MERCURE
L'Auteur a fait précéder ſon Ouvrage d'un
vocabulaire des mots Indoſtaniques , tels que
les Anglois les écrivent & les prononcent ;
il y a joint le catalogue des principaux Ouvrages
qu'il a conſultés & cités. Ony trouve
les titres de près de 60, dont la plupart font
confidérables . On est étonné , avec raiſon ,
de la conſtance qu'il a fallu pour les lire'; &
un extrait auſſi peu volumineux que celui
qu'il offre au Public , qui eſt le réſumé d'un
auffi grand nombre de Livres , ne peut qu'être
très-intéreſſant pour les perſonnes qui prennent
quelqu'intérêt à cette partie de l'Hiftoire.
:
Cet Ouvrage , qui ſe publie par Numéro
de quatre à cinq feuilles , formera au moins
2 vol. in-s . La Souſcription eſt de 12 liv.
pour Paris , & de 15 liv. pour la Province.
VARIÉTÉS.
MOYEN de préſerver de l'Incendie les
Édifices publics & particuliers.
DANS
Ans tous les fléaux qui affligent l'humanité ,
le premier ſoin des hommes a toujours été d'y
chercher un remède ; ce n'eſt que, long-tems après
qu'ils fongent aux moyens de les prévenir : ainſi
les ouvrages de méchanique ſortent compliqués
des mains de leur inventeur ; ce n'eſt que par la
fuite qu'ils ſe ſimplifient & qu'ils arrivent juſqu'à
la perfection. On s'eſt fort occupé de nos jours des
moyens d'arrêter les progrès du feu dans les bâti
DE FRANCE. 17
mens incendiés; le zèle & les lumieres de quelques
artiftes , ſecondés par des magiftrats bienfaifans
par un gouvernement ami de l'humanité , ont obtenu
les plus grands ſuccès à cet égard ; mais ſi les
incendies font aujourd'hui moins effrayans , moins
terribles qu'autrefois , ils ne ſont encore que trop
redoutables , les ſecours même les plus prompts les
plus efficaces , ne peuvent arrêter ce flean qu'apres
qu'il a manifeſté ſes ravages , qu'il a déjà détruit
quelques poffeffions , ſouvent confumé quelques
victimes; & l'on a beau le combattre avec avantage,
il y en auroit fans doute beaucoup plus à le prévenir.
On l'a déjà tenté plufieurs fois en Angleterre , où
la conſtruction des maiſons, & la difette de ſecours
cauſée par le defaut de police , rendent les incendies
encore plus redoutables qu'ici. Nous avons vu même
àParis , depuis pluſieurs années , quelques effais infructueux
dans ce genre. M. Ango , architecte , juréexpert,
propoſe un nouveau moyen qui paroît atteindre
lebut deſiré , & qui , à cet avantage , en joint
beaucoup d'autres également intéreſſans.
,
Il ne pouvoit l'offrir dans des circonstances plus
favorables ; pluſieurs exemples funeſtes & récens
affligent encore la mémoite : la foire St Germain ,
deux falles d'Opéra , le Palais , l'hôtel- Dieu , се
dernier édifice fur-tout , dont la deſtruction offre à
la ſenſibilité le ſpectacle déchirant d'une foule de
malheureux , trop foibles pour ſe ſecourir euxmêmes
, trop nombreux pour être ſecourus Ce qui
vient d'arriver à l'hôtel de Toulouſe eſt fait poar
rauimer les alarmes. La vigilance active des magiltrats
&de leurs préposés a empêché le défafire d'être
plus conſidérable ; mais elle n'a pu l'empêcher
d'arriver. M. Ango rendra donc à la nation le plusimportant
ſervice , s'il parvient à garantir les édifices
publics &particuliers d'un pareil accident. Le moyen
qu'il a imaginé , eſt de ſubſtituer au bois , dans les
38 MERCURE
bâtimens , le fer employé en bien moindre quantité ,
&en conftruiſant les ourdits en plâtras & plâtre ou
mortier , comme ſont conſtruits les âtres ou foyers
de nos cheminées .
Au lieu d'être arrêté par les préjugés de l'habitude,
qui engagent ſouvent à rejeter ſans examen toute
idée nouvelle , ſi l'on veut réfléchir mûrement à
celle deM. Ango , la conſidérer en détail , on verra
qu'il est très- poſſible de profcrire le bois de tous les
édifices indiſtinctement , au moins pour tout ce qui
conſtitue le corps dela bâtiſſe , tel que les planchers ,
lescombles , les cloiſons ,&tout ce qui peut y avoir
rapport ; mais on peut conſerver dans l'intérieur des
maiſons les acceſſoires qu'on eſt dans l'habitude de
faire enbois , comme les portes , les croisées , les
lambris , quoique avec une légère augmentation
dans les frais , il ſoit encore poffiblede s'en paſſer. *
Une Académie de province à propoſé, il y a quelque
tems , un prix pour celui qui indiqueroit le meilleur
moyend'arrêter les incendies. Il n'en eſt aucun plus
certain ſans doute que celui d'éviter les combuftibles
parmi les matériaux de conſtruction. Ce moyen eſt
faciledans les villes où le fer est commun ,& même
dans la plupart des campagnes ; celles où l'on ne
peut abſolument s'en procurer en affez grande abondance,
n'ont d'autre reſſource que d'iſoler leurs bâtimens
, & d'éviter de les mettre ſous le vent les uns
des autres.
Les planchers proposés par M. Ango , confiftent
en deux armatures de fer , compofées chacune de
deux barres poſées l'une ſur l'autre. La barre ſupé.
rieure qui eſt courbe , eſt arrêtée par les extrémités
* L'Auteur a fait faire , il y a environ 12 ans , une croifée
avec ſes volets , de même forme que la menuiferie , en fer
&en cuivre , les moulures dorées &les panneaux des volets
encuivre rouge poli .
DE FRANCE. 39
fur l'inférieure qui préfente une ligne droite. Elles
font foutenues de diſtance en diſtance par des brides ,
fans pouvoir s'allonger , ni ployer dans toute leur
longueur. Elles font réunies par des bandes de petit
fer plat, pour foutenir l'ourdit de plâtras & de plâtre
qui doit être fait entre deux. D'après ſes calculs la
dépenſe eſt parfaitement la même que dans la maniere
ordinaire pour les maiſons des particuliers ;
dans les monumens publics , elle pourroit excéder
d'un quart ou d'un tiers; mais on le regagnera bien ,
fi l'on fonge à la ſécurité qui en réſulte , &même
au produit futur des démolitions.
Parmi la foule d'avantages que préſente cenouveau
procédé, on doit compter pour beaucoup l'épargne
des bois , dans un tems où la France eſt menacée
d'en manquer , où le zèle s'occupe des moyens de le
multiplier,de le remplacer, où le gouvernementprotége
tout ce qui en peut diminuer laconfommation.
-Le fer en proportion n'est pas à beaucoup près audi
rare : il a d'ailleurs l'avantage de rendre les planchers
plus légers& moins épais ; de donner aux appartemens
une diſtribution plus commode , en laiſſant la
liberté de placer les cheminées où l'on veut ; de difpenfer
les murs de ces chaines de pierre , avec lefquelles
on eſt dans l'ufagedeles bâtir; enfin ,comme
nous l'avons fait remarquer , de donner aux maiſons
une plusgrande valeur réelle, ſans cauſerunedépenſe
plus grande: le fer étantla ſeule choſe qu'on puiffe retirer
des décombres d'un édifice totalement incendié.
On doit accueillir avec d'autant plus d'empreſſement
les moyens de ſe paſſer de bois de charpente ,
que ceux dont on ſe ſert aujourd'hui font mal
équarris , pleins d'aubier , de noeuds ; ſouvent on
les emploie encore verds , on les place très-imprudemment,
& par leur prompte pourriture ils occafionnent
des réparations fréquentes & toujours très- difpendieuſes.
40 MERCURE
M. Ango a fait le premier eſſai de fon procédé
dans fa maiſon rue St. Victor , oùsì a établi une
forge pour être à portée de ſe rendre compte de ſes
dépenſes. L'annonce en a été faite dans le journal de
Paris les 8 janvier & 22 avril 1782. Tous les amareurs
qui l'ont viſitée lui en ont témoignéla plusgrande
fatis faction . M. Dumont , architecte connu très-avantageuſement
par ſon mérite , incapable de cette baſſe
jalousie qui déshonore trop ſouvent les artiſtes ,
jaloux ſeulement de profiter d'une découverte heureuſe
, en rendant juſtice à ſon auteur , a fait uſage
du moyen de M. Ango pour la terraſſe d'une maiſon
rue d'Antin, au coin de celle des Petits champs, ſous
la direction de l'auteur lui-même , & M. Damont
s'eſt empreſſé d'en publier l'effet avantageux. Le
modèle en a été préſenté à l'Académie d'Architecture,
qui a nommé des Commiſſaires pour l'examiner.
Beaucoup de planchers ſemblables s'exécutent déjà
tant à Paris qu'en province; une invention auffi heureuſe
doit en effet avoir un prompt ſuccès. L'auteur
vient d'en exécuter un à Boulogne , près Paris , dans
une étendue de 19 pieds ſur 16 avec 8 pouces au
plus d'épaiffeur ; & au pavillon de la Souche , pres la
Machine de Marly , il vient de faire de la même
*façon une ſalle de billard de 22 pieds for 16 qui n'a
pas moins bien réuffi.
Jamais peut- être on ne s'eſt tant occupé d'architectureque
dans ce fiècle; mais tandis que d'autres
dirigent leurs recherches du côté des embelliſſemens
&de la commodité , M. Ango a porté ſes vues vers
des objets plus utiles. If vient encore d'imaginer un
moyen de débarraffer les combles de nos édifices des
cheminées qui y paſſent extérieurement , & qui ne
ſont pas moins désagréables à la vue, que dangereuſes
par leur chûte. Il propoſe donc d'en porter toutes les
ſues au fairage , & ce procédé, qui ſertà la décoration
, qui eſt beaucoup plus économique , & qui
DE FRANCE. 41
délivre la tête des citoyens d'un péril deplus , a encore
l'avantage de parer à beaucoup d'inconvéniens
qu'occaſionne l'amas des p'uies & des neiges. Le
ſuccès leplus décidé doit récompenfer des découvertes
auffi heureuſes, qui ne prouvent pas moins de talens
dans M. Ango que d'amour pour l'humanité.
Sa demeure actuelle eſt ſur le quai de l'Ecole près le
Pont-Neuf.
ANNONCES ET NOTICES.
RACUEIL
ACUEIL des Edits , Déclarations & Lettres-
Patentes enregistrés au Parlement de Flanare , des
Arrêts du Conseil d'Etet, particuliers àfon Reffort ,
&desArrêts de Réglement de cette Cour depuis fon
érection en Confeil Souverain de Tournay; dédié à
Mgr. Hue de Miromeſnil , Garde-des - Sceaux de
France, en pluſieurs Volumes in -4°. Propoſé par
ſouſcription. A Douay , chez Simon , Libraire , fur
la Place. AParis , chez Méquignon l'aîné , Libraire ,
rue des Cordeliers , vis à-vis celle Hautefeuille, &
chez les principaux Libraires du Royaume.
On payera en ſouſcrivant 8 liv. & pareille ſomme
à la livraiſon de chaque Volume en feuille juſqu'à la
dernière, dont le payement aura éré anticipé par
celui fait au moment de la ſouſcription. Les frais
de port feront au compte des Souſcripteurs. Le
premier Volume paroîtra au mois de Juillet prochain
, & les autres ſucceſſivement de trois en trois
mois ; chaque Volume ſera composé de 800 pages ,
même papier & même caractère que le Proſpectus ,
qui ſe diſtribue gratis aux Adreſſes ci deſſus.
LOGIQUE Françoise pour préparer les jeunes
gens à la Rhétorique , par M. l'Abbé Hauchecorne ,
42 MERCURE
de laMaiſon& Société de Sorbonne , Profeſſeur de
Philofophie au Collège des Quatre - Nations. A
Paris , chez l'Auteur , au Collège des Quatre- Nations
; Belin , Libraire , rue S. Jacques , près S.
Yves , & Colas , Libraire , Place Sorbonne.
Cet Ouvrage nous a paru mériter la réflexion du
Cenſeur dans l'approbation qu'il en a donnée. L'Auteur
, dit- il , a fenti la néceffité d'apprendre aux
jeunes gens à penſer avant de les appliquer à la
compofition,& de quelle utilité il ſeroit de rapprocher
deux Arts qui n'en faisoient qu'un ſeul avant
Socrate, c'est-à-dire , de réunir l'Art de bien penſer
à l'Art de bien dire.
--
VOYAGE de Sicile. Dixième Chapitre; par
M. Houel , Peintre du Roi. A Paris , rue du Coq
Saint Honoré. Ce Chapitre achève de faire
connoître les intéreſſantes particularités du Théâtre
de Taormine , dont les Vûes & les Plans ont
rempli tous les Chapitres précédens , avec l'explication
des uſages de ce genre d'édifices chez les
Grecs & les Romains. On paſſe en revue les divers
Tombeaux antiques , dont on donne en deux Planches
les Vûes & les Plans , caſuite le Diſcours fait
connoître les autres détails; après quoi l'Auteur nous
décrit les Édifices au moyen deſquels les habitans
de Taormine confervent dans ce pays élevé une
fuffifante quantité d'eau pour tous leurs uſages , &
il explique comment ces eaux parviennent des fources
éloignées; il fait voir les Plans & les Vûes intérieures
d'un de ces Édifices , appelé Réſerve d'eaux .
La quatrième Planche préſente la Vûe perſpective
d'unGymnaſe , ſuivie de ſon Plan & de ſon Élévation
géométrale , avec les explications qui prouvent
que cet Édifice n'a pas dû être une Naumachie , mais
un Gymnaſe, & il explique ce qu'étoient ces Édifices
chez les Anciens...
DE FRANCE.
43
La fixième Planche eſt la Carte de l'Ethna. L'Auteur,
avant de quitter Taormine, donne par anticipation
une idée préliminaire de la hauteur & de la
forme de l'Ethna , dont il va s'occuper dans les Chapitres
ſuivans. Cette Deſcription termine cette Livraiſon
d'une manière intéreſſante par les connoiffances
qu'il offre de l'extérieur du plus grand Volcan
qui ſoit en Europe.
On voit que ce grand Ouvrage marche à ſa fin ,
&qu'on ne peut que defirer de l'y voir parvenu.
DĖLASSEMENS de l'Homme Sensible , ou Aneedotes
diverſes , par M. d'Arnaud. Tome cinquième ,
neuvième Partie. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Poſtes , près l'eſtrapade , maiſon de M. de Fouchy ,
& la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs- Libraires ,
rue des Mathurins.
On ne fauroit trop engager l'Auteur à continuer
cetOuvrage utile& intéreſſant.
CORNELIUS Nepos, in- 12. Prix , 6 liv. relié en
veau doré ſur tranche. A Paris , chez Barbou , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
L'Edition précédente du Cornelius Nepos étant
épuisée, M. Barbou s'eſt vû obligé de le réimprimer
pourcompletter ſa belle Collection des Auteurs Latins
, dont il exiſte ſoixante - huit Volumes. Celui
que nous annonçons méritedes mêmes éloges.
On trouve chez le même les Livres ſuivans :
Leçons Elémentaires d'Histoire Naturelle , par le
Père Cotte , in- 12. Prix , I livre relié en parchemin.
-Etrennes du Chrétien , in 32. Prix , 2 liv. en
maroquin.- Les mémes en veau doré. Prix , I liv.
4 fols.-Et le Calendrier du Limousin.
ODE fur la Paix , par M. Labrat. A Paris ,
MERCUREau
Louvre , ſousle veſtibule du Coq , & chez les
Marchands de Nouveautés.
Il y a dans cet Ouvrage des fautes, telles que
mânesfacrées au lieu de mânes facrés , qui annoncent
un jeune homme , & quelques détails qui promettent
du talent. Voici une ſtrophe qui juftifie cet
éloge.
Tremblez , fiers rivaux de la France ,
Trop vains d'un ſiècle de ſuccès ;
Louis commande à la vengeance
D'épuiſer ſur vous tous ſes traits.
Affez long-temps de vos ravages
On a vû gémir nos rivages ,
Que vous braviez par vos mépris :
Votre Léopard moins fuperbe ,
Déſormais étendu ſur l'herbe ,
Ne dévorera plus nos lys.
ORLÉANS délivré , Poëme en douze Chants ,
in - 12. Prix , 2 liv. 10 ſols relié. A Bruxelles , chez
Savena , Libraire , & le trouve à Paris , chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguſtins , & la
Veuve Eſprit, au Palais Royal.
Laçons Élémentaires de Mathématiques , contenant
les Principes de l'Arithmétique , de la Geométrie
, de l'Aſtronomie , des Météores , de la Méchanique
& de l'Algèbre , par M. P. D. L. F. , de
l'Académie des Sciences , Arts & Belles- Lettres de
Châlons-fur-Marne , & de la Société des Antiquités
de Caffel, Tome II . A Paris , chez la Veuve Ballard
&fils , Imprimeurs du Roi , rue des Mathurins.
Nous avons annoncé avec des éloges mérités le
premier Volume de cet eftimable Ouvrage. Le
ſecond ne mérite pas moins d'être accueilli par le
Public.
DE FRANCE.
45
-SUPPLÉMENT aux deux Rapports de MM.
les Commiffaires de l'Académie & de la Faculte de
Médecine , & de la Société Royale de Médecine , in-
4°. Prix , 1 livre 16 fols. A Amſterdam ; & ſe
trouve à Paris , chez Guffier , Imprimeur- Libraire ,
au bas de la rue de la Harpe.
MÉMOIRESfur le premier Drap de Laineſuperfine
du cru de la France : lû à la rentrée publique de
AcadémieRoya'e des Sciences , le 21 Avril 1784 .
parM. d'Aubenton , de la même Académie. Secon le
Édition , d'après celle du Louvre. A Paris , chez Ph.
D. Pierres , Imprimeur-Libraire , rue S. Jacques ;
Debure l'aîné ; Didot le jeune , & Gogué & Née de
la Rochelle.
Nous avons entretenu nos Lecteurs de la précieuſe
découverte qui fait le fujet de certe Brochure.
Le même Savant , toujours occupé d'objets utiles ,
vient de publier un autre Mémoire ſur les Indigeftions,
qui commencent à être plus fréquentes pour
la plupart des tommes , à l'âge de 40 ou 45 ans , là
à la Société Royale de Médecine. Ce Mémoire ſe
trouve auſſi chez les Libraires nommés ci- deſſus.
ÉTAT' actuel de la distribution des Rentes de
Hôtel- de- Ville de Paris , pour fervir de Supplément
àla Jurisprudence des Rentes; par M. de Beaumont,
Penſionnaire du Roi. Fr , 1 liv. 10 ſols broché.
A Paris , chez l'Auteur , rue Montmartre , Nº . 219.
On y trouve la diſtribution de la caiſſe des arrérages
, faite aux dix nouveaux Payeurs des Rentes.
L'Auteur a encore des exemplaires de la troiſième
Édition de la Jurisprudence des Rentes , ou Code
des Rentiers , Ouvrage reconnu urile. Prix , 3 liv.
broché. Les perſonnes de Province qui defireront ſe
procurer ces deux Ouvrages , les recevront , frang
deport par la poſte, en s'adreſſant à l'Auteur.
46 MERCURE
TABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & Computation des degrés
de Parenté,fuivant le Droit Civil & le Droit Canon,
par M. C ** , ſuivi du texte de la Coutume de Paris.
A Paris , chez Leboucher , quai de Gevres , vol.
in - 32 . Prix , 1 liv. 16 fols relié.
La Demande acceptée, peint par N. C. Lépicié,
Peintre du Roi, Profeſſeur en ſon Académie
Royale de Paris , gravé par Charles Ch. Cl. Bervic
Graveur du Roi , des Académies Royales de Paris &
de Rouen. Prix , 16 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue
SaintÉtienne-des-Grès , nº. 26 , & chez Mlle Lépicié,
Cloître Saint Louis du Louvre.
Cette Eſtampe eſt gravée avec ſoin , eſt d'un bel
effet,&rend toute l'expreſſion de l'original.
NUMÉROS 145 , 146 , 147 & 148 du Journal
d'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine , pour lequel
enſouſcrit chez M. Bailleux , Marchand de Muſique
du Roi , rue S. Honoré , près celle de la Lingerie .
à la Règle d'or. Prix de l'abonnement , 36 liv. &
42 liv. franc de port .
Ce Journal, qui en eſt à ſa ſeptième année , continue
dejouir du plus grand ſuccès. Il eſt toujours
fait avec beaucoup de ſoin ; il paroît même que
l'Éditeur a fait de nouveaux efforts pour y répandre
encore plus de variété , ce qui est toujours l'un des
premiers mérites dans les Collections de cette eſpèce.
DEUXIÈME Recueil de petits Airs de chant
avec accompagnement de Piano-Forté ou de Harpe
dédié à Mme Lebrun , par M. Martini. Prix, liv.
AParis , chez le Portierde M. le Normant d'Étioles ,
quedu Sentier , N. 34.
Lenom deM. Martini eſt untitre favorable pour
DE FRANCE. 47
tout Ouvrage de Muſique, & nous croyons que le
Public n'applaudira pas moins aux Airs de ce Recueil
qu'à ſa Dédicace.
NUMÉROS 13 , 14, 15, 16 & 17 des Feuilles de
Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin. Prix ,
1 liv. 4 ſols chaque. Elles paroiſſent tous les Lundis.
AParis, chez Couſineau père & fils , Luthier de la
Reine, rue des Poulies, & Salomon, place de l'École.
BOUQUET Lyrique , ou huit Romances avec accompagnement
de Guittare , par M. Morin , Amateur.
OEuvre Premier. Prix , 4 liv. 16 fols. A Paris ,
chez Coufinean , Luthier de la Reine, rue des Poulies
, & Mlles River & Lebeau , Marchandes de Muſique
, galerie du Palais Royal.
Le choix des paroles nous a paru fait avec goût.
SIK Duos concertans pour deux Flûtes , par M.
JeanCanal , mis au jour par M. Muſſard, Maître de
Flûte. Prix , 6 liv. A Paris, chez M. Muflard , rue
Aubry-le-Boucher , maiſon du Marchand de Vin ; à
Verſailles , chez l'Auteur , Muſicien du Roi , rue de
la Pompe.
NUMÉRO 22. Ariettes & Petits Airs arrangés
pour le Clavecin ou la Harpe, par M. Drux le jeune ,
Maître de Clavecin. Prix ſéparément , 2 liv. 8 ſols;
abonnement pour 24 Cahiers , 36 & 48 liv . A Paris ,
chez Mlle Girard , Marchandede Muſique , rue de
laMonnoie , à la Nouveauté.
:
RECUEIL pour la Harpe , contenant un Prélude
& une Sonate de l'Auteur , avec accompagnement de
Violon , une Romance , les Airs de Figaro & Malbroug
, variés & autres , & un Duo de Zémire &
49 MERCURE
Azor , accompagné de deux Harpes , par M. Pétrini.
OEuvre Sixième. Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez
l'Auteur , rue Montmartre , No. 272; Mime Borelly ,
rue Faydeau , à l'Ariette du Jour , & à Versailles ,
chez Blaizor , rue Satory.
*
FAUTE à corriger. Le Traité Élémentaire de
Morale & de Bonheur, annoncé dans l'un des précédens
Numéros , ſe trouve chez Royez , quai des
Auguſtins.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
EPITRE à Mlle Em. de
P** , 3
Impromptu , 6
Prix de l'AcadémieRayale
des Inscriptions & Belles-
Lettres , 26
Cnarade, Enigme& Logogry- Tableau de la ſituation acphe
, 7 tuelle des Anglois dans les
Apologues & Contes Orien- Indes Orientales . 34
taux , 9 Vaviérés , 36
Disfertation qui a remporté le Annnoces & Notices , 41
APPROBATIΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi s Mars 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A
Paris , le 4Mars 1785. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
1
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Janvier .
ES Monténégrins , ſelon des récits très-
Lincertains ont exécuté de nouvelles
Vépres Siciliennes , en maſſacrant tous les
Turcs qui ſe ſont trouvés au milieu d'eux":
après cette boucherie, ils ſe ſont ſauvés dans
laDalmatie Vénitienne. On ne nomme ni
lejour , ni le lieu , ni les circonstances de
cet événement.
On parle toujours beaucoup de nos armemens
, de nos efforts maritimes , de nos
conſtructions , des ingénieurs , des directeurs
de nos chantiers & du Capitan Bacha.
Si tout ce qu'on débite a un fondement , il
faut croire que cette émulation produira enfin
quelques effets vilibles .
Des brigands de la Servie ont pillé dernierement
une caravanne qui alloit de Niſſa
Conſtantinople : ils font commandés par
Nº. 10,5 Mars 1785 . a
( 2 )
un ancien chef d'une compagnie de Janiffaires
. Quelques Agas du même corps étant
foupçonnés de connivence avec ces voleurs
ſi multipliés , le Pacha de Belgrade en a fait
arrêter trois dont on attend lapunition .
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 10 Février.
Dans la nuit du 23 au 24 Janvier, on a
reſſenti à Socbyc quelques ſecoufles légeres
de tremblement de terre .
Le 12 Janvier on a fait à Chriftiania l'inauguration
folennelle de la Bibliotheque
publique, placée dans plafieurs falles de la
cour du Tribunal ſuprême. Indépendamment
d'une collection conſidérable d'objets
d'hiſtoire naturelle , elle renferme actuellement
environ 10,000 volumes. Cette bibliotheque
a été fondée par le Confeiller de
Chancellerie Deichman , & augmentée par
le Conſeiller de juſtice Bartholin .
Voici en ſubſtance les principaux changemens
faits dans l'Armée . Un régiment de Cavalerie ne
ſera compoté à l'avenir que de quatre eſcadrons ;
le traitement annuel du Chef d'un eſcadron ſera
de 750 rixdalers. Les deux régimens de Huſſards
formeront deux corps particuliers , & chacun ſera
compoſé de deux eſcadrons.Les Commandans de
chaque corps auront chacun 1000 rixdalers d'appointemens.
Les régimens d'Infanterie ne feront
compolésdorénavant que de deux compagnies de
Grenadiers & de huit de Mouſquetaires. Le trai(
3 )
sement du Chefde la cormpagnie ſera de 700 rixdalers.
Deux régimens formeront une brigade ;
mais pour les diftinguer enſemble , le ſecond régiment
de la brigade aura un rebord blanc au
collet. Il y aura à chaque régiment fix enteignes.
Les régimens de Copenhague confifteront en 800
hommes enrôlés & en 790 nationaux; ceux de
Jutlande en 500 enrőlés & en 1090 nationaux ;
& ceux de Holſtein en 1000 enrólés & en 500 nationaux.
Cette nouvelle formation aura lieu le
premier du mois prochain.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 15 Février.
La Princeſſe d'Aſchkow , Préſident de
l'Académie des Sciences de Pétersbourg ,
vient de poſer elle-même le buſte de feu
Léonard Euler fur fon piedestal dans le ſallon
de l'Académie. En même temps , elle
a félicité l'aſſemblée d'avoir compté un fi
grand homme parmi ſes membres , & s'eſt
glorifiée de l'honneur d'en pofer l'image ,
comme le véritable ornement de cette falle.
Lebufte en marbre de Carrare fait honneur
à l'Artiſte , M. Rachette , Profeſſeur de Sculpture&
de Peinture à Berlin. Les Académiciens
ont fait les frais de cet ouvrage : la
colonne de marbre italien eſt un préfent de
la Princeſſe d'Afchkow .
Selon des lettres de Cherſon, les constructions
ſe poursuivent avec activité dans les
ports de la Crimée : là Gloire de Catherine II,
L
22
( 4)
vaiſſeau de ligne de 74 can . , a été lancé
dernierement : fix autres vaiſſeaux du même
rang font fur les chantiers , & fept frégates à
l'embouchure du Nieſter. Si ces détails font
bien avérés , voila la mer Noire ſur le point
de recevoir des flottes , qui probablement
ne font pas deſtinées à en aſſurer la tranquillité.
"Un Journal Allemand très - eſtimé offre
les détails ſuivans ſur la ville de Brandebourg.
Cette ville compoſée de la vieille & de la
nouvelle ville , renferme 1297 maiſons , 6 Eglifes
& 2 grands Colieges L'année dernière le Roi
lui a accordé 50,000 rixdalers , pour être employés
en diverſes constructions & réparations.
En 1782 on y comptoir une population de 2930
ames , dont 4246 hommes , & 4734 femmes, A
cette population , il faut ajouter celle de l'Etat
Militaire en garniton dans cette ville , & qui
montoitdans la mêmeannée à 2,290 ames ; ſavoir
1042 hommes , 529 femmes , 336 garçons & 383
filles . La même année , on y a compté 1585 mariages
, 76 yeufs & 281 veuves. Ces mariages ,
d'après le nombre moyen de 6 années d'énuméra .
tion , produisent annuellement 275 enfans , ce
qui fait une naiffance fur cinq mariages & fept
neuviemes. La proportion des naiſſances aux vi
vans eft commer à 31 , & celle des morts aux
vivans comme 1 à 39 , Sur 132 perſonnes de la
population ,on ne peut compter qu'un ſeul mariage.
Indépendamment des Agriculteurs , qui font
au nombre de 138 , on y a compté en 1784 ,
134 Maures Drapiers qui fabriquent par an en
viron 5,703 pieces de draps & autres étoffes de
laine de la valeur de 89,844 rixdalers ; on en a
( 5 )
exporté cette année pour 23 648 rixdal rs ; le
reſte a été employé dans le pays; 6 Fabricans de
ras & d'étamine , qui fourniffent par an environ
443 pieces de la valeur de 5,011 rixdalers ; il
en a été exporté pour 1102 rixialers ; 15 Maitres
&Fabricans de bas de laine , qui fabriqunt par an
environ 530 douzaines de pa'tes de bas de la valeur
de 3401 rixdalers , on en a exporté pour
945 rixdalers ; 10 Maîtres Chapeliers qui fatriquent
par an environ 6809 cha eaux de la valeur
de 4073 rixdalers ; la plupart de cette marchandiſe
eſt confommée dans le pays ; to Maitres
pour tondre & pour fouler le d ap ; 86 Maitres
Tifferands qui fourriſſent par an pour environ
18,883 rixdalers de tolle ; l'exportation de cette
marchandiſe forme un objet d'environ 2,160 rixdalers
; 60 Maîtres Tailieurs ; 108 Cordonniers ;
9 Tanneurs , 10 Paſſementiers ; 11 Fabricans de
papier colorié , qui fabriquent par an environ
22 ballots de cette marchandiſe de la valeur de
880 rixdalers ; on en a exporté pour la valeur
de 100 rixdalers : 65 Braffeurs de bierre ; 88
Braffeurs d'eau-de- vie; 37 Boulangers : il leur
faut par an pour faire du pain environ 388 wi
pels ou muids de froment , 1386 muids de ſeigle;
17 Bouchers ; 45 Pecheurs ; 25 Regratiers ;
Aubergiſtes; une Fabrique de futaine , où l'on
fabrique par an environ 2379 přeces de la valeur
de 21764 rixdalers ; on n'en a exporté que pour
la ſomme de 711 rixdalers ; 7 Marchands qui
vendent des marchandises de fabrique ; 20 Marchands
de drap & de toile , & 32 Epiciers -Dro
guiſtes. Le nombre des familles juives dans cette
ville monte à 21 .
12
DE BERLIN , le 14 Février.
M. de Ségur eft parti d'ici pour Pétert.
23
( 6 )
bourg , d'où étoit arrivé M. de Diecker' ,
courier du cabinet ; on le croyoit charge de
dépêches politiques , mais il eſt deſtiné pour
Montpellier.
Le 25 Janvier, mourut dans ſes terres le Lientenant-
Général de Werner , d'une colique hémorroïdale
, qui l'a emporté dans vingt- quatre
heures , à l'âge de 78 ans. Il avoit ſervi le Roi
trente- trois ans , & la maiſon d'Autriche pendant
vingt-neuf; diftingué dans l'un & l'autre ſervice
par fon courage , par ſa droiture , par ſfon humanité.
Il étoit né enHongrie en 1707.. 1
L'Impératrice de Ruffie vient de faire remettre
à la régence de Stettin, par les mains
de ſon Miniftre en Pruſſe, le Prince Dolgorucki
, une médaille d'or , de 36 ducats ,
frappée en mémoire de la réunion de la Crimée.
Il eſt ſorti l'année derniere du port de
cette même ville de Stettin 1282 navires de
toutes nations , & il en eſt entré 1160.
Sa Majefté ayant accordé aux Catholiques de
Potzdam le libre exercice de leur culte , nommément
celui desBaptêmes &de la Bénédiction
nuptiale; le 3. de ce mois , on a célébré cette
derniere pour la premiere fois. Pour ajouter à la
folemnite , la Muſique de l'Opéra , de la Chapelle
royale , & celle du Prince royal ſe rendirent à
l'Egliſe ; le Prince de Pruſſe, le Commandant
de la ville & d'autres perſonnes de marque ont
aſſiſté à cette cérémonie.
Le 27 Janvier , on a perdu ici Benjamin
Calau , Peintre du Roi, qui avoit retrouvé
le ſecretde la cire Punique, dont les anciens
ſe ſervoient dans la Peinture. Sa famille
reſte en poffeffion de cette méthode de ré
( 7 )
foudre la cire dans l'eau , & de l'employer
au lieu d'huile.
Le Roi a jugé à propos de défendre l'importariondes
marchandiſes ſuivantes dans ſes Etats en
deçà de la Weſer, poury être consommées ; ſavoir,
galons de foie , laine , coton & fil , vinaigre de
bierre , guimbardes , ſeranus , ſouricieres , tirebouchons
, paniers & corbeilles d'oſier ou de fil
defer , huile de lin , fas , cribles & tamis , haches
, coignées , fourches , beches , crocs , rateau
de fer&de bois , poudre à poudrer & ami
don, ſavon noir & vert , boucles , boutons de
chemiſe & anneaux d'acier de métal de compofit ,
tion , d'étain & de fer, dragées de plomb , trébuchets
, perles de cire , chaînes d'acier pour mone
tres , écuelles , affiettes & autre vaiſſelle neuve
d'étain & ganis de peau , foie , coton , fil &
laine doublés ou non , les gands de peau de Dannemarck
exceprés .- Les marchandiſes ſuivantes
paieront à leur importation so pour cent , ſavoir,
agrémens de ſoie , miſere & fil , poids qui s'emboîtent
; éventails ; manchons & autres parures
de plumes , gands de peau de Dannemarck, mou
lins à café & à épicerie de toutes les eſpeces , &
aiguilles à coudre. Lacire à cacheter ne paiera à
fon importation , que 20 pour cent.
,
Le Roi a aſſigné un fonds conſidérable
pour les travaux de pluſieurs nouveaux canaux
, qui feront faits dans la Marche Electorale.
Le nombre de grands &de petits bâtimens
arrivés l'année derniere à Elbingue ,
monte à 1547 , & celui des bâtimens qui en
font fortis , à 1182.
a 4
( s )
1
DE VIENNE , le 16 Février. ;
Les nouvelles du moment n'étant que
des bruits vagues , ou répandus à deſſein
pour maſquer l'avenir , il eſt inutile d'entretenir
nos lecteurs de ces rapports qui ferolent
détruits avant que le Journal fût imprimé.
L'opinion des obfervateurs ſenſés
flotte toujours dans l'incertitude ; le parti
prudent eſt de ne rien croire juſqu'à la démonstration
.
Le Prince Czartorinski , dont la vie , diton
, a été menacée à Varſovie, eft chefde la
Garde Noble de l'Empereur en Gallicie : il
ſe trouvoit pour ſes affaires dans la capitale
de la Pologne : on ajoute qu'immédiatement
après la découverte du complot feint
ou réel , le Prince expédia des couriers à
Vienne & à Pétersbourg : il eſt attendu ici
inceſſamment. Probablement cette intrigue
reſtera long temps ſous un voile épais.
Le carnaval eſt ici très-brillant & trèsanimé.
Un Poëte allemand avoit traduit la
Comédie françoiſe du Mariage de Figaro ;
on en a permis l'impreſſion , en défendant
de la repréſenter.
LeGouvernement a pensé que l'on pouvoit
fans crainte laiſſer entre les mains de la
partie du public qui lit & qui raiſonne , certains
objets qui doivent être dérobés à la
curiofité de celle qui n'a que des yeux &
des oreilles.
(و )
On doit donner dans peu une fuperbe fête,
'dans le vaſte emplacement de l'orangerie à
Schoenbrun ; il y aura un grand nombre de tables
dreſſées ſous les orangers , & la vue y ſera
auſſi agréablement flattée que l'odorat . Aux deux
extremités de la falle, on dreſſera deux théatres
fur leſquels-feront repréſentés en même temps
des opéras Allemands & kaliens. Si le temps eft
favorable , la Cour s'y rendra en traîneaux.
Il eſt queſtion d'abolir les Majorats dans
les Provinces héréditaires de la Monarchie :
cette meſure eſt aujourd'hui débattue dans
les Conſeils de S. M. I.
Les conſtructions qui avoient été ordonnées
ici par l'Empereur , & fufpendues enfuite
, feront continuées. L'Augarten ſera
aggrandi , le grand Hôpital ſera élevé à 4
étages , & il aura 4 entrées principales , 6
cours & 250 falles.
Les horlogers ont obtenu la permilion
-de faire venir de l'étranger les rouages , les
aiguilles & les refforts pour la fabrication
des montres , en obtenant pour cet objet
des paſſeports , & en payant les anciens
droits de Douane.
L'éducation publique des enfans a été autrefois
très- négligée dans le Royaume de Bohême.
On voyoit à peine dans ce pays , qui renferme
une population de plus de deux millions d'ames ,
14000 enfans qui alloient aux écoles . Mais les
Intituteurs étoient la plupart des ſujets ignorans.
Par les foins de feue l'Impératrice Marie-
Théreſe , & de l'Empereur actuel l'éducation
publique dans ce Royaume a gagné infiniment
. On y compte actuellement 2200 écoles fu-
,
25
( 10 )
bliques , & l'hiverdernier le nombre des écoliers
étoit de 117,733 .
On apprendde Munich qne l'Electeur a ſupprimé
la Régence du haut Palatinat. Quelquesunsdes
membres de cette Régence ont été penſionnés
,& on croit que les autres ſeront employés
dans d'autres Colleges...
Des lettres de Clagenfurt , du 2 de ce
mois , apprennent que le 31 Janvier on y
reffentit àminuit deux nouvelles ſecouffes
de tremblement de terre. Le lendemain matin
il eſt tombé une prodigieuſe quantité de
neige; dans pluſieurs endroits elle eſt de la
hauteur de 3 pieds.
DE FRANCFORT , le 20 Fevrier.
Le Vicariat général de l'Archevêché de
Mayence a publié, le 28 du mois paſſé , une
ordonnance concernant les Chapitres collégiaux
, quidéclare irréguliere & contraire aux
anciennes loix de l'Egliſe , la réunion de plufieurs
Prébendes dans la même perſonne , &
ne permet d'exception qu'en faveur de ceux
qui , par un mérite & des ſervices diftingués
, auront acquis des droits évidens à
cette double récompenſe .
Les difpentes reçues de Rome à ce ſujet , n'auront
de valeur qu'autant qu'elles auront été ſoumiſes
à l'examen du Vicar at-Général . L'Ele& eur
dit à cette occafion : « qu'il ne veut uſer du pou-
>> voir qui lui a été confié , que pour le bien de
» l'Egliſe & non pour ſa deſtruction , & que ces
>>diſpenſes s'obtenǝient ſouvent par des ſuppoſi
( 11 )
ntions fauſſes&des voies obliques , comre l'in-
>> tention du S. Pere. Plus loin , il eſt dit au tu
>> jet du Clergé d'Allemagne : « On n'a vu que
>> trop ſouvent des Eccléſiaſtiques abufer de certe
>> facilitéde la Cour de Rome , en réunillant deux
>> Prébendes , tandis qu'ils n'en méritoient pas
>> une,& nuire par là à l'avancement de ceux
>>>qui en étoientplus dignes: il eſt temps de met
>> tre fin à un ſcandale auffi nuiſible. »
Une autre ordonnance interdit toutes les
diſpenſesdeRome au ſujet des mariages entre
parens , de la permiſſion de faire gras les
jours maigres , de lire des livres défendus , à
moins que ces diſpenſes ne foient préalablement
ſoumiſes au Vicariat général , qui décidera
de leur validité.
Autant que nous le pourrons , nous rafſemblerons
dans ce Journal tout ce qui peur
ſervir un jour de documens à l'hiſtoire , ou
d'inſtruction en cas de certains événemens.
L'état militaire des différentes puiſſances
mérite ſous ce point de vue d'être confervé.
Voici la compoſition actuelle& le dénombrement
des troupes du Landgrave de
Heffe-Caffel. On ſe fera une idée juſte de
l'influence que peut obtenir ce Prince par
fon armée, lorſqu'on apprendra ce que nous
affirmons , qu'outre quelques remifes d'impoſitions
faites à ſes peuples , des embelliffemens
de tout genre , qui ont rendu Caffel
l'une des plus belles villes de l'Europe , le
Landgrave a retiré des Anglois des ſubſides
ſi prodigieux , qu'avec le ſeul intérêt de ces
ſommes, il peut ſuffire à l'entretien de vingt
a6
( 12 )
-mille hommes. Aujourd'hui ſon armée conſiſte
dans les Régimens ſuivans :
Cavalerie.
Les Gardes-du- Corps , les régimens des Gendarmes
, du Prince Héréditaire , des Dragons ,
du Corps , du Prince Frédéric , de Schlotheim ,
deDiemar , Dragons ; le corps de Huſſards & te
corps des Chevaux- légers.
Infanterie.
Trois bataillons de Gardes , la Garde Suiſſe ,
les régimens du Landgrave , du Prince Héréditaire
, du Prince Charles , de vieux Losberg , de
Kniphauſen , de Donop , de Boſc , de Ditfurth ,
de Losberg jeune , de Wilke ; le régiment des
Grenadiers du Marquis d'Angelelli , le corps
d'Artillerie & le corps des Ingénieurs ; les régigiments
degarniſon de Scih , de Knoblauch , de
Benning , de Bulow , de Bunau , de Normann ,
& le bataillon des Invalides : en tout 31 régimens
dont 9 de Cavalerie & 22 d'infanterie. -
Les régimens des Cuiraſſiers ſont compoſés chacun
de 6 compagnies & chaque compagnie de
24 Cavaliers , non compris les Bas- Officiers;
2.compagnies de Cuiraffiers forment, un Eſcadron.
Les régimens de Dragons ſont compoſés
chacun des compagnies ou eſcadrons , & le complet
de chaque eſcadron eſt de 100 hommes , &
l'effectif de 50. La plupartdes régimens de Cavalerie
ne font pas montés . Les régimens
d'infanterie confiftent chacun en 5 compagnies ;
le complet de chaque compagnie eſt de 100 hommes
, & Beffectifde 60 .
-
Les régimens employés en Amérique pendant
fa derniere guerre , ont été une compagnie du
fecond& un du troiſſeme bataillon des Gardes ,
les régimens du Corps , du Landgrave , du Prin-
02
( 13 )
ce Héréditaire , du Prince Charles , de vieux
Losberg , ( fait prisonnier de guerre à l'affaire
deTrenton ) de Kniphauſen (prifonnier de guerre
à la même occafion ) , de Donop , de Bolc , de
Ditfurth , de Losberg jeune , trois compagnies
du corps d'Artillerie ;le régiment des Grenadiers
d'Angelelli ( fait prifonnierde guerre à l'affaire
de Trenton ) ; les régimens de garniſon de Scih ,
de Knoblauch , de Benning , de Bunau , en tour
15 régimens & 5 compagnies.
Le 23 de Janvier , le nouveau corps des
Volontaires Eſclavons a dû ſe mettre en
marche de la Sirmie pour ſe rendre à
Agram , & pour s'y joindre au corps des
Volontaires Croates. Ces deux corps devoient
enſuite partir enſemble pour les Pays-
Bas ; & l'on ignore les ordres précis donnés
depuis à leur ſujet.
Le Conſeiller Laxman a adreſſé à l'Académie
des Sciences de Pétersbourg une lettre
d'Irkuzk , dans laquelle il rend compte
de ſes obſervations ſur la congélation du
vif-argent dans la Sibérie. Il en réſulte que
le froid au 328. degré du thermometre de
Réaumur , eſt ſufilant pour opérer la congélation
du vif-argent leplus pur. L'Académie
a examiné ces obſervations par des
eſſais qu'elle a fait faireà ce ſujet , & les a
trouvé exactes .
;
L'Impératrice a non-feulement permis les
mariages des Ruffes & des Tarrares de la
Crimée , mais elle y a aufli en voyé un certain
nombre d'inflitateurs & d'ag iculteurs ;
les uns leur apprendront la Langue ruſſe ,
& les autres l'agriculture.
(14)
L'entretien de la Chambre Impériale de Wetzlar
, & les appointemens des Juges ſontportés
à la ſomme annuelle de 98.426 rixdalers ; mais
comme les contingents des Etats de l'Empire
ne ſont pas payés avec exactitude , la Chambre
touche tout au plus par an la ſomme de 50,764
rixdalers. Les appointemens des perſonnes employées
à la Chancellerie de ce Tribunal ſuprê
me , leſquels montent à la ſomme annuelle de
10,217 rixdalers font acquittés encore avec
moins d'exactitude ; on leur devoit vers la fin
de l'année derniere au moins la ſomme de 30,000
rixdalers .
,
ITALIE.
DE BOLOGNE , le 1 Février.
Les dernieres lettres de la Ruſſie-Blanche,
écrites à des perſonnes reſpectables de cette
ville , nous apprennent que le crédit des
Jéſuites qui s'y ſont établis , augmente de
jour en jour. Ils font même vus de ſi bon oeil
par les Evêques Grecs-fchifmatiques de la
Province , que l'on ne déſeſpere pas de voir
réunir par leur entremiſe ces Evêques &leurs
égliſes à la Religion Catholique-Romaine.
Si Monfignor Archetti , actuellement ,Cardinal
, avoit eu des inſtructions convenables
fur cet objet , lors de fon ambaſſade à
la cour de Ruffie, cette importante affaire
ſeroit vraiſemblablement très -avancée.
On écrit de Mantoue que , par un concordat
fait entre Sa Majesté Impériale & la République
de Venise , on a réuni aux Diocèſes de la Répu(
15 )
blique quelques diſtricts de la domination Imp
riale qui appartenoient aux Diocèles de Breſſe &
qu'il a été pub'ié à cette occafion une lettre très-
Tage de l'Evêque de Manroue.
Le ſculpteurClovacchino Falcioni de Rome,
ayant achevé de réparer à neuf le pavé
antique de moſaïque , trouvé à Otricoli ,
vient de commencer à le placer dans la rotondedu
Muſée Clémentin au Vatican. Ce
morceau précieux d'antiquité , admiré de
tous les connoiffeurs , achevera d'embellir
cette précieuſe collection.
DE MILAN , le 5 Février.
Il arrive tous les jours ici de Trieste des
grains qu'on enmagazine. On aſſure que le
Gouvernement a réſolu d'en faire importer
de Stirie , de Carinthie,&c. juſqu'à 42 mille
facs. Les importations déja faites ont diminué
de 2liv. le prix du muids.
Ona fupprimé ici ces jours derniers une Confrairie
établie dans l'Egliſe des Auguſtins de S.
Marc. Les revenus de cette Confrairie ont été
réunis à la caiſſe des fondations pieuſes , & on y
en joindra encore beaucoup d'autres pour former
un fonds plus confidérable , & capable de fubvenir
aux beſoins de toutes les pauvres familles de
la Ville.
DE ROME , le 4 Février.
:
On a trouvé dernierement dans les excavations
que la Chambre Apoftoliqve fait
pratiquer à ſes dépens dans les jardins de
( 12 )
-mille hommes. Aujourd'hui ſon armée conſiſte
dans les Régimens ſuivans :
Cavalerie.
Les Gardes-du-Corps , les régimens des Gendarmes
, du Prince Héréditaire , des Dragons,
du Corps , du Prince Frédéric , de Schlotheim ,
deDiemar, Dragons ; le corps de Huſſards & le
corps des Chevaux-légers .
Infanterie.
Trois bataillons de Gardes , la Garde Suiſſe
les régimens du Landgrave , du Prince Héréditaire
, du Prince Charles , de vieux Losberg , de
Kniphauſen , de Donop , de Boſc , de Ditfurth ,
de Losberg jeune , de Wilke ; le régiment des
Grenadiers du Marquis d'Angelelli , le corps
d'Artillerie & le corps des Ingénieurs ; les régigiments
degarnison de Scih , de Knoblauch , de
Benning , de Bulow , de Bunau , de Normann ,
& le bataillon des Invalides : en tout 31 régimens
dont 9 de Cavalerie & 22 d'infanterie.-
Les régimens des Cuiraſſiers ſont compoſés chacun
de 6 compagnies & chaque compagnie de
24 Cavaliers , non compris les Bas-Officiers;
2.compagnies de Cuiraffiers forment, un Eſcadron.
Les régimens de Dragons ſont compoſés
chacun des compagnies ou eſcadrons , & le complet
de chaque eſcadron eſt de 100 hommes , &
l'effectif de 50. La plupartdes régimens de Cavalerie
ne font pas montés. Les régimens
d'infanterie confiftent chacun ens compagnies ;
le complet de chaque compagnie eſt de 100 hommes
, & Beffectif de 60 .
-
Les régimens employés en Amérique pendant
få derniere guerre , ont été une compagnie du
fecond& un du troiſſeme bataillon des Gardes ,
les régimens du Corps , du Landgrave , du Prim
( 13 )
ce Héréditaire , du Prince Charles , de vieux
Losberg , ( fait priſonnier de guerre à l'affaire
deTrenton ) de Kniphauſen (priſonnier de guerre
à la même occaſion ) , de Donop , de Bolc , de
Ditfurth , de Losberg jeune , trois compagnies
du corps d'Artillerie ; le régiment des Grenadiers
d'Angelelli ( fait priſonnier de guerre à l'affaire
de Trenton ) ; les régimens de garniſon de Scih ,
de Knoblauch , deBenning , de Bunau , en tout
15 régimens & 5 compagnies.
Le 23 de Janvier , le nouveau corps des
Volontaires Eſclavons a dû ſe mettre en
marche de la Sirmie , pour ſe rendre à
Agram , & pour s'y joindre au corps des
Volontaires Croates. Ces deux corps devoient
enſuite partir enſemble pour les Pays-
Bas ; & l'on ignore les ordres précis donnés
depuis à leur ſujet.
Le Conſeiller Laxman a adreſſé à l'Académie
des Sciences de Pétersbourg une lettre
d'Irkuzk , dans laquelle il rend compte
de ſes obſervations fur la congélation du
vif-argent dans la Sibérie. Il enréſulte que
le froid au 328. degré du thermometre de
Réaumur , eſt ſufiſant pour opérer la congélation
du vif- argent le plus pur. L'Académie
a examin ces obſervations par des
eſſais qu'elle a fait faire à ce ſujet , & les a
trouvé exactes .
L'Impératrice a non-feulement permis les
mariages des Ruffes & des Tartares de la
Crimée , mais elle y a auffi envoyé un certain
nombre d'inflitateurs &d'ag iculteurs ;
les uns leur apprendront la Langue ruffe ,
& les autres l'agriculture.
(14 )
L'entretien de la Chambre Impériale de Wetzlar
, & les appointemens des Juges ſont portés
à la ſomme annuelle de 98.426 rixdalers; mais
comme les contingents des Etats de l'Empire
ne font pas payés avec exactitude , la Chambre
touche tout au plus par an la ſomme de 50,764
rixdalers. Les appointemens des perſonnes employées
à la Chancellerie de ce Tribunal ſuprê
me , lesquels montent à la ſomme annuelle de
10,217 rixdalers , ſont acquittés encore avec
moins d'exactitude ; on leur devoit vers la fin
de l'année derniere au moins la ſomme de 30,000
rixdalers .
ITALIE.
DE BOLOGNE , le 1 Février.
Lesdernieres lettres de la Ruſſie-Blanche,
écrites à des perſonnes reſpectables de cette
ville , nous apprennent que le crédit des
Jéſuites qui s'y font établis , augmente de
jour en jour. Ils font même vus de fi bon oeil
par les Evêques Grecs-ſchiſmatiques de la
Province , que l'on ne déſeſpere pas de voir
réunir par leur entremiſe ces Evêques & leurs
égliſes à la Religion Catholique-Romaine.
Si Monfignor Archetti , actuellement , Cardinal
, avoit eu des inſtructions convenables
ſur cet objet , lors de fon ambaſſade à
la cour de Ruffie, cette importante affaire
ſeroit vraiſemblablement très - avancée.
On écrit de Mantoue que , par un concordat
fait entre Sa Majesté Impériale & la République
de Venise , on a réuni aux Diocèſes de la Répu
(15 )
F
blique quelques diſtricts de la domination Imp
riale qui appartenoient aux Diocèles de Breile &
qu'il a été pabié à cette oc aſion une lettre trèsſage
de l'Evêque de Manroue.
Le ſculpteurClovacchino Falcioni de Rome,
ayant achevé de réparer à neuf le pavé
antique de mosaïque , trouvé à Otricoli ,
vient de commencer à le placer dans la rotonde
du Muſée Clémentin au Vatican. Ce
morceau précieux d'antiquité , admiré de
tous les connoiffeurs , achevera d'embellir
cette précieuſe collection .
DE MILAN , le 5 Février.
Il arrive tous les jours ici de Trieste des
grains qu'on enmagazine. On aſſure que le
Gouvernement a réſolu d'en faire importer
de Stirie , de Carinthie,&c. juſqu'à 42 mille
facs. Les importations déja faites ont diminuéde
2liv. le prix du muids.
Ona ſupprimé içi ces jours derniers une Confrairie
établie dans l'Eglise des Auguſtins de S.
Marc. Les revenus de cette Confrairie ont été
réunis à la caiſſe des fondations pieuſes , & on y
en joindra encore beaucoup d'autres pour former
un fonds plus confidérable , & capable de fubvenir
aux beſoins de toutes les pauvres familles de
laVille.
DE ROME , le 4 Février.
1
On a trouvé dernierement dans les excavations
que la Chambre Apostolique fait
pratiquer à ſes dépens dans les jardins de
( 16 )
Sancta Sanctorum, une tête coloſſale d'Herculecouronné;
une petite colonne ornee de.
pampres & de lierre , dédiée à ce même
demi Dieu par un Affranchi d'Augufte , &
unvaſe de terre , contenant 375 médailles
du IXe. fiecle.
:
li
S. Em. le Cardinal Carlo Rezzonico voulant
remédier à la rareté du numéraire dans
cet Etat , a tenu ces jours derniers pour la
ſeconde fois un comité particulier , compofé
de Cardinaux & de Prélats : mais juſqu'içi
rien n'a tranſpiré de ſes réſolutions. Cependant
on ſuppoſe que l'Etat empruntera trois
millions d'écus à une cerraine Puiſſance.
Le 28 du mois prochain , il fera tenu dans le
Palais du Vatican , wae Congrégation des Rites
ſacrés , pour la béatification & canonitation du
vénérable Juan Grande , Religieux Profes de
l'ordre de S. Jean-de- Dieu de Séville , & dans
laquelle il ſera fait l'examen de ſes miracles.
DE NAPLES , le 3 Février
Ilarrive tous les jours en cette ville des
perſonnes étrangeres de diverſes nations.Un
des objets de curioſité qui les attirent , eſt
le Véſuve qui continue toujours ſes éruptions
de laves .
On efpere rétablir à Bayes & àPouzzole,
au moyen 'des deflécke ens alixquels on
! travaille , les anciens po
Romains : le mas
érant purifié , on ber
ront en peu de temps.
1 Wolent les
mpagnes
e peuple.
( 17 )
Onaappris par le dernier Courier d'Eſpagne,
que la Cour avoit nommé le Comte de Las Cafas
Ambaſſadeur auprès de notre Souverain , à la
place du Vicomte de la Herreria qui va réſider
auprès de la Cour de Turin.
Dans le deſſein de donner au Corps de la
Marinedes ſujets habiles en tous les genres ,
on vient de faire embarquer trois pilotes
pour Terre neuve ſur des bâtimens anglois ,
où ils feront entretenus aux dépens de S. M.
LeMarquis de Caraccioli , Vice -Roi de Sicile
, prend les meſures les plus juſtes pour en
perfectionner l'adminiſtration . Il vient de régler
que les Barons de ce Royaume ne pourront point
faire empriſonner leurs propres fiefs . Ils devront
à l'avenir avoir recours à la Grande- Chambre .
Enfin ils ne pourront pas non plus s'attribuer
l'Election des Adminiſtrateurs des Communes de
leurs fiefs ; l'intention du Gouvernement étant
qu'ils ſe conforment aux uſages du Royaume de
Naples.
On continue avec activité dans la Calabre
les travaux pour l'écoulement des eaux
ſtagnantes , que les derniers tremblemens
ont raſſemblé. Plus de 1500 travailleurs y
ſont continuellement employés , & les frais
ſe montent à plus de 12 mille ducats par
mois.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 12 Février:
S. M. a nommé Secrétaire d'Etat au département
des Finances , & par interim Se(
18 )
:
crétaire d'Etat à celui de la guerre , Dom
Pedro Lopez de Lerena , aſſiſtant de Séville
&Intendant des troupes de l'Andaloufie , à
la place de feu Dom Miguel de Muzquiz ,
qui occupoit les mêmes emplois.
Sur les repréſentarions faites au Gouvernement
par le corps des Pêcheurs de Llanès dans les
Asturies , concernant les moyens de rétablir la
pêche qui y fleuriſſoit autrefois , le Ministere
vient d'accorder aux Pêcheurs des barques qui
iront à la pêche de la morue, le privilege d'être
exempts du ſervice du Roi; il ſe propoſe en outre
de donnerdes ordres pour faire nettoyer le port
deLlanès.
On eſpere bientôt voir cette Ville recouvrer
l'opulence qu'elle avoit jadis lorſque la pêche
étoit encouragée , & que les Nobles eux- mêmes
s'intéreſſoient à ſa proſpérité.
On a lancé à l'eau à Carthagene, le 22
Janvier dernier, le vaiſſeau de 74 can. , le
S. Ildephonſe. Les travaux continuent avec
la même activité. Ilya actuellement ſur les
chantiers un autre vaiſſeau de la même force
nommé le S. Antoine, deux frégates de 34 ,
&deux galéaces ,
Dans le courant de l'année derniere , il a été
expédié de S. Andero pour les poffeffions Eſpagnoles
de l'Amérique , 24 Bâtimens dont 16 ont
fait leurs retours dans ce port. Il eſt entré en outre
pendant la même année , 688 Navires ; ſavoir ,
562.Eſpagnols , 71 François , 15 Anglois , 10
Hollandois , 2 Américains , 2 Danois , s Vénitiens
, 3 Génois , 11 Portugais , 2 Ruſſes & 5
Pruffiens.
)
( 19 )
Dans le même eſpace de 1784 , il s'eft
trouvé à Saint-Lucar de Barameda , 148 mariages
, 601 batêmes , & 292 enterremens ;
les naiſſances ont excédé les morts de 309 .
Sur les 14,918 ames que contient la ville ,
d'après les derniers dénombremens , il n'en
eſt pas même mort 2 fur 100.
Pendant la même année il eſt entré dans
ce port 119 navires , dont 30 Eſpagnols, 9
François , I Napolitain , 42 Anglois , 13 Hollandois
, 6 Danois , 9 Portugais , 3 Impériaux
, 2 Génois , 2 Vénitiens , I de Hambourg&
un Suédois.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 19 Février.
:
M. Pitt propofa un Bill pour permettre
aux habitans de Terre-Neuve , de s'approviſionner
de vivres chez les Etats Unis , ſous
la condition qu'ils ſe ſerviroient , dans ces
voyages , de navires & d'équipages Anglois.
Pluſieurs membres des Communes ,
entr'autres M. Eden, objecterent que ce Bill
feraitune infraction à l'acte de navigation ;
M. Pitt le juſtifia de ce reproche. Le 4 on
le lut pour la ſeconde fois dans la chambre
des Communes : Lord North s'y oppofa
ſous prétexte que le Monopole des ſubſiſtan
ces de nos colonies appartenoit à la Métro ,
( 20 )
pole; doctrine réfutée par M. Jenkinson.
Ce dernier expofa, en s'appuyant fur les preuves
les plusauthentiques , que la Colonie deTerre-
Neuve , par une manoeuvre qui fait honte aux
Négocians de Pool & de Dartmouth , s'étoit trouvée
réduite à la plus affreuſe détreſſe; que le
Gouverneur Campbell , effrayé de la famine qui
menaçoit ſa Colonie , s'étoit décidé à détobéir aux
loix de la navigation & a envoyer chercher des
vivres fur le territoire desEtats Unis .
Le Bill ayant été mis au Comité , reçut
la troiſieme lecture le 16, fut admis & renvoyé
à l'approbation des Chambres des
Paris. :
S'il faut en croire les Papiers de l'oppoſition ,
les amis du Marquis de Lansdown ont voté pour
M. Fox dans l'Affaire de l'Election de Westminfter.
En conféquence , ces mêmes Gazettes ſont
remplies de paragraphes , qui préſagent une nouvelle
coalition. Il eſt certain qu'une partie des
Adhérens du Miniſtere , fatigués des interminables
longueurs de cette vérification des votes ,
ont opiné pour y mettre fin.
Le 15 , la chambre des Communes vota
29,345 hommes effectifs , y compris les
trompes de la marine , pour le ſervice de
terre de cette année. Les fix régimens qu'on
projettoit de réformer ne le feront point encore,
& on a fuppléé à cette réduction , par
celle de fix hommes & d'un tambour dans
chaque compagnie.
M. Francis fit enſuite une motion appuyée de
beaucoup de calculs & de véhémence , relative
aux dépenses & aux revenus de l'établiſſement
dans l'inde. Sur les objections de M. Dunias
( 21 )
& d'autres , il réduiſit enſuite ſa motion par
forme d'amendement , à ce qu'il fut ordonné aux
Directeursde la Compagnie des Indes de préſenter
à la Chambre un état des reſſources probables
&des dépenſes du Bengale depuis le ser de Mai
1784 , au 1er de Mai 1785. La motion fut alors
agréée ſans difficulté.
Le 17 , la Chambre ſe forma en comité
pour délibérer ſur l'état des comptes publics.
M. Pitt expoſa le réſultat du travail
des Commiſſaires chargés de cette vérification;
il en développa chaque article , il préſenta
les abus & les remedes , annonça plufieurs
bills à ce ſujet , & finit par propoſer
qu'il lui fût permis de préſenter un bill pour
établir la meilleure forme de régler & d'examiner
les comptes publics dans le Royaume,
& un autre bill dans le même genre , relatif
au bureau du Tréſorier de la Marine. Le
Miniſtre fit précéder ces deux motions d'un
diſcours auſſi inſtructif que détaillé , mais
que le défaut d'eſpace nous oblige de renvoyer
au Journal ſuivant. Il nous fuffira de
dire qu'il s'agit ici d'une réforme générale
dans les frais derecouvrement & dans la perception
des revenus publics , des économies
àgagner fur cette partie, des profits à enlever
aux différens Caiffiers & Receveurs ,
notamment au Receveur-Général de la taxe
des terres. M. Pitt démontra la léſion dupublic
parles proviſions allouées à ces Officiers
intermédiaires entre le tréſor & la nation ,
parlesjouiſſances d'argent qu'ils s'arrogeoient
en prolongeant l'époque de leurs verſemens ,
( 22 )
&par les ſommes dont ils étoient fouvent
reliquataires. Le Miniſtre examina enſuite les
différens prétextes dont s'autorifoient les
Receveurs publics , & les fuivit dans chacune
desbranches du revenu national. Il n'eſt pas
douteux que le Parlement ne mette fin à
des déſordres ; aucun intérêt particulier, aucune
intrigue ne pouvant prévaloir ici &
dans cette circonstance ſur l'intérêt national.
Leplan qui doit ſervir de baſe aux nouvelles
liaiſons de commerce entre l'Angleterre
& l'Irlande , fut proposé le 7 de ce
mois à la Chambre des Communes de ce
dernier Royaume, par M. Orde , Secrétaire
du Viceroi . Ce plan conſiſte dans les neuf
articles ſuivans :
1º. Les importations des marchandiſes provenantes
de l'Angleterre & de l'Irlande reſpectivement
, feront fur un pied d'égalité.
2°. Tous les articles quelconques qui ne font
point du crû ou de la fabrication de laGrande-
Bretagne& de l'Irlande , pourront être réexportés
& admis dans les Ports de ces deux Pays ,en
payant les mêmes droits , & les anciens impôts
feront ſupprimés , afin qu'on ne puiſſe plus interprêter
d'une maniere partiale l'acte de navigation.
3°. Tous les articles de manuf. Aure des deux
Pays feront admis réciproquement à parité de
droits.
4°. Dans la vue d'égaliſer les droits fur les manufactures
importées de l'un des deux Pays dans
l'autre , le Pays où exiſte le droit le plus fort ſera
tenu de le réduire au même taux que l'autre.
( 23 )
5°. Tousles objets de manufactures , qui dans .
l'un ou l'autre Pays fupportent un droit intérieur ,
feront aſſujettis à ce dron en cas d'exportation.
6 ° . Il n'exiſtera plus de prohibition à l'égard de
l'importation des manufactures provenantes de
l'un ou de l'autre Pays , & elles ne feront plus aflujetties
à aucun dro.t additionel .
7. La même diſpoſition aura lieu à l'égard de
l'exportation .
8°. Il ne ſera accordé aucune gratification fur
l'exportation des marchandises de l'un ou de l'autre
Pays , excepté pour la fleur de farine & la
drêche.
9°. Tous les articles du crû ou de la fabrication
desEtats étrangers & provenants de la Grande-
Bretagne ou de l'Irlande, feront admis réciproquement
dans les Ports de l'un &de l'autre de ce
Pays.
M. Orde fit des obſervations ſur chacune de ces
propofitions , & il annonça une motion tendante à
augmenter les forces générales de l'Empire , en
appliquant une partie du revenu héréditaire à
l'objet que le Parlement jugeroit le plus convenable.
On annonce comme certain que les Directeurs
de la Compagnie des Indes ont déterminé
le rappel de M Haſtings , & que ce
Gouverneur général du Bengale fera remplacé
par le Lord Macartney. Le Préſident
de la Compagnie s'eſt , dit-on , rendu le 14
chez M. Pitt , pour lui faire part de cente
déciſion , & on aſſure que le premier Miniftre
y a donné ſa ſanction. Cette révolution
pourra coûter cher à la Compagnie, & prouve
d'une maniere péremproire l'eſprit de fac(
24 )
tion qui la domine , & l'inconféquence de
toutes les mesures .
Les Directeurs de la Compagnie des Indes ſe
propoſent de frêter encore 10 Vaſſeaux pour la
Chine ſeulement ; ce qui portera à 18 le nombre
de ceux employés extraordinairement à ce commerce.
Tels font les heureux effets de la taxe
commutative. Lorſque la contrebande du thé ſera
ſupprimée entiérement , la Compagnie pourra
envoyer tous les ans 30 Vaiſſeaux à la Chine : ce
quidonnera de l'emploi à environ 4000 Matelots.
On envoye à nos établiſſemens fur la
côte d'Afrique un renfort de 2 Compagnies
d'infanterie . Les troupes partiront dans peu
de jours ſous l'eſcorte du Commodore
Thompson .
J
Le Public a pris beaucoup d'intérêt à la
fituation d'un de nos membres du Parlement
, le Colonel Barré. Cet Officier , dont
la vue étoit déja très- affoiblie , vient de
perdre totalement la lumiere. Il aſſiſte néanmoins
toujours au Parlement avec la même
dignité , & prend autant de part aux débats
que fon état affligeant peut le lui permettre.
On attend à Londres dans quelques ſemaines
une députation du Comité des Etats- Unis de l'A
mérique , qui viennent , dit-on , pour prendre ,
avec notre Ministere , un arrangement définitif,
relativement au ſyſtême de commerce entre l'Angleterre
& l'Amérique. Ils comptent avoir en
leur faveur une partie du Miniſtere , & ils efperent
, qu'en nous promettant quelques avantages
pour notre commerce dans leurs Ports , ils
nous détermineront à nous éloigner de notre acte
de navigation , & à leur permettre de devenir les
facteurs
( 25 )
facteursdu commerce entre nosIſles & la Métropole.
Mais il faut eſpérer que la ſageſſe & la fermetédu
Parlement nous garantira des effers d'une
ſemblable connivence.
La plupart des vaiſſeaux du Roi qui viennent
d'être vendus au public , particulierement
ceux du port le plus conſidérable , one
été achetés parles agens des négocians Américains;
achats qui prouvent la pauvreté des
Américains , dont cependant l'habileté en
fait de conſtruction eſt généralement reconnue.
, quo
Apeine avons - nous encore joui d'une année
de tranquillité , dit une lettre de la Jamaïque
du 22 Janvier , qu'il s'éleve des difficultés qui
pourront amener de nouveaux déſaftres , & devenir
peut-être le prétexte d'une nouvelle guerre.
Ces différends ſont ceux qui ont lieu entre nos
Colons de la côte des Muſquitos ,&les Eſpagnols
qui viennent de leur donner de nouvelles marques
de leur ancienne jalouſie. Les nouvelles
nous avons reçues de ces parages , ſont d'une na .
turetrès- affligeante.Elles promettent un ſort trèsmalheureux
a nos Concitoyens établis fur cette
-côte. Les plaintes , qu'ils ont portées au Gouverneur
& au Conſeil , font envoyées enAngleterre
fur le même Paquebot qui porte la préſente; mais
dans la crainte que les choſes n'empirent avant
qu'onpuiſſe recevoir des ordres d'Angleterre , on
a tiré des divers Régimens 600 hommes , que
l'on va équipperde maniere à pouvoir les embarquer
au premier moment , dans le cas où les Eſpagnols
procéderoient aux voies de fait pour expulfernos
Colons. Le Sloop le Swan croiſe actuellement
ſur la côte , & la frégate la Fiore , qui
vient d'être radoubée , va ſe rendre à la même
Nº. 10,5 Mars 1785.
b
( 26 )
ſtation avec un renfort de 70 hommes , qu'elle
débarquera pour protéger nos établiſſemens .
Le Général Roff s'étant exhalé en plaintes
peu meſurées contre le choix qu'a fait le
Roi dụ Général Boyd , Lieutenant-Gouverneur
de Gibraltar , pour lui donner l'Ordre
du Bain , on l'a mis aux arrêts ces jours
derniers . Le prétexte de ſa réclamation eft
qu'il eſt en grade l'aîné du Général préféré.
On ne fait point encore s'il y aura une cour
martiale à ce ſujet.
Le navire la Marie , Capitaine Hay , parti de
Leith pour Londres , a coulé bas en mer il y a
quelques jours à la hauteur d'Orfordneſſ , vers
leminuit. Ily avoit à bord 30 perſonnes , compris
l'équipage. 24 ont péri à bord , & les fix autres
ſe ſont réfugiés dans la chaloupe. Après avoir
battu la mer 15 heures de tems , ils ont débarqué
ſains & ſaufs , à l'exception d'un qui
mourut dans la chaloupe. Le maître , ſon ſecond
, deux paſſagers & un Matelot ſont les cinq
perſonnes qui ont eu le bonheur d'échapper du
naufrage. Le Bâtiment ne faisoit point d'eau ,
&, deux heures avant ce déſaſtre , on fonda les
pompes fans en trouver. C'eſt á cinq lieues auN. E.
d'Orfordneſſ que ce malheureux événement eſt
arrivé. Le Bâtiment avoit à bord une cargaifon
affez riche.
FRANCE .
DE VERSAILLES , le 23 Février.
Le 16 de ce mois , le Prince Doria-
Pamphili , Archeveque de Séleucie , Nonce
ordinaire du Pape , eut une audience parti(
27 )
culiere du Roi , pendant laquelle il prie
congé de Sa Majefté. Il fut conduit à cette
audience , ainſi qu'à celles de la Reine & de
la Famille Royale , par le ſieur Lalive de la
Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs ; le
fieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs ,
précédoit.
Le Comte de Saint- Prieſt , ci-devant Ambaſſadeur
du Roi à la Porte , de retour de
fon Ambaſſade , a eu l'honneur , à fon arrivée
ici , le 19 de ce mois , d'être préſenté à
Sa Majeſté par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Miniftre&
Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres .
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont ſigné ,
le 20de ce mois , le contrat de mariage du Comte
de Croiſmare , Capitaine de Dragons au Régiment
de Ségur , avec Demoiselle de Croiſmare ;
celui du Comte de Nonant , avec Demoiselle
de Nonant de Pierrecourt ; & celui du Comte
d'Eſtampes , avec Demoiselle le Camus.
1
Le même jour , la Princeſſe de Talmont a
eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Ducheſſe de la
Tremouille , & de prendre en même tems le
Tabourer,
La Marquiſe de Montaignac a auffi eu , ce
jour , l'honneur d'être préſentée à leurs Majef
tés & à la famille Royale par la Marquiſe de
la Roche-Aymond.
Le 22 , le Prince Bariatinski , Miniſtre plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruſſie
du Roi une audience particuliere , dans laquelle
ba
, a eu
( 28 )
,
il a pris congé de Sa Majesté ; après cette audience
, le ſieur Simolin , Miniſtre plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie en a eu pareillement
une , dans laquelle il a préſenté ſa
letare de créance au Roi. Ces deux Miniſtres
ont été conduits à l'audience de Leurs Majestés,
& à celles de la Famille Royale , par le ſieur
Lalive de la Briche , Introducteur des Ambaffadeurs
; le ſieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire
du Roi pour la conduite des Ambaffadeurs
, précédoit .
DE PARIS , le 4 Mars.
Une lettre du port Vendre , en Rouſſillon
, rapporte de la maniere ſuivante les travaux
exécutés dans cette ville , & les avantages
de ſon port.
,
Nous commençons à jouir , depuis quelques
années des avantages de ce Port , mais ils
viennent de s'accroître par la quantité de Bâtimens
qui y ſont entrés dans le courant de
l'année derniere , ſoit pour le commerce , ſoit
pour le réfuge ; l'on en compte 762 , dont 344 des
premiers , & 418 des ſeconds. Ce Port prétente
P'entrée la plus facile ; & la tranquillité dans
fon intérieur est égale à celle d'un canal ; les
Etrangers admirent l'obéliſque en marbre , élevé
par la Province à la gloire du Roi , premier
inonument que la France ait conſacré à Sa Majefté.
Elevé à cent pieds au - deſſus du niveau de la
mer , il eſt terminé par le globe des quatre parties
dumonde , & furmonté d'une fleur - de- lys en
forme de Protection de toutes les nations.
Le ſocle eſt orné de bas-reliefs en bronze ,
( 29 )
préſentant les quatre premieres époques du Regne
du Roi , l'un , la Servitude en France abolie , l'autre
, l'Amérique indépendante , & les deux autres ,
le Commerce protégé , & la Marine relevée. Lo
tout furmonté de trophées & d'inſcriptions.
Il eſt entouré de quatre piédeſtaux en marbre
d'Italie ,portant les attributs des Souverains
des quatre parties du monde ; ils ſont
unis par des grilles de fer dorées ; & l'intérieur
pavé en marbre , préſente quatre marches pour
monter au pied de l'obéliſque. Ce monument
eſt élevé au centre de la grande place de Louis
XVI , ornée dans tout fon pourtour de trophées
militaires de terre & de mer , & l'on y monte
de la place de débarquement , par un ſuperbe efcalier
en avant-corps à deux rampes , aux pieds
deſquelles ſont deux génies tenant deux cornes
d'abondance d'où ſortent toutes les richeſſes
du commerce & de la mer , & aux deux côtés
deux fontaines qui donnent de l'eau aux vaiſſeaux.
On jugera par la lettre ſuivante des heureux
ſuccès du Magnétiſme animal dans les
Provinces , & de la chaleur des Initiés, On
regardera peut -être cette Epître comme un
nouveau farcaſme contre la doctrine ; mais
nous en ſommes très innocens , & tout le
blâme en ſera à l'Auteur, dont nous confervons
foigneuſement les expreſſions & Torthographe.
Monfieur, je ne puis ſortir de mon éronrement
, lors que lifant votre journal , dont je tuis
abonataire , je n'i vois continuelement que far.
ca'mes & panphelet , contre la doctrine du magnétiſme
animal , & jamais rien en ſa faveur ,
tandis que je lis journellement des livres remb3
( 30 )
A
plis de métafifique & de raiſonemens les plus
fots , qui tous prouvent l'exiſtence d'un fluide
vivifiant de la manière la plus irrévocable ; je
ne puis vous regarder comme oppoſans à cette
doctrine& encor moins comme fes juges ; car
M. Meſmer ne doit reconnaître comme tels que
les perſonnes inſtruites de ſon principe & vos
expreffions nous affurent du contraire : il me
ſemble que vous ne devez pas ignorer du grand
nombre de perſonnes , qui inſtruites , font per
fuadés de la verité de cette doctrine , & que vous
êtes trop publics pour ôfer prendre un parti d'oppoſition
décisif comme celui que vous avez l'air
de prendre parti qui entre vos mains ne pouroit
être regardé que comme cabale & ne cadreroit
pas avec le but que vous vous êtes propoſé de
plair à tout le monde. Ce n'eſt donc que dans
l'impartialité que vous pourez trouver cette confiance
qui vous eſt ſi neceſſaire ; c'eſt auſſi dans
celle oùjeſuis que vous voudrez bien vous en rapporter
a mon ateſtation que je vous adreſſe celle
ci-deſſous que je vous prie d'inſerer dans votre
journal à l'ordinaire le plus prochain ou me marquer
les raiſons qui vous auront détermines à
agir au contraire ..
Je ne ſuis point deffenſeur de la doârine du
magnétiſme animal , j'ai peutêtre été un des plus
mécreans; l'air impofant & de miſtère que prenoient
à Beauberg pluſieurs des traitans , n'étoit
pas ſuffifant pour me perfuader : j'ai ſuivi ce traitement
pendant trois mois plutôt comme curieux
que comme entouſiaſte ; j'ai voulu enfin me faire
inſtruire de cette doctrine qui me paroiſſoit plus
finguliere que ſavante , je l'ai étudié , enfin ,
& en termes de maconnerie j'ai vû la lumiere.
Elle m'a d'abord étonné ,& plus j'ai cherché à
la trouver pure , plus elle a paru s'obscurcir à
V
( 31 )
mes yeux; tel eſt l'effet que doivent produire
toutes les ſciances ſur les hommes peu inftruits ,
mais je ne me ſuis point déconcerté pour cela
j'ai cru que l'expériance ſeule pouvoit me lever
toute difficulté j'ai attendu l'occaſion elle s'eft
préſenté.
Le premier jour de Janvier dernier le ſeut
Orange Md. à Saint-Denis- du- Port près Lagny
me fefant vifitte me dit en larmoyant qu'il étoit
déſolé de ce que Pierre Huvé , ſon neveu , étoit
chez lui malade depuis 6 mois d'une fievre qui ne
lui laiffoit point de relache , & que depuis trois
jours ilavoit un friffon qui n'avoit pas diſcontinue ;
je fus pénétré de la douleur de ce voisin , me
tranſportai auffitôt chez lui, je trouvas effectivement
ce malade dont le tremblement metoit tout
le lit en mouvement ; je le magnetiſai & après
un quart d'heure de traitement, je ſentis le friffon
s'arreter ; je ne pouvois me perfuader que ce fut
moy qui produiſois cet effet& pour m'aſſurer du
fait je detournai la main de deſſus le malade &
fis lever auſſi la main du nommé Orange , que
j'avois pris avec deux autres perſonnes pour établirune
chaine : le friffon reprit à l'inſtant ; alors
redoublant de courage , & ne pouvant douter
que ce fut mon traitement qui fit cet effet , j'ai
retablis ma chaine juſqu'à ce que le friſſon fut
ceffé en entier, ce que j'ai obtenu après un autre
quart d'heure , j'ai continué depuis , le même
traitement & aubout de 10 jours , j'ai vu de la
mutation , la fievre a changé d'heure & laiſſoit
plus de tranquilité à mon malade , auquel j'ai
trouvé la groſſeur d'un oeuf au côté gauche au
deſſous des côtes dans les viſſeres , cette groſſeur
étoit on ne peut pas plus ſenſible à mon malade
qui dabors n'i pouvoit fouffrir l'aproche de mes
doits ; il eſt ſurvenu un crachement de fang
b4
( 32 )
corrompu après lequel la groſſeur a diſparu , la
fevre s'eſt calmé & l'apetit eſt revenu . Je n'ai pas
youlu vous informer de cette guériſon qu'elle
n'ait été certaine & avéré : il y a aujourd'hui
Is jours que cet homme ne s'eſt ſenti d'aucun
mouvement de la meme fievre & il eſt en état de
travailler. J'ai l'honneur d'etre , &c.
RAMARD ,
Avocat en Parlement , Conſeiller du Roi , Contrôleur
auGrenier à fel de Lagny , & Maire de
la même Ville .
Lagny, ce 4 Février 1785 .
Voici des guériſons d'un autre genre , &
qu'iln'eſt pas inutile de mettre ſous les yeux
du Public , puiſqu'elles ſont atteſtées par un
Phyſicien qui nous écrit en ces termes :
J'ai lu , dans votre journal du 29 Janvier 1785 ,
une lettre de M. le Provoſt , Curé de St. Marc
d'Ouilly , dioceſe de Bayeux , au ſujet d'une fille
épileptique , dont la guériſon eſt due à un accident
preſque mortel. Je vais vous en expoſer
deux autres , dont la premiere eſt due à un arrêt
de mort.
Madame de Feugneroles , demeurant au château
de Mallot , à deux petites lieues de Caen ,
avoit une chatte épileptique qui avoit eu pluſieurs
portées de chats morts-nés. Les attaques d'épilepfie
étoient fi fréquentes , que , quoiqu'elle fût
chérie de la maîtreffe du château , elle donna
ordre à un de ſes laquais de la tuer. Il ſe contenta
de lui patter une corde au col, fans la ferrer , &
la pendit à un arbre : elle y reſta pendant trois
jours. Madame de Feugneroles paſſant par le lieu
où elle étoit , l'apperçut , & , la croyant morte ,
elle ordonna de couper la corde , & la fit jetter
dans unehaie qui étoit proche. Le lendemain ,
( 33 )
quatrieme jour depuis fon exécution , la chatte
rentra au château : on lui accorda la grace. Elic
a vécu fix ans depuis ce temps , fans aucunes
attaques d'épilepfie : elle a eu pluſieurs portées
de chats tous vivans. Ce fait eſt certain , M. &
Madame de Feugneroles me l'ont atteſté en me
montrant la chatte .
Je penſe bien qu'on ne ſera pas tenté de pendre
un épileptique pour le guérir ; mais une diette
rigoureuſe ne pourroit-elle point opérer la guérifon
de cette maladie ? Je m'en rapporte aux
maîtres de l'art : il n'en couteroit rien pour
eſſayer.
J'ai opéré la guériſon ſuivante en 1782. Une
femme âgée de 28 ans vint me prier de l'électriſer.
Elle avoit des attaques d'épilepfie trèsfréquentes.
Après qu'elle m'eur expoſe ſon état ,
j'obſervai attentivement ſon pouls, qui m'indiqua
que le cerveau n'étoit aucunement embarraílé ,
mais ſeulement l'estomach & le bas-ventre. Je
tegardai ſon épilepfie non comme idiopathique ,
mais ſeulement comme ſymptomatique. En conſéquence
, je m'appliquai à attirer Phumeur fur
le bras gauche ( il m'auroit été auſſi facile de la
tranſporter fur-une des jambes ) en y tirant des
étincelles , que l'on rend dures & piquantes par
une diſpoſition particuliere de la bouteille de
Leyde ou du tableau magique. Le foir du premier
traitement elle eut une attaque d'épilepfie :
le lendemain elle fut électriſée matin & foir ,
chaque fois pendant trois quarts d'heure. Les étincelles
formerent ſur le bras des puftules comme
des boutons de petite- vérole diſcrete , qui le lendemain
étoient remplisd'une ſérofité rouſſe , qui
cauſoit à la malade une démangeaiſon fort vive
fur le bras . Son pouls m'indiqua que l'eſtomach
& le bas-ventre étoient moins affectés qu'aupas
b
1
( 34 )
ravant. Je continuai les mêmes opérations que
les jours précédens . Quelques- unes des pustules
s'ouvroient , les autres devinrent plus groſſes. Le
quatrieme jour, au matin, elle ſentoit comme
un cordon qui s'étendoit d'un côté à l'autre dans
la région ombilicale. J'y appliquai la chaîne du
conducteur , & je tirai des étincelles du bras
comme les jours précédens. L'eſpece de cordon
ſe diſſipa. Après l'électriſation du ſoir , je lui
trouvai le pouls fort régulier & qui n'indiquoit
preſque plus aucun embarras dans l'eſtomach. Je
la trairai pendant quinze jours de la même maniere
: peu à peu les pustules diſparurent , la
féroſité qui étoit au dedans étoit moins rouſſe ,
cauſoit peu de démangeaiſons : l'eftomach & le
bas - ventre étoient entiérement dégagés : ſon
corps faiſoit bien toutes ſes fonctions : elle n'éprouvoit
plus aucunes attaques d'épilepsie : le
ſommeil étoit doux & fans rêves ni agitation . Au
bout d'un mois elle ceſſa de ſe faire électriſer :
depuis ce temps elle n'a point eu de rechûtes.
Ce même traitement m'a toujours réuſſi ,
quoiqu'appliqué ſur plus de cinquante perſonnes
qui avoient des gouttes ſciatiques. Je l'ai auffi
employé ſur des perſonnes qui avoient des dartres
rentrées , en les faiſant reparoître à la partie du
corps où elles étoient auparavant ; après quoi je
faifois tranſpirer l'humeur , au moyen d'une
pointe de fer que j'appelle vaporatoire électrique.
Quiconque a électrifé , fait combien l'électricité
faittranſpirer abondamment : il eſt d'ailleurs trèsaiſé
d'exciter des métaſtaſes , ou de tranſporter
ne humeur d'une partie du corps à l'autre . L'éleczricité
me paroît donc avoir opéré ſur cette épileptique
le même effet que la ſuppuration opéra
fur la fille dont M. le Provoſt a annoncé la guérifon.
Je ſouhaite que ma lettre ſoſt utile aux
( 35 )
perſonnes attaquées de cette cruelle maladie!
Caën, ce 10 Février 1785 .
Le 8 Janvier , on a fait à Caen la diftribution
des prix du Palinod. L'Univerſité n'a rien négligé
pour donner à cette cérémonie tout l'éclat
dontelle eſt ſuſceptible ,& ranimer le zele des
Poëtes qui envoient des pieces au concours . M.
l'Evêque de Bayeux , qui étoit cette année un
des Juges ſouverains , célébra le matin , avec la
plus grande pompe , une Meffe pontificale , qui
fut chantée par la Muſique ; le foir, ſur les quatre
heures & demie , il ſe rendit aux grandes
Ecoles , qui étoient éclairées d'un grand nombre
de luftres , & décorées des plus belles tentures.
Auffitôt après , l'Univerſité en corps vint occuper
ſes places ſur un grand théâtre qu'on avoit
élevéà cet effet. M. Chibourg , Docteur en Médecine
, & Recteur de l'Univerſité , ouvrit la
féancepar une harangue analogue à la cérémonie
, & digne de la haute réputation de ce Médecin
diftingué. On l'entendit avec plaifir rappeler
tous les grands hommes qui ont fait Tornement
de ce Corps célebre , & dont pluſieurs actuellement
exiſtans , ont donné au public des ouvrages
eſtimés ; il annonça enſuite les Pieces auxquelles
l'Académie de Palinod avoit décerné le prix.
Les Auteurs qui ſe trouvoient préſens , en firent
eux mêmes la lecture , & reçurent les applaudifſemens
d'une aſſemblée auſſi brillante qu'elle
étoit nombreuſe. Comme la plupart des Pieces
couronnées étoient en François , les Dames
avoient été invitées à la fête. L'Univerſité a rétabli
l'Ufage de diſtribuer des médailles & des
jettons ; elle a cru ces prix plus dignes d'une
Académie où les plus grands Poëtes de la France ,
Corneille , Fontenelle, Crébillon , Ségrais , &c.
fe font fait gloire de venir diſputer des cou
ronnes ,
b6
( 36 )
۱
Il eſtde mode en France aujourd'hui de
calomnier les Quakers , comme il étoit de
mode de les admirer il y a vingt ans. Le
trait ſuivant aidera à les apprécier. Un Qua
ker Anglois , intéreſſé par ſes liaiſons néceffaires
avec ſes afſociés de commerce , dans
les priſes de quelques uns de leurs armateurs
dans la derniere guerre , vient d'envoyer fon
fils en France , & fait publier l'avis ſuivant :
« Les Perſonnes intéreſſées , comme propriétaires
ou affureurs dans les Vaifſeaux l'Aimable-
Françoise , Capitaine Etienne Clemenceau , de
Bordeaux , l'Affurance , du Havre - de - Grace ,
Capitaine Jean- François Quentin , pris au commencement
de la derniere guerre ; le premier
dans ſon trajet de la Guadeloupe à Bordeaux ,
vers la fin de 1778 , par le Greyhound , Lettre
de marque , Capitaine Richard John , de Sain
Ives ,& amenés à Falmouth , dans le Comté de
Cornouailles en Angleterre; le ſecond, dans ſon
paſſage de la Martinique au Havre , par les Lettres
de marque le Brillant , Capitaine Henri Jane , &
le Dolphin , Capitaine François Ford , tous deux
du Port de Saint- Ives , & amenés à Fowey , dans
le même Comté ; tous ceux enfin qui ſe trouvent
intéreſſés ſous les mêmes rapports dans leſdits
Vaiſſeaux ou tous autres pris par leſdites Lettres
demarque , peuvent s'adreffer au Docteur Edouard
Long Fox , Hôtel d'Yorck , rue Jacob , à Paris , lui
faire connoître leurs noms , leurs demeures , leurs
droits , & il leur donnera quelque fatisfaction à
ceſujet» .
La Société Royale de Médecine a tenu
au Louvre ſa ſéance publique , le 15 Février.
La Société avoit propoſé dans ſa Séance pu .
blique , du 18 Acût 1781 , la queſtion ſui
vante :
( 37 )
ee Déterminer par l'analyſe chimique , quelle
eſt la nature des remedes anti - ſcorbutiques de la
famille des Cruciferes » ?
Ce prix devoit être diſtribué dans la Séance
pub'ique du 26 Août 1783. Les vues de la Société
n'ayant point été remplies , elle annonça
de nouveau le même ſujet , & elle indiqua les
plantes ſur leſquelles cile deſireroit fixer l'attention
des gens de l'Art.
Parmi les Mémoires envoyés au Concours ,
deux ont été remarqués. La Compagnie a penté
que le prix devoit étre partagé entre leurs Auteurs
, à chacun deſquels , elle a adjugé une Mé
daille en or de la valeur de so livres.
Le premier eſt -M. Gu.ret , ancien Apothicaire-
Major , à Strasbourg.
Le ſecond eſt M. Tingry, Membre de College
de Pharmacie , Réſident à Genève .
La Société avoit annoncé dans ſes Séances publiques
du 26 Août 1783 & du 31 Août 1784 ,
qu'elle décerneroit des prix d'encouragement aux
Auteurs des meilleurs Mémoires fur cette queltion
: Existe-il unſcorbut aigu ? Parmi ceux qu'el'e
a reçus , elle en a distingué unde M. Goguelin
, Docteur en Médecine à Moncontour , en
Bretagne. Elle a arrêté qu'il en fera fait une mention
honorable dan cette Séance.
1. Le R. P. Cotte , aſſocié Régnicole , ayant continué
depuis l'inſtitution de la Société de ſe li-
-vrer avec le plus grand zele à la rédaction des
obſervations météorologiques très - nombreuſes
-que la Compagnie reçoit de ſes Correſpondans ,
& qu'elle publie dans ſes volumes , elle a arrêté
qu'elle lui offriroit aujourd'hui , comme un
Stémoignage authentique de la reconnoiffance ,
une médaille en orde la valeur de 100 livres .
Parmi les Mémoires envoyés ſur la Topogra
( 38 )
(
phie médicale , la Société en a diftingué un de
M. Guyetant , Médecin & correſpondant à Lons
le-Saunier ſur la Topographie du Bailliage &
de la ville d'Orgelet. Elle lui a décerné le prix ,
conſiſtant dans une médaille en or , ayant la
même forme que les jettons ordinairesde la Société.
Eile a adjugé l'Acceſſfit à M. Didelot , Docteur
en Médecine & Correſpondant à Remiremont en
Lorraine , Auteur d'une deſcription Médico-Topographique
du Bailliage de Mirecourt .
La Société a décerné dans l'ordre ſuivant trois
médailles d'or , chacune ayant la même forme
que le jetton en argent qu'on diſtribue dans les
Séances de la Compagnie.
1. A M. Ramel , Docteur en Médecine à Aubagne
, Auteur d'un Mémoire fur les maladies les
plus communes à Bonne & à la Calle , Comptoirs
principaux de la Compagnie Royale d'Afrique .
2°. A M. Jacquinelle , Chirurgien -Major/du
Régiment d'Agenois , auteur de deux Mémoires,
l'un ſur les pierres inteſtinales , tant de l'homme
que du cheval , l'autre ſur la gangrene humide des
Hôpitaux.
3°. A M. Lefebvre Deshayes , Correfpondant
duCabinet du Roi , & réſidant à la nouvelle Plymouth
, Auteur de deux mémoires , l'un ſur les
eaux minérales de la grande anſe ; l'autre ſur les
Albinos ou Negres-Blancs.
La Société croit devoir faire une mentionhononorable
d'une obſervation envoyée par M. Maſſie ,
Docteur en Médecine à Bordeaux , fur des accidens
très-graves , ſurvenus à des Ouvriers que
l'on employoit pour enmagafiner & battre des
peaux de chevreuil , envoyées de la Louiſiane , &
auxquels pluſieurs ont fuccombé.
Cette Compagnie avoit propoſé dans ſa Séance
publique du 11 Mars 1783 , pour ſujet d'un Prix
( 39 )
de la valeur de 600 liv. dû à la bienfaiſance de
M. Lenoir , Conſeiller d'Etat , Lieutenant-Gé
néral de Police , Aſſocié libre de la Compagnie ,
la queſtion ſuivante :
«Déterminer quelles ſont parmi les maladies ,
>> ſoit aiguës , ſoit chroniques , celles qu'on doir
>> regarder comme vraiment contagieuſes ; par
>>>quels moyens chacune de ces maladies ſe
>>>communique d'un individu à un autre , &
>quels font les procédés les plus sûrs pour
>arrêter les progrès de ces différentes con-
>tagions ».
Le vrai ſens de la queſtion n'a point été ſaiſi
dans les Mémoires envoyés au Concours. La Société
eſt donc forcée de différer la diſtribution de
ce Prix , & elle annonce de nouveau le même
ſujet.
Quoiqu'elle propoſe la queſtion en entier pour
le Concours , ceux qui en ne répondant qu'à un
des Membres , donneront des renſeignemens utiles
ou des obſervations intéreſſantes , recevront
de la part de la Compagnie , des encouragemens
proportionnés au mérite de leurs recherches .
M. Lenoir , Lieutenant-Général de Police l'a autoriſée
à annoncer qu'il en fera les frais . MM.les
Médecins & Chirurgiens chargés du traitement
des maladies épidémiques oude celles qui regnent
dans les Hôpitaux , font invités à communiquer
leurs réflexions àce ſujet .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Marguerite-Louiſe Françoiſe le Sénéchal
Carcado -Molac , veuve de Louis- Vincent ,
Marquis de Beauvau , Grand- Sénéchal du
Maine, eſt morte à Molac en Bretagne , le
2de Février.
Jean-Baptiste-Guillaume Ferrant , ancien
Prévôt , Chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu,
( 40 )
Profeſſeur royal , ancien Profeſſeur de l'Ecole
pratique, Membre des Académies de
Florence& de Rouen , de l'Inſtitut de Bologne
, Confeiller de l'Académie, Docteur
en Médecine , Cenſeur royal , eſt mort à
Paris , le 9 Février 1785 , âgé de so ans.
N. de Montgon , Abbeſſe de Charenton ,
diocèſe de Bourges , eſt morte le 15 du mois
de Décembre , âgée de 104 ans & demi.
Céfar-Joſeph, Marquis de Bernetz , des Comtes
de Rofſanne en Piémont , chefdes deux ſeules
&uniques branches de cette ancienne & illuſtre
Maiſon , reſtantes tant en Piémont qu'en France ,
celle du Bout du-Bois en Picardie , aînée , & celle
deMontgiroult en Brie , cadette , eſt mort dans
fon chareau du Bout-du- Bois , le 2 Janvier , dans
la quatre-vingt-unieme année deſon âge .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le i de ce
mois , font : 62,33,28.53 , & 73 .
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 27 Février.
Les Etats de Hollande ont arrêté la levée
de deux corps de troupes légeres , l'un offert
par le Prince de Heſſe-Darmſtadt, l'autre
par le Major Meyer , employé ci - devant
en Amérique dans les troupes de Brunswick.
On arrend le conſentement des autres conféderés
à cette réſolution .
On parle de l'envoi de deux députés à
Vienne. Celon les uns , pour y reprendre les
négociations ; felon d'autres , pour y excufer
auprès de S. M. I. les procédés qui ont
eu lieu ſur l'Eſcaut.
( 41 )
Les Lettres de Berg-op- Zoom annoncent , que
le Gouverneur de cette Place , le Lieutenant-
Général de Hardenbroek , y étoit arrivé après
une courte ablence , & que la Bourgeo fie & les
Militaires y ſont plein d'ardeur & de bonne volonté.
Il y a dans cette Ville cinq Régimens d In
fanterie ; ſavoir ,de Holstein-Gottorp , du Rhingrave
de Salm , du Comte de Byland , de Saxe-
Gotha & du Comte d'Efferen , & en outre , un
Régiment de Dragons & une Compagnie d'Artillerie&
de Mineurs ; mais il en a été détaché pour
Lillo & les Fors youſins La Garde ſe fait avec la
plus grande vigilance , &les Baſtions , Ravelins &
autres ouvrages font pourvus de canons , munitions
& autres choſes , qui font envoyées journellement
de Hollande. En attendant , PEſcaut entre
Lillo & Saftingen n'est pas dans un moindre état
dedéfenſe. La Frégate le Harlingue s'y eſt rendue
pour remplacer le Pollux retourné à Fleſſingue .
Les Autrichiens , avertis du paſſage dun
convoi de 80 mille rations de foin , qu'on
envoyoit à Maſtricht , lui ont refuſé de pafſer
outre , & l'ont obligé à rebrouffer chemin.
La propoſition du Stathouder au ſujet
des refus de s'enrôler , qu'on appelle des ſéditions
, n'aura aucun ſuccès , comme nous
l'avons annoncé l'Ordinaire dernier. Il faut
que cette affaire ſe ſoit paſſée bien différemmentde
ce qu'en ont rapporté les Gazettes,
puiſque le Prince d'Orange , en remettant
aux États de Hollande ſon projet de publication
, y joignit une adreſſe conçue en ces
termes :
Les principes de modération , de douceur,&
( 42 )
véritablement patriotiques , auxquels je me fuis
montré conftamment attaché , nonobſtant la gra
vité & la multiplicité des offenſes par leſquelles
je me vois journellement outragé , m'ont déterminé
à faire connoître à la Nation les vrais ſentimens
de mon coeur,& à exhorter tous les habitans
de ce Pays au repos , à l'harmonie , à l'obéiſſance.
Je n'ai pointvoulu manquer d'offrir en cette occafion
à V. N. &G. P. la Copied'unePiece que j'ai
fait dreſſer dans ce deſſein , & dont j'aurai l'honneur
de faire tenir inceſſamment à V. N. & G. P.
le nombre néceſſaire d'Exemplaires , avec priere
de vouloir bien en faire faire au plutôt poſſible les
envois aux Régences des diverſes Villes & Places
de la Province de V. N. & G. P. pour les faire
publier & afficher à tous les lieux d'uſage : Penſant
pouvoir attendre des ſoins paternels &de la juſtice
de V. N. & G. P. qu'Elles voudront bien prendre
de telles meſures , pour que le mal n'empirepoint,
en exerçant trop de rigueur contre ceux qui ne
font coupables que defaits , qui prisen eux mêmes,
nefont ni criminels , ni illicites; mais ſont devenus
uniquement tels par les circonstances : Pendant
qu'on laiſſeroit un libre cours à d'autres menées &
infinuations injurieuſes, propres à exciter lahaine,
la diſcorde & la méfiance , dont la nature criminelle
ne dépend point des tems & occafions , mais
qui par elles-mêmes ſont diamétralementoppoſées
auxLoix divines &humaines , reconnues dans tout
Pays policé . La Haye , ce 31 Janvier 1785. [ Etoit
figné G. PR. D'ORANGE. :
Les Lettres de France ne nous apprennent
rien d'intéreſſant , finon l'ordre de doubler
les magaſins en Alface. On s'occupe toujours
de porter au complet 20 Régimens.
LL. HH, PP. ont nommé pour leur En(
43 )
voyé extraordinaire à la Cour de Ruſſie le
comte de Rechteren , de Borg-Beuningen ,
qui réſide actuellement à Copenhague , avec
le même caractere .
Les divers mouvemens des troupes de l'Empereur
, écrit-on de Maestricht , nous donnent ici
beaucoup d'activité. S. A. le Prince de Heſſe
Caſſel fait travailler continuellement pour mettre
cette place dans le meilleur état de défenſe ſpor
fible : les travaux avancem avec la derniere dili .
gence. Les canons & mortiers ſont placés ſur les
batteries & les forts. Les magaſins s'empliffent à
vued'oeil : on dit qu'on veut y mettre des vivres
pour fix mois pour une garniſon qui eſt déjà d'en
viron 10,000 hommes .
Audéfaut de nouvelles plus intéreſſantes
, nous placerons ici un fragment d'éloquence
au-deſſus du tempéré. Il eſt tiré d'un
diſcours patriotique , adreſſé par un Patriote
au corps franc patriote d'Utrecht. Les vertueux
& fimples défenſeurs de Leyde ,
d'Harlem , &c. &c. au XVIe. fiecle feroient
bien ébahis , s'ils revenoient au monde , du
langage figuré de leurs deſcendans .
,
>>>Nous avons la ſatisfaction de vous féliciter
d'être entrés dans une aſſociation qui unit tellement
les coeurs & les mains des citoyens libres
que le moment heureux paroît venu , où les tyrans
ne trembleront passeulement ſur leurs trônes , mais
éprouveront auſſi de la maniere la plus rigoureuſe
les effets flétriſſfans de leur trahiſon & de leur iniquité.
Lecitoyen ne procede plus dans les ténebres .
Iloſe ſe produire hardiment à lalumiere d'un ſoleil
qui brille de toutes parts. L'aſtre de liberté & de
bonheur s'éleve de plus en plus ſur l'horifon , & nous
( 44 )
2
pouvous vous aſſurer ſurdes fondemens ſolides ,
que lorſqu'il aura atteint fon méridien , il n'y aura
plus de tyrans privilégiés du peuple. La liberté armée
effacera leurs noms ; & s'il en reſte des traces,
ce ſera pour être en exécration éternelle à la poſtérité.
Nous avons vu les ſemences jettées dans le
jardin belgique ; ces germes ſe développeront
avec une incroyable rapidité , & vous verrez s'élever
un arbre , à l'ombrerafraîchiſſante duquel nous
nous repoferons en paix , en cueillant ſes fruits
avec reconnoiſſance & bénédiction .
La vénérable afſſemblée des citoyens libres &
armés des Pays-Bas-Unis , ce cortege de Héros que
conduit la raison , la prudence & la Re'igion , qu'anime
l'équité ,& qui menace du ſupplice tous les
oppreſſeurs arbitraires , a porté nos coeurs pleins
de patriotisme& de liberté à un point d'enthouſialme
qui nousdédommage au centuple des difficultés &
des perſécutions contre leſquelles nous avons eu
àlutter avec vous .
Dans cette afſemblée , la liberté étoit fur le
trône. La justice & la ſageſſe étoient ſes guides.
Tous les carreaux du Ciel étoient , au premier fignal,
prêts àfrapper les mineursfecrets de la Conf
titution Belgique , & les ennemis ſéditieux de la
Eberté.
: PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 2 Mars.
Le 12 Février il arriva à Aix- la-Chapelle
un Convoi impérial de 64 pieces de canon
de 12 & de 6 , 256 chariots & 652 chevaux .
On prétend que le Miniſtre Impérial à
Varſovie a communiqué à la Chancellerie
de Vienne , les particularités ſuivantes :
( 45 )
Il ſe trouve à Varſovie une femme allemande
mariée avec un Officer Ruffe. Cette femme intimement
liée avec un Anglois , lui confia qu'elle
avoit été perſuadée par un Adjudant & un Valet-
de-chambre du Roi , ſous promeſſe de 100 ducats&
une penfion annuelle de 500 autres ducats ,
d'empoiſonner le Prince Czartorinski , Capitaine
desGardes Nobles Polonois de S. M l'Empereur.
L'Anglois ne manqua pas d'en prévenir le Prince ,
qui ſe trouvoit alors à Varsovie. S'étant d'abord
rendu chez cette femme , pour faire les perquifitions
néceſſaires , elle n'hésita pas un moment ;
elle pria le Prince de revenir au foir , ou d'envoyer
uneperſonne de confiance , qu'on placeroit
dans une chambre voiſine pour entendre les difcours
des complices , qui viendroient alors chez
elle pour prendre les dernieres meſures . Le
Prince Czartorinski n'y alla pas lui-même , mais
il envoya le Comte Potocki à ſa place. L'Adjudant
devant le même ſoir accompagner S. M.
au ſpectacle , s'abſenta , & le Valet-de-chambre
vint tout ſeul. Le Comte Potocki entendit ſes
diſcours. Afſuré du fait, il prit toutes les meſures
pour retenir le Valet-de-chambre dans la mai.
Ton: comme il étoit Staroſte par ſa naiſſance , ola
ne pouvoit pas l'arrêter de force ; la choſe fut
donc expoſée au Roi , qui ordonna de le faire
'chercher par la Garde. On fait actuellement des
recherches exactes pour remonter à la ſo urce de
cet attentat .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cauſe entre le fieur de la Borde , & le tuteur
du mineur du Marquis de Fleury.
Dequel jour part l'hypotheque d'un créancier
fur les biens de ſon débiteur , pour une obliga(
48 )
damner au paiement deſdits arérages échus , &
à continuer ceux à venir , & voir déclarer la
Terre Dupleſfis- aux-Tournelles affectée & hypothéquée
au paiement de ladite rente. Le tuteur
a défendu à la demande du ſieur de Laborde , en
lui faiſant fignifier les lettres de reſciſion obtenues
par le Marquis de Fleury contre tous les
engagemens par lui ſouſcrits en minorité , & il
en a demandé l'entérinement vis- à-vis le ſieur
de Laborde ; il lui a fait également ſignifier
l'actede donation entre-vifs paflé le 1 Avril 1775
au profit de ton fils, de la nue propriété , avec
charge de ſubſtitution de la Terre Dupleffisaux
- Tournelles . - Les Juges du Chatelet
avoient accueilli la défenſe du tuteur, & rejetté
lademandedu ſieur de Laborde , qui a in
terjetté appel de leur Sentence. - Arrêt dù
19 Août 1783 , qui a mis l'appellation & ce au
néant , émendant , déchargé le ſieur de Laborde
des accuſations contre lui prononcées ; ce fait ,
ordonné que la Terre Dupleſſis- aux-Tournelles
demeureroit affectée & hypothéquée au paiement
de la rente viagere de 3000 liv. , & condanine
le tuteurdu mineur Fleury à payer & fervir lad.
rente à l'avenir , enſemble à en payer les arrérages
échus depuis le 29 Avril 1773 , avec les
intérêts du jour de la demande , & aux dépens.
GAZETTE DES TRIBUNAUX.
Pour laquelle on ſouſcrit chez l'Auteur , rue & hotel
Serpente. Prix 15 liv. par an .
La premiere feuille du dixneuvieme tome de
la Gazette des Tribunaux a paru au commencement
de la préſente année. Cet ouvrage dont
M. Mars , Avocat au Parlement de Paris , eſt
l'auteur , paroît tous les jeudis depuis près de
dix ans fans interruption.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI DI 12 MARS 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Épitre à Mme PITR la Comteſſe GABRIELLE
DIGOINE , Chanoineſſe du Chapitre Noble
de S. Martin de Sales , âgée de 14 ans .
CÉDEZ Édez au charme de l'Amour ,
Dit la Nature à la Jeuneſſe ;
Fuyez l'Amour , dit la Sageſſe;
Je les crus chacune à ſon tour,
Zulir fut l'objet de ma flamme ;
Jugeant ſon coeur d'après mon âme ,
Je crus l'aimer juſqu'au tombeau.
D'une erreur qui me fut ſi chère ,
Hélas ! dans ſa courſe légère ,
Le Temps déchira le bandeau.
L'Amour éteignit ſon flambeau.
N°. 11 , 12 Mars 1785 .
C
:
:
so
MERCURE
Zulir , à force d'injaſtices ,
Et de dépits & de caprices ,
Aigrit enfin ce Dieu vengeur ,
Qui s'éloigna d'un vol rapide
En brifant le lien perfide
Qui captivoitmon foible coeur,
Depuis ce jour , où la tendreſſe
Fut aſſervie à la raiſon ,
Je m'accoutume , avec Charron ,
Aux longs ennuis de la ſageſſe ;
Et quelquefois , fur l'Hélicon ,
Je rêve encore à ma maîtreſſe.
O vous! dont les appas naiſſans ,
Embellis par le caractère ,
Par l'eſprit & par les talens ,
Auront toujours ce don de plaire
Qui ne craint pas les coups du tems ;
Déjà vous offrant leur encens ,
Mille rivaux qu'Amour inſpire ,
Voudroient , à l'envi , dans vos ſens
Exciter ce tendre délire ,
Ces tranſports qu'on ne peut décrire ,
Maisbien ſentis des vrais amans :
Si jamais votre âme ſoupire ,
Heureux l'objet d'un feu a beau !
Chaque jour un attrait nouveau
Le fixera ſous votre empire.
Oui , chaque jour à vos genoux ,
DE FRANCE.
SI
Ravi de ſon bonheur ſuprême ,
Il ne prodiguera qu'à vous
Ces ſoins fi flatteurs & fi dour
Qu'on donne à la beauté qu'on aime.
Je les donnois tous à Zulir ,
Dans les jours charmans du bel âge :
Je ſens qu'avec même plaiſir
Je lui rendrois encore hommage ;
Elle fit mon premier deſir ,
Etje n'étois point né volage.
Deces beaux jours que je n'ai plus ,
Je garde un ſouvenir fidèle ;
Mais ils ne ſeroient point perdus ,
Si , comme vous , ſenſible & belle ,
A tout ce qui plaiſoit en elle ,
Zulir eût uni vos vertus.
(ParM. Pilhes. )
VERS adreffés à Mile GAVAUDAN
cadette , chantant le rôle d'Agarène , de
l'Opéra de Panurge dans l'Iſſe des Lanternes.
COMME COMME Panurge , entre deux Belles ,
Que n'ai-je à me déterminer &
Sans m'amuſer à lanterner ,
:
On me verroit à l'une d'elles ,
Gif
52
MERCURE
En un inſtant, fixer mon choix.
Eh! comment réſiſter au charme de ta voix ,
Dont le brillant éclat & l'heureuſe harmonie
Atous les tons divers ſe prêtent ſans effort?
Ojeune Gavaudan ! tu prends un double effor
Qui te rend, comme à nous, bien chère à Polymnie !
Si par Chimène en pleurs notre âme eſt attendrie ,
La gaîté d'Agarène à nos Cours plaît encor,
Qui que tu fois , enfin , on t'aime à la folie :
On t'applaudit avec tranſport !
(ParM. Baudrais , l'un des Réducteurs de la
Petite Bibliothèque des Théâtres. )
J'A
MOT DE COCLÈS.
'AI toujours fort aimé le mot de ccee Romain,
Qui , ſeul , au bout d'un pont , retardant une Armée,
Par l'effort de ſon bras ſauva Rome alarmée.
Grâces à Tite-Live , ou peut-être à Rolin ,
Mon Lecteur eſt inſtruit que Coclès , à la nage ,
Quand le pont fut rompu , regagnant le rivage ,
Fut atteint d'une pique , & que cet accident
Fit que , tant qu'il vécut , Coclès alla boîtant.
Un jour qu'un étourdi , dans la place publique ,
Lui tenoit , ſur ſa marche, un propos ironique :
« Rome eſt libre , dit-il , je ne m'en repents pas ;
• Je n'ai qu'à me louer du ſceau de ma victoire ;
DE FRANCE. 53
C
Je me souviens , à chaque pas ,
>> De ſon bonheur & de ma gloire.>>>
( Par M. Félix-Nogaret. )
COUPLETS adreſſés à M. BLANCHARD
chez M. PHILIDOR.
AIR : Voulez- vous ſavoir les on dit , &c.
Enfin le vainqueur desire
De la mer en furie
Vient dans letemple révéré
Du Dieu de l'harmonie.
Quoi de ſurprenant ?
Ce rapprochement
N'a rien de ridicule :
L'un dans les concerts ,
L'autre dans les airs
N'auront jamais d'émule
EN VOLANT au ſéjour des cieux ,
L'Auteur du grand voyage ,
Du roffignol harmonieux
Entendit le ramage.
a Dieu ! quel doux concert ,
১০
23
Dans ce froiddéſert ,
Me ravit & m'enchante !
Ah ! c'eſt Philidor
Giij
MERCURE
>> Qui forme un accord,
>> Ou bien Richer qui chante. * *
AUTREFOIS Meſſieurs les Titans
Au ciel firent la guerre :
C'étoit fait , avec vos talens ,
Du maître du tonnerre .
Le hardi Blanchard ,
Monté dans ſon char ,
L'eût ſommé de ſe rendre ;
Au Dieu le Sorcier **
Eût fait oublier
Qu'il falloit ſe défendre.
(Par M. Duchofal , Avocat en Parlement )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Cimeterre ; celui
de l'énigme eſt Vaisseau ; celui du Logogryphe
eft Enigme , où l'on trouve gene ,
mie,mine, neige , mi.
* Tout le monde connoît le talent du célèbre M.
Richer. Il a encore étonné ſes Auditeurs au Concert Spirituel
, quand il chanta la Cantate de Circé , que M. Philidor
amiſe en muſique. (Note de l'Auteur. )
** Opéra - Comique de M. Philidor .
DE FRANCE. 55
CHARADE.
BEAUCOUP de mon premier , de mon ſecond
très-peu ,
Des vains mortels ce fut toujours le voeu;
Mais mon tout en furie
Amaint ambitieux a fait perdre la vie.
ÉNIGME.
QUOIQU'UN aftre malin préſide ààma naiſſance ,
Mes jours n'en font pas moins heureux.
L'on fait de moi dans mon enfance
Un préſent , il est vrai , de pen de conféquence ,
Qui pourtantquelquefois ſe trouve gracieux,
Car , fans vouloir ici vanter mes avantages ,
Et fans paſſer pour fanfaron ,
Je puis fort bien me mettre au rang des perſonnages
Dignes d'admiration .
Je ſuis tout- à- la- fois Politique , Algébrifte ,
Géographe , Chronologiſte,
Hiſtorien & Généalogiſte ;
Je pénètre ſouvent dans le ſombre avenir ;
Et quoique quelques gens m'accuſent de mentir ,
Cependant dans plus d'une affaire
Mon conſeil est très-néceſſaire .
Tantôt vêtu ſuperbement ,
Civ
56 MERCURE
Je ſuis auffi doré qu'un Maréchal de France ;
Tantôt mis plus modeſtement ,
Comme un ſimple homme de Finance ,
Du cabinet j'ai le département.
Aces traits , cher Lecteur , tu dois me reconnoître;
Ou ſi tu n'es encor bien au fait de mon être ,
1
Pour ne te plus inquiéter ,
Je'finis par te ſouhaiter
Qu'un jour Dieu te faſſe la grâce
De venir chez moi prendre place .
(ParM. de Roucelle , Commiſſaire des Guerres
de la Maison Militaire de MONSIEUR. )
LOGOGRYPΗ Ε.
DAns un État lointain & floriſſant ,
Avec huit pieds j'offre un titre éminent.
Un feul de moins , voyez la différence ,
Par mes forfaits je fus célèbre en France ;
Je ſuis ce ſcélérat fameux
Qui mit long-temps en défaut la Juſtice ;
Qui par cent tours , auſſi hardis qu'heureux ,
Ne fit que reculer l'inftant de ſon ſupplice.
(Par M. Deville. )
DE FRANCE.
17
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MORCEAUX extraits de l'Histoire Naturelle
de Pline , par M. Guerou't , Profeffeur
d'Éloquence au College d'Harcourt. I vol.
in-8 °. avec le texte à côté de la Traduction
Françoiſe . A Paris , de l'Imprimerie de
Michel Lambert , rue de la Harpe , &
chez Brocas, Libraire , rue S. Jacques .
ILya peu de Recueils , a ditun homme de
goût , que le Lecteur ne voulût abréger , &
qui ne gagnaſſent à cette diminution ; de ce
petit nombre eſt celui que nous annonçons .
Les Littérateurs qui connoiffent Pline, regretteront
peut - être de ne pas trouver dans ce
Recueil , quelques morceaux dout le Traducteur
auroit pu encore l'entichir. Mais il n'y
aura perſonne qui n'applaudiſſe au choix
des morceaux qui le compoſent. Il n'en exiſte
point de plus amuſant , ni de plus inſtructif.
C'eſt l'Ouvrage d'un homme judicieux , &
qui écrit aufli bien dans ſa langue qu'il entend
la langue latine. Il y a ſans doute
beaucoup de mérite à traduire exactement
un Auteur qui , pour vouloir être toujours
ferré , devient ſouvent (bſeur. Mais M.
G*** eft au-deſſus de ce mérite : il en a un
qu'il partage avec un très-petit nombre de
Traducteurs : c'eſt d'avoir rendu fidellement
Cv
8 MERCURE
le caractère de ſtyle qui diſtingue le Naturalifte
Latin. Preſque par-tout c'eſt l'eſprit
de Pline; & fi l'on excepte quelques traits ,
on retrouve dans la copie toute la phyfionomie
de l'original. Nous pourrions citer au
hafard , & comparer la verſion avec le texte,
mais l'abondance des matières ne nous permet
pas de mettre ſous les yeux de nos Lecteurs
un parallèle que d'ailleurs ils peuvent
faire eux-mêmes. Nous croyons les obliger
davantage en les avertiſſant des richeſſes
Littéraires que leur offre le travail de M.
G***.
Le noin ſeul de Pline doit exciter la curiofité.
Il faut que ce ſoit un bien grand
Homme , puiſque ſon nom a paru à notre
fiècle un titre d'honneur pour M. de Buffon .
Tout le monde fait que ſon Hiſtoire Naturelle
eſt le dépôt le plus précieux des connoiſſances
de l'antiquité. Il nous apprend luimême
qu'il a extrait plus de deux mille volumes;
mais dans cette multitude prodigreuſe
de faits , d'obſervations , de découvertes
qu'il a pris ſoin de raſſembler , tout
n'eſt pas également intéreſſant , également
vrai. Pourquoi perpétuer l'ignorance & les
préjugés , lorſque l'on ne devroit écrire que
pour les combattre ? Pourquoi ne pas dégager
la vérité des erreurs qui l'étouffent ? On
doit reſpecter les Anciens , ſans doute ; mais
on doit encore plus reſpecter la raiſon . Et
d'ailleurs , n'est-ce pas infulter à la mémoire
d'un Ecrivain Philoſophe, que d'offrir, au mé
DE FRANCE.
19
pris des Lecteurs éclairés , des réflexions qua
lui ſembleroient fort étranges à lui-même ,
s'il étoit de notre ſiècle ? M. G *** a donc
rendu ſervice à Pline & au Public , en choififfant
, parmi les extraits dont le Naturaliſte
Latin a compoſe ſon Ouvrage , ceux qui
peuvent inſtruire & plaire. S'il a conſervé
dans ſon Recueil quelques opinions erronées
, ce ſont de ces erreurs contre leſquelles
le temps & l'expérience nous ont ſi bien mis
en garde, qu'on peut s'en amuſer , ſans craindre
aucune ſurpriſe pour fa raiſon. Le Traducteur
s'eſt attaché principalement aux
Anecdotes , qui fervent à faire connoître
les progrès du luxe chez les Romains. En
voyant la peinture de tant d'excès , nos Moraliſtes
les plus févères feront tentés de pardonner
à notre ſiècle , & ros prodigues les
plus faſtueux rougiront preſque de ſe trouver
ſi meſquins dans leur magnificence. Qui
oſeroit vanter ſa vaiſſelle , après avoir lû ,
page 413 , qu'un des eſclaves de Claude pofſedoit
neuf plats d'argent , dont un ſeul peſoit
cinq cent livres , & les huit autres enſemble
huit cent cinquante livres ? Qu'une
femme ſe pare de tout ce que la richeſſe
peut acheter de plus brillant , pour remporter
la palme du luxe dans une de ces fêtes où
l'on étale tout lefaſte de l'opulence ; & dans
cet appareil fuperbe, qu'elle voye , p. 155 ,
la petite fille de Lollius , à un ſouper de
fiançailles très ordinaires , avec une parure
de quarante millions de ſeſterces , c'est- à
Cvj
60 MERCURE
dire, de 7,782,010 livres de notre monnoie,
pourra-t'elle encore ſe regarder avec complaifance
, & ne craindra-t'elle pas d'être à
peine remarquée par ceux qu'elle ſe flattoit
-d'étonner ?
Quand nous liſons que le Surintendant
Fouquet , ſans doute pour inſulter à la magnificence
des tables les plus ſomptueuſes ,
fit ſervir un plat de louis ſur la fienne , &
que les convices ſe retirèrent les poches
pleines de ce deſſert précieux , nous favons
moins de gré à Péliffon de l'avoir défendu
dans le malheur avec tant de courage &
d'éloquence. Voici une Anecdote qui modérera
beaucoup notre indignation contre
le Surintendant. On connoît l'extravagance
de Cléopâtre , qui gagea avec Antoine de
confommer ſeule , dans un ſoupé , dix millions
de feſterces , ou , à peu de choſe près ,
deux millions de notre monnoie. Perſonne
n'ignore que cette Courtisanne couronnée ,
Regina meretrix , avoit déjà gagné la moitié
de fa gageure , en avalant une perle d'un
million , qu'elle avoit fait diffoudre dans le
vinaigre. " Elle portoit la main fur l'autre.
وم Plancus , juge du pari , la ſaiſit , & pro-
>> nonça qu'Antoine étoit vaincu : préſage
>> trop malheureuſement accompli. Après
>> que cette Reine fameuſe , par un triom-
>> phe ſi glorieux , fut tombée au pouvoir
ود
رد
du vainqueur , on ſcia cette ſeconde perle
pour faire deux pendans d'oreilles à la
>> Vénus du Panthéon , & la moitié d'un de
DE FRANCE. 61
>> leurs foupés fait la parure d'une Déeffe.
> Cependant ils ne remporteront point la
>> palme du luxe; ils ſeront depouilles même
de cette gloire. Dejà le fils du Tragédien
>> Éſopus Clodius, à qui ſon père lailla des
>> richeſſes immenfes , avoit donné à Rome
>> l'exemple de ce magnifique ſcandale ;
» qu'Antoine ne ſoit pas fi fier de ſon trium-
ود
ود
virat : à peine a-t'il égale un Hiftrion ,
dont l'action même a plus de grandeur ,
>> puiſqu'il ne fut point provoqué par une
» gageure. Il vouloit avoir la gloire d'effayer
ود le premier le goût des perles; il le trouva
» merveilleux ; & pour ne pas le ſavoir
ſeul , il en fit ſervir une à chacun des con-
» vives » , page 1,9 .
"
La prodigalité du Miniſtre de Louis XIV
peut -elle étre comparée à celle du Comédien
Romain ? Et Baron , avec ses gens ,
cumme il feroit pitié , fi nous le mettions à
côté d'Éſopus ! On ne trouveroit peut- être
chez aucun peuple un ſecond exemple d'un
luxe fi infolent. Au reſte , Éſopus avoit été
formé par un grand maître , & ce maître
étoit fon père. On verra , page 171 , que cet
Acteur ſe fir fervir un plat d'oiſeaux qui
coûtoit cent mille ſeſterces , c'eſt à dire ,
19,453 liv. Ils étoient de l'eſpèce de ceux
qui chantent ou qui parlent. Chaque oiſeau
avoit été payé fix mille ſeſterces , 1,167 liv .
Ces Anecdotes , que nous avons choifies
entre mille , fuffiront pour faire preſſentir
combien le Recueil que nous annonçons
62 MERCURE
doit être utile & agréable; il embraffe toute
la Nature. M. G *** l'a diviſéen XVI Chapitres.
Il n'y en a point qui n'offre à la curiofite
des fingularités peu connues , & à la
raiſon des réflexions brillantes & fecondes.
Le troiſième Chapitre eſt un des plus intéreffans.
On y verra le tableau de l'homme
moral , & les portraits de quelques hommes
célèbres. Il eſt impoſſible de peindre avec
plus d'énergie & de vérité. En parcourant le
cinquième Chapitre , où le Traducteur a
raſſemblé tout ce que Pline raconte de piquant
fur les animaux terreſtres , malgré les
récits merveilleux des voyageurs , nous avons
été ſurpris de l'intelligence & de la légèreté
des éléphans. On nous faura gré d'en rapporter
quelques traits ; & après les avoir
lûs , on s'éronnera d'avoir tant admiré les
chevaux du ſieur Aſtley. " Aux combats de
>>Gladiateurs , donnés par Germanicus , des
>> éléphans exécutèrent une eſpèce de baller
>> groffier & fans meſure. Il étoit ordinaire
ود
ود
de les voir lancer des javelots avec tant de
force , que les vents ne pouvoient les dé-
>> tourner , faire affaut entre eux comme
ود
ود
les Gladiateurs , ou ſe jouer enſemble ,
>> en danſant la pyrrhique. Ils marchèrent
enfuite ſur la corde , portant même à
> quatre des litières dans leſquelles étoit un
>> autre éléphant , imitant une nouvelle accouchée;
ils allèrent ſe placer à table dans
des ſalles remplies de peuple , & paſsèrent
à travers les lits , en balançant leurs pas
N
ود
"
DE FRANCE. 63
• avec tant d'adreſſe , qu'ils ne touchèrent
> aucun des buveurs , page 85. Il est très-
ود
ود
étonnant que des éléphans montent le long
d'une corde tendue ; mais il l'eft bien
>> plus encore qu'i's reviennent fur leurs
ود pas , fur-tout la corde étant inclinée. Mu-
>> cien , qui fut trois fois Conful , rapporte
> qu'un de ces animaux avoit appris à tracer
"
"
ود
des caractères Grecs, & qu'on lui faifoit
écrire ces mots en Grec : J'ai moi-même
tracé ces lettres , & dédié les dépouilles des
Celtes.
Les Erudits , qui aiment à s'inſtruire de
toutes les antiquités Romaines , liront avec
avidité les Chapitres qui traitent de l'agriculture
, des jardins &des herbes . Les économiftes
y trouveront les préceptes les plus
utiles ; & ceux qui ont recours aux Livres
pour échapper à l'ennui , ou pour ſe délaſſer
des occupations ſérieuſes , remerciront le
Traducteur d'avoir inféré dans ces articles
beaucoup d'Anecdotes , qui doivent avoir
pour eux tout l'agrément de la nouveauté.
Annoncer un Chapitre ſur les Médecins ,
c'eſt promettre du plaifir aux Lecteurs qui
jouiffent d'une bonne ſanté. Il falloit que
Pline fût à l'épreuve des maladies pour attaquer
avec tant de hardiſſe les maîtres de
nos destinées. Hi regebant fata. Nous craignons
que ce Chapitre ne prévienne certaines
perfonnes contre le mérite de cet Écrivain.
Mais les torts de Pline ne les rendront
pas injuftes envers M. G*** , & elles admi
64 MERCURE
reront , comme nous , le ſtyle énergique du
Traducteur , dans les morceaux que nous
allons leur préfenter.
" Chrifippe, diſcoureur inépuiſable, adopta
>> une nouvelle méthode , à laquelle ſon Dif-
>>ciple , Erafiftrate , fit aufli beaucoup de
>> changemens; & pour commencer à parler
ود des gains de la Médecine, il reçut cent
>> talens, 460,875 1. du Roi Ptolomée , pour
>> avoir guéri Antiochus , ſon père. Ces dif-
ود ferentes écoles ſe combattirent long-tems.
* Hérophile les condamna toutes. Il con-
ود noiſſoit l'état du pouls par les temps de la
» muſique ,selon la différence des ages. Sa
>> methode fut abandonnée auſſi , parce qu'il
ود falloit avoir étudié pour l'entendre..... Je
>> paſſe ſous filence une foule de Medecins .
» Les plus fameux font Capius , Calpetanus .
ود
ود
ود
ود
Ils recevoient des Empereurs deux cent
>> cinquante mille ſeſterces par an , 48,6321 .
>>Stertinius vouloit qu'ils lui ſuſſent gré de
>> ce qu'il ſe contentoit de cing cent mille
ſeſterces d'honoraires , 97,265 liv. Il prouvoit
, par la liſte de ſes viſites , que
Rome lui en avoit rapporté fix cent mille,
. 161,718 liv. Son frère recevoit la même
ſomme de l'Empereur Claude. Malgré les
- dépenſes incroyables qu'ils avoient faites
pour l'embelliffement de Naples , leur
fucceffion monta à trente millions de ſef-
» terces , 5,836,507 liv.... Dans le même
>> fiècle , ſous l'Empire de Néron , le ſceptre
ود
90
ود
" de la Médecine paſſa catre les mains de
DE FRANCE. 65
ود
ود
ود
» Thepfalus , qui proſcrivit tous les ſyſtê-
» mes des anciens..... Jamais Histrions , ni
conducteurs de char , ne parurent en Public
avec un cortège plus nombreux.....
>> Tout-à-coupun Marſeillois, nommé Char-
» mis , vint s'emparer de Rome , en condamnant
tout enſemble , & ſes prédécefſeurs
& l'uſage des bains chauds. Il plon-
>> gea les malades dans les étangs. J'ai vû des
vieillards Confulaires roides de froid ,
faire parade de leur conſtance. Nul doute
>> que cesintrigans, cherchant la célébrité dans
Pianovation , ne ſe font aucun fcrupule de
> trafiquer de nos jours. De-là ces malheu-
ود
ود
ود
ود reuſes confultations autour des malades :
>> aucun des Conſultans n'opine de la même
ود manière pour ne point paroître penſer
>> d'après un autre ; de là cette triſte épitaphe
>> gravée ſur un tombeau : J'ai fuccombé
» fous le nombre des Médecins. Après tant
ود
ود
ود
ود
de variations , l'Art change encore tous
les jours , & fouples aux impreffions des
>> Grecs , nous sommes le jouet de cette fue
ceſſion de ſyſtêmes. Le Grec qui fait le
mieux diſcourir , devient à l'inſtant l'arbi-
» tre ſuprême de notre vie & de notre
>> mort.... A moins qu'un Médecin ne parle
> Grec , il eſt ſans crédit , même auprès de
>> ceux qui n'entendent pas cette Langue.
>>>Ils ont moins de confiance aux choſes qui
ود intéreſſfent leur ſanté lorſqu'elles font in
>> telligibles pour eux. Auſſi dès qu'un hom-
» me ſe dit Médecin , on le croit fur parole.
66 MERCURE
ود
ود
ود
ود
Nulle loi qui ſéviſſe contre l'ignorance.
Ils s'inſtruiſent aux dépens de nos jours.
Leurs expériences nous coûtent la vie ,
&le ſeul Médecin tue avec impunité. Les
>> reproches même ne tombent pas ſur eux ;
>> on accuſe l'intempérance du malade , &
les morts ont toujours tort. Je ne dénon-
>> cerai pas cette avarice inſatiable , cette
>> cupidiré qui marchande avec le malade
>> expirant , ce tarif fixé pour chaque dou-
>> leur , ces avances priſes ſur la mort. Grâces
» à ces abus , le ſeul remède contre l'excès
→ du brigandage a été le nombre même des
> brigands. La concurrence & non la pudeur
رد les rend moins chers. Pages 359 & ſuiv. »
Nous ne nous étrendrons pas davantage ſur
le mérite de cette Traduction. Le Lecteur y
trouvera ce que M. de Buffon a dit de Pline.
• Dans chaque partie , Pline eſt également
>>grand. L'élévation des idées , la nobleſſe
>> du ſtyle relèvent encore ſa profonde éru-
>>dition. Il avoit cette facilité de penſer en
> grand qui multiplie la ſcience. Il commu-
>> nique à ſes Lecteurs une certaine liberté
> d'eſprit , une hardieſſe de penfer qui eft
ود le germe de la Philofophie.>>
DE FRANCE. 67
RECUEIL de quelques Pièces de Littérature
en profe & en vers. A Paris , chez
Prault, Imprimeur du Roi, quai des Auguſtins.
IL faut l'avouer, en lifant ce Recueil on
ne peut ſe défendre d'un ſentiment pénible ;
il ſemble voir l'indifférent Propriétaire d'une
mine très-riche & très-variée , qui , content
de faire briller quelques diamans d'un grand
éclat , dédaigne d'ouvrir ſes tréſors. Quoique
bien courts , la lecture des trois morceaux
dont nous allons rendre compte ſuffira
pour juſtifier ce jugement. Le premier
eſt une Differtation relative à une Epitaphe
Grecque trouvée à Naples ſur un monument
antique , & que le célèbre Meraſtaſe
a traduite en vers Italiens. Voici la manière
dont le Traducteur François l'a rendue dans
fa Langue.
LE POETE.
Omeſſager du Dieu qui règne ſur les ombres!
Dis-moi ; qui conduis-tu dans les royaumes ſombres ?
MERCURE.
Ariftor , par la parque à ſept ans enlevé ,
Et qu'au milieu des ſiens tu vois ici gravé.
LE POETE.
Si lorſqu'un fruit eſt mûr , la parque le dévore ,
Pourquoi cueillir , hélas ! un fruit ſi verd encore ?
68 MERCURE
La Differtation dont ces vers ſont l'occa
fion , a ſeulement été écrite pour un ami,
qui heureuſement plus généreux que l'Ecrivain
, a cru ne pas devoir profiter & jouir
ſeul de l'inftruction & du plaifir que cet
Ecrit doit généralement procurer. Les objets
qu'elle embraſſe ſont importans ; &
quoique l'Auteur n'en prenne que la fleur,
il n'en affoiblit pas l'intérêt ; il remonte aux
cauſes de ce reſpect , de cette tendre vénération
que nous inſpirent les monumens antiques;
il en découvre deux principales , l'une
fondée en raiſon , & l'autre dûe ſur-tout à
notre imagination.
" Dans la jeuneffe du monde , & fur-
>> tout ſous la douce température de la
>> Grèce , le Génie, créateur en tout genre ,
>> s'animoit à la vue de ſes créations; l'ef-
>> prit imitateur n'abâtardiſſoit point ſes
> ouvrages , de ſerviles bienfeances ne lioient
>> aucun de ſes mouvemens ; il combattoit
>> tout nud ainſi que les athlètes. La ma-
ود nière antique a donc un véritable avan-
>>tage ſur la moderne. Elle est grande ,
>> ſimple , originale & pure ; mais en ac-
" cordant aux Anciens une ſupériorité réelle,
>> nous leur prêtons encore une ſupériorité
> imaginaire. Quoique la Nature ait tou-
» jours été la même , on ſe la repréſente
**>> plus jeune , plus vierge dans les premiers
>> fiècles , & en même-temps plus robuſte &
>> plus féconde. Les Anciens l'ont vûe dans
ود ſa fraîcheur&dans ſon innocence ; dans
DE FRANCE. 69
>> chaque carrière ils ſe montrent les pre-
>>> miers : à l'admiration & à l'enthouſiaſme
وم ſe joint une forte de reconnoiffance , &
>> nous conſidérons avec une tendreſſe filiale
>> leurs idées ainſi que leurs buſtes. Cette
tendreſſe va juſqu'à la ſuperſtition, Tout
>> monumentdevient ſacré en devenant an-
>> tique, ſes années ſont des titres , ſes ſiè
>> cles des triomphes , on adore ſes débris.
ود Si le temps, poursuit l'Auteur que nous
>> nous affligeons d'abréger , a conſacré les
» monumens antiques , il a ſanctifié les mor
numens funéraires. A l'aſpect d'un mauſolée
, les ſens ſe recueillent ; on lit l'inf-
>> cription en l'honneur du mort qu'il ren-
>> ferme; on croit aſſiſter à ſes derniers mo-
> mens ; on s'attendrit ſur lui , ſur ſoi ; on
" s'enfonce dans le paſſe , dans l'avenir ; on
foulève en tremblant le voile redoutable
> qui couvre tant de ſiècles , & qui touche
» au nêtre. »
En conſervant la forme aimable & fimple
du dialogue, l'Auteur a cru devoir ſubſtituer
à l'image des raiſins , qu'il trouve
trop familière , celle des fruits , qui , dit - il ,
aconſervé plus de nobleffe parmi nous. Cette
obſervation nous paroît peu jufte , & nous
pourrions citer une foule de beaux vers de
Racan , de Rouſſeau , de M. de Saint-Lambert
& de M. l'Abbé Deliſle , dans lesquels
le mot raiſin eſt très-heureuſement placé ;
mais on pardonnera facilement cette légère
erreur , en ſuppoſant même que c'en est
70
MERCURET
une, fi l'on ſonge qu'on lui doit des vûes
très-ingénienfes , très-fines & même trèsneuves
ſur le génie différent des Langues anciennes
& modernes. Nous ne ſuivrons pas
l'Auteur dans toutes ſes obſervations ſur les
Écrivains de l'antiquité comparés aux Ecrivains
modernes, nous nous bornons à inviter
à lire avec ſoin ce qu'il dit des métaphores
, & en particulier la note , où ſont
citésplufieurs mots de feu M. le Dauphin ,
vive, brillante&conciſe: l'abréger, ce ſeroit
la tronquer & non la faire connoître.
“ Chez les Anciens , on diviſoit le ſtyle
» en ſimple , en tempéré & en fublime.
>> Les trois ſtyles diftingués parmi nous ,
ſont le ſtyle pur , le ſtyle brillant , le ſtyle
» énergique. »
Je ne crois pas que nous ayons une divifion
des ſtyles différente de celle des Anciens
, & je crois moins encore que le ſtyle
pur entre dans cette divifion ; la pureté eſt
le premier mérite néceſſaire de tous les ſtyles
depuis celui des Lettres juſqu'à celui de
l'épopée.
« La pureté du ſtyle dépend de la noble
» réſerve des ornemens , & de l'obſervation
délicate des convenances. Le ſtyle bril-
>> lant, de la richeſſe des idées principales, &
» du cortège pompeux des idées accefſoires;
le ſtyle énergique , de l'audace des
» expreffions , de la rapidité des mouve-
» mens. »
Il ſeroit peut-être poſſible d'attaquer avec
DE FRANCE. 71
quelque avantage ces définitions ; mais au lieu
d'infifter longuement ſur les ſtyles , nous
ferons mieux d'offrir l'exemple d'un ſtyle à
la fois fort & brillant , en copiant le parallèle
de Rouſſeau &de Monteſquieu. " Rouf-
ود
ſeau a cette vigueur de coloris qui groſſit
merveilleuſement les objets ; Montef-
>> quieu , cette vigueur de trait qui les pé-
>> nètre à fond : l'un heurte de front toutes
ود les opinions dominantes , l'autre les fou-
→ met à ſon empire. Montesquieu ſemble
2
"
avoir étudié la politique au milieu du
» Sénat de Rome; Rouſſeau , du haut des
• Alpes. Le premier défend la choſe publi-
» que en Dictateur fublime , le ſecond en
Tribun véhément. Liſez-vous l'un ? vous
>> croyez aſſiſter à l'aſſemblée générale des
» Nations , & vous y apprenez la ſageſſe
» qui peut tout rétablir. Lifez-vous l'autre ?
>> vous croyez aſſiſter à une aſſemblée de
courageux Républicains, & vous y puiſez
l'audace qui peut tout renverſer. Au nom
de la liberté , de la vertu , du courage , de
» l'amour & de l'amitié , Kouffeau agite
& quelquefois dérange les fibres les plus
ſenſibles de notre coeur, par la profondeur
de ſes idées , par l'étendue de ſes ſyſtêmes
, par l'enſemble de ſes connoif-
>> ſances; Monteſquieu exerce & féconde
>> toutes les facultés de notre entendement ;
رو
"
وو
"
ود
"
ود
ود
ود
l'un enflamme les têtes , & l'autre les
mûrit. » Nous n'étendrons pas d'avantage
cette analyſe , quoique cette differtation de
72 MERCURE
34 pages donne plus de matière aux réfle
xions qu'une foule de gros volumes..
Le portrait du charlataniſme eſt plein
d'originalité , de grâce & d'eſprit. Dans ce
portrait , tracé avec une imagination brillante
, le charlatiſme eſt ſon peintre à luimême.
Les couleurs dont il ſe ſert ſont gaies
&vives , & jamais tranchantes & dures. Il
remonte auxjours où les Égyptiens le virent
naître , & parcourt rapidement tous les lieux
qui l'ont accueilli , c'est-à-dire , à peu-près
toute la terre ; il s'arrête avec plus de
complaiſance parmi les peuples ingénieux ,
comme les Grecs , les Romains & les François
: c'eſt chez ceux-là qu'il eſt le mieux
reçu , parce que c'eſt avec de l'eſprit , de la
facilité , de l'imagination & de la grâce qu'on
eſt le plus facilement trompé , comme il
l'obſerve lui-même en parlant des Grecs,
Ce peuple étoit fin & moqueur ;
Mais il m'aimoit avec tendreſſe ; "
L'imagination diſpoſoit de ſon coeur ,
Il accueilloit avec ivrefſe
Le Philoſophe & l'impoſteur :
Il fut l'ami de la ſageſſe ;
Mais il fut l'amant de l'erreur.
Parle-t'il de Rome ,
Là , dirigeant les Arufpices ,
Je foumis aux oiſeaux les vainqueurs des humains ;
Là , conſacrés par mes caprices ,
Des poulets commandoient à l'aigle des Romains .
Il
DE FRANCE. 73
Il inftruifit à Médine lepigeon qui conſeilloit
Mahomer; on fait qu'elles ont été les
fuites de cette éducation ; mais elles n'ont
jamais été décrites d'une manière fi riante
que le charlataniſme les decrit lui-même. A
Londres , il renforce ſes couleurs comme ſes
moyens. A Paris , il a tous les moyens &
toutes les couleurs. C'eſt lui qui va nous pré
fenter ſes traits diftinctifs.
En résumé ,voici les traits
Auxquels on peut me reconnoître :
J'aime à parler , j'aime à paroître ,
J'aime àprôner ce que je fais ,
J'aime à groſſir ce queje fais ;
J'aime à juger , j'aime à promettre ,
J'annonce les plus beaux fecrets ,
Je n'en ai qu'un , celui de mettre
Tous les ſots dans mes intérêts ;
Je les afſocic à magloire ,
Enm'aſſociant à leur bien ;
Leur bonheur ſuprême eſt de croire ,
Etm'enrichir voilà le mien .
Venez voir dans Paris tout l'or que j'accumule,
Venez voir près de moi les badauts attroupes ,
Depuis ............ils.y ſont attrapés ;
Ce François fi malineſt encore plus crédule.
Ce portrait eft accompagné de notes qui
font d'un eſprit très -philofophique & en
même - temps très -aimable. L'embarras de
Nº. 11 , IL Mars 1785 . D
74 MERCURE
choiſir nous interdit les citations. Nous invitons
à lire ces notes avec la plus grande at
tention , & pour récompenſe nous promettions
l'inſtruction facile & le plaiſir.
Ce Recueil eſt terminé par un Poëme fur
les Échecs. C'eſt, comme le penſe l'Éditeur ,
un jeu d'eſprit , un tour de force , auquel il
étoit difficile de réuſſir. L'Auteur y eſt parvenu
; mais à la vérité , il n'a pas cherché
à développer en vers , comme Vida , les
combinaiſons immenfes & arides d'un jeu
très-compliqué & très-difficile ; mais il a
voulu montrer qu'à force d'eſprit il n'eſt
point de ſujet qu'on ne puiſſe dominer.
Il a tiré du fien des traits heureux , des éloges
auſſi juſtes que délicats , & il a ſu l'embellir
par un grand nombre de bons vers. Nous
allons en citer quelques-uns de l'épilogue ,
pour donner au moins une idée du ton de
GetOuvrage.
-Tandis que je chantois un fantôme de guerre ,
Le véritable Mars enfanglantoit la terre ;
Vingt peuples opprimés contre un peuple oppreffeur )
Dans un bras de vingt ans trouvoient un défenſeur.
•
Par des plans combinés préparantles conquêtes ,
Par des miracles prompts réparant les tempêtes ,
Caſtre au nom de Louis affranchiſſoit les mers ,
Et ſous ſon pavillon ralligit l'Univers.
Neptune indépendant remercioit la France.
DE FRANCE:
75
Suffren , du Gange aux fers hâtoit la délivrance ;
La Tamiſe , appauvrie & réduite à ſes bords ,
Portoit le deuil d'un monde & pleuroit ſes tréſors,
Par d'invincibles noeuds aſſociant leur trône ,
Un Prince Philoſophe , une Reine Amazone ,
De l'Ottoman aveugle obſervoient le déclin ,
Et d'un État mourant précipitoient la fin ; !
LaGrèce réveilloit ſa liberté captive ,
Et l'Europe en ſuſpends écoutoit attentive.'
Demoins fanglans débats , non fans. hoftilités,
Diviſoient dans Paris les eſprits agités :
Au nom dumagnétiſme une foule en extaſe ,
Pour Mefmer , pour Deſlon hurloit avec emphaſe,
Leur index , tout puiffant dans ſes inflexions ,
Semoit l'enthouſiaſme & les convulfions.
;
Des cieux quels cris ſoudains font retentir la voûte ?
L'homme des Immortels oſe tenter la route ;
Montgolfier dans ſon char paroît l'égal des Dieux ;
On le fuir , on le cherche , on le perd dans les cicuz
La critiqueun inſtant reſpecte le courage.
Le char deſcend à peine , elle ritdu voyage.
Loin d'un monde cenſeur & plein d'inimitié ,
Où fuir ? Près de l'Olympe ou près de l'amitié.
Églé, dans tous les temps vous fûtes ſon aſyle;
Vous favez embellir ce ſentiment tranquille ;
De votre caractère on reffent la douceur,
Dij
76 MERCURE
Comme onreffent le frais d'un ombrage enchanteur ;
Les Dieux vous ont donné cette philoſophie
Qui prévient les chagrins ou qui les pacifie :
Je vous offre ces vers ; ma Muſe attache exprès
L'image de la guerre à celle de la paix.
On ne peut que féliciter l'Éditeur du bonheur
qu'il a d'avoir un pareil ami , le remercier
du préſent qu'il a fait au Public, &
l'engager , s'il le peut , à lui en faire ſouvent
de ſemblables.
HISTOIRE Univerſelle , depuis le commencement
du monde jusqu'à présent , compoſée
en Anglois par une Société de Gens
de Lettres , nouvellenient traduite de
l'Anglois par une Société de Gens de Lettres
, enrichie de figures & de cartes.
72 vol. in-8 ° . A Paris , chez Moutard ,
Imprimeur-Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluni.
Ce grand Ouvrage , dont le temps & le
fuffrage unanime des Savans ont confirmé la
célébrité , eſt le dépôt le plus vaſte qu'on
puiffe confulter , & le recueil le plus complet
que l'on ait ſur l'hiſtoire de tous les
âges & de tous les pays. La plupart des Écrivains
les plus renoinmés de l'Angleterre , par
leur érudition & la ſageſſe de leur critique ,
y conſacrèrent leurs veilles pendant plus de
vingt ans. Les Savans d'Allemagne, en faifant
paffer cette Hiſtoire Univerſelle dans
DF FRANCE. 77
, leur langue ont relevé quelques erreurs
échappées aux recherches ou à la ſagacite des
premiers ; & les nouveaux Traducteurs François
ont profité des obſervations de ceux-ci ,
foit en les confignant en notes au bas
des pages , quand elles leur paroiffoient
encore fufceptibles de quelques difcafſions
, ſoit en fondant dans le texte les
vérités incontestablement prouyees. Ils ont
ajouté à cet Ouvrage un volume entice
fur les monnoies des anciens peuples ; x
un, Geographe avantageuſement connu , les
aaidés de ſes lumières pour rectifier les an
ciennes cartes d'après, les découvertes dont
laGéographie s'eſt enrichic dans les derniers
temps.
Cet Ouvrage eſt partagé en deux grandes
diviſions , l'Hitoire Ancienne & l'Hiſtoire
Moderne. La première partie renferme dans
le plus grand détail ce que l'antiquité pré
ſenre d'intéreſſant ſur les moeurs , les loix ,
les uſages des anciens peuples qui ont habité
laterre. Tout ce que l'etude la plus conf
tante & les recherches les plus laborieuſes
ont pu répandre de lumières fur les Arts &
les Sciences qu'ils cultivoient , y est traité
avec une profondeur d'érudition qui ne
laiſſe rien à deſirer aux Lecteurs , même les
plus inſtruits .
La ſeconde Partie , l'Histoire Moderne ,
marche avec plus de rapidité. Il ſemble
qu'on ait voulu mettre plus à l'aiſe le commun
des Lecteurs , qu'on s'y ſoit occupé plus
Diij
78 MERCURE
particulièrement de ſes plaiſirs : les grandes
révolutions , les époques intéreſſantes s'y
trouvent plus rapprochées ; l'Hiftoire de
Malthe en eſt la preuve; elle n'a produit
qu'un ſeul volume. Celle d'Eſpagne eft contenuedans
les Tomes 70 , 71 , 72. L'Hiftoire
de France leur fuccédera , & après elle , il
ne reſtera plus à publier , pour completter
ce grand Ouvrage , que les volumes deſtinés
à faire connoître l'Italie , les Gouvernemens
& les Nations du Nord.
Nous ne terminerons point cette notice
fans faire une remarque avantageuſe au Libraire
; c'eſt qu'outre les ſoins donnés à la
partie Typographique , il a fcrupulcuſement
rempli juſqu'ici ſa promeſſe relativement à
la diſtribution des volumes ; il en paroît
foixante-douze , & il n'y a guère que foixante-
douze mois que le premier a été publié
; le foixante - treizième , qui contient
l'Hiſtoire de Portugal , a paru; & le foixantequatorze
, qui commence l'Histoire de Fran
ce , va paroître.
Le prix de la Souſcription eft de 54 liv.
pour les douze volumes qui paroiſſent dans
le courant d'une année .
i
Depuis plus d'un an on ne trouvoit plus
d'exemplaires complets; le Libraire, en reimprimant
les volumes qui lui manquoient , eſt
en état d'en fournir actuellement ; cependant
il laiſſe la liberté aux perſonnes qui
voudroient ſe procurer cet Ouvrage avec
facilité , de le leur fournir fix volumes à fix
DE FRANCE. 79
volumes , ou douze volumes par chaque
Livraiſon , à leur choix .
VARIÉTÉS.
D'un Doute fur la première Découverte de
l'Amérique par Christophe Colomb.
QUE le haſard ou le génie ſeuls ayent conduit ce
célèbre Navigateur ſur les côtes d'Hayti , cela n'eft
guères vraiſemblable ; qu'avant lui , on eût déjà tou
ché à ces terres inconnues , point de documens de
cette antériorité de découverte; que Christophe Colomb
ait profité de quelques veſtiges incertains , pour
donner un nouveau monde à la Géographie ; c'eſt
une opinion qu'on peut recueillir de différentes circonſtances
hiſtoriques.
Avant de les préſenter, je dois faire mention d'une
notice envoyée par M. Artaud au Rédacteur du Mercure
, & dont voici l'abrégé :
23
«Le fait qui inſpira à Chriftophe Colomb la première
idée de découvrir un nouvel Hémisphère ,
eft configné dans un Ouvrage Portugais , intitulé :
> Chronique du Bréfil, par le P. Simon de Vafconcellos
, de la Compagnie de Jeſus; édition de Lif-
» bonne , 1673 , 1 vol. in-fol. En voici l'extrait fidèle
:
>>Dans la partie de l'Andaloufie, appelée leComté
> de Niebla , exiſtoit un homme nommé Alonzo
>> Sanchez , natif de la ville de Guelva , & pilote de
>> profeffion. Tandis qu'il navigeoit , en 1491 , des
>> Canaries à l'Ile de Madère , avec une cargaiſon
>de ſucre, de confitures , & d'autres productions
>> deſtinées pour l'Eſpagne , il fut jeté par la tempête
:
Div
80 MERCURE
» & par des vents violens d'Eſt , dans la partiedu
>>Ponent , & vers des parages juſqu'alors inconnus
» aux Navigateurs. Son navire démâté & faiſant eau
>> de tous côtés, fut pendant vingt jours entiers en
>> état de perdition: la frayeur del'équipage fut égale
>> à ſa détreſſe , fur- tout lorſqu'il découvrit une
>> grande terre inconnue. Alonzo Sanchez , qui n'a
voitpoint perdu la tête dans cette détreffe , n'oſa
toucher à cette terre : enfin , les vents contraires
>>>ayant ceffé , il chercha & retrouva la route deMadère
, on il arriva ; mais ſi exténué , qu'une mala
dieaiguële conduifit en peu de jours au tombeau,
Ce fut dans la maiſon de Christophe Colomb , pi
> lote Genois , qu'Alonzo Sanchez tomba malade, 32,
* qu'il reçut tous les ſecours poflibles de fon hôte,
>> Leur intimité fut auffi rapide que leur confiance ,
» & Christophe Colomb reçut de Sanchez mourant
>> tous les détails de ſa navigation , fon journal , fon
> livre de lok,& ſa carte marine ſur laquelle il avoit
>>> tracé en rouge la terre découverte. Sanchez ſe prêta
>> d'autant plus volontiers à la demande de Colomb
- qu'il crut reconnoître ainſi ſon hoſpitalité.
وہ
>> Muni de ce ſecours important, Colomb forma
>> auffitôt le projet d'acquérir de la gloire en ſuivant .
>> la découverte de Sanchez ; mais quelle eſpérance.
>> avoit- il de réuſfir ? Il-alla de Cour en Cour, à Flo
rence , en Caſtille, en Portugal , en Angleterre
>> même, propoſer ſon entrepriſe: par-tout il fut ren
>> buté, traité de fou ; aucun Roi , aucun Miniſtre ne
>> voulut l'entendre. 、
Nous ſupprimons la ſuite de cet Hiſtorique, par
faitement connu de tous les gens inſtruits...
CeRoman du P. Vasconcellos n'est pas de ſon invention:
il n'a fait que tranfcrire une fable imaginée
par la jalousie Espagnole , pour difputer à un Italien
la gloire d'avoir découvert l'Amérique. Il exiſte plur
Geurs variantes de ce récit,débité originairement par
DE FRANCE.
Gomeira, &adopté par le Jéſuite Portugais. Les uns
ont fait naître l'Informateur de Colomb dans l'Andalouſie,
d'autres dans la Boſcaye, de troisièmes en Portugal;
on lui a donné autant de noms que de patrics,
ainſi qu'à fon navire. Oviedo parle avec mépris de
cebruit populaire : Herrera n'a pas doigné en fare
mention; enfin il n'exiſte ancune preuve de l'a thenticitéd'un
fait aufli important Qu'un Moine obfcur
l'ait conſigné , ily a un fiècle , dans un livre obfcur ,
cela ne ſuffitpas pour en admettre la vérité , elle eft
fans aucune vraiſemblance.
Ce vent d'Eſt , qui , fi à propos , pouſſe l'Andalous
enAmérique; ce vent d'Ouest , non moins favorable
qui le ramène à Madère ; ceue maladie , cette mort,
cette générosité envers Colomb , dans un temps où
l'ambition des nouvelles découvertes agitoit tous les
gens de mer; tant de hafards ne ſe rencontrent ainfi
àpoint nommé , que dans l'Arieste ou l'Amadis.
D'ailleurs , lorſqu'on ſe rappelle les objections & les
dédains dont on accabla Colomb ; lorſqu'on le voit
errer deCour en Cour,& rebuté par-tout comme un
vifionnaire, on ſe demande, pourquoi ne lubjuguoiil
pas cette réſiſtance par une aſſertion pofitive done
le ſecret étoit entre ſes mains ? Pourquoi ne pas montrer
cette carte marine, ce dépôt juſtificatif de l'entrepriſe,
cette première découverte ? Où est le Prince
qui eût tenu contre une pareille démonftration
Colomb ne la fit point ; donc elle n'exiſtoit pas :
tout critique judicieux trouvera la preuve ſans réplique.
Bien plus , un équipage entier auroit abordé, ainſi
que le pilote Andalous , vers la terre inconnue ; auroit-
il éré auſſi généreux envers Colomb ? Se feroit- il
piqué, pour ouvrir à ce Gênois un chemin fûr à la
gloire, d'oublier la fienne propre ,& ne feroit- il refté
ancunetrace d'un voyage auquel cent perſonnes peutdire
auroient eu part? Les conteurs,il est vrai , ſedé
Dv
82 MERCURE
fontdes matelots , comme ils ſe ſont défaits du maître:
d'où il faut conclure que , puiſque perſonne n'a
ſurvêcu , le ſecret de l'héritage légué à Colomb n'a pu
tranſpirer.
S'il ne s'agiſſoit que de citer des fictions pour fonder
des vérités hiſtoriques , on pourroit croire que ,
dès le douzième ſiècle , l'Amérique fut connue des
Européens. On trouve dans la collection d'Hackluyt
les détails d'une expédition maritime faite en 1170 ,
par Madoc, fils d'Owen-Guyned , Prince de Galles.
Ce Navigateur, felon Powell, allant à l'Ouest , avoit
aufli rencontré une terre riche en fruits & en mines
d'or; il y laiſſa cent- vingthommes, revint en Angleterre
, équipa une nouvelle eſcadre , & repartit, (ans
que par la fuite on ait entendu parler de lui. Quatre
vers en l'honneur de cette expédition , faits par un
nommé Meredith , vivant en 1477 , ſembleroient en
atrefter la réalité ; mais quelle étoit cette terre opulente
reconnue par Madoc ? C'eſt ce que perſonne
n'ajamais fu.
Il eſt certain qu'il exiſta , dans le moyen âge ,
des communications entre le Nord de l'Europe
& la terre de Labrador.Quelques Scandinaves hardis
quelques caboteurs Norvégiens ont été , ſelon les
plus fortes apparences , les premiers Européens débarqués
en Amérique ; mais ce trajet n'a aucun rapportavec
les entrepriſes, & fut parfaitement inconnu
des Navigateurs Italiens ou Portugais du quinzième
fiècle:Quoique Colomb eût fait un voyage en Iſlande,
ce n'eſtpoint de ces traditions ſeptentrionales qu'il
apprit la route d'un nouvel Hémisphère.
Auroit-il dû l'idée de cette tentative uniquement à
fes propres méditations ſur une carte générale, comme
Paffirment les Hiſtoriens? Le célèbre Robertson a adopté
ce ſentiment; M. l'Abbé Raynall'a exagéré encore ,
en attribuant le projet de Colomb à la force de l'inf
tinct, Toutes ces opinions gratuites perdent leur créDE
FRANCE. とろ
dit, lorſqu'on obſerve le lieu de la naiifance, le théâ
tre des études , l'époque des projets de cet immortel
Navigateur. Deux faits authentiques, ignorés de MM.
Robertson & Raynal, jettent une grande lumière ſur
la véritable ſource des conceptions maritimes de
Christophe Colomb.
Préoccupés des expéditions des Portugais,les Hiftoriens
n'ont point donné affez d'attention au commerce
, aux connoiſſances nautiques, aux navigations
des Italiens dans le quatorzième & le quinzième fiècles*.
Lorſqu'on voit quatre marins de cette nation ,
oubliée aujourd'hui ſur l'empire des mers , Cabot ,
Colomb, Vespuce & Verazzani , opérer une révolution
qui a changé la face de l'Europe , quelle Puif
fance , après un pareil exemple , ſe flattera d'être à
l'abri des viciffitudes de la fortune ?
Gènes , Pife & Venise étoient au quinzième ſiècle
lecentre des grands rapports du commerce. Les Vénitiens
fur-tout poſſédant les flottes les plus confidérables
& le négoce maritime le plus étendu , de tous
les peuples de l'Europe , étoit le plus riche en dépôts
de plans & de cartes marines. Ils connoifloient parfaitement
les entrepriſes des Portugais ; & Louis
Cadamoſto , Vénitien , entré au ſervice de Portugal ,
reconnut la plus grande partie des côtes méridionales
del'Afrique.
Réfugié en Eſpagne , un autre Vénitien , Sébastien
Cabot , auffi expérimenté que Colomb , encouragea
le premier les tentatives de Mendozco pour reconnoître
la mer d'Oueſt. Dans le récit que nous a tranf
mis Ramufio ( 1),des efforts imparfaits de ce Viceroi ,
on voit que Cabot avoit ſoupçonné & preſque affirmé
l'exiſtence d'une communication entre l'Atlantique &
la mer Occidentale, C'eſt lui qui , le premier , inf
* Ni l'un ni l'autre des Hiſtoriens cirés n'endifentmor.
*Ramusio Naviggaze Viagg. Edit. de 1556, T. 2.
1
Dvj
84 MERCURE
pira à la Cour d'Eſpagne l'idée de tranſporter par
cette route les épiceries des Philippines au Mexique ,
&de- là en Europe , pour abréger le trajet de dix
ſept cent foixante lieues , & s'épargner milleérils;
idée foiblement fuivie dans l'établiſſement du Galion
d'Acapulco. Les vues de Cabot , fes grandes
découvertes atteſtent l'étendue des connoiffances qui
éclairoient ſur ces objets les lieux où il avoit appris
fon métier .
Mais il existe encore aujourd'hui un grand mo
nument de ceslumières de l'Italie ſur la Géographie &
fur la Navigation. En 1439 , époque in onteftable , le
Sénat de Venise ordonna au Frère Maure, Camaldule,
de tracer ſur les Mémoires que lui fournit l'Amirauté,
le célèbre Planiſphère de 4 pieds 8 pouces de
diamètre , qu'on voit aujourd'hui dans la Bibliothèque
de Saint Michel de Muran , près de Veniſe.
On voit fur ce Planiſphère la Côte d'Afrique terminée,
le Capdoublé , la Terre de Zanguebar ( ap
pelée Zinzibar ) , & l'Ifle de Madagascar reconnues.
On y remarque pareillement la partie ſupérieure des
côtes deTartarie & de Sibérie, terminée juſqu'auJapon.
Ce fingulierOuvrage eſt encadré dans une ſuite de
notes intéreſſantes pour la Géographie, la Navigation&
la Phyſique. Dans l'une de ces remarques , on
lir que le Cap de Bonne Eſpérance, comnu alors fons
lenom deCap de Diab, avoit été découvert en 1420,
par un Navire de l'Inde. L'Auteur parle , dans un
autre , du flux & du reflux , en l'attribuant à la preffion
& à la gravitation de la Lune. Ail'curs , il affirme
que les Conques , ou bâtimens Indiens , naviguent
fans bouffole , quoiqu'ils faffent uſage de l'Aftrolabe;
obſervation qui détruiroit l'opinion où l'on a été , que
les Italiens tenoient l'uſage de la bouffole des Indiens
& des Chinois ( 1 ) .
* Idem. T.2 , à la fin de la Préface des Voyages de
Marco-Paolo.
DE FRANCE. 8
En 1459 , le Roi de Portugal , Alphonse IV, demanda
une copie de ce l'lani'phere : le Sénat en
délibéra , & permir au Monaflère , en 1462 , de
livrer cette copie, qui fut terminée en 1464 ; le prix
en fut payé au nomd'Alphonfe : circonstances toutes
conftatées par les Livres de comptes, aujourd hui exif
tantdans le monastère de Saint Michel de Muran.
Ledoublede ce Planiſphère est confervé en Portugaldans
leCouventd' Alcobaza. De ce premier document
furent tirées les Cartes remiſes à Vasco de Gama .
Toutes les tentatives des Portugais pour paſſer aux
Indes en doublant les Côtes d'Afrique , curent ce
Planifphère pour guide & pour fondement. Dans le
voyage d'Alvarez, publié pat Ramufio ( 1 ) , on
queD. Emmanuel, regnant en 1487 , fit donner à
Pierre Covigliano & à Alphonse de Payva , partant
pourdesdécouvertes en Afrique , des Cartes extraites
d'une Mappemonde Italienne : or, cette Mappemonde
n'étoit autre choſe que le Planifpl.ère du P. Maure.
lit
Ce qu'il y a d'étrange, ce qui prouve l'inadvertance
de ce qu'on appelle les voyagems , c'est qu'aucun
de ceux qui ont écrit leurs courſes en Italie , & qui ,
à l'exception' de M. de la Lande , ont rant vu de
choſes inutiles, ou déjà connues , n'a fait mention
d'un monument auſſi curieux.
Il n'est pas le ſeul qui atteſte chez les Italiens des
progrès dans la Navigation, antérieurs aux découverresdes
Portugais &des Eſpagnols. On conſerve dans
Ja Bibliothèque de Parme une Carte géographique ,
dont la date avérée est de 1436, & où se trouve dé.
fignée une grande Terre ou Ifle à l'ouest des Canaries,
précisément à la hauteur de Saint-Domingue.
UnSavantd'Italie, dont l'immenſe érudition a éclairci
beaucoup de faits ſur l'histoire & fur les antiquités ,
le Comte Carli , ancien Préſident du Conſeil des Fi-
Tome 1, p. 368.
86 MERCURE
nances à Milan , rapporte , dans ſes Lettres Américatnes,
avoir vu , il y a trente ans, une Carte abſolument
pareille entre les mains du Procurateur Foscarini ( 1 ) .
Cene font pas les ſeuls Portulans des quatorzième &
quinzième ſiècles dreſſés en Italie , ou font tracées
les dernieres Iſles de l'Océan vers l'Amérique. La
Bibliothèque de Genève poſsède quatre de ces Cartes
marines in-folio , en vélin , collées ſur des tablettes
debois. Au-delà des Ifles Fortunées , l'Auteur a écrit
ces mots : in hac Regionefunt plega arenofa & valde
magna , &c. &c. Ces Cartes , comme l'indique une
note de l'Auteur même , furent tracées en 1476 , par
André Benincasa, d'Ancone , par conféquent anté-
-rieures de ſeize ans à la découverte de Colomb .
,
Il ſeroit peu judicieux d'induire de ces divers documens
, qu'en les compoſant on avoit déjà une
connoiſſance certaine de ces Ifles , de cette Contrée
à l'ouest , réſervées aux recherches & à l'expérience
de Colomb. Plus que les faits , les vieilles traditions
fur l'Atlantide & fur les Hefpérides purent guider
ces Géographes qui anticipoient ſur les découvertes ;
mais il n'en réſulte pas moins qu'il exiſtoit alors , en
Italie une opinion univerſelle de l'exiſtence de
l'autre continent ; qu'indépendamment des rêves
ou des découvertes de l'Antiquité , cette opinion ,
purement conjecturale , repoſoit fur des raiſonnemens
, fruits de l'expérience , ſur une pratique
éclairée de la Navigation, ſur quelques faits , peutêtre
, dont la trace ne nous eſt point parvenue. Lorfqu'on
voit de pareils monumens chez un Peuple maritime
, riche en Navigateurs hardis , célèbre alors
par ſes entrepriſes; quand on confidère cette exploſion
preſque inſtantanée , où le courage , armé des lumières
, franchit de toutes parts les limites de l'Univers
connu , on ne peut douter que cette grande
* Lettere Américane , 1782 ,T.2 , P.68.
DE FRANCE. 87
époque n'ait été précédée d'une grande maſſe de
ſcience : l'instinct, le génie , ou la fortune peuvent
créer un Voyageur comme Colomb ; mais il n'appartient
qu'aux lumières du temps d'en produire dix au
même inſtant.
Ce fut ſur les ailes de ſes compatriotes que Colomb
prit le chemin des découvertes & de l'immortalité.
Son éducation très-ſoignée avoit répondu à la
deſtinée qui l'attendoit. Tout ce qu'on ſavoit alors
d'Aftronomie, de Géométrie, de Coſmographie &
de Deffin, il l'avoit appris. Son école fur l'Univeraré
dePadoue , ville Vénitienne, où les ſciences relatives
àla navigation étoient enſeignées , comme le fondement
de la puiſſance & de la proſpérité de la République.
Là , Colomb dût puiſer les notions les plus
érendues; là, fut développé à ſon ardeur naiſſante ,
l'état des découvertes faites & des découvertes eſpérées
; là , il prit connoiflance de ces Cartes marines ,
dont il devoitbientôt vérifier les pronoſtics.
Ses premiers voyages dans la Méditerranée eurent
lieu en 1467.
Son ſiècle & l'Italie doivent partager ſa gloire ,
comme l'ayant formé. A là vue des Navigateurs célèbres,
originaires à cette époque de la même contrée,
onpeut dired'elle: magna virûm mater. Colombtraça
la route& trouva le pays , comme on fort d'une forêt
àl'aide des clairières que la main des hommes y a
ménagées.
On pourroit objecter contre ces connoiſſances antérieures
des Vénitiens, leur indifférence à en profiter.
Comment cette République négligea-t- elle de
s'intéreffer aux découvertes des Portugais ? Pourquoi
ne prit- elle point elle-même cette route des
Indes dont elle avoit le fil , & qui fervit enfuite de
tombeau à ſon commerce ?
Il n'eſt pas difficile de difcerner les cauſes de cette
prétendue inactivité. La prudence d'abord interdiſoir
88 MERCURE
peut-être à laRépublique de marquer de ſes pas le veſti
ge àl'aide duquel d'autres Nations l'auroient ſuivie aux
Grandes Indes. C'eût été s'arracher à deſſein le
commerce de l'Orient : une fois le Cap doublé , ce
n'étoit pas d'ailleurs à un Peuple enfoncé dans le
Golfe Adriatique que ce commerce pouvoit refler.
Comment les Vénitiens cuffent-ils défendu & conſervé
leurs conquêtes aux Indes , ſans un ſeul Port
fur l'Océan , & obligés , en quelque forte , à deman
der paffage aux Dominateurs du Détroit de Gis
braltar?
Le ſuccès de leurs expéditions , en augmentant la
jalouſie des autres Puiſſances , eût préparé d'avance la
Ligue de Cambray , qui fe forma en 1508. Toutes
lesforces maritimes de l'État étoient enfin employées
par les guerres contre Bajazeth. Le Soudan d'Égypte
venoit de s'engager à les affranchir des droits
fur lent commerce aux Indes : avantage immenfe
qui ſuffiſoit pour écarter la Navigation, périlleufe du
Cap , où , dans l'eſpace de 13 ans , de 114 Navires
envoyés aux Indes , il en périt 59 .
(Cet Article eftdeM. Malletdu Pan. )
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
TROIST
ROISIÈME & quatrième années de la Bibliothèque
Physico- économique , instructive & amufante,
ou années 1784 & 1785 , contenant des Mémoires
& Obſervations Pratiques fur l'Économie
Ruftique , ſur les nouvelles découvertes les plus inté
reffantes; la Deſcription de nouvelles machines inventées
pour la perfection des Arts utiles & agréa
bles, &c. On y ajoint nombre de Recettes , Pratiques
& Procédés découverts récemment fur les maladies
des hommes & des animaux , ſur l'économic
Domeſtique, & en général ſur tous les objets d'agré
DEFRANCE. 89
ment & d'utilité dans la vie. 2 vol. in- 12. de plus
de 400 pages chacun , avec des planches en taille.
douce.
Les Éditions nombreuſes des années précédentes
de set.Ouvrage,, atreftent un fuccès décidé. Il eft
actuellement compofé de 4 volumes in-12 , c'elt-a
dire , des années 1782 , 1783 , 1784 & 1785 , avec
des planches en taille douce. Le Rédacteur a ajouté
unmérite de plus à ſon travail. Dans les deux nouveaux
volumes que nous annonçons , on trouve à la
fin quantité d'articles , & par fupplément , des notes
qui ferventou à les étendre cu à les rendre plus intellis
gibles , & par conséquent p'us utiles. Telle ſera los
rénavant la marche du Rédacteur, qui , par ce inoven
donnera un nouveau prix à fon Ouvrage , deventu
un dépôt utile àtoutes les claffes de la Société. Cha
que volume ſe vend enſemble outesarement, 2 liv.
12 fo's broché, rendu franc de port par la poſte
danstout le Royaume. On s'adreſſera à M. Buiffon ,
me & hôtel Serpente , à Paris .. Les perſonnes qu
voudroienty faire inférer quelques articles utiles se
nouveaux, ſont priées de les envoyer , franc de port ,
àla même adreffe.
BIBLIOTHÈQUE portative des Pères de l'Eglise ,
où fur chaque Père on expose , 1º, l'Histoire abrégée
de fa Vie; 2°. L'Analyse de fos principaux Ou
vrages; 3°.LePrécis de fa Doctrine; 4°. Que ques
Sentences tivées deſes.Ecrits; par un Directeur de
Séminaire à Paris. Nouvelle Édirion , revue , corrigée
& augmentée par M. Laurent - Etienne Rondet ,
Interprête des Langues Saintes, & Éditeurde la Bible
d'Avignon . Propofée par Souſcription , en 8 vel.
in-8 ° . Prix , 32 liv. brochés.
On est d'accord depuis long-temps ſur l'utilité des
Ouvrages des Saints Pères,pour les perfornes fur
tout qui ſe confacrent à l'état Ecclefiaftique. Mais
90 MERCURE.
laCollection en eſt ſi volumineuſe , que peu degens
ont le loiſir de la lire , &il en eſt moins encore qui
ayent les moyens de l'acheter. La Bibliothèque que
nous annonçons obvie à ces deux inconvéniens , &
ajoute un nouveau prix à l'Ouvrage , par les notes &
les remarques qui l'accompagnent.
En recevant les Tomes I & II de la Bibliothèque
des Pères , in- 8º . brochés , qui ſont mis en vente ,
on payera 8 liv.; en recevant les Tomes III & IV
en Mars 1785 , 8 liv.; en recevant les Tomes V &
VI en Juin ſuivant , 8 liv.; en recevant les Tomes
VII & VIII , en Octobre ſuivant , 8 liv. On ſouſcrit
àParis, chez Onfroy , Libraire , quai des Auguſtins ;
Laporte , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers. A
Touloufe , chez N. Étienne Sens , Libraire , vis-àvis
Saint- Rome. A Niſmes , chez Gaude , Père , Fils
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ATLAS Nouveau , Seconde Partie , renfermant
les Plans des 20 premières Villes de l'Europe rapportés
à une même échel's . Première Livraiſon, Plans de
Paris, Londres , Rome & Madrid. On diftribue des
Exemplaires fur papier fin & enluminés; les autres
font fans aucune enluminure, mais gravés ſupérieurement
par M. P. F.Tardieu .
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P'Atlas. 19. Pour les 20 Plans , papier de Hollande ,
die nom de Jeſus , & enluminés dans le plus grand
détail: en fouſcrivant 24,1. à chaque Livraiſon 24 1.
Total , 144 liv. 2º. Pour ceux en papier fin de
Montargis , dit raisin , & aufli enluminés; en ſouſcri
vant 1 5 1. à chaque Livraiſon, auffi 15 1.Total, 901.
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12 1. à chaque Livraiſon, 12 1. Total, 72 1.
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Partie, en obſervant de payer 4 liv. de plus à chaque
Livraiſon ſi l'on ne prend pas lesCartes.
DE FRANCE.
91
N. B. On peut voir des exemplaires des quatre
Plans qui paroiffent actuellement , chez M. Mentelle ,
Hiftoriographe de Mgr. Comte d'Artois , rue de
Scine, No. 27 , chez lequel on foufcrit.
APPARITION du Globe Aérostatique de M.
Blanchard entre Calais & Boulogne , parti de
Londres le 7 Janvier 1785 , à une heure & demie ,
Eſtampe deſſinée par Defrais , gravée par L. Bonvalet
Prix , 2 livres s ſols. A Paris , chez Baffet , ruc
S. Jacques , au coin de celle des Mathurins .
Au bas de cette Eſtampe , qui est dédiée à M.
Blanchard , on lit ces vers :
Le Pêcheur qui ſur l'eau tenoit ſon bras tendu ,
Laiſſe tomber ſa ligne ,& reſte confondu ;
Les yeux fixés au ciel , courbé ſur ſa charrue ,
Le Laboureur les voit & les ſuit dans la nue ;
Le timide Berger les crut des immortels,
Et dans ſon coeur troublé leur dreſſe des autels.
1
HISTOIRE d'Angleterre, représentée parfigures ,
accompagnées d'un Précis Hiſtorique , les figures
gravées par F. A. David , d'après les deſſins des plus
célèbres Artiſtes ; troiſième Livraiſon. Prix , 15 liv,
A Paris, chez l'Auteur, rue des Cordeliers , au coin
de celle de l'Obfervance.
Après l'Histoire de France, l'Hiſtoire la plus intéreffante
pour nous , c'eſt celle d'Angleterre. On doit
ſavoir gré à M. David de la faire paroître avec tous
les honneurs typographiques. Nous avons annoncé
avec éloge les deux premières Livraiſons. Le nom de
M. le Tourneur , qui eft chargé de la partie du Difcours
, doit donner du prix à l'Ouvrage.
HISTOIRE & Mémoires de la Société Royale de
Médecine, année 1783. Deuxième Partie.Vol. in-4°
१२
MERCURE
A Paris , de l'Imprimerie de Ph. D. Pierres , & fe
trouve chez Théophile Barrois , Libraire de la Société
Royale de Médecine .
Ce font-la de ces Ouvrages dont le titre ſeul annonce
& prouve tout-à-la- fois l'importance & l'urilité.
Lilluftre Corps dont il émane acquiert , en le
publiant , un nouveau droit à la reconnoiſſance du
Public.
HISTOIRE Ecclésiastique & Civile du Diocèse de
Laon, par Dom Nicola Lelong , Religieux Béné
dictin de la Congrégation de Saint-Vannes & de Saint-
Hydalphe. A Châlons , chez Sendure , Imprint ar
du Roi , in -4°
:
CetOuvrage ,dont il a été rendu compre dans le
Nº. 3 du 15 Janvier 1785 ,ſe trouve audi à l'Abbaye
S. Germain-des-Prés ; s'adrefier à Dom Prêcheur
, Procureur - Général de la Congrégation de
S. Vannes.
Le Mérite décrédité ou le Temps préfent , Comédie
en un Acte & en vers , par M. Fardeau, A
Londres , & ſe trouve à Paris , chez la Veuve de
Poilly, Libraire , au milieu du quai de Gêvres .
L'action de cette Pièce eſt toute unie. C'eſt un
jeunehomme qui , avec du mérite, fe voit préférer ,
pour une place & pour un marige , un autre jeang
homme ſans mérite , mais protégé. Quant au ſtyle ,
les vers ont quelquefois le nombre des ſyllabes prefcrit
par les règles de la verſification.
DICTIONNAIRE Alchymique , en 2 vol. grand
in- 8 ° . propoſé par foumiffion.
>>Dans le premier âge da monde, lesconnoiffance,s
de la philofophic Chaldéenne étoient réſervées à
ceux que l'Étre Suprême daignoit en favorifer : elles
furent tranſmiſes enfuite , ſous le ſceau du plus grand
DE FRANCE. 93
fecret, à ceux des Égyptiens & des Hébreux qui vivoient
dans la vertu , & dont les moeurs étoient irréprochables.
Ces connoiffances ont graduellement dégénéré,
& ſe ſont enfin évanouies à mesure que
l'amour & la crainte de Dieu ſe ſont inſenſiblement
éclipſés , & que les moeurs ſe ſont corrompues..
Ainfi s'exprime l'Auteur dans ſon Profpectus
qui eft curieux. Son Ouvrage ſera le réſumé de plus
decent cinquante traités d'Alchymie.
Pour ſe procurer ce Dictionnaire , il ne faudra
qu'envoyer une fouraiffion à M. Didot l'aîné , Imprimeur
, rue Pavée Saint-André, par laquelle on
s'engagera à donner trente-fix livres en recevant
cet Ouvrage. Il ſera imprimé conformément au
Proſpectus , qui eſt digne des preſſes dont il fort. II,
-n'y aura d'exemplaires de tirés qu'autant qu'il y aura
de ſoumiſſionnaires; & au premier Mai prochain,
temps où l'on commencera l'impreſſion, les foug
miſſions ne feront plus reçues.
:
NOUVELLES Recherches sur la génération des
êtres organisés , auxquelles on ajoint quelques conjectures
fur les principes des corps , & une nouvelle
Théorie de la Terre ; par Pierre Eutrope
Serain. AParis , chez la Veuve Humaire , Libraire ,
rue du Marché Palu , entre la rue Notre - Dame &
le perit Châte'et , vis-à-vis la Vierge.
Lanature de ce Journal ne nous permettant pas
dedonner un Extrait de l'Ouvrage de M. Serain ,
nous nous bornerons à tranfcrire ici l'approbation
de M. Lebegue de Freſle , qui en a été le Cenſeur.
« L'Auteur préſente ſur la génération , tant de
> l'homme que des animaux , ainſi que fur celle
>> des végétaux & la formation des minéraux , enfin
>> fur les principes des corps & la théorie de la
>> Terre , des idées que la reflexion & les phénomè-
>> nes de la Nature hui ont fait préfumer plus vrai
94 MERCURE
>> ſemblables & mieux établis que les nombreux
>> ſyſtêmes publiés avant le ſien fur ces divers ob-
>> jets , auffi curieux que difficiles à comprendre.
>> CetOuvrage eſt raiſonné , fondé en général ſur
>> des faits, écrit avec prudence, modeſtie & hon-
>>> nêteté. >>
. DARIUS , Tragédie nouvelle en cinq Actes & en
vers , revue , augmentée & corrigée , par M. D***.
A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue
Galande ; la Veuve Duchefne , rue S. Jacques ;
Viſſe , rue de la Harpe , & Eſprit , au Palais Royal.
Cet Ouvrage, dit-on , a été imprimé en 1776 , &
réimprimé en Juin 1783 , avec des augmentations
&des corrections que l'Auteur a jugées néceſſaires.
EXPLICATION & Description des Monumens
Gaulois-Romains , extraite de la nouvelle Histoire
du Berry , ornées de quatre planches ; contenant
vingt pièces de monumens , deffinées & gravées par
M. Arault , d'après les originaux. Prix, 4 liv. 4 fols
br. A Amſterdam , & ſe trouve à Paris , chez Monory
, Libraire , rue de la Comédie Françoiſe ;
Legras , quai de Conti; & à Bourges , chez J. B.
Prévoſt , place des Carmes , & Raifin, Marchand
d'Eſtampes , rue de la Porte- Neuve.
CetteBrochure eft tirée du Tome premier de la
nouvelle Hiſtoire du Berry ; elle fait partie du ſecond
Chapitre. On a penſé que les perſonnes qui ne s'intéreſfent
pas à une Hiſtoire particulière , aimeroient
àtrouver ſéparément cette explication. Les planches
en ſont gravées avec ſoin.
MORALE di Moise , ad uso de principianti nella
lingua Italiana ; dalsignor Abbate Curioni , Profefſore
di lingua Italiana alprimo Muſeo. In Parigi
८
1
DE FRANCE. 95
fi trova Preſſo l'autori alprimo Museo nel Palazzo
Reale.
C'est une Traduction Italienne fort bien faite
d'un Ouvrage François , qui fait honneur aux connoiffances
& aux ſentimens de ſon Auteur , M. le
Vicomte de Touſtain Richebourg.
PARTITION du Barbier de Séville , Opéra-Comique
en quatre Actes , mis en muſique ſur laTraduction
Italienne par le célèbre ſignor Paifiello , &
remis en François d'après la Pièce de M. de Beaumarchais
,& parodié ſous la muſique , par M. Framery ,
Surintendant de la Muſique de Mgr. Comte d'Artois ;
repréſenté à Trianon , ſur le Théâtre de la Reine,
le 14 Septembre; & à Versailles , fur celui de la
Cour , le 28 Octobre 1784. Dédié à la Reine , &
préſenté au Roi & à la Famille Royale. Pris , 24 liv.
franc de port par la pofte , en s'adreſſant directement
à l'Auteur , à Paris , rue Neuve des Petits- Champs ,
vis-à-vis celle de Chabanois , Nº. 127 .
Les talens de M. Paiſiello , dans le genre comique
, ſont affez connus pour n'avoir pas beſoin
d'éloge , & le ſuccès qu'a en cette Traduction fur
les Théâtres de la Cour , prouve qu'elle n'a point
détruit le mérite de l'original. Cette Partition , de
Grée par tous les Théâtres de Province qui ont le
droit de repréſenter cette Pièce, offre en outre aux
Amateurs une foule de morceaux du plus grand effet
pour lesConcerts.
::Les Deux Tuteurs , Comédie en deux Actes , en
profe, mêlée de musique , repréſentée , pour la première
fois , à Fontainebleau devant LL. MM. le 11
Octobre 1783 ; & à Paris , au Théâtre Italien , le
8 Mai 1784 ; miſe en muſique par M. d'A***
Prix , 18 liv. A Paris , chez M. Leduc , ſucceſſeur
46 MERCURE
de M. de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix
d'Or.
Les ſituations de cette Pièce font très-gaies , trèspiquantes
, & la muſique vive&légère y répond parfairement.
Il y a plufieurs petits Airs fort jolis , des
morceaux d'enſemble faits avec eſprit, & en général
un chant agréable. L'Ouvrage a très-bien réufſi au
Théâtre de Paris , & nous paroît fait pour réuffir
par-tout.
こ
OUVERTURE de la Caravane , arrangée pour la
Harpe , avec accompagnement de Violon , par M.
Deleplanque. Prix , 2 liv. 8. fols pour Paris & ta
Province , franc de port. A Paris , chez M. Leduc ,
fucceſſeur de M. de la Chevardière , rue du Roule , à
la Croixd'Or.
TABLE
EPITRE à Mmela Comtesse Morceaux extraits del'Histoire
GabrielleDigoine, 49 Naturelle de Pline, 57
Vers adreffés à Mlle Gavau- Recueil de quelques Piécesde
dan cadetie,
51 Littérature ,
Mot'de Coclès , 52 Histoire Univerfelle ,
Couplets àM. Blanchard, 53 Variétés ,
Charade, Enigme & Logo Annonces &Notices,
gryphe , 54
APPROBATIΟΝ.
67
76
79
88
JAI-la, par ordre de Mgrle Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Mars. Pe n'y ai
rientrouvé qui puiſſe en empecher l'impreſſion . A Paris ,
Ie1x Mars1785 GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
1
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 8 Février .
Ido
L paroît deux Ordonnances de S. M. I. ,
dont l'une , en date du 18 Décembre 1784,
permet l'importation libre & fans payer de
droits des productions du territoire de la
Pologne , limitrophe des Gouvernemens
de la Ruffie-Blanche &de la petite Ruffie.
La ſeconde Ordonnance de la même date ,
intéreſſant les négocians François , nous allons
la rapporter en entier. Elle a pour objet
d'obvier à divers abus de l'importation
des eauxde vie de France en Ruffie, &d'encourager
les provinces méridionales de l'Em
pire à établir des fabriques d'eau-de- vie.
>> I. Juſqu'à nouvel Ordre de notre part ,
Nous permettons l'Importation ultérieure des
Eaux-de- vie de France , dans les Ports de
St. Petersbourg , d'Archangel , de Nerva , de
Wibourg , de Revel , de Frédéricsham , de Habfal
, de Pernau , d'Arrusburg , de Riga ; & il
Nº. 11 , 12 Mars 1785. C
( 50 )
en fera levé des Droits fixés par le Tarif .
II . Nous défendons pour l'avenir, l'Importation
des Eaux - de - vie de France dans nos
Ports de la Mer Noire. Afin que ceux qui en
exercent le Commerce , puiſſent à l'égard des
Commiſſions dont ils ſe trouvent chargés , prendre
leurs meſures cette défenſe n'aura lieu
qu'au premier Mars de l'année prochaine 1785 ».
,
III . Pour couper racine à tous les abus
fur la quantité des Eaux- de- Vie de France ,
qui se trouvent déjà dans ces Ports , ou que l'on
pourroit y importer encore juſqu'à l'époque
indiquée , il en ſera tenu une Notice exacte ,
& les Barriques &les Tonneaux ſeront marqués:
A quoi veilleront avec les Conſeils deGouvernement
, ceux de Douane , mais en particulier
les Maires dans les Villes , les Capitaines de
Cercle dans les Cercles , en conformité de
notre Réglement relatif aux Gouvernemens ».
» IV. Nous défendons l'Importation des
Eaux - de-Vie de France des Pays Etrangers ,
par les Bureaux de Douane ſitués fur les Fron-
Lieresde nos Gouvernemens de Catharinolaw ,
de la Petite Ruſſie , & de la Ruſſie Blanche ,
laquelle Défenſe aura ſon effet à compter du
jour où cette Ordonnance fera publiée. Nous
répétons ici aux Conſeils de Gouvernement ,
aux Maires & aux Capitaines de Cercle , d'exécuter
auffi ponctuellement se que l'Article II,
preſcrit à cet égard .
» V. Au cas d'une Importation illicite des
Eaux - de - Vie de France dans les Ports , ou
par lés Bureaux de Douane , où cela eſt défendu
en vertu de cette Ordonnance , on procédera
à la punition du Coupable & à la récompenſe
du Dénonciateur ou de ceux qui arrêtent un
Tranfgreffeurſemblable , en conformité du Réglement
promulgué fur les Douanes ».
( 5 )
VI. Les Gouverneurs - Généraux , o
ceux qui rempliſſent leurs fonctions dans les
Gouvernemens de Catharinoflaw , de la Taurique
& du Caucaſe , s'efforceront d'encourager les
Habitans à établir des Fabriques d'Eau-de
Vie femblables , dont ils doivent retirer de
grands avantages ; & des Etabliſſemens de cette
nature feront protégés contre toute vexation
& violence .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 22 Février.
Le Baron de Kolbel , Capitaine au ſervice
Impérial, eſt arrivé de Vienne à Altona pour
veiller au tranſport d'un grand nombre de
chevaux de remonte , achetés dans le Holftein.
Voici la lettre du Prince Dolgoroucki ,
Envoyé de Ruffie à Berlin , qui accompagnoit
la médaille dont l'Impératrice a gratifié
la ville de Stettin. Cette lettre eſt en
françois. « MM. c'eſt avec plaifir que je me
>> vois encore dans le cas depouvoir vous
>>>donner des preuves de la bienveillance
>> dont S. M. 1. honore votre ville. L'incor-
>>poration de la Cherſoneſe - Taurique à
>> l'empire de Ruffie étant une des époques
>> les plus mémorables du ſiecle, mon au-
>gufte Souveraine en a fait perpétuer la
>> mémoire par une médaille , & m'a ordon-
>>né de vous en tranſmettre une , avec des
>> aſſurances de l'intérêt conſtant que S. M. I.
>> daigne prendre au bien-être de votre ville.
&c.&c.
62
( 52 )
Onprend dans pluſieurs endroits de nos
environs des précautions pour les garantir
d'inondations que l'on appréhende au dégel.
I'année derniere que la débacle a cauſe tant
de malheurs , on avoit obſervé que 4 femaines
avant cet événement les eaux du lac près
de notre ville avoient baiflé de trois pieds ;
on remarque aujourd'hui que ce lac commence
déja à diminuer.
Un Ecrivain Suédois porte à 102 le nombre
des Villes en Suede & en Finlande ; leur population
étoit , en 1772 , de 273,455 ames. On évalue
la population de Stockolm à 75,000 ames ;
ainfi la population des autres Villes ne va pas audelà
de 200,000 ames. On peut évaluer la population
de la Suede & de la Pomeranie Suédoiſe ,
un peu au-delà de trois millions d'ames.
L'accroiffement de la population en Finlande ,
depuis 1772 juſqu'en 1782 , eſt bien remarquabie
; onn'y comptoit en 1772 que 500,000 ames ,
&en 1782 , ce nombre étoit accru à 623,000.
Une lettre de Frédérieſnagor au Bengale ,
en date du 9 Juin dernier , apprend que les
vaiſſeaux Danois , le Prince Royal , le Comte
de Moltke , le Copenhague& le Ganges
yfont arrivés heureuſement ,& qu'on attendoit
d'un jour à l'autre le vaiſſeau la Patience.
Le Roi de Dannemarck a nommé une
Commiflion pour examiner la triſte ſituation
de d'Iſlande , & pour indiquer les
moyens les plus efficaces de ſecourir cette
ifle.
Un Ecrivain Allemand , qui s'occupe des
( 53 )
recherches relatives au commerce , a publié
l'état ſuivant des exportations du Brefil :
Savoir; diamans , 6000 karats, ou pour 780,000
rixdalers. D'autres pierres précieuſes , 37,500.
Ormonnoyé & en lingots, 168 quintaux 3 quarts,
6,328,125 . Sucre blanc , 3,450,000 . Sucre brut
1,252,500. Tabac , 585,000. Coton , 281,000.
Bois de Bréfil , 250,000. Riz , 95,000. Bois de
menuiserie , 15,000. Bois de construction,92,625 .
Cafe , 31,500 . Cacao , 140,000 Salfe- parcille,
26,812 & demi. Rocou ou Orléans , 8,750 . Cloux
de girofle , 10,200. Canelle , 15,750. Indigo ,
1,296. Baleines , 78,375 . Huile de Baleine ,
154,437& demi. Huile de Сазраїba, 5875. Peaux
feches , 10,180 pieces , 35,630 . Peaux falées,
83,910 ... 314,662 & demi. Peaux tannées ,
20,330..... 144.534. Gingembre , 5,500.
Grosdrapsde coton, 4,000. Petite marchandise ,
15,0000
TOTAL, 14,159,322 & demi rixdalens..
• Lorſqu'on ajoute à cette fomme celle pour les
marchandiſes exportées frauduleuſement, favoir;
pour les diamans , la ſomme de 78,000 rixdalers ;
pour les marchandiſes exportées de cette maniere
auxAçores , celle de 197,500 rixdalers ; pour les
marchandises qui paſſent ainſi à Malere , celle de
117,500 rixdalers ; pour les marchandises envoyées
frauduleuſement en Afrique , celle de
221,500 rixdalers ; & enfin pouries marchandises
envoyées de cette maniere aux Ifles des Indes-
Occidentales , celle de 31,250 rixdalers ; le com
merce d'exportation du Bréfil monte àla fomme
de 14,805,072 & demi rixdalers .
Le même Auteur porte à 80,000 rixdalers la
Ferme de la pêche de la Baleine au Brest , &
C3
( 34 )
affure qu'on prend à l'ifle de Sainte-Catherine , du
Gouvernement de Rio -Janeiro , annuellemet
environ 3 à400 Baleines . Il évalue à 1,164,70
rxdalers le vin , le miel , la cire ,le ſucre & la
gommede Madere , & à 610,100 rixdalers le vin,
la toile pour voile , le bled& le bétail des Açores.
DE VIENNE , le 23 Février.
Point de lumieres encore ſur l'avenir. La
Feuille du matin appaiſe toutes les difficultés
, celle du ſoir les déclare de nouveau infurmontables.
Les eſprits pénétrans , pour
qui des Conleils impénétrables ſont percés à
jour , ne font point, il eſt vrai , embarraſſés
des circonstances. Si ce font les bruits de
• paix qu'on veut faire dominer , on donne
aux négociations une décifive activité ; on
fait renaître les troubles en Tranſylvanie ,
on multiplie les conférences entre les Ambaffadeurs
& les Miniſtres ; on cede Maftricht
à l'Empereur; & ſi la Hollande héſite
touchant cetre ceffion , on trouve fans effort
des équivalens ; enfin l'on réduit tous
les arrangemens à prendre à de petites formalités
, que , d'autre part , la fermeté de la
Porte doit applanir. Même méthode d'argumenter
en faveur de la guerre, de forcer
toutes les inductions , d'expliquer tous les
incidens , &d'en inventer au beſoin , fi l'on
en manque.
Par exemple, on reparle de nouveau du
voyage de l'Empereur dans le Brabant; on
fait partir les Corps francs , dès qu'ils feront
( 55 )
parvenus às ou 600 hommes ; on redit
encore que 8 Régimens ont nouvellement
reçu ordre d'a'ler en Flandres , & que les
Croates ſtationnés dans le Tirol doivent
quitter Inſpruck , pour ſuivre leur premiere
destination.
Laderniere fête donnée par l'Empereur à Schortbrunn
a été très brillante. Le Jardinier de la Cour
reçut en récompenſe de ſes peines une tabatiere
d'or , & fes garçons, 100 ducats àpartager entre
, eux . Les Danfeurs Chanteurs & Chanteuſes
n'ont pas été oubliés dans ces actes de munificerce.
S. M. fera reconſtruire à ſes dépens toutes
les maiſons détruites en Tranſylvanie par
les rébelles ; & les habitans que ces troubles
ont rainés , jouiront des mêmes avantages
que les Colons étrangers. Le 15 de ce mois ,
P'Empereur ſe rendit à l'improviſte à la conciergerie
, viſita les prifons , &fe fit rendre
un compte exact du traitement des détenus.
Le Prince de Gallitzin , Miniſtre Plénipotent
tiaire de Ruffie à cette Cour , reçut , le 9 de ce
mois , un Courier de Pétersbourg , qui après
lui avoir remis un paquet de dépêches , a continué
ſur le chamo la route da travers des Etats
de S. M. (ans qu'on ſache quelle eſt ſa deſtination
ultérieure. L'on a ſeulement remarqué
que ce Prince remit le lendemain une note
au Vice- Chancelier Comte de Cobenzel , &
que la Chancellerie de l'Etat fit auffi-tor après
partir un Courier qui prit la même route que
selui de Pétersbourg .
Un jeune homme , d'une très bonne fa
€4
( 36 )
mille , ayant danſé à Prague toute la nuit
dans un des bals du carnaval , s'étoit retiré
chez lui fort gai , & en folâtrant avec ſes
amis. A peine fut il enfermé dans ſachambre
, qu'il ſe pendit ſans délibérer.
Un cuifinier de cette capitalé , zélé ci
toyen , s'eſt appliqué à faire en fon particufier
la guerre aux Hollandois. Il prétend
poſſéder un moyen , avec des herbes , des
sacines & des graines d'Europe préparées ,
de ſe paffer des épiceries des Indes Orientales.
D'après les épreuves faites à la Monnoie , on
a évalué exactement les nouvelles piaftres qui ſe
fabriquent à Conſtantinople. On a trouvé que
100 de ces piaſtres Turques n'équivalent qu'à
72 florins d'Empire , 17 creutzers & 2 fenings ;
leur poids d'ailleurs eſt fort inégal , & la différence
entre les pieces du meilleur & celles du
plus bas aloi , eſt de 7 pour 100, Le Public a été
mis en garde par ordre de S. M. I.
Le Général Baron de Preiſſ, ancien Commandant
général dans la Tranfylvanie , a
reçu de l'Empereur une penſion & la décoration
de l'Ordre de Sainte-Elifabeth.
Le 2 de ce mois , il eſt arrivé ici des dépêches
de Conſtantinople. On les croit relatives à l'affaire
de la démarcation , qui n'avance pas. -
Des lettre particulieres de la même ville , aſſurent
que le Divan ne paroît nullement goûter le
projet que la Cour Impériale lui a communiqué
à ce ſujet , & qu'il a répondu au Baron d'Herbert
que la Sublime Porte étoit prête à régler les
limites qui pourroient être dopteuſes , mais que
pour cet objet , elle ne pourroit pas facrifier des
1
( 57 )
:
diarias entiers dont la propriété & la polition
Ipi appartenoint indubitab ement,
:
DE FRANCFORT , le 27 Février.
L'Envoyé de Baviere à la cour de Bettin
s'eſt expliqué à cette Cour , touchant les
bruits courans d'un échange de la Baviere
contre les pays Autrichiens ; mais quoique
cette explication ait été interprêtée par le
public de plufieurs manieres , ſa véritable
nature n'est qu'imparfaitement connue. II
ne feroit point étonnant que ce Miniſtre eût
déſavoué les affertions qu'on fait circuler à
ce fujet , puiſque la cour de Munick ellemême
a déclaré ces rumeurs deftituées de
fondement. Ce qui eft encore un fecret ,
c'eſt la vérité à fubſtituer aux nouvelles ha-
Fardées , qui ont couru ſur cette affaire myftérieute.
On prétend qu'il eſt queſtion de l'ouverture
d'un canal pour joindre le Danube au Main.
Sa longueur , depuis Ochſenfurt juſqu'aux environs
de Ratisbonne , ne doit être que de 14
milles d'Allemagne. Il y a quelque temps ,
pluſieurs Villages de cette contrée ont vu un
Ingénieur prendre en différens endroits la hauteur
de l'eau , ſonder les terreins , & s'informer
du prix exact des matériaux de toutes eſpèces ,
ainfi quede la main d'oeuvre . L'exécution d'un
pareil projet , ſuppoſe qu'il fût poſſible, augmenteroit
le commerce de toute l'Allemagne , par
le centre de laquelle les marchandises venant de
la Manche ,de la Baltique, &c. pourroient
defcendre jusqu'à la mer Noire ; & & le Danube
pouvoit être rendu navigable en remontant , on
verroit baiſſer conſidérablement toutes les pro-
C
( 58 )
ductions exotiques , fur-tout celles de l'Oriente
Les lettres de Varſovie augmentent l'incertitude,
touchant le complot avorté contre
le Prince Czartorinski. Ce qu'on débite
eſt tellement invraiſemblable , qu'aucune.
perſonne ſenſée ne, peut ajouter foi à de pareilles
aventures. On prétend qu'une courtifanne
Françoile , nommée Leclerc , femme.
d'un nommé Ugramow, de concert avee.
un aventurier , a ourdi cette trame , & que.
ce n'eſt même pas ſon coup d'eſſai. Qui a
jamais imaginé de faire un commerce de
conſpirations ? Quelle extravagance fautil
ſuppoſer dans cette femme , accufatrice
de perſonnages accrédités , dont le témoignage
fuffit pour la confondre ? A-t elle pu
croire que la dénonciation ſuffiroit pour
conſommer le ſuccès de cette impoſture ,
qu'aucuneprocédure n'en ſeroit la ſuite, que
les accuſés reſteroient muets , & que fans
aucune preuve à leur oppoſer , elle triompheroit
d'eux & de la justice 2 Donne-t- on
des récompenfes aux délateurs , ſans être
aſſuré de la juſteſſe de la délation ? Cette
explication eft fi groſſiere, qu'elle n'en impoſera
à aucun homme judicieux; tout.ce
qu'elle prouve , c'eſt qu'on veut donner le
change, & que la vérité reſtera peut-être
impénétrable. Le Tribunal continue ſes
féances.
On apprend de Ratisbonne qu'il a été porté
plufieurs plaintes ſur ce qu'il ſe trouvoit dans.
Le Comté de Wertheim quelques Officiers Hol
landois pour y faire des recrues , avec permiffion
de la Cour de Pruffe , d'effectuer leflits enrôle .
mens : Sur quoi la députation de Cercle a fait
répondre que les Ecats divers de l'Empire ,
jouiffant par la Paix de Westphalic du jus fæ
derum Belli & Pacis , avoient le droit de permettre
les enrôlemens étrangers qui n'étoient
point deſtinés contre l'Empire , & principalement
en ce cas , où Sa Majesté impériale n'a
point comme Empereur de différend avec les
Hollandois , mais feulement comme Souverain
des Pays Bas.
Des lettres de Berlin portent que le ſieur
de Dierz , Réſident du Roi à Conſtantinople
, a demandé au nom de ſa Cour , l'agrément
de la Porte pour l'établiſſement de
deux Confulats, l'un dans la Moldavie , &
l'autre dans la Walachie.
6
On aſſure que le projet de réforme de la conftitution
du Royaume de Hongrie , médité des
puis long - temos , ne tardera pas à être exécuté.
Suivant ce projet , dit- on , ce Royaume
fera réparti en huit Gouvernemens auxquels on
fubordonnera les Comitats ;le Conſeil du Gou
vernement général ſera ſupprimé , & les Gouverneurs
adreſſerontleurs Icitres&leurs rapports
àlaChancellerie de Hongrie, qui , réunie à celle
de Boheme & d'Autriche ,n'aura qu'un ſeul Chef.
En général , l'adminiſtration de la Hongrie ſera
femblable à celle des autres Etats de S. M. I.
L'Abbé de Diesbach , nommé Inſtituteur
de l'Archiduc François , n'est point l'Eccléfiaſtique
de même nom , auffi ex-Jéfuite , &
d'une famille patricienne de Fribourg en
Suiffe. Le Précepteur du Chef défigné de
:
( 60 )
l'Empire eſt de la Bohême; il a donné des
preuves d'un mérite diftingué , en élevant
lejeune Comte de Brown , fils du Gouver
neur-général de la Livonie , & neveu du
Maréchal de Lafci. L'Empereur ayant eu
occaſion de connoître à Vienne cet Abbé &
dejuger de fes talens , a cru ne pouvoir faire
un meilleur choix. Il eſt attaché à cette éducation
fans aucun titre , & on lui a aſſigné
mille florins d'appointemens , avec logement
&table à laCour.
ITALIE.
DE ROME , le 17 Fevrier.
S. S. a tenu Conſiſtoire le 14, & elle y a
créé Cardinaux les Prélats ſuivans :
Cardinaux Prêtres , avec leurs Dignités
précedentes
Mgr. Garımpi , Nonce à Vienne.
Mgr. Joseph Doriz , Nonce à Paris.
Mgr. R muzzi , Nonce à Lisbonne.
Mgr. Colonni di Stigliano , Nonce à Madrid.
Mgr. Chiaramonte , Evêque d'Imola.
Mgr. Gallo , Secrétaire de la Confulre.
Mgr. Gregori , Auditeur de la Chambre Apol
tolique.
Mgr. Riminaldi , Doyen de la Rote.
Mgr. Maffei , Commiſſaire des armes de S. S.
Mgr. Carrara , Secrétaire du Concile.
Cardinaux Diacres.
Mgr. Sainelli , Gouverneur de Rome.
( 61 )
:
Mgr. Antoine Doria, Maître de Chambre de
• Sa Sainteté.
Mgr. Livizzani , Président d'Urbin.
Sa Sainteté a ajouté cinq Cardinaux aux
quatre qu'elle s'étoit déja réſervés in petto.
ESPAGNE.
D'ALICANTE, le 28 Janvier .
Dans la nuit du 13 de ce mois , on a vu
lamer enflammée. On a obſervé que la lumie
e avoit fon ſiege dans les eaux mêmes ,
au point que lorſque la lame venoit ſe déployer
fur la rive , on la voyoit jetter au
loin des étincelles de feu qui fo moient le
fpectacle le plus brillant. Ce phénomene a
duré plus de trois heures , & a commencé à
7 heures du foir. Les deux nuits, ſuivantes
on a remarqué que la mer n'étoit lumineuse
qu'aux endroits où les vagues venoient ſe
brifer. On a recueilli de cette eaudans des
vaſes : la couleur est rougeâtre , & on y diftingue
des particules folides , & en apparence
métalliques. On s'occupe à expliquer
ce phénomene , qui n'a jamais eu d'exemple
dans ces parages .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Février .
Il est très certain que la Cour des Direc(
62 )
teurs de laCompagnie des Indes a pris , te
23 , la réſolution finale de rappeller M. Haftings
, de le remercier en même tems de fes
longs , fideles & excellens ſervices , & pour récompenſedeſes
excellensſervices ,de lui fubftituer
Lord Macartney. M. Hastings doit réfigner
ſa place à ce dernier avant le 30 Avril
1786. Le célébre Gouverneur- Général avoit
demandé un fucceſſeur , en 1778 , de la maniere
la plus preſſante , vû que ſa ſanté dépériſſoit
dans le Bengale. On affure que de
nouvelles inſtances àce ſujet ont ſeules déterminé
la décision dont nous venons de
rendre compte.
Il paroît que la nomination de Lord Macartney
&le rappel de M. Haſtings n'ont point été con
cortés dans le Cabinetde S. James ; car le Chancelier
Lord Thurlow a déclaré hautement dans la
Chambre des Pairs , le 18 de ce mois , qu'il n'en
avoit aucune connoiſſance : il ajouta , avec fon
énergie ordinaire , qu'il ne connoiſſoit M. Haf
tingsque comme Alexandre le Grand , par ſes
actions ; qu'il étoit indigné des reproches faits
journellement à ceGouverneur ſurfes richeſſes&
ſur ſa conduite ,ſans qu'aucun de ſes accufateurs
articulât la moindre preuve contre lui ; enfin que
fi le bruit de ſon rappel étoit fondé , fi l'Angleterre
perdoit les ſervices de M. Hastings dans un
moment fi critique pour les affaires de l'Inde ,
c'étoit un malheur dont dix Lords Macartney
réunis dansleBengale,ne pourroientindennifer
l'Angleterre.
Lord Macartney juſqu'ici étoit connu en
Angleterre par ſes bonnes fortunes , par las
pertedela Grenade , dont il fut Gouver
( 63 )
neur , par fes hoftilités dans l'Inde contre
M. Haftings , contre le Colonel Burgoyne
, &c. , &c.; mais ſes talens font réels,
& on lui ſuppoſe de l'expérience. Il eſt
gendre du Comte de Bute.
Le.18 , la Chambre des Communes vora
1,500,000 pour acquiter des billets de l'Echiquier.
Leplan de commerce propoſé au Parle
ment d'Irlande a été agréé par la Chambre
des Communes de ce Royaume. M. Pitt
en reçut la nouvelle le 20 au foir. Ce plan
devoit être rapporté au Parlement Britannique
le 21 : maisM..Pitt ne ſachant point
encore s'il avoit paſſé dans celui d'Irlande
fit remettre l'ordre au 21 .
Ce jour - là , le Chancelier de l'Echiquier
préſenta à la Chambre des Communes les
articles de coalitionentrelesdeux Royaumes.
Il fit d'abord une premiere motion pour que
fa Chambre ſe formât en grand Comité, puis
une ſeconde pour lire le paſſage du diſcours
du Roi ,relatif à l'Irlande; enfin , une troi--
ſieme pour la lecture des arrêtés ſuivans.
Arrêtéque , pour porter à ſon exécutionun
tabliſſement auſſi avantageux que l'eſt un arran
gement de Commerce entre les deux Royaumes .
eft convenable & néceſſaire que toutes les
marchandises qui ne font point du crû ou des
manufactures de la Grande-Bretagne ou d'Irlande
, ſoient importées réciproquement: d'un
deees Royaumesdans l'autre , d'après les mêmes
( 64 )
réglemens & ſous les mêmes droits , ( fi tant
eft qu'elles foient ſujettes ) qu'elles paient lorfqu'elles
font directement importées du lieu qui
les a produites , ou bien dans lequel elles auront
été manufacturées ; & que tous les droits , originairement
payés à l'importation dans l'un des
deux pays reſpectivement, feront déduits à l'autre
lors de l'exportation .
Arrêté qu'il n'exiſtera point de prohibition dans
aucun des deux Royaumes pour l'importation ,
l'uſage ou la vente d'aucune marchandise du cru
ou des manufactures de l'autre pays ; & que les
droits que chacun de ces articles , s'il eſt ſujet
à des droits , payera à l'importation , feront
exactement les mêmes dans l'un & dans l'autre
pays , excepté lorsqu'un furcroît de droits fera
néceſſaire dans l'un de ces pays , en conféquence
d'un péage intérieur établi fur chacun de ces
articles de ſa propre confommation .
Arrêtéque, dans le cas où les drows impoſés
fur les articles du crû ou des manufactures d'aucundes
deux pays; feroient différens de ceux
payés à l'exportation de l'autre , il feroit à
propos qu'ils fuffent réduits dans le pays où ils
feront plus forts , au meme taux de ceux payés
dans l'autre ;& que tous ces articles fuſſent exportés
du pays où ils auront été importés , avec la
même franchiſe de droits que les marchandiſes
femblables ou que les manufactures du même
pays. :
Arêté que toutes les fois que l'un des deux
Royaumes chargera des articles de fa propre conſommation
d'un droit de péage intérieur fur
l'objet manufacturé ou ſur la matiere premiere ,
cette mênie marchandise , lorſqu'elle tera importée
de l'autre pays , fera chargée d'un droit
( 65 )
:
{
additionneld'importation ,juſqu'à la concurrence
du droit de péage intérieur payé par cette marchandiſe
, ou de maniere enfin à équivaloir le
droit impoſé ſur la matiere premiere ; & que
cette marchandise méritera qu'on lui accorde à
l'exportation une remiſe ou une gratification
qui puiſſe la mettre ſur le même pied que les
marchandites fabriquées dans le pays ; le droit
additionnel ne devant continuer qu'auffi longtemps
que la conſommation intcrieure fera chargée
du droit ou des droits pour le dédommagement
deſquels il aura été établi , ou juſqu'à
ce que la marchandiſe venant de l'autre pays ,
foit ſujette à une charge égale , laquelle ne foit
point remiſe ou compensée à l'exportation .
Arrêté que , pour donner de la ſolidité à l'établiſſement
actuellement projeté, il ſera néceffaire
qu'il ne foit point établi à l'avenir aucune
prohibition , ni aucuns droits additionnels dans
l'un ni dans l'autre Royaume , ſur l'importation
d'aucun article du crû ou des manufactures de
Tautre Royaume, excepté ceux qui feront abſolument
néceſſaires pour balancer les droits fur
la confommation intérieure , conformément à
-la réſolution précédente.
Arrêté qu'à l'avenir il ne fera point établi
aucune prohibition ou droits additionnels dans
aucun des deux Royaumes ſur l'exportation
d'aucun des articles de ſon crû ou de ſes manufactures
dans l'autre Royaume , exceptés ceux
que l'une des deux Nations jugera néceſſaires
de temps à autre , fur le bied , le gruau , la
dréche , la farine & les bifcuits , & excepté
encore dans les cas où il n'exiſte actuellement
aucune prohibition qui ne soit réciproque , ou
aucun droit qui ne foit point égal dans les deux
Royaumes ; dans lesquels cas , la prohibition
( 66 )
pourra être rendue réciproque , & les droits
hauffés de maniere à les mettre au même taux .
Arrêté qu'il ſera neceſſaire pour l'avantage
général de l'Empire Britannique , que l'importation
des articles de l'Etranger foit réglée de
temps en temps dans l'un & dans l'autre
Royaume , de maniere à produire une préférence
marquée envers les mêmes articles do crû ,
du produit ou des manufactures de l'un & de
l'autre Royaume .
Arrêté , pour la protection plus immédiate
du Commerce , que les ſommes quelconques
que le revenu héréditaire du Royaume d'Irlande
, ( toutes remiſes ou gratifications compriſes
ſous le nom de détraits , étant déduites )
produira ananuellement au-deſſus de fix cents
cinquante- Gx mille liv. fterlins , ſera appliqué
au maintien des forces navales de l'Empire ,
de la maniere que le Parlement d'Irlande ju.
gera à proposde le régler.
M. Pitt ſe leva enfuite , & prononça un
difcours trop important pour être paflé ſous
filence.
Je fens , dit-il , qu'il eſt de mon devoir de ſoumettre
à l'examen du comité les diverſes réſolutions
dont on vient de faire lecture Il n'eſt aucun
membrequi ne convienne avec moi de leur impor.
tance. Je me flatte donc , Meffieurs , que vous vous
dépouillerez de tout préjugé , & que vous attendrez
, pour vous décider , qu'on vous ait préſenté
l'étatdes choſes ſous ſonvrai point de vue. S'il en
eſtd'entre vous , qui s'étant formé deſſes idées
furl'affaire en queſtion , ayen't adopté une opinion
prématurée, j'eſpere qu'au lieu de s'en tenir aux
premieres impreſſions , ils reprendront l'examen
de cette affaire avec ſang froil. Ayant donc la plus
grande confiance dans l'impartialité du comité,je
( 67 )
vaisluitracerl'eſquiſſe d'un planqui a pour objet
derégler définitivement les liaiſons de commerce
entre l'Angleterre & l'Irlande , & qui , j'eſpere ,
fera conforme au voeu des deux pays. Mon deſſein
n'eſt pas ence moment d'entrer dans de longs détails.
Le comité ne pourra aſſeoir un jugement fur
l'affa re en queſtion qu'après avoirété inftruitde
certains faits quiy font naturellement liés. Les réfolutionsdont
on a fait lecture & qui ont reçu la
fanction du Parlement d'Irlande , font la baſe ſur
laquelle je me propoſede fonder unemotion que
j'aurai l'honneur de ſoumettre à la conſidération
ducomité. Il eſt de la plus grande notoriété que
l'Angleterre , depuis l'époque de la révolutionju
qu'à nosjours , a eu principalement en vue d'empêcher
que l'Irlande neprit aucune part aux avantagesducommerce.
Elle ne s'eſt écartée que trèsrarementde
ceplan de conduite. Tout efpece de
commerce avec l'étranger fut reſtreinte tantôt par
une prohibition formelle , tantôt par des droits
qui équivaloient àune prohibition; la ſeule faveur
accordée à l'Irlande , ſe borna à permettre qu'ellecommuniquât
avecl'étranger parl'entremiſede
P'Angleterre. Ce ſyſteme injuſte faut un pas alouei
, il est vrai,par quelques loix paſſées ſous le regnedeGeorge
II.
M. Pitt,après avoir expoſé avec beaucoup d'énergie
tous les inconvéniens qui étoient réſultés
de ſemblables entraves , dirigea l'attention du zomité
fur leplan relatif aux liaiſons de commerce
entre l'Angleterre & l'Irlande. A la faveur de ce
pacte, s'il m'eſt permis de le traiter aind , l'Irlande
jouira d'une libre exportation dans toutes les
partiesdu monde , en ,Afie , en Afrique & en Amérique
, ( àl'exception ſeulement des établiſſemens
où la compagnie des Indes exerce ſon monopole )
&elle pourra également importer les producs
( 68 )
1
tións du crû de ces pays en leurs manufactures. La
Grande-Bretagne renoncera de la forte àun ſyſtêmede
commerce dont l'exiſtence qui s'eſt prolongéejuſqu'à
nos jours a été ſi préjudiciable aux intérêts
de l'Irlande.
Le plan actuel renferme , dit-il , deux objets
qui méritent principalement notre attention. Le
premier eſt d'unir les intérêts & les affections des
deux pays par des biens indiffolubles , de maniere
que laGrande -Bretagne & l'Irlande paroiflent ne
former qu'un même royaume , & qu'elles foient
dans une égale dépendance l'une de l'autre; le
ſecond eſt que les deux pays s'efforcent d'établie
entr'eux une communauté d'intérêts&une communauté
de charges.Ala faveurd'un tel tyſtême,
laGrande-Bretagne ſervira de guide &de fauvegarde
à l'Irlande , & ce dernier pays ſervisa réciproquement
d'appui au premier. Quoique l'Iriandedoive
defirer ardemment un changementde fyftême
dans ce commerce , elle n'oubliera pas tans
doute , que l'Angleterre s'eſt toujours montrée jalouſe
d'obtenir des avantages particuliers pour le
commerce& la navigation ;elle reconnoîtra éga
lementcombien il eſt naturel qu'elle attache un
fi grand prix au commerce de ſes colonies. Elle
ſe rappellera que l'Angleterre s'eſt relâchée en
quelques circonfiances des principes relativement
au commerce excluſif de ſes colonies , & qu'elle
lui a permis d'y prendre part. Il étoit néceffaire
de donner une bafe aux liaiſons de commerce
à établirentre les deux pays: c'eſt dans cette
vue que le parlement d'Irlande a pris divers arrêtésqu'ila
foumis à l'examen du parlement d'Angleterre.
Si l'on a ſaiſi l'eſprit de ces arrêtés , l'on
aura reconnu qu'ils renferment deux objets effentiels
;le premier a rapport aux liaiſons de commerce
, & le ſecond aux moyens qui peuvent
( 69 )
mettre l'Irlande en état de ſupporter une partie
des charges ſous leſquelles l'Angleterre gémit en
ce moment. On pourroit objecter que les avantages
qu'on ſe propoſe d'accorder à l'Irlande ſont
contraires aux diſpoſitions de l'acte de navigation
;mais une telle objection ſeroit peu ſolide
puiſque les bâtimens Irlandois ſont regardés comme
des bâtimens appartenant à laGrande-Bretague.
J'ai toujours defiré qu'on accordât à l'Irlan
deune égale extenfion de commerce , ſans toutefois
la mettre à portéede nous nuire dans les parties
effentielles du commerce des colonies. On a
jugé qu'il étoit convenable d'adopter cette meſure
&de conférer à l'Irlande cette faveur àtitre de
pure libéralité , & fans exiger d'elle aucune compenfation.
Quant aux conceſſions qui lui ont été faites
précédemment , je n'y ai eu aucune part , elles
font le fruit du ſyſteme inconſidéré du noble
Lord (le Lord North ). M. Pitt s'attache à démontrer
la futilité des raiſonnemens mis en
avant par le noble Lord , à l'appui de ces conceffions.
Il rappelle au Comité que le noble
Lord, entr'autres aſſertions gratuites , avoit avancé
que l'Irlande nuiroit au commerce de l'Angleterre
, parce que ſes bâtimens feroient moins
longue traverſée que les bâtimens anglois . - L'Irlande
, j'en conviens , jouit par ſa ſituation de
pluſieurs avantages , mais ils ne ſont point de
nature à porter le moindre préjudice à notre commerce.
On auroit tort de craindre qu'elle ne
'devint le marché de l'Europe ; cela n'arrivera
jamais , parce que les Irlandois ne pourront point
vendre les produtions de nos Colonies à un prix
auſſi raisonnable que celui auquel nous les livrons.
La crainte que l'Irlande nedevienne notre rivale
en commerce eft abſolument illuſoire . Je me
( 70 )
contenterai de faire une ſeule queſtion pour le
prouver. L'Irlande pourra -t - elle naviguer au
même prix que nous le pourrons ? Certes , non :
les frais de navigation excéderont les nôtres , &
cette ſeule conſidération doit nous raſſurer. II
ne me reſte qu'à rappeller au Comité une circonſtance
qui mérite une ſérieuſe attention de ſa
part ; je veux parler de la liberté que va acquérir
'Irlande d'exporter ànos Colonies enAmérique ,
&de là en Irlande, les productions & les manufactures
de l'un & de l'autre pays : mais , aina
que l'ai déjà obſervé , une telle liberté ne
peut pas lui fournir les moyens de devenir
notre rivale. L'Irlande achetera nos laineries &
nos draps , & nous prendrons en échange ſes
toiles . M. Pitt diſcuta enſuite à fond les
objets énoncés dans les diverſes réſolutions. Je
n'ai pas le moindre doute, dit-il , ſur la fincérité
de l'Irlande & fur ſes difpofitious généreuses à
l'égard de la Grande Bretagne. Il ne s'agit de
Tien moins , en ce moment , que de refferrer les
liens qui uniſſent les deux pays , & d'augmenter
leur fûreté réciproque. S'il réſulte de l'exécution
du plan propoté un grand accroiſſement de revenus
pour l'Irlande , on doit eſpérer qu'elle
appliquera une partie de ce revenu à la protection
du commerce, d'où il tire ſon aliment , en contribuant
au ſoutien des forces navales de l'Empire
Le revenu héréditaire eſt la ſource dans laquelle
l'Irlande doit puiſer pour fournir à la G. B.
des fecours proportionnés à ſes facultés. Mais ,
avant de réclamer aucune aſſiſtance de la part de
l'Irlande , il est néceſſaire que les avantages dont
le plan enqueſtion lui offre la perſpective , ſoient
bien conftatés.
M. Pitt termina ſon discours par les motions
Fuivantes : Que le Comité eſt d'avis qu'il im(
71 )
porte effentiellement , pour l'intérêt général de
'Empire Britannique , que le commerce entre la
Grande-Bretagne & l'Irlande reçoive tous les
encouragemens & l'extenfion poffibles , & qu'à
P'effet deparvenirà ce but, les liaiſons de commerce
ſoient réglées définitivement , & fondées
fur des principes d'équité pour l'avantage réciproque
des deux pays » .
pour
MMarsham ſeconda cette motion. Lord North
ſe leva enſuite , & dit que l'imagination la plus
déréglée n'auroit jamais pu enfanter un projet
plus chimérique que celui de M. Pitt. Il lui conſeillade
peſer les ſuites funeſtes qu'il auroit
le commerce de l'Angleterre , dont il devoit examiner
ſcrupuleuſement toutes les branches avant
defongerà le mettre en exécution. Il l'engagea
également à confidérer à quel point ce projet
porteroit atteinte à l'acte de navigation. Il ne
voulut point admettre la néceſſité de faire participer
l'Irlande au commerce de l'Angleterre. II
ſe juſtifia relativement aux conceffions qu'il avoit
faites précédemment à l'Irlande , & prétendit que
Ie plandeM. Pitt n'étoit point propre à remplir
le but qu'il íe propoſoit. M. Fox dit qu'il croiroit
confentir au facrifice du commerce de l'Angleterre,
s'il donnoit la voix en faveur de la motion
actuelle. Il reprocha à M. Pitt la maniere dont
il avoit préſenté les réſolutions, comme étant on
ne peut pas plus indécentes. Il fit enviſager l'inégalité
du marché qu'on alloit conclure entre l'Angleterre&
l'Irlande , & il conſeilla àM. Pitt de
ne pas accorder à ce dernier pays plus qu'il ne
pouvoit efpérer.
La Chambre étant allée aux voix , la motion
paſſa. Nous rendrons compte des diſcuſſions uitérieures
qu'elle ne manquera point d'occaſionner.
La plupart des grandes villes commerçan(
72 )
tes du Royaume , Bristol , Liverpool , Norwich
, & c , & c , font foulevées contre cet arrangement.
Il est hors de doute qu'il ne choque
l'intérêt perſonnel & excluſif d'un certain
nombre de Négocians anglois , mais ,
où eſt aujourd'hui l'acte de bonne légiflation,
qui n'ait le même inconvénient? Pluſieurs de
ces villes ont déja préſenté des pétitions au
Parlement contre le plan propoſé , à moins
qu'on ne répartiſſe également les impôts ſur
les deux Royaumes ; ce qui paroît juſte , autant
que leurs forces relatives peuvent le permettre.
Les Miniſtres , pour calmer les eſprits , ont fait
imprimer dans les Papiers , ſous leur influence,
que l'Irlande ne pourroitjamais profiter du commerce
des Iſles , vu que ces Colonies étoient tellement
endettées envers l'Angleterre , qu'elles
ſeroient forcées de lui faire tous leurs envois .
Mais les Négocians craignent au contraire , que
ce ne ſoitunmotifde plus pour que les Colons ,
peu délicats , envoient toutes leurs marchandises
en Irlande , où ils ſeront sûrs de trouver de l'argent
comptant. Ils craignent également que l'Irlande
ne reçoive en dépôt les fucres François qui
ſont à bien meilleur marché que les ſucres Anglois
, & qu'elle ne les faſſe enſuite paſſer dans la
Grande-Bretagne.
Le 23 , la Chambre des Communes vota
42,000 liv. fterl. pour les dépenſes extraordinaires
de l'Artillerie , & 350,000 livres ſterk,
pour les dépenſes relatives aux fortifications .
La majeure partie de cette fomme et employée
à fortifier Porftmouth & Plimouth .
Un
( 73 )
UnCapitaine de vaiſſeau , M. Macbride , trouva
mauvais que la Chambre võiât tant d'argent pour
mettre à l'abri des inſultes de l'Ennemi, des Villes
qui renfermoient dans leur ſein les Eſcadres Angloiſes
, ces Fortereſſes redoutables de l'Empire
Britannique ; mais le Colonel Ppipps , dont le
Régiment étoit à Plymouth , lorſque l'Eſcadre de
M. d'Orvilliers parut devant ce Port , lui répondit ,
que s'il avoit été comme lai témoin de l'effroi &
de la conſternation qui régnoient à cette époque
dans cette Ville ,il donneroit , fans balancer , fa
voix aux Subſides demandés .
Le commodore Sawyer vient d'être nommé
par l'Amirauté Commandant à Hallifax
, à la place du Chevalier Douglas.
Un plan d'union & d'arrangemens de
commerce entre l'Irlande & la Grande-
Bretagne , pareil à celui qui occupe le Parlement
, fut préſenté au Comte de Chatam
par le teu Chevalier John. Barnard. Lorſque
Mylord Chatam eut examiné & médité ce
projet , il en remercia l'auteur , en le félicitant
ſur ſon patriotiſme & ſur ſon habileté :
mais , ajouta r-il, >> ſi je propofois pareille
choſe , il s'éléveroit telles clameurs des
>> marchands , manufacturiers & autres pro-
>>priétaires , qui profitent de la détreffe de
>>l'Irlande , qu'à l'inſtant je ſerois forcé de
>>réſigner ma place. Il eſt peu probable que
le fils du Miniſtre qui parloit ainſi ſoit dans
la même alternative; mais il aura un violent
orage à eſſuyer : il a déja perdu des amis par
fon , conſentement à la démiſſion de M. Haf-
No. 11 , 12 Mars 1785.
d
( 74 )
tings : l'affaire d'Irlande lui ôtera encore
d'autres fuffrages.
On voit un tableau comparatiftrès-exact.
du revenu national en 1784, en 1782 & en
1783.
Ladépenſe de 1784 , a conſiſté dans les articles
Luivans :
Lifte civile .: • 1. ft. १००,०००.
Intérêt de la dette , juſqu'au 31
Décembre
• 7,951.930.
Intérêt de l'emprunt de 1784 . 316,500.
Intérêt des billets de Marine , às
pour cent , constitués l'année dern . 343,967.
Intérêts de la portion de la dette
de la Marine , non fondée , au capital
de L. 7.7000,000 • 385,000.
Billets de l'Echiquier • • 135,000.
Charges & pertes ſur le maniement
des fonds publics . 134,261.
Dito ſur l'emprunt de 1784 • 5,294.
Dito ſur la dette de la Marine . • 3,871.
: Dito ſur la partie de cette dette
non fondée • 4,331.
:
Total de la dépenfe. L. 10,180,184 ,
La dépenſe de l'établiſſement civil en temps de
paixn'eſt point comprife ici.
Produit du revenu en 1784 .
Douanes •
Excife
Timbre
Taxes perpétuelles .
3,005,022 11 .
? • 5,263,578 8.
936,283 . •
Divers articles non compris
• 1,190,635,
Taxes annuelles .
dans les précédens .
Taxes des terres
Dreche •
2,000,000.
750,000 .
( 75 )
Nouvelles taxes établies en 1784.
Diverſes, établies parM. Pitt. 970,000 .
Idem en remplacement de celles
fur le charbon de terre , &c. 200,000
Taxes ſur les fenêtres, enplacede
celledu thé 300,000.
Total du revenu en 1784. 14,415,512 .
Ainfi , il eſt reſté pour faire
face aux dépenſes de l'établiſſement
civil , en 1784.
En 1782 , la totalité des bran-
. 4,235,332 16.
12,384,329.
•
ches du revenu , rendit.
En 1783 •
Le déficit de 1782 à 1783
futdonc de
.
-
11,060,219.
1,324,110.
--
Ainfi, en déduiſant 12,00,000 l. ft. de taxes nous
velles en 1784 , la recette des autres parties a
furpaffé celle de 1783 , de 1. ft. 2,155,110.
Un nombre de particuliers en Ecoffe ont
formé une ſociété , deſtinée à pourſuivre les
découvertes au Pole ſeptentrional; ils ont
équippé à Perth un vaiſſeau qui appareillera
lemois prochain avec des naturaliſtes , aftronomes
, &c. à bord : on les a pourvu de toutes
les choſes néceſſaires à l'entrepriſe .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Mars.
Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné , le 27 du mois dernier , le contrat de.
mariage du Comte de Carvoiſin , Capitaine
de Cavalerie au régiment de Champagne ,
avec Demoiselle de Laâge.
da
( 76 )
:
Le même jour , la Comteſſe d'Agenois ,
la Comteſſe d'Oilliamfon , la Comteſſe de
Capellis & la Comtefle Amélie de Lambertye
, ont eu l'honneur d'être préſentées à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la
premiere par la Maréchale de Richelieu; la
ſeconde par la Ducheſſe d'Harcourt; la troi
ſieme par la Comteſſe des Eſcotais ; & la
quatrieme par la Vicomteſſe de Lambertye.
4
Le fieur Robert de Heſſeln , Cenſeur
royal , a eu l'honneur de préſenter au Roi &
à la Famille Royale , qui l'ont honoré de
leurs ſouſcriptions pour la nouvelle Topographie
de la France , la contrée nord-est ,
région Centre , la cinquieme des cartes qui
renferment le ſecond degré des détails de la
ſuperficie du royaume , ſur une échelle invariable
de 243 toiſes par ligne , & de 9 lignes
pour une lieue de 2187 toiſes .
DE PARIS , le II Mars.
La flûte , le Néceſſaire , partie de l'Orient
pour l'Iſle de France, a doublé les Caps ſans
obſtacle ; mais la flûte , la Seine , fortie peu
de temps après du même port , n'a pas été,
auffi heureuſe. Battue par les vents , & fort
endommagée , elle vient d'être forcée de
relâcher à Rochefort. Elle avoit 400 hommes
de recrues à bord, & en a perdu 30 ou
40 pendant la tempête. Après fon radoub ,
elle remettra à la voile avec la Vénus , trégate
armée à Breſt , dont le départ fut fufpendu,
à l'arrivée de la derniere Corvette de
'Inde.
( 77 )
Le Roi a ſigné le privilege d'une nouvelle
Compagnie des Indes. Nous en parlerons
d'une maniere plus circonstanciée ,
lorſque ſon établiſſement commencera.
La fin de l'hiver a été aſſez âpre , puiſque
le thermometre fut à huit degrés au-deſſous
de la glace , au commencement du mois :
mais cette rigueur est peu de choſe , comparativement
à celle qu'on a reffentie en
plufieurs pays , même dans des provinces
plus méridionales. Le haut Dauphiné , où
les neiges font ordinairement affez abondantes
, en a été furchargé. Le 6 du mois ,
Briançon & ſes alentours en étoient couverts
à pluſieurs pieds de hauteur , & les routes
furent totalement interceptées. Deux particuliers
entre Vars & Guilleſtre ſont morts
ſuffoqués par un tourbillon de neige que le
vent précipitoit de la cime des Alpes. On a
trouvé ſurle col d'Izard la tête d'un homme
dévoré par les loups , ce qui n'eſt pas un
prodige: mais on a rencontré également des
dépouilles de loups mangés par leurs femblables.
Un voiturier de Briançon, étoit en route pour
ſe rendre à Grenoble , avec un Capucin , lorfqu'ils
furent au Travers de Corps , un amas de
neiges ſe détache de lamontagne , deſcend avec
fracas , & ſépare le voiturier de ſes mulets. Le
courant d'airque produiſit l'impétuoſité de cette
lavange ſe ſaiſit du conducteur & le porte à 200
pas ſur les bords du Drac. Cet homme ainſi dans
l'air , reſſembloit à un ballon raſant la terre avant
d 3
( 78 )
deprendre ſon eſſor; mais ce qui fixa encoreplus
T'attention des ſpectateurs , ce fut le danger que
couroit ce malheureux , & le ſang-froid qu'il
conſerva ; on voyoit d'un côté , le Capucin lui
donner l'abſolution , & l'on entendoit de l'autre
le muletier demander hautement à Dieu de conferver
ſes mulets.
M. Berenger , Vérificateur des domaines
de la Couronne, atteſte ce fair , comme témoin
oculaire , dans les Affiches du Dauphiné.
Nous étions perfuadés qu'on compromettroit
MM. de Montgolfier , en leur prêtant
des idées & des projets fort extraordinaires.
Ces Meſſieurs viennent en effet de
réclamer contre ces ſuppoſitions publiques ,
en nous adreſſant la lettre ſuivante.
M. nous avons cru inutile de réclamer contre
l'article d'un de vos derniers numéros , où il eff
queſtion de nous ; perfuadé que la façon dont il
eftpréſentédevoit ſuffire pourdéfabufer. Cependant
d'autresPapiers publics ont copié cet article
auquel nous n'avons aucune part , & annoncé que
nous avions ouvert une ſouſcription ; nous vous
prions de vouloir bien inférer dans votre prochain
Journal , notre défaveu formel de tout ce que l'on
apu ou pourra publier fans notre fignature.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Antonay , 15 Février 1785 .
Ceux de nos lecteurs qui pourroient être
furpris du ton de défiance qui regne dans
la plupart des articles de cette Feuille , nous
en fauroient gré , s'ils étoient à même de fe
convaincre , comme nous , de la fauſſeté des
3quarts des choſes qu'on imprime , ou qu'on
( 79 )
raconte. Voici encore une preuve de cette
affertion. Dans le Journal du 15 Janvier ,
nous citâmes une anecdote relative à M. de
Bougainville , & conſignée dans la Gazette
d'Utrecht : cette fource auroit fuffi pour
nous faire rejetter ce fait ; nous le rapportames
, en prémuniſſant le Public contre fon
adoption. Il eſt abſolument faux , comme
on s'en aſſurera par une lettre authentique
qu'on nous adreſſe à ce ſujer , & dont voici
l'extrait.
Par la capitulation qui fit paſſer leGanada ſous
la puiſſance de l'Angleterre , tous les François
qui avoient défendu cette Colonie , furent déclarés
priſonniers de guerre & tranſportés dans nos
ports aux frais du Gouvernement Britannique .
Ce fut ainſi que M. de Bougainville devint le
priſonnier des Anglois & qu'il fut embarqué fur
la Joanha , petit Navire marchand de 150 tonneaux
, avec feu M. de Bourlamaque , quatre Of.
ficiers d'Artillerie & autant du corps du Génie ,
dont j'étois da nombre ; & je puis vous affirer ,
Meffieurs , que nous ne fimes point naufrage fur
les côtes de la Nouvelle Ecoffe . Ainfi l'éloquence
vraiment fublime & la générofité héroïque
que leGazetier d'Utrecht prête ànotre Capitaine
, lemoins éloquent cependant & le moins
généreux de tous les hommes , je vous affure , ne
furent , Dieu merci , point miſes à l'épreuve à
notre égard; car bien certainement , quoiqu'Irlandois
& Catholique , il n'auroit pas fait plus
dequartier à M.de Bougainville & à ſes compagnons
de voyage , que Polypheme n'en fit à
ceux d'Ulyffe.
Après 45 jours de traverſée ,Meſſieurs , nous
d 4
( 80 )
vinmes mouiller , ſans accident , dans la rade de
la Rochelle . Le lendemain de notre arrivée nous
deſcendîmes á terre dans la journée , & il étoit
temps ; car dans la nuit il s'éleva une tempête fi
furieuſe , que toutes les ancres de notre Vaiſſeau ne
purent l'empêcher d'être jetté & briſé ſur les rochers
qui bordoient la côte aux environs de notre
mouillage. Mais aucun des gensreſtés à ſa garde ne
périt, & nous trouvâmes, comme vousjugez bien,
àla Rochelle tous les ſecours qui pouvoient nous
diſpenſer d'avoir recours pour vivre , à l'horrible
loterie du cannibale & fabuleux Capitaine Chriftie
du Gazetier d'Utrecht , dont l'imagination
n'eſt pas gaie , ce me ſemble , dans l'invention
de ſes contes de rempliſſage .
J'ai l'honneur d'être , &c.
DE CAIRE , Lieutenant-Colonel
au Corps Royal duGénie.
Au Neuf-Briſack , 24 Février 1785 .
On vient de lire à l'article de Pétersbourg
dans ce Nº. ci , les nouvelles reſtrictions miſes
à l'introduction des eaux-de-vie Françoifes
enRuffie : un négociant a préſenté le tableau
des autres déſavantages de ce commerce
, déſavantages auxquels l'Edit du Roi
du 23 Septembre dernier , pourra remédier
enpartie.
Je ne m'arrêterai point fur les raiſons politiques
qui ont fait traiter quelques nations plus
favorablement que la nôtre , aux douanes de Sa
Majefté l'Impératrice de Ruffie ; je dirai ſeulement
que le navigateur étant obligé de payer
les droits d'entrées & de ſorties en rixdales d'argent
, eſt forcé de s'en procurer à la banque
Impériale. Le Ruſſe paie la rixdale 90 copecks
invariablement. L'Anglois la paie de 120 à 125
ر د
( 81 )
copecks , ſelon l'agio. Et le François de 140 à
145 copecks , ſelon l'agio.
Il étoit donc très-important , pour le bien du
commerce de la mer Baltique , que le Roi voulûr
bien accorder des primes aux Armateurs ; ils
regagnent par cette faveur une concurrence que
Jeur otoit la remiſe faite au pavillon Anglois :
mais il y a en outre une infinité d'objets que le
ſpéculateur ne doit pas perdre de vue.
1°. Que les droits doivent être payés en totalité
, avant de pouvoir diſpoſer de la moindre
partie d'un chargement.
2º. Que les droits ſont perçus ſur le montant
des connoiſſemens , & qu'un navire , dont le
chargement auroit été avarié de moitié , par le
coulage ou autres événemens , n'en devroit pas
moins payer les droits pour la totalité. Les vins
de Champagne ſont ſujets àces fortes d'avaries :
on doit en faire les expéditions immédiatement
après Pouverture de la navigation ; les chaleurs
font caffer les bouteilles ; & outre la valeur du
vinqui ſe trouve perdu , l'Armateur doit ajouter
la perte de l'entrée , qui eſt d'environ un rouble
(cent ſols tournois par bouteille ) .
3°. Que la vente des eaux- de-vie en Ruſſie eſt
entrelesmains des Fermiers des boiſſons , comme
le tabac en France ; & quoiqu'il s'en conſomme
pour 5 à 6 cens mille roubles par an , il ſeroic
imprudent aux Armateurs d'en expédier fans
avoir des marchés avec les fermiers .
4°.Que les vins des François les plus communs
paient environ 17 roubles d'entrée par barique :
ceux d'Eſpagne n'en paient que 6. Cette faveur
a également ſes cauſes.
5°. Que les termes de paiemens ſont de 6 ,
9 & 12 mois , la commiffion de vente de 6 pour
cent , & le du- croire à proportion.
ds
( 82 )
6°. Enfin, que le rouble eſtimé cent ſous de
France en Ruffie , eſt pour l'étranger une mon
noie imaginaire.
S. Petersbourg ne change qu'avec Amſterdam ;
là le rouble ceſſe de valoir 100 copecks ; il y
prend une valeur arbitraire , communément de
36 à 39 Stuyvers ( 3 1. 18 ſols à 4 liv. s ſols
tournois ). Il eſt donc eſſentiel que le ſpéculateur
calcule cette perte ſur le change , en obfer
vant que les objets de commerce qu'il prendra
pour le retour de ſes navires , devront être payés
comptant.
Quelques détails, omis à l'impreſſion dans
l'annonce du dernier Nº. , relative à la Correfpondance
générale & gratuite , nous obligent
à placer ici une lettre que nous adreſſe
M. de la Blancherie , Agent général de cette
Inſtitution. Elle est trop importante pour ne
pas être préſentée au Public , de maniere à
lui en faire parfaitement connoître & la na
ture& les avantages & la folidité.
On ne doit point confondre l'établiſſement de
la Correſpondance générale & gratuite pour les
ſciences& les arts , avec pluſieurs autres auxquels
elle adonné naiſſance , & qui , n'ayant point le
même objet , ne préſentent ni la même univer
ſalité ni les mêmes reſſources , ni la conſiſtance
dont elle eft fusceptible.
La Correspondance eſt la baſe& le vrai point de
vue de l'établiſſement ; tout le reſte n'est qu'acceſſoire
: elle remplit trois objets : 1º. elle étend
ſes relations pour connoître promptement les dé
couvertes & les faits intéreſſans : 2°. elle fatisfait
gratuitement aux queſtions du Public fur ces découvertes
& fur tout ce qui a rapport aux ſciences
& aux arts; c'eſt ainſi qu'elle tient lieu non-fleus
/ lement d'une bibliotheque univerſelle que jamais
( 83 )
perſonne ne réaliſera , mais encore de rapports
direêts avec les Savants & les Artiſtes , dans tous
les pays : 3º. elle ſuit dans les pays l'homme à
talens & l'homme qui peut lui être utile , ou
auquel il peut être utile , dans les différentes circonſtances
qui peuvent faire defirer à tous deux
ce rapprochement.
Le Salon de la Correspondance n'a pas ſeulement
pour objet de ſervir de point de réunion aux Savans
, Artiſtes , Amateurs , &c. il fait connoître
tous les livresde ſciences ou arts , compofitious ,
inventions , morceaux quelconques , anciens &
modernes , capables d'exciter la critique , l'émulation
& la curioſité , & qui font remis , à cet
effet , de plein gré à l'Agent général , ſoir par les
Auteurs , ſoit par les Propriétaires. Toutes fortes
d'expériences nouvelles peuvent y être répétées.
Les Muſiciens ou leurs Eleves , ont de même le
droitde s'y faire entendre, foit par le chant , foit
par les inftrumens, ſans qu'on puiffe , fous aucun
prétexte , y introduire la forme de concert. La
notice de ces objets , l'annonce des expériences
&celle des Muficiens ou Eleves , font mentionnées
ſucceſſivement dans les feuilles de la Correfpondance
, connues ſous le titre de Nouvelles
de la République des Lettres&des Arts.
Les fonds qui font ſubſiſter cet établiſſement
gratuit, font formés non ſeulement du produit
des ſouſcriptions pour cette fuille , mais encore
de la contribution d'une affociation volontaire
de perſonnes de tout pays , diviſée en deux
claffes; la premiere, dite des Affoci's protecteurs ,
donnant chacun quatre louis par an pendant trois
ans ; la feconde , dire des Afſociés ordinaires , donnant
chacun deux louis par an pendant trois ans.
Les ſpéculations, tant au profit des Aſſociés
des deux claſſes , que pour les encouragemens
do
( 84 )
à donner aux Artiſtes , ſont d'autant mieux fon
dées , qu'en 1783 il reſtoit déjà, en excédent de
la recette & des recouvremens à faire ſur les
dépenſes des deux dernieres années , près de
24000 liv. On fait que juſqu'alors on avoit eu
àcombattre toutes fortes d'obſtacles , qui n'exiftentplus.
Pour ne laiffer aucun doute ſur l'activité éclairée
avec laquelle toutes les parties de cer établiſſement
concourent réciproquement à ſervis
les Sciences & les Arts par l'homme , & l'homme
par les Sciences & les Arts , on a formé :
1º. Un Conſeil d'Administration , dont les membres
ſont pris dans les différents ordres de la Société.
)
2°. Un Comité , compoſé de Savans , d'Artiſtes
&d'Amateurs diftingués , au nombre de dix-huit ,
préſidé par l'un des Préſidents du Conſeil d'adminiſtration
, qui s'occupe tant de l'examen des
lettres ou demandes qui font adreſſées par l'Agent
général , pour des renſeignemens à prendre , relatifs
aux Sciences & aux Arts , que des réponſes
qu'il convient de faire à celles qu'il a reçues , de
la rédaction des articles de la Feuille , des traductions
, & généralement de tous les objets
qui lui ſont préſentés par l'Agent général , ſelon,
l'eſprit de cette inſtitution.
LesAſſociésprotecteurs auront droit à la loterie,
àraiſonde trois billets ; les Aſſociés ordinaires à
raiſon d'un ſeul . On préleve un louis pour la
Feuille ſur chaque aſſociation.
On reçoit tous les Jeudis , au Salon de la Correspondance
, les fêtes & le temps des vacances
d'automne & de Pâques exceptés , depuis midi
ſqu'à deux heures & demie , toutes fortes de perfonnes
, connues ou non connues , qui s'y préſentent;
l'après- midi , depuis cinq heures jusqu'a
neuf, à l'inftant de la réunion des Savans , des
( 85 )
Artiſles & des Amateurs connus , on ne reçoit
que les perſonnes qui ſe font préſenter par eux
comme tels. Ainſi il ne faut point de billet.
Les aſſociations dans les deux claſſes , ſe prennent
au Bureau dela Correspondance, rue St.-Andrédes-
Arts , ou chez M. Bro , Notaire , rue du Petite
Bourbon- St. - Sulpice , &c.
N. B. Que les membres des deux claſſes d'aſſociation
ne pourront être que des perſonnes d'un
nom ou d'un rang distingué , ou du moins des
notables des lieux de leur réſidence ; & le nombre
en ſera borné dans chaque ville ou canton ,
& d'après l'avis du Conſeil d'adminiſtration .
L'article ſuivant nous vient de perſonnes
reſpectables , & mérite l'attention publique.
M. Moiffon , Eccléſiaſtique artaché à laCathédrale
d'Uzès , eſt parvenu à fimplifier le métier à
bas par des moyens qui tendent à la perfection de
la Bonneterie en France.
Il a réduit cette belle Machine à un volume
d'environ 60 livres de peſanteur , ſur un pied de
hauteur , 17 pouces de largeur , & 6 pouces &
demi de profondeur , qu'on peut accrocher dans
tel endroit d'un appartement qu'on voudra , &
qu'on pourra tranſporter de même . Ce nouveau
métier produit les mêmes effets que celui en
ufage depuis ſi long- temps. Il a par- deſſus ce dernier
des avantages inappréciables qui réſultent ,
1º. de la ſuppreffion des deux ſyßêmes de platines
&des pieces nombreuſes qui contribuent à leurs
jeux; ce qui offre une diminution de plus de moitié
prix dans l'achat & une épargne confidérable
dans les fraix d'entretien. 2°. L'opération du
cueillage qui s'y fait , ſuivant l'ancien ſyſtème ,
mais bien plus facilement, par le moyen des nouvelles
formes données aux platines. 3 °. La ſuppreſſion
totale du travail de l'ouvrier dans l'affem.
blage , ſans nuire à la régularité des mailles.
( 86 )
4°. La fimplification du jeu & du mouvement de
la preffe . 5º. Des nouveaux moyens qui mettent
tous les affemblages des pieces en équilibre , dans
quelque fituation qu'ils soient ; ce qui rend le
métier ſi doux , que des enfans de l'un &de l'autre
fexe pourront y manoeuvrer. Outre ces avan
tages , il en eſt encore deux bien précieux , c'eft
l'épargne du temps que trouvera l'ouvrier dans
l'emploi de ce nouveau métier,&le peu de temps
qui ſera néceſſaire pour que les perſonnes les plus
bornées ſoient en état d'y travailler & le connoître
parfaitement.
M. Moiffon a eu l'honneur de préſenter ce
Métier & de travailler devant M. le Contrôleur-
Général &Meffieurs les Intendans du Commerce,
qui lui ont accordé les encouragemens & les
récompenſes les plus honorables. Touchés de ſon
utilité , ils lui ont témoigné combien ils defiroient
qu'il s'occupat delerépandre dans les différentes
Provinces . En conséquence , l'Auteur qui n'a
jamais eu en vue que le bien public,& le deſir de
ſemontrer reconnoiffant du bienfait qu'il a reçu,
diſtribuera , à des conditions très-avantageuſes ,
cette nouvelle Machine à ceux qui defireront ſe
la procurer.
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 6 Mars.
Le Roi d'Angleterre a accordé en qualité
d'Electeur d'Hanovre , le paſſage par ſes
Etats d'Allemagne, au cinquieme bataillon
du Prince de Waldeck, qui ſe rend en Hollande.
M. de Butemeiſter, Miniſtre d'Hanovre
en cette Réſidence , a notifié cette perr
miflion au Préſident de LL. HH. PP.
On dit publiquement que les EtatsG- é(
87 )
néraux ſe ſont décidés à envoyer deux Députés
à Vienne , pour faciliter le retour de
négociations amicales : leur véritable carac
tere&la nature de leurs inſtructions ne font
encore connus que par des rapports de Gazettes.
Quant à la ceſſion de Maſtricht, il eſt
indubitable qu'elle eſt une condition préalable
, exigée par l'Empereur. On ſe flatte que
ce Monarque ne perſiſtera pas dans cette
demande , & fi l'on ſe fait illuſion , il eſt encore
incertain à quel parti on ſe déterminera.
LesEtatsde Hollande ont fait afficher un Placard
qui défend de porter aucune marque ou figne ſéditieux
de quelque couleur que ce foit , notamment
de couleur orange ; d'arborer des drapeaux fur les
maiſons , moulins ou bateaux , de tenir des discours
tumultueux , de faire des attroupemens , ſous les
peines portées contre les perturbateurs du repos
public.
Apeine cette publicatian a- t-elle été affichée
, que le peuple l'a miſe en pieces ent
quelques endroits , l'a couverte d'ordures en
d'autres , & a forcé les Etats de recourir à
une feconde publication comminatoire , où
ils promettent une récompenſe de 1400 flor.
au dénonciateur des coupables ou des coplices
de ces violences. L'inquiétude augmente
à la vue de ces preuves itératives de
l'improbation populaire : on ſe rappelle qué
la révolution de 1747 commença par des
ſcenes pareilles , & l'on craint avec raifon
que les châtimens n'augmentent le mécon
tentement , au lieu d'y mettre fin.
( 88 )
Les dernieres lettres de Vienne annoncent
que les Généraux de Thun & Cavanac ont
ordre de ſe rendre en Hongrie ſans délai ,
pour diriger la marche des Régimens qui
doivent venir en Flandres , & auxquels deux
Régimens de Bohême doivent auſſi ſe joindre.
La faillite de la maiſon Proli d'Anvers eſt
avérée. Le Comte Pierre Proli , qui en
étoit le chef, paſſe pour avoir été l'un des
inftigateurs de l'ouverture de l'Eſcaut , qui
n'eût pas prévenu ſa catastrophe. Celle-ci eût
étéun début de bien mauvais augure. On
craint avecraiſon,que la compagnie deTrieſte
ne ſoit ſenſiblement affectée par cet événement.
Voici ce qu'on écrit à ce ſujet au ſujet
du Comte Proli .
On débite , qu'avant de partir il avoit fait une
vente ſimulée de ſa maiſon à ſon fils , qu'il a emporté
tous les livres , qu'en paſſant à Bruxelles il
avoit demandé des lettres de change ſur Paris qui
kui avoient été accordées par une maiſon de banque
, mais que cettemaiſon avoit été prévenue af.
fez àtemps pour en arrêter le paiement. Si ces détails
font vrais , il eſt coupable , mais qui en font
lesgarants?
D'autres prétendentque ſon intention étoit d'aller
directement à Vienne ſe jetter aux pieds de
l'Empereur. Ce ſeroit une preuve que ſa chûte n'eft
quel'effet du malheur.
Onne dit point encore l'effet que cette nouvelle
aura produit ſur l'eſprit de S. M.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 9 Mars.
Les Etats de Brabant & de Hainaut ſe
:
( 89 )
font aſſemblés hier & ſe ſont ſéparés aujourd'hui
à midi. Ils ont donné leur confentement
à la levée des ſubſides extraordinaires
annuels , & à un emprunt de 2,0০০,০০০ florins
pour le ſervice Impérial; il n'y a pas été
queſtion de la conſcription militaire.
On apprend du Doële qu'on y travaille depuis
quelques jours aux digues de la mer, pour trouver
moyende faire écouler les eaux dont les Hollandois
ont inondé les environs de Liefkenshoek &
mettre pour l'avenir les malheureux habitans de
ce pays à l'abri de pareil malheur ; on ajoute que
les poſtes avancés près du rivage de la meront reçu
ordre de couvrir ces ouvrages & de les défendre
contre toute attaque ennemie.
Le régiment de Preiſſ doit reſter en garniſon
à Louvain ; Tillier à Mons , & Teutchsmeiſter
à Namur. Le régiment de Tofcane
Dragons ſe rend de Luxembourg dans
le Brabant. Le corps-franc du Baron de
Stein , fixé à 1200 hommes , eſt à-peu-près
complet.
Une lettre de Liege , du 21 Février , raconte
l'anecdote ſuivante comme certaine.
Les Généraux de Zehentner & d'Alton font ici
depuis quelques jours. Un Anglois des amis du
dernier , lui demandoit hier , ce que l'Empereur
prétendoit faire avec les 40 mille hommes qui ſe
trouvent maintenant dans les Pays-Bas : Il est impoſſible
,diſoit- il , qu'il puiſſe entamer avec fi peu de
monde les poſſeſſions Hollandoiſes. Il est vrai ,
répondit Mr. d'Alton , mais d'ici à ce que la faifon
permette d'ouvrir la campagne , ne peut- il pas en arriver
40 mille autres ? Nous ne savons cependant pas
qu'ily ait encore destroupes en rout-e.Non, mais
( 90 )
les ordres font donnés pour leur pro hain départ , &
d'ailleurs les Croates font déjà très certainement en
marche.
Le bruit court que les Généraux & Colonels
ont reçu des lettres qu'ils ne doivent
ouvrir que le 15 Mars. Il y en a d'autres ,
dit-on , adreſſées à tous les membres des
Erats de Flandre & de Brabant actuellement
aſſemblés. Dix interprétations différentes du
contenu de ces miſſives. Voici l'une de ces
conjectures haſardées.
On fait que l'Empereura fait dans ſes états d'Allemagne
de grands changemens dans tous les dé
partemens de judicature & autres ; il veut aujourd'hui
en faire autant dans les Pays-Bas ; il va en
conféquence caſſer tous les conſeils actuellement
fubſiſtans pour les recréer ſur de nouveaux plans ;
il a deſſein encore d'achever le plan de réforme
qu'il n'a fait qu'ébaucher , il y a deux ans , dans
Phierarchie Eccléſiaſtique : on dit enfin qu'il va
ſupprimer entierement tous les Etats,& l'on ajoutequ'il
n'attendoit pour exécuter cette opération
délicate , que l'arrivée des troupes.
On voit circuler une Correſpondance
entre la Régence de ces provinces & le Cardinal
de Frankenberg , Archevêque de Malines.
Voici la teneur d'une lettre adreſſée
par S. A. R. à ce Prélat.
Cher Coufin, 1
Sa Majesté voulant que les Evêques de cette
Provincene faſſent àl'avenir publier ni imprimer
aucun Mandement , ou Lettre paſtorale, ſans en
avoir préalablement obtenu l'agrément de la Régence
, l'objetde la préſente eſtde vous avertir de
cette volontédeS. M., en conféquence de laquel
) وا (
le,toutes les fois que vous jugerez à propes de pu
blier quelque Mandement ou Lettre paftorale dans
votre archevêché , vous voudrez bien en foumertre
préalablement le plan à la Régence. Ce falfant,
nous prions Dieu qu'il vous ait en la fainte
garde. MARIEALBERT.
Voici la Réponſe du Cardinal :
«J'ai été preſque étonné à la lecture de la leta
tre dont votre A. R. m'a honoré , par laquelle
S. M. I. fignifie ſes intentions au ſujet des Mandemens
& Lettres paſtorales. Il eſt cependant une
vérité incontestable , c'eſt que le dépôt de la foi ,
ainſi que tout ce qui concerne le culte divin &
l'exercice des devoirs du chriftianiſme , a été confié
par Jeſus -Chriſt aux Evêques , comme aux
ſucceſſeurs des Apôtres , lorſqu'il les envoya precher
l'Evangile par toute la terre. En vertu de
cette miſſion , les Evêques revêtus de ce même
pouvoir dans la partie de l'Egliſe qui leur a été
confiée, font chargés par Dieu même du grand
oeuvre de l'inſtruction des fideles ,& c'eſt à Dieu
feul & à fonEglite qu'ils doivent en rendre comp
te. Ils ne peuvent donc , fans que leur dignité en
fouffre, ſoumettre leurs inftructions pastorales aux
jugemens d'une puiſſance ſéculiere , étant euxmêmes
dans leurs Evêchés les ſeuls juges compé
tens pour tout ce qui concerne la Religion & fes
dogmes. Aufſi la dignité de leur caractere facré ,
jointe à la confiance que le ſouverain témoigne
avoir en eux , lorſqu'il les éleve à ce poſte éminent
,devroient fans doute lui ôter tout ſoupçon
qu'ils puiſſent oublier dans leurs Mandemens le
reſpect& la ſoumiſſion qu'ils lui doivent.
Quant à ce qui me regarde , VA. R. pent
être afſſurée , quetoutes les fois que je ferai obligéde
publier des Mandemens, ſoit pour l'inftructiondemes
ouailles , ſoit pour les ramener dans la
voie du ſalut , j'aurai toujours foin qu'ils s'accor(
92 )
dent avec les intentions deS. M. Pour cet effet je
ne ceſſerai d'implorer la grace du Tout-puiſſant ,
afin que , dans la conduite du troupeau qui m'eſt
confié , je puiſſedans toute occaſion rendre à Céſar
ce qui eſt à César , & à Dieu ce qui eſt àDieu.
6
On s'attend à de vives réclamations de la
part du Congrès , &fur les difficultés qu'ont
éprouvé les Américains de la part das Efpagnols
, lorſqu'ils ont voulu deſcendre le
Miffiffipi & l'Ohio. Il n'y a rien eu encore
d'officiel à ce ſujet. Il eſt aiſé de prouver que
les Anglois , en laiſſant aux Américains la
liberté de deſcendre les deux fleuves , leur
ont accordé par leTraité de paix un droit
dont ils n'étoient plus les maîtres de diſpofer
, puiſque fort avant dans l'intérieur des
terres , les deux rives des fleuves devoient
appartenir aux Eſpagnols. On fait que ceuxci
, dans aucun temps , dans aucun lieu ,
n'ont permis l'entrée de leurs Colonies aux
étrangers. On compte 100,000 familles formant
800 mille têtes , répandues au nord &
à l'eſt de ce vaſte pays , & qui par leur difperſion
occupent un terrein immenfe. Accoutumées
à la fatigue , au maniment des
armes , il eſt à craindre qu'elles ne ſe réunifſent
contre les Eſpagnols .
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Grand Chambre.
Cause entre les Sieur & Demoiselle Jouannes ,&
les Sieur& Dame Prier.
QUESTION d'Accroiſſement de legs Caducs.
Le Légataire univerſel du ſurplus des biens
d'un Teſtateur qui a préalablement fait des
( 93 )
legs à différentes perſonnes , peut-il réclamet
par droit d'accroiſſement ces legs particuliers ,
devenus caducs par le prédécès des Légataires,
des ſommes que le Teſtateur a eu intention de
diſtraire du legs univerſel ? Enfin . ces legs caducs
rentrent- ils dans l'hérédité , & doivent- ils
retourner aux héritiers ? Voilà la cauſe . Marie
Henriette de Bede , veuve du ſieur de St. Martin ,
Seigneur de Brunel , eſt morte le dix Avril
1780 , âgée de près de cent ans , laiſſant des
biens confidérables , diminués par les bienfaits
dont elle avoit comblé Henriette - Victoire
Coignard , ſa filleule , aujourd'hui dame Prier ,
fille de Guillaume Coignard. Elle avoit fait
ſon testament olographe le 10 Juin 1772 , qui
contient les diſpoſitions ſuivantes : Après divers
legs pieux , elle donne & légue à ſa foeur les
10000 liv. qu'elle a ſur M. & Mad. Damfreville
: elle donne & légue à Guillaume Coignard
, Auberg ſte du Point-du-Jour, les 375
liv. de rente qu'elle a ſur le Moulin de Renouville.
Enfin , pour tout le ſurplus de ſes
biens & & meubles , elle fait Henriette Coignard
, ſa filleule , ſa légataire univerſelle , &
lui donne tout ce que la Coutume permet de
lui donner. Elle nomme le ſieur Poliſſe ſon
Exécuteur teftamentaire. Par un codicille olographe
du Juin 1773 , elle approuve tous legs
faits par ſon teftament , hors celui de la rente
de 375 liv. fait à Guillaume Coignard. Elle
ſubſtitue ladite rente au filsde la dame Prier ;
&au cas que l'enfant meurre avant ledit Coignard
, elle la ſubſtitue à la mere dudit enfant.
Après la mort de la Teſtatrice , les ſieur &
dame Prier formerent contre les fieur & demoiſelle
de Jouannes leur demande en délivrance
du legs univerſel a eux fait , pour jouir de tous
les objets y compris , enſemble des 10000 liv.
( 94 )
formant le legs particulier fait à la fooeur de
la dame Brunel , devenu caduc par ſon prédécès.
Le fieur & demoiselle Jouannes s'en rappor
terent à Juſtice d'ordonner la délivrance du legs
univerſel à la dame Prier ; mais ſoutinrent
qu'elle devoit être déboutée de ſa demande à
ce que les 1000o liv. y fuſſent compriſes ; que
cette ſomme devoit au contraire reſter aux
héritiers. Sentence de la Prévôté de Houdan ,
du 18 Juillet 1781 , qui adjuge au fieur &
dame Prier les 10000 liv. compriſes dans le
legs univerſel . Appet des héritiers au Bailliage
de Montfort- Lamaury , où après Plaidoirie contradictoire
& delibéré , Sentence du 14 Janvier
1782 , infirmative de celle de Houdan , qui
excepte du legs univerſel les 10000 liv. en
queſtion qui ſont déclarées n'en faire partie , &
adjugées aux freur & dame Jouannes , ſeuls &
uniques héritiers de la came Brunel. Appel
en la Cour de la part des ſieur & dame Prier.
Arrêt du Vendredi de relevée 4 Juillet 1782 ,
qui a mis l'appellation , & ce au néant ;
émendant , ordonnant que le legs de 10000 liv.
devenu caduc , accroîtroit au legs univerſel ,
&en feroit partie ; & à ce titre , appartiendroit
à la dame Prier , & a condamné les héritiers
aux dépens.
Caufe extraite du Journal des Causes célébres.
Affaire de l'albé Miolan , ou Procès à l'occaſion du
Ballon brûsé dans le Luxen.bourg.
Les ſieurs Miolan & Janinet qui s'étoient aſſociés
pour faire une expérience aeroflotique remar.
quable, ont éprouvé un revers dont les circonftances
ſont connues de tous les habitans de la Capirale.
Après plusieurs mois d'attente pour leurs
ſouſcripteurs , ils leur avoient enfin annoncé
qu'ils rempliroient leurs engagemens le 11 Juillet
dernier,
( 95 )
Lelong intervalle de temps écoulé depuis leurs
proſpectus juſqu'au jour de l'expérience , les nouveaux
moyens de tenter une direction , les eſſais
particuliers dont le ſuccès en promettoit de plus
grands; d'autres circonstances , peut- être , avoient
attiré au jardin du Luxembourg , lieu indiqué
pour l'elévement du Balion , une foule prodigieuſe
, & tous les eſprits , partagés entre l'eſpérance ,
ledoute & l'incrédalité , étoient dans l'attente de
Pévénement. On ne connoît que trop le dénouement
de cette journée , fi cruelle pour les fiturs
Miolan & Janinet. Malgré leurs efforts multipliés
&les ſecours de leurs coopérateurs , on ne put jamais
parvenir à donner à la mach ne tout fon développement.
L'entrepriſe fur abandonnée , & la
retraite des Auteurs fut le ſignal du défordre . Le
peuple débordé dans le jardin , mit le Ballon en
pieces , le brûla , & avec lui , chaifes , inftrumens
de phyfique , & ſe vengea , à ſa maniere , de la
fatigue d'une atteinte inutile. Le bruit de cette
catastrophe remplit la Capitale , vola dans lesProvinces
, & donna aux noms des ſieurs Miolan &
Janinet une malheureuſe célébré.
Pluſieurs jours s'étoient déja écoulés depuis
cette journée fatale , le fieur Miolan pouvoit enfin
ſe flatter d'être bientôt oublié dans cette Capitale,
ſcene toujours changeante , où les événemens ſe
ſuccedent rapidement , où les acteurs effacent
ſucceſſivement , où la gloire & la honte des particuliers
échappent bientôt à l'attention publique :
it alloit ſe conſoler dans cet heureux oubli , & travailler
, ſans doure , en paix , à réparer cette difgrace
, lorſqu'un ſpectateur de ſon infortune eut
Ja cruauté de renouveller ſes douleurs , & de le
traîner devant un tribunal , pour lui redemander
le prix de ſa curiofité trompée , ouw la fimplicité
de croire à la justice d'une répétition de 12 livres
qu'il avoit avancées pour ſuivre , a fon atte , la
marche de ce pompeux acroſtat dans les airs. Le
( 96 )
feur Koening , indifferent juſqu'alors , à la décou
verte de MM. Montgolfier , aux diverſes expériences
qui avoient attiré l'attention de tout Paris
, ſe ſentit enfim piqué du deſir de voir auſſi ce
phénomene. Il ſe décide à quitter ſes travauxjournaliers
,& à facrifier 12 livres pour donner à lui
&àſa femme cette fatisfaction d'un genre ſi nouveau
, & pour en jouir commodément . Ce defir
concourant avec l'époque où le ſieur Miolan devoit
tenter ſa nouvelle expérience , & le deſtin lui réſervoit
ce ſpectateur d'une curioſité ſi difficile à
émouvoir , & en mêmetemps ſi peu indulgente ,
quand elle n'eſt pas fatisfaite. Témoin de l'invafiondupeuple
dans le Luxembourg , de l'incendie
général du Ballon & de tous les combustibles
qui l'entouroient , ce ſpectacle imprévu ne le confolapoint
de celui qu'il venoit de perdre ; il fut inſenſible
à l'aveugle & cruelle joie de la populace,
&fortit , regrettant ſes 12 francs , & fongeant aux
moyens de ſe les faire reſtituer.
En effet , le 24 Juillet , il forma ſa demande au
Châtelet. Cependant il paroît que , content de
parvenir à ſon but , à la reſtitution du prix des
deux billets , il eut la difcrétion de mettre , entre
ſa demande & ſa pourſuite , un intervalle affez
long, pour laiffer les clameurs de la populace
s'appaiſer , les bons mots des oififs & des plaifans
s'épuiſer , & l'expérience même s'oublier toutà-
fait . Si ce fut-là ſon motif, il fut humain; mais
ſa générosité ſe borna ià. Il reprit ſon action , &
retraduit , devant une audience publique , les
fieurs Miolan & Janinet.
Mais après pluſieurs Plaidoyers , le tribunal des
Auditeurs du Châtelet a mis un terme à cette querelle
, en déclarant par Sentence du 20 Janvier
dernier , conforme aux conclufions du miniſtere
public , le ſieur Koenig, non recevable dans ſa de--
mande , & le condamnant aux dépens envrs le
fieur Miolan.
MERCURE
DE FRANCE.
4
SAMEDI 19 MARS 1785 .
V
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
IENS calmer mes ennuis ,tranquille Indifférence,
Des malheureux amans , ſeul & cruel eſpoir ,
Fais parler la fierté , le rigoureux devoir ;
Oui , mon coeur a beſoin de toute ta puiſſance.
Pour toujours je m'enchaîne à tes auſtères loix ,
Venge-toi de l'Amour , règne ſeule en mon âme ;
Verſe tes flots glacés dans mon coeur tout de flamme ;
Ames ſens éperdus fais entendre ta voix ;
Efface juſqu'au nom de l'objet que j'aJore ;
Qu'il paroiſſe à mes yeux , & qu'il ſoit méconnu ;
Et pour mieux triompher qu'à fon tour il m'implore;
Qu'il pleure , mais trop tard , le bien qu'il a perdu.
Nº. 11 , 19 Mars 1785 . E
98 MERCURE
Ciel ! avec quel plaiſir je verrois ſes alarmes !
Comme je lui rendrois ce qu'il m'a fait ſouffrir !
Ses pleurs ,fon déſeſpoir auroient pour moi des chare
mes ;
Ames pieds ſans pitié je le verrois mourir.
Qui te retient encore , inflexible Déeſſe ?
Ma voix n'a- t'elle pas pénétré ton féjour ?
Réponds à mes accens , hâre-toi , le temps preſſe ....
Mais ciel ! quevois-je ? Arrête,& reconnois l'Amour,
Je préfère mes maux ,l'Amour ſeul eſt mon maître.
Oui , c'eſt lui qui m'inſpire , il égaroit mes fens.
Reſte aux fombres climats où l'enfer te fit naître ;
Vas ſubir pour jamais les triſtes loix du temps.
Pardonne , Amour , pardonne un ſi cruel outrage.
Toi ſeul l'avois cauſe,tu peux tout réparer;
Situ ne veux vers moi ramener le volage ,
Laiſſe-moi la douceur au moins de l'adorer.
(Par Mlle Aurore, de l'Académie Royale
deMusique. )
DE FRANCE.
وو
L'ORIGINE DE L'INCONSTANCE.
ON dit
que , jaloux de l'Amour ,
Qui dormoit dans les bras d'Elvire ,
Le Temps vint l'éveiller un jour ,
Et lui reprocher ſon délire.
De Saturne l'aſpect glaçant
Refroidit foudain la tendreſſe
De ce bel & timide Enfant ,
Qui ne peut fouffrir la vieilleſſe.
Le Dieu , ſe voyant outrager,
Auroit bien voulu s'en venger ,
Et , d'un coup de flèche rapide ,
Punir ce vieillard homicide ,
Parqui le monde eſt dévoré ;
Mais le Temps eft invulnérable ::
Puis de ſa faulx inexorable
Peut-être il l'eût défiguré.
Aſes loix il fallut ſouſcrire ,
S'éloigner d'Elvire à l'inſtant;
Il part ſans ofer le lui dire ,
Et voilà l'Amour inconſtant.
Vous , que l'Inconſtance déſole ,
Belles qui pleurez un amant ,
Sachez que , depuis ce moment ,
L'Amour avec le Temps s'envole.
(ParM. François , Peintre. )
E ij
100 MERCURE
RÉPONSE d'un Enfant à une belle Dame ,
Épigramme.
QUE cet Enfant eſt laid! diſoit un jour Béliſe ;
C'eſt un vrai finge... Encore un ſinge eſt -il moins laid.
La Nature , bizare en tout ce qu'elle fait ,
En le formant, ſans doute , s'eſt mépriſe.
L'Enfant , de ce propos juſtement irrité ,
J'aurois auſſi , dit-il , de la bête légère
Lamalice perfide&la méchanceté ,
Si vous euſſiez été ma mère.,
unejeune Demoiselle , en lui donnant une
paire de Ciseaux.
AIR: Ce fut par la faute du fort.
0N dit ce cadeau dangereux
Pour l'amitié , pour la tendreſſe;
Mais peut- il n'être pas heureux
Quand c'eſt à toi qu'Amour l'adreſſe?
Tu reçois d'un ſouris flatteur
Cedon plus galant que ſuperbe;
Tes grâces , ton âge & mon coeur
Feront bien mentir le proverbe.
NON , l'Amour ne craint de ciſeaux
- Que ceux dont la Parque funèbre
DE FRANCE. 101
:
1
:
Tranche nos jours qu'il rend fi beaux ;
Mais à quinze ans , c'eſt de l'algèbre.
A cet âge heureux , fi touchant ,
Où tes appas viennent d'éclore ,
Peut- on s'occuper du couchant
Lorſqu'on eſt ſi près de l'aurore ?
Pour couper une aîle à l'Amour ,
De ce don tu dois faire uſage ,
Te diroit quelqu'autre en ce jour ;
Mais ce confeil eſt un outrage ;
Car fi ce Dieu n'eſt inconſtant
Que pour préférer la plus belle ,
Dire qu'il t'a vûe un inſtant ,
C'eſt prouver qu'il ſera fidèle.
(Par M. Damas. )
Le courage de l'Amour & de la Nature ,
Anecdote.
Le lieu de la ſcène que j'ai à raconter a
toujours été le théâtre le plus agité de l'Europe
; & jamais il ne le fut aufli violemment
qu'à l'époque dont je dois rappeler la mémoire.
C'étoit du temps de ce trop fameux
Cromwel , dont la ſombre politique s'étoit
ſervie , pour affujétir les Anglois , de leur
paffion même pour la liberté ; de ce profond
ufurpateur qui avoit renoncé aux titres
de la toute puiſſance , pour en réunir tous
E
MERCURE
-
les refforts dans ſa main; qui , en un mot,
à tous les moyens connus des tyrans , en
avoit joint un plus neuf, moins vulgaire ,
l'hypocrifie ; moyen terrible , dont il avoit
fu faire tout- à-la-fois & le maſque & l'inftrument
de fon ambition.
L'Anecdote qu'on va lire n'eſt potirtant
pas une action éclatante , ni même un événement
politique. C'eſt un'fait particulier ,
renfermé dans le ſein d'une famille ; mais
qui, fans avoir influé fur les deſtins de l'État ,
pourroit fervir à prouver de nouveau , que
la ſenſibilité n'a jamais plus d'exploſion , ni
`la vertu plus d'énergie , qu'aux momens où
le crime triomphant ſemble en avoir brifé
tous les tefforts.
,
Lord Mirvey étoit une des victimes que
J'ambition du Protecteur devoit immolerà
fon intérêt ou à ſa vengeance. Le motif
de fa diſgrâce étant étranger à ce récit
nous nous bornerons à dire que fa mort
avoit été miſe à prix , fecrettement à la vérité
, & non par un arrêt authentique ; mais
Paffaflin qui auroit apporté ſa tête , avoit
plus à compter ſur le fruit de ſon crime que
fur la récompenſe d'une action vertueuſe.
Lord Mirvey étoit alors chargé de quelques
intérêts politiques dans une des Cours de
l'Europe. Informé à temps de ſa profcription,
il crut devoir s'y dérober par la fuite. Mais
il a voit laiſſé à Londres, auprès d'une vieille
foeur quillui reſtoir,une fille unique,que nous
nommerons Juliette , enfant chère à fon
DE FRANCE.
103
coeur , qu'il n'avoit quittée qu'à regret , &
qu'il brûloit de revoir. Un nouveau motif
vint ſe joindre à ce mouvement de tendreſſe
paternelle ; preſqu'en même temps qu'il fut
inftruit de ſa diſgrâce , il apprit la mort de
ſa ſoeur ; & l'image de ſa fille abandonnée à
elle-même l'emporta ſur ſon propre danger.
Il ne craignit point d'aller expoſer ſa tête fur
cette arêne ſanglante , où le tyran l'avoit déjà
dévouée au fer ou au poifon. Il prit pourtant
les précautions que lui ſuggéra ſa prudence;
le même ſentiment qui lui faifoit
chercher ſa chère Julietre au péril de ſes
jours, lui inſpiroit en même temps le deſir
de ſe conſerver pour elle. Il déguiſa ſon
nom , ſon rang & fes traits ; & enfin il eut
l'adreſſe on le bonheur d'arriver à Londres ,
&de retrouver ſa fille ſans avoir été reconnu
, ni même ſoupçonné.
Juliette joignoit à la figure la plus intéreſſante
, l'eſprit le plus aimable & l'âme la
plus ſenſible. Elle aimoit tendrement fon
père ; mais le plaiſir de le retrouver étoit bien
empoisonné par le danger qui le menaçoir .
La joie lelui avoit fait oublier un moment,
la cruelle réflexion ne tarda pas à l'en punir.
L'arrêt prononcé contre lesjours de fon père
vint épouvanter ſon imagination ; elle favoit
que la haine qui avoit prononcé ce fatal
arrêt étoit inexorable ; & fon coeur paſſa de
la plus douce joie aux angoiſſes les plus dé
chirantes. " Ah , mon père , s'écria-t'elle en
>> fondant en larmes ! mon père , qu'avez-
Eiv
104 MERCURE
>> vous fait ? Si les Miniſtres du Tyran ve-
>> noient vous arracher de mes bras! Le defir
ود de revoir votre Juliette vous a tout fait
>> oublier. Vous avez volé à mon fecours ;
» mais , moi , comment pourrai-je défendre
votre vie ? Cette preuve de votre
>> amour me fait verſer des pleurs d'atten-
>> daiſſement; hélas ! elle peut me coûter un
>> jour des larmes bien amères ! Si le ciel ,
» qui ſe déclare aujourd'hui pour la tyran-
>>nie, alloit vous prendre pour victime ! j'en
mourrois fans doute ; & je mourrois ,
» mon père en me reprochant votre
ود
>>> mort. "
د
Lord Mirvey ſe jette dans les brasde ſa
fille , la preffe contre ſon ſein , & ne lui répond
que par ſes larmes. Cependant il étoit
néceffaire de fonger à ne laiffer rien tranfpirer
de fon retour ; & il étoit fi difficile de
Te dérober à la vigilance du Protecteur &
de ſes Miniſtres ! Que faire ? Et à qui confier
un pareil ſecret ? Il fallut que Mirvey ,
*content de l'amour & des foins de ſa fille ,
confentît à fe priver , pour ainſi dire , de la
lumière du jour ; à s'enſevelir vivant , en attendant
qu'il plût au ciel de déſarmer la
haine de fon perfécuteur , ou de venger les
maux de l'Angleterre.
Un étroit ſouterrain , creusé ſous la maifon
du Lord , & que perſonne ne fréquentoit
, parut à Juliette le ſeul aſyle auquel
elle pût confier une tête ſi chère. Ce fouterrain
prenoit , par une arrière-cour , un
DE FRANCE.
105
-petit jour qu'elle ferma, de peur qu'il ne
fit naître quelque ſoupçon. Ce lien ne fut
plus éclairé que par une lampe dont elle
craignoit encore de voir percer les fombres
rayons à travers les ais de la porte , qu'elle
maſqua du mieux qu'elle put. Ainsi , l'infortunée
Juliette ne vit d'autre moyen , pour
ſauver ſon père , que de l'enfermer dans un
cachot ténébreux ; & en lui prodiguant les
plus tendres ſoins , elle ſembloit en être le
Geolier. Ses mains ſeules préparoient les alimens
dont il ſe nourriffoit ; & par prudence ,
elle ne le voyoit jamais pendant le jour.
Qu'il étoit long pour le malheureux Mirvey,
qui n'avoit alors d'autre confolateur , que
quelques livres que fa doulent lui faifoit fermer
en les ouvrant , avec de l'encre & du
papier qui lui étoient inutiles , puiſqu'il ſe
voyoit ſéparé du reſte de l'Univers ! Mais
Juliette , quoique plus libre que lui , n'en
fouffroit pas moins ; ſes inquiétudes ſurpaffoient
l'ennui de la plus douloureuſe captivité.
Sa crainte donnoit ſans ceſſe une
interprétation ſiniſtre à tout ce qu'elle
voyoit, à tout ce qu'elle entendoit; le moindre
bruit la faiſoit friffonner. Elle brûloit
d'apprendre des nouvelles de la Cour du
Protecteur , & fa bouche n'oſoit s'ouvrir
pour en demander , de peur qu'on ne ſoupconnât
le motif de ſes queſtions ; ſon père
étoit toujours préſent à ſa penſée,& il ſembloit
qu'elle n'auroit pu prononcer fon nom
fans le trahir ; enfin ſes yeux, fans ceffe ap-
Εν
106 MERCURE
pelés vers le lieu qui le receloit , n'oſoient
s'y arrêter un moment ; on eût dit qu'elle
craignoit de le dénoncer par un regard.
Sans doute on s'intéreſſe déjà à Juliette ;
&cependant on ne connoît encore que la
moitié de fes chagrins. Son coeur , fi fort
troublé par le fort de ſon père , étoit encore
en proie à l'amour , à ce ſentiment ,
qui , dans le coeur d'une Angloiſe , n'eſt jamais
une fantaifie , une émotion foible
mais la plus imperieuſe des paffions. Le jeune
Thermond , qui étoit digne à la fois de fon
amour & de fon eftime , l'avoit vûe affiduement
, fous les aufpices de la vieille
tante , qui , quelques mois avant ſa mort ,
l'avoit mandé au père de Juliette. Mirvey ne
l'avoit pas jugé indigne de fon alliance ;
mais depuis , des raiſons politiques avoient
changé ſes ſentimens. Le père du jeune Lord
éroit entré dans le parti de Cromwel ; &
Mirvéy avoit ordonné à ſa fille d'oublier un
amour qui étoit devenu criminel à fes yeux.
Cet ordre , arrivé trop tard , loin de rompre
les noeuds des deux amans, ne ſervit qu'à
les faire refferrer d'avantage ; car la tante ,
attendrie par leur trifteffe , ſéduite même
par leurs larmes , eut la foibleſſe de les
unir par un mariage fecret. Telle étoit la
fituation de Juliette au retour de fon père.
En arrivant, l'ayant félicité ſur ſon obéiſſance,
dont il étoit peut être loin d'être perfuadé :
* Ma fille , ajouta Mirvey,j'exige & j'attends
ود devousunenouvelle preuvedevotre docilité&
de votre tendreſſe. Je veux que le ſeDE
FRANCE. 107
>>> cretde monretour demeure pour toujours
>> impénétrable. Si mes deſtins ne changent
>>> point, je veux qu'on ignore àjamais que j'ai
>> eu la foibleſſe de retourner dans une patrie
>> dont je rougis , qui s'eſt deshonorée par
" fon obéiſſance au tyran. Ce fouterrain qui
» va cacher ma vie à l'Univers entier , cachera
aufli ma mort; qu'il foit mon tombeau
comme il fut mon aſyle. Mais je
>>> veux que mon ſecret me refte même après
>> mon trépas; qu'on n'apprenne jamais que
ود
ود
ma cendre eſt venue repoſer dans mon
>> ingrate patrie. Si ma fille , quand je ne ſe--
>> rai plus , continua- t'il avec un ton des plus
>>> effrayans , croit pouvoir trahir mon fe-
>> cret, je la dévoue d'avance aux vengean-
» ces célestes , je prononce dès ce moment
ود
ود
ور
بور
l'arrêt de la malédiction paternelle. Si par
>> une infidélité plus criminelle encore , elle
ofoit de mon vivant confier mon fecretà
>> un ſeul être , quel qu'il foit , ce fer fera
couler tout mon fang à ſes yeux ; & je
laiſſerai à ma patrie deshonorée une fille
bien digne d'elle, une fille parricide. »
Juliette connoiffoit trop bien l'auteur de
-ſes jours pour regarder ce difcours comme
une ſimple menace , comme le mouvement
d'un courroux paſſager. Mirvey , que nous
n'avons fait connoître juſqu'ici que pour
un père tendre , étoit en même-temps un
homme ferme juſqu'à l'opiniâtreté , un caractère
fier & inflexible. Les circonstances ,
ſes malheurs , en l'aigriſſant, l'avoient rendu
Evj
108 MERCURE
plus farouche encore ; & l'on devoit tout
craindre de fon déſeſpoir.
Juliette promit , ſe lia même par un
ferment que ſon père lui dicta. Ses devoirs
ſembloient lui être devenus plus ſacrés
, depuis qu'elle avoit pu s'y ſouſtraire
une fois ; l'Amour qui l'avoit rendue coupable
ne l'avoit pas affranchie du remords ;
&quand elle n'auroit pas eu d'autres motifs
, le ſouvenir d'une faute dont elle n'avoit
pas la force de ſe repentir , mais qu'elle ne
pouvoit ſe diffimuler , lui auroit ſuffi pour
ſe condamner à la plus aveugle obeiſſance.
Mais combien ce ſilence étoit difficile &
douloureux à garder ! combien il ajoutoit à
l'embarras de ſa ſituation déjà fi pénible &
fi affligeante ! Que dira- t'elle à Thermond ,
qui, réuniſſant les droits d'amant & d'époux ,
regarde preſque la demeure de ſa Juliette
comme ſa propre maiſon ? Ofera-t'elle , en
l'y recevant , déſobéir à ſon père , devenu
plus facré par ſon infortune ? Se verront - ils
malgré lui , fon amant & elle , ſur la voûte
même qui le couvre , quand peut-être le
bruit de leurs pas , l'accent de leur voix ,
peut retentir juſqu'à fon oreille ? Ne ſeroitce
pas , pour ainſi dire , profaner le tombeau
d'un père ? Pourroit-elle d'ailleurs , en
parlant à ſon époux , cacher le trouble que
ces idées feroient naître dans ſon coeur ? Et
comment ſe juftifier , quand le plus ſaint
des fermens la condamne au filence ?
.. Une feule reffource , foible encore , refDE
FRANCE. 109
toit à Juliette ; elle écrivit à Thermond ,
qu'étant ſeule dans ſa maiſon , où elle ne demeuroit
qu'en attendant une vieille parente
qu'elle avoit , & ne pouvant déclarer encore
leur hymen, elle croyoit devoir aux bienfeances,
à ſonhonneur , de ſe priver du plaifir de
le voir chez elle. Elle ajoutoit que toutes les
précautions qu'il pourroit prendre , ne fauroient
la guérir de la crainte d'une indiſcrétion
involontaire , & qu'elle comptoir affez
ſur ſon amour , pour eſpérer qu'il voudroit
bien épargner cette inquiétude à ſa rendre
Juliette. Thermond avoit à quelques lieues
de Londres , une ſoeur , qui , ſeule de ſa
famille , étoit dans la confidence de leur
union ſecrette ; c'eſt la maiſon de cette ſoeur
que Juliette propoſa pour leur rendez vous .
Le prétexte qu'elle avoit choiſi , étoit
foible , fur- tout pour un amant auſſi tendre
&aufli paſſionné que Thermond ; mais la
néceſſité parloit ; mais Juliette pouvoit tout
ſur ſon coeur , & ſa lettre , même en l'affligeant
, exprimoit tant de tendreſſe &
de ſenſibilité , qu'il fallut bien vouloir ce
qu'elle exigeoit. La ſenſible Juliette , pour
le récompenſer de ce qu'elle appeloit fa
complaiſance , promit de le voir tous les
jours chez ſa ſoeur; & elle fut fidelle à ſa
promeffe. -
O que l'Amour donne de force & de courage
! Juliette , avec un tempérament délicat
, affoibli encore par le chagrin , partageant
ſes ſoins entre la Nature & l'Amour ,
ΙΓΟ MERCURE
donnoit tous les jours à ſon époux ,&toutes
ſes nuits à ſon père. Le malheureux Mirvey ,
qui croyoit au moins que le jour elle ſe délaſſoit
des fatigues de la nuit , craignoit ,
avec raiſon , que ſa ſanté n'en fut altérée ;&
cependant il ignoroit que ni le jour ni la nuit
le ſommeil n'approchoit ſa paupière. A la fa
tigue des longues courſes&de l'infomnie, ſe
joignoit l'embarras de cacher le véritable
motif de ſes voyages habituels ; ce qui la
forçoit de multiplier les précautions , même
les déguiſemens , & juſqu'aux courſes à
pied; ajoutez à cela la contrainte douloureuſe
où elle vivoit , ces combats continuels
d'un coeur plein, qui ne peut s'épancher ,
d'une fille tendre & d'une amante ſenſible ,
obligée de cacher ſon père à ſon amant , &
fon amant à fon père ; où prenoit- elle des
forces capables de réſiſter à des peines fi
douloureuſes , à des chagrins fi cuiſans ?
Combien de larmes elle dévoroit encore ,
foit avec fon père , ſoit avec ſon époux ; &
quand elle pleuroit moins , elle ſouffroit
d'avantage .
Cependant ſes maux paroiſſoient encore
éloignés de leur terme ; & un événement
imprévu vint en augmenter l'amertume. Par
une inadverrance que le trouble continuel
de ſon eſprit rendoit affez vraiſemblable,
elle avoit laiſſe parmi des papiers qui palsèrent
dans les mains de fon père , un bilet
de Thermond, dont la date étoit poſtérieure
à la défenfe qui lui avoit été faite de le voir,
DE FRANCE. 111
de fonger à lui. A la vûe de ce billet , la
colère de l'ardent Mirvey s'allume , & devient
fureur. Fille perfide , s'écria t'il avec
>> un ton de voix qui fit trembler Juliette ,
>> c'eſt donc ainſi que tu m'as obéi ! Juliette
veut ouvrir la bouche pour répondre;
mais Mirvey l'interrompant : « Vas -tu join-
>> dre , s'écria-t'il , le menfonge & l'impof-
» ture à la déſobéifſance ? Que dis-je ? T'es-
» tu bornée à me déſobéit ? Dans quel ſein ,
grand Dieu , ai-je dépoſe le fecret , le def-
>tin de ma vie ! celle qui a pu braver les
>> loix d'un père , celle qui a facrifié la Na-
>> ture à l'Amour, pourra-t'elle ?..... Arrêtez ,
>> s'écria Juliette avec l'accent de la douleur
» & du déſeſpoir ! ménagez une fille coupable
ſansdoute , mais cent fois plus mal-
>> heureuſe. Oui , mon père , il est vrai , j'ai
ود vû Thermond malgré votre défenſe; mais
>> eſt-il fi facile d'éteindre l'amour dans un
» coeur ? Mais votre propre foeur m'avoit
>> permis d'eſpérer un fort plus heureux ;
c'eſt ſous ſes aufpices , c'eſt devant elle
que Thermond..... Ma foeur , interrompt
Mirveyen fe promenant à grands pas !
ainſi, tout ce que j'aimois , tout mon fang
>> a conjuré pour me trahir ! ..... Laiffe-moi ,
>> fille coupable! rends-moi ma liberté; ou-
»'vre - moi ma prifon ; laiffe - moi porter
ma têre au tytan. Le crime eſt dans ton
coeur, il ne te quittera plus; fais-tu , fais-
>> jeoùilpeutte conduire ?Enme livrantmoimême,
je te fauve peut-être un parricides
112 MERCURE
A ce diſcours affreux , l'infortunée Jaliette
s'étoit jetée ſur le corps de ſon père ,
qu'elle tenoit étroitement ferré dans ſes
bras : Mon père , s'écrioit -elle en l'arroſant
>> de ſes larmes ! vous m'allez voir expirer
>> à vos pieds. Comme vous me traitez ,
mon père! moi , vous trahir ! non , vous
>> ne le croyez pas. Ah ! la douleur , j'oſe le
>> dire , oui , la douleur vous rend plus in-
> juſte que je ne ſuis criminelle.Quoi ! vous
>>avez bravé pour moi la mort , & mainte-
> nant la honte vous paroît plus facile à
>> ſupporter que ma préſence ! vous me pré-
>> férez l'échafaud !
Enfin au ſon de cette voix qui avoit ſi ſouvent
pénétré dans ſon coeur; à ces accens de
l'âme qu'on ne ſauroit ni définir ni imiter ,
Mirveyſentitplusde calmedans ſon coeur. Son
regard tombe ſur Juliette , & s'attendrit.
L'âme de Juliette en eſt pénétrée, conſolée; &
tout-à-coup un doux ſourire ſe mêle ſur ſon
viſage aux larmes dont elle eſt encore inondée;
Juliette fe laiſſecouler le longdu corpsde
ſon père , qu'elle tenoit embraſſé , tombe à
genoux; &les yeux levés vers le ciel : Grand
>>Dieu , s'écrie-t'elle avec l'expreſſion de la
> plus douce ſenſibilité , je te rends grâce :
» tu m'as rendu mon père. Oui , le voilà;
» voilà ſon regard paternel. J'y ai lû mon
>> pardon. Ah ! mon père ! que votre bouche
66-
achève de le prononcer. Croyez , ajouta-
>> t'elle en le preffant contre ſon ſein , que
* votre ſecret tout entier, que tout le coeur
DE FRANCE.
113
ود
» de votre Juliette eſt toujours à vous.Non ,
le crime n'eſt pas dans ſon coeur ; il ne
ſauroit y habiter avec l'amour qu'elle a
» pour vous. »
"
J'ai dit que Mirvey , quoique ſévère &
aigri par fon infortune , aimoit tendrement
ſa fille ; quelques larmes roulent dans ſes
yeux ; & Juliette , à qui la joie laiſſe à peine
l'uſage de la voix , lui dit en fanglottant :
" N'est-ce pas ..... mon père..... que vous con-
" ſentez à vivre pour moi ? Qui , ma fille ,
>> répondit Mirvey. Mais ſi un ſeul mot.....
Cette menace étoit le dernier éclat de ſon
courroux ; Juliette l'interrompt , le raffure ;
&un tendre embraſſement répond à ſes
diſcours & à ſes careſſes.
Au commencement de cette ſcène , nous
avons vû Juliette épouvantée faire l'aveu de
ſa déſobéiſſance; ſi elle n'eûréré interrompue
par l'emportement de ſon père , elle alloit
ſans doute lui dévoiler tous les ſecrets de fon
coeur. Quand elle le vit appaiſé , elle jugea
qu'elle ne pouvoit , ſans le plus grand danger
, achever alors ce fatal aveu ; elle ſe tut ,
& aima mieux conſoler ſon père que de
l'affliger encore.
Le jour venu , Juliette , ſuivant l'uſage,
ſe ſépare de lui ; mais fon corps étoit
brifé par les douleurs qu'elle avoit ſouffertes ;
elle avoit peine à ſe ſoutenir. Cependant
Thermond l'attendoit chez ſa parente. S'il
ne la voit pas , rien ne pourra l'arrêter ; fon
amour alarmé bravera tout ; il va voler vers
114
MERCURE
elle. Juliette cherche encore des forces dans
fon courage , &ſe remet en chemin .
Tant de chagrins & de fatigues no pouvoient
qu'influer ſur la ſanté de Juliette ; ſa
beauté même en étoit altérée. Son amant ,
toujours aufli tendre , auſſi empreffé , s'appercevoit
, non du changement de ſes traits ,
mais de fa triſteſſe , qui ſembloit augmenter
de jour en jour. Il lui en demandoit ſouvent
la cauſe; Juliette ne pouvoit alléguer que
l'abfence de ſon père. Mais peut - être fa
bouche , qui avoit toujours été l'organe de
la candeur , n'exprimoit-elle un menfonge ,
même innocent , qu'avec un air de gêne qui
pouvoit éveiller le ſoupçon. Quoi qu'il en
foit , Thermond étoit peu rafſuré par ſes
réponfes. Juliette , lui dit-il un jour , ma
>> chère Juliette! tu m'as rendu le plus heureux
des hommes. Toutes les richeſſes ,
>> tous les honneurs de la terre n'ont rien
>>de comparable au préſeut que tu m'as
>>'fait: tu m'as donné ton coeur& ta main .
>>>Mais , pardonne , dans un extrême bonheur
, la moindre peine eſt un tourment.
> Souffre que mon amour te confie ſes
>> tendres alarmes. Il me ſemble , ( ah ! je le
>crains au moins ) il me semble qu'auprès
>> de moi , tu n'as plus fi bien qu'autrefois
ce ſentiment , cette expreffion du bon-
> heur. Si le temps , qui n'a fait qu'ajouter à
> mon amour , avoit affoibli...... Si ta trif-
>> teffe ....... A peine a-t'il prononcé ces
mots , qu'un tendre regard de Juliette lui
DE FRANCE. its
fait ſentir ſon injustice , & le raffure , au
moins pour l'inſtant. Il tombe à ſes pieds;
&déjà les plus tendres diſcours & les plus
douces careffes ont expié ſes ſoupçons inju-
Tieux.
Cependant ni à Londres ni à la Cour ,
perſonne n'ayant eu la moindre nouvelle de
Lord Mirvey , on ne ſavoit qu'imaginer.
Cromwel , qui s'étoit emparé de toutes les
voies qui pouvoient en porter à Juliette ,
éroit ſurpris de n'avoir rien découvert ; & il
-réſolut enfin d'employer des moyens plus
directs pour la ſurveiller. Donnant à ſa politique
un air de décence, &même de protection,
il prétendit que la parente qu'attendoit
depuis ſi long-temps Juliette , n'arrivant
pas , il étoit contre la bienfeance qu'une
fille de ſa naiſſance &de fon nom Emeerêr
ſeule , à ſon âge , expoſee aux propos , &
même au danger; un ſoir il lui fit porter la
'prière , qui étoit un ordre au moins , de ſe
diſpoſer à ſe rendre chez une Dame de la
Cour qu'on lui nomma; & on l'avertit qu'on
viendroit la prendre le lendemain .
)
Qu'on ſe figure ce que devint Juliette à
cet ordre foudroyant ! ne pouvant ni réfifter
, ni obeir, une ſentence de mort auroit
moins frappé ſon coeur ſenſible. Pâle ,
éplorée, & preſque mourante , elle deſcend
dans le fatal fouterrain , ſe jette dans tes
bras de fon père , en s'écriant :mon père! ....
&elle ne peut achever. Mirvey la relève ,
rappelle ſes ſens , l'interroge , &apprend cer
116 MERCURE
:
ordre effrayant , qu'il regarde comme l'arrêt
de ſon trépas. Il alloit trancher ſes jours ,
quand Juliette , arrêtant ſon bras : « Mon
>> père , s'écria-t'elle , ſi vous voulez mourir ,
» commencez par m'ôter la vie à moi-même.
• Quel crime ai-je commis pour me punir
>> par le ſpectacle de votre mort ? »
Mirvey , déſarmé par l'action & les reproches
de Juliette, ſe jette dans ſes bras : Eh !
quoi , lui répond-il avec le cri de la douleur
&du déſeſpoir , veux- tu que la faim termine
ici mes jours , ou que j'expire ſur un échafaud
?
"Eh bien, continua Juliette en recueillant
> toutes les forces , ſans doute on ne craint
>> aucune entrepriſe de ma part; perſonne
>> ne vous ſoupçonne dans ce lieu; peut-être
> la fue nous ſera-t'elle permiſe. Fuyons ,
>>>nous trouverons enſemble le falut ou la
> mort. Quel qu'en ſoit le danger , c'eſt le
رد ſeul parti qui nous reſte ,&nous n'avons
» qu'un moment pour l'exécuter. »
Juliette a prononcé ces paroles avec un
ton de courage & de fermete , qui attendrit
Mirvey, fans le convaincre; il cède néanmoins
à ſes prières, & s'abandonnant à
-elle , il ſe diſpoſe à la ſuivre. Voilà donc
la tendre Juliette tenant par la main fon
malheureux père , montant l'eſcalier du ſouterrain
, traverſant ſon appartement ;
premier pas qu'elle fait pour franchir le
ſeuil de ſa porte , elle éprouve un frémiſſement
univerſel : enfin la voilà dans la rue ,
au
DE FRANCE.
117
tenant toujours dans ſa main celle de ſon
père , & la ferrant de toutes ſes forces. Son
maintien ne ſe reſſent point de ſa foibleſſe ;
ſon pas eſt rapide quoique tremblant ; elle
marche, en conjurant le Ciel d'épaiffir les
ténèbres , d'aſſoupir tous les yeux ; fon pied
ſemble craindre de toucher le pavé, & fa
poitrine ne reſpire qu'à peine, de peur que
le bruit n'éveille la tyrannie.
Ah! ſans doute , elle n'avoit pas oublié
ſon amant; mais pouvoit elle abandonner
ſon père? Son danger ne lui permettoit pas
de diſpoſer d'un ſeul inſtant ; mais fi elle
parvient à le ſauver , elle a réſolu d'écrire
à Thermond , pour le raffurer & pour jultifier
ſon abſence.
Mais Thermond avoit été informé de
l'ordre qu'avoit reçu Juliette; craignant de
perdre la liberté de la voir , il vouloit au
moins l'entretenir avant ſon départ , &
ayant pris quelques meſures pour lui parler
ſans la compromettre , il s'étoit mis en che
min pour ſe rendre auprès d'elle .
Il n'étoit pas encore prêt d'arriver , lorfqu'il
entrevit dans l'ombre deux perſonnes
qui ſembloient ſe derober par une fuite
précipitée ; il s'approche , regarde , doute de
ce qu'il voit , examine encore & reconnoît
Juliette fuyant avec un homme qui lui eſt
inconnu. A cette vue , il n'eſt plus le maître
de ſes tranſports. Soit qu'il craigne quelque
violence pour Juliette , ſoit que , la voyant
fuir ſans réſiſtance , un mouvement jaloux
118 MERCURE
ſe ſoit emparé de lui ; ( car à la honte du
coeur humain , ce ſentiment injurieux ſe
mêle au plus tendre amour. ) il tire fon
épée, & s'adreſſant à l'inconnu : Qui que
vous ſoyez , s'écria-t- il d'une voix terrible ,
défendez- vous.
Mirvey n'étoit pas encore affoibli par
l'âge, il ſecoue la main de Juliette , recule
un pas , s'arme d'un fer, & fond lui même.
fur ſon Adverſaire. Juliette éperdue ſe jette
ſur les deux épées , & s'écriant , mon père ,
avec une voix déchirante , tombe preſque
fans vie au milieu du champ de-bataille.
A ce mot, Thermond jette ſon épée aux
pieds de Mirvey , qui s'arrête pour relever
ſa fille. Ce malheureux époux ſe joint à luipour
la ranimer. Accablé de remords , &
plus tremblant qu'elle-même , il n'a pas la
force de ſe juſtifier. Mais le danger de Juliette
& de ſon père n'eſt pas le ſeul crime
qu'il ait à ſe reprocher. Sa mépriſe a produit
unplus cruel malheur: tandis que Mirvey ,
qui l'a reconnu , ouvre la bouche pour s'expliquer
avec lui , on accourt au bruit qu'on
avoit entendu ; des Gardes arrivent , Mirvey
eſt reconnu , & l'on s'empare de lui pour le
mener le lendemain au Protecteur .
Dans quel abyme ſont précipités Thermond
, Juliette& fon père ! & fans doute
le plus malheureux des trois , eſt Thermond
qui vient de livrer à la mort
deux têtes ſi chères. Aucun ſupplice n'eſt
comparable aux tourmens qu'il endure ;
,
DE FRANCE. 119
mais il ſe croitoit plus criminel encore , s'il
ſe bornoit à pleurer des maux dont il eſt
l'auteur. Son deſeſpoir lui laiſſe encore tout
fon courage; & il aime mieux s'expofer à
fe perdre lui-même , que d'abandonner des
malheureux qu'il a faits.
Le lendemain il prévient le moment où
Mirvey doit être conduit devant Cromwel.
Ala faveur de ſon nom , qui lui donne un
libre accès , il court au palais du Protecteur ,
attend qu'il ſoit environné de quelques
Courtiſans , & avant qu'on ait faiz paroître
ni annoncé le Lord Mitvey , il commence
lui-même à en raconter Thiſtoire au Protecteur
avec toute la chaleur du ſentiment qui
l'anime.Il parlede ſamépriſequi l'a fait découvrir&
arrêter ; entraîné lui-même par l'éloquence
de ſon âme , il fait la peinture la
plus attendriſſante des maux qu'a ſoufferts
ce père infortuné , retrace le tableau le plus
touchant du ſouterrain & de la tendreſſe
héroïque de Juliette; & au milieu des Courtiſans
que ſon récit fait fondre en larmes ,
il tombe aux pieds de Cromwel, en demandant
à haute voix , & au nom de tous les
coeurs ſenſibles , la grâce de Milord Mirvey.
Cromwel a vû tous les coeurs attendris ;
ſa politique ne croit pas pouvoir punir ſans
être accusée d'inhumanité ; peut-être auffi
que ſon coeur fut réellement attendri; quoi
qu'il en ſoit , il fit grâce ,& tout le monde
applaudit à ſa clémence.
Thermond , au comble de ſa joie , de
120 MERCURE
mandeune ſeconde faveur ; c'eſt d'aller le premier
porter cette nouvelle à Milord Mirvey .
Il court , il vole ; & ce malheureux père ,
qui craignoit moins fa propre mort que le
chagrin qu'elle alloit cauſer à ſa fille , fut
vaincu par cette preuve d'amour & de
courage. Il pardonna tout aux deux amans.
Cromwel , ſoit clémence , ſoit politique, ne
voulant pas être généreux à demi , parla luimême
pour eux à Milord Thermond , qui ,
peut-être moins en père qu'en Courtiſan ,
confirma le mariage de ſon fils & de Juliette.
(Par M. Imbert. )
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Orage; celui
de l'Enigme eſt Almanach; celui du Logogryphe
eſt Mandarin , ( dont en ôtant le
fecond a , refte Mandrin. )
CHARADE.
LE Public , fatisfait d'un couplet qui l'enchante ,
Se fert de mon premier pour doubler ſon plaiſir ;
Mon ſecond , dirigé par une main ſavante ,
Et qui par l'habitude apprit à réuſſir ,
Ne
DE FRANCE. 121
Ne s'emblouſe que mieux ; enfin dans les menages ,
On voit ſouvent mon tout ennemi de l'accord
Obſourcir de beaux jours par ſes fréquens nuages.
Mais c'eſt aſſez , Lecteur , tu m'as ſaiſi d'abord.
J
JE
Par Mme la Comteffe de Tréborras .
ÉNIGM E.
E ſuis fille du Temps ,
Ma mère est la Conſtances
Je ſuis vieille , &j'ai des amans ,
En tout pays j'en ai , ſur-tout en Frances
Et chaquejour
Je vois que l'on s'empreſſe ,
Ame faire la cour ,
Dans la Roture & la Nobleffe.
Mais les plus amoureux
Seront les plus heureux .
( Par Mlle A de Granfand lajeune. )
LOGOGRYPHE.
E fuis à tout vivant meuble fort néceſſaire ;
Sans moi tout languiroit , eſprit, ſavoir , raifong
J'ordonne , j'obéis ; du fond de ma priſon
Je ſouffle la paix & la guerre.
Monſtrueux aſſemblage & de bien & de mal,
Je ſuis , je te l'avoue , un étrange animal ;
No. 12 , 19 Mars 1785 . P
122. MERCURE
Tandis que d'un côté je détruis , j'empoiſonne ,
J'egrarigne , je mords , je foudroie & je tonne ,
De l'autre on voit en moi le plus beau don des cieux ;
De la ſociété le lien précieux ,
Douce , humaine , bienfaiſante ,
Je ſuis l'appui des malheureux;
Sage , équitable , éloquente ,
Jeme plais à louer les mortels vertueux ;
Et toujours attentive à célébrer leur gloire ,
Je fais placer leur nom au temple de mémoire,
Enfin , Decteur , ſi tu le peux ,
Décompoſe , ſuivant l'uſage ,
De mes fix pieds le bizarre aſſemblage;
Par un ſecret peu commun ,
Otes-en quatre il n'en reſtera qu'un ;
Je deviens un État brillant dans l'autre monde ;
Une Province en valeur non ſeconde,
Qui fut long-temps de Rome la terreur ;
Je fers à fixer la couleur;
Je ſuis appas , je ſuis meſure;
Je ſuis pour les vivans du plus ſiniſtre augure ;
Ce que tu prends lorſque tu veux courir;
Ce que Céſar ne vouloit point ſouffrir ;
Je ſuis encore utile en quadrature ;
Voiſin fâcheux d'un pas précipité ,
Je détruis à la fois l'Amour & la Beauté ;
Puis tout- à-coup jouant un autre rôle ,
Augré du vent ſans eeſſe balloté,
DE FRANCE.
123
J'erre ſouvent de l'un à l'autre pôle ;
Rivale des rayons qui nous donnent le jour ,
J'emprunte le flambeau que je prête à mon tour ;
Je fais plus , je m'envole au ſein de Dieu lui - même ,
Etj'annonce aux mortels ſa volonté ſuprême.
Aces ſignes , Lecteur , ſi tu ne comprends pas ,
Vas me chercher où tu pourras .
(Par un Orléanois. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ENFER des Peuples Anciens , ou Hiftoire
des Dieux Infernaux , de leur culte, de
leurs temples , de leurs noms , de leurs attributs
, avec la description des morceaux
célèbres de Peinture , Gravure & Sculpture
des Artistes Anciens & Modernes qui ont
repréſenté ces Divinités , par M. de
Landine , Avocat , de l'Académie des
Sciences , Belles-Lettres & Arts de Lyon ,
Affocié de celles de Dijon, Villefranche ,
de la Société Littéraire de Bourg- en-Breffe ,
&Correſpondant de l'Académie des Belles-
Lettres & Inſcriptions. A Paris , rue &
hôtel Serpente.
LE plan de cet eftimable Ouvrage eſt trèsbien
expoſé dans l'Avant-propos . Nous ne
pouvons mieux faire que d'en citer quelques
fragmens.
Fij
124 MERCURE
Cette mythologie ingénieuse, qui a fait
> pendant tant de ſiècles la deſtinée de Peu-
>> ples renommés, intéreſſe également en-
>> core le Philofophe & le Littérateur. L'un
» y voit établies ces idées générales d'ordre
› & de justice univerſellement répandues ,
> cet eſpoir d'une autre vie & de l'immortalité
de l'ame,qui rend l'homme meilleur
& plus heureux; l'autre y trouve la filiation
des ufages anciens juſqu'à nous ,
l'hiſtoire des moeurs de l'antiquité , des
» Ouvrages qu'elle a produits , des monu-
» mens qu'elle a fait élever , & dont il
> ne reſte plus que le ſouvenir. C'eſt la
>>mythologie qui eſt encore la ſource la plus
>> féconde des traits , que la peinture , la
>> foulpture&la gravure choiſiſſent pour les
fujets de leurs compoſitions.
ל
"
"
ود
ود
>> Cet Ouvrage , fruit de pluſieurs années
de recherches , eſt deſtiné à recueillir ce
que les Peuples anciens , & fur-tout les
>> Grecs & les Romains ont penſe ſur les
>'récompenfes dues aux vertus , & fur la
>> punition des vices après la mort; on n'a
>> pas cherché à y indiquer aux Artiſtes le
ود
ود
choix de leurs tableaux, mais on a pris
ſoin d'y décrire tous les monumens précieux
får leſquels les Dieux d'enfer ont
éré repréſentés. Aux chef- d'oeuvres de
>> l'antiquité que le temps n'a que trop
>> Touvent détruits, on a réuni les plus beaux
> morceaux des Artiſtes modernes ,
>> parce qu'on peut plus aisément les con-
ود
fait
١٠
DE FRANCE. 125
ود
ود
ود
ود
ود
"
גנ
fulter, ſoit parce que ces morceaux font
ſouvent eux-mêmes des imitations heureuſes
desOuvrages fanteux qui ont illuftré
autrefois les contrées de la Grèce
& de l'Iralie .
>> Chaque chapitre renferme l'histoire ,
les noms & les attributs d'une Divinité .
Dans l'hiſtoire , on comprend les actions
les plus mémorables qui lui font attribuées
, le culre qu'on lui a rendu , l'enumération
de ſes temples principaux , les
cérémonies employées dans les facrifices
>>qui lui etoient offerts » .
ود
ود
ود
Quand on conçoit & qu'on développe
ainſi ſon plan , on montre affez combien
on eſt digne de le bien exécuter. Auili on
reconnoît par-tout dans l'Ouvrage un ſavant
Philofophe & un Écrivain de goût. Un Quvrage
où l'érudition domine a un double
mérite , quand on le lit avec intérêt ; nous
ne pouvons mieux faire l'éloge de celui- ci
que d'en citer pluſieurs morceaux. Voizi de
quelle manière l'Auteur remonte à l'origine
de la mythologie & même de la religion ,
parmi les Peuples profanes.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
" Si l'amour & la reconnoiſſance ont
élevé des Autels & créé des Dieux , la
crainte n'a pas été moins puiffante :
l'homme ſentant ſa foibleſſe , a tremblé
fur fon fort. Né ſans aveu , & périffant
de même , il connut , dès ſon origine ,
nu'une volonté ſupérieure à la fienne , une
A
>> force plus active entretenoient ſes ref
Fiij
126 MERCURE
>> forts , & pouvoient lui donner des jours
>> plus longs & plus heureux. Des idées
>> groſſières lui firent bientôt oublier qu'il
> ne devoit ſon encens qu'à un ſeul Étre
» qui avoit tout créé; il ne comprit plus
» que le même Dieu pûr verſer ſur lui les
*>> biens & les maux , paroître bienfaiſant &
> terrible , rendre le Ciel ſerein , & y faire
éclater la foudre. Il diviſa ſon pouvoir ,
il imagina des Dieux bons & méchans ,
» desDieux rémunérateurs & vengeurs. Dèslors
tout ce qui , dans l'univers , frappa
ſes ſens , tout ce que ſon eſprit put ſe
>> repréſenter , devint l'objet de ſon culte ,
» & reçut ſon hommage. La nature en-
$
:
ود
دد
ود
ود
وو tière s'anima & fut déifiée. Tout y fut
>> gouverné par des génies chargés de veiller
au bonheur de l'homme , & de pourvoir
>> à ſes beſoins, C'eſt ainſi qu'on peupla de
Dieux le Ciel , la terre &les eaux.
ود
ود
>> Il manquoit encore à l'Idolâtre d'autres
» motifs de crainte , il n'avoir imaginé que
les Divinités qui pouvoient le ſervir ou
lui nuire pendant qu'il étoit ſur la terre ;
>> il lui en falloit d'autres pour le récom-
» penſer ou le punir après le trépas. Il
» falloit aux hommes vertueux un ſéjour
>> de délices , un Élysée; il falloit aux mé-
>> chans un lieu de ſupplice , & le Tartare ;
ود il falloit enfin des Juges pour décider des
>> actions , des Dieux pour ordonner des
>> peines , des Miniſtres cruels pour exécuter
leurs jugemens. Ces Etres furent
DE FRANCE.
117
>> d'autant plus honorés , qu'on les imagi-
>> noit plus redoutables. La terreur prof-
>> terna les Peuples devant leurs images :
ce n'eſt que d une main tremblante qu'on
leur offrit des ſacrifices ; ce n'eſt qu'après
>> des purifications ſans nombre , qu'on oſa
ود
ود leur adreffer desvoeux.Toutes les Nations
>> de l'antiquité reconnurent leur pouvoir ;
- mais les Grecs & les Romains ſe diftin-
>> guèrent fur- tout par le culte qu'ils lear
rendirent. 4 ود
» Je vais développer l'hiſtoire de ces Divinités
terribles, rappeler leurs différens
>> noms , faire connoître leurs temples , leurs
"
Fêtes & leurs Pretres ; & pour être mile
>> aux Artiftes ,je tâcherai de n'oublier aucun
>> deleurs attributs. رد
A ce tableau d'un ſtyle ferme & noble ,
oppoſons-en un autre d'une couleur plus
vive & plus riante; c'eſt l'hiſtoire de Proſerpine,
la ſeule Déeſſe des Enfers , à qui
les Poëtes aient laiſſe les graces & la
beauté.
م
ود
t
« Le fort du Monarque des Enfers parut
fi triſte, fi cruel à l'imagination brillante
& heureuſe des Peuples de la Grèce ,
>> qu'ils crurent que l'amour ſeul pouvoit
l'adoucir. Un Empire dont l'ob/cutite profonde
ne diſparoiſſoit quelquefois qu'à la
lueur des feux vengeurs ou des Hambeaux
des Furies; le ſpectacle continuel des douleurs
& des peines tou ours renaitfantess
"
ود
ود
ود
ود
» l'affreux droit de punir; le bruit eifrayant
Fiv
128 MERCURE
." &terrible des cris , des chaînes & des
>> poignards : tel étoit le partage horrible
de Pluton. Semblable aux Deſpotes , il
>> régnoit, mais ſur des ombres deſeſpérées ;
>> jamais il n'avoit vu près de lui le reſpect
>> affectueux , le contentement de l'ame &
>> le ſourire du bonheur. Il étoit cependant
ود l'undes plus grandsDieux: il falloit bien
>> rendre ſes jours moins triftes , & lui ac-
➤corder quelques plaifirs. On le rendit
> amoureux de Proferpine.
ود
t
La fille de Cérès, dans la fleur de l'âge
>>> &de la beauté , ignoroit que ſes attraits
avoient ému le Souverain des Enfers; elle
>> ſe promenoit ſouvent avec ſes compagnes
>> dans l'agréable & fertile plaine d'Enna.
» Là , entourée de bois & de ruiſſeaux ,
>> tranquille & heureuſe , elle cueilloit des
fleurs , lorſque du milieu d'un abîme de
» l'Etna , Pluton s'élançant plein d'ardeur ,
enleva l'objet de ſes voeux. Auſfi-tôt le
>>char du Dieu vola vers Syracufe : c'eſt
> près de cette ville, ſuivant quelques Écri-
>> vains , qu'il ſe perdit ſous terre & re-
>>> tourna dans le Tartare. Un lac profond
>> remplaça alors le gouffre où il étoit dif-
» paru; & pendant une longue ſuite de
>>générations , les Syracufains vinrentfor fes
>> bords offrir des ſacrifices , & les jeunes
>> filles défirer , au fond de leurs coeurs ,
>> d'éprouver le fort de la Déeffe , & d'être
>> ravies de même , pourvu qu'elles puſſent
>> être aimées , & régner.
DE FRANCE.
129
رد Cérès, inconfolable de la perte de fa
>> fille, fit retentir la Sicile de ſes gémiſlen
» mens. Pour trouver Proferpine , elle al .
ود
ود
luma deux flambeaux aux Hanmes de
» l'Erna , & parcourut la terre . Ce Platon ,
Dieu des feux fouterrains ; cette Corès
>> penetrant dans tous les lieux avec fes
» Hambeaux , font un embleme fenfible
ود d'une éruption violente de l'Erna. Ge
volcan terrible, qui a tant de fois cou-
>> vert la Sicile de ruines & de cendres
ود
ود
ود
roule avec impétuofité ſa lave brûlante
& funeſte; elle renverſe les moiffons ,
>>pénètre juſqu'aux grains ,& répand datis
les campagnes & la famine & le de-
>> ſeſpoir.
ود
" Pour confoler Cérès , & Iengager
>>>rendre la fertilité à la terre , Jupiter of-
>> donna que ſa fille lui feroit rendue , li
>> elle n'avoit pris aucune nourriture dans
ود les Enfers. Proferpine fe Aattoir de jouir
>>> auffitôt des embrafiemens maternels ,
>> lorſqu'Aſcalaphe révéla qu'elle avoit
>>> cueilli & mange neuf grains de Gre-
>> nade. L'indiforet fut pumi par Ceres,&
>> changé en hibou : mais tout ce que cette
>> mère irritée put obtenir alors damhitre
» des Dieux , fur que fa fille reſteroir fix
>>mois auprès d'elle,& fix mois avec fois
» époux. »
Nous avions déjà un grand nombre d'écrits
fur la mythologie; mais aucun , ce me femble
,n'en a aulli bien raſſemblé toutes les
By
130
MERCURE
patties ,& ne les a auſſi bien liées à la connoiffance
de certains faits de l'hiſtoire , &
à celle des arts. L'Auteur a encore ici un
mérite particulier , c'eſt qu'il ne s'égare jamais
à expliquer , par des emblêmes mo
rales , toutes ces rêveries de la ſuperſtition ,
toutes ces fictions de la poéfie ; il s'arrêtetoujours
aux interprétations les plus fiunples
, aux conjectures les plus raiſonnables.
Il annonce à la fin de ſa Preface un deſſein ,
que l'accueil que le Public fera sûrement à
fon livre, l'engagera ſans doute à accomplir.
" Si l'Enfer des Anciens pouvoit être
accueilli & lu avec quelque intérêt , on
>> s'enhardıroit à traiter de même le Ciel
des Anciens , & l'histoire des Dieux ter-
>> restres & marins. Ces autres parties for
>>>meroient un cours complet de mytho-
» logie , où les Littérateurs & les Artiſtes
>> trouveroient recueillis & les faits prin-
>> cipaux des Divinités du Paganiſme , épars
20
dans des Ouvrages volumineux & dans
>>>une foule de Mythologues , & particulièrement
tous les détails qui peuvent
aider dans l'exercice des arts , &dont
la connoiffance est néceſſaire à leurs
- ſuccès. >>
ود
(CstArticle est de M. de L. C.)
DE FRANCE. 131
ACADÉMIE FRANÇOISE.
Les Séances publiques de l'Académie Françoiſe
ont toujours beaucoup d afluance ; celle
qui a été tenue Jeudi dernier n'a pas ete moins
brillante qu'à l'ordinaire. Le genre de mérite
qui avoit fait adopter le nouveau necipiendaire
, M. Target, offioit un motif nouveau
à la curiofité du Public. Son Difcours
traite de l'éloquence en general ; on doit
êtreadmisà en donner le precepte , après en
avoir fi bien donné l'exemple , aufli le Public
a-t'il entendu M. Target avec de grands applaudiſſemens
. L'éloge qu'il a fait de fon prédéceffeur
, M. l'Abbe Arnaud , a beaucoup
intéreſſe.
C'eſt encore M. le Duc de Nivernois qui
a répondu au Difcours du Récipiendaire , en
ſa qualité de Directeur actuel. Ce célèbre
Académicien réduit toujours la critique à la
monotonie de l'éloge , quoique ſes grâces
foient toujours nouvelles ; c'eſt de lui qu'on
peut apprendre à mériter la louange & à la
décerner.
M. l'Abbé de Boiſmont a termiré la Séance
par la lecture d'un morceau ſur les Affemblées
Littéraires , dans lequel il a fait entrer
une diſcuſſion affez neuve ; il a voulu prou
ver à ceux qui l'écoutoient qu'ils n'avoient
pas le droit d'improuver tout haut , dans une
ſéance Académique où ils ne paroiffent que
Fv
132 MERCURE
comme invités. C'eſt ce qu'il a diſcuté d'une
manière ingénieuſe; mais il étoit difficile
d'inſpirer aux Auditeurs l'envie d'applaudir ,
dans le même moment où l'on vouloit lui
oter le droit de blâmer.
Ces Difcours ſe trouvent à Paris , chez
Demonville , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , rue Chriſtine. Prix , 1 liv. 10 fols.
ANECDOTES.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSI ONSIEUR ,
$
Vous avez dernièrement fait connoître au Public
un prodige de ſciences , qui n'eſt plus , dans la per
Konne de Valentin Jumeray Duval. Je veux , moi ,
yous faire connoître un prodige exiſtant en Littérature.
C'eſt Fiacre Bouillon. Ce jeune homme , qui
p'a pas encore vingt ans , compatriote de Duval , né
comme lui ſous le chaume , dans la plaine de
Rocroy , & gardien de quelques vaches , n'ayant
jamais in lû , outre fon cathéchifine , que la Grammaire
de Reſtaut & les Poéſies de Boileau , a débuté
dans la carrière Poétique par faire , ſur la naiſſance
de Mgr. le Dauphin , une Ode affez longue , peutêtre
trop longue ; mais dans laquelle je n'ai point
apperçu une faute , ni contre la mefure , ni contre la
sime , Li contre l'affortiment des vers. Bouilion ,
qui , pendant le cours des inſtructions qu'il venoit
de recevoir ſur les élémens de notre divine Religion ,
s'étoit fait remarquer de fon Curé par ſon intelligence&
ſa ſageſſe , s'en fit, ſans y fonger , bientôt
DE FRANCE.
connoître par ſon talent pour la poésie. Le Pasteur
étonné s'emprefla de préſenter ſon Paroifien à M.
le Comte Efterhazy , Gouverneur de la Ville , qui
ne fut pas moins ſurpris de voir tant d'eſprit à travers
une fi rude écorce. On engagea le jeune l'oëte
àexercer fon génie ſur la victoire célèbre que le
grand Prince de Condé remporta à vingt-deux ans
fous les murs de Rocroy ; d'après quelques Mé
moires qui lui furent fournis , il mit la beſogne fur
lechantier; & en affez peu de temps , tout en gardant
ſes vaches , fauchant ſon pré , en battant fon
feigle & fon avoine , il compoſa un Poëme de plus
de soo vers , qu'il préſenta en 1783 à Mgr le Prince
de Condé , fur le champ de bataille même où le
"Duc d'Enghein , par ton coup d'eſſai , ſe couvrit de
gloire.
Vous pourrez , Monfieur , juger du talentde l'Auteur
par quelques tirades que je vais mettre ſous vos
yeux.
En parlant de la marche de l'Armée Eſpagnole ſur
Rocroy , il dit :
Sur ſes humides bords , où coulant à la Meuſe
La Sambre à longs replis traîne ſon eau fangeuſe,
Les altiers Eſpagnols , enflés de leurs ſuccès ,
Semoient la crainte au loin par de cruels excès.
Le fuperbe Mélos conduiſoit cette Armée
De butin , de carnage & de gloire affamée.
Il exprime ainſi la ſécurité de Rocroy affiégé :
Comme l'on voit ces murs qu'un art induſtrieux
Éleva fur les bords d'un fleuve impétueux ,
Dans fon lit enchaîner ſon onde mugifiante ,
Et garantir les champs de ſa fouge impuiflante:
734 MERCURE
Tel Rocroy, défendu par ſa ſeule valeur ,
Bravoit des Eſpagnols l'audace & la fureur.
Après avoir repréſenté le Général François dormant
profondément ſur l'affut d'un canon pendant
toute la nuit qui précéda le combat qu'il alloit livrer ,
l'Auteur ajoute :
Sur un char éclatant le ſoleil brille aux cieux ;
La nuit , à ſon aſpect , s'enfuit en d'autres lieux ;
Condé , le grand Condé ſeul n'a point vû l'aurore ;
Dans les bras du ſommeil ce Héros eſt encore ;
Le danger l'environne : il dort .
i
Dans la deſcription du combat , il parle ainſi du
changement d'armes :
Ce qui fuit , épargné par le plomb meurtrier
Tombe ſous le tranchant de l'homicide acier.
Deux fois il peint un orage ; & , comme ſon premier
modèle , il ne ſe répète point. Voici ces deux
tableaux :
Ainſi l'on voit ſouvent , au plus fort des chaleurs ,
Dans l'eſpace des airs ſe former des vapeurs :
Soudain leur ſein brûlant enfante le tonnerre ;
Le ciel armé de feux épouvante la terre ;
L'air fiffle , l'onde écume ; & la pluie à torrens
S'échappe de la nue & fubmerge les champs.
2
*
Le Poere ayant mis aux priſes Enghien & Fuentes ,
fait cette autre comparaiſon:
Telles , portantlamort , s'entre -choquent deux nues,
Sous un ciel embrâſé par les vents foutenues;
Bientôt on voit partir de leurs flancs entre-ouverts
Mille traits enflammés qui fillonnent les airs ;
DE FRANCE.
139
L'épouvantable bruit du tonnerre qui gronde ,
Menace les mortels de la chûte du monde ;
La terre tremble au loin ,& le jour qui s'enfuit
Eſt ſuivi des horreurs d'une effroyable nuit.
Je ne pouſſe pas plus loin ces citations , & je
m'abſtiens d'en porter aucun jugement ; c'eſt une
tâche que je vous réſerve , Monfieur. J'ajoute ſeulement
que le nouveau Maître- Adam ayant retouché
fon Ouvrage , le Curé de Rocroy me mande , par
une Lettre du 15 de ce mois : « Nous faiſons impri-
>> mer à Charleville , avec l'agrément exprès de
>> Mgr. le Prince de Condé , le Poëme de la Bataille
>> de Rocroy , par Bouillon. Ce jeune homme fait
>> des progrès étonnant. Je voudrois que vous viffiez
> une Épître qu'il vient de compoſer , ſur le mépris
» & les peines des richeffes , par comparaiſon avec
>>> le bonheur de la vie champêtre. Vous ne vous
> laſſeriez pas d'admirer la beauté des penſées &
>> des expreffions Je crois que c'eſt ce qu'il a fait de
>> mieux , & vraiment la pièce eſt belle. >>
Je ne finirai pas fur le chapitre de ce Payſan ſingulier
, & fi digne d'intéreſſer , ſans en rapporter un
trait qui prouve que la bonté de ſon âme ne le cède
en rienà la beauté de ſon génie. On lui propoſoit de
l'envoyer quelque part pour lui procurer de l'éducation.
Je ne le puis , répondit- 1 ; na mère est pauvre .
&ne fubfifte que du fruit de mes travaux ; je ne
* l'abandonnerai pas.
Si vous voulez bien inférer ma Lettre dans un des
premiers Mercures, j'en aurai une véritable reconnoiffance
; & c'eſt le ſentiment avec lequel je ſuis dans
cette attente , Monfieur ,
Votre très-humble & très- obéiffant
ferviteur , l'Abbé Duhoux..
136 MERCURE .
J
VARIÉTÉ.
SUR L'AMOUR DU CHANGEMENT..
E me trouvai dernièrement à côté d'un homme
un peu chagrin , qui ne peut pas fouffrir le changement,
qui croit que le bonheur confiſte à ſe plaire
dans ſa ſituation , & qui vouloit m'affurer que tout
itoit de mal en pis , parce que la manie de changer
étoit parvenue à un tel point, que dans aucun gouvernement
, dans aucun état , dans aucune ſituation de
la vie , il n'y avoit rien de fixe , & qu'on ne favoit
plus fur quoi compter.- Vous n'aimez donc pas le
changement , lui dis-je ? pour moi , je penſe bien
différemment ; je crois que les peuples civilifés n'atteindront
au bonheur qu'ils peuvent ſe promettre
que par des mutations , des réformes continuelles.
-
د
Elt- ce ſérieusement que vous me parlez ainfi ?
Vous plaiſantez sûrement: en Angleterre , la Légíslation
ne paſſe t'elle pas pour un modèle de perfection
? Faſſe encore ſi vous me parliez de certains
Etats du Nord.... Qui en Angleterre & en
France même , quoique ce ſoient les Gouverne
mens les plus perfectionnés de l'Europe , & quoique
dans ces derniers temps on ait fait nombre
de changemens utiles , foyez perfuadé qu'il reſte
encore beaucoup à faire en mora'e , dans les
Arts , &c. &c Il faut toujours changer juſqu'à ce
que l'on ait trouvé le mieux.- Hé , qui m'affurera
que l'on a atteint ce mieux dont vousparlez?-Faitesmoi
la grâce de m'écouter , & fi je vous prouve.......
-On ne ine prouve rien ; ce qu'on appelle vérité eſt
un mot fi vague; je l'ai vu tant de fois prodigué
à l'erreur ; voyez ce qui vient de ſe paſſer ; j'avois
quelque confiance dans la Médecine ; un homme
DE FRANCE. 137
venu du fond de l'Allemagne a tourné toutes
les têtes. Selon lui , il n'y a qu'une ſanté , il niy
a qu'une maladie , il n'y a qu'un ſeul remède
& il tient la ſanté , la maladie & le remède au
bout de ſon doigt. Il a chez lui de grands baquets
armés de pointes de fer , qu'on s'applique
contre le ſein, & bientôt toute l'Affemblée s'agite ,
entre en furear , c'eſt un véritabletableau des furies ;
ce ne font point ici des hommes du peuple qui ont
été ſéduits , entraînés ; ce ſont des Militaires , des
gens inſtruits , des Médecins même : comment ne pas
croire à ce que tout le monde croit ? -Il faut toujours
etre en garde contre l'opinion de la multitude.
Il fautjuger de ſens froid , &jamais dans le moment
de l'enthousiasme.-Quoi , tout cela pourroit n'être
pas vrai ? Mais on voit le remède agir , on a des
crifes , des convulfions , il y a eu des malades guéris .
-Prenez la peine de lire les deux Rapports des
Commiffaires && de la Société Royale de Médecine
-& vous demeurerez convaincu qu'il n'y a dans tout
cela qu'erreur , qu'illuſion , que charlatanerie. On
produit en agiſſant ſur l'imagination abſolument tes
mêmes effets que par ce prétendu Magnériſme Animal
qui n'a jamais exiſté , & qui ne peut exifter.
Croyez qu'il y a de grandes vérités en Médecine ,
que la Science eft très-avancée; nous poſſédons nom.
bre d'ouvrages immortels , de remèdes utiles. -Je
n'étois perfuadé que toutes les vérités dont les hommes
ſe vantent, ne font que des rapports arbitraires .
J'en excepte les vérités révélées. Je fais bien
qu'il y a une foule de vérités en mathématiques ;
mais ce ne font que des vérités abſtraires
idéales , de définitions. Dans toutes les autres con
noiſſances , je ne vois que doute incertitude.
Les idées du bon, du beau , du juſte , de l'injuſte,
varient d'individu à individu , de nation àna-
,
,
138 MERCURE
tion. Les Philoſophes les plus ſages, ne ſont même
jamais d'accord entre-eux ; & c'eſt parce que les
hommes changent toujours , qu'on ne fait véritablement
à qui croire , & auquel entendre. Je ne
conçois pas votre amour pour le changement.- Si
l'on ne changeoit que pour aller du bien au mal ,
vous auriez raiſon de vous plaindre ; mais quand on
change pour aller du mal au bien , & du bien au
mieux , ne fait-on pas ce qu'on doit? Or , je vois
toutes les Nations Européennes , d'un pas plus oơu
moins rapide, tendre à la perfection. Ne conviendrez-
vous pas qu'on peut indiquer en Europe des
Gouvernemens , des Etats , dont les loix , les moeurs ,
les uſages , les ſciences ſont plus perfectionnés que
dans d'autres ?-Oui , l'Angleterre & la France ,
par exemple ; mais enfin à force de changement ,
peut- on parvenir au point de n'en plus deſirer ? Y at-
ildans les choſes humaines un terme fixe & invariable
qui indiquele dernier degré de perfection auquel
elles peuvent atteindre , & où le changement ſeroit
unmal ?-Qui , fans doute ,&à ne pouvoirjamais s'y
tromper. Ily a eudansles fiècles anciens,& il y a dans
l'âge présent,des peuples civiliſés, qui, dans pluſieurs
objets , ont atteint ce dernierdegré de perfection. -
Pourriez-vous m'en nommer ſeulement un ? Je pour.
roisvous citer entr'antres les Grecs & les Romains.At-
onjamais rien fait , & fera-t-on jamais riende plus
beau, de plus parfait , par exemple , que la Vénus de
Praxitelle , & l'Apolion du Belvedere. Ces monumens
de l'Art , ſont en ce genre la dernière limite où
l'eſprit humain puiſſe atteindre.-Il me paroît bien
étonnant que quelques Nationsayentpu parvenir à la
perfection dans les beaux Arts, dans pluſieurs parties
des Belles - Lettres , comme la Comédie , la Tragédie
, l'Epopée , &c. qui font de toutes les conceptions
de l'eſprit les plus difficiles , & qu'ils ayent marché
DE FRANCE.
139
d'unpas fi lent , fi tardif, dans la plupart des connoiſſances
, qui touchent de ſi près a leur bonheur ;
comme les loix , le commerce , la navigation , l'agriculture
même. - Il me ſemble que la raiſon en eſt
facile à donner ; c'eſt que les beaux Arts font des
objets de luxe , des délaffemens de l'efprit , qu'on
perfectionne dans le cabinet fans trouble , fans obftacle,&
fur-tout fans contradiction ; & que les hommes
avant de s'occuper du bonheur général , n'ont
penſé d'abord qu'à leur fatisfaction particu ière. Tout
eft fufceptible, croyez-moi , de perfection , & àmon
avis , il faut toujours changer , juſqu'à ce qu'on ait
atteint à ce terme de perfection , où le changement
ſeroit un mal. Ne vient - on pas tout- à - l'heure
d'annoncer un projet , dont tout Paris ſe réjouit d'avance
; on va abattre enfin ces vilaines maiſons des
ponts , qui depuis pluſieurs fiècles bornent la vue
empêchent la libre circulation de l'air , & produiſent
un effet auſſi désagréable à l'oeil que nuiſible à la
ſanté des Citoyens : heureux ſont ceux qui ont le
pouvoir de changer: pour moi je ſuis né avec un ſi
grand amour pour la nouveauté , que je me réjouis
infiniment , lorſque je vois des changemens heureux;
jen'en ai encore propoſé que deux, & j'ai le chagrin
de n'avoir pu me faire écouter. Vous pourriez me
ſervir , vous avez des amis à la Cour , vous êtes
connu de laplupart des Miniſtres. Ce Magiſtrat, dont
le zèle actif , éclairé ne repoſe jamais , vous diftingue
particulièrement : parlez-leur de mes projets ,
je sais qu'il faut revenir ſouvent ſur ce qui eſt utile ,
ſi l'on veut enfin le faire adopter.-Hé bien , quels
font - ils vos projets ? S'ils font raiſonnables
je pourrai vous servir ; car vous me paroiffez
aimer le bien & la vérité de bonne-foi. Je
voudrois qu'on fût aſſis aux Parterres de tous
les Spectacles , & que le diner n'eût lieu qu'à cinq
heures.-Je connois ces projets; & malgré mon
-
,
140 MERCURE
averſion pour le changentent , je ſuis votre partifan
à cet égard. On eſt aſſis dans toutes les Salles de
l'Europe on l'eſt même dans les Salles des
Boulevards; & je vois comme vous , avec peine ,
qu'on foit encore debout aux Parterres des principaux
Théâtres de la Capitale. C'eſt un uſage trèsdangereux
, & qui a coûté d'ailleurs la vie a nombre
de Citoyens. Je ne me ſuis jamais trouvé aux
Spectacles fans ſouffrir beaucoup de ce reſte de
barbarie. Dernièrement , encore à la ſeconde repréſentation
pour la capitation des Acteurs de l'Opéra ,
je ne puis vous dire de combien de fentimens mon
amefut agitée. On donnoit Iphigénie en Aulide , &
le Ballet de Ninette à la Cour. L'Affemblée étoit
nombreuſe ; c'étoit un Spectacle raviſſant. Mais
bientôt le Parterre s'agite , forme des eſpèces d'ondulations.
La première vue en étoit aſſez agréable;
mais quand je vins à penser que le froid , ce
jour - là , étoit très - vif, & que de tant d'hommes
ainſi preſfés , foulés , agités dans tous les ſens ,
il n'y en avoit peut - être pas un ſeul qui ne fût
couvert de ſueur, & que la plupart de ces Parterriens
iroient , au fortir de ce lieu , refpirer
un air glacé , qui pouvoit leur donner la mort , je
vous avoue que le Spectacle alors n'eut plus d'attraits
pour moi; car je ne fais pas jouir , lorſque
mes Concitoyens ſouffrent ; & l'humeur chagrine
que l'on me reproche quelquefois , vient moins du
mal que je reffens , que de l'intérêt peut- être
trop vif, que je prends à celui des autres .
,
Votre projet du dîner à cinq heures me paroît
auſſi u ile que fagement vû : cet arrangement feroit
lebonheurd'une foule de families , & a l'avantage de
ne pouvoir nuire à perſonne. Il ſeroit doux , agréable
de pouvoir quitter toutes ſes affaires à cinq heures ,
&de n'avoir alors qu'à s'occuper de ſon dîner & de
ſes plaifirs. Dans la diftribution actuelle des heures
DE FRANCE. 141
de la journée , on n'a pas un moment de repos ,
pas un inſtant de relâche: les Miniſtres & leurs
Bureaux gagneroient à cet arrangement , ainſi que
la Magiftrature & tout ce qui tient au Barreau :
lavide chicane laiſſeroit au moins quelques heures
de- repos aux malheureux Cliens. Le Financier
le: Commerçant , l'Artiſan y trouvereient auffi
leurs avantages : les femmes ſur-tout y gagneroient,
on n'auroit plus de raiſon pour quitter leur
ſociété. Les Spectacles ſeroient beaucoup plus fréquentés.
Ceux des Boulevards qui , aujourd'hui
font nuiſibles au peuple , parce qu'ils lui prennent
une partie de ſajournée , n'auroient plus cet inconvénient.
Tout cela a été démontré ; & pour que cet
arrangement ait lieu , il ne faut ni Édit ni Arrêt du
Confeil, il faffiroit de mettre les Spectacles à fix
heures & demie, ou ſept heures du ſoir. Enfin j'en par
lerai , j'en parlerai; car malgré la répugnance que
je-vous ai fait paroître pour le changunent, je ne
fuis pas fâché de vous laiſſer dans l'idée que je n'en
fuis pas tout-à- fait l'ennemi , quandon m'en fait voir
évidemment l'utilité.
,
ANNONCES ET NOTICES.
ES Quatre Ages de l'Homme , Poëme , nouvelle :
Edition, conſidérablement augmentée & corrigée...
I vol. petit format in 18. avec fig.; de l'Imprimerie
deMONSIEUR. Prix , 3 liv. 12 ſols broché ſur papier)
vélin. On en a fait tirer quelques exemplaires ſur
papier d'Annonay. AParis , chez Moutard , rue des
Mathurins; Legras , quai de Conty, attenant le Peric :
Dunkerque , & la Veuve Duchefne , rue S. Jacques..
Nous avons fait connoître la première Edition de ..
cet Ouvrage; celle-ci eſt beaucoup plus conſidérable
42
MERCURE
&plus eftimable encore. L'Auteur a profité de quelques
obſervations , a mis plus de correction dans
fon Ayle ; & fon Poëme a beaucoup gagné par les
nouveaux foins qu'il lui a donnés.
ETAT de la France , enrichi de Gravures , contenant
, 1º. les qualités & prérogatives du Roi , la
Généalogie , abrégée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Muſique du
Roi , de ſa Maiſon , de ſa Chambre , de ſa Garderobe,
de ſes Bâtimens & Maiſons Royales. 29. Les
Troupes de la Maiſon du Roi , le Juge de la Cour ,
la Maiſon de la Reine , des Enfans de France , Princes&
Princeſſes du Sang, Princes Légitimés & Princes
Étrangers. 3 °. Le Clergé de France , les Bénéfices
-à la nomination du Roi & des Princes. 4°. Les Pairies
& Duchés de France , les Ordres de S. Lazare ,
de S. Michel , du S. Eſprit , de S. Louis , du Mérite
Militaire , de la Toiſon d'Or & de Malte , qui comprend
le nom de tous les Chevaliers qui font en
France , &c. 5 ° . Les Maréchaux de France & autres
Officiers Généraux de Terre & de Mer , le Corps
Royal d'Artillerie & les Gouverneurs des Provinces ,
&c. 69. Les Conſeils du Roi , les Secrétaires d'État,
les Parlemens , les Cours Supérieures & autres Jurifdictions
du Royaume , les Généralités & Recettes .
&c. 7°. Les Univerſités , les Académies , les Bibliotheques
Publiques , les Ambaſſadeurs , Envoyés ou
Réſidens dans les Cours Étrangères , &c.
,
Toutes les perſonnes qui , par leur Rang , leurs
Charges & leurs Emplois , ſont ſuſceptibles d'être
compriſes dans cet Ouvrage , & qui n'ont pas encore
fourni leurs Notes , ſont priées d'envoyer
franc de port aux Auteurs , rue des Cordiers ,
Nº. 4 , près la Place Sorbonne , leurs noms de Baptême
, de Famille , Surnoms & Qualités , avec la
date de leur Naiſſance & de leurs Proviſions , aing
DE FRANCE.
143
que leur Adreſſe , tant à Paris qu'en Province. L'Ouviage
paroîtra le is Décembre prochain.
:
ÉPITRE à un Jeune Matérialiste , par M. Morel ,
Doctrinaire , l'un des Profeſſeurs de Rhétorique au
Collége R. B. d'Aix. Seconde Edition , corrigée &
augmentée. A Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande.
SERMONS du Père Élisée , Carme Déchauffé ,
Prédicateur du Roi. 4 vol. in- 12 , papier ordinaire ,
brochés , prix , 9 liv. ; reliés en bazanne , 11 liv.; en
veau , 12 liv. ; & fur papier fin d'Angoulême, 12 liv.
brochés . Sermons de M. l'Abbé Poulle , Prédicateur
du Roi , 2vol. in-12 ;reliés enbazanne. Prix,
sliv. AParis , chez J. G. Mérigot lejeune , Libraire,
quai des Augustins , au coin de la rue Pavée ,
No. 38 .
Le Père Éliſée étoit au rang de nos célèbres Prédicateurs
; le Recueil de ſes Sermons doit être accuelli
des perſonnes qui s'intéreſſent à l'éloquence de la
Chaire.
QUATRE Sonates pour la Harpe seule ou avec
accompagnement de Violon , Baſſon ou Violoncelle ;
dédiées à Mlle Caroline Deſcarſin , par M. J. B.
Mayer. OEuvre Onzième. Prix , 9 liv. Ces Sonates
font compoſées pour la Harpe ordinaire , ou pour
celle à Sourdine de nouvelle mechanique , de l'inventiondu
ſieur Naderman. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Neuve des Capucins , Chauffée d'Antin , hôtel
deM. le Marquis de Choiseul , & chez Naderman ,
Facteur de Harpe de la Reine , rue d'Argenteuil ,
butte S. Roch . I
La très-jeune perſonne à laquelle ces Sonates font
dédiées , a un talent prodigieux pour la Harpe , &
yient d'en donner les preuves les plus brillantes dans
:
144
MERCURE
:
un Concert pour ſon bénéfice à la ſalle des Tuileries.
Les talens paroiffent conſacrés dans ſa famille. M.
ſon père , Élève de l'Académie de Peinture , & qui
fait le portrait d'une manière charmante , vient d'ex--
poſer plufieurs de ſes Ouvrages à la Cour , avec le
plusgrandſuccès.
NUMÉROS 8 à 11 de la Cinquième Année du Journal
de Harpe par les meilleurs Maitres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la poſte , pour 52 Livraiſons
qui ſe font tous les Dimanches. Séparément , 12 ſols.
A Paris, chez M. Leduc , fucceffeur de M. de la
Chevardière , rue du Roule , à la Croix d'or , Nº. 6 .
JOURNAL de Clavecin par les meilleurs Mattres,
Nº. 2 de la quatrième année. Prix ſéparément, 3
abonnement , 15 liv. Même Adreſſe que ci-deſſus.
TABLE.
1
EPITRE , 97 phe , 120
L'Originede l'Inconstance, 99 L'Enfer des Peuples Anciens ,
Epigramme, 100 3123
131
132
A'unejeuneDemoiselle, ibid. Académie Françoise ,
Lecouragede l'Amour & de la Anecdotes ,
Nature,Anecdote , 101 Variétés ,
Charade, Enigme& Logogry Annonces &Notices ,
APPROBATION.
136
141
J'AI ku , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 19 Mars 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris, le 18 Mars 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
:
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 25 Février.
AR une réſolution du Cabinet du 2 de
PAR ce mois ,, le Roi vient de permettre à toutes
les nations quelconques , de tranſporter
des negres à l'ifle de S. Thomas , pour être
réexportés &vendus de-là à d'autres endroits.
Les negres réexportés , feront exempts
desdroits d'entrée &de fortie.
A la derniere vente des marchandiſes apportées
par le vaiſſeau le Chriftiensbourg appartenant
à la Compagnie des Indes Orientales
, cent livres peſant de ſalpêtre ont été
vendues , à raiſon de 11 thalers 30 shellings
juſqu'à 12 thalers , & le même poids de bois
Calcatur , à raiſon de 4 thalers I shelling
juſqu'à 4 thalers 12 shellings. La livre de
poivre a été vendue depuie 19 shellings &
demi juſqu'à 19 shellings trois quarts .
On écrit deGothembourg , que le 7 de ce mois
N°. 12 , 19 Mars 1785. c
( 98 )
/
le vaiſſeau le Prince Royal-Gustave eſt parti pour
aller à Canton en Chine . & que le même jour
le Yacht le Triton , un bâtiment de commerce ,
appellé le Duc Charles, un Senaut& deux Brigantins
, ont fait voile pour l'iſle de St. Barthélemi.
CALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 1 Mars.
Ces jours derniers , le froid a été tellemen
exceffif , qu'on a traverſé ſur la glace ,
fans aucun danger , le paſſage d'ici à Harbourg
: la navigation étant entierement fiffpendue
, les voitures & les chariots ont auſſi
voyagé ſur la glace. L'abondance des neigés
a tendu impraticables les chemins entre
Dreſde & Prague.
Le bruit ſe ſoutient qu'on armera dans le
port de Cronſtadt une eſcadre de 20 à 22
vaiſſeaux de guerre , & qu'elle croifera dans
la Baltique pendant l'Eté. Selon les mêmes
avis de Pétersbourg , le Général Comte de
Soltikof , de retour de Mofcou , aura le
commandement des troupes qui s'affembleront
dans l'Ukraine & dans la Ruffie-Blanche.
Le même Ecrivain , qui a fourni un état
des exportations du Brefil , expote des détails
inftructifs fur le commerce de l'Eſpagne
& de fes Colonies.
Les Cotoniers de Séville fourniffent dans de
bonnes années juſqu'à 450,000 arobes de coton.
Larécolte du chanvre de Valence monte, uneang
nee portantl'autre, à 25,000 quintaux.On en paye
le quintal à raiſon de douze rixdalers . Vers
lemilieu de ce fiecle les mines de vif argent en
ont fournijuſqu'à 18,000 quintaux , dort 12,000
ont été exportésau Mexique , 2,000 à Guatimala
&4,000 à Lima. Les mines d'Antimoine dans
la Manche en fourniffent par jour près de 300 livres
peſant. On évalue à 8 millions & demi
de rixdalers le montantde la laine. La province
d'Eſtremadura en fournit par an près de 50,000
quintaux , Séville environ 125,000 , & Ségovic
25,000.On exporte actuellement des ports deBilbao
, &de Santander environ 20,000 ballots de
laine de moutons & d'agneaux , le ballot eſt du
poids de 170 à 200 livres; la ville d'Amſterdam en
reçoit par an environ 30,000 quintaux.- La
provincedeValence fournit par an environ 10,000
quintaux de ſoude. On exporte annuellement
de l'ifle de Ténérife près de 28,000 pipes de vin
deMalvoiſie ; la pipe eſt payée à raiſonde 30 rixdalers.
En 1778 , Portorico a fourni 2,737 quin
tauxde ſucre , 1,114 quintaux de caton , 11,163
quintauxde café, 19,556 quintaux de rix , 15,216
quintaux de maïs , 7,458 quintaux de tabac , &
19,719 tonneaux de melaffe.-Vers le milieu
dece fiecle la nouvelle Eſpagne a exporté 7,500
quintaux de jalap , 50 quintaux de vanille ,
6,000 quintaux d'indigo de Guatimale , 4,608
idem de cochenille , 10,356 idem de bois de Campeche
, 3 :0 idem de bois de Bréfil , 47 idem de
Roucou , 30 idem de Salſepareille , 40 idem de
baume de Capahu , 47 idem de carmin , 5 idem de
ſandragon , 6 idem d'écaille 200 idem de
cacao,peaux vertes too pieces , 5,634 quintaux
de cuivre , & pour 11,049,013 rixdalers d'or &
d'argent. Cartagene des Indes a exporté 4,480
quintaux de cacao de Guayaquil , 580 idem de
e 2
('100 )
quinquina , 17 idem de laine de Vigogne , t &
demi idem de vanille , 7 idem d'écaille , 15 idem
de nacre de perle, 16 idem de baume , 42 idem de
fangdragon , 6 idem de lait de Marie , 7 idem
de falſepareille , 1 idem d'ivoire , 2,030 idem de
bois de Bréfil , 2,100 peaux vertes , 188 quintaux
de coton , & pour 3,521,826 rixdalers d'or & d'ar.
gent. Cuba a exporté 18,750 quintaux de tabac
, 173,800 idem de ſucre , & 1,569 pieces de
peaux vertes . Caracas a exporté 37,000
quintaux de cacao , 2,580 idem de tabac , 157
idem d'indigo , & 22,000 peaux vertes. -Buenos-
Ayres a exporté 300 quintaux de laine de Vigogne,
150,000 peaux vertes , & pour 1,326,176
rixdalers d'or & d'argent .
DE BERLIN , le I Mars.
>
Le 28 du mois dernier , le thermometre
deRéaumur futà 20 degrés au-deſſous de la
congélation , à 8 heures du matin ; & à 16
degrés à 2 heures après midi. Toute l'Allemagne
eft couverte de neiges. On craint
que ledégel ne faſſe encore plus de ravages
que l'année derniere , s'il eſt auſſi rapide.
Notre Monarque , dont la ſanté eſt excellente
, a déclaré, dit- on , à l'Impératrice de
Ruſſie, &de la maniere la plus poſitive , qu'il
employeroit toutes ſes reſſources pour le
maintiendu repos de l'Empire &de la Conftitution
Germanique.
La Nobleſſe de Silefie voulant donnerune mar
que de ſa reconnoiffance au grand Chancelier
Baron de Carmer , qui , par ſes ſages opérations
a ſou retablir les finances & le crédit du pays, a
( 101 )
Tupplié le Roi de permettre qu'elle offrit à ce Mi
niſtre la ſomme de 8000 rixdalers qui ſeroit em
ployée à rebâtir l'Egliſe de la Terre de Rutzen
appartenant au grand Chancelier ; mais S. M.
dans ſa réponſe à la lettre de la Nobleffe , en fi
fant l'éloge du déſintéreſſement de ſon grand
Chancelier, a fait connoître que ce Miniſtre penſoit
trop noblement pour accepter ce préſent &
aconſeillé de ne point le lui offrir.
Les lettresde Varſovie n'éclairciſſent rien
encore ſur l'affaire du Prince Czartoriski.
Quelques-uns ſoupçonnent qu'on travaille à
Paffoupir: leſtaroſte Ryx,ce valet de chambre
du Roi,impliqué dans l'accufation, ne tardera
pas , à ce qu'on préſume , à être reconnu
innocent. S. M. Polon., dont l'extérieur an
nonçoit la triſteſſe & l'inquiétude , a repris
ſa ſérénité. Le bruit court que le Prince
Czartoriski abandonnera la Pologne , pour
ſe retirer dans les Etats de l'Empereur.
Le Capitaine Lanskoy , courier du cabinet
de Pétersbourg , allant à la Haye, vient
de paſſer ici , & à Poſtdan où il s'eft arrêté
un jour.
DE VIENNE , le 2 Mars...
L'Empereur a fait décorer en cérémonie
d'une médaille ſuſpendue à un ruban noir &
jaune , ſept payſans de la Stirie , qui ont
marqué un zele particulier pour l'amélioration
des Ecoles de la campagne. Recevez ,
>>>leur a-t-on dit , cette marque de l'eſtime
>> de votre Souverain : continuez vos efforts
>>>pour le bien de vos enfans , & pour l'u-
>>tilité publique qui y eſt liée ; & foyez ,
e3
( 102 )
22. comme vous l'avez été juſqu'ici des modeles
de bons parens & d'amis des hommes
, Le Curé & le Juge de village ont
reçu une pareille récompenſe honorifique.
On offrit à l'un des payſans , très-pauvre ,
14ducats , au lieu de fa médaille, il les refufa
en difant : « Que me reſteroit-il du té--
5moignage de la bienveillance de mon
>>Souverain ?
Après Pâques , on fermera la Cathédrale
de S. Erienne , pour la décorer avec plus de
fimplicité , ainſi qu'on l'a fait pour la Chapelle
de la Cour ; on ne confervera que trois
Aurels.Le grand Hôpital d'une immenſe
étendue va être converti en logemens particuliers
: changement qui exige une dépenfede
300,000 for.
1: Empereur étant d'avis que l'inaction &
le luxe de la haute Nobleſſe tiennent principalement
aux Majorats & aux ſubſtitutions,
dont les poſleſſears une fois afſurés , négligent
d'acquérir des connoiffances , & de fe
rendre utiles à l'Etat , a annoncé au Col
lege ſupérieur de Juftice , par un billet de
ſa propre main , fon deffein d'abolir ce reſte
des inſtitutions féodales. On rapprochera
ainfi la diſtance entre la Nobleſſe & le tiers-
Etat ; & on la rendra plus dépendante de la
Cour.
Dernierement on fit circuler une prétendue
lettre du Monarque , qui manifeſtoit
l'intention de ne plus tolérer les Francs-Ma-
८
( 103 )
cons dans ſes Etats : ce billet a caufé de
P'inquiétude ; & il s'eſt trouvé une invention
de la méchanceté. On aſſure que S. M. I. a
promis joo ducats à quiconque découvrira
le nom du fauſſaire.
:
C'eſt au Conſeiller de Cour Urmeny ,
Hongrois de naiſſance , qu'on attribue le
plan adopté par l'Empereur , de ſubſtituer
aux conſtitutions de la Hongrie celles des
autres Etats héréditaires. Il circule déja une
lifte des perſonnes qui préſideront les nou .
veaux cercles .
Le 15 de Février on arrêta ici 8 Valaques,
munis de faux paffeports. On parle de tranfporter
dans la Bukowine une partie de ces
rébelles. Horiah a été promené de Deva à
Carsbourg , avec un chapeau de paille ſur
lequel étoient peints des roues & des gibets.
Apres avoir été expoſe à la rifee publiquesce
malheureux, dont le fort eſt ſi peu riſible , fera
condamné, felon les Nouvelliſtes , à recevoir
so coups de bâton dans chacune des villes
de la domination Impériale , & à remonter
les bateaux du Danube le reſte de fa vie.
On ne peut comprer gueres moins de 300
villes dans les Etats de l'Empereur : ce fe
roit donc r'sdoo coups de bâton diſtribués
au préalable à Horiah ; or , 15000 baftona.
des diſpenſent pour toujours celui qui les
reçoit , de remonter des bateaux.
On débise qu'un domestique Grec , qui , pour
quelque faute avoit cherché un aſyle dans la mai
fon du Conful Raffe à Jaffi ,en a été arraché par
€ 4
( 104 )
lesArnautes duPrince de Moldavie, qui ont forcé
les portes de la maiſon : le Conſul a dépêché
auffitôt un eftafette à l'Ambaſſadeur Ruſſe à Con
ſtantinople , pour lui donner avis de la violence
exercée envers lui, Ce Conſul eſt le même qui ,
l'année derniere , prit la liberté de faire donner
des coups de bâton à un boyardde diftinction ; &
qui à peu près dans le même temps chaſſa de fa
maiſon des Officiers du Prince , leſquels vouloient
ſe ſaiſir de contrebandiers qui s'étoient retirés
dans ſa maiſon. Le Prince Moldave ſe plaignit à
la Ruffie de la grande vivacité de ſon Conful ;
&comme l'on n'a pas appris qu'on lui ait accordé
ſatisfaction , l'acte de violence que l'on vient d'exercer
contre ce Contul eſt peut-être une repréſaille.
,
D'un autre côté , l'on prétend que la
Porte vient de dépoſer ce même Hofpodar
de Moldavie & lui a donné pour
ſucceſſeur , un de ſes parents , ancien
Grand-Dragoman à Constantinople. Comment
concilier cette dépoſition avec les engagemens
auxquels les deux Cours Impériales
avoient foumis la Porte ?
H
Les Chrétiens de la confeffion helvetique,
établis à Weroecze , lieu qui appartient à M. le
Cardinal Migazzi , obtinrent l'automne dernier le
libre exercice de leur Religion ,& choiſirent pour
leur Miniſtre un jeune homme de beaucoup de
mérite; il y avoit très peu de temps qu'il exerçoit
ſes fonctions lorſque S. E. vint de Vienne
faire la viſite de ſon diocèſe de Waizen , & alla
auſſi à Weroęcze ; le jeune Miniſtre vint compli .
menter le Cardinal , qui lui répondit : « Je ne
fuispas ,mon cher frere en Jeſus-Chriſt , capable
d'envouloir à quelqu'un à cause de la Religion ,
( 105 )
&jamais une telle façon de penfer ne ſera la
mienne. Notre Roi & Seigneur l'a ainſt ordonné ,
&je m'efforce à mettre par- tout ſes ordonnances
en vigueur. Souvenez-vous qu'ily a ici deux fortes
de Religion ; & dans toutes vos exhortations
n'oubliez jamais de recommander la charité : c'eſt
le vrai noeud qui doit nous unir conſtamment icibas
, & qui nous réunira dans l'éternité ; évitez
dans la chaire toute expreſſion ſuſceptible d'être
interprêtée de maniere à détruire ou affoiblir l'amour
du prochain , pour y ſubſtituer une haine
implacable , &c. »
Le P. Sibach , ex -Jésuite , eſt nommé
Inſtituteur de Mathématiques de l'Archiduc
François. ว
Un Barbier de Dantzick avoit prêté 20 ducats.
à un Officier de la garniſon , ſur une lettre de
change : le terme du paiement arrivé , l'Officier
demanda encore crédit pour quelque temps ; il
l'obtint , mais il ſe trouva encore dans l'impuif
ſance depayer au jour fixé , & donna ſa parole
d'honneur pour un autre jour , auquel le Barbier
ne manqua pas de ſe rendre chez ſon créancier
qui étoit de garde ce jour -là ; le Barbier demande
fon paiement , &voyant qu'il ne pouvoit l'avoir ,
il dit en colere à l Officier : puiſque tu as perdu
ton honneur , il faut que tu t'en fouviennes ; & en
même temps il lui coupa une oreille. La juftice
vient de condamner le Barbier à rendre la lettre
de change ſans en pouvoir exiger le paiement , a
payer les frais de guériton que juftifiera l'Offi
cier,& l'a en outre condamné à une amende de
12ducats.
11
DE FRANCFORT , le 6 Mars.
On écrit de Munich que les Etats deBaes
( 106 )
viere ont chargé le Comte de Sensheim de
préſenter à S. A. E. les repréſentations de ſes
fideles ſujets , touchant l'échange dont on
les avoit menacés. Quoique la réponſe de
l'Electeur ait été très-fatisfaiſante , elle n'a
pas entierement raſſuré les eſprits. Il regne
une grande méſintelligence entre les troupes
Palatines & Bavaroiſes ; leurs querelles
ont même occaſionné quelques voies de
fait...
On prétend ſavoir par une lettre de Stutgard
, qu'après l'arrivée d'un courrier de
Vienne , le Duc de Wirtemberg a remercié
la légion Impériale levée pour le ſervice
de la Maiſon d'Autriche. Les foldats ont été
incorporés dans divers Régimens , les Officiers
font rentrés dans les Corps qu'ils
avoient quittés.
S'il faut en croire des lettres de Berlin , la
Cour de Pruffe fe propoſe de former au
printemps prochain un camp de 30,000
hommes dans les environs de Kænigſtein
&elle a invité la Cour Electorale de Saxe à
yjoindre 12,000 hommes de ſes troupes.
Selon d'autres nouvelles , il doit s'affembler
auffi cette année une armée de 80,000
hommes près de Schweidnitz.
On s'occupe toujours à Vienne du projet
d'établir un impôt unique ſur lesbiens
fonds. La Cour a établi à ce ſujet une commiſſion
, compoſée des Comtes de Halzfeldt
, de Zinzendorf&de Choteck , char
( 107 )
gée d'examiner tout ce qui eſt relatif à cette
affaire. On continue dans les provinces à
meſurer, les terres , & pour avancer ce travail
, on a augmenté le nombre des arpenteurs.
On projette de ſupprimer tous les impôts
de l'intérieur , comme acciſes , droits
de douane ,taxes ſur les comestibles . Les
bureaux de péage feront réformés , les fer .
miers Juifs , ( établis il y a quatre jours )
congédiés , & des régiſſeurs leur fuccéderont.
(
Il eſt auſſi vaguement queſtion d'un camp
de 30,000 hommes en Tranſylvarie , ſous
lés ordres du Baron de Wurmfer, d'un au
tre camp de la même force en Moravie ,
commandé par le Lieutenant Général d'Alton
; & d'un troiſieme , encore de 30,000
hommes , ſous la conduite du Feldt-Maréchal
de Laudon , à Kolin , fur les frontieres
de la Pruffe .
Unedes principales branches de l'induſtrie des
habitans du duché deGotha eſt la culture du lin ,
la filature &la fabrication des coutils de fil. La
plus grande partie de cette marchandiſe eſt en
voyée ici & dans la Hollande. Le commerce de
il non blanchi , ſe fait dans les villes de Gotha
deWaltuhauſen & d'Orsdruf. La principale blan .
chifferie eſt établie à Frédericfrode. On compte
juſqu'à450 métiers pour la fabrication des coutils.
Une année portant l'autre ces métiers fourniſſent
53,208 pieces. La fabrication des coutils
fait un objet annuel de commerce de 284,160
xixdalers..
Les Etats de l'Electorat de Cologne ont
e6
( 108
préſenté à S. A. E. un don gratuit de 6000
écus d'or.
On trouve l'anecdote ſuivante dans un
papier public.
Lejeune Comte de H..... aime depuis longtemps
la Baronne de F... Il a manifeſté dernierement
ſes intentions àſa famille & la réſolution
férieuſe qu'il avoit formée d'épouſer ſa maitreſſe .
La famille du jeune homme compte ſa nobleſſe
par quartiers , la jeune Baronne n'a malheureu-
1ement pas d'autre parchemin que ſon mérite &
ſa fortune , d'ailleurs elle eſt proteftante. La famille
de l'amant jetta les hauts cris , & jura de
ne jamais confentir au mélange monstrueux d'un
fang illuftre ,avec un ſang de nouvelle création.
L'amant au déſeſpoir prit le parti des'adreffer
directement à l'Empereur ; il follicita une audience
particuliere & l'obtint . S. M. I. l'honora
d'un entretien de deux heures & demie ; le jeune
homme s'exprimoit avec une facilité finguliere.
Joſeph II ſe fit un plaiſir de le faire parler, il fit
tomber la converſation ſur des objets politiques .
Le jeune Comte déploya tant de connoiſſances &
de lumieres , que l'Empereur non-feulement lui
accorda la permiffion qu'il lui étoit venu demander
,mais le nomma fur le champ à la dignité de
Confeiller au gouvernement dePrague.
ITALI E.
DE GENES , le 22 Février.
Le Gouvernement a fait ériger dans la
Salle du Grand Conteil la ſtatue de M. Marcello
Durazzo. Les ſervices importans ren(
109 )
'dus à la République par ce Sénateur, lui ont
valu cette récompenfe. Ce monument a été
exécuté par le ciſeau de M. Bocciardini ,
dont les talens ſont connus , & qui dans
cette occafion a rempli l'attente du Public.
Les dernieres lettres d'Eſpagne font mention
d'un Traité de Commerce qui ſe négocie actuellement
entre les Cours de Madrid & de Londres.
Ces mêmes Lettres affurent que Gibraltar ſera
dans peu déclaré Pore franc. Le Général Elliot ,
ajoutent- elles , a raſſemblé dix d'entre les principaux
Négocians de cette Place pour leur demander
des éclairciſſemens fur les points fuivans
, à favoir; quel eſt l'état actuel du Commerce
de Gibraltar ? quels ſont les principaux
articles d'exportation & d'importation, & d'où
P'ontire cesderniers ? Si l'on peut ſepromettre
dedonnerde l'extenfion à ce Commerce , quelles
font les branches de Commerce & les relations
qui pourroient rendre utile à la Grande-Bretagne
& à ſes Colonies le Commerce de Gibraltar?
La fituation de cette Place eſt certainement
très-avantageuſe pour le trafic du Levant
&de la Méditerranée , des côtes de Barbarie &
du Portugal , & l'on croit par cette raiſon , que
la Cour de Londres s'efforcera de tirer parti
de ces reſſources , afin de moins reffentir la
charge des dépenses occaſionnées ou l'entretien
de cette Place.
DE LIVOURNE , le 3 Février .
La Thétis , frégate angloiſe de 38 can. &
de 250 hommes d'équipage , commandée
par le capitaine Blanket ,&venant en dex
( 119 )
nier lieu de Nice , a mouillé le 17 dans cette
rade. Abord de cette frégate ſont 24 can.
de fonte d'une nouvelle forme , dont S. M.
B. fait préſent au roi de Naples.
Lesdernieres Lettres d'Eſpagne nous ont appris
que le Vaiſſeau le St. Carlo , Capitaine Franceſco
Squari , étoit arrivé à Lilbonne , de retour
de l'Inde. Ce Vaiſſeau avoit mis à la voile de
ce Port il y a environ deux ans & demi. Son
chargement conſiſte en poivre , thé & autres
articles précieux , & il eſt deſtiné en partie pour
Marſeille & en partie pour notre Port.
DE NAPLES , le 19 Février.
5. M. a tenu le 10 de ce mois un conſeil
particulier , auquel ont aſſiſté MM. D. Niccola
Vefpoli , directeur des finances , & le
Général D. Franceſco Pignatelli. Il y a été
queſtion de divers objets importans relatifs
à la Calabre ultérieure , & l'on a agité ſi l'on
devoit remettre pour cette année les impofitions
aux habitans de cette province. On
ignore le parti pris à cet égard. Tout ce
que l'on fait , c'eſt qu'il a été donné ordre à
la Chambre des finances de ne plus ſe mêfer
de l'adminiſtration des bénéfices ecclé
fiaſtiques qui viendront à vaquer dans cette
province , cette adminiſtration devant être
confiée à l'avenir à une caiſſe particuliere.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , les Mars.
M. Fox vient de remporter une victoire
( FF )
fur M. Pitt , & fur tous ceux qui s'oppofoient
à ſon élection. Le 3 l'Alderman Sawbridge
repréſenta à la Chambre des Communes
que le peuple voyoit avec le plus
grand déplaitır la ville de Westminſter ſans
repréſentans ,& victimede l'entêtement d'un
jeune Miniſtre. Il ne répéta point fur cette
matiere tous les lieux communsdont le parti
de l'oppoſition fait ſi ſouvent uſage; mais
aſſuré quelamajorité des voix & que les amis
du Chevalier Wray ruinés par les frais du
ſerutin, feroient de ſon avis , il renouvella
fimplement la motion rejettée tant de fois
qu'il fût ordonne au Grand-Bailly de Weſtminſter
de déclarer l'élection des deux membres
pour la ville de Westminster. M. Pitt
s'oppoſaà cette motion , & en fit une pour
quela Chambre s'ajouinât fur le champ. On
alla aux voix,& le premier Miniſtre eut contre
lui une majorité de 38 fuffrages . M. Fox
alors fit biffer ſur les regiſtres de la Chambre
tout ce qui pouvoit avoir autoriſé la conti→
nuationde la vérification des ſuffrages .
L'examen du nouveau ſyſtême de commerce
pour l'Irlandeeſtencore reculé.M.Pitt
l'a remis au 8 , & il a prévenu la Chambre ,
que peut-être ſeroit il forcé de le renvoyer à
une époque plus éloignée. On ne s'attendoit
point à une oppoſition auffi violente de la
part des Négocians. Toutes les villes de com--
merce ont enjoint à leurs repréſentans de ne
point laiſſer paffer une opération qui tendoit
( 112 )
ruiner l'Angleterre , ou plutôt à diminuer
quelques - uns de leurs profits exorbitans .
Cet obſtacle n'eſt point le ſeul que M. Pitt
ait eu à ſurmonter. L'Irlande eſt offenſée de
l'arrêté proviſoire qu'il a propoſé le 22 Février
aux Communes d'Angleterre. Elle confent
à employer volontairement le ſurplus de
fon revenu aux dépenſes générales de l'Empire;
mais elle ne veut point que cette contribution
ſoit conſidérée comme une des
conditions préliminaires du nouveau ſyſtême
de commerce. Cet eſprit d'oppoſitionprouve
qu'il feroit plus facile de gouverner 40 millions
d'agriculteurs , que vingt mille Négocians
embrâfés de l'amour du gain , & dont
P'intérêt fordide combat journellement l'intérêt
national.
Il réſulte de pluſieurs lettres de l'Inde , inférées
dans les Papiers de l'Oppoſition , c'est-à-dire , inventées
en grande partie par leurs Editeurs , que
lapaiedes troupes de la Compagnie étoit arrierée
de 13mois ; qu'il étoit dû une ſomme prodigieuſe
auxEntrepreneurs des charrois de l'armée , & que
le crédit de laCompagnie étoit anéanti , au point
que les lettres-de change, tirées à deux mois de
date par leGouverneur& le Conſeil du Fort Saint-
George ſur leConſeilGénéral du Bengale , ne pouvoientêtre
eſcomptées à moins de40 pour 100. La
guerre des Marattes a coûté à la Compagnie plus
de trois millions ſterlings , fans compter les deux
millions ſacrifiés au même objet par leGouvernement
de Bombay. Les mêmes lettres diſent que
les François ont pris poffeffion des Ifles d'Andaman;
de forte qu'ils ont actuellement deux Ports
dans le golfe du Bengale.
( 113 )
M. John Temple eſt nommé Conſul général
de S. M. auprès des Etats-Unis. Quelques-
uns des confulats particuliers font def
tinés , dit- on , à des Loyalistes.
La frégate la Junon , Cap. Montague , a
apporté à l'Amirauté des dépêches de l'amiral
Edouard Hughes. Ce commandant de
l'eſcadre angloiſe aux Indes orientales revint
à Madras , au mois d'Avril dernier , &
yramena 1200 hommes de la côte de Malabar.
Tous les articles de la paix conclue
avec Tippoo-Saïb ont été mis en exécution
; M. Haſtings avoit quitté Lucknow
pour ſe rendre à Calcuta , & une tranquillité
profonde regnoit au Bengale& dans l'Indoſtan.
Le Sandwich, vaiſſeau de la Compagnie
des Indes eſt entré ſauf à Plymouth. II
vientde la Chine , a relâché à S. Helene , &
eſt ſuivi d'un London , qu'on attend d'un
jour à l'autre.
L'on fait des préparatifs pour le départ
du jeune Prince Edouard , quatrieme fils de
S. M. , qui doit aller à Gottingue ce printemps.
Il achevera ſes études dans cette célébre
Univerſité ; & le Prince Williams
Henri doit revenir en Angleterre à la même
époque.
Le Général Phillippſon a été nommé par
S. M. Colonel du troiſieme Régiment des
Gardes , à la place du Général Honnywood,
mort dernierement ; & le Général Murray
lui fuccede dans le gouvernement deHull.
( 114 )
Le Bureau de l'Amirauté a reçu des dépêches
duChevalier John Lindsey , Commandant de PECcadre
de la Méditerranée. Elles ſont datées du 14
du mois dernier. Le Commodore étoit à Villefranche
, à bord du Trusty de 50 canons , avec le
Sloop de 16, le King's Fisher. Cet Officier rapporte
qu'il a vifité tous les Ports d'Italie & d'E
pagne, dans lesquels le Pavillon Britannique eſt le
plus reſpecté . A Naples , il a traité à ſon bord le
Roi , la Reine & toute la Cour , & il a traité également
à Livourne & à Genes les Gouvernemens
reſpectifs de ces deux Ports. Après avoir croifé à
la hauteur de la Sicile , l'Eſcadre porta fa bordée
1ur les côtes de Barbarie , où elle entra dans les
Ports de Tripoli , d'Alger& de Tunis; mais la pefte
y étoit fi violente, qu'il ne futpas poffible de laiſſer
venir perſonne àbord , ni de deſcendre à terre , de
maniere que l'Eſcadre n'y a fait qu'un ſéjour très
court.
Une grande partie des manufcrits du célébre
Docteur Johnſon a été confumée cos
jours derniers dans l'incendie de la maiſon
duChevalierHawkins, entre les mains de qui
ſe trouvoit ce précieux dépôt , qu'il étoit
chargé de mettre au jour , avec une vie de
P'auteur.
On a calculé de la maniere ſuivante la
balance qui réſulteroit du nouveau plande
commerce , propofé par le Miniſtre , entre
P'Angleterre & l'Irlande .
LaGrande-Bretagne reçoit de l'Ir-
Jande , en exemption de droits , des
toiles pour la valeur , année commume
, de
Cet article eſt payé argent comptant.
LaGrande Bretagne reçoit de l'Ira
S •
}
1,400,0001.
( 115 )
lande, également en exemption de
droits , des grains , provifions & aupres
articles pour la valeur , année
commune de
..
LaGr.-Br. reçoit de l'Irlande , en
exemption de droits , des fils de
laine & autres pour la valeur, année
commune de
L'Irlande reçoit de laGrande-Bretagne
, en exemption de droits , des
toiles de toutes eſpeces pour la valeur
de
L'Irlande reçoit annuellement environ
390,000 verges de draps , connus
ſous le nom de vieux draps . Cet
article eſt ſoumis à un droit de 6 den .
par verge.
L'Irlande reçoit environ 400,000
verges dedraps comnus ſous le nom de
nouveaux draps . Cet article eft foumis
à un droit de 2 d. par verge , ci
Les ſoieries , étoffes de coton , les
toiles peintes & les étoffes mêlées de
fil&co'on, & les autres manufactures
de la Gr. Bret. , ſont livrées à long
terme. Ces articles font foumis à un
droit de 10 pour 100 de leur valeur ;
mais ce droit varie depuis to juſqu'à
50 p. 100 pourles mouchoirs , fils , &c .
La réunion de tous ces articles forme
unobjetde
L'Irlande reçoit de la Grande-Bretagnedu
charbon & des autres productions
pour la ſomme de • •
750,0001 .
3500001 .
2,500,0001,
- 20,000 1.
240,000 1,
50,0001,
540,000 1.
300,0001.
1,150,0001.
:
( 116 )
L'Irlande reçoit de la Gr. Bret. en
articles provenans de l'Etranger &
des Colonies pour la ſomme de •
Balance préſumée en faveur de
l'Irlande. •
850,0001.
---
2,000,000 1.
500,000 1 .
2,500 0001.
Dimanche dernier, dit une lettre de la
Jamaïque du 18 Décembre, vers les dix
heures du foir , Richard Page , Tonnelier
du vaiſſeau le Highfiel , ſe rendit avec pluſieurs
de ſes camarades ſur le rivage, où une
chaloupe les attendoit pour les conduire à
bordde ce bâtiment. Lorſqu'ils furent prêts
à s'embarquer , Page jura qu'il n'entreroit
pas dans la chaloupe , mais qu'il feroit le
trajet à la nage. Ses camarades tenterent
en vainde le forcer à partir avec eux : après
s'être dégagé de leurs mains , cet infortuné
fejetta à l'eau & nagea vers le vaiſſeau. Alors
les compagnons de Page entrèrent dans la
chaloupe &quittèrent le rivage; mais à peine
s'en trouverent- ils éloignés de dix verges ,
qu'ils entendirent l'obſtiné Tonnelier pouffer
les cris les plus aigus & les appeller àſon ſecours.
Ils allerent auſſi -tôt à lui & tirerent de
l'eau ſa carcaſſe déchirée , mutilée & fanglante.
Le malheureux expira après leur avoir
ditqu'un monſtre nommé le Goulu-de-mer,
l'avoit misdans cet état. Ses entrailles étoient
coupées, l'os de fon dos étoit brifé & un
de fes bras étoit dépouillé de chair depuis
( 117 )
l'épaule juſqu'au couce. Un gros chien de
Terre-Neuve , qui l'avoit fuivi à l'eau , fut
dévoré par le même monſtre.
Suivant une lettre de Columbo dans l'Ile de
Ceylan , (lettre ſans date) il venoit d'y arriver un
paquebotHollandois , qui avoit mis à la voile du
Cap le 17 Février. A la fortie du Cap , il rencontra
huit Vaiſſeaux de ligne Hollandois & deux
Frégates qui ſediſpoſoientà entrer dans ce port.
En voici la lifte.
Princeis Royal , 80 can .
Naſſau - Weilbourg , Vice - Amiral
Rickers , 74
Union , Capitaine Naufman , 74.
Prince Fréderick , Cap . May , 74.
Clinthorst , Capit. Kinsberg , 68.
Sweden , Capit. Bickers , 64.
Brauſwiq , Capir. Bruft. 64.
Walker , Capit. Hanmgman. 50.
Alarm , Capit. Sylvester , 36.
Hawk, Capit . Miller , 24.
Deux Brulots le Heckla & le Vulcana.
Cette Efcadre eſcortera huit Vaiſſeaux de la
Compagnie des Indes. Il y avoit en outre vingtun
tranſports & quelques autres plus petits B
timens , qui amenoient 3150 hommes de troupes
régulieres.
LeBureau de la Marine a rendu public
l'état circonftancié des dettes contractées
par ce département , qui reſtent aujourd'hui
àliquider. Il réfulte de la vérification des
comptes à ce ſujet le tableau ſuivant,
Pour acquitter les Ordonnances de la Marine,
les proviſions , le fret des tranſports & autres
ſervices L. ft. 6,288,225 38
Pour fret des tranſports &
( 118 )
proviſions délivrées dans les
chattiers de S. M. , pour lefque's
on n'avoit pas encore
fourni de traité au 31 Déc.
1784, ainſi que pour pluſieurs
lettres de change à acquitter ,
Pour l'ordinaire & l'extraordinaire
de pluſieurs des
chantiers & corderies de Sa
Majefté ,
Pour la derniere paie des
Officiers de la Marine , conformément
à l'arrangement
adopté ſous le regne du feu
Roi ,
1
223,071 3
152,936 0 .
132,184 3 10
6,797,016 10
Gages des Mateluts.
Pour rayer les équipages
des vaiſſeaux déſarmés ,
Pour les équipages des
vaiſſeaux qui étoient de fer-
1,002,430 14 8
vice au 31 Décemb. dernier, 561,334 6 4
Pour acquitter les engagemens
contractés pour la fourniture
des lits des Matelots ,
& des drogues pour les Chirurgiens
des vaiſſeaux ,
::
124,398 6 1
1,6: 8,163 7 I
Dette des vivres , te'le qu'elle appert par le rapport
des Commiffaires.
Pour l'entretien des Compagriesdes
vaiſſeauxde S. M.
२.
3
enlervice actuel , 18,849 16 7
( 119 )
Pour acquitter toutes les
Ordonnannes pour ce ſervice
,
Pour provifions fournies &
autres avances pour lesquelles
on n'avoitpoint encore donné
de traites au 31 Déc. 1784
Pour dépenfes ordinaires &
extraordinaires , & ordonnan.
expédiées ,
Pour les Officiers , ouvriers
& travailleurs employés dans
les différens ports ,
:
Hôpitaux.
Il eſt dû fur le compte des
Hôpitaux où ſont traités les
Matelots bleffés , & les malades
des vaiſſeaux de S. M.
ainſi que pour les pritonniers
de guerre ,& autres dépenſes
du même genre ,
Le total de ces différentes
:
2,932,422 13 τα
-
10,957 7 10
47,823 199
8,520 0
foinmes mente à celle de
Sur leſquelles il faut fouftraire
ce qui ſe trouve entre
les mains du Tréſorier de la
Marine ,
Ce qui doit être prélevé
fur les fubfides courans , qui
ſemontentà
3.028,573 17
87,753 13 8
11,594,507 88
255,777 9 4
545,843 4 104
801.520 14.24
( 120 )
Moyennant cettedéduction
Iadette actuelle de la Marine
ſe trouve réduite à la ſomme
de 10,792,886 14 54
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Mars.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Comminges
, l'Abbé d'Oſmond de Médavi , Vicaire
général deToulouſe; à l'Abbaye de Préaux ,
Ordre de Saint-Benoît , dioceſe de Liſieux ,
l'ancien Evêque de Comminges ; & à celle
de Sainte-Claire , Ordre des Urbaniſtes ,
ville & dioceſe de Clermont , la Dame des
Champs , Religieuſe profeſſe de l'Abbaye
de Préaux , Ordre de Saint Benoît , dioceſe
de Lifieux .
Sa Majeſté a nommé le Comte de la
Touche , Capitaine de ſes vaiſſeaux , Directeur-
adjoint des Ports & Arfenaux de la
Marine , à Verſailles , à la place du Chevalier
d'Entrecafteaux , qui va prendre le commandement
de la ſtation del'Inde.
L'Abbé Jumentier , Maître de muſique
du Chapitre royal de Saint-Quentin , a fait
exécuter devant le Roi un Motet de ſa compoſition.
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné ,
le 6 de ce mois , le contrat de mariage du
Vicomte de Lomenie , Meſtre-de-camp en
fecond
)
( 121 )
fecond au régiment d'Infanterie de Vivarais,
avecDemoiselle de Vergès.
Le même jour , la Comteſſe Arthur de
Dillon & la Comteſſe de Menou ont eu
T'honneur d'être préſentées à Leurs Majestés
&à la Famille Royale; la premiere par la
Duchefſe de Fitz James , Dame du Palais ;
&la ſeconde par la Marquiſe de Menou.
Ce jour , le fieur Framery, Surintendant
de la Muſique de Monſeigneur Comte
d'Artois , a eu l'honneur de préſenter au
Roi& à la Famille Royale la partition du
Barbier de Séville, piece dédiée à la Reine ,
qu'il a remife en François d'après la traduction
Italienne , & parodiée ſous la muſique
de Paiſiello , ainſi qu'elle a été repréſentée
devant Leurs Majeſtés ſur les théâtres de
Trianon & de Verſailles.
:
DE PARIS , le 9 Mars.
Par une Ordonnance du premier Janvier
S. M. a confacré trente deux mille livres de
rente , en faveur de l'Ordre du Mérite militaire
, inſtitué par Louis XV en 1759. Les
deuxGrands-Croix de l'Ordre jouiront chacun
d'une penſion de quatre mille livres ;
chacun des quatre Commandeurs d'une
penfion de trois mille livres , &le furplus
en penſions de Chevaliers , qui ne pourront
excéder 800 liv. ni être au-deſſous de
200 liv. Les Officiers de tout grade qui
quitteront le ſervice du Roi , pour aller ré-
Nº. 12 , 19 Mars 1781. f
( 122 )
ſider en pays étranger , ſans permiſſion expreſſe
de S. M. , ne continueront pas à jouir
de leurs penſions.
Un Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , en date
du 27 Février, concernant l'expédition d'un vaifſeau
pour la Chine , autoriſe l'armement d'un navire
de fix à ſept cent tonneaux , deſtiné à rapporterune
cargaiſon de ſoiesde Nankin , ſous la direction
des ſieurs Gourlade , Bérardet , Terrier ,
Négocians , qui rendront compte de leur geftion
au Contrôleur Général des Finances .
Un autre Arrêt du Conſeil , dus Février ,
a caſſe l'aſſignation au Châtelet de Paris ,
portée par le ſieur Goderneaux , ſe qualifiant
feulpoffeffeur d'un prétenduſpécifique par lui
appelé la Poudre unique , contre les ſieurs
Miſſac & Raulin , Cenſeurs Royaux , lefquels
avoient approuvé un écrit du ſieur
la Fond, Chirurgien , ſous le titre de Propriétés
de la Poudre unique réduites au vrai.
Il eſt fait en même temps défenſes de don.
ner ſemblables affignations aux Cenſeurs
choifis de S. M. pour l'examen des ouvrages
àimprimer , ſaufà ceux qui croiront avoir
àſe plaindre , à ſe pourvoir pardevant S. M.
On a reçu la fâcheuſe nouvelle que le
Fendant , de 74 can. , en ſtation dans l'Inde,
&commandé par M. de Peynier, a été jetté
à la côte , & briſé par la négligence de l'Officier
de quart. M. de Peynier étoit alors
entre Goudelour & S. David , & avoit recommandé
qu'on ſe tînt à dix braſſes , ce
qu'apparemment on n'aura pas exécuté. L'é-
:
( 123 )
quipage, les agrêts&les principales provifions
ont été ſauvés.
La mort du célébre Chymiſte Bergman
ayant laiſſé à l'Académie Royale des Sciences
une plece d'Aſſocié étranger , la Compagnie
y nomma le 12 Février M. Camper ,
Anatomiſte Hollandois très diftingué.
L'Académie Françoiſe a tenu , le to de ce
mois , une Séance publique pour la réception du
fſeur Target , à la place vacante par la mort de
l'Abbé Arnaud. Le Duc de Nivernois , faiſant les
fonctions de Directeur en l'absence de l'Archevêque
de Toulouſe , a répondu à ſon Diſcours.
L'Abbé de Boiſmont termina la Séance par des
réflexions ſur les Aſſemblées littéraires.
Le Magnétiſme animal a eté défendu par
des ſyſtêmes , probablement très - inintelligibles
pour ceux qui les ont foutenus &
pour ceux qui les attaquoient. Lorſqu'on a
été bien ennuyé de ces controverfes , on a
cité les faits ;& en bonne logique , c'eſt par
où il falloit commencer ; mais les récits de
faits font tout auſſi abuſifs , lorſque les hiftoriens&
les témoins font eux-mêmes affectés
de l'eſprit de ſecte ou de parti. Pour éclairer
ſon jugement dans cette hiſtoire d'une
doctrine ſi extraordinaire , il eſt important
de lire l'extrait que vient de publier M.
Thouret , de la Correſpondance de la Société
Royale de Médecine , relativement au
Magnétifine animal (1). De toutes les par-
(1) Se trouve chez Pranlt , Imprimeurdu Roi ,
quai des Auguſtins , prix : liv. 161.
f2
( 124 )
ties du Royaume & de l'Etranger , il s'eſt
élevé, d'après cet Extrait , des voix impofantes
d'improbation contre ces chimeres d'un
inftant , & des démentis de ſes prétendus
effets. Le célebre Charles Bonnet entr'autres
, écrit à ce ſujet , » Les erreurs auxquelles
>> l'étrange doctrine de M. Melmer a donné
>>lieu , feront époque dans l'hiſtoire des rê-
>> ves de notre fiecle ; & elles figureroient à
merveille dans une logique vraiment phi-
>>>loſophique qui nous manque encore.
L'Académie Royale de Nimes , a fait célébrer
le 17 Janvier dernier , dans la Maiſon-quarrée
un Service folemnel pour le repos de l'ame de feu
M. Seguier , ſon protecteur.
L'Académie a tenu le même jour à l'Hôtel-de-
Ville , une Séance publique extraordinaire conſacrée
uniquement à honorer la mémoire de ce
Savant illuftre.
M. l'abbé d'Eſponchés , Vicaire-Général de
Senlis & Chanoine de l'Egliſe Cathédrale de
Nimes , à fait , en qualité de Chancelier , l'ouverture
de la Séance par l'Eloge oratoire de M. Séguier,
Made. de Bourdie , aſſociée , a lû des Vers où
elle a exprimé avec ſenſibilité les regrets de l'Académie.
M. Vincens de St. Laurent , Officier au Régiment
de Barrois , aſſocié , a lu un Ouvrage en
vers , inutilė: Les Tombeaux ruſtiques , imitation
libre du Cimetiere de campagne de Gray. Il a
fait entrer dans cette Elégie l'Eloge de M. Séguier
M. Vincens l'aîné , a lu des anecdotes ſur la viç
privée de ce Savant,
( 125 )
M. Boiſſy d'Anglas a terminé la Séance par un
Piſcours en vers fur le Bonheur , dans lequel il a
peint celui dont a joui M. Seguier , pendant
La longue carriere , & qu'il devoit à ſes vertus , à
ſes travaux , & à la ſimplicité de ſes moeurs .
4
L'Académie a été préſidée , le matin & le foir ,
par M. l'Evêque de Nimes , ſon nouveau protecteur.
Le recueil d'Eſtampes , repréſentant les événe.
mens de la derniere guerre les plus honorables
la Nation & aux Etats -Unis , eſt actuellement
public. L'idée en eſt heureuſe , les ſujets choiſis
avec intelligence , & exécutés avec expreffion ..
CesEſtampes in -4°. ſont au nombre de teize ,
&au bas de chacune l'on trouve l'explication haf
torique relative. Comme des ouvrages de cette
nature doivent ſurvivre au moment , l'exactitu
dedans ces notices eſt eſſentielle , & l'Auteur ne
devroitjamais ſe piquer de flatter la vanité nationale
aux dépens de la vérité. Quoi qu'il en ſoit ,
ces gravures répondent aux talens des auteurs
MM. Ponce & Godefroy : Elles ſe trouvent chez le
premier , rue St. Hyacinthe nº. 19 , & chez le
ſecond , rue des Foflés de M. le Prince L. 117.
Prix 24 liv. en feuilles .
L'Académie Royale des Sciences , parl
ſon procès verbal du 22 Janvier dernier ,
vient de donner une nouvelle approbation
au fieur Gouault de Monchaux , auteur d'un
moyen propre à empêcher les accidens qui
réſultent de la rupture ſubite de l'effieu
d'après les expériences qu'il en a fait en préfence
des Commiſſaires qu'elle avoit nommésà
cet effet.
Sa Majesté a bien voulu permettre que le
f3
( 126 )
fieur Gouault de Mouchaux lui préſentat le
Modele de ſa méchanique.
८
Suite de la Séance de la Société Royale de Médecine .
Le Prix ci-devant de la valeur de 600 liv .,.
porté maintenant par M. Lenoir à celle de 800
liv., ſera diſtribué dans la Séance publique de
S. Louis 1787. La Société a cru cedélai néceſfaire
pour donner aux Auteurs le temps que ce
travail exige. Les Mémoires ſeront remis avant
le premier Mai 1787 : ce terme eft de rigueur.
La Société confidérant le peu de connoiſſances
exactes que l'on a acquiſes ſur la nature & les
propriétés des différentes eſpeces de laits employés
en Médecine , a cru devoir fixer ſon attention
fur cet objet de premiere importance.
En conféquence , Elle propoſe pour ſujet d'un
Prix de la valeur de 600 liv. fondé par le Roi ,
la queſtion ſuivante:
« Déterminer par l'examen comparé des propriétés
Phyſiques & Chimiques , la nature des
>>laits de femme , de vache, de chêvre , d'aneffe
, de brebis , de jument » .
Ce Prix ſera diſtribué dans la Séance de Saint
Louis 1786 , & les Mémoires ſeront remis avant
le premier Mai de la même année.
La Société prévient qu'elle propoſera pour
ſujetd'un ſecond prix auſſi la valeur de 600 liv.
des recherches ſur l'uſage médical de ces différentes
eſpeces delait , ſur leurs avantages & leurs
inconvéniens , fur les moyens de prévenir ces
derniers , & fur les différens cas auxquels chaque
eſpece de laitpeut convenir.
«Les Mémoires qui concourront à ces Prix
feront adreſſés francs de port à M. Vicqd'Azir
, Sécrétaire perpétuel de la Société , &
(127 )
ſeul chargé de ſa Correſpondance , rue des
>>>Petits-Auguſtins , No. 2 , avec les billets ca-
>chetés , contenant le nom de l'Auteur , & la
>> même Epigraphe que le Mémoire ».
La deſcription & le traitement des maladies
épidémiques , & l'hiſtoire de la conſtitution médicale
de chaque année ſont le but principal de
l'inſtitution de la Société , & l'objet dont elle
s'eſt le plus conſtamment occupée. Elle a annoncé
dans ſa derniere Séance publique , que la bienfaiſance
du Gouvernement , & la générosité de
quelques-uns de ſes Membres qui n'ont voulu
être connus , l'avoient miſe à portéede diſpoſer
d'une ſomme de 4000 liv. , deſtinée à fournir
des encouragemens pour les travaux relatifs aux
Epidémies , aux Epizooties , & à la conftitution
médicale des ſaiſons . Les mêmes conditions du
Concours annnoncé le 26 Aout 1783 ſubſiſlent.
Nous croyons devoir les rappeller ici .
La ſomme de 4000 liv. dont il a été parlé ,
ſera employée à la diſtribution de Médailles de
différente valeur , aux Auteurs des meilleurs
Mémoires & Obſervations , ſoit ſur la conftitution
médicale des ſaiſons , & ſur les Maladies.
épidémiques du Royaume , ſoit ſur les différentes
queſtions relatives à ces deux ſujets , que la
Société s'eſt réſervé dans ſon dernier Programme
ledroitde propoſer.
La diftribution de ces différentes Médailles ſe
fera , comme il a été déja expoſé , dans les Séances
publiques de l'année 1785. En conféquence , les
Médecins & Chirurgiens ſont invités à entretenir
avec la Société la correſpondance la plus ſuivie.
On a dit dans le Programme de 178 ;, & on répete
ici que l'exactitude dans la Correſpondance
donne des droits à ces Prix.
Indépendamment des Prix que la Société pro
f4
( 128 )
poſe dans cette Séance,elle croit devoir annon
cer au Publie la fuite des recherches qu'elle a
commencées fur la Topographie Médicale du
Royaume , ſur les Eaux minérales & médicinales,
fur les maladies des Artiſans & fur les maladies
des Beſtiaux. Elle efpere que les Médecins &
Phyficiens Regnicoles & Etrangers , voudront
bien concourir à ces travaux utiles , qui feront
continués pendant un nombre d'années ſuffiſant
pour leur exécution. LaCompagnie fera dans ſes
Séances publiques une mention honorable des
Obſervations qui lui auront été envoyées ; &
elle diftribuera des Médailles de différente valeur
aux Auteurs des meilleurs Mémoires ſur ces différens
ſujets.
La Séance fut terminée par la lecturede différens
Eloges & Mémoires.
Henri Duvalk , Comte de Dampierre ,
Brigadier des Armées du Roi , ancien Mef
tre-de-Camp d'un Régiment de Cavalerio
de fon nom , eſt mort en ſon château de
Han , près ſainte Ménehould en Champagne
, le 12 Février , dans ſa quatre-vingtkoifieme
année.
Très Haut & Très - Puiſſant Seigneur ,
Meffire Etienne-François,Comte de la Porte,
ancien Meſtre de-Camp en ſecond du Régiment
de Viennois , & enſuite de celui de
Royal - Normandie- Cavalerie , Chevalier de
Saint- Louis, eſt mort à Vienne enDauphiné,
âgé de 42 ans,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le 16de ce
mois , font : 76 , 51 , 88 , 73 , & 7.
:
:
4
(129 )
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 13 Mars.
L'on a réciproquement exagéré la défertion
des troupes Impériales & de celles de
la République. 40 ſoldats du Régiment de
Naſſau-Veilbourg, écrit- on de Mastricht ,
ont quitté nos drapeaux dans l'eſpace d'un
mois ; & il nous eſt arrivé près de so Autrichiens.
Ainſi labalance eſt de 10 en notre
faveur.
M. le Comte de Maillebois ayant nommé
M. Cornabé , Major du régiment Wallon
de Grenier au ſervice de la République ,
pour fon Aide de Camp ; cet Oficier eft
parti pour Dunkerque , afin d'y prendre le
Comte & de l'amener à la Haye. On dis
qu'ils s'embarqueront là pour Fleſſingue ;
mais la glace formée par la derniere gelée
pourra bien retarder leur arrivée.
L'un des papiers périodiques publiés en
Hollande ; affirme que , divers papiers périodiques
, publiés en Hollande afſfurent qu'il
exiſte , & bien réellement une Correſpondance
entre le Duc de Brunswick & la Cour
Stathoudérienne , & qu'une téte couronnée a
averti l'Etat que le même Duc entretient
une Correſpondance illicite & fecrette à
Maſtric ht , & qu'il n'est question de rien moins
que de faire livrer par trahison cette place à
l'Empereur. L'inventeur , ou le copiſte de
fs
( 130 )
cette accufation eſt bienheureux que le mépris
des honnêtes gens pour les Feuilles publiques
, & la liberté qu'on leur laiſſe en
quelques pays d'outrager les droits les plus
reſpectables des Princes & des Citoyens , le
mettent à l'abri du châtiment que mériteroit
un pareil excès.
La preuve que le Gazetier donne de ſa
conſpiration , eſt que le Duc de Brunswick
aſſiſta deux heures en plein air à la revue des
Troupes Autrichiennes , à Aix la-Chapelle.
Les mêmes Editeurs de calomnies trouvent
abominable qu'un Général aufervice del'Empereur
ait reçu les civilités des Officiers Impériaux
; par égard pour la Hollande qui a
chaffé ce Prince , il auroit dû fermer ſa porte
àſes camarades de ſervice , qui lui rendoient
un hommage d'étiquette &de devoir ; enfin,
oneſt tourmenté de ne pouvoir l'expulfer
d'Aix- la Chapelle , comme des Provinces-
Unies , & l'on s'en conſole , en imprimant
des infamies.
Ces inculpations ont déja occaſionné la
réplique ſuivante inférée dans la Gazette de
Mastricht.
L'indigne Ecrivain d'un Papier pub'ic , nommé
Nede lansche Courant , dont le contenu licentieux
a déja excité depuis long -tems la ſurpriſe de
chacun , oſe hardiment placer-dans ſa Feuille calomnieuſe
, No. 29 , qu'une correſpondance ſecrette
entre des perſonnes de cette Ville , & le
Seigneur Duc de Brunswick , qui ſe trouve à
Aix- la - Chapelle , auroit lieu , tendant à trahir
( 131 )
la Ville de Maestricht, notre chere patrie , formant
indubitablement le rempart des Sept-Provinces
Unies .
Une marque certaine que ce calomniateur n'a
pointde connoiſſance des vrais ſentimens de nos
Bourgeois , comme étant Bourgeois moi-même
&ne balançant pas aufli un moment à répondre
pour la fidélité ſincere de nos braves Militaires ;
mais qu'il eſt d'idée qu'il y auroit auſſi parmi nous
detelles perſonnes infâmes qui , oubliant Dieu &
toutfentiment d'honneur , conſidéreroient comme
un jeu d'enfant de trahir leur Ville & Pays , &
mettre ainſi leurs propres poſſeſſions en feu &
flamme.
Pour inſtruire de nos ſentimens ce Calomniateur
, nous diſons que nous mettons notregloire
en ce qu'il ne ſe trouve parmi nous , aucune de
ces ames batſes qui cherchent à anticiper ſur le
jugement de leur légitime Souverain pour infulter
quelqu'un , ainſi que cela a lieu ailleurs : qu'il
ne ſe trouve ici perſonne , ou qu'il n'y eft connu
perſonne , qui entretienne une correſpondance
d'une fi horrible nature , dont la ſeule idée , &
bien plus encore l'expofition par-devant toute une
Nation , devroit faire frémir un homme d'honneur.
Que par conséquent , il feroit à fouhaiter
qu'un tel Ecrivain fût puni publiquement , &de
la manierela plus rigoureuſe, pour ſervir d'exemple
à ceux qui le ſuivent dans ſa maniere de vo
mir des horreurs , à moins qu'il ne prouvat ſes
injures.
Pour ne point entrer dans aucun détail , & démontrer
à l'Ecrivain par ſon propre Ecrit , o
qu'il eſt entiérement fou , ou guidé uniquement
par une paffion criminelle , ilſuffira uniquement
de répondre à les menſonges à la charge de nos
habitans , ſoit Bourgeois , ſoit Militaires , que
fo
( 132 )
nos finceres & purs ſouhaits ſont que le Souverain
garde cette Ville en ſa poffeffion, auffi
long-tems que la fidélité des Bourgeois & de
ceux à qui la défenſe en eſt confice , continueront
ày contribuer , & qu'alors on ne doute point
que Maestricht ne reſte éternellement la principale
frontiere de la patrie , & par conféquent un ſaluc
pour l'Etat , pendant que ſes habitans feront toujours
les Sujets les plus fideles que les Pays Bas
puiffent produire , &c . &c.
Le ſecond Placard des Etats de Hollande,
a été mis en pieces comme le premier ,notamment
à laHaye: au haut d'un des Exemplaires
affichés , on avoit écrit ces mots :
Placard à envoyer à Lisbonne pouryfigurer à
côté des Sentences rendues par l'Inquisition..
C'est ainſi que de part & d'autre , la fureur
de l'eſprit de pari ne reſpecte plus rien , ni
l'honneur des Particuliers & de l'Etat , ni la
décence , ni les loix , ni le Souverain . Ce qui
n'empêche pas que chacun ne cite fon patriotiſme
, ſa vertu , ſa liberté , &c. &c.
Comme l'on ſubſtituoit des médailles aux
drapeaux & aux rubans couleur d'Orange ,
les Etats de Hollande voulant profcrire tous
ces fignes de ralliement, ont rendu les de
ce mois , un nouveau Placard prohibitif de
ces médailles , de même nature que les précédens.
On a arrêté à laHaye un jeune hommede
17 ans , accuſé de répandre quelques Ecrits
féditieux. Un autre Citoyen, coupable d'avoir
fait meubler un de ſes appartemens couleur
d'orange , ayant été ſaiſi pareillement , un
i
1
( 133 )
Maçon a tenté de le délivrer , & ils ont été
enſemble conduits dans les priſons .
On aſſure que le Baron de Waffenaër fait
préparer ſes équipages pour retourner à
Vienne , en qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
L'on ignore encore le nom du
ſecond Député qui lui ſera adjoint.
Un tranſport de 60 recrues Suiſſes qui alloient
à Mastricht , ayant appris que des Huſſards de .
Wurmfer voltigeoient fur les environs , ne voulurent
point prendre la barque de Liège àMaftricht,
de peur qu'on ne les ſoupçonnat de crainte ,
ils ſe munirent d'armes & ſe mirent en chemin.
Les Huſſards ſe ſont contentés de reconnoître les
tranſports& les recrues , ſans les arrêter.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 16 Mars.
Les Etats de Brabant ſe ſont aſſemblés à
la demande expreſſe de Sa Majeſté ; le Chancelier
M. de Crumpipen a annoncé que
S. M. leur demandoit quatre millions de
florins de change , dont le remboursement
ſe fera ſur le pied dont on conviendra : après
que le Chancelier ſe fut retiré , les Etats ont
délibéré , & accordé la demande; ils ont
chargé leurs députés ordinaires de régter la
levée de cette fomme , & de s'arranger avec
le gouvernement pour l'hypotheque & le
rembourſement du capital.
Piufieurs comptoirscommencent à ſe ref
ſentir de la faillite de la Compagnie Afiati
(134)
que d'Anvers & de Trieste , qu'il ne faut
point confondre avec la Compagnie Impériale
de ce dernier port.
On dit qu'il eſt parti ces jours derniers ,
un Officier d'artillerie , avec 400,000 florins
pour acheter des poudres en Angleterre.
L'Empereur , à ce qu'on ajoute , lui a donné
des lettres de recommandation pour S. M. B.
Une Feuille Allemande donna un précis
de l'incident qui a occaſionné le démêlé actuel
entre la Hollande & la République de
Venife ; précis que nous rapporterons, parce
qu'à quelques inexactitudes près , il eſt entierement
conforme à la vérité.
<«L<e fils d'unGentilhomme indigent deBuda ,
fur les confins del'Albanie Vénitienne ,vivant dans
la Capitale des reſſources du jeu , imagina de ſe
faire appeller Comte de Zannowich , dans un tems
qu'il étoit déja trop connu. Viſitant ſous ce nom
pluſieurs pays étrangers pour faire fortune , on le
vit en 1772 paroître à Amſterdain , chez MM.
Chomel & Jordan , Négocians de cette Ville ; il
préſenta à ces MM. une Lettre de recommandation
de la partd'une bonne maiſonde Lyon , MM.Grenier
, Arles & Compagnie , qui , en écrivant à
MM. Chomel & Jordan , annonçoient le porteur
comme Noble Vénitien , Comte Zannowich ; ces
Lyonnois lui donnoient même le titre d'Excellence.
Les Négocians Chomel & Jordan , trompés
par les manieres ſéduiſantes de cet aventurier , ne
firent aucune difficulté de lui confier juſqu'à la
concurrence de 27000 ſtorins de Hollande , partie
en argent , partie en diamans. Il leur donna parcontre
une lettre-de- change ſur le Lord Lincoln ,
de la valeur de 3,500 ſequins , payables en trois
( 135 )
ans ; 9 à 10000 piaſtres en lettres-de change fue
Genes, avec des proteſtations ſacrées , qu'il leur
céderoit en totalité un de ſes Vaiſſeaux chargé de
vins , qui devoit ſans délai arriver au Texel. La
lettre ſur le Lord Lincoln , déclarée fauſſe a la
préſentation , fut renvoyée de Londres à Amſterdam,
accompagnée des particularités ſuivantes. En
1771 , Zannowich , ce joueur tant favorisé par la
fortune, avoit ſu gagner à Florence , chez Lambertini
, 28000 ſequins du Lord Lincoln . La Police ,
informée du fait , chaſſa Zannowich de la Ville ,
ne voulant pas avoir dans ſon ſein un homme auffi
habile. Il ſe retira : le Lord Lincoln le fatisfit cependant
avec des lettres-de-change ſur ſon Banquier
à Londres ; elles avoient déja été diſcomptées
par Zannowich. Le papier qu'il préſenta à MM.
Chomel & Jordan , n'étoit donc qu'une copie adroitement
imitée d'une des lettres-de change du
Lord , faifant la huitieme partie de la ſomme perdue
aujeu , &dont l'original ſe trouvoit déja entre
les mains des Banquiers Anglois. Les lettres fur
Genes n'eurent pas un meilleur fort. Elles revenoient
avec Protêt ; mais le Navire chargéde vins
n'arrivoit point. Son Excellence le Comte Chiud
Zannowich ſut , malgré cela , perfuader MM. Chomel
&Jordan que le meilleur parti qui lui reſtât à
prendre , feroit de retourner chez lui pour mettre
ordre à ſes affaires. Ces Négocians y confentirent
non ſeulement, mais ils lui procurerent des Lettres
de recommandation& laiſſerent partir cet impofteur
, qui ne manqua pas d'entretenir de tems en
tems par des lettres artificieuſes ces fentimens favorables
à fon égard. Zannowich ſe rendit à Naples,
il y forgea de nouveaux plans . Il fut gagner
toute la confiance & l'amitié de M. Cavalli , qui
étoit alors Réſident de laRépublique de Venise à la
( 136 )
Cour duRoi desDeux-Siciles. Dès qu'il crut avoir
gagnéla confiance illimitée de M. Cavalli , il lui
préſenta unjeune homme , ſous le nom de Nicolo
Peowich, qu'il fit paffer pour le chefde la maiſon
opulente de Nicolo Perwich , qui ſans contredit ,
étoit la plus florifſante de la Dalmatie , par le
grand commerce qu'elle exerçoirdans ces contrées.
Zannowich prouva au Réſident d'une façon évidente
, que par cette maiſon on pourroit très-avantageuſement
négocier enHollande , pourvu qu'on
fût en étatde lui procurer quelques bonnes connoiſſances
à Amsterdam. Peu de tems après , il
propoſa au Réſident la maiſon de commerce de
Chomel & Jordan , qui à la vérité n'étoit pas connue
à M. Cavalli; néanmoins , comme fur les recommandations
bien fortes deſon ami Zannowich ,
il avoit tant fait enfaveurde la maiſon de Peowich;
qued'ailleurs il ne defiroit rien plus ardemment
que d'étendre le commerce de ſa République ,
M. Cavalli ne fit aucune difficulté de recommander
la maiſon de Nicolo Peowich à MM. Chomel & Jordan.
Il ne ſedoutajamais que le prétendu Peowich
qu'on lui avoit préſenté, n'étoit qu'un frere cadet
de Zannoivich , nommé Steffano , que ce fourbe
avoit fupérieurement exercé à jouer ſon rôle en
qualité de Nicolo Peowich . M. Cavalli écrivit donc
àladite maiſon Hollandoise , le recommanda à elle,
&il ajouta dans la lettre : Qu'il connoiſſoit cette
maiſon ; les aſſurant, MM. Chomel & Jordan , qu'ils
pouvoient lui accorder toute leur confiance , parce que
la maison Nicolo Peowich la mériteit fi bien . Ceci
arriva en 1774. En recevant cette lettre de recommandation
, les Négocians Chomel & Jordan
furent charmés de pouvoir ouvrir une nouvelle
branche de commerce avec un Sujet de la République
de Venise. La premiere opération fut , que
( 137 )
Nicolo Peowich prit fur fon compte les dettes de
Zannowich. Celui la écrivit à MM. Chomel & Jordan
: Que le Comte Zannowich étoit retourne dans
Sa patrie , pour mettre ordre à ses affaires & pour
s'arranger avec fon pere. Qu'ils n'avoient donc qu'a
mettre furfon compte leurs prétentions à ſa charge.
Les Hollandois , contens d'éteindre ainfi d'une
maniere auffi fatisfaiſante leurs prétentions qu'ils
regardoient déja comme perdues , envoyerent à
Nicolo Peowich , ſur ſa demande , une quittance
générale concernant cette prétention ; après quoi
ils ne s'en embarrafferent plus.En attendant , les
affaires entre Nicolo Peowich d'un côté , Chomel
& Jordan de l'autre , commencerent à devenir
importantes. Les Hollandois attendeient un gros
Navire , appellé la Minerve, que l'on prétendoit
être en route, avec une très riche cargaiſon de la
part du prétendu Nicolo Peowich ; & fur leſquels
ils avoient fait aſſurer 150000 florins. Mais ce
Navire & toute fa cargaiſon étoient des choſes
auſſi idéales que la maiſon de Nicolo Peowich
même. Il falloit donc imaginer qu'il étoit péri
dans unnaufrage. Nicolo Peowich ne laiſſa pas de
prendredes arrangemens pour toucher les deniers
d'affurance . MM. Chomel & Jordan ſe donnerent
biendespeineesspourles recueillir ; mais les Affureurs
qui devoient payer , firent des difficultés.
Les documens produits pour conſtater la perte du
Navire , ne leur paroiſſoient pas fatisfaifans. Le
ruſé Zannowich avoit cependant pris des meſures
aſſez fines ; il avoit fait jouer plufieurs refforts
pourydonner le plus grand degré de probabilité.
Selon lui , ce Navire étoit entré , toujours accompagné
d'inconvéniens , dans différens Ports de
laTurquie. Il produifit réellement des preuves ſur .
l'existence du Navire & des effets qui s'y trou
( 138 )
voient chargés. Ces preuves , il ſut les acquérir
en partie de gens honnêtes qu'il ſéduiſoit , ou en
partie , en les fabriquant lui-même ; mais elles
ne purent fuffire. Le fourbe perdit enfin tout efpoir
de prouver l'existence , le chargement & la
perte de ceNavire : & même au commencement
de l'année 1776 , MM. Chomel & Jordan apprirent
que la maiſon de Nicolo Peowich étoit diſparue de
même. Ils y perdirent encore une ſomme de 6000
florins en eſpeces. Leur prétention , y compris les
27000 florinsdont Zannowich étoit encore redevable
, monta donc à 34000 florins , dont ils réclamerent
le paiement de M. Cavalli , qui étoit
alors Miniſtre à Milan. Ils lui manderent : Qu'il
étoit deſon devoirde les fatisfaire , vu que , fans recommandation
de ils neseferoientjamais liés
avecNicoloPeowich . M. Cavalli refuſa cependant
d'y acquiefcer , alléguant pour raiſon: Quefa recommandation
ne les avoit certainement pas dispensés
d'ufer des précautions requiſes & en particulier ufitées
parmi les Commerçans. Sur quoi les Hollandois repliquerent:
M. Cavalli , Résident de la République
deVenise, nous a aſſurés que la maison de Peowich
eſtſujette deſa République ; que cette maison exifte
réellement , qu'elle lui eft connue : Fauffetés , par lefquelles
il nous a trompés , en ſa qualité de Ministre ,
àqui nous prêtions une foi entiere. C'est à lui de nous
payer; & comme il refuſe de lefaire , c'est àfon Sou
verain de nous rendre justice .
Sa part ,
MM. Chomel & Jordan s'adreſſerent aux Etats-
Généraux pour requérir leur protection , & cette
Requête parut ſi juſte à L. H. P. , qu'elles la firent
parvenir au Sénat de Venise. »
L'Auteur Allemand de cet expoſé ſe
trompe ſur pluſieurs articles , & groffierei
( 139 )
ment, lorſqu'il appelle Zannowich ami de
M. Cavalli. Ce Réſident ne le connoiffoir
point , ne l'avoit jamais vu , ne lui donna
aucune lettre de crédit. Abuſé par ce fauffaire
& par fon aſſocié , il crut ce dernier un
✔éritable Peowich , & recommanda aux marchands
Hollandois , non pas le tourbe , mais
la maiſon de commerce dont il prenoit le
nom En cela , il ne paſſoit nullement les
régles de la prudence ; & il feroit bien extraordinaire
que l'envoyé d'une Puiſſance
fût ſolidaire de tous les fripons qui peuvent
ſurprendre ſa bonne -foi.
Au reſte, cette affaire n'eſt point terminée
: elle rencontre même de nouvelles difficultés
qui retarderont encore le retour de
T'harmonie entre les deux Républiques.
L'Electeur de Baviere a adreſſé la déclarationſuivante
au Gouvernement général de
la Haute & Bas-Baviere.
CHARLES-THÉODORE , Electeur , à ſes amés
&fideles ſujets . Nous nous sommes laiſſé repréſenter
votre humble remontrance fut le projet
d'un échange de ce pays qui devoit avoir été
conclu le 3 Janvier 1785 , entre la Cour de
Vienne&nous, Mais ce traité ſur lequel ſe ſont
trompées pluſieurs Feuilles publiques n'avoit
d'autre but que la ratification des frontieres de
ce pays & la ceſſion de quelques objets de peu
d'importance que nous avons cru devoir faire ,
pour obvier à toute difficulté ultérieure. Nous
vous en avons fait communiquer l'extrait le premier
de ce mois , pour tout ce qui concerne les
( 140 )
affaires du pays , & nous y joignons la préſente
déclaration pour votre tranquillité.
Munich , le 13 Février 1785 .
CHARLES- THEODORE.
Cette convention , à ce qu'on prétend ,
conſiſte en 15 articles dont le réfumé eſt ,
qu'en vertu du traité de Teſchen , le Danube
, l'Inn & la Salza formeront les limites
de la partiede la Baviere cédée à l'Autriche.
Les ifles , rivages , portions de terrein apartiendront,
felonqu'ils font ſitués à droite ou
à gauche , à la Baviere ou à l'Autriche. La
navigation ſur le fleuve ſera parfaitement libre;
il ne fera permis à aucune des deux
parties contractantes de détourner le cours
du fleuve , mais chacune pourra de ſon côté
y établir des moulins&fortifier le rivage.
Les ponts feront entretenus à frais com
muns, &c. ↑
Cette convention a été , dit-on, ſignée
au nom de l'Empereur , par le Commandeur
Baron de Lehrbach , & de la part de
Electeur par le Comte de Konigsfeldt , le
Baron de Vieregg , & le Baron de Kraitmar.
Articles divers tirés des Papiers Anglois& autres.
Depuis quelque temps il circuloitdans les Pays-Bas
quantitéde libelles , pamphlets & autres ouvrages
contreles moeurs.LeGouvernement , qui ne ſévit
qu'avec peine contre les citoyens , s'eſt enfin vu
dans la néceffité de détourner la ſource de tous
( 141 )
ses ouvrages licentieux qui auroient pu donner
aux autres nations une idée déſavantageuſe des
moeurs de notre pays. C'eſt d'après ces obſervations
que MM. les Fiſcaux ſe tont rendus chez
des Colporteurs ſoupçonnés depuis long-temps ;
&d'après viſite faite, ils en ont fait enfermer
trois dans les priſons criminelles de la porte
de Hal. Le ſort de ces malheureux eſt encore
incertain , on craint qu'il n'y ait punition
exemplaire.
En réponſe au manifeſte que le Chevalier
Foſcarini , envoyé de Venise , a fait paſſer aux
Miniſtres des différentes Cours , au ſujet de l'affaire
des ſieurs Chomel & Jourdan , le Baron
de Rideſel , Ambaſſadeur de S. M. Pruffienne ,
a remis à cet Envoyé une note par laquelle ce
Monarque engage la République à procéder
dans ce différend avec la prudence & la modération
qui lui ſont ordinaires , & à ne point
arrêter la premiere le cours des négociations.
Un Courier chargé de cette note eſt parti le 16
pour Veniſe. N..d'Allemagne nº 37 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1).
PARLEMENT DE PARIS , Ire. CHAMBRE DES
ENQUETES.-
Entre les ſieur & dame Grégoire , & la veuve
Garnier .
Les deux enfans Garnier , frere & foeur , étant
xeltés en bas âge avec le plus modique patrimoi
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eſt de 15 liv. par an, chez M. Mars , Avocat, rue
&Hôtel de Serpente,
( 142 )
ne; le fieurGarnier leur coufin Procureur- Ficcal
, ptit ſoin de leur enfance. Il ne jugea pas à
propos de faire faire un inventaire dont les frais
auroient été trop coûteux ; il prit ſeulement pour
eux, d'après l'avis des parens , des Lettres d'émancipation
d'âge , les fit entériner , dévint leur
Curateur aux Cauſes , adminiſtra leurs biens , en
employa le revenu à acquitter les charges & à
fournir à l'entretien & à la ſubſiſtance de ces deux
enfans , qu'il mit en apprentiſſage pour leur donner
un talent. -Ayant atteint leur vingt-un &
vingt-deuxieme années , ils paſſerent au fieurGar.
nier une déclaration , par laquelle ils reconnoif
ſent avoir reçu leur portion en meubles &effets ,
165 liv. en argent , & qu'une ſomme de 1500 &
quelques livres a été employée à payer leurs vës
temens , leur apprentiflage , & les réparations faites
à leurs biens: le tout ſuivant l'état qu'ils reconnoiſſent
leur en avoir été fourni & remis.-Trois
ans après , la fille étant mariée au ſieur Grégoire,
elle reconnoît avec lui , avoir retiré de la Dare
veuve du fieur Garnier , tous les titres & papiers
dont il étoit chargé , leſquels ont ſervi à former
le compte qu'il lui a rendu , duquel elle lui a
paſſé quittance , lequel compte ,diſent-ils , nous
approuvons pour en avoir pris une ample communication
, & déchargeons curierement ladite
veuve Garnier. Trois ans auparavant , en 1776 ,
le frere avoit déja paſſé la même déclaration au
fieur Garnier ſur la demande des ſieur & dame
Grégoire , contre la veuve Garnier , afin de reddition
d'un nouveau compte avec pieces juftificatives
, & de ferment , faute d'avoir fait inventaire;
Sentence du premier Juge qui les déboute
de leurs demandes.-Appel & Sentence en la
Duché -Pairie de Châtillon-fur-Sèvre , qui au
(143 )
contraire les leur adjuge pleinement. Appel en
Ja Cour. Arrét du 7 Août 1784 , qui infirme
Ja Sentence de la Duché-Pairie de Chatillon- fur-
Sèvre , déboute les Grégoires de leurs Lettres de
réciſion & de toutes leurs demandes , & les condamne
aux dépens.
Parlement de Paris , lere Chambre des Enquêtes.
Donation faite en Pays de Droit écrit , par une
Femme à l'Enfant dupremier lit defonMari.
Unedonation eſt faite par contrat de mariage ,
àune fille du premier lit , par ſa belle-mere,
concuremment avec ſon pere : cette donation
eft reconnue & avouée onéreuſe dans une tranfaction
ſur procès , paſſée depuis entre les donateurs
& ladonataire. La tranſaction s'exécute
pendant dix ans. Lepere meurt. Sa belle-mere
eſt-elle recevable à attaquer la donation & la
tranſaction ?-Tel eſt le début du Mémoire
imprimé des donataires. Il est impoffible , diſoitil,
de ne pas confirmer la Sentence de la Sénéchauffée
de Lyon , qui a déclaré la donatrice
non- recevable & mal fondée en ſes demandes
&Lettres de récifion . Cette Sentence , répoя-
doit-on , ne peut pas ſubſiſter , ſi on la rapproche
des faits &des principes de la Mortiere.-
Le 6 Juillet 1766 , contrat de mariage du fieur
de Chazel avec la demoiselle Dumoulin ; le
fieurDumoulin ſon pere,& la demoiselleGrange
ſa belle- mere , lui font une donation ( vaine de
la part du pere , puiſqu'il n'avoit rien ) , mais
très-réelle de la part de la demoiselle Grange.
Elle a donné ſon domaine du Paillet, qui étoit
pour elle un bien paraphernal , & qui a été vendu
( 144 )
26000 liv. la Terre de Villedieu , qui eſt un
objet de 6000 liv . de rente ; ſon mobilier , eſtimé
dans le contrat à 15000 liv . ſeulement , pour
échaperau poids du contrôle ; & toutes ſes autres
-créances , droits & actions : elle ne s'eſt réſervée
pour elle & pour ſon mari que l'ufufruit de
quelques objets modiques , lequel paſſera à ſon
mari , au cas qu'elle prédécede. Elle charge la
donataire d'acquitter les dettes des biens donnés ,
&celles même du ſieur Dumoulin . On ne ſti
pule point de droit de retour, au cas que les
donataires décedent ſans enfans ; & le ſieurDumoulin,
s'il leur ſurvivoit , avoit l'eſpoir de recueillir
ces mêmes biens à titre d'héritier légime
de ſa famille , & écartoit par-là , non- feulement
la donatrice , mais encore tous ſes parens.
-On concluoit de ces faits , que le fieur
Dumoulin trouvant tous ces avantagesdans cette
donation , c'étoit pour lui-même qu'il avoit
dépouillé ſa femme de toute ſa fortune , que ne
pouvaanntt ſe la faire donner directement , ſoit à
cauſe de la prohibition faite aux conjoints de
s'avantagerpendant le mariage , ſoit parce qu'il
craignoit que la donatrice ne vviitnt à revoquer
ſes libéralités , il l'avoit fait indirectement par
l'interpofition de ſa fille du premier lit , eſpérant
par-là mettre la donation à l'abri de la prohibition
ou de la révocation. Arrêt du 6 Juillez
1784 qui confirme la Sentence de la Sénéchauffée
de Lyon , entérine les Lettres de refcifion
priſes contre ladonation & la transaction ,
&condamne les ſiew & dame de Chazel à délaiſſer
à la demoitelle Grangé les biens compris
⚫en la donation avecreſtitution des fruits depuis
lademande.
(
MERCURE
1)
DE FRANCE. 1
SAMEDI 26 MARS 1785.24
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE
LE ZEPHYR ET L'AQUILON,
FOIBLE
Fable.
1 درا
OIBLE rival de ma puiſſance , 101
Dit un jour à Zéphyr l'Aquilon en fureur ,
Oles - tu braver ma préſence?
<Ne crains - tu rien de mon'pouvoir vengeur ?
Vois ces rians jardins , ces fleurs , cette verdure
Tous ces objets brillans que je puis immoter
Je n'ai qu'à le vouloir , & tout va s'écrouler ;
Je puis , juſqu'en ſes flancs , ébranler la nature.
Qui , répondit Zéphyr , ton ſouffle eſt deſtructeur
Je le ſais ; mais le mien eſt doux & créateur.
Tu fais mourir la roſe à qui j'ai donné l'être ;
Elle tombe aufſi-tôt que tu viens à paroître.
Nº. 13 , 26 Mars 1785 . G
,
146 MERCURE
Mais,dis-moi , tout cebruit , effet de ton courroux ;
Te produit - il un prix bien doux ?
Par- tout on me chérit , & par-tout on t'abhore.
On te traite en tyran fanguinaire & jaloux,
It l'on encenſe en moi le protecteur de Flore.
PRINCES,n'imitez point les ravages affreux :
Qu'exerce d'Aquilon le ſouffle impétueux !
Du paiſible Zéphyr écoutez le langage :
Bienfaiſant , généreux , qu'il ſoit ſeul votre image.
(ParM. Langeronfils , du Musée de Paris.)
CONTE.....
Pour fes hauts faits , certain voleur
Étoit conduit à la potence:
Un Cordelier , grand Directeur ,
L'exhortoit à réfipifcence ;
-Amandez vous , mon fils , c'eſt l'inſtant deprier ,
De recourir à Diew , votre unique eſpérance ;
Demandez lui pardon de ce mauvais métier..
-Mauvais , dit le voleur ! .... ah ! quelle erreur ,
mon père !
Il étoit excellent , ſi l'on m'eût laiſſé faire.
..
DE FRANCE.
ROMANCE.
Paroles deMadame DUFRESNOÝ , muſique
de M. POUTEAU , Organiſte & Maitre
de Clavecin.
Amorofo.
2
CLOÉ re-ve- noit du vil - la- ge , Non
fans rê-ver pro-fon - dé- ment , Au beau
3
Mir- til , à ſon hom- ma- ge , A
fon amour , à fon fer - ment;
El- ledi- foit: Quand on fait plaire ,
Pourquoi faut-il ne pas ai- mer , Et fuir
4
Giij
148 MERCURE
*
3
3
u- ne chaî ne lé
ge- re
Qu'il ſeroit doux de par- ta- ger ? qu'il ſe -roit
3.
Fin.
Min.
doux de par-ta- ger ?
Mir - til , qui
la fui-voit fans cef- ſe , En-tendit ſes voeux
ſes ſou - pirs ; Quoi ! lui dit - il avec
ten-dre- ffe , Tu ré-pon - dois à mes
de firs ? C'en est trop , ai ma- ble Ber-
1ge- re; Au- re- fois je vou- loismouDE
FRANCE.
149
rir: Mais fi ma pei- ne fut a- me- re ,
R
J'en ſuis pa- yé par le plai - fir , j'en
ſuis pa-yé , j'en ſuis pa yé par le
plai - fir.
RÉPONSES A LA QUESTION :
Si la beauté est un avantage pour les
Femmes , ou fi elle est un obstacle à leur
bonheur.
!
SELON moi ,
I.
laNature avec égalité
Detous ſes dons fait le partage.
Euphroſine de la beauté
Poſsède le rare avantage;
Mais ſon coeur agité de violens deſirs ,
Jamais du vrai bonheur nepeutgoûter les charmes.
Giv
150
MERCURE
Liſe, moins belle , a bien moins de plaifirs ;
Mais en retour elle a bien moins d'alarmes.
II.
(Par M. H..... )
:
Je te l'ai dit ſouvent , ô toi qui m'es ſi chère !
Ce n'eft qu'au charme ſeul d'un heureux caractère
Qu'une femme doit ſon bonheur.
La roſe & ta beauté font une même fleur ;
Climène , un ſeul printems cette fleur peut me plaire ;
Mais j'aimerai toujours les vertus de ton coeur.
(ParM. Cabarrus. )
III.
Labeauté n'eſt qu'un don trompeur ;
Etbien loin d'être un avantage ,
C'eſt une épine ſous la fleur
Qui pique en en faiſant uſage.
Que ce préſent eft dangereux
Pour un ſexe aimable & timide
Qui craintde rendre,malheureux
Celui qui ſouvent eft perfide ! 1000
Par Mine Dufrenoy. )
IV. :
J'ÉTOIS jolie , & n'avois que quinze ans;
Pour m'obtenir chacun m'offroitun tendre hommages
Un mal affreux en un momcat
Changea les traits de mon viſage
Je n'étois plus jolie , & n'avois plus d'amans.
DE
ISI
FRANCE.
Un ſeul pourtant à ſes feux fut fidèle ;
En lui donnant ma main je lui donnai mon coeur ,
Et je vis fort bien qu'être belle
N'eſt pas toujours le vrai bonheur .
La beauté paſſe , Amour fuit avec elle.
1
Que reſte-t'il ? ..... Hélas ! ..... tout , s'il vous reſte un
coeur.
(Par une Dame. )
V.
On regrette toute la vie
Les agrémens qu'on a perdus ;
Le ſouvenir d'avoir été jolie
Ne conſole point Émilie
Du chagrin de ne l'être plus .
VI.
i
PAR- TOUT de la beauté le pouvoir eſt vainqueur ;
Mais trop ſouvent le fort , attriſtant cet honneur ,
Ternit ſa gloire & trouble ſon empire.
Une laide aisément peut régner ſur un cooeur;
Or un amant ſuffit à ſon bonheur ;
Vingt rivaux pourroient le détruire.
Giij
152 MERCURE
:
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Biſbille ; celui
de l'énigme eſt Science ; celui du Logogryphe
eſt Langue , où l'on trouve un ,
élu, gaule, alun, glue, aulne,gla, élun , égal,
angle , age , nuage, lune & Ange.
CHARADE.
A Mlle DE , ... qui s'y reconnoîtra.
Q
13
u I n'a que mon premier ne peut faire grand
fête ;
Mon ſecond dépeint bien une âme fatisfaite.
Que chez toi , belle Églé, mon tout eſt gracieux!
Qu'il acharméde fois & mon coeur & mes yeux !
J
1.
ÉNIGME.
E fuis un édifice avec art inventé ,
Que l'on conftruit de diverſe manière ,
Pour la forme & pour la matière ;
Et qui moins qu'en hiver eſt d'uſage en éré.
DE FRANCE. 153
Outre mon huis , ſouvent j'ai plus d'une fenêtre ;
Mais ce n'eſt pas pour le bien-être
Des objets par leſquels on me voit habité ;
Au contraire , en rendant ſervice ,
Ils font chez moi condamnés au ſupplice :
Un ennemi puiſſant bientôt les ydétruit ;
Et c'eſt communément la nuit.
( Par M. N .... d'Arras . )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
E ſuis un être monstrueux ,
Inventé par le cerveau creux
Des ſuppôts du Dieu de la lyre ,
Que mainte femme , en ſon délire ,
Prend plaifir à réaliſer ;
Non que jamais dans la nature
On ait vu wa laide figure ;
Mais ſous des traits charmans je ſais me déguiſer.
Onc il ne fut de fait moins apocryphe.
En faut -il des témoins ? il en eſt à foiſon ;
Conſultez les maris qui tombent ſous ma griffe.
Dans les fix pieds qui compoſent mon nom ,
;
Lecteur , vous trouverez ſans peine
Un fanal , dans la nuit , utile au nautonnier ;
Un oiſeau très-jaſeur ; le tuyau nourricier
Qui du froment contient la graine :
Gv
154
MERCURE
Ce que le débiteur , hors d'état de payer ,
Obtient ſouvent contre ſon créancier ;
La veille du jour où nous ſommes ;
Un poiffonde mer excellent ;
Une des plus brillantes pommes ;
Cedont on environne un champ :
Bref, un inftrument de muſique.
Suis-je au bout de ma thétorique ?
Non , car je ſuis d'un ſexe à ne jamais finir ;
Mais par de longs diſcours je crains de me trahir.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PIECES intéreſſantes & peu connues , pour
fervir à l'Histoire & à la Littérature. 3
Vol. in- 12. A Bruxelles , & se trouvent
à Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi, Quai des Augustins.
ONN peut affurer que ce Recueil réunit
tout ce qui peut donner du prix à un Ouvrage
de ce genre. Il exigeoit un homme
également verſé dans la Politique & dans
les Lettres ; & l'Editeur , fous ce double
aſpect, ne laiſſe rien à deſirer. Eftimé luimême
par différentes productions , il a vécu
avecles plus célèbres Littérateurs du tems ; &
par un choix que le fuccès a julifié , s'étant
trouvé chargé de pluſieurs affaires publi
DE FRANCE.
159
ques , il a eu des rapports &des liaiſons
avec des perſonnes qui ont leplus influé ſur
les événemens & ſur l'hiſtoire de nos jours.
Auffi ce Recueil eſt-il riche en morceaux
précieux , & qui juſtifient pleinement le
titre de Pièces intéreſſantes & peu connues.
D'après cela on ſera moins ſurpris que
le premier Volume , qui avoit paru ſéparément
, ait eu un débit des plus rapides ,
quoiqu'imprimé à très-grand nombre. II
a été réimprimé avec le ſecond & le troiſième
, qui ne ſont ni moins foignés ni
moins piquans.
On ſent juſqu'où pourroit s'étendre l'extrait
d'une pareille collection , dont prefque
toutes les pièces font faites pour intéreſſer
plus ou moins les différens goûts ;
mais les bornes qui nous font preſcrites ,
ne nous permettent point de céder au defir
d'en donner une connoiffance très-détaillée.
Nous nous contenterons de citer un ou
deux morceaux de chacun des trois Volumes
, & ils ſuffiront pour juſtifier le
fuccès de ce Recueil .
On lit avec autant d'intérêt que de plaifir
, à l'ouverture du premier Volume , les
pièces originales concernant l'affaire du
brave , mais un peu trop paladin , le Comte
de Bonneval , qui , par les ſuites de cetre
aventure , s'eſt vu forcé de ſe réfugier en
Turquie , & d'y prendre le turban. Les Lettres
que notre célèbre J. B. Rouffeau a écrises
à ce ſujet , & que l'Edueur a en le
Gvj
156
MERCURE
bonheur de ſe procurer à Bruxelles , rendent
plus agréable encore le récit de cet
étrange événement.
Vient enſuite le Mémorial de Duclos
Secrétaire de l'Académie Françoiſe , &Hiltoriographe
de France ; ce manufcrit avoit
été confié à l'amitié , & contient différentes
anecdotes , recueillies avec autant de goût
que de choix , & relatives à l'Hiftoire de
France . Parmi ces anecdotes ſe trouve l'Hiftoire
intéreſſante de l'Epouſe du fils du Czar
Pierre le-Grand ; cette Hiſtoire , à cauſe de
fon air romaneſque , eſt révoquée en doute
par pluſieurs perſonnes; mais elle eft atteſtée
par d'autres qui ont connu cette malheureuſe
Princeſſe , tant à Bruxelles qu'à
Paris. Nous regrettons que ſon étendue ne
nous permette pas de la rapporter ici en
entier ; nous allons en abréger le récit ,
afin de ne pas en priver tout-à-fait nos
Lecteurs.
La femme du Czarovitz Alexis, fils de Pierre
I , Czar de Moſcovie , étoit ſi détestée de
fon mari , que ce dernier eſſaya pluſieurs
foisde l'empoiſonner. Un jour , quoiqu'elle
fur groffe de huit mois , il lui donna un
fi grand coup de pied dansle ventre , qu'elle
tomba noyée dans ſon ſang. Le Czarovitz
la croyant morte , comme ceux qui l'environnoient
, ſe retira dans une campagne
, en ordonnant ſes obsèques ; mais
la Comreſſe de Coniſmark , mère du Maréchal
de Saxe , trouva moyen de la ſau-
A
DE FRANCE.
157
ver ; elle reçut l'enfant mort dont elle accoucha
, prit ſoin d'elle , gagna ſes femmes
-de-chambre , & la fit évader. » On
» dépêcha des Couriers au Czar & dans
>> toutes les Cours , & l'Europe prit le
ود deuil d'une buche qu'on avoit enterrée.»
Cette malheureuſe Princeſſe , munie de
quelques pierreries & de l'or que la Comteſſelui
procura , vint à Paris , ſous la conduite
d'un vieux domeſtique Allemand
dont elle ſe diſoit la fille. Dela , s'étant
embarquée pour la Louiſiane , elle y fut reconnue
par un Officier de la Colonie ,
nommé Dauband, qui avoit été à la Cour de
Ruffie , & qui , ayant appris par les gazertes
la mort du Czarovitz , propoſa à ſa veuve
de l'y ramener; mais contente d'une habitation
qu'elle s'étoit montée , elle préféra
ſon obſcurité tranquille aux orages
d'une mer où elle avoit fait un ſi cruel
naufrage. L'ainour y contribua peut - être
encore plus qu'une ſage philofophie. L'Offiicier
, avec qui des intérêts de commerce
l'avoit liée d'abord , étoit jeune , aimable ;
il devint amoureux , fut plaire ; & après la
mort du domeſtique , qui paffoit pour le
père de la Princeſſe , il ſe propoſa & fut
accepté pour époux. Ainſi » celle qui étoit
deſtinée à régner en Ruſſie , & dont la
foeur régnoit à Vienne, devint la femme
d'un fimple Officier d'Infanterie. Elle en
>> eut , dès la première année de ſon ma-
>> riage , une fille, qu'elle nourrit elle-même ,
"
»
"
158 MEROURET
>>qu'elle éleva , & à qui elle enſeigna le
> françois & l'allemand. »
Dix ans après , Dauband, pour ſa ſanté,
étant venu avec elle à Paris, sollicita auprès
de la Compagnie des Indes , & obtint la
Majorité de l'Iſle deBourbon. Les deux époux
vivoient toujours dans l'union la plus touchante.
Pendant leur fejour à Paris , la Princelſe
cauſantun jour avec ſa fille ſur un des
bancs des Tuileries , le Maréchal de Saxe, qui
vint à paffer par haſard, les ayant entendu
parler ruffe , s'arrêta tout d'un coup ; la
mère , qui le reconnut , parut ſi embarrafſée
, qu'il s'écria , quoi , Madame ! feroitil
poffible ? ... Elle ne le laiſſa point achever,
ſe leva , & le tirant à l'écart , lui avoua
ce qu'elle étoit , & lui promit de lui raconter
ſon hiſtoire , un jour qu'elle lui indiqua.
Le Maréchal s'étant rendu au lieu &
le jour indiqués , apprit qu'elle étoit partie
deux jours auparavant avec ſon mati , qui
avoit obtenu la Majorité de l'Iſle de Bourbon.
Le Maréchal crut devoir en parler au
Roi , qui fit écrire au Gouverneur de l'Iſle ,
pour lui ordonner d'avoir les plus grands
égards pourM. Dauband. La Reine de Hongrie
,que le Roi avoit informée auffi de
cette aventure , écrivit à la Princeffe pour
l'inviter à venir auprès d'elle, mais en ſe ſéparantde
fonmari&de ſa fille, dont on promettoit
d'avoir ſoin. Aimant mieux être épouſe
& mère que Princeffe , elle ne voulut jamais
quitter ſon mari , qui mourut en 1747.
DE FRANCE. 159
Ayant perdu auſſi ſa fille , elle revint àParis;
& en 1772 , elle vivoit à Vitry , ſous
le non de Madame de Moldack.
Nous nous contenterons d'indiquer l'Hiftoire
fingulière du fameux Abbé deVatteville,
page 190, pour dire un mot de Fouquet de la
Varenne , qui d'abord avoit été garçon de
cuiſine chez Catherine , Ducheffe de Bar ,
ſoeur de Henri IV. Ce Prince , qui avoit
reconnu fon intelligence , l'avoit chargé de
quelques négociations galantes , & il fit en
peu de tems une telle fortune , que la Ducheſſe
lui dit : tu as plus gagné à porter. les
poulets de mon frere qu'à piquer les miens.
Dans l'intéreſſantDiſcours de Louis XIV
mourant , à Monſeigneur le Dauphin , on
a omis quelques détails, tel que celui - ci ,
qu'il eſt bon de rapporter pour la gloire
de ce Monarque. Duclos , qui a tenu le manuſcrit
de ce Diſcours , a cru devoir citer
ce qu'on va lire; il s'agit des Proteſtans :
>> Il me femble , mon fils , que ceux qui
>> vouloient employer des remèdes extiê-
> mes & violens , ne connoiffoient pas la
> nature de ce mal, caufé en partie par la
>> chaleur deseſprits , qu'il faut laiffer paffer
»& s'éteindre infenfiblement , plutôt que
> de la rallumer de nouveau par une forte
>> contradiction , fur-tout quand la corrup-
>> tion n'eſt pas bornée à un petit nombre
>> connu , mais répandue dans toutes les pax-
* ties de l'Etat ............
160 MERCURE
On verra auſſi avec plaiſir , dans le même
Volume , l'Hiſtoire de la converſion de Mademoiselle
Gautier , Comédienne , morte
Carmélite. Mais ce qu'on ne lira point ſans
attendriſſement , c'eſt le récit des premières
couches de Marie de Médicis , par ſa ſagefemme
: on y voit le brave & le bon koi
Henri IV , déployant toute la gaité de fon
caractère & la ſenſibilité de ſon ame.
Un morceau vraiment curieux encore ,
c'eſt une Lettre de Marie Stuart à la Reine
Elisabeth , contenant nombre d'anecdotes
très fingulières ſur la vie privée de cette
Reine d'Angleterre; & le ſecond Volume
s'ouvre par des piècesfingulières & intéreffantes,
relatives à la mort de Marie Stuart , &
qui , même en fourniſſant une plus forte
conviction de ſon crime , intéreſſeroient
toujours vivement à ſes malheurs & à fon
courage.
C'eſt après de pareilles aventures , que le
Lecteur eft agréablement conſolé par des
faillies ou des anecdotes plaifantes. Aufſi
eft- ce avec plaiſir , qu'après avoir pleuré la
mort de Marie , on fait gré à l'Editeur de
nous apprendre que l'Abbé de Pompadour ,
mort en 1710 , payoit un Laquais pour dire
SonBréviaire. : :
On trouve ſouvent dans ce Recueil des
traits de moeurs & de coftume, utiles à ceux
qui veulent écrire l'Hiſtoire ou en acquérir
une connoiffance détaillée. Voici une éti-
1
DE FRANCE. 161
quette de Cour concernant la table , étiquette
qui peut étonner , vu que la date du
temps où elle exiſtoir n'eſt pas très éloignée :
c'eſt ſous LouisXIV. " Dans ce temps là on
ود étoit toujours couvert à table: c'eût été
" un air de familiarité d'en ufer autrement.
» Le Dauphin même y gardoit ſon chapeau
devant le Roi , qui ſeul quittoit le ſien. » ود
Les détails que renferme ce Volume ſur
PhilippeV, Roid'Eſpagne, ſont très - curieux ;
& nous regrettons de ne pouvoir rapporter
ici un fragment d'une lettre du Régent ,
adreſſée à ce même Monarque : elle eft remarquable
, & par les choses qu'elle renferme
, & par la manière dont elle eſt
écrite.
1
L'anecdote de Mylord Stairs laiſſe au Leeteur
une impreſſion auffi fingulière que profonde.
Appelé à un rendez-vous très-myftérieux
, dont le réſultat pouvoit être également
ou une aventure galante , ou une affaire
périlleuſe , Lord Stairs ſe laiffe conduire
" dans une rue preſque déſerte , où fon
>> conducteur s'arrêtant à la porte d'une
» vieille & petite maiſon , l'ouvre , lui
montre un eſcalier , lui dit : ود
montez ,
>>>Milord , & ferme la porte fur lui . »
L'intrépide Lord , tenant ſon épée d'une
main & de l'autre un piſtolet , arrive dans
une chambre fort triſtement meublée , &
éclairée par une eſpèce de lampe ſépulcrale.
Là , il voit dans un lit , dont on le
162 MERCURE
prie d'ouvrir les rideaux , un vieillard, une
eſpèce de fantôme effrayant. On s'intéreſſe
comme lui , au récit de ce vieillard , qui lui
remet des papiers que l'on croyoit perdus ,
les titres de pluſieurs terres dont on avoit
fait des ventes fimulées.Enfin ce bienfaiteur
inconnu de Milord Stairs , ſe trouve fon
biſayeul , qu'on croyoit mort depuis longues
années , & qui lui parle avec la tendreſſe la
plus affectueufe. En liſant ce récit , on partage
la ſurpriſe & la reconnoiſſance du Lord,
&on defireſavoir l'hiſtoire du Vieillard ; on
n'en apprendque ledénouement,&cc'eſtavec
un fremiſſement involontaire. Le motif qui
l'avoit forcé à cacher ſa vie , dont la durée
étoit juſques làde cent quatorze ans, c'eſt une
vengeance auffi nouvelle que terrible , qu'il
avoit tirée du Roi Charles premier, qui avoit
ſéduit&rendu malheureuſe une de ſes parentes.
Il faut entendre le Vieillard lui - même :
>> devous dire aujourd'hui, Milord, par quels
> moyens aufli recherchés que périlleux , ma
>> fureur contre ce Prince ,àpartir de ce fatal
>> moment , toujours également la même ,
>> eft enfin parvenue à remplir ma vengeance
»& mon execrable ferment , ainſi que les
>> événemens qu'ont produit les remords ,
> dont men crime ne tarda pas d'être ſuivi;
>> tous ces détails , dans l'état où vous m'avez
font maintenant trop douloureux
>>pour être rappelés. Qu'il vous fuffiſe au-
>>jourd'huide ſavoir,pour m'abhorrer autant
vu ,
DE FRANCE. 163
» queje m'abhorre moi-même,que l'exécuteur
>>du Roi Charles premier , qui ne parut fur
>>l'échafaud que ſous un maſque , n'étoit
>>autre en effet que ..... votre indigne &
>>trop coupable biſayeul , Sir Georges
>> Stairs. >>
Hâtons - nous de détruire l'impreffion de
cette horrible anecdote , par un trait d'un
intérêt different. " Henri , ſecond du nom ,
» étant à Regensberg ou Ratisbonne , & y
ود faiſantune partie de chaſſe , invita Babon,
>> Comte d'Aremberg , à s'y trouver , mais
>> fans aucune fuite. Celui-ci avoit, de deux
>> femmes qu'il avoit épousées , huit filles
>>>vivantes , & trente deux garçons bien
• faits , & en âge de rendre quelques fer-
> vices à cet Empereur. Croyant devoir pro-
> firer de cette occafion , & ayant bien
> équipé ſes trente- deux fils , avecun domeſ
>>rique pour chacun , fort bien montés , il
» les mena au rendez- vous convenu pour la
chaſſe. Henri, ſurpris de l'arrivée de ces
>> ſoixante- quatre cavaliers , appela Babon ,
» & lui dit : qu'eſt - ce donc que tout ce
>> monde , Babon ? ne vous avois-je pas prié
>> de venir ſeul ? - Seigneur c'eſt à
» quoi je me ſuis conformé,&je n'ai pris
>> pour m'accompagner , qu'un ſeul domef-
>> tique.- Qui ſont donc ces gens dont je
>> vous vois ſervi?-Ce ſont mes trente-
ود
,
deux fils accompagnés de chacun un
>> valet , & qui ne veulent vivre que pour
164 MERCURE
» vous fervir , ainſi qu'a fait leur père. J'ai peu
» de bien pour les élever convenablement à
>>leur qualité; & j'ai cru que Votre Ma-
" jeſté pourroit leur en faire. Je puis même
>> affurer qu'ils font heureuſement nés, di-
- gnes, en un mot, du ſang & de la répu-
» tation de leurs ancêtres ;& fi vous trouvez
" digne de vous le préſent que j'oſe vous en
>> faire , vous pouvez le regarder , à parsir
>> de cet inſtant , comme le propre bien de
» Votre Majefté.
>>Henri agréa avec plaifir l'offre du bon
>> vieillard, donna de l'emploi à tous les frè-
>> res , s'en trouva bien , & nombre d'illuf-
>> tres familles d'Allemagne ſe font hon-
>> neur aujourd'hui de tirer leur origine de
" ce Comte Babon. »
L'étendue que nous avons déjà donnée à
cet article , nous force à nous reftreindre
pour le troiſième volume. Pour ſuivre l'efprit
de l'Editeur, qui a ſu mélanger ces piè
ces avec une variété , qui en fait reffortir
l'intérêt , citons huit vers , qu'on lira fans
doute avec plaifir :
:
RÉPONSE d'un Grenadier , à M. le Comte
D'ESTAING , àſon retour d'Amérique.
A
Qui décore ainſi ma ported ....
Otez,braves Grenadiers ,
Que trop loin le zèle emporte ,
Otez-vîte ces lauriers .
DE FRANCE. 165
-Duffiez- vous , grand Capitaine,
Ne point parler à des ſourds ;
Parbleu , ce n'eſt pas la peine,
Ils repoufferont toujours.
:
Ces vers ſont ſans doute de M. D. L. Pl.
lui-même , qui en ainſeré beaucoup d'autres
auſſi agréables.
د
Ce n'eſt pas une anecdote des moins piquantes
que celle concernant Garrick
fameux Comédien Anglois , & Hogarth ,
premier Peintre du Roi d'Angleterre. Nous
allons en donner une idée.
Hogarth , ami intime de Fielding , ne
pouvoit ſe conſoler de l'avoir laiſſé mourir ,
fans avoir fait ſon portrait. Un jour étant
occupé à peindre , il entend comme une
voix ſépulchrale ſortant de ſon ſallon , qui
lui crie : Hogarth , viens me peindre. Hogarth
, frappé de cette voix, ne croyant pas
aux revenans , voulut continuer ſon travail ;
mais la même voix s'étant fait entendre , il
ouvre la porte de ſon ſallon , & il recule
d'effroi , croyant en effet reconnoître Fielding
qui lui dit : ne crainds rien , mon ami ;
& hâte-toi de faifir mes traits. Je n'ai qu'un
quart-d'heure à te donner.
Hogarth fait ſon eſquiſſe , le fantôme s'en
va ; le Peintre n'oſe parler de ſon aventure ,
de peur qu'on n'en rie ; mais l'eſquiffe expofée
eſt reconnue ,& jugée parfaitement refſemblante.
1
On ne devineroit jamais le noeud de cette
166 MERCURE
aventure. C'étoit le célèbre Garrick , qui
avoit pris la figure & la voix de Fielding ,
pour en faire faire le portrait par ſon ami
Hogarth .
Nous ne dirons rien de pluſieurs morceaux
auſſi piquans , renfermés dans ce
même volume , tels que la reſſuſcitée , quelques
anecdotes de Pierre de la Place , premier
Préſident à la Cour des Aides de Paris ,
l'un des ancêtres de l'Edireur , &c. &c. &c.
Non-ſeulement ce recueil eſt riche par les
morceaux qui le compoſent; mais l'ordre
ou l'art avec lequel les matériaux ſont employés
, en rend la lecture plus piquante , &
fait defirer le quatrième volume qui eſt ſous
preffe.
;
i
3
PRINCIPESgénéraux de Belles-Lettres , par
M. Domairon , Profeſſeur Royal desBel
les-Lettres à l'École Militaire ,de l'Academie
deBéziers.AParis , chez Laporte
Imprimeur- Libraire ,rue des Noyers. 2vola
in-12. Prix liv br. 6 liv. reliés.
:
را
Nous étions riches en Ouvrages didactiques
dans le genre littéraire ; mais nous n'en
avions aucun qui renfermât autant d'objets
que celui-ci ; & nous en avons peu
où ces objets ſoient ſi bien préſentés. Cet
Ouvrage eſt le recueil des leçons que M.
Domairon dictoit aux Cadets Gentilshommes
de l'Ecole Royale Militaire. Il l'a rendu
DE FRANCE. 167
public , parce que , dit-il , on a jugé qu'un
des moyens d'accélérer leurs progrès , feroit
de le leur mettre entre les mains , imprimé
; & que , d'un autre côté , des Gens
de Lettres ont penſé que les jeunes gens ,
& même les perſonnes dont l'éducation
a été négligée , pourroient en retirer quelque
avantage. Nous ne doutons nullement
qu'il ne ſoit en effet de la plus grande
utilité pour les uns & pour les autres. Le
grand nombre des objets , tous effentiels
à connoître , l'ordre & l'enchaînement des
matières , la précifion & la netteté du ſtyle ,
les divers tons que l'Auteur fait prendre
felon les ſujets qu'il traite , les preuves
qu'il donne par-tout d'un goût ſain & d'une
critique éclairée , en un mot l'enſemble&
les détails de l'Ouvrage , lui méritent, de
la part du public , l'accueil le plus favorable.
Les Belles-Lettres comprennent la grammaire
, la rhétorique & la poétique , c'eſtà
dire, l'étude des principes néceſſaires pour
bien écrire en notre langue , & celle des
regles des divers gentes de Littérature , ſoit
en proſe , ſoit en vers. C'eſt de ce point
que part M. Domairon, pour diviſer ſon
Ouvrage en deux parties. Dans la première
, il traite de l'art de bien écrire ,
&dans la ſeconde , des productions litréraires.
Nous n'écrivons , dit-il , que pour
>> communiquer aux autres nos penfees;
>> mais en écrivant nous defirons toujours
1
168 MERCURE
" que nos Lecteurs les ſaiſiſſent& les conçoivent
parfaitement. Il faut donc que
> nous exprimions nos penſées avec préci-
>> fion , avec exactitude , & par confequent
que nous nous attachions à écrire cor-
» rectement. Nous ſommes charmés qu'on
» éprouve un certain plaiſir en nous li-
» ſant. Il faut donc que nous exprimions
>> nos penſées avec grace , avec élégance ,
» & par conféquent que nous nous attachions
à écrire agréablement. Nous nous
propofons bien ſouvent de toucher &
>> de perfuader ceux qui nous liſent. Il
>> faut donc que nous exprimions nos pen-
>>ſées avec chaleur , avec vehemence , &
ود
20
par conféquent que nous nous attachions
à écrire pathétiquement. La première ma-
>> nière fatisfait la raiſon : elle ſuppoſe une
connoiffance des principes de la grammaire.
La ſeconde flatte l'imagination :
" elle ſuppoſe une connoiſſance de cette
» partie de la rhétorique , qu'on appelle
>> élocution. La troiſième maîtriſe l'ame :
>> elle ſuppoſe une connoiſſance du pathé-
» tique & de l'éloquence ".
Après cette expoſition lumineuſe& raiſonnée
du plan de la première partie,
l'Auteur développe les principes relatifs à
ces trois manières d'écrire. Une étude ſérieuſe
& réfléchie des règles de notre langue
, nous eft abfolument néceſſaire pour
écrire correctement. On ne peut faifir &
comprendre ces règles , ſans connoître la
nature
DE FRANCE: 169
nature des mots qu'on emploie , & leur
arrangement dans le diſcours. Tout ce qui
tient à ces deux objets , l'Auteur l'explique
avec autant de méthode que de préciſion ,
fans riendire de ſuperflu , ſans rien omettre
d'eſſentiel.
Ecrire agréablement , ſuivant M. Domairon
, c'eſt flatter l'oreille & l'eſprit par les
charmes d'une belle élocution , c'est-à-dire ,
par les ornemens dont on embellit ſes penfées.
Il rapporte tout ce qu'il ya d'eſſentiel
à dire ſur cette partie de la rhétorique
, à deux objets principaux , qui font
le ſtyle & ſes différentes eſpèces. Après
avoir défini le ſtyle, il explique la nature
& les qualités des penſées; celles qui ont
un caractère propre ou des agrémens particuliers
, & celles qui , n'ayant d'autre mérite
que celui de la vérité , ont beſoin
d'être relevées par l'expreffion. Pour faire
connoître la manière d'embellir ces penſées
, il diviſe ce chapitre en deux articles.
Dans le premier , il parle des qualités da
ſtyle , qu'il conſidère d'abord dans ſa forme ,
c'est-à -dire , lorſqu'il eſt coupé& lorſqu'il
eft périodique. Il recommande enſuite de
s'attacher principalement à la clarté & à
la convenance , qualités dans lesquelles font
compriſes toutes les autres qualités ou tous
les agrémens qui tiennent au fond du ſtyle.
Il fait voir en quoi conſiſtent ces differens
agrémens , & les défauts qui leur font
oppofes. Dans le ſecond article , l'Auteur
N°. 13 , 26 Mars 1785. H
170 MERCURE.
parle du ſtyle figuré , qui comprend les
figures de mots , celles qui ne font pas
tropes & celles qui font tropes. Quant aux
figures de penſées , il y a unfi grand rapport
entr'elles & les différentes eſpèces de
ſtyle , qu'il a cru devoir en parler conjointement
dans le ſecond chapitre , où il fait
connoître en même tems le ſtyle fimple &
les figures qui lui font propres , ou les plus
convenables à la preuve , le ſtyle tempéré
& les figures d'ornement. Pour mettre de
l'ordre & de l'exactitude dans les matières
, il a renvoyé à la ſection ſuivante ce
qu'il devoit dire du ftyle fublime & des
figures qui lui conviennent.
On écrit pathétiquement , dit M. Domairon
, lorſque , par la nobleffe & l'élévation
des penſées , la vivacité , l'énergie & la
chaleur du ſtyle , on touche & l'on perfuade.
On ne peut toucher qu'en employant
le pathétique. On ne peut perfuader que
par le fecours de l'eloquence. Te le eſt la
matière de deux chapitres Dans le premier
Auteur fait connoître llee ſtyle fu
blime & les figures touchantes ou propres
aux paffions, & de plus , ce qu'on appelle
proprement le fublime qui peut naître de
trois différentes fources , des pensées , des
fentimens ,des images. Dans le ſecond chapitre,
il fait voir en quoi confifte Feloquence,
&quels eenn Tont les differens genres
ou caractères .
2
いつ
*Cette première partie eſt ſuivie d'obſerDE
FRANCE.
1711
vations générales ſur l'art d'écrire les lettres
, & fur le cérémonial qu'on y obf rve ;
objet qu'il eſt aſſez important aux jeunes
gens de ne pas ignorer en entrant dans le
monde.
En entrantdans le vaſte champ des productions
littéraires , l'Aureur préfente un
tableau raccourci des quatre fameux frècles
de la Littérature , & fait connoître les
grands hom nes qu'ils ont profuits. Il diviſe
cette feconde partie de fon Ouvrage
en deux ſections. Dans la prentière , il expoſe
toutes les règles eſſentielles du difcours
oratoire en géneral. Il parcourt
enfuite ſuccinctement , mais fans rien
omettre d'effentiel , toutes les eſpèces de
difcours. Vient après le genre hiſtorique ,
où l'Auteur trace la manière d'écrire l'Hiftoire
, & en indique les différentes eſpèces.
Ce qui concerne les Ouvrages didactiques
&le roman , termine cette première fection.
-La ſeconde ſection , conſacrée aux Ouvrages
en vers , eſt beaucoup plus étendue.
Après quelques notions preliminaires fur
la verfification françoiſe & fur la poefie en
général , il en indique les quatre differens
genres , qui font l'epique , le dramatique ,
le lyrique & le didactique. Nous regrettons
de ne pouvoit le ſuivre dans toutes
ces differentes parties , qui font toutes également
traitees avec le talent d'un bon Ecrivain
& les principes d'un vrai Littérat ur.
Hij
172 MERCURE
MANUEL du Minéralogiſte , ou Sciagraphie
du Règne Minéral , distribué d'après l'analyse
Chimique , par M. Torbern Bergman ,
Chevalier de l'Ordre de Waſa , des Académies
d'Upſal,de Stockholm, de Londrest,
&c. traduite & augmentée de notes , par
M. Mongez le jeune , Chanoine Régulier
de Ste Geneviève , Auteur du Journal de
Physique , & Membre de pluſieurs Académies.
I vol. in-8 °, de 342 pages , avec
une planche de figures , ſous le privilège
de l'Académie Royale des Sciences. A
Paris , chez Cuchet , rue &hôtel Serpente.
CET Ouvrage n'eſt , comme l'annonce le
titre de Sciagraphie , qu'une ſimple ébauche
d'une diſtribution du règne Mineral , d'après
l'analyſe chimique ; mais une ébauche que
l'on pourroit comparer à ces premiers linéamens
, qu Apelle traça un jour chez un autre
Peintre célèbre de l'antiquité , en fon abfence
, & dans lesquels celui - ci reconnut
auflitôt la main d'un grand Maître.
M. l'Abbé Mongez a rendu un double
ſervice aux Sciences , par le ſoin qu'il a pris
de nous donner la Traduction de ce morceau
précieux , & de l'enrichir de notes , qui en
ſont comme le développement. Cette Traduction
eſt précédée d'une Introduction
dans laquelle M. Mongez donne d'abord une
1
DE FRANCE. 173
idée très-nette des méthodes imaginées pour
faciliter l'étude de la Minéralogie. Parmi ces
différentes méthodes , il diftingue celle de
M. Daubenton , qu'il regarde , à juſte titre ,
comme la plus parfaite dans ſon genre que
l'on ait encore donnée , & comme celle qui
doit être adoptée & préférée par tout Naturaliſte
qui veut connoître parfaitement les corps
du règne minéral ,sans remonterjusqu'à leurs
principes conflituans.
M. Mongez paffe aux notions générales
de la Minéralogie , dont il ne dit qu'un mot,
parce qu'elles font développées dans tout le
corps de l'Ouvrage. Il s'étend davantage fur
l'idée qu'on doit ſe faire de la minéraliſation
, qui eft , ſelon lui , une vraie combinaiſon
chimique d'une ſubſtance métallique ,
avec un acide quelconque. Ainsi , point de
Minéraliſateur ſans acide ; ſi le ſoufre en
fait la fonction , c'eſt à raiſon de l'acide qu'il
contient ; l'arſenic en état de demi-métal ,
ne peut non plus minéraliſer aucune fubftance
, mais ſeulement l'acide arſenical , qui
eſt un de ſes principes conftituans. Cette
idée , qui eſt le réſultat de pluſieurs expériences
auxquelles M. Mongez ſe propoſe
d'en ajouter de nouvelles , nous paroît belle
&bien conforme à la ſimplicité de la nature.
M. l'Abbé Mongez termine cette Introduction
par la deſcription du chalumeau ,
inſtrument avec lequel il invite les Naturaliſtes
à ſe familiariſer , & qu'il regarde ,
Diij
174 MERCURE
avec raiſon , comme étant de la plus grande
reffource , fur- tout pour ceux qui voyagent
dans le deffein d'obſerver les minéraux fur
les lieuxmêmes.
Le ſyſtême donné par M. Bergman , dans
ſa Sciagraphie , eſt diviſé d'abord en quatre
claffes principales , qui font les ſels , les terres
primitives , les ſubſtances phlogiſtiques &
les métaux. Ces differentes claſſes ont plufieurs
ſous-diviſions , dont chacune a pour
titre le nom du principe qui abonde le plus
dans les ſubſtances auxquelles elle s'étend .
Le grand nombre de notes & d'obſervations
que M. Mongez a ajoutées à la Sciagraphie
, forment ſeules la matière d'un Ouvrage
à part , & doivent le faire regarder ici
✓plutôt comme Auteur que comme Traducteur.
On trouve dans ces notes des réflexions
intéreſſantes , qui répandent un nouveau jour
fur le texte , des defcriptions minéralogiques
très-bien faites de chaque ſubſtance , avec
l'indication de ſes principes conſtituans , de
ſes propriétés , de ſes uſages dans les Arts
&c.
Chaque article eſt terminé par l'expofition
des phénomènes que préſentent les fubftances
traitées à l'aide du chalumeau. M.
Mongez donne ici le réſultat des expériences
multipliées qu'il a faites à l'aide de cet inftrument
, dont il a tiré le parti le plus avantageux.
:
Cer Ouvrage, qui a eu le fuffrage de l'Aca
DE FRANCE. 175
démie des Sciences , eſt également précieux
au Minéralogiſte & au Chimiſte , & bien
propre à étendre le goût & à perfectionner
l'étude de deux Sciences importantes , qui
feront des progrès beaucoup plus rapides ,
lorſqu'on faura les affocier l'une à l'autre ,
les faire marcher, pour ainſi dire , de front ,
& enviſager à la fois la nature fous deux
points de vûe , unis entre eux par des rapports
intimes , & faits pour s'éclairer mutuellement.
La dernière Héloïse , ou Lettres de Junie
Salisbury , recueillies & publiées parM.
Dauphin , Citoyen de Verdun. A Londres ,
& ſe trouve à Paris , chez la Veuve
Duchefne , rue S. Jacques ; Bailly , rue
S. Honoré , & Royez , quai des Auguſtins .
ADELCLAR , jeune Anglois , orphelin dès
l'enfance , a éprouvé toutes fortes de difgrâce;
ſon Tuteur intéreſſe , comble ſes
perfécutions par le projet d'enlever ſa victime
, qui trompe l'adreſſe de ſon affaflin ,
&lui porte un coup mortel. Accufé par la
calomnie d'avoir voulu ſe défaire de ſon oncle
, Adelclar prend la fuite ; il eſt introduit
comme Musicien dans un Concert , chez
Milord Salisbury , où il devient amoureux
de Junie , à qui il inſpire un penchant égal
au fien. Adelclar a le bonheur de ſauver la
vie à Milord dans une partie de chaffe ; &
pour reconnoître ce bienfair , Milord lui
Hiv
476 MERCURE
offre la main de ſa fille ; mais fur ces entrefaites
un homme qui avoit des vûes ſur Junie
revient avec une ſucceffion confidérable , &
Milord Salisbury lui accorde Junie. Peu de
temps après , ayant ſurpris une lettre d'Adelélar
dans les mains de ſa fille , il ſe livre à
toute ſa colère , traîne Junie échevelée ſur
les pavés de la cour , la jette à la porte ſans
connoiffance , & menace d'ôter la vie au
premier qui ofera en approcher & la ſecourir
; Adelclar arrive , reconnoît ſa maîtreſſe
à la clarté de la lune , & fuit avec elle ; dans
ſa fuite il eſt arrêté comme aſſaffin , mis en
priſon avec Junie. Milord Wolſaindall , qui
avoit fait un trajet de mer avec eux , s'intéreffe
à leur fort, briſe les fers de Junie , &
lui donne une retraite au ſein de ſa famille ,
au milieu de ſon fils &de fa fille ; ce fils eft
un mauvais ſujet , froidement atroce , qui
commet toutes les noirceurs poffibles pour
avoir Junie. Il parvient à l'enlever. L'agent
de ſes perfidies , après avoir conduit Junie
dans une ſolitude , ſe repent , & dévoile à
cette infortunée toutes les manoeuvres du fils
de Milord. Junie fuit ſans ſavoir où elle va;
au ſein de la misère , elle n'a d'autre reffource
que de ſe mettre en ſervice. Un des maîtres
qu'elle fert l'accuſe de vol; on l'empriſonne
, on l'interroge , & enfin elle meurt
dans toutes les horreurs de la captivité.
Voilà le ſujet de ce Roman , auquel on a
donné , nous ne ſavons trop pourquoi , le
titre de la dernière Héloïse; les incidens s'y
DE FRANCE. 177
ſuccèdent avec trop de rapidité ; il manque
de développemens néceffaires , & les fituations
intéreſſantes y manquent ſouvent leur
effer , faute d'être préparées. Quant au ſtyle ,
nous avons été frappés de pluſieurs endroits
vicieux ; en parlant par exemple du voile
qui couvre le ſeiu de Junie , l'Auteur dit
que " ce voile , pour être un impudent , n'eſt
» pas moins ſéducteur....... J'ai cherché à
>> m'empoisonner deſenſibilité...... Dans l'om-
>> bre de la nuit mes yeux cherchoient vos
>> traces dans les détours où je ſoupçonnois
» que votre lettre avoit été écrite ; il me
" ſembla reconnoître une empreinte.... Mes
>> genoux tremblans de plaiſir cédèrent à
» mes lèvres brûlantes l'heureux droit de la
>> preſſer tendrement. Je réchauffai de bai+
>> ſers & de larmes cette terre que la fraî
>> cheur des nuits avoit déjà refroidie.
Malgré ces défauts, on ne peut pas diſconvenir
qu'il n'y ait du mérite dans cet Our
vrage, on y trouve des détails heureux ; le
trait d'un fils , que Junie a eu d'Adelclar ,
dans ſes malheurs , qui ne vit que d'eau &
de pain pour porter quelques ſchellings au
Geolier de la priſon de ſa mère , nous a
parutouchant. En général , il y a trop d'incidens
pour unRoman d'une ſi petite étendue.
*
Hv
178 MERCURE
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
LD
LES Concerts de cette quinzaine s'annoncent
d'une manière très-brillante , par la
ſenſation prodigieuſe qu'a faite M. Davide ,
le plus célèbre Ténore de l'Italie. Sa manière
de chanter peut être conſidérée ſous plufieurs
aſpects , & nous offrira par la fuite
l'objet d'une légère diſcuſſion; mais en attendant
que les avis foient entièrement fixés
fur fon compte , que les opinions générales
foient affez bien établies pour que nous puiffions
les rapporter & y joindre la notie
nous ne parlerons que de ſon ſuccès , qui
ne fauroit être plus éclatant. M. Davide
joint à une exécution prodigienfe beaucoup
d'adreſſe , de force , de ſenſibilité , une jufteffe,
une précifion parfaite , toutes les qualités
qu'on exige d'un Chanteur. Sa methode
eft excellente , &nous n'avons point encore
entendu en France deVirtuoſe plus confomme
dans ſon Art. Nous entrerons quelque
jour ſur ſon compte dans des details plus
étendus.
Dans l'uſage où nous fommes de paffer
en revue, après la quinzaine, tous les talens
qui ſe ſont fait applaudir , nous ne nous
DE FRANCE. 179
étendrons pas davantage ſur les trois Concerts
derniers ; il nous eft cependant impoffible
de paiſer ſous filence la ſymphonie concertante
de M. de Vienne le jeune , pour le
cor & le baffon. Dans ce morceau , d'une
compoſition très-agréable , l'Auteur a exécuré
lui-même la partie de ballon avec une
perfection étonnante ; & M. Lebrun , chargé
dela partie de cor , malgré les grands ſuccès
qu'il avoit déjà eus dans pluſieurs ſymphonies
d'Hayden , a furpaffe de beaucoup l'idée
avantageuſe qu'on avoit déjà conçue de ſes
talens. Il eſt impoffible d'unir à p'us d'exécution
un ſon plus moelleux , plus touchant
; le jeune Artiſte a prouvé , par ce ſeul
morcean , qu'il n'eſt point de degrés de réputation
auquel il ne puiſſe prétendre.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Samedi 12 de ce mois , la clôture de
ce Théâtre a éré faite par une repréſentation
d'Athalie , Tragédie de Racine , ſuivie
du Somnambule , Comédie de feu M. de
Pont-de-Veyle.
Athalie eſt un de ces Ouvrages qui ont
le privilège de paroître toujours neufs , &
d'exciter l'admiration de tous les ordres
des Spectateurs ; mais cette Tragédie a befoin,
pour produire tout l'effet dont elle
eſt ſuſceptible , d'être repréſentée par des
Comédiens d'un véritable mérite. Les rôles
Hvj
180 MERCURE
de Joad & d'Athalie , exigent principalement
des Acteurs conſommés. Le premier
a été rendu par M. Briſard , avec une ſupériorité
de talent bien rare. Dans le troiſième
acte ſurtout , il a offert l'image
parfaite d'unGrand- Prêtre du Dieu d'Iſraël ,
d'un homme poſſédé de l'Eſprit divin , os
magnafonaturum. Des applaudiſſemens d'enthouſiaſme
lui ont témoigné la fatisfaction
générale. Mlle Raucourt , dans le
rôle d'Athalie , a mérité auſſi des éloges.
Nous ſaiſirons cette occafion pour répérerà
cette Actrice ce que nous lui avons
déjà dit quelquefois. Sa taille majestueuſe ,
ſa figure noble & impoſante , la fierté de
ſon maintien , lui donnent de grands avantages
dans l'emploi des Reines , dont elle
eſt aujourd'hui chargée. Elle a de l'intelligence
, de l'eſprit ; & lorſqu'elle oſe ſe
permettre de l'abandon , elle prouve qu'elle
n'eſt pas dénuée de cette ſenſibilité qui fait
l'ame de la ſcène ,& qui donne de la vie aux
perſonnages dramatiques. Nous l'invitons
donc à combattre les craintes qui arrêtent
l'eſſor de ſes moyens , & qui nuiſent à l'expreſſion
qu'elle eſt capablede donner aux
ſentimens qui agitent les caractères qu'elle
repréſente. Nous l'exhorterons aulli à étudier
les différentes modifications de fon organe
, à en varier davantage les accens,
fur-tout à ne point laiſſer tomber , dans les
ſons graves de ſa voix , tous les derniers vers
de ſes tirades; non- feulement parce que
DE FRANCE. ISI
cette négligence détruit abſolument l'effet
que la vérité de fon débit avoit produit
d'abord , mais encore parce qu'elle la ré-'
duit ſouvent à l'impoſſibilité de ſe faire entendre.
Nous croyons pouvoir l'affurer qu'avec
cette attention & du courage , elle ſe
montrera digne de l'emploi difficile qu'elle.
occupe , & qu'elle y obtiendra les ſuffrages
publics. Au moins l'intérêt que nous prenons
au Théâtre François & à ſa gloire ,
nous le fait-il vivement defirer.
Entre les deux Pièces , M. Saint-Phal ,
jeune Acteur , admis l'année dernière au
nombre des Comédiens du Roi , & qui ,
depuis l'inſtant de fa réception , a développé ,
par des progrès très-rapides , le talent dont il
avoit montré le germe , a prononcé , avec
beaucoup de graces & d'un ton enſemble
modefte & noble , le Diſcours qu'on va
lire.
-1 MESSIEURS , 7
« Nous n'aurions plus rienà deſirer ſi l'expreffion
de notre reconnoiſſance pouvoir ſe varier auſſi ſorvent
que vos bontés ſe multiplient. Nous pourrions
nous flatter alors , ſans craindre d'être accuſés d'orgueil
, de vous en offrir l'hommage d'une manière
qui ne feroitpas tout- à-fait indigne de vous Mais
d'un côté votre indulgence n'a point de bornes , fi
nos coeurs font capables d'en ſentir tout le prix; de
Pautre il eſt trop malheureuſement vrai que les
moyens de vous peindre la ſenſibilité dont nous
ſommes pénétrés ſont devenus d'autant plus rares ,
182 MERCURE
qu'on en a fait un uſage plus fréquent, Quelparti nous
refte-t- ildonc à prendre,Meſſieurs, dans une parcille
poſition? celui d'abjurer les reſſources d'une vaine éloquence&
de chercher à prouver par des faits le defir
de vous plaire , dont nous sommes toujours animés.
Multiplier vosplaiſirs en donnant à notre Repertoire
autant de variété que de mouvement'; faire revivre
dans votre mémoire les productions des anciens
Maîtres de l'Art ; accueillir avec empreſſement celles,
de leurs fuceffeurs ; attirer votre attention par des
Ouvrages piquans & fufceptibles d'intéreffer votre
curiofité : voila les devoirs que nous avons à remplir
&que nous remplirons toujours avec autant de ſoumiffion
que de joie. La continuation de vos bontés ,
Meſſieurs , ſoutiendra , ſans doute, notre zèle &
notre réſolution . De toutes parts des cris inquiétans
ſe font entendre, On ſe plaint de la décadence du
goût , du dépériſſement de l'Art dramatique , de la
foibleſſe des talens. Si ces plaintes font auffibien fondées
qu'on a lieu de le craindre , la Comédie Françoiſe
doit s'en alarmer justement , puiſque le premier
des titres dont elle s'honore eſt celui de dépofitairedes
chef- d'oeuvres qui ont placé le Théâtre
de la Nation au-deſſus de tous les Théâtres de l'univers
connu . Mais la confiance qu'ellela dans vos lumières
ſuffit pour calmer fes alarmes. C'eſt à ceux
d'entre vous , Meſſieurs , qu'une longue habitude de
la Scène a renda juges compétens des productions
dramatiques , qu'il convient de guider l'Auteur qui
veut entrer dans la carrière des Molière & des Corneille
; d'éclairer le Comédien qui ſe propoſe tourà-
tour de s'armer du poignard de Melpomène & de
prendre le maſque de Thalie; enfin de donner à la
Jeuneſſe, que le goût du Théâtre conduit à nos
Jeux , les connoiſſances par leſquelles on peut protéger
, foutenir &juger un Art qui préſente encore
plus de difficultés qu'il n'a d'attraits. Votre prétence
DE FRANCE. 183
ences lieux peut ſeule produire ces heureux effets ;
nous vous la demandons , moins comme une récompenſe
de nos travaux & de notre zèle , que
comme ungage de l'intérêt que doivent prendre des
efprits éclairés , tant à la gloire de leur nation , qu'à
celle d'un Théâtre qui a immortaliſe ſa langue ,
ſongénie & ſes ſuccès. >>
Le Public a paru fatisfait de ce Diſcours ,
&bien plus encore de la manière dont il
a été prononcé. L'Orateur y parle des devoirs
que les Comédiens ont à remplir , &
qu'ils rempliront toujours , dit-il, avec autant
de foumiffion que de joie. On peut defirer
, pour l'avantage de tout le monde ,
que ces devoirs foient en effet remplis avec
exactitude. En variant leur répertoire , en
faiſant revivre les chef-d'oeuvres des anciens
Maîtres , en accueillant avec empreflement
les productions de leurs ſucceſſeurs , les
Comédiens multiplieront, il est vrai , les plaifirs
du Public , mais ils auginenteront aufli
leurs recettes , par confequent leur fortune :
ainfi Auteurs , Acteurs , Spectateurs , gagneront
à l'exacte obſervation de cesjoyeux
devoirs. O utinam !
Ο
COMÉDIE ITALIENNE.
N a fermé ce Spectacle par une repréſentation
de Fanfan & Colas , jolie Comédie
de Mmede Beaunoir , ſuivie de Richard
Coeur-de-lion .
184 MERCURE
:
A la fin de cette pièce , les Acteurs ont
fait leurs adieux au Public par des couplets
, dont le mérite n'eſt que celui de l'àpropos.
Chantés par des Comédiens en
poſleſſion de l'eſtime générale , ces couplets
ont été fort applaudis. Celui que l'Auteur
(M. Favart le fils ) a placé dans la bouche
de Mme Dugazon , a été redemandé. En
voici les quatre derniers vers :
Lorſque mon zèle obtient votre fuffrage ,
Comme mon coeur men orgueil eſt flatté ;
Pour conſerver cet heureux avantage ,
Puiſſe le ciel me rendre la ſanté !
Les maladies dont cette charmante Ac
trice a été affligée pendant le cours de l'année
qui vient de finir , & qui même ont
menacé ſes jours , l'ont rendue plus chère
au Public. Il s'eſt mis , en conféquence pour
moitié dans le voeu qu'elle a formé. Cette
preuve d'intérêt ne peut que rendre Mme
Dugazon plus exacte à ſes devoirs ; & c'eſt
fon empreſſement à ſervir ce Public dont
elle eſt adorée , qui peut ſeul atteſter qu'elle
eſt pénétrée de toute la reconnoiſſance qu'elle
lui doit.
DE FRANCE. 185
ANNONCES ET NOTICES.
@
UVRES de Racine , s vol. , pour la collection
in- 18 , imprimée par ordre du Roi, pour l'éducation
deMonseigneur le Dauphin : fur papier vélin , de la
fabrique de MM. Mathieu Johannot d'Annonay.
Prix 30 liv. br. en carton. A Paris, chez Didot l'aîné ,
rue Pavée Saint- André.
On a employé pour cette édition un caractère
gravé exprès. Il eſt un peu plus petit que celui du
Télémaque& du Boſſuer , de la même collection
in-18, pour empêcher les vers de doubler ; & il
n'en eſt pas moins facile à lire à cauſe de ſa netteté,
Achaque nouvel Ouvrage qu'il publie , cet habile
Imprimeur eſt récompenſe de ſes peines & de ſon
talent par le ſuffrage des Connoiffeurs . :
OPERA Latina D. Caroli Lebeau. Tome quatrième.
Prix , 2 liv. 8 ſols br. , 3 liv. relié A Paris ,
chez P. M. Nyon , p'ace du College Mazarin , &
ſe trouve auſſi à Verſailles , chez Poinçot , Libraire ,
rueDauphine. ১
Cequatrième volume des OEuvres Latines de M.
Lebeau , renferme un parallèle des Fables en vers
Latins de M. Lebeau , avec La Fontaine & tous les
Poëtes Latins qui ont traité les mêmes Fables. On
ne verra pas ſans intérêt cet eſtimable Littérateur mis
en vis-à-vis avec pluſieurs rivaux , dont pluſieurs
font dignes de l'être. L'Éditeur , dans ſa Préface, le
juſtifie dedeux reproches qui lui ont été faits; d'avoir
trop orné ſon ſtyle , & d'avoir employé le vers
hexamêtre. :
Les trois premiers volumes ſe vendent auſſi ſépa-
:
186 MERCURE
rément chez les mêmes Libraires. Prix , 3 liv. chacun
br. ,&3 liv. 12 fols reli.é......
Le même Libraire vient de mettre auſſi en vente
les Ouvrages ſuivans: Vie de l'Infant Dom Henri
de Portugal , par M. l'Abbé de Cournand , 2 vol.
in - 12. Prix , 3 liv. broché.- Le Zélé Compatriote
ouNouveaux Effais Historiques& Morauxfur l'Edu.
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pourfervir defuite aux Mémoires du Baron de Tott.
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pour les maladies les plus désespérées , recueillis
par M. Buchoz , Médecin de MONSIEUR , ancien
Médecin ordinaire de Mgr. Comte d'Artois , & de
fon Sa Majeté le Roi de Pologne , Membre de plus
ſieurs Académies , &c. in - 12 . A Paris , chez l'Autear,
rue de la Harpe , la première porte- cochère
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premier volume qu'il avoit publié ſur cette matière ,
a cru devoir en donner un ſecond , & en promet
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la Santé.-Le Médecin des Hommes , depuis la
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Cette Introduction , qui ſera réimprimée avec les
modifications néceſſaires en tête de l'Édition in-folio,
ſe délivrera gratis aux perſonnes qui ſouſcriront. Le
prix de la Souſcription entière eſt de 36 liv. en
188 MERCURE
feuilles; ceux qui n'auront pas ſouſcrit payeront les
mêmes objets 48 liv. ; on ne payera qu'en recevant
l'Ouvrage , & il ſuffira de ſe faire inſcrire aux adreffes
précédentes , ou d'écrire , port franc par la poſte.
,
La clôture de cette Souſcription eſt toujours fixée
au premier Juillet de cette année ; mais moyennant
que cet Ouvrage ſe diſtribuera en fix Livraiſons
dont lapremière commencera au premier Mai pro
chain, il s'enfuit que les perſonnes qui voudront la
recevoir dans ſon temps feront obligés de ſouſcrire
avant cette nouvelle époque. Chacune de ces fix
Livraiſons ſe payera 6 liv. en la recevant ; & on
avertira MM. les Souſcripteurs de l'envoyer prendre,
TABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & computation des degrés
de parenté , suivant le Droit Civil & le Droit
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Cette deuxième Livraiſon eſt de huit feuilles ;
la première contient la Lorraine & l'Alface ; la
deuxième , l'Anjou & laTourraine ; la troiſième , le
Poitou , l'Aunis , la Saintonge & l'Angoumois ; la
quatrième , l'Orléanois ; la cinquième , l'Auvergne ,
le Limousin & la Marche; la fixième, la Bourggne
, Franche-Comté & Lyonnois, partie ſeptentric
nale; la ſeptième , Idem , partie Méridionale , & la
huitième,le Berry , le Bourbonnois & le Nivernois.
La première Livraiſon étoit de ſept feuilles ; ainſi il
paroît déjà is feuilles de cet Ouvrage intéreſſant,
toutes également ſoignées. La dernière Livraiſon
paroîtra l'été prochain. L'Auteur avoit annoncé -3
ou 24 feuilles; mais il n'y en aura que 22 , y compris
la Carte Générale.
LaMappemonde de l'Europe , l'Afie , l'Afrique &
l'Amérique , chacune de deux feuill, ſur pap. chapelet
fin. Prix, 12 liv. , & colorée à la Hollandoiſe , 16 liv.
AParis , chez Crépy , rue S. Jacques , près celle de
la Parcheminerie.
M Moithey , Ingénieur-Géographe du Roi , &
Profeſſeur de Mathématiques deMM. les Pages "de
LL. AA. SS. Mgr. le Prince & Madame la Princeſſe
de Conty, a dirigé cetOuvrage.
STABAT MATER, à quatre voix & choeurs ;dédié
aux Amateurs ; compoſé par M. Joſeph Hayden ,
Maîtrede Chapelle de S. A. S. Monſeigneur le Prince
régnant d'Esterhazy, exécuté pour la première fois au
Concert Spirituel , le 9 Avril 1781. Prix 24 liv. A
I MERCURE
Paris , chez Siéber , Marchand de Muſique , rue St-
Honore , entre celle d'Orléans & celle des Vieilles
Étuves , nº. 92.
Rien ne prouve mieux l'excellence du Stabat de
M. Hayden , que le ſuccès qu'il a eu à côté de celui
de Pergolesi, conſacré depuis long-temps par l'admiration
univerſelle Il a mérité de partager les ſuffrages
, & c'eſt un triomphe bien complet. Cette
partition eſt gravée avec ſoin , & a l'extrême mérite
d'être chiffrée , attention d'autant plus utile que cet
Ouvrage doit être conſidéré particulièrement comme
un morceau d'étude.
TROIS Concertos pour le Clavecin , deux Violons
& Alto , par M. Edelmann OEuvre Quatorzième.
Prix , 9 liv . A Paris , chez l'Auteur , N° . 27 .
AIRS de Panurge dans l'Ifle des Lanternes , avec
accompagnement de Harpe ou Piano Forté , parM.
Leroi, Maître de Chant. OEuvre Neuvième . Prix ,
4liv. 16 ſols. A Paris , chez l'Auteur , Marchand
de Muſique , place du Palais Royal , café de la Régence.
Les Airs s'y vendent auſſi ſéparément.
L
NUMÉRO 3 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs. Prix ſéparément , 2 liv. ; abonnement ,
15 & 18 liv. A Paris , chez le ſieur Bornet l'aîné ,
rue des Prouvaires , près S. Eustache , au Bureau de
Loterie.
こ
TROIS Sonatespour le Clavecin , avec un Violon ,
par M. Adam . OEuvre Quatrième. Fris , 7 liv. 4 fols.
- Ouverture de Renaud , de M. Sacchini , pour le
Clavecin avec Violon , par le même. Prix , 2 liv.
8 fols. A Paris , chez l'Auteur, rue S. Thomas du
Louvre , maiſon de Mine l'Eſprit , vis-à-vis un
Notaire.
*
DE FRANCE.
191
NUMÉRO31 à 6 de la Muse Lyrique , Journal
avec accompagnement de Guitrare, pour lequel on
ſoufcrit chez Mme Bailon , Marchende de Muſique,
rue neuve des Petits- Champs , au coin de celle de
Richelieu .
NUMÉROS 18 , 19 & 20 des feuilles de Terpsichore,
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix 1 1. 4 f. chaque
ſéparément ; on ſouſcrit à Paris , chez Coufincau ,
père& fils, Luthiers de la Reine , rue des Poulies ,&
chez Salomon, Luthier, place de l'école.
NUMEROS 10 & 11 du Journal de Harpe. Prix
ſéparément 12 fols chaque. Abonnement is livres ,
franc de port , pour 52 livraiſons , qui paroiffent
tous les Dimanches très exactement. A Paris , chez
Leduc , Succeffeur de M. de la Chevardicie , ci -devant
rue Traverſière , actuellement rue du Roule , à
la Croix d'or , n°. 6 .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Flûte
obligée , par M. Devienne , le jeune , Muſicien de
M. le Cardinal de Rohan , prix 6. liv , port franc, par
la poſté. A Paris , même adreſſe que ci-deſſus.
281
TROISIÈME Concerto à Violoncelle principal , à
grand Orchestre , par-M.-J. B. Bréval. Ouvre 200.
Prix 4 liv. 4 fols. - Six Quatuors concertans &
dialogués, àdeux violons , alto & baffe. OEuv. 18e &
4e des Quatuors , par le même Prix 9 liv. Six
Duos,pour Violon & Violoncelle , par le même.
Cav. 19e & be des Duos . Prix 7 liv 4 fols , chez
l'Auteur , rue Faydeau , nº. 28 , & le Roi , Marchand
de Muſique , place du Palais Royal , Cafe
de laRégence.
292 MERCURE
OUVERTURE del Geloſo in Cimento ( du Jałowe
à l'Epreuve ) pourle Clavecin , avec Violon , par
M. Bambini , Maître de Clavecin. Prix, 2 liv. 8 ſols,
Même Adreſſe que ci deſſus.
Le Tête à tête aérien , Potpourri chantant , avec
Harpe : paroles deM. Chambon, accomp. de M. Pétrini.
Quv. 7e, Prix 3 liv. A Paris, chez l'Auteur ,
rue Montmartre , vis-à-vis celle du Jour , nº. 272.
Six Ariettes & petits Airs pour le Clavecin ou
la Harpe , par M. Dreux , le jeune , Maître de Clavecin;
dédiés à la Reine. Prix ſéparément 2 liv. 8 f.
chez MileGérard , Marchande de Muſique , rue de
la Monnoie , à la Nouveauté.
and
21
c
4.
TABLE
LE Zéphyr & l'Aquillon , Principes généraux de Bellos-
Fable
Conte,
Romance.
145 Lettres , 20
146 Manuel du Minéralogiste ,
147
Réponſes à la Question , 151 La dernière Héloïfe ,
166
172
175
Charade . Enigme & Logo- Concent Spirituel 198
Pièces intéreſſantes & peu Comédie Italienne,
gryphe, 152 Comédie Françoise , 179
183
connues TS4 Annonces&Notices 185
১:০০
APPROBATION.
7
J'AI tu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Mars. Je n'y ai
rientrouvéqui puiſſe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
le25 Mars 1785. GUIDI
3- 35 3354 youp? ????? ???
د
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
۱
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 4 Mars.
Eprojetde laCour étant de diminuer le
Lnombre des Compagnies danslesRégimens,
on a réformé 150 Officiers , dont la
plupart recevront la penſion arrêtée nouvellement;
& les autres feront placés dans le
nouveau corps de Chaſſeurs.
1
Le chambellan de Slanbuſch eſt déſigné
pour aller réſider à Naples , en qualité de
Miniſtre Plénipotentiaire du Roi.
Ce matin le froid eſt devenu ſi rigoureux
que le thermometre de Réaumur marquoit
Is degrés au deſſous de la glace,
Les deux Belts ſont entierement pris de
glace.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 9 Mars.
;
Le Baron de Sprengporten , Co'onel &
No. 13 , 26 Mars 1785. g
( 146 )
Chevalier de l'Ordre de l'Epée , parti depuis
un mois de Stockolm pour laHollande
, où il doit être employé , ſervit en Poméranie
durant la derniere guerre. Le Roi
l'a fait voyager pour voir les principales armées
Européennes , & lui a accordé une
fomme pour les frais de ſa route , ainfi
qu'une penſion viagere à ſon épouse. Il eſt
accompagné d'un jeune Officier Suédois ,
nommé Gaân , qui s'eſt trouvé au ſiege de
Gibraltar.
Le Profeffeur Kreutzfeld vient de mourir à
Konigsberg : Auteur d'Ouvrages eſtimés , perſonne
n'a pouffé plus que lui la modeſtie & le défintéreſſement.
Sa défiance de lui-même contraf
toit avec l'amour propre familier aux Auteurs.
Un Difcours de ſa main ſur la meilleure maniere
de prévenir l'infanticide , avoit partagé lę
Prix de l'Académie de Berlin; mais il eſt mort
avant de ſavoir le fort de fon Ouvrage , dont le
ſuccès lui auroit donné fans doute mauvaiſe opinion
de ſes Juges,
Un Amateur d'Hiſtoire naturelle & de
Médecine a fait dernierement une expérien
ce intéreſſante. Il connoiſſoit par M. Tiffot
&par d'autres l'uſage du mercure contre la
morſure des chiens enragés : cela lui a donné
l'idée de guérir les chiens enragés euxmêmes
par la même voie. Il a mêlé 6 grains
de précipité blanc avec de la viande rôtie
coupée en petits morceaux. L'effet du remede
ſe manifeſta d'abord par de fortes
évacuations , & après avoir répété la doſe
srois jours de ſuite , il n'eſt reſté aucune trace
193
( 147 )
de lamaladie. Des eſſais réitérés ont depuis
confirmé cette méthode de guérir la rage.
M. Luders , Phyſicien de Glucksbourg
qui , depuis 68 ans eſt occupé d'obſervations
météorologiques , & qui annonça dans le
remps le froid extraordinaire de l'année derniere,
vient de publier de nouvelles obfervations
, où il prétend que l'hyver actuel ſe
prolongera juſqu'au 11 Avril , & que l'Eté
prochain ſera peu chaud. Selon lui, le tremblement
de terre de 1755 & celui de la Calabre
ont influé ſur le dérangement des
ſaiſons.
Il paroît certain que le ſtaroſte Ryx, valet
de chambre du Roi de Pologne , impliqué
dans le complot d'empoisonnement contre
le Prince Czartoryski , a été déclaré innocent
, & remis en liberté.
L'Evêché de Culm vient de vacquer par la
mort de l'Evêque. Le Comte de Hohenzollern ,
Abbé d'Oliva , qui avoit la coadjutorerie de cet
Evêché , y est allé le to de ce mois pour en prendre
poſſeſſion.
Un Ecrivain politique porte à to millions
de florins les revenus de la Baviere , du haut
Palatinat , de Neubourg , de Sulzbac, du
Palatinat du Rhin , de Juliers & de Berg;
il évalue la population de ces pays àdeux
millions deux cent mille ames , & eſtime leur
étendue à rosi mille quarrés. Le même
écrivain aſſureque les Pays-Bas Autrichiens
ont 816 mille quarrés d'étendue , qu'ils renferment
une population de 880,000 ames,
( 148 )
&que les revenus montentà 6,521,145 for.
Toutes ces différentes évaluations ſont fort
inexactes .
L'année derniere on a compté à Petersbourg
6,052 naiffances , dont 3,123 garçons & 2,929
filles (il n'y avoit dans ce nombre que 16 morts
nés) & 5,244 morts , dont 3,728 de ſexe,maſculin
, 1,516du ſexe féminin , & 1,367 mariages.
La plus grande mortalité a eu lieu au mois de
Mai. Parmi les morts il y avoit 988 enfans audeſſous
d'un an , 208 perſonnes depuisl'âge de 15
juſqu'à 20 , & 493 perſonnes depuis l'âge de 20
juſqu'à 25 ans.
On aſſure que l'Impératrice de Ruffie a
donné des ordres d'établir près de Riga des
magaſins pour une armée de 50,000 hom.
:
DE VIENNE ,le 10 Mars.
On revient ſur les Valaques depuis quelques
jours , c'est-à-dire qu'on en rapporte
quelques nouvelles circonstances fabuleuſes
mêlées d'un peu de vérité. La douceur du
Gouvernement envers ces rébelles paroît
indiſpoſer la Nobleſſe. Un troiſieme chef,
qu'on nomme Kriſan-Gioërs , a été pris dernierement.
Celui-ci révele tout ce qu'on lui
demande, &même ce qu'on ne lui demandepas.
On parle de quelques mouvemens
despayſans dans la Gallicie ; mais ſi vaguement,
qu'on ne peut rien croire encore de
ces bruits hafardés.
L'excommunication de M. Eybel , auteur
de l'Ouvrage , Qu'est-ce que le Pape ? ne pa149
)
roît lui nuire aucunement. On prétend que
le Cardinal Migazzi ayant mis la Bulle du
Pape à ce ſujet ſous les yeux de l'Empereur,
ce Prince pria S. Eminence de faire attention
aux affaires importantes dont il étoit
occupé , & de remettre ces diſcuſſions àun
temps plus convenable. M. Eybel travaille
àun nouvel ouvrage , ſous le titre , Qu'estce
que l'Excommunication ?
1.es Religieuſes Nobles de la Congrégationde
S. François de Sales reçurent un billet
ſigné Jofeph II, qui contenoit un ordre
de le préparer à quitter leurMonastere. Dans
leur conſternation, elles hafarderent de s'adreſſer
à S. M. , pour en obtenir au moins
un délai , & pour lui rappeller qu'elle leur
avoit promis de les conferver. L'Empereur
étonné ne ſavoit rien de ce billet. La main
de S. M. étoit ſi adroitement inmitée , qu'on
avoit peine à difcerner celle du fauſſaire.
Il paſſe pour certain que les bataillons
de campagne des régimens de Langlois ,
Stein & Pellegrini ont reçu ordre de le tenir
prêts à marcher. Les magaſins en Bohême ,
trop près des frontieres , feront reculés &
tranſportés dans l'intérieur. On en établit de
conſidérables entre Pleff& Théréſienſtadt.
La fuite de S. M. avoit été avertie , felon le
bruit public , de ſe tenir prête inceſſamment,
mais depuis deux jours on aſſure que le
voyage de S. M. I. dans les Pays- bas eſtde
nouveau contremandé.
Lejeune ComteD. ayant perdu ſur ſa parole la
83
(150 )
fommede 18,000 florins dans un jeu prohibe,
contre le Général B. &le MajorComte de B.
S. M. qui en fut informée ,déclara la dette nulle,
condamna ces deux Seigneurs à 600 dueats d'amende
pour les pauvres,& leur défendit , fous
peine de caſſation , de jouer à l'avenir aucun
jeu dehaſard.
Dans la nuit du 11 au 12 de Février ,
écrit on de Prague , l'air étant affez froid &
ſerein, on entendit plufieurs coups de tonnerre
ſans éclairs apparens.
Un profeſſeur d'Inſpruck avoit avancé
hautementdans ſa chaire que d'après les probabilités
phyfiques , le monde exiſtoit au moins
depuis fix mille ans. Quatorze de ſes éleves
trouverent une héréſie dans cette propofition.
D'après cela , ils crurent devoir former
une requête contre le profeſſeur , &
l'adrefferent au gouvernement. Elle parvint
juſqu'à l'Empereur qui , après en avoir pris
lecture , ajouta au bas , de ſa main , Et les
fuppliansferont déboutés de leur plainte, com
me tétes écervelées & turbulentes , & déclarés
incapables de poursuivre le cours de leurs études.
Le montant de la caiſſe des pauvres étoit
àla fin dumois de Janvier de 19,409 flor.
dont 10,762 ont été diſtribués ; le nombre
des penſionnés fur cette caiſſe étoit à la
même époque de 5644.
On apprend de Lemberg que le ſecond
efcadron du nouveau corps d'Uhlans en eſt
parti le 4 Février pour ſe rendre à Tarnow.
Wenceslas Kunchakh , Meunier à Iglau , à qui
3
(151 )
P'on doit l'inventiondepluſieurs machines utiles,
vient de conſtruire une nouvelle machine au
moyen de laquelle on peut nettoyer dans un
jourautantde laine que 20 perſonnes en nettoie
roient avec des peignes ou des chardons.
On a notifié à l'Univerſité de cette ville de
ne plus exiger des afpirans aux grades , dans,
quelque faculté que ce ſoit , l'ancienne formule
de profeſſion de foi& le ferment de
fidélité au Saint-Siege. Il lui eſt enjoint de
compoſer une nouvelle forme d'obligation
que puiſſent également prêter les ſujets de
toutes les religions tolérées dans l'empire.
SaMajeſte ſe plaît ſouvent à viſiter elle-même
les hôpitaux. Elle s'y eſt encore rendue dernierement
, a tout examiné avec le plus grand foin , a
affité au traitement des malades , & a fur-tout
porté toute ſon attention à ceux qui ſont infectés
des maux vénériens. Elle a ordonné que tous
ceux qui ſeroient atteints de cette cruelle maladie
fuſſent dorénavant traités gratuitement ; ce
qui ne s'eſt pas pratiqué juſqu'aujourd'hui ; qu'on
accueil'ît tous ceux qui ſe préſenttroient , & que
les militaires qui viendroient ſe déclarer d'euxmêmes
reçuſſent une gratification après le traitement.
Le ſoin de la génération future l'occupe
autant que la préſente.
DE FRANCFORT , le 14 Mars.
i
:
La rigueur exceſſive du froid au com.
mencementde ce mois eſt conſtatée par dos
lettres de toute l'Allemagne. Depuis le 15t
Février trois pieds de neige ont couvert les
environs de Ratisbonne; le haut Palatinar
4
(154 )
en a eu julqu'à neufpieds. LeDanube étoit
entierement gelé , & le thermometre de
Réaumur à 21 degrés au-deſſous de zéro à
Ratisbonne. A Lelpſick , le même thermometre
eſt deſcendu le 28 Février à 22 degrés:
le froid étoit donc de 3 degrés & demi
plus confidérable qu'il ne le fut à Dreſde en
1740 , & en Allemagne l'année derniere.
Le ciel étoit très-ferein , le vent nord-eft ,
&le barometre à 28 degrés 1 ligne.
Il eſt à remarquer que depuis l'inondation
inouie du Rhin & du Necker l'année derniere
, les eaux de ces deux fleuves ont été
ſi baſſes , que la navigation en a ſouffert.
On n'a pas d'exemple que les bras du Rhin
aient été à peu près à ſec une année entiere ,
comme ils l'ont été pendant celle qui vient
de s'écouler. La même obſervation a été
faite en Hollande ; la principale cauſe de
ce phénomene , à ce que j'imagine , doit ſe
trouver dans la longueur de l'hiver & la
courte durée des chaleurs de l'Eté , durant
lequel les glaces des Alpes qui alimentent le
Rhin , n'ont été fondues qu'en très -petite
quantité. L'on apprend de Geneve que le
lac Leman gelé aux environs de la ville
affez ſolidement pour donner un paſſage sûr
à plus de soo perſonnes.
a
Nos vieillards ne ſe rappellent pas d'avoir vu
un hiver auffi rigoureuxque celui- ci ; àGinsheim
leRhin s'eſt pris entierementdans une ſeule nuit,
de forte que toute communication étoit arrêtée
entre Mayence & ſes environs ; ce qu'il y a de
( 153 )
fingulier , c'eſt que plus de 40 fontaines font ta
ries vers l'angle que ffoorrment le Rhin & leMein
ſe réuniſſant , tellement que les habitans ſong
obligés de puiſer de l'eau de ces fleuves pour
eux& pour le bétail. Dans certains endroits , il
y a juſqu'à 12 &même 18 pieds de neige ,dans
pluſieurs villages la neige eſt au niveau du premier
étage, de forte que les hommes & les trou•
peaux entrentdans les maiſons par les fenêtres ;,
pluſieurs cabanes iſolées ſont preſqu'enſevelies
dans la neige.
On lit dans quelques Gazettes Allemandes
que le rocher ſur lequel eſt aſliſe lafortereſſe
de Kaminieck , s'eſt fendu avec un
brait effroyable qui a été entendu juſqu'à
Choczim : de la crevaſſe ſont ſorties des
étincelles qui inquiétent pour la fortereſſe
où ſe trouvent d'ailleurs de grands magaſins
à poudre. Selon ces mêmes Gazettes , l'Empereur
ademandé un chapeau de Cardinal
pour fon frere l'Electeur de Cologne.
Le Baron d'Affebourg , Envoié de Ruffie ,,
eſt arrivé le 17 Février à Ratisbonne : comme
ſon ſéjour à la Diete eſt ordinairement
très-court , & que ſes arrangemers domeftiques
en annoncent un très-long , on ens
conclur qu'il eſt chargé de traiter des affaires
de la derniere importance..
Le Roi de Prufle a ordonné une enquête
contre le ſieur Favre, fon Secrétaire de lé--
gation à Madrid. La conduite irréguliere de
ce Secrétaire & fa déſobéiſſance à l'ordre de
ſe rendre en Pruſſe , émané de S. M. , l'ont:
rendu juſtement ſuſpect..
(154 )
Une lettre de Berlin, dont l'authenticire
nous paroît très ſuſpecte , s'exprime en ces
termes :
Les mouvemens des troupes autrichiennes
commencent à inquiétér notre Cour. Les trois
différens camps que l'Empereur veut former au
printemps prochain , paroiſſent plutôt deſtinés à
agir offenfivement que défenſivement. On affure
que l'ouverture de l'Eſcaut n'es pas l'unique objet
dont S. M. I. s'occupe dans ce moment. Notre
Souverain a conféquemment donné ordre
d'acheter 10,000 chevaux ; pluſieurs Entrepreneurs
ont offert de fournir tout ce qui ſera requis
au tranſport de l'artillerie & des équipages Les
Officiers obtiendront des chevaux aux dépens du
Roi. On vientd'inviter S. A. S. M. l'Electeur de
Saxe , à fournir 12,000 hommes de ſes troupes ,
pour établir , avec 40,000 Pruffiens un camp près
de Konigſtein ,tandis qu'une autre armée pruffienne
, compoſée de 80,000 hommes , doir
s'affembler dans les environs de Schweidnitz
pour pénétrer , ſi le cas l'exige , en Boheme &
en Moravie.
Lejeune PrinceCharles- Frédéric , fils du.
Prince héréditaire de Bade , eſt mort le
premier de Mars, dans les convulfions de la
dentition..
LeMarggravede Bade & la Ville libre & Impérialed'Offenbourg
ont figné , au mois de Janvier
deraier une convention qui permet à leurs
ſujets reſpectifs de prendre les fucceffions qui
pourront leur échoir dans les endroits des domiirations
reſpectives , fans en payer aucun droit
quelconque.
Des, lettres deVienne portent que l'Enr
pereur a envoyé dix Commiſſaires dans le
( 155 )
royaume de Hongrie pour y examiner les
griefs des Comitats, & en dreffer des pro .
cès - verbaux. L'Empereur a aufli ordonné
qu'à l'avenir le quintal de livres reliés venant
de l'étranger payera à l'importation un droit
des florins. Les livres brochés ne ſont pas
compris dans cette nouvelle taxe. b
Il eſt arrivé à Hanovre , le 3 de ce mois
un courier de Londres , qui a apporté l'ordre
de completter les troupes de cet Electorat ,
&de les augmenter même de 10,000 hom.
L'Empereur a envoyé l'ordre à la Régence
d'Inſpruk de ſupprimer 22 Chapitres &Couvens,
ſavoir, les Chapitres de Stambs , de Mariaberg ,
deGries & de Welchmichel ; 2 Couvens de Récollets
à Intpruk& à Kaltern ; 2 Couvens d'Auguſtins
à Secfeld & à Rothenberg ; Is Couvent
des Dominicains à Botzen ; le Couvent des Jeromites
à Meran ; les Carmes à Linz : les Couvens
des Capucins à Kizbiel , Inſpruk , Ried
Flandres , Mels , Lana, Eppar , Botzen, Pludens,
Bezbau & Brigenes ou Feldkeirch & enfin les
Chapitres collégiaux de Borgo , de Bohen & de
Jinninchingg. Tous les Bénéfices fans charge
d'ameferont également ſupprimés dans cetteProvince.
>
de
Des lettres de Heilbronn portent que les
approvifionnemens de bled, d'avoine &
ſeigle , enmagaſinés dans cette ville pour,
les troupes de l'Empereur montent déja à
300,000 malters , & que l'on a reçu l'ordre
de les augmenter encore de 200,000.12000
tonneaux de farine doivent ſe trouver prêts
à Heilbronn , au mois de Juin prochain,
pour le ſervice des troupes Impériales.
( 156 )
:
ITALIE. :
DE LIVOURNE , le 28 Février.
L'eſcadre du Chevalier Emo eſt encore
à Malthe , d'où elle ſe portera au retour
de la belle ſaifon contre Tunis. Ce Commandant
tient toujours en croiſiere à la
hauteur de ce dernier port , un vaiſſeau de
guerre , une frégate & un chebec. Il atrend
pluſieurs vaiſſeaux Vénitiens qui doivent
renforcer ſon eſcadre.
Le bruit court ici , écrit- on d'Alger , que les
Elpagnols vont tenter un nouveau bombardement
contre cette Place. L'Empereur de Maroc
aprévenu la Régence de ce deſſein. Cette nouvelle
nous a été confirmée par deux Vaiſſeaux
arrivés de Gibraltar . On attend actuellement les
lettres de Marseille pour derniere confirmation.
Alors on prendra des meſures pour la défenſe la
plus ſure , d'autant plus que nous craignons un
débarquement, ce quinousallarme beaucoup plus
qu'un bombardement. Il eſt vrai que dans le dernier
débarquement des Eſpagnoſs , la Ville 2
fouffert réellement fort peu ; cependant notre-
Bey n'est pas fans inquiétudes , ſon courage eft
fort abattu , & la miſere de nos habitans augmente
de plus en plus par l'anéantiſſement du
commerce ..
Il a été publié & affiché à Florence un
éditdaté du 20 Février 1785 , relatif à une
conventions entre S. M. I. & notre Souverain,
pour que les ſujets de la Lon.bardie:
Autrichienne, & ceux deToſcane puiffent à
(157 )
lavenir ufer &jouir de tout droit légitime
fur lesbiens meubles & immeubles de quel
que nature qu'ils puiſſent être.
DE BOLOGNE, le 27 Février.
,
Les dernieres lettres de Rome nous ont
appris la mortde S. E. le Cardinal Lazare
Opitius Pallavicini , Génois Secrétaire
d'Etat de Sa Sainteté, caufée par une fievre
inflammatoire très violente. Ce Cardinal
étoit âgé de 65 ans & 4 mois. Il avoit été
élevé à la pourpre par le Pape Clément XIII
le 26. Septembre 1766 , sous le titre de faint
Pierre- aux- Liens ..
:
Voici un état exact des promotions qui
ont eu lieu dans le Conſiſtoire , tenu par
S. S. le 14 de ce mois..
L
Sa Sainteté a créé & publié Cardinaux de la
Sainte Eglife Romaine dans l'ordre des Prêtres
Joſeph Garampi , Nonce à la Cour de Vienne
Joſeph Doria , Nonce à celle de Versailles ;
Nicolas Colonna de Stigliano , Nonce à la Cour
de Madrid; Vincens Ranuzzi , Nonce à celle
de Lisbonne , Grégoire-Barnabé Chiaramonte ,
Religieux. Bénédictin de Mont-Caffin & Evêque
élu d'Imola ; Nicolas Gallo , Secrétaire du Trin
bunal de la Confulte; Jean de Gregori , Auditeur
Général de la Chambre Apoftolique ; Jean
Marie Riminaldi , Doyen des Auditeurs de Rote ;
Paul Maſſei , Commiſſaire Général des Armes ;;
François Carrara , Secrétaire de la Congrégation
dite du Concile; & dans l'Ordre des Cardinauxs
Diacres Ferdinand Spinelli , Gouverneur de
Aome;Antoine - Marie Doria , Maître de la
( 158 )
Chambre de Sa Sainteté , & Charles Livizzani,
Président d'Urbain . Sa Sainteté a créé encore
& réſervé in petto cinq autres Cardinaux , ce qui
porte le nombre de ces derniers à neuf, en y
joignant les quatre réſervés dans les Confiftoires
précédens ; ſavoir deux dans celui du 23 Juin
1777; un dans celui du 16 Décembre 1782 , &
un dans celui du 20 Septembre 1784. Il ne reſte
plus qu'un chapeau vacant dans le ſacréCollège.
Les nouveaux Nonces déſignés ſont les Prélats
Duguani , pour Paris , Caprara pour Vienne ;
Vincenti , pour Madrid ; Belliſonipour Lisbonne;
Vinci , pour Lucerne ; Ruffo , pour Florence. La
Nonciature de Baviere , dont l'établiſſement a
éré demandé depuis peu de tems par l'Electeur
Palatin , n'eſt pas encore remplie.
On affure que le S. Pere a nommé le
Cardinal Buoncompagni , Nonce extraordinaire
auprès de la Cour de Ruſſie , pour
continuer les négociations , entamées par le
Cardinal Archetti , relativement à la réunion
des égliſes Latine & Grecque. On ne ſçait
pas encore fi S. E. acceptera cette commifſion
importante, puiſqu'il faudroit , pour la
remplir , que ce Cardinal ſe rendît à Pétersbourg.
Ce qu'ily a de certain, c'eſt quela
religionCatholiquefait,dit-on, les plus grands
progrès en Ruſſie par les ſoins des Peres de
la Société de Jeſus , qui y ſont établis , &
qui s'occupent eſſentiellement de la réunion
des deuxEglifes; réunion très- favoriſée par
le Prince Potemkin & par d'autres grands
Seigneurs.
DE NAPLES , le 26. Février.
La frégate angloiſe la Médée, comman
( 159 )
dée par le Capitaine Campbell , est arrivée
dans ce port. Elle a apporté 12 canons de
bronze aux armes de notre Souverain , dont
le Roi d'Angleterre fait préſent à S. M. On
attend auſſi la frégate de la même nation ,
la Thétis , qui a à bord quelques autres pieces
d'artillerie , deſtinées au même uſage.
Les Comédiens François ont repréſentédernierement
Alzire , Tragédie de M. de Voltaire. Le
même jour , on a voulu faire déclamer deux
Vieillards François qui , depuis maintes années,
enſeignent ici la langue françoiſe , mais leur caducité&
leur figure peu avantageuſe empecherent
tellement le public de les bien recevoir , que
l'on fut obligé de baiſſer la toile avant qu'ils
euſſent achevé.
On prétend qu'il faudra beaucoup de
temps pour lever en totalité la taxe de
20,000 ducats, miſe ſur les Moines & autres
Ordres religieux , pour fubvenir aux
dépenſes de l'établiſſement d'une maifon
d'orphelins , & en conféquence le gouvernement
s'eſt déterminé à taxer tous les couvens
de Religieuſes.
La province de la Calabre continue d'être
un théâtre de défolarion Nous apprenons
qu'on y a reſſenti le 4 de ce mois, une
autre violente ſecouffe de tremblement de
terre , qui a caufé de nouveaux dommages.
Malgré les foins paternels que prend le Souverain
pour foulager le plus efficacement
poffible la mifere où se trouvé réduit cette
malheureuſe province; la ſanté de ſes habi
( 160)
tans ſouffre prodigieuſement des exhalaiſons
qui émanent, des eaux ſtagnantes & du
manque des choſes néceſſaires à la vie.
On conftruit à Malthe deux galeres du même
nombre de bancs que les nôtres pour le ſervice
du Roi d'Eſpagne , & il y a actuellement dans
ce même Port quatre vaiſſeaux de ligne efpagnols
qui attendent qu'elles foient entiérement
achevées pourles conduire enfuite dans les Ports
eſpagnols. Ces préparatifs font croire que l'Ef
pagne ſe propoſe de tenter dans peu une nou
welle entrepriſe contre Alger.
L'Internonce apoftolique réſidant ici , a
préſenté deux Mémoires au Gouvernement ,
l'un pour demander la fuppreffion d'un Livre
de l'Abbé Geſtari , qui traire de la permutation
de l'Evêché de Bamberg avec la
ville de Bénévent; l'autre pour que , conformément
aux Canons du Concile de
Trente, les cauſes de diffolution de mariage
foient jugées par les Eccléſiaſtiques.
On a répondu au premier qu'on ne pouvoit
blâmer un Sujet de défendre les droits de
fon Souverain.
江小
ESPAGNE
DE CADIX, le 22, Février..
Le vaiſſeau du Roi , le Péruvien , qui fortis
de Lima , fut obligé de relâcher à Rio Ja
neiro, entra hier dans certe baie, étant
parti de ce dernier port, le 28 Octobre, fons
chargement confiſte en 7 millions 406,708
3
1
(161 )
piaſtres fortes en eſpeces d'or ou d'argent ,
dont près de soo mille ſont pour le Roi ,
&le reſte pour le commerce. Le ſurplus de
ſa cargaiſon confifte en cuivre , quinquina ,
cacao , &c. Il appareilla de Rio Janeiro
avec la frégate du Roi , le S. François de
Paule , venant auſſi de Lima , qui avoit été
chercher un aſyle dans le même port. Ayant
marché pendant huit jours entemble , une
brume les ſépara , & cette frégate ne peut
pas tarder à paroître. Quant au S. Pierre
&Alcantara , qui ſe ſépara du Péruvien près
du cap Horn, pour aller ſe radouber au port
de la Conception , où nous ſavons qu'il eſt
arrivé , nous ne l'attendons que dans le
mois de Septembre.
Au comencement de ce mois ,il eſt entré dans
notre port les navires ſuivans venant de la Havane,
ſavoir les deux ſaïques le St. Narciffe &
le Jeſus Marie&Jofeph , la frégate la Conception,
frétée pour le compte du Roi : le paquebot de
laVera Crux, les frégates la Malaguette , laConception,
lebonSuccès & la Solidat , qui ont apporté
ſavoir , la première , 36552 écus , 3000 quintaux
de bois de teinture & 330 cuirs en poil; la ſe
conde 22900 écus , 12820 arrobes de ſucre &
autres effets ; la troiſieme 6937 arrobes de tabac
en poudre, en feuilles &à fumer ; 7393 écus ,
167 arrobes de ſucre , 100 quintaux de bois
de teinture , 200 cuirs en poil & autres marchandiſes;
la quatrième 250 quintaux&40 livres
de cuir pour S. M. , 186144 écus , 79 marcs
d'argent travaillé , 10 arrobes de cochenille
30000 vanilles 891000 cuirs tannés & autres effets;
le cinquieme 60 madriers de bois pour le
( 162 )
Roi, 6050 écus&autres effets; le fixieme 652460
écus , 69 arrobes de cochenille , 1335 arrobes de
kermès, 44 arrobes d'anil , 60 arrobes de jalap ,
8925 écus , 19 arrobes de fleur d'archiote , &
281 cuirs tannés; le ſeptieme 390 quintaux &
29 livres de cuivre en tablettes pour le Roi ,
557340 écus en argent , 17 marcs & demi d'argent
, 1398 arrobes de cochenille , 1331 arrobes
de kermes-terreſtre, 450 arrøbes d'anil , 711
arrobes de jalap , 111 de Salſepareille , 1000
cuirs tannés , 82300 vanilles , & 70 arrobes de
gomme; enfin le huitieme étoit chargé de 300
quintaux de cuivre pour S. M. , 627393 écus ,
366 arrobes d'anil , 361 arrobesde cochenille ,
396 arrobes de jalap , 274 cuirs tannés & de
70 arrobes de fleur d'achiote.
:
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Mars.
M. Holland , diſtingué par ſes vertus &
par fon habileté, ayant réſigné , depuis la
démiſſion de M. Haſtings ,le Gouvernement
de Madras qu'on lui deſtinoit ; ce
pofte important vient d'être confié au Général
Campbell qui ſuccédera à Lord Macartney.
Les affaires de l'Irlande occupent tellement
M. Pitt , qu'il a été forcé de demander
àla Chambre des Communes de renvoyer
l'examen de la reforme Parlementaire au 20
de ce mois.
Ce Miniftre fait délivrer à la Chambre tous
les papiers qu'elle croit propres à l'éclai
( 163 )
rer fur le nouveau ſyſtème de commerce. 11
donne aux repréſentans du peuple le temps
d'approfondir ſon opération , d'en rendre compte
àleurs commettans , & il examine de ſon côté
avec la plus ſcrupuleuſe attention toutes les ob
fervations que lui font les Villes de commerce.
Cette conduite a inſpiré tant de confiance aux
Négocians de Londres qu'au lieu de s'adreſſer directement
au Parlement pour lui repréſenter les
fuites funeſtes du traité de commerce projetté
entre l'Angleterre & l'Irlande; ils ont réſolu
d'aller de nouveau conférer avec M. Pitt . Le
parti de l'oppofition qui comptoit ſe ſervirde la
requête des Négocians pour faire échouer le
ſyſtême de M. Pitt, eſt furieux de cette démarche
modérée , & répand dans les papiers publics que
la majorité des Négocians a éré gagnée; ces
propos ſont ſans fondement; les Négocians qui
eſtiment généralement M. Pitt , ont voulu ,
avant de s'oppoſer à ſon opération , lui propoſer
des moyens propres à la rendre moins nuifible
aux intérêts de l'Angleterre.
Le Parlement d'Irlande inquiet de ces
délais , & craignant que le traité futur ne
ſoit rejetté par le Parlement d'Angleterre , a
ſuſpendu de paſſer différens bills , pour
établir , envertu de l'arrangement propoſé,
de nouvelles taxes & de nouveaux droits .
Le 8 de ce mois , l'ordre du jour portant qu'il
feroit fait un appel de la Chambre des Communes
, Lord Surrey ſe leva & rappella à la
Chambre que l'une des raiſons alléguées par le
Chancelier de l'Echiquier , lorſqu'il propoſa eet
appel , étoit la réforme parlementaire. Il eſpéroit
donc que l'honorable Membre voudroit
bien indiquer l'époque à laquelle il ſe propoſoit
de mettre cette affaire ſur le bureau.
( 164 )
M. Pitt dit qu'il lui étoit difficile de donner
uneréponſe préciſe à la queſtion du noble Lord ;
mais que ſom zèle à cet égardn'étoit point refroidi.
L'importance des arrangemens de commerce à
prendre avec l'Irlande , & la néceſſité de ne
ſtatuer définitivement ſur cet objet qu'après avoir
reçu les renteignemens convenables, le mettoient
dans l'impoſſibilité de fixer un jour particulior
pour la diſcuſſion de la réforme parlementaire.
Il croyoit cependant qu'il préſenteroit un bill
relatif à cet objer avant les vacances de Pâques,
Il propoſa infuiteun nouvel appel de la Chambre
à la quinzaine , à compter de ce jour.
M. Fox pria le Chanchelier de l'Echiquier de
donner à la Chambre quelqu'idée des meſures
qu'il lepropoſoit d'adopter relativement à la réforme
parlementaire , ildit quel'honorable Mem
brene devoit point s'yrefuſer ; s'il étoit jalouxde
ſapropre réputation , puiſque l'appel de la Chambre
avoit pour objet principal la difcuffion de
cette affaire ; il ſouhaitoit qu'elle fût terminée,
avant qu'on eût pris un parti définitif ſur les ars
rangemens de commerce avec l'Irlande.
M. Pitt renouvelia ſes proteſtations de zèle à
l'égard de la réforme parlementaire , il étoit
contraintd'y apporter quelques délais , vu l'importance
du ſyſtème de commerce qu'il s'agiffoit
d'établir entre l'Angleterre & l'Irlande. Ce der
nier objet prenoit tout fon temps & ne lui permettoit
pas de donner une attention ſuivie à
aucune autre. Il remercia ironiquement M. Fox
du ſoin qu'il prenoit de ſa réputation ; il eſpéroit
que la diſcuſſion des grands objets en quefzion
,loinde lui nuire , fourniroit une nouvelle
preuve de la pureté de ſes intentions. 1
Le Lord Avocat d'Ecoſſe préſenta une pétition
de la Chambre de Commerce de Glaſgow.
:
(165 )
Il obferva qu'on s'étoit efforcé de pérſuader à la
Chambre que le ſyſteme de commerce avec l'irlande
avoit répandu une alarme générale dans
cettepartie de l'Ecoffe. La pétition actuelle don
noit tout lieu de préſumer que les bruits de cette
nature étoient dénués de fondement ; le principe
duBill , relatif aux liaiſons de commerce entre
l'Angleterre & l'Irlande , y étoit approuvé. On
ſe contentoit de demander quelque délai , afin
d'avoir le temps d'examiner ceBill plus endétail,
On fit lecture de la ſuſdire pétition qui , confornmément
aux ordres de la Chambre , fut miſe ſur
le bureau.
Le Chevalier Cunningham dit qu'il ſçavoit ,
à n'en pouvoir douter , que le Bill en queſtion
avoit répandu l'alarme , non- ſeulement parmi
lesnégociants, mais auſſi parmi les propriétaires
fonciers , dont les intérêts ſeroient très-lézés , fi
l'on fouffroit que ceBill paſsât en loi . Il rappella
cequ'il avoit avancé dans une ſéance précédente
furlesimportations desgrains d'Irlande ,& il pria
leGreffier de la Chambre de lire une ſection d'un
des articles du traité d'union , laquelle ſe rapportoit
à cet objet.
M. Pitt tourna en ridicule le zèle de l'hono
rable Membre. Il lui obſerva qu'il devoit attendre,
pour produire ſes objections , que l'affaire
fût foumiſe àl'examendu comité. Je dois cepen
dant , ajoute-t- il , le tranquilliſer relativement
àla léſion que le Bill pourroit faire éprouver
auxpropriétaires fonciers de l'Ecoſſe , en lui apprenant
que je n'ai point le deſſein d'apporter
aucuns changemens aux loix actuellement en vi
gueur, lefquelles font relatives àl'importation &
l'exportation des grains. M. Pitt propoſa que le
Comité fût ajourné au ro; ſon intention n'étoit
pas que cette affaire fût terminée ce jour- là; mais
(166)
11 défiroit ſeulement que le Comité fût à portée
de recevoir des renſeignemens ultérieurs qui
puſſent leguider. Il annonça à la Chambre que
le Comité des Négocians intéreſſés au commerce
des Iſſes avoit déclaré par une réſolution , que le
Bill , relatif au commerce de l'Irlande , n'étoit
point de nature à former l'objet d'une Requête
au Parlement.
Le Lard Penryn reprocha à M. Pitt de n'avoir
pas rendu fidélement le ſens de la ſuſdite réfo
lution,
On alla enſuite aux voix , & la motion de
M. Pitt paſſa.
Onfitdans cette ſéance latroiſieme lecture du
Bill pour nommer un Comité chargé d'examiner
les émoluments des perſonnes qui occupent des
emplois publics , & après des débats affez longs ,
maispeu intéreſſans , leBill paffa.
M. Fox étant parvenu à faire déclarer par
la Chambre des Communes , que la procédure
, commencée par le Grand-Bailli de
Weſtminster étoit illégale , propoſa le ,
de faire biffer ſur les regiſtres de laChambre
toutes les délibérations qui pourroient
avoir autoriſé cette procédure : mais ſa motion
fut rejettee par une majorité de 105
voix. Il paroît cependant que la propofition
de M. Fox étoit une conféquence naturelle
de l'ordredonné par la Chambre au Grand-
Bailli de déclarer l'élection , ſans vérifier
les voix.
La grande réduction ſur les ſubſides de
l'armée & de la Marine; ceux de cette
derniere ſont deſcendus de 400,000 liv.
ſterlings par mois à 40,000 liv. ) le reſtant
-( 167 )
des dernieres taxes , les économies fur la
Milice, les réductions d'émolumens dans les
Offices publics , & divers autres augmentations
de revenu , font ſuppoſer qu'il n'y
aura pas d'emprunt cette année.
Si le Chevalier de l'Echiquier fonde la
dette de la Marine juſqu'en Août 1783 ,
il retirera au moins la moitié des billets
actuellement en circulation. Cette opération
contribuera à diminuer l'eſcompte de
pour cent , au moyen de nouveaux
billets; & elle le mettra en état de créer de
nouveaux billets de l'Echiquier pour telle
ſomme dont il pourra avoir beſoin dans le
cours de cette année, ſans faire de nouvel
emprunt. En même temps il aidera les teneurs
de fonds conſolidés , en déclarant que
ſon intention n'eſt point de faire aucun emprunt.
Lorſque l'infatigable & vertueux M.
Dempſter reviendra de l'Irlande , dont il eſt
allé examiner les pêcheries , il ſera abſolument
maître de ce fujet important , & en
état de préſenter au Parlement le meilleur
ſyſtême poſſible pour l'encouragement de
cette branche lucrative de commerce.
:
Samedi dernier , les garçons tailleurs ſe
ſont préſentés à Guildhall, ( Hôtel de Ville
de laCité ) pour y demander une augmentation
de gages à laquelle les maîtres s'oppoſent
de toutes leurs forces. Le prix de
journée de ces ouvriers , fixé par la loi , eft
( 168 )
actuellement de trois ſchellings&un demi
fol ( 3 liv. 13 f. tournois ) & ils demandent
qu'il foit porté à trois fchellings , ſept fols
& demi. Durant la guerre de 1756 , il
s'éleva un pareil débat. Sur le refus obſtiné
desmaîtres tailleurs , tous les ouvriers abandonnerent
le travail,& il fut impofliblede
les engager àle réprendre.Acette époque,
on levoit un nouveau Regiment de Dragons
: ils allerent au Colonel , & offrirent
de le remplir ſur le champ , ce qui fut accepté
fans balancer : on les laiſſa libres de
nommer à leur gré le Régiment , qu'ils
appellerent le Régiment d'Hampden , du
hom du célébre Reſtaurateur de la liberté
au dernier fiecle. Ces nouveaux Dragons
firent des merveilles ; ils ſurpaſſerent en
bravoure tous les autres Corps,& fur-tout
à la bataille de Minden, où leur impétuofité
fit le plus grand effet.
Il eſt étrange , dit un de nos Papiers que le
Parlement foit fourd aux cris continuels contre
un abus facile à préſenter. Tout le monde ſait
que les Marchands Hollandois vendent en détail
le charbon tirédenos propres minieres , un cinquieme
meilleur marché que ne le font nos détailleurs.
Si les Hollandois ont la facilité des
tranſports par eau dans toutes leurs Provinces ,
n'avons- nous pasauſſi une riviere navigablevans
notre Capitale , garmie d'excellentes cales à chaquediſtance
de vingt verges pour ainſi dire ? II
eftclair que c'eſt la rapacité de ceux qui tiennent
cette branche de commerce qui renchérit tellement
le prix du charbon , & l'on ne peut que
plaindre
( 169 )
plaindre la derniere claſſe du peuple , qui dans la
rigueur de cette ſaiſon voit ſa mifere confidérablement
augmentée par le monopole des Charbonniers
Anglois .
Le 4 de ce mois , la Compagnie des
Indes a fait vendre cinq cent trente neuf
caiſſes d'indigo , apportées de l'Inde , au prix
de cinq à ſept ſchellings la livre. C'eſt la plus
grande quantité de cette teinture qui ait été
jamais importée en Angleterre de nos poffeſſions
orientales. Cet Indigo , d'ailleurs ,
eſt d'une excellente qualité.
Le mercredi , 2 du mois courant , le
Comte Mansfield entra dans ſa quatrevingtieme
année , & ce jour - là préſida le
Tribunal à Guildhall. Sa ſanté eſt raffermie
, & fon efprit dans toute ſa vigueur.
M. Thomas Gorman, marchand diftingué
de la cité, qui ce jour là ſe trouvoit chef
[ Foreman ] des Jurés ; préſenta au Lord
Mansfield, le bouquet qu'il eſt d'usage de
lui offrir le jour de ſon anniverſaire.
Les planteurs des iſles ne ſe ſont pas diviſés
pour ſavoir s'il falloit préſenter une
requête à la chambre des Communes ,
contre le traité avec l'Irlande , mais pour
ſavoir s'il convenoit de confirmer les procédés
de leur comité. Leur réſolution ne
s'eſt donc point oppoſée précisément à ce
que l'on préſentat une requête ; mais elle
prouve ſeulement qu'ils ont jugé convenable
de conférer avant tout avec M. Pitt.
N°. 13 , 26 Mars 1785.
( 170 )
Voici le précis de ce qui s'eſt paſſé dans leur
aſſemblée .
Lord Penthyn ayant rapporté la réponſe peu
fatisfaiſante de M. Pitt , le Comité des Planteurs
voulant entrer dans l'idée du Miniſtre , nomma
un ſous- Comité , pour conſidérer s'il ne ſeroit
pas poſſible d'adopter des reſtrictions ou des réglemens
ſuffiſans pour prévenir les conféquences
fatales d'un Commerce abſolument libre entre la
Grande Bretagne & l'Irlande.
Le fous-Comité s'aſſembla ſamedi dernier &
après une délibération de pluſieurs heures : il
prit les réſolutions ſuivantes :
ccAprès l'examen le plus mur & le plus ſérieux ,
le Comité n'a pu trouver aucunes reſtritions
>> ni aucuns réglemens ſuffiſans à ſon avis , pour
>> prévenir les effets pernicieux que produira l'im-
>> portation des productions des Iſles en Angleterre
par le canal de l'Irlande » .
Cette réſolution fut préſentée au Comité le
lundi ; il l'adopta & prit à ſon tour la réſolution
fuivante :
« Le Comité eſt d'avis que dans tous les cas ,
>> il ſoit préſenté aux Communes d'Angleterre
>> une humble pétition , dans laquelle les Mar-
>>chands & Planteurs des Iſles expoſeront les al-
>> larmes & les inquiétudes que leur cauſe le
>> Traité de Commerce projetté entre l'Angle-
» terre & l'Irlande , & ſupplieront que cette partie
du Traité , qui doit permettre l'importation
>> des productions des Iſles , ſoit brutes ou manu-
>>>facturées , d'Irlande en Angleterre , ne ſoit
>>point paffée en loi ; & qu'il leur foit permis
(à eux Supplians ) s'il eſt néceſſaire , de plaider
à la barre de la Chambre devant le Conſeil
>> en faveur de leurdite Pétition » .
Le Comité convoqua le même jour une aſſem
( 171 )
blée générale des Planteurs & Marchands des
Ifles . Cette afſemblée s'eſt tenue hier à la Taverne
de Londres ; mais jamais on n'en a vu de plus
extraordinaire . Des perſonnes de toutes clafies
ſe ſont mêlées parmi les vrais membres de l'afſemblée.
Des perſonnes abſolument inconnues
aux Planteurs , délibérerent comme des partiſans
déclarés du Miriſtere , & s'oppoſer nt aux réſolutions
du Comité , de maniere qu'elles parvinrent
à empêcher qu'il fût préſenté de Pétition au Parlement
contre ce ſyſtême allarmant .
Après un débat très-long , on alla aux voix
pour décider fi la Pétition ſeroit ou non préſentée
au Parlement. Il y en eut 40 pour , 59 contre.
Alors l'Aſſemblée nomma un Comité de huit
perſonnes pour conférer avec le Miniftre. De maniere
que le Corps des Planteurs & Marchands
des Iſles à ſucre n'eſt réellement pas plus avancé
qu'il ne l'étoit il y ars jours.
Nous avons perdu le premier de ce mois ,
l'un de nos meilleurs Oficiers de Marme ,
le Capitaine Elphinston. Dans la pénultieme
guerre , il commanda la frégate le Richmond,
de 32 can. avec laquelle il fit échouer
& brûla la Félicité , qui lui étoit ſupérieure
en force. Il conduiſit enſuite toute la flotte
de Sir George Pocock , & les tranſports de
troupes ſous les ordres de Lord Albermale ,
deſtinés à l'attaque de la Havanne , &paffa
hardiment l'ancien détroit de Bahama. En
1769 , il commanda en qualité de contr'Amiral
, une diviſion de la flotte Ruſſe
dont les victoires furent en grande partie
ſon ouvrage. Dans la derniere guerre ,
monta le Magnificent , de 74 canons ,
h2
( 172 )
& ſe diftingua par la bravoure & par fon
expérience.
On lit de nouveaux détails ſur l'adminiftration
de M. Haſtings , dans une lettre du
fort Guillaume de Calcutta, en date du 24
Avril 1784 .
«Le Barrington , arrivé ici le 4 du courant ,
m'a apporté vos lettres ; elles m'ont caufé le plus
grand plaifir , ainſi que le recueil de papiers
&pamphlets qui les accompagnoient ; nous les
avons lus avec un empreſſemens dont vous ne
pouvez pas vous faire une idée. Le ſuperbe diſcours
du Chancelier a été traduit dans toutes les langues
connues dans l'Indoſtan ; c'eſt un homme
qui nous inſpire la plus grande admiration , par
la noble intrépidité qu'il a déployée , & qui nous
fait le comparer à M. Haſtings. Lord Walfingham
mérite auſſi les plus grands éloges.
Je vous annonçai dans ma derniere l'arrivée
de M. Haſting à Lucknow ; il y a fait des merveilles
: on prétendoit qu'il n'en tireroit pas une
roupie ; que le pays étoit abſolument ruiné , &
que l'anarchie & la rebellion y étoient montées
àun ſi haut degré , qu'il courroit à Oude les
plus grands dangers pour ſa perſonne ; obſervez,
je vous prie, combien ces rapports étoient faux .
Il a reçu à Lucknow au-delà de 46 lacques de
ropies , & payé tous les arrérages dus aux troupes
d'Oude , y compris celles du détachement de
Bombay qu'il renvoya , & qui ont été réformées
depuis. Ii a envoyé cinq lacques à Bombay , &
sing autres à Calcutta ; il a aidé aux Miniſtres
du Nabab à faire un arrangement pour cinq ans
avec des perſonnes d'une probité reconnue , &
a perfuadé au Viſir d'adopter un ſyſteme économque
qui mettra de très-groſſes ſommes dans
( 173 )
ſes coffres , déduction faite de toutes les de
penſes du Gouvernement. Il ſe propoſe de quitter
Lucknow dans le courant du mois prochain ;
c'eſt ſur les preſſantes ſollicitations du Viſir qu'il
a prolongé ſon ſéjour. Je vous annonce auſſi avec
plaifir que les pluies abondantes qui font tombées
depuis peu donnent les plus flatteuſes eſpérances
pour la récolte : ſi cet eſpoir n'eſt pas trompeur
, le Viſir ſera à même de s'acquitter entiérement
envers la compagnie dans le courant de
l'année prochaine .
M. Hastings a déclaré publiquement qu'il étoie
réſolu à quitter le Bengale au mois de Janvier
prochain. Vous ne pouvez vous faire une idée
de la conſternation qu'a occaſionnée cette nouvelle
parmi nous ; nous attendons avec la plus
vive impatience quelles font les réponſes qu'il
fera aux dépéches que lui a apportées M. Halked.
On aſſure que des perſonnages du plus haut
rang enAngleterre l'engagent fortement à reſter
ici ,&je ne doute pas qu'il n'y conſente , ſi le Par
lement a été diſſous , & fi on ne lui a pas nommé
un ſucceſſeur : s'il conſervoit ſon Gouvernement,
ilſeroit obligé de quitter Calcutta à l'approche
de la ſaiſon de la pluie ; ſa ſanté n'étant pas rétabliede
l'attaque qu'il effuya en 1782 .
L'argent est très rare ici; cette difette a été
occaſionnée par les ſommes énormes que l'on a
tirées ſur nousde Bombay & de Calcutta , pår le
paiement qu'il a fallu faire à l'armée des arrérages
dûs , & plus que tout cela , par le peu de confiance
que les natifs ont dans la ſtabilité de l'adminiftratio
actuelle : la nouvelle de la réſignationde
M. Hastings a jetté la plus grande confuſiondans
le pays . Je ſuis perfuadé que ſi nous
apprenions la diffolution du Parlement & la formation
d'une nouvelle Adminiftration favorable
h3
( 174 )
M. Hastings , & qu'il voulut conſentir à refter
parmi nous , le pays remonteroit avant peu au
plus haut degré de proſpérité ; j'admire les remarques
curieuſes de M. Burke ſur l'état du délabrement
où il prétend que ſont les domaines de la
Compagnie,encomparaiſon des autres provinces
de l'Indoſtan ; mais M. Johnſon nous écritde la
Cour de Nizam , où il remplit actuellement les
fonctions de Réſident de la Compagnie , qu'il n'a
pas trouvé ſur la route un ſeul village qui eût l'air
peuplé comme il pourroit l'être , ni vu aucunes
traces de culture depuis ſa ſortie des terres de la
Compagnie.
Je vois auffi qu'on avoulu faire quelques changemens
au plan adopté par M. Haſtings pour la
collecte des revenus ; j'eſpere qu'on n'ofera pas
pouffer la hardieſſe juſqu'à ce point : nous devons
àceplan ingénieux une augmentation annuelle
dans nos revenus , de 40 lacques , indépendamment
d'un demi-million ſterling , provenant du
produitdu ſel.
On a prodigué enAngleterre les titres& les
décorations à des gens qui ont cauſé la ruine
de la nation , & M. Hastings qui a ſauvé l'empire
, a été traité avec la derniere indignité ; il
a néanmoins été vengé avec éclat : les miniſtres
de la coalition n'euffent point perdu leurs places,
s'ils ne ſe fuſſent point permis d'attaquer
auſſi indécemment ce grand homme .
Nous avons licencié fix régimens dans le cours
du mois de janvier dernier , & l'on vient d'expédier
les ordres d'en réformer cinq autres
auſſi-tôt que le Colonel Pearce ſera arrivé à
Cutak; ce qui ſera dans le courant de Septembre
prochain. Les ordonnances de la compagnie
ne s'eſcomptent actuellement qu'à 20 & 25 pour
cent; mais elles feront dans peu à 15 , nos ar
( 175 )
rérages diminuant tous les jours. Sur la quan
tité des lettres de change qui ont été tirées ſur
nous de Madrass , plufieurs ont été payées dans
l'eſpace de trois mois , aucunes ne l'ont été audelà
de 4 mois après leur échéance ; nous jouifſons
de la paix la plus profonde ; & malgré
les déſordres inſéparables de la guerre , nous
avons encore d'immenſes reſſources : fi les premieres
nouvelles que nous recevrons d'Angleterre
font telles que les lettres du Major Scott
nous le font eſpérer , croyez que toutes les difficultés
feront ſurmontées .
Le Docteur Jefferies , courageux aſſocié
du courageux M. Blanchard, vient de recevoir
des lettres de bourgeoiſie de la ville de
Douvres , où on lui a donné un ſplendide
repas , & une repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , imitée de Voltaire , & jouée
par des Amateurs.
Lorſque M. Fox , dit un Papier miniſtériel ,
préſenta au Parlement ſon Bill de l'Inde , il fit
uſage d'une quantité d'argumens pour juſtifier la
précipitation extraordinaire avec laquelle ce bill
fut paffé , ſans que les Membres puſſent le digérer
& l'examiner . M. Pitt , au contraire , plaide
de la maniere la plus impartiale pour qu'il ſoit
fait un examen ſcrupuleux du Traité avec l'Irlande
, & il acquiefce volontiers á toutes les
requêtes qui paroiſſent avoir pour objet d'éclairer
ceux qui par devoir font obligés d'en découvrir
& d'en montrer les imperfections . Mais
il eſt facile d'aſſigner les raiſons de la conduite
différente de ces deux Miniſtres. Le premier ſavoit
fort bien (& il ne l'avoit que trop éprouvé ) que
h4
( 176 )
fi ſonplanvenoit á être examiné , ſadangereuſe
conſtitutionen aſſureroit la chûte . Le dernier fait
parfaitement au contraire , que plus on critiquera
ſes meſures , & plus elles deviendront populaires .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Mars .
La Comreſſe de Sainte-Aldegonde a eu ,
le 27 Février , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame, en qualité de
Dame pour accompagner cette Princeſſe.
Dom Coutans, Bénédictin de la Congrégation
de Saint- Maur , a eu , le 9 de ce
mois , l'honneur de préfenter au Roi , à la
Reine, à Monfieur & à Monseigneur Comte
d'Artois, la 14e. fuire de fon Ouvrage de
Topographie des environs de Paris , qui
renferme Chartres , Epernon , Auneau , & c .
Le fieur de Mirys, Secrétaire des Commandemens
du Duc de Montpenſier , a eu ,
le 6 de ce mois, l'honneur de préſenter au
Roi , à la Reine & à la Famille Royale , qui
l'ont honoré de leurs ſouſcriptions, la ſeconde
livraiſon des figures de l'Histoire Romaine.
Le 13 , la Comteſſe d'Estampes & la
Comteſſe d'Argenteuil,Abbeſſe du Chapitre
d'Epinal , ont eu l'honneur d'être préſentées
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la
premiere par la Marquiſe d'Eftampes ; & la
ſeconde par la Marquiſe d'Eſtourmel .
( 177 )
DE PARIS , le 16 Mars.
Quelques-unes de nos Provinces méri
dionales ont partagé avec la Suiffe , l'Allemagne
& le Nord , les rigueurs du froid qui
a regné dans ces différentes contrées , à la
fin de Février & les premiers jours de Mars.
Le Rouffillon , dont la plaine voit très-rarement
de neige , en a eu plus de deux pieds :
le dégel eſt ſurvenu immédiatement après:
pluſieurs communications ont été interrompues.
LeMercredi 2 Mars , à huit heures du matin le
feu a pris au hameau d'Echenon , dépendant de la
Paroiſſe de Saint Jean-de- Lône enBourgogne, 27
maiſons étoient déjà conſumées par les flammes.
Une biſe violente menaçoit de les porter dans
les autres habitations ; on déſeſpéroit même de
les garantir ; les ſuites de cet événement affreux
ne font pas encore connues.On écrit ces détails
preſqu'au milieu des flammes . On a appris depuis
qu'elles n'avoient été totalement éteintes
que le ſurlendemain 4. Ce malheur ſuccede à
un autre. Trois chefs de famille , mordus par
un chien enragé le 17 Janvier dernier , font
morts à l'hôpital de Dijon dans le premier accès
de la rage. Ils laiſſoient pour ſeule fortune à
leurs enfans leurs maiſons , qui viennent d'être
la proie des flamme. Une multitude de malheureux
di perſés , fans pain , ſans aſyle , ſe trouvent
réduits à la plus affreuſe miſere. Ceux à qui leur
fortune permet d'exercer des actes d'humanité ,
ſont priés de remettre au ſieur Delamotte , Notaire
à Paris rue de la Verrerie , les ſommes
( 178 )
qu'ils deſtineront au ſoulagement deces habitans,
ou de les faire paſſer au ſieur Martenne , Subdélégué
à Saint Jean-de- Lône en Bourgogne.
L'ignorance où nous ſommes & où nous
avons trouvé différentes perſonnes que nous
'avons queſtionnées ſur l'objet de la lettre
ſuivante , nous détermine à la publier , en
priant ceux qui font à même de fatisfaire la
curiofité de fon écrivain de nous communiquer
leurs informations.
Le defir d'aprendre le ſort actuel de l'enfant
foi-diſant trouvé ſur les côtes de Normandie ,
&dont tous les papiers publics nous ont entretenus
il y a pluſieurs mois , me porte à m'adreſſer
à vous pour ſavoir , par la voie de votre
Journal le ſuccès des inſtructions qu'on lui donne.
Ma curiofité à ſon égard peut être juſtifiée par
l'intérêt que je lui ai témoigné dans ſa miſere ,
puiſque c'eſt dans ma famille qu'il a trouvé les
premiers ſecours qui l'ont conduit au ſort heureux
dont je préſume qu'il jouit.
Ce fut à la foire de Guibray près Falaiſe , à
la fin d'Août 1783 , & non en Mars 1784 , qu'il
a éré rencontré , & tout porte à préſumer que
ſes parens l'auront abandonné, ou toutes autres
perſonnes auxquelles il auroit été à charge. Sa
familiarité avec tout ce qu'il voyoit , & ſon peu
d'étonnement fur tout ce qui l'entouroit, me
firent croire que , quoique étranger , il devoit
être depuis long-temps en France ; & fon habillement
, quoique des plus miſérables , l'annonçoit;
il avoitune mauvaiſe redingotté ou ſurtout,
une culotte bleue beaucoup trop longue , des
bas &des fouliers tous en pieces. Depuis plufeurs
jours il étoit àla foire , lorſqu'étant couchédans
un champ , on lui vola 7 à 8 livres
b
( 179 )
argent de France ; ſes cris firent arrêter le vos
leur , ce fut alors que je le vis. Je le menai au
magaſin de ma mere qui en eut pitié , elle le
nourrit & coucha le reſte de la foire ; il vint à
Caen ſur les voitures qui portoient nos marchandiſes
. J'avois deſſein de l'emmener avec moi
à Nantes où je devois me rendre au mois d'Octobre
ſuivant , pour le faire embarquer , ſi je
trouvois quelque Capitaine étranger qui entendit
ſon jargon ; mais un Danois qui palloit alors
par Caen , m'ayant afſuré qu'il n'avoit rien du
Jangage des habitans du Nord , je me défiſtai
demon intention . Ma mere ne voulant pas l'abandonner
, l'adreſſa à M. le Comte de Paudouas ,
alors Echevin de ville , pour le placer à l'Hôtel-
Dieu. Il s'y porta avec cet empreſſement qui
caractériſe ſes inclinations bienfaiſantes. Tant
qu'il fut dans cette maiſon , il gagna l'amitié
des Religieuſes par fa douceur & fes manieres
adroites & intéreſſantes ; il étoit remarquable
par ſon goût pour la propreté , voulant etre
toujours bien poudré , &ayant témoigné par ſes
fignes qu'il lui falloit des manchettes aux chemiſes
qu'on lui avoit données . Ma mere après
quelque tems l'avoit placé chez un ouvrier orfevre,
où il ne put refter long-temps ; fon intention
étoit de le mettre chez un autre avec lequel
elle s'étoit déjà arrangée , lorſqu'elle tomba
malade, ne put exécuter ce qu'elle avoit entrepris.
Ce fut dans ces entrefaites , aux Fetes
de Pâques 1784 , qu'il fut préſenté à l'épouſe
de M. l'Intendant de Caen , qui s'y intéreſffa
d'après le récit qu'on lui fit de ſes qualités , &
M. l'Intendant le fit paſſer à Paris.
J'ai l'honneur d'être , &c.
FLEURIAU DE BELLAMARE,
La même cauſe d'ignorance abfolue de
h6
( 180 )
notre part nous met dans le cas de dem ander
les éclairciſſemens néceſſaires aux Gens
de l'Art , ſur une demande conçue en ces
termes :
Près de trente-cinq ans de ſervice me donnent
droit d'avoir que que cor fiance dans mon expépérience
, je puis aſſurer avec vérité qu'ayant
toujours été très-appliqué à remédier aux inconvéniens
qui naiſſent ſous nos pas , l'étude la
plus ſuivie ne m'a procuré que très - peu de découvertes
avantageuſes , & que tel Auteur qui
s'eſt acquis de la réputation , ne marcheroit qu'avecpeine
dans une route qui peut-être eſt l'objetde
ſes mépris. Pour donner un exemple de
ce que j'avance , je demande à tout Artiſte , à
tout Amateurde Cavalerie de m'indiquer par la
voie de votre Journal ou directement une maniere
d'attacher les chevaux de façon qu'ils ne
puiſſent s'échapper. Plus de dix effais en ce genre
ont été infructueux ; des chevaux méchans ou
vigoureux ont rompu , foit par force ou par
adreſſe toutes les entraves qu'on leur a oppofées.
Laqueſtionqquueejepropoſe paroîtra frivole aux
génies qui ne confidereront pas les ſuites fåcheuſes
que peut avoir le mal que, je ſouhaite
qui ſoit réparé, i l'on avoit l'état des accidens
qui ſont arrivés dans l'armée , faute de bons
licols , l'on en ſeroit effrayé ; je viens d'en étre
moi même la victime : un cheval échappé dans
l'écurie où étoit le mien, lui a caffé la jambe ,
& m'a fait perdre un animal auquel j'étois auffi
attaché par ſes excellentes qualités que par les
bons ſervices qu'il m'a rendus.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Chevalier DE MARNE , Lieutenant au
Régiment Royal Cavalerie , & chevalier
( 181 )
de l'Ordre Royal & Militaire de St. Louis.
On nous a priés de rendre publique la
lettre ſuivante , écrite par le Roi de Polo gne
actuel , à M. l'Abbé Proyart , auteur d'une
vie eſtimée du feu Roi Staniflas Leczinski .
Monfieur l'Abbé Proyart , ſi je n'ai pas répondu
plutôt à votre lettre du 30 Octobre , c'eſt
que j'ai voulu me laiſſer le loiſir d'apprécier
l'ouvrage qu'elle me préſentoit. Je l'ai lu attentivement,
avec cet intérêt que l'on donne à des
fituations qui ont des rapports à celles où nous
nous ſommes trouvés ; on aime à déméler ce
qu'elles ont de commun dans leurs effets. La
lecture de votre livre m'a donné ce plaifir ; le
fond des choſes & les formes qu'elles ont reçues
de l'Hiſtorien , y ont également concouru. Je
defire que la marque ci-jointe de mon eſtime en
foit auffi pour vous une de ma reconnoillance :
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , M. l'Abbé
Preyart , en ſa ſainte garde.
STANISLAS AUGUSTE , Roi.
M. Houël vient de mettre au jour le 19e.
chapitre du Voyage de la Sicile, de Malthe
&de Lipari , dont nous avons indiqué le
mérite antérieurement , d'après les talens de
l'artiſte & le témoignage du public ( 1 ) .
On trouve dans ce dix-neuvieme chapitre plufieurs
planches qui repréſentent des baſaltes de
différentes formes & grandeurs ; l'Auteur joint à
ces deſſeins précieux par leur exactitude des
obſervations ſur la formation même des baſaltes ,
qui rendent ce chapitre très intéreſſant pour les
Naturaliſtes . Les deux derniers planches repré-
(1) Prix 12 liv. chez l'Auteur , rue du Coq
S. Honoré.
( 182
Tentent le fameux châtaigner de cent chevaux ſitué
ſur la pente de l'Euna . Cet arbre étonnant par ſa
groſſeur a pris ſon nom de l'étendue de fon ombrage.
Jeanne d'Arragon , diſent les gens du lieu ,
vint viſiter l'Etna , accompagnée de toute la Nobleſſe
de Catane ; elle étoit à cheval ainſi que ſa
ſuite: un orage ſurvint , elle ſe mit ſous cer
arbre , dont le vaſte feuillage ſervit à garantir
la Reine& tous les Cavaliers ; mais les Savans .
regardent cette tradition comme une erreur populaire.
Les travaux de M. Didot l'aîné ſe ſuccédent
ſans interruption. Il vient d'achever
l'édition in - 18 . des OEuvres de Racine en
5 vol. papier-velin , imprimés en caracteres
neufs , gravés exprès (1). Le texte un peu
plus petit que les précédens , les ſurpaſſe encore
en netteté ; & il eſt beaucoup plus aifé
à M, Didot de multiplier ſes chef-d'oeuvres ,
qu'à nous de varier les éloges dus à chacun
des ouvrages de cette précieuſe collection ;
ſavoir au Télémaque , 4 vol. , & au Difcours
fur l'Hift . Univ. de Boſſuet, 4 vol .
PROVINCES- UNIES.
LA HAYE , le 20 Mars.
La Bourgeoiſie d'Utrecht vient de mettre
en pratique contre la Régence les
principes démocratiques allégués par nos
Ecrivains polémiques contre l'autorité Sta-
(1) Prix 30 liv . chez M. Didot l'aîné , rue Pa.
vée S. André-des-Arcs.
( 183 )
thouderienne. On ne s'attendoit pas que le
peuple regarderoit d'abord le pouvoir le
plus près de lui, le plus immédiat , le plus
génant , & qu'en vertu des idées de liberté
ſi fortement prêchées par quelques Provinces
, il détruiroit l'Ariftocratie des Régences
patriciennes , qui fait le ſyſtême général du
gouvernement des villes de la République.
Uneplace étantvacante dans le Conſeil municipal
d'Utrecht, ce Corps y a nommé, ſuivant
l'uſage, unCitoyen qui a eu en ſa faveur la pluralité
des fuffrages ; mais l'élection ayant déplu
à la Bourgeoiſie , quelques Députés de
celle-ci ont exigé que ce choix fût annullé;
& il l'a été. Cette affaire occafionne la plus
grande effervefcence; ce que font les Bourgeois
d'Utrecht , ceux d'Amſterdam , de
Leyde , de Harlem , &c. &c. font fondés à
le faire également; voilà un premier ſuccès
encourageant : il ſera curieux de voir , comment
ces Sénats aristocratiques , qui défendent
ſi bien leur autorité contre les atteintes
du Stathouder , s'y prendront pour la défendre
contre le peuple même.
Il eſt fort peu queſtion de guerre , de préparatifs
, & nous nous regardons comme en
pleine paix. Cependant , l'on fait courir en
cemoment le bruit d'une réponſe peu fatisfaiſante
de l'Empereur à la derniere réſolution
des Etats Généraux
On a fait , dit- on , à la République plufieurs
demandes , telles qu'une indemnité de 16 millions
à la place de Maeflicht , la ceſſion de BE
( 184 )
c'uſeen Flandre, du Comté de Vroenhoven &
Pays d'Outre-Meuſe , la liberté de l'Eſcaut , &c.
D'autres diſent que l'ultimatum de l'Empereur
porte , que puiſque les Etats-Généraux ſe refuſent
à la conceffion de Maestricht , il revient à
la demande ſur l'Eſcaut , & leur donne quatre
mois de réflexions à dater du départ du courier
de Vienne.
M. de Kalitcheff, Miniſtre de Ruffie , a
remis aux Etats Généraux un nouveau Mémoire
exhortatoire , & où , dit- on , on invite
de nouveau la République à reprendre les
négociations & à fatisfaire S. M. I.
M. le Comte de Maillebois eſt attendu
ici à chaque inſtant.
On prétend qu'ila fait communiquer auxEtats
Générauxun plan , fuivant lequel il ſe fait fort
de défendre avec 60 mille hommes le territoire
de la République contre cent mille combattans.
Il prouveroit dans ce plan , que les Autrichiens
ne peuvent attaquer l'Etat qu'entre la Meuſe &
le Rhin , & que le pays eſt en fûreté depuis
Berg-op Zoom juſqu'à Bois- le-Duc , par la facilité
de couper les paſſages par des inondations ;
qu'en conféquence les Autrichiens ne pouvanty
pénétrer ſans s'être emparés de Maeſtricht , qu'il
ne ſeroit pas prudent de laiſſer derriere enx , il
eſt de la derniere importance de garnir ſuffifamment
cette place de troupes & de munitions. II
prétendoit aufli que les autres forts ſitués au-de'à
à Maſeik , devroient être démolis , parce que
les Autrichieus pourroient s'emparer aifément
de cette ville , y perfectionner les ouvrages &
y établirun campement , afin de couper la communication
entre la Hollande & Maestricht . Alors
ils pourroient ſe borner à tenir Maestricht bloqué
( 185 )
pendant qu'ils pénétreroient entre le Wahal &
leRhin, juſques dans le Bétuwe où ils établiroient
leurs quartiers.
Parmi les détails que la frégate la Junon ,
arrivée en Angleterre , a donnés de la ſituation
de l'Inde , elle a appris que les Malais ,
à l'inſtigation des Portugais , ont atraqué l'établiſſement
des Hollandois à Malacca. Ce
n'a pas été une ſimple conſpiration de l'efpece
de celles qu'ils ont ſouvent tramées :
ils font venus en corps d'armée d'environ
14 mille hommes , tomber ſur les Hollandois
, qui n'étant gueres préparés à cette attaque
, ne purent employer tous leurs
moyens de défenſe ; ils alloient fuccomber,
&ils préparovent même déja des bâtimens
pour abandonner la place, lorſque redoub'ant
d'efforts , ils parvinrent à repouſſer
l'ennemi. Quelques jours après , les Malais
reparurent au nombre de 40 mille , portant
tous leurs armes redoutables & des fleches
empoisonnées. Les Hollandois n'étoient au
plus que 800 , mais comme ils avoient eu le
temps de faire leurs diſpoſitions , & de placer
du canon à terre , ils diſperferent ces
barbares , les pourſuivirent même dans leur
déroute , au point que s'ils n'ont pas exagéré
, il en périt 4 mille , ou ſur le champ
de bataille , ou dans leur fuite.
Cette nouvelle nous vient de Paris , &
l'on n'en dit rien en Angleterre même , où
perſonne ne devroit l'ignorer , ſi la Junon
l'avoit apportée réellement.
( 186 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 23 Mars.
Suivant nos lettres de Vienne du 8 de ce
mois , les Croates , les bataillons francs &
l'Artillerie qui avoient fait halte , ont reçu
ordre de marcher ſans délai vers les Pays-
Bas.
On aſſure qu'il a été publié dans toutesles
Eglifes de l'Electorat de Cologne , une défenſe
de recruter pour les Hollandois , & la
promeſſe d'une récompenſe de 15 rixdales
à tout Juge qui dénoncera l'un de ces Recruteurs
.
Voici la liſte des quartiers occupés par les
Régimens Autrichiens dans nos Provinces .
A Bruxelles. Général en Chef.
S. A. R. le Duc de Saxe-Teſchen .
Général-Commandant de l'Artillerie .
Le Comte de Murray.
Général d'Artillerie enfecond.
Le Comte de Ferraris .
Lieutenans - Généraux.
Le Comte Wenzel Colloredo .
Le Comte d'Arberg.
Général - Major . D'Alton , à Luxembourg , 2
bataillons. Regimens. De Deutſchmeiſter. De
Preiſs, 2 bataillons. Deux compagnies d'Artillerie
avec la réſerve i demi. Kaunitz , troifieme
bataillon.
Général - Major. Le Baron de Staader , a
Louvain. Rég. Lattermann , à Namur , 2 bat.
de Tillier , à Louvain , 2 bataillons. Bender , à
Bruxelles. 2 bat. Furman , Gren à Brux. 2 bataillons
.
Général - Major. Le Comte Harrach , à Tirl.
( 187 )
Wurmfer Hufſards , à Louvain. I Div. Wurmſer
Huffards , à Tirlem. 2 diviſions . En tout , 13
bat.&dem. & 3 div.
Avec l'Etat Major. Batail. 13. div. 3 Régimens.
Wurmfer Huſſards , a Arschos, 1 div. Eſterhafi
Huff à Jeloigne. I div. d'Arberg Dragon , à Liere,
I div.
Avec l'Etat- Major. Rég. D'Arberg Dragon , a
Geel. 1 div. D'Arberg Drag. à Tongaroo . I dem .
div. D'Arberg Drag. à Herve & Battice , pays de
Limbourg. I dem. div. Murray , 3 me, bataillon ,
àHerve.
Général - Major. Le Baron de Lelien , à Mons.
Cobourg Drag . à Mons , 2 div .
Avec l'Etat- Major. Rég. Cobourg Drag. à Ath .
1 div. Toſcan Drag . à Gand & Oudenarde , ou à
Tournay & Oudenarde , comme l'Artillerie fera montée
par le Commiſſaire -Général , 3 div. D'Arberg .
3me. div de Drag. qui ſe forme à Mons , I divif.
Général - Major. Le Duc d'Uſel , à Anv. Rég.
Cleifayt , à Anvers , 2 bat. Ligne , bat. camp. à
Anvers. 2bat. Ligne , 3me.bat. à Lierre , 1 bat .
Kaunitz , Malines , 2 bat .
Général- Major Le Comte de Culam , à Gand.
Rég. Hayden , Grén, à Termonde , 1 bat. Murray,
àGand , 2 bat. Vierſet, à Bruges. 2 bat. Vierſet ,
3me bat. à Oftende. 1 bat. 3me Rég. de garniſon ,
Nieuport. 1 bat. En tour , 28 bataillons & 15 divi.
fions.
Général-Major.
Benzenſtein , à Malines.
Du 2me Régiment d'Artillerie : partie à Malines
, partie détachée aux canons des Régimens
avec la munition d'Artillerie . I bat .
Général - Major.
Zehenter , à Bruxelles .
à Détachement de Pontonniers.
( 188 )
Namur . Chafſeurs .
Pionniers.
Total , batal. 29 , div. 156
à
Bruxelles.
a
Ledétachement de l'Etat- Major d'Artillerie.
Directeurs du Génie, à Bruxelles.
Une Compagnie de Mineurs.
Namur. Une Compagnie de Sapeurs.
On écrit de la Haye, que le Fiſcal de la
République eſt parti pour Maeſtricht , où il
va examiner les perſonnes accuſées d'avoir
voulu livrer cette place aux troupes de l'Empereur.
On apprend de Luxembourg que le Baron
de Stein y est arrivé le re avec 300 recrues
, qui complettent le corps de Volontairesdefon
nom. Ce corps ſe trouve porté
à 1300 hommes exercés journellement.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres .
Levaiſſeau deguerre Hollandois.l' Amiral Tirk
Hides de Vries , qui eſt arrivé à Smirne , paroît
avoir cauſé quelques inquiétudes à l'Internonce
de la Cour de Vienne , lequel a préſenté un Mémoire
à la Porte , où il demande l'intervention
*de l'autorité du Gouvernement , pour empêcher
que les Hollandois ne commettent en ces parages
quelques hoſtilités Le Capitan- Pacha a effectivement
reçu ordre d'y mettre les empêchemens néceſſaires
pour l'intérêt général du commerce.
( Nouvelles d'Allemagne , nº.40.)
Les Freres Etudians du couvent des Capucins
deVienne ſe ſont très-peu diftingués cette année.
Une aventure comique a fait à ce ſujet lancer
contr'eux une paſquinade. L'âne d'un Meûnier ,
( 189 )
s'étant échappé , avoit pénétré dans leur cour , &
le portier avoit eu de la peine à l'en chaſſer. Le
lendemain on lut au deſſus de leur porte : In
propria venit & fui eum non receperunt. ( Cour . de
Efc. Nº. 21.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
, Cause entre Marie Dumas
trice de ses enfans mineurs.
Promlet , & Michel Marias.
veuve Michel , tu-
- Et Michel
1
Les diſpoſitions univerſelles d'un aïeul , en
faveurdes enfans légitimes de fa fille naturelle ,
font- elles valables ? C'étoit la principale queftion
agitée dans cette cauſe. Voici le fait : Marie
P ... , ſur la foi d'un mariage projetté , s'étoit
abandonnée à un ſieur C..., qu'elle devoit époufer
; elle en avoit eu un enfant , Catherine C...,
la mort précipitée du ſieur T... l'empêcha de
la légitimer par un mariage ſubſéquent. Catherine
C... épouía Joseph Michel. Elle n'avoit rien
reçu de ſa mere , qui , mariée depuis la mort
du ſieurC... , avoit à peine de quoi vivre : cependant
Catherine C ... aida , autant qu'elle put ,
Marie P ... , & inſpira à ſes propres enfans les
mêmes ſentimens pour leur aïeule naturelle. Marie
P ... n'avoit jamais perdu de vue ſa fille , ni
ſes enfans , qui lui avoient toujours témoigné ,
ainſi qu'à fon mari , l'attachement le plus tendre.
Parvenus l'un & l'autre à un âge fort avancé , ils
ſe retirèrent chez Martin Michel leur petit - fils ,
& y vécurent juſqu'à leur mort. Marie P ... ,
après la mort de fon mari , par un juſte ſenti-
(1) On foufcrit pour l'ouvrage entier , dont l'abonnement
eſt de 15 liv, par an, chez M. Mars , Avocat, rus
Hôtel de Serpente,
( 190 )
,
mentde reconnoiffance ,& pour s'aſſurer le reſte
de ſes jours les mêmes ſoins qu'elle avoit éprouvés
, crut devoir faire à Martin Michel , ſon petit-
fils une donation entre - vifs de tout ce
qu'elle avoit , qui conſiſtoit en une petite maiſon
, un petit jardin & une piece de terre , le tout
évalué 1200 liv. , à la charge par le donataire
de la loger , nourrir & entretenir ſa vie durant ,
tant en ſanté que maladie. Elle n'eut jamais lieu
de ſe repentir de ſon bienfait. Martin Michel &
ſes enfans remplirent envers Marie P... juſqu'au
dernier moment toutes les obligations qui avoient
été les conditions de la donation , fans que les
dégoûts & les beſoins inſéparables de la vieilleſſe
rallentiſſent en rien leurs devoirs. A peine Marie
P... cut -elle les yeux fermés , que des Collatéraux
difputerent à ſes arrieres -petits-enfans
naturels ſes minces dépouilles , que leur pere
avoit certainement acquiſes àtitre onéreux , fous
prétexte de l'incapacité où ſont les bâtards de
recevoir , ſoit directement , ſoit indirectement ,
dans leur deſcendance des diſpoſitions univerfelles.
Les enfans de Martin Michel ont
foutenu la validité de la donation qui avoit été
le prix des ſoins & de l'entretien qu'ils avoient
fourni à la donatrice pendant toute ſa vie. Arrêt du
Parlement de Toulouſe du 22 Mars 1779 , qui ,
réformant les Sentences des premiers Juges ,
fans avoir égard à la demande en caflation , par
incapacité , de la donation de Marie P... formée
par Michel Brouellet & Michel Marias , maintient
ſa tutrice en la propriété & jouiſſance des biens
compris dans la donation , avec dépens.
---
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entre M. le Procureur - Général & les Héri(
191 )
tiers de Jean d'Alleré , Officier- de-Bouche chez
leRoi.
- Legs univerſel à un Enfant trouvé , à nommer
& choisir par M. le premier Prefident , peut- il
être déclaré nul comme fait , incernæ perfona.
Rien n'eſt quelquefois plus fingulier que cer
taines diſpoſitions teſtamentaires : cependant lorfqu'elles
ne ſont pas contraires aux bonnes moeurs ,
ni aux loix , on ne peut fe diſpenſer de les maintenir
& d'en ordonner l'exécution , attendu le
droit incontestable & la liberté naturelle à tout
homme , de diſpoſer de ſon bien comme il lui
plaît , ſauf les juſtes exceptions & réſerves que
les loix ont miſes à cette liberté générale &
indéfinie. Le ſieur Jean d'Alleré , ſeul auteur
de ſa fortune , étoit pourvu d'une charge
d'Officier-de- Bouche chez le Roi , vieux garçon ,
n'ayant point de parens proches & beaucoup de
parens éloignés ; il a fait ſon teſtament le 1 Avril
1773. Par cet acte , quelques diſpoſitions particulieres
, il a inſtitué deux Légataires univerſels
, l'un de tout ſon mobilier , l'autre de tous
ſes immeubles. Le Légataire du mobilier étant
une perſonne connue , & la diſpoſition n'ayant
pas été conteſtée , il eſt inutile de s'étendre à
ce ſujet. Toute la difficulté portoit ſur la diſpofition
relative au legs univerſel des immeubles.
Elle étoit conçue à peu près de cette maniere :
«Je donne & legue tous mes immeubles quel-
>>>conques , enſemble ma charge d'Officier Fruitier
chez le Roi , à un enfant trouvé de la
>> maiſon des Enfans -Trouvés de Paris , l'un des
>> plus âgés étant dans ladite maiſon , du ſexe
>>> maſculin , qui ſera nommé & choiſi par M. le
>> Premier-Préſident du Parlement. J'inſtitue les
( 192 ) :
>dit enfant mon Légataire univerſel en cette
>>>partie , à la charge de prendre & porter mes
noins de baptême & de famille , & de ſe faire
>>>recevoir dans ma charge d'Officier - Fruitier
>> chez le Roi , ſi par les foins & bons offices de
>>M. le Premier Préſident, il peut être agréé
>>>& reçu dans ledit Office , à la charge , en
>>>outre , qu'en cas de mort dudit enfant, avant
>> ſon mariage ou ſans enfant légitime , le mon ,
>tant dudit legs univerſel paſſera au profit d'un
>>> enfant trouvé , mâle , choiſi & nommé par
2 M. le Premier-Préſident , aux mêmes charges
>&conditions de porter mes noms ». -Après
laj mort du Teſtateur , arrivée en 1783 , & l'ou--
verture faite du Testament , M. le Procureur-
Général , inftruit de cette diſpoſition , fit affigner
les héritiers de Jean d'Alleré , pour voir prononcer
la délivrance du legs univerſel des immeubles
du Teſtateur au profit de l'enfant trouvé
qui ſeroit nommé & choiſi par M. le Premier
Préfident. Les héritiers ont demandé la
nullité du legs univerſel , ſous prétexte qu'il étoit
fait incertæ perfone . M. l'Avocat -Général Sc
guier a conclu à la délivrance du legs univerfel
au profit de l'enfant trouvé aux conditions
portées au Testament . Arrêt du 27 Août
1782 qnia ordorné que le Teſtament dudit Jean
d'Alleré ſeroit exécuté ſelon ſa forme &teneur ;
ce faiſant a condamné les héritiers de Jean d'Alleré
à rendre & reftituer tous les immeubles de la
fucceffion de Jean d'Allere & tous les titres de
propriété deſdits immeubles & papiers relatifs ,
dépendant de ladite ſucceſſion , à l'enfant trouvé
qui feroit nommé & choiſi par M. le Premier-
Préfident , conformément au Teftament & aux
charges , clauſes & conditionsy portées : a condamné
leſdits héritiers aux dépens.
- -
-
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PARUNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes lesCours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en prose; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,
lesCaufes célèbres; lesAcadémiesdeParis & des
Provinces ; la Notice desÉdits, Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 AVRIL 1785 .
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
AvecApprobation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Mars 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
Epîtreà Mlle Em . de P** , 3
Iimpromptu,
des Infcriptions & Belles-
Lettres , 26
Epure à Mme la Comtesse
Gabrielle Digoine , 49
6Tableau de la fituarion actuelle
des Anglois dans les
Indes Orientales .
34
dan cadette , 51
Naturelle de Pline ,
$7
Mot de Coclès , $2 Recueil de quelques Pièces de
67
Epitre, 97Hiftoire Univerſelle , 76
Epigramme , Ico 123
Vers adressés à Mlle Gavau- Morceaux extraits de l'Histoire
Couplets àM. Blanchard , 53 Littérature ,
L'Originede l'Inconstance, 99 L'Enfer des Peuples Anciens ,
Aunejeune Demoiselle, ibid. Pièces intéreſſantes & peu
Lecouragede l'Amour& de la connues , 154
Nature , Anecdote , 101 Principes généraux de Belles-
Le Zéphyr & l'Aquilon , Lettres,
Fable,
Conte,
Romance.
166
145 Manuel du Minéralogifte ,
146 172
147 La dernière Héloïſe , 175
Réponſes à une Queſtion, 151 Variétés , 36 , 79 , 132, 136
Charades, Enigmes & Logo- Académie Françoise , 131
gryphes , 7,5 , 121, 152 SPECTACLES .
NOUVELLES LITTÉR. Concert Spirituel , 178
Apologues & Contes Orien- Comédie Françoise , 179
taux , 9 Comédie Italienne , 183
Differtation qui a remporté le Annonces & Notices , 41 , 88 ,
Prix de l'AcadémieRoyale 141, 185
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
zve de la Harpe , près S. Come.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
M. SABATIER DE CAVAILLON ,
fur un Article d'un Journal , où il louoit
beaucoup un demes Ouvrages.
AMI , la vapeur dangereuſe
Dont s'eſt enivré mon orgueil ,
N'étoit qu'une amorce trompeuſe
Qui m'attiroit vers un écueil.
Dité par la voix du génie ,
Sans doute un éloge flatteur
Eft pour l'oreille& pour le coeur
Une agréable mélodie ;
Mais le ſerpent dort ſous la fleur ;
Trop ſouvent la cruelleenvie
Aij
MERCURE
S'éveille à ce bruit ſéducteur.
Apeine , au littéraire empire ,
Mes vers font annoncés par toi,
Etdéjà fiffle contre moi
L'affreux dragon de la ſatire.
Vois ce reptile meurtrier ,
Mon petit ſuccès le déſole :
Il viendra flétrir le laurier
Dont , grâce à ta main bénévole ,
S'énorgueillit mon jeune front ;
Et dans les flots d'un noir poiſon ,
De ma poétique auréole
Éteindre enfin chaque rayon.
LA GLOIRE eſt une enchantereſſe
Perfide comme la beauté;
Le caprice , la cruauté
Suivent la cour de la Déeſſe ;
Souvent ſa plus tendre carele
Annonce une infidélité.
Ah! fi d'une angoiſſe éternelle
Sonſourisveut être acheté,
Si de maint rival irrité
Le poignard doit payer mon zèle ,
Toi , ſon amant toujours féré ,
Vole au ſéjour de l'immortelle ;
Ma ſervitude est trop cruelle ,
Moi, je reprends ma liberté.
De te ſuivre aux lieux où tu planes ,
:
DE FRANCE.
S
Je n'aurai point l'ambition ;
Ami , l'air de cet horizon
Eſt trop ſabtil pour mes organes.
Ama Maſeun vallon ſuffit:
Elle a les moeurs d'une Bergère ;
Le théâtre qu'elle chérit ,
C'eſtun petit bois ſolitaire ,
Où, ſous l'ombrage du myſtère ,
Son luth réſonne à petit bruir.
Sans doute au Temple de mémoire
Son nom ne fera point écrit ;
Mais ſi Sabatier lui ſourit ,
Doit-elle envier d'autre gloire ?
On ne verra point ſon portrait
A la tête d'un mince Ouvrage
Se pavanant d'un air coquet ,
Du Lecteur ſéduit , ſtupéfait ,
D'avance obtenir le ſuffrage.
Mais qu'importe une vaine image ?
Dans ſon ami vivre en effet ,
Eſt la félicité du ſage.
Laiſſe-la donc fuir à ſon gré
Une lice en proie à l'orage :
Sentier fleuri , bien reſſerré ,
Plaît à ſon goût , fied à ſon âges
Entre deux remparts de feuillage ,
Tel un ruiſſeau coule ignoré.
(ParM. Morel, d'Aix .)
Aiij
6 MERCURE
RÉPONSE aux Vers de M. BURET , inférés
dans le N° . 4 du Mercure de France.
ENFNFAANNSS de la fincérité ,
Vos vers dictés par la Nature
Offrent une moralité
Dont tout bas ſe plaint l'impoſture ,
Et qui flatte ma vanité.
De votre coeur novice encore ,
Et de votre Muſe au berceau ,
Si le double hommage m'honore ,
Philinte , du jour le plus beau
Il eſt auſſi pour vous l'aurore.
Cultivez ce jeune roſier
Où les boutons en abondance
Étonnent l'oeil du Jardinier ;
Et livrez- vous à l'eſpérance
De le voir devenir laurier.
Mais voulez-vous que Mnémoſyne
Et votre Lecteur fatisfait ,
Reſpirent l'odeur d'un bouquet
Cueilli ſur la docte colline ?
Je vais vous donner un ſecret :
" N'y laiſſez pas la moindre épine. >>
De Juvénal , de Deſpréaux
L'Univers connoît le mérite;
Toutefois leurs brûlans pinceaux
DE FRANCE.
7.
N'ont pas fait un ſeal profélite.
Sur l'amour-propre révolté
Le talent perd tout ſon empire ;
Le zèle ſans l'aménité
N'obtiendra jamais un ſourire.
Aux beaux jours du peuple Romain ,
Temps heureux qui ne dura guère ,
Croyez-vous qu'on fût plus fincère ,
Et moins flatteur & plus humain ?
Moi , j'ai la preuve du contraire.
A Janus , ce Dieu reſpecté ,
Et né chez ces prétendus ſages ,
Auroit- on prêté deux viſages ,
Si la candeur , la vérité
Euſſent habité leurs rivages ?
Dans le phyſique & le moral ,
Jadis , comme au ſiècle où nous ſommes,
Le bien fut à côté du mal :
Ainſi les Dieux ont fait les hommes.
Ceffons des regrets ſuperflus :
Des régions non moins ingrates
Eurent leurs Nérons , leurs Titus :
De tous temps on vit les Socrates
Contemporains des Anitus.
Pourquoi porterions-nous envie
Aces mortels trop célébrés ?
Les Vertus , les Arts , le Génie
Dans nos foyers ſont honorés.
Aiv
MERCURE
LeTibre eut Horace , Virgile ,
Pline , Antonin , Burrhus , Caton;
La Seine a Vergennes , Delille ,
Louis , Suffren , Breteuil, Buffon.
Satisfaits de notre partage ,
Sachons mieux nous apprécier ;
Laiſſons lesZoïles crier ;
Le filence eſt la voix du ſage.
i
(ParM. l'Abbé Dourneau.)
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Lequel des deux prouve plus d'amour ,
celui qui quitte le Trône pourſa maîtresse,
ou celui qui veut conquérir une Couronne pour
la lui offrir.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Sourire ; celui
de l'énigme eſt Lanterne; celui du Logogryphe
eſt Harpie , où l'on trouve phare ,
pie, épi, répi , hier ,raie , api , haie,harpe.
DE FRANCE.
9
CHARADE.
MON premier , belle Iris, eſt le tems des Amours ;
Mon ſecond , avec art , flotte ſur vos atours ;
Ah! foyez donc mon tout pour embellir mes jours.
J'AI
ÉNIGME.
'AI le viſage long & la mine naïve ;
Je ſuis fans fineſſe & fans art ;
Mon teint eſt fort uni , la couleur afſez vive ,
Et je ne mets jamais de fard.
Mon abord eft civil ; j'ai la bouche riante ,
Et mes yeux ont mille douceurs.
Mais quoique je fois belle , agréable & charmante ,
Je règne fürbien peu de coeurs .
Onme proteſte affez , &preſque tous les hommes
Se vantent de ſuivre mes loix.
Mais que j'en connois peu dans le ſiècle où nous
fommes
Dont le cerur réponde à ma voix !
Ceux que je fais aimer d'une flamme fidelle ,
Me font l'objet de tous leurs foins ;
Et quoiqueje vieilliffe , ils me trouvent plus belle,
Et ne m'en eſtiment pas moins.
Onm'accuſe pourtant d'aimer trop à paroître
Où l'on voit la proſpérité ; :
Av
10 MERCURE
Lorſqu'il eſt vrai qu'on ne me peut connoître
Qu'au milieu de l'adverſité.
JE
( Par M. l'Abbé Métrail, Aumônier de
l'Hospice Royal. )
LOGOGRYPH Ε.
Eſuis un remède puiſſant
Pour mettre fin aux larmes d'un enfant.
Avec cinq pieds l'on me compoſe;
Veut-on les retourner ? je ſuis la même choſe.
NOUVELLES LITTÉRAIRES..
LA Poetique de la Mufique , par M. le
Comte de la Cépède , des Académies &
Sociétés Royales de Dijon , Lyon , Toulouſe
, Rome , Stockholm , Heffe , Hombourg
, Munich , &c. La fenfibilité fait
tout notre génie , Piron. 2 vol. in-8°. De
l'Imprimerie de MONSIEUR. A Paris
chez Didor jeune , Mérigot jeune , &
Théophile Barrois , Libraires , Quai des
Auguſtins ; la Veuve Eſprit , au Palais
Royal ; Belin , rue S. Jacques , & Viffe ,
ruede laHarpe.
L'Art de la Muſique est bien jeune en
France , en le confidérant du côté de ſes
DE FRANCE. 11
liaiſons avec l'Art Dramatique. On ſe rappelle
ſa première époque , & il n'eſt encore
qu'à ſa troiſième. Les Spectacles Lyriques
floriſſoient en Italie: Louis XIV, qui encourageoit
tous les Arts , ne voulut pas que
celui de la Muſique fût négligé; & l'Italien
Lulli , ſecondé merveilleuſement par les talens
de Quinault, fonda ſur notre Scène la
mélodie de ſon pays , qu'il tâcha d'ajuſter
avec nos paroles. Mais tandis que cet Art ,
indigène en Italie,y prenoit un accroiffement
rapide , il ſembloit qu'exotique en France ,
il fût condamné à y demeurer dans l'état où
il étoit lorſqu'il y fut tranſplanté. Bientôt
les deux mélodies , ſi ſemblables dans leur
origine , devinrent tout-à-fait différentes ; /
mais l'orgueil national ne voulut pas voir
que cette différence venoit des progrès de
l'une & de l'inertie de l'autre; il aima mieux
ſe perfuader qu'il avoit une muſique particulière
, & la préférer à ſa rivale.
Rameau vint , & ce grand Homme , dont
le génie ne demandoit qu'à s'étendre , tira en
partie notre muſique de ſon état de langueur.
Il donna plus de vigueur à l'harmonie
, dont il avoit ſimplifié l'étude ; il lui
fraya des routes nouvelles , en multiplia
les effets , donna enfin à nos Ouvrages Lyriques
une meilleure forme , & malgré les
contrariétés qu'éprouve tout novateur , il
fit faire un pas immenſe à l'Art , reſté immobile
juſqu'à lui. Mais ſes efforts n'avoient
ofé s'étendre que ſur les choeurs & la ſym-
Avj
12 MERCURE
phonie. Le chant François lui parut l'idole
facrée de la Nation; il crut , comme les autres
, que la langue en avoit invinciblement
déterminé là forme; & quoique né avec un
génie mélodieux , comme il l'a prouvé dans
ſes airs de danſe , il laiſſa notre Scène en
proie à ces éternels récitatifs , d'un chant
trop foutenu pour de la déclamation , &
trop froids , trop languiffans , trop uniformes
pour exprimer jamais le véritable accent des
paffions.
Enfin, les bouffons Italiens deſſillèrent les
yeux de la France. Leurs Ouvrages Dramatiques
ne pouvoient réuffir long temps chez
une Nation qui , plus que toute autre, a fu
perfectionner cet Art ; mais leur muſique
avoit plu ; des hommes remplis de goût ,
de zèle& de patience, eſſayèrent d'y adapter
des paroles Françoiſes , & le plus grand
ſuccès couronna leurs efforts. On put dèslors
s'appercevoir que ſi notre poéſie avoit
paru réſiſter à la mélodie Italienne , la faute
devoit en être attribuée, non à l'inflexibilité
de la langue , mais à la pareſſe ou à l'orgueil
des Auteurs qui ne vouloient pas prendre
la peine de lui donner les formes que
la muſique exige , ou qui croyoient que cet
Art devoit plier ſous le leur.
Reléguée ſur nos Théâtres Comiques , Polymnie
s'y retranchoit , s'y fortifioir , &
ſembloit attendre qu'une occaſion heureuſe
lui facilitât la conquête de la capitale de ſon
empire. Un François , l'Auteur d'ErneDE
FRANCE.
13
linde , tenta le premier ce hardi projet ;
on applaudit à ſon audace ; mais fon pays
ne fut point converti. Un homme d'un
génie ardent , plus heureux , & qui peutêtre
avoit mieux médité les changemens
néceſſaires ; qui , en portant des coups plus
sûrs & plus profonds , ménageoit davantage
les préjugés reçus; qui , connoiſſant le goût
dramatique de la Nation , s'en étoit habilement
ſervi pour faire adopter les réformes
muſicales , & payoit ainſi , par des beautés
des deux genres , les ſacrifices qu'il exigeoit ,
M. Gluck fit à lui ſeul toute la révolution ;
bientôt les plus grands Maîtres de l'Italie em .
bellirent ſon ſyſteme , & par leurs talens
réunis, l'art lyrico-dramatique eſt maintenant
fixé parmi nous.
C'eſt à cette époque que devoit paroître
une poétique de la muſique. Quand un Art
eft encore inculte , le génie apperçoit bien
le point où il veut atteindre , mais il ne voit
pas le chemin qu'il doit ſuivre fous les
brouſſailles dont il eſt couvert. Il les eſſaye
- tous , écarte ou détruit les obſtacles qui l'arrêtent
; & à force de conſtance & de fatigues
, arrive enfin au but deſiré. L'homme
de goût épie alors ſa marche , diftingue ſes
veſtiges ſur le ſentier qu'il a tracé , en forme
une carte fidelle , & l'offre pour guide
aux jeunes Artiſtes qui veulent ſuivre la
même carrière .
Mais pour oſer indiquer la route des Arts ,
14 MERCURE
il faut ſoi-même être digne d'y marcher. Il
falloit être Horace pour donner aux Latins
une poétique; il falloit être Boileau pour
en donner une aux François. Quoique les
titres de M. le Comte de la Cépède ne ſoient
pas encore aufli bien conſtatés que ceux de
ees grands Hommes , il n'en eſt pas moins
vrai que ſes talens & ſes connoiſſances en
muſique , lui donnent ledroit de raſſembler
en un corps les règles de cet Art que lui ont
fait découvrir ſes obſervations.
-
Le fond de cet Ouvrage eſt très - neuf;
par tout où la muſique eſt cultivée , il
exiſte un nombre prodigieux de traités de
compoſition , livres preſque toujours inſuffifans
, qui n'enſeignent que les loix de l'harmonie,
& qui font à la muſique ce que les
grammaires ſont aux langues. Une rhétorique
, l'art d'écrire , de ſe former un ſtyle
pur & correct , varié ſuivant les genres différens
, feroit ſans doute un Ouvrage trèsutile
, mais on ne l'a point encore tenté. Ce
n'eſt pas - là le but de M. de la Cépède ;
il ſuppoſe ces connoiſſances acquiſes , &
s'attache principalement à leur connexion
avec la poéfie , & fur-tout à l'application
qu'on en peut faire à l'Art Dramatique.
J'ai dit que ce ſujet étoit neuf; cependant
pluſieurs Auteurs en ont déjà traité quelques
parties. On trouve des idées relatives à cet
objet dans le petit Traité de d'Alembert fur
les libertés de la muſique ; on a vû autrefois
un Ouvrage de M. le Chevalier de Ch. fur
DE FRANCE. IS
l'union de la Poéſie &de la Muſique , Livre
rempli de vûes excellentes , qui malheureuſement
n'exiſte plus , qui parut dans un
temps où peu de perſonnes étoient encore⚫
en état de l'entendre, d'en ſentir toutle mérite
, & qui manque maintenant à nos
Poëtes Lyriques, lorſqu'il leur ſeroit de la
plus grande utilité. On connoît encore des
obfervations ſur la Muſique & fur la Métaphyſique
de cet Art , par M. de C. Le Dictionnaire
de Rouſſeau offre auſſi pluſieurs
articles épars qui ont rapport à l'objet que
traite M. de la C.; mais aucun autre avant
lui n'avoit raſſemblé un corps d'obſervations
&de principes pour en compofer un ſyſtême.
S'il eſt avantageux de parler le premier
d'un Art à l'inſtant où il ſe forme , il y a
bien auſſi quelques inconvéniens. Cet Art
n'a point alors de nomenclature ; on eſt pauvre
de phrases qui puiffent exprimer des
idées nouvelles ; on eſt obligé d'en emprunter
aux autres Arts; & comme la convention
n'eſt point encore établie , l'expreſſion
eſt toujours vague & douteuſe , on est obfcur
malgré ſoi. L'Auteur économe dans ſa
diſette , craignant d'épuiſer bientôt ſes reffources
précaires , revient ſouvent aux mêmes
tours de phrafes; il en réſulte des répétitions
fatigantes, de la monotonie , du dégoût. Il
faut avouer que cet inconvénient ſe fait
ſentir dans l'Ouvrage de M. de la C.; mais
il eſt à propos de le faire connoître avant
que d'en porter un jugement.
16 MERCURE
Il traite d'abord de l'origine de la Muſique
; & pour préſenter ſes idées ſous une
forme plus agréable , il emploie une fiction
ingénieuſe. Il ſuppoſe dans le climat le plus
fortuné , l'homme & ſa compagne jouillant
d'abord d'un bonheur ſans mêlange ; les accens
ordinaires ne peuvent ſuffire à l'exprefſion
de ſa félicité ; ſa voix ſe déploie & foutient
des fons qu'il élève & rabaiffe avec rapidité
; ſa démarche s'anime , il faute de
joie; & pour mêler moins de fatigue à l'expreſſionde
ſes tranſports , il ſe laiffe retomber
par intervalles égaux, ſes ſauts font accompagnés
de ſes chants , auxquels il ajufte
des paroles coupées avec ordre ,& analogues
au bonheur de ſa ſituation : ainſi naiſſent à
la fois la chanſon , la danſe & la poéſie .
Mais le bonheur durable n'a jamais été le
partage de l'homme ; il perd ſa compagne ,
&l'expreffion de ſes regrets , de fa douleur
, ſes plaintes, ſes cris , ſes tranſports de
crainte &d'eſpérance , enfin toutes les paffions
qui l'agitent , donnent naiſſance à la
vraie muſique , qui , née au milieu des pleurs,
dit M. de la C. , ne peint bien que les événemens
triftes , les ſentimens ſombres &
profonds , & n'exprime qu'à demi la joie &
la férénité. Cette opinion de l'Auteur le
conduit à une idée fine & heureuſe. « Il
>> faut , dit-il , avoir dans l'âme une cer-
>> taine candeur pour goûter tous les char-
> mes de cet Art céleste. Tout ce qui nous
>> attriſte , tout ce qui réveille en nous des
DE FRANCE 17
⚫idées ſombres , porte naturellement l'âme
» à ſe replier fur elle-même. Si l'on ne peut
>> ſupporter qu'avec peine la vue de ſon
>> coeur , on fuira tout ce qui oblige à l'exa-
» miner : l'homme vertueux pourra donc
" ſeul goûter ſans trouble les tendres émo-
» tions que la vraie muſique inſpire. L'en-
>> nemi de la vertu ne doit chercher que la
>> gaîté& les chanſons. >>
Cependant l'homme a retrouvé fa compagne
; le bonheur renaît pour lui , maisnon
pas aufli pur qu'il le goûtoit auparavant.
L'inquiétude l'altère , il peut perdre encore
le bien qu'il a déjà perdu. Ainfi, l'accent qui
exprime ſes ſentimens eſt encore celui de la
vraie muſique. Cette compagne chérie , qui
partagea ſa peine, partage auſſi ſa félicité du
moment. Elle exprime ſes tranſports de la
même manière , & voilà le premier duo.
Bientôt leur retraite eſt violée par une troilpebarbare
qui y pénètre les armes à la main ,
& ſépare le couple heureux. Leurs adieux ,
leurs efforts pour ſe réunir forment un duo
pathétique.Une tempête a épouvanté les habitans
rares de ces contrées; le calme ramène
dans les coeurs l'eſpérance & la joie ; ils
élèvent leurs voix & leurs actions de grâces
vers le ciel , & forment le premier choeur de
joie , comme ils ont formé le premier choeur
religieux pendant leur effroi. C'eſt ainſi que
M. de la C. décrit l'origine des différens
gentes de muſique , & même celle des di
vers inſtrumens.
18 MERCURE
Le Chapitre ſuivant traite de la nature
de la muſique , de la partie phyſique , de ſa
compoſition , indépendamment des goûts&
des ſtyles divers , ainſi que des différentes
applications qu'on en peut faire. Cet article
contient pluſieurs propoſitions qui mériteroient
d'être diſcutées ; mais ces diſcuſſions
formeroient elles-mêmes un Livre , & ne
peuvent entrer dans un extrait. Au refte ,
comme la variété d'opinions ſur les cauſes,
n'influe en rien ſur la réalité des effets , се
Chapitre me paroît l'un de ceux dont on
peut tirer le plus de fruit. L'Auteur y analyſe
très-bien les loix de la mélodie, la formationdes
phraſes muſicales ,leurs proportions
, enfin tout ce qui doit conſtituer des
airs , ce qu'il appelle avec raiſon un morceau
de muſique par excellence.
-
M. de la C. traite enfuite des effers de la
muſique. Ce qu'il dit à ce ſojet eft preſque
toujours très -juſte , très bien fenti ; mais
peut-être s'eſt-il trop livré aux idées métaphyſiques
; elles enveloppent tous ſes préceptes
, qui , dans une pareille matière , ne
pouvoient être exprimés trop clairement.
Les tableaux poétiques que l'Auteur a prodigués
dans ſon Ouvrage , loin d'en rendre
la lecture plus amuſante , comme il l'a cru
ſans doute , ne la rendent que plus fatigante.
L'eſprit de recherche qui anime le
Lecteur , eſt étonné , fâché de ſe voir diſtrait
par des peintures brillantes qu'il n'a point
deſirées. L'oeil qui cherche péniblement un
DE FRANCE. 19
point imperceptible , ſe trouve bleſſé de
l'éclat d'un beau jour qui le récréeroit dans
un autre temps. Familier avec ſes idées ,M.
de la C. , bien sûr de les retrouver quand
il le voudroit , a pu ſe livrer ſans danger aux
écarts de ſon imagination ; mais comment
ſes Lecteurs reconnoîtroient-ils les routes
de ce labyrinthe ſi nouvelles pour eux ,
après que leur attention en a été ſi fort détournée
?
On en peut dire autant de ſon ſecond
Livre, où il traite de la Tragédie Lyrique ,
de ſon enſemble , des paſſions, des caractères
que le Muſicien y doit peindre. Le
Chapitre des paſſions eſt ſur-tout profondément
ſenti ; mais M. de la C. en a plutôt
tracé les tableaux , qu'il n'a réellement indiqué
au Compoſiteur la manière de les rendre.
C'eſt-là fur-tout que fe fait,ſentir la
difetted'expreffions convenues entre l'Écrivain
& le Lecteur. Voici un exemple. Pour
>> peindre la HAINE , que le Muficien cher-
>> che les couleurs les plus noires, les accords
ود les plus horribles, les chants les plus pro-
>> pres à inſpirer la conſternation & l'effroi:
>> que la mélodie porte ce caractère ſom-
>>bre qui déſigne le tourment ſecret&les
>>ſiniſtres projets de la haine ; que les ac-
>>compagnemens peignent en même temps
" le feu cruel qui la brûle elle-même , feu
» qu'elle n'avoit allumé que pour con-
» ſumer l'objet de ſes penſées funeſtes
» qu'elle n'a pu jeter ſur une tête inno20
MERCURE
>>cente, mais ennemie , & qui ne pouvant
>> ſuſpendre ſon action , la dévore elle-même
>> fans jamais l'anéantir; que de temps en
>> temps des cris échappés dans l'orchestre ,
>> de grandes maffes d'une harmonie horrible
, amenées quelquefois d'un mouve-
>> ment affez lent , annoncent les tranſports
>> de la haine , qui cherche à éclater, & fa
>> voix qui , ne pouvant être toujours rere-
» nue , frappe l'air de cris aigus ; & lorf-
» qu'enfin le jour terrible eſt arrivé, lorf-
» que la haine ne ſe contient plus , lorſque
>> ſes horribles ſerpens fifflent ſur ſa tête,
» qu'elle allume ſes brandons , & que la
ود fureur conduit ſes pas précipités , que le
» Muſicien ſe ſerve pour la peindre des
>> moyens indiqués pour repréſenter la fu-
• reur; mais qu'il n'oublie jamais les teintes
» noires , horribles & effrayantes qui doi
>> vent caractériſer la haine.>>>
Onfent combien tout ce qu'il y a de préceptes
dans ce morceau eſt vague & indéterminé;
il étoit difficile de faire autrement ,
l'Auteur en avertit lui-même;mais ce défant
de clarté ne vient-il pas un peu de celui de
préciſion ? Si au lieu de décrire d'une manière
fi emphatique & fi diffuſe , la haine & fes
effets , l'Auteur s'en étoit rapporté à l'imagination
& aux connoiffances morales du
Muſicien; s'il lui avoit en place développé
les procédés , pour ainſi dire méchaniques ,
qui doivent être employés à la rendre ; fi
fur-tout il s'étoit appuyé ſur des exemples
DE FRANCE. 21
connus,s'il eût analyſé quelques morceaux ,
-de ceux qui ſont entre les mains de tout le
monde , je crois que ſon Ouvrage auroit un
bienplus grand mérite d'utilité. Il cite à la
vérité pluſieurs exemples dans les Chapitres
qui traitent du récitatif, des airs , des duos ,
des trios , &c. mais ces exemples ſe bornent
àdes Opéras que probablement M. de laC.
a mis lui-même en mufique , & qui ne font
pas encore connus du Public. Comme les
Lecteurs ne peuvent vérifier la citation , ni
faire ainſi l'application du précepte , comme
elle n'offre aucune image à leurs yeux , elle
ne leur fert preſqu'à rien .
Le morceau que nous venons de tranfcrire,
peut encore donner une idée du ſtyle
deM. de la C. A travers ſa prétention on y
verra pourtant de la négligence. On y verra
que l'Ouvrage, conçu & médité longuement,
apeut-être été écrit trop vîte; que l'expreffion
qui devoit y être fi naturelle , eſt prefque
toujours vague à force d'être recherchée.
Entend-t'on d'une manière bien nette ce que
c'eſt que des accords horribles , une harmonie
horrible , & c. Cette épithète favorite de
d'Auteur eft employée avec profuſion ſans
jamais donner d'idée plus préciſe. Il peut
s'appercevoir lui-même de la gêne de ſon
ſtyle , par la fréquence des répétitions des
mêmes phrafes , des mêmes idées qu'on y
rencontre ſans en voir la néceſſité.
Les mêmes défauts obfcurciſſent d'excellens
préceptes dans les Chapitres du récitatif, des
:
22 MERCURE
airs , des duos , des choeurs , des ouvertures
de Tragédies Lyriques. Et quoique les matières
y foient traitées avec une abondance
qui reſſemble à la profuſion , beaucoup d'objets
cependant y manquent du développement
dont ils auroient beſoin. Ce que l'Au
teur y dit du rhythme , par exemple , ne
me paroît pas affez approfondi. Il me ſemble
que M. de la C. n'a pas affez ſenti l'in
fluence que doit avoir le thythme poétique
fur le rhythme muſical. Ce ſujet , à peine
indiqué, méritoit à lui ſeul un Chapitre ; mais
avant de le faire , je l'inviterai à lire le petit
Ouvrage de M. de Ch. , dont j'ai déjà parlé.
L'Auteur jette enſuite un ſimple coupd'oeil
ſur la Comédie Lyrique , fur la Pastorale,
ſur la Muſique ſacrée& fur la muſique
de chambre ; il renvoie , pour les détails
plus étendus , à ce qu'il a dit de la Tragédie
Lyrique , qui eſt , avec raiſon , ſon principal
objet. L'article de la Pastorale ne contient
qu'un canevas d'une action théâtrale fort
tragique & fort noire , qu'il propoſe au
Poëte, ſans s'occuper beaucoup du parti
qu'en pourroit tirer le Muſicien.
Telle eſt la marche de cet Ouvrage , dans
lequel on trouve d'excellens principes , des
vûes très -juſtes , des préceptes très - vrais,
mais étouffés ſous le poids des deſcriptions ,
mais préſentés d'une manière beaucoup trop
diffuſe & indiſtincte. M. de la C. a trop fou
vent oublié qu'il parloit à des Muſiciens ,
& que des Muſiciens ne ſont pas ordinaireDE
FRANCE.
23
ment des Littérateurs ; qu'il en eſt même
beaucoup de fort habiles dans leur Art &de
fort peu inſtruits dans les autres , qu'on peut
avoir l'âme très-poétique ſans être familier
avec les expreſſions de la poéſie. Il falloit
donc parler leur langue & non leur en créer
une. Un Livre élémentaire ne devoit pas être
au-deſſus de la portéedu commun des Muficiens;
ceuxqui font en état d'entendre celuici,
n'ont déjà plus beſoin des préceptes qu'il
renferme.
Eſt -ce donc un mauvais Ouvrage que cette
Poétique de la Mufique ? Point du tout :
preſque tous les matériaux en ſont excellens ;
ils font sûrement le fruit d'une méditation
longue & profonde ; M. de la C. paroît
très-pénétré des principes de ſon Art, & de
ſes rapports avec la poéfie dramatique ; mais
je crois qu'il s'eſt trompé ſur la forme qu'il
a donnée à fon Ouvrage ; que le ſtyle , trop
éclatant & trop peu ſoigné , y nuit extrêmement;
que la profuſion de richeſſes qu'il y a
ſemées , n'y répand que la confufion & l'ennui.
En un mot , quoi qu'il puiſſe être utile,
même dans l'état où il eſt , je crois qu'il gagneroit
beaucoup à être refondu dans une
Édition nouvelle,&perſonne ſans doute n'eſt
plus capable de refaire ce Livre que ſon
premierAuteur.
Que M. de la C. pardonne une ſévérité
qu'il ne doit qu'à l'eſtime qu'inſpirent la
1
24 MERCURE
1
perſonne & ſes talens. La médiocrité ſeule
appelle l'indulgence; elle feroit humiliante
pour lui. C'eſt d'après cette même eſtime ,
que j'oſe ici l'inviter à revoir ſon Ouvrage ,
à y développer quelques objets qui en ont
beſoin, & à faire de grands ſacrifices ſur le
refte. Une Poétique de la Muſique eft pour
nous, dans ce moment, de la plus grande
utilité. Il ſeroit dommage que les précieuſes
leçons contenues dans celle-ci , fuffent perdues;
& je craindrois pour elles ce ſort facheux,
fi elles reſtoient cachées ſous ce trop
grand amas de fleurs où l'Auteur les a enſevelies.
(Cet Article eft de M. Framery. )
VARIÉTÉS.
FRAGMENS D'UN OUVRAGE DE
MORALE.
T
Du bon Coeur.
Our le monde entend ce que c'eſt qu'un bon
coeur; cependantil n'eſtpas aiféde l'expliquer ; chacun
mettant plus ou moins dans le ſens du mot, aucun
n'en a précisément la même idée. Ces chofes ſont
bien mieux ſenties qu'expliquées , & il vaut mieux
les peindre que les définir .
Les bons coeurs font ces hommes chez qui la
bonté paroît une forte d'inſtinct , tant elle ſe montre
dans
DE FRANCE.
25
dans leurs plus ſoudains mouvemens &dans toutes
leurs actions. Ils participent plus ou moins des différentes
paſſions ; mais , dans leur ame , chaque
paffion reſte pure & modérée. Ils ſe plaiſent à
aimer & à être-aimés , à vivre utiles aux autres &
contens d'eux. S'ils voyent quelqu'un ſouffrir , ils
ſe mettentàſa place , & ils volent à ſon ſecours ,
comme s'il s'agiſſoit d'eux mêmes. S'ils ont de quoi
donner, ils en éprouvent le beſoin , & ils s'y livrent.
Si on les a outragés , on les ramène aisément, &
it ſemble qu'ils ſe ſoulagent , en pardonnant. S'ils
ont eux-mêmes offenſé quelqu'un , cette penſée les
trouble, les importune , & il n'y a nidépit, ni mauvaiſehonte
qui tiennent, il faut qu'ils avouent leur
faute,& qu'ils la réparent Ils peuvent fortir de leurs
devoirs; mais , à la manière dont ils ſe comportene
dans le mal , on voit que leur coeur pâtit , que leur
eſprit n'est pas dans ſon aſſiette : un reproche , une
prière , la réflexion du lendemain arrêtent un mauvais
deffein, avant ſon exécution , & ils rentrent dans
lajustice & l'honnêteté , comine dans leur naturel.
Ils pourront auſſi avoir des défauts tournés en habitudes
, & analogues àleur tempérament; mais ce
fera pour eux une raiſon d'en valoir mieux dans
d'autres parties Ils font en général bien penſans &
bien diſans de tout le monde ; on les dupe longtemps
& ſouvent ; & à cet égard ils ne ſe corri
gent jamais bien. Un de leurs défauts eſt d'ètre
trop faciles à appaiſer , comme à irriter ; ils ont
plutôt des emportemens que de la lévérité contre
les malhonnêtes gens. Mais c'eſt ſur- tout dans leurs
familles qu'ils font intéreſſans à contempler. Leur
vieux père leur fait encore peur, quand il prend ſa
voix ſévère ; mais , malgré les bruſqueries chagrines
de fon humeur , ils n'ont pas de fêtes fans lui , ou
ils les quittent pour lui ; & leur infirme aïcule les
voit tous accourir à ſaplainte; jamais le lit où eile
N°. 14 , 2 Avril 1755. B
26 MERCURE
achève de mourir n'est délaiffé. Leurs femmes ont
tout droit ſur eux ; ils ne ſavent à qui s'en prendre ,
quand ils les voyent triftes & fâchées; elles les gouvernent
un peu trop ; mais eux ſeuls ne s'en apperçoivent
pas ou ne s'en plaignent pas. Quant à leurs
enfans , ils ne reſpirent que pour leur fortune ou
leur bonheur; toutes peines ſontadoucies par cette
idée , & le temps n'amène pas affez tôt leur vieilleſſe,
pour leurdonner le doux ſpectacle de la proſpérité de
ce qu'ils ont de plus cher. S'ils les voyent tourner au
vice& àlahonte , hélas ! c'eſt une douleur qui ne les
quittera qu'en leur donnant la mort. Leurs parens ,
les camarades de leurjeuneſſe, les anciens amis de
la famille , les bons voiſins , tout cela leur appartient :
ils ont pour chacun de bons offices , & des plaiſirs ou
à imaginer ou à offrir : & c'eſt leur faire une peine
férieuſe , que de les refuſer. Ce n'est pas pour eux
qu'il n'y a plus de Patrie. Il ne s'y paſſe rien qui ne
les touche. Leur coeur fond de reconnoiffance pour
le Prince dont on leur peint l'humanité , pour le
Magiſtrat dont on leur vante la justice ; & une
bonne ou mauvaiſe nouvelle , dans la Gazette, fait ,
pour pluſieurs jours , la joie ou la triſteſſe de leur
maiſon. Quand ils font chez l'étranger , leur ſein
palpite au doux nom de leur Pays, & ils n'embraffent
pas un Compatriote comme un autre homme.
Lorſqu'ils reviennent , après une longue abſence
dès qu'ils apperçoivent, du haut d'une colline, le lieu
tant regretté qui les a vu naître , leurs pas ſe précipitent;
tous les objets qu'ils voyent s'approcher
dans les derniers reſtes de leur route , le troupeau
du Village couché à l'ombre du bois voiſin , les
enfans qui ſe jouent dans la prairie , le clocher de
la Paroiſſe , la dernière Croix & la première maiſon ,
tous ces objets ſont autant d'amis qu'ils reconnoiffent
, & avec qui leur tendre ivreſſe s'épanche par
des larmes. Enfin , rienne manque à leur bonheur ,
DE FRANCE. 27
s'ils retrouvent ſous le toit paternelle reſpectable vieil-
Jard dont ils viennent honorer les cheveux blancs ,
& la tendre épouſe dont ils vont embellir la
vie.
Voilà les vertus& les plaifurs des bons coeurs . Remarquez
qu'il n'y a rien de ſublime , rien d'extraordinairedans
tout cela. Tel eſt le caractère de labonté.
Notre âme n'a pas beſoin de s'exalter pour l'acquérir
& lagarder; elle y naît & s'y conſerve d'elle- même ,
ne s'y cache que pour reparoître , & agit ſans s'uſer ;
elle anime la vie entière , la couvre & la pare de ſes
fruits. La nature , qui a placé dans la bonté le bon
heur des hommes, a voulu auſſi qu'elle leur fût douce
&facile.
Dubon Efprit.
COMME le bon coeur confiſte àbien fentir & à
bien faire , le bon eſprit confiſte àbien voir & à
bienjuger. Il ſemble que ces deux qualités s'appellent
&ne foient que les parties d'un ſeul tout. Elles ont
effectivement bien de l'influence l'une ſur l'autre . Un
bon coeur avertit d'une foule de choſes qu'on n'appercevroit
pas ſans lui, &ildonne des inſpirations qui
dirigent mieux que les vues les plus fines de l'efprit.
Le bon eſprit, à ſon tour , étend & perfectionne
les affections d'un bon coeur. Mais ces deux
mérites , qui ſe ſecondent mutuellement , ne s'uniffent
pas toujours; & alors il manque quelque choſe à
l'un & à l'autre
J'ai dit que le bon coeur ne ſuppoſoit pas une ame
fublime ; je dis auſſi que le bon efprit va fort bien
fans les grands talens , quoique cependant une ame
fublime&un grand ralent foient néceſſairement fondés
ou fur un bon coeur ou fur unbone prit.
Je diftinguerai encore le bon eſprit dans la culture
des Sciences &des Arts ,&le bon eſprit dans la com
Bij
28 MERCURE
duite de la vie; il s'en faut bien qu'ils aillent tou
jours enſemble. Le bon eſprit, dans la conduite de
la vie , ne s'élève pas toujours à cette raiſon étendue,
forte & exquiſe , qui fait labase de tous les grands
talens. Celle-ci ſeroit bien plus propre à contenir le
bon eſpritde conduite. Mais de vives paſſions, auxquelles
elle tient ordinairement, qui la ſervent bien
dans ſes travaux , parce que là elle fait les régir , la
troublent& la bouleverſent par-tout ailleurs ;&voilà
pourquoi de très-beaux génies ,hors de leurs ouvrages,
ſouvent neſe reſſemblentplus,&ne font que des
folies ou des ſottiſes,
Aquoi reconnoît- on les bons eſprits , & qu'est- ce
qui les caractériſe ? Jamais ni trop lents ni trop précipités
en rien , en tout ils cherchent toujours leur
place , & s'y tiennent ; ſavent également faire leur
fortune, la poufſfer & l'arrêter. Ils peuvent effuyer
des revers, tomber dans de grands malheurs ; mais
ilstrouvent dans leur conſtance de quoi les ſoutenir ,
dans leur active prudencede quoi les réparer.Comme
il y a toujours , dans leurs deſſeins & leur marche ,
de la ſageſſe, de la modération , de la patience , ils
réuffifſent ordinaireinent. Les événemens & les hommes
leur font plus favorables que contraires , parce
que ne comptant jamais beaucoup que fur euxmêmes,
ils ſont toujours prêts également à les mettre
àprofit, ou'à ſe paſſer de ces ſecours étrangers. Il n'eſt
pas aiſé de les tromper , parce qu'ils font attention à
tout,&& qu'ils jugent bien. Ils ne ſedéfientpas de
parce qu'ileſtuneconfiance ſage & utile. Ils netrompentpasnonplus
;ils ont lejugementtrop fain pour ſe
compromettredans les dangers de l'artifice: les fineſſes
les contrarient & embarraffent leurs voies , qui ont
beſoind'être fimples & ouvertes. Ils font peu de fautes
, & ils s'encorrigent. Si leur coeur ne leur fait pas
au beſoinde lavertu, leur eſprit , ami de l'ordre,
tout,
DE FRANCE: 29
s'arrête dans la règle. Leurs paſſions les échauffent&
les éclairent, ſans les troubler ; celles des autres ne
les fubjuguent pas, accoutumés qu'ils font à ne céder
qu'à la raiſon. D'ailleurs , rien ne leur en impoſe ,
rien ne les éblouit; ils écartent d'abord les apparences,
diſfipent les obſcurités ,& arrivent à la réalité
des chofes. Un ſens juſte ſe fait ſentir dans leurs
moindres paroles; leur eſprit eſt fécond en vues fûres
&heureuſes; & ils ramènent ſouvent de leurs écarts
des génies ſupérieurs. On les remarque peu d'abord ,
on les goûte beaucoup enſuite. On aime à s'en rapporter
à eux ;& l'utilité dont ils font à tout moment ,
& fur beaucoup d'objets , leur donne un certain empire,
Enfin ilsfontcommunément auſſi heureux qu'ils
łe méritent , parce qu'ils jouiſſent ſans ceſſe de ce
calmedes paſſions où ils ſemaintiennent , &de toutes
ces fatisfactions qui naiſſent de l'habitude de l'ordre
&dela règle.
Tableaude la tendreſſe Fraternelle.
Tour prépare l'union fraternelle à bien des
egards; mais pluſieurs choſes auffi peuvent y ſubſtituer
une inimicié d'autant plus ardente , que , née
contre l'ordre de la nature , rien ne ſera plus capable
de la modérer. Des frères & foeurs paſſent enſemble
la première partie de leur vie; ils ont les mêmes plaifirs,
les mêmes peines, les mêmes intérêts : les mêmes
perſonnes les aiment & doivent en être aimées.Tant
de rapports ſont bien puiſſans pour leslier d'un attachement
qui ſe prolonge ſur toute leur vie. Mais ,
d'un autre côté, ils ont aufli des occaſions de ſe choquer
fans ceſſe par leur humeur, leurs paffions, leurs
prétentions ; fi leurs caractères ſe contrarient , tout
ce qui devoit les unir , tournera en cauſes dehaine.
Ils peuvent croître dans la plus furieuſe diſcorde ,
comme dans l'union laplus intime. Il faut doncdif-
: Bil
30 MERCURE
46
poſer autour d'eux tous les objets propres à les unir,
écarter ceux qui pourroient exciter la diviſion. Il
faut travailler ſur les caractères , pour qu'ils ſe mazient
par tous les endroits où ils s'appellent, pour
qu'ils ſe plient dans tous les points où ils ſe combattent.
Il y a auſſi une différence dans la fituation der
frères & dans celle des foeurs , qui doit influer ſur
leurs ſentimens réciproques. Les frères font appelés
àl'intimité entr'eux par un grand nombre d'objets
communs,fur lesquels leurs ames&leurs eſprits peuventfans
ceffe communiquer. Mais ils font aufiattirés
vers leurs foeurs par la douceur & les graces particulières
à ce ſexe; & celles-ci , à leur tour, aiment
às'appuyer fur des étres plus forts , à qui leur coeur
ſe livred'autant plus , qu'il en eſpère davantage. L'amitié,
entre frères , offre plus de fecours , elle fait
plus élever l'ame, féconder l'eſprit ; elledemande de
plus grands facrifices , & ne peut ſubſiſter qu'entre
des ames généreuſes. Elle a beſoin de tous ces ſoins
délicats , moins faciles & moins aimables entre des
hommes. Par- là elle eſt expoſée plus de dangers,
&à peut- être moins de charmes. L'amitié , entre
les frères & les foeurs , reuniffant les qualités des deux
ſexes , qui , quoique oppoſées , ſont ſi propres às'unir,
a plus de douceur , promet plus de durée ; & fi el'e
élève moins l'ame & l'eſprit , elle les perfectionne
peut être davantage. L'une & l'autre donnant un
grand bonheur , & fe formant plutôt par le rapport
des inclinations que par le choix des volontés , il eſt
inutile d'établir entr'elles une préférence .
a
Mais qui pourroit être inſenſible à leurs touchans
attraits ? C'eſt de ces premières affections que naiſſent
les plus douces & les plus longues fatisfactions de
notre vie. Dans l'âge du repos des paſſions , & de
l'absence des ſoins & des affaires , elles accroiffent
la vivacité des premières impreffions , & en embel
DE FRANCE. 31
liffent l'innocence . Vous , à qui il fut donné de
• goûter , dès vos jeunes ans , l'amitié fraternelle ,
rappelez- vous, racontez-nous tous ſes plaisirs , tous
ſes bienfaits; comment ce penchant s'étoit formé au
ſein des jeux de vorre enfance , où tout s'attriſtoit
pour l'un par l'absence de l'autre , tout ſe ranimoit
par fon retour; combien il vous étoit doux de pofféder
une ame de votre âge, dans laquelle vous voyiez
naître & ſe développer les mêmes penfés, les mêmes
ſentimens qui vous agitoient; combien vous vous attachiez
tous les jours davantage par vos naïs épanchemens
, par vos mutuels facrifi es , par vos peines ,
par vos plaiſirs , par vos projets & vos espérances ,
dont l'accroiffement de votre amitié étoit toujours le
plus heureux événement ! dites nous auffi combien ce
ſentiment ajoutoit à tout ce qu'il y avoit en vous de
bon&d'élevé, combien il vous rendoit la gloire plus
belle, la vertu plus délicieuſe! Quelle ſainte émulation
il entretenoit dans vos coeurs ! Vous defiriez une
bonne qualité de plus,pour avoir droit à plus d'amour.
Ah! fans la tendreſſe fraternelle , notre jeuneſſe perd
la meilleure partie des vertus & du bonheur qui lui
étoient réſervés. Elle ne nous eſt pas moins précieuſe
-dans un âge opposé. Lorſque l'expérience commence
ànous détromper de tout, &que, fatigués des orages
de la vie, en cherchant le repos , nous craignons la
langueur, notre ame renaît & ſe calme tout enſemble
dans cet attachement , comme dans un doux & dernier
aſyle. Voyez , aux approches de la vieilleſſe, ces
deux frères qui ſe poſſedent encore.D'autres affections
les avoient quelque temps diſtraits de leur premier
ſentiment; mais enfin ils ſe rendent l'un àl'autre : ils
ſe ſoutiennent dans leur décadence, comme dans leur
accroiffement ils s'embraſſent par leurs pertes comme
par leurs jouiſſances ; ils ont un fond commun de
regrets, de ſouvenirs où ils ſe plaiſent à puifer enfemble.
Ainsi , l'amitié fraternelle a le doux avantage de
:
Biv
132 "MERCURE
2
faire la conſolation de nos derniers jours, comme le
charmedes premiers , & de remplacer en tout temps
lespaffions , foit en les prévenant , ſoit en leur ſurvivant.
Aufſi généreuse qu'aimable , elle ne conſent à
eéder une partie de notre coeur à des ſentimens plus
vifs , que pour y régner lorſqu'il ne ſera plus ouvert
qu'à ſes touchantes & pures délices.
Si les enfans doivent avoir des sentimens
différens pour leur père &pourleur mère.
On pourroit demander ſi les devoirs de la piété
filiale ſont les mêines envers le père & la mère , s'ils
ont droit également auxmêmes ſentimens, & dans
le même degré. Les Loix favoriſent les pères dans
Je partage de l'autorité paternelle ; nous aurons à
traiter de cetre puiſſance ,&nous donnerons la raiſon
de ce ſtatut des Loix. Il nous ſuffit ici d'obſerver que
cette inégalité tient uniquement aux inſtitutions de
P'ordre civil ; la nature ne la connoît pas; elle nous
inſpire &nous commande lamême affection pour
notrepère ¬re mère.On conçoit que cette affection,
comine toutes les autres, a plus ou moms
de force , ſuivant qu'elle eſt plus ou moins excitée ,
&entretenue par les qualités propres des perſonnes
qui en font les objets. Il eſt impoffible d'empêcher
nos penchans de s'abandonner ainſi à l'impreffion de
leurs cauſes. Cependant les enfans, comme lespères ,
doivent ſe défendre de la prédilection ; toute prédilection
tient ſouvent à une injufſtice , & fait toujours
des malheurs. N'outrons rien néanmoins ; elle ne
peut être une faute , que quand elle ført trop du
coeur , pour ſe marquer dans les actions . Il ſera toujours
permis de préférer ce qui nous paroîtra-plus eftimable
, ce qui nous ſera meilleur.
Mais je ne puis refuſer à un profondſentiment de
monâme, de demander aux enfans , non pas plus de
reſpect , de reconnoiſſance &d'amour, mais des ſoins
DE FRANCE.
33
plustendres pour leur mère. Dans ces momensde bonheur,
où le coeur ſe tourne vers les perſonnes qui lui
ont fait le plus de bien, pourles aimer davantage, &
Ies réjouir de ſa joie , je cherche enſemble les auteurs
demes jours ; mais, je l'avoue, mes regards s'arrêtent
furma mère avec encore plus d'attendriſſement , &
mes réflexions , mes ſouvenirs viennent inceſſamment
l'augmenter. C'eſt - elle qui m'a portédans ſon
fein ; avant de naître , je lui avois déjà causé des
douleurs ; en naiſſant , je pouvois lui donner la mort.
Combien de peines & de ſoins lui a coûté ma première
enfance ! le cri de ſes entrailles la réveilloit
dans le filence des nuits , & prévenoit la voix de
mes beſoins. Chaque inſtant de ma fragile exiſtence
a fatigué la ſenſibilité; chacun de mes dangers ajoutoit
à fon amour. Trompée par lui, en ine prodiguant
fès careffes , que je ne ſentois pas, elle jouiſſoit déjà
des miennes ,qui n'étoient que les ſignes de mon
bonheur. Elle a reçu mon premier fourire , qu'elle
reçoive aufli ma dernière pensée ! Aujourd'hui en.
core , à tout moment, je retrouve ſa vigilance & fa
tendreſſe dans ces beſoins du coeur , que l'âme maternelle
ſeule fait deviner. Au milieu des ſouffrances
particulières à ſon ſexe, ces loins la charment & la
conſolent. Exclue des nobles travaux & des fréquens -
plaifirs accordés à la force & à l'indépendance de
Thomme , elle s'occupe à aimer , elle jouit dans ce
qu'elle aime, & n'aime rien comme ſon enfant.
Oh! comment pourrai-je donc la payer de cet excès
d'amour qu'elle ſeule pouvoit m'accorder ? Que mon
père medemande ma ſoumiſſion , ma confiance , le
facrifice de ma fortune , de ma vie, je ſuis à lui
comme il fut à moi , & mon bonheur ne ſe ſeparera
pas de mon devoir , il me ſera doux de lui tout
rendre , de lui tout donner. Mais je réſerve pour
ma mère ce qui peut davantage la toucher , ce qui
lui eft plus néceffaire , tout ce qu'il y a de plus ſen-
Bv
34
MERCURE
fible , de plus délicat dans les égards , dans les prévenances
, dans les épanchemens , dans les confolations
; & pour les bien connoftre , j'irai les chercher,
les étudier dans ſon coeur. Quand mêine , en
portant plus de reſpect à mon père , je donnerois à
ma mère plus d'amour , pourroit- il s'en offenfer ?
Ne fut-il pas un fils auſſi ? Pourroit-il blâmer en
moi des ſentimens dont il s'eſt félicité dans ſon
coeur ? Ma mère n'eſt -elle pas la compagne de ſa
vie? Quel coeur noble fut jamais jaloux de voir
beaucoup aimer ce qu'il ne peut trop chérir ? Heureuxdonc
ceux qui ont encore ces devoirs touchans
à remplir , qui , en entrevoyant le repos & le bonheur
pour eux-mêmes , les augmentent dans leur
penſée par l'eſpoir de les répandre ſur un objet fi
cher& fi facré! & malheureux ceux qui l'ont perdu
avant le temps , qui l'ont perdu ſans avoir accompli
le voeu de leur pieuſe tendreſſe , & qui , en concevant
des penſées dignes de lui plaire , nepeuvent
plus les adreſſer qu'à fon ombre !
( Cet Article est de M. de L. C. )
L'Ouvrage d'où ſonttirés ces morceaux eſt deſtiné
àentrer dans le Dictionnaire de Moralede lanouvelle
Encyclopédie.
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Pournous conformer à l'uſage établi dans
ce Journal depuis pluſieurs années , nous allons
rendre compte , en peu de mors , des
différens Ouvrages repréſentés fur ce Theatre
DE FRANCE.
35
depuis l'ouverture de Pâques 1784, juſqu'à
la clôture de cette année.
Les Opéras nouveaux font : Les Danaïdes ,
poëme de M. *** , muſique de M. Salieri ;
Diane & Endimion , poëme de M. D. L.... ,
muſique de M. Piccini , Dardanus , poëme
de la Bruère , avec des changemens par M.
Guillard , muſique de M. Sacchini , & Panurge
, poëme de M. M. ** , muſique de
M. Grétry. Les autres Ouvrages dont on a
continue ou repris la repréſentation ſur ce
Theatre , font : Caftor & Pollux , Armide ,
Iphigénie en Aulide , Iphigénie en Tauride ,
de M. Gluck ; Atys , Renaud , Didon ,
Chimène , le Seigneur Bienfaisant , la Caravane
& l'Acte de Tibule , de Mile Beaumenil.
La multiplicité de ces Ouvrages , mis ou
remis dans le courant d'une année , eſt une
nouvelle preuve de l'activité & du zèle de
l'Adminiſtration , ainſi que des Sujets de
l'Opéra .
Mile Levaffeur & Mlle Duplan ont demandé
& obtenu leur retraite. La première,
qui réuniffoit à une voix grande & forte ,
une grande intelligence de la ſcène , beaucoup
d'expreffion dans le chant & de dignité
dans l'action , a mérité pendant dix
ans les applaudiſſemens du Public dans
les rôles les plus importans & les plus difficiles
qu'il y ait à ce Théâtre. Mlle Duplan ,
avec un organe convenable à l'emploi dont
elle étoit chargée , une figure théâtrale , de la
chaleur & du mouvement dans l'action , a
B vj
36 MERCURE
étéconſtamment très utileàce ſpectacle. Ces
deux Actrices ont mérité , ſur-tout par leur
zèle & la continuité de leurs fervices , la
reconnoiffance du Public & de l'Adminiftration.
COUP - D'OEIL fur le travail fait aux
Théâtres François & Italien , pour l'augmentation
& le mouvement du Répertoire ,
dans le cours de la dernière année Dramatique.
( 19 Avril 1784 au 12 Mars 1785. )
:
COMEDIE FRANÇOISE.
Le travail qui fe fait , chaque année , aux
Spectacles Royaux , pour l'augmentation de
leur Répertoire , ne dépend pas toujours du
zèle des Comédiens. Il ſe rencontre quelquefois
des circonstances qui en arrêtent
Peffor , ou qui , du moins , ne lui permettent
pas de répondre à l'empreſſement du Public
&des Auteurs , en repréſentant un certain
nombre d'Ouvrages nouveaux. Deux illuſtres
Voyageurs , qui , à l'amour le plus vif pour
les Arts , réuniſſent la munificence qui les
ſoutient& les connoiffances qui peuvent les
éclairer , ont ſéjourné dans cette Capitale
pendant quelques mois de l'année dernière.
Pour leur donner de notre génie dramatique
une idée digne de la réputation dont il jouit ,
DE FRANCE. 37
on s'eſt fait un devoir de repréſenter devant
eux les productions immortelles qui ont fait la
gloire de notre Scène Nationale ,& qui l'ont
placée au premier rang des Théâtres , tant anciens
que modernes. Les chef- d'oeuvres des
Molière, des Corneille, des Racine & desVoltaire,
& quelques Ouvrages plus récens, que
les Connoiffeurs & le Public ont honoré
d'un fuffrage conſtant & foutenu , ont étalé
à leurs yeux les véritables richefſes de la
Comédie Françoiſe , qui , pendant ce temps ,
s'eſt livrée très-ſobrement à l'étude des nouveautés
, non - ſeulement par cette raiſon ,
mais encore parce que la curioſité générale ,
fixée alors for un Ouvrage original & piquant
, ſembloit donner l'excluſion à tout
autre , & ne promettre qu'un ſuccès trèséquivoque
aux eſſais des Auteurs impatiens.
Il ſeroit donc injuſte de partir du tableau
que nous allons préſenter , pour reprocher
aux Comédiens François d'avoir manqué de
zèle. Leurs repréſentations ont été non-feulement
fort variées , mais très - foignées.
Nous aimons à croire que les obſtacles qui
s'oppoſoient à la fatisfaction perſonnelle de
nos modernes Écrivains ne ſubiſtant plus ,
ils mettront déſormais autant d'ardeur à les
fatisfaire , qu'ils en ont mis à ſe concilier
l'eſtime & l'admiration des deux auguſtes
Spectateurs devant leſquels ils ontdéveloppé
les tréſors de notre Littérature dramatique.
Ouvrages nouveaux : La Folle Journée,
38 MERCURE
ou le Mariage de Figaro , Comédie en cinq
Actes & en profe , par M. de Beaumarchais ;
le Bienfait Anonyme , * Comédie en trois
Actes & en prote , par M. P...... ; Corneille
aux Champs Elysées , Comédie en un Acte
&en vers ; la Fauſſe Coquette , Comédie en
trois Actes & en vers , par M. Vigée ; Cléopâtre,
Tragédie en cinq Actes , par M. Marmontel
; l'Avare cru Bienfaisant , Comédie
en cinq Actes & en vers , par M. D....... ;
Abdir , Dranae Tragique , en quatre Actes
&en vers, remis depuis en trois Actes , par
M. de S..... , & les Epreuves , Comédie en
un Acte & en vers , par M. Forgeor.
Ouvrages remis : Les Druïdes , Tragédie
en cinq Actes, par M. le Blanc ; Orefte , Tragédie
en cinq Actes , de Voltaire ; Rome
Sauvée, Tragédie en cinq Actes , du même
Auteur; Venceslas , Tragédie en cinq Actes ,
de Rotrou , & la Coquette Corrigée, Comédie
de la Noue , en cinq Actes & en vers.
Ce dernier Ouvrage avoit été remis en
1777 , & n'avoit pas été revu ſans plaiſir. A
la remiſe de cette année , il a eu plus de
ſuccès qu'à la précédente. Le rôle de la Coquette
principalement a produit beaucoup
* Cet Ouvrage a été donné pour la première fois
en 1783 ; mais depuis l'Auteur y a fait des changemens
ſi conſidérables , qu'il eſt devenu abſolument
neuf à la ſeconde repréſentation , donnée le 21
Août 1784. Ce n'eſt donc point faire un double emploi
que de le placer dans le nombre des nouveautés.
DE FRANCE.
d'effet, parce qu'il a été joué par Mile
Contat d'une manière très-intéreſſante. Ce
qu'elle a laiſſe éclater au cinquième Acte ,
de décence , de ſenſibilité & d'intelligence ,
lui a fait infiniment d'honneur ; mais on
peut delirer que cette Actrice étudie encore
avec quelque ſoin le caractère de Julie ,
qu'elle laiſſe appercevoir dans le cours des
trois premiers Actes , que la coquetterie de
cette jeune perfonne eſt plutôt une erreur de
fon eſprit que la faute de fon coeur , & que
dans le quatrième elle prépare plus adroitement
& par une dégradation de nuances
plus délicate , le retour ſur elle même qui
produit le denouement. Le mieux , quoi
qu'on en dife , n'est pas toujours l'ennemi
du bien. Mlle Contat est déjà fort bien dans
le rôle de la Coquette Corrigée ; mais elle y
peut être mieux , & dans l'effor que commence
à prendre ſa réputation , cette aimableComédienne
ſe doit de chercher le mieux
qui 'ui manque pour me iter d'autres fuffrages
que ceux de la multitude.
La Comédie Françoiſe a donc joué cette
année huit Ouvrages neufs , & elle en a remis
cing au courant du Répertoire. A ce travail
il faut ajouter les Deux Frères , Comédie
en cinq Actes & en vers , par M. de Rochefort
, repréſentée à la Cour le 8 Mars 1785 .
En tout quatorze Ouvrages.
40 MERCURE ..
COMÉDIE ITALIENNE .
LE travail de ce Spectacle a été à peu-près
le même que celui des années précédentes ;
& pour peu qu'on y réfléchiffe , on ſentira
facilement que ce travail lui eft abſolument
néceſſaire pour réveiller la curioſité publique
& amener l'affluence . Son Répertoire de
Comédies proprement dites , n'eſt pas d'une
grande richeffe ; & quant à ſon Répertoire
Lyrique , les Ouvrages qui le compoſent , fi
on en excepte un très-petit nombre , ne font
guères que des fleurs éphémères qui s'épanouiffent
au lever du ſoleil , & qui font
Hétries à fon déclin. Il faut donc qu'un grand
nombre de nouveautés ſtimule , pour l'avantage
des Comédiens Italiens , l'attention toujours
prête às'aſſoupir. Aufli ne négligent-ils
rien pour fixer ſur leur Théâtre l'oeil des
Amateurs de nouveautés. Cette année ils ont
donné vingt-troit Pièces nouvelles à Paris ,
deux à la Cour , & ils en ont remis trois au
courant du Répertoire. En voici le détail.
Ouvrages nouveaux : La Confiance Dangereufe,
Comédie en deux Actes & en vers ,
par M. de la Chabeauſſière; les Deux Tuteurs
,Comédie en deux Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , par M. Fallet , muſique de
M. d'Aleyrac ; le Temple de l'Hymen , Comédie
Épiſodique , en trois Actes& en vers ,
par M. Desforges , remiſe depuis en un
DE FRANCE
41
Acte ; l'Épreuve Villageoise , Comédie en
deux Actes & en vers , mêlee d'ariettes , par
le même , muſique de M. Grétry ; le Dormeur
Éveillé, Comédie en quatre Actes &
en vers , mêlée d'ariettes , par M. Marmontel
, muſique de M. Piccini ; les Confines
Rivales , ou l'Orgueilleuse , Comédie en un
Acte & en vers , par M. D..... ; le Duc de
Bénévent , Comédie en trois Actes & en
vers , par M. Rauquil Lieutaud ; Léandre
Candide, ou les Reconnoiſſances en Turquie ,
Comédie-Parade , mêlée de vaudevilles , par
M. R....; les Deux Rubans , Comédie en un
Acte & en vers , mêlée d'ariettes , par M. Pariſau
, muſique de M. de Blois ; l'Amour à
l'Epreuve, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. F.... ; Memnon * , Comédie Lyrique
en trois Actes , par M.G.... , muſique de M.
R.... ; Fanfan & Coles, Comédie en un Acte
enproſe, parMme de Beaunoir; la Brouette
du Vinaigrier,Comédie en trois Actes & en
profe, par M. Mercier ; Richard-Coeur-de-
Lion , Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes, par M. Sédaine, muſique de
* Nous n'avons point rendu compte de cet Ouvrage,
donné le 26 Août 1784 , & qui depuis n'a
pas étére joué. C'eſt le Conte de Voltaire découpé en
Scènes d'une manière mal-adroite , & écrit d'un ſtyle
dignedes Ronſard& des Chapelain. La muſique, eſſai
d'un Amateur , a mérité des éloges. On a regretté
que, comme une des victimes du Roi Mezence ,
elle fût clouée ſur un cadavre.
42 MERCURE
M.Grétry; les Étourderies, ou les Amours de
Chérubin , Opéra-Comique , par M. D..... ,
en trois Actes mélés de vaudevilles & de
muſique , par M. Piccini fils ; les Docteurs
Modernes , Comédie-Parade , mêlée de vaudevilles
, par MM. A. B. , &c.; la Fauſſe Inconstance
, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. Rad ... ; les Amans Timides , Comédie
en un Acte & en vers ; Lucette , Comédie
en trois Actes & en profe , mêlée de
muſique , par MM. Piccini père & fils ; les
Deux Frères , Drame en deux Actes & en
vers , par M. Milcent ; Alexis & Justine ,
Comédie en proſe & en deux Actcs , par
M. Monvel , muſique de M. D. Z ; Colombine
, ou Caffandre le Pleureur , Farce , mêlée
de muſique , par MM. F...... & Champein ,
&la Femme Jalorſe , Comédie en cinq Actes
&en vers , par M. Desforges.
Ouvrages remis : Isabelle & Fernand, Comédie
en trois Actes , mêlée d'ariettes , par
MM. F.... & Champein ; le Mort Marié ,
Comédie en deux Ates , par M. Sédaine , &
Florine , Comédie en deux Actes , mêlée
d'ariertes , par MM. Imbert & Defaugiers .
Ouvrages repréſentés à la Cour: le 29 Octobre
1784 , le Barbier de Séville , muſique
du célèbre Paëfiello , paroles arrangées par
M. Framery , & le 4 Mars 178 ,, Théodore
, ou le Bonheur Inattendu , Comédie eu
trois Actes & en profe , par M. de M.
Deſv. , muſique de M. Davaux.
Cette liſte , à la bien conſidérer , reſſemDE
FRANCE. 43
:
bleplus à un regiſtre mortuaire qu'à une nomenclature
dramatique. De tant d'Ouvrages
repréſentés dans l'eſpace d'un an , à peine
en eft il * reſté ſix. Le zèle de MM. les Comédiens
eſt ſans doute très-louable ; mais ne
feroit-il pas auſſi de leur intérêt d'être plus
ſévères dans le choix des Pièces qu'ils admertentàréception?
Aforcede donnerdes Ouvrages
médiocres , diſons le mot , des niaiſeries ,
nedoivent-ils pas craindre d'éloigner cemême
Public qu'ils ſe propoſent d'attirer ? Nous le
craignons au moins. Nous appréhendons furtout
que la prédilection qu'ils ſemblent accorder
à un genre mépriſable , à un genre
digne des plus vils treteaux , à la parade
enfin , n'écarte de leur Théâtre les Aureurs
qui ſont capables d'enrichir leur Répertoire ,
principalement celui des Comédies Françoiſes,
qui eft ſi pauvre & fi maigre. Ils peuvent,
en quelque façon , devenir les Émules
du Spectacle de la Nation , en repreſentant
desOuvrages eſtimables , en attirant nos bons
Écrivains ; néanmoins ils négligent cette reffource
, auffi flatteuſe pour leur amour-propre
qu'elle feroit utile à leurs intérêts , **
* Un vers d'Horace ſera le commentaire de l'acception
qu'il faut donner à ce mot refter : Fabula
qua pofci vult &ſpectata reponi .
** Si MM. les Comédiens Italiens veulent s'en
convaincre , ils n'ont qu'a jeter les yeux fur les recettes
produites par les repréſentations de Tom-Jones
àLondres & de la Femme Jalouse.
44 MERCURE
& pour accueillir , qui ? bon dieu ! c'eſt
bien-là le cas de répéter , avec Cicéron:
Que eft..... tanta hominum imbecillitas ,ut
inventis frugibus , glande vefcantur ?
ANNONCES ET NOTICES.
LES PES Deux Mentors , Traduction libre de l'Anglois
de M. *** par M. de la P....... 2 vol . in- 12.
Prix, 3 liv. 12 fols. A Amſterdam , & ſe trouve
Paris , chez Hardouin , Libraire, au Palais Royal ,
ſous les arcades , No. 14 , & Gatrey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois.
On doit être favorablement prévenu pour ce Roman
, en apprenant qu'il eſt de l'Homme de Lettres
àqui nous devons la Traduction Françoiſe de Tom-
Jones.
-- Le même Libraire a mis en vente auffi des AnecdotesHistoriques
ſur les principaux perſonnages qui
jouent maintenant un rôle en Angleterre.
L'ISLE Inconnue , ou Mémoires du Chevalier de
Gaftines , publiés par M. Grivel , des Académies de
Dijon, de la Rochelle , &c. Nouvelle Édition , corrigée&
augmentée. 4 vol. in- 12 . Prix , 7 liv. 4 ſols.
A Paris , chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluny .
Les éloges que nous avons donnés à cet Ouvrage ,
dans fa nouveauté , ont été juſtifiés par fon débit&
par les contrefactions qu'on a faites . L'Auteur , pour le
rendre plus digne encorede ſon ſuccès , l'a revu avec
ſoin, ſans ſe permettre de toucher au fonds , par la
raiſon que ce n'eſt pas un Roman , mais une Hiftoire
qu'il met au jour.
:
DE FRANCE.
4
On a mis à la tête de cette Édition une Lettre
Anonyme , dans laquelle on répond au reproche qui
a été fait à ce Roman de reſſembler à celui de Robinson
Crufoć.
RÉPONSE à l'Auteur des Doutes d'un Provincial,
propose à MM. les Médecins Commiſſaires .&c.
ALondres , & ſe trouve à Paris, chez Bailly , rue
S. Honoré , à la Barrière des Sergens.
Voici encore une Brochure à distinguer parmi
cette foule d'Écrits enfantés pour ou contre leMagnétiſme.
L'Auteur de cette Réponſe combat ſon
Adverſaire d'une manière preſſante. Son ton eſt un
peu vif; mais ſon ſtyle eſt ſaillant, & annonce un
homined'eſprit, digne de lutter avec l'Auteur ingénieux
qu'il entreprend de réfuter. t
AMUSEMENS Physiques , & différentes Expériences
divertiffantes , composées & exécutées , tant
àParisquedans les diverſes Cours de l'Europe , par
M. Joſeph Pinetti de Willedal , Romain , Chevalier
de l'Ordre Mérite de Saint Philippe , Profeffeur de
Mathématiques & de Phyſique , protégé par toute
laMaiſonRoyalede France, Penſionnaire de la Cour
de Pruſſe, & c.C'eſt une nouvelle Édition, augmentée
par l'Auteur de fix nouvelles Expériences Phyfiques ,
&de nouvelles gravures. Elle ſe trouve à Paris, chez
Hardouin,Libraire, au Palais Royal, ſous les arcades à
gauche , No. 14 , & chez Gattey , Libraire , rue des
Prêtres S. Germain- l'Auxerrois ,vis- à- vis l'égliſe.
f
OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire , in- 12 ,
8vol. Prix 12 liv. broch. A Paris , chez Nyon le
jeune , Libraire , place des Quatre Nations.
Le prixde cette édition , imprimée avec netteté,
* en gros caractère , eſt fort modique ; mais le
46 MERCURE
Libraire avertit que cette modicité de prix n'aura lieu
que juſqu'au premier de Juillet prochain ; paflé ce
temps elle vaudra le prix ordinaire , qui eſt de 20 liv.
On trouve chez le même quelques exemplaires du
Siècle de Louis XIV , & du Siècle de Louis XV ,
4vol. in- 12 ; on les payera 6 liv. br. au lieu de
10 liv.; & l'onprend ſéparément le siècle de Louis
XV , on le payera 2 liv.. 2
ALEXIS& Justine , Comédie - Lyrique , en deux
aites & en proſe , mêlée d'ariettes , repréſentée
pour la première fois à Verſailles devant Leurs Majeſtés
, le vendredi 14 Janvier 1785 , & à Paris , fur
le Théâtre de la Comédie Italienne , le lundi 17 :
paroles de M. de Monvel ; muſiquede M. Deſaides.
Prix 1 liv. 10 ſols. A Paris , chez Brunet, Libr. place
de la Comédie Italienne.
On a reproché à cette pièce de reſſembler à Félix.
C'eſt un enfant trouvé, dans un berceau , devant la
porte d'un Fermier , à qui il eft adreſſé. Le Fermier
en prend ſoin , l'élève avec ſa fille Juſtine ; & depuis
15 ans , n'ayant plus de nouvelles des parens
d'Alexis , qui lui avoient fait paſſer quelqu'argent
annuellement, fans fe faire connoître , il conſent à
unir fuftine & Alexis , qui s'aiment. Mais tandis
qu'il fait dreffer le contrat de mariage, M. Longpré,
père d'Alexis , vient le réclamer , feint de vouloir
rompre ce mariage ; & fatisfait de l'épreuve qu'il
afaite, approuve enfin l'union des deux amans.
L'action de cette pièce eſt aſſez commune juſqu'au
dénouement , qui a paru intéreſſer , tel qu'il a été
atrangé après la première repréſentation Des détails
heureux, le mérite de la musiqire & lejeu ſupérieur
de Madame. Dugazon, ont fait réuffir l'ouvrage.
1:
LA FEMME Jalouse , Comédie en cinq actes & en
DE FRANCE.
47
vers , par M. Desforges , repréſentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires aa
Roi , le mardi 15 Février 1785 ; & à Versailles , le
II Mars ſuivant , devant Leurs Majeſtés. A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des Auguſtins.
Cette Comédie doit beaucoup ajouter à la réputation
de ſon Auteur , déja connu au Théâtre Italien
par pluſieurs ouvrages qui ont réuſſi.
L'AMI de l'Adolescence , par M. Berquin , ſeptième
& huitième Cahiers , formant le quatrime
vol . de cet Ouvrage. La Soufcription pour 12 vol.
en vingt-quatre Cahiers eſt de 13 liv. 4 fols pour
Paris , & de 16 liv. 4 fols pour la Province , port
franc par la poſte. S'adreſſer à M. le Prince , au
Bureau de l'Ami des Enfans , rue de l'Univerſité ,
Nº. 28 , & affranchir le port de lettre & d'argent.
NUMÉRO 3 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux , arrangés pour le Violon , l'Alto ,
la Flûte & la Baffe. Prix téparément , 2 liv. 8ols;
abonnement pour douze cahiers , 18 & 21 liv . On
s'abonne en tout temps , ainſi que pour le Journal de
Guittare, dont le prix eſt de 12 & 18 liv. A Paris ,
chez Mme Baillon , Marchande de Muſique , rue
Neuve des Petits-Champs , au coin de celle de Richelieu
, à la Muse Lyrique.
N. B. Lorſque nous marquons deux prix différens
pour un abonnement , comme ici 18 & 21liv. , 12
& 18 liv. , nous ſommes perfuadés que nos Lecteurs
comprennent de reſte que cela ſignifie 18 liv. pour
Paris & 21 liv. pour la Province. Nous n'ajoutons
pas même franc de port , parce qu'il eſt clair que
cette augmentationde prix n'eſt que pour couvrir les
48 MERCURE
frais d'envoi. Ainfi , cette explication une fois donnée,
nous contintierons d'employer cette formule.
,
TREIZIEME Recueil de Muſique , arrangéepour
le Ciftre ou Guittare Allemande contenant les
plusjolies Ariettes , avec Accompagnement & Airs
variés , terminés par une Sonate , par M. Pollet
l'aîné. OEuvre dix- ſeptième. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , Cloître S. Merry , maifon de M
Gerbet , Négociant.
:
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique& des Livres nouveaux voyez les
Couvertures.
TABLE.
EPITRE à M. Sabatier de Fragmens d'un Ouvrage de
Caveillon , 24
Réponse aux Vers deM. Bu- Académie Roy. de Musiq. 34
ret ,
Charade , Enigme & Logo- Comédie Italienne ,
3. Miorale ,
6 Comédie Françoise, 36
40
1 gryphe , 8 Annonces & Notices , 44
LaPoétiquede la Musique, 10
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercurede France , pour le Samedi 2 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impicilion. A
Paris , le 1 Avril 1785. GUIDL,
JOURNAL POLITIQUE
:
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 24 Février.
0
N dit que les Boſniaques s'oppofent à
la fixation des limites entre la Porte &
l'Empereur , & qu'ils ont demandé la permillion
de foutenir leurs droits les armes à
la main. Pour réponſe , le Grand Vifir ,
ſuivant les mêmes bruits , a fait étrangler
les députés de la Boſnie : rigueur qui a occafionné
une révolte générale , s'il faut en
croire quelques feuilles publiques .
Le gouvernement , à ce qu'on debite , a
donné ordre d'ajouter à notre marine 40
barques canonnieres , & un grand nombre
de bombardes.
Le nouvel Hoſpodar de Moldavie a eu
le 22 Janvier ſa premiere audience du
Grand Seigneur.
ALLEMAGNE.
DEHAMBOURG , le 16 Mars.
La convention de la ville de Dantzick
Nº. 14 , 2 Avril 1785. a
( 2 )
avec le Roi de Pruſſe a été enfin ratifiée par
ce Monarque , le 8 de ce mois. Dans la
correſpondance reſpective , qui a eu lieu à
cette occaſion entre les parties contractantes
, S. M. P. dit au Magiſtrat de Dantzick
qu'elle a accordé de ſon propre mouvement
des conditions que ſes droits légitimes l'autoriſoient
à refuſer ; qu'elle n'a regardé qu'à
l'équité & qu'aux avantages mutuels du
commerce , & que fi de part & d'autre les
clauſes de cet accord font fidelement obſervées
, Dantzick ſe convaincra qu'elle n'a
rien perdu au changement de maître de la
Pruffe Polonoife.
Voici la teneur de cette convention définitive
, aujourd'hui publiée officiellement .
I. Le Magiftrat de la ville de Dantzik reconnoît
que le procédé decette derniere envers S. M.
ainſi qu'à l'égard de ſes ſujets , a été outré &
porté juſqu'à l'offenſe par erreur ou préoccupation
d'eſprit; & qu'après cet aveu il ſe croitdans
l'obligation de faire des excuſes du paffé à S. M.
au nom de ladite ville , avec promeffe qu'à l'avenir
il réglera ſa conduite de manière à ne plus
donner aucun ſujet de mécontentement à S. M.
ni de plainte fondée à ſes ſujets.
II. » Le commerce & le paſſage libres des
ſujets royaux , tant par eau que par terre , par le
territoire de la ville de Dantzig , ayant formé le
point principal de la conteſtation , le Magiſtrat
déclare par la préſente , & s'engage folemnellement
, au nom de ladite ville & de tous ſes or
dres , à accorder dorénavant à tous les ſujets dis
Roi , ſoit par eau ou par terre& fur tous les bras
que forment la Viftule, la même liberté de com
( 3 )
merce&denavigation par le territoirede laville
à l'égard de tout ce qu'ils jugeront à propos de
tranſporter d'une partie des Etats du Roi dang.
Pautre , que celle dont jouiffent les habitans
mêmes de Dantzik , ſoit en naviguant ſur la
Viftule , ſoit en tranſportant par terre leurs
marchandises , par les Etats dépendans de S. M.
ladite ville s'engageant en outre à rétablir le
chemin& le paſlage par leGanſekrug , & à en
permettre l'uſage aux ſujets du Roi , a la réſerve
cependant à ſa volonté de ſéparer ce chemin dans
les endroits , où il s'approche trop des fortifi
cations , ou fi cela n'étoit pas faiſable , d'y établir
des barrieres qui ſe fermeroient la nuit , &
n'en permettroient l'ouverture que de jour , en
yattachant un droit de paſſage , en conformité
de ceux perçus dans d'autres endroits , & auxquels
les ſujets du Roi ſeront aſſujettis ſur un
pied d'égalité avec les habitans de la ville.
III . En revanche , le Roi ayant fincerement
à coeur le bien-être de la ville de Dantzik , &
Touhaitant de lui conſerver particulierement le
commerce des marchandiſes de Pologne , S. M.
lui abandonne excluſivement ledit commerce
d'exportation sur mer en tant qu'il peut ſe faire
fur la Viſtule par la ville & le territoire de
Dantzik, de maniere que les habitans de cette
ville jouiront ſeuls du droit de tranſporter ſur
la Viſtule toutes les productions de la Pologne
& autres marchandiſes quelconques deſtinées
pour Dantzik , & à être exportées au -delà ſur
mer.
<<<En conféquence S. M. ordonne ſérieuſement
àſes ſujets de s'abſtenir de tout commerce exportatif
de mer par la voie de Dantzik & du
Fabrwaffer ; & afin qu'on ſe conforme d'autant
plus à ſon intention à ce ſujet , elle donnera
22
( 4 )
les ordres les plus meſurés aux Officiers du bureau
de péage au Neu -Fabarwaſſer pour y veiller
exactement , & ne permettre à aucun de ſes ſu-
Jets de ſe mêler du commerce d'exportation ſur
mer. De plus , le Roi permettra à la ville de
Dantzik d'y conſtituer pour elle & de ſa part
un agent qui puiſſe avoir l'oeil à ce qu'il ne ſe
commette aucune contravention à cet égard , &
qu'il n'y foit exercé aucun commerce de mer
par les ſujets pruſſiens , ſoit en productions de
Pologne, ſoit en celles de Pruſſe.
Mais , pour prévenir tout déſordre , diſpute
ou querelle qui pourroient réſulter des viſites
que ce Commiſſaire ſe croiroit en droitde faire
fur les navires pruſſiens , il ne ſera point autoriſé
à en faire; mais il ſe contentera dans
tous les cas où il pourra remarquer ou foupconner
quelque exportation ſur mer par unbatiment
pruffien , de faire fon rapport à ce ſujet
aux Officiers du bureaudes péages , qui y remédieront
fur le champ; finon il en donnera avis
au Magiſtrat même de Dantzik , qui ſe fera
rendre juſtice par la voie du Réſident du Roi ,
ou par celle du Miniſtere, s'il le jugeoit néceſſaire
, lequel ne manquera pas de redreſſer
promptement tout ce qui aura pu être commis
encontraventionde cet article.
La ville de Dantzik étant ainſi ſuffisamment
raffurée contre toute exportation ſur mer de la
part des ſujets pruffiens , ceux-ci en revanche ,
jouirontde la liberté de ſe procurer toutes leurs
néceffités , effets , marchandises de quels lieux
qu'ils jugeront à propos , & de les tranſporter
librement parle territoire de la ville de Dantzik
; comme celle-ci reconnoît avec gratitude
les fentimens de générofité de S. M. à ton égard ,
elle promet de ne pas charger leſdites mar
( 5 )
chandiſes ou effets des ſujets du Roi enpaſſant
par le territoire de la ville, des droits & péages
excédans ceux que les propres habitans ont coutume
de payer en pareils cas,
IV. » Le commerce d'importation par mer du
côté de Fabrwaſſer ſera libre aux ſujets des
deux parties contractantes ; mais afin d'obſerver
une juſte balance , S. M. conſent que fur tous
les effets & marchandises appartenans aux ſujets
pruffiens & importés du côté de la mer , leMagiftrat
de Dantzik ſoit autoriſé à faire percevoir
telsdroits d'entrée & de tranfit par le Fabrwaſſer ,
qu'il jugera à propos , pourvu toute -fois qu'ils
n'excedent point ceux qu'on a coutume de payer
aux bureaux de péages prufſiens. En revanche
ledit Magiftrat promet de faire lever les droits
ſuſdits au Blokhaus & non dans la ville , afin
que les bâtimens pruffiens ne ſoient plus dans
le cas de décharger leurs cargaiſons , ni forcés
d'entrerdans la ville : conſent en outre ledit Magiſtratque
les connoiſſemens que produiront les
maîtres de ces mêmes navires aux Douaniers
Dantzikois , ſoient reçus & reconnus par ceux- ci
comme des documens valables , & leurs cargai-
Ions exemptes de toute viſite.
>>>Mais dans le cas d'un ſoupçon fondé que
pourroit former le Magiftrat ſur l'infidélité de
ces connoiffemens , par laquelle ces douanes feroient
injuſiement fraudées des droits qui leur
font dûs , il ſera en ce cas autorisé à faire are
rêter au Blockhaus le navire ſuſpecté , pour l
faire fubir la viſite ſelon l'ordre preſcrit , à la
quelle cependant doit affifter néceſſairement le
Réſident du Roi , & au défaut de celui-ci , fon
chargé d'affaires , lesquels auront été préalable.
ment avertis, afin d'empêcher par leur préfence
tout déſordre ou violence , & écarter la
23
( 6 )
partialité qui accompagne d'ordinaire une pareille
vifire .
Le Magiftrat de Dantzik promet de plus d'accorder
le paſſage libre & exempt de tous droits
de péage & de tranfit à tous les effets & biens
appartenant en propre à S. M. Pruſienne , tels
que les ſels communs , porcelaine , fer , tabac ,
uniformes de troupes , fufils , poudre , & généralement
toutes les munitions & armes de
toutes eſpeces qu'exigent l'entretien de ſes armées
, ainſi qu'aux tranſports des ſels appartenans
à la compagnie ou commerce maritime ,
qui feront munis de paſſeports figués par le miniſtere
de Pruffe .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
M. le Baron de Caché , chargé d'affaires
de l'Empereur à Varſovie , a préfenté le 19
Février au conſeil permanent , une note
concernant les plaintes du prince Czartoriski
, général de Podolie. Par cette note ,
dans laquelle le prince eſt nommé Vaſſal ,
Général & Capitaine des Gardes de l'Empereur,
on demande que le comte de Malachowski
, chef du département des affaires
étrangeres , faſſe examiner par ſon tribunal
le procès criminel actuellement inſtant.
Comme les cas de cette nature relevent du
tribunal du Feld-Maréchal de la Couronne
, cette demande éprouvera de grandes
difficultés. Elle a été difcutée au confeil
permanent , & le fera encore.
LeDocteur Buſching porte dans ſa feuille hebdomadaire
le nombre des maiſons contribuables
dans le Comté de Bentheim , des cercles du Bas-
Rhin & de Westphalie ,á 1458 ; ſavoir , 339 dans
( 7 )
le Bailliage de Bentheim , 173 dans celui d'Emblitheim
, 260 dans ceux de Neuenhans & de
Velthauſen , 185 dans celui de Nordhorn , 255
dans celui de Schuttorf , 224 dans celui de Velfen
, & 22 dans celui de Wietmerſch. La contribution
de ces maiſons monte par mois un peu aus
dela de 1773 thalers .
On évalue la population actuelle de la ville de
Francfort-fur- l'Oder , á 10,000o ames.
Un journal de commerce porte l'exportation
annuelle du froment du royaume de
Sicile à 500,000 falmas , dont 10 & demi
font un laſt d'Amſterdam. Ce commerce
ſeul procure au pays une ſomme d'environ
un million & demi de Ducats.
Parmi les Fabriques du royaume de Suede ,
les Fonderies & les Forges de fer font les plus
con ſidérables . On porte à 400,000 ſchifpfunds le
fer tiré des diverſes Provinces de ce Royaume .
3000,000 à 320,000 ſchifpfunds de ce fer paffent
par an à l'étranger ; l'Angleterre & la Ho'lande
en reçoivent les deux tiers , & le reſte eſt envoyé
en France& en Eſpagne. Les ports de Stockolm
&de Gothembourg font les principaux entrepôtς
de cette marchandise . Le meilleur fer de ce
Royaume eſt appellé le fer d'Oeregrund ; il eff
tiré des mines & forges de la Province de Rofslag
& exporté , la plupart pour l'Angleterre , du port
d'Oeregrund. La feconde forte de fer eſt appellée
Eytra; ce fer a la même longueur & la même ſolidité
que la premiere forte , mais il eſt moins
large ; on en fait annuellement des envois confidérables
à la côte de Guinée. Indépendamment
de ces deux fortes de fer , on fabrique encore du
fer en barres minces , de 17 à 18 pieds de long
24
( 8 )
&c.&c. Les clous fabriqués annuellement en Sae
de , montent à 15 juſqu'à 20,000 ſchifpfunds, dont
10,000 font exportés à l'étranger; les ancres à
-1,000 ſcifpfunds, dont 5 à 600 paſſent dans l'étranger
& les canons de fer exportés , à 10,000
ſchipfunds . La France tire de la Suede beaucoup
de fer-blanc étamé ; le tonneau en contient 450
feuilles & peſe ſchifpfund I quart. La plupart
des marchandises d'acierfabriquées enSuede ,
ſontd'acier natif; on en fait peu d'acier cémentatoire
; il ſeroit cependant à defirer pour l'intérêt
de ce Royaume, qu'on y fabriquât davantage
de cette derniere eſpece d'acier , & qu'on parvînt
à la préparer à la maniere des Anglois. Le
meilleur acier de Suede eſt celui de Forſmark ;
il en paſſe par an à Rouen environ 700 faiſſeaux,
dont chacun peſe 169 livres de Suede. La meilleure
efpece d'acier cémentatoire eſt fabriquée à
Ofterby ; & eft connue sous le nom d'acier de Venife;
la plupart de ces acier eft exporté en Eſpagne
on porte à environ 30,000 quintaux l'acier cémentatoire
fabriqué dans ce Royaume ; la Ruſſie
en tire par an 3,000 .
Suivant des lettres de Pétersbourg , l'Impératrice
ſe propoſe de nouveaux changemens
dans l'armée. Les Compagnies de réſerve
pour chaque Régiment d'Infanterie ,
qui furent fupprimées en 1764 , feront rétablies
; les Compagnies des Grenadiers formerontdesbrigades
particulieres ,&les Corps
desChaſſeurs feront répartis en 20 Régimens,
dont chacun fera compofé de 700 hommes,
Onn'a parléquetrès- imparfaitementde l'attention
qu'a portée la derniere diete de Pologne
fur l'autoritéroyale : cepouvoir a reçu de
(و )
nouvelles limites , qu'on affure avoir été
déterminées en fix articles .
LeRoi , qui autrefois avoit le droit de conférer
toutes les dignités & places , comme la nomination
des Evêques , des Sénateurs , des Palatins ,
des Caftellans , &c. &c. y a renoncé , & il ne lui
reſte plus que la prérogative de choifir un des
trois Candidats proposés par le Confeil permanent.
2°. Les autres emplois civils ſont reſtés à la nomination
du Roi , mais il ne peut rien faire dans
les quatre Départemens pendant l'intervalle d'une
diete à l'autre; les places vacantes pendant
cet intervalle feront à la nomination du Conſeil
permanent qui y procédera par la voie du ſcrutin.
3º. Le Roi a renoncé au droit de nommer aux
emplois militaires . L'avancement ſe fera ſelon
P'ancienneté ; & quant à la nomination au Généralat
, le Roi propoſera alors au Confeil permanent
le plus ancien Officier avec l'Officier qui a
le mieux mérité de l'Etat .
4°. Les Miniſtres-d'Etat feront regardés comme
Sénateurs & pourront être nommés à la Diéte
membres du Conſeil permanent.
5 °. Le Roi a renoncé au droit de diſpenſer les
revenus royaux , à condition qu'ils feront em.
ployés pour le bien de l'Etat de la maniere la plus
avantageule.
5°. La Diéte a exclufivement le pouvoir de
nommer par la voie du ſcrutin les membres du
Conſeil parmanent.
CesArticles avoient déjà été projettés à l'avantderniere
Diéte , mais l'oppoſition du Roi & de
fon parti en empecha la fanction. A la derniere
Diéte ils ont été agréés unanimement & in érés
dans la Matricule du Rojauine.
25
( ro )
DE VIENNE , le 16 Mars.
C'eſt le Pere provincial des Freres de la
Charité , qui a inſtruit l'Empereur des abus
& des défordres quiregnent dans le nouvel
établiſſement de l'Hôpital général. Les
malades , à ce qu'on préſume , vont être
repartis dans différens hofpices aux fauxbourgs
, c'eſt à-dire , qu'on remettra les
chotes, à peu de choſe près , für l'ancien
pied..L'immense hôpital général ſera divife
en deux parties ; l'une réſervée aux malades.
fera confiée aux freres de la Charité , &
Kautre fera transformée en caſernes .
a
2
Le comté Joſeph de Kaunitz Rittberg ,
Ambaſſadeur de S. M. I. à la cour de
Madrid & fils du Chancelier Prince
de Kaunitz , eſt mort le 3 Février , à
l'âge de 41 ans. Ayant obtenu un congé
pour venir en Allemagne rétablir ſa ſanté...
il s'étoit embarqué à Alicante pour paſſer à
Marfeille,& il eſt expiré pendant la traverſée.
George Krifchan, ce troiſieme chef des .
rébelles Valaques , dont nous avons parlé ,
s'eſt étranglé dans ſa prifon avec ſa ceinture.
Ses membres ont été expoſés au defſus
des portes de Carlsbourg , à Deva , à
Hunyad, 150 autres priſonniers font actuellement
entre les mains des commiſſaires
pour être jugés ſuivant les regles du pays.
UnEccléſiaſtique éclairé nommé Adamowich ,
durant le dernier ſoulevementdes Valaques en
Tranfilvanie , a donné un exemple remarquable à.
fos collegues &à leur troupeau, Lorſque les chefs
( Ir )
des révoltés voulurent l'entrainer dans leurparti ,
fous prétexte que l'Empereur leur avoit ordonné
d'exterminer la Nobleſſe de Hongrie ; ce digne
Eccléſiaſtique répliqua : « Je n'ai d'ordre ni ver-
>>bal ni par écrit de mon Supérieur ; je connois
>> l'Empereur pour un Prince trop humain , pour
>> croire qu'il ait donné des pouvoirs ſemblables,
>> Suppoſé même que l'intention du Monarque
fût de vous aſſiſter , il m'eſt impoffible de
>> croire qu'il vous chargeât d'ordres auſſi ſanguinaires
, qui font diametralement oppoſées
>> à ſa Religion & à fon caractere humain . Sans
>> vouloir écouter davantage vos propoſitions ,
je vous déclare que ni moi ni aucun de mes
>> paroiffiens ne contribueront à la réuſſite de
> vos projets . Des que l'Empereur eut été int
formé du procédé de cet Eccléſiaſtique , S. M.
ordonna au Commiffaire Impérial de lui remetire
une médaille d'or , fur laquelle eſt empreinte
l'effigie du Monarque.
Une Gazette allemande parle en ces termes
de la faillite de la compagnie Aſiatique
&de la fuite du Comte de Proli.
Cette chûte vient très mal-à-propos dans l'état
actuel de notre différend avec la Hollande ;
il n'y a pas d'apparence que no re Cour prête
du ſecours à cette compagnie , d'autant plus que
celle- ci lui doit une ſomme de 180 mille florins
pour des planches de cuivre qu'elle a vendues
en Eſpagne , au lieu de les envoyer pour le
compte de la Cour en Amérique . On a almiré
lagénérofité du Comte de Fries , qui inſtruit ,
il y a quinze jours , de l'état chancelant de cette
compagnie , n'a pas laiffé d'accepter une de ſes
lettres de change de 10 mille florins. On dit
que lesHollandois ont accéléré l'époque de cette
faillite, en faiſans préſenter dans un feel jourà
a6
( 12 )
la Compagnie pour plus de 800 mille livres de
lettres de change de Paris , qui ont été proteftées
faute de paiement.
Cette derniere aſſertion n'eût pas été
omiſe par les gazettes Flamandes , ſi elle
avoit eu aucun fondement.
Il faut ranger dans la même claſſe des
bruits fuſpects l'article ſuivant , donné avec
confiance par quelques papiers publics.
On fait de bonne part , que l'Empereur eſt
décidé à entretenir conſtamment à l'avenir un
corps de 20,000 hommes dans la Lombardie ; ce
n'eſt pas qu'il y ait quelque choſe à craindre de
çe côté ; mais cet arrangement eſt une ſuite
du nouveau ſyſtême de S. M. , qui veut toujours
avoir en temps de paix un corps de troupes dans
ſes provinces éloignées , prêt à tout événement.
La Galicie fera pourvue d'un pareil corps.
Dans l'ignorance où l'on eſt des véritables
cauſes , qui de nouveau ont fait ſuſpendre
le départ de l'Empereur pour les Pays-
Bas , on imagine que la crainte du dégel du
Danube & des accidens qui peuvent en réfulter
, a déterminé cette réſolution. Les
neiges ont rendu les routes impraticables :
ainfi , quoique le conſeil aulique de guerre
ait expédié 14 eſtafettes pour ordonner à
divers régimens de ſe préparer à leur départ,
ce voyage ne peut être ſubit , & les
événemens ultérieurs le rendront peut- être
inutile.
M. de Born vient de faire en grand l'eſſai
de fon invention , pour ſéparer l'or & l'argent,
en préſence d'une commiflion impé
1
( 13 )
riale ; & il a prouvé, ſelon ſa promeſſe ,
qu'avec ſa méthode on obtient en douze
heures autant d'argent , qu'en fix ſemaines
par le procédé ordinaire.
Un pauvre ouvrier qui avoit reçu des ſecours
de l'Inſtitut des pauvres , déclara à la
derniere répartition des aumônes que ſa
conſcience ne lui permettoit pas d'y participer
, vu qu'il venoit de recevoir une fomme
qui lui étoit due , & qu'elle lui fuffifoit
pour ſa ſubſiſtance; enſuite il reftitua à l'Inftitut
les diverſes charités qui lui avoient été
données pour le ſoulagement de ſa vieilleſſ.e
La conduite du Hoſpodar de Moldavie
envers les cours de Vienne & de Pétersbourg
a caufé , dit on , ſa dépoſition. Il refuſoit
de livrer les déferteurs des deux puifſances
, ce qui donna lieu à des plaintes de
leur part. On parle d'un grand nombre de
troupes Ottomanes qui ſe raſſemblent près
de Siliftrie , pour fortifier les garniſons de
Belgrade , d'Orfowa & de Wihacz .
On vient de conſigner dans un Journal
Allemand l'anecdote ſuivante , écrite de
Prague.
Le Révérend François Xavier-Cafimir Stra
chowtrhy de Arachowice , Conſeiller intime de
l'Empereur , premier Prélat du Royaume de Bohême
, &c. &c. , força fouvent les habitans du
voiſinage à prendre la bierre braffée ſur ſes terres.
Parmi ces acheteurs forcés , ſe trouva une veuve
avec trois petits enfans , laquelle , par pluſieurs
malheurs imprévus , étoit réduite à devoir 22
( 14 )
fforinsau Prélat , qu'elle ne pouvoit payer fur
le champ. Elle le ſupplia d'avoir patience pendant
quelques ſemaines , pendant leſquelles elle
eſpéroit gagner par fon travail de quoi le contenter.
Le Prélat, ſourd à ſes prières , la fit jetter
enpriſon , où elle gémit pendant cinq ſemaines :
elle y feroit reſtée plus long-temps , fi une dame
connue par ſes bienfaits , ne l'avoit délivrée . La
Comteſſe Douairiere , Anne de Martinits , née
Comteffe de Sternberg , eſt accoutumée de vifiter
les prifons avant la Semaine- Sainte , & de
s'informer auprès des priſonniers de la cauſe de
leur emprisonnement , elle rencontra à ſa derniere
viſite la veuve malheureuſe , qui lui ra
conta la cauſe de ſa détention. La Comteſſe ne
ſe fiant point au récit de la veuve , envoya quelqu'un
au Prélat pour demander ſi cette femme
avoit dit la vérité; celui-ci ne rougit point d'avouer
la choſe ; la Comteſſe le pria inſtamment
de mettre en libetté ſa priſonniere , qui étoit
prête d'accoucher. Le Prélat aſſura qu'elle reſteroit
en priſon juſqu'à ce qu'elle eût payé. La
Comteffe paya pour elle. Les revenus du Prélat
montent à 30,000 florins.
Le ſieur Pinkman a eſſayé en grand la
culture de la rhubarbe dans le diſtrict de
Sambor , & l'on eſpere qu'elle réuflira parfaitement.
Des Lettres de Trieſte diſent que
l'exportation du Tabac de Hongrie , qui
avoit diminué depuis la paix avec les Américains
, a augmenté aujourd'hui confidérablement.
On doit ce nouvel avantage à
la maiſon de Commerce de Graffin Vita+
Levi. Pluſieurs Négocians de Trieſte ſe
ront réunis pour former une nouvelle So
--
( 15 )
ciété de Commerce; its ont remis leur plan
au Gouvernement , dont ils attendent l'agrément.
DE FRANCFORT , le 21 Mars.
Le premier de ce mois , MM. Sulzer &
Oertel de Géra ont réuſli par le froid factice
de neige& de Salpêtre , à congeler le mercure
entre 7 & 8 heures du matin , le thermometre
de Réaumur étant à 24 degrés audeſſous
de zéro. Ceux qui ont dit que c'étoit-
là le premier eſſai de ce genre qui eût
réulli , ignoroient fans doute , qu'en 1783 ,
la Société royale de Londres décerna la
médaille annuelle donnée par le Chevalier
Godfrey Copley à M. Hurchins , qui avoit
déterminé exactement le degré de froid , où
commence la congélationdu Mercure. Ces
expériences avoient été antérieurement &
près- exactement exécutées à Pétersbourg .
Son Alteffe Electorale , le Duc de Baviere
, vient de défendre dans toute l'éten
due de ce Duché toutes les aſſemblées des
Francs-Maçons, autrement dits, les Illuminés .
On donne pour raiſon de cette défenſe que:
ce corps eft déchu de fon premier inſtitut ,,
& qu'il eſt de la faine politique de le fupprimer
, parce que dans ſon erat actuel il ne
peut qu'occaſionner des déſordres , exciter
une défiance générale & fomenter des fac
tions dans le ſecret des aſſemblées. En confé
féquence, il lui eft défendu dorénavant de re--
cevoir aucun Aſſocié. Il eſt expreſſément
enjoint à tout Gouverneur ou Comman
( 16 )
dant des places de veiller exactement à
l'exécution de cette ordonnance. On confiſquera
à l'avenir tout l'argent & autres
effets qu'on pourra ſurprendre. La moitié
en ſera diftribuée aux pauvres , & l'autre
fera la récompenſe des dénonciateurs.
Des inculpations auſſi vagues , à l'aide
deſquelles on ne cite aucun fait contraire à
la notoriété publique , indiquent ſuffifamment
qu'on a furpris la Religion du Prince ,
ou, ce qui eſt plus probable , que la confrairie
de ces Illuminés n'eſt point de la même
nature que la Franc- Maçonnerie.
A quelques lieues de Fribourg en Brif-
-gau , on a vu juſqu'à 40 pieds de neige accumulés
les premiers jours de Mars. Une
partie des rochers , qui forment la cataracte
du Rhin, à Clauſanbourg , eſt à découvert ,
ce qui n'eſt pas arrivé depuis 30 ans. On
perpétua alors la mémoire de cet abaiſſement
des eaux du fleuve , en gravant fur les
rochers l'année de cet événement. Ceux qui
ont demandé pourquoi l'on ne profitoit pas
de cette circonſtance pour couper ces rocs
qui interceptent la navigation , n'ont sûrement
jamais été ſur les lieux , & auroient
dû fentir qu'on ne découpe pas des montagnes
en 8 jours comme on fait ſauter un
caillou dans un champ avec de la poudre
àcanon.
Le Rhin étoit ſi bas à Manheim , le 2 de
ce mois , qu'on l'a vu à to pieds & fix pouces
au-deſſous de ſa hauteur moyenne. Jaf
( 17 )
qu'au 15 le Mein a charié des glaçons.
L'on a appris que dans le conſiſtoire du 14
tenu à Rome , le Pape accorda , d'après des
inſtances réitérées , le Pallium à l'Archevêque
, Electeur de Cologne , & à l'Archevêque
de Gneſne , à ceux de Ravenne & de
Tarragone.
On a compté , en 1782 , dans la partie
du Duché de Gueldre , appartenante au
Roi de Prufſe , une population de 47,278
ames , & , dans la principauté d'Oftfrife ,
102,594 ames. Le Militaire n'est pas compris
dans cette énumération.
La population de Potzdam , lit-on dans une
feuille périodique , étoit en 1781 de 20,530 perſonnes
de l'Etat civil , & de 8,326 de l'Etat militaire.
La recette de l'acciſe montoit à 95,000
rixdalers , & celle de la Douane à 30,000.-
La même feuille périodique porte à 96.052 rixdales
l'entretien ordinaire & annuel d'un régiment
de Cavalerie du Roi de Prufſe , le traitement
du Meſtre-de-camp eſt de 3,254 rixdalers
& celui du Meſtre - de camp - Lieutenant de
698.
La perte des droits d'acciſe pendant les 3 foires
qui ſe tiennent à Francfort ſur l'Oder , fat pour
la Chambre des Finances un objet annuel de
10,750 rixdalers .
ITALI Ε.
DE MODENE , le 4 Mars .
Nous apprenons que l'évaſion du Marquis
Davia , des prifons de l'inquifition de Bolo(
18 )
,
gne où il étoit détenu , & qui paſſe actuellement
ici ſes jours dans la plus grande tranquillité
, a ranimé le zele de ce Tribunal
même contre des innocens. L'Inquifiteur de
Faenza , ayant appris la nouvelle de cette
évaſion , fe tranſporta auffi-tôt à Bologne
pour entamer le procès. Un nommé Louis
Fayallé , âgé d'environ trente ans , attaché
au Saint-Office en qualité de Camérier , fut
ſoupçonné d'avoir facilité l'évaſion du Marquis
; il fut arrêté chez lui , dans la nuit da
27 Décembre dernier, par un grand nombre
d'archers, qui le conduifirent chargéde chaînes
à Faenza , & l'empriſonnerent. Après deux
mois d'examens les plus rigoureux , fon innocence
fut enfin clairement prouvée , & il
recouvra fa liberté , & revint à Bologne portant
fur fon viſage & fur toute ſaperfonne les
marques des ſouffrances qu'on lui avoit fait
effuyer. On attend impatiemment l'iſſue
d'une affaire conduite avec tant d'éclat';
les ſoupçons portent aujourd'hui ſur unReligieux
Convers , que l'intérêt ſeul a déterminé
trahir le Saint-Office.
DE FLORENCE , le 10 Mars.
Les Docteurs Giorgi &Cioni, Médecins de
cette ville , qui s'occupent depuis quelque
tems à faire l'analyſe de l'eau , & à chercherà
la changer en air ſuivant les procédés de
MM. Meunier & Lavoifier , ayant obtenu des
réſultats très-différens de ceux de ces Chy
( 19 )
miſtes , viennent de publier le Proſpectus
d'un ouvrage fur cette matiere.
Voici l'extrait d'une lettre d'Alger , écrite
à Livourne , en date du 15 Février .
«La défenſe à laquelle cetterégence ſe prépare
paroît incroyable aux Européens ; l'eſprit
de patriotiſme de tous nos habitans & leur indignation
contre le joug que nos ennemis voudroient
nous impoſer , l'emporte ſur la haine implacable
que le deſpotiſme des chefs du Gouvernement
a infpiré aux particuliers. Leur fureur
contre les Elpagnols étouffe en eux ce reſſentiment
& ſuſpend l'exécution d'une vengeance
terrible , dont la mémoire eût paſſé à la poſtérité.
L'amour de la patrie ſe reveille dans tous les
coeurs & nous nous préparons à la défendre vaillamment.
Il paroît que nos ennemis projettent
de venir avec toutes leurs forces nous exterminer
à la prochaine ſaiſon. Nous nous attendons
bien à cette atraque. On a déjà commencé ſur
nos chantiers la conſtruction de 20 Chaloupes canonieres
, & de 6Batteries flottantes. Ces dernieres
ſuffiront pour faire face à l'Eſcadre Eſpagnole.
En attendant nous penſons à envoyer la nôtre
en croifiere. Soyez donc certain que cette année
la force décidera cette criſe & qu'elle fera notre
perte ou nous rendra la tranquillité , &c.
Le ſieur François-Antoine Tavelli , Architecte
de l'Empereur , très -habile minéralogiſte
, a découvert dans des montagnes
du territoire vénitien certaines matieres foffiles
qui donnent un véritable fel catartique ,
très- ſemblable aux ſels d'Epſom , de Seidlitz
, de Seitſutz , & c. , ſi eſtimés en médecine.
Ce fel eſt plus doux & ſupérieur au
( 20 )
ſel dont on fait uſage dans les Pharmacies
ſous le nom de ſel d'Angleterre.
DE ROME , le 6 Mars.
Les Commiſſaires chargés de trouver des
remedes à la rareté d'eſpeces & aux abus qui
en réſultent , ont pris les arrêtés ſuivans.
1º. Il eſt défendu à tout Particulier de faire le
trafic d'argent monnoyé , & le Privilége excluſif
en ſera conféré au Mont-de- Piété. 2°. i ſera mis
en circulation un certain nombre de billets de la
valeur de cinq juſqu'à dix écus Romains , & les
billets dont la valeur excédera cette ſomme ſe
ront payés en une monnoie dite Plateale . 3º. Tous
les gages portés au Mont-de-Piété & ſur leſquels
il ſera prêté plus de dix écus , ſeront afſujettis à
un intérêt de cinq pour cent. Cette diſpoſition
étoit néceſſaire pour mettre un frein aux ſpéculations
de pluſieurs riches particuliers qui portoient
leur vaiſſelle au Mont de-Piété pour faire
valoir les fonds qui leur étoient avancés ſur le
gage. 4°. Il ſera battu pour fix mille écus Romains
de monnoies forméed'un argent de basalloi
, & pour deux mille écus de monnoie d'or .
&ces ſommes ſeront employées à l'extinction
des billets. 5º. Les Débiteurs du Mont-de- Piété
feront tenusde liquider leurs dettes dans l'eſpace
de fix années. 6°. La Chambre de la Monnoie
&le Montd- e-Piété feront toutes les diligences
néceſſaires pour réaliſer tous les capitaux . 7°. II
fera fait choix de nouveaux Commiſſaires pour
travailler à la confection des Loix ſomptuaires.
ESPAGNE.
DE CADIX , le I Mars.
Des lettres de Tanger , du 12 Janvier ,
contiennent le détail ſuivan :
( 21 )
Avanthier vers midi , une grande frégate à
trois mars , appellée la Citta Vienna , échoua en
naviguant à pleines voiles dans cette Baye. Parti
le premier Octobre , ſous Pavillon Impérial , de
Smirne pour Amſterdam , ce vaiſſeau arriva le 25
Novembre àGibraltar, avec 15 Paſſagers Maures.
Après y avoir ſubi une Quarantaine de 48 jours ,
le Chirurgien-Major de laGarniſon vifita , par
ordre du Gouverneur Elliot , l'Equipage entier
&le trouva en parfaite ſanté. Mais comme ce na
vire avoit 200 ballesde coton à bord , & que Gibraltar
manque de lazaret , le Général Elliot ne
voulut pas le recevoir. Le malheur ſurvenu à ce
vaiſſeau , a été occaſionné par les Maures qui ſe
trouvoient à bord . Defirant rentrer dans leur
pays natal , ils prierent le Capitaine de vouloir ,
en paſſant le long de la côte , les mettre à terre.
Rempliffant leur demande & voulant donner à la
chaloupe , qui avoit porté les Maures ſur le rivage
, le tems de revenir à bord , la marée forte ,
"accompagnée du vent ſoufflant de l'Eſt , le repouſſa
ſur un écueil près de la montagne, nommée
Apenberg , à l'oppofite deGibraltar , ſur lequel
⚫ce navire toucha avec tant de violence , qu'il y
* eut fur le champ fix pieds d'eau à fond de cale.
Ce ne fut donc qu'avec beaucoup de travail que
leCapitaine put faire échouer ſon navire ſur le
ſable , dans l'endroit le moins profond de la
Baye. L'équipage , au nombre de 25 , ſe jetta
avec précip tation dans la chaloupe , tandis qu'à
force de rame il gagnoit la côte : le vaiſſeau ſe
renverſa& fut fubmergé ſous l'eau , juſqu'au mât
d'artimont. Ces infortunés , après avoir lutté
affez long tems contre la violence du vent , arriverentenfin
ſur le rivage. Epuiſés de fatigue &
preſque mourans , on leur demanda d'où ils venoient
? Ils répondirent , de Smirne. Mais n'ayant
( 22 )
pas aveceux la Lettre de ſantéduGénéral Elliot,
ils exhiberent une eſpece de Lettre circulaire du
même Général , adreſſée à tous les vaiſſeaux Impériaux
, pour les avertir de la rupture redoutée
entre l'Empereur & les Hollandois. Il en réſulta
qu'on ne voulut pas les admettre , que malgré
leurs humbles ſupplications , on les affaillit d'une
grêle de pierres,dont pluſieurs gensde l'équipage
furent bleſſés . Quoique la Mer fût très-irritée&
extrêmement haute , ils furent forcés de ſortir à
la rame , de la Baye , ſans ſavoir où aller. Alors ,
par un bonheur ineſpéré pour ces malheureux ,
trois barques Eſpagnoles entrerent dans la Baye
pour s'y mettre à l'abri , & la moins grande de
ces barques les reçut tous à ſon bord.
Aujourd'hui , le Conſul d'Eſpagne a envoyé
ſon Secrétaire& fon Dragoman à bord de la barque
où ces infortunés s'étoient réfugiés. C'eſt à
leur rapport qu'on doit les particularités énoncées
ci-deflus. LeConful Hollandois ayant appris que
ce navire avoit été deſtiné pour Amſterdam , fit
venir ſur le rivage le Capitaine , appellé Lubi
bratich. Ce Capitaine ayant amené avec lui ſon
Ecrivain & ſon Pilote , tous les trois déclarerent ,
en préſence des autres Confuls : que leur navire
avoit été chargé par des Maiſons Hollandoiſes ,
Imperiales &Grecques à Smirne , pour compte
de Négociants à Amſterdam , qu'ils ne connoifſoient
pas , vu qu'étourdis par la terreur , ils
avoient oublié les polices à bord ; qu'ils ſavaient
néanmoins fort bien d'être adreſſés à M. Antonio
Curtowich , Négociant à Amſterdam ; qu'il leur
avoit été ordonné de ne pas faire leur Quarantaine
à Gibraltar , mais de faire voile pour l'Angleterre
, pour y attendre un changement heureux
du différend exiſtant entre l'Empereur &
L. H. P.
( 23 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 16 Mars .
La lettre du Chevalier Edward Hughes
au Gouvernement , apportée de l'Inde par
la Frégate la Junon, contient en fabſtance
ce qui fuit :
L'Amiral a fait voile de Bombay le 12Mars de
l'année derniere , avec le Sultan de 74 canons , à
bord duquel il avoit arboré fon pavillon ; la Défensede74,
l'Aigle & le Worcester de 64 ; le Bristol
de so ; l'Active & la Junon de 32 ; l'Eurydice de 28,
& le Lizard , cutter de 14 canons. Dans la vue
d'éviter les dépenſes qu'occaſionneroient les Bitimens
de tranſport , it fit embarquer ſur les vaifſeaux
quelques troupes dont on avoit le plus grand
beſoin, à la côte de Coromandel , leſquelles montoient
à plus de 1160 hommes ; il ſe procura des
provifions en abondance pour le voyage qui fut
de fix ſemaines ; les vaiſſeaux n'ont éprouvé aucun
accident , & les équipages ont joui de la meilleure
fanté L'Amiral eſt entré dans la rade de Madrail
le 23 Avril au ſoir. Deux jours après , il fit partir
une des frégates pour le Bengale , avec des lettres
pour le Gouverneur- Général & le Confeil. L'Amiral
apprend que ſon intention eſt de ſe rendre
à Trinquemale , dans un tems convenable pour
terminer , en conféquence de les inſtructions , les
objets qui n'avoient pas encore été réglés avec le
Commandant François.
L'article de la lettre de l'Amiral , où il eſt
parlé des François & des Puiſſances de l'Inde , &c.
&c., eft tenu fort fecret.
Sept nouveaux vaiſſeaux de la Compagnie
des Indes ſe rendront cette année en Afie.
Quatre de ces vaiſſeaux , qui ſont deſtinés
( 24 )
pour la Chine , en reviendront le plutôt
poſſible après avoir fait leur chargement ,
afin de fournir de thé les Marchés de la
Grande-Bretagne.
On acommencé le 14 , à 9 heures du matin ,
la vente du thé à l'Hôtel de la Compagnie des
Indes. Le nombre des acheteurs a été confidérable
, & il n'y a pas eu , comme autrefois , de
maltôte dans la maniere de diriger cette vente. Il
n'a été vendu que des caiſſes de thé verd , dont le
premier prix qui étoit de 2 fols ſterlings 4deniers
par livre , eſt monté à 3 ſols i denier. Le thé de
la premiere qualité n'a pas été vendu plus de 3 ſols
2& demi deniers la liv. Il n'y a point eud'altercation
entre les Marchands de thé & les Directeurs
qui ont préſidé à cette vente.
Lord Balcarras , nommé en ſecond pour
commander l'armée dans l'Inde ſous le Général
Sloper , en a fait le 11 de ce mois ſes
remercîmens à S. M.
Les Miniſtres ont décidé qu'il n'y auroit point
d'entrevue entre M. Plastings & le Lord Macartney,
ſon ſucceſſeur au Gouvernement du Bengale.
M. Haſtings paſſant pour l'ennemi du noble
Lord , il pourroit réſulter des conféquences de
leur conférence. Pour éviter cet inconvénient ,
M. Hafſtings remettra ſonGouvernement au Conſeil
à ſa prochaine aſſemblée ; & lors du départ de
l'Ex-Gouverneur , le Conſeil enverra des dépêches
à Madraſſ au Lord Macartney pour lui annoncer
cette nouvelle .
Les Planteurs & les Négocians intéreſſés
au commerce des Ifles , ne s'oppoſent pas
au traité de commerce entre l'Angleterre &
l'Irlande. Us ont eu les conférences les plus
fatisfaiſantes
( 25 )
fatisfaiſantes avec M. Pitt , & moyennant
quelques réglemens particuliers que ce Miniftre
leur a promis de propoſer aux Législateurs
des deux Royaumes , pour empêcher
l'introduction frauduleuse des ſucres étrangers
, ils ont pris la réſolution de ne point
préſenter de requête au Parlement , & de s'en
rapporter uniquement au zele & à l'honnêteté
du premier Miniſtre.
Voici le ſommaire des demandes & des
réponſes qui ont eu lieu entre le Miniſtre &
les Négocians des ifles, dans leurs conférences.
1°. L'Aſſemblée peut elle être afſurée que le
Parlement adoptera les réglemens les plus propres
à empêcher l'introduction des denrées coloniales
de l'Etranger dans nos Ifies.
Réponse. Oui ,autant que cela dépendra de
moi.
,
2° . L'aſſemb'ée peut-elle eſpérer que l'Ir-
Jande ſe conformera à l'acte de Navigation , relativement
aux bâtimens venant des Ifles
de forte qu'il n'y ait que les bâtimens anglois
Irlandois qui toient reçus dans ics Ports d'ir-
Jande?
Réponse. L'acte de Navigation eſt déjà en
vigueur en Irlande.Je nedoute point que l'Irlande
ne ſe conforme aux nouveaux réglemens
qui pourront paroître convenables.
39. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que
laDouane d'Islande ſera aflujettie aux mêmes
réglemens que celle de la Grande Bretagne ,-
rélativement aux certificats dont doivent être
munis les bâtimens venant des Ifles , & que
l'Irlande ſera ſoumiſe à tous autres réglemens
No. 14 , 2Avril 1783. b
( 26 )
qui feront jugés convenables pour empêcher
L'importation des denrées coloniales de l'Etranger
dans l'un & l'autre pays ?
Réponse. J'aurai ſoin que l'on prenne à cet
égard, des meſures efficaces.
4. L'aſſemblée peut-elle être afſurée que
les productions des Iſles angloiſes & autres Ifles
de l'Amérique ſeront aſſujetties , dans le cas
de leur importation en Irlande , à des droits
égaux à ceux payés dans laGrande-Bretagne ,
&que les loix paffées à cet égard en Irlande,
feront rendues permanentes ?
Réponse. Je n'ai aucun lieu de douter que
l'on établiſſe cette parité de droits.
5. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que l'on
adoptera , relativement à l'exportation des ſucres
rafinés de l'Irlande , les mêmes réglemens obſervés
dans la Grande-Bretagne, dans le cas de
l'exportation de cet article , afin d'empêcher
qu'il ne paſſe en contrebande dans la Grande-
Bretagne , après en avoir obtenu la gratificagion?
6°. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que
l'Irlande adoptera les réglemens actuellement
en vigueur dans la Grande-Bretagne contre les
bâtimens faiſant la contrebande?
Réponſe. Je pense que les deux ſuſdites difpoſitions
ne ſont ſuſceptibles d'aucune difficulté.
7°. Peut-on prendre de telles meſures pour
que , dans le cas où les ſuſdits réglemens ſeroient
enfreints par l'Irlande , les conceffions actuelles
de laGrande-Bretagne à l'égard du commerce
des Ifles, foient annullées ?
Réponſe. Qui.
Les Manufacturiers ont eu auſſi des conférences
avec M. Pitt fur ce ſujet ſi important
& fi délicat, fans être auſſi ſatisfaits que
Les Planteurs.
( 27 )
Ils ont ſupplié le Miniſtre de modifier ſon ſyltême
à l'égard des Manufactures. Ils lui en ont
repréſenté lesdangers ; mais M. Pitt leur a répondu
de la maniere la plus poſitive , qu'il lui
étoit impoſſible de propoſer aux Légiflateurs de
l'Angleterre & de l'Irlande , de faire le moindre
changement au plan agréé par le Parlement d'Irlande
,& que cette Légiflature conſidéroit comme
la baſe du Traité de Commerce. Il ajouta
qu'il falloit que ce plan paſsat en entier dans le
Parlement d'Angleterre ou bien qu'il fût rejetté.
D'après cette déclaration , les Manufacturiers
de la Cité de Londres ont préſenté une Requête
à la Chambre des Communes , pour s'eppoſer au
Traité de Commerce qui eſt actuellement ſous
les yeux de cette Chambre. Ces Manufacturiers
ne ſont point les premiers qui ayent fait entendre
leurs griefs à la Chambre baffe ; ceux du Comté
de Lancaster & de la ville de Briftol ont déjá
préſenté au Parlement une Requéte tendame au
même objet. La Requête de Bristol étoit fignée
par 50,000 perſonnes. On a calculé que les Requêtes
de Manchester , de Birmingham & de
Sheffield , qui ne font point encore arrivées ,
feront fignées au moins par 150,000 Manufacturiers.
M. Pitt , à ce qu'on aſſure , avoit deſiré
calmer cette fermentation, en faifant quelques
modifications à fon plan , on prétend même qu'il
ena fait la propoſition au Gouvernement d'Irlande
, mais que le Vice-Roi a répondu qu'il aimeroit
mieux ſe démettre de ſa place que d'entreprendre
de faire conſentir le Parlement d'Irlande
au moindre changement dans le plan qu'il
avoit adopté.
Le 14 Mars , la Chambre-Baſſe examina
L'importantequeſtion des fortifications à ajouba
( 28 )
ter aux ouvrages actuels de Portsmouth &
de Plymouth : il n'eſt pas indifferent de connoître
les motifs de l'oppofition de vues qui
regne à ce ſujet.
M. Gilbert mit ſous les yeux de la Chambre le
Rapport du Comité des Subſides relativement aux
eftimations de l'Artillerie .
M. Bastard rappella à la Chambre que dans un
des débats précédens on avoit paſſé une motion
fendante à ce que ce Rapport fit examinéde nouveau
par le Comité. Il fit à cet égard quelques
obſervations , & opina encore pour que le Rapport
fût renvoyé à l'examen.
Le Capitaine Lutrell s'oppoſa à certe motion.
Il obſerva que l'établiſſement des fortifications de
Portsmouth & de Plymouth ne nuiroit enrien aux
forces maritimes , puiſqu'on n'en armeroit pas un
ſeul Vaiſſeau de moins pour cela. Au contraire ,
dit- il, c'eſt envain que nous chercherons à augmenter
le nombre de nos Vaiſſeaux , fi par de
ſemblables fortifications nous ne leur laifſſons la
liberté d'agir , nous ne les empêchons de ſervir
dans nos ports de défenſes ſtationaires. Quel eſt
Thomme qui s'oppoſera à ce qu'on éléve ces fortifications
, s'il ſe rappelle le danger où se trouverent
nos chantiers dans la guerre derniere. On
vitPortsmouth réduit à la néceſſité d'enlever les
bouées qui en marquoient l'entrée , comme ſi
Portsmouth eût été un port.de l'Iſle d'Otaïhiti ,
connu ſeulement des naturels. Si nous augmentons
nos Eſcadres , la France, l'Eſpagne & la Hol.
lande en font autant. Si nous conſtruilons des
Vaiſſeaux au-delà d'un certain nombre , il nous
devient impoſſible de trouver des hommes pour
former leurs équipages. On l'a affez éprouvé dans
Ja guerre derniere. Les Porns qu'on propoſe de
( 29 )
fortifier ſonttellement ſitués que n'ayant point d'a
vantagede ſituation á prendre , il faut pour les
défendre une Eſcadre auſſi forte que celle qui les
attaque. Ces fortifications permettront à l'Escadre
de la Manche de s'abſenter occafionnellement
toutes les fois que des convois demanderont fon
eſcorte. Ces fortifications ſeront defendues par des
hommes qui ſeroient inutiles étant ſur nos Eícadres
en parade devant l'Ennemi. A ſuppoſer même
que l'Ennemi s'emparât de ces fortifications , il
ne pourroit y tenir long temps & elles ſeroient
bientôt repriſes par les forces du Pays. Dix mille
hommes tuffiroient pour défendre Portſmouth ,
15,000 pour défendre Plymouth , & quant à Chatham
, il fuffiroit d'un petit nombre d'hommes ,
vu ſa proximité de la Capitale. Le Capitaine Luttrell
entra enſuite dans le détaildes dépenſes ſuppoſées
qui ſelon lui étoient beaucoup moins for -
tes qu'on ne l'avoit repréſenté , particulierement
pour l'articledes terres achetées qu'on avoit porté
à 100,000 liv. , quoiqu'on n'eût dépeníé pour cet
objet que 55,000 livres. Il finit ſon diſcours par
un long éloge du Duc de Richmond , Grand
Maître de l'Artillerie , & dit que ſes talens reconnus
prouvoient qu'il étoit injufte de condamner
ſes plans en général juſqu'à ce qu'on eût reconnu
en euxdes vices rééls.
Le Capitaine Macbride ſourint fortementla mo.
tion. Il eſt étrange, dit-il , que dans une affaire fi
importante on n'ait pas pris l'avis des Gens de
l'art. Le Plan auroit du être examiné & formé fur
les lieux , & une fois arrêté il ne devroit pas dé.
pendre de l'inſpection du Grand- Maître de l'Artillerie....
M. Courtney preſſa ces divers argumens & en
préſentade nouveaux , melés de beaucoup de farcafmes
contre l'adminiſtration actuelle de l'Artil
lerie. b3
( 30 )
,
Dans la conſtruction d'ouvrages de cette na
ture , dit- il , & vu leur importance , s'ils font
convenablement exécutés , il eſt ſurprenant que
le noble Duc n'ait conſulté perſonne. Il auroit
dû prendre l'avis , non ſeulement des Officiers
Ingénieurs , mais encore des Officiers de Marine ;
&relativement à l'étendue des fortifications ,
quelque Officier Général , d'un mérite reconnu ,
auroit pu donner ſes idées. Tout cela a cependent
été négligé. Je prendrai la liberté de le
demander au noble Duc ; le Lord Hood
le Lord Howe, le Comte Cornwallis , le Chevalier
William Draper ont-ils été confultés ?
Le noble Duc a ſoumis à la Chambre dans le
rapport qui a été fait des réparations, un Mémoire
qui paroiſſoit plutôt être le protêt de la
Chambre Haute. On nous a expore , comme
un des motifs qui doivent aſſurer ce plan , la
craintede voir nos chantiers brûlés , ou de voir
nos ennemis débarquer ſur nos côtes ; c'eſt ainſi
qu'on a voulu engager les Communes à ſe défaire
de leur argent ; mais ſi l'on confidere les dépenſes
prodigieuſes de ces fortifications , peutêtre
vaudroit il mieux courir les riſques d'unbombardement.
Les bois peuvent être mis à flot
dans les baffins , la réſine & le goudron peuvent
ſans inconvénient ſe couler bas : il n'y a donc de
matiere combutible que le chanvre qui ne peut
pas être abrité par ce moyen.On peut alors leplacerdans
un lieu à l'épreuve de la bombe , ce qui
dans un Port eſt très-facile à faire avec des billots
de bois & du goudron. Que penſeroit- on d'un
Marchand qui , au lieu d'enmagaſiner ſes marchandiſes
, payeroit quatre ou cinq cents hommes
pour les garder ſur les quais ?
Tout lemondefait que les ouvrages de fortifications
coûtent toujours beaucoup plus qu'ils
n'ont été eſtimés.
( 31 )
Il faudra faire aux fortifications des réparations
qui , avec l'interêt de l'argent , coûteroient à la
nation au moins 80,000 liv. par an ; fomme qui
n'eſt point à mépriſer , quand elle ne ſerviroit
qu'à établir un fonds pour l'amortiſſement de la
dette nationale.
On dit , continua M. Courtney , que les plans
propoſés ont été approuvés par un Comité d'Ingénieurs
; ce n'eſt pas que je veuille jetter le
moindre blâme ſur le Corps que j'eſtime beaucoup
; mais il me semble que ſon approbation
dans ce cas peut être notée de partialité J'ai oui
dire que l'avis des Membres du Comité a été diviſé
. Le noble Duc , néanmoins , n'a pas jugé
àpropos d'en faire mention. On pourroit demander
à ſa Grace ſi le Colonel Debbeig a été
confulté ? Certainement , il n'eſt perſonne en
Angleterre , peut - être même en Europe , de
plus capable que lui de donner des lumieres fur
cette affaire. Il eſt encore plufieurs autres Offciers
diftingués qui n'ont pas été confultés. Comment
le noble Duc pourrait-il concilier cette
conduite avec le déſir qu'il profeſſe de travailler
au bien de la Nation ?
Enfin , après une quantité d'obſervations vigoureuſes
, M. Courtney termina ſon diſcours
par opiner fortement pour le ré examen du
rapport.
LeColonel Barré, aujourd'hui abſolument
aveugle , & qui ne s'étoit point fait entendre
depuis très-long-temps , prit enſuite la parole
, & la Chambre prêta la plus grande
attentionà ce reſpectable vieillard , qu'on fut
très-furpris de voir d'un avis contraire à celui
des Miniſtres.
Après quelques obſervations générales ſur l'im
b4
( 32 )
portance de l'objet des débats actuels , le Colonel
Barré obſerva que depuis 25 années qu'il avoit
l'honneur de fiéger en Parlement , il avoit toujours
obſervé du myſtere dans les tranſactions de
la Chambre d'Artillerie ; qu'il avoit toujours
regardé d'un oeil jaloux cetre obſcurité dans les
procédés , & qu'il étoit charméde voir le même
eſprit de défiance parmi les Membres des Communes.
Ici , il fit untableau des dépenſes de l'Artilleriedans
le tems paſlé ,&démontra leur.excès
actuel .
L'honorable Membre qui a ouvert le débat ,
continua leColonel Barré, a fait un éloge pompeux
du nobleDuc. Les louanges faites indiſtinetement
fontun hommage à la puiſſance. Auffi ,
n'ai je jamais vu deGrand- Maître d'Artillerie ,
qu'on nedit être un homme à talent. Maisce que je
puis certifier , ce ſont les grandes qualités du dernierGrand-
Maître. * J'ai eu Thonneur de ſervir
avec lui ; je fais qu'il cherchoit les occafionsde ſe
ſignaler dans le ſervice , & fi jamais homme en
place s'en estdémis lesmains nettes, c'eſtbien de
lui qu'on peut le dire. Le noble Duc , à la tête de
ce Département , a-t-il des droits aux lauriers
militaires ?A- t iljamais cherché le danger ?a- t- il
jamais conduit les drapeaux de la victoire ? fans
doute,je connois les vertus de ce Lord dans la vie
privée , & je le crois affez déſintéreſfé pour me
pardonner cette fortie , puiſqu'elle a pour but le
biende ma patrie.
Après avoir fait l'éloge duCorps desIngénieurs,
ildemanda au noble Duc pourquoi il avoit exercé
ſes rigueurs économiques fur ceCorps fi méritanr.
Il ſemble , continua-t- il , que le noble Due ait
voulu aufli impoſer une taxe ſur les talens. Il a
tellement afſujetti ce Corps , qu'aucun de ſes indivi
lus n'oſe hafarder des opinions contraires à ſes
* Le Vicomte Thowiend.
( 33 )
meſures. Non- ſeulement il a réduit le nombre des
Ingénieurs en pied, mais il a encore limité leur
paye. Le Co'onel Barré fit enſuite un examen fort
détaillé des plans de fortifications projettés par le
noble Duc , & les blama avec rigueur. J'etpere ,
ajeura- t - il , que mon très-honorable ami , qui ft
à la tête de la trésorerie , & dont je révere l'intégrité&
les lumieres , ne ſe ſoumettra point aveuglémentaux
demandes du Grand- Maître de l'Artillerie,&
qu'il emploiera ſon patriotisme ordinaire
pour empêcherque les fonds publics ne foient
mal emp'oyés. Il finit par faire le plus bel éloge
des talens militaires du Colonel Debbeig , en ſe
plaignant de cequ'ils étoient négligés & opprimés .
M. Pitt entreprit la défente du ſyſteme du
Grand-Maitre de l'Artillerie. Il applaudit aux
verrus de ce Lord , & reprocha vivement au Colonel
Barré la part qu'il avoit priſe aux débats de ce
jour.
M. Bastard dit enfuite que rien nelui paroiſſoit
plus juſte que de faire examiner cetre affaire par
des. Oficiers-Généraux , & que fi M. Pitt vouloit
s'engager à faire faire cet examen , il retireroit ſa
motion , & M. Pitt prit cet engagement.
Nous obferverons , à l'occaſion de ces
débats , qu'on nous a fait paſſer l'avertiſſement
que le récit donné dans le Journal
du 22 Janvier , au ſujet du démêlé entre le
Duc de Richmond & le Colonel Debbeig ,
eſt véritable , & que par conséquent l'expoſé
qui l'avoit précédé n'étoit pas exact.
Les nouvelles que nous venons de recevoir
d'Eſpagne , concernant nos établiſſemens à la
baye des Maſquires font de la natute la plus
allarmante. Les Eſpagnols ont demandé catégoriquement
que les Colons Anglois euſſent à
bs
( 34 )
abandonner leurs poffeffions ; & commeil s n'ont
point reçu de réponſe fatisfaiſante , ils donnent
pour raiſon de leur demande , qu'ils n'ont point
nommé d'Ambaſſadeur à notre Cour; ils ont en
même temps envoyé de Savannah des forces
ſuffiſantes pour chaſſer de la baye des Muſquites
les Anglois qui s'y trouvent ſous la protection
d'une frégate envoyée de la ſtation de la Jamaïque.
Ce qui donne lieu à ce différend , c'eſt
l'ambiguité ſuppoſée de l'article du traité de
paix, où il eſt parlé de la baie des Muſquites.
Un Correſpondant météorologique nous
informe , d'après une observation exacte, que
depuis le 18 Octobre juſqu'à ce moment ,
ce qui forme une période de 149 jours , il
y en a eu 26 ſeulement où le thermometre
n'aitpoint été en Angleterre de 1 à 18 degrés
au-deſſous du point de congélation. On n'a
jamais vu , dans ce climat, une ſuite auſſi
conftante d'un froid auſſi rigoureux.
Nous avons eu pendant l'année
derniere
...
89 j. de gelée.
.84. Pendant l'année 1779
Pendant l'année 1763
Pendant l'hiver remarquable de
•
94.
l'année 1739 103 j . ſeulem.
Ce qui fait 46 jours de moins que depuis
le commencement de l'hiver actuel juſqu'à
ce jour, que vient de commencer le dégel.
L'on aſſure que le Comte de Dunmore ,
l'un des ſeize Pairs Ecoſſais actuellement
fiégeans au Parlement , & ancien Gouverneur
de la Virginie , avant la révolution
d'Amérique , a été nommé au gouvernement
de la Jamaïque.
( 35 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Mars.
Le Comte Hyppolite de Livry , le Comte
Charles de Menou & le Comte Amédée de
Calonne - Courtebonne , qui avoient eu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 17, celui de monter dans les voitures de
Sa Majesté & de la ſuivre à la chaffe.
Le Dimanche des Rameaux , le Roi ,
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monfeigneur Comte & de Madame Comteſſe
d'Artois , & de Madame Elifabeth de
France , s'eſt rendu à la Chapelle du Château
, où , après avoir aſſiſté à la bénédiction
des palmes & à la proceffion , il a entendu
la Grand Meſſe chantée par la Mufique
& célébrée par l'Abbé de Ganderatz ,
Chapelain de la grande Chapelle de Sa
Majefté. Meſdames Adelaide & Victoire de
France ont afliſté , dans une des Chapelles
collatérales , à la grand'Meſſe , à laquelle la
Vicomteſſe de Blangis a fait la quête.
Le même jour , la Vicomteſſe de Lomenie,
la Comteſſe de Canoé & la Comteffe
Charles de Menou , ont eu l'honneur d'être
préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
Royale ; la premiere par la Comtefle de
Brienne ; la feconde par la Comteſſe d'Harville
; & la troiſieme par la Marquiſe de
Menou.
: 66
( 36 )
Ce jour, le Duc de la Vauguyon , que
le Roi a nommé fon Ambaſſadeur extraordinaire
& plénipotentiaire près Sa Majeſté
Catholique , a en l'honneur de prendre
congé de Sa Majesté pour ſe rendre en Efpagne
, étant préſenté par le Comte de Vergennes
, Chef du Conſeil royal des finances
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département des affaires étrangeres.
Le 21 , Madame s'eſt rendue en cérémonie
à l'Egliſe de la paroiſſe Notre-Dame , où
elle a communié des mains de l'Abbé de
Moſtue ouls , ſon premier Aumônier ; la
Ducheſſe de la Vangayon, ſa Dame d'Honneur
, & la Comteſſe de la Tour d'Auvergne
, Dame pour accompagner cette Princeffe,
tenant la nappe.
Madame Adelaïde de France s'eſt auffi
rendue, en cérémonie, le même jour, à la
même Eglife , où elle a communié des mains
de l'Evêque de Pergame , fon premier Aumônier
; la Ducheſſe de Laval , fa Dame
d'Atours , & la Ducheſſe de Beauvilliers ,
premiere donairiere , Dame pour accompagner
cette Princeffe , tenant la nappe.
Madame Victoire de France s'y eſt également
rendue , & a communié des mains
de l'Evêque d'Evreux , fon premier Aumônier
; la Princeſſe de Chimay, douairiere ,
& la Princeſſe de Gaiſtel, Dames pour accompagner
cette Princeſſe, tenant la nappe.
:
( 37 )
DE PARIS , le 30 Mars.
Le 27 de ce mois, à 7heures moins un quart
du foir , la Reine eſt accouchée très heureuſement
d'un Prince , que le Roi a nommé,
LOUIS CHARLES, & titré Duc de Normandie ..
Il a éré nommé au Baptême le même jour , à
huit heures&demie du foir, par MONSIEUR ,
frere du Roi , & par Madame ELISABETH ,
pour la Reine de Naples. Le canon a annoncé
ici cette heureuſe nouvelle au public ,
qui a témoigné dans cette occaſion les ſentimens
dont il eſt animé pour ſes Souverains.
Le 28 au foir , ily a eu une illumination
générale de la Capitale. La ſanté de la
Reine eſt aufli bonne que le comporte fa
fituation , & le Prince nouveau né eſt bien
portant.
Les Lettres ont perdu M. l'abbé Millot ,
de l'Académie Françoiſe , precepteur de
M. le Duc d'Enghien , & auteur de traductions
& d'ouvrages hiſtoriques eſtimés.
Quoique le froid n'ait été ici ni bien rigoureux
, ni bien long , & qu'il foit tombé
très peu de neige , d'autres provinces ont
été moins heureuſes , comme on en jugera
par une lettre du haut Bourbonnois , que
nous venons de recevoir.
Une neige prodigieuſe , ſoufflée par tous les
vents à la fois , & en tourbillons continuels même
impétueux , a duré au moins 20heures, d'une nnit
à l'autre , fans aucune interruption . Chacun a été
enfermé chez foi ; l'accès aux Temples pour le
culte divin très- difficile , & les chemins tous fery
( 38 )
més aux voyageurs. Ce qui fait juger que cette
neige étoit précipitée & emportée par tourbillons,
c'eſtque dans toutes les régions& directions , au
midi , comme au nord , au levant , comme au couchant
, au fud- est , comme au nord- ouest, & du
nord-eſt au sud-ouest , &c. par-tout l'on trouve
des tas prodigieux de neiges amoncelés des z à z
pieds communément,&quelquefois des 4à 6pieds ,
ſur des eſpaces de 3 , 4 à 5 toiſes de largeur &de
longueur. Dans les environsde ces monceaux ,
en quelques endroits , une neige comme à l'ordinaire
, de 6 à 8 pouces ; & en d'autres , beaucoup
plus fréquens , il n'y en a point du tout , d'où réſulte
la plus finguliere bigarrure. De mémoire
d'hommes , on n'a vu en ce pays tempéré une ſi
affreuſe journée , niune ſemblable chûte de neiges .
Le tems au ſurplus , dès le lendemain & tous les
jours , a été très ferein , & le froid très-vif.
Une autre lettre d'Amiens nous apprend
un fait touchant , dont nous ne ſaurions
mieux rendre compte , qu'en confervant les
propres expreſſions de l'écrivain.
Monfieur , mes affaires m'avoient appellé à
notre Hôtel-de-Ville ; parvenu dans une des
ſalles principales de cet édifice , j'y trouvai beaucoup
de monde réuni. Je ne tardai point à être
inſtruit que le tirage de laMilice étoit la cauſe
de cette affemblée , & que les jeunes gens d'un
des quartiers de la ville alloient tirer. Déjà tout
étoit préparé pour cette cérémonie ; l'ordre dans
lequel le tirage devoit ſe faire étoit arrété ; le fatal
billet noir avoit été déposé dans le chapeau
&mêle & confondu avec les billets blancs ; un
morne filence s'obſervoir dans cette afſemblée
nombreuſe ; une forte de vénération religieuſe
étoit imprimée ſur la figure des jeunes gens qui
( 39 )
alloient fubir la loi du fort; les meres étouffoient
leurs ſanglots , & elles paroiſſoient plus inquiétes
de l'événement que leurs enfans qu'il regardoit
perſonnellement ; le ſignal étoit donné , & le premier
de la file ſe diſpoſoit à mettre la main au
chapeau , lorſqu'un vieillard vénérable ſe préſenta
au milieu du cercle.Après avoir ſalué les Magiltrats
, il adreſſa la parole aux jeunes gens en ces
termes : ec Mes amis , nous ſommes du même
>> quartier , & vous me connoiſſez tous. Vous
> ſçavez que j'ai travaillé tant que mes forces
>> me l'ont permis. Vous n'ignorez point que les
>> infirmités de ma femme Pont réduite à l'im-
>> puiſſance de gagner ſa vie,& que mon fils , qui
>> eſt parmi vous , eft notre gagne- pain & notre
>> unique reſſource. Je viens vous prier de con-
>> ſentir qu'il ſoit exempt du tirage , & j'ai affez
>> bonne opinion de vous pour croire que vous ne
>>> me refuſerez point >>
ככ
Apeine le bon vieillard eut-il achevé ſa petite
harangue, que tous les jeunes gens s'écrient d'u
ne voix unanime : Oui , oui , nous consentons qu'il
ne tire point. Alors il alla prendre fon fils , &
les bras enlaſſés dans les ſiens , il alla rendre l'efpoir
& la vie à ſa vieille épouse.
Ce trait prouve que le feu ſacré n'eft point encore
totalement éteint ; mais obſervez , Monfieur,
que quand il s'en échappe de temps en temps
quelques étincelles , c'eſt très - ſouvent dans les
dernieres claſſes de nos concitoyens. Il y a longtemps
que Virgile en a dit la raifon. Nen ignora
mali , miferis fuccurrere diſco.
Henri - Charles Comte de Senecterre ,
ſeul mâle de la maiſon de Senecterre , eſt
décédé en cette ville , le 9 de ce mois, dans
fa foixante- onzieme année.
Marguerite-Benoît de Blemont , née à
:
( 40 )
Limoges , le 31 Janvier 1684, y est décé
dée le 15 Février 1785 , âgée de 101 ans&
15 jours. Elle avoit paffé toute ſa vie dans
la plus grande dévotion , jeûnant au pain &
à l'eau & couchant ſur la paille ; elle n'a
perdu l'uſage de ſa raiſon que deux jours
avant fa mort.
Jeanne Lavalade, veuve de Jacques Chazelle
, Laboureur , habitant de la ville de
Saint-Ferme en Bazadois , eſt morte le 2 de
ce mois, âgée de 105 ans , fans avoir éprou
vé la moindre infirmité pendant le cours
d'une fi longue vie; lorſqu'elle perdit ſon
mari , celui-ci étoit âgé de 100 ans.
Louis - Alexandre , Comte d'Auger, Lieutenant
général des Armées du Roi, Commandeur
de l'Ordre de Saint- Louis , ancien
Lieutenant des Gardes du Corps , eſt mort
le 18 Février , en fon château de Fleuri -la-
Forêt en Normandie , âgé de 83 ans.
Etienne François , Comte de la Porte ,
ancien Meſtre-de-camp en ſecond du régiment
de Viennois , & enſuite de celui de
Royal-Normandie Cavalerie , Chevalier de
Saint- Louis , eſt mort à Vienne en Dauphiné
, le 19 Février , âgé de 42 ans .
N. B. On peut s'adreſſer pour le nouveau
métier àbas dont nous avons parlé , à M.
Moiffon , eccléſiaſtique à Uzès en Languedoc;
les perfonnes de la capitale qui defireront
ſe procurer le nouveau métier àbas ,
reuvent , juſqu'à nouvel ordre , faire parvenir
leurs demandes à M. Lanfel , inſpecteur
( 41 )
général des Manufactures de la province de
Languedoc , qui les fera parvenir à l'auteur.
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE , le 27 Mars.
Le coup d'autorité de la Bourgeoifie
d'Utrecht contre la régence , dont nous
avons rendu compre le Nº. dernier, étant
le prélude d'une révolution plus ou moins
prochaine dans la conſtitution de la république,
il eſt bon d'en fixer les circonitances.
Voici de quelle maniere s'eſt paſſé cet
acte démocratique.
Le a de ce mois le Conſeil de la Ville ayant
diſpoſé à la pluralité des voix , de la place de
Conſeiller , vacante par la mort de M. Coekengen
de Veeilcoop , en faveur de M. Sigterman
, & cette élection déplaiſant à une partie
de la bourgeoifie , une députation à la tête de
laquelle étoit M. Ondoatje qui portoit la parole ,
demanda que ladite élection fut annullée. Le
Conſeil s'aſſembla extraordinairement le so à
ce ſujet; & fur la déduction remiſe par M. Sigterman
, tendant à foutenir la légitimité de l'élection
, le Conſeil réſolut qu'elle ſeroit tenue
pour bonne & valable : mais que pour donner
contentement à la bourgeoiſie , le ferment &
Pinſtallation en ſeroient différ's , juſqu'à ce que
les points fur les plaintes de la bourgeoiſie
fuſſent réglés . Cetre Réſolution leur ayant été
communiquée , les bourgeois détacherent une
Commiſſion , demandant pour le même ſoir
une affemblée extraordinaire du Conſeil : le
même M. Ondaatje y porta la parole dans les
( 42 )
termes ſuivans : » Je parle au nom de 1215
>>>Bourgeois & Commités de la Bourgeoifie. Sur
>> les inſtances ſérieuſes ultérieures de nos prin-
>> cipaux , nous ſommes obligés de proteſter
>> avec la minorité contre la concluſion priſe
>> ce matin à la majorité , la tenant pour illé-
>> gitime & déſagréable à la Bourgeoiſie ; nous
>> refuſons par cette raiſon de reconnoître ja-
>> mais M. Sigterman pour membre du Conſeil ,
>> proteſtant de plus contre la ſurſéance de
>> l'inſtallation , & infſiſtant à ce que pendant la
>> durée de cette aſſemblée il ſoit pris une
>>> Réſolution finale pendant laquelle M. Sig-
>> terman ſoit déclaré non élu , & qu'il foit
>> fixé un terme pour une autre élection plus
>> ſelon le goût de la Bourgoiſie. » Ce diſcours
fini , la Commiſſion Bourgeoiſe s'étant retirée
dans une chambre ſéparée , le Conſeil délibéra
quelque temps ; enfin la Commiſſion ayant été
réintroduite dans la falle , il lui fut communiqué
que le Conſeil ſe voyant forcé , conſentoit,
pour fatisfaire les Bourgeois , d'annuller l'élecde
M. Sigterman , que lundi prochain il feroit
fixé un jour pour nommer un autre membre.
Cette Réſolution fut en même temps annoncée
à la multitude aſſemblée devant la Maiſon-de-
Ville , qui alors ſe retira. Depuis ce jour , 19
des Conſeillers ont pris leur démiſſion ; mais
une Commiffion particulieredu reſte du Conſeil
s'eſt rendue auprès de ces MM. pour les prier
de ne point perſiſter dans ce deſſein.
A la nouvelle de ces 19 démiſſions , les
députés de la bourgeoilie , étonnés - apparemment
de cette réſiſtance , en ont appréhendé
les ſuices. Ils ont remis aux bourgmeſtres
une propoſition par écrit , où en
( 43 )
témoignant , ſuivant le ſtyle uſité, leur zele
ardent pour le retour de l'harmonie , ils ont
prié les Magiſtrats de nommer une commiffion
avec laquelle on pût concerter des
moyens d'arrangement. Dans ces entrefaites
, la députation des Etats de la province
ena convoqué en ces termes une aſſemblée
extraordinaire.
Comme il s'eſt commis en cette Ville de
grands déſordres & de maniere que l'on n'a pas
craint d'offenfer exceſſivement la Régence légitime
, d'interrompre ſes délibérations , & de la
forcer à prendre une Réſolution , en abuſant du
nom du peuple: d'où il s'eſt enſuivi que nombre
de Régens ne pouvant ſupporter cette atteinte
publique contre la Régence légitime , & contre
rout le Corps de la Bourgeoifie qu'elle repréſente
, ont pris le parti de ſe démettre : d'où il
pourroit arriver que la Ville reſteroit ſans Ré.
gence , ſans juſtice & ſans protection , au délavantage
du repos & de la sûreté des habitans :
Etant ainſi hautement néceſſaire qu'il y
inceſſamment pourvu ; & de plus , les circonftances
critiques où se trouve la patrie , rendant
indiſpenſables les ſecours & conſeils de tant de
braves & habiles Régens : nous avons cru devoir
convoquer extraordinairement les, Etats de cette
Province le vendredi 18 du courant , à 11 heures
avant midi , à la ſalle ordinaire à Utrecht ,
pour délibérer & résoudre ſur les moyens les
plus propres à rétablir en cette Ville l'ordre ,
l'union , le confiance & le repos. Vous
priant de vouloir bien y aſſiſter aux jour &
heure indiqués.
foit
Le Comte d'Athlone , grand-bailli d'Utrecht
, ayant appris que le Confeil avoit
( 44 )
enregiſtré la caſſation de l'élection faite ,
comme y ayant été contraint par la force ,
a demandé d'office la communication de
ſes regiſtres qu'on lui a refuſé. Pour prévenir
cependant les mouvemens ultérieurs qui
pourroient nuire à la tranquillité publique ,
lesEtats feront mettre ſous les armes quatre
compagnies de cavalerie qui forment la
garnifon d'Utrecht .
M. le comte de Maillebois eſt arrivé le
20 au foir dans cette réfidence.
Le 18 , cinq des payſans arrêtés pour
cauſe de révolte contre la prohibition des
couleurs Orange , ont été rigoureuſement
punis : trois du fouet , & les deux autres
condamnés à paroître ſur l'échaffaud.
LeMarquis de Verac, Ambaſſadeur de Sa
Majesté Très Chrétienne , vientde remettre
à L. H. P. un mémoire contenant ce que
les directeurs de la compagnie des Indes-
Occidentales & les directeurs de la colonic
de Berbice doivent à la caiſſe de Marine &
des colonies du Roi , ſon maître , pour des
objets à eux remis , durant la poffeffion
d'Eſſequebo , de Demerary & de Berbice
par les troupes Françoiſes , avec réquifition
que cette avance montant à 60535 florins
quatre fols douze deniers, ſoit acquittée le
plutôt poſſible.
Plus de 300 Officiers , dit- on , s'étoient préſentés
pour ſervir dans la Légionde Maillebois,
Ceux qui ont été cheiſis , ſont preſque touς
d'anciens militaires qui ont ſervi avec diſlinc
tion. Cette Légion qui ſubſiſtera , que la guerre
( 45 )
,
ait lieu ou non , doit étre complette le 1er. de
Mai;elle est compotée de 3000 hommes ſavoir :
900 hommes de cavalerie , nommés chaſſeurs à
cheval , 1000 chaſſeurs à pied , 1000 fufitiers
& 100 hommes d'artillerie. Les principaux
Chefs font Mrs de Caffini , le Baron de Bourfec
. le Comte d'Amarat , & le Baron de Clemberg,
tous ayant le grade de Colonel en France ,
& Chevalier de St. Louis.
La légion de Matha, dont la levée fe fait
à Liege & aux environs , a déja 400 re-
-crues ; il lui en faut encore 800 pour la
completter. Ce font en général des hommes
forts & bien faits .
On conjecture , on affirme , ou on devine
, que S. M. I. a réduit les conditions
d'un arrangement avec la république aux
huit articles fuivans .
1º . L'envoi d'une commiſſion de députés à
Vienne , pour faire des excuſes.
2°. La fouveraineté abſolue de l'Escaut depuis
Anvers juſqu'à Safringen , & par conséquent
la liberté de navigation & de commerce dans
toute cette étendue du fleuve , ſans qu'il puiſſe
y etre perçu aucun droit de péage.
3°. Seize millions de florins de Hollande
en forme de compenfation pour la Ville de
Maestricht , à laquelle l'Empereur renoncera à
ceprix.
4°. La ceffion du comté de Vroenhoven &
du pays d'Outre-Meuſe.
5.Que les forts de Kruis chans& de Fréderic-
Henri foient démolis.
6°. La ceffion & rénonciation à S. M. I. des
forts de Lillo & de Liefkenshoek,
( 46 )
°. Que l'on romette à S. M. I. les écluſes
en Flandres & ſur la Meuſe , afin que nous
ne ſoyons plus dans le cas d'inonder ſon territoire.
8°. L'indemniſation des dommages caufés
à ſes ſujets par les inondations.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 30 Mars.
On dit que les foumiſſions pour le nouvel
emprunt ſont déja portées au delà de
la ſomme demandée. Deux commiſſaires
ſont partis pour aller au-devant des troupes
attendues d'Allemagne , & pour examiner
les routes qu'elles doivent ſuivre.
Il eſt queſtion , à ce qu'on prétend , de
former au mois de Mai un camp dans l'endroit
appellé les trouées des cinq étoiles ; la
droite en ſeroit appuiée à l'Ormeau au
deſſus de Sauvenir , & la gauche à Nielle
Saint-Vincent.
L'armée ſera ſur deux lignes , la cavalerie ſur
les aîles ; les dragons formeront une troiſieme
ligne. La brigade d'Alton ſera placée en avant
de la gauche entre le village de St. Paul &
celui de Tourines - les-Ourdons , où logera un
corps de Houlans : un eſcadron de Wurmſer
gardera Sart à Walbem , & le bois en avant du
centre. Le reſte du corps avec celui d'Efterhaſy
couvrira ladroite . Pluſieurs redoutes maſqueront
les deux Trouées : dans cette poſition avantageuſe
, les forces Impériales ſeront libres de
ſe porter ſoit ſur Maestricht , ou de paſſer la
Meuſe àMaſeick; elles pourront enmêmetemps
( 47 )
donner de l'inquiétude à leur ennemi pour
Hulſt , Breda & le fort de Crevecoeur.
Une lettre de Paris dit que :
Mr. Bottineau , ancien Employé du Roi &
de la Compagnie des Indes aux Ifles de France
& de Bourbon , vient de préſenter un Mémoire
fur la découverte d'un moyen Phyſique qui
annonce les vaiſſeaux & les terres juſqu'd 250
lieues de diſtance. Les épreuves de cette découverte
ont été ſoumiſes par ſon Auteur , au
jugement de pluſieurs Gouverneurs , Intendans
vérificateurs de la Marine , dont les certificats
ſont rapportés aubas de ce Mémoire.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Droits desCurésfur lesPenſionnairesdemeurants dans
les Couvens , pour leur adminiftrer les Sacremens
&la Sépulture.
L'impreſcriptibilité des DroitsCuriaux ,relati
vement aux objets dont il s'agit , a été jugée pluſieurs
fois,&les exemples en ont été déja rapportés
'dans nos Feuilles : elle vient encore de l'être tout
récemment en faveur du Curé de Saint Firmin de
la ville d'Amiens , contre les Soeurs-Griſes de la
même ville. Elles prétendoient avoir le droit de
faire adminiſtrer les Sacremens & la Sépulture par
leur Chapelain à leurs Penſionnaires , Tourrieres
& Domeſtiques, Elles ſe fondoient ſur differens
concordats & tranſactions paſſés entre les Prédéceſſeurs
Curés de la Paroiſſe de Saint Firmin , le
Curé actuel lui-même , & les Supérieures de leur
Couvent. Une Sentence contradictoire , rendue
par les Juges d'Abbeville en 1779 , entre le
Curé de Saint Firmin & les Scoeurs Grites , à l'eccafion
d'une difficulté élevée , quele Curé , relativement
à la mort d'une Penſionnaire , prétendoit
avoir droit d'inhumer,avoitjugé , conformément
( 48 )
àces concordats & transactions, &débouté le Curé
de la demande , avecdépens. Le Curé avoit payé
les frais , & n'avoit pas interjetté appel de la Sentence
, ce qui faisoit un acquiefcement formel ;
cependant , poſtérieurement à cette Sentence ,
le même Curé a refuféddee percevoir une redevance
annuelle de 12 liv. qu'on lui payoit par forme
d'indemnité , & ayant eu connoiſſance du décès
d'une Penfionnaire dans le Couvent des Soeurs-
Grifes ,il a renouvellé la prétention ; ila fait aſſigner
les Religieuſes pour voir dire , que défenſes
leur feroient faites d'enterrer ladite Penſionnaire ,
& qu'elles feroient tenues de l'expoſer ſous la
porte de leur Couvent , pour , par ledit Curé ,
aller faire la levée du corps , & l'inhumerdans ſon
Eglife ,& fitCuré maintenu dans le droitde fépulture
fur leſdites Penfionnaires , Tourrieres &
Domeſtiqties , avec défenſes aux Religieuſes de le
troubler dans l'exercice de ſes droits . - Sur cette
demande, Sentence des Juges d'Abbeville qui accueillit
la demande duCuré. Appel enlaCour
•&Arrêt du 18 Août 1784 , qui a reçu M. le Procureur-
GénéralAppellant, tant de la Sentence de
1779 , que de celle de 1783. Ce faiſant , a mis
l'appellation au néant , maintenu le Curé dans
l'exercice de ſes Droits Curiaux & Parochiaux ,
notamment en celui d'adminiſtrer les Sacremens&
:la Sépulture aux Penfionnaires, Tourrieres &Domeſtiques,
demeurants dans le Couvent des Soeurs-
Grifes ,avecdéfenſes auxdites Religieuſes de l'y
troubler ; en conféquence , a ordonné que, ledécès
arrivant d'unePenſionnaire, Tourriere ouDomeſtique,
le corps de la défunte ſeroit expofé ſous
-laporte du Couvent , pour , par le Curé de S. Firmin
, en venir faire la levée , & enſuite le faire
porterdans ſa Paroifle pour en faire l'inhumation,
&condamné les Religieuſes aux dépens.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
)
: 1
Sur la Naiſſance de Monseigneur le Duc DE
NORMANDIE.
JUPITER eut pour fils & Mars &Cupidon :
Il eut l'un de Vénus & l'autre de Junon.
Antoinette& Louis ont fait plus ſur la terre
Quedans les cieux le Dieu qui lance le tonnerre;
Car ilsdonnent eux ſeuls aux bienheureux François ,
Un Dauphin , Charles & la Paix .
(ParM. de Varenne, au College de Lisieux . )
N°. 16 , 16 Avril 1785 . E
98 MERCURE
AUX CANONS DE LA VILLE.
Du fentiment & du plaifir
Organes bienfaiſans , j'aime votre exiſtence .
La fureur des combats ne vient point vous ſaiſir.
Vos frèresont plus d'importance ;
Mais leur ſuccès s'apprend-t'il ſans frémir ?
Sous leurs coups on entend gémir;
Les pleurs de ladouleur coulent en abondance ,
Et vous ne nous offrez que des biens à ſentir .
Le Peuple autour de vous boit , mange , chante &
danſe:
De ſes yeux ſi l'on voit quelques larmes ſortir ,
Ce ſont des pleurs de joie ou de reconnoiſſance :
Toujours d'accord avec notre defir ,
Fêter la Saint- Louis , une heureuſe naiſſance ,
Eſt l'emploi de votre loiſir.
Ces foudres de la guerre , en rompant le filence ,
Avertiſſent qu'il faut mourir.
Avec leurs feux la mort s'élance ,
Ardente , & prompte à parcourir ,
Pour atteindre ſa proie , un intervalle inamenſe .
A l'Amour plus qu'à Mars , heureux d'appartenir ,
Dès que vous frappez l'air , le plus beau jour commence
;
On s'éveille pour vous bénir.
C'eſt , en un mot , la différence .
1
DE FRANCE.
D'un tyran déteſté qui feroit tout périr ,
Anotre aimable Roi , le bonheur de la France ,
Et qu'elle fait fi bien chérir.
(Par M. le Marquis de Fulvy. )
IMPROMPTU fait enſoupantchezM. D***,
le 27 Mars,jour de Pâques.
QUEL ſon dans les airs s'élance !
Écoutons bien ...... C'eſt le bruit du canon ;
Il annonce un nouveau Bourbon ,
C'eſt annoncer la Bienfaiſance.
(ParM. Mayeur de Saint-Paul )
IMPROMPTU DES HALLES.
AIR : De tous les Capucins du Monde.
ENN accolant ta Catherine ,
Viens-lui payer double chopine.
Au diable ſoit ton air grognon !
Eh ! y allons gai , mon ami Jacques :
La Reine , avec un biau garçon ,
Nous a donné nos coeufs de Pâques.
(ParM. D. L. P.
*
Eij
১০ MERCURE
A Mme la Comteffe DE GENLIS , par
les Enfans qui ont repréſentéſa Comédie
des Flacons,
0
! LAmeilleure des Mamans',
Qui par- tout avez des enfans ;
Enfans à vous par droit de bienfaiſance ,
Enfans à vous par la reconnoiſſance !
Si vous réuniſſez tant de rares talens ,
Tant de ſageſſe & d'élégance ,
Tant de charmes & de décence ,
Tantde mérite &d'agrémens ,
Tant de fraîcheur & de prudence ;
Si l'on retrouve en yous & Minerve & Vénus ,
Etles Grâces & les Vertus ,
Nous en devinons bien la caufe:
Quand vous étiez encore enfant ,
La Nature vous fit préſent
De ſon flacon couleur de rofe ,
La Raiſon ,de ſon flacon blanc,
( A Montbart , du Palais de la Vérité.)
LE PROVERBE APPLIQUÉ,
UN Cure vifitoit ſouvent
Une Philoſophe mondaine ,
DE FRANCE. 101
Es lui diſoit ſévèrement :
Devenez donc bonne Chrétienne.
Le Paſteur fut enfin congédié ,
Et ne parut plus chez la Dame.
Depuis trente ans il étoit oublié
Lorſqu'on le rappela pour recevoir ſon âme.
Hélas ! mon cher Pasteur , ayez de moi pitié ,
Je ſuis toujours de la Paroiſſe ,
Sur le chemin de l'amitié
Ilnefaut pas que l'herbe croiſſe.
Elle a bien crû depuis trente ans ,
Lui dit le Prêtre avec franchiſe;
Et grâce à tous vos mécréans ,
Elle paſſe déjà le ſommet de l'Égliſe.
(ParM. de Beaufleury , de l'AcadéniedesArcades
de Rome & du Musée de Paris. )
Explication de la Charade, de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Courage ; celui
de l'Enigme eſt Cloche; celui du Logogryphe
eſt Perronet , où l'on trouve or trop
terre , port , pré , Pó , Pétrone , père , ère ,
Poëte,pont.
Eii)
162 MERCURE
CHARADE.
M
ON premier, bien ſouvent flatte la vanité,
Beaucoup plus qu'il ne ſert àla commodité ;
Mon ſecondplaîttoujours , ou fimple ou magnifique;
Quant à montout , Lecteur , qui s'y frotte s'y pique.
(Parun vieux Caporal du Régiment dela Fère. )
2
ENIGME.
DANS ma courſe brillante
Je creuſe mon tombeau ;
Le grand air m'épouvante,
Etj'appréhende l'eau.
Le foir je ſuis d'uſage
Chez les Rois , chez les Grands;
Je naquis au village.
Je finis , tu m'entends.
( Par Mille Brunet la cadette ,
deFontenay-le-Comte. )
DE FRANCE.
103
LOGOGRYPHE.
SANS
Ans parler de mon origine ,
Qui n'eſt françoiſe ni latine ,
Pour te tirer d'embarras ,
Ami Lecteur , tu ſauras
Qu'à tes yeux ſouvent l'on m'expoſe.
Bon , mauvais , qu'importe la choſe ,
J'occupe un moment ton loiſir !
Voudrois- tu me définir ?
Je ſuis de plaiſante eſpèce :
Onmetronque , on me dépèce
Sans aucun ménagement ;
Mais un fait plus étonnant ,
C'eſt que cette barbarie
Doit enfin me donner la vie .
Me fuis-je affez dévoilé ?
Faudra-t'il aufſi t'apprendre
Que je marche avec dix pieds ?.
Si tu n'as pu me comprendre ,
Avec ſoindécompoſe-moi ! ....
Je recelle en maint endroit
Des Franc-Maçons le vain myſtère ;
Et ſans changer mon caractère ,
Je coûte cher à l'Opéra ;
Joins ſi tu veux à cela
E iv
104
MERCURE
Un inſtrument de mufique ,
D'uſage & d'origine antique ;
Je nourris auffi quelquefois
Le miférable Villageois ;
Par une marche meſurée ,
Du temps je règle la durée ;
Je contiens encore un métal
Rare, précieux & fatal;
Si l'on me donne une forme nouvelle,
Je vais occuper la ſequelle
Des Coquettes & des Acteurs ,
Des Notaires & Procureurs ;
Suivant la diverſe occurrence ,
Je rends un corps plus ou moins denfe.
Enfin , Lecteur , je vais finir ;
Quoique je puffe encor long-temps t'entretenir.
(Par M. le Chevalier de Breuvery ,
Officier de Blaifois . )
4
DE FRANCE. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ILIADE D'HOMERE , traduite en vers
François, avec des Remarques à la fin de
chaque Chant , & ornée de gravures , par
M. Dobremès. 3 vol. in-s° . Prix , 12 liv.
brochés. A Paris , de l'Imprimerie du
Cabinet du Roi , & ſe trouve chez la
Veuve Duchesne , rue Saint Jacques ;
Berton , rue S. Victor ; Froullé , quai
des Auguſtins ; Nyon le jeune , place des
Quatre-Nations; Onfroy , quai des Auguſtins
; Jombert le jeune , rue Dauphine.
On prétend que Racine & Boileau avoient
projeté de traduire l'Iliade ; & quels hommes
en étoient plus capables ? Pourquoi
néanmoins n'osèrent-ils l'entreprendre ? C'eſt
qu'ils fentirent combien cette râche étoit
longue & pénible; c'eſt qu'ils désespérèrent
de rendre à la fois la force , la chaleur ,
& la fimplicité d'Homère , ſimplicité qui
tient beaucoup à celle des moeurs qu'il avoit
à peindre , & qu'il eſt bien difficile de faire
goûter à des Lecteurs François. Homère eſt
le premier des Poëtes; mais les Héros du
temps paffé & les nôtres ſont bien différens
: ni leur vie, ni leurs coutumes , ni
leur manière de combatte , ne ſe reſſemblent
Ev
106 MERCURE
en aucune forte. Autrefois la Grèce ne fe
fcandalifoit point de voir comparer de
vaillans hommes à un âne au milieu d'un
blé verd, ou à une mouche dans une cuifine.
M. Dobremès penſe que le goût , dans
ce cas , permet de paraphrafer de la manière
ſuivante : il ſe trompe. Dans toutes
les Langues , ou mortes ou vivantes , ſoit
que l'on invente , ſoit que l'on traduiſe ,
le goût condamnera les vers ci-après :
Comme on voit eet objetde nos mépris injuftes ,
Cet esclave de l'homme aux accens fi robustes ,
Éc quadrupède utile , obſtiné , pareſſeux ,
Compagnon dédaignéde nos courſiersfougueux
Que l'avare Cybèle , en des bords aquatiques ,
Nourrit de roſeaux verds & de chardons ruſtiques.
Ces deux vers ne ſont pas dans Homère,
mais du moins ils ne ſont ni un horsd'oeuvre
, ni un contre-ſens à l'idée principale
, & de plus ils ſont poétiques. Continuons
:
:
Pénétrertout-à-coup pourwengerſes affronts ,
Dans les épis dorés des flottantes moiffons ,
Remplirſes vaftesflancs d'un froment falutaire,
Etfouleràsespieds les trésors de la terre ;
Vainement ſur ſon dos une troupe d'enfans
Faitmugir les bâtons ou les fouets réfonnans:
Toujours ferme , tranquille au milieu de l'orage ,-
Ildévaſteàfon gré ce fertile héritage ,
DE FRANCE.
107
Et ne ſemble quitter cesfucculens côteaux ,
Que par lefeulbeſoin du pur cryſtal des eaux.
La comparaiſon d'Homère ne peut paffer
que par ſon extrêmejuſteſſe. Lavoici: " Ainſi
» qu'un onagre opiniâtre , entré dans un
>> champ fertile, fait parmi les blés verds
>> un degât affreux , malgré les coups mul-
>> tipliés dont l'accable une troupe d'en-
ود
ود
ود
fans armés de bâtons ; il mépriſe leur
foibleſſe , & ne fort que lorſqu'il eſt
raffafié. Ainſi ſe retire Ajax , malgré les
>> javelots des Troyens &de leurs Alliés . »
Cette verſion fidelle ſuffit pour faire deviner
le mérite de l'original , & pour faire
appercevoir tout ce que M. Dobremès y
a mis de défectueux & au moins d'inutile.
Je ne parle pas des fautes nombreuſes du
ſtyle.
Ce n'eſt pas que M. Dobremès ne paroiſſe
ſentir vivement le génie d'Homère ;
on retrouve dans ſon imitation la force
& la chaleur du Poëte Grec, mais trop
ſouvent aux dépens du naturel & de l'élégance
, deux qualités ſans leſquelles il ne
faut pas eſſayer de traduire les Anciens ,
& fur-tout l'Iliade. Homère, en s'élevant ,
ne fort point de la ſimplicité ,& cette fimplicité
eſt encore plus fon caractère que
l'élévation. C'eſt un Géant qui marche à
grands pas , mais naturellement . Son génie
ſe meſure à la hauteur des objets les plus
fublimes , & ſe trouve, pour ainſi dire, d'une
E vj
108 MERCURE
grandeur proportionnée pour y atteindre
ſans jamais ſe hauffer .
Le premier livre de l'Iliade eſt un des
plus beaux de ce Poëme. Il s'ouvre par une
ſcène auſſi ſimple , auſſi naturelle , qu'elle
eſt grande & impoſante. L'ouverture de la
mort de Pompée, ſi admirée par Voltaire ,
n'eſt pas auſſi belle ; celle de l'Iliade eſt
auffi noble , auſſi dramatique , & a bien
plus de mouvement . " Jamais , depuis Ho-
>> mère , obſerve un Critique , on n'a vu
2
*
de Poëte affez fort , affez ſûr de ſes for-
» ces , pour ouvrir un Poëme épique par
» un tableau auſſi frappant , autfi varié ,
وو auffi plein de mouvemens dramatiques.
C'eſt le chef-d'oeuvre de l'épopée.... Vous
» entrez rapidement dans le ſujet : ce n'eſt
>>pas le Poëte , ce ſont les paſſions qui vous
>> y introduiſent. La terre & l'Olympe font
>> d'abord en mouvement : déjà le mer--
ود veilleux & l'héroïque s'uniffent; déjà le
>> dramatique ſe mêle avec chaleur aux
>> deferiptions. Quelle ſimplicité ! quelle
>> majeſte ! quelle variété ! quelle rapidité !
>> Toute l'économie de l'épopée s'annonce ,
" ſe développe preſque en quarante- huit
>> vers. Ils reſteroient ſeuls de tout l'Ou
>> vrage d'Homère , qu'un vrai connoiffeur
> y découvriroit encore le plus grand de
>> tous les Poëtes épiques. »
* M. Clément, très juſte appréciateur des Anciens,
&très- injuſte détracteur des Écrivains vivans.
DE FRANCE.
109
Comme notre objet doit être ici moins
de critiquer M. Dobremès , que de mettre
à portée d'apprécier au juſte fon travail ,
nous nous contenterons d'oppoſer à ſa traduction
celle deM. de Rochefort , déjà jugée
depuis long-tems,& l'eſquiſſe que nous avons
publiée nous-même , il y a quelques années),
des deux cent premiers vers de l'Iliade. Ce
parallèle peut être agréable , & nous laiffe.
rons tout entier aux Lecteurs le plaifir de
décider & de juger par eux-mêmes.
Déeſſe , célébrez la colère d'Achille ;
Chantez cette colère en malheurs fi fertile ,
Qui , plongeant aux enfers tant de jeunes Héros ,
Prolongea les affronts &de Sparte &d'Argos .
Tel fut de Jupiter le décret immuable ,
Depuis qu'aux champs Troyens ladiſcorde implacable
Eut marqué de ſon ſceau les fronts impérieux
D'Atride , Roi des Rois , d'Achille , enfant des Dieux.
Quel Dieu de ces mortels rompit l'intelligence ?
Apollon , ce fut vous : pour venger une offenſe ,
On vous vit de la haine empruntant le poiſon ,
Invoquer le trépas & la contagion ,
Livrer un peuple entier aux rigueurs de la Parque ,
Et punir les ſujets des fautes du Monarque.
Voilà la façon de M. Dobremes; voici
celle de M. de Rochefort:
Déeſſe, inſpirez- moi : chantez , Muſe immortelle ,
La colère d'Achille & fa haine cruelle,
110 MERCURE
:
Qui , verſant ſur les Grecs un déluge de maux ,
Envoya chez les morts tant de jeunes Héros ,
Dont les corps déchirés, laiſſes ſans ſépulture ,
Aux oiſeaux dévorans ſervirent de pâture.
Ainfi , de Jupiter le décret s'accomplit.
Depuis que la diſcorde & l'aveugle dépit
Eurent empoiſonné , par leur ſouffle homicide ,
L'impatient Achille & l'orgueilleux Atride
Quel Dieu mittant de haine à leur coeur offenſe ?
Le fils de Jupiter , Apollon courroucé
Des indignes mépris qu'eſſuya fon Grand-Prêtre ,
Fit expier aux Grecs le crime de leur maître.
Les peuples gémifſſoient, & la contagion
Déployoit ſa fureur au camp d'Agamemnon.
Voici la nôtre, très- poſtérieure à la précédente
, mais très - antérieure à celle de M.
Dobremès.
Chante, fille du ciel , Achille& ſa colère :
Dis par combien de pleurs ,de ſang & de misère ,
LesGrecs ontdevant Troye expié ſon repos ;
Combien avant le temps périrent de Héros ,
Dont les reſtes épars , privés de ſépulture ,
Aux vautours de Phrygie ont ſervi de pâture ,
Dujour qui fut témoin des débats odieux
D'Atride , Roi des Rois , d'Achille , fils des Dieux.
Quel Dieu de ces Héros alluma la querelle ?
Apollon, ce fut toi . Ta vengeance cruelle
DE FRANCE.
Puniſfoit les ſujets du crime de leur Roi.
Telle étoit du deſtin l'inévikable loi .
M. Dobremès.
Chrysès , du blond Phébus Pontife révéré ,
La Thiare à la main, baiſſant fon front ſacré ,
Préſentoit des tréſors & fupplioit la Grèce
De lui rendre ſa fille , appui de ſa vieilleſſe.
* Que les Dieux , diſoit- il , pour prix de ce bienfait,
> De l'injuſte Ilion puniſſent le forfait ;
» Retournez en vainqueurs ſur vos heureux rivages.»
Le Prêtre par ces mots cût gagné les ſuffrages ;
Mais Atride craignant la pitié des Héros :
" Vieillard, lui répond-t'il,vas, fors de mes vaiſſeaux;
>> La Thiare du Dieu que dans Chryſe on encenſe ,
>>> Ici ne t'offriroit qu'une foible défenfe.
Ta fille , ſous Bellonne , a changé de deſtins;
» Le fuſeau dans Argos occupera ſes mains.
>> Toi , fi tu veux revoir ton temple & ta Patrie ,
>> Ne viens point de ſon maître irriter la furie.
M. de Rochefort.
Le Pontife Chrysès , accablé de triſteſſe ,
Pour racheter ſa fille , objet de ſa tendreſſe ,
Portoit aux vaiſſeaux Grecs un précieux trefox ,
Dans ſes tremblantes mains tenant ſon ſceptre d'or ,
Et la ſainte couronne à ſon Dieu conſacrée ,
Il imploroit les Grecs & les deux fils d'Atrée.
112 MERCURE
« Atrides , & vous Grecs , que les Dieux immortels ,
>> Détruiſant d'Ilion les remparts criminels ,
Vous ramènent bientôt dans l'heureuſe Achaïe.
>> Acceptez la rançon de ma fille chérie ;
>> Daignez la rendre aux veoeux de nion coeur paternel,
>> Et révérez le Dieu dont j'encenſe l'autel.>>>
L'armée avec tranſport applaudit ſa prière;
Mais Atride s'irrite ; & d'une voix altière :
« Vas , fors de mes vaiſſeaux , téméraire vieillard,
>> Dit- il , & ne viens plus t'offrir àmon regard.
> Le ſceptre de ton Dieu , ton facré diadême
>> Ne te ſauveroient pas de mon courroux extrême.
>> Ta fille a pour jamais perdu ſa liberté,
>> Juſqu'au jour où le temps flétrira ſa beauté.
• Et loin de ſon pays , ou contente ou plaintive ,
* Je prétends dans Argos conduire ma captive .
ככ
Eſclave deſtinée à mes embraſſemens ,
Le travail & l'amour rempliront ſes momens.
>> Vas donc, délivre-moi d'un aſpect qui m'offenſe.>>
Troisième Verfion.
L'orgueil d'Agamemnon , par le plus dur outrage ,
Du Pontife Chrysès avoit inſulté l'âge ,
Lorſque le front couvert d'un bandeau révéré ,
Humiliant le ſceptre à ſon Dieu conſacré ,
Il vint , chargéde dons , vers les Chefs de laGrèce
Redemander ſa fille , appui de ſa vieilleſſe.
« Atride , diſoix- il , & vous , Grecs généreux ,
<
DE FRANCE.
113
>> Puiffent les Inimortels combler enfin vos voeux ;
>> Puiffiez-vous , enrichis des dépouilles de Troye ,
>> Au ſein de vos foyers retourner avec joie ;
>> Mais aux larmes d'un père accordez Chryſéis ,
> Acceptez ſa rançon ; j'en apporte le prix ;
> Ou ſi mes dons , mes pleurs , vous trouvoient in-
>> flexibles ,
>> Craignez le DieudeChryſe& ſes flèches terribles.»
La douleur du Pontife & ſon auguſte aſpect ,
Attendriſſent les coeurs ſaifis d'un ſaint reſpect;
MaisAtride aux refus ajoutant la menace:
« Vieillard , ſi tu ne veux payer cher ton audace ,
» Fuis , & loin de mon camp précipite tes pas ;
>> Le ſceptre d'Apollon ne te ſauveroit pas .
>> Au lit de ſon vainqueur , eſclave deſtinée ,
> Attendant qu'aux fuſeaux l'âge l'ait condamnée ,
» Ta fille , dans Argos , gémira loin de toi.
>> Fuis , ton or ni tes pleurs ne peuvent rien ſur moi. »
Ces citations ſont très-ſuffiſantes pour
faire apprécier la manière de traduire &
de verſifier de M. Dobremès. Nous ne ferons
aucunes obſervations. Il fait qu'en général
on lui a reproché d'avoir plutôt ſenti
les beautés d'Homère , que de les avoir rendues.
Des tours forcés , des expreffions triviales,
des termes vagues , des métaphores
ufées& rebattues; enfin , pas aſſez de reſpect
pour la Langue & pour les règles de la
verſification : tels ſont les vices que l'on a
114 MERCURE
remarqués dans ſon ſtyle,& qui frapperont
ſi viſiblement tous ſes Lecteurs , qu'il ne
nous a pas été permis de les paffer entièrement
ſous filence. Il penſe qu'il eſt permis
tour-à-tour d'abréger ou d'allonger ſon original.
Nous voulons bien lui accorder ce
principe , qui pourroit, dans une autre rencontre
, être ſujet àdiſcuſſion. Mais quand
il s'agit d'Homère, ſoit que l'on imite , ſoit
que l'on traduiſe , il ſera toujours indiſpenfable
d'écrire en beaux vers. Ce n'eſt pas
que l'on n'en remarque beaucoup dans l'Ouvrage
de M. Dobremès. Les ſuivans prouvent
que s'il eût conſulté des gens de goût ,
&que s'il ſe fût occupé davantage de l'art
du ſtyle , ſa traduction ſeroit beaucoup
moins défectueuſe. Neſtor exhorteAntiloque
fon fils à la courſe des chars , dans les jeux
funèbres en l'honneur de Patrocle.
Mon fils , lui dit Neſtor ,je ſais que Jupiter,
Que Neptune ſur-tout , dans les jeux de la Grèce ,
Aconduire les chars ont inſtruit ta jeuneſſe.
Il eſt peu de leçons qu'on puiſſe te donner ;
Tu ſaiſis bien la borne ,& tu fais y tourner.
Mais tes chevaux ſont lents ; néjadis pour la gloire ,
Ce couple appeſanti peut manquer la victoire.
Corrige ce défaut en ſage conducteur ;
Triomphe par l'adreſſe & non par la vigueur.
C'eſt l'adreſſe qui fait qu'un Charpentier habile
Au contour des vaiſſeaux plie un arbre indocile.
C'eſt l'adreſſe qui fait qu'un Pilote éclairé ,
DE FRANCE.
Par lafougue des vents n'eſt jamais égaré.
De mêmedans notre art , dans l'art plein degénie
De régler des courſiers la bouillante furie,
L'adreſſe , ô mon cher fils ! peut aux champs de
l'honneur
Suppléer à l'adreſſe , &faire des vainqueurs.
Au refte , quoiqu'en veuillent dire les partiſans
des traductions des Poëtes en profe ,
l'équité nous force de convenir que , malgré
ſes défauts , l'imitation en vers de M.
Dobremès , donne une plus grande idée
d'Homère que toutes les verſions en profe
de l'Iliade. Elle ne ſera pas lue ſans doute
par ceux qui ont un goût difficile , formé
pas l'étude continuelle de Racine & de
Deſpréaux; mais cette claſſe de Lecteurs eft
très-choifie & très-peu nombreuſe; & il
y en a beaucoup d'autres pour lesquels la
nouvelle Iliade peut être une lecture trèsagréable.
VARIÉTÉS.
LETTRE fur Athènes.
NOUS
ous avons quitté Malte pour voir un pays.
plus intéreſſant; ce beau pays de la Grèce , où
les regrets font du moins adoucis par les ſouvenirs.
La première Isle qu'on rencontre eſt Sérigue ,
ſi connue ſous le nom de Cythère. Il faut convemir
qu'elle répond mal à fa réputation. Nos Ro-,
116 MERCURE
manciers & nos faifeurs d'Opéras , ſeroient un peu
étonnés s'ils ſavoient que cette Iſſe , fi délicieuſe
dans la Fable & dans leurs vers , n'eſt qu'un rocher
aride. En vérité , on a très - bien fait d'y placer le
temple de Vénus : pour ſe plaire - là , il falloit bien
un peu d'amour.
Les autres Isles font plus dignes de leur renommée;
& la fertilité de leur terrein, l'avantagede leur
poſition , la beauté de leur ciel , la douceur de leur
climat , embellies par tout ce que la Fable a de plus
enchanteur , & l'Hiſtoire de plus intéreſſant , offrent
un des plus raviſſans ſpectacles qui puiſſe flatter l'imagination
& les yeux. Mais je n'en pouvois jouir
comme les autres ; chacun m'affligeoit inhumaineiment
d'un plaiſir que je ne pouvois partager. On
me diſoit : voilà la patrie de Sapho , d'Anacreon ,
d'Homère. Hélas ! j'étois aveugle comme lui , &
jamais je ne l'avois fi douloureuſement éprouvé ;
mais du moins je découvrois à-peu-près la poſition
de ces lieux , &je voyois tout cela un peu mieux
que dans des livres .
Enfin , nous avons été forcés de relâcher par un
vent contraire , ſi l'on peut appeler un vent contraire
celui qui nous a donné le tems de voir
Athènes.
Je ne chercherai pas à vous exprimer mon plaiſir
en mettant le pied ſur cette terre célèbre ; je pleurois
de joie ; je voyois enfin tout ce que je n'avois fait
que lire ; je reconnoiffois tout ce que j'avois conna
dès l'enfance : tout m'étoit à la fois familier &
nouveau ; mais ce que je n'oublierai de ma vie , c'eſt
la ſenſation que m'a fait éprouver l'aſpect du premier
monument de cette ville àjamais intéreſſante.
Vous avez peut- être obſervé qu'en liſant tous les
prodiges qu'on nous raconte des Anciens , il reſte un
fonds, finon d'incrédulité , au moins de défiance
qui nuit au plaifir , & inquiète l'admiration : leur
DE FRANCE. 117
grandeur même leur fait tort , & l'on craint qu'il
n'y ait un peu de leur fable dans leur hiſtoire. Ainfi
plus d'un voyageur est arrivé dans l'Egypte , prévenu
contre tout ce qu'on nous raconte de ſon ancienne
magnificence ; mais les Pyramides exiftent , qui font
foi de tout le reſte , & il n'y a pas d'incrédulité
qui ne vienne ſe brifer contre ces maſſes-là.
C'eſt ce que j'ai éprouvé dans Athènes , moins
gigantefque dans ſes monumens , mais plus véritablement
grande que l'Egypte. Les moeurs , le gouvernement
des Athéniens , leur ville même n'exifte
plus que dans quelques débris ; mais à peine les eusjeapperçus
, qu'une idée de grandeur ſe répandit ſur
tout ce que je n'avoispas vu , & ſur tout ce que je ne
pouvois plus voir. Les trois ſeules colonnes qui reſtent
du temple de Jupiter , m'ont rendu tout vraiſemblable
, tant ces reſtes font frappans de magnificence
&de fimplicité. Je ne pouvois me laſſer de voir ces
grandes & belles colonnes ,du plus beau marbre de
Paros , intéreſſantes par les temples qu'elles décoroient,
par le ſouvenir des beaux ſiècles qu'elles
rappellent , & fur- tout parce que l'imitation , plus
ou moins exacte de leurs belles proportions , fut &
ſera dans tous les tems ,& chez tous les peuples , la
meſure du bon & du mauvais goût. Je les parcou-,
rois , je les touchois, je les meſurois avec une infatiable
avidité ; elles avoient beau tomber en ruines ,
je ne pouvois m'empêcherde les croire impériſſables .
Je croyois faire la fortune de mon nom en le gravant
fur leur marbre ; mais bientôt je m'appercevois avec
douleur de mon illuſion. Ces reſtes précieux ort
plus d'un ennemi , & le tems n'est pas le plus terrible .
La barbare ignorance des Tures , détruit quelquefois
en un jour ce que des ſiècles avoient épargné.
J'ai vu étendue à la porte du Commandant une de
ces belles colonnes dontje vous ai parlé : un ornement
du temple de Jupiter alloit orner ſon harem,
IIS MERCURE
Letemple de Minerve , le plus bel ouvrage de l'antiquité
, dont la magnificence mit Périclès , qui l'avoit
fait bâtir, dans l'impoſſibilité de rendre ſes comptes,
eſt enfermédans une citadelle ,conſtruite en partie
àſesdépens. Nous y ſommes montés par un eſcalier
compoſede ſes débris ; nous foulions aux pieds des
bas-reliefs ſculptés par les Phidias & les Praxiteles ;
je marchois à côté , ou j'enjambois pour n'être pas
complicede ces profanations : un magafin à poudre
eſt établi à côté du temple. Dans les dernières
guerres des Vénitiens , une bombe a fait éclater le
magaſin , & tomber pluſieurs colonnes , juſqu'alors
parfaitement conſervées. Ce qui m'a déſeſpéré , c'eſt
qu'au moment de deſcendre on adonné ordre de
tirer le canon ; j'ai craint que cette commotion n'achevât
d'ébranler le temple ,&M. de ....... trembloit
des honneurs qu'on lui rendoir.
Le temple de Théfée qui , ſi l'on excepte quelques
colonnes hors d'à-plomb parl'effetd'un tremblement
de terre , réuniſſoit toute la ſolidité d'un bâtiment
nouveau , à tout l'intérêt de la plus vénérable antiquité
, eſt en proie , à ce qu'on mande , à la même
barbarie. Son beau pavé de marbre , reſpecté par
tant de fiècles , & foulé par tant degrands hommes ,
eſt enlevé par l'ordrede ce même Commandant , trop
ignorant même pour ſavoir le mal qu'il fait.
Après ces temples, on voit encore avec plaifir dixſept
colonnes de beau marbre , reſte de cent dix ,
qui ſoutenoient, dit-on , le temple d'Adrien. Devant
eſt une aire à battre le bled , pavée de magnifiques
débris de cemonument. On ydistingue avec douleur
des fragmens ſans nombre des ſuperbes ſculptures
dont le temple étoit orné. Entre deux de ces dix- ſept
colonnes , s'étoit guindé , il y a quelques années ,
pour y vivre&mourir, un hermiteGrec,plus fierdes
hommages de la populace crédule qui le nourriſſoit ,
que les Miltiades & les Themistocles ne l'ont jamais
DE FRANCE.
119
éré des acclamations de la Grèce. Ces colonnes ellesmêmes
font pitié dans leur magnificence. Je demandai
qui les avoit ainſi mutilées : car il étoit aiſé de
voir que ce n'étoit point l'effet du tems. On me dit
quedeces débris on faiſoit de la chaux. J'en pleurai
derage.
Danstoute la ville c'eſt le même ſujet de douleur.
Pas un pilier , pas un ſeuil de porte qui ne ſoit de
marbre antique , arraché par force de quelque monument.
Par-tout la meſquinerie des conſtructions
modernes , eſt bizarrement mêlée de la magnificence
des édifices antiques. J'ai vu un bourgeois appuyer
un mauvais plancher de ſapin ſur des colonnes qui
avoient porté le temple d'Auguſte : les cours , les
places , les rues ſont jonchées de ces débris; les
murailles en ſont bâties. On reconnoît avec un
plaifir douloureux une inſcription intéreſſante
l'épitaphe d'un grand homme, la figure d'un héros ,
un bras , un pied qui appartenoit peut- être à Minerve
ou à Vénus ; là , une tête de cheval qui vit encore ;
ici des cariatides ſuperbes enchassées dans le mur
comune des pierres vulgaires. J'apperçois dans une
cour une fontaine de marbre ; j'entre : c'étoit autre.
fois un magnifique tombeau , orné de belles ſculptures
; je me proſterne ; je baiſe le tombeau : dans
l'étourderiede mon adoration, je renverſe la cruche
d'un enfant , qui rioit de me voir faire ; du rire il
paſſe aux larmes & aux cris : je n'avois point ſur
moi dequoi l'appaiſer , & il ne ſeroit pas encore,
conſolé, ſi desTurcs , très bonnes gens , ne l'avoient
menacé de le battre .
Il faut que je vous conte encore une ſuperſtition
de mon amour pour l'antiquité. Au moment où je
ſuis entré tout palpitant dans Athènes , ſes moindres
débris me paroiſſoient ſacrés. Vous connoiſſez l'hiftoire
du Sauvage qui n'avoit jamais vu de pierres ,
J'ai fait comme lui. J'ai rempli les poches d'abord
120 MERCURE
de mon habit , enſuite de ma veſte , de morceaux
demarbre ſculptés, et puis , comme le Sauvage , j'ai
tout jeté , mais avec plus de regrets que lui.
Pour comble de malheurs , les Albanois ont fait
fur ces côtes une incurfion meurtrière ; il a fallu ſe
mettre à l'abri par des murs: la malheureuſe antiquité
a fait encore ces frais-là , & la défenſe de la
ville moderne a coûté plus d'un magnifique débris
de la ville ancienne. I
1
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Nous raſſemblerons , ſuivant notre aſage ,
en un ſeul tableau , les differens talens qui
ſe font entendre à ce Concert pendant la
quinzaine de Pâques. La nature de ce Journal
ne nous permettant pas , comme à ceux
qui paroiffent tous les jours , de rendre
compte de la ſenſation du moment , notre
devoir eſt de recueillir , autant qu'il dépend
de nous , les opinions publiques après
qu'elles font fixées; & lorſqu'elles ſe com-:
battent , ce qui arrive preſque toujours , on
auroit tort de regarder comme notre ſentiment
particulier & perſonnel , celui vers
lequel nous paroiſſons incliner ; ſi nous étions
ſeuls de notre avis , nous n'aurions certainement
pas la prétention de le propoſer au
Public, qui n'en a que faire; mais lorſque
notre
DE FRANCE. 121
notre cauſe eſt appuyée d'un grand nombre
de fuffrages , il eſt aſſez naturel que nous la
debattions. Tout ce qu'on peut exiger de
nous , c'eſt une très grande bonne- foi , &
nous ofons y prétendre; nous ne diflimulerons
aucun des argumens de nos adverfaires;
nous ne chercherons jamais à les affoiblir.
Ily a eu peu de nouveautés pendant cette s
quinzaine , & ce n'est pas un reproche à
faire au Directeur de ce Concert. Il a fuffiſainment
prouvé que ſon zèle n'épargne jamais
ni foins ni dépenses pour fatisfaire le
Public ; mais l'attention de ce même Public ,
abſorbée par la ſenſation que produifoit
M. David , l'autoit rendu infentible à tout
cequ'on lui auroit préſenté de nouveau dans
un autre genre. C'eût été riſquer une diverfion
défagreable & nuiſible , même aux talens
qui ſe ſeroient trouvés en concurrence .
On a cependant diftingué parmi les compoſitions
nouvelles , une Ode'de J. B. Roufſeau
, miſe en muſique par M. l'Abbé le
Sueur. Il falloit déjà beaucoup de talent pour
introduire de la variété dans un ſujet aaffi
monotone , pour plier aux formes muſicales
une verſification auſſi rétive; car il faut ofer
l'affirmer , rien n'eſt ſi peu lyrique que la
poélie qui prenoit ce titre dansle fiècle paffé.
M.l'Abbé le Sueur a vaincu ces obstacles.Son
chant eſt agréable & plein d'expreffion ;
fon harmonie pure , & fon orchestre furtout
fort brillant. On voit qu'il s'eſt nourri
Nº. 16 , 16 Avril 1785. F
122 MERCURE
d'excellens modèles. Il en avoir déjà donné
des preuves dans un Stabat , qu'il a fait
entendre l'année dernière à l'Égliſe des Innocens
, dont il eſt Maître de Muſique.
Pourroit-on lui reprocher de ne pas toujours
atteindre à la gravité de ſon ſujet , quand
on en eſt dédommagé par des formes plus
gracicufes & plus intéreſſantes. Cet Ode
a.eu en général beaucoup de ſuccès ; &
on paroît s'accorder à regarder M. l'Abbé le
Sueur comme l'un de nos jeunes Compoſireurs
dont on doit attendre le plus. On a
auſſi applaudi un Oratoire de Mlle Beaumeſnil
, déjà entendu à ce Concert , &
qu'une exécution beaucoup meilleure a laiſſé
juger avec plus d'avantage ; un Hyérodrame
de M. l'Abbé Lepreux , dans lequel on a
trouve beaucoup de mérite , & le retour de
Tobie , Oratoire de M. Chardiny , auquel
on n'a peut- être à reprocher que quelques
longueurs. Ce léger défaut , qui prouve
moins le manque de talent que le peu d'habitude
de ſe faire entendre , peut être aifément
corrigé ſi l'Auteur reçoit des encouragemens
, & cet eſſai nous a paru prouver
que M. Chardiny en mérite. Nous ne pafferons
pas fous filence une ſymphonie de M.
Janfon l'aîné , dans laquelle on trouve une
belle harmonie &beaucoup d'effets.
MM. Guérillot & Gervais ſur le violon ,
ont reçu les témoignages les plus flatteurs de
la bienveillance du Public. MM. le Brun ,
de Vienne , Sallentin, également en pofDE
FRANCE. 123
ſeſſion de lui plaire , ont acquis de noui
concertantes de
veaux droits à ſes applaudiſſemens dans
differentes ſymphonies
MM. de Vienne & Bréval , où le mérite de
la compoſition ſe trouvoit réuni à celui
de la manière la plus feduiſante. Nous
nous contenterions de répéter à M. Duport
les éloges qu'il a tant de fois mérités
, fi dans le Concerto qu'il a joué le
jour du Vendredi-Saint , il n'avoit encore
paru ſupérieur à lui-même, à moins que
la perfection de ſon jeu ne falſe toujours
naître ce fentiment de l'exécution la
dernière fois qu'on l'entend.Un éloge peutêtre
plus flatteur pour lui , & non moins
mérité, eſt celui que nous devons à ſajeune
nièce , Mlle Landrin , âgée de neuf ans , &
qui a fait entendre ſur le Forré-Piano , des
talens auſſi précieux que prématurés. On
ne ſent en elle ni la foibleſſe , ni la froideur
de l'enfance , & elle fait un honneur
infini à Mlle Bertheau , maîtreſſe de clavecin
dont elle est l'Elève , & qui n'a pu ,
ſans beaucoup d'adreſſe, tirer un tel parti
de les heureuſes diſpoſitions. Un Artiſte ,
qui , fur ce même inſtrument, mérite une
mention particulière , c'eſt M. Vion , de
l'Académie Royale de Muſique , auquel un
jeu très-brillant & très-net , & beaucoup
plus d'expreſſion que l'inſtrument n'en pa
roît fufceptible , ont mérité les plus vifs
applaudiſſemens.On auroit deſiré ſeulement
d'avoir plus ſouvent l'occaſion de fui en
Fij
124 MERCURE
donner de ſemblables. Nous renouvellons
avec plaifir les éloges que nous avons
donnés plus d'une fois à M. Coufineau fur
la harpe , & à Mme Gautherot ſur le violon.
Cette virtuoſe, d'un talent rare , &
que beaucoup d'Artiſtes auroient raifon
d'envier , n'a pas beſoin de l'indu'gence
due à ſon ſexe pour faire le plus grand
plaifir.
Il nous reſte à parler des chanteurs.
On a continué d'admirer la belle voix de
Mlle Buret , & de defirer que Mlle Windling
exerçât davantage la ſienne. M. Beauvalet
a chanté le Stabat avec M. David , & a
cu du ſuccès à côté de ce redoutable rival .
MM. Rouffeau , Chéron & Laïs , dont les
talens font univerſellement eſtimés & chéris ,
en ont donné de nouvelles preuves dans
les différens moters & oratoires qu'ils ont
exécutés. Nous inſiſterons davantage ſur le
dernier , parce qu'il s'eſt trouvé dans une
circonſtance particulière.
Quelques mauvais eſprits , de ceux qui
aiment mieux troubler la gloire des Artiftes
, que de jouir de leurs talens , ſe ſont
aviſes demettre M. Laïs en oppoſition avec
M.David, comme ſi la différence de genre, de
méthode, de langage , de convenances narionales
, n'avoient pas dûdetruire entr'eux toute
eſpèce de comparaiſon. Ne feroit-il pas ridicule
de comparer à M. Veſtris le plus habile
des danſeurs Indiens , lorſque l'art de
la danſe eſt appuye fur des opinions très
DEFRANCE.. 125
différentes en Europe & en Afie ? Il n'eſt
réſulté de ce parallèle peu convenable ,
que beaucoup d'animoſité entre les deux
Partis . Une autre circonſtance eſt venue
à la traverſe. Il eſt d'antique uſage d'exécuter
, le Vendredi-Saint , le Stabat de Pergotesi;
M. le Gros n'avoit pu s'y conformer
cette année; il lui manquoit deux perſonnes
pour le chanter : le Public qui n'a pas ſu , qui
n'a pas voulu ſavoir la cauſe de cet obſtacle ,
ou qui n'en a tenu compre , en a témoigné
ſon humeur de cette manière peu décente
:qui commence malheureuſement à s'introduire
à ce ſpectacle comme aux autres .
C'eſt pendant le Stabat de M. Hayden , que
le mécontentement s'eft manifeſté; on s'en
eſt pris à cet Ouvrage , qu'un ſuccès de
pluſieurs années auroit dû mettre à l'abri
de toutes diſgraces; c'eſt pendant un des
plus beaux morceaux, chanté ſupérieurement
par M. Laïs ; mais peu de jours auparavant ,
M. Laïs y avoit obtenu lui-même des applau
diſſemens aufli univerſels que mérités : il étoit
donc impoffible qu'il s'attribuât ces murmures
, il étoit impoffible que le ſuccès de
M. David y influât en rien, M. Laïs a trop
de preuves de l'eſtime du Public , pour que
la manière de ce virtuoſe étranger , qui eſt
& qui doit être ſi différente de la fienne ,
aitpu l'altérer un moment.
Parlons maintenant de M. David , & tâchons
d'obtenir de nos Lecteurs une diftinction
, que beaucoup de ſes Auditeurs n'ont
Fir
126 MERCURE
pas voulu faire; celle de l'accent de ſa langue,
de la méthode de fon école', des convenances
nationales , du goût du peuple fur
lequel cet Artiſte s'eſt formé. Il n'eſt pas douteux
que ſi M. David ſe préſentoit tel qu'il
eſt ſur notre ſcène lyrique , qu'il y chamat
le Cantabile françois , comme il nous a fait
entendre au Concert le Cantabile italien ,il
n'eſt pas douteux qu'il ne méritât des reproches.
Mais ſi l'on veut bien faire attention
qu'il eſt Italien , qu'il chante de la mutique
italienne , faite furdes paroles italiennes,&
qu'il doit y mettre par conféquent l'accent
que cette langue & que cette muſique exigent;
que ne pouvant créer le goût de ſon
pays , c'eſt à lui de s'y conformer ; que le
goût de l'école actuelle demande , de la part
du chanteur , non-ſeulement beaucoup d'habileté,
d'adreffe &de facilité dans l'exécu .
tion des paſſages , mais encore de multiplier
ces paſſages mêmes pour donner de plus
grandes preuves de talent ; ſi l'on fait attention
à toutes ces chofes , on jugera peut- être
M. Davidd'une manière plus juſte ; on n'examinera
pas s'il a raiſon de faire ce qu'il fait,
mais ſeulement s'il le fait bien. C'eſt ſurtout
de la part des Tenori qu'on exige cette manière
; parce que leur voix n'ayant pas le
timbre flatteur & intéreſſant des Deffus, on
veut qu'ils rachettent, à force d'ornemens, çe
qu'on trouve qui leur manque du côté de
l'expreffion. C'eſt ſurtout dans le Cantabile .
que cette manière doit être admife. Dans les
DE FRANCE. 127
1
morceaux d'un mouvement vif , s'ils font
d'expreffion , les ornemens y ſeroient déplacés
; s'ils font de bravoure , le Compoſiteur
atout fait,il ne reſte preſque plus rienà faire
au chanteur. Le Cantabile , au contraire , eft
fait tout exprès par le Compofiteur , pour
laiſſer àla voix une liberté entière. Le mouvement
en eſt lent , pour qu'il en puiſſe rem.
plir les intervalles par toutes les broderies
que ſon génie lui fournira; les accompagnemens
en font très simples , afin de ne pas
couvrir & abſorber cette multitude de notes
que le chanteur est obligé d'y répandre.
Un Cantabile Italien exécuté tout nud , ſeroit
d'un ennui inſupportable; il ne plaît que
par la variété qu'y introduit le chanteur. Le
mot ſeul de Cantabile l'indique , c'eſt un
morceau chantable , c'eſt à dire , où l'on déploie
toutes lesreſſources du chant.Gardons.
nousdoncbien d'y attacher une idée de pathétique
, qui ne convient qu'au Cantabile François
; c'eſt de cette confufion de mots , de
l'ignorancede la valeur des termes, que naiffent
les plus grands reproches qu'on ait faits
à M. David. " Mais , dira-t on , les paroles
ſont pathétiques , elles expriment la plus
» vive douleur ; la Muſique a dû les expri-
>> mer comme elles : le Chanteur a donc
>> tort toutes les fois qu'il dénature cette ex-
>> preffion. » Cette objection ſpécieuſe nous
meneroit ici trop loin , & doit être examinée
dans une differtation particulière ; nous
nous contenterons de dire ici , que fi ce re
Fiv
-128 MERCURE
proche eſt fondé , c'eſt aux peuples de l'Italie
-qu'il faut s'en prendre &non aux chanteurs
obligés de ſe plierà leur goût. C'eſt ainſi que
M. David doit être jugé , il doir l'être d'après
les conventions de fon pays , & non
d'après les nôtres. Sa manière a excité leplus
-vif enthouſiaſme parmi le plus grand nombre
de ſes auditeurs , il a dû la conferver ;
s'il eût chanté plus ſimplement , il eût eu
d'autres partiſans , mais probablement en
moins grand nombre. Au reſte , il a prouvé à
tous qu'il pouvoit auffi chanter ſimplement ,
&avec la plus profonde expreffion . C'eſt
ainſi qu'il a rendu le premier duo du Stabat,
&le Vidit fuum , dont la teinte lugubre ne
paroiffoit pas admettre d'ornemens. Ila ,non
pas brodé, mais créé le verſet Qua marebat.
Il a montré dans ce morceau une habileré
rare ,& une tête prodigieuſement féconde ,
en établiſſant , in promptu , fur une harmonie
donnée , un chant très-différent de celui
qui eſt écrit Le chant que Pergolesia fait gracieux
, mais fans expreſſion déterminée , eſt il
affez faillant pour avoir dû être regretté ?
N'est- ce pas-là le cas où l'adreſſe de l'exécu
tion remplaceheureuſement les foibleſfes de
laMuſique?
ne le
Ainfi donc , en ne parlant que de ce qui
-eft perfonnel à M. David , en ne regardant
point comme législateur dans l'art du
chant, mais comme ſoumis aux loix adoptées
par la nation , nous ne pouvons nous
empêcher de le reconnoître comme le plus
T
DEFRANCE. 129
grand Profeffeur qui ſe ſoit encore fait entendre
ici.Ce n'eſt pas pourtant qu'il ſontſans défaut.
Le medium de ſa voixn'eſt pas toujours
agréable ; ilappuie peut-être avec trop d'af
fectation fur les tons graves ; peut-être emploie-
t-il trop ſouvent un ou deux pafſages
de fons dégradés en deſcendant , qui feroient
un meilleur effet s'il en étoit plus lobre ; mais
par quelle habileté ne rachette-t-il pas ces
défauts légers ? Quelle méthode excellente !
quellejuſteſſe! quelle ſûreté d'organe ! quelle
préciſion étonnante ! avec quel à-plomb ne
retombe-t- il pas dansles meſures les plus lentes
fur chacun des tems qu'il veut marquer!
Nous ne confeillerions à perſonne d'introduire
la manière de chanter fur nos theatres
, fans contredit , elle y feroit déplacée ;
mais quand nos Virtuoſes , même les plus habiles,
s'exerceroient à imiter la légereté de ſon
exécution , à acquérir la flexibilité de ſon organe
,nous ſommes perfuadés qu'ils ne pour .
roient qu'y gagner ,& que la facilité qu'ils
ſe procureroient , trouveroit toujours bien
ſa place. C'eſt dans ce ſens ſurtout qu'il eſt .
intereffant pour eux d'entendre ſouvent de
bons modèles, qu'ils ne font pas obligés de copierfervilement
mais qui leur fourniffent
des études, dont ils peuvent tirer un excellent
parti.
R
3
Fv
130 MERCURE
COMÉDIE FRANÇOISE.
CE Spectacle n'a fait ni perres ni acquifitionsdans
le cours de l'année dernière. Ily
a paru quelques Débutans , dont les eſſais
n'ont pas eu l'avantage d'obtenir de grands
fuccès. Un feul a fixé un moment l'attention
générale; mais comune , malgré les pompeux
éloges dont on l'a comblé d'abord , les avis
des Connoiffeurs fe font enſuire partagés fur
fon compte , nous attendrons encore quelque
temps avant de parler publiquement des
défauts qu'il montre des qualités qu'il
laiſſe entrevoir &des eſpérances qu'il peut
donner.
Nous croyons devoir dire ici deux mots
du célèbre Grandval , * mort le vingt - cinq
Septembre de l'année dernière. On fait
que cet Acteur débuta pour la première
fois en 1729 , à l'âge de dix-huit ans , &
qu'il fe retira en 1762 ; que deux ans après ,
c'est-à-dire , en 1764 , il remonta fur le
Théâtre , qu'il quitta , pour la dernière fois ,
en 1768. Peu de Comédiens ont joui d'une
plus grande réputation. Son talent pour la
Tragédie étoit fort fubordonné à celui qu'il
* Charles-François- Nicolas Racot de Grandval,
fils de Charles Racot de Grandval , Muficien &
Poëte, a- fait imprimer quelques Comédies d'un
genre très- libre , mais où l'on trouve ſouvent de
refprit , de la gaîté &du talent pour la critique
DE FRANCE. 131
montroit dans laComédie ; mais auſſi dans
ce dernier genre étoit-ild'une ſupériorité rare
dont on ſe ſouvient encore. De la nobleſſe ,
de la grâce , de l'eſprit , de l'intelligence , de
la ſenſibilité , & fur-tout dans le maintien ,
dans la démarche , & dans la gefticulation
une décence preſque perdue aujourd'hui fur
notre Scène Françoiſe : telles étoient les qualités
diſtinctives de Grandval. Lorſqu'il ſe
retira en 1762 , il emporta les regrets de
tous les Amateurs du Théâtre. Lorſqu'il reparut
en 1764, il eut le chagrin de ne pas
réunir le même nombre de ſuffrages qu'il
s'étoit d'abord concilies ,& ne laiſſa guères ,
lorsdeſaſeconde retraite, que lamémoiredes
ſuccès qu'il avoit obtenus avant la première,
Exemple frappant pour tous les Comédiens
d'un grand merite , que le ſouvenir de l'éclat
de leurs premières années aveugle ſur la foibleſſe
de leurs dernières ; & qui non-feulement
s'expoſent à éprouver la rigueur de ce
même Public dons ils ont excité l'enthoufiaſme
, mais encore à ſe retirer ſans réputation
& à mourir tout entiers.
Le Mardis de ce mois , l'ouverture de
ce Spectacle s'eſt faite par une repréſentation
de Britannicus , Tragédie de Racine ,
& l'un des chef d'oeuvres de ce grand Poëte ,
ſuivie de l'École des Maris , Comédie de
Molière , en trois Actes & en vers.
Avant la première Pièce , M. Saint- Prix
s'eft préſenté pour prononcer le Difcours
Luivant.
Fv
132 MERCURE
4
MESSIEURS ,
>>Les circonstances qui ſuſpendent pour un tems
l'activité de ce Théâtre , conſacré au premier de
tous les Arts , n'a pas rallenti nos travaux : il n'y a
pas de repos pour le zèle , & l'étude doit remplir le
loifir du talent ; nous rentrons dans la carrière
animés d'une ardeur nouvelle, &diſpoſés à redoubler
d'efforts pour mériter vos bontés.
Mais , Meſſieurs , notre zèle a beſoin d'être à la
fois encouragé & dirigé ; vous êtes nos Maîtres &
nos Juges ; votre cenfure nous éclaire , votre indulgence
excite nos efforts , votre ſévérité même eſt
Louvent un bienfait.
Le Théâtre François eſt devenu le Théâtre de
l'Europe , & fa gloire fait une des plus belles parties
de la gloire nationale.
C'eſt ànous qu'eſt confié le ſoin d'en maintenir
la ſplendeur , & nous fentons toute l'importance
d'un dépôt ſi précieux ; mais vous ſavez auſſi ,
Meſſieurs , combien ſont difficiles à remplir les
devoirs qu'il nous impoſe.
Legénie des Corneille & des Molière, des Racine,
des Voltaire , vit ſans doute dans leurs outrages;
mais ces chef- d'oeuvres immortels n'éclaireroient ,
ne charmeroient qu'un certain nombre d'efprits cultivés
par l'étude & polis par le goût , ſi l'art du
Comédien ne leur donnoit , pour ainſi dire , une vie
plus brillante & plus active , en étendant leur influence
fur ces multitudes d'hommes raſſemblés , où
lesimpreffions de chacun , exaitées par les impreſſions.
de tous , prennent le caractère de la paſſion & de
l'enthousiasme.
C'eſt au Comédien à s'élever à la hauteur des
conceptions du Poëte, à ſe pénétrer du ſentiment
qui l'inſpiroit , à s'approprier ſes pensées , à leur
DE FRANCE. 133
donner des accens & des geſtes , & à peindre aux
ſens de l'Auditeur les traits qui ne parloient qu'à
l'eſprit du Lecteur.
Que d'études à faire , que d'obstacles à vaincre
pour parvenir à ce but ! La Nature n'offre au Co.
médien que des formes fugitives , que des traits
épars àfaifir & à rapprocher. Les grands Acteurs
qui , avant lui , ont perfectionné l'art , ne peuvent
lui ſervir de modèle , leurs talens ſont perdus pour
leurs ſucceſſeurs .
Ceux qui font aujourd'hui l'ornement de notre
Théâtre,& font en poffeſſion d'obtenir vos fuffrages,
en excitant l'émulation de l'Acteur plus jeune &
moins exercé , lui inſpirenten même-tems une juſte
timidité ; il craint de s'égarer en s'écartant des
routes qu'ils ont ſuivies avec ſuccès , & s'il marche
detropprès ſur leurs traces , il renonce à cette originalité,
qui ſeule conſtitue le vrai talent , & mène
a la célébrité.
Vous ſeuls , Meffieurs , pouvez éclairer fa route
entre ces deux écueils ; c'eſt à vous à encourager les
tentatives du zele en reprimant ſes écarts ; a cou
ronner le talent conſommé par des fuffrages qui
font ſon bonheur & fa gloire , & à exciter par
votre indulgence le talent naiſſant à mériter un jour.
le même ſuccès . >>
On ne peut pas dire que le Public ait applaudi
ce Diſcours , puiſqu'il lui a été impoffible
de l'entendre. Soit timidité , ſoit
defaut de mémoire , M. Saint-Prix l'a debité
d'une manière decouſue. Les Spectateurs ſe
font efforces de l'encourager par des applaudiſſemens
réitérés. Cette preuve de l'intérêt
qu'on prend à lui, doit l'engager à s'en montrer
digne , & à faire les études qui peuvent
134
MERCURE
le mettre en état de répondre à la haute opinion
qu'on a conçue de ſes talens , & à
laquelle il n'a encore répondu que d'une
manière bien foible.
Nous ne ferons pas de longues obſervations
ſur ce Diſcours , dont les idées ne ſont
pas toutes d'une grande juſteſſe , & qui n'eſt
pas toujours écrit avec beaucoup de clarté.
Nous dirons ſeulement que ſi l'Art Dramatique
eſt un Art difficile, s'il a un but noble ,
utile& moral , il n'eſt pas pour cela lepremier
de tous les Arts. Nous croyons bien que
lesimpreffions exaltées de certaines multitudes
d'hommes raſſemblées , peuvent ſe laiffer entraîner
par de pareilles exagérations ; mais
nous croyons auſſi que ces exagérations ne
peuvent que déplaire à ceux qui ne penſent
pas comme ces multitudes , & qui ſavent
affigner à chaque choſe ſa place& fon rang.
Quelques plaiſans ont remarqué que le Maître
de Muſique du Bourgeois Gentilhomme
s'exprimoit à peu-près avec le même enthoufiaſme
ſur l'excellence de fon Art ; mais que
le Parterre n'étois pas toujours ſi facile à induire
en erreur que le bonM. Jourdain.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a ouvert ce Théâtre , le même jour
f Avril, par une repréſentation du Bon
Ménage,Comédie de M. de Florian , ſuivie
de la Femme Jalouse , Comédie de M. Desforges
, en cinq Actes & en vers.
DE FRANCE.
135
Avant la première Pièce , M. Granger ,
dont les talens acquièrent tous les jours de
nouveaux droits, non-ſeulement ſur l'eſtime
publique , mais encore fur celle des Amateurs
les plus exigeans, a prononcé le Diſcours
qui fuir.
MESSIEURS ,
• La reconnoiſſance s'exprime fimplement ; elle
ne veut pas éblouir , elle ainie mieux perfuader :
puiſſe la notre avoir cet avantage auprès de vous !
Eh ! comment pourriez- vous douter de ſa ſincérité ,
Meſſieurs ? Quel Théâtre aplus éprouvé vos bontés ?
Quel genre n'avez - vous pas encouragé parmi nous ?
Dès long- tems les piècesà ariettes reçoivent de vous
un accueil flatteur. Des compoſitions ingénieuſes&
brillantes ,une heureuſe exécution , fruit d'un travail
guidé par votre goût & vos lumières , ont établi
-leur fuccès,& ſemblent en garantir la durée. >>
>> Les applaudiſſemens que vous avez accordés
récemment à des Auteurs dont les talens vous ont
toujours été chers , confirment cet eſpoir.
Le Vaudeville a reparu ſur la Scène ,& fagaîte
vousplaît comme autrefois : enfin, Meſſieurs , vous
avez vu avec intérêt le rétabliſſement du genre
françois fur ce Théâtre: vous vous êtes plû à nous
fuivre dans cette nouvelle carrière dont vous connoiffiez
les difficultés: vous nous avez tenu compte
au moins des efforts ; & fil'événement a quelquefois
trompé notre attente , votre indulgence a toufours
adouci nos regrets. Dans des jours plus heureux
chacun de nos progrès a été un plaifir pour vous :
vous nous l'avez prouvé , Meffieurs , en daignant
accueillir plufieurs ouvrages Dramatiques dans le
cours de l'année dernière ;& fi celui que nous vous
136 MERCURE
offrons encore aujourd'hui vous a paru digne
d'eſtine , fi nous vous le rappellons en ce moment ,
c'eſt moins pour nous enorgueillir de ſon ſuccès ,
que pour vous en faire hommage. Oui , Meffieurs ,
nous vous devons tout ; mais nous aimerons toujours
ànous le rappeler : toujours occupés de varier vos
plaiſirs , nous continuerons à vous offrir des Nouveautés
dans tous les genres ; nous ne pouvons le
faire qu'en nous livrant à un travail conſtant &
pénible : mais quoi qu'il en puiffe coûter pour
mériter vos fuffrages , on l'oublie aisément quand
on a le bonheur de les obtenir. >>
CeDifcours a été très bien accueilli. Il a
étéprononcé par ſon Auteur avec une aſſu
rance reſpectueuſe & noble. Le ton fimple
&modefte qui le caractériſe , convenoit parfaitement
à la circonſtance ; il nous paroît
très-préférable à ce ton fententieux & didactique
dont on pourroit cirer des exemples ,
& qui eſt d'autant plus ridicule qu'il annonce
autant de vanité que de prétention.
-Ce-Spectacle n'a éprouvé aucune révolution
, & reſte cette année dans la pofition
où il étoit l'année dernière. On y prépare
Agnès Bernau , Drame Heroïque en trois
Actes , imité de l'Allemand.
* La Femme Jalouſe.
DE FRANCE.. 137
ANNONCES ET NOTICES.
APRÈS PRÈS le décès du fieur Buy de Mornas , Ingénieur-
Géographe du Roi & des Enfans de France ,
Auteur de l'Atlas Méthodique & Elémentaire de
Géographie & d'Histoire , le ſieur Deſnos, Ingénieur-
Géographe , à Paris , rue S. Jacques , au globe, a été
fon .Affocié pour la compoſition & l'exécution de cet
Atlas , annonce que c'eſt à lui qu'en appartiennent
actuellement les Planches ,& que c'eſt chez lui ſeul
qu'on pourra ſe le procurer. Cet Atlas , compoſé de
266 Cartes , ſe diviſe en quatre parties , formant
:quatre volumes , qui peuvent ſe détacher , & qui ſe
vendent (éparément, il offre un cours complet de
-ſphère , deGéographie, de Chronologie & d'Hiftoire.
Les Livraiſons de cet Ouvrage n'ayant pas ré-
-pondu à l'empreſſement du Public , pluſeurs perſonnes
en ont eu les deux premières Parties fans
-avoir pu ſe procurer les troiſième & quatrième. Le
-ſieur Deſnos les propoſe au prix de la première Soufcription
, qui est d'un quart moins que l'Auteur ne
les vendoit , pendant l'eſpace de trois mois. Les 4
volumes reliés en carton , dos de veau , ſe vendront ,
grand papier 200 liv. , moyen 160 liv. , petit
papier 130 livres. Le ſieur Deſnos propoſe à
ceux qui ont acquis les quatre volumes de cet
Atlas , qui complettent toute la Géographie ancienne
depuis la création du monde , un cinquième
volume ſervant de ſuite aux précédens , lequel contient
la Géographie Moderne , Politique & Hiftorique
en 66 Cartes , par M Brion de la Tour , Ingénieur-
Géographe du Roi , Auteur de l'Atlas de
tiné à l'inſtruction de la jeune Nobleſſe de l'École
,
18 MERCURE
Royale Militaire , avec un Diſcours imprimé en
marge de chacune, par M. Maclot, Profeſſeur de
Coſmographie & d'Histoire. Ce Volume ſe vend
féparément en grand papier so livres , moyen papier
42 livres , petit papier 36 livres , & in-4° .
27 livres. Le Profpectus très- détaillé de cet Ouvrage
ſe diſtribue gratuitement chez le ſieur Deſnos.
Atlas Coſmographique , Méthodique & Élémenzaire
, Traité complet qui réunit aux connoiſſances
de la Phyſique & de l'Histoire Naturelle , celles des
différentes parties de l'Univers , ſpécialement de la
Terre que nous habitons , la nature, l'ordre , la
difpofition , le mouvement des Aftres ; enfin tout ce
qui a rapport à l'explication des Globes Terrestre
&Céleste , avec Difcours gravé en marge de chaque
Carte, par le ſieur Buy de Mornas , première partie
de ſon Atlas , qui ſe vend ſéparément pour l'uſage
des Colléges , Penſions & de toutes les Perſonnes
qui étudient ou enſeignent la Géographie ou l'Hiftoire,
en 57 Cartes, Volume' in-folio, petit papier
28 livres , moyen papier 36 livres , grand papier44
liv.
Atlas de la Géographie ancienne , ſuivi d'un Tableau
de l'Hiſtoire ancienne tant Sacrée que Profane
, ou Précis Chronologique des principaux évènemens
depuis la Création juſqu'à Jésus Chriſt ,
petit in folio , en 2,8 Cartes , 24 livres , & avec la
Géographie Moderne , faiſant 96 Cartes , reliées
enſemble 60 liv .
LES Quatre Saiſons Littéraires , RecueilPériodique
.
Ce Recueil paroîtra quatre fois par an comme
Pannonce le titre , afin de rapprocher davantage la
publicité de chaque Pièce de l'occaſion qui l'aura
fait naître. Chaque Recueil contiendra , 1 °. les
Chanfons les plus nouvelles & les plus piquantes ,
DE FRANCE. 139
ou même quelques anciennes qui ne ſeroient pas
connues; 29. quelques Poéfies fugitives ; 3 °. ( pour
yjeter plus de variété ) des morceaux de Proſe , tels
que Difcours , Contes , Differtations , Difcations
Littéraires , &c ; 4°. enfin le Recueil ſera terminé
par la Nomenclature des Ouvrages en vers & en
proſe qui paroîtront dans chaque Saiſon. Le premier
Volume de ce Recueil paroît en même temps
que le Profpectus ; il contient entr'autres choſes
deux morceaux de Proſe célèbres de feu M. l'Abbé
Arnault, de l'Académie Françoite , dont l'un a pour
titre : Portrait de Jules César , & l'autre , Elege
d'Homère , plufieurs Pièces de Voltaire qui n'ont
point été imprimées , des Chanſons & des Vers de
différentes Perſonnes de la Cour , & des Pièces de
Gens de Lettres très-diftingués , &c. &c. &c.
Ce Recueil paroîtra régulièrement au commencement
de chaque Saiſon , c'est-à-dire , le 21 Mars
pour le Printemps , le 21 Juin pour l'été , le 21 Septembre
pour l'Automne , & le 21 Décembre pour
P'Hiver.
Il faut s'adreſſer à M. Desfontaines de la Vallée ,
Propriétaire & Rédacteur de l'Ouvrage , hôtel de
Rouen , rue Saint Benoît , nº. 16 .
L'Ouvrage ſe trouve à la même adreſſe à raiſon
de 1 livre to fols le Volume. La Collection entière
de l'année, qui ſera de quatre Volumes , ſe payera
6 livres. Les Perſonnes qui voudront ſe la procurer,
peuvent faire paſſfer cette foimme au Rédacteur , qui
ſe chargera d'envoyer exactement chaque Volume à
fon époque , port franc , ſoit à Paris, ſoit en Province.
OEUVRESde Plutarque , traduites du Gres, par
Jacques Amyot , quinzième & ſeizième Livraiſons ,
faiſant les Tomes premier & fecond du Supplement
140 MERCURE
in-8 °. & in - 4 ° . , papiers d'Angoulême , d'Hollande
&vélin.
Ces deux Volumes renferment les Vies d'Annibal
& Scipion , Epaminondas , Philippus Maced. Dionyfius
, Oft. César , Miltiades , Paufanias , Thrafibulus
, Conon , Iphicrates , Galbus , Timotheus ,
Datanus , Hamilcar , Ariftippus , Æneas , Tulli's
Hostilius , Aristomenes , Tarquinius Vet. L. J.
Brutus , Gélon , Cyrus , Jafon , avec les Indices
Chronologiques & la Table des Matières à chaque
Volume.
Toutes les Vies de ces Hommes Illuſtres ont été
traduites des Langues Grecque , Latine & Angloiſe
par différens Auteurs.
Le troiſième & dernier Volume de Supplément ,
contenant LaDécade ou Vies de dix Empereurs célèbres,
paroîtra dans le courant de Mai prochain ,
avec la dix-huitième & dernière Livraiſon , contenant
la Table des OEuvres de Plutarque & les cartons
pour remettre dans les Volumes précédens .
On fouſcrit pour cet Ouvrage à Paris , chez
J. Fr. Baftien, Libraire & Éditeur , rue S. Hyacinthe,
Place Saint Michel , &chez les principaux Libraires
de l'Europe.
:
La Morale de Jésus-Christ & des Apôtres , ou
la Vie& les Inſtructions de Jésus- Christ, tirées du
Nouveau - Testament , 2 Volumes in- 18 , imprimés
avec les nouveaux caractères de Didot l'aîné, fur
papier vélin d'Annonay. Prix , 6 livres brochés
La même ſur papier ordinaire , z Volumes. Prix ,
-3 liv, reliés en bazanne. A Paris , chez Didot l'aîné ,
Imprimeur-Libraire , rue Pavée-Saint-André..
Le plan adopté par l'Auteur eſt ſage & propre à
remplir le but qu'il s'eſt propoſé. L'Ouvrage eſt
diviſé en deux Parties. La première comprend la
:Vie de Jéſus Chriſt par l'ordre des temps ; le DifDE
FRANCE. 141
cours en eſt pris dans les quatre Évangéliftes , & ne
contient rien qui ne ſe trouve dans les Textes facrés.
La ſeconde Partie contient des Règles de conduite
pour les Chrétiens , toutes tirées des Épîtres des
Apôtres, Pour y répandre plus de clarté , on les a
rangées fous différens titres.
L'Auteur préſume avec raiſon que le Public fera
charméd'avoir en un corps d'Histoire tout le Nouveau-
Teftament ſans un mot de changé dans le
Texte.
Quant à l'exécution typographique , nous avons
tout dit en tranſcrivant le titre , puiſque le nom de
M. Didots'y trouve. Afin que l'Ouvrage pût ſervir
dans les Écoles , dans les Catéchifines , l'Édition a
été mise àbon marché , vû la groſſeur des Volumes.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames .
Voyages. Tome I. A Paris , rue d'Anjou , la deuxième
porte- cochère à gauche en entrant par la rue
Dauphine.
Il paroît deux Volumes par mois de cet Ouvrage.
Le prix de la ſouſcription est de 72 liv. pour
vingt-quatre Volumes reliés , & 61 liv. 4 fols franc
de portpar la poſte pour la Province. On ne pourra
s'abonner que pour une demi-année. On imprime
fur le frontiſpice le nom de la perſonne qui ſouſcrit.
DISCOURS fur la grandeur & l'importance de la
révolution qui vient de s'opérer dans l'Amérique
Septentrionale, ſujet proposé par l'Académie des
Jeux Floraux , par M le Chevalier Deflandes , Capitaine
au Régiment de Bretagne , Correſpondant
du Musée de Paris. A Francfort ; & ſe trouve à
Paris , chez Durand neveu , Libraire , rue Galande ,
& Mufier , Libraire , quai des Auguftins.
L'Auteur de ce Difcours , dont une moitié n'a
12 MERCURE
preſque aucun rapport avec le titre , paroît avoir
voulu prendre pour modele l'Auteur célebre du Difcours
ſur l'Hiftoire Univerſelle ; un coup - d'oeil rapide
ſur les événemens remarquables qui ſe ſont
paſſes ſur la furface du Globe , forme la première
Partie de ce Diſcours.
Ce tatvicau eft tracé avec chaleur ; & fi on n'a
rien appris après qu'on l'a lu , il faut convenir qu'on
ne s'eft point ennuyé à le lire...
On a joint à cela quelques Pièces Fugitives affez
intéreſſantes , ce ſont des Délibérations du Congrès
fur les honneurs rendus aux Officiers Américains
tués en défendant leur patrie , & un Extrait de
l'Oraiſon funèbre du Major General Waren , par
M. Franklin.
COLLECTION des Coutumes générales , particulières
& locales qui régiſſent les personnes & biens
de la Province au Berry , par M. Pallet , Avocat en
Parlement , Hiftoriographę du Berry , de la Société
Royale de Phyſique , d'Hiſtoire Naturelle &
des Arts d'Orléans .
Ces Coutumes générales , particulières & locales ,
font rares&preſque inconnues aux perſonnes qu'elles
intéreſſent. Il manquoit à notre Jurisprudence de les
trouver raſſemblées dans un même corps . Cet Ouvrage
propoſé par ſouſcription formera trois Volumes
in-8°. Le prix ſera de 15 liv. brochés. On payera en
ſouſcrivant 9 livres , & 6 liv . en retirant les Volumes
qui feront délivrés enſemble dans le cours du mois
de Mai 1785. La ſouſcription ſera fermée dans le
courant d'Avril. Cette ſouſcription remplie , les
Exemplaires excédens ſeront vendus 18 livres brochés.
On ſouſcrit à Bourges , chez J. B. Prevoſt ,
Libraire; & à Paris , chez Monori , Libraire , rue de
la Comédie Françoiſe , & Legras , Libraire , quai de
Conti , en face du Pont- Neuf.
1
1
DE FRANCE.
143
DORS, DORS.... Jolie Eſtampe gravée par
N. F. Regnauit , d'après le Tableau peint par luimême
, pour ſervir de pendant à celle que nous
avons annoncée le 27 Mars 1784 , Nº. 1-3 , ſous le
titre de : Ah, s'il s'éveilloit !
Cette Eſtampe ne le cède en rien à la première;
elle ajoute aux eſpérances qu'a fait concevoir cet
Artiſte dans le nouveau gente qu'il a introduit en
Gravure. On la trouve , ainſi que le pendant, à
Paris , chez l'Auteur , rue de Montmorency, nº. 22 ,
&-chez Delalande, Graveur , même maiſon. Prix ,
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Maîtres pour Clarinettes , Cors , Baffons , &c.
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ries , & chez Mlle Castagnery , rue des Prouvaires.
CesQuatuors nous ont paru dignes de la réputation
de l'Auteur.
1441
MERCURE
NUMÉRO 4 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , compoſé pour deux Violons ou deux
Violoncelles. On ſouſcrir à Paris moyennant if &
18 livres , chez le fieur Bornet l'aîné , Profeſſeur de
Muſique , rue des Prouvaires , près S. Eustache , au
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Numéro 16 du Journal de Pièces de Clavecin par
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24 & 30 liv. A Paris , chez M. Boyer , rue
de Richelieu , ancien Café de Foy , & chez Mme
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or,
, Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Musique& des Livres nouveaux voyez les
Couvertures,
TABLE.
VERS fur la Naiſſance de Charade , Enigme & Logo-
Migr. le Duc de Normandie,
Aux Canons de la Ville ,
Impromptu,
Idem.
A Mime de Genlis.
LeProverbeappliqué ,
gryphe,
Iliade d'Homère , 97 L'Iliade
98 Lettrefur Athènes ,
99 Concert Spirituel ,
ibid. Comédie Françoise ,
100 Comédie Italienne ,
ibib. Annonces &Notices ,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
102
105
115
120
130
134
138
JAT lu
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui fuiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 15 Avril 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 31 Mars.
L
E froid exceſſif que nous éprouvâmes
le mois dernier & les premiers jours de
celui- ci , s'eſt renouvellé avec la même vivacité.
Depuis le 15 , on paſſe l'Elbe à pied,
&les gens de la campagne deſcendent ce
fleuve ſur des traîneaux. La glace dans le
détroit du Sund eſt encore ſi épaiſſe , que
le Miniſtre de Ruſſie, qui ſe rend à Stockolm
, a traverſé à pied ce bras de mer ,
ſes équipages étant ſur des traîneaux.
Onditque le ſieur de Gaffron, ci -devant
chargé d'affaires du Roi de Pruſſe à la Porte
, eſt condamné à un an de priſon dans la
fortereſſe de Spandau .
D'après la nouvelle ordonnance militaire
en Danemarck , les régimens de cavalerie
feront compoſés à l'avenir de 4eſcadrons ,
au lieu de 5 , & on formiera trois nouveaux
Nº. 16 , 16 Avril 1785. e
bataillons pour le ſervice de la marine. Chacun
de ces bataillons contiſtera en 4 compagnies
; le premier portera le nom du bataillon
de Cronberg , & les autres celui de
premier&de ſecond bataillon de Frédéricfhawn.
Indépendamment de ces bataillons
on levera encore deux corps de chaſſeurs ;
l'un pour le royaume de Danemarck , &
l'autre pour le duché de Holſtein. Le grand
hôpital militaire ſera transféré d'ici à Ekernforde
, où les bâtimens qui ſervoient autrefois
aux fabriques , feront adaptés à cet objet.
L'ordonnance qui preſcrit le ſervice&
les manoeuvres , paroîtra auſſi inceſſamment.
On apprend de Berlin que le ſieur Kenig
a été nommé par le Roi conſul général
dans la Walachie & la Moldavie ; fa réſidence
ſera à Jaſſy..
Pluſieurs régimens Ruſſes d'infanterie &
de cavalerie font arrivés dans l'Ukraine Polonaiſe
; on y en attend encore d'autres.
Le Comte Vincent Potoski vient d'établir
à Niemerow , ſa réſidence , une grande
manufacture d'indiennes , pour laquelle il a
fait venir des ouvriers de l'Allemagne &de
la Suiffe .
On apprend de Pétersbourg , que le
Lieutenant général Comte d'Anhalt en eſt
parti pour faire un voyage àArchangel &
dans les provinces ſeptentrionales.
Les revenus annuels du Tréſorde la Couronne
de Pologne montent à la ſomme de 2,167,922
Fixdalers. Comme leTréſor ne paie que les ſome
( وو (
mes fixéesà la Diéte de 1776 , il reſte chaque
année de l'argent en caiſſe. En 1783 & 1784 , la
République a acquitté 387,463 rixdalers de la
dette nationale. Le don gratuit du Clergé pour
cet objet , monte par an à la ſomme de 100,000
rixdalers. En 1784, la Capitation des Juifs a
fait un objet de 92,290 rixdalers . Comme chaque
tête des Juifs eſt payée de 8 grofchen , la populationde
cettenation enPologne ne monte , d'après
ce calcul , qu'à 276,870 ames .
Le 14 Mars , le Lieutenant général de
Saldern, gouverneur de Magdebourg , eſt
mort dans la 6se. année de ſon âge. On
aſſure que le Lieutenant général de Lengerfeld
doit le remplacer.
Une gazette Allemande de commerce a
publié le tableau ſuivant , concernant la
proportion de l'or à l'argent , depuis l'an
310, après la conſtruction de Rome , jufqu'à
nos jours.
L'an après la conſtruction de Rome ,
. 310 comme i à 13.
L'an après la conſtruction de Rome ,
460 comme i à 10.
Sous l'EmpereurConſtantin, comme 1 à 13 &à 12 .
Sous Saint Louis , • comme à ro.
En 1500 , • comme 1 à 12..
EnEſpagne , après la decouverte du Pérou ,
comme 1 à 16.
EnEſpagne , comme 1 à و 14
EnAllemagne , en 1559 , . comme ràn ΤΣ
I
Idem. , en 1656, comme ià14
Idem. , en 1667 ,
Idem. , en 1690 ,
Idem. , en 1738,
• comme 1 à 13
commerà is
comme 1 à 151
I
e2
( 100 )
Idem. , en 1750 ,
Idem , ea 1763 ,.
En Hollande ,
En Angleterre ,
En France ,.
En Savoie ,
En Suiffe ,
EnRuffie
Au Japon ,
,
. م
comme 1 à 13
• comme 1àà14
7
comme à 14
comme i dis
comme 1 à 14
2
• comme 1 à 14
comme i à if
comme à 15 .
comme à 8.
Dans l'Inde , au-delà duGanges , comme à II,
En Ghine , comme i à tG.
Les données de cette table paroiſſent fouvent
être arbitraires , parce qu'on n'a point
de preuves certaines qu'il exiſte 10, 12 ou
15 fois moins d'or que d'argent. M. Achenvall
, célébre publiciſte d'Allemagne , avoit
calculé qu'en Europe l'augmentation annuelle
de l'or à l'argent étoit dans la proportion
de 2 à 5. Cette proportion feroit
encore plus grande fi les Indes orientales , le
Levant , la vaiſſelle d'argent & les manufactures
n'enlevoient pas annuellement une
quantité prodigieufe d'argent. Mais il faut
obſerver que plus on approche des pays
occidentaux , plus la valeur de l'or augmente.
DE VIENNE , le 31 Mars.
T
Des diſpoſitions militaires non- interrompues,
la certitude d'ordres envoyés à divers
régimens ; l'agitation qui regne dans plu-
Geurs cabinets de l'Europe ; enfin ce qu'on
public des différentes cauſes de diviſion que
( 101 )
préſente l'état politique de l'Allemagne ,
fortifient les ſoupçons de ceux qui s'atten
dent à des événemens importans. Cependant
l'on craint peu ici une rupture avec la
Hollande , ce différend étant à des termes
conciliatoires , dont on eſpere encore une
heureuſe conclufion.
L'Empereur a été de nouveau incom
modé d'une éréſipelle, aujourd'hui entierement
diffipée. Le travail affidu & opiniâtre ,
auquel S. M. I. eſt livrée depuis long-temps ,
paroît être la cauſe de cette indiſpoſition
qui ſe manifeſta déja ſur les yeux du Monarque
l'année derniere.
Le cardinal Migazzi , notre Archevêque ,
eſt très- dangereuſenient malade. On regarde
ſa vie comme aſſez expoſée , pour
qu'on lui déſigne publiquement un ſucceſ
feur , qui , felon le bruit public, ſera le Cardinal
Hertzan .
Leal , une troupe de 150 maçons eſt patie
peur la Bohême, munie de toutes fortes d'outils.
Onditqu'ils font deſtinés à travailler avec la plus
grandediligence aux fortificationsde la fortereſſe
de Peft , qui doit être miſe au plutôt dans le
meilleur étatde défenſe ; ces travaux , exécutés
dans un moment où la ſaiſon eſt encore ſi rigoureuſe
, ont ſans doute pour cauſe les mouvemens
qu'on apperçoit ſur les frontieres de la Siléfie. Les
tranſports de munitions & d'artillerie ſe continuent
toujours autant que la ſaiſon peut le permettre.
Journellement on voit arriver des re
crues qui font auffitôt incorporées dans les
e3
( 102 )
régimens. On recrute même depuis quelques
jours dans cette capitale avec une
nouvelle activité ; & demain une levée générale
doit avoir lieu .
La crainte d'un dégel ſubit &de ſes ſuites
ne s'eſt point encore diffipée : la police a
pris toutes les précautions pour empêcher
des accidens , & on a fait vuider les maifons
les plus expoſées au débordement.
L'Empereur a donné à cette occaſion des
preuves de ſon activité , de ſa popularité ,
de ſon humanité ordinaires , en ſe tranfportant
lui-même pluſieurs fois ſur les lieux ,
viſitant les travaux&les encourageant.
La faillite du Comte Charles Proli d'Anvers ,
& celle de la Compagnie Aſiatique d'Oftende &
deTrieſte , qu'elle a entraînée , a cauſe ici une
fenſation d'autant plus vive , que l'exiſtence de
cette Compagnie paſſoit pour être le principal
motifdes démarches concernant l'Eſcaut , & que
les inftances du Comte de Proli ont beaucoup
contribué à en hâter le développement. On ne
faitpas encore ſi l'Empereur donnera de ſes propres
Finances pour venir au fecours de la Compagnie:
elle doit encore au Tréſor une ſomme de
180 mille florins pour des plaques de cuivre ,
qu'elle a vendues en Eſpagne , au - lieu de leur
procurer , fuivant fes offres , un débouché en
Amérique. On évalue toute la banqueroute à 20
millions , dont 400 mille florins ſont dûs à une
maiſon de commerce très connue d'Amſterdam ,
&environ la même ſomme àune maiſon de Livourne.
Le reſtede la maſſe retombe pour la plus
grande partie ſur une multitude de Particuliers ,
ruinés aujourd'hui par leur crop grande confiance
( 103 )
en la Compagnie& en ſon Directeur. Si la Compagnie
peut ſe relever jamais , ce ne ſera que par le
fecours du Gouvernement & par l'aſſiſtance de
notre célebre Banquier , le Comte de Frieſs , &de
lapuiſſante maiſon de Romberg à Bruxelles .
Au défaut d'informations bien certaines
ſur le ſupplice des deux chefs Valaques à
Carlsbourg , voici ce qu'on raconte , vrai
ou faux des circonstances de cet événement.
Lors de l'exécution de Horiach & de K'oska ,
2000 Valaques des Comitats deZalanthe & d'Huniade
ſe trouverent à Carlſbourg ; ces payſans
s'imaginoient , lorſqu'ils reçurent l'ordre de s'y
rendre , qu'il s'agiſſoit de corvées , mais ils furent
conduits par trois Régimens du Cercle , ſoutenus
parde la Cavalerie ,& furent obligés d'être , ainh
que leur chefHoriach , ſpectateurs du ſupplicede
Kloska , qui fut roué , ſans être étranglé, & fans
recevoir le coup de grace. Tandis qu'il vivoit en.
core , on lui a coupé la tête , & enſuite on l'a écartelé;
il n'y a pas de juremens & de blafphemes
qu'il n'ait proférés ; mais le bruit & le roulement
continueld'un grand nombre de tambours empê
cherent qu'ils ne fuſſent entendus des ſpectateurs .
Horiach s'avança avec courage & fermeté pour
fubir le même ſupplice , en diſant : Je meurs pour
la Nation ; il ne pouſſa aucun cri , & ne donna
aucune marque de douleur. Leurs membres écartelés
ont été expoſés ſur les grands chemins , &
leurs têtes plantées ſur des piquets devant la porte
de leur maiſfon .
On va actuellement procéder à la punitiondes
150 Valaques remis à la juſtice des différens Comitats
, pour être jugés & exécutés , ſelon les loix.
du pays. Le même jour que ſe fit l'exécution , un
c3
( 104 )
vioux Valaque, nommé Nicolas Popa , que l'on
préſume être le pere de Kloska , vouloit emmener
de la Valachie 600 Valaques , le Prince de Valachie
qui en fut informé , en avertit notre Conſul,
qui le fit arrêter & conduire & Hermanſtadt. On
eſt fort curieux d'apprendre quel morifa pu l'engagerà
tenter un coup fi hardi ; comme i n'a pas
encore été interrogé , on ne peut encore rien dire
furſoncompte.
Les nouvelles de la Moldavie annoncent
la conſtruction prochaine de trois ponts fur
le Danube; un détachement de sooTurcs
eſt arrivé de Serraï en Valachie.
Le 17 de ce mois nous avons perdu le
Comte Antoine de Collorédo , Feldt-Maréchal
, Capitaine de la Garde Noble Allemande
, &Directeur de l'Ecole militaire : il
étoit âgé de 77 ans , & en avoit paffé 56
au ſervice. Le public lui donne pour fuccefſeur
le Ducde Brunswick , ci-devant Feldt-
Maréchal des troupes de la Hollande.
Ce qui doit faire rejetter ce bruit, c'eſtque
l'Empereur a élevé le Comte Jof. François
de Kinsky au grade de Lieutenant Feldt-
Maréchal, & lui a conféré le poſte de Directeur
général de l'Académie militaire , vacant
par la mort du Comte Antoine de
Colloredo.
Le nombre des Proteftans & des Grecs
non unis dans cette capitale , monte à isso ,
&dans la Baſſe-Autriche à environ 300 .
On dit ici que pluſieurs régimens en
garniſon dans la Hongrie ont reçu ordre
de ſe tenir prêts àmarcher dans les Pays-
Bas.
( 105 ).
L'Abbaye des Bénédictins de Zvettel
dans la Baſſe-Autriche vient d'être ſupprimée.
On apprend de la Croatie , que le cordon
des troupes ſur les frontieres , a été
renforcée. 1
Les préparatifs deguerreſe continuent :on
vient d'acheter environ 2000 pieces de toile
pour des tentes: divers contrats de fournitures
ſont paffés journellement à différends
ouvriers : d'ici à fix ſemaines , les Cordonniers
des faubourgs doivent livrer 12000pai
res de fouliers , les Fourbiſſeurs 8000 ſabres,
&les Tifferans 14000 aunes de draps pour
des manteaux : la Pologne Autrichienne
fournit immenfément de recrues.
: L'Empereur a fait couper dans les bois
de ſon domaine pluſieurs mille cordes
de bois , que l'on tranſporte ici pour les beſoins
de la ville. S. M. I. en a fixé le prix' ,
qui est très-modéré.
Le froid eft toujours rigoureux ici ,& il tombe
encore quelquefois de la neige ; le vent ſe ſoutient
àN. N. O. Depuis le 28 Février , le thermometre
de Réaumur n'eſt plus remonté au- deſſus du point
de congélation.
Le nouveau Réglement pour le Mont- de Piété
qui vient d'être publié , réduit à 8 pour cent les
intérêts ; ils étoient auparavant à 10 cing fixiemes.
On écrit de Leutſchau , que le 2 de ce mois le
feu a pris dans cette ville; mais qu'avec peu de travail
on eſt parvenu à l'éteindre , ſans qu'il ait cause
degrands dommages .
L'Empereur a ordonné que la Chambre
es
( 106 )
des finances du royaume de Hongrie , foit
incorporée au conseil du Gouvernement
établi à Bade , & qu'à l'avenir le tréfor de
laTransylvanie faſſe partie du Gouvernement
civil de cette province.
Le 9 Mars , les nouveaux grands Palatins&
Commiſſaires royaux , nommés par
l'Empereur pour préſider les cercles du
royaume deHongrie , ont prêté le ferment
de fidélité entre les mains de S. M. en préſence
du Comtede Palfy, vice Chancelier
de Hongrie & de Tranſylvanie.
DE FRANCFORT , le 4 Avril.
:
Il n'y a pas de doute ſur l'activité & fur
le redoublement des préparatifs militaires
qui ſe multiplient en Autriche. Les Régi
mens deſtinés à différentes marches n'attendentpour
ſe mettre en route que l'inſtant
où les chemins couverts de neige feront
praticables; d'un autre côté, la Ruffie fait
avancer de nouvelles troupes vers l'Allemagne
& dans l'Ukraine; les Turcs paroiffentaufli
en mouvement. Dans cet ébranlement
de tant de Puiſſances , on s'attend a
en voir bientôt le véritable but. A Vienne
&en Bavierre , les bruits d'échanges projetés
ſe renouvellent , on dit même qu'un
grand Monarque n'a point diffimulé ſes
craintes à l'Impératricede Ruffie , qui , ſelon
les mêmes lettres , n'a pas paru les partager.
A cette occaſion , les partifans de la
( 107 )
Maiſon d'Autriche ont rappellé l'article 18
du traité de Raſtad & de Bade en 1714 , par
lequel la France s'engage à laiffer l'Electeur
deBaviere maître d'échanger ſes poſſeilions
s'il le trouvoit convenable.
Le Baron de Kern ; qui vient d'être nommé
Chancelier des Etats de Baviere , a été
obligé , en prêtant le ferment de fa nouvelle
dignité , de jurer qu'il n'étoit point
Franc-Maçon.
i
On lit les détails ſuivans dans une lettre
de Conftantinople du 25 Février-
,
Depuis long-temps il arrive ici continuellement
des Militaires Français. Un Navire venu
de Marſeille a amené ici deux Officiers , quatre
Artilleurs & huit Ouvriers pour la fonderie.
Ces derniers n'ont paſſé qu'une nuiten cette Capitale
, & ont d'abord été tranſportés à la petite
fonderiedes canons , ſous la direction du Renegat
Anglois Muſtapha , Général des Bombardiers
où ſe trouve déjà un grand nombre d'ouvriers Eupéens
de toutes nations , mais principalement de
la France. Quant au Capitaine Saint -Remi , venu
par ledit navire , il continue à faire ſon féjour
à Pera. Les exercices des canoniers & Bombardiers
ſe font ſur tout ſous la direction d'Officiers
François , régulièrement trois fois par ſemaine ;
favoir , les Lundi , Jeudi & Samedi. Les Chefs &
Officiers de ces deux Corps doivent y être préſens:
mais ce font les Officiers François qui commandenttoutes
les manoeuvres , & qui tâchent de leur
inſpirer l'eſprit de la tactique Européenne , ayant
pour cet effet des Canoniers & Bombardiers Fran-
*çois qui fe prêtent à montrer aux Turcs la maniere
dont ils doivent s'y prendre pour réuffie &
ſe former.
e
( 108
C'eſt le prélat Comte de Zoglio que le
Pape a nommé, dit-on, à la nouvelle Nonciature
de Munick. On eſt impatient de favoir
de quels pouvoirs ce Nonce ſera mani.
On fait que les évêchés voiſins d'Eichstedt ,
d'Augsbourg , &c. font partie du diſtrict
métropolitain de l'Archevêque de Mayence.
L'Ordre de Malthe établie en Baviere, fait
deja aſſez de tort à la Jurisdiction épifcopale
, parce qu'il a le privilege de l'exemption
de cette jurifdiction.
On apprend de Coblence qu'on y leve
un corps de Chaſſeurs de 200 hommes
pour le ſervice de l'Electeur .
On écrit de Vienne qu'il ne ſe paſſe gueres
de jours , où il ne ſe tienne des conférences
fecrettes au College du Conſeil Aulique
de guerre , qu'on y preſſe la levée des
recrues , & qu'on travaille ſans relâche dans
Farſenal.
Le bruit court que tous les couvens des
Servites feront fupprimés dans les étatsAutrichiens.
On évalue leurs biens à 19 miltions
de florins.
Une lettre de Ratisbonne du 16 de Mars
rapporte en ces termes un fait aſſez ſingulier
:
M. Weishaupt , Profeſſeur à l'Univerſité d'Ingolftadt,
ayant demandé qu'on fit l'acquiſition des
OEuvresde Bayle & de Richard- Simon pour la Bibliotheque
de l'Univerſité ,le Recteur reçut le zer
dumois de Février des ordres de la Cout, pour
qu'il fignifiât auProfeſſeur Weishaupt de ſejuftifiet
( 109 )
par écritde fademande. Celui-ci ayant répondu
qu'il avoit beſoin de ces Ouvrages pour ſesLeçons
publiques ſur l'Hiſtoire & la Philofophie ; il fut
envoyé un ſecond Décret au Recteur , qui portoit
en ſubſtance « que le prétexte allégué par le Profeſſeur
Weishaupt ne l'excuſoit point ; que l'on en
pouvoit induire qu'il étoit adonné ála ſecte philo-
Tophique , dont Bayle avoit été le créateur , & que
par conféquent , il ſeroit enjoint audit Profeſſeur
de faire ſa profeffion de foi devant le Sénat académique
, les portes de la ſalle d'aſſemblée ouvertes
». Un autre Décret du 11 Février , fit connoître
à M. Weishaupt , que vers la fin de l'année
académique , il devoit donner la démiſſion de ſa
Chaire & chercher à ſe placer ailleurs , & qu'en
attendant, on lui accerdoit une penſion de400flor.
mais à condition de ne point ſe préſenter à Munich,
&de quitter Ingolstadt & les environs. Sur cette
intimation , M. Weishaupt déclara qu'il n'avoit pas
beſoin de cette penfion , & qu'il étoit décidé de
quitter Ingolstadt dans l'eſpace de 10 à 12 jours.
L'Univerſité écrivit cette réponſe àMunick , &
reçut le 19 Février le Reſcrit ſuivant : « Comme
>> ce Profeſſeur eſt un boudeur orgueilieux , &
❤ qu'on ne perdoit en lui qu'un maître de loges
>> renommé, ildoit être renvoyé dès- à- préſent » .
On aſſure que M. Weishaupt a quitté l'Univerſité
d'Ingolstadt , & eft,allé àGotha.
Le profeſſeur Bergstræffer à Hanau vient
de renouveller fon engagement pour la pu
blication de l'ouvrage , orné de planches ,
dans lequel il ſe propoſe d'indiquer une
méthode sûre de dicter ou de donner des
ordres jour & nuit dans un camp de deux
cents mille hommes , plus ou moins , fans
que perſonne puiſſe en être inſtruit , à l'ex
( 110 )
ception de ceux qui doivent les connoître.
Il promet l'impreffion de l'ouvrage en Allemand
&en François , auflitót qu'il ſera à
couvert des frais d'impreſſion dont il a déja
reçu les deux tiers. La ſouſcription ſera encore
ouverte pendant trois mois : elle eſt
de 6 liv. pour un exemplaire, Dans le nombre
de ſes ſouſcripteurs , on trouve trenteſept
Princes fouverains , pluſieurs Miniſtres
&les noms les plus diftingués. En France,
l'Auteur n'a eu juſqu'ici que 2 ſoumiffions ,
celle du Prince Soubiſe , & de M. de Boullongne
: on foufcrit à Paris , chez Royez ,
Libraire, au bas du Pont Neuf.
ITALIE.
DE MILAN
د le 25 Mars.
On continue les préparatifs pour former
des magaſins à l'uſage de la citadelle. On
prétend que le couvent des Auguſtins de
S. Marc fera employé à cet effet , & que
ces Religieux ont déja reçu l'ordre exprès
de quitter leur monastere. Les nationaux
paſſeront dans l'autre couvent de leur Inſtitut
, appellé Incoronata , près de la porte
Comaſine , & les étrangers retourneront
dans leur patrie. )
On apprend de Come que le Gouvernement
ya fupprimé deux Monaſteres; l'un
de Bénédictines , ſous l'invocation de ſainte
Magdelaine; l'autre d'Auguſtines , fous celle
de ſaint Dalmat. 1
外移
( 111)
DE LIVOURNE , le 23 Mars.
Voici l'extrait d'une nouvelle lettre d'Alger,
en date du 28 Février , & propre à
faire connoître la ſituation actuelle de cette
place.
Il regne ici une déſolation générale ; les Rédouins
menacent de ſe révolter ; les Eſpagnols ,
d'un autre côté , arment contre nous. Cet orage
terrible nous met dans la plus grande agitarion.
Le Bey eft furieux contre ſes Miniftres , qui par
leurs vexations ont fomenté cette guerre civile
qui peut nous être plus funeſte que la perſécution
des Eſpagnols. Le bruit avoit couru que l'on avoit
intimé au Conſul Vénitien d'oter ſon pavillon ,
ſignal ordinaire d'une déclaration de guerre ; mais
cet événement n'a point eu lieu. On travaille vivement
aux Boulevards , & particulièrement au
Château dit Moro & aux fortifications du Mole,
Le Bey de Conſtantina a été averti de nous faire
paffer les ſecours qu'il nousdoitdans des circonf
tances ſemblables , pour les diſtribuer fur la côte
&dans les lieux les plus expoſés à l'invaſion des
troupes ennemies .
DE ROME , le 22 Mars.
1
ر
On apprend de Naples que le départ de
quatre frégates, de quatre chebecs , de deux
paquebots , de quatre galeres & du vaiſſeau
le S. Joachim eſt ordonné pour les premiers
jours de Mai , & que l'on travaille à
faire des uniformes neufs pour 500 foldats
de marine , & pour autant de Volontaires de
marine, ainſi que pour 300 Albanois.
(111 )
On a déja placé dans la nouvelle falle
du Mutée Clémentin au Vatican la grande
Urne de ſainte Helene , de porphyre rouge,
ornée de bas- reliefs , &habilement rétablie
par le ſieurGiov Pierantoni , ſculpteur du
Mufée.
DE NAPLES , le 19 Mars.
Dans le mois de Janvier dernier , en faifant
une excavation hors des murs de Palerme
, près la porte d'Oſſuna , pour rebâtirunmur
de la maiſon de campagne du
Baron Quaranta , on a découvert un fouterrain
profond , vouté& taillé en apparence
dans la maffe du roc. Les ouvriers qui y
defcendirent, ne purent avancer fort loin
dans cette eſpece de caverne , quoiqu'elle
parût indiquer des rues , parce qu'elle étoit
encombrée de pierres & de terre amoncelée.
Ils trouverent cependant dans une niche
de pierre des reſtes d'un cadavre humain.
Le prince de Torremuzza , averti de
cette découverte , ſe rendit auſſirôt ſur les
lieux. Il examina lui-même les fouterrains ,
&vit avec plaifir que c'étoient des catacombes
taillées dans le roc , & du même
genre que les catacombes de Rome , les
latomies de Syracufe & les catacombes de
l'Egliſe de S. Janvier de Pezzenti à Naples .
Dans le court eſpace de temps que le Prinse
y reſta , il apperçut diverſes rues toutes affez
hautes pour y marcher à l'aiſe , & affez
( 113 )
larges pour y paſſer trois à quatre hommes
de front. On a obſervé que chacune
de ces rues intérieures ſe diviſoit en pluſieurs
autres , & que toutes recevoient la
lumiere de certains soupiraux , pratiqués de
diſtance en diſtance à la ſuperficie du terrein.
Dans les parties latérales de ces rues ,
font creuſées des niches dans leſquelles on
dépoſoit les cadavres. Et en effet on trouve
à chaque pas des crânes & des fragmens
d'os humains & des morceaux de vaſes de
craie. Le Prince de Torremuzza qui eſt
chargé par le Roi de veillerà l'entretien &
àla conſervation detoutes les antiquités de
la province de la vallée de Mazzara , de
même que le Prince de Biſcari l'eſt des antiquirés
des provinces de Noto & de la vallée
de Demona, rendit compte auſſitôt d'e
cet événement au Marquis de Caracciolo ,
vice-Roi de Sicile , qui lui a fait donner
tous les ſecours néceſſaires pour rendre à
ſon premier état un monument auſſi précieux.
On a déja fait ouvrir une autre entrée
& pluſieurs des ſoupiraux du ſouterrain ,
afin d'y faire circuler un air plus ſalutaire
pour les ouvriers chargés d'enlever les terres
qui bouchent le paſſage des rues. On ſe
flatte d'y trouver des monumens intéreſſans,
tels que des inſcriptions , des vaſes , des
urnes , &c.
Le célebre Muſicien Paëſiello , maître de
chapelle, a été nommé par le Roi , compofiteur
de ſa chambre , avec un traitement
annuel de 1200 ducats.
( 114 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 2 Avril
Le Parlement étant prorogé pendant les
fêtes de Pâques , il y a néceſſairement de la
ſéchereſſe dans le Journal des opérations
publiques de cette ifle , où tous les eſprits
ſont abſorbés par l'alliance commerciale
que nous devons contracter avec l'Irlande.
Elle tient à des intérêts ſi puiſſans , à des
calculs ſi compliqués, à des notions ſi exactes
, qu'une négociation de cette importance
exige les plus grandes précautions. Aufli
M. Pitt , felonle bruit général , propoſera
après les vacances aux deux Parlemens de
nommer des Commiſſaires pour difcuter
les clauſes du Traité entre les deux nations ,
&pour adopter les milieux les plus propres
à concilier tous les intérêts.
Dans la foule d'écrivains qui ont donné
leurs avis au Public, relativement à ce problême
économique , on a diftingué quatre
Lords, les Lords Sheffield , Rivers , Nugent
& Mountmorres : il eſt également remarquable
que les ouvrages de ces quatre
ſeigneurs font bien penſés , & bien écrits ,
&très-propres à appaiſer les inquiétudes réciproques
des deux royaumes.
L'Orateur des Communes ſe rend tous
les jours à la Chambre baſſe , mais il n'y
trouve perſonne ; & après avoir attendu
(115)
quelques inſtans , il ajourne la Chambre au
lendemain. Il remplira cette formalité jufqu'à
ce qu'il trouve un nombre fuffifant
pour former un quorum.
On vient de publier l'état ſuivant des importations&
des exportations de la Grande Bretagne
en tabac , indigo , riz , alun & ſucre , depuis
Noël 1783 , juſqu'à Noël 1784. Cet état a été
remis à la Chambre des Communes , par M. Pitt,
&il eft authentique.
Etat des importations &des exportations de la
Grande-Bretagne , en tabac , riz , indigo , rhum
& ſucre , depuis Noël 1783 juſqu'à Noël 1784 ,
dans lequel on diſtingue le produit des droits établisdepuis
1764.
IMPORTATION S.
Quantité.
-Tabac 39,993,442 16.
Droits.
2,495,633 1. 13 f. 11 d.
Riz 123,870 quintaux
L
213 lb. 45,4191. 4Γ. 6 d.
Indigo 1,447,790 lb. exempt de droits .
Droits de Douane ſeu-
3
Rhum 1,751,093 gallóns...
lement
... 39,747 1. of. 8d.
Sucre 1,782,431 quin-
1
taux III lb 1,095,29 1. 15 6. 10d.
12 ib.
Indigo
د
EXPORTATIONS.
Tabac 26,835,891 lb.
Riz 117,684 quintaux
289,133 lb.
Rhum 399,334 gallons.
Sucre 111,303 quin-
taux 118 lb.
9,0641. 4 C. 11 d.
68,700 1. of. toda
1,675,8451. 9. 9 d.
43,149 1. 76. 6 d.
exempt de droits.
Remiſe des droits de
Douane.
( MG )
Produit des droits établis depuis 1764
Tabac
Riz
Indigo
Rhum
Sucre
.......
......
476,806 1. 15 Γ. 3 d.
2941. of. 10d.
exempt dedroits.
Droits de Douane.
..
. 3,6341. 4. 11 d.
497,971 1. 61. 3 d.
N. B. Les Droits & les Remiſes ſur le tabac
ſont portés ici comme s'ils avoient été payés en
entier à l'importation.
JOHN TOMKYNS Infpecteur à la Douane.
Fait à Londres le 21 Mars 1785 .
Le bruit d'un changement prochain dans
le Miniftere ſe ſoutient , & il acquiert tous
les jours plus de force. On ne varie point
ſur le choix du ſucceſſeur que M. Pitt doir
avoir ; c'est toujours le Marquis de Landsdown
que l'on place à la tête de laTréſorerie.
4
LeGouvernement vient d'envoyer des ordres
en Irlande pour que deux Régimens de plus
ſe préparent à s'embarquer pour les Coloniess
Le nombre de troupes fourni par l'établiſſement
militaire de ce Pays pour cette deſtination , ſe
monte à 4800 hommes , dont 3000 paſſeront
aux Iſſes du Vent. A l'arrivée de ces troupes ,
qui doivent relever la garniſon des Ifles Angloiſes
, il y aura une augmentation de 300
hommes dans l'Iſle des Antigues , de 250 à
St. Chriftophes , de 200 à la Barbade , de 150
à St. Vincent , & en proportion aux autres
Ifles enſus du nombre fixé par le dernier établiſſement
de paix. Le motif de cette augmentation
eſt , dit-on , que la France n'a pas
reduit le nombre de ſes troupes à la Martinique
, & qu'elle forme à Ste. Lucie une gar-
1
( 117 )
niſon qui ſera preſque aufi forte que celle
qui s'y trouvoit au commencement des dernieres
hoftilités. La garniſon de la Jamaïque doit être
auffi augmentée d'un Régiment entier & d'une
compagnie d'Artillerie.
On ſe propoſede tirer parti des troupes de
cette garaiſon pour les fortifications projettées.
Ces travaux commenceront le plutôt poffible
aprés l'arrivée du Lord Dunmore , nommé
Gouverneurde cette Iflc.
: L'Inconstant , vaiſſeau de 36canons, commandé
par le Capit. White, & actuellement
àDeptford , a reçu ordre d'eſcorter les bâtimens
de tranſport qui doivent conduire des
troupes à Gibraltar. Le gouvernement a
jugé cette précaution néceſſaire , à cauſe des
pirates qui infeſtent la Méditerranée.
Le gouvernement a ordonné à Plymouth
qu'on fît choix d'un certain nombre
de charpentiers & de calfats , dans le
deſſein de les faire paſſer à Terre -Neuve ,
poury équiper pluſieurs petits bâtimens deftinés
à protéger plus efficacement les pêcheries
de cette ifle,
On a lancé le 26 Mars à Rotherhite un
vaiſſeau de 14 canons , nommé le Terrible.
Voici les différens vaiſſeaux de guerre actuellement
en conſtruction dans les chantiers
du Roi , ou dans ceux des particuliers.
canons. canons.
L'Impregnable ,. 90 Le Swiftſure , 74
LeBoyne, 98 Le Ramillies , .. 74
Windfor-Caffle , 98 Le Coloſſus , TA
LePrince , T 90 Le Sommerſet , • 74
( 118 )
LeMinotaur , 74 LeGorgon , : • 74
Le Majeſtik , 74 L'Adventurer ,. 44
Le Captain , 74 Le Wolwich , 44,
LeZéalous 74 L'Aquilon , 36
Le Vétéran , 64 Le Jaſen , • • 36
La ſemaine derniere la belle maiſon de
campagne de Milord Spencer à Wimbledon
a été réduite en cendres. Lady Spencer y
avoit fait un voyage avec ſon fils Lord
Althorpe, âgé de 3 ans ; l'on ouvrit tous les
appartemens pour leur donner de l'air , &
l'on ignore comment le feu prit à cinq heures
de l'après midi dans une des chambres :
l'incendie fut ſi rapide,&tellement irrémêdiable
vu le manque d'eau , qu'en peu de
temps il ne reſta de l'édifice qu'un monceau
de ruines. Ce château fut bâti par la DucheſſedeMarlborough,
aïeule du Comte de
Spencer , & coûta trente huit mille li. ſterl.
(plusde 850 mille livres tournois. ) Labibliotheque
& la collection de tableaux , l'une &
l'autre très-conſidérables , ont été heureuſement
ſauvées , ainſi que les effets les plus
précieux.
Le Bureau d'inſpe&ion , établi en vertu des
ordres du Gouvernement , & qui ſera compofé
d'Officiers expérimentés , de terre & de mer , va
commencer ſes travaux. Le Duc deRichemond ,
accompagné du Lord George Lenox , eſt parti
pour Portsmouth , d'où ils iront à Plimouth. Les
renſeignemens qu'ils puiſeront dans cette tournée
les mettront en état de faire un rapport éclairé á
laChambre des Communes ſur lagrande queſtion
des fortifications projettées.
( 119 )
L'un de nos papiers calculede la maniere
ſuivante les forces de différens Princes
d'Empire.
Hanovre,
Brunswick ,
La Lippe- Buckebourg ,
Heſſe ,
Hanau,
Oſnabrug,
Munster ,
Dillenburg ,
Darmſtad
Wirtemberg ,
Fulde,
Naſſau-Weilbourg ,
Ufingen ,
Neuwied ,
Saxe,
.
hommes.
30,000.
5.000 .
1500.
15,000.0
1500.
1500 .
5,000.
2,500.
5,000.
3,5000
1500.
2000.
idem.
1000.
30,000.
105,000.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Avril.
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus ſatisfaiſant , Sa Majeſté a vu
aujourd'hui toutes les perſonnes qui ont les
grandes entrées chez le Roi &chez la Reine.
La Marquife de Monſtiers a eu, le 13 du
mois dernier , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame Elifabeth de
France , en qualité de Dame pour accompagner
cette Princeſſe.
1
( 120 )
Le 2 de ce mois , le Marquis de Chauvelin
, Maître de la Garde-robe du Roi , Capitaine
au régiment de Noailles , Dragons ,
aeu l'honneur de monter dans les voitures
de Sa Majesté& de la ſuivre à la chaffe.
Le Baron de Taleyrand , que le Roi avoit
nommé ſonAmbaſſadeur extraordinaire près
le Roi de Naples , a eu, le 3 , l'honneur de
prendre congé pour ſe rendre en cette cour ,
étant préſenté àSa Majesté par le Comte de
Vergennes , Chef du Conſeil royal des finances
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
ledépartement des Affaires étrangeres.
Le même jour, il a été chanté dans les
Eglifes de Verſailles un Te Deum , en réjouiſſance
de l'heureux accouchement de
la Reine , &de la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Le ſoir , il y a eu
une illumination générale dans la ville.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Genlis ,
Ordre de Prémontré , dioceſe de Noyon ,
l'Abbé d'Humieres , Vicaire général de
Reims .
Le Comte de Walsh Sérant , le Comte
de Bouillé, le Comte de Lawode de Saint-
Haon, le Comte de Tournemire , leComte
de la Marthonie , le Vicomte de l'Aigle &
le Chevalier de l'Aigle , qui avoient cu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu,
le 30 du mois dernier , celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté&de la fuivre
à la chaſſe.
De
( 121 )
DE PARIS , le 6 Avril.
Depuis quelque temps le public étoit refroidi
fur les ſcenes du Magnétiſme animal ,
& ces ignorans préfumoient qu'elles touchoient
à leur fin . Ils feront défabuſés en apprenant
les nouvelles découvertes qui réfultent
de ce traitement mystérieux : les guérifons
, les crifes , les extaſes , les ſpaſmes ,
les ſympathies , n'étoient qu'un prélude , &
l'on voit aujourd'hui que les Opérateurs Magnétiques
n'ont fait que peloter en attendant
partie. Après avoir réglé le cours des aftres ,
& gouverné l'univers avec un fluide inviſible
; après avoir difpofé des corps & des
cooeurs, de la ſanté , de la maladie & des
affections morales , ils endorment maintenant
les ſujets en rapport, ce qui eſt peutêtre
moins difficile que de les reffufciter. Ils
jettent des perlonnes choifies dans un état
de fomnambulifme parfait , les font obéir ,
pendant ce rêve de gens éveillés , à la
baguette& aux geſticulations du Magnétiſeur
, enforte que leurs volontés correfpondent
abſolunient aux ſiennes ; il y a plus,
cette ſituation eſt ſouvent telle, que les fomnambules
acquierent un ſentiment de pref- .
cience, ils ont des révélations de l'avenir ,
&ils prophétiſent à coup sûr. A nſi les merveilles
de l'Aftrologie, les oracles , les divinations
, dont on s'eſt moqué fort malà-
propos , font aujourd'hui conftatés par
Nº. 16 , 16 Avril 1785. f
( 122
ر
l'existence de nos modernes Tiréfias ; leurs
eſſais font atteſtés par des verbaux , lignés
par des Médecins , Notaires , &c. Le fait le
plus étonnant , eſt que ces choſes n'ont point
des eſprits ſimples pour témoins , ni des
impoſteurs pour machiniftes. Que penter
de leurs illuſions ou de leur magie ? Ce
qu'on a penſé des convulfionnaires qui percoient
de coups d'épée des poitrines invulnérables
, qui enfonçoient des clous d'un
demi- pied de longdans le ventre de femmes
enceintes qui ne s'en portoient que mieux ,
qu'on a vu crucifier des martyrs de
bonne humeur , ſaurant légérement de deffus
la croix où l'on s'attendoit à les voir
expirer. Au reſte , comme on entend dire
dans la très-bonne compagnie que ces miracles
là peuvent bien être réels , & que
l'incrédulitělesa trop vîte révoqués en doute,
il taut ſe réſigner à tout admettre & à tout
attendre du progrès des lumieres.
Par un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi du
2 Mars 1785 , rendu à l'occaſion d'une
lettre ſur la peine de mort contre le vol
domeſtique, inféré dans quelques Journaux ,
il vient d'être fait « très expreſſes défenſes
>>>aux Auteurs , Rédacteurs ou Directeurs
>>> de tous papiers publics , d'inférer dans
>>>leſdits Ouvrages aucunes diſſertations ou
>> lettres émanées de Magiſtrats ou autres
>>>fur les matieres de Légiflation ou de Ju-
>> riſprudence ; de s'immiſcer à interpréter
( 123 )
>> les Ordonnances , Edits , Déclarations ,
>> Lettres patentes , Arrêts ou Jugemens ;
>> ainſi que d'inférer dans lesdits Ouvrages
>>>aucun article contenant des maximes &
>>>affertions contraires au texte deſdites Or-
>> donnances , Edits & Déclarations , & ten-
>> dantes à en corrompre le fens , ou capa-
>> bles d'en affoiblir les difpofitions » ,
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon a tenu ſa Séance publique le
Dimanche 19 Décembre 1784 .
AM. Maret , Secretaire perpétuel , en a fait l'ouverture
par un difcours dans lequel il a expoſé
les ſujets des prix propoſés par cette Compagnie,
& dont le programme , qui ſera donné
ci- après , renferme l'énoncé & les conditions
miſes au concours .
CetAcadémicien , dans ſon diſcours , a fait
ſentir l'importance des queſtions auxquelles l'Académie
invite les Savans à répondre.
Il a lu enſuite le préambule de l'Hiſtoire littéraire
de cette Compagnie , & les parties de cette
Hiſtoire relatives aux Ouvrages de Médecine &
de Phyſique , lus à l'Académie pendant le cours
de l'année.
Il a rappellé dans le préambule les événemens
intéreſſans & glorieux pour cette Compagnie ,
qui ſe ſont paffés cette année , & il a fait un
éloge ſuccinct de fix des Académiciens qu'elle
a perdu dans le même eſpace de temps , de
MM. le Chevalier de Mouhi , Seguier , Court
de Gebelin , Bergman , Grignon & d'Antie . Il
a annoncé que celui de M. le Chev. Bonnard
feroit fait dans la ſéance publique du mois d'Août ,
par M. Mailly , ami de cet homme de Lettres.
M. l'Abbé de la Farre, vice- Chancelier de
f2
( 124 )
l'Académie , & élu Général du Clergé, a lu un
Ditcours intitulé : Tabicas économique & politique
de la Bourogre , dans lequel tous les avantages
naturels de cette Province ſont expoſés de la
maniere la plus fatisfaiſante. L'Orateur y démontre
rigoureusement l'influence que doivent
avoir fur le bonheur des peuples qui l'habitent ,
les projets exécutés , les entrepriſes récentes ,
formées par l'Adminiſtration .
M. Caillet , Adjoint au Sécretaire perpétuel ,
a fait lecture enſuite de la partie de l'Hiſtoire
littéraire de l'Académie , qui a pour objet de
faire connoître les Ouvrages de Belles - Lettres
Jus dans les ſéances particulieres .
Il devoit faire l'éloge de M. le Marquis de
Saint Auban , & la féance devoit être terminée
par la lecture d'une épître en vers de M. Leroi
de Flagis , adreſſée à un Commerçant , ſur les
dangers d'un commierce trop étendu , mais le
temps ne l'a pas permis .
M. Dombey , Médecin Botaniſte , revenant
du Perou , eſt arrivé à Cadix le 22
Février avec 78 Caiſſes remplies d'Histoire
Naturelle. D. Cordova , Chefd'Efcadre qui
a ramené ce Naturaliſte , à refuſé le prix de
fon tranſport du Perou en Europe ; M.
Dombey a reçu les plus grands encouragemens
de D. Joſeph de Galvés , Miniftre
des Indes en Eſpagne.
Il n'eſt pas rare que les hivers fecs &
froids , ſoir en deſſechant ou en gelant les
eaux , foit par d'autres cauſes , occafionnent
la rage parmi les chiens. On affure que
dernierement à Dijon 18 perſonnes mordues
font mortes d'hydrophobie , malgré
( 125 )
tous les ſecours uſités ; qu'à Besançon 20
follats ont été traités pour la même maladie
qui a fait aufli des ravages à Strafborg.
- L'événement de la naiſſance du nouveau Duc
Normandie a fait rechercher les époques où ce
titre a été porté par des fis de France. On tait
`que la Couronne fut en poffeffion de cette
Province juſqu'au commencement du dixieme
fiecle , qu'elle tomba entre les mains de Rellon
&de ſes Danois ; Philippe Auguſte la reprit fur
Jean fans-terre, Roi d'Angleterre , en 1203 ; le
Roi Jean , fils aîné de Philippe de Valois , CharlesV
ſon fils , & Charles de France , fecond fils
de Charles VII , titré enſuitedeDuc de Gujenre
& mort à Bordeaux en 1472 , ſous le Regse de
Louis XI . porterent tous trois le nom de D. cs
de Normandie , reffuſcité aujourd'hui dans le
nouveau Prince que la Reine a donné à la France .
On a lu dans l'un de nos Journaux une
lettre de M. Ramard, Maire de Lagny, qui
racontoit dans un ſtyle ingénu le prodigieux
fuccès avec lequel il magnétifolt. Honteux
de ſa gloire , M. Ramard déſavoue aujourd'hui
la publicité qu'on y a donnée ,& fe
plaintanous, en ces termes, de ſa réputation .
M. j'ai lu avec autant d'étonnement que de
-playfir une lettre ſignée de moi , & inférée au
Mercure dus de ce mois , dans laquelle il eſt
rendu compte d'une guériſon que j'ai opérée par
la voie du Magnétifme. Il m'eſt agréable fans
doute , d'avoir à confirmer la vérité de cette guérifon
, mais à la fois très intéreſlant de vous aflerer
avec la franchiſe dont je fais profeſſion , que
je ne fuis point l'auteur de la lettre ridicule que 1
f3
( 126 )
lamalignité s'eſt plu a me prêter. Je parle & écris
incorrectement peut-être : cependant ce ne ſera
jamais au point de farcir de barbarifmes & de
contre-fers une lettre que je me déterminerois à
rendre publique. La doctrine & les opérations de
M. Mefiner font devenues pour les uns l'objet
d'une admiration fondée & pour bien d'autres
une fource intariffable de ſarcaſmes & de mauvaiſes
plaifanteries. C'eſt probablement à cette
ſource que l'on a puiſé pour me couvrir moimême
de ridicule ; & l'on a pouffé les choſes
juſqu'à me prêter un ſtyle groteſque & qui n'eft
pas le mien. Pour mieux accré iter l'impoſture ,
ona joint à mon nom une kyrielle de titres qui
à la vérité ſont les miens , mais que je ne cite
jamais après ma ſignature , au moins en totalité.
Je vous demande donc comme un acte de juftice ,
Monfieur , & j'oſe me le promettre de votre honnêteté
, de faire inférer dans votre prochain Nº.
cette lettre-ci , par laquelle je proteſte hautement
n'avoir point écrit celle que l'on a ſignéede mon
non. Je dois cette fatisfaction à la vérité conpromife,
& à mon amour propre par trop moleflé.
J'ai l'honneur d'être , &c. RAMARD.
Ce que nous devens aſſurer à M. Ramard,
c'eſt que nous n'avons point inventé la lettre
pſeudonyme; qu'elle étoit ſignée de lui ;
timbrée de Lagny, & écrite avec cette chaleur
de perfuafion que l'impoſture ne peat
guere imiter.
Nous avons encouru un reproche plus
grave aux yeux de M. le C. de S. , en qui la
lettre ſuivante ſuppoſe une prévoyance peu
commune & des intentions très-humaines .
Ne foyez pas ſurpris ſi par une lettre' ano
( 127 )
nyme , je vous fais partdes frayeurs que vous re
pandez dans tout le Royaume par les abfurdités
que vous avez inférés dans votre Mercure & qui
font une impreſſion finguliere ſur l'eſprit de
quantité de personnes respectables . La premiere eſt
dans le n°. 14 , 3 Avril dernier , qui prédit un
bouleverſement total en Europe , aux approches
de Pâques 1786 , dont l'auteur eſt un nommé
Guiſme , Chefdu Conſiſtoire du pays de Hanovre
; vous donnez même une certaine autorité à
cette prédiction , en afſurant que tout ce que се
Négromancien , depuis 1779 , avoit prédit , s'étoit
réalisé , notamment la déſtructon de la Calabre
que perſonne n'ignore. Dès ce moment l'on
neparte plus que de s'expatrier , que d'aller chercher
un aſyle sûr dans un pays qui du moins ne doit
pas être englouti; des familles déíolées , l'a mable
Sexe , fur tout , dont en partie l'esprit n'est pas affez
philofophe , (e croient déjà perdues & attendent la
mort avec une espece de désespoir ; mais la feconde
absurdité & qui renchérit ſur la premiere , y mt
le comble : elle est de cette année ; n°.8 , 19 Février
, par une prophétie du quinzieme fiecle ,
trouvée à Liska en Hongrie , dans le tombeaut
de Jean Regiomortanus , grand Littérateur . qui
p'utôt que de l'avoir écrit dans les bons ouvrages
qu'il a fait , ne ſe manifeſte qu'aujourd'hui pour
annoncer en 1788 la deſtruction de l'univers par
cediſtique :
Si non hoc anno totus malus occidet orbis ,
Si non in nihilum terrafretumque ruet;
heureusement que par la particule conditionelle
fi, il laffe au moins eſpérer que 6 ce malheur
ne nous afflige pas , ce ſeront les Monarques qui
auront à fouffrir , parce que tous les Empires
front fans deſſus deſſous.
f 4
( 128 )
Cuncii tamen mundi rurfum itunt atque deorum
In peria ,
Mais où fuir à préſent ! où chercher ce port
affuré contre le naufrage ! Il n'y en a plus, dit-on ,
puifque le monde entier doit tomber dans le
néant ? Cette derniere hitoire, quoique gazette,
vient de nous enlever une très-aimable Dame ,
qui par la crainte de ce terrible avenir , que ſon
époux avoit eu l'imprudence de lui expliquer ,
tellement été taifie d'effroi qu'elle a fuccombé à
la ſuite d'une couche prématurée.
a
Vous avouerez , Meſſieurs , que cela doit vous
rendre plus circonspects , & que de pareilles fottiſes,
loind'accréditer votre Mercure , devroient
le faire fupprimer. On est étonné avec raiſon
qu'un Gouvernement ſage , prudent & éclairé
n'empéche pas l'impulſion de choſes auſſi dangereuſes
, & que vous autres , Meſſieurs , qui
avouez de bonne foi que Guiſme cherche à ſe
procurer uneplace aux Petites- Maiſons , quoique
fon annonce ne ſoit que particuliere , vous alliez
la dévoiler aux yeux de tout un Royaume.
Ne m'en voulez pas , je vous prie , mondeſſein
n'eſt réellement pas de vous manquer , encore
moins de vous choquer ; mais j'ai cru bien faire
de vous obferver qu'il conviendroit beaucoup
mieux laiſſer du papier en blanc , que de le remplir
pour affecter une partie du monde , & la
laiffer dans une perſpective des plus cruelles .
Le C. de S.
Nous ſommes très - affligés d'avoir fait
mourir une Dame en couches , & de porter
le déſeſpoir dans le coeur de l'aimable fexe ,
dont en partie l'esprit n'est pas philofophe ;
pour prévenir les fauſſes couches , nous
donnerons un jour la liſte des fauffes
1 (129 )
prophéties ; en attendant, nous affurons A ,
le C. de S. que le port afſuré qu'il cherche
vainement , eſt dans une imagination plus
calme , dans l'art de difcerner des plaiſanteries
&dans celui den faire auprès du lit des
femmes en couches, qui croyent à l'Almanach
de Liege ou aux divinations des Aftrologues
Allemands.
Quoique la Lettre pſeudonyme ſur le moyen
d'atracher furement les Chevaux, ne mérite plus
d'attention depuis le dé aveu de la perſonne dont
ona pris la fignature ; cependant , vu le motif &
l'utilité de la réponſe inférée dans notre dernier
Journal , réponte qui nous parvint en même -
temps que le défaveu , nous avons cru devoir la
rendre publique, fans que l'Auteur puiffe s'offenfer
qu'on ait laiflé fubfifter fon nom , attendu que
perfonne n'eſt à l'abri d'une pareille ſurpriſe.
L'Académie Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , a tenu , le 5 de ce mois , ſa Séance
publique.
M. Ducier a ouvert la Séance par l'Eloge hif
torique de M. Bignon , Académicien honoraire ,
après lequel on a lu les Mémoires ſuivans .
1º. Mémoire fur l'origine & le caractere des
Joix anciennes de la principauté de Galies, par
M. Houard.
2º. Mémoire ſur quelques événemens del'Hifcoire
des Arabes avant Mahomet , par M. Silveſtre
de Sacy.
3°. Mémoire ſur le récit des Hiſtoriens anciens
& modernes au ſujet de l'avénement de
Hugues Capet au trône , par Dom Porier.
-4°. Mémoire dans lequel on examine quello
fut l'origine & l emploi des Méhilles chez les
Romains , par M. l'Abbé Mongez
f5
( 130 )
1
5°. Differtation ſur les Etrangers domiciliés
à Athènes , par M. le Biron de Sainte-Croix .
Jean Jofeph -Paul-Antoine de Trémaléty
, Duc de Montpelat, Baron de Montmaur
, Piegon , Rochebrune , &c. Chevalier
d'honneur de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem , & Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
blanc de Pologne , eſt mort à Paris ,
le 24 du mois dernier , âgé de 69 ans.
Aymard - Jean Nicolay , Marquis de
Gouſſainville , Seigneur c.'Ofny , d'Yvors &
autres lieux , Conſeiller du Roi en ſes Conſeils
d'Etat & privé , Premier Préfident ho
noraire de la Chambre des Comptes , eſt
*mort ici , le 27 du mois dernier .
Charles-Paul Sigifmond Montmorency-
Luxembourg , Duc de Boutteville , Premier
Baron& premier Baron Chrétien de France,
Lieutenant général des Armées du Roi , est
mort à Paris , le 26 Mars.
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 10 Avril.
Le Conſeil d'Utrecht a repris de la vigueur
, comme on en peut juger par ſes
- dernieres réſolutions . Il a caffé celle du JI
Mars arrachée par la force , qui annulloit
l'élection de M. Sigterman , nouveau membre
du Conſeil: mais on a décidé de furſeoir
à ſon inſtallation. D'après cela les 19
Conſeillers qui avoient donné leurs démiſfions
, ſe ſont rendus aux inſtances de leurs
(131 )
Confreres & des Etats , & même de la
Bourgeoiſie, très embarrallée de ſes procédés
, & ces Magiſtrats ont repris leurs places ,
juſqu'au terme de leurs commiffions, Pour
applaner les obftacles au retour de la concorde,
M. Sigterman ſe conformant à fa
conduite paffée , a ex affez de ſageſle &
de patriotiſme pour déclarer qu'il étoit fatisfait
, & qu'il refuſoit ſon election.
Les 19 Régens rentrés en fonctions, ayant
enſuite expoſé à leur Compagnie les motifs
de leur premiere démarche , fondée ſur
la tyrannie populaire exercée contre la liberté
des délibérations , il fut réſolu de
mettre cette liberté à couvert pour l'avenir
, en ſtatuant , 1 ° . De ne confentir à aucune
aſſemblée extraordinaire de la Bourgeoifie
: 2º. De n'admettre aucune de ſes
députations ; 3 °. De diffondre l'affemblée
du Confeil au premier attroupement près
de l'hôtel -de -ville ; 4°. De recommander
à la Justice une enquête ſérieuſe contre les
auteurs des derniers mouvemens. A la fuire
de ſes réſolutions , la Régence a fait pub'ier
un placard contre les attroupemens , difcours
féditieux , aſſemblées populaires , &c.
Cette publication , qui fait connoître l'étendue
du danger auquel on travaille
tard à remédier , porte entr'autres .
Que LL. NN. VV. trouvent bon par la pré
fente , de défendre à un chacun , de la maniere la
plus rigoureuſe, de s'aſſembler , ou faire quelques
attroupemens dans les environ deda Maiſon
f6
(132 )
deVille& autres lieux , lorſque les Seigneurs
du Conſeil ou de la Juſtice doivent s'aſſembler ,
ou le ſont déjà , ainſi que d'y entrer par voie de
force&c. fous peine , contre ceux qui s'en rendroient
coupables , d'êtrearrêtés &punis ſuivant
T'exigencedu cas par corps , & même de la mort ,
fans diftincttion de perſonne , comme perturbateurs
du repos public. Défendent en outre les Seigneurs
de la Juſtice à tous teneurs de logemens ,
Maîtres de Cafés , Aubergittes , & tous ceux qui
vendent des liqueurs fortes ; biere , &c. de permettre
& recevoir dans leurs maiſons aucunes perfonnes
qu'ils favent avoir deſſeins tendant à l'in.
terruption de la tranquillité publique , ou au mépris
de l'autorité du Magiftrat : défendant außi
par la préſente toute aſſemblée quelconque, dans
quelque lien que ce puiffe être, fous peine pour
ceuxqui les auront permifes chez eux , comme
Aubergifles , Maîtres de Cafés , & c . ou ceux qui
s'y feront affemblés, d'être punis rigoureuſement,
ainſi qu'il fera jugé convenable , ſuivant l'exigencedes
cas.
LL. NN. VV. défendent encore par la préfente
à qui que ce ſoit de faire affembler des
Compagnies bourgeoiſes , ſoit en entier foit en
partie , armées ou non armées , dans les Eglifes &
autres bâtimens publics , on places , fans ordre
exprès des Capitaines reſpectifs de ces Compagnies,
& fans leur préſence & celle des autres
Officiers , à l'exception des cas fixéspar l'Ordonnance
à l'égard du feu , fous peine pour ceux qui
s'enrendront coupables, d'être condamnés, outte
la correction arbitraire , à une amende de 150 8 .
en faveur de la caiſſe militaire de la Bourgeoisie.
LL. NN. VV . ayant , par un zele fincere pour le
bien de cette Ville , & pour maintenir dans les
circonftances crisiques actuelles le bon ordre &le
1
( 133 )
repos fi hautement néceſſaires ,jugé convenable
de rappeller à la bonne Bourgeoisie d'Utrecht
ſon devoir folemnellement juré , & de rappeller
aux Bourgeois , dans la préſente , la promeffe
compriſe dans leur ferment , par laquelle chacun
devenant Bourgeois , s'engage ſolemnellement ,
pour ſoi-même & pour ſes detcendans , pour auffi
long- temps qu'il appartient au corps de la Bourgeoiſie
, avec invocation du Tout-Puiffant , comme
témoin : « qu'il ſera fidele & attaché aux Ма-
>>>giſtrats ou Conſeil de la Ville d'Utrecht , com-
>>>meà ſon légitime Supérieur , qu'il les refpec-
>>>tera , leur obéira & les ſoutiendra comme il
>> convient ; qu'il aidera à effectuer , executer &
maintenir toutes les Ordonnances faites ou à
>> faire pour le bien être de la Ville , qu'il ne
ſe rendra , ni ne contribuera à aucune affem-
>>>blée illicite , dans laquelle il ſe trameroit quel-
>> que choſe contre ledit Magiftrat & Régence
>> légitime: mais que dès qu'il en aura connoif-
>> ſance , il en donnera avis audit Magiftrat, &
>>>s'oppoſera de tout (on pouvoir à toutes telles
actions , deffeins & affemblées . >> --Enfin les
Seigneurs de la Juſtice ontjugé néceſſaire , vu
que juſqu'ici on n'a pu découvrir les premiers
inſtigateurs & moteurs des ſuſdits mouvemens tumultueux
du 11 Mars dernier , de promettre une
prime de cent ducatons d'argent , payables par le
Treforier de cette Ville , a celui pu ceux qui
pourront découvrir un ou plus dels moteurs ,
de maniere qu'il puiffe être livré à la Justice &
être convaincu du crime , & que le nom du dénonciateur
ſera tenu ſecret , s'il l'exige .
Il eſtune maxime ſacrée pour tout homme
d'honneur ,& qui devroit l'être pour chaque
Ecrivain , c'eſt que toute accufation non
prouvée doit être cenſée nulle ; à plus forte
1
(134)
taifon, lorſqu'elle implique des abſurdités
& des invra femblances propres à révolter
tous les gens de fang froid , & qu'elle est
envenimée par le tanatiſme politique qui
remplace aujourd'hui en Europe le fanatifme
de religion. Ces motifs ont dû faire
rejetter , juſqu'à la démonftration , les ſoupçons
d'un complot tramé par le Duc Louis
de Brunswich pour livrer Maeftricht à l'Empereur
, fans doute de moitié dans la cont
piration. Il étoit néceſſaire & naturel que
les Etats Généraux fiſſent des recherches
pour découvrir la vérité ; dans ce but , ils ont
envoyé à Maestricht , un Avocat Fifcal ,
chargé d'approfondir le myſtere de la trahifon
ou de la calomnie. Cet Officier a fait
arrêter le fieur van der Stype , Subſtitut du
GrandBailli , prévena de correſpondre avec
Aix-la-Chappelle ; on lui a donné les arrêts
dans fa maiſon où il eſt gardé par un
détachement militaire , & aufitôt les gazettes
n'ont pas manqué d'appeller cet acte
une découverte , & de publier la Lettre
ſuivante que l'une d'elles ſe fait écrire ſous
la date de la Haye.
>> Les Partiſans du Duc Louis de Brunswich ,
& en général tous les partis contraires aux intérêts
de la République , ont été confondus à Par
rivée de la réponſe que S M. le roi de Prufſe
a faite à la lettre que les Erats Généraux lei
avoient écrite , relativement à l'affaire communiquée
par M. le Rhingrave de Sa'm. Ceме
réponſe affirme , que S. M. en a parlé au Comte
:
( 135 )
a
fus-nommé , qu'il y a par conféquent lieu à des
recherches fur ce ſujet : mais que le Roi auroit
defiré que ſon nom n'eût point été compromis
dans cette affaire , érant fort éloigné de ſe porter
pour accuſateur , & furtout dans une choſe
qui n'eſt point encore éclaircie. Cette réponie
enprouvant fans réplique, que les ſcupçons conçus
n'étoient point abſolument illutoires ,
démonté tout le parti , qui triomphot déjà des
prétendues vifions du Rhingrave: Mais il a été
tout-à-fait anéré par les nouvelles véritablement
alarmantes , reçues de Maestricht , dont voici le
précis. D'après les opérations de M. l'Avocat-
Fifcal Tulling , on a arrêté le Vice-Bailli ou
Subſtitut du grand-Bailli de ladite ville , nommé
van der Sylpe : l'on a fait la ſaiſie de tous ſes
papiers , & l'on y a trouvé trente lettres du Duc
Louis de Brunswich : plufieurs font chiffrées ;
& l'on est maintenant occupé à examiner ſérieuſement
, & comme il convient , tout le con .
tenu decette correſpondance , qui pour le moins
eſt ſuſpecte. L'on regrette beaucoup aujourd'hui
qu'en ſe preſſant trop tôt de parler en public
de cette affaire, l'on ait donné le tems aux coupables
( s'il y en a en effet , comme il paroît
probable ) de prendre leur meſures , & de ſorftraire
à la vigilance du miniſtere public les
preuves qui pourroient les convaincre. Un événement
auſſi étonnant met ici tout le monde
en ſuſpens : on craint même de parler , tant il
paroît de noirceur & d'odieux dans toute cette
trame.Au reſte la découverte de cette correſpondance
, qu'on ne peut plus nier aujourd'hui ,
donne un beau relief à la lettre , inférée il y a
quelques ſemaines dans la Gazette Hollandaiſe
de Maestricht & dans plufieurs autres , avec une
affectation d'autant plus ridicule , que cette piece
( 136 )
étoit de tout point dénuée de ſens commun , &
très - injurieuſe même pour ceux au nom de qui
elle paroît avoir été faite. Une affaire auffi inquiétante
par ſa nature , puiſqu'il s'agit d'un
attentat plus ou moins prouvé contre une poffeffion
auffi précieuſe de la république , occupe
la plus vive attention deleurs Hautes-Puiſſances
&aura fûrement des ſuites aufſſi ſérieuſes , que
l'occaſion l'exige .
Les eſprits tranquilles obſervent là-deflus,
qu'au lieude 30 lettres du DucdeBunswick,
il pourra s'en trouver mille à Maestricht ,
&la calomnie exiſter encore dans toute fa
noirceur ; que ſi l'on doit faire un procès
criminel à tous ceux qui correſpondent avec
ce Duc , cette enquête pourra aller fort loin;
enfin , que puiſqu'on ne cite pas un mot
de ces correfpondances qui tendent à juftifier
le fait en queſtion , il faut qu'elles
foient bien innocentes : au reſte , le tems
découvrira le voile & cette époque n'eſt
pas éloignée.
On parle de transférer ici M. Van Slype
pour l'interroger plus particulierement : ce
Magiſtrat eſt dans la plus parfaite fécurité ;
lui-même a remis toutes ſes lettres à l'Avocat
Fifcal de la République , & ne paroît
nullement intimidé de ces recherches.
Cette fermeré de l'innocence a tellement
déconcerté les eſprits violens , qu'ils font
réduits à la reſſource de faire croire que les
coupables ont éré avertis , qu'ils ont eu le
temps le se mettre en garde, que la preuve
échapera par leur adrefſe; argument avec le
( 137 )
quel on eft toujours sûr de déshonorer l'in
nocence, lorſqu'on n'a pu parvenir à la per
drejuridiquement.
Il y a eu ces jours derniers trois affemblées
extraordinaires des Etats Généraux ,
& des Etats de Hollande , à l'occafion defquelles
, la Gazette, d'Amſterdam contient
le paragraphe ſuivant.
On affure qu'il eſt queſtion d'examiner les dépèches
d'un courier arrivé hier de Paris ſur le
différend connu avec S. M. l'Empereur , il auroit
été , dit on , infinué à L. H. P. , que leur derniere
réponſe à l'ultimatum impérial n'étant pas
ſufiſante pour fatisfaire l'Empereur , ils doivent
opter entre un ſacrifice plus grand ou la guerre.
On ajoute que juſqu'à préſent il n'auroit encore
rien tranſpiré de leurs diſpoſitions , finon
que juſqu'à préſent les Députés des diverſes Provincesn'avoient
eu de leurs Commettans d'autres
inſtructions que de ſe refuſer à toutes les
prétentions Impériales. Mais que comme il s'agifſoitpofitivement
deguerre , ils ne pouvoient
donner aucune réponſe , avant que d'avoir conſulté
de nouveau les Provinces. En attendant ,
on aſſure que l'on ſeroit aſſez généralement difpoſé
à riſquer une campagne , plutôt que de
condeſcendre à des conditions qui ne fauroient
être plus onéreuſes , quand même on y auroit
dudéſavantage.
Quoique l'opinion la plus générale ſoit
pour la paix , on parle de former deux camps ,
l'un vers Bois-le- Duc . l'autre vers Berop
- Zoom . M. le Comte de Maillebois travaille
journellement avec le Stathouder &
les principaux membres du Gouvernement.
( 138 )
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 16 Avril.
Une lettre de Liége , du 28 Mars , contient
ce qui ſuir.
Le Princede Heſſe, Gouverneur de Maestricht
vient demain rendre une forte d'hommage à
notre Prince qui eſt Coſouverain de cette ville.
Il dinera à la Cour , & retournera après ſon
diner à ſon gouvernement . Autrefois le gouverneur
de Maestricht venoit prêter à notre Prince
pour lui & fa garniſon le ſerment de fidélité ;
mais nos Etats n'ayant peint voulu , ſous le regne
de George Louis , continuer au Gouverneur les
fix cens écus d'appointement qu'on lui avoit donnés
juſqu'alors ,les Erats Generaux faifirent cette
occaſion de pouvoir diſpenſer le gouverneur de
la preſtation du ſferment. Depuis cette époque, qui
rappelle une fi étrange économie , la choſe eſt
demeurée dans cet état ; ce qui ne preſcrit
pas néanmoins contre les droits de la Principauté
, qu'il feroit bien aité de remettre en
vigueur.
Le troifieme bataillon du Régiment de
Ligne paſſe de Lier à Bruges , & le troiſieme
bataillon de Vierfetà Oftende, quoique cene
derniere place foit couverte de fortes batteries
, tant du côté de terre que du côté de
mer.
Le Prince de Ligne fe rendit , le 27 de ce
mois , vers les poftes avancés des po'ders & des
forts de l'Escaut. Delà il députa à Lillo un de
ſes Officiers , qui fut reçu près des paliſſades
avec de grands témoignages d'amitié. Le Commandant
de Lillo lui dit que c'étoit par ordre
( 139 )
:
qu'il failoit écouler les eaux falées des Polders ,
afin de purger l'air & de prévenir les fuites fåcheuſes
qui auroient pu réſulter del'état de ſtagnation
de ces eaux infalubres. On croit même que
les Hollandois en ont déjà reffenti dans leurs
forts les effets pernicieux; & c'eſt une des raiſons
qui ont donné li u à cet écoulement : on fait en
outre qu'ils veulent par-là fe faciliter les moyens
d'étendre les ouvrages avancés deſdits forts ; ce
qui s'exécute, di-ton déjà , ſelon le plan d'un
Ingénieur , qui en a reçu l'ordre par un courier :
c'eſt vraiſemblablement par celui qui a paflé par
ici le 26.
On redouble d'activité à Luxembourg ,
pour porter l'artillerie de l'arſenal fur les
remparts , pour réparer les fortifications , &
pour tranſporter les poudres dans la ville.
On y attend de nouveaux magafins de comeſtibles.
Le corps franc de Stein a reçu ſes
munitions ces jours derniers ,& le régiment
de Latterman ſa groſſe artillerie. On parle
d'ajouter quelques bastions à cette place ,
pour la rendre inexpugnable. A Malines &
dans les autres villes du Brabant on continue
les amas de munitions de toute eſpece , &
les Hollandois viennent de conclure à Liege
un marché pour 40 mille bombes.
Il paroît un plan attribué à M. de Brou ,
Ingénieur diftingué de Vienne , par lequel
il propoſe de prendre Maſtricht dans fon
état actuel , avec 28000 hommes. Voici le
précis de ce projet aſſez extraordinaire.
S. A. R. le Duc de Saxe- Teſchen , ayant fous
ſes ordres les Comtes de Wenzel , Lieutenant-
1
( 140 )
Général , & d'Harach Général Major , ſe portera
de Tongres à Smermaes au- deſſous de Maftricht
, quatre compagnies de Fufiliers occuperont
le château d'Opharan , poſte eſſentiel pour
protéger la conſtruction d'un pont. Les diviſions
d'Alton & de Stader camperont fur deux lignes
derriere le ruiſſeau de Lonacken ; la droite à
Smermaes , & la gauche vers le hameau de Confeld.
La cavalerie ſera placée à la gauche de
Kinfanterie , à l'exception de quelques corps ,
qui feront mis du côté de Keſſel & de Montenaken
, pour marquer les poſtes de Notre-Dame
&de Tongres. Le parc de l'artillerie ſera étabi,
partie vers Smermaes & partie vers Feltuaiſen ;
le quartier- général fera placé à Peterſem &
Lonacken.
On mettra un demi bataillon dans Tirlemont,
-un dans Saint Trond & un dans Biſen. L'objet
de ces poſtes eſt d'aſſurer la communication de
Louvain avec l'armée. Un corps de Houſſards
fera logé dans le village & le château de Reikem.
Le Comte de Rulam ſe portera devant le fort
Saint Pierre avec quatre bataillons , & fept efcadrons
, & achevera d'inveſtir Maſtricht par la
rive gauche de la Meuſe. Le Duc d'Urſet , pour
en former l'inveſtiſſement par la rive droite , appuyera
ſa gauche au-deffus d'Opharen , & fera
élever deux redoures ſur la Haute-Meufe , entre
le moulinde Gronsfeld & le Camp; l'autre entre
lemoulin & le pont établi. Ces deux redoutes
doivent empêcher les parties de la vil'e de ſe
gliſſer le long de la Haute- Meute , & d'inquiérer
les ir upes quiy feront campées , en
que les Hollandois vouluffent faire quelqus
'mouvement pour ſecourir Maſtricht ; il leur feroit
impoſſible de marcher aux affiégeans par la
rive droite de la Meuſe : On établira la ligne de
cas
(141 ).
1
défenſe derriere le quiſteau de Tonacken. Cette
ligne fera formée de vingt- trois redoutes ; chacune
contiendra un demi-bataillon avec quatre
pieces de canons : elle aura fon chemin couvert
paliffadé , & la cuve de ſon foflé très- profonde
&parſemée des puits. Le poſte des Dragons ſera
pris du moulin de Mopertingen , avec ordre de
mettre pied a terre , & de ſe jetter dans le village
ſi le cas l'exige. La cavalerie ſera derriere
l'infanterie fur pluſieurs lignes. On attaquera
Maſtricht par les deux côtés de la Baffe-Meuſe :
la tranchée ſera ouverte par fix mille travailleurs
, dont quatre mille exécuteront , s'il eſt
poſſible , à la grande attaque deux mille toiſes
de parallele , & douze cens toiſes de communication:
les deux molle autres feront à l'attaque
de Wyck cinq cens toiſes de parallele , & quatre
cens de communication : l'attaque de la droite
appuyera ſa gauche à la Meuſe : ſa droite ſera
portée ſur lahauteur , proche le chemin de Tongres;
cette droite n'ayant aucun appui , on la for
mera par une redoute.
Moyennant ces difpofitions ,& soo bouches
à feu , l'ingénieur promet d'entrer dans
Matricht , après 40 jours de tranchée ouverte.
Articles divers tirés des Papiers ango's& autres.
M. le Chevalier Keith , Ambaſſadeur d'Angleterre
, s'abouche très souvent avec le Prince de
Kaunitz ; & nous croyons pouvoir avancer avec
quelqu fondemet , qu'il s'agit d'une alliance
estre la Courde Vienne , celles de Ruffie & d'Angleterre
; quoique cette derniere Puiffance aitparu
juſqu'à préſent vouloir garder une exacte neutra
( 142 )
lisé. Cependant toutes ces opérations politiques
ſe paſſent de la maniere la plus ſecrette. ( Nouv.
d'All. 58. )
M. Pilatre de Rofier , qui combat depuis longtems
contre les vents pour conſerver ſonBallon ,
afin de tenter le paſſage affez difficile , de France
en Angleterre , éprouve un autre fléau non moins
redoutable : à chaque inſtant , le Ballon court les
riſques d'étre dévoré par les Ruts! pour écarter la
multitude de ces animaux , qu'attire l'odeur des
gomunes dont leBallon eft enduit , on est obligé
de leur faire continuellement la chaſſe, ſoit avec
des chats , ſoit avec des tambours .
Il y a quelques jours que le vent paroiffant favorable
, on tira , dès le matin , un coup de canon
pour premier ſignal ; les ouvriers préparerent tout
pour le départ : les ſpectateurs arriverent en foule
pour être témoins ;on lança le Ballon précurſeur ;
mais le vent changea tout- à- coup , & M. Pilatre
reſta ; le petit aëretat , balorté pendant7 heures,
eft allé tomber à 6 lieues d'ici , près de la côte.
Ces contre- tems déſeſperent M. Pilatre qui , fans
étre ſur mer, eſt devenu le jouet des vents. ( Nouv.
d'All. idem . )
Le Chevalier James Harris , depuis ſon retour
à Londres , a eu deux entretiens avec le Baron de
Lynden , Miniftre-Plenipotentiaire de Hollande à
notre Cour, Cette circonstance fait préſumer que
la Grande - Bretagne prend un plus vif intérêt
qu'on ne l'imagine, à la querelle préſente entre
l'Empereur & ia Hoilande.
Il s'est tenu hier chez le Marquis de Carmarthenune
affemblée de la plupart des Miniſtres , &
il a été expédié enſuite un courier à Windfor , où
ſe trouve Sa Majeſte.
( 143 )
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Parlement de Paris , Grand-Chambre-Enfant
de Fille publique , resté à la charge de ja mere .
Qu'une fille ſéduite par des promeſſes de mariage
, reclame des dommages & intérêts , & demande
que le pere ſoit tenu d'aſſurer des alimens
au fruit malheureux de le féduction ; la Juſtice ,
en ce cas , écoute favorablement les plaintes
d'une mere , ſouvent plus à plaindre que coupable
, & pourvoit à la ſubſiſtance de fon enfant ,
en fixant néanmoins le dédommagement ſelon la
qualité des Parties ; mais lorſqu'une fille livrée àla
proſtitution , forme des demandes pour ſecourir
le fruit honteux de ſon libertinage , contre
celui qu'elle eſtime le plus en état de répondre
des condamnations qu'elle ſollicite ; alors les Juges
ne pouvant déméler quel eſt le véritable
pere, laffent à la mere la charge de l'enfant.-
La fille R ... nous offie dans cette Caufe lexemple
d'une fécondité peu commune. Elle a eu
quatorze enfans de quatorze peres différens.
Chaque fois qu'elle devenoit mere , elle marchandoit
avec celui à qui elle accordoit l'honneur
de la paternité, ſur le prix du déſiſtement
de ſon action en dommages & intérêts : prix qui
évoit plus ou moins contidérable , ſelon la qualité
&la fortune de celui à qui elle s'adreſſoir.-
En 1768 , la R.... eft accouchée d'une fille ,
qu'elle atribua à un ſieur Au ... , qu'elle fit déclarer
pere de l'enfant ſur l'extrait de Baptême.
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne .
ment eft de is liv. par an, chez M. Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 144 )
*
Elle avoit tranfigé à cette époque avec le ſieur
Au... à une ſomme de vingt-cinq louis , pour
ſe défifler de l'action dont elle le menaçoit. Le
fieur Au ... mourut en 1771 ; la fille R...
ayant été inſtruite que ce particulier laiſſoit une
fucceffion opulente , forma ſous le nom de la
prétendue fille naturelle du ſieur Au ... une demande
contre ſa ſucceſſion,afin de la charger
de la nourriture , entretien & éducation de l'enfant.
Les héritiers & légataires univerſels ont eu
la bonté d'accepter cette charge. La fille parvenue
à l'âge d'apprendre un métier , & après avoir
fait la premiere Communion , a été mise en apprentiſſage
chez une Maîtreffe Conturiere. La
mere voyant l'apprentiffage fur le point de finir ,
a formé ſous le nom de la fille , contre la fuccefſion
du ſieur Au ... une nouvelle demande en
condamnation d'une penſion alimentaire de 1500
liv. Les héritiers n'ont pas été cette fois fi complaiſans
qu'en 1771 ; ils ont défendu à cette demande.
La Sentence du Châtelet a débouté
la fille R ... de toutes ſes demandes; & l'Arrêt
du 4 Septembre 1782 , conforme aux conclufions
de M. l'Avocat Général Seguier , en confirmant
la Sentence , a ordonné : qu'attendu le
danger qu'il y avoit pour une fille de quatorze
ans , de fréquenter une fille de ſi mauvaiſe vie ,
que défenſes fuſſent faites à la Couturiere de
laiſſer ſortir la fille Au ... qu'elle avoit en apprentiſſage
, pour voir la fille R ... , ſa mere ,
&ade plus requis contre cette derniere la condamnation
de 15 liv. d'aumone pour les pauvreş
de la Conciergerie , pour raiſon des cinq enfans
dont elle étoit accouchée , & dont les extraits de
baptême étoient rapportés.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 AVRIL 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
AMadame DE ** , fur son départ pour
la Provence.
TuU
vas revoir les champs de l'antique Provence ,
Ces champs où le commerce, ami de l'abondance ,
Appelle l'Étranger des bouts de l'Univers ;
Où, ſenſibles à la cadence .
NosTroubadoursgalans chantoient ces premiersvers,
Enfans d'une aimable indolence.
Que ne puis- je , guidé par les mêmes deſtins ,
Contempler avec toi ces campagnes riantes ,
Ces orangers en fleurs , les cieux toujours ſercins ,
Ces plaines odoriférantes ,
Ces arbres que Minerve a plantés de ſes mains,
Et ces plaiſirs naïfs , ces danſes innocentes ,
Nº. 17 , 23 Avril 1785. G
:
146 MERCURE
Heureux amuſemens des tranquilles humains !
Que ne puis- je te ſuivre en ces douces retraites ,
M'enivrer des plaiſirs qui naiſſent ſous tes pas !
Chère Élife .
1 Je verrois chaque jour rajeunir tes appas .
Mais ſoumis en naiſſant aux loix de la fortune ,
Il nous faut obéir à ſa voix importune :
En vain le malheureux eſpère la fléchir ,
Elle eſt ſoarde à nos pleurs , & ſe rit d'un ſoupir;
ce monſtre arme d'un glaive ,
....
Marchant ſur les débris des trônes abattus ,
D'un coup imprévu nous enlève
Et les plaiſirs & les vertus.
Eh quoi ! mes yeux fixés ſur les beaux yeux que
j'aime ,
Ne verſeront donc plus ces pleurs , ces tendres pleurs
Qui de l'amour heureux font le charme ſuprême ?
Tout mortel , je le vois , eſt né pour les douleurs.
Quand le ciel , du chaos rappelant la lumière ,
De l'homme ſur ce globe eut marqué la carrière ,
L
Il voulut qu'enchaîné dès l'inſtant du berceau ,
Il trainât ſans pâlir ſes fers juſqu'au tombeau,
Sachons fléchir tous deux ſous ſa main rigoureuſe ;
Mais toi , dont les deſtins ſeront moins inconftans ,
Jettetoujours des fleurs ſur les traces du temps :
Mes jours feront trop beaux ſi ta vie eft heureuſe.
(ParM. le Chevalier du Puy- des- Iflets
Chevau-Léger. ) .
DE FRANCE. 147
LES REGRETS DU PREMIER AGE ,
Romance.
AIR : Félicité passée.
BEEAAUU ſongedel'enfance ,
Quelle étoit ta douceur !
L'âge de l'innocence
Eſt celui du bonheur.
Félicité paſſée ,
Qui ne peux revenir ,
Tourment de ina penſée ,
Que n'ai-je en te perdant , perdu le ſouvenir!
C'est alors qu'on ignore
Les criminels penchans ,
Et qu'on n'a point encore
Pleuré ſur les méchans.
Félicité paſſée , &c.
Vous , dont lamain légère
Ofe nous éclairer ,
De l'erreur la plus chère
Pourquoi donc nous tirer ?
Félicité paſſée , &c.
Dès qu'on voit ſans nuage
Votre fauſſe grandeur ,
1
F って
Gi
148 MERCURE
A cette affreufe image
On ſent mourir ſon coeur.
Félicité paffée , & c .
LUMIÈRE qui m'accables ,
Tu ravis à mes yeux
Les preſtiges aimables
Accordés par les Dieux.
Félicité paſſée , &c.
J'AI donc perdu tes charmes ,
O céleste bandeau !
Puiſſent du moins mes larmes
Obſcurcir le flambeau.
Félicité paſſée ,
Qui ne peux revenir ;
Tourment de ma penſée ,
Que n'ai je en te perdant , perdu le ſouvenir !
(ParMme la Comteſſe de Beauharnois. )
LA VÉRITÉ ET L'ENVIE ,
Fable Allégorique.
LA
A Vérité franche , mais indulgente ,
Vint s'établir en imprudente
Dans une brillante Cité,
Dontje tairai le nom. A cette Déïté
Onvint faire ſa cour ; pour réuſſir à plaire ,
DE
149
FRANCE.
Elle ne montra point ce front trifte & ſévère
Que l'amour-propre épouvanté ,
Redoute& fuit. A l'honnête étrangère
Tout promettoit la paix & la tranquillité ,
Quand ſa plus cruelle ennemie ,
La lâche , l'odieuſe Envie ,
Près d'elle agita ſes ſerpens.
Ses Miniſtres , vils & rampans ,
Enveloppés d'un voile ſombre ,
La cherchent , lui portent dans l'ombre
Mille coups , dont pas un n'atteint
L'auguſte & paiſible Déeſſe.
Trompés dans leurs projets , honteux de leur baffefſe,
Ils ſemblent héſiter ; mais l'orgueil les contraint
Aſuivre leur noire entrepriſe.
Ontient conſeil , on ſe diviſe ,
On ſe rallie.... Enfin , qui triompha ? ....
La Vérité n'en parut que plus belle :
Chacun , des envieux , mépriſa la féquelle ,
Et l'Envie en fureur ſous le maſque étouffa.
( Par M. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
des Maréchaux de France. )
:
Glij
150 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Chardon ; celui
de l'énigme eſt Bougie; celui du Logogryphe
eſt Logogryphe , où l'on trouve loge,
lyre,orge,horloge , or role, pore , gorge.
CHARADE.
EN
ontrouve menpremier ; Nmuſique aisément
Mon ſeconddans un fiège eſt craint de tout Guerrier ;
Un fléau redoutable annonce mon entier.
(ParM. Robert des Roches .
deFontenay-le-Comte. )
ÉNIGMБ.
SOUVENT OUVENT US mortel amoureux
Me charge d'exprimer les tourmens qu'il endure ;
Souvent j'ajoute à la parure
De l'aimable objet de ſes feux.
De la légèreté , ſymbolique peinture ,
Je ſuis néceſſaire en tous lieux ;
De mes traits quelquefois on reffent la bleffure ;
Mais d'un ſeul trait auſſi je puis faire un heureux.
:
(ParM. H. F. )
DE FRANCE.
151
1
LOGOGRYP Η Ε.
Jeſuis , cher Lecteur ,tour-a-tour
Et temple de la Haine &temple de l'Amour.
Sans être oiſeau je vis dans une cage
Que j'ai conſtruit moi-même en mon bas-âge,
Et que j'entretiens chaque jour.
Eſt-on amant , on parle mon langage
Eſt- on époux , il eſt bien peu d'uſage :
Il eſt proſcrit , dit-on , en Cour.
Si par hafard on m'analyſe ,
En mes cinq pieds on trouvera
Ce qu'on montre quand on s'en va ;
Ce que voudroit avoir maint & maint Clerc d'Égliſe;
Un lieu ſanscouverture & renfermé de murs ;
Un léger mal fréquent chez la coquette ;
Ce qui porte le chef; undes corps les plus durs ;
Ce qu'on demande en payant une dette ;
Une plante qui ſert dans les pâles couleurs ;
Ce que font les dindons auprès de leur poulette;
L'inſtrument muſical que portent les Chaſſeurs ;
Ceque promet la Médecine
Au malade qui ſe chagrine ;
L'endroit où l'on n'a pas , dit-on , un ſeul ami ;
Une pièce d'argent; la note entre ut & mi ,
Et ce métal moteur des cervelles humaines ,
Qui tient tout l'Univers aſſervi ſous ſes chaînes.
(Par le Docteur Lamarque , de S. Jean- d'Angely.)
Clure
Giv
FS2 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE des Éloges lûs dans les. Séances
publiques de la SociétéRoyalede Médecine ,
par M. Vicq d'Azyr , Secrétaire Perpétuel
de la Société. Quatrième Cahier. AParis ,
de l'Imprimerie de MONSIEUR. GAL
CE quatrième Cahier contient les Éloges
de MM. Fothergill , de Montigny , Duhamal
, Pringle ,Guillaume Hunter & Sanchez ,
& une notice plus courte ſur la Vie & les
Ouvrages de MM . Harmant , Butter & Vetillart
du Ribert. Preſque tous ces noms
font célèbres , & tous ſont ici dignement
célébrés. Ce Recueil d'Éloges devient de plus
en plus précieux , 1º . par le fond des choſes.
L'analyſe des Ouvrages des meilleurs Médecins
, l'expoſition de leurs découvertes ,
de leurs idées , de leurs conteftations , de
leurs erreurs même , forment une Hiſtoire
ſavante & intéreſſante de la Médecine. 2 .
Par la Philofophie douce , humaine , aimable
, pleine de grâces, ſouvent fine , ſouvent
profonde de l'Auteur. Nous en citerons pluſieurs
traits , & nous renverrons à l'Ouvrage
même pour ce qui concerne les notions médicinales
, qui ne pourroient que perdre à
DE FRANCE.
153
être trop abrégées. L'Auteur ſépare avec goût
la partie de ces notions , qui , ne demandant
qu'une expoſition courte & rapide , peut
entrer dans le texte , & celle qui , exigeant
des développemens , devoit être renvoyée
dans les notes , & par cette ſage diſpenſation,
il ſe ménage les moyens de faire à la
fois , pour les uns un Ouvrage ſavant , pour
les autres un Ouvrage agréable , pour tous
un Ouvrage utile .
M. Fothergill , Médecin Anglois , de la
Secte des Quakers , paroît avoir été diftingué
dès l'enfance par ſa ſenſibilité. « Si l'enfant
>> que vous obſervez , dit à ſon ſujet M.
Vicq d'Azyr , s'émeut au récit des belles
>> actions , ſi ſes yeux ſe baignent de pleurs
>> auprès des malheureux , ſi la peine ou la
>> joie de ſes proches s'étendent juſqu'à lui ,
» n'en doutez point, ſon âme éprouvera
- cette réaction , cette ſympathie , ſi pro-
> pres à diminuer le poids de nos chagrins ,
- qui s'affoibliſſent en ſe partageant , & à
>> multiplier nos plaiſirs , qui s'accroiffent
>> au contraire par la communication. »
Ce ſeul mot: Nos chagrins s'affoibliſſent
enſe partageant , nos plaisirs s'accroiſſent en
ſe communiquant, ſuffit pour faire fentir les
avantages de la ſociété , & fur-tout le prix
de l'amitié.
Ce fut cette ſenſibilité de M. Fothergill qui
lui fit choiſir l'état de Médecin, comme celui
où il auroit le plus d'occaſions de ſervir utilement
l'humanité. Il ſe dévoua tout entier au
Gv
154
MERCURE
foulagement des pauvres. « Si les fonctions
de Medecin ſont belles, c'eſt moins dans
les palais & parmi les grandeurs , où les
• motifs , ſoit apparens , ſoit réels de l'inté-
» rêt , ne laiffent aucune place à ceux de
» l'humanité , que dans la demeure étroite
•& mal ſaine du pauvre. Là , point de
> protecteur , point de cupidité; la renom-
>> mée n'approche point de ces aſyles : tout
>> s'y tait , hormis la douleur qui les fait &
ſouvent retentir de ſes ſanglots ; les victi-
» mes de la misère , celles de la maladie &
> de la mort,entaffees , confondues , yy of-
>> frent un tableau déchirant & terrible :
» c'eſt-là où il eſt poſſible de faire le bien ,
» où l'homme peut ſecourir l'homme ſans
concours , & même ſans témoins ; c'eſt-là
>> où ſe plaiſent la généroſité, la vraie bien-
>> faiſance , la tendre pitié; c'eſt-là où l'on
ود eſt sûr de trouver des larmes à eſſuyer,
>>des infortunés à plaindre. »
L'Auteur rend aux Médecins le témoignage
qu'aucun ordre de Citoyens ne remplit
ces devoirs auguſtes avec autant de zèle
&de courage.
En rendant compte des obſervations , des
découvertes faites en Médecine par M. Fothergill,
it examine s'il eſt vrai , comme tant
de gens le répètent au hasard , que cette
fcience ne faffe pas de progrès; & il conclud
qu'on a lieu d'être étonné , au contraire , de
Pimmenfité , de la mulitude des faits ,
DE FRANCE.
dont la Médecine s'eſt enrichie depuis Hippocrate.
M. Fothergill prenoit un véritable intérêt
àla ſanté de fes malades , &étoit inſtruit par
fon coeur de tous les ménagemens que leur
état exige.
" Peu d'hommes favent mourir , a dit la
>> Bruyère : ne pourroit - on pas ajouter qu'il
» y en amoins encore qui ſachent comment
>> la mort doit être traitée dans leurs ſem-
>> blabies ? Ces pleurs que l'on verfe avec
>> une forte d'empreſſement , ces fanglots
» que l'on étouffe avec bruit , tout cet ap-
>> pareil , que préſente-t'il , ſinon le tableau
>> d'une mort prochaine , mis ſous les yeux
>> de celui qui en eſt menacé ? Ne ſemble-t'il
>> pas que l'on cherche des applaudiſſemens
>> pour prix de ſes larmes , ſans tonger com-
ود bienelles ſont amères àcelui qui eneſt le
>> ſujet ? Dans ce moment , comme dans
>> tant d'autres , nous ne demandons qua
ود être trompés , pour être moins malheu-
>>> reux. Obſervez ce malade ; ſes yeux fui-
» vent les võttes pour y trouver de l'eſpérance.
Panfſez ſes bleſſures avec le même
" ſoin que s'il pouvoit être guéri...... & que
** le dernier regard de votre ami ſoit calme
>> & ſans effroi . "
M. Vicq d'Azyr vante , avec raiſon , l'utilitédes
tables dans lesquelles on fait mention
des causes de mort; it envie cet ufage à
l'Angleterre & à la Hollande ;il y a quelques-
unes de ces maladies que les familles
Gvj
156 MERCURE
croyent avoir intérêt de cacher ;& quel intérêt
encore , & quelle petite idée comparée
àl'intérêt général ! de quel droit s'efforceroiton
de voiler celui de tous nos inſtans qui
eſt le moins à nous ? L'homme en ſociété ne
naît ni ne meurt pour lui ſeul.
Un des projets de M. Fothergill avoit été
de proſcrire la traite des Nègres. Ce grand
crime des peuples commerçans , dit M.
Vicq d'Azyr , ne peut être détruit que par
les Souverains. M. Fothergill avoit prouvé
que les mêmes vûes de commerce & de culture
pouvoient être remplies , ſans qu'on
eût recours à cette reſſource inhumaine. La
canne à fucre , objet de la traite des nègres ,
eſt peut-être originaire d'Aſie & d'Afrique ,
au moins elle y croît de temps immémorial;
c'eſt delà qu'elle a été tranſportée en
Eſpagne , aux Iles Canaries , & enfin en
Amérique ; de ſorte que , par une combinaiſon
de circonftances fingulières l'avidité
Européenne a tranſporté à grands frais des
végétaux & des Colons étrangers dans le
nouveau Continent , au lieu d'employer les
uns& les autres dans celui qui leur étoit
propre. M. Fothergill propoſoit de rétablir
cet ordre , en faiſant cultiver la canne à ſuere
enAfrique.
Né le 8 Mars 1712 , il mourut le 26 Décembre
1780. Nous connoiffons peu d'épitaphes
auffi belles & auſſi fimples que celle
qui a été gravée fur fa tombe . Ci-git leDocsear
Fothergill, qui dépensa deux cent mille
DE FRANCE.
157
guinées pour lefoulagement des malheureux.
M. Mignot de Montigny , Tréſorier de
France , avoit voyagé utilement en Italie &
en Suiffe. Ses liaiſons avec M. Trudaine ,
dont le nom ſera toujours ſi cher aux Arts ,
lui fournirent l'occaſion de rendre les plus
grands ſervices à ſa Patrie. Pluſieurs manufactures
languiſſoient en France ; le Gouvernement
chargea M. de Montigny de les remettre
en activité . M. de Machault étoit alors
Contrôleur-Général. " On le compte parmi
>> le petit nombre d'hommes d'État qui ont,
ود dans leur retraite , deux grands motifs de
>> confolation , l'eſtime du peuple & leurs
>> vertus. Le Public eſt , pour les Miniſtres
>> qui ſurvivent à leurs fonctions,un juge fé-
ود vère , mais équitable , qui leur prononce
➤ d'avance l'arrêt de la poſtérité ; c'eſt pour
>> eux ſur-tout que la louange eſt permiſe ,
>> parce qu'elle n'eſt point intéreſſée. »
M. de Machault avoit donné à M. de
Montigny un Coopérateur utile , & qui eut
part avec lui à une révolution heureuſe qui
ſe fit dans le commerce & dans les Arts.
C'étoit M. Olker , Officier Anglois ; il avoit
été fait prifonnier à la bataille de Culloden ,
où il combattoit pour le Prince Édouard.
Mis à la tour de Londres avec un de ſes amis ,
M..March , il n'attendoit que la mort. Ils
trouvèrent le moyen de percer le mur de
leur prifon;M. Marchfortit le premier ; mais
l'ouverture étant trop étroite pour ſon ami ,
il eut le courage de rentrer dans ſa prifon
158 MERCURE
pour aider M. Olker à ſe ſauver ; ils vinrent
en France , & M. Olker ſe vengea de ſes
perfécuteurs, en révélant les ſecrets de leurs
Arts , dont la France profira. C'eſt dans l'Ouvrage
même qu'il faut voir le détail de tous
les tervices qu'ant rendus M. Olker & M. de
Montigny , des différentes branches d'induſtrie
qu'ils ont créées ou ranimées , des fabriques
dont ils ont perfectionné le mécaniſme
, &c.
M. de Montigny étoit d'un caractère doux
& tranquille , qui n'étoit pas fans fermeté.
Il mourut avec courage dans le cours d'une
maladie affez longue: ( c'étoit une hydropiſie
univerſelle ) il diſoit ſouvent à Mesdames
de Mellet & de Sabran , ſes nièces : Voilà
encore une bonne journée de paffée , grâce à
vos foins. Dans ſes derniers momens , il
exigea qu'elles fortiffent de ſon appartement:
Recevez mes derniers adieux, leur
dit-il , je fens qu'il est heure pour tout le
mondedefe retirer.
" Lemal dont il étoit atteint contribueit ,
>> par ſa nature , à rendre ſes ſouffrances
>> plus ſupportables. Dans les perſonnes
>>dont les ſenſations ſont yives & le ſang
>> allumé , le flambeau de la vie s'éteint en
>> s'agitant & en ſe conſutnant d'une ma-
>>> nière violente & précipitée : dans ceux
» au contraire d'une conſtitution froide ,
>> dont les fibres relâchées ſe pénètrent de
fucs & s'engorgent , fa flamme , comme
fuffoquée par les eaux qui l'environnent ,
DE FRANCE. 159
:
>> perd à chaque inſtant une partie de ſa
>> clarte , & difparoît enfin après avoir
> paſſe par toutes les nuances qui peuvent
>> exiſter entre la vie & la mort.
M. de Montigny eſt mort le 9 Mai 1782 .
Pour louer dignement M. Duhamel , il a
fallu le décompofer , il a fallu dire Téparément
tout ce qu'il a fait : 1º. en général
pour l'agriculture , & en particulier pour
les jardins , pour les champs , pour la conſervation
des grains , pour les arbres & les
forêts. 2°. Pour la Phyſique , & , en fubdiviſant
encore cet objet , pour la Phyſique
générale , la Chimie , l'Anatomie , la Médecine
, l'Hiſtoire des Arts , &c. 3 °. Pour
la Marine , & en particulier pour l'art de la
Corderie , l'art de la conſtruction des Vaiffeaux
, l'art de conſerver la ſanté des gens
de mer , l'art de la Pêche , &c. " J'ai recueilli
avec reſpect , dit ſon Hiftorien ,
les principales époques d'une vie auffi urilement
employée, &je me ſuis efforcé de
>> réunir en un ſeul foyer tous les rayons de
" fagloire. "
Le parallèle de M. Duhamel & de M. de
Denainvilliers , ſon frère, eft plein d'intérêt
&de vérité.
" Ces deux hommes , quoique d'un ca-
>> ractère très-différent , étoient néceſſaires
» à l'existence l'un de l'autre : le premier
>> partageoit fon temps & fon activité entre
" ſes travaux& ſes voyages. M. de Dermin
villiers concentroit dans ſaTerse fonnom
160 MERCURE
» & ſes plaiſirs; s'il travailloit , ce n'étoit
ود que pour ſonfrère , qu'il préféroit à tour ,
>>même à la gloire , puiſqu'il a fait pour
ود lui ce qu'il n'a jamais voulu entrepren-
>>dre pour elle. M. Duhamel apprenoit
>>avec joie que ſes vaſſaux étoient heureux ;
>>il applaudiſſoit , ſans ſe diſtraire de ſes
>> travaux , à tout ce qui pouvoit accroître
>> leur félicité ; mais M. de Denainvilliers en
>> étoit l'inſtrument ; il s'étoit réſervé le
>>plaifir & les détails de la bienfaiſance ,
> dont les réſultats ſuffiſoient à M. Duha-
» mel. C'étoit M. de Denainvilliers qui
>> diftribuoit les vêtemens aux pauvres au
» commencement de l'hiver , & qui les
>> nourriſſant dans la ſaiſon la plus rigou-
ود reuſe , leur donnoit quelques emplois
» pour leur faire croire qu'ils tenoient de ſa
>> juſtice ce qu'ils ne devoient qu'à ſa géné-
> roſité. M. Duhamel étoit affligé lorſqu'il
>> voyoit ſes cultivateurs , diviſés par la dif-
>> corde , conſommer le produit de leurs
>> moiſſons dans des procédures diſpen-
>> dieuſes ; mais c'étoit M. de Denainvilliers
>> qui jugeoit leurs querelles , & chacun
» d'eux avoit en lui un ami commun qui
>> rendoit leur accommodement facile. M.
» Duhamel joignoit ſans doute les qua-
>> lités du coeur à celles de l'eſprit ; mais ce
>> dernier étoit en lui le plus exercé : dans
- M. de Denainvilliers , le coeur l'étoit davantage.
L'un ſera célébré dans les faſtes des
• Sciences; l'autre a été chanté par un Poëte
DE FRANCE. 161
>>ſenſible , & ſon nom vivra dans les faſtes
ود de l'humanité. C'eſt de lui que Colardeau
a dit , dans une épître qu'il lui avoit
adreſſée :
: Nouveau Titus , aſſis ſur un trône de fleurs ,
Citoyen couronné , tu règnes ſur les coeurs .
Déjà n'entends-tu pas , au ſein de tes domaines
Ce peuple qui cultive & féconde tes plaines ,
Tranquille ſous les toits que tu viens d'achever ,
Bénir le bienfaiteur qui les fit élever ?
M. Duhamel n'étoit point un homme qui
ſe piquât de bons mots ni de réparties heureuſes
, mais les étourdis donnent quelque .
fois ſi beau jeu aux ſages , que ceux-ci ont
de la peine à ſe refuſer à l'occaſion. M. Duhamel
ayant été nommé Inſpecteur de la
Marine , rencontra un jeune Officier qui tâchoit
d'expliquer un phénomène , dont M.
Duhamel avoua ingénuement qu'il ignoroit
la cauſe. Le jeune homme lui demanda ironiquement
à quoi donc il ſervoit d'être de
l'Académie. Ony apprend, répartit M. Duhamel
, à ne parler que de ce que l'onfait.
Un Philoſophe , à qui un Empereur , ami
des Lettres , avoit donné une place Littéraire
importante , répondoit ſouvent aux queſtions
qu'on lui faiſoit : Je n'en fais rien , parce
que c'étoit un vrai Savant. Un ignorant lui
dit un jour : L'Empereur vous paye pour le
Savoir.-L'Empereur , répliqua le Philoſophe,
me paye pour ce que jefais ; s'il me
162 MERCURE
payoit pour ce que j'ignore, tous les tréfors
del'Empire n'y suffiroient pas.
M. Duhamel mourut dans le mois d'Août
1782 . :
On fait tout ce que M. Pringle , favant
Médecin Écoſſois , a fait pour la Médecine
des Hôpitaux & des Armées ; il donnoit
beaucoup à l'expérience , qui lui avoit beaucoup
donné. Lorſqu'il s'informoit dans le
couis de ſes voyages, de l'état de la Médecine
dans chaque pays , il demandoit , non
quelle méthode on ſuivoit , mais quels remèdes
on y employoit dans le traitement
des maladies. L'empyriſme lui paroiſſoit le
moyen le plus efficace pour l'avancementde
cette ſcience. Qu'il soit au moins raisonné
cet empyrisme,lui diſoit unde ſes eonfrères.
Le moins qu'il ſe pourra , répondit M. Pringle,
c'est en raifonnant que nous avons tout
gâté.
L'épitaphe ſuivante donne une juſte idée
des talens , des lumières & des vertus de M.
Pringle, lequel eſt mort le 18 Janvier 1782 .
M. S.
Viri egregii Joannis Pringle , Baronetti;
Quem exercitus Britannicus ,
Celfiffima Wallia Principeſſa ,
Regina Sereniffima ,
Ipfius deniqueRegis Majestas ,
Medicum fibi comprobavis ,
Experientiffimum , fagacem , frenuum :
DE FRANCE. 163
Quem , studiis Academicis Florentem
Edimburgenfes olim fui ,
In cathedra difciplina ethica dicatâ
Adhucjuvenem collocârunt :
Quem pofteà , atate ac fcientiâ provectum ,
Primùm perhonorifico ornavit pramio ,
Deindè adfummam apudſe dignitatem evexit
Societas Regia Londinenfis.
Qualisfuerit medendi artifex ,
Quali rerum comprehenfione praditus ,
Materiamfuam multiplicem
Quàmfeienter explicuerit & illuftraverit ,
Scripta viri doctiffimi teſtentur
PerEuropam omnem diſſeminata,
Necforis minùs quàm domi nota.
Quâ autem fide & integritate fuerit ,
Quàm veri tenax & inimicus fraudi ,
Quàm conftans fupremi numinis cultor ,
Ii quibufcum vixit , teftes funto.
L'Éloge de M. Guillaume Hunter , Préfident
de la Société de Médecine de Londres ,
intéreſſe particulièrement l'Anatomie & l'Art
des Accouchemens.
L'Éloge de M. Sanchez intéreſſe tout le
monde ; l'Auteur nous en á lui- même fourni
l'extrait dans ſon exorde , & nous ferions
ſcrupule d'en employer un autre. " Un hom-
» me , dit-il , d'une conſtitution foible &
» délicate , preſque toujours fouffrant , d'un
A
164 MERCURE
- caractère timide & doux , qui , plein d'ar-
> deur pour l'étude , n'a aucun defir de la
» célébrité , qui ne fait nul cas des richeſſes ,
» & qui , fur-tout , eſt très-éloigné de tout
> eſprit d'affaires & d'intrigues ; cet homme
➤ entre dans une carrière dont il ne connoît
> ni les fatigues ni les dangers; il parcourt
>>les climats glacés du Nord , y eſt rémoin
>> des guerres les plus ſanglantes , s'y diſtıngue
par ſes ſervices dans le traitement
» des épidémies les plus déſaſtreuſes , eſt
>>porté par ſes ſuccès à une des Cours les
• plus brillantes de l'Europe , y eſt comblé
> d'honneurs , & compromis enfin dans la
>>querelle des Rois ; il perd tout au milieu
> de la tempête; il tremble même pour fes
» jours; mais la fortune , qui veut plutôt
» l'inſtruire que l'affliger , lui rend le calme ,
>>> dont fes revers lui font ſentir tout le prix.
» Pour cette fois , les leçons de l'expérien-
» ce & du malheur ne ſont point perdues.
» Cet homme eſtimable , à l'abri de toute
• ſecouffe , vit tranquille , réunit ſes obſer-
> vations , les écrit ou les publie , & ne
> meurt qu'après avoir été long-temps un
» modèle de bienfaiſance & de verta . »
On peut , par ce précis , juger de l'intérêt
de l'Éloge_entier : il faut le voir dans l'Auteur
; nous ne voulons ni ne pouvons ſuppléer
ſon Ouvrage , nous ne devons qu'avertir
nos Lecteurs de ce qu'il renferme , &
leur prouver combien il mérite d'être lû.
L'Auteur penſe beaucoup , écrit bien ; & en
DE FRANCE. 165
peignant l'âme pure & vertueuſe des vrais
Savans , il fait connoître , aimer & reſpecter
la fienne.
LE JALOUX , Comédie en cinq Actes & en
vers libres , par M. Rochon de Chabannes ,
repréſentée pour la première fois , ſur le
Théâtre de la Nation , le 11 Mars 1784 ,
& le 16 du même mois à la Cour. A
Paris , chez la Veuve Duchesne , Libraire ,
rue S. Jacques.
C'ÉTOIT un projet hardi , que celui de
porter au Théâtre le caractèredu Jaloux. Si le
ſuccès promettoit de la gloire , il devoit rencontrer
mille difficultés , une , entre-autres ,
preſqu'inſurmontable, l'opinion. Onfait que
Molière a échoué dans le Prince Jaloux , &
que depuis cet homme immortel , pluſieurs
Ecrivains ont vainement tenté de réuſſir dans
une entrepriſe où ce premier des Poëtes Comiques
du monde n'a pas été heureux.
M. Rochon de Chabannes a eu le courage
de braver le préjugé défavorable que tant
d'inutiles eſſais avoient élevé ; il s'eſt préſenté
dans la carrière , & les applaudiffemens
qu'il a reçus ont prouvé qu'il n'est pastou
jours impoffible de vaincre de vieilles préventions
. Avant d'examiner comment il a
traité ſon ſujet, & les moyens qu'il a employés
pour parvenir à plaire , jetons un
coup d'oeil rapide ſur quelques- uns des Drames
qui ont précédé le ſien , &dans leſquels
168 MERCURE
niâtreté. Il y a au reſte du mérite dans cette
Comédie , & elle a un but véritablement
moral , quoiqu'il ſoit étranger à ſon titre.
L'Auteur de la Double Extravagance a
mis auſſi au Théâtre François une Comédie
en trois Actes & en vers , intitulée le Jaloux.
Cet Ouvrage manque de comique & d'intérêt.
Il eſt affez raiſonnablement conduit ;
mais les motifs de la jalouſie de Verville ont
été généralement déſapprouvés. Un certain
Lindor a aimé avant lui Orphiſe, ſa maîtreſſe ,
lui a fait inutilement la cour , & eſt mort en
l'adorant ; & voilà l'extravagant Verville qui
s'imagine que Lindor a été aimé , qui le regarde
comme un rival,& qui devient jaloux
de ſes mânes. On peut convenir que fi la
jaloufie mène ſouvent à la démence , jamais
elle n'a fait extravaguer perſonne plus complettement
que Verville. Il ne faut qu'un
vice de cette eſpèce pour décréditer abſolument
un Ouvrage , & c'eſt celui qui a le
plus nui au ſuccès du Jaloux dont nous
parlons.
M. Rochon de Chabannes a ſuivi une
route tout-à-fait étrangère à celle de ſes prédéceffeurs.
Il a ſu rendre le Chevalier de Belgarde
intéreſſant & comique ; il en a fait un
bomme de bonne compagnie, tendre, ſenfible
, délicat , généreux , mais fans cefle emporté
par un tempérament jaloux , inquiet ,
Fimide& foupçonneux ,& réalifant ainſi par
l'effervefcence de ſon imagination trop active,
toutes les chimères de la jaloufie. Voilà
fans
DE FRANCE. 169
ſans doute les reſſorts qu'il falloit faire
mouvoit pour plaire à des Spectateurs François.
Nous ne donnerons point ici une nouvelle
analyſe de cette Comédie , dont l'action
devient un peu lente au troiſième
Acte; c'est -à dire , à l'inſtant où elle doit
acquérir beaucoup de chaleur ; elle eſt affez
connue pour que nous nous en difpenfions :
nous allons ſeulement examiner comment le
caractère du Jaloux eſt établi, cominent il eſt
mis en Scène , & comment il ſe développe
depuis l'expoſition juſqu'au dénouement.
La Scène eſt à la campagne , dans un château
du Baron, oncle de la Marquiſe. L'humeur.
inégale & chagrine du Chevalier , en a banni
toutes les perſonnes qui s'y étoient rendues.
Rien de ce qui a juſqu'alors excité
ſa jalouſie n'a pu reſiſter à ſes boutades :
tout à fui . Cet éclat a donné à la Marquiſe
une humeur légitime , qui a produit
entre les amans une Scène affez vive.
Valfain , un parent de la Marquiſe , vient
lai rendre viſite , & paffer quelque temps
au château du Baron. Les politeſſes d'uſage
que la Marquife lui fait à ſon arrivée , alarment
d'abord le Chevalier, & de ce moment
il confidère Valſain comme un amant à qui
onle facrifie. Tout devient pour lui matière
à foupçon. Un geſte, un ſigne, un regard jettent
le trouble dans ſon âme. Aufſi amoureux
que jaloux , il force bientôt Valſain à
s'expliquer ſur ce qu'il penſe de ſa parente;
&très-étonné dece qu'elle ne lui a pas inf
Nº. 17 , 23 Avril 13. H
170 MERCURE.
piré le plus violent amour , il s'indigne de ce
qu'il appelle l'inſenſibilité de celui que
cinq minutes auparavant il regardoit comme
un rival , & il s'en indigne au point
qu'il eſt prêt à lui propoſer un défi , s'il ne
confent à rendre juſtice aux charmes de ſa
belle; Scène très-piquante , où par une inconféquence
bien digne d'un homme amoureux
& jaloux , tour-à-tour il craint qu'on
aime & ſe dépite de ce qu'on n'aime pas
ſa maîtreſſe. On ne peut que ſavoir gré à
l'Auteur d'avoir ainſi rapproché toute l'ivreſſe
de l'amour de l'excès de la jaloufie. On eft
porté à excuſer un Jaloux quand on le voit
ainſi idolatrer ,diviniſer ſa maîtreſſe. Par le
délire dont on fent qu'il eſt pénétré , on juge
du prix qu'il attache à la poſſeſſion de ce
qu'il aime , on devine que ſa jaloufie provient
en partie de la crainte de ne pas être
digne d'occuper tout entier un objet fait pour
être adoré; & fi cette conſidération ne ſauve
pas tout- à- fait un amant du ridicule attaché
à la jaloufie , au moins force-t'elle à lui accorder
de l'intérêr.
Le Chevalier inſpire très-vivement cette
eſpèce d'intérêt , fur-tout dans la Scène troiſième
du ſecond Acte, où il laiſſe éclater
toutefa tendreſſe,&motive les cauſes de fes
fréquentes inquiétudes. Eh voilà donc, dit la
Marquife ,
Eh voilà done mon eſclavage ,
Les ſcènes de dépit & les ſcènes d'humeur
DE FRANCE.
Quej'eſſuyerois dans mon ménage ,
Sij'avois le bonheur d'être unie à Monfieur.
LE CHEVALIER.
Si vous étiez ma femme! ah ! pouvez-vous , cruelle
Douter un ſeul inſtant des ſoins d'un coeur fidèle!
Vous ſeriez ma divinité ;
Vos ordres , vos deſirs , tout ſeroit reſpecte;
Etdans une extaſe éterpelle
!
1
d
Je jouirofs de ma félicité.
Comparez -vous le ſort d'un époux fans alarmes,
Jouiſſant du bonheur de poſſeder vos charmes ,
A celui d'un amant plein de trouble &d'ennui ,
Qui voit juſqu'à l'eſpoir s'envoler loin de lui ;
Quimême tous lesjours , à chaque inſtant , Madame,
Se perd auprès de vous par l'excès de ſa flamme ?
Tout ce que vous valez , & le peu que je vaur,
M'inſpirent malgré moi de la mélancolie :
Je ne ſaurois vous voir , de tout point accomplie
Sans redouter mille rivaux;
Et vous éprouveriez la même jaloufie
Si j'avois en partage affez de qualités
Pour inſpirer à vos ſens agités
La même paſſion dont mon âme eſt remplie,
On fent qu'un homme qui aime , qui
penſe & qui s'exprime ainſi , fait néceſſairement
oublier ſes torts , quand ils n'ont point
encore compromis l'objet de ſa tendreſſe;
auſſi la Marquiſe pardonne-t'elle ,& le Che-
1
Hij
172 MERCURE
valier ſe propoſe de ne jamais céder à'fes
ſoupçons jaloux. Mais ces beaux projets font
bientôt oubliés. Une Comteffe de Valleroy ,
femme comme on en voit aujourd'hui quelques-
unes , qui aime les chiens ,les chevaux,
la chaffe , en un mot tous les exercices qui
conviennent à notre ſexe , eſt préſentée au
Baron & à la Marquiſe. Vêtue d'abord en
amazone , elle quitte bientôt ce coſtume
pour en prendre un cui la gêne moins , &
qu'elle affectionne particulièrement , un uniforme
de Dragons. Cette extravagance démonte
tout- à-coup la tête du pauvre Cheval
er: Il fait que la Comteſſe de Valleroy a
un frère qui lui reſſemble beaucoup :
Le beau Comte de Florimon ,
Un Adonis moulé ſur celui de la fable,
Dont le teint , la fraîcheur , les grâces & le ton
Sont d'une belle & non pas d'un Alcide;
Etl'on conte à Paris cent tours de ſa façon
Jouésàla faveurde ce minois perfide.
Il ſe perfuade donc que la Comteſſe n'eſt
autre que ce Florimon , qui est devenu amoureux
de la Marquiſe , qui a mis Valfain dans
ſa confidence , s'est fait préſenter par lui ,&
a formé le projet de ſe faire aimer , après
avoir fupplanté un rival. Il ſe pénètre fr forrement
de cette idée , que rien de ce qu'on
peut faire & dire ne le peut tirer de fon
erreur. Mille fois plus inquietqu'il n'a jamais
été, il ne reſpecte rien , trouble jufqu'au
DE FRANCE.
173
repos de la Marquiſe pour laiſſer éclater de
nouvelles folies à l'inſtant même où celle- ci ,
ſeule avec ſa Femme-de-Chambre , qui n'eſt
point dans les intérêts du Chevalier , vient
d'excuſer ſa jalousie avec l'attendriſſement
&l'indulgence dont un coeur bien épris peut
ſeul être capable. Ce defaut , diſoit-elle ,
2
:
Ce défaut , ſansdoute inſupportable ,
Avec un cooeur fi tendre eſt peut- être excuſable.
Le Jaloux fans amour * qu'aigrit la vanité ,
L'homme qui n'a brûlé que de légères flammes ,
Jugeant for ſes erreurs l'innocente beauté ,
Sont de lâches tyrans qui révoltent nos âmes.
Mais ces hommes ardens , inquiets , véhémens ,
Cédant à leurs tranſports , à leurs emportemens ,
Par un excès d'amour qui troublent tous leurs ſens ,
Intéreffent toujours les femmes.
La plus extrêmeindulgence a ſes bornes ,
* Ce caractère a été mis au Théâtre en 1781 ,
parl'ingénieux AnteurduJugement de Paris.LcPublic
atraité fonOuvrage, nousne diſons pas avec rigueur ,
mais avec une injustice dont, trop malheureusement ,
onvoit de temps en temps quelques exemples . On ne
peut que defirer de voir remettre cette Comédie ,
digned'un meilleur fort ; fur- tout fi M. Imbert , en
abjurant une complaiſance dont il a été la victime ,
fait repréſenter ſon Jaloux comme il l'a fait , &
purgé de tous les changemens , corrections & additions
que des conſeils, au moins indiſcrets , l'ont forcé
de faire à ſon premier plan .
Hiij
174
MERCURE
&la Marquiſe finit par ſe révolter contre
l'audace de fon Jaloux ; elle refuſe d'entendre
Les graves petits faits qui le glacent d'effroi.
Et ce refus , joint aux civilités dont elle honore
le prétendu Comte , confirme dans l'efprit
du Chevalier l'idée qu'il eft trahi. Mais
l'inſtant où il eſt tout- à-fait exalté, eſt celui où
il voit dans un appartement voifin de celui de
la Marquiſe, une robe de chambre d'homme
étendue ſur une chaiſe , & où , quelques minites
après, un mot qu'il interprête à ſon déſavantage
, lui fait croire qu'on veut s'amufer
à ſes dépens. Il s'élance dans l'appartement
par une fenêtre du jardin , met les
femmes en fuite par ſon impétueuſe apparition.
Il eſt en proje aux tourmens de la jaloufie
dans toute fa fureur, ſon délire eſt à
fon comble.
Je ſuis ( dit- il ) épouvanté moi-même& furieux
D'une action auffi hardie.
Mes cheveux hériſſés fur mon front pâlifiant ,
Sont tout inondés d'eau qui couvre mon viſage;
Et ma langue épaiſſie enmonpalais brûlant ,
Ne fauroit exhaler les tranſports de ma rage.
Cette citation nous rappelle le jeu ſublinse
de M. Molé dans cette Scène brûlante , &
c'eſt avec un vrai plaiſir que nous réitérons
ici les éloges que nous lui avons déjà donnés
dans ce Journal .
DE FRANCE.
175
La fin detous les emportemens du Che
valier le conduit à la plus haute de toutes les
folies , à celle qui le couvre de ridicule, & qui
le perd dans l'eſprit de laMarquiſe. Il adreſſe
un cartel à la Comteffe ,& le lui fait porter
par ſon Valer. Cette fituation eſt d'un bon
comique & d'une grande gaîté ; elle contraſte
parfaitement avec l'attuude douloureuſe
où l'on vient de voir le Chevalier , &
l'âme affaiffée par le ſpectacle fâcheux des
erreurs d'un homme aimable & honnête ,
mais devenu réellement coupable , ſe repoſe
avec plaifir ſur un incident agréable & neuf.
Quand la Comteſſe reçoit le cartel , elle
s'imagine tout fimplement que c'eſt un billet
galant ; & comme elle a trouvé le Chevalier
très-aimable , elle ne ſe fâche pas trop de
fon indiſcrétion. Elle est très-étonnée quand
elle apprend ce qu'on lui propoſe ; elle ſe
pique , & puis tourne la choſe en plai
fanterie:
J'accepte le cartel: c'eſt la ſeule folie
Qui puiffe bien répondre à ſon étourderie.
Ah ! ce défi me rend toute ma bonne humeur :
Il va cauſer ici la plus vive rumeur ,
Charger le Chevalier , pour prix de ſa mépriſe ,
De l'indiguation de ſa chère Marquiſe ,
Me venger de tous deux , dérouter les railleurs ,
Et faire de mon bord paſſer tous les rieurs.
Appelons le valet de mon fier adverfaire ;
Mais prenons devant lui l'air leſte & raffſuré
Hiv
176 MERCURE
D'un Cavalier , d'un Militaire
Toujours aux combats préparé.
Valſain, le Baron, la Marquiſe ſont témoins
du fingulier rendez -vous. En vain la Comteffe
cherche encore à éclairer le Chevalier ;
foins inutiles :il ne reſpire que la vengeance ,
&preſſe l'épée à la main fon prétendu rival ,
qui , heureuſement , ne court aucun riſque ,
parce que Valſain eſt là pour ne laiſſer aller
Jes chofes que juſqu'à un certain point. On
ſépare les combartans ; & c'eſt avec beancoup
de peine qu'on force le Chevalier à ſe
convaincre que la Conteſſe eſt réellement
une femme. C'eſt-elle qui , enfin , le défabuſe,
en lui parlant ainfi :
Jeconviens avec vous que je ſuis unpeu folle,
Que je ſaifis vos airs & votre fon frivole ;
Mais comment ai-je pu troubler votre raiſon ?
Et quand j'ai pris tantôt la fuite à votre vûe ,
Quand,tout-à-l'heure encor ,là,non moins éperdue,
J'évitois ,Chevalier, ce combat inégal
Que vous me préſentiez en Cavalier loyal ,
Pouviez- vous à ces traits méconnoître une femme ?
Reprenez vos eſprits.
LE CHEVALIER .
Se pourroit il , Madame ! ....
VALSAΙΝ.
Bon! il en doute encor.
DE FRANCE. 17
La COMTESSE , en riant.
Je ne puis , en hommeur,
Aller plus loin pour vous tirer d'erreur.
Ce dernier trait ouvre les yeux du Chevalier;
mais il l'éclaire en même temps fur
tous les inconvéniens attachés àſon caractère
jaloux. Auſſi dit-il à la Marquiſe ,
Je n'eutreprendrai pas d'excuſer ma foibleſſe ,
Si malgré vos vertus , votre délicateſſe
Je n'ai pu vous aimer ſans trouble & fans effroi.
Rien ne peut mechanger , &je ſens que jedoi
Renoncer à l'amour , qui n'est pas faitpour moi.
Quoique le Chevalier infpire véritablement
de l'intérêt , néanmoins on eſt bienaiſe
de le voir force de renoncer à l'hymen
de laMarquiſe. La jalouſie eſt un de ces vices
que la raiſon, les réſolutions les plus fortes
ne peuvent vaincre abſolument ; & toute
femme qui ſe détermine à épouſer un homme
jaloux par tempérament , ne fait naître
d'autre penſée que celle d'un mariage malheureux.
M. Rochon a donc bien fait d'éloigner
ſonChevalier; par ce moyen , il a rempli
le but moral que doit ſe propoſer tout
Auteur Dramatique , but qui a été oublié
par preſque tous ceux qui , avant lui , ont
peint le caractère du Jaloux.
Les détails dans lesquels nous ſommes
entrés doivent avoir prouvé à nos Lecteurs
que M. Rochon a bien vû , bien faifi & bien
Hv
178 MERCURE
exécuté le caractère qu'il s'étoit propoſé de
tracer. Quelques perſonnes ont deſapprouvé
le mouvement qui porte le Chevalier à efcalader
la fenêtre de la Marquiſe ; & nous
nous permettrons de ne pas être de leur avis.
Envoici la raifon. La Comteſſe doit coucher
auprès de l'appartement de la Marquiſe , il
s'eſt perfuadé qu'elle eſt un homme ; que
l'honneur de ſa maîtreffe court les plus
grands dangers , ou qu'elle le trompe. Exalté
par ces idées , il a perdu décidément la tête,
il ne peut être arrêté par aucun frein. Avertir
ou démaſquer la Marquiſe , voilà tout ce
qu'il peut ſe propoſer. Ilentre par la fenêtre,
parce que les portes font fermées. L'excès
qu'il fe permet bleffe les convenances ſociales
,&taut mieux; car il faut que leChevalier
foit fidèle à fon caractère , & qu'il
devienne coupable ; mais il ne bleffe aucunement
les convenances du Théâtre. Il n'y a
dans fon procédé , tout condamnable qu'il
eft, ni brutalité ni indécence. Voilà ce qu'on
peut appeler atteindre au but, ſans toucher
laborne.
La critique qu'on s'eſt permiſe du traveftiſſement
de la Comteffe ne nons paroît pas
mieux fondée. Ceux qui l'ont faite n'ont pas
fongé que , dans ſon Prince Jaloux , Molière
s'eſt fervi d'un moyen tout femblable ,
&que perfonne ne l'a blâme , parce que les
motifs ſur lesquels il eſt établi font vraiſemblables.
Ceux de M. Rochon ne le ſont pas
moins , puis qu'ils font tirés de nos moeurs
DE FRANCE.
179
actuelles. Comme le but de la Comédie eſt
de corriger les uſages vicieux , l'Auteur ne
manque point de s'élever contre un abus
dangereux.
LE BARON.
On a toujours tort d'armer la calomnie,
VALSAIN.
Comment , pour s'habiller en homme !
LE BARON.
Mon ami.
Je ne ſuis point frondeur &du ſexe ennemi :
Mais ce goût va ſouvent bienplus loinqu'on nepenſe;
Onveut avoir nos airs , notre ton , notre aiſance.
Voilà, dans ce ſexe charmant
Qui perd de ſa candeur ſous notre habillement ,
Où le ridicule commence.
Il faut être de bien mauvaiſe humeur pour
blâmer un reffort , dont il réſulte une morale
vraie& des effets comiques.
L'intrigue de cette Comédie eſt très-ſimple,&
nous penſons que ce n'eſt pas undéfaut.
La Comédie de caractère nous ſemble
ne pas demander une intrigue trop compliquée.
Un nombre fuffiſant de ſituations &
d'incidens capables de mettre en action le
caractère qui fait le fonds de l'Ouvrage ,
voilà tout ce qu'il faut , à notre avis , à la
Comédie de ce genre ; & ſi , dans ce cas , un
Auteur s'embarraſſoit dans les fils d'une in
Hvj
180
MERCURET
trigue un peu ferrée , ou il nuiroit auxdéveloppemens
qui peuvent mettre ſa principale
phyſionomie dans un jour fait pour frapper
tous les yeux , ou il fatigueroit l'attention
du Spectateur , & feroit un exercice pénible
d'undélaſſentent agréable & inſtructif.Qu'on
examine la marche du Misantrope , & l'on
ſe convaincra que notre opinion eſt fondéc
fur une grande autorité.
Apropos du Miſantrope , nous obferverons
que quelques obfervateurs ont dit que
ce perſonnage eſt jaloux , & que Molière lui
adonné une coquette pour maîtreffe . On est
parti delà pour reprocher à M. Rochon de
n'avoir pas donné un peu de coquetterie à
la Marquiſe. Ce reproche eſt bien frivole.
Dabord , fi la Marquiſe étoit coquette , le
Chevalier ſeroit juſtement jaloux , & M. Rochon
auroit peint un homme ſenſible , &
non unhomme injuſte , & c'étoit le dernier
qu'il falloit peindre. Enſuite ce n'eſt pas
parce qu'Alceſte eſt jaloux que Molière le
rend amoureux d'une coquette , c'eſt parce
qu'il eſt mifantrope , & que cette foibleffe
fait reffortir davantage la bruſque inconféquence,
la ſauvage & ridicule rudeſſe de ſon
perſonnage.
Ce que nous en avons cité , prouve que
nous avons eu raiſon de faire l'éloge du ſtyle
de cer Ouvrage , auquel on ne peut reprocher
que de très- légères négligences , un peu
d'uniformité dans le mouvement , & quelques
répétitionsdont on ne s'apperçoit guères
DE FRANCE. 181
qu'à la ſuite d'une lecture réfléchie. Le dialoque
eft vif, ſerré , naturel; les détails en font
brillans , & leur éclat n'exclud ni le goût ,
ni la facilité , ni la grâce. Mérite rare , aujourd'hui
ſur-tout que le bel eſprit étouffe
lebon eſprit ,&que le clinquant eſt ſubſtituéà
l'orpur.
Cette Comédie n'a point eu , le jour de
ſapremière repréſentation , la réuffite qu'elle
méritoit. On s'eſt attaché a critiquer quelques
détails , au fond inutiles , & par conféquent
faciles à retrancher. L'Auteur , docile
& courageux , a fait diftaroître tout se
qui avoit déplu , & s'eſt ainſi aſſuré un ſuccès
durable. Il eſt le ſeul de nos Écrivains
Modernes qui puiſſe meſurer ſes triomphes
au nombre de ſes Ouvrages ; & fi l'on defcendoit
dans l'arène dramatique avec une
bannière, il pourroit écrire ſur la fienne ,
par alluſion à ſes ſuccès : Necpluribus impar.
(Cet Article est de M. de Charnois. )
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'OUVERTURE de ce Théâtre s'est faite ,
Mardi , de ce mois ,par une repréſentation
de Panurge , qu'on a continué le Vendredi
&le Mardi ſuivans. Le ſuccès de cet Opéra
182 MERCURE
ſe confirme par l'affluence qu'il continue
d'attirer , & par les applaudiſſemens qu'il a
constamment obtenus .
Dimanche , 10 , on a donné une repréſentation
d'Iphigénie en Aulide , dans laquelle
Mlle Saint- Huberti a joué le rôle de Clytemnestre
, & Mlle Dozon celui d'Iphigénie.
Cette nouveauté étoit bien faite pour exciter
la curiofité & l'empreſſement du Public;
mais nous ne pouvons pas diffimuler
que ſon attente n'a pas été remplie , & que
l'effet n'a pas répondu à l'idée , peut-être exagérée
, qu'on s'en étoit faite.
Il étoit impoſſible que Mlle Saint-Huberti,
avec l'intelligence ſupérieure dont elle a
donné tant de preuves , n'eût pas conçu le
caractère général & les détails du rôle de Clytemnestre
avec autant d'énergie que de vérité ;
mais ſes moyens n'ont pas toujours rempli
toute l'étendue de ſes intentions. Sa voix
n'a peut-être pas toutes les qualités qu'exigeroit
l'exécution du genre de muſique propre
à fon rôle ; mais avant que de prononcer
fur le parti qu'elle ſaura en tirer , il faut attendre
que quelques repréſentations l'ayent
miſe en état d'établir dans ſon jeu & dans ſon
chant , l'accord , la préciſion & l'enſemble
qu'il eſt prefque impoſſiblede ſaiſir au premier
eſſaid'un rôle dont le caractère eſt ſi différent
de ceux dont elle a été chargés juſqu'ici. Elle
s'eſt montrée à la ſeconde repréſentation ſi ſupérieure
à ce qu'elle a été dans la première ,
qu'il n'y a rien qu'on ne puiffe attendre de
DF FRANCE. 183
ſon talent dans les ſuivantes. Elle a joué ſon
rôle avec autant de chaleur que de vérité ;
elle en a rendu quelques ſituations d'une
manière tout-à-fait neuve, & quelquefois
fublime. C'eſt dans le chant ſeul qu'elle a
laiſſé quelque choſe à defirer. Nous croyons
que l'excès de chaleur & de mouvement
qu'elle metdans ſon action , ſur-tout au troiſième
Acte , a nui au timbre & au développement
de ſa voix , & qu'en ſacrifiant
quelque choſe de l'action à la pureté & à
la rondeurdes fons, elle obtiendroit aiſément
de plus beaux effets.
Mlle Dozon a donné fi peu de voix à la
première repréſentation , qu'à peine a-t'on entendu
la moitié de son rôle; & l'on a craint
que sa voix ne fût affoiblie. Mais on a jugé à
laſecondeque le défaut qu'on lui avoit reproché,
n'étoit que l'effet d'une intentionbien conçue,
mais portée à l'excès. Elle avoit cru ,
fans doute avec raiſon , que dans ce rôle roujours
ingénu , ſenſible & modeſte , caractère
fi bien exprimé par la Muſique , elle ne pou
voit en conſerver la grace & la pureté ,
qu'en donnant à ſa voix le moins de force
&d'éclat poffible; mais elle avoit porté trop
loin cette vérité. A la ſeconde repréſentation
, ſa voix a eu plus de timbre ,& fon
chant plus d'effer. Peut-être même que dans
quelques endroits, comme dans les adieux d'Iphigénie
, elle pourroit encore développer
davantage fon organe ſans manquer à la
vérité du rêle & de la ſituation. Nous lui
184 MERCURE
obſerverons auſſi que l'attention qu'el's
porte à rendre tous les détails indiqués par
les paroles , nuit quelquefois à l'abandon
&à la chaleur; effet plus précieux que celui
qui réſulte de la vérité des nuances &des
détails. D'ailleurs , il eſt impoffible de n'être
pas vivement frappé de l'intelligence rare ,
de la ſenſibilité naturelle & vraie , de la
juſteſſe des mouvemens , de l'attention continuelleà
la ſcène, qu'elle montre dans toutes
les parties de ce rôle , & quand on fait
attention que c'eſt le troiſième qu'elle ait
jamais joué , on ſentira combien un talent
fi précieux mérite d'être diſtingué & encouragé.
Nous ne doutons pas qu'aux repréſentations
ſuivantes, elle ne ſe montre
encore ſupérieure à ce que l'on a vue à la
feconde.
L'Opéra a été très-bien exécuté dans ſes
différentes parties. Les Ballets ſur - tour
ont été mis avec un ſoin qu'on avoit trop
négligé depuis quelques années. Mile Saunier
& le ſieur Gardel ont danſe le pas
de deux du ſecond Acte avec un enſemble ,
une élégance & une préciſion , qui ont mérité
des app'audiſſemens univerſels. Mile
Langlois& le ſieur Veftris ont exécuté avec
la force & la légèreté qu'on leur connoît
le pas de deux de l'entrée des filles de
Lesbos , & y ont été reçus avec tranfport.
Le Public a vu , avec le plus grand
plaiſir , rétablir le Ballet qui termine cet
Opéra , & auquel on a ſubſtitué quelque
DE FRANCE. 185
fois, ſans raifon , des Ballets étrangers à
l'action. Mlle Guimard a fait le plus grand
plaiſir dans l'entrée ſeule qu'elle y danſe :
on a applaudi univerſellement ce pas charmant
, ainſi que l'air à deux parties qu'elle
danſe avec MHe Langlois.
VARIÉTÉS.
ΟN vient de trouver le moyen de foumettre le
papier le plus nouvellement imprimé , à un apprét
tel que les feuilles ainſi préparées ne peuvent admettre
la comparaiſon de celles qui ne l'ont pas été.
Les procédés connus de Manufactures qui uniffent ,
adouciſſent , compriment du papier blanc , font évidemment
inſuffiſans pour unir, adoucir & comprimer
du papier imprimé au point de le rétablir dans le
même état où il étoit avant l'impreffion; c'eſt cependant
là le but & le ſuccès du nouvel apprêt que
nons annonçons.
Pour en faire ſentir tout le prix , il fuffit d'analyfer
les moyens que nous poſſédons ,le cylindre &
les marteaux des Relieurs. Car à l'égard de la liſſe ,
nous n'avons pas même l'idée qu'elle puiſſe être appliquéeà
cet usage. :
Le cylindre ternit l'éclat du papier , altère ſes
qualités,donne une trop grande extenfion aux traits
des lettres ; & comme il en développe juſqu'aux
moindres défauts , il ſuppoſe , pour en faire uſage ,
une perfectiondans l'impreſſion à laquelle il eſt bien
difficile d'atteindre ; & c'eſt pour cette raiſon qu'il
ne peut pas être employé ſur des feuilles fraîchement
imprimées . D'ailleurs , les Anglois même qui s'en
ſont ſervi avec le plus d'avantage , en ont reconnu
186 MERCURE
l'uſage comme long , difficile & même diſpendicur.
On en a depuis réitéré des eſſais en France , qui ont
eu encore moins de ſuccès.
Les marteaux des Relieurs ne peuvent non plus
s'exercer ſur des feuilles récemment imprimées. A
ce défaut , qui leur eft commun avec le cylindre ,
s'enjoint un autre qui en rend l'ufage encore plus
vicieux . Ces marteaux n'ayant qu'environ trois pouces
encarré de ſurface , ne peuvent agir que partiellement
ſur celle d'une feuille de papier , & même ſur
celled'un feuillet de livre , & chaque fois avec une
force auſſi irrégulière que les mouvemens qui la
produiſent: dela réſultent néceſſairement les godes
&les enfoncemens que les meilleurs Relieurs ne peuvent
faire diſparoître dans les volumes de grand
format; & qu'ils ne parviennent à rendre quelquepeu_
ſenſiblesdans les petits volumes , qu'en les
-battant à plufieurs repriſes .
fois
Par le nouveau procédé , les feuilles fortant de
deſſous la preſſe, peuvent, ſans inconvénient , êre
apprêtées ; les qualités du papier font toutes conſervées
, il acquiert même un plus bel éclat , l'encre
noircit , les lettres confervent leur forme , &un
volume ainſi apprêté eſt réduit à une épaiffeur parfaitement
égale , & plus irréductible encore que par
le marteau du Relieur ; il n'eſt pourtant ni cylindré
ni battu . Cette nouvelle découverte eſt dûe aux ſoins
& aux recherches de M. Aniſſon le fils , Directeur
de l'Imprimerie Royale en ſurvivance * , qui ,
afſuréde ſes ſuccès par les expériences réitérées qu'il
afaites depuis long-temps , a bien voulu donner
* C'eſt à tort que quelques perſonnes ont cru , pour
participer aux avantages de cette découverte , devoir s'adreſfer
à l'Imprimerie Royale , avec laquelle elle n'a rien de
commun.
DE FRANCE. 187
• connoiſſance de ſes procédés à une Compagnie
qui s'occupe dans ce moment-ci à élever un Établiſfement
où le Public ſera inceſſamment admis & invité
à apporter toute eſpèce de volume , non relié ,
poury recevoir ce nouvel apprêt , dont on eſpère
que le prix ſera proportionné à celui que coûte un
livre mal ployé& mal battu .
Nous en avons vû des échantillons,qui nous font
defirer d'être bientôt à portée d'y participer nousmêmes.
Les propriétaires des Bibliothèques nombreuſes
, les Bibliomanes même s'empreſſeront fans
doute de ſoumettre leurs Livres à ce nouvel apprêt ,
qui réduit d'un cinquième , & même d'un quart de
plus les Livres que les reliûres ordinaires , & qui en
rend les feuillets tellement cohérens , qu'ils deviennentinacceſſibles
à la moindre pouſſière.
ANNONCES ET NOTICES.
CHOIX
HOIX de nouvelles Causes célebres , avec les
jugemens qui les ont décidées, extraites du Journal
des Causes célèbres depuis fon origine juſques &
compris 1782 , Tome I , Volume in- 12 d'environ
soo pages. A Paris , chez Moutard , Imprimeur de
la Reine , hôtel de Cluny , rue des Mathurins.
Ce Choix eſt fait pour avoir le plus grand ſuccès.
Il remplace les Collections épuisées du Journal des
Cauſes célèbres , qui devient chaque jour plus intéreſſant
par la manière dont il eſt rédigé. L'Edition
annoncée par le ſieur Moutard étoit deſirée depuis
long-temps , & l'on doit lui ſavoir gré d'avoir
réimprimé cet Ouvrage preſque claſſique pour toutes
les Perſonnes attachées au Barreau. C'eſt une Galexie
où les individus de toutes les claſſes de la Société
trouvent des portraits reſſemblans de la géné-
1
188 MERCURE
zation préſente ,&des ſcènes morales qui peuvent ,
en les inſtruiſant, leur épargner bien des chagrins
&ſouvent des malheurs. Si on lit avec avidité les
Romans , on doit éprouver encore plus de plaîtir à
parcourir des hiſtoires qui ont pour baſe la vérité ,
&qui font auſſi attachantes par leurs détails que les
fictions les plus ingénieuſes. On trouve ſouvent en
effet dans les Cauſes célèbres des événemens plus
curicux& plus piquans que dans les Romans. Nous
croyons donc que le Choix annoncé par le ſieur
Moutard, obtiendra l'accueil favorable qu'il mérite.
Il ſera compoſé de quinze Volumes in 12 de
soo pages, dont il en paroîtra ſucceſſivement un
chaque mois, à compter du premier Avril dernier.
Le prix de la ſouſcription pour ces quinze Volumes
eſt de 37 liv. 10 fols pour Paris , & pour la Pro-
*vince de 45 liv. francs de port. On ſouſcrit chez le
fieur Moutard , Imprimeur de la Reine , hôtel de
Cluny , rue des Mathurins , & chez M. Deſeſſarts ,
Avocat, Membre de pluſieurs Académies , rue Dauphine,
hôtel de Mouy. On trouvera également chez
Je fieur Moutard & chez M. Deſeſſarts , le nouveau
Choix & les Volumes qui ont paru depuis 1782 , &
qui font la fuite des quinze Volumes de Choix.
COMETOGRAPHIE , ou Traité Historique &
Théorique des Comètes, par M. Pingré, Chanoine
Régulier & Bibliothécaire de Sainte Geneviève
Chancelier de l'Univerité de Paris , de l'Académie
Royale des Sciences , 2 Vol. in 4°. Prix , 24 liv. br.
De l'Imprimerie Royale ; & ſe trouve à Paris , chez
Moutard, Imprimeur - Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel deCluny.
La connoiſſance des Comètes eſt une partie des
plus intéreſſantes de l'Aſtronomie. Les Perſonnes
qui s'intéreſſent àcette Science , liront avec plaiſir le
favantOuvrage que nous annonçons. Il y a même
DE FRANCE. 189
une partie qui n'eſt pas dénuée d'agrément , c'eſt
I'hiſtoire des opinions des anciens Philoſophes ſur la
nature des Comètes , dont on a eu fi long - temps des
notions fauſſes , & qui a fi long-temps donné l'éveil
àla ſuperſtition.
CetOuvrage eſt diviſé en quatre Parties. La première
expoſe les progrès qu'on a faits dans la connoiſſance
des Coinètes; la deuxième contient l'hiftoire
de toutes les Comètes dont les Philoſophes ou
les Hiſtoriens ont fait mention ; la troiſième traite
des différentes queſtions relatives aux Comètes ,
comme de leur retour , de leur queue , &c .; la
théoriedu mouvement des Comètes forme la quatrième&
dernière Partic.
HONNEURS rendus au Connétable du Guesclin.
Cette Eſtampe nationale de vingt deux pouces &
demi de large , ſur dix- huit, &demi de haut eft gra
véed'après le Tableau de Brenet, Peintre du Roi ,
par B. L. Henriquez , Graveur du Roi & de S. M. I.
deroutes les Ruffies , Membre de l'Académie Impériale
de Saint-Pétersbourg. A Paris, chez Henriquez
, rue de la Vieille Bouclerie , la porte- cochère
près la rue Mâcon , nº. 18. Prix , 12 liv.
Cette Eſtampe répond à la réputation de l'Auteur.
LES Saifons , Poëme , par M.de Saint-Lambert
, de l'Académie Françoiſe , nouvelle Édition ,
in-12. Prix, 3 liv relié. A Paris , chez Piſſot , Lie
braire , quai des Auguſtins.
Les Éditions fréquentes qui ſe font de cet Ouvrage
prouvent qu'il n'a pas eu un ſuccès du mo
ment, & promettent à l'Auteur une gloire durable ,
qui n'est pas toujours le fort des Ouvrages qui
font le plus grand bruit .
RÉFLEXIONS fur divers sujecs, pour ſervir de
190 MERCURE
Suiteà celles qui ont été publiées , par M***. A
Londres; & ſe trouve à Paris , chez Belin , Libraire
, rue S. Jacques , & au Palais Royal.
L'objet de ces Réflexions eſt important , & l'Auteur
eſt connu par des productions eſtimables.
GALATÉE , Roman Paftoral, imité de Cervantes,
par M. de Florian , Capitaine de Dragons ,
&Gentilhommede S. A. S. Mgr. le Duc de Penthièvre
,des Académies de Madrid , de Lyon , &c.
quatrième Edition , in- 18 , avec figutes. Prix , 6 liv.
papier vélin broché , & 4 liv. papier ordinaire. A
Paris, chez Didot l'aîné , Imprimeur-Libraire , rue
Pavée-Saint André , & Debure l'aîné , Libraire ,
quai des Auguſtins.
Les Editions multipliées de ce charmant Ouvrage,
justifient bien les éloges que nous lui avons
donnés dans la nouveauté,
LEÇONS Elémentaires de Calcul infinitéſimal ,
pourfervir de fuite au Livre de M. Mazéas &
d'introductions aux Sciences Physico- Mathématiques,
par M. l'Abbé Raymond - Roux , Profeſſeur
de Philoſophie en l'Univerſité de Paris au Collège
des Graffins. A Paris , chez P. D. Brocas , Libraire ,
rue S. Jacques. Prix , 4 liv. 4ſols broché.
On connoît l'importance du calcul qui fait la matière
de cet Ouvrage , & la manière dont il eſt fait
nous a paru ne laiſſer rien à defirer.
ANTI-DICTIONNAIRE Philofophique pour fervir
de Commentaire & de Correctif au Dictionnaire
Philofophique & aux autres Livres qui ont paru de
nos jours contre le Chriftianisme ; Ouvrage dans
lequel on donne en abrégé les preuves de la Religion
, & la réponſe aux objections de ſes adverfaires,
quatrième Edition , 2 gros Volumes in-89.
DE FRANCE.
191
A Avignon ; & ſe trouve à Paris, chez Pichard ,
quai & près des Théatins,
REMARQUES d'un François , ou Examen impartial
du Livre de M. Necker fur l' Administration des
Finances ,pourfervir de Supplément & de Correctif
àfon Ouvrage , in- 8 °. A Genève ; & ſe trouve à
Paris , chez l'Éditeur , rue de Seine , n° . 65 , & chez
les Marchands de Nouveautés. Prix , 2 liv. 10 fols .
MÉTHODE nouvelle & raisonnée pour la Clarinette
, où l'on donne une explication claire & fuccinte
de la manière de tenir cet Instrument , de fon
étendue, de ſon embouchure , de la qualité des
anches que les Commençans doivent employer , du
vrai fon , du coup de langue , & en général de tout
ce qui a rapport à la Clarinette. Cette Méthode renferme
auſſi quelques Leçons où les différens coups
de langue ſont mis en pratique , douze petits Airs
& fix Duos très-propres à former les Élèves , par
M. Van-der-Hagen , Muſicien des Gardes - Françoiſes.
Prix , 9 liv. A Paris , chez M. Boyer , ancien
café de Foy , rue de Richelieu , & Mme Lemenu ,
rue du Roule , à la clefd'or.
NUMERO 22, 23 & 24 des Feuilles de Terpsychore
pour laHarpe&pour le Clavecin. Prix , chaque Feuille
1 liv. 4 fols. On s'abonne auſſi pour l'année chez
Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine , rue
des Poulies , & chez Salomon , Luthier , Place de
l'École. Ces Feuilles paroiſſent tous les Lundis.
SIX Quatuors concertans à deux Violons ,
Alto & Baffe , par M. Hoffmeifter , OEuvre VII ,
Prix , 9 liv. Huitième Concerto à Clarinette principale
, deux Violons , Alto & Baſſe obligés , Cors
& Hautbois ad libitum , compoſés & cexécutés au
192 MERCURE
Concert Spirituel par MM. Michel & Vogel. Prix ,
4liv. 4 fols. AParis , chez Imbault, rue & vis-àvis
le Cloître S. Honoré , maiſon du Chandelier.
RECUEIL de Romances & d'Ariettes , avec Accompagnement
de Clavecin , par M. Darondeau ,
Ouvre IV. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Moulins , Butte S. Roch , n°. 9.
ERRATA . Dans l'avant-dernier Numéro , on a
oublié de mettre à la Pièce de Vers intitulée : A
Maman , pour lejour deſa Fête, le nom de l'Auteur.
C'eſt Mlle de Saint-Léger.
TABLE
AMadame de ** , 145 Séances publiques de la Société
Royale de Médecine ,
Romance , 147 152
LesRegrets dupremier Age ,
La Vérité& l'Envie , Fable Le Jaloux , Comédie , 165
148Acad. Roy.de Musique , 181
Charade, Enigme& Logogry Variétés ,
Allégorique ,
phe 150 Annonces & Notices ,
Suitedes Eloges las dans les
185
187
APPROBATION.
J'AI la, par ordre de Mer le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1 Avril. Je n'ai
rien trouvé qui puiſſe enempêcher l'impreſſion.A Paris ,
le23 Avril 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 28 Février.
TEConful de Ruffie à
Sinope qui fut inſulté
par lapopulace, au moment où il
arboroit fon pavillon ſur ſon hôtel , eſt
venu ici informer de cette avanie le Minif
tre de fa Souveraine , qui en a demandéfatisfaction
: elle lui a été accordée , & l'on a
envoyé des ordres au Juge de Sinope , par
leſquels il lui eſt enjoint de prévenir & de
punir de pareils déſordres.
Le Capitan Bacha eſt attaqué d'une pleuréſie
qui a fait craindre pour ſa vie. La Porte
perdroit en lui le meilleur , & peut-être le
ſeul officier de fa marine. Ses travaux , fon
activité , ſes talens & fa hardiefſe l'euſſent
fait regretter de tout l'Empire ; mais on le
regarde comme hors de danger.
Lacaravanne de la Mecque , après avoir--
été haraſſée par les Arabes Bédouins , eſt
N°. 17, 23 Avril 1785. 8
( 146 )
arrivée à Damas , dont elle a calmé les inquiétudes
. Comme les pélerins ſe ſontplaints
de la diſette de vivres pendant la route , le
Grand-Seigneur a ôté le gouvernement de
Damas au Pacha qui conduit cette caravanne
, & lui a donné pour ſucceſſeur le
Pacha de S. Jean d'Acre .
La révolte dont on a parlé dans quelques
gazettes d'Europe étoit imaginaire : mais un
nouvel incendie , promptement éteint , fe
déclara il y a peu de jours , dans le quartier
de Balata.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 2 Avril.
Un placard royal du 16 Mars permet
l'importation de l'huile de baleine venant de
l'étranger dans les Duchés de Sleſwic & de
Holſtein , le Comté de Ranzau & la ſeigneurie
de Pinneberg & Altona , moyennant
un droit de douane de 8 ſchellings &
un acciſe de 24 ſchellings par tonne.
Une lettre de Tranquebar , du 7 Septembre
1784 , apprend qu'à cette époque il ſe
trouvoit au Bengale 13 bâtimens Danois,
qui retourneront tous en Europe au mois
d'Octobre prochain. Deux bâtimens Danois
font àBatavia.
La glace eſt encore inébranlable près de
Corfoer , mais il roule beaucoup deglaçons
du côté de Sprogoe,
( 147 )
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 7 Avril.
Le 25 de ce mois , fix bâtimens font partis
du port de Cuxhafen ſur l'Elbe , pour
aller faire la pêche de la baleine.
Les droits des exportations de Péterfbourg,
pendant l'année derniere, font montés
à la ſomme de 1,330,141 roubles &98
copeiks. Pendant la même année il eſt entré
au port de Cronſtadt 858 bâtimens ; il y
avoit dans ce nombre 365 anglois & 107
Danois.
Par les tables d'importation &d'exportation
en Iſlande, depuis 1624 juſqu'en 1779 ,
on voit que l'uſage du tabac n'eſt devenu
commun dans cette ifle qu'en 1748 , &
celui du caté, du thé , du ſucre , qu'entre
les années 1764 & 1772 .
On lit dans la ſavante feuille hebdomadaire
du docteur Buſching , l'extrait ſuivant
concernant la véritable rhubarbe de la province
de Schidscher dans l'empire de la
Chine.
Il exiſte dans la Province de Schidſcher , une
montagne qui renferme , à ce que l'on prétend,
des mines d'argent , d'or &de pierres précieuſes.
Cette montagne , dont la couche ſupérieure eſt
de terre rouge & pierreuſe , eſt couverte de
neige pendant l'hiver & l'été : deſſous la neige
&dans une terre noire , vient ſans aucune culture
, la meilleure rhubarbe , d'un jaune d'or ,
ayant cependant des endroits qui tirent vers le
82
( 148 )
blanc: la tige eſt longue & épaiſſe; les feuilles
font grandes , ovales & dentelées , & la graine
en eat ronde & groſſe. A 100 werſtes de
cette montagne , vers le ſud , eſt la ville de
Gandsheu , dans le voisinage de laquelle ſe
trouve une montagne de terre glaiſe blanche ;
C'eſt ici que croît la rhubarbe d'an jaune de
fafran. Cette eſpece de rhubarbe eſt plus aſtringente
que la premiere ; mais elle lui reſſemble
quant à la tige & à la graine. A 300 werſtes
de Grandsheu éſt ſituée la ville de Landsheu ,
prèsdelaquelle estune montagne couverte de roches&
d'une terre noire rougeâtre; dans cette terre
vient la rhubarbe de pierre , dont la tige& les
feuilles ont la même forme que celle des deux
eſpeces précédentes ; mais la graine eſt rouge
& plus dure, Les Buchads , qui demeurent dans
ces_villes & dans celles de Senin , réſidence du
Gouverneur , font le commerce avec ces eſpeces
de rhubarbe , & les vendent aux Ruſſes . A cent
werftes de Senin croît une eſpece de rhapontique
brun , oblong , boiſeux & à larges raies ;
il eſt plus aſtringent & plus amer que la véritable
rhubarbe , & a une odeur qui approche
de celle du cuir de Ruffie. Sa tige , ſes feuilles
&fa graine ſont plus petites & plus rouges que
celles de la véritable rhubarbe. Les Tangures
tirent de la terre ce rhapontique , en font des
paquets & les attachent aux branches d'arbres
pour les éventer. Lorſqu'ils en ont amaſſé une
qantité affez conſidérable , ils en chargent des
boeufs , des mulets & des ânes , & les vendent
atx Buchards : ceux- ci font enſuite des trous
ains les racines & les ſechent ; & quand elles
font ſuffifamment ſeches , ils en chargent
des chameaux , chacun de to à 12 ponds , & les
tranſportent ainsi à Kicta fur les frontieres de
Ja Ruffie,
149 )
La mystérieuſe affaire du Prince Adam
Czartoriski feroit entierement éclaircie , fi
l'on pouvoit ajouter une foi entiere aux cir
conftances rapportées dans une lettre de
Varſovie du 21 Mars. Voici de quelle maniere
eſt racontée l'hiſtoire de ce complot.
Il eſt hors de doute aujourd'hui que la délatrice,
la nommée Ouvragrumoff ( ou Ugramow) ,
eſt une aventuriere notée déjà précédemment
pour diverſes impoſtures , nommément pour
celles qu'elle avoit avancées , pendant le féjour
du Roi à Grodno , à la charge du Prince Adam
Czatoryski , Général de Podolie. Accoutumée
àrépandre les calomnies les plus atroces & les
plus invraiſemblables , uniquement par des vues
d'intérêt , elle avoit mis alors à la charge du
PrinceAdam Cratoryski le même genre d'accufation
d'une prétendue trame , formée contre le
Roi, ſur le même pied qu'elle adébité enfuite
auPrince Czatoryski , une calomnie ſemblable à
la charge de M. le Général Komazewski & du
fieur Ryx , Valet-de-chambre du Roi. Les fictions
de cette femme , à Grodno n'en impoſerent
point,&on ne les releva pas. Cependant elle ne
ceſſoitde revenir à la charge : elle offroit même
de fournir des preuves de ſon accufation ; & au
retour du Roi à Varſovie elle engagea M.le
Général Komarzewski &le fieurRRyyxxaàfe
chez elle , pour prendre connoiſſance des prétendues
preuves , qu'elle promettoit. Piquée
alorsde ce que ſes infinuations n'avoient pas
produit leur effet , & ne lui avoient pas procuré
les avantages qu'elle en attendoit , qu'enfin on
perfiſtoità lui demander des preuves, cette femme
forgea un projet tout-à-fait oppoſé , celui de
s'adreſſet au Prince Adam Czatoryzki lui-même
rendre
83
( 150 )
,
pour lui en impoſer aux dépens de ceux contre
qui elle avoit conçu la plus vive rancune : elle
lui dénonça une prétendue trame formée contre
ſa vie ; & pour appuyer cette dénonciation , elle
réſolut de ſe ſervir des relations qu'elle s'étoit
ménagée avec M. le Général Komarzewski &
avec le ſieur Ryx. Dès- lors toutes ſes démarches
furent combinées pour donner le change aux
deux parties ; ſon billet d'invitation au ſieur
Ryx fut à double ſens : il y étoit dit qu'elle s'acquitteroit
enfin de ce qu'on avoit exigé d'elle. Ce
billet pour le fieux Ryx ne pouvoit être interprété
par lui , finon relativement aux preuves
&indices ultérieurs d'une trame formée contre
le Roi qu'elle vouloit développer & fournir.
pour le Prince Adam Czatoryski le même billet
avoit une toute autre fignification : il ſuppoſoit
à ſes yeux qu'il s'agiffoit de l'exécution de la
trame formée contre ce Prince . Ougrumoff fit
plus , elle détermina le jour & l'heure que le
fieur Ryx feroit chez elle , ce qui lui étoit fort
aiſé à exécuter de la maniere dont elle s'y étoit
priſe : elle demanda que deux perſonnes de la
part du Prince Adam Czatoryski fuſſent aux écou
tes pour épier ſa converſation avec le ſieur Ryx.
On choifit , pour cet effet , de la part du Prince ,
Général de Podolie , deux perrſſoonnnneess ;; favoir,
M. le Comte Staniſlas Potocki & le fieurTaylor.
Cedernier eſt un Négociant Anglois, qui , ayant
fait faillite à Londres , s'eſt évadé ici & a fait un
affez long séjour en cette Capitale , fans avoir
d'état fixe : ſes liaiſons avec la nommée Ougrumoffſont
très-intimes , &, ſelon toutes les probabilités
, il a concerté avec elle toute la ſcene .
Les arrangemens ayant été pris , comme nous
venons de le dire , l'accuſatrice ſut ſi bien jouer
fon rôle , que M. le Comte Staniflas Potocki
( 151 )
crut que véritablement rien ne manquoit à la
certitude des preuves. Ougrumoff commença
ſondialogue avec le ſieur Ryx en lui demandant
pourquoi M. le Général Komarzewski n'étoit pas
venu avec lui ? C'est que je ne l'ai pas trouvé
chez lui , répondit Ryx.-Eh bien ! j'ai finalement
la perſonne du Prince Adam Czatoryski
dans ma manche , pourſuivit cette femme intrigante
, j'en puis faire tout ce qu'on voudra. -
Sur ce propos& autres de ce genre , le ſieur Ryx
qui rapportoit le tout aux promeſſes infidieuſes
que cette femme avoit faites de fournir les preuves
de la trame formée contre le Roi , eſt accusé
d'avoir prononcé dans ce moment le motd'applaudiſſement
, bravo , tandis que lui -même prétend
avoir modifie l'expreſſion de cet applaudifſement
par la réponſe , fort bien , Madame. Quoi
qu'il enſoit fur ces mots , ſans ſedonner le temps
néceſſaire pour éclaircir mieux le fond de la
converſation , M. le Comte Staniſlas Potocki &
le fieurTaylor entrerent bruſquement dans la
chambre où ſe tenoit ce pourparler , ſaiſirent le
ſieur Ryx, & le dénoncerent comme criminel à
laJustice.
>> Telle eſt toute cette hiſtoire , quidès le com
mencement a paru ſuſpecte aux gens les plus
éclairés , & qu'on a néanmoins repréſentée dans
l'Etranger comme fondée ſur des faits au deſſus
de tout ſoupçon. Juſqu'ici cependant aucun fait
n'a été prouvé en Juſtice , qui ait pu donner le
moindre poids á l'impoſture atroce de cette
femme contre ceux qu'elle a accuſés en dernier
lieu. D'un autre côté les témoignages les plus
avérés ont prouvé , qu'à Grodno cette même
femme avoit fait une dénonciation également calomnieuſe
d'une prétendue conſpiration contre
laPerſonne du Roi. En conféquence , la Jurif-
84
( 152 )
diction du Grand- Maréchal , convaincue évidemment
que toute l'accufation ne rouloit que
fur un fingulier mal- entendu , ménagé adroitement
par la nommée Ougrumoff ; voyant de
plus que toutes ſes allégations étoient incohérentes
, contradictoires & fans preuves , tandis
que les impoſtures ,dont ſa vie est remplie , ne
font ſujettes à aucun doute , cette Jurisdiction
a fait lever les arrêts du fieur Ryx , & garder
la ſeule perſonne véritablement coupable ; ſçayoir
, la nommée Gugrumoff. Les dépoſitions
faites par M. le Comte Stanislas Potoki , par
le fieur Taylor & par la femme Ougrumoff ,
ont été quies avec ſoin : Mais le témoignage
formelde ces perſonnes n'a pas été admis ; celui
deM. le Comte) Staniſtas Potocki à cauſe de ſa
parenté avec le Prince-Général de Podolie , de
plus parce qu'il étoit en même-temps partie
intéreſſéedans le procès , & ajourné par-devant
le même Tribunal pour avoir faifi le ſieur Ryx
avant de recourir en Justice ; celui du fieur
Taylor , par nombre de raiſons graves , & parce
qu'étant auſſi dans la complicité de la ſaiſie du
fieur Ryx , il étoit intéreſſe à ce que ce dernier
fût coupable. Le témoignage de la délatrice n'a
pu être admis à cauſe des fauſſes dépoſitions ,
qui ſe ſont déjà. manifeſtées de fa part ,&de
Loutes les impoſtures dont elle eſt notée».
Après ce prononcé de la Jurisdiction du
Grand Maréchal , aucunes preuves d'ailleurs
n'exiſtant contre les Accufés , le Prince-Général
de Podolie a renoncé à la pourſuite ultérieure
du procès ; & l'attention du Public eft fixée
maintenant ſur le Decret définitif , qui concernera
la femme dont l'impoſture a occaſionné
toutce procès.
Si ces détails font vrais il faut convenir
que la marchande de conſpirations a Varſo(
153 )
vie , eſt bien la plus imbécile des créatures.
La ſeule démence peut s'aviſer d'un pareil
rôle , en le jouant avec autant d'ineptie.
DE VIENNE , le 8 Avril.
Le Prince Joſeph de Lobkowitz a été
nommé par l'Empereur Capitaine de la
Garde-Noble Allemande, & le Comte de
Noftiz Capitaine de la Garde à pied.
Le 28 Mars , l'Empereur ſe rendit à l'Egliſe
de la Cour , accompagné du Cardinal
Migazzi , Archevêque de Vienne , que les
gazettes avoient mis à l'agonie. Après le
ſervice , S. M. aſſiſe ſous un baldaquin , revêtit
avec les cérémonies uſitées , de la
barette de Cardinal , le Prélat Garampi ,
Nonce Apoftolique.
On doit faire partirdecette ville un des
régimens qui en forment la garnifon , pour
ſerendre en Bohême où il ſera remplacé par
un des régimens actuellement en Hongrie.
On écrit de Lemberg , en date du 13
Mars , que 2 régimens de Cavalerie ont ordre
de ſe tenir prêts à marcher , & que les
abfens par congé des différens corps militaires
en Gallicie ont été rappellés. Dans la
même province on a interdit aux Juits de
prendre à ferme des biens ſeigneuriaux , des
biens de roture qu'ils ne cultiveroient pas
eux-mêmes , des moulins , des communes ,
des dixmes , l'exportation du ſel, &c . &c.
Le 31 du mois dernier , S. M. I. donna
audience à pluſieurs Miniftres étrangers , entr'autres
au Minitre de Veniſe qui lui a an
85
( 154 )
noncé l'état actuel de la flotte de la Répu
blique , & à l'Envoyé du Roi d'Angleterre ,
comme Electeur d'Hanovre , qui l'a informée
de l'augmentation de troupes ordonnée
dans cet Electorat.
L'Empereur a fait remettre par ſon Conſul
général en Valachie , une lettre à l'Hofpodar
, où il remercie ce Prince de ſon empreſſement
à renvoyer dans le temps ceux
des rébelles de Tranſylvanie qui s'étoient
réfugiés ſur ſon territoire.
La glace du Danube a commencé à ſe
rompre ; les glaçons roulent ſans obſtacle
dans ce fleuve , de forte qu'il y a lieu d'efpérer
qu'il n'arrivera aucun malheur.
Le froid diminue auſſi ; le 2 de ce mois à
8 heures , le thermometre de Réaumur étoit
à 1 degré& demi au-deſſus de zéro : il n'eſt
pas deſcendu depuis.
On apprend de Clagenfurt , que le 13
du mois de Mars il eſt tombé une ſi prodigieuſe
quantité de neige , que les routes en
font devenues impraticables.
On écrit de Presbourg, que dans la nuit
du 21 au 22 Mars le Danube a commencé à
charier des glaçons , & qu'on eſpere que ce
fleuve en ſera bientôt débarraſſé.
Des lettres de Conſtantinople portent
qu'il y est arrivé il y a quelque temps un
bâtiment de Tanger , chargé de 3200 tonneaux
de poudre à canon ,&de 1200 quintaux
de falpêtre , & un autre bâtiment de
( 155 )
Raguſe , avec une cargaiſon de chanvre&
de cordage.
On écrit de la Bohême qu'une famille entiere
, le mari , la femme & trois enfans ont
été trouvés morts de froid dans une cabane
à quelques lieues de Zurch; ils furent furpris
par le froid dans lemoment où ils étoient
àtable , &le préparoient à manger du foin
haché & bouilli ; l'abondance de neige qui
interceptoit toute communication , ne leur
ayant pas permis depuis pluſieurs jours de
fortir de leur cabane pour ſe procurer des
vivres.
DE FRANCFORT , le II Avril.
On eſt toujours à Vienne dans l'incertitude
, relativement aux affaires publiques.
Il ſe confirme que l'Ambaſſadeur d'Angleterre
a de fréquentes conférences avec le
Chancelier d'Etat. Des lettres de Tropau
aſſurent qu'on y a publié une amniſtie générale
pour les déſerteurs Pruſſiens.
Le Comte Fink de Finkenſtein , Lieutenant
général de cavalerie , & chef d'un régiment
de dragons en Pruſſe , eſt mort dans
la 76e. année de ſon âge. Il avoit fervi le
Roi pendant 58 ans.
Suivant une lettre de bas Rengersdorf,
près de Gorliz , le 28 Février , entre 6 & 7
heures du matin , le thermometre de Réaumur
y avoit marqué 32 degrés au-deſſous
dupoint de congélation. C'eſt le plus grand
g 6
( 156)
froid que l'on ait jamais éprouvé en Aliemagne.
Quelques lettres de Pétersbourg font
mention en ces termes d'une nouvelle bien
férieuſe, ſi elle eſt authentique , & qu'on
prétend tenir de Géorgie & d'Aftracan.
,
Nous ſommes menacés de quelques incurſions
de la part des hordes vagabondes de la Grande-
Tartarie indignée de la conquête de la Petite-
Tartarie dont ils ont toujours regardé les
habitans comme leurs freres . Les Tartares Ufbecks
, réunis aux Turcomans qui habitent entre
le Mont-Taurus & le Caucaſe , ſe ſont affemblés
pour délibérer de quel côté ils feroient
leurs invafions au printemps : leurs Chefs femblent
avoir choiſi à cet effet les campagnes
fertiles arroſées par le Volga , après avoir ravagé
celles de la Georgie, dont les Princes ſont devenus
les objets de leur haine , depuis qu'ils
ſe ſont ſoumis à la Ruffie. Le Sultan de Samarcande
a envoyé des émiſſaires dans la Petite-
Bulgarie , pour engager les Chefs de cette nation
féroce à ſe porter fur nos terres Hyperboréennes
, tandis qu'il s'avanceroit à la tête de 100
mille hommes du côté de la mer Caſpienne.
Ces nouvelles alarmantes , ajoute-t-on , ont
donné lieu à un conſeil ſecret , où il a été
réſolu de faire paſſer de ce côté les troupes
qu'on deſtinoit pour l'Europe.
Une autre nouvelle toute auſſi ſuſpecte ,
eſt celle-ci qu'on écrit de Venife :
On affure ici qu'une des plus grandes puiſſances
de l'Europe vient de propoſer à notre
Sénat un plan d'alliance , par lequel nous nous
engagerions à lui fournir 40 vaiſſeaux de ligne
tout équipés , dont deux de 80. caannoonnss ,, un de
( 157 )
100 , & les autres de 74 & de 64 , & nombre
de frégates à proportion. Elle nous donneroit
èncompenfation tous les revenus des pays qu'elle
poffede en Italie , qui montent à un million
&demi de ducats , auxquels Elle ajouteroit 15
millions de florins d'Allemagne. Par un autre
article , nous ſerions tenus d'augmenter notre
militaire de 12000 hommes qui s'uniroient à
35000 des fiens pour tenir en échec différentes
Cours d'Italie. Les 40 vaiſſeaux de ligne ſe
porteroient dans toutes les parties du monde où
la puiſſance requérante jugera à propos ; excepté
cependant enAmérique au- delà des tropiques , &c.
Comme les cruautés des Gentilshommes
Tranſylvains fur leurs vaſſaux ont été la
principale cauſe de la rébellion des Valaques ,
P'Empereur a ordonné des recherches & une
punition ſévere des coupables. Le Baron de
Veſſelins , qui s'étoit permis d'énormes vexations
, vient d'être ſaiſi & emprisonné
dans la fortereſſe de Kufstein.
Les ennemis de M. l'Abbé Diesbach , Précepteur
de l'Archiduc François , ont témoigné ouvertement
, moins cependant par haine contre lui ,
quecontre fon ordre , combien il étoit dangereux
de confier l'éducation de ce jeune Prince à un
Ex-Jéſuite , ils préſenterent même au Monarque
un Ecrit . qui indiquoit la méthode obfervée par
l'Abbé Diesbach , pour inftruire l'Archiduc dans
la Religion. L'Empereur garda cet Ecrit deux
jours , & le troiſieme jour il le leur renvoya ,
après avoir mis ces mots au bas : C'eft dans ces
princires que je veux qu'on éleve l'Archiduc .
L'Electeur de Baviere a tenu dernierement
le Chapitre de l'Ordre de S. Hubert , & a
( 158 )
créé huit nouveaux Chevaliers , entre lefquels
ſe trouvent deux Seigneurs Flamands ,
le Duc Louis d'Aremberg & Louis Lamoral
Prince de Ligne. Cet Ordre créé en 1444 ,
eſt undes plus diſtingués en Europe , & ne
ſe donne à peu près qu'à des Princes de maiſons
ſouveraines , ou Princes d'Empire.
ITALIE.
DE VENISE , le 24 Mars.
Le 19 de ce mois , le feu a pris , on ne
ſait comment , à l'un des trois vaiſſeaux de
ligne deſtinés contre Tunis. Ce bâtiment
étoit récemment ſorti des chantiers , & fe
trouvoit au quai des Eſclavons vis-à-vis la
Piété. Lorſque le feu prit , il n'y avoit à
bord que quelques matelots , & malgré
tous les ſecours poſſibles , le vaiſſeau a été
totalement incendié. Heureuſement qu'étant
ſorti des chantiers depuis peu , il n'étoit
point encore entierement armé. La perte a
été par conféquent moins conſidérable. Le
Sénat a fait arrêter le Capitaine , quoiqu'il
fût abſent lors de cet événement. Il s'eſt
trouvé à côté du vaiſſeau un bâtiment marchand
, deſtiné pout Conftantinople , avec
une cargaiſon de so mille ducats , qui a
également été preſqu'entierement confumé.
Il a été publié à Trieste , par ordre du Gouvernement
, ledecret ſuivant de S. M. Impériale ,
en date du 26 Février.
S. M. I. & R. Apoftolique , ayant confidéré
qu'aucun Eccléſiaſtique , ſoit Evêque ou Capitulaire
, ſans exception , ne peut vaquer à deux
( 159 )
emplois ſans que l'un ou l'autre ne ſoit négli
gé , Elle a daigné ordonner en conféquence le
10 Février dernier que chacun des Eccléſiaſtiques
qui jouiſſent de deux Emplois dont l'un ſoit
une Cure , ait à la réſigner pour que l'on y
nomme quelqu'autre Eccléſiaſtique en état de
la deſſervir. On peut être aſſuré qu'il ſera fait
les recherches les plus rigoureuſes pour découvrir
les contrevenans , auxquels ou infligera
le châtiment convenable.
DE NAPLES , le 27 Mars.
Le Roi ayant ordonné d'ériger des cimetieres
hors de la ville , on a commencé à
établir le premier hors de la grotte qui conduit
à Pozzuoli ; & pour fournir aux dépenſes
, le Roi a appliqué à cet uſage le revenu
de la riche Abbaye , dite du Charbon ,
qui a été déclarée de droit patronage royal .
A peine la frégate la Cérès a-t-elle été
lancée , qu'on a commencé la conſtruction
d'une autre , que le Roi a nommé la Pallas.
Outre le vaiſſeau de 74 canons , appellé
la Partenope , actuellement en conftruction
à Caftelamare , & qui ſera achevé au mois
de Novembre , il y a encore ſur les chantiers
deux corvettes de 18 can. nommées la
Flora& la Stabbia.
ESPAGNE.
:
DE MADRID , le 1 Avril.
Le 27 de ce mois , D. Henrique de Menesès
, Marquis de Lourizal , Ambaſſadeur.
extraordinaire de S. M. T. F. , a fait ici ſon
entrée publique , pour demander folemnellement
en mariage au Roi la Sereniffime
( 160 )
Infante Dona Carloto Joaquina , ſa petitefille
, pour l'Infant de Portugal D. Juan :
l'après midi le Roi , le Prince & la Princeffe
des Afturies , & les féréniſſinnes Infantsd'une
part , & M. l'Ambaſſadeur de Portugal de
l'autre, comme chargé de pouvoirs de Leurs
Majestés Très -Fideles & de l'Infant Don
Juan , ont figné les articles du contrat de
mariage. Enfuite ſe ſont faites les fiançailles
de leurs Alteſſes , dans lesquelles le Roi a
repréſenté l'Infant de Portugal , & le Prince
&la Princeffe des Afturies ont été pareins.
Le foir même , M. l'Ambaſſadeur a donné
en ſon hôtel une fête magnifique , & les
jours fuivans ont été également fêtés .
Pendant le cours de l'année derniere il eſt
entrédans le Port de Deva 160 Bâtimens , dont
trois de la Marine Royale , un Anglois , un
Danois , cinq François , dont le plus fort de
205 tonneaux , & le reſte nationaux. Sur ce
nombre 65 ont chargé des bois de conſtuction
deftinés pour Cadix & le Ferrol , pour le compte
du Roi , & les autres du bled deſtiné pour
l'approvisionnement de la Marine & de l'armée ,
au compte de la Banque nationale ; quelques-uns
avoient à bord des affûts de canons pour les
Fabriques Royales de Placentia ; d'autres du
fucre , du bois de campêche , des cuirs de Buenos-
Ayres , du Minerai, &des marchandiſes ſeches
pour le commerce de Victoria & d'autres par
ticuliers.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Avril.
Les Lordsdel' Amirauté viennent de mettre
fix nouvelles frégates en commiffion , en
( 161 )
ordonnant de les équiper en toute diligence.
Il eſt décidé que le Chevalier Ed. Hugues ,
Commandant de la marine Anglaiſe dans
I'Inde, quittera cette ſtation auſſitôt l'affaire
de Trinquemale terminée. Il ramenera deux
vaiſſeaux de ligne , avec une frégate , & il
-laiſſera dans l'Inde deux vaiſſeaux de ligne
un de so canons , une frégate , deux cor-
*vettes & un floop .
Tous les chantiersde la Marine Royale
ainſi que les chantiers particuliers où l'on
-conſtruit pour le compte du Roi , font dans
la plus grande activité. L'on prétend qu'a-
-vant la fin de l'été , on lancera un vaiſſeau
de 110 canóns , un de 98 , un de 90 , trois
de 74 , un de 50 , un de 44&dix frégates.
- Conformément aux liftes remiſes au bureau
de l'amirauté par les Commiſſaires des
différens chantiers , il le trouve actuellement
àl'ordinaire , c'eſt à dire en magaſin , à Plymouth
, 31 vaiſſeaux de ligne ,deux de so
canons , II frégates & 4 floops. A Portf
mouth , 46 vaiſſeaux de ligne,un de so
canons , 23 frégates & huit floops. A Shcerneft
, un vaiſſeau de ligne , deux de so
canons , dix frégates & 9 floops. A Chatam
24 vaiſſeaux de ligne , 7 de so canons ,
dix frégates & 4 floops. A Woolwich , &
Deptford , trois vaiſſeaux de ligne , 37 frégates
& 17 floops.
On a fait dernierement à Chatam une
expérience très- importante ; elle conſiſte à
verſer ſur les bois & fur les planches em(
162 )
le
ployées à la conſtruction des vaiſſeaux , une
compoſition de liqueur ſaline , qui rend les
bâtimens , une fois imprégnés de ce liquide,
impénétrables aux attaques des vers. Les bois
du nouveau vaiſſeau de 100 canons ,
Royal George , ſont préparés fuivant cette
méthode , qu'on va employer également
pour la Reine Charlotte , autre vaiſſeau de
100 canons prêt à être mis ſur le chantier.
Les planches de l'Imprenable de 90 canons
ſont ſaturées de la même liqueur.
On ſera peu ſurpris du nombre des nouvelles
conſtructious navales , lorſqu'on obſervera
qu'on a dépecé ou vendu une tresgrande
quantité de vieux bâtimens qu'il s'agit
de remplacer , enſorte qu'en peu de tems
notre marine ſera preſque entierement remontée
à neuf.
La Chambre des Communes s'eſt aſſemblée
le 4 , & a nommé un Comité pour
juger l'élection du Bukinghamshire. Cette
affaire n'a point été ſeule traitée dans cette
ſéance . M. Pitt a entamé & terminé le même
jour l'affaire du commerce de l'Amérique.
Il a propoſé de renouveller pour un an les
pouvoirs donnés au Roi pour régler provi
foirement , & felon les loix de la navigation,
le commerce avec les Etats-Unis de
l'Amérique. Cette motion a paſſé , & le bill
qui renferme ces pouvoirs ayant été lu trois
fois , fut renvoyé à la Chambre des Pairs.
La fameuſe réforme parlementaire ſera
(163 )
décidément propoſée par M. Pitt dans 15
jours. Ce premier Miniſtre , vers la fin de
la féance du 4 , annonça qu'il mettroit dans
huit jours fon plan ſous les yeux de la
Chambre ; mais M. Eden ayant obſervé
que ce terme étoit trop court & trop rapproché
des vacances , & ayant engagé M.
Pitt à le prolonger , celui - ci y confentit
fans balancer , & il fut enjoint à tous les
Membres de ſe rendre le 18 à la Chambre ,
ſous peine d'être écroués.
M. Grenville , de même nom & famille
que le célebre Auteur des loix relatives aux
élections des Membres du Parlement , a
reconnu que les loix de ce Légiſlateur étoient
défectueuſes à pluſieurs égards , & qu'elles
faifoient naître beaucoup de querelles &
de procès , dont l'examen faſtidieux empêchoit
la Chambre de s'occuper des affaires
de l'Etat : en conféquence il a demandé le
7 à la Chambre des Communes la permiffion
de lui préſenter un bill pour modifier &
corriger les loix relatives aux élections. Cette
propoſition , après quelques débats , fut
agréée.
On ne doit pas s'étonner , dit-il , qu'un fyftême
auſſi compliqué exige des modifications. Les
changemens que j'ai à propoſer ſont de telle nature
, qu'ils auroient mérité le ſuffrage de l'Auteur
même du bill , s'il eût vécu aſſez long - tems
pour reconnoître ce que ce bill a de défectueux.
L'un de ſes principaux inconvéniens eſt le délai
qu'éprouvent les affaires publiques. Cette cir
conftance exige la plus ſérieuſe attention.
(164 )
La Chambre doit s'occuper en premier lieu
des moyens de couper court à toutes ces requêtes
qui lui ſont préſentées lors d'une élection conteſtée
; cet abus eft parvenu depuis peu à un degré
allarmant. Les prétextes les plus frivoles
donnent lieu à des requêtes qui tendent nonſeulement
à moleſter le membre élu légalement
& à lui occafionner des dépenſes énormes , mais
auffi à détourner pluſieurs Electeurs de leurs occupations
& à cauſer un embarras inutile à la
Chambre. Je pense que ſi les deux parties s'engageoient
réciproquement à rembourſer les fraisde
la procédure à la perſonne dont l'élection ſeroit
reconnue valide , les requêtes de certe nature ſeroient
alors moins multipliées. - Un autre
objet qui intéreſſe également la dignité de la
Chambre est la maniere actuelle de conſtater les
droits des Electeurs ; cet abus eft ſi frappant , que
toute preuve à cet égard ſeroit ſurabondante.
Il eſt donc à defirer que l'on adopte quelque mefure
à la faveur de laquelle on puiſſe éviter les
inconvéniens & les frais qui font la ſuite des
procédures du Comité , chargé à Londres de prononcer
fur la validité des droits des Electeurs .
-M. Grenville obſerva enſuite que les Comités
étoient à la vérité autoriſés à punir les
Officiers qui préſident aux élections , lorſque
Jeur conduite avoit été repréhenſible , mais qu'il
étoit bien rare que ces Comités uſaſſent de ce
pouvoir; qu'en conféquence il ſeroit convenable
qu'il fut enjoint au Comité de faire connoître à
la Chambre l'opinion qu'il a de la conduite des
ſuſdits Officiers , afin qu'ils soient punis ſi le
cas y échet.
Quant au nombre de Membres , dit- il , né
ceffaire actuellement pour qu'on puiſſe balotter
( 165 )
un Comité , la Chambre , felon moi , devroit
ſtatuer que , dans le cas où il n'y auroit que
39 Membres propres à être éus , ce nombre
ſuffiroit , au lieu qu'à présent il en faut 49 en
vertu du bill . - M. Grenville finit par une
obſervation. On fait , dit- il , que tout Comité
eſt diſſous lorſque le Parlement eſt prorogé. Ne
devroient- ils pas être autoriſés à fiéger juſqu'à ce
que l'affaire qui les occupe ait été terminée.
La motion de M. Grenville fut ſecondée par
M. Montagne , & agréée à l'unanimité de la
Chambre .
On a appris , par des Lettres du Portugal ,
que leGouvernement de ce Royaume étoit
fur le point d'ôter les droits impofés ſur les
marchandiſes irlandoiſes. Dans ce cas , les
Irlandois fupprimerent de leur côté les droits
qu'ils viennent de mettre ſur le vin de Portugal.
Ce droit , qui monte à 30 1. ſterl. par
tonne , avoit déjà fingulièrement favorisé en
Irlande l'importation des vins de France.
La Chambre des Communes reçoit tous
les jours des nouvelles requêtes contre le
ſyſtême de commerce de M. Pitt , & elle
les renvoye au Comité chargé de lui en
faire le rapport. L'univerſalité des villes de
commerce eſt aujourd'hui ſoulevée contre
l'arrangement tel qu'il a été propoſé par le
Miniſtre. Dans un des principaux magaſins
de Mancheſter on a pris la réſolution de ne
laiſſer fortir aucun ouvrage de fabrique , tant
que les nouveaux droits impoſés l'année derniere
ſubſiſteront.
Dans une des dernieres aſſemblées de la compagnie
des Fabriquans en ſoierie il a été prouvé
( 166 )
que le commerce des rubans emploie plus de
40,000 perſonnes , & qu'un quart du produit
des Fabriques paſſe chez l'Etranger. Par conféquent
, ſi l'on permet aux Irlandois de fournir de
cet article les marchés étrangers à meilleur
marché que nous , ce qui arrivera immanquablement
, ſi l'arrangement propoſé a lieu , il
faudra que 10,000 perſonnes paſſent ou qu'elles
reſtent à charge à leurs Paroiſſes reſpectives .
L'on affirme poſitivement depuis quelques
jours que ni le Lord Landſdhown ,
ni le Marquis de Buckingham ne rentreront
dans le miniftere. Le premier , à ce qu'on
rapporte , eut une conférence au Palais de
la Reine avec le Chancelier qui employa
tous ſes efforts pour l'engager à reprendre
place dans le Cabinet.Ces inſtances furent
inutiles , le Marquis de Lanſdown ayant mis
à ſa condeſcendance des conditions inacceptables
: le principal étoit que le Duc de
Richemond , Grand- Maître de l'Artillerie
fût exclu du Cabinet. Cette opinion particulierede
Lord Lanſdown a été clairement
manifeſtée dans la Chambre desCommunes
par ſon ami & confident intime le Colonel
Barré.
LeBrigadier général Nelſon , maintenant
àBombay, a été confirmé dans la Préſidence
de cette place par les directeurs de
la Compagnie des Indes. Les autres Candidats
étoient les Colonels Braithwaite &
Keating & le Lieut. Col. Haittrey.
Le 65emeRégiment, commandé parLord
( 167 )
Harrington , doit s'embarquer pour le Canada
, au lieu du 6eme Régiment , d'abord
deſtiné à ce ſervice. Peu de Seigneurs & de
Colonels donnent un auffi bel exemple de
zele & d'attachement à leur devoir , que
Lord Harrington. Il leva ſon régiment à ſes
propres dépens dans la derniere guerre ; il
P'a conduit ſucceſſivement ſur les côtes brûlantes
de l'Afrique , ſous le dangereux climat
de la Jamaïque , & aujourd'hui , il va le
ſuivre dans les régions glacées du Canada.
Il eſt le véritable tuteur de ſes ſoldats : on
ne voit point ce Seigneur livré à une folle
&honteuſe diffipation , ni paſſer ſa vie chez
des courtiſanes ou dans des académies de
jeu. La Comteffe d'Harrington eſt la fidele
compagne de ſon époux dans tous fes
voyages , &elle va le ſuivre au Canada avec
ſes enfans.
Le 4de ce mois , le Club des Whigs a tenu
fon aſſemblée de tous les mois à la Taverne de
Londres ; elle a été composée d'environ 120
Seigneurs ou Gentilshommes , préſidés par le
Duc de Portland. Les Cavendish , les Bentinck ,
les Keppel , les Spencer , & autres Membres des
familles d'anciensWhigs étoient préfens. On ybut
diverſes ſantés , entr'autres à la glorieuſe mémoire
de Guillaume III , à la Conſtitution , telle
qu'elle fut réglée par la révolution , aux amis
de la Liberté dans tout le globe , à la Cauſe ,
en faveur de laquelle Hampden vería ſon ſang
ſur le champ de bataille,& Sydney ſur l'échafaud.
Par les dernieres nouvelles reçues de la
Jamaïque , en date du 22 Janvier , l'on apprend
que le bruit couroit d'ordres expédiés
( 168 )
au Commandant de l'ifle d'envoyer des
forces ſuffifantes ſur la côte des Muſquites ,
&de repouſſer la force par la force , en cas
que les Eſpagnols s'y portaſſent à quelques
violences contre les ſujets de la Grande-
Bretagne. En conféquence , on a dépêché
le floop le Swan à la côte des Muſquites ,
pouryprendredes informations fur les procédés&
fur les forces des Eſpagnols.
Les niêmes lettres font mention d'avis
allarmans , reçus , dit on , à la Havanne ,
& tenus fecrets , par leſquels le vice-Roidu
Mexique informe le Gouverneur de Cuba
de nouvelles commotions de la part des
Naturels.
Le décroiſſement de la population de l'Amérique
depuis le commencement de la derniere
guerre eſt actuellement avoué par le congrès
Leur premier calcul fut publié en 1775 , pour
établir une taxation proportionnelle dans chacun
des Etats. Il ſe montoit à 3,137,809 ames. En
Janvier 1784 , on a fait une nouvelle computation
dans laquelle on n'a trouvé que 2,389,000,
ames: de maniere qu'en un eſpace de ſeulement
neuf années , il paroît que la population de l'Amérique
a diminué de 748,569 perſonnes .
Cette diminution apparente tient probablement
aux dénombremens enflés préſentés
par le Congrès en 1775 , dans des vues
politiques. Il importoit alors d'exagérer les
forces & la population des Etats-Unis. La
guerre , & l'expatriation des Royaliftes ont
enlevé fans doute un grand nombre d'habitans,
que les émigrans d'Europe ne tarde
zont pas à remplacer.: Le
( 169 )
Le Bureau de l'Artillerie évalue dans fon
expoſé , les dépenſes néceſſaires aux diverſes
constructions ou fortifications projettées ,
aux ſommes ſuivantes.
Un fort près de Stokes-
Bay, tracé ſur le terrein ,
& d'après l'arpentage ,
eftimé devoir couter ... 135,920 1. 13 sh. 11 d.
C'eſt d'après l'eſtimation
ci-deſſus que les ſuivantes
ont été calculées.
Un fort près Frater-
Lake ,
Un fort près des lignes
deHilfea , ......
Un fort fur les hauteurs
de Maker ( Maker-
Heigths ) avec des ouvrages
avancés , • ..
Un fort à Merryfields ,
avec des ouvrages avancós
,
• 110,000 ce
•
•
110,000
110,000
• 90,000
Total des nouveauxcccc
Crec CCCC
ouvrages projettés , .. 535,920 1. 13 sh. 11 d.
Pour l'achat des terres.
Lesterres pour les forts
de Stokes-Bay & de Maker-
Heigths font achetées
, mais point encore
payées.
Les terres de Stokes-
No. 17 , 23 Avril 1785 . h
( 170 ) f
Bay,y compris le terrein
fur lequel eſt élevé le
fort Monckton , & l'arrérage
des rentes depuis
cinq années , montent à... 11,747 16 74
Les terres à Maker-
Heigths coutent ,
L'achat d'autres terres
devant dépendre de la valeur
que lesJurés -Experts
jugeront à propos d'y
mettre , on ne peut pas
l'évaluer juſte ; mais la
quantité de terrein dont
on aura beſoin à Merryfield
, fera probablement
àpeu près la même qu'à
Maker-Heigths , & peut
cire évaluée à
• 13,245 7
6
14,000
Le terrein dont on a
beſoin à Frater - Lake ,
n'eſt pas fi conſidérable
que les terreins achetés
Stokes - Bay & Fort
Monckton , & ne paffera
vraisemblablement pas... 10,000
Le terrein dont on a
befoin à Hilfea eſt fort
peu de choſe , & ne paffera
pas de
.......
Ecec
5,000 CCCC eccc
Valeur totale des terres
dont on a beſoin , .....
Pour les changemens
& la réédification d'an-
رد
54,693 4 1
( 171 )
ciens ouvrages , & pour
achever ceux qui ont été
commencés avant oupendant
la derniere guerre ,
& qui ſont conſidérablement
avancés ,
Pour des changemens
& ainéliorations jugées
néceſſaires au Fort de
Cumberland , .....
Pour la reconstruction
du château de South-
Sea , •
Pour achever le Fort
Monckton , eſtimé d'après
25,000 ca CCK
6,7000
le dernier arpentage , ... 42,407 17 3
Pour achever les ouvrages
qui couvrent le
chantier de Porfimouth ,
autant qu'il ſera jugé néceſſaire
, ſi les fortifications
projettées ont lieu ,
Total de la ſomme néceſſaire
pour changer ,
reconſtruire & finir les
anciens ouvrages ,
27,790 II I
101,898 3 4 ...
Total de celle pour
l'achat des terrrs , .. 54,963 414
Total de celle pour les
fortifications nouvelles,. 535,970
13 II
TOTAL général des
ſommes néceſſaires pour
défendre les chantiers de
Porſtmouch & Plimouth, 692,562 I 5½
r
h2
( 172 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 15 Avril.
Le Comte de Thy , qui avoit précédemment
eu Thonneur d'être préſenté au Roi ,
a eu , le 7 de ce mois , celui de monter dans
les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre à
la chaffe.
Monſeigneur Comte d'Artois & Madame
Comteffe d'Artois ont tenu , le 3 du même
mois , ſur les fonts de Baptême , dans la
Chapelle du Château ,la fille du Comte de
Fougieres , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Lieutenant général de la province
de Bourbonnois , ancien Sous-gouverneur
du Roi & des Enfans de France , & Premier
Maître - d'hôtel de Monſeigneur Comte
d'Artois . Les cérémonies du Baptême ont
été ſuppléées à l'enfant , qui a été nommée
Charlotte-Théreſe , par l'Evêque de Saint-
Omer , Premier Aumônier du Prince , en
préſence du ſieur Brocquevielle , Curé de
la paroiſſe Notre-Dame,
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné ,
le 10 de ce mois , le contrat de mariage du
Chevalier de Saint Georges , ſous le nom
du Baron de Bar , Lieutenant de vaiſſeau ,
avec Demoiselle de la Rochebouffeau .
La Reine , qui continue à être toujours
auſſi bien que fon état le permet , a vu , le
12 du même mois, toutes les perſonnes qui
ont les entrées de la chambre , tant chez le
Roi que chez Sa Majesté.
( 173)
DE PARIS, le 21 Avril.
. Il eſt queſtion , comme d'une entrepriſe
aujourd'hui autoriſée , de l'établiſſement
prochain d'un nouveau pont de pierres ſur
la Seine , projetté depuis long- temps , visà
vis la place de Louis XV. L'habile Ingénieur
, qui a dirigé le pont de Neuilly , eſt
chargé de cette nouvelle conſtruction : ce
pont, à ce qu'on dit , ſera nommé le Pont
triomphal , épithete dont on ne voit pas
bien l'étymologie. Au lieu de piles il fera
foutenu par des colonnes , fans doute à l'imitationdu
magnifique pontdeBlack's Friars
à Londres , & l'on en évalue la dépenſe à
3 millions.
La belle température du Printemps au
mois de Mai a fuccédé aux froids du mois
dernier. Depuis quinze jours , le vent de
Nord-Nord-Eft permanent a maintenu le
ciel ſerein , & le ſoleil dans tout fon éclat.
Au milieu du jour, le thermometre a été
ſouvent à 10 & à 12 degrés au-deſſus de la
glace. La durée du vent de Nord & de la
ſéchereſſe retarde les progrès de la végétation
, & furtout celle des pâturages. Dans
pluſieurs provinces , la diſette de foins eſt au
dernier degré , & le malheureux payſan a
été obligé, en divers endroits , de tuer ſes
beftiaux , faute d'herbages.
Le ſomnambulisme magnétique a attiré
juſqu'à ces jours deniers un concours étonnant
d'amateurs diftingués. Ce phénomene
3
( 174 )
fans pareil a opéré beaucoup de converfions ;
lamalice des douteurs paroifſoit confondue ;
des perſonnes de tout rang, & d'états où le
bon ſens ne doit pas être rare , ſont convaincues
qu'une fille ENDORMIE devinoit
leurs penſées les plus ſecrettes. La célébrité
de la jeune fille , fi heureuſement née, qui
ſe livroit à ces inſpirations , a tout-à-coup
diminué à l'occaſion de quelques remarques ,
ſans doute téméraires , & auxquelles nous
nous gardons bien de donner créance. On
a prétendu qu'elle répondoit au geſte horifontal
, parce que dans cette poſition , le
bandeau qui couvre les yeux de l'inſpirée ,
lui permettoit un coup d'oeil furtif; mais
qu'elle manquoit aux ordres , lorſque le
geſte vertical ſe faiſoit du haut en bas .. Une
Dame de la plus haute condition , & auſſi
diftinguée par ſes lumieres que par ſa naiffance
, a trouvé , à ce qu'on ajoute , un
moyen ingénieux de déconcerter la ſomnambule
: ce moyen conſiſtoit à parcourir
des yeux deux ou trois phraſes d'un livre ,
à montrer le paſſage avec ſa main , & à
dire , devinez , Mademoiselle , voilà ma penſée.
La pauvre fille , felon le cri public, eſt
toujours reftée muette. Cependant les deux
conditions eſſentielles , la penſée & un geſte
quelconque , ſe rencontroient dans cette facheuſe
épreuve.
Le corps de la Marine à Breſt a célébré
par des réjouiſſances l'heureux accouche(
175 )
ment de la Reine & la naiſſance de M. le
Duc de Normandie .
Vendredi , ver Avril , M. le Comte d'Hec-
*tor , Commandant de la Marine , reçut la Lettre
du Roi , qui lui annonçoit l'heureux accouchement
de la Reine , & la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Il fit tirer auffi- tôt
19 coups de canons de la Batterie Royale , pour
l'annoncer au Port & à la Rade , & il fit part de
cette nouvelle intéreſſante au Corps aſſemblé à
ſon Comité.
Le 6 , à dix heures & demi , le Corps de la
Marine s'eſt aſſemblé chez lui , ainſi que MM. les
Officiers retirés du ſervice , le Corps de l'Adminiſtration
, les Corps municipaux , de Juſtice
& de l'Amirauté , & même M. le Comte de
Moynier , Commandant de la Place avec ſon
Etat-Major , les Chefs & une partie des Officiers
de la Garniſon , qu'il avoit invités à ſe
rendre à bord du Royal Louis , pour y aſſiſter
au Te Deum. Ils ont eu l'honnêteté de ſe rendre
chez M. le Comte d'Hector , & de l'accom
pagner à bord de ce vaiſſeau , cù on l'a chanté.
Il a arboré le Pavillon amiral , & a été pavoiſé,
ainſi que tous les Bâtimens qui ſont armés dans le
Port. Pour faciliter l'abord de ce vaiſſeau , on
avoit fait un pont de radeaux , vatte , commode
& sûr , qui aboutiſſoit à la calle neuve du baffin
deBreft.
Le Corps Royal de Marine, dans la plus fuperbe
tenue , étoit en bataille devant le Magaſin
général , où il a fait trois décharges de moufqueterie
pendant qu'on chantoit le Te Deum :
✓ cette ſalve a été ſuivie ſucceſſivement de 21 boîtes
tirées devant le Magafin de l'Artillerie , & de
21 coups de canon tirés de la Batterie Royale.
Les vaiſſeaux qui étoient en rade , pavoiſés
a
h4
( 176 )
:
comme ceuxqui étoient dans le Port , ont fait les
mêmes ſalves de mouſqueterie & de canon.
Pendant la Meſſe , Madame la Vicomteſſe de
Langle a fait la quête , & ce qu'elle a produit ,
a été diſtribué aux pauvres appartenans à la
Marine.
Les Marins & habitans , qui bordoient le
Quai, & qui rempliſſoient les maiſons & les bâtimens
du port & voiſins du Port , ont crié des
vive le Roi multipliés , qui exprimoient vivement
leur fatisfaction , & leur fincère & refpectueux
attachement pour le Souverain bienfaiſant
à qui ils doivent leur bonheur , & pour le
ſervice duquel ils brûlent d'avoir des occafions
d'employer tous leurs talens , & même de ſacrifier
leurs vies.
M. le Comte d'Hector a donné à dîner à
40 perſonnes , Officiers-Généraux & Chefs des
dérails de la Marine & des Corps étrangers ; pendant
le repas , l'excellente Muſique du Corps
Royal de Marine a exercé ſes talens , & lorfqu'on
a porté les ſantés du Roi , de la Reine &
de Monſeigneur le Duc de Normandie , elles ont
été ſaluées de 21 coups de boîtes tirées ſur le
Quai de l'Artillerie , de 21 coups de canon de
la Batterie Royale & des mêmes ſalves des Batimens
qui ſont en rade.
A la fortie du ſpectacle , on a tiré un feu
d'artifice fur la terraſſe de l'hôtel du Commandant
de la Marine , dans lequel les ſpectateurs
sombreux , qui rempliſſoient le champ de bataille&
les maiſons voiſines , ont diftingué avec
joie,viveMonſeigneur le Duc de Normandie. II
a été ſuivi de l'illumination générate de tous
les bâtimens ſitués dans la ville qui appartiennent
au Roi & des maiſons des particuliers qui
ziennent à la Marine , & qui ont vou'u donner
ce témoignage public de leur fatisfaction.
( 177 )
,
Le peuple de Breſt , compoſé , pour la plupart
, de Marins militaires ou deſtinés à l'être
accoutumés aux cris de vive le Roi pour les
moindres circonfiances , faits par état pour manifeſter
dans les quatre parties du monde , fa
puiſſance , ſes bentés pour lui , leur attachement
pour ſa Perſonne , peuvent être regardés comme
les ſujets les plus fideles & les plus zélés pour
fon ſervice , & dans cette circonſtance fi intéreffante
, ils ont témoigné la joie qu'ils reſſentoient
de voir perpétuer & augmenter ſon auguſte
Famille , avec uus effufion de caur qui
démontre évidemment 1 fincérité & l'étendue
de leurs ſentiments patriotiques , le vifdeſir qu'ils
ont d'avoir des occafions d'en donner des preuves.
L'on aura lu dans quelques Feuilles publiques
la reſtitution faite par le Capitaine
P. J. au Comte de S. en Ecoſſe , de la vaifſelle
qui loi fut enlevée par ce Capitaine
pendant la derniere guerre. Nous recevons à
ce ſujet les détails ſuivans qu'on nous donne
comme authentiques. م
Le Capitaine P... J... fit une deſcente en
Ecoffe pour s'emparer de quelquesGentilshommes
Anglois , à l'effet d'inſpirer la crainte de
repréſailles. Suppoſé que l'Angleterre eût agi
avec trop de rigueur envers les priſonniers américains.
Après avoir enlevé d'emblée deux Forts
garnis de 36 pieces de canon , qui auroient pu
P'incommoder dans ſon rembarquement, il chercha
des otages. Pluſieurs Seigneurs , dont on
fouilla les Châteaux , avoient diſparu; la Troupe
trouva dans l'un une caiſſe d'argenterie , qu'elle
emporta à bord , & qui étoit de bonne priſe.
L'allarme fut donnée ,& le Capitaine P.... J...
obligé de ſe rembarquer , continua ſa croifiere,
( 178 )
perſonne n'ignore les détails de ſes belles actions
pendant ladurée de la guerre.
A la paix , cet Officier , devenu ſeul propriétaire
de la caiſſe d'argenterie , par le rembourſement
qu'il avoit fait des parts de ſon équipage ,
écrivit à Madame la Comteſſe de S.. « Qu'il
étoit bien fàché qu'elle eût été privée de ſon
argenterie pendant la guerre , qu'il la prioit de
lui indiquer à Londres une perſonne à laquelle
il put l'adreſſer , & de la recevoir fans aucune
condition ».
Sur la réponſe que fit cette Dame , remplie
des ſentimens de reconnoiſſance , le Capitaine
P... J... demanda à M. le Comte de V... la
permiffion de faire paſſer cette caiſſe de l'O
rient à Calais en exemption de droits. Ce Miniſtre
renvoya ſa demande à M. le C. G. , qui
fit réponſe au Cap. P... J... en ces termes : « J'ai
reçu M. &c. , je ſuis flatté de concourir à une
auſſi belle action , je viens , en conféquence ,
de donner des ordres aux Fermiers - Généraux ;
ce trait me prouve que la vraie valeur eſt inféparable
de l'humanité & de la générosité , &c. ».
Il falloit encore prendre la même précaution
pour faire entrer cette argenterie enAngleterre.
M. le Duc de D. Ambaſſadeur de S. M. R.,
flatté de répondre aux vues généreuſes du Cap ,
P... J... fit appoſer ſon cachet fur cette caiffe ,
qui eſt préſentement à Londres pour être remiſe
àſes anciens propriétaires , ſans aucuns frais.
Nous ajouterons à ce récit une circonftance
qui ne diminue rien du mérite de cette
action , & probablement ignorée du Capi .
raine P. J.; c'eſt que le Conite de Selkirck,
dont il eſt ici queſtion , étoit le feul Pair
Ecoffais qui eût épousé la cauſe de l'Amérique
; qu'il l'avoit épousée avec la plus grande
1
(179)
chaleur , & qu'il fut très malheureux pour
lui que le haſard eût ſi mal ſervi les intentions
du brave Commandant dans le choix
de la defcente.
Nous avons fait connoître dans le Nº. 9
de ce Journal l'établiſſement des balifes
formé à l'Ifle d'Oleron par Mr. Compère
Laubier , Négociant. Une lettre qu'il vient
de recevoir , conſtate l'utilité de cette formation.
Ce ſeroit manquer à la reconnoiffance que
je vous dois , ſi je laiſſois paſſer ſous filence
l'événement arrivé à mon Bâtiment l'Utile-
Maître- Chevalier , lequel ſe trouvant en pêche ,
a été ſurpris par la tempête que nous avons
reſſentie la nuit du 12 au 13 Mars , il prit le
parti de courir ſa bordée,ſur votre Iſle avec le
peu de voiles que la violence du vent lui permettoit
de porter , & prêt à périr à tout inſtant
par l'impétuofité de la mer , il a eu connoiffance
fur les 5 heures de l'anſe de la Peroche ,
au moyen des deux baliſes que Sa Majesté y a
fait mettre après les mémoires que vous avez
-préſentés ; il y a mouillé , & paffé la nuit ; il
-étoit temps qu'il trouvât ce refuge , car il y avoit
trois pieds d'eau dans la Calle , & l'équipage
n'avoit plus de force pour manoeuvrer. Ainfi
c'eſt à vous , Monfieur , à qui je dois le falut
de mon Bâtiment , & de trois chefs d'affez
nombreuſes familles.
Signé DECHEZEAU...
Les affiches de Dauphiné renferment l'extrait
d'une lettre écrite d'Eſpagne fur un ob-
⚫jet important de police publique , & dont le
contenu-mérite d'être rapporté.
h6
( 180 )
Madrid eft diſtribué en pluſieurs quartiers
fubdiviſés eux- mêmes en différens diſtricts.
M. le Comte de Florida-Blanca jugea à propos
, il y a quelques années , de former dans
chacun de ces diſtricts un Bureau compoſé des
perſonnes les plus reſpectables , tant par leurs
moeurs que par leurs lumieres , & choiſies indifféremment
parmi le Clergé & parmi les Laïcs.
Le but principal de leur inſtitut, eſt de viſiter
journellement & de ſoulager les familles réellement
pauvres , en procurant de l'ouvrage à
celles qui peuvent travailler , & des ſecours à
celles qui , par des maladies & d'autres accidens
, font tombées dans la mifere . Il s'en
trouve parmi ces dernieres , qui ſe laiſſeroient
périr dans l'oubli plutôt que de ſe réſoudre à
quitter leur réſidence. Il regne dans ces Bureaux
de charité une ardeur & une émulation
vraiment admirables , dans les emplois que les
membres exercent alternativement , ſans autre
récompenſe que les applaudiſſemens de ſes
compatriotes & les bénédictions des infortunés
qu'ils foulagent.. Les uns font infatigables à
recueillir dans chaque diſtrict les moyens de
pourvoir aux néceſſités des indigens. Le Roi&
la famille royale y contribuent très-généreuſement.
Les autres s'occupent à maintenir quantite
de petits établiſſemens , où l'on voit avec
joie la jeuneſſe abandonner ſes occupations frivoles
, pour chercher à s'inſtruire dans des vrais
principes de la Religion & de l'amour du bien
public. D'autres en font chargés de porter
chez eux aux malades dépourvus d'aſſiſtance
tous les ſecours néceſſaires , au lieu de les laiffer
tranſporter dans les Hôpitaux. Nous allons
donner le dernier rapport d'un de nos Baillis ,
M. Manuel Cisternes , qui s'explique en cos
,
( 181 )
, nous
termes : «Ayant reconnu l'extrême répugnance
qu'ont en général les pauvres malades a ſe
laiſſer transporter dans les Hôpitaux
nous ſommes appliqués à mettre leurs femmes ,
ou leurs familles , à même de leur procurer
la plus grande aiſance & tous les ſecours poffibles
dans leurs propres maiſons. Les huit Bureaux
de Charité de mon quartier , ( qui n'eſt
pas le plus conſidérable de cette Ville ) ont
réuſſi , avec les ſecours généreux des habitans ,
à ſoulager tous les pauvres malades dans le ſein
de leurs familles , à leur donner des Médecins ,
Chirurgiens , Apothicaires , lits , &c. &c. enſorte
que dans le courant de l'année derniere ,
nous avons adminiſtré dans notre quartier toute
l'affiſtance imaginable à 305 malades , dont 12
ſeulement ſont morts. Les ſommes employées
à cette oeuvre fi louable , font montées à 28438
réaux de veillons. En ſuivant cette méthode ,
nous tâcherons d'éviter les conféquences funeſtes
qui réſultent de l'entaſſement des malades dans
un même bâtiment , qui , malgré toutes les
précautions que l'on peut prendre pour empêcher
l'air infecté des Hôpitaux , aggravent au lieu
de ſoulager les maux des infortunés qui font
raſſemblés dans ces monumens d'oftentation
dont les apparences ſont ſi trompeuſes. »
,
Ces établiſſemens ont été imités avec le plus
grand ſuccès dans toutes les provinces ; ce qui ,
plus qu'aucun autre expédient , a diminué de
beaucoup la mendicité. Selon toutes les apparences
, notre fameux Hôpital-général ,& beaucoup
d'autres , ne ſerviront plus qu'aux étrangers
, que nos Bureaux ne pourront pas renvoyer
d'abord à l'endroit de leur réſidence ordinaire
, ainſi qu'ils le font généralement de tous
les pauvres inconnus qui y ſont portés.
( 182)
2
Sur la Requête préſentée auRoi en ſonConteil,
par les ſieurs Martin , Fleſſelle & Lamy , contenant
, que les Fabriques Angloiſes de Bas , Toiles
& Velours de Coton , ne doivent la ſupériorité
qu'elles ont fur celles de France , qu'à la perfection
de la filature opérée par une Machine que l'on fait
mouvoir ; que juſqu'à préſent cette Machine
n'avoit point été connue en France , & que ce
n'eſt qu'à force de dépenſes , de voyages , même
de danger , que le ſieur Martin eſt enfin parvenu à
en découvrir le méchaniſme , & à en avoir les
plans ; qu'il eſt en état d'en établir une pareille en
France , & de la perfectionner , tant pour la filature
du coton , que pour celle de la laine ; que
cette Machine préſente des avantages précieux
pour tout le Royaume , en ce qu'elle tend à perfectionner
la qualité des marchandiſes,de maniere
à entrer en concurrence avec celles d'Angleterre
& de l'Inde ; mais qu'il falloit pour l'établir &
l'entretenir , des dépenſes au-deſſus des facultés
des ſieurs Martin , Fleſelle & Lamy. Requéroient
à ces cauſes les Supplians , qu'il plût à S. M. autorifer
Pétabliſſement d'une Manufacture Royale au
lieu de l'Epine , ſur la riviere de Juine , près Arpajon
,Généralité de Paris , avec permiffion de ſe
ſervird'un plomb particulier , & de faire circuler
leurs marchandiſes fabriquées & filatures dans tout
leRoyaume , & les exporter à l'Etranger, fans être
tenus de les préſenter aux Bureaux de viſite & de
marque , à l'effet d'être revêtues de celles prefcrites
par lesRéglemens , accorder auxSupplians,
pendant l'eſpace de 12 ans , le privilége excluſif
pour la conſtruction & l'uſage de la Machine
qu'ils ont introduite en France , & qui a pour
objet la filature continue du coton &de la laine ,
y compris les Machines à préparer , carder en
rubans , tirer , filer en gros , filer en fin , doubler
&retordre enmême tenis ; ordonner qu'il leur
( 183 )
foit payé , à titre de gratification , ſur les fonds à
ce deſtinés , une ſomme de 30,000 livres ; faire
défenſes à tous particuliers de contrefaire ou imiter
pendant ledit tems de 12 années ladite Machine,
ſous peine de confiſcation des Machines de
filatures,&de50,000 liv. de dommages &intérêts,
au profit des Supplians ; ordonner que les engagemens
qui ſeront contractés entre leſdits Entrepreneurs
& leurs Ouvriers , ſeront exécutés ſelon leur
forme & teneur; accorder l'exemption de Milice &
de logemens de gens de Guerre aux Entrepreneurs
ou Directeurs , & aux quatre principaux Ouvriers
de ladite Machine; enjoindre au ſieur Intendant &
Commiſſaire départi en la Généralité de Paris , de
tenir la main à l'exécution de l'Arrêt à intervenir .
Vu ladite Requête : Ouï le rapport du ſieur de
Calonne , Conſeiller Ordinaire au Conſeil Royal,
Contrôleur-Général des Finances , LE ROI EN
SON CONSEIL , a autorité & autoriſe l'établiſſement
d'une Manufacture de filature , Fabrique de
mouffeline & autres étoffes en coton ; a accordé
& accorde auxdits ſieurs Fleſſelle , Martin &
Lamy , pendant l'eſpace de 12 années , un Privilége
exclufifpour la conſtruction & l'uſage de la
Machine qu'ils ont introduite en France , & qui
a pour objet la filature du coton & de la laine ,
ycompris les Machines à préparer , carder en rubans
, tirer , filer en gros, filer en fin , doubler
& retordre en même tems ; à la charge toutesfois
de ne pouvoir , en raiſon dudit Privilége ,
inquiéter , ni rechercher les établiſſemens du
même genre , qui auroient été formés précédemment,
fi aucuns ſe trouvoient ; ordonne qu'il ſera
payé auxdits fieurs Fleſſelle , Martin & Lamy ,
à titre de gratification ſur les fonds à ce deſtinés
, une ſomme de 30,000 liv. pendant leſdites
cinq années , en einq paiemens égaux , d'année
en année ; fait S. M. défenſes à tous particuliers,
( 184 )
de contrefaire ou imiter pendant ledit tems de
12 ans , ladite Machine , ſous peine de confiſcation
des Machines de filatures , & de telles autres
peines qu'il appartiendra ; accorde aux Entrepreneurs
, aux Directeurs , & aux deux principaux
Ouvriers de ladite Manufacture , l'exemption de
Milice& de celle du logementdegens deGuerre,
pour l'intérieur de l'établiſſement ſeulement. Enjoint
S. M. audit ſieur Intendant & Commiſſaire
départi en la Généralité de Paris , de tenir la main
à l'exécution du préſent Arrêt. Fait au Conſeil
d'Etat du Roi, tenu à Verſailles , le 18 Mai 1784 .
Signé , LE MAÎTRE.
Vu le préſent Arrêt , Nous ordonnons qu'il ſera
exécuté telon ſa forme& teneur, ſaufl'exemption
de Milice fur laquelle nous nous propoſons de
faire des repréſentations.AParis , ce 23 Février
1785. Signé , BERTIER,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , ſont : 84,3,39 , 23 , & 54 .
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 20 Avril.
Le 2 de ce mois, la Marguerite , navire
Pruſſien, a été jetté à la côte près de Nieuport
, avec une cargaiſon pour Amſterdam ,
de vin , d'eau-de-vie &de café , qu'on efpere
de ſauver en totalité.
L. H. P. , dit -on , viennent de faire remettre
à M. de Maillebois un tableau exact
de la population de la Hollande , felon lequel
les Provinces-Unies contiennent :
En hommes & en garçons au deſſous
de zo ans. .
En femmes & filles au-deffus de
610,123
( 185 )
20 ans.
En hommes &garçons entre 20 &
so ans.
• 610,826
598,114
En femmes & filles de même âge. 600,198
En hommes & en garçons entre
50& 65 ans. 120,000
En femmes & en filles de cet âge. 121,315
En hommes & en garçons entre
65 & 80 ans .
En femmes & en filles de cet âge.
En hommes & garçons au- deſſous
de 80 ans.
En femmes & en filles.
La population eſt donc de. .
• 51,518
51,826
7,300
7,412
• 2,758632
L'armée hollandoiſe , par les dernieres
1éſolutions de L. H. P. , eft portéeàss mille
hommes de troupes réglées , & à 12 mille
hommes de troupes légeres divitées par légions
, tant à pied qu'à cheval. Il paroît que
les compagnies de fufiliers de quelques- uns
de ces derniers corps ne feront pas en état
d'entrer cette année en campagne ; quant
aux dragons , aux huſſards , aux grenadiers ,
ils feront prêts à marcher au premier ſignal .
M. de Maillebois a propoſé aux Etats-
Généraux de renouveller l'uſage des canons
de cuir , ſemblables à ceux dont Gustave
Adolphe ſe ſervit en Allemagne lorſqu'il en
fit la conquête; en remédiant cependant aux
défauts qui les avoient fait abandonner.
Cette artillerie légere & portative ſeroit ſurtout
très-utile dans un pays , comme la
( 186 )
Hollande , entrecoupé de canaux &de foffés
, & pourroit ſervir à écarter les nuées de
Pandoures , de Croates & de Montenegrins
qui , en cas d'invaſion , ne manqueroient
pas de ſe jetter fur le territoire des Provinces-
Unies pour y exercer le pillage.
ne monte
Undes fils de feu M. de Muſqniz, ancien Miniſtre
des Finances dece Royaume , eſt attendu de
jour à autre dans cette Capitale , dit une lettre
de Madrid , pour régier avec le reſte de la famille
les affaires de ſa ſucceſſion . On ne ſera
pas peu étonné lorſqu'on ſaura que cette Succeffion
d'un homme , qui a été pendant 18 ans
Miniſtre des Finances d'un grand Royaume , &
en même temps chargé pendant quatre années
du Département de la Guerre ,
qu'à 200 mille liv. de notre Monnoie en Capital.
Mr. J. Musquiz laiſſe quatre enfans Ainfi
c'eſt 50 mille liv. pour chacun ; il eſt vrai
que l'Aîné ſera plus riche , comme héritier de ſa
Mere. Cet exemple , qui rappelle les beaux jours
d'Athenes ou de Rome , où ceux qui avoient
gouverné la République ne laifſſoient pas quelquefois
affez de bien pour ſe faire enterrer , eſt
commun en Eſpagne. On cite à ce ſujet D. F.
Arriaga , qui mourut ily a huit ou dix ans.
Ce Miniſtre , qui avoit eu les Charges les plus
lucratives, comme celles de Gouverneurde Caraques
, de Préſident de Contraction de Cadix ,
&c. qui fut vingt ans Miniſtre , mourut fi pauvre
, que deux de ſes ſoeurs , retirées dans un
Couvent de Valladolid , n'auroient pas eu de quoi
ſubſiſter, fi le Roi n'avoit continué de leur faire
une penſion de 700 liv. telle que ces demoiſelles
la tenoient de leur frere pendant ſa vie.
Les Amirautés reſpectives de Hollande
ont repréſenté aux Etats-Généraux la nécef(
187 )
fitéurgente d'équiper une Eſcadre additionnelle
, pour relever les Vaiſſeaux qui croiſent
dans la Méditerranée , ſous les ordres du
Contre Amiral Van Kinsbergen , cette Efcadre
n'étant avitaillée que juſqu'au mois
d'Octobre prochain . Il faudra remplacer auffi
quelques Vaifſeaux de guerre , qui fervent de
Convoi aux Navires Marchands. Cette nouvelle
Eſcadre doit être compoſée. de quinze
Navires; ſavoir, fix Vaiſſeaux de 60 canons ,
quatre de so , & de cinq Frégates de 36 à 40
canons. Les Amirautés requierent L. H. P.
de faire parvenir ſans délai cette propofition
aux Confédérés , pour qu'ils y donnent leur
conſentement le plutôt poſſible , & qu'ils autoriſent
le Conſeil d'Etat à former la Pétition
néceſſaire à cet effet.
On s'occupe , écrit- on de Malines , à préparer
deux équipages de fiége. On a déja enmagaſiné
2millions 500 mille livres de poudre. Dès que
les ports de la Baltique ſeront ouverts , nous recevrons
de Ruffie 250 pieces de canon de 24 &
beaucoup d'autres de 12 &de moindre calibre ,
ainſi qu'un grand nombre d'obus , de mortiers &
de pierriers. Nous attendons d'un moment à l'autre
un grand Seigneur de Vienne pour concerter
les plans de la campagne prochaine. Au premier
jour on fera couper dans les forêts royales tous
les bois néceſſaires à la conſtruction de pluſieurs
redoutes flottantes. On va conſtruire auſſi pluſieurs
bateaux qui contiendront 70 hommes , &
porteront 2pieces de canon : ils ne prendront pas
plusd'un pied & demi d'eau. Il nous arrive de
toutes parts des inſtrumens de pionniers ; on en
( 188 )
a commandé 80 mille. Tous ces préparatifs doi
vent être faits pour le 15 du mois prochain .
Heureuſement ce que l'on fait avec certitude
de l'état des négociations fait eſpérer
que ces préparatifs feront inutiles .
M.le Baron d'Enfiedel , Gentilhomme Saxon ,
a obtenu , dit-on , du Roi de France , la permiffion
de s'embarquer avec deux de ſes freres & pluſieurs
de ſes compatriotes , ſur un bâtiment frété par
S. M. , qui le conduira au Sénégal Le projet de
M. d'Enfiedel eſt de remonter le fleuve de ce
Royaume auſſi haut qu'il lui ſera poſſible ; de
s'enfoncer enſuite dans les terres , & d'aboutir
dans l'Abyſſinie , d'où , en defcendant le Nil , il
paſſera en Egypte & au Caire. L'imagination eſt
effrayée de la hardieſſe de ce projet , dont aucun
voyageur n'a encore tenté l'exécution. Le climat,
les bêtes féroces , les hommes , les fables , tout
offre des dangers effrayans . Si M. d'Enfiedel réulfit
, ce voyage fera undes plus mémorables qui
aientjamais été faits.On fait combien l'intérieur
del'Afrique estppeeuuconnu.Onſait en même tems
que cet întérieur récele de la poudre d'or qui en
eft tirée, par le Sénégal d'un côté , & de l'autre ,
par les caravanes du Caire.
Articles divers tirés des Papiers Anglois& autres.
LeGouvernement d'Espagne paroît décidé à
abolir l'inquifition. Il doit paroître ſous peu un
ouvrage , où ſeront expoſés les inconvéniens &
lesdangers de ce tribunal odieux , cù la voix
du fanatiſme prononce d'une maniere, fi arbitraire
& fi irrévocable contre la vie & la liberté
du citoyen . Nouvell. d'Alemagne , nº 57.
Les differents préparatifs qui ſe font en Uk.
raine & en Lithuanie , où doit ſe raſſembler une
armée Ruſſe , ont excité l'attention d'une cer
taine Cour à un tel point , qu'elle a auſſi - tột
( 189 )
envoyé ordre à ſon Ambaſſadeur à St. Péterfbourg
de s'informer ſans délai près des Miniftres
de S. M. l'Impératrice , de la cauſe & du
butde ces mouvemens ; la réponſe qu'il a reque
, eſt dit on , que des raiſons particulieres
exigeoient de la part de cette Cour un telle
conduite. Gazette des Deux-Ponts, n° 29,
Cause extraite du Journal des Causes célébres.
Défenſes faites à un Charlatan de continuer fon
métier.
Cette affaire qui a été jugée depuis peu en
Allemagne , offre un exemple d'une juſte ſévérité
contre une claſſe d'hommes , plus dangereux
que les maux qu'ils prétendent guérir..
Avant de rendre compte des faits particuliers
du procès du Charlatan étranger , nous croyons
quenos Lecteurs nous faurontgré de rappeller en
peu de mots , l'hiſtoire des plus fameux Charlatans
modernes qui ont paru ſur la ſcène du
monde pour le malheur du genre humain.
Tous les fiecles & tous les peuples ont eu des
charlatans . Nous ne remonterons point aux premieres
époques de l'hiſtoire des Nations , pour
citer des exemples , nous nous bornerons à rappeller
les noms de ceux qui ont paru depuis la
fin du dernier fiecle,
Le premier que nous voyons paroître en Fran
ce, à cette époque , eſt un certain Marquis Italien
qui avoit un ſpécifique qu'il vendoit deux
louis la goutte. Il étoit bien dificile qu'un remede
auſſi cher ne fut pas excellent ; auſſi eut-il
laplus grande réputation. Il étoit univerſel. II
guériſſoit toutes les maladies , excepté de la
mort ; mais le Charlatan prétendoit que la mort
[1] On ſcuſcrit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine,
Hôtel de Mouy , chez Mérigot lejeune , Libraire , &
Quai des Auguſtins. Prix , 18 liv, pour Paris , & 24 liv.
pour la Province.
( 190 )
n'étoit pas une maladie. Ainſi , ſon ſpécifique
faiſoit les plus belles cures toutes les fois qu'on
ne devoit pas mourir.
Au Marquis Italien, fuccederent deux Capucins
qui annoncerent qu'ils apportoient des pays
étrangers des ſecrets merveilleux. On les accueillit
& on les combla de préſens. Les ma
lades , les plus déſeſpérés , s'adreſſerent aux deux
charlatans , & aucun ne guérit ; mais on reconnut
bientôt que les deux Capucins étoient
des impoſteurs qui avoient voulu tromper le
public.
que
Un Charlatan , nommé le Médecin des boeufs ,
attira , peu de temps après , les regards de la
Capitale. Il étoit établi à Seignelay , bourg du
comté d'Auxerre. Il prétendoit connoître toutes
fortes de maladies par l'inſpection des urines ;
charlatannerie facile , uſée& de tout pays. Il paſſa
pendant quelque tems pour un oracle ; mais on
L'inſtruit mal , il ſe trompa tant de fois
les urines oublierent le chemin de Seignelay.
Un Cordelier ayant lu , dans un livre de
chymie, la préparation de quelques médicamens ,
obtint de ſes ſupérieurs la liberté de les vendre
&d'en garder le profit , à condition d'en fournir
gratis à ceuxdu couvent qui en auroient befois.
Un Prince eſſaya de ſes remedes; mais ils produiſirent
de ſi mauvais effets , que le nouveau
chymiſte perdit ſon crédit.
Un Apothicaire du Comtat d'Avignon , ſe
mit ſur les rangs , avec une paſtille qui guériffoit
radicalement toutes les maladies. Ce remede
merveilleux , qui n'étoit qu'une compofition
d'arſénic & de ſucre , produifit les effets
les plus funeſtes. La paſtille & ton inventeur
furent bientôt expoſés au mépris public.
Un Capucin , qui avoit été autrefois garçon
Apothicaire , crut , di- on , avoir fait la décou
( 191 )
verte la plus précieuſe à l'humanité , en compoſant
une eſpece de ſel végétal , & un ſyrop
qu'il appelloit méſentérique. Il diſtribuoit ce remede
pour toutes les maladies , & prétendoit
qu'il avoit la propriété de purger avec choix les
humeurs qu'il falloit évacuer. On aſſure que ce
Capucin étoit de bonne foi ; mais il n'en étoit
pasmoins un ignorant & un charlatan.
Un Prêtre Normand ſe fit annoncer comme
ayant trouvé le ſecret de purger toutes les
humeurs nuiſibles ; mais les mauvais effets de
ſon purgatif ne tarderent pas à lui enlever la
confiance qu'il avoit uſurpée .
A ce Prêtre ſucceda un particulier qui prétendoit
avoir découvert une huile qui rendoit
les gens immortels. On imagine aisément que
cette huile fut promptement en vogue ; mais
l'inventeur étant mort lui- même quelques mois
après , ſon prétendu ſecret tomba dans l'oubli. ,
Tout le monde a entendu parler du Médecin
de Chaudrais,
Enfin , un faiſeurde pillules qui produiſoient
des effets ſupprenans dans les coliques inflammatoires
, ſe montra ſur la ſcène ; mais malheureuſement
pour lui , & pour la fortune de
ſon remede , il fut attaqué d'une colique inflammatoire
, & ſes pillules augmenterent tellement
ſes douleurs , qu'il mourut en quatre jours. Cet
événement fit oublier le remede & celui qui
l'avoit inventé.
L'Angleterre n'eſt pas plus exempte que la
France de la vermine des charlatans ; mais ils
s'y préſentent ſous des dehors différens . C'eſt
preſque toujours dans les places publiques qu'ils
diftribuent leurs remedes. Lorſqu'ils ſe font annoncer
, ils aſſurent qu'ils guériſſent toutes les
maladies avec leurs ſpécifiques & la bénédiction
de Dieu.
( 192 )
A
Comme rien n'est plus propre à en impoſer
au vulgaire que d'étonner ſon imagination ; les
charlatans des Ifles Britanniques ſe font annon.
cer ſous le titre de docteurs nouvellement arrivés
de leurs voyages dans lesquels ils ont
exercé la médecine &la chirurgie par terre&
par mer , en Europe & en Amérique , où ils
ont appris des fecrets ſurprenans , & d'où ils
apportent des drogues d'une valeur ineſtimable
pour toutes fortes de maladies.
L'Allemagne a également les charlatans.Celui
dont nous allons rapporter le procès y exerçoit
encore , l'année derniere , ſes funeſtes talens.
Ce charlatan s'étoit fait annoncer comme
ayant acquis les ſecrets les plus merveilleux!
pendant un voyage qu'il avoit fait en Afie. Il
avoit rapporté un remede unique, qui fuivant
lui , guérilloit tous les maux. Les Magiſtrats
de la ville ayant reçu pluſieurs plaintes contre
ce particulier , ordonnerent que fon remede
ſeroit ſoumis à l'examen des gens de l'art. Ceuxci
découvrirent qu'il étoit compoſé de drogues
violentes & nuiſibles , altérées & préſentées ſous
une forme inconnue. Le magiſtrat chargé de
veillerà la fûreté publique , fit arrêter le charlatan
, & l'en inſtruifit ſon procès. Ayant été
interrogé , il répondit qu'il étoit vrai qu'il en
avoit impoſé au public , & qu'il tenoit ſon remede
d'un charlatan étranger, qui lui avoit com
muniqué ſon ſecret.
Parjugement du mois d'Octobre 1784 , il a
été fait défenſes au charlatan de continuer fon
métier , ſous peine d'être puni corporellement.
Ce jugement a ſauvé l'humanité d'un de ſes
fléaux.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLET fur la Naiſſance de Monseigneur
le Duc DE NORMANDIE .
AIR: La foi que vous m'avez promises
QU'UNE Famille auguſte & chère
Long-temps donne des Rejetons ;
Jamais pour parfumer la terre ,
La Roſe n'eut trop de Boutons ;
Le Laurierdes Vertus le gage ,
Et l'apanage des Héros ,
Pour les couvrir de fon ombrage
N'aura jamais trop de rameaux.
Nº. 18 , 30 Avril 1785 . I
A
:
:
194 MERCURE
A Mile V *** , qui avoit prêté à l'Auteur
les OEuvres de M. le Marquis de Villette.
GRARACCEES àvous , dans ce Recueil charmant
J'ai fait mon cours de goût & de philoſophie ;
Il eſt pour moi le code du génie ,
Et les tablettes du talent.
VILLETTE S'eſt ouvert un chemin à la gloire ,
Mais ſans s'aſſujétir toujours au même ton :
Il touche tour-à-tour le pinceau de l'Hiſtoire
Et la lyre d'Anacreon.
Avec quel goût , quelle ſoupleſſe ,
Par quel preſtige , & quel art enchanteur ,
Il fait donner à la ſageſſe
Un air piquant & féducteur !
Dans ſes Écrits je reconnois Tibulle ,
Peignant la volupté dans les bras de l'Amour :
Ou c'eſt Ovide , ou c'eſt Catulle
Aqui j'applaudis tour-à tour.
Sa Muſe , agréable & légère ,
Peu contente de ſes attraits ,
Pour nous charmer & pour nous plaire ,
De la ſéduction emprunte tous les traits.
Tantôt orgueilleuſe coquette ,
Elle prend roſes , diamans ,
DE FRANCE.
دور
"4 Tout l'attirail des ornemens
Pour s'affurer de ſa conquête.
Tantôt belle par ſa fraîcheur ,
Comme la tendre Bergerette ,
Simple ruban & fimple fleur
Font tous les frais de ſa toilette.
POURSUIS , Marquis , ta brillante carrière ;
Fête l'Amour , célèbre les Héros ;
Et , d'une main délicate & légère ,
Répands des fleurs ſur leurs tombeaux.
Joins à la palme Littéraire
Le myrte heureux qu'on moiſſonne àPaphos.
Embellis tout ſous tes rians pinceaux.
(Par M. Bas...t. )
A Madame B..... , qui me reprochoit de
ne lui avoirpoint adreſſé de Vers.
Si j'étois homme , ma Chloé,
Je ſens que ma plus douce envie
Seroit de peindre ta beauté ,
Tes grâces & ta modeſtie.
Je paſſerois auprès de toi
Les jours fortunés de ma vic;
Enlaſoumettant àta loi,
I ij
196 MERCURE
Je la trouverois embellie ;
Mon bonheur ſeroit de t'aimer ,
D'être ſans ceffe à te le dire :
D'un mot tu ſaurois me charmer ,
Me rendre heureux par un fourire ;
Je ſaurois plus que t'adorer.
Mais le fort , qui de nous diſpoſe ,
Me créa bien pour t'admirer ,
(ParMme Dufrenoy. )
LE Rendez- Vous Manqué, ou l'Amant
qui va & vient.
AIR: De Manon Giroux.
VIENDRAS- T IENDRAS-TU , dis - moi , de grâce ?
..... Oh ! oui , tu viendras ! .....
Cependant letemps ſepaſſe;
...... Tu ne viendras pas! .....
Tu n'es pourtant pas volage! .....
Oh! oui , tu viendras ! ......
Le temps eſt palé; j'enrage.....
Tu ne viendras pas!
(Par le Cousin Jacques. )
DE FRANCÉ.
197
CONTE.
D
Ans ces temps fi vantés , où le ſéjour céleſto
Étoit peuplé de trois censDieux,
Les plus doux paſſe-temps des habitans des cieux
Etoient le vol , l'adultère & l'inceſte.
Dans ces jours fortunés d'innocence & de paix ,
Onbâtitdes temples aux vices ;
Et les hommes dans leurs forfaits
Avoient toujours des patrons pour complices.
Vous penſez que la vérité
Alors étoit fort incommode ,
Aufſi , par-tout la fauſſeté
étoit ladéeſſe à la mode.
Mais le père des Dieux, l'inexorable temps ,
Qui dévore tous ſes enfans ,
Lafféde leurs mauvais exemples ,
Anéantit ce peuple de brigands ,
Renverſa leurs autels , disperſa leur encens,
Et laiſſa ſeulement ſubſiſter quelques Temples ,
De ſa vengeance antiques monumens.
Ainſi périt cette race immortelle.
On m'a dit cependant ( je ne l'aſſure pas )
Que dans la chûte univerſelle
La fauſſeté put ſeule échapper au trépas.
Quand elle vit le temps s'avancer pas à pas ,
I i
298 MERCURE
Et lever l'arme meurtrière ,
On croit qu'elle a ſu s'y ſouſtraire
Par un beau compliment que le dieu crut fincère ,
Et fit tomber la faulx de ſon terrible bras.
Mais elle abandonna la céleste contrée ;
Seule elle s'ennuyoit ſous la voûte azurée ,
Et vint ſe loger à Paris ,
Qui fut pour elle un nouvel empiréc.
Chez les Grands & chez les petits ,
Chez les ſots & les beaux-eſprits
Auſſitôt elle fut admiſe ;
Afon accent , à ſon ſouris ,
On la prenoit pour la franchiſe .
Ceux quim'ont fait ce conte ont encore ajouté
Que pour régner en fûreté
Sur un peuple ſouple & volage ,
Elle quitta depuis le nom de faufſcté,
Qu'elle fe farda davantage ,
Et se nomma l'honnêteté.
L
(ParM. Hoffman. )
T
DE FRANCE. 199
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Famine ; celui
de l'énigme eſt Plume; celui du Logogryphe
eſt Coeur , où l'on trouve cu , cure ,
cour cor, courocrecure roue cor
Cure , Cour , ecu , résor.
CHARADE.
ESPÈRE , ami Lecteur , que tu me connoîtras :
L'article indéfini fait mon premier partage ;
Mon ſecond au piquet donne un grand avantage ;
Mais qui nomme mon tout, nomme ce qui n'eſt pas.
(Par M. l'Abbé de C..... )
JE
ÉNIGME.
Ene ſuis rien encor , mais à la veille d'être ;
Que ne puis-je à tous ceux qui doivent me connoftre
Promettre également des plaiſirs aſſurés !
Trop inutile voeu ! dès qu'on m'aura vû naître ,
Je ferai des heureux & des déſeſpérés.
Tout le monde m'attend , & cependant , peut- être ,
Tel ſonge à m'employer , qui n'en ſera pas maître :
Onm'appelle d'unnom que je perds en naiſſant;
I iv
210 MERCURE
:
Mon futur fucceffeur à l'inſtant s'en empare.
Ainfi,jamais préſent , par un deſtin bizarre
Mon nom meurt & renaît dans le même moment.
JE
(Par le même. )
LOGOGRYPΗ Ε.
E ſuis le mot chéri de la pareffe ,
L'eſpoir & le tourment des coeurs ambitieux ;
Tonjours à redouter pour qui ſe trouve heureux
Souvent à defirer pour qui ſent la détreſſe.
J'ai fix pieds , cher Lecteur , combine , déſunis ,
Tu trouveras en moi la ſource des richefſes ;
Le mois cher aux Amours ; cellede nos Déeſſes
Qui voyoit par trois noms trois cultes réunis ;
Le timide gibier qui fuyoit devant elle ;
De tous nos Orémus la finale éternelle ;
Ce que Phébus ramène à la fin de fon cours;
Un Prêtre Muſulman; un courfier d'Arcadie ;
Ce que preux Chevalier adorera toujours ;
Ce qui meut notre corps&nous donne la vie;
Ce qu'on donne à l'autel alors qu'on ſe marie.
En eft- ce affez , Lecteur ? Tiens , j'ai pitié de toi ;
En me lifant le ſoir, on eft plus près de moi.
(Par le même..)
DE FRANCE. 201
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE d'Abdalmazour ,ſuite des Contes
Orientaux. Troiſième récit du ſage Caleb ,
Voyageur Perfan , par Mme Mo.....
in-12. de 170 pages. A Conſtantinople ,
& ſe trouve à Paris, chez P. Fr. Gueffier ,
Imprimeur -Libraire , rue de la Harpe.
L'AUTEUR de cette Hiſtoire d'Abdalmazour
, avoit donné , ſous le nom de Mile
Mor.... , il y a quelques années , une première
partie des Contes Orientaux qui réuffit
, & qui méritoit ſon ſuccès. En le réimprimant
, Mme Mo..... a publié cette ſe
conde partie , dont nous avons grand plaiſir
à entretenir nos Lecteurs , bien convaincus
que ce plaiſir ſera partagé par eux.
Le cadre choifi par l'Auteur, c'eſt un ſage ,
vertueux & ſenſible vieillard, Caleb, qui fait
divers récits à ceux qui ſont ſes amis,&quimérite
d'être écouté par ceux qui ne le font pas.
Mme Mo ..... a fort bien ſaiſi le ftyle fleuri ,
le ton oriental qui convient au genre qu'elle
avoit adopré. Mais les fleurs de l'imagination
n'excluent point chez elle les fruits de
la morale , & la morale ne nuit point à l'intérêt
de ſa narration , parce que le goût la
diftribue ſagement , & ne l'épuiſe jamais.
Iv
202 MERCURE
Cette ſeconde Partie des Contes Orientaux
ne contient qu'un ſeul récit , c'eſt l'hiftoire
du jeune Abdalmazour. " Le ciel , dit
>> Caleb , qui le revêtit d'une force furna-
>> turelle , qui lui prodigua l'eſprit qui ſé-
>>duit , & la beauté qui enchante , ſe plut
>> à le donner pour exemple au monde , en
>> verfant ſur ſa tête , juſqu'à la dernière
>> goutte , la coupe de l'infortune . »
Cette annonce eſt parfaitement juftifiée
par les aventures d'Abdalmazour, auffi étonnantes
que variées. Expoſé en naiſſant dans
une corbeille devant la porte d'un payſan ,
qui ne le recueille que pour avoir ſa riche
dépouille , élevé par des mains étrangères
qui finiffent par le chaffer , reçu enſuite par
le vénérable Hermite Maferael , il prend à
fon école une profonde connoiffance des
fimples & de tous les fecrets de la nature; il
acquiert fous lui d'autres talens encore.
Delà il paſſe chez le farouche Tuteur de
la belle Nadine , qui l'a recueilli bleffé &
mourant,& qui de ſes doigts délicats àpanfé
fes bleſſures elle-même. Ce Tuteur , qu'on
nomme Caldec , étoit plus favant encore
que Maferael; mais il n'étoit ni auſſi fenfible
ni auffi bienfaifant que lui. Il ſurprend des
fignes d'une tendre intelligence entre Nadine
Abdalmazour. Chaffé par lui , ce dernier revient
entraîné par ſon amour ; mais il eſt
encore ſurpris par Caldec, quiforce les deux
amans d'avaler un breuvage empoifonné
qu'il leur préſente. Abdalmazour voit les
DE FRANCE.
203
yeux de ſa chère Nadine fermés par la
mort ; & lui -même tenu pour expiré , eft
traîné par les eſclaves de Caldec loin de ſa
maiſon. La force de ſon tempérament le
rappelle à la vie; mais ſes yeux ne s'ouvrent
que pour voir le corps de ſa Nadine porté
par une eſpèce de convoi , entrer dans une
tour dont la porte ſe ferme auſſitôt.
Abdalmazour , frappé du plus affreux déſeſpoir
, eſt encore recueilli par un pêcheur,
• le bienfaiſant Balbac , qui ſe trouve ſon
père , & dont la fille , Thamir , devient ſa
tendre ſoeur. Là il apprend qu'il eſt fils de
Chedelbec , fille du Grand Vizir Mazouf,
homme ambitieux , & dont la grande fortune
n'a pas empêché que ſa fille ne ſe mariât
ſecretement malgré lui. Balbac , de Général
d'armée étoit devenu ſimple pêcheur.
La mort enlève bientôt le père d'Abdalmazour
, & ce malheur eſt ſuivi d'une nouvelle
infortune qu'il faut laiſſer raconter par Abdalmazour
lui-même. Je pêchois ſeul, dit-il.
" Mes filets reſtèrent vuides : auffi ſurpris
>> que conſterné , je les jette de nouveau en
>> m'éloignant toujours ; je les trouve auffi
>> légers , je m'anime à la pourfuite,du poif-
>> fon qui me fuit , & je me trouve à plu-
>> ſieurs milles de ma cabanne. Hélas ! les
> timides habitans des eaux plus habiles
>> que moi , ſentoient l'orage prêt à fondre
>>ſur ma tête ; ils fuyoient ces bords défaf-
>> treux ; ils demeuroient amoncelés , faiſis
>> d'effroi , immobiles au fonds du fleuve.
د
I vj
204
MERCURE
>>Nous étions dans la ſaiſon des orages; le
>> foleil devenu plus ardent , avoit abandon-
>>> né l'écreviſſe ; & des flancs embrafes du
>>Ciron il lançoit des faiſceaux de feux ,
>>des dards enflammés ſur les montagnes de
>> l'Arménie ; la neige qui couvre leurs fom-
>> mets , coule par torrens dans les vallees ;
>> le Tygre épouvanté les reçoit dans ſon
> ſein ; des ondes étrangères ſe mêlent à ſes
>>ondes , & les eaux du ciel à celles des
>>montagnes. Le fleuve s'en charge , les en-
>>traîne avec lui , les répand dans les cam-
> pagnes couvertes de moiffons ; fubmer
ge des rives fleuries , & ravage la plaine
>> qu'il rendoit fertile ....... J'errai toute la
>>nuit au gré des vents & des flots : le jour
>>parut , les nuages ſe diſſipèrent , la pluie
>> ceſſa , le temps devint plus calme , &
>>commençant à m'aider d'une rame , jul-
>>ques-là devenue inutile , j'aborde au ri-
» vage. Je marche comme un inſenſé dans
>> les campagnes inondées; je cours , je m'é-
>> lance comme la biche déſolée qui cherche
>> ſes petits , & bravant les fatigues , les
>>périls & la mort , je m'ouvre à la fin au
>> travers des eaux & de la fange , un paſſage
>> juſqu'à ma foeur. Les ombres de la nuit&
» du trépas l'environnoient ; cependant je
>>ſuis reconnu de Thamir; ſes mains gla-
» cées s'étendent vers moi , je les baiſe & les
>> ferre dans les miennes ; je la ſoulève dou-
>>cement , je la preſſe ſur mon coeur ,
>>>foudain ſes beaux yeux ſe ferment , les
&
DE FRANCE. 205
(
>> couleurs s'effacent , ſa tête charmante ſe
>>>penche & s'abbat ſur ſon ſein qui ſe flé-
>>trit ; elle expire dans mes bras. »
Enfin , un grand bonheur vient ſe mêler
aux infortunes d'Abdalmazour. Il retrouve
ſa chère Nadine qui n'avoit pas perdu le jour ;
il devient ſon époux , & partage avec elle
l'immenſe héritage de Caldec. Ecoutons encore
l'Auteur lui-même qui fait parler la
tendre Nadine. " Nadine fourit avec grace ,
rougit avec plus de grace encore , & fe
>> preſſa de répondre : ſéparée d'Abdalma-
>> zour,je ne vivois que pour lui .... Qu'à pré-
>> ſent ſa demeure ſoit ma demeure , qu'un
ود
ود
même toit couvre ſa tête & la mienne :
fois mon maître , fais mes deſtins ; mène
> moi dans cet aſyle que l'amour a préparé ;
>>que ſans ceſſe ta douce voix y répète mon
>> nom , & que tes yeux , auſſi tendres que
>> ceux des colombes amoureuſes m'y cher-
رد chent continuellement ! .. Saint Prophète !
> punis moi , ſi je ceſſe de rapporter meş
>> deſirs & mes penſées à mon bien-aimé !
>> Que les voûtes élevées par ſes ſoins , s'ébranlent
fur ma tête ; que leurs pierreş
croulent l'une ſur l'autre , frappent tou-
» tes mon coeur , & l'écrafent à la fois!
» Qu'Abdalmazour ſente ſous les décombres
>> mes membres encore palpitans repouſſer
ود
22
هد ſon pied ; qu'ilentendemondernier ſou-
>> pir , & ne s'inquiète pas ſi j'expire ſous
22 ces ruines. » :
Tandis qu'Abdalmazour jouit du bon206
MERCURE
heur qu'il doit à l'amour , des plaiſirs que
ſes richeſſes lui procurent , & de la confidération
que lui attire ſa ſcience , la flamme
vient dévorer toute fa fortune. Nous ne
priverons point nos Lecteurs de l'énergique
tableau que l'Auteur a tracé de ce funeſte
incendie. " D'innombrables tourbillons de
" feux brûlent nos yeux , &reproduiſent
> au milieu de la nuit la vraie clarté du jour.
J'appelle des ſecours de toutes parts ; on
>> en apporte , on eſſaye de les rendre un-
>> les , on s'empreſſe ; mais de l'orient , qui
» commence à blanchir , s'élève un vent
> furieux qui rend tout travail inutile ; il
20 il amoncèle & diviſe les flammes , courbe
>> leurs fommets ondeyans , & les porte
>> bien loin ſur les maiſons voiſines. De
>>longs traits de feux s'échappent des croi-
>> ſées , ferpentent ſur les murs , fillon-
» nent les toits , s'y attachent , les dévo-
>> rent, les confument , & les combles em-
>> braſés croulent avec un bruit horrible
» dans les fonterrains enfoncés. A des tor-
>> rens de feux ſuccède une montagne de
>> fumée ; des cendres brûlantes , des char-
✓bons enflammés , d'énormes tiſons s'élan-
>cent de ſon ſein , & retombent en pluie
>> ardente dans le gouffre qui les a vomis. »
Après cet affreux déſaſtre Abdalmazour
appellé à la Cour du Roi d'Achem, guérit ce
Monarque , retrouve toutes les richeffes , &
part ſur un vaiſſeau magnifiquement équippé
, pour aller rejoindre ſa chère Nadine;
DE FRANCE. 207
mais l'avarice tente le Capitaine , qui pour
s'emparer de tous les tréſors que la reconnoifſance
du Monarque a prodigués àAbdalmazour
, l'abandonne dans une Iſle déſerte &
ſauvage. Enfin , il a épuisé la coupe du malheur
; il retrouve ſa mère , ſa fooeur , Nadine
, & un trône ; & il coule des jours
vertueux& conſtamment fortunés.
Tel eſt le fonds des aventures d'Abdalmazour
, dont nous n'avons pu qu'affoiblir
l'intérêt , en les abrégeant. Le pen que nous
avons cité , doit donner une idée avantageuſe
du ſtyle de l'Auteur qui poſsède parfaitement
fa langue , & qui écrit avec eſprit &
ſenſibilité. On a pu s'appercevoir que la manière
a de la fermeté , même de la force ;
nous ſommes loin d'inférer de-là que Mme
M *** n'a pas aſſez ſacrifié aux graces de
fon ſexe ; nous en conclurons ſeulement
que le talent n'a point de ſexe. A des tableaux
gracieux qui flatent l'imagination du
Lecteur fuccédent ſouvent des traits de morale
qui exercent ſa raiſon. Telle eſt la réflexion
fuivante par laquelle nous allons
terminer cet article : " ô abîme impénétra-
« ble! la vie de l'homme eft comme un
>> Livre , dont les premières pages ſedéta-
>>chent à mesure qu'elles paſſent ſous les
>>yeux. On ne peut en recommencer la lec-
>> ture , ni la ralentir , ni la précipiter : il
" eſt également impoſſible de deviner au-
>>jourd'hui la page du lendemain ; & c'eſt
>> le déſeſpoir des mortels. »
:
208 MERCURE
:
MÉMOIREfur les Tremblemens de Terre de
la Calabre , pendant l'année 1753 , par
le Commandeur Deodat de Dolomieu. A
Paris , rue & hôtel Serpente.
3 L'AUTEUR de cet Ouvrage n'a point prétendu
donner le journal des tremblemens de
terre de la Calabre , ni l'état de la population
& des pertes de chaque lieu en particulier
; il s'attache à une partie qui paroît
avoir été négligée par ceux qui ont écrit les
relations de ce funeſte événement , c'est-àdire
, à faire connoître la nature du fol , &
à en déduire les principaux phénomènes qui
ont accompagné les ſecouffes, M. de Dolomieu
paroît encore avoir cherché à détruire
toute idée de merveilleux , que les premières
relations ont paru autorifer; les fairs recueillis
dans ce Memoire atteſteront long-temps
les circonstances locales , & pourront dans
tous les tems intéreſſer & éclairer les Phyſiciens&
les Naturaliſtes ; voilà en quoi l'Ouyrage
de M. de Dolomieu nous a paru principalement
utile. :
Ildonne, enſuite ſon ſyſtême ſur la cauſe
de ces déſaſtres , qu'il attribue à l'Etna ; fa
théorie nous a paru très- claire; elle eſt fondée
ſur la ſuite des faits , & les explique
tous d'une manière fatisfaiſante.
L'Auteur a joint à ſon Ouvrage quelques
notes hiſtoriques qui ne ſont point rigoureufement
de ſon ſujet , mais qu'on feroit bien
DE FRANCE.
209
?
fâché de n'y point trouver. Elles font tracées
avec franchiſe : on n'a point cherché
à embellir les faits; mais ils n'en font ni
mons curieux ni moins intéreffans .
« Un quart des victimes du tremblement
de terre dus Février , dit l'Auteur, auroit
furvécu , ſi l'on avoit pu leur porter de
prompts ſecours ; mais les bras manquoient;
chacun étoit occupé de ſes malheurs particuliers
ou de ceux de ſa famille; on vit dans
le même temps des exemples uniques de
dévouement &de tendreſſe , de cruauté&
d'atrocité. Pendant qu'une mère échevelée
& couverte de ſang venoit demander à ces
raines encore tremblantes , le fils qu'elle
emportoit entre ſes bras , & qui lui avoit
été arraché par la chûte d'une pièce de charpente
, on voyoit des monftres ſe précipiter
au milieu des murs chancelans , fouler aux
pieds des hommes moitié enſevelis qui réclamoient
leurs fecours , pour aller piller la
maiſon du riche. Ils dépouilloient encore
vivans des malheureux qui leur auroient
donné les plus fortes récompenfes , s'ils leur
avoient tendu une main charitable ; j'ai logé
à Poliſtena , dans la barraque d'un galant
homme , qui fut enterré ſous les ruines de
ſa maiſon , ſes jambes en l'air paroiffoient
au-deſſus ; ſon domestique vint lui dérober
ſes boucles d'argent , & ſe ſauva enſuite ſans
vouloir l'aider à ſe dégager.
M. de Dolomien n'avance aucun fait
relatif à ſes obſervations lithologiques ,
2FO MERCURE
qu'après avoir vû ; ſon voyage a été fait en
Mars & Avril de l'année 1784; il a été accompagné
par M. le Chevalier de Godechart
, jeune homme plein d'ardeur , de zèle
&de ſenſibilité ; il a été d'un grand ſecours
àM. de Dolomieu dans ſes recherches , dont
il a partagé les fatigues avec beaucoup de
patience & de courage; & nous le nommons
ici afin qu'il partage aufli la reconnoiſſance
du Public pour un Ouvrage auſſi
utile qu'intéreſſant.
د
NOUVEAUX Mélanges de Philofophie& de
Littérature ou Analyse raisonnée des
connoiſſances les plus utiles à l'Homme &
au Citoyen, dédiés au Roi , par M. Gin ,
Conſeiller au Grand- Confeil. A Paris ,
chez Gueffier , Imprimeur-Libraire , rue
de la Harpe ; Moutard , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins , & Servières ,
Libraire , rue S. Jean-de-Beauvais.
EXCITER la ſerveur des fidèles en développant
à leurs yeux les principes de la morale ,
ou offrir aux incrédules quelques nouvelles
preuves de la Religion , voilà quels font les
motifs des perſonnes qui écrivent ſur cette
matière. L'Auteur de ces Mêlanges s'eſt propoſé
de réunir quelques vérités premières
que nous apprennent le ſens intime , qui
nous inſtruit de notre exiſtence & de nos
facultés , le ſpectacle de la nature, les traditions
des anciens peuples ,& les faits les
DE FRANCE. 211
moins ſuſceptibles de conteſtation , & de
lier ces vérités par la chaîne des conféquences
qui en réſultent le plus naturellement.
Cet Ouvrage n'eſt qu'un abrégé de celui
du même Auteur , intitulé Traité de la Religionpar
un homme du monde, qui parut il
yaquelques années , ens vol . in 8° . Il a eu
ſoin de retrancher de ces Mélanges des citations
trop multipliées qui chargeoient ſon
grand Ouvrage , & l'on verra avec plaiſir
réuni dans un volume ce que les cinq autres
pouvoient contenir de plus intéreſſant.
Parmi pluſieurs Chapitres , dans leſquels
ſe trouvent ſouvent réunis l'agrément &
l'inſtruction , on diſtinguera ſans peine celui
qui traite de l'origine des langues & de
l'abus des mots; celui quipréſente le tableau
du mal phyſique & du mal moral ; le paragraphe
intitulé des faits, &c. Mais le Dif
cours Préliminaire nous a paru principalei
ment mériter des éloges par la deſcription
brillante& juſte de la gloire du ſiècle , depuis
Malebranche & Paſcal juſques à M. de
Buffon. Nous nous refuſons au defir d'en
tranſcrire ici quelques morceaux , afin d'engager
nos Lecteurs à lire ce tableau dans
l'Ouvrage même. On y verra la juſteſſe
avec laquelle ſont appréciés tous nos grands
Ecrivains ; & l'on reconnoîtra , en voyant la
manière dont ſont claffés les Ouvrages , que
l'Auteur , en faiſant preuve de goût , s'eſt
toujours montré d'une parfaite impartialité.
Quoique M. Gin n'ait pas toujours ré212
MERCURE
pondu victorieuſement aux objections des fameux
Philoſophes Sceptiques,tels que Bayle,
Rouffeau , &c. on lui doit néanmoins des
éloges ſur le zèle qu'il a mis à les combattre;
l'Ouvrage eſt écrit avec clarté & avec méthode
, & eſt bien fait pour faire honneur à
M. Gin , déja connu par des Ouvrages d'un
autre genre.
LES OEuvres d'Héfiode , Traduction nouvelle,
dédice au Roi , enrichie de Notes , &
du Combat d'Homère & d'Héfiode , par
M. Gin , Conſeiller au Grand - Confeil.
A Paris , chez les mêmes Libraires.
HÉSIODE eſt le plus ancien Poëte Grec
après Homère. Une Pièce contenue dans le
Recueil que nous annonçons ſembleroit
prouver que ces deux Poëtes furent contemporains.
CettePièce , que l'Auteur dit n'avoir
point été traduite juſqu'ici dans notre langue ,
eſt intitulée : Combat d'Homère & d'Héfiode
auxfunérailles d'Amphidamas. Quoiqu'il en
foit de cette opinion , l'opufcule qui a pu
ydonner lieu , nous a paru affez intéreſſant.
Les trois principales Pièces qui nous reftent
de ce Poëte , préſentent pluſieurs genres
également intéreſſans; ceux qui cherchent
la force & le gracieux des images , les trouveront
dans le prologue des Travaux & des
Jours,&dans les trois Fables qui le ſuivent ,
dans le prologue de la Thergonie , dans le
coinbat desTitans & dans la deſcription du
DE FRANCE.
213
Tartare. Ceux qui s'attachent aux principes
d'économie domeſtique , d'agriculture & de
commerce , les trouveront dans les Travaux
&lesJours.
Cette Traduction nouvelle que nous annonçons,
répond à l'idée que M.Gin adonnée
de ſon talent par la Traduction d'Homère.
On en a tiré 300 exemplaires ſur papier
vélin d'Annonay. Prix , 6 liv. reliés en carton,
ژ
MÉMOIREfur les Ciseaux à inciſion , par
M. Percy , Chirurgien-Major du Régiment
de Berri , Cavalerie , Docteur en Méde
cine , Membre & Correſpondant de plu+
ſieurs Académies , Sociétés Littéraires ,
Inſtituts Patriotiques; couronné par l'Aca
démieRoyale de Chirurgie en 1785. in-4°.
avec trois grandes planches gravées en
taille douce. A Paris , chez Michel
Lambert , Imprimeur de l'Académie
Royale de Chirurgie, rue de la Harpe ,
près S. Côme.
:
1
T
L'ACADÉMIE avoit propoſé , pouarr le Prix
de cette année 1785 , la question qui fuit :
En quel cas les ciſeaux à incifion , dont la
pratique vulgaire a tant abuse, peuvent être
confervés dans l'exercice de l'Art; quelles en
Jont les formes variées relatives à différens
procédés opératoires ; quelles font les raisons
depréférer ces inftrumens àd'autres qui peuvent
également diviſer la continuité des par
214
MERCURE
ties, & quellesfont les diverſes méthodes d'en
faire usage.
Il n'y a guères plus de cent ans que les
Ciſeaux ſont devenus d'un uſage ordinaire
dans la pratique des opérations de Chirurgie.
On en eut de courbes pour qu'une des
lames pût être introduite facilement dans
la cavité des plaies & des abſcès. Leur conftruction
materielle, & la grande courbure
n'ont été diminuées que par degrés ſucceſſifs ,
& amenées au point de prétendue perfection
, ſous laquelle Garengeot les a décrits
dans ſon traité des inſtrumens. Ce ſont ces
corrections qui en ont maintenu & conſacré
l'uſage contre toute règle &raifon.
L'ignorance & l'impéritie ont introduit
les ciſeaux dans la Chirurgie. La fatalité
des circonstances fit admettre à l'exercice
d'une profeſſion ſcientifique des ſujets
illitérés , qui avoient abuſivement acquis le
droitde faire des ſaignées & quelques panſemens
aiſés à mettre en pratique. Occupés
journellement à exercer la légèreté de leur
main , en faiſant gliſſer un inſtrument tranchant
ſur la peau du viſage ſans l'entamer ,
comment auroient- ils acquis la dextérité néceffaire
pour l'exercice des opérations ?
C'eſt par la décompoſition méthodique
du corps humain qu'on peut parvenir
à le connoître ; & c'eſt en le décompoſant
avec art , & par la dextérité néceffaire aux
travaux anatomiques , qu'on apprend à ſe
ſervir utilement d'un biſtouri dans l'exerDE
FRANCE. 215
cice des opérations Chirurgicales. Rien n'eſt
ſi oppoſe à l'action de la main d'un Chirurgien-
Opérateur , que le mouvement du
poignet des Barbiers. Il n'eſt donc pas étonnant
qu'ils ayent ſi peu fait d'uſage de cet
inſtrument dans la pratique de la Chirurgie ;
ils y ont introduit celui des ciſeaux , par la
raiſon des contraires , ce qui donne un exemple
frappant de la vérité de l'axiôme de la
philoſophie de l'école , contrariorum eadem
estratio,
Il ne faut pas confondre les temps , & jugerdu
paſſé par le préſent. Avant que le luxe
eût donné naiſſance à une communauté manufacturière
& marchande , qui fait orner
les têtes de chevelures poftiches , modifiées
entant de façons , pour réparer des ans l'irréparable
outrage, il exiſtoit un Corps compoſé
de gens qui avoient l'habitude de manier
les ciſeaux avec art pour tailler les cheveux
, la barbe & les moustaches , & leur
donner la tournure la plus avantageuſe à
l'air du viſage & au goût de chaque particulier.
Intrus dans l'exercice de la Chiturgie
, pour le malheur de l'humanité , ils y
ont admis l'outil dont ils avoient coutume
de ſe ſervir avec adreſſe , & négligé
l'uſage de l'inſtrument qui exigeoit une habitude
qu'ils n'avoient point acquiſe.
Il étoit impoſſible de ſe diſſimuler que le
biſtouri , en un clin d'oeil , diviſoit d'un
ſeul trait ce qu'on ne pouvoit couper quelquefois
qu'avec cinq ou fix coups de ciſeaux;
216 MERCURE
que l'action de cet inſtrument meurtrit les
parties d'une manière très douloureuſe. Au
lieu de le proſcrire dans les cas où il n'eſt
pas abſolument néceſſaire , on a cherché , à
l'abri de quelques perfections , à le conferver&
à l'accréditer. Il faut entendre ſur l'action
mécanique des ciſeaux à inciſion , l'Auteur
même du Mémoire.
Il juſtifie ce que l'on a dit ſur les cauſes
qui ont fi fort accrédité les ciſeaux dans la
pratique moderne, &dont l'uſage étoit ſi
borné dans l'ancienne Chirurgie. On imagineroit
qu'ayant été mis en vogue par l'ignorance
, le génie a dû en prononcer la profcription:
le contraire eſt arrivé; c'eſt depuis
que la Chirurgie a été cultivée avec le plus
de ſoins , & que la lumière , fruit de l'émulation
& du progrès général dans tous les
genres de connoiſſances , a été réfléchie ſur
l'art le plus important à la conſervation des
hommes, qu'on a cru qu'il étoit utile de multiplier
cet inſtrument ſous des formes diverſes
, propres à remplir les vûes pour
leſquelles on les a ingénieuſement imaginées.
L'Auteur ne laiſſe rien à defirer ſur le
ſujet qu'il avoit à traiter. Il examine la conftruction
des ciſeaux &les moyens de la perfectionner.
Les formes ſucceſſives qu'ils ont
reçues & les nombreuſes variétés qui en
exiſtent , leur action mécanique & ſes effets
fur les parties vivantes , les uſages généraux
&particuliers de cet inſtrument, ſont l'objet
des
DE FRANCE: 217
des différens Chapitres de cette differtation ,
•ornée des figures néceflaires.
:
COLLECTION Univerſelle des Mémoires
particuliers relatifs à l'Histoire de France.
Tomes I & II , in 8 ° . A Londres , & fe
trouve à Paris , rue d'Anjou , la feconde
porte- cochère à gauche en entrant par la
rue Dauphine. Prix , 48 liv. les 12 vol.
pour Paris , & 5s liv. 4 fols pour la Province
, franes de port.
Depuis long-temps on a reproché , avec
raison , à nosHiſtoriens de négliger ces faits
'particuliers , recueillis avec tant de complai
fance par les Hiſtoriens Latins , & qui jettent
tant d'intérêt dans leurs narrations . Cet
'inconvénient eſtdifficile , preſque impoffible
à éviter , en écrivant l'Hiſtoire d'une Monarchie.
La riche collection dont nous annonçons
les deux premiers Volumes , étoit peut-être
le ſeul moyen de nous donner un corps
d'Hiſtoire nationale , exempt de ce défaut.
Elle ouvrira aux Hiſtoriens une ſource de
richeffes, en offrant à leurs Lecteurs un nouveau
degré d'intérêt. C'eſt dans les Mémoires
particuliers , qu'il faut chercher ces détails
intéreſfans , qui plaiſent davantage à l'imagination,
en dépouillant la vérité de ce qu'elle
a quelquefois de trop impoſant dans les
grandes Hiſtoires; c'eſt là ſur- tout qu'on
peut voirde petits intérêts opérer les grandes
N°. 18 , 30 Avril 175. K
218 MERCURE
révolutions : on veit dans les Hiftoriens,
exécuter en public les grands événemens ;
les Auteurs de Mémoires nous montrent
les fils ſecrets qui en ont formé la
trame.
Mais en avouant l'utilité de ce genre d'Ouvrage
, on ne peut ſe diffimuler le danger
qui l'accompagne. Les Aureurs de Mémoires
ayant été Acteurs eux mêmes dans les Scènes
qu'ils racontent , leur témoignage peut n'être
pos defintéretlé; ils peuvent avoir plutôt écrit
d'après leurs paflions que d'après la vérité;
ils peuvent avoir flaté un parti , & calomnié
l'autre.
Voilà tout ce qui eſt à craindre de la
part de ces Écrivains ; & ce danger eſt ſauvé
par le plan qu'ont adopté les Editeurs; car
ils doivent placer à la tête de chaque Ouvrage
qu'ils donneront, une notice de la
vie privée & publique de ſon Auteur. En
apprenant ce qu'il a été , on faura quel degré
de croyance on doit accorder à fon témoiginage.
Ce n'eſt pas là la ſeule meſure que les
Éditeurs ont priſe pour rendre ce recueil
utile à ceux qui liſent l'Hiftoire , & à ceux
qui ſe propoſent de l'écrire: ils confrontent
les Mémoires qu'ils impriment avec les Manuscrits
qui se trouvent dans les diverſes
Bibliothèques; ils rectifient ce qui peut avoir
été altéré,&choififfent les meilleures éditions
; ils élaguent ſans rien changer , quand
la prolixité ou le défaut d'ordre nuit à l'inDE
FRANCE. 219
térêt desOuvrages qu'ils publient; ils por
tent l'oeil de la difcution & de la critique
fur les morceaux qui doivent accompagner
chaque Mémoire , & qui deviennent par-lă
des Pièces juftificatives; enfin ils promettent
la publication de quelquesManufcrits , alf
moins par extrait: avec un ſemblable plan ,
il n'est pas étonnant que l'annoncé de cette
collection ait excité le plus grand intérêt ;
& nous ne doutons pas que fon ſuccès ne
furpaſſe même l'eſpérance des Éditeurs.
La collection commence par le naif, l'in
téretfant Joinville, qui fait donner à l'Hiftoire
le ton de la ſenſibilité, & à la vérité
tout l'intérêt du Roman. Ceux qui n'aiment
pas le vieux flyle , liront ces deux premiers
Volumes avec moins de plaifir ; mais ils favent
que l'ordre chronologique , adopté par
lesÉditeurs, leur faifoit une loi de commencer
par les plus anciens Mémoires. Quant aux
Lecteurs qui ſont ſenibles aux agrémer s de
la naïveté, ils feront charmés de la lecture
du bon Sire de Joinville. Nous ne citerons
, pour terminer cet article , que la
manière dont il raconte la mort de fon
Aumônier; on ne ir pas cette Anecdore,fans
aimer tout-à-la-fois Home & l'Hiftorien.
• Et fi j'eſtoye bien malade, pareillement
l'eftoit mon pauvre Prebſtre. Car ung jour
advint , ainſi qu'il chantoit Meſſe devant
>>moy, moy eſtant au lit malade , quand il
fuft à l'endroit de ſon Sacrement , je l'ap-
>> perceu fi uez-malade, que viſiblement je
Kj
220 MERCURE
>>le veoye paſmer;&quand je vy qu'il ſe voloit
laiſſer tomber en terre, je me jectéhors
>> de mon lit tout malade comme j'eſtoye,&
>> prins ma cotte,&l'allé embraſfer par darrière
, & lui dis qu'il fiſt tout à fon aiſe ,&
» en paix , & qu'il prinſiſt courage & fiance
>> en celui qu'il devoit tenir entre ſes mains ;
* & adonc s'en revint ung peu,& ne le leflé
> juſques ad ce qu'il euſt achevé ſon Sacre-
>> ment , ce qu'il fiſt ; & auſſi acheva-ildecé-
ود
:
lébrer ſa Meſſe, & oncques plus ne chanta,
» &mouruft. Dieu en ayt l'ame. »
L'exécution typographique de cetOuvrage
eſt ſoignée; il en paroît un Vol. tous les mois.
Le Comte de Valmont , ou Egaremens de la
Raifon; Lettres recueillies & publiées par
M...... Septième Édition. AParis , chez
Moutard , Imprimeur-Librairede la Reine,
rue des Mathurins. 5 vol, in- 12. avec fig.
Prix, 15 liv. rel. :
LORSQUI cet Ouvrage parut pour la première
fois , il fut annoncé dans ce Journal
comme diſtingué par ce double caractère
d'agrément& d'utilité , que tout Auteur doit
ſe propofer, comme un Code de principes
pour toutes fortes de personnes , & un manuel
propreà tous les états, à tous les âges , &
principalement à la jeuneſſe. ( Voyez le Mercure
de Juillet 1774. ) Six éditions épuiſees
en très peu d'années , & la ſeptième que
nous annonçons aujourd'hui , démontrent
"
DE FRANCE. 22P
hautement la juſtice de cet éloge , & nous
diſpenſent d'entrer dans de nouveaux détails
fur le plan de l'Ouvrage , mais un pareil
fuccès eſt une eſpèce de phénomène Littéraire
; eſſayons d'en indiquer les cauſes , il
paroîtra moins étonnant.
D'abord , M. l'Abbé Gérard a donné à
ſon Ouvrage la forme la plus propre à le
faire rechercher , même par les Lecteurs les
plus diffipes & les moins capables d'une
attention foutenue. Le Comte de Valmont
n'eſt pas ſans doute un vrai Roman , mais
il en a tous les agrémens. La vérité y eſt miſe
en action , les ſituations y font variées , intéreſſantes
& bien liées. L'art avec lequel il
fait contraſter ſes perſonnages , ajoute en-
-core à l'intérêt qu'ils inſpirent. Le Comte de
Valmon nous retrace une foule de jeunes
gens égarés par les plaisirs , entraînés par les
paffions , féduits par une fauffle philofophie ,
mais qui , confervant une certaine droiture
dans le coeur au milieu de leurs égaremens ,
&un certain amour pour la vérité , ne font
pas abſolument indignes de la connoître. Le
Marquis eſt un de ces homares qui font
honneur à l'humanité par la force de leur
âme, la ſolidité de leur raiſon , l'étendue de
leurs lumières , & le conftant atrachement à
leurs devoirs. Le Vicomte de Lauſane eſt un
deces êtres légers& charmans que l'on s'arrache
à la Cour & à la Ville , parce qu'ils
ont tout l'efprit qu'il faut pour plaire , mais
qui, fans foi , fans moeurs , fans religion, font
Kiij
222 MERCURE
ceque l'on appelle aujourd'hui des aimables
roués. La Comteſſe de Valmont attendrit par
ſes malheurs & ſes vertus ; on l'aiune prefqu'autantqu'elle
aime fon mari & ſes enfans;
mais on l'eſtime autant qu'on la reſpecte.
Ces Perſonnages ne font mis en action
que pour développer à propos tout ce que
la vertu a d'aimable, le vice d'odieux , la
Science d'eſtimable , la morale ſur-tout de
plus pur & de plus ſain. Nos grands Traités
fur cette ſcience , ſur la Religion & l'education
, n'inſtruiſent pas mieux & plaiſent
moins. Le Marquis differte fur les objets
les plus importans ; mais quelle différence
de ſes leçons à celles de nos lourds & fecs
Démonſtrateurs , dont la sèche & pefante
didactique dégoûte le Lecteur dès les premières
pages ! La vérité a dans ſa bouche
Je ton qu'elle doit prendre dans un homme
de Cour , qui a connu le monde & fes erreurs,
mais qui plaint ſes victimes , & ne
peut les haïr; dans un père toujours fenfible&
tendre , qui n'inſtonit que parce qu'il
aime , qui n'appelle à la vertu qu'en la faifant
aimer. S'il peut être utile de vivre dans
le grand monde , c'eſt ſur - tout quand on
en rapporte ce que nous appelons le ton de
Iabonne compagnie , & ce ton règne d'un
bout à l'autre dans le Comte de Valmont.
Ajoutons à cela un grand fond de ſenſibi-
Jité, une vraie connoiſſance du coeur humin,
un ſtyle coulant , facile & correct ,
das morceaux pleins de force & de chaleur ,
DE FRANCE.
2.23
de la clarté, de l'évidence dans les raiſonnemens
; & tout ce qui peut en retarder la
marche, rejeté dans des Notes ſouvent trèsinſtructives
, toujours intéreſſuntes ; nous
aurons reconnu du moins en partie la cauſe
du ſuccès de cet Ouvrage , ce qui en a fi fort
multiplié les Edirions ,& ce qui fait eſpérer
que celle - ci ſera encore ſuivie de bien
d'autres.
VARIÉTÉS.
LETTRE à M. FRAMERY.
MONSIEUR, :
C'eſt à la campagne qu'on lit les Ouvrages Pé
riodiques avec le plus de plaifir & le plus d'attention.
Je viens d'y recevoir le Mercure da 2 Avril , où ſe
touve inféré l'excellent extrait que vous avez fait
du Livie intitulé : Poétique de la Musique. L'amour
des Beaux-Arts , & ce ſentiment , trop rarement
éprouvé qu'excite tout Ouvrage , de quelque nature,
&de quelque dimenſion qu'il ſoit , où on en parle
avec justice & avec juſteſſe , où le bon goût ſe fair
également fentir & dans les idees & dans la manière
de les exprinier , fuffiroient , Menficur , pour
m'engager à vous rendre un hommage public , fi je
pouvois penfer que mon fuffrage eût affez de valeur
pour ſe faire remarquer. Mais comme je ſuis loin
davoir une parcille préſomption , je me hâte de
vous faire connoître le motifperſonnel qui m'autorife
à vous entretenir de votre propre Ouvrage.Vous
Kiv
224 MERCURE
avez bien voulu , Monfieur , y parler avec éloge
d'un Effaifur l'union de la Poésie& de la Mufique,
que j'ai fait imprimer il y a juſtement vingt ans.
Certe petite Brochure , qui pouvoit contenir 1 fo
pages au plus , fut bientôt débitée& tellement difperfée
, que je n'en poſsède pas même un exemplaire.
Quelques Amateurs , quelques Compofiteurs ,
& fur-tout des Compoſiteurs étrangers , en ont re
couvré un petit nombre , & les ont confervés; ils
ontmême en affez d'indulgence pour dire du bien
de l'Ouvrage , & affez de modeſtie pour croire qu'il
leur avoit été utile. Depuis que cet Effai a paru &
diſparu , il a été cité ſouvent, & de manière à flatter
l'amour propre de l'Auteur , qui vous doit, plus
qu'à un autre , Monfieur , l'aveu que les fuffrages
des véritables amis des Arts , lui ſeront toujours infiniment
précieux. Il feroit donc très-fâché qu'on
imaginât , ou qu'il n'y fût pas aſſez ſenſible , ou que
d'autres occupations euffent ralenti en lui l'amour
des Beaux- Arts , avec lesquels il en eſt peu qui ne
foienttrès-compatibles. En effet , on a demandé plufieurs
fois pourquoi je ne donnois pas une ſeconde:
Édition de cet Ouvrage. Affurément ce n'auroit pas.
été une tâche longue ni difficile. Mais j'eſpère auffi
qu'on ne déſapprouvera pas les motifs qui m'en ont
empêché; je ne puis , Monfieur , faifir une meilleure
occafion de les expliquer.
1º. Cette petite Brochure n'a d'autre mérite que
d'avoir énoncé la première , quelques idées qui
n'exiſtoient que d'une manière vague & indéterminée
dans la penſée d'un petit nombre d'Amateurs
, & dont ils n'avoient pas encore imaginé de
former un ſyſtême mieux lié & mieux ſuivi. 2°.
L'époque même où cet Eſſai a paru , eſt celle où la
muſique a fait des pas de géant , où MM. Grérry ,
Philidor , Monfigny , &c. ornoient la Scène Italienne
de toutes les beautés qui lui étoient propres,
DE FRANCE. 225
:
&en montroient de temps en temps quelques-unes
d'un genre plus élevé , qui indiquoient affez l'uſage
qu'on en pouvoit faire ailleurs. Que manquoit-il
pour que l'Art fit un pas de plus ? Des Poëtes Ly.
riques; & les Brochures , les Livres même ont - ils
ledroit d'en créer ? M. Philidor prit le parti de s'en
pafſfer. Il fit de grandes & de belles choſes avec le
plus anti lyrique des Poëtes , qui pourtant avoit fu
préparer des effets , & avoit du moins fourni des
cadres , ne pouvant faire des tableaux. M. Gluck
vint; & pour employer ſes talens , il fallut mettre à
contribution le Théâtre des Grecs , & celui des Racine
& des Corneille. Alors quelques Critiques ſévères
, quelques perſonnes difficiles , comme vous&
moi , trouvèrent qu'il y avoit peut- être trop de dramatique
dans la muſique , trop de Tragédie dans
F'Opéra. M. Piccini parut à ſon tour , & les manes
de Quinault furent évoquées avec ſuccès. Il débuta
pardes Pièces d'un genre mitoyen , plus gracieuſes
que terribles , plus héroïques que tragiques , & alors
ontrouva que les émotions n'étoient pas affez fortes ,
qu'il y avoit trop d'Opéra dans la Tragédie ; mais
dans ce combat entre deux immortels rivaux , les
Compofiteurs étoient en première ligne , & paroiffoient
feuls, tandis que derrière cux étoient d'un côté
Quinault, &de l'autre Sophocle , Euripide , Racine ,
&c. Tout cela ne marquoit pas encore le complé
ment de la révolution. Didon en a été l'époque :
Poëme neuf , muſique neuve , le tout compofé en
France & pour les François , joué par des Acteurs
déjà formés , & devant un Public déjà inſtruit ; rien
n'a manqué à cetOuvrage. Omne tulit punitum.....
Et lorſque la muſique théâtrale a atteint ce comble
de perfection , dont aucune Scène étrangère ne peut
fournir de modèle , on croiroir encore avoir beſoin
d'imprimer ! eh ! Monfieur , vous ſavez mieux que
perſonne quels font les véritables ſervices qu'on peut
Kv
226 MERCURE
rende à la muſique ; vous avez mis le Public à
porrée de connoître , d'entendre des chef d'oeuvres.
Noi à la vraic poétique dont on a beſoin ; voilà comment
on accélère le progrès des Arts. La critique ,
quoique toujours utile , eſt de peu d'importance
tant qu'ils avancent. C'est lorſqu'ils commencent à
rétrograder qu'elle doit élever la voix ; qu'elle doit
s'efforcer d'en prévenir la décadence. Si cette décadence
étoit prochaine ; fi notre Nation , qui va
Vite en tout fons , avoit atteint le terme de ſes progrès
,& qu'il ne s'agit plus que de lui en conferver
la jouiffance , nous ne manquerions pas de moyens
pout remplir cet objet, & c'eſt la troiſième raiſon
qui m'empêche de rien imprimer ouréimprimer.Nous
trouverons une excellente poétique muſicale dans les
Articles que M. Marmontel a faits pour la nouvelle
Encyclopédie , articles dont on peut juger
d'avance par ceux qu'il a déjà inférés dans le Supp'ément
de l'ancienne Là, on pourra acquérir des notions
juſtes & précifus fans que la patience ou
l'amour- propre foient rebutés par l'appareil d'un Cuvrage
didactique ; & fi ceperdant on defire que des
ités épárſes , quoique aiſées à raffembler , foient
réunies dans un ſeul cores d'Ouvrage ; fi lon témoigne
le même empreff ment pour une poétique
muſicale , qu'on a montré pour une poétique Linézhire,
tirée également des articles que le même Auteur
a fournis à l'Encyclopédie , il y a lieu de croire
quenous ne tarderons pas à être fatisfaits. M. Marmonteln'a
pas dédaigné de faire usage de l'Effai fur
Hunion de la l'oéfie & de la Mufi que. C'eſt un petie
arbrifſeau qui fe trouve ente for us tronc robuſte.
Jelle vois avec plaifir acquérir une étendue & une
vigueur que je n'aurois pu lui donner. On n'a pas
même oublé de retracer fon origine. Vous voyez ,
Monfieur , que l'Art charmant que vous favez fi bien
aimer & fervir , n'eſt pas compromis ; vous voyez
DE FRANCE. 227
que mon amour-propre même n'a fait que gagner au
fort de mon Ouvrage. Que de bonnes raifons pour
ſe taire , & en est- il jamais de mauvaiſes pour prendre
ce parti? Cette réflexion , qui vient peut-être
un peu trop tard , m'avertit de finir ma lettre , & de
m'interdire juſqu'au plaiſir de vous répéter combien
j'applaudis à la juſteſſe de vos réflexions & à l'élégance
de votre ſtyle.
J'ai l'honneur d'être très-parfaitement , Monfieur
Votre très-humb'e & très- obéiffant
ferviteur , le Marquis de Ch.
,
P. S: Depuis ma lettre écrite , j'ai lû , Monfieur
avec autant de p'air que d'avidité , le Livre que
M. de Chabanon vient de publier. Nouvelle raiſon
pour garder le filence. Cet Ouvrage ne traite pas
Leulement de l'union de la Poéne & de la Muſique
mais il eſt lui -même le produit d'une heureuſe union
entre l'eſprit , la ſcience & les talens. Parmi nombre
d'obfervat ons très-juſtes& très -fines , celles -la feront
particulièrement utiles à la muſiqus . 1°. Que la
mélodie en eſt l'âme & en fait le charme. 2. Que
l'imitation n'eſt pas fon principal objet ni l'unique
fourcedes plaiſirs qu'on lui doit. Ce dernier principe,
que M. de Chabanon a parfaitement développé, je
l'avois indiqué ſuperficiellement dans ma réponſe au
Traité du Mélodrame , imprimé dans un Mercure
de l'année 1771 ; & dans l'article Beau Idéal du
Supplément de l'Encyclopédie ; j'ai oſe l'appliquer à
la peinture même. En voulant prouver que l'Astine ,
dans la compoſition de ſes tableaux , fans en excepter
les payfages , étoit obligé de rechercher ,
d'imaginer même les effets dont l'impreſſion ſeroit
plus agréable à l'oeil , j'ai avancé que ceux la ne
connoiſſent pas les véritables principes des Beaux-
Arts qui attribuent à l'imitation ſeule les grands
effets produits par la mafique fir nos Théâtres &
Kj
128 MERCURE
dans nos Concerts , & par la poéfie même , dans nos
plus belles Tragédics. Que de préjugés , que d'opinions
ſauffes exiftent encore dars ce fiècle de lumière
& du goût ! que de ronces continuentde croître
dans les fentiers de la vérité! mais auſſi avec quelle
grâce & quelle facilité M. de Chabanon les a-t'il
écartées! il me femble que ſon opinion eſt preſque
toujours la mienne , & que j'en ſuis encore bien.
près lorſque j'en diffère. Je crois cependant, & fur
ce point, Monfieur , votre jugement affirmera le
mien ; je crois qu'il ne donne pas affez d'impordance
au rhythme & au mêtre des vers lyriques. II
auroit dû obſerver que les duos & trios dialogués ...
ont beſoin d'être écrits en vers égaux ou correfpondans.
Il pouvoir avouer auffi , s'il eût été moins
frappé des richeſſes de la muſique , que dans la
langue Italienne le shythme a ſouvent fuggéré au
Muficien des motifs qu'il n'auroit pas trouvés ſans
cela. Comme :
Ombra che squallida
Fai quifoggiorno ;
Larva che pallida
Mi giri interno......
Quel barbaro che ſprezzi
Non placheran i vezzi s
Ne erederà l'inganno
Qucibarbaro da te.
Si ces dactyles , revenant toujours à la même
place, &fi fortement fentis , n'ont rien ſuggéré au
Muficien, je ſuis bien trompé. D'ailleurs , les vers
que les Italiens employentdans leurs airs ont communément
leur accent , les uns à la troiſième , les
autres à la ſeconde ſyllabe. Comme :
Vo folcando un mar crudele
Senzavete,senzafarsa....
DE FRANCE
229
Jo veggo in contananza
Frà l'ombre del timor.....
Sepoſſono tanto
Dueluci vezzofe....
Ces accens n'aident - ils pas le Compoſiteur à frapper
la meſure ſur une ſyllabe fortement ſentie , à
mieux arranger ſa phrafe muſicale ? Sur cet objet ,
quej'ai toujours eu à coeur, je ne m'obſtine pas ,
mais je perfifte. Qui prendre pour juge ? M. de
Chabanon lui -même ,
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 7 de ce mois , Mile Devienne ,
Actrice de la Troupe de Bruxelles , a débuté
dans l'emploi des Soubrettes , par les rôles
de Dorine , dans le Tartuffe , & de Claudine,
dans le Colin Maillard : elle a continué
ſon début par les rôles les plus brillans
de cet emploi.
Peu d'Actrices ont paru avec plus d'éclat
fur le premier Theâtre de la France ; c'est-àdire
, ont réuni , fur le champ, un plus grand
nombre de fuffrages. Une jolie figure , une
taille ſvelte , élégante & ſouple , beaucoup
de jeu dans la phyſionomie, de la vivacité ,
de la fineffe , une intelligence non fealement
affez étendue, mais encore affez facile
2,0 MERCURE
V
pour annoncer un certain ufage du Théât e :
voi'à ce qui a ſeduit le Public , ce qui l'a
entraîné ſouvent juſqu'a l'enthoufiafm.. Ces
qualités , fans doute , ſont dignes d éloges ;
nais elles font accompagnées de defauts
affez graves ,fi lon peut appeler ainſi un
debit marqué au coin de l'affectation & de
la recherche ; un maintien , des attitudes &
une gefticulation maniérés; enfin un jou trèsrarement
naturel. C'eſt principalementdans
la Martine des Femmes Savantes , que les
gens fans paffion ont remarqué ces defauts,
que nous ſommes éloignés de regarder comme
incurables , mais que de longs efforts
& un travail opiniâtre peuvent ſeuls faire
difparoître , fur-tout aujourdhui que Mile
Devienne paroît en avoir contracté Thabitude.
Le malheur de tous les Débutans ,
principalement des Débutantes , qui annoncent
des diſpoſitions aux talens , eſt de s'en
rapporter preſque excluſivementàlabruyante
admiration de quelques eſprits bouillans , qui
fe comentant d'abord de quelques apparences
brillantes, crient au miracle , font
circuler l'enthouſiaſme dont ils font pénétrés
, le répandent , établiſſent ainfi à leurs
iloles une réputation paffagère , ſe tefioidiffent
enfuite , & leur font payer , par une
ſévérité tout auffi condamnable que leur extrême
complaifance , les applaudiſſemens
qu'i's leur ont prodigués . Il vaudroit mieur
certainement , pour l'avantage de l'Art & du
Public , voir d'un oeil égal le mérite & les
DE FRANCE.
231
défauts d'un Comédien , applaudir l'un ,
l'avertir des autres , & le conduire ainſi ſur
le chemin des progrès; que de l'aveugler
fur ce qui lui manque , de lui donner de
lui - même une opinion exagérée , par conféquent
, de le rendre rebelle aux avis utiles.
Nous entendons tous les jours le Public ſe
plaindre de quelques Sujets attachés à nos
Théâtres Royaux . Pourquoi , difent les
mécontens , a- t'on reçu tel ou telle ? Eh!
c'eſt vous qui l'avez voulu. Quand tel a
paru pour la première fois devant vous ,
&pen tant tout le cours de fon Debut , vous
l'avez-vanté comme une merveille , vous lui
avez prodigué vos fuffrages ; non contentde
l'applaudir dans ſes rôles, vous l'avez fait
paroître à la fin du Spectacle , afin de vous
raſfaſier du plaiſir de le voir à votre aife.
Que difiez-vous alors aux Sapé ieurs de nos
grands Théâtres? Voilà le fujet qu'il nous
faut,qu'on le reçoive. On l'a reçu , & vous
vous plaignez . Vous avez tort. Moins d'enthouſiaſme,
plus de goûr &de raiſon dans vos
choix; & vous ne vous plaindrez plas. Revenons
à Mile Devienne , & réſumans. De la
difpofition au vrai talent, des qualités effentielles
, quelques vices capitaux : qu'e'le ait
le courage de ne point écouter fon amourpropre,
d'étouffer , d'anéantir ce qu'elle a de
reprehenfible , & elle fera digne de tout ce
qu'elle vient d'obtenir de ſuccès.
232
MERCURE
*
Le Mardi 1. Avril , on a joué , pour la
première fois , les Deux Frères , Comedie en
cinq Actes & en vers , par M. de Rochefort.
Une Anecdore , tirée du Spectateur Anglois
, a fourni le fonds de cette Comédie,
qui n'a pas joui d'un heureux fuccès .
Un père nevoit pas toujours les défauts de
ceux qui lui doivent la vie. Il réſulte quelquefoisde
cetaveuglementunetrès mauvaiſeéducation.
Pour obvier à cet inconvénient trop
commun , deux frères font l'échange de leurs
enfans. L'un a un fils , l'autre une fille. Les
jeunes gens ſe voient , ſe prennent de paffhon
l'un pour l'autre. On fait l'épreuve de
leurs caractères par des demi confidences qui
les déſeſpèrent; enfin on les éclaire ſur leur
deftinée , & on les unit. Des incidens brufqués,
des ſituations fauffes ,&undéfaut prefqu'abſo'u
d'intérêt: voilàles cauſesdela chûte
de cette Comédie. La réputation que M. de
Rochefort s'eſt acquiſe par d'autres Ouvrages
juſtement eſtimés, neſauroit en fouffrir aucune
atteinte. Tout le monde n'eſt point appelé
à faire des Pièces de Théâtre :
Chacun ſon lot, nul n'a tout en partage.
DE FRANCE. 233
ANNONCES ET NOTICES
S
ECONDE Suite de l'Aventurier François , contenant
les Mémoires de Cataudin , Chevalier de Xoſamène,
fils de Grégoire Merveil , Tomes I & IΜ.
A Paris , chez l'Auteur , hôtel de Malte , rue Chrif
tine ; Quillau l'aîné, Libraire , rue Chriſtine ; la
Veuve Ducheſne , Libraire , rue S. Jacques ; Mérigotle
jeune , Libraire , quai des Auguſtins ;Deſenne,
au Palais Royal .
:
La vie du fils de Grégoire Merveil n'eſt pas moins
intéreſſante& moins curieuſe que celle de ſon père ,
& il éprouve des aventures du même genre . C'eſt
un jeune homme qui cède à l'aſcendant des circonfrances
, qui en eſt toujours puni , & qui nous peint
fes remords , leçon continuelle pour les jeunes gens,
qui ne sont que trop portés à s'applaudir des bonnes
fortunes dont celui ci gémit. « H eſt e-peu-pres en
homme, dit l'Auteur , ce qu'eſt en femme Manon
Leſcaut, K lui a donné , comme à fon père , le
nom d'Aventurier François , parce que certe nouvelle
Partie de l'Ouvrage eſt intimement liée avec
les précédentes , & qu'elle fait entièrement corps
avec elles.
TABLEAU Historique de l'efprit & du caractère
des Littérateurs François depuis la renaiſſance dés
Lettres jusqu'en 1785 , ou Recueil des traits d'efprit,
de bons mots & anecdotes Littéraires , par M.
T**, Avocat en Parlement , Tréſorier de la Guerre ,
& Subdélégué de l'Intendance de Champagne. A
Verſailles , chez Poinçot , Libraire , rue Dauphine ;
& à Paris, chez Nyon , Libraire , près le Collége
des Quatre Nations.
234 MERCURE
L'Auteur de cette compilation a eu le projet de
confacrer fon travail à la gloire des Letares , ce
qui doit intéreſſer ceux qui les cultivent. Le plan
qu'il a ſuivi, c'eſt de raffembler dans un ſeul article
tout ce qui a rapport à un même Ecrivain , & chaque
Ecrivain s'y trouve claſflé ſelon la date de ſa mort.
COLLECTION Complette des Fabuliftes , dédiée à
M. le Comte de Vaudreuil , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal de ſes Camps & Armées , Grand
Fauconnier de France , par une Société de Gens de
Lettres; propofée par ſouſcription: A Paris , chez les
Auteurs , rue des Nona ndieres , no. 31 ; Petit , Libraire
, quai de Gévres.
La plupart des Fabuliſtes, ſoit par leur rareté ,
foit par le défaut des Traducteurs , étoient oubliés
ou n'étoient point arrivés juſqu'à nous ; c'eſt enrichir
la Littérature que de lui rendre une ſuite de
productions morales & intéreſſantes qui l'honorent
en inſpirant la ſageſſe & l'amour de la veitu.
Les Apologues Arabes , Grecs , Perfans , Latins ,
Allemands , Anglois , Italiens , &c. traduits en
François , y feront inférés , on y joindra les Fables
Françoiſes . Mais comme on ne prétend point affigner
les rangs , on s'aſſervira à l'ordre chronologique.
Une Notice hiſtorique des Ouvrages & de la
vie de l'Auteur, précédera les Fables qu'il aura compoſées.
La Collection fera termiirée par les meilleures
Fables qu'on aura extraites des Poëtes qui ,
n'étant point Fabuliſtes , ſe font eſſayés dans ce
genre. Cette Collection formera environ vingtquatre
Volumes in-8º. de 4 à 5oo pages chacun ,
mêmes format , papier & caractère que lePro pectus.
Le premier paroîtra au mois de Juin prochain ,
&les autres ſucceſſivement de deux en deux mois .
En ſouſcrivant en paycra 12 livres , & 4 livres en
DE FRANCE.
235
recevant chaque Volume broché , excepté les trois
derniers , qui ſe trouveront payés par la foufcription.
On fouſcrit aux adreſſes du Frontiſpice.
COURIER Lyrique & Amusant , ou Paffe-Temps
des Toilettes .
Il paroîtra tous les quinze jours , à dater du premier
Juin 1785 , ſeize pages in- 80 .' de cet Ouvrage,
ſous la diftribution de première & ſeconde
Parties. L'une , compoſée de huit pages à chaque
Epoque , contiendra des Chanfons , des Romances ,
des Ariettes & des Vaudevilles avec les airs notés
quand ils ne ſeront point connus; on promet que les
paroles feront toujours choifies de manière à pouvoir
plaire , comme jolies pièces de vers , même aux
perſonnes qui ne chantent pas. Et l'autre , formant
auſſi huit pages , offrira un répertoire amuſant
d'Anecdotes , de bons Mots , de Traits Hiftoriques
, &c .
LaMuſique ſera revue avec la plus grande attention
par M.Greffet , Compoſiteur agréable, connu
par pluſieurs Airs légers , & qui ſe propoſe de répandre
dans cette Collection tous ſes plus jolis
Morceaux.
Le choix des Anecdotes de la ſeconde Partie &
celui des paroles de la première ſera fait par un
Homme de Lettres d'un goût exercé , mais qui gardera
l'anonyme ; & MM. les Auteurs ou MM. les
Muficiens qui auront fourni dans l'année une douzaine
de Chanſons dont on aura fait uſage recevront
la Feuille gratis pendant un an au même
tire qui les fait jouir de leurs entrées dans nos Spectaclesquand
ils y ont fait repréſenter quelques-unes
de leurs Pièces . On accueillera auſſi avec reconnoifſance
les Anecdotes , les bons Mors , les Traits Hitoriques
, &c. qui feront envoyés. On nommera
235 MERCURE
même les Perſonnes qui le defireront; mais on pré
vient que l'on n'admettra aucuns morceaux de ce
genre que l'on n'ait eu la précaution d'indiquer les
fources où on les aura puiſés , ou les autorités qui
pourront enconftater la vérité. C'est à M. Knapen
his ſeul que l'on eſt prié d'adreſſer les objets relatifs
à cet Ouvrage. Le prix de la ſouſcription eſt de
14 liv. pour Paris, &de 16 liv. 8 fols pour la Province.
On foufcrit dès-à-préſent chez Knapen &
fils , Libraites-Imprimeurs , rue S. André-des-Arcs , à
Paris; mais en quelque temps qu'on le faffe, on recevra
les Numéros de l'année qui auront paru précédemment,
de manière qu'elle finira & commencera
à la même époque pour tout le monde.
Cet Ouvrage bien exécuté peut être agréable , &
doitavoir du fuccès.
1
CHEF- D'OUVRES de l'Antiquité fur les Beaux-
Arts, Ouvrage orné d'un grand nombre de Planches
en tailte-douce, dont foixante-dix ont été gravées
par Bernard Picart , nº. 4. Prix , 18 liv. le
Cahier. L'Ouvrage comprendra cinq Cahiers , qui
ſe relieront en deux Volumes. A Paris , chez l'Auteur,
rue Garencière , & chez Royez , quai des Auguftans
Nous avons parlé des autres Cahiers de cet importan:
Ouvrage, qui mérite encore des éloges par
la célérité des Livraiſons.
De la Musique confidérée en elle-même & dans
fes rapports avec la parole, les Langues, la Poéfic
& le Théâtre. Prix , 3 liv. 12 ſols broch.e A Paris ,
chez Pifft , Libraire , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage, qui paroît
réunir les fuffrages des Gens de Lettres & des
Perſonnes qui s'intéreſſent à l'Art dont il traite.
Le même Libraire vient de mettre en vente unc
DEFRANCE. 237
nouvelle Édition du Ministre de Wakefield , par
Goidsmith , traduit de l'Anglois, in- 12. Prix , 3 l.ref.
:
: PRECIS de Recherches & Obfervations fur
divers objets relatifs à la Navigation intérieure de
laProvince de Bretagne, par M. Obelin de Kgal. A
Rennes , chez Nicolas-Paul Vatar , Imprimeur de
Noſſeigneurs les États de Bretagne.
Cet Ouvrage , qui n'eſt point ſuſceptible d'être
analyſé dans ce Journal, annonce dans ſon Aureur
l'amour du bien public ; &les lumières que l'érude St
l'expérience lui ont acquiſes peuvent être utiles à
l'objet dont il traite. Il a obtenu un ſuccès mérité
dans la Province que l'Ouvrage intéreſſe plus particulièrement.
こ
LE Bureau Littéraire ouvert an Public choz
Royez, quai des Auguſtins , n'offre plus en lecture
les Gazettes politiques ; mais il aura l'avantage particulier
de conſerver le dépôt des Papiers publics en
diverſes Langues les plus propres à faire connoître
la Littérature étrangère. C'eſt avec ce ſecours tou
jours prompt, toujours renouvelé , ainſi que par le
Recueil des Catalogues des meilleurs Libraires de
l'Europe, qu'il defire prouver ſon zèle aux Amateurs.
Il fait venir & il a déjà quelques Recueils
d'Académies étrangères. Outre les Livres anciens
&nouveaux, il a actuellement en vente les ſuives
completres des Journaux les plus propres aux grandes
Bibliothèques , la Gazette de France depuis l'origine,
& autres Collections utiles ..
Les Épreuves, Comédie en un Alte & en vers,
repréſentée au Théâtre François le 29 Janvier 1785,
& le to Février ſuivant à Verſailles , devant Leurs
Majestés , par M. Forgeot. Prix , 1 liv. 4 fols. A
1
240 MERCURE
tages , & qui , inoins diſpendicux , pût être d'us
Lavantage plus général. C'eſt une boule de métal tul
pendue à un fil de foie, ou les différens degrés de
tousles mouvemens ſont indiqués affez clairement
pour que d'un bout à l'autre de l'empire muſical , les
Compofiteurs puiſſent faire parvenir leurs intentions
préciſes , toujours vaguement exprimées par
les moisd'Allegro, d'Andante. Tout le monde fem
l'avantage de cette pratique ſi elle étoit admiſe. I
eſt fâcheax que quelques Muficiens ayent un amourpropre
attez mal entendu pour s'y oppofer. C'eft
aux Compofiteurs à les convertir. Les morceaux de
ceRecueil portent l'indication du Chronomètre fimple
de M. Renaudin , Inftrument très-portatif, qui
fe vend 6 jiv. à l'Adreſſe ci-deffus.
;
: TABLE.
COUPLETfur la Neiffance Nouveaux MélangesdePhilo
deMgr. leDucde Norman- fophie &de Literature, 210
die,
A Mile V*** ,
AMadame B..... ,
193 Les Cuvres d'Hesiode , 212
194 Mémoirefur les Ciseaux à in
213
LeRendez- vous manqué, 196 Collection des Mémoires rela
Gonte,
Charade , Enigme & Logogryphe,
195 cifion ,
197 tifs à l'Histoirede France,
217
220
223
229
233
199 Le Comte de Valmon ,
Histoire d' Abdalmazour , 201 Variétés ,
Mimoire fur les Tremblemens ComédieFrançoise ,
deTerre de la Calabre , 208 Annonces & Notices,
APPROBATION.
1
J'AIJu , par ordre de igrale Garde des Sceaux, le
Mercurede France, pour le Samedi 30 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'in preffion. A
Paris , le 29 Avril 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
L
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 27 Mars.
A ſanté de l'Impératrice ſemble s'améliorer
depuis quelque temps. Cette Princeſſe
viſite fréquemment la Maiſon d'éducation
qu'elle a fondée pour les Demoiſelles
de qualité , à l'imitation de l'établiſſement
de S. Cyr en France.
Le Comte de Ségur , nouvel Ambaſſadeur
de France à notre Cour , a eu , le 21 ,
ſa premiere audience de S. M. & de Leurs
Alteſſes Impériales.
Le Comte de Bruce , Commandant en
chef à Mofcou , a informé la Cour qu'on
obſerva le 2 de ce mois , par un temps clair
& froid , un Parhélie remarquable , qu'il
décrit de la maniere ſuivante.
Le ſoleil luiſant dans ſa plus grande ſplendeur
, un cercle très-clair & d'une groſſeur médiocre
parut l'environner. Un ſecond cercle plus
Nº. 18 , 30 Avril 1785 . i
( 194 )
,
gros coupoit le ſoleil ; & dans l'enceinte de ce
cerde l'on voyoit cinq météores en forme de
petits toleils , dont deux à côté du ſoleil , de
façon que le même cercle , qui coupon cevi
ci , coupoit également le météore , qui en étoit
le plus proche. Les trois autres petits ſoleils
étoient placés dans l'enceinte de la partie infé
rieur du gros cercle : Celui du milieu étoit dans
une ligne perpendiculaire ſous le ſoleil ; & les
autres à côté à une petite diſtance. Vers le
centre du gros cercle , perpendiculairement fous
le folil , l'on voyoit un arc fort clair ,-femblable
à la lune , dont les cornes étoient tournées
en bas . Ce phénomene dura auſſi long - temps
que la ſplendeur du soleil , & diminua avec
elle : Il reſta néanmoins une lueur du cercle
ainſi que des ſoleils collatéraux , viſible juſqu'à
fix heures du ſoir. Suivant un rapport , qu'a
envoyé le Général d'Aſcharow , le même phé
nomene a été obſervé , le meme jour 2 Mars ,
à Uſtuſchna & à Tcherepow. Dans le premiet
de ces endroits , on le remarqua au lever du
ſoleil , & à Ticherepow à dix heures du matin.
A Uſtuſchna , l'on vit trois cercles fort clairs
autour du ſoleil , dont les deux cercles intérieurs
étoient entiers : Le troiſieme offroit une
grande variété de couleurs ; mais il n'étoit pas
complet , & l'on n'en voyoit que la moitié audellus
du ſoleil. Le diametre du plus petit de
ces cercles étoit deux fois moindre & celui du
cercle extérieur deux fois plus grand que le
diametre du cercle du milieu . Le reſte du phé
nomene étoit précisément le même qu'on l'a
obſervé à Moſcou. Sa phaſe à Tícherepow ne
différoit de celle d'Uſtaſchna qu'en ce que fur
le gros cercle il n'y avoit point de cinquieme
Soleil collatéral , ni au - deſſous du ſoleil un
( 195 )
arc femblable à la lune. L'on prétend auſſi qu'à
Uſtaſchna le phénomene a été viſible au lever
de la lune , & que dans celle ci l'on voyoit
une croix. A Jaroflaw, la phaſe étoit précisément
la même qu'à Tícherepow...
Il est très -poſſible qu'un paraſelène ait
accompagné le premier phenomene. Quant
à la croix dans la lune , la phyſique ne ſe
mêle point d'expliquer cette forte d'apparition.
Quoiqu'on repréſente ce parhélie dans
pluſieurs feuilles publiques , comme la choſe.
du monde la plus extraordinaire , chacun
fait qu'elle ne l'eſt nullement ; entr'autres en
1629 , le 29 Mars , on obſerva à Rome 4
parhélies en même temps .
:
La Crimée eſt parfaitement tranquille , &
gardée d'une maniere ſi formidable , que les
Turcs feront peu tentés de la reconquérir. Cette
irruption de Tartares , de Turcomans , d'un Sultan
de Samarcande , à la tête de 300,000
hommes , dont les gazettes nous menacent , eſt
regardée ici comme une plaifanterie digne de
Sir Politick.
ALLEMAGNF .
DE HAMBOURG , le 14 Avril.
>
Il eſt tombé une ſi prodigieufe quantité
de neige dans les Duchés de Pomeranie &
de Caſſubie , que les grandes routes en font
entierement couvertes & impraticables. Les
voyageurs font obligés de ſe frayer des
chemins ſur des montagnes , &d'expoler
ainſi leur vie au danger le plus éminent.
i 2
( 196 )
Depuis le 20 juſqu'au 26 Mars on a paflé d
pied le Sund entre Helſingor & Helſingbourg.
Le 27 , la glace ſe rompit , & la chaloupe de
poſte ne put arriver à Helſingor ce jour-là à
cauſe des glaçons. Trois Bâtiments Dantzikois
&un Danois furent enfermés par les glaces du
côté de la Suede.
Le paſſage des Belts eſt ouvert actuellement,
& les yachts peuvent y paſſer. Le 3 ,
fix bâtimens , qui avoient été dans les glaees
près de Swederoë , ont été emportés par
les glaçons dans la mer du Nord.
C'eſt une particularité , digne de remarque
, qu'à Bergen en Norwege , on n'a
point reſſenti de froid extraordinaire , &
que la navigation de ce côté-là n'a pas été
interrompue.
Un de nos Ecrivains politiques obſerve que,
depuis que les petites villes de province , &
même les villages ont attiré des commerçans
& des métiers les commerces des grandes
villes a diminué d'une maniere ſenſible. -
Cette ville , entr'autres , peut ſervir de preuve
de la justice de cette obſervation ; ſon commerce
étoit autrefois beaucoup plus floriſſant
qu'il n'eſt actuellement. Ily a des rues entieres où
l'on ne voit plus de trace de Commerçans , &
dans leſquelles autrefois tous les rez-de-chauffées
étoient occupés par eux. -La diminution du
commerce dans les autres grandes villes a peutêtre
la même cauſe que celle da commerce de
Hambourg.
On voit toujours défiler des troupes
Ruſſes vers l'Ukraine ,& il en eſt arrivé dans
laLivonie.
( 197 )
:
DE VIENNE , le 15 Avril .
Un quatrieme chef des Valaques révol
tés , nommé Inezar , a été dénoncé au gouvernement
par les Popes du pays , & empriſonné.
Une remarque qu'on ne doit pas
omettre , eſt , qu'on n'a pas trouvé un ſeul
Grec - uni dans le nombre des rébelles.
Quant au Baron de Weſſelins ou Weſſelingi
, enfermé dans la fortereſſe de Kufſtein,
ainſi que nous l'avons rapporté l'ordinaire
dernier , c'eſt un Gentilhomme proteſtant,
très-riche , très-dur envers ſes vaſſaux , &
très turbulent. On s'eſt aſſuré pareillement
de ſon épouſe, élevée dans le catholiciſme,
& qui avoit embraſſé la Réforme , à l'inſtigation
de fon mari. On l'a confiée à des
Religieuſes chargées de la ramener dans le
giron de l'Eglife. Pour ſe tirer d'affaire , le
Baron a préſenté ſon apologie , dont le
point le plus concluant eſt l'offre de lever
trois compagnies de huſſards à ſes dépens ,
pour le ſervice de l'Empereur. Une maladie
épidémique fait d'aſſez grands ravages
à Carlsbourg & dans ſes environs.
Le corps-franc du Bannat, ſous les ordres
du colonel Brentano , a fait une grande diligence
malgré la rigueur de la ſaiſon. A fon
arrivée à Laxembourg , où il a ſejourné 24
heures , on lui a donné un nouvel Uniforme;
il a enſuite paſſé en revue près de cette
capitale, d'où il a pourſuivi ſa route vers les
i 3
( 198 )
Pays-Bas. Il est composéde 2500 fantaſſins
&de soo huflards..
L'Empereur , accompagné du Prince
Charles de Lichtenstein a vu défiler les
deux colonnes de ce Régiment.
,
La correſpondance entre notre cour &
celle de Ruſſie eſt très- active depuis quelque
temps. A la ſuite d'une conférence
d'une heure entre l'Empereur & le Prince
Gallitzin , Ambaſſadeur Ruſſe, on expédia ,
il y a peu de jours un courrier au Baron de
Herbert , notre Miniſtre à Conſtantinople.
Le même meſſager fut chargé de dépêches
pour M. de Raizewich , Conful général de
S. M. I. à Bucharest. Chacun raiſonne &
conjecture ſur le contenu de ces deux paquets.
Dans le premier on ſuppoſe que notre
courdemande une explication à la Porre
fur ſes préparatifs, ſur la marche de ſes troupes:
vers les frontieres , ſur les magaſins raf-
Temblés à Siliſtrie , à Belgrade , à Andrinople.
La ſeconde dépêche , à ce qu'on croir,
eſt un avertiſſement donné au Conſul général
de veiller attentivement fur le Prince
de Moldavie.
Le Chevalier Foscarini , Ambaſſadeur de
Venife , a remis de la part du Sénat à l'Envoyé
de Pruffe, une note hiſtorique & explicative
au fuiet du différend entre la République
& la Hollande.
Le jour de Pâques dernier , les habitans du
fauxbourg de Wieden donnerent une fête aux
pauvres : 226 pauvres & 20 enfans furent trai
( 199 )
tés aux dépens des Paroiſſiens qui avoient fait
entr'eux une collecte à cette intention. Les femmes
même des principaux bourgeois ne dédaignerent
pas de préparer le dîner ; le Paſteur de
11 Paroiffe & les autres Religieux avec plufieurs
bourgeois voulurent bien eux-mêmes fervir
la table qu'on avoit préparée à cet effet
dans le Couvent qui fert de Paroiſſe. Un charitable
bienfaiteur avoit fait mettre en outre
une piece d'argent ſous chaque couvert.
Les rigueurs de l'hiver ont occafionné
une foule de déſaſtres particuliers . L'on
écrit de Likka , qu'un habitant de cette
contrée , poffeffeur d'un troupeau de 200
moutons , qu'il ne pouvoit plus nourrir ,
Faure de fourrages , prit le parti de les faire
tondre , & de les abandonner enſuite dans
les montagnes , où ils périrent tous .
Les deux derniers hivers ayant néceſſité
une conſommation effrayante de bois de
chauffage , on a calculé que dans vingt ans
la corde debois coûteroit ici 20 florins. Les
forêts voiſines font épuisées , & les autres
trop éloignées pour ſe procurer du bois ,
fans de très -grands frais.
- Quelques avis de Presbourg font men.
tion d'une nouvelle exécution Ottomane
près de nos frontieres .
Le fameux Abdul Baffa , marié avec une
Sultanne , avoit, à l'inſu de la Sublime Porte
raffemblé pluſieurs Troupes en Boſnie , d'où eft
réfaltée une augmentation des Troupes Autri
chiennes poſtées dans la Croate ; ce Baifa n'a
pas tardé à être la victime de fon imprudence .
i
( 200 )
Un Noir , accompagné de trois autres perſonnes
tous envoyés de Conſtantinople , lui a apporté
un Firman , & , en ſe diſant chargé de lui declarer
que , par une faveur particuliere , Sa Hauteffe
lui laiſſoit le choix , de mourir par le fabre , par
le cordon , oupar les effets decette liqueur ( qu'il lui
préſenta dans une petite phiole ) . Le Bafla préféra
la liqueur , l'avala ſur le champ , & expira
au bout d'une demi-heure.
Le Prince Adam Czartoriski , Général
d'Artillerie , & Capitaine de la Garde-Noble
de Gallicie , eſt arrivé ici le 3 , venant de
Varſovie.
On apprend de Hermanſtadt que le 15 Mars
on y a commencé la conſcription de la Tranſylvanie
, & qu'on s'occupe à augmenter le
nombre des Régimens de frontiere. Il ſera levé
un fixieme Régiment ſur les frontieres vers
la Domination Ottomanne. En 1779 , le
nombre des Troupes de frontiere étoit de 10,000
hommes ; il ſera porté actuellement à 20,000.
-
-
L'entretien d'un Régiment de frontiere
coûte par an 81.000 florins moins que celui
d'un autre Régiment.
L'Empereur a fait remettre à l'établiſſement
des pauvres une ſomme de 37000 flor.
On aſſure que , depuis le nouveau régiement
de commerce , la recette des Donanes a diminué
conſidérablement .
Pluſieurs articles , qui avoient été prohibés ,
mais que les Etats Autrichiens ne fourniſſent
pas encore en affez grande quantité , viennent
d'être exceptés de la regle générale , & peuvent
de nouveau être importés en payant les anciens
droits.
DE FRANCFORT , le 18 Avril.
Nous parlames , il y a quelque temps , du
( 201 )
magnifique projet de réunir par un Canal le
Rhin alu Danube ; projet qui feroit communiquer
la Mer noire à la Mer d'Allemagne ,
àlaBaltique. Voici quelques détails ultérieurs
au ſujet de ce plan , qui occupe ſérieuſement
la Cour de Vienne.
&
Charlemagne , en 792 & 793 , entreprit d'unir
le Danube au Rhin par le Meyn , l'Altmat & la
Reignitz. Ce grand Monarque n'abandonna ce
projet qu'à cauſedes pluies continuelles qui tomberent
dans ces années là , & de la qualité marécageuſe
du fond. On eſt autorisé á croire que la
direction qu'on avoit réſolu de donner alors à ce
canal , n'étoit ni la plus courte , ni la meilleure ,
ni la moins coûteuſe. Le canal dont il eſt actuellement
queſtion , n'auroit qu'environ 30 lieues de
longueur ; 38 écluſes ſuffiroient pour le foutenir
dans tout fon cours. De ces 38 écluſes qui devroient
être d'une nouvelle forme , nommées
écluſes à baſcule , 14 porteroient ſur elles mêmes
un pont affez grand & affez fort pour que la voiture
la plus chargée y puiſſe paſſer ſans danger.
Pour ouvrir & fermer de ſemblables écluſes , la
force d'un ſeul homme ſuffit. Chacune d'elles
coûtera 20 mille florins ; du nombre des 20 écluſes
reſtantes , il n'y en auroit que 14 qui devroient
encore , ſuivant la diſpoſition du terrein , porter
un pont pour paſſer à pied ou à cheval . La dépenſe
pour la confection de ces dernieres n'eſt évaluée
qu'à 9000 florins : le tems néceſſaire pour l'excavation
de ce canal ne feroit que de 8 années. Le
tarif des droits de péage monteroit , ſuivant l'Auteur
, à environ 896000 florins par an.
La Gazette de Berlin, du 6 Avril contient
un article énoncé en ces termes.
« On a lu ici avec ſurpriſe tout ce que le
is
( 202 )
>>>Gazetier de Leyde a débité dans leSupplément
>>>de ſa Feuillé , Nº. 26 , touchant un certain avis
>> donné par le Rhingrave de Salm ; & on a été
particulièrement furpris de la hardieffe avec
>> laquelle il annonce : Que les Etats-Généraux
avoient écrit au Roi par un Courier envoyé à Ber-
>> lin , pour demander des éclairciſſemens fur cette
>> matiere ; & que L. H P. avoient reçu une réponſe
affirmative de S. M. Or , on peut affurer comme
un fait certain , qu'il n'eſt arrivé , depuis peu ,
>> aucun courier Hollandois à Berlin; que les Etats-
>> Généraux n'ont pas écrit au Roi ſur la matiere
en queſtion , & que S. M. n'y a pas répondu
* non plus. Qu'on juge par cet échantillon de la
véracité du reſte ! >>
Une autre Feuille de l'Empire interprête
de la maniere ſuivante les explications qu'on
dit avoir eu lieu entre les Cours de Petersbourg
& de Berlin .
Un certain projet , dont tous les Papiers publics
ont parlé , a donné à la Cour de Prufſfe l'occafon
de manifeſter ſes ſentimens ſur l'état actuel du
corps politique , & même de prendre part à la
cauſe importante dans laquelle une partie de
l'Europe eſt intéreſſée . Elle a en conféquence fait
faire des repréſentations ſérieuſes à la Cour de
Ruffie fur divers objets , & principalement ſur
l'élection d'un Roi des Romains , & la création d'un
neuvieme Electeur. Comme la réponſe qui a été
faite à ce ſujet au Comte de Goetz par le Ministere
de Ruffie , n'a point ſatisfait le Roi de Pruffe , cе
Monarque , dans une conférence qu'il a eue avec
lePrince d'Olgorucki , lui a témoigné ce qu'il étoit
❤aſſez évident , d'après les démarches de la Ruffis,
>> que cette Cour paroiſſoit moins occupée du re
>> pos de l'Europe & du maintien de la balance ,
>> que des intérêts de la Cour de Vienne ; qu'il ſe
( 203 )
>> croyoit en conféquence obligé, commeMembre
>> duCorps Germanique , comme garant de la sûreté
>> de fa conftitution ; enfin comme partie intéreſ-
>> fee dans le corps politique de l'Europe , de proteſter
contre tout ce qui pourroit porter quelque
atteinte à la sûreté defdits corps ; & qu'en conféquence
, il ſe croyoit obligé de ſe mettre en état
de défendre les droits publics & particuliers de
هد la couronne,
Le Prince d Olgerucki répondit , d'après ſes
inſtructions<،، quel'impératrice ne connoiffoit à
>>>l'Empereur aucune, vues qui puſſent tendre à
>> altérer la conſtitution du Cops Germanique ; que
S.M Praffienne avoit pu être induite en erreur
5 à cet égard par des avis faux & controuvés; que
s'il y avoit quelque choſe de ſurprenant & de
>> révoltant dans la fituation actuelle du corps poli-
> tique de l'Europe , c'étoit l'opiniâtreté des Hol-
>> lando: s , & l'éloignement qu'i's montroient pour
>> un accommodement , auquel S. M. Imp. paroif-
>> ſoit fi difpofée ; qu'il n'étoit pas moins étonnant
> que S. M. Pruffienne non- feulement approuvât ,
>> mais cherchât même à entretenir & fortifier
> cette opiniâtreté des Hollandois. Que , quant à
>>>la démarcation des limites entre l'Empereur &
>>>la Porte , quoique S. M. Prufienne eût paru
> défapprouver la conduite de ſon précédentAm-
>>b>affadeur , le ſucceſſeur de celui-ci ne laiſſoit
>> pas de ſuivre le même ſyſteme , & ne cherchoit
>> rien moins que de concourir à ce que ladite dé-
> marcation eût un prompt ſuccès . Qu'enfin , on
55 ne pouvoit attribuer les diſpoſitions hoftiles &
>> les préparatifs des Turcs , qu'à la froideur que
> S. Maj . Pruffienne montroit dans cette affaire .
>>>Qu'en contéquence , l'Impératrice de Ruffie ſe
>>>croyoit de ſon côté autoritée à proteſter contre
>> cette conduite de S. M. , & à faire ſes diſpoſi-
16
(204)
> tionsdemaniere à être prêteàtout événement.»
On ſe plaint à Munich de diverſes réglemens
, pour gêner en Baviere la liberté d'écrire&
de penfer ; réglemens qui s'exécutent
avec rigueur. Une Commiſſion eſt inveſtie
du droit d'entrer dans les maiſons , & d'y
fouiller à l'improvifte les livres , papiers ,
écrits quelconques , ſoupçonnés d'être contraires
à la Religion ou à l'Etat; mais l'on
eſpere qu'une fois inſtruit des abus de cette
Inquifition , l'Electeur en réformera les parties
les plus dangereuſes.
L'Electeur de Mayence , malade depuis
quelque temps , eſt aujourd'hui dans un état
preſque déſeſpéré. Ce Prince , né en 1719 ,.
n'eſt pas très âgé. Deja l'on remarque beaucoup
de mouvemens parmi les Compétiteurs
à la dignité electorale. Le publicparoît
jetter les yeux ſur le Comte d'Alberg ,
diftingué par ſes connoiſſances , par ſes
qualités perſonnelles & par fon habileté
dans les affaires d'adminiſtration.
Le Roi de Prufſe a été , & eſt encore
aſſez incommodé par des abcès dans les
jambes , qui , ſans être d'un caractere dan .
gereux , ont donné de l'inquiétude. Depuis
que la goutte s'eſt déclarée , S. M. P. a été
un peu foulagée ; cependant elle ne reçoit
perſonne encore.
Le Duc régnant de Brunswick al inſpection
générale des Régimens Pruſſiens d'Infanterie , en
garniſon à Halberstadt , Magdebourg , & dans
PancienneMarche. Le Général Gaudi eft nomy
( 205 )
mé Inspecteur des Régimens dans la Weſtpha
lie. Les ſoldats abſens parcongé , arrivent ſucceſſivement
à leurs Régimens. Beaucoup font
arrivés à Berlin ſur des traîneaux.
On écrit de Vienne que le Cardinal-Archevêque
a pris la réſolution de quitter
pour jamais cette capitale , & de ſe retirer
dans ſon Evêché de Waizen, pour y paffer
le reſte de ſa vie.
L'Empereur , dit- on , a fait préſent d'une
terre noble au Conſeiller de Born , auteur
de la nouvelle méthode de ſéparer l'or &
l'argent du minerai qui les renferme,
On apprend deNordenſtadt , dans le Landgraviat
de Darmſtadt , que le 2 de ce mois , à quatre
heures 20 minutes du matin , on y a reſſenti une
forte ſecouſſe de tremblement de terre , qui cependant
n'a occafionné aucun dommage.
ITALIE.
DE NAPLES , le 3 Avril.
On travaille dans ce port avec toute l'activité
poſſible à l'équipement de l'eſcadre
deſtinée pour le voyage de nos auguſtes
Souverains : elle ſera commandée par D.
François Bologna. Leurs Majestés auront
avec elles l'Infante leur fille aînée. LaReine
ſera accompagnée par la Ducheſſe de Corigliano
, & par quatre femmes de chambre.
Le Marquis de Curleto , Don Vincent
Montalto , Don Onorato Gaetani & le
Prince Belmonte Pignatelli feront de la ſuite
du Roi .
On obſerva , le 13 de ce mois au matin , un
des phénomenes les plus finguliers fur la riviere
( 206 )
deMajuri , dans la Province de Salerne . On vit
s'élever une grande colonne de feu , environnée
d'un brouiliard très- épais , &on entendit en
meme tems un grand bruit , ſemblable à celui
d'un coup de canon ; après quoi , le phenomene
di parur . Alors les eaux de la riviere , au - lieu de
ſuivre leur ancien cours , ſe précipiterent tout àcoup
dans un goufre qui s'eſt ouvert à l'inſtant
même.
Les éruptions du Véſuve augmentent
tous les jours. La lave a déja coulé à deux
mille dans la plaine ; & pendant la nuit elle
répand une telle clarté, qu'elle éclaire même
les murs des maiſons de cette ville.
• GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Avril.
Les diſcuſſions , les débats , les requêtes,
les aſſemblées , les imprimés au ſujet de la
grande affaire du commerce d'Irlande ne
difcontinuent point. Tous les partis font
d'accord fur la queſtion théorétique ; mais
on.ne l'eſt pas fur la queſtion de fait : favoir,
ſi le prix actuel & les charges des fabricarions
Angloiſes peuvent foutenir fans rifques
l'égalité avec l'Irlande. Comme les erreurs
fur cette matiere entraîneroient une
fubverfion plus ou moins complette des
manufactures Britanniques , il eſt bon que
les difficultés oppoſées de part & d'autre
foient miſes au grand jour , afın que les
bons eſprits puiſſent en décider. Au reſte ,
quoiqu'un très - grand nombre de villes manufacturieres
s'élevent contre le plan du Miniftre
, il faut bien ſe garder de prendre ces
( 207 )
réclamations au piedde la lettre. Pluſieurs
de ces pétitions font abfolument l'ouvrage
des ennemis du miniftere ; d'autres font dictées
par l'eſprit de monopole & de cupidité
qui attaque les états commerçans une fois
devenus riches : de troiſiemes ſont l'effet de
terreurs anticipées , & de l'ébranlement machinal
qu'occaſionnent dans tout le royaume
les manufactures véritablement menacées.
Quoi qu'il en ſoit, on ne peut croire
M. Pitt affez imprudent pour braver des
oppoſitions auſſi reſpectables , & pour s'être
décidé au parti qu'on lui attribue en ces termes
, dans le Général Advertiſer.
Malgré les requêtes dont le Bureau de la Chambre
des Communes eſt ſurchargé , malgré les
témoignages clairs & fatisfaiſans que les Manufacturiers
ont donné à la Barre , en dépit des
manoeuvres de M. Jenkinson , & de l'oppoſition
unamme qui ſe manifeſte tous les jours par le
moyen de la preſſe , même dans les feuilles dévouées
au miniftere , le Populaire M. Pitt eſt
déterminé , par un effet de ſon reſpect profond
pour les Communes de ce Royaume , à terminer
l'affaire de Farrangement de commerce avec
l'Irlande le plutôt poſſible. Il a dépêché , il y
a quelques jours , M. Orde pour affurer des Irlandois
de leur triomphe certain. La nation n'a
plus qu'une reſſource : il faut que les grandes
villes de commerce & les villes à manufactures
inftruiſent leurs Reprétentans de la maniere la
plus péremptoire. Pluſieurs villes ont déjà remercié
dans la derniere élection leurs anciens Repréſentans
, parce qu'ils conſentoient à ce que
( 208 )
les Communes d'Angleterre réſignaſſent leurs
privileges en faveur de la Couronne. Il faut
aujourd'hui qu'elles forcent leurs nouveaux Délégués
à voter en faveur du peuple contre le
miniftere.
Le Comité général des manufacturiers ,
qui s'eſt établi à Londres , doit fervir d'exemple
à tous les autres corps qui s'oppoſent
aux meſures du Gouvernement. Ce Comité
a repouffé conſtamment tout ce qui pouvoit
tendre à la ſédition , ou être inſpiré par l'efprit
de parti. Un particulier, d'un caractere
violent , s'étant emporté un jour dans la
Chambre , elle le reprimanda fortement en
lui impoſant filence. Cette ſageſſe donne
du crédit &de la ſtabilité à cet établiſſement.
La ſéance de la Chambre des Communes
, le 11 de ce mois , fut très intéreſſante
par l'expoſé que fit le Chancelier de l'Echiquier
de l'état actuel de nos finances , de
nos charges & de nos reſſources , de nos
eſpérances &des moyens de les réaliſer.
Selon le Miniſtre , les taxes de la derniere
année avoient rendu au-delà de ce qu'on pous
voit s'en prommeettttrree.. Il ſe flattoit , qu'en adhérant
au ſyſteme d'économie , dont on avoit
éprouvé les heureux effets , l'on parviendroit à
éteindre inſenſiblement la dette nationale. Il
propoſadans cette vue d'établir un fonds d'amor
tiſſement d'un million par année. Je ſuis perſuadé
, dit - il , qu'avec la ſeule reſſource des
taxes actuelles , je pourrai ajouter un million
cette année au fonds d'amortiſſement. Le produit
des taxes montera à 15 millions & demi , &
( 209 )
les dépenſes nationales , autant que je puis en
juger par des calculs que rien ne ſemble démentir,
n'excéderont pas 14 millions 50 mille liv. ſterl.
Je ne doute point qu'à l'aide des ſages meſures
, qui ont été & feront adoptées , le Royaume
ne recouvre l'ancienne confidération dont il
jouiſſoit parmi les Puiſſances de l'Europe .
M. Pitt fit enfuite une motion tendante à ce
qu'on mit ſur le Bureau un état du produit net
des taxes depuis la S. Michel 1783 juſqu'à Noël
de la même année , & depuis cette derniere
époque juſqu'au 5 Avril 1785 , ainſi qu'un état
du produit des taxes pendant les mêmes périodes
en 1784.
M. Sheridan fonda quelques doutes ſur ce que
le Trimestre indiqué par M. Pitt étoit préciſément
celui où les taxes montoient à une ſomme
plus forte que celle qui provenoit des taxes
levées pendant les trois autres périodes de l'année .
Cette circonſtance devoit s'attribuer à la taxe
des chevaux , à celle ſur les Chaffeurs , à celle
fur les chapeaux , &c. , qui étoient payées tous
les ans en une ſeule fois pendant le trimestre
choiſi par M. Pitt.
M. Pitt réfuta l'aſſertion de M. Sheridan , en
diſant qu'il ſe faiſoit des verſemens continuels
à l'Echiquier , provenans de la taxe ſur les chapeaux
, & que la taxe ſur les chevaux promettoit
de rendre plus qu'on ne l'avoit penſé.
M. Fox ſe permit enſuite quelques ironies ;
M. Eden raiſonna ſur cette matiere avec beaucoup
d'intelligence & de modération , ainſi que
M. Dempster ; après quoi la motion de M. Pitt
paſſa unanimement .
On prendra une idée encore plus exacte
du bilan des finances angloiſes , de la recette
& de la dépense , & des augmentations
(210 )
du revenu public , effectives ou probables,
en lifant avec un peu d'attention le réfumé
ſuivant du COMPTE RENDU de M. Pitt ,
dans fon difcours du 11 Avril.
Ce Miniſtre établit que l'intérêt de la dette
publique lorſqu'elle aura été fondée en entier)
avec les dépenſes probables de l'établiſſement de
paix , monte à environ . L.ft. 14,000,००० .
D'un autre côté , le produit net
des taxes pendant le dernier quartier
finiſſant au 5 Janvier 1785 , a
éré de • • 2,738,000.
Et celui du quartier finiſſant au
s Avril 1785 , a été de. 3,066,000 .
5,804,000.
Le produitdes mêmes quartiers
de l'année précédente fut , ſavoir ,
au premier Janvier 1784 , de •
• 2,585,000.
Aus Avril 1784 de • • • • 2,198,000.
: 4,783,000 .
Parconséquent le produit des taxes , pendant
des fix derniers mois qui viennent de s'écouler à
éré plus fort de plus d'un million que celui des
taxes pendant les mêmes fix mois de l'année précédent
. Le produit ſeul du quartier finiſſant au
5Avril dernier , ſurpaſſe de près de 870,0001.
le protuit du même quartier de l'année 1784.
: Dans cette fomme , à la vérité , ſont compriſes
environ 190,000 liv. ft . qui font le produit
des taxes impoſées l'année derniere ; ainſi les
680,000 1. reſtantes feulement proviennent des
taxes qui ſubſiſtoient avant la derniere ſeſſion.
Il faut encore obſerver que le produit des Douan(
211 )
nes pendant le dernier quartier , a doublé & fort
au- delà celui des Douannes au même quartier de
l'année précédente. Augmemation prodigieuſe ,
due principalement aux différentes meſures idoptées
, & aux bills paſſées en Parlemen, l'année
derniere pour prévenir la contrebande. Les effets
de ces meſures , indépendamment de ceux que
l'on obtiendra par de nouvelles réformes , mettent
le revenu public , non ſeulement à même
de fuffire aux intérêts de la dette nationale , &
aux dépenſes de l'établiſſement de paix , mais à
fournir de plus un excédent applicable à l'amortiſſement
de la dette nationale. Car , fuppofons
que les deux quartiers prochains produiſent en
proportion les mêmes ſommes que les deux derniers
, le revenu de l'année finiſſant à la St. Michel
1785 , ſera ainſi qu'il ſuit.
Quartier finiſſant aus Janvier
1785 . .:
Dito , Avril ..
.
Les deux quartiers ſuivans
2,738,000.
3,066,000.
6,132,000.
11,936,000.
Acette ſomme il faut ajouter le
produit de la taxe des terres & de la
taxe annuelle de la drèche , ci • • 2,450,000.
1486,000.
Cette ſomme eſt ſuffiſante pour l'intéret de la
dette publique , tant fondée que non fondée , &
pour les dépenses de l'établiſf ment de paix.
Mais fi nous jettons un coup d'oeil fur l'année
prochaine , & fi nous voulons eſtimer notre re
venu annuel d'après le dernier quartier , nous
verrons qu'il nous préſente le tableau ſuivant.
Produit annuel des taxes. L.ft. 12,254,000.
( 212 )
Produit de la taxe des terres & de
celle de la drêche • 2,450,000
14,714,000.
Il nous reſte donc un excédent de 300,000 1.
par an pour nous libérer de la dette nationale.
Si nous ſuppoſons encore que le produit des
deux quartiers reſtant de cette année , conſerve
avec celui des deux derniers quartiers , la même
proportion que les mêmes quartiers de l'année
derniere avoient entr'eux , le total des taxes de
cette année ſera de 12,600,000 1. A cette ſomme
il faut y ajouter comme ci-devant le produitde
la taxe des terres & de la drêche , qui eſt de
2,450,000 1. Alors notre revenu total ſe monteraà
15,050,000 1. ce qui nousdonne 650,0001 .
pour le fonds d'amortiſſement.
Que ſi les deux quartiers reſtans decette année
conſervent , avec les deux derniers quartiers , la
même proportion qu'offrent ceux-ci avec les
mêmes quartiers de l'année derniere , le produit
de toutes les taxes ſera de 16,240,000 1. & nous
aurons un excédent de 1,840,000 1. pour le fonds
d'amortiſſement.
Le produit de toutes les taxes , excepté celles
fur les terres& fur la drêche, pendant l'année qui
a fini à la St. Michel 1784 a été de 10,400,000
ſeulement; l'accroiſſement du revenu publiccette
année , autaux le plus modéré , fera d'un million
& demi ; & il y a tout lieu de croire qu'il
ſera beaucoup plus conſidérable encore.
D'après les calculs précédens , il paroît que
tout nous porte à eſpérer que l'année prochaine
on ſera en état d'établir un fonds réel pour l'amortiſſement
de la dette nationale , & que certe
meſure falutaire pourra être opérée avec la ſeule
( 213 )
addition de très légeres taxes néceſſaires pour
rembourſer l'emprunt modique de cette année
& pour conftituer le reſtant non fondé de la dette
nationale.
Le nombre de vols qui ſe commettent
tous les jours à Londres , ont enfin déterminé
le gouvernement à faire propoſer à la
Chambre des Communes de paſſer un bill
pour régler la police de cette ville. M. Selwyn
s'eſt chargé de cette motion importante
; & il a prévenu la Chambre , qu'il
lui ſoumettroit inceſſamment un bill contre
lequel il eſpéroit que perſonne n'éléveroit la
voix.
Un Vaiſſeau de so canons & deux Frégates
font er armement pour l'Inde , & conduiront
dans cette ſtation l'Officier qui doit ſuccéder au
Chevalier Hughes. Ce ſucceſſeur n'eſt cependant
pas encore connu , ni probablement nommé ,
parce que l'armement ne partira qu'après le retour
de ſir Edward Hughes actuellement en route
pour l'Europe , à bord du Sultan , de 74 canons ,
qu'on attendvers la mi-Juin. L'Amiral Byron &
fir Edmund Affleck , le dernier de nos Amiraux,
ont déjà été déſignés ; mais comme les François
n'ont qu'un Chet -d'Eſcadre dans l'Inde , on n'y
enverra qu'un Officier de même rang. Ce ſera une
économie pour la nation .
Dans quelques ſemaines , on lancera à
Harwich l'Excellent , de 74 can. & la frégate
le Castor , de 38 can. L'un & l'autre
de ces bâtimens ſont conſtruits avec des
bois impregnés de la liqueur ſalée dont nous
avons parlé , & feront doublés en cuivre.
On croyoit que le goudron extrait du char
(214 )
bon de terre , & dont les beaux établiſſe.
mens de Lord Dundonald en Ecofle fourniflem
notre marine , etoit de qualité à prévenir
la vermoulure ; mais cet avantage
n'étoit qu'idéal, puiſqu'on recourt actuellement
à une méthode qu'on préſume être
plus efficace.
Selon des lettres de Gibraltar , arrivées à
Portsmouth en 22 jours , les Algériens
avoient commencé des hoſtilités envers les
Anglois , en prenant deux bâtimens de cette
nation , qu'ils ont conduit dans leurs ports.
Le Conful Anglois à Livourne , inſtruit de
cet événement , en fit part au Chevalier
Lindſay , qui depêcha une caiche pour s'informer
des circonstances & demander la
reſtitution des bâtimens . On ajoure que la
Régence n'ayant pas donné de fatisfaction ,
on a dépêché un fecond vaiſſeau .
Il y a dans ce moment 540 prifonniers ,
dont 49 criminels condamnés à mort , &
180 deſtinés à la tranſportation.
L'Iſle cù l'on doit transporter ces malfaiteurs ,
eſt, dit- on , fiuée dans la riviere de Gambie , à
environ 60 milles de fon embouchure. Elle eſt totalement
inhabitée. Le Capitaine Moore , qui a
examiné le cours de ce fleuve juſqu'à la grande
cataracte , à 10o lieves dans les terres , parle de
cette Ifle comme ayant 20 millesdelong fur 6 ou
7 de large. Vers ſa pointe orientale , s'éleve une
montagne extraordinairement haute & très-boiſée.
Lefol en eft extrêmement fertile , & n'attend que
main du cultivateur. Les bois font remplis de
(tus & de châtaigniers. Comme l'Ifle git par les
( 215 )
13 degrés de latitude teptentrionale, les chaleurs
font très fortes dans les nous de Juiller & d'Août ,
* vers l'équinoxe , on y éprouve des orages affreux.
Le pays des deux côtés de la riviere eſt peuplé
par des Negres guerriers , qui facrifient à leurs
Idoles tous les Blancs qui tombent entre leurs
mains , & les dévorent enſuite. On eſpere que
cette circonſtance empêchera les nouveaux Colons
de déferter.
Le Major Scott qui s'étoit mis ſur les
rangs pour I élection des fix nouveaux Directeurs
de la Compagnie des Indes , cette
année , a échoué, par une pluralité de plus
de 100 fuffrages contre lui.
Le Comité d'Officiers nommés pour examiner
le plan des forrifications , tant actuelles que projettées
, & en faire fon rapport , a fait une vive
impreffion dans l'eſprit de la Nation. Le Duc de
Richemond , qui a réſolu les énormes dépenſes
dont on s'eſt plaint avec tant de rain , eſt luimême
du nombre des Officiers choiſis pour exa
miner les propres projets. Ildoit préſider les trois
plus anciens Officiers . Son frere eſt auffi l'un des
Inſpecteurs ;& pour ajouter à la régularité du procédé
,le Comité ne s'affemblera que dans les tems &
lieux qu'il plaira àſa Grice de choiſir. De torte que
fi M. le Duc entrevoit que le Comité purife réprouver
ſon plan , il pourra , comme le Docteur
dont parloit le Lord North , prendrefon jour.
L'auteur de ce paragraphe auroit dû obſerver
également , que ce Bureau n'est pas
compoſé du ſeul Duc de Richmond & de
fon frere le Lord George Lenox , mais encore
du Lord Thownsend & des Généraux
Amherst & Conway , tous trois oppofés
( 216 )
d'opinions au Duc de Richmond, de dir
Lieutenans généraux , entre leſquels , les
Chevaliers Guy Carleton , Draper , Boyd,
Gray & le Lord Cornwallis , & de fept
Majors généraux , au nombre deſquels ,
MM. Pattifon , Greene , Roi , Campbell ,
c'est-à-dire , ce que l'Angleterre a d'Officiers
les plus indépendans , & les mieux inſtruits.
On ne fauroit donner trop d'éloge , dit le
Morning Poſt , au Grand-Maîtrede l'Artillerie ,
de ſon économie dans toutes les affaires qui intéreſſent
le bien public ; il s'occupe fort peu
de flatter la vanité de la nation en conſervant
ſes monumens d'antiquité les plus précieux ,
pourvu qu'en les détruiſant il puiſſe faire une
épargne de quelques liv. ſterlings. Il propoſa
derniérement de démolir la tour de Jules-Céſar
dans le Château de Douvres , pour employer
les décombres à la réconſtruction des anciennes
murailles . Le Lord North , en ſa qualité de
Gouverneur de ce Château & de Lord-Gardien
des cinq Ports , s'eſt oppoſé fortement á ſa propoſition
, & l'on affure qu'il a engagé un de
Tes amis à la Chambre des Communes d'en parler
avant la clôture des Seflions , par maniere de
plainte contre le Grand-Maître.
Lorſque les habitans de Douvres apprirent l'intentionduGrand-
Maître de l'Artillerie , de faire
démolir la tourde Céſo,n ils ignoroient encoreque
le LordGardiendes cinq Ports s'y oppeſeroit auſſi
fortement qu'il l'a fait. En conséquence , ils
avoient déja réſolu de raſſembler une ſomme par
ſouſcription pour acheter des matériaux en même
quantité que ceux que leGrand- Maître comptoit
retirer
( 217 )
retirer de la tour , & les lui livrer pour laréparation
des murailles du Château.
L'incendie de la maiſon de M. Lovel
Stanhope dans May-Fair, la ſemaine derniere
, a donné lieu à deux traits héroïques ,
l'un d'amitié , l'autre d'amour maternel . La
-maiſon du Conite de Marchmont , abſent
ainſi que fa famille, touchoit celle de M.
Stanhope : Lord Elphinston , ami intime de
MylordMarchmont, apprendl'incendie, vole
au ſecours, penetre dans la maiſon, & fervant
lui même les pompes avec intelligence , parvient
à préferver l'édifice. Lady Stanh. , ſauvée
avec grande peine de l'incendie , ne
voyant point ſon enfant autour d'elle , ſe
précipita dans la maiſon prête à s'écrouler ,
pour le chercher au milieu de l'embrâfement:
on ne latira du milieu des flammes ,
où elle alloit périr , qu'en l'aſſurant que l'enfant
avoir été mis en sûreté dès le commen-
'cement de l'incendie.
Le carroffe de cérémonie du célebre Duc de
Marlborough , fi fameux ſous le regne de la Reine
"Anne, étoit au nombre des curiofités détruites par
T'incendie qui a confumé la maiſon de Lord Spencer
àWimbledon. Ce fut dans cene voiture qu'il
emmena le Maréchal de Tallard , lorſque cedernier
tomba entre les mains de l'armée combinée ,
'après la bataille de Blenheim. Les dépêches du
Duc en cette occafion font remarquables par leur
briéveté. Sa lettre àla Reine étoit conçue en ces
termes :
1
«Nous avons combattu , & la victoire a été
pour nous.J'ai en ce moment avec moi , dans ma
N° . 18 , 30 Avril 1785. k
( 218 )
voiture , M. le Maréchal de Tallard. Voilà tout ce
que peut en apprendre actuellement Vorre Maj.
Elle en recevra les détails le plutôt poſſible. »
On apprend par une lettre de M. Stephen Fuller,
Agent de la Jamaïque , que la ville de Spanish-
Town va faire élever dans ſa place d'armies une
tatue au Lord Rodney. M. Bacon , Sculpteur chargéde
ſon exécution , en a déja préſenté le modele.
Cette ſtatue en marbre ſera ſoutenue par un
piédeſtal , orné de bas-reliefs . Sur l'un d'eux , fera
repréſenté un vaiſſeau amenant ſon pavillon devant
Lord Rodney. Un autre bas- relief repréſentera
l'Iſle de la Jamaïque , aſſiſe ſur un rocher au
milieu de la mer , implorant la protection de la
Grande Bretagne. Sur la quatrieme face dupiédeſtal
, de trouvera l'inſcription. La ſtatue aura environ
huit pieds de haut.
Le Morning Héraldt rapporte une anecdote
affez plaiſante fur George II.
Ala ſuite du tumulte ,dans lequel leCapitaine
Porteus fut pendu par la populace d'Edin.bourg , il
fut délibéré dans le Conſeil , à S. James , fi l'on
Steroit , à cette Capitale de l'Ecoffe , ſes droits de
franchiſe.Apeine le Duc d'Argyle , très jaloux de
laconſervationdes priviléges des citoyens d'Edimbourg,
eut- il appris que cette queſtion étoit agitée,
qu'il ſe rendit ſur le champ à la Cour , où il s'op
poſa avec véhémence à l'exéution d'un pareil projet..
Il irrita tellement George II, par ſon importunité
& par la hardieſſe de ſes repréſentations ,
que ce Monarque , perdant toute patience , lui
jetta ſon chapeau au viſage. LeDuc ſe retira alors
très-déconcerté de ce qui venoit de lui arriver,
Comme il deſcendoit l'eſcalier , il rencontra Sir
Robert Walpole , qui l'acoſta avec ſa politeſſe orraire
de courtiſan ,&lui demanda quel pouvoit
deleſujet de fon mécontentement; le Duc rez
( 219 )
pondit que le Roi lui avoit jetté ſon chapeau au
vi.age. Bagatelle ! repliqua le Chevalier ; il m'a
>> bartu trèssouvent , & il me bat même encore de
>> tems entems. »- « Oui , reprit le Pair , mais
vous n'êtes pas le Duc d'Argyle. »
La premiere ſemaine de Mars , en creuſantune
foſſe dans l'Egliſe de Charmouth ,
on trouva une épé fort antique , que l'on
ſuppoſe être celledu Général Dudda , dont
le corps fut déposé en ce lieu ily a 952 ans.
L'hiſtoire nous apprend que l'an 833 , le
Roi Egbert attaqua les Danois fur la riviere
de Char , près de cette ville ; & quoique la
victoire ne fût point parfaitement complette
de ſoncôté, néanmoins le champ de bataille
lui reſta. Le Général Dudda & les Evêques
de Winchester & de Sherborne , l'un appellé
Hereford & l'autre Wigfort furent du nombre
des tués. Leurs corps furent enterrés
dans cette Eglife , où on les conſerve foigneuſement.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 20 Avril.
Le ſieur Doray de Longrais , Officier de
Cavalerie , a eu , le 15 de ce mois l'honneur
de préſenter au Roi une pendule de ſon invention
, & qui a été exécutée par le ſieur
Lamy- Gouge , Horloger à Versailles. Le
globe, qui renferme cette Pendule, repréſente
une Montgolfiere qui , tous les Di
k2
( 220 )
manches, au dernier coup de midi , s'éleve
au-deffus d'un focle de marbre qui lui fert
d'échafard , & enleve une galerie dans laquelle
font placés deux Voyageurs aëriens,
Cet Ouvrage réunit au mérite de l'invention
celui de l'exécution la plus parfaite.
Le Comte de Faudoas , qui avoit précédem
heat eu Thonneur d'être préſenté au Roi , a eu ,
De 6 de ce mois , celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté & de la ſuivre à la chaffe.
Le lendemain , le Roi & la Famille-Royale
oot figné le contrat de mariage du Vicomre de
Gend , Mestrede- camp- Commandant du Régis
iment de Champagne , avec Demoiselle de la
Rochefoucauld Bayers ; & celui du Comte de
Beaunay,Garde du Pavillon , Amiral de France ,
avec Demoiselle Bacon de la Chevalerie.
Le même jour le Marquis de Fouqueta prêté
ferment entre les mains du Roi pour la Lieutepance
générale du Pays Mefin , vacante par la
mort du Comte de Fouquet fon pere.
DE PARIS , le 28 Avril.
L'on ſe rappelle les volumineuſes difcuffions
qui eurent lieu , ily a dix ans , au fujet
de la liberté du commerce de l'Inde.
M. l'Abbé Morellet attaqua les privileges ,
&l'exiſtence de toute compagnie , defendus
d'un autre côté par M. Necker & par
M. le comte de Lauragais. On épuifa dans
cette difpute tous les fophifmes de l'eſprit
de ſyſteme & les rifonnemens économiquestes
plus abftrus. L'expérience feulepou
( 221 )
voit être la pierre de touche des différentes
opinions , & l'expérience a condamné celle
des adveríaires d'une compagnie exclufive ,
puiſque le Roi vient de rétablir celle ci par
un Arrêt du Conseil d'Etat , du 14 de ce
mois. Le préambule de cet Arrêt eſt un
expoſé des inconvéniens prévus lors de la
fuppreflion de l'ancienne compagnie , & fur
leſquels le temps a éclairé l'Adminiftration.
Sa Majesté , par le compre qu'elle s'eſt fait
rendre du réſultat des exportations de fon
royaume , & des retours d'Aſſe depuis la fufpen
fion du privilege de la Compagnie des Indes ,
areconau que la concurrence , utile pour d'autres
branches de commerce , ne pouvoit qu'être nuifible
dans celle- ci ; qu'en effet l'expérience avoit
fait voir que les cargaiſons de l'Europe n'étant
pas combinées entr'elles , ni proportionnées aux
beſoins des lieux de leur deftination , s'y ven
doient à bas prix , tandis que le concours des
ſujets de Sa Majesté , dans les marchés de l'Inde ,
yfurhauſſoit le prix des achats : Que d'un autre
côté les importations en retours , compoftes de
marchandiſes de mêmes eſpeces , fans meſure ni
aſſortimens , avec excès dans quelques articles,
&manque total fur d'autres, étoient auſſi défavantageuſes
aux Négocians , qu'inſuffifantes pour
l'approvisionnement du Royaume. En confidétant
qu'a ces inconvéniens réfultans du défaut d'en+
ſemble , ſe joint l'impoffibilité que des particu
liers aient des moyens affez étendus pour foutenir
les haſards d'un Commerce auſſi éloigné , & les
longues avances qu'il exige , Sa Majesté s'eſt
convaincue qu'il n'y avoit qu'une Compagnie
privilégiée , qui par ſes reſſources , fon crédit ,
&l'appui d'une protection particuliere pût faire
k3
(222 )
utilement leCommerce des Indes&de la Chines
Elle a en conféquence accepté la propofition qui
lui a été faite par une aſſociation de Négocians
&de capitalistes dont les facultés , le zele & l'intelligence
lui font connus , d'exploiter ſeule ,
pendant un temps limité , le Commerce de l'AGe
, fuivant les ſtipulations du dernier traité de
paix, qui l'ont maintenu libre , für & indépendant.
Lesſoins politiques , les frais de ſouveraineté,
& les genes d'une adminiſtration trop
compliquée , ayant été les principales cauſes des
pertes que l'ancienne Compagnie a fouffertes ,
il a para convenable que la nouvelle en fût ectiérement
dégagée , que rien ne pût diſtraire ni
fon attention ni ſes fonds , de l'objet de ſon
Commerce , & qu'elle fût régie librement par
ſes propres Intéreſſés : Sa Majefté s'eſt occupée
en même temps des moyens de conſerver aux
Ifles de France& de Bourbon , tous les avantages
compatibles avec l'exercice du privilege qui
fonde l'exiſtence d'une Compagnie ; Elle leur a
permis le Commerce d'Inde en Inde , la traite
des Noirs , le libre échange de leurs productions
avec celles de l'Europe , & tout ce qui a paru
néceſſaire pour affurer l'approviſionnement & le
foutien de cette Colonie intéreſſante .
Les diſpoſitions de cet Arrêt forment 57
articles , dont voici le précis très-abrégé.
Le privilege de la nouvelle Compagnie durera
ſept ans de paix , à compter du départ de
ſa premiere expédition ; en cas qu'il s'éleve une
guerre , les années de guerre de feront pas
comptées. Les ſujets du Roi des divers ports du
Royaume pourront appro iſionner les Iles de
France & de Bourbon , qui ne feront point
compriſes dans le privilege excluſif de la Compagnie
, & qui pourront faire le Commerce d'Inde
en Inde. Il eſt accordé à tous les armemens
( 223 )
commencés , complettés & en route pour les
raers de l'Inde , à compter du jour du départ
de leur port d'armement , 24 mois de délai
pour faire leur Commerce & retour au ſeul port
de l'Orient , où la nouvelle Compagnie fera
auſſi les fiens . Le Roi lui cede & accorde gratuitement
la jouiſſance de ce port , des hôtels ,
magaſins , chantiers , corderies , uſtenſles , &c.
qui lui feront remis aprés avoir été réparés aux
frais de Sa Majesté , qui ſe charge auffi de leur
entretien pour ce qui concerne les groſſes réparations
Les fonds de la nouvelle Compagnie
font fixés à 20 millions , dont 6 millions feront
fournis par les douze Adminiſtrateurs ,à raiſon
de 500,000 liv. chacun ; les 14 millions-de
furplus feront diviſés en 14,000 portions de 1000
liv. chaque , pour lesquelles il ſera donné des
reconnoiffances aux perſonnes qui voudront s'intéreſſer
dans ſon Commerce.
La fixation du dividende n'aura lieu qu'après
la remiſe du bilan général annuel , à commencer
du mois de Décembre 1787. - La
Compagnie ſera autoriſée à arrêter les réglemens
néceſſaires à ſon régime intérieur & à la
conduitede ſon commerce , dont S. M. maintiendra
la liberté entiere , même par la force
des armes , s'il en eſt beſoin .
La gabarre le Barbot va partir ſous les
ordres de M. de Suzannet , chargé d'examiner
les propriétés d'un nouvel inftrument
pour déterminer le ſillage des vaiſſeaux : la
Cérès , commandée par M. de Roquefeuille ,
a la même deſtination .
Les travaux de Cherbourg ſe continuent avec
activité. On travaille à terre ſans relâche , &
on compte placer pluſieurs cones cette année,
k4
( 224 )
J
L'hiver , dit-on , a raffermi ceux qui ſont déjà
jetés. Avec le temps , les bois , les pierres ſe
réuniront par le ſediment de la vaſe par les
coquillages & les plantes marines , de maniere
à former un rocher inébranlable .
,
Les lettres de Londres nous apprennent
que la convalescence de M. le Comte
d'Adhémar eſt aſſez avancée , pour avoir
permis à cet Ambaſſadeur le voyage de
Bath , dont il va eſſayer les eaux.
L'on évalue à 14 millions le devis de la
dépenſe pour la conſtruction du nouveau
Pont fur la Seine , pour la démolition des
édifices qui deshonorent les anciens ponts ,
& pour l'établiſſement de nouveaux quais.
Pluſieurs régimens de Cavalerie ont été
obligés de changer de quartiers , à cauſede
la difette de fourrages. Heureuſement la
pluie , quoique peu abondante , a fuccédé
en ce moment à la féchereſſe, & permet
encore d'eſpérer une récolte.
On mande de Pont-Chateau en Bretagne ,
Terre appartenante à M. le Comte de Menon ,
Cominandant à Nantes , qu'on y a chanté un
Te Deum pour la délivrance de la Reine : cent
habitans de cette Paroiffe avoient eu le malheur
de perdre par une incendie, le 13 Mars , leurs
grains , leurs fourages , tous leurs meubles &
vêtemens. Cet événement ayant été mis fous les
yeux du Roi par M. le Contrôleur Général à
qui M. l'Intendant de la Province en avoit
rendu compte , Sa Majesté a accordé à ces
malheureux incendiés une ſomme de douze mille
francs.
(225 ) - :
On voit actuellement la traduction Fran
çoite des étonnantes expériences de l'illuftre
Abbé Spallanzani fur la génération : cette
traduction eſt l'ouvrage d'un de ſes amis ,
ſon émule dans un autre genre , M. Sénébier
, Bibliothécaire public à Geneve. Ces
obſervations , dont on parloit ici depuis
quelque temps , pour en faire un texte de
mauvaiſes plaiſanteries , de vers & de calembourgs
infipides , ne font point telles
que les rapportoit la légereté publique. Depuis
long-temps l'Hiſtoire naturelle n'apoint
offert de découvertes aufli admirables , &
appuyées ſur une pareille certitude. L'Abbé .
Spallanzani préſenta une ſuite de faits , dont
les conféquences nepeuvent être problématiques.
Tout obſervateur peut répéter ces expériences;
mais avant tout il doit ſe pénétrer
de la néceſſité d'une patience à l'épreuve,
d'une pénétration foutenue , d'une logique
& d'un eſprit philoſophique , dont le
Profeſſeur de Pavie offre un ſi beau modele.
Quoique ces fameuſes expériences
ſemblent établir d'une maniere indiſputable
l'opinion de la préexiſtence des germes
dans les ovaires de la femelle , & développés
enfuite par la fécondation , il reſte encore
quelques objections & quelques doutes
en faveur des ſyſtêmes oppoſés.
L'uſagede l'acide nitreux ou de l'eau- forte
dans les atteliers a occafionné pluſieurs accidens
: en voici un nouvel exemple.
ks
( 226 )
Le fils du ſieur Guenon , Relieur , âgé de 29
mois , demande à boire : la fille de ſervice apperçoit
ſur la cheminée un verre à moitié plein
d'une liqueur qu'elle prendpour de l'eau ; c'étoit
de l'eau -forte pure ; l'enfant en boit environ
trois cuillerées. Le pere accourt au bruit de
ce matheureux , qui bientôt a un vomiſſement
d'une prodigieuſe quantité de ſang co gulé.
L'Apothicaire appellé prépare une potion compoſée
de quatre onces d'eau , d'une once de
firop de guimauve , d'un gros ros de magnéfic
&de trois gros de favon. On adminiſtre cette
potion à la doſe de trois cuillerées tous les demiquarts
d'heure ; le vomiflement ſe calme; l'après-
midi il ceſſe. Alors on ſubſtitua à la porion
un looch fait avec l'huile d'amandes douces ,
le firop de guimauve , la gomme arabique , la
magnéſie & l'eau diſtilée. Le lendemain matin
Jes accidens étoient diffipés , à l'exception d'une
falivation , que les parens ont eſtimée être d'une
pinte par vingt-quatre heures , & qui dura jufqu'au
quatrieme jour. Ce traitement a été ratifié
par M. Andry , Médecin de la Faculté , qui avoit
été appellé le lendemain de l'accident.
Une Feuille de Province atteſte la vérité
du fait ſuivant , que ſa fingularité nous engage
à rapporter.
:
Un Négociant , natif d'Angers , & actuellement
établi à Nantes , ayant épou'é
Mademoiselle N***, en eut une fille : fon
époufe , redevenant enceinte , fit une chute
à l'époque du ſeptieme mois , & mourut
avec l'enfant ( c'étoit une fille ) qu'elle portoit
: cet homme , pénétré de regrets , ne
trouve d'autre moyen de réparer la perte
( 227 )
qu'il vient de faire , qu'en époufant la foeur
même de celle dont il pleure la mort. Il
obtient des diſpenſes , au bout de quelques
mois ſa nouvelle épouſe devient enceinte ,
& parvenue heureuſement au terme de ſa
groffeffe , elle accouche d'une fille. Enfuite
elle redevient enceinte , & au terme de ſept
mois , elle fait une chute au même endroit ,
le même mois & le même jour que fa foeur,
ſe bleſſe & meurt , ainſi que l'enfant ( c'étoit
demêmeune fille) qu'elle portoitdans ſonfein.
M. Cannebier , ancien Profeſſeur de Mathémathiques
à l'Ecole Royale - Militaire , ayant
foumis aux lumierés de l'Académie des Sciences ,
une machine planétaire de ſon invention , fur le
rapport de MM les Conmiffaires nommés pour
l'examiner , cette Compagnie a jugé » que le
>> moyen employé par l'Auteur étoit ſimple ,
>> ingénieux , & propre à remplir le but qu'il
23 s'eſt proposé , qui eſt de faciliter aux jeunes
>> gens l'intelligence des phénomènes qui réſultent
du mouvement annuel & diurne de
>> la terre dans ſon orbite en conſervant le pa-
>> rallétisme de ſon axe ; & qu'elle méritoit
>> l'approbation de l'Académie. >>
Cette machine eſt effectivement très- ſimple ,
à ce qu'on dit , & ſes effers évidens. Avec une
ſeule roue & un pignon , l'Auteur a trouvé le
moyen de faire éxécuter le mouvement annuel
de la terre dans un orbite éclipriptique & douze
révolutions ſur ſon axe , qui donnent une idée
claire du mouvement diurne de cetre planette
,tandis que les machines les plus récentes
n'exécutentavectrois roues que le mouvement
annuel , & dans un cercle.
k6
( 228 )
Outre cet avantage , la nouvelle machine en
offre un bien plus précieux encore , en ce que
la terre en conſervant le paralleliſme de fon
axe , ne prend d'autre mouvement que les deux
qui exiſtent dans la nature , au lieu que les machines
à trois roues , même les plus nouvelles ,
donnent à la terre un mouvement fur elle-même
d'orient en occident abſolument contraire aux
idées reçues , défaut d'autant plus notable , qu'il
tend à donner aux jeunes gens une idée précifément
oppofée au but qu'on ſe propoſe , qui
eſt de leur apprendre que les deux mouvemens
de la terre annuel & diurne , s'exécutent dans
Ja nature d'occident en orient ; que de leur
combinaiſon réſultent les phénomènes du mouvement
diurne de tous les aſtres d'orient en
eccident , le mouvement annuel du ſoleil d'occident
, les ſaiſons , &c. &c.
Le modele qui avoit été mis fous les yeux
de l'Académie exécute 365 révolutions diurnes
, tandis que la terre parcourt fon orbite :
mais comme douze révolutions ſur l'axe ont
paru ſuffifantes à l'Auteur pour rendre raiſon
des phénomènes , il en a fait exécuter de
pareilles , qu'on peut ſe procurer au College
d'Harcourt rue de la Harpe , pour le prix
de48 liv.
2
Si quelques perſonnes defiroient en avoir ,
foit pour l'ornement des bibliotheques , ſoit
pour leur propre fatisfaction , qui exécutaſſent
les 365 révolutions diurnes , L'Auteur ſefesoitunplaifir
de les faire exécuter , & d'y faire
adapter un mouvement de pendule ſelon fon
goût & le choix des perſonnes.
Le Parlement de Normandie vient d'homologuer
un établiſſement de charité , for
mé dans la paroiſſe de S. Denis près d'Alen(
229 )
çon, depuis l'an 1767. Cet établiſſement
eſt celui d'un Bureau d'aſſiſtance , chargé
dediftribuer des ſecours aux indigens. Pluſieurs
Miniſtres ont deſiré qu'on en formât
de pareils dans chaque paroiſſe. M. Colombet,
Curé de celle de S. Denis, nous adreſſe
à ce ſujet une lettre , dont voici la ſubſtance
:
Nous n'avons point de mendians ; on ne trou
vera point dans aucun des dépôts du Royaume
aucuns des habitans de St. Denis . Nous avons
preſque réuffi à bannir entiérement l'eſprit de
chicane. Nous n'avons point de fainéans. Je ne
crains pas de vous avancer que depuis plus de
trente ans que je ſuis Curé , je n'ai rien négligé
pour inſpirer aux plus petits enfans le goût du
travail. Je fais moi-même les Catéchifmes & je
je répete ſouvent au Catéchiſme & au Prône que
que je fais tous les Dimanches , que je ſerois
bien fâché de recevoirà la premiere Communion
une fille qui ne fauroit ni coudre ni filer , & un
garçon qui n'iroit pas auſſi-tôt travailler avec
fon pere. D'après ces principes , je reçois les
enfans de très-bonne heure pour la premiere
Communion. Je peux vous aſſurer qu'ils font
inſtruits & qu'ils ne connoiſſent point le mal.
Je continue de donner des prix d'Agriculture
aux Cultivateurs de ma Paroiffe. La diſtribution
s'en fait tous les ans , la ſeconde fête de Pâques ,
àla fin d'un repas que je donne aux Gommiflaires
, aux Experts , à tous ceux qui ont mérité
les prix, & aux principaux laboureurs .
Par l'art . 4 du réglement de ce Bureau
de charité , il eſt très-fagement défendu
d'affifter ni fainéans ni plaideurs.
L'Académie de Lyon a fait annoncer
( 230 )
dans ſa ſéance publique du 12 de ce mois ,
que le délai , accordé pour le concours du
prix , propoſé fur la direction des Aëroftats ,
a encore donné lieu à l'admiſſion de plufieurs
mémoires & d'un grand nombre de
fupplémens , & qu'après avoir entendu un
nouveau rapport de ſes commiſſaires , elle a
prononcé la clôture abfolue du concors ,
& arrêté qu'elle publieroic ſon jugement
définitif, fans autre délai , dans la Séance
publique qu'elle doit tenir après la fête de
S. Louis prochaine , pour la diftribution
ordinaire des prix ..
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Avril.
Le 17 de ce mois , M. le Comte de Maillebois
alliſta pour la premiere fois aux Exercices
de la Parade , à laquelle ſe trouverent
aufli le Prince d'Orange , & un grand nombre
d'Officiers de la nouvelle Légion , qui
portera lenom du Général François. On dit
que le Stathouder lui céde la maiſon de
Rifwick , pour y recevoir & pour y exercer
les Recrues du Corps qu'il va former.
M. Cornet , Envoyé extraordinaire de l'Electeur
Palatin , a été en conférence avec le
Préſident des Etats Généraux , à l'occaſion
d'un événement fort fingulier. On prétend
que le Baron de Monster , Gouverneur de
Grave , a inondé tous les environs de cette
place pour la rendre inattaquable. Sept villages
du comité de Ravenſtein appartenant
( 231 )
à l'Electeur Palatin ont été fubmergés dans
cette bruſque opération , dont M. Cornet a
porté des plaintes légitimes.
M. Torniello , Réſident de Venise , a demandé
une réponſe déciſive ſur le mémoire
qu'il a remis à LL. HH. PP. au mois de
Décembre dernier , de la part de ſa République.
Il a accompagné cette demande
d'une nouvelle note affez myſtérieuſe pour
le grand nombre de lecteurs , par laquelle il
repréſente que , depuis fon premier mémoire,
il n'a été fait aucune propoſition du
côté de ſa République , ni de la part des
Etats Généraux , & où il s'éleve contre les
interprétations à double - ſens qu'on pourroit
donner à de ſimples entretiens.
La Légion Françoife, propolée par M. le Gomte
de Maillebois , ſera compoſée de 16 conра-
gnies de Chaffeurs à cheval , de 60hommes chacune
; de quatre compagnies de Chaſſeurs à pied ,
de 103 hommes chacune ; de ſeize compagnies
de Fufiliers , de 113 hommes chacune ; & d'une
compagnie d'Artillerie , de 120 hommes : failant
en tout 3108 hommes. Pour l'érection de
eette Légion , l'Etat fournira une fomme de
514,904 Horins. Elle ſera complette le 15 Septembre
prochain.A la fignature de la capitulation
, elle tirrera la demi-paie , & au 15 Septembre
, la paie entiere. Le Comte de Maillebois
ſe réſerve pour lui deux compagnies de chaque
corps. Elle ſera miſe ſur le pied des Régimens
nationaux ; & dans le cas de réduction , les Officiers
jouiront d'une penſion proportionnée à leur
rang, juſqu'à ce qu'ils puiſſent être placés ailleurs
convenablement.
( 232 )
Le cinquieme bataillon de Waldeck , à la
folde de la République, a traverſé le pays
de Munſter pour ſe rendre en garniton à
Coeverder , d'après la demande de la Province
d'Overyfiel .
Il eſt arrivé à Bréda deux bateaux chargés
de canons &de mortiers , deſtinés à garnir
la ligne qu'on forme autour de cette place ,
où font attendus pluſieurs navires , avec des
munitions de touteeſpece.
Une lettre de l'Ecluse en Flandre rend
compteences termes , de l'évaſion d'un parti
dedéferteurs autrichiens .
Le 6 de ce mois , vers les huit heures du foir ,
quatorze déſerieurs Autrichiens ſe ſont préſentés
à la barrriere du Kruiſchans : ayant commencé
par leur faire rendre leurs armes , on les a fait
entrer avec les précautions convenables , & mis
en lieu de sûreté. Le lendemain matin . il en eſt
eft encore arrivé quinze autre du mêmecomplot,
tous du régiment du Prince de Ligne , ayant à
Jeur têre un déſerteur du régiment de la brigade
Ecofloiſe de Houſton , qui à ſfon arrivée a dit
que c'étoit la premiere occafion qu'il avoit trouvée
de pouvoir revenir. Suivant leur rapport ,
ils étoient arrivés le premier de ce mois aux environsde
Lile , & partis le même jour á 7 heudu
foir , au nombre de 25 ; ils avoient paffé deux
gardes miliraires & deux gardes de payſans , qui
onttiré fur eux , & auxquels ils répondirent pour
ſe ſauver ; ils penſoient que quatre d'entr'eux
avoient été tués , que le Prince de Salms les
avoit pourlivis , & qu'ils croyoient l'avoir vu
tomber de fon cheval , mais qu'ils ignoroient s'il
étoit bleifé , & fi cette chute avoit été occaſionnée
(233 )
par leur feu ou par celui des payfans ; ils ont apporté
avec eux huit fufils & deux fabres. Ils ont
été conduits par parties à Lillo , où le Commandant
les a fait embarquer fur, un navire au fervice
de LL. HH. PP . fous le commandement
d'un Officier , de deux Sergens , deux Caporaux
& vingt Soldats , pour les mener au Capitaine
Haringman,Commandant le vaiſſeau de guerre
Hollandois en ſtation près de Saftingen , pour
les engager ſur ſon Vaiſſeau , s'ils vouloient
prendre ce parti , ou pour les faire embarquer
pour la Hollande , où ils doivent actuellement
être arrivés .
Quelqu'apparente , & l'on peut ajouter,
quelque décidée que foit la conſervation
de la paix , on confirme la formation d'un
camp entre Berg- op-zoom &Bois-le-Duc,
poury exercer les Troupes.
Les affaires intérieures ſont de plus en
plus envénimées. On a répandu , il ya
quinze jours , pendant la nuit , un libelle
dans les rues d'Utrecht , ayant pour titre :
Avis au Peuple d'Utrecht ; la Princeſſe d'Orange
& la Régence d'Utrecht y étoient
ſpécialement traités comme l'on traite depuis
quelques années tout ce que l'Etat a de plus
reſpectable, dans des pamphlets, des harangues
, des feuilles périodiques. Le Magiftrat
d'Utrecht, a promis une récompenſe de
1500 florins a quiconque découvrira l'Auteur
de cette production patriotique , &
1000 florins à qui en dénoncera l'Imprimeur.
Si dans l'origine on avoit eu la ſageſſe d'ufer
de cette ſévérité , on ne ſeroit pas réduit
à l'employer aujourd'hui très-inutilement.
( 234 )
Les Etats de Gueldres , peu touchés des
beaux difcours de quelques-uns de leurs
Membres , & des diſpoſitions de quelques
autres Provinces , viennent d'afficher le
ſchiſme le plus éclatant. Ils ont réſolu de refufer
toutes Requêtes tendantes à l'armement
du pays plat , à la réforme du Réglement de
Régence établi en 1750 , à l'ouverture de la
Caisse de la Généralité au sujet de l'acte de
confultation entre le Prince d'Orange & le
Duc de Brunfwisk ; ainſi que celles relatives
au plan dedéfense , & à la réſolution àprendre
contre le Seigneur Duc de Brunswick, En
conféquence on a expédié des ordres aux
Baillifs & aux Magiſtrats , de rechercher
tous ceux qui ont ſigné ces Requêtes , d'en
exiger les motifs ,& le compte des inſtigations
, promeſſes ou menaces qui les ont
produites. L'une de ces requêtes étoit ſignée
d'environ 4000 habitans. Certe méthode des
fignatures , proſcrite même dans les démocraties
ſages , mettroit la conſtitution &
l'Etat à la merci du premier Citoyen qui ,
pour quelques écus &pour quelques bouteilles
de vin , détermineroit la multitude
à ſigner , s'il le falloit , ſa condamnation temporelle
& éternelle.
MM. Capelle de Marsch , Lynden de Oldenaller&
de Nyveldt , oppoſans à la pluralité
des Membres de l'Etat , ont déclaré que ,
puiſqu'ils ne pouvoient emporter la caſſation
du Réglement de 1755 , ils ſe dégageoient
de l'obéiſſance : de maniere que ,
( 235 )
ſi leur avis prévaut jamais , leurs adverſaires
à leur tour pourront refuſer d'obéir à la nouvelle
loi. C'eſt une maniere commode de
reſpecter la Puiſſance législative .
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 26 Avril.
Selon quelques avis apocryphes du Haut-
Rhin , les Troupes du Roi de Prufſe formeront
trois armées ſous le commandement
du Prince Royal , du Prince Henri & du
Duc régnant de Brunswick.
On a imprimé dans les Feuilles publiques
de Hollande , que LL. HH. PP. avoient
écrit au Roi de Pruſſe , au ſujet des rap
ports attribués au Rhingrase de Salm , tou
chantle complot contre Maſtricht, & qu'elles
avoient reçu une réponſe de S. M. dont
les mêmes Feuilles ont donné la Relation :
La Cour de Berlin a porté plaintes de ces afſertions
au Miniſtre de la République , &
M. de Thulmeïer , Enyoyé extraordinaire
de la même Cour à la Haye , a reçu ordre
de témoigner auxEtats-Généraux le mécontentement
de S. M. P. , compromiſe indécemment
par ces impoſtures.
Les mêmes Gazettes de Holande , qui
avoient affirmé fi péremptoirement la découverte
de lettres chiffrées du Ducde Brunfwick
, trouvées chez le Vice Grand-Mayeır
de Mastricht , viennent de ſe rétracter de
:
(236 )
cette calomnie , qui n'en avoit impoſé à
aucune perſonne judicieuſe. On ſe retranche
aujourd'hui à dire que pluſieurs des lettres
non chiffrées ont un sens qu'il n'est pas facile
de déterminer ; ce qui diſpenſe le lecteur
de le déterminer lui même , en lui donnant
une idée juſte de l'ineftimable avantage des
amphigouris.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
On apprend de Beltz , dans la Moldavie , que
deux Turcs ayant pris querelle enſemble , &
láché l'un fur l'autre leurs piſtolets , la garnifon
, composée de 700 hommes , prit tellement
l'épouvante au bruit de cette décharge , qu'elle
ſe mit a fuir dans la forêt voiſine croyanr
avoir les Ruſſes à ſes trouffes. Nouvelle d'Alie
magne , nº. 59 .
On affure que l'Impératrice de Ruffie a dereehef
écrit à l'Empereur que , dans le cas où
ſon différend avec la Hollande ne pourroit ſe
terminer que par la voie des armes , & lui occafionneroit
une rupture avec quelqu'autre Puifſance
, elle ſeule ſe préparoit à tenir tête à
la Porte ,fi celle- ci vouloit profiter des circonſtances
pour attaquer quelques poſſeſſions de
S. M. I. Idem .
Quelqu'un parloit un jour au Duc de Brunfwickde
l'infolence d'un Gazetier à fon égard,
& vouloit lui prouver qu'elle n'étoit pas tolérable
dans un pays policé. Bon , dit dédaigneuſement
le Duc , ceux qui connoiffent ce Gazetier
ne le croiront pas ; ceux qui me connoiſſent
, le croiront moins encore : de plus ,
c'eſt la poſtérité qui me jugera , & les feuilles
de cette Ecrivainn'y paſſeront pas. Idem. Supplément.
( 237 )
re-
Le 18 , M. Pitt a préſenté à la Chambre des
Communes ſon Bill de Réforme parlementaire ,
en l'accompagnant d'un diſcours plein d'idées &
d'éloquence : malgré ſes efforts , le Bill a été
jetté par une majorité de 74 voix : 248 membres
ayant voté contre , & 174 pour le Miniſtre.
MM. Powis , Fox , Burke , Lord North ont attaqué
le Bill défendu par MM. Duncombe , Wilberforce
, & par le Procureur Général.
L'on apprendde la Jamaïque , que les Eſpagnols
ont fignifié au Major Lowrie , qui commande
fur la cote des Moſquites , de ſe retirer
avec les troupes & les habitans au mois de Mars ,
fars quoi on l'en expulſeroit par la force. Le
Mejor Lowrie a fait tous les préparatifs de défenſe
, en demandant des fecours au Gouverneur
de la Jamaïque , qui a fait embarquer 230 foldats
du ze. Régiment, ſous la conduite du Capitaine
Ingledon , & envoyé fur la côte des Moſquites
des armes , des vaiſſeaux & des munitions.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PRÉSIDIAL DE LIMOGES.
:
Caufe ertre Antoine Chavigner , Marchand forain',
& Lazare Richard & fa femme , Aubergifies du
bourg de Domnezal en Limosin. - Le dépbfitaire
volontaire est responsable de fa négligence,
&devient garant de lavaleur de la chose volée par
Safaute.
Charigner, Auvergnac d'origine , & Colpor.
teur par état , roule dans certains cantons dù
Périgord & du Limofin , limitrophes de la ville
deThiriets'; chaque année il retourne dans fon
pays vers la fin de Join ,& dépoſe ordinairement
fes marchandiſes chez un Aubergiſte à Douma
( 238 )
zat ; deux malles fermant à clef, un ballot plein
de marchandises & le bât de ſon cheval . Chavigner
& la Servante de Richard monterent ces
marchandises dans undes greniers de la maiſon.
Chavigner part , emporte les clefs de ſes malles ,
ayant refufé de le charger des clefs , & aſſué
qu'elle ſavoit que les malles étoient pleines ; il
revient enDécembre ; à ſon arrivée , la femme
Richard lui dit : vous ſavez où vous avez mis vos
effers , montez les chercher. Chavigner monte
au grenier , il ne trouve qu'une de ſes inalles &
le båtde ſon cheval. Il deſcend , il demande ce
qu'on a fait de l'autre malle & du ballot : les
Richard étonnés , montent au grenier avec Chavigner,
luidirent que c'eſt ſa faute s'il a été volé
&qu'il auroit dû laiſſer ſes effets dans le cellier
qui ferme à clef. Chavigner répond que le cellier
eſt humide , qu'il ſert de dépôt aux allans & vemans,
& que ſes marchandises y auroient été
expoſées à la curiofité de tout le monde ; enfin
après nombre de propos , on demande à Chavigner
quelles marchandiſes contenoient la malle
&le tallot volés , il en donne l'état , & il- les
évalue 1600 liv. Les Richard ne conteſtent pas
cette évaluation , & s'occupent à découvrir les
voleurs. On apprend que ſur la fin de Septembre
un nommé Deſchamps s'étoit rendu de Dournazat
à Thiviers , avec une malle & un ballet , qu'il
yavoit vendu beaucoup de marchandiſes. Les Ri.
chard engagent Chavigner d'aller avec eux à
Thiviers pour prendre des informations & reconnoître
les marchandiſes. Chavigner s'y rend,
il reconnoît chez différens particuliers plufeurs
de ſes articles : tout fait préſumer que Detchamps
les a volés; mais les Richard qui doivent en ſupporter
la perte , parlent d'arrangement , enfuite
ilneveulent remettre que la malle & le bat. Enfin
( ہپ ( 239
Chavigner ennuyé de propos inutiles, fait affigner
Richard & fa femme en reſtitution de deux
malles & dù bât dans le même & ſemblable état
qu'il les avoit confiés à leur garde , le 25 ou 26
Juin précedent , finon qu'ils ſeroient condamnés
à lui payer une tomme de 1600 liv . à laquelle il
déclare reſtreindre leur valeur , avec intérêts &
dépens. Richard & ſa femme conviennent du dépót
, ne conteſtent point ſa valeur ; ils diſent
qu'ils ne peuvent être garants du vol , qu'ils ſe
ſont chargés volontairement du dépôt. Ils offrent
de remettre la malle & le ballot qui reſtent , &
ſoutiennentChavigner non-recevable dans la demande
de la malle & du ballot volé , parce qu'ils
ſuppoſent le droit de Chavigner couvert par la
recherche qu'il a faite avec eux du voleur. Ils
hafardent malicieuſemenr de dire que Chavigner
étoit complice du voleur , qu'il lui avoit donné
la clef de la malle , & i's mettent en fait que
Chavigner avoit voulu abſolument monter ſes
effetsdans legrenier , malgré les repréſentations
que lui avoit fait la femme Richard que le grenier
ne fermoit pas à clef , & qu'elle ne vouloit
ſe charger du dépôt que dans le cas où il les
laiſſeroit dans le cellier ; que Chavigner avoit
dit qu'il avoit intérêt de tenir ce dépôt ſecret ,
à cauſe de ſes créanciers , & qu'il lui importoit
de le cacher dans le grenier ; qu'il étoit convenu
de courir tous les riſques ,& leur avoit promis
de ne pas les rendre garans. Ils demanderent
àprouver les faits. Chavigner repouſſe ces
allégations , ſoutient que la preuve ne doit pas
en etre admiſe , néanmoins dans le cas où elle
feroit ordonnée , il offre de prouver de ſon côté
qu'il demanda à placer les effets dans le grenier ,
parce que le cellier étoit trop humide ; qu'il repréſentaque
ſi ſes effets reſtoient dans le celier
( 240 )
ils ſeroient à la merci du premier venu ;
qu'il les monta dans le grenier , du-conlentement
& au vu & ſu de la femme Richard;
enfin il ſoutient qu'il n'a fait aucune convention
relative aux accidens , & rend plainte à
raiſon de Fimputation de complicité avec le voleur.
Le 4 Mai , Appointement de contrariêté
ſur les faits articulés par les Parties . Chavigner
proteſte contre Appointement , & ne
faitſapreuve que pour obéir à Juſtice. In ne réſultedes
enquêtes aucun indice de complicité
entre Chavigner& le voleur ; il eſt établi qu'il a
coutume de dépoſer ſes marchandiſes chez Richard
; qu'il n'a mis aucune conſtitution à fon
dépôt ; que le cellier eſt humide. Les Richard ne
produiſent que des témoins iſolés & incertains
ſur les faits par eux articules , & des témoins
dignes de reproches , à cause de l'habitude
qu'ils ont de venir dans leur auberge.= Le 17
Juin 1781 , Jugement définitif & contradictoire
de l'Ordinaire de Chalus , qui condamne Rchard&
ſa femine , ſolidairement à payer à Chavigner
800 liv. pour la valeurdes effets volés
à la charge par lui de ſe purger , par ferment ,
qu'ils font réellement de certe valeur ; comme
aufſi ,ſuivant leurs offres , à remettre la inalle
&le bât qui font en leur pouvoir ; met hors
de Cour fur les autres fins & conclufions
des Parties , ſans préjudice à Richard & fa
femme de ſe pourvoir contre le voleur ainfi
qu'ils aviſeront ; condamne leſdits Richard
aux trois quarts des dépens l'autre quart
compenfé. = Appel par Richard & fa femme.
Le 6 Septembre 1783 Sentence Préfidiale ,
portant qu'il a été bien jugé par l'Ordinaire de
Chalus , mal & fans griefs appellé ; condamne
Richard& fa femme à l'amende & aux dépens.
7
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en prose ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la Nocice des Édits, Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDIS MARS 1785 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Février 1785 .
PIÈCES FUGITIVES. &du Bonheur , ,
Quatrain à M. le Comte d' Ef Loix Municipales & Econotaing,
3
Le Sanjonnet & leRoffignol, Epitre à la Raifon ,
miques du Languedoc , 54
Fable Allégorique ,
69
49 Discours Jur une Question, 71
51
Vûes fur l'Education d'un
74
AMadame de C... ,
Impromptu à un Poëte, ibid. Prince,
AMlle de Saint Léger , 97 Suite de l'Extrait des Loix
Les Quatre Saiſons de la Vie , Municipales du Languedoc,
98 &c. 103
Souhait de BonneAnnée , 100 Discours prononcés à l'Aca-
Le Sceptre & la Houlette ,
Fable,
démieFrançoise , 152
14) Bergeries & Opufcules , 167
L'Amour & l'Amitié , 146 SPECTACLES.
Impromptu ,
Charades , Enigmes & Logoib
. Académie Roy. de Musiq. 32 ,
77 , 125
gryphes , 4, 52 , 101 , 147 Comédie Françoise , 42 , 130
NOUVELLES LITTÉR. Comédie Italienne , 170
Eloge de Bernard le Bovier Variétés ,
de Fontenelle
?
85
6 Annonces & Notices , 44 , 88 ,
TraitéElémentaire de Morale 136, 186
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
Compol sets
ngleoff
7-10-31
24009.
MERCURE
DEFRANCE.
SAMEDIS MARS 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE à Mile ÉM. DE P** , qui doit
épouser un Officier , au printems prochain ,
fi la Guerre n'a pas lieu.
QU I mieux que vous , ſage Glycère ,
Sait combien je goûte d'attraits
A vivre ignoré , ſolitaire ,
Au fein de la tranquille paix
Que je trouve en mon presbytère ,
Loindes infipides caquets ,
Des faux dévots , du plat vulgaire
Dont je mépriſe les pamphlets ?
Là, dans mon boudoir littéraire,
Les Fenélons , les Boſſuets ,
Paſchal , Maſſillon , La Bruyère ,
A ij
4
MERCURE
EtdeMontagne les Eſſais ,
De inon bureau font tous les frais;
Si ce n'eſt que pour me diſtraire
Quelquefois je prends Rabelais ,
Que je quitre pour Saint-Aulaire ,
Imbert , Colardeau , Beauharnois
Et le Chantre de Béliſaire.
Ainſi , dans un vaſte parterre ,
Nos ſens tour-à-tour fatisfaits ,
Du luxe pompeux des oeillets
Paſſent àla roſe éphémère.....
Odoux loiſir que rien n'altère ,
Tu peux ſeul combler mes ſouhaits !
Eſt- il ſans toi de plaiſirs vrais ?
Eſt- il de bonheur ſur la terre
Aux lieux où gronde le tonnerre ,
Où la foudre lance ſes traits ?
Dans cette contrée étrangère ,
Ma jouiſſance la plus chère ,
C'est qu'oublié des indiſcrets ,
Jepuiffe marquer ma carnière
Par des vertus , par des bienfaits
Et des vers dignes de vous plaire ....
Amadélicate paupière
Il faut de paiſibles objets ,
Et non les lugubres apprêts-
D'une bataille meurtrière,
L'affreux touffement des bou'ets ,
Le bruit , la muſique guerrière
DE FRANCE. S
•
Pour mon coeur ne furent pas faits.
Les doux accens des flageolets ,
Les chants d'une Muſe Bergère ,
Des madrigaux , des triolets ,
Et fur-tout de jolis couplets
Rendus par votre voix légère :
Voilà mes plaiſirs , mes hochets.
C'eſtun aveu que je vous fais ,
Bienmoinsglorieux que ſincère ;
Mais à l'ombre du ſanctuaire ,
S'il eſt des Juigné , * des Beauvais ,
Les d'Estaings ne s'y trouvent guère.....
De toutes ces raiſons j'infère
Que mes voeux ſeront déſormais
Pour cette impraticable paix
Que rêva l'Abbé de Saint-Pierre ,
Et furt-tout depuis que je fais
Qu'auſſitôt que ſur la fougère
Et ſous la feuille printannière
On ira reſpirer le frais ,
Untrès-aimable Militaire ,
Dont les vertus & les hauts faits
Ont illustré la vie entière ,
Apromis , charmante Glycère ,
De s'unir à vous pour jamais.
(ParM. l'Abbé Dourneau. )
* MM. les Archevêque de Paris & l'ancien Évêque de
Sénez .
Aii)
6 MERCURE
IMPROMPTU fait à Saint - Ouën , par
le Coufin Jacques , à un petit Paysan
qui gardoit les dindons dans l'avenue de
M. le Duc de Nivernois.
LOIN
OIN d'ici tes triſtes troupeaux,
Jeune imprudent ! par quelle audace
Promènes- tu ces vils oiſeaux
Si près de l'aigle du Parnaffe ?
EH ! POURQUOI vers laCapitale,
Pourquoi ne point guider leurs pas ?
Chaque troupe aime ſon égale ;
D'amis ils ne manqueront pas.
MAIS Nivernois , de ton pays
A fait des Arts le ſanctuaire......
Sais-tu qu'il eſt des beaux- eſprits
La Divinité tutélaire ?
SAIS-TU que tu dois être fier
D'habiter les lieux qu'il habite ,
Et de reſpirer le même air
Qu'un Sage que l'Univers cite ?
MAIS , toi , né pour paſſer ta vie
Au ſein de la ruſticité.......
Je te parle de ſon génie ,
Tu ne connois que ſa bonté !
:
:
:
:
DE FRANCE. 7
STUPÉFAIT aux ſons de ſa lyre ,
Qui t'étonnent ſans se charmer ,
Tandis que tout Paris l'admire ,
Contente-toi donc de l'aimer .
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Boiſſon ; celui
de l'énigme eſt Cordier; celui du Logogryphe
eſt Orgue , où l'on trouve or , ré ,
orgere grue roue, rouge.
CHARADE.
Dans la carrière del'honneur
Fuſſiez-vous parvenus juſques àma première ,
Intrépides Guerriers , malgré votre valeur ,
Hélas! ſouvent mon tout vous mit dans ma dernière .
(Par M. Courtat . )
ÉNIGME.
:
TOUJOURS OUJOURS errant au loin , toujours changeant
de lieu ,
Seul je puis rapprocher grand nombre de contrées ,
Qui , ſans moi , pour jamais reſteroient ſéparées.
De meshumides flancs quelquefois fort du feu.
Aiv
8 MERCURE
Cequi rapidement en tous lieux me tranſporte,
N'eſt que trop fréquemment mon cruel ennemi :
L'homme le plus brave a frémi
Envoyant dans mon ſein entrer ce qui me porte.
D'un hémisphère entier je fus long- temps l'effroi ,
Loinde ne voir en moi que l'humaine induſtrie :
Deux minéraux unis ſont mon unique loi
Pour regagner ou pour fuir ma Patrie.
Je n'en dirai pas plus : quiconque m'a hanté ,
Me quitte & me reprend avec même gaîté.
LOGOGRYPHE.
LECTEUR , je n'oſe m'énoncer ;
Sans peine tu vas me connoître ;
Ta bouche va me prononcer ;
Cartu m'as ſouvent vû paroître.
Cependant , comme j'ai quitté
L'habit dont j'étois revêtue ,
Entrompant ton activité ,
Je pourrois un inſtant échapper à ta vie.
Pour cet effet , déguiſons-nous ,
Prenons d'autres métamorphofes :
J'ai fix pieds , démanche- les tous ,
Tu doisy rencontrer cinq choſes.
Ce qui d'abord déplaît aux jeunes gens ,
Quoique leur étant néceſſaire ;
1
Ce que pour l'ordinaire on donne aux vieilles dents;
:
DE FRANCE.
Ce que l'on faitjouer , ſur-tout en teinps de guerre ;
Ceque l'on cire pour blancheur ;
Puis une note de muſique.
Je ne peux plus me déguiſer , Lecteur ;
Carà tesyeux rien n'eſt énigmatique.
(Par M. Barraud, Penſionnaire du Collége
de Poitiers. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
APOLOGUES & Contes Orientaux , &c. par
l'Auteur des Variétés Morales & Amufantes.
Legite , aufteri. A Paris , chez
Debure , fils aîné , Libraire , quai des
Auguſtins. in- 8 ° .
C'est après avoir prouvé , par la publication
des Variétés Morales & Amusantes ,
combien M. l'Abbé Blanchet méritoit d'être
connu , que M. Duſaulx , ſon ami & fon
parent, nous le fait connoître aujourd'hui.
Du temps des Oracles on n'auroit pas manqué
de dire que l'Auteur des Variétés , & c.
& des Apologues , &c. entraîné dès ſa jeuneſſe
vers les Lettres par un attrait irréſiftible
, avoit conſulté l'Oracle pour ſavoir
quel feroit ſon rang dans la Littérature , &
qu'il lui avoit été répondu : Redoute le moment
où les eſſais paroîtront dans le Public.
Av
10 MERCURE
En effet, après avoir, pendant plus de foixante
ans, cultivé les Lettres dans le ſecret de ſon
coeur , après avoir réſiſté pendant tout ce
temps aux tentations de la gloire , après
avoir recherché toute ſa vie l'obfcurité & la
pauvreté , comme les autres recherchent la
réputation & la fortune , après avoir injuftement
livré au feu la plupart de ſes productions
, M. l'Abbé Blanchet cède enfin ,
non ſans beaucoup d'incertitudes & d'agitations
, & fous la condition de n'être pas
noimmé , à des amis qui veulent le rendre
illuſtre malgré lui dans ſa vieilleſſe ; & le
moment où ſes Variétés paroiſſent imprimées
& reçoivent l'accueil le plus flatteur ,
ce moment de fon triomphe eft le moment
de ſa mort; il ſembloit qu'il cût été doué
du don de faire jouir les autres , & condamné
à ne jamais jouir lui-même : toujours
aimable dans la Société , à laquelle il ſe livroit
peu , fombre & mélancolique dans la
folitude , où il aimoit cependant à vivre , accablé
de vapeurs dont il ſouffroit feul , &
dont il craignoit toujours de faire fouffrirc
les autres : Tel que je fuis, diſoit-il , ilfaut
pourtant que je me fupporte ; mais les autres
yfont-ils obligés ?
On ne manquera pas , dit M. Duſaulx ,
d'objecter à l'Auteur de la Vie de M. l'Abbé
Blarchet , cette obſcurité même à laquelle
l'Abbé Blanchet s'étoit condamné. Pourquoi ,
dira-t'on , occuper le Public d'un inconnu ?
Pourquoi ? Pour le faire connoître , puif-
:
DE FRANCE. 11
& le
qu'il a mérité d'être connu , pour rerdie
hommage à ſes talens , à ſes vertus ,
venger des injustices de ſa modeſtie ; c'eſt le
plus bel emploi de l'art d'écrire :
Non ego temeis
Chartis inornatum filebo ,
Totve tuos patiar labores
Impune, Lolli , carpere lividas
Obliviones.
Le caractère de l'Abbé Blanchet eſt plein
de phyſionomie & d'originalité ; & perſonne
, après avoir lû cette vie , ne demandera
pourquoi elle a été écrite . On parle ,
avec raiſon , des réputations ufurpées ; on
peut dire que ſon obſcurité l'étoit. Bourfault
parle dans ſes Lettres de l'Abbé T*** ,
de l'Académie Françoiſe , qui avoit , felon
lui , de grands talens pour la Chaire ; il lui
diſoit que Dieu lui demanderoit compte un
jour de ces talens enfouis , & lui diroit :
" Je t'avois donné la grâce , la force , l'onc-
ود
ود
ود
وہ
tion , l'éloquence , en un mot , toutes les
qualités néceſſaires à un Prédicateur , &
tu as refifté à ce que je ſouhaitois de toi.-
Encore paffle , répondoit l'Abbé , le reproche
ſera honnête ; au lieu qu'il dira à tant
d'autres : de quoi vous êtes-vous mêlé de
» prêcher ? Je vous avois donné gratuitement
le talent de vous taire , & malgré
moi vous avez voulu parler. "
ود
"
Ce que l'Abbé de Bourſault étoit pour la
Avj
12 MERCURE
Chaire , l'Abbé Blanchet l'étoit pour la Littérature.
Il compoſoit cependant pour fon
plaiſir , &quelquefois pour celui des autres ,
mais il ne publioit rien. " On reſpecta ſa
>> modeftie , dit M. Duſaulx , de crainte de
>> troubler ſon bonheur ; car , chez ſes pa-
>> reils , l'un dépend de l'autre. Rien n'em-
>> pêche aujourd'hui de le nommer , & tout
> invite à le louer. »
M. Duſaulx le loue avec zèle , mais avec
choix , fans rien exagérer , fans rien négliger ;
on ſent que c'eſt la vertu qui aime à parlerde
la vertu. Il peint , & le plus souvent par fes
propres Lettres , " cet homme qui , gardant
2
la peine & le chagrin pour lui ſeul , ne
>> portoit que de la gaîté chez tous ceuxqu'il
>> fréquentoit ; cet homme qui ne ſavoit ni
>> demander ni accepter ; qui mépriſoit fin-
>> cèrement les richeſſes, mais ſans cyniſme ,
ود ſans jactance ,& ne condamnoit pas les
>> autres à s'en paffer. "
Il fallut s'occuper de ſa fortune malgré
lui ; un indult qu'il tenoit de l'amitié de M.
de Chavannes , Doyen du Parlement , lui
ayant procuré un Canonicat , il accepta ce
Canonicat par reconnoiffance , & s'en démit
peu de temps après. On le fit Interprête à
la Bibliothèque du Roi , à condition de ne
rien interprêter ; il voulut encore remettre
cette place , mais cette fois-ci on étoit en
garde contre lui. " Nous ne recevrons point ,
lui dit M. Bignon, la démiſſion de votre
>> place d'Interprête , comme M. de Mire-
1
DE FRANCE. 13
» poix areçu celle de votre Canonicat. Ainfi
» l'Abhe fur condamné à toucher cent pif-
> toles , qui lui ont éte comprees juſqu'à la
> mort. On le fit auſſi Cenſeur , à condition
>> de ne rien cenfurer,& ſeulement pour le
>> gratifier de nouveau : cette fois il n'en eut
» pas le démenti ; il accepta le titre & refuſa
ود la penfion. On le fit Garde des Livres du
Cabinet du Roi; il quitta encore cette place
pour aller languir & mourir à St-Germainen-
Laye.
Ce caractère ſemble , au premier coupd'oeil
, offrir quelques traits de conformité
avec celui de J. J. Rouffeau ; mais il y a de
grandes différences , dit avec raiſon M.
Duſaulx. " Jean-Jacques fut conftamment
dévoré de l'amour de la célébrité; il ſe
defia de tout le monde, & fut toujours
> inſociable ; au lieu que l'Abbé Blanchet
cacha de ſon mieux ſa vie& fes Ouvrages ,
vécut avec confiance , & mourut au ſein
>> de l'amitié......
ود
ود
ود
"
- Cet homme , dont les infirmités préco-
>> ces avoient conſidérablement altéré l'hu-
» meur & diminué l'activité , retrouva tou-
>> jours dans le beſoin de ſervir ſes amis ,
>> un principe de vie qui le rendoit infati-
>>gable. On auroit dit quelquefois que fon
>> âme , inutile à lui - même , n'appartenoit
» qu'aux autres.
Expreſſion forte & heureufe.
Cet homme , qui ſe refuſoit à toutes les
grâces & à tous les bienfaits, entroit dans le
14
MERCURE
raviſſement quand ſes amis parvenoient à
quelque choſe d'utile & d honorable. Re-
>> marquons cependant qu'il ſe modéroit
>> d'autant plus qu'il fentoit d'avantage. Par
>> une forte de pudeur que je ne faurois dé-
>>velopper , on auroit dit, lorſqu'il étoit vi
>> vement affecté , qu'il craignoit de paroître
faux & impudent .
ود
Sentiment délicat , & délicatement obſervé.
Celui que l'Abbé Blanchet lui-même
attribuoit à M. Bouvard , ne l'eſt pas moins.
Copions encore ici M. Duſaulx.
" M. Bouvart étant , ily a environ 40 ans ,
>> à toute extrêmité , dit à ſon ami Blanchet :
Du caractère dont je te connois , tu ne
>> feras jamais rien pour ta fortune : il y a
>> grande apparence , mon ami , que je n'irai
>> pas loin; & quand je ferai mort , que
>> deviendras -tu ? L'Abbé vouloit répondre ;
mais le malade profitant de ſon avantage ,
lui impoſa filence , & dicta ſes volontés :
J'entends que ta vie durant , tu jouiſſes
>> de dix mille écus que j'ai gagnés....... Ne
t'effarouche point , le fonds retournera à
>> ma famille . Quelque temps après , l'Abbé
>>> raconta ce trait àMme la Ducheſſe d'Au
>> mont , qui en fut ſi ravie , qu'elle le pria
ود
ود
ود
לכ
ע de recommencer. - Bon , Madame ! ce
» que je viens de vous dire n'eſt rien en com-
» paraiſon de ce qui fuit : quand mon pau-
ود vre Bouvarr fut hors d'affaire , eſt-ce que
>> je ne le trouvai pas tout honteux d'en être
>> revenu ? »
DE FRANCE.
15
Voilà pour ce qui concerne le caractère
de l'Abbé Blanchet, & l'intérêt qu'il pre-
_noit & inſpiroit à ſes amis . Quant à fes talens
, celui d'écrire en proſe avec beaucoup
d'eſprit , de philoſophie & de goût , eſt
prouvé par les Varietés , &c. qui ont paru
imprimées l'année dernière , & par les Apologues
, Contes , Anecdotes , &c. contenus
dans ce volume. De plus , l'Éditeur nous apprend
que l'Abbé Blanchet eſt l'Auteur de
pluſieurs petits morceaux de poefie , d'un
goût exquis pour la plupart , & dont quelques-
uns , très-connus , ont été attribués aux
meilleurs Poëtes du temps , qui ne s'en défendoientpas
trop. L'Abbé Blancher ne l'ignoroit
pas , & diſoit : Je fuis charmé que les
riches adoptent mes enfans.
C'eſtde lui , par exemple , qu'eſt ce triolet
charmant , adreſſé à trois foeurs .
Aimables ſoeurs ! entre vous trois
A qui mon coeur doit- il ſe rendre ?
Il n'a point fait encor de choix ,
Aimables foeurs , entre vous trois ;
Mais il ſe donneroit , je crois ,
A la moins fière , à la plus tendre.
Aimables Soeurs , entre vous trois
Aqui mon coeur doit-il ſe rendre ?
M. de Fontenelle , juge ſuprême dans le
genre galant , ingenieux & aimable , diſoit
qu'on ne pouvoit pas mieux faire dans ce
16 MERCURE
genre, & on ne peut qu'être de ſon avis. Le
fameux triolet de Ranchin :
Le premier jour du mois de Mai , &c.
qu'on appeloit le Roi des Triolets , eſt beau
coup moins parfait. Le voici :
Le premier jour du mois deMai
Fut le plus beau jour de ma vie;
Le beau defſfcin quejeformai
Le premier jour du mois de Mai !
Je vous vis & je vous aimai ,
Et ce deſſein vous plut , Sylvie!
Le premier jour du mois de Mai
Fut le plus beau jour dema vie.
Cetriolet , fort joli ſans doute , n'eſt pas
ſans tache. Qu'est-ce que ce deſſein formé
d'aimer ? Aime-t'on ainſi par deſſein formé ?
D'ailleurs le vers :
1
Je vous vis & je vous aimai.
qui rappelle le ut vidi , ut perii de Virgile ,
exclur cette idée de deſſein & d'arrangement.
De plus , l'à - propos des refreins , qui fait le
principal mérite des triolets ,& qui doit être
tel , que les vers répétés ſoient non-feulement
bien placés , mais néceſſaires à l'endroit
où on les répète , cet à-propos nous paroît
plus fin , plus parfait , plus abondant en
ilées acceſſoires dans le triolet de l'Abbé
Blanchet que dans celui de Ranchin.
Qu'on ne regarde point ce mérite du re-
:
DE FRANCE. 17
frein comme frivole; il fait le plus grand
charme de la poéſie lyrique & chantante
dans tous les genres ; c'eſt celui qui donne le
plus ſenſiblement & le plus délicieuſement
au coeur & à l'oreille l'idée de la perfection.
Qu'on en juge par les exemples fui
vans , pris exprès dans des genres abſolument
differens .
1º. Dans le genre noble & fublime.
Tout l'Univers eſt plein de ſa magnificence :
Qu'on l'adore ce Dieu , qu'on l'invoque à jamais ;
Son empire a des temps précédé la naiſſance.
Chantons , publions ſes bienfaits.
En vain l'injuſte violence.
Au peuple qui le loue impoſeroit filence ;
Son nom ne périra jamais.
Le jour annonce au jour ſa gloire & ſa puiſſance.
Tout l'Univers eſt plein de ſa magnificence :
Chantons , publions ſes bienfaits.
2º. Dans le genre doux & tendre.
Atys eſt trop heureux :
Souverain de fon coeur , maître de tous ſes voeur ,
Sans crainte , ſans mélancolie ,
Il jouit en repos des beaux jours de ſa vie.
Atys ne connoît point les tourmens amoureux;
Atys eſt trop heureux .
3 °. Dans le genre vif& paſſionné.
20 MERCURE
mêmes qui s'amuſoient le moins de ce genre
, & embarraſſa ceux qui s'y exerçoient le
plus.
On vous annonce une maiſon
A louer en toute ſaiſon .
Elle a deux portes , trois fenêtres,
Du logement pour quatre Maîtres,
Même pour cinq en un beſoin;
Écurie & grenier à foin. T
Elle eſt dans un quartier qui pourroit ne pas plaire;
En ce cas , le propriétaire,
Avec certains mots qui font peur ,
Et ſa baguette d'enchanteur ,
Emportera maiſon , meubles & locataire ,
Et tant fera qu'il les mettra
Entel endroit que l'on voudra.
On connoît cet hôtel célèbre
A ſon écriteau fingulier ,
Pris dans Barême ou dans l'Algèbre ,
Et l'on trouve au calendrier
Son nom & celui du ſorcier.
3
Il ne ſeroit pas impoſſible que M. l'Abbé
Blanchet eût pris la première idée de cette
Enigme dans ces vers du Mondain :
Un char commode avec grâces orné ,
Par deux chevaux rapidement traîné ,
Paroît aux yeux une maiſon roulante ,
Moitié dorée & moitié tranſparente.
DE FRANCE. 21
M. l'Abbé Blanchet , toujours ſans ſe nommer
, avoit publié dans ſa jeuneffe , dit M.
Duſaulx , une Ode contre les Incrédules :
" Il en uſoit dans cette conjoncture comme
» ceux qui écrivent contre les paſſions qu'ils
>> redoutent ou dont ils cherchent à ſe gué-
>> rir. » M. Duſaulx n'en cite qu'une ſtrophe,
dont les quatre premiers vers ſur-tout font
biendu ton qui convient à l'Ode.
Auxaccensde ſa voix féconde ,
L'Étre Éternel & Tout-puiſſant
Fit fortir letemps & le monde
Du ſombre abyme du néant.
Je fais, dit M. Duſaulx , que dans le temps
qu'elle parut , l'Abbé Desfontaines la traita
fort bien dans ſon Journal. Cette Ode est
apparemment celle que l'Abbé Desfontaines ,
dans ſes Obfervations fur les Ecrits Modernes
, Tome 12 , page 43 & ſuivantes ,
annonce ſous ce titre : Les Déiftes ; elle est
auffi tichement rimée que celles de Roufſeau
, & contient en effet de fort belles
ſtrophes ; entre-autres celle- ci :
Sage Raiſon , Vierge immortelle ,
Tu m'entends , tu viens en ces lieux :
C'eſt toi , ton cortège fidèle
Avec toi ſe montre à mes yeux ;
L'Attention laborieuſe
Et la Méthode induſtrieuſe
Tenant dans ſa droite un compas ;
22 MERCURE
Le Doute , enfant de la Prudence ,
Prêt à fuir devant l'Évidence ,
Qui vient lentement ſul tes pas.
Elle finit par ces trois vers , qui font le
précis du ſujet.
Soumis à Dieu , que j'ai pour Maître ,
Je fais raiſonner & connoître ;
Je fais plus , je ſais ignorer.
:
Obſervons encore , avant de quitter les
vers , un combat de modeſtie & d'amitié
propre à orner les faſtes de la Littérature
honnête & vertueuſe. M. l'Abbé Blanchet
avoit fait des vers pour être mis au bas
du portrait de M. Duſaulx , celui - ci les
trouvant modeſtement trop obligeans pour
lui , & jugeant qu'ils convenoient mieux.
à l'Auteur même a placé à la tête du
nouveau Recueil une fort belle gravure ,
repréſentant l'Abbé Blanchet , & au bas de
laquelle on lit ces mêmes vers faits par l'Abbé
Blanchet pour M. Duſaulx. Les voici :
,
Puis- je eſpérer de vivre au Temple de Mémoire ?....
Mais qu'importe après tout ? Dans le ſiècle où je vis ,
Je fais , grâces au ciel , tout le bien que je puis ,
Le vrai bien , peu connu , peu vanté dans l'Hiſtoire;
Je remplis mes devoirs , je règle mes defirs ,
J'aime la gloire enfin plus que les vains plaiſirs,
Et la vertu plus que la gloire.
Si quelqu'un objecte que ces mots : J'aime la
DE FRANCE.
23
gloire , ne peuvent convenir à un homme
qui ne ſongeoit qu'à ſe cacher , la réponſe
eſt qu'il faut prendre le vers entier :
J'aime la gloire enfin plus que les vains plaiſirs ,
& alors la propoſition eſt vraie; car l'Abbé
Blanchet s'eſt constamment refuſé aux vains
plaiſirs , & il a fini par ſe prêter du moins
à la gloire.
Quant à la proſe , apologues , contes ,
anecdotes , maximes & proverbes , tout eſt
moral & philoſophique dans ce Livre ; ce
qui l'eſt moins , eſt du moins plaifant & ingénieux;
telle eſt, par exemple, l'idée de l'apologue
, intitulé : L'Académie Silencieuse , ou
les Emblêmes. Le Docteur Zeb , Auteur d un
petit Livre excellent , intitulé : Le Baillon ,
eſt reçu en qualité de Surnuméraire à l'Académie
Silencieuſe; il falloit qu'il fit ſon remerciement
en une ſeule phrafe , il le fit
même ſans dire mot. " Il écrivit en marge le
ود
ود
ود
nombre cent , c'étoit celui de ſes nouveaux
>> Confrères ; puis en mettant un zéro devant
le chiffre , il écrivit au-deſſous : Ils n'en,
vaudront ni moins ni plus ( 0100 ). Le Pré-
>>ſident répondit an modeſte Docteur avec
>> autant de politeſſe que de préſence d'ef-
>> prit. Il mit le chiffre un devant le nombre
cent , & il écrivit : Ils en vaudront dix
» fois davantage ( 1100 ). »
24
MERCURE
Analyse courte & utile d'une immenfe
Bibliothèque Royale.
Cette Analyſe eſt en quatre maximes :
» 1º. Dans la plupart des Sciences , il n'y
> a que ce ſeul mot , peut-être ; il n'y en a
» que trois dans toute l'Hiſtoire : ils naqui-
» rent, ils fouffrirent , ils moururent.
* 2°. N'aime rien que d'honnête , & fais
> tout ce que tu aimes; ne penſe rien que
" de vrai , & ne dis pas tout ce que tu
>> penſes.
» 3 °. O Rois ! domptez vos paſſions , ré-
>> gnez ſur vous-mêmes ; ce ne ſera plus
» qu'un jeu de gouverner le monde.
» 4º . O Rois ! ô peuples ! on ne vous l'a
>> point encore affez dit , & de faux ſages
" ofent encore en douter : il n'eſt point de
>> bonheur ſans vertu , ni de vertu fans
crainte des Dieux . "
Un homme de plaiſir , qui ſe croyoit heureux
, quoiqu'il fût un peu troublé dans ſon
bonheur par l'idée de la mort , ſe propoſe
de ne plus penſer à la mort ; mais cela même ,
dit l'Auteur , c'étoit y penser. Ce mot rappelle
letrait de Moncrif paffé en proverbe:
En ſongeant qu'il faut qu'on l'oublie ,
On s'en fouvient.
:
Dans l'Hiſtoire d'Abou-Taher , Prince des
Carmathes , l'Auteur définit le fanatiſme ,
une eſpèce de reffort qui atout-à-la-fois l'énergię
DE FRANCE. 25
gie du crime & telle de la vertu. Nous croyons
que plus on méditera cette définition , plus
on la trouvera juſte & complette. C'eſt pre--
ciſément ce mêlange de crimes & de vertus
qui rend le fanatiſme ſi redourable.
Finiffons par quelques Maximes orientales:
"Les Rois ont beſoin du conſeil des fa-
>>ges; les ſages peuvent ſe paſſer de la faveur
» des Rois.
>>On peut vivre ſans frère, mais on ne
» peut pas vivre ſans ami.
:
وو
>> Lapatience eſt la clefde toutes les portes,
&le remède à tous les maux.
>>La triſteſſe qui vient avant la joie , eſt
moins triſte que celle qui vient après.
»L'impatience dans l'affliction eſt le com-
>>ble de l'affliction. »
Le volume eſt terminé pardeux morceaux
de Traduction ; l'un eſt l'Histoire de la Famille
d'Hiéron , dans le 24 Livre de Tite-
Live , l'autre , la Conjuration de Piſon contre
Néron , au 15 Livre des Annales de Tacite.
L'Éditeur juge que M. l'Abbé Blanchet a
mieux traduit Tacite que Tite-Live , & il
obſerve à ce ſujet qu'il eſt plus aiſé de rendre
la force que l'élégance . C'eſt que la force
de l'original ſoutient le Traducteur , & le
rend capable des efforts qu'elle exige. L'élégance
, au contraire , ne préſente que des
difficultés ſans fournir le même reffort pour
entriompher.
Nº. 10,5 Mars 1785 .
26 MERCURE
DISSERTATION qui a remporté le Prix
de l'Académie Royale des Inscriptions &
Belles-Lettres, àPâques 1784 , par M. de
- Paftoret, Conſeiller de la Cour des Aides ,
Membre de pluſieurs Académies; fur cette
-queftion: Quelle a été l'influence des Loix
Maritimes des Rhodiens fur laMarine des
Grecs & des Romains , & l'influence de la
Marinefur lapuiſſance de ces deux Peuples .
1 vol . in-8 . de 130 pages. A Paris , chez
Jombert le jeune , Libraire , rueDauphine.
L'ABUS de l'érudition dans les matières de
philofophie & de goût , inféparable preſque
de fon uſage , à l'époque de la renaiffance
des Lettres , en donnant à l'une un langage
étranger , en revêtant l'autre de formes bizarres
, devoit néceſſairement , dans un ſiècle
de lumières nouvelles , devenir l'objet du
ridicule & du dédain. Mais ce mépris retombant
enſuite ſur un des premiers inſtrumens
des connoiffances humaines , ſur la ſcience
des faits , a produit un nouveau mal plus
difficile à détruire que celui qu'il devoit
guérir. C'eſt à la philoſophie à arrêter ſur ce
point les écarts d'une opinion abſurde dans
fon principe , & dangereuſe dans ſes effers.
Dans le nombre des faits qu'on abandonne
pour l'ordinaire, & même ſans aucun effort
de modeſtie , aux Érudits de profeffion , à
ceshommes qu'on accuſe de tout connoître ,
DE FRANCE. 27
hors l'art de penſer , il en eſt quelques - uns ,
qui , à force d'ètre rapprochés , difcutés ,
éclaircis& combinés par la méthode & l'efprit
philofophique , offrent dans leurs réfultats
une ſource de rapports nouveaux ,
dont le Philoſophe ſeul a droit de ſoupçonner
l'existence. Tels font les faits qui ont
rapport à la Légiſlation des anciens peuples.
C'eſt en examinant avec ſoin leur nature &
leur cauſe , en rapprochant les différentes
Loix d'une Nation , des événemens , qui , à
la même époque , ſe ſont manifeſtés chez
elle d'une manière plus ou moins ſenſible ,
qu'on parvient à s'aſſurer de la vérité & de
l'étendue de cette influence , & à démontrer
d'une manière invincible pour les hommes
ordinaires , c'est-à-dire , par l'évidence des
faits , que la force d'un État eſt eſſentiellement
liée à la ſageſſe des Loix , & que le
malheur public a ſa ſource dans l'exécution
des réglemens arbitraires qui en ufurpent
lenom.
Telle a éré fansdoute l'opinion de l'Académiedans
le choix du ſujet offert par elle à
ladifcuffion publique. M. de Paſtoret a rempli
les voeuxde cette illuſtre Compagnie , il
atraité cette queſtion comme elle devoit
P'être , en Philofophe & en Savant.
Sa Differtation eſtdiviſée en trois Parties.
La première a pour objet l'Hiſtoire Maritime
des Peuples qui ſe ſont adonnés à la
navigation, &celle des Rhodiens en particulier.
L'influence des Lois Rhodiennes Aur
Bi
28 MERCURE
-
Ja Marine des Grecs , & l'influence de cette
Marine fur leur puiſſance , eſt le ſujet de la
ſeconde Partie; & la troiſième eſt conſacree
à faire pour les Romains un examen femblable
à celui que , dans la feconde , il a fait
pour les Grecs.
Il jette d'abord un coup-d'oeil rapide ſur
les Egyptiens , les Phéniciens & les anciens
peuples Navigateurs ; il trace avec aurant
d'exactitude que de préciſion le tableau des
progrès & de la décadence du commerce
chez ces différentes Nations.
Il paſſe enſuite à l'Hiſtoire des Rhodiens ,
de ce peuple , qui , fameux dans l'antiquité
par la ſageſſe de ſes Loix , ne ſe ſervit jamais
de la puiſſance qu'elles avoient fait naître ,
que pour affurer à toute la Grèce le libre
exercice des droits de la propriété , en la défendant
fans relâche contre les attaques des
ufurpateurs , & qui offrit à l'Univers le ſecond
exemple d'un empire exercé ſur des
peuples par des actes de juſtice coercitive.
Cet apperçu hiftorique eſt ſuivi de l'ana -
lyſe de leurs Loix Maritimes.On fait qu'elles
ne font point parvenues juſqu'à nous telles
qu'elles ont été faites. Il ne nous en reſte que
quelques fragmens inférés dans le Digeſte ,
&que les Empereurs avoient ſucceſſivement
réunis pour en faire une Jurisprudence navale,
ainſi qu'un petit nombre d'articles conſervés
par différens Auteurs , & qui ne renferment
pas même la diſpoſition textuelle
de ces anciennes Loix.
DE FRANCE. 29
M. de Paftorer , qui les diviſe en deux
claffes : Loix Pénales & Loix de Police , fait
voir que, ſous ce double aſpet , elles étoient
conçues avec la plus grande ſageffe.
»
"Un vaiſſeau mettant à la voile heurtoit
il dans le port un autre vaiſſeau ? Si celui
>> ci n'avoit pas été prévenu par des cris ou
» des ſignaux , il fallout payer tout le dom-
» mage. Les Paſſagers même & les Marelots
>> y contribuoient quelquefois. Les derniers
• eroient-ils engloutis avec le canot qui ſui-
• voit le navire ? Leurs héritiers recevoient
• la ſolde d'une année , à compter du jour
>> de leur mort , &c. »
Après avoir ſoumis à l'analyſe la plus philoſophique
les ſages Loix des Rhodiens, M. de
Paſtoret conclut ainſi : " Telles ſont ces Loix
» célèbres , monumens éternelsde la ſageſſe
>> des Rhodiens , qui , tour-a-tour , adoptées
» par les Grecs & les Romains , ſont ve-
>> nues enfuite ſe fondre , pour ainſi dire ,
• dans les Ordonnances Maritimes des peu-
» ples de l'Europe , & jouiſſent encore par
» conféquent de la gloire de préſider , au
98 moins en partie , au commerce de l'Univers
,
Dans la ſeconde Partie de ſa Differtation ,
il commence d'abord par expoſer l'état politique
de la Grèce avant qu'elle connût les
Loix Maritimes des Rhodiens , pour faire
connoître enſuite l'influence de la Marine.
Nous ne pouvons pas ſuivre l'Auteur dans
l'énumération detoutes les preuves qu'il ac-
B ii )
30
MERCURE
cumule. Il rapproche les Loix Rhodiennes
des Loix Navales de la Grèce , poſtérieures
aux autres de pluſieurs fiècles ,& confervées
dans quelques plaidoyers de Démofthène,
fur-tout dans celui qu'il fit contre
Lacritus , où se trouve un acte maritime ,
dans lequel on reconnoît tous les ufages ,
toutes les conditions preſcrites par les Loix
des Rhodiens.
* Qu'on ne penſe pas , ajoute-t'il, qu'entraîné
par un aveugle enthouſiaſme , je
>> ſuppoſe une liaiſon intime entre ces Loix
• & les progrès qui ont immortaliſé la
» Grèce. Sans elles , je le ſais , Platon eût
> inſtruit ſes contemporains ; Euripide &
>>Sophocle les euſſent attendris ; la toile eût
>> reſpiré ſous la main de Zeuxis,& lemarbre
ſous le ciſeau de Phidias ; fans elles ,
>> Démosthène eût écrâfé Philippe & défendu
" la liberté; mais ſans les Loix des Rhodiens
>> peut-être les efforts de Thémiſtocle n'auroient
été qu'impuiſfans . Oui , malgré le
courage de ce grand Homme , le pouvoir
>> de ſes ennemis , la renaiſſance des pré-
» jugés , la facilité d'être Corſaire , l'avan-
>> tage qu'il y avoit à l'être , le filence de la
>> Légiflation ſur la Marine , tout auroit
* éloigné les Grecs. d'avoir des flottes puif-
>> fantes , & ce_pays célèbre eût langui ſous
le joug des Perſes , qui l'auroient rendu tributaire.
ود
ود
Quelle fut l'influence de la Marine des
Grecs ſur leur puiſſance ? C'eſt ici que les
DE FRANCE 31
preuves naiſſent en foule ; mais les bornes
de cet extrait ne nous permettent pas de parcourir
avec M. de Paſtoret la ſucceſſion rapide
du triomphe des Athéniens , des ſuccès
de Themistocle & d'Eurybiade , jufqu'à la
guerre du Péloponèſe , que fit conclure à la
Grèce épouvantée cette longue & conftante
ſupériorité , & qui , après 27 ans de durée ,
vit expirer la puiffance d'Athènes avec la
deſtruction de ſes forces navales ; nous ne
pourrions conſidérer ſéparément quelques
parties de ce magnifique tableau , fans nuire
à l'effet de l'enſemble.
Il reſtoit à examiner linfluence des Loix
Rhodiennes fur la Marine des Romains , &
de celle-ci ſur leur puiſſance.
-L'Auteur commence par tracer l'hiſtoire
de la Navigation chez les Romains , & dé
velopper les cauſes de ſes progrès ſucceſſifs.
" Sans la crainte de Carthage , les Romains
n'euffent peut-être jamais connu la Marine.
מ
ود
Mais fi cette puiſſance maritime fut un
des principaux refforts de fa grandeur , elle
devint aufli une des plus puiſſantes caufes
de ſa décadence. " En ouvrant la commu-
>> nication avec les Grecs , elle ( la Marine )
>> avoit produit le commerce & l'opulence ,
>> qui produiſirent à leur tour le luxe & la
» dépravation...... La généroſité antique dif-
>> parut , & on érigea en axiôme cette ma-
ود xime déſaſtreuſe ,trop ſouvent adoptée
>> par les Gouverneurs des Empires , que la
Biv
32 MERCURE
>>politique & la bonne-foi font incompa-
>> tibles ; & que pour réuſſir dans la guerre
>> comme dans la paix , il faut ſavoir faire
>> uſage de l'adreſſe , de la fraude & du men-
> ſonge ..... »
M. de Paſtoret penſe , avec Gravina &
plufieurs autres Savans diftingués , " qu'on
> doit fixer au règne de Claude l'époque à
» laquelle on adopta la jurisprudence na-
> vale des Rhodiens ; c'eſt dire qu'elle n'eut
• aucune influence ſur la Marine des Ro-
» mains ; peut - être en eût- elle foutenu
> l'éclat ſans les chaînes & les bourreaux
>> dont ſe trouvoient alors environnés les
>> defcendans de Scipion , de Marius & de
>> Pompée ; mais à quelle gloire peut donc
» afpirer un peuple flétri par la fervitude
> jouer éternel de l'ignorance , des vices &
>>de la cruauté , de toutes les fureurs d'un
> maître corrompu ? ainſi , par une triſte ex-
>>périence , qu'atteſte l'exemple de tous les
>>peuples , les Loix utiles , ſoit qu'elles ver-
>> ſent des bienfaits , ſoit qu'elles corrigent
➤ des abus , ſemblent n'être produites que
> dans ces momens tardifs , où tout s'op-
>> poſe à leurs ſuccès. »
,
M. de Pastoret termine ainſi ſa Differtation.
Les Loix Rhodiennes obtintent la reconnoiſſance
& le reſpect des premières
Nations de l'Univers , comine elles obtiennent
encore aujourd'hui les hommages
de la poſtérité. Chez les Grecs , elles eu-
>> rent quelque influence ſur la Marine , qui
ود
ود
ود
DE FRANCE
3.3
1
» en eut beaucoup fur la puiſſance de l'Érat :
ود elles n'en eurent sucune chez les Ro-
> mains; mais ils durent a cette Marine leurs
>> grandes conquêtes , l'étendue de leur em-
- pire, leurs richeffes , leur éclat , leur induftrie
; &, par une ſuite néceſſaire , le luxe , "
ود la corruption & l'esclavage. >>
C'eſt de cette manière que M. de Paſtoret
a réſolu une des queſtions les plus intéreſ
ſantes que l'antiquité hiſtorique pouvoit offrir
à nos recherches. Sa Diflertation eſt accompagnée
d'un très -grand nombre de notes
intéreſlantes , dont la plupart font , par leur
nature , tellement liées au corps de l'ouvrage
, qu'on regrettera quelquefois de ne
pas voir ajoutés au fil hiſtorique des événemens
, des faits placés à la fin de chaque page.
La rapidité de ſa marche ne lui a vraiſemblablement
pas permis de les diſpoſer dans cet
ordre; mais quelques perſonnes diront peut
être que la rapidité n'eſt pas le premier devoir
de l'Écrivain dans ce genre de compofition,
fur- tout lorſque la matière eſt neuve
&difficile à éclaircir. Quoi qu'il en ſoir , M.
de Paftoret n'a pas cru que l'importance du
ſujet l'autorisat à dédaigner ces agrémens du
ſtyle , dont les Savans ſe diſpenſent d'ordinaire
avec une forte de facilité qui a bien
droit d'étonner , puiſqu'elle n'eſt pas l'ouvrage
de l'amour-propre , & qu'elle ne leur
eſt pas dictée par un motif d'intérêt. Sa manière
est forte & préciſe, ſon ſtyle vif &
animé , ſon ton ſage & modefte. Cette Dif
Bv
34 MERCURE
fertation , digne d'être placée dans le petit
nombre des Ouvrages d'Erudition Philofophique,
ne peut qu'ajouter infiniment à la
réputation d'un jeune Écrivain , qui , perfuade
ſans doute que les loiſirs du Magiftrat
appartiennent à la Société , & que fon âme
ne doit point s'uſer dans un cercle de diffipations
ou d'importantes frivolités , s'avance
tous les jours avec des forces nouvelles dans
une carrière toute remplie des noms fameux
des de Thou , des Peireſc , des d'Agueffeau ,
des Monteſquieu , dans une carrière où l'appelle
l'exemple des hommes les plus chers à
la Magiftrature & aux Lettres.
TABLEAUde lafituation actuelledesAnglois
dans les Indes Orientales , & de l'état de
l'Inde en général, par M. Briffot de Warville.
A Londres , & se trouve à Paris ,
chez Périffe le jeune , Libraire , rue du
Marché Neuf, pont S. Michel.
DANS un moment où la fermentation ,
excitée à Londres à l'occaſion des affaires de
l'Inde , fixe l'attention des Politiques de l'Europe
, & que chacun s'occupe plus ou moins
de cette contrée ſi vaſte & fi peu connue ,
c'eſt rendre ſervice au Public que de lui préfenter
unOuvrage qui réunit le double mérite
de faire connoître l'Inde , & de montrer
quelle y eſt depuis long-temps la conduite
des Anglois ; en conféquence de ce
DE FRANCE.
plan , l'Auteur a commencé le tableau qu'il
offre au Public , par l'Hiſtoire de l'Indottan
& celle des Marattes , qui forment les deux
premiers Numéros , & le Précis Hiſtorique
des établiſſemens des Anglois qui forme le
troiſième.On trouve dans ces trois Numéros
l'Histoire abrégée , mais préſentée avec chaleur
& avec clarté , de Mahmoud d'Aureng-
Zeb de Sevagi. L'eſprit philofophique
c'est-à-dire , l'amour de l'humanité , a toujours
tenu la plume de l'Auteur , & il ne
cite jamais des traits de courage & de bienfaiſance
que l'on trouve ſouvent dans cette
Hiſtoire , ni de perfidie & d'atrocité qui y
fourmillent bien davantage, ſans faire éprou
ver à ſes Lecteurs les ſentimens d'amour ou
de haine , de colère ou d'admiration dont il
eſt lui -même pénétré: on doit lui ſavoir gré
fur-tout de la franchiſeavec laquelle il écrit en
Anglererreune Hiſtoire qui préſente du côté
des Anglois autant d'erreurs que de crimes ;
& on applaudit avec plaifir à l'adreſſe avec
laquelle il juſtifie ſon projet & ſes vûes aux
yeux de cette Nation.
Nous ne citerons aucun trait hiſtorique ,
quoique nous en ayons trouvé pluſieurs qui
auroient pu faire plaiſir à nos Lecteurs ; nous
avons craint , en les iſolant , de leur faire
perdre de leur prix. En les liſant dans l'Onvrage
même , on verra que la géneroſité&
la tyrannie , l'extrême foibleſſe & le courage
, l'irreligion & la ſuperſtition font de
tous les temps & de tous les lieux.
Bv)
36 MERCURE
L'Auteur a fait précéder ſon Ouvrage d'un
vocabulaire des mots Indoſtaniques , tels que
les Anglois les écrivent & les prononcent ;
il y a joint le catalogue des principaux Ouvrages
qu'il a conſultés & cités. Ony trouve
les titres de près de 60, dont la plupart font
confidérables . On est étonné , avec raiſon ,
de la conſtance qu'il a fallu pour les lire'; &
un extrait auſſi peu volumineux que celui
qu'il offre au Public , qui eſt le réſumé d'un
auffi grand nombre de Livres , ne peut qu'être
très-intéreſſant pour les perſonnes qui prennent
quelqu'intérêt à cette partie de l'Hiftoire.
:
Cet Ouvrage , qui ſe publie par Numéro
de quatre à cinq feuilles , formera au moins
2 vol. in-s . La Souſcription eſt de 12 liv.
pour Paris , & de 15 liv. pour la Province.
VARIÉTÉS.
MOYEN de préſerver de l'Incendie les
Édifices publics & particuliers.
DANS
Ans tous les fléaux qui affligent l'humanité ,
le premier ſoin des hommes a toujours été d'y
chercher un remède ; ce n'eſt que, long-tems après
qu'ils fongent aux moyens de les prévenir : ainſi
les ouvrages de méchanique ſortent compliqués
des mains de leur inventeur ; ce n'eſt que par la
fuite qu'ils ſe ſimplifient & qu'ils arrivent juſqu'à
la perfection. On s'eſt fort occupé de nos jours des
moyens d'arrêter les progrès du feu dans les bâti
DE FRANCE. 17
mens incendiés; le zèle & les lumieres de quelques
artiftes , ſecondés par des magiftrats bienfaifans
par un gouvernement ami de l'humanité , ont obtenu
les plus grands ſuccès à cet égard ; mais ſi les
incendies font aujourd'hui moins effrayans , moins
terribles qu'autrefois , ils ne ſont encore que trop
redoutables , les ſecours même les plus prompts les
plus efficaces , ne peuvent arrêter ce flean qu'apres
qu'il a manifeſté ſes ravages , qu'il a déjà détruit
quelques poffeffions , ſouvent confumé quelques
victimes; & l'on a beau le combattre avec avantage,
il y en auroit fans doute beaucoup plus à le prévenir.
On l'a déjà tenté plufieurs fois en Angleterre , où
la conſtruction des maiſons, & la difette de ſecours
cauſée par le defaut de police , rendent les incendies
encore plus redoutables qu'ici. Nous avons vu même
àParis , depuis pluſieurs années , quelques effais infructueux
dans ce genre. M. Ango , architecte , juréexpert,
propoſe un nouveau moyen qui paroît atteindre
lebut deſiré , & qui , à cet avantage , en joint
beaucoup d'autres également intéreſſans.
,
Il ne pouvoit l'offrir dans des circonstances plus
favorables ; pluſieurs exemples funeſtes & récens
affligent encore la mémoite : la foire St Germain ,
deux falles d'Opéra , le Palais , l'hôtel- Dieu , се
dernier édifice fur-tout , dont la deſtruction offre à
la ſenſibilité le ſpectacle déchirant d'une foule de
malheureux , trop foibles pour ſe ſecourir euxmêmes
, trop nombreux pour être ſecourus Ce qui
vient d'arriver à l'hôtel de Toulouſe eſt fait poar
rauimer les alarmes. La vigilance active des magiltrats
&de leurs préposés a empêché le défafire d'être
plus conſidérable ; mais elle n'a pu l'empêcher
d'arriver. M. Ango rendra donc à la nation le plusimportant
ſervice , s'il parvient à garantir les édifices
publics &particuliers d'un pareil accident. Le moyen
qu'il a imaginé , eſt de ſubſtituer au bois , dans les
38 MERCURE
bâtimens , le fer employé en bien moindre quantité ,
&en conftruiſant les ourdits en plâtras & plâtre ou
mortier , comme ſont conſtruits les âtres ou foyers
de nos cheminées .
Au lieu d'être arrêté par les préjugés de l'habitude,
qui engagent ſouvent à rejeter ſans examen toute
idée nouvelle , ſi l'on veut réfléchir mûrement à
celle deM. Ango , la conſidérer en détail , on verra
qu'il est très- poſſible de profcrire le bois de tous les
édifices indiſtinctement , au moins pour tout ce qui
conſtitue le corps dela bâtiſſe , tel que les planchers ,
lescombles , les cloiſons ,&tout ce qui peut y avoir
rapport ; mais on peut conſerver dans l'intérieur des
maiſons les acceſſoires qu'on eſt dans l'habitude de
faire enbois , comme les portes , les croisées , les
lambris , quoique avec une légère augmentation
dans les frais , il ſoit encore poffiblede s'en paſſer. *
Une Académie de province à propoſé, il y a quelque
tems , un prix pour celui qui indiqueroit le meilleur
moyend'arrêter les incendies. Il n'en eſt aucun plus
certain ſans doute que celui d'éviter les combuftibles
parmi les matériaux de conſtruction. Ce moyen eſt
faciledans les villes où le fer est commun ,& même
dans la plupart des campagnes ; celles où l'on ne
peut abſolument s'en procurer en affez grande abondance,
n'ont d'autre reſſource que d'iſoler leurs bâtimens
, & d'éviter de les mettre ſous le vent les uns
des autres.
Les planchers proposés par M. Ango , confiftent
en deux armatures de fer , compofées chacune de
deux barres poſées l'une ſur l'autre. La barre ſupé.
rieure qui eſt courbe , eſt arrêtée par les extrémités
* L'Auteur a fait faire , il y a environ 12 ans , une croifée
avec ſes volets , de même forme que la menuiferie , en fer
&en cuivre , les moulures dorées &les panneaux des volets
encuivre rouge poli .
DE FRANCE. 39
fur l'inférieure qui préfente une ligne droite. Elles
font foutenues de diſtance en diſtance par des brides ,
fans pouvoir s'allonger , ni ployer dans toute leur
longueur. Elles font réunies par des bandes de petit
fer plat, pour foutenir l'ourdit de plâtras & de plâtre
qui doit être fait entre deux. D'après ſes calculs la
dépenſe eſt parfaitement la même que dans la maniere
ordinaire pour les maiſons des particuliers ;
dans les monumens publics , elle pourroit excéder
d'un quart ou d'un tiers; mais on le regagnera bien ,
fi l'on fonge à la ſécurité qui en réſulte , &même
au produit futur des démolitions.
Parmi la foule d'avantages que préſente cenouveau
procédé, on doit compter pour beaucoup l'épargne
des bois , dans un tems où la France eſt menacée
d'en manquer , où le zèle s'occupe des moyens de le
multiplier,de le remplacer, où le gouvernementprotége
tout ce qui en peut diminuer laconfommation.
-Le fer en proportion n'est pas à beaucoup près audi
rare : il a d'ailleurs l'avantage de rendre les planchers
plus légers& moins épais ; de donner aux appartemens
une diſtribution plus commode , en laiſſant la
liberté de placer les cheminées où l'on veut ; de difpenfer
les murs de ces chaines de pierre , avec lefquelles
on eſt dans l'ufagedeles bâtir; enfin ,comme
nous l'avons fait remarquer , de donner aux maiſons
une plusgrande valeur réelle, ſans cauſerunedépenſe
plus grande: le fer étantla ſeule choſe qu'on puiffe retirer
des décombres d'un édifice totalement incendié.
On doit accueillir avec d'autant plus d'empreſſement
les moyens de ſe paſſer de bois de charpente ,
que ceux dont on ſe ſert aujourd'hui font mal
équarris , pleins d'aubier , de noeuds ; ſouvent on
les emploie encore verds , on les place très-imprudemment,
& par leur prompte pourriture ils occafionnent
des réparations fréquentes & toujours très- difpendieuſes.
40 MERCURE
M. Ango a fait le premier eſſai de fon procédé
dans fa maiſon rue St. Victor , oùsì a établi une
forge pour être à portée de ſe rendre compte de ſes
dépenſes. L'annonce en a été faite dans le journal de
Paris les 8 janvier & 22 avril 1782. Tous les amareurs
qui l'ont viſitée lui en ont témoignéla plusgrande
fatis faction . M. Dumont , architecte connu très-avantageuſement
par ſon mérite , incapable de cette baſſe
jalousie qui déshonore trop ſouvent les artiſtes ,
jaloux ſeulement de profiter d'une découverte heureuſe
, en rendant juſtice à ſon auteur , a fait uſage
du moyen de M. Ango pour la terraſſe d'une maiſon
rue d'Antin, au coin de celle des Petits champs, ſous
la direction de l'auteur lui-même , & M. Damont
s'eſt empreſſé d'en publier l'effet avantageux. Le
modèle en a été préſenté à l'Académie d'Architecture,
qui a nommé des Commiſſaires pour l'examiner.
Beaucoup de planchers ſemblables s'exécutent déjà
tant à Paris qu'en province; une invention auffi heureuſe
doit en effet avoir un prompt ſuccès. L'auteur
vient d'en exécuter un à Boulogne , près Paris , dans
une étendue de 19 pieds ſur 16 avec 8 pouces au
plus d'épaiffeur ; & au pavillon de la Souche , pres la
Machine de Marly , il vient de faire de la même
*façon une ſalle de billard de 22 pieds for 16 qui n'a
pas moins bien réuffi.
Jamais peut- être on ne s'eſt tant occupé d'architectureque
dans ce fiècle; mais tandis que d'autres
dirigent leurs recherches du côté des embelliſſemens
&de la commodité , M. Ango a porté ſes vues vers
des objets plus utiles. If vient encore d'imaginer un
moyen de débarraffer les combles de nos édifices des
cheminées qui y paſſent extérieurement , & qui ne
ſont pas moins désagréables à la vue, que dangereuſes
par leur chûte. Il propoſe donc d'en porter toutes les
ſues au fairage , & ce procédé, qui ſertà la décoration
, qui eſt beaucoup plus économique , & qui
DE FRANCE. 41
délivre la tête des citoyens d'un péril deplus , a encore
l'avantage de parer à beaucoup d'inconvéniens
qu'occaſionne l'amas des p'uies & des neiges. Le
ſuccès leplus décidé doit récompenfer des découvertes
auffi heureuſes, qui ne prouvent pas moins de talens
dans M. Ango que d'amour pour l'humanité.
Sa demeure actuelle eſt ſur le quai de l'Ecole près le
Pont-Neuf.
ANNONCES ET NOTICES.
RACUEIL
ACUEIL des Edits , Déclarations & Lettres-
Patentes enregistrés au Parlement de Flanare , des
Arrêts du Conseil d'Etet, particuliers àfon Reffort ,
&desArrêts de Réglement de cette Cour depuis fon
érection en Confeil Souverain de Tournay; dédié à
Mgr. Hue de Miromeſnil , Garde-des - Sceaux de
France, en pluſieurs Volumes in -4°. Propoſé par
ſouſcription. A Douay , chez Simon , Libraire , fur
la Place. AParis , chez Méquignon l'aîné , Libraire ,
rue des Cordeliers , vis à-vis celle Hautefeuille, &
chez les principaux Libraires du Royaume.
On payera en ſouſcrivant 8 liv. & pareille ſomme
à la livraiſon de chaque Volume en feuille juſqu'à la
dernière, dont le payement aura éré anticipé par
celui fait au moment de la ſouſcription. Les frais
de port feront au compte des Souſcripteurs. Le
premier Volume paroîtra au mois de Juillet prochain
, & les autres ſucceſſivement de trois en trois
mois ; chaque Volume ſera composé de 800 pages ,
même papier & même caractère que le Proſpectus ,
qui ſe diſtribue gratis aux Adreſſes ci deſſus.
LOGIQUE Françoise pour préparer les jeunes
gens à la Rhétorique , par M. l'Abbé Hauchecorne ,
42 MERCURE
de laMaiſon& Société de Sorbonne , Profeſſeur de
Philofophie au Collège des Quatre - Nations. A
Paris , chez l'Auteur , au Collège des Quatre- Nations
; Belin , Libraire , rue S. Jacques , près S.
Yves , & Colas , Libraire , Place Sorbonne.
Cet Ouvrage nous a paru mériter la réflexion du
Cenſeur dans l'approbation qu'il en a donnée. L'Auteur
, dit- il , a fenti la néceffité d'apprendre aux
jeunes gens à penſer avant de les appliquer à la
compofition,& de quelle utilité il ſeroit de rapprocher
deux Arts qui n'en faisoient qu'un ſeul avant
Socrate, c'est-à-dire , de réunir l'Art de bien penſer
à l'Art de bien dire.
--
VOYAGE de Sicile. Dixième Chapitre; par
M. Houel , Peintre du Roi. A Paris , rue du Coq
Saint Honoré. Ce Chapitre achève de faire
connoître les intéreſſantes particularités du Théâtre
de Taormine , dont les Vûes & les Plans ont
rempli tous les Chapitres précédens , avec l'explication
des uſages de ce genre d'édifices chez les
Grecs & les Romains. On paſſe en revue les divers
Tombeaux antiques , dont on donne en deux Planches
les Vûes & les Plans , caſuite le Diſcours fait
connoître les autres détails; après quoi l'Auteur nous
décrit les Édifices au moyen deſquels les habitans
de Taormine confervent dans ce pays élevé une
fuffifante quantité d'eau pour tous leurs uſages , &
il explique comment ces eaux parviennent des fources
éloignées; il fait voir les Plans & les Vûes intérieures
d'un de ces Édifices , appelé Réſerve d'eaux .
La quatrième Planche préſente la Vûe perſpective
d'unGymnaſe , ſuivie de ſon Plan & de ſon Élévation
géométrale , avec les explications qui prouvent
que cet Édifice n'a pas dû être une Naumachie , mais
un Gymnaſe, & il explique ce qu'étoient ces Édifices
chez les Anciens...
DE FRANCE.
43
La fixième Planche eſt la Carte de l'Ethna. L'Auteur,
avant de quitter Taormine, donne par anticipation
une idée préliminaire de la hauteur & de la
forme de l'Ethna , dont il va s'occuper dans les Chapitres
ſuivans. Cette Deſcription termine cette Livraiſon
d'une manière intéreſſante par les connoiffances
qu'il offre de l'extérieur du plus grand Volcan
qui ſoit en Europe.
On voit que ce grand Ouvrage marche à ſa fin ,
&qu'on ne peut que defirer de l'y voir parvenu.
DĖLASSEMENS de l'Homme Sensible , ou Aneedotes
diverſes , par M. d'Arnaud. Tome cinquième ,
neuvième Partie. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Poſtes , près l'eſtrapade , maiſon de M. de Fouchy ,
& la Veuve Ballard & fils , Imprimeurs- Libraires ,
rue des Mathurins.
On ne fauroit trop engager l'Auteur à continuer
cetOuvrage utile& intéreſſant.
CORNELIUS Nepos, in- 12. Prix , 6 liv. relié en
veau doré ſur tranche. A Paris , chez Barbou , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
L'Edition précédente du Cornelius Nepos étant
épuisée, M. Barbou s'eſt vû obligé de le réimprimer
pourcompletter ſa belle Collection des Auteurs Latins
, dont il exiſte ſoixante - huit Volumes. Celui
que nous annonçons méritedes mêmes éloges.
On trouve chez le même les Livres ſuivans :
Leçons Elémentaires d'Histoire Naturelle , par le
Père Cotte , in- 12. Prix , I livre relié en parchemin.
-Etrennes du Chrétien , in 32. Prix , 2 liv. en
maroquin.- Les mémes en veau doré. Prix , I liv.
4 fols.-Et le Calendrier du Limousin.
ODE fur la Paix , par M. Labrat. A Paris ,
MERCUREau
Louvre , ſousle veſtibule du Coq , & chez les
Marchands de Nouveautés.
Il y a dans cet Ouvrage des fautes, telles que
mânesfacrées au lieu de mânes facrés , qui annoncent
un jeune homme , & quelques détails qui promettent
du talent. Voici une ſtrophe qui juftifie cet
éloge.
Tremblez , fiers rivaux de la France ,
Trop vains d'un ſiècle de ſuccès ;
Louis commande à la vengeance
D'épuiſer ſur vous tous ſes traits.
Affez long-temps de vos ravages
On a vû gémir nos rivages ,
Que vous braviez par vos mépris :
Votre Léopard moins fuperbe ,
Déſormais étendu ſur l'herbe ,
Ne dévorera plus nos lys.
ORLÉANS délivré , Poëme en douze Chants ,
in - 12. Prix , 2 liv. 10 ſols relié. A Bruxelles , chez
Savena , Libraire , & le trouve à Paris , chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguſtins , & la
Veuve Eſprit, au Palais Royal.
Laçons Élémentaires de Mathématiques , contenant
les Principes de l'Arithmétique , de la Geométrie
, de l'Aſtronomie , des Météores , de la Méchanique
& de l'Algèbre , par M. P. D. L. F. , de
l'Académie des Sciences , Arts & Belles- Lettres de
Châlons-fur-Marne , & de la Société des Antiquités
de Caffel, Tome II . A Paris , chez la Veuve Ballard
&fils , Imprimeurs du Roi , rue des Mathurins.
Nous avons annoncé avec des éloges mérités le
premier Volume de cet eftimable Ouvrage. Le
ſecond ne mérite pas moins d'être accueilli par le
Public.
DE FRANCE.
45
-SUPPLÉMENT aux deux Rapports de MM.
les Commiffaires de l'Académie & de la Faculte de
Médecine , & de la Société Royale de Médecine , in-
4°. Prix , 1 livre 16 fols. A Amſterdam ; & ſe
trouve à Paris , chez Guffier , Imprimeur- Libraire ,
au bas de la rue de la Harpe.
MÉMOIRESfur le premier Drap de Laineſuperfine
du cru de la France : lû à la rentrée publique de
AcadémieRoya'e des Sciences , le 21 Avril 1784 .
parM. d'Aubenton , de la même Académie. Secon le
Édition , d'après celle du Louvre. A Paris , chez Ph.
D. Pierres , Imprimeur-Libraire , rue S. Jacques ;
Debure l'aîné ; Didot le jeune , & Gogué & Née de
la Rochelle.
Nous avons entretenu nos Lecteurs de la précieuſe
découverte qui fait le fujet de certe Brochure.
Le même Savant , toujours occupé d'objets utiles ,
vient de publier un autre Mémoire ſur les Indigeftions,
qui commencent à être plus fréquentes pour
la plupart des tommes , à l'âge de 40 ou 45 ans , là
à la Société Royale de Médecine. Ce Mémoire ſe
trouve auſſi chez les Libraires nommés ci- deſſus.
ÉTAT' actuel de la distribution des Rentes de
Hôtel- de- Ville de Paris , pour fervir de Supplément
àla Jurisprudence des Rentes; par M. de Beaumont,
Penſionnaire du Roi. Fr , 1 liv. 10 ſols broché.
A Paris , chez l'Auteur , rue Montmartre , Nº . 219.
On y trouve la diſtribution de la caiſſe des arrérages
, faite aux dix nouveaux Payeurs des Rentes.
L'Auteur a encore des exemplaires de la troiſième
Édition de la Jurisprudence des Rentes , ou Code
des Rentiers , Ouvrage reconnu urile. Prix , 3 liv.
broché. Les perſonnes de Province qui defireront ſe
procurer ces deux Ouvrages , les recevront , frang
deport par la poſte, en s'adreſſant à l'Auteur.
46 MERCURE
TABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & Computation des degrés
de Parenté,fuivant le Droit Civil & le Droit Canon,
par M. C ** , ſuivi du texte de la Coutume de Paris.
A Paris , chez Leboucher , quai de Gevres , vol.
in - 32 . Prix , 1 liv. 16 fols relié.
La Demande acceptée, peint par N. C. Lépicié,
Peintre du Roi, Profeſſeur en ſon Académie
Royale de Paris , gravé par Charles Ch. Cl. Bervic
Graveur du Roi , des Académies Royales de Paris &
de Rouen. Prix , 16 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue
SaintÉtienne-des-Grès , nº. 26 , & chez Mlle Lépicié,
Cloître Saint Louis du Louvre.
Cette Eſtampe eſt gravée avec ſoin , eſt d'un bel
effet,&rend toute l'expreſſion de l'original.
NUMÉROS 145 , 146 , 147 & 148 du Journal
d'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine , pour lequel
enſouſcrit chez M. Bailleux , Marchand de Muſique
du Roi , rue S. Honoré , près celle de la Lingerie .
à la Règle d'or. Prix de l'abonnement , 36 liv. &
42 liv. franc de port .
Ce Journal, qui en eſt à ſa ſeptième année , continue
dejouir du plus grand ſuccès. Il eſt toujours
fait avec beaucoup de ſoin ; il paroît même que
l'Éditeur a fait de nouveaux efforts pour y répandre
encore plus de variété , ce qui est toujours l'un des
premiers mérites dans les Collections de cette eſpèce.
DEUXIÈME Recueil de petits Airs de chant
avec accompagnement de Piano-Forté ou de Harpe
dédié à Mme Lebrun , par M. Martini. Prix, liv.
AParis , chez le Portierde M. le Normant d'Étioles ,
quedu Sentier , N. 34.
Lenom deM. Martini eſt untitre favorable pour
DE FRANCE. 47
tout Ouvrage de Muſique, & nous croyons que le
Public n'applaudira pas moins aux Airs de ce Recueil
qu'à ſa Dédicace.
NUMÉROS 13 , 14, 15, 16 & 17 des Feuilles de
Terpsychore , pour la Harpe & le Clavecin. Prix ,
1 liv. 4 ſols chaque. Elles paroiſſent tous les Lundis.
AParis, chez Couſineau père & fils , Luthier de la
Reine, rue des Poulies, & Salomon, place de l'École.
BOUQUET Lyrique , ou huit Romances avec accompagnement
de Guittare , par M. Morin , Amateur.
OEuvre Premier. Prix , 4 liv. 16 fols. A Paris ,
chez Coufinean , Luthier de la Reine, rue des Poulies
, & Mlles River & Lebeau , Marchandes de Muſique
, galerie du Palais Royal.
Le choix des paroles nous a paru fait avec goût.
SIK Duos concertans pour deux Flûtes , par M.
JeanCanal , mis au jour par M. Muſſard, Maître de
Flûte. Prix , 6 liv. A Paris, chez M. Muflard , rue
Aubry-le-Boucher , maiſon du Marchand de Vin ; à
Verſailles , chez l'Auteur , Muſicien du Roi , rue de
la Pompe.
NUMÉRO 22. Ariettes & Petits Airs arrangés
pour le Clavecin ou la Harpe, par M. Drux le jeune ,
Maître de Clavecin. Prix ſéparément , 2 liv. 8 ſols;
abonnement pour 24 Cahiers , 36 & 48 liv . A Paris ,
chez Mlle Girard , Marchandede Muſique , rue de
laMonnoie , à la Nouveauté.
:
RECUEIL pour la Harpe , contenant un Prélude
& une Sonate de l'Auteur , avec accompagnement de
Violon , une Romance , les Airs de Figaro & Malbroug
, variés & autres , & un Duo de Zémire &
49 MERCURE
Azor , accompagné de deux Harpes , par M. Pétrini.
OEuvre Sixième. Prix , 7 liv. 4 ſols. A Paris , chez
l'Auteur , rue Montmartre , No. 272; Mime Borelly ,
rue Faydeau , à l'Ariette du Jour , & à Versailles ,
chez Blaizor , rue Satory.
*
FAUTE à corriger. Le Traité Élémentaire de
Morale & de Bonheur, annoncé dans l'un des précédens
Numéros , ſe trouve chez Royez , quai des
Auguſtins.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
EPITRE à Mlle Em. de
P** , 3
Impromptu , 6
Prix de l'AcadémieRayale
des Inscriptions & Belles-
Lettres , 26
Cnarade, Enigme& Logogry- Tableau de la ſituation acphe
, 7 tuelle des Anglois dans les
Apologues & Contes Orien- Indes Orientales . 34
taux , 9 Vaviérés , 36
Disfertation qui a remporté le Annnoces & Notices , 41
APPROBATIΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi s Mars 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A
Paris , le 4Mars 1785. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
1
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Janvier .
ES Monténégrins , ſelon des récits très-
Lincertains ont exécuté de nouvelles
Vépres Siciliennes , en maſſacrant tous les
Turcs qui ſe ſont trouvés au milieu d'eux":
après cette boucherie, ils ſe ſont ſauvés dans
laDalmatie Vénitienne. On ne nomme ni
lejour , ni le lieu , ni les circonstances de
cet événement.
On parle toujours beaucoup de nos armemens
, de nos efforts maritimes , de nos
conſtructions , des ingénieurs , des directeurs
de nos chantiers & du Capitan Bacha.
Si tout ce qu'on débite a un fondement , il
faut croire que cette émulation produira enfin
quelques effets vilibles .
Des brigands de la Servie ont pillé dernierement
une caravanne qui alloit de Niſſa
Conſtantinople : ils font commandés par
Nº. 10,5 Mars 1785 . a
( 2 )
un ancien chef d'une compagnie de Janiffaires
. Quelques Agas du même corps étant
foupçonnés de connivence avec ces voleurs
ſi multipliés , le Pacha de Belgrade en a fait
arrêter trois dont on attend lapunition .
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 10 Février.
Dans la nuit du 23 au 24 Janvier, on a
reſſenti à Socbyc quelques ſecoufles légeres
de tremblement de terre .
Le 12 Janvier on a fait à Chriftiania l'inauguration
folennelle de la Bibliotheque
publique, placée dans plafieurs falles de la
cour du Tribunal ſuprême. Indépendamment
d'une collection conſidérable d'objets
d'hiſtoire naturelle , elle renferme actuellement
environ 10,000 volumes. Cette bibliotheque
a été fondée par le Confeiller de
Chancellerie Deichman , & augmentée par
le Conſeiller de juſtice Bartholin .
Voici en ſubſtance les principaux changemens
faits dans l'Armée . Un régiment de Cavalerie ne
ſera compoté à l'avenir que de quatre eſcadrons ;
le traitement annuel du Chef d'un eſcadron ſera
de 750 rixdalers. Les deux régimens de Huſſards
formeront deux corps particuliers , & chacun ſera
compoſé de deux eſcadrons.Les Commandans de
chaque corps auront chacun 1000 rixdalers d'appointemens.
Les régimens d'Infanterie ne feront
compolésdorénavant que de deux compagnies de
Grenadiers & de huit de Mouſquetaires. Le trai(
3 )
sement du Chefde la cormpagnie ſera de 700 rixdalers.
Deux régimens formeront une brigade ;
mais pour les diftinguer enſemble , le ſecond régiment
de la brigade aura un rebord blanc au
collet. Il y aura à chaque régiment fix enteignes.
Les régimens de Copenhague confifteront en 800
hommes enrôlés & en 790 nationaux; ceux de
Jutlande en 500 enrőlés & en 1090 nationaux ;
& ceux de Holſtein en 1000 enrólés & en 500 nationaux.
Cette nouvelle formation aura lieu le
premier du mois prochain.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 15 Février.
La Princeſſe d'Aſchkow , Préſident de
l'Académie des Sciences de Pétersbourg ,
vient de poſer elle-même le buſte de feu
Léonard Euler fur fon piedestal dans le ſallon
de l'Académie. En même temps , elle
a félicité l'aſſemblée d'avoir compté un fi
grand homme parmi ſes membres , & s'eſt
glorifiée de l'honneur d'en pofer l'image ,
comme le véritable ornement de cette falle.
Lebufte en marbre de Carrare fait honneur
à l'Artiſte , M. Rachette , Profeſſeur de Sculpture&
de Peinture à Berlin. Les Académiciens
ont fait les frais de cet ouvrage : la
colonne de marbre italien eſt un préfent de
la Princeſſe d'Afchkow .
Selon des lettres de Cherſon, les constructions
ſe poursuivent avec activité dans les
ports de la Crimée : là Gloire de Catherine II,
L
22
( 4)
vaiſſeau de ligne de 74 can . , a été lancé
dernierement : fix autres vaiſſeaux du même
rang font fur les chantiers , & fept frégates à
l'embouchure du Nieſter. Si ces détails font
bien avérés , voila la mer Noire ſur le point
de recevoir des flottes , qui probablement
ne font pas deſtinées à en aſſurer la tranquillité.
"Un Journal Allemand très - eſtimé offre
les détails ſuivans ſur la ville de Brandebourg.
Cette ville compoſée de la vieille & de la
nouvelle ville , renferme 1297 maiſons , 6 Eglifes
& 2 grands Colieges L'année dernière le Roi
lui a accordé 50,000 rixdalers , pour être employés
en diverſes constructions & réparations.
En 1782 on y comptoir une population de 2930
ames , dont 4246 hommes , & 4734 femmes, A
cette population , il faut ajouter celle de l'Etat
Militaire en garniton dans cette ville , & qui
montoitdans la mêmeannée à 2,290 ames ; ſavoir
1042 hommes , 529 femmes , 336 garçons & 383
filles . La même année , on y a compté 1585 mariages
, 76 yeufs & 281 veuves. Ces mariages ,
d'après le nombre moyen de 6 années d'énuméra .
tion , produisent annuellement 275 enfans , ce
qui fait une naiffance fur cinq mariages & fept
neuviemes. La proportion des naiſſances aux vi
vans eft commer à 31 , & celle des morts aux
vivans comme 1 à 39 , Sur 132 perſonnes de la
population ,on ne peut compter qu'un ſeul mariage.
Indépendamment des Agriculteurs , qui font
au nombre de 138 , on y a compté en 1784 ,
134 Maures Drapiers qui fabriquent par an en
viron 5,703 pieces de draps & autres étoffes de
laine de la valeur de 89,844 rixdalers ; on en a
( 5 )
exporté cette année pour 23 648 rixdal rs ; le
reſte a été employé dans le pays; 6 Fabricans de
ras & d'étamine , qui fourniffent par an environ
443 pieces de la valeur de 5,011 rixdalers ; il
en a été exporté pour 1102 rixialers ; 15 Maitres
&Fabricans de bas de laine , qui fabriqunt par an
environ 530 douzaines de pa'tes de bas de la valeur
de 3401 rixdalers , on en a exporté pour
945 rixdalers ; 10 Maîtres Chapeliers qui fatriquent
par an environ 6809 cha eaux de la valeur
de 4073 rixdalers ; la plupart de cette marchandiſe
eſt confommée dans le pays ; to Maitres
pour tondre & pour fouler le d ap ; 86 Maitres
Tifferands qui fourriſſent par an pour environ
18,883 rixdalers de tolle ; l'exportation de cette
marchandiſe forme un objet d'environ 2,160 rixdalers
; 60 Maîtres Tailieurs ; 108 Cordonniers ;
9 Tanneurs , 10 Paſſementiers ; 11 Fabricans de
papier colorié , qui fabriquent par an environ
22 ballots de cette marchandiſe de la valeur de
880 rixdalers ; on en a exporté pour la valeur
de 100 rixdalers : 65 Braffeurs de bierre ; 88
Braffeurs d'eau-de- vie; 37 Boulangers : il leur
faut par an pour faire du pain environ 388 wi
pels ou muids de froment , 1386 muids de ſeigle;
17 Bouchers ; 45 Pecheurs ; 25 Regratiers ;
Aubergiſtes; une Fabrique de futaine , où l'on
fabrique par an environ 2379 přeces de la valeur
de 21764 rixdalers ; on n'en a exporté que pour
la ſomme de 711 rixdalers ; 7 Marchands qui
vendent des marchandises de fabrique ; 20 Marchands
de drap & de toile , & 32 Epiciers -Dro
guiſtes. Le nombre des familles juives dans cette
ville monte à 21 .
12
DE BERLIN , le 14 Février.
M. de Ségur eft parti d'ici pour Pétert.
23
( 6 )
bourg , d'où étoit arrivé M. de Diecker' ,
courier du cabinet ; on le croyoit charge de
dépêches politiques , mais il eſt deſtiné pour
Montpellier.
Le 25 Janvier, mourut dans ſes terres le Lientenant-
Général de Werner , d'une colique hémorroïdale
, qui l'a emporté dans vingt- quatre
heures , à l'âge de 78 ans. Il avoit ſervi le Roi
trente- trois ans , & la maiſon d'Autriche pendant
vingt-neuf; diftingué dans l'un & l'autre ſervice
par fon courage , par ſa droiture , par ſfon humanité.
Il étoit né enHongrie en 1707.. 1
L'Impératrice de Ruffie vient de faire remettre
à la régence de Stettin, par les mains
de ſon Miniftre en Pruſſe, le Prince Dolgorucki
, une médaille d'or , de 36 ducats ,
frappée en mémoire de la réunion de la Crimée.
Il eſt ſorti l'année derniere du port de
cette même ville de Stettin 1282 navires de
toutes nations , & il en eſt entré 1160.
Sa Majefté ayant accordé aux Catholiques de
Potzdam le libre exercice de leur culte , nommément
celui desBaptêmes &de la Bénédiction
nuptiale; le 3. de ce mois , on a célébré cette
derniere pour la premiere fois. Pour ajouter à la
folemnite , la Muſique de l'Opéra , de la Chapelle
royale , & celle du Prince royal ſe rendirent à
l'Egliſe ; le Prince de Pruſſe, le Commandant
de la ville & d'autres perſonnes de marque ont
aſſiſté à cette cérémonie.
Le 27 Janvier , on a perdu ici Benjamin
Calau , Peintre du Roi, qui avoit retrouvé
le ſecretde la cire Punique, dont les anciens
ſe ſervoient dans la Peinture. Sa famille
reſte en poffeffion de cette méthode de ré
( 7 )
foudre la cire dans l'eau , & de l'employer
au lieu d'huile.
Le Roi a jugé à propos de défendre l'importariondes
marchandiſes ſuivantes dans ſes Etats en
deçà de la Weſer, poury être consommées ; ſavoir,
galons de foie , laine , coton & fil , vinaigre de
bierre , guimbardes , ſeranus , ſouricieres , tirebouchons
, paniers & corbeilles d'oſier ou de fil
defer , huile de lin , fas , cribles & tamis , haches
, coignées , fourches , beches , crocs , rateau
de fer&de bois , poudre à poudrer & ami
don, ſavon noir & vert , boucles , boutons de
chemiſe & anneaux d'acier de métal de compofit ,
tion , d'étain & de fer, dragées de plomb , trébuchets
, perles de cire , chaînes d'acier pour mone
tres , écuelles , affiettes & autre vaiſſelle neuve
d'étain & ganis de peau , foie , coton , fil &
laine doublés ou non , les gands de peau de Dannemarck
exceprés .- Les marchandiſes ſuivantes
paieront à leur importation so pour cent , ſavoir,
agrémens de ſoie , miſere & fil , poids qui s'emboîtent
; éventails ; manchons & autres parures
de plumes , gands de peau de Dannemarck, mou
lins à café & à épicerie de toutes les eſpeces , &
aiguilles à coudre. Lacire à cacheter ne paiera à
fon importation , que 20 pour cent.
,
Le Roi a aſſigné un fonds conſidérable
pour les travaux de pluſieurs nouveaux canaux
, qui feront faits dans la Marche Electorale.
Le nombre de grands &de petits bâtimens
arrivés l'année derniere à Elbingue ,
monte à 1547 , & celui des bâtimens qui en
font fortis , à 1182.
a 4
( s )
1
DE VIENNE , le 16 Février. ;
Les nouvelles du moment n'étant que
des bruits vagues , ou répandus à deſſein
pour maſquer l'avenir , il eſt inutile d'entretenir
nos lecteurs de ces rapports qui ferolent
détruits avant que le Journal fût imprimé.
L'opinion des obfervateurs ſenſés
flotte toujours dans l'incertitude ; le parti
prudent eſt de ne rien croire juſqu'à la démonstration
.
Le Prince Czartorinski , dont la vie , diton
, a été menacée à Varſovie, eft chefde la
Garde Noble de l'Empereur en Gallicie : il
ſe trouvoit pour ſes affaires dans la capitale
de la Pologne : on ajoute qu'immédiatement
après la découverte du complot feint
ou réel , le Prince expédia des couriers à
Vienne & à Pétersbourg : il eſt attendu ici
inceſſamment. Probablement cette intrigue
reſtera long temps ſous un voile épais.
Le carnaval eſt ici très-brillant & trèsanimé.
Un Poëte allemand avoit traduit la
Comédie françoiſe du Mariage de Figaro ;
on en a permis l'impreſſion , en défendant
de la repréſenter.
LeGouvernement a pensé que l'on pouvoit
fans crainte laiſſer entre les mains de la
partie du public qui lit & qui raiſonne , certains
objets qui doivent être dérobés à la
curiofité de celle qui n'a que des yeux &
des oreilles.
(و )
On doit donner dans peu une fuperbe fête,
'dans le vaſte emplacement de l'orangerie à
Schoenbrun ; il y aura un grand nombre de tables
dreſſées ſous les orangers , & la vue y ſera
auſſi agréablement flattée que l'odorat . Aux deux
extremités de la falle, on dreſſera deux théatres
fur leſquels-feront repréſentés en même temps
des opéras Allemands & kaliens. Si le temps eft
favorable , la Cour s'y rendra en traîneaux.
Il eſt queſtion d'abolir les Majorats dans
les Provinces héréditaires de la Monarchie :
cette meſure eſt aujourd'hui débattue dans
les Conſeils de S. M. I.
Les conſtructions qui avoient été ordonnées
ici par l'Empereur , & fufpendues enfuite
, feront continuées. L'Augarten ſera
aggrandi , le grand Hôpital ſera élevé à 4
étages , & il aura 4 entrées principales , 6
cours & 250 falles.
Les horlogers ont obtenu la permilion
-de faire venir de l'étranger les rouages , les
aiguilles & les refforts pour la fabrication
des montres , en obtenant pour cet objet
des paſſeports , & en payant les anciens
droits de Douane.
L'éducation publique des enfans a été autrefois
très- négligée dans le Royaume de Bohême.
On voyoit à peine dans ce pays , qui renferme
une population de plus de deux millions d'ames ,
14000 enfans qui alloient aux écoles . Mais les
Intituteurs étoient la plupart des ſujets ignorans.
Par les foins de feue l'Impératrice Marie-
Théreſe , & de l'Empereur actuel l'éducation
publique dans ce Royaume a gagné infiniment
. On y compte actuellement 2200 écoles fu-
,
25
( 10 )
bliques , & l'hiverdernier le nombre des écoliers
étoit de 117,733 .
On apprendde Munich qne l'Electeur a ſupprimé
la Régence du haut Palatinat. Quelquesunsdes
membres de cette Régence ont été penſionnés
,& on croit que les autres ſeront employés
dans d'autres Colleges...
Des lettres de Clagenfurt , du 2 de ce
mois , apprennent que le 31 Janvier on y
reffentit àminuit deux nouvelles ſecouffes
de tremblement de terre. Le lendemain matin
il eſt tombé une prodigieuſe quantité de
neige; dans pluſieurs endroits elle eſt de la
hauteur de 3 pieds.
DE FRANCFORT , le 20 Fevrier.
Le Vicariat général de l'Archevêché de
Mayence a publié, le 28 du mois paſſé , une
ordonnance concernant les Chapitres collégiaux
, quidéclare irréguliere & contraire aux
anciennes loix de l'Egliſe , la réunion de plufieurs
Prébendes dans la même perſonne , &
ne permet d'exception qu'en faveur de ceux
qui , par un mérite & des ſervices diftingués
, auront acquis des droits évidens à
cette double récompenſe .
Les difpentes reçues de Rome à ce ſujet , n'auront
de valeur qu'autant qu'elles auront été ſoumiſes
à l'examen du Vicar at-Général . L'Ele& eur
dit à cette occafion : « qu'il ne veut uſer du pou-
>> voir qui lui a été confié , que pour le bien de
» l'Egliſe & non pour ſa deſtruction , & que ces
>>diſpenſes s'obtenǝient ſouvent par des ſuppoſi
( 11 )
ntions fauſſes&des voies obliques , comre l'in-
>> tention du S. Pere. Plus loin , il eſt dit au tu
>> jet du Clergé d'Allemagne : « On n'a vu que
>> trop ſouvent des Eccléſiaſtiques abufer de certe
>> facilitéde la Cour de Rome , en réunillant deux
>> Prébendes , tandis qu'ils n'en méritoient pas
>> une,& nuire par là à l'avancement de ceux
>>>qui en étoientplus dignes: il eſt temps de met
>> tre fin à un ſcandale auffi nuiſible. »
Une autre ordonnance interdit toutes les
diſpenſesdeRome au ſujet des mariages entre
parens , de la permiſſion de faire gras les
jours maigres , de lire des livres défendus , à
moins que ces diſpenſes ne foient préalablement
ſoumiſes au Vicariat général , qui décidera
de leur validité.
Autant que nous le pourrons , nous rafſemblerons
dans ce Journal tout ce qui peur
ſervir un jour de documens à l'hiſtoire , ou
d'inſtruction en cas de certains événemens.
L'état militaire des différentes puiſſances
mérite ſous ce point de vue d'être confervé.
Voici la compoſition actuelle& le dénombrement
des troupes du Landgrave de
Heffe-Caffel. On ſe fera une idée juſte de
l'influence que peut obtenir ce Prince par
fon armée, lorſqu'on apprendra ce que nous
affirmons , qu'outre quelques remifes d'impoſitions
faites à ſes peuples , des embelliffemens
de tout genre , qui ont rendu Caffel
l'une des plus belles villes de l'Europe , le
Landgrave a retiré des Anglois des ſubſides
ſi prodigieux , qu'avec le ſeul intérêt de ces
ſommes, il peut ſuffire à l'entretien de vingt
a6
( 12 )
-mille hommes. Aujourd'hui ſon armée conſiſte
dans les Régimens ſuivans :
Cavalerie.
Les Gardes-du- Corps , les régimens des Gendarmes
, du Prince Héréditaire , des Dragons ,
du Corps , du Prince Frédéric , de Schlotheim ,
deDiemar , Dragons ; le corps de Huſſards & te
corps des Chevaux- légers.
Infanterie.
Trois bataillons de Gardes , la Garde Suiſſe ,
les régimens du Landgrave , du Prince Héréditaire
, du Prince Charles , de vieux Losberg , de
Kniphauſen , de Donop , de Boſc , de Ditfurth ,
de Losberg jeune , de Wilke ; le régiment des
Grenadiers du Marquis d'Angelelli , le corps
d'Artillerie & le corps des Ingénieurs ; les régigiments
degarniſon de Scih , de Knoblauch , de
Benning , de Bulow , de Bunau , de Normann ,
& le bataillon des Invalides : en tout 31 régimens
dont 9 de Cavalerie & 22 d'infanterie. -
Les régimens des Cuiraſſiers ſont compoſés chacun
de 6 compagnies & chaque compagnie de
24 Cavaliers , non compris les Bas- Officiers;
2.compagnies de Cuiraffiers forment, un Eſcadron.
Les régimens de Dragons ſont compoſés
chacun des compagnies ou eſcadrons , & le complet
de chaque eſcadron eſt de 100 hommes , &
l'effectif de 50. La plupartdes régimens de Cavalerie
ne font pas montés . Les régimens
d'infanterie confiftent chacun en 5 compagnies ;
le complet de chaque compagnie eſt de 100 hommes
, & Beffectifde 60 .
-
Les régimens employés en Amérique pendant
fa derniere guerre , ont été une compagnie du
fecond& un du troiſſeme bataillon des Gardes ,
les régimens du Corps , du Landgrave , du Prin-
02
( 13 )
ce Héréditaire , du Prince Charles , de vieux
Losberg , ( fait prisonnier de guerre à l'affaire
deTrenton ) de Kniphauſen (prifonnier de guerre
à la même occafion ) , de Donop , de Bolc , de
Ditfurth , de Losberg jeune , trois compagnies
du corps d'Artillerie ;le régiment des Grenadiers
d'Angelelli ( fait prifonnierde guerre à l'affaire
de Trenton ) ; les régimens de garniſon de Scih ,
de Knoblauch , de Benning , de Bunau , en tour
15 régimens & 5 compagnies.
Le 23 de Janvier , le nouveau corps des
Volontaires Eſclavons a dû ſe mettre en
marche de la Sirmie pour ſe rendre à
Agram , & pour s'y joindre au corps des
Volontaires Croates. Ces deux corps devoient
enſuite partir enſemble pour les Pays-
Bas ; & l'on ignore les ordres précis donnés
depuis à leur ſujet.
Le Conſeiller Laxman a adreſſé à l'Académie
des Sciences de Pétersbourg une lettre
d'Irkuzk , dans laquelle il rend compte
de ſes obſervations ſur la congélation du
vif-argent dans la Sibérie. Il en réſulte que
le froid au 328. degré du thermometre de
Réaumur , eſt ſufilant pour opérer la congélation
du vif-argent leplus pur. L'Académie
a examiné ces obſervations par des
eſſais qu'elle a fait faireà ce ſujet , & les a
trouvé exactes .
;
L'Impératrice a non-feulement permis les
mariages des Ruffes & des Tarrares de la
Crimée , mais elle y a aufli en voyé un certain
nombre d'inflitateurs & d'ag iculteurs ;
les uns leur apprendront la Langue ruſſe ,
& les autres l'agriculture.
(14)
L'entretien de la Chambre Impériale de Wetzlar
, & les appointemens des Juges ſontportés
à la ſomme annuelle de 98.426 rixdalers ; mais
comme les contingents des Etats de l'Empire
ne ſont pas payés avec exactitude , la Chambre
touche tout au plus par an la ſomme de 50,764
rixdalers. Les appointemens des perſonnes employées
à la Chancellerie de ce Tribunal ſuprê
me , leſquels montent à la ſomme annuelle de
10,217 rixdalers font acquittés encore avec
moins d'exactitude ; on leur devoit vers la fin
de l'année derniere au moins la ſomme de 30,000
rixdalers .
,
ITALIE.
DE BOLOGNE , le 1 Février.
Les dernieres lettres de la Ruſſie-Blanche,
écrites à des perſonnes reſpectables de cette
ville , nous apprennent que le crédit des
Jéſuites qui s'y ſont établis , augmente de
jour en jour. Ils font même vus de ſi bon oeil
par les Evêques Grecs-fchifmatiques de la
Province , que l'on ne déſeſpere pas de voir
réunir par leur entremiſe ces Evêques &leurs
égliſes à la Religion Catholique-Romaine.
Si Monfignor Archetti , actuellement ,Cardinal
, avoit eu des inſtructions convenables
fur cet objet , lors de fon ambaſſade à
la cour de Ruffie, cette importante affaire
ſeroit vraiſemblablement très -avancée.
On écrit de Mantoue que , par un concordat
fait entre Sa Majesté Impériale & la République
de Venise , on a réuni aux Diocèſes de la Répu(
15 )
blique quelques diſtricts de la domination Imp
riale qui appartenoient aux Diocèles de Breſſe &
qu'il a été pub'ié à cette occafion une lettre très-
Tage de l'Evêque de Manroue.
Le ſculpteurClovacchino Falcioni de Rome,
ayant achevé de réparer à neuf le pavé
antique de moſaïque , trouvé à Otricoli ,
vient de commencer à le placer dans la rotondedu
Muſée Clémentin au Vatican. Ce
morceau précieux d'antiquité , admiré de
tous les connoiffeurs , achevera d'embellir
cette précieuſe collection.
DE MILAN , le 5 Février.
Il arrive tous les jours ici de Trieste des
grains qu'on enmagazine. On aſſure que le
Gouvernement a réſolu d'en faire importer
de Stirie , de Carinthie,&c. juſqu'à 42 mille
facs. Les importations déja faites ont diminué
de 2liv. le prix du muids.
Ona fupprimé ici ces jours derniers une Confrairie
établie dans l'Egliſe des Auguſtins de S.
Marc. Les revenus de cette Confrairie ont été
réunis à la caiſſe des fondations pieuſes , & on y
en joindra encore beaucoup d'autres pour former
un fonds plus confidérable , & capable de fubvenir
aux beſoins de toutes les pauvres familles de
la Ville.
DE ROME , le 4 Février.
:
On a trouvé dernierement dans les excavations
que la Chambre Apoftoliqve fait
pratiquer à ſes dépens dans les jardins de
( 12 )
-mille hommes. Aujourd'hui ſon armée conſiſte
dans les Régimens ſuivans :
Cavalerie.
Les Gardes-du-Corps , les régimens des Gendarmes
, du Prince Héréditaire , des Dragons,
du Corps , du Prince Frédéric , de Schlotheim ,
deDiemar, Dragons ; le corps de Huſſards & le
corps des Chevaux-légers .
Infanterie.
Trois bataillons de Gardes , la Garde Suiſſe
les régimens du Landgrave , du Prince Héréditaire
, du Prince Charles , de vieux Losberg , de
Kniphauſen , de Donop , de Boſc , de Ditfurth ,
de Losberg jeune , de Wilke ; le régiment des
Grenadiers du Marquis d'Angelelli , le corps
d'Artillerie & le corps des Ingénieurs ; les régigiments
degarnison de Scih , de Knoblauch , de
Benning , de Bulow , de Bunau , de Normann ,
& le bataillon des Invalides : en tout 31 régimens
dont 9 de Cavalerie & 22 d'infanterie.-
Les régimens des Cuiraſſiers ſont compoſés chacun
de 6 compagnies & chaque compagnie de
24 Cavaliers , non compris les Bas-Officiers;
2.compagnies de Cuiraffiers forment, un Eſcadron.
Les régimens de Dragons ſont compoſés
chacun des compagnies ou eſcadrons , & le complet
de chaque eſcadron eſt de 100 hommes , &
l'effectif de 50. La plupartdes régimens de Cavalerie
ne font pas montés. Les régimens
d'infanterie confiftent chacun ens compagnies ;
le complet de chaque compagnie eſt de 100 hommes
, & Beffectif de 60 .
-
Les régimens employés en Amérique pendant
få derniere guerre , ont été une compagnie du
fecond& un du troiſſeme bataillon des Gardes ,
les régimens du Corps , du Landgrave , du Prim
( 13 )
ce Héréditaire , du Prince Charles , de vieux
Losberg , ( fait priſonnier de guerre à l'affaire
deTrenton ) de Kniphauſen (priſonnier de guerre
à la même occaſion ) , de Donop , de Bolc , de
Ditfurth , de Losberg jeune , trois compagnies
du corps d'Artillerie ; le régiment des Grenadiers
d'Angelelli ( fait priſonnier de guerre à l'affaire
de Trenton ) ; les régimens de garniſon de Scih ,
de Knoblauch , deBenning , de Bunau , en tout
15 régimens & 5 compagnies.
Le 23 de Janvier , le nouveau corps des
Volontaires Eſclavons a dû ſe mettre en
marche de la Sirmie , pour ſe rendre à
Agram , & pour s'y joindre au corps des
Volontaires Croates. Ces deux corps devoient
enſuite partir enſemble pour les Pays-
Bas ; & l'on ignore les ordres précis donnés
depuis à leur ſujet.
Le Conſeiller Laxman a adreſſé à l'Académie
des Sciences de Pétersbourg une lettre
d'Irkuzk , dans laquelle il rend compte
de ſes obſervations fur la congélation du
vif-argent dans la Sibérie. Il enréſulte que
le froid au 328. degré du thermometre de
Réaumur , eſt ſufiſant pour opérer la congélation
du vif- argent le plus pur. L'Académie
a examin ces obſervations par des
eſſais qu'elle a fait faire à ce ſujet , & les a
trouvé exactes .
L'Impératrice a non-feulement permis les
mariages des Ruffes & des Tartares de la
Crimée , mais elle y a auffi envoyé un certain
nombre d'inflitateurs &d'ag iculteurs ;
les uns leur apprendront la Langue ruffe ,
& les autres l'agriculture.
(14 )
L'entretien de la Chambre Impériale de Wetzlar
, & les appointemens des Juges ſont portés
à la ſomme annuelle de 98.426 rixdalers; mais
comme les contingents des Etats de l'Empire
ne font pas payés avec exactitude , la Chambre
touche tout au plus par an la ſomme de 50,764
rixdalers. Les appointemens des perſonnes employées
à la Chancellerie de ce Tribunal ſuprê
me , lesquels montent à la ſomme annuelle de
10,217 rixdalers , ſont acquittés encore avec
moins d'exactitude ; on leur devoit vers la fin
de l'année derniere au moins la ſomme de 30,000
rixdalers .
ITALIE.
DE BOLOGNE , le 1 Février.
Lesdernieres lettres de la Ruſſie-Blanche,
écrites à des perſonnes reſpectables de cette
ville , nous apprennent que le crédit des
Jéſuites qui s'y font établis , augmente de
jour en jour. Ils font même vus de fi bon oeil
par les Evêques Grecs-ſchiſmatiques de la
Province , que l'on ne déſeſpere pas de voir
réunir par leur entremiſe ces Evêques & leurs
égliſes à la Religion Catholique-Romaine.
Si Monfignor Archetti , actuellement , Cardinal
, avoit eu des inſtructions convenables
ſur cet objet , lors de fon ambaſſade à
la cour de Ruffie, cette importante affaire
ſeroit vraiſemblablement très - avancée.
On écrit de Mantoue que , par un concordat
fait entre Sa Majesté Impériale & la République
de Venise , on a réuni aux Diocèſes de la Répu
(15 )
F
blique quelques diſtricts de la domination Imp
riale qui appartenoient aux Diocèles de Breile &
qu'il a été pabié à cette oc aſion une lettre trèsſage
de l'Evêque de Manroue.
Le ſculpteurClovacchino Falcioni de Rome,
ayant achevé de réparer à neuf le pavé
antique de mosaïque , trouvé à Otricoli ,
vient de commencer à le placer dans la rotonde
du Muſée Clémentin au Vatican. Ce
morceau précieux d'antiquité , admiré de
tous les connoiffeurs , achevera d'embellir
cette précieuſe collection .
DE MILAN , le 5 Février.
Il arrive tous les jours ici de Trieste des
grains qu'on enmagazine. On aſſure que le
Gouvernement a réſolu d'en faire importer
de Stirie , de Carinthie,&c. juſqu'à 42 mille
facs. Les importations déja faites ont diminuéde
2liv. le prix du muids.
Ona ſupprimé içi ces jours derniers une Confrairie
établie dans l'Eglise des Auguſtins de S.
Marc. Les revenus de cette Confrairie ont été
réunis à la caiſſe des fondations pieuſes , & on y
en joindra encore beaucoup d'autres pour former
un fonds plus confidérable , & capable de fubvenir
aux beſoins de toutes les pauvres familles de
laVille.
DE ROME , le 4 Février.
1
On a trouvé dernierement dans les excavations
que la Chambre Apostolique fait
pratiquer à ſes dépens dans les jardins de
( 16 )
Sancta Sanctorum, une tête coloſſale d'Herculecouronné;
une petite colonne ornee de.
pampres & de lierre , dédiée à ce même
demi Dieu par un Affranchi d'Augufte , &
unvaſe de terre , contenant 375 médailles
du IXe. fiecle.
:
li
S. Em. le Cardinal Carlo Rezzonico voulant
remédier à la rareté du numéraire dans
cet Etat , a tenu ces jours derniers pour la
ſeconde fois un comité particulier , compofé
de Cardinaux & de Prélats : mais juſqu'içi
rien n'a tranſpiré de ſes réſolutions. Cependant
on ſuppoſe que l'Etat empruntera trois
millions d'écus à une cerraine Puiſſance.
Le 28 du mois prochain , il fera tenu dans le
Palais du Vatican , wae Congrégation des Rites
ſacrés , pour la béatification & canonitation du
vénérable Juan Grande , Religieux Profes de
l'ordre de S. Jean-de- Dieu de Séville , & dans
laquelle il ſera fait l'examen de ſes miracles.
DE NAPLES , le 3 Février
Ilarrive tous les jours en cette ville des
perſonnes étrangeres de diverſes nations.Un
des objets de curioſité qui les attirent , eſt
le Véſuve qui continue toujours ſes éruptions
de laves .
On efpere rétablir à Bayes & àPouzzole,
au moyen 'des deflécke ens alixquels on
! travaille , les anciens po
Romains : le mas
érant purifié , on ber
ront en peu de temps.
1 Wolent les
mpagnes
e peuple.
( 17 )
Onaappris par le dernier Courier d'Eſpagne,
que la Cour avoit nommé le Comte de Las Cafas
Ambaſſadeur auprès de notre Souverain , à la
place du Vicomte de la Herreria qui va réſider
auprès de la Cour de Turin.
Dans le deſſein de donner au Corps de la
Marinedes ſujets habiles en tous les genres ,
on vient de faire embarquer trois pilotes
pour Terre neuve ſur des bâtimens anglois ,
où ils feront entretenus aux dépens de S. M.
LeMarquis de Caraccioli , Vice -Roi de Sicile
, prend les meſures les plus juſtes pour en
perfectionner l'adminiſtration . Il vient de régler
que les Barons de ce Royaume ne pourront point
faire empriſonner leurs propres fiefs . Ils devront
à l'avenir avoir recours à la Grande- Chambre .
Enfin ils ne pourront pas non plus s'attribuer
l'Election des Adminiſtrateurs des Communes de
leurs fiefs ; l'intention du Gouvernement étant
qu'ils ſe conforment aux uſages du Royaume de
Naples.
On continue avec activité dans la Calabre
les travaux pour l'écoulement des eaux
ſtagnantes , que les derniers tremblemens
ont raſſemblé. Plus de 1500 travailleurs y
ſont continuellement employés , & les frais
ſe montent à plus de 12 mille ducats par
mois.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 12 Février:
S. M. a nommé Secrétaire d'Etat au département
des Finances , & par interim Se(
18 )
:
crétaire d'Etat à celui de la guerre , Dom
Pedro Lopez de Lerena , aſſiſtant de Séville
&Intendant des troupes de l'Andaloufie , à
la place de feu Dom Miguel de Muzquiz ,
qui occupoit les mêmes emplois.
Sur les repréſentarions faites au Gouvernement
par le corps des Pêcheurs de Llanès dans les
Asturies , concernant les moyens de rétablir la
pêche qui y fleuriſſoit autrefois , le Ministere
vient d'accorder aux Pêcheurs des barques qui
iront à la pêche de la morue, le privilege d'être
exempts du ſervice du Roi; il ſe propoſe en outre
de donnerdes ordres pour faire nettoyer le port
deLlanès.
On eſpere bientôt voir cette Ville recouvrer
l'opulence qu'elle avoit jadis lorſque la pêche
étoit encouragée , & que les Nobles eux- mêmes
s'intéreſſoient à ſa proſpérité.
On a lancé à l'eau à Carthagene, le 22
Janvier dernier, le vaiſſeau de 74 can. , le
S. Ildephonſe. Les travaux continuent avec
la même activité. Ilya actuellement ſur les
chantiers un autre vaiſſeau de la même force
nommé le S. Antoine, deux frégates de 34 ,
&deux galéaces ,
Dans le courant de l'année derniere , il a été
expédié de S. Andero pour les poffeffions Eſpagnoles
de l'Amérique , 24 Bâtimens dont 16 ont
fait leurs retours dans ce port. Il eſt entré en outre
pendant la même année , 688 Navires ; ſavoir ,
562.Eſpagnols , 71 François , 15 Anglois , 10
Hollandois , 2 Américains , 2 Danois , s Vénitiens
, 3 Génois , 11 Portugais , 2 Ruſſes & 5
Pruffiens.
)
( 19 )
Dans le même eſpace de 1784 , il s'eft
trouvé à Saint-Lucar de Barameda , 148 mariages
, 601 batêmes , & 292 enterremens ;
les naiſſances ont excédé les morts de 309 .
Sur les 14,918 ames que contient la ville ,
d'après les derniers dénombremens , il n'en
eſt pas même mort 2 fur 100.
Pendant la même année il eſt entré dans
ce port 119 navires , dont 30 Eſpagnols, 9
François , I Napolitain , 42 Anglois , 13 Hollandois
, 6 Danois , 9 Portugais , 3 Impériaux
, 2 Génois , 2 Vénitiens , I de Hambourg&
un Suédois.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 19 Février.
:
M. Pitt propofa un Bill pour permettre
aux habitans de Terre-Neuve , de s'approviſionner
de vivres chez les Etats Unis , ſous
la condition qu'ils ſe ſerviroient , dans ces
voyages , de navires & d'équipages Anglois.
Pluſieurs membres des Communes ,
entr'autres M. Eden, objecterent que ce Bill
feraitune infraction à l'acte de navigation ;
M. Pitt le juſtifia de ce reproche. Le 4 on
le lut pour la ſeconde fois dans la chambre
des Communes : Lord North s'y oppofa
ſous prétexte que le Monopole des ſubſiſtan
ces de nos colonies appartenoit à la Métro ,
( 20 )
pole; doctrine réfutée par M. Jenkinson.
Ce dernier expofa, en s'appuyant fur les preuves
les plusauthentiques , que la Colonie deTerre-
Neuve , par une manoeuvre qui fait honte aux
Négocians de Pool & de Dartmouth , s'étoit trouvée
réduite à la plus affreuſe détreſſe; que le
Gouverneur Campbell , effrayé de la famine qui
menaçoit ſa Colonie , s'étoit décidé à détobéir aux
loix de la navigation & a envoyer chercher des
vivres fur le territoire desEtats Unis .
Le Bill ayant été mis au Comité , reçut
la troiſieme lecture le 16, fut admis & renvoyé
à l'approbation des Chambres des
Paris. :
S'il faut en croire les Papiers de l'oppoſition ,
les amis du Marquis de Lansdown ont voté pour
M. Fox dans l'Affaire de l'Election de Westminfter.
En conféquence , ces mêmes Gazettes ſont
remplies de paragraphes , qui préſagent une nouvelle
coalition. Il eſt certain qu'une partie des
Adhérens du Miniſtere , fatigués des interminables
longueurs de cette vérification des votes ,
ont opiné pour y mettre fin.
Le 15 , la chambre des Communes vota
29,345 hommes effectifs , y compris les
trompes de la marine , pour le ſervice de
terre de cette année. Les fix régimens qu'on
projettoit de réformer ne le feront point encore,
& on a fuppléé à cette réduction , par
celle de fix hommes & d'un tambour dans
chaque compagnie.
M. Francis fit enſuite une motion appuyée de
beaucoup de calculs & de véhémence , relative
aux dépenses & aux revenus de l'établiſſement
dans l'inde. Sur les objections de M. Dunias
( 21 )
& d'autres , il réduiſit enſuite ſa motion par
forme d'amendement , à ce qu'il fut ordonné aux
Directeursde la Compagnie des Indes de préſenter
à la Chambre un état des reſſources probables
&des dépenſes du Bengale depuis le ser de Mai
1784 , au 1er de Mai 1785. La motion fut alors
agréée ſans difficulté.
Le 17 , la Chambre ſe forma en comité
pour délibérer ſur l'état des comptes publics.
M. Pitt expoſa le réſultat du travail
des Commiſſaires chargés de cette vérification;
il en développa chaque article , il préſenta
les abus & les remedes , annonça plufieurs
bills à ce ſujet , & finit par propoſer
qu'il lui fût permis de préſenter un bill pour
établir la meilleure forme de régler & d'examiner
les comptes publics dans le Royaume,
& un autre bill dans le même genre , relatif
au bureau du Tréſorier de la Marine. Le
Miniſtre fit précéder ces deux motions d'un
diſcours auſſi inſtructif que détaillé , mais
que le défaut d'eſpace nous oblige de renvoyer
au Journal ſuivant. Il nous fuffira de
dire qu'il s'agit ici d'une réforme générale
dans les frais derecouvrement & dans la perception
des revenus publics , des économies
àgagner fur cette partie, des profits à enlever
aux différens Caiffiers & Receveurs ,
notamment au Receveur-Général de la taxe
des terres. M. Pitt démontra la léſion dupublic
parles proviſions allouées à ces Officiers
intermédiaires entre le tréſor & la nation ,
parlesjouiſſances d'argent qu'ils s'arrogeoient
en prolongeant l'époque de leurs verſemens ,
( 22 )
&par les ſommes dont ils étoient fouvent
reliquataires. Le Miniſtre examina enſuite les
différens prétextes dont s'autorifoient les
Receveurs publics , & les fuivit dans chacune
desbranches du revenu national. Il n'eſt pas
douteux que le Parlement ne mette fin à
des déſordres ; aucun intérêt particulier, aucune
intrigue ne pouvant prévaloir ici &
dans cette circonstance ſur l'intérêt national.
Leplan qui doit ſervir de baſe aux nouvelles
liaiſons de commerce entre l'Angleterre
& l'Irlande , fut proposé le 7 de ce
mois à la Chambre des Communes de ce
dernier Royaume, par M. Orde , Secrétaire
du Viceroi . Ce plan conſiſte dans les neuf
articles ſuivans :
1º. Les importations des marchandiſes provenantes
de l'Angleterre & de l'Irlande reſpectivement
, feront fur un pied d'égalité.
2°. Tous les articles quelconques qui ne font
point du crû ou de la fabrication de laGrande-
Bretagne& de l'Irlande , pourront être réexportés
& admis dans les Ports de ces deux Pays ,en
payant les mêmes droits , & les anciens impôts
feront ſupprimés , afin qu'on ne puiſſe plus interprêter
d'une maniere partiale l'acte de navigation.
3°. Tous les articles de manuf. Aure des deux
Pays feront admis réciproquement à parité de
droits.
4°. Dans la vue d'égaliſer les droits fur les manufactures
importées de l'un des deux Pays dans
l'autre , le Pays où exiſte le droit le plus fort ſera
tenu de le réduire au même taux que l'autre.
( 23 )
5°. Tousles objets de manufactures , qui dans .
l'un ou l'autre Pays fupportent un droit intérieur ,
feront aſſujettis à ce dron en cas d'exportation.
6 ° . Il n'exiſtera plus de prohibition à l'égard de
l'importation des manufactures provenantes de
l'un ou de l'autre Pays , & elles ne feront plus aflujetties
à aucun dro.t additionel .
7. La même diſpoſition aura lieu à l'égard de
l'exportation .
8°. Il ne ſera accordé aucune gratification fur
l'exportation des marchandises de l'un ou de l'autre
Pays , excepté pour la fleur de farine & la
drêche.
9°. Tous les articles du crû ou de la fabrication
desEtats étrangers & provenants de la Grande-
Bretagne ou de l'Irlande, feront admis réciproquement
dans les Ports de l'un &de l'autre de ce
Pays.
M. Orde fit des obſervations ſur chacune de ces
propofitions , & il annonça une motion tendante à
augmenter les forces générales de l'Empire , en
appliquant une partie du revenu héréditaire à
l'objet que le Parlement jugeroit le plus convenable.
On annonce comme certain que les Directeurs
de la Compagnie des Indes ont déterminé
le rappel de M Haſtings , & que ce
Gouverneur général du Bengale fera remplacé
par le Lord Macartney. Le Préſident
de la Compagnie s'eſt , dit-on , rendu le 14
chez M. Pitt , pour lui faire part de cente
déciſion , & on aſſure que le premier Miniftre
y a donné ſa ſanction. Cette révolution
pourra coûter cher à la Compagnie, & prouve
d'une maniere péremproire l'eſprit de fac(
24 )
tion qui la domine , & l'inconféquence de
toutes les mesures .
Les Directeurs de la Compagnie des Indes ſe
propoſent de frêter encore 10 Vaſſeaux pour la
Chine ſeulement ; ce qui portera à 18 le nombre
de ceux employés extraordinairement à ce commerce.
Tels font les heureux effets de la taxe
commutative. Lorſque la contrebande du thé ſera
ſupprimée entiérement , la Compagnie pourra
envoyer tous les ans 30 Vaiſſeaux à la Chine : ce
quidonnera de l'emploi à environ 4000 Matelots.
On envoye à nos établiſſemens fur la
côte d'Afrique un renfort de 2 Compagnies
d'infanterie . Les troupes partiront dans peu
de jours ſous l'eſcorte du Commodore
Thompson .
J
Le Public a pris beaucoup d'intérêt à la
fituation d'un de nos membres du Parlement
, le Colonel Barré. Cet Officier , dont
la vue étoit déja très- affoiblie , vient de
perdre totalement la lumiere. Il aſſiſte néanmoins
toujours au Parlement avec la même
dignité , & prend autant de part aux débats
que fon état affligeant peut le lui permettre.
On attend à Londres dans quelques ſemaines
une députation du Comité des Etats- Unis de l'A
mérique , qui viennent , dit-on , pour prendre ,
avec notre Ministere , un arrangement définitif,
relativement au ſyſtême de commerce entre l'Angleterre
& l'Amérique. Ils comptent avoir en
leur faveur une partie du Miniſtere , & ils efperent
, qu'en nous promettant quelques avantages
pour notre commerce dans leurs Ports , ils
nous détermineront à nous éloigner de notre acte
de navigation , & à leur permettre de devenir les
facteurs
( 25 )
facteursdu commerce entre nosIſles & la Métropole.
Mais il faut eſpérer que la ſageſſe & la fermetédu
Parlement nous garantira des effers d'une
ſemblable connivence.
La plupart des vaiſſeaux du Roi qui viennent
d'être vendus au public , particulierement
ceux du port le plus conſidérable , one
été achetés parles agens des négocians Américains;
achats qui prouvent la pauvreté des
Américains , dont cependant l'habileté en
fait de conſtruction eſt généralement reconnue.
, quo
Apeine avons - nous encore joui d'une année
de tranquillité , dit une lettre de la Jamaïque
du 22 Janvier , qu'il s'éleve des difficultés qui
pourront amener de nouveaux déſaftres , & devenir
peut-être le prétexte d'une nouvelle guerre.
Ces différends ſont ceux qui ont lieu entre nos
Colons de la côte des Muſquitos ,&les Eſpagnols
qui viennent de leur donner de nouvelles marques
de leur ancienne jalouſie. Les nouvelles
nous avons reçues de ces parages , ſont d'une na .
turetrès- affligeante.Elles promettent un ſort trèsmalheureux
a nos Concitoyens établis fur cette
-côte. Les plaintes , qu'ils ont portées au Gouverneur
& au Conſeil , font envoyées enAngleterre
fur le même Paquebot qui porte la préſente; mais
dans la crainte que les choſes n'empirent avant
qu'onpuiſſe recevoir des ordres d'Angleterre , on
a tiré des divers Régimens 600 hommes , que
l'on va équipperde maniere à pouvoir les embarquer
au premier moment , dans le cas où les Eſpagnols
procéderoient aux voies de fait pour expulfernos
Colons. Le Sloop le Swan croiſe actuellement
ſur la côte , & la frégate la Fiore , qui
vient d'être radoubée , va ſe rendre à la même
Nº. 10,5 Mars 1785.
b
( 26 )
ſtation avec un renfort de 70 hommes , qu'elle
débarquera pour protéger nos établiſſemens .
Le Général Roff s'étant exhalé en plaintes
peu meſurées contre le choix qu'a fait le
Roi dụ Général Boyd , Lieutenant-Gouverneur
de Gibraltar , pour lui donner l'Ordre
du Bain , on l'a mis aux arrêts ces jours
derniers . Le prétexte de ſa réclamation eft
qu'il eſt en grade l'aîné du Général préféré.
On ne fait point encore s'il y aura une cour
martiale à ce ſujet.
Le navire la Marie , Capitaine Hay , parti de
Leith pour Londres , a coulé bas en mer il y a
quelques jours à la hauteur d'Orfordneſſ , vers
leminuit. Ily avoit à bord 30 perſonnes , compris
l'équipage. 24 ont péri à bord , & les fix autres
ſe ſont réfugiés dans la chaloupe. Après avoir
battu la mer 15 heures de tems , ils ont débarqué
ſains & ſaufs , à l'exception d'un qui
mourut dans la chaloupe. Le maître , ſon ſecond
, deux paſſagers & un Matelot ſont les cinq
perſonnes qui ont eu le bonheur d'échapper du
naufrage. Le Bâtiment ne faisoit point d'eau ,
&, deux heures avant ce déſaſtre , on fonda les
pompes fans en trouver. C'eſt á cinq lieues auN. E.
d'Orfordneſſ que ce malheureux événement eſt
arrivé. Le Bâtiment avoit à bord une cargaifon
affez riche.
FRANCE .
DE VERSAILLES , le 23 Février.
Le 16 de ce mois , le Prince Doria-
Pamphili , Archeveque de Séleucie , Nonce
ordinaire du Pape , eut une audience parti(
27 )
culiere du Roi , pendant laquelle il prie
congé de Sa Majefté. Il fut conduit à cette
audience , ainſi qu'à celles de la Reine & de
la Famille Royale , par le ſieur Lalive de la
Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs ; le
fieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaſſadeurs ,
précédoit.
Le Comte de Saint- Prieſt , ci-devant Ambaſſadeur
du Roi à la Porte , de retour de
fon Ambaſſade , a eu l'honneur , à fon arrivée
ici , le 19 de ce mois , d'être préſenté à
Sa Majeſté par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Miniftre&
Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres .
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont ſigné ,
le 20de ce mois , le contrat de mariage du Comte
de Croiſmare , Capitaine de Dragons au Régiment
de Ségur , avec Demoiselle de Croiſmare ;
celui du Comte de Nonant , avec Demoiselle
de Nonant de Pierrecourt ; & celui du Comte
d'Eſtampes , avec Demoiselle le Camus.
1
Le même jour , la Princeſſe de Talmont a
eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Ducheſſe de la
Tremouille , & de prendre en même tems le
Tabourer,
La Marquiſe de Montaignac a auffi eu , ce
jour , l'honneur d'être préſentée à leurs Majef
tés & à la famille Royale par la Marquiſe de
la Roche-Aymond.
Le 22 , le Prince Bariatinski , Miniſtre plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruſſie
du Roi une audience particuliere , dans laquelle
ba
, a eu
( 28 )
,
il a pris congé de Sa Majesté ; après cette audience
, le ſieur Simolin , Miniſtre plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie en a eu pareillement
une , dans laquelle il a préſenté ſa
letare de créance au Roi. Ces deux Miniſtres
ont été conduits à l'audience de Leurs Majestés,
& à celles de la Famille Royale , par le ſieur
Lalive de la Briche , Introducteur des Ambaffadeurs
; le ſieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire
du Roi pour la conduite des Ambaffadeurs
, précédoit .
DE PARIS , le 4 Mars.
Une lettre du port Vendre , en Rouſſillon
, rapporte de la maniere ſuivante les travaux
exécutés dans cette ville , & les avantages
de ſon port.
,
Nous commençons à jouir , depuis quelques
années des avantages de ce Port , mais ils
viennent de s'accroître par la quantité de Bâtimens
qui y ſont entrés dans le courant de
l'année derniere , ſoit pour le commerce , ſoit
pour le réfuge ; l'on en compte 762 , dont 344 des
premiers , & 418 des ſeconds. Ce Port prétente
P'entrée la plus facile ; & la tranquillité dans
fon intérieur est égale à celle d'un canal ; les
Etrangers admirent l'obéliſque en marbre , élevé
par la Province à la gloire du Roi , premier
inonument que la France ait conſacré à Sa Majefté.
Elevé à cent pieds au - deſſus du niveau de la
mer , il eſt terminé par le globe des quatre parties
dumonde , & furmonté d'une fleur - de- lys en
forme de Protection de toutes les nations.
Le ſocle eſt orné de bas-reliefs en bronze ,
( 29 )
préſentant les quatre premieres époques du Regne
du Roi , l'un , la Servitude en France abolie , l'autre
, l'Amérique indépendante , & les deux autres ,
le Commerce protégé , & la Marine relevée. Lo
tout furmonté de trophées & d'inſcriptions.
Il eſt entouré de quatre piédeſtaux en marbre
d'Italie ,portant les attributs des Souverains
des quatre parties du monde ; ils ſont
unis par des grilles de fer dorées ; & l'intérieur
pavé en marbre , préſente quatre marches pour
monter au pied de l'obéliſque. Ce monument
eſt élevé au centre de la grande place de Louis
XVI , ornée dans tout fon pourtour de trophées
militaires de terre & de mer , & l'on y monte
de la place de débarquement , par un ſuperbe efcalier
en avant-corps à deux rampes , aux pieds
deſquelles ſont deux génies tenant deux cornes
d'abondance d'où ſortent toutes les richeſſes
du commerce & de la mer , & aux deux côtés
deux fontaines qui donnent de l'eau aux vaiſſeaux.
On jugera par la lettre ſuivante des heureux
ſuccès du Magnétiſme animal dans les
Provinces , & de la chaleur des Initiés, On
regardera peut -être cette Epître comme un
nouveau farcaſme contre la doctrine ; mais
nous en ſommes très innocens , & tout le
blâme en ſera à l'Auteur, dont nous confervons
foigneuſement les expreſſions & Torthographe.
Monfieur, je ne puis ſortir de mon éronrement
, lors que lifant votre journal , dont je tuis
abonataire , je n'i vois continuelement que far.
ca'mes & panphelet , contre la doctrine du magnétiſme
animal , & jamais rien en ſa faveur ,
tandis que je lis journellement des livres remb3
( 30 )
A
plis de métafifique & de raiſonemens les plus
fots , qui tous prouvent l'exiſtence d'un fluide
vivifiant de la manière la plus irrévocable ; je
ne puis vous regarder comme oppoſans à cette
doctrine& encor moins comme fes juges ; car
M. Meſmer ne doit reconnaître comme tels que
les perſonnes inſtruites de ſon principe & vos
expreffions nous affurent du contraire : il me
ſemble que vous ne devez pas ignorer du grand
nombre de perſonnes , qui inſtruites , font per
fuadés de la verité de cette doctrine , & que vous
êtes trop publics pour ôfer prendre un parti d'oppoſition
décisif comme celui que vous avez l'air
de prendre parti qui entre vos mains ne pouroit
être regardé que comme cabale & ne cadreroit
pas avec le but que vous vous êtes propoſé de
plair à tout le monde. Ce n'eſt donc que dans
l'impartialité que vous pourez trouver cette confiance
qui vous eſt ſi neceſſaire ; c'eſt auſſi dans
celle oùjeſuis que vous voudrez bien vous en rapporter
a mon ateſtation que je vous adreſſe celle
ci-deſſous que je vous prie d'inſerer dans votre
journal à l'ordinaire le plus prochain ou me marquer
les raiſons qui vous auront détermines à
agir au contraire ..
Je ne ſuis point deffenſeur de la doârine du
magnétiſme animal , j'ai peutêtre été un des plus
mécreans; l'air impofant & de miſtère que prenoient
à Beauberg pluſieurs des traitans , n'étoit
pas ſuffifant pour me perfuader : j'ai ſuivi ce traitement
pendant trois mois plutôt comme curieux
que comme entouſiaſte ; j'ai voulu enfin me faire
inſtruire de cette doctrine qui me paroiſſoit plus
finguliere que ſavante , je l'ai étudié , enfin ,
& en termes de maconnerie j'ai vû la lumiere.
Elle m'a d'abord étonné ,& plus j'ai cherché à
la trouver pure , plus elle a paru s'obscurcir à
V
( 31 )
mes yeux; tel eſt l'effet que doivent produire
toutes les ſciances ſur les hommes peu inftruits ,
mais je ne me ſuis point déconcerté pour cela
j'ai cru que l'expériance ſeule pouvoit me lever
toute difficulté j'ai attendu l'occaſion elle s'eft
préſenté.
Le premier jour de Janvier dernier le ſeut
Orange Md. à Saint-Denis- du- Port près Lagny
me fefant vifitte me dit en larmoyant qu'il étoit
déſolé de ce que Pierre Huvé , ſon neveu , étoit
chez lui malade depuis 6 mois d'une fievre qui ne
lui laiffoit point de relache , & que depuis trois
jours ilavoit un friffon qui n'avoit pas diſcontinue ;
je fus pénétré de la douleur de ce voisin , me
tranſportai auffitôt chez lui, je trouvas effectivement
ce malade dont le tremblement metoit tout
le lit en mouvement ; je le magnetiſai & après
un quart d'heure de traitement, je ſentis le friffon
s'arreter ; je ne pouvois me perfuader que ce fut
moy qui produiſois cet effet& pour m'aſſurer du
fait je detournai la main de deſſus le malade &
fis lever auſſi la main du nommé Orange , que
j'avois pris avec deux autres perſonnes pour établirune
chaine : le friffon reprit à l'inſtant ; alors
redoublant de courage , & ne pouvant douter
que ce fut mon traitement qui fit cet effet , j'ai
retablis ma chaine juſqu'à ce que le friſſon fut
ceffé en entier, ce que j'ai obtenu après un autre
quart d'heure , j'ai continué depuis , le même
traitement & aubout de 10 jours , j'ai vu de la
mutation , la fievre a changé d'heure & laiſſoit
plus de tranquilité à mon malade , auquel j'ai
trouvé la groſſeur d'un oeuf au côté gauche au
deſſous des côtes dans les viſſeres , cette groſſeur
étoit on ne peut pas plus ſenſible à mon malade
qui dabors n'i pouvoit fouffrir l'aproche de mes
doits ; il eſt ſurvenu un crachement de fang
b4
( 32 )
corrompu après lequel la groſſeur a diſparu , la
fevre s'eſt calmé & l'apetit eſt revenu . Je n'ai pas
youlu vous informer de cette guériſon qu'elle
n'ait été certaine & avéré : il y a aujourd'hui
Is jours que cet homme ne s'eſt ſenti d'aucun
mouvement de la meme fievre & il eſt en état de
travailler. J'ai l'honneur d'etre , &c.
RAMARD ,
Avocat en Parlement , Conſeiller du Roi , Contrôleur
auGrenier à fel de Lagny , & Maire de
la même Ville .
Lagny, ce 4 Février 1785 .
Voici des guériſons d'un autre genre , &
qu'iln'eſt pas inutile de mettre ſous les yeux
du Public , puiſqu'elles ſont atteſtées par un
Phyſicien qui nous écrit en ces termes :
J'ai lu , dans votre journal du 29 Janvier 1785 ,
une lettre de M. le Provoſt , Curé de St. Marc
d'Ouilly , dioceſe de Bayeux , au ſujet d'une fille
épileptique , dont la guériſon eſt due à un accident
preſque mortel. Je vais vous en expoſer
deux autres , dont la premiere eſt due à un arrêt
de mort.
Madame de Feugneroles , demeurant au château
de Mallot , à deux petites lieues de Caen ,
avoit une chatte épileptique qui avoit eu pluſieurs
portées de chats morts-nés. Les attaques d'épilepfie
étoient fi fréquentes , que , quoiqu'elle fût
chérie de la maîtreffe du château , elle donna
ordre à un de ſes laquais de la tuer. Il ſe contenta
de lui patter une corde au col, fans la ferrer , &
la pendit à un arbre : elle y reſta pendant trois
jours. Madame de Feugneroles paſſant par le lieu
où elle étoit , l'apperçut , & , la croyant morte ,
elle ordonna de couper la corde , & la fit jetter
dans unehaie qui étoit proche. Le lendemain ,
( 33 )
quatrieme jour depuis fon exécution , la chatte
rentra au château : on lui accorda la grace. Elic
a vécu fix ans depuis ce temps , fans aucunes
attaques d'épilepfie : elle a eu pluſieurs portées
de chats tous vivans. Ce fait eſt certain , M. &
Madame de Feugneroles me l'ont atteſté en me
montrant la chatte .
Je penſe bien qu'on ne ſera pas tenté de pendre
un épileptique pour le guérir ; mais une diette
rigoureuſe ne pourroit-elle point opérer la guérifon
de cette maladie ? Je m'en rapporte aux
maîtres de l'art : il n'en couteroit rien pour
eſſayer.
J'ai opéré la guériſon ſuivante en 1782. Une
femme âgée de 28 ans vint me prier de l'électriſer.
Elle avoit des attaques d'épilepfie trèsfréquentes.
Après qu'elle m'eur expoſe ſon état ,
j'obſervai attentivement ſon pouls, qui m'indiqua
que le cerveau n'étoit aucunement embarraílé ,
mais ſeulement l'estomach & le bas-ventre. Je
tegardai ſon épilepfie non comme idiopathique ,
mais ſeulement comme ſymptomatique. En conſéquence
, je m'appliquai à attirer Phumeur fur
le bras gauche ( il m'auroit été auſſi facile de la
tranſporter fur-une des jambes ) en y tirant des
étincelles , que l'on rend dures & piquantes par
une diſpoſition particuliere de la bouteille de
Leyde ou du tableau magique. Le foir du premier
traitement elle eut une attaque d'épilepfie :
le lendemain elle fut électriſée matin & foir ,
chaque fois pendant trois quarts d'heure. Les étincelles
formerent ſur le bras des puftules comme
des boutons de petite- vérole diſcrete , qui le lendemain
étoient remplisd'une ſérofité rouſſe , qui
cauſoit à la malade une démangeaiſon fort vive
fur le bras . Son pouls m'indiqua que l'eſtomach
& le bas-ventre étoient moins affectés qu'aupas
b
1
( 34 )
ravant. Je continuai les mêmes opérations que
les jours précédens . Quelques- unes des pustules
s'ouvroient , les autres devinrent plus groſſes. Le
quatrieme jour, au matin, elle ſentoit comme
un cordon qui s'étendoit d'un côté à l'autre dans
la région ombilicale. J'y appliquai la chaîne du
conducteur , & je tirai des étincelles du bras
comme les jours précédens. L'eſpece de cordon
ſe diſſipa. Après l'électriſation du ſoir , je lui
trouvai le pouls fort régulier & qui n'indiquoit
preſque plus aucun embarras dans l'eſtomach. Je
la trairai pendant quinze jours de la même maniere
: peu à peu les pustules diſparurent , la
féroſité qui étoit au dedans étoit moins rouſſe ,
cauſoit peu de démangeaiſons : l'eftomach & le
bas - ventre étoient entiérement dégagés : ſon
corps faiſoit bien toutes ſes fonctions : elle n'éprouvoit
plus aucunes attaques d'épilepsie : le
ſommeil étoit doux & fans rêves ni agitation . Au
bout d'un mois elle ceſſa de ſe faire électriſer :
depuis ce temps elle n'a point eu de rechûtes.
Ce même traitement m'a toujours réuſſi ,
quoiqu'appliqué ſur plus de cinquante perſonnes
qui avoient des gouttes ſciatiques. Je l'ai auffi
employé ſur des perſonnes qui avoient des dartres
rentrées , en les faiſant reparoître à la partie du
corps où elles étoient auparavant ; après quoi je
faifois tranſpirer l'humeur , au moyen d'une
pointe de fer que j'appelle vaporatoire électrique.
Quiconque a électrifé , fait combien l'électricité
faittranſpirer abondamment : il eſt d'ailleurs trèsaiſé
d'exciter des métaſtaſes , ou de tranſporter
ne humeur d'une partie du corps à l'autre . L'éleczricité
me paroît donc avoir opéré ſur cette épileptique
le même effet que la ſuppuration opéra
fur la fille dont M. le Provoſt a annoncé la guérifon.
Je ſouhaite que ma lettre ſoſt utile aux
( 35 )
perſonnes attaquées de cette cruelle maladie!
Caën, ce 10 Février 1785 .
Le 8 Janvier , on a fait à Caen la diftribution
des prix du Palinod. L'Univerſité n'a rien négligé
pour donner à cette cérémonie tout l'éclat
dontelle eſt ſuſceptible ,& ranimer le zele des
Poëtes qui envoient des pieces au concours . M.
l'Evêque de Bayeux , qui étoit cette année un
des Juges ſouverains , célébra le matin , avec la
plus grande pompe , une Meffe pontificale , qui
fut chantée par la Muſique ; le foir, ſur les quatre
heures & demie , il ſe rendit aux grandes
Ecoles , qui étoient éclairées d'un grand nombre
de luftres , & décorées des plus belles tentures.
Auffitôt après , l'Univerſité en corps vint occuper
ſes places ſur un grand théâtre qu'on avoit
élevéà cet effet. M. Chibourg , Docteur en Médecine
, & Recteur de l'Univerſité , ouvrit la
féancepar une harangue analogue à la cérémonie
, & digne de la haute réputation de ce Médecin
diftingué. On l'entendit avec plaifir rappeler
tous les grands hommes qui ont fait Tornement
de ce Corps célebre , & dont pluſieurs actuellement
exiſtans , ont donné au public des ouvrages
eſtimés ; il annonça enſuite les Pieces auxquelles
l'Académie de Palinod avoit décerné le prix.
Les Auteurs qui ſe trouvoient préſens , en firent
eux mêmes la lecture , & reçurent les applaudifſemens
d'une aſſemblée auſſi brillante qu'elle
étoit nombreuſe. Comme la plupart des Pieces
couronnées étoient en François , les Dames
avoient été invitées à la fête. L'Univerſité a rétabli
l'Ufage de diſtribuer des médailles & des
jettons ; elle a cru ces prix plus dignes d'une
Académie où les plus grands Poëtes de la France ,
Corneille , Fontenelle, Crébillon , Ségrais , &c.
fe font fait gloire de venir diſputer des cou
ronnes ,
b6
( 36 )
۱
Il eſtde mode en France aujourd'hui de
calomnier les Quakers , comme il étoit de
mode de les admirer il y a vingt ans. Le
trait ſuivant aidera à les apprécier. Un Qua
ker Anglois , intéreſſé par ſes liaiſons néceffaires
avec ſes afſociés de commerce , dans
les priſes de quelques uns de leurs armateurs
dans la derniere guerre , vient d'envoyer fon
fils en France , & fait publier l'avis ſuivant :
« Les Perſonnes intéreſſées , comme propriétaires
ou affureurs dans les Vaifſeaux l'Aimable-
Françoise , Capitaine Etienne Clemenceau , de
Bordeaux , l'Affurance , du Havre - de - Grace ,
Capitaine Jean- François Quentin , pris au commencement
de la derniere guerre ; le premier
dans ſon trajet de la Guadeloupe à Bordeaux ,
vers la fin de 1778 , par le Greyhound , Lettre
de marque , Capitaine Richard John , de Sain
Ives ,& amenés à Falmouth , dans le Comté de
Cornouailles en Angleterre; le ſecond, dans ſon
paſſage de la Martinique au Havre , par les Lettres
de marque le Brillant , Capitaine Henri Jane , &
le Dolphin , Capitaine François Ford , tous deux
du Port de Saint- Ives , & amenés à Fowey , dans
le même Comté ; tous ceux enfin qui ſe trouvent
intéreſſés ſous les mêmes rapports dans leſdits
Vaiſſeaux ou tous autres pris par leſdites Lettres
demarque , peuvent s'adreffer au Docteur Edouard
Long Fox , Hôtel d'Yorck , rue Jacob , à Paris , lui
faire connoître leurs noms , leurs demeures , leurs
droits , & il leur donnera quelque fatisfaction à
ceſujet» .
La Société Royale de Médecine a tenu
au Louvre ſa ſéance publique , le 15 Février.
La Société avoit propoſé dans ſa Séance pu .
blique , du 18 Acût 1781 , la queſtion ſui
vante :
( 37 )
ee Déterminer par l'analyſe chimique , quelle
eſt la nature des remedes anti - ſcorbutiques de la
famille des Cruciferes » ?
Ce prix devoit être diſtribué dans la Séance
pub'ique du 26 Août 1783. Les vues de la Société
n'ayant point été remplies , elle annonça
de nouveau le même ſujet , & elle indiqua les
plantes ſur leſquelles cile deſireroit fixer l'attention
des gens de l'Art.
Parmi les Mémoires envoyés au Concours ,
deux ont été remarqués. La Compagnie a penté
que le prix devoit étre partagé entre leurs Auteurs
, à chacun deſquels , elle a adjugé une Mé
daille en or de la valeur de so livres.
Le premier eſt -M. Gu.ret , ancien Apothicaire-
Major , à Strasbourg.
Le ſecond eſt M. Tingry, Membre de College
de Pharmacie , Réſident à Genève .
La Société avoit annoncé dans ſes Séances publiques
du 26 Août 1783 & du 31 Août 1784 ,
qu'elle décerneroit des prix d'encouragement aux
Auteurs des meilleurs Mémoires fur cette queltion
: Existe-il unſcorbut aigu ? Parmi ceux qu'el'e
a reçus , elle en a distingué unde M. Goguelin
, Docteur en Médecine à Moncontour , en
Bretagne. Elle a arrêté qu'il en fera fait une mention
honorable dan cette Séance.
1. Le R. P. Cotte , aſſocié Régnicole , ayant continué
depuis l'inſtitution de la Société de ſe li-
-vrer avec le plus grand zele à la rédaction des
obſervations météorologiques très - nombreuſes
-que la Compagnie reçoit de ſes Correſpondans ,
& qu'elle publie dans ſes volumes , elle a arrêté
qu'elle lui offriroit aujourd'hui , comme un
Stémoignage authentique de la reconnoiffance ,
une médaille en orde la valeur de 100 livres .
Parmi les Mémoires envoyés ſur la Topogra
( 38 )
(
phie médicale , la Société en a diftingué un de
M. Guyetant , Médecin & correſpondant à Lons
le-Saunier ſur la Topographie du Bailliage &
de la ville d'Orgelet. Elle lui a décerné le prix ,
conſiſtant dans une médaille en or , ayant la
même forme que les jettons ordinairesde la Société.
Eile a adjugé l'Acceſſfit à M. Didelot , Docteur
en Médecine & Correſpondant à Remiremont en
Lorraine , Auteur d'une deſcription Médico-Topographique
du Bailliage de Mirecourt .
La Société a décerné dans l'ordre ſuivant trois
médailles d'or , chacune ayant la même forme
que le jetton en argent qu'on diſtribue dans les
Séances de la Compagnie.
1. A M. Ramel , Docteur en Médecine à Aubagne
, Auteur d'un Mémoire fur les maladies les
plus communes à Bonne & à la Calle , Comptoirs
principaux de la Compagnie Royale d'Afrique .
2°. A M. Jacquinelle , Chirurgien -Major/du
Régiment d'Agenois , auteur de deux Mémoires,
l'un ſur les pierres inteſtinales , tant de l'homme
que du cheval , l'autre ſur la gangrene humide des
Hôpitaux.
3°. A M. Lefebvre Deshayes , Correfpondant
duCabinet du Roi , & réſidant à la nouvelle Plymouth
, Auteur de deux mémoires , l'un ſur les
eaux minérales de la grande anſe ; l'autre ſur les
Albinos ou Negres-Blancs.
La Société croit devoir faire une mentionhononorable
d'une obſervation envoyée par M. Maſſie ,
Docteur en Médecine à Bordeaux , fur des accidens
très-graves , ſurvenus à des Ouvriers que
l'on employoit pour enmagafiner & battre des
peaux de chevreuil , envoyées de la Louiſiane , &
auxquels pluſieurs ont fuccombé.
Cette Compagnie avoit propoſé dans ſa Séance
publique du 11 Mars 1783 , pour ſujet d'un Prix
( 39 )
de la valeur de 600 liv. dû à la bienfaiſance de
M. Lenoir , Conſeiller d'Etat , Lieutenant-Gé
néral de Police , Aſſocié libre de la Compagnie ,
la queſtion ſuivante :
«Déterminer quelles ſont parmi les maladies ,
>> ſoit aiguës , ſoit chroniques , celles qu'on doir
>> regarder comme vraiment contagieuſes ; par
>>>quels moyens chacune de ces maladies ſe
>>>communique d'un individu à un autre , &
>quels font les procédés les plus sûrs pour
>arrêter les progrès de ces différentes con-
>tagions ».
Le vrai ſens de la queſtion n'a point été ſaiſi
dans les Mémoires envoyés au Concours. La Société
eſt donc forcée de différer la diſtribution de
ce Prix , & elle annonce de nouveau le même
ſujet.
Quoiqu'elle propoſe la queſtion en entier pour
le Concours , ceux qui en ne répondant qu'à un
des Membres , donneront des renſeignemens utiles
ou des obſervations intéreſſantes , recevront
de la part de la Compagnie , des encouragemens
proportionnés au mérite de leurs recherches .
M. Lenoir , Lieutenant-Général de Police l'a autoriſée
à annoncer qu'il en fera les frais . MM.les
Médecins & Chirurgiens chargés du traitement
des maladies épidémiques oude celles qui regnent
dans les Hôpitaux , font invités à communiquer
leurs réflexions àce ſujet .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Marguerite-Louiſe Françoiſe le Sénéchal
Carcado -Molac , veuve de Louis- Vincent ,
Marquis de Beauvau , Grand- Sénéchal du
Maine, eſt morte à Molac en Bretagne , le
2de Février.
Jean-Baptiste-Guillaume Ferrant , ancien
Prévôt , Chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu,
( 40 )
Profeſſeur royal , ancien Profeſſeur de l'Ecole
pratique, Membre des Académies de
Florence& de Rouen , de l'Inſtitut de Bologne
, Confeiller de l'Académie, Docteur
en Médecine , Cenſeur royal , eſt mort à
Paris , le 9 Février 1785 , âgé de so ans.
N. de Montgon , Abbeſſe de Charenton ,
diocèſe de Bourges , eſt morte le 15 du mois
de Décembre , âgée de 104 ans & demi.
Céfar-Joſeph, Marquis de Bernetz , des Comtes
de Rofſanne en Piémont , chefdes deux ſeules
&uniques branches de cette ancienne & illuſtre
Maiſon , reſtantes tant en Piémont qu'en France ,
celle du Bout du-Bois en Picardie , aînée , & celle
deMontgiroult en Brie , cadette , eſt mort dans
fon chareau du Bout-du- Bois , le 2 Janvier , dans
la quatre-vingt-unieme année deſon âge .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le i de ce
mois , font : 62,33,28.53 , & 73 .
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 27 Février.
Les Etats de Hollande ont arrêté la levée
de deux corps de troupes légeres , l'un offert
par le Prince de Heſſe-Darmſtadt, l'autre
par le Major Meyer , employé ci - devant
en Amérique dans les troupes de Brunswick.
On arrend le conſentement des autres conféderés
à cette réſolution .
On parle de l'envoi de deux députés à
Vienne. Celon les uns , pour y reprendre les
négociations ; felon d'autres , pour y excufer
auprès de S. M. I. les procédés qui ont
eu lieu ſur l'Eſcaut.
( 41 )
Les Lettres de Berg-op- Zoom annoncent , que
le Gouverneur de cette Place , le Lieutenant-
Général de Hardenbroek , y étoit arrivé après
une courte ablence , & que la Bourgeo fie & les
Militaires y ſont plein d'ardeur & de bonne volonté.
Il y a dans cette Ville cinq Régimens d In
fanterie ; ſavoir ,de Holstein-Gottorp , du Rhingrave
de Salm , du Comte de Byland , de Saxe-
Gotha & du Comte d'Efferen , & en outre , un
Régiment de Dragons & une Compagnie d'Artillerie&
de Mineurs ; mais il en a été détaché pour
Lillo & les Fors youſins La Garde ſe fait avec la
plus grande vigilance , &les Baſtions , Ravelins &
autres ouvrages font pourvus de canons , munitions
& autres choſes , qui font envoyées journellement
de Hollande. En attendant , PEſcaut entre
Lillo & Saftingen n'est pas dans un moindre état
dedéfenſe. La Frégate le Harlingue s'y eſt rendue
pour remplacer le Pollux retourné à Fleſſingue .
Les Autrichiens , avertis du paſſage dun
convoi de 80 mille rations de foin , qu'on
envoyoit à Maſtricht , lui ont refuſé de pafſer
outre , & l'ont obligé à rebrouffer chemin.
La propoſition du Stathouder au ſujet
des refus de s'enrôler , qu'on appelle des ſéditions
, n'aura aucun ſuccès , comme nous
l'avons annoncé l'Ordinaire dernier. Il faut
que cette affaire ſe ſoit paſſée bien différemmentde
ce qu'en ont rapporté les Gazettes,
puiſque le Prince d'Orange , en remettant
aux États de Hollande ſon projet de publication
, y joignit une adreſſe conçue en ces
termes :
Les principes de modération , de douceur,&
( 42 )
véritablement patriotiques , auxquels je me fuis
montré conftamment attaché , nonobſtant la gra
vité & la multiplicité des offenſes par leſquelles
je me vois journellement outragé , m'ont déterminé
à faire connoître à la Nation les vrais ſentimens
de mon coeur,& à exhorter tous les habitans
de ce Pays au repos , à l'harmonie , à l'obéiſſance.
Je n'ai pointvoulu manquer d'offrir en cette occafion
à V. N. &G. P. la Copied'unePiece que j'ai
fait dreſſer dans ce deſſein , & dont j'aurai l'honneur
de faire tenir inceſſamment à V. N. & G. P.
le nombre néceſſaire d'Exemplaires , avec priere
de vouloir bien en faire faire au plutôt poſſible les
envois aux Régences des diverſes Villes & Places
de la Province de V. N. & G. P. pour les faire
publier & afficher à tous les lieux d'uſage : Penſant
pouvoir attendre des ſoins paternels &de la juſtice
de V. N. & G. P. qu'Elles voudront bien prendre
de telles meſures , pour que le mal n'empirepoint,
en exerçant trop de rigueur contre ceux qui ne
font coupables que defaits , qui prisen eux mêmes,
nefont ni criminels , ni illicites; mais ſont devenus
uniquement tels par les circonstances : Pendant
qu'on laiſſeroit un libre cours à d'autres menées &
infinuations injurieuſes, propres à exciter lahaine,
la diſcorde & la méfiance , dont la nature criminelle
ne dépend point des tems & occafions , mais
qui par elles-mêmes ſont diamétralementoppoſées
auxLoix divines &humaines , reconnues dans tout
Pays policé . La Haye , ce 31 Janvier 1785. [ Etoit
figné G. PR. D'ORANGE. :
Les Lettres de France ne nous apprennent
rien d'intéreſſant , finon l'ordre de doubler
les magaſins en Alface. On s'occupe toujours
de porter au complet 20 Régimens.
LL. HH, PP. ont nommé pour leur En(
43 )
voyé extraordinaire à la Cour de Ruſſie le
comte de Rechteren , de Borg-Beuningen ,
qui réſide actuellement à Copenhague , avec
le même caractere .
Les divers mouvemens des troupes de l'Empereur
, écrit-on de Maestricht , nous donnent ici
beaucoup d'activité. S. A. le Prince de Heſſe
Caſſel fait travailler continuellement pour mettre
cette place dans le meilleur état de défenſe ſpor
fible : les travaux avancem avec la derniere dili .
gence. Les canons & mortiers ſont placés ſur les
batteries & les forts. Les magaſins s'empliffent à
vued'oeil : on dit qu'on veut y mettre des vivres
pour fix mois pour une garniſon qui eſt déjà d'en
viron 10,000 hommes .
Audéfaut de nouvelles plus intéreſſantes
, nous placerons ici un fragment d'éloquence
au-deſſus du tempéré. Il eſt tiré d'un
diſcours patriotique , adreſſé par un Patriote
au corps franc patriote d'Utrecht. Les vertueux
& fimples défenſeurs de Leyde ,
d'Harlem , &c. &c. au XVIe. fiecle feroient
bien ébahis , s'ils revenoient au monde , du
langage figuré de leurs deſcendans .
,
>>>Nous avons la ſatisfaction de vous féliciter
d'être entrés dans une aſſociation qui unit tellement
les coeurs & les mains des citoyens libres
que le moment heureux paroît venu , où les tyrans
ne trembleront passeulement ſur leurs trônes , mais
éprouveront auſſi de la maniere la plus rigoureuſe
les effets flétriſſfans de leur trahiſon & de leur iniquité.
Lecitoyen ne procede plus dans les ténebres .
Iloſe ſe produire hardiment à lalumiere d'un ſoleil
qui brille de toutes parts. L'aſtre de liberté & de
bonheur s'éleve de plus en plus ſur l'horifon , & nous
( 44 )
2
pouvous vous aſſurer ſurdes fondemens ſolides ,
que lorſqu'il aura atteint fon méridien , il n'y aura
plus de tyrans privilégiés du peuple. La liberté armée
effacera leurs noms ; & s'il en reſte des traces,
ce ſera pour être en exécration éternelle à la poſtérité.
Nous avons vu les ſemences jettées dans le
jardin belgique ; ces germes ſe développeront
avec une incroyable rapidité , & vous verrez s'élever
un arbre , à l'ombrerafraîchiſſante duquel nous
nous repoferons en paix , en cueillant ſes fruits
avec reconnoiſſance & bénédiction .
La vénérable afſſemblée des citoyens libres &
armés des Pays-Bas-Unis , ce cortege de Héros que
conduit la raison , la prudence & la Re'igion , qu'anime
l'équité ,& qui menace du ſupplice tous les
oppreſſeurs arbitraires , a porté nos coeurs pleins
de patriotisme& de liberté à un point d'enthouſialme
qui nousdédommage au centuple des difficultés &
des perſécutions contre leſquelles nous avons eu
àlutter avec vous .
Dans cette afſemblée , la liberté étoit fur le
trône. La justice & la ſageſſe étoient ſes guides.
Tous les carreaux du Ciel étoient , au premier fignal,
prêts àfrapper les mineursfecrets de la Conf
titution Belgique , & les ennemis ſéditieux de la
Eberté.
: PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 2 Mars.
Le 12 Février il arriva à Aix- la-Chapelle
un Convoi impérial de 64 pieces de canon
de 12 & de 6 , 256 chariots & 652 chevaux .
On prétend que le Miniſtre Impérial à
Varſovie a communiqué à la Chancellerie
de Vienne , les particularités ſuivantes :
( 45 )
Il ſe trouve à Varſovie une femme allemande
mariée avec un Officer Ruffe. Cette femme intimement
liée avec un Anglois , lui confia qu'elle
avoit été perſuadée par un Adjudant & un Valet-
de-chambre du Roi , ſous promeſſe de 100 ducats&
une penfion annuelle de 500 autres ducats ,
d'empoiſonner le Prince Czartorinski , Capitaine
desGardes Nobles Polonois de S. M l'Empereur.
L'Anglois ne manqua pas d'en prévenir le Prince ,
qui ſe trouvoit alors à Varsovie. S'étant d'abord
rendu chez cette femme , pour faire les perquifitions
néceſſaires , elle n'hésita pas un moment ;
elle pria le Prince de revenir au foir , ou d'envoyer
uneperſonne de confiance , qu'on placeroit
dans une chambre voiſine pour entendre les difcours
des complices , qui viendroient alors chez
elle pour prendre les dernieres meſures . Le
Prince Czartorinski n'y alla pas lui-même , mais
il envoya le Comte Potocki à ſa place. L'Adjudant
devant le même ſoir accompagner S. M.
au ſpectacle , s'abſenta , & le Valet-de-chambre
vint tout ſeul. Le Comte Potocki entendit ſes
diſcours. Afſuré du fait, il prit toutes les meſures
pour retenir le Valet-de-chambre dans la mai.
Ton: comme il étoit Staroſte par ſa naiſſance , ola
ne pouvoit pas l'arrêter de force ; la choſe fut
donc expoſée au Roi , qui ordonna de le faire
'chercher par la Garde. On fait actuellement des
recherches exactes pour remonter à la ſo urce de
cet attentat .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX,
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cauſe entre le fieur de la Borde , & le tuteur
du mineur du Marquis de Fleury.
Dequel jour part l'hypotheque d'un créancier
fur les biens de ſon débiteur , pour une obliga(
48 )
damner au paiement deſdits arérages échus , &
à continuer ceux à venir , & voir déclarer la
Terre Dupleſfis- aux-Tournelles affectée & hypothéquée
au paiement de ladite rente. Le tuteur
a défendu à la demande du ſieur de Laborde , en
lui faiſant fignifier les lettres de reſciſion obtenues
par le Marquis de Fleury contre tous les
engagemens par lui ſouſcrits en minorité , & il
en a demandé l'entérinement vis- à-vis le ſieur
de Laborde ; il lui a fait également ſignifier
l'actede donation entre-vifs paflé le 1 Avril 1775
au profit de ton fils, de la nue propriété , avec
charge de ſubſtitution de la Terre Dupleffisaux
- Tournelles . - Les Juges du Chatelet
avoient accueilli la défenſe du tuteur, & rejetté
lademandedu ſieur de Laborde , qui a in
terjetté appel de leur Sentence. - Arrêt dù
19 Août 1783 , qui a mis l'appellation & ce au
néant , émendant , déchargé le ſieur de Laborde
des accuſations contre lui prononcées ; ce fait ,
ordonné que la Terre Dupleſſis- aux-Tournelles
demeureroit affectée & hypothéquée au paiement
de la rente viagere de 3000 liv. , & condanine
le tuteurdu mineur Fleury à payer & fervir lad.
rente à l'avenir , enſemble à en payer les arrérages
échus depuis le 29 Avril 1773 , avec les
intérêts du jour de la demande , & aux dépens.
GAZETTE DES TRIBUNAUX.
Pour laquelle on ſouſcrit chez l'Auteur , rue & hotel
Serpente. Prix 15 liv. par an .
La premiere feuille du dixneuvieme tome de
la Gazette des Tribunaux a paru au commencement
de la préſente année. Cet ouvrage dont
M. Mars , Avocat au Parlement de Paris , eſt
l'auteur , paroît tous les jeudis depuis près de
dix ans fans interruption.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI DI 12 MARS 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Épitre à Mme PITR la Comteſſe GABRIELLE
DIGOINE , Chanoineſſe du Chapitre Noble
de S. Martin de Sales , âgée de 14 ans .
CÉDEZ Édez au charme de l'Amour ,
Dit la Nature à la Jeuneſſe ;
Fuyez l'Amour , dit la Sageſſe;
Je les crus chacune à ſon tour,
Zulir fut l'objet de ma flamme ;
Jugeant ſon coeur d'après mon âme ,
Je crus l'aimer juſqu'au tombeau.
D'une erreur qui me fut ſi chère ,
Hélas ! dans ſa courſe légère ,
Le Temps déchira le bandeau.
L'Amour éteignit ſon flambeau.
N°. 11 , 12 Mars 1785 .
C
:
:
so
MERCURE
Zulir , à force d'injaſtices ,
Et de dépits & de caprices ,
Aigrit enfin ce Dieu vengeur ,
Qui s'éloigna d'un vol rapide
En brifant le lien perfide
Qui captivoitmon foible coeur,
Depuis ce jour , où la tendreſſe
Fut aſſervie à la raiſon ,
Je m'accoutume , avec Charron ,
Aux longs ennuis de la ſageſſe ;
Et quelquefois , fur l'Hélicon ,
Je rêve encore à ma maîtreſſe.
O vous! dont les appas naiſſans ,
Embellis par le caractère ,
Par l'eſprit & par les talens ,
Auront toujours ce don de plaire
Qui ne craint pas les coups du tems ;
Déjà vous offrant leur encens ,
Mille rivaux qu'Amour inſpire ,
Voudroient , à l'envi , dans vos ſens
Exciter ce tendre délire ,
Ces tranſports qu'on ne peut décrire ,
Maisbien ſentis des vrais amans :
Si jamais votre âme ſoupire ,
Heureux l'objet d'un feu a beau !
Chaque jour un attrait nouveau
Le fixera ſous votre empire.
Oui , chaque jour à vos genoux ,
DE FRANCE.
SI
Ravi de ſon bonheur ſuprême ,
Il ne prodiguera qu'à vous
Ces ſoins fi flatteurs & fi dour
Qu'on donne à la beauté qu'on aime.
Je les donnois tous à Zulir ,
Dans les jours charmans du bel âge :
Je ſens qu'avec même plaiſir
Je lui rendrois encore hommage ;
Elle fit mon premier deſir ,
Etje n'étois point né volage.
Deces beaux jours que je n'ai plus ,
Je garde un ſouvenir fidèle ;
Mais ils ne ſeroient point perdus ,
Si , comme vous , ſenſible & belle ,
A tout ce qui plaiſoit en elle ,
Zulir eût uni vos vertus.
(ParM. Pilhes. )
VERS adreffés à Mile GAVAUDAN
cadette , chantant le rôle d'Agarène , de
l'Opéra de Panurge dans l'Iſſe des Lanternes.
COMME COMME Panurge , entre deux Belles ,
Que n'ai-je à me déterminer &
Sans m'amuſer à lanterner ,
:
On me verroit à l'une d'elles ,
Gif
52
MERCURE
En un inſtant, fixer mon choix.
Eh! comment réſiſter au charme de ta voix ,
Dont le brillant éclat & l'heureuſe harmonie
Atous les tons divers ſe prêtent ſans effort?
Ojeune Gavaudan ! tu prends un double effor
Qui te rend, comme à nous, bien chère à Polymnie !
Si par Chimène en pleurs notre âme eſt attendrie ,
La gaîté d'Agarène à nos Cours plaît encor,
Qui que tu fois , enfin , on t'aime à la folie :
On t'applaudit avec tranſport !
(ParM. Baudrais , l'un des Réducteurs de la
Petite Bibliothèque des Théâtres. )
J'A
MOT DE COCLÈS.
'AI toujours fort aimé le mot de ccee Romain,
Qui , ſeul , au bout d'un pont , retardant une Armée,
Par l'effort de ſon bras ſauva Rome alarmée.
Grâces à Tite-Live , ou peut-être à Rolin ,
Mon Lecteur eſt inſtruit que Coclès , à la nage ,
Quand le pont fut rompu , regagnant le rivage ,
Fut atteint d'une pique , & que cet accident
Fit que , tant qu'il vécut , Coclès alla boîtant.
Un jour qu'un étourdi , dans la place publique ,
Lui tenoit , ſur ſa marche, un propos ironique :
« Rome eſt libre , dit-il , je ne m'en repents pas ;
• Je n'ai qu'à me louer du ſceau de ma victoire ;
DE FRANCE. 53
C
Je me souviens , à chaque pas ,
>> De ſon bonheur & de ma gloire.>>>
( Par M. Félix-Nogaret. )
COUPLETS adreſſés à M. BLANCHARD
chez M. PHILIDOR.
AIR : Voulez- vous ſavoir les on dit , &c.
Enfin le vainqueur desire
De la mer en furie
Vient dans letemple révéré
Du Dieu de l'harmonie.
Quoi de ſurprenant ?
Ce rapprochement
N'a rien de ridicule :
L'un dans les concerts ,
L'autre dans les airs
N'auront jamais d'émule
EN VOLANT au ſéjour des cieux ,
L'Auteur du grand voyage ,
Du roffignol harmonieux
Entendit le ramage.
a Dieu ! quel doux concert ,
১০
23
Dans ce froiddéſert ,
Me ravit & m'enchante !
Ah ! c'eſt Philidor
Giij
MERCURE
>> Qui forme un accord,
>> Ou bien Richer qui chante. * *
AUTREFOIS Meſſieurs les Titans
Au ciel firent la guerre :
C'étoit fait , avec vos talens ,
Du maître du tonnerre .
Le hardi Blanchard ,
Monté dans ſon char ,
L'eût ſommé de ſe rendre ;
Au Dieu le Sorcier **
Eût fait oublier
Qu'il falloit ſe défendre.
(Par M. Duchofal , Avocat en Parlement )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Cimeterre ; celui
de l'énigme eſt Vaisseau ; celui du Logogryphe
eft Enigme , où l'on trouve gene ,
mie,mine, neige , mi.
* Tout le monde connoît le talent du célèbre M.
Richer. Il a encore étonné ſes Auditeurs au Concert Spirituel
, quand il chanta la Cantate de Circé , que M. Philidor
amiſe en muſique. (Note de l'Auteur. )
** Opéra - Comique de M. Philidor .
DE FRANCE. 55
CHARADE.
BEAUCOUP de mon premier , de mon ſecond
très-peu ,
Des vains mortels ce fut toujours le voeu;
Mais mon tout en furie
Amaint ambitieux a fait perdre la vie.
ÉNIGME.
QUOIQU'UN aftre malin préſide ààma naiſſance ,
Mes jours n'en font pas moins heureux.
L'on fait de moi dans mon enfance
Un préſent , il est vrai , de pen de conféquence ,
Qui pourtantquelquefois ſe trouve gracieux,
Car , fans vouloir ici vanter mes avantages ,
Et fans paſſer pour fanfaron ,
Je puis fort bien me mettre au rang des perſonnages
Dignes d'admiration .
Je ſuis tout- à- la- fois Politique , Algébrifte ,
Géographe , Chronologiſte,
Hiſtorien & Généalogiſte ;
Je pénètre ſouvent dans le ſombre avenir ;
Et quoique quelques gens m'accuſent de mentir ,
Cependant dans plus d'une affaire
Mon conſeil est très-néceſſaire .
Tantôt vêtu ſuperbement ,
Civ
56 MERCURE
Je ſuis auffi doré qu'un Maréchal de France ;
Tantôt mis plus modeſtement ,
Comme un ſimple homme de Finance ,
Du cabinet j'ai le département.
Aces traits , cher Lecteur , tu dois me reconnoître;
Ou ſi tu n'es encor bien au fait de mon être ,
1
Pour ne te plus inquiéter ,
Je'finis par te ſouhaiter
Qu'un jour Dieu te faſſe la grâce
De venir chez moi prendre place .
(ParM. de Roucelle , Commiſſaire des Guerres
de la Maison Militaire de MONSIEUR. )
LOGOGRYPΗ Ε.
DAns un État lointain & floriſſant ,
Avec huit pieds j'offre un titre éminent.
Un feul de moins , voyez la différence ,
Par mes forfaits je fus célèbre en France ;
Je ſuis ce ſcélérat fameux
Qui mit long-temps en défaut la Juſtice ;
Qui par cent tours , auſſi hardis qu'heureux ,
Ne fit que reculer l'inftant de ſon ſupplice.
(Par M. Deville. )
DE FRANCE.
17
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MORCEAUX extraits de l'Histoire Naturelle
de Pline , par M. Guerou't , Profeffeur
d'Éloquence au College d'Harcourt. I vol.
in-8 °. avec le texte à côté de la Traduction
Françoiſe . A Paris , de l'Imprimerie de
Michel Lambert , rue de la Harpe , &
chez Brocas, Libraire , rue S. Jacques .
ILya peu de Recueils , a ditun homme de
goût , que le Lecteur ne voulût abréger , &
qui ne gagnaſſent à cette diminution ; de ce
petit nombre eſt celui que nous annonçons .
Les Littérateurs qui connoiffent Pline, regretteront
peut - être de ne pas trouver dans ce
Recueil , quelques morceaux dout le Traducteur
auroit pu encore l'entichir. Mais il n'y
aura perſonne qui n'applaudiſſe au choix
des morceaux qui le compoſent. Il n'en exiſte
point de plus amuſant , ni de plus inſtructif.
C'eſt l'Ouvrage d'un homme judicieux , &
qui écrit aufli bien dans ſa langue qu'il entend
la langue latine. Il y a ſans doute
beaucoup de mérite à traduire exactement
un Auteur qui , pour vouloir être toujours
ferré , devient ſouvent (bſeur. Mais M.
G*** eft au-deſſus de ce mérite : il en a un
qu'il partage avec un très-petit nombre de
Traducteurs : c'eſt d'avoir rendu fidellement
Cv
8 MERCURE
le caractère de ſtyle qui diſtingue le Naturalifte
Latin. Preſque par-tout c'eſt l'eſprit
de Pline; & fi l'on excepte quelques traits ,
on retrouve dans la copie toute la phyfionomie
de l'original. Nous pourrions citer au
hafard , & comparer la verſion avec le texte,
mais l'abondance des matières ne nous permet
pas de mettre ſous les yeux de nos Lecteurs
un parallèle que d'ailleurs ils peuvent
faire eux-mêmes. Nous croyons les obliger
davantage en les avertiſſant des richeſſes
Littéraires que leur offre le travail de M.
G***.
Le noin ſeul de Pline doit exciter la curiofité.
Il faut que ce ſoit un bien grand
Homme , puiſque ſon nom a paru à notre
fiècle un titre d'honneur pour M. de Buffon .
Tout le monde fait que ſon Hiſtoire Naturelle
eſt le dépôt le plus précieux des connoiſſances
de l'antiquité. Il nous apprend luimême
qu'il a extrait plus de deux mille volumes;
mais dans cette multitude prodigreuſe
de faits , d'obſervations , de découvertes
qu'il a pris ſoin de raſſembler , tout
n'eſt pas également intéreſſant , également
vrai. Pourquoi perpétuer l'ignorance & les
préjugés , lorſque l'on ne devroit écrire que
pour les combattre ? Pourquoi ne pas dégager
la vérité des erreurs qui l'étouffent ? On
doit reſpecter les Anciens , ſans doute ; mais
on doit encore plus reſpecter la raiſon . Et
d'ailleurs , n'est-ce pas infulter à la mémoire
d'un Ecrivain Philoſophe, que d'offrir, au mé
DE FRANCE.
19
pris des Lecteurs éclairés , des réflexions qua
lui ſembleroient fort étranges à lui-même ,
s'il étoit de notre ſiècle ? M. G *** a donc
rendu ſervice à Pline & au Public , en choififfant
, parmi les extraits dont le Naturaliſte
Latin a compoſe ſon Ouvrage , ceux qui
peuvent inſtruire & plaire. S'il a conſervé
dans ſon Recueil quelques opinions erronées
, ce ſont de ces erreurs contre leſquelles
le temps & l'expérience nous ont ſi bien mis
en garde, qu'on peut s'en amuſer , ſans craindre
aucune ſurpriſe pour fa raiſon. Le Traducteur
s'eſt attaché principalement aux
Anecdotes , qui fervent à faire connoître
les progrès du luxe chez les Romains. En
voyant la peinture de tant d'excès , nos Moraliſtes
les plus févères feront tentés de pardonner
à notre ſiècle , & ros prodigues les
plus faſtueux rougiront preſque de ſe trouver
ſi meſquins dans leur magnificence. Qui
oſeroit vanter ſa vaiſſelle , après avoir lû ,
page 413 , qu'un des eſclaves de Claude pofſedoit
neuf plats d'argent , dont un ſeul peſoit
cinq cent livres , & les huit autres enſemble
huit cent cinquante livres ? Qu'une
femme ſe pare de tout ce que la richeſſe
peut acheter de plus brillant , pour remporter
la palme du luxe dans une de ces fêtes où
l'on étale tout lefaſte de l'opulence ; & dans
cet appareil fuperbe, qu'elle voye , p. 155 ,
la petite fille de Lollius , à un ſouper de
fiançailles très ordinaires , avec une parure
de quarante millions de ſeſterces , c'est- à
Cvj
60 MERCURE
dire, de 7,782,010 livres de notre monnoie,
pourra-t'elle encore ſe regarder avec complaifance
, & ne craindra-t'elle pas d'être à
peine remarquée par ceux qu'elle ſe flattoit
-d'étonner ?
Quand nous liſons que le Surintendant
Fouquet , ſans doute pour inſulter à la magnificence
des tables les plus ſomptueuſes ,
fit ſervir un plat de louis ſur la fienne , &
que les convices ſe retirèrent les poches
pleines de ce deſſert précieux , nous favons
moins de gré à Péliffon de l'avoir défendu
dans le malheur avec tant de courage &
d'éloquence. Voici une Anecdote qui modérera
beaucoup notre indignation contre
le Surintendant. On connoît l'extravagance
de Cléopâtre , qui gagea avec Antoine de
confommer ſeule , dans un ſoupé , dix millions
de feſterces , ou , à peu de choſe près ,
deux millions de notre monnoie. Perſonne
n'ignore que cette Courtisanne couronnée ,
Regina meretrix , avoit déjà gagné la moitié
de fa gageure , en avalant une perle d'un
million , qu'elle avoit fait diffoudre dans le
vinaigre. " Elle portoit la main fur l'autre.
وم Plancus , juge du pari , la ſaiſit , & pro-
>> nonça qu'Antoine étoit vaincu : préſage
>> trop malheureuſement accompli. Après
>> que cette Reine fameuſe , par un triom-
>> phe ſi glorieux , fut tombée au pouvoir
ود
رد
du vainqueur , on ſcia cette ſeconde perle
pour faire deux pendans d'oreilles à la
>> Vénus du Panthéon , & la moitié d'un de
DE FRANCE. 61
>> leurs foupés fait la parure d'une Déeffe.
> Cependant ils ne remporteront point la
>> palme du luxe; ils ſeront depouilles même
de cette gloire. Dejà le fils du Tragédien
>> Éſopus Clodius, à qui ſon père lailla des
>> richeſſes immenfes , avoit donné à Rome
>> l'exemple de ce magnifique ſcandale ;
» qu'Antoine ne ſoit pas fi fier de ſon trium-
ود
ود
virat : à peine a-t'il égale un Hiftrion ,
dont l'action même a plus de grandeur ,
>> puiſqu'il ne fut point provoqué par une
» gageure. Il vouloit avoir la gloire d'effayer
ود le premier le goût des perles; il le trouva
» merveilleux ; & pour ne pas le ſavoir
ſeul , il en fit ſervir une à chacun des con-
» vives » , page 1,9 .
"
La prodigalité du Miniſtre de Louis XIV
peut -elle étre comparée à celle du Comédien
Romain ? Et Baron , avec ses gens ,
cumme il feroit pitié , fi nous le mettions à
côté d'Éſopus ! On ne trouveroit peut- être
chez aucun peuple un ſecond exemple d'un
luxe fi infolent. Au reſte , Éſopus avoit été
formé par un grand maître , & ce maître
étoit fon père. On verra , page 171 , que cet
Acteur ſe fir fervir un plat d'oiſeaux qui
coûtoit cent mille ſeſterces , c'eſt à dire ,
19,453 liv. Ils étoient de l'eſpèce de ceux
qui chantent ou qui parlent. Chaque oiſeau
avoit été payé fix mille ſeſterces , 1,167 liv .
Ces Anecdotes , que nous avons choifies
entre mille , fuffiront pour faire preſſentir
combien le Recueil que nous annonçons
62 MERCURE
doit être utile & agréable; il embraffe toute
la Nature. M. G *** l'a diviſéen XVI Chapitres.
Il n'y en a point qui n'offre à la curiofite
des fingularités peu connues , & à la
raiſon des réflexions brillantes & fecondes.
Le troiſième Chapitre eſt un des plus intéreffans.
On y verra le tableau de l'homme
moral , & les portraits de quelques hommes
célèbres. Il eſt impoſſible de peindre avec
plus d'énergie & de vérité. En parcourant le
cinquième Chapitre , où le Traducteur a
raſſemblé tout ce que Pline raconte de piquant
fur les animaux terreſtres , malgré les
récits merveilleux des voyageurs , nous avons
été ſurpris de l'intelligence & de la légèreté
des éléphans. On nous faura gré d'en rapporter
quelques traits ; & après les avoir
lûs , on s'éronnera d'avoir tant admiré les
chevaux du ſieur Aſtley. " Aux combats de
>>Gladiateurs , donnés par Germanicus , des
>> éléphans exécutèrent une eſpèce de baller
>> groffier & fans meſure. Il étoit ordinaire
ود
ود
de les voir lancer des javelots avec tant de
force , que les vents ne pouvoient les dé-
>> tourner , faire affaut entre eux comme
ود
ود
les Gladiateurs , ou ſe jouer enſemble ,
>> en danſant la pyrrhique. Ils marchèrent
enfuite ſur la corde , portant même à
> quatre des litières dans leſquelles étoit un
>> autre éléphant , imitant une nouvelle accouchée;
ils allèrent ſe placer à table dans
des ſalles remplies de peuple , & paſsèrent
à travers les lits , en balançant leurs pas
N
ود
"
DE FRANCE. 63
• avec tant d'adreſſe , qu'ils ne touchèrent
> aucun des buveurs , page 85. Il est très-
ود
ود
étonnant que des éléphans montent le long
d'une corde tendue ; mais il l'eft bien
>> plus encore qu'i's reviennent fur leurs
ود pas , fur-tout la corde étant inclinée. Mu-
>> cien , qui fut trois fois Conful , rapporte
> qu'un de ces animaux avoit appris à tracer
"
"
ود
des caractères Grecs, & qu'on lui faifoit
écrire ces mots en Grec : J'ai moi-même
tracé ces lettres , & dédié les dépouilles des
Celtes.
Les Erudits , qui aiment à s'inſtruire de
toutes les antiquités Romaines , liront avec
avidité les Chapitres qui traitent de l'agriculture
, des jardins &des herbes . Les économiftes
y trouveront les préceptes les plus
utiles ; & ceux qui ont recours aux Livres
pour échapper à l'ennui , ou pour ſe délaſſer
des occupations ſérieuſes , remerciront le
Traducteur d'avoir inféré dans ces articles
beaucoup d'Anecdotes , qui doivent avoir
pour eux tout l'agrément de la nouveauté.
Annoncer un Chapitre ſur les Médecins ,
c'eſt promettre du plaifir aux Lecteurs qui
jouiffent d'une bonne ſanté. Il falloit que
Pline fût à l'épreuve des maladies pour attaquer
avec tant de hardiſſe les maîtres de
nos destinées. Hi regebant fata. Nous craignons
que ce Chapitre ne prévienne certaines
perfonnes contre le mérite de cet Écrivain.
Mais les torts de Pline ne les rendront
pas injuftes envers M. G*** , & elles admi
64 MERCURE
reront , comme nous , le ſtyle énergique du
Traducteur , dans les morceaux que nous
allons leur préfenter.
" Chrifippe, diſcoureur inépuiſable, adopta
>> une nouvelle méthode , à laquelle ſon Dif-
>>ciple , Erafiftrate , fit aufli beaucoup de
>> changemens; & pour commencer à parler
ود des gains de la Médecine, il reçut cent
>> talens, 460,875 1. du Roi Ptolomée , pour
>> avoir guéri Antiochus , ſon père. Ces dif-
ود ferentes écoles ſe combattirent long-tems.
* Hérophile les condamna toutes. Il con-
ود noiſſoit l'état du pouls par les temps de la
» muſique ,selon la différence des ages. Sa
>> methode fut abandonnée auſſi , parce qu'il
ود falloit avoir étudié pour l'entendre..... Je
>> paſſe ſous filence une foule de Medecins .
» Les plus fameux font Capius , Calpetanus .
ود
ود
ود
ود
Ils recevoient des Empereurs deux cent
>> cinquante mille ſeſterces par an , 48,6321 .
>>Stertinius vouloit qu'ils lui ſuſſent gré de
>> ce qu'il ſe contentoit de cing cent mille
ſeſterces d'honoraires , 97,265 liv. Il prouvoit
, par la liſte de ſes viſites , que
Rome lui en avoit rapporté fix cent mille,
. 161,718 liv. Son frère recevoit la même
ſomme de l'Empereur Claude. Malgré les
- dépenſes incroyables qu'ils avoient faites
pour l'embelliffement de Naples , leur
fucceffion monta à trente millions de ſef-
» terces , 5,836,507 liv.... Dans le même
>> fiècle , ſous l'Empire de Néron , le ſceptre
ود
90
ود
" de la Médecine paſſa catre les mains de
DE FRANCE. 65
ود
ود
ود
» Thepfalus , qui proſcrivit tous les ſyſtê-
» mes des anciens..... Jamais Histrions , ni
conducteurs de char , ne parurent en Public
avec un cortège plus nombreux.....
>> Tout-à-coupun Marſeillois, nommé Char-
» mis , vint s'emparer de Rome , en condamnant
tout enſemble , & ſes prédécefſeurs
& l'uſage des bains chauds. Il plon-
>> gea les malades dans les étangs. J'ai vû des
vieillards Confulaires roides de froid ,
faire parade de leur conſtance. Nul doute
>> que cesintrigans, cherchant la célébrité dans
Pianovation , ne ſe font aucun fcrupule de
> trafiquer de nos jours. De-là ces malheu-
ود
ود
ود
ود reuſes confultations autour des malades :
>> aucun des Conſultans n'opine de la même
ود manière pour ne point paroître penſer
>> d'après un autre ; de là cette triſte épitaphe
>> gravée ſur un tombeau : J'ai fuccombé
» fous le nombre des Médecins. Après tant
ود
ود
ود
ود
de variations , l'Art change encore tous
les jours , & fouples aux impreffions des
>> Grecs , nous sommes le jouet de cette fue
ceſſion de ſyſtêmes. Le Grec qui fait le
mieux diſcourir , devient à l'inſtant l'arbi-
» tre ſuprême de notre vie & de notre
>> mort.... A moins qu'un Médecin ne parle
> Grec , il eſt ſans crédit , même auprès de
>> ceux qui n'entendent pas cette Langue.
>>>Ils ont moins de confiance aux choſes qui
ود intéreſſfent leur ſanté lorſqu'elles font in
>> telligibles pour eux. Auſſi dès qu'un hom-
» me ſe dit Médecin , on le croit fur parole.
66 MERCURE
ود
ود
ود
ود
Nulle loi qui ſéviſſe contre l'ignorance.
Ils s'inſtruiſent aux dépens de nos jours.
Leurs expériences nous coûtent la vie ,
&le ſeul Médecin tue avec impunité. Les
>> reproches même ne tombent pas ſur eux ;
>> on accuſe l'intempérance du malade , &
les morts ont toujours tort. Je ne dénon-
>> cerai pas cette avarice inſatiable , cette
>> cupidiré qui marchande avec le malade
>> expirant , ce tarif fixé pour chaque dou-
>> leur , ces avances priſes ſur la mort. Grâces
» à ces abus , le ſeul remède contre l'excès
→ du brigandage a été le nombre même des
> brigands. La concurrence & non la pudeur
رد les rend moins chers. Pages 359 & ſuiv. »
Nous ne nous étrendrons pas davantage ſur
le mérite de cette Traduction. Le Lecteur y
trouvera ce que M. de Buffon a dit de Pline.
• Dans chaque partie , Pline eſt également
>>grand. L'élévation des idées , la nobleſſe
>> du ſtyle relèvent encore ſa profonde éru-
>>dition. Il avoit cette facilité de penſer en
> grand qui multiplie la ſcience. Il commu-
>> nique à ſes Lecteurs une certaine liberté
> d'eſprit , une hardieſſe de penfer qui eft
ود le germe de la Philofophie.>>
DE FRANCE. 67
RECUEIL de quelques Pièces de Littérature
en profe & en vers. A Paris , chez
Prault, Imprimeur du Roi, quai des Auguſtins.
IL faut l'avouer, en lifant ce Recueil on
ne peut ſe défendre d'un ſentiment pénible ;
il ſemble voir l'indifférent Propriétaire d'une
mine très-riche & très-variée , qui , content
de faire briller quelques diamans d'un grand
éclat , dédaigne d'ouvrir ſes tréſors. Quoique
bien courts , la lecture des trois morceaux
dont nous allons rendre compte ſuffira
pour juſtifier ce jugement. Le premier
eſt une Differtation relative à une Epitaphe
Grecque trouvée à Naples ſur un monument
antique , & que le célèbre Meraſtaſe
a traduite en vers Italiens. Voici la manière
dont le Traducteur François l'a rendue dans
fa Langue.
LE POETE.
Omeſſager du Dieu qui règne ſur les ombres!
Dis-moi ; qui conduis-tu dans les royaumes ſombres ?
MERCURE.
Ariftor , par la parque à ſept ans enlevé ,
Et qu'au milieu des ſiens tu vois ici gravé.
LE POETE.
Si lorſqu'un fruit eſt mûr , la parque le dévore ,
Pourquoi cueillir , hélas ! un fruit ſi verd encore ?
68 MERCURE
La Differtation dont ces vers ſont l'occa
fion , a ſeulement été écrite pour un ami,
qui heureuſement plus généreux que l'Ecrivain
, a cru ne pas devoir profiter & jouir
ſeul de l'inftruction & du plaifir que cet
Ecrit doit généralement procurer. Les objets
qu'elle embraſſe ſont importans ; &
quoique l'Auteur n'en prenne que la fleur,
il n'en affoiblit pas l'intérêt ; il remonte aux
cauſes de ce reſpect , de cette tendre vénération
que nous inſpirent les monumens antiques;
il en découvre deux principales , l'une
fondée en raiſon , & l'autre dûe ſur-tout à
notre imagination.
" Dans la jeuneffe du monde , & fur-
>> tout ſous la douce température de la
>> Grèce , le Génie, créateur en tout genre ,
>> s'animoit à la vue de ſes créations; l'ef-
>> prit imitateur n'abâtardiſſoit point ſes
> ouvrages , de ſerviles bienfeances ne lioient
>> aucun de ſes mouvemens ; il combattoit
>> tout nud ainſi que les athlètes. La ma-
ود nière antique a donc un véritable avan-
>>tage ſur la moderne. Elle est grande ,
>> ſimple , originale & pure ; mais en ac-
" cordant aux Anciens une ſupériorité réelle,
>> nous leur prêtons encore une ſupériorité
> imaginaire. Quoique la Nature ait tou-
» jours été la même , on ſe la repréſente
**>> plus jeune , plus vierge dans les premiers
>> fiècles , & en même-temps plus robuſte &
>> plus féconde. Les Anciens l'ont vûe dans
ود ſa fraîcheur&dans ſon innocence ; dans
DE FRANCE. 69
>> chaque carrière ils ſe montrent les pre-
>>> miers : à l'admiration & à l'enthouſiaſme
وم ſe joint une forte de reconnoiffance , &
>> nous conſidérons avec une tendreſſe filiale
>> leurs idées ainſi que leurs buſtes. Cette
tendreſſe va juſqu'à la ſuperſtition, Tout
>> monumentdevient ſacré en devenant an-
>> tique, ſes années ſont des titres , ſes ſiè
>> cles des triomphes , on adore ſes débris.
ود Si le temps, poursuit l'Auteur que nous
>> nous affligeons d'abréger , a conſacré les
» monumens antiques , il a ſanctifié les mor
numens funéraires. A l'aſpect d'un mauſolée
, les ſens ſe recueillent ; on lit l'inf-
>> cription en l'honneur du mort qu'il ren-
>> ferme; on croit aſſiſter à ſes derniers mo-
> mens ; on s'attendrit ſur lui , ſur ſoi ; on
" s'enfonce dans le paſſe , dans l'avenir ; on
foulève en tremblant le voile redoutable
> qui couvre tant de ſiècles , & qui touche
» au nêtre. »
En conſervant la forme aimable & fimple
du dialogue, l'Auteur a cru devoir ſubſtituer
à l'image des raiſins , qu'il trouve
trop familière , celle des fruits , qui , dit - il ,
aconſervé plus de nobleffe parmi nous. Cette
obſervation nous paroît peu jufte , & nous
pourrions citer une foule de beaux vers de
Racan , de Rouſſeau , de M. de Saint-Lambert
& de M. l'Abbé Deliſle , dans lesquels
le mot raiſin eſt très-heureuſement placé ;
mais on pardonnera facilement cette légère
erreur , en ſuppoſant même que c'en est
70
MERCURET
une, fi l'on ſonge qu'on lui doit des vûes
très-ingénienfes , très-fines & même trèsneuves
ſur le génie différent des Langues anciennes
& modernes. Nous ne ſuivrons pas
l'Auteur dans toutes ſes obſervations ſur les
Écrivains de l'antiquité comparés aux Ecrivains
modernes, nous nous bornons à inviter
à lire avec ſoin ce qu'il dit des métaphores
, & en particulier la note , où ſont
citésplufieurs mots de feu M. le Dauphin ,
vive, brillante&conciſe: l'abréger, ce ſeroit
la tronquer & non la faire connoître.
“ Chez les Anciens , on diviſoit le ſtyle
» en ſimple , en tempéré & en fublime.
>> Les trois ſtyles diftingués parmi nous ,
ſont le ſtyle pur , le ſtyle brillant , le ſtyle
» énergique. »
Je ne crois pas que nous ayons une divifion
des ſtyles différente de celle des Anciens
, & je crois moins encore que le ſtyle
pur entre dans cette divifion ; la pureté eſt
le premier mérite néceſſaire de tous les ſtyles
depuis celui des Lettres juſqu'à celui de
l'épopée.
« La pureté du ſtyle dépend de la noble
» réſerve des ornemens , & de l'obſervation
délicate des convenances. Le ſtyle bril-
>> lant, de la richeſſe des idées principales, &
» du cortège pompeux des idées accefſoires;
le ſtyle énergique , de l'audace des
» expreffions , de la rapidité des mouve-
» mens. »
Il ſeroit peut-être poſſible d'attaquer avec
DE FRANCE. 71
quelque avantage ces définitions ; mais au lieu
d'infifter longuement ſur les ſtyles , nous
ferons mieux d'offrir l'exemple d'un ſtyle à
la fois fort & brillant , en copiant le parallèle
de Rouſſeau &de Monteſquieu. " Rouf-
ود
ſeau a cette vigueur de coloris qui groſſit
merveilleuſement les objets ; Montef-
>> quieu , cette vigueur de trait qui les pé-
>> nètre à fond : l'un heurte de front toutes
ود les opinions dominantes , l'autre les fou-
→ met à ſon empire. Montesquieu ſemble
2
"
avoir étudié la politique au milieu du
» Sénat de Rome; Rouſſeau , du haut des
• Alpes. Le premier défend la choſe publi-
» que en Dictateur fublime , le ſecond en
Tribun véhément. Liſez-vous l'un ? vous
>> croyez aſſiſter à l'aſſemblée générale des
» Nations , & vous y apprenez la ſageſſe
» qui peut tout rétablir. Lifez-vous l'autre ?
>> vous croyez aſſiſter à une aſſemblée de
courageux Républicains, & vous y puiſez
l'audace qui peut tout renverſer. Au nom
de la liberté , de la vertu , du courage , de
» l'amour & de l'amitié , Kouffeau agite
& quelquefois dérange les fibres les plus
ſenſibles de notre coeur, par la profondeur
de ſes idées , par l'étendue de ſes ſyſtêmes
, par l'enſemble de ſes connoif-
>> ſances; Monteſquieu exerce & féconde
>> toutes les facultés de notre entendement ;
رو
"
وو
"
ود
"
ود
ود
ود
l'un enflamme les têtes , & l'autre les
mûrit. » Nous n'étendrons pas d'avantage
cette analyſe , quoique cette differtation de
72 MERCURE
34 pages donne plus de matière aux réfle
xions qu'une foule de gros volumes..
Le portrait du charlataniſme eſt plein
d'originalité , de grâce & d'eſprit. Dans ce
portrait , tracé avec une imagination brillante
, le charlatiſme eſt ſon peintre à luimême.
Les couleurs dont il ſe ſert ſont gaies
&vives , & jamais tranchantes & dures. Il
remonte auxjours où les Égyptiens le virent
naître , & parcourt rapidement tous les lieux
qui l'ont accueilli , c'est-à-dire , à peu-près
toute la terre ; il s'arrête avec plus de
complaiſance parmi les peuples ingénieux ,
comme les Grecs , les Romains & les François
: c'eſt chez ceux-là qu'il eſt le mieux
reçu , parce que c'eſt avec de l'eſprit , de la
facilité , de l'imagination & de la grâce qu'on
eſt le plus facilement trompé , comme il
l'obſerve lui-même en parlant des Grecs,
Ce peuple étoit fin & moqueur ;
Mais il m'aimoit avec tendreſſe ; "
L'imagination diſpoſoit de ſon coeur ,
Il accueilloit avec ivrefſe
Le Philoſophe & l'impoſteur :
Il fut l'ami de la ſageſſe ;
Mais il fut l'amant de l'erreur.
Parle-t'il de Rome ,
Là , dirigeant les Arufpices ,
Je foumis aux oiſeaux les vainqueurs des humains ;
Là , conſacrés par mes caprices ,
Des poulets commandoient à l'aigle des Romains .
Il
DE FRANCE. 73
Il inftruifit à Médine lepigeon qui conſeilloit
Mahomer; on fait qu'elles ont été les
fuites de cette éducation ; mais elles n'ont
jamais été décrites d'une manière fi riante
que le charlataniſme les decrit lui-même. A
Londres , il renforce ſes couleurs comme ſes
moyens. A Paris , il a tous les moyens &
toutes les couleurs. C'eſt lui qui va nous pré
fenter ſes traits diftinctifs.
En résumé ,voici les traits
Auxquels on peut me reconnoître :
J'aime à parler , j'aime à paroître ,
J'aime àprôner ce que je fais ,
J'aime à groſſir ce queje fais ;
J'aime à juger , j'aime à promettre ,
J'annonce les plus beaux fecrets ,
Je n'en ai qu'un , celui de mettre
Tous les ſots dans mes intérêts ;
Je les afſocic à magloire ,
Enm'aſſociant à leur bien ;
Leur bonheur ſuprême eſt de croire ,
Etm'enrichir voilà le mien .
Venez voir dans Paris tout l'or que j'accumule,
Venez voir près de moi les badauts attroupes ,
Depuis ............ils.y ſont attrapés ;
Ce François fi malineſt encore plus crédule.
Ce portrait eft accompagné de notes qui
font d'un eſprit très -philofophique & en
même - temps très -aimable. L'embarras de
Nº. 11 , IL Mars 1785 . D
74 MERCURE
choiſir nous interdit les citations. Nous invitons
à lire ces notes avec la plus grande at
tention , & pour récompenſe nous promettions
l'inſtruction facile & le plaiſir.
Ce Recueil eſt terminé par un Poëme fur
les Échecs. C'eſt, comme le penſe l'Éditeur ,
un jeu d'eſprit , un tour de force , auquel il
étoit difficile de réuſſir. L'Auteur y eſt parvenu
; mais à la vérité , il n'a pas cherché
à développer en vers , comme Vida , les
combinaiſons immenfes & arides d'un jeu
très-compliqué & très-difficile ; mais il a
voulu montrer qu'à force d'eſprit il n'eſt
point de ſujet qu'on ne puiſſe dominer.
Il a tiré du fien des traits heureux , des éloges
auſſi juſtes que délicats , & il a ſu l'embellir
par un grand nombre de bons vers. Nous
allons en citer quelques-uns de l'épilogue ,
pour donner au moins une idée du ton de
GetOuvrage.
-Tandis que je chantois un fantôme de guerre ,
Le véritable Mars enfanglantoit la terre ;
Vingt peuples opprimés contre un peuple oppreffeur )
Dans un bras de vingt ans trouvoient un défenſeur.
•
Par des plans combinés préparantles conquêtes ,
Par des miracles prompts réparant les tempêtes ,
Caſtre au nom de Louis affranchiſſoit les mers ,
Et ſous ſon pavillon ralligit l'Univers.
Neptune indépendant remercioit la France.
DE FRANCE:
75
Suffren , du Gange aux fers hâtoit la délivrance ;
La Tamiſe , appauvrie & réduite à ſes bords ,
Portoit le deuil d'un monde & pleuroit ſes tréſors,
Par d'invincibles noeuds aſſociant leur trône ,
Un Prince Philoſophe , une Reine Amazone ,
De l'Ottoman aveugle obſervoient le déclin ,
Et d'un État mourant précipitoient la fin ; !
LaGrèce réveilloit ſa liberté captive ,
Et l'Europe en ſuſpends écoutoit attentive.'
Demoins fanglans débats , non fans. hoftilités,
Diviſoient dans Paris les eſprits agités :
Au nom dumagnétiſme une foule en extaſe ,
Pour Mefmer , pour Deſlon hurloit avec emphaſe,
Leur index , tout puiffant dans ſes inflexions ,
Semoit l'enthouſiaſme & les convulfions.
;
Des cieux quels cris ſoudains font retentir la voûte ?
L'homme des Immortels oſe tenter la route ;
Montgolfier dans ſon char paroît l'égal des Dieux ;
On le fuir , on le cherche , on le perd dans les cicuz
La critiqueun inſtant reſpecte le courage.
Le char deſcend à peine , elle ritdu voyage.
Loin d'un monde cenſeur & plein d'inimitié ,
Où fuir ? Près de l'Olympe ou près de l'amitié.
Églé, dans tous les temps vous fûtes ſon aſyle;
Vous favez embellir ce ſentiment tranquille ;
De votre caractère on reffent la douceur,
Dij
76 MERCURE
Comme onreffent le frais d'un ombrage enchanteur ;
Les Dieux vous ont donné cette philoſophie
Qui prévient les chagrins ou qui les pacifie :
Je vous offre ces vers ; ma Muſe attache exprès
L'image de la guerre à celle de la paix.
On ne peut que féliciter l'Éditeur du bonheur
qu'il a d'avoir un pareil ami , le remercier
du préſent qu'il a fait au Public, &
l'engager , s'il le peut , à lui en faire ſouvent
de ſemblables.
HISTOIRE Univerſelle , depuis le commencement
du monde jusqu'à présent , compoſée
en Anglois par une Société de Gens
de Lettres , nouvellenient traduite de
l'Anglois par une Société de Gens de Lettres
, enrichie de figures & de cartes.
72 vol. in-8 ° . A Paris , chez Moutard ,
Imprimeur-Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluni.
Ce grand Ouvrage , dont le temps & le
fuffrage unanime des Savans ont confirmé la
célébrité , eſt le dépôt le plus vaſte qu'on
puiffe confulter , & le recueil le plus complet
que l'on ait ſur l'hiſtoire de tous les
âges & de tous les pays. La plupart des Écrivains
les plus renoinmés de l'Angleterre , par
leur érudition & la ſageſſe de leur critique ,
y conſacrèrent leurs veilles pendant plus de
vingt ans. Les Savans d'Allemagne, en faifant
paffer cette Hiſtoire Univerſelle dans
DF FRANCE. 77
, leur langue ont relevé quelques erreurs
échappées aux recherches ou à la ſagacite des
premiers ; & les nouveaux Traducteurs François
ont profité des obſervations de ceux-ci ,
foit en les confignant en notes au bas
des pages , quand elles leur paroiffoient
encore fufceptibles de quelques difcafſions
, ſoit en fondant dans le texte les
vérités incontestablement prouyees. Ils ont
ajouté à cet Ouvrage un volume entice
fur les monnoies des anciens peuples ; x
un, Geographe avantageuſement connu , les
aaidés de ſes lumières pour rectifier les an
ciennes cartes d'après, les découvertes dont
laGéographie s'eſt enrichic dans les derniers
temps.
Cet Ouvrage eſt partagé en deux grandes
diviſions , l'Hitoire Ancienne & l'Hiſtoire
Moderne. La première partie renferme dans
le plus grand détail ce que l'antiquité pré
ſenre d'intéreſſant ſur les moeurs , les loix ,
les uſages des anciens peuples qui ont habité
laterre. Tout ce que l'etude la plus conf
tante & les recherches les plus laborieuſes
ont pu répandre de lumières fur les Arts &
les Sciences qu'ils cultivoient , y est traité
avec une profondeur d'érudition qui ne
laiſſe rien à deſirer aux Lecteurs , même les
plus inſtruits .
La ſeconde Partie , l'Histoire Moderne ,
marche avec plus de rapidité. Il ſemble
qu'on ait voulu mettre plus à l'aiſe le commun
des Lecteurs , qu'on s'y ſoit occupé plus
Diij
78 MERCURE
particulièrement de ſes plaiſirs : les grandes
révolutions , les époques intéreſſantes s'y
trouvent plus rapprochées ; l'Hiftoire de
Malthe en eſt la preuve; elle n'a produit
qu'un ſeul volume. Celle d'Eſpagne eft contenuedans
les Tomes 70 , 71 , 72. L'Hiftoire
de France leur fuccédera , & après elle , il
ne reſtera plus à publier , pour completter
ce grand Ouvrage , que les volumes deſtinés
à faire connoître l'Italie , les Gouvernemens
& les Nations du Nord.
Nous ne terminerons point cette notice
fans faire une remarque avantageuſe au Libraire
; c'eſt qu'outre les ſoins donnés à la
partie Typographique , il a fcrupulcuſement
rempli juſqu'ici ſa promeſſe relativement à
la diſtribution des volumes ; il en paroît
foixante-douze , & il n'y a guère que foixante-
douze mois que le premier a été publié
; le foixante - treizième , qui contient
l'Hiſtoire de Portugal , a paru; & le foixantequatorze
, qui commence l'Histoire de Fran
ce , va paroître.
Le prix de la Souſcription eft de 54 liv.
pour les douze volumes qui paroiſſent dans
le courant d'une année .
i
Depuis plus d'un an on ne trouvoit plus
d'exemplaires complets; le Libraire, en reimprimant
les volumes qui lui manquoient , eſt
en état d'en fournir actuellement ; cependant
il laiſſe la liberté aux perſonnes qui
voudroient ſe procurer cet Ouvrage avec
facilité , de le leur fournir fix volumes à fix
DE FRANCE. 79
volumes , ou douze volumes par chaque
Livraiſon , à leur choix .
VARIÉTÉS.
D'un Doute fur la première Découverte de
l'Amérique par Christophe Colomb.
QUE le haſard ou le génie ſeuls ayent conduit ce
célèbre Navigateur ſur les côtes d'Hayti , cela n'eft
guères vraiſemblable ; qu'avant lui , on eût déjà tou
ché à ces terres inconnues , point de documens de
cette antériorité de découverte; que Christophe Colomb
ait profité de quelques veſtiges incertains , pour
donner un nouveau monde à la Géographie ; c'eſt
une opinion qu'on peut recueillir de différentes circonſtances
hiſtoriques.
Avant de les préſenter, je dois faire mention d'une
notice envoyée par M. Artaud au Rédacteur du Mercure
, & dont voici l'abrégé :
23
«Le fait qui inſpira à Chriftophe Colomb la première
idée de découvrir un nouvel Hémisphère ,
eft configné dans un Ouvrage Portugais , intitulé :
> Chronique du Bréfil, par le P. Simon de Vafconcellos
, de la Compagnie de Jeſus; édition de Lif-
» bonne , 1673 , 1 vol. in-fol. En voici l'extrait fidèle
:
>>Dans la partie de l'Andaloufie, appelée leComté
> de Niebla , exiſtoit un homme nommé Alonzo
>> Sanchez , natif de la ville de Guelva , & pilote de
>> profeffion. Tandis qu'il navigeoit , en 1491 , des
>> Canaries à l'Ile de Madère , avec une cargaiſon
>de ſucre, de confitures , & d'autres productions
>> deſtinées pour l'Eſpagne , il fut jeté par la tempête
:
Div
80 MERCURE
» & par des vents violens d'Eſt , dans la partiedu
>>Ponent , & vers des parages juſqu'alors inconnus
» aux Navigateurs. Son navire démâté & faiſant eau
>> de tous côtés, fut pendant vingt jours entiers en
>> état de perdition: la frayeur del'équipage fut égale
>> à ſa détreſſe , fur- tout lorſqu'il découvrit une
>> grande terre inconnue. Alonzo Sanchez , qui n'a
voitpoint perdu la tête dans cette détreffe , n'oſa
toucher à cette terre : enfin , les vents contraires
>>>ayant ceffé , il chercha & retrouva la route deMadère
, on il arriva ; mais ſi exténué , qu'une mala
dieaiguële conduifit en peu de jours au tombeau,
Ce fut dans la maiſon de Christophe Colomb , pi
> lote Genois , qu'Alonzo Sanchez tomba malade, 32,
* qu'il reçut tous les ſecours poflibles de fon hôte,
>> Leur intimité fut auffi rapide que leur confiance ,
» & Christophe Colomb reçut de Sanchez mourant
>> tous les détails de ſa navigation , fon journal , fon
> livre de lok,& ſa carte marine ſur laquelle il avoit
>>> tracé en rouge la terre découverte. Sanchez ſe prêta
>> d'autant plus volontiers à la demande de Colomb
- qu'il crut reconnoître ainſi ſon hoſpitalité.
وہ
>> Muni de ce ſecours important, Colomb forma
>> auffitôt le projet d'acquérir de la gloire en ſuivant .
>> la découverte de Sanchez ; mais quelle eſpérance.
>> avoit- il de réuſfir ? Il-alla de Cour en Cour, à Flo
rence , en Caſtille, en Portugal , en Angleterre
>> même, propoſer ſon entrepriſe: par-tout il fut ren
>> buté, traité de fou ; aucun Roi , aucun Miniſtre ne
>> voulut l'entendre. 、
Nous ſupprimons la ſuite de cet Hiſtorique, par
faitement connu de tous les gens inſtruits...
CeRoman du P. Vasconcellos n'est pas de ſon invention:
il n'a fait que tranfcrire une fable imaginée
par la jalousie Espagnole , pour difputer à un Italien
la gloire d'avoir découvert l'Amérique. Il exiſte plur
Geurs variantes de ce récit,débité originairement par
DE FRANCE.
Gomeira, &adopté par le Jéſuite Portugais. Les uns
ont fait naître l'Informateur de Colomb dans l'Andalouſie,
d'autres dans la Boſcaye, de troisièmes en Portugal;
on lui a donné autant de noms que de patrics,
ainſi qu'à fon navire. Oviedo parle avec mépris de
cebruit populaire : Herrera n'a pas doigné en fare
mention; enfin il n'exiſte ancune preuve de l'a thenticitéd'un
fait aufli important Qu'un Moine obfcur
l'ait conſigné , ily a un fiècle , dans un livre obfcur ,
cela ne ſuffitpas pour en admettre la vérité , elle eft
fans aucune vraiſemblance.
Ce vent d'Eſt , qui , fi à propos , pouſſe l'Andalous
enAmérique; ce vent d'Ouest , non moins favorable
qui le ramène à Madère ; ceue maladie , cette mort,
cette générosité envers Colomb , dans un temps où
l'ambition des nouvelles découvertes agitoit tous les
gens de mer; tant de hafards ne ſe rencontrent ainfi
àpoint nommé , que dans l'Arieste ou l'Amadis.
D'ailleurs , lorſqu'on ſe rappelle les objections & les
dédains dont on accabla Colomb ; lorſqu'on le voit
errer deCour en Cour,& rebuté par-tout comme un
vifionnaire, on ſe demande, pourquoi ne lubjuguoiil
pas cette réſiſtance par une aſſertion pofitive done
le ſecret étoit entre ſes mains ? Pourquoi ne pas montrer
cette carte marine, ce dépôt juſtificatif de l'entrepriſe,
cette première découverte ? Où est le Prince
qui eût tenu contre une pareille démonftration
Colomb ne la fit point ; donc elle n'exiſtoit pas :
tout critique judicieux trouvera la preuve ſans réplique.
Bien plus , un équipage entier auroit abordé, ainſi
que le pilote Andalous , vers la terre inconnue ; auroit-
il éré auſſi généreux envers Colomb ? Se feroit- il
piqué, pour ouvrir à ce Gênois un chemin fûr à la
gloire, d'oublier la fienne propre ,& ne feroit- il refté
ancunetrace d'un voyage auquel cent perſonnes peutdire
auroient eu part? Les conteurs,il est vrai , ſedé
Dv
82 MERCURE
fontdes matelots , comme ils ſe ſont défaits du maître:
d'où il faut conclure que , puiſque perſonne n'a
ſurvêcu , le ſecret de l'héritage légué à Colomb n'a pu
tranſpirer.
S'il ne s'agiſſoit que de citer des fictions pour fonder
des vérités hiſtoriques , on pourroit croire que ,
dès le douzième ſiècle , l'Amérique fut connue des
Européens. On trouve dans la collection d'Hackluyt
les détails d'une expédition maritime faite en 1170 ,
par Madoc, fils d'Owen-Guyned , Prince de Galles.
Ce Navigateur, felon Powell, allant à l'Ouest , avoit
aufli rencontré une terre riche en fruits & en mines
d'or; il y laiſſa cent- vingthommes, revint en Angleterre
, équipa une nouvelle eſcadre , & repartit, (ans
que par la fuite on ait entendu parler de lui. Quatre
vers en l'honneur de cette expédition , faits par un
nommé Meredith , vivant en 1477 , ſembleroient en
atrefter la réalité ; mais quelle étoit cette terre opulente
reconnue par Madoc ? C'eſt ce que perſonne
n'ajamais fu.
Il eſt certain qu'il exiſta , dans le moyen âge ,
des communications entre le Nord de l'Europe
& la terre de Labrador.Quelques Scandinaves hardis
quelques caboteurs Norvégiens ont été , ſelon les
plus fortes apparences , les premiers Européens débarqués
en Amérique ; mais ce trajet n'a aucun rapportavec
les entrepriſes, & fut parfaitement inconnu
des Navigateurs Italiens ou Portugais du quinzième
fiècle:Quoique Colomb eût fait un voyage en Iſlande,
ce n'eſtpoint de ces traditions ſeptentrionales qu'il
apprit la route d'un nouvel Hémisphère.
Auroit-il dû l'idée de cette tentative uniquement à
fes propres méditations ſur une carte générale, comme
Paffirment les Hiſtoriens? Le célèbre Robertson a adopté
ce ſentiment; M. l'Abbé Raynall'a exagéré encore ,
en attribuant le projet de Colomb à la force de l'inf
tinct, Toutes ces opinions gratuites perdent leur créDE
FRANCE. とろ
dit, lorſqu'on obſerve le lieu de la naiifance, le théâ
tre des études , l'époque des projets de cet immortel
Navigateur. Deux faits authentiques, ignorés de MM.
Robertson & Raynal, jettent une grande lumière ſur
la véritable ſource des conceptions maritimes de
Christophe Colomb.
Préoccupés des expéditions des Portugais,les Hiftoriens
n'ont point donné affez d'attention au commerce
, aux connoiſſances nautiques, aux navigations
des Italiens dans le quatorzième & le quinzième fiècles*.
Lorſqu'on voit quatre marins de cette nation ,
oubliée aujourd'hui ſur l'empire des mers , Cabot ,
Colomb, Vespuce & Verazzani , opérer une révolution
qui a changé la face de l'Europe , quelle Puif
fance , après un pareil exemple , ſe flattera d'être à
l'abri des viciffitudes de la fortune ?
Gènes , Pife & Venise étoient au quinzième ſiècle
lecentre des grands rapports du commerce. Les Vénitiens
fur-tout poſſédant les flottes les plus confidérables
& le négoce maritime le plus étendu , de tous
les peuples de l'Europe , étoit le plus riche en dépôts
de plans & de cartes marines. Ils connoifloient parfaitement
les entrepriſes des Portugais ; & Louis
Cadamoſto , Vénitien , entré au ſervice de Portugal ,
reconnut la plus grande partie des côtes méridionales
del'Afrique.
Réfugié en Eſpagne , un autre Vénitien , Sébastien
Cabot , auffi expérimenté que Colomb , encouragea
le premier les tentatives de Mendozco pour reconnoître
la mer d'Oueſt. Dans le récit que nous a tranf
mis Ramufio ( 1),des efforts imparfaits de ce Viceroi ,
on voit que Cabot avoit ſoupçonné & preſque affirmé
l'exiſtence d'une communication entre l'Atlantique &
la mer Occidentale, C'eſt lui qui , le premier , inf
* Ni l'un ni l'autre des Hiſtoriens cirés n'endifentmor.
*Ramusio Naviggaze Viagg. Edit. de 1556, T. 2.
1
Dvj
84 MERCURE
pira à la Cour d'Eſpagne l'idée de tranſporter par
cette route les épiceries des Philippines au Mexique ,
&de- là en Europe , pour abréger le trajet de dix
ſept cent foixante lieues , & s'épargner milleérils;
idée foiblement fuivie dans l'établiſſement du Galion
d'Acapulco. Les vues de Cabot , fes grandes
découvertes atteſtent l'étendue des connoiffances qui
éclairoient ſur ces objets les lieux où il avoit appris
fon métier .
Mais il existe encore aujourd'hui un grand mo
nument de ceslumières de l'Italie ſur la Géographie &
fur la Navigation. En 1439 , époque in onteftable , le
Sénat de Venise ordonna au Frère Maure, Camaldule,
de tracer ſur les Mémoires que lui fournit l'Amirauté,
le célèbre Planiſphère de 4 pieds 8 pouces de
diamètre , qu'on voit aujourd'hui dans la Bibliothèque
de Saint Michel de Muran , près de Veniſe.
On voit fur ce Planiſphère la Côte d'Afrique terminée,
le Capdoublé , la Terre de Zanguebar ( ap
pelée Zinzibar ) , & l'Ifle de Madagascar reconnues.
On y remarque pareillement la partie ſupérieure des
côtes deTartarie & de Sibérie, terminée juſqu'auJapon.
Ce fingulierOuvrage eſt encadré dans une ſuite de
notes intéreſſantes pour la Géographie, la Navigation&
la Phyſique. Dans l'une de ces remarques , on
lir que le Cap de Bonne Eſpérance, comnu alors fons
lenom deCap de Diab, avoit été découvert en 1420,
par un Navire de l'Inde. L'Auteur parle , dans un
autre , du flux & du reflux , en l'attribuant à la preffion
& à la gravitation de la Lune. Ail'curs , il affirme
que les Conques , ou bâtimens Indiens , naviguent
fans bouffole , quoiqu'ils faffent uſage de l'Aftrolabe;
obſervation qui détruiroit l'opinion où l'on a été , que
les Italiens tenoient l'uſage de la bouffole des Indiens
& des Chinois ( 1 ) .
* Idem. T.2 , à la fin de la Préface des Voyages de
Marco-Paolo.
DE FRANCE. 8
En 1459 , le Roi de Portugal , Alphonse IV, demanda
une copie de ce l'lani'phere : le Sénat en
délibéra , & permir au Monaflère , en 1462 , de
livrer cette copie, qui fut terminée en 1464 ; le prix
en fut payé au nomd'Alphonfe : circonstances toutes
conftatées par les Livres de comptes, aujourd hui exif
tantdans le monastère de Saint Michel de Muran.
Ledoublede ce Planiſphère est confervé en Portugaldans
leCouventd' Alcobaza. De ce premier document
furent tirées les Cartes remiſes à Vasco de Gama .
Toutes les tentatives des Portugais pour paſſer aux
Indes en doublant les Côtes d'Afrique , curent ce
Planifphère pour guide & pour fondement. Dans le
voyage d'Alvarez, publié pat Ramufio ( 1 ) , on
queD. Emmanuel, regnant en 1487 , fit donner à
Pierre Covigliano & à Alphonse de Payva , partant
pourdesdécouvertes en Afrique , des Cartes extraites
d'une Mappemonde Italienne : or, cette Mappemonde
n'étoit autre choſe que le Planifpl.ère du P. Maure.
lit
Ce qu'il y a d'étrange, ce qui prouve l'inadvertance
de ce qu'on appelle les voyagems , c'est qu'aucun
de ceux qui ont écrit leurs courſes en Italie , & qui ,
à l'exception' de M. de la Lande , ont rant vu de
choſes inutiles, ou déjà connues , n'a fait mention
d'un monument auſſi curieux.
Il n'est pas le ſeul qui atteſte chez les Italiens des
progrès dans la Navigation, antérieurs aux découverresdes
Portugais &des Eſpagnols. On conſerve dans
Ja Bibliothèque de Parme une Carte géographique ,
dont la date avérée est de 1436, & où se trouve dé.
fignée une grande Terre ou Ifle à l'ouest des Canaries,
précisément à la hauteur de Saint-Domingue.
UnSavantd'Italie, dont l'immenſe érudition a éclairci
beaucoup de faits ſur l'histoire & fur les antiquités ,
le Comte Carli , ancien Préſident du Conſeil des Fi-
Tome 1, p. 368.
86 MERCURE
nances à Milan , rapporte , dans ſes Lettres Américatnes,
avoir vu , il y a trente ans, une Carte abſolument
pareille entre les mains du Procurateur Foscarini ( 1 ) .
Cene font pas les ſeuls Portulans des quatorzième &
quinzième ſiècles dreſſés en Italie , ou font tracées
les dernieres Iſles de l'Océan vers l'Amérique. La
Bibliothèque de Genève poſsède quatre de ces Cartes
marines in-folio , en vélin , collées ſur des tablettes
debois. Au-delà des Ifles Fortunées , l'Auteur a écrit
ces mots : in hac Regionefunt plega arenofa & valde
magna , &c. &c. Ces Cartes , comme l'indique une
note de l'Auteur même , furent tracées en 1476 , par
André Benincasa, d'Ancone , par conféquent anté-
-rieures de ſeize ans à la découverte de Colomb .
,
Il ſeroit peu judicieux d'induire de ces divers documens
, qu'en les compoſant on avoit déjà une
connoiſſance certaine de ces Ifles , de cette Contrée
à l'ouest , réſervées aux recherches & à l'expérience
de Colomb. Plus que les faits , les vieilles traditions
fur l'Atlantide & fur les Hefpérides purent guider
ces Géographes qui anticipoient ſur les découvertes ;
mais il n'en réſulte pas moins qu'il exiſtoit alors , en
Italie une opinion univerſelle de l'exiſtence de
l'autre continent ; qu'indépendamment des rêves
ou des découvertes de l'Antiquité , cette opinion ,
purement conjecturale , repoſoit fur des raiſonnemens
, fruits de l'expérience , ſur une pratique
éclairée de la Navigation, ſur quelques faits , peutêtre
, dont la trace ne nous eſt point parvenue. Lorfqu'on
voit de pareils monumens chez un Peuple maritime
, riche en Navigateurs hardis , célèbre alors
par ſes entrepriſes; quand on confidère cette exploſion
preſque inſtantanée , où le courage , armé des lumières
, franchit de toutes parts les limites de l'Univers
connu , on ne peut douter que cette grande
* Lettere Américane , 1782 ,T.2 , P.68.
DE FRANCE. 87
époque n'ait été précédée d'une grande maſſe de
ſcience : l'instinct, le génie , ou la fortune peuvent
créer un Voyageur comme Colomb ; mais il n'appartient
qu'aux lumières du temps d'en produire dix au
même inſtant.
Ce fut ſur les ailes de ſes compatriotes que Colomb
prit le chemin des découvertes & de l'immortalité.
Son éducation très-ſoignée avoit répondu à la
deſtinée qui l'attendoit. Tout ce qu'on ſavoit alors
d'Aftronomie, de Géométrie, de Coſmographie &
de Deffin, il l'avoit appris. Son école fur l'Univeraré
dePadoue , ville Vénitienne, où les ſciences relatives
àla navigation étoient enſeignées , comme le fondement
de la puiſſance & de la proſpérité de la République.
Là , Colomb dût puiſer les notions les plus
érendues; là, fut développé à ſon ardeur naiſſante ,
l'état des découvertes faites & des découvertes eſpérées
; là , il prit connoiflance de ces Cartes marines ,
dont il devoitbientôt vérifier les pronoſtics.
Ses premiers voyages dans la Méditerranée eurent
lieu en 1467.
Son ſiècle & l'Italie doivent partager ſa gloire ,
comme l'ayant formé. A là vue des Navigateurs célèbres,
originaires à cette époque de la même contrée,
onpeut dired'elle: magna virûm mater. Colombtraça
la route& trouva le pays , comme on fort d'une forêt
àl'aide des clairières que la main des hommes y a
ménagées.
On pourroit objecter contre ces connoiſſances antérieures
des Vénitiens, leur indifférence à en profiter.
Comment cette République négligea-t- elle de
s'intéreffer aux découvertes des Portugais ? Pourquoi
ne prit- elle point elle-même cette route des
Indes dont elle avoit le fil , & qui fervit enfuite de
tombeau à ſon commerce ?
Il n'eſt pas difficile de difcerner les cauſes de cette
prétendue inactivité. La prudence d'abord interdiſoir
88 MERCURE
peut-être à laRépublique de marquer de ſes pas le veſti
ge àl'aide duquel d'autres Nations l'auroient ſuivie aux
Grandes Indes. C'eût été s'arracher à deſſein le
commerce de l'Orient : une fois le Cap doublé , ce
n'étoit pas d'ailleurs à un Peuple enfoncé dans le
Golfe Adriatique que ce commerce pouvoit refler.
Comment les Vénitiens cuffent-ils défendu & conſervé
leurs conquêtes aux Indes , ſans un ſeul Port
fur l'Océan , & obligés , en quelque forte , à deman
der paffage aux Dominateurs du Détroit de Gis
braltar?
Le ſuccès de leurs expéditions , en augmentant la
jalouſie des autres Puiſſances , eût préparé d'avance la
Ligue de Cambray , qui fe forma en 1508. Toutes
lesforces maritimes de l'État étoient enfin employées
par les guerres contre Bajazeth. Le Soudan d'Égypte
venoit de s'engager à les affranchir des droits
fur lent commerce aux Indes : avantage immenfe
qui ſuffiſoit pour écarter la Navigation, périlleufe du
Cap , où , dans l'eſpace de 13 ans , de 114 Navires
envoyés aux Indes , il en périt 59 .
(Cet Article eftdeM. Malletdu Pan. )
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
TROIST
ROISIÈME & quatrième années de la Bibliothèque
Physico- économique , instructive & amufante,
ou années 1784 & 1785 , contenant des Mémoires
& Obſervations Pratiques fur l'Économie
Ruftique , ſur les nouvelles découvertes les plus inté
reffantes; la Deſcription de nouvelles machines inventées
pour la perfection des Arts utiles & agréa
bles, &c. On y ajoint nombre de Recettes , Pratiques
& Procédés découverts récemment fur les maladies
des hommes & des animaux , ſur l'économic
Domeſtique, & en général ſur tous les objets d'agré
DEFRANCE. 89
ment & d'utilité dans la vie. 2 vol. in- 12. de plus
de 400 pages chacun , avec des planches en taille.
douce.
Les Éditions nombreuſes des années précédentes
de set.Ouvrage,, atreftent un fuccès décidé. Il eft
actuellement compofé de 4 volumes in-12 , c'elt-a
dire , des années 1782 , 1783 , 1784 & 1785 , avec
des planches en taille douce. Le Rédacteur a ajouté
unmérite de plus à ſon travail. Dans les deux nouveaux
volumes que nous annonçons , on trouve à la
fin quantité d'articles , & par fupplément , des notes
qui ferventou à les étendre cu à les rendre plus intellis
gibles , & par conséquent p'us utiles. Telle ſera los
rénavant la marche du Rédacteur, qui , par ce inoven
donnera un nouveau prix à fon Ouvrage , deventu
un dépôt utile àtoutes les claffes de la Société. Cha
que volume ſe vend enſemble outesarement, 2 liv.
12 fo's broché, rendu franc de port par la poſte
danstout le Royaume. On s'adreſſera à M. Buiffon ,
me & hôtel Serpente , à Paris .. Les perſonnes qu
voudroienty faire inférer quelques articles utiles se
nouveaux, ſont priées de les envoyer , franc de port ,
àla même adreffe.
BIBLIOTHÈQUE portative des Pères de l'Eglise ,
où fur chaque Père on expose , 1º, l'Histoire abrégée
de fa Vie; 2°. L'Analyse de fos principaux Ou
vrages; 3°.LePrécis de fa Doctrine; 4°. Que ques
Sentences tivées deſes.Ecrits; par un Directeur de
Séminaire à Paris. Nouvelle Édirion , revue , corrigée
& augmentée par M. Laurent - Etienne Rondet ,
Interprête des Langues Saintes, & Éditeurde la Bible
d'Avignon . Propofée par Souſcription , en 8 vel.
in-8 ° . Prix , 32 liv. brochés.
On est d'accord depuis long-temps ſur l'utilité des
Ouvrages des Saints Pères,pour les perfornes fur
tout qui ſe confacrent à l'état Ecclefiaftique. Mais
90 MERCURE.
laCollection en eſt ſi volumineuſe , que peu degens
ont le loiſir de la lire , &il en eſt moins encore qui
ayent les moyens de l'acheter. La Bibliothèque que
nous annonçons obvie à ces deux inconvéniens , &
ajoute un nouveau prix à l'Ouvrage , par les notes &
les remarques qui l'accompagnent.
En recevant les Tomes I & II de la Bibliothèque
des Pères , in- 8º . brochés , qui ſont mis en vente ,
on payera 8 liv.; en recevant les Tomes III & IV
en Mars 1785 , 8 liv.; en recevant les Tomes V &
VI en Juin ſuivant , 8 liv.; en recevant les Tomes
VII & VIII , en Octobre ſuivant , 8 liv. On ſouſcrit
àParis, chez Onfroy , Libraire , quai des Auguſtins ;
Laporte , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers. A
Touloufe , chez N. Étienne Sens , Libraire , vis-àvis
Saint- Rome. A Niſmes , chez Gaude , Père , Fils
& Compagnie , Libraires.
ATLAS Nouveau , Seconde Partie , renfermant
les Plans des 20 premières Villes de l'Europe rapportés
à une même échel's . Première Livraiſon, Plans de
Paris, Londres , Rome & Madrid. On diftribue des
Exemplaires fur papier fin & enluminés; les autres
font fans aucune enluminure, mais gravés ſupérieurement
par M. P. F.Tardieu .
Conditions pour les Perſonnes qui prennent tout
P'Atlas. 19. Pour les 20 Plans , papier de Hollande ,
die nom de Jeſus , & enluminés dans le plus grand
détail: en fouſcrivant 24,1. à chaque Livraiſon 24 1.
Total , 144 liv. 2º. Pour ceux en papier fin de
Montargis , dit raisin , & aufli enluminés; en ſouſcri
vant 1 5 1. à chaque Livraiſon, auffi 15 1.Total, 901.
3°. Pour les Exemplaires fans enluminure ; en ſoufcrivant
12 1. à chaque Livraiſon, 12 1. Total, 72 1.
Onpeut ſoufcrire ſéparément pour certe Seconde
Partie, en obſervant de payer 4 liv. de plus à chaque
Livraiſon ſi l'on ne prend pas lesCartes.
DE FRANCE.
91
N. B. On peut voir des exemplaires des quatre
Plans qui paroiffent actuellement , chez M. Mentelle ,
Hiftoriographe de Mgr. Comte d'Artois , rue de
Scine, No. 27 , chez lequel on foufcrit.
APPARITION du Globe Aérostatique de M.
Blanchard entre Calais & Boulogne , parti de
Londres le 7 Janvier 1785 , à une heure & demie ,
Eſtampe deſſinée par Defrais , gravée par L. Bonvalet
Prix , 2 livres s ſols. A Paris , chez Baffet , ruc
S. Jacques , au coin de celle des Mathurins .
Au bas de cette Eſtampe , qui est dédiée à M.
Blanchard , on lit ces vers :
Le Pêcheur qui ſur l'eau tenoit ſon bras tendu ,
Laiſſe tomber ſa ligne ,& reſte confondu ;
Les yeux fixés au ciel , courbé ſur ſa charrue ,
Le Laboureur les voit & les ſuit dans la nue ;
Le timide Berger les crut des immortels,
Et dans ſon coeur troublé leur dreſſe des autels.
1
HISTOIRE d'Angleterre, représentée parfigures ,
accompagnées d'un Précis Hiſtorique , les figures
gravées par F. A. David , d'après les deſſins des plus
célèbres Artiſtes ; troiſième Livraiſon. Prix , 15 liv,
A Paris, chez l'Auteur, rue des Cordeliers , au coin
de celle de l'Obfervance.
Après l'Histoire de France, l'Hiſtoire la plus intéreffante
pour nous , c'eſt celle d'Angleterre. On doit
ſavoir gré à M. David de la faire paroître avec tous
les honneurs typographiques. Nous avons annoncé
avec éloge les deux premières Livraiſons. Le nom de
M. le Tourneur , qui eft chargé de la partie du Difcours
, doit donner du prix à l'Ouvrage.
HISTOIRE & Mémoires de la Société Royale de
Médecine, année 1783. Deuxième Partie.Vol. in-4°
१२
MERCURE
A Paris , de l'Imprimerie de Ph. D. Pierres , & fe
trouve chez Théophile Barrois , Libraire de la Société
Royale de Médecine .
Ce font-la de ces Ouvrages dont le titre ſeul annonce
& prouve tout-à-la- fois l'importance & l'urilité.
Lilluftre Corps dont il émane acquiert , en le
publiant , un nouveau droit à la reconnoiſſance du
Public.
HISTOIRE Ecclésiastique & Civile du Diocèse de
Laon, par Dom Nicola Lelong , Religieux Béné
dictin de la Congrégation de Saint-Vannes & de Saint-
Hydalphe. A Châlons , chez Sendure , Imprint ar
du Roi , in -4°
:
CetOuvrage ,dont il a été rendu compre dans le
Nº. 3 du 15 Janvier 1785 ,ſe trouve audi à l'Abbaye
S. Germain-des-Prés ; s'adrefier à Dom Prêcheur
, Procureur - Général de la Congrégation de
S. Vannes.
Le Mérite décrédité ou le Temps préfent , Comédie
en un Acte & en vers , par M. Fardeau, A
Londres , & ſe trouve à Paris , chez la Veuve de
Poilly, Libraire , au milieu du quai de Gêvres .
L'action de cette Pièce eſt toute unie. C'eſt un
jeunehomme qui , avec du mérite, fe voit préférer ,
pour une place & pour un marige , un autre jeang
homme ſans mérite , mais protégé. Quant au ſtyle ,
les vers ont quelquefois le nombre des ſyllabes prefcrit
par les règles de la verſification.
DICTIONNAIRE Alchymique , en 2 vol. grand
in- 8 ° . propoſé par foumiffion.
>>Dans le premier âge da monde, lesconnoiffance,s
de la philofophic Chaldéenne étoient réſervées à
ceux que l'Étre Suprême daignoit en favorifer : elles
furent tranſmiſes enfuite , ſous le ſceau du plus grand
DE FRANCE. 93
fecret, à ceux des Égyptiens & des Hébreux qui vivoient
dans la vertu , & dont les moeurs étoient irréprochables.
Ces connoiffances ont graduellement dégénéré,
& ſe ſont enfin évanouies à mesure que
l'amour & la crainte de Dieu ſe ſont inſenſiblement
éclipſés , & que les moeurs ſe ſont corrompues..
Ainfi s'exprime l'Auteur dans ſon Profpectus
qui eft curieux. Son Ouvrage ſera le réſumé de plus
decent cinquante traités d'Alchymie.
Pour ſe procurer ce Dictionnaire , il ne faudra
qu'envoyer une fouraiffion à M. Didot l'aîné , Imprimeur
, rue Pavée Saint-André, par laquelle on
s'engagera à donner trente-fix livres en recevant
cet Ouvrage. Il ſera imprimé conformément au
Proſpectus , qui eſt digne des preſſes dont il fort. II,
-n'y aura d'exemplaires de tirés qu'autant qu'il y aura
de ſoumiſſionnaires; & au premier Mai prochain,
temps où l'on commencera l'impreſſion, les foug
miſſions ne feront plus reçues.
:
NOUVELLES Recherches sur la génération des
êtres organisés , auxquelles on ajoint quelques conjectures
fur les principes des corps , & une nouvelle
Théorie de la Terre ; par Pierre Eutrope
Serain. AParis , chez la Veuve Humaire , Libraire ,
rue du Marché Palu , entre la rue Notre - Dame &
le perit Châte'et , vis-à-vis la Vierge.
Lanature de ce Journal ne nous permettant pas
dedonner un Extrait de l'Ouvrage de M. Serain ,
nous nous bornerons à tranfcrire ici l'approbation
de M. Lebegue de Freſle , qui en a été le Cenſeur.
« L'Auteur préſente ſur la génération , tant de
> l'homme que des animaux , ainſi que fur celle
>> des végétaux & la formation des minéraux , enfin
>> fur les principes des corps & la théorie de la
>> Terre , des idées que la reflexion & les phénomè-
>> nes de la Nature hui ont fait préfumer plus vrai
94 MERCURE
>> ſemblables & mieux établis que les nombreux
>> ſyſtêmes publiés avant le ſien fur ces divers ob-
>> jets , auffi curieux que difficiles à comprendre.
>> CetOuvrage eſt raiſonné , fondé en général ſur
>> des faits, écrit avec prudence, modeſtie & hon-
>>> nêteté. >>
. DARIUS , Tragédie nouvelle en cinq Actes & en
vers , revue , augmentée & corrigée , par M. D***.
A Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue
Galande ; la Veuve Duchefne , rue S. Jacques ;
Viſſe , rue de la Harpe , & Eſprit , au Palais Royal.
Cet Ouvrage, dit-on , a été imprimé en 1776 , &
réimprimé en Juin 1783 , avec des augmentations
&des corrections que l'Auteur a jugées néceſſaires.
EXPLICATION & Description des Monumens
Gaulois-Romains , extraite de la nouvelle Histoire
du Berry , ornées de quatre planches ; contenant
vingt pièces de monumens , deffinées & gravées par
M. Arault , d'après les originaux. Prix, 4 liv. 4 fols
br. A Amſterdam , & ſe trouve à Paris , chez Monory
, Libraire , rue de la Comédie Françoiſe ;
Legras , quai de Conti; & à Bourges , chez J. B.
Prévoſt , place des Carmes , & Raifin, Marchand
d'Eſtampes , rue de la Porte- Neuve.
CetteBrochure eft tirée du Tome premier de la
nouvelle Hiſtoire du Berry ; elle fait partie du ſecond
Chapitre. On a penſé que les perſonnes qui ne s'intéreſfent
pas à une Hiſtoire particulière , aimeroient
àtrouver ſéparément cette explication. Les planches
en ſont gravées avec ſoin.
MORALE di Moise , ad uso de principianti nella
lingua Italiana ; dalsignor Abbate Curioni , Profefſore
di lingua Italiana alprimo Muſeo. In Parigi
८
1
DE FRANCE. 95
fi trova Preſſo l'autori alprimo Museo nel Palazzo
Reale.
C'est une Traduction Italienne fort bien faite
d'un Ouvrage François , qui fait honneur aux connoiffances
& aux ſentimens de ſon Auteur , M. le
Vicomte de Touſtain Richebourg.
PARTITION du Barbier de Séville , Opéra-Comique
en quatre Actes , mis en muſique ſur laTraduction
Italienne par le célèbre ſignor Paifiello , &
remis en François d'après la Pièce de M. de Beaumarchais
,& parodié ſous la muſique , par M. Framery ,
Surintendant de la Muſique de Mgr. Comte d'Artois ;
repréſenté à Trianon , ſur le Théâtre de la Reine,
le 14 Septembre; & à Versailles , fur celui de la
Cour , le 28 Octobre 1784. Dédié à la Reine , &
préſenté au Roi & à la Famille Royale. Pris , 24 liv.
franc de port par la pofte , en s'adreſſant directement
à l'Auteur , à Paris , rue Neuve des Petits- Champs ,
vis-à-vis celle de Chabanois , Nº. 127 .
Les talens de M. Paiſiello , dans le genre comique
, ſont affez connus pour n'avoir pas beſoin
d'éloge , & le ſuccès qu'a en cette Traduction fur
les Théâtres de la Cour , prouve qu'elle n'a point
détruit le mérite de l'original. Cette Partition , de
Grée par tous les Théâtres de Province qui ont le
droit de repréſenter cette Pièce, offre en outre aux
Amateurs une foule de morceaux du plus grand effet
pour lesConcerts.
::Les Deux Tuteurs , Comédie en deux Actes , en
profe, mêlée de musique , repréſentée , pour la première
fois , à Fontainebleau devant LL. MM. le 11
Octobre 1783 ; & à Paris , au Théâtre Italien , le
8 Mai 1784 ; miſe en muſique par M. d'A***
Prix , 18 liv. A Paris , chez M. Leduc , ſucceſſeur
46 MERCURE
de M. de la Chevardière , rue du Roule , à la Croix
d'Or.
Les ſituations de cette Pièce font très-gaies , trèspiquantes
, & la muſique vive&légère y répond parfairement.
Il y a plufieurs petits Airs fort jolis , des
morceaux d'enſemble faits avec eſprit, & en général
un chant agréable. L'Ouvrage a très-bien réufſi au
Théâtre de Paris , & nous paroît fait pour réuffir
par-tout.
こ
OUVERTURE de la Caravane , arrangée pour la
Harpe , avec accompagnement de Violon , par M.
Deleplanque. Prix , 2 liv. 8. fols pour Paris & ta
Province , franc de port. A Paris , chez M. Leduc ,
fucceſſeur de M. de la Chevardière , rue du Roule , à
la Croixd'Or.
TABLE
EPITRE à Mmela Comtesse Morceaux extraits del'Histoire
GabrielleDigoine, 49 Naturelle de Pline, 57
Vers adreffés à Mlle Gavau- Recueil de quelques Piécesde
dan cadetie,
51 Littérature ,
Mot'de Coclès , 52 Histoire Univerfelle ,
Couplets àM. Blanchard, 53 Variétés ,
Charade, Enigme & Logo Annonces &Notices,
gryphe , 54
APPROBATIΟΝ.
67
76
79
88
JAI-la, par ordre de Mgrle Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Mars. Pe n'y ai
rientrouvé qui puiſſe en empecher l'impreſſion . A Paris ,
Ie1x Mars1785 GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
1
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 8 Février .
Ido
L paroît deux Ordonnances de S. M. I. ,
dont l'une , en date du 18 Décembre 1784,
permet l'importation libre & fans payer de
droits des productions du territoire de la
Pologne , limitrophe des Gouvernemens
de la Ruffie-Blanche &de la petite Ruffie.
La ſeconde Ordonnance de la même date ,
intéreſſant les négocians François , nous allons
la rapporter en entier. Elle a pour objet
d'obvier à divers abus de l'importation
des eauxde vie de France en Ruffie, &d'encourager
les provinces méridionales de l'Em
pire à établir des fabriques d'eau-de- vie.
>> I. Juſqu'à nouvel Ordre de notre part ,
Nous permettons l'Importation ultérieure des
Eaux-de- vie de France , dans les Ports de
St. Petersbourg , d'Archangel , de Nerva , de
Wibourg , de Revel , de Frédéricsham , de Habfal
, de Pernau , d'Arrusburg , de Riga ; & il
Nº. 11 , 12 Mars 1785. C
( 50 )
en fera levé des Droits fixés par le Tarif .
II . Nous défendons pour l'avenir, l'Importation
des Eaux - de - vie de France dans nos
Ports de la Mer Noire. Afin que ceux qui en
exercent le Commerce , puiſſent à l'égard des
Commiſſions dont ils ſe trouvent chargés , prendre
leurs meſures cette défenſe n'aura lieu
qu'au premier Mars de l'année prochaine 1785 ».
,
III . Pour couper racine à tous les abus
fur la quantité des Eaux- de- Vie de France ,
qui se trouvent déjà dans ces Ports , ou que l'on
pourroit y importer encore juſqu'à l'époque
indiquée , il en ſera tenu une Notice exacte ,
& les Barriques &les Tonneaux ſeront marqués:
A quoi veilleront avec les Conſeils deGouvernement
, ceux de Douane , mais en particulier
les Maires dans les Villes , les Capitaines de
Cercle dans les Cercles , en conformité de
notre Réglement relatif aux Gouvernemens ».
» IV. Nous défendons l'Importation des
Eaux - de-Vie de France des Pays Etrangers ,
par les Bureaux de Douane ſitués fur les Fron-
Lieresde nos Gouvernemens de Catharinolaw ,
de la Petite Ruſſie , & de la Ruſſie Blanche ,
laquelle Défenſe aura ſon effet à compter du
jour où cette Ordonnance fera publiée. Nous
répétons ici aux Conſeils de Gouvernement ,
aux Maires & aux Capitaines de Cercle , d'exécuter
auffi ponctuellement se que l'Article II,
preſcrit à cet égard .
» V. Au cas d'une Importation illicite des
Eaux - de - Vie de France dans les Ports , ou
par lés Bureaux de Douane , où cela eſt défendu
en vertu de cette Ordonnance , on procédera
à la punition du Coupable & à la récompenſe
du Dénonciateur ou de ceux qui arrêtent un
Tranfgreffeurſemblable , en conformité du Réglement
promulgué fur les Douanes ».
( 5 )
VI. Les Gouverneurs - Généraux , o
ceux qui rempliſſent leurs fonctions dans les
Gouvernemens de Catharinoflaw , de la Taurique
& du Caucaſe , s'efforceront d'encourager les
Habitans à établir des Fabriques d'Eau-de
Vie femblables , dont ils doivent retirer de
grands avantages ; & des Etabliſſemens de cette
nature feront protégés contre toute vexation
& violence .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 22 Février.
Le Baron de Kolbel , Capitaine au ſervice
Impérial, eſt arrivé de Vienne à Altona pour
veiller au tranſport d'un grand nombre de
chevaux de remonte , achetés dans le Holftein.
Voici la lettre du Prince Dolgoroucki ,
Envoyé de Ruffie à Berlin , qui accompagnoit
la médaille dont l'Impératrice a gratifié
la ville de Stettin. Cette lettre eſt en
françois. « MM. c'eſt avec plaifir que je me
>> vois encore dans le cas depouvoir vous
>>>donner des preuves de la bienveillance
>> dont S. M. 1. honore votre ville. L'incor-
>>poration de la Cherſoneſe - Taurique à
>> l'empire de Ruffie étant une des époques
>> les plus mémorables du ſiecle, mon au-
>gufte Souveraine en a fait perpétuer la
>> mémoire par une médaille , & m'a ordon-
>>né de vous en tranſmettre une , avec des
>> aſſurances de l'intérêt conſtant que S. M. I.
>> daigne prendre au bien-être de votre ville.
&c.&c.
62
( 52 )
Onprend dans pluſieurs endroits de nos
environs des précautions pour les garantir
d'inondations que l'on appréhende au dégel.
I'année derniere que la débacle a cauſe tant
de malheurs , on avoit obſervé que 4 femaines
avant cet événement les eaux du lac près
de notre ville avoient baiflé de trois pieds ;
on remarque aujourd'hui que ce lac commence
déja à diminuer.
Un Ecrivain Suédois porte à 102 le nombre
des Villes en Suede & en Finlande ; leur population
étoit , en 1772 , de 273,455 ames. On évalue
la population de Stockolm à 75,000 ames ;
ainfi la population des autres Villes ne va pas audelà
de 200,000 ames. On peut évaluer la population
de la Suede & de la Pomeranie Suédoiſe ,
un peu au-delà de trois millions d'ames.
L'accroiffement de la population en Finlande ,
depuis 1772 juſqu'en 1782 , eſt bien remarquabie
; onn'y comptoit en 1772 que 500,000 ames ,
&en 1782 , ce nombre étoit accru à 623,000.
Une lettre de Frédérieſnagor au Bengale ,
en date du 9 Juin dernier , apprend que les
vaiſſeaux Danois , le Prince Royal , le Comte
de Moltke , le Copenhague& le Ganges
yfont arrivés heureuſement ,& qu'on attendoit
d'un jour à l'autre le vaiſſeau la Patience.
Le Roi de Dannemarck a nommé une
Commiflion pour examiner la triſte ſituation
de d'Iſlande , & pour indiquer les
moyens les plus efficaces de ſecourir cette
ifle.
Un Ecrivain Allemand , qui s'occupe des
( 53 )
recherches relatives au commerce , a publié
l'état ſuivant des exportations du Brefil :
Savoir; diamans , 6000 karats, ou pour 780,000
rixdalers. D'autres pierres précieuſes , 37,500.
Ormonnoyé & en lingots, 168 quintaux 3 quarts,
6,328,125 . Sucre blanc , 3,450,000 . Sucre brut
1,252,500. Tabac , 585,000. Coton , 281,000.
Bois de Bréfil , 250,000. Riz , 95,000. Bois de
menuiserie , 15,000. Bois de construction,92,625 .
Cafe , 31,500 . Cacao , 140,000 Salfe- parcille,
26,812 & demi. Rocou ou Orléans , 8,750 . Cloux
de girofle , 10,200. Canelle , 15,750. Indigo ,
1,296. Baleines , 78,375 . Huile de Baleine ,
154,437& demi. Huile de Сазраїba, 5875. Peaux
feches , 10,180 pieces , 35,630 . Peaux falées,
83,910 ... 314,662 & demi. Peaux tannées ,
20,330..... 144.534. Gingembre , 5,500.
Grosdrapsde coton, 4,000. Petite marchandise ,
15,0000
TOTAL, 14,159,322 & demi rixdalens..
• Lorſqu'on ajoute à cette fomme celle pour les
marchandiſes exportées frauduleuſement, favoir;
pour les diamans , la ſomme de 78,000 rixdalers ;
pour les marchandiſes exportées de cette maniere
auxAçores , celle de 197,500 rixdalers ; pour les
marchandises qui paſſent ainſi à Malere , celle de
117,500 rixdalers ; pour les marchandises envoyées
frauduleuſement en Afrique , celle de
221,500 rixdalers ; & enfin pouries marchandises
envoyées de cette maniere aux Ifles des Indes-
Occidentales , celle de 31,250 rixdalers ; le com
merce d'exportation du Bréfil monte àla fomme
de 14,805,072 & demi rixdalers .
Le même Auteur porte à 80,000 rixdalers la
Ferme de la pêche de la Baleine au Brest , &
C3
( 34 )
affure qu'on prend à l'ifle de Sainte-Catherine , du
Gouvernement de Rio -Janeiro , annuellemet
environ 3 à400 Baleines . Il évalue à 1,164,70
rxdalers le vin , le miel , la cire ,le ſucre & la
gommede Madere , & à 610,100 rixdalers le vin,
la toile pour voile , le bled& le bétail des Açores.
DE VIENNE , le 23 Février.
Point de lumieres encore ſur l'avenir. La
Feuille du matin appaiſe toutes les difficultés
, celle du ſoir les déclare de nouveau infurmontables.
Les eſprits pénétrans , pour
qui des Conleils impénétrables ſont percés à
jour , ne font point, il eſt vrai , embarraſſés
des circonstances. Si ce font les bruits de
• paix qu'on veut faire dominer , on donne
aux négociations une décifive activité ; on
fait renaître les troubles en Tranſylvanie ,
on multiplie les conférences entre les Ambaffadeurs
& les Miniſtres ; on cede Maftricht
à l'Empereur; & ſi la Hollande héſite
touchant cetre ceffion , on trouve fans effort
des équivalens ; enfin l'on réduit tous
les arrangemens à prendre à de petites formalités
, que , d'autre part , la fermeté de la
Porte doit applanir. Même méthode d'argumenter
en faveur de la guerre, de forcer
toutes les inductions , d'expliquer tous les
incidens , &d'en inventer au beſoin , fi l'on
en manque.
Par exemple, on reparle de nouveau du
voyage de l'Empereur dans le Brabant; on
fait partir les Corps francs , dès qu'ils feront
( 55 )
parvenus às ou 600 hommes ; on redit
encore que 8 Régimens ont nouvellement
reçu ordre d'a'ler en Flandres , & que les
Croates ſtationnés dans le Tirol doivent
quitter Inſpruck , pour ſuivre leur premiere
destination.
Laderniere fête donnée par l'Empereur à Schortbrunn
a été très brillante. Le Jardinier de la Cour
reçut en récompenſe de ſes peines une tabatiere
d'or , & fes garçons, 100 ducats àpartager entre
, eux . Les Danfeurs Chanteurs & Chanteuſes
n'ont pas été oubliés dans ces actes de munificerce.
S. M. fera reconſtruire à ſes dépens toutes
les maiſons détruites en Tranſylvanie par
les rébelles ; & les habitans que ces troubles
ont rainés , jouiront des mêmes avantages
que les Colons étrangers. Le 15 de ce mois ,
P'Empereur ſe rendit à l'improviſte à la conciergerie
, viſita les prifons , &fe fit rendre
un compte exact du traitement des détenus.
Le Prince de Gallitzin , Miniſtre Plénipotent
tiaire de Ruffie à cette Cour , reçut , le 9 de ce
mois , un Courier de Pétersbourg , qui après
lui avoir remis un paquet de dépêches , a continué
ſur le chamo la route da travers des Etats
de S. M. (ans qu'on ſache quelle eſt ſa deſtination
ultérieure. L'on a ſeulement remarqué
que ce Prince remit le lendemain une note
au Vice- Chancelier Comte de Cobenzel , &
que la Chancellerie de l'Etat fit auffi-tor après
partir un Courier qui prit la même route que
selui de Pétersbourg .
Un jeune homme , d'une très bonne fa
€4
( 36 )
mille , ayant danſé à Prague toute la nuit
dans un des bals du carnaval , s'étoit retiré
chez lui fort gai , & en folâtrant avec ſes
amis. A peine fut il enfermé dans ſachambre
, qu'il ſe pendit ſans délibérer.
Un cuifinier de cette capitalé , zélé ci
toyen , s'eſt appliqué à faire en fon particufier
la guerre aux Hollandois. Il prétend
poſſéder un moyen , avec des herbes , des
sacines & des graines d'Europe préparées ,
de ſe paffer des épiceries des Indes Orientales.
D'après les épreuves faites à la Monnoie , on
a évalué exactement les nouvelles piaftres qui ſe
fabriquent à Conſtantinople. On a trouvé que
100 de ces piaſtres Turques n'équivalent qu'à
72 florins d'Empire , 17 creutzers & 2 fenings ;
leur poids d'ailleurs eſt fort inégal , & la différence
entre les pieces du meilleur & celles du
plus bas aloi , eſt de 7 pour 100, Le Public a été
mis en garde par ordre de S. M. I.
Le Général Baron de Preiſſ, ancien Commandant
général dans la Tranfylvanie , a
reçu de l'Empereur une penſion & la décoration
de l'Ordre de Sainte-Elifabeth.
Le 2 de ce mois , il eſt arrivé ici des dépêches
de Conſtantinople. On les croit relatives à l'affaire
de la démarcation , qui n'avance pas. -
Des lettre particulieres de la même ville , aſſurent
que le Divan ne paroît nullement goûter le
projet que la Cour Impériale lui a communiqué
à ce ſujet , & qu'il a répondu au Baron d'Herbert
que la Sublime Porte étoit prête à régler les
limites qui pourroient être dopteuſes , mais que
pour cet objet , elle ne pourroit pas facrifier des
1
( 57 )
:
diarias entiers dont la propriété & la polition
Ipi appartenoint indubitab ement,
:
DE FRANCFORT , le 27 Février.
L'Envoyé de Baviere à la cour de Bettin
s'eſt expliqué à cette Cour , touchant les
bruits courans d'un échange de la Baviere
contre les pays Autrichiens ; mais quoique
cette explication ait été interprêtée par le
public de plufieurs manieres , ſa véritable
nature n'est qu'imparfaitement connue. II
ne feroit point étonnant que ce Miniſtre eût
déſavoué les affertions qu'on fait circuler à
ce fujet , puiſque la cour de Munick ellemême
a déclaré ces rumeurs deftituées de
fondement. Ce qui eft encore un fecret ,
c'eſt la vérité à fubſtituer aux nouvelles ha-
Fardées , qui ont couru ſur cette affaire myftérieute.
On prétend qu'il eſt queſtion de l'ouverture
d'un canal pour joindre le Danube au Main.
Sa longueur , depuis Ochſenfurt juſqu'aux environs
de Ratisbonne , ne doit être que de 14
milles d'Allemagne. Il y a quelque temps ,
pluſieurs Villages de cette contrée ont vu un
Ingénieur prendre en différens endroits la hauteur
de l'eau , ſonder les terreins , & s'informer
du prix exact des matériaux de toutes eſpèces ,
ainfi quede la main d'oeuvre . L'exécution d'un
pareil projet , ſuppoſe qu'il fût poſſible, augmenteroit
le commerce de toute l'Allemagne , par
le centre de laquelle les marchandises venant de
la Manche ,de la Baltique, &c. pourroient
defcendre jusqu'à la mer Noire ; & & le Danube
pouvoit être rendu navigable en remontant , on
verroit baiſſer conſidérablement toutes les pro-
C
( 58 )
ductions exotiques , fur-tout celles de l'Oriente
Les lettres de Varſovie augmentent l'incertitude,
touchant le complot avorté contre
le Prince Czartorinski. Ce qu'on débite
eſt tellement invraiſemblable , qu'aucune.
perſonne ſenſée ne, peut ajouter foi à de pareilles
aventures. On prétend qu'une courtifanne
Françoile , nommée Leclerc , femme.
d'un nommé Ugramow, de concert avee.
un aventurier , a ourdi cette trame , & que.
ce n'eſt même pas ſon coup d'eſſai. Qui a
jamais imaginé de faire un commerce de
conſpirations ? Quelle extravagance fautil
ſuppoſer dans cette femme , accufatrice
de perſonnages accrédités , dont le témoignage
fuffit pour la confondre ? A-t elle pu
croire que la dénonciation ſuffiroit pour
conſommer le ſuccès de cette impoſture ,
qu'aucuneprocédure n'en ſeroit la ſuite, que
les accuſés reſteroient muets , & que fans
aucune preuve à leur oppoſer , elle triompheroit
d'eux & de la justice 2 Donne-t- on
des récompenfes aux délateurs , ſans être
aſſuré de la juſteſſe de la délation ? Cette
explication eft fi groſſiere, qu'elle n'en impoſera
à aucun homme judicieux; tout.ce
qu'elle prouve , c'eſt qu'on veut donner le
change, & que la vérité reſtera peut-être
impénétrable. Le Tribunal continue ſes
féances.
On apprend de Ratisbonne qu'il a été porté
plufieurs plaintes ſur ce qu'il ſe trouvoit dans.
Le Comté de Wertheim quelques Officiers Hol
landois pour y faire des recrues , avec permiffion
de la Cour de Pruffe , d'effectuer leflits enrôle .
mens : Sur quoi la députation de Cercle a fait
répondre que les Ecats divers de l'Empire ,
jouiffant par la Paix de Westphalic du jus fæ
derum Belli & Pacis , avoient le droit de permettre
les enrôlemens étrangers qui n'étoient
point deſtinés contre l'Empire , & principalement
en ce cas , où Sa Majesté impériale n'a
point comme Empereur de différend avec les
Hollandois , mais feulement comme Souverain
des Pays Bas.
Des lettres de Berlin portent que le ſieur
de Dierz , Réſident du Roi à Conſtantinople
, a demandé au nom de ſa Cour , l'agrément
de la Porte pour l'établiſſement de
deux Confulats, l'un dans la Moldavie , &
l'autre dans la Walachie.
6
On aſſure que le projet de réforme de la conftitution
du Royaume de Hongrie , médité des
puis long - temos , ne tardera pas à être exécuté.
Suivant ce projet , dit- on , ce Royaume
fera réparti en huit Gouvernemens auxquels on
fubordonnera les Comitats ;le Conſeil du Gou
vernement général ſera ſupprimé , & les Gouverneurs
adreſſerontleurs Icitres&leurs rapports
àlaChancellerie de Hongrie, qui , réunie à celle
de Boheme & d'Autriche ,n'aura qu'un ſeul Chef.
En général , l'adminiſtration de la Hongrie ſera
femblable à celle des autres Etats de S. M. I.
L'Abbé de Diesbach , nommé Inſtituteur
de l'Archiduc François , n'est point l'Eccléfiaſtique
de même nom , auffi ex-Jéfuite , &
d'une famille patricienne de Fribourg en
Suiffe. Le Précepteur du Chef défigné de
:
( 60 )
l'Empire eſt de la Bohême; il a donné des
preuves d'un mérite diftingué , en élevant
lejeune Comte de Brown , fils du Gouver
neur-général de la Livonie , & neveu du
Maréchal de Lafci. L'Empereur ayant eu
occaſion de connoître à Vienne cet Abbé &
dejuger de fes talens , a cru ne pouvoir faire
un meilleur choix. Il eſt attaché à cette éducation
fans aucun titre , & on lui a aſſigné
mille florins d'appointemens , avec logement
&table à laCour.
ITALIE.
DE ROME , le 17 Fevrier.
S. S. a tenu Conſiſtoire le 14, & elle y a
créé Cardinaux les Prélats ſuivans :
Cardinaux Prêtres , avec leurs Dignités
précedentes
Mgr. Garımpi , Nonce à Vienne.
Mgr. Joseph Doriz , Nonce à Paris.
Mgr. R muzzi , Nonce à Lisbonne.
Mgr. Colonni di Stigliano , Nonce à Madrid.
Mgr. Chiaramonte , Evêque d'Imola.
Mgr. Gallo , Secrétaire de la Confulre.
Mgr. Gregori , Auditeur de la Chambre Apol
tolique.
Mgr. Riminaldi , Doyen de la Rote.
Mgr. Maffei , Commiſſaire des armes de S. S.
Mgr. Carrara , Secrétaire du Concile.
Cardinaux Diacres.
Mgr. Sainelli , Gouverneur de Rome.
( 61 )
:
Mgr. Antoine Doria, Maître de Chambre de
• Sa Sainteté.
Mgr. Livizzani , Président d'Urbin.
Sa Sainteté a ajouté cinq Cardinaux aux
quatre qu'elle s'étoit déja réſervés in petto.
ESPAGNE.
D'ALICANTE, le 28 Janvier .
Dans la nuit du 13 de ce mois , on a vu
lamer enflammée. On a obſervé que la lumie
e avoit fon ſiege dans les eaux mêmes ,
au point que lorſque la lame venoit ſe déployer
fur la rive , on la voyoit jetter au
loin des étincelles de feu qui fo moient le
fpectacle le plus brillant. Ce phénomene a
duré plus de trois heures , & a commencé à
7 heures du foir. Les deux nuits, ſuivantes
on a remarqué que la mer n'étoit lumineuse
qu'aux endroits où les vagues venoient ſe
brifer. On a recueilli de cette eaudans des
vaſes : la couleur est rougeâtre , & on y diftingue
des particules folides , & en apparence
métalliques. On s'occupe à expliquer
ce phénomene , qui n'a jamais eu d'exemple
dans ces parages .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 26 Février .
Il est très certain que la Cour des Direc(
62 )
teurs de laCompagnie des Indes a pris , te
23 , la réſolution finale de rappeller M. Haftings
, de le remercier en même tems de fes
longs , fideles & excellens ſervices , & pour récompenſedeſes
excellensſervices ,de lui fubftituer
Lord Macartney. M. Hastings doit réfigner
ſa place à ce dernier avant le 30 Avril
1786. Le célébre Gouverneur- Général avoit
demandé un fucceſſeur , en 1778 , de la maniere
la plus preſſante , vû que ſa ſanté dépériſſoit
dans le Bengale. On affure que de
nouvelles inſtances àce ſujet ont ſeules déterminé
la décision dont nous venons de
rendre compte.
Il paroît que la nomination de Lord Macartney
&le rappel de M. Haſtings n'ont point été con
cortés dans le Cabinetde S. James ; car le Chancelier
Lord Thurlow a déclaré hautement dans la
Chambre des Pairs , le 18 de ce mois , qu'il n'en
avoit aucune connoiſſance : il ajouta , avec fon
énergie ordinaire , qu'il ne connoiſſoit M. Haf
tingsque comme Alexandre le Grand , par ſes
actions ; qu'il étoit indigné des reproches faits
journellement à ceGouverneur ſurfes richeſſes&
ſur ſa conduite ,ſans qu'aucun de ſes accufateurs
articulât la moindre preuve contre lui ; enfin que
fi le bruit de ſon rappel étoit fondé , fi l'Angleterre
perdoit les ſervices de M. Hastings dans un
moment fi critique pour les affaires de l'Inde ,
c'étoit un malheur dont dix Lords Macartney
réunis dansleBengale,ne pourroientindennifer
l'Angleterre.
Lord Macartney juſqu'ici étoit connu en
Angleterre par ſes bonnes fortunes , par las
pertedela Grenade , dont il fut Gouver
( 63 )
neur , par fes hoftilités dans l'Inde contre
M. Haftings , contre le Colonel Burgoyne
, &c. , &c.; mais ſes talens font réels,
& on lui ſuppoſe de l'expérience. Il eſt
gendre du Comte de Bute.
Le.18 , la Chambre des Communes vora
1,500,000 pour acquiter des billets de l'Echiquier.
Leplan de commerce propoſé au Parle
ment d'Irlande a été agréé par la Chambre
des Communes de ce Royaume. M. Pitt
en reçut la nouvelle le 20 au foir. Ce plan
devoit être rapporté au Parlement Britannique
le 21 : maisM..Pitt ne ſachant point
encore s'il avoit paſſé dans celui d'Irlande
fit remettre l'ordre au 21 .
Ce jour - là , le Chancelier de l'Echiquier
préſenta à la Chambre des Communes les
articles de coalitionentrelesdeux Royaumes.
Il fit d'abord une premiere motion pour que
fa Chambre ſe formât en grand Comité, puis
une ſeconde pour lire le paſſage du diſcours
du Roi ,relatif à l'Irlande; enfin , une troi--
ſieme pour la lecture des arrêtés ſuivans.
Arrêtéque , pour porter à ſon exécutionun
tabliſſement auſſi avantageux que l'eſt un arran
gement de Commerce entre les deux Royaumes .
eft convenable & néceſſaire que toutes les
marchandises qui ne font point du crû ou des
manufactures de la Grande-Bretagne ou d'Irlande
, ſoient importées réciproquement: d'un
deees Royaumesdans l'autre , d'après les mêmes
( 64 )
réglemens & ſous les mêmes droits , ( fi tant
eft qu'elles foient ſujettes ) qu'elles paient lorfqu'elles
font directement importées du lieu qui
les a produites , ou bien dans lequel elles auront
été manufacturées ; & que tous les droits , originairement
payés à l'importation dans l'un des
deux pays reſpectivement, feront déduits à l'autre
lors de l'exportation .
Arrêté qu'il n'exiſtera point de prohibition dans
aucun des deux Royaumes pour l'importation ,
l'uſage ou la vente d'aucune marchandise du cru
ou des manufactures de l'autre pays ; & que les
droits que chacun de ces articles , s'il eſt ſujet
à des droits , payera à l'importation , feront
exactement les mêmes dans l'un & dans l'autre
pays , excepté lorsqu'un furcroît de droits fera
néceſſaire dans l'un de ces pays , en conféquence
d'un péage intérieur établi fur chacun de ces
articles de ſa propre confommation .
Arrêtéque, dans le cas où les drows impoſés
fur les articles du crû ou des manufactures d'aucundes
deux pays; feroient différens de ceux
payés à l'exportation de l'autre , il feroit à
propos qu'ils fuffent réduits dans le pays où ils
feront plus forts , au meme taux de ceux payés
dans l'autre ;& que tous ces articles fuſſent exportés
du pays où ils auront été importés , avec la
même franchiſe de droits que les marchandiſes
femblables ou que les manufactures du même
pays. :
Arêté que toutes les fois que l'un des deux
Royaumes chargera des articles de fa propre conſommation
d'un droit de péage intérieur fur
l'objet manufacturé ou ſur la matiere premiere ,
cette mênie marchandise , lorſqu'elle tera importée
de l'autre pays , fera chargée d'un droit
( 65 )
:
{
additionneld'importation ,juſqu'à la concurrence
du droit de péage intérieur payé par cette marchandiſe
, ou de maniere enfin à équivaloir le
droit impoſé ſur la matiere premiere ; & que
cette marchandise méritera qu'on lui accorde à
l'exportation une remiſe ou une gratification
qui puiſſe la mettre ſur le même pied que les
marchandites fabriquées dans le pays ; le droit
additionnel ne devant continuer qu'auffi longtemps
que la conſommation intcrieure fera chargée
du droit ou des droits pour le dédommagement
deſquels il aura été établi , ou juſqu'à
ce que la marchandiſe venant de l'autre pays ,
foit ſujette à une charge égale , laquelle ne foit
point remiſe ou compensée à l'exportation .
Arrêté que , pour donner de la ſolidité à l'établiſſement
actuellement projeté, il ſera néceffaire
qu'il ne foit point établi à l'avenir aucune
prohibition , ni aucuns droits additionnels dans
l'un ni dans l'autre Royaume , ſur l'importation
d'aucun article du crû ou des manufactures de
Tautre Royaume, excepté ceux qui feront abſolument
néceſſaires pour balancer les droits fur
la confommation intérieure , conformément à
-la réſolution précédente.
Arrêté qu'à l'avenir il ne fera point établi
aucune prohibition ou droits additionnels dans
aucun des deux Royaumes ſur l'exportation
d'aucun des articles de ſon crû ou de ſes manufactures
dans l'autre Royaume , exceptés ceux
que l'une des deux Nations jugera néceſſaires
de temps à autre , fur le bied , le gruau , la
dréche , la farine & les bifcuits , & excepté
encore dans les cas où il n'exiſte actuellement
aucune prohibition qui ne soit réciproque , ou
aucun droit qui ne foit point égal dans les deux
Royaumes ; dans lesquels cas , la prohibition
( 66 )
pourra être rendue réciproque , & les droits
hauffés de maniere à les mettre au même taux .
Arrêté qu'il ſera neceſſaire pour l'avantage
général de l'Empire Britannique , que l'importation
des articles de l'Etranger foit réglée de
temps en temps dans l'un & dans l'autre
Royaume , de maniere à produire une préférence
marquée envers les mêmes articles do crû ,
du produit ou des manufactures de l'un & de
l'autre Royaume .
Arrêté , pour la protection plus immédiate
du Commerce , que les ſommes quelconques
que le revenu héréditaire du Royaume d'Irlande
, ( toutes remiſes ou gratifications compriſes
ſous le nom de détraits , étant déduites )
produira ananuellement au-deſſus de fix cents
cinquante- Gx mille liv. fterlins , ſera appliqué
au maintien des forces navales de l'Empire ,
de la maniere que le Parlement d'Irlande ju.
gera à proposde le régler.
M. Pitt ſe leva enfuite , & prononça un
difcours trop important pour être paflé ſous
filence.
Je fens , dit-il , qu'il eſt de mon devoir de ſoumettre
à l'examen du comité les diverſes réſolutions
dont on vient de faire lecture Il n'eſt aucun
membrequi ne convienne avec moi de leur impor.
tance. Je me flatte donc , Meffieurs , que vous vous
dépouillerez de tout préjugé , & que vous attendrez
, pour vous décider , qu'on vous ait préſenté
l'étatdes choſes ſous ſonvrai point de vue. S'il en
eſtd'entre vous , qui s'étant formé deſſes idées
furl'affaire en queſtion , ayen't adopté une opinion
prématurée, j'eſpere qu'au lieu de s'en tenir aux
premieres impreſſions , ils reprendront l'examen
de cette affaire avec ſang froil. Ayant donc la plus
grande confiance dans l'impartialité du comité,je
( 67 )
vaisluitracerl'eſquiſſe d'un planqui a pour objet
derégler définitivement les liaiſons de commerce
entre l'Angleterre & l'Irlande , & qui , j'eſpere ,
fera conforme au voeu des deux pays. Mon deſſein
n'eſt pas ence moment d'entrer dans de longs détails.
Le comité ne pourra aſſeoir un jugement fur
l'affa re en queſtion qu'après avoirété inftruitde
certains faits quiy font naturellement liés. Les réfolutionsdont
on a fait lecture & qui ont reçu la
fanction du Parlement d'Irlande , font la baſe ſur
laquelle je me propoſede fonder unemotion que
j'aurai l'honneur de ſoumettre à la conſidération
ducomité. Il eſt de la plus grande notoriété que
l'Angleterre , depuis l'époque de la révolutionju
qu'à nosjours , a eu principalement en vue d'empêcher
que l'Irlande neprit aucune part aux avantagesducommerce.
Elle ne s'eſt écartée que trèsrarementde
ceplan de conduite. Tout efpece de
commerce avec l'étranger fut reſtreinte tantôt par
une prohibition formelle , tantôt par des droits
qui équivaloient àune prohibition; la ſeule faveur
accordée à l'Irlande , ſe borna à permettre qu'ellecommuniquât
avecl'étranger parl'entremiſede
P'Angleterre. Ce ſyſteme injuſte faut un pas alouei
, il est vrai,par quelques loix paſſées ſous le regnedeGeorge
II.
M. Pitt,après avoir expoſé avec beaucoup d'énergie
tous les inconvéniens qui étoient réſultés
de ſemblables entraves , dirigea l'attention du zomité
fur leplan relatif aux liaiſons de commerce
entre l'Angleterre & l'Irlande. A la faveur de ce
pacte, s'il m'eſt permis de le traiter aind , l'Irlande
jouira d'une libre exportation dans toutes les
partiesdu monde , en ,Afie , en Afrique & en Amérique
, ( àl'exception ſeulement des établiſſemens
où la compagnie des Indes exerce ſon monopole )
&elle pourra également importer les producs
( 68 )
1
tións du crû de ces pays en leurs manufactures. La
Grande-Bretagne renoncera de la forte àun ſyſtêmede
commerce dont l'exiſtence qui s'eſt prolongéejuſqu'à
nos jours a été ſi préjudiciable aux intérêts
de l'Irlande.
Le plan actuel renferme , dit-il , deux objets
qui méritent principalement notre attention. Le
premier eſt d'unir les intérêts & les affections des
deux pays par des biens indiffolubles , de maniere
que laGrande -Bretagne & l'Irlande paroiflent ne
former qu'un même royaume , & qu'elles foient
dans une égale dépendance l'une de l'autre; le
ſecond eſt que les deux pays s'efforcent d'établie
entr'eux une communauté d'intérêts&une communauté
de charges.Ala faveurd'un tel tyſtême,
laGrande-Bretagne ſervira de guide &de fauvegarde
à l'Irlande , & ce dernier pays ſervisa réciproquement
d'appui au premier. Quoique l'Iriandedoive
defirer ardemment un changementde fyftême
dans ce commerce , elle n'oubliera pas tans
doute , que l'Angleterre s'eſt toujours montrée jalouſe
d'obtenir des avantages particuliers pour le
commerce& la navigation ;elle reconnoîtra éga
lementcombien il eſt naturel qu'elle attache un
fi grand prix au commerce de ſes colonies. Elle
ſe rappellera que l'Angleterre s'eſt relâchée en
quelques circonfiances des principes relativement
au commerce excluſif de ſes colonies , & qu'elle
lui a permis d'y prendre part. Il étoit néceffaire
de donner une bafe aux liaiſons de commerce
à établirentre les deux pays: c'eſt dans cette
vue que le parlement d'Irlande a pris divers arrêtésqu'ila
foumis à l'examen du parlement d'Angleterre.
Si l'on a ſaiſi l'eſprit de ces arrêtés , l'on
aura reconnu qu'ils renferment deux objets effentiels
;le premier a rapport aux liaiſons de commerce
, & le ſecond aux moyens qui peuvent
( 69 )
mettre l'Irlande en état de ſupporter une partie
des charges ſous leſquelles l'Angleterre gémit en
ce moment. On pourroit objecter que les avantages
qu'on ſe propoſe d'accorder à l'Irlande ſont
contraires aux diſpoſitions de l'acte de navigation
;mais une telle objection ſeroit peu ſolide
puiſque les bâtimens Irlandois ſont regardés comme
des bâtimens appartenant à laGrande-Bretague.
J'ai toujours defiré qu'on accordât à l'Irlan
deune égale extenfion de commerce , ſans toutefois
la mettre à portéede nous nuire dans les parties
effentielles du commerce des colonies. On a
jugé qu'il étoit convenable d'adopter cette meſure
&de conférer à l'Irlande cette faveur àtitre de
pure libéralité , & fans exiger d'elle aucune compenfation.
Quant aux conceſſions qui lui ont été faites
précédemment , je n'y ai eu aucune part , elles
font le fruit du ſyſteme inconſidéré du noble
Lord (le Lord North ). M. Pitt s'attache à démontrer
la futilité des raiſonnemens mis en
avant par le noble Lord , à l'appui de ces conceffions.
Il rappelle au Comité que le noble
Lord, entr'autres aſſertions gratuites , avoit avancé
que l'Irlande nuiroit au commerce de l'Angleterre
, parce que ſes bâtimens feroient moins
longue traverſée que les bâtimens anglois . - L'Irlande
, j'en conviens , jouit par ſa ſituation de
pluſieurs avantages , mais ils ne ſont point de
nature à porter le moindre préjudice à notre commerce.
On auroit tort de craindre qu'elle ne
'devint le marché de l'Europe ; cela n'arrivera
jamais , parce que les Irlandois ne pourront point
vendre les produtions de nos Colonies à un prix
auſſi raisonnable que celui auquel nous les livrons.
La crainte que l'Irlande nedevienne notre rivale
en commerce eft abſolument illuſoire . Je me
( 70 )
contenterai de faire une ſeule queſtion pour le
prouver. L'Irlande pourra -t - elle naviguer au
même prix que nous le pourrons ? Certes , non :
les frais de navigation excéderont les nôtres , &
cette ſeule conſidération doit nous raſſurer. II
ne me reſte qu'à rappeller au Comité une circonſtance
qui mérite une ſérieuſe attention de ſa
part ; je veux parler de la liberté que va acquérir
'Irlande d'exporter ànos Colonies enAmérique ,
&de là en Irlande, les productions & les manufactures
de l'un & de l'autre pays : mais , aina
que l'ai déjà obſervé , une telle liberté ne
peut pas lui fournir les moyens de devenir
notre rivale. L'Irlande achetera nos laineries &
nos draps , & nous prendrons en échange ſes
toiles . M. Pitt diſcuta enſuite à fond les
objets énoncés dans les diverſes réſolutions. Je
n'ai pas le moindre doute, dit-il , ſur la fincérité
de l'Irlande & fur ſes difpofitious généreuses à
l'égard de la Grande Bretagne. Il ne s'agit de
Tien moins , en ce moment , que de refferrer les
liens qui uniſſent les deux pays , & d'augmenter
leur fûreté réciproque. S'il réſulte de l'exécution
du plan propoté un grand accroiſſement de revenus
pour l'Irlande , on doit eſpérer qu'elle
appliquera une partie de ce revenu à la protection
du commerce, d'où il tire ſon aliment , en contribuant
au ſoutien des forces navales de l'Empire
Le revenu héréditaire eſt la ſource dans laquelle
l'Irlande doit puiſer pour fournir à la G. B.
des fecours proportionnés à ſes facultés. Mais ,
avant de réclamer aucune aſſiſtance de la part de
l'Irlande , il est néceſſaire que les avantages dont
le plan enqueſtion lui offre la perſpective , ſoient
bien conftatés.
M. Pitt termina ſon discours par les motions
Fuivantes : Que le Comité eſt d'avis qu'il im(
71 )
porte effentiellement , pour l'intérêt général de
'Empire Britannique , que le commerce entre la
Grande-Bretagne & l'Irlande reçoive tous les
encouragemens & l'extenfion poffibles , & qu'à
P'effet deparvenirà ce but, les liaiſons de commerce
ſoient réglées définitivement , & fondées
fur des principes d'équité pour l'avantage réciproque
des deux pays » .
pour
MMarsham ſeconda cette motion. Lord North
ſe leva enſuite , & dit que l'imagination la plus
déréglée n'auroit jamais pu enfanter un projet
plus chimérique que celui de M. Pitt. Il lui conſeillade
peſer les ſuites funeſtes qu'il auroit
le commerce de l'Angleterre , dont il devoit examiner
ſcrupuleuſement toutes les branches avant
defongerà le mettre en exécution. Il l'engagea
également à confidérer à quel point ce projet
porteroit atteinte à l'acte de navigation. Il ne
voulut point admettre la néceſſité de faire participer
l'Irlande au commerce de l'Angleterre. II
ſe juſtifia relativement aux conceffions qu'il avoit
faites précédemment à l'Irlande , & prétendit que
Ie plandeM. Pitt n'étoit point propre à remplir
le but qu'il íe propoſoit. M. Fox dit qu'il croiroit
confentir au facrifice du commerce de l'Angleterre,
s'il donnoit la voix en faveur de la motion
actuelle. Il reprocha à M. Pitt la maniere dont
il avoit préſenté les réſolutions, comme étant on
ne peut pas plus indécentes. Il fit enviſager l'inégalité
du marché qu'on alloit conclure entre l'Angleterre&
l'Irlande , & il conſeilla àM. Pitt de
ne pas accorder à ce dernier pays plus qu'il ne
pouvoit efpérer.
La Chambre étant allée aux voix , la motion
paſſa. Nous rendrons compte des diſcuſſions uitérieures
qu'elle ne manquera point d'occaſionner.
La plupart des grandes villes commerçan(
72 )
tes du Royaume , Bristol , Liverpool , Norwich
, & c , & c , font foulevées contre cet arrangement.
Il est hors de doute qu'il ne choque
l'intérêt perſonnel & excluſif d'un certain
nombre de Négocians anglois , mais ,
où eſt aujourd'hui l'acte de bonne légiflation,
qui n'ait le même inconvénient? Pluſieurs de
ces villes ont déja préſenté des pétitions au
Parlement contre le plan propoſé , à moins
qu'on ne répartiſſe également les impôts ſur
les deux Royaumes ; ce qui paroît juſte , autant
que leurs forces relatives peuvent le permettre.
Les Miniſtres , pour calmer les eſprits , ont fait
imprimer dans les Papiers , ſous leur influence,
que l'Irlande ne pourroitjamais profiter du commerce
des Iſles , vu que ces Colonies étoient tellement
endettées envers l'Angleterre , qu'elles
ſeroient forcées de lui faire tous leurs envois .
Mais les Négocians craignent au contraire , que
ce ne ſoitunmotifde plus pour que les Colons ,
peu délicats , envoient toutes leurs marchandises
en Irlande , où ils ſeront sûrs de trouver de l'argent
comptant. Ils craignent également que l'Irlande
ne reçoive en dépôt les fucres François qui
ſont à bien meilleur marché que les ſucres Anglois
, & qu'elle ne les faſſe enſuite paſſer dans la
Grande-Bretagne.
Le 23 , la Chambre des Communes vota
42,000 liv. fterl. pour les dépenſes extraordinaires
de l'Artillerie , & 350,000 livres ſterk,
pour les dépenſes relatives aux fortifications .
La majeure partie de cette fomme et employée
à fortifier Porftmouth & Plimouth .
Un
( 73 )
UnCapitaine de vaiſſeau , M. Macbride , trouva
mauvais que la Chambre võiât tant d'argent pour
mettre à l'abri des inſultes de l'Ennemi, des Villes
qui renfermoient dans leur ſein les Eſcadres Angloiſes
, ces Fortereſſes redoutables de l'Empire
Britannique ; mais le Colonel Ppipps , dont le
Régiment étoit à Plymouth , lorſque l'Eſcadre de
M. d'Orvilliers parut devant ce Port , lui répondit ,
que s'il avoit été comme lai témoin de l'effroi &
de la conſternation qui régnoient à cette époque
dans cette Ville ,il donneroit , fans balancer , fa
voix aux Subſides demandés .
Le commodore Sawyer vient d'être nommé
par l'Amirauté Commandant à Hallifax
, à la place du Chevalier Douglas.
Un plan d'union & d'arrangemens de
commerce entre l'Irlande & la Grande-
Bretagne , pareil à celui qui occupe le Parlement
, fut préſenté au Comte de Chatam
par le teu Chevalier John. Barnard. Lorſque
Mylord Chatam eut examiné & médité ce
projet , il en remercia l'auteur , en le félicitant
ſur ſon patriotiſme & ſur ſon habileté :
mais , ajouta r-il, >> ſi je propofois pareille
choſe , il s'éléveroit telles clameurs des
>> marchands , manufacturiers & autres pro-
>>priétaires , qui profitent de la détreffe de
>>l'Irlande , qu'à l'inſtant je ſerois forcé de
>>réſigner ma place. Il eſt peu probable que
le fils du Miniſtre qui parloit ainſi ſoit dans
la même alternative; mais il aura un violent
orage à eſſuyer : il a déja perdu des amis par
fon , conſentement à la démiſſion de M. Haf-
No. 11 , 12 Mars 1785.
d
( 74 )
tings : l'affaire d'Irlande lui ôtera encore
d'autres fuffrages.
On voit un tableau comparatiftrès-exact.
du revenu national en 1784, en 1782 & en
1783.
Ladépenſe de 1784 , a conſiſté dans les articles
Luivans :
Lifte civile .: • 1. ft. १००,०००.
Intérêt de la dette , juſqu'au 31
Décembre
• 7,951.930.
Intérêt de l'emprunt de 1784 . 316,500.
Intérêt des billets de Marine , às
pour cent , constitués l'année dern . 343,967.
Intérêts de la portion de la dette
de la Marine , non fondée , au capital
de L. 7.7000,000 • 385,000.
Billets de l'Echiquier • • 135,000.
Charges & pertes ſur le maniement
des fonds publics . 134,261.
Dito ſur l'emprunt de 1784 • 5,294.
Dito ſur la dette de la Marine . • 3,871.
: Dito ſur la partie de cette dette
non fondée • 4,331.
:
Total de la dépenfe. L. 10,180,184 ,
La dépenſe de l'établiſſement civil en temps de
paixn'eſt point comprife ici.
Produit du revenu en 1784 .
Douanes •
Excife
Timbre
Taxes perpétuelles .
3,005,022 11 .
? • 5,263,578 8.
936,283 . •
Divers articles non compris
• 1,190,635,
Taxes annuelles .
dans les précédens .
Taxes des terres
Dreche •
2,000,000.
750,000 .
( 75 )
Nouvelles taxes établies en 1784.
Diverſes, établies parM. Pitt. 970,000 .
Idem en remplacement de celles
fur le charbon de terre , &c. 200,000
Taxes ſur les fenêtres, enplacede
celledu thé 300,000.
Total du revenu en 1784. 14,415,512 .
Ainfi , il eſt reſté pour faire
face aux dépenſes de l'établiſſement
civil , en 1784.
En 1782 , la totalité des bran-
. 4,235,332 16.
12,384,329.
•
ches du revenu , rendit.
En 1783 •
Le déficit de 1782 à 1783
futdonc de
.
-
11,060,219.
1,324,110.
--
Ainfi, en déduiſant 12,00,000 l. ft. de taxes nous
velles en 1784 , la recette des autres parties a
furpaffé celle de 1783 , de 1. ft. 2,155,110.
Un nombre de particuliers en Ecoffe ont
formé une ſociété , deſtinée à pourſuivre les
découvertes au Pole ſeptentrional; ils ont
équippé à Perth un vaiſſeau qui appareillera
lemois prochain avec des naturaliſtes , aftronomes
, &c. à bord : on les a pourvu de toutes
les choſes néceſſaires à l'entrepriſe .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Mars.
Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné , le 27 du mois dernier , le contrat de.
mariage du Comte de Carvoiſin , Capitaine
de Cavalerie au régiment de Champagne ,
avec Demoiselle de Laâge.
da
( 76 )
:
Le même jour , la Comteſſe d'Agenois ,
la Comteſſe d'Oilliamfon , la Comteſſe de
Capellis & la Comtefle Amélie de Lambertye
, ont eu l'honneur d'être préſentées à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la
premiere par la Maréchale de Richelieu; la
ſeconde par la Ducheſſe d'Harcourt; la troi
ſieme par la Comteſſe des Eſcotais ; & la
quatrieme par la Vicomteſſe de Lambertye.
4
Le fieur Robert de Heſſeln , Cenſeur
royal , a eu l'honneur de préſenter au Roi &
à la Famille Royale , qui l'ont honoré de
leurs ſouſcriptions pour la nouvelle Topographie
de la France , la contrée nord-est ,
région Centre , la cinquieme des cartes qui
renferment le ſecond degré des détails de la
ſuperficie du royaume , ſur une échelle invariable
de 243 toiſes par ligne , & de 9 lignes
pour une lieue de 2187 toiſes .
DE PARIS , le II Mars.
La flûte , le Néceſſaire , partie de l'Orient
pour l'Iſle de France, a doublé les Caps ſans
obſtacle ; mais la flûte , la Seine , fortie peu
de temps après du même port , n'a pas été,
auffi heureuſe. Battue par les vents , & fort
endommagée , elle vient d'être forcée de
relâcher à Rochefort. Elle avoit 400 hommes
de recrues à bord, & en a perdu 30 ou
40 pendant la tempête. Après fon radoub ,
elle remettra à la voile avec la Vénus , trégate
armée à Breſt , dont le départ fut fufpendu,
à l'arrivée de la derniere Corvette de
'Inde.
( 77 )
Le Roi a ſigné le privilege d'une nouvelle
Compagnie des Indes. Nous en parlerons
d'une maniere plus circonstanciée ,
lorſque ſon établiſſement commencera.
La fin de l'hiver a été aſſez âpre , puiſque
le thermometre fut à huit degrés au-deſſous
de la glace , au commencement du mois :
mais cette rigueur est peu de choſe , comparativement
à celle qu'on a reffentie en
plufieurs pays , même dans des provinces
plus méridionales. Le haut Dauphiné , où
les neiges font ordinairement affez abondantes
, en a été furchargé. Le 6 du mois ,
Briançon & ſes alentours en étoient couverts
à pluſieurs pieds de hauteur , & les routes
furent totalement interceptées. Deux particuliers
entre Vars & Guilleſtre ſont morts
ſuffoqués par un tourbillon de neige que le
vent précipitoit de la cime des Alpes. On a
trouvé ſurle col d'Izard la tête d'un homme
dévoré par les loups , ce qui n'eſt pas un
prodige: mais on a rencontré également des
dépouilles de loups mangés par leurs femblables.
Un voiturier de Briançon, étoit en route pour
ſe rendre à Grenoble , avec un Capucin , lorfqu'ils
furent au Travers de Corps , un amas de
neiges ſe détache de lamontagne , deſcend avec
fracas , & ſépare le voiturier de ſes mulets. Le
courant d'airque produiſit l'impétuoſité de cette
lavange ſe ſaiſit du conducteur & le porte à 200
pas ſur les bords du Drac. Cet homme ainſi dans
l'air , reſſembloit à un ballon raſant la terre avant
d 3
( 78 )
deprendre ſon eſſor; mais ce qui fixa encoreplus
T'attention des ſpectateurs , ce fut le danger que
couroit ce malheureux , & le ſang-froid qu'il
conſerva ; on voyoit d'un côté , le Capucin lui
donner l'abſolution , & l'on entendoit de l'autre
le muletier demander hautement à Dieu de conferver
ſes mulets.
M. Berenger , Vérificateur des domaines
de la Couronne, atteſte ce fair , comme témoin
oculaire , dans les Affiches du Dauphiné.
Nous étions perfuadés qu'on compromettroit
MM. de Montgolfier , en leur prêtant
des idées & des projets fort extraordinaires.
Ces Meſſieurs viennent en effet de
réclamer contre ces ſuppoſitions publiques ,
en nous adreſſant la lettre ſuivante.
M. nous avons cru inutile de réclamer contre
l'article d'un de vos derniers numéros , où il eff
queſtion de nous ; perfuadé que la façon dont il
eftpréſentédevoit ſuffire pourdéfabufer. Cependant
d'autresPapiers publics ont copié cet article
auquel nous n'avons aucune part , & annoncé que
nous avions ouvert une ſouſcription ; nous vous
prions de vouloir bien inférer dans votre prochain
Journal , notre défaveu formel de tout ce que l'on
apu ou pourra publier fans notre fignature.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Antonay , 15 Février 1785 .
Ceux de nos lecteurs qui pourroient être
furpris du ton de défiance qui regne dans
la plupart des articles de cette Feuille , nous
en fauroient gré , s'ils étoient à même de fe
convaincre , comme nous , de la fauſſeté des
3quarts des choſes qu'on imprime , ou qu'on
( 79 )
raconte. Voici encore une preuve de cette
affertion. Dans le Journal du 15 Janvier ,
nous citâmes une anecdote relative à M. de
Bougainville , & conſignée dans la Gazette
d'Utrecht : cette fource auroit fuffi pour
nous faire rejetter ce fait ; nous le rapportames
, en prémuniſſant le Public contre fon
adoption. Il eſt abſolument faux , comme
on s'en aſſurera par une lettre authentique
qu'on nous adreſſe à ce ſujer , & dont voici
l'extrait.
Par la capitulation qui fit paſſer leGanada ſous
la puiſſance de l'Angleterre , tous les François
qui avoient défendu cette Colonie , furent déclarés
priſonniers de guerre & tranſportés dans nos
ports aux frais du Gouvernement Britannique .
Ce fut ainſi que M. de Bougainville devint le
priſonnier des Anglois & qu'il fut embarqué fur
la Joanha , petit Navire marchand de 150 tonneaux
, avec feu M. de Bourlamaque , quatre Of.
ficiers d'Artillerie & autant du corps du Génie ,
dont j'étois da nombre ; & je puis vous affirer ,
Meffieurs , que nous ne fimes point naufrage fur
les côtes de la Nouvelle Ecoffe . Ainfi l'éloquence
vraiment fublime & la générofité héroïque
que leGazetier d'Utrecht prête ànotre Capitaine
, lemoins éloquent cependant & le moins
généreux de tous les hommes , je vous affure , ne
furent , Dieu merci , point miſes à l'épreuve à
notre égard; car bien certainement , quoiqu'Irlandois
& Catholique , il n'auroit pas fait plus
dequartier à M.de Bougainville & à ſes compagnons
de voyage , que Polypheme n'en fit à
ceux d'Ulyffe.
Après 45 jours de traverſée ,Meſſieurs , nous
d 4
( 80 )
vinmes mouiller , ſans accident , dans la rade de
la Rochelle . Le lendemain de notre arrivée nous
deſcendîmes á terre dans la journée , & il étoit
temps ; car dans la nuit il s'éleva une tempête fi
furieuſe , que toutes les ancres de notre Vaiſſeau ne
purent l'empêcher d'être jetté & briſé ſur les rochers
qui bordoient la côte aux environs de notre
mouillage. Mais aucun des gensreſtés à ſa garde ne
périt, & nous trouvâmes, comme vousjugez bien,
àla Rochelle tous les ſecours qui pouvoient nous
diſpenſer d'avoir recours pour vivre , à l'horrible
loterie du cannibale & fabuleux Capitaine Chriftie
du Gazetier d'Utrecht , dont l'imagination
n'eſt pas gaie , ce me ſemble , dans l'invention
de ſes contes de rempliſſage .
J'ai l'honneur d'être , &c.
DE CAIRE , Lieutenant-Colonel
au Corps Royal duGénie.
Au Neuf-Briſack , 24 Février 1785 .
On vient de lire à l'article de Pétersbourg
dans ce Nº. ci , les nouvelles reſtrictions miſes
à l'introduction des eaux-de-vie Françoifes
enRuffie : un négociant a préſenté le tableau
des autres déſavantages de ce commerce
, déſavantages auxquels l'Edit du Roi
du 23 Septembre dernier , pourra remédier
enpartie.
Je ne m'arrêterai point fur les raiſons politiques
qui ont fait traiter quelques nations plus
favorablement que la nôtre , aux douanes de Sa
Majefté l'Impératrice de Ruffie ; je dirai ſeulement
que le navigateur étant obligé de payer
les droits d'entrées & de ſorties en rixdales d'argent
, eſt forcé de s'en procurer à la banque
Impériale. Le Ruſſe paie la rixdale 90 copecks
invariablement. L'Anglois la paie de 120 à 125
ر د
( 81 )
copecks , ſelon l'agio. Et le François de 140 à
145 copecks , ſelon l'agio.
Il étoit donc très-important , pour le bien du
commerce de la mer Baltique , que le Roi voulûr
bien accorder des primes aux Armateurs ; ils
regagnent par cette faveur une concurrence que
Jeur otoit la remiſe faite au pavillon Anglois :
mais il y a en outre une infinité d'objets que le
ſpéculateur ne doit pas perdre de vue.
1°. Que les droits doivent être payés en totalité
, avant de pouvoir diſpoſer de la moindre
partie d'un chargement.
2º. Que les droits ſont perçus ſur le montant
des connoiſſemens , & qu'un navire , dont le
chargement auroit été avarié de moitié , par le
coulage ou autres événemens , n'en devroit pas
moins payer les droits pour la totalité. Les vins
de Champagne ſont ſujets àces fortes d'avaries :
on doit en faire les expéditions immédiatement
après Pouverture de la navigation ; les chaleurs
font caffer les bouteilles ; & outre la valeur du
vinqui ſe trouve perdu , l'Armateur doit ajouter
la perte de l'entrée , qui eſt d'environ un rouble
(cent ſols tournois par bouteille ) .
3°. Que la vente des eaux- de-vie en Ruſſie eſt
entrelesmains des Fermiers des boiſſons , comme
le tabac en France ; & quoiqu'il s'en conſomme
pour 5 à 6 cens mille roubles par an , il ſeroic
imprudent aux Armateurs d'en expédier fans
avoir des marchés avec les fermiers .
4°.Que les vins des François les plus communs
paient environ 17 roubles d'entrée par barique :
ceux d'Eſpagne n'en paient que 6. Cette faveur
a également ſes cauſes.
5°. Que les termes de paiemens ſont de 6 ,
9 & 12 mois , la commiffion de vente de 6 pour
cent , & le du- croire à proportion.
ds
( 82 )
6°. Enfin, que le rouble eſtimé cent ſous de
France en Ruffie , eſt pour l'étranger une mon
noie imaginaire.
S. Petersbourg ne change qu'avec Amſterdam ;
là le rouble ceſſe de valoir 100 copecks ; il y
prend une valeur arbitraire , communément de
36 à 39 Stuyvers ( 3 1. 18 ſols à 4 liv. s ſols
tournois ). Il eſt donc eſſentiel que le ſpéculateur
calcule cette perte ſur le change , en obfer
vant que les objets de commerce qu'il prendra
pour le retour de ſes navires , devront être payés
comptant.
Quelques détails, omis à l'impreſſion dans
l'annonce du dernier Nº. , relative à la Correfpondance
générale & gratuite , nous obligent
à placer ici une lettre que nous adreſſe
M. de la Blancherie , Agent général de cette
Inſtitution. Elle est trop importante pour ne
pas être préſentée au Public , de maniere à
lui en faire parfaitement connoître & la na
ture& les avantages & la folidité.
On ne doit point confondre l'établiſſement de
la Correſpondance générale & gratuite pour les
ſciences& les arts , avec pluſieurs autres auxquels
elle adonné naiſſance , & qui , n'ayant point le
même objet , ne préſentent ni la même univer
ſalité ni les mêmes reſſources , ni la conſiſtance
dont elle eft fusceptible.
La Correspondance eſt la baſe& le vrai point de
vue de l'établiſſement ; tout le reſte n'est qu'acceſſoire
: elle remplit trois objets : 1º. elle étend
ſes relations pour connoître promptement les dé
couvertes & les faits intéreſſans : 2°. elle fatisfait
gratuitement aux queſtions du Public fur ces découvertes
& fur tout ce qui a rapport aux ſciences
& aux arts; c'eſt ainſi qu'elle tient lieu non-fleus
/ lement d'une bibliotheque univerſelle que jamais
( 83 )
perſonne ne réaliſera , mais encore de rapports
direêts avec les Savants & les Artiſtes , dans tous
les pays : 3º. elle ſuit dans les pays l'homme à
talens & l'homme qui peut lui être utile , ou
auquel il peut être utile , dans les différentes circonſtances
qui peuvent faire defirer à tous deux
ce rapprochement.
Le Salon de la Correspondance n'a pas ſeulement
pour objet de ſervir de point de réunion aux Savans
, Artiſtes , Amateurs , &c. il fait connoître
tous les livresde ſciences ou arts , compofitious ,
inventions , morceaux quelconques , anciens &
modernes , capables d'exciter la critique , l'émulation
& la curioſité , & qui font remis , à cet
effet , de plein gré à l'Agent général , ſoir par les
Auteurs , ſoit par les Propriétaires. Toutes fortes
d'expériences nouvelles peuvent y être répétées.
Les Muſiciens ou leurs Eleves , ont de même le
droitde s'y faire entendre, foit par le chant , foit
par les inftrumens, ſans qu'on puiffe , fous aucun
prétexte , y introduire la forme de concert. La
notice de ces objets , l'annonce des expériences
&celle des Muficiens ou Eleves , font mentionnées
ſucceſſivement dans les feuilles de la Correfpondance
, connues ſous le titre de Nouvelles
de la République des Lettres&des Arts.
Les fonds qui font ſubſiſter cet établiſſement
gratuit, font formés non ſeulement du produit
des ſouſcriptions pour cette fuille , mais encore
de la contribution d'une affociation volontaire
de perſonnes de tout pays , diviſée en deux
claffes; la premiere, dite des Affoci's protecteurs ,
donnant chacun quatre louis par an pendant trois
ans ; la feconde , dire des Afſociés ordinaires , donnant
chacun deux louis par an pendant trois ans.
Les ſpéculations, tant au profit des Aſſociés
des deux claſſes , que pour les encouragemens
do
( 84 )
à donner aux Artiſtes , ſont d'autant mieux fon
dées , qu'en 1783 il reſtoit déjà, en excédent de
la recette & des recouvremens à faire ſur les
dépenſes des deux dernieres années , près de
24000 liv. On fait que juſqu'alors on avoit eu
àcombattre toutes fortes d'obſtacles , qui n'exiftentplus.
Pour ne laiffer aucun doute ſur l'activité éclairée
avec laquelle toutes les parties de cer établiſſement
concourent réciproquement à ſervis
les Sciences & les Arts par l'homme , & l'homme
par les Sciences & les Arts , on a formé :
1º. Un Conſeil d'Administration , dont les membres
ſont pris dans les différents ordres de la Société.
)
2°. Un Comité , compoſé de Savans , d'Artiſtes
&d'Amateurs diftingués , au nombre de dix-huit ,
préſidé par l'un des Préſidents du Conſeil d'adminiſtration
, qui s'occupe tant de l'examen des
lettres ou demandes qui font adreſſées par l'Agent
général , pour des renſeignemens à prendre , relatifs
aux Sciences & aux Arts , que des réponſes
qu'il convient de faire à celles qu'il a reçues , de
la rédaction des articles de la Feuille , des traductions
, & généralement de tous les objets
qui lui ſont préſentés par l'Agent général , ſelon,
l'eſprit de cette inſtitution.
LesAſſociésprotecteurs auront droit à la loterie,
àraiſonde trois billets ; les Aſſociés ordinaires à
raiſon d'un ſeul . On préleve un louis pour la
Feuille ſur chaque aſſociation.
On reçoit tous les Jeudis , au Salon de la Correspondance
, les fêtes & le temps des vacances
d'automne & de Pâques exceptés , depuis midi
ſqu'à deux heures & demie , toutes fortes de perfonnes
, connues ou non connues , qui s'y préſentent;
l'après- midi , depuis cinq heures jusqu'a
neuf, à l'inftant de la réunion des Savans , des
( 85 )
Artiſles & des Amateurs connus , on ne reçoit
que les perſonnes qui ſe font préſenter par eux
comme tels. Ainſi il ne faut point de billet.
Les aſſociations dans les deux claſſes , ſe prennent
au Bureau dela Correspondance, rue St.-Andrédes-
Arts , ou chez M. Bro , Notaire , rue du Petite
Bourbon- St. - Sulpice , &c.
N. B. Que les membres des deux claſſes d'aſſociation
ne pourront être que des perſonnes d'un
nom ou d'un rang distingué , ou du moins des
notables des lieux de leur réſidence ; & le nombre
en ſera borné dans chaque ville ou canton ,
& d'après l'avis du Conſeil d'adminiſtration .
L'article ſuivant nous vient de perſonnes
reſpectables , & mérite l'attention publique.
M. Moiffon , Eccléſiaſtique artaché à laCathédrale
d'Uzès , eſt parvenu à fimplifier le métier à
bas par des moyens qui tendent à la perfection de
la Bonneterie en France.
Il a réduit cette belle Machine à un volume
d'environ 60 livres de peſanteur , ſur un pied de
hauteur , 17 pouces de largeur , & 6 pouces &
demi de profondeur , qu'on peut accrocher dans
tel endroit d'un appartement qu'on voudra , &
qu'on pourra tranſporter de même . Ce nouveau
métier produit les mêmes effets que celui en
ufage depuis ſi long- temps. Il a par- deſſus ce dernier
des avantages inappréciables qui réſultent ,
1º. de la ſuppreffion des deux ſyßêmes de platines
&des pieces nombreuſes qui contribuent à leurs
jeux; ce qui offre une diminution de plus de moitié
prix dans l'achat & une épargne confidérable
dans les fraix d'entretien. 2°. L'opération du
cueillage qui s'y fait , ſuivant l'ancien ſyſtème ,
mais bien plus facilement, par le moyen des nouvelles
formes données aux platines. 3 °. La ſuppreſſion
totale du travail de l'ouvrier dans l'affem.
blage , ſans nuire à la régularité des mailles.
( 86 )
4°. La fimplification du jeu & du mouvement de
la preffe . 5º. Des nouveaux moyens qui mettent
tous les affemblages des pieces en équilibre , dans
quelque fituation qu'ils soient ; ce qui rend le
métier ſi doux , que des enfans de l'un &de l'autre
fexe pourront y manoeuvrer. Outre ces avan
tages , il en eſt encore deux bien précieux , c'eft
l'épargne du temps que trouvera l'ouvrier dans
l'emploi de ce nouveau métier,&le peu de temps
qui ſera néceſſaire pour que les perſonnes les plus
bornées ſoient en état d'y travailler & le connoître
parfaitement.
M. Moiffon a eu l'honneur de préſenter ce
Métier & de travailler devant M. le Contrôleur-
Général &Meffieurs les Intendans du Commerce,
qui lui ont accordé les encouragemens & les
récompenſes les plus honorables. Touchés de ſon
utilité , ils lui ont témoigné combien ils defiroient
qu'il s'occupat delerépandre dans les différentes
Provinces . En conséquence , l'Auteur qui n'a
jamais eu en vue que le bien public,& le deſir de
ſemontrer reconnoiffant du bienfait qu'il a reçu,
diſtribuera , à des conditions très-avantageuſes ,
cette nouvelle Machine à ceux qui defireront ſe
la procurer.
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 6 Mars.
Le Roi d'Angleterre a accordé en qualité
d'Electeur d'Hanovre , le paſſage par ſes
Etats d'Allemagne, au cinquieme bataillon
du Prince de Waldeck, qui ſe rend en Hollande.
M. de Butemeiſter, Miniſtre d'Hanovre
en cette Réſidence , a notifié cette perr
miflion au Préſident de LL. HH. PP.
On dit publiquement que les EtatsG- é(
87 )
néraux ſe ſont décidés à envoyer deux Députés
à Vienne , pour faciliter le retour de
négociations amicales : leur véritable carac
tere&la nature de leurs inſtructions ne font
encore connus que par des rapports de Gazettes.
Quant à la ceſſion de Maſtricht, il eſt
indubitable qu'elle eſt une condition préalable
, exigée par l'Empereur. On ſe flatte que
ce Monarque ne perſiſtera pas dans cette
demande , & fi l'on ſe fait illuſion , il eſt encore
incertain à quel parti on ſe déterminera.
LesEtatsde Hollande ont fait afficher un Placard
qui défend de porter aucune marque ou figne ſéditieux
de quelque couleur que ce foit , notamment
de couleur orange ; d'arborer des drapeaux fur les
maiſons , moulins ou bateaux , de tenir des discours
tumultueux , de faire des attroupemens , ſous les
peines portées contre les perturbateurs du repos
public.
Apeine cette publicatian a- t-elle été affichée
, que le peuple l'a miſe en pieces ent
quelques endroits , l'a couverte d'ordures en
d'autres , & a forcé les Etats de recourir à
une feconde publication comminatoire , où
ils promettent une récompenſe de 1400 flor.
au dénonciateur des coupables ou des coplices
de ces violences. L'inquiétude augmente
à la vue de ces preuves itératives de
l'improbation populaire : on ſe rappelle qué
la révolution de 1747 commença par des
ſcenes pareilles , & l'on craint avec raifon
que les châtimens n'augmentent le mécon
tentement , au lieu d'y mettre fin.
( 88 )
Les dernieres lettres de Vienne annoncent
que les Généraux de Thun & Cavanac ont
ordre de ſe rendre en Hongrie ſans délai ,
pour diriger la marche des Régimens qui
doivent venir en Flandres , & auxquels deux
Régimens de Bohême doivent auſſi ſe joindre.
La faillite de la maiſon Proli d'Anvers eſt
avérée. Le Comte Pierre Proli , qui en
étoit le chef, paſſe pour avoir été l'un des
inftigateurs de l'ouverture de l'Eſcaut , qui
n'eût pas prévenu ſa catastrophe. Celle-ci eût
étéun début de bien mauvais augure. On
craint avecraiſon,que la compagnie deTrieſte
ne ſoit ſenſiblement affectée par cet événement.
Voici ce qu'on écrit à ce ſujet au ſujet
du Comte Proli .
On débite , qu'avant de partir il avoit fait une
vente ſimulée de ſa maiſon à ſon fils , qu'il a emporté
tous les livres , qu'en paſſant à Bruxelles il
avoit demandé des lettres de change ſur Paris qui
kui avoient été accordées par une maiſon de banque
, mais que cettemaiſon avoit été prévenue af.
fez àtemps pour en arrêter le paiement. Si ces détails
font vrais , il eſt coupable , mais qui en font
lesgarants?
D'autres prétendentque ſon intention étoit d'aller
directement à Vienne ſe jetter aux pieds de
l'Empereur. Ce ſeroit une preuve que ſa chûte n'eft
quel'effet du malheur.
Onne dit point encore l'effet que cette nouvelle
aura produit ſur l'eſprit de S. M.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 9 Mars.
Les Etats de Brabant & de Hainaut ſe
:
( 89 )
font aſſemblés hier & ſe ſont ſéparés aujourd'hui
à midi. Ils ont donné leur confentement
à la levée des ſubſides extraordinaires
annuels , & à un emprunt de 2,0০০,০০০ florins
pour le ſervice Impérial; il n'y a pas été
queſtion de la conſcription militaire.
On apprend du Doële qu'on y travaille depuis
quelques jours aux digues de la mer, pour trouver
moyende faire écouler les eaux dont les Hollandois
ont inondé les environs de Liefkenshoek &
mettre pour l'avenir les malheureux habitans de
ce pays à l'abri de pareil malheur ; on ajoute que
les poſtes avancés près du rivage de la meront reçu
ordre de couvrir ces ouvrages & de les défendre
contre toute attaque ennemie.
Le régiment de Preiſſ doit reſter en garniſon
à Louvain ; Tillier à Mons , & Teutchsmeiſter
à Namur. Le régiment de Tofcane
Dragons ſe rend de Luxembourg dans
le Brabant. Le corps-franc du Baron de
Stein , fixé à 1200 hommes , eſt à-peu-près
complet.
Une lettre de Liege , du 21 Février , raconte
l'anecdote ſuivante comme certaine.
Les Généraux de Zehentner & d'Alton font ici
depuis quelques jours. Un Anglois des amis du
dernier , lui demandoit hier , ce que l'Empereur
prétendoit faire avec les 40 mille hommes qui ſe
trouvent maintenant dans les Pays-Bas : Il est impoſſible
,diſoit- il , qu'il puiſſe entamer avec fi peu de
monde les poſſeſſions Hollandoiſes. Il est vrai ,
répondit Mr. d'Alton , mais d'ici à ce que la faifon
permette d'ouvrir la campagne , ne peut- il pas en arriver
40 mille autres ? Nous ne savons cependant pas
qu'ily ait encore destroupes en rout-e.Non, mais
( 90 )
les ordres font donnés pour leur pro hain départ , &
d'ailleurs les Croates font déjà très certainement en
marche.
Le bruit court que les Généraux & Colonels
ont reçu des lettres qu'ils ne doivent
ouvrir que le 15 Mars. Il y en a d'autres ,
dit-on , adreſſées à tous les membres des
Erats de Flandre & de Brabant actuellement
aſſemblés. Dix interprétations différentes du
contenu de ces miſſives. Voici l'une de ces
conjectures haſardées.
On fait que l'Empereura fait dans ſes états d'Allemagne
de grands changemens dans tous les dé
partemens de judicature & autres ; il veut aujourd'hui
en faire autant dans les Pays-Bas ; il va en
conféquence caſſer tous les conſeils actuellement
fubſiſtans pour les recréer ſur de nouveaux plans ;
il a deſſein encore d'achever le plan de réforme
qu'il n'a fait qu'ébaucher , il y a deux ans , dans
Phierarchie Eccléſiaſtique : on dit enfin qu'il va
ſupprimer entierement tous les Etats,& l'on ajoutequ'il
n'attendoit pour exécuter cette opération
délicate , que l'arrivée des troupes.
On voit circuler une Correſpondance
entre la Régence de ces provinces & le Cardinal
de Frankenberg , Archevêque de Malines.
Voici la teneur d'une lettre adreſſée
par S. A. R. à ce Prélat.
Cher Coufin, 1
Sa Majesté voulant que les Evêques de cette
Provincene faſſent àl'avenir publier ni imprimer
aucun Mandement , ou Lettre paſtorale, ſans en
avoir préalablement obtenu l'agrément de la Régence
, l'objetde la préſente eſtde vous avertir de
cette volontédeS. M., en conféquence de laquel
) وا (
le,toutes les fois que vous jugerez à propes de pu
blier quelque Mandement ou Lettre paftorale dans
votre archevêché , vous voudrez bien en foumertre
préalablement le plan à la Régence. Ce falfant,
nous prions Dieu qu'il vous ait en la fainte
garde. MARIEALBERT.
Voici la Réponſe du Cardinal :
«J'ai été preſque étonné à la lecture de la leta
tre dont votre A. R. m'a honoré , par laquelle
S. M. I. fignifie ſes intentions au ſujet des Mandemens
& Lettres paſtorales. Il eſt cependant une
vérité incontestable , c'eſt que le dépôt de la foi ,
ainſi que tout ce qui concerne le culte divin &
l'exercice des devoirs du chriftianiſme , a été confié
par Jeſus -Chriſt aux Evêques , comme aux
ſucceſſeurs des Apôtres , lorſqu'il les envoya precher
l'Evangile par toute la terre. En vertu de
cette miſſion , les Evêques revêtus de ce même
pouvoir dans la partie de l'Egliſe qui leur a été
confiée, font chargés par Dieu même du grand
oeuvre de l'inſtruction des fideles ,& c'eſt à Dieu
feul & à fonEglite qu'ils doivent en rendre comp
te. Ils ne peuvent donc , fans que leur dignité en
fouffre, ſoumettre leurs inftructions pastorales aux
jugemens d'une puiſſance ſéculiere , étant euxmêmes
dans leurs Evêchés les ſeuls juges compé
tens pour tout ce qui concerne la Religion & fes
dogmes. Aufſi la dignité de leur caractere facré ,
jointe à la confiance que le ſouverain témoigne
avoir en eux , lorſqu'il les éleve à ce poſte éminent
,devroient fans doute lui ôter tout ſoupçon
qu'ils puiſſent oublier dans leurs Mandemens le
reſpect& la ſoumiſſion qu'ils lui doivent.
Quant à ce qui me regarde , VA. R. pent
être afſſurée , quetoutes les fois que je ferai obligéde
publier des Mandemens, ſoit pour l'inftructiondemes
ouailles , ſoit pour les ramener dans la
voie du ſalut , j'aurai toujours foin qu'ils s'accor(
92 )
dent avec les intentions deS. M. Pour cet effet je
ne ceſſerai d'implorer la grace du Tout-puiſſant ,
afin que , dans la conduite du troupeau qui m'eſt
confié , je puiſſedans toute occaſion rendre à Céſar
ce qui eſt à César , & à Dieu ce qui eſt àDieu.
6
On s'attend à de vives réclamations de la
part du Congrès , &fur les difficultés qu'ont
éprouvé les Américains de la part das Efpagnols
, lorſqu'ils ont voulu deſcendre le
Miffiffipi & l'Ohio. Il n'y a rien eu encore
d'officiel à ce ſujet. Il eſt aiſé de prouver que
les Anglois , en laiſſant aux Américains la
liberté de deſcendre les deux fleuves , leur
ont accordé par leTraité de paix un droit
dont ils n'étoient plus les maîtres de diſpofer
, puiſque fort avant dans l'intérieur des
terres , les deux rives des fleuves devoient
appartenir aux Eſpagnols. On fait que ceuxci
, dans aucun temps , dans aucun lieu ,
n'ont permis l'entrée de leurs Colonies aux
étrangers. On compte 100,000 familles formant
800 mille têtes , répandues au nord &
à l'eſt de ce vaſte pays , & qui par leur difperſion
occupent un terrein immenfe. Accoutumées
à la fatigue , au maniment des
armes , il eſt à craindre qu'elles ne ſe réunifſent
contre les Eſpagnols .
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Grand Chambre.
Cause entre les Sieur & Demoiselle Jouannes ,&
les Sieur& Dame Prier.
QUESTION d'Accroiſſement de legs Caducs.
Le Légataire univerſel du ſurplus des biens
d'un Teſtateur qui a préalablement fait des
( 93 )
legs à différentes perſonnes , peut-il réclamet
par droit d'accroiſſement ces legs particuliers ,
devenus caducs par le prédécès des Légataires,
des ſommes que le Teſtateur a eu intention de
diſtraire du legs univerſel ? Enfin . ces legs caducs
rentrent- ils dans l'hérédité , & doivent- ils
retourner aux héritiers ? Voilà la cauſe . Marie
Henriette de Bede , veuve du ſieur de St. Martin ,
Seigneur de Brunel , eſt morte le dix Avril
1780 , âgée de près de cent ans , laiſſant des
biens confidérables , diminués par les bienfaits
dont elle avoit comblé Henriette - Victoire
Coignard , ſa filleule , aujourd'hui dame Prier ,
fille de Guillaume Coignard. Elle avoit fait
ſon testament olographe le 10 Juin 1772 , qui
contient les diſpoſitions ſuivantes : Après divers
legs pieux , elle donne & légue à ſa foeur les
10000 liv. qu'elle a ſur M. & Mad. Damfreville
: elle donne & légue à Guillaume Coignard
, Auberg ſte du Point-du-Jour, les 375
liv. de rente qu'elle a ſur le Moulin de Renouville.
Enfin , pour tout le ſurplus de ſes
biens & & meubles , elle fait Henriette Coignard
, ſa filleule , ſa légataire univerſelle , &
lui donne tout ce que la Coutume permet de
lui donner. Elle nomme le ſieur Poliſſe ſon
Exécuteur teftamentaire. Par un codicille olographe
du Juin 1773 , elle approuve tous legs
faits par ſon teftament , hors celui de la rente
de 375 liv. fait à Guillaume Coignard. Elle
ſubſtitue ladite rente au filsde la dame Prier ;
&au cas que l'enfant meurre avant ledit Coignard
, elle la ſubſtitue à la mere dudit enfant.
Après la mort de la Teſtatrice , les ſieur &
dame Prier formerent contre les fieur & demoiſelle
de Jouannes leur demande en délivrance
du legs univerſel a eux fait , pour jouir de tous
les objets y compris , enſemble des 10000 liv.
( 94 )
formant le legs particulier fait à la fooeur de
la dame Brunel , devenu caduc par ſon prédécès.
Le fieur & demoiselle Jouannes s'en rappor
terent à Juſtice d'ordonner la délivrance du legs
univerſel à la dame Prier ; mais ſoutinrent
qu'elle devoit être déboutée de ſa demande à
ce que les 1000o liv. y fuſſent compriſes ; que
cette ſomme devoit au contraire reſter aux
héritiers. Sentence de la Prévôté de Houdan ,
du 18 Juillet 1781 , qui adjuge au fieur &
dame Prier les 10000 liv. compriſes dans le
legs univerſel . Appet des héritiers au Bailliage
de Montfort- Lamaury , où après Plaidoirie contradictoire
& delibéré , Sentence du 14 Janvier
1782 , infirmative de celle de Houdan , qui
excepte du legs univerſel les 10000 liv. en
queſtion qui ſont déclarées n'en faire partie , &
adjugées aux freur & dame Jouannes , ſeuls &
uniques héritiers de la came Brunel. Appel
en la Cour de la part des ſieur & dame Prier.
Arrêt du Vendredi de relevée 4 Juillet 1782 ,
qui a mis l'appellation , & ce au néant ;
émendant , ordonnant que le legs de 10000 liv.
devenu caduc , accroîtroit au legs univerſel ,
&en feroit partie ; & à ce titre , appartiendroit
à la dame Prier , & a condamné les héritiers
aux dépens.
Caufe extraite du Journal des Causes célébres.
Affaire de l'albé Miolan , ou Procès à l'occaſion du
Ballon brûsé dans le Luxen.bourg.
Les ſieurs Miolan & Janinet qui s'étoient aſſociés
pour faire une expérience aeroflotique remar.
quable, ont éprouvé un revers dont les circonftances
ſont connues de tous les habitans de la Capirale.
Après plusieurs mois d'attente pour leurs
ſouſcripteurs , ils leur avoient enfin annoncé
qu'ils rempliroient leurs engagemens le 11 Juillet
dernier,
( 95 )
Lelong intervalle de temps écoulé depuis leurs
proſpectus juſqu'au jour de l'expérience , les nouveaux
moyens de tenter une direction , les eſſais
particuliers dont le ſuccès en promettoit de plus
grands; d'autres circonstances , peut- être , avoient
attiré au jardin du Luxembourg , lieu indiqué
pour l'elévement du Balion , une foule prodigieuſe
, & tous les eſprits , partagés entre l'eſpérance ,
ledoute & l'incrédalité , étoient dans l'attente de
Pévénement. On ne connoît que trop le dénouement
de cette journée , fi cruelle pour les fiturs
Miolan & Janinet. Malgré leurs efforts multipliés
&les ſecours de leurs coopérateurs , on ne put jamais
parvenir à donner à la mach ne tout fon développement.
L'entrepriſe fur abandonnée , & la
retraite des Auteurs fut le ſignal du défordre . Le
peuple débordé dans le jardin , mit le Ballon en
pieces , le brûla , & avec lui , chaifes , inftrumens
de phyfique , & ſe vengea , à ſa maniere , de la
fatigue d'une atteinte inutile. Le bruit de cette
catastrophe remplit la Capitale , vola dans lesProvinces
, & donna aux noms des ſieurs Miolan &
Janinet une malheureuſe célébré.
Pluſieurs jours s'étoient déja écoulés depuis
cette journée fatale , le fieur Miolan pouvoit enfin
ſe flatter d'être bientôt oublié dans cette Capitale,
ſcene toujours changeante , où les événemens ſe
ſuccedent rapidement , où les acteurs effacent
ſucceſſivement , où la gloire & la honte des particuliers
échappent bientôt à l'attention publique :
it alloit ſe conſoler dans cet heureux oubli , & travailler
, ſans doure , en paix , à réparer cette difgrace
, lorſqu'un ſpectateur de ſon infortune eut
Ja cruauté de renouveller ſes douleurs , & de le
traîner devant un tribunal , pour lui redemander
le prix de ſa curiofité trompée , ouw la fimplicité
de croire à la justice d'une répétition de 12 livres
qu'il avoit avancées pour ſuivre , a fon atte , la
marche de ce pompeux acroſtat dans les airs. Le
( 96 )
feur Koening , indifferent juſqu'alors , à la décou
verte de MM. Montgolfier , aux diverſes expériences
qui avoient attiré l'attention de tout Paris
, ſe ſentit enfim piqué du deſir de voir auſſi ce
phénomene. Il ſe décide à quitter ſes travauxjournaliers
,& à facrifier 12 livres pour donner à lui
&àſa femme cette fatisfaction d'un genre ſi nouveau
, & pour en jouir commodément . Ce defir
concourant avec l'époque où le ſieur Miolan devoit
tenter ſa nouvelle expérience , & le deſtin lui réſervoit
ce ſpectateur d'une curioſité ſi difficile à
émouvoir , & en mêmetemps ſi peu indulgente ,
quand elle n'eſt pas fatisfaite. Témoin de l'invafiondupeuple
dans le Luxembourg , de l'incendie
général du Ballon & de tous les combustibles
qui l'entouroient , ce ſpectacle imprévu ne le confolapoint
de celui qu'il venoit de perdre ; il fut inſenſible
à l'aveugle & cruelle joie de la populace,
&fortit , regrettant ſes 12 francs , & fongeant aux
moyens de ſe les faire reſtituer.
En effet , le 24 Juillet , il forma ſa demande au
Châtelet. Cependant il paroît que , content de
parvenir à ſon but , à la reſtitution du prix des
deux billets , il eut la difcrétion de mettre , entre
ſa demande & ſa pourſuite , un intervalle affez
long, pour laiffer les clameurs de la populace
s'appaiſer , les bons mots des oififs & des plaifans
s'épuiſer , & l'expérience même s'oublier toutà-
fait . Si ce fut-là ſon motif, il fut humain; mais
ſa générosité ſe borna ià. Il reprit ſon action , &
retraduit , devant une audience publique , les
fieurs Miolan & Janinet.
Mais après pluſieurs Plaidoyers , le tribunal des
Auditeurs du Châtelet a mis un terme à cette querelle
, en déclarant par Sentence du 20 Janvier
dernier , conforme aux conclufions du miniſtere
public , le ſieur Koenig, non recevable dans ſa de--
mande , & le condamnant aux dépens envrs le
fieur Miolan.
MERCURE
DE FRANCE.
4
SAMEDI 19 MARS 1785 .
V
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
IENS calmer mes ennuis ,tranquille Indifférence,
Des malheureux amans , ſeul & cruel eſpoir ,
Fais parler la fierté , le rigoureux devoir ;
Oui , mon coeur a beſoin de toute ta puiſſance.
Pour toujours je m'enchaîne à tes auſtères loix ,
Venge-toi de l'Amour , règne ſeule en mon âme ;
Verſe tes flots glacés dans mon coeur tout de flamme ;
Ames ſens éperdus fais entendre ta voix ;
Efface juſqu'au nom de l'objet que j'aJore ;
Qu'il paroiſſe à mes yeux , & qu'il ſoit méconnu ;
Et pour mieux triompher qu'à fon tour il m'implore;
Qu'il pleure , mais trop tard , le bien qu'il a perdu.
Nº. 11 , 19 Mars 1785 . E
98 MERCURE
Ciel ! avec quel plaiſir je verrois ſes alarmes !
Comme je lui rendrois ce qu'il m'a fait ſouffrir !
Ses pleurs ,fon déſeſpoir auroient pour moi des chare
mes ;
Ames pieds ſans pitié je le verrois mourir.
Qui te retient encore , inflexible Déeſſe ?
Ma voix n'a- t'elle pas pénétré ton féjour ?
Réponds à mes accens , hâre-toi , le temps preſſe ....
Mais ciel ! quevois-je ? Arrête,& reconnois l'Amour,
Je préfère mes maux ,l'Amour ſeul eſt mon maître.
Oui , c'eſt lui qui m'inſpire , il égaroit mes fens.
Reſte aux fombres climats où l'enfer te fit naître ;
Vas ſubir pour jamais les triſtes loix du temps.
Pardonne , Amour , pardonne un ſi cruel outrage.
Toi ſeul l'avois cauſe,tu peux tout réparer;
Situ ne veux vers moi ramener le volage ,
Laiſſe-moi la douceur au moins de l'adorer.
(Par Mlle Aurore, de l'Académie Royale
deMusique. )
DE FRANCE.
وو
L'ORIGINE DE L'INCONSTANCE.
ON dit
que , jaloux de l'Amour ,
Qui dormoit dans les bras d'Elvire ,
Le Temps vint l'éveiller un jour ,
Et lui reprocher ſon délire.
De Saturne l'aſpect glaçant
Refroidit foudain la tendreſſe
De ce bel & timide Enfant ,
Qui ne peut fouffrir la vieilleſſe.
Le Dieu , ſe voyant outrager,
Auroit bien voulu s'en venger ,
Et , d'un coup de flèche rapide ,
Punir ce vieillard homicide ,
Parqui le monde eſt dévoré ;
Mais le Temps eft invulnérable ::
Puis de ſa faulx inexorable
Peut-être il l'eût défiguré.
Aſes loix il fallut ſouſcrire ,
S'éloigner d'Elvire à l'inſtant;
Il part ſans ofer le lui dire ,
Et voilà l'Amour inconſtant.
Vous , que l'Inconſtance déſole ,
Belles qui pleurez un amant ,
Sachez que , depuis ce moment ,
L'Amour avec le Temps s'envole.
(ParM. François , Peintre. )
E ij
100 MERCURE
RÉPONSE d'un Enfant à une belle Dame ,
Épigramme.
QUE cet Enfant eſt laid! diſoit un jour Béliſe ;
C'eſt un vrai finge... Encore un ſinge eſt -il moins laid.
La Nature , bizare en tout ce qu'elle fait ,
En le formant, ſans doute , s'eſt mépriſe.
L'Enfant , de ce propos juſtement irrité ,
J'aurois auſſi , dit-il , de la bête légère
Lamalice perfide&la méchanceté ,
Si vous euſſiez été ma mère.,
unejeune Demoiselle , en lui donnant une
paire de Ciseaux.
AIR: Ce fut par la faute du fort.
0N dit ce cadeau dangereux
Pour l'amitié , pour la tendreſſe;
Mais peut- il n'être pas heureux
Quand c'eſt à toi qu'Amour l'adreſſe?
Tu reçois d'un ſouris flatteur
Cedon plus galant que ſuperbe;
Tes grâces , ton âge & mon coeur
Feront bien mentir le proverbe.
NON , l'Amour ne craint de ciſeaux
- Que ceux dont la Parque funèbre
DE FRANCE. 101
:
1
:
Tranche nos jours qu'il rend fi beaux ;
Mais à quinze ans , c'eſt de l'algèbre.
A cet âge heureux , fi touchant ,
Où tes appas viennent d'éclore ,
Peut- on s'occuper du couchant
Lorſqu'on eſt ſi près de l'aurore ?
Pour couper une aîle à l'Amour ,
De ce don tu dois faire uſage ,
Te diroit quelqu'autre en ce jour ;
Mais ce confeil eſt un outrage ;
Car fi ce Dieu n'eſt inconſtant
Que pour préférer la plus belle ,
Dire qu'il t'a vûe un inſtant ,
C'eſt prouver qu'il ſera fidèle.
(Par M. Damas. )
Le courage de l'Amour & de la Nature ,
Anecdote.
Le lieu de la ſcène que j'ai à raconter a
toujours été le théâtre le plus agité de l'Europe
; & jamais il ne le fut aufli violemment
qu'à l'époque dont je dois rappeler la mémoire.
C'étoit du temps de ce trop fameux
Cromwel , dont la ſombre politique s'étoit
ſervie , pour affujétir les Anglois , de leur
paffion même pour la liberté ; de ce profond
ufurpateur qui avoit renoncé aux titres
de la toute puiſſance , pour en réunir tous
E
MERCURE
-
les refforts dans ſa main; qui , en un mot,
à tous les moyens connus des tyrans , en
avoit joint un plus neuf, moins vulgaire ,
l'hypocrifie ; moyen terrible , dont il avoit
fu faire tout- à-la-fois & le maſque & l'inftrument
de fon ambition.
L'Anecdote qu'on va lire n'eſt potirtant
pas une action éclatante , ni même un événement
politique. C'eſt un'fait particulier ,
renfermé dans le ſein d'une famille ; mais
qui, fans avoir influé fur les deſtins de l'État ,
pourroit fervir à prouver de nouveau , que
la ſenſibilité n'a jamais plus d'exploſion , ni
`la vertu plus d'énergie , qu'aux momens où
le crime triomphant ſemble en avoir brifé
tous les tefforts.
,
Lord Mirvey étoit une des victimes que
J'ambition du Protecteur devoit immolerà
fon intérêt ou à ſa vengeance. Le motif
de fa diſgrâce étant étranger à ce récit
nous nous bornerons à dire que fa mort
avoit été miſe à prix , fecrettement à la vérité
, & non par un arrêt authentique ; mais
Paffaflin qui auroit apporté ſa tête , avoit
plus à compter ſur le fruit de ſon crime que
fur la récompenſe d'une action vertueuſe.
Lord Mirvey étoit alors chargé de quelques
intérêts politiques dans une des Cours de
l'Europe. Informé à temps de ſa profcription,
il crut devoir s'y dérober par la fuite. Mais
il a voit laiſſé à Londres, auprès d'une vieille
foeur quillui reſtoir,une fille unique,que nous
nommerons Juliette , enfant chère à fon
DE FRANCE.
103
coeur , qu'il n'avoit quittée qu'à regret , &
qu'il brûloit de revoir. Un nouveau motif
vint ſe joindre à ce mouvement de tendreſſe
paternelle ; preſqu'en même temps qu'il fut
inftruit de ſa diſgrâce , il apprit la mort de
ſa ſoeur ; & l'image de ſa fille abandonnée à
elle-même l'emporta ſur ſon propre danger.
Il ne craignit point d'aller expoſer ſa tête fur
cette arêne ſanglante , où le tyran l'avoit déjà
dévouée au fer ou au poifon. Il prit pourtant
les précautions que lui ſuggéra ſa prudence;
le même ſentiment qui lui faifoit
chercher ſa chère Julietre au péril de ſes
jours, lui inſpiroit en même temps le deſir
de ſe conſerver pour elle. Il déguiſa ſon
nom , ſon rang & fes traits ; & enfin il eut
l'adreſſe on le bonheur d'arriver à Londres ,
&de retrouver ſa fille ſans avoir été reconnu
, ni même ſoupçonné.
Juliette joignoit à la figure la plus intéreſſante
, l'eſprit le plus aimable & l'âme la
plus ſenſible. Elle aimoit tendrement fon
père ; mais le plaiſir de le retrouver étoit bien
empoisonné par le danger qui le menaçoir .
La joie lelui avoit fait oublier un moment,
la cruelle réflexion ne tarda pas à l'en punir.
L'arrêt prononcé contre lesjours de fon père
vint épouvanter ſon imagination ; elle favoit
que la haine qui avoit prononcé ce fatal
arrêt étoit inexorable ; & fon coeur paſſa de
la plus douce joie aux angoiſſes les plus dé
chirantes. " Ah , mon père , s'écria-t'elle en
>> fondant en larmes ! mon père , qu'avez-
Eiv
104 MERCURE
>> vous fait ? Si les Miniſtres du Tyran ve-
>> noient vous arracher de mes bras! Le defir
ود de revoir votre Juliette vous a tout fait
>> oublier. Vous avez volé à mon fecours ;
» mais , moi , comment pourrai-je défendre
votre vie ? Cette preuve de votre
>> amour me fait verſer des pleurs d'atten-
>> daiſſement; hélas ! elle peut me coûter un
>> jour des larmes bien amères ! Si le ciel ,
» qui ſe déclare aujourd'hui pour la tyran-
>>nie, alloit vous prendre pour victime ! j'en
mourrois fans doute ; & je mourrois ,
» mon père en me reprochant votre
ود
>>> mort. "
د
Lord Mirvey ſe jette dans les brasde ſa
fille , la preffe contre ſon ſein , & ne lui répond
que par ſes larmes. Cependant il étoit
néceffaire de fonger à ne laiffer rien tranfpirer
de fon retour ; & il étoit fi difficile de
Te dérober à la vigilance du Protecteur &
de ſes Miniſtres ! Que faire ? Et à qui confier
un pareil ſecret ? Il fallut que Mirvey ,
*content de l'amour & des foins de ſa fille ,
confentît à fe priver , pour ainſi dire , de la
lumière du jour ; à s'enſevelir vivant , en attendant
qu'il plût au ciel de déſarmer la
haine de fon perfécuteur , ou de venger les
maux de l'Angleterre.
Un étroit ſouterrain , creusé ſous la maifon
du Lord , & que perſonne ne fréquentoit
, parut à Juliette le ſeul aſyle auquel
elle pût confier une tête ſi chère. Ce fouterrain
prenoit , par une arrière-cour , un
DE FRANCE.
105
-petit jour qu'elle ferma, de peur qu'il ne
fit naître quelque ſoupçon. Ce lien ne fut
plus éclairé que par une lampe dont elle
craignoit encore de voir percer les fombres
rayons à travers les ais de la porte , qu'elle
maſqua du mieux qu'elle put. Ainsi , l'infortunée
Juliette ne vit d'autre moyen , pour
ſauver ſon père , que de l'enfermer dans un
cachot ténébreux ; & en lui prodiguant les
plus tendres ſoins , elle ſembloit en être le
Geolier. Ses mains ſeules préparoient les alimens
dont il ſe nourriffoit ; & par prudence ,
elle ne le voyoit jamais pendant le jour.
Qu'il étoit long pour le malheureux Mirvey,
qui n'avoit alors d'autre confolateur , que
quelques livres que fa doulent lui faifoit fermer
en les ouvrant , avec de l'encre & du
papier qui lui étoient inutiles , puiſqu'il ſe
voyoit ſéparé du reſte de l'Univers ! Mais
Juliette , quoique plus libre que lui , n'en
fouffroit pas moins ; ſes inquiétudes ſurpaffoient
l'ennui de la plus douloureuſe captivité.
Sa crainte donnoit ſans ceſſe une
interprétation ſiniſtre à tout ce qu'elle
voyoit, à tout ce qu'elle entendoit; le moindre
bruit la faiſoit friffonner. Elle brûloit
d'apprendre des nouvelles de la Cour du
Protecteur , & fa bouche n'oſoit s'ouvrir
pour en demander , de peur qu'on ne ſoupconnât
le motif de ſes queſtions ; ſon père
étoit toujours préſent à ſa penſée,& il ſembloit
qu'elle n'auroit pu prononcer fon nom
fans le trahir ; enfin ſes yeux, fans ceffe ap-
Εν
106 MERCURE
pelés vers le lieu qui le receloit , n'oſoient
s'y arrêter un moment ; on eût dit qu'elle
craignoit de le dénoncer par un regard.
Sans doute on s'intéreſſe déjà à Juliette ;
&cependant on ne connoît encore que la
moitié de fes chagrins. Son coeur , fi fort
troublé par le fort de ſon père , étoit encore
en proie à l'amour , à ce ſentiment ,
qui , dans le coeur d'une Angloiſe , n'eſt jamais
une fantaifie , une émotion foible
mais la plus imperieuſe des paffions. Le jeune
Thermond , qui étoit digne à la fois de fon
amour & de fon eftime , l'avoit vûe affiduement
, fous les aufpices de la vieille
tante , qui , quelques mois avant ſa mort ,
l'avoit mandé au père de Juliette. Mirvey ne
l'avoit pas jugé indigne de fon alliance ;
mais depuis , des raiſons politiques avoient
changé ſes ſentimens. Le père du jeune Lord
éroit entré dans le parti de Cromwel ; &
Mirvéy avoit ordonné à ſa fille d'oublier un
amour qui étoit devenu criminel à fes yeux.
Cet ordre , arrivé trop tard , loin de rompre
les noeuds des deux amans, ne ſervit qu'à
les faire refferrer d'avantage ; car la tante ,
attendrie par leur trifteffe , ſéduite même
par leurs larmes , eut la foibleſſe de les
unir par un mariage fecret. Telle étoit la
fituation de Juliette au retour de fon père.
En arrivant, l'ayant félicité ſur ſon obéiſſance,
dont il étoit peut être loin d'être perfuadé :
* Ma fille , ajouta Mirvey,j'exige & j'attends
ود devousunenouvelle preuvedevotre docilité&
de votre tendreſſe. Je veux que le ſeDE
FRANCE. 107
>>> cretde monretour demeure pour toujours
>> impénétrable. Si mes deſtins ne changent
>>> point, je veux qu'on ignore àjamais que j'ai
>> eu la foibleſſe de retourner dans une patrie
>> dont je rougis , qui s'eſt deshonorée par
" fon obéiſſance au tyran. Ce fouterrain qui
» va cacher ma vie à l'Univers entier , cachera
aufli ma mort; qu'il foit mon tombeau
comme il fut mon aſyle. Mais je
>>> veux que mon ſecret me refte même après
>> mon trépas; qu'on n'apprenne jamais que
ود
ود
ma cendre eſt venue repoſer dans mon
>> ingrate patrie. Si ma fille , quand je ne ſe--
>> rai plus , continua- t'il avec un ton des plus
>>> effrayans , croit pouvoir trahir mon fe-
>> cret, je la dévoue d'avance aux vengean-
» ces célestes , je prononce dès ce moment
ود
ود
ور
بور
l'arrêt de la malédiction paternelle. Si par
>> une infidélité plus criminelle encore , elle
ofoit de mon vivant confier mon fecretà
>> un ſeul être , quel qu'il foit , ce fer fera
couler tout mon fang à ſes yeux ; & je
laiſſerai à ma patrie deshonorée une fille
bien digne d'elle, une fille parricide. »
Juliette connoiffoit trop bien l'auteur de
-ſes jours pour regarder ce difcours comme
une ſimple menace , comme le mouvement
d'un courroux paſſager. Mirvey , que nous
n'avons fait connoître juſqu'ici que pour
un père tendre , étoit en même-temps un
homme ferme juſqu'à l'opiniâtreté , un caractère
fier & inflexible. Les circonstances ,
ſes malheurs , en l'aigriſſant, l'avoient rendu
Evj
108 MERCURE
plus farouche encore ; & l'on devoit tout
craindre de fon déſeſpoir.
Juliette promit , ſe lia même par un
ferment que ſon père lui dicta. Ses devoirs
ſembloient lui être devenus plus ſacrés
, depuis qu'elle avoit pu s'y ſouſtraire
une fois ; l'Amour qui l'avoit rendue coupable
ne l'avoit pas affranchie du remords ;
&quand elle n'auroit pas eu d'autres motifs
, le ſouvenir d'une faute dont elle n'avoit
pas la force de ſe repentir , mais qu'elle ne
pouvoit ſe diffimuler , lui auroit ſuffi pour
ſe condamner à la plus aveugle obeiſſance.
Mais combien ce ſilence étoit difficile &
douloureux à garder ! combien il ajoutoit à
l'embarras de ſa ſituation déjà fi pénible &
fi affligeante ! Que dira- t'elle à Thermond ,
qui, réuniſſant les droits d'amant & d'époux ,
regarde preſque la demeure de ſa Juliette
comme ſa propre maiſon ? Ofera-t'elle , en
l'y recevant , déſobéir à ſon père , devenu
plus facré par ſon infortune ? Se verront - ils
malgré lui , fon amant & elle , ſur la voûte
même qui le couvre , quand peut-être le
bruit de leurs pas , l'accent de leur voix ,
peut retentir juſqu'à fon oreille ? Ne ſeroitce
pas , pour ainſi dire , profaner le tombeau
d'un père ? Pourroit-elle d'ailleurs , en
parlant à ſon époux , cacher le trouble que
ces idées feroient naître dans ſon coeur ? Et
comment ſe juftifier , quand le plus ſaint
des fermens la condamne au filence ?
.. Une feule reffource , foible encore , refDE
FRANCE. 109
toit à Juliette ; elle écrivit à Thermond ,
qu'étant ſeule dans ſa maiſon , où elle ne demeuroit
qu'en attendant une vieille parente
qu'elle avoit , & ne pouvant déclarer encore
leur hymen, elle croyoit devoir aux bienfeances,
à ſonhonneur , de ſe priver du plaifir de
le voir chez elle. Elle ajoutoit que toutes les
précautions qu'il pourroit prendre , ne fauroient
la guérir de la crainte d'une indiſcrétion
involontaire , & qu'elle comptoir affez
ſur ſon amour , pour eſpérer qu'il voudroit
bien épargner cette inquiétude à ſa rendre
Juliette. Thermond avoit à quelques lieues
de Londres , une ſoeur , qui , ſeule de ſa
famille , étoit dans la confidence de leur
union ſecrette ; c'eſt la maiſon de cette ſoeur
que Juliette propoſa pour leur rendez vous .
Le prétexte qu'elle avoit choiſi , étoit
foible , fur- tout pour un amant auſſi tendre
&aufli paſſionné que Thermond ; mais la
néceſſité parloit ; mais Juliette pouvoit tout
ſur ſon coeur , & ſa lettre , même en l'affligeant
, exprimoit tant de tendreſſe &
de ſenſibilité , qu'il fallut bien vouloir ce
qu'elle exigeoit. La ſenſible Juliette , pour
le récompenſer de ce qu'elle appeloit fa
complaiſance , promit de le voir tous les
jours chez ſa ſoeur; & elle fut fidelle à ſa
promeffe. -
O que l'Amour donne de force & de courage
! Juliette , avec un tempérament délicat
, affoibli encore par le chagrin , partageant
ſes ſoins entre la Nature & l'Amour ,
ΙΓΟ MERCURE
donnoit tous les jours à ſon époux ,&toutes
ſes nuits à ſon père. Le malheureux Mirvey ,
qui croyoit au moins que le jour elle ſe délaſſoit
des fatigues de la nuit , craignoit ,
avec raiſon , que ſa ſanté n'en fut altérée ;&
cependant il ignoroit que ni le jour ni la nuit
le ſommeil n'approchoit ſa paupière. A la fa
tigue des longues courſes&de l'infomnie, ſe
joignoit l'embarras de cacher le véritable
motif de ſes voyages habituels ; ce qui la
forçoit de multiplier les précautions , même
les déguiſemens , & juſqu'aux courſes à
pied; ajoutez à cela la contrainte douloureuſe
où elle vivoit , ces combats continuels
d'un coeur plein, qui ne peut s'épancher ,
d'une fille tendre & d'une amante ſenſible ,
obligée de cacher ſon père à ſon amant , &
fon amant à fon père ; où prenoit- elle des
forces capables de réſiſter à des peines fi
douloureuſes , à des chagrins fi cuiſans ?
Combien de larmes elle dévoroit encore ,
foit avec fon père , ſoit avec ſon époux ; &
quand elle pleuroit moins , elle ſouffroit
d'avantage .
Cependant ſes maux paroiſſoient encore
éloignés de leur terme ; & un événement
imprévu vint en augmenter l'amertume. Par
une inadverrance que le trouble continuel
de ſon eſprit rendoit affez vraiſemblable,
elle avoit laiſſe parmi des papiers qui palsèrent
dans les mains de fon père , un bilet
de Thermond, dont la date étoit poſtérieure
à la défenfe qui lui avoit été faite de le voir,
DE FRANCE. 111
de fonger à lui. A la vûe de ce billet , la
colère de l'ardent Mirvey s'allume , & devient
fureur. Fille perfide , s'écria t'il avec
>> un ton de voix qui fit trembler Juliette ,
>> c'eſt donc ainſi que tu m'as obéi ! Juliette
veut ouvrir la bouche pour répondre;
mais Mirvey l'interrompant : « Vas -tu join-
>> dre , s'écria-t'il , le menfonge & l'impof-
» ture à la déſobéifſance ? Que dis-je ? T'es-
» tu bornée à me déſobéit ? Dans quel ſein ,
grand Dieu , ai-je dépoſe le fecret , le def-
>tin de ma vie ! celle qui a pu braver les
>> loix d'un père , celle qui a facrifié la Na-
>> ture à l'Amour, pourra-t'elle ?..... Arrêtez ,
>> s'écria Juliette avec l'accent de la douleur
» & du déſeſpoir ! ménagez une fille coupable
ſansdoute , mais cent fois plus mal-
>> heureuſe. Oui , mon père , il est vrai , j'ai
ود vû Thermond malgré votre défenſe; mais
>> eſt-il fi facile d'éteindre l'amour dans un
» coeur ? Mais votre propre foeur m'avoit
>> permis d'eſpérer un fort plus heureux ;
c'eſt ſous ſes aufpices , c'eſt devant elle
que Thermond..... Ma foeur , interrompt
Mirveyen fe promenant à grands pas !
ainſi, tout ce que j'aimois , tout mon fang
>> a conjuré pour me trahir ! ..... Laiffe-moi ,
>> fille coupable! rends-moi ma liberté; ou-
»'vre - moi ma prifon ; laiffe - moi porter
ma têre au tytan. Le crime eſt dans ton
coeur, il ne te quittera plus; fais-tu , fais-
>> jeoùilpeutte conduire ?Enme livrantmoimême,
je te fauve peut-être un parricides
112 MERCURE
A ce diſcours affreux , l'infortunée Jaliette
s'étoit jetée ſur le corps de ſon père ,
qu'elle tenoit étroitement ferré dans ſes
bras : Mon père , s'écrioit -elle en l'arroſant
>> de ſes larmes ! vous m'allez voir expirer
>> à vos pieds. Comme vous me traitez ,
mon père! moi , vous trahir ! non , vous
>> ne le croyez pas. Ah ! la douleur , j'oſe le
>> dire , oui , la douleur vous rend plus in-
> juſte que je ne ſuis criminelle.Quoi ! vous
>>avez bravé pour moi la mort , & mainte-
> nant la honte vous paroît plus facile à
>> ſupporter que ma préſence ! vous me pré-
>> férez l'échafaud !
Enfin au ſon de cette voix qui avoit ſi ſouvent
pénétré dans ſon coeur; à ces accens de
l'âme qu'on ne ſauroit ni définir ni imiter ,
Mirveyſentitplusde calmedans ſon coeur. Son
regard tombe ſur Juliette , & s'attendrit.
L'âme de Juliette en eſt pénétrée, conſolée; &
tout-à-coup un doux ſourire ſe mêle ſur ſon
viſage aux larmes dont elle eſt encore inondée;
Juliette fe laiſſecouler le longdu corpsde
ſon père , qu'elle tenoit embraſſé , tombe à
genoux; &les yeux levés vers le ciel : Grand
>>Dieu , s'écrie-t'elle avec l'expreſſion de la
> plus douce ſenſibilité , je te rends grâce :
» tu m'as rendu mon père. Oui , le voilà;
» voilà ſon regard paternel. J'y ai lû mon
>> pardon. Ah ! mon père ! que votre bouche
66-
achève de le prononcer. Croyez , ajouta-
>> t'elle en le preffant contre ſon ſein , que
* votre ſecret tout entier, que tout le coeur
DE FRANCE.
113
ود
» de votre Juliette eſt toujours à vous.Non ,
le crime n'eſt pas dans ſon coeur ; il ne
ſauroit y habiter avec l'amour qu'elle a
» pour vous. »
"
J'ai dit que Mirvey , quoique ſévère &
aigri par fon infortune , aimoit tendrement
ſa fille ; quelques larmes roulent dans ſes
yeux ; & Juliette , à qui la joie laiſſe à peine
l'uſage de la voix , lui dit en fanglottant :
" N'est-ce pas ..... mon père..... que vous con-
" ſentez à vivre pour moi ? Qui , ma fille ,
>> répondit Mirvey. Mais ſi un ſeul mot.....
Cette menace étoit le dernier éclat de ſon
courroux ; Juliette l'interrompt , le raffure ;
&un tendre embraſſement répond à ſes
diſcours & à ſes careſſes.
Au commencement de cette ſcène , nous
avons vû Juliette épouvantée faire l'aveu de
ſa déſobéiſſance; ſi elle n'eûréré interrompue
par l'emportement de ſon père , elle alloit
ſans doute lui dévoiler tous les ſecrets de fon
coeur. Quand elle le vit appaiſé , elle jugea
qu'elle ne pouvoit , ſans le plus grand danger
, achever alors ce fatal aveu ; elle ſe tut ,
& aima mieux conſoler ſon père que de
l'affliger encore.
Le jour venu , Juliette , ſuivant l'uſage,
ſe ſépare de lui ; mais fon corps étoit
brifé par les douleurs qu'elle avoit ſouffertes ;
elle avoit peine à ſe ſoutenir. Cependant
Thermond l'attendoit chez ſa parente. S'il
ne la voit pas , rien ne pourra l'arrêter ; fon
amour alarmé bravera tout ; il va voler vers
114
MERCURE
elle. Juliette cherche encore des forces dans
fon courage , &ſe remet en chemin .
Tant de chagrins & de fatigues no pouvoient
qu'influer ſur la ſanté de Juliette ; ſa
beauté même en étoit altérée. Son amant ,
toujours aufli tendre , auſſi empreffé , s'appercevoit
, non du changement de ſes traits ,
mais de fa triſteſſe , qui ſembloit augmenter
de jour en jour. Il lui en demandoit ſouvent
la cauſe; Juliette ne pouvoit alléguer que
l'abfence de ſon père. Mais peut - être fa
bouche , qui avoit toujours été l'organe de
la candeur , n'exprimoit-elle un menfonge ,
même innocent , qu'avec un air de gêne qui
pouvoit éveiller le ſoupçon. Quoi qu'il en
foit , Thermond étoit peu rafſuré par ſes
réponfes. Juliette , lui dit-il un jour , ma
>> chère Juliette! tu m'as rendu le plus heureux
des hommes. Toutes les richeſſes ,
>> tous les honneurs de la terre n'ont rien
>>de comparable au préſeut que tu m'as
>>'fait: tu m'as donné ton coeur& ta main .
>>>Mais , pardonne , dans un extrême bonheur
, la moindre peine eſt un tourment.
> Souffre que mon amour te confie ſes
>> tendres alarmes. Il me ſemble , ( ah ! je le
>crains au moins ) il me semble qu'auprès
>> de moi , tu n'as plus fi bien qu'autrefois
ce ſentiment , cette expreffion du bon-
> heur. Si le temps , qui n'a fait qu'ajouter à
> mon amour , avoit affoibli...... Si ta trif-
>> teffe ....... A peine a-t'il prononcé ces
mots , qu'un tendre regard de Juliette lui
DE FRANCE. its
fait ſentir ſon injustice , & le raffure , au
moins pour l'inſtant. Il tombe à ſes pieds;
&déjà les plus tendres diſcours & les plus
douces careffes ont expié ſes ſoupçons inju-
Tieux.
Cependant ni à Londres ni à la Cour ,
perſonne n'ayant eu la moindre nouvelle de
Lord Mirvey , on ne ſavoit qu'imaginer.
Cromwel , qui s'étoit emparé de toutes les
voies qui pouvoient en porter à Juliette ,
éroit ſurpris de n'avoir rien découvert ; & il
-réſolut enfin d'employer des moyens plus
directs pour la ſurveiller. Donnant à ſa politique
un air de décence, &même de protection,
il prétendit que la parente qu'attendoit
depuis ſi long-temps Juliette , n'arrivant
pas , il étoit contre la bienfeance qu'une
fille de ſa naiſſance &de fon nom Emeerêr
ſeule , à ſon âge , expoſee aux propos , &
même au danger; un ſoir il lui fit porter la
'prière , qui étoit un ordre au moins , de ſe
diſpoſer à ſe rendre chez une Dame de la
Cour qu'on lui nomma; & on l'avertit qu'on
viendroit la prendre le lendemain .
)
Qu'on ſe figure ce que devint Juliette à
cet ordre foudroyant ! ne pouvant ni réfifter
, ni obeir, une ſentence de mort auroit
moins frappé ſon coeur ſenſible. Pâle ,
éplorée, & preſque mourante , elle deſcend
dans le fatal fouterrain , ſe jette dans tes
bras de fon père , en s'écriant :mon père! ....
&elle ne peut achever. Mirvey la relève ,
rappelle ſes ſens , l'interroge , &apprend cer
116 MERCURE
:
ordre effrayant , qu'il regarde comme l'arrêt
de ſon trépas. Il alloit trancher ſes jours ,
quand Juliette , arrêtant ſon bras : « Mon
>> père , s'écria-t'elle , ſi vous voulez mourir ,
» commencez par m'ôter la vie à moi-même.
• Quel crime ai-je commis pour me punir
>> par le ſpectacle de votre mort ? »
Mirvey , déſarmé par l'action & les reproches
de Juliette, ſe jette dans ſes bras : Eh !
quoi , lui répond-il avec le cri de la douleur
&du déſeſpoir , veux- tu que la faim termine
ici mes jours , ou que j'expire ſur un échafaud
?
"Eh bien, continua Juliette en recueillant
> toutes les forces , ſans doute on ne craint
>> aucune entrepriſe de ma part; perſonne
>> ne vous ſoupçonne dans ce lieu; peut-être
> la fue nous ſera-t'elle permiſe. Fuyons ,
>>>nous trouverons enſemble le falut ou la
> mort. Quel qu'en ſoit le danger , c'eſt le
رد ſeul parti qui nous reſte ,&nous n'avons
» qu'un moment pour l'exécuter. »
Juliette a prononcé ces paroles avec un
ton de courage & de fermete , qui attendrit
Mirvey, fans le convaincre; il cède néanmoins
à ſes prières, & s'abandonnant à
-elle , il ſe diſpoſe à la ſuivre. Voilà donc
la tendre Juliette tenant par la main fon
malheureux père , montant l'eſcalier du ſouterrain
, traverſant ſon appartement ;
premier pas qu'elle fait pour franchir le
ſeuil de ſa porte , elle éprouve un frémiſſement
univerſel : enfin la voilà dans la rue ,
au
DE FRANCE.
117
tenant toujours dans ſa main celle de ſon
père , & la ferrant de toutes ſes forces. Son
maintien ne ſe reſſent point de ſa foibleſſe ;
ſon pas eſt rapide quoique tremblant ; elle
marche, en conjurant le Ciel d'épaiffir les
ténèbres , d'aſſoupir tous les yeux ; fon pied
ſemble craindre de toucher le pavé, & fa
poitrine ne reſpire qu'à peine, de peur que
le bruit n'éveille la tyrannie.
Ah! ſans doute , elle n'avoit pas oublié
ſon amant; mais pouvoit elle abandonner
ſon père? Son danger ne lui permettoit pas
de diſpoſer d'un ſeul inſtant ; mais fi elle
parvient à le ſauver , elle a réſolu d'écrire
à Thermond , pour le raffurer & pour jultifier
ſon abſence.
Mais Thermond avoit été informé de
l'ordre qu'avoit reçu Juliette; craignant de
perdre la liberté de la voir , il vouloit au
moins l'entretenir avant ſon départ , &
ayant pris quelques meſures pour lui parler
ſans la compromettre , il s'étoit mis en che
min pour ſe rendre auprès d'elle .
Il n'étoit pas encore prêt d'arriver , lorfqu'il
entrevit dans l'ombre deux perſonnes
qui ſembloient ſe derober par une fuite
précipitée ; il s'approche , regarde , doute de
ce qu'il voit , examine encore & reconnoît
Juliette fuyant avec un homme qui lui eſt
inconnu. A cette vue , il n'eſt plus le maître
de ſes tranſports. Soit qu'il craigne quelque
violence pour Juliette , ſoit que , la voyant
fuir ſans réſiſtance , un mouvement jaloux
118 MERCURE
ſe ſoit emparé de lui ; ( car à la honte du
coeur humain , ce ſentiment injurieux ſe
mêle au plus tendre amour. ) il tire fon
épée, & s'adreſſant à l'inconnu : Qui que
vous ſoyez , s'écria-t- il d'une voix terrible ,
défendez- vous.
Mirvey n'étoit pas encore affoibli par
l'âge, il ſecoue la main de Juliette , recule
un pas , s'arme d'un fer, & fond lui même.
fur ſon Adverſaire. Juliette éperdue ſe jette
ſur les deux épées , & s'écriant , mon père ,
avec une voix déchirante , tombe preſque
fans vie au milieu du champ de-bataille.
A ce mot, Thermond jette ſon épée aux
pieds de Mirvey , qui s'arrête pour relever
ſa fille. Ce malheureux époux ſe joint à luipour
la ranimer. Accablé de remords , &
plus tremblant qu'elle-même , il n'a pas la
force de ſe juſtifier. Mais le danger de Juliette
& de ſon père n'eſt pas le ſeul crime
qu'il ait à ſe reprocher. Sa mépriſe a produit
unplus cruel malheur: tandis que Mirvey ,
qui l'a reconnu , ouvre la bouche pour s'expliquer
avec lui , on accourt au bruit qu'on
avoit entendu ; des Gardes arrivent , Mirvey
eſt reconnu , & l'on s'empare de lui pour le
mener le lendemain au Protecteur .
Dans quel abyme ſont précipités Thermond
, Juliette& fon père ! & fans doute
le plus malheureux des trois , eſt Thermond
qui vient de livrer à la mort
deux têtes ſi chères. Aucun ſupplice n'eſt
comparable aux tourmens qu'il endure ;
,
DE FRANCE. 119
mais il ſe croitoit plus criminel encore , s'il
ſe bornoit à pleurer des maux dont il eſt
l'auteur. Son deſeſpoir lui laiſſe encore tout
fon courage; & il aime mieux s'expofer à
fe perdre lui-même , que d'abandonner des
malheureux qu'il a faits.
Le lendemain il prévient le moment où
Mirvey doit être conduit devant Cromwel.
Ala faveur de ſon nom , qui lui donne un
libre accès , il court au palais du Protecteur ,
attend qu'il ſoit environné de quelques
Courtiſans , & avant qu'on ait faiz paroître
ni annoncé le Lord Mitvey , il commence
lui-même à en raconter Thiſtoire au Protecteur
avec toute la chaleur du ſentiment qui
l'anime.Il parlede ſamépriſequi l'a fait découvrir&
arrêter ; entraîné lui-même par l'éloquence
de ſon âme , il fait la peinture la
plus attendriſſante des maux qu'a ſoufferts
ce père infortuné , retrace le tableau le plus
touchant du ſouterrain & de la tendreſſe
héroïque de Juliette; & au milieu des Courtiſans
que ſon récit fait fondre en larmes ,
il tombe aux pieds de Cromwel, en demandant
à haute voix , & au nom de tous les
coeurs ſenſibles , la grâce de Milord Mirvey.
Cromwel a vû tous les coeurs attendris ;
ſa politique ne croit pas pouvoir punir ſans
être accusée d'inhumanité ; peut-être auffi
que ſon coeur fut réellement attendri; quoi
qu'il en ſoit , il fit grâce ,& tout le monde
applaudit à ſa clémence.
Thermond , au comble de ſa joie , de
120 MERCURE
mandeune ſeconde faveur ; c'eſt d'aller le premier
porter cette nouvelle à Milord Mirvey .
Il court , il vole ; & ce malheureux père ,
qui craignoit moins fa propre mort que le
chagrin qu'elle alloit cauſer à ſa fille , fut
vaincu par cette preuve d'amour & de
courage. Il pardonna tout aux deux amans.
Cromwel , ſoit clémence , ſoit politique, ne
voulant pas être généreux à demi , parla luimême
pour eux à Milord Thermond , qui ,
peut-être moins en père qu'en Courtiſan ,
confirma le mariage de ſon fils & de Juliette.
(Par M. Imbert. )
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eſt Orage; celui
de l'Enigme eſt Almanach; celui du Logogryphe
eſt Mandarin , ( dont en ôtant le
fecond a , refte Mandrin. )
CHARADE.
LE Public , fatisfait d'un couplet qui l'enchante ,
Se fert de mon premier pour doubler ſon plaiſir ;
Mon ſecond , dirigé par une main ſavante ,
Et qui par l'habitude apprit à réuſſir ,
Ne
DE FRANCE. 121
Ne s'emblouſe que mieux ; enfin dans les menages ,
On voit ſouvent mon tout ennemi de l'accord
Obſourcir de beaux jours par ſes fréquens nuages.
Mais c'eſt aſſez , Lecteur , tu m'as ſaiſi d'abord.
J
JE
Par Mme la Comteffe de Tréborras .
ÉNIGM E.
E ſuis fille du Temps ,
Ma mère est la Conſtances
Je ſuis vieille , &j'ai des amans ,
En tout pays j'en ai , ſur-tout en Frances
Et chaquejour
Je vois que l'on s'empreſſe ,
Ame faire la cour ,
Dans la Roture & la Nobleffe.
Mais les plus amoureux
Seront les plus heureux .
( Par Mlle A de Granfand lajeune. )
LOGOGRYPHE.
E fuis à tout vivant meuble fort néceſſaire ;
Sans moi tout languiroit , eſprit, ſavoir , raifong
J'ordonne , j'obéis ; du fond de ma priſon
Je ſouffle la paix & la guerre.
Monſtrueux aſſemblage & de bien & de mal,
Je ſuis , je te l'avoue , un étrange animal ;
No. 12 , 19 Mars 1785 . P
122. MERCURE
Tandis que d'un côté je détruis , j'empoiſonne ,
J'egrarigne , je mords , je foudroie & je tonne ,
De l'autre on voit en moi le plus beau don des cieux ;
De la ſociété le lien précieux ,
Douce , humaine , bienfaiſante ,
Je ſuis l'appui des malheureux;
Sage , équitable , éloquente ,
Jeme plais à louer les mortels vertueux ;
Et toujours attentive à célébrer leur gloire ,
Je fais placer leur nom au temple de mémoire,
Enfin , Decteur , ſi tu le peux ,
Décompoſe , ſuivant l'uſage ,
De mes fix pieds le bizarre aſſemblage;
Par un ſecret peu commun ,
Otes-en quatre il n'en reſtera qu'un ;
Je deviens un État brillant dans l'autre monde ;
Une Province en valeur non ſeconde,
Qui fut long-temps de Rome la terreur ;
Je fers à fixer la couleur;
Je ſuis appas , je ſuis meſure;
Je ſuis pour les vivans du plus ſiniſtre augure ;
Ce que tu prends lorſque tu veux courir;
Ce que Céſar ne vouloit point ſouffrir ;
Je ſuis encore utile en quadrature ;
Voiſin fâcheux d'un pas précipité ,
Je détruis à la fois l'Amour & la Beauté ;
Puis tout- à-coup jouant un autre rôle ,
Augré du vent ſans eeſſe balloté,
DE FRANCE.
123
J'erre ſouvent de l'un à l'autre pôle ;
Rivale des rayons qui nous donnent le jour ,
J'emprunte le flambeau que je prête à mon tour ;
Je fais plus , je m'envole au ſein de Dieu lui - même ,
Etj'annonce aux mortels ſa volonté ſuprême.
Aces ſignes , Lecteur , ſi tu ne comprends pas ,
Vas me chercher où tu pourras .
(Par un Orléanois. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ENFER des Peuples Anciens , ou Hiftoire
des Dieux Infernaux , de leur culte, de
leurs temples , de leurs noms , de leurs attributs
, avec la description des morceaux
célèbres de Peinture , Gravure & Sculpture
des Artistes Anciens & Modernes qui ont
repréſenté ces Divinités , par M. de
Landine , Avocat , de l'Académie des
Sciences , Belles-Lettres & Arts de Lyon ,
Affocié de celles de Dijon, Villefranche ,
de la Société Littéraire de Bourg- en-Breffe ,
&Correſpondant de l'Académie des Belles-
Lettres & Inſcriptions. A Paris , rue &
hôtel Serpente.
LE plan de cet eftimable Ouvrage eſt trèsbien
expoſé dans l'Avant-propos . Nous ne
pouvons mieux faire que d'en citer quelques
fragmens.
Fij
124 MERCURE
Cette mythologie ingénieuse, qui a fait
> pendant tant de ſiècles la deſtinée de Peu-
>> ples renommés, intéreſſe également en-
>> core le Philofophe & le Littérateur. L'un
» y voit établies ces idées générales d'ordre
› & de justice univerſellement répandues ,
> cet eſpoir d'une autre vie & de l'immortalité
de l'ame,qui rend l'homme meilleur
& plus heureux; l'autre y trouve la filiation
des ufages anciens juſqu'à nous ,
l'hiſtoire des moeurs de l'antiquité , des
» Ouvrages qu'elle a produits , des monu-
» mens qu'elle a fait élever , & dont il
> ne reſte plus que le ſouvenir. C'eſt la
>>mythologie qui eſt encore la ſource la plus
>> féconde des traits , que la peinture , la
>> foulpture&la gravure choiſiſſent pour les
fujets de leurs compoſitions.
ל
"
"
ود
ود
>> Cet Ouvrage , fruit de pluſieurs années
de recherches , eſt deſtiné à recueillir ce
que les Peuples anciens , & fur-tout les
>> Grecs & les Romains ont penſe ſur les
>'récompenfes dues aux vertus , & fur la
>> punition des vices après la mort; on n'a
>> pas cherché à y indiquer aux Artiſtes le
ود
ود
choix de leurs tableaux, mais on a pris
ſoin d'y décrire tous les monumens précieux
får leſquels les Dieux d'enfer ont
éré repréſentés. Aux chef- d'oeuvres de
>> l'antiquité que le temps n'a que trop
>> Touvent détruits, on a réuni les plus beaux
> morceaux des Artiſtes modernes ,
>> parce qu'on peut plus aisément les con-
ود
fait
١٠
DE FRANCE. 125
ود
ود
ود
ود
ود
"
גנ
fulter, ſoit parce que ces morceaux font
ſouvent eux-mêmes des imitations heureuſes
desOuvrages fanteux qui ont illuftré
autrefois les contrées de la Grèce
& de l'Iralie .
>> Chaque chapitre renferme l'histoire ,
les noms & les attributs d'une Divinité .
Dans l'hiſtoire , on comprend les actions
les plus mémorables qui lui font attribuées
, le culre qu'on lui a rendu , l'enumération
de ſes temples principaux , les
cérémonies employées dans les facrifices
>>qui lui etoient offerts » .
ود
ود
ود
Quand on conçoit & qu'on développe
ainſi ſon plan , on montre affez combien
on eſt digne de le bien exécuter. Auili on
reconnoît par-tout dans l'Ouvrage un ſavant
Philofophe & un Écrivain de goût. Un Quvrage
où l'érudition domine a un double
mérite , quand on le lit avec intérêt ; nous
ne pouvons mieux faire l'éloge de celui- ci
que d'en citer pluſieurs morceaux. Voizi de
quelle manière l'Auteur remonte à l'origine
de la mythologie & même de la religion ,
parmi les Peuples profanes.
ود
ود
ود
ود
ود
ود
" Si l'amour & la reconnoiſſance ont
élevé des Autels & créé des Dieux , la
crainte n'a pas été moins puiffante :
l'homme ſentant ſa foibleſſe , a tremblé
fur fon fort. Né ſans aveu , & périffant
de même , il connut , dès ſon origine ,
nu'une volonté ſupérieure à la fienne , une
A
>> force plus active entretenoient ſes ref
Fiij
126 MERCURE
>> forts , & pouvoient lui donner des jours
>> plus longs & plus heureux. Des idées
>> groſſières lui firent bientôt oublier qu'il
> ne devoit ſon encens qu'à un ſeul Étre
» qui avoit tout créé; il ne comprit plus
» que le même Dieu pûr verſer ſur lui les
*>> biens & les maux , paroître bienfaiſant &
> terrible , rendre le Ciel ſerein , & y faire
éclater la foudre. Il diviſa ſon pouvoir ,
il imagina des Dieux bons & méchans ,
» desDieux rémunérateurs & vengeurs. Dèslors
tout ce qui , dans l'univers , frappa
ſes ſens , tout ce que ſon eſprit put ſe
>> repréſenter , devint l'objet de ſon culte ,
» & reçut ſon hommage. La nature en-
$
:
ود
دد
ود
ود
وو tière s'anima & fut déifiée. Tout y fut
>> gouverné par des génies chargés de veiller
au bonheur de l'homme , & de pourvoir
>> à ſes beſoins, C'eſt ainſi qu'on peupla de
Dieux le Ciel , la terre &les eaux.
ود
ود
>> Il manquoit encore à l'Idolâtre d'autres
» motifs de crainte , il n'avoir imaginé que
les Divinités qui pouvoient le ſervir ou
lui nuire pendant qu'il étoit ſur la terre ;
>> il lui en falloit d'autres pour le récom-
» penſer ou le punir après le trépas. Il
» falloit aux hommes vertueux un ſéjour
>> de délices , un Élysée; il falloit aux mé-
>> chans un lieu de ſupplice , & le Tartare ;
ود il falloit enfin des Juges pour décider des
>> actions , des Dieux pour ordonner des
>> peines , des Miniſtres cruels pour exécuter
leurs jugemens. Ces Etres furent
DE FRANCE.
117
>> d'autant plus honorés , qu'on les imagi-
>> noit plus redoutables. La terreur prof-
>> terna les Peuples devant leurs images :
ce n'eſt que d une main tremblante qu'on
leur offrit des ſacrifices ; ce n'eſt qu'après
>> des purifications ſans nombre , qu'on oſa
ود
ود leur adreffer desvoeux.Toutes les Nations
>> de l'antiquité reconnurent leur pouvoir ;
- mais les Grecs & les Romains ſe diftin-
>> guèrent fur- tout par le culte qu'ils lear
rendirent. 4 ود
» Je vais développer l'hiſtoire de ces Divinités
terribles, rappeler leurs différens
>> noms , faire connoître leurs temples , leurs
"
Fêtes & leurs Pretres ; & pour être mile
>> aux Artiftes ,je tâcherai de n'oublier aucun
>> deleurs attributs. رد
A ce tableau d'un ſtyle ferme & noble ,
oppoſons-en un autre d'une couleur plus
vive & plus riante; c'eſt l'hiſtoire de Proſerpine,
la ſeule Déeſſe des Enfers , à qui
les Poëtes aient laiſſe les graces & la
beauté.
م
ود
t
« Le fort du Monarque des Enfers parut
fi triſte, fi cruel à l'imagination brillante
& heureuſe des Peuples de la Grèce ,
>> qu'ils crurent que l'amour ſeul pouvoit
l'adoucir. Un Empire dont l'ob/cutite profonde
ne diſparoiſſoit quelquefois qu'à la
lueur des feux vengeurs ou des Hambeaux
des Furies; le ſpectacle continuel des douleurs
& des peines tou ours renaitfantess
"
ود
ود
ود
ود
» l'affreux droit de punir; le bruit eifrayant
Fiv
128 MERCURE
." &terrible des cris , des chaînes & des
>> poignards : tel étoit le partage horrible
de Pluton. Semblable aux Deſpotes , il
>> régnoit, mais ſur des ombres deſeſpérées ;
>> jamais il n'avoit vu près de lui le reſpect
>> affectueux , le contentement de l'ame &
>> le ſourire du bonheur. Il étoit cependant
ود l'undes plus grandsDieux: il falloit bien
>> rendre ſes jours moins triftes , & lui ac-
➤corder quelques plaifirs. On le rendit
> amoureux de Proferpine.
ود
t
La fille de Cérès, dans la fleur de l'âge
>>> &de la beauté , ignoroit que ſes attraits
avoient ému le Souverain des Enfers; elle
>> ſe promenoit ſouvent avec ſes compagnes
>> dans l'agréable & fertile plaine d'Enna.
» Là , entourée de bois & de ruiſſeaux ,
>> tranquille & heureuſe , elle cueilloit des
fleurs , lorſque du milieu d'un abîme de
» l'Etna , Pluton s'élançant plein d'ardeur ,
enleva l'objet de ſes voeux. Auſfi-tôt le
>>char du Dieu vola vers Syracufe : c'eſt
> près de cette ville, ſuivant quelques Écri-
>> vains , qu'il ſe perdit ſous terre & re-
>>> tourna dans le Tartare. Un lac profond
>> remplaça alors le gouffre où il étoit dif-
» paru; & pendant une longue ſuite de
>>générations , les Syracufains vinrentfor fes
>> bords offrir des ſacrifices , & les jeunes
>> filles défirer , au fond de leurs coeurs ,
>> d'éprouver le fort de la Déeffe , & d'être
>> ravies de même , pourvu qu'elles puſſent
>> être aimées , & régner.
DE FRANCE.
129
رد Cérès, inconfolable de la perte de fa
>> fille, fit retentir la Sicile de ſes gémiſlen
» mens. Pour trouver Proferpine , elle al .
ود
ود
luma deux flambeaux aux Hanmes de
» l'Erna , & parcourut la terre . Ce Platon ,
Dieu des feux fouterrains ; cette Corès
>> penetrant dans tous les lieux avec fes
» Hambeaux , font un embleme fenfible
ود d'une éruption violente de l'Erna. Ge
volcan terrible, qui a tant de fois cou-
>> vert la Sicile de ruines & de cendres
ود
ود
ود
roule avec impétuofité ſa lave brûlante
& funeſte; elle renverſe les moiffons ,
>>pénètre juſqu'aux grains ,& répand datis
les campagnes & la famine & le de-
>> ſeſpoir.
ود
" Pour confoler Cérès , & Iengager
>>>rendre la fertilité à la terre , Jupiter of-
>> donna que ſa fille lui feroit rendue , li
>> elle n'avoit pris aucune nourriture dans
ود les Enfers. Proferpine fe Aattoir de jouir
>>> auffitôt des embrafiemens maternels ,
>> lorſqu'Aſcalaphe révéla qu'elle avoit
>>> cueilli & mange neuf grains de Gre-
>> nade. L'indiforet fut pumi par Ceres,&
>> changé en hibou : mais tout ce que cette
>> mère irritée put obtenir alors damhitre
» des Dieux , fur que fa fille reſteroir fix
>>mois auprès d'elle,& fix mois avec fois
» époux. »
Nous avions déjà un grand nombre d'écrits
fur la mythologie; mais aucun , ce me femble
,n'en a aulli bien raſſemblé toutes les
By
130
MERCURE
patties ,& ne les a auſſi bien liées à la connoiffance
de certains faits de l'hiſtoire , &
à celle des arts. L'Auteur a encore ici un
mérite particulier , c'eſt qu'il ne s'égare jamais
à expliquer , par des emblêmes mo
rales , toutes ces rêveries de la ſuperſtition ,
toutes ces fictions de la poéfie ; il s'arrêtetoujours
aux interprétations les plus fiunples
, aux conjectures les plus raiſonnables.
Il annonce à la fin de ſa Preface un deſſein ,
que l'accueil que le Public fera sûrement à
fon livre, l'engagera ſans doute à accomplir.
" Si l'Enfer des Anciens pouvoit être
accueilli & lu avec quelque intérêt , on
>> s'enhardıroit à traiter de même le Ciel
des Anciens , & l'histoire des Dieux ter-
>> restres & marins. Ces autres parties for
>>>meroient un cours complet de mytho-
» logie , où les Littérateurs & les Artiſtes
>> trouveroient recueillis & les faits prin-
>> cipaux des Divinités du Paganiſme , épars
20
dans des Ouvrages volumineux & dans
>>>une foule de Mythologues , & particulièrement
tous les détails qui peuvent
aider dans l'exercice des arts , &dont
la connoiffance est néceſſaire à leurs
- ſuccès. >>
ود
(CstArticle est de M. de L. C.)
DE FRANCE. 131
ACADÉMIE FRANÇOISE.
Les Séances publiques de l'Académie Françoiſe
ont toujours beaucoup d afluance ; celle
qui a été tenue Jeudi dernier n'a pas ete moins
brillante qu'à l'ordinaire. Le genre de mérite
qui avoit fait adopter le nouveau necipiendaire
, M. Target, offioit un motif nouveau
à la curiofité du Public. Son Difcours
traite de l'éloquence en general ; on doit
êtreadmisà en donner le precepte , après en
avoir fi bien donné l'exemple , aufli le Public
a-t'il entendu M. Target avec de grands applaudiſſemens
. L'éloge qu'il a fait de fon prédéceffeur
, M. l'Abbe Arnaud , a beaucoup
intéreſſe.
C'eſt encore M. le Duc de Nivernois qui
a répondu au Difcours du Récipiendaire , en
ſa qualité de Directeur actuel. Ce célèbre
Académicien réduit toujours la critique à la
monotonie de l'éloge , quoique ſes grâces
foient toujours nouvelles ; c'eſt de lui qu'on
peut apprendre à mériter la louange & à la
décerner.
M. l'Abbé de Boiſmont a termiré la Séance
par la lecture d'un morceau ſur les Affemblées
Littéraires , dans lequel il a fait entrer
une diſcuſſion affez neuve ; il a voulu prou
ver à ceux qui l'écoutoient qu'ils n'avoient
pas le droit d'improuver tout haut , dans une
ſéance Académique où ils ne paroiffent que
Fv
132 MERCURE
comme invités. C'eſt ce qu'il a diſcuté d'une
manière ingénieuſe; mais il étoit difficile
d'inſpirer aux Auditeurs l'envie d'applaudir ,
dans le même moment où l'on vouloit lui
oter le droit de blâmer.
Ces Difcours ſe trouvent à Paris , chez
Demonville , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , rue Chriſtine. Prix , 1 liv. 10 fols.
ANECDOTES.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSI ONSIEUR ,
$
Vous avez dernièrement fait connoître au Public
un prodige de ſciences , qui n'eſt plus , dans la per
Konne de Valentin Jumeray Duval. Je veux , moi ,
yous faire connoître un prodige exiſtant en Littérature.
C'eſt Fiacre Bouillon. Ce jeune homme , qui
p'a pas encore vingt ans , compatriote de Duval , né
comme lui ſous le chaume , dans la plaine de
Rocroy , & gardien de quelques vaches , n'ayant
jamais in lû , outre fon cathéchifine , que la Grammaire
de Reſtaut & les Poéſies de Boileau , a débuté
dans la carrière Poétique par faire , ſur la naiſſance
de Mgr. le Dauphin , une Ode affez longue , peutêtre
trop longue ; mais dans laquelle je n'ai point
apperçu une faute , ni contre la mefure , ni contre la
sime , Li contre l'affortiment des vers. Bouilion ,
qui , pendant le cours des inſtructions qu'il venoit
de recevoir ſur les élémens de notre divine Religion ,
s'étoit fait remarquer de fon Curé par ſon intelligence&
ſa ſageſſe , s'en fit, ſans y fonger , bientôt
DE FRANCE.
connoître par ſon talent pour la poésie. Le Pasteur
étonné s'emprefla de préſenter ſon Paroifien à M.
le Comte Efterhazy , Gouverneur de la Ville , qui
ne fut pas moins ſurpris de voir tant d'eſprit à travers
une fi rude écorce. On engagea le jeune l'oëte
àexercer fon génie ſur la victoire célèbre que le
grand Prince de Condé remporta à vingt-deux ans
fous les murs de Rocroy ; d'après quelques Mé
moires qui lui furent fournis , il mit la beſogne fur
lechantier; & en affez peu de temps , tout en gardant
ſes vaches , fauchant ſon pré , en battant fon
feigle & fon avoine , il compoſa un Poëme de plus
de soo vers , qu'il préſenta en 1783 à Mgr le Prince
de Condé , fur le champ de bataille même où le
"Duc d'Enghein , par ton coup d'eſſai , ſe couvrit de
gloire.
Vous pourrez , Monfieur , juger du talentde l'Auteur
par quelques tirades que je vais mettre ſous vos
yeux.
En parlant de la marche de l'Armée Eſpagnole ſur
Rocroy , il dit :
Sur ſes humides bords , où coulant à la Meuſe
La Sambre à longs replis traîne ſon eau fangeuſe,
Les altiers Eſpagnols , enflés de leurs ſuccès ,
Semoient la crainte au loin par de cruels excès.
Le fuperbe Mélos conduiſoit cette Armée
De butin , de carnage & de gloire affamée.
Il exprime ainſi la ſécurité de Rocroy affiégé :
Comme l'on voit ces murs qu'un art induſtrieux
Éleva fur les bords d'un fleuve impétueux ,
Dans fon lit enchaîner ſon onde mugifiante ,
Et garantir les champs de ſa fouge impuiflante:
734 MERCURE
Tel Rocroy, défendu par ſa ſeule valeur ,
Bravoit des Eſpagnols l'audace & la fureur.
Après avoir repréſenté le Général François dormant
profondément ſur l'affut d'un canon pendant
toute la nuit qui précéda le combat qu'il alloit livrer ,
l'Auteur ajoute :
Sur un char éclatant le ſoleil brille aux cieux ;
La nuit , à ſon aſpect , s'enfuit en d'autres lieux ;
Condé , le grand Condé ſeul n'a point vû l'aurore ;
Dans les bras du ſommeil ce Héros eſt encore ;
Le danger l'environne : il dort .
i
Dans la deſcription du combat , il parle ainſi du
changement d'armes :
Ce qui fuit , épargné par le plomb meurtrier
Tombe ſous le tranchant de l'homicide acier.
Deux fois il peint un orage ; & , comme ſon premier
modèle , il ne ſe répète point. Voici ces deux
tableaux :
Ainſi l'on voit ſouvent , au plus fort des chaleurs ,
Dans l'eſpace des airs ſe former des vapeurs :
Soudain leur ſein brûlant enfante le tonnerre ;
Le ciel armé de feux épouvante la terre ;
L'air fiffle , l'onde écume ; & la pluie à torrens
S'échappe de la nue & fubmerge les champs.
2
*
Le Poere ayant mis aux priſes Enghien & Fuentes ,
fait cette autre comparaiſon:
Telles , portantlamort , s'entre -choquent deux nues,
Sous un ciel embrâſé par les vents foutenues;
Bientôt on voit partir de leurs flancs entre-ouverts
Mille traits enflammés qui fillonnent les airs ;
DE FRANCE.
139
L'épouvantable bruit du tonnerre qui gronde ,
Menace les mortels de la chûte du monde ;
La terre tremble au loin ,& le jour qui s'enfuit
Eſt ſuivi des horreurs d'une effroyable nuit.
Je ne pouſſe pas plus loin ces citations , & je
m'abſtiens d'en porter aucun jugement ; c'eſt une
tâche que je vous réſerve , Monfieur. J'ajoute ſeulement
que le nouveau Maître- Adam ayant retouché
fon Ouvrage , le Curé de Rocroy me mande , par
une Lettre du 15 de ce mois : « Nous faiſons impri-
>> mer à Charleville , avec l'agrément exprès de
>> Mgr. le Prince de Condé , le Poëme de la Bataille
>> de Rocroy , par Bouillon. Ce jeune homme fait
>> des progrès étonnant. Je voudrois que vous viffiez
> une Épître qu'il vient de compoſer , ſur le mépris
» & les peines des richeffes , par comparaiſon avec
>>> le bonheur de la vie champêtre. Vous ne vous
> laſſeriez pas d'admirer la beauté des penſées &
>> des expreffions Je crois que c'eſt ce qu'il a fait de
>> mieux , & vraiment la pièce eſt belle. >>
Je ne finirai pas fur le chapitre de ce Payſan ſingulier
, & fi digne d'intéreſſer , ſans en rapporter un
trait qui prouve que la bonté de ſon âme ne le cède
en rienà la beauté de ſon génie. On lui propoſoit de
l'envoyer quelque part pour lui procurer de l'éducation.
Je ne le puis , répondit- 1 ; na mère est pauvre .
&ne fubfifte que du fruit de mes travaux ; je ne
* l'abandonnerai pas.
Si vous voulez bien inférer ma Lettre dans un des
premiers Mercures, j'en aurai une véritable reconnoiffance
; & c'eſt le ſentiment avec lequel je ſuis dans
cette attente , Monfieur ,
Votre très-humble & très- obéiffant
ferviteur , l'Abbé Duhoux..
136 MERCURE .
J
VARIÉTÉ.
SUR L'AMOUR DU CHANGEMENT..
E me trouvai dernièrement à côté d'un homme
un peu chagrin , qui ne peut pas fouffrir le changement,
qui croit que le bonheur confiſte à ſe plaire
dans ſa ſituation , & qui vouloit m'affurer que tout
itoit de mal en pis , parce que la manie de changer
étoit parvenue à un tel point, que dans aucun gouvernement
, dans aucun état , dans aucune ſituation de
la vie , il n'y avoit rien de fixe , & qu'on ne favoit
plus fur quoi compter.- Vous n'aimez donc pas le
changement , lui dis-je ? pour moi , je penſe bien
différemment ; je crois que les peuples civilifés n'atteindront
au bonheur qu'ils peuvent ſe promettre
que par des mutations , des réformes continuelles.
-
د
Elt- ce ſérieusement que vous me parlez ainfi ?
Vous plaiſantez sûrement: en Angleterre , la Légíslation
ne paſſe t'elle pas pour un modèle de perfection
? Faſſe encore ſi vous me parliez de certains
Etats du Nord.... Qui en Angleterre & en
France même , quoique ce ſoient les Gouverne
mens les plus perfectionnés de l'Europe , & quoique
dans ces derniers temps on ait fait nombre
de changemens utiles , foyez perfuadé qu'il reſte
encore beaucoup à faire en mora'e , dans les
Arts , &c. &c Il faut toujours changer juſqu'à ce
que l'on ait trouvé le mieux.- Hé , qui m'affurera
que l'on a atteint ce mieux dont vousparlez?-Faitesmoi
la grâce de m'écouter , & fi je vous prouve.......
-On ne ine prouve rien ; ce qu'on appelle vérité eſt
un mot fi vague; je l'ai vu tant de fois prodigué
à l'erreur ; voyez ce qui vient de ſe paſſer ; j'avois
quelque confiance dans la Médecine ; un homme
DE FRANCE. 137
venu du fond de l'Allemagne a tourné toutes
les têtes. Selon lui , il n'y a qu'une ſanté , il niy
a qu'une maladie , il n'y a qu'un ſeul remède
& il tient la ſanté , la maladie & le remède au
bout de ſon doigt. Il a chez lui de grands baquets
armés de pointes de fer , qu'on s'applique
contre le ſein, & bientôt toute l'Affemblée s'agite ,
entre en furear , c'eſt un véritabletableau des furies ;
ce ne font point ici des hommes du peuple qui ont
été ſéduits , entraînés ; ce ſont des Militaires , des
gens inſtruits , des Médecins même : comment ne pas
croire à ce que tout le monde croit ? -Il faut toujours
etre en garde contre l'opinion de la multitude.
Il fautjuger de ſens froid , &jamais dans le moment
de l'enthousiasme.-Quoi , tout cela pourroit n'être
pas vrai ? Mais on voit le remède agir , on a des
crifes , des convulfions , il y a eu des malades guéris .
-Prenez la peine de lire les deux Rapports des
Commiffaires && de la Société Royale de Médecine
-& vous demeurerez convaincu qu'il n'y a dans tout
cela qu'erreur , qu'illuſion , que charlatanerie. On
produit en agiſſant ſur l'imagination abſolument tes
mêmes effets que par ce prétendu Magnériſme Animal
qui n'a jamais exiſté , & qui ne peut exifter.
Croyez qu'il y a de grandes vérités en Médecine ,
que la Science eft très-avancée; nous poſſédons nom.
bre d'ouvrages immortels , de remèdes utiles. -Je
n'étois perfuadé que toutes les vérités dont les hommes
ſe vantent, ne font que des rapports arbitraires .
J'en excepte les vérités révélées. Je fais bien
qu'il y a une foule de vérités en mathématiques ;
mais ce ne font que des vérités abſtraires
idéales , de définitions. Dans toutes les autres con
noiſſances , je ne vois que doute incertitude.
Les idées du bon, du beau , du juſte , de l'injuſte,
varient d'individu à individu , de nation àna-
,
,
138 MERCURE
tion. Les Philoſophes les plus ſages, ne ſont même
jamais d'accord entre-eux ; & c'eſt parce que les
hommes changent toujours , qu'on ne fait véritablement
à qui croire , & auquel entendre. Je ne
conçois pas votre amour pour le changement.- Si
l'on ne changeoit que pour aller du bien au mal ,
vous auriez raiſon de vous plaindre ; mais quand on
change pour aller du mal au bien , & du bien au
mieux , ne fait-on pas ce qu'on doit? Or , je vois
toutes les Nations Européennes , d'un pas plus oơu
moins rapide, tendre à la perfection. Ne conviendrez-
vous pas qu'on peut indiquer en Europe des
Gouvernemens , des Etats , dont les loix , les moeurs ,
les uſages , les ſciences ſont plus perfectionnés que
dans d'autres ?-Oui , l'Angleterre & la France ,
par exemple ; mais enfin à force de changement ,
peut- on parvenir au point de n'en plus deſirer ? Y at-
ildans les choſes humaines un terme fixe & invariable
qui indiquele dernier degré de perfection auquel
elles peuvent atteindre , & où le changement ſeroit
unmal ?-Qui , fans doute ,&à ne pouvoirjamais s'y
tromper. Ily a eudansles fiècles anciens,& il y a dans
l'âge présent,des peuples civiliſés, qui, dans pluſieurs
objets , ont atteint ce dernierdegré de perfection. -
Pourriez-vous m'en nommer ſeulement un ? Je pour.
roisvous citer entr'antres les Grecs & les Romains.At-
onjamais rien fait , & fera-t-on jamais riende plus
beau, de plus parfait , par exemple , que la Vénus de
Praxitelle , & l'Apolion du Belvedere. Ces monumens
de l'Art , ſont en ce genre la dernière limite où
l'eſprit humain puiſſe atteindre.-Il me paroît bien
étonnant que quelques Nationsayentpu parvenir à la
perfection dans les beaux Arts, dans pluſieurs parties
des Belles - Lettres , comme la Comédie , la Tragédie
, l'Epopée , &c. qui font de toutes les conceptions
de l'eſprit les plus difficiles , & qu'ils ayent marché
DE FRANCE.
139
d'unpas fi lent , fi tardif, dans la plupart des connoiſſances
, qui touchent de ſi près a leur bonheur ;
comme les loix , le commerce , la navigation , l'agriculture
même. - Il me ſemble que la raiſon en eſt
facile à donner ; c'eſt que les beaux Arts font des
objets de luxe , des délaffemens de l'efprit , qu'on
perfectionne dans le cabinet fans trouble , fans obftacle,&
fur-tout fans contradiction ; & que les hommes
avant de s'occuper du bonheur général , n'ont
penſé d'abord qu'à leur fatisfaction particu ière. Tout
eft fufceptible, croyez-moi , de perfection , & àmon
avis , il faut toujours changer , juſqu'à ce qu'on ait
atteint à ce terme de perfection , où le changement
ſeroit un mal. Ne vient - on pas tout- à - l'heure
d'annoncer un projet , dont tout Paris ſe réjouit d'avance
; on va abattre enfin ces vilaines maiſons des
ponts , qui depuis pluſieurs fiècles bornent la vue
empêchent la libre circulation de l'air , & produiſent
un effet auſſi désagréable à l'oeil que nuiſible à la
ſanté des Citoyens : heureux ſont ceux qui ont le
pouvoir de changer: pour moi je ſuis né avec un ſi
grand amour pour la nouveauté , que je me réjouis
infiniment , lorſque je vois des changemens heureux;
jen'en ai encore propoſé que deux, & j'ai le chagrin
de n'avoir pu me faire écouter. Vous pourriez me
ſervir , vous avez des amis à la Cour , vous êtes
connu de laplupart des Miniſtres. Ce Magiſtrat, dont
le zèle actif , éclairé ne repoſe jamais , vous diftingue
particulièrement : parlez-leur de mes projets ,
je sais qu'il faut revenir ſouvent ſur ce qui eſt utile ,
ſi l'on veut enfin le faire adopter.-Hé bien , quels
font - ils vos projets ? S'ils font raiſonnables
je pourrai vous servir ; car vous me paroiffez
aimer le bien & la vérité de bonne-foi. Je
voudrois qu'on fût aſſis aux Parterres de tous
les Spectacles , & que le diner n'eût lieu qu'à cinq
heures.-Je connois ces projets; & malgré mon
-
,
140 MERCURE
averſion pour le changentent , je ſuis votre partifan
à cet égard. On eſt aſſis dans toutes les Salles de
l'Europe on l'eſt même dans les Salles des
Boulevards; & je vois comme vous , avec peine ,
qu'on foit encore debout aux Parterres des principaux
Théâtres de la Capitale. C'eſt un uſage trèsdangereux
, & qui a coûté d'ailleurs la vie a nombre
de Citoyens. Je ne me ſuis jamais trouvé aux
Spectacles fans ſouffrir beaucoup de ce reſte de
barbarie. Dernièrement , encore à la ſeconde repréſentation
pour la capitation des Acteurs de l'Opéra ,
je ne puis vous dire de combien de fentimens mon
amefut agitée. On donnoit Iphigénie en Aulide , &
le Ballet de Ninette à la Cour. L'Affemblée étoit
nombreuſe ; c'étoit un Spectacle raviſſant. Mais
bientôt le Parterre s'agite , forme des eſpèces d'ondulations.
La première vue en étoit aſſez agréable;
mais quand je vins à penser que le froid , ce
jour - là , étoit très - vif, & que de tant d'hommes
ainſi preſfés , foulés , agités dans tous les ſens ,
il n'y en avoit peut - être pas un ſeul qui ne fût
couvert de ſueur, & que la plupart de ces Parterriens
iroient , au fortir de ce lieu , refpirer
un air glacé , qui pouvoit leur donner la mort , je
vous avoue que le Spectacle alors n'eut plus d'attraits
pour moi; car je ne fais pas jouir , lorſque
mes Concitoyens ſouffrent ; & l'humeur chagrine
que l'on me reproche quelquefois , vient moins du
mal que je reffens , que de l'intérêt peut- être
trop vif, que je prends à celui des autres .
,
Votre projet du dîner à cinq heures me paroît
auſſi u ile que fagement vû : cet arrangement feroit
lebonheurd'une foule de families , & a l'avantage de
ne pouvoir nuire à perſonne. Il ſeroit doux , agréable
de pouvoir quitter toutes ſes affaires à cinq heures ,
&de n'avoir alors qu'à s'occuper de ſon dîner & de
ſes plaifirs. Dans la diftribution actuelle des heures
DE FRANCE. 141
de la journée , on n'a pas un moment de repos ,
pas un inſtant de relâche: les Miniſtres & leurs
Bureaux gagneroient à cet arrangement , ainſi que
la Magiftrature & tout ce qui tient au Barreau :
lavide chicane laiſſeroit au moins quelques heures
de- repos aux malheureux Cliens. Le Financier
le: Commerçant , l'Artiſan y trouvereient auffi
leurs avantages : les femmes ſur-tout y gagneroient,
on n'auroit plus de raiſon pour quitter leur
ſociété. Les Spectacles ſeroient beaucoup plus fréquentés.
Ceux des Boulevards qui , aujourd'hui
font nuiſibles au peuple , parce qu'ils lui prennent
une partie de ſajournée , n'auroient plus cet inconvénient.
Tout cela a été démontré ; & pour que cet
arrangement ait lieu , il ne faut ni Édit ni Arrêt du
Confeil, il faffiroit de mettre les Spectacles à fix
heures & demie, ou ſept heures du ſoir. Enfin j'en par
lerai , j'en parlerai; car malgré la répugnance que
je-vous ai fait paroître pour le changunent, je ne
fuis pas fâché de vous laiſſer dans l'idée que je n'en
fuis pas tout-à- fait l'ennemi , quandon m'en fait voir
évidemment l'utilité.
,
ANNONCES ET NOTICES.
ES Quatre Ages de l'Homme , Poëme , nouvelle :
Edition, conſidérablement augmentée & corrigée...
I vol. petit format in 18. avec fig.; de l'Imprimerie
deMONSIEUR. Prix , 3 liv. 12 ſols broché ſur papier)
vélin. On en a fait tirer quelques exemplaires ſur
papier d'Annonay. AParis , chez Moutard , rue des
Mathurins; Legras , quai de Conty, attenant le Peric :
Dunkerque , & la Veuve Duchefne , rue S. Jacques..
Nous avons fait connoître la première Edition de ..
cet Ouvrage; celle-ci eſt beaucoup plus conſidérable
42
MERCURE
&plus eftimable encore. L'Auteur a profité de quelques
obſervations , a mis plus de correction dans
fon Ayle ; & fon Poëme a beaucoup gagné par les
nouveaux foins qu'il lui a donnés.
ETAT de la France , enrichi de Gravures , contenant
, 1º. les qualités & prérogatives du Roi , la
Généalogie , abrégée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Muſique du
Roi , de ſa Maiſon , de ſa Chambre , de ſa Garderobe,
de ſes Bâtimens & Maiſons Royales. 29. Les
Troupes de la Maiſon du Roi , le Juge de la Cour ,
la Maiſon de la Reine , des Enfans de France , Princes&
Princeſſes du Sang, Princes Légitimés & Princes
Étrangers. 3 °. Le Clergé de France , les Bénéfices
-à la nomination du Roi & des Princes. 4°. Les Pairies
& Duchés de France , les Ordres de S. Lazare ,
de S. Michel , du S. Eſprit , de S. Louis , du Mérite
Militaire , de la Toiſon d'Or & de Malte , qui comprend
le nom de tous les Chevaliers qui font en
France , &c. 5 ° . Les Maréchaux de France & autres
Officiers Généraux de Terre & de Mer , le Corps
Royal d'Artillerie & les Gouverneurs des Provinces ,
&c. 69. Les Conſeils du Roi , les Secrétaires d'État,
les Parlemens , les Cours Supérieures & autres Jurifdictions
du Royaume , les Généralités & Recettes .
&c. 7°. Les Univerſités , les Académies , les Bibliotheques
Publiques , les Ambaſſadeurs , Envoyés ou
Réſidens dans les Cours Étrangères , &c.
,
Toutes les perſonnes qui , par leur Rang , leurs
Charges & leurs Emplois , ſont ſuſceptibles d'être
compriſes dans cet Ouvrage , & qui n'ont pas encore
fourni leurs Notes , ſont priées d'envoyer
franc de port aux Auteurs , rue des Cordiers ,
Nº. 4 , près la Place Sorbonne , leurs noms de Baptême
, de Famille , Surnoms & Qualités , avec la
date de leur Naiſſance & de leurs Proviſions , aing
DE FRANCE.
143
que leur Adreſſe , tant à Paris qu'en Province. L'Ouviage
paroîtra le is Décembre prochain.
:
ÉPITRE à un Jeune Matérialiste , par M. Morel ,
Doctrinaire , l'un des Profeſſeurs de Rhétorique au
Collége R. B. d'Aix. Seconde Edition , corrigée &
augmentée. A Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande.
SERMONS du Père Élisée , Carme Déchauffé ,
Prédicateur du Roi. 4 vol. in- 12 , papier ordinaire ,
brochés , prix , 9 liv. ; reliés en bazanne , 11 liv.; en
veau , 12 liv. ; & fur papier fin d'Angoulême, 12 liv.
brochés . Sermons de M. l'Abbé Poulle , Prédicateur
du Roi , 2vol. in-12 ;reliés enbazanne. Prix,
sliv. AParis , chez J. G. Mérigot lejeune , Libraire,
quai des Augustins , au coin de la rue Pavée ,
No. 38 .
Le Père Éliſée étoit au rang de nos célèbres Prédicateurs
; le Recueil de ſes Sermons doit être accuelli
des perſonnes qui s'intéreſſent à l'éloquence de la
Chaire.
QUATRE Sonates pour la Harpe seule ou avec
accompagnement de Violon , Baſſon ou Violoncelle ;
dédiées à Mlle Caroline Deſcarſin , par M. J. B.
Mayer. OEuvre Onzième. Prix , 9 liv. Ces Sonates
font compoſées pour la Harpe ordinaire , ou pour
celle à Sourdine de nouvelle mechanique , de l'inventiondu
ſieur Naderman. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Neuve des Capucins , Chauffée d'Antin , hôtel
deM. le Marquis de Choiseul , & chez Naderman ,
Facteur de Harpe de la Reine , rue d'Argenteuil ,
butte S. Roch . I
La très-jeune perſonne à laquelle ces Sonates font
dédiées , a un talent prodigieux pour la Harpe , &
yient d'en donner les preuves les plus brillantes dans
:
144
MERCURE
:
un Concert pour ſon bénéfice à la ſalle des Tuileries.
Les talens paroiffent conſacrés dans ſa famille. M.
ſon père , Élève de l'Académie de Peinture , & qui
fait le portrait d'une manière charmante , vient d'ex--
poſer plufieurs de ſes Ouvrages à la Cour , avec le
plusgrandſuccès.
NUMÉROS 8 à 11 de la Cinquième Année du Journal
de Harpe par les meilleurs Maitres. Abonnement ,
15 liv. port franc par la poſte , pour 52 Livraiſons
qui ſe font tous les Dimanches. Séparément , 12 ſols.
A Paris, chez M. Leduc , fucceffeur de M. de la
Chevardière , rue du Roule , à la Croix d'or , Nº. 6 .
JOURNAL de Clavecin par les meilleurs Mattres,
Nº. 2 de la quatrième année. Prix ſéparément, 3
abonnement , 15 liv. Même Adreſſe que ci-deſſus.
TABLE.
1
EPITRE , 97 phe , 120
L'Originede l'Inconstance, 99 L'Enfer des Peuples Anciens ,
Epigramme, 100 3123
131
132
A'unejeuneDemoiselle, ibid. Académie Françoise ,
Lecouragede l'Amour & de la Anecdotes ,
Nature,Anecdote , 101 Variétés ,
Charade, Enigme& Logogry Annonces &Notices ,
APPROBATION.
136
141
J'AI ku , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 19 Mars 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris, le 18 Mars 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
:
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 25 Février.
AR une réſolution du Cabinet du 2 de
PAR ce mois ,, le Roi vient de permettre à toutes
les nations quelconques , de tranſporter
des negres à l'ifle de S. Thomas , pour être
réexportés &vendus de-là à d'autres endroits.
Les negres réexportés , feront exempts
desdroits d'entrée &de fortie.
A la derniere vente des marchandiſes apportées
par le vaiſſeau le Chriftiensbourg appartenant
à la Compagnie des Indes Orientales
, cent livres peſant de ſalpêtre ont été
vendues , à raiſon de 11 thalers 30 shellings
juſqu'à 12 thalers , & le même poids de bois
Calcatur , à raiſon de 4 thalers I shelling
juſqu'à 4 thalers 12 shellings. La livre de
poivre a été vendue depuie 19 shellings &
demi juſqu'à 19 shellings trois quarts .
On écrit deGothembourg , que le 7 de ce mois
N°. 12 , 19 Mars 1785. c
( 98 )
/
le vaiſſeau le Prince Royal-Gustave eſt parti pour
aller à Canton en Chine . & que le même jour
le Yacht le Triton , un bâtiment de commerce ,
appellé le Duc Charles, un Senaut& deux Brigantins
, ont fait voile pour l'iſle de St. Barthélemi.
CALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 1 Mars.
Ces jours derniers , le froid a été tellemen
exceffif , qu'on a traverſé ſur la glace ,
fans aucun danger , le paſſage d'ici à Harbourg
: la navigation étant entierement fiffpendue
, les voitures & les chariots ont auſſi
voyagé ſur la glace. L'abondance des neigés
a tendu impraticables les chemins entre
Dreſde & Prague.
Le bruit ſe ſoutient qu'on armera dans le
port de Cronſtadt une eſcadre de 20 à 22
vaiſſeaux de guerre , & qu'elle croifera dans
la Baltique pendant l'Eté. Selon les mêmes
avis de Pétersbourg , le Général Comte de
Soltikof , de retour de Mofcou , aura le
commandement des troupes qui s'affembleront
dans l'Ukraine & dans la Ruffie-Blanche.
Le même Ecrivain , qui a fourni un état
des exportations du Brefil , expote des détails
inftructifs fur le commerce de l'Eſpagne
& de fes Colonies.
Les Cotoniers de Séville fourniffent dans de
bonnes années juſqu'à 450,000 arobes de coton.
Larécolte du chanvre de Valence monte, uneang
nee portantl'autre, à 25,000 quintaux.On en paye
le quintal à raiſon de douze rixdalers . Vers
lemilieu de ce fiecle les mines de vif argent en
ont fournijuſqu'à 18,000 quintaux , dort 12,000
ont été exportésau Mexique , 2,000 à Guatimala
&4,000 à Lima. Les mines d'Antimoine dans
la Manche en fourniffent par jour près de 300 livres
peſant. On évalue à 8 millions & demi
de rixdalers le montantde la laine. La province
d'Eſtremadura en fournit par an près de 50,000
quintaux , Séville environ 125,000 , & Ségovic
25,000.On exporte actuellement des ports deBilbao
, &de Santander environ 20,000 ballots de
laine de moutons & d'agneaux , le ballot eſt du
poids de 170 à 200 livres; la ville d'Amſterdam en
reçoit par an environ 30,000 quintaux.- La
provincedeValence fournit par an environ 10,000
quintaux de ſoude. On exporte annuellement
de l'ifle de Ténérife près de 28,000 pipes de vin
deMalvoiſie ; la pipe eſt payée à raiſonde 30 rixdalers.
En 1778 , Portorico a fourni 2,737 quin
tauxde ſucre , 1,114 quintaux de caton , 11,163
quintauxde café, 19,556 quintaux de rix , 15,216
quintaux de maïs , 7,458 quintaux de tabac , &
19,719 tonneaux de melaffe.-Vers le milieu
dece fiecle la nouvelle Eſpagne a exporté 7,500
quintaux de jalap , 50 quintaux de vanille ,
6,000 quintaux d'indigo de Guatimale , 4,608
idem de cochenille , 10,356 idem de bois de Campeche
, 3 :0 idem de bois de Bréfil , 47 idem de
Roucou , 30 idem de Salſepareille , 40 idem de
baume de Capahu , 47 idem de carmin , 5 idem de
ſandragon , 6 idem d'écaille 200 idem de
cacao,peaux vertes too pieces , 5,634 quintaux
de cuivre , & pour 11,049,013 rixdalers d'or &
d'argent. Cartagene des Indes a exporté 4,480
quintaux de cacao de Guayaquil , 580 idem de
e 2
('100 )
quinquina , 17 idem de laine de Vigogne , t &
demi idem de vanille , 7 idem d'écaille , 15 idem
de nacre de perle, 16 idem de baume , 42 idem de
fangdragon , 6 idem de lait de Marie , 7 idem
de falſepareille , 1 idem d'ivoire , 2,030 idem de
bois de Bréfil , 2,100 peaux vertes , 188 quintaux
de coton , & pour 3,521,826 rixdalers d'or & d'ar.
gent. Cuba a exporté 18,750 quintaux de tabac
, 173,800 idem de ſucre , & 1,569 pieces de
peaux vertes . Caracas a exporté 37,000
quintaux de cacao , 2,580 idem de tabac , 157
idem d'indigo , & 22,000 peaux vertes. -Buenos-
Ayres a exporté 300 quintaux de laine de Vigogne,
150,000 peaux vertes , & pour 1,326,176
rixdalers d'or & d'argent .
DE BERLIN , le I Mars.
>
Le 28 du mois dernier , le thermometre
deRéaumur futà 20 degrés au-deſſous de la
congélation , à 8 heures du matin ; & à 16
degrés à 2 heures après midi. Toute l'Allemagne
eft couverte de neiges. On craint
que ledégel ne faſſe encore plus de ravages
que l'année derniere , s'il eſt auſſi rapide.
Notre Monarque , dont la ſanté eſt excellente
, a déclaré, dit- on , à l'Impératrice de
Ruſſie, &de la maniere la plus poſitive , qu'il
employeroit toutes ſes reſſources pour le
maintiendu repos de l'Empire &de la Conftitution
Germanique.
La Nobleſſe de Silefie voulant donnerune mar
que de ſa reconnoiffance au grand Chancelier
Baron de Carmer , qui , par ſes ſages opérations
a ſou retablir les finances & le crédit du pays, a
( 101 )
Tupplié le Roi de permettre qu'elle offrit à ce Mi
niſtre la ſomme de 8000 rixdalers qui ſeroit em
ployée à rebâtir l'Egliſe de la Terre de Rutzen
appartenant au grand Chancelier ; mais S. M.
dans ſa réponſe à la lettre de la Nobleffe , en fi
fant l'éloge du déſintéreſſement de ſon grand
Chancelier, a fait connoître que ce Miniſtre penſoit
trop noblement pour accepter ce préſent &
aconſeillé de ne point le lui offrir.
Les lettresde Varſovie n'éclairciſſent rien
encore ſur l'affaire du Prince Czartoriski.
Quelques-uns ſoupçonnent qu'on travaille à
Paffoupir: leſtaroſte Ryx,ce valet de chambre
du Roi,impliqué dans l'accufation, ne tardera
pas , à ce qu'on préſume , à être reconnu
innocent. S. M. Polon., dont l'extérieur an
nonçoit la triſteſſe & l'inquiétude , a repris
ſa ſérénité. Le bruit court que le Prince
Czartoriski abandonnera la Pologne , pour
ſe retirer dans les Etats de l'Empereur.
Le Capitaine Lanskoy , courier du cabinet
de Pétersbourg , allant à la Haye, vient
de paſſer ici , & à Poſtdan où il s'eft arrêté
un jour.
DE VIENNE , le 2 Mars...
L'Empereur a fait décorer en cérémonie
d'une médaille ſuſpendue à un ruban noir &
jaune , ſept payſans de la Stirie , qui ont
marqué un zele particulier pour l'amélioration
des Ecoles de la campagne. Recevez ,
>>>leur a-t-on dit , cette marque de l'eſtime
>> de votre Souverain : continuez vos efforts
>>>pour le bien de vos enfans , & pour l'u-
>>tilité publique qui y eſt liée ; & foyez ,
e3
( 102 )
22. comme vous l'avez été juſqu'ici des modeles
de bons parens & d'amis des hommes
, Le Curé & le Juge de village ont
reçu une pareille récompenſe honorifique.
On offrit à l'un des payſans , très-pauvre ,
14ducats , au lieu de fa médaille, il les refufa
en difant : « Que me reſteroit-il du té--
5moignage de la bienveillance de mon
>>Souverain ?
Après Pâques , on fermera la Cathédrale
de S. Erienne , pour la décorer avec plus de
fimplicité , ainſi qu'on l'a fait pour la Chapelle
de la Cour ; on ne confervera que trois
Aurels.Le grand Hôpital d'une immenſe
étendue va être converti en logemens particuliers
: changement qui exige une dépenfede
300,000 for.
1: Empereur étant d'avis que l'inaction &
le luxe de la haute Nobleſſe tiennent principalement
aux Majorats & aux ſubſtitutions,
dont les poſleſſears une fois afſurés , négligent
d'acquérir des connoiffances , & de fe
rendre utiles à l'Etat , a annoncé au Col
lege ſupérieur de Juftice , par un billet de
ſa propre main , fon deffein d'abolir ce reſte
des inſtitutions féodales. On rapprochera
ainfi la diſtance entre la Nobleſſe & le tiers-
Etat ; & on la rendra plus dépendante de la
Cour.
Dernierement on fit circuler une prétendue
lettre du Monarque , qui manifeſtoit
l'intention de ne plus tolérer les Francs-Ma-
८
( 103 )
cons dans ſes Etats : ce billet a caufé de
P'inquiétude ; & il s'eſt trouvé une invention
de la méchanceté. On aſſure que S. M. I. a
promis joo ducats à quiconque découvrira
le nom du fauſſaire.
:
C'eſt au Conſeiller de Cour Urmeny ,
Hongrois de naiſſance , qu'on attribue le
plan adopté par l'Empereur , de ſubſtituer
aux conſtitutions de la Hongrie celles des
autres Etats héréditaires. Il circule déja une
lifte des perſonnes qui préſideront les nou .
veaux cercles .
Le 15 de Février on arrêta ici 8 Valaques,
munis de faux paffeports. On parle de tranfporter
dans la Bukowine une partie de ces
rébelles. Horiah a été promené de Deva à
Carsbourg , avec un chapeau de paille ſur
lequel étoient peints des roues & des gibets.
Apres avoir été expoſe à la rifee publiquesce
malheureux, dont le fort eſt ſi peu riſible , fera
condamné, felon les Nouvelliſtes , à recevoir
so coups de bâton dans chacune des villes
de la domination Impériale , & à remonter
les bateaux du Danube le reſte de fa vie.
On ne peut comprer gueres moins de 300
villes dans les Etats de l'Empereur : ce fe
roit donc r'sdoo coups de bâton diſtribués
au préalable à Horiah ; or , 15000 baftona.
des diſpenſent pour toujours celui qui les
reçoit , de remonter des bateaux.
On débise qu'un domestique Grec , qui , pour
quelque faute avoit cherché un aſyle dans la mai
fon du Conful Raffe à Jaffi ,en a été arraché par
€ 4
( 104 )
lesArnautes duPrince de Moldavie, qui ont forcé
les portes de la maiſon : le Conſul a dépêché
auffitôt un eftafette à l'Ambaſſadeur Ruſſe à Con
ſtantinople , pour lui donner avis de la violence
exercée envers lui, Ce Conſul eſt le même qui ,
l'année derniere , prit la liberté de faire donner
des coups de bâton à un boyardde diftinction ; &
qui à peu près dans le même temps chaſſa de fa
maiſon des Officiers du Prince , leſquels vouloient
ſe ſaiſir de contrebandiers qui s'étoient retirés
dans ſa maiſon. Le Prince Moldave ſe plaignit à
la Ruffie de la grande vivacité de ſon Conful ;
&comme l'on n'a pas appris qu'on lui ait accordé
ſatisfaction , l'acte de violence que l'on vient d'exercer
contre ce Contul eſt peut-être une repréſaille.
,
D'un autre côté , l'on prétend que la
Porte vient de dépoſer ce même Hofpodar
de Moldavie & lui a donné pour
ſucceſſeur , un de ſes parents , ancien
Grand-Dragoman à Constantinople. Comment
concilier cette dépoſition avec les engagemens
auxquels les deux Cours Impériales
avoient foumis la Porte ?
H
Les Chrétiens de la confeffion helvetique,
établis à Weroecze , lieu qui appartient à M. le
Cardinal Migazzi , obtinrent l'automne dernier le
libre exercice de leur Religion ,& choiſirent pour
leur Miniſtre un jeune homme de beaucoup de
mérite; il y avoit très peu de temps qu'il exerçoit
ſes fonctions lorſque S. E. vint de Vienne
faire la viſite de ſon diocèſe de Waizen , & alla
auſſi à Weroęcze ; le jeune Miniſtre vint compli .
menter le Cardinal , qui lui répondit : « Je ne
fuispas ,mon cher frere en Jeſus-Chriſt , capable
d'envouloir à quelqu'un à cause de la Religion ,
( 105 )
&jamais une telle façon de penfer ne ſera la
mienne. Notre Roi & Seigneur l'a ainſt ordonné ,
&je m'efforce à mettre par- tout ſes ordonnances
en vigueur. Souvenez-vous qu'ily a ici deux fortes
de Religion ; & dans toutes vos exhortations
n'oubliez jamais de recommander la charité : c'eſt
le vrai noeud qui doit nous unir conſtamment icibas
, & qui nous réunira dans l'éternité ; évitez
dans la chaire toute expreſſion ſuſceptible d'être
interprêtée de maniere à détruire ou affoiblir l'amour
du prochain , pour y ſubſtituer une haine
implacable , &c. »
Le P. Sibach , ex -Jésuite , eſt nommé
Inſtituteur de Mathématiques de l'Archiduc
François. ว
Un Barbier de Dantzick avoit prêté 20 ducats.
à un Officier de la garniſon , ſur une lettre de
change : le terme du paiement arrivé , l'Officier
demanda encore crédit pour quelque temps ; il
l'obtint , mais il ſe trouva encore dans l'impuif
ſance depayer au jour fixé , & donna ſa parole
d'honneur pour un autre jour , auquel le Barbier
ne manqua pas de ſe rendre chez ſon créancier
qui étoit de garde ce jour -là ; le Barbier demande
fon paiement , &voyant qu'il ne pouvoit l'avoir ,
il dit en colere à l Officier : puiſque tu as perdu
ton honneur , il faut que tu t'en fouviennes ; & en
même temps il lui coupa une oreille. La juftice
vient de condamner le Barbier à rendre la lettre
de change ſans en pouvoir exiger le paiement , a
payer les frais de guériton que juftifiera l'Offi
cier,& l'a en outre condamné à une amende de
12ducats.
11
DE FRANCFORT , le 6 Mars.
On écrit de Munich que les Etats deBaes
( 106 )
viere ont chargé le Comte de Sensheim de
préſenter à S. A. E. les repréſentations de ſes
fideles ſujets , touchant l'échange dont on
les avoit menacés. Quoique la réponſe de
l'Electeur ait été très-fatisfaiſante , elle n'a
pas entierement raſſuré les eſprits. Il regne
une grande méſintelligence entre les troupes
Palatines & Bavaroiſes ; leurs querelles
ont même occaſionné quelques voies de
fait...
On prétend ſavoir par une lettre de Stutgard
, qu'après l'arrivée d'un courrier de
Vienne , le Duc de Wirtemberg a remercié
la légion Impériale levée pour le ſervice
de la Maiſon d'Autriche. Les foldats ont été
incorporés dans divers Régimens , les Officiers
font rentrés dans les Corps qu'ils
avoient quittés.
S'il faut en croire des lettres de Berlin , la
Cour de Pruffe fe propoſe de former au
printemps prochain un camp de 30,000
hommes dans les environs de Kænigſtein
&elle a invité la Cour Electorale de Saxe à
yjoindre 12,000 hommes de ſes troupes.
Selon d'autres nouvelles , il doit s'affembler
auffi cette année une armée de 80,000
hommes près de Schweidnitz.
On s'occupe toujours à Vienne du projet
d'établir un impôt unique ſur lesbiens
fonds. La Cour a établi à ce ſujet une commiſſion
, compoſée des Comtes de Halzfeldt
, de Zinzendorf&de Choteck , char
( 107 )
gée d'examiner tout ce qui eſt relatif à cette
affaire. On continue dans les provinces à
meſurer, les terres , & pour avancer ce travail
, on a augmenté le nombre des arpenteurs.
On projette de ſupprimer tous les impôts
de l'intérieur , comme acciſes , droits
de douane ,taxes ſur les comestibles . Les
bureaux de péage feront réformés , les fer .
miers Juifs , ( établis il y a quatre jours )
congédiés , & des régiſſeurs leur fuccéderont.
(
Il eſt auſſi vaguement queſtion d'un camp
de 30,000 hommes en Tranſylvarie , ſous
lés ordres du Baron de Wurmfer, d'un au
tre camp de la même force en Moravie ,
commandé par le Lieutenant Général d'Alton
; & d'un troiſieme , encore de 30,000
hommes , ſous la conduite du Feldt-Maréchal
de Laudon , à Kolin , fur les frontieres
de la Pruffe .
Unedes principales branches de l'induſtrie des
habitans du duché deGotha eſt la culture du lin ,
la filature &la fabrication des coutils de fil. La
plus grande partie de cette marchandiſe eſt en
voyée ici & dans la Hollande. Le commerce de
il non blanchi , ſe fait dans les villes de Gotha
deWaltuhauſen & d'Orsdruf. La principale blan .
chifferie eſt établie à Frédericfrode. On compte
juſqu'à450 métiers pour la fabrication des coutils.
Une année portant l'autre ces métiers fourniſſent
53,208 pieces. La fabrication des coutils
fait un objet annuel de commerce de 284,160
xixdalers..
Les Etats de l'Electorat de Cologne ont
e6
( 108
préſenté à S. A. E. un don gratuit de 6000
écus d'or.
On trouve l'anecdote ſuivante dans un
papier public.
Lejeune Comte de H..... aime depuis longtemps
la Baronne de F... Il a manifeſté dernierement
ſes intentions àſa famille & la réſolution
férieuſe qu'il avoit formée d'épouſer ſa maitreſſe .
La famille du jeune homme compte ſa nobleſſe
par quartiers , la jeune Baronne n'a malheureu-
1ement pas d'autre parchemin que ſon mérite &
ſa fortune , d'ailleurs elle eſt proteftante. La famille
de l'amant jetta les hauts cris , & jura de
ne jamais confentir au mélange monstrueux d'un
fang illuftre ,avec un ſang de nouvelle création.
L'amant au déſeſpoir prit le parti des'adreffer
directement à l'Empereur ; il follicita une audience
particuliere & l'obtint . S. M. I. l'honora
d'un entretien de deux heures & demie ; le jeune
homme s'exprimoit avec une facilité finguliere.
Joſeph II ſe fit un plaiſir de le faire parler, il fit
tomber la converſation ſur des objets politiques .
Le jeune Comte déploya tant de connoiſſances &
de lumieres , que l'Empereur non-feulement lui
accorda la permiffion qu'il lui étoit venu demander
,mais le nomma fur le champ à la dignité de
Confeiller au gouvernement dePrague.
ITALI E.
DE GENES , le 22 Février.
Le Gouvernement a fait ériger dans la
Salle du Grand Conteil la ſtatue de M. Marcello
Durazzo. Les ſervices importans ren(
109 )
'dus à la République par ce Sénateur, lui ont
valu cette récompenfe. Ce monument a été
exécuté par le ciſeau de M. Bocciardini ,
dont les talens ſont connus , & qui dans
cette occafion a rempli l'attente du Public.
Les dernieres lettres d'Eſpagne font mention
d'un Traité de Commerce qui ſe négocie actuellement
entre les Cours de Madrid & de Londres.
Ces mêmes Lettres affurent que Gibraltar ſera
dans peu déclaré Pore franc. Le Général Elliot ,
ajoutent- elles , a raſſemblé dix d'entre les principaux
Négocians de cette Place pour leur demander
des éclairciſſemens fur les points fuivans
, à favoir; quel eſt l'état actuel du Commerce
de Gibraltar ? quels ſont les principaux
articles d'exportation & d'importation, & d'où
P'ontire cesderniers ? Si l'on peut ſepromettre
dedonnerde l'extenfion à ce Commerce , quelles
font les branches de Commerce & les relations
qui pourroient rendre utile à la Grande-Bretagne
& à ſes Colonies le Commerce de Gibraltar?
La fituation de cette Place eſt certainement
très-avantageuſe pour le trafic du Levant
&de la Méditerranée , des côtes de Barbarie &
du Portugal , & l'on croit par cette raiſon , que
la Cour de Londres s'efforcera de tirer parti
de ces reſſources , afin de moins reffentir la
charge des dépenses occaſionnées ou l'entretien
de cette Place.
DE LIVOURNE , le 3 Février .
La Thétis , frégate angloiſe de 38 can. &
de 250 hommes d'équipage , commandée
par le capitaine Blanket ,&venant en dex
( 119 )
nier lieu de Nice , a mouillé le 17 dans cette
rade. Abord de cette frégate ſont 24 can.
de fonte d'une nouvelle forme , dont S. M.
B. fait préſent au roi de Naples.
Lesdernieres Lettres d'Eſpagne nous ont appris
que le Vaiſſeau le St. Carlo , Capitaine Franceſco
Squari , étoit arrivé à Lilbonne , de retour
de l'Inde. Ce Vaiſſeau avoit mis à la voile de
ce Port il y a environ deux ans & demi. Son
chargement conſiſte en poivre , thé & autres
articles précieux , & il eſt deſtiné en partie pour
Marſeille & en partie pour notre Port.
DE NAPLES , le 19 Février.
5. M. a tenu le 10 de ce mois un conſeil
particulier , auquel ont aſſiſté MM. D. Niccola
Vefpoli , directeur des finances , & le
Général D. Franceſco Pignatelli. Il y a été
queſtion de divers objets importans relatifs
à la Calabre ultérieure , & l'on a agité ſi l'on
devoit remettre pour cette année les impofitions
aux habitans de cette province. On
ignore le parti pris à cet égard. Tout ce
que l'on fait , c'eſt qu'il a été donné ordre à
la Chambre des finances de ne plus ſe mêfer
de l'adminiſtration des bénéfices ecclé
fiaſtiques qui viendront à vaquer dans cette
province , cette adminiſtration devant être
confiée à l'avenir à une caiſſe particuliere.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , les Mars.
M. Fox vient de remporter une victoire
( FF )
fur M. Pitt , & fur tous ceux qui s'oppofoient
à ſon élection. Le 3 l'Alderman Sawbridge
repréſenta à la Chambre des Communes
que le peuple voyoit avec le plus
grand déplaitır la ville de Westminſter ſans
repréſentans ,& victimede l'entêtement d'un
jeune Miniſtre. Il ne répéta point fur cette
matiere tous les lieux communsdont le parti
de l'oppoſition fait ſi ſouvent uſage; mais
aſſuré quelamajorité des voix & que les amis
du Chevalier Wray ruinés par les frais du
ſerutin, feroient de ſon avis , il renouvella
fimplement la motion rejettée tant de fois
qu'il fût ordonne au Grand-Bailly de Weſtminſter
de déclarer l'élection des deux membres
pour la ville de Westminster. M. Pitt
s'oppoſaà cette motion , & en fit une pour
quela Chambre s'ajouinât fur le champ. On
alla aux voix,& le premier Miniſtre eut contre
lui une majorité de 38 fuffrages . M. Fox
alors fit biffer ſur les regiſtres de la Chambre
tout ce qui pouvoit avoir autoriſé la conti→
nuationde la vérification des ſuffrages .
L'examen du nouveau ſyſtême de commerce
pour l'Irlandeeſtencore reculé.M.Pitt
l'a remis au 8 , & il a prévenu la Chambre ,
que peut-être ſeroit il forcé de le renvoyer à
une époque plus éloignée. On ne s'attendoit
point à une oppoſition auffi violente de la
part des Négocians. Toutes les villes de com--
merce ont enjoint à leurs repréſentans de ne
point laiſſer paffer une opération qui tendoit
( 112 )
ruiner l'Angleterre , ou plutôt à diminuer
quelques - uns de leurs profits exorbitans .
Cet obſtacle n'eſt point le ſeul que M. Pitt
ait eu à ſurmonter. L'Irlande eſt offenſée de
l'arrêté proviſoire qu'il a propoſé le 22 Février
aux Communes d'Angleterre. Elle confent
à employer volontairement le ſurplus de
fon revenu aux dépenſes générales de l'Empire;
mais elle ne veut point que cette contribution
ſoit conſidérée comme une des
conditions préliminaires du nouveau ſyſtême
de commerce. Cet eſprit d'oppoſitionprouve
qu'il feroit plus facile de gouverner 40 millions
d'agriculteurs , que vingt mille Négocians
embrâfés de l'amour du gain , & dont
P'intérêt fordide combat journellement l'intérêt
national.
Il réſulte de pluſieurs lettres de l'Inde , inférées
dans les Papiers de l'Oppoſition , c'est-à-dire , inventées
en grande partie par leurs Editeurs , que
lapaiedes troupes de la Compagnie étoit arrierée
de 13mois ; qu'il étoit dû une ſomme prodigieuſe
auxEntrepreneurs des charrois de l'armée , & que
le crédit de laCompagnie étoit anéanti , au point
que les lettres-de change, tirées à deux mois de
date par leGouverneur& le Conſeil du Fort Saint-
George ſur leConſeilGénéral du Bengale , ne pouvoientêtre
eſcomptées à moins de40 pour 100. La
guerre des Marattes a coûté à la Compagnie plus
de trois millions ſterlings , fans compter les deux
millions ſacrifiés au même objet par leGouvernement
de Bombay. Les mêmes lettres diſent que
les François ont pris poffeffion des Ifles d'Andaman;
de forte qu'ils ont actuellement deux Ports
dans le golfe du Bengale.
( 113 )
M. John Temple eſt nommé Conſul général
de S. M. auprès des Etats-Unis. Quelques-
uns des confulats particuliers font def
tinés , dit- on , à des Loyalistes.
La frégate la Junon , Cap. Montague , a
apporté à l'Amirauté des dépêches de l'amiral
Edouard Hughes. Ce commandant de
l'eſcadre angloiſe aux Indes orientales revint
à Madras , au mois d'Avril dernier , &
yramena 1200 hommes de la côte de Malabar.
Tous les articles de la paix conclue
avec Tippoo-Saïb ont été mis en exécution
; M. Haſtings avoit quitté Lucknow
pour ſe rendre à Calcuta , & une tranquillité
profonde regnoit au Bengale& dans l'Indoſtan.
Le Sandwich, vaiſſeau de la Compagnie
des Indes eſt entré ſauf à Plymouth. II
vientde la Chine , a relâché à S. Helene , &
eſt ſuivi d'un London , qu'on attend d'un
jour à l'autre.
L'on fait des préparatifs pour le départ
du jeune Prince Edouard , quatrieme fils de
S. M. , qui doit aller à Gottingue ce printemps.
Il achevera ſes études dans cette célébre
Univerſité ; & le Prince Williams
Henri doit revenir en Angleterre à la même
époque.
Le Général Phillippſon a été nommé par
S. M. Colonel du troiſieme Régiment des
Gardes , à la place du Général Honnywood,
mort dernierement ; & le Général Murray
lui fuccede dans le gouvernement deHull.
( 114 )
Le Bureau de l'Amirauté a reçu des dépêches
duChevalier John Lindsey , Commandant de PECcadre
de la Méditerranée. Elles ſont datées du 14
du mois dernier. Le Commodore étoit à Villefranche
, à bord du Trusty de 50 canons , avec le
Sloop de 16, le King's Fisher. Cet Officier rapporte
qu'il a vifité tous les Ports d'Italie & d'E
pagne, dans lesquels le Pavillon Britannique eſt le
plus reſpecté . A Naples , il a traité à ſon bord le
Roi , la Reine & toute la Cour , & il a traité également
à Livourne & à Genes les Gouvernemens
reſpectifs de ces deux Ports. Après avoir croifé à
la hauteur de la Sicile , l'Eſcadre porta fa bordée
1ur les côtes de Barbarie , où elle entra dans les
Ports de Tripoli , d'Alger& de Tunis; mais la pefte
y étoit fi violente, qu'il ne futpas poffible de laiſſer
venir perſonne àbord , ni de deſcendre à terre , de
maniere que l'Eſcadre n'y a fait qu'un ſéjour très
court.
Une grande partie des manufcrits du célébre
Docteur Johnſon a été confumée cos
jours derniers dans l'incendie de la maiſon
duChevalierHawkins, entre les mains de qui
ſe trouvoit ce précieux dépôt , qu'il étoit
chargé de mettre au jour , avec une vie de
P'auteur.
On a calculé de la maniere ſuivante la
balance qui réſulteroit du nouveau plande
commerce , propofé par le Miniſtre , entre
P'Angleterre & l'Irlande .
LaGrande-Bretagne reçoit de l'Ir-
Jande , en exemption de droits , des
toiles pour la valeur , année commume
, de
Cet article eſt payé argent comptant.
LaGrande Bretagne reçoit de l'Ira
S •
}
1,400,0001.
( 115 )
lande, également en exemption de
droits , des grains , provifions & aupres
articles pour la valeur , année
commune de
..
LaGr.-Br. reçoit de l'Irlande , en
exemption de droits , des fils de
laine & autres pour la valeur, année
commune de
L'Irlande reçoit de laGrande-Bretagne
, en exemption de droits , des
toiles de toutes eſpeces pour la valeur
de
L'Irlande reçoit annuellement environ
390,000 verges de draps , connus
ſous le nom de vieux draps . Cet
article eſt ſoumis à un droit de 6 den .
par verge.
L'Irlande reçoit environ 400,000
verges dedraps comnus ſous le nom de
nouveaux draps . Cet article eft foumis
à un droit de 2 d. par verge , ci
Les ſoieries , étoffes de coton , les
toiles peintes & les étoffes mêlées de
fil&co'on, & les autres manufactures
de la Gr. Bret. , ſont livrées à long
terme. Ces articles font foumis à un
droit de 10 pour 100 de leur valeur ;
mais ce droit varie depuis to juſqu'à
50 p. 100 pourles mouchoirs , fils , &c .
La réunion de tous ces articles forme
unobjetde
L'Irlande reçoit de la Grande-Bretagnedu
charbon & des autres productions
pour la ſomme de • •
750,0001 .
3500001 .
2,500,0001,
- 20,000 1.
240,000 1,
50,0001,
540,000 1.
300,0001.
1,150,0001.
:
( 116 )
L'Irlande reçoit de la Gr. Bret. en
articles provenans de l'Etranger &
des Colonies pour la ſomme de •
Balance préſumée en faveur de
l'Irlande. •
850,0001.
---
2,000,000 1.
500,000 1 .
2,500 0001.
Dimanche dernier, dit une lettre de la
Jamaïque du 18 Décembre, vers les dix
heures du foir , Richard Page , Tonnelier
du vaiſſeau le Highfiel , ſe rendit avec pluſieurs
de ſes camarades ſur le rivage, où une
chaloupe les attendoit pour les conduire à
bordde ce bâtiment. Lorſqu'ils furent prêts
à s'embarquer , Page jura qu'il n'entreroit
pas dans la chaloupe , mais qu'il feroit le
trajet à la nage. Ses camarades tenterent
en vainde le forcer à partir avec eux : après
s'être dégagé de leurs mains , cet infortuné
fejetta à l'eau & nagea vers le vaiſſeau. Alors
les compagnons de Page entrèrent dans la
chaloupe &quittèrent le rivage; mais à peine
s'en trouverent- ils éloignés de dix verges ,
qu'ils entendirent l'obſtiné Tonnelier pouffer
les cris les plus aigus & les appeller àſon ſecours.
Ils allerent auſſi -tôt à lui & tirerent de
l'eau ſa carcaſſe déchirée , mutilée & fanglante.
Le malheureux expira après leur avoir
ditqu'un monſtre nommé le Goulu-de-mer,
l'avoit misdans cet état. Ses entrailles étoient
coupées, l'os de fon dos étoit brifé & un
de fes bras étoit dépouillé de chair depuis
( 117 )
l'épaule juſqu'au couce. Un gros chien de
Terre-Neuve , qui l'avoit fuivi à l'eau , fut
dévoré par le même monſtre.
Suivant une lettre de Columbo dans l'Ile de
Ceylan , (lettre ſans date) il venoit d'y arriver un
paquebotHollandois , qui avoit mis à la voile du
Cap le 17 Février. A la fortie du Cap , il rencontra
huit Vaiſſeaux de ligne Hollandois & deux
Frégates qui ſediſpoſoientà entrer dans ce port.
En voici la lifte.
Princeis Royal , 80 can .
Naſſau - Weilbourg , Vice - Amiral
Rickers , 74
Union , Capitaine Naufman , 74.
Prince Fréderick , Cap . May , 74.
Clinthorst , Capit. Kinsberg , 68.
Sweden , Capit. Bickers , 64.
Brauſwiq , Capir. Bruft. 64.
Walker , Capit. Hanmgman. 50.
Alarm , Capit. Sylvester , 36.
Hawk, Capit . Miller , 24.
Deux Brulots le Heckla & le Vulcana.
Cette Efcadre eſcortera huit Vaiſſeaux de la
Compagnie des Indes. Il y avoit en outre vingtun
tranſports & quelques autres plus petits B
timens , qui amenoient 3150 hommes de troupes
régulieres.
LeBureau de la Marine a rendu public
l'état circonftancié des dettes contractées
par ce département , qui reſtent aujourd'hui
àliquider. Il réfulte de la vérification des
comptes à ce ſujet le tableau ſuivant,
Pour acquitter les Ordonnances de la Marine,
les proviſions , le fret des tranſports & autres
ſervices L. ft. 6,288,225 38
Pour fret des tranſports &
( 118 )
proviſions délivrées dans les
chattiers de S. M. , pour lefque's
on n'avoit pas encore
fourni de traité au 31 Déc.
1784, ainſi que pour pluſieurs
lettres de change à acquitter ,
Pour l'ordinaire & l'extraordinaire
de pluſieurs des
chantiers & corderies de Sa
Majefté ,
Pour la derniere paie des
Officiers de la Marine , conformément
à l'arrangement
adopté ſous le regne du feu
Roi ,
1
223,071 3
152,936 0 .
132,184 3 10
6,797,016 10
Gages des Mateluts.
Pour rayer les équipages
des vaiſſeaux déſarmés ,
Pour les équipages des
vaiſſeaux qui étoient de fer-
1,002,430 14 8
vice au 31 Décemb. dernier, 561,334 6 4
Pour acquitter les engagemens
contractés pour la fourniture
des lits des Matelots ,
& des drogues pour les Chirurgiens
des vaiſſeaux ,
::
124,398 6 1
1,6: 8,163 7 I
Dette des vivres , te'le qu'elle appert par le rapport
des Commiffaires.
Pour l'entretien des Compagriesdes
vaiſſeauxde S. M.
२.
3
enlervice actuel , 18,849 16 7
( 119 )
Pour acquitter toutes les
Ordonnannes pour ce ſervice
,
Pour provifions fournies &
autres avances pour lesquelles
on n'avoitpoint encore donné
de traites au 31 Déc. 1784
Pour dépenfes ordinaires &
extraordinaires , & ordonnan.
expédiées ,
Pour les Officiers , ouvriers
& travailleurs employés dans
les différens ports ,
:
Hôpitaux.
Il eſt dû fur le compte des
Hôpitaux où ſont traités les
Matelots bleffés , & les malades
des vaiſſeaux de S. M.
ainſi que pour les pritonniers
de guerre ,& autres dépenſes
du même genre ,
Le total de ces différentes
:
2,932,422 13 τα
-
10,957 7 10
47,823 199
8,520 0
foinmes mente à celle de
Sur leſquelles il faut fouftraire
ce qui ſe trouve entre
les mains du Tréſorier de la
Marine ,
Ce qui doit être prélevé
fur les fubfides courans , qui
ſemontentà
3.028,573 17
87,753 13 8
11,594,507 88
255,777 9 4
545,843 4 104
801.520 14.24
( 120 )
Moyennant cettedéduction
Iadette actuelle de la Marine
ſe trouve réduite à la ſomme
de 10,792,886 14 54
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Mars.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Comminges
, l'Abbé d'Oſmond de Médavi , Vicaire
général deToulouſe; à l'Abbaye de Préaux ,
Ordre de Saint-Benoît , dioceſe de Liſieux ,
l'ancien Evêque de Comminges ; & à celle
de Sainte-Claire , Ordre des Urbaniſtes ,
ville & dioceſe de Clermont , la Dame des
Champs , Religieuſe profeſſe de l'Abbaye
de Préaux , Ordre de Saint Benoît , dioceſe
de Lifieux .
Sa Majeſté a nommé le Comte de la
Touche , Capitaine de ſes vaiſſeaux , Directeur-
adjoint des Ports & Arfenaux de la
Marine , à Verſailles , à la place du Chevalier
d'Entrecafteaux , qui va prendre le commandement
de la ſtation del'Inde.
L'Abbé Jumentier , Maître de muſique
du Chapitre royal de Saint-Quentin , a fait
exécuter devant le Roi un Motet de ſa compoſition.
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné ,
le 6 de ce mois , le contrat de mariage du
Vicomte de Lomenie , Meſtre-de-camp en
fecond
)
( 121 )
fecond au régiment d'Infanterie de Vivarais,
avecDemoiselle de Vergès.
Le même jour , la Comteſſe Arthur de
Dillon & la Comteſſe de Menou ont eu
T'honneur d'être préſentées à Leurs Majestés
&à la Famille Royale; la premiere par la
Duchefſe de Fitz James , Dame du Palais ;
&la ſeconde par la Marquiſe de Menou.
Ce jour , le fieur Framery, Surintendant
de la Muſique de Monſeigneur Comte
d'Artois , a eu l'honneur de préſenter au
Roi& à la Famille Royale la partition du
Barbier de Séville, piece dédiée à la Reine ,
qu'il a remife en François d'après la traduction
Italienne , & parodiée ſous la muſique
de Paiſiello , ainſi qu'elle a été repréſentée
devant Leurs Majeſtés ſur les théâtres de
Trianon & de Verſailles.
:
DE PARIS , le 9 Mars.
Par une Ordonnance du premier Janvier
S. M. a confacré trente deux mille livres de
rente , en faveur de l'Ordre du Mérite militaire
, inſtitué par Louis XV en 1759. Les
deuxGrands-Croix de l'Ordre jouiront chacun
d'une penſion de quatre mille livres ;
chacun des quatre Commandeurs d'une
penfion de trois mille livres , &le furplus
en penſions de Chevaliers , qui ne pourront
excéder 800 liv. ni être au-deſſous de
200 liv. Les Officiers de tout grade qui
quitteront le ſervice du Roi , pour aller ré-
Nº. 12 , 19 Mars 1781. f
( 122 )
ſider en pays étranger , ſans permiſſion expreſſe
de S. M. , ne continueront pas à jouir
de leurs penſions.
Un Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , en date
du 27 Février, concernant l'expédition d'un vaifſeau
pour la Chine , autoriſe l'armement d'un navire
de fix à ſept cent tonneaux , deſtiné à rapporterune
cargaiſon de ſoiesde Nankin , ſous la direction
des ſieurs Gourlade , Bérardet , Terrier ,
Négocians , qui rendront compte de leur geftion
au Contrôleur Général des Finances .
Un autre Arrêt du Conſeil , dus Février ,
a caſſe l'aſſignation au Châtelet de Paris ,
portée par le ſieur Goderneaux , ſe qualifiant
feulpoffeffeur d'un prétenduſpécifique par lui
appelé la Poudre unique , contre les ſieurs
Miſſac & Raulin , Cenſeurs Royaux , lefquels
avoient approuvé un écrit du ſieur
la Fond, Chirurgien , ſous le titre de Propriétés
de la Poudre unique réduites au vrai.
Il eſt fait en même temps défenſes de don.
ner ſemblables affignations aux Cenſeurs
choifis de S. M. pour l'examen des ouvrages
àimprimer , ſaufà ceux qui croiront avoir
àſe plaindre , à ſe pourvoir pardevant S. M.
On a reçu la fâcheuſe nouvelle que le
Fendant , de 74 can. , en ſtation dans l'Inde,
&commandé par M. de Peynier, a été jetté
à la côte , & briſé par la négligence de l'Officier
de quart. M. de Peynier étoit alors
entre Goudelour & S. David , & avoit recommandé
qu'on ſe tînt à dix braſſes , ce
qu'apparemment on n'aura pas exécuté. L'é-
:
( 123 )
quipage, les agrêts&les principales provifions
ont été ſauvés.
La mort du célébre Chymiſte Bergman
ayant laiſſé à l'Académie Royale des Sciences
une plece d'Aſſocié étranger , la Compagnie
y nomma le 12 Février M. Camper ,
Anatomiſte Hollandois très diftingué.
L'Académie Françoiſe a tenu , le to de ce
mois , une Séance publique pour la réception du
fſeur Target , à la place vacante par la mort de
l'Abbé Arnaud. Le Duc de Nivernois , faiſant les
fonctions de Directeur en l'absence de l'Archevêque
de Toulouſe , a répondu à ſon Diſcours.
L'Abbé de Boiſmont termina la Séance par des
réflexions ſur les Aſſemblées littéraires.
Le Magnétiſme animal a eté défendu par
des ſyſtêmes , probablement très - inintelligibles
pour ceux qui les ont foutenus &
pour ceux qui les attaquoient. Lorſqu'on a
été bien ennuyé de ces controverfes , on a
cité les faits ;& en bonne logique , c'eſt par
où il falloit commencer ; mais les récits de
faits font tout auſſi abuſifs , lorſque les hiftoriens&
les témoins font eux-mêmes affectés
de l'eſprit de ſecte ou de parti. Pour éclairer
ſon jugement dans cette hiſtoire d'une
doctrine ſi extraordinaire , il eſt important
de lire l'extrait que vient de publier M.
Thouret , de la Correſpondance de la Société
Royale de Médecine , relativement au
Magnétifine animal (1). De toutes les par-
(1) Se trouve chez Pranlt , Imprimeurdu Roi ,
quai des Auguſtins , prix : liv. 161.
f2
( 124 )
ties du Royaume & de l'Etranger , il s'eſt
élevé, d'après cet Extrait , des voix impofantes
d'improbation contre ces chimeres d'un
inftant , & des démentis de ſes prétendus
effets. Le célebre Charles Bonnet entr'autres
, écrit à ce ſujet , » Les erreurs auxquelles
>> l'étrange doctrine de M. Melmer a donné
>>lieu , feront époque dans l'hiſtoire des rê-
>> ves de notre fiecle ; & elles figureroient à
merveille dans une logique vraiment phi-
>>>loſophique qui nous manque encore.
L'Académie Royale de Nimes , a fait célébrer
le 17 Janvier dernier , dans la Maiſon-quarrée
un Service folemnel pour le repos de l'ame de feu
M. Seguier , ſon protecteur.
L'Académie a tenu le même jour à l'Hôtel-de-
Ville , une Séance publique extraordinaire conſacrée
uniquement à honorer la mémoire de ce
Savant illuftre.
M. l'abbé d'Eſponchés , Vicaire-Général de
Senlis & Chanoine de l'Egliſe Cathédrale de
Nimes , à fait , en qualité de Chancelier , l'ouverture
de la Séance par l'Eloge oratoire de M. Séguier,
Made. de Bourdie , aſſociée , a lû des Vers où
elle a exprimé avec ſenſibilité les regrets de l'Académie.
M. Vincens de St. Laurent , Officier au Régiment
de Barrois , aſſocié , a lu un Ouvrage en
vers , inutilė: Les Tombeaux ruſtiques , imitation
libre du Cimetiere de campagne de Gray. Il a
fait entrer dans cette Elégie l'Eloge de M. Séguier
M. Vincens l'aîné , a lu des anecdotes ſur la viç
privée de ce Savant,
( 125 )
M. Boiſſy d'Anglas a terminé la Séance par un
Piſcours en vers fur le Bonheur , dans lequel il a
peint celui dont a joui M. Seguier , pendant
La longue carriere , & qu'il devoit à ſes vertus , à
ſes travaux , & à la ſimplicité de ſes moeurs .
4
L'Académie a été préſidée , le matin & le foir ,
par M. l'Evêque de Nimes , ſon nouveau protecteur.
Le recueil d'Eſtampes , repréſentant les événe.
mens de la derniere guerre les plus honorables
la Nation & aux Etats -Unis , eſt actuellement
public. L'idée en eſt heureuſe , les ſujets choiſis
avec intelligence , & exécutés avec expreffion ..
CesEſtampes in -4°. ſont au nombre de teize ,
&au bas de chacune l'on trouve l'explication haf
torique relative. Comme des ouvrages de cette
nature doivent ſurvivre au moment , l'exactitu
dedans ces notices eſt eſſentielle , & l'Auteur ne
devroitjamais ſe piquer de flatter la vanité nationale
aux dépens de la vérité. Quoi qu'il en ſoit ,
ces gravures répondent aux talens des auteurs
MM. Ponce & Godefroy : Elles ſe trouvent chez le
premier , rue St. Hyacinthe nº. 19 , & chez le
ſecond , rue des Foflés de M. le Prince L. 117.
Prix 24 liv. en feuilles .
L'Académie Royale des Sciences , parl
ſon procès verbal du 22 Janvier dernier ,
vient de donner une nouvelle approbation
au fieur Gouault de Monchaux , auteur d'un
moyen propre à empêcher les accidens qui
réſultent de la rupture ſubite de l'effieu
d'après les expériences qu'il en a fait en préfence
des Commiſſaires qu'elle avoit nommésà
cet effet.
Sa Majesté a bien voulu permettre que le
f3
( 126 )
fieur Gouault de Mouchaux lui préſentat le
Modele de ſa méchanique.
८
Suite de la Séance de la Société Royale de Médecine .
Le Prix ci-devant de la valeur de 600 liv .,.
porté maintenant par M. Lenoir à celle de 800
liv., ſera diſtribué dans la Séance publique de
S. Louis 1787. La Société a cru cedélai néceſfaire
pour donner aux Auteurs le temps que ce
travail exige. Les Mémoires ſeront remis avant
le premier Mai 1787 : ce terme eft de rigueur.
La Société confidérant le peu de connoiſſances
exactes que l'on a acquiſes ſur la nature & les
propriétés des différentes eſpeces de laits employés
en Médecine , a cru devoir fixer ſon attention
fur cet objet de premiere importance.
En conféquence , Elle propoſe pour ſujet d'un
Prix de la valeur de 600 liv. fondé par le Roi ,
la queſtion ſuivante:
« Déterminer par l'examen comparé des propriétés
Phyſiques & Chimiques , la nature des
>>laits de femme , de vache, de chêvre , d'aneffe
, de brebis , de jument » .
Ce Prix ſera diſtribué dans la Séance de Saint
Louis 1786 , & les Mémoires ſeront remis avant
le premier Mai de la même année.
La Société prévient qu'elle propoſera pour
ſujetd'un ſecond prix auſſi la valeur de 600 liv.
des recherches ſur l'uſage médical de ces différentes
eſpeces delait , ſur leurs avantages & leurs
inconvéniens , fur les moyens de prévenir ces
derniers , & fur les différens cas auxquels chaque
eſpece de laitpeut convenir.
«Les Mémoires qui concourront à ces Prix
feront adreſſés francs de port à M. Vicqd'Azir
, Sécrétaire perpétuel de la Société , &
(127 )
ſeul chargé de ſa Correſpondance , rue des
>>>Petits-Auguſtins , No. 2 , avec les billets ca-
>chetés , contenant le nom de l'Auteur , & la
>> même Epigraphe que le Mémoire ».
La deſcription & le traitement des maladies
épidémiques , & l'hiſtoire de la conſtitution médicale
de chaque année ſont le but principal de
l'inſtitution de la Société , & l'objet dont elle
s'eſt le plus conſtamment occupée. Elle a annoncé
dans ſa derniere Séance publique , que la bienfaiſance
du Gouvernement , & la générosité de
quelques-uns de ſes Membres qui n'ont voulu
être connus , l'avoient miſe à portéede diſpoſer
d'une ſomme de 4000 liv. , deſtinée à fournir
des encouragemens pour les travaux relatifs aux
Epidémies , aux Epizooties , & à la conftitution
médicale des ſaiſons . Les mêmes conditions du
Concours annnoncé le 26 Aout 1783 ſubſiſlent.
Nous croyons devoir les rappeller ici .
La ſomme de 4000 liv. dont il a été parlé ,
ſera employée à la diſtribution de Médailles de
différente valeur , aux Auteurs des meilleurs
Mémoires & Obſervations , ſoit ſur la conftitution
médicale des ſaiſons , & ſur les Maladies.
épidémiques du Royaume , ſoit ſur les différentes
queſtions relatives à ces deux ſujets , que la
Société s'eſt réſervé dans ſon dernier Programme
ledroitde propoſer.
La diftribution de ces différentes Médailles ſe
fera , comme il a été déja expoſé , dans les Séances
publiques de l'année 1785. En conféquence , les
Médecins & Chirurgiens ſont invités à entretenir
avec la Société la correſpondance la plus ſuivie.
On a dit dans le Programme de 178 ;, & on répete
ici que l'exactitude dans la Correſpondance
donne des droits à ces Prix.
Indépendamment des Prix que la Société pro
f4
( 128 )
poſe dans cette Séance,elle croit devoir annon
cer au Publie la fuite des recherches qu'elle a
commencées fur la Topographie Médicale du
Royaume , ſur les Eaux minérales & médicinales,
fur les maladies des Artiſans & fur les maladies
des Beſtiaux. Elle efpere que les Médecins &
Phyficiens Regnicoles & Etrangers , voudront
bien concourir à ces travaux utiles , qui feront
continués pendant un nombre d'années ſuffiſant
pour leur exécution. LaCompagnie fera dans ſes
Séances publiques une mention honorable des
Obſervations qui lui auront été envoyées ; &
elle diftribuera des Médailles de différente valeur
aux Auteurs des meilleurs Mémoires ſur ces différens
ſujets.
La Séance fut terminée par la lecturede différens
Eloges & Mémoires.
Henri Duvalk , Comte de Dampierre ,
Brigadier des Armées du Roi , ancien Mef
tre-de-Camp d'un Régiment de Cavalerio
de fon nom , eſt mort en ſon château de
Han , près ſainte Ménehould en Champagne
, le 12 Février , dans ſa quatre-vingtkoifieme
année.
Très Haut & Très - Puiſſant Seigneur ,
Meffire Etienne-François,Comte de la Porte,
ancien Meſtre de-Camp en ſecond du Régiment
de Viennois , & enſuite de celui de
Royal - Normandie- Cavalerie , Chevalier de
Saint- Louis, eſt mort à Vienne enDauphiné,
âgé de 42 ans,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le 16de ce
mois , font : 76 , 51 , 88 , 73 , & 7.
:
:
4
(129 )
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 13 Mars.
L'on a réciproquement exagéré la défertion
des troupes Impériales & de celles de
la République. 40 ſoldats du Régiment de
Naſſau-Veilbourg, écrit- on de Mastricht ,
ont quitté nos drapeaux dans l'eſpace d'un
mois ; & il nous eſt arrivé près de so Autrichiens.
Ainſi labalance eſt de 10 en notre
faveur.
M. le Comte de Maillebois ayant nommé
M. Cornabé , Major du régiment Wallon
de Grenier au ſervice de la République ,
pour fon Aide de Camp ; cet Oficier eft
parti pour Dunkerque , afin d'y prendre le
Comte & de l'amener à la Haye. On dis
qu'ils s'embarqueront là pour Fleſſingue ;
mais la glace formée par la derniere gelée
pourra bien retarder leur arrivée.
L'un des papiers périodiques publiés en
Hollande ; affirme que , divers papiers périodiques
, publiés en Hollande afſfurent qu'il
exiſte , & bien réellement une Correſpondance
entre le Duc de Brunswick & la Cour
Stathoudérienne , & qu'une téte couronnée a
averti l'Etat que le même Duc entretient
une Correſpondance illicite & fecrette à
Maſtric ht , & qu'il n'est question de rien moins
que de faire livrer par trahison cette place à
l'Empereur. L'inventeur , ou le copiſte de
fs
( 130 )
cette accufation eſt bienheureux que le mépris
des honnêtes gens pour les Feuilles publiques
, & la liberté qu'on leur laiſſe en
quelques pays d'outrager les droits les plus
reſpectables des Princes & des Citoyens , le
mettent à l'abri du châtiment que mériteroit
un pareil excès.
La preuve que le Gazetier donne de ſa
conſpiration , eſt que le Duc de Brunswick
aſſiſta deux heures en plein air à la revue des
Troupes Autrichiennes , à Aix la-Chapelle.
Les mêmes Editeurs de calomnies trouvent
abominable qu'un Général aufervice del'Empereur
ait reçu les civilités des Officiers Impériaux
; par égard pour la Hollande qui a
chaffé ce Prince , il auroit dû fermer ſa porte
àſes camarades de ſervice , qui lui rendoient
un hommage d'étiquette &de devoir ; enfin,
oneſt tourmenté de ne pouvoir l'expulfer
d'Aix- la Chapelle , comme des Provinces-
Unies , & l'on s'en conſole , en imprimant
des infamies.
Ces inculpations ont déja occaſionné la
réplique ſuivante inférée dans la Gazette de
Mastricht.
L'indigne Ecrivain d'un Papier pub'ic , nommé
Nede lansche Courant , dont le contenu licentieux
a déja excité depuis long -tems la ſurpriſe de
chacun , oſe hardiment placer-dans ſa Feuille calomnieuſe
, No. 29 , qu'une correſpondance ſecrette
entre des perſonnes de cette Ville , & le
Seigneur Duc de Brunswick , qui ſe trouve à
Aix- la - Chapelle , auroit lieu , tendant à trahir
( 131 )
la Ville de Maestricht, notre chere patrie , formant
indubitablement le rempart des Sept-Provinces
Unies .
Une marque certaine que ce calomniateur n'a
pointde connoiſſance des vrais ſentimens de nos
Bourgeois , comme étant Bourgeois moi-même
&ne balançant pas aufli un moment à répondre
pour la fidélité ſincere de nos braves Militaires ;
mais qu'il eſt d'idée qu'il y auroit auſſi parmi nous
detelles perſonnes infâmes qui , oubliant Dieu &
toutfentiment d'honneur , conſidéreroient comme
un jeu d'enfant de trahir leur Ville & Pays , &
mettre ainſi leurs propres poſſeſſions en feu &
flamme.
Pour inſtruire de nos ſentimens ce Calomniateur
, nous diſons que nous mettons notregloire
en ce qu'il ne ſe trouve parmi nous , aucune de
ces ames batſes qui cherchent à anticiper ſur le
jugement de leur légitime Souverain pour infulter
quelqu'un , ainſi que cela a lieu ailleurs : qu'il
ne ſe trouve ici perſonne , ou qu'il n'y eft connu
perſonne , qui entretienne une correſpondance
d'une fi horrible nature , dont la ſeule idée , &
bien plus encore l'expofition par-devant toute une
Nation , devroit faire frémir un homme d'honneur.
Que par conséquent , il feroit à fouhaiter
qu'un tel Ecrivain fût puni publiquement , &de
la manierela plus rigoureuſe, pour ſervir d'exemple
à ceux qui le ſuivent dans ſa maniere de vo
mir des horreurs , à moins qu'il ne prouvat ſes
injures.
Pour ne point entrer dans aucun détail , & démontrer
à l'Ecrivain par ſon propre Ecrit , o
qu'il eſt entiérement fou , ou guidé uniquement
par une paffion criminelle , ilſuffira uniquement
de répondre à les menſonges à la charge de nos
habitans , ſoit Bourgeois , ſoit Militaires , que
fo
( 132 )
nos finceres & purs ſouhaits ſont que le Souverain
garde cette Ville en ſa poffeffion, auffi
long-tems que la fidélité des Bourgeois & de
ceux à qui la défenſe en eſt confice , continueront
ày contribuer , & qu'alors on ne doute point
que Maestricht ne reſte éternellement la principale
frontiere de la patrie , & par conféquent un ſaluc
pour l'Etat , pendant que ſes habitans feront toujours
les Sujets les plus fideles que les Pays Bas
puiffent produire , &c . &c.
Le ſecond Placard des Etats de Hollande,
a été mis en pieces comme le premier ,notamment
à laHaye: au haut d'un des Exemplaires
affichés , on avoit écrit ces mots :
Placard à envoyer à Lisbonne pouryfigurer à
côté des Sentences rendues par l'Inquisition..
C'est ainſi que de part & d'autre , la fureur
de l'eſprit de pari ne reſpecte plus rien , ni
l'honneur des Particuliers & de l'Etat , ni la
décence , ni les loix , ni le Souverain . Ce qui
n'empêche pas que chacun ne cite fon patriotiſme
, ſa vertu , ſa liberté , &c. &c.
Comme l'on ſubſtituoit des médailles aux
drapeaux & aux rubans couleur d'Orange ,
les Etats de Hollande voulant profcrire tous
ces fignes de ralliement, ont rendu les de
ce mois , un nouveau Placard prohibitif de
ces médailles , de même nature que les précédens.
On a arrêté à laHaye un jeune hommede
17 ans , accuſé de répandre quelques Ecrits
féditieux. Un autre Citoyen, coupable d'avoir
fait meubler un de ſes appartemens couleur
d'orange , ayant été ſaiſi pareillement , un
i
1
( 133 )
Maçon a tenté de le délivrer , & ils ont été
enſemble conduits dans les priſons .
On aſſure que le Baron de Waffenaër fait
préparer ſes équipages pour retourner à
Vienne , en qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
L'on ignore encore le nom du
ſecond Député qui lui ſera adjoint.
Un tranſport de 60 recrues Suiſſes qui alloient
à Mastricht , ayant appris que des Huſſards de .
Wurmfer voltigeoient fur les environs , ne voulurent
point prendre la barque de Liège àMaftricht,
de peur qu'on ne les ſoupçonnat de crainte ,
ils ſe munirent d'armes & ſe mirent en chemin.
Les Huſſards ſe ſont contentés de reconnoître les
tranſports& les recrues , ſans les arrêter.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 16 Mars.
Les Etats de Brabant ſe ſont aſſemblés à
la demande expreſſe de Sa Majeſté ; le Chancelier
M. de Crumpipen a annoncé que
S. M. leur demandoit quatre millions de
florins de change , dont le remboursement
ſe fera ſur le pied dont on conviendra : après
que le Chancelier ſe fut retiré , les Etats ont
délibéré , & accordé la demande; ils ont
chargé leurs députés ordinaires de régter la
levée de cette fomme , & de s'arranger avec
le gouvernement pour l'hypotheque & le
rembourſement du capital.
Piufieurs comptoirscommencent à ſe ref
ſentir de la faillite de la Compagnie Afiati
(134)
que d'Anvers & de Trieste , qu'il ne faut
point confondre avec la Compagnie Impériale
de ce dernier port.
On dit qu'il eſt parti ces jours derniers ,
un Officier d'artillerie , avec 400,000 florins
pour acheter des poudres en Angleterre.
L'Empereur , à ce qu'on ajoute , lui a donné
des lettres de recommandation pour S. M. B.
Une Feuille Allemande donna un précis
de l'incident qui a occaſionné le démêlé actuel
entre la Hollande & la République de
Venife ; précis que nous rapporterons, parce
qu'à quelques inexactitudes près , il eſt entierement
conforme à la vérité.
<«L<e fils d'unGentilhomme indigent deBuda ,
fur les confins del'Albanie Vénitienne ,vivant dans
la Capitale des reſſources du jeu , imagina de ſe
faire appeller Comte de Zannowich , dans un tems
qu'il étoit déja trop connu. Viſitant ſous ce nom
pluſieurs pays étrangers pour faire fortune , on le
vit en 1772 paroître à Amſterdain , chez MM.
Chomel & Jordan , Négocians de cette Ville ; il
préſenta à ces MM. une Lettre de recommandation
de la partd'une bonne maiſonde Lyon , MM.Grenier
, Arles & Compagnie , qui , en écrivant à
MM. Chomel & Jordan , annonçoient le porteur
comme Noble Vénitien , Comte Zannowich ; ces
Lyonnois lui donnoient même le titre d'Excellence.
Les Négocians Chomel & Jordan , trompés
par les manieres ſéduiſantes de cet aventurier , ne
firent aucune difficulté de lui confier juſqu'à la
concurrence de 27000 ſtorins de Hollande , partie
en argent , partie en diamans. Il leur donna parcontre
une lettre-de- change ſur le Lord Lincoln ,
de la valeur de 3,500 ſequins , payables en trois
( 135 )
ans ; 9 à 10000 piaſtres en lettres-de change fue
Genes, avec des proteſtations ſacrées , qu'il leur
céderoit en totalité un de ſes Vaiſſeaux chargé de
vins , qui devoit ſans délai arriver au Texel. La
lettre ſur le Lord Lincoln , déclarée fauſſe a la
préſentation , fut renvoyée de Londres à Amſterdam,
accompagnée des particularités ſuivantes. En
1771 , Zannowich , ce joueur tant favorisé par la
fortune, avoit ſu gagner à Florence , chez Lambertini
, 28000 ſequins du Lord Lincoln . La Police ,
informée du fait , chaſſa Zannowich de la Ville ,
ne voulant pas avoir dans ſon ſein un homme auffi
habile. Il ſe retira : le Lord Lincoln le fatisfit cependant
avec des lettres-de-change ſur ſon Banquier
à Londres ; elles avoient déja été diſcomptées
par Zannowich. Le papier qu'il préſenta à MM.
Chomel & Jordan , n'étoit donc qu'une copie adroitement
imitée d'une des lettres-de change du
Lord , faifant la huitieme partie de la ſomme perdue
aujeu , &dont l'original ſe trouvoit déja entre
les mains des Banquiers Anglois. Les lettres fur
Genes n'eurent pas un meilleur fort. Elles revenoient
avec Protêt ; mais le Navire chargéde vins
n'arrivoit point. Son Excellence le Comte Chiud
Zannowich ſut , malgré cela , perfuader MM. Chomel
&Jordan que le meilleur parti qui lui reſtât à
prendre , feroit de retourner chez lui pour mettre
ordre à ſes affaires. Ces Négocians y confentirent
non ſeulement, mais ils lui procurerent des Lettres
de recommandation& laiſſerent partir cet impofteur
, qui ne manqua pas d'entretenir de tems en
tems par des lettres artificieuſes ces fentimens favorables
à fon égard. Zannowich ſe rendit à Naples,
il y forgea de nouveaux plans . Il fut gagner
toute la confiance & l'amitié de M. Cavalli , qui
étoit alors Réſident de laRépublique de Venise à la
( 136 )
Cour duRoi desDeux-Siciles. Dès qu'il crut avoir
gagnéla confiance illimitée de M. Cavalli , il lui
préſenta unjeune homme , ſous le nom de Nicolo
Peowich, qu'il fit paffer pour le chefde la maiſon
opulente de Nicolo Perwich , qui ſans contredit ,
étoit la plus florifſante de la Dalmatie , par le
grand commerce qu'elle exerçoirdans ces contrées.
Zannowich prouva au Réſident d'une façon évidente
, que par cette maiſon on pourroit très-avantageuſement
négocier enHollande , pourvu qu'on
fût en étatde lui procurer quelques bonnes connoiſſances
à Amsterdam. Peu de tems après , il
propoſa au Réſident la maiſon de commerce de
Chomel & Jordan , qui à la vérité n'étoit pas connue
à M. Cavalli; néanmoins , comme fur les recommandations
bien fortes deſon ami Zannowich ,
il avoit tant fait enfaveurde la maiſon de Peowich;
qued'ailleurs il ne defiroit rien plus ardemment
que d'étendre le commerce de ſa République ,
M. Cavalli ne fit aucune difficulté de recommander
la maiſon de Nicolo Peowich à MM. Chomel & Jordan.
Il ne ſedoutajamais que le prétendu Peowich
qu'on lui avoit préſenté, n'étoit qu'un frere cadet
de Zannoivich , nommé Steffano , que ce fourbe
avoit fupérieurement exercé à jouer ſon rôle en
qualité de Nicolo Peowich . M. Cavalli écrivit donc
àladite maiſon Hollandoise , le recommanda à elle,
&il ajouta dans la lettre : Qu'il connoiſſoit cette
maiſon ; les aſſurant, MM. Chomel & Jordan , qu'ils
pouvoient lui accorder toute leur confiance , parce que
la maison Nicolo Peowich la mériteit fi bien . Ceci
arriva en 1774. En recevant cette lettre de recommandation
, les Négocians Chomel & Jordan
furent charmés de pouvoir ouvrir une nouvelle
branche de commerce avec un Sujet de la République
de Venise. La premiere opération fut , que
( 137 )
Nicolo Peowich prit fur fon compte les dettes de
Zannowich. Celui la écrivit à MM. Chomel & Jordan
: Que le Comte Zannowich étoit retourne dans
Sa patrie , pour mettre ordre à ses affaires & pour
s'arranger avec fon pere. Qu'ils n'avoient donc qu'a
mettre furfon compte leurs prétentions à ſa charge.
Les Hollandois , contens d'éteindre ainfi d'une
maniere auffi fatisfaiſante leurs prétentions qu'ils
regardoient déja comme perdues , envoyerent à
Nicolo Peowich , ſur ſa demande , une quittance
générale concernant cette prétention ; après quoi
ils ne s'en embarrafferent plus.En attendant , les
affaires entre Nicolo Peowich d'un côté , Chomel
& Jordan de l'autre , commencerent à devenir
importantes. Les Hollandois attendeient un gros
Navire , appellé la Minerve, que l'on prétendoit
être en route, avec une très riche cargaiſon de la
part du prétendu Nicolo Peowich ; & fur leſquels
ils avoient fait aſſurer 150000 florins. Mais ce
Navire & toute fa cargaiſon étoient des choſes
auſſi idéales que la maiſon de Nicolo Peowich
même. Il falloit donc imaginer qu'il étoit péri
dans unnaufrage. Nicolo Peowich ne laiſſa pas de
prendredes arrangemens pour toucher les deniers
d'affurance . MM. Chomel & Jordan ſe donnerent
biendespeineesspourles recueillir ; mais les Affureurs
qui devoient payer , firent des difficultés.
Les documens produits pour conſtater la perte du
Navire , ne leur paroiſſoient pas fatisfaifans. Le
ruſé Zannowich avoit cependant pris des meſures
aſſez fines ; il avoit fait jouer plufieurs refforts
pourydonner le plus grand degré de probabilité.
Selon lui , ce Navire étoit entré , toujours accompagné
d'inconvéniens , dans différens Ports de
laTurquie. Il produifit réellement des preuves ſur .
l'existence du Navire & des effets qui s'y trou
( 138 )
voient chargés. Ces preuves , il ſut les acquérir
en partie de gens honnêtes qu'il ſéduiſoit , ou en
partie , en les fabriquant lui-même ; mais elles
ne purent fuffire. Le fourbe perdit enfin tout efpoir
de prouver l'existence , le chargement & la
perte de ceNavire : & même au commencement
de l'année 1776 , MM. Chomel & Jordan apprirent
que la maiſon de Nicolo Peowich étoit diſparue de
même. Ils y perdirent encore une ſomme de 6000
florins en eſpeces. Leur prétention , y compris les
27000 florinsdont Zannowich étoit encore redevable
, monta donc à 34000 florins , dont ils réclamerent
le paiement de M. Cavalli , qui étoit
alors Miniſtre à Milan. Ils lui manderent : Qu'il
étoit deſon devoirde les fatisfaire , vu que , fans recommandation
de ils neseferoientjamais liés
avecNicoloPeowich . M. Cavalli refuſa cependant
d'y acquiefcer , alléguant pour raiſon: Quefa recommandation
ne les avoit certainement pas dispensés
d'ufer des précautions requiſes & en particulier ufitées
parmi les Commerçans. Sur quoi les Hollandois repliquerent:
M. Cavalli , Résident de la République
deVenise, nous a aſſurés que la maison de Peowich
eſtſujette deſa République ; que cette maison exifte
réellement , qu'elle lui eft connue : Fauffetés , par lefquelles
il nous a trompés , en ſa qualité de Ministre ,
àqui nous prêtions une foi entiere. C'est à lui de nous
payer; & comme il refuſe de lefaire , c'est àfon Sou
verain de nous rendre justice .
Sa part ,
MM. Chomel & Jordan s'adreſſerent aux Etats-
Généraux pour requérir leur protection , & cette
Requête parut ſi juſte à L. H. P. , qu'elles la firent
parvenir au Sénat de Venise. »
L'Auteur Allemand de cet expoſé ſe
trompe ſur pluſieurs articles , & groffierei
( 139 )
ment, lorſqu'il appelle Zannowich ami de
M. Cavalli. Ce Réſident ne le connoiffoir
point , ne l'avoit jamais vu , ne lui donna
aucune lettre de crédit. Abuſé par ce fauffaire
& par fon aſſocié , il crut ce dernier un
✔éritable Peowich , & recommanda aux marchands
Hollandois , non pas le tourbe , mais
la maiſon de commerce dont il prenoit le
nom En cela , il ne paſſoit nullement les
régles de la prudence ; & il feroit bien extraordinaire
que l'envoyé d'une Puiſſance
fût ſolidaire de tous les fripons qui peuvent
ſurprendre ſa bonne -foi.
Au reſte, cette affaire n'eſt point terminée
: elle rencontre même de nouvelles difficultés
qui retarderont encore le retour de
T'harmonie entre les deux Républiques.
L'Electeur de Baviere a adreſſé la déclarationſuivante
au Gouvernement général de
la Haute & Bas-Baviere.
CHARLES-THÉODORE , Electeur , à ſes amés
&fideles ſujets . Nous nous sommes laiſſé repréſenter
votre humble remontrance fut le projet
d'un échange de ce pays qui devoit avoir été
conclu le 3 Janvier 1785 , entre la Cour de
Vienne&nous, Mais ce traité ſur lequel ſe ſont
trompées pluſieurs Feuilles publiques n'avoit
d'autre but que la ratification des frontieres de
ce pays & la ceſſion de quelques objets de peu
d'importance que nous avons cru devoir faire ,
pour obvier à toute difficulté ultérieure. Nous
vous en avons fait communiquer l'extrait le premier
de ce mois , pour tout ce qui concerne les
( 140 )
affaires du pays , & nous y joignons la préſente
déclaration pour votre tranquillité.
Munich , le 13 Février 1785 .
CHARLES- THEODORE.
Cette convention , à ce qu'on prétend ,
conſiſte en 15 articles dont le réfumé eſt ,
qu'en vertu du traité de Teſchen , le Danube
, l'Inn & la Salza formeront les limites
de la partiede la Baviere cédée à l'Autriche.
Les ifles , rivages , portions de terrein apartiendront,
felonqu'ils font ſitués à droite ou
à gauche , à la Baviere ou à l'Autriche. La
navigation ſur le fleuve ſera parfaitement libre;
il ne fera permis à aucune des deux
parties contractantes de détourner le cours
du fleuve , mais chacune pourra de ſon côté
y établir des moulins&fortifier le rivage.
Les ponts feront entretenus à frais com
muns, &c. ↑
Cette convention a été , dit-on, ſignée
au nom de l'Empereur , par le Commandeur
Baron de Lehrbach , & de la part de
Electeur par le Comte de Konigsfeldt , le
Baron de Vieregg , & le Baron de Kraitmar.
Articles divers tirés des Papiers Anglois& autres.
Depuis quelque temps il circuloitdans les Pays-Bas
quantitéde libelles , pamphlets & autres ouvrages
contreles moeurs.LeGouvernement , qui ne ſévit
qu'avec peine contre les citoyens , s'eſt enfin vu
dans la néceffité de détourner la ſource de tous
( 141 )
ses ouvrages licentieux qui auroient pu donner
aux autres nations une idée déſavantageuſe des
moeurs de notre pays. C'eſt d'après ces obſervations
que MM. les Fiſcaux ſe tont rendus chez
des Colporteurs ſoupçonnés depuis long-temps ;
&d'après viſite faite, ils en ont fait enfermer
trois dans les priſons criminelles de la porte
de Hal. Le ſort de ces malheureux eſt encore
incertain , on craint qu'il n'y ait punition
exemplaire.
En réponſe au manifeſte que le Chevalier
Foſcarini , envoyé de Venise , a fait paſſer aux
Miniſtres des différentes Cours , au ſujet de l'affaire
des ſieurs Chomel & Jourdan , le Baron
de Rideſel , Ambaſſadeur de S. M. Pruffienne ,
a remis à cet Envoyé une note par laquelle ce
Monarque engage la République à procéder
dans ce différend avec la prudence & la modération
qui lui ſont ordinaires , & à ne point
arrêter la premiere le cours des négociations.
Un Courier chargé de cette note eſt parti le 16
pour Veniſe. N..d'Allemagne nº 37 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1).
PARLEMENT DE PARIS , Ire. CHAMBRE DES
ENQUETES.-
Entre les ſieur & dame Grégoire , & la veuve
Garnier .
Les deux enfans Garnier , frere & foeur , étant
xeltés en bas âge avec le plus modique patrimoi
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eſt de 15 liv. par an, chez M. Mars , Avocat, rue
&Hôtel de Serpente,
( 142 )
ne; le fieurGarnier leur coufin Procureur- Ficcal
, ptit ſoin de leur enfance. Il ne jugea pas à
propos de faire faire un inventaire dont les frais
auroient été trop coûteux ; il prit ſeulement pour
eux, d'après l'avis des parens , des Lettres d'émancipation
d'âge , les fit entériner , dévint leur
Curateur aux Cauſes , adminiſtra leurs biens , en
employa le revenu à acquitter les charges & à
fournir à l'entretien & à la ſubſiſtance de ces deux
enfans , qu'il mit en apprentiſſage pour leur donner
un talent. -Ayant atteint leur vingt-un &
vingt-deuxieme années , ils paſſerent au fieurGar.
nier une déclaration , par laquelle ils reconnoif
ſent avoir reçu leur portion en meubles &effets ,
165 liv. en argent , & qu'une ſomme de 1500 &
quelques livres a été employée à payer leurs vës
temens , leur apprentiflage , & les réparations faites
à leurs biens: le tout ſuivant l'état qu'ils reconnoiſſent
leur en avoir été fourni & remis.-Trois
ans après , la fille étant mariée au ſieur Grégoire,
elle reconnoît avec lui , avoir retiré de la Dare
veuve du fieur Garnier , tous les titres & papiers
dont il étoit chargé , leſquels ont ſervi à former
le compte qu'il lui a rendu , duquel elle lui a
paſſé quittance , lequel compte ,diſent-ils , nous
approuvons pour en avoir pris une ample communication
, & déchargeons curierement ladite
veuve Garnier. Trois ans auparavant , en 1776 ,
le frere avoit déja paſſé la même déclaration au
fieur Garnier ſur la demande des ſieur & dame
Grégoire , contre la veuve Garnier , afin de reddition
d'un nouveau compte avec pieces juftificatives
, & de ferment , faute d'avoir fait inventaire;
Sentence du premier Juge qui les déboute
de leurs demandes.-Appel & Sentence en la
Duché -Pairie de Châtillon-fur-Sèvre , qui au
(143 )
contraire les leur adjuge pleinement. Appel en
Ja Cour. Arrét du 7 Août 1784 , qui infirme
Ja Sentence de la Duché-Pairie de Chatillon- fur-
Sèvre , déboute les Grégoires de leurs Lettres de
réciſion & de toutes leurs demandes , & les condamne
aux dépens.
Parlement de Paris , lere Chambre des Enquêtes.
Donation faite en Pays de Droit écrit , par une
Femme à l'Enfant dupremier lit defonMari.
Unedonation eſt faite par contrat de mariage ,
àune fille du premier lit , par ſa belle-mere,
concuremment avec ſon pere : cette donation
eft reconnue & avouée onéreuſe dans une tranfaction
ſur procès , paſſée depuis entre les donateurs
& ladonataire. La tranſaction s'exécute
pendant dix ans. Lepere meurt. Sa belle-mere
eſt-elle recevable à attaquer la donation & la
tranſaction ?-Tel eſt le début du Mémoire
imprimé des donataires. Il est impoffible , diſoitil,
de ne pas confirmer la Sentence de la Sénéchauffée
de Lyon , qui a déclaré la donatrice
non- recevable & mal fondée en ſes demandes
&Lettres de récifion . Cette Sentence , répoя-
doit-on , ne peut pas ſubſiſter , ſi on la rapproche
des faits &des principes de la Mortiere.-
Le 6 Juillet 1766 , contrat de mariage du fieur
de Chazel avec la demoiselle Dumoulin ; le
fieurDumoulin ſon pere,& la demoiselleGrange
ſa belle- mere , lui font une donation ( vaine de
la part du pere , puiſqu'il n'avoit rien ) , mais
très-réelle de la part de la demoiselle Grange.
Elle a donné ſon domaine du Paillet, qui étoit
pour elle un bien paraphernal , & qui a été vendu
( 144 )
26000 liv. la Terre de Villedieu , qui eſt un
objet de 6000 liv . de rente ; ſon mobilier , eſtimé
dans le contrat à 15000 liv . ſeulement , pour
échaperau poids du contrôle ; & toutes ſes autres
-créances , droits & actions : elle ne s'eſt réſervée
pour elle & pour ſon mari que l'ufufruit de
quelques objets modiques , lequel paſſera à ſon
mari , au cas qu'elle prédécede. Elle charge la
donataire d'acquitter les dettes des biens donnés ,
&celles même du ſieur Dumoulin . On ne ſti
pule point de droit de retour, au cas que les
donataires décedent ſans enfans ; & le ſieurDumoulin,
s'il leur ſurvivoit , avoit l'eſpoir de recueillir
ces mêmes biens à titre d'héritier légime
de ſa famille , & écartoit par-là , non- feulement
la donatrice , mais encore tous ſes parens.
-On concluoit de ces faits , que le fieur
Dumoulin trouvant tous ces avantagesdans cette
donation , c'étoit pour lui-même qu'il avoit
dépouillé ſa femme de toute ſa fortune , que ne
pouvaanntt ſe la faire donner directement , ſoit à
cauſe de la prohibition faite aux conjoints de
s'avantagerpendant le mariage , ſoit parce qu'il
craignoit que la donatrice ne vviitnt à revoquer
ſes libéralités , il l'avoit fait indirectement par
l'interpofition de ſa fille du premier lit , eſpérant
par-là mettre la donation à l'abri de la prohibition
ou de la révocation. Arrêt du 6 Juillez
1784 qui confirme la Sentence de la Sénéchauffée
de Lyon , entérine les Lettres de refcifion
priſes contre ladonation & la transaction ,
&condamne les ſiew & dame de Chazel à délaiſſer
à la demoitelle Grangé les biens compris
⚫en la donation avecreſtitution des fruits depuis
lademande.
(
MERCURE
1)
DE FRANCE. 1
SAMEDI 26 MARS 1785.24
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE
LE ZEPHYR ET L'AQUILON,
FOIBLE
Fable.
1 درا
OIBLE rival de ma puiſſance , 101
Dit un jour à Zéphyr l'Aquilon en fureur ,
Oles - tu braver ma préſence?
<Ne crains - tu rien de mon'pouvoir vengeur ?
Vois ces rians jardins , ces fleurs , cette verdure
Tous ces objets brillans que je puis immoter
Je n'ai qu'à le vouloir , & tout va s'écrouler ;
Je puis , juſqu'en ſes flancs , ébranler la nature.
Qui , répondit Zéphyr , ton ſouffle eſt deſtructeur
Je le ſais ; mais le mien eſt doux & créateur.
Tu fais mourir la roſe à qui j'ai donné l'être ;
Elle tombe aufſi-tôt que tu viens à paroître.
Nº. 13 , 26 Mars 1785 . G
,
146 MERCURE
Mais,dis-moi , tout cebruit , effet de ton courroux ;
Te produit - il un prix bien doux ?
Par- tout on me chérit , & par-tout on t'abhore.
On te traite en tyran fanguinaire & jaloux,
It l'on encenſe en moi le protecteur de Flore.
PRINCES,n'imitez point les ravages affreux :
Qu'exerce d'Aquilon le ſouffle impétueux !
Du paiſible Zéphyr écoutez le langage :
Bienfaiſant , généreux , qu'il ſoit ſeul votre image.
(ParM. Langeronfils , du Musée de Paris.)
CONTE.....
Pour fes hauts faits , certain voleur
Étoit conduit à la potence:
Un Cordelier , grand Directeur ,
L'exhortoit à réfipifcence ;
-Amandez vous , mon fils , c'eſt l'inſtant deprier ,
De recourir à Diew , votre unique eſpérance ;
Demandez lui pardon de ce mauvais métier..
-Mauvais , dit le voleur ! .... ah ! quelle erreur ,
mon père !
Il étoit excellent , ſi l'on m'eût laiſſé faire.
..
DE FRANCE.
ROMANCE.
Paroles deMadame DUFRESNOÝ , muſique
de M. POUTEAU , Organiſte & Maitre
de Clavecin.
Amorofo.
2
CLOÉ re-ve- noit du vil - la- ge , Non
fans rê-ver pro-fon - dé- ment , Au beau
3
Mir- til , à ſon hom- ma- ge , A
fon amour , à fon fer - ment;
El- ledi- foit: Quand on fait plaire ,
Pourquoi faut-il ne pas ai- mer , Et fuir
4
Giij
148 MERCURE
*
3
3
u- ne chaî ne lé
ge- re
Qu'il ſeroit doux de par- ta- ger ? qu'il ſe -roit
3.
Fin.
Min.
doux de par-ta- ger ?
Mir - til , qui
la fui-voit fans cef- ſe , En-tendit ſes voeux
ſes ſou - pirs ; Quoi ! lui dit - il avec
ten-dre- ffe , Tu ré-pon - dois à mes
de firs ? C'en est trop , ai ma- ble Ber-
1ge- re; Au- re- fois je vou- loismouDE
FRANCE.
149
rir: Mais fi ma pei- ne fut a- me- re ,
R
J'en ſuis pa- yé par le plai - fir , j'en
ſuis pa-yé , j'en ſuis pa yé par le
plai - fir.
RÉPONSES A LA QUESTION :
Si la beauté est un avantage pour les
Femmes , ou fi elle est un obstacle à leur
bonheur.
!
SELON moi ,
I.
laNature avec égalité
Detous ſes dons fait le partage.
Euphroſine de la beauté
Poſsède le rare avantage;
Mais ſon coeur agité de violens deſirs ,
Jamais du vrai bonheur nepeutgoûter les charmes.
Giv
150
MERCURE
Liſe, moins belle , a bien moins de plaifirs ;
Mais en retour elle a bien moins d'alarmes.
II.
(Par M. H..... )
:
Je te l'ai dit ſouvent , ô toi qui m'es ſi chère !
Ce n'eft qu'au charme ſeul d'un heureux caractère
Qu'une femme doit ſon bonheur.
La roſe & ta beauté font une même fleur ;
Climène , un ſeul printems cette fleur peut me plaire ;
Mais j'aimerai toujours les vertus de ton coeur.
(ParM. Cabarrus. )
III.
Labeauté n'eſt qu'un don trompeur ;
Etbien loin d'être un avantage ,
C'eſt une épine ſous la fleur
Qui pique en en faiſant uſage.
Que ce préſent eft dangereux
Pour un ſexe aimable & timide
Qui craintde rendre,malheureux
Celui qui ſouvent eft perfide ! 1000
Par Mine Dufrenoy. )
IV. :
J'ÉTOIS jolie , & n'avois que quinze ans;
Pour m'obtenir chacun m'offroitun tendre hommages
Un mal affreux en un momcat
Changea les traits de mon viſage
Je n'étois plus jolie , & n'avois plus d'amans.
DE
ISI
FRANCE.
Un ſeul pourtant à ſes feux fut fidèle ;
En lui donnant ma main je lui donnai mon coeur ,
Et je vis fort bien qu'être belle
N'eſt pas toujours le vrai bonheur .
La beauté paſſe , Amour fuit avec elle.
1
Que reſte-t'il ? ..... Hélas ! ..... tout , s'il vous reſte un
coeur.
(Par une Dame. )
V.
On regrette toute la vie
Les agrémens qu'on a perdus ;
Le ſouvenir d'avoir été jolie
Ne conſole point Émilie
Du chagrin de ne l'être plus .
VI.
i
PAR- TOUT de la beauté le pouvoir eſt vainqueur ;
Mais trop ſouvent le fort , attriſtant cet honneur ,
Ternit ſa gloire & trouble ſon empire.
Une laide aisément peut régner ſur un cooeur;
Or un amant ſuffit à ſon bonheur ;
Vingt rivaux pourroient le détruire.
Giij
152 MERCURE
:
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Biſbille ; celui
de l'énigme eſt Science ; celui du Logogryphe
eſt Langue , où l'on trouve un ,
élu, gaule, alun, glue, aulne,gla, élun , égal,
angle , age , nuage, lune & Ange.
CHARADE.
A Mlle DE , ... qui s'y reconnoîtra.
Q
13
u I n'a que mon premier ne peut faire grand
fête ;
Mon ſecond dépeint bien une âme fatisfaite.
Que chez toi , belle Églé, mon tout eſt gracieux!
Qu'il acharméde fois & mon coeur & mes yeux !
J
1.
ÉNIGME.
E fuis un édifice avec art inventé ,
Que l'on conftruit de diverſe manière ,
Pour la forme & pour la matière ;
Et qui moins qu'en hiver eſt d'uſage en éré.
DE FRANCE. 153
Outre mon huis , ſouvent j'ai plus d'une fenêtre ;
Mais ce n'eſt pas pour le bien-être
Des objets par leſquels on me voit habité ;
Au contraire , en rendant ſervice ,
Ils font chez moi condamnés au ſupplice :
Un ennemi puiſſant bientôt les ydétruit ;
Et c'eſt communément la nuit.
( Par M. N .... d'Arras . )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
E ſuis un être monstrueux ,
Inventé par le cerveau creux
Des ſuppôts du Dieu de la lyre ,
Que mainte femme , en ſon délire ,
Prend plaifir à réaliſer ;
Non que jamais dans la nature
On ait vu wa laide figure ;
Mais ſous des traits charmans je ſais me déguiſer.
Onc il ne fut de fait moins apocryphe.
En faut -il des témoins ? il en eſt à foiſon ;
Conſultez les maris qui tombent ſous ma griffe.
Dans les fix pieds qui compoſent mon nom ,
;
Lecteur , vous trouverez ſans peine
Un fanal , dans la nuit , utile au nautonnier ;
Un oiſeau très-jaſeur ; le tuyau nourricier
Qui du froment contient la graine :
Gv
154
MERCURE
Ce que le débiteur , hors d'état de payer ,
Obtient ſouvent contre ſon créancier ;
La veille du jour où nous ſommes ;
Un poiffonde mer excellent ;
Une des plus brillantes pommes ;
Cedont on environne un champ :
Bref, un inftrument de muſique.
Suis-je au bout de ma thétorique ?
Non , car je ſuis d'un ſexe à ne jamais finir ;
Mais par de longs diſcours je crains de me trahir.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PIECES intéreſſantes & peu connues , pour
fervir à l'Histoire & à la Littérature. 3
Vol. in- 12. A Bruxelles , & se trouvent
à Paris , chez Prault , Imprimeur du
Roi, Quai des Augustins.
ONN peut affurer que ce Recueil réunit
tout ce qui peut donner du prix à un Ouvrage
de ce genre. Il exigeoit un homme
également verſé dans la Politique & dans
les Lettres ; & l'Editeur , fous ce double
aſpect, ne laiſſe rien à deſirer. Eftimé luimême
par différentes productions , il a vécu
avecles plus célèbres Littérateurs du tems ; &
par un choix que le fuccès a julifié , s'étant
trouvé chargé de pluſieurs affaires publi
DE FRANCE.
159
ques , il a eu des rapports &des liaiſons
avec des perſonnes qui ont leplus influé ſur
les événemens & ſur l'hiſtoire de nos jours.
Auffi ce Recueil eſt-il riche en morceaux
précieux , & qui juſtifient pleinement le
titre de Pièces intéreſſantes & peu connues.
D'après cela on ſera moins ſurpris que
le premier Volume , qui avoit paru ſéparément
, ait eu un débit des plus rapides ,
quoiqu'imprimé à très-grand nombre. II
a été réimprimé avec le ſecond & le troiſième
, qui ne ſont ni moins foignés ni
moins piquans.
On ſent juſqu'où pourroit s'étendre l'extrait
d'une pareille collection , dont prefque
toutes les pièces font faites pour intéreſſer
plus ou moins les différens goûts ;
mais les bornes qui nous font preſcrites ,
ne nous permettent point de céder au defir
d'en donner une connoiffance très-détaillée.
Nous nous contenterons de citer un ou
deux morceaux de chacun des trois Volumes
, & ils ſuffiront pour juſtifier le
fuccès de ce Recueil .
On lit avec autant d'intérêt que de plaifir
, à l'ouverture du premier Volume , les
pièces originales concernant l'affaire du
brave , mais un peu trop paladin , le Comte
de Bonneval , qui , par les ſuites de cetre
aventure , s'eſt vu forcé de ſe réfugier en
Turquie , & d'y prendre le turban. Les Lettres
que notre célèbre J. B. Rouffeau a écrises
à ce ſujet , & que l'Edueur a en le
Gvj
156
MERCURE
bonheur de ſe procurer à Bruxelles , rendent
plus agréable encore le récit de cet
étrange événement.
Vient enſuite le Mémorial de Duclos
Secrétaire de l'Académie Françoiſe , &Hiltoriographe
de France ; ce manufcrit avoit
été confié à l'amitié , & contient différentes
anecdotes , recueillies avec autant de goût
que de choix , & relatives à l'Hiftoire de
France . Parmi ces anecdotes ſe trouve l'Hiftoire
intéreſſante de l'Epouſe du fils du Czar
Pierre le-Grand ; cette Hiſtoire , à cauſe de
fon air romaneſque , eſt révoquée en doute
par pluſieurs perſonnes; mais elle eft atteſtée
par d'autres qui ont connu cette malheureuſe
Princeſſe , tant à Bruxelles qu'à
Paris. Nous regrettons que ſon étendue ne
nous permette pas de la rapporter ici en
entier ; nous allons en abréger le récit ,
afin de ne pas en priver tout-à-fait nos
Lecteurs.
La femme du Czarovitz Alexis, fils de Pierre
I , Czar de Moſcovie , étoit ſi détestée de
fon mari , que ce dernier eſſaya pluſieurs
foisde l'empoiſonner. Un jour , quoiqu'elle
fur groffe de huit mois , il lui donna un
fi grand coup de pied dansle ventre , qu'elle
tomba noyée dans ſon ſang. Le Czarovitz
la croyant morte , comme ceux qui l'environnoient
, ſe retira dans une campagne
, en ordonnant ſes obsèques ; mais
la Comreſſe de Coniſmark , mère du Maréchal
de Saxe , trouva moyen de la ſau-
A
DE FRANCE.
157
ver ; elle reçut l'enfant mort dont elle accoucha
, prit ſoin d'elle , gagna ſes femmes
-de-chambre , & la fit évader. » On
» dépêcha des Couriers au Czar & dans
>> toutes les Cours , & l'Europe prit le
ود deuil d'une buche qu'on avoit enterrée.»
Cette malheureuſe Princeſſe , munie de
quelques pierreries & de l'or que la Comteſſelui
procura , vint à Paris , ſous la conduite
d'un vieux domeſtique Allemand
dont elle ſe diſoit la fille. Dela , s'étant
embarquée pour la Louiſiane , elle y fut reconnue
par un Officier de la Colonie ,
nommé Dauband, qui avoit été à la Cour de
Ruffie , & qui , ayant appris par les gazertes
la mort du Czarovitz , propoſa à ſa veuve
de l'y ramener; mais contente d'une habitation
qu'elle s'étoit montée , elle préféra
ſon obſcurité tranquille aux orages
d'une mer où elle avoit fait un ſi cruel
naufrage. L'ainour y contribua peut - être
encore plus qu'une ſage philofophie. L'Offiicier
, avec qui des intérêts de commerce
l'avoit liée d'abord , étoit jeune , aimable ;
il devint amoureux , fut plaire ; & après la
mort du domeſtique , qui paffoit pour le
père de la Princeſſe , il ſe propoſa & fut
accepté pour époux. Ainſi » celle qui étoit
deſtinée à régner en Ruſſie , & dont la
foeur régnoit à Vienne, devint la femme
d'un fimple Officier d'Infanterie. Elle en
>> eut , dès la première année de ſon ma-
>> riage , une fille, qu'elle nourrit elle-même ,
"
»
"
158 MEROURET
>>qu'elle éleva , & à qui elle enſeigna le
> françois & l'allemand. »
Dix ans après , Dauband, pour ſa ſanté,
étant venu avec elle à Paris, sollicita auprès
de la Compagnie des Indes , & obtint la
Majorité de l'Iſle deBourbon. Les deux époux
vivoient toujours dans l'union la plus touchante.
Pendant leur fejour à Paris , la Princelſe
cauſantun jour avec ſa fille ſur un des
bancs des Tuileries , le Maréchal de Saxe, qui
vint à paffer par haſard, les ayant entendu
parler ruffe , s'arrêta tout d'un coup ; la
mère , qui le reconnut , parut ſi embarrafſée
, qu'il s'écria , quoi , Madame ! feroitil
poffible ? ... Elle ne le laiſſa point achever,
ſe leva , & le tirant à l'écart , lui avoua
ce qu'elle étoit , & lui promit de lui raconter
ſon hiſtoire , un jour qu'elle lui indiqua.
Le Maréchal s'étant rendu au lieu &
le jour indiqués , apprit qu'elle étoit partie
deux jours auparavant avec ſon mati , qui
avoit obtenu la Majorité de l'Iſle de Bourbon.
Le Maréchal crut devoir en parler au
Roi , qui fit écrire au Gouverneur de l'Iſle ,
pour lui ordonner d'avoir les plus grands
égards pourM. Dauband. La Reine de Hongrie
,que le Roi avoit informée auffi de
cette aventure , écrivit à la Princeffe pour
l'inviter à venir auprès d'elle, mais en ſe ſéparantde
fonmari&de ſa fille, dont on promettoit
d'avoir ſoin. Aimant mieux être épouſe
& mère que Princeffe , elle ne voulut jamais
quitter ſon mari , qui mourut en 1747.
DE FRANCE. 159
Ayant perdu auſſi ſa fille , elle revint àParis;
& en 1772 , elle vivoit à Vitry , ſous
le non de Madame de Moldack.
Nous nous contenterons d'indiquer l'Hiftoire
fingulière du fameux Abbé deVatteville,
page 190, pour dire un mot de Fouquet de la
Varenne , qui d'abord avoit été garçon de
cuiſine chez Catherine , Ducheffe de Bar ,
ſoeur de Henri IV. Ce Prince , qui avoit
reconnu fon intelligence , l'avoit chargé de
quelques négociations galantes , & il fit en
peu de tems une telle fortune , que la Ducheſſe
lui dit : tu as plus gagné à porter. les
poulets de mon frere qu'à piquer les miens.
Dans l'intéreſſantDiſcours de Louis XIV
mourant , à Monſeigneur le Dauphin , on
a omis quelques détails, tel que celui - ci ,
qu'il eſt bon de rapporter pour la gloire
de ce Monarque. Duclos , qui a tenu le manuſcrit
de ce Diſcours , a cru devoir citer
ce qu'on va lire; il s'agit des Proteſtans :
>> Il me femble , mon fils , que ceux qui
>> vouloient employer des remèdes extiê-
> mes & violens , ne connoiffoient pas la
> nature de ce mal, caufé en partie par la
>> chaleur deseſprits , qu'il faut laiffer paffer
»& s'éteindre infenfiblement , plutôt que
> de la rallumer de nouveau par une forte
>> contradiction , fur-tout quand la corrup-
>> tion n'eſt pas bornée à un petit nombre
>> connu , mais répandue dans toutes les pax-
* ties de l'Etat ............
160 MERCURE
On verra auſſi avec plaiſir , dans le même
Volume , l'Hiſtoire de la converſion de Mademoiselle
Gautier , Comédienne , morte
Carmélite. Mais ce qu'on ne lira point ſans
attendriſſement , c'eſt le récit des premières
couches de Marie de Médicis , par ſa ſagefemme
: on y voit le brave & le bon koi
Henri IV , déployant toute la gaité de fon
caractère & la ſenſibilité de ſon ame.
Un morceau vraiment curieux encore ,
c'eſt une Lettre de Marie Stuart à la Reine
Elisabeth , contenant nombre d'anecdotes
très fingulières ſur la vie privée de cette
Reine d'Angleterre; & le ſecond Volume
s'ouvre par des piècesfingulières & intéreffantes,
relatives à la mort de Marie Stuart , &
qui , même en fourniſſant une plus forte
conviction de ſon crime , intéreſſeroient
toujours vivement à ſes malheurs & à fon
courage.
C'eſt après de pareilles aventures , que le
Lecteur eft agréablement conſolé par des
faillies ou des anecdotes plaifantes. Aufſi
eft- ce avec plaiſir , qu'après avoir pleuré la
mort de Marie , on fait gré à l'Editeur de
nous apprendre que l'Abbé de Pompadour ,
mort en 1710 , payoit un Laquais pour dire
SonBréviaire. : :
On trouve ſouvent dans ce Recueil des
traits de moeurs & de coftume, utiles à ceux
qui veulent écrire l'Hiſtoire ou en acquérir
une connoiffance détaillée. Voici une éti-
1
DE FRANCE. 161
quette de Cour concernant la table , étiquette
qui peut étonner , vu que la date du
temps où elle exiſtoir n'eſt pas très éloignée :
c'eſt ſous LouisXIV. " Dans ce temps là on
ود étoit toujours couvert à table: c'eût été
" un air de familiarité d'en ufer autrement.
» Le Dauphin même y gardoit ſon chapeau
devant le Roi , qui ſeul quittoit le ſien. » ود
Les détails que renferme ce Volume ſur
PhilippeV, Roid'Eſpagne, ſont très - curieux ;
& nous regrettons de ne pouvoir rapporter
ici un fragment d'une lettre du Régent ,
adreſſée à ce même Monarque : elle eft remarquable
, & par les choses qu'elle renferme
, & par la manière dont elle eſt
écrite.
1
L'anecdote de Mylord Stairs laiſſe au Leeteur
une impreſſion auffi fingulière que profonde.
Appelé à un rendez-vous très-myftérieux
, dont le réſultat pouvoit être également
ou une aventure galante , ou une affaire
périlleuſe , Lord Stairs ſe laiffe conduire
" dans une rue preſque déſerte , où fon
>> conducteur s'arrêtant à la porte d'une
» vieille & petite maiſon , l'ouvre , lui
montre un eſcalier , lui dit : ود
montez ,
>>>Milord , & ferme la porte fur lui . »
L'intrépide Lord , tenant ſon épée d'une
main & de l'autre un piſtolet , arrive dans
une chambre fort triſtement meublée , &
éclairée par une eſpèce de lampe ſépulcrale.
Là , il voit dans un lit , dont on le
162 MERCURE
prie d'ouvrir les rideaux , un vieillard, une
eſpèce de fantôme effrayant. On s'intéreſſe
comme lui , au récit de ce vieillard , qui lui
remet des papiers que l'on croyoit perdus ,
les titres de pluſieurs terres dont on avoit
fait des ventes fimulées.Enfin ce bienfaiteur
inconnu de Milord Stairs , ſe trouve fon
biſayeul , qu'on croyoit mort depuis longues
années , & qui lui parle avec la tendreſſe la
plus affectueufe. En liſant ce récit , on partage
la ſurpriſe & la reconnoiſſance du Lord,
&on defireſavoir l'hiſtoire du Vieillard ; on
n'en apprendque ledénouement,&cc'eſtavec
un fremiſſement involontaire. Le motif qui
l'avoit forcé à cacher ſa vie , dont la durée
étoit juſques làde cent quatorze ans, c'eſt une
vengeance auffi nouvelle que terrible , qu'il
avoit tirée du Roi Charles premier, qui avoit
ſéduit&rendu malheureuſe une de ſes parentes.
Il faut entendre le Vieillard lui - même :
>> devous dire aujourd'hui, Milord, par quels
> moyens aufli recherchés que périlleux , ma
>> fureur contre ce Prince ,àpartir de ce fatal
>> moment , toujours également la même ,
>> eft enfin parvenue à remplir ma vengeance
»& mon execrable ferment , ainſi que les
>> événemens qu'ont produit les remords ,
> dont men crime ne tarda pas d'être ſuivi;
>> tous ces détails , dans l'état où vous m'avez
font maintenant trop douloureux
>>pour être rappelés. Qu'il vous fuffiſe au-
>>jourd'huide ſavoir,pour m'abhorrer autant
vu ,
DE FRANCE. 163
» queje m'abhorre moi-même,que l'exécuteur
>>du Roi Charles premier , qui ne parut fur
>>l'échafaud que ſous un maſque , n'étoit
>>autre en effet que ..... votre indigne &
>>trop coupable biſayeul , Sir Georges
>> Stairs. >>
Hâtons - nous de détruire l'impreffion de
cette horrible anecdote , par un trait d'un
intérêt different. " Henri , ſecond du nom ,
» étant à Regensberg ou Ratisbonne , & y
ود faiſantune partie de chaſſe , invita Babon,
>> Comte d'Aremberg , à s'y trouver , mais
>> fans aucune fuite. Celui-ci avoit, de deux
>> femmes qu'il avoit épousées , huit filles
>>>vivantes , & trente deux garçons bien
• faits , & en âge de rendre quelques fer-
> vices à cet Empereur. Croyant devoir pro-
> firer de cette occafion , & ayant bien
> équipé ſes trente- deux fils , avecun domeſ
>>rique pour chacun , fort bien montés , il
» les mena au rendez- vous convenu pour la
chaſſe. Henri, ſurpris de l'arrivée de ces
>> ſoixante- quatre cavaliers , appela Babon ,
» & lui dit : qu'eſt - ce donc que tout ce
>> monde , Babon ? ne vous avois-je pas prié
>> de venir ſeul ? - Seigneur c'eſt à
» quoi je me ſuis conformé,&je n'ai pris
>> pour m'accompagner , qu'un ſeul domef-
>> tique.- Qui ſont donc ces gens dont je
>> vous vois ſervi?-Ce ſont mes trente-
ود
,
deux fils accompagnés de chacun un
>> valet , & qui ne veulent vivre que pour
164 MERCURE
» vous fervir , ainſi qu'a fait leur père. J'ai peu
» de bien pour les élever convenablement à
>>leur qualité; & j'ai cru que Votre Ma-
" jeſté pourroit leur en faire. Je puis même
>> affurer qu'ils font heureuſement nés, di-
- gnes, en un mot, du ſang & de la répu-
» tation de leurs ancêtres ;& fi vous trouvez
" digne de vous le préſent que j'oſe vous en
>> faire , vous pouvez le regarder , à parsir
>> de cet inſtant , comme le propre bien de
» Votre Majefté.
>>Henri agréa avec plaifir l'offre du bon
>> vieillard, donna de l'emploi à tous les frè-
>> res , s'en trouva bien , & nombre d'illuf-
>> tres familles d'Allemagne ſe font hon-
>> neur aujourd'hui de tirer leur origine de
" ce Comte Babon. »
L'étendue que nous avons déjà donnée à
cet article , nous force à nous reftreindre
pour le troiſième volume. Pour ſuivre l'efprit
de l'Editeur, qui a ſu mélanger ces piè
ces avec une variété , qui en fait reffortir
l'intérêt , citons huit vers , qu'on lira fans
doute avec plaifir :
:
RÉPONSE d'un Grenadier , à M. le Comte
D'ESTAING , àſon retour d'Amérique.
A
Qui décore ainſi ma ported ....
Otez,braves Grenadiers ,
Que trop loin le zèle emporte ,
Otez-vîte ces lauriers .
DE FRANCE. 165
-Duffiez- vous , grand Capitaine,
Ne point parler à des ſourds ;
Parbleu , ce n'eſt pas la peine,
Ils repoufferont toujours.
:
Ces vers ſont ſans doute de M. D. L. Pl.
lui-même , qui en ainſeré beaucoup d'autres
auſſi agréables.
د
Ce n'eſt pas une anecdote des moins piquantes
que celle concernant Garrick
fameux Comédien Anglois , & Hogarth ,
premier Peintre du Roi d'Angleterre. Nous
allons en donner une idée.
Hogarth , ami intime de Fielding , ne
pouvoit ſe conſoler de l'avoir laiſſé mourir ,
fans avoir fait ſon portrait. Un jour étant
occupé à peindre , il entend comme une
voix ſépulchrale ſortant de ſon ſallon , qui
lui crie : Hogarth , viens me peindre. Hogarth
, frappé de cette voix, ne croyant pas
aux revenans , voulut continuer ſon travail ;
mais la même voix s'étant fait entendre , il
ouvre la porte de ſon ſallon , & il recule
d'effroi , croyant en effet reconnoître Fielding
qui lui dit : ne crainds rien , mon ami ;
& hâte-toi de faifir mes traits. Je n'ai qu'un
quart-d'heure à te donner.
Hogarth fait ſon eſquiſſe , le fantôme s'en
va ; le Peintre n'oſe parler de ſon aventure ,
de peur qu'on n'en rie ; mais l'eſquiffe expofée
eſt reconnue ,& jugée parfaitement refſemblante.
1
On ne devineroit jamais le noeud de cette
166 MERCURE
aventure. C'étoit le célèbre Garrick , qui
avoit pris la figure & la voix de Fielding ,
pour en faire faire le portrait par ſon ami
Hogarth .
Nous ne dirons rien de pluſieurs morceaux
auſſi piquans , renfermés dans ce
même volume , tels que la reſſuſcitée , quelques
anecdotes de Pierre de la Place , premier
Préſident à la Cour des Aides de Paris ,
l'un des ancêtres de l'Edireur , &c. &c. &c.
Non-ſeulement ce recueil eſt riche par les
morceaux qui le compoſent; mais l'ordre
ou l'art avec lequel les matériaux ſont employés
, en rend la lecture plus piquante , &
fait defirer le quatrième volume qui eſt ſous
preffe.
;
i
3
PRINCIPESgénéraux de Belles-Lettres , par
M. Domairon , Profeſſeur Royal desBel
les-Lettres à l'École Militaire ,de l'Academie
deBéziers.AParis , chez Laporte
Imprimeur- Libraire ,rue des Noyers. 2vola
in-12. Prix liv br. 6 liv. reliés.
:
را
Nous étions riches en Ouvrages didactiques
dans le genre littéraire ; mais nous n'en
avions aucun qui renfermât autant d'objets
que celui-ci ; & nous en avons peu
où ces objets ſoient ſi bien préſentés. Cet
Ouvrage eſt le recueil des leçons que M.
Domairon dictoit aux Cadets Gentilshommes
de l'Ecole Royale Militaire. Il l'a rendu
DE FRANCE. 167
public , parce que , dit-il , on a jugé qu'un
des moyens d'accélérer leurs progrès , feroit
de le leur mettre entre les mains , imprimé
; & que , d'un autre côté , des Gens
de Lettres ont penſé que les jeunes gens ,
& même les perſonnes dont l'éducation
a été négligée , pourroient en retirer quelque
avantage. Nous ne doutons nullement
qu'il ne ſoit en effet de la plus grande
utilité pour les uns & pour les autres. Le
grand nombre des objets , tous effentiels
à connoître , l'ordre & l'enchaînement des
matières , la précifion & la netteté du ſtyle ,
les divers tons que l'Auteur fait prendre
felon les ſujets qu'il traite , les preuves
qu'il donne par-tout d'un goût ſain & d'une
critique éclairée , en un mot l'enſemble&
les détails de l'Ouvrage , lui méritent, de
la part du public , l'accueil le plus favorable.
Les Belles-Lettres comprennent la grammaire
, la rhétorique & la poétique , c'eſtà
dire, l'étude des principes néceſſaires pour
bien écrire en notre langue , & celle des
regles des divers gentes de Littérature , ſoit
en proſe , ſoit en vers. C'eſt de ce point
que part M. Domairon, pour diviſer ſon
Ouvrage en deux parties. Dans la première
, il traite de l'art de bien écrire ,
&dans la ſeconde , des productions litréraires.
Nous n'écrivons , dit-il , que pour
>> communiquer aux autres nos penfees;
>> mais en écrivant nous defirons toujours
1
168 MERCURE
" que nos Lecteurs les ſaiſiſſent& les conçoivent
parfaitement. Il faut donc que
> nous exprimions nos penſées avec préci-
>> fion , avec exactitude , & par confequent
que nous nous attachions à écrire cor-
» rectement. Nous ſommes charmés qu'on
» éprouve un certain plaiſir en nous li-
» ſant. Il faut donc que nous exprimions
>> nos penſées avec grace , avec élégance ,
» & par conféquent que nous nous attachions
à écrire agréablement. Nous nous
propofons bien ſouvent de toucher &
>> de perfuader ceux qui nous liſent. Il
>> faut donc que nous exprimions nos pen-
>>ſées avec chaleur , avec vehemence , &
ود
20
par conféquent que nous nous attachions
à écrire pathétiquement. La première ma-
>> nière fatisfait la raiſon : elle ſuppoſe une
connoiffance des principes de la grammaire.
La ſeconde flatte l'imagination :
" elle ſuppoſe une connoiſſance de cette
» partie de la rhétorique , qu'on appelle
>> élocution. La troiſième maîtriſe l'ame :
>> elle ſuppoſe une connoiſſance du pathé-
» tique & de l'éloquence ".
Après cette expoſition lumineuſe& raiſonnée
du plan de la première partie,
l'Auteur développe les principes relatifs à
ces trois manières d'écrire. Une étude ſérieuſe
& réfléchie des règles de notre langue
, nous eft abfolument néceſſaire pour
écrire correctement. On ne peut faifir &
comprendre ces règles , ſans connoître la
nature
DE FRANCE: 169
nature des mots qu'on emploie , & leur
arrangement dans le diſcours. Tout ce qui
tient à ces deux objets , l'Auteur l'explique
avec autant de méthode que de préciſion ,
fans riendire de ſuperflu , ſans rien omettre
d'eſſentiel.
Ecrire agréablement , ſuivant M. Domairon
, c'eſt flatter l'oreille & l'eſprit par les
charmes d'une belle élocution , c'est-à-dire ,
par les ornemens dont on embellit ſes penfées.
Il rapporte tout ce qu'il ya d'eſſentiel
à dire ſur cette partie de la rhétorique
, à deux objets principaux , qui font
le ſtyle & ſes différentes eſpèces. Après
avoir défini le ſtyle, il explique la nature
& les qualités des penſées; celles qui ont
un caractère propre ou des agrémens particuliers
, & celles qui , n'ayant d'autre mérite
que celui de la vérité , ont beſoin
d'être relevées par l'expreffion. Pour faire
connoître la manière d'embellir ces penſées
, il diviſe ce chapitre en deux articles.
Dans le premier , il parle des qualités da
ſtyle , qu'il conſidère d'abord dans ſa forme ,
c'est-à -dire , lorſqu'il eſt coupé& lorſqu'il
eft périodique. Il recommande enſuite de
s'attacher principalement à la clarté & à
la convenance , qualités dans lesquelles font
compriſes toutes les autres qualités ou tous
les agrémens qui tiennent au fond du ſtyle.
Il fait voir en quoi conſiſtent ces differens
agrémens , & les défauts qui leur font
oppofes. Dans le ſecond article , l'Auteur
N°. 13 , 26 Mars 1785. H
170 MERCURE.
parle du ſtyle figuré , qui comprend les
figures de mots , celles qui ne font pas
tropes & celles qui font tropes. Quant aux
figures de penſées , il y a unfi grand rapport
entr'elles & les différentes eſpèces de
ſtyle , qu'il a cru devoir en parler conjointement
dans le ſecond chapitre , où il fait
connoître en même tems le ſtyle fimple &
les figures qui lui font propres , ou les plus
convenables à la preuve , le ſtyle tempéré
& les figures d'ornement. Pour mettre de
l'ordre & de l'exactitude dans les matières
, il a renvoyé à la ſection ſuivante ce
qu'il devoit dire du ftyle fublime & des
figures qui lui conviennent.
On écrit pathétiquement , dit M. Domairon
, lorſque , par la nobleffe & l'élévation
des penſées , la vivacité , l'énergie & la
chaleur du ſtyle , on touche & l'on perfuade.
On ne peut toucher qu'en employant
le pathétique. On ne peut perfuader que
par le fecours de l'eloquence. Te le eſt la
matière de deux chapitres Dans le premier
Auteur fait connoître llee ſtyle fu
blime & les figures touchantes ou propres
aux paffions, & de plus , ce qu'on appelle
proprement le fublime qui peut naître de
trois différentes fources , des pensées , des
fentimens ,des images. Dans le ſecond chapitre,
il fait voir en quoi confifte Feloquence,
&quels eenn Tont les differens genres
ou caractères .
2
いつ
*Cette première partie eſt ſuivie d'obſerDE
FRANCE.
1711
vations générales ſur l'art d'écrire les lettres
, & fur le cérémonial qu'on y obf rve ;
objet qu'il eſt aſſez important aux jeunes
gens de ne pas ignorer en entrant dans le
monde.
En entrantdans le vaſte champ des productions
littéraires , l'Aureur préfente un
tableau raccourci des quatre fameux frècles
de la Littérature , & fait connoître les
grands hom nes qu'ils ont profuits. Il diviſe
cette feconde partie de fon Ouvrage
en deux ſections. Dans la prentière , il expoſe
toutes les règles eſſentielles du difcours
oratoire en géneral. Il parcourt
enfuite ſuccinctement , mais fans rien
omettre d'effentiel , toutes les eſpèces de
difcours. Vient après le genre hiſtorique ,
où l'Auteur trace la manière d'écrire l'Hiftoire
, & en indique les différentes eſpèces.
Ce qui concerne les Ouvrages didactiques
&le roman , termine cette première fection.
-La ſeconde ſection , conſacrée aux Ouvrages
en vers , eſt beaucoup plus étendue.
Après quelques notions preliminaires fur
la verfification françoiſe & fur la poefie en
général , il en indique les quatre differens
genres , qui font l'epique , le dramatique ,
le lyrique & le didactique. Nous regrettons
de ne pouvoit le ſuivre dans toutes
ces differentes parties , qui font toutes également
traitees avec le talent d'un bon Ecrivain
& les principes d'un vrai Littérat ur.
Hij
172 MERCURE
MANUEL du Minéralogiſte , ou Sciagraphie
du Règne Minéral , distribué d'après l'analyse
Chimique , par M. Torbern Bergman ,
Chevalier de l'Ordre de Waſa , des Académies
d'Upſal,de Stockholm, de Londrest,
&c. traduite & augmentée de notes , par
M. Mongez le jeune , Chanoine Régulier
de Ste Geneviève , Auteur du Journal de
Physique , & Membre de pluſieurs Académies.
I vol. in-8 °, de 342 pages , avec
une planche de figures , ſous le privilège
de l'Académie Royale des Sciences. A
Paris , chez Cuchet , rue &hôtel Serpente.
CET Ouvrage n'eſt , comme l'annonce le
titre de Sciagraphie , qu'une ſimple ébauche
d'une diſtribution du règne Mineral , d'après
l'analyſe chimique ; mais une ébauche que
l'on pourroit comparer à ces premiers linéamens
, qu Apelle traça un jour chez un autre
Peintre célèbre de l'antiquité , en fon abfence
, & dans lesquels celui - ci reconnut
auflitôt la main d'un grand Maître.
M. l'Abbé Mongez a rendu un double
ſervice aux Sciences , par le ſoin qu'il a pris
de nous donner la Traduction de ce morceau
précieux , & de l'enrichir de notes , qui en
ſont comme le développement. Cette Traduction
eſt précédée d'une Introduction
dans laquelle M. Mongez donne d'abord une
1
DE FRANCE. 173
idée très-nette des méthodes imaginées pour
faciliter l'étude de la Minéralogie. Parmi ces
différentes méthodes , il diftingue celle de
M. Daubenton , qu'il regarde , à juſte titre ,
comme la plus parfaite dans ſon genre que
l'on ait encore donnée , & comme celle qui
doit être adoptée & préférée par tout Naturaliſte
qui veut connoître parfaitement les corps
du règne minéral ,sans remonterjusqu'à leurs
principes conflituans.
M. Mongez paffe aux notions générales
de la Minéralogie , dont il ne dit qu'un mot,
parce qu'elles font développées dans tout le
corps de l'Ouvrage. Il s'étend davantage fur
l'idée qu'on doit ſe faire de la minéraliſation
, qui eft , ſelon lui , une vraie combinaiſon
chimique d'une ſubſtance métallique ,
avec un acide quelconque. Ainsi , point de
Minéraliſateur ſans acide ; ſi le ſoufre en
fait la fonction , c'eſt à raiſon de l'acide qu'il
contient ; l'arſenic en état de demi-métal ,
ne peut non plus minéraliſer aucune fubftance
, mais ſeulement l'acide arſenical , qui
eſt un de ſes principes conftituans. Cette
idée , qui eſt le réſultat de pluſieurs expériences
auxquelles M. Mongez ſe propoſe
d'en ajouter de nouvelles , nous paroît belle
&bien conforme à la ſimplicité de la nature.
M. l'Abbé Mongez termine cette Introduction
par la deſcription du chalumeau ,
inſtrument avec lequel il invite les Naturaliſtes
à ſe familiariſer , & qu'il regarde ,
Diij
174 MERCURE
avec raiſon , comme étant de la plus grande
reffource , fur- tout pour ceux qui voyagent
dans le deffein d'obſerver les minéraux fur
les lieuxmêmes.
Le ſyſtême donné par M. Bergman , dans
ſa Sciagraphie , eſt diviſé d'abord en quatre
claffes principales , qui font les ſels , les terres
primitives , les ſubſtances phlogiſtiques &
les métaux. Ces differentes claſſes ont plufieurs
ſous-diviſions , dont chacune a pour
titre le nom du principe qui abonde le plus
dans les ſubſtances auxquelles elle s'étend .
Le grand nombre de notes & d'obſervations
que M. Mongez a ajoutées à la Sciagraphie
, forment ſeules la matière d'un Ouvrage
à part , & doivent le faire regarder ici
✓plutôt comme Auteur que comme Traducteur.
On trouve dans ces notes des réflexions
intéreſſantes , qui répandent un nouveau jour
fur le texte , des defcriptions minéralogiques
très-bien faites de chaque ſubſtance , avec
l'indication de ſes principes conſtituans , de
ſes propriétés , de ſes uſages dans les Arts
&c.
Chaque article eſt terminé par l'expofition
des phénomènes que préſentent les fubftances
traitées à l'aide du chalumeau. M.
Mongez donne ici le réſultat des expériences
multipliées qu'il a faites à l'aide de cet inftrument
, dont il a tiré le parti le plus avantageux.
:
Cer Ouvrage, qui a eu le fuffrage de l'Aca
DE FRANCE. 175
démie des Sciences , eſt également précieux
au Minéralogiſte & au Chimiſte , & bien
propre à étendre le goût & à perfectionner
l'étude de deux Sciences importantes , qui
feront des progrès beaucoup plus rapides ,
lorſqu'on faura les affocier l'une à l'autre ,
les faire marcher, pour ainſi dire , de front ,
& enviſager à la fois la nature fous deux
points de vûe , unis entre eux par des rapports
intimes , & faits pour s'éclairer mutuellement.
La dernière Héloïse , ou Lettres de Junie
Salisbury , recueillies & publiées parM.
Dauphin , Citoyen de Verdun. A Londres ,
& ſe trouve à Paris , chez la Veuve
Duchefne , rue S. Jacques ; Bailly , rue
S. Honoré , & Royez , quai des Auguſtins .
ADELCLAR , jeune Anglois , orphelin dès
l'enfance , a éprouvé toutes fortes de difgrâce;
ſon Tuteur intéreſſe , comble ſes
perfécutions par le projet d'enlever ſa victime
, qui trompe l'adreſſe de ſon affaflin ,
&lui porte un coup mortel. Accufé par la
calomnie d'avoir voulu ſe défaire de ſon oncle
, Adelclar prend la fuite ; il eſt introduit
comme Musicien dans un Concert , chez
Milord Salisbury , où il devient amoureux
de Junie , à qui il inſpire un penchant égal
au fien. Adelclar a le bonheur de ſauver la
vie à Milord dans une partie de chaffe ; &
pour reconnoître ce bienfair , Milord lui
Hiv
476 MERCURE
offre la main de ſa fille ; mais fur ces entrefaites
un homme qui avoit des vûes ſur Junie
revient avec une ſucceffion confidérable , &
Milord Salisbury lui accorde Junie. Peu de
temps après , ayant ſurpris une lettre d'Adelélar
dans les mains de ſa fille , il ſe livre à
toute ſa colère , traîne Junie échevelée ſur
les pavés de la cour , la jette à la porte ſans
connoiffance , & menace d'ôter la vie au
premier qui ofera en approcher & la ſecourir
; Adelclar arrive , reconnoît ſa maîtreſſe
à la clarté de la lune , & fuit avec elle ; dans
ſa fuite il eſt arrêté comme aſſaffin , mis en
priſon avec Junie. Milord Wolſaindall , qui
avoit fait un trajet de mer avec eux , s'intéreffe
à leur fort, briſe les fers de Junie , &
lui donne une retraite au ſein de ſa famille ,
au milieu de ſon fils &de fa fille ; ce fils eft
un mauvais ſujet , froidement atroce , qui
commet toutes les noirceurs poffibles pour
avoir Junie. Il parvient à l'enlever. L'agent
de ſes perfidies , après avoir conduit Junie
dans une ſolitude , ſe repent , & dévoile à
cette infortunée toutes les manoeuvres du fils
de Milord. Junie fuit ſans ſavoir où elle va;
au ſein de la misère , elle n'a d'autre reffource
que de ſe mettre en ſervice. Un des maîtres
qu'elle fert l'accuſe de vol; on l'empriſonne
, on l'interroge , & enfin elle meurt
dans toutes les horreurs de la captivité.
Voilà le ſujet de ce Roman , auquel on a
donné , nous ne ſavons trop pourquoi , le
titre de la dernière Héloïse; les incidens s'y
DE FRANCE. 177
ſuccèdent avec trop de rapidité ; il manque
de développemens néceffaires , & les fituations
intéreſſantes y manquent ſouvent leur
effer , faute d'être préparées. Quant au ſtyle ,
nous avons été frappés de pluſieurs endroits
vicieux ; en parlant par exemple du voile
qui couvre le ſeiu de Junie , l'Auteur dit
que " ce voile , pour être un impudent , n'eſt
» pas moins ſéducteur....... J'ai cherché à
>> m'empoisonner deſenſibilité...... Dans l'om-
>> bre de la nuit mes yeux cherchoient vos
>> traces dans les détours où je ſoupçonnois
» que votre lettre avoit été écrite ; il me
" ſembla reconnoître une empreinte.... Mes
>> genoux tremblans de plaiſir cédèrent à
» mes lèvres brûlantes l'heureux droit de la
>> preſſer tendrement. Je réchauffai de bai+
>> ſers & de larmes cette terre que la fraî
>> cheur des nuits avoit déjà refroidie.
Malgré ces défauts, on ne peut pas diſconvenir
qu'il n'y ait du mérite dans cet Our
vrage, on y trouve des détails heureux ; le
trait d'un fils , que Junie a eu d'Adelclar ,
dans ſes malheurs , qui ne vit que d'eau &
de pain pour porter quelques ſchellings au
Geolier de la priſon de ſa mère , nous a
parutouchant. En général , il y a trop d'incidens
pour unRoman d'une ſi petite étendue.
*
Hv
178 MERCURE
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
LD
LES Concerts de cette quinzaine s'annoncent
d'une manière très-brillante , par la
ſenſation prodigieuſe qu'a faite M. Davide ,
le plus célèbre Ténore de l'Italie. Sa manière
de chanter peut être conſidérée ſous plufieurs
aſpects , & nous offrira par la fuite
l'objet d'une légère diſcuſſion; mais en attendant
que les avis foient entièrement fixés
fur fon compte , que les opinions générales
foient affez bien établies pour que nous puiffions
les rapporter & y joindre la notie
nous ne parlerons que de ſon ſuccès , qui
ne fauroit être plus éclatant. M. Davide
joint à une exécution prodigienfe beaucoup
d'adreſſe , de force , de ſenſibilité , une jufteffe,
une précifion parfaite , toutes les qualités
qu'on exige d'un Chanteur. Sa methode
eft excellente , &nous n'avons point encore
entendu en France deVirtuoſe plus confomme
dans ſon Art. Nous entrerons quelque
jour ſur ſon compte dans des details plus
étendus.
Dans l'uſage où nous fommes de paffer
en revue, après la quinzaine, tous les talens
qui ſe ſont fait applaudir , nous ne nous
DE FRANCE. 179
étendrons pas davantage ſur les trois Concerts
derniers ; il nous eft cependant impoffible
de paiſer ſous filence la ſymphonie concertante
de M. de Vienne le jeune , pour le
cor & le baffon. Dans ce morceau , d'une
compoſition très-agréable , l'Auteur a exécuré
lui-même la partie de ballon avec une
perfection étonnante ; & M. Lebrun , chargé
dela partie de cor , malgré les grands ſuccès
qu'il avoit déjà eus dans pluſieurs ſymphonies
d'Hayden , a furpaffe de beaucoup l'idée
avantageuſe qu'on avoit déjà conçue de ſes
talens. Il eſt impoffible d'unir à p'us d'exécution
un ſon plus moelleux , plus touchant
; le jeune Artiſte a prouvé , par ce ſeul
morcean , qu'il n'eſt point de degrés de réputation
auquel il ne puiſſe prétendre.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Samedi 12 de ce mois , la clôture de
ce Théâtre a éré faite par une repréſentation
d'Athalie , Tragédie de Racine , ſuivie
du Somnambule , Comédie de feu M. de
Pont-de-Veyle.
Athalie eſt un de ces Ouvrages qui ont
le privilège de paroître toujours neufs , &
d'exciter l'admiration de tous les ordres
des Spectateurs ; mais cette Tragédie a befoin,
pour produire tout l'effet dont elle
eſt ſuſceptible , d'être repréſentée par des
Comédiens d'un véritable mérite. Les rôles
Hvj
180 MERCURE
de Joad & d'Athalie , exigent principalement
des Acteurs conſommés. Le premier
a été rendu par M. Briſard , avec une ſupériorité
de talent bien rare. Dans le troiſième
acte ſurtout , il a offert l'image
parfaite d'unGrand- Prêtre du Dieu d'Iſraël ,
d'un homme poſſédé de l'Eſprit divin , os
magnafonaturum. Des applaudiſſemens d'enthouſiaſme
lui ont témoigné la fatisfaction
générale. Mlle Raucourt , dans le
rôle d'Athalie , a mérité auſſi des éloges.
Nous ſaiſirons cette occafion pour répérerà
cette Actrice ce que nous lui avons
déjà dit quelquefois. Sa taille majestueuſe ,
ſa figure noble & impoſante , la fierté de
ſon maintien , lui donnent de grands avantages
dans l'emploi des Reines , dont elle
eſt aujourd'hui chargée. Elle a de l'intelligence
, de l'eſprit ; & lorſqu'elle oſe ſe
permettre de l'abandon , elle prouve qu'elle
n'eſt pas dénuée de cette ſenſibilité qui fait
l'ame de la ſcène ,& qui donne de la vie aux
perſonnages dramatiques. Nous l'invitons
donc à combattre les craintes qui arrêtent
l'eſſor de ſes moyens , & qui nuiſent à l'expreſſion
qu'elle eſt capablede donner aux
ſentimens qui agitent les caractères qu'elle
repréſente. Nous l'exhorterons aulli à étudier
les différentes modifications de fon organe
, à en varier davantage les accens,
fur-tout à ne point laiſſer tomber , dans les
ſons graves de ſa voix , tous les derniers vers
de ſes tirades; non- feulement parce que
DE FRANCE. ISI
cette négligence détruit abſolument l'effet
que la vérité de fon débit avoit produit
d'abord , mais encore parce qu'elle la ré-'
duit ſouvent à l'impoſſibilité de ſe faire entendre.
Nous croyons pouvoir l'affurer qu'avec
cette attention & du courage , elle ſe
montrera digne de l'emploi difficile qu'elle.
occupe , & qu'elle y obtiendra les ſuffrages
publics. Au moins l'intérêt que nous prenons
au Théâtre François & à ſa gloire ,
nous le fait-il vivement defirer.
Entre les deux Pièces , M. Saint-Phal ,
jeune Acteur , admis l'année dernière au
nombre des Comédiens du Roi , & qui ,
depuis l'inſtant de fa réception , a développé ,
par des progrès très-rapides , le talent dont il
avoit montré le germe , a prononcé , avec
beaucoup de graces & d'un ton enſemble
modefte & noble , le Diſcours qu'on va
lire.
-1 MESSIEURS , 7
« Nous n'aurions plus rienà deſirer ſi l'expreffion
de notre reconnoiſſance pouvoir ſe varier auſſi ſorvent
que vos bontés ſe multiplient. Nous pourrions
nous flatter alors , ſans craindre d'être accuſés d'orgueil
, de vous en offrir l'hommage d'une manière
qui ne feroitpas tout- à-fait indigne de vous Mais
d'un côté votre indulgence n'a point de bornes , fi
nos coeurs font capables d'en ſentir tout le prix; de
Pautre il eſt trop malheureuſement vrai que les
moyens de vous peindre la ſenſibilité dont nous
ſommes pénétrés ſont devenus d'autant plus rares ,
182 MERCURE
qu'on en a fait un uſage plus fréquent, Quelparti nous
refte-t- ildonc à prendre,Meſſieurs, dans une parcille
poſition? celui d'abjurer les reſſources d'une vaine éloquence&
de chercher à prouver par des faits le defir
de vous plaire , dont nous sommes toujours animés.
Multiplier vosplaiſirs en donnant à notre Repertoire
autant de variété que de mouvement'; faire revivre
dans votre mémoire les productions des anciens
Maîtres de l'Art ; accueillir avec empreſſement celles,
de leurs fuceffeurs ; attirer votre attention par des
Ouvrages piquans & fufceptibles d'intéreffer votre
curiofité : voila les devoirs que nous avons à remplir
&que nous remplirons toujours avec autant de ſoumiffion
que de joie. La continuation de vos bontés ,
Meſſieurs , ſoutiendra , ſans doute, notre zèle &
notre réſolution . De toutes parts des cris inquiétans
ſe font entendre, On ſe plaint de la décadence du
goût , du dépériſſement de l'Art dramatique , de la
foibleſſe des talens. Si ces plaintes font auffibien fondées
qu'on a lieu de le craindre , la Comédie Françoiſe
doit s'en alarmer justement , puiſque le premier
des titres dont elle s'honore eſt celui de dépofitairedes
chef- d'oeuvres qui ont placé le Théâtre
de la Nation au-deſſus de tous les Théâtres de l'univers
connu . Mais la confiance qu'ellela dans vos lumières
ſuffit pour calmer fes alarmes. C'eſt à ceux
d'entre vous , Meſſieurs , qu'une longue habitude de
la Scène a renda juges compétens des productions
dramatiques , qu'il convient de guider l'Auteur qui
veut entrer dans la carrière des Molière & des Corneille
; d'éclairer le Comédien qui ſe propoſe tourà-
tour de s'armer du poignard de Melpomène & de
prendre le maſque de Thalie; enfin de donner à la
Jeuneſſe, que le goût du Théâtre conduit à nos
Jeux , les connoiſſances par leſquelles on peut protéger
, foutenir &juger un Art qui préſente encore
plus de difficultés qu'il n'a d'attraits. Votre prétence
DE FRANCE. 183
ences lieux peut ſeule produire ces heureux effets ;
nous vous la demandons , moins comme une récompenſe
de nos travaux & de notre zèle , que
comme ungage de l'intérêt que doivent prendre des
efprits éclairés , tant à la gloire de leur nation , qu'à
celle d'un Théâtre qui a immortaliſe ſa langue ,
ſongénie & ſes ſuccès. >>
Le Public a paru fatisfait de ce Diſcours ,
&bien plus encore de la manière dont il
a été prononcé. L'Orateur y parle des devoirs
que les Comédiens ont à remplir , &
qu'ils rempliront toujours , dit-il, avec autant
de foumiffion que de joie. On peut defirer
, pour l'avantage de tout le monde ,
que ces devoirs foient en effet remplis avec
exactitude. En variant leur répertoire , en
faiſant revivre les chef-d'oeuvres des anciens
Maîtres , en accueillant avec empreflement
les productions de leurs ſucceſſeurs , les
Comédiens multiplieront, il est vrai , les plaifirs
du Public , mais ils auginenteront aufli
leurs recettes , par confequent leur fortune :
ainfi Auteurs , Acteurs , Spectateurs , gagneront
à l'exacte obſervation de cesjoyeux
devoirs. O utinam !
Ο
COMÉDIE ITALIENNE.
N a fermé ce Spectacle par une repréſentation
de Fanfan & Colas , jolie Comédie
de Mmede Beaunoir , ſuivie de Richard
Coeur-de-lion .
184 MERCURE
:
A la fin de cette pièce , les Acteurs ont
fait leurs adieux au Public par des couplets
, dont le mérite n'eſt que celui de l'àpropos.
Chantés par des Comédiens en
poſleſſion de l'eſtime générale , ces couplets
ont été fort applaudis. Celui que l'Auteur
(M. Favart le fils ) a placé dans la bouche
de Mme Dugazon , a été redemandé. En
voici les quatre derniers vers :
Lorſque mon zèle obtient votre fuffrage ,
Comme mon coeur men orgueil eſt flatté ;
Pour conſerver cet heureux avantage ,
Puiſſe le ciel me rendre la ſanté !
Les maladies dont cette charmante Ac
trice a été affligée pendant le cours de l'année
qui vient de finir , & qui même ont
menacé ſes jours , l'ont rendue plus chère
au Public. Il s'eſt mis , en conféquence pour
moitié dans le voeu qu'elle a formé. Cette
preuve d'intérêt ne peut que rendre Mme
Dugazon plus exacte à ſes devoirs ; & c'eſt
fon empreſſement à ſervir ce Public dont
elle eſt adorée , qui peut ſeul atteſter qu'elle
eſt pénétrée de toute la reconnoiſſance qu'elle
lui doit.
DE FRANCE. 185
ANNONCES ET NOTICES.
@
UVRES de Racine , s vol. , pour la collection
in- 18 , imprimée par ordre du Roi, pour l'éducation
deMonseigneur le Dauphin : fur papier vélin , de la
fabrique de MM. Mathieu Johannot d'Annonay.
Prix 30 liv. br. en carton. A Paris, chez Didot l'aîné ,
rue Pavée Saint- André.
On a employé pour cette édition un caractère
gravé exprès. Il eſt un peu plus petit que celui du
Télémaque& du Boſſuer , de la même collection
in-18, pour empêcher les vers de doubler ; & il
n'en eſt pas moins facile à lire à cauſe de ſa netteté,
Achaque nouvel Ouvrage qu'il publie , cet habile
Imprimeur eſt récompenſe de ſes peines & de ſon
talent par le ſuffrage des Connoiffeurs . :
OPERA Latina D. Caroli Lebeau. Tome quatrième.
Prix , 2 liv. 8 ſols br. , 3 liv. relié A Paris ,
chez P. M. Nyon , p'ace du College Mazarin , &
ſe trouve auſſi à Verſailles , chez Poinçot , Libraire ,
rueDauphine. ১
Cequatrième volume des OEuvres Latines de M.
Lebeau , renferme un parallèle des Fables en vers
Latins de M. Lebeau , avec La Fontaine & tous les
Poëtes Latins qui ont traité les mêmes Fables. On
ne verra pas ſans intérêt cet eſtimable Littérateur mis
en vis-à-vis avec pluſieurs rivaux , dont pluſieurs
font dignes de l'être. L'Éditeur , dans ſa Préface, le
juſtifie dedeux reproches qui lui ont été faits; d'avoir
trop orné ſon ſtyle , & d'avoir employé le vers
hexamêtre. :
Les trois premiers volumes ſe vendent auſſi ſépa-
:
186 MERCURE
rément chez les mêmes Libraires. Prix , 3 liv. chacun
br. ,&3 liv. 12 fols reli.é......
Le même Libraire vient de mettre auſſi en vente
les Ouvrages ſuivans: Vie de l'Infant Dom Henri
de Portugal , par M. l'Abbé de Cournand , 2 vol.
in - 12. Prix , 3 liv. broché.- Le Zélé Compatriote
ouNouveaux Effais Historiques& Morauxfur l'Edu.
cation Françoise, par M. de Bury. Prix , 2 liv. 10 f.
-Effaisde Géographie, de Politique & d'Histoire ,
pourfervir defuite aux Mémoires du Baron de Tott.
in 8. Prix, 3liv. Correspondance du Lord Germaine
avec les Généraux Clinton & Cornwallis.in 8 .
Pri'x , 3 liv.
SUPPLÉMENT au choix des meilleurs Médicamens
pour les maladies les plus désespérées , recueillis
par M. Buchoz , Médecin de MONSIEUR , ancien
Médecin ordinaire de Mgr. Comte d'Artois , & de
fon Sa Majeté le Roi de Pologne , Membre de plus
ſieurs Académies , &c. in - 12 . A Paris , chez l'Autear,
rue de la Harpe , la première porte- cochère
au-deſſus du College d'Harcourt.
L'Auteur de cet Ouvrage , content du ſuccès du
premier volume qu'il avoit publié ſur cette matière ,
a cru devoir en donner un ſecond , & en promet
d'autres fi le Public lui fait le même accueil.
Le Médecin des Dames , ou l'Art de conſerver
la Santé.-Le Médecin des Hommes , depuis la
puberté jusqu'à l'extrême vieilleffe. 2 vol. in-12
Prix , 3 liv. chaque relié A Paris , chez Servière ,
Libraire , rue S. Jean-de- Beauvais...
Ces deux Ouvrages uriles ſe vendent ſéparément ;
ils peuvent ferviz de guide journalier à l'un &à l'aus
tre ſexe , pour tout ce qui peut entretenir ou rappeler
la ſanté,
DF FRANCE. 187
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&Armateurs de la France , de l'Europe & des autres
parties du monde , année 1785. A Paris , chez l'Auteur
, rue S. Anaſtaſe, au marais , No. 12 ; Belin ,
Libraire , rue S. Jacques , & Leſclapart , pont Notre
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claſſes de Citoyens à qui cet Ouvrage ne puiſſe être
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l'Ecoledu Jardin Fruitier. 2 vol. in- 12 , A Londres ,
& ſe trouve à Paris , chez Eugène Onfroy , Libraire ,
rue du Hurepoix. :
C'eſt un Recueil de bons mots , d'anecdotes , de
penſées , de pièces de vers & de profe , &c. L'Auteur
eftconnu par des Ouvrages plus utiles qui ſe vendent
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ordinaires rendus perpétuels ; in folio grand raifin ,
avec les plans dedeux Seigneuries , l'une à censdivifible
, & l'autre à cens indiviſible , & leurs terriers
abſolument complets , actuellement ſous preffe , &
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noître le plan & les développemens de cet important
Ouvrage , par M. Aubry de Saint - Vibert , Commiſſaire
aux Droits Féodaux. in 8°. de 56 pages.
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Blancs-Manteaux. Nº. 37 , & chez Belin , Libraire ,
rue S. Jacques , près S. Ives.
Cette Introduction , qui ſera réimprimée avec les
modifications néceſſaires en tête de l'Édition in-folio,
ſe délivrera gratis aux perſonnes qui ſouſcriront. Le
prix de la Souſcription entière eſt de 36 liv. en
188 MERCURE
feuilles; ceux qui n'auront pas ſouſcrit payeront les
mêmes objets 48 liv. ; on ne payera qu'en recevant
l'Ouvrage , & il ſuffira de ſe faire inſcrire aux adreffes
précédentes , ou d'écrire , port franc par la poſte.
,
La clôture de cette Souſcription eſt toujours fixée
au premier Juillet de cette année ; mais moyennant
que cet Ouvrage ſe diſtribuera en fix Livraiſons
dont lapremière commencera au premier Mai pro
chain, il s'enfuit que les perſonnes qui voudront la
recevoir dans ſon temps feront obligés de ſouſcrire
avant cette nouvelle époque. Chacune de ces fix
Livraiſons ſe payera 6 liv. en la recevant ; & on
avertira MM. les Souſcripteurs de l'envoyer prendre,
TABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & computation des degrés
de parenté , suivant le Droit Civil & le Droit
Canon , par M. C*** , ſuivi du Texte de la Cou
tume de Paris. vol. in-32. Prix , I liv. 16 ſols reli.ć
A Paris , chez Leboucher , Libraire , quai de Gêvres.
Ce petit Recueil épargnera beaucoup de peine aux
hommes de Loi & de Pratique , qui trouveront fous
la main ce qu'ils ne pourroient déterrer qu'avec du
temps& des ſoins dans des Ouvrages volumineux.
LaProphétie accomplie , ou l'Enlèvement Aérien
&fafuite, deux Eftampes faiſant pendant. AParis ,
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rue des Prouvaires , au Café des Prouvaires. Prix ,
12 fols chacune. :
LE Concert agréable , d'après le tableau peint par
M. Lavrince , Peintre du Roi de Suède; gravé par
G. N. Varin , faiſant pendant au Mercure de France.
Prix 6 liv. A Paris , chez Vidal , Graveur , rue des
Noyers , nº . 29 . Cette Eſtampe eſt agréable , -
&d'une compofuion piquante.
DE FRANCE. 189
CARTE Physique & Historique de la France , en
22 feuilles in-4°. y compris la Carte Générale, par
& chez M. l'Abbé Grenet , Profeſſeur en l'Univerſité
au Collège de Lisieux , rue S. Jean de Beauvais , à
Paris , pour ſervir de ſuite à ſon Atlas Portatif.
Deuxième Livraiſon. Prix, 15 ſols pièce.
Cette deuxième Livraiſon eſt de huit feuilles ;
la première contient la Lorraine & l'Alface ; la
deuxième , l'Anjou & laTourraine ; la troiſième , le
Poitou , l'Aunis , la Saintonge & l'Angoumois ; la
quatrième , l'Orléanois ; la cinquième , l'Auvergne ,
le Limousin & la Marche; la fixième, la Bourggne
, Franche-Comté & Lyonnois, partie ſeptentric
nale; la ſeptième , Idem , partie Méridionale , & la
huitième,le Berry , le Bourbonnois & le Nivernois.
La première Livraiſon étoit de ſept feuilles ; ainſi il
paroît déjà is feuilles de cet Ouvrage intéreſſant,
toutes également ſoignées. La dernière Livraiſon
paroîtra l'été prochain. L'Auteur avoit annoncé -3
ou 24 feuilles; mais il n'y en aura que 22 , y compris
la Carte Générale.
LaMappemonde de l'Europe , l'Afie , l'Afrique &
l'Amérique , chacune de deux feuill, ſur pap. chapelet
fin. Prix, 12 liv. , & colorée à la Hollandoiſe , 16 liv.
AParis , chez Crépy , rue S. Jacques , près celle de
la Parcheminerie.
M Moithey , Ingénieur-Géographe du Roi , &
Profeſſeur de Mathématiques deMM. les Pages "de
LL. AA. SS. Mgr. le Prince & Madame la Princeſſe
de Conty, a dirigé cetOuvrage.
STABAT MATER, à quatre voix & choeurs ;dédié
aux Amateurs ; compoſé par M. Joſeph Hayden ,
Maîtrede Chapelle de S. A. S. Monſeigneur le Prince
régnant d'Esterhazy, exécuté pour la première fois au
Concert Spirituel , le 9 Avril 1781. Prix 24 liv. A
I MERCURE
Paris , chez Siéber , Marchand de Muſique , rue St-
Honore , entre celle d'Orléans & celle des Vieilles
Étuves , nº. 92.
Rien ne prouve mieux l'excellence du Stabat de
M. Hayden , que le ſuccès qu'il a eu à côté de celui
de Pergolesi, conſacré depuis long-temps par l'admiration
univerſelle Il a mérité de partager les ſuffrages
, & c'eſt un triomphe bien complet. Cette
partition eſt gravée avec ſoin , & a l'extrême mérite
d'être chiffrée , attention d'autant plus utile que cet
Ouvrage doit être conſidéré particulièrement comme
un morceau d'étude.
TROIS Concertos pour le Clavecin , deux Violons
& Alto , par M. Edelmann OEuvre Quatorzième.
Prix , 9 liv . A Paris , chez l'Auteur , N° . 27 .
AIRS de Panurge dans l'Ifle des Lanternes , avec
accompagnement de Harpe ou Piano Forté , parM.
Leroi, Maître de Chant. OEuvre Neuvième . Prix ,
4liv. 16 ſols. A Paris , chez l'Auteur , Marchand
de Muſique , place du Palais Royal , café de la Régence.
Les Airs s'y vendent auſſi ſéparément.
L
NUMÉRO 3 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs. Prix ſéparément , 2 liv. ; abonnement ,
15 & 18 liv. A Paris , chez le ſieur Bornet l'aîné ,
rue des Prouvaires , près S. Eustache , au Bureau de
Loterie.
こ
TROIS Sonatespour le Clavecin , avec un Violon ,
par M. Adam . OEuvre Quatrième. Fris , 7 liv. 4 fols.
- Ouverture de Renaud , de M. Sacchini , pour le
Clavecin avec Violon , par le même. Prix , 2 liv.
8 fols. A Paris , chez l'Auteur, rue S. Thomas du
Louvre , maiſon de Mine l'Eſprit , vis-à-vis un
Notaire.
*
DE FRANCE.
191
NUMÉRO31 à 6 de la Muse Lyrique , Journal
avec accompagnement de Guitrare, pour lequel on
ſoufcrit chez Mme Bailon , Marchende de Muſique,
rue neuve des Petits- Champs , au coin de celle de
Richelieu .
NUMÉROS 18 , 19 & 20 des feuilles de Terpsichore,
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix 1 1. 4 f. chaque
ſéparément ; on ſouſcrit à Paris , chez Coufincau ,
père& fils, Luthiers de la Reine , rue des Poulies ,&
chez Salomon, Luthier, place de l'école.
NUMEROS 10 & 11 du Journal de Harpe. Prix
ſéparément 12 fols chaque. Abonnement is livres ,
franc de port , pour 52 livraiſons , qui paroiffent
tous les Dimanches très exactement. A Paris , chez
Leduc , Succeffeur de M. de la Chevardicie , ci -devant
rue Traverſière , actuellement rue du Roule , à
la Croix d'or , n°. 6 .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Flûte
obligée , par M. Devienne , le jeune , Muſicien de
M. le Cardinal de Rohan , prix 6. liv , port franc, par
la poſté. A Paris , même adreſſe que ci-deſſus.
281
TROISIÈME Concerto à Violoncelle principal , à
grand Orchestre , par-M.-J. B. Bréval. Ouvre 200.
Prix 4 liv. 4 fols. - Six Quatuors concertans &
dialogués, àdeux violons , alto & baffe. OEuv. 18e &
4e des Quatuors , par le même Prix 9 liv. Six
Duos,pour Violon & Violoncelle , par le même.
Cav. 19e & be des Duos . Prix 7 liv 4 fols , chez
l'Auteur , rue Faydeau , nº. 28 , & le Roi , Marchand
de Muſique , place du Palais Royal , Cafe
de laRégence.
292 MERCURE
OUVERTURE del Geloſo in Cimento ( du Jałowe
à l'Epreuve ) pourle Clavecin , avec Violon , par
M. Bambini , Maître de Clavecin. Prix, 2 liv. 8 ſols,
Même Adreſſe que ci deſſus.
Le Tête à tête aérien , Potpourri chantant , avec
Harpe : paroles deM. Chambon, accomp. de M. Pétrini.
Quv. 7e, Prix 3 liv. A Paris, chez l'Auteur ,
rue Montmartre , vis-à-vis celle du Jour , nº. 272.
Six Ariettes & petits Airs pour le Clavecin ou
la Harpe , par M. Dreux , le jeune , Maître de Clavecin;
dédiés à la Reine. Prix ſéparément 2 liv. 8 f.
chez MileGérard , Marchande de Muſique , rue de
la Monnoie , à la Nouveauté.
and
21
c
4.
TABLE
LE Zéphyr & l'Aquillon , Principes généraux de Bellos-
Fable
Conte,
Romance.
145 Lettres , 20
146 Manuel du Minéralogiste ,
147
Réponſes à la Question , 151 La dernière Héloïfe ,
166
172
175
Charade . Enigme & Logo- Concent Spirituel 198
Pièces intéreſſantes & peu Comédie Italienne,
gryphe, 152 Comédie Françoise , 179
183
connues TS4 Annonces&Notices 185
১:০০
APPROBATION.
7
J'AI tu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Mars. Je n'y ai
rientrouvéqui puiſſe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
le25 Mars 1785. GUIDI
3- 35 3354 youp? ????? ???
د
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
۱
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 4 Mars.
Eprojetde laCour étant de diminuer le
Lnombre des Compagnies danslesRégimens,
on a réformé 150 Officiers , dont la
plupart recevront la penſion arrêtée nouvellement;
& les autres feront placés dans le
nouveau corps de Chaſſeurs.
1
Le chambellan de Slanbuſch eſt déſigné
pour aller réſider à Naples , en qualité de
Miniſtre Plénipotentiaire du Roi.
Ce matin le froid eſt devenu ſi rigoureux
que le thermometre de Réaumur marquoit
Is degrés au deſſous de la glace,
Les deux Belts ſont entierement pris de
glace.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 9 Mars.
;
Le Baron de Sprengporten , Co'onel &
No. 13 , 26 Mars 1785. g
( 146 )
Chevalier de l'Ordre de l'Epée , parti depuis
un mois de Stockolm pour laHollande
, où il doit être employé , ſervit en Poméranie
durant la derniere guerre. Le Roi
l'a fait voyager pour voir les principales armées
Européennes , & lui a accordé une
fomme pour les frais de ſa route , ainfi
qu'une penſion viagere à ſon épouse. Il eſt
accompagné d'un jeune Officier Suédois ,
nommé Gaân , qui s'eſt trouvé au ſiege de
Gibraltar.
Le Profeffeur Kreutzfeld vient de mourir à
Konigsberg : Auteur d'Ouvrages eſtimés , perſonne
n'a pouffé plus que lui la modeſtie & le défintéreſſement.
Sa défiance de lui-même contraf
toit avec l'amour propre familier aux Auteurs.
Un Difcours de ſa main ſur la meilleure maniere
de prévenir l'infanticide , avoit partagé lę
Prix de l'Académie de Berlin; mais il eſt mort
avant de ſavoir le fort de fon Ouvrage , dont le
ſuccès lui auroit donné fans doute mauvaiſe opinion
de ſes Juges,
Un Amateur d'Hiſtoire naturelle & de
Médecine a fait dernierement une expérien
ce intéreſſante. Il connoiſſoit par M. Tiffot
&par d'autres l'uſage du mercure contre la
morſure des chiens enragés : cela lui a donné
l'idée de guérir les chiens enragés euxmêmes
par la même voie. Il a mêlé 6 grains
de précipité blanc avec de la viande rôtie
coupée en petits morceaux. L'effet du remede
ſe manifeſta d'abord par de fortes
évacuations , & après avoir répété la doſe
srois jours de ſuite , il n'eſt reſté aucune trace
193
( 147 )
de lamaladie. Des eſſais réitérés ont depuis
confirmé cette méthode de guérir la rage.
M. Luders , Phyſicien de Glucksbourg
qui , depuis 68 ans eſt occupé d'obſervations
météorologiques , & qui annonça dans le
remps le froid extraordinaire de l'année derniere,
vient de publier de nouvelles obfervations
, où il prétend que l'hyver actuel ſe
prolongera juſqu'au 11 Avril , & que l'Eté
prochain ſera peu chaud. Selon lui, le tremblement
de terre de 1755 & celui de la Calabre
ont influé ſur le dérangement des
ſaiſons.
Il paroît certain que le ſtaroſte Ryx, valet
de chambre du Roi de Pologne , impliqué
dans le complot d'empoisonnement contre
le Prince Czartoryski , a été déclaré innocent
, & remis en liberté.
L'Evêché de Culm vient de vacquer par la
mort de l'Evêque. Le Comte de Hohenzollern ,
Abbé d'Oliva , qui avoit la coadjutorerie de cet
Evêché , y est allé le to de ce mois pour en prendre
poſſeſſion.
Un Ecrivain politique porte à to millions
de florins les revenus de la Baviere , du haut
Palatinat , de Neubourg , de Sulzbac, du
Palatinat du Rhin , de Juliers & de Berg;
il évalue la population de ces pays àdeux
millions deux cent mille ames , & eſtime leur
étendue à rosi mille quarrés. Le même
écrivain aſſureque les Pays-Bas Autrichiens
ont 816 mille quarrés d'étendue , qu'ils renferment
une population de 880,000 ames,
( 148 )
&que les revenus montentà 6,521,145 for.
Toutes ces différentes évaluations ſont fort
inexactes .
L'année derniere on a compté à Petersbourg
6,052 naiffances , dont 3,123 garçons & 2,929
filles (il n'y avoit dans ce nombre que 16 morts
nés) & 5,244 morts , dont 3,728 de ſexe,maſculin
, 1,516du ſexe féminin , & 1,367 mariages.
La plus grande mortalité a eu lieu au mois de
Mai. Parmi les morts il y avoit 988 enfans audeſſous
d'un an , 208 perſonnes depuisl'âge de 15
juſqu'à 20 , & 493 perſonnes depuis l'âge de 20
juſqu'à 25 ans.
On aſſure que l'Impératrice de Ruffie a
donné des ordres d'établir près de Riga des
magaſins pour une armée de 50,000 hom.
:
DE VIENNE ,le 10 Mars.
On revient ſur les Valaques depuis quelques
jours , c'est-à-dire qu'on en rapporte
quelques nouvelles circonstances fabuleuſes
mêlées d'un peu de vérité. La douceur du
Gouvernement envers ces rébelles paroît
indiſpoſer la Nobleſſe. Un troiſieme chef,
qu'on nomme Kriſan-Gioërs , a été pris dernierement.
Celui-ci révele tout ce qu'on lui
demande, &même ce qu'on ne lui demandepas.
On parle de quelques mouvemens
despayſans dans la Gallicie ; mais ſi vaguement,
qu'on ne peut rien croire encore de
ces bruits hafardés.
L'excommunication de M. Eybel , auteur
de l'Ouvrage , Qu'est-ce que le Pape ? ne pa149
)
roît lui nuire aucunement. On prétend que
le Cardinal Migazzi ayant mis la Bulle du
Pape à ce ſujet ſous les yeux de l'Empereur,
ce Prince pria S. Eminence de faire attention
aux affaires importantes dont il étoit
occupé , & de remettre ces diſcuſſions àun
temps plus convenable. M. Eybel travaille
àun nouvel ouvrage , ſous le titre , Qu'estce
que l'Excommunication ?
1.es Religieuſes Nobles de la Congrégationde
S. François de Sales reçurent un billet
ſigné Jofeph II, qui contenoit un ordre
de le préparer à quitter leurMonastere. Dans
leur conſternation, elles hafarderent de s'adreſſer
à S. M. , pour en obtenir au moins
un délai , & pour lui rappeller qu'elle leur
avoit promis de les conferver. L'Empereur
étonné ne ſavoit rien de ce billet. La main
de S. M. étoit ſi adroitement inmitée , qu'on
avoit peine à difcerner celle du fauſſaire.
Il paſſe pour certain que les bataillons
de campagne des régimens de Langlois ,
Stein & Pellegrini ont reçu ordre de le tenir
prêts à marcher. Les magaſins en Bohême ,
trop près des frontieres , feront reculés &
tranſportés dans l'intérieur. On en établit de
conſidérables entre Pleff& Théréſienſtadt.
La fuite de S. M. avoit été avertie , felon le
bruit public , de ſe tenir prête inceſſamment,
mais depuis deux jours on aſſure que le
voyage de S. M. I. dans les Pays- bas eſtde
nouveau contremandé.
Lejeune ComteD. ayant perdu ſur ſa parole la
83
(150 )
fommede 18,000 florins dans un jeu prohibe,
contre le Général B. &le MajorComte de B.
S. M. qui en fut informée ,déclara la dette nulle,
condamna ces deux Seigneurs à 600 dueats d'amende
pour les pauvres,& leur défendit , fous
peine de caſſation , de jouer à l'avenir aucun
jeu dehaſard.
Dans la nuit du 11 au 12 de Février ,
écrit on de Prague , l'air étant affez froid &
ſerein, on entendit plufieurs coups de tonnerre
ſans éclairs apparens.
Un profeſſeur d'Inſpruck avoit avancé
hautementdans ſa chaire que d'après les probabilités
phyfiques , le monde exiſtoit au moins
depuis fix mille ans. Quatorze de ſes éleves
trouverent une héréſie dans cette propofition.
D'après cela , ils crurent devoir former
une requête contre le profeſſeur , &
l'adrefferent au gouvernement. Elle parvint
juſqu'à l'Empereur qui , après en avoir pris
lecture , ajouta au bas , de ſa main , Et les
fuppliansferont déboutés de leur plainte, com
me tétes écervelées & turbulentes , & déclarés
incapables de poursuivre le cours de leurs études.
Le montant de la caiſſe des pauvres étoit
àla fin dumois de Janvier de 19,409 flor.
dont 10,762 ont été diſtribués ; le nombre
des penſionnés fur cette caiſſe étoit à la
même époque de 5644.
On apprend de Lemberg que le ſecond
efcadron du nouveau corps d'Uhlans en eſt
parti le 4 Février pour ſe rendre à Tarnow.
Wenceslas Kunchakh , Meunier à Iglau , à qui
3
(151 )
P'on doit l'inventiondepluſieurs machines utiles,
vient de conſtruire une nouvelle machine au
moyen de laquelle on peut nettoyer dans un
jourautantde laine que 20 perſonnes en nettoie
roient avec des peignes ou des chardons.
On a notifié à l'Univerſité de cette ville de
ne plus exiger des afpirans aux grades , dans,
quelque faculté que ce ſoit , l'ancienne formule
de profeſſion de foi& le ferment de
fidélité au Saint-Siege. Il lui eſt enjoint de
compoſer une nouvelle forme d'obligation
que puiſſent également prêter les ſujets de
toutes les religions tolérées dans l'empire.
SaMajeſte ſe plaît ſouvent à viſiter elle-même
les hôpitaux. Elle s'y eſt encore rendue dernierement
, a tout examiné avec le plus grand foin , a
affité au traitement des malades , & a fur-tout
porté toute ſon attention à ceux qui ſont infectés
des maux vénériens. Elle a ordonné que tous
ceux qui ſeroient atteints de cette cruelle maladie
fuſſent dorénavant traités gratuitement ; ce
qui ne s'eſt pas pratiqué juſqu'aujourd'hui ; qu'on
accueil'ît tous ceux qui ſe préſenttroient , & que
les militaires qui viendroient ſe déclarer d'euxmêmes
reçuſſent une gratification après le traitement.
Le ſoin de la génération future l'occupe
autant que la préſente.
DE FRANCFORT , le 14 Mars.
i
:
La rigueur exceſſive du froid au com.
mencementde ce mois eſt conſtatée par dos
lettres de toute l'Allemagne. Depuis le 15t
Février trois pieds de neige ont couvert les
environs de Ratisbonne; le haut Palatinar
4
(154 )
en a eu julqu'à neufpieds. LeDanube étoit
entierement gelé , & le thermometre de
Réaumur à 21 degrés au-deſſous de zéro à
Ratisbonne. A Lelpſick , le même thermometre
eſt deſcendu le 28 Février à 22 degrés:
le froid étoit donc de 3 degrés & demi
plus confidérable qu'il ne le fut à Dreſde en
1740 , & en Allemagne l'année derniere.
Le ciel étoit très-ferein , le vent nord-eft ,
&le barometre à 28 degrés 1 ligne.
Il eſt à remarquer que depuis l'inondation
inouie du Rhin & du Necker l'année derniere
, les eaux de ces deux fleuves ont été
ſi baſſes , que la navigation en a ſouffert.
On n'a pas d'exemple que les bras du Rhin
aient été à peu près à ſec une année entiere ,
comme ils l'ont été pendant celle qui vient
de s'écouler. La même obſervation a été
faite en Hollande ; la principale cauſe de
ce phénomene , à ce que j'imagine , doit ſe
trouver dans la longueur de l'hiver & la
courte durée des chaleurs de l'Eté , durant
lequel les glaces des Alpes qui alimentent le
Rhin , n'ont été fondues qu'en très -petite
quantité. L'on apprend de Geneve que le
lac Leman gelé aux environs de la ville
affez ſolidement pour donner un paſſage sûr
à plus de soo perſonnes.
a
Nos vieillards ne ſe rappellent pas d'avoir vu
un hiver auffi rigoureuxque celui- ci ; àGinsheim
leRhin s'eſt pris entierementdans une ſeule nuit,
de forte que toute communication étoit arrêtée
entre Mayence & ſes environs ; ce qu'il y a de
( 153 )
fingulier , c'eſt que plus de 40 fontaines font ta
ries vers l'angle que ffoorrment le Rhin & leMein
ſe réuniſſant , tellement que les habitans ſong
obligés de puiſer de l'eau de ces fleuves pour
eux& pour le bétail. Dans certains endroits , il
y a juſqu'à 12 &même 18 pieds de neige ,dans
pluſieurs villages la neige eſt au niveau du premier
étage, de forte que les hommes & les trou•
peaux entrentdans les maiſons par les fenêtres ;,
pluſieurs cabanes iſolées ſont preſqu'enſevelies
dans la neige.
On lit dans quelques Gazettes Allemandes
que le rocher ſur lequel eſt aſliſe lafortereſſe
de Kaminieck , s'eſt fendu avec un
brait effroyable qui a été entendu juſqu'à
Choczim : de la crevaſſe ſont ſorties des
étincelles qui inquiétent pour la fortereſſe
où ſe trouvent d'ailleurs de grands magaſins
à poudre. Selon ces mêmes Gazettes , l'Empereur
ademandé un chapeau de Cardinal
pour fon frere l'Electeur de Cologne.
Le Baron d'Affebourg , Envoié de Ruffie ,,
eſt arrivé le 17 Février à Ratisbonne : comme
ſon ſéjour à la Diete eſt ordinairement
très-court , & que ſes arrangemers domeftiques
en annoncent un très-long , on ens
conclur qu'il eſt chargé de traiter des affaires
de la derniere importance..
Le Roi de Prufle a ordonné une enquête
contre le ſieur Favre, fon Secrétaire de lé--
gation à Madrid. La conduite irréguliere de
ce Secrétaire & fa déſobéiſſance à l'ordre de
ſe rendre en Pruſſe , émané de S. M. , l'ont:
rendu juſtement ſuſpect..
(154 )
Une lettre de Berlin, dont l'authenticire
nous paroît très ſuſpecte , s'exprime en ces
termes :
Les mouvemens des troupes autrichiennes
commencent à inquiétér notre Cour. Les trois
différens camps que l'Empereur veut former au
printemps prochain , paroiſſent plutôt deſtinés à
agir offenfivement que défenſivement. On affure
que l'ouverture de l'Eſcaut n'es pas l'unique objet
dont S. M. I. s'occupe dans ce moment. Notre
Souverain a conféquemment donné ordre
d'acheter 10,000 chevaux ; pluſieurs Entrepreneurs
ont offert de fournir tout ce qui ſera requis
au tranſport de l'artillerie & des équipages Les
Officiers obtiendront des chevaux aux dépens du
Roi. On vientd'inviter S. A. S. M. l'Electeur de
Saxe , à fournir 12,000 hommes de ſes troupes ,
pour établir , avec 40,000 Pruffiens un camp près
de Konigſtein ,tandis qu'une autre armée pruffienne
, compoſée de 80,000 hommes , doir
s'affembler dans les environs de Schweidnitz
pour pénétrer , ſi le cas l'exige , en Boheme &
en Moravie.
Lejeune PrinceCharles- Frédéric , fils du.
Prince héréditaire de Bade , eſt mort le
premier de Mars, dans les convulfions de la
dentition..
LeMarggravede Bade & la Ville libre & Impérialed'Offenbourg
ont figné , au mois de Janvier
deraier une convention qui permet à leurs
ſujets reſpectifs de prendre les fucceffions qui
pourront leur échoir dans les endroits des domiirations
reſpectives , fans en payer aucun droit
quelconque.
Des, lettres deVienne portent que l'Enr
pereur a envoyé dix Commiſſaires dans le
( 155 )
royaume de Hongrie pour y examiner les
griefs des Comitats, & en dreffer des pro .
cès - verbaux. L'Empereur a aufli ordonné
qu'à l'avenir le quintal de livres reliés venant
de l'étranger payera à l'importation un droit
des florins. Les livres brochés ne ſont pas
compris dans cette nouvelle taxe. b
Il eſt arrivé à Hanovre , le 3 de ce mois
un courier de Londres , qui a apporté l'ordre
de completter les troupes de cet Electorat ,
&de les augmenter même de 10,000 hom.
L'Empereur a envoyé l'ordre à la Régence
d'Inſpruk de ſupprimer 22 Chapitres &Couvens,
ſavoir, les Chapitres de Stambs , de Mariaberg ,
deGries & de Welchmichel ; 2 Couvens de Récollets
à Intpruk& à Kaltern ; 2 Couvens d'Auguſtins
à Secfeld & à Rothenberg ; Is Couvent
des Dominicains à Botzen ; le Couvent des Jeromites
à Meran ; les Carmes à Linz : les Couvens
des Capucins à Kizbiel , Inſpruk , Ried
Flandres , Mels , Lana, Eppar , Botzen, Pludens,
Bezbau & Brigenes ou Feldkeirch & enfin les
Chapitres collégiaux de Borgo , de Bohen & de
Jinninchingg. Tous les Bénéfices fans charge
d'ameferont également ſupprimés dans cetteProvince.
>
de
Des lettres de Heilbronn portent que les
approvifionnemens de bled, d'avoine &
ſeigle , enmagaſinés dans cette ville pour,
les troupes de l'Empereur montent déja à
300,000 malters , & que l'on a reçu l'ordre
de les augmenter encore de 200,000.12000
tonneaux de farine doivent ſe trouver prêts
à Heilbronn , au mois de Juin prochain,
pour le ſervice des troupes Impériales.
( 156 )
:
ITALIE. :
DE LIVOURNE , le 28 Février.
L'eſcadre du Chevalier Emo eſt encore
à Malthe , d'où elle ſe portera au retour
de la belle ſaifon contre Tunis. Ce Commandant
tient toujours en croiſiere à la
hauteur de ce dernier port , un vaiſſeau de
guerre , une frégate & un chebec. Il atrend
pluſieurs vaiſſeaux Vénitiens qui doivent
renforcer ſon eſcadre.
Le bruit court ici , écrit- on d'Alger , que les
Elpagnols vont tenter un nouveau bombardement
contre cette Place. L'Empereur de Maroc
aprévenu la Régence de ce deſſein. Cette nouvelle
nous a été confirmée par deux Vaiſſeaux
arrivés de Gibraltar . On attend actuellement les
lettres de Marseille pour derniere confirmation.
Alors on prendra des meſures pour la défenſe la
plus ſure , d'autant plus que nous craignons un
débarquement, ce quinousallarme beaucoup plus
qu'un bombardement. Il eſt vrai que dans le dernier
débarquement des Eſpagnoſs , la Ville 2
fouffert réellement fort peu ; cependant notre-
Bey n'est pas fans inquiétudes , ſon courage eft
fort abattu , & la miſere de nos habitans augmente
de plus en plus par l'anéantiſſement du
commerce ..
Il a été publié & affiché à Florence un
éditdaté du 20 Février 1785 , relatif à une
conventions entre S. M. I. & notre Souverain,
pour que les ſujets de la Lon.bardie:
Autrichienne, & ceux deToſcane puiffent à
(157 )
lavenir ufer &jouir de tout droit légitime
fur lesbiens meubles & immeubles de quel
que nature qu'ils puiſſent être.
DE BOLOGNE, le 27 Février.
,
Les dernieres lettres de Rome nous ont
appris la mortde S. E. le Cardinal Lazare
Opitius Pallavicini , Génois Secrétaire
d'Etat de Sa Sainteté, caufée par une fievre
inflammatoire très violente. Ce Cardinal
étoit âgé de 65 ans & 4 mois. Il avoit été
élevé à la pourpre par le Pape Clément XIII
le 26. Septembre 1766 , sous le titre de faint
Pierre- aux- Liens ..
:
Voici un état exact des promotions qui
ont eu lieu dans le Conſiſtoire , tenu par
S. S. le 14 de ce mois..
L
Sa Sainteté a créé & publié Cardinaux de la
Sainte Eglife Romaine dans l'ordre des Prêtres
Joſeph Garampi , Nonce à la Cour de Vienne
Joſeph Doria , Nonce à celle de Versailles ;
Nicolas Colonna de Stigliano , Nonce à la Cour
de Madrid; Vincens Ranuzzi , Nonce à celle
de Lisbonne , Grégoire-Barnabé Chiaramonte ,
Religieux. Bénédictin de Mont-Caffin & Evêque
élu d'Imola ; Nicolas Gallo , Secrétaire du Trin
bunal de la Confulte; Jean de Gregori , Auditeur
Général de la Chambre Apoftolique ; Jean
Marie Riminaldi , Doyen des Auditeurs de Rote ;
Paul Maſſei , Commiſſaire Général des Armes ;;
François Carrara , Secrétaire de la Congrégation
dite du Concile; & dans l'Ordre des Cardinauxs
Diacres Ferdinand Spinelli , Gouverneur de
Aome;Antoine - Marie Doria , Maître de la
( 158 )
Chambre de Sa Sainteté , & Charles Livizzani,
Président d'Urbain . Sa Sainteté a créé encore
& réſervé in petto cinq autres Cardinaux , ce qui
porte le nombre de ces derniers à neuf, en y
joignant les quatre réſervés dans les Confiftoires
précédens ; ſavoir deux dans celui du 23 Juin
1777; un dans celui du 16 Décembre 1782 , &
un dans celui du 20 Septembre 1784. Il ne reſte
plus qu'un chapeau vacant dans le ſacréCollège.
Les nouveaux Nonces déſignés ſont les Prélats
Duguani , pour Paris , Caprara pour Vienne ;
Vincenti , pour Madrid ; Belliſonipour Lisbonne;
Vinci , pour Lucerne ; Ruffo , pour Florence. La
Nonciature de Baviere , dont l'établiſſement a
éré demandé depuis peu de tems par l'Electeur
Palatin , n'eſt pas encore remplie.
On affure que le S. Pere a nommé le
Cardinal Buoncompagni , Nonce extraordinaire
auprès de la Cour de Ruſſie , pour
continuer les négociations , entamées par le
Cardinal Archetti , relativement à la réunion
des égliſes Latine & Grecque. On ne ſçait
pas encore fi S. E. acceptera cette commifſion
importante, puiſqu'il faudroit , pour la
remplir , que ce Cardinal ſe rendît à Pétersbourg.
Ce qu'ily a de certain, c'eſt quela
religionCatholiquefait,dit-on, les plus grands
progrès en Ruſſie par les ſoins des Peres de
la Société de Jeſus , qui y ſont établis , &
qui s'occupent eſſentiellement de la réunion
des deuxEglifes; réunion très- favoriſée par
le Prince Potemkin & par d'autres grands
Seigneurs.
DE NAPLES , le 26. Février.
La frégate angloiſe la Médée, comman
( 159 )
dée par le Capitaine Campbell , est arrivée
dans ce port. Elle a apporté 12 canons de
bronze aux armes de notre Souverain , dont
le Roi d'Angleterre fait préſent à S. M. On
attend auſſi la frégate de la même nation ,
la Thétis , qui a à bord quelques autres pieces
d'artillerie , deſtinées au même uſage.
Les Comédiens François ont repréſentédernierement
Alzire , Tragédie de M. de Voltaire. Le
même jour , on a voulu faire déclamer deux
Vieillards François qui , depuis maintes années,
enſeignent ici la langue françoiſe , mais leur caducité&
leur figure peu avantageuſe empecherent
tellement le public de les bien recevoir , que
l'on fut obligé de baiſſer la toile avant qu'ils
euſſent achevé.
On prétend qu'il faudra beaucoup de
temps pour lever en totalité la taxe de
20,000 ducats, miſe ſur les Moines & autres
Ordres religieux , pour fubvenir aux
dépenſes de l'établiſſement d'une maifon
d'orphelins , & en conféquence le gouvernement
s'eſt déterminé à taxer tous les couvens
de Religieuſes.
La province de la Calabre continue d'être
un théâtre de défolarion Nous apprenons
qu'on y a reſſenti le 4 de ce mois, une
autre violente ſecouffe de tremblement de
terre , qui a caufé de nouveaux dommages.
Malgré les foins paternels que prend le Souverain
pour foulager le plus efficacement
poffible la mifere où se trouvé réduit cette
malheureuſe province; la ſanté de ſes habi
( 160)
tans ſouffre prodigieuſement des exhalaiſons
qui émanent, des eaux ſtagnantes & du
manque des choſes néceſſaires à la vie.
On conftruit à Malthe deux galeres du même
nombre de bancs que les nôtres pour le ſervice
du Roi d'Eſpagne , & il y a actuellement dans
ce même Port quatre vaiſſeaux de ligne efpagnols
qui attendent qu'elles foient entiérement
achevées pourles conduire enfuite dans les Ports
eſpagnols. Ces préparatifs font croire que l'Ef
pagne ſe propoſe de tenter dans peu une nou
welle entrepriſe contre Alger.
L'Internonce apoftolique réſidant ici , a
préſenté deux Mémoires au Gouvernement ,
l'un pour demander la fuppreffion d'un Livre
de l'Abbé Geſtari , qui traire de la permutation
de l'Evêché de Bamberg avec la
ville de Bénévent; l'autre pour que , conformément
aux Canons du Concile de
Trente, les cauſes de diffolution de mariage
foient jugées par les Eccléſiaſtiques.
On a répondu au premier qu'on ne pouvoit
blâmer un Sujet de défendre les droits de
fon Souverain.
江小
ESPAGNE
DE CADIX, le 22, Février..
Le vaiſſeau du Roi , le Péruvien , qui fortis
de Lima , fut obligé de relâcher à Rio Ja
neiro, entra hier dans certe baie, étant
parti de ce dernier port, le 28 Octobre, fons
chargement confiſte en 7 millions 406,708
3
1
(161 )
piaſtres fortes en eſpeces d'or ou d'argent ,
dont près de soo mille ſont pour le Roi ,
&le reſte pour le commerce. Le ſurplus de
ſa cargaiſon confifte en cuivre , quinquina ,
cacao , &c. Il appareilla de Rio Janeiro
avec la frégate du Roi , le S. François de
Paule , venant auſſi de Lima , qui avoit été
chercher un aſyle dans le même port. Ayant
marché pendant huit jours entemble , une
brume les ſépara , & cette frégate ne peut
pas tarder à paroître. Quant au S. Pierre
&Alcantara , qui ſe ſépara du Péruvien près
du cap Horn, pour aller ſe radouber au port
de la Conception , où nous ſavons qu'il eſt
arrivé , nous ne l'attendons que dans le
mois de Septembre.
Au comencement de ce mois ,il eſt entré dans
notre port les navires ſuivans venant de la Havane,
ſavoir les deux ſaïques le St. Narciffe &
le Jeſus Marie&Jofeph , la frégate la Conception,
frétée pour le compte du Roi : le paquebot de
laVera Crux, les frégates la Malaguette , laConception,
lebonSuccès & la Solidat , qui ont apporté
ſavoir , la première , 36552 écus , 3000 quintaux
de bois de teinture & 330 cuirs en poil; la ſe
conde 22900 écus , 12820 arrobes de ſucre &
autres effets ; la troiſieme 6937 arrobes de tabac
en poudre, en feuilles &à fumer ; 7393 écus ,
167 arrobes de ſucre , 100 quintaux de bois
de teinture , 200 cuirs en poil & autres marchandiſes;
la quatrième 250 quintaux&40 livres
de cuir pour S. M. , 186144 écus , 79 marcs
d'argent travaillé , 10 arrobes de cochenille
30000 vanilles 891000 cuirs tannés & autres effets;
le cinquieme 60 madriers de bois pour le
( 162 )
Roi, 6050 écus&autres effets; le fixieme 652460
écus , 69 arrobes de cochenille , 1335 arrobes de
kermès, 44 arrobes d'anil , 60 arrobes de jalap ,
8925 écus , 19 arrobes de fleur d'archiote , &
281 cuirs tannés; le ſeptieme 390 quintaux &
29 livres de cuivre en tablettes pour le Roi ,
557340 écus en argent , 17 marcs & demi d'argent
, 1398 arrobes de cochenille , 1331 arrobes
de kermes-terreſtre, 450 arrøbes d'anil , 711
arrobes de jalap , 111 de Salſepareille , 1000
cuirs tannés , 82300 vanilles , & 70 arrobes de
gomme; enfin le huitieme étoit chargé de 300
quintaux de cuivre pour S. M. , 627393 écus ,
366 arrobes d'anil , 361 arrobesde cochenille ,
396 arrobes de jalap , 274 cuirs tannés & de
70 arrobes de fleur d'achiote.
:
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Mars.
M. Holland , diſtingué par ſes vertus &
par fon habileté, ayant réſigné , depuis la
démiſſion de M. Haſtings ,le Gouvernement
de Madras qu'on lui deſtinoit ; ce
pofte important vient d'être confié au Général
Campbell qui ſuccédera à Lord Macartney.
Les affaires de l'Irlande occupent tellement
M. Pitt , qu'il a été forcé de demander
àla Chambre des Communes de renvoyer
l'examen de la reforme Parlementaire au 20
de ce mois.
Ce Miniftre fait délivrer à la Chambre tous
les papiers qu'elle croit propres à l'éclai
( 163 )
rer fur le nouveau ſyſtème de commerce. 11
donne aux repréſentans du peuple le temps
d'approfondir ſon opération , d'en rendre compte
àleurs commettans , & il examine de ſon côté
avec la plus ſcrupuleuſe attention toutes les ob
fervations que lui font les Villes de commerce.
Cette conduite a inſpiré tant de confiance aux
Négocians de Londres qu'au lieu de s'adreſſer directement
au Parlement pour lui repréſenter les
fuites funeſtes du traité de commerce projetté
entre l'Angleterre & l'Irlande; ils ont réſolu
d'aller de nouveau conférer avec M. Pitt . Le
parti de l'oppofition qui comptoit ſe ſervirde la
requête des Négocians pour faire échouer le
ſyſtême de M. Pitt, eſt furieux de cette démarche
modérée , & répand dans les papiers publics que
la majorité des Négocians a éré gagnée; ces
propos ſont ſans fondement; les Négocians qui
eſtiment généralement M. Pitt , ont voulu ,
avant de s'oppoſer à ſon opération , lui propoſer
des moyens propres à la rendre moins nuifible
aux intérêts de l'Angleterre.
Le Parlement d'Irlande inquiet de ces
délais , & craignant que le traité futur ne
ſoit rejetté par le Parlement d'Angleterre , a
ſuſpendu de paſſer différens bills , pour
établir , envertu de l'arrangement propoſé,
de nouvelles taxes & de nouveaux droits .
Le 8 de ce mois , l'ordre du jour portant qu'il
feroit fait un appel de la Chambre des Communes
, Lord Surrey ſe leva & rappella à la
Chambre que l'une des raiſons alléguées par le
Chancelier de l'Echiquier , lorſqu'il propoſa eet
appel , étoit la réforme parlementaire. Il eſpéroit
donc que l'honorable Membre voudroit
bien indiquer l'époque à laquelle il ſe propoſoit
de mettre cette affaire ſur le bureau.
( 164 )
M. Pitt dit qu'il lui étoit difficile de donner
uneréponſe préciſe à la queſtion du noble Lord ;
mais que ſom zèle à cet égardn'étoit point refroidi.
L'importance des arrangemens de commerce à
prendre avec l'Irlande , & la néceſſité de ne
ſtatuer définitivement ſur cet objet qu'après avoir
reçu les renteignemens convenables, le mettoient
dans l'impoſſibilité de fixer un jour particulior
pour la diſcuſſion de la réforme parlementaire.
Il croyoit cependant qu'il préſenteroit un bill
relatif à cet objer avant les vacances de Pâques,
Il propoſa infuiteun nouvel appel de la Chambre
à la quinzaine , à compter de ce jour.
M. Fox pria le Chanchelier de l'Echiquier de
donner à la Chambre quelqu'idée des meſures
qu'il lepropoſoit d'adopter relativement à la réforme
parlementaire , ildit quel'honorable Mem
brene devoit point s'yrefuſer ; s'il étoit jalouxde
ſapropre réputation , puiſque l'appel de la Chambre
avoit pour objet principal la difcuffion de
cette affaire ; il ſouhaitoit qu'elle fût terminée,
avant qu'on eût pris un parti définitif ſur les ars
rangemens de commerce avec l'Irlande.
M. Pitt renouvelia ſes proteſtations de zèle à
l'égard de la réforme parlementaire , il étoit
contraintd'y apporter quelques délais , vu l'importance
du ſyſtème de commerce qu'il s'agiffoit
d'établir entre l'Angleterre & l'Irlande. Ce der
nier objet prenoit tout fon temps & ne lui permettoit
pas de donner une attention ſuivie à
aucune autre. Il remercia ironiquement M. Fox
du ſoin qu'il prenoit de ſa réputation ; il eſpéroit
que la diſcuſſion des grands objets en quefzion
,loinde lui nuire , fourniroit une nouvelle
preuve de la pureté de ſes intentions. 1
Le Lord Avocat d'Ecoſſe préſenta une pétition
de la Chambre de Commerce de Glaſgow.
:
(165 )
Il obferva qu'on s'étoit efforcé de pérſuader à la
Chambre que le ſyſteme de commerce avec l'irlande
avoit répandu une alarme générale dans
cettepartie de l'Ecoffe. La pétition actuelle don
noit tout lieu de préſumer que les bruits de cette
nature étoient dénués de fondement ; le principe
duBill , relatif aux liaiſons de commerce entre
l'Angleterre & l'Irlande , y étoit approuvé. On
ſe contentoit de demander quelque délai , afin
d'avoir le temps d'examiner ceBill plus endétail,
On fit lecture de la ſuſdire pétition qui , confornmément
aux ordres de la Chambre , fut miſe ſur
le bureau.
Le Chevalier Cunningham dit qu'il ſçavoit ,
à n'en pouvoir douter , que le Bill en queſtion
avoit répandu l'alarme , non- ſeulement parmi
lesnégociants, mais auſſi parmi les propriétaires
fonciers , dont les intérêts ſeroient très-lézés , fi
l'on fouffroit que ceBill paſsât en loi . Il rappella
cequ'il avoit avancé dans une ſéance précédente
furlesimportations desgrains d'Irlande ,& il pria
leGreffier de la Chambre de lire une ſection d'un
des articles du traité d'union , laquelle ſe rapportoit
à cet objet.
M. Pitt tourna en ridicule le zèle de l'hono
rable Membre. Il lui obſerva qu'il devoit attendre,
pour produire ſes objections , que l'affaire
fût foumiſe àl'examendu comité. Je dois cepen
dant , ajoute-t- il , le tranquilliſer relativement
àla léſion que le Bill pourroit faire éprouver
auxpropriétaires fonciers de l'Ecoſſe , en lui apprenant
que je n'ai point le deſſein d'apporter
aucuns changemens aux loix actuellement en vi
gueur, lefquelles font relatives àl'importation &
l'exportation des grains. M. Pitt propoſa que le
Comité fût ajourné au ro; ſon intention n'étoit
pas que cette affaire fût terminée ce jour- là; mais
(166)
11 défiroit ſeulement que le Comité fût à portée
de recevoir des renſeignemens ultérieurs qui
puſſent leguider. Il annonça à la Chambre que
le Comité des Négocians intéreſſés au commerce
des Iſſes avoit déclaré par une réſolution , que le
Bill , relatif au commerce de l'Irlande , n'étoit
point de nature à former l'objet d'une Requête
au Parlement.
Le Lard Penryn reprocha à M. Pitt de n'avoir
pas rendu fidélement le ſens de la ſuſdite réfo
lution,
On alla enſuite aux voix , & la motion de
M. Pitt paſſa.
Onfitdans cette ſéance latroiſieme lecture du
Bill pour nommer un Comité chargé d'examiner
les émoluments des perſonnes qui occupent des
emplois publics , & après des débats affez longs ,
maispeu intéreſſans , leBill paffa.
M. Fox étant parvenu à faire déclarer par
la Chambre des Communes , que la procédure
, commencée par le Grand-Bailli de
Weſtminster étoit illégale , propoſa le ,
de faire biffer ſur les regiſtres de laChambre
toutes les délibérations qui pourroient
avoir autoriſé cette procédure : mais ſa motion
fut rejettee par une majorité de 105
voix. Il paroît cependant que la propofition
de M. Fox étoit une conféquence naturelle
de l'ordredonné par la Chambre au Grand-
Bailli de déclarer l'élection , ſans vérifier
les voix.
La grande réduction ſur les ſubſides de
l'armée & de la Marine; ceux de cette
derniere ſont deſcendus de 400,000 liv.
ſterlings par mois à 40,000 liv. ) le reſtant
-( 167 )
des dernieres taxes , les économies fur la
Milice, les réductions d'émolumens dans les
Offices publics , & divers autres augmentations
de revenu , font ſuppoſer qu'il n'y
aura pas d'emprunt cette année.
Si le Chevalier de l'Echiquier fonde la
dette de la Marine juſqu'en Août 1783 ,
il retirera au moins la moitié des billets
actuellement en circulation. Cette opération
contribuera à diminuer l'eſcompte de
pour cent , au moyen de nouveaux
billets; & elle le mettra en état de créer de
nouveaux billets de l'Echiquier pour telle
ſomme dont il pourra avoir beſoin dans le
cours de cette année, ſans faire de nouvel
emprunt. En même temps il aidera les teneurs
de fonds conſolidés , en déclarant que
ſon intention n'eſt point de faire aucun emprunt.
Lorſque l'infatigable & vertueux M.
Dempſter reviendra de l'Irlande , dont il eſt
allé examiner les pêcheries , il ſera abſolument
maître de ce fujet important , & en
état de préſenter au Parlement le meilleur
ſyſtême poſſible pour l'encouragement de
cette branche lucrative de commerce.
:
Samedi dernier , les garçons tailleurs ſe
ſont préſentés à Guildhall, ( Hôtel de Ville
de laCité ) pour y demander une augmentation
de gages à laquelle les maîtres s'oppoſent
de toutes leurs forces. Le prix de
journée de ces ouvriers , fixé par la loi , eft
( 168 )
actuellement de trois ſchellings&un demi
fol ( 3 liv. 13 f. tournois ) & ils demandent
qu'il foit porté à trois fchellings , ſept fols
& demi. Durant la guerre de 1756 , il
s'éleva un pareil débat. Sur le refus obſtiné
desmaîtres tailleurs , tous les ouvriers abandonnerent
le travail,& il fut impofliblede
les engager àle réprendre.Acette époque,
on levoit un nouveau Regiment de Dragons
: ils allerent au Colonel , & offrirent
de le remplir ſur le champ , ce qui fut accepté
fans balancer : on les laiſſa libres de
nommer à leur gré le Régiment , qu'ils
appellerent le Régiment d'Hampden , du
hom du célébre Reſtaurateur de la liberté
au dernier fiecle. Ces nouveaux Dragons
firent des merveilles ; ils ſurpaſſerent en
bravoure tous les autres Corps,& fur-tout
à la bataille de Minden, où leur impétuofité
fit le plus grand effet.
Il eſt étrange , dit un de nos Papiers que le
Parlement foit fourd aux cris continuels contre
un abus facile à préſenter. Tout le monde ſait
que les Marchands Hollandois vendent en détail
le charbon tirédenos propres minieres , un cinquieme
meilleur marché que ne le font nos détailleurs.
Si les Hollandois ont la facilité des
tranſports par eau dans toutes leurs Provinces ,
n'avons- nous pasauſſi une riviere navigablevans
notre Capitale , garmie d'excellentes cales à chaquediſtance
de vingt verges pour ainſi dire ? II
eftclair que c'eſt la rapacité de ceux qui tiennent
cette branche de commerce qui renchérit tellement
le prix du charbon , & l'on ne peut que
plaindre
( 169 )
plaindre la derniere claſſe du peuple , qui dans la
rigueur de cette ſaiſon voit ſa mifere confidérablement
augmentée par le monopole des Charbonniers
Anglois .
Le 4 de ce mois , la Compagnie des
Indes a fait vendre cinq cent trente neuf
caiſſes d'indigo , apportées de l'Inde , au prix
de cinq à ſept ſchellings la livre. C'eſt la plus
grande quantité de cette teinture qui ait été
jamais importée en Angleterre de nos poffeſſions
orientales. Cet Indigo , d'ailleurs ,
eſt d'une excellente qualité.
Le mercredi , 2 du mois courant , le
Comte Mansfield entra dans ſa quatrevingtieme
année , & ce jour - là préſida le
Tribunal à Guildhall. Sa ſanté eſt raffermie
, & fon efprit dans toute ſa vigueur.
M. Thomas Gorman, marchand diftingué
de la cité, qui ce jour là ſe trouvoit chef
[ Foreman ] des Jurés ; préſenta au Lord
Mansfield, le bouquet qu'il eſt d'usage de
lui offrir le jour de ſon anniverſaire.
Les planteurs des iſles ne ſe ſont pas diviſés
pour ſavoir s'il falloit préſenter une
requête à la chambre des Communes ,
contre le traité avec l'Irlande , mais pour
ſavoir s'il convenoit de confirmer les procédés
de leur comité. Leur réſolution ne
s'eſt donc point oppoſée précisément à ce
que l'on préſentat une requête ; mais elle
prouve ſeulement qu'ils ont jugé convenable
de conférer avant tout avec M. Pitt.
N°. 13 , 26 Mars 1785.
( 170 )
Voici le précis de ce qui s'eſt paſſé dans leur
aſſemblée .
Lord Penthyn ayant rapporté la réponſe peu
fatisfaiſante de M. Pitt , le Comité des Planteurs
voulant entrer dans l'idée du Miniſtre , nomma
un ſous- Comité , pour conſidérer s'il ne ſeroit
pas poſſible d'adopter des reſtrictions ou des réglemens
ſuffiſans pour prévenir les conféquences
fatales d'un Commerce abſolument libre entre la
Grande Bretagne & l'Irlande.
Le fous-Comité s'aſſembla ſamedi dernier &
après une délibération de pluſieurs heures : il
prit les réſolutions ſuivantes :
ccAprès l'examen le plus mur & le plus ſérieux ,
le Comité n'a pu trouver aucunes reſtritions
>> ni aucuns réglemens ſuffiſans à ſon avis , pour
>> prévenir les effets pernicieux que produira l'im-
>> portation des productions des Iſles en Angleterre
par le canal de l'Irlande » .
Cette réſolution fut préſentée au Comité le
lundi ; il l'adopta & prit à ſon tour la réſolution
fuivante :
« Le Comité eſt d'avis que dans tous les cas ,
>> il ſoit préſenté aux Communes d'Angleterre
>> une humble pétition , dans laquelle les Mar-
>>chands & Planteurs des Iſles expoſeront les al-
>> larmes & les inquiétudes que leur cauſe le
>> Traité de Commerce projetté entre l'Angle-
» terre & l'Irlande , & ſupplieront que cette partie
du Traité , qui doit permettre l'importation
>> des productions des Iſles , ſoit brutes ou manu-
>>>facturées , d'Irlande en Angleterre , ne ſoit
>>point paffée en loi ; & qu'il leur foit permis
(à eux Supplians ) s'il eſt néceſſaire , de plaider
à la barre de la Chambre devant le Conſeil
>> en faveur de leurdite Pétition » .
Le Comité convoqua le même jour une aſſem
( 171 )
blée générale des Planteurs & Marchands des
Ifles . Cette afſemblée s'eſt tenue hier à la Taverne
de Londres ; mais jamais on n'en a vu de plus
extraordinaire . Des perſonnes de toutes clafies
ſe ſont mêlées parmi les vrais membres de l'afſemblée.
Des perſonnes abſolument inconnues
aux Planteurs , délibérerent comme des partiſans
déclarés du Miriſtere , & s'oppoſer nt aux réſolutions
du Comité , de maniere qu'elles parvinrent
à empêcher qu'il fût préſenté de Pétition au Parlement
contre ce ſyſtême allarmant .
Après un débat très-long , on alla aux voix
pour décider fi la Pétition ſeroit ou non préſentée
au Parlement. Il y en eut 40 pour , 59 contre.
Alors l'Aſſemblée nomma un Comité de huit
perſonnes pour conférer avec le Miniftre. De maniere
que le Corps des Planteurs & Marchands
des Iſles à ſucre n'eſt réellement pas plus avancé
qu'il ne l'étoit il y ars jours.
Nous avons perdu le premier de ce mois ,
l'un de nos meilleurs Oficiers de Marme ,
le Capitaine Elphinston. Dans la pénultieme
guerre , il commanda la frégate le Richmond,
de 32 can. avec laquelle il fit échouer
& brûla la Félicité , qui lui étoit ſupérieure
en force. Il conduiſit enſuite toute la flotte
de Sir George Pocock , & les tranſports de
troupes ſous les ordres de Lord Albermale ,
deſtinés à l'attaque de la Havanne , &paffa
hardiment l'ancien détroit de Bahama. En
1769 , il commanda en qualité de contr'Amiral
, une diviſion de la flotte Ruſſe
dont les victoires furent en grande partie
ſon ouvrage. Dans la derniere guerre ,
monta le Magnificent , de 74 canons ,
h2
( 172 )
& ſe diftingua par la bravoure & par fon
expérience.
On lit de nouveaux détails ſur l'adminiftration
de M. Haſtings , dans une lettre du
fort Guillaume de Calcutta, en date du 24
Avril 1784 .
«Le Barrington , arrivé ici le 4 du courant ,
m'a apporté vos lettres ; elles m'ont caufé le plus
grand plaifir , ainſi que le recueil de papiers
&pamphlets qui les accompagnoient ; nous les
avons lus avec un empreſſemens dont vous ne
pouvez pas vous faire une idée. Le ſuperbe diſcours
du Chancelier a été traduit dans toutes les langues
connues dans l'Indoſtan ; c'eſt un homme
qui nous inſpire la plus grande admiration , par
la noble intrépidité qu'il a déployée , & qui nous
fait le comparer à M. Haſtings. Lord Walfingham
mérite auſſi les plus grands éloges.
Je vous annonçai dans ma derniere l'arrivée
de M. Haſting à Lucknow ; il y a fait des merveilles
: on prétendoit qu'il n'en tireroit pas une
roupie ; que le pays étoit abſolument ruiné , &
que l'anarchie & la rebellion y étoient montées
àun ſi haut degré , qu'il courroit à Oude les
plus grands dangers pour ſa perſonne ; obſervez,
je vous prie, combien ces rapports étoient faux .
Il a reçu à Lucknow au-delà de 46 lacques de
ropies , & payé tous les arrérages dus aux troupes
d'Oude , y compris celles du détachement de
Bombay qu'il renvoya , & qui ont été réformées
depuis. Ii a envoyé cinq lacques à Bombay , &
sing autres à Calcutta ; il a aidé aux Miniſtres
du Nabab à faire un arrangement pour cinq ans
avec des perſonnes d'une probité reconnue , &
a perfuadé au Viſir d'adopter un ſyſteme économque
qui mettra de très-groſſes ſommes dans
( 173 )
ſes coffres , déduction faite de toutes les de
penſes du Gouvernement. Il ſe propoſe de quitter
Lucknow dans le courant du mois prochain ;
c'eſt ſur les preſſantes ſollicitations du Viſir qu'il
a prolongé ſon ſéjour. Je vous annonce auſſi avec
plaifir que les pluies abondantes qui font tombées
depuis peu donnent les plus flatteuſes eſpérances
pour la récolte : ſi cet eſpoir n'eſt pas trompeur
, le Viſir ſera à même de s'acquitter entiérement
envers la compagnie dans le courant de
l'année prochaine .
M. Hastings a déclaré publiquement qu'il étoie
réſolu à quitter le Bengale au mois de Janvier
prochain. Vous ne pouvez vous faire une idée
de la conſternation qu'a occaſionnée cette nouvelle
parmi nous ; nous attendons avec la plus
vive impatience quelles font les réponſes qu'il
fera aux dépéches que lui a apportées M. Halked.
On aſſure que des perſonnages du plus haut
rang enAngleterre l'engagent fortement à reſter
ici ,&je ne doute pas qu'il n'y conſente , ſi le Par
lement a été diſſous , & fi on ne lui a pas nommé
un ſucceſſeur : s'il conſervoit ſon Gouvernement,
ilſeroit obligé de quitter Calcutta à l'approche
de la ſaiſon de la pluie ; ſa ſanté n'étant pas rétabliede
l'attaque qu'il effuya en 1782 .
L'argent est très rare ici; cette difette a été
occaſionnée par les ſommes énormes que l'on a
tirées ſur nousde Bombay & de Calcutta , pår le
paiement qu'il a fallu faire à l'armée des arrérages
dûs , & plus que tout cela , par le peu de confiance
que les natifs ont dans la ſtabilité de l'adminiftratio
actuelle : la nouvelle de la réſignationde
M. Hastings a jetté la plus grande confuſiondans
le pays . Je ſuis perfuadé que ſi nous
apprenions la diffolution du Parlement & la formation
d'une nouvelle Adminiftration favorable
h3
( 174 )
M. Hastings , & qu'il voulut conſentir à refter
parmi nous , le pays remonteroit avant peu au
plus haut degré de proſpérité ; j'admire les remarques
curieuſes de M. Burke ſur l'état du délabrement
où il prétend que ſont les domaines de la
Compagnie,encomparaiſon des autres provinces
de l'Indoſtan ; mais M. Johnſon nous écritde la
Cour de Nizam , où il remplit actuellement les
fonctions de Réſident de la Compagnie , qu'il n'a
pas trouvé ſur la route un ſeul village qui eût l'air
peuplé comme il pourroit l'être , ni vu aucunes
traces de culture depuis ſa ſortie des terres de la
Compagnie.
Je vois auffi qu'on avoulu faire quelques changemens
au plan adopté par M. Haſtings pour la
collecte des revenus ; j'eſpere qu'on n'ofera pas
pouffer la hardieſſe juſqu'à ce point : nous devons
àceplan ingénieux une augmentation annuelle
dans nos revenus , de 40 lacques , indépendamment
d'un demi-million ſterling , provenant du
produitdu ſel.
On a prodigué enAngleterre les titres& les
décorations à des gens qui ont cauſé la ruine
de la nation , & M. Hastings qui a ſauvé l'empire
, a été traité avec la derniere indignité ; il
a néanmoins été vengé avec éclat : les miniſtres
de la coalition n'euffent point perdu leurs places,
s'ils ne ſe fuſſent point permis d'attaquer
auſſi indécemment ce grand homme .
Nous avons licencié fix régimens dans le cours
du mois de janvier dernier , & l'on vient d'expédier
les ordres d'en réformer cinq autres
auſſi-tôt que le Colonel Pearce ſera arrivé à
Cutak; ce qui ſera dans le courant de Septembre
prochain. Les ordonnances de la compagnie
ne s'eſcomptent actuellement qu'à 20 & 25 pour
cent; mais elles feront dans peu à 15 , nos ar
( 175 )
rérages diminuant tous les jours. Sur la quan
tité des lettres de change qui ont été tirées ſur
nous de Madrass , plufieurs ont été payées dans
l'eſpace de trois mois , aucunes ne l'ont été audelà
de 4 mois après leur échéance ; nous jouifſons
de la paix la plus profonde ; & malgré
les déſordres inſéparables de la guerre , nous
avons encore d'immenſes reſſources : fi les premieres
nouvelles que nous recevrons d'Angleterre
font telles que les lettres du Major Scott
nous le font eſpérer , croyez que toutes les difficultés
feront ſurmontées .
Le Docteur Jefferies , courageux aſſocié
du courageux M. Blanchard, vient de recevoir
des lettres de bourgeoiſie de la ville de
Douvres , où on lui a donné un ſplendide
repas , & une repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , imitée de Voltaire , & jouée
par des Amateurs.
Lorſque M. Fox , dit un Papier miniſtériel ,
préſenta au Parlement ſon Bill de l'Inde , il fit
uſage d'une quantité d'argumens pour juſtifier la
précipitation extraordinaire avec laquelle ce bill
fut paffé , ſans que les Membres puſſent le digérer
& l'examiner . M. Pitt , au contraire , plaide
de la maniere la plus impartiale pour qu'il ſoit
fait un examen ſcrupuleux du Traité avec l'Irlande
, & il acquiefce volontiers á toutes les
requêtes qui paroiſſent avoir pour objet d'éclairer
ceux qui par devoir font obligés d'en découvrir
& d'en montrer les imperfections . Mais
il eſt facile d'aſſigner les raiſons de la conduite
différente de ces deux Miniſtres. Le premier ſavoit
fort bien (& il ne l'avoit que trop éprouvé ) que
h4
( 176 )
fi ſonplanvenoit á être examiné , ſadangereuſe
conſtitutionen aſſureroit la chûte . Le dernier fait
parfaitement au contraire , que plus on critiquera
ſes meſures , & plus elles deviendront populaires .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Mars .
La Comreſſe de Sainte-Aldegonde a eu ,
le 27 Février , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame, en qualité de
Dame pour accompagner cette Princeſſe.
Dom Coutans, Bénédictin de la Congrégation
de Saint- Maur , a eu , le 9 de ce
mois , l'honneur de préfenter au Roi , à la
Reine, à Monfieur & à Monseigneur Comte
d'Artois, la 14e. fuire de fon Ouvrage de
Topographie des environs de Paris , qui
renferme Chartres , Epernon , Auneau , & c .
Le fieur de Mirys, Secrétaire des Commandemens
du Duc de Montpenſier , a eu ,
le 6 de ce mois, l'honneur de préſenter au
Roi , à la Reine & à la Famille Royale , qui
l'ont honoré de leurs ſouſcriptions, la ſeconde
livraiſon des figures de l'Histoire Romaine.
Le 13 , la Comteſſe d'Estampes & la
Comteſſe d'Argenteuil,Abbeſſe du Chapitre
d'Epinal , ont eu l'honneur d'être préſentées
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la
premiere par la Marquiſe d'Eftampes ; & la
ſeconde par la Marquiſe d'Eſtourmel .
( 177 )
DE PARIS , le 16 Mars.
Quelques-unes de nos Provinces méri
dionales ont partagé avec la Suiffe , l'Allemagne
& le Nord , les rigueurs du froid qui
a regné dans ces différentes contrées , à la
fin de Février & les premiers jours de Mars.
Le Rouffillon , dont la plaine voit très-rarement
de neige , en a eu plus de deux pieds :
le dégel eſt ſurvenu immédiatement après:
pluſieurs communications ont été interrompues.
LeMercredi 2 Mars , à huit heures du matin le
feu a pris au hameau d'Echenon , dépendant de la
Paroiſſe de Saint Jean-de- Lône enBourgogne, 27
maiſons étoient déjà conſumées par les flammes.
Une biſe violente menaçoit de les porter dans
les autres habitations ; on déſeſpéroit même de
les garantir ; les ſuites de cet événement affreux
ne font pas encore connues.On écrit ces détails
preſqu'au milieu des flammes . On a appris depuis
qu'elles n'avoient été totalement éteintes
que le ſurlendemain 4. Ce malheur ſuccede à
un autre. Trois chefs de famille , mordus par
un chien enragé le 17 Janvier dernier , font
morts à l'hôpital de Dijon dans le premier accès
de la rage. Ils laiſſoient pour ſeule fortune à
leurs enfans leurs maiſons , qui viennent d'être
la proie des flamme. Une multitude de malheureux
di perſés , fans pain , ſans aſyle , ſe trouvent
réduits à la plus affreuſe miſere. Ceux à qui leur
fortune permet d'exercer des actes d'humanité ,
ſont priés de remettre au ſieur Delamotte , Notaire
à Paris rue de la Verrerie , les ſommes
( 178 )
qu'ils deſtineront au ſoulagement deces habitans,
ou de les faire paſſer au ſieur Martenne , Subdélégué
à Saint Jean-de- Lône en Bourgogne.
L'ignorance où nous ſommes & où nous
avons trouvé différentes perſonnes que nous
'avons queſtionnées ſur l'objet de la lettre
ſuivante , nous détermine à la publier , en
priant ceux qui font à même de fatisfaire la
curiofité de fon écrivain de nous communiquer
leurs informations.
Le defir d'aprendre le ſort actuel de l'enfant
foi-diſant trouvé ſur les côtes de Normandie ,
&dont tous les papiers publics nous ont entretenus
il y a pluſieurs mois , me porte à m'adreſſer
à vous pour ſavoir , par la voie de votre
Journal le ſuccès des inſtructions qu'on lui donne.
Ma curiofité à ſon égard peut être juſtifiée par
l'intérêt que je lui ai témoigné dans ſa miſere ,
puiſque c'eſt dans ma famille qu'il a trouvé les
premiers ſecours qui l'ont conduit au ſort heureux
dont je préſume qu'il jouit.
Ce fut à la foire de Guibray près Falaiſe , à
la fin d'Août 1783 , & non en Mars 1784 , qu'il
a éré rencontré , & tout porte à préſumer que
ſes parens l'auront abandonné, ou toutes autres
perſonnes auxquelles il auroit été à charge. Sa
familiarité avec tout ce qu'il voyoit , & ſon peu
d'étonnement fur tout ce qui l'entouroit, me
firent croire que , quoique étranger , il devoit
être depuis long-temps en France ; & fon habillement
, quoique des plus miſérables , l'annonçoit;
il avoitune mauvaiſe redingotté ou ſurtout,
une culotte bleue beaucoup trop longue , des
bas &des fouliers tous en pieces. Depuis plufeurs
jours il étoit àla foire , lorſqu'étant couchédans
un champ , on lui vola 7 à 8 livres
b
( 179 )
argent de France ; ſes cris firent arrêter le vos
leur , ce fut alors que je le vis. Je le menai au
magaſin de ma mere qui en eut pitié , elle le
nourrit & coucha le reſte de la foire ; il vint à
Caen ſur les voitures qui portoient nos marchandiſes
. J'avois deſſein de l'emmener avec moi
à Nantes où je devois me rendre au mois d'Octobre
ſuivant , pour le faire embarquer , ſi je
trouvois quelque Capitaine étranger qui entendit
ſon jargon ; mais un Danois qui palloit alors
par Caen , m'ayant afſuré qu'il n'avoit rien du
Jangage des habitans du Nord , je me défiſtai
demon intention . Ma mere ne voulant pas l'abandonner
, l'adreſſa à M. le Comte de Paudouas ,
alors Echevin de ville , pour le placer à l'Hôtel-
Dieu. Il s'y porta avec cet empreſſement qui
caractériſe ſes inclinations bienfaiſantes. Tant
qu'il fut dans cette maiſon , il gagna l'amitié
des Religieuſes par fa douceur & fes manieres
adroites & intéreſſantes ; il étoit remarquable
par ſon goût pour la propreté , voulant etre
toujours bien poudré , &ayant témoigné par ſes
fignes qu'il lui falloit des manchettes aux chemiſes
qu'on lui avoit données . Ma mere après
quelque tems l'avoit placé chez un ouvrier orfevre,
où il ne put refter long-temps ; fon intention
étoit de le mettre chez un autre avec lequel
elle s'étoit déjà arrangée , lorſqu'elle tomba
malade, ne put exécuter ce qu'elle avoit entrepris.
Ce fut dans ces entrefaites , aux Fetes
de Pâques 1784 , qu'il fut préſenté à l'épouſe
de M. l'Intendant de Caen , qui s'y intéreſffa
d'après le récit qu'on lui fit de ſes qualités , &
M. l'Intendant le fit paſſer à Paris.
J'ai l'honneur d'être , &c.
FLEURIAU DE BELLAMARE,
La même cauſe d'ignorance abfolue de
h6
( 180 )
notre part nous met dans le cas de dem ander
les éclairciſſemens néceſſaires aux Gens
de l'Art , ſur une demande conçue en ces
termes :
Près de trente-cinq ans de ſervice me donnent
droit d'avoir que que cor fiance dans mon expépérience
, je puis aſſurer avec vérité qu'ayant
toujours été très-appliqué à remédier aux inconvéniens
qui naiſſent ſous nos pas , l'étude la
plus ſuivie ne m'a procuré que très - peu de découvertes
avantageuſes , & que tel Auteur qui
s'eſt acquis de la réputation , ne marcheroit qu'avecpeine
dans une route qui peut-être eſt l'objetde
ſes mépris. Pour donner un exemple de
ce que j'avance , je demande à tout Artiſte , à
tout Amateurde Cavalerie de m'indiquer par la
voie de votre Journal ou directement une maniere
d'attacher les chevaux de façon qu'ils ne
puiſſent s'échapper. Plus de dix effais en ce genre
ont été infructueux ; des chevaux méchans ou
vigoureux ont rompu , foit par force ou par
adreſſe toutes les entraves qu'on leur a oppofées.
Laqueſtionqquueejepropoſe paroîtra frivole aux
génies qui ne confidereront pas les ſuites fåcheuſes
que peut avoir le mal que, je ſouhaite
qui ſoit réparé, i l'on avoit l'état des accidens
qui ſont arrivés dans l'armée , faute de bons
licols , l'on en ſeroit effrayé ; je viens d'en étre
moi même la victime : un cheval échappé dans
l'écurie où étoit le mien, lui a caffé la jambe ,
& m'a fait perdre un animal auquel j'étois auffi
attaché par ſes excellentes qualités que par les
bons ſervices qu'il m'a rendus.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Chevalier DE MARNE , Lieutenant au
Régiment Royal Cavalerie , & chevalier
( 181 )
de l'Ordre Royal & Militaire de St. Louis.
On nous a priés de rendre publique la
lettre ſuivante , écrite par le Roi de Polo gne
actuel , à M. l'Abbé Proyart , auteur d'une
vie eſtimée du feu Roi Staniflas Leczinski .
Monfieur l'Abbé Proyart , ſi je n'ai pas répondu
plutôt à votre lettre du 30 Octobre , c'eſt
que j'ai voulu me laiſſer le loiſir d'apprécier
l'ouvrage qu'elle me préſentoit. Je l'ai lu attentivement,
avec cet intérêt que l'on donne à des
fituations qui ont des rapports à celles où nous
nous ſommes trouvés ; on aime à déméler ce
qu'elles ont de commun dans leurs effets. La
lecture de votre livre m'a donné ce plaifir ; le
fond des choſes & les formes qu'elles ont reçues
de l'Hiſtorien , y ont également concouru. Je
defire que la marque ci-jointe de mon eſtime en
foit auffi pour vous une de ma reconnoillance :
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , M. l'Abbé
Preyart , en ſa ſainte garde.
STANISLAS AUGUSTE , Roi.
M. Houël vient de mettre au jour le 19e.
chapitre du Voyage de la Sicile, de Malthe
&de Lipari , dont nous avons indiqué le
mérite antérieurement , d'après les talens de
l'artiſte & le témoignage du public ( 1 ) .
On trouve dans ce dix-neuvieme chapitre plufieurs
planches qui repréſentent des baſaltes de
différentes formes & grandeurs ; l'Auteur joint à
ces deſſeins précieux par leur exactitude des
obſervations ſur la formation même des baſaltes ,
qui rendent ce chapitre très intéreſſant pour les
Naturaliſtes . Les deux derniers planches repré-
(1) Prix 12 liv. chez l'Auteur , rue du Coq
S. Honoré.
( 182
Tentent le fameux châtaigner de cent chevaux ſitué
ſur la pente de l'Euna . Cet arbre étonnant par ſa
groſſeur a pris ſon nom de l'étendue de fon ombrage.
Jeanne d'Arragon , diſent les gens du lieu ,
vint viſiter l'Etna , accompagnée de toute la Nobleſſe
de Catane ; elle étoit à cheval ainſi que ſa
ſuite: un orage ſurvint , elle ſe mit ſous cer
arbre , dont le vaſte feuillage ſervit à garantir
la Reine& tous les Cavaliers ; mais les Savans .
regardent cette tradition comme une erreur populaire.
Les travaux de M. Didot l'aîné ſe ſuccédent
ſans interruption. Il vient d'achever
l'édition in - 18 . des OEuvres de Racine en
5 vol. papier-velin , imprimés en caracteres
neufs , gravés exprès (1). Le texte un peu
plus petit que les précédens , les ſurpaſſe encore
en netteté ; & il eſt beaucoup plus aifé
à M, Didot de multiplier ſes chef-d'oeuvres ,
qu'à nous de varier les éloges dus à chacun
des ouvrages de cette précieuſe collection ;
ſavoir au Télémaque , 4 vol. , & au Difcours
fur l'Hift . Univ. de Boſſuet, 4 vol .
PROVINCES- UNIES.
LA HAYE , le 20 Mars.
La Bourgeoiſie d'Utrecht vient de mettre
en pratique contre la Régence les
principes démocratiques allégués par nos
Ecrivains polémiques contre l'autorité Sta-
(1) Prix 30 liv . chez M. Didot l'aîné , rue Pa.
vée S. André-des-Arcs.
( 183 )
thouderienne. On ne s'attendoit pas que le
peuple regarderoit d'abord le pouvoir le
plus près de lui, le plus immédiat , le plus
génant , & qu'en vertu des idées de liberté
ſi fortement prêchées par quelques Provinces
, il détruiroit l'Ariftocratie des Régences
patriciennes , qui fait le ſyſtême général du
gouvernement des villes de la République.
Uneplace étantvacante dans le Conſeil municipal
d'Utrecht, ce Corps y a nommé, ſuivant
l'uſage, unCitoyen qui a eu en ſa faveur la pluralité
des fuffrages ; mais l'élection ayant déplu
à la Bourgeoiſie , quelques Députés de
celle-ci ont exigé que ce choix fût annullé;
& il l'a été. Cette affaire occafionne la plus
grande effervefcence; ce que font les Bourgeois
d'Utrecht , ceux d'Amſterdam , de
Leyde , de Harlem , &c. &c. font fondés à
le faire également; voilà un premier ſuccès
encourageant : il ſera curieux de voir , comment
ces Sénats aristocratiques , qui défendent
ſi bien leur autorité contre les atteintes
du Stathouder , s'y prendront pour la défendre
contre le peuple même.
Il eſt fort peu queſtion de guerre , de préparatifs
, & nous nous regardons comme en
pleine paix. Cependant , l'on fait courir en
cemoment le bruit d'une réponſe peu fatisfaiſante
de l'Empereur à la derniere réſolution
des Etats Généraux
On a fait , dit- on , à la République plufieurs
demandes , telles qu'une indemnité de 16 millions
à la place de Maeflicht , la ceſſion de BE
( 184 )
c'uſeen Flandre, du Comté de Vroenhoven &
Pays d'Outre-Meuſe , la liberté de l'Eſcaut , &c.
D'autres diſent que l'ultimatum de l'Empereur
porte , que puiſque les Etats-Généraux ſe refuſent
à la conceffion de Maestricht , il revient à
la demande ſur l'Eſcaut , & leur donne quatre
mois de réflexions à dater du départ du courier
de Vienne.
M. de Kalitcheff, Miniſtre de Ruffie , a
remis aux Etats Généraux un nouveau Mémoire
exhortatoire , & où , dit- on , on invite
de nouveau la République à reprendre les
négociations & à fatisfaire S. M. I.
M. le Comte de Maillebois eſt attendu
ici à chaque inſtant.
On prétend qu'ila fait communiquer auxEtats
Générauxun plan , fuivant lequel il ſe fait fort
de défendre avec 60 mille hommes le territoire
de la République contre cent mille combattans.
Il prouveroit dans ce plan , que les Autrichiens
ne peuvent attaquer l'Etat qu'entre la Meuſe &
le Rhin , & que le pays eſt en fûreté depuis
Berg-op Zoom juſqu'à Bois- le-Duc , par la facilité
de couper les paſſages par des inondations ;
qu'en conféquence les Autrichiens ne pouvanty
pénétrer ſans s'être emparés de Maeſtricht , qu'il
ne ſeroit pas prudent de laiſſer derriere enx , il
eſt de la derniere importance de garnir ſuffifamment
cette place de troupes & de munitions. II
prétendoit aufli que les autres forts ſitués au-de'à
à Maſeik , devroient être démolis , parce que
les Autrichieus pourroient s'emparer aifément
de cette ville , y perfectionner les ouvrages &
y établirun campement , afin de couper la communication
entre la Hollande & Maestricht . Alors
ils pourroient ſe borner à tenir Maestricht bloqué
( 185 )
pendant qu'ils pénétreroient entre le Wahal &
leRhin, juſques dans le Bétuwe où ils établiroient
leurs quartiers.
Parmi les détails que la frégate la Junon ,
arrivée en Angleterre , a donnés de la ſituation
de l'Inde , elle a appris que les Malais ,
à l'inſtigation des Portugais , ont atraqué l'établiſſement
des Hollandois à Malacca. Ce
n'a pas été une ſimple conſpiration de l'efpece
de celles qu'ils ont ſouvent tramées :
ils font venus en corps d'armée d'environ
14 mille hommes , tomber ſur les Hollandois
, qui n'étant gueres préparés à cette attaque
, ne purent employer tous leurs
moyens de défenſe ; ils alloient fuccomber,
&ils préparovent même déja des bâtimens
pour abandonner la place, lorſque redoub'ant
d'efforts , ils parvinrent à repouſſer
l'ennemi. Quelques jours après , les Malais
reparurent au nombre de 40 mille , portant
tous leurs armes redoutables & des fleches
empoisonnées. Les Hollandois n'étoient au
plus que 800 , mais comme ils avoient eu le
temps de faire leurs diſpoſitions , & de placer
du canon à terre , ils diſperferent ces
barbares , les pourſuivirent même dans leur
déroute , au point que s'ils n'ont pas exagéré
, il en périt 4 mille , ou ſur le champ
de bataille , ou dans leur fuite.
Cette nouvelle nous vient de Paris , &
l'on n'en dit rien en Angleterre même , où
perſonne ne devroit l'ignorer , ſi la Junon
l'avoit apportée réellement.
( 186 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 23 Mars.
Suivant nos lettres de Vienne du 8 de ce
mois , les Croates , les bataillons francs &
l'Artillerie qui avoient fait halte , ont reçu
ordre de marcher ſans délai vers les Pays-
Bas.
On aſſure qu'il a été publié dans toutesles
Eglifes de l'Electorat de Cologne , une défenſe
de recruter pour les Hollandois , & la
promeſſe d'une récompenſe de 15 rixdales
à tout Juge qui dénoncera l'un de ces Recruteurs
.
Voici la liſte des quartiers occupés par les
Régimens Autrichiens dans nos Provinces .
A Bruxelles. Général en Chef.
S. A. R. le Duc de Saxe-Teſchen .
Général-Commandant de l'Artillerie .
Le Comte de Murray.
Général d'Artillerie enfecond.
Le Comte de Ferraris .
Lieutenans - Généraux.
Le Comte Wenzel Colloredo .
Le Comte d'Arberg.
Général - Major . D'Alton , à Luxembourg , 2
bataillons. Regimens. De Deutſchmeiſter. De
Preiſs, 2 bataillons. Deux compagnies d'Artillerie
avec la réſerve i demi. Kaunitz , troifieme
bataillon.
Général - Major. Le Baron de Staader , a
Louvain. Rég. Lattermann , à Namur , 2 bat.
de Tillier , à Louvain , 2 bataillons. Bender , à
Bruxelles. 2 bat. Furman , Gren à Brux. 2 bataillons
.
Général - Major. Le Comte Harrach , à Tirl.
( 187 )
Wurmfer Hufſards , à Louvain. I Div. Wurmſer
Huffards , à Tirlem. 2 diviſions . En tout , 13
bat.&dem. & 3 div.
Avec l'Etat Major. Batail. 13. div. 3 Régimens.
Wurmfer Huſſards , a Arschos, 1 div. Eſterhafi
Huff à Jeloigne. I div. d'Arberg Dragon , à Liere,
I div.
Avec l'Etat- Major. Rég. D'Arberg Dragon , a
Geel. 1 div. D'Arberg Drag. à Tongaroo . I dem .
div. D'Arberg Drag. à Herve & Battice , pays de
Limbourg. I dem. div. Murray , 3 me, bataillon ,
àHerve.
Général - Major. Le Baron de Lelien , à Mons.
Cobourg Drag . à Mons , 2 div .
Avec l'Etat- Major. Rég. Cobourg Drag. à Ath .
1 div. Toſcan Drag . à Gand & Oudenarde , ou à
Tournay & Oudenarde , comme l'Artillerie fera montée
par le Commiſſaire -Général , 3 div. D'Arberg .
3me. div de Drag. qui ſe forme à Mons , I divif.
Général - Major. Le Duc d'Uſel , à Anv. Rég.
Cleifayt , à Anvers , 2 bat. Ligne , bat. camp. à
Anvers. 2bat. Ligne , 3me.bat. à Lierre , 1 bat .
Kaunitz , Malines , 2 bat .
Général- Major Le Comte de Culam , à Gand.
Rég. Hayden , Grén, à Termonde , 1 bat. Murray,
àGand , 2 bat. Vierſet, à Bruges. 2 bat. Vierſet ,
3me bat. à Oftende. 1 bat. 3me Rég. de garniſon ,
Nieuport. 1 bat. En tour , 28 bataillons & 15 divi.
fions.
Général-Major.
Benzenſtein , à Malines.
Du 2me Régiment d'Artillerie : partie à Malines
, partie détachée aux canons des Régimens
avec la munition d'Artillerie . I bat .
Général - Major.
Zehenter , à Bruxelles .
à Détachement de Pontonniers.
( 188 )
Namur . Chafſeurs .
Pionniers.
Total , batal. 29 , div. 156
à
Bruxelles.
a
Ledétachement de l'Etat- Major d'Artillerie.
Directeurs du Génie, à Bruxelles.
Une Compagnie de Mineurs.
Namur. Une Compagnie de Sapeurs.
On écrit de la Haye, que le Fiſcal de la
République eſt parti pour Maeſtricht , où il
va examiner les perſonnes accuſées d'avoir
voulu livrer cette place aux troupes de l'Empereur.
On apprend de Luxembourg que le Baron
de Stein y est arrivé le re avec 300 recrues
, qui complettent le corps de Volontairesdefon
nom. Ce corps ſe trouve porté
à 1300 hommes exercés journellement.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres .
Levaiſſeau deguerre Hollandois.l' Amiral Tirk
Hides de Vries , qui eſt arrivé à Smirne , paroît
avoir cauſé quelques inquiétudes à l'Internonce
de la Cour de Vienne , lequel a préſenté un Mémoire
à la Porte , où il demande l'intervention
*de l'autorité du Gouvernement , pour empêcher
que les Hollandois ne commettent en ces parages
quelques hoſtilités Le Capitan- Pacha a effectivement
reçu ordre d'y mettre les empêchemens néceſſaires
pour l'intérêt général du commerce.
( Nouvelles d'Allemagne , nº.40.)
Les Freres Etudians du couvent des Capucins
deVienne ſe ſont très-peu diftingués cette année.
Une aventure comique a fait à ce ſujet lancer
contr'eux une paſquinade. L'âne d'un Meûnier ,
( 189 )
s'étant échappé , avoit pénétré dans leur cour , &
le portier avoit eu de la peine à l'en chaſſer. Le
lendemain on lut au deſſus de leur porte : In
propria venit & fui eum non receperunt. ( Cour . de
Efc. Nº. 21.)
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
, Cause entre Marie Dumas
trice de ses enfans mineurs.
Promlet , & Michel Marias.
veuve Michel , tu-
- Et Michel
1
Les diſpoſitions univerſelles d'un aïeul , en
faveurdes enfans légitimes de fa fille naturelle ,
font- elles valables ? C'étoit la principale queftion
agitée dans cette cauſe. Voici le fait : Marie
P ... , ſur la foi d'un mariage projetté , s'étoit
abandonnée à un ſieur C..., qu'elle devoit époufer
; elle en avoit eu un enfant , Catherine C...,
la mort précipitée du ſieur T... l'empêcha de
la légitimer par un mariage ſubſéquent. Catherine
C... épouía Joseph Michel. Elle n'avoit rien
reçu de ſa mere , qui , mariée depuis la mort
du ſieurC... , avoit à peine de quoi vivre : cependant
Catherine C ... aida , autant qu'elle put ,
Marie P ... , & inſpira à ſes propres enfans les
mêmes ſentimens pour leur aïeule naturelle. Marie
P ... n'avoit jamais perdu de vue ſa fille , ni
ſes enfans , qui lui avoient toujours témoigné ,
ainſi qu'à fon mari , l'attachement le plus tendre.
Parvenus l'un & l'autre à un âge fort avancé , ils
ſe retirèrent chez Martin Michel leur petit - fils ,
& y vécurent juſqu'à leur mort. Marie P ... ,
après la mort de fon mari , par un juſte ſenti-
(1) On foufcrit pour l'ouvrage entier , dont l'abonnement
eſt de 15 liv, par an, chez M. Mars , Avocat, rus
Hôtel de Serpente,
( 190 )
,
mentde reconnoiffance ,& pour s'aſſurer le reſte
de ſes jours les mêmes ſoins qu'elle avoit éprouvés
, crut devoir faire à Martin Michel , ſon petit-
fils une donation entre - vifs de tout ce
qu'elle avoit , qui conſiſtoit en une petite maiſon
, un petit jardin & une piece de terre , le tout
évalué 1200 liv. , à la charge par le donataire
de la loger , nourrir & entretenir ſa vie durant ,
tant en ſanté que maladie. Elle n'eut jamais lieu
de ſe repentir de ſon bienfait. Martin Michel &
ſes enfans remplirent envers Marie P... juſqu'au
dernier moment toutes les obligations qui avoient
été les conditions de la donation , fans que les
dégoûts & les beſoins inſéparables de la vieilleſſe
rallentiſſent en rien leurs devoirs. A peine Marie
P... cut -elle les yeux fermés , que des Collatéraux
difputerent à ſes arrieres -petits-enfans
naturels ſes minces dépouilles , que leur pere
avoit certainement acquiſes àtitre onéreux , fous
prétexte de l'incapacité où ſont les bâtards de
recevoir , ſoit directement , ſoit indirectement ,
dans leur deſcendance des diſpoſitions univerfelles.
Les enfans de Martin Michel ont
foutenu la validité de la donation qui avoit été
le prix des ſoins & de l'entretien qu'ils avoient
fourni à la donatrice pendant toute ſa vie. Arrêt du
Parlement de Toulouſe du 22 Mars 1779 , qui ,
réformant les Sentences des premiers Juges ,
fans avoir égard à la demande en caflation , par
incapacité , de la donation de Marie P... formée
par Michel Brouellet & Michel Marias , maintient
ſa tutrice en la propriété & jouiſſance des biens
compris dans la donation , avec dépens.
---
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entre M. le Procureur - Général & les Héri(
191 )
tiers de Jean d'Alleré , Officier- de-Bouche chez
leRoi.
- Legs univerſel à un Enfant trouvé , à nommer
& choisir par M. le premier Prefident , peut- il
être déclaré nul comme fait , incernæ perfona.
Rien n'eſt quelquefois plus fingulier que cer
taines diſpoſitions teſtamentaires : cependant lorfqu'elles
ne ſont pas contraires aux bonnes moeurs ,
ni aux loix , on ne peut fe diſpenſer de les maintenir
& d'en ordonner l'exécution , attendu le
droit incontestable & la liberté naturelle à tout
homme , de diſpoſer de ſon bien comme il lui
plaît , ſauf les juſtes exceptions & réſerves que
les loix ont miſes à cette liberté générale &
indéfinie. Le ſieur Jean d'Alleré , ſeul auteur
de ſa fortune , étoit pourvu d'une charge
d'Officier-de- Bouche chez le Roi , vieux garçon ,
n'ayant point de parens proches & beaucoup de
parens éloignés ; il a fait ſon teſtament le 1 Avril
1773. Par cet acte , quelques diſpoſitions particulieres
, il a inſtitué deux Légataires univerſels
, l'un de tout ſon mobilier , l'autre de tous
ſes immeubles. Le Légataire du mobilier étant
une perſonne connue , & la diſpoſition n'ayant
pas été conteſtée , il eſt inutile de s'étendre à
ce ſujet. Toute la difficulté portoit ſur la diſpofition
relative au legs univerſel des immeubles.
Elle étoit conçue à peu près de cette maniere :
«Je donne & legue tous mes immeubles quel-
>>>conques , enſemble ma charge d'Officier Fruitier
chez le Roi , à un enfant trouvé de la
>> maiſon des Enfans -Trouvés de Paris , l'un des
>> plus âgés étant dans ladite maiſon , du ſexe
>>> maſculin , qui ſera nommé & choiſi par M. le
>> Premier-Préſident du Parlement. J'inſtitue les
( 192 ) :
>dit enfant mon Légataire univerſel en cette
>>>partie , à la charge de prendre & porter mes
noins de baptême & de famille , & de ſe faire
>>>recevoir dans ma charge d'Officier - Fruitier
>> chez le Roi , ſi par les foins & bons offices de
>>M. le Premier Préſident, il peut être agréé
>>>& reçu dans ledit Office , à la charge , en
>>>outre , qu'en cas de mort dudit enfant, avant
>> ſon mariage ou ſans enfant légitime , le mon ,
>tant dudit legs univerſel paſſera au profit d'un
>>> enfant trouvé , mâle , choiſi & nommé par
2 M. le Premier-Préſident , aux mêmes charges
>&conditions de porter mes noms ». -Après
laj mort du Teſtateur , arrivée en 1783 , & l'ou--
verture faite du Testament , M. le Procureur-
Général , inftruit de cette diſpoſition , fit affigner
les héritiers de Jean d'Alleré , pour voir prononcer
la délivrance du legs univerſel des immeubles
du Teſtateur au profit de l'enfant trouvé
qui ſeroit nommé & choiſi par M. le Premier
Préfident. Les héritiers ont demandé la
nullité du legs univerſel , ſous prétexte qu'il étoit
fait incertæ perfone . M. l'Avocat -Général Sc
guier a conclu à la délivrance du legs univerfel
au profit de l'enfant trouvé aux conditions
portées au Testament . Arrêt du 27 Août
1782 qnia ordorné que le Teſtament dudit Jean
d'Alleré ſeroit exécuté ſelon ſa forme &teneur ;
ce faiſant a condamné les héritiers de Jean d'Alleré
à rendre & reftituer tous les immeubles de la
fucceffion de Jean d'Allere & tous les titres de
propriété deſdits immeubles & papiers relatifs ,
dépendant de ladite ſucceſſion , à l'enfant trouvé
qui feroit nommé & choiſi par M. le Premier-
Préfident , conformément au Teftament & aux
charges , clauſes & conditionsy portées : a condamné
leſdits héritiers aux dépens.
- -
-
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PARUNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes lesCours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en prose; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,
lesCaufes célèbres; lesAcadémiesdeParis & des
Provinces ; la Notice desÉdits, Arrêts; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI 2 AVRIL 1785 .
A PARIS ;
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
AvecApprobation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Mars 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
Epîtreà Mlle Em . de P** , 3
Iimpromptu,
des Infcriptions & Belles-
Lettres , 26
Epure à Mme la Comtesse
Gabrielle Digoine , 49
6Tableau de la fituarion actuelle
des Anglois dans les
Indes Orientales .
34
dan cadette , 51
Naturelle de Pline ,
$7
Mot de Coclès , $2 Recueil de quelques Pièces de
67
Epitre, 97Hiftoire Univerſelle , 76
Epigramme , Ico 123
Vers adressés à Mlle Gavau- Morceaux extraits de l'Histoire
Couplets àM. Blanchard , 53 Littérature ,
L'Originede l'Inconstance, 99 L'Enfer des Peuples Anciens ,
Aunejeune Demoiselle, ibid. Pièces intéreſſantes & peu
Lecouragede l'Amour& de la connues , 154
Nature , Anecdote , 101 Principes généraux de Belles-
Le Zéphyr & l'Aquilon , Lettres,
Fable,
Conte,
Romance.
166
145 Manuel du Minéralogifte ,
146 172
147 La dernière Héloïſe , 175
Réponſes à une Queſtion, 151 Variétés , 36 , 79 , 132, 136
Charades, Enigmes & Logo- Académie Françoise , 131
gryphes , 7,5 , 121, 152 SPECTACLES .
NOUVELLES LITTÉR. Concert Spirituel , 178
Apologues & Contes Orien- Comédie Françoise , 179
taux , 9 Comédie Italienne , 183
Differtation qui a remporté le Annonces & Notices , 41 , 88 ,
Prix de l'AcadémieRoyale 141, 185
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
zve de la Harpe , près S. Come.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 2 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
M. SABATIER DE CAVAILLON ,
fur un Article d'un Journal , où il louoit
beaucoup un demes Ouvrages.
AMI , la vapeur dangereuſe
Dont s'eſt enivré mon orgueil ,
N'étoit qu'une amorce trompeuſe
Qui m'attiroit vers un écueil.
Dité par la voix du génie ,
Sans doute un éloge flatteur
Eft pour l'oreille& pour le coeur
Une agréable mélodie ;
Mais le ſerpent dort ſous la fleur ;
Trop ſouvent la cruelleenvie
Aij
MERCURE
S'éveille à ce bruit ſéducteur.
Apeine , au littéraire empire ,
Mes vers font annoncés par toi,
Etdéjà fiffle contre moi
L'affreux dragon de la ſatire.
Vois ce reptile meurtrier ,
Mon petit ſuccès le déſole :
Il viendra flétrir le laurier
Dont , grâce à ta main bénévole ,
S'énorgueillit mon jeune front ;
Et dans les flots d'un noir poiſon ,
De ma poétique auréole
Éteindre enfin chaque rayon.
LA GLOIRE eſt une enchantereſſe
Perfide comme la beauté;
Le caprice , la cruauté
Suivent la cour de la Déeſſe ;
Souvent ſa plus tendre carele
Annonce une infidélité.
Ah! fi d'une angoiſſe éternelle
Sonſourisveut être acheté,
Si de maint rival irrité
Le poignard doit payer mon zèle ,
Toi , ſon amant toujours féré ,
Vole au ſéjour de l'immortelle ;
Ma ſervitude est trop cruelle ,
Moi, je reprends ma liberté.
De te ſuivre aux lieux où tu planes ,
:
DE FRANCE.
S
Je n'aurai point l'ambition ;
Ami , l'air de cet horizon
Eſt trop ſabtil pour mes organes.
Ama Maſeun vallon ſuffit:
Elle a les moeurs d'une Bergère ;
Le théâtre qu'elle chérit ,
C'eſtun petit bois ſolitaire ,
Où, ſous l'ombrage du myſtère ,
Son luth réſonne à petit bruir.
Sans doute au Temple de mémoire
Son nom ne fera point écrit ;
Mais ſi Sabatier lui ſourit ,
Doit-elle envier d'autre gloire ?
On ne verra point ſon portrait
A la tête d'un mince Ouvrage
Se pavanant d'un air coquet ,
Du Lecteur ſéduit , ſtupéfait ,
D'avance obtenir le ſuffrage.
Mais qu'importe une vaine image ?
Dans ſon ami vivre en effet ,
Eſt la félicité du ſage.
Laiſſe-la donc fuir à ſon gré
Une lice en proie à l'orage :
Sentier fleuri , bien reſſerré ,
Plaît à ſon goût , fied à ſon âges
Entre deux remparts de feuillage ,
Tel un ruiſſeau coule ignoré.
(ParM. Morel, d'Aix .)
Aiij
6 MERCURE
RÉPONSE aux Vers de M. BURET , inférés
dans le N° . 4 du Mercure de France.
ENFNFAANNSS de la fincérité ,
Vos vers dictés par la Nature
Offrent une moralité
Dont tout bas ſe plaint l'impoſture ,
Et qui flatte ma vanité.
De votre coeur novice encore ,
Et de votre Muſe au berceau ,
Si le double hommage m'honore ,
Philinte , du jour le plus beau
Il eſt auſſi pour vous l'aurore.
Cultivez ce jeune roſier
Où les boutons en abondance
Étonnent l'oeil du Jardinier ;
Et livrez- vous à l'eſpérance
De le voir devenir laurier.
Mais voulez-vous que Mnémoſyne
Et votre Lecteur fatisfait ,
Reſpirent l'odeur d'un bouquet
Cueilli ſur la docte colline ?
Je vais vous donner un ſecret :
" N'y laiſſez pas la moindre épine. >>
De Juvénal , de Deſpréaux
L'Univers connoît le mérite;
Toutefois leurs brûlans pinceaux
DE FRANCE.
7.
N'ont pas fait un ſeal profélite.
Sur l'amour-propre révolté
Le talent perd tout ſon empire ;
Le zèle ſans l'aménité
N'obtiendra jamais un ſourire.
Aux beaux jours du peuple Romain ,
Temps heureux qui ne dura guère ,
Croyez-vous qu'on fût plus fincère ,
Et moins flatteur & plus humain ?
Moi , j'ai la preuve du contraire.
A Janus , ce Dieu reſpecté ,
Et né chez ces prétendus ſages ,
Auroit- on prêté deux viſages ,
Si la candeur , la vérité
Euſſent habité leurs rivages ?
Dans le phyſique & le moral ,
Jadis , comme au ſiècle où nous ſommes,
Le bien fut à côté du mal :
Ainſi les Dieux ont fait les hommes.
Ceffons des regrets ſuperflus :
Des régions non moins ingrates
Eurent leurs Nérons , leurs Titus :
De tous temps on vit les Socrates
Contemporains des Anitus.
Pourquoi porterions-nous envie
Aces mortels trop célébrés ?
Les Vertus , les Arts , le Génie
Dans nos foyers ſont honorés.
Aiv
MERCURE
LeTibre eut Horace , Virgile ,
Pline , Antonin , Burrhus , Caton;
La Seine a Vergennes , Delille ,
Louis , Suffren , Breteuil, Buffon.
Satisfaits de notre partage ,
Sachons mieux nous apprécier ;
Laiſſons lesZoïles crier ;
Le filence eſt la voix du ſage.
i
(ParM. l'Abbé Dourneau.)
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Lequel des deux prouve plus d'amour ,
celui qui quitte le Trône pourſa maîtresse,
ou celui qui veut conquérir une Couronne pour
la lui offrir.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Sourire ; celui
de l'énigme eſt Lanterne; celui du Logogryphe
eſt Harpie , où l'on trouve phare ,
pie, épi, répi , hier ,raie , api , haie,harpe.
DE FRANCE.
9
CHARADE.
MON premier , belle Iris, eſt le tems des Amours ;
Mon ſecond , avec art , flotte ſur vos atours ;
Ah! foyez donc mon tout pour embellir mes jours.
J'AI
ÉNIGME.
'AI le viſage long & la mine naïve ;
Je ſuis fans fineſſe & fans art ;
Mon teint eſt fort uni , la couleur afſez vive ,
Et je ne mets jamais de fard.
Mon abord eft civil ; j'ai la bouche riante ,
Et mes yeux ont mille douceurs.
Mais quoique je fois belle , agréable & charmante ,
Je règne fürbien peu de coeurs .
Onme proteſte affez , &preſque tous les hommes
Se vantent de ſuivre mes loix.
Mais que j'en connois peu dans le ſiècle où nous
fommes
Dont le cerur réponde à ma voix !
Ceux que je fais aimer d'une flamme fidelle ,
Me font l'objet de tous leurs foins ;
Et quoiqueje vieilliffe , ils me trouvent plus belle,
Et ne m'en eſtiment pas moins.
Onm'accuſe pourtant d'aimer trop à paroître
Où l'on voit la proſpérité ; :
Av
10 MERCURE
Lorſqu'il eſt vrai qu'on ne me peut connoître
Qu'au milieu de l'adverſité.
JE
( Par M. l'Abbé Métrail, Aumônier de
l'Hospice Royal. )
LOGOGRYPH Ε.
Eſuis un remède puiſſant
Pour mettre fin aux larmes d'un enfant.
Avec cinq pieds l'on me compoſe;
Veut-on les retourner ? je ſuis la même choſe.
NOUVELLES LITTÉRAIRES..
LA Poetique de la Mufique , par M. le
Comte de la Cépède , des Académies &
Sociétés Royales de Dijon , Lyon , Toulouſe
, Rome , Stockholm , Heffe , Hombourg
, Munich , &c. La fenfibilité fait
tout notre génie , Piron. 2 vol. in-8°. De
l'Imprimerie de MONSIEUR. A Paris
chez Didor jeune , Mérigot jeune , &
Théophile Barrois , Libraires , Quai des
Auguſtins ; la Veuve Eſprit , au Palais
Royal ; Belin , rue S. Jacques , & Viffe ,
ruede laHarpe.
L'Art de la Muſique est bien jeune en
France , en le confidérant du côté de ſes
DE FRANCE. 11
liaiſons avec l'Art Dramatique. On ſe rappelle
ſa première époque , & il n'eſt encore
qu'à ſa troiſième. Les Spectacles Lyriques
floriſſoient en Italie: Louis XIV, qui encourageoit
tous les Arts , ne voulut pas que
celui de la Muſique fût négligé; & l'Italien
Lulli , ſecondé merveilleuſement par les talens
de Quinault, fonda ſur notre Scène la
mélodie de ſon pays , qu'il tâcha d'ajuſter
avec nos paroles. Mais tandis que cet Art ,
indigène en Italie,y prenoit un accroiffement
rapide , il ſembloit qu'exotique en France ,
il fût condamné à y demeurer dans l'état où
il étoit lorſqu'il y fut tranſplanté. Bientôt
les deux mélodies , ſi ſemblables dans leur
origine , devinrent tout-à-fait différentes ; /
mais l'orgueil national ne voulut pas voir
que cette différence venoit des progrès de
l'une & de l'inertie de l'autre; il aima mieux
ſe perfuader qu'il avoit une muſique particulière
, & la préférer à ſa rivale.
Rameau vint , & ce grand Homme , dont
le génie ne demandoit qu'à s'étendre , tira en
partie notre muſique de ſon état de langueur.
Il donna plus de vigueur à l'harmonie
, dont il avoit ſimplifié l'étude ; il lui
fraya des routes nouvelles , en multiplia
les effets , donna enfin à nos Ouvrages Lyriques
une meilleure forme , & malgré les
contrariétés qu'éprouve tout novateur , il
fit faire un pas immenſe à l'Art , reſté immobile
juſqu'à lui. Mais ſes efforts n'avoient
ofé s'étendre que ſur les choeurs & la ſym-
Avj
12 MERCURE
phonie. Le chant François lui parut l'idole
facrée de la Nation; il crut , comme les autres
, que la langue en avoit invinciblement
déterminé là forme; & quoique né avec un
génie mélodieux , comme il l'a prouvé dans
ſes airs de danſe , il laiſſa notre Scène en
proie à ces éternels récitatifs , d'un chant
trop foutenu pour de la déclamation , &
trop froids , trop languiffans , trop uniformes
pour exprimer jamais le véritable accent des
paffions.
Enfin, les bouffons Italiens deſſillèrent les
yeux de la France. Leurs Ouvrages Dramatiques
ne pouvoient réuffir long temps chez
une Nation qui , plus que toute autre, a fu
perfectionner cet Art ; mais leur muſique
avoit plu ; des hommes remplis de goût ,
de zèle& de patience, eſſayèrent d'y adapter
des paroles Françoiſes , & le plus grand
ſuccès couronna leurs efforts. On put dèslors
s'appercevoir que ſi notre poéſie avoit
paru réſiſter à la mélodie Italienne , la faute
devoit en être attribuée, non à l'inflexibilité
de la langue , mais à la pareſſe ou à l'orgueil
des Auteurs qui ne vouloient pas prendre
la peine de lui donner les formes que
la muſique exige , ou qui croyoient que cet
Art devoit plier ſous le leur.
Reléguée ſur nos Théâtres Comiques , Polymnie
s'y retranchoit , s'y fortifioir , &
ſembloit attendre qu'une occaſion heureuſe
lui facilitât la conquête de la capitale de ſon
empire. Un François , l'Auteur d'ErneDE
FRANCE.
13
linde , tenta le premier ce hardi projet ;
on applaudit à ſon audace ; mais fon pays
ne fut point converti. Un homme d'un
génie ardent , plus heureux , & qui peutêtre
avoit mieux médité les changemens
néceſſaires ; qui , en portant des coups plus
sûrs & plus profonds , ménageoit davantage
les préjugés reçus; qui , connoiſſant le goût
dramatique de la Nation , s'en étoit habilement
ſervi pour faire adopter les réformes
muſicales , & payoit ainſi , par des beautés
des deux genres , les ſacrifices qu'il exigeoit ,
M. Gluck fit à lui ſeul toute la révolution ;
bientôt les plus grands Maîtres de l'Italie em .
bellirent ſon ſyſteme , & par leurs talens
réunis, l'art lyrico-dramatique eſt maintenant
fixé parmi nous.
C'eſt à cette époque que devoit paroître
une poétique de la muſique. Quand un Art
eft encore inculte , le génie apperçoit bien
le point où il veut atteindre , mais il ne voit
pas le chemin qu'il doit ſuivre fous les
brouſſailles dont il eſt couvert. Il les eſſaye
- tous , écarte ou détruit les obſtacles qui l'arrêtent
; & à force de conſtance & de fatigues
, arrive enfin au but deſiré. L'homme
de goût épie alors ſa marche , diftingue ſes
veſtiges ſur le ſentier qu'il a tracé , en forme
une carte fidelle , & l'offre pour guide
aux jeunes Artiſtes qui veulent ſuivre la
même carrière .
Mais pour oſer indiquer la route des Arts ,
14 MERCURE
il faut ſoi-même être digne d'y marcher. Il
falloit être Horace pour donner aux Latins
une poétique; il falloit être Boileau pour
en donner une aux François. Quoique les
titres de M. le Comte de la Cépède ne ſoient
pas encore aufli bien conſtatés que ceux de
ees grands Hommes , il n'en eſt pas moins
vrai que ſes talens & ſes connoiſſances en
muſique , lui donnent ledroit de raſſembler
en un corps les règles de cet Art que lui ont
fait découvrir ſes obſervations.
-
Le fond de cet Ouvrage eſt très - neuf;
par tout où la muſique eſt cultivée , il
exiſte un nombre prodigieux de traités de
compoſition , livres preſque toujours inſuffifans
, qui n'enſeignent que les loix de l'harmonie,
& qui font à la muſique ce que les
grammaires ſont aux langues. Une rhétorique
, l'art d'écrire , de ſe former un ſtyle
pur & correct , varié ſuivant les genres différens
, feroit ſans doute un Ouvrage trèsutile
, mais on ne l'a point encore tenté. Ce
n'eſt pas - là le but de M. de la Cépède ;
il ſuppoſe ces connoiſſances acquiſes , &
s'attache principalement à leur connexion
avec la poéfie , & fur-tout à l'application
qu'on en peut faire à l'Art Dramatique.
J'ai dit que ce ſujet étoit neuf; cependant
pluſieurs Auteurs en ont déjà traité quelques
parties. On trouve des idées relatives à cet
objet dans le petit Traité de d'Alembert fur
les libertés de la muſique ; on a vû autrefois
un Ouvrage de M. le Chevalier de Ch. fur
DE FRANCE. IS
l'union de la Poéſie &de la Muſique , Livre
rempli de vûes excellentes , qui malheureuſement
n'exiſte plus , qui parut dans un
temps où peu de perſonnes étoient encore⚫
en état de l'entendre, d'en ſentir toutle mérite
, & qui manque maintenant à nos
Poëtes Lyriques, lorſqu'il leur ſeroit de la
plus grande utilité. On connoît encore des
obfervations ſur la Muſique & fur la Métaphyſique
de cet Art , par M. de C. Le Dictionnaire
de Rouſſeau offre auſſi pluſieurs
articles épars qui ont rapport à l'objet que
traite M. de la C.; mais aucun autre avant
lui n'avoit raſſemblé un corps d'obſervations
&de principes pour en compofer un ſyſtême.
S'il eſt avantageux de parler le premier
d'un Art à l'inſtant où il ſe forme , il y a
bien auſſi quelques inconvéniens. Cet Art
n'a point alors de nomenclature ; on eſt pauvre
de phrases qui puiffent exprimer des
idées nouvelles ; on eſt obligé d'en emprunter
aux autres Arts; & comme la convention
n'eſt point encore établie , l'expreſſion
eſt toujours vague & douteuſe , on est obfcur
malgré ſoi. L'Auteur économe dans ſa
diſette , craignant d'épuiſer bientôt ſes reffources
précaires , revient ſouvent aux mêmes
tours de phrafes; il en réſulte des répétitions
fatigantes, de la monotonie , du dégoût. Il
faut avouer que cet inconvénient ſe fait
ſentir dans l'Ouvrage de M. de la C.; mais
il eſt à propos de le faire connoître avant
que d'en porter un jugement.
16 MERCURE
Il traite d'abord de l'origine de la Muſique
; & pour préſenter ſes idées ſous une
forme plus agréable , il emploie une fiction
ingénieuſe. Il ſuppoſe dans le climat le plus
fortuné , l'homme & ſa compagne jouillant
d'abord d'un bonheur ſans mêlange ; les accens
ordinaires ne peuvent ſuffire à l'exprefſion
de ſa félicité ; ſa voix ſe déploie & foutient
des fons qu'il élève & rabaiffe avec rapidité
; ſa démarche s'anime , il faute de
joie; & pour mêler moins de fatigue à l'expreſſionde
ſes tranſports , il ſe laiffe retomber
par intervalles égaux, ſes ſauts font accompagnés
de ſes chants , auxquels il ajufte
des paroles coupées avec ordre ,& analogues
au bonheur de ſa ſituation : ainſi naiſſent à
la fois la chanſon , la danſe & la poéſie .
Mais le bonheur durable n'a jamais été le
partage de l'homme ; il perd ſa compagne ,
&l'expreffion de ſes regrets , de fa douleur
, ſes plaintes, ſes cris , ſes tranſports de
crainte &d'eſpérance , enfin toutes les paffions
qui l'agitent , donnent naiſſance à la
vraie muſique , qui , née au milieu des pleurs,
dit M. de la C. , ne peint bien que les événemens
triftes , les ſentimens ſombres &
profonds , & n'exprime qu'à demi la joie &
la férénité. Cette opinion de l'Auteur le
conduit à une idée fine & heureuſe. « Il
>> faut , dit-il , avoir dans l'âme une cer-
>> taine candeur pour goûter tous les char-
> mes de cet Art céleste. Tout ce qui nous
>> attriſte , tout ce qui réveille en nous des
DE FRANCE 17
⚫idées ſombres , porte naturellement l'âme
» à ſe replier fur elle-même. Si l'on ne peut
>> ſupporter qu'avec peine la vue de ſon
>> coeur , on fuira tout ce qui oblige à l'exa-
» miner : l'homme vertueux pourra donc
" ſeul goûter ſans trouble les tendres émo-
» tions que la vraie muſique inſpire. L'en-
>> nemi de la vertu ne doit chercher que la
>> gaîté& les chanſons. >>
Cependant l'homme a retrouvé fa compagne
; le bonheur renaît pour lui , maisnon
pas aufli pur qu'il le goûtoit auparavant.
L'inquiétude l'altère , il peut perdre encore
le bien qu'il a déjà perdu. Ainfi, l'accent qui
exprime ſes ſentimens eſt encore celui de la
vraie muſique. Cette compagne chérie , qui
partagea ſa peine, partage auſſi ſa félicité du
moment. Elle exprime ſes tranſports de la
même manière , & voilà le premier duo.
Bientôt leur retraite eſt violée par une troilpebarbare
qui y pénètre les armes à la main ,
& ſépare le couple heureux. Leurs adieux ,
leurs efforts pour ſe réunir forment un duo
pathétique.Une tempête a épouvanté les habitans
rares de ces contrées; le calme ramène
dans les coeurs l'eſpérance & la joie ; ils
élèvent leurs voix & leurs actions de grâces
vers le ciel , & forment le premier choeur de
joie , comme ils ont formé le premier choeur
religieux pendant leur effroi. C'eſt ainſi que
M. de la C. décrit l'origine des différens
gentes de muſique , & même celle des di
vers inſtrumens.
18 MERCURE
Le Chapitre ſuivant traite de la nature
de la muſique , de la partie phyſique , de ſa
compoſition , indépendamment des goûts&
des ſtyles divers , ainſi que des différentes
applications qu'on en peut faire. Cet article
contient pluſieurs propoſitions qui mériteroient
d'être diſcutées ; mais ces diſcuſſions
formeroient elles-mêmes un Livre , & ne
peuvent entrer dans un extrait. Au refte ,
comme la variété d'opinions ſur les cauſes,
n'influe en rien ſur la réalité des effets , се
Chapitre me paroît l'un de ceux dont on
peut tirer le plus de fruit. L'Auteur y analyſe
très-bien les loix de la mélodie, la formationdes
phraſes muſicales ,leurs proportions
, enfin tout ce qui doit conſtituer des
airs , ce qu'il appelle avec raiſon un morceau
de muſique par excellence.
-
M. de la C. traite enfuite des effers de la
muſique. Ce qu'il dit à ce ſojet eft preſque
toujours très -juſte , très bien fenti ; mais
peut-être s'eſt-il trop livré aux idées métaphyſiques
; elles enveloppent tous ſes préceptes
, qui , dans une pareille matière , ne
pouvoient être exprimés trop clairement.
Les tableaux poétiques que l'Auteur a prodigués
dans ſon Ouvrage , loin d'en rendre
la lecture plus amuſante , comme il l'a cru
ſans doute , ne la rendent que plus fatigante.
L'eſprit de recherche qui anime le
Lecteur , eſt étonné , fâché de ſe voir diſtrait
par des peintures brillantes qu'il n'a point
deſirées. L'oeil qui cherche péniblement un
DE FRANCE. 19
point imperceptible , ſe trouve bleſſé de
l'éclat d'un beau jour qui le récréeroit dans
un autre temps. Familier avec ſes idées ,M.
de la C. , bien sûr de les retrouver quand
il le voudroit , a pu ſe livrer ſans danger aux
écarts de ſon imagination ; mais comment
ſes Lecteurs reconnoîtroient-ils les routes
de ce labyrinthe ſi nouvelles pour eux ,
après que leur attention en a été ſi fort détournée
?
On en peut dire autant de ſon ſecond
Livre, où il traite de la Tragédie Lyrique ,
de ſon enſemble , des paſſions, des caractères
que le Muſicien y doit peindre. Le
Chapitre des paſſions eſt ſur-tout profondément
ſenti ; mais M. de la C. en a plutôt
tracé les tableaux , qu'il n'a réellement indiqué
au Compoſiteur la manière de les rendre.
C'eſt-là fur-tout que fe fait,ſentir la
difetted'expreffions convenues entre l'Écrivain
& le Lecteur. Voici un exemple. Pour
>> peindre la HAINE , que le Muficien cher-
>> che les couleurs les plus noires, les accords
ود les plus horribles, les chants les plus pro-
>> pres à inſpirer la conſternation & l'effroi:
>> que la mélodie porte ce caractère ſom-
>>bre qui déſigne le tourment ſecret&les
>>ſiniſtres projets de la haine ; que les ac-
>>compagnemens peignent en même temps
" le feu cruel qui la brûle elle-même , feu
» qu'elle n'avoit allumé que pour con-
» ſumer l'objet de ſes penſées funeſtes
» qu'elle n'a pu jeter ſur une tête inno20
MERCURE
>>cente, mais ennemie , & qui ne pouvant
>> ſuſpendre ſon action , la dévore elle-même
>> fans jamais l'anéantir; que de temps en
>> temps des cris échappés dans l'orchestre ,
>> de grandes maffes d'une harmonie horrible
, amenées quelquefois d'un mouve-
>> ment affez lent , annoncent les tranſports
>> de la haine , qui cherche à éclater, & fa
>> voix qui , ne pouvant être toujours rere-
» nue , frappe l'air de cris aigus ; & lorf-
» qu'enfin le jour terrible eſt arrivé, lorf-
» que la haine ne ſe contient plus , lorſque
>> ſes horribles ſerpens fifflent ſur ſa tête,
» qu'elle allume ſes brandons , & que la
ود fureur conduit ſes pas précipités , que le
» Muſicien ſe ſerve pour la peindre des
>> moyens indiqués pour repréſenter la fu-
• reur; mais qu'il n'oublie jamais les teintes
» noires , horribles & effrayantes qui doi
>> vent caractériſer la haine.>>>
Onfent combien tout ce qu'il y a de préceptes
dans ce morceau eſt vague & indéterminé;
il étoit difficile de faire autrement ,
l'Auteur en avertit lui-même;mais ce défant
de clarté ne vient-il pas un peu de celui de
préciſion ? Si au lieu de décrire d'une manière
fi emphatique & fi diffuſe , la haine & fes
effets , l'Auteur s'en étoit rapporté à l'imagination
& aux connoiffances morales du
Muſicien; s'il lui avoit en place développé
les procédés , pour ainſi dire méchaniques ,
qui doivent être employés à la rendre ; fi
fur-tout il s'étoit appuyé ſur des exemples
DE FRANCE. 21
connus,s'il eût analyſé quelques morceaux ,
-de ceux qui ſont entre les mains de tout le
monde , je crois que ſon Ouvrage auroit un
bienplus grand mérite d'utilité. Il cite à la
vérité pluſieurs exemples dans les Chapitres
qui traitent du récitatif, des airs , des duos ,
des trios , &c. mais ces exemples ſe bornent
àdes Opéras que probablement M. de laC.
a mis lui-même en mufique , & qui ne font
pas encore connus du Public. Comme les
Lecteurs ne peuvent vérifier la citation , ni
faire ainſi l'application du précepte , comme
elle n'offre aucune image à leurs yeux , elle
ne leur fert preſqu'à rien .
Le morceau que nous venons de tranfcrire,
peut encore donner une idée du ſtyle
deM. de la C. A travers ſa prétention on y
verra pourtant de la négligence. On y verra
que l'Ouvrage, conçu & médité longuement,
apeut-être été écrit trop vîte; que l'expreffion
qui devoit y être fi naturelle , eſt prefque
toujours vague à force d'être recherchée.
Entend-t'on d'une manière bien nette ce que
c'eſt que des accords horribles , une harmonie
horrible , & c. Cette épithète favorite de
d'Auteur eft employée avec profuſion ſans
jamais donner d'idée plus préciſe. Il peut
s'appercevoir lui-même de la gêne de ſon
ſtyle , par la fréquence des répétitions des
mêmes phrafes , des mêmes idées qu'on y
rencontre ſans en voir la néceſſité.
Les mêmes défauts obfcurciſſent d'excellens
préceptes dans les Chapitres du récitatif, des
:
22 MERCURE
airs , des duos , des choeurs , des ouvertures
de Tragédies Lyriques. Et quoique les matières
y foient traitées avec une abondance
qui reſſemble à la profuſion , beaucoup d'objets
cependant y manquent du développement
dont ils auroient beſoin. Ce que l'Au
teur y dit du rhythme , par exemple , ne
me paroît pas affez approfondi. Il me ſemble
que M. de la C. n'a pas affez ſenti l'in
fluence que doit avoir le thythme poétique
fur le rhythme muſical. Ce ſujet , à peine
indiqué, méritoit à lui ſeul un Chapitre ; mais
avant de le faire , je l'inviterai à lire le petit
Ouvrage de M. de Ch. , dont j'ai déjà parlé.
L'Auteur jette enſuite un ſimple coupd'oeil
ſur la Comédie Lyrique , fur la Pastorale,
ſur la Muſique ſacrée& fur la muſique
de chambre ; il renvoie , pour les détails
plus étendus , à ce qu'il a dit de la Tragédie
Lyrique , qui eſt , avec raiſon , ſon principal
objet. L'article de la Pastorale ne contient
qu'un canevas d'une action théâtrale fort
tragique & fort noire , qu'il propoſe au
Poëte, ſans s'occuper beaucoup du parti
qu'en pourroit tirer le Muſicien.
Telle eſt la marche de cet Ouvrage , dans
lequel on trouve d'excellens principes , des
vûes très -juſtes , des préceptes très - vrais,
mais étouffés ſous le poids des deſcriptions ,
mais préſentés d'une manière beaucoup trop
diffuſe & indiſtincte. M. de la C. a trop fou
vent oublié qu'il parloit à des Muſiciens ,
& que des Muſiciens ne ſont pas ordinaireDE
FRANCE.
23
ment des Littérateurs ; qu'il en eſt même
beaucoup de fort habiles dans leur Art &de
fort peu inſtruits dans les autres , qu'on peut
avoir l'âme très-poétique ſans être familier
avec les expreſſions de la poéſie. Il falloit
donc parler leur langue & non leur en créer
une. Un Livre élémentaire ne devoit pas être
au-deſſus de la portéedu commun des Muficiens;
ceuxqui font en état d'entendre celuici,
n'ont déjà plus beſoin des préceptes qu'il
renferme.
Eſt -ce donc un mauvais Ouvrage que cette
Poétique de la Mufique ? Point du tout :
preſque tous les matériaux en ſont excellens ;
ils font sûrement le fruit d'une méditation
longue & profonde ; M. de la C. paroît
très-pénétré des principes de ſon Art, & de
ſes rapports avec la poéfie dramatique ; mais
je crois qu'il s'eſt trompé ſur la forme qu'il
a donnée à fon Ouvrage ; que le ſtyle , trop
éclatant & trop peu ſoigné , y nuit extrêmement;
que la profuſion de richeſſes qu'il y a
ſemées , n'y répand que la confufion & l'ennui.
En un mot , quoi qu'il puiſſe être utile,
même dans l'état où il eſt , je crois qu'il gagneroit
beaucoup à être refondu dans une
Édition nouvelle,&perſonne ſans doute n'eſt
plus capable de refaire ce Livre que ſon
premierAuteur.
Que M. de la C. pardonne une ſévérité
qu'il ne doit qu'à l'eſtime qu'inſpirent la
1
24 MERCURE
1
perſonne & ſes talens. La médiocrité ſeule
appelle l'indulgence; elle feroit humiliante
pour lui. C'eſt d'après cette même eſtime ,
que j'oſe ici l'inviter à revoir ſon Ouvrage ,
à y développer quelques objets qui en ont
beſoin, & à faire de grands ſacrifices ſur le
refte. Une Poétique de la Muſique eft pour
nous, dans ce moment, de la plus grande
utilité. Il ſeroit dommage que les précieuſes
leçons contenues dans celle-ci , fuffent perdues;
& je craindrois pour elles ce ſort facheux,
fi elles reſtoient cachées ſous ce trop
grand amas de fleurs où l'Auteur les a enſevelies.
(Cet Article eft de M. Framery. )
VARIÉTÉS.
FRAGMENS D'UN OUVRAGE DE
MORALE.
T
Du bon Coeur.
Our le monde entend ce que c'eſt qu'un bon
coeur; cependantil n'eſtpas aiféde l'expliquer ; chacun
mettant plus ou moins dans le ſens du mot, aucun
n'en a précisément la même idée. Ces chofes ſont
bien mieux ſenties qu'expliquées , & il vaut mieux
les peindre que les définir .
Les bons coeurs font ces hommes chez qui la
bonté paroît une forte d'inſtinct , tant elle ſe montre
dans
DE FRANCE.
25
dans leurs plus ſoudains mouvemens &dans toutes
leurs actions. Ils participent plus ou moins des différentes
paſſions ; mais , dans leur ame , chaque
paffion reſte pure & modérée. Ils ſe plaiſent à
aimer & à être-aimés , à vivre utiles aux autres &
contens d'eux. S'ils voyent quelqu'un ſouffrir , ils
ſe mettentàſa place , & ils volent à ſon ſecours ,
comme s'il s'agiſſoit d'eux mêmes. S'ils ont de quoi
donner, ils en éprouvent le beſoin , & ils s'y livrent.
Si on les a outragés , on les ramène aisément, &
it ſemble qu'ils ſe ſoulagent , en pardonnant. S'ils
ont eux-mêmes offenſé quelqu'un , cette penſée les
trouble, les importune , & il n'y a nidépit, ni mauvaiſehonte
qui tiennent, il faut qu'ils avouent leur
faute,& qu'ils la réparent Ils peuvent fortir de leurs
devoirs; mais , à la manière dont ils ſe comportene
dans le mal , on voit que leur coeur pâtit , que leur
eſprit n'est pas dans ſon aſſiette : un reproche , une
prière , la réflexion du lendemain arrêtent un mauvais
deffein, avant ſon exécution , & ils rentrent dans
lajustice & l'honnêteté , comine dans leur naturel.
Ils pourront auſſi avoir des défauts tournés en habitudes
, & analogues àleur tempérament; mais ce
fera pour eux une raiſon d'en valoir mieux dans
d'autres parties Ils font en général bien penſans &
bien diſans de tout le monde ; on les dupe longtemps
& ſouvent ; & à cet égard ils ne ſe corri
gent jamais bien. Un de leurs défauts eſt d'ètre
trop faciles à appaiſer , comme à irriter ; ils ont
plutôt des emportemens que de la lévérité contre
les malhonnêtes gens. Mais c'eſt ſur- tout dans leurs
familles qu'ils font intéreſſans à contempler. Leur
vieux père leur fait encore peur, quand il prend ſa
voix ſévère ; mais , malgré les bruſqueries chagrines
de fon humeur , ils n'ont pas de fêtes fans lui , ou
ils les quittent pour lui ; & leur infirme aïcule les
voit tous accourir à ſaplainte; jamais le lit où eile
N°. 14 , 2 Avril 1755. B
26 MERCURE
achève de mourir n'est délaiffé. Leurs femmes ont
tout droit ſur eux ; ils ne ſavent à qui s'en prendre ,
quand ils les voyent triftes & fâchées; elles les gouvernent
un peu trop ; mais eux ſeuls ne s'en apperçoivent
pas ou ne s'en plaignent pas. Quant à leurs
enfans , ils ne reſpirent que pour leur fortune ou
leur bonheur; toutes peines ſontadoucies par cette
idée , & le temps n'amène pas affez tôt leur vieilleſſe,
pour leurdonner le doux ſpectacle de la proſpérité de
ce qu'ils ont de plus cher. S'ils les voyent tourner au
vice& àlahonte , hélas ! c'eſt une douleur qui ne les
quittera qu'en leur donnant la mort. Leurs parens ,
les camarades de leurjeuneſſe, les anciens amis de
la famille , les bons voiſins , tout cela leur appartient :
ils ont pour chacun de bons offices , & des plaiſirs ou
à imaginer ou à offrir : & c'eſt leur faire une peine
férieuſe , que de les refuſer. Ce n'est pas pour eux
qu'il n'y a plus de Patrie. Il ne s'y paſſe rien qui ne
les touche. Leur coeur fond de reconnoiffance pour
le Prince dont on leur peint l'humanité , pour le
Magiſtrat dont on leur vante la justice ; & une
bonne ou mauvaiſe nouvelle , dans la Gazette, fait ,
pour pluſieurs jours , la joie ou la triſteſſe de leur
maiſon. Quand ils font chez l'étranger , leur ſein
palpite au doux nom de leur Pays, & ils n'embraffent
pas un Compatriote comme un autre homme.
Lorſqu'ils reviennent , après une longue abſence
dès qu'ils apperçoivent, du haut d'une colline, le lieu
tant regretté qui les a vu naître , leurs pas ſe précipitent;
tous les objets qu'ils voyent s'approcher
dans les derniers reſtes de leur route , le troupeau
du Village couché à l'ombre du bois voiſin , les
enfans qui ſe jouent dans la prairie , le clocher de
la Paroiſſe , la dernière Croix & la première maiſon ,
tous ces objets ſont autant d'amis qu'ils reconnoiffent
, & avec qui leur tendre ivreſſe s'épanche par
des larmes. Enfin , rienne manque à leur bonheur ,
DE FRANCE. 27
s'ils retrouvent ſous le toit paternelle reſpectable vieil-
Jard dont ils viennent honorer les cheveux blancs ,
& la tendre épouſe dont ils vont embellir la
vie.
Voilà les vertus& les plaifurs des bons coeurs . Remarquez
qu'il n'y a rien de ſublime , rien d'extraordinairedans
tout cela. Tel eſt le caractère de labonté.
Notre âme n'a pas beſoin de s'exalter pour l'acquérir
& lagarder; elle y naît & s'y conſerve d'elle- même ,
ne s'y cache que pour reparoître , & agit ſans s'uſer ;
elle anime la vie entière , la couvre & la pare de ſes
fruits. La nature , qui a placé dans la bonté le bon
heur des hommes, a voulu auſſi qu'elle leur fût douce
&facile.
Dubon Efprit.
COMME le bon coeur confiſte àbien fentir & à
bien faire , le bon eſprit confiſte àbien voir & à
bienjuger. Il ſemble que ces deux qualités s'appellent
&ne foient que les parties d'un ſeul tout. Elles ont
effectivement bien de l'influence l'une ſur l'autre . Un
bon coeur avertit d'une foule de choſes qu'on n'appercevroit
pas ſans lui, &ildonne des inſpirations qui
dirigent mieux que les vues les plus fines de l'efprit.
Le bon eſprit, à ſon tour , étend & perfectionne
les affections d'un bon coeur. Mais ces deux
mérites , qui ſe ſecondent mutuellement , ne s'uniffent
pas toujours; & alors il manque quelque choſe à
l'un & à l'autre
J'ai dit que le bon coeur ne ſuppoſoit pas une ame
fublime ; je dis auſſi que le bon efprit va fort bien
fans les grands talens , quoique cependant une ame
fublime&un grand ralent foient néceſſairement fondés
ou fur un bon coeur ou fur unbone prit.
Je diftinguerai encore le bon eſprit dans la culture
des Sciences &des Arts ,&le bon eſprit dans la com
Bij
28 MERCURE
duite de la vie; il s'en faut bien qu'ils aillent tou
jours enſemble. Le bon eſprit, dans la conduite de
la vie , ne s'élève pas toujours à cette raiſon étendue,
forte & exquiſe , qui fait labase de tous les grands
talens. Celle-ci ſeroit bien plus propre à contenir le
bon eſpritde conduite. Mais de vives paſſions, auxquelles
elle tient ordinairement, qui la ſervent bien
dans ſes travaux , parce que là elle fait les régir , la
troublent& la bouleverſent par-tout ailleurs ;&voilà
pourquoi de très-beaux génies ,hors de leurs ouvrages,
ſouvent neſe reſſemblentplus,&ne font que des
folies ou des ſottiſes,
Aquoi reconnoît- on les bons eſprits , & qu'est- ce
qui les caractériſe ? Jamais ni trop lents ni trop précipités
en rien , en tout ils cherchent toujours leur
place , & s'y tiennent ; ſavent également faire leur
fortune, la poufſfer & l'arrêter. Ils peuvent effuyer
des revers, tomber dans de grands malheurs ; mais
ilstrouvent dans leur conſtance de quoi les ſoutenir ,
dans leur active prudencede quoi les réparer.Comme
il y a toujours , dans leurs deſſeins & leur marche ,
de la ſageſſe, de la modération , de la patience , ils
réuffifſent ordinaireinent. Les événemens & les hommes
leur font plus favorables que contraires , parce
que ne comptant jamais beaucoup que fur euxmêmes,
ils ſont toujours prêts également à les mettre
àprofit, ou'à ſe paſſer de ces ſecours étrangers. Il n'eſt
pas aiſé de les tromper , parce qu'ils font attention à
tout,&& qu'ils jugent bien. Ils ne ſedéfientpas de
parce qu'ileſtuneconfiance ſage & utile. Ils netrompentpasnonplus
;ils ont lejugementtrop fain pour ſe
compromettredans les dangers de l'artifice: les fineſſes
les contrarient & embarraffent leurs voies , qui ont
beſoind'être fimples & ouvertes. Ils font peu de fautes
, & ils s'encorrigent. Si leur coeur ne leur fait pas
au beſoinde lavertu, leur eſprit , ami de l'ordre,
tout,
DE FRANCE: 29
s'arrête dans la règle. Leurs paſſions les échauffent&
les éclairent, ſans les troubler ; celles des autres ne
les fubjuguent pas, accoutumés qu'ils font à ne céder
qu'à la raiſon. D'ailleurs , rien ne leur en impoſe ,
rien ne les éblouit; ils écartent d'abord les apparences,
diſfipent les obſcurités ,& arrivent à la réalité
des chofes. Un ſens juſte ſe fait ſentir dans leurs
moindres paroles; leur eſprit eſt fécond en vues fûres
&heureuſes; & ils ramènent ſouvent de leurs écarts
des génies ſupérieurs. On les remarque peu d'abord ,
on les goûte beaucoup enſuite. On aime à s'en rapporter
à eux ;& l'utilité dont ils font à tout moment ,
& fur beaucoup d'objets , leur donne un certain empire,
Enfin ilsfontcommunément auſſi heureux qu'ils
łe méritent , parce qu'ils jouiſſent ſans ceſſe de ce
calmedes paſſions où ils ſemaintiennent , &de toutes
ces fatisfactions qui naiſſent de l'habitude de l'ordre
&dela règle.
Tableaude la tendreſſe Fraternelle.
Tour prépare l'union fraternelle à bien des
egards; mais pluſieurs choſes auffi peuvent y ſubſtituer
une inimicié d'autant plus ardente , que , née
contre l'ordre de la nature , rien ne ſera plus capable
de la modérer. Des frères & foeurs paſſent enſemble
la première partie de leur vie; ils ont les mêmes plaifirs,
les mêmes peines, les mêmes intérêts : les mêmes
perſonnes les aiment & doivent en être aimées.Tant
de rapports ſont bien puiſſans pour leslier d'un attachement
qui ſe prolonge ſur toute leur vie. Mais ,
d'un autre côté, ils ont aufli des occaſions de ſe choquer
fans ceſſe par leur humeur, leurs paffions, leurs
prétentions ; fi leurs caractères ſe contrarient , tout
ce qui devoit les unir , tournera en cauſes dehaine.
Ils peuvent croître dans la plus furieuſe diſcorde ,
comme dans l'union laplus intime. Il faut doncdif-
: Bil
30 MERCURE
46
poſer autour d'eux tous les objets propres à les unir,
écarter ceux qui pourroient exciter la diviſion. Il
faut travailler ſur les caractères , pour qu'ils ſe mazient
par tous les endroits où ils s'appellent, pour
qu'ils ſe plient dans tous les points où ils ſe combattent.
Il y a auſſi une différence dans la fituation der
frères & dans celle des foeurs , qui doit influer ſur
leurs ſentimens réciproques. Les frères font appelés
àl'intimité entr'eux par un grand nombre d'objets
communs,fur lesquels leurs ames&leurs eſprits peuventfans
ceffe communiquer. Mais ils font aufiattirés
vers leurs foeurs par la douceur & les graces particulières
à ce ſexe; & celles-ci , à leur tour, aiment
às'appuyer fur des étres plus forts , à qui leur coeur
ſe livred'autant plus , qu'il en eſpère davantage. L'amitié,
entre frères , offre plus de fecours , elle fait
plus élever l'ame, féconder l'eſprit ; elledemande de
plus grands facrifices , & ne peut ſubſiſter qu'entre
des ames généreuſes. Elle a beſoin de tous ces ſoins
délicats , moins faciles & moins aimables entre des
hommes. Par- là elle eſt expoſée plus de dangers,
&à peut- être moins de charmes. L'amitié , entre
les frères & les foeurs , reuniffant les qualités des deux
ſexes , qui , quoique oppoſées , ſont ſi propres às'unir,
a plus de douceur , promet plus de durée ; & fi el'e
élève moins l'ame & l'eſprit , elle les perfectionne
peut être davantage. L'une & l'autre donnant un
grand bonheur , & fe formant plutôt par le rapport
des inclinations que par le choix des volontés , il eſt
inutile d'établir entr'elles une préférence .
a
Mais qui pourroit être inſenſible à leurs touchans
attraits ? C'eſt de ces premières affections que naiſſent
les plus douces & les plus longues fatisfactions de
notre vie. Dans l'âge du repos des paſſions , & de
l'absence des ſoins & des affaires , elles accroiffent
la vivacité des premières impreffions , & en embel
DE FRANCE. 31
liffent l'innocence . Vous , à qui il fut donné de
• goûter , dès vos jeunes ans , l'amitié fraternelle ,
rappelez- vous, racontez-nous tous ſes plaisirs , tous
ſes bienfaits; comment ce penchant s'étoit formé au
ſein des jeux de vorre enfance , où tout s'attriſtoit
pour l'un par l'absence de l'autre , tout ſe ranimoit
par fon retour; combien il vous étoit doux de pofféder
une ame de votre âge, dans laquelle vous voyiez
naître & ſe développer les mêmes penfés, les mêmes
ſentimens qui vous agitoient; combien vous vous attachiez
tous les jours davantage par vos naïs épanchemens
, par vos mutuels facrifi es , par vos peines ,
par vos plaiſirs , par vos projets & vos espérances ,
dont l'accroiffement de votre amitié étoit toujours le
plus heureux événement ! dites nous auffi combien ce
ſentiment ajoutoit à tout ce qu'il y avoit en vous de
bon&d'élevé, combien il vous rendoit la gloire plus
belle, la vertu plus délicieuſe! Quelle ſainte émulation
il entretenoit dans vos coeurs ! Vous defiriez une
bonne qualité de plus,pour avoir droit à plus d'amour.
Ah! fans la tendreſſe fraternelle , notre jeuneſſe perd
la meilleure partie des vertus & du bonheur qui lui
étoient réſervés. Elle ne nous eſt pas moins précieuſe
-dans un âge opposé. Lorſque l'expérience commence
ànous détromper de tout, &que, fatigués des orages
de la vie, en cherchant le repos , nous craignons la
langueur, notre ame renaît & ſe calme tout enſemble
dans cet attachement , comme dans un doux & dernier
aſyle. Voyez , aux approches de la vieilleſſe, ces
deux frères qui ſe poſſedent encore.D'autres affections
les avoient quelque temps diſtraits de leur premier
ſentiment; mais enfin ils ſe rendent l'un àl'autre : ils
ſe ſoutiennent dans leur décadence, comme dans leur
accroiffement ils s'embraſſent par leurs pertes comme
par leurs jouiſſances ; ils ont un fond commun de
regrets, de ſouvenirs où ils ſe plaiſent à puifer enfemble.
Ainsi , l'amitié fraternelle a le doux avantage de
:
Biv
132 "MERCURE
2
faire la conſolation de nos derniers jours, comme le
charmedes premiers , & de remplacer en tout temps
lespaffions , foit en les prévenant , ſoit en leur ſurvivant.
Aufſi généreuse qu'aimable , elle ne conſent à
eéder une partie de notre coeur à des ſentimens plus
vifs , que pour y régner lorſqu'il ne ſera plus ouvert
qu'à ſes touchantes & pures délices.
Si les enfans doivent avoir des sentimens
différens pour leur père &pourleur mère.
On pourroit demander ſi les devoirs de la piété
filiale ſont les mêines envers le père & la mère , s'ils
ont droit également auxmêmes ſentimens, & dans
le même degré. Les Loix favoriſent les pères dans
Je partage de l'autorité paternelle ; nous aurons à
traiter de cetre puiſſance ,&nous donnerons la raiſon
de ce ſtatut des Loix. Il nous ſuffit ici d'obſerver que
cette inégalité tient uniquement aux inſtitutions de
P'ordre civil ; la nature ne la connoît pas; elle nous
inſpire &nous commande lamême affection pour
notrepère ¬re mère.On conçoit que cette affection,
comine toutes les autres, a plus ou moms
de force , ſuivant qu'elle eſt plus ou moins excitée ,
&entretenue par les qualités propres des perſonnes
qui en font les objets. Il eſt impoffible d'empêcher
nos penchans de s'abandonner ainſi à l'impreffion de
leurs cauſes. Cependant les enfans, comme lespères ,
doivent ſe défendre de la prédilection ; toute prédilection
tient ſouvent à une injufſtice , & fait toujours
des malheurs. N'outrons rien néanmoins ; elle ne
peut être une faute , que quand elle ført trop du
coeur , pour ſe marquer dans les actions . Il ſera toujours
permis de préférer ce qui nous paroîtra-plus eftimable
, ce qui nous ſera meilleur.
Mais je ne puis refuſer à un profondſentiment de
monâme, de demander aux enfans , non pas plus de
reſpect , de reconnoiſſance &d'amour, mais des ſoins
DE FRANCE.
33
plustendres pour leur mère. Dans ces momensde bonheur,
où le coeur ſe tourne vers les perſonnes qui lui
ont fait le plus de bien, pourles aimer davantage, &
Ies réjouir de ſa joie , je cherche enſemble les auteurs
demes jours ; mais, je l'avoue, mes regards s'arrêtent
furma mère avec encore plus d'attendriſſement , &
mes réflexions , mes ſouvenirs viennent inceſſamment
l'augmenter. C'eſt - elle qui m'a portédans ſon
fein ; avant de naître , je lui avois déjà causé des
douleurs ; en naiſſant , je pouvois lui donner la mort.
Combien de peines & de ſoins lui a coûté ma première
enfance ! le cri de ſes entrailles la réveilloit
dans le filence des nuits , & prévenoit la voix de
mes beſoins. Chaque inſtant de ma fragile exiſtence
a fatigué la ſenſibilité; chacun de mes dangers ajoutoit
à fon amour. Trompée par lui, en ine prodiguant
fès careffes , que je ne ſentois pas, elle jouiſſoit déjà
des miennes ,qui n'étoient que les ſignes de mon
bonheur. Elle a reçu mon premier fourire , qu'elle
reçoive aufli ma dernière pensée ! Aujourd'hui en.
core , à tout moment, je retrouve ſa vigilance & fa
tendreſſe dans ces beſoins du coeur , que l'âme maternelle
ſeule fait deviner. Au milieu des ſouffrances
particulières à ſon ſexe, ces loins la charment & la
conſolent. Exclue des nobles travaux & des fréquens -
plaifirs accordés à la force & à l'indépendance de
Thomme , elle s'occupe à aimer , elle jouit dans ce
qu'elle aime, & n'aime rien comme ſon enfant.
Oh! comment pourrai-je donc la payer de cet excès
d'amour qu'elle ſeule pouvoit m'accorder ? Que mon
père medemande ma ſoumiſſion , ma confiance , le
facrifice de ma fortune , de ma vie, je ſuis à lui
comme il fut à moi , & mon bonheur ne ſe ſeparera
pas de mon devoir , il me ſera doux de lui tout
rendre , de lui tout donner. Mais je réſerve pour
ma mère ce qui peut davantage la toucher , ce qui
lui eft plus néceffaire , tout ce qu'il y a de plus ſen-
Bv
34
MERCURE
fible , de plus délicat dans les égards , dans les prévenances
, dans les épanchemens , dans les confolations
; & pour les bien connoftre , j'irai les chercher,
les étudier dans ſon coeur. Quand mêine , en
portant plus de reſpect à mon père , je donnerois à
ma mère plus d'amour , pourroit- il s'en offenfer ?
Ne fut-il pas un fils auſſi ? Pourroit-il blâmer en
moi des ſentimens dont il s'eſt félicité dans ſon
coeur ? Ma mère n'eſt -elle pas la compagne de ſa
vie? Quel coeur noble fut jamais jaloux de voir
beaucoup aimer ce qu'il ne peut trop chérir ? Heureuxdonc
ceux qui ont encore ces devoirs touchans
à remplir , qui , en entrevoyant le repos & le bonheur
pour eux-mêmes , les augmentent dans leur
penſée par l'eſpoir de les répandre ſur un objet fi
cher& fi facré! & malheureux ceux qui l'ont perdu
avant le temps , qui l'ont perdu ſans avoir accompli
le voeu de leur pieuſe tendreſſe , & qui , en concevant
des penſées dignes de lui plaire , nepeuvent
plus les adreſſer qu'à fon ombre !
( Cet Article est de M. de L. C. )
L'Ouvrage d'où ſonttirés ces morceaux eſt deſtiné
àentrer dans le Dictionnaire de Moralede lanouvelle
Encyclopédie.
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Pournous conformer à l'uſage établi dans
ce Journal depuis pluſieurs années , nous allons
rendre compte , en peu de mors , des
différens Ouvrages repréſentés fur ce Theatre
DE FRANCE.
35
depuis l'ouverture de Pâques 1784, juſqu'à
la clôture de cette année.
Les Opéras nouveaux font : Les Danaïdes ,
poëme de M. *** , muſique de M. Salieri ;
Diane & Endimion , poëme de M. D. L.... ,
muſique de M. Piccini , Dardanus , poëme
de la Bruère , avec des changemens par M.
Guillard , muſique de M. Sacchini , & Panurge
, poëme de M. M. ** , muſique de
M. Grétry. Les autres Ouvrages dont on a
continue ou repris la repréſentation ſur ce
Theatre , font : Caftor & Pollux , Armide ,
Iphigénie en Aulide , Iphigénie en Tauride ,
de M. Gluck ; Atys , Renaud , Didon ,
Chimène , le Seigneur Bienfaisant , la Caravane
& l'Acte de Tibule , de Mile Beaumenil.
La multiplicité de ces Ouvrages , mis ou
remis dans le courant d'une année , eſt une
nouvelle preuve de l'activité & du zèle de
l'Adminiſtration , ainſi que des Sujets de
l'Opéra .
Mile Levaffeur & Mlle Duplan ont demandé
& obtenu leur retraite. La première,
qui réuniffoit à une voix grande & forte ,
une grande intelligence de la ſcène , beaucoup
d'expreffion dans le chant & de dignité
dans l'action , a mérité pendant dix
ans les applaudiſſemens du Public dans
les rôles les plus importans & les plus difficiles
qu'il y ait à ce Théâtre. Mlle Duplan ,
avec un organe convenable à l'emploi dont
elle étoit chargée , une figure théâtrale , de la
chaleur & du mouvement dans l'action , a
B vj
36 MERCURE
étéconſtamment très utileàce ſpectacle. Ces
deux Actrices ont mérité , ſur-tout par leur
zèle & la continuité de leurs fervices , la
reconnoiffance du Public & de l'Adminiftration.
COUP - D'OEIL fur le travail fait aux
Théâtres François & Italien , pour l'augmentation
& le mouvement du Répertoire ,
dans le cours de la dernière année Dramatique.
( 19 Avril 1784 au 12 Mars 1785. )
:
COMEDIE FRANÇOISE.
Le travail qui fe fait , chaque année , aux
Spectacles Royaux , pour l'augmentation de
leur Répertoire , ne dépend pas toujours du
zèle des Comédiens. Il ſe rencontre quelquefois
des circonstances qui en arrêtent
Peffor , ou qui , du moins , ne lui permettent
pas de répondre à l'empreſſement du Public
&des Auteurs , en repréſentant un certain
nombre d'Ouvrages nouveaux. Deux illuſtres
Voyageurs , qui , à l'amour le plus vif pour
les Arts , réuniſſent la munificence qui les
ſoutient& les connoiffances qui peuvent les
éclairer , ont ſéjourné dans cette Capitale
pendant quelques mois de l'année dernière.
Pour leur donner de notre génie dramatique
une idée digne de la réputation dont il jouit ,
DE FRANCE. 37
on s'eſt fait un devoir de repréſenter devant
eux les productions immortelles qui ont fait la
gloire de notre Scène Nationale ,& qui l'ont
placée au premier rang des Théâtres , tant anciens
que modernes. Les chef- d'oeuvres des
Molière, des Corneille, des Racine & desVoltaire,
& quelques Ouvrages plus récens, que
les Connoiffeurs & le Public ont honoré
d'un fuffrage conſtant & foutenu , ont étalé
à leurs yeux les véritables richefſes de la
Comédie Françoiſe , qui , pendant ce temps ,
s'eſt livrée très-ſobrement à l'étude des nouveautés
, non - ſeulement par cette raiſon ,
mais encore parce que la curioſité générale ,
fixée alors for un Ouvrage original & piquant
, ſembloit donner l'excluſion à tout
autre , & ne promettre qu'un ſuccès trèséquivoque
aux eſſais des Auteurs impatiens.
Il ſeroit donc injuſte de partir du tableau
que nous allons préſenter , pour reprocher
aux Comédiens François d'avoir manqué de
zèle. Leurs repréſentations ont été non-feulement
fort variées , mais très - foignées.
Nous aimons à croire que les obſtacles qui
s'oppoſoient à la fatisfaction perſonnelle de
nos modernes Écrivains ne ſubiſtant plus ,
ils mettront déſormais autant d'ardeur à les
fatisfaire , qu'ils en ont mis à ſe concilier
l'eſtime & l'admiration des deux auguſtes
Spectateurs devant leſquels ils ontdéveloppé
les tréſors de notre Littérature dramatique.
Ouvrages nouveaux : La Folle Journée,
38 MERCURE
ou le Mariage de Figaro , Comédie en cinq
Actes & en profe , par M. de Beaumarchais ;
le Bienfait Anonyme , * Comédie en trois
Actes & en prote , par M. P...... ; Corneille
aux Champs Elysées , Comédie en un Acte
&en vers ; la Fauſſe Coquette , Comédie en
trois Actes & en vers , par M. Vigée ; Cléopâtre,
Tragédie en cinq Actes , par M. Marmontel
; l'Avare cru Bienfaisant , Comédie
en cinq Actes & en vers , par M. D....... ;
Abdir , Dranae Tragique , en quatre Actes
&en vers, remis depuis en trois Actes , par
M. de S..... , & les Epreuves , Comédie en
un Acte & en vers , par M. Forgeor.
Ouvrages remis : Les Druïdes , Tragédie
en cinq Actes, par M. le Blanc ; Orefte , Tragédie
en cinq Actes , de Voltaire ; Rome
Sauvée, Tragédie en cinq Actes , du même
Auteur; Venceslas , Tragédie en cinq Actes ,
de Rotrou , & la Coquette Corrigée, Comédie
de la Noue , en cinq Actes & en vers.
Ce dernier Ouvrage avoit été remis en
1777 , & n'avoit pas été revu ſans plaiſir. A
la remiſe de cette année , il a eu plus de
ſuccès qu'à la précédente. Le rôle de la Coquette
principalement a produit beaucoup
* Cet Ouvrage a été donné pour la première fois
en 1783 ; mais depuis l'Auteur y a fait des changemens
ſi conſidérables , qu'il eſt devenu abſolument
neuf à la ſeconde repréſentation , donnée le 21
Août 1784. Ce n'eſt donc point faire un double emploi
que de le placer dans le nombre des nouveautés.
DE FRANCE.
d'effet, parce qu'il a été joué par Mile
Contat d'une manière très-intéreſſante. Ce
qu'elle a laiſſe éclater au cinquième Acte ,
de décence , de ſenſibilité & d'intelligence ,
lui a fait infiniment d'honneur ; mais on
peut delirer que cette Actrice étudie encore
avec quelque ſoin le caractère de Julie ,
qu'elle laiſſe appercevoir dans le cours des
trois premiers Actes , que la coquetterie de
cette jeune perfonne eſt plutôt une erreur de
fon eſprit que la faute de fon coeur , & que
dans le quatrième elle prépare plus adroitement
& par une dégradation de nuances
plus délicate , le retour ſur elle même qui
produit le denouement. Le mieux , quoi
qu'on en dife , n'est pas toujours l'ennemi
du bien. Mlle Contat est déjà fort bien dans
le rôle de la Coquette Corrigée ; mais elle y
peut être mieux , & dans l'effor que commence
à prendre ſa réputation , cette aimableComédienne
ſe doit de chercher le mieux
qui 'ui manque pour me iter d'autres fuffrages
que ceux de la multitude.
La Comédie Françoiſe a donc joué cette
année huit Ouvrages neufs , & elle en a remis
cing au courant du Répertoire. A ce travail
il faut ajouter les Deux Frères , Comédie
en cinq Actes & en vers , par M. de Rochefort
, repréſentée à la Cour le 8 Mars 1785 .
En tout quatorze Ouvrages.
40 MERCURE ..
COMÉDIE ITALIENNE .
LE travail de ce Spectacle a été à peu-près
le même que celui des années précédentes ;
& pour peu qu'on y réfléchiffe , on ſentira
facilement que ce travail lui eft abſolument
néceſſaire pour réveiller la curioſité publique
& amener l'affluence . Son Répertoire de
Comédies proprement dites , n'eſt pas d'une
grande richeffe ; & quant à ſon Répertoire
Lyrique , les Ouvrages qui le compoſent , fi
on en excepte un très-petit nombre , ne font
guères que des fleurs éphémères qui s'épanouiffent
au lever du ſoleil , & qui font
Hétries à fon déclin. Il faut donc qu'un grand
nombre de nouveautés ſtimule , pour l'avantage
des Comédiens Italiens , l'attention toujours
prête às'aſſoupir. Aufli ne négligent-ils
rien pour fixer ſur leur Théâtre l'oeil des
Amateurs de nouveautés. Cette année ils ont
donné vingt-troit Pièces nouvelles à Paris ,
deux à la Cour , & ils en ont remis trois au
courant du Répertoire. En voici le détail.
Ouvrages nouveaux : La Confiance Dangereufe,
Comédie en deux Actes & en vers ,
par M. de la Chabeauſſière; les Deux Tuteurs
,Comédie en deux Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , par M. Fallet , muſique de
M. d'Aleyrac ; le Temple de l'Hymen , Comédie
Épiſodique , en trois Actes& en vers ,
par M. Desforges , remiſe depuis en un
DE FRANCE
41
Acte ; l'Épreuve Villageoise , Comédie en
deux Actes & en vers , mêlee d'ariettes , par
le même , muſique de M. Grétry ; le Dormeur
Éveillé, Comédie en quatre Actes &
en vers , mêlée d'ariettes , par M. Marmontel
, muſique de M. Piccini ; les Confines
Rivales , ou l'Orgueilleuse , Comédie en un
Acte & en vers , par M. D..... ; le Duc de
Bénévent , Comédie en trois Actes & en
vers , par M. Rauquil Lieutaud ; Léandre
Candide, ou les Reconnoiſſances en Turquie ,
Comédie-Parade , mêlée de vaudevilles , par
M. R....; les Deux Rubans , Comédie en un
Acte & en vers , mêlée d'ariettes , par M. Pariſau
, muſique de M. de Blois ; l'Amour à
l'Epreuve, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. F.... ; Memnon * , Comédie Lyrique
en trois Actes , par M.G.... , muſique de M.
R.... ; Fanfan & Coles, Comédie en un Acte
enproſe, parMme de Beaunoir; la Brouette
du Vinaigrier,Comédie en trois Actes & en
profe, par M. Mercier ; Richard-Coeur-de-
Lion , Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes, par M. Sédaine, muſique de
* Nous n'avons point rendu compte de cet Ouvrage,
donné le 26 Août 1784 , & qui depuis n'a
pas étére joué. C'eſt le Conte de Voltaire découpé en
Scènes d'une manière mal-adroite , & écrit d'un ſtyle
dignedes Ronſard& des Chapelain. La muſique, eſſai
d'un Amateur , a mérité des éloges. On a regretté
que, comme une des victimes du Roi Mezence ,
elle fût clouée ſur un cadavre.
42 MERCURE
M.Grétry; les Étourderies, ou les Amours de
Chérubin , Opéra-Comique , par M. D..... ,
en trois Actes mélés de vaudevilles & de
muſique , par M. Piccini fils ; les Docteurs
Modernes , Comédie-Parade , mêlée de vaudevilles
, par MM. A. B. , &c.; la Fauſſe Inconstance
, Comédie en un Acte & en vers ,
par M. Rad ... ; les Amans Timides , Comédie
en un Acte & en vers ; Lucette , Comédie
en trois Actes & en profe , mêlée de
muſique , par MM. Piccini père & fils ; les
Deux Frères , Drame en deux Actes & en
vers , par M. Milcent ; Alexis & Justine ,
Comédie en proſe & en deux Actcs , par
M. Monvel , muſique de M. D. Z ; Colombine
, ou Caffandre le Pleureur , Farce , mêlée
de muſique , par MM. F...... & Champein ,
&la Femme Jalorſe , Comédie en cinq Actes
&en vers , par M. Desforges.
Ouvrages remis : Isabelle & Fernand, Comédie
en trois Actes , mêlée d'ariettes , par
MM. F.... & Champein ; le Mort Marié ,
Comédie en deux Ates , par M. Sédaine , &
Florine , Comédie en deux Actes , mêlée
d'ariertes , par MM. Imbert & Defaugiers .
Ouvrages repréſentés à la Cour: le 29 Octobre
1784 , le Barbier de Séville , muſique
du célèbre Paëfiello , paroles arrangées par
M. Framery , & le 4 Mars 178 ,, Théodore
, ou le Bonheur Inattendu , Comédie eu
trois Actes & en profe , par M. de M.
Deſv. , muſique de M. Davaux.
Cette liſte , à la bien conſidérer , reſſemDE
FRANCE. 43
:
bleplus à un regiſtre mortuaire qu'à une nomenclature
dramatique. De tant d'Ouvrages
repréſentés dans l'eſpace d'un an , à peine
en eft il * reſté ſix. Le zèle de MM. les Comédiens
eſt ſans doute très-louable ; mais ne
feroit-il pas auſſi de leur intérêt d'être plus
ſévères dans le choix des Pièces qu'ils admertentàréception?
Aforcede donnerdes Ouvrages
médiocres , diſons le mot , des niaiſeries ,
nedoivent-ils pas craindre d'éloigner cemême
Public qu'ils ſe propoſent d'attirer ? Nous le
craignons au moins. Nous appréhendons furtout
que la prédilection qu'ils ſemblent accorder
à un genre mépriſable , à un genre
digne des plus vils treteaux , à la parade
enfin , n'écarte de leur Théâtre les Aureurs
qui ſont capables d'enrichir leur Répertoire ,
principalement celui des Comédies Françoiſes,
qui eft ſi pauvre & fi maigre. Ils peuvent,
en quelque façon , devenir les Émules
du Spectacle de la Nation , en repreſentant
desOuvrages eſtimables , en attirant nos bons
Écrivains ; néanmoins ils négligent cette reffource
, auffi flatteuſe pour leur amour-propre
qu'elle feroit utile à leurs intérêts , **
* Un vers d'Horace ſera le commentaire de l'acception
qu'il faut donner à ce mot refter : Fabula
qua pofci vult &ſpectata reponi .
** Si MM. les Comédiens Italiens veulent s'en
convaincre , ils n'ont qu'a jeter les yeux fur les recettes
produites par les repréſentations de Tom-Jones
àLondres & de la Femme Jalouse.
44 MERCURE
& pour accueillir , qui ? bon dieu ! c'eſt
bien-là le cas de répéter , avec Cicéron:
Que eft..... tanta hominum imbecillitas ,ut
inventis frugibus , glande vefcantur ?
ANNONCES ET NOTICES.
LES PES Deux Mentors , Traduction libre de l'Anglois
de M. *** par M. de la P....... 2 vol . in- 12.
Prix, 3 liv. 12 fols. A Amſterdam , & ſe trouve
Paris , chez Hardouin , Libraire, au Palais Royal ,
ſous les arcades , No. 14 , & Gatrey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois.
On doit être favorablement prévenu pour ce Roman
, en apprenant qu'il eſt de l'Homme de Lettres
àqui nous devons la Traduction Françoiſe de Tom-
Jones.
-- Le même Libraire a mis en vente auffi des AnecdotesHistoriques
ſur les principaux perſonnages qui
jouent maintenant un rôle en Angleterre.
L'ISLE Inconnue , ou Mémoires du Chevalier de
Gaftines , publiés par M. Grivel , des Académies de
Dijon, de la Rochelle , &c. Nouvelle Édition , corrigée&
augmentée. 4 vol. in- 12 . Prix , 7 liv. 4 ſols.
A Paris , chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluny .
Les éloges que nous avons donnés à cet Ouvrage ,
dans fa nouveauté , ont été juſtifiés par fon débit&
par les contrefactions qu'on a faites . L'Auteur , pour le
rendre plus digne encorede ſon ſuccès , l'a revu avec
ſoin, ſans ſe permettre de toucher au fonds , par la
raiſon que ce n'eſt pas un Roman , mais une Hiftoire
qu'il met au jour.
:
DE FRANCE.
4
On a mis à la tête de cette Édition une Lettre
Anonyme , dans laquelle on répond au reproche qui
a été fait à ce Roman de reſſembler à celui de Robinson
Crufoć.
RÉPONSE à l'Auteur des Doutes d'un Provincial,
propose à MM. les Médecins Commiſſaires .&c.
ALondres , & ſe trouve à Paris, chez Bailly , rue
S. Honoré , à la Barrière des Sergens.
Voici encore une Brochure à distinguer parmi
cette foule d'Écrits enfantés pour ou contre leMagnétiſme.
L'Auteur de cette Réponſe combat ſon
Adverſaire d'une manière preſſante. Son ton eſt un
peu vif; mais ſon ſtyle eſt ſaillant, & annonce un
homined'eſprit, digne de lutter avec l'Auteur ingénieux
qu'il entreprend de réfuter. t
AMUSEMENS Physiques , & différentes Expériences
divertiffantes , composées & exécutées , tant
àParisquedans les diverſes Cours de l'Europe , par
M. Joſeph Pinetti de Willedal , Romain , Chevalier
de l'Ordre Mérite de Saint Philippe , Profeffeur de
Mathématiques & de Phyſique , protégé par toute
laMaiſonRoyalede France, Penſionnaire de la Cour
de Pruſſe, & c.C'eſt une nouvelle Édition, augmentée
par l'Auteur de fix nouvelles Expériences Phyfiques ,
&de nouvelles gravures. Elle ſe trouve à Paris, chez
Hardouin,Libraire, au Palais Royal, ſous les arcades à
gauche , No. 14 , & chez Gattey , Libraire , rue des
Prêtres S. Germain- l'Auxerrois ,vis- à- vis l'égliſe.
f
OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire , in- 12 ,
8vol. Prix 12 liv. broch. A Paris , chez Nyon le
jeune , Libraire , place des Quatre Nations.
Le prixde cette édition , imprimée avec netteté,
* en gros caractère , eſt fort modique ; mais le
46 MERCURE
Libraire avertit que cette modicité de prix n'aura lieu
que juſqu'au premier de Juillet prochain ; paflé ce
temps elle vaudra le prix ordinaire , qui eſt de 20 liv.
On trouve chez le même quelques exemplaires du
Siècle de Louis XIV , & du Siècle de Louis XV ,
4vol. in- 12 ; on les payera 6 liv. br. au lieu de
10 liv.; & l'onprend ſéparément le siècle de Louis
XV , on le payera 2 liv.. 2
ALEXIS& Justine , Comédie - Lyrique , en deux
aites & en proſe , mêlée d'ariettes , repréſentée
pour la première fois à Verſailles devant Leurs Majeſtés
, le vendredi 14 Janvier 1785 , & à Paris , fur
le Théâtre de la Comédie Italienne , le lundi 17 :
paroles de M. de Monvel ; muſiquede M. Deſaides.
Prix 1 liv. 10 ſols. A Paris , chez Brunet, Libr. place
de la Comédie Italienne.
On a reproché à cette pièce de reſſembler à Félix.
C'eſt un enfant trouvé, dans un berceau , devant la
porte d'un Fermier , à qui il eft adreſſé. Le Fermier
en prend ſoin , l'élève avec ſa fille Juſtine ; & depuis
15 ans , n'ayant plus de nouvelles des parens
d'Alexis , qui lui avoient fait paſſer quelqu'argent
annuellement, fans fe faire connoître , il conſent à
unir fuftine & Alexis , qui s'aiment. Mais tandis
qu'il fait dreffer le contrat de mariage, M. Longpré,
père d'Alexis , vient le réclamer , feint de vouloir
rompre ce mariage ; & fatisfait de l'épreuve qu'il
afaite, approuve enfin l'union des deux amans.
L'action de cette pièce eſt aſſez commune juſqu'au
dénouement , qui a paru intéreſſer , tel qu'il a été
atrangé après la première repréſentation Des détails
heureux, le mérite de la musiqire & lejeu ſupérieur
de Madame. Dugazon, ont fait réuffir l'ouvrage.
1:
LA FEMME Jalouse , Comédie en cinq actes & en
DE FRANCE.
47
vers , par M. Desforges , repréſentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires aa
Roi , le mardi 15 Février 1785 ; & à Versailles , le
II Mars ſuivant , devant Leurs Majeſtés. A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des Auguſtins.
Cette Comédie doit beaucoup ajouter à la réputation
de ſon Auteur , déja connu au Théâtre Italien
par pluſieurs ouvrages qui ont réuſſi.
L'AMI de l'Adolescence , par M. Berquin , ſeptième
& huitième Cahiers , formant le quatrime
vol . de cet Ouvrage. La Soufcription pour 12 vol.
en vingt-quatre Cahiers eſt de 13 liv. 4 fols pour
Paris , & de 16 liv. 4 fols pour la Province , port
franc par la poſte. S'adreſſer à M. le Prince , au
Bureau de l'Ami des Enfans , rue de l'Univerſité ,
Nº. 28 , & affranchir le port de lettre & d'argent.
NUMÉRO 3 du Journal de Violon , ou Recueil
d'Airs nouveaux , arrangés pour le Violon , l'Alto ,
la Flûte & la Baffe. Prix téparément , 2 liv. 8ols;
abonnement pour douze cahiers , 18 & 21 liv . On
s'abonne en tout temps , ainſi que pour le Journal de
Guittare, dont le prix eſt de 12 & 18 liv. A Paris ,
chez Mme Baillon , Marchande de Muſique , rue
Neuve des Petits-Champs , au coin de celle de Richelieu
, à la Muse Lyrique.
N. B. Lorſque nous marquons deux prix différens
pour un abonnement , comme ici 18 & 21liv. , 12
& 18 liv. , nous ſommes perfuadés que nos Lecteurs
comprennent de reſte que cela ſignifie 18 liv. pour
Paris & 21 liv. pour la Province. Nous n'ajoutons
pas même franc de port , parce qu'il eſt clair que
cette augmentationde prix n'eſt que pour couvrir les
48 MERCURE
frais d'envoi. Ainfi , cette explication une fois donnée,
nous contintierons d'employer cette formule.
,
TREIZIEME Recueil de Muſique , arrangéepour
le Ciftre ou Guittare Allemande contenant les
plusjolies Ariettes , avec Accompagnement & Airs
variés , terminés par une Sonate , par M. Pollet
l'aîné. OEuvre dix- ſeptième. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , Cloître S. Merry , maifon de M
Gerbet , Négociant.
:
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique& des Livres nouveaux voyez les
Couvertures.
TABLE.
EPITRE à M. Sabatier de Fragmens d'un Ouvrage de
Caveillon , 24
Réponse aux Vers deM. Bu- Académie Roy. de Musiq. 34
ret ,
Charade , Enigme & Logo- Comédie Italienne ,
3. Miorale ,
6 Comédie Françoise, 36
40
1 gryphe , 8 Annonces & Notices , 44
LaPoétiquede la Musique, 10
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercurede France , pour le Samedi 2 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impicilion. A
Paris , le 1 Avril 1785. GUIDL,
JOURNAL POLITIQUE
:
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 24 Février.
0
N dit que les Boſniaques s'oppofent à
la fixation des limites entre la Porte &
l'Empereur , & qu'ils ont demandé la permillion
de foutenir leurs droits les armes à
la main. Pour réponſe , le Grand Vifir ,
ſuivant les mêmes bruits , a fait étrangler
les députés de la Boſnie : rigueur qui a occafionné
une révolte générale , s'il faut en
croire quelques feuilles publiques .
Le gouvernement , à ce qu'on debite , a
donné ordre d'ajouter à notre marine 40
barques canonnieres , & un grand nombre
de bombardes.
Le nouvel Hoſpodar de Moldavie a eu
le 22 Janvier ſa premiere audience du
Grand Seigneur.
ALLEMAGNE.
DEHAMBOURG , le 16 Mars.
La convention de la ville de Dantzick
Nº. 14 , 2 Avril 1785. a
( 2 )
avec le Roi de Pruſſe a été enfin ratifiée par
ce Monarque , le 8 de ce mois. Dans la
correſpondance reſpective , qui a eu lieu à
cette occaſion entre les parties contractantes
, S. M. P. dit au Magiſtrat de Dantzick
qu'elle a accordé de ſon propre mouvement
des conditions que ſes droits légitimes l'autoriſoient
à refuſer ; qu'elle n'a regardé qu'à
l'équité & qu'aux avantages mutuels du
commerce , & que fi de part & d'autre les
clauſes de cet accord font fidelement obſervées
, Dantzick ſe convaincra qu'elle n'a
rien perdu au changement de maître de la
Pruffe Polonoife.
Voici la teneur de cette convention définitive
, aujourd'hui publiée officiellement .
I. Le Magiftrat de la ville de Dantzik reconnoît
que le procédé decette derniere envers S. M.
ainſi qu'à l'égard de ſes ſujets , a été outré &
porté juſqu'à l'offenſe par erreur ou préoccupation
d'eſprit; & qu'après cet aveu il ſe croitdans
l'obligation de faire des excuſes du paffé à S. M.
au nom de ladite ville , avec promeffe qu'à l'avenir
il réglera ſa conduite de manière à ne plus
donner aucun ſujet de mécontentement à S. M.
ni de plainte fondée à ſes ſujets.
II. » Le commerce & le paſſage libres des
ſujets royaux , tant par eau que par terre , par le
territoire de la ville de Dantzig , ayant formé le
point principal de la conteſtation , le Magiſtrat
déclare par la préſente , & s'engage folemnellement
, au nom de ladite ville & de tous ſes or
dres , à accorder dorénavant à tous les ſujets dis
Roi , ſoit par eau ou par terre& fur tous les bras
que forment la Viftule, la même liberté de com
( 3 )
merce&denavigation par le territoirede laville
à l'égard de tout ce qu'ils jugeront à propos de
tranſporter d'une partie des Etats du Roi dang.
Pautre , que celle dont jouiffent les habitans
mêmes de Dantzik , ſoit en naviguant ſur la
Viftule , ſoit en tranſportant par terre leurs
marchandises , par les Etats dépendans de S. M.
ladite ville s'engageant en outre à rétablir le
chemin& le paſlage par leGanſekrug , & à en
permettre l'uſage aux ſujets du Roi , a la réſerve
cependant à ſa volonté de ſéparer ce chemin dans
les endroits , où il s'approche trop des fortifi
cations , ou fi cela n'étoit pas faiſable , d'y établir
des barrieres qui ſe fermeroient la nuit , &
n'en permettroient l'ouverture que de jour , en
yattachant un droit de paſſage , en conformité
de ceux perçus dans d'autres endroits , & auxquels
les ſujets du Roi ſeront aſſujettis ſur un
pied d'égalité avec les habitans de la ville.
III . En revanche , le Roi ayant fincerement
à coeur le bien-être de la ville de Dantzik , &
Touhaitant de lui conſerver particulierement le
commerce des marchandiſes de Pologne , S. M.
lui abandonne excluſivement ledit commerce
d'exportation sur mer en tant qu'il peut ſe faire
fur la Viſtule par la ville & le territoire de
Dantzik, de maniere que les habitans de cette
ville jouiront ſeuls du droit de tranſporter ſur
la Viſtule toutes les productions de la Pologne
& autres marchandiſes quelconques deſtinées
pour Dantzik , & à être exportées au -delà ſur
mer.
<<<En conféquence S. M. ordonne ſérieuſement
àſes ſujets de s'abſtenir de tout commerce exportatif
de mer par la voie de Dantzik & du
Fabrwaffer ; & afin qu'on ſe conforme d'autant
plus à ſon intention à ce ſujet , elle donnera
22
( 4 )
les ordres les plus meſurés aux Officiers du bureau
de péage au Neu -Fabarwaſſer pour y veiller
exactement , & ne permettre à aucun de ſes ſu-
Jets de ſe mêler du commerce d'exportation ſur
mer. De plus , le Roi permettra à la ville de
Dantzik d'y conſtituer pour elle & de ſa part
un agent qui puiſſe avoir l'oeil à ce qu'il ne ſe
commette aucune contravention à cet égard , &
qu'il n'y foit exercé aucun commerce de mer
par les ſujets pruſſiens , ſoit en productions de
Pologne, ſoit en celles de Pruſſe.
Mais , pour prévenir tout déſordre , diſpute
ou querelle qui pourroient réſulter des viſites
que ce Commiſſaire ſe croiroit en droitde faire
fur les navires pruſſiens , il ne ſera point autoriſé
à en faire; mais il ſe contentera dans
tous les cas où il pourra remarquer ou foupconner
quelque exportation ſur mer par unbatiment
pruffien , de faire fon rapport à ce ſujet
aux Officiers du bureaudes péages , qui y remédieront
fur le champ; finon il en donnera avis
au Magiſtrat même de Dantzik , qui ſe fera
rendre juſtice par la voie du Réſident du Roi ,
ou par celle du Miniſtere, s'il le jugeoit néceſſaire
, lequel ne manquera pas de redreſſer
promptement tout ce qui aura pu être commis
encontraventionde cet article.
La ville de Dantzik étant ainſi ſuffisamment
raffurée contre toute exportation ſur mer de la
part des ſujets pruffiens , ceux-ci en revanche ,
jouirontde la liberté de ſe procurer toutes leurs
néceffités , effets , marchandises de quels lieux
qu'ils jugeront à propos , & de les tranſporter
librement parle territoire de la ville de Dantzik
; comme celle-ci reconnoît avec gratitude
les fentimens de générofité de S. M. à ton égard ,
elle promet de ne pas charger leſdites mar
( 5 )
chandiſes ou effets des ſujets du Roi enpaſſant
par le territoire de la ville, des droits & péages
excédans ceux que les propres habitans ont coutume
de payer en pareils cas,
IV. » Le commerce d'importation par mer du
côté de Fabrwaſſer ſera libre aux ſujets des
deux parties contractantes ; mais afin d'obſerver
une juſte balance , S. M. conſent que fur tous
les effets & marchandises appartenans aux ſujets
pruffiens & importés du côté de la mer , leMagiftrat
de Dantzik ſoit autoriſé à faire percevoir
telsdroits d'entrée & de tranfit par le Fabrwaſſer ,
qu'il jugera à propos , pourvu toute -fois qu'ils
n'excedent point ceux qu'on a coutume de payer
aux bureaux de péages prufſiens. En revanche
ledit Magiftrat promet de faire lever les droits
ſuſdits au Blokhaus & non dans la ville , afin
que les bâtimens pruffiens ne ſoient plus dans
le cas de décharger leurs cargaiſons , ni forcés
d'entrerdans la ville : conſent en outre ledit Magiſtratque
les connoiſſemens que produiront les
maîtres de ces mêmes navires aux Douaniers
Dantzikois , ſoient reçus & reconnus par ceux- ci
comme des documens valables , & leurs cargai-
Ions exemptes de toute viſite.
>>>Mais dans le cas d'un ſoupçon fondé que
pourroit former le Magiftrat ſur l'infidélité de
ces connoiffemens , par laquelle ces douanes feroient
injuſiement fraudées des droits qui leur
font dûs , il ſera en ce cas autorisé à faire are
rêter au Blockhaus le navire ſuſpecté , pour l
faire fubir la viſite ſelon l'ordre preſcrit , à la
quelle cependant doit affifter néceſſairement le
Réſident du Roi , & au défaut de celui-ci , fon
chargé d'affaires , lesquels auront été préalable.
ment avertis, afin d'empêcher par leur préfence
tout déſordre ou violence , & écarter la
23
( 6 )
partialité qui accompagne d'ordinaire une pareille
vifire .
Le Magiftrat de Dantzik promet de plus d'accorder
le paſſage libre & exempt de tous droits
de péage & de tranfit à tous les effets & biens
appartenant en propre à S. M. Pruſienne , tels
que les ſels communs , porcelaine , fer , tabac ,
uniformes de troupes , fufils , poudre , & généralement
toutes les munitions & armes de
toutes eſpeces qu'exigent l'entretien de ſes armées
, ainſi qu'aux tranſports des ſels appartenans
à la compagnie ou commerce maritime ,
qui feront munis de paſſeports figués par le miniſtere
de Pruffe .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
M. le Baron de Caché , chargé d'affaires
de l'Empereur à Varſovie , a préfenté le 19
Février au conſeil permanent , une note
concernant les plaintes du prince Czartoriski
, général de Podolie. Par cette note ,
dans laquelle le prince eſt nommé Vaſſal ,
Général & Capitaine des Gardes de l'Empereur,
on demande que le comte de Malachowski
, chef du département des affaires
étrangeres , faſſe examiner par ſon tribunal
le procès criminel actuellement inſtant.
Comme les cas de cette nature relevent du
tribunal du Feld-Maréchal de la Couronne
, cette demande éprouvera de grandes
difficultés. Elle a été difcutée au confeil
permanent , & le fera encore.
LeDocteur Buſching porte dans ſa feuille hebdomadaire
le nombre des maiſons contribuables
dans le Comté de Bentheim , des cercles du Bas-
Rhin & de Westphalie ,á 1458 ; ſavoir , 339 dans
( 7 )
le Bailliage de Bentheim , 173 dans celui d'Emblitheim
, 260 dans ceux de Neuenhans & de
Velthauſen , 185 dans celui de Nordhorn , 255
dans celui de Schuttorf , 224 dans celui de Velfen
, & 22 dans celui de Wietmerſch. La contribution
de ces maiſons monte par mois un peu aus
dela de 1773 thalers .
On évalue la population actuelle de la ville de
Francfort-fur- l'Oder , á 10,000o ames.
Un journal de commerce porte l'exportation
annuelle du froment du royaume de
Sicile à 500,000 falmas , dont 10 & demi
font un laſt d'Amſterdam. Ce commerce
ſeul procure au pays une ſomme d'environ
un million & demi de Ducats.
Parmi les Fabriques du royaume de Suede ,
les Fonderies & les Forges de fer font les plus
con ſidérables . On porte à 400,000 ſchifpfunds le
fer tiré des diverſes Provinces de ce Royaume .
3000,000 à 320,000 ſchifpfunds de ce fer paffent
par an à l'étranger ; l'Angleterre & la Ho'lande
en reçoivent les deux tiers , & le reſte eſt envoyé
en France& en Eſpagne. Les ports de Stockolm
&de Gothembourg font les principaux entrepôtς
de cette marchandise . Le meilleur fer de ce
Royaume eſt appellé le fer d'Oeregrund ; il eff
tiré des mines & forges de la Province de Rofslag
& exporté , la plupart pour l'Angleterre , du port
d'Oeregrund. La feconde forte de fer eſt appellée
Eytra; ce fer a la même longueur & la même ſolidité
que la premiere forte , mais il eſt moins
large ; on en fait annuellement des envois confidérables
à la côte de Guinée. Indépendamment
de ces deux fortes de fer , on fabrique encore du
fer en barres minces , de 17 à 18 pieds de long
24
( 8 )
&c.&c. Les clous fabriqués annuellement en Sae
de , montent à 15 juſqu'à 20,000 ſchifpfunds, dont
10,000 font exportés à l'étranger; les ancres à
-1,000 ſcifpfunds, dont 5 à 600 paſſent dans l'étranger
& les canons de fer exportés , à 10,000
ſchipfunds . La France tire de la Suede beaucoup
de fer-blanc étamé ; le tonneau en contient 450
feuilles & peſe ſchifpfund I quart. La plupart
des marchandises d'acierfabriquées enSuede ,
ſontd'acier natif; on en fait peu d'acier cémentatoire
; il ſeroit cependant à defirer pour l'intérêt
de ce Royaume, qu'on y fabriquât davantage
de cette derniere eſpece d'acier , & qu'on parvînt
à la préparer à la maniere des Anglois. Le
meilleur acier de Suede eſt celui de Forſmark ;
il en paſſe par an à Rouen environ 700 faiſſeaux,
dont chacun peſe 169 livres de Suede. La meilleure
efpece d'acier cémentatoire eſt fabriquée à
Ofterby ; & eft connue sous le nom d'acier de Venife;
la plupart de ces acier eft exporté en Eſpagne
on porte à environ 30,000 quintaux l'acier cémentatoire
fabriqué dans ce Royaume ; la Ruſſie
en tire par an 3,000 .
Suivant des lettres de Pétersbourg , l'Impératrice
ſe propoſe de nouveaux changemens
dans l'armée. Les Compagnies de réſerve
pour chaque Régiment d'Infanterie ,
qui furent fupprimées en 1764 , feront rétablies
; les Compagnies des Grenadiers formerontdesbrigades
particulieres ,&les Corps
desChaſſeurs feront répartis en 20 Régimens,
dont chacun fera compofé de 700 hommes,
Onn'a parléquetrès- imparfaitementde l'attention
qu'a portée la derniere diete de Pologne
fur l'autoritéroyale : cepouvoir a reçu de
(و )
nouvelles limites , qu'on affure avoir été
déterminées en fix articles .
LeRoi , qui autrefois avoit le droit de conférer
toutes les dignités & places , comme la nomination
des Evêques , des Sénateurs , des Palatins ,
des Caftellans , &c. &c. y a renoncé , & il ne lui
reſte plus que la prérogative de choifir un des
trois Candidats proposés par le Confeil permanent.
2°. Les autres emplois civils ſont reſtés à la nomination
du Roi , mais il ne peut rien faire dans
les quatre Départemens pendant l'intervalle d'une
diete à l'autre; les places vacantes pendant
cet intervalle feront à la nomination du Conſeil
permanent qui y procédera par la voie du ſcrutin.
3º. Le Roi a renoncé au droit de nommer aux
emplois militaires . L'avancement ſe fera ſelon
P'ancienneté ; & quant à la nomination au Généralat
, le Roi propoſera alors au Confeil permanent
le plus ancien Officier avec l'Officier qui a
le mieux mérité de l'Etat .
4°. Les Miniſtres-d'Etat feront regardés comme
Sénateurs & pourront être nommés à la Diéte
membres du Conſeil permanent.
5 °. Le Roi a renoncé au droit de diſpenſer les
revenus royaux , à condition qu'ils feront em.
ployés pour le bien de l'Etat de la maniere la plus
avantageule.
5°. La Diéte a exclufivement le pouvoir de
nommer par la voie du ſcrutin les membres du
Conſeil parmanent.
CesArticles avoient déjà été projettés à l'avantderniere
Diéte , mais l'oppoſition du Roi & de
fon parti en empecha la fanction. A la derniere
Diéte ils ont été agréés unanimement & in érés
dans la Matricule du Rojauine.
25
( ro )
DE VIENNE , le 16 Mars.
C'eſt le Pere provincial des Freres de la
Charité , qui a inſtruit l'Empereur des abus
& des défordres quiregnent dans le nouvel
établiſſement de l'Hôpital général. Les
malades , à ce qu'on préſume , vont être
repartis dans différens hofpices aux fauxbourgs
, c'eſt à-dire , qu'on remettra les
chotes, à peu de choſe près , für l'ancien
pied..L'immense hôpital général ſera divife
en deux parties ; l'une réſervée aux malades.
fera confiée aux freres de la Charité , &
Kautre fera transformée en caſernes .
a
2
Le comté Joſeph de Kaunitz Rittberg ,
Ambaſſadeur de S. M. I. à la cour de
Madrid & fils du Chancelier Prince
de Kaunitz , eſt mort le 3 Février , à
l'âge de 41 ans. Ayant obtenu un congé
pour venir en Allemagne rétablir ſa ſanté...
il s'étoit embarqué à Alicante pour paſſer à
Marfeille,& il eſt expiré pendant la traverſée.
George Krifchan, ce troiſieme chef des .
rébelles Valaques , dont nous avons parlé ,
s'eſt étranglé dans ſa prifon avec ſa ceinture.
Ses membres ont été expoſés au defſus
des portes de Carlsbourg , à Deva , à
Hunyad, 150 autres priſonniers font actuellement
entre les mains des commiſſaires
pour être jugés ſuivant les regles du pays.
UnEccléſiaſtique éclairé nommé Adamowich ,
durant le dernier ſoulevementdes Valaques en
Tranfilvanie , a donné un exemple remarquable à.
fos collegues &à leur troupeau, Lorſque les chefs
( Ir )
des révoltés voulurent l'entrainer dans leurparti ,
fous prétexte que l'Empereur leur avoit ordonné
d'exterminer la Nobleſſe de Hongrie ; ce digne
Eccléſiaſtique répliqua : « Je n'ai d'ordre ni ver-
>>bal ni par écrit de mon Supérieur ; je connois
>> l'Empereur pour un Prince trop humain , pour
>> croire qu'il ait donné des pouvoirs ſemblables,
>> Suppoſé même que l'intention du Monarque
fût de vous aſſiſter , il m'eſt impoffible de
>> croire qu'il vous chargeât d'ordres auſſi ſanguinaires
, qui font diametralement oppoſées
>> à ſa Religion & à fon caractere humain . Sans
>> vouloir écouter davantage vos propoſitions ,
je vous déclare que ni moi ni aucun de mes
>> paroiffiens ne contribueront à la réuſſite de
> vos projets . Des que l'Empereur eut été int
formé du procédé de cet Eccléſiaſtique , S. M.
ordonna au Commiffaire Impérial de lui remetire
une médaille d'or , fur laquelle eſt empreinte
l'effigie du Monarque.
Une Gazette allemande parle en ces termes
de la faillite de la compagnie Aſiatique
&de la fuite du Comte de Proli.
Cette chûte vient très mal-à-propos dans l'état
actuel de notre différend avec la Hollande ;
il n'y a pas d'apparence que no re Cour prête
du ſecours à cette compagnie , d'autant plus que
celle- ci lui doit une ſomme de 180 mille florins
pour des planches de cuivre qu'elle a vendues
en Eſpagne , au lieu de les envoyer pour le
compte de la Cour en Amérique . On a almiré
lagénérofité du Comte de Fries , qui inſtruit ,
il y a quinze jours , de l'état chancelant de cette
compagnie , n'a pas laiffé d'accepter une de ſes
lettres de change de 10 mille florins. On dit
que lesHollandois ont accéléré l'époque de cette
faillite, en faiſans préſenter dans un feel jourà
a6
( 12 )
la Compagnie pour plus de 800 mille livres de
lettres de change de Paris , qui ont été proteftées
faute de paiement.
Cette derniere aſſertion n'eût pas été
omiſe par les gazettes Flamandes , ſi elle
avoit eu aucun fondement.
Il faut ranger dans la même claſſe des
bruits fuſpects l'article ſuivant , donné avec
confiance par quelques papiers publics.
On fait de bonne part , que l'Empereur eſt
décidé à entretenir conſtamment à l'avenir un
corps de 20,000 hommes dans la Lombardie ; ce
n'eſt pas qu'il y ait quelque choſe à craindre de
çe côté ; mais cet arrangement eſt une ſuite
du nouveau ſyſtême de S. M. , qui veut toujours
avoir en temps de paix un corps de troupes dans
ſes provinces éloignées , prêt à tout événement.
La Galicie fera pourvue d'un pareil corps.
Dans l'ignorance où l'on eſt des véritables
cauſes , qui de nouveau ont fait ſuſpendre
le départ de l'Empereur pour les Pays-
Bas , on imagine que la crainte du dégel du
Danube & des accidens qui peuvent en réfulter
, a déterminé cette réſolution. Les
neiges ont rendu les routes impraticables :
ainfi , quoique le conſeil aulique de guerre
ait expédié 14 eſtafettes pour ordonner à
divers régimens de ſe préparer à leur départ,
ce voyage ne peut être ſubit , & les
événemens ultérieurs le rendront peut- être
inutile.
M. de Born vient de faire en grand l'eſſai
de fon invention , pour ſéparer l'or & l'argent,
en préſence d'une commiflion impé
1
( 13 )
riale ; & il a prouvé, ſelon ſa promeſſe ,
qu'avec ſa méthode on obtient en douze
heures autant d'argent , qu'en fix ſemaines
par le procédé ordinaire.
Un pauvre ouvrier qui avoit reçu des ſecours
de l'Inſtitut des pauvres , déclara à la
derniere répartition des aumônes que ſa
conſcience ne lui permettoit pas d'y participer
, vu qu'il venoit de recevoir une fomme
qui lui étoit due , & qu'elle lui fuffifoit
pour ſa ſubſiſtance; enſuite il reftitua à l'Inftitut
les diverſes charités qui lui avoient été
données pour le ſoulagement de ſa vieilleſſ.e
La conduite du Hoſpodar de Moldavie
envers les cours de Vienne & de Pétersbourg
a caufé , dit on , ſa dépoſition. Il refuſoit
de livrer les déferteurs des deux puifſances
, ce qui donna lieu à des plaintes de
leur part. On parle d'un grand nombre de
troupes Ottomanes qui ſe raſſemblent près
de Siliftrie , pour fortifier les garniſons de
Belgrade , d'Orfowa & de Wihacz .
On vient de conſigner dans un Journal
Allemand l'anecdote ſuivante , écrite de
Prague.
Le Révérend François Xavier-Cafimir Stra
chowtrhy de Arachowice , Conſeiller intime de
l'Empereur , premier Prélat du Royaume de Bohême
, &c. &c. , força fouvent les habitans du
voiſinage à prendre la bierre braffée ſur ſes terres.
Parmi ces acheteurs forcés , ſe trouva une veuve
avec trois petits enfans , laquelle , par pluſieurs
malheurs imprévus , étoit réduite à devoir 22
( 14 )
fforinsau Prélat , qu'elle ne pouvoit payer fur
le champ. Elle le ſupplia d'avoir patience pendant
quelques ſemaines , pendant leſquelles elle
eſpéroit gagner par fon travail de quoi le contenter.
Le Prélat, ſourd à ſes prières , la fit jetter
enpriſon , où elle gémit pendant cinq ſemaines :
elle y feroit reſtée plus long-temps , fi une dame
connue par ſes bienfaits , ne l'avoit délivrée . La
Comteſſe Douairiere , Anne de Martinits , née
Comteffe de Sternberg , eſt accoutumée de vifiter
les prifons avant la Semaine- Sainte , & de
s'informer auprès des priſonniers de la cauſe de
leur emprisonnement , elle rencontra à ſa derniere
viſite la veuve malheureuſe , qui lui ra
conta la cauſe de ſa détention. La Comteſſe ne
ſe fiant point au récit de la veuve , envoya quelqu'un
au Prélat pour demander ſi cette femme
avoit dit la vérité; celui-ci ne rougit point d'avouer
la choſe ; la Comteſſe le pria inſtamment
de mettre en libetté ſa priſonniere , qui étoit
prête d'accoucher. Le Prélat aſſura qu'elle reſteroit
en priſon juſqu'à ce qu'elle eût payé. La
Comteffe paya pour elle. Les revenus du Prélat
montent à 30,000 florins.
Le ſieur Pinkman a eſſayé en grand la
culture de la rhubarbe dans le diſtrict de
Sambor , & l'on eſpere qu'elle réuflira parfaitement.
Des Lettres de Trieſte diſent que
l'exportation du Tabac de Hongrie , qui
avoit diminué depuis la paix avec les Américains
, a augmenté aujourd'hui confidérablement.
On doit ce nouvel avantage à
la maiſon de Commerce de Graffin Vita+
Levi. Pluſieurs Négocians de Trieſte ſe
ront réunis pour former une nouvelle So
--
( 15 )
ciété de Commerce; its ont remis leur plan
au Gouvernement , dont ils attendent l'agrément.
DE FRANCFORT , le 21 Mars.
Le premier de ce mois , MM. Sulzer &
Oertel de Géra ont réuſli par le froid factice
de neige& de Salpêtre , à congeler le mercure
entre 7 & 8 heures du matin , le thermometre
de Réaumur étant à 24 degrés audeſſous
de zéro. Ceux qui ont dit que c'étoit-
là le premier eſſai de ce genre qui eût
réulli , ignoroient fans doute , qu'en 1783 ,
la Société royale de Londres décerna la
médaille annuelle donnée par le Chevalier
Godfrey Copley à M. Hurchins , qui avoit
déterminé exactement le degré de froid , où
commence la congélationdu Mercure. Ces
expériences avoient été antérieurement &
près- exactement exécutées à Pétersbourg .
Son Alteffe Electorale , le Duc de Baviere
, vient de défendre dans toute l'éten
due de ce Duché toutes les aſſemblées des
Francs-Maçons, autrement dits, les Illuminés .
On donne pour raiſon de cette défenſe que:
ce corps eft déchu de fon premier inſtitut ,,
& qu'il eſt de la faine politique de le fupprimer
, parce que dans ſon erat actuel il ne
peut qu'occaſionner des déſordres , exciter
une défiance générale & fomenter des fac
tions dans le ſecret des aſſemblées. En confé
féquence, il lui eft défendu dorénavant de re--
cevoir aucun Aſſocié. Il eſt expreſſément
enjoint à tout Gouverneur ou Comman
( 16 )
dant des places de veiller exactement à
l'exécution de cette ordonnance. On confiſquera
à l'avenir tout l'argent & autres
effets qu'on pourra ſurprendre. La moitié
en ſera diftribuée aux pauvres , & l'autre
fera la récompenſe des dénonciateurs.
Des inculpations auſſi vagues , à l'aide
deſquelles on ne cite aucun fait contraire à
la notoriété publique , indiquent ſuffifamment
qu'on a furpris la Religion du Prince ,
ou, ce qui eſt plus probable , que la confrairie
de ces Illuminés n'eſt point de la même
nature que la Franc- Maçonnerie.
A quelques lieues de Fribourg en Brif-
-gau , on a vu juſqu'à 40 pieds de neige accumulés
les premiers jours de Mars. Une
partie des rochers , qui forment la cataracte
du Rhin, à Clauſanbourg , eſt à découvert ,
ce qui n'eſt pas arrivé depuis 30 ans. On
perpétua alors la mémoire de cet abaiſſement
des eaux du fleuve , en gravant fur les
rochers l'année de cet événement. Ceux qui
ont demandé pourquoi l'on ne profitoit pas
de cette circonſtance pour couper ces rocs
qui interceptent la navigation , n'ont sûrement
jamais été ſur les lieux , & auroient
dû fentir qu'on ne découpe pas des montagnes
en 8 jours comme on fait ſauter un
caillou dans un champ avec de la poudre
àcanon.
Le Rhin étoit ſi bas à Manheim , le 2 de
ce mois , qu'on l'a vu à to pieds & fix pouces
au-deſſous de ſa hauteur moyenne. Jaf
( 17 )
qu'au 15 le Mein a charié des glaçons.
L'on a appris que dans le conſiſtoire du 14
tenu à Rome , le Pape accorda , d'après des
inſtances réitérées , le Pallium à l'Archevêque
, Electeur de Cologne , & à l'Archevêque
de Gneſne , à ceux de Ravenne & de
Tarragone.
On a compté , en 1782 , dans la partie
du Duché de Gueldre , appartenante au
Roi de Prufſe , une population de 47,278
ames , & , dans la principauté d'Oftfrife ,
102,594 ames. Le Militaire n'est pas compris
dans cette énumération.
La population de Potzdam , lit-on dans une
feuille périodique , étoit en 1781 de 20,530 perſonnes
de l'Etat civil , & de 8,326 de l'Etat militaire.
La recette de l'acciſe montoit à 95,000
rixdalers , & celle de la Douane à 30,000.-
La même feuille périodique porte à 96.052 rixdales
l'entretien ordinaire & annuel d'un régiment
de Cavalerie du Roi de Prufſe , le traitement
du Meſtre-de-camp eſt de 3,254 rixdalers
& celui du Meſtre - de camp - Lieutenant de
698.
La perte des droits d'acciſe pendant les 3 foires
qui ſe tiennent à Francfort ſur l'Oder , fat pour
la Chambre des Finances un objet annuel de
10,750 rixdalers .
ITALI Ε.
DE MODENE , le 4 Mars .
Nous apprenons que l'évaſion du Marquis
Davia , des prifons de l'inquifition de Bolo(
18 )
,
gne où il étoit détenu , & qui paſſe actuellement
ici ſes jours dans la plus grande tranquillité
, a ranimé le zele de ce Tribunal
même contre des innocens. L'Inquifiteur de
Faenza , ayant appris la nouvelle de cette
évaſion , fe tranſporta auffi-tôt à Bologne
pour entamer le procès. Un nommé Louis
Fayallé , âgé d'environ trente ans , attaché
au Saint-Office en qualité de Camérier , fut
ſoupçonné d'avoir facilité l'évaſion du Marquis
; il fut arrêté chez lui , dans la nuit da
27 Décembre dernier, par un grand nombre
d'archers, qui le conduifirent chargéde chaînes
à Faenza , & l'empriſonnerent. Après deux
mois d'examens les plus rigoureux , fon innocence
fut enfin clairement prouvée , & il
recouvra fa liberté , & revint à Bologne portant
fur fon viſage & fur toute ſaperfonne les
marques des ſouffrances qu'on lui avoit fait
effuyer. On attend impatiemment l'iſſue
d'une affaire conduite avec tant d'éclat';
les ſoupçons portent aujourd'hui ſur unReligieux
Convers , que l'intérêt ſeul a déterminé
trahir le Saint-Office.
DE FLORENCE , le 10 Mars.
Les Docteurs Giorgi &Cioni, Médecins de
cette ville , qui s'occupent depuis quelque
tems à faire l'analyſe de l'eau , & à chercherà
la changer en air ſuivant les procédés de
MM. Meunier & Lavoifier , ayant obtenu des
réſultats très-différens de ceux de ces Chy
( 19 )
miſtes , viennent de publier le Proſpectus
d'un ouvrage fur cette matiere.
Voici l'extrait d'une lettre d'Alger , écrite
à Livourne , en date du 15 Février .
«La défenſe à laquelle cetterégence ſe prépare
paroît incroyable aux Européens ; l'eſprit
de patriotiſme de tous nos habitans & leur indignation
contre le joug que nos ennemis voudroient
nous impoſer , l'emporte ſur la haine implacable
que le deſpotiſme des chefs du Gouvernement
a infpiré aux particuliers. Leur fureur
contre les Elpagnols étouffe en eux ce reſſentiment
& ſuſpend l'exécution d'une vengeance
terrible , dont la mémoire eût paſſé à la poſtérité.
L'amour de la patrie ſe reveille dans tous les
coeurs & nous nous préparons à la défendre vaillamment.
Il paroît que nos ennemis projettent
de venir avec toutes leurs forces nous exterminer
à la prochaine ſaiſon. Nous nous attendons
bien à cette atraque. On a déjà commencé ſur
nos chantiers la conſtruction de 20 Chaloupes canonieres
, & de 6Batteries flottantes. Ces dernieres
ſuffiront pour faire face à l'Eſcadre Eſpagnole.
En attendant nous penſons à envoyer la nôtre
en croifiere. Soyez donc certain que cette année
la force décidera cette criſe & qu'elle fera notre
perte ou nous rendra la tranquillité , &c.
Le ſieur François-Antoine Tavelli , Architecte
de l'Empereur , très -habile minéralogiſte
, a découvert dans des montagnes
du territoire vénitien certaines matieres foffiles
qui donnent un véritable fel catartique ,
très- ſemblable aux ſels d'Epſom , de Seidlitz
, de Seitſutz , & c. , ſi eſtimés en médecine.
Ce fel eſt plus doux & ſupérieur au
( 20 )
ſel dont on fait uſage dans les Pharmacies
ſous le nom de ſel d'Angleterre.
DE ROME , le 6 Mars.
Les Commiſſaires chargés de trouver des
remedes à la rareté d'eſpeces & aux abus qui
en réſultent , ont pris les arrêtés ſuivans.
1º. Il eſt défendu à tout Particulier de faire le
trafic d'argent monnoyé , & le Privilége excluſif
en ſera conféré au Mont-de- Piété. 2°. i ſera mis
en circulation un certain nombre de billets de la
valeur de cinq juſqu'à dix écus Romains , & les
billets dont la valeur excédera cette ſomme ſe
ront payés en une monnoie dite Plateale . 3º. Tous
les gages portés au Mont-de-Piété & ſur leſquels
il ſera prêté plus de dix écus , ſeront afſujettis à
un intérêt de cinq pour cent. Cette diſpoſition
étoit néceſſaire pour mettre un frein aux ſpéculations
de pluſieurs riches particuliers qui portoient
leur vaiſſelle au Mont de-Piété pour faire
valoir les fonds qui leur étoient avancés ſur le
gage. 4°. Il ſera battu pour fix mille écus Romains
de monnoies forméed'un argent de basalloi
, & pour deux mille écus de monnoie d'or .
&ces ſommes ſeront employées à l'extinction
des billets. 5º. Les Débiteurs du Mont-de- Piété
feront tenusde liquider leurs dettes dans l'eſpace
de fix années. 6°. La Chambre de la Monnoie
&le Montd- e-Piété feront toutes les diligences
néceſſaires pour réaliſer tous les capitaux . 7°. II
fera fait choix de nouveaux Commiſſaires pour
travailler à la confection des Loix ſomptuaires.
ESPAGNE.
DE CADIX , le I Mars.
Des lettres de Tanger , du 12 Janvier ,
contiennent le détail ſuivan :
( 21 )
Avanthier vers midi , une grande frégate à
trois mars , appellée la Citta Vienna , échoua en
naviguant à pleines voiles dans cette Baye. Parti
le premier Octobre , ſous Pavillon Impérial , de
Smirne pour Amſterdam , ce vaiſſeau arriva le 25
Novembre àGibraltar, avec 15 Paſſagers Maures.
Après y avoir ſubi une Quarantaine de 48 jours ,
le Chirurgien-Major de laGarniſon vifita , par
ordre du Gouverneur Elliot , l'Equipage entier
&le trouva en parfaite ſanté. Mais comme ce na
vire avoit 200 ballesde coton à bord , & que Gibraltar
manque de lazaret , le Général Elliot ne
voulut pas le recevoir. Le malheur ſurvenu à ce
vaiſſeau , a été occaſionné par les Maures qui ſe
trouvoient à bord . Defirant rentrer dans leur
pays natal , ils prierent le Capitaine de vouloir ,
en paſſant le long de la côte , les mettre à terre.
Rempliffant leur demande & voulant donner à la
chaloupe , qui avoit porté les Maures ſur le rivage
, le tems de revenir à bord , la marée forte ,
"accompagnée du vent ſoufflant de l'Eſt , le repouſſa
ſur un écueil près de la montagne, nommée
Apenberg , à l'oppofite deGibraltar , ſur lequel
⚫ce navire toucha avec tant de violence , qu'il y
* eut fur le champ fix pieds d'eau à fond de cale.
Ce ne fut donc qu'avec beaucoup de travail que
leCapitaine put faire échouer ſon navire ſur le
ſable , dans l'endroit le moins profond de la
Baye. L'équipage , au nombre de 25 , ſe jetta
avec précip tation dans la chaloupe , tandis qu'à
force de rame il gagnoit la côte : le vaiſſeau ſe
renverſa& fut fubmergé ſous l'eau , juſqu'au mât
d'artimont. Ces infortunés , après avoir lutté
affez long tems contre la violence du vent , arriverentenfin
ſur le rivage. Epuiſés de fatigue &
preſque mourans , on leur demanda d'où ils venoient
? Ils répondirent , de Smirne. Mais n'ayant
( 22 )
pas aveceux la Lettre de ſantéduGénéral Elliot,
ils exhiberent une eſpece de Lettre circulaire du
même Général , adreſſée à tous les vaiſſeaux Impériaux
, pour les avertir de la rupture redoutée
entre l'Empereur & les Hollandois. Il en réſulta
qu'on ne voulut pas les admettre , que malgré
leurs humbles ſupplications , on les affaillit d'une
grêle de pierres,dont pluſieurs gensde l'équipage
furent bleſſés . Quoique la Mer fût très-irritée&
extrêmement haute , ils furent forcés de ſortir à
la rame , de la Baye , ſans ſavoir où aller. Alors ,
par un bonheur ineſpéré pour ces malheureux ,
trois barques Eſpagnoles entrerent dans la Baye
pour s'y mettre à l'abri , & la moins grande de
ces barques les reçut tous à ſon bord.
Aujourd'hui , le Conſul d'Eſpagne a envoyé
ſon Secrétaire& fon Dragoman à bord de la barque
où ces infortunés s'étoient réfugiés. C'eſt à
leur rapport qu'on doit les particularités énoncées
ci-deflus. LeConful Hollandois ayant appris que
ce navire avoit été deſtiné pour Amſterdam , fit
venir ſur le rivage le Capitaine , appellé Lubi
bratich. Ce Capitaine ayant amené avec lui ſon
Ecrivain & ſon Pilote , tous les trois déclarerent ,
en préſence des autres Confuls : que leur navire
avoit été chargé par des Maiſons Hollandoiſes ,
Imperiales &Grecques à Smirne , pour compte
de Négociants à Amſterdam , qu'ils ne connoifſoient
pas , vu qu'étourdis par la terreur , ils
avoient oublié les polices à bord ; qu'ils ſavaient
néanmoins fort bien d'être adreſſés à M. Antonio
Curtowich , Négociant à Amſterdam ; qu'il leur
avoit été ordonné de ne pas faire leur Quarantaine
à Gibraltar , mais de faire voile pour l'Angleterre
, pour y attendre un changement heureux
du différend exiſtant entre l'Empereur &
L. H. P.
( 23 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 16 Mars .
La lettre du Chevalier Edward Hughes
au Gouvernement , apportée de l'Inde par
la Frégate la Junon, contient en fabſtance
ce qui fuit :
L'Amiral a fait voile de Bombay le 12Mars de
l'année derniere , avec le Sultan de 74 canons , à
bord duquel il avoit arboré fon pavillon ; la Défensede74,
l'Aigle & le Worcester de 64 ; le Bristol
de so ; l'Active & la Junon de 32 ; l'Eurydice de 28,
& le Lizard , cutter de 14 canons. Dans la vue
d'éviter les dépenſes qu'occaſionneroient les Bitimens
de tranſport , it fit embarquer ſur les vaifſeaux
quelques troupes dont on avoit le plus grand
beſoin, à la côte de Coromandel , leſquelles montoient
à plus de 1160 hommes ; il ſe procura des
provifions en abondance pour le voyage qui fut
de fix ſemaines ; les vaiſſeaux n'ont éprouvé aucun
accident , & les équipages ont joui de la meilleure
fanté L'Amiral eſt entré dans la rade de Madrail
le 23 Avril au ſoir. Deux jours après , il fit partir
une des frégates pour le Bengale , avec des lettres
pour le Gouverneur- Général & le Confeil. L'Amiral
apprend que ſon intention eſt de ſe rendre
à Trinquemale , dans un tems convenable pour
terminer , en conféquence de les inſtructions , les
objets qui n'avoient pas encore été réglés avec le
Commandant François.
L'article de la lettre de l'Amiral , où il eſt
parlé des François & des Puiſſances de l'Inde , &c.
&c., eft tenu fort fecret.
Sept nouveaux vaiſſeaux de la Compagnie
des Indes ſe rendront cette année en Afie.
Quatre de ces vaiſſeaux , qui ſont deſtinés
( 24 )
pour la Chine , en reviendront le plutôt
poſſible après avoir fait leur chargement ,
afin de fournir de thé les Marchés de la
Grande-Bretagne.
On acommencé le 14 , à 9 heures du matin ,
la vente du thé à l'Hôtel de la Compagnie des
Indes. Le nombre des acheteurs a été confidérable
, & il n'y a pas eu , comme autrefois , de
maltôte dans la maniere de diriger cette vente. Il
n'a été vendu que des caiſſes de thé verd , dont le
premier prix qui étoit de 2 fols ſterlings 4deniers
par livre , eſt monté à 3 ſols i denier. Le thé de
la premiere qualité n'a pas été vendu plus de 3 ſols
2& demi deniers la liv. Il n'y a point eud'altercation
entre les Marchands de thé & les Directeurs
qui ont préſidé à cette vente.
Lord Balcarras , nommé en ſecond pour
commander l'armée dans l'Inde ſous le Général
Sloper , en a fait le 11 de ce mois ſes
remercîmens à S. M.
Les Miniſtres ont décidé qu'il n'y auroit point
d'entrevue entre M. Plastings & le Lord Macartney,
ſon ſucceſſeur au Gouvernement du Bengale.
M. Haſtings paſſant pour l'ennemi du noble
Lord , il pourroit réſulter des conféquences de
leur conférence. Pour éviter cet inconvénient ,
M. Hafſtings remettra ſonGouvernement au Conſeil
à ſa prochaine aſſemblée ; & lors du départ de
l'Ex-Gouverneur , le Conſeil enverra des dépêches
à Madraſſ au Lord Macartney pour lui annoncer
cette nouvelle .
Les Planteurs & les Négocians intéreſſés
au commerce des Ifles , ne s'oppoſent pas
au traité de commerce entre l'Angleterre &
l'Irlande. Us ont eu les conférences les plus
fatisfaiſantes
( 25 )
fatisfaiſantes avec M. Pitt , & moyennant
quelques réglemens particuliers que ce Miniftre
leur a promis de propoſer aux Législateurs
des deux Royaumes , pour empêcher
l'introduction frauduleuse des ſucres étrangers
, ils ont pris la réſolution de ne point
préſenter de requête au Parlement , & de s'en
rapporter uniquement au zele & à l'honnêteté
du premier Miniſtre.
Voici le ſommaire des demandes & des
réponſes qui ont eu lieu entre le Miniſtre &
les Négocians des ifles, dans leurs conférences.
1°. L'Aſſemblée peut elle être afſurée que le
Parlement adoptera les réglemens les plus propres
à empêcher l'introduction des denrées coloniales
de l'Etranger dans nos Ifies.
Réponse. Oui ,autant que cela dépendra de
moi.
,
2° . L'aſſemb'ée peut-elle eſpérer que l'Ir-
Jande ſe conformera à l'acte de Navigation , relativement
aux bâtimens venant des Ifles
de forte qu'il n'y ait que les bâtimens anglois
Irlandois qui toient reçus dans ics Ports d'ir-
Jande?
Réponse. L'acte de Navigation eſt déjà en
vigueur en Irlande.Je nedoute point que l'Irlande
ne ſe conforme aux nouveaux réglemens
qui pourront paroître convenables.
39. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que
laDouane d'Islande ſera aflujettie aux mêmes
réglemens que celle de la Grande Bretagne ,-
rélativement aux certificats dont doivent être
munis les bâtimens venant des Ifles , & que
l'Irlande ſera ſoumiſe à tous autres réglemens
No. 14 , 2Avril 1783. b
( 26 )
qui feront jugés convenables pour empêcher
L'importation des denrées coloniales de l'Etranger
dans l'un & l'autre pays ?
Réponse. J'aurai ſoin que l'on prenne à cet
égard, des meſures efficaces.
4. L'aſſemblée peut-elle être afſurée que
les productions des Iſles angloiſes & autres Ifles
de l'Amérique ſeront aſſujetties , dans le cas
de leur importation en Irlande , à des droits
égaux à ceux payés dans laGrande-Bretagne ,
&que les loix paffées à cet égard en Irlande,
feront rendues permanentes ?
Réponse. Je n'ai aucun lieu de douter que
l'on établiſſe cette parité de droits.
5. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que l'on
adoptera , relativement à l'exportation des ſucres
rafinés de l'Irlande , les mêmes réglemens obſervés
dans la Grande-Bretagne, dans le cas de
l'exportation de cet article , afin d'empêcher
qu'il ne paſſe en contrebande dans la Grande-
Bretagne , après en avoir obtenu la gratificagion?
6°. L'aſſemblée peut-elle être aſſurée que
l'Irlande adoptera les réglemens actuellement
en vigueur dans la Grande-Bretagne contre les
bâtimens faiſant la contrebande?
Réponſe. Je pense que les deux ſuſdites difpoſitions
ne ſont ſuſceptibles d'aucune difficulté.
7°. Peut-on prendre de telles meſures pour
que , dans le cas où les ſuſdits réglemens ſeroient
enfreints par l'Irlande , les conceffions actuelles
de laGrande-Bretagne à l'égard du commerce
des Ifles, foient annullées ?
Réponſe. Qui.
Les Manufacturiers ont eu auſſi des conférences
avec M. Pitt fur ce ſujet ſi important
& fi délicat, fans être auſſi ſatisfaits que
Les Planteurs.
( 27 )
Ils ont ſupplié le Miniſtre de modifier ſon ſyltême
à l'égard des Manufactures. Ils lui en ont
repréſenté lesdangers ; mais M. Pitt leur a répondu
de la maniere la plus poſitive , qu'il lui
étoit impoſſible de propoſer aux Légiflateurs de
l'Angleterre & de l'Irlande , de faire le moindre
changement au plan agréé par le Parlement d'Irlande
,& que cette Légiflature conſidéroit comme
la baſe du Traité de Commerce. Il ajouta
qu'il falloit que ce plan paſsat en entier dans le
Parlement d'Angleterre ou bien qu'il fût rejetté.
D'après cette déclaration , les Manufacturiers
de la Cité de Londres ont préſenté une Requête
à la Chambre des Communes , pour s'eppoſer au
Traité de Commerce qui eſt actuellement ſous
les yeux de cette Chambre. Ces Manufacturiers
ne ſont point les premiers qui ayent fait entendre
leurs griefs à la Chambre baffe ; ceux du Comté
de Lancaster & de la ville de Briftol ont déjá
préſenté au Parlement une Requéte tendame au
même objet. La Requête de Bristol étoit fignée
par 50,000 perſonnes. On a calculé que les Requêtes
de Manchester , de Birmingham & de
Sheffield , qui ne font point encore arrivées ,
feront fignées au moins par 150,000 Manufacturiers.
M. Pitt , à ce qu'on aſſure , avoit deſiré
calmer cette fermentation, en faifant quelques
modifications à fon plan , on prétend même qu'il
ena fait la propoſition au Gouvernement d'Irlande
, mais que le Vice-Roi a répondu qu'il aimeroit
mieux ſe démettre de ſa place que d'entreprendre
de faire conſentir le Parlement d'Irlande
au moindre changement dans le plan qu'il
avoit adopté.
Le 14 Mars , la Chambre-Baſſe examina
L'importantequeſtion des fortifications à ajouba
( 28 )
ter aux ouvrages actuels de Portsmouth &
de Plymouth : il n'eſt pas indifferent de connoître
les motifs de l'oppofition de vues qui
regne à ce ſujet.
M. Gilbert mit ſous les yeux de la Chambre le
Rapport du Comité des Subſides relativement aux
eftimations de l'Artillerie .
M. Bastard rappella à la Chambre que dans un
des débats précédens on avoit paſſé une motion
fendante à ce que ce Rapport fit examinéde nouveau
par le Comité. Il fit à cet égard quelques
obſervations , & opina encore pour que le Rapport
fût renvoyé à l'examen.
Le Capitaine Lutrell s'oppoſa à certe motion.
Il obſerva que l'établiſſement des fortifications de
Portsmouth & de Plymouth ne nuiroit enrien aux
forces maritimes , puiſqu'on n'en armeroit pas un
ſeul Vaiſſeau de moins pour cela. Au contraire ,
dit- il, c'eſt envain que nous chercherons à augmenter
le nombre de nos Vaiſſeaux , fi par de
ſemblables fortifications nous ne leur laifſſons la
liberté d'agir , nous ne les empêchons de ſervir
dans nos ports de défenſes ſtationaires. Quel eſt
Thomme qui s'oppoſera à ce qu'on éléve ces fortifications
, s'il ſe rappelle le danger où se trouverent
nos chantiers dans la guerre derniere. On
vitPortsmouth réduit à la néceſſité d'enlever les
bouées qui en marquoient l'entrée , comme ſi
Portsmouth eût été un port.de l'Iſle d'Otaïhiti ,
connu ſeulement des naturels. Si nous augmentons
nos Eſcadres , la France, l'Eſpagne & la Hol.
lande en font autant. Si nous conſtruilons des
Vaiſſeaux au-delà d'un certain nombre , il nous
devient impoſſible de trouver des hommes pour
former leurs équipages. On l'a affez éprouvé dans
Ja guerre derniere. Les Porns qu'on propoſe de
( 29 )
fortifier ſonttellement ſitués que n'ayant point d'a
vantagede ſituation á prendre , il faut pour les
défendre une Eſcadre auſſi forte que celle qui les
attaque. Ces fortifications permettront à l'Escadre
de la Manche de s'abſenter occafionnellement
toutes les fois que des convois demanderont fon
eſcorte. Ces fortifications ſeront defendues par des
hommes qui ſeroient inutiles étant ſur nos Eícadres
en parade devant l'Ennemi. A ſuppoſer même
que l'Ennemi s'emparât de ces fortifications , il
ne pourroit y tenir long temps & elles ſeroient
bientôt repriſes par les forces du Pays. Dix mille
hommes tuffiroient pour défendre Portſmouth ,
15,000 pour défendre Plymouth , & quant à Chatham
, il fuffiroit d'un petit nombre d'hommes ,
vu ſa proximité de la Capitale. Le Capitaine Luttrell
entra enſuite dans le détaildes dépenſes ſuppoſées
qui ſelon lui étoient beaucoup moins for -
tes qu'on ne l'avoit repréſenté , particulierement
pour l'articledes terres achetées qu'on avoit porté
à 100,000 liv. , quoiqu'on n'eût dépeníé pour cet
objet que 55,000 livres. Il finit ſon diſcours par
un long éloge du Duc de Richmond , Grand
Maître de l'Artillerie , & dit que ſes talens reconnus
prouvoient qu'il étoit injufte de condamner
ſes plans en général juſqu'à ce qu'on eût reconnu
en euxdes vices rééls.
Le Capitaine Macbride ſourint fortementla mo.
tion. Il eſt étrange, dit-il , que dans une affaire fi
importante on n'ait pas pris l'avis des Gens de
l'art. Le Plan auroit du être examiné & formé fur
les lieux , & une fois arrêté il ne devroit pas dé.
pendre de l'inſpection du Grand- Maître de l'Artillerie....
M. Courtney preſſa ces divers argumens & en
préſentade nouveaux , melés de beaucoup de farcafmes
contre l'adminiſtration actuelle de l'Artil
lerie. b3
( 30 )
,
Dans la conſtruction d'ouvrages de cette na
ture , dit- il , & vu leur importance , s'ils font
convenablement exécutés , il eſt ſurprenant que
le noble Duc n'ait conſulté perſonne. Il auroit
dû prendre l'avis , non ſeulement des Officiers
Ingénieurs , mais encore des Officiers de Marine ;
&relativement à l'étendue des fortifications ,
quelque Officier Général , d'un mérite reconnu ,
auroit pu donner ſes idées. Tout cela a cependent
été négligé. Je prendrai la liberté de le
demander au noble Duc ; le Lord Hood
le Lord Howe, le Comte Cornwallis , le Chevalier
William Draper ont-ils été confultés ?
Le noble Duc a ſoumis à la Chambre dans le
rapport qui a été fait des réparations, un Mémoire
qui paroiſſoit plutôt être le protêt de la
Chambre Haute. On nous a expore , comme
un des motifs qui doivent aſſurer ce plan , la
craintede voir nos chantiers brûlés , ou de voir
nos ennemis débarquer ſur nos côtes ; c'eſt ainſi
qu'on a voulu engager les Communes à ſe défaire
de leur argent ; mais ſi l'on confidere les dépenſes
prodigieuſes de ces fortifications , peutêtre
vaudroit il mieux courir les riſques d'unbombardement.
Les bois peuvent être mis à flot
dans les baffins , la réſine & le goudron peuvent
ſans inconvénient ſe couler bas : il n'y a donc de
matiere combutible que le chanvre qui ne peut
pas être abrité par ce moyen.On peut alors leplacerdans
un lieu à l'épreuve de la bombe , ce qui
dans un Port eſt très-facile à faire avec des billots
de bois & du goudron. Que penſeroit- on d'un
Marchand qui , au lieu d'enmagaſiner ſes marchandiſes
, payeroit quatre ou cinq cents hommes
pour les garder ſur les quais ?
Tout lemondefait que les ouvrages de fortifications
coûtent toujours beaucoup plus qu'ils
n'ont été eſtimés.
( 31 )
Il faudra faire aux fortifications des réparations
qui , avec l'interêt de l'argent , coûteroient à la
nation au moins 80,000 liv. par an ; fomme qui
n'eſt point à mépriſer , quand elle ne ſerviroit
qu'à établir un fonds pour l'amortiſſement de la
dette nationale.
On dit , continua M. Courtney , que les plans
propoſés ont été approuvés par un Comité d'Ingénieurs
; ce n'eſt pas que je veuille jetter le
moindre blâme ſur le Corps que j'eſtime beaucoup
; mais il me semble que ſon approbation
dans ce cas peut être notée de partialité J'ai oui
dire que l'avis des Membres du Comité a été diviſé
. Le noble Duc , néanmoins , n'a pas jugé
àpropos d'en faire mention. On pourroit demander
à ſa Grace ſi le Colonel Debbeig a été
confulté ? Certainement , il n'eſt perſonne en
Angleterre , peut - être même en Europe , de
plus capable que lui de donner des lumieres fur
cette affaire. Il eſt encore plufieurs autres Offciers
diftingués qui n'ont pas été confultés. Comment
le noble Duc pourrait-il concilier cette
conduite avec le déſir qu'il profeſſe de travailler
au bien de la Nation ?
Enfin , après une quantité d'obſervations vigoureuſes
, M. Courtney termina ſon diſcours
par opiner fortement pour le ré examen du
rapport.
LeColonel Barré, aujourd'hui abſolument
aveugle , & qui ne s'étoit point fait entendre
depuis très-long-temps , prit enſuite la parole
, & la Chambre prêta la plus grande
attentionà ce reſpectable vieillard , qu'on fut
très-furpris de voir d'un avis contraire à celui
des Miniſtres.
Après quelques obſervations générales ſur l'im
b4
( 32 )
portance de l'objet des débats actuels , le Colonel
Barré obſerva que depuis 25 années qu'il avoit
l'honneur de fiéger en Parlement , il avoit toujours
obſervé du myſtere dans les tranſactions de
la Chambre d'Artillerie ; qu'il avoit toujours
regardé d'un oeil jaloux cetre obſcurité dans les
procédés , & qu'il étoit charméde voir le même
eſprit de défiance parmi les Membres des Communes.
Ici , il fit untableau des dépenſes de l'Artilleriedans
le tems paſlé ,&démontra leur.excès
actuel .
L'honorable Membre qui a ouvert le débat ,
continua leColonel Barré, a fait un éloge pompeux
du nobleDuc. Les louanges faites indiſtinetement
fontun hommage à la puiſſance. Auffi ,
n'ai je jamais vu deGrand- Maître d'Artillerie ,
qu'on nedit être un homme à talent. Maisce que je
puis certifier , ce ſont les grandes qualités du dernierGrand-
Maître. * J'ai eu Thonneur de ſervir
avec lui ; je fais qu'il cherchoit les occafionsde ſe
ſignaler dans le ſervice , & fi jamais homme en
place s'en estdémis lesmains nettes, c'eſtbien de
lui qu'on peut le dire. Le noble Duc , à la tête de
ce Département , a-t-il des droits aux lauriers
militaires ?A- t iljamais cherché le danger ?a- t- il
jamais conduit les drapeaux de la victoire ? fans
doute,je connois les vertus de ce Lord dans la vie
privée , & je le crois affez déſintéreſfé pour me
pardonner cette fortie , puiſqu'elle a pour but le
biende ma patrie.
Après avoir fait l'éloge duCorps desIngénieurs,
ildemanda au noble Duc pourquoi il avoit exercé
ſes rigueurs économiques fur ceCorps fi méritanr.
Il ſemble , continua-t- il , que le noble Due ait
voulu aufli impoſer une taxe ſur les talens. Il a
tellement afſujetti ce Corps , qu'aucun de ſes indivi
lus n'oſe hafarder des opinions contraires à ſes
* Le Vicomte Thowiend.
( 33 )
meſures. Non- ſeulement il a réduit le nombre des
Ingénieurs en pied, mais il a encore limité leur
paye. Le Co'onel Barré fit enſuite un examen fort
détaillé des plans de fortifications projettés par le
noble Duc , & les blama avec rigueur. J'etpere ,
ajeura- t - il , que mon très-honorable ami , qui ft
à la tête de la trésorerie , & dont je révere l'intégrité&
les lumieres , ne ſe ſoumettra point aveuglémentaux
demandes du Grand- Maître de l'Artillerie,&
qu'il emploiera ſon patriotisme ordinaire
pour empêcherque les fonds publics ne foient
mal emp'oyés. Il finit par faire le plus bel éloge
des talens militaires du Colonel Debbeig , en ſe
plaignant de cequ'ils étoient négligés & opprimés .
M. Pitt entreprit la défente du ſyſteme du
Grand-Maitre de l'Artillerie. Il applaudit aux
verrus de ce Lord , & reprocha vivement au Colonel
Barré la part qu'il avoit priſe aux débats de ce
jour.
M. Bastard dit enfuite que rien nelui paroiſſoit
plus juſte que de faire examiner cetre affaire par
des. Oficiers-Généraux , & que fi M. Pitt vouloit
s'engager à faire faire cet examen , il retireroit ſa
motion , & M. Pitt prit cet engagement.
Nous obferverons , à l'occaſion de ces
débats , qu'on nous a fait paſſer l'avertiſſement
que le récit donné dans le Journal
du 22 Janvier , au ſujet du démêlé entre le
Duc de Richmond & le Colonel Debbeig ,
eſt véritable , & que par conséquent l'expoſé
qui l'avoit précédé n'étoit pas exact.
Les nouvelles que nous venons de recevoir
d'Eſpagne , concernant nos établiſſemens à la
baye des Maſquires font de la natute la plus
allarmante. Les Eſpagnols ont demandé catégoriquement
que les Colons Anglois euſſent à
bs
( 34 )
abandonner leurs poffeffions ; & commeil s n'ont
point reçu de réponſe fatisfaiſante , ils donnent
pour raiſon de leur demande , qu'ils n'ont point
nommé d'Ambaſſadeur à notre Cour; ils ont en
même temps envoyé de Savannah des forces
ſuffiſantes pour chaſſer de la baye des Muſquites
les Anglois qui s'y trouvent ſous la protection
d'une frégate envoyée de la ſtation de la Jamaïque.
Ce qui donne lieu à ce différend , c'eſt
l'ambiguité ſuppoſée de l'article du traité de
paix, où il eſt parlé de la baie des Muſquites.
Un Correſpondant météorologique nous
informe , d'après une observation exacte, que
depuis le 18 Octobre juſqu'à ce moment ,
ce qui forme une période de 149 jours , il
y en a eu 26 ſeulement où le thermometre
n'aitpoint été en Angleterre de 1 à 18 degrés
au-deſſous du point de congélation. On n'a
jamais vu , dans ce climat, une ſuite auſſi
conftante d'un froid auſſi rigoureux.
Nous avons eu pendant l'année
derniere
...
89 j. de gelée.
.84. Pendant l'année 1779
Pendant l'année 1763
Pendant l'hiver remarquable de
•
94.
l'année 1739 103 j . ſeulem.
Ce qui fait 46 jours de moins que depuis
le commencement de l'hiver actuel juſqu'à
ce jour, que vient de commencer le dégel.
L'on aſſure que le Comte de Dunmore ,
l'un des ſeize Pairs Ecoſſais actuellement
fiégeans au Parlement , & ancien Gouverneur
de la Virginie , avant la révolution
d'Amérique , a été nommé au gouvernement
de la Jamaïque.
( 35 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Mars.
Le Comte Hyppolite de Livry , le Comte
Charles de Menou & le Comte Amédée de
Calonne - Courtebonne , qui avoient eu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 17, celui de monter dans les voitures de
Sa Majesté & de la ſuivre à la chaffe.
Le Dimanche des Rameaux , le Roi ,
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monfeigneur Comte & de Madame Comteſſe
d'Artois , & de Madame Elifabeth de
France , s'eſt rendu à la Chapelle du Château
, où , après avoir aſſiſté à la bénédiction
des palmes & à la proceffion , il a entendu
la Grand Meſſe chantée par la Mufique
& célébrée par l'Abbé de Ganderatz ,
Chapelain de la grande Chapelle de Sa
Majefté. Meſdames Adelaide & Victoire de
France ont afliſté , dans une des Chapelles
collatérales , à la grand'Meſſe , à laquelle la
Vicomteſſe de Blangis a fait la quête.
Le même jour , la Vicomteſſe de Lomenie,
la Comteſſe de Canoé & la Comteffe
Charles de Menou , ont eu l'honneur d'être
préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
Royale ; la premiere par la Comtefle de
Brienne ; la feconde par la Comteſſe d'Harville
; & la troiſieme par la Marquiſe de
Menou.
: 66
( 36 )
Ce jour, le Duc de la Vauguyon , que
le Roi a nommé fon Ambaſſadeur extraordinaire
& plénipotentiaire près Sa Majeſté
Catholique , a en l'honneur de prendre
congé de Sa Majesté pour ſe rendre en Efpagne
, étant préſenté par le Comte de Vergennes
, Chef du Conſeil royal des finances
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département des affaires étrangeres.
Le 21 , Madame s'eſt rendue en cérémonie
à l'Egliſe de la paroiſſe Notre-Dame , où
elle a communié des mains de l'Abbé de
Moſtue ouls , ſon premier Aumônier ; la
Ducheſſe de la Vangayon, ſa Dame d'Honneur
, & la Comteſſe de la Tour d'Auvergne
, Dame pour accompagner cette Princeffe,
tenant la nappe.
Madame Adelaïde de France s'eſt auffi
rendue, en cérémonie, le même jour, à la
même Eglife , où elle a communié des mains
de l'Evêque de Pergame , fon premier Aumônier
; la Ducheſſe de Laval , fa Dame
d'Atours , & la Ducheſſe de Beauvilliers ,
premiere donairiere , Dame pour accompagner
cette Princeffe , tenant la nappe.
Madame Victoire de France s'y eſt également
rendue , & a communié des mains
de l'Evêque d'Evreux , fon premier Aumônier
; la Princeſſe de Chimay, douairiere ,
& la Princeſſe de Gaiſtel, Dames pour accompagner
cette Princeſſe, tenant la nappe.
:
( 37 )
DE PARIS , le 30 Mars.
Le 27 de ce mois, à 7heures moins un quart
du foir , la Reine eſt accouchée très heureuſement
d'un Prince , que le Roi a nommé,
LOUIS CHARLES, & titré Duc de Normandie ..
Il a éré nommé au Baptême le même jour , à
huit heures&demie du foir, par MONSIEUR ,
frere du Roi , & par Madame ELISABETH ,
pour la Reine de Naples. Le canon a annoncé
ici cette heureuſe nouvelle au public ,
qui a témoigné dans cette occaſion les ſentimens
dont il eſt animé pour ſes Souverains.
Le 28 au foir , ily a eu une illumination
générale de la Capitale. La ſanté de la
Reine eſt aufli bonne que le comporte fa
fituation , & le Prince nouveau né eſt bien
portant.
Les Lettres ont perdu M. l'abbé Millot ,
de l'Académie Françoiſe , precepteur de
M. le Duc d'Enghien , & auteur de traductions
& d'ouvrages hiſtoriques eſtimés.
Quoique le froid n'ait été ici ni bien rigoureux
, ni bien long , & qu'il foit tombé
très peu de neige , d'autres provinces ont
été moins heureuſes , comme on en jugera
par une lettre du haut Bourbonnois , que
nous venons de recevoir.
Une neige prodigieuſe , ſoufflée par tous les
vents à la fois , & en tourbillons continuels même
impétueux , a duré au moins 20heures, d'une nnit
à l'autre , fans aucune interruption . Chacun a été
enfermé chez foi ; l'accès aux Temples pour le
culte divin très- difficile , & les chemins tous fery
( 38 )
més aux voyageurs. Ce qui fait juger que cette
neige étoit précipitée & emportée par tourbillons,
c'eſtque dans toutes les régions& directions , au
midi , comme au nord , au levant , comme au couchant
, au fud- est , comme au nord- ouest, & du
nord-eſt au sud-ouest , &c. par-tout l'on trouve
des tas prodigieux de neiges amoncelés des z à z
pieds communément,&quelquefois des 4à 6pieds ,
ſur des eſpaces de 3 , 4 à 5 toiſes de largeur &de
longueur. Dans les environsde ces monceaux ,
en quelques endroits , une neige comme à l'ordinaire
, de 6 à 8 pouces ; & en d'autres , beaucoup
plus fréquens , il n'y en a point du tout , d'où réſulte
la plus finguliere bigarrure. De mémoire
d'hommes , on n'a vu en ce pays tempéré une ſi
affreuſe journée , niune ſemblable chûte de neiges .
Le tems au ſurplus , dès le lendemain & tous les
jours , a été très ferein , & le froid très-vif.
Une autre lettre d'Amiens nous apprend
un fait touchant , dont nous ne ſaurions
mieux rendre compte , qu'en confervant les
propres expreſſions de l'écrivain.
Monfieur , mes affaires m'avoient appellé à
notre Hôtel-de-Ville ; parvenu dans une des
ſalles principales de cet édifice , j'y trouvai beaucoup
de monde réuni. Je ne tardai point à être
inſtruit que le tirage de laMilice étoit la cauſe
de cette affemblée , & que les jeunes gens d'un
des quartiers de la ville alloient tirer. Déjà tout
étoit préparé pour cette cérémonie ; l'ordre dans
lequel le tirage devoit ſe faire étoit arrété ; le fatal
billet noir avoit été déposé dans le chapeau
&mêle & confondu avec les billets blancs ; un
morne filence s'obſervoir dans cette afſemblée
nombreuſe ; une forte de vénération religieuſe
étoit imprimée ſur la figure des jeunes gens qui
( 39 )
alloient fubir la loi du fort; les meres étouffoient
leurs ſanglots , & elles paroiſſoient plus inquiétes
de l'événement que leurs enfans qu'il regardoit
perſonnellement ; le ſignal étoit donné , & le premier
de la file ſe diſpoſoit à mettre la main au
chapeau , lorſqu'un vieillard vénérable ſe préſenta
au milieu du cercle.Après avoir ſalué les Magiltrats
, il adreſſa la parole aux jeunes gens en ces
termes : ec Mes amis , nous ſommes du même
>> quartier , & vous me connoiſſez tous. Vous
> ſçavez que j'ai travaillé tant que mes forces
>> me l'ont permis. Vous n'ignorez point que les
>> infirmités de ma femme Pont réduite à l'im-
>> puiſſance de gagner ſa vie,& que mon fils , qui
>> eſt parmi vous , eft notre gagne- pain & notre
>> unique reſſource. Je viens vous prier de con-
>> ſentir qu'il ſoit exempt du tirage , & j'ai affez
>> bonne opinion de vous pour croire que vous ne
>>> me refuſerez point >>
ככ
Apeine le bon vieillard eut-il achevé ſa petite
harangue, que tous les jeunes gens s'écrient d'u
ne voix unanime : Oui , oui , nous consentons qu'il
ne tire point. Alors il alla prendre fon fils , &
les bras enlaſſés dans les ſiens , il alla rendre l'efpoir
& la vie à ſa vieille épouse.
Ce trait prouve que le feu ſacré n'eft point encore
totalement éteint ; mais obſervez , Monfieur,
que quand il s'en échappe de temps en temps
quelques étincelles , c'eſt très - ſouvent dans les
dernieres claſſes de nos concitoyens. Il y a longtemps
que Virgile en a dit la raifon. Nen ignora
mali , miferis fuccurrere diſco.
Henri - Charles Comte de Senecterre ,
ſeul mâle de la maiſon de Senecterre , eſt
décédé en cette ville , le 9 de ce mois, dans
fa foixante- onzieme année.
Marguerite-Benoît de Blemont , née à
:
( 40 )
Limoges , le 31 Janvier 1684, y est décé
dée le 15 Février 1785 , âgée de 101 ans&
15 jours. Elle avoit paffé toute ſa vie dans
la plus grande dévotion , jeûnant au pain &
à l'eau & couchant ſur la paille ; elle n'a
perdu l'uſage de ſa raiſon que deux jours
avant fa mort.
Jeanne Lavalade, veuve de Jacques Chazelle
, Laboureur , habitant de la ville de
Saint-Ferme en Bazadois , eſt morte le 2 de
ce mois, âgée de 105 ans , fans avoir éprou
vé la moindre infirmité pendant le cours
d'une fi longue vie; lorſqu'elle perdit ſon
mari , celui-ci étoit âgé de 100 ans.
Louis - Alexandre , Comte d'Auger, Lieutenant
général des Armées du Roi, Commandeur
de l'Ordre de Saint- Louis , ancien
Lieutenant des Gardes du Corps , eſt mort
le 18 Février , en fon château de Fleuri -la-
Forêt en Normandie , âgé de 83 ans.
Etienne François , Comte de la Porte ,
ancien Meſtre-de-camp en ſecond du régiment
de Viennois , & enſuite de celui de
Royal-Normandie Cavalerie , Chevalier de
Saint- Louis , eſt mort à Vienne en Dauphiné
, le 19 Février , âgé de 42 ans .
N. B. On peut s'adreſſer pour le nouveau
métier àbas dont nous avons parlé , à M.
Moiffon , eccléſiaſtique à Uzès en Languedoc;
les perfonnes de la capitale qui defireront
ſe procurer le nouveau métier àbas ,
reuvent , juſqu'à nouvel ordre , faire parvenir
leurs demandes à M. Lanfel , inſpecteur
( 41 )
général des Manufactures de la province de
Languedoc , qui les fera parvenir à l'auteur.
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE , le 27 Mars.
Le coup d'autorité de la Bourgeoifie
d'Utrecht contre la régence , dont nous
avons rendu compre le Nº. dernier, étant
le prélude d'une révolution plus ou moins
prochaine dans la conſtitution de la république,
il eſt bon d'en fixer les circonitances.
Voici de quelle maniere s'eſt paſſé cet
acte démocratique.
Le a de ce mois le Conſeil de la Ville ayant
diſpoſé à la pluralité des voix , de la place de
Conſeiller , vacante par la mort de M. Coekengen
de Veeilcoop , en faveur de M. Sigterman
, & cette élection déplaiſant à une partie
de la bourgeoifie , une députation à la tête de
laquelle étoit M. Ondoatje qui portoit la parole ,
demanda que ladite élection fut annullée. Le
Conſeil s'aſſembla extraordinairement le so à
ce ſujet; & fur la déduction remiſe par M. Sigterman
, tendant à foutenir la légitimité de l'élection
, le Conſeil réſolut qu'elle ſeroit tenue
pour bonne & valable : mais que pour donner
contentement à la bourgeoiſie , le ferment &
Pinſtallation en ſeroient différ's , juſqu'à ce que
les points fur les plaintes de la bourgeoiſie
fuſſent réglés . Cetre Réſolution leur ayant été
communiquée , les bourgeois détacherent une
Commiſſion , demandant pour le même ſoir
une affemblée extraordinaire du Conſeil : le
même M. Ondaatje y porta la parole dans les
( 42 )
termes ſuivans : » Je parle au nom de 1215
>>>Bourgeois & Commités de la Bourgeoifie. Sur
>> les inſtances ſérieuſes ultérieures de nos prin-
>> cipaux , nous ſommes obligés de proteſter
>> avec la minorité contre la concluſion priſe
>> ce matin à la majorité , la tenant pour illé-
>> gitime & déſagréable à la Bourgeoiſie ; nous
>> refuſons par cette raiſon de reconnoître ja-
>> mais M. Sigterman pour membre du Conſeil ,
>> proteſtant de plus contre la ſurſéance de
>> l'inſtallation , & infſiſtant à ce que pendant la
>> durée de cette aſſemblée il ſoit pris une
>>> Réſolution finale pendant laquelle M. Sig-
>> terman ſoit déclaré non élu , & qu'il foit
>> fixé un terme pour une autre élection plus
>> ſelon le goût de la Bourgoiſie. » Ce diſcours
fini , la Commiſſion Bourgeoiſe s'étant retirée
dans une chambre ſéparée , le Conſeil délibéra
quelque temps ; enfin la Commiſſion ayant été
réintroduite dans la falle , il lui fut communiqué
que le Conſeil ſe voyant forcé , conſentoit,
pour fatisfaire les Bourgeois , d'annuller l'élecde
M. Sigterman , que lundi prochain il feroit
fixé un jour pour nommer un autre membre.
Cette Réſolution fut en même temps annoncée
à la multitude aſſemblée devant la Maiſon-de-
Ville , qui alors ſe retira. Depuis ce jour , 19
des Conſeillers ont pris leur démiſſion ; mais
une Commiffion particulieredu reſte du Conſeil
s'eſt rendue auprès de ces MM. pour les prier
de ne point perſiſter dans ce deſſein.
A la nouvelle de ces 19 démiſſions , les
députés de la bourgeoilie , étonnés - apparemment
de cette réſiſtance , en ont appréhendé
les ſuices. Ils ont remis aux bourgmeſtres
une propoſition par écrit , où en
( 43 )
témoignant , ſuivant le ſtyle uſité, leur zele
ardent pour le retour de l'harmonie , ils ont
prié les Magiſtrats de nommer une commiffion
avec laquelle on pût concerter des
moyens d'arrangement. Dans ces entrefaites
, la députation des Etats de la province
ena convoqué en ces termes une aſſemblée
extraordinaire.
Comme il s'eſt commis en cette Ville de
grands déſordres & de maniere que l'on n'a pas
craint d'offenfer exceſſivement la Régence légitime
, d'interrompre ſes délibérations , & de la
forcer à prendre une Réſolution , en abuſant du
nom du peuple: d'où il s'eſt enſuivi que nombre
de Régens ne pouvant ſupporter cette atteinte
publique contre la Régence légitime , & contre
rout le Corps de la Bourgeoifie qu'elle repréſente
, ont pris le parti de ſe démettre : d'où il
pourroit arriver que la Ville reſteroit ſans Ré.
gence , ſans juſtice & ſans protection , au délavantage
du repos & de la sûreté des habitans :
Etant ainſi hautement néceſſaire qu'il y
inceſſamment pourvu ; & de plus , les circonftances
critiques où se trouve la patrie , rendant
indiſpenſables les ſecours & conſeils de tant de
braves & habiles Régens : nous avons cru devoir
convoquer extraordinairement les, Etats de cette
Province le vendredi 18 du courant , à 11 heures
avant midi , à la ſalle ordinaire à Utrecht ,
pour délibérer & résoudre ſur les moyens les
plus propres à rétablir en cette Ville l'ordre ,
l'union , le confiance & le repos. Vous
priant de vouloir bien y aſſiſter aux jour &
heure indiqués.
foit
Le Comte d'Athlone , grand-bailli d'Utrecht
, ayant appris que le Confeil avoit
( 44 )
enregiſtré la caſſation de l'élection faite ,
comme y ayant été contraint par la force ,
a demandé d'office la communication de
ſes regiſtres qu'on lui a refuſé. Pour prévenir
cependant les mouvemens ultérieurs qui
pourroient nuire à la tranquillité publique ,
lesEtats feront mettre ſous les armes quatre
compagnies de cavalerie qui forment la
garnifon d'Utrecht .
M. le comte de Maillebois eſt arrivé le
20 au foir dans cette réfidence.
Le 18 , cinq des payſans arrêtés pour
cauſe de révolte contre la prohibition des
couleurs Orange , ont été rigoureuſement
punis : trois du fouet , & les deux autres
condamnés à paroître ſur l'échaffaud.
LeMarquis de Verac, Ambaſſadeur de Sa
Majesté Très Chrétienne , vientde remettre
à L. H. P. un mémoire contenant ce que
les directeurs de la compagnie des Indes-
Occidentales & les directeurs de la colonic
de Berbice doivent à la caiſſe de Marine &
des colonies du Roi , ſon maître , pour des
objets à eux remis , durant la poffeffion
d'Eſſequebo , de Demerary & de Berbice
par les troupes Françoiſes , avec réquifition
que cette avance montant à 60535 florins
quatre fols douze deniers, ſoit acquittée le
plutôt poſſible.
Plus de 300 Officiers , dit- on , s'étoient préſentés
pour ſervir dans la Légionde Maillebois,
Ceux qui ont été cheiſis , ſont preſque touς
d'anciens militaires qui ont ſervi avec diſlinc
tion. Cette Légion qui ſubſiſtera , que la guerre
( 45 )
,
ait lieu ou non , doit étre complette le 1er. de
Mai;elle est compotée de 3000 hommes ſavoir :
900 hommes de cavalerie , nommés chaſſeurs à
cheval , 1000 chaſſeurs à pied , 1000 fufitiers
& 100 hommes d'artillerie. Les principaux
Chefs font Mrs de Caffini , le Baron de Bourfec
. le Comte d'Amarat , & le Baron de Clemberg,
tous ayant le grade de Colonel en France ,
& Chevalier de St. Louis.
La légion de Matha, dont la levée fe fait
à Liege & aux environs , a déja 400 re-
-crues ; il lui en faut encore 800 pour la
completter. Ce font en général des hommes
forts & bien faits .
On conjecture , on affirme , ou on devine
, que S. M. I. a réduit les conditions
d'un arrangement avec la république aux
huit articles fuivans .
1º . L'envoi d'une commiſſion de députés à
Vienne , pour faire des excuſes.
2°. La fouveraineté abſolue de l'Escaut depuis
Anvers juſqu'à Safringen , & par conséquent
la liberté de navigation & de commerce dans
toute cette étendue du fleuve , ſans qu'il puiſſe
y etre perçu aucun droit de péage.
3°. Seize millions de florins de Hollande
en forme de compenfation pour la Ville de
Maestricht , à laquelle l'Empereur renoncera à
ceprix.
4°. La ceffion du comté de Vroenhoven &
du pays d'Outre-Meuſe.
5.Que les forts de Kruis chans& de Fréderic-
Henri foient démolis.
6°. La ceffion & rénonciation à S. M. I. des
forts de Lillo & de Liefkenshoek,
( 46 )
°. Que l'on romette à S. M. I. les écluſes
en Flandres & ſur la Meuſe , afin que nous
ne ſoyons plus dans le cas d'inonder ſon territoire.
8°. L'indemniſation des dommages caufés
à ſes ſujets par les inondations.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 30 Mars.
On dit que les foumiſſions pour le nouvel
emprunt ſont déja portées au delà de
la ſomme demandée. Deux commiſſaires
ſont partis pour aller au-devant des troupes
attendues d'Allemagne , & pour examiner
les routes qu'elles doivent ſuivre.
Il eſt queſtion , à ce qu'on prétend , de
former au mois de Mai un camp dans l'endroit
appellé les trouées des cinq étoiles ; la
droite en ſeroit appuiée à l'Ormeau au
deſſus de Sauvenir , & la gauche à Nielle
Saint-Vincent.
L'armée ſera ſur deux lignes , la cavalerie ſur
les aîles ; les dragons formeront une troiſieme
ligne. La brigade d'Alton ſera placée en avant
de la gauche entre le village de St. Paul &
celui de Tourines - les-Ourdons , où logera un
corps de Houlans : un eſcadron de Wurmſer
gardera Sart à Walbem , & le bois en avant du
centre. Le reſte du corps avec celui d'Efterhaſy
couvrira ladroite . Pluſieurs redoutes maſqueront
les deux Trouées : dans cette poſition avantageuſe
, les forces Impériales ſeront libres de
ſe porter ſoit ſur Maestricht , ou de paſſer la
Meuſe àMaſeick; elles pourront enmêmetemps
( 47 )
donner de l'inquiétude à leur ennemi pour
Hulſt , Breda & le fort de Crevecoeur.
Une lettre de Paris dit que :
Mr. Bottineau , ancien Employé du Roi &
de la Compagnie des Indes aux Ifles de France
& de Bourbon , vient de préſenter un Mémoire
fur la découverte d'un moyen Phyſique qui
annonce les vaiſſeaux & les terres juſqu'd 250
lieues de diſtance. Les épreuves de cette découverte
ont été ſoumiſes par ſon Auteur , au
jugement de pluſieurs Gouverneurs , Intendans
vérificateurs de la Marine , dont les certificats
ſont rapportés aubas de ce Mémoire.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS .
Droits desCurésfur lesPenſionnairesdemeurants dans
les Couvens , pour leur adminiftrer les Sacremens
&la Sépulture.
L'impreſcriptibilité des DroitsCuriaux ,relati
vement aux objets dont il s'agit , a été jugée pluſieurs
fois,&les exemples en ont été déja rapportés
'dans nos Feuilles : elle vient encore de l'être tout
récemment en faveur du Curé de Saint Firmin de
la ville d'Amiens , contre les Soeurs-Griſes de la
même ville. Elles prétendoient avoir le droit de
faire adminiſtrer les Sacremens & la Sépulture par
leur Chapelain à leurs Penſionnaires , Tourrieres
& Domeſtiques, Elles ſe fondoient ſur differens
concordats & tranſactions paſſés entre les Prédéceſſeurs
Curés de la Paroiſſe de Saint Firmin , le
Curé actuel lui-même , & les Supérieures de leur
Couvent. Une Sentence contradictoire , rendue
par les Juges d'Abbeville en 1779 , entre le
Curé de Saint Firmin & les Scoeurs Grites , à l'eccafion
d'une difficulté élevée , quele Curé , relativement
à la mort d'une Penſionnaire , prétendoit
avoir droit d'inhumer,avoitjugé , conformément
( 48 )
àces concordats & transactions, &débouté le Curé
de la demande , avecdépens. Le Curé avoit payé
les frais , & n'avoit pas interjetté appel de la Sentence
, ce qui faisoit un acquiefcement formel ;
cependant , poſtérieurement à cette Sentence ,
le même Curé a refuféddee percevoir une redevance
annuelle de 12 liv. qu'on lui payoit par forme
d'indemnité , & ayant eu connoiſſance du décès
d'une Penfionnaire dans le Couvent des Soeurs-
Grifes ,il a renouvellé la prétention ; ila fait aſſigner
les Religieuſes pour voir dire , que défenſes
leur feroient faites d'enterrer ladite Penſionnaire ,
& qu'elles feroient tenues de l'expoſer ſous la
porte de leur Couvent , pour , par ledit Curé ,
aller faire la levée du corps , & l'inhumerdans ſon
Eglife ,& fitCuré maintenu dans le droitde fépulture
fur leſdites Penfionnaires , Tourrieres &
Domeſtiqties , avec défenſes aux Religieuſes de le
troubler dans l'exercice de ſes droits . - Sur cette
demande, Sentence des Juges d'Abbeville qui accueillit
la demande duCuré. Appel enlaCour
•&Arrêt du 18 Août 1784 , qui a reçu M. le Procureur-
GénéralAppellant, tant de la Sentence de
1779 , que de celle de 1783. Ce faiſant , a mis
l'appellation au néant , maintenu le Curé dans
l'exercice de ſes Droits Curiaux & Parochiaux ,
notamment en celui d'adminiſtrer les Sacremens&
:la Sépulture aux Penfionnaires, Tourrieres &Domeſtiques,
demeurants dans le Couvent des Soeurs-
Grifes ,avecdéfenſes auxdites Religieuſes de l'y
troubler ; en conféquence , a ordonné que, ledécès
arrivant d'unePenſionnaire, Tourriere ouDomeſtique,
le corps de la défunte ſeroit expofé ſous
-laporte du Couvent , pour , par le Curé de S. Firmin
, en venir faire la levée , & enſuite le faire
porterdans ſa Paroifle pour en faire l'inhumation,
&condamné les Religieuſes aux dépens.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
)
: 1
Sur la Naiſſance de Monseigneur le Duc DE
NORMANDIE.
JUPITER eut pour fils & Mars &Cupidon :
Il eut l'un de Vénus & l'autre de Junon.
Antoinette& Louis ont fait plus ſur la terre
Quedans les cieux le Dieu qui lance le tonnerre;
Car ilsdonnent eux ſeuls aux bienheureux François ,
Un Dauphin , Charles & la Paix .
(ParM. de Varenne, au College de Lisieux . )
N°. 16 , 16 Avril 1785 . E
98 MERCURE
AUX CANONS DE LA VILLE.
Du fentiment & du plaifir
Organes bienfaiſans , j'aime votre exiſtence .
La fureur des combats ne vient point vous ſaiſir.
Vos frèresont plus d'importance ;
Mais leur ſuccès s'apprend-t'il ſans frémir ?
Sous leurs coups on entend gémir;
Les pleurs de ladouleur coulent en abondance ,
Et vous ne nous offrez que des biens à ſentir .
Le Peuple autour de vous boit , mange , chante &
danſe:
De ſes yeux ſi l'on voit quelques larmes ſortir ,
Ce ſont des pleurs de joie ou de reconnoiſſance :
Toujours d'accord avec notre defir ,
Fêter la Saint- Louis , une heureuſe naiſſance ,
Eſt l'emploi de votre loiſir.
Ces foudres de la guerre , en rompant le filence ,
Avertiſſent qu'il faut mourir.
Avec leurs feux la mort s'élance ,
Ardente , & prompte à parcourir ,
Pour atteindre ſa proie , un intervalle inamenſe .
A l'Amour plus qu'à Mars , heureux d'appartenir ,
Dès que vous frappez l'air , le plus beau jour commence
;
On s'éveille pour vous bénir.
C'eſt , en un mot , la différence .
1
DE FRANCE.
D'un tyran déteſté qui feroit tout périr ,
Anotre aimable Roi , le bonheur de la France ,
Et qu'elle fait fi bien chérir.
(Par M. le Marquis de Fulvy. )
IMPROMPTU fait enſoupantchezM. D***,
le 27 Mars,jour de Pâques.
QUEL ſon dans les airs s'élance !
Écoutons bien ...... C'eſt le bruit du canon ;
Il annonce un nouveau Bourbon ,
C'eſt annoncer la Bienfaiſance.
(ParM. Mayeur de Saint-Paul )
IMPROMPTU DES HALLES.
AIR : De tous les Capucins du Monde.
ENN accolant ta Catherine ,
Viens-lui payer double chopine.
Au diable ſoit ton air grognon !
Eh ! y allons gai , mon ami Jacques :
La Reine , avec un biau garçon ,
Nous a donné nos coeufs de Pâques.
(ParM. D. L. P.
*
Eij
১০ MERCURE
A Mme la Comteffe DE GENLIS , par
les Enfans qui ont repréſentéſa Comédie
des Flacons,
0
! LAmeilleure des Mamans',
Qui par- tout avez des enfans ;
Enfans à vous par droit de bienfaiſance ,
Enfans à vous par la reconnoiſſance !
Si vous réuniſſez tant de rares talens ,
Tant de ſageſſe & d'élégance ,
Tant de charmes & de décence ,
Tantde mérite &d'agrémens ,
Tant de fraîcheur & de prudence ;
Si l'on retrouve en yous & Minerve & Vénus ,
Etles Grâces & les Vertus ,
Nous en devinons bien la caufe:
Quand vous étiez encore enfant ,
La Nature vous fit préſent
De ſon flacon couleur de rofe ,
La Raiſon ,de ſon flacon blanc,
( A Montbart , du Palais de la Vérité.)
LE PROVERBE APPLIQUÉ,
UN Cure vifitoit ſouvent
Une Philoſophe mondaine ,
DE FRANCE. 101
Es lui diſoit ſévèrement :
Devenez donc bonne Chrétienne.
Le Paſteur fut enfin congédié ,
Et ne parut plus chez la Dame.
Depuis trente ans il étoit oublié
Lorſqu'on le rappela pour recevoir ſon âme.
Hélas ! mon cher Pasteur , ayez de moi pitié ,
Je ſuis toujours de la Paroiſſe ,
Sur le chemin de l'amitié
Ilnefaut pas que l'herbe croiſſe.
Elle a bien crû depuis trente ans ,
Lui dit le Prêtre avec franchiſe;
Et grâce à tous vos mécréans ,
Elle paſſe déjà le ſommet de l'Égliſe.
(ParM. de Beaufleury , de l'AcadéniedesArcades
de Rome & du Musée de Paris. )
Explication de la Charade, de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Courage ; celui
de l'Enigme eſt Cloche; celui du Logogryphe
eſt Perronet , où l'on trouve or trop
terre , port , pré , Pó , Pétrone , père , ère ,
Poëte,pont.
Eii)
162 MERCURE
CHARADE.
M
ON premier, bien ſouvent flatte la vanité,
Beaucoup plus qu'il ne ſert àla commodité ;
Mon ſecondplaîttoujours , ou fimple ou magnifique;
Quant à montout , Lecteur , qui s'y frotte s'y pique.
(Parun vieux Caporal du Régiment dela Fère. )
2
ENIGME.
DANS ma courſe brillante
Je creuſe mon tombeau ;
Le grand air m'épouvante,
Etj'appréhende l'eau.
Le foir je ſuis d'uſage
Chez les Rois , chez les Grands;
Je naquis au village.
Je finis , tu m'entends.
( Par Mille Brunet la cadette ,
deFontenay-le-Comte. )
DE FRANCE.
103
LOGOGRYPHE.
SANS
Ans parler de mon origine ,
Qui n'eſt françoiſe ni latine ,
Pour te tirer d'embarras ,
Ami Lecteur , tu ſauras
Qu'à tes yeux ſouvent l'on m'expoſe.
Bon , mauvais , qu'importe la choſe ,
J'occupe un moment ton loiſir !
Voudrois- tu me définir ?
Je ſuis de plaiſante eſpèce :
Onmetronque , on me dépèce
Sans aucun ménagement ;
Mais un fait plus étonnant ,
C'eſt que cette barbarie
Doit enfin me donner la vie .
Me fuis-je affez dévoilé ?
Faudra-t'il aufſi t'apprendre
Que je marche avec dix pieds ?.
Si tu n'as pu me comprendre ,
Avec ſoindécompoſe-moi ! ....
Je recelle en maint endroit
Des Franc-Maçons le vain myſtère ;
Et ſans changer mon caractère ,
Je coûte cher à l'Opéra ;
Joins ſi tu veux à cela
E iv
104
MERCURE
Un inſtrument de mufique ,
D'uſage & d'origine antique ;
Je nourris auffi quelquefois
Le miférable Villageois ;
Par une marche meſurée ,
Du temps je règle la durée ;
Je contiens encore un métal
Rare, précieux & fatal;
Si l'on me donne une forme nouvelle,
Je vais occuper la ſequelle
Des Coquettes & des Acteurs ,
Des Notaires & Procureurs ;
Suivant la diverſe occurrence ,
Je rends un corps plus ou moins denfe.
Enfin , Lecteur , je vais finir ;
Quoique je puffe encor long-temps t'entretenir.
(Par M. le Chevalier de Breuvery ,
Officier de Blaifois . )
4
DE FRANCE. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'ILIADE D'HOMERE , traduite en vers
François, avec des Remarques à la fin de
chaque Chant , & ornée de gravures , par
M. Dobremès. 3 vol. in-s° . Prix , 12 liv.
brochés. A Paris , de l'Imprimerie du
Cabinet du Roi , & ſe trouve chez la
Veuve Duchesne , rue Saint Jacques ;
Berton , rue S. Victor ; Froullé , quai
des Auguſtins ; Nyon le jeune , place des
Quatre-Nations; Onfroy , quai des Auguſtins
; Jombert le jeune , rue Dauphine.
On prétend que Racine & Boileau avoient
projeté de traduire l'Iliade ; & quels hommes
en étoient plus capables ? Pourquoi
néanmoins n'osèrent-ils l'entreprendre ? C'eſt
qu'ils fentirent combien cette râche étoit
longue & pénible; c'eſt qu'ils désespérèrent
de rendre à la fois la force , la chaleur ,
& la fimplicité d'Homère , ſimplicité qui
tient beaucoup à celle des moeurs qu'il avoit
à peindre , & qu'il eſt bien difficile de faire
goûter à des Lecteurs François. Homère eſt
le premier des Poëtes; mais les Héros du
temps paffé & les nôtres ſont bien différens
: ni leur vie, ni leurs coutumes , ni
leur manière de combatte , ne ſe reſſemblent
Ev
106 MERCURE
en aucune forte. Autrefois la Grèce ne fe
fcandalifoit point de voir comparer de
vaillans hommes à un âne au milieu d'un
blé verd, ou à une mouche dans une cuifine.
M. Dobremès penſe que le goût , dans
ce cas , permet de paraphrafer de la manière
ſuivante : il ſe trompe. Dans toutes
les Langues , ou mortes ou vivantes , ſoit
que l'on invente , ſoit que l'on traduiſe ,
le goût condamnera les vers ci-après :
Comme on voit eet objetde nos mépris injuftes ,
Cet esclave de l'homme aux accens fi robustes ,
Éc quadrupède utile , obſtiné , pareſſeux ,
Compagnon dédaignéde nos courſiersfougueux
Que l'avare Cybèle , en des bords aquatiques ,
Nourrit de roſeaux verds & de chardons ruſtiques.
Ces deux vers ne ſont pas dans Homère,
mais du moins ils ne ſont ni un horsd'oeuvre
, ni un contre-ſens à l'idée principale
, & de plus ils ſont poétiques. Continuons
:
:
Pénétrertout-à-coup pourwengerſes affronts ,
Dans les épis dorés des flottantes moiffons ,
Remplirſes vaftesflancs d'un froment falutaire,
Etfouleràsespieds les trésors de la terre ;
Vainement ſur ſon dos une troupe d'enfans
Faitmugir les bâtons ou les fouets réfonnans:
Toujours ferme , tranquille au milieu de l'orage ,-
Ildévaſteàfon gré ce fertile héritage ,
DE FRANCE.
107
Et ne ſemble quitter cesfucculens côteaux ,
Que par lefeulbeſoin du pur cryſtal des eaux.
La comparaiſon d'Homère ne peut paffer
que par ſon extrêmejuſteſſe. Lavoici: " Ainſi
» qu'un onagre opiniâtre , entré dans un
>> champ fertile, fait parmi les blés verds
>> un degât affreux , malgré les coups mul-
>> tipliés dont l'accable une troupe d'en-
ود
ود
ود
fans armés de bâtons ; il mépriſe leur
foibleſſe , & ne fort que lorſqu'il eſt
raffafié. Ainſi ſe retire Ajax , malgré les
>> javelots des Troyens &de leurs Alliés . »
Cette verſion fidelle ſuffit pour faire deviner
le mérite de l'original , & pour faire
appercevoir tout ce que M. Dobremès y
a mis de défectueux & au moins d'inutile.
Je ne parle pas des fautes nombreuſes du
ſtyle.
Ce n'eſt pas que M. Dobremès ne paroiſſe
ſentir vivement le génie d'Homère ;
on retrouve dans ſon imitation la force
& la chaleur du Poëte Grec, mais trop
ſouvent aux dépens du naturel & de l'élégance
, deux qualités ſans leſquelles il ne
faut pas eſſayer de traduire les Anciens ,
& fur-tout l'Iliade. Homère, en s'élevant ,
ne fort point de la ſimplicité ,& cette fimplicité
eſt encore plus fon caractère que
l'élévation. C'eſt un Géant qui marche à
grands pas , mais naturellement . Son génie
ſe meſure à la hauteur des objets les plus
fublimes , & ſe trouve, pour ainſi dire, d'une
E vj
108 MERCURE
grandeur proportionnée pour y atteindre
ſans jamais ſe hauffer .
Le premier livre de l'Iliade eſt un des
plus beaux de ce Poëme. Il s'ouvre par une
ſcène auſſi ſimple , auſſi naturelle , qu'elle
eſt grande & impoſante. L'ouverture de la
mort de Pompée, ſi admirée par Voltaire ,
n'eſt pas auſſi belle ; celle de l'Iliade eſt
auffi noble , auſſi dramatique , & a bien
plus de mouvement . " Jamais , depuis Ho-
>> mère , obſerve un Critique , on n'a vu
2
*
de Poëte affez fort , affez ſûr de ſes for-
» ces , pour ouvrir un Poëme épique par
» un tableau auſſi frappant , autfi varié ,
وو auffi plein de mouvemens dramatiques.
C'eſt le chef-d'oeuvre de l'épopée.... Vous
» entrez rapidement dans le ſujet : ce n'eſt
>>pas le Poëte , ce ſont les paſſions qui vous
>> y introduiſent. La terre & l'Olympe font
>> d'abord en mouvement : déjà le mer--
ود veilleux & l'héroïque s'uniffent; déjà le
>> dramatique ſe mêle avec chaleur aux
>> deferiptions. Quelle ſimplicité ! quelle
>> majeſte ! quelle variété ! quelle rapidité !
>> Toute l'économie de l'épopée s'annonce ,
" ſe développe preſque en quarante- huit
>> vers. Ils reſteroient ſeuls de tout l'Ou
>> vrage d'Homère , qu'un vrai connoiffeur
> y découvriroit encore le plus grand de
>> tous les Poëtes épiques. »
* M. Clément, très juſte appréciateur des Anciens,
&très- injuſte détracteur des Écrivains vivans.
DE FRANCE.
109
Comme notre objet doit être ici moins
de critiquer M. Dobremès , que de mettre
à portée d'apprécier au juſte fon travail ,
nous nous contenterons d'oppoſer à ſa traduction
celle deM. de Rochefort , déjà jugée
depuis long-tems,& l'eſquiſſe que nous avons
publiée nous-même , il y a quelques années),
des deux cent premiers vers de l'Iliade. Ce
parallèle peut être agréable , & nous laiffe.
rons tout entier aux Lecteurs le plaifir de
décider & de juger par eux-mêmes.
Déeſſe , célébrez la colère d'Achille ;
Chantez cette colère en malheurs fi fertile ,
Qui , plongeant aux enfers tant de jeunes Héros ,
Prolongea les affronts &de Sparte &d'Argos .
Tel fut de Jupiter le décret immuable ,
Depuis qu'aux champs Troyens ladiſcorde implacable
Eut marqué de ſon ſceau les fronts impérieux
D'Atride , Roi des Rois , d'Achille , enfant des Dieux.
Quel Dieu de ces mortels rompit l'intelligence ?
Apollon , ce fut vous : pour venger une offenſe ,
On vous vit de la haine empruntant le poiſon ,
Invoquer le trépas & la contagion ,
Livrer un peuple entier aux rigueurs de la Parque ,
Et punir les ſujets des fautes du Monarque.
Voilà la façon de M. Dobremes; voici
celle de M. de Rochefort:
Déeſſe, inſpirez- moi : chantez , Muſe immortelle ,
La colère d'Achille & fa haine cruelle,
110 MERCURE
:
Qui , verſant ſur les Grecs un déluge de maux ,
Envoya chez les morts tant de jeunes Héros ,
Dont les corps déchirés, laiſſes ſans ſépulture ,
Aux oiſeaux dévorans ſervirent de pâture.
Ainfi , de Jupiter le décret s'accomplit.
Depuis que la diſcorde & l'aveugle dépit
Eurent empoiſonné , par leur ſouffle homicide ,
L'impatient Achille & l'orgueilleux Atride
Quel Dieu mittant de haine à leur coeur offenſe ?
Le fils de Jupiter , Apollon courroucé
Des indignes mépris qu'eſſuya fon Grand-Prêtre ,
Fit expier aux Grecs le crime de leur maître.
Les peuples gémifſſoient, & la contagion
Déployoit ſa fureur au camp d'Agamemnon.
Voici la nôtre, très- poſtérieure à la précédente
, mais très - antérieure à celle de M.
Dobremès.
Chante, fille du ciel , Achille& ſa colère :
Dis par combien de pleurs ,de ſang & de misère ,
LesGrecs ontdevant Troye expié ſon repos ;
Combien avant le temps périrent de Héros ,
Dont les reſtes épars , privés de ſépulture ,
Aux vautours de Phrygie ont ſervi de pâture ,
Dujour qui fut témoin des débats odieux
D'Atride , Roi des Rois , d'Achille , fils des Dieux.
Quel Dieu de ces Héros alluma la querelle ?
Apollon, ce fut toi . Ta vengeance cruelle
DE FRANCE.
Puniſfoit les ſujets du crime de leur Roi.
Telle étoit du deſtin l'inévikable loi .
M. Dobremès.
Chrysès , du blond Phébus Pontife révéré ,
La Thiare à la main, baiſſant fon front ſacré ,
Préſentoit des tréſors & fupplioit la Grèce
De lui rendre ſa fille , appui de ſa vieilleſſe.
* Que les Dieux , diſoit- il , pour prix de ce bienfait,
> De l'injuſte Ilion puniſſent le forfait ;
» Retournez en vainqueurs ſur vos heureux rivages.»
Le Prêtre par ces mots cût gagné les ſuffrages ;
Mais Atride craignant la pitié des Héros :
" Vieillard, lui répond-t'il,vas, fors de mes vaiſſeaux;
>> La Thiare du Dieu que dans Chryſe on encenſe ,
>>> Ici ne t'offriroit qu'une foible défenfe.
Ta fille , ſous Bellonne , a changé de deſtins;
» Le fuſeau dans Argos occupera ſes mains.
>> Toi , fi tu veux revoir ton temple & ta Patrie ,
>> Ne viens point de ſon maître irriter la furie.
M. de Rochefort.
Le Pontife Chrysès , accablé de triſteſſe ,
Pour racheter ſa fille , objet de ſa tendreſſe ,
Portoit aux vaiſſeaux Grecs un précieux trefox ,
Dans ſes tremblantes mains tenant ſon ſceptre d'or ,
Et la ſainte couronne à ſon Dieu conſacrée ,
Il imploroit les Grecs & les deux fils d'Atrée.
112 MERCURE
« Atrides , & vous Grecs , que les Dieux immortels ,
>> Détruiſant d'Ilion les remparts criminels ,
Vous ramènent bientôt dans l'heureuſe Achaïe.
>> Acceptez la rançon de ma fille chérie ;
>> Daignez la rendre aux veoeux de nion coeur paternel,
>> Et révérez le Dieu dont j'encenſe l'autel.>>>
L'armée avec tranſport applaudit ſa prière;
Mais Atride s'irrite ; & d'une voix altière :
« Vas , fors de mes vaiſſeaux , téméraire vieillard,
>> Dit- il , & ne viens plus t'offrir àmon regard.
> Le ſceptre de ton Dieu , ton facré diadême
>> Ne te ſauveroient pas de mon courroux extrême.
>> Ta fille a pour jamais perdu ſa liberté,
>> Juſqu'au jour où le temps flétrira ſa beauté.
• Et loin de ſon pays , ou contente ou plaintive ,
* Je prétends dans Argos conduire ma captive .
ככ
Eſclave deſtinée à mes embraſſemens ,
Le travail & l'amour rempliront ſes momens.
>> Vas donc, délivre-moi d'un aſpect qui m'offenſe.>>
Troisième Verfion.
L'orgueil d'Agamemnon , par le plus dur outrage ,
Du Pontife Chrysès avoit inſulté l'âge ,
Lorſque le front couvert d'un bandeau révéré ,
Humiliant le ſceptre à ſon Dieu conſacré ,
Il vint , chargéde dons , vers les Chefs de laGrèce
Redemander ſa fille , appui de ſa vieilleſſe.
« Atride , diſoix- il , & vous , Grecs généreux ,
<
DE FRANCE.
113
>> Puiffent les Inimortels combler enfin vos voeux ;
>> Puiffiez-vous , enrichis des dépouilles de Troye ,
>> Au ſein de vos foyers retourner avec joie ;
>> Mais aux larmes d'un père accordez Chryſéis ,
> Acceptez ſa rançon ; j'en apporte le prix ;
> Ou ſi mes dons , mes pleurs , vous trouvoient in-
>> flexibles ,
>> Craignez le DieudeChryſe& ſes flèches terribles.»
La douleur du Pontife & ſon auguſte aſpect ,
Attendriſſent les coeurs ſaifis d'un ſaint reſpect;
MaisAtride aux refus ajoutant la menace:
« Vieillard , ſi tu ne veux payer cher ton audace ,
» Fuis , & loin de mon camp précipite tes pas ;
>> Le ſceptre d'Apollon ne te ſauveroit pas .
>> Au lit de ſon vainqueur , eſclave deſtinée ,
> Attendant qu'aux fuſeaux l'âge l'ait condamnée ,
» Ta fille , dans Argos , gémira loin de toi.
>> Fuis , ton or ni tes pleurs ne peuvent rien ſur moi. »
Ces citations ſont très-ſuffiſantes pour
faire apprécier la manière de traduire &
de verſifier de M. Dobremès. Nous ne ferons
aucunes obſervations. Il fait qu'en général
on lui a reproché d'avoir plutôt ſenti
les beautés d'Homère , que de les avoir rendues.
Des tours forcés , des expreffions triviales,
des termes vagues , des métaphores
ufées& rebattues; enfin , pas aſſez de reſpect
pour la Langue & pour les règles de la
verſification : tels ſont les vices que l'on a
114 MERCURE
remarqués dans ſon ſtyle,& qui frapperont
ſi viſiblement tous ſes Lecteurs , qu'il ne
nous a pas été permis de les paffer entièrement
ſous filence. Il penſe qu'il eſt permis
tour-à-tour d'abréger ou d'allonger ſon original.
Nous voulons bien lui accorder ce
principe , qui pourroit, dans une autre rencontre
, être ſujet àdiſcuſſion. Mais quand
il s'agit d'Homère, ſoit que l'on imite , ſoit
que l'on traduiſe , il ſera toujours indiſpenfable
d'écrire en beaux vers. Ce n'eſt pas
que l'on n'en remarque beaucoup dans l'Ouvrage
de M. Dobremès. Les ſuivans prouvent
que s'il eût conſulté des gens de goût ,
&que s'il ſe fût occupé davantage de l'art
du ſtyle , ſa traduction ſeroit beaucoup
moins défectueuſe. Neſtor exhorteAntiloque
fon fils à la courſe des chars , dans les jeux
funèbres en l'honneur de Patrocle.
Mon fils , lui dit Neſtor ,je ſais que Jupiter,
Que Neptune ſur-tout , dans les jeux de la Grèce ,
Aconduire les chars ont inſtruit ta jeuneſſe.
Il eſt peu de leçons qu'on puiſſe te donner ;
Tu ſaiſis bien la borne ,& tu fais y tourner.
Mais tes chevaux ſont lents ; néjadis pour la gloire ,
Ce couple appeſanti peut manquer la victoire.
Corrige ce défaut en ſage conducteur ;
Triomphe par l'adreſſe & non par la vigueur.
C'eſt l'adreſſe qui fait qu'un Charpentier habile
Au contour des vaiſſeaux plie un arbre indocile.
C'eſt l'adreſſe qui fait qu'un Pilote éclairé ,
DE FRANCE.
Par lafougue des vents n'eſt jamais égaré.
De mêmedans notre art , dans l'art plein degénie
De régler des courſiers la bouillante furie,
L'adreſſe , ô mon cher fils ! peut aux champs de
l'honneur
Suppléer à l'adreſſe , &faire des vainqueurs.
Au refte , quoiqu'en veuillent dire les partiſans
des traductions des Poëtes en profe ,
l'équité nous force de convenir que , malgré
ſes défauts , l'imitation en vers de M.
Dobremès , donne une plus grande idée
d'Homère que toutes les verſions en profe
de l'Iliade. Elle ne ſera pas lue ſans doute
par ceux qui ont un goût difficile , formé
pas l'étude continuelle de Racine & de
Deſpréaux; mais cette claſſe de Lecteurs eft
très-choifie & très-peu nombreuſe; & il
y en a beaucoup d'autres pour lesquels la
nouvelle Iliade peut être une lecture trèsagréable.
VARIÉTÉS.
LETTRE fur Athènes.
NOUS
ous avons quitté Malte pour voir un pays.
plus intéreſſant; ce beau pays de la Grèce , où
les regrets font du moins adoucis par les ſouvenirs.
La première Isle qu'on rencontre eſt Sérigue ,
ſi connue ſous le nom de Cythère. Il faut convemir
qu'elle répond mal à fa réputation. Nos Ro-,
116 MERCURE
manciers & nos faifeurs d'Opéras , ſeroient un peu
étonnés s'ils ſavoient que cette Iſſe , fi délicieuſe
dans la Fable & dans leurs vers , n'eſt qu'un rocher
aride. En vérité , on a très - bien fait d'y placer le
temple de Vénus : pour ſe plaire - là , il falloit bien
un peu d'amour.
Les autres Isles font plus dignes de leur renommée;
& la fertilité de leur terrein, l'avantagede leur
poſition , la beauté de leur ciel , la douceur de leur
climat , embellies par tout ce que la Fable a de plus
enchanteur , & l'Hiſtoire de plus intéreſſant , offrent
un des plus raviſſans ſpectacles qui puiſſe flatter l'imagination
& les yeux. Mais je n'en pouvois jouir
comme les autres ; chacun m'affligeoit inhumaineiment
d'un plaiſir que je ne pouvois partager. On
me diſoit : voilà la patrie de Sapho , d'Anacreon ,
d'Homère. Hélas ! j'étois aveugle comme lui , &
jamais je ne l'avois fi douloureuſement éprouvé ;
mais du moins je découvrois à-peu-près la poſition
de ces lieux , &je voyois tout cela un peu mieux
que dans des livres .
Enfin , nous avons été forcés de relâcher par un
vent contraire , ſi l'on peut appeler un vent contraire
celui qui nous a donné le tems de voir
Athènes.
Je ne chercherai pas à vous exprimer mon plaiſir
en mettant le pied ſur cette terre célèbre ; je pleurois
de joie ; je voyois enfin tout ce que je n'avois fait
que lire ; je reconnoiffois tout ce que j'avois conna
dès l'enfance : tout m'étoit à la fois familier &
nouveau ; mais ce que je n'oublierai de ma vie , c'eſt
la ſenſation que m'a fait éprouver l'aſpect du premier
monument de cette ville àjamais intéreſſante.
Vous avez peut- être obſervé qu'en liſant tous les
prodiges qu'on nous raconte des Anciens , il reſte un
fonds, finon d'incrédulité , au moins de défiance
qui nuit au plaifir , & inquiète l'admiration : leur
DE FRANCE. 117
grandeur même leur fait tort , & l'on craint qu'il
n'y ait un peu de leur fable dans leur hiſtoire. Ainfi
plus d'un voyageur est arrivé dans l'Egypte , prévenu
contre tout ce qu'on nous raconte de ſon ancienne
magnificence ; mais les Pyramides exiftent , qui font
foi de tout le reſte , & il n'y a pas d'incrédulité
qui ne vienne ſe brifer contre ces maſſes-là.
C'eſt ce que j'ai éprouvé dans Athènes , moins
gigantefque dans ſes monumens , mais plus véritablement
grande que l'Egypte. Les moeurs , le gouvernement
des Athéniens , leur ville même n'exifte
plus que dans quelques débris ; mais à peine les eusjeapperçus
, qu'une idée de grandeur ſe répandit ſur
tout ce que je n'avoispas vu , & ſur tout ce que je ne
pouvois plus voir. Les trois ſeules colonnes qui reſtent
du temple de Jupiter , m'ont rendu tout vraiſemblable
, tant ces reſtes font frappans de magnificence
&de fimplicité. Je ne pouvois me laſſer de voir ces
grandes & belles colonnes ,du plus beau marbre de
Paros , intéreſſantes par les temples qu'elles décoroient,
par le ſouvenir des beaux ſiècles qu'elles
rappellent , & fur- tout parce que l'imitation , plus
ou moins exacte de leurs belles proportions , fut &
ſera dans tous les tems ,& chez tous les peuples , la
meſure du bon & du mauvais goût. Je les parcou-,
rois , je les touchois, je les meſurois avec une infatiable
avidité ; elles avoient beau tomber en ruines ,
je ne pouvois m'empêcherde les croire impériſſables .
Je croyois faire la fortune de mon nom en le gravant
fur leur marbre ; mais bientôt je m'appercevois avec
douleur de mon illuſion. Ces reſtes précieux ort
plus d'un ennemi , & le tems n'est pas le plus terrible .
La barbare ignorance des Tures , détruit quelquefois
en un jour ce que des ſiècles avoient épargné.
J'ai vu étendue à la porte du Commandant une de
ces belles colonnes dontje vous ai parlé : un ornement
du temple de Jupiter alloit orner ſon harem,
IIS MERCURE
Letemple de Minerve , le plus bel ouvrage de l'antiquité
, dont la magnificence mit Périclès , qui l'avoit
fait bâtir, dans l'impoſſibilité de rendre ſes comptes,
eſt enfermédans une citadelle ,conſtruite en partie
àſesdépens. Nous y ſommes montés par un eſcalier
compoſede ſes débris ; nous foulions aux pieds des
bas-reliefs ſculptés par les Phidias & les Praxiteles ;
je marchois à côté , ou j'enjambois pour n'être pas
complicede ces profanations : un magafin à poudre
eſt établi à côté du temple. Dans les dernières
guerres des Vénitiens , une bombe a fait éclater le
magaſin , & tomber pluſieurs colonnes , juſqu'alors
parfaitement conſervées. Ce qui m'a déſeſpéré , c'eſt
qu'au moment de deſcendre on adonné ordre de
tirer le canon ; j'ai craint que cette commotion n'achevât
d'ébranler le temple ,&M. de ....... trembloit
des honneurs qu'on lui rendoir.
Le temple de Théfée qui , ſi l'on excepte quelques
colonnes hors d'à-plomb parl'effetd'un tremblement
de terre , réuniſſoit toute la ſolidité d'un bâtiment
nouveau , à tout l'intérêt de la plus vénérable antiquité
, eſt en proie , à ce qu'on mande , à la même
barbarie. Son beau pavé de marbre , reſpecté par
tant de fiècles , & foulé par tant degrands hommes ,
eſt enlevé par l'ordrede ce même Commandant , trop
ignorant même pour ſavoir le mal qu'il fait.
Après ces temples, on voit encore avec plaifir dixſept
colonnes de beau marbre , reſte de cent dix ,
qui ſoutenoient, dit-on , le temple d'Adrien. Devant
eſt une aire à battre le bled , pavée de magnifiques
débris de cemonument. On ydistingue avec douleur
des fragmens ſans nombre des ſuperbes ſculptures
dont le temple étoit orné. Entre deux de ces dix- ſept
colonnes , s'étoit guindé , il y a quelques années ,
pour y vivre&mourir, un hermiteGrec,plus fierdes
hommages de la populace crédule qui le nourriſſoit ,
que les Miltiades & les Themistocles ne l'ont jamais
DE FRANCE.
119
éré des acclamations de la Grèce. Ces colonnes ellesmêmes
font pitié dans leur magnificence. Je demandai
qui les avoit ainſi mutilées : car il étoit aiſé de
voir que ce n'étoit point l'effet du tems. On me dit
quedeces débris on faiſoit de la chaux. J'en pleurai
derage.
Danstoute la ville c'eſt le même ſujet de douleur.
Pas un pilier , pas un ſeuil de porte qui ne ſoit de
marbre antique , arraché par force de quelque monument.
Par-tout la meſquinerie des conſtructions
modernes , eſt bizarrement mêlée de la magnificence
des édifices antiques. J'ai vu un bourgeois appuyer
un mauvais plancher de ſapin ſur des colonnes qui
avoient porté le temple d'Auguſte : les cours , les
places , les rues ſont jonchées de ces débris; les
murailles en ſont bâties. On reconnoît avec un
plaifir douloureux une inſcription intéreſſante
l'épitaphe d'un grand homme, la figure d'un héros ,
un bras , un pied qui appartenoit peut- être à Minerve
ou à Vénus ; là , une tête de cheval qui vit encore ;
ici des cariatides ſuperbes enchassées dans le mur
comune des pierres vulgaires. J'apperçois dans une
cour une fontaine de marbre ; j'entre : c'étoit autre.
fois un magnifique tombeau , orné de belles ſculptures
; je me proſterne ; je baiſe le tombeau : dans
l'étourderiede mon adoration, je renverſe la cruche
d'un enfant , qui rioit de me voir faire ; du rire il
paſſe aux larmes & aux cris : je n'avois point ſur
moi dequoi l'appaiſer , & il ne ſeroit pas encore,
conſolé, ſi desTurcs , très bonnes gens , ne l'avoient
menacé de le battre .
Il faut que je vous conte encore une ſuperſtition
de mon amour pour l'antiquité. Au moment où je
ſuis entré tout palpitant dans Athènes , ſes moindres
débris me paroiſſoient ſacrés. Vous connoiſſez l'hiftoire
du Sauvage qui n'avoit jamais vu de pierres ,
J'ai fait comme lui. J'ai rempli les poches d'abord
120 MERCURE
de mon habit , enſuite de ma veſte , de morceaux
demarbre ſculptés, et puis , comme le Sauvage , j'ai
tout jeté , mais avec plus de regrets que lui.
Pour comble de malheurs , les Albanois ont fait
fur ces côtes une incurfion meurtrière ; il a fallu ſe
mettre à l'abri par des murs: la malheureuſe antiquité
a fait encore ces frais-là , & la défenſe de la
ville moderne a coûté plus d'un magnifique débris
de la ville ancienne. I
1
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Nous raſſemblerons , ſuivant notre aſage ,
en un ſeul tableau , les differens talens qui
ſe font entendre à ce Concert pendant la
quinzaine de Pâques. La nature de ce Journal
ne nous permettant pas , comme à ceux
qui paroiffent tous les jours , de rendre
compte de la ſenſation du moment , notre
devoir eſt de recueillir , autant qu'il dépend
de nous , les opinions publiques après
qu'elles font fixées; & lorſqu'elles ſe com-:
battent , ce qui arrive preſque toujours , on
auroit tort de regarder comme notre ſentiment
particulier & perſonnel , celui vers
lequel nous paroiſſons incliner ; ſi nous étions
ſeuls de notre avis , nous n'aurions certainement
pas la prétention de le propoſer au
Public, qui n'en a que faire; mais lorſque
notre
DE FRANCE. 121
notre cauſe eſt appuyée d'un grand nombre
de fuffrages , il eſt aſſez naturel que nous la
debattions. Tout ce qu'on peut exiger de
nous , c'eſt une très grande bonne- foi , &
nous ofons y prétendre; nous ne diflimulerons
aucun des argumens de nos adverfaires;
nous ne chercherons jamais à les affoiblir.
Ily a eu peu de nouveautés pendant cette s
quinzaine , & ce n'est pas un reproche à
faire au Directeur de ce Concert. Il a fuffiſainment
prouvé que ſon zèle n'épargne jamais
ni foins ni dépenses pour fatisfaire le
Public ; mais l'attention de ce même Public ,
abſorbée par la ſenſation que produifoit
M. David , l'autoit rendu infentible à tout
cequ'on lui auroit préſenté de nouveau dans
un autre genre. C'eût été riſquer une diverfion
défagreable & nuiſible , même aux talens
qui ſe ſeroient trouvés en concurrence .
On a cependant diftingué parmi les compoſitions
nouvelles , une Ode'de J. B. Roufſeau
, miſe en muſique par M. l'Abbé le
Sueur. Il falloit déjà beaucoup de talent pour
introduire de la variété dans un ſujet aaffi
monotone , pour plier aux formes muſicales
une verſification auſſi rétive; car il faut ofer
l'affirmer , rien n'eſt ſi peu lyrique que la
poélie qui prenoit ce titre dansle fiècle paffé.
M.l'Abbé le Sueur a vaincu ces obstacles.Son
chant eſt agréable & plein d'expreffion ;
fon harmonie pure , & fon orchestre furtout
fort brillant. On voit qu'il s'eſt nourri
Nº. 16 , 16 Avril 1785. F
122 MERCURE
d'excellens modèles. Il en avoir déjà donné
des preuves dans un Stabat , qu'il a fait
entendre l'année dernière à l'Égliſe des Innocens
, dont il eſt Maître de Muſique.
Pourroit-on lui reprocher de ne pas toujours
atteindre à la gravité de ſon ſujet , quand
on en eſt dédommagé par des formes plus
gracicufes & plus intéreſſantes. Cet Ode
a.eu en général beaucoup de ſuccès ; &
on paroît s'accorder à regarder M. l'Abbé le
Sueur comme l'un de nos jeunes Compoſireurs
dont on doit attendre le plus. On a
auſſi applaudi un Oratoire de Mlle Beaumeſnil
, déjà entendu à ce Concert , &
qu'une exécution beaucoup meilleure a laiſſé
juger avec plus d'avantage ; un Hyérodrame
de M. l'Abbé Lepreux , dans lequel on a
trouve beaucoup de mérite , & le retour de
Tobie , Oratoire de M. Chardiny , auquel
on n'a peut- être à reprocher que quelques
longueurs. Ce léger défaut , qui prouve
moins le manque de talent que le peu d'habitude
de ſe faire entendre , peut être aifément
corrigé ſi l'Auteur reçoit des encouragemens
, & cet eſſai nous a paru prouver
que M. Chardiny en mérite. Nous ne pafferons
pas fous filence une ſymphonie de M.
Janfon l'aîné , dans laquelle on trouve une
belle harmonie &beaucoup d'effets.
MM. Guérillot & Gervais ſur le violon ,
ont reçu les témoignages les plus flatteurs de
la bienveillance du Public. MM. le Brun ,
de Vienne , Sallentin, également en pofDE
FRANCE. 123
ſeſſion de lui plaire , ont acquis de noui
concertantes de
veaux droits à ſes applaudiſſemens dans
differentes ſymphonies
MM. de Vienne & Bréval , où le mérite de
la compoſition ſe trouvoit réuni à celui
de la manière la plus feduiſante. Nous
nous contenterions de répéter à M. Duport
les éloges qu'il a tant de fois mérités
, fi dans le Concerto qu'il a joué le
jour du Vendredi-Saint , il n'avoit encore
paru ſupérieur à lui-même, à moins que
la perfection de ſon jeu ne falſe toujours
naître ce fentiment de l'exécution la
dernière fois qu'on l'entend.Un éloge peutêtre
plus flatteur pour lui , & non moins
mérité, eſt celui que nous devons à ſajeune
nièce , Mlle Landrin , âgée de neuf ans , &
qui a fait entendre ſur le Forré-Piano , des
talens auſſi précieux que prématurés. On
ne ſent en elle ni la foibleſſe , ni la froideur
de l'enfance , & elle fait un honneur
infini à Mlle Bertheau , maîtreſſe de clavecin
dont elle est l'Elève , & qui n'a pu ,
ſans beaucoup d'adreſſe, tirer un tel parti
de les heureuſes diſpoſitions. Un Artiſte ,
qui , fur ce même inſtrument, mérite une
mention particulière , c'eſt M. Vion , de
l'Académie Royale de Muſique , auquel un
jeu très-brillant & très-net , & beaucoup
plus d'expreſſion que l'inſtrument n'en pa
roît fufceptible , ont mérité les plus vifs
applaudiſſemens.On auroit deſiré ſeulement
d'avoir plus ſouvent l'occaſion de fui en
Fij
124 MERCURE
donner de ſemblables. Nous renouvellons
avec plaifir les éloges que nous avons
donnés plus d'une fois à M. Coufineau fur
la harpe , & à Mme Gautherot ſur le violon.
Cette virtuoſe, d'un talent rare , &
que beaucoup d'Artiſtes auroient raifon
d'envier , n'a pas beſoin de l'indu'gence
due à ſon ſexe pour faire le plus grand
plaifir.
Il nous reſte à parler des chanteurs.
On a continué d'admirer la belle voix de
Mlle Buret , & de defirer que Mlle Windling
exerçât davantage la ſienne. M. Beauvalet
a chanté le Stabat avec M. David , & a
cu du ſuccès à côté de ce redoutable rival .
MM. Rouffeau , Chéron & Laïs , dont les
talens font univerſellement eſtimés & chéris ,
en ont donné de nouvelles preuves dans
les différens moters & oratoires qu'ils ont
exécutés. Nous inſiſterons davantage ſur le
dernier , parce qu'il s'eſt trouvé dans une
circonſtance particulière.
Quelques mauvais eſprits , de ceux qui
aiment mieux troubler la gloire des Artiftes
, que de jouir de leurs talens , ſe ſont
aviſes demettre M. Laïs en oppoſition avec
M.David, comme ſi la différence de genre, de
méthode, de langage , de convenances narionales
, n'avoient pas dûdetruire entr'eux toute
eſpèce de comparaiſon. Ne feroit-il pas ridicule
de comparer à M. Veſtris le plus habile
des danſeurs Indiens , lorſque l'art de
la danſe eſt appuye fur des opinions très
DEFRANCE.. 125
différentes en Europe & en Afie ? Il n'eſt
réſulté de ce parallèle peu convenable ,
que beaucoup d'animoſité entre les deux
Partis . Une autre circonſtance eſt venue
à la traverſe. Il eſt d'antique uſage d'exécuter
, le Vendredi-Saint , le Stabat de Pergotesi;
M. le Gros n'avoit pu s'y conformer
cette année; il lui manquoit deux perſonnes
pour le chanter : le Public qui n'a pas ſu , qui
n'a pas voulu ſavoir la cauſe de cet obſtacle ,
ou qui n'en a tenu compre , en a témoigné
ſon humeur de cette manière peu décente
:qui commence malheureuſement à s'introduire
à ce ſpectacle comme aux autres .
C'eſt pendant le Stabat de M. Hayden , que
le mécontentement s'eft manifeſté; on s'en
eſt pris à cet Ouvrage , qu'un ſuccès de
pluſieurs années auroit dû mettre à l'abri
de toutes diſgraces; c'eſt pendant un des
plus beaux morceaux, chanté ſupérieurement
par M. Laïs ; mais peu de jours auparavant ,
M. Laïs y avoit obtenu lui-même des applau
diſſemens aufli univerſels que mérités : il étoit
donc impoffible qu'il s'attribuât ces murmures
, il étoit impoffible que le ſuccès de
M. David y influât en rien, M. Laïs a trop
de preuves de l'eſtime du Public , pour que
la manière de ce virtuoſe étranger , qui eſt
& qui doit être ſi différente de la fienne ,
aitpu l'altérer un moment.
Parlons maintenant de M. David , & tâchons
d'obtenir de nos Lecteurs une diftinction
, que beaucoup de ſes Auditeurs n'ont
Fir
126 MERCURE
pas voulu faire; celle de l'accent de ſa langue,
de la méthode de fon école', des convenances
nationales , du goût du peuple fur
lequel cet Artiſte s'eſt formé. Il n'eſt pas douteux
que ſi M. David ſe préſentoit tel qu'il
eſt ſur notre ſcène lyrique , qu'il y chamat
le Cantabile françois , comme il nous a fait
entendre au Concert le Cantabile italien ,il
n'eſt pas douteux qu'il ne méritât des reproches.
Mais ſi l'on veut bien faire attention
qu'il eſt Italien , qu'il chante de la mutique
italienne , faite furdes paroles italiennes,&
qu'il doit y mettre par conféquent l'accent
que cette langue & que cette muſique exigent;
que ne pouvant créer le goût de ſon
pays , c'eſt à lui de s'y conformer ; que le
goût de l'école actuelle demande , de la part
du chanteur , non-ſeulement beaucoup d'habileté,
d'adreffe &de facilité dans l'exécu .
tion des paſſages , mais encore de multiplier
ces paſſages mêmes pour donner de plus
grandes preuves de talent ; ſi l'on fait attention
à toutes ces chofes , on jugera peut- être
M. Davidd'une manière plus juſte ; on n'examinera
pas s'il a raiſon de faire ce qu'il fait,
mais ſeulement s'il le fait bien. C'eſt ſurtout
de la part des Tenori qu'on exige cette manière
; parce que leur voix n'ayant pas le
timbre flatteur & intéreſſant des Deffus, on
veut qu'ils rachettent, à force d'ornemens, çe
qu'on trouve qui leur manque du côté de
l'expreffion. C'eſt ſurtout dans le Cantabile .
que cette manière doit être admife. Dans les
DE FRANCE. 127
1
morceaux d'un mouvement vif , s'ils font
d'expreffion , les ornemens y ſeroient déplacés
; s'ils font de bravoure , le Compoſiteur
atout fait,il ne reſte preſque plus rienà faire
au chanteur. Le Cantabile , au contraire , eft
fait tout exprès par le Compofiteur , pour
laiſſer àla voix une liberté entière. Le mouvement
en eſt lent , pour qu'il en puiſſe rem.
plir les intervalles par toutes les broderies
que ſon génie lui fournira; les accompagnemens
en font très simples , afin de ne pas
couvrir & abſorber cette multitude de notes
que le chanteur est obligé d'y répandre.
Un Cantabile Italien exécuté tout nud , ſeroit
d'un ennui inſupportable; il ne plaît que
par la variété qu'y introduit le chanteur. Le
mot ſeul de Cantabile l'indique , c'eſt un
morceau chantable , c'eſt à dire , où l'on déploie
toutes lesreſſources du chant.Gardons.
nousdoncbien d'y attacher une idée de pathétique
, qui ne convient qu'au Cantabile François
; c'eſt de cette confufion de mots , de
l'ignorancede la valeur des termes, que naiffent
les plus grands reproches qu'on ait faits
à M. David. " Mais , dira-t on , les paroles
ſont pathétiques , elles expriment la plus
» vive douleur ; la Muſique a dû les expri-
>> mer comme elles : le Chanteur a donc
>> tort toutes les fois qu'il dénature cette ex-
>> preffion. » Cette objection ſpécieuſe nous
meneroit ici trop loin , & doit être examinée
dans une differtation particulière ; nous
nous contenterons de dire ici , que fi ce re
Fiv
-128 MERCURE
proche eſt fondé , c'eſt aux peuples de l'Italie
-qu'il faut s'en prendre &non aux chanteurs
obligés de ſe plierà leur goût. C'eſt ainſi que
M. David doit être jugé , il doir l'être d'après
les conventions de fon pays , & non
d'après les nôtres. Sa manière a excité leplus
-vif enthouſiaſme parmi le plus grand nombre
de ſes auditeurs , il a dû la conferver ;
s'il eût chanté plus ſimplement , il eût eu
d'autres partiſans , mais probablement en
moins grand nombre. Au reſte , il a prouvé à
tous qu'il pouvoit auffi chanter ſimplement ,
&avec la plus profonde expreffion . C'eſt
ainſi qu'il a rendu le premier duo du Stabat,
&le Vidit fuum , dont la teinte lugubre ne
paroiffoit pas admettre d'ornemens. Ila ,non
pas brodé, mais créé le verſet Qua marebat.
Il a montré dans ce morceau une habileré
rare ,& une tête prodigieuſement féconde ,
en établiſſant , in promptu , fur une harmonie
donnée , un chant très-différent de celui
qui eſt écrit Le chant que Pergolesia fait gracieux
, mais fans expreſſion déterminée , eſt il
affez faillant pour avoir dû être regretté ?
N'est- ce pas-là le cas où l'adreſſe de l'exécu
tion remplaceheureuſement les foibleſfes de
laMuſique?
ne le
Ainfi donc , en ne parlant que de ce qui
-eft perfonnel à M. David , en ne regardant
point comme législateur dans l'art du
chant, mais comme ſoumis aux loix adoptées
par la nation , nous ne pouvons nous
empêcher de le reconnoître comme le plus
T
DEFRANCE. 129
grand Profeffeur qui ſe ſoit encore fait entendre
ici.Ce n'eſt pas pourtant qu'il ſontſans défaut.
Le medium de ſa voixn'eſt pas toujours
agréable ; ilappuie peut-être avec trop d'af
fectation fur les tons graves ; peut-être emploie-
t-il trop ſouvent un ou deux pafſages
de fons dégradés en deſcendant , qui feroient
un meilleur effet s'il en étoit plus lobre ; mais
par quelle habileté ne rachette-t-il pas ces
défauts légers ? Quelle méthode excellente !
quellejuſteſſe! quelle ſûreté d'organe ! quelle
préciſion étonnante ! avec quel à-plomb ne
retombe-t- il pas dansles meſures les plus lentes
fur chacun des tems qu'il veut marquer!
Nous ne confeillerions à perſonne d'introduire
la manière de chanter fur nos theatres
, fans contredit , elle y feroit déplacée ;
mais quand nos Virtuoſes , même les plus habiles,
s'exerceroient à imiter la légereté de ſon
exécution , à acquérir la flexibilité de ſon organe
,nous ſommes perfuadés qu'ils ne pour .
roient qu'y gagner ,& que la facilité qu'ils
ſe procureroient , trouveroit toujours bien
ſa place. C'eſt dans ce ſens ſurtout qu'il eſt .
intereffant pour eux d'entendre ſouvent de
bons modèles, qu'ils ne font pas obligés de copierfervilement
mais qui leur fourniffent
des études, dont ils peuvent tirer un excellent
parti.
R
3
Fv
130 MERCURE
COMÉDIE FRANÇOISE.
CE Spectacle n'a fait ni perres ni acquifitionsdans
le cours de l'année dernière. Ily
a paru quelques Débutans , dont les eſſais
n'ont pas eu l'avantage d'obtenir de grands
fuccès. Un feul a fixé un moment l'attention
générale; mais comune , malgré les pompeux
éloges dont on l'a comblé d'abord , les avis
des Connoiffeurs fe font enſuire partagés fur
fon compte , nous attendrons encore quelque
temps avant de parler publiquement des
défauts qu'il montre des qualités qu'il
laiſſe entrevoir &des eſpérances qu'il peut
donner.
Nous croyons devoir dire ici deux mots
du célèbre Grandval , * mort le vingt - cinq
Septembre de l'année dernière. On fait
que cet Acteur débuta pour la première
fois en 1729 , à l'âge de dix-huit ans , &
qu'il fe retira en 1762 ; que deux ans après ,
c'est-à-dire , en 1764 , il remonta fur le
Théâtre , qu'il quitta , pour la dernière fois ,
en 1768. Peu de Comédiens ont joui d'une
plus grande réputation. Son talent pour la
Tragédie étoit fort fubordonné à celui qu'il
* Charles-François- Nicolas Racot de Grandval,
fils de Charles Racot de Grandval , Muficien &
Poëte, a- fait imprimer quelques Comédies d'un
genre très- libre , mais où l'on trouve ſouvent de
refprit , de la gaîté &du talent pour la critique
DE FRANCE. 131
montroit dans laComédie ; mais auſſi dans
ce dernier genre étoit-ild'une ſupériorité rare
dont on ſe ſouvient encore. De la nobleſſe ,
de la grâce , de l'eſprit , de l'intelligence , de
la ſenſibilité , & fur-tout dans le maintien ,
dans la démarche , & dans la gefticulation
une décence preſque perdue aujourd'hui fur
notre Scène Françoiſe : telles étoient les qualités
diſtinctives de Grandval. Lorſqu'il ſe
retira en 1762 , il emporta les regrets de
tous les Amateurs du Théâtre. Lorſqu'il reparut
en 1764, il eut le chagrin de ne pas
réunir le même nombre de ſuffrages qu'il
s'étoit d'abord concilies ,& ne laiſſa guères ,
lorsdeſaſeconde retraite, que lamémoiredes
ſuccès qu'il avoit obtenus avant la première,
Exemple frappant pour tous les Comédiens
d'un grand merite , que le ſouvenir de l'éclat
de leurs premières années aveugle ſur la foibleſſe
de leurs dernières ; & qui non-feulement
s'expoſent à éprouver la rigueur de ce
même Public dons ils ont excité l'enthoufiaſme
, mais encore à ſe retirer ſans réputation
& à mourir tout entiers.
Le Mardis de ce mois , l'ouverture de
ce Spectacle s'eſt faite par une repréſentation
de Britannicus , Tragédie de Racine ,
& l'un des chef d'oeuvres de ce grand Poëte ,
ſuivie de l'École des Maris , Comédie de
Molière , en trois Actes & en vers.
Avant la première Pièce , M. Saint- Prix
s'eft préſenté pour prononcer le Difcours
Luivant.
Fv
132 MERCURE
4
MESSIEURS ,
>>Les circonstances qui ſuſpendent pour un tems
l'activité de ce Théâtre , conſacré au premier de
tous les Arts , n'a pas rallenti nos travaux : il n'y a
pas de repos pour le zèle , & l'étude doit remplir le
loifir du talent ; nous rentrons dans la carrière
animés d'une ardeur nouvelle, &diſpoſés à redoubler
d'efforts pour mériter vos bontés.
Mais , Meſſieurs , notre zèle a beſoin d'être à la
fois encouragé & dirigé ; vous êtes nos Maîtres &
nos Juges ; votre cenfure nous éclaire , votre indulgence
excite nos efforts , votre ſévérité même eſt
Louvent un bienfait.
Le Théâtre François eſt devenu le Théâtre de
l'Europe , & fa gloire fait une des plus belles parties
de la gloire nationale.
C'eſt ànous qu'eſt confié le ſoin d'en maintenir
la ſplendeur , & nous fentons toute l'importance
d'un dépôt ſi précieux ; mais vous ſavez auſſi ,
Meſſieurs , combien ſont difficiles à remplir les
devoirs qu'il nous impoſe.
Legénie des Corneille & des Molière, des Racine,
des Voltaire , vit ſans doute dans leurs outrages;
mais ces chef- d'oeuvres immortels n'éclaireroient ,
ne charmeroient qu'un certain nombre d'efprits cultivés
par l'étude & polis par le goût , ſi l'art du
Comédien ne leur donnoit , pour ainſi dire , une vie
plus brillante & plus active , en étendant leur influence
fur ces multitudes d'hommes raſſemblés , où
lesimpreffions de chacun , exaitées par les impreſſions.
de tous , prennent le caractère de la paſſion & de
l'enthousiasme.
C'eſt au Comédien à s'élever à la hauteur des
conceptions du Poëte, à ſe pénétrer du ſentiment
qui l'inſpiroit , à s'approprier ſes pensées , à leur
DE FRANCE. 133
donner des accens & des geſtes , & à peindre aux
ſens de l'Auditeur les traits qui ne parloient qu'à
l'eſprit du Lecteur.
Que d'études à faire , que d'obstacles à vaincre
pour parvenir à ce but ! La Nature n'offre au Co.
médien que des formes fugitives , que des traits
épars àfaifir & à rapprocher. Les grands Acteurs
qui , avant lui , ont perfectionné l'art , ne peuvent
lui ſervir de modèle , leurs talens ſont perdus pour
leurs ſucceſſeurs .
Ceux qui font aujourd'hui l'ornement de notre
Théâtre,& font en poffeſſion d'obtenir vos fuffrages,
en excitant l'émulation de l'Acteur plus jeune &
moins exercé , lui inſpirenten même-tems une juſte
timidité ; il craint de s'égarer en s'écartant des
routes qu'ils ont ſuivies avec ſuccès , & s'il marche
detropprès ſur leurs traces , il renonce à cette originalité,
qui ſeule conſtitue le vrai talent , & mène
a la célébrité.
Vous ſeuls , Meffieurs , pouvez éclairer fa route
entre ces deux écueils ; c'eſt à vous à encourager les
tentatives du zele en reprimant ſes écarts ; a cou
ronner le talent conſommé par des fuffrages qui
font ſon bonheur & fa gloire , & à exciter par
votre indulgence le talent naiſſant à mériter un jour.
le même ſuccès . >>
On ne peut pas dire que le Public ait applaudi
ce Diſcours , puiſqu'il lui a été impoffible
de l'entendre. Soit timidité , ſoit
defaut de mémoire , M. Saint-Prix l'a debité
d'une manière decouſue. Les Spectateurs ſe
font efforces de l'encourager par des applaudiſſemens
réitérés. Cette preuve de l'intérêt
qu'on prend à lui, doit l'engager à s'en montrer
digne , & à faire les études qui peuvent
134
MERCURE
le mettre en état de répondre à la haute opinion
qu'on a conçue de ſes talens , & à
laquelle il n'a encore répondu que d'une
manière bien foible.
Nous ne ferons pas de longues obſervations
ſur ce Diſcours , dont les idées ne ſont
pas toutes d'une grande juſteſſe , & qui n'eſt
pas toujours écrit avec beaucoup de clarté.
Nous dirons ſeulement que ſi l'Art Dramatique
eſt un Art difficile, s'il a un but noble ,
utile& moral , il n'eſt pas pour cela lepremier
de tous les Arts. Nous croyons bien que
lesimpreffions exaltées de certaines multitudes
d'hommes raſſemblées , peuvent ſe laiffer entraîner
par de pareilles exagérations ; mais
nous croyons auſſi que ces exagérations ne
peuvent que déplaire à ceux qui ne penſent
pas comme ces multitudes , & qui ſavent
affigner à chaque choſe ſa place& fon rang.
Quelques plaiſans ont remarqué que le Maître
de Muſique du Bourgeois Gentilhomme
s'exprimoit à peu-près avec le même enthoufiaſme
ſur l'excellence de fon Art ; mais que
le Parterre n'étois pas toujours ſi facile à induire
en erreur que le bonM. Jourdain.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a ouvert ce Théâtre , le même jour
f Avril, par une repréſentation du Bon
Ménage,Comédie de M. de Florian , ſuivie
de la Femme Jalouse , Comédie de M. Desforges
, en cinq Actes & en vers.
DE FRANCE.
135
Avant la première Pièce , M. Granger ,
dont les talens acquièrent tous les jours de
nouveaux droits, non-ſeulement ſur l'eſtime
publique , mais encore fur celle des Amateurs
les plus exigeans, a prononcé le Diſcours
qui fuir.
MESSIEURS ,
• La reconnoiſſance s'exprime fimplement ; elle
ne veut pas éblouir , elle ainie mieux perfuader :
puiſſe la notre avoir cet avantage auprès de vous !
Eh ! comment pourriez- vous douter de ſa ſincérité ,
Meſſieurs ? Quel Théâtre aplus éprouvé vos bontés ?
Quel genre n'avez - vous pas encouragé parmi nous ?
Dès long- tems les piècesà ariettes reçoivent de vous
un accueil flatteur. Des compoſitions ingénieuſes&
brillantes ,une heureuſe exécution , fruit d'un travail
guidé par votre goût & vos lumières , ont établi
-leur fuccès,& ſemblent en garantir la durée. >>
>> Les applaudiſſemens que vous avez accordés
récemment à des Auteurs dont les talens vous ont
toujours été chers , confirment cet eſpoir.
Le Vaudeville a reparu ſur la Scène ,& fagaîte
vousplaît comme autrefois : enfin, Meſſieurs , vous
avez vu avec intérêt le rétabliſſement du genre
françois fur ce Théâtre: vous vous êtes plû à nous
fuivre dans cette nouvelle carrière dont vous connoiffiez
les difficultés: vous nous avez tenu compte
au moins des efforts ; & fil'événement a quelquefois
trompé notre attente , votre indulgence a toufours
adouci nos regrets. Dans des jours plus heureux
chacun de nos progrès a été un plaifir pour vous :
vous nous l'avez prouvé , Meffieurs , en daignant
accueillir plufieurs ouvrages Dramatiques dans le
cours de l'année dernière ;& fi celui que nous vous
136 MERCURE
offrons encore aujourd'hui vous a paru digne
d'eſtine , fi nous vous le rappellons en ce moment ,
c'eſt moins pour nous enorgueillir de ſon ſuccès ,
que pour vous en faire hommage. Oui , Meffieurs ,
nous vous devons tout ; mais nous aimerons toujours
ànous le rappeler : toujours occupés de varier vos
plaiſirs , nous continuerons à vous offrir des Nouveautés
dans tous les genres ; nous ne pouvons le
faire qu'en nous livrant à un travail conſtant &
pénible : mais quoi qu'il en puiffe coûter pour
mériter vos fuffrages , on l'oublie aisément quand
on a le bonheur de les obtenir. >>
CeDifcours a été très bien accueilli. Il a
étéprononcé par ſon Auteur avec une aſſu
rance reſpectueuſe & noble. Le ton fimple
&modefte qui le caractériſe , convenoit parfaitement
à la circonſtance ; il nous paroît
très-préférable à ce ton fententieux & didactique
dont on pourroit cirer des exemples ,
& qui eſt d'autant plus ridicule qu'il annonce
autant de vanité que de prétention.
-Ce-Spectacle n'a éprouvé aucune révolution
, & reſte cette année dans la pofition
où il étoit l'année dernière. On y prépare
Agnès Bernau , Drame Heroïque en trois
Actes , imité de l'Allemand.
* La Femme Jalouſe.
DE FRANCE.. 137
ANNONCES ET NOTICES.
APRÈS PRÈS le décès du fieur Buy de Mornas , Ingénieur-
Géographe du Roi & des Enfans de France ,
Auteur de l'Atlas Méthodique & Elémentaire de
Géographie & d'Histoire , le ſieur Deſnos, Ingénieur-
Géographe , à Paris , rue S. Jacques , au globe, a été
fon .Affocié pour la compoſition & l'exécution de cet
Atlas , annonce que c'eſt à lui qu'en appartiennent
actuellement les Planches ,& que c'eſt chez lui ſeul
qu'on pourra ſe le procurer. Cet Atlas , compoſé de
266 Cartes , ſe diviſe en quatre parties , formant
:quatre volumes , qui peuvent ſe détacher , & qui ſe
vendent (éparément, il offre un cours complet de
-ſphère , deGéographie, de Chronologie & d'Hiftoire.
Les Livraiſons de cet Ouvrage n'ayant pas ré-
-pondu à l'empreſſement du Public , pluſeurs perſonnes
en ont eu les deux premières Parties fans
-avoir pu ſe procurer les troiſième & quatrième. Le
-ſieur Deſnos les propoſe au prix de la première Soufcription
, qui est d'un quart moins que l'Auteur ne
les vendoit , pendant l'eſpace de trois mois. Les 4
volumes reliés en carton , dos de veau , ſe vendront ,
grand papier 200 liv. , moyen 160 liv. , petit
papier 130 livres. Le ſieur Deſnos propoſe à
ceux qui ont acquis les quatre volumes de cet
Atlas , qui complettent toute la Géographie ancienne
depuis la création du monde , un cinquième
volume ſervant de ſuite aux précédens , lequel contient
la Géographie Moderne , Politique & Hiftorique
en 66 Cartes , par M Brion de la Tour , Ingénieur-
Géographe du Roi , Auteur de l'Atlas de
tiné à l'inſtruction de la jeune Nobleſſe de l'École
,
18 MERCURE
Royale Militaire , avec un Diſcours imprimé en
marge de chacune, par M. Maclot, Profeſſeur de
Coſmographie & d'Histoire. Ce Volume ſe vend
féparément en grand papier so livres , moyen papier
42 livres , petit papier 36 livres , & in-4° .
27 livres. Le Profpectus très- détaillé de cet Ouvrage
ſe diſtribue gratuitement chez le ſieur Deſnos.
Atlas Coſmographique , Méthodique & Élémenzaire
, Traité complet qui réunit aux connoiſſances
de la Phyſique & de l'Histoire Naturelle , celles des
différentes parties de l'Univers , ſpécialement de la
Terre que nous habitons , la nature, l'ordre , la
difpofition , le mouvement des Aftres ; enfin tout ce
qui a rapport à l'explication des Globes Terrestre
&Céleste , avec Difcours gravé en marge de chaque
Carte, par le ſieur Buy de Mornas , première partie
de ſon Atlas , qui ſe vend ſéparément pour l'uſage
des Colléges , Penſions & de toutes les Perſonnes
qui étudient ou enſeignent la Géographie ou l'Hiftoire,
en 57 Cartes, Volume' in-folio, petit papier
28 livres , moyen papier 36 livres , grand papier44
liv.
Atlas de la Géographie ancienne , ſuivi d'un Tableau
de l'Hiſtoire ancienne tant Sacrée que Profane
, ou Précis Chronologique des principaux évènemens
depuis la Création juſqu'à Jésus Chriſt ,
petit in folio , en 2,8 Cartes , 24 livres , & avec la
Géographie Moderne , faiſant 96 Cartes , reliées
enſemble 60 liv .
LES Quatre Saiſons Littéraires , RecueilPériodique
.
Ce Recueil paroîtra quatre fois par an comme
Pannonce le titre , afin de rapprocher davantage la
publicité de chaque Pièce de l'occaſion qui l'aura
fait naître. Chaque Recueil contiendra , 1 °. les
Chanfons les plus nouvelles & les plus piquantes ,
DE FRANCE. 139
ou même quelques anciennes qui ne ſeroient pas
connues; 29. quelques Poéfies fugitives ; 3 °. ( pour
yjeter plus de variété ) des morceaux de Proſe , tels
que Difcours , Contes , Differtations , Difcations
Littéraires , &c ; 4°. enfin le Recueil ſera terminé
par la Nomenclature des Ouvrages en vers & en
proſe qui paroîtront dans chaque Saiſon. Le premier
Volume de ce Recueil paroît en même temps
que le Profpectus ; il contient entr'autres choſes
deux morceaux de Proſe célèbres de feu M. l'Abbé
Arnault, de l'Académie Françoite , dont l'un a pour
titre : Portrait de Jules César , & l'autre , Elege
d'Homère , plufieurs Pièces de Voltaire qui n'ont
point été imprimées , des Chanſons & des Vers de
différentes Perſonnes de la Cour , & des Pièces de
Gens de Lettres très-diftingués , &c. &c. &c.
Ce Recueil paroîtra régulièrement au commencement
de chaque Saiſon , c'est-à-dire , le 21 Mars
pour le Printemps , le 21 Juin pour l'été , le 21 Septembre
pour l'Automne , & le 21 Décembre pour
P'Hiver.
Il faut s'adreſſer à M. Desfontaines de la Vallée ,
Propriétaire & Rédacteur de l'Ouvrage , hôtel de
Rouen , rue Saint Benoît , nº. 16 .
L'Ouvrage ſe trouve à la même adreſſe à raiſon
de 1 livre to fols le Volume. La Collection entière
de l'année, qui ſera de quatre Volumes , ſe payera
6 livres. Les Perſonnes qui voudront ſe la procurer,
peuvent faire paſſfer cette foimme au Rédacteur , qui
ſe chargera d'envoyer exactement chaque Volume à
fon époque , port franc , ſoit à Paris, ſoit en Province.
OEUVRESde Plutarque , traduites du Gres, par
Jacques Amyot , quinzième & ſeizième Livraiſons ,
faiſant les Tomes premier & fecond du Supplement
140 MERCURE
in-8 °. & in - 4 ° . , papiers d'Angoulême , d'Hollande
&vélin.
Ces deux Volumes renferment les Vies d'Annibal
& Scipion , Epaminondas , Philippus Maced. Dionyfius
, Oft. César , Miltiades , Paufanias , Thrafibulus
, Conon , Iphicrates , Galbus , Timotheus ,
Datanus , Hamilcar , Ariftippus , Æneas , Tulli's
Hostilius , Aristomenes , Tarquinius Vet. L. J.
Brutus , Gélon , Cyrus , Jafon , avec les Indices
Chronologiques & la Table des Matières à chaque
Volume.
Toutes les Vies de ces Hommes Illuſtres ont été
traduites des Langues Grecque , Latine & Angloiſe
par différens Auteurs.
Le troiſième & dernier Volume de Supplément ,
contenant LaDécade ou Vies de dix Empereurs célèbres,
paroîtra dans le courant de Mai prochain ,
avec la dix-huitième & dernière Livraiſon , contenant
la Table des OEuvres de Plutarque & les cartons
pour remettre dans les Volumes précédens .
On fouſcrit pour cet Ouvrage à Paris , chez
J. Fr. Baftien, Libraire & Éditeur , rue S. Hyacinthe,
Place Saint Michel , &chez les principaux Libraires
de l'Europe.
:
La Morale de Jésus-Christ & des Apôtres , ou
la Vie& les Inſtructions de Jésus- Christ, tirées du
Nouveau - Testament , 2 Volumes in- 18 , imprimés
avec les nouveaux caractères de Didot l'aîné, fur
papier vélin d'Annonay. Prix , 6 livres brochés
La même ſur papier ordinaire , z Volumes. Prix ,
-3 liv, reliés en bazanne. A Paris , chez Didot l'aîné ,
Imprimeur-Libraire , rue Pavée-Saint-André..
Le plan adopté par l'Auteur eſt ſage & propre à
remplir le but qu'il s'eſt propoſé. L'Ouvrage eſt
diviſé en deux Parties. La première comprend la
:Vie de Jéſus Chriſt par l'ordre des temps ; le DifDE
FRANCE. 141
cours en eſt pris dans les quatre Évangéliftes , & ne
contient rien qui ne ſe trouve dans les Textes facrés.
La ſeconde Partie contient des Règles de conduite
pour les Chrétiens , toutes tirées des Épîtres des
Apôtres, Pour y répandre plus de clarté , on les a
rangées fous différens titres.
L'Auteur préſume avec raiſon que le Public fera
charméd'avoir en un corps d'Histoire tout le Nouveau-
Teftament ſans un mot de changé dans le
Texte.
Quant à l'exécution typographique , nous avons
tout dit en tranſcrivant le titre , puiſque le nom de
M. Didots'y trouve. Afin que l'Ouvrage pût ſervir
dans les Écoles , dans les Catéchifines , l'Édition a
été mise àbon marché , vû la groſſeur des Volumes.
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Dames .
Voyages. Tome I. A Paris , rue d'Anjou , la deuxième
porte- cochère à gauche en entrant par la rue
Dauphine.
Il paroît deux Volumes par mois de cet Ouvrage.
Le prix de la ſouſcription est de 72 liv. pour
vingt-quatre Volumes reliés , & 61 liv. 4 fols franc
de portpar la poſte pour la Province. On ne pourra
s'abonner que pour une demi-année. On imprime
fur le frontiſpice le nom de la perſonne qui ſouſcrit.
DISCOURS fur la grandeur & l'importance de la
révolution qui vient de s'opérer dans l'Amérique
Septentrionale, ſujet proposé par l'Académie des
Jeux Floraux , par M le Chevalier Deflandes , Capitaine
au Régiment de Bretagne , Correſpondant
du Musée de Paris. A Francfort ; & ſe trouve à
Paris , chez Durand neveu , Libraire , rue Galande ,
& Mufier , Libraire , quai des Auguftins.
L'Auteur de ce Difcours , dont une moitié n'a
12 MERCURE
preſque aucun rapport avec le titre , paroît avoir
voulu prendre pour modele l'Auteur célebre du Difcours
ſur l'Hiftoire Univerſelle ; un coup - d'oeil rapide
ſur les événemens remarquables qui ſe ſont
paſſes ſur la furface du Globe , forme la première
Partie de ce Diſcours.
Ce tatvicau eft tracé avec chaleur ; & fi on n'a
rien appris après qu'on l'a lu , il faut convenir qu'on
ne s'eft point ennuyé à le lire...
On a joint à cela quelques Pièces Fugitives affez
intéreſſantes , ce ſont des Délibérations du Congrès
fur les honneurs rendus aux Officiers Américains
tués en défendant leur patrie , & un Extrait de
l'Oraiſon funèbre du Major General Waren , par
M. Franklin.
COLLECTION des Coutumes générales , particulières
& locales qui régiſſent les personnes & biens
de la Province au Berry , par M. Pallet , Avocat en
Parlement , Hiftoriographę du Berry , de la Société
Royale de Phyſique , d'Hiſtoire Naturelle &
des Arts d'Orléans .
Ces Coutumes générales , particulières & locales ,
font rares&preſque inconnues aux perſonnes qu'elles
intéreſſent. Il manquoit à notre Jurisprudence de les
trouver raſſemblées dans un même corps . Cet Ouvrage
propoſé par ſouſcription formera trois Volumes
in-8°. Le prix ſera de 15 liv. brochés. On payera en
ſouſcrivant 9 livres , & 6 liv . en retirant les Volumes
qui feront délivrés enſemble dans le cours du mois
de Mai 1785. La ſouſcription ſera fermée dans le
courant d'Avril. Cette ſouſcription remplie , les
Exemplaires excédens ſeront vendus 18 livres brochés.
On ſouſcrit à Bourges , chez J. B. Prevoſt ,
Libraire; & à Paris , chez Monori , Libraire , rue de
la Comédie Françoiſe , & Legras , Libraire , quai de
Conti , en face du Pont- Neuf.
1
1
DE FRANCE.
143
DORS, DORS.... Jolie Eſtampe gravée par
N. F. Regnauit , d'après le Tableau peint par luimême
, pour ſervir de pendant à celle que nous
avons annoncée le 27 Mars 1784 , Nº. 1-3 , ſous le
titre de : Ah, s'il s'éveilloit !
Cette Eſtampe ne le cède en rien à la première;
elle ajoute aux eſpérances qu'a fait concevoir cet
Artiſte dans le nouveau gente qu'il a introduit en
Gravure. On la trouve , ainſi que le pendant, à
Paris , chez l'Auteur , rue de Montmorency, nº. 22 ,
&-chez Delalande, Graveur , même maiſon. Prix ,
3 liv. chacune.
JOURNAL de Muſique. Militaire , ou Pièces
&Harmonie compofies & arrangéespar les meilleurs
Maîtres pour Clarinettes , Cors , Baffons , &c.
Prix, 3 livres , & 3 liv 12 fols chaque Cahier franc
de port. A Strasbourg , chez J. Reinard Storck , Luthier
, Marchand de Muſique , près le Pont du
Corbeau.
NUMÉROS 20, 21, 22 & 23 des Feuilles deTerpfychore,
ou nouvelle Étude de Harpe & de Clavecin
, dédiés aux Dames. Il paroît tous les Lundis unc
Feuille pour chaque Inſtrument. Prix, 1 liv. 4 fois .
On s'abonne auffi pour l'année chez Couſineau père
& fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies , &
Salomon , Luthier , Place de l'École .
SIX Quatuors pour deux Violons , Alto &
Baffe, par M., Chartrain , OEuvre XXII , dédié à
Mlle Caroline de Matignon Prix , 9 liv. A Paris, chez
l'Auteur , rue de Buſſy, maiſon du Receveur de Lore
ries , & chez Mlle Castagnery , rue des Prouvaires.
CesQuatuors nous ont paru dignes de la réputation
de l'Auteur.
1441
MERCURE
NUMÉRO 4 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , compoſé pour deux Violons ou deux
Violoncelles. On ſouſcrir à Paris moyennant if &
18 livres , chez le fieur Bornet l'aîné , Profeſſeur de
Muſique , rue des Prouvaires , près S. Eustache , au
Bureau de Loterie.
:
SONATE à quatre mains pour le Piano-Forte ,
par M. l'Abbé Vogler. Prix , 3 livres , formant le
Numéro 16 du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Abonnement pour douze Numéros
24 & 30 liv. A Paris , chez M. Boyer , rue
de Richelieu , ancien Café de Foy , & chez Mme
Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or,
, Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Musique& des Livres nouveaux voyez les
Couvertures,
TABLE.
VERS fur la Naiſſance de Charade , Enigme & Logo-
Migr. le Duc de Normandie,
Aux Canons de la Ville ,
Impromptu,
Idem.
A Mime de Genlis.
LeProverbeappliqué ,
gryphe,
Iliade d'Homère , 97 L'Iliade
98 Lettrefur Athènes ,
99 Concert Spirituel ,
ibid. Comédie Françoise ,
100 Comédie Italienne ,
ibib. Annonces &Notices ,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
102
105
115
120
130
134
138
JAT lu
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui fuiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 15 Avril 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 31 Mars.
L
E froid exceſſif que nous éprouvâmes
le mois dernier & les premiers jours de
celui- ci , s'eſt renouvellé avec la même vivacité.
Depuis le 15 , on paſſe l'Elbe à pied,
&les gens de la campagne deſcendent ce
fleuve ſur des traîneaux. La glace dans le
détroit du Sund eſt encore ſi épaiſſe , que
le Miniſtre de Ruſſie, qui ſe rend à Stockolm
, a traverſé à pied ce bras de mer ,
ſes équipages étant ſur des traîneaux.
Onditque le ſieur de Gaffron, ci -devant
chargé d'affaires du Roi de Pruſſe à la Porte
, eſt condamné à un an de priſon dans la
fortereſſe de Spandau .
D'après la nouvelle ordonnance militaire
en Danemarck , les régimens de cavalerie
feront compoſés à l'avenir de 4eſcadrons ,
au lieu de 5 , & on formiera trois nouveaux
Nº. 16 , 16 Avril 1785. e
bataillons pour le ſervice de la marine. Chacun
de ces bataillons contiſtera en 4 compagnies
; le premier portera le nom du bataillon
de Cronberg , & les autres celui de
premier&de ſecond bataillon de Frédéricfhawn.
Indépendamment de ces bataillons
on levera encore deux corps de chaſſeurs ;
l'un pour le royaume de Danemarck , &
l'autre pour le duché de Holſtein. Le grand
hôpital militaire ſera transféré d'ici à Ekernforde
, où les bâtimens qui ſervoient autrefois
aux fabriques , feront adaptés à cet objet.
L'ordonnance qui preſcrit le ſervice&
les manoeuvres , paroîtra auſſi inceſſamment.
On apprend de Berlin que le ſieur Kenig
a été nommé par le Roi conſul général
dans la Walachie & la Moldavie ; fa réſidence
ſera à Jaſſy..
Pluſieurs régimens Ruſſes d'infanterie &
de cavalerie font arrivés dans l'Ukraine Polonaiſe
; on y en attend encore d'autres.
Le Comte Vincent Potoski vient d'établir
à Niemerow , ſa réſidence , une grande
manufacture d'indiennes , pour laquelle il a
fait venir des ouvriers de l'Allemagne &de
la Suiffe .
On apprend de Pétersbourg , que le
Lieutenant général Comte d'Anhalt en eſt
parti pour faire un voyage àArchangel &
dans les provinces ſeptentrionales.
Les revenus annuels du Tréſorde la Couronne
de Pologne montent à la ſomme de 2,167,922
Fixdalers. Comme leTréſor ne paie que les ſome
( وو (
mes fixéesà la Diéte de 1776 , il reſte chaque
année de l'argent en caiſſe. En 1783 & 1784 , la
République a acquitté 387,463 rixdalers de la
dette nationale. Le don gratuit du Clergé pour
cet objet , monte par an à la ſomme de 100,000
rixdalers. En 1784, la Capitation des Juifs a
fait un objet de 92,290 rixdalers . Comme chaque
tête des Juifs eſt payée de 8 grofchen , la populationde
cettenation enPologne ne monte , d'après
ce calcul , qu'à 276,870 ames .
Le 14 Mars , le Lieutenant général de
Saldern, gouverneur de Magdebourg , eſt
mort dans la 6se. année de ſon âge. On
aſſure que le Lieutenant général de Lengerfeld
doit le remplacer.
Une gazette Allemande de commerce a
publié le tableau ſuivant , concernant la
proportion de l'or à l'argent , depuis l'an
310, après la conſtruction de Rome , jufqu'à
nos jours.
L'an après la conſtruction de Rome ,
. 310 comme i à 13.
L'an après la conſtruction de Rome ,
460 comme i à 10.
Sous l'EmpereurConſtantin, comme 1 à 13 &à 12 .
Sous Saint Louis , • comme à ro.
En 1500 , • comme 1 à 12..
EnEſpagne , après la decouverte du Pérou ,
comme 1 à 16.
EnEſpagne , comme 1 à و 14
EnAllemagne , en 1559 , . comme ràn ΤΣ
I
Idem. , en 1656, comme ià14
Idem. , en 1667 ,
Idem. , en 1690 ,
Idem. , en 1738,
• comme 1 à 13
commerà is
comme 1 à 151
I
e2
( 100 )
Idem. , en 1750 ,
Idem , ea 1763 ,.
En Hollande ,
En Angleterre ,
En France ,.
En Savoie ,
En Suiffe ,
EnRuffie
Au Japon ,
,
. م
comme 1 à 13
• comme 1àà14
7
comme à 14
comme i dis
comme 1 à 14
2
• comme 1 à 14
comme i à if
comme à 15 .
comme à 8.
Dans l'Inde , au-delà duGanges , comme à II,
En Ghine , comme i à tG.
Les données de cette table paroiſſent fouvent
être arbitraires , parce qu'on n'a point
de preuves certaines qu'il exiſte 10, 12 ou
15 fois moins d'or que d'argent. M. Achenvall
, célébre publiciſte d'Allemagne , avoit
calculé qu'en Europe l'augmentation annuelle
de l'or à l'argent étoit dans la proportion
de 2 à 5. Cette proportion feroit
encore plus grande fi les Indes orientales , le
Levant , la vaiſſelle d'argent & les manufactures
n'enlevoient pas annuellement une
quantité prodigieufe d'argent. Mais il faut
obſerver que plus on approche des pays
occidentaux , plus la valeur de l'or augmente.
DE VIENNE , le 31 Mars.
T
Des diſpoſitions militaires non- interrompues,
la certitude d'ordres envoyés à divers
régimens ; l'agitation qui regne dans plu-
Geurs cabinets de l'Europe ; enfin ce qu'on
public des différentes cauſes de diviſion que
( 101 )
préſente l'état politique de l'Allemagne ,
fortifient les ſoupçons de ceux qui s'atten
dent à des événemens importans. Cependant
l'on craint peu ici une rupture avec la
Hollande , ce différend étant à des termes
conciliatoires , dont on eſpere encore une
heureuſe conclufion.
L'Empereur a été de nouveau incom
modé d'une éréſipelle, aujourd'hui entierement
diffipée. Le travail affidu & opiniâtre ,
auquel S. M. I. eſt livrée depuis long-temps ,
paroît être la cauſe de cette indiſpoſition
qui ſe manifeſta déja ſur les yeux du Monarque
l'année derniere.
Le cardinal Migazzi , notre Archevêque ,
eſt très- dangereuſenient malade. On regarde
ſa vie comme aſſez expoſée , pour
qu'on lui déſigne publiquement un ſucceſ
feur , qui , felon le bruit public, ſera le Cardinal
Hertzan .
Leal , une troupe de 150 maçons eſt patie
peur la Bohême, munie de toutes fortes d'outils.
Onditqu'ils font deſtinés à travailler avec la plus
grandediligence aux fortificationsde la fortereſſe
de Peft , qui doit être miſe au plutôt dans le
meilleur étatde défenſe ; ces travaux , exécutés
dans un moment où la ſaiſon eſt encore ſi rigoureuſe
, ont ſans doute pour cauſe les mouvemens
qu'on apperçoit ſur les frontieres de la Siléfie. Les
tranſports de munitions & d'artillerie ſe continuent
toujours autant que la ſaiſon peut le permettre.
Journellement on voit arriver des re
crues qui font auffitôt incorporées dans les
e3
( 102 )
régimens. On recrute même depuis quelques
jours dans cette capitale avec une
nouvelle activité ; & demain une levée générale
doit avoir lieu .
La crainte d'un dégel ſubit &de ſes ſuites
ne s'eſt point encore diffipée : la police a
pris toutes les précautions pour empêcher
des accidens , & on a fait vuider les maifons
les plus expoſées au débordement.
L'Empereur a donné à cette occaſion des
preuves de ſon activité , de ſa popularité ,
de ſon humanité ordinaires , en ſe tranfportant
lui-même pluſieurs fois ſur les lieux ,
viſitant les travaux&les encourageant.
La faillite du Comte Charles Proli d'Anvers ,
& celle de la Compagnie Aſiatique d'Oftende &
deTrieſte , qu'elle a entraînée , a cauſe ici une
fenſation d'autant plus vive , que l'exiſtence de
cette Compagnie paſſoit pour être le principal
motifdes démarches concernant l'Eſcaut , & que
les inftances du Comte de Proli ont beaucoup
contribué à en hâter le développement. On ne
faitpas encore ſi l'Empereur donnera de ſes propres
Finances pour venir au fecours de la Compagnie:
elle doit encore au Tréſor une ſomme de
180 mille florins pour des plaques de cuivre ,
qu'elle a vendues en Eſpagne , au - lieu de leur
procurer , fuivant fes offres , un débouché en
Amérique. On évalue toute la banqueroute à 20
millions , dont 400 mille florins ſont dûs à une
maiſon de commerce très connue d'Amſterdam ,
&environ la même ſomme àune maiſon de Livourne.
Le reſtede la maſſe retombe pour la plus
grande partie ſur une multitude de Particuliers ,
ruinés aujourd'hui par leur crop grande confiance
( 103 )
en la Compagnie& en ſon Directeur. Si la Compagnie
peut ſe relever jamais , ce ne ſera que par le
fecours du Gouvernement & par l'aſſiſtance de
notre célebre Banquier , le Comte de Frieſs , &de
lapuiſſante maiſon de Romberg à Bruxelles .
Au défaut d'informations bien certaines
ſur le ſupplice des deux chefs Valaques à
Carlsbourg , voici ce qu'on raconte , vrai
ou faux des circonstances de cet événement.
Lors de l'exécution de Horiach & de K'oska ,
2000 Valaques des Comitats deZalanthe & d'Huniade
ſe trouverent à Carlſbourg ; ces payſans
s'imaginoient , lorſqu'ils reçurent l'ordre de s'y
rendre , qu'il s'agiſſoit de corvées , mais ils furent
conduits par trois Régimens du Cercle , ſoutenus
parde la Cavalerie ,& furent obligés d'être , ainh
que leur chefHoriach , ſpectateurs du ſupplicede
Kloska , qui fut roué , ſans être étranglé, & fans
recevoir le coup de grace. Tandis qu'il vivoit en.
core , on lui a coupé la tête , & enſuite on l'a écartelé;
il n'y a pas de juremens & de blafphemes
qu'il n'ait proférés ; mais le bruit & le roulement
continueld'un grand nombre de tambours empê
cherent qu'ils ne fuſſent entendus des ſpectateurs .
Horiach s'avança avec courage & fermeté pour
fubir le même ſupplice , en diſant : Je meurs pour
la Nation ; il ne pouſſa aucun cri , & ne donna
aucune marque de douleur. Leurs membres écartelés
ont été expoſés ſur les grands chemins , &
leurs têtes plantées ſur des piquets devant la porte
de leur maiſfon .
On va actuellement procéder à la punitiondes
150 Valaques remis à la juſtice des différens Comitats
, pour être jugés & exécutés , ſelon les loix.
du pays. Le même jour que ſe fit l'exécution , un
c3
( 104 )
vioux Valaque, nommé Nicolas Popa , que l'on
préſume être le pere de Kloska , vouloit emmener
de la Valachie 600 Valaques , le Prince de Valachie
qui en fut informé , en avertit notre Conſul,
qui le fit arrêter & conduire & Hermanſtadt. On
eſt fort curieux d'apprendre quel morifa pu l'engagerà
tenter un coup fi hardi ; comme i n'a pas
encore été interrogé , on ne peut encore rien dire
furſoncompte.
Les nouvelles de la Moldavie annoncent
la conſtruction prochaine de trois ponts fur
le Danube; un détachement de sooTurcs
eſt arrivé de Serraï en Valachie.
Le 17 de ce mois nous avons perdu le
Comte Antoine de Collorédo , Feldt-Maréchal
, Capitaine de la Garde Noble Allemande
, &Directeur de l'Ecole militaire : il
étoit âgé de 77 ans , & en avoit paffé 56
au ſervice. Le public lui donne pour fuccefſeur
le Ducde Brunswick , ci-devant Feldt-
Maréchal des troupes de la Hollande.
Ce qui doit faire rejetter ce bruit, c'eſtque
l'Empereur a élevé le Comte Jof. François
de Kinsky au grade de Lieutenant Feldt-
Maréchal, & lui a conféré le poſte de Directeur
général de l'Académie militaire , vacant
par la mort du Comte Antoine de
Colloredo.
Le nombre des Proteftans & des Grecs
non unis dans cette capitale , monte à isso ,
&dans la Baſſe-Autriche à environ 300 .
On dit ici que pluſieurs régimens en
garniſon dans la Hongrie ont reçu ordre
de ſe tenir prêts àmarcher dans les Pays-
Bas.
( 105 ).
L'Abbaye des Bénédictins de Zvettel
dans la Baſſe-Autriche vient d'être ſupprimée.
On apprend de la Croatie , que le cordon
des troupes ſur les frontieres , a été
renforcée. 1
Les préparatifs deguerreſe continuent :on
vient d'acheter environ 2000 pieces de toile
pour des tentes: divers contrats de fournitures
ſont paffés journellement à différends
ouvriers : d'ici à fix ſemaines , les Cordonniers
des faubourgs doivent livrer 12000pai
res de fouliers , les Fourbiſſeurs 8000 ſabres,
&les Tifferans 14000 aunes de draps pour
des manteaux : la Pologne Autrichienne
fournit immenfément de recrues.
: L'Empereur a fait couper dans les bois
de ſon domaine pluſieurs mille cordes
de bois , que l'on tranſporte ici pour les beſoins
de la ville. S. M. I. en a fixé le prix' ,
qui est très-modéré.
Le froid eft toujours rigoureux ici ,& il tombe
encore quelquefois de la neige ; le vent ſe ſoutient
àN. N. O. Depuis le 28 Février , le thermometre
de Réaumur n'eſt plus remonté au- deſſus du point
de congélation.
Le nouveau Réglement pour le Mont- de Piété
qui vient d'être publié , réduit à 8 pour cent les
intérêts ; ils étoient auparavant à 10 cing fixiemes.
On écrit de Leutſchau , que le 2 de ce mois le
feu a pris dans cette ville; mais qu'avec peu de travail
on eſt parvenu à l'éteindre , ſans qu'il ait cause
degrands dommages .
L'Empereur a ordonné que la Chambre
es
( 106 )
des finances du royaume de Hongrie , foit
incorporée au conseil du Gouvernement
établi à Bade , & qu'à l'avenir le tréfor de
laTransylvanie faſſe partie du Gouvernement
civil de cette province.
Le 9 Mars , les nouveaux grands Palatins&
Commiſſaires royaux , nommés par
l'Empereur pour préſider les cercles du
royaume deHongrie , ont prêté le ferment
de fidélité entre les mains de S. M. en préſence
du Comtede Palfy, vice Chancelier
de Hongrie & de Tranſylvanie.
DE FRANCFORT , le 4 Avril.
:
Il n'y a pas de doute ſur l'activité & fur
le redoublement des préparatifs militaires
qui ſe multiplient en Autriche. Les Régi
mens deſtinés à différentes marches n'attendentpour
ſe mettre en route que l'inſtant
où les chemins couverts de neige feront
praticables; d'un autre côté, la Ruffie fait
avancer de nouvelles troupes vers l'Allemagne
& dans l'Ukraine; les Turcs paroiffentaufli
en mouvement. Dans cet ébranlement
de tant de Puiſſances , on s'attend a
en voir bientôt le véritable but. A Vienne
&en Bavierre , les bruits d'échanges projetés
ſe renouvellent , on dit même qu'un
grand Monarque n'a point diffimulé ſes
craintes à l'Impératricede Ruffie , qui , ſelon
les mêmes lettres , n'a pas paru les partager.
A cette occaſion , les partifans de la
( 107 )
Maiſon d'Autriche ont rappellé l'article 18
du traité de Raſtad & de Bade en 1714 , par
lequel la France s'engage à laiffer l'Electeur
deBaviere maître d'échanger ſes poſſeilions
s'il le trouvoit convenable.
Le Baron de Kern ; qui vient d'être nommé
Chancelier des Etats de Baviere , a été
obligé , en prêtant le ferment de fa nouvelle
dignité , de jurer qu'il n'étoit point
Franc-Maçon.
i
On lit les détails ſuivans dans une lettre
de Conftantinople du 25 Février-
,
Depuis long-temps il arrive ici continuellement
des Militaires Français. Un Navire venu
de Marſeille a amené ici deux Officiers , quatre
Artilleurs & huit Ouvriers pour la fonderie.
Ces derniers n'ont paſſé qu'une nuiten cette Capitale
, & ont d'abord été tranſportés à la petite
fonderiedes canons , ſous la direction du Renegat
Anglois Muſtapha , Général des Bombardiers
où ſe trouve déjà un grand nombre d'ouvriers Eupéens
de toutes nations , mais principalement de
la France. Quant au Capitaine Saint -Remi , venu
par ledit navire , il continue à faire ſon féjour
à Pera. Les exercices des canoniers & Bombardiers
ſe font ſur tout ſous la direction d'Officiers
François , régulièrement trois fois par ſemaine ;
favoir , les Lundi , Jeudi & Samedi. Les Chefs &
Officiers de ces deux Corps doivent y être préſens:
mais ce font les Officiers François qui commandenttoutes
les manoeuvres , & qui tâchent de leur
inſpirer l'eſprit de la tactique Européenne , ayant
pour cet effet des Canoniers & Bombardiers Fran-
*çois qui fe prêtent à montrer aux Turcs la maniere
dont ils doivent s'y prendre pour réuffie &
ſe former.
e
( 108
C'eſt le prélat Comte de Zoglio que le
Pape a nommé, dit-on, à la nouvelle Nonciature
de Munick. On eſt impatient de favoir
de quels pouvoirs ce Nonce ſera mani.
On fait que les évêchés voiſins d'Eichstedt ,
d'Augsbourg , &c. font partie du diſtrict
métropolitain de l'Archevêque de Mayence.
L'Ordre de Malthe établie en Baviere, fait
deja aſſez de tort à la Jurisdiction épifcopale
, parce qu'il a le privilege de l'exemption
de cette jurifdiction.
On apprend de Coblence qu'on y leve
un corps de Chaſſeurs de 200 hommes
pour le ſervice de l'Electeur .
On écrit de Vienne qu'il ne ſe paſſe gueres
de jours , où il ne ſe tienne des conférences
fecrettes au College du Conſeil Aulique
de guerre , qu'on y preſſe la levée des
recrues , & qu'on travaille ſans relâche dans
Farſenal.
Le bruit court que tous les couvens des
Servites feront fupprimés dans les étatsAutrichiens.
On évalue leurs biens à 19 miltions
de florins.
Une lettre de Ratisbonne du 16 de Mars
rapporte en ces termes un fait aſſez ſingulier
:
M. Weishaupt , Profeſſeur à l'Univerſité d'Ingolftadt,
ayant demandé qu'on fit l'acquiſition des
OEuvresde Bayle & de Richard- Simon pour la Bibliotheque
de l'Univerſité ,le Recteur reçut le zer
dumois de Février des ordres de la Cout, pour
qu'il fignifiât auProfeſſeur Weishaupt de ſejuftifiet
( 109 )
par écritde fademande. Celui-ci ayant répondu
qu'il avoit beſoin de ces Ouvrages pour ſesLeçons
publiques ſur l'Hiſtoire & la Philofophie ; il fut
envoyé un ſecond Décret au Recteur , qui portoit
en ſubſtance « que le prétexte allégué par le Profeſſeur
Weishaupt ne l'excuſoit point ; que l'on en
pouvoit induire qu'il étoit adonné ála ſecte philo-
Tophique , dont Bayle avoit été le créateur , & que
par conféquent , il ſeroit enjoint audit Profeſſeur
de faire ſa profeffion de foi devant le Sénat académique
, les portes de la ſalle d'aſſemblée ouvertes
». Un autre Décret du 11 Février , fit connoître
à M. Weishaupt , que vers la fin de l'année
académique , il devoit donner la démiſſion de ſa
Chaire & chercher à ſe placer ailleurs , & qu'en
attendant, on lui accerdoit une penſion de400flor.
mais à condition de ne point ſe préſenter à Munich,
&de quitter Ingolstadt & les environs. Sur cette
intimation , M. Weishaupt déclara qu'il n'avoit pas
beſoin de cette penfion , & qu'il étoit décidé de
quitter Ingolstadt dans l'eſpace de 10 à 12 jours.
L'Univerſité écrivit cette réponſe àMunick , &
reçut le 19 Février le Reſcrit ſuivant : « Comme
>> ce Profeſſeur eſt un boudeur orgueilieux , &
❤ qu'on ne perdoit en lui qu'un maître de loges
>> renommé, ildoit être renvoyé dès- à- préſent » .
On aſſure que M. Weishaupt a quitté l'Univerſité
d'Ingolstadt , & eft,allé àGotha.
Le profeſſeur Bergstræffer à Hanau vient
de renouveller fon engagement pour la pu
blication de l'ouvrage , orné de planches ,
dans lequel il ſe propoſe d'indiquer une
méthode sûre de dicter ou de donner des
ordres jour & nuit dans un camp de deux
cents mille hommes , plus ou moins , fans
que perſonne puiſſe en être inſtruit , à l'ex
( 110 )
ception de ceux qui doivent les connoître.
Il promet l'impreffion de l'ouvrage en Allemand
&en François , auflitót qu'il ſera à
couvert des frais d'impreſſion dont il a déja
reçu les deux tiers. La ſouſcription ſera encore
ouverte pendant trois mois : elle eſt
de 6 liv. pour un exemplaire, Dans le nombre
de ſes ſouſcripteurs , on trouve trenteſept
Princes fouverains , pluſieurs Miniſtres
&les noms les plus diftingués. En France,
l'Auteur n'a eu juſqu'ici que 2 ſoumiffions ,
celle du Prince Soubiſe , & de M. de Boullongne
: on foufcrit à Paris , chez Royez ,
Libraire, au bas du Pont Neuf.
ITALIE.
DE MILAN
د le 25 Mars.
On continue les préparatifs pour former
des magaſins à l'uſage de la citadelle. On
prétend que le couvent des Auguſtins de
S. Marc fera employé à cet effet , & que
ces Religieux ont déja reçu l'ordre exprès
de quitter leur monastere. Les nationaux
paſſeront dans l'autre couvent de leur Inſtitut
, appellé Incoronata , près de la porte
Comaſine , & les étrangers retourneront
dans leur patrie. )
On apprend de Come que le Gouvernement
ya fupprimé deux Monaſteres; l'un
de Bénédictines , ſous l'invocation de ſainte
Magdelaine; l'autre d'Auguſtines , fous celle
de ſaint Dalmat. 1
外移
( 111)
DE LIVOURNE , le 23 Mars.
Voici l'extrait d'une nouvelle lettre d'Alger,
en date du 28 Février , & propre à
faire connoître la ſituation actuelle de cette
place.
Il regne ici une déſolation générale ; les Rédouins
menacent de ſe révolter ; les Eſpagnols ,
d'un autre côté , arment contre nous. Cet orage
terrible nous met dans la plus grande agitarion.
Le Bey eft furieux contre ſes Miniftres , qui par
leurs vexations ont fomenté cette guerre civile
qui peut nous être plus funeſte que la perſécution
des Eſpagnols. Le bruit avoit couru que l'on avoit
intimé au Conſul Vénitien d'oter ſon pavillon ,
ſignal ordinaire d'une déclaration de guerre ; mais
cet événement n'a point eu lieu. On travaille vivement
aux Boulevards , & particulièrement au
Château dit Moro & aux fortifications du Mole,
Le Bey de Conſtantina a été averti de nous faire
paffer les ſecours qu'il nousdoitdans des circonf
tances ſemblables , pour les diſtribuer fur la côte
&dans les lieux les plus expoſés à l'invaſion des
troupes ennemies .
DE ROME , le 22 Mars.
1
ر
On apprend de Naples que le départ de
quatre frégates, de quatre chebecs , de deux
paquebots , de quatre galeres & du vaiſſeau
le S. Joachim eſt ordonné pour les premiers
jours de Mai , & que l'on travaille à
faire des uniformes neufs pour 500 foldats
de marine , & pour autant de Volontaires de
marine, ainſi que pour 300 Albanois.
(111 )
On a déja placé dans la nouvelle falle
du Mutée Clémentin au Vatican la grande
Urne de ſainte Helene , de porphyre rouge,
ornée de bas- reliefs , &habilement rétablie
par le ſieurGiov Pierantoni , ſculpteur du
Mufée.
DE NAPLES , le 19 Mars.
Dans le mois de Janvier dernier , en faifant
une excavation hors des murs de Palerme
, près la porte d'Oſſuna , pour rebâtirunmur
de la maiſon de campagne du
Baron Quaranta , on a découvert un fouterrain
profond , vouté& taillé en apparence
dans la maffe du roc. Les ouvriers qui y
defcendirent, ne purent avancer fort loin
dans cette eſpece de caverne , quoiqu'elle
parût indiquer des rues , parce qu'elle étoit
encombrée de pierres & de terre amoncelée.
Ils trouverent cependant dans une niche
de pierre des reſtes d'un cadavre humain.
Le prince de Torremuzza , averti de
cette découverte , ſe rendit auſſirôt ſur les
lieux. Il examina lui-même les fouterrains ,
&vit avec plaifir que c'étoient des catacombes
taillées dans le roc , & du même
genre que les catacombes de Rome , les
latomies de Syracufe & les catacombes de
l'Egliſe de S. Janvier de Pezzenti à Naples .
Dans le court eſpace de temps que le Prinse
y reſta , il apperçut diverſes rues toutes affez
hautes pour y marcher à l'aiſe , & affez
( 113 )
larges pour y paſſer trois à quatre hommes
de front. On a obſervé que chacune
de ces rues intérieures ſe diviſoit en pluſieurs
autres , & que toutes recevoient la
lumiere de certains soupiraux , pratiqués de
diſtance en diſtance à la ſuperficie du terrein.
Dans les parties latérales de ces rues ,
font creuſées des niches dans leſquelles on
dépoſoit les cadavres. Et en effet on trouve
à chaque pas des crânes & des fragmens
d'os humains & des morceaux de vaſes de
craie. Le Prince de Torremuzza qui eſt
chargé par le Roi de veillerà l'entretien &
àla conſervation detoutes les antiquités de
la province de la vallée de Mazzara , de
même que le Prince de Biſcari l'eſt des antiquirés
des provinces de Noto & de la vallée
de Demona, rendit compte auſſitôt d'e
cet événement au Marquis de Caracciolo ,
vice-Roi de Sicile , qui lui a fait donner
tous les ſecours néceſſaires pour rendre à
ſon premier état un monument auſſi précieux.
On a déja fait ouvrir une autre entrée
& pluſieurs des ſoupiraux du ſouterrain ,
afin d'y faire circuler un air plus ſalutaire
pour les ouvriers chargés d'enlever les terres
qui bouchent le paſſage des rues. On ſe
flatte d'y trouver des monumens intéreſſans,
tels que des inſcriptions , des vaſes , des
urnes , &c.
Le célebre Muſicien Paëſiello , maître de
chapelle, a été nommé par le Roi , compofiteur
de ſa chambre , avec un traitement
annuel de 1200 ducats.
( 114 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 2 Avril
Le Parlement étant prorogé pendant les
fêtes de Pâques , il y a néceſſairement de la
ſéchereſſe dans le Journal des opérations
publiques de cette ifle , où tous les eſprits
ſont abſorbés par l'alliance commerciale
que nous devons contracter avec l'Irlande.
Elle tient à des intérêts ſi puiſſans , à des
calculs ſi compliqués, à des notions ſi exactes
, qu'une négociation de cette importance
exige les plus grandes précautions. Aufli
M. Pitt , felonle bruit général , propoſera
après les vacances aux deux Parlemens de
nommer des Commiſſaires pour difcuter
les clauſes du Traité entre les deux nations ,
&pour adopter les milieux les plus propres
à concilier tous les intérêts.
Dans la foule d'écrivains qui ont donné
leurs avis au Public, relativement à ce problême
économique , on a diftingué quatre
Lords, les Lords Sheffield , Rivers , Nugent
& Mountmorres : il eſt également remarquable
que les ouvrages de ces quatre
ſeigneurs font bien penſés , & bien écrits ,
&très-propres à appaiſer les inquiétudes réciproques
des deux royaumes.
L'Orateur des Communes ſe rend tous
les jours à la Chambre baſſe , mais il n'y
trouve perſonne ; & après avoir attendu
(115)
quelques inſtans , il ajourne la Chambre au
lendemain. Il remplira cette formalité jufqu'à
ce qu'il trouve un nombre fuffifant
pour former un quorum.
On vient de publier l'état ſuivant des importations&
des exportations de la Grande Bretagne
en tabac , indigo , riz , alun & ſucre , depuis
Noël 1783 , juſqu'à Noël 1784. Cet état a été
remis à la Chambre des Communes , par M. Pitt,
&il eft authentique.
Etat des importations &des exportations de la
Grande-Bretagne , en tabac , riz , indigo , rhum
& ſucre , depuis Noël 1783 juſqu'à Noël 1784 ,
dans lequel on diſtingue le produit des droits établisdepuis
1764.
IMPORTATION S.
Quantité.
-Tabac 39,993,442 16.
Droits.
2,495,633 1. 13 f. 11 d.
Riz 123,870 quintaux
L
213 lb. 45,4191. 4Γ. 6 d.
Indigo 1,447,790 lb. exempt de droits .
Droits de Douane ſeu-
3
Rhum 1,751,093 gallóns...
lement
... 39,747 1. of. 8d.
Sucre 1,782,431 quin-
1
taux III lb 1,095,29 1. 15 6. 10d.
12 ib.
Indigo
د
EXPORTATIONS.
Tabac 26,835,891 lb.
Riz 117,684 quintaux
289,133 lb.
Rhum 399,334 gallons.
Sucre 111,303 quin-
taux 118 lb.
9,0641. 4 C. 11 d.
68,700 1. of. toda
1,675,8451. 9. 9 d.
43,149 1. 76. 6 d.
exempt de droits.
Remiſe des droits de
Douane.
( MG )
Produit des droits établis depuis 1764
Tabac
Riz
Indigo
Rhum
Sucre
.......
......
476,806 1. 15 Γ. 3 d.
2941. of. 10d.
exempt dedroits.
Droits de Douane.
..
. 3,6341. 4. 11 d.
497,971 1. 61. 3 d.
N. B. Les Droits & les Remiſes ſur le tabac
ſont portés ici comme s'ils avoient été payés en
entier à l'importation.
JOHN TOMKYNS Infpecteur à la Douane.
Fait à Londres le 21 Mars 1785 .
Le bruit d'un changement prochain dans
le Miniftere ſe ſoutient , & il acquiert tous
les jours plus de force. On ne varie point
ſur le choix du ſucceſſeur que M. Pitt doir
avoir ; c'est toujours le Marquis de Landsdown
que l'on place à la tête de laTréſorerie.
4
LeGouvernement vient d'envoyer des ordres
en Irlande pour que deux Régimens de plus
ſe préparent à s'embarquer pour les Coloniess
Le nombre de troupes fourni par l'établiſſement
militaire de ce Pays pour cette deſtination , ſe
monte à 4800 hommes , dont 3000 paſſeront
aux Iſſes du Vent. A l'arrivée de ces troupes ,
qui doivent relever la garniſon des Ifles Angloiſes
, il y aura une augmentation de 300
hommes dans l'Iſle des Antigues , de 250 à
St. Chriftophes , de 200 à la Barbade , de 150
à St. Vincent , & en proportion aux autres
Ifles enſus du nombre fixé par le dernier établiſſement
de paix. Le motif de cette augmentation
eſt , dit-on , que la France n'a pas
reduit le nombre de ſes troupes à la Martinique
, & qu'elle forme à Ste. Lucie une gar-
1
( 117 )
niſon qui ſera preſque aufi forte que celle
qui s'y trouvoit au commencement des dernieres
hoftilités. La garniſon de la Jamaïque doit être
auffi augmentée d'un Régiment entier & d'une
compagnie d'Artillerie.
On ſe propoſede tirer parti des troupes de
cette garaiſon pour les fortifications projettées.
Ces travaux commenceront le plutôt poffible
aprés l'arrivée du Lord Dunmore , nommé
Gouverneurde cette Iflc.
: L'Inconstant , vaiſſeau de 36canons, commandé
par le Capit. White, & actuellement
àDeptford , a reçu ordre d'eſcorter les bâtimens
de tranſport qui doivent conduire des
troupes à Gibraltar. Le gouvernement a
jugé cette précaution néceſſaire , à cauſe des
pirates qui infeſtent la Méditerranée.
Le gouvernement a ordonné à Plymouth
qu'on fît choix d'un certain nombre
de charpentiers & de calfats , dans le
deſſein de les faire paſſer à Terre -Neuve ,
poury équiper pluſieurs petits bâtimens deftinés
à protéger plus efficacement les pêcheries
de cette ifle,
On a lancé le 26 Mars à Rotherhite un
vaiſſeau de 14 canons , nommé le Terrible.
Voici les différens vaiſſeaux de guerre actuellement
en conſtruction dans les chantiers
du Roi , ou dans ceux des particuliers.
canons. canons.
L'Impregnable ,. 90 Le Swiftſure , 74
LeBoyne, 98 Le Ramillies , .. 74
Windfor-Caffle , 98 Le Coloſſus , TA
LePrince , T 90 Le Sommerſet , • 74
( 118 )
LeMinotaur , 74 LeGorgon , : • 74
Le Majeſtik , 74 L'Adventurer ,. 44
Le Captain , 74 Le Wolwich , 44,
LeZéalous 74 L'Aquilon , 36
Le Vétéran , 64 Le Jaſen , • • 36
La ſemaine derniere la belle maiſon de
campagne de Milord Spencer à Wimbledon
a été réduite en cendres. Lady Spencer y
avoit fait un voyage avec ſon fils Lord
Althorpe, âgé de 3 ans ; l'on ouvrit tous les
appartemens pour leur donner de l'air , &
l'on ignore comment le feu prit à cinq heures
de l'après midi dans une des chambres :
l'incendie fut ſi rapide,&tellement irrémêdiable
vu le manque d'eau , qu'en peu de
temps il ne reſta de l'édifice qu'un monceau
de ruines. Ce château fut bâti par la DucheſſedeMarlborough,
aïeule du Comte de
Spencer , & coûta trente huit mille li. ſterl.
(plusde 850 mille livres tournois. ) Labibliotheque
& la collection de tableaux , l'une &
l'autre très-conſidérables , ont été heureuſement
ſauvées , ainſi que les effets les plus
précieux.
Le Bureau d'inſpe&ion , établi en vertu des
ordres du Gouvernement , & qui ſera compofé
d'Officiers expérimentés , de terre & de mer , va
commencer ſes travaux. Le Duc deRichemond ,
accompagné du Lord George Lenox , eſt parti
pour Portsmouth , d'où ils iront à Plimouth. Les
renſeignemens qu'ils puiſeront dans cette tournée
les mettront en état de faire un rapport éclairé á
laChambre des Communes ſur lagrande queſtion
des fortifications projettées.
( 119 )
L'un de nos papiers calculede la maniere
ſuivante les forces de différens Princes
d'Empire.
Hanovre,
Brunswick ,
La Lippe- Buckebourg ,
Heſſe ,
Hanau,
Oſnabrug,
Munster ,
Dillenburg ,
Darmſtad
Wirtemberg ,
Fulde,
Naſſau-Weilbourg ,
Ufingen ,
Neuwied ,
Saxe,
.
hommes.
30,000.
5.000 .
1500.
15,000.0
1500.
1500 .
5,000.
2,500.
5,000.
3,5000
1500.
2000.
idem.
1000.
30,000.
105,000.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Avril.
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus ſatisfaiſant , Sa Majeſté a vu
aujourd'hui toutes les perſonnes qui ont les
grandes entrées chez le Roi &chez la Reine.
La Marquife de Monſtiers a eu, le 13 du
mois dernier , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame Elifabeth de
France , en qualité de Dame pour accompagner
cette Princeſſe.
1
( 120 )
Le 2 de ce mois , le Marquis de Chauvelin
, Maître de la Garde-robe du Roi , Capitaine
au régiment de Noailles , Dragons ,
aeu l'honneur de monter dans les voitures
de Sa Majesté& de la ſuivre à la chaffe.
Le Baron de Taleyrand , que le Roi avoit
nommé ſonAmbaſſadeur extraordinaire près
le Roi de Naples , a eu, le 3 , l'honneur de
prendre congé pour ſe rendre en cette cour ,
étant préſenté àSa Majesté par le Comte de
Vergennes , Chef du Conſeil royal des finances
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
ledépartement des Affaires étrangeres.
Le même jour, il a été chanté dans les
Eglifes de Verſailles un Te Deum , en réjouiſſance
de l'heureux accouchement de
la Reine , &de la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Le ſoir , il y a eu
une illumination générale dans la ville.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Genlis ,
Ordre de Prémontré , dioceſe de Noyon ,
l'Abbé d'Humieres , Vicaire général de
Reims .
Le Comte de Walsh Sérant , le Comte
de Bouillé, le Comte de Lawode de Saint-
Haon, le Comte de Tournemire , leComte
de la Marthonie , le Vicomte de l'Aigle &
le Chevalier de l'Aigle , qui avoient cu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu,
le 30 du mois dernier , celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté&de la fuivre
à la chaſſe.
De
( 121 )
DE PARIS , le 6 Avril.
Depuis quelque temps le public étoit refroidi
fur les ſcenes du Magnétiſme animal ,
& ces ignorans préfumoient qu'elles touchoient
à leur fin . Ils feront défabuſés en apprenant
les nouvelles découvertes qui réfultent
de ce traitement mystérieux : les guérifons
, les crifes , les extaſes , les ſpaſmes ,
les ſympathies , n'étoient qu'un prélude , &
l'on voit aujourd'hui que les Opérateurs Magnétiques
n'ont fait que peloter en attendant
partie. Après avoir réglé le cours des aftres ,
& gouverné l'univers avec un fluide inviſible
; après avoir difpofé des corps & des
cooeurs, de la ſanté , de la maladie & des
affections morales , ils endorment maintenant
les ſujets en rapport, ce qui eſt peutêtre
moins difficile que de les reffufciter. Ils
jettent des perlonnes choifies dans un état
de fomnambulifme parfait , les font obéir ,
pendant ce rêve de gens éveillés , à la
baguette& aux geſticulations du Magnétiſeur
, enforte que leurs volontés correfpondent
abſolunient aux ſiennes ; il y a plus,
cette ſituation eſt ſouvent telle, que les fomnambules
acquierent un ſentiment de pref- .
cience, ils ont des révélations de l'avenir ,
&ils prophétiſent à coup sûr. A nſi les merveilles
de l'Aftrologie, les oracles , les divinations
, dont on s'eſt moqué fort malà-
propos , font aujourd'hui conftatés par
Nº. 16 , 16 Avril 1785. f
( 122
ر
l'existence de nos modernes Tiréfias ; leurs
eſſais font atteſtés par des verbaux , lignés
par des Médecins , Notaires , &c. Le fait le
plus étonnant , eſt que ces choſes n'ont point
des eſprits ſimples pour témoins , ni des
impoſteurs pour machiniftes. Que penter
de leurs illuſions ou de leur magie ? Ce
qu'on a penſé des convulfionnaires qui percoient
de coups d'épée des poitrines invulnérables
, qui enfonçoient des clous d'un
demi- pied de longdans le ventre de femmes
enceintes qui ne s'en portoient que mieux ,
qu'on a vu crucifier des martyrs de
bonne humeur , ſaurant légérement de deffus
la croix où l'on s'attendoit à les voir
expirer. Au reſte , comme on entend dire
dans la très-bonne compagnie que ces miracles
là peuvent bien être réels , & que
l'incrédulitělesa trop vîte révoqués en doute,
il taut ſe réſigner à tout admettre & à tout
attendre du progrès des lumieres.
Par un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi du
2 Mars 1785 , rendu à l'occaſion d'une
lettre ſur la peine de mort contre le vol
domeſtique, inféré dans quelques Journaux ,
il vient d'être fait « très expreſſes défenſes
>>>aux Auteurs , Rédacteurs ou Directeurs
>>> de tous papiers publics , d'inférer dans
>>>leſdits Ouvrages aucunes diſſertations ou
>> lettres émanées de Magiſtrats ou autres
>>>fur les matieres de Légiflation ou de Ju-
>> riſprudence ; de s'immiſcer à interpréter
( 123 )
>> les Ordonnances , Edits , Déclarations ,
>> Lettres patentes , Arrêts ou Jugemens ;
>> ainſi que d'inférer dans lesdits Ouvrages
>>>aucun article contenant des maximes &
>>>affertions contraires au texte deſdites Or-
>> donnances , Edits & Déclarations , & ten-
>> dantes à en corrompre le fens , ou capa-
>> bles d'en affoiblir les difpofitions » ,
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon a tenu ſa Séance publique le
Dimanche 19 Décembre 1784 .
AM. Maret , Secretaire perpétuel , en a fait l'ouverture
par un difcours dans lequel il a expoſé
les ſujets des prix propoſés par cette Compagnie,
& dont le programme , qui ſera donné
ci- après , renferme l'énoncé & les conditions
miſes au concours .
CetAcadémicien , dans ſon diſcours , a fait
ſentir l'importance des queſtions auxquelles l'Académie
invite les Savans à répondre.
Il a lu enſuite le préambule de l'Hiſtoire littéraire
de cette Compagnie , & les parties de cette
Hiſtoire relatives aux Ouvrages de Médecine &
de Phyſique , lus à l'Académie pendant le cours
de l'année.
Il a rappellé dans le préambule les événemens
intéreſſans & glorieux pour cette Compagnie ,
qui ſe ſont paffés cette année , & il a fait un
éloge ſuccinct de fix des Académiciens qu'elle
a perdu dans le même eſpace de temps , de
MM. le Chevalier de Mouhi , Seguier , Court
de Gebelin , Bergman , Grignon & d'Antie . Il
a annoncé que celui de M. le Chev. Bonnard
feroit fait dans la ſéance publique du mois d'Août ,
par M. Mailly , ami de cet homme de Lettres.
M. l'Abbé de la Farre, vice- Chancelier de
f2
( 124 )
l'Académie , & élu Général du Clergé, a lu un
Ditcours intitulé : Tabicas économique & politique
de la Bourogre , dans lequel tous les avantages
naturels de cette Province ſont expoſés de la
maniere la plus fatisfaiſante. L'Orateur y démontre
rigoureusement l'influence que doivent
avoir fur le bonheur des peuples qui l'habitent ,
les projets exécutés , les entrepriſes récentes ,
formées par l'Adminiſtration .
M. Caillet , Adjoint au Sécretaire perpétuel ,
a fait lecture enſuite de la partie de l'Hiſtoire
littéraire de l'Académie , qui a pour objet de
faire connoître les Ouvrages de Belles - Lettres
Jus dans les ſéances particulieres .
Il devoit faire l'éloge de M. le Marquis de
Saint Auban , & la féance devoit être terminée
par la lecture d'une épître en vers de M. Leroi
de Flagis , adreſſée à un Commerçant , ſur les
dangers d'un commierce trop étendu , mais le
temps ne l'a pas permis .
M. Dombey , Médecin Botaniſte , revenant
du Perou , eſt arrivé à Cadix le 22
Février avec 78 Caiſſes remplies d'Histoire
Naturelle. D. Cordova , Chefd'Efcadre qui
a ramené ce Naturaliſte , à refuſé le prix de
fon tranſport du Perou en Europe ; M.
Dombey a reçu les plus grands encouragemens
de D. Joſeph de Galvés , Miniftre
des Indes en Eſpagne.
Il n'eſt pas rare que les hivers fecs &
froids , ſoir en deſſechant ou en gelant les
eaux , foit par d'autres cauſes , occafionnent
la rage parmi les chiens. On affure que
dernierement à Dijon 18 perſonnes mordues
font mortes d'hydrophobie , malgré
( 125 )
tous les ſecours uſités ; qu'à Besançon 20
follats ont été traités pour la même maladie
qui a fait aufli des ravages à Strafborg.
- L'événement de la naiſſance du nouveau Duc
Normandie a fait rechercher les époques où ce
titre a été porté par des fis de France. On tait
`que la Couronne fut en poffeffion de cette
Province juſqu'au commencement du dixieme
fiecle , qu'elle tomba entre les mains de Rellon
&de ſes Danois ; Philippe Auguſte la reprit fur
Jean fans-terre, Roi d'Angleterre , en 1203 ; le
Roi Jean , fils aîné de Philippe de Valois , CharlesV
ſon fils , & Charles de France , fecond fils
de Charles VII , titré enſuitedeDuc de Gujenre
& mort à Bordeaux en 1472 , ſous le Regse de
Louis XI . porterent tous trois le nom de D. cs
de Normandie , reffuſcité aujourd'hui dans le
nouveau Prince que la Reine a donné à la France .
On a lu dans l'un de nos Journaux une
lettre de M. Ramard, Maire de Lagny, qui
racontoit dans un ſtyle ingénu le prodigieux
fuccès avec lequel il magnétifolt. Honteux
de ſa gloire , M. Ramard déſavoue aujourd'hui
la publicité qu'on y a donnée ,& fe
plaintanous, en ces termes, de ſa réputation .
M. j'ai lu avec autant d'étonnement que de
-playfir une lettre ſignée de moi , & inférée au
Mercure dus de ce mois , dans laquelle il eſt
rendu compte d'une guériſon que j'ai opérée par
la voie du Magnétifme. Il m'eſt agréable fans
doute , d'avoir à confirmer la vérité de cette guérifon
, mais à la fois très intéreſlant de vous aflerer
avec la franchiſe dont je fais profeſſion , que
je ne fuis point l'auteur de la lettre ridicule que 1
f3
( 126 )
lamalignité s'eſt plu a me prêter. Je parle & écris
incorrectement peut-être : cependant ce ne ſera
jamais au point de farcir de barbarifmes & de
contre-fers une lettre que je me déterminerois à
rendre publique. La doctrine & les opérations de
M. Mefiner font devenues pour les uns l'objet
d'une admiration fondée & pour bien d'autres
une fource intariffable de ſarcaſmes & de mauvaiſes
plaifanteries. C'eſt probablement à cette
ſource que l'on a puiſé pour me couvrir moimême
de ridicule ; & l'on a pouffé les choſes
juſqu'à me prêter un ſtyle groteſque & qui n'eft
pas le mien. Pour mieux accré iter l'impoſture ,
ona joint à mon nom une kyrielle de titres qui
à la vérité ſont les miens , mais que je ne cite
jamais après ma ſignature , au moins en totalité.
Je vous demande donc comme un acte de juftice ,
Monfieur , & j'oſe me le promettre de votre honnêteté
, de faire inférer dans votre prochain Nº.
cette lettre-ci , par laquelle je proteſte hautement
n'avoir point écrit celle que l'on a ſignéede mon
non. Je dois cette fatisfaction à la vérité conpromife,
& à mon amour propre par trop moleflé.
J'ai l'honneur d'être , &c. RAMARD.
Ce que nous devens aſſurer à M. Ramard,
c'eſt que nous n'avons point inventé la lettre
pſeudonyme; qu'elle étoit ſignée de lui ;
timbrée de Lagny, & écrite avec cette chaleur
de perfuafion que l'impoſture ne peat
guere imiter.
Nous avons encouru un reproche plus
grave aux yeux de M. le C. de S. , en qui la
lettre ſuivante ſuppoſe une prévoyance peu
commune & des intentions très-humaines .
Ne foyez pas ſurpris ſi par une lettre' ano
( 127 )
nyme , je vous fais partdes frayeurs que vous re
pandez dans tout le Royaume par les abfurdités
que vous avez inférés dans votre Mercure & qui
font une impreſſion finguliere ſur l'eſprit de
quantité de personnes respectables . La premiere eſt
dans le n°. 14 , 3 Avril dernier , qui prédit un
bouleverſement total en Europe , aux approches
de Pâques 1786 , dont l'auteur eſt un nommé
Guiſme , Chefdu Conſiſtoire du pays de Hanovre
; vous donnez même une certaine autorité à
cette prédiction , en afſurant que tout ce que се
Négromancien , depuis 1779 , avoit prédit , s'étoit
réalisé , notamment la déſtructon de la Calabre
que perſonne n'ignore. Dès ce moment l'on
neparte plus que de s'expatrier , que d'aller chercher
un aſyle sûr dans un pays qui du moins ne doit
pas être englouti; des familles déíolées , l'a mable
Sexe , fur tout , dont en partie l'esprit n'est pas affez
philofophe , (e croient déjà perdues & attendent la
mort avec une espece de désespoir ; mais la feconde
absurdité & qui renchérit ſur la premiere , y mt
le comble : elle est de cette année ; n°.8 , 19 Février
, par une prophétie du quinzieme fiecle ,
trouvée à Liska en Hongrie , dans le tombeaut
de Jean Regiomortanus , grand Littérateur . qui
p'utôt que de l'avoir écrit dans les bons ouvrages
qu'il a fait , ne ſe manifeſte qu'aujourd'hui pour
annoncer en 1788 la deſtruction de l'univers par
cediſtique :
Si non hoc anno totus malus occidet orbis ,
Si non in nihilum terrafretumque ruet;
heureusement que par la particule conditionelle
fi, il laffe au moins eſpérer que 6 ce malheur
ne nous afflige pas , ce ſeront les Monarques qui
auront à fouffrir , parce que tous les Empires
front fans deſſus deſſous.
f 4
( 128 )
Cuncii tamen mundi rurfum itunt atque deorum
In peria ,
Mais où fuir à préſent ! où chercher ce port
affuré contre le naufrage ! Il n'y en a plus, dit-on ,
puifque le monde entier doit tomber dans le
néant ? Cette derniere hitoire, quoique gazette,
vient de nous enlever une très-aimable Dame ,
qui par la crainte de ce terrible avenir , que ſon
époux avoit eu l'imprudence de lui expliquer ,
tellement été taifie d'effroi qu'elle a fuccombé à
la ſuite d'une couche prématurée.
a
Vous avouerez , Meſſieurs , que cela doit vous
rendre plus circonspects , & que de pareilles fottiſes,
loind'accréditer votre Mercure , devroient
le faire fupprimer. On est étonné avec raiſon
qu'un Gouvernement ſage , prudent & éclairé
n'empéche pas l'impulſion de choſes auſſi dangereuſes
, & que vous autres , Meſſieurs , qui
avouez de bonne foi que Guiſme cherche à ſe
procurer uneplace aux Petites- Maiſons , quoique
fon annonce ne ſoit que particuliere , vous alliez
la dévoiler aux yeux de tout un Royaume.
Ne m'en voulez pas , je vous prie , mondeſſein
n'eſt réellement pas de vous manquer , encore
moins de vous choquer ; mais j'ai cru bien faire
de vous obferver qu'il conviendroit beaucoup
mieux laiſſer du papier en blanc , que de le remplir
pour affecter une partie du monde , & la
laiffer dans une perſpective des plus cruelles .
Le C. de S.
Nous ſommes très - affligés d'avoir fait
mourir une Dame en couches , & de porter
le déſeſpoir dans le coeur de l'aimable fexe ,
dont en partie l'esprit n'est pas philofophe ;
pour prévenir les fauſſes couches , nous
donnerons un jour la liſte des fauffes
1 (129 )
prophéties ; en attendant, nous affurons A ,
le C. de S. que le port afſuré qu'il cherche
vainement , eſt dans une imagination plus
calme , dans l'art de difcerner des plaiſanteries
&dans celui den faire auprès du lit des
femmes en couches, qui croyent à l'Almanach
de Liege ou aux divinations des Aftrologues
Allemands.
Quoique la Lettre pſeudonyme ſur le moyen
d'atracher furement les Chevaux, ne mérite plus
d'attention depuis le dé aveu de la perſonne dont
ona pris la fignature ; cependant , vu le motif &
l'utilité de la réponſe inférée dans notre dernier
Journal , réponte qui nous parvint en même -
temps que le défaveu , nous avons cru devoir la
rendre publique, fans que l'Auteur puiffe s'offenfer
qu'on ait laiflé fubfifter fon nom , attendu que
perfonne n'eſt à l'abri d'une pareille ſurpriſe.
L'Académie Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , a tenu , le 5 de ce mois , ſa Séance
publique.
M. Ducier a ouvert la Séance par l'Eloge hif
torique de M. Bignon , Académicien honoraire ,
après lequel on a lu les Mémoires ſuivans .
1º. Mémoire fur l'origine & le caractere des
Joix anciennes de la principauté de Galies, par
M. Houard.
2º. Mémoire ſur quelques événemens del'Hifcoire
des Arabes avant Mahomet , par M. Silveſtre
de Sacy.
3°. Mémoire ſur le récit des Hiſtoriens anciens
& modernes au ſujet de l'avénement de
Hugues Capet au trône , par Dom Porier.
-4°. Mémoire dans lequel on examine quello
fut l'origine & l emploi des Méhilles chez les
Romains , par M. l'Abbé Mongez
f5
( 130 )
1
5°. Differtation ſur les Etrangers domiciliés
à Athènes , par M. le Biron de Sainte-Croix .
Jean Jofeph -Paul-Antoine de Trémaléty
, Duc de Montpelat, Baron de Montmaur
, Piegon , Rochebrune , &c. Chevalier
d'honneur de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem , & Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
blanc de Pologne , eſt mort à Paris ,
le 24 du mois dernier , âgé de 69 ans.
Aymard - Jean Nicolay , Marquis de
Gouſſainville , Seigneur c.'Ofny , d'Yvors &
autres lieux , Conſeiller du Roi en ſes Conſeils
d'Etat & privé , Premier Préfident ho
noraire de la Chambre des Comptes , eſt
*mort ici , le 27 du mois dernier .
Charles-Paul Sigifmond Montmorency-
Luxembourg , Duc de Boutteville , Premier
Baron& premier Baron Chrétien de France,
Lieutenant général des Armées du Roi , est
mort à Paris , le 26 Mars.
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 10 Avril.
Le Conſeil d'Utrecht a repris de la vigueur
, comme on en peut juger par ſes
- dernieres réſolutions . Il a caffé celle du JI
Mars arrachée par la force , qui annulloit
l'élection de M. Sigterman , nouveau membre
du Conſeil: mais on a décidé de furſeoir
à ſon inſtallation. D'après cela les 19
Conſeillers qui avoient donné leurs démiſfions
, ſe ſont rendus aux inſtances de leurs
(131 )
Confreres & des Etats , & même de la
Bourgeoiſie, très embarrallée de ſes procédés
, & ces Magiſtrats ont repris leurs places ,
juſqu'au terme de leurs commiffions, Pour
applaner les obftacles au retour de la concorde,
M. Sigterman ſe conformant à fa
conduite paffée , a ex affez de ſageſle &
de patriotiſme pour déclarer qu'il étoit fatisfait
, & qu'il refuſoit ſon election.
Les 19 Régens rentrés en fonctions, ayant
enſuite expoſé à leur Compagnie les motifs
de leur premiere démarche , fondée ſur
la tyrannie populaire exercée contre la liberté
des délibérations , il fut réſolu de
mettre cette liberté à couvert pour l'avenir
, en ſtatuant , 1 ° . De ne confentir à aucune
aſſemblée extraordinaire de la Bourgeoifie
: 2º. De n'admettre aucune de ſes
députations ; 3 °. De diffondre l'affemblée
du Confeil au premier attroupement près
de l'hôtel -de -ville ; 4°. De recommander
à la Justice une enquête ſérieuſe contre les
auteurs des derniers mouvemens. A la fuire
de ſes réſolutions , la Régence a fait pub'ier
un placard contre les attroupemens , difcours
féditieux , aſſemblées populaires , &c.
Cette publication , qui fait connoître l'étendue
du danger auquel on travaille
tard à remédier , porte entr'autres .
Que LL. NN. VV. trouvent bon par la pré
fente , de défendre à un chacun , de la maniere la
plus rigoureuſe, de s'aſſembler , ou faire quelques
attroupemens dans les environ deda Maiſon
f6
(132 )
deVille& autres lieux , lorſque les Seigneurs
du Conſeil ou de la Juſtice doivent s'aſſembler ,
ou le ſont déjà , ainſi que d'y entrer par voie de
force&c. fous peine , contre ceux qui s'en rendroient
coupables , d'êtrearrêtés &punis ſuivant
T'exigencedu cas par corps , & même de la mort ,
fans diftincttion de perſonne , comme perturbateurs
du repos public. Défendent en outre les Seigneurs
de la Juſtice à tous teneurs de logemens ,
Maîtres de Cafés , Aubergittes , & tous ceux qui
vendent des liqueurs fortes ; biere , &c. de permettre
& recevoir dans leurs maiſons aucunes perfonnes
qu'ils favent avoir deſſeins tendant à l'in.
terruption de la tranquillité publique , ou au mépris
de l'autorité du Magiftrat : défendant außi
par la préſente toute aſſemblée quelconque, dans
quelque lien que ce puiffe être, fous peine pour
ceuxqui les auront permifes chez eux , comme
Aubergifles , Maîtres de Cafés , & c . ou ceux qui
s'y feront affemblés, d'être punis rigoureuſement,
ainſi qu'il fera jugé convenable , ſuivant l'exigencedes
cas.
LL. NN. VV. défendent encore par la préfente
à qui que ce ſoit de faire affembler des
Compagnies bourgeoiſes , ſoit en entier foit en
partie , armées ou non armées , dans les Eglifes &
autres bâtimens publics , on places , fans ordre
exprès des Capitaines reſpectifs de ces Compagnies,
& fans leur préſence & celle des autres
Officiers , à l'exception des cas fixéspar l'Ordonnance
à l'égard du feu , fous peine pour ceux qui
s'enrendront coupables, d'être condamnés, outte
la correction arbitraire , à une amende de 150 8 .
en faveur de la caiſſe militaire de la Bourgeoisie.
LL. NN. VV . ayant , par un zele fincere pour le
bien de cette Ville , & pour maintenir dans les
circonftances crisiques actuelles le bon ordre &le
1
( 133 )
repos fi hautement néceſſaires ,jugé convenable
de rappeller à la bonne Bourgeoisie d'Utrecht
ſon devoir folemnellement juré , & de rappeller
aux Bourgeois , dans la préſente , la promeffe
compriſe dans leur ferment , par laquelle chacun
devenant Bourgeois , s'engage ſolemnellement ,
pour ſoi-même & pour ſes detcendans , pour auffi
long- temps qu'il appartient au corps de la Bourgeoiſie
, avec invocation du Tout-Puiffant , comme
témoin : « qu'il ſera fidele & attaché aux Ма-
>>>giſtrats ou Conſeil de la Ville d'Utrecht , com-
>>>meà ſon légitime Supérieur , qu'il les refpec-
>>>tera , leur obéira & les ſoutiendra comme il
>> convient ; qu'il aidera à effectuer , executer &
maintenir toutes les Ordonnances faites ou à
>> faire pour le bien être de la Ville , qu'il ne
ſe rendra , ni ne contribuera à aucune affem-
>>>blée illicite , dans laquelle il ſe trameroit quel-
>> que choſe contre ledit Magiftrat & Régence
>> légitime: mais que dès qu'il en aura connoif-
>> ſance , il en donnera avis audit Magiftrat, &
>>>s'oppoſera de tout (on pouvoir à toutes telles
actions , deffeins & affemblées . >> --Enfin les
Seigneurs de la Juſtice ontjugé néceſſaire , vu
que juſqu'ici on n'a pu découvrir les premiers
inſtigateurs & moteurs des ſuſdits mouvemens tumultueux
du 11 Mars dernier , de promettre une
prime de cent ducatons d'argent , payables par le
Treforier de cette Ville , a celui pu ceux qui
pourront découvrir un ou plus dels moteurs ,
de maniere qu'il puiffe être livré à la Justice &
être convaincu du crime , & que le nom du dénonciateur
ſera tenu ſecret , s'il l'exige .
Il eſtune maxime ſacrée pour tout homme
d'honneur ,& qui devroit l'être pour chaque
Ecrivain , c'eſt que toute accufation non
prouvée doit être cenſée nulle ; à plus forte
1
(134)
taifon, lorſqu'elle implique des abſurdités
& des invra femblances propres à révolter
tous les gens de fang froid , & qu'elle est
envenimée par le tanatiſme politique qui
remplace aujourd'hui en Europe le fanatifme
de religion. Ces motifs ont dû faire
rejetter , juſqu'à la démonftration , les ſoupçons
d'un complot tramé par le Duc Louis
de Brunswich pour livrer Maeftricht à l'Empereur
, fans doute de moitié dans la cont
piration. Il étoit néceſſaire & naturel que
les Etats Généraux fiſſent des recherches
pour découvrir la vérité ; dans ce but , ils ont
envoyé à Maestricht , un Avocat Fifcal ,
chargé d'approfondir le myſtere de la trahifon
ou de la calomnie. Cet Officier a fait
arrêter le fieur van der Stype , Subſtitut du
GrandBailli , prévena de correſpondre avec
Aix-la-Chappelle ; on lui a donné les arrêts
dans fa maiſon où il eſt gardé par un
détachement militaire , & aufitôt les gazettes
n'ont pas manqué d'appeller cet acte
une découverte , & de publier la Lettre
ſuivante que l'une d'elles ſe fait écrire ſous
la date de la Haye.
>> Les Partiſans du Duc Louis de Brunswich ,
& en général tous les partis contraires aux intérêts
de la République , ont été confondus à Par
rivée de la réponſe que S M. le roi de Prufſe
a faite à la lettre que les Erats Généraux lei
avoient écrite , relativement à l'affaire communiquée
par M. le Rhingrave de Sa'm. Ceме
réponſe affirme , que S. M. en a parlé au Comte
:
( 135 )
a
fus-nommé , qu'il y a par conféquent lieu à des
recherches fur ce ſujet : mais que le Roi auroit
defiré que ſon nom n'eût point été compromis
dans cette affaire , érant fort éloigné de ſe porter
pour accuſateur , & furtout dans une choſe
qui n'eſt point encore éclaircie. Cette réponie
enprouvant fans réplique, que les ſcupçons conçus
n'étoient point abſolument illutoires ,
démonté tout le parti , qui triomphot déjà des
prétendues vifions du Rhingrave: Mais il a été
tout-à-fait anéré par les nouvelles véritablement
alarmantes , reçues de Maestricht , dont voici le
précis. D'après les opérations de M. l'Avocat-
Fifcal Tulling , on a arrêté le Vice-Bailli ou
Subſtitut du grand-Bailli de ladite ville , nommé
van der Sylpe : l'on a fait la ſaiſie de tous ſes
papiers , & l'on y a trouvé trente lettres du Duc
Louis de Brunswich : plufieurs font chiffrées ;
& l'on est maintenant occupé à examiner ſérieuſement
, & comme il convient , tout le con .
tenu decette correſpondance , qui pour le moins
eſt ſuſpecte. L'on regrette beaucoup aujourd'hui
qu'en ſe preſſant trop tôt de parler en public
de cette affaire, l'on ait donné le tems aux coupables
( s'il y en a en effet , comme il paroît
probable ) de prendre leur meſures , & de ſorftraire
à la vigilance du miniſtere public les
preuves qui pourroient les convaincre. Un événement
auſſi étonnant met ici tout le monde
en ſuſpens : on craint même de parler , tant il
paroît de noirceur & d'odieux dans toute cette
trame.Au reſte la découverte de cette correſpondance
, qu'on ne peut plus nier aujourd'hui ,
donne un beau relief à la lettre , inférée il y a
quelques ſemaines dans la Gazette Hollandaiſe
de Maestricht & dans plufieurs autres , avec une
affectation d'autant plus ridicule , que cette piece
( 136 )
étoit de tout point dénuée de ſens commun , &
très - injurieuſe même pour ceux au nom de qui
elle paroît avoir été faite. Une affaire auffi inquiétante
par ſa nature , puiſqu'il s'agit d'un
attentat plus ou moins prouvé contre une poffeffion
auffi précieuſe de la république , occupe
la plus vive attention deleurs Hautes-Puiſſances
&aura fûrement des ſuites aufſſi ſérieuſes , que
l'occaſion l'exige .
Les eſprits tranquilles obſervent là-deflus,
qu'au lieude 30 lettres du DucdeBunswick,
il pourra s'en trouver mille à Maestricht ,
&la calomnie exiſter encore dans toute fa
noirceur ; que ſi l'on doit faire un procès
criminel à tous ceux qui correſpondent avec
ce Duc , cette enquête pourra aller fort loin;
enfin , que puiſqu'on ne cite pas un mot
de ces correfpondances qui tendent à juftifier
le fait en queſtion , il faut qu'elles
foient bien innocentes : au reſte , le tems
découvrira le voile & cette époque n'eſt
pas éloignée.
On parle de transférer ici M. Van Slype
pour l'interroger plus particulierement : ce
Magiſtrat eſt dans la plus parfaite fécurité ;
lui-même a remis toutes ſes lettres à l'Avocat
Fifcal de la République , & ne paroît
nullement intimidé de ces recherches.
Cette fermeré de l'innocence a tellement
déconcerté les eſprits violens , qu'ils font
réduits à la reſſource de faire croire que les
coupables ont éré avertis , qu'ils ont eu le
temps le se mettre en garde, que la preuve
échapera par leur adrefſe; argument avec le
( 137 )
quel on eft toujours sûr de déshonorer l'in
nocence, lorſqu'on n'a pu parvenir à la per
drejuridiquement.
Il y a eu ces jours derniers trois affemblées
extraordinaires des Etats Généraux ,
& des Etats de Hollande , à l'occafion defquelles
, la Gazette, d'Amſterdam contient
le paragraphe ſuivant.
On affure qu'il eſt queſtion d'examiner les dépèches
d'un courier arrivé hier de Paris ſur le
différend connu avec S. M. l'Empereur , il auroit
été , dit on , infinué à L. H. P. , que leur derniere
réponſe à l'ultimatum impérial n'étant pas
ſufiſante pour fatisfaire l'Empereur , ils doivent
opter entre un ſacrifice plus grand ou la guerre.
On ajoute que juſqu'à préſent il n'auroit encore
rien tranſpiré de leurs diſpoſitions , finon
que juſqu'à préſent les Députés des diverſes Provincesn'avoient
eu de leurs Commettans d'autres
inſtructions que de ſe refuſer à toutes les
prétentions Impériales. Mais que comme il s'agifſoitpofitivement
deguerre , ils ne pouvoient
donner aucune réponſe , avant que d'avoir conſulté
de nouveau les Provinces. En attendant ,
on aſſure que l'on ſeroit aſſez généralement difpoſé
à riſquer une campagne , plutôt que de
condeſcendre à des conditions qui ne fauroient
être plus onéreuſes , quand même on y auroit
dudéſavantage.
Quoique l'opinion la plus générale ſoit
pour la paix , on parle de former deux camps ,
l'un vers Bois-le- Duc . l'autre vers Berop
- Zoom . M. le Comte de Maillebois travaille
journellement avec le Stathouder &
les principaux membres du Gouvernement.
( 138 )
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 16 Avril.
Une lettre de Liége , du 28 Mars , contient
ce qui ſuir.
Le Princede Heſſe, Gouverneur de Maestricht
vient demain rendre une forte d'hommage à
notre Prince qui eſt Coſouverain de cette ville.
Il dinera à la Cour , & retournera après ſon
diner à ſon gouvernement . Autrefois le gouverneur
de Maestricht venoit prêter à notre Prince
pour lui & fa garniſon le ſerment de fidélité ;
mais nos Etats n'ayant peint voulu , ſous le regne
de George Louis , continuer au Gouverneur les
fix cens écus d'appointement qu'on lui avoit donnés
juſqu'alors ,les Erats Generaux faifirent cette
occaſion de pouvoir diſpenſer le gouverneur de
la preſtation du ſferment. Depuis cette époque, qui
rappelle une fi étrange économie , la choſe eſt
demeurée dans cet état ; ce qui ne preſcrit
pas néanmoins contre les droits de la Principauté
, qu'il feroit bien aité de remettre en
vigueur.
Le troifieme bataillon du Régiment de
Ligne paſſe de Lier à Bruges , & le troiſieme
bataillon de Vierfetà Oftende, quoique cene
derniere place foit couverte de fortes batteries
, tant du côté de terre que du côté de
mer.
Le Prince de Ligne fe rendit , le 27 de ce
mois , vers les poftes avancés des po'ders & des
forts de l'Escaut. Delà il députa à Lillo un de
ſes Officiers , qui fut reçu près des paliſſades
avec de grands témoignages d'amitié. Le Commandant
de Lillo lui dit que c'étoit par ordre
( 139 )
:
qu'il failoit écouler les eaux falées des Polders ,
afin de purger l'air & de prévenir les fuites fåcheuſes
qui auroient pu réſulter del'état de ſtagnation
de ces eaux infalubres. On croit même que
les Hollandois en ont déjà reffenti dans leurs
forts les effets pernicieux; & c'eſt une des raiſons
qui ont donné li u à cet écoulement : on fait en
outre qu'ils veulent par-là fe faciliter les moyens
d'étendre les ouvrages avancés deſdits forts ; ce
qui s'exécute, di-ton déjà , ſelon le plan d'un
Ingénieur , qui en a reçu l'ordre par un courier :
c'eſt vraiſemblablement par celui qui a paflé par
ici le 26.
On redouble d'activité à Luxembourg ,
pour porter l'artillerie de l'arſenal fur les
remparts , pour réparer les fortifications , &
pour tranſporter les poudres dans la ville.
On y attend de nouveaux magafins de comeſtibles.
Le corps franc de Stein a reçu ſes
munitions ces jours derniers ,& le régiment
de Latterman ſa groſſe artillerie. On parle
d'ajouter quelques bastions à cette place ,
pour la rendre inexpugnable. A Malines &
dans les autres villes du Brabant on continue
les amas de munitions de toute eſpece , &
les Hollandois viennent de conclure à Liege
un marché pour 40 mille bombes.
Il paroît un plan attribué à M. de Brou ,
Ingénieur diftingué de Vienne , par lequel
il propoſe de prendre Maſtricht dans fon
état actuel , avec 28000 hommes. Voici le
précis de ce projet aſſez extraordinaire.
S. A. R. le Duc de Saxe- Teſchen , ayant fous
ſes ordres les Comtes de Wenzel , Lieutenant-
1
( 140 )
Général , & d'Harach Général Major , ſe portera
de Tongres à Smermaes au- deſſous de Maftricht
, quatre compagnies de Fufiliers occuperont
le château d'Opharan , poſte eſſentiel pour
protéger la conſtruction d'un pont. Les diviſions
d'Alton & de Stader camperont fur deux lignes
derriere le ruiſſeau de Lonacken ; la droite à
Smermaes , & la gauche vers le hameau de Confeld.
La cavalerie ſera placée à la gauche de
Kinfanterie , à l'exception de quelques corps ,
qui feront mis du côté de Keſſel & de Montenaken
, pour marquer les poſtes de Notre-Dame
&de Tongres. Le parc de l'artillerie ſera étabi,
partie vers Smermaes & partie vers Feltuaiſen ;
le quartier- général fera placé à Peterſem &
Lonacken.
On mettra un demi bataillon dans Tirlemont,
-un dans Saint Trond & un dans Biſen. L'objet
de ces poſtes eſt d'aſſurer la communication de
Louvain avec l'armée. Un corps de Houſſards
fera logé dans le village & le château de Reikem.
Le Comte de Rulam ſe portera devant le fort
Saint Pierre avec quatre bataillons , & fept efcadrons
, & achevera d'inveſtir Maſtricht par la
rive gauche de la Meuſe. Le Duc d'Urſet , pour
en former l'inveſtiſſement par la rive droite , appuyera
ſa gauche au-deffus d'Opharen , & fera
élever deux redoures ſur la Haute-Meufe , entre
le moulinde Gronsfeld & le Camp; l'autre entre
lemoulin & le pont établi. Ces deux redoutes
doivent empêcher les parties de la vil'e de ſe
gliſſer le long de la Haute- Meute , & d'inquiérer
les ir upes quiy feront campées , en
que les Hollandois vouluffent faire quelqus
'mouvement pour ſecourir Maſtricht ; il leur feroit
impoſſible de marcher aux affiégeans par la
rive droite de la Meuſe : On établira la ligne de
cas
(141 ).
1
défenſe derriere le quiſteau de Tonacken. Cette
ligne fera formée de vingt- trois redoutes ; chacune
contiendra un demi-bataillon avec quatre
pieces de canons : elle aura fon chemin couvert
paliffadé , & la cuve de ſon foflé très- profonde
&parſemée des puits. Le poſte des Dragons ſera
pris du moulin de Mopertingen , avec ordre de
mettre pied a terre , & de ſe jetter dans le village
ſi le cas l'exige. La cavalerie ſera derriere
l'infanterie fur pluſieurs lignes. On attaquera
Maſtricht par les deux côtés de la Baffe-Meuſe :
la tranchée ſera ouverte par fix mille travailleurs
, dont quatre mille exécuteront , s'il eſt
poſſible , à la grande attaque deux mille toiſes
de parallele , & douze cens toiſes de communication:
les deux molle autres feront à l'attaque
de Wyck cinq cens toiſes de parallele , & quatre
cens de communication : l'attaque de la droite
appuyera ſa gauche à la Meuſe : ſa droite ſera
portée ſur lahauteur , proche le chemin de Tongres;
cette droite n'ayant aucun appui , on la for
mera par une redoute.
Moyennant ces difpofitions ,& soo bouches
à feu , l'ingénieur promet d'entrer dans
Matricht , après 40 jours de tranchée ouverte.
Articles divers tirés des Papiers ango's& autres.
M. le Chevalier Keith , Ambaſſadeur d'Angleterre
, s'abouche très souvent avec le Prince de
Kaunitz ; & nous croyons pouvoir avancer avec
quelqu fondemet , qu'il s'agit d'une alliance
estre la Courde Vienne , celles de Ruffie & d'Angleterre
; quoique cette derniere Puiffance aitparu
juſqu'à préſent vouloir garder une exacte neutra
( 142 )
lisé. Cependant toutes ces opérations politiques
ſe paſſent de la maniere la plus ſecrette. ( Nouv.
d'All. 58. )
M. Pilatre de Rofier , qui combat depuis longtems
contre les vents pour conſerver ſonBallon ,
afin de tenter le paſſage affez difficile , de France
en Angleterre , éprouve un autre fléau non moins
redoutable : à chaque inſtant , le Ballon court les
riſques d'étre dévoré par les Ruts! pour écarter la
multitude de ces animaux , qu'attire l'odeur des
gomunes dont leBallon eft enduit , on est obligé
de leur faire continuellement la chaſſe, ſoit avec
des chats , ſoit avec des tambours .
Il y a quelques jours que le vent paroiffant favorable
, on tira , dès le matin , un coup de canon
pour premier ſignal ; les ouvriers préparerent tout
pour le départ : les ſpectateurs arriverent en foule
pour être témoins ;on lança le Ballon précurſeur ;
mais le vent changea tout- à- coup , & M. Pilatre
reſta ; le petit aëretat , balorté pendant7 heures,
eft allé tomber à 6 lieues d'ici , près de la côte.
Ces contre- tems déſeſperent M. Pilatre qui , fans
étre ſur mer, eſt devenu le jouet des vents. ( Nouv.
d'All. idem . )
Le Chevalier James Harris , depuis ſon retour
à Londres , a eu deux entretiens avec le Baron de
Lynden , Miniftre-Plenipotentiaire de Hollande à
notre Cour, Cette circonstance fait préſumer que
la Grande - Bretagne prend un plus vif intérêt
qu'on ne l'imagine, à la querelle préſente entre
l'Empereur & ia Hoilande.
Il s'est tenu hier chez le Marquis de Carmarthenune
affemblée de la plupart des Miniſtres , &
il a été expédié enſuite un courier à Windfor , où
ſe trouve Sa Majeſte.
( 143 )
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Parlement de Paris , Grand-Chambre-Enfant
de Fille publique , resté à la charge de ja mere .
Qu'une fille ſéduite par des promeſſes de mariage
, reclame des dommages & intérêts , & demande
que le pere ſoit tenu d'aſſurer des alimens
au fruit malheureux de le féduction ; la Juſtice ,
en ce cas , écoute favorablement les plaintes
d'une mere , ſouvent plus à plaindre que coupable
, & pourvoit à la ſubſiſtance de fon enfant ,
en fixant néanmoins le dédommagement ſelon la
qualité des Parties ; mais lorſqu'une fille livrée àla
proſtitution , forme des demandes pour ſecourir
le fruit honteux de ſon libertinage , contre
celui qu'elle eſtime le plus en état de répondre
des condamnations qu'elle ſollicite ; alors les Juges
ne pouvant déméler quel eſt le véritable
pere, laffent à la mere la charge de l'enfant.-
La fille R ... nous offie dans cette Caufe lexemple
d'une fécondité peu commune. Elle a eu
quatorze enfans de quatorze peres différens.
Chaque fois qu'elle devenoit mere , elle marchandoit
avec celui à qui elle accordoit l'honneur
de la paternité, ſur le prix du déſiſtement
de ſon action en dommages & intérêts : prix qui
évoit plus ou moins contidérable , ſelon la qualité
&la fortune de celui à qui elle s'adreſſoir.-
En 1768 , la R.... eft accouchée d'une fille ,
qu'elle atribua à un ſieur Au ... , qu'elle fit déclarer
pere de l'enfant ſur l'extrait de Baptême.
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne .
ment eft de is liv. par an, chez M. Mars , Avocat, rue
& Hôtel de Serpente,
( 144 )
*
Elle avoit tranfigé à cette époque avec le ſieur
Au... à une ſomme de vingt-cinq louis , pour
ſe défifler de l'action dont elle le menaçoit. Le
fieur Au ... mourut en 1771 ; la fille R...
ayant été inſtruite que ce particulier laiſſoit une
fucceffion opulente , forma ſous le nom de la
prétendue fille naturelle du ſieur Au ... une demande
contre ſa ſucceſſion,afin de la charger
de la nourriture , entretien & éducation de l'enfant.
Les héritiers & légataires univerſels ont eu
la bonté d'accepter cette charge. La fille parvenue
à l'âge d'apprendre un métier , & après avoir
fait la premiere Communion , a été mise en apprentiſſage
chez une Maîtreffe Conturiere. La
mere voyant l'apprentiffage fur le point de finir ,
a formé ſous le nom de la fille , contre la fuccefſion
du ſieur Au ... une nouvelle demande en
condamnation d'une penſion alimentaire de 1500
liv. Les héritiers n'ont pas été cette fois fi complaiſans
qu'en 1771 ; ils ont défendu à cette demande.
La Sentence du Châtelet a débouté
la fille R ... de toutes ſes demandes; & l'Arrêt
du 4 Septembre 1782 , conforme aux conclufions
de M. l'Avocat Général Seguier , en confirmant
la Sentence , a ordonné : qu'attendu le
danger qu'il y avoit pour une fille de quatorze
ans , de fréquenter une fille de ſi mauvaiſe vie ,
que défenſes fuſſent faites à la Couturiere de
laiſſer ſortir la fille Au ... qu'elle avoit en apprentiſſage
, pour voir la fille R ... , ſa mere ,
&ade plus requis contre cette derniere la condamnation
de 15 liv. d'aumone pour les pauvreş
de la Conciergerie , pour raiſon des cinq enfans
dont elle étoit accouchée , & dont les extraits de
baptême étoient rapportés.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 AVRIL 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
AMadame DE ** , fur son départ pour
la Provence.
TuU
vas revoir les champs de l'antique Provence ,
Ces champs où le commerce, ami de l'abondance ,
Appelle l'Étranger des bouts de l'Univers ;
Où, ſenſibles à la cadence .
NosTroubadoursgalans chantoient ces premiersvers,
Enfans d'une aimable indolence.
Que ne puis- je , guidé par les mêmes deſtins ,
Contempler avec toi ces campagnes riantes ,
Ces orangers en fleurs , les cieux toujours ſercins ,
Ces plaines odoriférantes ,
Ces arbres que Minerve a plantés de ſes mains,
Et ces plaiſirs naïfs , ces danſes innocentes ,
Nº. 17 , 23 Avril 1785. G
:
146 MERCURE
Heureux amuſemens des tranquilles humains !
Que ne puis- je te ſuivre en ces douces retraites ,
M'enivrer des plaiſirs qui naiſſent ſous tes pas !
Chère Élife .
1 Je verrois chaque jour rajeunir tes appas .
Mais ſoumis en naiſſant aux loix de la fortune ,
Il nous faut obéir à ſa voix importune :
En vain le malheureux eſpère la fléchir ,
Elle eſt ſoarde à nos pleurs , & ſe rit d'un ſoupir;
ce monſtre arme d'un glaive ,
....
Marchant ſur les débris des trônes abattus ,
D'un coup imprévu nous enlève
Et les plaiſirs & les vertus.
Eh quoi ! mes yeux fixés ſur les beaux yeux que
j'aime ,
Ne verſeront donc plus ces pleurs , ces tendres pleurs
Qui de l'amour heureux font le charme ſuprême ?
Tout mortel , je le vois , eſt né pour les douleurs.
Quand le ciel , du chaos rappelant la lumière ,
De l'homme ſur ce globe eut marqué la carrière ,
L
Il voulut qu'enchaîné dès l'inſtant du berceau ,
Il trainât ſans pâlir ſes fers juſqu'au tombeau,
Sachons fléchir tous deux ſous ſa main rigoureuſe ;
Mais toi , dont les deſtins ſeront moins inconftans ,
Jettetoujours des fleurs ſur les traces du temps :
Mes jours feront trop beaux ſi ta vie eft heureuſe.
(ParM. le Chevalier du Puy- des- Iflets
Chevau-Léger. ) .
DE FRANCE. 147
LES REGRETS DU PREMIER AGE ,
Romance.
AIR : Félicité passée.
BEEAAUU ſongedel'enfance ,
Quelle étoit ta douceur !
L'âge de l'innocence
Eſt celui du bonheur.
Félicité paſſée ,
Qui ne peux revenir ,
Tourment de ina penſée ,
Que n'ai-je en te perdant , perdu le ſouvenir!
C'est alors qu'on ignore
Les criminels penchans ,
Et qu'on n'a point encore
Pleuré ſur les méchans.
Félicité paſſée , &c.
Vous , dont lamain légère
Ofe nous éclairer ,
De l'erreur la plus chère
Pourquoi donc nous tirer ?
Félicité paſſée , &c.
Dès qu'on voit ſans nuage
Votre fauſſe grandeur ,
1
F って
Gi
148 MERCURE
A cette affreufe image
On ſent mourir ſon coeur.
Félicité paffée , & c .
LUMIÈRE qui m'accables ,
Tu ravis à mes yeux
Les preſtiges aimables
Accordés par les Dieux.
Félicité paſſée , &c.
J'AI donc perdu tes charmes ,
O céleste bandeau !
Puiſſent du moins mes larmes
Obſcurcir le flambeau.
Félicité paſſée ,
Qui ne peux revenir ;
Tourment de ma penſée ,
Que n'ai je en te perdant , perdu le ſouvenir !
(ParMme la Comteſſe de Beauharnois. )
LA VÉRITÉ ET L'ENVIE ,
Fable Allégorique.
LA
A Vérité franche , mais indulgente ,
Vint s'établir en imprudente
Dans une brillante Cité,
Dontje tairai le nom. A cette Déïté
Onvint faire ſa cour ; pour réuſſir à plaire ,
DE
149
FRANCE.
Elle ne montra point ce front trifte & ſévère
Que l'amour-propre épouvanté ,
Redoute& fuit. A l'honnête étrangère
Tout promettoit la paix & la tranquillité ,
Quand ſa plus cruelle ennemie ,
La lâche , l'odieuſe Envie ,
Près d'elle agita ſes ſerpens.
Ses Miniſtres , vils & rampans ,
Enveloppés d'un voile ſombre ,
La cherchent , lui portent dans l'ombre
Mille coups , dont pas un n'atteint
L'auguſte & paiſible Déeſſe.
Trompés dans leurs projets , honteux de leur baffefſe,
Ils ſemblent héſiter ; mais l'orgueil les contraint
Aſuivre leur noire entrepriſe.
Ontient conſeil , on ſe diviſe ,
On ſe rallie.... Enfin , qui triompha ? ....
La Vérité n'en parut que plus belle :
Chacun , des envieux , mépriſa la féquelle ,
Et l'Envie en fureur ſous le maſque étouffa.
( Par M. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
des Maréchaux de France. )
:
Glij
150 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Chardon ; celui
de l'énigme eſt Bougie; celui du Logogryphe
eſt Logogryphe , où l'on trouve loge,
lyre,orge,horloge , or role, pore , gorge.
CHARADE.
EN
ontrouve menpremier ; Nmuſique aisément
Mon ſeconddans un fiège eſt craint de tout Guerrier ;
Un fléau redoutable annonce mon entier.
(ParM. Robert des Roches .
deFontenay-le-Comte. )
ÉNIGMБ.
SOUVENT OUVENT US mortel amoureux
Me charge d'exprimer les tourmens qu'il endure ;
Souvent j'ajoute à la parure
De l'aimable objet de ſes feux.
De la légèreté , ſymbolique peinture ,
Je ſuis néceſſaire en tous lieux ;
De mes traits quelquefois on reffent la bleffure ;
Mais d'un ſeul trait auſſi je puis faire un heureux.
:
(ParM. H. F. )
DE FRANCE.
151
1
LOGOGRYP Η Ε.
Jeſuis , cher Lecteur ,tour-a-tour
Et temple de la Haine &temple de l'Amour.
Sans être oiſeau je vis dans une cage
Que j'ai conſtruit moi-même en mon bas-âge,
Et que j'entretiens chaque jour.
Eſt-on amant , on parle mon langage
Eſt- on époux , il eſt bien peu d'uſage :
Il eſt proſcrit , dit-on , en Cour.
Si par hafard on m'analyſe ,
En mes cinq pieds on trouvera
Ce qu'on montre quand on s'en va ;
Ce que voudroit avoir maint & maint Clerc d'Égliſe;
Un lieu ſanscouverture & renfermé de murs ;
Un léger mal fréquent chez la coquette ;
Ce qui porte le chef; undes corps les plus durs ;
Ce qu'on demande en payant une dette ;
Une plante qui ſert dans les pâles couleurs ;
Ce que font les dindons auprès de leur poulette;
L'inſtrument muſical que portent les Chaſſeurs ;
Ceque promet la Médecine
Au malade qui ſe chagrine ;
L'endroit où l'on n'a pas , dit-on , un ſeul ami ;
Une pièce d'argent; la note entre ut & mi ,
Et ce métal moteur des cervelles humaines ,
Qui tient tout l'Univers aſſervi ſous ſes chaînes.
(Par le Docteur Lamarque , de S. Jean- d'Angely.)
Clure
Giv
FS2 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE des Éloges lûs dans les. Séances
publiques de la SociétéRoyalede Médecine ,
par M. Vicq d'Azyr , Secrétaire Perpétuel
de la Société. Quatrième Cahier. AParis ,
de l'Imprimerie de MONSIEUR. GAL
CE quatrième Cahier contient les Éloges
de MM. Fothergill , de Montigny , Duhamal
, Pringle ,Guillaume Hunter & Sanchez ,
& une notice plus courte ſur la Vie & les
Ouvrages de MM . Harmant , Butter & Vetillart
du Ribert. Preſque tous ces noms
font célèbres , & tous ſont ici dignement
célébrés. Ce Recueil d'Éloges devient de plus
en plus précieux , 1º . par le fond des choſes.
L'analyſe des Ouvrages des meilleurs Médecins
, l'expoſition de leurs découvertes ,
de leurs idées , de leurs conteftations , de
leurs erreurs même , forment une Hiſtoire
ſavante & intéreſſante de la Médecine. 2 .
Par la Philofophie douce , humaine , aimable
, pleine de grâces, ſouvent fine , ſouvent
profonde de l'Auteur. Nous en citerons pluſieurs
traits , & nous renverrons à l'Ouvrage
même pour ce qui concerne les notions médicinales
, qui ne pourroient que perdre à
DE FRANCE.
153
être trop abrégées. L'Auteur ſépare avec goût
la partie de ces notions , qui , ne demandant
qu'une expoſition courte & rapide , peut
entrer dans le texte , & celle qui , exigeant
des développemens , devoit être renvoyée
dans les notes , & par cette ſage diſpenſation,
il ſe ménage les moyens de faire à la
fois , pour les uns un Ouvrage ſavant , pour
les autres un Ouvrage agréable , pour tous
un Ouvrage utile .
M. Fothergill , Médecin Anglois , de la
Secte des Quakers , paroît avoir été diftingué
dès l'enfance par ſa ſenſibilité. « Si l'enfant
>> que vous obſervez , dit à ſon ſujet M.
Vicq d'Azyr , s'émeut au récit des belles
>> actions , ſi ſes yeux ſe baignent de pleurs
>> auprès des malheureux , ſi la peine ou la
>> joie de ſes proches s'étendent juſqu'à lui ,
» n'en doutez point, ſon âme éprouvera
- cette réaction , cette ſympathie , ſi pro-
> pres à diminuer le poids de nos chagrins ,
- qui s'affoibliſſent en ſe partageant , & à
>> multiplier nos plaiſirs , qui s'accroiffent
>> au contraire par la communication. »
Ce ſeul mot: Nos chagrins s'affoibliſſent
enſe partageant , nos plaisirs s'accroiſſent en
ſe communiquant, ſuffit pour faire fentir les
avantages de la ſociété , & fur-tout le prix
de l'amitié.
Ce fut cette ſenſibilité de M. Fothergill qui
lui fit choiſir l'état de Médecin, comme celui
où il auroit le plus d'occaſions de ſervir utilement
l'humanité. Il ſe dévoua tout entier au
Gv
154
MERCURE
foulagement des pauvres. « Si les fonctions
de Medecin ſont belles, c'eſt moins dans
les palais & parmi les grandeurs , où les
• motifs , ſoit apparens , ſoit réels de l'inté-
» rêt , ne laiffent aucune place à ceux de
» l'humanité , que dans la demeure étroite
•& mal ſaine du pauvre. Là , point de
> protecteur , point de cupidité; la renom-
>> mée n'approche point de ces aſyles : tout
>> s'y tait , hormis la douleur qui les fait &
ſouvent retentir de ſes ſanglots ; les victi-
» mes de la misère , celles de la maladie &
> de la mort,entaffees , confondues , yy of-
>> frent un tableau déchirant & terrible :
» c'eſt-là où il eſt poſſible de faire le bien ,
» où l'homme peut ſecourir l'homme ſans
concours , & même ſans témoins ; c'eſt-là
>> où ſe plaiſent la généroſité, la vraie bien-
>> faiſance , la tendre pitié; c'eſt-là où l'on
ود eſt sûr de trouver des larmes à eſſuyer,
>>des infortunés à plaindre. »
L'Auteur rend aux Médecins le témoignage
qu'aucun ordre de Citoyens ne remplit
ces devoirs auguſtes avec autant de zèle
&de courage.
En rendant compte des obſervations , des
découvertes faites en Médecine par M. Fothergill,
it examine s'il eſt vrai , comme tant
de gens le répètent au hasard , que cette
fcience ne faffe pas de progrès; & il conclud
qu'on a lieu d'être étonné , au contraire , de
Pimmenfité , de la mulitude des faits ,
DE FRANCE.
dont la Médecine s'eſt enrichie depuis Hippocrate.
M. Fothergill prenoit un véritable intérêt
àla ſanté de fes malades , &étoit inſtruit par
fon coeur de tous les ménagemens que leur
état exige.
" Peu d'hommes favent mourir , a dit la
>> Bruyère : ne pourroit - on pas ajouter qu'il
» y en amoins encore qui ſachent comment
>> la mort doit être traitée dans leurs ſem-
>> blabies ? Ces pleurs que l'on verfe avec
>> une forte d'empreſſement , ces fanglots
» que l'on étouffe avec bruit , tout cet ap-
>> pareil , que préſente-t'il , ſinon le tableau
>> d'une mort prochaine , mis ſous les yeux
>> de celui qui en eſt menacé ? Ne ſemble-t'il
>> pas que l'on cherche des applaudiſſemens
>> pour prix de ſes larmes , ſans tonger com-
ود bienelles ſont amères àcelui qui eneſt le
>> ſujet ? Dans ce moment , comme dans
>> tant d'autres , nous ne demandons qua
ود être trompés , pour être moins malheu-
>>> reux. Obſervez ce malade ; ſes yeux fui-
» vent les võttes pour y trouver de l'eſpérance.
Panfſez ſes bleſſures avec le même
" ſoin que s'il pouvoit être guéri...... & que
** le dernier regard de votre ami ſoit calme
>> & ſans effroi . "
M. Vicq d'Azyr vante , avec raiſon , l'utilitédes
tables dans lesquelles on fait mention
des causes de mort; it envie cet ufage à
l'Angleterre & à la Hollande ;il y a quelques-
unes de ces maladies que les familles
Gvj
156 MERCURE
croyent avoir intérêt de cacher ;& quel intérêt
encore , & quelle petite idée comparée
àl'intérêt général ! de quel droit s'efforceroiton
de voiler celui de tous nos inſtans qui
eſt le moins à nous ? L'homme en ſociété ne
naît ni ne meurt pour lui ſeul.
Un des projets de M. Fothergill avoit été
de proſcrire la traite des Nègres. Ce grand
crime des peuples commerçans , dit M.
Vicq d'Azyr , ne peut être détruit que par
les Souverains. M. Fothergill avoit prouvé
que les mêmes vûes de commerce & de culture
pouvoient être remplies , ſans qu'on
eût recours à cette reſſource inhumaine. La
canne à fucre , objet de la traite des nègres ,
eſt peut-être originaire d'Aſie & d'Afrique ,
au moins elle y croît de temps immémorial;
c'eſt delà qu'elle a été tranſportée en
Eſpagne , aux Iles Canaries , & enfin en
Amérique ; de ſorte que , par une combinaiſon
de circonftances fingulières l'avidité
Européenne a tranſporté à grands frais des
végétaux & des Colons étrangers dans le
nouveau Continent , au lieu d'employer les
uns& les autres dans celui qui leur étoit
propre. M. Fothergill propoſoit de rétablir
cet ordre , en faiſant cultiver la canne à ſuere
enAfrique.
Né le 8 Mars 1712 , il mourut le 26 Décembre
1780. Nous connoiffons peu d'épitaphes
auffi belles & auſſi fimples que celle
qui a été gravée fur fa tombe . Ci-git leDocsear
Fothergill, qui dépensa deux cent mille
DE FRANCE.
157
guinées pour lefoulagement des malheureux.
M. Mignot de Montigny , Tréſorier de
France , avoit voyagé utilement en Italie &
en Suiffe. Ses liaiſons avec M. Trudaine ,
dont le nom ſera toujours ſi cher aux Arts ,
lui fournirent l'occaſion de rendre les plus
grands ſervices à ſa Patrie. Pluſieurs manufactures
languiſſoient en France ; le Gouvernement
chargea M. de Montigny de les remettre
en activité . M. de Machault étoit alors
Contrôleur-Général. " On le compte parmi
>> le petit nombre d'hommes d'État qui ont,
ود dans leur retraite , deux grands motifs de
>> confolation , l'eſtime du peuple & leurs
>> vertus. Le Public eſt , pour les Miniſtres
>> qui ſurvivent à leurs fonctions,un juge fé-
ود vère , mais équitable , qui leur prononce
➤ d'avance l'arrêt de la poſtérité ; c'eſt pour
>> eux ſur-tout que la louange eſt permiſe ,
>> parce qu'elle n'eſt point intéreſſée. »
M. de Machault avoit donné à M. de
Montigny un Coopérateur utile , & qui eut
part avec lui à une révolution heureuſe qui
ſe fit dans le commerce & dans les Arts.
C'étoit M. Olker , Officier Anglois ; il avoit
été fait prifonnier à la bataille de Culloden ,
où il combattoit pour le Prince Édouard.
Mis à la tour de Londres avec un de ſes amis ,
M..March , il n'attendoit que la mort. Ils
trouvèrent le moyen de percer le mur de
leur prifon;M. Marchfortit le premier ; mais
l'ouverture étant trop étroite pour ſon ami ,
il eut le courage de rentrer dans ſa prifon
158 MERCURE
pour aider M. Olker à ſe ſauver ; ils vinrent
en France , & M. Olker ſe vengea de ſes
perfécuteurs, en révélant les ſecrets de leurs
Arts , dont la France profira. C'eſt dans l'Ouvrage
même qu'il faut voir le détail de tous
les tervices qu'ant rendus M. Olker & M. de
Montigny , des différentes branches d'induſtrie
qu'ils ont créées ou ranimées , des fabriques
dont ils ont perfectionné le mécaniſme
, &c.
M. de Montigny étoit d'un caractère doux
& tranquille , qui n'étoit pas fans fermeté.
Il mourut avec courage dans le cours d'une
maladie affez longue: ( c'étoit une hydropiſie
univerſelle ) il diſoit ſouvent à Mesdames
de Mellet & de Sabran , ſes nièces : Voilà
encore une bonne journée de paffée , grâce à
vos foins. Dans ſes derniers momens , il
exigea qu'elles fortiffent de ſon appartement:
Recevez mes derniers adieux, leur
dit-il , je fens qu'il est heure pour tout le
mondedefe retirer.
" Lemal dont il étoit atteint contribueit ,
>> par ſa nature , à rendre ſes ſouffrances
>> plus ſupportables. Dans les perſonnes
>>dont les ſenſations ſont yives & le ſang
>> allumé , le flambeau de la vie s'éteint en
>> s'agitant & en ſe conſutnant d'une ma-
>>> nière violente & précipitée : dans ceux
» au contraire d'une conſtitution froide ,
>> dont les fibres relâchées ſe pénètrent de
fucs & s'engorgent , fa flamme , comme
fuffoquée par les eaux qui l'environnent ,
DE FRANCE. 159
:
>> perd à chaque inſtant une partie de ſa
>> clarte , & difparoît enfin après avoir
> paſſe par toutes les nuances qui peuvent
>> exiſter entre la vie & la mort.
M. de Montigny eſt mort le 9 Mai 1782 .
Pour louer dignement M. Duhamel , il a
fallu le décompofer , il a fallu dire Téparément
tout ce qu'il a fait : 1º. en général
pour l'agriculture , & en particulier pour
les jardins , pour les champs , pour la conſervation
des grains , pour les arbres & les
forêts. 2°. Pour la Phyſique , & , en fubdiviſant
encore cet objet , pour la Phyſique
générale , la Chimie , l'Anatomie , la Médecine
, l'Hiſtoire des Arts , &c. 3 °. Pour
la Marine , & en particulier pour l'art de la
Corderie , l'art de la conſtruction des Vaiffeaux
, l'art de conſerver la ſanté des gens
de mer , l'art de la Pêche , &c. " J'ai recueilli
avec reſpect , dit ſon Hiftorien ,
les principales époques d'une vie auffi urilement
employée, &je me ſuis efforcé de
>> réunir en un ſeul foyer tous les rayons de
" fagloire. "
Le parallèle de M. Duhamel & de M. de
Denainvilliers , ſon frère, eft plein d'intérêt
&de vérité.
" Ces deux hommes , quoique d'un ca-
>> ractère très-différent , étoient néceſſaires
» à l'existence l'un de l'autre : le premier
>> partageoit fon temps & fon activité entre
" ſes travaux& ſes voyages. M. de Dermin
villiers concentroit dans ſaTerse fonnom
160 MERCURE
» & ſes plaiſirs; s'il travailloit , ce n'étoit
ود que pour ſonfrère , qu'il préféroit à tour ,
>>même à la gloire , puiſqu'il a fait pour
ود lui ce qu'il n'a jamais voulu entrepren-
>>dre pour elle. M. Duhamel apprenoit
>>avec joie que ſes vaſſaux étoient heureux ;
>>il applaudiſſoit , ſans ſe diſtraire de ſes
>> travaux , à tout ce qui pouvoit accroître
>> leur félicité ; mais M. de Denainvilliers en
>> étoit l'inſtrument ; il s'étoit réſervé le
>>plaifir & les détails de la bienfaiſance ,
> dont les réſultats ſuffiſoient à M. Duha-
» mel. C'étoit M. de Denainvilliers qui
>> diftribuoit les vêtemens aux pauvres au
» commencement de l'hiver , & qui les
>> nourriſſant dans la ſaiſon la plus rigou-
ود reuſe , leur donnoit quelques emplois
» pour leur faire croire qu'ils tenoient de ſa
>> juſtice ce qu'ils ne devoient qu'à ſa géné-
> roſité. M. Duhamel étoit affligé lorſqu'il
>> voyoit ſes cultivateurs , diviſés par la dif-
>> corde , conſommer le produit de leurs
>> moiſſons dans des procédures diſpen-
>> dieuſes ; mais c'étoit M. de Denainvilliers
>> qui jugeoit leurs querelles , & chacun
» d'eux avoit en lui un ami commun qui
>> rendoit leur accommodement facile. M.
» Duhamel joignoit ſans doute les qua-
>> lités du coeur à celles de l'eſprit ; mais ce
>> dernier étoit en lui le plus exercé : dans
- M. de Denainvilliers , le coeur l'étoit davantage.
L'un ſera célébré dans les faſtes des
• Sciences; l'autre a été chanté par un Poëte
DE FRANCE. 161
>>ſenſible , & ſon nom vivra dans les faſtes
ود de l'humanité. C'eſt de lui que Colardeau
a dit , dans une épître qu'il lui avoit
adreſſée :
: Nouveau Titus , aſſis ſur un trône de fleurs ,
Citoyen couronné , tu règnes ſur les coeurs .
Déjà n'entends-tu pas , au ſein de tes domaines
Ce peuple qui cultive & féconde tes plaines ,
Tranquille ſous les toits que tu viens d'achever ,
Bénir le bienfaiteur qui les fit élever ?
M. Duhamel n'étoit point un homme qui
ſe piquât de bons mots ni de réparties heureuſes
, mais les étourdis donnent quelque .
fois ſi beau jeu aux ſages , que ceux-ci ont
de la peine à ſe refuſer à l'occaſion. M. Duhamel
ayant été nommé Inſpecteur de la
Marine , rencontra un jeune Officier qui tâchoit
d'expliquer un phénomène , dont M.
Duhamel avoua ingénuement qu'il ignoroit
la cauſe. Le jeune homme lui demanda ironiquement
à quoi donc il ſervoit d'être de
l'Académie. Ony apprend, répartit M. Duhamel
, à ne parler que de ce que l'onfait.
Un Philoſophe , à qui un Empereur , ami
des Lettres , avoit donné une place Littéraire
importante , répondoit ſouvent aux queſtions
qu'on lui faiſoit : Je n'en fais rien , parce
que c'étoit un vrai Savant. Un ignorant lui
dit un jour : L'Empereur vous paye pour le
Savoir.-L'Empereur , répliqua le Philoſophe,
me paye pour ce que jefais ; s'il me
162 MERCURE
payoit pour ce que j'ignore, tous les tréfors
del'Empire n'y suffiroient pas.
M. Duhamel mourut dans le mois d'Août
1782 . :
On fait tout ce que M. Pringle , favant
Médecin Écoſſois , a fait pour la Médecine
des Hôpitaux & des Armées ; il donnoit
beaucoup à l'expérience , qui lui avoit beaucoup
donné. Lorſqu'il s'informoit dans le
couis de ſes voyages, de l'état de la Médecine
dans chaque pays , il demandoit , non
quelle méthode on ſuivoit , mais quels remèdes
on y employoit dans le traitement
des maladies. L'empyriſme lui paroiſſoit le
moyen le plus efficace pour l'avancementde
cette ſcience. Qu'il soit au moins raisonné
cet empyrisme,lui diſoit unde ſes eonfrères.
Le moins qu'il ſe pourra , répondit M. Pringle,
c'est en raifonnant que nous avons tout
gâté.
L'épitaphe ſuivante donne une juſte idée
des talens , des lumières & des vertus de M.
Pringle, lequel eſt mort le 18 Janvier 1782 .
M. S.
Viri egregii Joannis Pringle , Baronetti;
Quem exercitus Britannicus ,
Celfiffima Wallia Principeſſa ,
Regina Sereniffima ,
Ipfius deniqueRegis Majestas ,
Medicum fibi comprobavis ,
Experientiffimum , fagacem , frenuum :
DE FRANCE. 163
Quem , studiis Academicis Florentem
Edimburgenfes olim fui ,
In cathedra difciplina ethica dicatâ
Adhucjuvenem collocârunt :
Quem pofteà , atate ac fcientiâ provectum ,
Primùm perhonorifico ornavit pramio ,
Deindè adfummam apudſe dignitatem evexit
Societas Regia Londinenfis.
Qualisfuerit medendi artifex ,
Quali rerum comprehenfione praditus ,
Materiamfuam multiplicem
Quàmfeienter explicuerit & illuftraverit ,
Scripta viri doctiffimi teſtentur
PerEuropam omnem diſſeminata,
Necforis minùs quàm domi nota.
Quâ autem fide & integritate fuerit ,
Quàm veri tenax & inimicus fraudi ,
Quàm conftans fupremi numinis cultor ,
Ii quibufcum vixit , teftes funto.
L'Éloge de M. Guillaume Hunter , Préfident
de la Société de Médecine de Londres ,
intéreſſe particulièrement l'Anatomie & l'Art
des Accouchemens.
L'Éloge de M. Sanchez intéreſſe tout le
monde ; l'Auteur nous en á lui- même fourni
l'extrait dans ſon exorde , & nous ferions
ſcrupule d'en employer un autre. " Un hom-
» me , dit-il , d'une conſtitution foible &
» délicate , preſque toujours fouffrant , d'un
A
164 MERCURE
- caractère timide & doux , qui , plein d'ar-
> deur pour l'étude , n'a aucun defir de la
» célébrité , qui ne fait nul cas des richeſſes ,
» & qui , fur-tout , eſt très-éloigné de tout
> eſprit d'affaires & d'intrigues ; cet homme
➤ entre dans une carrière dont il ne connoît
> ni les fatigues ni les dangers; il parcourt
>>les climats glacés du Nord , y eſt rémoin
>> des guerres les plus ſanglantes , s'y diſtıngue
par ſes ſervices dans le traitement
» des épidémies les plus déſaſtreuſes , eſt
>>porté par ſes ſuccès à une des Cours les
• plus brillantes de l'Europe , y eſt comblé
> d'honneurs , & compromis enfin dans la
>>querelle des Rois ; il perd tout au milieu
> de la tempête; il tremble même pour fes
» jours; mais la fortune , qui veut plutôt
» l'inſtruire que l'affliger , lui rend le calme ,
>>> dont fes revers lui font ſentir tout le prix.
» Pour cette fois , les leçons de l'expérien-
» ce & du malheur ne ſont point perdues.
» Cet homme eſtimable , à l'abri de toute
• ſecouffe , vit tranquille , réunit ſes obſer-
> vations , les écrit ou les publie , & ne
> meurt qu'après avoir été long-temps un
» modèle de bienfaiſance & de verta . »
On peut , par ce précis , juger de l'intérêt
de l'Éloge_entier : il faut le voir dans l'Auteur
; nous ne voulons ni ne pouvons ſuppléer
ſon Ouvrage , nous ne devons qu'avertir
nos Lecteurs de ce qu'il renferme , &
leur prouver combien il mérite d'être lû.
L'Auteur penſe beaucoup , écrit bien ; & en
DE FRANCE. 165
peignant l'âme pure & vertueuſe des vrais
Savans , il fait connoître , aimer & reſpecter
la fienne.
LE JALOUX , Comédie en cinq Actes & en
vers libres , par M. Rochon de Chabannes ,
repréſentée pour la première fois , ſur le
Théâtre de la Nation , le 11 Mars 1784 ,
& le 16 du même mois à la Cour. A
Paris , chez la Veuve Duchesne , Libraire ,
rue S. Jacques.
C'ÉTOIT un projet hardi , que celui de
porter au Théâtre le caractèredu Jaloux. Si le
ſuccès promettoit de la gloire , il devoit rencontrer
mille difficultés , une , entre-autres ,
preſqu'inſurmontable, l'opinion. Onfait que
Molière a échoué dans le Prince Jaloux , &
que depuis cet homme immortel , pluſieurs
Ecrivains ont vainement tenté de réuſſir dans
une entrepriſe où ce premier des Poëtes Comiques
du monde n'a pas été heureux.
M. Rochon de Chabannes a eu le courage
de braver le préjugé défavorable que tant
d'inutiles eſſais avoient élevé ; il s'eſt préſenté
dans la carrière , & les applaudiffemens
qu'il a reçus ont prouvé qu'il n'est pastou
jours impoffible de vaincre de vieilles préventions
. Avant d'examiner comment il a
traité ſon ſujet, & les moyens qu'il a employés
pour parvenir à plaire , jetons un
coup d'oeil rapide ſur quelques- uns des Drames
qui ont précédé le ſien , &dans leſquels
168 MERCURE
niâtreté. Il y a au reſte du mérite dans cette
Comédie , & elle a un but véritablement
moral , quoiqu'il ſoit étranger à ſon titre.
L'Auteur de la Double Extravagance a
mis auſſi au Théâtre François une Comédie
en trois Actes & en vers , intitulée le Jaloux.
Cet Ouvrage manque de comique & d'intérêt.
Il eſt affez raiſonnablement conduit ;
mais les motifs de la jalouſie de Verville ont
été généralement déſapprouvés. Un certain
Lindor a aimé avant lui Orphiſe, ſa maîtreſſe ,
lui a fait inutilement la cour , & eſt mort en
l'adorant ; & voilà l'extravagant Verville qui
s'imagine que Lindor a été aimé , qui le regarde
comme un rival,& qui devient jaloux
de ſes mânes. On peut convenir que fi la
jaloufie mène ſouvent à la démence , jamais
elle n'a fait extravaguer perſonne plus complettement
que Verville. Il ne faut qu'un
vice de cette eſpèce pour décréditer abſolument
un Ouvrage , & c'eſt celui qui a le
plus nui au ſuccès du Jaloux dont nous
parlons.
M. Rochon de Chabannes a ſuivi une
route tout-à-fait étrangère à celle de ſes prédéceffeurs.
Il a ſu rendre le Chevalier de Belgarde
intéreſſant & comique ; il en a fait un
bomme de bonne compagnie, tendre, ſenfible
, délicat , généreux , mais fans cefle emporté
par un tempérament jaloux , inquiet ,
Fimide& foupçonneux ,& réalifant ainſi par
l'effervefcence de ſon imagination trop active,
toutes les chimères de la jaloufie. Voilà
fans
DE FRANCE. 169
ſans doute les reſſorts qu'il falloit faire
mouvoit pour plaire à des Spectateurs François.
Nous ne donnerons point ici une nouvelle
analyſe de cette Comédie , dont l'action
devient un peu lente au troiſième
Acte; c'est -à dire , à l'inſtant où elle doit
acquérir beaucoup de chaleur ; elle eſt affez
connue pour que nous nous en difpenfions :
nous allons ſeulement examiner comment le
caractère du Jaloux eſt établi, cominent il eſt
mis en Scène , & comment il ſe développe
depuis l'expoſition juſqu'au dénouement.
La Scène eſt à la campagne , dans un château
du Baron, oncle de la Marquiſe. L'humeur.
inégale & chagrine du Chevalier , en a banni
toutes les perſonnes qui s'y étoient rendues.
Rien de ce qui a juſqu'alors excité
ſa jalouſie n'a pu reſiſter à ſes boutades :
tout à fui . Cet éclat a donné à la Marquiſe
une humeur légitime , qui a produit
entre les amans une Scène affez vive.
Valfain , un parent de la Marquiſe , vient
lai rendre viſite , & paffer quelque temps
au château du Baron. Les politeſſes d'uſage
que la Marquife lui fait à ſon arrivée , alarment
d'abord le Chevalier, & de ce moment
il confidère Valſain comme un amant à qui
onle facrifie. Tout devient pour lui matière
à foupçon. Un geſte, un ſigne, un regard jettent
le trouble dans ſon âme. Aufſi amoureux
que jaloux , il force bientôt Valſain à
s'expliquer ſur ce qu'il penſe de ſa parente;
&très-étonné dece qu'elle ne lui a pas inf
Nº. 17 , 23 Avril 13. H
170 MERCURE.
piré le plus violent amour , il s'indigne de ce
qu'il appelle l'inſenſibilité de celui que
cinq minutes auparavant il regardoit comme
un rival , & il s'en indigne au point
qu'il eſt prêt à lui propoſer un défi , s'il ne
confent à rendre juſtice aux charmes de ſa
belle; Scène très-piquante , où par une inconféquence
bien digne d'un homme amoureux
& jaloux , tour-à-tour il craint qu'on
aime & ſe dépite de ce qu'on n'aime pas
ſa maîtreſſe. On ne peut que ſavoir gré à
l'Auteur d'avoir ainſi rapproché toute l'ivreſſe
de l'amour de l'excès de la jaloufie. On eft
porté à excuſer un Jaloux quand on le voit
ainſi idolatrer ,diviniſer ſa maîtreſſe. Par le
délire dont on fent qu'il eſt pénétré , on juge
du prix qu'il attache à la poſſeſſion de ce
qu'il aime , on devine que ſa jaloufie provient
en partie de la crainte de ne pas être
digne d'occuper tout entier un objet fait pour
être adoré; & fi cette conſidération ne ſauve
pas tout- à- fait un amant du ridicule attaché
à la jaloufie , au moins force-t'elle à lui accorder
de l'intérêr.
Le Chevalier inſpire très-vivement cette
eſpèce d'intérêt , fur-tout dans la Scène troiſième
du ſecond Acte, où il laiſſe éclater
toutefa tendreſſe,&motive les cauſes de fes
fréquentes inquiétudes. Eh voilà donc, dit la
Marquife ,
Eh voilà done mon eſclavage ,
Les ſcènes de dépit & les ſcènes d'humeur
DE FRANCE.
Quej'eſſuyerois dans mon ménage ,
Sij'avois le bonheur d'être unie à Monfieur.
LE CHEVALIER.
Si vous étiez ma femme! ah ! pouvez-vous , cruelle
Douter un ſeul inſtant des ſoins d'un coeur fidèle!
Vous ſeriez ma divinité ;
Vos ordres , vos deſirs , tout ſeroit reſpecte;
Etdans une extaſe éterpelle
!
1
d
Je jouirofs de ma félicité.
Comparez -vous le ſort d'un époux fans alarmes,
Jouiſſant du bonheur de poſſeder vos charmes ,
A celui d'un amant plein de trouble &d'ennui ,
Qui voit juſqu'à l'eſpoir s'envoler loin de lui ;
Quimême tous lesjours , à chaque inſtant , Madame,
Se perd auprès de vous par l'excès de ſa flamme ?
Tout ce que vous valez , & le peu que je vaur,
M'inſpirent malgré moi de la mélancolie :
Je ne ſaurois vous voir , de tout point accomplie
Sans redouter mille rivaux;
Et vous éprouveriez la même jaloufie
Si j'avois en partage affez de qualités
Pour inſpirer à vos ſens agités
La même paſſion dont mon âme eſt remplie,
On fent qu'un homme qui aime , qui
penſe & qui s'exprime ainſi , fait néceſſairement
oublier ſes torts , quand ils n'ont point
encore compromis l'objet de ſa tendreſſe;
auſſi la Marquiſe pardonne-t'elle ,& le Che-
1
Hij
172 MERCURE
valier ſe propoſe de ne jamais céder à'fes
ſoupçons jaloux. Mais ces beaux projets font
bientôt oubliés. Une Comteffe de Valleroy ,
femme comme on en voit aujourd'hui quelques-
unes , qui aime les chiens ,les chevaux,
la chaffe , en un mot tous les exercices qui
conviennent à notre ſexe , eſt préſentée au
Baron & à la Marquiſe. Vêtue d'abord en
amazone , elle quitte bientôt ce coſtume
pour en prendre un cui la gêne moins , &
qu'elle affectionne particulièrement , un uniforme
de Dragons. Cette extravagance démonte
tout- à-coup la tête du pauvre Cheval
er: Il fait que la Comteſſe de Valleroy a
un frère qui lui reſſemble beaucoup :
Le beau Comte de Florimon ,
Un Adonis moulé ſur celui de la fable,
Dont le teint , la fraîcheur , les grâces & le ton
Sont d'une belle & non pas d'un Alcide;
Etl'on conte à Paris cent tours de ſa façon
Jouésàla faveurde ce minois perfide.
Il ſe perfuade donc que la Comteſſe n'eſt
autre que ce Florimon , qui est devenu amoureux
de la Marquiſe , qui a mis Valfain dans
ſa confidence , s'est fait préſenter par lui ,&
a formé le projet de ſe faire aimer , après
avoir fupplanté un rival. Il ſe pénètre fr forrement
de cette idée , que rien de ce qu'on
peut faire & dire ne le peut tirer de fon
erreur. Mille fois plus inquietqu'il n'a jamais
été, il ne reſpecte rien , trouble jufqu'au
DE FRANCE.
173
repos de la Marquiſe pour laiſſer éclater de
nouvelles folies à l'inſtant même où celle- ci ,
ſeule avec ſa Femme-de-Chambre , qui n'eſt
point dans les intérêts du Chevalier , vient
d'excuſer ſa jalousie avec l'attendriſſement
&l'indulgence dont un coeur bien épris peut
ſeul être capable. Ce defaut , diſoit-elle ,
2
:
Ce défaut , ſansdoute inſupportable ,
Avec un cooeur fi tendre eſt peut- être excuſable.
Le Jaloux fans amour * qu'aigrit la vanité ,
L'homme qui n'a brûlé que de légères flammes ,
Jugeant for ſes erreurs l'innocente beauté ,
Sont de lâches tyrans qui révoltent nos âmes.
Mais ces hommes ardens , inquiets , véhémens ,
Cédant à leurs tranſports , à leurs emportemens ,
Par un excès d'amour qui troublent tous leurs ſens ,
Intéreffent toujours les femmes.
La plus extrêmeindulgence a ſes bornes ,
* Ce caractère a été mis au Théâtre en 1781 ,
parl'ingénieux AnteurduJugement de Paris.LcPublic
atraité fonOuvrage, nousne diſons pas avec rigueur ,
mais avec une injustice dont, trop malheureusement ,
onvoit de temps en temps quelques exemples . On ne
peut que defirer de voir remettre cette Comédie ,
digned'un meilleur fort ; fur- tout fi M. Imbert , en
abjurant une complaiſance dont il a été la victime ,
fait repréſenter ſon Jaloux comme il l'a fait , &
purgé de tous les changemens , corrections & additions
que des conſeils, au moins indiſcrets , l'ont forcé
de faire à ſon premier plan .
Hiij
174
MERCURE
&la Marquiſe finit par ſe révolter contre
l'audace de fon Jaloux ; elle refuſe d'entendre
Les graves petits faits qui le glacent d'effroi.
Et ce refus , joint aux civilités dont elle honore
le prétendu Comte , confirme dans l'efprit
du Chevalier l'idée qu'il eft trahi. Mais
l'inſtant où il eſt tout- à-fait exalté, eſt celui où
il voit dans un appartement voifin de celui de
la Marquiſe, une robe de chambre d'homme
étendue ſur une chaiſe , & où , quelques minites
après, un mot qu'il interprête à ſon déſavantage
, lui fait croire qu'on veut s'amufer
à ſes dépens. Il s'élance dans l'appartement
par une fenêtre du jardin , met les
femmes en fuite par ſon impétueuſe apparition.
Il eſt en proje aux tourmens de la jaloufie
dans toute fa fureur, ſon délire eſt à
fon comble.
Je ſuis ( dit- il ) épouvanté moi-même& furieux
D'une action auffi hardie.
Mes cheveux hériſſés fur mon front pâlifiant ,
Sont tout inondés d'eau qui couvre mon viſage;
Et ma langue épaiſſie enmonpalais brûlant ,
Ne fauroit exhaler les tranſports de ma rage.
Cette citation nous rappelle le jeu ſublinse
de M. Molé dans cette Scène brûlante , &
c'eſt avec un vrai plaiſir que nous réitérons
ici les éloges que nous lui avons déjà donnés
dans ce Journal .
DE FRANCE.
175
La fin detous les emportemens du Che
valier le conduit à la plus haute de toutes les
folies , à celle qui le couvre de ridicule, & qui
le perd dans l'eſprit de laMarquiſe. Il adreſſe
un cartel à la Comteffe ,& le lui fait porter
par ſon Valer. Cette fituation eſt d'un bon
comique & d'une grande gaîté ; elle contraſte
parfaitement avec l'attuude douloureuſe
où l'on vient de voir le Chevalier , &
l'âme affaiffée par le ſpectacle fâcheux des
erreurs d'un homme aimable & honnête ,
mais devenu réellement coupable , ſe repoſe
avec plaifir ſur un incident agréable & neuf.
Quand la Comteſſe reçoit le cartel , elle
s'imagine tout fimplement que c'eſt un billet
galant ; & comme elle a trouvé le Chevalier
très-aimable , elle ne ſe fâche pas trop de
fon indiſcrétion. Elle est très-étonnée quand
elle apprend ce qu'on lui propoſe ; elle ſe
pique , & puis tourne la choſe en plai
fanterie:
J'accepte le cartel: c'eſt la ſeule folie
Qui puiffe bien répondre à ſon étourderie.
Ah ! ce défi me rend toute ma bonne humeur :
Il va cauſer ici la plus vive rumeur ,
Charger le Chevalier , pour prix de ſa mépriſe ,
De l'indiguation de ſa chère Marquiſe ,
Me venger de tous deux , dérouter les railleurs ,
Et faire de mon bord paſſer tous les rieurs.
Appelons le valet de mon fier adverfaire ;
Mais prenons devant lui l'air leſte & raffſuré
Hiv
176 MERCURE
D'un Cavalier , d'un Militaire
Toujours aux combats préparé.
Valſain, le Baron, la Marquiſe ſont témoins
du fingulier rendez -vous. En vain la Comteffe
cherche encore à éclairer le Chevalier ;
foins inutiles :il ne reſpire que la vengeance ,
&preſſe l'épée à la main fon prétendu rival ,
qui , heureuſement , ne court aucun riſque ,
parce que Valſain eſt là pour ne laiſſer aller
Jes chofes que juſqu'à un certain point. On
ſépare les combartans ; & c'eſt avec beancoup
de peine qu'on force le Chevalier à ſe
convaincre que la Conteſſe eſt réellement
une femme. C'eſt-elle qui , enfin , le défabuſe,
en lui parlant ainfi :
Jeconviens avec vous que je ſuis unpeu folle,
Que je ſaifis vos airs & votre fon frivole ;
Mais comment ai-je pu troubler votre raiſon ?
Et quand j'ai pris tantôt la fuite à votre vûe ,
Quand,tout-à-l'heure encor ,là,non moins éperdue,
J'évitois ,Chevalier, ce combat inégal
Que vous me préſentiez en Cavalier loyal ,
Pouviez- vous à ces traits méconnoître une femme ?
Reprenez vos eſprits.
LE CHEVALIER .
Se pourroit il , Madame ! ....
VALSAΙΝ.
Bon! il en doute encor.
DE FRANCE. 17
La COMTESSE , en riant.
Je ne puis , en hommeur,
Aller plus loin pour vous tirer d'erreur.
Ce dernier trait ouvre les yeux du Chevalier;
mais il l'éclaire en même temps fur
tous les inconvéniens attachés àſon caractère
jaloux. Auſſi dit-il à la Marquiſe ,
Je n'eutreprendrai pas d'excuſer ma foibleſſe ,
Si malgré vos vertus , votre délicateſſe
Je n'ai pu vous aimer ſans trouble & fans effroi.
Rien ne peut mechanger , &je ſens que jedoi
Renoncer à l'amour , qui n'est pas faitpour moi.
Quoique le Chevalier infpire véritablement
de l'intérêt , néanmoins on eſt bienaiſe
de le voir force de renoncer à l'hymen
de laMarquiſe. La jalouſie eſt un de ces vices
que la raiſon, les réſolutions les plus fortes
ne peuvent vaincre abſolument ; & toute
femme qui ſe détermine à épouſer un homme
jaloux par tempérament , ne fait naître
d'autre penſée que celle d'un mariage malheureux.
M. Rochon a donc bien fait d'éloigner
ſonChevalier; par ce moyen , il a rempli
le but moral que doit ſe propoſer tout
Auteur Dramatique , but qui a été oublié
par preſque tous ceux qui , avant lui , ont
peint le caractère du Jaloux.
Les détails dans lesquels nous ſommes
entrés doivent avoir prouvé à nos Lecteurs
que M. Rochon a bien vû , bien faifi & bien
Hv
178 MERCURE
exécuté le caractère qu'il s'étoit propoſé de
tracer. Quelques perſonnes ont deſapprouvé
le mouvement qui porte le Chevalier à efcalader
la fenêtre de la Marquiſe ; & nous
nous permettrons de ne pas être de leur avis.
Envoici la raifon. La Comteſſe doit coucher
auprès de l'appartement de la Marquiſe , il
s'eſt perfuadé qu'elle eſt un homme ; que
l'honneur de ſa maîtreffe court les plus
grands dangers , ou qu'elle le trompe. Exalté
par ces idées , il a perdu décidément la tête,
il ne peut être arrêté par aucun frein. Avertir
ou démaſquer la Marquiſe , voilà tout ce
qu'il peut ſe propoſer. Ilentre par la fenêtre,
parce que les portes font fermées. L'excès
qu'il fe permet bleffe les convenances ſociales
,&taut mieux; car il faut que leChevalier
foit fidèle à fon caractère , & qu'il
devienne coupable ; mais il ne bleffe aucunement
les convenances du Théâtre. Il n'y a
dans fon procédé , tout condamnable qu'il
eft, ni brutalité ni indécence. Voilà ce qu'on
peut appeler atteindre au but, ſans toucher
laborne.
La critique qu'on s'eſt permiſe du traveftiſſement
de la Comteffe ne nons paroît pas
mieux fondée. Ceux qui l'ont faite n'ont pas
fongé que , dans ſon Prince Jaloux , Molière
s'eſt fervi d'un moyen tout femblable ,
&que perfonne ne l'a blâme , parce que les
motifs ſur lesquels il eſt établi font vraiſemblables.
Ceux de M. Rochon ne le ſont pas
moins , puis qu'ils font tirés de nos moeurs
DE FRANCE.
179
actuelles. Comme le but de la Comédie eſt
de corriger les uſages vicieux , l'Auteur ne
manque point de s'élever contre un abus
dangereux.
LE BARON.
On a toujours tort d'armer la calomnie,
VALSAIN.
Comment , pour s'habiller en homme !
LE BARON.
Mon ami.
Je ne ſuis point frondeur &du ſexe ennemi :
Mais ce goût va ſouvent bienplus loinqu'on nepenſe;
Onveut avoir nos airs , notre ton , notre aiſance.
Voilà, dans ce ſexe charmant
Qui perd de ſa candeur ſous notre habillement ,
Où le ridicule commence.
Il faut être de bien mauvaiſe humeur pour
blâmer un reffort , dont il réſulte une morale
vraie& des effets comiques.
L'intrigue de cette Comédie eſt très-ſimple,&
nous penſons que ce n'eſt pas undéfaut.
La Comédie de caractère nous ſemble
ne pas demander une intrigue trop compliquée.
Un nombre fuffiſant de ſituations &
d'incidens capables de mettre en action le
caractère qui fait le fonds de l'Ouvrage ,
voilà tout ce qu'il faut , à notre avis , à la
Comédie de ce genre ; & ſi , dans ce cas , un
Auteur s'embarraſſoit dans les fils d'une in
Hvj
180
MERCURET
trigue un peu ferrée , ou il nuiroit auxdéveloppemens
qui peuvent mettre ſa principale
phyſionomie dans un jour fait pour frapper
tous les yeux , ou il fatigueroit l'attention
du Spectateur , & feroit un exercice pénible
d'undélaſſentent agréable & inſtructif.Qu'on
examine la marche du Misantrope , & l'on
ſe convaincra que notre opinion eſt fondéc
fur une grande autorité.
Apropos du Miſantrope , nous obferverons
que quelques obfervateurs ont dit que
ce perſonnage eſt jaloux , & que Molière lui
adonné une coquette pour maîtreffe . On est
parti delà pour reprocher à M. Rochon de
n'avoir pas donné un peu de coquetterie à
la Marquiſe. Ce reproche eſt bien frivole.
Dabord , fi la Marquiſe étoit coquette , le
Chevalier ſeroit juſtement jaloux , & M. Rochon
auroit peint un homme ſenſible , &
non unhomme injuſte , & c'étoit le dernier
qu'il falloit peindre. Enſuite ce n'eſt pas
parce qu'Alceſte eſt jaloux que Molière le
rend amoureux d'une coquette , c'eſt parce
qu'il eſt mifantrope , & que cette foibleffe
fait reffortir davantage la bruſque inconféquence,
la ſauvage & ridicule rudeſſe de ſon
perſonnage.
Ce que nous en avons cité , prouve que
nous avons eu raiſon de faire l'éloge du ſtyle
de cer Ouvrage , auquel on ne peut reprocher
que de très- légères négligences , un peu
d'uniformité dans le mouvement , & quelques
répétitionsdont on ne s'apperçoit guères
DE FRANCE. 181
qu'à la ſuite d'une lecture réfléchie. Le dialoque
eft vif, ſerré , naturel; les détails en font
brillans , & leur éclat n'exclud ni le goût ,
ni la facilité , ni la grâce. Mérite rare , aujourd'hui
ſur-tout que le bel eſprit étouffe
lebon eſprit ,&que le clinquant eſt ſubſtituéà
l'orpur.
Cette Comédie n'a point eu , le jour de
ſapremière repréſentation , la réuffite qu'elle
méritoit. On s'eſt attaché a critiquer quelques
détails , au fond inutiles , & par conféquent
faciles à retrancher. L'Auteur , docile
& courageux , a fait diftaroître tout se
qui avoit déplu , & s'eſt ainſi aſſuré un ſuccès
durable. Il eſt le ſeul de nos Écrivains
Modernes qui puiſſe meſurer ſes triomphes
au nombre de ſes Ouvrages ; & fi l'on defcendoit
dans l'arène dramatique avec une
bannière, il pourroit écrire ſur la fienne ,
par alluſion à ſes ſuccès : Necpluribus impar.
(Cet Article est de M. de Charnois. )
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'OUVERTURE de ce Théâtre s'est faite ,
Mardi , de ce mois ,par une repréſentation
de Panurge , qu'on a continué le Vendredi
&le Mardi ſuivans. Le ſuccès de cet Opéra
182 MERCURE
ſe confirme par l'affluence qu'il continue
d'attirer , & par les applaudiſſemens qu'il a
constamment obtenus .
Dimanche , 10 , on a donné une repréſentation
d'Iphigénie en Aulide , dans laquelle
Mlle Saint- Huberti a joué le rôle de Clytemnestre
, & Mlle Dozon celui d'Iphigénie.
Cette nouveauté étoit bien faite pour exciter
la curiofité & l'empreſſement du Public;
mais nous ne pouvons pas diffimuler
que ſon attente n'a pas été remplie , & que
l'effet n'a pas répondu à l'idée , peut-être exagérée
, qu'on s'en étoit faite.
Il étoit impoſſible que Mlle Saint-Huberti,
avec l'intelligence ſupérieure dont elle a
donné tant de preuves , n'eût pas conçu le
caractère général & les détails du rôle de Clytemnestre
avec autant d'énergie que de vérité ;
mais ſes moyens n'ont pas toujours rempli
toute l'étendue de ſes intentions. Sa voix
n'a peut-être pas toutes les qualités qu'exigeroit
l'exécution du genre de muſique propre
à fon rôle ; mais avant que de prononcer
fur le parti qu'elle ſaura en tirer , il faut attendre
que quelques repréſentations l'ayent
miſe en état d'établir dans ſon jeu & dans ſon
chant , l'accord , la préciſion & l'enſemble
qu'il eſt prefque impoſſiblede ſaiſir au premier
eſſaid'un rôle dont le caractère eſt ſi différent
de ceux dont elle a été chargés juſqu'ici. Elle
s'eſt montrée à la ſeconde repréſentation ſi ſupérieure
à ce qu'elle a été dans la première ,
qu'il n'y a rien qu'on ne puiffe attendre de
DF FRANCE. 183
ſon talent dans les ſuivantes. Elle a joué ſon
rôle avec autant de chaleur que de vérité ;
elle en a rendu quelques ſituations d'une
manière tout-à-fait neuve, & quelquefois
fublime. C'eſt dans le chant ſeul qu'elle a
laiſſé quelque choſe à defirer. Nous croyons
que l'excès de chaleur & de mouvement
qu'elle metdans ſon action , ſur-tout au troiſième
Acte , a nui au timbre & au développement
de ſa voix , & qu'en ſacrifiant
quelque choſe de l'action à la pureté & à
la rondeurdes fons, elle obtiendroit aiſément
de plus beaux effets.
Mlle Dozon a donné fi peu de voix à la
première repréſentation , qu'à peine a-t'on entendu
la moitié de son rôle; & l'on a craint
que sa voix ne fût affoiblie. Mais on a jugé à
laſecondeque le défaut qu'on lui avoit reproché,
n'étoit que l'effet d'une intentionbien conçue,
mais portée à l'excès. Elle avoit cru ,
fans doute avec raiſon , que dans ce rôle roujours
ingénu , ſenſible & modeſte , caractère
fi bien exprimé par la Muſique , elle ne pou
voit en conſerver la grace & la pureté ,
qu'en donnant à ſa voix le moins de force
&d'éclat poffible; mais elle avoit porté trop
loin cette vérité. A la ſeconde repréſentation
, ſa voix a eu plus de timbre ,& fon
chant plus d'effer. Peut-être même que dans
quelques endroits, comme dans les adieux d'Iphigénie
, elle pourroit encore développer
davantage fon organe ſans manquer à la
vérité du rêle & de la ſituation. Nous lui
184 MERCURE
obſerverons auſſi que l'attention qu'el's
porte à rendre tous les détails indiqués par
les paroles , nuit quelquefois à l'abandon
&à la chaleur; effet plus précieux que celui
qui réſulte de la vérité des nuances &des
détails. D'ailleurs , il eſt impoffible de n'être
pas vivement frappé de l'intelligence rare ,
de la ſenſibilité naturelle & vraie , de la
juſteſſe des mouvemens , de l'attention continuelleà
la ſcène, qu'elle montre dans toutes
les parties de ce rôle , & quand on fait
attention que c'eſt le troiſième qu'elle ait
jamais joué , on ſentira combien un talent
fi précieux mérite d'être diſtingué & encouragé.
Nous ne doutons pas qu'aux repréſentations
ſuivantes, elle ne ſe montre
encore ſupérieure à ce que l'on a vue à la
feconde.
L'Opéra a été très-bien exécuté dans ſes
différentes parties. Les Ballets ſur - tour
ont été mis avec un ſoin qu'on avoit trop
négligé depuis quelques années. Mile Saunier
& le ſieur Gardel ont danſe le pas
de deux du ſecond Acte avec un enſemble ,
une élégance & une préciſion , qui ont mérité
des app'audiſſemens univerſels. Mile
Langlois& le ſieur Veftris ont exécuté avec
la force & la légèreté qu'on leur connoît
le pas de deux de l'entrée des filles de
Lesbos , & y ont été reçus avec tranfport.
Le Public a vu , avec le plus grand
plaiſir , rétablir le Ballet qui termine cet
Opéra , & auquel on a ſubſtitué quelque
DE FRANCE. 185
fois, ſans raifon , des Ballets étrangers à
l'action. Mlle Guimard a fait le plus grand
plaiſir dans l'entrée ſeule qu'elle y danſe :
on a applaudi univerſellement ce pas charmant
, ainſi que l'air à deux parties qu'elle
danſe avec MHe Langlois.
VARIÉTÉS.
ΟN vient de trouver le moyen de foumettre le
papier le plus nouvellement imprimé , à un apprét
tel que les feuilles ainſi préparées ne peuvent admettre
la comparaiſon de celles qui ne l'ont pas été.
Les procédés connus de Manufactures qui uniffent ,
adouciſſent , compriment du papier blanc , font évidemment
inſuffiſans pour unir, adoucir & comprimer
du papier imprimé au point de le rétablir dans le
même état où il étoit avant l'impreffion; c'eſt cependant
là le but & le ſuccès du nouvel apprêt que
nons annonçons.
Pour en faire ſentir tout le prix , il fuffit d'analyfer
les moyens que nous poſſédons ,le cylindre &
les marteaux des Relieurs. Car à l'égard de la liſſe ,
nous n'avons pas même l'idée qu'elle puiſſe être appliquéeà
cet usage. :
Le cylindre ternit l'éclat du papier , altère ſes
qualités,donne une trop grande extenfion aux traits
des lettres ; & comme il en développe juſqu'aux
moindres défauts , il ſuppoſe , pour en faire uſage ,
une perfectiondans l'impreſſion à laquelle il eſt bien
difficile d'atteindre ; & c'eſt pour cette raiſon qu'il
ne peut pas être employé ſur des feuilles fraîchement
imprimées . D'ailleurs , les Anglois même qui s'en
ſont ſervi avec le plus d'avantage , en ont reconnu
186 MERCURE
l'uſage comme long , difficile & même diſpendicur.
On en a depuis réitéré des eſſais en France , qui ont
eu encore moins de ſuccès.
Les marteaux des Relieurs ne peuvent non plus
s'exercer ſur des feuilles récemment imprimées. A
ce défaut , qui leur eft commun avec le cylindre ,
s'enjoint un autre qui en rend l'ufage encore plus
vicieux . Ces marteaux n'ayant qu'environ trois pouces
encarré de ſurface , ne peuvent agir que partiellement
ſur celle d'une feuille de papier , & même ſur
celled'un feuillet de livre , & chaque fois avec une
force auſſi irrégulière que les mouvemens qui la
produiſent: dela réſultent néceſſairement les godes
&les enfoncemens que les meilleurs Relieurs ne peuvent
faire diſparoître dans les volumes de grand
format; & qu'ils ne parviennent à rendre quelquepeu_
ſenſiblesdans les petits volumes , qu'en les
-battant à plufieurs repriſes .
fois
Par le nouveau procédé , les feuilles fortant de
deſſous la preſſe, peuvent, ſans inconvénient , êre
apprêtées ; les qualités du papier font toutes conſervées
, il acquiert même un plus bel éclat , l'encre
noircit , les lettres confervent leur forme , &un
volume ainſi apprêté eſt réduit à une épaiffeur parfaitement
égale , & plus irréductible encore que par
le marteau du Relieur ; il n'eſt pourtant ni cylindré
ni battu . Cette nouvelle découverte eſt dûe aux ſoins
& aux recherches de M. Aniſſon le fils , Directeur
de l'Imprimerie Royale en ſurvivance * , qui ,
afſuréde ſes ſuccès par les expériences réitérées qu'il
afaites depuis long-temps , a bien voulu donner
* C'eſt à tort que quelques perſonnes ont cru , pour
participer aux avantages de cette découverte , devoir s'adreſfer
à l'Imprimerie Royale , avec laquelle elle n'a rien de
commun.
DE FRANCE. 187
• connoiſſance de ſes procédés à une Compagnie
qui s'occupe dans ce moment-ci à élever un Établiſfement
où le Public ſera inceſſamment admis & invité
à apporter toute eſpèce de volume , non relié ,
poury recevoir ce nouvel apprêt , dont on eſpère
que le prix ſera proportionné à celui que coûte un
livre mal ployé& mal battu .
Nous en avons vû des échantillons,qui nous font
defirer d'être bientôt à portée d'y participer nousmêmes.
Les propriétaires des Bibliothèques nombreuſes
, les Bibliomanes même s'empreſſeront fans
doute de ſoumettre leurs Livres à ce nouvel apprêt ,
qui réduit d'un cinquième , & même d'un quart de
plus les Livres que les reliûres ordinaires , & qui en
rend les feuillets tellement cohérens , qu'ils deviennentinacceſſibles
à la moindre pouſſière.
ANNONCES ET NOTICES.
CHOIX
HOIX de nouvelles Causes célebres , avec les
jugemens qui les ont décidées, extraites du Journal
des Causes célèbres depuis fon origine juſques &
compris 1782 , Tome I , Volume in- 12 d'environ
soo pages. A Paris , chez Moutard , Imprimeur de
la Reine , hôtel de Cluny , rue des Mathurins.
Ce Choix eſt fait pour avoir le plus grand ſuccès.
Il remplace les Collections épuisées du Journal des
Cauſes célèbres , qui devient chaque jour plus intéreſſant
par la manière dont il eſt rédigé. L'Edition
annoncée par le ſieur Moutard étoit deſirée depuis
long-temps , & l'on doit lui ſavoir gré d'avoir
réimprimé cet Ouvrage preſque claſſique pour toutes
les Perſonnes attachées au Barreau. C'eſt une Galexie
où les individus de toutes les claſſes de la Société
trouvent des portraits reſſemblans de la géné-
1
188 MERCURE
zation préſente ,&des ſcènes morales qui peuvent ,
en les inſtruiſant, leur épargner bien des chagrins
&ſouvent des malheurs. Si on lit avec avidité les
Romans , on doit éprouver encore plus de plaîtir à
parcourir des hiſtoires qui ont pour baſe la vérité ,
&qui font auſſi attachantes par leurs détails que les
fictions les plus ingénieuſes. On trouve ſouvent en
effet dans les Cauſes célèbres des événemens plus
curicux& plus piquans que dans les Romans. Nous
croyons donc que le Choix annoncé par le ſieur
Moutard, obtiendra l'accueil favorable qu'il mérite.
Il ſera compoſé de quinze Volumes in 12 de
soo pages, dont il en paroîtra ſucceſſivement un
chaque mois, à compter du premier Avril dernier.
Le prix de la ſouſcription pour ces quinze Volumes
eſt de 37 liv. 10 fols pour Paris , & pour la Pro-
*vince de 45 liv. francs de port. On ſouſcrit chez le
fieur Moutard , Imprimeur de la Reine , hôtel de
Cluny , rue des Mathurins , & chez M. Deſeſſarts ,
Avocat, Membre de pluſieurs Académies , rue Dauphine,
hôtel de Mouy. On trouvera également chez
Je fieur Moutard & chez M. Deſeſſarts , le nouveau
Choix & les Volumes qui ont paru depuis 1782 , &
qui font la fuite des quinze Volumes de Choix.
COMETOGRAPHIE , ou Traité Historique &
Théorique des Comètes, par M. Pingré, Chanoine
Régulier & Bibliothécaire de Sainte Geneviève
Chancelier de l'Univerité de Paris , de l'Académie
Royale des Sciences , 2 Vol. in 4°. Prix , 24 liv. br.
De l'Imprimerie Royale ; & ſe trouve à Paris , chez
Moutard, Imprimeur - Libraire , rue des Mathurins ,
hôtel deCluny.
La connoiſſance des Comètes eſt une partie des
plus intéreſſantes de l'Aſtronomie. Les Perſonnes
qui s'intéreſſent àcette Science , liront avec plaiſir le
favantOuvrage que nous annonçons. Il y a même
DE FRANCE. 189
une partie qui n'eſt pas dénuée d'agrément , c'eſt
I'hiſtoire des opinions des anciens Philoſophes ſur la
nature des Comètes , dont on a eu fi long - temps des
notions fauſſes , & qui a fi long-temps donné l'éveil
àla ſuperſtition.
CetOuvrage eſt diviſé en quatre Parties. La première
expoſe les progrès qu'on a faits dans la connoiſſance
des Coinètes; la deuxième contient l'hiftoire
de toutes les Comètes dont les Philoſophes ou
les Hiſtoriens ont fait mention ; la troiſième traite
des différentes queſtions relatives aux Comètes ,
comme de leur retour , de leur queue , &c .; la
théoriedu mouvement des Comètes forme la quatrième&
dernière Partic.
HONNEURS rendus au Connétable du Guesclin.
Cette Eſtampe nationale de vingt deux pouces &
demi de large , ſur dix- huit, &demi de haut eft gra
véed'après le Tableau de Brenet, Peintre du Roi ,
par B. L. Henriquez , Graveur du Roi & de S. M. I.
deroutes les Ruffies , Membre de l'Académie Impériale
de Saint-Pétersbourg. A Paris, chez Henriquez
, rue de la Vieille Bouclerie , la porte- cochère
près la rue Mâcon , nº. 18. Prix , 12 liv.
Cette Eſtampe répond à la réputation de l'Auteur.
LES Saifons , Poëme , par M.de Saint-Lambert
, de l'Académie Françoiſe , nouvelle Édition ,
in-12. Prix, 3 liv relié. A Paris , chez Piſſot , Lie
braire , quai des Auguſtins.
Les Éditions fréquentes qui ſe font de cet Ouvrage
prouvent qu'il n'a pas eu un ſuccès du mo
ment, & promettent à l'Auteur une gloire durable ,
qui n'est pas toujours le fort des Ouvrages qui
font le plus grand bruit .
RÉFLEXIONS fur divers sujecs, pour ſervir de
190 MERCURE
Suiteà celles qui ont été publiées , par M***. A
Londres; & ſe trouve à Paris , chez Belin , Libraire
, rue S. Jacques , & au Palais Royal.
L'objet de ces Réflexions eſt important , & l'Auteur
eſt connu par des productions eſtimables.
GALATÉE , Roman Paftoral, imité de Cervantes,
par M. de Florian , Capitaine de Dragons ,
&Gentilhommede S. A. S. Mgr. le Duc de Penthièvre
,des Académies de Madrid , de Lyon , &c.
quatrième Edition , in- 18 , avec figutes. Prix , 6 liv.
papier vélin broché , & 4 liv. papier ordinaire. A
Paris, chez Didot l'aîné , Imprimeur-Libraire , rue
Pavée-Saint André , & Debure l'aîné , Libraire ,
quai des Auguſtins.
Les Editions multipliées de ce charmant Ouvrage,
justifient bien les éloges que nous lui avons
donnés dans la nouveauté,
LEÇONS Elémentaires de Calcul infinitéſimal ,
pourfervir de fuite au Livre de M. Mazéas &
d'introductions aux Sciences Physico- Mathématiques,
par M. l'Abbé Raymond - Roux , Profeſſeur
de Philoſophie en l'Univerſité de Paris au Collège
des Graffins. A Paris , chez P. D. Brocas , Libraire ,
rue S. Jacques. Prix , 4 liv. 4ſols broché.
On connoît l'importance du calcul qui fait la matière
de cet Ouvrage , & la manière dont il eſt fait
nous a paru ne laiſſer rien à defirer.
ANTI-DICTIONNAIRE Philofophique pour fervir
de Commentaire & de Correctif au Dictionnaire
Philofophique & aux autres Livres qui ont paru de
nos jours contre le Chriftianisme ; Ouvrage dans
lequel on donne en abrégé les preuves de la Religion
, & la réponſe aux objections de ſes adverfaires,
quatrième Edition , 2 gros Volumes in-89.
DE FRANCE.
191
A Avignon ; & ſe trouve à Paris, chez Pichard ,
quai & près des Théatins,
REMARQUES d'un François , ou Examen impartial
du Livre de M. Necker fur l' Administration des
Finances ,pourfervir de Supplément & de Correctif
àfon Ouvrage , in- 8 °. A Genève ; & ſe trouve à
Paris , chez l'Éditeur , rue de Seine , n° . 65 , & chez
les Marchands de Nouveautés. Prix , 2 liv. 10 fols .
MÉTHODE nouvelle & raisonnée pour la Clarinette
, où l'on donne une explication claire & fuccinte
de la manière de tenir cet Instrument , de fon
étendue, de ſon embouchure , de la qualité des
anches que les Commençans doivent employer , du
vrai fon , du coup de langue , & en général de tout
ce qui a rapport à la Clarinette. Cette Méthode renferme
auſſi quelques Leçons où les différens coups
de langue ſont mis en pratique , douze petits Airs
& fix Duos très-propres à former les Élèves , par
M. Van-der-Hagen , Muſicien des Gardes - Françoiſes.
Prix , 9 liv. A Paris , chez M. Boyer , ancien
café de Foy , rue de Richelieu , & Mme Lemenu ,
rue du Roule , à la clefd'or.
NUMERO 22, 23 & 24 des Feuilles de Terpsychore
pour laHarpe&pour le Clavecin. Prix , chaque Feuille
1 liv. 4 fols. On s'abonne auſſi pour l'année chez
Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine , rue
des Poulies , & chez Salomon , Luthier , Place de
l'École. Ces Feuilles paroiſſent tous les Lundis.
SIX Quatuors concertans à deux Violons ,
Alto & Baffe , par M. Hoffmeifter , OEuvre VII ,
Prix , 9 liv. Huitième Concerto à Clarinette principale
, deux Violons , Alto & Baſſe obligés , Cors
& Hautbois ad libitum , compoſés & cexécutés au
192 MERCURE
Concert Spirituel par MM. Michel & Vogel. Prix ,
4liv. 4 fols. AParis , chez Imbault, rue & vis-àvis
le Cloître S. Honoré , maiſon du Chandelier.
RECUEIL de Romances & d'Ariettes , avec Accompagnement
de Clavecin , par M. Darondeau ,
Ouvre IV. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Moulins , Butte S. Roch , n°. 9.
ERRATA . Dans l'avant-dernier Numéro , on a
oublié de mettre à la Pièce de Vers intitulée : A
Maman , pour lejour deſa Fête, le nom de l'Auteur.
C'eſt Mlle de Saint-Léger.
TABLE
AMadame de ** , 145 Séances publiques de la Société
Royale de Médecine ,
Romance , 147 152
LesRegrets dupremier Age ,
La Vérité& l'Envie , Fable Le Jaloux , Comédie , 165
148Acad. Roy.de Musique , 181
Charade, Enigme& Logogry Variétés ,
Allégorique ,
phe 150 Annonces & Notices ,
Suitedes Eloges las dans les
185
187
APPROBATION.
J'AI la, par ordre de Mer le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 1 Avril. Je n'ai
rien trouvé qui puiſſe enempêcher l'impreſſion.A Paris ,
le23 Avril 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 28 Février.
TEConful de Ruffie à
Sinope qui fut inſulté
par lapopulace, au moment où il
arboroit fon pavillon ſur ſon hôtel , eſt
venu ici informer de cette avanie le Minif
tre de fa Souveraine , qui en a demandéfatisfaction
: elle lui a été accordée , & l'on a
envoyé des ordres au Juge de Sinope , par
leſquels il lui eſt enjoint de prévenir & de
punir de pareils déſordres.
Le Capitan Bacha eſt attaqué d'une pleuréſie
qui a fait craindre pour ſa vie. La Porte
perdroit en lui le meilleur , & peut-être le
ſeul officier de fa marine. Ses travaux , fon
activité , ſes talens & fa hardiefſe l'euſſent
fait regretter de tout l'Empire ; mais on le
regarde comme hors de danger.
Lacaravanne de la Mecque , après avoir--
été haraſſée par les Arabes Bédouins , eſt
N°. 17, 23 Avril 1785. 8
( 146 )
arrivée à Damas , dont elle a calmé les inquiétudes
. Comme les pélerins ſe ſontplaints
de la diſette de vivres pendant la route , le
Grand-Seigneur a ôté le gouvernement de
Damas au Pacha qui conduit cette caravanne
, & lui a donné pour ſucceſſeur le
Pacha de S. Jean d'Acre .
La révolte dont on a parlé dans quelques
gazettes d'Europe étoit imaginaire : mais un
nouvel incendie , promptement éteint , fe
déclara il y a peu de jours , dans le quartier
de Balata.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 2 Avril.
Un placard royal du 16 Mars permet
l'importation de l'huile de baleine venant de
l'étranger dans les Duchés de Sleſwic & de
Holſtein , le Comté de Ranzau & la ſeigneurie
de Pinneberg & Altona , moyennant
un droit de douane de 8 ſchellings &
un acciſe de 24 ſchellings par tonne.
Une lettre de Tranquebar , du 7 Septembre
1784 , apprend qu'à cette époque il ſe
trouvoit au Bengale 13 bâtimens Danois,
qui retourneront tous en Europe au mois
d'Octobre prochain. Deux bâtimens Danois
font àBatavia.
La glace eſt encore inébranlable près de
Corfoer , mais il roule beaucoup deglaçons
du côté de Sprogoe,
( 147 )
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 7 Avril.
Le 25 de ce mois , fix bâtimens font partis
du port de Cuxhafen ſur l'Elbe , pour
aller faire la pêche de la baleine.
Les droits des exportations de Péterfbourg,
pendant l'année derniere, font montés
à la ſomme de 1,330,141 roubles &98
copeiks. Pendant la même année il eſt entré
au port de Cronſtadt 858 bâtimens ; il y
avoit dans ce nombre 365 anglois & 107
Danois.
Par les tables d'importation &d'exportation
en Iſlande, depuis 1624 juſqu'en 1779 ,
on voit que l'uſage du tabac n'eſt devenu
commun dans cette ifle qu'en 1748 , &
celui du caté, du thé , du ſucre , qu'entre
les années 1764 & 1772 .
On lit dans la ſavante feuille hebdomadaire
du docteur Buſching , l'extrait ſuivant
concernant la véritable rhubarbe de la province
de Schidscher dans l'empire de la
Chine.
Il exiſte dans la Province de Schidſcher , une
montagne qui renferme , à ce que l'on prétend,
des mines d'argent , d'or &de pierres précieuſes.
Cette montagne , dont la couche ſupérieure eſt
de terre rouge & pierreuſe , eſt couverte de
neige pendant l'hiver & l'été : deſſous la neige
&dans une terre noire , vient ſans aucune culture
, la meilleure rhubarbe , d'un jaune d'or ,
ayant cependant des endroits qui tirent vers le
82
( 148 )
blanc: la tige eſt longue & épaiſſe; les feuilles
font grandes , ovales & dentelées , & la graine
en eat ronde & groſſe. A 100 werſtes de
cette montagne , vers le ſud , eſt la ville de
Gandsheu , dans le voisinage de laquelle ſe
trouve une montagne de terre glaiſe blanche ;
C'eſt ici que croît la rhubarbe d'an jaune de
fafran. Cette eſpece de rhubarbe eſt plus aſtringente
que la premiere ; mais elle lui reſſemble
quant à la tige & à la graine. A 300 werſtes
de Grandsheu éſt ſituée la ville de Landsheu ,
prèsdelaquelle estune montagne couverte de roches&
d'une terre noire rougeâtre; dans cette terre
vient la rhubarbe de pierre , dont la tige& les
feuilles ont la même forme que celle des deux
eſpeces précédentes ; mais la graine eſt rouge
& plus dure, Les Buchads , qui demeurent dans
ces_villes & dans celles de Senin , réſidence du
Gouverneur , font le commerce avec ces eſpeces
de rhubarbe , & les vendent aux Ruſſes . A cent
werftes de Senin croît une eſpece de rhapontique
brun , oblong , boiſeux & à larges raies ;
il eſt plus aſtringent & plus amer que la véritable
rhubarbe , & a une odeur qui approche
de celle du cuir de Ruffie. Sa tige , ſes feuilles
&fa graine ſont plus petites & plus rouges que
celles de la véritable rhubarbe. Les Tangures
tirent de la terre ce rhapontique , en font des
paquets & les attachent aux branches d'arbres
pour les éventer. Lorſqu'ils en ont amaſſé une
qantité affez conſidérable , ils en chargent des
boeufs , des mulets & des ânes , & les vendent
atx Buchards : ceux- ci font enſuite des trous
ains les racines & les ſechent ; & quand elles
font ſuffifamment ſeches , ils en chargent
des chameaux , chacun de to à 12 ponds , & les
tranſportent ainsi à Kicta fur les frontieres de
Ja Ruffie,
149 )
La mystérieuſe affaire du Prince Adam
Czartoriski feroit entierement éclaircie , fi
l'on pouvoit ajouter une foi entiere aux cir
conftances rapportées dans une lettre de
Varſovie du 21 Mars. Voici de quelle maniere
eſt racontée l'hiſtoire de ce complot.
Il eſt hors de doute aujourd'hui que la délatrice,
la nommée Ouvragrumoff ( ou Ugramow) ,
eſt une aventuriere notée déjà précédemment
pour diverſes impoſtures , nommément pour
celles qu'elle avoit avancées , pendant le féjour
du Roi à Grodno , à la charge du Prince Adam
Czatoryski , Général de Podolie. Accoutumée
àrépandre les calomnies les plus atroces & les
plus invraiſemblables , uniquement par des vues
d'intérêt , elle avoit mis alors à la charge du
PrinceAdam Cratoryski le même genre d'accufation
d'une prétendue trame , formée contre le
Roi, ſur le même pied qu'elle adébité enfuite
auPrince Czatoryski , une calomnie ſemblable à
la charge de M. le Général Komazewski & du
fieur Ryx , Valet-de-chambre du Roi. Les fictions
de cette femme , à Grodno n'en impoſerent
point,&on ne les releva pas. Cependant elle ne
ceſſoitde revenir à la charge : elle offroit même
de fournir des preuves de ſon accufation ; & au
retour du Roi à Varſovie elle engagea M.le
Général Komarzewski &le fieurRRyyxxaàfe
chez elle , pour prendre connoiſſance des prétendues
preuves , qu'elle promettoit. Piquée
alorsde ce que ſes infinuations n'avoient pas
produit leur effet , & ne lui avoient pas procuré
les avantages qu'elle en attendoit , qu'enfin on
perfiſtoità lui demander des preuves, cette femme
forgea un projet tout-à-fait oppoſé , celui de
s'adreſſet au Prince Adam Czatoryzki lui-même
rendre
83
( 150 )
,
pour lui en impoſer aux dépens de ceux contre
qui elle avoit conçu la plus vive rancune : elle
lui dénonça une prétendue trame formée contre
ſa vie ; & pour appuyer cette dénonciation , elle
réſolut de ſe ſervir des relations qu'elle s'étoit
ménagée avec M. le Général Komarzewski &
avec le ſieur Ryx. Dès- lors toutes ſes démarches
furent combinées pour donner le change aux
deux parties ; ſon billet d'invitation au ſieur
Ryx fut à double ſens : il y étoit dit qu'elle s'acquitteroit
enfin de ce qu'on avoit exigé d'elle. Ce
billet pour le fieux Ryx ne pouvoit être interprété
par lui , finon relativement aux preuves
&indices ultérieurs d'une trame formée contre
le Roi qu'elle vouloit développer & fournir.
pour le Prince Adam Czatoryski le même billet
avoit une toute autre fignification : il ſuppoſoit
à ſes yeux qu'il s'agiffoit de l'exécution de la
trame formée contre ce Prince . Ougrumoff fit
plus , elle détermina le jour & l'heure que le
fieur Ryx feroit chez elle , ce qui lui étoit fort
aiſé à exécuter de la maniere dont elle s'y étoit
priſe : elle demanda que deux perſonnes de la
part du Prince Adam Czatoryski fuſſent aux écou
tes pour épier ſa converſation avec le ſieur Ryx.
On choifit , pour cet effet , de la part du Prince ,
Général de Podolie , deux perrſſoonnnneess ;; favoir,
M. le Comte Staniſlas Potocki & le fieurTaylor.
Cedernier eſt un Négociant Anglois, qui , ayant
fait faillite à Londres , s'eſt évadé ici & a fait un
affez long séjour en cette Capitale , fans avoir
d'état fixe : ſes liaiſons avec la nommée Ougrumoffſont
très-intimes , &, ſelon toutes les probabilités
, il a concerté avec elle toute la ſcene .
Les arrangemens ayant été pris , comme nous
venons de le dire , l'accuſatrice ſut ſi bien jouer
fon rôle , que M. le Comte Staniflas Potocki
( 151 )
crut que véritablement rien ne manquoit à la
certitude des preuves. Ougrumoff commença
ſondialogue avec le ſieur Ryx en lui demandant
pourquoi M. le Général Komarzewski n'étoit pas
venu avec lui ? C'est que je ne l'ai pas trouvé
chez lui , répondit Ryx.-Eh bien ! j'ai finalement
la perſonne du Prince Adam Czatoryski
dans ma manche , pourſuivit cette femme intrigante
, j'en puis faire tout ce qu'on voudra. -
Sur ce propos& autres de ce genre , le ſieur Ryx
qui rapportoit le tout aux promeſſes infidieuſes
que cette femme avoit faites de fournir les preuves
de la trame formée contre le Roi , eſt accusé
d'avoir prononcé dans ce moment le motd'applaudiſſement
, bravo , tandis que lui -même prétend
avoir modifie l'expreſſion de cet applaudifſement
par la réponſe , fort bien , Madame. Quoi
qu'il enſoit fur ces mots , ſans ſedonner le temps
néceſſaire pour éclaircir mieux le fond de la
converſation , M. le Comte Staniſlas Potocki &
le fieurTaylor entrerent bruſquement dans la
chambre où ſe tenoit ce pourparler , ſaiſirent le
ſieur Ryx, & le dénoncerent comme criminel à
laJustice.
>> Telle eſt toute cette hiſtoire , quidès le com
mencement a paru ſuſpecte aux gens les plus
éclairés , & qu'on a néanmoins repréſentée dans
l'Etranger comme fondée ſur des faits au deſſus
de tout ſoupçon. Juſqu'ici cependant aucun fait
n'a été prouvé en Juſtice , qui ait pu donner le
moindre poids á l'impoſture atroce de cette
femme contre ceux qu'elle a accuſés en dernier
lieu. D'un autre côté les témoignages les plus
avérés ont prouvé , qu'à Grodno cette même
femme avoit fait une dénonciation également calomnieuſe
d'une prétendue conſpiration contre
laPerſonne du Roi. En conféquence , la Jurif-
84
( 152 )
diction du Grand- Maréchal , convaincue évidemment
que toute l'accufation ne rouloit que
fur un fingulier mal- entendu , ménagé adroitement
par la nommée Ougrumoff ; voyant de
plus que toutes ſes allégations étoient incohérentes
, contradictoires & fans preuves , tandis
que les impoſtures ,dont ſa vie est remplie , ne
font ſujettes à aucun doute , cette Jurisdiction
a fait lever les arrêts du fieur Ryx , & garder
la ſeule perſonne véritablement coupable ; ſçayoir
, la nommée Gugrumoff. Les dépoſitions
faites par M. le Comte Stanislas Potoki , par
le fieur Taylor & par la femme Ougrumoff ,
ont été quies avec ſoin : Mais le témoignage
formelde ces perſonnes n'a pas été admis ; celui
deM. le Comte) Staniſtas Potocki à cauſe de ſa
parenté avec le Prince-Général de Podolie , de
plus parce qu'il étoit en même-temps partie
intéreſſéedans le procès , & ajourné par-devant
le même Tribunal pour avoir faifi le ſieur Ryx
avant de recourir en Justice ; celui du fieur
Taylor , par nombre de raiſons graves , & parce
qu'étant auſſi dans la complicité de la ſaiſie du
fieur Ryx , il étoit intéreſſe à ce que ce dernier
fût coupable. Le témoignage de la délatrice n'a
pu être admis à cauſe des fauſſes dépoſitions ,
qui ſe ſont déjà. manifeſtées de fa part ,&de
Loutes les impoſtures dont elle eſt notée».
Après ce prononcé de la Jurisdiction du
Grand Maréchal , aucunes preuves d'ailleurs
n'exiſtant contre les Accufés , le Prince-Général
de Podolie a renoncé à la pourſuite ultérieure
du procès ; & l'attention du Public eft fixée
maintenant ſur le Decret définitif , qui concernera
la femme dont l'impoſture a occaſionné
toutce procès.
Si ces détails font vrais il faut convenir
que la marchande de conſpirations a Varſo(
153 )
vie , eſt bien la plus imbécile des créatures.
La ſeule démence peut s'aviſer d'un pareil
rôle , en le jouant avec autant d'ineptie.
DE VIENNE , le 8 Avril.
Le Prince Joſeph de Lobkowitz a été
nommé par l'Empereur Capitaine de la
Garde-Noble Allemande, & le Comte de
Noftiz Capitaine de la Garde à pied.
Le 28 Mars , l'Empereur ſe rendit à l'Egliſe
de la Cour , accompagné du Cardinal
Migazzi , Archevêque de Vienne , que les
gazettes avoient mis à l'agonie. Après le
ſervice , S. M. aſſiſe ſous un baldaquin , revêtit
avec les cérémonies uſitées , de la
barette de Cardinal , le Prélat Garampi ,
Nonce Apoftolique.
On doit faire partirdecette ville un des
régimens qui en forment la garnifon , pour
ſerendre en Bohême où il ſera remplacé par
un des régimens actuellement en Hongrie.
On écrit de Lemberg , en date du 13
Mars , que 2 régimens de Cavalerie ont ordre
de ſe tenir prêts à marcher , & que les
abfens par congé des différens corps militaires
en Gallicie ont été rappellés. Dans la
même province on a interdit aux Juits de
prendre à ferme des biens ſeigneuriaux , des
biens de roture qu'ils ne cultiveroient pas
eux-mêmes , des moulins , des communes ,
des dixmes , l'exportation du ſel, &c . &c.
Le 31 du mois dernier , S. M. I. donna
audience à pluſieurs Miniftres étrangers , entr'autres
au Minitre de Veniſe qui lui a an
85
( 154 )
noncé l'état actuel de la flotte de la Répu
blique , & à l'Envoyé du Roi d'Angleterre ,
comme Electeur d'Hanovre , qui l'a informée
de l'augmentation de troupes ordonnée
dans cet Electorat.
L'Empereur a fait remettre par ſon Conſul
général en Valachie , une lettre à l'Hofpodar
, où il remercie ce Prince de ſon empreſſement
à renvoyer dans le temps ceux
des rébelles de Tranſylvanie qui s'étoient
réfugiés ſur ſon territoire.
La glace du Danube a commencé à ſe
rompre ; les glaçons roulent ſans obſtacle
dans ce fleuve , de forte qu'il y a lieu d'efpérer
qu'il n'arrivera aucun malheur.
Le froid diminue auſſi ; le 2 de ce mois à
8 heures , le thermometre de Réaumur étoit
à 1 degré& demi au-deſſus de zéro : il n'eſt
pas deſcendu depuis.
On apprend de Clagenfurt , que le 13
du mois de Mars il eſt tombé une ſi prodigieuſe
quantité de neige , que les routes en
font devenues impraticables.
On écrit de Presbourg, que dans la nuit
du 21 au 22 Mars le Danube a commencé à
charier des glaçons , & qu'on eſpere que ce
fleuve en ſera bientôt débarraſſé.
Des lettres de Conſtantinople portent
qu'il y est arrivé il y a quelque temps un
bâtiment de Tanger , chargé de 3200 tonneaux
de poudre à canon ,&de 1200 quintaux
de falpêtre , & un autre bâtiment de
( 155 )
Raguſe , avec une cargaiſon de chanvre&
de cordage.
On écrit de la Bohême qu'une famille entiere
, le mari , la femme & trois enfans ont
été trouvés morts de froid dans une cabane
à quelques lieues de Zurch; ils furent furpris
par le froid dans lemoment où ils étoient
àtable , &le préparoient à manger du foin
haché & bouilli ; l'abondance de neige qui
interceptoit toute communication , ne leur
ayant pas permis depuis pluſieurs jours de
fortir de leur cabane pour ſe procurer des
vivres.
DE FRANCFORT , le II Avril.
On eſt toujours à Vienne dans l'incertitude
, relativement aux affaires publiques.
Il ſe confirme que l'Ambaſſadeur d'Angleterre
a de fréquentes conférences avec le
Chancelier d'Etat. Des lettres de Tropau
aſſurent qu'on y a publié une amniſtie générale
pour les déſerteurs Pruſſiens.
Le Comte Fink de Finkenſtein , Lieutenant
général de cavalerie , & chef d'un régiment
de dragons en Pruſſe , eſt mort dans
la 76e. année de ſon âge. Il avoit fervi le
Roi pendant 58 ans.
Suivant une lettre de bas Rengersdorf,
près de Gorliz , le 28 Février , entre 6 & 7
heures du matin , le thermometre de Réaumur
y avoit marqué 32 degrés au-deſſous
dupoint de congélation. C'eſt le plus grand
g 6
( 156)
froid que l'on ait jamais éprouvé en Aliemagne.
Quelques lettres de Pétersbourg font
mention en ces termes d'une nouvelle bien
férieuſe, ſi elle eſt authentique , & qu'on
prétend tenir de Géorgie & d'Aftracan.
,
Nous ſommes menacés de quelques incurſions
de la part des hordes vagabondes de la Grande-
Tartarie indignée de la conquête de la Petite-
Tartarie dont ils ont toujours regardé les
habitans comme leurs freres . Les Tartares Ufbecks
, réunis aux Turcomans qui habitent entre
le Mont-Taurus & le Caucaſe , ſe ſont affemblés
pour délibérer de quel côté ils feroient
leurs invafions au printemps : leurs Chefs femblent
avoir choiſi à cet effet les campagnes
fertiles arroſées par le Volga , après avoir ravagé
celles de la Georgie, dont les Princes ſont devenus
les objets de leur haine , depuis qu'ils
ſe ſont ſoumis à la Ruffie. Le Sultan de Samarcande
a envoyé des émiſſaires dans la Petite-
Bulgarie , pour engager les Chefs de cette nation
féroce à ſe porter fur nos terres Hyperboréennes
, tandis qu'il s'avanceroit à la tête de 100
mille hommes du côté de la mer Caſpienne.
Ces nouvelles alarmantes , ajoute-t-on , ont
donné lieu à un conſeil ſecret , où il a été
réſolu de faire paſſer de ce côté les troupes
qu'on deſtinoit pour l'Europe.
Une autre nouvelle toute auſſi ſuſpecte ,
eſt celle-ci qu'on écrit de Venife :
On affure ici qu'une des plus grandes puiſſances
de l'Europe vient de propoſer à notre
Sénat un plan d'alliance , par lequel nous nous
engagerions à lui fournir 40 vaiſſeaux de ligne
tout équipés , dont deux de 80. caannoonnss ,, un de
( 157 )
100 , & les autres de 74 & de 64 , & nombre
de frégates à proportion. Elle nous donneroit
èncompenfation tous les revenus des pays qu'elle
poffede en Italie , qui montent à un million
&demi de ducats , auxquels Elle ajouteroit 15
millions de florins d'Allemagne. Par un autre
article , nous ſerions tenus d'augmenter notre
militaire de 12000 hommes qui s'uniroient à
35000 des fiens pour tenir en échec différentes
Cours d'Italie. Les 40 vaiſſeaux de ligne ſe
porteroient dans toutes les parties du monde où
la puiſſance requérante jugera à propos ; excepté
cependant enAmérique au- delà des tropiques , &c.
Comme les cruautés des Gentilshommes
Tranſylvains fur leurs vaſſaux ont été la
principale cauſe de la rébellion des Valaques ,
P'Empereur a ordonné des recherches & une
punition ſévere des coupables. Le Baron de
Veſſelins , qui s'étoit permis d'énormes vexations
, vient d'être ſaiſi & emprisonné
dans la fortereſſe de Kufstein.
Les ennemis de M. l'Abbé Diesbach , Précepteur
de l'Archiduc François , ont témoigné ouvertement
, moins cependant par haine contre lui ,
quecontre fon ordre , combien il étoit dangereux
de confier l'éducation de ce jeune Prince à un
Ex-Jéſuite , ils préſenterent même au Monarque
un Ecrit . qui indiquoit la méthode obfervée par
l'Abbé Diesbach , pour inftruire l'Archiduc dans
la Religion. L'Empereur garda cet Ecrit deux
jours , & le troiſieme jour il le leur renvoya ,
après avoir mis ces mots au bas : C'eft dans ces
princires que je veux qu'on éleve l'Archiduc .
L'Electeur de Baviere a tenu dernierement
le Chapitre de l'Ordre de S. Hubert , & a
( 158 )
créé huit nouveaux Chevaliers , entre lefquels
ſe trouvent deux Seigneurs Flamands ,
le Duc Louis d'Aremberg & Louis Lamoral
Prince de Ligne. Cet Ordre créé en 1444 ,
eſt undes plus diſtingués en Europe , & ne
ſe donne à peu près qu'à des Princes de maiſons
ſouveraines , ou Princes d'Empire.
ITALIE.
DE VENISE , le 24 Mars.
Le 19 de ce mois , le feu a pris , on ne
ſait comment , à l'un des trois vaiſſeaux de
ligne deſtinés contre Tunis. Ce bâtiment
étoit récemment ſorti des chantiers , & fe
trouvoit au quai des Eſclavons vis-à-vis la
Piété. Lorſque le feu prit , il n'y avoit à
bord que quelques matelots , & malgré
tous les ſecours poſſibles , le vaiſſeau a été
totalement incendié. Heureuſement qu'étant
ſorti des chantiers depuis peu , il n'étoit
point encore entierement armé. La perte a
été par conféquent moins conſidérable. Le
Sénat a fait arrêter le Capitaine , quoiqu'il
fût abſent lors de cet événement. Il s'eſt
trouvé à côté du vaiſſeau un bâtiment marchand
, deſtiné pout Conftantinople , avec
une cargaiſon de so mille ducats , qui a
également été preſqu'entierement confumé.
Il a été publié à Trieste , par ordre du Gouvernement
, ledecret ſuivant de S. M. Impériale ,
en date du 26 Février.
S. M. I. & R. Apoftolique , ayant confidéré
qu'aucun Eccléſiaſtique , ſoit Evêque ou Capitulaire
, ſans exception , ne peut vaquer à deux
( 159 )
emplois ſans que l'un ou l'autre ne ſoit négli
gé , Elle a daigné ordonner en conféquence le
10 Février dernier que chacun des Eccléſiaſtiques
qui jouiſſent de deux Emplois dont l'un ſoit
une Cure , ait à la réſigner pour que l'on y
nomme quelqu'autre Eccléſiaſtique en état de
la deſſervir. On peut être aſſuré qu'il ſera fait
les recherches les plus rigoureuſes pour découvrir
les contrevenans , auxquels ou infligera
le châtiment convenable.
DE NAPLES , le 27 Mars.
Le Roi ayant ordonné d'ériger des cimetieres
hors de la ville , on a commencé à
établir le premier hors de la grotte qui conduit
à Pozzuoli ; & pour fournir aux dépenſes
, le Roi a appliqué à cet uſage le revenu
de la riche Abbaye , dite du Charbon ,
qui a été déclarée de droit patronage royal .
A peine la frégate la Cérès a-t-elle été
lancée , qu'on a commencé la conſtruction
d'une autre , que le Roi a nommé la Pallas.
Outre le vaiſſeau de 74 canons , appellé
la Partenope , actuellement en conftruction
à Caftelamare , & qui ſera achevé au mois
de Novembre , il y a encore ſur les chantiers
deux corvettes de 18 can. nommées la
Flora& la Stabbia.
ESPAGNE.
:
DE MADRID , le 1 Avril.
Le 27 de ce mois , D. Henrique de Menesès
, Marquis de Lourizal , Ambaſſadeur.
extraordinaire de S. M. T. F. , a fait ici ſon
entrée publique , pour demander folemnellement
en mariage au Roi la Sereniffime
( 160 )
Infante Dona Carloto Joaquina , ſa petitefille
, pour l'Infant de Portugal D. Juan :
l'après midi le Roi , le Prince & la Princeffe
des Afturies , & les féréniſſinnes Infantsd'une
part , & M. l'Ambaſſadeur de Portugal de
l'autre, comme chargé de pouvoirs de Leurs
Majestés Très -Fideles & de l'Infant Don
Juan , ont figné les articles du contrat de
mariage. Enfuite ſe ſont faites les fiançailles
de leurs Alteſſes , dans lesquelles le Roi a
repréſenté l'Infant de Portugal , & le Prince
&la Princeffe des Afturies ont été pareins.
Le foir même , M. l'Ambaſſadeur a donné
en ſon hôtel une fête magnifique , & les
jours fuivans ont été également fêtés .
Pendant le cours de l'année derniere il eſt
entrédans le Port de Deva 160 Bâtimens , dont
trois de la Marine Royale , un Anglois , un
Danois , cinq François , dont le plus fort de
205 tonneaux , & le reſte nationaux. Sur ce
nombre 65 ont chargé des bois de conſtuction
deftinés pour Cadix & le Ferrol , pour le compte
du Roi , & les autres du bled deſtiné pour
l'approvisionnement de la Marine & de l'armée ,
au compte de la Banque nationale ; quelques-uns
avoient à bord des affûts de canons pour les
Fabriques Royales de Placentia ; d'autres du
fucre , du bois de campêche , des cuirs de Buenos-
Ayres , du Minerai, &des marchandiſes ſeches
pour le commerce de Victoria & d'autres par
ticuliers.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Avril.
Les Lordsdel' Amirauté viennent de mettre
fix nouvelles frégates en commiffion , en
( 161 )
ordonnant de les équiper en toute diligence.
Il eſt décidé que le Chevalier Ed. Hugues ,
Commandant de la marine Anglaiſe dans
I'Inde, quittera cette ſtation auſſitôt l'affaire
de Trinquemale terminée. Il ramenera deux
vaiſſeaux de ligne , avec une frégate , & il
-laiſſera dans l'Inde deux vaiſſeaux de ligne
un de so canons , une frégate , deux cor-
*vettes & un floop .
Tous les chantiersde la Marine Royale
ainſi que les chantiers particuliers où l'on
-conſtruit pour le compte du Roi , font dans
la plus grande activité. L'on prétend qu'a-
-vant la fin de l'été , on lancera un vaiſſeau
de 110 canóns , un de 98 , un de 90 , trois
de 74 , un de 50 , un de 44&dix frégates.
- Conformément aux liftes remiſes au bureau
de l'amirauté par les Commiſſaires des
différens chantiers , il le trouve actuellement
àl'ordinaire , c'eſt à dire en magaſin , à Plymouth
, 31 vaiſſeaux de ligne ,deux de so
canons , II frégates & 4 floops. A Portf
mouth , 46 vaiſſeaux de ligne,un de so
canons , 23 frégates & huit floops. A Shcerneft
, un vaiſſeau de ligne , deux de so
canons , dix frégates & 9 floops. A Chatam
24 vaiſſeaux de ligne , 7 de so canons ,
dix frégates & 4 floops. A Woolwich , &
Deptford , trois vaiſſeaux de ligne , 37 frégates
& 17 floops.
On a fait dernierement à Chatam une
expérience très- importante ; elle conſiſte à
verſer ſur les bois & fur les planches em(
162 )
le
ployées à la conſtruction des vaiſſeaux , une
compoſition de liqueur ſaline , qui rend les
bâtimens , une fois imprégnés de ce liquide,
impénétrables aux attaques des vers. Les bois
du nouveau vaiſſeau de 100 canons ,
Royal George , ſont préparés fuivant cette
méthode , qu'on va employer également
pour la Reine Charlotte , autre vaiſſeau de
100 canons prêt à être mis ſur le chantier.
Les planches de l'Imprenable de 90 canons
ſont ſaturées de la même liqueur.
On ſera peu ſurpris du nombre des nouvelles
conſtructious navales , lorſqu'on obſervera
qu'on a dépecé ou vendu une tresgrande
quantité de vieux bâtimens qu'il s'agit
de remplacer , enſorte qu'en peu de tems
notre marine ſera preſque entierement remontée
à neuf.
La Chambre des Communes s'eſt aſſemblée
le 4 , & a nommé un Comité pour
juger l'élection du Bukinghamshire. Cette
affaire n'a point été ſeule traitée dans cette
ſéance . M. Pitt a entamé & terminé le même
jour l'affaire du commerce de l'Amérique.
Il a propoſé de renouveller pour un an les
pouvoirs donnés au Roi pour régler provi
foirement , & felon les loix de la navigation,
le commerce avec les Etats-Unis de
l'Amérique. Cette motion a paſſé , & le bill
qui renferme ces pouvoirs ayant été lu trois
fois , fut renvoyé à la Chambre des Pairs.
La fameuſe réforme parlementaire ſera
(163 )
décidément propoſée par M. Pitt dans 15
jours. Ce premier Miniſtre , vers la fin de
la féance du 4 , annonça qu'il mettroit dans
huit jours fon plan ſous les yeux de la
Chambre ; mais M. Eden ayant obſervé
que ce terme étoit trop court & trop rapproché
des vacances , & ayant engagé M.
Pitt à le prolonger , celui - ci y confentit
fans balancer , & il fut enjoint à tous les
Membres de ſe rendre le 18 à la Chambre ,
ſous peine d'être écroués.
M. Grenville , de même nom & famille
que le célebre Auteur des loix relatives aux
élections des Membres du Parlement , a
reconnu que les loix de ce Légiſlateur étoient
défectueuſes à pluſieurs égards , & qu'elles
faifoient naître beaucoup de querelles &
de procès , dont l'examen faſtidieux empêchoit
la Chambre de s'occuper des affaires
de l'Etat : en conféquence il a demandé le
7 à la Chambre des Communes la permiffion
de lui préſenter un bill pour modifier &
corriger les loix relatives aux élections. Cette
propoſition , après quelques débats , fut
agréée.
On ne doit pas s'étonner , dit-il , qu'un fyftême
auſſi compliqué exige des modifications. Les
changemens que j'ai à propoſer ſont de telle nature
, qu'ils auroient mérité le ſuffrage de l'Auteur
même du bill , s'il eût vécu aſſez long - tems
pour reconnoître ce que ce bill a de défectueux.
L'un de ſes principaux inconvéniens eſt le délai
qu'éprouvent les affaires publiques. Cette cir
conftance exige la plus ſérieuſe attention.
(164 )
La Chambre doit s'occuper en premier lieu
des moyens de couper court à toutes ces requêtes
qui lui ſont préſentées lors d'une élection conteſtée
; cet abus eft parvenu depuis peu à un degré
allarmant. Les prétextes les plus frivoles
donnent lieu à des requêtes qui tendent nonſeulement
à moleſter le membre élu légalement
& à lui occafionner des dépenſes énormes , mais
auffi à détourner pluſieurs Electeurs de leurs occupations
& à cauſer un embarras inutile à la
Chambre. Je pense que ſi les deux parties s'engageoient
réciproquement à rembourſer les fraisde
la procédure à la perſonne dont l'élection ſeroit
reconnue valide , les requêtes de certe nature ſeroient
alors moins multipliées. - Un autre
objet qui intéreſſe également la dignité de la
Chambre est la maniere actuelle de conſtater les
droits des Electeurs ; cet abus eft ſi frappant , que
toute preuve à cet égard ſeroit ſurabondante.
Il eſt donc à defirer que l'on adopte quelque mefure
à la faveur de laquelle on puiſſe éviter les
inconvéniens & les frais qui font la ſuite des
procédures du Comité , chargé à Londres de prononcer
fur la validité des droits des Electeurs .
-M. Grenville obſerva enſuite que les Comités
étoient à la vérité autoriſés à punir les
Officiers qui préſident aux élections , lorſque
Jeur conduite avoit été repréhenſible , mais qu'il
étoit bien rare que ces Comités uſaſſent de ce
pouvoir; qu'en conféquence il ſeroit convenable
qu'il fut enjoint au Comité de faire connoître à
la Chambre l'opinion qu'il a de la conduite des
ſuſdits Officiers , afin qu'ils soient punis ſi le
cas y échet.
Quant au nombre de Membres , dit- il , né
ceffaire actuellement pour qu'on puiſſe balotter
( 165 )
un Comité , la Chambre , felon moi , devroit
ſtatuer que , dans le cas où il n'y auroit que
39 Membres propres à être éus , ce nombre
ſuffiroit , au lieu qu'à présent il en faut 49 en
vertu du bill . - M. Grenville finit par une
obſervation. On fait , dit- il , que tout Comité
eſt diſſous lorſque le Parlement eſt prorogé. Ne
devroient- ils pas être autoriſés à fiéger juſqu'à ce
que l'affaire qui les occupe ait été terminée.
La motion de M. Grenville fut ſecondée par
M. Montagne , & agréée à l'unanimité de la
Chambre .
On a appris , par des Lettres du Portugal ,
que leGouvernement de ce Royaume étoit
fur le point d'ôter les droits impofés ſur les
marchandiſes irlandoiſes. Dans ce cas , les
Irlandois fupprimerent de leur côté les droits
qu'ils viennent de mettre ſur le vin de Portugal.
Ce droit , qui monte à 30 1. ſterl. par
tonne , avoit déjà fingulièrement favorisé en
Irlande l'importation des vins de France.
La Chambre des Communes reçoit tous
les jours des nouvelles requêtes contre le
ſyſtême de commerce de M. Pitt , & elle
les renvoye au Comité chargé de lui en
faire le rapport. L'univerſalité des villes de
commerce eſt aujourd'hui ſoulevée contre
l'arrangement tel qu'il a été propoſé par le
Miniſtre. Dans un des principaux magaſins
de Mancheſter on a pris la réſolution de ne
laiſſer fortir aucun ouvrage de fabrique , tant
que les nouveaux droits impoſés l'année derniere
ſubſiſteront.
Dans une des dernieres aſſemblées de la compagnie
des Fabriquans en ſoierie il a été prouvé
( 166 )
que le commerce des rubans emploie plus de
40,000 perſonnes , & qu'un quart du produit
des Fabriques paſſe chez l'Etranger. Par conféquent
, ſi l'on permet aux Irlandois de fournir de
cet article les marchés étrangers à meilleur
marché que nous , ce qui arrivera immanquablement
, ſi l'arrangement propoſé a lieu , il
faudra que 10,000 perſonnes paſſent ou qu'elles
reſtent à charge à leurs Paroiſſes reſpectives .
L'on affirme poſitivement depuis quelques
jours que ni le Lord Landſdhown ,
ni le Marquis de Buckingham ne rentreront
dans le miniftere. Le premier , à ce qu'on
rapporte , eut une conférence au Palais de
la Reine avec le Chancelier qui employa
tous ſes efforts pour l'engager à reprendre
place dans le Cabinet.Ces inſtances furent
inutiles , le Marquis de Lanſdown ayant mis
à ſa condeſcendance des conditions inacceptables
: le principal étoit que le Duc de
Richemond , Grand- Maître de l'Artillerie
fût exclu du Cabinet. Cette opinion particulierede
Lord Lanſdown a été clairement
manifeſtée dans la Chambre desCommunes
par ſon ami & confident intime le Colonel
Barré.
LeBrigadier général Nelſon , maintenant
àBombay, a été confirmé dans la Préſidence
de cette place par les directeurs de
la Compagnie des Indes. Les autres Candidats
étoient les Colonels Braithwaite &
Keating & le Lieut. Col. Haittrey.
Le 65emeRégiment, commandé parLord
( 167 )
Harrington , doit s'embarquer pour le Canada
, au lieu du 6eme Régiment , d'abord
deſtiné à ce ſervice. Peu de Seigneurs & de
Colonels donnent un auffi bel exemple de
zele & d'attachement à leur devoir , que
Lord Harrington. Il leva ſon régiment à ſes
propres dépens dans la derniere guerre ; il
P'a conduit ſucceſſivement ſur les côtes brûlantes
de l'Afrique , ſous le dangereux climat
de la Jamaïque , & aujourd'hui , il va le
ſuivre dans les régions glacées du Canada.
Il eſt le véritable tuteur de ſes ſoldats : on
ne voit point ce Seigneur livré à une folle
&honteuſe diffipation , ni paſſer ſa vie chez
des courtiſanes ou dans des académies de
jeu. La Comteffe d'Harrington eſt la fidele
compagne de ſon époux dans tous fes
voyages , &elle va le ſuivre au Canada avec
ſes enfans.
Le 4de ce mois , le Club des Whigs a tenu
fon aſſemblée de tous les mois à la Taverne de
Londres ; elle a été composée d'environ 120
Seigneurs ou Gentilshommes , préſidés par le
Duc de Portland. Les Cavendish , les Bentinck ,
les Keppel , les Spencer , & autres Membres des
familles d'anciensWhigs étoient préfens. On ybut
diverſes ſantés , entr'autres à la glorieuſe mémoire
de Guillaume III , à la Conſtitution , telle
qu'elle fut réglée par la révolution , aux amis
de la Liberté dans tout le globe , à la Cauſe ,
en faveur de laquelle Hampden vería ſon ſang
ſur le champ de bataille,& Sydney ſur l'échafaud.
Par les dernieres nouvelles reçues de la
Jamaïque , en date du 22 Janvier , l'on apprend
que le bruit couroit d'ordres expédiés
( 168 )
au Commandant de l'ifle d'envoyer des
forces ſuffifantes ſur la côte des Muſquites ,
&de repouſſer la force par la force , en cas
que les Eſpagnols s'y portaſſent à quelques
violences contre les ſujets de la Grande-
Bretagne. En conféquence , on a dépêché
le floop le Swan à la côte des Muſquites ,
pouryprendredes informations fur les procédés&
fur les forces des Eſpagnols.
Les niêmes lettres font mention d'avis
allarmans , reçus , dit on , à la Havanne ,
& tenus fecrets , par leſquels le vice-Roidu
Mexique informe le Gouverneur de Cuba
de nouvelles commotions de la part des
Naturels.
Le décroiſſement de la population de l'Amérique
depuis le commencement de la derniere
guerre eſt actuellement avoué par le congrès
Leur premier calcul fut publié en 1775 , pour
établir une taxation proportionnelle dans chacun
des Etats. Il ſe montoit à 3,137,809 ames. En
Janvier 1784 , on a fait une nouvelle computation
dans laquelle on n'a trouvé que 2,389,000,
ames: de maniere qu'en un eſpace de ſeulement
neuf années , il paroît que la population de l'Amérique
a diminué de 748,569 perſonnes .
Cette diminution apparente tient probablement
aux dénombremens enflés préſentés
par le Congrès en 1775 , dans des vues
politiques. Il importoit alors d'exagérer les
forces & la population des Etats-Unis. La
guerre , & l'expatriation des Royaliftes ont
enlevé fans doute un grand nombre d'habitans,
que les émigrans d'Europe ne tarde
zont pas à remplacer.: Le
( 169 )
Le Bureau de l'Artillerie évalue dans fon
expoſé , les dépenſes néceſſaires aux diverſes
constructions ou fortifications projettées ,
aux ſommes ſuivantes.
Un fort près de Stokes-
Bay, tracé ſur le terrein ,
& d'après l'arpentage ,
eftimé devoir couter ... 135,920 1. 13 sh. 11 d.
C'eſt d'après l'eſtimation
ci-deſſus que les ſuivantes
ont été calculées.
Un fort près Frater-
Lake ,
Un fort près des lignes
deHilfea , ......
Un fort fur les hauteurs
de Maker ( Maker-
Heigths ) avec des ouvrages
avancés , • ..
Un fort à Merryfields ,
avec des ouvrages avancós
,
• 110,000 ce
•
•
110,000
110,000
• 90,000
Total des nouveauxcccc
Crec CCCC
ouvrages projettés , .. 535,920 1. 13 sh. 11 d.
Pour l'achat des terres.
Lesterres pour les forts
de Stokes-Bay & de Maker-
Heigths font achetées
, mais point encore
payées.
Les terres de Stokes-
No. 17 , 23 Avril 1785 . h
( 170 ) f
Bay,y compris le terrein
fur lequel eſt élevé le
fort Monckton , & l'arrérage
des rentes depuis
cinq années , montent à... 11,747 16 74
Les terres à Maker-
Heigths coutent ,
L'achat d'autres terres
devant dépendre de la valeur
que lesJurés -Experts
jugeront à propos d'y
mettre , on ne peut pas
l'évaluer juſte ; mais la
quantité de terrein dont
on aura beſoin à Merryfield
, fera probablement
àpeu près la même qu'à
Maker-Heigths , & peut
cire évaluée à
• 13,245 7
6
14,000
Le terrein dont on a
beſoin à Frater - Lake ,
n'eſt pas fi conſidérable
que les terreins achetés
Stokes - Bay & Fort
Monckton , & ne paffera
vraisemblablement pas... 10,000
Le terrein dont on a
befoin à Hilfea eſt fort
peu de choſe , & ne paffera
pas de
.......
Ecec
5,000 CCCC eccc
Valeur totale des terres
dont on a beſoin , .....
Pour les changemens
& la réédification d'an-
رد
54,693 4 1
( 171 )
ciens ouvrages , & pour
achever ceux qui ont été
commencés avant oupendant
la derniere guerre ,
& qui ſont conſidérablement
avancés ,
Pour des changemens
& ainéliorations jugées
néceſſaires au Fort de
Cumberland , .....
Pour la reconstruction
du château de South-
Sea , •
Pour achever le Fort
Monckton , eſtimé d'après
25,000 ca CCK
6,7000
le dernier arpentage , ... 42,407 17 3
Pour achever les ouvrages
qui couvrent le
chantier de Porfimouth ,
autant qu'il ſera jugé néceſſaire
, ſi les fortifications
projettées ont lieu ,
Total de la ſomme néceſſaire
pour changer ,
reconſtruire & finir les
anciens ouvrages ,
27,790 II I
101,898 3 4 ...
Total de celle pour
l'achat des terrrs , .. 54,963 414
Total de celle pour les
fortifications nouvelles,. 535,970
13 II
TOTAL général des
ſommes néceſſaires pour
défendre les chantiers de
Porſtmouch & Plimouth, 692,562 I 5½
r
h2
( 172 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 15 Avril.
Le Comte de Thy , qui avoit précédemment
eu Thonneur d'être préſenté au Roi ,
a eu , le 7 de ce mois , celui de monter dans
les voitures de Sa Majesté & de la ſuivre à
la chaffe.
Monſeigneur Comte d'Artois & Madame
Comteffe d'Artois ont tenu , le 3 du même
mois , ſur les fonts de Baptême , dans la
Chapelle du Château ,la fille du Comte de
Fougieres , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Lieutenant général de la province
de Bourbonnois , ancien Sous-gouverneur
du Roi & des Enfans de France , & Premier
Maître - d'hôtel de Monſeigneur Comte
d'Artois . Les cérémonies du Baptême ont
été ſuppléées à l'enfant , qui a été nommée
Charlotte-Théreſe , par l'Evêque de Saint-
Omer , Premier Aumônier du Prince , en
préſence du ſieur Brocquevielle , Curé de
la paroiſſe Notre-Dame,
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné ,
le 10 de ce mois , le contrat de mariage du
Chevalier de Saint Georges , ſous le nom
du Baron de Bar , Lieutenant de vaiſſeau ,
avec Demoiselle de la Rochebouffeau .
La Reine , qui continue à être toujours
auſſi bien que fon état le permet , a vu , le
12 du même mois, toutes les perſonnes qui
ont les entrées de la chambre , tant chez le
Roi que chez Sa Majesté.
( 173)
DE PARIS, le 21 Avril.
. Il eſt queſtion , comme d'une entrepriſe
aujourd'hui autoriſée , de l'établiſſement
prochain d'un nouveau pont de pierres ſur
la Seine , projetté depuis long- temps , visà
vis la place de Louis XV. L'habile Ingénieur
, qui a dirigé le pont de Neuilly , eſt
chargé de cette nouvelle conſtruction : ce
pont, à ce qu'on dit , ſera nommé le Pont
triomphal , épithete dont on ne voit pas
bien l'étymologie. Au lieu de piles il fera
foutenu par des colonnes , fans doute à l'imitationdu
magnifique pontdeBlack's Friars
à Londres , & l'on en évalue la dépenſe à
3 millions.
La belle température du Printemps au
mois de Mai a fuccédé aux froids du mois
dernier. Depuis quinze jours , le vent de
Nord-Nord-Eft permanent a maintenu le
ciel ſerein , & le ſoleil dans tout fon éclat.
Au milieu du jour, le thermometre a été
ſouvent à 10 & à 12 degrés au-deſſus de la
glace. La durée du vent de Nord & de la
ſéchereſſe retarde les progrès de la végétation
, & furtout celle des pâturages. Dans
pluſieurs provinces , la diſette de foins eſt au
dernier degré , & le malheureux payſan a
été obligé, en divers endroits , de tuer ſes
beftiaux , faute d'herbages.
Le ſomnambulisme magnétique a attiré
juſqu'à ces jours deniers un concours étonnant
d'amateurs diftingués. Ce phénomene
3
( 174 )
fans pareil a opéré beaucoup de converfions ;
lamalice des douteurs paroifſoit confondue ;
des perſonnes de tout rang, & d'états où le
bon ſens ne doit pas être rare , ſont convaincues
qu'une fille ENDORMIE devinoit
leurs penſées les plus ſecrettes. La célébrité
de la jeune fille , fi heureuſement née, qui
ſe livroit à ces inſpirations , a tout-à-coup
diminué à l'occaſion de quelques remarques ,
ſans doute téméraires , & auxquelles nous
nous gardons bien de donner créance. On
a prétendu qu'elle répondoit au geſte horifontal
, parce que dans cette poſition , le
bandeau qui couvre les yeux de l'inſpirée ,
lui permettoit un coup d'oeil furtif; mais
qu'elle manquoit aux ordres , lorſque le
geſte vertical ſe faiſoit du haut en bas .. Une
Dame de la plus haute condition , & auſſi
diftinguée par ſes lumieres que par ſa naiffance
, a trouvé , à ce qu'on ajoute , un
moyen ingénieux de déconcerter la ſomnambule
: ce moyen conſiſtoit à parcourir
des yeux deux ou trois phraſes d'un livre ,
à montrer le paſſage avec ſa main , & à
dire , devinez , Mademoiselle , voilà ma penſée.
La pauvre fille , felon le cri public, eſt
toujours reftée muette. Cependant les deux
conditions eſſentielles , la penſée & un geſte
quelconque , ſe rencontroient dans cette facheuſe
épreuve.
Le corps de la Marine à Breſt a célébré
par des réjouiſſances l'heureux accouche(
175 )
ment de la Reine & la naiſſance de M. le
Duc de Normandie .
Vendredi , ver Avril , M. le Comte d'Hec-
*tor , Commandant de la Marine , reçut la Lettre
du Roi , qui lui annonçoit l'heureux accouchement
de la Reine , & la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Il fit tirer auffi- tôt
19 coups de canons de la Batterie Royale , pour
l'annoncer au Port & à la Rade , & il fit part de
cette nouvelle intéreſſante au Corps aſſemblé à
ſon Comité.
Le 6 , à dix heures & demi , le Corps de la
Marine s'eſt aſſemblé chez lui , ainſi que MM. les
Officiers retirés du ſervice , le Corps de l'Adminiſtration
, les Corps municipaux , de Juſtice
& de l'Amirauté , & même M. le Comte de
Moynier , Commandant de la Place avec ſon
Etat-Major , les Chefs & une partie des Officiers
de la Garniſon , qu'il avoit invités à ſe
rendre à bord du Royal Louis , pour y aſſiſter
au Te Deum. Ils ont eu l'honnêteté de ſe rendre
chez M. le Comte d'Hector , & de l'accom
pagner à bord de ce vaiſſeau , cù on l'a chanté.
Il a arboré le Pavillon amiral , & a été pavoiſé,
ainſi que tous les Bâtimens qui ſont armés dans le
Port. Pour faciliter l'abord de ce vaiſſeau , on
avoit fait un pont de radeaux , vatte , commode
& sûr , qui aboutiſſoit à la calle neuve du baffin
deBreft.
Le Corps Royal de Marine, dans la plus fuperbe
tenue , étoit en bataille devant le Magaſin
général , où il a fait trois décharges de moufqueterie
pendant qu'on chantoit le Te Deum :
✓ cette ſalve a été ſuivie ſucceſſivement de 21 boîtes
tirées devant le Magafin de l'Artillerie , & de
21 coups de canon tirés de la Batterie Royale.
Les vaiſſeaux qui étoient en rade , pavoiſés
a
h4
( 176 )
:
comme ceuxqui étoient dans le Port , ont fait les
mêmes ſalves de mouſqueterie & de canon.
Pendant la Meſſe , Madame la Vicomteſſe de
Langle a fait la quête , & ce qu'elle a produit ,
a été diſtribué aux pauvres appartenans à la
Marine.
Les Marins & habitans , qui bordoient le
Quai, & qui rempliſſoient les maiſons & les bâtimens
du port & voiſins du Port , ont crié des
vive le Roi multipliés , qui exprimoient vivement
leur fatisfaction , & leur fincère & refpectueux
attachement pour le Souverain bienfaiſant
à qui ils doivent leur bonheur , & pour le
ſervice duquel ils brûlent d'avoir des occafions
d'employer tous leurs talens , & même de ſacrifier
leurs vies.
M. le Comte d'Hector a donné à dîner à
40 perſonnes , Officiers-Généraux & Chefs des
dérails de la Marine & des Corps étrangers ; pendant
le repas , l'excellente Muſique du Corps
Royal de Marine a exercé ſes talens , & lorfqu'on
a porté les ſantés du Roi , de la Reine &
de Monſeigneur le Duc de Normandie , elles ont
été ſaluées de 21 coups de boîtes tirées ſur le
Quai de l'Artillerie , de 21 coups de canon de
la Batterie Royale & des mêmes ſalves des Batimens
qui ſont en rade.
A la fortie du ſpectacle , on a tiré un feu
d'artifice fur la terraſſe de l'hôtel du Commandant
de la Marine , dans lequel les ſpectateurs
sombreux , qui rempliſſoient le champ de bataille&
les maiſons voiſines , ont diftingué avec
joie,viveMonſeigneur le Duc de Normandie. II
a été ſuivi de l'illumination générate de tous
les bâtimens ſitués dans la ville qui appartiennent
au Roi & des maiſons des particuliers qui
ziennent à la Marine , & qui ont vou'u donner
ce témoignage public de leur fatisfaction.
( 177 )
,
Le peuple de Breſt , compoſé , pour la plupart
, de Marins militaires ou deſtinés à l'être
accoutumés aux cris de vive le Roi pour les
moindres circonfiances , faits par état pour manifeſter
dans les quatre parties du monde , fa
puiſſance , ſes bentés pour lui , leur attachement
pour ſa Perſonne , peuvent être regardés comme
les ſujets les plus fideles & les plus zélés pour
fon ſervice , & dans cette circonſtance fi intéreffante
, ils ont témoigné la joie qu'ils reſſentoient
de voir perpétuer & augmenter ſon auguſte
Famille , avec uus effufion de caur qui
démontre évidemment 1 fincérité & l'étendue
de leurs ſentiments patriotiques , le vifdeſir qu'ils
ont d'avoir des occafions d'en donner des preuves.
L'on aura lu dans quelques Feuilles publiques
la reſtitution faite par le Capitaine
P. J. au Comte de S. en Ecoſſe , de la vaifſelle
qui loi fut enlevée par ce Capitaine
pendant la derniere guerre. Nous recevons à
ce ſujet les détails ſuivans qu'on nous donne
comme authentiques. م
Le Capitaine P... J... fit une deſcente en
Ecoffe pour s'emparer de quelquesGentilshommes
Anglois , à l'effet d'inſpirer la crainte de
repréſailles. Suppoſé que l'Angleterre eût agi
avec trop de rigueur envers les priſonniers américains.
Après avoir enlevé d'emblée deux Forts
garnis de 36 pieces de canon , qui auroient pu
P'incommoder dans ſon rembarquement, il chercha
des otages. Pluſieurs Seigneurs , dont on
fouilla les Châteaux , avoient diſparu; la Troupe
trouva dans l'un une caiſſe d'argenterie , qu'elle
emporta à bord , & qui étoit de bonne priſe.
L'allarme fut donnée ,& le Capitaine P.... J...
obligé de ſe rembarquer , continua ſa croifiere,
( 178 )
perſonne n'ignore les détails de ſes belles actions
pendant ladurée de la guerre.
A la paix , cet Officier , devenu ſeul propriétaire
de la caiſſe d'argenterie , par le rembourſement
qu'il avoit fait des parts de ſon équipage ,
écrivit à Madame la Comteſſe de S.. « Qu'il
étoit bien fàché qu'elle eût été privée de ſon
argenterie pendant la guerre , qu'il la prioit de
lui indiquer à Londres une perſonne à laquelle
il put l'adreſſer , & de la recevoir fans aucune
condition ».
Sur la réponſe que fit cette Dame , remplie
des ſentimens de reconnoiſſance , le Capitaine
P... J... demanda à M. le Comte de V... la
permiffion de faire paſſer cette caiſſe de l'O
rient à Calais en exemption de droits. Ce Miniſtre
renvoya ſa demande à M. le C. G. , qui
fit réponſe au Cap. P... J... en ces termes : « J'ai
reçu M. &c. , je ſuis flatté de concourir à une
auſſi belle action , je viens , en conféquence ,
de donner des ordres aux Fermiers - Généraux ;
ce trait me prouve que la vraie valeur eſt inféparable
de l'humanité & de la générosité , &c. ».
Il falloit encore prendre la même précaution
pour faire entrer cette argenterie enAngleterre.
M. le Duc de D. Ambaſſadeur de S. M. R.,
flatté de répondre aux vues généreuſes du Cap ,
P... J... fit appoſer ſon cachet fur cette caiffe ,
qui eſt préſentement à Londres pour être remiſe
àſes anciens propriétaires , ſans aucuns frais.
Nous ajouterons à ce récit une circonftance
qui ne diminue rien du mérite de cette
action , & probablement ignorée du Capi .
raine P. J.; c'eſt que le Conite de Selkirck,
dont il eſt ici queſtion , étoit le feul Pair
Ecoffais qui eût épousé la cauſe de l'Amérique
; qu'il l'avoit épousée avec la plus grande
1
(179)
chaleur , & qu'il fut très malheureux pour
lui que le haſard eût ſi mal ſervi les intentions
du brave Commandant dans le choix
de la defcente.
Nous avons fait connoître dans le Nº. 9
de ce Journal l'établiſſement des balifes
formé à l'Ifle d'Oleron par Mr. Compère
Laubier , Négociant. Une lettre qu'il vient
de recevoir , conſtate l'utilité de cette formation.
Ce ſeroit manquer à la reconnoiffance que
je vous dois , ſi je laiſſois paſſer ſous filence
l'événement arrivé à mon Bâtiment l'Utile-
Maître- Chevalier , lequel ſe trouvant en pêche ,
a été ſurpris par la tempête que nous avons
reſſentie la nuit du 12 au 13 Mars , il prit le
parti de courir ſa bordée,ſur votre Iſle avec le
peu de voiles que la violence du vent lui permettoit
de porter , & prêt à périr à tout inſtant
par l'impétuofité de la mer , il a eu connoiffance
fur les 5 heures de l'anſe de la Peroche ,
au moyen des deux baliſes que Sa Majesté y a
fait mettre après les mémoires que vous avez
-préſentés ; il y a mouillé , & paffé la nuit ; il
-étoit temps qu'il trouvât ce refuge , car il y avoit
trois pieds d'eau dans la Calle , & l'équipage
n'avoit plus de force pour manoeuvrer. Ainfi
c'eſt à vous , Monfieur , à qui je dois le falut
de mon Bâtiment , & de trois chefs d'affez
nombreuſes familles.
Signé DECHEZEAU...
Les affiches de Dauphiné renferment l'extrait
d'une lettre écrite d'Eſpagne fur un ob-
⚫jet important de police publique , & dont le
contenu-mérite d'être rapporté.
h6
( 180 )
Madrid eft diſtribué en pluſieurs quartiers
fubdiviſés eux- mêmes en différens diſtricts.
M. le Comte de Florida-Blanca jugea à propos
, il y a quelques années , de former dans
chacun de ces diſtricts un Bureau compoſé des
perſonnes les plus reſpectables , tant par leurs
moeurs que par leurs lumieres , & choiſies indifféremment
parmi le Clergé & parmi les Laïcs.
Le but principal de leur inſtitut, eſt de viſiter
journellement & de ſoulager les familles réellement
pauvres , en procurant de l'ouvrage à
celles qui peuvent travailler , & des ſecours à
celles qui , par des maladies & d'autres accidens
, font tombées dans la mifere . Il s'en
trouve parmi ces dernieres , qui ſe laiſſeroient
périr dans l'oubli plutôt que de ſe réſoudre à
quitter leur réſidence. Il regne dans ces Bureaux
de charité une ardeur & une émulation
vraiment admirables , dans les emplois que les
membres exercent alternativement , ſans autre
récompenſe que les applaudiſſemens de ſes
compatriotes & les bénédictions des infortunés
qu'ils foulagent.. Les uns font infatigables à
recueillir dans chaque diſtrict les moyens de
pourvoir aux néceſſités des indigens. Le Roi&
la famille royale y contribuent très-généreuſement.
Les autres s'occupent à maintenir quantite
de petits établiſſemens , où l'on voit avec
joie la jeuneſſe abandonner ſes occupations frivoles
, pour chercher à s'inſtruire dans des vrais
principes de la Religion & de l'amour du bien
public. D'autres en font chargés de porter
chez eux aux malades dépourvus d'aſſiſtance
tous les ſecours néceſſaires , au lieu de les laiffer
tranſporter dans les Hôpitaux. Nous allons
donner le dernier rapport d'un de nos Baillis ,
M. Manuel Cisternes , qui s'explique en cos
,
( 181 )
, nous
termes : «Ayant reconnu l'extrême répugnance
qu'ont en général les pauvres malades a ſe
laiſſer transporter dans les Hôpitaux
nous ſommes appliqués à mettre leurs femmes ,
ou leurs familles , à même de leur procurer
la plus grande aiſance & tous les ſecours poffibles
dans leurs propres maiſons. Les huit Bureaux
de Charité de mon quartier , ( qui n'eſt
pas le plus conſidérable de cette Ville ) ont
réuſſi , avec les ſecours généreux des habitans ,
à ſoulager tous les pauvres malades dans le ſein
de leurs familles , à leur donner des Médecins ,
Chirurgiens , Apothicaires , lits , &c. &c. enſorte
que dans le courant de l'année derniere ,
nous avons adminiſtré dans notre quartier toute
l'affiſtance imaginable à 305 malades , dont 12
ſeulement ſont morts. Les ſommes employées
à cette oeuvre fi louable , font montées à 28438
réaux de veillons. En ſuivant cette méthode ,
nous tâcherons d'éviter les conféquences funeſtes
qui réſultent de l'entaſſement des malades dans
un même bâtiment , qui , malgré toutes les
précautions que l'on peut prendre pour empêcher
l'air infecté des Hôpitaux , aggravent au lieu
de ſoulager les maux des infortunés qui font
raſſemblés dans ces monumens d'oftentation
dont les apparences ſont ſi trompeuſes. »
,
Ces établiſſemens ont été imités avec le plus
grand ſuccès dans toutes les provinces ; ce qui ,
plus qu'aucun autre expédient , a diminué de
beaucoup la mendicité. Selon toutes les apparences
, notre fameux Hôpital-général ,& beaucoup
d'autres , ne ſerviront plus qu'aux étrangers
, que nos Bureaux ne pourront pas renvoyer
d'abord à l'endroit de leur réſidence ordinaire
, ainſi qu'ils le font généralement de tous
les pauvres inconnus qui y ſont portés.
( 182)
2
Sur la Requête préſentée auRoi en ſonConteil,
par les ſieurs Martin , Fleſſelle & Lamy , contenant
, que les Fabriques Angloiſes de Bas , Toiles
& Velours de Coton , ne doivent la ſupériorité
qu'elles ont fur celles de France , qu'à la perfection
de la filature opérée par une Machine que l'on fait
mouvoir ; que juſqu'à préſent cette Machine
n'avoit point été connue en France , & que ce
n'eſt qu'à force de dépenſes , de voyages , même
de danger , que le ſieur Martin eſt enfin parvenu à
en découvrir le méchaniſme , & à en avoir les
plans ; qu'il eſt en état d'en établir une pareille en
France , & de la perfectionner , tant pour la filature
du coton , que pour celle de la laine ; que
cette Machine préſente des avantages précieux
pour tout le Royaume , en ce qu'elle tend à perfectionner
la qualité des marchandiſes,de maniere
à entrer en concurrence avec celles d'Angleterre
& de l'Inde ; mais qu'il falloit pour l'établir &
l'entretenir , des dépenſes au-deſſus des facultés
des ſieurs Martin , Fleſelle & Lamy. Requéroient
à ces cauſes les Supplians , qu'il plût à S. M. autorifer
Pétabliſſement d'une Manufacture Royale au
lieu de l'Epine , ſur la riviere de Juine , près Arpajon
,Généralité de Paris , avec permiffion de ſe
ſervird'un plomb particulier , & de faire circuler
leurs marchandiſes fabriquées & filatures dans tout
leRoyaume , & les exporter à l'Etranger, fans être
tenus de les préſenter aux Bureaux de viſite & de
marque , à l'effet d'être revêtues de celles prefcrites
par lesRéglemens , accorder auxSupplians,
pendant l'eſpace de 12 ans , le privilége excluſif
pour la conſtruction & l'uſage de la Machine
qu'ils ont introduite en France , & qui a pour
objet la filature continue du coton &de la laine ,
y compris les Machines à préparer , carder en
rubans , tirer , filer en gros , filer en fin , doubler
&retordre enmême tenis ; ordonner qu'il leur
( 183 )
foit payé , à titre de gratification , ſur les fonds à
ce deſtinés , une ſomme de 30,000 livres ; faire
défenſes à tous particuliers de contrefaire ou imiter
pendant ledit tems de 12 années ladite Machine,
ſous peine de confiſcation des Machines de
filatures,&de50,000 liv. de dommages &intérêts,
au profit des Supplians ; ordonner que les engagemens
qui ſeront contractés entre leſdits Entrepreneurs
& leurs Ouvriers , ſeront exécutés ſelon leur
forme & teneur; accorder l'exemption de Milice &
de logemens de gens de Guerre aux Entrepreneurs
ou Directeurs , & aux quatre principaux Ouvriers
de ladite Machine; enjoindre au ſieur Intendant &
Commiſſaire départi en la Généralité de Paris , de
tenir la main à l'exécution de l'Arrêt à intervenir .
Vu ladite Requête : Ouï le rapport du ſieur de
Calonne , Conſeiller Ordinaire au Conſeil Royal,
Contrôleur-Général des Finances , LE ROI EN
SON CONSEIL , a autorité & autoriſe l'établiſſement
d'une Manufacture de filature , Fabrique de
mouffeline & autres étoffes en coton ; a accordé
& accorde auxdits ſieurs Fleſſelle , Martin &
Lamy , pendant l'eſpace de 12 années , un Privilége
exclufifpour la conſtruction & l'uſage de la
Machine qu'ils ont introduite en France , & qui
a pour objet la filature du coton & de la laine ,
ycompris les Machines à préparer , carder en rubans
, tirer , filer en gros, filer en fin , doubler
& retordre en même tems ; à la charge toutesfois
de ne pouvoir , en raiſon dudit Privilége ,
inquiéter , ni rechercher les établiſſemens du
même genre , qui auroient été formés précédemment,
fi aucuns ſe trouvoient ; ordonne qu'il ſera
payé auxdits fieurs Fleſſelle , Martin & Lamy ,
à titre de gratification ſur les fonds à ce deſtinés
, une ſomme de 30,000 liv. pendant leſdites
cinq années , en einq paiemens égaux , d'année
en année ; fait S. M. défenſes à tous particuliers,
( 184 )
de contrefaire ou imiter pendant ledit tems de
12 ans , ladite Machine , ſous peine de confiſcation
des Machines de filatures , & de telles autres
peines qu'il appartiendra ; accorde aux Entrepreneurs
, aux Directeurs , & aux deux principaux
Ouvriers de ladite Manufacture , l'exemption de
Milice& de celle du logementdegens deGuerre,
pour l'intérieur de l'établiſſement ſeulement. Enjoint
S. M. audit ſieur Intendant & Commiſſaire
départi en la Généralité de Paris , de tenir la main
à l'exécution du préſent Arrêt. Fait au Conſeil
d'Etat du Roi, tenu à Verſailles , le 18 Mai 1784 .
Signé , LE MAÎTRE.
Vu le préſent Arrêt , Nous ordonnons qu'il ſera
exécuté telon ſa forme& teneur, ſaufl'exemption
de Milice fur laquelle nous nous propoſons de
faire des repréſentations.AParis , ce 23 Février
1785. Signé , BERTIER,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , ſont : 84,3,39 , 23 , & 54 .
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 20 Avril.
Le 2 de ce mois, la Marguerite , navire
Pruſſien, a été jetté à la côte près de Nieuport
, avec une cargaiſon pour Amſterdam ,
de vin , d'eau-de-vie &de café , qu'on efpere
de ſauver en totalité.
L. H. P. , dit -on , viennent de faire remettre
à M. de Maillebois un tableau exact
de la population de la Hollande , felon lequel
les Provinces-Unies contiennent :
En hommes & en garçons au deſſous
de zo ans. .
En femmes & filles au-deffus de
610,123
( 185 )
20 ans.
En hommes &garçons entre 20 &
so ans.
• 610,826
598,114
En femmes & filles de même âge. 600,198
En hommes & en garçons entre
50& 65 ans. 120,000
En femmes & en filles de cet âge. 121,315
En hommes & en garçons entre
65 & 80 ans .
En femmes & en filles de cet âge.
En hommes & garçons au- deſſous
de 80 ans.
En femmes & en filles.
La population eſt donc de. .
• 51,518
51,826
7,300
7,412
• 2,758632
L'armée hollandoiſe , par les dernieres
1éſolutions de L. H. P. , eft portéeàss mille
hommes de troupes réglées , & à 12 mille
hommes de troupes légeres divitées par légions
, tant à pied qu'à cheval. Il paroît que
les compagnies de fufiliers de quelques- uns
de ces derniers corps ne feront pas en état
d'entrer cette année en campagne ; quant
aux dragons , aux huſſards , aux grenadiers ,
ils feront prêts à marcher au premier ſignal .
M. de Maillebois a propoſé aux Etats-
Généraux de renouveller l'uſage des canons
de cuir , ſemblables à ceux dont Gustave
Adolphe ſe ſervit en Allemagne lorſqu'il en
fit la conquête; en remédiant cependant aux
défauts qui les avoient fait abandonner.
Cette artillerie légere & portative ſeroit ſurtout
très-utile dans un pays , comme la
( 186 )
Hollande , entrecoupé de canaux &de foffés
, & pourroit ſervir à écarter les nuées de
Pandoures , de Croates & de Montenegrins
qui , en cas d'invaſion , ne manqueroient
pas de ſe jetter fur le territoire des Provinces-
Unies pour y exercer le pillage.
ne monte
Undes fils de feu M. de Muſqniz, ancien Miniſtre
des Finances dece Royaume , eſt attendu de
jour à autre dans cette Capitale , dit une lettre
de Madrid , pour régier avec le reſte de la famille
les affaires de ſa ſucceſſion . On ne ſera
pas peu étonné lorſqu'on ſaura que cette Succeffion
d'un homme , qui a été pendant 18 ans
Miniſtre des Finances d'un grand Royaume , &
en même temps chargé pendant quatre années
du Département de la Guerre ,
qu'à 200 mille liv. de notre Monnoie en Capital.
Mr. J. Musquiz laiſſe quatre enfans Ainfi
c'eſt 50 mille liv. pour chacun ; il eſt vrai
que l'Aîné ſera plus riche , comme héritier de ſa
Mere. Cet exemple , qui rappelle les beaux jours
d'Athenes ou de Rome , où ceux qui avoient
gouverné la République ne laifſſoient pas quelquefois
affez de bien pour ſe faire enterrer , eſt
commun en Eſpagne. On cite à ce ſujet D. F.
Arriaga , qui mourut ily a huit ou dix ans.
Ce Miniſtre , qui avoit eu les Charges les plus
lucratives, comme celles de Gouverneurde Caraques
, de Préſident de Contraction de Cadix ,
&c. qui fut vingt ans Miniſtre , mourut fi pauvre
, que deux de ſes ſoeurs , retirées dans un
Couvent de Valladolid , n'auroient pas eu de quoi
ſubſiſter, fi le Roi n'avoit continué de leur faire
une penſion de 700 liv. telle que ces demoiſelles
la tenoient de leur frere pendant ſa vie.
Les Amirautés reſpectives de Hollande
ont repréſenté aux Etats-Généraux la nécef(
187 )
fitéurgente d'équiper une Eſcadre additionnelle
, pour relever les Vaiſſeaux qui croiſent
dans la Méditerranée , ſous les ordres du
Contre Amiral Van Kinsbergen , cette Efcadre
n'étant avitaillée que juſqu'au mois
d'Octobre prochain . Il faudra remplacer auffi
quelques Vaifſeaux de guerre , qui fervent de
Convoi aux Navires Marchands. Cette nouvelle
Eſcadre doit être compoſée. de quinze
Navires; ſavoir, fix Vaiſſeaux de 60 canons ,
quatre de so , & de cinq Frégates de 36 à 40
canons. Les Amirautés requierent L. H. P.
de faire parvenir ſans délai cette propofition
aux Confédérés , pour qu'ils y donnent leur
conſentement le plutôt poſſible , & qu'ils autoriſent
le Conſeil d'Etat à former la Pétition
néceſſaire à cet effet.
On s'occupe , écrit- on de Malines , à préparer
deux équipages de fiége. On a déja enmagaſiné
2millions 500 mille livres de poudre. Dès que
les ports de la Baltique ſeront ouverts , nous recevrons
de Ruffie 250 pieces de canon de 24 &
beaucoup d'autres de 12 &de moindre calibre ,
ainſi qu'un grand nombre d'obus , de mortiers &
de pierriers. Nous attendons d'un moment à l'autre
un grand Seigneur de Vienne pour concerter
les plans de la campagne prochaine. Au premier
jour on fera couper dans les forêts royales tous
les bois néceſſaires à la conſtruction de pluſieurs
redoutes flottantes. On va conſtruire auſſi pluſieurs
bateaux qui contiendront 70 hommes , &
porteront 2pieces de canon : ils ne prendront pas
plusd'un pied & demi d'eau. Il nous arrive de
toutes parts des inſtrumens de pionniers ; on en
( 188 )
a commandé 80 mille. Tous ces préparatifs doi
vent être faits pour le 15 du mois prochain .
Heureuſement ce que l'on fait avec certitude
de l'état des négociations fait eſpérer
que ces préparatifs feront inutiles .
M.le Baron d'Enfiedel , Gentilhomme Saxon ,
a obtenu , dit-on , du Roi de France , la permiffion
de s'embarquer avec deux de ſes freres & pluſieurs
de ſes compatriotes , ſur un bâtiment frété par
S. M. , qui le conduira au Sénégal Le projet de
M. d'Enfiedel eſt de remonter le fleuve de ce
Royaume auſſi haut qu'il lui ſera poſſible ; de
s'enfoncer enſuite dans les terres , & d'aboutir
dans l'Abyſſinie , d'où , en defcendant le Nil , il
paſſera en Egypte & au Caire. L'imagination eſt
effrayée de la hardieſſe de ce projet , dont aucun
voyageur n'a encore tenté l'exécution. Le climat,
les bêtes féroces , les hommes , les fables , tout
offre des dangers effrayans . Si M. d'Enfiedel réulfit
, ce voyage fera undes plus mémorables qui
aientjamais été faits.On fait combien l'intérieur
del'Afrique estppeeuuconnu.Onſait en même tems
que cet întérieur récele de la poudre d'or qui en
eft tirée, par le Sénégal d'un côté , & de l'autre ,
par les caravanes du Caire.
Articles divers tirés des Papiers Anglois& autres.
LeGouvernement d'Espagne paroît décidé à
abolir l'inquifition. Il doit paroître ſous peu un
ouvrage , où ſeront expoſés les inconvéniens &
lesdangers de ce tribunal odieux , cù la voix
du fanatiſme prononce d'une maniere, fi arbitraire
& fi irrévocable contre la vie & la liberté
du citoyen . Nouvell. d'Alemagne , nº 57.
Les differents préparatifs qui ſe font en Uk.
raine & en Lithuanie , où doit ſe raſſembler une
armée Ruſſe , ont excité l'attention d'une cer
taine Cour à un tel point , qu'elle a auſſi - tột
( 189 )
envoyé ordre à ſon Ambaſſadeur à St. Péterfbourg
de s'informer ſans délai près des Miniftres
de S. M. l'Impératrice , de la cauſe & du
butde ces mouvemens ; la réponſe qu'il a reque
, eſt dit on , que des raiſons particulieres
exigeoient de la part de cette Cour un telle
conduite. Gazette des Deux-Ponts, n° 29,
Cause extraite du Journal des Causes célébres.
Défenſes faites à un Charlatan de continuer fon
métier.
Cette affaire qui a été jugée depuis peu en
Allemagne , offre un exemple d'une juſte ſévérité
contre une claſſe d'hommes , plus dangereux
que les maux qu'ils prétendent guérir..
Avant de rendre compte des faits particuliers
du procès du Charlatan étranger , nous croyons
quenos Lecteurs nous faurontgré de rappeller en
peu de mots , l'hiſtoire des plus fameux Charlatans
modernes qui ont paru ſur la ſcène du
monde pour le malheur du genre humain.
Tous les fiecles & tous les peuples ont eu des
charlatans . Nous ne remonterons point aux premieres
époques de l'hiſtoire des Nations , pour
citer des exemples , nous nous bornerons à rappeller
les noms de ceux qui ont paru depuis la
fin du dernier fiecle,
Le premier que nous voyons paroître en Fran
ce, à cette époque , eſt un certain Marquis Italien
qui avoit un ſpécifique qu'il vendoit deux
louis la goutte. Il étoit bien dificile qu'un remede
auſſi cher ne fut pas excellent ; auſſi eut-il
laplus grande réputation. Il étoit univerſel. II
guériſſoit toutes les maladies , excepté de la
mort ; mais le Charlatan prétendoit que la mort
[1] On ſcuſcrit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine,
Hôtel de Mouy , chez Mérigot lejeune , Libraire , &
Quai des Auguſtins. Prix , 18 liv, pour Paris , & 24 liv.
pour la Province.
( 190 )
n'étoit pas une maladie. Ainſi , ſon ſpécifique
faiſoit les plus belles cures toutes les fois qu'on
ne devoit pas mourir.
Au Marquis Italien, fuccederent deux Capucins
qui annoncerent qu'ils apportoient des pays
étrangers des ſecrets merveilleux. On les accueillit
& on les combla de préſens. Les ma
lades , les plus déſeſpérés , s'adreſſerent aux deux
charlatans , & aucun ne guérit ; mais on reconnut
bientôt que les deux Capucins étoient
des impoſteurs qui avoient voulu tromper le
public.
que
Un Charlatan , nommé le Médecin des boeufs ,
attira , peu de temps après , les regards de la
Capitale. Il étoit établi à Seignelay , bourg du
comté d'Auxerre. Il prétendoit connoître toutes
fortes de maladies par l'inſpection des urines ;
charlatannerie facile , uſée& de tout pays. Il paſſa
pendant quelque tems pour un oracle ; mais on
L'inſtruit mal , il ſe trompa tant de fois
les urines oublierent le chemin de Seignelay.
Un Cordelier ayant lu , dans un livre de
chymie, la préparation de quelques médicamens ,
obtint de ſes ſupérieurs la liberté de les vendre
&d'en garder le profit , à condition d'en fournir
gratis à ceuxdu couvent qui en auroient befois.
Un Prince eſſaya de ſes remedes; mais ils produiſirent
de ſi mauvais effets , que le nouveau
chymiſte perdit ſon crédit.
Un Apothicaire du Comtat d'Avignon , ſe
mit ſur les rangs , avec une paſtille qui guériffoit
radicalement toutes les maladies. Ce remede
merveilleux , qui n'étoit qu'une compofition
d'arſénic & de ſucre , produifit les effets
les plus funeſtes. La paſtille & ton inventeur
furent bientôt expoſés au mépris public.
Un Capucin , qui avoit été autrefois garçon
Apothicaire , crut , di- on , avoir fait la décou
( 191 )
verte la plus précieuſe à l'humanité , en compoſant
une eſpece de ſel végétal , & un ſyrop
qu'il appelloit méſentérique. Il diſtribuoit ce remede
pour toutes les maladies , & prétendoit
qu'il avoit la propriété de purger avec choix les
humeurs qu'il falloit évacuer. On aſſure que ce
Capucin étoit de bonne foi ; mais il n'en étoit
pasmoins un ignorant & un charlatan.
Un Prêtre Normand ſe fit annoncer comme
ayant trouvé le ſecret de purger toutes les
humeurs nuiſibles ; mais les mauvais effets de
ſon purgatif ne tarderent pas à lui enlever la
confiance qu'il avoit uſurpée .
A ce Prêtre ſucceda un particulier qui prétendoit
avoir découvert une huile qui rendoit
les gens immortels. On imagine aisément que
cette huile fut promptement en vogue ; mais
l'inventeur étant mort lui- même quelques mois
après , ſon prétendu ſecret tomba dans l'oubli. ,
Tout le monde a entendu parler du Médecin
de Chaudrais,
Enfin , un faiſeurde pillules qui produiſoient
des effets ſupprenans dans les coliques inflammatoires
, ſe montra ſur la ſcène ; mais malheureuſement
pour lui , & pour la fortune de
ſon remede , il fut attaqué d'une colique inflammatoire
, & ſes pillules augmenterent tellement
ſes douleurs , qu'il mourut en quatre jours. Cet
événement fit oublier le remede & celui qui
l'avoit inventé.
L'Angleterre n'eſt pas plus exempte que la
France de la vermine des charlatans ; mais ils
s'y préſentent ſous des dehors différens . C'eſt
preſque toujours dans les places publiques qu'ils
diftribuent leurs remedes. Lorſqu'ils ſe font annoncer
, ils aſſurent qu'ils guériſſent toutes les
maladies avec leurs ſpécifiques & la bénédiction
de Dieu.
( 192 )
A
Comme rien n'est plus propre à en impoſer
au vulgaire que d'étonner ſon imagination ; les
charlatans des Ifles Britanniques ſe font annon.
cer ſous le titre de docteurs nouvellement arrivés
de leurs voyages dans lesquels ils ont
exercé la médecine &la chirurgie par terre&
par mer , en Europe & en Amérique , où ils
ont appris des fecrets ſurprenans , & d'où ils
apportent des drogues d'une valeur ineſtimable
pour toutes fortes de maladies.
L'Allemagne a également les charlatans.Celui
dont nous allons rapporter le procès y exerçoit
encore , l'année derniere , ſes funeſtes talens.
Ce charlatan s'étoit fait annoncer comme
ayant acquis les ſecrets les plus merveilleux!
pendant un voyage qu'il avoit fait en Afie. Il
avoit rapporté un remede unique, qui fuivant
lui , guérilloit tous les maux. Les Magiſtrats
de la ville ayant reçu pluſieurs plaintes contre
ce particulier , ordonnerent que fon remede
ſeroit ſoumis à l'examen des gens de l'art. Ceuxci
découvrirent qu'il étoit compoſé de drogues
violentes & nuiſibles , altérées & préſentées ſous
une forme inconnue. Le magiſtrat chargé de
veillerà la fûreté publique , fit arrêter le charlatan
, & l'en inſtruifit ſon procès. Ayant été
interrogé , il répondit qu'il étoit vrai qu'il en
avoit impoſé au public , & qu'il tenoit ſon remede
d'un charlatan étranger, qui lui avoit com
muniqué ſon ſecret.
Parjugement du mois d'Octobre 1784 , il a
été fait défenſes au charlatan de continuer fon
métier , ſous peine d'être puni corporellement.
Ce jugement a ſauvé l'humanité d'un de ſes
fléaux.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 AVRIL 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLET fur la Naiſſance de Monseigneur
le Duc DE NORMANDIE .
AIR: La foi que vous m'avez promises
QU'UNE Famille auguſte & chère
Long-temps donne des Rejetons ;
Jamais pour parfumer la terre ,
La Roſe n'eut trop de Boutons ;
Le Laurierdes Vertus le gage ,
Et l'apanage des Héros ,
Pour les couvrir de fon ombrage
N'aura jamais trop de rameaux.
Nº. 18 , 30 Avril 1785 . I
A
:
:
194 MERCURE
A Mile V *** , qui avoit prêté à l'Auteur
les OEuvres de M. le Marquis de Villette.
GRARACCEES àvous , dans ce Recueil charmant
J'ai fait mon cours de goût & de philoſophie ;
Il eſt pour moi le code du génie ,
Et les tablettes du talent.
VILLETTE S'eſt ouvert un chemin à la gloire ,
Mais ſans s'aſſujétir toujours au même ton :
Il touche tour-à-tour le pinceau de l'Hiſtoire
Et la lyre d'Anacreon.
Avec quel goût , quelle ſoupleſſe ,
Par quel preſtige , & quel art enchanteur ,
Il fait donner à la ſageſſe
Un air piquant & féducteur !
Dans ſes Écrits je reconnois Tibulle ,
Peignant la volupté dans les bras de l'Amour :
Ou c'eſt Ovide , ou c'eſt Catulle
Aqui j'applaudis tour-à tour.
Sa Muſe , agréable & légère ,
Peu contente de ſes attraits ,
Pour nous charmer & pour nous plaire ,
De la ſéduction emprunte tous les traits.
Tantôt orgueilleuſe coquette ,
Elle prend roſes , diamans ,
DE FRANCE.
دور
"4 Tout l'attirail des ornemens
Pour s'affurer de ſa conquête.
Tantôt belle par ſa fraîcheur ,
Comme la tendre Bergerette ,
Simple ruban & fimple fleur
Font tous les frais de ſa toilette.
POURSUIS , Marquis , ta brillante carrière ;
Fête l'Amour , célèbre les Héros ;
Et , d'une main délicate & légère ,
Répands des fleurs ſur leurs tombeaux.
Joins à la palme Littéraire
Le myrte heureux qu'on moiſſonne àPaphos.
Embellis tout ſous tes rians pinceaux.
(Par M. Bas...t. )
A Madame B..... , qui me reprochoit de
ne lui avoirpoint adreſſé de Vers.
Si j'étois homme , ma Chloé,
Je ſens que ma plus douce envie
Seroit de peindre ta beauté ,
Tes grâces & ta modeſtie.
Je paſſerois auprès de toi
Les jours fortunés de ma vic;
Enlaſoumettant àta loi,
I ij
196 MERCURE
Je la trouverois embellie ;
Mon bonheur ſeroit de t'aimer ,
D'être ſans ceffe à te le dire :
D'un mot tu ſaurois me charmer ,
Me rendre heureux par un fourire ;
Je ſaurois plus que t'adorer.
Mais le fort , qui de nous diſpoſe ,
Me créa bien pour t'admirer ,
(ParMme Dufrenoy. )
LE Rendez- Vous Manqué, ou l'Amant
qui va & vient.
AIR: De Manon Giroux.
VIENDRAS- T IENDRAS-TU , dis - moi , de grâce ?
..... Oh ! oui , tu viendras ! .....
Cependant letemps ſepaſſe;
...... Tu ne viendras pas! .....
Tu n'es pourtant pas volage! .....
Oh! oui , tu viendras ! ......
Le temps eſt palé; j'enrage.....
Tu ne viendras pas!
(Par le Cousin Jacques. )
DE FRANCÉ.
197
CONTE.
D
Ans ces temps fi vantés , où le ſéjour céleſto
Étoit peuplé de trois censDieux,
Les plus doux paſſe-temps des habitans des cieux
Etoient le vol , l'adultère & l'inceſte.
Dans ces jours fortunés d'innocence & de paix ,
Onbâtitdes temples aux vices ;
Et les hommes dans leurs forfaits
Avoient toujours des patrons pour complices.
Vous penſez que la vérité
Alors étoit fort incommode ,
Aufſi , par-tout la fauſſeté
étoit ladéeſſe à la mode.
Mais le père des Dieux, l'inexorable temps ,
Qui dévore tous ſes enfans ,
Lafféde leurs mauvais exemples ,
Anéantit ce peuple de brigands ,
Renverſa leurs autels , disperſa leur encens,
Et laiſſa ſeulement ſubſiſter quelques Temples ,
De ſa vengeance antiques monumens.
Ainſi périt cette race immortelle.
On m'a dit cependant ( je ne l'aſſure pas )
Que dans la chûte univerſelle
La fauſſeté put ſeule échapper au trépas.
Quand elle vit le temps s'avancer pas à pas ,
I i
298 MERCURE
Et lever l'arme meurtrière ,
On croit qu'elle a ſu s'y ſouſtraire
Par un beau compliment que le dieu crut fincère ,
Et fit tomber la faulx de ſon terrible bras.
Mais elle abandonna la céleste contrée ;
Seule elle s'ennuyoit ſous la voûte azurée ,
Et vint ſe loger à Paris ,
Qui fut pour elle un nouvel empiréc.
Chez les Grands & chez les petits ,
Chez les ſots & les beaux-eſprits
Auſſitôt elle fut admiſe ;
Afon accent , à ſon ſouris ,
On la prenoit pour la franchiſe .
Ceux quim'ont fait ce conte ont encore ajouté
Que pour régner en fûreté
Sur un peuple ſouple & volage ,
Elle quitta depuis le nom de faufſcté,
Qu'elle fe farda davantage ,
Et se nomma l'honnêteté.
L
(ParM. Hoffman. )
T
DE FRANCE. 199
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Famine ; celui
de l'énigme eſt Plume; celui du Logogryphe
eſt Coeur , où l'on trouve cu , cure ,
cour cor, courocrecure roue cor
Cure , Cour , ecu , résor.
CHARADE.
ESPÈRE , ami Lecteur , que tu me connoîtras :
L'article indéfini fait mon premier partage ;
Mon ſecond au piquet donne un grand avantage ;
Mais qui nomme mon tout, nomme ce qui n'eſt pas.
(Par M. l'Abbé de C..... )
JE
ÉNIGME.
Ene ſuis rien encor , mais à la veille d'être ;
Que ne puis-je à tous ceux qui doivent me connoftre
Promettre également des plaiſirs aſſurés !
Trop inutile voeu ! dès qu'on m'aura vû naître ,
Je ferai des heureux & des déſeſpérés.
Tout le monde m'attend , & cependant , peut- être ,
Tel ſonge à m'employer , qui n'en ſera pas maître :
Onm'appelle d'unnom que je perds en naiſſant;
I iv
210 MERCURE
:
Mon futur fucceffeur à l'inſtant s'en empare.
Ainfi,jamais préſent , par un deſtin bizarre
Mon nom meurt & renaît dans le même moment.
JE
(Par le même. )
LOGOGRYPΗ Ε.
E ſuis le mot chéri de la pareffe ,
L'eſpoir & le tourment des coeurs ambitieux ;
Tonjours à redouter pour qui ſe trouve heureux
Souvent à defirer pour qui ſent la détreſſe.
J'ai fix pieds , cher Lecteur , combine , déſunis ,
Tu trouveras en moi la ſource des richefſes ;
Le mois cher aux Amours ; cellede nos Déeſſes
Qui voyoit par trois noms trois cultes réunis ;
Le timide gibier qui fuyoit devant elle ;
De tous nos Orémus la finale éternelle ;
Ce que Phébus ramène à la fin de fon cours;
Un Prêtre Muſulman; un courfier d'Arcadie ;
Ce que preux Chevalier adorera toujours ;
Ce qui meut notre corps&nous donne la vie;
Ce qu'on donne à l'autel alors qu'on ſe marie.
En eft- ce affez , Lecteur ? Tiens , j'ai pitié de toi ;
En me lifant le ſoir, on eft plus près de moi.
(Par le même..)
DE FRANCE. 201
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE d'Abdalmazour ,ſuite des Contes
Orientaux. Troiſième récit du ſage Caleb ,
Voyageur Perfan , par Mme Mo.....
in-12. de 170 pages. A Conſtantinople ,
& ſe trouve à Paris, chez P. Fr. Gueffier ,
Imprimeur -Libraire , rue de la Harpe.
L'AUTEUR de cette Hiſtoire d'Abdalmazour
, avoit donné , ſous le nom de Mile
Mor.... , il y a quelques années , une première
partie des Contes Orientaux qui réuffit
, & qui méritoit ſon ſuccès. En le réimprimant
, Mme Mo..... a publié cette ſe
conde partie , dont nous avons grand plaiſir
à entretenir nos Lecteurs , bien convaincus
que ce plaiſir ſera partagé par eux.
Le cadre choifi par l'Auteur, c'eſt un ſage ,
vertueux & ſenſible vieillard, Caleb, qui fait
divers récits à ceux qui ſont ſes amis,&quimérite
d'être écouté par ceux qui ne le font pas.
Mme Mo ..... a fort bien ſaiſi le ftyle fleuri ,
le ton oriental qui convient au genre qu'elle
avoit adopré. Mais les fleurs de l'imagination
n'excluent point chez elle les fruits de
la morale , & la morale ne nuit point à l'intérêt
de ſa narration , parce que le goût la
diftribue ſagement , & ne l'épuiſe jamais.
Iv
202 MERCURE
Cette ſeconde Partie des Contes Orientaux
ne contient qu'un ſeul récit , c'eſt l'hiftoire
du jeune Abdalmazour. " Le ciel , dit
>> Caleb , qui le revêtit d'une force furna-
>> turelle , qui lui prodigua l'eſprit qui ſé-
>>duit , & la beauté qui enchante , ſe plut
>> à le donner pour exemple au monde , en
>> verfant ſur ſa tête , juſqu'à la dernière
>> goutte , la coupe de l'infortune . »
Cette annonce eſt parfaitement juftifiée
par les aventures d'Abdalmazour, auffi étonnantes
que variées. Expoſé en naiſſant dans
une corbeille devant la porte d'un payſan ,
qui ne le recueille que pour avoir ſa riche
dépouille , élevé par des mains étrangères
qui finiffent par le chaffer , reçu enſuite par
le vénérable Hermite Maferael , il prend à
fon école une profonde connoiffance des
fimples & de tous les fecrets de la nature; il
acquiert fous lui d'autres talens encore.
Delà il paſſe chez le farouche Tuteur de
la belle Nadine , qui l'a recueilli bleffé &
mourant,& qui de ſes doigts délicats àpanfé
fes bleſſures elle-même. Ce Tuteur , qu'on
nomme Caldec , étoit plus favant encore
que Maferael; mais il n'étoit ni auſſi fenfible
ni auffi bienfaifant que lui. Il ſurprend des
fignes d'une tendre intelligence entre Nadine
Abdalmazour. Chaffé par lui , ce dernier revient
entraîné par ſon amour ; mais il eſt
encore ſurpris par Caldec, quiforce les deux
amans d'avaler un breuvage empoifonné
qu'il leur préſente. Abdalmazour voit les
DE FRANCE.
203
yeux de ſa chère Nadine fermés par la
mort ; & lui -même tenu pour expiré , eft
traîné par les eſclaves de Caldec loin de ſa
maiſon. La force de ſon tempérament le
rappelle à la vie; mais ſes yeux ne s'ouvrent
que pour voir le corps de ſa Nadine porté
par une eſpèce de convoi , entrer dans une
tour dont la porte ſe ferme auſſitôt.
Abdalmazour , frappé du plus affreux déſeſpoir
, eſt encore recueilli par un pêcheur,
• le bienfaiſant Balbac , qui ſe trouve ſon
père , & dont la fille , Thamir , devient ſa
tendre ſoeur. Là il apprend qu'il eſt fils de
Chedelbec , fille du Grand Vizir Mazouf,
homme ambitieux , & dont la grande fortune
n'a pas empêché que ſa fille ne ſe mariât
ſecretement malgré lui. Balbac , de Général
d'armée étoit devenu ſimple pêcheur.
La mort enlève bientôt le père d'Abdalmazour
, & ce malheur eſt ſuivi d'une nouvelle
infortune qu'il faut laiſſer raconter par Abdalmazour
lui-même. Je pêchois ſeul, dit-il.
" Mes filets reſtèrent vuides : auffi ſurpris
>> que conſterné , je les jette de nouveau en
>> m'éloignant toujours ; je les trouve auffi
>> légers , je m'anime à la pourfuite,du poif-
>> fon qui me fuit , & je me trouve à plu-
>> ſieurs milles de ma cabanne. Hélas ! les
> timides habitans des eaux plus habiles
>> que moi , ſentoient l'orage prêt à fondre
>>ſur ma tête ; ils fuyoient ces bords défaf-
>> treux ; ils demeuroient amoncelés , faiſis
>> d'effroi , immobiles au fonds du fleuve.
د
I vj
204
MERCURE
>>Nous étions dans la ſaiſon des orages; le
>> foleil devenu plus ardent , avoit abandon-
>>> né l'écreviſſe ; & des flancs embrafes du
>>Ciron il lançoit des faiſceaux de feux ,
>>des dards enflammés ſur les montagnes de
>> l'Arménie ; la neige qui couvre leurs fom-
>> mets , coule par torrens dans les vallees ;
>> le Tygre épouvanté les reçoit dans ſon
> ſein ; des ondes étrangères ſe mêlent à ſes
>>ondes , & les eaux du ciel à celles des
>>montagnes. Le fleuve s'en charge , les en-
>>traîne avec lui , les répand dans les cam-
> pagnes couvertes de moiffons ; fubmer
ge des rives fleuries , & ravage la plaine
>> qu'il rendoit fertile ....... J'errai toute la
>>nuit au gré des vents & des flots : le jour
>>parut , les nuages ſe diſſipèrent , la pluie
>> ceſſa , le temps devint plus calme , &
>>commençant à m'aider d'une rame , jul-
>>ques-là devenue inutile , j'aborde au ri-
» vage. Je marche comme un inſenſé dans
>> les campagnes inondées; je cours , je m'é-
>> lance comme la biche déſolée qui cherche
>> ſes petits , & bravant les fatigues , les
>>périls & la mort , je m'ouvre à la fin au
>> travers des eaux & de la fange , un paſſage
>> juſqu'à ma foeur. Les ombres de la nuit&
» du trépas l'environnoient ; cependant je
>>ſuis reconnu de Thamir; ſes mains gla-
» cées s'étendent vers moi , je les baiſe & les
>> ferre dans les miennes ; je la ſoulève dou-
>>cement , je la preſſe ſur mon coeur ,
>>>foudain ſes beaux yeux ſe ferment , les
&
DE FRANCE. 205
(
>> couleurs s'effacent , ſa tête charmante ſe
>>>penche & s'abbat ſur ſon ſein qui ſe flé-
>>trit ; elle expire dans mes bras. »
Enfin , un grand bonheur vient ſe mêler
aux infortunes d'Abdalmazour. Il retrouve
ſa chère Nadine qui n'avoit pas perdu le jour ;
il devient ſon époux , & partage avec elle
l'immenſe héritage de Caldec. Ecoutons encore
l'Auteur lui-même qui fait parler la
tendre Nadine. " Nadine fourit avec grace ,
rougit avec plus de grace encore , & fe
>> preſſa de répondre : ſéparée d'Abdalma-
>> zour,je ne vivois que pour lui .... Qu'à pré-
>> ſent ſa demeure ſoit ma demeure , qu'un
ود
ود
même toit couvre ſa tête & la mienne :
fois mon maître , fais mes deſtins ; mène
> moi dans cet aſyle que l'amour a préparé ;
>>que ſans ceſſe ta douce voix y répète mon
>> nom , & que tes yeux , auſſi tendres que
>> ceux des colombes amoureuſes m'y cher-
رد chent continuellement ! .. Saint Prophète !
> punis moi , ſi je ceſſe de rapporter meş
>> deſirs & mes penſées à mon bien-aimé !
>> Que les voûtes élevées par ſes ſoins , s'ébranlent
fur ma tête ; que leurs pierreş
croulent l'une ſur l'autre , frappent tou-
» tes mon coeur , & l'écrafent à la fois!
» Qu'Abdalmazour ſente ſous les décombres
>> mes membres encore palpitans repouſſer
ود
22
هد ſon pied ; qu'ilentendemondernier ſou-
>> pir , & ne s'inquiète pas ſi j'expire ſous
22 ces ruines. » :
Tandis qu'Abdalmazour jouit du bon206
MERCURE
heur qu'il doit à l'amour , des plaiſirs que
ſes richeſſes lui procurent , & de la confidération
que lui attire ſa ſcience , la flamme
vient dévorer toute fa fortune. Nous ne
priverons point nos Lecteurs de l'énergique
tableau que l'Auteur a tracé de ce funeſte
incendie. " D'innombrables tourbillons de
" feux brûlent nos yeux , &reproduiſent
> au milieu de la nuit la vraie clarté du jour.
J'appelle des ſecours de toutes parts ; on
>> en apporte , on eſſaye de les rendre un-
>> les , on s'empreſſe ; mais de l'orient , qui
» commence à blanchir , s'élève un vent
> furieux qui rend tout travail inutile ; il
20 il amoncèle & diviſe les flammes , courbe
>> leurs fommets ondeyans , & les porte
>> bien loin ſur les maiſons voiſines. De
>>longs traits de feux s'échappent des croi-
>> ſées , ferpentent ſur les murs , fillon-
» nent les toits , s'y attachent , les dévo-
>> rent, les confument , & les combles em-
>> braſés croulent avec un bruit horrible
» dans les fonterrains enfoncés. A des tor-
>> rens de feux ſuccède une montagne de
>> fumée ; des cendres brûlantes , des char-
✓bons enflammés , d'énormes tiſons s'élan-
>cent de ſon ſein , & retombent en pluie
>> ardente dans le gouffre qui les a vomis. »
Après cet affreux déſaſtre Abdalmazour
appellé à la Cour du Roi d'Achem, guérit ce
Monarque , retrouve toutes les richeffes , &
part ſur un vaiſſeau magnifiquement équippé
, pour aller rejoindre ſa chère Nadine;
DE FRANCE. 207
mais l'avarice tente le Capitaine , qui pour
s'emparer de tous les tréſors que la reconnoifſance
du Monarque a prodigués àAbdalmazour
, l'abandonne dans une Iſle déſerte &
ſauvage. Enfin , il a épuisé la coupe du malheur
; il retrouve ſa mère , ſa fooeur , Nadine
, & un trône ; & il coule des jours
vertueux& conſtamment fortunés.
Tel eſt le fonds des aventures d'Abdalmazour
, dont nous n'avons pu qu'affoiblir
l'intérêt , en les abrégeant. Le pen que nous
avons cité , doit donner une idée avantageuſe
du ſtyle de l'Auteur qui poſsède parfaitement
fa langue , & qui écrit avec eſprit &
ſenſibilité. On a pu s'appercevoir que la manière
a de la fermeté , même de la force ;
nous ſommes loin d'inférer de-là que Mme
M *** n'a pas aſſez ſacrifié aux graces de
fon ſexe ; nous en conclurons ſeulement
que le talent n'a point de ſexe. A des tableaux
gracieux qui flatent l'imagination du
Lecteur fuccédent ſouvent des traits de morale
qui exercent ſa raiſon. Telle eſt la réflexion
fuivante par laquelle nous allons
terminer cet article : " ô abîme impénétra-
« ble! la vie de l'homme eft comme un
>> Livre , dont les premières pages ſedéta-
>>chent à mesure qu'elles paſſent ſous les
>>yeux. On ne peut en recommencer la lec-
>> ture , ni la ralentir , ni la précipiter : il
" eſt également impoſſible de deviner au-
>>jourd'hui la page du lendemain ; & c'eſt
>> le déſeſpoir des mortels. »
:
208 MERCURE
:
MÉMOIREfur les Tremblemens de Terre de
la Calabre , pendant l'année 1753 , par
le Commandeur Deodat de Dolomieu. A
Paris , rue & hôtel Serpente.
3 L'AUTEUR de cet Ouvrage n'a point prétendu
donner le journal des tremblemens de
terre de la Calabre , ni l'état de la population
& des pertes de chaque lieu en particulier
; il s'attache à une partie qui paroît
avoir été négligée par ceux qui ont écrit les
relations de ce funeſte événement , c'est-àdire
, à faire connoître la nature du fol , &
à en déduire les principaux phénomènes qui
ont accompagné les ſecouffes, M. de Dolomieu
paroît encore avoir cherché à détruire
toute idée de merveilleux , que les premières
relations ont paru autorifer; les fairs recueillis
dans ce Memoire atteſteront long-temps
les circonstances locales , & pourront dans
tous les tems intéreſſer & éclairer les Phyſiciens&
les Naturaliſtes ; voilà en quoi l'Ouyrage
de M. de Dolomieu nous a paru principalement
utile. :
Ildonne, enſuite ſon ſyſtême ſur la cauſe
de ces déſaſtres , qu'il attribue à l'Etna ; fa
théorie nous a paru très- claire; elle eſt fondée
ſur la ſuite des faits , & les explique
tous d'une manière fatisfaiſante.
L'Auteur a joint à ſon Ouvrage quelques
notes hiſtoriques qui ne ſont point rigoureufement
de ſon ſujet , mais qu'on feroit bien
DE FRANCE.
209
?
fâché de n'y point trouver. Elles font tracées
avec franchiſe : on n'a point cherché
à embellir les faits; mais ils n'en font ni
mons curieux ni moins intéreffans .
« Un quart des victimes du tremblement
de terre dus Février , dit l'Auteur, auroit
furvécu , ſi l'on avoit pu leur porter de
prompts ſecours ; mais les bras manquoient;
chacun étoit occupé de ſes malheurs particuliers
ou de ceux de ſa famille; on vit dans
le même temps des exemples uniques de
dévouement &de tendreſſe , de cruauté&
d'atrocité. Pendant qu'une mère échevelée
& couverte de ſang venoit demander à ces
raines encore tremblantes , le fils qu'elle
emportoit entre ſes bras , & qui lui avoit
été arraché par la chûte d'une pièce de charpente
, on voyoit des monftres ſe précipiter
au milieu des murs chancelans , fouler aux
pieds des hommes moitié enſevelis qui réclamoient
leurs fecours , pour aller piller la
maiſon du riche. Ils dépouilloient encore
vivans des malheureux qui leur auroient
donné les plus fortes récompenfes , s'ils leur
avoient tendu une main charitable ; j'ai logé
à Poliſtena , dans la barraque d'un galant
homme , qui fut enterré ſous les ruines de
ſa maiſon , ſes jambes en l'air paroiffoient
au-deſſus ; ſon domestique vint lui dérober
ſes boucles d'argent , & ſe ſauva enſuite ſans
vouloir l'aider à ſe dégager.
M. de Dolomien n'avance aucun fait
relatif à ſes obſervations lithologiques ,
2FO MERCURE
qu'après avoir vû ; ſon voyage a été fait en
Mars & Avril de l'année 1784; il a été accompagné
par M. le Chevalier de Godechart
, jeune homme plein d'ardeur , de zèle
&de ſenſibilité ; il a été d'un grand ſecours
àM. de Dolomieu dans ſes recherches , dont
il a partagé les fatigues avec beaucoup de
patience & de courage; & nous le nommons
ici afin qu'il partage aufli la reconnoiſſance
du Public pour un Ouvrage auſſi
utile qu'intéreſſant.
د
NOUVEAUX Mélanges de Philofophie& de
Littérature ou Analyse raisonnée des
connoiſſances les plus utiles à l'Homme &
au Citoyen, dédiés au Roi , par M. Gin ,
Conſeiller au Grand- Confeil. A Paris ,
chez Gueffier , Imprimeur-Libraire , rue
de la Harpe ; Moutard , Imprimeur - Libraire
, rue des Mathurins , & Servières ,
Libraire , rue S. Jean-de-Beauvais.
EXCITER la ſerveur des fidèles en développant
à leurs yeux les principes de la morale ,
ou offrir aux incrédules quelques nouvelles
preuves de la Religion , voilà quels font les
motifs des perſonnes qui écrivent ſur cette
matière. L'Auteur de ces Mêlanges s'eſt propoſé
de réunir quelques vérités premières
que nous apprennent le ſens intime , qui
nous inſtruit de notre exiſtence & de nos
facultés , le ſpectacle de la nature, les traditions
des anciens peuples ,& les faits les
DE FRANCE. 211
moins ſuſceptibles de conteſtation , & de
lier ces vérités par la chaîne des conféquences
qui en réſultent le plus naturellement.
Cet Ouvrage n'eſt qu'un abrégé de celui
du même Auteur , intitulé Traité de la Religionpar
un homme du monde, qui parut il
yaquelques années , ens vol . in 8° . Il a eu
ſoin de retrancher de ces Mélanges des citations
trop multipliées qui chargeoient ſon
grand Ouvrage , & l'on verra avec plaiſir
réuni dans un volume ce que les cinq autres
pouvoient contenir de plus intéreſſant.
Parmi pluſieurs Chapitres , dans leſquels
ſe trouvent ſouvent réunis l'agrément &
l'inſtruction , on diſtinguera ſans peine celui
qui traite de l'origine des langues & de
l'abus des mots; celui quipréſente le tableau
du mal phyſique & du mal moral ; le paragraphe
intitulé des faits, &c. Mais le Dif
cours Préliminaire nous a paru principalei
ment mériter des éloges par la deſcription
brillante& juſte de la gloire du ſiècle , depuis
Malebranche & Paſcal juſques à M. de
Buffon. Nous nous refuſons au defir d'en
tranſcrire ici quelques morceaux , afin d'engager
nos Lecteurs à lire ce tableau dans
l'Ouvrage même. On y verra la juſteſſe
avec laquelle ſont appréciés tous nos grands
Ecrivains ; & l'on reconnoîtra , en voyant la
manière dont ſont claffés les Ouvrages , que
l'Auteur , en faiſant preuve de goût , s'eſt
toujours montré d'une parfaite impartialité.
Quoique M. Gin n'ait pas toujours ré212
MERCURE
pondu victorieuſement aux objections des fameux
Philoſophes Sceptiques,tels que Bayle,
Rouffeau , &c. on lui doit néanmoins des
éloges ſur le zèle qu'il a mis à les combattre;
l'Ouvrage eſt écrit avec clarté & avec méthode
, & eſt bien fait pour faire honneur à
M. Gin , déja connu par des Ouvrages d'un
autre genre.
LES OEuvres d'Héfiode , Traduction nouvelle,
dédice au Roi , enrichie de Notes , &
du Combat d'Homère & d'Héfiode , par
M. Gin , Conſeiller au Grand - Confeil.
A Paris , chez les mêmes Libraires.
HÉSIODE eſt le plus ancien Poëte Grec
après Homère. Une Pièce contenue dans le
Recueil que nous annonçons ſembleroit
prouver que ces deux Poëtes furent contemporains.
CettePièce , que l'Auteur dit n'avoir
point été traduite juſqu'ici dans notre langue ,
eſt intitulée : Combat d'Homère & d'Héfiode
auxfunérailles d'Amphidamas. Quoiqu'il en
foit de cette opinion , l'opufcule qui a pu
ydonner lieu , nous a paru affez intéreſſant.
Les trois principales Pièces qui nous reftent
de ce Poëte , préſentent pluſieurs genres
également intéreſſans; ceux qui cherchent
la force & le gracieux des images , les trouveront
dans le prologue des Travaux & des
Jours,&dans les trois Fables qui le ſuivent ,
dans le prologue de la Thergonie , dans le
coinbat desTitans & dans la deſcription du
DE FRANCE.
213
Tartare. Ceux qui s'attachent aux principes
d'économie domeſtique , d'agriculture & de
commerce , les trouveront dans les Travaux
&lesJours.
Cette Traduction nouvelle que nous annonçons,
répond à l'idée que M.Gin adonnée
de ſon talent par la Traduction d'Homère.
On en a tiré 300 exemplaires ſur papier
vélin d'Annonay. Prix , 6 liv. reliés en carton,
ژ
MÉMOIREfur les Ciseaux à inciſion , par
M. Percy , Chirurgien-Major du Régiment
de Berri , Cavalerie , Docteur en Méde
cine , Membre & Correſpondant de plu+
ſieurs Académies , Sociétés Littéraires ,
Inſtituts Patriotiques; couronné par l'Aca
démieRoyale de Chirurgie en 1785. in-4°.
avec trois grandes planches gravées en
taille douce. A Paris , chez Michel
Lambert , Imprimeur de l'Académie
Royale de Chirurgie, rue de la Harpe ,
près S. Côme.
:
1
T
L'ACADÉMIE avoit propoſé , pouarr le Prix
de cette année 1785 , la question qui fuit :
En quel cas les ciſeaux à incifion , dont la
pratique vulgaire a tant abuse, peuvent être
confervés dans l'exercice de l'Art; quelles en
Jont les formes variées relatives à différens
procédés opératoires ; quelles font les raisons
depréférer ces inftrumens àd'autres qui peuvent
également diviſer la continuité des par
214
MERCURE
ties, & quellesfont les diverſes méthodes d'en
faire usage.
Il n'y a guères plus de cent ans que les
Ciſeaux ſont devenus d'un uſage ordinaire
dans la pratique des opérations de Chirurgie.
On en eut de courbes pour qu'une des
lames pût être introduite facilement dans
la cavité des plaies & des abſcès. Leur conftruction
materielle, & la grande courbure
n'ont été diminuées que par degrés ſucceſſifs ,
& amenées au point de prétendue perfection
, ſous laquelle Garengeot les a décrits
dans ſon traité des inſtrumens. Ce ſont ces
corrections qui en ont maintenu & conſacré
l'uſage contre toute règle &raifon.
L'ignorance & l'impéritie ont introduit
les ciſeaux dans la Chirurgie. La fatalité
des circonstances fit admettre à l'exercice
d'une profeſſion ſcientifique des ſujets
illitérés , qui avoient abuſivement acquis le
droitde faire des ſaignées & quelques panſemens
aiſés à mettre en pratique. Occupés
journellement à exercer la légèreté de leur
main , en faiſant gliſſer un inſtrument tranchant
ſur la peau du viſage ſans l'entamer ,
comment auroient- ils acquis la dextérité néceffaire
pour l'exercice des opérations ?
C'eſt par la décompoſition méthodique
du corps humain qu'on peut parvenir
à le connoître ; & c'eſt en le décompoſant
avec art , & par la dextérité néceffaire aux
travaux anatomiques , qu'on apprend à ſe
ſervir utilement d'un biſtouri dans l'exerDE
FRANCE. 215
cice des opérations Chirurgicales. Rien n'eſt
ſi oppoſe à l'action de la main d'un Chirurgien-
Opérateur , que le mouvement du
poignet des Barbiers. Il n'eſt donc pas étonnant
qu'ils ayent ſi peu fait d'uſage de cet
inſtrument dans la pratique de la Chirurgie ;
ils y ont introduit celui des ciſeaux , par la
raiſon des contraires , ce qui donne un exemple
frappant de la vérité de l'axiôme de la
philoſophie de l'école , contrariorum eadem
estratio,
Il ne faut pas confondre les temps , & jugerdu
paſſé par le préſent. Avant que le luxe
eût donné naiſſance à une communauté manufacturière
& marchande , qui fait orner
les têtes de chevelures poftiches , modifiées
entant de façons , pour réparer des ans l'irréparable
outrage, il exiſtoit un Corps compoſé
de gens qui avoient l'habitude de manier
les ciſeaux avec art pour tailler les cheveux
, la barbe & les moustaches , & leur
donner la tournure la plus avantageuſe à
l'air du viſage & au goût de chaque particulier.
Intrus dans l'exercice de la Chiturgie
, pour le malheur de l'humanité , ils y
ont admis l'outil dont ils avoient coutume
de ſe ſervir avec adreſſe , & négligé
l'uſage de l'inſtrument qui exigeoit une habitude
qu'ils n'avoient point acquiſe.
Il étoit impoſſible de ſe diſſimuler que le
biſtouri , en un clin d'oeil , diviſoit d'un
ſeul trait ce qu'on ne pouvoit couper quelquefois
qu'avec cinq ou fix coups de ciſeaux;
216 MERCURE
que l'action de cet inſtrument meurtrit les
parties d'une manière très douloureuſe. Au
lieu de le proſcrire dans les cas où il n'eſt
pas abſolument néceſſaire , on a cherché , à
l'abri de quelques perfections , à le conferver&
à l'accréditer. Il faut entendre ſur l'action
mécanique des ciſeaux à inciſion , l'Auteur
même du Mémoire.
Il juſtifie ce que l'on a dit ſur les cauſes
qui ont fi fort accrédité les ciſeaux dans la
pratique moderne, &dont l'uſage étoit ſi
borné dans l'ancienne Chirurgie. On imagineroit
qu'ayant été mis en vogue par l'ignorance
, le génie a dû en prononcer la profcription:
le contraire eſt arrivé; c'eſt depuis
que la Chirurgie a été cultivée avec le plus
de ſoins , & que la lumière , fruit de l'émulation
& du progrès général dans tous les
genres de connoiſſances , a été réfléchie ſur
l'art le plus important à la conſervation des
hommes, qu'on a cru qu'il étoit utile de multiplier
cet inſtrument ſous des formes diverſes
, propres à remplir les vûes pour
leſquelles on les a ingénieuſement imaginées.
L'Auteur ne laiſſe rien à defirer ſur le
ſujet qu'il avoit à traiter. Il examine la conftruction
des ciſeaux &les moyens de la perfectionner.
Les formes ſucceſſives qu'ils ont
reçues & les nombreuſes variétés qui en
exiſtent , leur action mécanique & ſes effets
fur les parties vivantes , les uſages généraux
&particuliers de cet inſtrument, ſont l'objet
des
DE FRANCE: 217
des différens Chapitres de cette differtation ,
•ornée des figures néceflaires.
:
COLLECTION Univerſelle des Mémoires
particuliers relatifs à l'Histoire de France.
Tomes I & II , in 8 ° . A Londres , & fe
trouve à Paris , rue d'Anjou , la feconde
porte- cochère à gauche en entrant par la
rue Dauphine. Prix , 48 liv. les 12 vol.
pour Paris , & 5s liv. 4 fols pour la Province
, franes de port.
Depuis long-temps on a reproché , avec
raison , à nosHiſtoriens de négliger ces faits
'particuliers , recueillis avec tant de complai
fance par les Hiſtoriens Latins , & qui jettent
tant d'intérêt dans leurs narrations . Cet
'inconvénient eſtdifficile , preſque impoffible
à éviter , en écrivant l'Hiſtoire d'une Monarchie.
La riche collection dont nous annonçons
les deux premiers Volumes , étoit peut-être
le ſeul moyen de nous donner un corps
d'Hiſtoire nationale , exempt de ce défaut.
Elle ouvrira aux Hiſtoriens une ſource de
richeffes, en offrant à leurs Lecteurs un nouveau
degré d'intérêt. C'eſt dans les Mémoires
particuliers , qu'il faut chercher ces détails
intéreſfans , qui plaiſent davantage à l'imagination,
en dépouillant la vérité de ce qu'elle
a quelquefois de trop impoſant dans les
grandes Hiſtoires; c'eſt là ſur- tout qu'on
peut voirde petits intérêts opérer les grandes
N°. 18 , 30 Avril 175. K
218 MERCURE
révolutions : on veit dans les Hiftoriens,
exécuter en public les grands événemens ;
les Auteurs de Mémoires nous montrent
les fils ſecrets qui en ont formé la
trame.
Mais en avouant l'utilité de ce genre d'Ouvrage
, on ne peut ſe diffimuler le danger
qui l'accompagne. Les Aureurs de Mémoires
ayant été Acteurs eux mêmes dans les Scènes
qu'ils racontent , leur témoignage peut n'être
pos defintéretlé; ils peuvent avoir plutôt écrit
d'après leurs paflions que d'après la vérité;
ils peuvent avoir flaté un parti , & calomnié
l'autre.
Voilà tout ce qui eſt à craindre de la
part de ces Écrivains ; & ce danger eſt ſauvé
par le plan qu'ont adopté les Editeurs; car
ils doivent placer à la tête de chaque Ouvrage
qu'ils donneront, une notice de la
vie privée & publique de ſon Auteur. En
apprenant ce qu'il a été , on faura quel degré
de croyance on doit accorder à fon témoiginage.
Ce n'eſt pas là la ſeule meſure que les
Éditeurs ont priſe pour rendre ce recueil
utile à ceux qui liſent l'Hiftoire , & à ceux
qui ſe propoſent de l'écrire: ils confrontent
les Mémoires qu'ils impriment avec les Manuscrits
qui se trouvent dans les diverſes
Bibliothèques; ils rectifient ce qui peut avoir
été altéré,&choififfent les meilleures éditions
; ils élaguent ſans rien changer , quand
la prolixité ou le défaut d'ordre nuit à l'inDE
FRANCE. 219
térêt desOuvrages qu'ils publient; ils por
tent l'oeil de la difcution & de la critique
fur les morceaux qui doivent accompagner
chaque Mémoire , & qui deviennent par-lă
des Pièces juftificatives; enfin ils promettent
la publication de quelquesManufcrits , alf
moins par extrait: avec un ſemblable plan ,
il n'est pas étonnant que l'annoncé de cette
collection ait excité le plus grand intérêt ;
& nous ne doutons pas que fon ſuccès ne
furpaſſe même l'eſpérance des Éditeurs.
La collection commence par le naif, l'in
téretfant Joinville, qui fait donner à l'Hiftoire
le ton de la ſenſibilité, & à la vérité
tout l'intérêt du Roman. Ceux qui n'aiment
pas le vieux flyle , liront ces deux premiers
Volumes avec moins de plaifir ; mais ils favent
que l'ordre chronologique , adopté par
lesÉditeurs, leur faifoit une loi de commencer
par les plus anciens Mémoires. Quant aux
Lecteurs qui ſont ſenibles aux agrémer s de
la naïveté, ils feront charmés de la lecture
du bon Sire de Joinville. Nous ne citerons
, pour terminer cet article , que la
manière dont il raconte la mort de fon
Aumônier; on ne ir pas cette Anecdore,fans
aimer tout-à-la-fois Home & l'Hiftorien.
• Et fi j'eſtoye bien malade, pareillement
l'eftoit mon pauvre Prebſtre. Car ung jour
advint , ainſi qu'il chantoit Meſſe devant
>>moy, moy eſtant au lit malade , quand il
fuft à l'endroit de ſon Sacrement , je l'ap-
>> perceu fi uez-malade, que viſiblement je
Kj
220 MERCURE
>>le veoye paſmer;&quand je vy qu'il ſe voloit
laiſſer tomber en terre, je me jectéhors
>> de mon lit tout malade comme j'eſtoye,&
>> prins ma cotte,&l'allé embraſfer par darrière
, & lui dis qu'il fiſt tout à fon aiſe ,&
» en paix , & qu'il prinſiſt courage & fiance
>> en celui qu'il devoit tenir entre ſes mains ;
* & adonc s'en revint ung peu,& ne le leflé
> juſques ad ce qu'il euſt achevé ſon Sacre-
>> ment , ce qu'il fiſt ; & auſſi acheva-ildecé-
ود
:
lébrer ſa Meſſe, & oncques plus ne chanta,
» &mouruft. Dieu en ayt l'ame. »
L'exécution typographique de cetOuvrage
eſt ſoignée; il en paroît un Vol. tous les mois.
Le Comte de Valmont , ou Egaremens de la
Raifon; Lettres recueillies & publiées par
M...... Septième Édition. AParis , chez
Moutard , Imprimeur-Librairede la Reine,
rue des Mathurins. 5 vol, in- 12. avec fig.
Prix, 15 liv. rel. :
LORSQUI cet Ouvrage parut pour la première
fois , il fut annoncé dans ce Journal
comme diſtingué par ce double caractère
d'agrément& d'utilité , que tout Auteur doit
ſe propofer, comme un Code de principes
pour toutes fortes de personnes , & un manuel
propreà tous les états, à tous les âges , &
principalement à la jeuneſſe. ( Voyez le Mercure
de Juillet 1774. ) Six éditions épuiſees
en très peu d'années , & la ſeptième que
nous annonçons aujourd'hui , démontrent
"
DE FRANCE. 22P
hautement la juſtice de cet éloge , & nous
diſpenſent d'entrer dans de nouveaux détails
fur le plan de l'Ouvrage , mais un pareil
fuccès eſt une eſpèce de phénomène Littéraire
; eſſayons d'en indiquer les cauſes , il
paroîtra moins étonnant.
D'abord , M. l'Abbé Gérard a donné à
ſon Ouvrage la forme la plus propre à le
faire rechercher , même par les Lecteurs les
plus diffipes & les moins capables d'une
attention foutenue. Le Comte de Valmont
n'eſt pas ſans doute un vrai Roman , mais
il en a tous les agrémens. La vérité y eſt miſe
en action , les ſituations y font variées , intéreſſantes
& bien liées. L'art avec lequel il
fait contraſter ſes perſonnages , ajoute en-
-core à l'intérêt qu'ils inſpirent. Le Comte de
Valmon nous retrace une foule de jeunes
gens égarés par les plaisirs , entraînés par les
paffions , féduits par une fauffle philofophie ,
mais qui , confervant une certaine droiture
dans le coeur au milieu de leurs égaremens ,
&un certain amour pour la vérité , ne font
pas abſolument indignes de la connoître. Le
Marquis eſt un de ces homares qui font
honneur à l'humanité par la force de leur
âme, la ſolidité de leur raiſon , l'étendue de
leurs lumières , & le conftant atrachement à
leurs devoirs. Le Vicomte de Lauſane eſt un
deces êtres légers& charmans que l'on s'arrache
à la Cour & à la Ville , parce qu'ils
ont tout l'efprit qu'il faut pour plaire , mais
qui, fans foi , fans moeurs , fans religion, font
Kiij
222 MERCURE
ceque l'on appelle aujourd'hui des aimables
roués. La Comteſſe de Valmont attendrit par
ſes malheurs & ſes vertus ; on l'aiune prefqu'autantqu'elle
aime fon mari & ſes enfans;
mais on l'eſtime autant qu'on la reſpecte.
Ces Perſonnages ne font mis en action
que pour développer à propos tout ce que
la vertu a d'aimable, le vice d'odieux , la
Science d'eſtimable , la morale ſur-tout de
plus pur & de plus ſain. Nos grands Traités
fur cette ſcience , ſur la Religion & l'education
, n'inſtruiſent pas mieux & plaiſent
moins. Le Marquis differte fur les objets
les plus importans ; mais quelle différence
de ſes leçons à celles de nos lourds & fecs
Démonſtrateurs , dont la sèche & pefante
didactique dégoûte le Lecteur dès les premières
pages ! La vérité a dans ſa bouche
Je ton qu'elle doit prendre dans un homme
de Cour , qui a connu le monde & fes erreurs,
mais qui plaint ſes victimes , & ne
peut les haïr; dans un père toujours fenfible&
tendre , qui n'inſtonit que parce qu'il
aime , qui n'appelle à la vertu qu'en la faifant
aimer. S'il peut être utile de vivre dans
le grand monde , c'eſt ſur - tout quand on
en rapporte ce que nous appelons le ton de
Iabonne compagnie , & ce ton règne d'un
bout à l'autre dans le Comte de Valmont.
Ajoutons à cela un grand fond de ſenſibi-
Jité, une vraie connoiſſance du coeur humin,
un ſtyle coulant , facile & correct ,
das morceaux pleins de force & de chaleur ,
DE FRANCE.
2.23
de la clarté, de l'évidence dans les raiſonnemens
; & tout ce qui peut en retarder la
marche, rejeté dans des Notes ſouvent trèsinſtructives
, toujours intéreſſuntes ; nous
aurons reconnu du moins en partie la cauſe
du ſuccès de cet Ouvrage , ce qui en a fi fort
multiplié les Edirions ,& ce qui fait eſpérer
que celle - ci ſera encore ſuivie de bien
d'autres.
VARIÉTÉS.
LETTRE à M. FRAMERY.
MONSIEUR, :
C'eſt à la campagne qu'on lit les Ouvrages Pé
riodiques avec le plus de plaifir & le plus d'attention.
Je viens d'y recevoir le Mercure da 2 Avril , où ſe
touve inféré l'excellent extrait que vous avez fait
du Livie intitulé : Poétique de la Musique. L'amour
des Beaux-Arts , & ce ſentiment , trop rarement
éprouvé qu'excite tout Ouvrage , de quelque nature,
&de quelque dimenſion qu'il ſoit , où on en parle
avec justice & avec juſteſſe , où le bon goût ſe fair
également fentir & dans les idees & dans la manière
de les exprinier , fuffiroient , Menficur , pour
m'engager à vous rendre un hommage public , fi je
pouvois penfer que mon fuffrage eût affez de valeur
pour ſe faire remarquer. Mais comme je ſuis loin
davoir une parcille préſomption , je me hâte de
vous faire connoître le motifperſonnel qui m'autorife
à vous entretenir de votre propre Ouvrage.Vous
Kiv
224 MERCURE
avez bien voulu , Monfieur , y parler avec éloge
d'un Effaifur l'union de la Poésie& de la Mufique,
que j'ai fait imprimer il y a juſtement vingt ans.
Certe petite Brochure , qui pouvoit contenir 1 fo
pages au plus , fut bientôt débitée& tellement difperfée
, que je n'en poſsède pas même un exemplaire.
Quelques Amateurs , quelques Compofiteurs ,
& fur-tout des Compoſiteurs étrangers , en ont re
couvré un petit nombre , & les ont confervés; ils
ontmême en affez d'indulgence pour dire du bien
de l'Ouvrage , & affez de modeſtie pour croire qu'il
leur avoit été utile. Depuis que cet Effai a paru &
diſparu , il a été cité ſouvent, & de manière à flatter
l'amour propre de l'Auteur , qui vous doit, plus
qu'à un autre , Monfieur , l'aveu que les fuffrages
des véritables amis des Arts , lui ſeront toujours infiniment
précieux. Il feroit donc très-fâché qu'on
imaginât , ou qu'il n'y fût pas aſſez ſenſible , ou que
d'autres occupations euffent ralenti en lui l'amour
des Beaux- Arts , avec lesquels il en eſt peu qui ne
foienttrès-compatibles. En effet , on a demandé plufieurs
fois pourquoi je ne donnois pas une ſeconde:
Édition de cet Ouvrage. Affurément ce n'auroit pas.
été une tâche longue ni difficile. Mais j'eſpère auffi
qu'on ne déſapprouvera pas les motifs qui m'en ont
empêché; je ne puis , Monfieur , faifir une meilleure
occafion de les expliquer.
1º. Cette petite Brochure n'a d'autre mérite que
d'avoir énoncé la première , quelques idées qui
n'exiſtoient que d'une manière vague & indéterminée
dans la penſée d'un petit nombre d'Amateurs
, & dont ils n'avoient pas encore imaginé de
former un ſyſtême mieux lié & mieux ſuivi. 2°.
L'époque même où cet Eſſai a paru , eſt celle où la
muſique a fait des pas de géant , où MM. Grérry ,
Philidor , Monfigny , &c. ornoient la Scène Italienne
de toutes les beautés qui lui étoient propres,
DE FRANCE. 225
:
&en montroient de temps en temps quelques-unes
d'un genre plus élevé , qui indiquoient affez l'uſage
qu'on en pouvoit faire ailleurs. Que manquoit-il
pour que l'Art fit un pas de plus ? Des Poëtes Ly.
riques; & les Brochures , les Livres même ont - ils
ledroit d'en créer ? M. Philidor prit le parti de s'en
pafſfer. Il fit de grandes & de belles choſes avec le
plus anti lyrique des Poëtes , qui pourtant avoit fu
préparer des effets , & avoit du moins fourni des
cadres , ne pouvant faire des tableaux. M. Gluck
vint; & pour employer ſes talens , il fallut mettre à
contribution le Théâtre des Grecs , & celui des Racine
& des Corneille. Alors quelques Critiques ſévères
, quelques perſonnes difficiles , comme vous&
moi , trouvèrent qu'il y avoit peut- être trop de dramatique
dans la muſique , trop de Tragédie dans
F'Opéra. M. Piccini parut à ſon tour , & les manes
de Quinault furent évoquées avec ſuccès. Il débuta
pardes Pièces d'un genre mitoyen , plus gracieuſes
que terribles , plus héroïques que tragiques , & alors
ontrouva que les émotions n'étoient pas affez fortes ,
qu'il y avoit trop d'Opéra dans la Tragédie ; mais
dans ce combat entre deux immortels rivaux , les
Compofiteurs étoient en première ligne , & paroiffoient
feuls, tandis que derrière cux étoient d'un côté
Quinault, &de l'autre Sophocle , Euripide , Racine ,
&c. Tout cela ne marquoit pas encore le complé
ment de la révolution. Didon en a été l'époque :
Poëme neuf , muſique neuve , le tout compofé en
France & pour les François , joué par des Acteurs
déjà formés , & devant un Public déjà inſtruit ; rien
n'a manqué à cetOuvrage. Omne tulit punitum.....
Et lorſque la muſique théâtrale a atteint ce comble
de perfection , dont aucune Scène étrangère ne peut
fournir de modèle , on croiroir encore avoir beſoin
d'imprimer ! eh ! Monfieur , vous ſavez mieux que
perſonne quels font les véritables ſervices qu'on peut
Kv
226 MERCURE
rende à la muſique ; vous avez mis le Public à
porrée de connoître , d'entendre des chef d'oeuvres.
Noi à la vraic poétique dont on a beſoin ; voilà comment
on accélère le progrès des Arts. La critique ,
quoique toujours utile , eſt de peu d'importance
tant qu'ils avancent. C'est lorſqu'ils commencent à
rétrograder qu'elle doit élever la voix ; qu'elle doit
s'efforcer d'en prévenir la décadence. Si cette décadence
étoit prochaine ; fi notre Nation , qui va
Vite en tout fons , avoit atteint le terme de ſes progrès
,& qu'il ne s'agit plus que de lui en conferver
la jouiffance , nous ne manquerions pas de moyens
pout remplir cet objet, & c'eſt la troiſième raiſon
qui m'empêche de rien imprimer ouréimprimer.Nous
trouverons une excellente poétique muſicale dans les
Articles que M. Marmontel a faits pour la nouvelle
Encyclopédie , articles dont on peut juger
d'avance par ceux qu'il a déjà inférés dans le Supp'ément
de l'ancienne Là, on pourra acquérir des notions
juſtes & précifus fans que la patience ou
l'amour- propre foient rebutés par l'appareil d'un Cuvrage
didactique ; & fi ceperdant on defire que des
ités épárſes , quoique aiſées à raffembler , foient
réunies dans un ſeul cores d'Ouvrage ; fi lon témoigne
le même empreff ment pour une poétique
muſicale , qu'on a montré pour une poétique Linézhire,
tirée également des articles que le même Auteur
a fournis à l'Encyclopédie , il y a lieu de croire
quenous ne tarderons pas à être fatisfaits. M. Marmonteln'a
pas dédaigné de faire usage de l'Effai fur
Hunion de la l'oéfie & de la Mufi que. C'eſt un petie
arbrifſeau qui fe trouve ente for us tronc robuſte.
Jelle vois avec plaifir acquérir une étendue & une
vigueur que je n'aurois pu lui donner. On n'a pas
même oublé de retracer fon origine. Vous voyez ,
Monfieur , que l'Art charmant que vous favez fi bien
aimer & fervir , n'eſt pas compromis ; vous voyez
DE FRANCE. 227
que mon amour-propre même n'a fait que gagner au
fort de mon Ouvrage. Que de bonnes raifons pour
ſe taire , & en est- il jamais de mauvaiſes pour prendre
ce parti? Cette réflexion , qui vient peut-être
un peu trop tard , m'avertit de finir ma lettre , & de
m'interdire juſqu'au plaiſir de vous répéter combien
j'applaudis à la juſteſſe de vos réflexions & à l'élégance
de votre ſtyle.
J'ai l'honneur d'être très-parfaitement , Monfieur
Votre très-humb'e & très- obéiffant
ferviteur , le Marquis de Ch.
,
P. S: Depuis ma lettre écrite , j'ai lû , Monfieur
avec autant de p'air que d'avidité , le Livre que
M. de Chabanon vient de publier. Nouvelle raiſon
pour garder le filence. Cet Ouvrage ne traite pas
Leulement de l'union de la Poéne & de la Muſique
mais il eſt lui -même le produit d'une heureuſe union
entre l'eſprit , la ſcience & les talens. Parmi nombre
d'obfervat ons très-juſtes& très -fines , celles -la feront
particulièrement utiles à la muſiqus . 1°. Que la
mélodie en eſt l'âme & en fait le charme. 2. Que
l'imitation n'eſt pas fon principal objet ni l'unique
fourcedes plaiſirs qu'on lui doit. Ce dernier principe,
que M. de Chabanon a parfaitement développé, je
l'avois indiqué ſuperficiellement dans ma réponſe au
Traité du Mélodrame , imprimé dans un Mercure
de l'année 1771 ; & dans l'article Beau Idéal du
Supplément de l'Encyclopédie ; j'ai oſe l'appliquer à
la peinture même. En voulant prouver que l'Astine ,
dans la compoſition de ſes tableaux , fans en excepter
les payfages , étoit obligé de rechercher ,
d'imaginer même les effets dont l'impreſſion ſeroit
plus agréable à l'oeil , j'ai avancé que ceux la ne
connoiſſent pas les véritables principes des Beaux-
Arts qui attribuent à l'imitation ſeule les grands
effets produits par la mafique fir nos Théâtres &
Kj
128 MERCURE
dans nos Concerts , & par la poéfie même , dans nos
plus belles Tragédics. Que de préjugés , que d'opinions
ſauffes exiftent encore dars ce fiècle de lumière
& du goût ! que de ronces continuentde croître
dans les fentiers de la vérité! mais auſſi avec quelle
grâce & quelle facilité M. de Chabanon les a-t'il
écartées! il me femble que ſon opinion eſt preſque
toujours la mienne , & que j'en ſuis encore bien.
près lorſque j'en diffère. Je crois cependant, & fur
ce point, Monfieur , votre jugement affirmera le
mien ; je crois qu'il ne donne pas affez d'impordance
au rhythme & au mêtre des vers lyriques. II
auroit dû obſerver que les duos & trios dialogués ...
ont beſoin d'être écrits en vers égaux ou correfpondans.
Il pouvoir avouer auffi , s'il eût été moins
frappé des richeſſes de la muſique , que dans la
langue Italienne le shythme a ſouvent fuggéré au
Muficien des motifs qu'il n'auroit pas trouvés ſans
cela. Comme :
Ombra che squallida
Fai quifoggiorno ;
Larva che pallida
Mi giri interno......
Quel barbaro che ſprezzi
Non placheran i vezzi s
Ne erederà l'inganno
Qucibarbaro da te.
Si ces dactyles , revenant toujours à la même
place, &fi fortement fentis , n'ont rien ſuggéré au
Muficien, je ſuis bien trompé. D'ailleurs , les vers
que les Italiens employentdans leurs airs ont communément
leur accent , les uns à la troiſième , les
autres à la ſeconde ſyllabe. Comme :
Vo folcando un mar crudele
Senzavete,senzafarsa....
DE FRANCE
229
Jo veggo in contananza
Frà l'ombre del timor.....
Sepoſſono tanto
Dueluci vezzofe....
Ces accens n'aident - ils pas le Compoſiteur à frapper
la meſure ſur une ſyllabe fortement ſentie , à
mieux arranger ſa phrafe muſicale ? Sur cet objet ,
quej'ai toujours eu à coeur, je ne m'obſtine pas ,
mais je perfifte. Qui prendre pour juge ? M. de
Chabanon lui -même ,
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Jeudi 7 de ce mois , Mile Devienne ,
Actrice de la Troupe de Bruxelles , a débuté
dans l'emploi des Soubrettes , par les rôles
de Dorine , dans le Tartuffe , & de Claudine,
dans le Colin Maillard : elle a continué
ſon début par les rôles les plus brillans
de cet emploi.
Peu d'Actrices ont paru avec plus d'éclat
fur le premier Theâtre de la France ; c'est-àdire
, ont réuni , fur le champ, un plus grand
nombre de fuffrages. Une jolie figure , une
taille ſvelte , élégante & ſouple , beaucoup
de jeu dans la phyſionomie, de la vivacité ,
de la fineffe , une intelligence non fealement
affez étendue, mais encore affez facile
2,0 MERCURE
V
pour annoncer un certain ufage du Théât e :
voi'à ce qui a ſeduit le Public , ce qui l'a
entraîné ſouvent juſqu'a l'enthoufiafm.. Ces
qualités , fans doute , ſont dignes d éloges ;
nais elles font accompagnées de defauts
affez graves ,fi lon peut appeler ainſi un
debit marqué au coin de l'affectation & de
la recherche ; un maintien , des attitudes &
une gefticulation maniérés; enfin un jou trèsrarement
naturel. C'eſt principalementdans
la Martine des Femmes Savantes , que les
gens fans paffion ont remarqué ces defauts,
que nous ſommes éloignés de regarder comme
incurables , mais que de longs efforts
& un travail opiniâtre peuvent ſeuls faire
difparoître , fur-tout aujourdhui que Mile
Devienne paroît en avoir contracté Thabitude.
Le malheur de tous les Débutans ,
principalement des Débutantes , qui annoncent
des diſpoſitions aux talens , eſt de s'en
rapporter preſque excluſivementàlabruyante
admiration de quelques eſprits bouillans , qui
fe comentant d'abord de quelques apparences
brillantes, crient au miracle , font
circuler l'enthouſiaſme dont ils font pénétrés
, le répandent , établiſſent ainfi à leurs
iloles une réputation paffagère , ſe tefioidiffent
enfuite , & leur font payer , par une
ſévérité tout auffi condamnable que leur extrême
complaifance , les applaudiſſemens
qu'i's leur ont prodigués . Il vaudroit mieur
certainement , pour l'avantage de l'Art & du
Public , voir d'un oeil égal le mérite & les
DE FRANCE.
231
défauts d'un Comédien , applaudir l'un ,
l'avertir des autres , & le conduire ainſi ſur
le chemin des progrès; que de l'aveugler
fur ce qui lui manque , de lui donner de
lui - même une opinion exagérée , par conféquent
, de le rendre rebelle aux avis utiles.
Nous entendons tous les jours le Public ſe
plaindre de quelques Sujets attachés à nos
Théâtres Royaux . Pourquoi , difent les
mécontens , a- t'on reçu tel ou telle ? Eh!
c'eſt vous qui l'avez voulu. Quand tel a
paru pour la première fois devant vous ,
&pen tant tout le cours de fon Debut , vous
l'avez-vanté comme une merveille , vous lui
avez prodigué vos fuffrages ; non contentde
l'applaudir dans ſes rôles, vous l'avez fait
paroître à la fin du Spectacle , afin de vous
raſfaſier du plaiſir de le voir à votre aife.
Que difiez-vous alors aux Sapé ieurs de nos
grands Théâtres? Voilà le fujet qu'il nous
faut,qu'on le reçoive. On l'a reçu , & vous
vous plaignez . Vous avez tort. Moins d'enthouſiaſme,
plus de goûr &de raiſon dans vos
choix; & vous ne vous plaindrez plas. Revenons
à Mile Devienne , & réſumans. De la
difpofition au vrai talent, des qualités effentielles
, quelques vices capitaux : qu'e'le ait
le courage de ne point écouter fon amourpropre,
d'étouffer , d'anéantir ce qu'elle a de
reprehenfible , & elle fera digne de tout ce
qu'elle vient d'obtenir de ſuccès.
232
MERCURE
*
Le Mardi 1. Avril , on a joué , pour la
première fois , les Deux Frères , Comedie en
cinq Actes & en vers , par M. de Rochefort.
Une Anecdore , tirée du Spectateur Anglois
, a fourni le fonds de cette Comédie,
qui n'a pas joui d'un heureux fuccès .
Un père nevoit pas toujours les défauts de
ceux qui lui doivent la vie. Il réſulte quelquefoisde
cetaveuglementunetrès mauvaiſeéducation.
Pour obvier à cet inconvénient trop
commun , deux frères font l'échange de leurs
enfans. L'un a un fils , l'autre une fille. Les
jeunes gens ſe voient , ſe prennent de paffhon
l'un pour l'autre. On fait l'épreuve de
leurs caractères par des demi confidences qui
les déſeſpèrent; enfin on les éclaire ſur leur
deftinée , & on les unit. Des incidens brufqués,
des ſituations fauffes ,&undéfaut prefqu'abſo'u
d'intérêt: voilàles cauſesdela chûte
de cette Comédie. La réputation que M. de
Rochefort s'eſt acquiſe par d'autres Ouvrages
juſtement eſtimés, neſauroit en fouffrir aucune
atteinte. Tout le monde n'eſt point appelé
à faire des Pièces de Théâtre :
Chacun ſon lot, nul n'a tout en partage.
DE FRANCE. 233
ANNONCES ET NOTICES
S
ECONDE Suite de l'Aventurier François , contenant
les Mémoires de Cataudin , Chevalier de Xoſamène,
fils de Grégoire Merveil , Tomes I & IΜ.
A Paris , chez l'Auteur , hôtel de Malte , rue Chrif
tine ; Quillau l'aîné, Libraire , rue Chriſtine ; la
Veuve Ducheſne , Libraire , rue S. Jacques ; Mérigotle
jeune , Libraire , quai des Auguſtins ;Deſenne,
au Palais Royal .
:
La vie du fils de Grégoire Merveil n'eſt pas moins
intéreſſante& moins curieuſe que celle de ſon père ,
& il éprouve des aventures du même genre . C'eſt
un jeune homme qui cède à l'aſcendant des circonfrances
, qui en eſt toujours puni , & qui nous peint
fes remords , leçon continuelle pour les jeunes gens,
qui ne sont que trop portés à s'applaudir des bonnes
fortunes dont celui ci gémit. « H eſt e-peu-pres en
homme, dit l'Auteur , ce qu'eſt en femme Manon
Leſcaut, K lui a donné , comme à fon père , le
nom d'Aventurier François , parce que certe nouvelle
Partie de l'Ouvrage eſt intimement liée avec
les précédentes , & qu'elle fait entièrement corps
avec elles.
TABLEAU Historique de l'efprit & du caractère
des Littérateurs François depuis la renaiſſance dés
Lettres jusqu'en 1785 , ou Recueil des traits d'efprit,
de bons mots & anecdotes Littéraires , par M.
T**, Avocat en Parlement , Tréſorier de la Guerre ,
& Subdélégué de l'Intendance de Champagne. A
Verſailles , chez Poinçot , Libraire , rue Dauphine ;
& à Paris, chez Nyon , Libraire , près le Collége
des Quatre Nations.
234 MERCURE
L'Auteur de cette compilation a eu le projet de
confacrer fon travail à la gloire des Letares , ce
qui doit intéreſſer ceux qui les cultivent. Le plan
qu'il a ſuivi, c'eſt de raffembler dans un ſeul article
tout ce qui a rapport à un même Ecrivain , & chaque
Ecrivain s'y trouve claſflé ſelon la date de ſa mort.
COLLECTION Complette des Fabuliftes , dédiée à
M. le Comte de Vaudreuil , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal de ſes Camps & Armées , Grand
Fauconnier de France , par une Société de Gens de
Lettres; propofée par ſouſcription: A Paris , chez les
Auteurs , rue des Nona ndieres , no. 31 ; Petit , Libraire
, quai de Gévres.
La plupart des Fabuliſtes, ſoit par leur rareté ,
foit par le défaut des Traducteurs , étoient oubliés
ou n'étoient point arrivés juſqu'à nous ; c'eſt enrichir
la Littérature que de lui rendre une ſuite de
productions morales & intéreſſantes qui l'honorent
en inſpirant la ſageſſe & l'amour de la veitu.
Les Apologues Arabes , Grecs , Perfans , Latins ,
Allemands , Anglois , Italiens , &c. traduits en
François , y feront inférés , on y joindra les Fables
Françoiſes . Mais comme on ne prétend point affigner
les rangs , on s'aſſervira à l'ordre chronologique.
Une Notice hiſtorique des Ouvrages & de la
vie de l'Auteur, précédera les Fables qu'il aura compoſées.
La Collection fera termiirée par les meilleures
Fables qu'on aura extraites des Poëtes qui ,
n'étant point Fabuliſtes , ſe font eſſayés dans ce
genre. Cette Collection formera environ vingtquatre
Volumes in-8º. de 4 à 5oo pages chacun ,
mêmes format , papier & caractère que lePro pectus.
Le premier paroîtra au mois de Juin prochain ,
&les autres ſucceſſivement de deux en deux mois .
En ſouſcrivant en paycra 12 livres , & 4 livres en
DE FRANCE.
235
recevant chaque Volume broché , excepté les trois
derniers , qui ſe trouveront payés par la foufcription.
On fouſcrit aux adreſſes du Frontiſpice.
COURIER Lyrique & Amusant , ou Paffe-Temps
des Toilettes .
Il paroîtra tous les quinze jours , à dater du premier
Juin 1785 , ſeize pages in- 80 .' de cet Ouvrage,
ſous la diftribution de première & ſeconde
Parties. L'une , compoſée de huit pages à chaque
Epoque , contiendra des Chanfons , des Romances ,
des Ariettes & des Vaudevilles avec les airs notés
quand ils ne ſeront point connus; on promet que les
paroles feront toujours choifies de manière à pouvoir
plaire , comme jolies pièces de vers , même aux
perſonnes qui ne chantent pas. Et l'autre , formant
auſſi huit pages , offrira un répertoire amuſant
d'Anecdotes , de bons Mots , de Traits Hiftoriques
, &c .
LaMuſique ſera revue avec la plus grande attention
par M.Greffet , Compoſiteur agréable, connu
par pluſieurs Airs légers , & qui ſe propoſe de répandre
dans cette Collection tous ſes plus jolis
Morceaux.
Le choix des Anecdotes de la ſeconde Partie &
celui des paroles de la première ſera fait par un
Homme de Lettres d'un goût exercé , mais qui gardera
l'anonyme ; & MM. les Auteurs ou MM. les
Muficiens qui auront fourni dans l'année une douzaine
de Chanſons dont on aura fait uſage recevront
la Feuille gratis pendant un an au même
tire qui les fait jouir de leurs entrées dans nos Spectaclesquand
ils y ont fait repréſenter quelques-unes
de leurs Pièces . On accueillera auſſi avec reconnoifſance
les Anecdotes , les bons Mors , les Traits Hitoriques
, &c. qui feront envoyés. On nommera
235 MERCURE
même les Perſonnes qui le defireront; mais on pré
vient que l'on n'admettra aucuns morceaux de ce
genre que l'on n'ait eu la précaution d'indiquer les
fources où on les aura puiſés , ou les autorités qui
pourront enconftater la vérité. C'est à M. Knapen
his ſeul que l'on eſt prié d'adreſſer les objets relatifs
à cet Ouvrage. Le prix de la ſouſcription eſt de
14 liv. pour Paris, &de 16 liv. 8 fols pour la Province.
On foufcrit dès-à-préſent chez Knapen &
fils , Libraites-Imprimeurs , rue S. André-des-Arcs , à
Paris; mais en quelque temps qu'on le faffe, on recevra
les Numéros de l'année qui auront paru précédemment,
de manière qu'elle finira & commencera
à la même époque pour tout le monde.
Cet Ouvrage bien exécuté peut être agréable , &
doitavoir du fuccès.
1
CHEF- D'OUVRES de l'Antiquité fur les Beaux-
Arts, Ouvrage orné d'un grand nombre de Planches
en tailte-douce, dont foixante-dix ont été gravées
par Bernard Picart , nº. 4. Prix , 18 liv. le
Cahier. L'Ouvrage comprendra cinq Cahiers , qui
ſe relieront en deux Volumes. A Paris , chez l'Auteur,
rue Garencière , & chez Royez , quai des Auguftans
Nous avons parlé des autres Cahiers de cet importan:
Ouvrage, qui mérite encore des éloges par
la célérité des Livraiſons.
De la Musique confidérée en elle-même & dans
fes rapports avec la parole, les Langues, la Poéfic
& le Théâtre. Prix , 3 liv. 12 ſols broch.e A Paris ,
chez Pifft , Libraire , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage, qui paroît
réunir les fuffrages des Gens de Lettres & des
Perſonnes qui s'intéreſſent à l'Art dont il traite.
Le même Libraire vient de mettre en vente unc
DEFRANCE. 237
nouvelle Édition du Ministre de Wakefield , par
Goidsmith , traduit de l'Anglois, in- 12. Prix , 3 l.ref.
:
: PRECIS de Recherches & Obfervations fur
divers objets relatifs à la Navigation intérieure de
laProvince de Bretagne, par M. Obelin de Kgal. A
Rennes , chez Nicolas-Paul Vatar , Imprimeur de
Noſſeigneurs les États de Bretagne.
Cet Ouvrage , qui n'eſt point ſuſceptible d'être
analyſé dans ce Journal, annonce dans ſon Aureur
l'amour du bien public ; &les lumières que l'érude St
l'expérience lui ont acquiſes peuvent être utiles à
l'objet dont il traite. Il a obtenu un ſuccès mérité
dans la Province que l'Ouvrage intéreſſe plus particulièrement.
こ
LE Bureau Littéraire ouvert an Public choz
Royez, quai des Auguſtins , n'offre plus en lecture
les Gazettes politiques ; mais il aura l'avantage particulier
de conſerver le dépôt des Papiers publics en
diverſes Langues les plus propres à faire connoître
la Littérature étrangère. C'eſt avec ce ſecours tou
jours prompt, toujours renouvelé , ainſi que par le
Recueil des Catalogues des meilleurs Libraires de
l'Europe, qu'il defire prouver ſon zèle aux Amateurs.
Il fait venir & il a déjà quelques Recueils
d'Académies étrangères. Outre les Livres anciens
&nouveaux, il a actuellement en vente les ſuives
completres des Journaux les plus propres aux grandes
Bibliothèques , la Gazette de France depuis l'origine,
& autres Collections utiles ..
Les Épreuves, Comédie en un Alte & en vers,
repréſentée au Théâtre François le 29 Janvier 1785,
& le to Février ſuivant à Verſailles , devant Leurs
Majestés , par M. Forgeot. Prix , 1 liv. 4 fols. A
1
240 MERCURE
tages , & qui , inoins diſpendicux , pût être d'us
Lavantage plus général. C'eſt une boule de métal tul
pendue à un fil de foie, ou les différens degrés de
tousles mouvemens ſont indiqués affez clairement
pour que d'un bout à l'autre de l'empire muſical , les
Compofiteurs puiſſent faire parvenir leurs intentions
préciſes , toujours vaguement exprimées par
les moisd'Allegro, d'Andante. Tout le monde fem
l'avantage de cette pratique ſi elle étoit admiſe. I
eſt fâcheax que quelques Muficiens ayent un amourpropre
attez mal entendu pour s'y oppofer. C'eft
aux Compofiteurs à les convertir. Les morceaux de
ceRecueil portent l'indication du Chronomètre fimple
de M. Renaudin , Inftrument très-portatif, qui
fe vend 6 jiv. à l'Adreſſe ci-deffus.
;
: TABLE.
COUPLETfur la Neiffance Nouveaux MélangesdePhilo
deMgr. leDucde Norman- fophie &de Literature, 210
die,
A Mile V*** ,
AMadame B..... ,
193 Les Cuvres d'Hesiode , 212
194 Mémoirefur les Ciseaux à in
213
LeRendez- vous manqué, 196 Collection des Mémoires rela
Gonte,
Charade , Enigme & Logogryphe,
195 cifion ,
197 tifs à l'Histoirede France,
217
220
223
229
233
199 Le Comte de Valmon ,
Histoire d' Abdalmazour , 201 Variétés ,
Mimoire fur les Tremblemens ComédieFrançoise ,
deTerre de la Calabre , 208 Annonces & Notices,
APPROBATION.
1
J'AIJu , par ordre de igrale Garde des Sceaux, le
Mercurede France, pour le Samedi 30 Avril 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'in preffion. A
Paris , le 29 Avril 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
L
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 27 Mars.
A ſanté de l'Impératrice ſemble s'améliorer
depuis quelque temps. Cette Princeſſe
viſite fréquemment la Maiſon d'éducation
qu'elle a fondée pour les Demoiſelles
de qualité , à l'imitation de l'établiſſement
de S. Cyr en France.
Le Comte de Ségur , nouvel Ambaſſadeur
de France à notre Cour , a eu , le 21 ,
ſa premiere audience de S. M. & de Leurs
Alteſſes Impériales.
Le Comte de Bruce , Commandant en
chef à Mofcou , a informé la Cour qu'on
obſerva le 2 de ce mois , par un temps clair
& froid , un Parhélie remarquable , qu'il
décrit de la maniere ſuivante.
Le ſoleil luiſant dans ſa plus grande ſplendeur
, un cercle très-clair & d'une groſſeur médiocre
parut l'environner. Un ſecond cercle plus
Nº. 18 , 30 Avril 1785 . i
( 194 )
,
gros coupoit le ſoleil ; & dans l'enceinte de ce
cerde l'on voyoit cinq météores en forme de
petits toleils , dont deux à côté du ſoleil , de
façon que le même cercle , qui coupon cevi
ci , coupoit également le météore , qui en étoit
le plus proche. Les trois autres petits ſoleils
étoient placés dans l'enceinte de la partie infé
rieur du gros cercle : Celui du milieu étoit dans
une ligne perpendiculaire ſous le ſoleil ; & les
autres à côté à une petite diſtance. Vers le
centre du gros cercle , perpendiculairement fous
le folil , l'on voyoit un arc fort clair ,-femblable
à la lune , dont les cornes étoient tournées
en bas . Ce phénomene dura auſſi long - temps
que la ſplendeur du soleil , & diminua avec
elle : Il reſta néanmoins une lueur du cercle
ainſi que des ſoleils collatéraux , viſible juſqu'à
fix heures du ſoir. Suivant un rapport , qu'a
envoyé le Général d'Aſcharow , le même phé
nomene a été obſervé , le meme jour 2 Mars ,
à Uſtuſchna & à Tcherepow. Dans le premiet
de ces endroits , on le remarqua au lever du
ſoleil , & à Ticherepow à dix heures du matin.
A Uſtuſchna , l'on vit trois cercles fort clairs
autour du ſoleil , dont les deux cercles intérieurs
étoient entiers : Le troiſieme offroit une
grande variété de couleurs ; mais il n'étoit pas
complet , & l'on n'en voyoit que la moitié audellus
du ſoleil. Le diametre du plus petit de
ces cercles étoit deux fois moindre & celui du
cercle extérieur deux fois plus grand que le
diametre du cercle du milieu . Le reſte du phé
nomene étoit précisément le même qu'on l'a
obſervé à Moſcou. Sa phaſe à Tícherepow ne
différoit de celle d'Uſtaſchna qu'en ce que fur
le gros cercle il n'y avoit point de cinquieme
Soleil collatéral , ni au - deſſous du ſoleil un
( 195 )
arc femblable à la lune. L'on prétend auſſi qu'à
Uſtaſchna le phénomene a été viſible au lever
de la lune , & que dans celle ci l'on voyoit
une croix. A Jaroflaw, la phaſe étoit précisément
la même qu'à Tícherepow...
Il est très -poſſible qu'un paraſelène ait
accompagné le premier phenomene. Quant
à la croix dans la lune , la phyſique ne ſe
mêle point d'expliquer cette forte d'apparition.
Quoiqu'on repréſente ce parhélie dans
pluſieurs feuilles publiques , comme la choſe.
du monde la plus extraordinaire , chacun
fait qu'elle ne l'eſt nullement ; entr'autres en
1629 , le 29 Mars , on obſerva à Rome 4
parhélies en même temps .
:
La Crimée eſt parfaitement tranquille , &
gardée d'une maniere ſi formidable , que les
Turcs feront peu tentés de la reconquérir. Cette
irruption de Tartares , de Turcomans , d'un Sultan
de Samarcande , à la tête de 300,000
hommes , dont les gazettes nous menacent , eſt
regardée ici comme une plaifanterie digne de
Sir Politick.
ALLEMAGNF .
DE HAMBOURG , le 14 Avril.
>
Il eſt tombé une ſi prodigieufe quantité
de neige dans les Duchés de Pomeranie &
de Caſſubie , que les grandes routes en font
entierement couvertes & impraticables. Les
voyageurs font obligés de ſe frayer des
chemins ſur des montagnes , &d'expoler
ainſi leur vie au danger le plus éminent.
i 2
( 196 )
Depuis le 20 juſqu'au 26 Mars on a paflé d
pied le Sund entre Helſingor & Helſingbourg.
Le 27 , la glace ſe rompit , & la chaloupe de
poſte ne put arriver à Helſingor ce jour-là à
cauſe des glaçons. Trois Bâtiments Dantzikois
&un Danois furent enfermés par les glaces du
côté de la Suede.
Le paſſage des Belts eſt ouvert actuellement,
& les yachts peuvent y paſſer. Le 3 ,
fix bâtimens , qui avoient été dans les glaees
près de Swederoë , ont été emportés par
les glaçons dans la mer du Nord.
C'eſt une particularité , digne de remarque
, qu'à Bergen en Norwege , on n'a
point reſſenti de froid extraordinaire , &
que la navigation de ce côté-là n'a pas été
interrompue.
Un de nos Ecrivains politiques obſerve que,
depuis que les petites villes de province , &
même les villages ont attiré des commerçans
& des métiers les commerces des grandes
villes a diminué d'une maniere ſenſible. -
Cette ville , entr'autres , peut ſervir de preuve
de la justice de cette obſervation ; ſon commerce
étoit autrefois beaucoup plus floriſſant
qu'il n'eſt actuellement. Ily a des rues entieres où
l'on ne voit plus de trace de Commerçans , &
dans leſquelles autrefois tous les rez-de-chauffées
étoient occupés par eux. -La diminution du
commerce dans les autres grandes villes a peutêtre
la même cauſe que celle da commerce de
Hambourg.
On voit toujours défiler des troupes
Ruſſes vers l'Ukraine ,& il en eſt arrivé dans
laLivonie.
( 197 )
:
DE VIENNE , le 15 Avril .
Un quatrieme chef des Valaques révol
tés , nommé Inezar , a été dénoncé au gouvernement
par les Popes du pays , & empriſonné.
Une remarque qu'on ne doit pas
omettre , eſt , qu'on n'a pas trouvé un ſeul
Grec - uni dans le nombre des rébelles.
Quant au Baron de Weſſelins ou Weſſelingi
, enfermé dans la fortereſſe de Kufſtein,
ainſi que nous l'avons rapporté l'ordinaire
dernier , c'eſt un Gentilhomme proteſtant,
très-riche , très-dur envers ſes vaſſaux , &
très turbulent. On s'eſt aſſuré pareillement
de ſon épouſe, élevée dans le catholiciſme,
& qui avoit embraſſé la Réforme , à l'inſtigation
de fon mari. On l'a confiée à des
Religieuſes chargées de la ramener dans le
giron de l'Eglife. Pour ſe tirer d'affaire , le
Baron a préſenté ſon apologie , dont le
point le plus concluant eſt l'offre de lever
trois compagnies de huſſards à ſes dépens ,
pour le ſervice de l'Empereur. Une maladie
épidémique fait d'aſſez grands ravages
à Carlsbourg & dans ſes environs.
Le corps-franc du Bannat, ſous les ordres
du colonel Brentano , a fait une grande diligence
malgré la rigueur de la ſaiſon. A fon
arrivée à Laxembourg , où il a ſejourné 24
heures , on lui a donné un nouvel Uniforme;
il a enſuite paſſé en revue près de cette
capitale, d'où il a pourſuivi ſa route vers les
i 3
( 198 )
Pays-Bas. Il est composéde 2500 fantaſſins
&de soo huflards..
L'Empereur , accompagné du Prince
Charles de Lichtenstein a vu défiler les
deux colonnes de ce Régiment.
,
La correſpondance entre notre cour &
celle de Ruſſie eſt très- active depuis quelque
temps. A la ſuite d'une conférence
d'une heure entre l'Empereur & le Prince
Gallitzin , Ambaſſadeur Ruſſe, on expédia ,
il y a peu de jours un courrier au Baron de
Herbert , notre Miniſtre à Conſtantinople.
Le même meſſager fut chargé de dépêches
pour M. de Raizewich , Conful général de
S. M. I. à Bucharest. Chacun raiſonne &
conjecture ſur le contenu de ces deux paquets.
Dans le premier on ſuppoſe que notre
courdemande une explication à la Porre
fur ſes préparatifs, ſur la marche de ſes troupes:
vers les frontieres , ſur les magaſins raf-
Temblés à Siliſtrie , à Belgrade , à Andrinople.
La ſeconde dépêche , à ce qu'on croir,
eſt un avertiſſement donné au Conſul général
de veiller attentivement fur le Prince
de Moldavie.
Le Chevalier Foscarini , Ambaſſadeur de
Venife , a remis de la part du Sénat à l'Envoyé
de Pruffe, une note hiſtorique & explicative
au fuiet du différend entre la République
& la Hollande.
Le jour de Pâques dernier , les habitans du
fauxbourg de Wieden donnerent une fête aux
pauvres : 226 pauvres & 20 enfans furent trai
( 199 )
tés aux dépens des Paroiſſiens qui avoient fait
entr'eux une collecte à cette intention. Les femmes
même des principaux bourgeois ne dédaignerent
pas de préparer le dîner ; le Paſteur de
11 Paroiffe & les autres Religieux avec plufieurs
bourgeois voulurent bien eux-mêmes fervir
la table qu'on avoit préparée à cet effet
dans le Couvent qui fert de Paroiſſe. Un charitable
bienfaiteur avoit fait mettre en outre
une piece d'argent ſous chaque couvert.
Les rigueurs de l'hiver ont occafionné
une foule de déſaſtres particuliers . L'on
écrit de Likka , qu'un habitant de cette
contrée , poffeffeur d'un troupeau de 200
moutons , qu'il ne pouvoit plus nourrir ,
Faure de fourrages , prit le parti de les faire
tondre , & de les abandonner enſuite dans
les montagnes , où ils périrent tous .
Les deux derniers hivers ayant néceſſité
une conſommation effrayante de bois de
chauffage , on a calculé que dans vingt ans
la corde debois coûteroit ici 20 florins. Les
forêts voiſines font épuisées , & les autres
trop éloignées pour ſe procurer du bois ,
fans de très -grands frais.
- Quelques avis de Presbourg font men.
tion d'une nouvelle exécution Ottomane
près de nos frontieres .
Le fameux Abdul Baffa , marié avec une
Sultanne , avoit, à l'inſu de la Sublime Porte
raffemblé pluſieurs Troupes en Boſnie , d'où eft
réfaltée une augmentation des Troupes Autri
chiennes poſtées dans la Croate ; ce Baifa n'a
pas tardé à être la victime de fon imprudence .
i
( 200 )
Un Noir , accompagné de trois autres perſonnes
tous envoyés de Conſtantinople , lui a apporté
un Firman , & , en ſe diſant chargé de lui declarer
que , par une faveur particuliere , Sa Hauteffe
lui laiſſoit le choix , de mourir par le fabre , par
le cordon , oupar les effets decette liqueur ( qu'il lui
préſenta dans une petite phiole ) . Le Bafla préféra
la liqueur , l'avala ſur le champ , & expira
au bout d'une demi-heure.
Le Prince Adam Czartoriski , Général
d'Artillerie , & Capitaine de la Garde-Noble
de Gallicie , eſt arrivé ici le 3 , venant de
Varſovie.
On apprend de Hermanſtadt que le 15 Mars
on y a commencé la conſcription de la Tranſylvanie
, & qu'on s'occupe à augmenter le
nombre des Régimens de frontiere. Il ſera levé
un fixieme Régiment ſur les frontieres vers
la Domination Ottomanne. En 1779 , le
nombre des Troupes de frontiere étoit de 10,000
hommes ; il ſera porté actuellement à 20,000.
-
-
L'entretien d'un Régiment de frontiere
coûte par an 81.000 florins moins que celui
d'un autre Régiment.
L'Empereur a fait remettre à l'établiſſement
des pauvres une ſomme de 37000 flor.
On aſſure que , depuis le nouveau régiement
de commerce , la recette des Donanes a diminué
conſidérablement .
Pluſieurs articles , qui avoient été prohibés ,
mais que les Etats Autrichiens ne fourniſſent
pas encore en affez grande quantité , viennent
d'être exceptés de la regle générale , & peuvent
de nouveau être importés en payant les anciens
droits.
DE FRANCFORT , le 18 Avril.
Nous parlames , il y a quelque temps , du
( 201 )
magnifique projet de réunir par un Canal le
Rhin alu Danube ; projet qui feroit communiquer
la Mer noire à la Mer d'Allemagne ,
àlaBaltique. Voici quelques détails ultérieurs
au ſujet de ce plan , qui occupe ſérieuſement
la Cour de Vienne.
&
Charlemagne , en 792 & 793 , entreprit d'unir
le Danube au Rhin par le Meyn , l'Altmat & la
Reignitz. Ce grand Monarque n'abandonna ce
projet qu'à cauſedes pluies continuelles qui tomberent
dans ces années là , & de la qualité marécageuſe
du fond. On eſt autorisé á croire que la
direction qu'on avoit réſolu de donner alors à ce
canal , n'étoit ni la plus courte , ni la meilleure ,
ni la moins coûteuſe. Le canal dont il eſt actuellement
queſtion , n'auroit qu'environ 30 lieues de
longueur ; 38 écluſes ſuffiroient pour le foutenir
dans tout fon cours. De ces 38 écluſes qui devroient
être d'une nouvelle forme , nommées
écluſes à baſcule , 14 porteroient ſur elles mêmes
un pont affez grand & affez fort pour que la voiture
la plus chargée y puiſſe paſſer ſans danger.
Pour ouvrir & fermer de ſemblables écluſes , la
force d'un ſeul homme ſuffit. Chacune d'elles
coûtera 20 mille florins ; du nombre des 20 écluſes
reſtantes , il n'y en auroit que 14 qui devroient
encore , ſuivant la diſpoſition du terrein , porter
un pont pour paſſer à pied ou à cheval . La dépenſe
pour la confection de ces dernieres n'eſt évaluée
qu'à 9000 florins : le tems néceſſaire pour l'excavation
de ce canal ne feroit que de 8 années. Le
tarif des droits de péage monteroit , ſuivant l'Auteur
, à environ 896000 florins par an.
La Gazette de Berlin, du 6 Avril contient
un article énoncé en ces termes.
« On a lu ici avec ſurpriſe tout ce que le
is
( 202 )
>>>Gazetier de Leyde a débité dans leSupplément
>>>de ſa Feuillé , Nº. 26 , touchant un certain avis
>> donné par le Rhingrave de Salm ; & on a été
particulièrement furpris de la hardieffe avec
>> laquelle il annonce : Que les Etats-Généraux
avoient écrit au Roi par un Courier envoyé à Ber-
>> lin , pour demander des éclairciſſemens fur cette
>> matiere ; & que L. H P. avoient reçu une réponſe
affirmative de S. M. Or , on peut affurer comme
un fait certain , qu'il n'eſt arrivé , depuis peu ,
>> aucun courier Hollandois à Berlin; que les Etats-
>> Généraux n'ont pas écrit au Roi ſur la matiere
en queſtion , & que S. M. n'y a pas répondu
* non plus. Qu'on juge par cet échantillon de la
véracité du reſte ! >>
Une autre Feuille de l'Empire interprête
de la maniere ſuivante les explications qu'on
dit avoir eu lieu entre les Cours de Petersbourg
& de Berlin .
Un certain projet , dont tous les Papiers publics
ont parlé , a donné à la Cour de Prufſfe l'occafon
de manifeſter ſes ſentimens ſur l'état actuel du
corps politique , & même de prendre part à la
cauſe importante dans laquelle une partie de
l'Europe eſt intéreſſée . Elle a en conféquence fait
faire des repréſentations ſérieuſes à la Cour de
Ruffie fur divers objets , & principalement ſur
l'élection d'un Roi des Romains , & la création d'un
neuvieme Electeur. Comme la réponſe qui a été
faite à ce ſujet au Comte de Goetz par le Ministere
de Ruffie , n'a point ſatisfait le Roi de Pruffe , cе
Monarque , dans une conférence qu'il a eue avec
lePrince d'Olgorucki , lui a témoigné ce qu'il étoit
❤aſſez évident , d'après les démarches de la Ruffis,
>> que cette Cour paroiſſoit moins occupée du re
>> pos de l'Europe & du maintien de la balance ,
>> que des intérêts de la Cour de Vienne ; qu'il ſe
( 203 )
>> croyoit en conféquence obligé, commeMembre
>> duCorps Germanique , comme garant de la sûreté
>> de fa conftitution ; enfin comme partie intéreſ-
>> fee dans le corps politique de l'Europe , de proteſter
contre tout ce qui pourroit porter quelque
atteinte à la sûreté defdits corps ; & qu'en conféquence
, il ſe croyoit obligé de ſe mettre en état
de défendre les droits publics & particuliers de
هد la couronne,
Le Prince d Olgerucki répondit , d'après ſes
inſtructions<،، quel'impératrice ne connoiffoit à
>>>l'Empereur aucune, vues qui puſſent tendre à
>> altérer la conſtitution du Cops Germanique ; que
S.M Praffienne avoit pu être induite en erreur
5 à cet égard par des avis faux & controuvés; que
s'il y avoit quelque choſe de ſurprenant & de
>> révoltant dans la fituation actuelle du corps poli-
> tique de l'Europe , c'étoit l'opiniâtreté des Hol-
>> lando: s , & l'éloignement qu'i's montroient pour
>> un accommodement , auquel S. M. Imp. paroif-
>> ſoit fi difpofée ; qu'il n'étoit pas moins étonnant
> que S. M. Pruffienne non- feulement approuvât ,
>> mais cherchât même à entretenir & fortifier
> cette opiniâtreté des Hollandois. Que , quant à
>>>la démarcation des limites entre l'Empereur &
>>>la Porte , quoique S. M. Prufienne eût paru
> défapprouver la conduite de ſon précédentAm-
>>b>affadeur , le ſucceſſeur de celui-ci ne laiſſoit
>> pas de ſuivre le même ſyſteme , & ne cherchoit
>> rien moins que de concourir à ce que ladite dé-
> marcation eût un prompt ſuccès . Qu'enfin , on
55 ne pouvoit attribuer les diſpoſitions hoftiles &
>> les préparatifs des Turcs , qu'à la froideur que
> S. Maj . Pruffienne montroit dans cette affaire .
>>>Qu'en contéquence , l'Impératrice de Ruffie ſe
>>>croyoit de ſon côté autoritée à proteſter contre
>> cette conduite de S. M. , & à faire ſes diſpoſi-
16
(204)
> tionsdemaniere à être prêteàtout événement.»
On ſe plaint à Munich de diverſes réglemens
, pour gêner en Baviere la liberté d'écrire&
de penfer ; réglemens qui s'exécutent
avec rigueur. Une Commiſſion eſt inveſtie
du droit d'entrer dans les maiſons , & d'y
fouiller à l'improvifte les livres , papiers ,
écrits quelconques , ſoupçonnés d'être contraires
à la Religion ou à l'Etat; mais l'on
eſpere qu'une fois inſtruit des abus de cette
Inquifition , l'Electeur en réformera les parties
les plus dangereuſes.
L'Electeur de Mayence , malade depuis
quelque temps , eſt aujourd'hui dans un état
preſque déſeſpéré. Ce Prince , né en 1719 ,.
n'eſt pas très âgé. Deja l'on remarque beaucoup
de mouvemens parmi les Compétiteurs
à la dignité electorale. Le publicparoît
jetter les yeux ſur le Comte d'Alberg ,
diftingué par ſes connoiſſances , par ſes
qualités perſonnelles & par fon habileté
dans les affaires d'adminiſtration.
Le Roi de Prufſe a été , & eſt encore
aſſez incommodé par des abcès dans les
jambes , qui , ſans être d'un caractere dan .
gereux , ont donné de l'inquiétude. Depuis
que la goutte s'eſt déclarée , S. M. P. a été
un peu foulagée ; cependant elle ne reçoit
perſonne encore.
Le Duc régnant de Brunswick al inſpection
générale des Régimens Pruſſiens d'Infanterie , en
garniſon à Halberstadt , Magdebourg , & dans
PancienneMarche. Le Général Gaudi eft nomy
( 205 )
mé Inspecteur des Régimens dans la Weſtpha
lie. Les ſoldats abſens parcongé , arrivent ſucceſſivement
à leurs Régimens. Beaucoup font
arrivés à Berlin ſur des traîneaux.
On écrit de Vienne que le Cardinal-Archevêque
a pris la réſolution de quitter
pour jamais cette capitale , & de ſe retirer
dans ſon Evêché de Waizen, pour y paffer
le reſte de ſa vie.
L'Empereur , dit- on , a fait préſent d'une
terre noble au Conſeiller de Born , auteur
de la nouvelle méthode de ſéparer l'or &
l'argent du minerai qui les renferme,
On apprend deNordenſtadt , dans le Landgraviat
de Darmſtadt , que le 2 de ce mois , à quatre
heures 20 minutes du matin , on y a reſſenti une
forte ſecouſſe de tremblement de terre , qui cependant
n'a occafionné aucun dommage.
ITALIE.
DE NAPLES , le 3 Avril.
On travaille dans ce port avec toute l'activité
poſſible à l'équipement de l'eſcadre
deſtinée pour le voyage de nos auguſtes
Souverains : elle ſera commandée par D.
François Bologna. Leurs Majestés auront
avec elles l'Infante leur fille aînée. LaReine
ſera accompagnée par la Ducheſſe de Corigliano
, & par quatre femmes de chambre.
Le Marquis de Curleto , Don Vincent
Montalto , Don Onorato Gaetani & le
Prince Belmonte Pignatelli feront de la ſuite
du Roi .
On obſerva , le 13 de ce mois au matin , un
des phénomenes les plus finguliers fur la riviere
( 206 )
deMajuri , dans la Province de Salerne . On vit
s'élever une grande colonne de feu , environnée
d'un brouiliard très- épais , &on entendit en
meme tems un grand bruit , ſemblable à celui
d'un coup de canon ; après quoi , le phenomene
di parur . Alors les eaux de la riviere , au - lieu de
ſuivre leur ancien cours , ſe précipiterent tout àcoup
dans un goufre qui s'eſt ouvert à l'inſtant
même.
Les éruptions du Véſuve augmentent
tous les jours. La lave a déja coulé à deux
mille dans la plaine ; & pendant la nuit elle
répand une telle clarté, qu'elle éclaire même
les murs des maiſons de cette ville.
• GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Avril.
Les diſcuſſions , les débats , les requêtes,
les aſſemblées , les imprimés au ſujet de la
grande affaire du commerce d'Irlande ne
difcontinuent point. Tous les partis font
d'accord fur la queſtion théorétique ; mais
on.ne l'eſt pas fur la queſtion de fait : favoir,
ſi le prix actuel & les charges des fabricarions
Angloiſes peuvent foutenir fans rifques
l'égalité avec l'Irlande. Comme les erreurs
fur cette matiere entraîneroient une
fubverfion plus ou moins complette des
manufactures Britanniques , il eſt bon que
les difficultés oppoſées de part & d'autre
foient miſes au grand jour , afın que les
bons eſprits puiſſent en décider. Au reſte ,
quoiqu'un très - grand nombre de villes manufacturieres
s'élevent contre le plan du Miniftre
, il faut bien ſe garder de prendre ces
( 207 )
réclamations au piedde la lettre. Pluſieurs
de ces pétitions font abfolument l'ouvrage
des ennemis du miniftere ; d'autres font dictées
par l'eſprit de monopole & de cupidité
qui attaque les états commerçans une fois
devenus riches : de troiſiemes ſont l'effet de
terreurs anticipées , & de l'ébranlement machinal
qu'occaſionnent dans tout le royaume
les manufactures véritablement menacées.
Quoi qu'il en ſoit, on ne peut croire
M. Pitt affez imprudent pour braver des
oppoſitions auſſi reſpectables , & pour s'être
décidé au parti qu'on lui attribue en ces termes
, dans le Général Advertiſer.
Malgré les requêtes dont le Bureau de la Chambre
des Communes eſt ſurchargé , malgré les
témoignages clairs & fatisfaiſans que les Manufacturiers
ont donné à la Barre , en dépit des
manoeuvres de M. Jenkinson , & de l'oppoſition
unamme qui ſe manifeſte tous les jours par le
moyen de la preſſe , même dans les feuilles dévouées
au miniftere , le Populaire M. Pitt eſt
déterminé , par un effet de ſon reſpect profond
pour les Communes de ce Royaume , à terminer
l'affaire de Farrangement de commerce avec
l'Irlande le plutôt poſſible. Il a dépêché , il y
a quelques jours , M. Orde pour affurer des Irlandois
de leur triomphe certain. La nation n'a
plus qu'une reſſource : il faut que les grandes
villes de commerce & les villes à manufactures
inftruiſent leurs Reprétentans de la maniere la
plus péremptoire. Pluſieurs villes ont déjà remercié
dans la derniere élection leurs anciens Repréſentans
, parce qu'ils conſentoient à ce que
( 208 )
les Communes d'Angleterre réſignaſſent leurs
privileges en faveur de la Couronne. Il faut
aujourd'hui qu'elles forcent leurs nouveaux Délégués
à voter en faveur du peuple contre le
miniftere.
Le Comité général des manufacturiers ,
qui s'eſt établi à Londres , doit fervir d'exemple
à tous les autres corps qui s'oppoſent
aux meſures du Gouvernement. Ce Comité
a repouffé conſtamment tout ce qui pouvoit
tendre à la ſédition , ou être inſpiré par l'efprit
de parti. Un particulier, d'un caractere
violent , s'étant emporté un jour dans la
Chambre , elle le reprimanda fortement en
lui impoſant filence. Cette ſageſſe donne
du crédit &de la ſtabilité à cet établiſſement.
La ſéance de la Chambre des Communes
, le 11 de ce mois , fut très intéreſſante
par l'expoſé que fit le Chancelier de l'Echiquier
de l'état actuel de nos finances , de
nos charges & de nos reſſources , de nos
eſpérances &des moyens de les réaliſer.
Selon le Miniſtre , les taxes de la derniere
année avoient rendu au-delà de ce qu'on pous
voit s'en prommeettttrree.. Il ſe flattoit , qu'en adhérant
au ſyſteme d'économie , dont on avoit
éprouvé les heureux effets , l'on parviendroit à
éteindre inſenſiblement la dette nationale. Il
propoſadans cette vue d'établir un fonds d'amor
tiſſement d'un million par année. Je ſuis perſuadé
, dit - il , qu'avec la ſeule reſſource des
taxes actuelles , je pourrai ajouter un million
cette année au fonds d'amortiſſement. Le produit
des taxes montera à 15 millions & demi , &
( 209 )
les dépenſes nationales , autant que je puis en
juger par des calculs que rien ne ſemble démentir,
n'excéderont pas 14 millions 50 mille liv. ſterl.
Je ne doute point qu'à l'aide des ſages meſures
, qui ont été & feront adoptées , le Royaume
ne recouvre l'ancienne confidération dont il
jouiſſoit parmi les Puiſſances de l'Europe .
M. Pitt fit enfuite une motion tendante à ce
qu'on mit ſur le Bureau un état du produit net
des taxes depuis la S. Michel 1783 juſqu'à Noël
de la même année , & depuis cette derniere
époque juſqu'au 5 Avril 1785 , ainſi qu'un état
du produit des taxes pendant les mêmes périodes
en 1784.
M. Sheridan fonda quelques doutes ſur ce que
le Trimestre indiqué par M. Pitt étoit préciſément
celui où les taxes montoient à une ſomme
plus forte que celle qui provenoit des taxes
levées pendant les trois autres périodes de l'année .
Cette circonſtance devoit s'attribuer à la taxe
des chevaux , à celle ſur les Chaffeurs , à celle
fur les chapeaux , &c. , qui étoient payées tous
les ans en une ſeule fois pendant le trimestre
choiſi par M. Pitt.
M. Pitt réfuta l'aſſertion de M. Sheridan , en
diſant qu'il ſe faiſoit des verſemens continuels
à l'Echiquier , provenans de la taxe ſur les chapeaux
, & que la taxe ſur les chevaux promettoit
de rendre plus qu'on ne l'avoit penſé.
M. Fox ſe permit enſuite quelques ironies ;
M. Eden raiſonna ſur cette matiere avec beaucoup
d'intelligence & de modération , ainſi que
M. Dempster ; après quoi la motion de M. Pitt
paſſa unanimement .
On prendra une idée encore plus exacte
du bilan des finances angloiſes , de la recette
& de la dépense , & des augmentations
(210 )
du revenu public , effectives ou probables,
en lifant avec un peu d'attention le réfumé
ſuivant du COMPTE RENDU de M. Pitt ,
dans fon difcours du 11 Avril.
Ce Miniſtre établit que l'intérêt de la dette
publique lorſqu'elle aura été fondée en entier)
avec les dépenſes probables de l'établiſſement de
paix , monte à environ . L.ft. 14,000,००० .
D'un autre côté , le produit net
des taxes pendant le dernier quartier
finiſſant au 5 Janvier 1785 , a
éré de • • 2,738,000.
Et celui du quartier finiſſant au
s Avril 1785 , a été de. 3,066,000 .
5,804,000.
Le produitdes mêmes quartiers
de l'année précédente fut , ſavoir ,
au premier Janvier 1784 , de •
• 2,585,000.
Aus Avril 1784 de • • • • 2,198,000.
: 4,783,000 .
Parconséquent le produit des taxes , pendant
des fix derniers mois qui viennent de s'écouler à
éré plus fort de plus d'un million que celui des
taxes pendant les mêmes fix mois de l'année précédent
. Le produit ſeul du quartier finiſſant au
5Avril dernier , ſurpaſſe de près de 870,0001.
le protuit du même quartier de l'année 1784.
: Dans cette fomme , à la vérité , ſont compriſes
environ 190,000 liv. ft . qui font le produit
des taxes impoſées l'année derniere ; ainſi les
680,000 1. reſtantes feulement proviennent des
taxes qui ſubſiſtoient avant la derniere ſeſſion.
Il faut encore obſerver que le produit des Douan(
211 )
nes pendant le dernier quartier , a doublé & fort
au- delà celui des Douannes au même quartier de
l'année précédente. Augmemation prodigieuſe ,
due principalement aux différentes meſures idoptées
, & aux bills paſſées en Parlemen, l'année
derniere pour prévenir la contrebande. Les effets
de ces meſures , indépendamment de ceux que
l'on obtiendra par de nouvelles réformes , mettent
le revenu public , non ſeulement à même
de fuffire aux intérêts de la dette nationale , &
aux dépenſes de l'établiſſement de paix , mais à
fournir de plus un excédent applicable à l'amortiſſement
de la dette nationale. Car , fuppofons
que les deux quartiers prochains produiſent en
proportion les mêmes ſommes que les deux derniers
, le revenu de l'année finiſſant à la St. Michel
1785 , ſera ainſi qu'il ſuit.
Quartier finiſſant aus Janvier
1785 . .:
Dito , Avril ..
.
Les deux quartiers ſuivans
2,738,000.
3,066,000.
6,132,000.
11,936,000.
Acette ſomme il faut ajouter le
produit de la taxe des terres & de la
taxe annuelle de la drèche , ci • • 2,450,000.
1486,000.
Cette ſomme eſt ſuffiſante pour l'intéret de la
dette publique , tant fondée que non fondée , &
pour les dépenses de l'établiſf ment de paix.
Mais fi nous jettons un coup d'oeil fur l'année
prochaine , & fi nous voulons eſtimer notre re
venu annuel d'après le dernier quartier , nous
verrons qu'il nous préſente le tableau ſuivant.
Produit annuel des taxes. L.ft. 12,254,000.
( 212 )
Produit de la taxe des terres & de
celle de la drêche • 2,450,000
14,714,000.
Il nous reſte donc un excédent de 300,000 1.
par an pour nous libérer de la dette nationale.
Si nous ſuppoſons encore que le produit des
deux quartiers reſtant de cette année , conſerve
avec celui des deux derniers quartiers , la même
proportion que les mêmes quartiers de l'année
derniere avoient entr'eux , le total des taxes de
cette année ſera de 12,600,000 1. A cette ſomme
il faut y ajouter comme ci-devant le produitde
la taxe des terres & de la drêche , qui eſt de
2,450,000 1. Alors notre revenu total ſe monteraà
15,050,000 1. ce qui nousdonne 650,0001 .
pour le fonds d'amortiſſement.
Que ſi les deux quartiers reſtans decette année
conſervent , avec les deux derniers quartiers , la
même proportion qu'offrent ceux-ci avec les
mêmes quartiers de l'année derniere , le produit
de toutes les taxes ſera de 16,240,000 1. & nous
aurons un excédent de 1,840,000 1. pour le fonds
d'amortiſſement.
Le produit de toutes les taxes , excepté celles
fur les terres& fur la drêche, pendant l'année qui
a fini à la St. Michel 1784 a été de 10,400,000
ſeulement; l'accroiſſement du revenu publiccette
année , autaux le plus modéré , fera d'un million
& demi ; & il y a tout lieu de croire qu'il
ſera beaucoup plus conſidérable encore.
D'après les calculs précédens , il paroît que
tout nous porte à eſpérer que l'année prochaine
on ſera en état d'établir un fonds réel pour l'amortiſſement
de la dette nationale , & que certe
meſure falutaire pourra être opérée avec la ſeule
( 213 )
addition de très légeres taxes néceſſaires pour
rembourſer l'emprunt modique de cette année
& pour conftituer le reſtant non fondé de la dette
nationale.
Le nombre de vols qui ſe commettent
tous les jours à Londres , ont enfin déterminé
le gouvernement à faire propoſer à la
Chambre des Communes de paſſer un bill
pour régler la police de cette ville. M. Selwyn
s'eſt chargé de cette motion importante
; & il a prévenu la Chambre , qu'il
lui ſoumettroit inceſſamment un bill contre
lequel il eſpéroit que perſonne n'éléveroit la
voix.
Un Vaiſſeau de so canons & deux Frégates
font er armement pour l'Inde , & conduiront
dans cette ſtation l'Officier qui doit ſuccéder au
Chevalier Hughes. Ce ſucceſſeur n'eſt cependant
pas encore connu , ni probablement nommé ,
parce que l'armement ne partira qu'après le retour
de ſir Edward Hughes actuellement en route
pour l'Europe , à bord du Sultan , de 74 canons ,
qu'on attendvers la mi-Juin. L'Amiral Byron &
fir Edmund Affleck , le dernier de nos Amiraux,
ont déjà été déſignés ; mais comme les François
n'ont qu'un Chet -d'Eſcadre dans l'Inde , on n'y
enverra qu'un Officier de même rang. Ce ſera une
économie pour la nation .
Dans quelques ſemaines , on lancera à
Harwich l'Excellent , de 74 can. & la frégate
le Castor , de 38 can. L'un & l'autre
de ces bâtimens ſont conſtruits avec des
bois impregnés de la liqueur ſalée dont nous
avons parlé , & feront doublés en cuivre.
On croyoit que le goudron extrait du char
(214 )
bon de terre , & dont les beaux établiſſe.
mens de Lord Dundonald en Ecofle fourniflem
notre marine , etoit de qualité à prévenir
la vermoulure ; mais cet avantage
n'étoit qu'idéal, puiſqu'on recourt actuellement
à une méthode qu'on préſume être
plus efficace.
Selon des lettres de Gibraltar , arrivées à
Portsmouth en 22 jours , les Algériens
avoient commencé des hoſtilités envers les
Anglois , en prenant deux bâtimens de cette
nation , qu'ils ont conduit dans leurs ports.
Le Conful Anglois à Livourne , inſtruit de
cet événement , en fit part au Chevalier
Lindſay , qui depêcha une caiche pour s'informer
des circonstances & demander la
reſtitution des bâtimens . On ajoure que la
Régence n'ayant pas donné de fatisfaction ,
on a dépêché un fecond vaiſſeau .
Il y a dans ce moment 540 prifonniers ,
dont 49 criminels condamnés à mort , &
180 deſtinés à la tranſportation.
L'Iſle cù l'on doit transporter ces malfaiteurs ,
eſt, dit- on , fiuée dans la riviere de Gambie , à
environ 60 milles de fon embouchure. Elle eſt totalement
inhabitée. Le Capitaine Moore , qui a
examiné le cours de ce fleuve juſqu'à la grande
cataracte , à 10o lieves dans les terres , parle de
cette Ifle comme ayant 20 millesdelong fur 6 ou
7 de large. Vers ſa pointe orientale , s'éleve une
montagne extraordinairement haute & très-boiſée.
Lefol en eft extrêmement fertile , & n'attend que
main du cultivateur. Les bois font remplis de
(tus & de châtaigniers. Comme l'Ifle git par les
( 215 )
13 degrés de latitude teptentrionale, les chaleurs
font très fortes dans les nous de Juiller & d'Août ,
* vers l'équinoxe , on y éprouve des orages affreux.
Le pays des deux côtés de la riviere eſt peuplé
par des Negres guerriers , qui facrifient à leurs
Idoles tous les Blancs qui tombent entre leurs
mains , & les dévorent enſuite. On eſpere que
cette circonſtance empêchera les nouveaux Colons
de déferter.
Le Major Scott qui s'étoit mis ſur les
rangs pour I élection des fix nouveaux Directeurs
de la Compagnie des Indes , cette
année , a échoué, par une pluralité de plus
de 100 fuffrages contre lui.
Le Comité d'Officiers nommés pour examiner
le plan des forrifications , tant actuelles que projettées
, & en faire fon rapport , a fait une vive
impreffion dans l'eſprit de la Nation. Le Duc de
Richemond , qui a réſolu les énormes dépenſes
dont on s'eſt plaint avec tant de rain , eſt luimême
du nombre des Officiers choiſis pour exa
miner les propres projets. Ildoit préſider les trois
plus anciens Officiers . Son frere eſt auffi l'un des
Inſpecteurs ;& pour ajouter à la régularité du procédé
,le Comité ne s'affemblera que dans les tems &
lieux qu'il plaira àſa Grice de choiſir. De torte que
fi M. le Duc entrevoit que le Comité purife réprouver
ſon plan , il pourra , comme le Docteur
dont parloit le Lord North , prendrefon jour.
L'auteur de ce paragraphe auroit dû obſerver
également , que ce Bureau n'est pas
compoſé du ſeul Duc de Richmond & de
fon frere le Lord George Lenox , mais encore
du Lord Thownsend & des Généraux
Amherst & Conway , tous trois oppofés
( 216 )
d'opinions au Duc de Richmond, de dir
Lieutenans généraux , entre leſquels , les
Chevaliers Guy Carleton , Draper , Boyd,
Gray & le Lord Cornwallis , & de fept
Majors généraux , au nombre deſquels ,
MM. Pattifon , Greene , Roi , Campbell ,
c'est-à-dire , ce que l'Angleterre a d'Officiers
les plus indépendans , & les mieux inſtruits.
On ne fauroit donner trop d'éloge , dit le
Morning Poſt , au Grand-Maîtrede l'Artillerie ,
de ſon économie dans toutes les affaires qui intéreſſent
le bien public ; il s'occupe fort peu
de flatter la vanité de la nation en conſervant
ſes monumens d'antiquité les plus précieux ,
pourvu qu'en les détruiſant il puiſſe faire une
épargne de quelques liv. ſterlings. Il propoſa
derniérement de démolir la tour de Jules-Céſar
dans le Château de Douvres , pour employer
les décombres à la réconſtruction des anciennes
murailles . Le Lord North , en ſa qualité de
Gouverneur de ce Château & de Lord-Gardien
des cinq Ports , s'eſt oppoſé fortement á ſa propoſition
, & l'on affure qu'il a engagé un de
Tes amis à la Chambre des Communes d'en parler
avant la clôture des Seflions , par maniere de
plainte contre le Grand-Maître.
Lorſque les habitans de Douvres apprirent l'intentionduGrand-
Maître de l'Artillerie , de faire
démolir la tourde Céſo,n ils ignoroient encoreque
le LordGardiendes cinq Ports s'y oppeſeroit auſſi
fortement qu'il l'a fait. En conséquence , ils
avoient déja réſolu de raſſembler une ſomme par
ſouſcription pour acheter des matériaux en même
quantité que ceux que leGrand- Maître comptoit
retirer
( 217 )
retirer de la tour , & les lui livrer pour laréparation
des murailles du Château.
L'incendie de la maiſon de M. Lovel
Stanhope dans May-Fair, la ſemaine derniere
, a donné lieu à deux traits héroïques ,
l'un d'amitié , l'autre d'amour maternel . La
-maiſon du Conite de Marchmont , abſent
ainſi que fa famille, touchoit celle de M.
Stanhope : Lord Elphinston , ami intime de
MylordMarchmont, apprendl'incendie, vole
au ſecours, penetre dans la maiſon, & fervant
lui même les pompes avec intelligence , parvient
à préferver l'édifice. Lady Stanh. , ſauvée
avec grande peine de l'incendie , ne
voyant point ſon enfant autour d'elle , ſe
précipita dans la maiſon prête à s'écrouler ,
pour le chercher au milieu de l'embrâfement:
on ne latira du milieu des flammes ,
où elle alloit périr , qu'en l'aſſurant que l'enfant
avoir été mis en sûreté dès le commen-
'cement de l'incendie.
Le carroffe de cérémonie du célebre Duc de
Marlborough , fi fameux ſous le regne de la Reine
"Anne, étoit au nombre des curiofités détruites par
T'incendie qui a confumé la maiſon de Lord Spencer
àWimbledon. Ce fut dans cene voiture qu'il
emmena le Maréchal de Tallard , lorſque cedernier
tomba entre les mains de l'armée combinée ,
'après la bataille de Blenheim. Les dépêches du
Duc en cette occafion font remarquables par leur
briéveté. Sa lettre àla Reine étoit conçue en ces
termes :
1
«Nous avons combattu , & la victoire a été
pour nous.J'ai en ce moment avec moi , dans ma
N° . 18 , 30 Avril 1785. k
( 218 )
voiture , M. le Maréchal de Tallard. Voilà tout ce
que peut en apprendre actuellement Vorre Maj.
Elle en recevra les détails le plutôt poſſible. »
On apprend par une lettre de M. Stephen Fuller,
Agent de la Jamaïque , que la ville de Spanish-
Town va faire élever dans ſa place d'armies une
tatue au Lord Rodney. M. Bacon , Sculpteur chargéde
ſon exécution , en a déja préſenté le modele.
Cette ſtatue en marbre ſera ſoutenue par un
piédeſtal , orné de bas-reliefs . Sur l'un d'eux , fera
repréſenté un vaiſſeau amenant ſon pavillon devant
Lord Rodney. Un autre bas- relief repréſentera
l'Iſle de la Jamaïque , aſſiſe ſur un rocher au
milieu de la mer , implorant la protection de la
Grande Bretagne. Sur la quatrieme face dupiédeſtal
, de trouvera l'inſcription. La ſtatue aura environ
huit pieds de haut.
Le Morning Héraldt rapporte une anecdote
affez plaiſante fur George II.
Ala ſuite du tumulte ,dans lequel leCapitaine
Porteus fut pendu par la populace d'Edin.bourg , il
fut délibéré dans le Conſeil , à S. James , fi l'on
Steroit , à cette Capitale de l'Ecoffe , ſes droits de
franchiſe.Apeine le Duc d'Argyle , très jaloux de
laconſervationdes priviléges des citoyens d'Edimbourg,
eut- il appris que cette queſtion étoit agitée,
qu'il ſe rendit ſur le champ à la Cour , où il s'op
poſa avec véhémence à l'exéution d'un pareil projet..
Il irrita tellement George II, par ſon importunité
& par la hardieſſe de ſes repréſentations ,
que ce Monarque , perdant toute patience , lui
jetta ſon chapeau au viſage. LeDuc ſe retira alors
très-déconcerté de ce qui venoit de lui arriver,
Comme il deſcendoit l'eſcalier , il rencontra Sir
Robert Walpole , qui l'acoſta avec ſa politeſſe orraire
de courtiſan ,&lui demanda quel pouvoit
deleſujet de fon mécontentement; le Duc rez
( 219 )
pondit que le Roi lui avoit jetté ſon chapeau au
vi.age. Bagatelle ! repliqua le Chevalier ; il m'a
>> bartu trèssouvent , & il me bat même encore de
>> tems entems. »- « Oui , reprit le Pair , mais
vous n'êtes pas le Duc d'Argyle. »
La premiere ſemaine de Mars , en creuſantune
foſſe dans l'Egliſe de Charmouth ,
on trouva une épé fort antique , que l'on
ſuppoſe être celledu Général Dudda , dont
le corps fut déposé en ce lieu ily a 952 ans.
L'hiſtoire nous apprend que l'an 833 , le
Roi Egbert attaqua les Danois fur la riviere
de Char , près de cette ville ; & quoique la
victoire ne fût point parfaitement complette
de ſoncôté, néanmoins le champ de bataille
lui reſta. Le Général Dudda & les Evêques
de Winchester & de Sherborne , l'un appellé
Hereford & l'autre Wigfort furent du nombre
des tués. Leurs corps furent enterrés
dans cette Eglife , où on les conſerve foigneuſement.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 20 Avril.
Le ſieur Doray de Longrais , Officier de
Cavalerie , a eu , le 15 de ce mois l'honneur
de préſenter au Roi une pendule de ſon invention
, & qui a été exécutée par le ſieur
Lamy- Gouge , Horloger à Versailles. Le
globe, qui renferme cette Pendule, repréſente
une Montgolfiere qui , tous les Di
k2
( 220 )
manches, au dernier coup de midi , s'éleve
au-deffus d'un focle de marbre qui lui fert
d'échafard , & enleve une galerie dans laquelle
font placés deux Voyageurs aëriens,
Cet Ouvrage réunit au mérite de l'invention
celui de l'exécution la plus parfaite.
Le Comte de Faudoas , qui avoit précédem
heat eu Thonneur d'être préſenté au Roi , a eu ,
De 6 de ce mois , celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté & de la ſuivre à la chaffe.
Le lendemain , le Roi & la Famille-Royale
oot figné le contrat de mariage du Vicomre de
Gend , Mestrede- camp- Commandant du Régis
iment de Champagne , avec Demoiselle de la
Rochefoucauld Bayers ; & celui du Comte de
Beaunay,Garde du Pavillon , Amiral de France ,
avec Demoiselle Bacon de la Chevalerie.
Le même jour le Marquis de Fouqueta prêté
ferment entre les mains du Roi pour la Lieutepance
générale du Pays Mefin , vacante par la
mort du Comte de Fouquet fon pere.
DE PARIS , le 28 Avril.
L'on ſe rappelle les volumineuſes difcuffions
qui eurent lieu , ily a dix ans , au fujet
de la liberté du commerce de l'Inde.
M. l'Abbé Morellet attaqua les privileges ,
&l'exiſtence de toute compagnie , defendus
d'un autre côté par M. Necker & par
M. le comte de Lauragais. On épuifa dans
cette difpute tous les fophifmes de l'eſprit
de ſyſteme & les rifonnemens économiquestes
plus abftrus. L'expérience feulepou
( 221 )
voit être la pierre de touche des différentes
opinions , & l'expérience a condamné celle
des adveríaires d'une compagnie exclufive ,
puiſque le Roi vient de rétablir celle ci par
un Arrêt du Conseil d'Etat , du 14 de ce
mois. Le préambule de cet Arrêt eſt un
expoſé des inconvéniens prévus lors de la
fuppreflion de l'ancienne compagnie , & fur
leſquels le temps a éclairé l'Adminiftration.
Sa Majesté , par le compre qu'elle s'eſt fait
rendre du réſultat des exportations de fon
royaume , & des retours d'Aſſe depuis la fufpen
fion du privilege de la Compagnie des Indes ,
areconau que la concurrence , utile pour d'autres
branches de commerce , ne pouvoit qu'être nuifible
dans celle- ci ; qu'en effet l'expérience avoit
fait voir que les cargaiſons de l'Europe n'étant
pas combinées entr'elles , ni proportionnées aux
beſoins des lieux de leur deftination , s'y ven
doient à bas prix , tandis que le concours des
ſujets de Sa Majesté , dans les marchés de l'Inde ,
yfurhauſſoit le prix des achats : Que d'un autre
côté les importations en retours , compoftes de
marchandiſes de mêmes eſpeces , fans meſure ni
aſſortimens , avec excès dans quelques articles,
&manque total fur d'autres, étoient auſſi défavantageuſes
aux Négocians , qu'inſuffifantes pour
l'approvisionnement du Royaume. En confidétant
qu'a ces inconvéniens réfultans du défaut d'en+
ſemble , ſe joint l'impoffibilité que des particu
liers aient des moyens affez étendus pour foutenir
les haſards d'un Commerce auſſi éloigné , & les
longues avances qu'il exige , Sa Majesté s'eſt
convaincue qu'il n'y avoit qu'une Compagnie
privilégiée , qui par ſes reſſources , fon crédit ,
&l'appui d'une protection particuliere pût faire
k3
(222 )
utilement leCommerce des Indes&de la Chines
Elle a en conféquence accepté la propofition qui
lui a été faite par une aſſociation de Négocians
&de capitalistes dont les facultés , le zele & l'intelligence
lui font connus , d'exploiter ſeule ,
pendant un temps limité , le Commerce de l'AGe
, fuivant les ſtipulations du dernier traité de
paix, qui l'ont maintenu libre , für & indépendant.
Lesſoins politiques , les frais de ſouveraineté,
& les genes d'une adminiſtration trop
compliquée , ayant été les principales cauſes des
pertes que l'ancienne Compagnie a fouffertes ,
il a para convenable que la nouvelle en fût ectiérement
dégagée , que rien ne pût diſtraire ni
fon attention ni ſes fonds , de l'objet de ſon
Commerce , & qu'elle fût régie librement par
ſes propres Intéreſſés : Sa Majefté s'eſt occupée
en même temps des moyens de conſerver aux
Ifles de France& de Bourbon , tous les avantages
compatibles avec l'exercice du privilege qui
fonde l'exiſtence d'une Compagnie ; Elle leur a
permis le Commerce d'Inde en Inde , la traite
des Noirs , le libre échange de leurs productions
avec celles de l'Europe , & tout ce qui a paru
néceſſaire pour affurer l'approviſionnement & le
foutien de cette Colonie intéreſſante .
Les diſpoſitions de cet Arrêt forment 57
articles , dont voici le précis très-abrégé.
Le privilege de la nouvelle Compagnie durera
ſept ans de paix , à compter du départ de
ſa premiere expédition ; en cas qu'il s'éleve une
guerre , les années de guerre de feront pas
comptées. Les ſujets du Roi des divers ports du
Royaume pourront appro iſionner les Iles de
France & de Bourbon , qui ne feront point
compriſes dans le privilege excluſif de la Compagnie
, & qui pourront faire le Commerce d'Inde
en Inde. Il eſt accordé à tous les armemens
( 223 )
commencés , complettés & en route pour les
raers de l'Inde , à compter du jour du départ
de leur port d'armement , 24 mois de délai
pour faire leur Commerce & retour au ſeul port
de l'Orient , où la nouvelle Compagnie fera
auſſi les fiens . Le Roi lui cede & accorde gratuitement
la jouiſſance de ce port , des hôtels ,
magaſins , chantiers , corderies , uſtenſles , &c.
qui lui feront remis aprés avoir été réparés aux
frais de Sa Majesté , qui ſe charge auffi de leur
entretien pour ce qui concerne les groſſes réparations
Les fonds de la nouvelle Compagnie
font fixés à 20 millions , dont 6 millions feront
fournis par les douze Adminiſtrateurs ,à raiſon
de 500,000 liv. chacun ; les 14 millions-de
furplus feront diviſés en 14,000 portions de 1000
liv. chaque , pour lesquelles il ſera donné des
reconnoiffances aux perſonnes qui voudront s'intéreſſer
dans ſon Commerce.
La fixation du dividende n'aura lieu qu'après
la remiſe du bilan général annuel , à commencer
du mois de Décembre 1787. - La
Compagnie ſera autoriſée à arrêter les réglemens
néceſſaires à ſon régime intérieur & à la
conduitede ſon commerce , dont S. M. maintiendra
la liberté entiere , même par la force
des armes , s'il en eſt beſoin .
La gabarre le Barbot va partir ſous les
ordres de M. de Suzannet , chargé d'examiner
les propriétés d'un nouvel inftrument
pour déterminer le ſillage des vaiſſeaux : la
Cérès , commandée par M. de Roquefeuille ,
a la même deſtination .
Les travaux de Cherbourg ſe continuent avec
activité. On travaille à terre ſans relâche , &
on compte placer pluſieurs cones cette année,
k4
( 224 )
J
L'hiver , dit-on , a raffermi ceux qui ſont déjà
jetés. Avec le temps , les bois , les pierres ſe
réuniront par le ſediment de la vaſe par les
coquillages & les plantes marines , de maniere
à former un rocher inébranlable .
,
Les lettres de Londres nous apprennent
que la convalescence de M. le Comte
d'Adhémar eſt aſſez avancée , pour avoir
permis à cet Ambaſſadeur le voyage de
Bath , dont il va eſſayer les eaux.
L'on évalue à 14 millions le devis de la
dépenſe pour la conſtruction du nouveau
Pont fur la Seine , pour la démolition des
édifices qui deshonorent les anciens ponts ,
& pour l'établiſſement de nouveaux quais.
Pluſieurs régimens de Cavalerie ont été
obligés de changer de quartiers , à cauſede
la difette de fourrages. Heureuſement la
pluie , quoique peu abondante , a fuccédé
en ce moment à la féchereſſe, & permet
encore d'eſpérer une récolte.
On mande de Pont-Chateau en Bretagne ,
Terre appartenante à M. le Comte de Menon ,
Cominandant à Nantes , qu'on y a chanté un
Te Deum pour la délivrance de la Reine : cent
habitans de cette Paroiffe avoient eu le malheur
de perdre par une incendie, le 13 Mars , leurs
grains , leurs fourages , tous leurs meubles &
vêtemens. Cet événement ayant été mis fous les
yeux du Roi par M. le Contrôleur Général à
qui M. l'Intendant de la Province en avoit
rendu compte , Sa Majesté a accordé à ces
malheureux incendiés une ſomme de douze mille
francs.
(225 ) - :
On voit actuellement la traduction Fran
çoite des étonnantes expériences de l'illuftre
Abbé Spallanzani fur la génération : cette
traduction eſt l'ouvrage d'un de ſes amis ,
ſon émule dans un autre genre , M. Sénébier
, Bibliothécaire public à Geneve. Ces
obſervations , dont on parloit ici depuis
quelque temps , pour en faire un texte de
mauvaiſes plaiſanteries , de vers & de calembourgs
infipides , ne font point telles
que les rapportoit la légereté publique. Depuis
long-temps l'Hiſtoire naturelle n'apoint
offert de découvertes aufli admirables , &
appuyées ſur une pareille certitude. L'Abbé .
Spallanzani préſenta une ſuite de faits , dont
les conféquences nepeuvent être problématiques.
Tout obſervateur peut répéter ces expériences;
mais avant tout il doit ſe pénétrer
de la néceſſité d'une patience à l'épreuve,
d'une pénétration foutenue , d'une logique
& d'un eſprit philoſophique , dont le
Profeſſeur de Pavie offre un ſi beau modele.
Quoique ces fameuſes expériences
ſemblent établir d'une maniere indiſputable
l'opinion de la préexiſtence des germes
dans les ovaires de la femelle , & développés
enfuite par la fécondation , il reſte encore
quelques objections & quelques doutes
en faveur des ſyſtêmes oppoſés.
L'uſagede l'acide nitreux ou de l'eau- forte
dans les atteliers a occafionné pluſieurs accidens
: en voici un nouvel exemple.
ks
( 226 )
Le fils du ſieur Guenon , Relieur , âgé de 29
mois , demande à boire : la fille de ſervice apperçoit
ſur la cheminée un verre à moitié plein
d'une liqueur qu'elle prendpour de l'eau ; c'étoit
de l'eau -forte pure ; l'enfant en boit environ
trois cuillerées. Le pere accourt au bruit de
ce matheureux , qui bientôt a un vomiſſement
d'une prodigieuſe quantité de ſang co gulé.
L'Apothicaire appellé prépare une potion compoſée
de quatre onces d'eau , d'une once de
firop de guimauve , d'un gros ros de magnéfic
&de trois gros de favon. On adminiſtre cette
potion à la doſe de trois cuillerées tous les demiquarts
d'heure ; le vomiflement ſe calme; l'après-
midi il ceſſe. Alors on ſubſtitua à la porion
un looch fait avec l'huile d'amandes douces ,
le firop de guimauve , la gomme arabique , la
magnéſie & l'eau diſtilée. Le lendemain matin
Jes accidens étoient diffipés , à l'exception d'une
falivation , que les parens ont eſtimée être d'une
pinte par vingt-quatre heures , & qui dura jufqu'au
quatrieme jour. Ce traitement a été ratifié
par M. Andry , Médecin de la Faculté , qui avoit
été appellé le lendemain de l'accident.
Une Feuille de Province atteſte la vérité
du fait ſuivant , que ſa fingularité nous engage
à rapporter.
:
Un Négociant , natif d'Angers , & actuellement
établi à Nantes , ayant épou'é
Mademoiselle N***, en eut une fille : fon
époufe , redevenant enceinte , fit une chute
à l'époque du ſeptieme mois , & mourut
avec l'enfant ( c'étoit une fille ) qu'elle portoit
: cet homme , pénétré de regrets , ne
trouve d'autre moyen de réparer la perte
( 227 )
qu'il vient de faire , qu'en époufant la foeur
même de celle dont il pleure la mort. Il
obtient des diſpenſes , au bout de quelques
mois ſa nouvelle épouſe devient enceinte ,
& parvenue heureuſement au terme de ſa
groffeffe , elle accouche d'une fille. Enfuite
elle redevient enceinte , & au terme de ſept
mois , elle fait une chute au même endroit ,
le même mois & le même jour que fa foeur,
ſe bleſſe & meurt , ainſi que l'enfant ( c'étoit
demêmeune fille) qu'elle portoitdans ſonfein.
M. Cannebier , ancien Profeſſeur de Mathémathiques
à l'Ecole Royale - Militaire , ayant
foumis aux lumierés de l'Académie des Sciences ,
une machine planétaire de ſon invention , fur le
rapport de MM les Conmiffaires nommés pour
l'examiner , cette Compagnie a jugé » que le
>> moyen employé par l'Auteur étoit ſimple ,
>> ingénieux , & propre à remplir le but qu'il
23 s'eſt proposé , qui eſt de faciliter aux jeunes
>> gens l'intelligence des phénomènes qui réſultent
du mouvement annuel & diurne de
>> la terre dans ſon orbite en conſervant le pa-
>> rallétisme de ſon axe ; & qu'elle méritoit
>> l'approbation de l'Académie. >>
Cette machine eſt effectivement très- ſimple ,
à ce qu'on dit , & ſes effers évidens. Avec une
ſeule roue & un pignon , l'Auteur a trouvé le
moyen de faire éxécuter le mouvement annuel
de la terre dans un orbite éclipriptique & douze
révolutions ſur ſon axe , qui donnent une idée
claire du mouvement diurne de cetre planette
,tandis que les machines les plus récentes
n'exécutentavectrois roues que le mouvement
annuel , & dans un cercle.
k6
( 228 )
Outre cet avantage , la nouvelle machine en
offre un bien plus précieux encore , en ce que
la terre en conſervant le paralleliſme de fon
axe , ne prend d'autre mouvement que les deux
qui exiſtent dans la nature , au lieu que les machines
à trois roues , même les plus nouvelles ,
donnent à la terre un mouvement fur elle-même
d'orient en occident abſolument contraire aux
idées reçues , défaut d'autant plus notable , qu'il
tend à donner aux jeunes gens une idée précifément
oppofée au but qu'on ſe propoſe , qui
eſt de leur apprendre que les deux mouvemens
de la terre annuel & diurne , s'exécutent dans
Ja nature d'occident en orient ; que de leur
combinaiſon réſultent les phénomènes du mouvement
diurne de tous les aſtres d'orient en
eccident , le mouvement annuel du ſoleil d'occident
, les ſaiſons , &c. &c.
Le modele qui avoit été mis fous les yeux
de l'Académie exécute 365 révolutions diurnes
, tandis que la terre parcourt fon orbite :
mais comme douze révolutions ſur l'axe ont
paru ſuffifantes à l'Auteur pour rendre raiſon
des phénomènes , il en a fait exécuter de
pareilles , qu'on peut ſe procurer au College
d'Harcourt rue de la Harpe , pour le prix
de48 liv.
2
Si quelques perſonnes defiroient en avoir ,
foit pour l'ornement des bibliotheques , ſoit
pour leur propre fatisfaction , qui exécutaſſent
les 365 révolutions diurnes , L'Auteur ſefesoitunplaifir
de les faire exécuter , & d'y faire
adapter un mouvement de pendule ſelon fon
goût & le choix des perſonnes.
Le Parlement de Normandie vient d'homologuer
un établiſſement de charité , for
mé dans la paroiſſe de S. Denis près d'Alen(
229 )
çon, depuis l'an 1767. Cet établiſſement
eſt celui d'un Bureau d'aſſiſtance , chargé
dediftribuer des ſecours aux indigens. Pluſieurs
Miniſtres ont deſiré qu'on en formât
de pareils dans chaque paroiſſe. M. Colombet,
Curé de celle de S. Denis, nous adreſſe
à ce ſujet une lettre , dont voici la ſubſtance
:
Nous n'avons point de mendians ; on ne trou
vera point dans aucun des dépôts du Royaume
aucuns des habitans de St. Denis . Nous avons
preſque réuffi à bannir entiérement l'eſprit de
chicane. Nous n'avons point de fainéans. Je ne
crains pas de vous avancer que depuis plus de
trente ans que je ſuis Curé , je n'ai rien négligé
pour inſpirer aux plus petits enfans le goût du
travail. Je fais moi-même les Catéchifmes & je
je répete ſouvent au Catéchiſme & au Prône que
que je fais tous les Dimanches , que je ſerois
bien fâché de recevoirà la premiere Communion
une fille qui ne fauroit ni coudre ni filer , & un
garçon qui n'iroit pas auſſi-tôt travailler avec
fon pere. D'après ces principes , je reçois les
enfans de très-bonne heure pour la premiere
Communion. Je peux vous aſſurer qu'ils font
inſtruits & qu'ils ne connoiſſent point le mal.
Je continue de donner des prix d'Agriculture
aux Cultivateurs de ma Paroiffe. La diſtribution
s'en fait tous les ans , la ſeconde fête de Pâques ,
àla fin d'un repas que je donne aux Gommiflaires
, aux Experts , à tous ceux qui ont mérité
les prix, & aux principaux laboureurs .
Par l'art . 4 du réglement de ce Bureau
de charité , il eſt très-fagement défendu
d'affifter ni fainéans ni plaideurs.
L'Académie de Lyon a fait annoncer
( 230 )
dans ſa ſéance publique du 12 de ce mois ,
que le délai , accordé pour le concours du
prix , propoſé fur la direction des Aëroftats ,
a encore donné lieu à l'admiſſion de plufieurs
mémoires & d'un grand nombre de
fupplémens , & qu'après avoir entendu un
nouveau rapport de ſes commiſſaires , elle a
prononcé la clôture abfolue du concors ,
& arrêté qu'elle publieroic ſon jugement
définitif, fans autre délai , dans la Séance
publique qu'elle doit tenir après la fête de
S. Louis prochaine , pour la diftribution
ordinaire des prix ..
PROVINCES UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Avril.
Le 17 de ce mois , M. le Comte de Maillebois
alliſta pour la premiere fois aux Exercices
de la Parade , à laquelle ſe trouverent
aufli le Prince d'Orange , & un grand nombre
d'Officiers de la nouvelle Légion , qui
portera lenom du Général François. On dit
que le Stathouder lui céde la maiſon de
Rifwick , pour y recevoir & pour y exercer
les Recrues du Corps qu'il va former.
M. Cornet , Envoyé extraordinaire de l'Electeur
Palatin , a été en conférence avec le
Préſident des Etats Généraux , à l'occaſion
d'un événement fort fingulier. On prétend
que le Baron de Monster , Gouverneur de
Grave , a inondé tous les environs de cette
place pour la rendre inattaquable. Sept villages
du comité de Ravenſtein appartenant
( 231 )
à l'Electeur Palatin ont été fubmergés dans
cette bruſque opération , dont M. Cornet a
porté des plaintes légitimes.
M. Torniello , Réſident de Venise , a demandé
une réponſe déciſive ſur le mémoire
qu'il a remis à LL. HH. PP. au mois de
Décembre dernier , de la part de ſa République.
Il a accompagné cette demande
d'une nouvelle note affez myſtérieuſe pour
le grand nombre de lecteurs , par laquelle il
repréſente que , depuis fon premier mémoire,
il n'a été fait aucune propoſition du
côté de ſa République , ni de la part des
Etats Généraux , & où il s'éleve contre les
interprétations à double - ſens qu'on pourroit
donner à de ſimples entretiens.
La Légion Françoife, propolée par M. le Gomte
de Maillebois , ſera compoſée de 16 conра-
gnies de Chaffeurs à cheval , de 60hommes chacune
; de quatre compagnies de Chaſſeurs à pied ,
de 103 hommes chacune ; de ſeize compagnies
de Fufiliers , de 113 hommes chacune ; & d'une
compagnie d'Artillerie , de 120 hommes : failant
en tout 3108 hommes. Pour l'érection de
eette Légion , l'Etat fournira une fomme de
514,904 Horins. Elle ſera complette le 15 Septembre
prochain.A la fignature de la capitulation
, elle tirrera la demi-paie , & au 15 Septembre
, la paie entiere. Le Comte de Maillebois
ſe réſerve pour lui deux compagnies de chaque
corps. Elle ſera miſe ſur le pied des Régimens
nationaux ; & dans le cas de réduction , les Officiers
jouiront d'une penſion proportionnée à leur
rang, juſqu'à ce qu'ils puiſſent être placés ailleurs
convenablement.
( 232 )
Le cinquieme bataillon de Waldeck , à la
folde de la République, a traverſé le pays
de Munſter pour ſe rendre en garniton à
Coeverder , d'après la demande de la Province
d'Overyfiel .
Il eſt arrivé à Bréda deux bateaux chargés
de canons &de mortiers , deſtinés à garnir
la ligne qu'on forme autour de cette place ,
où font attendus pluſieurs navires , avec des
munitions de touteeſpece.
Une lettre de l'Ecluse en Flandre rend
compteences termes , de l'évaſion d'un parti
dedéferteurs autrichiens .
Le 6 de ce mois , vers les huit heures du foir ,
quatorze déſerieurs Autrichiens ſe ſont préſentés
à la barrriere du Kruiſchans : ayant commencé
par leur faire rendre leurs armes , on les a fait
entrer avec les précautions convenables , & mis
en lieu de sûreté. Le lendemain matin . il en eſt
eft encore arrivé quinze autre du mêmecomplot,
tous du régiment du Prince de Ligne , ayant à
Jeur têre un déſerteur du régiment de la brigade
Ecofloiſe de Houſton , qui à ſfon arrivée a dit
que c'étoit la premiere occafion qu'il avoit trouvée
de pouvoir revenir. Suivant leur rapport ,
ils étoient arrivés le premier de ce mois aux environsde
Lile , & partis le même jour á 7 heudu
foir , au nombre de 25 ; ils avoient paffé deux
gardes miliraires & deux gardes de payſans , qui
onttiré fur eux , & auxquels ils répondirent pour
ſe ſauver ; ils penſoient que quatre d'entr'eux
avoient été tués , que le Prince de Salms les
avoit pourlivis , & qu'ils croyoient l'avoir vu
tomber de fon cheval , mais qu'ils ignoroient s'il
étoit bleifé , & fi cette chute avoit été occaſionnée
(233 )
par leur feu ou par celui des payfans ; ils ont apporté
avec eux huit fufils & deux fabres. Ils ont
été conduits par parties à Lillo , où le Commandant
les a fait embarquer fur, un navire au fervice
de LL. HH. PP . fous le commandement
d'un Officier , de deux Sergens , deux Caporaux
& vingt Soldats , pour les mener au Capitaine
Haringman,Commandant le vaiſſeau de guerre
Hollandois en ſtation près de Saftingen , pour
les engager ſur ſon Vaiſſeau , s'ils vouloient
prendre ce parti , ou pour les faire embarquer
pour la Hollande , où ils doivent actuellement
être arrivés .
Quelqu'apparente , & l'on peut ajouter,
quelque décidée que foit la conſervation
de la paix , on confirme la formation d'un
camp entre Berg- op-zoom &Bois-le-Duc,
poury exercer les Troupes.
Les affaires intérieures ſont de plus en
plus envénimées. On a répandu , il ya
quinze jours , pendant la nuit , un libelle
dans les rues d'Utrecht , ayant pour titre :
Avis au Peuple d'Utrecht ; la Princeſſe d'Orange
& la Régence d'Utrecht y étoient
ſpécialement traités comme l'on traite depuis
quelques années tout ce que l'Etat a de plus
reſpectable, dans des pamphlets, des harangues
, des feuilles périodiques. Le Magiftrat
d'Utrecht, a promis une récompenſe de
1500 florins a quiconque découvrira l'Auteur
de cette production patriotique , &
1000 florins à qui en dénoncera l'Imprimeur.
Si dans l'origine on avoit eu la ſageſſe d'ufer
de cette ſévérité , on ne ſeroit pas réduit
à l'employer aujourd'hui très-inutilement.
( 234 )
Les Etats de Gueldres , peu touchés des
beaux difcours de quelques-uns de leurs
Membres , & des diſpoſitions de quelques
autres Provinces , viennent d'afficher le
ſchiſme le plus éclatant. Ils ont réſolu de refufer
toutes Requêtes tendantes à l'armement
du pays plat , à la réforme du Réglement de
Régence établi en 1750 , à l'ouverture de la
Caisse de la Généralité au sujet de l'acte de
confultation entre le Prince d'Orange & le
Duc de Brunfwisk ; ainſi que celles relatives
au plan dedéfense , & à la réſolution àprendre
contre le Seigneur Duc de Brunswick, En
conféquence on a expédié des ordres aux
Baillifs & aux Magiſtrats , de rechercher
tous ceux qui ont ſigné ces Requêtes , d'en
exiger les motifs ,& le compte des inſtigations
, promeſſes ou menaces qui les ont
produites. L'une de ces requêtes étoit ſignée
d'environ 4000 habitans. Certe méthode des
fignatures , proſcrite même dans les démocraties
ſages , mettroit la conſtitution &
l'Etat à la merci du premier Citoyen qui ,
pour quelques écus &pour quelques bouteilles
de vin , détermineroit la multitude
à ſigner , s'il le falloit , ſa condamnation temporelle
& éternelle.
MM. Capelle de Marsch , Lynden de Oldenaller&
de Nyveldt , oppoſans à la pluralité
des Membres de l'Etat , ont déclaré que ,
puiſqu'ils ne pouvoient emporter la caſſation
du Réglement de 1755 , ils ſe dégageoient
de l'obéiſſance : de maniere que ,
( 235 )
ſi leur avis prévaut jamais , leurs adverſaires
à leur tour pourront refuſer d'obéir à la nouvelle
loi. C'eſt une maniere commode de
reſpecter la Puiſſance législative .
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 26 Avril.
Selon quelques avis apocryphes du Haut-
Rhin , les Troupes du Roi de Prufſe formeront
trois armées ſous le commandement
du Prince Royal , du Prince Henri & du
Duc régnant de Brunswick.
On a imprimé dans les Feuilles publiques
de Hollande , que LL. HH. PP. avoient
écrit au Roi de Pruſſe , au ſujet des rap
ports attribués au Rhingrase de Salm , tou
chantle complot contre Maſtricht, & qu'elles
avoient reçu une réponſe de S. M. dont
les mêmes Feuilles ont donné la Relation :
La Cour de Berlin a porté plaintes de ces afſertions
au Miniſtre de la République , &
M. de Thulmeïer , Enyoyé extraordinaire
de la même Cour à la Haye , a reçu ordre
de témoigner auxEtats-Généraux le mécontentement
de S. M. P. , compromiſe indécemment
par ces impoſtures.
Les mêmes Gazettes de Holande , qui
avoient affirmé fi péremptoirement la découverte
de lettres chiffrées du Ducde Brunfwick
, trouvées chez le Vice Grand-Mayeır
de Mastricht , viennent de ſe rétracter de
:
(236 )
cette calomnie , qui n'en avoit impoſé à
aucune perſonne judicieuſe. On ſe retranche
aujourd'hui à dire que pluſieurs des lettres
non chiffrées ont un sens qu'il n'est pas facile
de déterminer ; ce qui diſpenſe le lecteur
de le déterminer lui même , en lui donnant
une idée juſte de l'ineftimable avantage des
amphigouris.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
On apprend de Beltz , dans la Moldavie , que
deux Turcs ayant pris querelle enſemble , &
láché l'un fur l'autre leurs piſtolets , la garnifon
, composée de 700 hommes , prit tellement
l'épouvante au bruit de cette décharge , qu'elle
ſe mit a fuir dans la forêt voiſine croyanr
avoir les Ruſſes à ſes trouffes. Nouvelle d'Alie
magne , nº. 59 .
On affure que l'Impératrice de Ruffie a dereehef
écrit à l'Empereur que , dans le cas où
ſon différend avec la Hollande ne pourroit ſe
terminer que par la voie des armes , & lui occafionneroit
une rupture avec quelqu'autre Puifſance
, elle ſeule ſe préparoit à tenir tête à
la Porte ,fi celle- ci vouloit profiter des circonſtances
pour attaquer quelques poſſeſſions de
S. M. I. Idem .
Quelqu'un parloit un jour au Duc de Brunfwickde
l'infolence d'un Gazetier à fon égard,
& vouloit lui prouver qu'elle n'étoit pas tolérable
dans un pays policé. Bon , dit dédaigneuſement
le Duc , ceux qui connoiffent ce Gazetier
ne le croiront pas ; ceux qui me connoiſſent
, le croiront moins encore : de plus ,
c'eſt la poſtérité qui me jugera , & les feuilles
de cette Ecrivainn'y paſſeront pas. Idem. Supplément.
( 237 )
re-
Le 18 , M. Pitt a préſenté à la Chambre des
Communes ſon Bill de Réforme parlementaire ,
en l'accompagnant d'un diſcours plein d'idées &
d'éloquence : malgré ſes efforts , le Bill a été
jetté par une majorité de 74 voix : 248 membres
ayant voté contre , & 174 pour le Miniſtre.
MM. Powis , Fox , Burke , Lord North ont attaqué
le Bill défendu par MM. Duncombe , Wilberforce
, & par le Procureur Général.
L'on apprendde la Jamaïque , que les Eſpagnols
ont fignifié au Major Lowrie , qui commande
fur la cote des Moſquites , de ſe retirer
avec les troupes & les habitans au mois de Mars ,
fars quoi on l'en expulſeroit par la force. Le
Mejor Lowrie a fait tous les préparatifs de défenſe
, en demandant des fecours au Gouverneur
de la Jamaïque , qui a fait embarquer 230 foldats
du ze. Régiment, ſous la conduite du Capitaine
Ingledon , & envoyé fur la côte des Moſquites
des armes , des vaiſſeaux & des munitions.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PRÉSIDIAL DE LIMOGES.
:
Caufe ertre Antoine Chavigner , Marchand forain',
& Lazare Richard & fa femme , Aubergifies du
bourg de Domnezal en Limosin. - Le dépbfitaire
volontaire est responsable de fa négligence,
&devient garant de lavaleur de la chose volée par
Safaute.
Charigner, Auvergnac d'origine , & Colpor.
teur par état , roule dans certains cantons dù
Périgord & du Limofin , limitrophes de la ville
deThiriets'; chaque année il retourne dans fon
pays vers la fin de Join ,& dépoſe ordinairement
fes marchandiſes chez un Aubergiſte à Douma
( 238 )
zat ; deux malles fermant à clef, un ballot plein
de marchandises & le bât de ſon cheval . Chavigner
& la Servante de Richard monterent ces
marchandises dans undes greniers de la maiſon.
Chavigner part , emporte les clefs de ſes malles ,
ayant refufé de le charger des clefs , & aſſué
qu'elle ſavoit que les malles étoient pleines ; il
revient enDécembre ; à ſon arrivée , la femme
Richard lui dit : vous ſavez où vous avez mis vos
effers , montez les chercher. Chavigner monte
au grenier , il ne trouve qu'une de ſes inalles &
le båtde ſon cheval. Il deſcend , il demande ce
qu'on a fait de l'autre malle & du ballot : les
Richard étonnés , montent au grenier avec Chavigner,
luidirent que c'eſt ſa faute s'il a été volé
&qu'il auroit dû laiſſer ſes effets dans le cellier
qui ferme à clef. Chavigner répond que le cellier
eſt humide , qu'il ſert de dépôt aux allans & vemans,
& que ſes marchandises y auroient été
expoſées à la curiofité de tout le monde ; enfin
après nombre de propos , on demande à Chavigner
quelles marchandiſes contenoient la malle
&le tallot volés , il en donne l'état , & il- les
évalue 1600 liv. Les Richard ne conteſtent pas
cette évaluation , & s'occupent à découvrir les
voleurs. On apprend que ſur la fin de Septembre
un nommé Deſchamps s'étoit rendu de Dournazat
à Thiviers , avec une malle & un ballet , qu'il
yavoit vendu beaucoup de marchandiſes. Les Ri.
chard engagent Chavigner d'aller avec eux à
Thiviers pour prendre des informations & reconnoître
les marchandiſes. Chavigner s'y rend,
il reconnoît chez différens particuliers plufeurs
de ſes articles : tout fait préſumer que Detchamps
les a volés; mais les Richard qui doivent en ſupporter
la perte , parlent d'arrangement , enfuite
ilneveulent remettre que la malle & le bat. Enfin
( ہپ ( 239
Chavigner ennuyé de propos inutiles, fait affigner
Richard & fa femme en reſtitution de deux
malles & dù bât dans le même & ſemblable état
qu'il les avoit confiés à leur garde , le 25 ou 26
Juin précedent , finon qu'ils ſeroient condamnés
à lui payer une tomme de 1600 liv . à laquelle il
déclare reſtreindre leur valeur , avec intérêts &
dépens. Richard & ſa femme conviennent du dépót
, ne conteſtent point ſa valeur ; ils diſent
qu'ils ne peuvent être garants du vol , qu'ils ſe
ſont chargés volontairement du dépôt. Ils offrent
de remettre la malle & le ballot qui reſtent , &
ſoutiennentChavigner non-recevable dans la demande
de la malle & du ballot volé , parce qu'ils
ſuppoſent le droit de Chavigner couvert par la
recherche qu'il a faite avec eux du voleur. Ils
hafardent malicieuſemenr de dire que Chavigner
étoit complice du voleur , qu'il lui avoit donné
la clef de la malle , & i's mettent en fait que
Chavigner avoit voulu abſolument monter ſes
effetsdans legrenier , malgré les repréſentations
que lui avoit fait la femme Richard que le grenier
ne fermoit pas à clef , & qu'elle ne vouloit
ſe charger du dépôt que dans le cas où il les
laiſſeroit dans le cellier ; que Chavigner avoit
dit qu'il avoit intérêt de tenir ce dépôt ſecret ,
à cauſe de ſes créanciers , & qu'il lui importoit
de le cacher dans le grenier ; qu'il étoit convenu
de courir tous les riſques ,& leur avoit promis
de ne pas les rendre garans. Ils demanderent
àprouver les faits. Chavigner repouſſe ces
allégations , ſoutient que la preuve ne doit pas
en etre admiſe , néanmoins dans le cas où elle
feroit ordonnée , il offre de prouver de ſon côté
qu'il demanda à placer les effets dans le grenier ,
parce que le cellier étoit trop humide ; qu'il repréſentaque
ſi ſes effets reſtoient dans le celier
( 240 )
ils ſeroient à la merci du premier venu ;
qu'il les monta dans le grenier , du-conlentement
& au vu & ſu de la femme Richard;
enfin il ſoutient qu'il n'a fait aucune convention
relative aux accidens , & rend plainte à
raiſon de Fimputation de complicité avec le voleur.
Le 4 Mai , Appointement de contrariêté
ſur les faits articulés par les Parties . Chavigner
proteſte contre Appointement , & ne
faitſapreuve que pour obéir à Juſtice. In ne réſultedes
enquêtes aucun indice de complicité
entre Chavigner& le voleur ; il eſt établi qu'il a
coutume de dépoſer ſes marchandiſes chez Richard
; qu'il n'a mis aucune conſtitution à fon
dépôt ; que le cellier eſt humide. Les Richard ne
produiſent que des témoins iſolés & incertains
ſur les faits par eux articules , & des témoins
dignes de reproches , à cause de l'habitude
qu'ils ont de venir dans leur auberge.= Le 17
Juin 1781 , Jugement définitif & contradictoire
de l'Ordinaire de Chalus , qui condamne Rchard&
ſa femine , ſolidairement à payer à Chavigner
800 liv. pour la valeurdes effets volés
à la charge par lui de ſe purger , par ferment ,
qu'ils font réellement de certe valeur ; comme
aufſi ,ſuivant leurs offres , à remettre la inalle
&le bât qui font en leur pouvoir ; met hors
de Cour fur les autres fins & conclufions
des Parties , ſans préjudice à Richard & fa
femme de ſe pourvoir contre le voleur ainfi
qu'ils aviſeront ; condamne leſdits Richard
aux trois quarts des dépens l'autre quart
compenfé. = Appel par Richard & fa femme.
Le 6 Septembre 1783 Sentence Préfidiale ,
portant qu'il a été bien jugé par l'Ordinaire de
Chalus , mal & fans griefs appellé ; condamne
Richard& fa femme à l'amende & aux dépens.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères