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1785, 02, n. 6-9 (5, 12, 19, 26 février)
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Texte
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences& les Arts; les Spectacles,
les Causes célèbres; les Académies de Paris & des
Provinces; laNoticedesÉdits, Arrêts; les Avis
particuliers , & c. &c.
SAMEDIS FÉVRIER 1785-
APARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
3
PIECES
Du mois de Janvier 1785 .
IECES FUGITIVES . | NOUVELLES LITTÉR.
Vers en réponse à ceux de OEuvres du Marquis de Vil-
M. Hoffman ,
Les Charmes de
Madrigal ,
ville ,
AM***
AMme ***
3 lette , 7
4Essai sur l'Histoire Générale
Francon- des Tribunaux , 29
49 Almanach Littéraire , 65
51 Del'Etat Religieux , 71
52Annales Poétiques , 75
Inscriptions fur la Pompe à OEuvres de Valentin Jameray
Versfur le
53
Duval
Feu de Chaillot , 103
ApologiedeGalilée , 54Hiftoire Ecclésiastique & Cidépaarrtt
deM. le vileduDiocese de Laon,120
Chevalier de Parny , 97Mémoire fur les différentes
Vers pour le Portrait de M. manières d'adminiftrer l'Ede
Larive , 98 lectricité, 130
Couplets chantés àM. &Mme Lettres d'un CultivatourAmé-
Gri *** ,
Aux Femmes .
99 ricain , 150 , 203
100 Collectiondes premières & der -
Réponse au sujet de la Harpie,
145
nieres Folies du Cousin Jac
ques,
Réponse àM. Hoffman , 146 Code des Priſes ,
170
221
Autrepar lui même encore, ib. Lettre au Rédacteur du Mer-
Chanfon, ib . cure ,
Vers à MM. Blanchard & SPECTACLES .
148 Concert Spirituel ,
223
Gefferies, 81
Vers faits au Viftre , 193 Académie Roy. de Musiq.131
AM. l'Abbé Dourneau , 194 Comédie Françoise , 31 , 177
ibid. Comédie Italienne, 135 , 180, AMme L. G.... , .
Le Partage des Draps, Conte, 228
196 Variétés, 83
Charades , Enigmes & Logo Annonces & Notices , 41 , 88 ,
gryphes , 5 , 63 , 101 , 148 , 4 137, 186, 234
197
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
que de la Harpe , près S. Come.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDIS FÉVRIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
QUATRAIN * fait en voyant M. le
Comte D'ESTAING au Musée du Palais
Royal.
CEE n'eſt plus ce Guerrier ſemblable au Dieu de
Thrace ,
Quand la fondre à la main il bravoit les haſards;
C'eſt l'Amant des Vertus , des Talens & des Arts ,
Qui vient à ſes lauriers mêler ceux du Parnaffe.
*Note de l'Auteur. Un Impromptu d'un de mes amis ,
fur le même ſujet , m'a fourni l'idée de ces vers.
Aij
4 MERCURE
Explication de la Charade , de l'énigme &
da Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eſt Chiendent; celui
de l'Enigme eſt Page; celui du Logogryphe
eſt Espoir , où l'on trouve foie , or ,
oie , rose , ofier, Roi , épi , re , ſi, Pie ,
Io , repos , pois , Pife, poire , profe , Oife ,
Pô , ris, pré, firop , Sire , proie&foir.
CHARADE.
Par deux mots très-connus montout ſe reunits AR
Mon premier de mon tout eſt le portrait fidèle ;
Mon ſecond par mon tout s'abrège & s'embellit ;
Et mon tout de Paris eſt l'idole éternelle.
(ParM. de Payan. )
ÉNIGME.
PRISONNIERES ſouvent, mais fans voir les paifons
,
Nous parlons tous les jours long-temps ſans nous
comprendre.;
Mais celui de qui nous parlons ,
Lorſqu'il le veut , peut nous entendre.
Sans être à l'Opéra , nous brillons dans un choeur ;
Et fi trois fois par jour nous changeons de parures ,
DE FRANCE.
5
Deux fois c'eſt pour le Créateur ,
Et l'autre pour ſes créatures.
LOGOGRYPH Ε.
Du plus ignoble état ,
Et du plus bas étage ,
Oferai-je, pié plat ,
Titer quelque avantage ?
Car enfin , j'ai l'honneur
De ſervir la Nobleffe ,
La Roture & l'Alteſſe ,
Non fans mauvaiſe odeur ,
Attachée à mon être .
Jour & nuit ambulant ,
Je ſuis à chaque inſtant
Fort utile à mon maître ,
Qui toujours trouve en moi
Monnoie de bas aloi ;
Deux notes en muſique ;
Ce que fait Apollon ;
Le fond d'une barrique ;
Des fleurs le plus beau nom ;
Un terme de marine.
C'en eſt aſſez , devine.
De tout ſexe , Lecteur ,
Je ſuis le ſerviteur .
(Par un Chevalier de Saint - Louis. )
A iij
6 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ELOGE de Bernard le Bovier de Fontenelle ,
de l'Académie Françoise , par M. Voiron .
A Amſterdam , & ſe trouve à Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques.
Nous avons fait connoître à nos Lecteurs
l'Éloge couronné de Fontenelle & celui de
M. le Roy. Quoique celui de M. Voiron
n'ait obtenu ni le Prix ni une mention honorable
, il nous a paru mériter qu'on ne
le paſsât point ſous filence. C'est avec juftice
qu'on a loué la diviſion de ce Diſcours.
L'Auteur fait voir Fontenelle portant fucceffivement
l'espritphilofophique dans la Littérature
, l'esprit de lumière dans les Sciences ,
l'esprit de douceur & d'aménité dans la philofophie.
On fent combien ce cadre eſt heureux
pour faire reſſortir les connoiſſances ,
la littérature & le caractère de Fontenelle.
Comme les autres Panégyriſtes de cet
homme célèbre , M. Voiron nous montre la
gloire de ſon Héros partagée entre deux
ſiècles fameux , celui des Arts & celui de la
Philofophie.
" Animé par l'amour de la gloire , Louis,
>> XIV voulut que ſon règne fût une époque
DE FRANCE. 7
>> toujours mémorable dans l'Hiſtoire des
>>Nations & celle de l'eſprit humain ; il
ود créa des Guerriers , des Orateurs & des
» Poëtes , enflamma le génie autant que
l'héroïſme. Tous les Arts furent accueillis ,
>> les germes de tous les talens ſe dévelop-
>> pèrent ; mais à quel degré de perfection
ود
2
furent portés preſque en même temps
>> tous les genres de Littérature ? Boſſuet
échauffoit de l'éloquence de Démosthène
» les vérités ſublimes de la Religion ; Boileau
fixoit en Légiflateur éclairé les principes
>>du goût; rival de Phèdre & d'Éſope , l'ini-
4
20
ود mitable La Fontaine renfermoit la morale
>>ſous les emblêmes de l'apologue ; plus
>> grand que Sophocle , Corneille élevoit
» l'âme des Spectateurs juſques à l'énergie
>> des vertus Romaines; plus touchant qu'Eu-
- ripide , Racine enchantoit tous les coeurs
>> par la peinture de leurs foibleſſes ; Obfer-
>>vateur plus Philoſophe que Plaute& Té-
>> rence , Molière charmoit tous les eſprits
» par le tableau des ridicules & des travers
>> de ſon ſiècle; créateur du Théâtre Lyrique,
>> Quinault s'étoit ſoumis le ciel , la terre ,
ود les enfers , tous les êtres réets ou chimé-
» riques au milieu des prodiges de tous les,
>> Arts : ne ſembloit-il pas que toutes les
>> forces de la Nature étoient épuiſées; qu'il
>> ne reſtoit plus aux ſucceſſeurs de tant
>> de grands Hommes que la gloire de les
imiter? >>> ود
A iv
8 MERCURE
?
Après ce morceau , qui peut donner une
idée de ſon ſtyle , l'Auteur repréfente Fontenelle
enrichiſſant la Littérature de l'eſprit
philofophique ; & il ſaiſit cette occafion de
juſtifier la philofophie du reproche qu'on
lui fait de corrompre le goût. Il jette un
coup d'oeil ſur les Mondes , les Dialogues &
l'Histoire des Oracles ; & après avoir montré
Fontenelle fondant à la philofophie un
nouvel empire , il le repréſente dans ſa ſeconde
partie étendant celui des ſciences , en
y portant des lumières inconnues juſqu'à lui
Dans cette ſeconde partie , M. Voiron fair
voir qu'il a des connoiffances acquiſes , &
prouve que la langue des Savans ne lui eft
pas étrangère. On peut lui reprocher feulement
d'avoir employé quelquefois un ſtyle
un peu trop ſcientifique.
La troiſième partie eſt employée à développer
la philofophie morale &pratique de
Fontenelle; & l'Orateur termine ſon éloge
en difant : Si l'emblême géométrique dat
>> cylindre circonfcrit àla fphère, fut autre-
>> fois le plus bel ornement du tombeau
>> d'Archimède; que la flûte champêtre , que
20. la lyre d'Orphée , que le compas d'Uranie
» & l'Egide de Minerve ſoyent déposés au-
>> près de l'une de Fontenelle ; que toutes
>>les Sciences ſe diſputent l'honneur de
>> couvrir ſa tombe d'hieroglyphes facrés ,
>> tandis qu'en ce Lycée , où repoſe le génie
>> philofophique de Fontenelle ,l'éloquence
DE FRANCE.
>> conſacre à la poſtérité la plus reculée , fes
> talens , ſes connoiffances& les vertus. >>
On prévient dans un court avertiſſement
que l'Auteur de ce Diſcours n'a pas pu donner
à ſon plan tous les développemens dont
il étoit ſuſceptible. Après cela , il y auroit
une forte de cruauté à s'appeſantir fur ce
reproche ; & il y a de la justice à dire que
cet Ouvrage a un mérite réel ,& qu'il doir
faire honneur à ſon Auteur.
TRAITÉ Élémentaire de Morale & du
Bonheur , avec cette Épigraphe : Multa
dicere paucis. 2 vol. in 12. A Lyon , chez
J. M. Barret , Imprimeur- Libraire , quai
: de Retz; & fe trouve à Paris , chez Lamy ,
Libraire , quai des Auguſtins , & Lejay ,
rue des Petits Champs. Prix, 2 liv. 8 ſols.
: RÉDUIRE la morale en traité , en faire un
ſyſtême fondé fur un principe évident , dont
toutes les parties dérivent avec ordre , enchaînement
, & qui produiſe un réſultat
utile à chaque individu en particulier , & à
tous les hommes en général , eſt une idée
échappée, dit l'Auteur, aux anciens, propoſée
par quelques modernes , & qui eſt encore à
réalifer.
5
La chaîne des principes qui doivent diriger
l'homme , & le conduire au bonheur
eſt encore à former ; on en trouve par tour
des chaînons , mais détachés. Les Moraliór
Av
10 MERCURE
tes n'ayant jamais pris pour but le bonheur
des individus & l'ordre de la ſociété , on n'a
jamais ſu ni d'où l'on partoit ni où l'on devoit
tendre. L'Auteur , après avoir rejeté tout ce
qui eſt trop auſtère , & fur tout ce qui l'eſt
en pure perte , après avoir banni toutes les
idées métaphysiques, comme au moins inutiles
, propoſe en peu de mots un ſyſteme
clair& intéreſſant.
Rendre les hommes meilleurs pour les
rendre plus heureux , c'eſt l'unique but qu'il
ſe propoſe , & le ſeul moyen qu'il emploie.
Par conséquent la première partie de
l'Ouvrage traite du bonheur , & la deuxième
des devoirs qui font les moyens d'y. parvenir.
L'Auteur prouve que l'homme a intérêt
à faire le bien , mais ſur tout à éviter le
mal ; & du développement de cet intérêt
dérivent tous ſes devoirs.
C'eſt le reffort unique qu'il a employé
pour exciter, pour diriger , pour contenir,
mouvemens auxquels ſe rapportent toutes
les impreſſions morales & politiques. On
pourroit enfin définir l'Ouvrage que nous
annonçons : instruction donnée aux fens & à
l'entendementfur leur intérêt véritable.
Nous croyons que peu de Livres de morale
portent ſur d'auſſi bons principes , &
qu'il eſt rare d'y trouver des développemens
auſſi clairs & des conféquences auffi
juſtes. Le ſtyle eſt naturel & concis , tel qu'il
convenoit à ce genre d'Ouvrage , dont un
>
DE FRANCE. II
grand mérite encore eſt d'être fort peu volumineux.
Nous n'entreprendrons pas de tranſcrire
ici toutes les penſées détachées qui nous ont
paru dignes d'être gravées dans la mémoire
par leur juſteſſe & leur préciſion. Nous en
prendrons quelques-unes au hafard , pour
faire connoître le ſtyle de l'Auteur , & pour
juſtifier nos éloges .
" Faire tort à un peuple ou à un homme
d'un autre peuple en faveur de la patrie , eft
une injustice , comme ſi l'on faifoit tort à la
patrie en faveur de ſa famille. »
" Un homme qui ſe borne aux Livres
utiles , peut dire des grandes bibliothèques.
comme de tant d'autres objets , que de chofes
dontje n'ai que faire ! »
• Faire d'avance le ſacrifice des choſes
qu'on ne peut retenir, eſt la ſeule manière
de poſſéder librement ; c'eſt le premier ſoin
du Philoſophe qui aquiert.
" Le ſage a peu d'occaſions de haïr , parce
qu'il ne defire pas la plus grande partie des
choſes que les autres convoitent , & qu'il eſt
aſſez maître de lui-même pour ne pas pourſuivre
par la haine ceux qui ont obtenu de
préférence à lui, »
" Il ne faut pas prétendre que les événemens
ſe règlent ſur nos deſirs; mais au contraire
régler nos deſirs ſur les événemens.
Nous ſommes ici, non pour donner la loi ,
mais pour la recevoir , pour ſuivre ce qui eſt
Π
A vj
12 MERCURE
établi , & pour obéir au cours de la nature.
« Il eſt deux ſauve- gardes dans la vie , la
fimpleſſe & la retraite, avec l'une , on ne
choque perſonne ; dans l'autre , on n'eſt pas
heurté.
« La bienfaiſance doit être fubordonnée à
la juftice ; prendre aux uns pour donner aux
aures , feroit être injuſte ſans être bienfaifant
« Qu'un homme ſoir eſtimé ou haï par le
peuple, ce n'eſt pas une raiſon pour l'eftimer
ni pour le hair ; mais quant à l'amour
des bons , il joint la haine des méchans , il
n'y a pas à balancer , & l'on peut affirmer
qu'il eſt homme de bien. »
" La vie est un moment de récréation
dont la nature nous a gratifié; ſi nous nous
paffionnons aux jeux qui s'y font , au lieu
d'un inſtant de joie , nous en faiſons un tems
de tourment; & lorſque le terme arrive ,
ceux qui ont joui ſans inquiétude ſe trouvent
au mêine point que ceux qui ſe ſont agités. >>>
" Le peuple est fripon. Par-tout où vous
entendrez dive cela , examinez quel exemple
on lui donne , & voyez s'il n'auroit pas
étédupe.
1
DE FRANCE. 13
ACADÉMIE FRANÇOISE.
JEUDE 27 Janvier dernier , l'Académie
Françoite tint ſa ſéance publique pour la
réception de M. l'Abbé Maury , nommé à la
place vacante par la mort de M. le Franc
de Pompignan. Le Difcours du nouvel Académiciena
été jugé digne d'un Orateur diftingué
dans la carrière de l'eloquence. Les ſuccès
qui l'ont conduit aux honneurs acadé
miques , ont dû éveiller Fattention, la criti
que même ſur ſon Discours ; mais il a rempli
l'attente de fes Auditeurs , par un ſtyle
noble & foutena, par des beautés ſimples&
vrajes.
C'eft avec une vive ſatisfaction que le Pu
blic a vu M. le Duc de Nivernois , chargé
comme Directeur actuel , de répondre au
Difcours du Récipiendaire. On a quelquefois
reproché aux Lutérateurs de manquer
de ces grâces que donne le grand monde ,&
qui adouciffent l'austérité du cabinet ; on a
quelquefois accufé les Ecrivains nés dans le
grand moride , de n'avoir qu'un mérite de
fuperficie , un talent qui bril'e fans rien produire,
parce qu'il n'a pas été fécondé par l'étude.
On fait que M.le Duc de Nivernois ,
fous ce doubleaſpect , ne laiſſe rien à defirer
; & fon difcours , auffi agréablement
14 MERCURE
écrit que bien penſé , n'a fait que confirmer
une vérité depuis long- temps établie.
On n'a pas oublié que M. le Franc de
Pompignan avoit pris place à l'Académie
Françoiſe d'une manière affez fingulière ;-
conduit par un zèle excuſable , peut-être ,
mais à coup sûr indiſcret , il avoit bleſſe dans
, ſon Diſcoturs une partie des Littérateurs qui
venoient de l'admettre parmi eux , de façon
que ſon compliment avoit été une eſpèce
d'hoftilité. Cette circonſtance , difficile à préſenter
dans un Diſcours académique , a été
rappelée par les deux Orateurs ; tout ce que
M. l'Abbé Maury a dit là deſſus , eſt digne
d'éloge; M. le Duc de Nivernois en a dit
encore moins , & en a dit aflez .
M. Gaillard a terminé la ſéance par une
Notice ſur Démosthène , qui doit être placée
dans la nouvelle Encyclopédie. Cet article
eſt bien plus propre à l'attention réfléchie
du cabinet , qu'à l'avide impatience d'une
Aſſemblée ; mais on n'y retrouve pas moins
cette ſage diſcuſſion , cette méthode , cette
faine Littérature , qui caractériſent le talent
de cet eftimable Académicien.
Le Diſcours & la Réponſe ſe trouvent
chez Demonville , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , rue Chriſtine.
DE FRANCE.
IS
VARIÉTÉS .
RÉFLEXIONS fur la Vie du Maréchal de
Villars , relativement au Maréchal de
Berwick.
LORSQUE LORSQUE je rendis compte dans le Mercure
de la Vie du Maréchal de Villars , je terminai
cet examen en obſervant qu'il ſeroit
curieux de rapprocher ces Mémoires de ceux
du Maréchal de Noailles , & de comparer
les deux Ouvrages ainſi que les deux hommes.
Il en fut un troiſième , non moins digne
d'entrer dans ce parallèle , c'eſt le Maréchal
de Berwick.
Il nous a auſſi laiſſe des Mémoires. Employé
dans les Négociations , dans les Conſeils
& à la tête des Armées ; ſa carrière militaire
offre ſur-tout des points frappans de
comparaiſon avec celle du Maréchal de Villars
.Un homme de guerre impartial &éclairé
en tireroit des leçons pour les gens de l'art ,
il y puiſeroit des opinions peut-être bien
contraires aux préjugés reçus.
Les actions du Maréchal de Villars furent
éclatantes ; celles du Maréchal de Berwick ,
ſages & réfléchies ; le premier confultoit
ſes propres idées avant les circonſtances;
le ſecond connoiſſoit mieux l'empire de
celles-ci , & fut à propos y plier ſes projets.
Villars fit de la hardieffe & des batailles le
1
16 MERCURE
>
principe de ſa conduite à la guerre ; Berwick
les réſerva pour les occaſions ſeules où elles
étoient indiſpenſables : tous deux habiles à
employer les Armées , le dernier n'en répandoit
le fang qu'à la dernière extrémité. Il
conſerva l'Eſpagne à la Maiſon de Bourbon
tandis que Villars mettoit les frontières de
la France en sûreté. Il eſt à remarquer que le
Vainqueur de Denain ſe confia ſouvent à la
fortune , & Berwick toujours à la ſageffe
des projets; auſſi fut -il plus conftamment
heureux : Villars même le lui reprocha ,
lorſqu'il fut tué à Philipsbourg d'un boulet
de canon ; mais Berwick laiffoit peu
de chofes à faire à la deſtinée , & l'étoile
d'un grand homme de guerre n'eſt autre
choſe que ſon habileté.
La carrière du Maréchal de Berwick fut
moins agitée que celle de Villars , dont le
caractère étoit plus impétueux ; il s'irritoit
moins des contradictions , il ramenoit les
volontés au lieu de les braver ; il ne demandoit
jamais de grâces : Villars trouva prefque
toujours les récompenfes au-deſſous de
fes fervices; l'un & l'autre arrivèrent à la
gloire par un mérite différent; celui du Maréchal
de Villars frappera davantage le vulgaire.
Par ſa mère , le Maréchal de Berwick étoit,
neveu du Duc de Marlborough. " Telle fut
l'étoile de cette Maiſon de Churchill , dit
>> Montesquieu , qu'il en fortit deux hommes,
* dont l'un , dans le même temps , fut def
DE FRANCE.
17
„ tiné à ébranler , & l'autre à foutenir les
» deux plus grandes Monarchies de l'Eu-
» rope. ,
Villars n'a point rendu dans ſes Mémoires
toute la juſtice qu'il devoit au Maréchal de
Berwick. Nous remarquâmes dans le temps
ſes préventions contre plus d'un de ſes contemporains
C'eſt au ſujet de ſes opinions
fur le génie militaire de Berwick, qu'on nous
a adreſſe les réflexions ſuivantes : elles viennent
d'une main trop reſpectable pour ne
pas mériter toute confiance.
( Mallet du Pan. )
IL eft néceſſaire de commencer par rappeler deux
campagnes de M. de Villars pour l'intelligence de ce
que nous propoſons de développer.
Le Maréchal de Villars commandoit l'Armée du
Dauphiné en 1708 , & n'avoit pu ſauver Exilles &
Feneftrelles , que prit pendant cette campagne le Duc
de Savoie , quoiqu'inférieur. * Ce Prince ayant , par
ſes manceuvres ,trouvé le moyen de ſe porter entre
M. de Villars & ces deux places , on ne pouvoit plus
empêcher leur priſe. Cependant M. de Villars atraqua
Sezane , & l'emporta en préſence de l'Armée
ennemie , campée derrière ſur les hauteurs. Il ne
jugea pas pouvoir pouffer pus loin ſes attaques , &
* Il n'avoit dans fon Armée que dix-huit bataillons
Piémontois à cinq cent hommes chacun , faiſant au complet9000
hommes , & vingt-trois bataillons Allemands ,
montant également au complet à 16531 hommes , en totalité
25531 , optre 9060 chevaux. L'Armée Françoiſe étoit
compofée de 74 bataillons , qui auroient forme au complet
plus de cinquante mille hommes d'Infanterie , & 3000
chevaux. Voyez Quincy , tome 6 , Pages 30& 31 .
18. MERCURE
M. de Savoie ſe borna de ſon côté à défendre les
poſtes qu'il avoit choiſis , à couvrir par-là ſes ſièges
& à les continuer. Les Commandans de nos Places
n'ayant aucun eſpoir d'être ſecourus , ſe défendirent
très-mal, & ſe rendirent priſonniers de guerre. Celui
d'Exilles fut caffé & dégradé.
M. de Villars paſſa en Flandres en 1709 , & M.
de Berwick lui ſuccéda en Dauphiné. Ce dernier fuc
rompre , par un plan défenſif, inconnu juſqu'alors ,
les projets de l'Empereur & du Duc de Savoie. Ils
ne doutoient pas de leurs ſuccès , vû la ſupériorité de
leur Armée , ayant l'année précédente pris deux places
malgré leur infériorité. Cependant , non- feulement
cette campagne , mais les trois ſuivantes furent heureuſes
pour la France : M. de Berwick empêcha toujours
les ennemis , malgré leur ſupériorité& leurs
grands préparatifs, de faire aucune conquête,&d'entrer
dans le Royaume , comme ils en avoient le
deſſein.
La campagne de Flandres fut encore malheureuſe
en 1709 ; les ennemis la commencèrent par prendre
Tournay: ilsdonnèrent enſuiteune ſanglante bataille
àMalplaquet , d'où , malgré la grande perte qu'y fit
leur Armée, ils inveſtirent Mons ,& finirent la campagne
par la priſe de cetteplace.
LeRoi , ſoit par la comparaiſon de ces deux campagnes
du Maréchal de Berwick ,&du Maréchal de ,
Villars , foit par d'autres motifs , parut être réſolu à
ſe réduire à la défenſive également en Flandres pendant
la campagne de 1710. Celle que venoit de faire
en Dauphiné M. de Berwick , avoit augmenté en lui
la confiance du Roi. M. Voiſin ; Secrétaire d'État
de la Guerre , lui propoſe , de la part du Roi , * de
prendre le commandement de l'Armée de Flandres ,
*Mémoires de Ber. tome 2 , page 90.
1
DE FRANCE. 19
1
juſqu'à ce que la bleſſure que le Maréchal de Villars
avoit reçue àà Malplaquet , lui permît de commander.
M. de Berwick accepte la propoſition ; mais à
condition qu'il partira ſur le champ pour la frontière
, afin d'y faire avant l'ouverture de la campagne
les préparatifs qu'il jugeroit néceſſaires pour une
bonne défenſive. La condition ne fut pas acceptée ;
car M. Voifin n'en parla plus à M. de Berwick. Cet
arrangement , ſelon toute apparence , ne convint
point àM. de Villars . Il conſentoit , même defiroit
d'avoir avec lui le Maréchal de Berwick ; mais il
redoutoit que ce Général ouvrit tout ſeul la campagne.
La condition qu'il avoit miſe , l'auroit rendu
maître du plan de la campagne , & , par une ſuite néceffaire
, de la conduite. Cependant le Roi écrit à M.
de Villars , pour lui donner pour exemple la dernière
campagne de M. de Berwick en Dauphiné. M. de
Villars nous apprend lui-même que Louis XIV lui
avoit fait remarquer que M. de Berwick entendoit
parfaitement la ſcience de bien fermer un pays. Les
faits parloient, il ne pouvoit en diſconvenir ; mais
en meme-temps paroît chercher à diminuer les
ralensdu Maréchal de Berwick pour la guerre offenfive.
Le Roi vouloit ſans doute calmer l'ardeur de
M. de Villars , comme il le dit lui-même dans ſa
vie , lui faire prendre goût pour la défenſive , & l'encourager
à la bien foutenir en Flandres , où le Roi
s'y étoit réduit pour la campagne de 1710 ; mais ce
parti n'eut aucun ſuccès. Les ennemis prirent , cette
même campagne , Douay , Béthune , Saint- Venant ,
Aire ; & la ſuivante , Bouchain. M. de Berwick prétend
cependant dans ſes Mémoires qu'avec des me
fures bien priſes pendant l'hiver , il étoit très- poſſible
de garantir Douay & toutes les places depuis la mer
juſqu'à la Sambre. Peut être pourroit-on dire du
Maréchalde Villars, avec plus de vérité, l'inverſe de
ce qu'il dit ſans fondement de M. de Berwick ,
it
20 MERCURE
comme on va le voir : Que M. de Villars étoit encoreplus
propre à l'offenfive qu'à la défenſive : ce ne
fut qu'après la retraite de M. de Marlborough de
l'armée des Alliés , la paix de l'Angleterre avec la
France , & le combat de Denain , que M. de Villars
ſe trouvant alors à la tête d'une Armée bien ſupérieure
à celle du Prince Eugène ,reprit l'offenfive, &
preſque toutes les places que les ennemis nous
avoient enlevées. Mais revenons à notre propos.
Les éloges que Louis XIV avoit faits du Maréchal
de Berwick, étoient bien propres à faire naître dans
un Général la jaloufie & la crainte d'un rival , & à
lui donner de l'inquiétude ; M. de Villars avoit aſſez
d'eſprit pour bien tourner une Lettre dans une occaſion
délicate : celle-ci produiſit les deux Lettres
dont nous allons donner les extraits ,
Lettre de M. de Villars à M. Voifin , Secrétaire
d'Etat de la Guerre , du 23 Avril 1710 , Tome
Second , page 147 .
« Si Sa Majesté veut être tranquille pour fon
> Armée pendant que je ferai aux caux , c'eſt d'y
>> envoyer M. le Maréchal de Berwick; & permet-
>> tez-moi de vous dire que le moyen de le faire
>> venir ſans répugnance de la part, c'eſt de lui en
mander la ſituation; que le Roi ne veut point que
>> l'on cherche une action ; & corame parmi ſes an-
>> tres talens pour la guerre , Sa Majefté a remarqué
>> qu'il entendoit parfaitement la ſcience de bien
>> fermer un pays , elle ſera bien- aiſe qu'il donne le
>> reſte de la campagne à mettre en bon état la nou-
>> velle frontière qu'il s'eft faite , qui tient de la mer
> à Valenciennes. Le Maréchal de Berwick eſt affurément
très-brave homme ; & une marque que je
>> le penſe ainſi , c'eſt l'envie que j'ai de le voir à
>uneaîle pendant que je commanderai l'autre ; mais
DE FRANCE. 21
:
» je ſuis perfuadé qu'il eſt encore plus propre à une
>> défenſive qu'à une offensive; car pour marcher
» en avant & prendre poſte ſur un ennemi , j'ai re-
>> connu cette campagne , par ſes ſentimens forte-
> ment ſoutenus par lui , qu'il ne ſe cominettra pas
>> volontiers à une action ; mais il la ſoutiendra à
>> merveille : c'eſt tout ce que le Roi demande dans
>> le moment actuel. >>
Autre extrait de Lettre de M. de Villars à
M. Voisin , du 17 Juillet 1718 , Tome Second ,
page 143.
«Je n'ai rien à me reprocher après la Lettre que
>> j'ai pris la liberté d'écrire à Sa Majesté, lors du
>> départ de M. le Maréchal de Berwick ; j'offris de
>> ſervir ſous lui , je l'offre encore..... Ayez donc la
• bonté de mander au Maréchal de Berwick qu'étant
> forcéd'aller aux eaux dans la fin du mois d'Août ,
>> le Roi ne peut confier ſa principale Armée qu'à
lui , & véritablement je le penſe ainfi. >>
Quand M. de Villars offrit de ſervir en Flandres
ſous le Maréchal de Berwick , il comptoit bien qu'il
ne ſeroit pas accepté ; c'étoit choſe abſolument impraticable.
Son caractère n'étoit pas propre à s'accorder
à la tête d'une Armée avec un autre Général ,
comane faifoient enſemble le Duc de Marlborough
& le Prince Eugène ; encore moins auroit il ſupporté,
comme il le propoſoit , d'être aur ordres de
ſon cadet de Maréchal de France , & de dix - neuf
ans d'âge. Les principes ſur la guerre étoient trop différens
entre MM. de Villars & de Berwick , pour
être sûr de les voir ſe rapprocher toujours quand les
occaſions l'exigeroient. M. de Villars vouloit toujours
batailler ; il paroît même ne guère admettre
d'autres moyens à la guerre. M. deBerwick ne vou-
Loit donner de bataille que quand il ne ſavoit pas
22 MERCURE
mieux faire ; c'eſt ce qu'on lui a entendu dire cent
fois. Il leur auroit donc été ſouvent difficile de s'accorder.
Quoi qu'il en ſoit , on trouve dans ces deux
extraits que le Maréchal de Villars reconnoiſſoit la
ſupériorité du Maréchal de Berwick dans la guerre
défenſive , le Roi d'ailleurs étant décidé à ne ſoutenir
en Flandres qu'une guerre de ce genre. M. de
Villars pouvoit être fondé à prétendre qu'il n'y avoit
rien de mieux à faire que de choiſir M. de Berwick
de préférence pour le remplacer , quand il ſeroit
obligé d'aller aux eaux pour la bleſſure qu'il
avoit reçue à Malplaquet. Peut- être alloit-il trop loin
en mandant au Miniſtre : Le Roi ne peut confier ſa
principale Armée qu'à lui ( Berwick ) , & véritablementje
lepense ainfi. MM. de Catinat & de Vendôme
vivoient alors , l'un & l'autre en état de commander
les Armées , & capables d'exciter la jalouſie
de leurs rivaux par leurs grands talens pour la guerre.
La même année M. de Vendôme alla commander
en Eſpagne , après la bataille malheureuſe de Sarragofle
, & y rétablit les affaires à Brihuega & à
Villaviciosa. Cependant , après la campagne de
1708 , en Flandres , M. de Villars pouvoit être en
droit de croire que M. de Vendôme n'étoit pas baftant
vis-à-vis les Prince Eugène & Duc de Marlborough.
Mais en même-temps que M. de Villars ſembloit
mettre dans cette occaſion d'une guerre défenſive ,
M. de Berwick au-deſſus des autres Généraux de
ſon temps , il ne lui rendoit pas davantage toute la
justice qui lui étoit dûe dans la partie brillante de
la guerre offenſive , quoiqu'il lui reconnût , dans
cette partie même de la capacité , & qu'il convint
que ce Général ſoutiendroit à merveille une action.
Il avoit ſans doute alors principalement en vue la
bataille d'Almanza & celle de la Boyne en Irlande ,
où M. de Berwick , commandant l'aîle droite , &
DE FRANCE.
23
n'ayant pas encore vingt ans , montra dès lors des
talens bien au- deſſus de ſon âge , & un courage héroïque
, en chargeant dix fois * la cavalerie de l'aîle
gauche des ennemis , bien ſupérieurs en nombre , &
ayant à leur tête le Maréchal de Schomberg,qui fut tué
dans une de ces charges. Il est vrai que M. de Berwick
ne ſe ſeroit pas compromis à une action par
trop d'ardeur & fans néceſſité , il ſavoit trop pour
cela ménager le ſang précieux du Soldat ; mais
quand il jugeoit l'action néceſſaire , il étoit auſſi
actif &peut - être plus entreprenant qu'aucun autre
Général. L'on ne peut mieux trouver les preuves de ce
qu'on avance, que dans les Mémoires de Berwick &
les détails de ſes campagnes ; on ſe propoſe donc de
les donner ici en abrégé.
Commençons par la campagne de 1704 , & nous
ne pouvons mieux faire que de copier ici ces mêmes
Mémoires , Tome premier , page 261 .
" La Cour de Madrid , avertie de ce qui ſe paſſoit
> ſur la frontière , commença à avoir une ſi grande
>> frayeur , qu'elle m'envoya ordre de reſter ſur la
>> défenſive , & fur- tout de ne point riſquer une
*>> action. Je répondis qu'il falloit néceſſairement dé-
>> fendre Lagueda , ne connoiſſant point d'autre
>> poſte où je puſſe arrêter les ennemis & les empê-
>>> cher d'aller à Madrid. Sur cela l'on me récrivit
>> encore qu'abſolument l'on me défendoit une ac-
>> tion , & qu'ainſi j'euſſe à me retirer à meſure que
>> les ennemis avanceroient. Malgré tous ces ordres
>> poſitifs du Roi d'Eſpagne , je crus qu'il y alloit
de ſa Couronne de n'en rien faire , & je réſolus
ود de défendre Lagueda , au haſard de tout ce qui
>> pourroit en arriver , étant convaincu que ſi je ne
>> le faifois pas , l'Eſpagne étoit perdue ; ainſi qu'il
: *Mémoires de Berwick , tome 1 , page 71.
24
MERCURE
>> valoir mieux riſquer la bataille avec quelque eſpé-
>> rance de ſuccès , que de tout abandonner & tout
>> perdre ſans coup férir ; manoeuvre honteuſe &
>> infâme. >>
En conféquence , le Maréchal de Berwick , malgré
ton infériorité effrayante de plus du double audeffous
des ennemis , marche en avant , prend pofte
ſur Lagueda a Cindad- Rodrigo , frontière de Portugal,
préſente la bataille aux ennemis. & ſoutient
fon poſte par des manoeuvres ſavantes & hardies ;
ils cherchèrent envain pendant plus de trois ſemaines
àle dépofter , ils firent même une tentative pour le
combattre ; mais ſa contenance n'étant pas celle de
quelqu'un qui voulût les laiſſer paſſer impunément
la rivière , ils n'osèrent point ſe compromettre àune
attaque ſérieuſe; l'affaire ſe paſſa en une canonade ,
& les ennemis ſe retirèrent. Ils ſe déterminèrent
enfin à finir la campagne & à rentrer en Portugal
pour y prendre leurs quartiers. Je doute fort qu'aucun
autre Général , même le Maréchal de Villars ,
malgré ſon goût pour batailler , eût ofé ſe dérerminer
au parti hardi que prit alors le Maréchal de
Berwick, & qui exigeoit en outre le plus grand courage
d'eſprit.
Le Maréchal de Berwick , à la fin de 1725 , fut
chargé du ſiège du Château de Nice , opération
d'une guerre offenſive ; on ne lui donna pour cette
entrepriſe que ſeize bataillons; il emmena de plus
avec lui deux cent Dragons , ne pouvant ſonger a en
avoir davantage à cauſe de la rareté des fourrages.
Arrivé devant la place le 31 Octobre , il attendit
que la ville ſe rendît , ce qui fut le 14 de Novem
bre , pour bien reconnoître le château & choiſir le
côté de l'attaque. La place avoit trois fronts , l'un
du côté de la ville , un autre de celui de Simiers , &
le troiſième du côté de Montalban . On lit dans les
Mémoires, de Berwick , tome premier , page 295 :
» Nous
DE FRANCE.
25
«Nous trouvâmes que celui de la ville ſe montroit
» le plus ; mais qu'il étoit difficile d'y conduire du
>> canon & de le placer ; de plus , les Ouvrages
>> étoient ſur des rocs vifs , cachés par une chemiſe
> de maçonnerie , ſur lesquels le canon n'auroit rien
> fait (on ne pouvoit eſpérer plus de ſuccès en ſe
• ſervant de la mine) . Le Duc de Vendôme , qui
> avoit commandé dans la ville , étoit cependant
» pour cette attaque. Celui de Simiers avoit pareil-
» lement fes difficultés par rapport à l'emplacement
> des batteries; mais il y avoit de plus une trop
>> grande quantité d'ouvrages , une double enceinte ,
" un foflé taillé dans le roc , miné par-tout: ce
» qui , vû la ſaiſon & le peu de troupes que nous
avions , qui ne faisoient que cinq mille homines ,
>>> auroit rendu cette attaque des plus longues & des
plus douteuſes. Le Maréchal de Vauban vouloit
>> abſolument que j'attaquaſſe le Château par cet
>> endroit , le Roi n'en avoit envoyé par un Courier
>> le projet & le plan qu'il en avoit fait; mais par les
>>>raiſons ſusdites , je ne le voulus pas. Le Maréchal
>>>de Catinat , qui , en 1591 , l'avoit attaqué par-là ,
- ne l'auroit pas pris ſi par bonheur une bombe
n'eût fait ſauter le magaſin & détruit le puits. Il
> ne reſtoit donc que l'attaque du côté de Mon
>> talban, que nous trouvions la ſeule praticable ',
tant à cauſe de la commodité d'y conduire du
canon , que par le manque d'ouvrages que l'on
> avoit négligé d'y faire dans la ſuppoſition que
>> l'eſcarpement empêcheroit d'y pouvoir monter.>>
Je doute encore qu'il ſe trouvat beaucoup de Généraux
qui osaffent prendre ſur eux le parti auquel
ſe détermina M. de Berwick. Il eut donc encore le
courage d'eſprit d'attaquer la place par le côté de
Montalban , contre l'avis du Maréchal de Vauban ,
qui avoit jugé le Château imprenable par le front ,
& ontre la déciſion du Roi. Il falloit réuſſir pour ac
B
:
26 MERCURE
pas ſe perdre. Afin de prouver à Louis XIV que ce
Prince avoit été trompé , ainſi que le Maréchal de
Vauban , & que ce n'étoit pas un heureux hafard qui
lui cût ſoumis la place comme au fiège qu'en fitM.
de Catinat, mais qu'il l'avoit emportée de vive force
par les moyens que l'art enſeigne , en ouvrant la
place en trois endroits , &y faiſant de larges brêches
au haut deſquelles on pouvoit arriver , il y monta à
cheval avec cinquante Officiers . *
Suivons le Maréchal de Berwick dans ſa campagne
de 1706 en Eſpagne. Réduit au commencement
de cette campagne à huit ou neuf mille chevaux ,
vis-à-vis une Armée de quarante mille hommes ,
ayant été obligé de jeter dans les places preſque
toute fon infanterie , il ne pouvoit fonger qu'à une
défenſive , où il harceleroit cependant l'ennemi dans
ſes marches , ſes fourrages , ſes convois ; c'étoit tout
-ce qu'il pouvoit faire alors offenfivement. En conſéquence
il fe tenoit toujours campé ſur l'ennemi
& ne levoit le piquet qu'après s'être fait tirer du
canon. Aucun détachement ne fortoit du camp ennemi
qu'il ne tombat deſſus ; il faisoit toujours quelques
prifonniers ; &, par le calcul qu'on en fit à la
fin de la campagne, le nombre paſſoit dix mille ;
mais du moment que le ſccours de France , qu'il attendoit
, l'eut rendu auſſi fort que les ennemis , il
prit l'offenfive avec la plus grande vivacité ; il les
chaſſa de Madrid & de toute la Caſtille; il les renvoya
dans le Royaume de Valence & celui d'Arragon.
C'eſt dans les Mémoires de Berwick , Tome
premier , page 342 , que l'on voit les détails de cette
offenive , l'une des plus vives & des plus ſavantes.
Cette fin de campagne le conduiſit , en 1707 , à la
bataille d'Almanza , où il montra bien qu'il neba-
*Mémoires de B. , T. , pages 301 , 3040
DE FRANCE. 27
lançoit point à chercher & à donner une bataille
quand il la jugeoit néceſſaire , & d'engager à la fois
tout le front de l'Armée pour remporter une victoire
abſolument complette.
Dans le cas d'une action heureuſe au commencement
de la campagne , il avoit déterminé dès l'hiver
le ſiège de Lérida , & prévenu le Miniſtre ſur les
grands préparatifs indiſpenſables à faire pour un
ſiège; mais il n'en exiſtoit aucun de fait , quand M.
le Duc d'Orléans ſe propoſa de l'entreprendre . Dans
l'état où étoient les chofes , M. de Berwick n'en fut
plus d'avis ; malgré cela , le ſiège fut réſolu; mais
comine on manquoit de tout ce qu'il falloit pour ſa
réuffite , on ſe trouva bientôt dans le plus grand
embarras ; M. le Duc d'Orléans étoit même preſque
déterminé à le lever; M. de Berwick s'y oppoſa
alors ; il était entrepris , l'honneur des armes du
Roi , celui de M. le Duc d'Orléans y étoient intéreffés
, il fit l'impoſſible , on remédia à tout , &
Lérida fut pris. C'eſt ce qui faisoit mander depuis ,
par M. le Régent , au Maréchal de Berwick: Rien
n'est difficile entre vos mains.
On ne peut rien reprocher à M. de Berwick des
malheurs qu'on éprouva en Flandres en 1708. Η
avoit commencé la campagne ſur le Rhin avec
l'Électeur de Bavière , vis-à- vis l'électeur de Brunfwick
& le Prince Eugène ; mais ce dernier ayant
quitté ſon Armée, & emmené avec lui un très-gros
détachement pour aller renforcer en Flandres M. de
Marlborough , le Maréchal de Berwick reçut l'ordre
de la Cour de s'y porter avec un renfort auſſi confidérable
, & de joindre M. le Duc de Bourgogne. Ena
faiſant la jonction de ſon Corps d'Armée avec celle
de Flandres , il prit le mot de M. de Vendôme , une
fois ſeulement par obéiſſance pour le Roi , qui le
voulut abſolument ; il ne fut plus enſuite que volon
taire auprès de M. le Duc de Bourgogne. M. DE
Bij
28. MERCURE
VENDÔME , SOUS CE PRINCE , COMMANDOIT
SEUL L'ARMÉE ; TOUT CE QU'IL DÉCIDOIT, ÉTOIT
APPROUVÉ PAR LE ROI, ET TOUJOURS SUIVI A
LA LETTRE .
M. de Berwick avoit fi bien prévu dans cette campagne
tous les événemens , qu'on croiroit que ſes
lettres, qui les précédoient, auroient été ajustées deſſus
après coup pour la juſtification de ſes avis. Il eſt
évident que ſi on les eût ſuivis , on n'eût pas eſſuyé
les déſaſtres qui arrivèrent ; Lille n'eût pas été pris ;
malgré la perte du combat d'Oudenarde , la campagne
auroit fini heureuſement comme elle avoit
commencé. Voyez les Mémoires de Berwick , tome
ſecond , année 1708 , & les Lettres du Roi , de M.
le Duc de Bourgogne , de MM. de Vendôme , de
Berwick & de Chamillard, page 403 & ſuivantes
du înême tome.
Dans les quatre campagnes en Dauphiné & en
Provence , où le Maréchal de Berwick étoit ſur la
défenſive , il ne perdoit point de vue de faifir l'offenſive
quand il le pouvoit. Quoiqu'il ſe fût affoibli
de vingt bataillons , qu'il avoit de ſon propre
mouvement remis au Roi, pour renforcer ſes autres
Armées , * croyant pouvoir s'en paſſer ſans rien
* C'étoit un grand préſent dans ce temps-là, dit le Préfident
Montesquieu . M. de Villars , au commencement
de 1711 , dit que quand il fut queſtion de travailler pour les
arrangemens de la campagne , chaque Général tira à foi &
tâcha de se faire l'Armée la plus nombreuſe. Il auroit dû , ce
me ſemble, excepter le Général du Dauphiné , au moins
ne le pas comprendre avec les autres , qui , felon toute
apparence , avoient raiſon , comme M. de Villars , de chercher
à augmenter leur Armée. Mais c'étoit chaque année
la complainte du Maréchal de Villars ; il avoit dit également
en 1710 : Pendant ce temps , les Généraux de Catalogne,
du Dauphiné, de l'Allemagne faisoient leurs Armées ,
qu'ils fortifioient tant qu'ils pouvoient. Voyez Tome ſecond
page 105 , 159de la Vie de Villars .
DE FRANCE. 29
(
craindre pour la frontière , dont la défenſe lui étoit
confiée , il avoit projeté en 1711 le ſiège d'Exilles.
Il ſe propoſoit de profiter du mouvement que feroient
les ennemis quand ils repaſſeroient les Alpes
àla fin de la campagne pour aller prendre leurs
quartiers en Piémont. Tout étoit combiné pour marcher
au camp retranché de Saint -Colomban , & y
arriver avant que le Duc de Savoie pût y porter du
ſecours: vingt fix bataillons étoient deſtines & fuffiſans
pour attaquer le camp à la fois par différens
endroits , le prendre & s'y établir ; les François une
fois poſtés autour de cette place , les ennemis ne
pouvoient plus en empêcher la priſe; mais la trop
grande vivacité d'an Officier Général fut cauſe que
tout échoun. Il attaqua de ſon côté vingt- quatre
heures plus tôt qu'on en étoit convenu ; & étant repouffé
comme il devoit s'y attendre en attaquant
tout feul , il fit enſuite la faute de ſe retirer trop pré.
cipitamment , abandonnant tout-à fait l'entrepriſe.
Elle eût réuſſi cependant infailliblement malgré ce
premier échec , fi cet Officier fût reſté , s'il eût attendu
MM. d'Asfed & Dillon , qui marchoient par
un autre côté , & eût attaqué de nouveau & de concert
avec eux les retranchemens au temps convenu ,
après leur avoir donné les fignaux de leur arrivée ,
&les avoir reçus de leur côté , comme il lui étoit
preſcrit dans ſon instruction. Voyez les Mémoires
deBerwick , Tome ſecond , page 134 ..
,
La levée du blocus de Gironne , que faiſoit le
Comte de Staremberg , en 1713 ; le ſiège de Barcelonne,
en 1714; la campagne d'Eſpagne, de 1719 ;
celle de Kell & de Philisbourg en 1733 & 1734 ,
toutes offenfives , font également honneur à M. de
Berwick , & concourent pour établir fa réputation
d'un Général de génie dans tous les genres .
La différence de caractère & de principes rendoit
ſouvent à la guerre MM. de Villars & de Berwick
But
30 MERCURE
d'avis différent ; mais M. de Villars , en toute autre
occaſion , étoit porté à déſapprouver toujours la
conduite du Maréchal de Berwick. Il paroît le bla
mer de n'avoir pas ſuivi en Écoſſe le Prétendant ,
après la mort de la Reine Anne ſa ſeur. Il ne faifoit
pas fans doute attention que M. de Berwick étoit naturaliſé
François avec l'agrément du Prétendant , &
que Louis XIV , enfuite le Duc d'Orléans , devenu
Régent du Royaume , lui avoient fait la défenſe expreffe&
férieure de fortir du Royaume ; M. de Villars
oublioit qu'il s'étoit engagé lui- même pluſieurs
fois par ferment , comme le Maréchal de Berwick ,
à ne point quitter le Royaume ſans permiffion par
écrit. Ici , loin de la donuer au Maréchal de Berwick
, on le lui défendoit. Il eſt vrai que c'eſt dans
labouche des perſonnes intéreſſées que M. de Villars
metces reproches ; mais c'étoit approuver tacitement
ces plaintes contre le Maréchal de Berwick , que de
les rapporter fimplement ſans s'expliquer davantage
comme fait le Maréchal de Villars. L
M. de Villars paroît auſſi déſapprouver M. de
Berwick de n'avoir pas refuſé , en 1719 , le commandement
de l'Armée contre l'Eſpagne. Il n'ofe
pas cependant donner encore cette improbation connue
de lui , il l'attribue à M. de Spinola , Ambaſſadeur
d'Eſpagne; mais elle eft tout auffi mal fondée
que la précédente. Le Régent avoit une entière confiance
à tous égards dans le Maréchal de Berwick ,
& l'avoit choifi de préférence pour le commandement
de l'Armée , ſans que M. de Berwick eût fait
aucunes démarches pour l'obtenir. Un ſujet qui a
reçu d'un Prince étranger des bienfaits pour de trèsimportans
ſervices qu'il a rendus à ce Prince , ne
peut être pour cela relevéde la fidélité & des ſervices
qu'il doit à ſon propre Prince , quand ce ſeroit pour
attaquer le même Prince qui l'a obligé; mais la poſition
où se trouvoit alors M. de Berwick , ajoutoit
DE FRANCE. 31
encore aux obligations du ſujet. Il étoit alors commandant
en Guyenne , frontière d'Eſpagne , & en
activité de ſervice ; il reçoit l'ordre de marcher contre
l'Eſpagne , il ne peut aſſurément ſe diſpenſer
d'obéir , quelqu'affligé qu'il fût d'ailleurs de cette
guerre. C'étoit le Duc de Liria , devenu Eſpagnol ,
&marié en Eſpagne , qui poſſédoit les biens que
Philippe V avoit donnés à ſon père le Maréchal de
Berwick. Chacun fidèle à ſon Prince , & méritant fa
confiance , ils ſervoient l'un contre l'autre. Qu'il
nous ſoit permis de renvoyer le Lecteur à ce ſujer
au Portrait du Maréchal de Berwick , par Milord ...
Bolingbroke ; à l'ébauche de l'éloge hiſtorique du
Maréchal de Berwick, par le Préſident de Montefquieu,
où la matière eſt traitée, l'un & l'autre placés à
la tête des Mémoires de Berwick, & au ſecond Tome
de ces Mémoires , pages 259 & 294.
Milord Bolingbroke , dans ſon Portrait du Maréchal
de Berwick , finit par dire : « Qu'il eſt bien sûr
>> d'avoir omis pluſieurs de ſes vertus; & que ſes
>> plus grands ennemis , ſi tant eſt qu'il en eût , ne
>> fauroient lui imputer aucun viee ..... Que fa mé-
>> moire ſera chère à tous ceux qui ont eu le bonheur
>> de le connoître , comme du meilleur grand Hom-
>> me qui ait jamais exiſté. »
Le Préſident de Montesquieu , dans ſon Éloge
Hiſtorique du Maréchal , reconnoît que * perſonne
n'a donné un plus grand exemple du mépris que l'on
doit fairede l'argent ; qu'il n'a guère obtenu de grâces
ſur leſquelles il n'ait été prévenu ; que quand il
s'agiſſoit de ſes intérêts , il falloit tout lui dire ; qu'il
ne diſoit jamais du mal de perſonne ; qu'auſſi ne
*Il ſembleroit que le Préſident , en louant le Maréchal
deBerwick, vouloit faire en même temps la critique de
pluſieurs de nos Généraux.
Biv
32 MERCURE
louoit-il jamais les gens qu'il ne croyoit pas dignes
d'être loués.
Il ne parloit jamais de lui ; la modeſtie & l'exacte
vérité ont toujours fait & marqué ſon caractère ;
rien ne s'accorde mieux que la noble ſimplicité de
ſon ſtyle, avec ces qualités diſtinctives du véritable
grand Homme , expreſſion ſi profanée de nos jours.
Nous venons cependant d'en admirer aujourd'hui un
parfait modèle dans un grand l'rince , toujours heu--
reux à la guerre , comme on le diſoit du Maréchal
de Berwick ; trait qu'à ſa mort glorieuſe la vérité
arracha d'un de ſes rivaux mourant,
SPECTACLES.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné , Mardi 25 , la première repréſentation
de Panurge dans l'Isle des
Lanternes, Comédie Lyrique en trois Actes ,
paroles de M. M ** , muſique de M. Grétry.
Cet Ouvrage eſt des mêmes Auteurs que
la Caravane , & c'eſt une nouvelle tentative
pout étendre les limites du genre comique
fur le Théâtre de l'Opéra . Avant de faire
aucune réflexion ſur le genre & fur l'Ouvrage
, nous allons donner une idée de l'action
&de la manière dont elle eſt conduite.
Le Théâtre repréſente une place publique.
On voit dans lefond un port de mer , & fur un
des côtés leportique d'un temple. Tout estpré
parépour lafête de la Déeſſe des-Lanternois.
DE FRANCE 33
On voit dans le fond la ſtatue de cetre
Déeffe, & le peuple affemblé célèbre ſes
louanges. Au milieu de ce peuple ſe trouvent
quatre amans , Acaste, amant d'Agarène;
& Zirphile , amant de Zenire. Ils implorent
les faveurs de la Déeſſe pour être unis par
l'Hymen ; car il paroît qu'aucun mariage
ne peut ſe faire ſans ſa permiſſion. Les deux
jeunes Lanternoiſes ſont ſoeurs , & ont pour
ſuivante une étrangère nommée Climène ,
qui a été amenée dans l'Iſle par des Corſaires
. Au milieu de la fête publique, leGrand-
Prêtre de la Déeſſe ſort du temple , & déclare
aux amans que la Déeſſe conſentira à leur
union.
Si par un orage
Un étranger jeté ſur ce rivage
Trouve les deux objets dont vos coeurs ſont charmés
Également aimables.
La condition eft embarraſſante ; comment
eſpérer un orage dans un pays où il ne tonne
jamais? Mais l'inquiétude des amans faitbientôt
place à l'eſpérance. Pendant que la fête
continue , le ciel ſe couvre , la mer s'agite ,..
le tonnerre ſe fait entendre ; tout le peuple
qui s'intéreſſe au bonheur des amans , redouble
de gaîré en voyant approcher la tem
pête ; mais Climène , accoutumée à avoir
peur du tonnerre , fort de la Scène effrayée.
On voit paroître près du rivage un étranger
dans une chaloupe , balottée par les flots ;
il demande du ſecours; le peuple y court ,
Bv
34
MERCURE
le ſauve , & l'amène ſur le devant du Théâtre.
Il ſe nomme bientôt ; c'eſt le célèbre Panurge
, qui voyage pour ſe réjouir , & qui
faitconnoître ſon caractère par ce couplet:
Les voyages ſont à la mode ;
On veut s'inſtruire en voyageant.
Moi , je ſuis une autre méthode;
Je ne cherche que l'agrément,
Je ne blâme ni ne fronde,
Ne ſongeant qu'à me divertir .
Je trouve tout bien dans le monde ,
Quand j'y rencontre le plaifir.
On lui apprend qu'il eſt dans l'Isle des Lanternes
, qu'il ne connoiſſoit pas , mais où il
eſt tout prêt à paſſer ſa vie , tant il eſt charmédes
empreſſemens que lui montrent tous
les habitans.
Au ſecond Acte , le Théâtre repréſente l'intérieur
d'unfallon afiatique.
Climène a reconnu dans l'étranger Panurge,
ſon mari , qui l'avoit abandonnée , &
qu'elle cherchoit ſur les mers lorſqu'elle a
été priſe par un Corfaire & amenée dans
l'Iſle. Elle prend le parti de ſe déguiſer pour
tirer une petite vengeance de fon volage,
époux. Les quatre amans arrivent. Il faut
pour accomplir l'Oracle qu'Agarène & Zénire
ſe faffent aimer à la fois de Panurge.
Elles confentent aiſément à employer la ruſe
pour ſe faire aimer toutes deux; Zirphile,
qui eſt un peujaloux ,, a quelques momens
DE FRANCE 35
d'inquiétude ſur l'effet de cette ruſe ; mais il
eſt bientôt raſſuré. Panurge entre habillé en
Lanternois , fort content de lui , & diſpoſé
àbriller au bal qu'on lui prépare. La tendre
Zénire lui dit d'abord quelques douceurs ;
il la trouve charmante , & ne doute pas qu'il
n'en ſoit aimé. Agarène , plus vive & plus
gaie , ſurvient , & le charme à fon tour par
une aimable folie. Il ne fait plus à laquelle
des deux donner la préférence. Les deux
foeurs feignent d'être jalouſes l'une de l'autre
, & ſe diſputent à qui aura ſon coeur; ce
qui ne fait que l'embarraffer & l'enflammer
davantage. Elles ſortent ; Climène artive déguiſée
en Maître des Cérémonies de l'Ifle , &
dit à Panurge qu'elle vient pour le conduire
au bal , & lui enſeigner les uſages du pays.
Panurge lui confie ſa tendreſſe pour les deux
beautés qui partagent ſon coeur , & lui de-
•mande conſeil ſur le choix qu'il doit faire.
Climène , loin de fixer ſon indéciſion , ne
fait que l'accroître , en ſe prêtant tour-àtour
aux raiſons qu'il donne pour épouſer
l'une plutôt que l'autre. Ils fortent , la Scène
change & repréſente la ſalle du bal , & la
danſe commencée. Panurge s'y retrouve entre
Agarène & Zénire , qui augmentent ſes
incertitudes par de nouvelles agaceries.Dans
ſa perplexité , Climène lui propoſe de confulter
la Sibylle , & il ſe rend à cet avis.
Au troiſième Acte , le Théâtre repréſente
un bois épais. On voit fur l'un des côtés une
espèce de rocher , formant l'antre de la Si-
:
Bvj
26 MERCURE
bylle; & dans le fond le frontispice du temple
de Lignobie, Déeſſe des Lante nois.
La Sibylle qu'on a annoncée n'eſt autre que
Climène , qui prend ce déguiſement pour
confommer la vengeance qu'elle veut tirer
de ſon mari . Elle confie ſon projet à Acafle
& Zirphile , & va ſe préparer à jouer ſon
rôle. Panurge arrive , il trouve les deux
amans qui le perfifflent un moment ſur le
bonheur qu'il a de ſe faire adorer à la fois
de deux jeunes beautés. Il attache , comine
on le lui a dir , un rameau d'or à la porte de
l'antre de la Sibylle , & à l'inſtant paroît une
troupe de petits lutins qui exécutent devant
lui une eſpèce de danſe pantomime , où il
ne comprend rien. Il invoque la Sibylle , &
lui demande ce qu'il doit faire. Climène ne lui
répond dabord qu'en répétant, en forme d'écho
, le dernier mot de ſes demandes , & il
n'en eſt que plus embarraffé. Elle paroît enfin
elle-même , & jette Panurge dans un nouvel
étonnement , en lui contant ſa propre hiftoire.
Elle lui rappelle qu'il eſt marié , &
ajoute que fa femme , qu'il a abandonnée ,
eft encore vivante , qu'elle l'aime toujours ,
&que s'il promet d'être fidèle , il va la retrouver
plus tendre que jamais. Il ſe laiſſe
attendrir ; les amans, le Grand-Prêtre & le
Peuple ſurviennent'; & lorſqu'on lui demande
qu'elle eft d'Agarène & de Zénire
celle qu'il choifit pour femme , Climène ,
qui eſt ſortie un moment pour quitter fon
déguiſement , reparoît , & répond : C'est
:
DE FRANCE.
37
moi, tafemme , ta Climène. Panurge répond :
Tu viens bien à propos pour me tirer depeine;
& tout se termine au gré de tout le monde.
Le Théâtre change ; on voit dans le fond la
Déeffe des Lanternois dans une très-grande
lanterne , & les côtés ſont éclairés par d'autres
lanternes de différentes forines. La Pièce
eſt terminée par un grand divertiſlement.
On jugera aiſement , par l'analyſe qu'on
vient de lire , qu'un Ouvrage de ce genre ne
doit pas être examiné avec ſévérité; l'Auteur
paroît s'être moins occupé à attacher par la
marche régulière de l'action , & par l'intérêt
des détails , qu'à amufer par la nouveauté
& la diverſité des tableaux qu'il offroit à
peindre au Muſicien & au Décorateur. S'il
en réſulte un ſpectacle riche , gai & varié ,
animé par une muſique piquante & fpirituelle
, & par des divertiſſemens & des danſes
agréables , il faut en tenir compte à l'Auteur,
& lui pardonner la foibleſſe de l'intrigue
& des négligences de ſtyle ; défauts fur
leſquels une affez longue expérience devroit
avoir rendu plus indulgens les Amateurs de
l'Opéra .
En voyant le nom de Panurge à la tête du
Poëme , on a pu s'attendre à voir la gaîté de
Rabelais ſur la Scène ; mais le Poëte Lyrique
n'a pris dans Pantagruel que le nom de Panurge
,fon arrivée dans l'Ifle des Lanternes ,
& l'idée du bal. Le Panurge de Rabela's eſt
poltron & gourmand, mais ſpirituel &plaifant;
ce caractère cût été très-favorable àla
38 MERCURE
muſique , mais difficile à foutenir. L'Auteur -
de l'Opéra a cru plus convenable à fon plan
de ne le faire que vain & crédule à l'excès ;
& comme par le développement de l'intrigue
il reſte preſque continuellement dans
une ſituation dont l'indéciſion fait tout le comique
, il en réſulte trop de monotonie dans
ce caractère . -Une des critiques les plus
générales qu'on ait faites de l'Opera nouveau,
tombe ſur le genre même de l'action . L'Auteur
a prévenu ce reproche dans l'Avertiſſement
qu'il a mis à la tête de ſon Poëme.
On n'ignore point , dit-il , les préventions qui
fubfiftent contre le genre comique ſur le Théâtre
de l'Opéra ; mais onfait auſſi que le Publicneſe
laiſſe pointentraînerpar les opinions
particulières , & qu'il applaudit au genre qui
l'amuse comme à celui qui l'intéreſſe. Cependant,
comme on ne ceffe de répéter que le
genre comique dégrade la Scène Lyrique , il
ne faut pas ceffer de répondre que le Théâtre
François , qui a auffifa dignité , nese trouve
point dégradé, parce qu'onyjoue le Roi de Cocagne&
Pourceaugnac , même après Athalie.
Nous ſommes à cet égard de l'avis de l'Auteur.
Nous croyons que dans tous les Arts ,
tous les genres ſont bons & méritent d'être
encouragés ; que fans mettre Teniers à côté
de Raphoël, les tableaux du premier ne déparent
point ceux du ſecond dans le cabinet
d'un amateur , & que le bon goût confifte
à fentir& à ſavoir apprécier le mérite & les
beautés propresà chaque genre ; nous ajoute-
4
DE FRANCE. 39.
rons ce qui a déjà été dit , que cen'eſt pas la
première fois qu'on a cherché à introduire
le genre comique ſur le Theatre de l'Opéra ;
que fi Ragonde,Platée, les Fêtes Vénitiennes,
n'y ont pas euun ſuccès plus marqué & plus,
durable, c'eſt que peut-être ce genre n'y a pas
été traité avec la couleur qui convient à ce
Théâtre ; & que ſur tout le véritable eſprit
de la muſique comique n'étoit pas connu
en France , lorſque ces ouvrages ont été com
poſés. C'est aux Italiens que nous devons ce
genre de muſique , comme tous les autres ;
mais en l'adoptant , c'eſt à nous à lui donner
laverité & les effetsdramatiques, que, dans le
bouffon comme dans le ſérieux , les Italiens.
n'ont pas affez recherchés. C'eſt une gloire
que l'on ne diſputera pas à M. Gretri. Elevé
àl'école d'Italie, il s'eſt pénétré des bons principes
& de l'excellent goût qui diſtingue les
élèves de cette école ; mais en travaillant pour
notre Théâtre , il s'eſt affranchi des routines .
que certains connoiffeurs érigent en règles, &..
il a ſu approprier le bon genre de la mélodie
Italienne , à notre langue , à notre goût ,
aux caractères qu'il avoit à peindre , & aux
paroles qu'il vouloit exprimer. Nous ſerions
privés de deux Opéras auſſi agréables au Pu- ..
blic qu'utiles au Théâtre Lyrique , ſi l'on n'y
avoit accueilli Colinette à la Cour & la Caravane
; & non ſeulement le genre comique
nous paroît inériter d'y être encouragé, comine
offrant des variétés, dont ce Théâtre a le plus
grand beſoin , mais encore comme propre à
40
MERCURE
favorifer les progrès de la muſique même , en
donnant aux Compoſiteurs une plus grande
liberté de ſe livrer a leur verve , & de chercher
des effets nouveaux qui s'appliqueront
enfuite aux autres genres de mulique , &
étenderont la ſphère de l'Art. Ces idees auroient
ſans doute beſoin d'être développées
pour être endues ſenſibles , mais ce n'en eſt
pas ici le lieu.
« On a reproché , dit le Poëte , dans ſon
» Avertiſſement à l'Auteur d'Alexandre , d'a-
>> voir employé quelquefois dans la Cara-
>> vane un ſtyle trop ſimple & qui ſemble
>> négligé. On lui fera peut-être le même
>> reproche pour ce nouvel ouvrage ; mais fi
l'on veut faire attention que c'eſt des ex-
>> preſſions naïves & familières que naif-
>> ſent les effets les plus piquans de la Mu-
>> ſique ; que ſouvent le Compoſiteur , en-
>> traîné par des motifs heureux , exige du
ود Poëtedes vers d'une meſure&d'un rhyth-
>> me donné , on ſentira les ſacrifices que
„ la Poésie eft obligée de faire à la Muſique ,
>> comme à l'art predominant à l'Opéra . »
On auroit bien ici quelques objections à
faire à ce paragraphe. Ce n'eſt pas ſimplement
un ſtyle fumple & négligé qu'on reproche au
nouvel Opéra ; ce ſont ſurtout les détails piquans
qui y manquent. Nous ne croyons pas
nonplus comme l'Auteur, que cesoit des expreffions
naïves & familières que naiſſent les
effets les plus piquans de la Musique. Ce ne
font point les expreffions qui produisent des
DE FRANCE. 41
effets en Muſique ; ce ſont les mouvemens
de l'ame , les traits de caractère , les exploſions
du ſentiment , tout ce qui porte enfin
un accent de déclamation bien marqué.
Recherchons dans les compoſitions même
de M. Gretry les morceaux qui produiſent
les plus grands effets , & nous verrons que
ce n'eſt pas aux expreffions que tiennent
ces effets. Nous nous contenterons d'obferver
à l'Auteur que dans tout ouvrage en
vers il ne fauroit y avoir trop de bons vers ,
&que dans tout ouvrage d'eſprit il ne faut
pas craindre de mettre trop d'eſprit. En
convenant donc que l'Auteur a trop peu
ſoigné en général ſon ſtyle & les détails de
fon dialogue , nous ajouterons qu'il nous
paroît qu'on a trop exageré ces défauts , &
qu'on ne rend pas affez de justice à ce qui
peut les compenſer dans ſon Ouvrage. Nous
y trouverons pluſieurs morceaux écrits du
ton qui convient au genre , & beaucoup
d'idées qui prouvent l'entente de la Scène
& la connoiſſance des effets propres à ce
Théâtre. C'eſt une idée heureuſe que celui
de l'orage & de la joie des Lanternois ,
contraſtant avec la frayeur de Climène &
le danger de Panurge. Le quinque du ſecond
Acte entre Panurge & ces amans , eft
bien conçu , &bien écrit pour la Muſique.
Le duo de Panurge & de ſa femme , à la
fin du même Acte , eſt un Dialogue auffi
comique que naturel. Il y a d'autres endroits
qui méritentdes éloges ; mais nous bornerons
42
MERCURE
ici nos obſervations , & nous attendrons la
ſuite des repréſentations de cet Opéra pour
rendre compte de la Muſique & de l'exécution.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Mercredi 26 Janvier , on a repréſenté
pour la première fois , Abdir , Drame Tragique
, en quatre Actes & en vers.
Qu'eſt ce qu'un Drame Tragique ? A cette
queſtion chacun répondra : c'eſt une Tragé
die. Pourquoi donc l'Auteur d'Abdir n'a-t il
pasdonné tout ſimplement ce dernier titre à
fonOuvrage ? Il a ſans doute eu quelque rai
fon pour ſe déterminer à en choiſir un auffi
ſuſeeptible de faire crier à la bizarrerie ,
que celui de Drame Tragique. Pluſieurs per
fonnes ont cherché à la deviner. Voici quelle
eſt là deſſus notre façon de penſer. Le troifième
Acte d'Abdir contient des détails affez
longs entre cette malheureuſe victime de la
néceffité , & un vieux ſerviteur qui l'a ſuivie
dans ſa prifon . Ces détails très familiers, écrits
d'un ſtyle qui ne l'eſt guères moins, ſont
abſolument étrangers au genre noble de la
Tragédie. Il eſt aſſez vraiſemblable que l'Auteur
a defiré les conferver; & que pour
donner à ſon Ouvrage une dénomination
qui pût s'accorder avec tous les tons dont
il a cru devoir uſer , il a choiſi celle de
Drame Tragique. L'acception que l'on atrache
depuis quinze ans au mot Drame ,
1
DE FRANCE. 43
ſemble en effet permettre dans une pièce de
Théâtre , l'introduction des perſonnages de
tous les états ,& l'emploi de toutes les couleurs.
Voilà peut- être ce qui a décidé l'Auteur
à faire choix du titre que lui reprochent
aujourd'hui les gens de Lettres & les
gensdumonde.-Nos ayeux avoient desTragi-
Comédies : ils s'en amuſoient.Notre Théâ
tre ſe reſſentoit encore de ſon origine gothique.
A meſure que le goût s'eſt formé ,
que les lumières ſe ſont étendues , on a blâmé
de plus en plus le rapprochement ridicule
du pathétique & du bouffon. Aujourd'hui
on cherche à rapprocher le noble & le fam
lier , à ſemer dans une action héroïque de
petits incidens bourgeois. Cette innovation
n'eſt elle pas condamnable ? Nous croyons
qu'elle l'eſt d'autant plus , que nos bons
ayeux trouvent naturellement leur excuſe
dans leur défaut preſqu'abſolu de goût ; &
que, ſi cette excuſe exiſtoit pour nous , elle
ne feroit certainement pas honneur à ceux
de nos gens de Lettres qui ſuivent la carrière
du Théatre . Quand on eſt environné d'excellens
modèles , quand on écrit dans un ſiècle
auſſi éclairé que le nôtre , ſi l'on n'est pas
condamné à faire des chef - d'oeuvres , au
moins l'eſt- on à ne pas bleſſer certaines convenances
, à ne point confondre des genres
abfolument oppoſés , enfin , à ne pas reſſembler
au Peintre dont parle Horace dans ſon
Art poétique , & à ne pas rappeler ce vers :
Definit in piſcem mulier formosafupernè.
44
MERCURE
Quoi qu'il en ſoit , la première repréſentation
d'Abdir a eu un ſuccès très- équivoque.
On aſſure que l'Auteur s'occupe des correc
tions que la ſévérité des Spectateurs, lui a
fait juger néceffaires. Nous ne rendrons donc
compte de ce Drame , qu'après en avoir vu
une autre repréſentation. Nous rapprocherons
l'action comme elle étoit de l'action
comme elle ſera , & nos Lecteurs jugeront
de ce que le nouveau travail de l'Auteur
devra leur inſpirer de reconnaiſſance.
Une anecdote intéreſſante & connue , fur
laquelle M. de Mayer a fait un Roman plein
de chaleur, a donné le ſujet d'Abdir. Quoique
dans ce Drame , les noms des pays , des peuples
& des perſonnages ſoient abſo'ument
déguifés , il ne fera pourtant pas difficile de
les reconnoître.
ANNONCES ET NOTICES.
JERUSALEM Délivrée , nouvelle Traduction
dédiée à M. le Comte de Vergennes , Miniſtre &
Chef du Conseil Royal des Finances , avec ſon Portrait
, gravé par C. E. Gaucher. A Paris , rue des
Poitevins , 1785. Le texte eſt placé Stance par Stance
à côté de la Traduction, s vol. in- 18 , imprimés
ſur papier fin d'Angoulême.
a ,
a
Le Taffe depuis long temps réuni les plus
illuftres fuffrages ; lesCritiques à ſon égard ont été
étouffées par les éloges ; ſon Ouvrage , l'un des
Foëmes Épiques les plus modernes , jouit enfin de
l'eſtime que donne la plus haute antiquité ; & la
DE FRANCE. 45
ſeule différence qui le diftingue des autres productions
de ce genre , c'eſt qu'il trouve plus de
Lecteurs. En effet , la Jérusalem Délivrée au mérite
poétique joint tout l'intérêt du roman ; tandis que
l'eſprit admire le Poëte , le caur s'intéreſſe aux événemens
qu'il décrit.
Ce Poëme mérite donc d'être traduit dans toutes
les Langues ; & il est d'autant plus naturel de le voir
paſſer dans la nôtre , que la Langue Françoiſe a la
plus grande analogie avec la Langue Italienne ; auſſi
en avons-nous un aſſez grand nombre de traductions
, parmi lesquelles il faut diftinguer celle de
Mirabaud & celle de M. le B*** . Le nouveau Traducteur,
après avoir rendu juſtice à l'une & à l'autre ,
ajoute : « Je me ſuis proposé un but tout différent de
> ces deux Traducteurs ; j'aurois voulu faire une
>> traduction littérale & fidelle qui pût être impri-
» mée à côté du texte , qui ne fût destinée qu'à cet
» uſage , qui rendit le génie du Taſſe , & qui ſervit
>> en même temps à faciliter la lecture & l'intelli-
>> gence de ce grand Poëte . >>
On voit que l'Auteur de cette traduction nouvelle
en ſe propoſant de pouffer l'exactitude & la
fidélité juſqu'au point au-delà duquel elles dégénèrent
en barbarie , en ſe défendant d'y rien
changer , même de l'embellir , a cherché à faire
connoître , à faire ſentir l'eſprit de ſon original , &
à nous laiſſer une traduction qui devînt un Ouvrage
purement claſſique.
Ce que le Traducteur dit avoir tâché de faire ,
c'eſt à nous à affirmer qu'il l'a fait. Ne pouvant aujourd'hui
faire connoître ſon Ouvrage que par une
ſimple Notice , nous nous contenterons d'en citer
une ftance ou deux priſes au hafard. Au moment où
le Poëte repréſente Tancrède la lance en arrêt , le
Chef des Infidèles demande à la tendre Herminie
quel eſt ce Héros Chrétien qui , par ſes grâces &
46 MERCURE
ſabonne contenance , ſe fait remarquer parmi ſes
compagnons .
:
Chi è dunque coſtui che così bene
S'adatta in gioſtra , e fero in viſta è tanto ?
A quella , in vece di riſpoſta , viene
Su le labra un ſoſpir , ſu gli occhi il pianto.
Pur gli ſpirti è le lagrime ritiene ,
Ma non coſi che lor non moſtri alquanto :
Chegli occhi pregni un bel purpureo giro
Tinſe , e roco ſpunto mezzo il ſoſpiro .
Nous allons voir comment la nouvelle verſion
joint la grâce & la vérité à une ſcrupuleuſe exactitude.
«Quel est donc ce Guerrier qui tient ſi noblement
ſa lance en arrêt, & dont la mine eſt ſi
>> fière ? A ces mots , au lieu d'une réponſe , un
>> ſoupir vient ſur les lèvres d'Herminie , & des
>> pleurs dans ſes beaux yeux. Elle retient cepen-
> dant ſes ſoupirs & ſes larmes ; mais elle ne
» peut empêcher qu'on ne s'en apperçoive un
» peu La rougeur qui colore ſes beaux yeux , les
>> ſoupirs à demi étouffés trompent ſes efforts &
trahiffent fon coeur. »
:
Voici une autre Stance d'un ton différent , qui , au
même degré de fidélité , réunit le mérite de la précifion.
Le Poëte fait parler le Prince des Démons , qui
anime ſes ſujets contre les Chrétiens :
Sia deſtin ciò ch' io voglio; altri diſperſo
Sen vada errando : altri rimanga ucciſo i
Altri in cure d'amor laſcive immerſo
Idol fi faccia un dolce ſguardo e un riſo :
Sia'l ferro incontro al fuo rettor converſo
Dallo ſtual ribellante e in ſe diviſo :
:
DE
47
FRANCE.
"
Pera il campo e ruini , e reſti in tatto
Ogni veftigio fuo con lui diſtrutto .
« Que ma volonté aujourd'hui ſoit le deſtin ;
>> que les uns fuient , errans , diſperſés ; que les
autres périſſent ; que d'autres , plongés dans de
>> honteuſes amours , deviennent les eſclaves d'un
> doux ſourire , d'un doux regard ; que les trou-
>>> pes rebelles , diviſées entr'elles , emploient le
» fer contre leurs Chefs ; que tout le camp périffe
» & ſoit détruit ; que tout périſſe avec lui , & qu'il
” n'en reſte pas le moindre veſtige. »
Ces deux ſtances nous paroiſſent remplir le but
du Traducteur ; elles ſont conformes à ſon plan
de traduction ; & , comme nous l'avons dit , ces
deux ſtances ſont priſes au hafard . Enfin cet ouvrage
doit être placé parmi nos meilleures traductions
Françoiſes ; il satisfera ceux qui connoiffent & fentent
les beautés du Taſſe , & fera utile à ceux qui
veulent étudier la Langue dans laquelle il a écrit.
Nous eſpérons que cette affertion paroîtra ſuffifamment
prouvée par l'analyſe que nous en donnerons
dans un mois ou fix ſemaines.
Il nous reſte à nommer l'Auteur : c'eſt M,
Panckoucke , Libraire de Paris . On fait l'influence
qu'il doit naturellement avoir ſur ce Journal ; mais
nous n'avons pas cru que ce fût pour nou sun motif
de le priver de la justice qui lui eſt dûe. Nous avons
voulu ſeulement nous prémunir contre ſes ſcrupules ;
nous ne l'avons pas confulté , de peur que ſon avis
ne fût pas le nôtre, Faudroit-il que nous devinſſions
injuftes , parce qu'il lui prendroit envie d'être modeſte
? Le reproche d'indifcrétion qu'il feroit en
droit de nous faire , ne nous a point arrêtés. Nous
y trouverons une double fatisfaction : Nous aurons
annoncé des premiers ſa Traduction au Public , &
nous l'aurons lié lui-même par l'engagement que
MERCURE
nous prenons d'en donner une analyſe aſſez érendue
, pour mettre nos Lecteurs à portée de juger fon
Ouvrage & notre opinion.
-
Ré-
DISCOURS fur le préjugé des peines infamantes ,
couronnés à l'Académie de Merz Lettre fur la
réparation qui seroit dûe aux Accuſés jugés innocens.-
Differtationsur le Ministère public -
flexionsfur la réforme de la Justice Criminelle ; par
M. Lacrerelle , Avocat au Parlement. A Paris , chez
Cuchet , rue & hôtel Serpente. Prix , 3 liv. 12 fols.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage intéreſſant
par le talent de l'Auteur & l'importance du
ſujet.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librairiefur
la Couverture.
TABLE.
QUATRAIN àM. le Comte Académie Françoise ,
d'Estaing ,
13
3 Réflexions fur la Vie du Ma-
Charade, Enigme & Logogryphe,
réchal de Villars , relativement
au Maréchal de Berwick
, IS
?
4
Eloge de Bernard le Bovier
de Fontenelle
Traité Elémentaire de Morale Comédie Françoise ,
& du Bonheur ,
6Acad. Roy. de Musique , 32
:
J'AI lu
9 Annonces & Notices ,
APPROB ATI0N.
42
44
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Février 1785. Je n'y
ai tien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 5 Février 1985. GUIDL
:
JOURNAL POLITIQUE
T
DE BRUXELLES.
:
८.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le II Janvier.
ERoi a nommé le Conſeiller de Confé
Lrence , Guillaume de Dreyer , ſon Envoyé
extraordinaire auprès de la Cour de
Madrid.
On a compté l'année derniere dans l'Evêché
de Séelande , Copenhague & Bornholm
exceptés , 1743 mariages , 7041 naiffances
, dont 4571 garçons , & 3460 filles ;
& 6676 morts , dont 3496 hommes, & 3180
femmes ; l'excédant des naiſſances ſur les
morts a été de 355 .
Lenombre des mariages de la même année
dans l'Evêché de Rüpen a été de 865 ,
celui des naiſſances de 3475 , dont 1767
garçons, & 1708 filles ; & celui des morts
3014, dont 1519 hommes , & 1495 femmes
; les naiſſances ont ſurpaſſé les morts
de461 .
N°. 6 , 5 Février 1785. a
( 2 )

ALLEMAGNE.
"
DE HAMBOURG , le 17 Janvier.
Un grand nombre de penſionnaires du
Roi de Pologne ayant été jugés peu dignes
de fes bienfaits , on prépare une réforme
conſidérable fur cet article de dépenſe. Divers
Seigneurs Polonois ont fait des contrats
à Vienne , pour envoyer leurs denrées
à Fiume & à Trieſte.
On a commencé à Pétersbourg & à Riga
l'établiſſement des Compagniesd'aſſurances ,
d'après un plan approuvé de l'Impératrice.
Le fond de chacune des Compagnies ſera
d'abord de 100,000 roubles : celle de Riga
eft déja complette.
M. Buſching vient de publier dans ſa
Feuille périodique une obſervation d'économie
politique , digne de remarque .
Depuis 1767 juſqu'en 1772 , en 6 ans , le nombre
moyen des mariages dans la Silefie-Pruſſienne ,
fut annuellement de 11,498 ; celui des perſonnes
mariées fut , par conséquent , de 22,996 : la population
totale s'élevant à 1,373,183 individus ,
le 57e d'entre eux ſeulement , avoit donc embrafſé
lemariage.
De 1773 à 1778 , la population s'eſt montée à
1,373,183 ; 27.576 perſonnes , ſoit le soe , ſe
marierent.
De 1779 en 1781 , en 3 ans , le nombre moyen
'de nouveaux époux fut annuellement de 28,970 ;
c'est-à-dire,le 49e d'une population de 1,408,170.
De 1782 en 1784 , le nombre moyen des mas
1
( 3 )
riages eſt retombé a 25,644 ; la population ce
pendant accrue juſqu'à 1,438,955 . Ainsi la proportion
des mariages à la généralité des habitans ,
fut d'un 64e. Il réſulte de ce rapport que le penchant
au mariage eſt diminué en raiſon inverſe
de la population. M. Busching attribue cet effet au
concubinage , plus commun de jour en jour.
Une autre remarque importante que préfente
ce tableau , & que ne fait point M.
Buſching , c'eſt que les années les plus fertiles
en mariages ont été celles où l'on ſe plaignoit
de la multiplicité des divorces : cela
eſt naturel , car les mêmes perſonnes divorciées
ſe remarioient avec d'autres ; au contraire
, depuis la loi qui a rendu en Pruſſe les
divorces plus difficiles , les mariages ont dû
diminuer,
Pour rendre plus utiles ces tables de M.
Buſching , il faudroit y joindre celle des divorces
& des perſonnes remariées . On doit
ſouhaiter que ces connoiſſances ſe multiplient
dans les autres Etats : elles ſont le véritable
thermometre del'influence des moeurs
&de l'organiſation intérieure d'un Empire.
On apprend de Dantzick , que depuis le
6 Décembre , la Viſtule eſt fermée par les
glaces. Quatre bâtimens Anglois ont péri
près du port de Memel , les équipages ont
été ſauvés.
On a donné dernierement la liſte des naiffances&
des morts à Berlin , pendant l'année derniere.
Voici encore quelques détails relativement au
genre de mortalité. La petite vérole a enlevé 340
perſonnes , dont 13 adolefcens & 334 enfans , &
a 2
( 4 )
la rougeole 6. Les douleurs de ladentition ont fait
mourir 430 enfans ; 579 perſonnes ſont mortes de
miteres & de chagrin ; 192 de vieilleſſe , 215 de
l'hydropifie , 136 de la phthifie , 634 de la consomption
, 591 de maladies de poitrine; 262 de ſuffocation
& 403 d'apoplexie, Lenombre des pauvres
entretenus l'année derniere dans les divers
établiſſemens de cette ville , eſt monté à 11,297.
Dans le cours de l'année derniere on a
compté dans la Pomeranie Pruſſienne & la
Principauté de Camin 3083 mariages ,
15619 naiſſances , & 13097 morts. Les naifſances
ont furpaſſé les morts de 1522. Parmi
les morts il y avoit 64 octogénaires , dont
29 hommes , & 35 femmes ; 26 nonagenaires
, dont 13 hommes , & 13 femmes ;
& 6 centenaires , dont un homme &s femmes.
:
DE VIENNE , le 18 Janvier,
On s'entretient beaucoup de paix , ſans
que perſonne rapporte les fondemens d'une
fi flatteuſe eſpérance , ni les conditions auxquelles
feront terminés nos différends avec
les Hollandois . S'il exiſte des baſes déja poſées
, pourquoi en indique - t - on tous les
jours de contradictoires ? Si on les ignore ,
pourquoi en parle-t- on ? Et que ſignifient
toutes ces vagues conjectures des Nouvelliftes
, qui dans leurs récits , ne daignent pas
même confulter les premieres notions de la
politique.
On débitoit ici dernierement , qu'on étoit
(
)
certain de préliminaires ſignés entre notre
Cour & les Etats- Généraux. Aujourd'hui
ces prétendus préliminaires ſe font évanouis ,
comme tant d'autres bruits antérieurs. Tantôt
, nous devons obtenir ſans diſpute l'ouverture
de l'Eſcaut ; tantôt on laiſſe le fleuve
inftatu quo , pour nous donner Maftricht
démantelé , comme ſi une petite ville , dont
tout le prix eſt dans ſes remparts , pouvoit
faire un objet d'ambition ; enfin la leule
choſe qu'on puiſſe avancer avec certitude ,
c'eſt que le Public tâtonne au milieu des té
nèbres pour ſaiſir la vérité , peut- être beaucoup
plus éloignée de l'opinion commune
qu'on ne l'imagine.
Quoiqu'on ait annoncé le retour des Walaques
à l'obéiſſance , le centre de cette com.
motion n'est pas encore abſolument raffermi.
Il eſt conſtant néanmoins que ces Cannibales
font diſperſés ; trois Régimens ont
ſuffi pour ramener la tranquillité , ou du
moins pour éloigner les perturbareurs . Horiah
a diſparu avec ſa royauté de Dacie , &
fon titre d'Alteſſe Royale, dont les Gazettes
l'avoient gratifié ; elles diſent aujourd'hui
qu'on l'a revu à la tête de 2000 chevaux , &
elles ajoutent prudemment qu'on ne fait
point où il a pris cette Cavaierie.
Le Curé de la Paroiſſe de S. Etienne , nommé
Pochlin, ayant demandé ſecretrement au Pape la
confirmation d'une nouvelle Confrérie & des Indulgences
, vient d'être dépofé. On préſume que
l'influence du Cardinal Migazzi en Hongrie & en
a 3
( 6 )
Tranſylvanie , & ſes efforts pour y ramener le
calme , rendront à S. E. les bonnes graces de
l'Empereur .
On prétend que l'autre Chef des rébelles
le Comte Salins, s'eſt retiré dans l'état de
Veniſe , qu'un Officier a offert de livrer ce
Fugitif, moyennant une récompenſe qu'on
lui a accordée , & qu'en conféquence il eſt
parti de Vienne.
On parle publiquement d'un Traité conclu
entre notre Cour & celle de Stuttgard.
On défigne même le Comte de Biihler ,
comme chargé de porter au Duc de Wirtemberg
la fignature de S. M. I.
L'anecdote ſuivante caractériſe le Général
Laudon. Ce grand Officier avoit coutume
de ſe perdre dans la foule , &de s'y cacher.
Un jour l'Impératrice-Reine le fachant dans
l'appartement , demanda au vieux Feldt-Maréchal
duc d'Aremberg , où ſe tenoit Laudon
? Le voilà , Madame , répondit le Duc ,
derriere la porte , tout honteux de fon mérite.
Les Freres de la Charité des Etats hérédiraires
ont reçu dans leurs hofpices pendant
l'année derniere 10,836 malades , dont
9,637 ont été guéris.
L'Empereur a nommé à l'Evêché vacant de
Lodi le Geur Beretta , Milanais , Camérier
privé de S. S.
L'Edit de S. M. I. du 25 Novembre
1784 , portant incorporation du Duché de
Mantoue au Duché de Milan, eſt compoſé
de 8 articles , dont voici la ſubſtance : :
( 7 )
.
1º . A compter du commencement de l'année
1783 , le duché de Mantoue ſera incorporé entierement
aux Provinces Milanoifes ; ces Pays ne
feront qu'un ſeul Etat , & porteront le nom de
Lombardie Autrichienne . Les Impoſitions ſeront
établies ſurunpied égal &verſées dans une caiſſe
commune & générale.
2. Les terres, dans le duché de Mantoue , étant
de moindre valeur que celles dans le Milanois, les
propriétaires des biens-fonds dans ledit duché en
feront impoſés d'un quart de moins que ceux du
Milanois.
3 °. La Province de Mantoue aura un Commif
faire & un Syndic particuliers au Committé général
de Milan.
4°. Il n'y aura qu'un ſeul Bureau de recette
pour les Impoſitions. 1
5°. LeGouvernement veillera à ce que lesEmployés
pour les Impoſitions rempliffent leur devoir
avec exactitude .
6. L'Ingénieur Carcans ſera remercié de ſes
ſervices & penſionné .
7°. Les appointemens des Employés pour les
Impoſitions , ſeront tirés de la caiſſe générale des
Impoſitions du Pays.
8°. La Taxe des maiſons à la Campagne ceſſera
& elle ſera remplacée par une autre Impoſition.
9°, Il en ſera de même de la Taxe ſur l'Ind
duſtrie .
10°. Le Gouvernement fera enſorte que les
Endroits & les Communes ſéparés juſqu'à préſent
du Milanois y ſoient incorporés.
11º. Le Gouvernement fera la même opération
avec pluſieurs petites Provinces ou Districts du
Pays , afin d'établir par-tout les mêmes princi
pes d'égalité. :
a 4
( s )
DE FRANCFORT , le 23 Janvier.
L'Empereur obtiendral'Eſcaut libre ,& 1 2
millions de florins de dédommagemens ;
un Congrès levera toutes les oppoſitions à
l'élection de l'Archiduc François , en qualité
de Roi des Romains ; on tranquillifera l'Allemagne
par un Traité ſubſtitué à celui de
Munſter ; toutes les difficultés touchant la
ſucceſſion de la Baviere feront prévenues ;
on garantira au Roi de Pruſſe la Siléſie ; on
lui donnera Thorn & Dantzick ; voilà les
tranſactions que dreſſent les ſpéculatifs d'un
côté de l'Europe : dans l'autre on proteſte
contre ces diſtributions politiques ; ici on
les nie , là on les confirme , en attendant
que d'autres idées prennent place à la ſuite
de nouveaux événemens.
:
Aujourd'hui il ſe répand qu'on parle d'un
échange des Pays-Bas contre la Baviere , &
qu'un Corps de troupes Impériales doit entrerdans
ceDuche. Selon les mêmes bruits,
il eſt arrivé un courier de Deux- Ponts à
Berlin , avec des dépêches importantes , &
leDucregnantdeBrunswick eſt attendu d'un
jour à l'autre dans cette derniere Capitale.
Le 15, nous avons vu paſſer ſur notre territoire
Ies troupes Impériales qui vont auxPays-Bas ; trois
compagnies ont traverſé la ville ; l'artillerie qui
conduiſoit 12 canons de fix livres & 4 de 12 & environ
60 chariots de munition , a pris ſon quartier
àOberad où elle a ſéjourné : l'Etat Major de Tillier
eſt arrivé le 15 àDreveich,& a eu ſéjour le16:
( و )
celui de Lattermann eſt arrivé le 16 à Biblis, l'artillerie
le 19 àOberad : l'Etat - Major de Preiſs eſt
arrivé le 16 à Bibel, & y a eu ſéjour le 17; celui de
Teutſchmeiſtre arrivera le 20 à Carben, & y aura
ſéjour le 21 : l'Erat-Major de Toſcana dragons
arrivera le 22 à Bornheim .
Le nouveau Corps levé ici pour le ſervice
Autrichien , eſt parti le 12 pour les Pays-
Bas , ſous le commandement du Baron de
Stein.
On lit dans une Feuille de Stuttgard un
article qui peut intéreſſer les Naturaliſtes.
Dans le duché de Wirtemberg , les alouettes
ſont comptées parmi les oiſeaux de paſſage qui
arrivent au printems , font des petits en été &
quittent le pays en Automne. Le dernierAutomne
eilesdiſparurent plutôt qu'à l'ordinaire , malgré
ladouceur de la ſaiſon. Dans la premiere moitié
de Décembre , tout le duché fur couvert de neige
qui étoit au moins d'un pied de profondeur. Tout
d'un coup proiſſent vers le 20 , & dans des contrées
éloignéesgrand nombre d'alouettes , ſurtour
dans les montagnes , où en Eté leur quantité eſt
plus petite qu'ailleurs . Eiles s'affemblerent en
grand nombre avec d'autres oiſeaux d'Hiver autour
des broufſailles moins couvertes de neige &
autour des ſources poury chercher de quoi ſe nourrir.
On ne voit rien d'extraordinaire en elles , finon
qu'elles ſont plus maigres.-Ce phénomene
paroît confirmer l'hypotheſe de ceux qui attribuent
aux oiſeaux de paſſage plutôt un ſommeil
pendant l'Hiver comme aux infectes , qu'un voyagedans
des climats plus doux. On a trouvé en
Hiverdes hirondelles raſſemblées en pelottons &
comme mortes .
On vient d'imprimer dans un Recueil péas
( 10 )
riodique très - eſtimé , une lettre écrite en
1768 , par un Prince illuſtre d'Allemagne ,
peu après l'entrevue de l'Empereur & du
Roi de Pruſſe , à la feue Landgrave de Heſſfe-
Darmſtadt , l'une des femmes les plus refpectables
qui aient honoré fon ſexe & le
rang ſuprême. Voici un précis de cette lettre.
>>>Je ſuis enchanté , enthouſiaſmé. Ce
>>> Prince fera le bonheur des nations. Can-
>> deur , probité , eſprit , délicateffe , con-
>> verſation , dignité , rien ne lui manque.
>>Tous ceux qui l'ont vu , penſent comme
>> moi. On oſe le dire publiquement , & on
>> s'entretient de lui en particulier. Si rien
>>> n'altere ce beau caractere & cet heureux
>>> naturel , ce ſera un Marc - Aurele , un
>> Trajan » .
Unjeune homme las de vivre , ſe pendit à Munich
dernierement ; un honnête paſſant le détacha
trois quartsd'heures apres&le fit tranſporter chez
un des Chirurgiens de la maiſon établie par S. E.
le Comte de Seeau , pour ſecourir cette claſſe de
malheureux. Le Chirurgien, après avoir ſaigné le
jeune homme , lui infinua l'air avec une eſpece
de tuyau , pour ranimer la reſpiration en donnant
aux poumons le reſſort néceſſaire , & il opéra fi
heureuſement , que dans l'eſpace d'un demi-quart
d'heure le jeune homme ſe releva ſans reſſentir la
moindre incommodité.
On apprend de Landshut en Baviere que
le 29 Décembre , la premiere diviſion du
Régiment de Toscane , Dragons , a paffé
par cette ville.
UnEcrivain politique s'eſt amuſé àcalcu-
:
( 11 )
ler , d'après les contrats d'hypotheque , la
richeffe fonciere de la Nobleſſe du ſecond.
Ordre dans la Siléſie Pruſſienne , & il l'a
trouvé de 30 millions de rixdalers .
On écrit de Laybach , que quelques jeu
nes bergers ont trouvé près de cette ville ,
en fouillant la terre , 45 ſequins de Veniſe ,
&plus de 1000 pieces de petite monnoie
d'argent , qui paroiſſent avoir été frappées
dans le IX . ou le XII . fiecle.
Hier matin , une diviſion de l'artillerie de
l'Empereur , & un grand nombre de chariots
ont paſſé par cette ville , pour ſe rendre
dans les Pays Bas .
. Pluſieurs lettres de Vienne , qui arrivent
dans l'inſtant, nous apprennent avec certitude
que les rébelles de Tranſylvanie retournent
dans leurs demeures par troupes de 2 à 300 à
la fois. Leur chefHoriah n'a pu ſe ſouſtraire
aux recherches , & ſe trouve actuellement
dans les fers, ainſi que ſon premier Lieutenant.
En rapprochant la mortalité occaſionnée
àVienne l'année derniere par la petite Vérole
, & celle de Londres par la même maladie
, on trouve dans la premiere ville 998
morts , & dans la feconde 1759. Londres
contenant au moins quatre fois la population
de Vienne , il en réſulte une diſproportion
bien étonnante dans le nombre relatif
des morts de la petite vérole , qui eſt ſeulement
double à Londres de celui qu'on obſerve
dans la Capitale de l'Autriche. On ne
peut attribuer cette différence qu'à l'uſage
a 6
( 12 )
plus étendu de l'Inoculation en Angleterre ,
fur - tout dans des Hôpitaux uniquement
confacrés à cette pratique , & qu'à ma connoiſſance
aucun autre Etat n'a encore daigné
imiter.
:
ITALIE.
DE VENISE , le 2 Janvier.
On a ajouté 800 ouvriers à ceux qui travailloient
déja dans nos chantiers. Tous les
Commandans des places maritimes de l'Iftrie
, de la Dalmatie & des ifles appartenantes
à la République , ont ordre d'arnier les
habitans en état de s'oppoſer aux hoftilités
que l'on pourroit commettre dans leurs
eaux. On aſſure enfin que dans très-peu de
temps une eſcadre des vaiſſeaux de guerre ,
chebecs , galiottes , &c. ira rejoindre celle
commandée par le Chevalier Emo.
DE LIVOURNE , le 3 Janvier.
On apprend par un bâtiment Ragufien ,
arrivé dans ce port , que le 9 du mois dernier
, le bâtiment la Grande Ducheſſe de
Toſcane , qui revenoit de Zante , ſous l'efcorte
du brigantin Anglois le Serpent , avoit
écé malheureuſement pris par l'eſcadre Barbareſque
, & amené à Alger. Le vice-Conful
Anglois , réſidant en ce port , ayant fait les
plus férieuſes repréſentations au Bey, la priſe
a été relâchée , & elle a fait voile pour Londres
, le 18 du mois dernier.
;
( 13 )
Les corfaires Algériens qui font la courſe
dans la Méditerranée , ſont au nombre de
neuf , montés de 18 à 32 canons . On a ca ! -
culé qu'en tout ils portent 226 canons , &
2500 hommes d'équipage.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 22 Janvier.
Le 18 de ce mois , jour anniverſaire de la
naiſſance de la Reine , Leurs Majestés & la
Famille Royale ont reçu au Palais S. James
les complimens ufités. On tira le canon du
Parc & de la Tour; les illuminations & le
Bal paré ſuivirent dans la ſoirée.
LeMiniſtere a adopté des meſures, qui doivent
faire ceſſer toute eſpece de jaloufie entre
ce Royaume & celui d'Irlande . Voici , en
ſubſtance , les principaux articles de ce plan
de conciliation . 1º . L'acte de navigation ſera
révoqué pour ce qui concerne l'Irlande.
2°. Les droits actuels , payés ſur l'importation
des Marchan lifes Angloiſes en Irlande , ſeront
abolis , ainſi que ceux ſur les Marchandiſes
Irlandoiſesen Angleterre; &il fera établi
un droit minime & égal dans les deux pays ,
pour tenir lieu dupremier. 3 °. La Légiflation
Irlandoiſe accordera la gratification qu'elle
croira néceſſaire pour l'encouragement du
commerce d'exportation , & il ne ſera accordé,
par laGrande-Bretagne , aucune gratification
pour les exportations en Irlande.
( 14 )
Detoutes les révolutions ſurvenues depuis peu
dans les différentes branches de nos manufactures,
aucune n'a procuré un avantage auſſi ſubit que
celle opérée dans la fonte du fer , & on ne
peut ſe former une idée du bénéfice que procurent
les nouvelles améliorations, dans cette partie.
Les ſixieme , dixieme & quarante - cinquieme
Régimens d'Infanterie ont reçu ordre
du Bureau de la Guerre de ſe tenir prêts à fervir
au dehors. Le premier de ces Régimens
paſſera au Canada & les deux autres dans
l'Inde.
Les Ingénieurs , qui viennent d'être nommés
pour le ſervice des Ifles de l'Amérique ,
ont ordre d'envoyer des plans exacts de toutes
ces Ifles au Commiſſaire-Général de l'Artillerie
, & d'y joindre leurs obſervations fur
les endroits les plus propres à conſtruire de
nouveaux Forts. Toutes les hauteurs , qui
domineront quelque partie acceſſible du rivage
, feront fortifiées , & le terrein en fera
acheté pour le compte du Roi. Le Duc de
Richmond prétend faire cette opération fur
les épargnes de ſon département,&fans avoir
recours au Parlement pour obtenir de nouveaux
fonds.
Le Miniſtre doit propoſer au Parlement de
voter une ſomme pour augmenter les ſalaires
des Employés Anglois aux Iſles . Le prix des
vivresy hauffe depuis quelques-années dans
la proportion de quatre à ſept.
Il eſt queſtion d'encourager l'Importation
1
1
( I15 )
des planches du Canada. Les Officiers , qui
ontſervi dans cette partie de l'Amérique ſous
le Général Haldimand, ont repréſenté auMiniſtre
que le Canada peut fournir des planches
d'une auffi bonne qualité , que celles
qu'on apporte de la Norwege.
M. Pitt s'occupe ſérieuſement des pêcheries
d'Ecoffe. Il eſt démontré , qu'en cas de
beſoin , on pourroit tirer de ces pêcheries so
à 60,000 Matelots. Le Parlement , à ſa rentrée
, prendra en conſidération le plan à ce
ſujet , que lui préſentera M. Dempſter , Citoyen
véritablement digne du nomſi profané
de Patriote.
On fera ſans doute dès les commencemens
de la prochaine ſeſſion , dit un de nos papiers ,
la propofition de réformer l'établiſſement énor
me de l'armée préſentement ſur pied. Cette ré.
forme , actuellement que l'Amérique eſt perdue
&que l'Irlande eſt en état de ſe défendre ellemême
, ſemble non-ſeulement raiſonnable dans
ces temps de paix & d'indigence , mais encore
néceſſaire. Nous préſenterons à noscompatriotes
à ce ſujet un tableau des effets dangereux qui
ont réſulté des armées permanentes. Dans l'antiquité
, Athenes perdit ſa liberté parce qu'elle
permit à Piſiſtrate d'avoir un corps de ſeulement
30 gardes. Tynophanes fe rendit abſolument maître
du territoire de Corinthe avec une garde de
400 hommes armés , ſous prétexte de défendre la
ville. Agathocle devint de la même maniere tyran
de Syracuſe. Et dans une époque plus moderne
Philippe de Bourgogne avec ſeulement 500 chevaux
, renverſa la liberté de la nation alors la
plus opulente de l'Europe. François Sforce ufurpa
( 16 )
enfin la ſouveraine puiſſance ſur lesMilanais peu
défians qui lui avoient confié une petite armée
pour leur défenſe.
Nos ancêtres étoient fi jaloux ſur ce point ,
que les Barons ſous Richard II ne permirent pas
àce malheureux Prince une garde de 300 archers.
On doit donc faire ſes efforts pour réformer
une partie de l'armée , appliquer cette épargne
à l'entretien d'un corps de matelots , les ſeuls
& naturels défenſeurs de cette Iſle , & les employer
aux pêches ſur nos côtes .
:
Nonobſtant ces réflexions & ces citations
hiſtoriques , on aſſure que les cinq Régimens
d'Infanterie , qui devoient être fupprimés
à Noël dernier , feront confervés ; les
apparences de guerre ſur le continent ayant
déterminé le Miniſtere à prendre cette mefure.
La négociation pour le nouvel emprunt
ne s'ouvrira certainement point , à ce qu'on
préfume, avant le milieu de Mars.
Le Miniſtere eſt fatigué d'avis contradictoires ,
même des Négocians les plus expérimentés , ſur
J'application que l'on doit faire des principes généraux
de l'acte de navigation ou traité de commerce
avec l'Amérique , & même aux meſures
concernant celui de l'Irlande. Ce fut l'eſprit de
cet acte fameux ,pris dans une grande extenfion,
qui occaſionna les premiers troubles en Amérique
, & qui nous fit tomber dans des vexations ,
pour vouloir les ſupprimer. Si nos Politiques peu
inſtruits réuffiſſoient , felon eux , nous réduirions
tous nos voiſins à l'énergie & à l'ignorance des
Maroquins ou des barbares . Mais de tels peuples
ne peuvent nous envoyer ni prendre de nous des
( 17 )
marchandiſes, ſi ce n'eſt par violence& par piraterie.
Ce fut un ſentiment bien généreux que ladéclaration
que faiſoit un de nos Politiques , célebre
par ſa pénétration & par fa bienfaiſance , en
diſant : « J'oſe avouer que non-feulement com-
> me homme , mais comme ſujet , je prie pour
que le commerce de l'Allemagne , de l'Ef-
> pagne , de l'Italie & même de la France fleuriffe.
Je ſuis certain que l'Angleterre & toutes
>>ces nations proſpéreroient davantage ſi leurs
>>> Souverains & leurs Miniſtres ſe pénétroient de
ſentimens nobles & bienfaiſans les uns envers
les autres ».
On reparle encore d'un changement futur
dans l'Adminiſtration , particulierement
dans l'Amirauté , préſidée par Lord Howe ,
àqui le Public donne le Marquis de Buckingham
, ci devant Comte Temple , pour
ſucceſſeur. Ces bruits acquierent d'autant
moins de crédit , qu'une parfaite intelligence
regne entre les Miniſtres .
Si la pratique actuellement en vogue d'augmenter
le prix des fermes étoit reſtreinte, diſent
des Spéculateurs . & que l'on repartit les
terres incultes de la Couronne en fermes d'une
moyenne grandeur , cette Ifle fertile pourroit entretenir
au moins 18 millions d'habitans , & leur
fournir toutes les commodités de la vie , & une
grande partie des ſuperfluités du luxe. On a
calculé qu'on pourroit employer à la pêche ſur
nos côtes 80 mille matelots. Que l'Adminiſtration
s'occupe de ces objets , ce ſera rendre à la
patrie un plus grand ſervice que de diſputer ſur
des Ifles déſertes des Antilles , ou que d'envoyer
des Anglois commettre des rapines & des meurtres
, & être maſſacrés à leur tour dans l'Inde ou
( 18 )
dans les fables brûlans de l'Afrique.
Par un Acte de Henri VIII , encore en
vigueur , un payſan ne peut entretenir audelà
de 2000 moutons, ſous peine de payer
une amende de 3 sh. 4ſ. ſterlings par mouton.
Par un autre Acte , paſſé ſous le même
regne , perſonne ne peut tenir & occuper
plus de deux termes à la fois , ſous des peines
très -graves. Par un acte du Parlement
de la Reine Elifabeth , chaque chaumiere
doit avoir quatre acres de terre annexées à
elle. Il appartient au premier Miniftre , de
prendre foigneuſement ces actes en conſidération
, & de les amender , s'ils en ont befoin,
de maniere à convenir au temps actuel.
Alors la population s'augmentera , & la derniere
claſſe des agriculteurs ſera auſſi heureuſe
qu'elle le mérite.
M. Staunton , l'un des Secrétairesdu Lord
Macartney , eſt arrivé de l'Inde ſur la frégate
Françoiſe la Coventry , & ſe trouve
actuellement ici. Son voyage , dit- on , a
pour objet une difficulté élevée par les François
, au ſujet de Trinquemalle. Par un des
articles du Traité de paix , il fut convenu
que les François nous rendroient cette place ,
&qu'enfuite nous la rendrions aux Hollandois
, mais ils prétendent la leur remettre
tout de ſuite , ſans qu'auparavant elle ait été
entre nos mains. Les amis de M. Haſtings
diſent que le voyage de M. Stauton ſe borne
à ce rapport , & qu'il a laiſſé l'Inde dans
une tranquillité profonde &générale.
( 19 )
Le 13 la Société royale des Sciences , préſidée
par le Chevalier Joſeph Banks , a élu le Docteur
Blane Afſocié. Le même jour la Société
royale des Antiquités , préſidée par le Comte de
Leiceſter, a élu membre , le Vicomte George de
Saint-Afaph ,le Conſeiller Bearcroft , Sir Wil
liam Haut & Mr Genet , Chefde l'un des Bu
reaux des Affaires étrangeres de France , Secrétaire
de Monfieur , correſpondant de l'Académie
des Sciences de Paris & membre de plus
fieurs autres Académies .
On trouve dans un ouvrage récent fur
nos affaires Aſiatiques , les anecdotes fuivantes
, relatives à Sujah ul Dowlah , Viſir
d'Oude.
Parmi les Princes tributaires du Gouvernement
anglois dans le Bengale , aucun n'en fut favoriſé
autant que Sujah ul Dowlah . Cette diſtinction
attire aujourd'hui ſur lui les regards de la Métropole
, qui peut connoître l'eſprit dominant
dans nos Conſeils de l'Inde , par les attentions
des Employés de la Compagnie pour ce Vifir.
La Province d'Oude , ſur laquelle il exerce ſa
tyrannie, &qui fut , pendant la derniere ſeſſion ,
l'objet des ſpéculations parlementaires , eft fituée
au N. E. du Gange. Elle confine avec le
Behor , dont elle eſt ſéparée d'un côté par la riviereDeo
ou Gagera , &de l'autre par la Carumnaſſa
. Le pays eſt plat , bien arrofé & bien culti
vé. Vers le nord il eſt ſéparé du Thibet par une
vaſte chaîne de montagnes. Dans les vallées
qu'elles renferment ſont pluſieurs Rajahs , trop
foibles pour inquiéter Sujah ul Dowlah.
Les territoires de cet Indien touchent ceux du
Roi d'Angleterre. Ses revenus ſe montent à près
de deux crores de roupiés. Il ne paie aucun tribut
1
( 20 )
1
à l'Empereur , dont il affecte cependant de reconnoître
le ſouverain titre . Depuis ſa défaite à
Bufa , Sujhul Dowla s'attache à diſcipliner ſes
troupes , & à bien adminiſtrer ſes finances. Il a
déja formé dix bataillons de Sipays , & a confidérablement
perfectionné ſon artillerie. Lorſqu'il
apprit le couronnement d'Abdalla , il leva 12,000
chevauxfur un beaucoup meilleur pied que les
autres Princes de l'Indoſtan . :
Sujah ul Dowlah eſt actuellement l'undes principaux
alliés des Anglois dans l'Inde ; & comme
ſes revenus ne pourront jamais le mettre en état
de leur faire la guerre , il eſt probable que la
crainte qu'il en a lui fera obſerver ſtrictement la
teneur des traités.
Les qualités phyſiques de ce célebre Indien
font affez remarquables. Il a environ cinq pieds
onze pouces de haut. Il eſt ſi robuſte & fi nerveux
qu'on l'a vu abattre d'un coup de ſabre la tête
d'un buffle. Il ſeroit difficile de décider s'il eſt
plus actif ou plus violent qu'ambitieux. Ses
grands yeux ſombres & inquiets , ſemblent promettre
d'abord une pénétration extraordinaire ,
& une tête auffi ardente qu'entreprenante. Mais
ſon eſprit eſt trop léger pour s'occuper à penſer.
On ſent d'après cela qu'il eſt p'us propre aux
exercices guerriers qu'aux délibérations politiques.
Sujah ul Dowlah , depuis quelques années cependant
a donné une certaine attention aux affaires.
Il ſe levoit avant le ſoleil , montoit à cheval
, erroit dans les forêts , & pourſuivoit les
tigres ou les cerfs juſqu'au milieudu jour. Il revenoit
alors , ſe plongeoit dans un bain froid , &
pafſoit les après-midi dans le harem avec ſes
femmes : telle étoit la vie de cet Indien juſqu'à
la derniere guerre. Oſant tout , ſans ſyſteme &
( 21 )
ſans politique , emporté par ſes paſſions, il
commença une carriere difficile , dans laquelle
il éprouva bientôt des revers. Conſterné par la
perte de ſa réputation , ſon génie prit un autre
cours. Il emploie actuellement ſon activité àdiſ
cipliner ſon armée , & paſſe plus de tems à régler
ſes finances qu'auparavant il n'en perdoit à cajoler
les femmes de ſon ſérail . Son autorité s'eſt
rétablie , ſes revenus font augmentés , & ſes arrangemens
militaires ſont devenus efficaces & ref
pectables .
Mais avec toutes ces qualités & ces avantages
il eſt perfide , cruel& ſans principes : il compoſe
ſon extérieur pour mieux trahir , & tandis qu'il
vous flatte d'une main , de l'autre il vous poignarj
dejuſqu'au coeur.
Après la relation des deux faits ſuivans qui termineront
ce portrait , on ne ſera point étonné
que ce Deſpote ait protégé & ſoutenu Caſſim
Aliéan & Sombro , l'affaffin de MM. Hay, Ellis ,
Chambers & d'autres .
,
Le Capitaine H .... à la fois au ſervicede la
Compagnie & à celui du Viſir , avoit un bateau
chargé de quelques marchandises qui furent arrétées
par les Officiers de la douane , faute
d'une permiffion néceſſaire. Le Capitaine fans
ſoupçonner de ſuites fâcheuſes , fit mention du
fait au Vifir. Il n'en fut plus queſtion ; mais à
minuit , le Capitaine fut réveillé par des Indiens
qui lui apporterent dans un panier la tête d'un
Magiſtrat principal du diſtrict , qui auroit dû lui
donner la permiffion pour ſes marchandises . Cet
exemple horrible de tyrannie choqua tellement
l'Officier anglois , qu'à peine pût- il recouvrer
ſa tranquillité tout le tems qu'il reſta dans
l'Inde.
L'autre trait eſt encore plus effrayant, Le Co
( 22 )
JonelG .... étant un jour à la chaſſe àRahilcund,
quelques villageois dont les cochons avoient
ététués par les chiens de chaſſe , jeterent naturellement
par colere , un bâton après l'un de ces
chiens. Le Colonel de retour au camp , entra
dans la tente du Chevalier R. B-r , avec lequel
le Viſir étoit à déjeuner , & raconta par hafard
cette circonstance peu importante : le Vife
donna auſſi tốt un ordre ſecret à un de ſes gens ,
&avant d'avoir fini le déjeûner , l'Indien revint
faire fon rapport , & annonça que le village étoit
détruit , & tous ſes habitans , hommes , femmes
&enfans , paffés au fil de l'épée .
Nous avons donné ci-devant un précis de
la derniere Lettre écrite par M. Hastings à
la Compagnie des Indes : cette dépêche
vient d'être rendue publique par le Major
Scott , le défenſeur conſtitué du. Gouverneur
du Bengale dans ce Royaume. Comme
probablement l'Inde ſera un jour ou un autre
, le théâtre d'événemens très importans
pour l'Europe , comme l'Angleterre y a
pofé le ſiege d'un nouvel Empire , & l'un
des fondemens de ſa puiſſance , il eſt inftructif
de connoître l'eſprit qui la gouverne ,
& ſa véritable ſituation. On jugera auſſi par
cette lecture de l'étendue du pouvoir de
M. Haſtings dans ces contrées , & du caractere
de cet homme extraordinaire , dont
l'Europe n'a qu'une idée bien imparfaite.
Courage perſonnel , élévation d'ame , fermeté
, dextérité , génie , difcernement folide
, eſprit de détail joint à celui des grandes
combinaiſons politiques; toutes les qua
( 23 )
lités diſperſées dans vingt Adminiſtrateurs
différens , ſe réuniſſent pour former la capacité
particuliere & le talent de M. Haftings.
On fent de reſte combien un pareil homme
a droit de ſe croire ſupérieur aux petites
vues d'une Société Marchande , de lui dicter
la conduite à tenir , & de ſe rendre indépendant
de ſes tracaſſeries & de ſes conſeils.
Cette Compagnie , affez aveuglée un inftant
, pour penſer à retirer le Gouvernement
général des habiles mains où il eſt placé ,
Ient aujourd'hui ſa faute ; & la lettre dont
nous allons rendre compte , a pu fur-tout
lui en faire connoître toutes les conféquences
: elle eſt datée de Lucknow , le 30 Avril
1784. Voici les termes de M. Haſtings.
Meſſieurs , j'ai cru qu'un de mes principaux devoirs
étoit de me prévaloir de toutes les occafions
qui ſe préſenteroient , pour vous annoncer mon
arrivée dans le lieu d'où cette lettre eſt datée ,
ainſi que les premiers effets qu'a produits l'arrangement
qai a eu lieu par la réſolution du Gouverneur-
Général & du Conſeil , paſſée le 31 Décembre
dernier , & qui vous a été notifiée par les dépêches
ſucceſſivement remiſes aux Navires de la
Compagnie. Je commencerai donc à l'époque de
mon arrivée dans cette ville , le rapport que j'ai à
vous faire .
Je n'ai pas été long temps à m'appercevoir que
les revenus de ce pays étoient dans un ſi grand défordre
, & que l'adminiſtration , le crédit , &
l'influence même du Nabab s'y trouvoient tellement
ébranlés par les effets de la derniere ufurpationde
fon autorité ,& les querelles inteſtines qui
s'étoient élevées dans ſes Etats, qu'il avoit abſo
( 24 )
lument beſoind'un ſecours étranger pour recou
vrer ſes pouvoirs & rétablir la conſtitution de ſon
Gouvernement : j'avois été en conféquence fortement
preffé de me rendre ici en perſonne à cet
effet.
Quoique l'on m'annoncât que ce projet étoit
conforme aux intentions du Viſir , de ſa famille
&de ſes Miniſtres ; comme c'étoit des avis partiliers
, je les communiquai tels qu'ils étoient , par
mes lettres du 20 Janvier dernier , offrant en mê.
me temps mes ſervices pour me rendre à Lucknow
, quand le Viſir le requéreroit en forme ; ce
que je ſavois devoir arriver. J'étois dès-lors inftruit
de la réponſe à la réſolution du 31 Décembre.
J'avois pluſieurs raiſons pour anticiper ſur les
événemens , &prévenir la demande qui pouvoit
m'être faite : l'état de dérangement des affaires
dans l'Etat du Viſir , que le délai d'un ſeuljour
pouvoit aggraver ; la circonstance que c'étoit le
tems de la collecte des revenus , qui demandoit la
plus vigoureuſe énergie pour en aſſurer la rentrée;
enfinlemauvais étatde ma ſanté , qui ne
m'eût pas permis d'entreprendre un voyage auſſi
long, ſi je l'avois remis juſqu'au tems où les vents
du ſud commencent à ſouffler .
Mes offres furent acceptées ,avec une déclaration
conditionnelle de la part de M. Wheeler ; je
me préparai dès ce moment à faire ce voyage.
Le 14 Février , l'invitation réguliere du Nabab
me parvint ; je renouvellai mes offres au conſeil ,
qui décida que je les accepterois : le 17 , je pris
congé des membres de l'Adminiſtration , & partis
pour Calcutta avecune indiſpoſition très grave ,
qui , depuis quelque temps , me tenoit dans un
état de langueur des plus douloureux. Le changement
d'air me ſoulagea heureuſement , avec
tant
( 25 )
tantde promptitude & d'efficacité, qu'en arrivant
dans cette ville le 27 du mois dernier , ma ſanté
ſe trouva rétablie au point de me permettre de vaquer
aux objets importansde ma commiſſion.
La perspective la plus allarmante ſe préſenta à
moi dans cette route , en voyant un fol entierement
deſſéché par le manque de pluies périodiques
, qui , chaque année , viennent fertiliſer ces
plaines. Excepté dans quelques champs , qui paroiſſent
avoir été extraordinairement ſoignés par
les laboureurs , on ne pouvoit diſcerner laplus légere
trace de végétation. Les ruiſſeaux & les rivieres
que je traverſai étoient non- ſeuleineut taris
, maistellement deſſéchés , que des nuages de
powſſiere s'en élevoient. Ces circonstances font
d'autant plus dignes de remarque , que cette calamité
a été générale dans tout l'Indoſtan . Une autre
année de ſéchereſſe , qu'il n'eſt pas naturel de
ſuppoſer ni de craindre , mettroithors du pouvoir
de la ſageſſe humaine , de prévenir les maux qui
en feroient la ſuite .
Ma'gré cet accident , ma confiance au Nabab
eſt telle,&je me repoſe ſi fermement ſur ſa reconnoiſſance
& celle de ſes Miniſtres , quej'oſe promettre
, même dans ce moment , qu'excepté l'affreuſe
extrêmité d'une année ſemblable à celle-ci,
le progrès des meſures que j'ai établies , en quoi
j'ai réuffi autant qu'il etoit poſſible d'eſpérer ,
amenera mes projets à une conclufion heureuſe ,
pourvu toutefois que mes opérations ne foientpas
interrompues par des ordres auxquels il me ſeroit
impoſſible de réſiſter , & pourvu que l'on ne permette
de demeurer ici le temps néceſſaire pour
amener les affaires que j'ai commencées , à l'état
des perfections que j'ai eu en vue ;cene feront pas
depetits obſtacles qui pourront m'arrêter : poffédant
des avantages auſſi eſſentiels que ceux que
N°. 6 , 5 Février 1785. h
( 26 )
j'ai onmain , joſe me flatter qu'ils feront ſupés
rieurs àtoute eſpece d'oppoſition , à moins qu'el
le ne fût extrême.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Janvier.
Le 16 de ce mois , l'Académie royale des
Sciences eut l'honneur de préſenter au Roi ,
à la Reine & à la Famille Royale , le volume
de ſes Mémoires pour l'année 1781. A cette
occafion , l'Abbé Teſſier , les ſieurs Quatremerre
, d'Isjonval & de Fourcroy , Directeur
du Génie , reçus pendant le cours de
l'année, furent préſentés à Leurs Majestés &
à la Fami le Royale par le Directeur de la
même Académie. Le même jour , le ſieur
Lavoisier , Directeur de l'Académie , eut
l'honneur de préſenter au Roi , en l'absence
du Pere Pingré , la Cométographie, ou Hiſtoire
des Cometes qui ont été obfervées jusqu'à préfent,
en deux volumes in-4°. imprimés au
Louvre.
Le 23 , le Comte de Dénonville a prêté
ferment entre les mains du Roi , en qualitéde
Lieutenant-Général de l'Orléanois &du pays
Chartrain .
Le même jour , Leurs Majestés & la FamilleRoyale
ont figné le contrat de mariage
du Comte d'Agénois , Capitaine-Lieutenant
à la ſuite du Régiment Colonel-Général ,
( 27 )
1
Infanterie , avec demoiselle d'Argouges ; &
celui du Comte de Menou , Maréchal-de-
Camp , avec demoiselle de Jouenne d'Efgrigny.
Čejour, la Ducheſſe de Boutteville a eu
l'honneur d'être préſentée à Leurs Majestés
& à la Famille Royale par la Princeſſe de
Tingry, &de prendre le Tabourer .
La Marquiſe d'Agueſſeau , la Comteſſe de
Chavagnac & la Comteſſe deWalsh, ont eu
auſſi l'honneur de leur être préſentées ; la premiere
par la Ducheſſe d'Ayen , la ſeconde
par la Marquife de Monteclerc , & la troiſiemepar
la Comteſſe de Sérant-Walsh .
DE PARIS , le 4 Février.
M. Pilatre de Rozier eſt retourné à Boulogne
, la ſemaine derniere , dans le deſſein
d'y préparer fans doute ſon départ pour
l'Angleterre : il eſt accompagné d'un de fes
amis , nommé M. Romain .
On prétend aujourd'hui dans les cercles
decette Capitale, que M. Montgolfier eft
preſque afſuréd'avoir trouvé la direction des
Aeroftats. Voici ce qu'on débite en public à
ce ſujet.
Il a fait , dit- on , diverſes expériences qui lui
promettent le plusgrand ſuccès lorſqu'elles feront
exécutées en grand. Son Aréoſtat une fois dans
les airs , il en change la forme, ce n'eſt plus alors
qu'une calote , ou ſi l'on veut un ſimple paraſol ,
qui retardé dans ſa chûte par une voile & par le
feu, eft conduit par ces agens à l'endroit qu'on
ba
k
( 28 )
desire . M. de Montgolfier ſe propoſe d'ouvric
une ſouſcription d'environ 100000 livres pour
aire les expériences néceſſaires à cet effet. Il
fn'eſt pas douteux qu'elle fera bientôt remplie,
En s'occupant de ces grandes recherches, ce Phy .
ficien a fait encore une autre découverte bien importante.
Il peut , ainſi que le foleil , raffembler
des nuages , des amas d'eau au-deſſus de nos
têtes : on croit qu'il lui ſera facile de tranſporter
, pour ainſi dire , la ſcene ſur la petite coline
de Meudon. Par exemple , & ce qu'ily a de beau
dans cette découverte , c'eſt que plus la quantité
d'eau qu'on voit enlever eſt conſidérable , plus
L'expérience est sûre & facile .
Cela eft en effetfi beau, que nous ne doutons
pas , qu'après avoir porté la Seine ſur
Meudon , on ne tranſporte bientôt la mer
Baltique ſur le Mont Blanc , & le Mont
Blanc lui même dans quelque jardin prétendu
Anglois de nos environs : car enfin , tout
eſt poſſible ; & il eſt bon de remarquer
que ces grands eſprits , qui ne ceſſent de
vous dire , tout eft poffible , trouvoient tout
impoſſible , il y a quelques années , lorſqu'on
Jeur parloit des forciers , de la Magie , des
farces de Saint- Médard , &c. L'ingénieux
Sterne a bien raiſon de dire qu'il faut toujours
à l'intelligence humaine une ſottiſe favorite.
Les Etats de Bretagne ont arrêté dans
Jeurs diverſes féances du mois dernier di
vers points , dont voici la ſubſtance.
Séance du Mardi 18 Janvier .
LesEtats ont chargé les Députés en Cour de
folliciter la liberté d'armer dans ſes ports pour le
commerce du Levanti
:
( 19 )
Defolliciter le retrait de l'Arrêt duConſeil au
ſujet de l'introduction des ſardines étrangeres daris
*leRoyaume ;
De demander qu'il ſoit défendu aux Meſſageries
d'exiger des droits pour les permis qu'elles
donnent de louer des chevaux , quand elles ne
peuvent en fournir.
La Commiſſion des baux a été chargéede faire
approuver, par Meſſieurs les Commiſſaires du Roi,
les changemens faits au bail , &c. &c.
Séance du Mercredi 19 Janvier.
M. le Comte de Trémirgat n'ayant pu ſe rendre
à l'aſſemblée , M. le Vicomte de Champlavoy a
été élu par acclamation , Préſident de l'ordre de la
Nobleffe .
Il a repréſenté que l'aſſemblée étant inſtruite
que Madame la Comteſſe de Tremergat venoit
d'accoucher d'un garçon , il étoit perfuadé que
l'aſſemblée ſe porteroit à le faire nommer par les
Etats , &à faire jouir les Préſidens par élection
des mêmes prérogatives que les Barons .
Les Etats , après avoir adopté cette propofition
, ont arrêté de prier Madame la Comteſſe de
Montmorin de nommer cet enfant avec les Trois
Préſidens des Ordres , & qu'à cet effet il lui ſera
envoyé une députation .
D'après la lecture d'un Mémoire préſenté par
Jes Commiffaires des contrôles , fur les abus &
indue perception de ces droits , &tendant à être
intégrés dans leur propriété & jouiſſance , les
Etats ont arrêté de prier M. le Comte de Montmorin
de le faire paſſer à la Cour , & de l'appuyer
de ſes puiſſantes ſollicitations.
٤
Jeudi 20 Janvier.
La députation envoyée hier chez Madame la
Comteſſe de Montmorin , a rapporté qu'elle étoit
très-ſenſible à la politeſſe desEtats , &qu'elle les
b3
( 28 )
!
desire . M. de Montgolfier ſe propoſe d'ouvrie
une ſouſcription d'environ 100000 livres pour
aire les expériences néceſſaires à cet effet. Il
fn'eſt pas douteux qu'elle ſera bientôt remplie,
En s'occupant de ces grandes recherches, ce Phy .
ficien a fait encore une autre découterte bien importante.
Il peut , ainſi que le soleil , raſſembler
des nuages , des amas d'eau au-deſſus de nos
têtes : on croit qu'il lui ſera facile de tranſporter
, pour ainſi dire ,la ſcene ſur la petite coline
de Meudon. Par exemple , & ce qu'ily a de teau
dans cette découverte , c'eſt que plus la quantité
d'eau qu'on voit enlever eſt conſidérable , plus
L'expérience est sûre & facile .
Cela eft en effetfi beau, que nous ne doutons
pas , qu'après avoir porté la Seine ſur
Meudon , on ne tranſporte bientôt la mer
Baltique ſur le Mont Blanc , & le Mont
Blanc lui même dans quelque jardin prétendu
Anglois de nos environs : car enfin, tout
eſt poſſible ; & il eſt bon de remarquer
que ces grands eſprits , qui ne ceffent de
vous dire , tout eſt poſſible , trouvoient tout
impoſſible , il y a quelques années , lorſqu'on
leur parloit des forciers , de la Magie, des
farces de Saint- Médard , &c. L'ingénieux
Sterne a bien raiſon de dire qu'il faut toujours
à l'intelligence humaine une ſottiſe favorite.
Les Etats de Bretagne ont arrêté dans
leurs diverſes féances du mois dernier di
vers points , dont voici la ſubſtance.
Séance du Mardi 18 Janvier.
LesEtats ont chargé les Députés en Cour de
folliciter la liberté d'armer dans ſes ports pour le
commerce du Levant ;
( 29 )
De folliciter le retrait de l'Arrêt duConſeil au
ſujet de l'introduction des ſardines étrangeres dans
'leRoyaume ;
2 Dedemander qu'il foit défendu aux Meſſageries
d'exiger des droits pour les permis qu'elles
donnent de louer des chevaux , quand elles ne
peuvent en fournir .
La Commiſſion des baux a été chargéede faire
approuver, par Meſſieurs les Commiſſaires du Roi,
leschangemens faits au bail , &c. &c.
Séance du Mercredi 19 Janvier.
M. le Comte de Trémirgat n'ayant pu ſe rendre
à l'aſſemblée , M. le Vicomte de Champlavoy a
été élu par acclamation , Préſident de l'ordre de la
Nobleſſe.
Il a repréſenté que l'aſſemblée étant inſtruite
que Madame la Comteſſe de Trémergat venoit
d'accoucher d'un garçon, il étoit perfuadé que
l'aſſemblée ſe porteroit à le faire nommer par les
Etats , &à faire jouir les Préſidens par élection
des mêmes prérogatives que les Barons .
Les Etats , après avoir adopté cette propofition
, ont arrêté de prier Madame la Comteſſe de
Montmorin de nommer cet enfant avec les Trois
Préſidens des Ordres , & qu'à cet effet il lui ſera
envoyé une députation.
D'après la lecture d'un Mémoire préſenté par
Jes Commiffaires des contrôles , fur les abus &
indue perception de ces droits , & tendant à être
intégrés dans leur propriété & jouiſſance , les
Etats ont arrêté de prier M. le Comte de Montmorin
de le faire paffer à la Cour , & de l'appuyer
de ſes puiſſantes ſollicitations.
Jeudi 20 Janvier.
La députation envoyée hier chez Madame la
Comteſſe de Montmorin , a rapporté qu'elle étoit
très-ſenſible à la politeſſe desEtats , &qu'elle les

b3
( 30 )
prioit de fixer lejour de la cérémonie du Bapa
tême.
La lettre de M. le Contrôleur , contenant les
réponſes aux changemens propoſés par les Etats
àcinq articles de la Déclaration de Meſſieurs les
Commiſſaires du Roi , au ſujet de l'adminiſtrationdes
grands chemins ,& deſquelles la majeure
partie eft fatisfaiſante , aété renvoyée à la Commiſſion
des ouvrages publics.
Lacérémonie du Baptême du fils de M. le Préfident
de la Nobleſſe a été fixée à demain , une
heure après midi , laquelle ſera célébrée par M.
l'Evêque de Léon : Meſſieurs les Préſidens des
Ordres ont été chargés de l'annoncer à Madame
la Comteſſe de Montmorin . Les Etats ont enſuite
fait préſent de 15,000 liv. à Madame la Comteſſe
de Trémergat , de 11,000 liv. à l'enfant , & ont
fait les fonds de 9000 liv. pour les frais par eſtime
de la cérémonie.
LesEtats , après avoir délibéré aux Chambres ,
ont ordonné le fonds de 100,000 liv . pour la dépenſe
du dépôt des mendians pendant 1785 &
1786 .
Vendredi 21 Janvier.
La Commiſſion des Impoſitions , qui avoit été
chargée de porter à Meſſieurs les Commiſſaires
du Roi le mémoire ſur les octrois municipaux , a
dit que M. le Comte de Montmorin s'étoit chargé
de le faire paſſer en Cour.
Les Etats ont chargé leurs Députés en Cour
de ſolliciter une Déclaration du Roi qui enjoigne
aux Recteurs , Curés, &c . de référer dans les actes
de Baptême des enfans l'âgedes pere & mere , &
le lieu de leur naiſſance , ou de déclarer qu'ils
n'ont pas rempli cette formalité faute de connoiffances
ſuffiſantes.
La Commiſſion pour la cérémonie du Baptême
( 31 )
de l'enfant de M. le Préſident de la Nobleſſe, a
diftribué des dragées à l'aſſemblée , qui s'eſt ſépa
rée à une heure , & Meſſieurs les Préſidens des Ordres
ſont allés chez Madame laComteſſe deMontmorin
, pour ſe rendre enſuite à la cérémonie qui
devoit ſe faire en la Paroiſſe Saint- Germain .
Samedi 22 .
Aujourd'hui , lendemain de la cérémonie du
Baptême , les Etats ont délibéré par acclamation ,
qu'on offriroit à Madame la Comteſſe de Montmorin
un diamant de 30,000 liv. Elle les a priés de
vouloirbien permettre que cette ſomme fut deſtinée
à fonderune place pour les jeunes demoiſelles,
une autre à l'école des cadets gentilshommes , &
unebourſe dans un College pour le tiers .
La générosité de Madame la ComteſſedeMontmorin
en faveur des enfans de la Province , ne
pouvoit manquer d'exciter une vive ſenſation ,
auffi le nom de M. le Comte & de Madame la
Comteffe de Montmorin n'eſt prononcé à Rennes
&dans toute la Bretagne qu'avec attendriſſement.
Ce dernier trait auroit reſſerré , s'il eût été nécefſaire
, l'union qui regne entre les Etats & le Commandant
de la Province ; union qui ne s'eſt pas
démentie un ſeul inſtant , dont on éprouve déja
les heureux effets , & qui promet à la Province
une tranquillité durable , & des avantages encore
plus conſidérables.
Quelques différends ſérieux s'étant élevés
au ſujet de la fixation des Dividendes de la
Caiſſe-d'Efcompte, le Confeil d'Etat a rendu
un Arrêt le 24 Janvier , qui déclare nuls les
marchés faits ſur ces Dividendes. Le préambule
remarquable de cet Arrêt eſtde la teneur
ſuivante.
Sur ce qui a été repréſenté auRoi par les Com-
/
C
b4
( 32 )
miſſaires députés des Actionnaires de la Caiff
d'Eſcompte , que , depuis trois mois , & notam
ment dans les derniers jours du mois de Décembre
il s'étoit fait ſur les Dividendes des Actions de cette
Caiffe un trafic tellement déſordonné , qu'il s'en
étoit vendu quatre fois plus qu'il n'en exiſte réellement
; que la preuve en étoit acquiſe & miſe ſous
les yeux de S. M. , par l'exhibition d'une grande
quantité de marchés qui portent la réſerve de leur
inexécution , moyennant des Primes payables
comptant en proportion du prix plus ou moins fort
que les Dividendes pourroient acquérir ; qu'ils
croyoient de leur devoir de dénoncer à S. M. un
abus qui pourroit compromettre la fortune de ſes
Sujets , & auquel ſeul devoient être attribuées les
difcuffions fâcheuſes qui s'étoient élevées parmi
les Actionnaires , leſquelles ceſſeroient indubitablement
, par la ſévérité qu'ils ſupplioient S. M.
d'employer pour profcrire & annuller des conventions
également contraires à la bonne foi ,au bon
ordre & au crédit public : S. M. ayant donné une
attention particuliere a l'objet de cette requête ,
&s'étant fait rendre compte en fon Conſeil , de
tous les faits qui y font relatifs , a reconnu que
les marchés qui ont eu lieu par rapport auxDivi-
'dendes des Actions de la Caiſſe d'Elcompte du dernier
ſemeſtre, ſont d'autant plus intolérables, que,
Toitde la part des vendeurs , ſoit de celle des acheteurs
, on a voulu ſe prévaloir infidieuſement de
connoiffances qui , promettant aux uns ou aux
autres des avantages certains , rendoient les conditions
inégales , & ne pouvoient produire que
des gains illicites ; que de pareils actes , enfantés
parunvil excès de cupidité , ont le caractere de
ces jeux infideles que la ſageſſe des loix duRoyaume
a proſcrits , & qui tiennent a un eſprit d'agiotage
, qui depuis quelque tems s'introduit &fait
( 33 )
desprogrès auſſi nuiſibles àl'intéret du commerce
&aux ſpéculations honnêtes , qu'au maintien de
l'ordre public; que c'eſt ainſi qu'a l'occaſion du
dernier emprunt , on à vu négocier juſqu'à l'eſpérance
d'y êtreadmis , & s'élever enſuite des dif
cuffions ſcandaleuſes ſur la prétendue valeur d'engagemens
néceſſairement illuſoires ; qu'aujourd'hui
le même eſprit & l'animoſité qu'il a produite
entre ceux que l'avidité de gagner , ou la
crainte de perdre , ont échauffés les uns contre les
autres , eſt l'unique principe de la fermentation
qui exiſte relativement à la nature & à l'étendue
des bénéfices partageables à la fin de chaque
ſemeſtre pour la fixation des Dividendes; qu'au
furplus quel que doive être le réſultat de ces débats
, il n'intereſſe en rien ni la ſolidité del'établiſſement
de la Caiſſe-d'Eſcompte qui en eſt abſolument
indépendante , ni la valeur des Actions
que la ſage réſerve d'une partie des bénéfices ne
peut qu'améliorer : mais qu'il eſt très-important
de réprimer un déſordre dont la ſource excite la
-juſte indignation de Sa Majesté , & de rétablir la
tranquillité en réprouvant les actes qui ont fait
naître le trouble.
:
En rendant compte des prix de Deſſin , on a
nommé par erreur entre les Eleves couronnés ,
M. Du Foit ; il faut lire Du Toit , âgé de 15 ans ,
né àGeneve , ainſi que ſon pere , Deffinateur de
la Manufacture d'Indiennes à Arcueil.
Les Numéros ſortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 69 , 22 , 63 , 37. , & 27 .
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 30 Janvier.
Le Conſeil d'Etat a préſenté à Leurs
Hautes Puiſſances le plan de levée de fix
bs

( 34 )
,
corps de troupes légeres ; ſavoir , une légiorn
de 3000 hommes du Prince Louis de Heſſe-
Darmſtadt ; un de M. de Vreſde , Major au
ſervice de Heſſe , de 660 chaſſeurs à pied ;
le troiſieme du Major de Rechteren-Limbourg
, de deux bataillons d'infanterie
-d'une compagnie d'artilleurs , d'une de Houlans&
de deux eſcadrons de Dragons ; le
quatrieme du Colonel Bouwens ; de 8 compagnies
de Dragons , quatre montées &
quatre à pied; le cinquieme du Capitaine
Meyern , de fix compagnies ; enfin , le fixieme&
dernier du Lieutenant Glaaburg ,
de cinq compagnies d'Infanterie. L'entre-
-tien de ces divers corps réunis coûteroit
1,426571 Aorins.
:
2
Cequi fortifie chez l'étranger l'idée d'une
conciliation future entre l'Empereur & notre
République , c'eſt la lenteur de nos réſolutions
actives & de nos préparatifs militaires:
mais cette indéciſion apparente réſulte
des formes de notre Gouvernement. D'ail
leurs , les dépenſes effrayent pluſieursPro-
⚫vinces ; toutes n'ont pas à la guerre un intérêt
égal : voilà peut-être pourquoi les Etats
de Gueldres ſe ſont refuſés par interim à
armer les habitans de la Province : ils n'ont
voulu prendre aucune réſolution à ce ſujer ,
malgré les requêtes d'un nombre de citoyens
: M. deCapellen de Marſch , fameux
par ſes harangues , a proteſté contre cette
opinion des Etats. Ils ont conſenti à accepter
fix mille Suédois , & les troupes légeres
( 35 )
de Mecklenbourg-Strelitz & de la Lippe-
Buckebourg , en n'accordant leur aveu pour
prendre 25 mille François , à la folde de la
République , que dans le cas ſeulement où
la guerre ſeroit inévitable .
Cet enrôlement général ne ſe fait pas à
coups de plume , comme l'aſſuroient les
Nouvelliſtes : il a excité des plaintes vives &
des tumultes dans la province de Groningue:
pluſieurs payſans , à ce qu'on dit , ſe
font portés à des excès , contre leſquels il a
fallu employer la voie militaire& toute la
prudence des Magiſtrats. Il eſt malheureux
que l'eſprit de faction faſſe enviſager cet armement
national , comme deſtiné à ſervir
des vues de parti , & qu'il nuiſe ainſi au bien
public, en embarraſſant une meſure jugée
néceſſaire à la défenſe de l'Etat.
C'eſt pour obvier ſans doute à cette réſiftance
, que le Conſeil-Comité de la Province
de Hollande a adreſſé aux Officiers
civils un nouveau Plan de Conſcription militaire
, dont voici la ſubſtance.
•Ayant examiné les Liſtes & autres dénombremens
des Gens en état de porter les armes , nous
avons trouvé bon de vous écrire &de vous enjoindre
de choiſir , par proviſion & au ſort le troiſieme
Homme de ceuxqui ſont enétat de porter lesArmes
dans votreVillage & District , avec permifſion
à ceux ſur qui le ſort tomberoit de mettre un
autreà leur place: Attendant que ceux qui feront
dans le cas de ſervir comme Officiers & Bas- Officiers
, ne feront aucune difficulté de ſervir leur
Patrie en cette qualité. Seront exemptés de l'Ar .
b. 6
( 36 )
1
1
mement &des Exercices , les Miniſtres , Maîtres
d'Ecole , Lecteurs , Anciens & Diacres , tant des
Eglifes publiques que des autres Cultes Proteſtans;
les Prêtres Romains ,les Chapelains ou Aſſiſtans ;
les Receveurs des Impôts publics & leurs Employés
; les Officiers , Employés , & Ouvriers attachés
aux Amirautés , aux Compagnies des Indes-
Orientales & Occidentales & les Commis des
Douanes ; les Ouvriers dans les Moulins à Poudre
&autres Employés à préparer ce quiest néceſſaire
pour faire au plutôt laGuerre , ainſi que les Con
ducteurs de Bateaux & Voituriers publics & leurs
Domeſtiques; les Meuniers & leurs Garçons, dans
le temps où ils doivent travailler ; les Pêcheurs ,
lorſqu'ils doivent aller en Mer , ou aller expoſer
leur Poiſſon ; toutes Perſonnes dont on paye l'argent
de Seigneur & de Rédemption; ainſi que les
Mennonites ; á condition qu'ils mettent, comme
dans les anciens temps , quelqu'un à leur place&
qu'ils payent ; tous ceux qui ont quelque défaut
corporel , qu'ils prouvent par le Certificat d'un
Docteur ou d'un Chirurgien , & enfin tous ceux
quidonneront des raiſons valables pour être difpenſés
de l'Armement : Cependant diſpoſés àvoir
avecplaifir que ceux des Claſſes diſpenſées , n'uſantpas
de ce Privilége & veulent bien s'exercer
avec les autres Habitans àmanier lesArmes pour
ladéfente de leur Prtrie.
Le Comitté enjoint enſuite, pour le maintien
de l'ordre , ce qui eſt requis pour la décoration
des Officiers , l'égalité des Armes & les endroits
où elles doivent être déposées. Il finit par prévenirles
Gens crédules de la Campagne contre les.
bruits ſemés par les ennemis de cetArmement fa-.
lutaire , comme s'il s'agiſſoit de n'armer les Habitans
des Campagnes que pour les traîner au ferviceMilitaire
loin de leurs demeures ;& ordon(
37 )
nantque ſi quelqu'un étoit aſſez hardi pour trou
bler lesExercices , il en ſoit donné connoiſſance
à l'Officier criminel du District , afin qu'il puiſſe
procéder contre les Délinquans , ſans aucune connivence
, comme contre un Perturbateur du repos
public.
Le Conſeil d'Etat a ouvert , à la charge
de la Généralité , un emprunt de deux millions
65 i mille florins, par voie de Loterie:
les Etats d'Overyſſel empruntent auſſi un
million.
L. H. P. ont accordé à M. le Comte de
Maillebois un traitement de 15 mille florins
annuellement , en temps de paix , & de dix
mille florins par mois en temps de guerre ,
outre une ſomme de 60 mille florins pour
ſes équipages.
M. le Marquis de Verac , Ambaſſadeur
de S. M. T. C,, a remis le 21 ſes lettres de
créance au Préſident des Etats-Généraux ,
qui lui a rendu ſa viſite peu d'heures après.
Le même jour, M. le Chevalier Harris , Envoyé
extraordinaire de la Cour de Londres ,
a été en conférence avec le Préſident , &
d'autres Membres du Gouvernement.
On a fait arriver ici dans le Public , un Ultima
tum de l'Empereur , apporté par un courier de
Paris. Si ces dernieres volontés , ſuppoſées ou non,
avoient d'autre fondement encore que des bruits
du moment , elles ne laiſſeroient plus de doute fur
les événemens futurs. L'Empereur , dit- on , conſentiroit
à la médiation des Cours de Verſailles &
de Peterſbourg , moyennant qu'avant tout , la
République ſatisfaiſant au Traité de 1674 , lui
remit Mastricht & ſes dépendances , & lui fit des
excuſes de l'affront qu'a reçu ſon Pavillon.
( 38 )
)
Dans les triſtes circonstances où nous fommes
, il eſt bien affligeant de voir revivre avec
fureur cet eſprit incendiaire de diſcorde, l'une
des principales cauſes de nos adverſités.
Dans le temps que des Feuilles publiques repréſentoient
tous les Membres de la République
comme unis par les mêmes ſentimens ,
le Baron de Cappellen de Marſch haranguoit
en ces mots les Etats de Gueldres :
La honteuſe direction du département auquel
eſt confi é le ſoin de veiller à la défenſe du pays ,
eſt montée à ſon comble. Sans faire attention à la
juſte indignation des citoyens , le Capitaine-Général
& le Conſeil d'Etat ou reſtent dans la négligence
, ou ſoit par ignorance , ſoit par malice ,
ils ſe bornent à des meſures qui tendent à accroître
la confufion &à épuiſer les tréſors de la République.....
Il convient de mettre des bornes au
pouvoir exécutif , & de rendre à ceux qui ſe ſont
rendus coupables d'excès ſi énormes , le ſalaire dû
à leurs oeuvres , &c . &c.
- Ces invectives , jointes aux diſcours & à
quelques réſolutions du moment ont apparemment
déterminé le Prince d'Orange ,
à remettre , le 19 , aux Etats-Généraux , une
Lettre à conferver , pour la rapprocher un
jour des événemens infaillibles , auxquels
ondoit s'attendre.
Dans les délibérations qui doivent avoir lieu
par MM les députés de V. H. P. pour les affaires
militaires , avec MM. les comités du Conſeil
d'Etat chargés de prendre nos avis , nous
ſerons obligés d'expoſer les preuves , qu'ayant
déjà fongé depuis quelques mois , auxmoyens de
( 39 )
Tatisfaire à l'intention de L. H. P. nous avons été
mis hors d'état d'y pourvoir, à raiſon de lagrande
foibleſſe de l'armée, & qu'il n'y a point de moyen
depouvoir ſoigner la défenſe de toutes les parties
de la république expoſées aux entrepriſes de l'ennemi
. Nousavons en conféquencehéſité longtems,
ſi , étant devenus l'objet de toutes fortes de ſoupçons
, imputations & reproches , nous nous contenterions
du témoignage de notre propre confcience
ſur la pureté de nos vues & la ſincérité de
nos efforts, ou fi nous expoſerions de nouveau àV.
H.P. , que fi nous euſſions atteint notre but conftant
, la patrie n'auroit point été troublée par
des guerres étrangeres , ni par des diviſions intérieures
; qu'elle eût conſervé lapaix & la liberté;
&que maintenue dans un état convenable dedéfenſe
, elle auroit porté ſa proſpérité juſqu'au plus
haut degré. Qu'en conféquence tous les maux ſurvenus
à la république , &ceux qu'elle a encore à
craindre pour la ſuite , & qui nous paroiſſent inévitables
, fi elle n'eſt de nouveau ſauvée comme
par miracle , ne peuvent ſans laplus haute injuf-
Lice nous être attribués .
Nous ſentons très - vivement combien il eſt déſavantageux
pour les intérêts de l'Etat , que ſa
foibleſſe & fa diviſion intérieure ſoient expoſées
non-ſeulement aux yeux de toute la nation , mais
encore à ceux des Puiſſances dont les intentions
font hoftiles envers la république. Tout ce que
nous avons eſſuyé depuis quatre à cinq ans , le peu
de ſuccès des efforts que nous y avons oppoſés, les
préparatifs que nous voyons faire journellement
pour nous rendre auſſi reſponſables des ſuites de
l'état actuel du pays ; tout cela réuni nous donne
une juſte crainte que nous ne fuffions pas actuellement
plus heureuuxx àà éteindre les préjugés , àresouvrer
la confiance altérée ,& cet amour des ha
( 40 )
:
bitansdupaysdontnous avonsjoui ſans interrupa
tion pendant les 14premieres années de notre
adminiſtration. A quoi nous ajoutons , Hauts &
Puiſſans Seigneurs ,qu'expoſés à de telles accuſations
que la plupart des maux de l'Etat nous
ſeroient imputés , nous pourrions difficilement
réuffir à démontrer notre innocence , ſans expoſer
en même tems la ſource d'où ces maux font
provenus ; & que dans notre cas , cette démonstration
ne pourroit avoir lieu ſans que nous courions
riſque d'être accuſés d'avoir intention de
faire ſervir notre défenſe à la charge des autres.
Nous avons peu de raiſons , il eſt vrai ,de nous
flatter qu'une nouvelle défenſe de nos actions
faſſe plus d'effet que ce que nous avons été obli
gés de repréſenter ci-devant à V. H. P. Mais ,
convaincus que c'eſt moins à l'ignorance des
faits , que nous devons attribuer les préjugés
conçus contre nous , qu'au manque d'attention
d'un grand nombre de nos concitoyens ,
fur une ſuite de circonſtances qu'il faut rapprocher
, Nous jugeons devoir , pour nous même
pour notre maiſon , & ſurtout pour notte patrie ,
repréſenter à V. H. P. l'exact & véritable tableau
de nos ſentimens, de nos vues , des ſuites
que nous imaginons qu'elles auroient ewes , &des
conféquences qui ont réſulté de ce que nos
meſures n'ont point été adoptées .
La liberté de cette examen ne peut nous être
diſputée, ſurtout depuis que ces mêmes propofitions
ont été préſentées , par toutes fortes de
moyens , ſous l'aſpect le plus odieux , & ont
formé un ſujet continuel d'accuſations , de railleries
, d'inſultes & de traits les plus offenfans.
Dès le premier moment où nous avons formé
nos idées ſur les vrais intérêts de cette
République , nous avons compris que pour fa
1
( 41 )
conſervation & proſpérité, rien n'eſt plus défi
rable que la jouiſſance de la paix .
Nous avions appris par l'hiſtoire , tant de ce
pays que des autres nations , & l'état actuel des
affaires le confirme pleinement , que pour maintenir
la paix il ne tuffit pas toujours d'étre foi
même pacifique , & de ne donner aucune raiton
d'offenſe à perſonne , mais que l'on peut fouvent
malgré ſoi être entraîné dans une guerre. Il
nous a toujours paru en conféquence que c'étoit
une des maximes les plus fondées d'une ſaine
politique , de ſe tenir entout temps dans un tel
état de défenſe que l'on puiſſe repouſſer une attaque
injuſte , ou venger une offenſe eſſuyée , lorfqu'elle
eſt aſſez conféquente , ou plutôt prévenir
l'un & l'autre , & ôter à ſes voiſins l'envie
de nuire & d'attaquer.
Lorſque nous entrâmes dans l'adminiſtration
des affaires en 1766 , nous ne trouvâmes poing
la République dans cet heureux état , ni par mer ,
ni par terre : cela est trop connu de tous les
Confédérés , & trop ſouvent avoué pour qu'il ſoit
néceſſaire d'en venir à la preuve. Les forces
navales du pays étoient , pour ainſi dire , réduites
à rien , & l'armée de terre n'étoit point
à beaucoup près à l'état néceſſaire pour que la
république pût réſiſter , même à l'attaque la plus
faible de la part des puiſſances voiſines.
Notre premier ſoin fut donc de relever inſenſiblement
l'une & l'autre , autant que cela
étoit compatible avec l'état des Finances : nous
employâmes tous nos efforts pour porter les
Confédérés à des ſentimens unanimes à cet égard
&àcette condeſcendance néceſſaire & réciproque
ſans laquelle il n'eſt pas poſſible qu'un Corps compoſé
de pluſieurs membres puiſſe être uni , &
proſpérer. Il eſt connu à Vos Hautes Puiſſances ,
( 42 )
1
àtous les Confédérés , & la plupart des habitans
du pays , que nous n'avons épargné ni peines , ni
ſoins , ni moyens pour atteindre ce but falutaire ,
mais que nous n'avons point été affez heureux
poury réuffir; ſes ſuites naturelles ont été , que
les forces de terre & de mer ſont reſtées beaucoup
au- deſſous de l'état ou elles auroient dû être.
Combien de fois n'avons- nous pas averti d'avance
du danger de ſe départir du ſyſtême de
neutralité ? Combien de fois n'avons- nous pas
prédit les ſuites du manque d'union & de condeſcendance
réciproque ; combien de fois malheureuſement
nos avertiſſemens ont ils été confirmés
par l'évenement aux approches des troubles
entre deux puiſſans voiſins : ces troubles në
concernoient en aucune maniere la République ;
il auroit été de ſon intérêt de n'y point prendre
part , de ſe garder ſoigneusement des démarches
qui ont eu lieu , & qui ont cauſé une
guerre, dins laquelle tous ſes droits & ſes pof
feffions ont été expoſés aux dangers d'une perze
totale.
Ce danger nous parut aſſez grand & affez pref.
fant , pour nous déterminer non - ſeulement à le
repréſenter dans toute ſon étendue auxhauts Confédérés
, mais encore àfaire uſage de tout ce qui
étoit en notre pouvoir pour apporter du délaż
dans les meſures , juſqu'à ce que la république ſe
fûtmiſe en état , fi non de ſubvenir à ce danger ,
au moinsde le diminuer conſidérablement. Notre
prévoyance & nos avis , qu'il réſulteroit infailliblement
de ces meſures une guerre fâcheuſe , à
laquelle le pays n'étoit point préparé , ne trouverent
alors aucune croyance : cependant l'événement
lesaconfirmés .
Il eſt arrivé de même à l'égard de l'acceſſion
dela république au traité de neutralité armée ,
( 43 )
que nous regardions à la vérité commebien avan
tageux pour ce pays , dans le mauvais état de défenſe
où il ſe trouvoit , mais acceſſion que nous
comprenions en même tems devoir mécontenter
laPuiſſance contre laquelle ce traité étoit formé,
&hater la déclaration de guerre: d'où nous conclûmes
que ladite acceſſion non-ſeulement ne pouvoit
profiter à la république, mais au contraire
augmenter ſes périls . L'événement a encore juſtifié
nos craintes à cet égard.
La fuite à l'ordinaire prochain.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 30 Janvier.
Le Gouvernement a publié en ces termes
une nouvelle Déclaration de l'Empereur ,
concernant l'état civil des individus des
Maiſons Religieuſes ſupprimées.
Joſeph , par la grace de Dieu , Empereur des
Romains , &c. &c. &c. Par la déclaration du 2
Septembre 1775 , en rappellant le principe que
les ſéculariſations des Religieux profes , ne les
rétabliſſoient pas dans la jouiſſance des effets civils
, il a été accordé quelques modifications à ce
principe en faveur des ci-devant Jéſuites ; voulant
maintenant pourvoir à l'état civil des individus
d'autres maiſons ſupprimées en ce pays, nous
'avons , de l'avis de notre Conſeil privé & à la délibération
de notre très- chere & très aimée ſoeur,
Marie Chriſtine, Princeſſe Royale de Hongrie &c
de Boheme , Archiducheſſe d'Autriche , &c . , &
de notre très - aimé beau - frere & coufin , Albert-
*Caſimir , Prince Royal de Pologne & de Lithuanie,
Duc de Saxe Teſchen, &c. , nos Lieutenans,
Gouverneurs & Capitaines Généraux des Pays-
Bas , déclaré & ordonné , déclarons & ordononns
les points & articles ſuivans :
(44
Art. I. Les individus profès de l'un & de l'au
tre ſexe des maiſons Religieuſes ſupprimées ,
pourront acquérir autrement que par ſucceſſion
ab inteftat , des rentes viageres conſtituées ſur
leurtéte , le ſimple uſufruitdes immeubles ou réputés
tels , l'uſufruit des rentes perſonnelles ou
réelles , celui des obligations ou billets portant
intérêt , ſans pouvoir en maniere quelconque ,
acquérir ou poſſéder la propriété de ces immeubles
ou réputés tels , non plus que les capitaux
des rentes , obligations ou billets , mais ils pourront
acquérir & poffeder la propriété des effets
mobiliers , proprement dits , l'argent comptant y
compris.
II . Nous déclarons que ce qui eſt ſtatué par
l'article précédent , opérera en faveur des individus
de l'un & l'autre ſexe des maiſons Religieuſes
ſupprimées , depuis l'époque de la ſuppreſſion
de leurs couvens.
III . Les individus profès quelconques de ces
maiſons qui ont fait quelques acquifitions , de
l'eſpecede celles dont il eſt fait mention dans
l'article I de notre préſente déclaration , à l'exception
toutefois de celles des effets mobiliers y
mentionnés , & dont il leur eſt permis d'acquérir
la propriété , devront annoncer ces acquifitions
aux Conſeillers fiſcaux de leur domicile .
dans le terme d'un mois de la date de la préſente
déclaration ; ils devront annoncer de même , &
dans unpareil terme d'un mois , les acquiſitions
qu'ils pourroient faire à l'avenir , le tout à peine
de la confiſcation de ce qu'ils auroient acquis ,
dont un tiers ſera au profit de l'Officier exploiteur
, un tiers au profit du dénonciateur , dont le
nom ſera tenu ſecret.
IV. Nous ordonnons aux Conſeillers fiſcaux
qui auront reçu quelques déclarations des indivi
( 45 )
A
dus des maiſons Religieuſes ſurprimées , relativement
aux acquiſitions ci-deſſus mentionnées ,
ou des dénonciations portant ſur le défaut dans
lequel ces individus ſeroient reſtés de faire ces
déclarations , d'en informer au plus tard dans le
terme d'un mois , le Comité de la caiſſe de Re
ligion.
V. Nous permettons aux individus des maiſons
ſupprimées de l'un&de l'autre ſexe , de diſpoſer,
même par acte de derniere volonté , des effets
mobiliers dont ils ont pu acquérir la propriété ,
ſur le même pied que les coutumes le permettent
aux ſéculiers.
VI. Lorſque ces individus n'auront pas diſpoſé
des objets mentionnés en l'article précédent ,
leurs parens y ſuccéderont , ſuivant l'ordre de la
ſucceſſion ab inteftat.
Si donnons en mandement , &c.
Depuis quelques jours les préſages favorables
d'un accommodement prochain avec
la Hollande ſemblent s'affoiblir dans l'opinion
, balancée de la paix à la guerre par les
plus légeres circonstances. Les équipages de
S. M. I. font arrivés le 15 à Tervuren .
Le Régiment de Bender ſera caſerné au
Couvent des Annonciades fupprimées. Dans
le vaſte jardin de cet enclos , on a fait conftruire
des écuries pour 700 chevaux.
S. M. I. a accordé à chaque Officier de
l'armée des Pays-Bas un domeſtique pris
dans la Compagnie , en quittant les armes
& l'uniforme : ces domestiques recevront
pour tous gages 20 florins d'Empire que
leur afligne le Prince , outre leur paie de
foldat.
2
I
( 46 )
Les Régimens de Cobourg, de Wurmfer
, & partie de celui d'Estherazy doivent
être répartis à Louvain , Tournai, & autres
places. Il n'y a qu'une voix fur le bel ordre
&fur la beauté des foldats de ces Régimens.
Cobourg , n'a perdu , dit on , qu'un ſeul
homme en route, par la déſertion, &Wurmſer
, trois auprès de Liege.
On mande ce qui ſuit de cette derniere
ville.
Une lettre reçue ici par un Officier d'Alton ,
nous annonce l'arrivée de ce Régiment ici , le 9
du mois prochain ; mais comme on aſſure qu'il
conduit une nombreuſe artillerie deſtinée pour
Luxembourg , je doute fort qu'il vienne ſur Liege.
Je vous ai annoncé dans le tems , le paſſage par
Brée des Régimens d'Orange, Naffau, Bade-Dourlach
, Heffe-Darmstadt , qui alloient renforcer la
Garniſon de Maftricht ; j'apprends que le premier
yeſt ſeulement arrivé , les deux autres ayant retourné
fur leurs pas , àla nouvelle que Cobourg
&Wurmfer alloient paſſer la Meuſes ils craignoient
de ſe rencontrer ; ce qui auroit pu arriver
, ſi ces troupes avoient paſſé la Meuse àMaflick.
Les deux Régimens du Baden Dourlach &
de Heffe - Darmstadt ſont donc allés vers Cafan ,
où ils forment une ligne pour couvrir ces diftricts
.
On prépare à Dornick des écuries pour
1000 chevaux du Régiment de Toſcane ,
Dragons , attendu vers la fin du mois.
Une Feuille publique raconte le trait ſuivant.
On apprend que trois foldatsAutrichiens,d'un
Régiment de Dragons , voulant guerroyer pour
( 47 )
leur compte , en attendant qu'ils puſſent le faire
pourcelui de leur maître , font allés, ces jours der
niers , chez un paiſan Hollandois , près de Maeltricht,
où ils ſe ſont emparésdes poules & poulets
&mis tous les meubles en pieces ; enſuite ils ont
dit adieu au proprietaire , en lui prouvant , trop
évidemment , que leur voyage d'Ailemagne dans
les Pays-Bas n'avoit rien diminué de la force & de
la vigueur de leurs bras. Inſtruit de cette expédi
tion , M.le Prince de Ligne a cru devoir modérer
l'ardeur de ces trois Dragons , en les faifant
paſſer ſur le champ par les courroies. Son Alteſſe
Séréniſſime a envoyé demander au paitan Hollandois
un état de la perte qu'il avoit faite , & l'a fait
aſſurer en même temps qu'il ſeroit payé exactement
de tous les objets qui lui avoient été volés
oubriſés.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
Des lettres particulieres de Bruxelles , aſſurent
que le Comte de Belgiojoſo, Miniſtre de S. M. I.
anotifié au Lord Torrington qu'une des premieres
démarches de l'Empereur , à ſon arrivée dans
les Pays -Bas , ſeroit de demander à S. S. une réponſe
définitive à la demande qui avoit été faite
depuis long- temps , par ordre de S. M. I. au cabinet
de S. James , « Si elle pouvoit , en cas de
>> guerre , compter ſur l'aſſiſtance de l'Angle-
>> terre contre la Hollande , &en ſuppoſant que
>> la Grande- Bretagne refusat , ſi l'on pouvoit
eſpérer la neutralité la plus exacte de ſa part..
Le Comte a prié de nouveau le Lord Torrington
de le mettre à même de pouvoir donner à ſon
Maître une réponſe ſatisfaiſante ſur cet objęt ; S.
S l'a aſſuré qu'elle attendoit à tout moment des
inſtructions de ſa Cour fur cette affaire
( 48 )
LeBaron de Verſchuer , Général - Major au
ſervice des Provinces-Unies , ne fut pas plutôt
venu àCaſſel , le 8 Décembre dernier , qu'on y
vit arriver trois jours après M. Heathcote , Miniſtre-
Plénipotentiaire du Roide la Grande-Bre
tagne près de l'Electeur de Cologne ; & il ne retourna
à Bonn que la veille du départ du Baron
de Verſchuer , qui nous quitta le 26 Décembre ,
ſe rendant à Francfort. L'on a remarqué que M.
Heathcote a eu pluſieurs audiences duLandgrave;
&l'on ne ſe trompe pas peut- être , en conjecturant
qu'il eſt venu ſeconder les démarches que le
Baron de Lehrbach , Miniſtre de la Cour de
Vienne , arrivé peu auparavant , a faites pour
détourner notre Landgrave du deſſein de fournir
un corps auxiliaire de ſes troupes aux Etats-Généraux.
Celles qui ont ſervi en Amérique ſont encore
à la folde de l'Angleterre juſqu'au mois de
Juillet prochain.
Le 30 Décembre , M. de H.... François
, arrivé l'été dernier à Pétersbourg avec des
lettres de recommandation de pluſieurs Seigneurs
dela Cour de France , & qui en conféquence
avoit été préſenté & admis à la Cour , ainſi que
deux autres de ſes amis , ont été tous les trois
fommésde ſe rendre chez le Miniſtre de la Police.
Là , il leur fut communiqué un ordre de Sa Majeſté
Impériale de ſe tranſporter d'abord au-delà
des frontieres de cet Empire ,& tout ſe trouvant
près pour cet effet , ils furent obligés de monter
auſſi tôt en voiture , ſans avoir le moindre temps
pour l'arrangement de leurs affaires , ni pour
donner connoiffance de leur fort à qui que ce fûr,
Les raiſonsqui ont donné lieu à ce traitement ne
fontpoint connues ; on ſoupçonne qu'il eſt queftionde
propos indiſcrets , qu'ils ont eu l'impru
dencedetenir.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 FÉVRIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE SANSONNET ET LE ROSSIGNOL ,
Fable Allégorique.
ECOUTEZ-MOI , diſoit un Sanfonnet ,
Ma voix eſt flexible & touchante ;
On dit bravo chaque fois que je chante
Quandje bois du vin clairet.
Il n'eſt oiſeau de ce bocage ,
Quelque doux que foient fes accens ,
Sur qui je n'aye un ſublime avantage ;
Écoutez-moi , je charme tous les fens.
Ce Roffignol , qui fait votre conquête ,
Dont le chant vous paroît tendre , mélodieux ,
Le dirai-je ? n'eſt à mes yeux
Rien qu'un brouillon , qu'un trouble- fête .
Nº. 7 , 12 Février 1755 . C
So MERCURE ,
Il eſt tantôthaut, tantôt bas ,
Sans goût, fans art&fans méthode;
Ilfaitdubruit& du fracas ,
Et fon chant n'eft pas à la mode.
Ila le gofierdur. Moi, par exemple , moi !
C'eſt autrechoſe; &, mieux que mon émule,
Sans contredit j'exprime ,j'articule......
Allons, foyez de bonne-foi :
N'est-il pas vrai que je module
Desfons fi tendres& fi doux ? .....
Ah! Sanfonnet, ménagez-nous ,
Reprit le Roffignol modeſte ;
Vousavez du talent de reſte,
J'en dois convenir avec vous.
Moins intéreſſant , je l'avoue ,
A faire bien , j'emploîrai tous mes foins ;
Peut-être ils ſeront vains; mais j'attendrai du moins,
Sans murmurer , que l'on me loue.
NE VANTEZ point tant vos ſuccès ,
Gensà talens que l'amour-propre excite;
Lemoyende flétrir le laurier le plus frais ,
C'eſt de dire qu'on le mérite.
(ParM. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
desMaréchaux de France. )
:
DE FRANCE.
SI
A Madame DE C...
AIR : Ce Mouchoir , belle Raimonde.
LOROSRSQQUUEE j'ai vû de ma vie
Tes foins prolonger le cours ,
J'ai dit : ma charmante amie
S'oblige à m'aimer toujours.
A fa tendreſſe fideile
Je dois de nouveaux momens;
Et me les donneroit-elle
Pour les vouer aux tourmens ?
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
IMPROMPTU à un Poëte qui me trouva
0
occupé à faire des vers.
QU'HEUREUX eſt pour moi ce
Qu'à mon coeur il a droit de plaire !
Aux Neuf- Soeurs je faiſois ma cour
Quandje vois arriver leur Frère.
jour!
Cij
52 MERCURE
i
!
1
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
Le mot de la Charade eſt Folle- Journée ;
celui de l'énigme eſt Chanoineffes ; celui du
Logogryphe eſt Soulier, où l'on trouvefou ,
fol , ré , lire, lie, rose , roulis.
EN
HARADE.
N diviſant mon tout à mamanière,
Vous trouverez dans ma première
Ce que d'un air original
Un amant fait toujour mal
Quand il a trop de ma dernière ;
..
Mon tout ſe trouve encore dans une âme guerrière.
(Par M. A. F. Delandoulde. )
P
ÉNIGME.
RÈS des Dieux & des Grands , d'un très- fréquent
ufage ,
Sans avoir grand eſpritj'éclaire tous les yeux ;
D'un animal léger , ouvrage induſtrieux ,
Je ſuis Vierge , je brûle , & pourtant toujours ſage.
DE FRANCE.
53
LOGOGRYPH Ε.
JE joins l'agréable à l'utile ;
Et pour te ſervir toujours prêt ,
Lecteur , à la Cour , à la Ville ,
J'oblige ſans nul intérêt.
En me décompoſant , tu vois un perſonnage
Auſſi ridicule que vain ;
Ceque fait ſouvent le plus ſage ;
Un lieu cher au repos , cher à l'enfant malin ,
Dieu de Sapho , de Tibulle & d'Ovide ;
Ce qui jadis ſervit de guide
Au Héros ſous lequel Minotaure expira ;
Un élément qu'à Rome on adora ;
Puis un autre élément falutaire & perfide ,
Quedans la Perſe on révéra ;
Deux tons de la muſique ; un arbre , & catera.
( Par M. Gratton de Saint - Gilles , Capitaine
de Canonniers. )
Ciij
54 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L01X Municipales & Economiques du
Languedoc, ou Recueil des Ordonnances ,
Déclarations , Lettres - Patentes , Arrêts
du Confeil, du Parlement de Toulouſe &
de la Cour des Aides de Montpellier ;
Actes , Titres & Mémoires concernant la
Constitution Politique de cette Province ,
fonAdministration Municipale & Economique,
ſes Privilèges & Usages particuliers
, relativement àſes Impofitions ; fes
Ouvrages publics , ſon Agriculture ,fon
Commerce , fes Manufactures , fes Loix
Civiles , & c. &c. &c. Avec Approbation
& Privilège du Roi.
Meus omnibus una eft. Virg.
L'IMPORTANCE du ſujet de cet Ou
vrage , fon étendue ( il aura treize à quatorze
Volumes in 4°. , ) le mérite de l'exécution
des premiers Volumes qui paroiſſent
déjà, tout nous oblige à y donner une attention
particulière.
Nous ne parlerons aujourd'hui que de
l'Introduction , qui eſt elle même un morceau
à part , où l'Auteur rend compte de ſon
plan & de ſes vûes.
DE FRANCE.
55
Voici comment l'Auteur parle du Languedoc.
" Le Languedoc , conſidéré comme Pays
» d'États , eſt diviſé en trois grandes Séné-
>> chauffées , qui forment par leur union la
>> grande Municipalité , la Municipalité
Provinciale . Ces trois Sénéchauffées ren-
> ferment vingt- quatre Municipalités dio-
>> ceſaines , qui ſont ſous divifées en autant

"
de Municipalités locales qu'il y a dans
leur arrondiſſement de diſtricts particu-
>> liers , formant chacun une Communauté ,
>> un Corps Municipal .
>>> La Municipalité Provinciale a trois
» Syndics Généraux , & chaque Diocèſe a
১১ ſon Syndic particulier. Ceux ci corref-
» pondent pendant l'année avec le Syndic
» Général attaché à la Sénéchauſſée dans
ود
2
laquelle leur Diocèſe eſt placé , & les
Adminiſtrateurs des Communautés , ainſi
» que les moindres particuliers , peuvent à
leur choix & ſuivant les circonstances
>> adreſſer leurs conſultations ou leurs plain-
>>> tes au Syndic particulier du Diocèſe , on
» au Syndic Général du département. Il eſt
» aiſe de ſentir les avantages qui doivent
" réſulter de cette correſpondance conti-
>> nuelle qui entretient la confiance , ré-
>> pand l'inſtruction , maintient la règle ,
découvre les abus , & déconcerte les en-
» trepriſes. C'eſt au moyen de cette corref-
> pondance que l'Adminiſtration générale
ſe trouve chaque année en état de per- م
Civ
16 MERCURE
!
>> fectionner les Réglemens intérieurs , de
>> garantir les Privilèges du pays de toute
> atteinte , d'aſſurer le repos des Citoyens ,
>> d'ouvrir l'accès du Trône à la foibleſſe
>> opprimée , & d'obtenir au malheureux
> des ſecours & des confolations.
" Le Languedoc eft une grande famille
>>unie dans la participation folidaire des
» mêmes charges & des mêmes avantages ,
» & qui a par conféquent le plus grand in-
» térêt à la proſpérité de chacun de ſes
Membres. Cette ſolidité établie par fa
>> conftitution & par la forme de ſa contribution
aux beſoins de l'État , forme de
>> tous les intérêts particuliers un intérêt
>> général , & rend les calamités particu-
CE
"
ود
ود
22
lières l'objet de la follicitude commune ;
c'eſt de la que dérive le droit dont jouiffent
les États & les Syndics Généraux en
leur nom, de ſurveiller la Régie des Dio-
>>coſes & des Communautés , de prendre
Jeur fait & cauſe toutes les fois qu'ils le
jugent néceffaire , & d'intervenir même
>> dans les procès des Particuliers lorſque
>> les Privilèges du pays font attaqués en
>> leur perfonne , eu que l'intérêt des Com-
- munautés , des Diocèſes ou de la Pro-
>> vince l'exige. C'eſt à raiſon de cette foli-
وو dité que les Communautés&les Diocèſes
>> qui feroient hors d'état de ſupporter les
>>dépenſes jugées néceſſaires pour la faci-
ود litédes communications, pour la confer-
>> yation du terroir, pour la falubrité de
1
DE FRANCE.
57
ود
l'air , ſont afſſurés de trouver dans l'Adminiſtration
générale des reſſources toujours
>> préſentes , toujours proportionnées à leurs
beſoins.
ود
رد
20
"
ود
ود
وو
ود
La proſpérité de l'Agriculture & du
Commerce de Languedoc eft un des
fruits de ſon adminiſtration. Les Procèsverbaux
des Affemblées des États dépoſent
de la conſtance de leurs foins & de
leur vigilance ſur tout ce qui peut intéreffer
l'une & l'autre ; & fi des commu-
>> nications multipliées ouvrent aux pro-
>> ductions des débouchés sûrs & faciles ; fi
> des ouvrages de toute eſpèce , favorifant
» le cours des eaux , mettent les campagnes
" voiſines à l'abri de leurs ravages ; fi des
>> inventions utiles enrichiffent & animent
l'industrie ; fi le Commerce & les Manufactures
fecouent peu- à- peu le joug du
>> préjugé , & ſe dégagent des entraves d'une
>> police mal entendue ; c'eſt à fon admi-
ود
ود
ود niſtration que le Languedoc en eft rede-
>> vable; c'eſt à la perfévérance de ſes tra-
» vaux , à l'unité de ſes vûes , au concours
>> de ſes lumières , à la patience de fes
ود efforts, à la continuité de ſes obferva-
>>tions , à ſon attention aux leçons de l'ex-
>> périence. »
Que ce tableau fût tracé dans la Répurblique
de Platon , dans le Télémaque ou
dans les Livres de l'Abbé de Saint Pierre ,
on l'admireroit , mais on diroit : ce font les
rêves , les chimères d'un homme de bien ;
Cy
58 MERCURE
que des Voyageurs tels que Cook & M.
Raymond l'euffent trouvé dans quelque canton
reculé de la Suiffe , & l'euffent décrit
comme ils ſavent décrire , on en ſeroit touché
comme on l'eſt du tableau charmant
qu'ils ont tracé de l'Appenſel ; on diroit : ce
n'eſt qu'au pied des Alpes que la Nature &
la Société ſavent faire naître & cultiver le
bonheur. Il ſemble qu'un bonheur placé
loin de nous ou créé par l'imagination , ait
plus de droit à notre admiration & à nos
voeux ; mais quoique le Languedoc ſoit une
de nos Provinces , ſa conftitution nous étoit
à peu près auffi inconnue que celle des
démocraties & des aristocraties de la Suiſſe ;
&quoique ſa félicité ſoit très-réelle , elle
eſt preſque auſſi merveilleuſe que ſi elle
avoit été imaginée.
Il eſt encore en France quelques Provinces
qui jouiſſent à-peu près des mêmes privilèges
, & qui ont aſſez de ſageſſe pour en
tirer les mêmes avantages. Les conſtitutions
libres dans les Provinces d'une Monarchie
abfolue , font les monumens qui atteſtent
avec le plus de gloire la modération & les
vertus de nos Rois. Le même ſceptre qui a
abaiffé la puifſance des grands Vaſſaux , a
reſpecté ces reſtes précieux , ces images auguftes
d'une puiſſance nationale.
En liſant ce tableau de la Conſtitution du
Languedoc, on ne peut s'empêcher auffi de
réfléchir combien font vagues & peu inftructifs
ces tableaux généraux qu'on nous
DE FRANCE.
59
trace des Conſtitutions des Empires. Pour
bien connoître celle de la France , par
exemple , il faudroit bien connoître celle
de toutes ſes Provinces , & c'eſt une peine
que ne ſe donnent aſſurément ni les Hiſtoriens
, ni les Voyageurs , ni les François.
Tout le monde dit : la France est une Monarchie
, & tout le monde ignore ſous combien
de formes douces & bienfaiſantes la
puiſſance monarchique de nos Rois ſe mo.
difie dans nos Provinces .
Les États de Languedoc préſentent encore
une eſpèce de prodige hiſtorique ; ils
ſubſiſtent aujourd'hui tels à- peu- près qu'ils
furent inſtitués par Céfar & par Auguſte ;
ils ſe ſont maintenus à travers tous ces
ſiècles de barbarie où les révolutions ſuccédoient
avec tant de rapidité aux révolutions
, où rien n'avoit de permanence & de
durée , parce que les hommes ſe gouvernoient
par leurs paffions & non pas par
leurs deſſeins. Mais on conçoit auſſi qu'au
milieu de tant de mouvemens il falloit
agir beaucoup pour ne pas changer de
ſituation ; il faut une grande force , il faut
une action continuelle pour refter en repos
lorſque tout ſe bouleverſe autour de nous.
Les Loix , les Ordonnances , les Réglemens
de toute eſpèce ſe ſont donc multipliés avec
les fiècles pour conferver les belles Conftitutions
du Languedoc. On concevra donc
quelle étendue doit avoir néceſſairement un
Ouvrage qui raffemble , examine , compare ,
Cvj
60 MERCURE
apprécie les Ouvrages de tant de fiècles.
L'Auteur va nous apprendre lui même quel
eſt ſon plan pour mettre de l'ordre & de la
fimplicité dans cette immenfité de choſes.
ود
« Il ſera diviſé en cinq Parties , qui feront
>> précédées d'un Livre préliminaire , où
l'on diftinguera deux Chapitres qui contiendront
, le premier , toutes les Pièces
>> qui ont rapport à l'étendue & aux limites
du Languedoc , & le ſecond , les Chartes
>>générales des Privilèges de cette Province.
وو -
ود
ود
ود
ود
La diviſion organique du Languedoc
fera la matière de la première Partie. On
y raffemblera les Pièces relatives à la
>> Conſtitution politique de la Municipalité
>> provinciale, des Municipalités diocésaines
&des Municipalités locales , à l'ordre & ود
ود àla forme de leurs Affemblées reſpecti-
>> ves , à leurs fonctions , à leurs pouvoirs ,
>> aux règles qu'elles doivent ſuivre dans
leurs dépenfes , leurs emprunts, leur libération
, leurs ouvrages publics , &c. &c.
"
20
La ſeconde Partie traitera des impofitions
de la Province , & de la forme en
>> laquelle elle contribue aux befoins de
ود
39 l'Etat. Ony trouvera , 1. les Pièces con-
>> cernant l'impoſition de la Taille , fa réa-
>> lite, ſa répartition, qui embraffe tout ce
>> qui eſt relatif à la formation , conſerva-
"
ود
tion & renouvellement des tarifs & cadaftres
ou compoix ; ſa perception & les
devoirs des Collecteurs tant volontaires
> que forcés , & des Receveurs des DioDE
FRANCE. 61
1
ود
>> cèfes; les Réglemens concernant les biens
> abandonnés , & les Loix de la nobilité des
>> fonds , matière particulière au Langue-
>> doc , & dont le principe fondamental
ſubſiſte dans cette Province depuis la
domination des Romains. 2°. La collec-
» tion des pièces concernant l'impofition
>> de l'équivalent , impofition municipale
>> propre au Languedoc par ſa dénomina-
>> tion, fa nature , fon objet & ſon em-
>> ploi. 3 ° . Les Réglemens de la Capitation
>> depuis l'établiſſement de cet impôt dans
"
ود la Province. 4°. Les pièces & inftruc-
➡tions relatives à la fourniture de l'étape
» & aux autres fournitures pour le ſervice
»
20
des Troupes. sº . Les Ordonnances , Édits
&Arrêts du Confeil qui modifient pour
le Languedoc les Réglemens généraux des
>> Traites , Gabelles , &c. avec les tarifs
> particuliers des droits d'entrée & de fortie
qui s'y perçoivent. ود
ود
" Dans la troiſième Partie , on rapportera
les pièces fur lesquelles ſont fondées
les maximes particulières au Languedoc
dansles matières domaniales par rapport
>> au franc aleu noble & roturier , francs-
>> fiefs , amortiffemens & nouveaux acquets ,
>> aubaine , lods des biens nobles && des
échanges , don de retrait féodal , ifles
>>> iflots , créances.
دو Les reffources dans l'Agriculture, dans
» le Commerce , dans l'Induſtrie , & les
établiſſemens obtenus ou formés par l'Ad
62 MERCURE
ود miniſtration pour ſeconder ſes moyens
naturels de proſpérité , feront la ma-
> tière de la quatrième Partie. Cette Partie
"
ود ſera terminée par un Chapitre conſacré
» aux Sciences & aux Arts , aux Académies ,
Univerſités & Collèges de la Province. ود
" La cinquième & dernière Partie aura
>> pour objet la Police & la Juſtice.
» L'Ouvrage ſera terminé par une Table
>> raiſonnée des Matières , & par une Table
• Chronologique des Pièces. »
Ce Plan foulage déjà l'eſprit , effrayé du
nombre des objets & des Volumes : tel eſt le
pouvoir d'un Plan net & bien conçu , qu'il
ſemble diminuer la quantité des matières
qu'il ne fait qu'ordonner.
Tous lesÉtats , tous lesEmpires devroient
avoir ſans doute un tel Tableau de leur Adminiſtration
; c'eſt eny portant ſans ceſſe les
regards, qu'on découvriroit les moyens de la
perfectionner. Suétone & Tacite nous apprennent
que César & Auguſte portoient
toujours avec eux , écrit de leur propre
main , un tableau des reſſources , des beſoins,
des forces , des refforts du gouvernement de
leur vaſte Empire. En y jetant ſans ceſſe les
yeux , il leur venoit ſans ceſſe de nouvelles
idées ; les vûes de Céfar, rapportées ſans fafte
& fans oftentation par Suétone , doivent
nous étonner bien plus encore que les conquêtes
de cet homme prodigieux . Le moyen
que Richelieu employa pour écarter tous
ſes concurrens au Ministère fut admirable;
DE FRANCE. 63
il étudia bien l'état de la France , en traça le
tableau , & l'offrit à Louis XIII. Louis XIII
étonné crut que Richelieu lui créoit ſon
Royaume qu'il ne faiſoit que lui montrer.
Pour créer il faut connoître , & l'ignorance
a beau , dire elle n'a jamais rien inventé.
Il eſt difficile de ne pas croire que l'Ouvrage
que nous annonçons , en faiſant connoître
infiniment mieux l'Adminiſtration du
Languedoc à ſes propres Adminiftrateurs, ne
contribue beaucoup à conferver ce qu'elle a
de meilleur , à perfectionner ce qu'elle a de
bon, à corriger ce qu'elle peut avoir de
défectueux.
L'Auteur a de la ſageſſe & de la philoſophie
dans l'eſprit; il écrit correctement , &
ſon ſtyle a de l'intérêt. Il ne faut pas croire
que ſon Ouvrage ne ſera qu'une compilation,
ou ſi c'en eſt une, ſa manière de rafſemblerles
choſes eſt ſi nouvelle,qu'on peut la
regarder comme une invention; les jugemens
qu'il porte de ce qu'il compile ſont toujours
d'unhomme fait pour écrire ſes propres penſées.
L'Auteur paroît ſouvent au-deſſus de fon
Ouvrage ; & quand on n'eft qu'au niveau des
ſujets qu'on traite , on paroît trop ſouvent
au-deffous.
Il lui arrive même quelquefois dans ſon
Introduction de porter ſes vûes ſur des confidérations
très - générales , ſur la nature des
Sociétés , ſur le mérite des légifſlations anciennes;
& fi alors on n'eſt pas toujours de
ſon avis , on voit du moins qu'il a bien tou
64 MERCURE
jours le droit d'en avoir un qui lui appartienne.
L'Auteur a vécu dans une ſociété heureuſe
, & il aime la ſociété. Il la défend
avec ſenſibilité contre Rouſſeau , qui n'y a
pas été heureux , & qui l'a attaquée avec
amertume , contre d'autres Écrivains qui
ont demandé une égalité extrême , parce ,
que peut être ils out gémi ſouvent ſous une
extrême inégalité. Entre tous les Gouvernemens,
le Monarchique lui paroît le plus heureux
, & cette opinion eſt déjà un bonheur
lorſqu'on vit ſous un Monarque. L'Auteur
donne un grand nombre de preuves de ſon
fentiment ,& les meilleures ſont peut - être
celles qu'il tire des vertus du Prince qui nous
gouverne.
Mais une cauſe ſi belle pour un François ,
ne devroit être foutenue que par des raiſons
invincibles , & celles de l'Auteur ne ſont pas
toutes de la même force. Il dit , par exemple :
L'unitémoralejointe à l'unitéphysique,ycon
centre dans un ſeul homme tous les intérêts de
la Société. Heureux du bonheur de tous , malheureux
de leurs malheurs , fon intérêt perfonnel
n'est autre que l'intérêt général , &
l'homme s'évanouit pour faire place au Monarque.
C'eſt ce qui arriva en effet fous des
Princes tels que Titus , tels que Louis IX ,
Louis XII , Henri IV , & c. &c. Mais ce
feroit trop enlever à ces âmes fublimes
le mérite de leurs vertus , que de croire que
leurs vertus appartenoient à leur Trône ,
DE FRANCE. 65
&non pas à leur âme. On diſoit auffi à
Louis XI , lui- même diſoit ſouvent que fon
intérêt particulier étoit dans l'intérêt général ;
mais il le diſoit & il n'en croyoit rien ,& ce
n'étoit pas apparemment l'intérêt général qu'il
cherchoit lorſque faiſant périrdes Princes malheureux
ſous la hache des bourreaux, il fai-
-foit placer leurs enfans ſous l'échafand pour
qu'ils fuffent couverts du ſang de leurs
-pères. Lorſque Tibère monta ſur le Trôme ,
-il eſt bien vrai que l'homme s'évanouit , mais
-ce fut pour faire place au monftre.
A
L'Auteur dit ailleurs : C'est peut être dans
le Systême de l'Univers qu'on trouve le modèle
le plus parfait & le plus frappant du
vraifystêmeſocial. Là , c'est du point central
que partent ces torrens de feu & de lumière
qui pénètrent , fécondent & éclairent tous les
corps qui l'environnent ; c'est dans ce point
que réſide une force d'attraction qui retient
dans leurs orbites ces grandes maſſes qui
tendent perpétuellement à s'en éloigner par
une force d'impulsion propre à chacune , &
c'est de la combinaison de ces deux forces
contraires que naît cette régularité admirable
de mouvement , cet ordre , cette harmonie qui
nous élèvent fi naturellement à la connoiffance
d'un premier Moteur. !
Une comparaiſon où ſe trouve le ſoleil ,
paroît avoir toujours quelqu'éclat & quelque
grandeur ; mais elle peut manquer de
juſteſſe. Peut- être n'eſt-il pas aisé d'appercevoir
quelque rapport immédiat & fenfible
66 MERCURE
entre l'ordre que le premier Moteur a
établi parmi les ſphères céleftes , & l'ordre
que la Société doit établir parmi les hommes.
Le ſyſtême du monde , où toutes les .
planètes ſe balancent entre - elles , où toutes
enſemble ſont attirées par le ſoleil qu'elles
attirent à leur tour , pourroit fervir également
d'objet de comparaiſon aux Républiques
, aux Gouvernemens mixtes , où plufieurs
pouvoirs ſe balancent & fe contiennent
niutuellement ; & il ne faut pas comparer
les Monarchies à ce qui reſſemble peutêtre
davantage aux Républiques. En général ,
les images , les comparaiſons excellentes pour
embellir une idée, ne valent rien pour prouver
une opinion. On a vû de nos jours des
Écrivains foutenir ſur les Loix & fur les Sociétés
les plus étranges paradoxes , en ne
donnant pour toute preuve que les images
les plus ufées , & beaucoup de gens ont pris
cela pour du génie; les bons eſprits n'ont pu
y voir que l'impuiſſance d'avoir de la raiſon
&de l'imagination.
L'Auteur de l'Ouvrage diftingué que nous
annonçons au Public, fait auſſi un très grand
éloge du Corps du Droit Romain. Il affure
que c'eſt à l'avantage d'avoir été toujours
régie par les Loix Romaines, que cette belle
Province du Languedoc doit fes proſpérités
&fon bonheur; il affure que les Loix Romaines
font adorées dans cette Province.
- Il paroît certain en effet que ce ſont elles
qui y ont toujours maintenu lefranc - aleu ,
DE FRANCE. 67
& c'eſt là un grand bien. Quant à l'amour
que toute la Province a pour ces Loix , on
peut douter que ces Loix ſoient connues de
toute une Province ; elle ne peutguères avoir
là deſſus que l'opinion de quelques Jurifconſultes
, &très ſouvent ce n'eſt pas dans
les Loix Romaines que les Jurifconfultes
eux mêmes prennent l'opinion qu'ils en
ont.
Quoi qu'il en ſoit , l'Auteur, qui penſe làdeffus
comme toute ſa Province , veut juſtifier
ſon eſtime & ſon admiration pour
le Corps du Droit Romain ; il en parcourt
toutes les parties , & donne par tout les
motifs qu'il croit avoir d'eſtimer & d'admirer.
C'eſt une grande queſtion ſans doute de
ſavoir ſi des Loix qui depuis tant de ſiècles
gouvernent une grande partie de l'Europe
font bonnesou mauvaiſes. Le doute même
peut - être eſt un malheur dans ce genre.
Sans être Jurifconfulte j'ai examiné quelquefois
le Corps du Droit Romain avec
affez d'attention pour me croire en droit de
préſenter quelques objections à l'Auteur ;
quand elles ne produiroient d'autre effet
que d'engager peut être M **. à les réfuter ,
à mieux motiver & établir ſon opinion , ce
feroit toujours une choſe utile au Public. Il
ne faut pas confondre ces combats d'opinions
ſur des queſtions importantes , avec
ces guerres Littéraires qui font la honte de
la Littérature. Un Homme de talent ne s'a
68 MERCURE
baiſſera point ſans doute à défendre fes expreffions
& fes phrases contre des Critiques
fans efprit, ſans lumières , ſans équité ; qui
jugent tout, & ne font rien ; dévorés de
jalouſie ſans avoir même le droit d'être jaloux
, puiſqu'ils ne s'élèvent jamais julqu'au
médiocre ; condamnés par leur métier
à annoncer toujours les triomphes des
autres , & n'ayant pour ſe conſoler de leur
-néant & de leur malheur, que la permiffion
de s'avilir impunément par leurs injuftices.
Mais l'emploi le plus honorable
du talent eſt de défendre des opinions
qu'il juge utiles , eſt d'attaquer des opinions
qu'il croit funeſtes aux hommes ; dans ces
cas , lorſqu'il croit avoir quelque choſe de
vrai à dire , il ne lui eſt pas même permis
de ſe taire.
1
Nous rapporterons dans le Numéro prochain&
le reſultat de ce que M ***. penfe
des Loix Romaines' , & quelques uns desmotifs
ſur leſquels nous fondons une opinion
à peu près oppofée.
(Cet Article est de M. Garat. )
i
7
DE FRANCE: 69
ÉPITRE à la Raiſon , ou l'Éloge de la vraie
Philofophie , par un Vieillard Déſabuſe.
ADijon , chez L. N. Frantin , Imprimeur
du Roi.
CETTE Épître eſt remarquable par un ton
vraiment philofophique ,& par une molleffe
& un abandon de ſtyle , dont le charme ſe
fait ſentir à l'âme en parlant à la raiſon. Les
puriftes rigoureux y pourront relever quelques
vers négligés ; mais cette lecture repoſera
doucement l'âme des Lecteurs qui favent
ſentir ce gracieux mélange de philoſophie
& de ſenſibilité , dont Chaulieu a ſu
parer ſa poéſie.
L'Auteur de cette épître , après avoir invoqué
la Raiſon , forme des regrets fur
Voltaire ,
Qui , courbé ſous de longs & pénibles travaux ,
Ne goûta jamais le repos ,
Dt conſeilla ſouvent ce qu'il ne pouvoit faire.
Ce qui amène la tirade ſuivante :
Un autre penſeur nous a dit
Qu'il eſt des hochets pour tout âge ;
Mais la prudence m'avertit
De ne reconnoître pour ſage
Qu'un l'hiloſophe ſans dépit ,
Retiré dans ſon hermitage ,
Où le calme commence & l'orage finit.
70
MERCURE
Là , ſous le fimple toit d'une cabane heureuſe ,
Ses yeux fi doucement verront naître le jour ,
Qui peut faire oublier la mine dédaigneuſe
Des oiſons de la ville & des paons de la Cour.
Là , le tranquille oubli des peines de la vie
Eſt ſon profit de tous les jours ;
La petite maiſon de la philoſophie
Vaut mieux pour le bonheur que celle des Amours.
Le Poëte pourſuit ſes réflexions morales
par les vers ſuivans , dont les derniers ont
une teinte d'originalité.
Pour terminer enfin ſon pénible voyage ,
La Parque arrivera dans ſon humble manoir ;
Dis- lui , ſaine Raiſon , de s'ariner de courage ,
En lui faiſant ſentir que fi c'eſt un outrage ,
C'eſt le dernier à recevoir. *
Au ſon d'une cloche effrayante ,

• •
On voit que M. le Comte....... ( car nous
ne pouvons réſiſter à l'envie de lui ôter ſon
voile anonyme ) ſait paſſer du grave au doux ,
comme dit Boileau , & quitter la plaiſanterie
pour prendre le ton du ſentiment.
Vieilleſſe , quand tes lourdes chaînes
* L'Auteur avertit que cette idée appartient à
Mme Deshoulières .
DE FRANCE.
71-
Viennent peſer fur nos defirs
Ala place de nos plaiſirs ,
Nous ne trouvons plus que des peines.
Eh ! pourquoi m'avez-vous quitté,
Illuſions qui me fûtes ſi chères ?
J'expire du poiſon de la réalité ,
Et je vivois du bien de mes chimères.
Terminons nos citations par quatre vers
qui expriment bien le regret d'un Philoſophe
ſenſible :
Voilà mon dernier déplaiſir ,
D'abandonner la terre au trouble qui l'agite.
C'eſt un malade que l'on quitte ,
Qu'on aime & qu'on n'a pu guérir.
DISCOURS fur cette Question : Si le fiècle
d'Auguste doit être préféré à celui de
Louis XIV, relativement aux Lettres &
aux Sciences , par M. le Comte d'Albon ,
de la plupart des Académies de l'Europe :
Nullius in verba.in- . Prix , r liv. 4 fols.
A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
Ce n'eſt point ici une queſtion neuve , ou
plutôt il y a long-teinps qu'on a prononcé
fur ce parallèle. Qu'on air bien éclairci la
queſtion , qu'on n'ait pas ſuivi l'eſprit de
parti dans le jugement qu'on a rendu , c'eſt
ce que nous ne dirons point. Il eſt bien vrai
72
MERCURE
1
qu'il eſt difficile d'apprécier avec juſteſſe une
Nation éloignée de la nôtre. Nous ne pouvons
juger ſes productions que d'après les
beautés réelles , celles qui font indépendantes
de la langue , de la mode , de l'uſage , &
nous perdons le ſel que leur donnoient l'apropos
, le ton du jour , enfin l'enluminure
de l'eſprit & les graces fines du langage. Il
eſt probable que le ſiècle de Louis XIV devoit
être ſupérieur à celui d'Auguſte , s'il eſt
vrai qu'une Nation s'enrichiſſe des lumières
de celles qui l'ont précédée. Il eſt certain
que ce ſiècle a produit beaucoup de grands
Hommes. Valoient - ils mieux que les Romains
? C'eſt le motif qui a fait écrire tant
dedifcours prononcés dans les colléges, tant
de harangues , & foutenir tant de thèſes.
Mais tout ce qui a été dit peut quelquefois
ſe répéter , ſans craindre d'être accuſé de
ne venir qu'à la ſuite. Un Savant peut ajouter
à ce qu'on a démontré, de nouvelles preuves;
c'eſt précisément ce que M. le Comte
d'Albon a fait. Il n'a point voulu prendre
le ton d'un Déclamateur , il a pris celui d'un
Hiſtorien. Après un hommage court , rendu
à la Science , il développe ſon plan. Rendons
, dit-il , juſtice aux anciens ; mais ne la
pouffons point à l'excès , n'élevons pas leurs
ſtatues fur les débris de la Littérature la plus
brillante que nous ayons eue. Examinons
fans préjugé , louons ſans flatterie , décidons
ſans partialité. M. le Comte d'Albon n'a pu
cependant ſe défendre abſolument de cette
partialité,
1
DE FRANCE
partialité. Virgile ne reçoit pas tous .....
neurs qui lui font dûs , dans l'églogue furtout.
Son Énéïde ne nous paroît pas affez
diftinguée ; & il n'eſt pas douteux que M. le
Comte d'Albon a voulu le faire un peu de
cendre pour le mettre de niveau avec les
François . Il ne s'eſt pas tenu en garde contre
le plaiſir qu'on a de louer les fiens. De
combien d'Auteurs médiocres il auroit dû
ſe débarraffer ! quels minces Hiſtoriens , par
exemple , font accumulés pour être mis en
parallèle aux cinq Hiſtoriens célèbres de
Rome ! C'eſt oppoſferà cinq grands Généraux
un Régiment d'Infanterie. Mais , comme
nous l'avons dit , il eſt impoſſible , dans
un pareil diſcours , de n'être point partial.
M. le Comte d'Albon paſſe en revue tous
les geures de notre Littérature , tous nos Auteurs,
& il faut convenir que la plupart
ſont ſagement appréciés .Nous aurions voulu
qu'il ſe fût arrêté ſur quelques genres , qui ,
en France , font reſtés au point où les Grecs
& les Romains les avoient laiſſés ; la fable ,
l'idylle , l'élégie:& l'églogue , le madrigal ,
l'épigramine , la fatyre .
Le ſtyle de l'Auteur eſt ſage , clair & convenable
au ſujet. Il a vû de ſes yeux , il a
jugé d'après ſa penſée. L'intimité dans laquelle
il vit avec les bons Auteurs , les lui a
rendus propres , & il a écrit ce qu'ils lui
avoient fait deſirer ou blâmer dans ſes lectures.
Nous appuyons ſur ce mérite , parce
qu'il eſt plus rare qu'on ne croit aujourd'hui ,
Nº. 7 , 12 Février 1765 .
D
4
74 MERCURE
:
ou on copie ſervilement un Dictionnaire ,
ou on va follement , faiſant des abattis
dans les vieilles renommées , & créant des.
réputations à plaifir .
Il y a déjà quelques années que M. le
Comte d'Albon donne des preuves publiques
de ſon amour pour les Sciences: il (
vient de donner une preuve de ſon eſtime
pour les Littérateurs. M. Court de Gébelin ,
Auteur du Monde Primitif, Ouvrage que la
mort ne lui a point permis d'achever , &
fur lequel on ne peut guères prononcer ,
étoit né Proteftant , & conféquemment ne
devoit recevoir qu'une ſépulture de tolérance.
M. le Comte d'Albon , qui l'avoit
connu perſonnellement , a demandé & obtenu
l'exhumation, Il lui a élevé un tombeau
dans un de ſes jardins , ſitué à Franconville ,
vallée de Montmorenci. Ce tombeau eft fait
pour honorer l'un & pour rendre l'autre cher
àtous les Littérateurs.
VUES fur l'Éducation d'un Prince , Ouvrage
où l'Auteur donne une Méthode
facilepour apprendre à un jeune Seigneur
en peu de temps,fans peine & fans Livre,
non-feulement à écrire & à lire , mais encore
les Sciences & le Latin ; par M.
Wandelaincourt , ancien Préfer & Profeffeur
du Collège Royal de Verdun. A
Paris , chez L. Cellot , Imprimeur Lia
ire, rue des grands Auguſtins .
Après quelques réflexions générales ſur
DE FRANCE.
75
les qualités que les enfans apportent en
naiſſant , fur la parfaite égalité avec laquelle
la Nature traite les enfans des grands & des
petits, & fur la néceſſité de veiller à l'Éducation
de ceux fur tout qui ſont deſtinés à
gouverner les autres , l'Auteur paſſe à ſes
diverſes Méthodes , dans lesquelles nous
avons reconnu beaucoup de jufteile & d'efprit.
Il commence par le Deſſin & la Muſique,
delà paſſe à l'Art d'écrire , qu'il apprend
à ſon Élève avant de lui enſeigner à
lire; la Logique & la Grammaire le ſuivent ,
& précèdent l'étude des Arts , de la Phyſique
, de l'Aſtronomie , des Mathématiques
& de la Géographie ; l'Histoire , la Morale
& la Religion viennent enfuite , & il finit
par la Langue Latine , qui lui ſert , pour
ainſi dire , d'échelon pour parvenir à la
connoiffance des autres. On fent, que cette
marche de l'Auteur doit être ſujette à beaucoup
de variations ; aufli avoue- t-il qu'il
faut étudier le caractère de ſon Élève avant
de régler l'ordre des inſtructions , & que
c'eſt à ce caractère & aux goûts qu'on lui
reconnoît , qu'il faut ſubordonner toute la
marche de l'inſtructior .
Parmi les choſes qui nous ont paru mériter
quelque attention dans ce Traité , nous
citerons la manière dont on apprend à
l'Élève à former en même temps & à
connoître les lettres. On lui fait tirer une
petite ligne perpendiculaire ſur laquelle
on met un point , & cela forme un i; de
Dij
76 MERCURE
cet į dérivent quinze lettres de l'alphabet de
la manière qui fuit. On paſſe un petit
trait fur la partie ſupérieure pour en former
unt; on y fait un crochet en avant pour
former une r ; on y ajoute un ſecond i à
côté , cela fait unen , & une m avec un troiſième.
Si on allonge vers le haut le premier
i de I'n cela fera une h ; à côté de l'i ajouter
encore un i, cela fera un u , &c. Pour
former le reſte de l'alphabet, il faut fuivre la
même méthode ; recourbez un peu le bout
pour faire un c; faites y un anneau vous
aurez un e; ajoutézy un i ce ſera un a , un
i allongé , ſoit devant, ſoit après , ſoit en
haur, foit en bas , & vous aurez un q , un
d, un pou un b , &c. &c. Il nous a paru
qu'un enfant pouvoit , par cette méthode ,
apprendre à écrire en peu de temps. Les
méthodes que l'Auteur propoſe pour en
ſeigner les Sciences réuniſſent toutes la
briéveté & la cléré. En général , cet Effai
pourroit fervir de baſe à un grand Ouvrage
ſur l'Éducation , & nous ne doutons
point que ces principes bien développés ne
fuffent d'une grande utilité , non-feulement
pour les Princes , à qui l'Auteur paroît les
avoir ſpécialement conſacrés, mais même
pour toutes les claſſes des Citoyens,
:
DF FRANCE. 77
SPECTACLES.
ACADÉMIE Royale de MUSIQUE.
ON continue les repréſentations de Panurge
dans l'Isle des Lanternes. L'affluence
& les applaudiffemens du Public ſemblent
affurer à cet Opéra un ſuccès auffi durable
que brillant. Il aura peut-être le fort de la
Caravane, qui , après avoir éprouvé d'abord
les plus amères cenſures , a fini par charmer
ſes Cenſeurs mêmes , & a eu plus de quarante
repréſentations conſecutives , toujours
ſuivies & toujours applaudies.
Ces variations dans l'opinion publique
fur les Ouvrages de ce genre , ſont aifees
à expliquer. Les défenſeurs de la dignité
du Théâtre Lyrique ont de la peine à ſe
familiariſer avec le mêlange du comique
& du tragique ſur ce Théâtre ; & c'eſt au
moment où paroît une nouveauté du genre
comique , que leur oppoſition ſe manifeſte
avec plus d'éclar. Le Public , plus exercé
àjuger les effets dramatiques que ceux de là
mufique , eſt d'abord plus vivement frappé
des défauts du ſujet ou de l'action, & ſe livre
au plaiſir facile de relever les fautes du Poëte.
L'exécution encore imparfaite concourt
diminuer les effets ; mais bientôt on s'accoutume
aux défauts de l'action ; l'exécution acquiert
plus de préciſion & d'enſemble ; on
Diij
78 MERCURE
écoute la muſique avec des oreilles plus at
tentives & moins prévenues; d'ailleurs fi
cette muſique eſt pleine d'intentions fines ,
ſpirituelles & vraies , elle a beſoin d'être entendue
pluſieurs fois pour qu'on en ſente le
mérite & les beautés.
Tout le monde convient qu'ancun Compoſiteur
n'a mis plus de fineſſe & d'eſprit
dans la muſique que M. Grétry , & nous
croyons que dans aucune de ſes compoſitions
il n'en a mis plus que dans celle-ci .
Par-tout il a cherché à rendre la couleur du
ſujet , le caractère des perſonnages , l'expreſſion
des paroles; nous ne diſons pas qu'il
aittoujours rempli cet objet avec un égal bonheur
; nous ajouterons qu'il a pouſſe quelquefois
la recherche de la vérité juſqu'à un degré
de rafinement qui dégénère en fubtilité ; &
dans les Arts , les effets qui demandent trop
de fineffe ou d'attention pour être ſentis ,
font de peu de valeur.
Avant de justifier ce que nous venons d'affirmer
, commençons par rappeler le ſujet
de Panurge.
L'action ſe paſſe dans l'Iſle des Lanternes ,
c'est -à-dire , chez un peuple joyeux , lent &
indécis , où
L'on chante , on danſe , & l'on ne finit rien.
M. Grétry ſemble n'avoir jamais perdu de
vûe ce caractère général ; mais peut-être l'at'il
marqué quelquefois par des traits trop
deliés pour être bien ſentis.
DE FRANCE,
79
1
L'ouverture , préparant une fête religieufe ,
devoit avoir un caractère de nobleſſe ; mais la
gaîté y contraſte heureuſement : du ſein de
l'harmonie on entend ſortir des baſſes chanrantes
d'un effet très -agréable. On y remarque
une phrafe de chant exceſſivement longue
, mais adroitement filée , qui ne peut
avoir d'intention que celle d'exprimer le caractère
indécis & lanternier du peuple qu'on
va voir en action. C'eſt une difficulté vaincue,
dont peu d'Auditeurs tiendront compte
au Compoſiteur.
Le choeur qui commence le premier Acte
a un caractère grave , & dans le chant &
dans l'harmonie ; & ce caractère y domine
trop , quoique les phraſes ſautillates de
l'accompagnement y mélent une teinte comique.
Il nous ſemble qu'une hymne des
Lanternois , adreſſée à la puiſſante Lignotie ,
devoit avoir une couleur de comique plus
fort & plus marqué.
Les chants & le récitatif qui compofent ce
choeur nous paroiffent un peu négligés ; mais
T'air de Climène : Dans ma brillante jeuneffe
, est très-agréable. L'accompagnement
de flûte y a de la grâce & de la gaîré ; & à
ces mors : Bientôt defleurs la têtecouronnée,
il prend une expreſſion brillante & pittorefque.
Cet air ne peut que gagner à être entendu
pluſieurs fois.
Le petit quinque des quatre amans & de
Climène , après l'Oracle , eſt d'un chant naturel
&d'un effet agréable ; un mérite eſſen-
Div
MERCURE
tiel à remarquer dans ces inorceaux d'en
ſemble , c'eſt que chaque partie y est bien
distincte ; celle de Climène s'y detache toujours
avec la nuance qui lui eft propre.
La tempête eft adroitement préparée &
ménagée ; le bruit des vents & des flots qui
deviennent par degrés plus éclatans & plus
animés , fervant d'accompagnement à un
choeur chanté & danſé d'un caractère trèsgai
, forment un contraſte neuf& piquant.
Le dernier choeur ſur-tout : De quel bruit
majestueux , eſt d'un bel effer. Peut - être
que les cris de Panurge dans ſa barque pouvoient
ſe lier plus heureuſement avec les
autres parties de cet enſemble; mais il eſt
plus aifé fans doute de le defirer que de dire
comment cela pouvoit s'exécuter.
Le rôle de Panurge , dans cette Scène ,
n'a rien de remarquable que le grand air :
Les voyages font à la mode , air de la plus
heureuſe conception , dont le caractère exprime
à merveille la gaîté & l'infouciance
du perſonnage, & dont le chant & l'accompagnement
offrent , à ce qu'il nous ſemble ,
un modèle de rondeur & d'unité.
La finale qui vient enſuite eft fort bien
dialoguée , & termineroit cet Acte avec un
*plus grand effet, fi le chant de Panurge :
Par les vents furieux, repeté par le dernier
choeur , étoit moins négligé.
Le ſecond Acte eſt un des plus brillans
& des plus riches en muſique qu'il y ait au
Theure. Tous les genres s'y trouvent réunis.
DE FRANCE. 81
Le premier air de Climène : Jeunes femmes ,
que je vous plains ! eſt d'un chant très- agréable.
Le ſecond, dans la même Scène : Epouses
trop fidèles d'infidèles époux , eſt un air de
fureur du plus grand caractère: la fin furtout ,
Non , non , forçons les volages , et de
l'expreffion la plus vigoureuſe. Le Gompofiteur
y a affecté quelques intonations difficiles
, des paſſages violens de l'aigu au grave ,
qui paroîtroient un peu forcés , s'ils n'etoient
adoucis par l'art avec lequel ils font exécutés
par Mlle Saint-Huberty. On pourroit reprocher
à M. Getry que ce bel air eſt d'un ton
trop relevé pour le ſujet & pour le perfonnage;
mais il répondroit que Climène peut
n'être pas d'un rang commun , qu'elle n'eſt
ſuivante que par circonſtance , & que le
Poëte lui a donné en cet endroit un langage
-noble & ſenſible ; d'ailleurs la néceſſité de
répandre de la variété dans les compofitions
en muſique , eft une loi impérieuſe qui doit
faire paſſer ſur de légères diſconvenances.
L'air de la ſeconde Scène , chanté avec grâce
par le ſicur Rouffeau , De l'aimable objet
qui nous aime , eſt d'une tournure aimable
&brillante , & feroit un auffi bon effet au
Concert qu'au Théâtre.
L'air ſuivant du ſieur Cheron , Quand on
connoît l'amour , eſt également bien afforti
au caractère du perſonnage& à la belle voix
de l'Acteur.
Nous ne dirons rien de tout le récitatif
qui remplit cet Acte , parce qu'à l'exception
Dv
82 MERCURE
1 de quelques endroits déclamés avec fineſſe&
vérité , il nous paroît avoir été trop négligé
par le Compoſiteur , & qu'il produit peu
d'effet.
Le petit air de Zénire : Chacun soupire
dans ceséjour , nous paroît avoir été conçu
dans unmoment de bonheur ; la mélodie eft
élégante & pure , & l'expreffion naïve &
ſenſible. Il eſt dans un ton mineur auquel
les oreilles ne font guères accoutumées . Nous
penſons que les Compoſiteurs ſe renferment
trop dans un certain nombre de tons , dont
l'habitude , ou peut être la commodité des
inſtrumens a rendu l'uſage plus facile , &
par-là ils ſe privent d'un moyen de variété
qui pourroit avoir de bons effets .
L'air de Panurge: Oui ,ſa beauté m'attire ,
eſt d'un beau chant , plein de verve & de
chaleur ; l'expreſſion en eſt noble , & quelquefois
pathétique ; mais l'accompagnement
y jette une nuance comique , dont l'intentioneſt
ingénieuſe.On entend par intervalles
des accens de cor ſeul qui répondent comme
en écho aux derniers ſonsde la voix , & femblent
contrefaire le Chanteur.
Tout ce qui eft de chant meſuré dans cet
Acte eſt ſpirituel &de bon goût. Le petit
duo d'Agarène & de Panurge est bien dialogué
& d'un oli chant. Le quinque , qui
fuit , eſt un morceau de Maître , qui ſuffiroit
pour faire la réputation d'un Compoſiteur.
Il eſt plein de mouvement & de variété
; la déclamation y est vraie; tous les
DE FRANCE. 83
caractères marqués & foutenus ; le chant
agreable & naturel ; l'harmonie ſimple &
claire. Le trait de Panurge : En voyant tant
de charmes ,je mesens enflammer , a une expreffion
de comique&de gaité d'un effet ſi
général & fi puiſſant , que le Poëte eſt obligé
'd'en abandonner le mérite à la muſique , qui
va bien au-delà des paroles. Ce quinque eft
applaudi avec tranſport , & le ſera toujours
tant qu'il ſera bien exécuté.
Après un morceau d'un ſi grand effet ,
il étoit difficile de foutenir l'intérêt dans la
Scène ſuivante ; M. Grétry a vaincu cette difficulté
, & a rauimé cette Scène par un joli
rondeau , fuivi d'un duo dialogué , où l'on
reconnoît également les reſſources de fon ef
prit & celles de ſon talent ; ce duo eſt du
chant le plus fimple , mais déclamé avec une
vérité frappante , & l'accompagnement ne
fait que foutenir le chant. Il n'y a guères
que M. Grétry qui ait connu cet art d'attacher
la déclaination à la mélodie , d'une manière
auffi agréable que naturelle ; il y a
long- temps qu'il en a donné des modèles
dans le duo des deux Avares , dans celui
des Vieillards de la fauſſe Magie , dans
celui des Evénemens imprévus ,ferviteur à M.
Lafleur, & c. Il en a offert d'autres exemples
auffi heureux ſur le Théâtre de l'Opera dans
Colinette & dans l'Embarras des Richeſſes.
On ne trouve pas autant de choſes à
louer dans la Muſique du troiſième Acte ,
& cela tient principalement au progrès de
.
Divj
84 MERCURE
l'action , qui n'offroit pas au. Compoſiteur
des effets aufli intereſſans à rendre . Le trio
des deux amans & de Panurge dans la deu- /
xième Scène mérite les applandiflemens
qu'il a obtenus ; l'air de la pantomime des
petits lutins a un caractère à la fois enfantin
& bizatre , qui auroit de l'effet fi la pantomine
avoit un objet plus déterminé & un
detfein plus piquant..
L'invocation de Panurge eſt une eſpèce
de declamation meſurée , dont les derniers
fons font répétés en écho par Climène & les
amans. Ce morceau ne rend pas tout ce que
Pintention faifoit eſpérer. La Scène de Panurge
& de la Sybile étoit difficile à mettre
en muſique. M. Grétry en a coupé le récitatif
par différentes petites cavatines bien
placées, mais néceſſairement de peu d'effer.
Le duo qui termine la Scène eſt du plus
grand genre; il y règne un motif très- agréable,&
il eſt terminé par un beau taflo folo
fur ces paroles : Ah ! fais qu'il foit toujours
fidèle ; grand Dieu ! j'implore ton fecours .
Le choeur final eſt d'une belle mélodie ;
mais tous ces morceaux ont pris une teinte
férieuſe , ſouvent pathétique , où la gaîté ne
peut plus faire contraſter ſes couleurs , parce
que la fituation de Panurge , le ſeul perfonnage
comique de la Pièce , n'a plus rien de
ridicule.
Le défaut d'eſpace nous force de ren.
voyer au Mercure prochain les détails de
l'exécution de cet Opéra .
DE FRANCE. 85
L
VARIÉTÉS.
Es beaux jours des Sciences & des Lettres ne
font point paffés ; un Roi bienfaiſant , un Ministère
éclairé raniment le zèle & le travail par de puiiians
encouragemens dirigés vers l'utilité publique. Un
nouvel Établiſſement procure à l'Obſervatoire des
inftrumens , des livres , une obſervation conftante
des Aftres . Un nouvel Établiſſement va ranimer
l'étude des Langues ſavantes & des monumens hiftoriques
, découvrir à la Nation des richeſſes qu'elle
poſsède & qu'elle ignore , lui en montrer l'uſage ,
faire connoître ce que peut fournir à l'Hiſtoire & à
la Littérature la Collection précieuſe des manufcrits ,
tant de la Bibliothèque du Roi, que des autres Dépôts
publics ou particuliers répandus dans la Capitale &
dans les Provinces .
Le Roi choiſit dans l'Académie des Belles- Lettres
huit Membres diftingués par leurs connoiſſances ,
par leurs Écrits , par leur amour pour le travail , leur
affure un traitement annuel , & les charge d'examiner
les nombreux manufcrits de ſa Bibliothèque ,
&de répandre dans le Public ce que ces manufcrits
peuvent contenir d'intéreſſant dans quelque genre
que ce ſoit; ils en donneront des notices détaillées ,
des extraits raiſonnés ; les Pièces qui mériteront
d'être imprimées en entier, feront ou traduites , ou
même publiées dans leur langue originale , ſelon le
beſoin, & pour la plus grande utilité des Savans ,
pour la plus grande inſtruction des Lecteurs.
Deux de ces Académiciens s'occuperont des manufcrits
Orientaux , trois des Manufcrits Grecs &
Latins , les trois autres des Manufcrits qui concernent
l'Histoire de France , & en général les Antiquités
du moyen âge.
86 MERCURE
Ce travail n'a rien de communavec celui qui a
lieu à la Bibliothèque du Roi pour la confection du
Catalogue. Le nouveau projet eſt d'une toute autre
étendue . Un Catalogue ne fait connoître les Ouvrages
que par leurs titres , leurs numéros , tout au
plus par des porices ſommaires ; il ne fait proprement
qu'aſſurer l'existence des Ouvrages , & laiffe
aux Savans qui font obligés d'y avoir recours , le
ſoin de les confulter & d'examiner s'ils peuvent leur
être utiles ; or , c'eſt ce ſoin qui fera rempli par le
travail des Académiciens . Un Savant Étranger , fans
communication avec Paris & avec la Bibliothèque
du Roi , pourra , des extrémités de l'Europe , profiter
de tous les tréſors que renferme ce dépôt ; il
faura tout ce qu'ils contiennent , & d'effentiel en
eux-mêmes , & d'applicable à ſes travaux.
Nous diſons que cet établiſſement ranimera l'étude
des Langues & de l'Hiſtoire ; ce doit être l'effet naturel
des nouvelles places conſacrées aux manuſcrits
Orientaux, Grecs , &c .; places qui ne feront point ,
comme la penfion de l'Académie , le fruit rardifdes
années , mais le prix du travail & de la connoiſſance
des Langues , même dans la jeuneſſe. Les uns voyant
que l'étude des Langues Orientales peut leur procurer
preſque en même temps une place honorable
& une place utile , s'y appliqueront avec ardeur ;
d'autres ſe livreront avecla même ardeur & la même
eſpérance à tout l'attrait qui les emportera vers les
Langues Grecque& Latine ; d'autres enfin feront une
étude approfondie des monumens de notre Hiſtoire.
!
Les huit Académiciens nommés par le Roi font ,
MM. de Guigres , de Bréquigny , Gaillard , du
Theil , de Villoifon , de Kéralio , l'Abbé Brottier ,
de Vauvilliers , Les autres Académiciens ſont invités
au même travail , & appelés , d'après l'élection de
l'Académie & avec l'agrément du Roi , à remplir ces
places à meſure qu'elles viendront à vaquer. L'intenDE
FRANCE. 87
tion du Roi eſt même que ce travail ne ſoit point
abfoluinent concentré dans ſon Académie , ni borné
aux manufcrits de ſa Bibliothèque . Tous les Savans ,
tantde la Capitale que des Provinces , font pareillement
invités à faire connoître les manufcrits que
renferment les différens dépôts dans lesquels ils pourront
avoir accès. Le Ministre de Paris & des Académies
, qui ſeconde avec tant de zèle & de lumières
les vûes bienfaiſantes du Roi , exhorte ces
Savans à faire paſſer , ſous ſon couvert , le réſultat
de leur travail à M. Dacier , Secrétaire Perpétuel de
I'Académie. Ils auront auffi leur perspective & leurs
eſpérances , d'après cette aſſociation , aux travaux de
l'Académie & à des recherches protégées par le Gouvernement.
Il pourroit même ſe former par-là infenfiblement
, entre tous les Savans du Royaume, un
commerce Littéraire , dont l'effet ſeroit d'indiquer
plus particulièrement à l'Académie les ſujets fur lefquels
elle doit jeter les yeux , foit pour les honorer
de ſa correſpondance , ſoit pour les admettre dans
ſon ſein quand elle auroit quelque perte à réparer.
Les divers Mémoires ou Extraits feront lus dans
un Comité composé , outre les huit Académiciens
chargés du travail , de quatre Académiciens-
Commiſſaires de la Compagnie , des Officiers de
L'année, du Secrétaire-Perpétuel , qui doit y remplir
les mêmes fonctions qu'à l'Académie , dont ce Comité
ne ſera qu'une émanation. Ces Mémoires feront
imprimés comme ſuite de ceux de l'Académie , &
avec le nom des Auteurs , On formera des volumes
féparés de Mémoires des Savans étrangers à l'Académic
, & chacun d'eux ſera pareillement nommé à
la tête de ſon Ouvrage.
Il ſuffit d'annoncer une pareille inſtitution . Ajou-
/ tons cependant, parce que c'eſt une vérité certaine ,
&un grand éloge dû au Gouvernement , que la follicitation
n'a eu aucune influence fur le choix des
1
88 MERCURE
huitAcadémiciens nommés pour ce travail; que tel
a été choiſi qui n'avoit pas même paru aux regards
du Miniſtre , & qui n'avoit rien demandé ni direetement
ni indirectement ; & concluons qu'il eſt bien
doux de cultiver les Lettres en paix , fans intrigue ,
fans cabale, ſans eſprit de parti , ſous un Prince qui
fait ainſi récompenfer & encourager , & dont les
établiſſemens Littéraires ſe diſtinguent par ce grand
caractère d'utilité publique , ſi juſtement vanté dans
ceux de Louis XIV .
ANNONCES ET NOTICES.
BIBLIOTHEQUE des meilleurs Poëtes Italiens ,
en 36 Volumes in - 8 °. , propoſée par ſouſcription ,
par M. Couret de Villeneuve , Imprimeur du Roi à
Orléans , & Editeur de cette Collection .
Le goût de la Littérature Italienne eſt devenu
preſque univerſel en France , & il n'eſt pointen Europe
de Langue , après la Françoiſe . qui ſoit d'un
uſage plus général . Les grâces de l'idiome , l'imagination
riche & brillante de ſes Poëtes , & mieux
encore peut être les facilités qu'offre l'étude de cette
Langue par fon analogie avec la Latine & la nôtre ,
doivent naturellement lui affurer la préférence fur
toute autre Langue étrangère de la part des jeunes
gens de l'un & de l'autre ſexe qui cultivent les
Belles - Lettres .
Son caractère est la fineſſe , la douceur & l'harmonie.
Si les Hiſtoriens d'Italie ſont redevables de
leur gloire à la première de ces qualités , les deux
autres affurent l'immortalité aux productions d'un
grand nombre de ſes Poëtes, Dans leurs Ouvrages ,
trop de vers au lieu d'entraîner trop d'ennui , produiſent
un plaifir plus vif, qui ſouvent dégénère en
1
70
DE FRANCE. 89
enthouſiaſme, en attrait ſi particulier, qu'il eſt pluſieurs
Poëmes qu'on ne peut commencer ſans les finir
avant d'entreprendre toute autre lecture .
Il s'en faut cependant beaucoup que l'on puiſſe
ajouter à ces avantages ceux de l'abondance & de la
multiplicité des fources. On ſe plaint avec raiſon que
les bonnes Éditions des Livres Italiens , anciennes
ou modernes , ſont d'un prix trop haut pour le commun
des Lecteurs , & que celles qui ſe venden: à un
prix modéré fourmillent de fautes. Je me fuis propoſé
de remédier à ces inconvéniens dans l'entrepriſe
dont je fais part au Public ; & le déſintéreſſement
m'a fait chercher les moyens d'économiſer ſur les
frais d'impreffion , à deſſein d'étendre , autant qu'il
eft en moi , cette branche de Littérature . Je rem-
| placerai le laxe typographique , dont les Éditeurs
ne manquent pas de faire ordinairement un objet
de ſpéculation preſque affure , par une élégante propreté
dans l'exécution, & mon attention pour la
correction ira juſqu'au fcrupule.
J'ai vé avec fatisfaction que pluſieurs Éditions
forries de mes Preffes ont été accueillies favorablement
: les Poéfies d'Horace , les Fables de Phèdre ,
les OEuvres du C. de B ... , de Greffet , &c. font
encore recherchées dans les cabinets des curieux .
En me donnant les mêmes ſoins , en prenant les
mêmes précautions , j'augure de mon entrepriſe des
fuccès auffi heureux. Les caractères destinés pour
cette Collection ſont du célèbre Fournier , Artiſte
eſtimable , à qui l'Imprimerie eſt redevable d'une
partie de la célébrité dont elle jouit actuellement en
France. Je lui dois , coinme parent , ce tribut de ima
reconnoiffance: la taille nette , ronde, pleine & parfaitement
bien proportionnée de ſes caractères lui
aſſureront toujours la préférence de la part de ceux
qui nejugent qu'en comparant les effets.
Chaque Volume fera compofé de soo pages in
१० MERCUR
8. caractère de cicéro neuf fondu exprès : le papier
fur lequel cette Collection doit être exécutée ſera du
carré fin de Limoges , du prix de 12 livres la rame ,
&de couleur uniforme pour tous les Volumes. Mais
pour que les Souſcripteurs foient plus certains de ce
qu'ils acheteront , je promets de fournir chaque
feuille in- 8 ° . , ſuivant les conditions ci-deſſus énoncées,
franches de port , pour le prix de 2 fols de
France. Les vingt-cinq feuilles formant le Volume
in 8 °. broché, avec un titre au dos , feront de
2 liv. 10 fols : les Volumes qui contiendront moins
de matière ne feront payés qu'en raiſon du nombre
des feuilles dont ils ſeront compoſés.
Cette Collection pour les Souſcripteurs fera du
prix de 90 liv: payables en fix payemens égaux , de
chacun is livres; ſavoir , is liv, en touſcrivant , fix
mois après is livres , & ainſi de ſuite de fix mois en
✓fix mois. On ſera libre de remettre à la poſte leſdites
15 livres , ſans affranchir le port de la lettre & de
l'argent.
MM. les Souſcripteurs pourront payer en fonfcri-
-vant un ou pluſieurs des termes de fix mois, c'eſtà-
dire, 15 , 30,45 livres , &c. , ou même la totalité
de la ſouſcription s'ils le jugent à propos ; &
alors après avoir payé en ſouſcrivant , par exemple ,
30 livres , ils compreront 15 liv. ſeulement un an
après leur ſouſcription ; & s'ils ont payé en ſouſcrivant45
livres , ils ne feront tenus à payer is livres
que dix-huit mois après leur ſouſcription , & ainfi
du reſte,
Certe entrepriſe n'éprouvera aucune interruption .
Il ſera délivré un Volume par mois, & l'on donnera
dans le dernier un état du nombre des feuilles de la
totalité de l'Ouvrage , afin que les Souſcripteurs
puiſſent ſe rendre compte. Aucun Volume ne ſera
vendu ſéparément , & il n'en ſera tivé d Exemplaires
que ſuivant le nombre des ſouſcriptions.
DEFRANCE. 91
La ſouſcription ne ſera ouverte que juſqu'au
premier Avril prochain : paffé ce terme , on ne
pourra plus ſouſcrire , & alors elle ſera du prix de
120 liv. Les Souſcripteurs qui deſireront des Exemplaires
en papier de Hollande payeront chaque
Volume 6 livres , & il n'en ſera tiré que ſur leur
demande. Le premier Volume paroîtra le premier
Mai 1785 , & les autres ſe ſuccéderont de mois en
mois.
Nous aurons l'attention d'imprimer en tête de la
première Livraiſon le nom des Souſcripteurs .
On ſouſcrit à Paris , chez M Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet ; & chez M. Cucher , Libraire
, rue & hôtel Serpente , ainſi que chez les Libraires
des principales Villes de l'Europe . Les Particuliers
qui voudront s'adreſſer directement à M.
Couret de Villeneuve , Imprimeur du Roi , & Éditeur
de cette Collection , auront l'attention de joindre
à la lettre d'avis le reçu du Directeur des Poſtes auquel
on remet l'argent , parce que ce n'eſt que ſur ce
reçu& ſur la lettre d'avis qu'on peut le recevoir au
Bureau de la Poſte d'Orléans.
Nous avons tranſcrit ce Proſpectus preſque en
entier pour laiſſfer parler M. Couret de Villeneuve
Ini-même. Nous nous ferons un plaiſir d'y joindre les
éloges qui ſont dûs à cet Imprimeur lettré, dont l'intelligence
&le zèle ſont connus & prouvés depuis
long-temps. Le Public doit avoir , comme nous ,
une opinion très-avantageuſe de la Collection que
nous annonçons , & qui par ſon modique prix
deviendra un objet très économique.
CHARLES PREMIER & fa Famille , Eſtampe
gravée par Jean Maffard. Prix , 24 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue & Porte S. Jacques , nº. 122.
Cette Eſtampe eft gravée d'après le magnifique
Tableau de Vandick , connu depuis long - temps
4
92 MERCURE
:
dans la Collection du Palais Royal , repréſentant
Charles Premier dans ſes habits royaux ; fon
Épouſe , Fille de Henri IV; le Prince de Galles ,
depuis Charles II , & le Duc d'Yorck , qui devint
Jacques II . Les caractères de tête ont autant de nobleſſe
que de vérité; l'on y admire auſſi la richeſſe
des étoffes. Dans le fond du Tableau on apperçoit
la Tamiſe & la Tour de Londres.
L'Eſtampe que nous annonçons doit faire beaucoup
d'honneur au burin de M. Maſſard. Quoique
ce ne ſoit pas tout- à- fait le ſujet de celle de M.
Strange , elles ſe reſſemblent aſſez pour inſpirer aux
Amateurs des belles Gravures le defir de les réunir
dans leurs cabinets. Le même eſprit d'équité qui a
dicté nos éloges pour M. Strange nous engage à
rendre juſtice à M. Maſſard. Leurs talens les mettent
l'un & l'autre dans une telle poſition , que celui
même qui ne ſera point préféré par les Connoifſeurs
méritera encore affez d'éloges pour s'en confoler.
L'Elampe que nous annorçons eft de même largeur
& de même hauteur que celles de M. Strange. -
OEUVRES de Voltaire , imprimées à Lauſanne
en quarante Volumes in - 12. Propoſées au prix modique
de 40 liv. en feuilles. A Paris , chez Bruner ,
Libraire rue de Marivaux , Place du nouveau
Théâtre Italien. La brochure de chaque Volume ſe
payera ſéparément 1 fo!, & la reliûre en bazanne
10 fols par Volume.
,
L'Édition de cet Ouvrage eſt preſque épuiſée. Le
Libraire ne peut faire jouir le Public de cet avan -
tage que juſqu'au premier de Mars prochain , paiſé
lequel temps le prix ſera fixé à 80 liv. comme cidevant.
ALMANACH de la Ville & du Diocèse de
DE FRANCE.
93
Meaux , pour l'année 1785. Prix , 18 fols. AMeaux,
chez Charles , Libraire , rue S. Remy ; & ie trouve
à Paris , chez la Veuve Duchesne , Libraire , rue
S. Jacques ; Belin , Libraire , rue S. Jacques , &
Royez , Libraire , quai des Auguſtins.
Cet Almanach , qui paroît tous les ans depuis
1773 , renferme une expoſition exacte de l'État Eccléfiaftique
& Civil de la Ville & du Diocèſe .
ALM AN ACH des Monnoies , année 1785 , un
Volume in - 12 de 450 pages , avec dix Planches
gravées en taille-douce. Prix , 3 livres broché , &
3 liv. 12 fols relié. A Paris , chez Méquignon le
jeune , Libraire , au Palais .
Cet Ouvrage , qui parut pour la première fois
l'année dernière , a été preſque entièrement refondu ;
on y a fait des additions très-conſidérables ; c'eſt
moins un Almanach qu'un petit Traité des Monnoies
, dans lequel les Monétaires , les Orfèvres & en
général tous les Artiſtes qui travaillent ou employent
les matières d'or & d'argent , trouveront raſſemblés
_beaucoup de renſeignemens qu'il leur importe de
connoître ou de ne pas perdre de vûe. Les nouvelles
Planches que l'on y a jointes portant les empreintes
des poinçons de contre-marque de toutes
les Communautés d'Orfèvres, rendent cet Almanach
également utile à ceux qui vendent ou acherent des
ouvrages d'or & d'argent; on y trouve auſſi la defcription,
le poids , le titre & la valeur numéraire de
preſque toutes les eſpèces étrangères , leur évaluation
en argent de France , & des détails hiſtoriques
tant ſur les eſpèces ayant cours , que ſur les monnoies
de compte dont on fait uſage dans le Royaume.
' Dictionnaire raisonné du Droit de Chaſſe ,
ou nouveau Code des Chaſſes ſuivant le droit commun
de la France , de la Lorraine & des Provinces
94
MERCURE
privilégiées , ſuivi d'une Notice des principes fur le
Droit de Pêche , par M. Jean Henriquez , Avocat
en Parlement , Procureur Fifcal de la Maîtriſe particuliere
des Eaux & Forêts de Dun , 2 Vol. in- 12 .
A Paris , chez Delalain le jeune , Libraire , rue Saint
Jacques à Verdun , de l'Imprimerie de Chriftophe.
Ileſt de la nature de laChaſſe d'inſpirer un goût
des plus vifs ; & plus cette paffion devient ardente ,
plus eile prétend aux jouiſſances excluſives. C'eſt
donc un véritable objet d'utilité que d'éclaircir ſur
cette inatière des principes dont l'obſcurité peut occaſionner
des procès ſans nombre. L'Auteur avoit donné
d'abord un Eſſai ſous le titre de Principes généraux
de Jurisprudence fur le Droit de Chaffe. Il a refondu
ce premier Ouvrage , & l'a rendu plus utile
en lui donnant plus de développement.
-
On trouve chez le même les Ouvrages ſuivans du
même Auteur : Code Pénal des Eaux & Forêts ,
2 Vol . Prix , s liv. Manuel des Gardes des Eaux
& Forêts. Prix , I livre 10 fols . -Et Obfervations
Sur l'Aménagement des Bois , in 8º. Prix , I livre
16 fols.
NUMÉROS 8,9,10 , 11 , 12 & 13 des Feuilles
de Terpsychore , ou nouvelle Etude de Harpe & de
Clavecin ; chaque Numéro composé de deux Feuilles
pour l'un & l'autre Instrument. Prix , 1 livre 4 ſols
la Feuille. Il en paroît ainſi une double tous les
Lundis. A Paris , chez Couſineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies , & Salomon ,
Luthier , Place de l'Ecole.
LES ſieurs Cousineau père & fils , avant de
publier un Abonnement pour ces feuilles ont voulu
montrer au Public de quelle manière cet Ouvrage
ſeroittraité. Ces feuilles , dont l'une contient de la
Muſique deClavecin , & l'autre de la Muſique de
1
DE FRANCE.
95
Harpe , paroiffent chacune tous les Lundis. On recevra
dans l'année , cinquante- deux feuilles de l'Inf
trument pour la Muſique duquel on aura ſouſcrit ;
& dans le cas où les Perſonnes abonnées voudroient
ceffer leur a'onnement avant la fin de
l'année , il leur fera remboursé ce qui en reſteroit à
finir , à raiſon de 12 fols par feuille On s'abonne
pour 30 liv. par an chez les ſieurs Coufineau père &
fils, Luthiers de la Reine , rue des Poulies , où l'on
pourra auſſi ſe procurer les feuilles fans s'abonner
moyennant i livre 4 fols chacune. Les Soufcripteurs
les recevront franches de port dans tout le Royaume,
ainſi que toute la Muſique qu'ils pourroient defirer.
JOURNAL de Harpe , par les meilleurs Maîtres ,
einquième année , No. 1 , contenant l'air : Que le
Sultan Saladin. Le prix de l'abonnement de ce
Journal eſt toujours de Is liv. pour Paris & la Province
pour cinquante - deux Numéros de deux &
quelquefois trois pages de Muſique. Ils paroîtront
exactement tous les Dimanches. Chaque Numéro
Téparé eſt du prix de 12 ſols. On ſouſcrit pour ce
Journal & celui de Clavecin , chez Leduc , fuccefſeur
du ſieur de la Chevardière , ci devant rue Traverſière
, actuellement rue du Roule , au Magaſin de
Muſique &d'Inſtrumens , à la Croix d'or , nº . 6 .
NUMÉROS 1 & 2 du Journal de Violon , dédié
aux Amateurs , contenant les plus jolis Airs nouveaux
pour deux Violons où Violoncelles . Ce Journal
, qui paroît exactement le premier de chaque
mois , ſe vend ſéparément 2 liv . L'abonnement eſt
de is liv. & 18 liv. A Paris , chez l'Auteur , M.
Bornet l'aîné , Marchand de Muſique , rue des Prouvaires
, près Saint Eustache , au Bureau de Loterie.
DEUX Symphonies concertantes; la première,
96 MERCURE.
pour deux Violons principaux , deux Violons Ripieno,
Alto & Bafle; Cors & Haut Bois ad libitum ; la
ſeconde , pour deux Violons principaux , une Flûte
obligée , deux Violons Ripieno , Alto & Baffe ; Cors
&Haut- Bois ad libitum , exécutées au Concert Spirituel
par MM. Guérillot , Gervais & de Vienne ,
compoſées par M Davaux. Prix , 7 livres 4 fols. A
Paris , chez M. Bailleux , Marchand de Muſique ,
tue Saint Honoré , près celle de la Lingerie.
Le grand ſuccès de ces deux Symphonies au Concert
Spirituel & ailleurs , & le nom très - diſtingué de
leurAuteur doit les faire accueillir avec le plus grand
empreſſement.
PIÈCES intéreſſantes & peu connues pour fervir
à l'Histoire & à la Littérature , 3 Vel in- 12. A
Paris , chez Prault, Imprimeur du Roi , quai des
Auguſtins.
CetOuvrage eft curieux , & préſente un Recueil
auſſi piquantque varié.
TABLE.
LE Sanfonnet & le Roffignol, Epitre à la Raison ,
FableAllégorique ,
AMadame de C... ,
Quatrain ,
69
49 Discours fur une Question , 71
51 Vûes fur l'Education d'un
ibid. Prince; 74
Charade , Enigme & Logo Académie Roy. de Musiq. 77
gryphe , 12 Variétés , 85
Loix Municipales & Econo- Annonces & Notices . 88
miques du Languedoc , 54
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Février. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le 11 Février 1785. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 19 Janvier.
IEStrois Ordres de la Cité de Dantzick ,
ayant accepté la convention du 7 Septembre
de l'année derniere , avec S. M. P. ,
le Sénateur Gralath, Député de cette ville , a
reçu les pleins pouvoirs , pour ſigner cette
transaction. Le ſecond Député , M. Weichmann
, qui l'année derniere aſſiſta ici aux
négociations , ſignera à Dantzick , ſa ſanté
ne lui ayant point permis de revenir en cette
Capitale.
On mande de l'Ukraine , que l'automne derd
niere , les Ruffes ont fair fauter les rochers qui
embarraffoient encore le Nieper , & qu'actuellement
des vaiſſeaux de grandeur moyenne peuvent
deſcendre ce fleuve en sûreté , pour entrer dans
Ja Mer Noire. La Ruſſie Blanche & la Lithuanie
ont fourni beaucoup de denrées à ce commerce ,
pendant l'année paſſée.
On aſſure que les troupes Ruſſes depuis
Nº. 7, 12 Février 1785. C
( 50 )
Smolenskojuſqu'à Kiow font auſſi nombreu
ſes que bien équipées , & toujours prétes à
entrer en marche. Les Turcs , à ce qu'on
dit , ont l'oeil attentif ſur tous ces mouvemens.
Le Comte Mniszech , Grand-Maréchal de la
Couronne , a rendu une ordonnance du 30 Décembre
, qui enjoint à tous les habitans de cette
Réſidence , d'avoir une lanterne devant leur maifon
: cette illumination doit commencer le premier
de Février.
Beaucoup d'étrangers , ſelon quelques
avis des frontieres , s'établiſſent dans les provinces
Turques , où on leur accorde , diton
, liberté de confcience & sûreté. Dernierement
, à ce qu'on ajoute , il eſt arrivé à
Conſtantinople un Général étranger , qui
s'eſt fait Muſulman , & qu'on inveſtira d'une
importante dignité militaire. Si ce fait eſt
vrai , pourquoi ne nomme-t-on pas ce Général
?
Dans l'année précédente , on a baptifé en
cette ville 3783 enfans de la Religion dominante.
Le nombre des morts a été de
3646, &celui des mariages de 837.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 20 Janvier.
Horiah , chef des rébelles Walaques eſt
pris certainement , ainſi que nous l'annonçâ
mes l'Ordinaire dernier ; mais on varie ſur
les circonstances de cette capture ; & juf-
:
2
(51 )
qu'au bout le récit de cette affaire aura été
mêlé de contes ridicules. Voici deux rapports
différens au ſujet de la priſe d'Horiah .
On ne nomme point le jour de l'événement :
mais ce font , dit- on , les Huſſards Sicules ou de
Seckler , ſous la conduite du Lieutenant-Colonel
Kray , qui ont fait cet heureux coup de main.
On s'eſt ſervi de deux Valaques ruſés, inſtruits
du lieu de retraite d'Horiah ,& qui , en feignant
de chaſſer , le découvrirent aſſis auprès du feu ,
avec ſon Lieutenant Gloska , alias Klodhek ,
alias Soffrony ; car on ne s'accorde pas plus ſur
les noms que fur le reſte. Les ſoldats vinrent à
Ja ſuite des deux Valaques ; les deux coupables
ont été transférés à Carlsbourg. Leur dernier
crime , dit-on ſérieuſement , fut d'attaquer une
ſociété de perſonnes qui danſoient , d'en tuer
les hommes , d'en violer les femmes , &de les
enterrer vivantes : trait tout au plus digne de
figurerdans un ſupplément au romande Candide.
Toujours dans ce même ſtyle fabuleux &
exagérateur, on ajoute que ces rébelles n'ont
laiſſe ſubſiſter que cent maiſons dans les
deux Comitats les plus ravagés : pluſieurs
familles nobles font abſolument éteintes
de forte que le retour des fiefs au Suzerain
vaudra plus de 600,000 florins au Fifc Im
périal.
Voici une autre tradition plus vraiſemblable.
Après avoir fait des efforts inutiles pour s'échapper
ſecretement, Horiah perſuada aux Valaques
qu'il iroit lui-même àVienne ſolliciter leur grace
de l'Empereur : ce projet accepté , il s'éloigna
avec ſon compagnon Gloska , Eccléſiaſtique
Grec, & chercha à ſe ſauver dans le territoire
C2
( 52 )
,
Ottoman : toutes les avenues en étoient gardées ;
il fallut ſe jetter dans l'intérieur du pays , avec
l'eſpoir de gagner la Pologne , ſous un traveltiflement.
Un piquetde troupes Impériales rencontra
heureulement les fugitifs & reconnut
Horiah , dont le ſignalement avoit été donné
avec la plus grande exactitude. L'Officier le fit
defliner fur le champ , & envoya fon profil à
Vienne. Un peintre va graver le portrait de ce
Démagogue.
On avoit cru que le mariage de l'Archiduc
François avec la Princeffe Elifabeth ,
ſeroit déclaré le jour du nouvel an : actuellement
l'on penſe que cette cérémonie fera
renvoyée de deux ans , juſqu'à ce que l'Archiduc
ait été élu Roi des Romains .
L'Empereur ne penſant point avec des
Sophiftes accommodans , que les défordres
du luxe foient néceſſaires à une Monarchie ,
que des loix ſomptuaires font des actes de
tyrannie , & que la liberté conſiſte à laiſſer
la-folie& le déréglement renverſer toutes
les barrieres & toutes les bienséances ; l'Empereur
, dis -je , qui ne prend point conſeil
de quelques poëtes , qui appellent le bel efprit
de la Philofophie , va publier un Régle .
ment , pour reſtreindre le luxe des vêtemens
, & fur- tout celui des femmes. L'induſtrie
de néceſſité étant encore très - loin de
ſa perfection dans les Etats héréditaires , il
eſt inutile d'y encourager , & dangereux
même d'y ſupporter l'induſtrie du ſuperflu.
Dans peu de jours on ſubſtituera ici par ordre
duSouverain , à toutes les Confrairies abulies ,
( 53 ) ▼
une ſeule aſſociation de charité dans toutes les
Paroiſſes : les membres de cette Confrairie feront
voeu d'affider les pauvres de tout leur pouvoir ,
de chercher à fermer les ſources de l'oiſveté &
de la mendicité , & de travailler à augmenter le
nombre des aſſociés. Point de pompe , ni de dépenſes
inutiles. Les dévotions ſe feront à Noël ,
à Pâques , à la fête du nom de Jeſus , & à celle
du nom de Marie : l'inſcription des membres ſur
un Regiſtre particulier ſe fera dans la Sacriftie ,
&il fera libre aux Freres & Soeurs de la Confrairie
, de faire dire des Meſſes pour leurs confreres
morts ou vivans. Tous ces grands établiſſemens
généraux de charité paroiſſent à beaucoup d'obfervateurs
d'une mince utilité ; pour ſecourir
efficacement les pauvres , il faut que les bienfaiteurs
puiffent les connoître , & que les inftitutions
te bornent à un village , à une paroiſſe dans
les villes .
Dans toutes les Egliſes Catholiques , on
ne fouffrira dorénavant que 3 antels , ou 4
au plus , dans le cas d'une néceſſité particuliere.
Pluſieurs Egliſes de cette ville vont
être fermées , pour être décorées avec plus
de fimplicité : toutes les Chapelles collatérales
feront démolies , ainſi que les autus
fuperaus .
Depuis quelques jours , le bruit s'eſt répandu
que le Prince de Kaunitz & le Comte
Palfy , Vice-Chancelier deHongrie , avoient
demandé lear démidion On écrit aufli de
Hongrie , que pluſieurs Régimens doivent
ſe mettre en marche pour les Pays-Bas. Le
Régiment des Huſſards de Wurmſer ſera
renforcé de too hommes , & de 199 che-
C3
( 54)
vaux. Ils partiront le premier de Février ,
pour rejoindre leurs corps dans le Brabant.
Le Régiment de Tillier étant encore en garniſon
à Lintz , il yavoit parmi les Capitaines , un
M. O-Relly , Irlandois de nation, qui, après avoir
ſouffert long-tems , eut à la fin le malheur de
perdre entiérement la vue. Lorſque ſon Régiment
reçut ordre departir pour les Pays-Bas , ce
brave Capitaine ſe vitdonc obligé de céder ſa
place à un autre. Une heure avant le départ , il
fit aſſembler ſa Compagnie , en prit congéde la
maniere la plus tonchante , & après avoir recommandé
aux ſoldats la bravoure & l'obéiſſance , il
donna de ſa bourſe à chacun d'eux un florin
d'Empire.
La Maiſon de prieres des Calviniſtes qui
vient d'être inaugurée , peut recevoir mille
perſonnes : l'Architecte impérial , M. Nigelli ,
en a dirigé la conftruction. L'Autel & la
Chaire font de marbre. Aux deux entrées ,
on lit l'Infcription ſuivante : D. O. M. S.
Imp. Jofepho II. annuente , amor Fratrum
F. C. M. DCC . LXXXIIII.
On apprendde Græz en Stirie , que le r de
ce mois s'est fait l'inſtallation ſolemnelle des DamesChanoineſſes
du Chapitre noble que S. M.
vient d'y établir. Le Gouverneur , Comte François
de Khevenhuller , décora les Dames au nombre
de 19 , de la marque Chapitrale qui eſt une
Médaille d'or émaillée , repréſentantd'un côté
l'Image de faint Joſeph portant l'Enfant Jeſus , &
de l'autre , le chiffre de S. M. , ſous le dais Impérial.
Cette marque ſe porte à un ruban rougeponceau.
On vient de voir ici un combat affligeant
( 55 )
des loix poſitives contre les vertus naturel
les. Un Déſerteur priſonnier s'étant évadé ,
ſe réfugia chez ſon frere : celui-ci craignant
d'être impliqué dans le délit , dénonça le
coupable , qui fut remis en priſon . On l'accuſe
d'avoir deux femmes , l'une en cette
ville , l'autre en Italie.
Le nombre des naiſſances dans cette Capitale
pendant le coursde l'année dernieremonte à9,586
y compris 405 enfans morts-nés , celui des mariages
à 2,372 , & celui des morts à 12,371 , dont
2,787 hommes , 2,599 femmes , 3,594 garçons &
3,391 filles au deſſous de l'âge de 12 ans .
Lesperloanes mortes de la petite vérole étoient
au nombre de 998 ; celles qui ſont mortes à la
ſuite d'une apoplexie étoient383 , & celles qui
ont péri par quelque accident étoient au nombre
de 61. Les morts ont excédé les naiſſances de
2,785 . En comparant ces relévés avec ceux
de l'année 1783 , il réſulte que le nombre des
morts de l'année derniere a furpaffé celui de 1783
de 1,278 perſonnes , qu'il y a eu 49 naiſſances de
moins qu'en 1783 , que les morts-nés de l'année
derniere ont excédé ceux de 1783 de 65 , & que
laderniere année on a compté 40 mariages plus
qu'en 1783 .
On écrit d'Effeck enEsclavonie , que l'on y a
découvert entre la ville baſſe & la fortereſſe , un
monument ſépulchral , fur lequel ou lit l'inf
cription ſuivante :
C. Æmilius C. F. Serg. Homalinus Dec. Col.
Murs. ob honoremflaminatus ta' ernas , L. cum po-ticibus
duplicib . I. L. Quib . Mercatus agereturpecunia
fuafecit.
:
Cette inſcription ſe trouve ſur une piece de
marbre blanc de 3 pieds7 pouces de long , fur
€4
( 56 )
!
* pied & huit pouces de large. - Ce monument
ajoute aux preuves que l'on avoit déja rafſemblées
, que l'ancienneville romaine de Murſa
avoit été bâtie dans cet emplacement.
Aux environsdu vieuxGradiſca , vers le rivage
de la Saive , on a trouvé une pierre ſépulcrale
du moyen âge , ſur laquelle on lit l'année MI. &
au-deſſous ces mots : hic requi fcit Frankrak .
DE FRANCFORT , le 30 Janvier.
Hiſtoriens des bruits publics , qu'il eſt auſſi
imprudent de confirmer , que de contredire ,
nous nous contenterons de rapporter ce
que la pénétration des Politiques croit avoir
deviné , ou que l'impatience des curieux
imagine pour expliquer l'énigme inquiétante
des affaires actuelles de l'Europe. On ſuppoſe
donc que l'affaire de l'Eſcaut fert aujourd'hui
de voile à des négociations infiniment
plus férieuſes. On parle de conventions
entre le Roi de Pruſſe & le Duc de Deux-
Ponts , relatives à la ſucceſſion de la Maiſon
Palatine , à des ceſſions d'une part , à des
promeſſes de l'autre ; d'un Traité entre les
Cours de Berlin & de Dreſde , qui entr'autres
objets , embraſſe une garantie réciproque
de la Siléfie & de la Luſace. On s'entretient
fortement d'une négociation active
& importante entre les Cours de Vienne &
de Munich , & d'échanges éventuels qui
donneroient aux affaires une tournure
très-éloignée de celle qu'enviſageoit l'opinion
, & qui retarderont fans doute l'iſſue
( 57 )
desnégociations dont tant de Cabinets font
occupés.
Les Régimens de Tillier &de Latterman
font dans nos environs , & pourſuivent leur
marche vers les Pays-Bas , ainſi que le Régiment
de Toſcane , Dragons , de 2030
chevaux , qui a paſſé le 23 par cette ville , &
qui fut ſuivi le lendemain de la quatrieme
Divifion d'artillerie , & d'un train conſidérable
de chariots de munitions.
Le 17 de ce mois , le décret de commiffion
de l'Empereur relatif à la convention faite entre
l'Electeur Palatin & les Etats du Cercle de Souabe,
concernant la ceſſion de la ville de Donawerth
à la Maiſon Palatine , a été pris en délibération
à la diete , & elle a arrêté unanimement
que S. M. I. feroit ſuppliée de confirmer , en ſa
qualité de Chef de l'Empire , la fuſdite conven
tion , & d'ordonner qu'elle ſcroit exécutée dans
tous ſes points.
Lorſqu'Horiah fut arrêté , diſent les uns ,
on lui trouva 30000 florins tant en argent
qu'en bijoux; le plus précieux de ces bijoux
étoit le ſceau du royaume de Dacie , dont
l'écuſſon portoit un coeur percé d'une épée
& fur l'exergue , Horæ Rex Dacia. C'eſt à
peu près , comme ſi l'on eût dit dans le
temps que Mandrin portoit les Sceaux de
France , en qualité de Proconſul des Romains
dans les Gaules.
D'autres donnent à ce dévaſtateur une
fermeté & un fang froid héroïque , &
lui font jetter au feu , en préſence
des foldats , une liaſſe de papiers qu'on pé-
CS
( 58 )
netre avoir dû renfermer la connoiſſance des
refforts fecrets de la rébellion. Le graveur
qui ſe propoſoit de tirer patti de la tête du
Rébelle , a reçu défenſe de s'occuper de ce
travail .
Les deux Lieutenans du détachement qui a
ſaiſi Horiah ont reçu chacun so ducats de récompenſe
; le Lieutenant Colonel Krai a l'aſſurance
d'une graceparticuliere . Le reſte des rébelles
encore armés ſe rendent ſucceſſivement à l'amniſtie
, & ils ont remis aux Commiſſaires Impé
riaux tout le produitde leurs brigandages , en
beftiaux , vaiſſelle , argent , bijoux ; tous ces
effets ſeront reftitués à leurs propriétaires. Le
Régiment des Huſſards ſicules ſe replie ſur
Kleuſenbourg & va reprendre ſes quartiers ordinaires.
L'Evêque d'Arad , du Rit Grec , a beau
cour contribué à défarmer ces rébelles forcenés.
On porte à 17000 le nombre des émigrans
Allemands , principalement de la Baviere&
de la Souabe , qui pendant l'année
derniere ſe ſont établis dans la Hongrie &
laGallicie.
La ville de Heidelberg renferme actuellement
6grandesManufactures , dont la plus ancienne eſt
de 1763. Les Marchandises qu'on y fabrique ſont
des Tapiſſeries de laine , dans le genre de celles
de Savone , des Camelots à la maniere de Bruxelles
, des taffetas , étoffes , bas & mouchoirs de
foie & mi- foie , des bougies & marchandiſes de
eire,du ſavon, des indiennes , des toiles de coton
&des tapifferies de papier.
Les Manufactures établies à Frankenthal , autre
vilte très jolie du Palatinat , ſont au nombre de
19. La plus ancienne eſtde 1760. Les Marchandis
( 59 )
Yesyfabriquées , ſont les ſuivantes : ſavoir,de la
porcelaine, des draps & étoffes de laine ,du tabac ,
des étoffes & autres marchandises de ſoie , des
gazes, des treſſes & galons d'or & d'argent ,de
Pamidon , de la poudre à poudrer , du ſavon , des
bas&bonnets de laine , de la cire à cacheter , des
épingles blanches & noires , des tapiſſeries de papier
,des groſſes étoffes de laine. On y fabrique
auſſi des limes à l'Angloiſe , du vinaigre de bled ,
des boucles & autres marchandiſes de métal. Depuis
1770 on y a établi deux ateliers de teinture ,
l'un pour les ſoiries & l'autre pour les draps . Dans
'Hôpital de ſainte Eliſabeth , ſe trouve unegrande
filature de laine .
Maitreff , foldat du régiment de Bornftaedt,
en garniſon à Berlin , & tailleur de
profeſſion ,perdit ily a quelques années les
doigts de la main droite , le canon de fon
fufil ayant ſauté pendant l'exercice. Dans la
violence de la douleur , la premiere penſée
du malheureux fut celle de ſa pauvre mere
qu'il avoit juſqu'ici entretenue de fon travail.
Hélas ! s'écria t- il , qui la nourrira ? A
ces mots , il tomba évanoui , vaincu par la
douleur ; ſes Officiers & ſes camarades ,
touchés de ſes ſentimens , ont aſſuré ſa ſubfiſtance
& celle de ſa mere .
D'apres les relevés des Paroiſſes de Leipſick .
on a compté l'année derniere 809 naiſſances , dong
426 garçons & 413 fillest 1,125 morts , & 260
mariages. Parmi les naiſſances il y avoit 10 jumeaux&
145 enfans illégitimes. L'excédent
des morts ſur les naiſſances a été de 316.
On lit dans un papier public les détails ſuivans
fur le prixde la ferme desEaux Minérales de Setc6
( 60 )
-
ters , appartenantes à l'Electeur de Treves.Avant
la guerre de 30 ans , ces Eaux avoient été affermées
pour 2 florins & 30 creutzers ;quelque tems
après le taux de la Ferme a monté às florins.
Cette même Ferme a été , il y a 25 ans , à 14,000
florins , & , il y a 6 ans à 60.000. En 1781 , la
Chambre Electorale en a retiré 80,000 florins .
ITALI Ε.
DE GENES , le 8 Janvier.
Le Commandantde la frégate Hollandoiſe
qui ſe trouvoit dans ce port, après avoir reçu
des lettres par le courierde France , a remis
à la voile , famedi foir , pour ſe rendre à
Toulon , & non à Livourne , comme il ſe
l'étoit d'abord propoſé.
Par des lettres de Barcelone , on apprend
que l'armement Eſpagnol qui s'eſt mis en
courſe contre les corfaires Algériens, a déja
orcé un nombre d'entr'eux à ſe réfugier ſur
jes côtes de Barbarie.
Il eſt entré dans le port de Malaga , pendant
l'année 1784 , 934 navires , dont 129 Eſpagnols ,
186 François , y compris 5 vaiſſeaux de guerre ,
8 Napolitains , 206 Anglois , dont 8 de guerre ,
7 Toſcans , 21 Impériaux 90 Suédois , 85 Danois
, 24 Portugais , I Ruſſe , 71 Hollandois
dont 24 de guerre , 53 Vénitiens, 38 Raguzains ,
5Américains , 28 Génois , I bâtiment de Jérufalem
, & 1 de Maroc.
,
DE BOLOGNE , le 7 Janvier.
On aſſure que les différends qui s'étoien
1
( 61 )
élevés entre la Cour de Turin, & le S. Siege,
relativement au Tribunal de la Nonciature ,
ſe ſont accommodés , à condition que dans
le prochain Conſiſtoire , le Pape conferera la
pourpre à deux ſujets de S. M. S. , dont
l'un ſera l'Archevêque de Turin. Dans le
même Confiſtoire on nommera le nouveau
Nonce , qui devra réſider auprès de la
même Cour.
On apprend de Modène , que notre compatriote
, le Marquis Davia , qui s'eſt évadé
comme on l'a déja dit , des prifons de l'Inquifition
, eſt vu de bon oeil , & fort accueilli
par le Séréniffime Duc. Quoiqu'on ait cherché
à tenir ſecretes les conféquences de
fon évafion , en ce qui regarde la négligence
des Miniſtres du S. Office , on affure
que le concierge de la priſon a été arrêté,
&que l'on a jetté des foupçons ſur le Chapelain.
DE NAPLES , les Janvier.
Les irruptions du Véſuve ont été très- fortes
depuis quelques jours ; & à en juger par
le bruit qu'il fait entendre, on craint qu'elles.
ne foient ſuivies de quelqu'autre encore plus
violente.
Le Docteur Don Philippe Baldini , déja connu
dans la République des Lettres par divers ouvrages
, voulant conftater le vertu des lézards
contre les maladies cancereuſes , ſcorbutiques
& de poireaux , vertu déja éprouvée au Mexi
( 62 )
que ,&confirmée depuis dans différentes occa
fions en Eſpagne , en Piémont & en Sicile , l'a
trouvée vraiment ſpécifique dans les maladies de
cancer. Dans les différentes cures opérées par ce
remede , on compte celle de la Soeur Eustache
deMartino , religieuſe du Couvent de S. Janvier
de Cavalcanti.
Le Chevalier Gatti , Inoculateur de la
Famille Royale , a obtenu de la Reine la
grace de pouvoir teſter du tiers de ſes appointemens
&de ſes penſions , qui peut ſe
monter à 600 ducats. S. M. a également
donné aux deux Médecins Cotugno e Vairo
cent onces d'or ( c'eſt la quadruple Eſp . ) ,
& un anneau de brillans à chacun , pour les
récompenſer des soins qu'ils ont donné à
l'Infant D. Janvier , dans ſa derniere maladie.
Un Capitaine de la Milice provinciale de
l'Abruzze eſt venu ici pour folliciter de nouveaux
ſecours contre les bandits qui infeftent
cette province , où ils continuent de
commettre toutes fortes de brigandages. Les
meſures du Gouvernement font eſpérer
qu'elle ſera bientôt délivrée de ce fléau.
DE VENISE , le 8 Janvier.
Les travaux de l'Arsenal ; ordonnés par le Dé
cret du Sénat , du 27 Novembre dernier , &commencés
le zo lu mene mois , ſe continuent avec
la même activ té. Malgré le mauvais temps qui
a fait fufpendre les travaux pendant quelques
jours , on a dejà lancé trois Vaiſſeaux , favoir ,
laVictoria, lancée le 19 Décembre , l'Eolo , le
1
:
( 63 )
23&la Costanza guerriera , le 30. Ces troisVaid
feaux ſontde 74 canons chacun . Si l'activité des
ouvriers ſe ſoutient , l'Arsenal ſera en état de
remplir les engagemens qu'il a pris avec le Senat,
même avant l'époque fixée. Ces nouvelles forces
navales ont non- feulement pour objet l'augmen
tation de notre eſcadre deſtinée contre Tunis ,
mais auſſi & en particulier l'équipement d'une
nouvelle eſcadre , que nos démélés avec la Hollande
pourroit rendre néceſſaires. Les Soldats &
les agrèts du Vaiſſeau de ligne qui a échoué dans
les parages de Trapain , ſont arrivés ici ſurun
autre Vaiſſeau de ligne qui ſe trouvoit à Corfou ,
&à bord duquel le Chevalier Emo avoit fait paffer
l'Equipage du premier. On croit que ce
Commandant ira ſous peu de temps faire une nouvelle
apparition devant Tunis , & il eſt trèsprobable
que le Bey , dont la conduite a excité
beaucoup de mécontentement & de fermentation
parmi le peuple , ſe verra contraint d'en
venir à un accommodement .
DE ROME , le 12 Janvier.
Le Duc de Grimaldi , Ambaſſadeur d'Efpagne
auprès du S. Siege , ayant donné ſa
démiſſion , le Chevalier Niccola Azzara a
été nommé Miniſtre Plénipotentiaire en fa
place. Le dernier courier de Madrid lui a
apporté ſes lettres de créance.
Il ſe confirme que le S. Pere tiendra le
Conſiſtoire , le 17 de ce mois. Monſeigneur
Caprara , ci -devant Nonce en Suiffe , fera
nommé à la Nonciature de Vienne .
Des lettres authentiques deNaples por-

( 64 )

:
tentquele 21 de Décembre dernier , laCalabrea
éprouvé une ſecouſſe de tremblement
de terre , preſque auffi forte que celle du s
Février 1783 .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 29 Janvier.
I
Après de très- longues vacances , le Parlement
vient enfin de ſe raſſembler , & l'attention
du public s'eſt tournée vers les objets
dont il devoit être queſtion dans le difcours
du Roi. Ces harangues ſont une efpece
de Profpectus , ſi l'on peut employer
ce terme, de la ſituation politique de l'Etat,
de ſes beſoins , de ſes dangers préfens , &
des principaux textes des délibérations à
prendre dans la Seſſion actuelle. S. M. s'étant
rendue au Parlement le 25 , à un concours
innombrable de gens de tout état , y
adreſſa aux deux Chambres de Diſcours fuivant:
Milords & Meſſieurs ,
J'ai éprouvé une vraie fatisfaction , en voyant
qu'après vous être livrés àde ſi pénibles travaux
pendant la derniere ſeſſion du Parlement , la fituaziondes
affaires publiques vous permettoit de jouir
de ſi longues vacances .
Parmiles objets qui exigent actuellement votre
attention , je dois vous recommander ſur tout de
vous occuper ſérieuſement à ajuſter les points de
commerce entrela Grande- Bretagne& l'Irlande ,
àl'égard deſquels on n'a pas encore pris d'arran(
65 )
gement définitif. Un ſyſtême qui , fondé ſur des
principes d'avantages réciproques , uniroit étroitement
les deux Royaumes , me paroît le plus
propre à affurer la proſpérité générale de mes
domaines .
J'ai la fatisfaction de vous informer que malgré
les apparences hoftiles qui ſe ſont manifeſtées ſur
le continent , je n'ai ceſſé de recevoir de toutes
les Puiſſances étrangeres , les plus fortes affrances
de leurs bonnes diſpoſitions envers ce
pays.
Meſſieurs de la Chambre des Communes ,
J'ai ordonné qu'on mit ſous vos yeux les eſtimations
de l'année. Votre libéralité & votre zele
me font eſpérer avec confiance que vous accorderez
les ſubſides néceſſaires & proportionnés au
maintien du crédit national ,ainſi qu'aux beſoins
réels de l'adminiftration , ſans toutefois perdre de
vue l'économiequi doit régner dans chaque département.
Milords & Meſſieurs ,
Le ſuccès des meſures priſes dans la derniere
ſeſſion , pour réprimer la contrebande , & accroî
tre les revenus de l'Etat , doivent vous exciter à
vous occuper ſans relâche de ces objets importans.
Je me flatte auſſi que vous ne tarderez pas
àprendre en conſidération les objets indiqués dans
les rapports des Commiſſaires des comptes publics,&
que vousaviſerez aux réglemens ultérieurs
qu'il vous paroîtra néceſſaired'introduire dans les
divers départemens.
Je ſuis intimement perfuadé que vous continuerez
de manifeſter votre fidélité & votre zele dans
l'exercice de chaque partie de vos fonctions publiques
. Vous pouvez compter en tous tems que
je ſeconderai avec vigueur les meſures qui pourront
tendre à alléger le poids de la dette natio(
66 )
nale, à confolider les vrais principes de la confti
tution , & à augmenter le bien-être général de
mon peuple.
Ce diſcours ayant été pris en conſidération
dans la Chambre des Pairs & dans celle
des Communes , la motion d'une Adreſſe de
remercimens a paſſé dans les deux Chambres
d'une voix unanime. Le Duc d'Hamilton
porta cette motion dans la Chambre
Haute , & fut ſecondé par Lord Walfingham.
Ce dernier Pair annonça à l'aſſemblée
que le ſuccès des meſures priſes à l'égard de
la contrebande avoit été tel , que plus de
30000 perſonnes employées à ce commerce
illicite , l'avoient abandonné , & étoient revenues
à leurs premieres occupations ; que le
revenu de l'Exciſe avoit augmenté de plus
d'un million , & celui de la Douane , de
400,000 liv. fterl.; enfin, que la diminution
du nombre de vaiſſeaux employés par l'Amirauté
contre ce trafic interlope , lui fauvoit
par année une économiede 200,000 liv.
ſterl. Ces aſſertions que Lord Walſingham
ſe dit autorifé à publier , ne furent point
contredites , &juſtifient les éloges que nous
donnâmes l'année derniere au plan de M.
Pitt. Nulle opération d'Adminiſtration publique
n'a eu un effet ſi rapide& fi étendu :
les fonds publics ont hauffé , & haufferont
probablement encore. Au reſte , cet immenſe
bénéfice du revenu public fera conſtaté
très-exactement au premier jour : la Chambre-
Baſſe , ſur la motion de M. Eden , ayant
( 67 )
demandé les comptes de la Douane & de
l'Exciſe , depuis la S. Michel 1783 , juſqu'à
la S. Michel 1784.
L'Oppofition paroît condamnée à la modeſtie
ou à l'inutilité : ſes éternelles controverfes ont
perdu toute faveur , & fi le Miniftere fait profiter
de la confiance générale , cette ſeſſion importera
fingulièrement à divers arrangemens de bien
public. Dans la ſéance relative à l'Adreſſe , Lord
North , ſans s'y oppoſer , plaiſanta avecbeaucoup
de ſang-froid ; MM. Burke & Fox , invetiverent
M. Hastings & le Bureau de l'Inde ; M. Pitt répondit
à tous , avec force , ſageſle&dignité.
: La Réponſe des deux Chambres au Difcours
de S. M. a été remiſe à S. James , dans
les formes ordinaires , & contient les exprefſions
de la confiance & du zele les plus illimités.
D'ici au mois de Février probablement
, il ſe fera peu de motions importantes
: les affaires de forme devant d'abord
occuper l'aſſemblée.
La Compagnie des Indes fait des recrues confidérables
pour fon armée , diminuée par différentes
actions avec Tippoo-Saib. Les vaiſſeaux qui
doivent mettre dans peu à la voile pour l'Inde ,
ſontpleinsdeces recrues ,&le bâtiment du CapitaineMauro
étoit fi rempli de ſoldats & de matelots
, qu'on a craint une révolte. Le Capitaine
Mauro s'eſt vu en conſequence dans la néceſſité
de mettre à terre trois des mutins , & de les en.
voyer dans les fers à Portsmouth.
La navigation étant fréquemment interrompue
dans la Méditerranée par les
Puiſſances Barbareſques , il a été donné
des ordres de renforcer l'eſcadre du
( 68 )
Chevalier Lindſay , d'une frégate & d'un
cutter.
Les papiers de l'Oppoſition ont pénétré que la
partie lupérieure de l'Indoſtan eſt dans un état de
révolte , que M. Hafting a machiné une nouvelleguerre
, & que bientôt l'Angleterre en aura
deux à foutenir; l'une contre le Trône de Delhi ,
l'autre contre Typpoo - Saïb. Heureuſement
ces guerres & ces révoltes ſortent endroiture de
l'Imprimerie du Gazeteer , du Général Advertifer
, &c. &c. &c. & ne s'étendront pas plus loin.
Le Parlement d'Irlande s'eft raſſemblé à
Dublin , le 20 de ce mois , & le Duc de
Rutland , Viceroi , y a prononcé le Difcours
fuivant :
Milords & Meſſieurs ,
S. M. m'ordonne de vous convoquer en Parlement,
& de vous demander votre avis & votre
concoursdans les affaires importantes qui exigent
la plus ſérieuſe attention de votre part , vu la
Situation actuelle de ce Royaume.
En même tems que je déplorois les excès qui
ont eu lieu depuis votre dern ere prorogation ,
excès qui bleſſoient à la fois la conftitution & les
loix. Je reconnoiſſois avec plaifir qu'ils étoient
reſtreints á un petit nombre d'endroits . Aujourd'hui
je remarque aves joie que la tranquillité
générale a été rétablie par laſalutaire interpolition
des loix.
Meſſieurs de la Chambre des Communes ,
J'ai ordonné qu'on mit ſous vos yeux les comptes
publics. Votre loyauté envers le Roi , & votre
attachement pour la patrie , me font eſpéreravec
la plus ferme confiance , qu'après avoir pris en
confidération les beſoins de l'Etat , vous adopterez
les meſures convenables à l'effe: de pourvoir
( 69 )
aux dépenſesp bliques , & au folien du Gou-
Vernement .
Milords & Meſſieurs ,
Le Roi m'a chargé de vous recom mander d'approfondir
les objets relat's au comn erce entre la
Grande-Bretagne & l'Irlande & à l'égard deſquels
il n'apas encore été pris d'arrangen ent définitif.
En formant un plan à cet égard ,vous reconnoîtrez
que les intérets de la Grande Bretagne & de
Pilande doivent être à jamais unis & inféparables.
S. M. attend de votre ſageſſe que vous adopterez
un ſyſtême fondé ſur la justice , & fur
l'avantage réciproque des deux pays , & propre
conséquemment à mériter le ſuffrage de l'un &de
l'autre.
Je ne doute point que l'encouragement &
l'extenſion de l'Agriculture & des Manufactures ,
particulièrement de celle de toiles , ne foient
conftamment l'objet de vos ſoins. Permettezmoi
auſſi de diriger en particulier votre attention
ſur les pêcheries de vos côtes ; elles vous
offrent la perſpective d'une ſomme de richeſſes &
d'induſtrie pour ce Royaume , & de force pour
T'Empire.
La libéralité que vous avez toujours montrée
pour le ſoutien de vos Ecoles proteſtantes établies
en vertu d'une Chartre , & pour celui d'autres
établiſſemens publics, me diſpenſe de les recommander
à vos ſoins. Pour retirer les plus
grands fruits de ce noble zele , vous devez vous
appliquer à perfectionner l'éducation & à en répandre
les avantages dans toute l'étendue de ce
Royaume. Etant convaincue plus que perſonne
de l'influence qu'une bonne éducation a fur les
moeurs & la félicité d'un peuple ; je m'eſtime heureux
de pouvoir vous promettre la protection de
S. M. à cet égard. Je m'empreſſerai de ſesonder
( 70 )
de tout mon pouvoir les mesures que votre fa
geſſe adoptera relativement à cet objet important.
Il eſt de votre prudence d'aviſer aux meilleurs
Réglemens pour garantir les ſujets de toute violence
& infulte , pour régler la Police & affurer
l'exécution des Loix , ainſi que pour répandre
l'empire du bon ordre & de la ſubordination , &
encourager une honnête induſtrie. Je me félicite
d'être à portée de ſeconder vos efforts pour maine
tenir la tranquillité du Royaume , l'autorité de
la Législature & les vrais principes de notre heureuſe
conſtitution .
L'uniformité de Loix & de Religion &un inté
rêt commun dans les traités avec les Puiſſances
étrangeres forment un gage afſuré de liaiſons &
d'attachement entre laGrande- Bretagne & l'Irlande.
C'eſt à vous , Meſſieurs , à cultiver ces
avantages inappréciables avec ce zele & cette
•ſageſſe d'où dépendent la force & la proſpérité
de l'Empire .
L'Adreſſe de remerciment votée dans les
deux Chambres , a donné lieu à un déluge
de plaiſanteries , ſur le pauvre Congrès , actuellement
en cryſalide, ſur ſes réſolutions ,
arrêtés & partiſans. Son aſſemblée eſt , diton,
convoquee au 20 , & il s'y eſt joint
quelques Députés nouveaux.
Voici la fin de la Lettre de M. Haftings.
En effet , ſi les ſources communes de l'opinion
populaire euſſent pu influer ſur ma conduite , j'en
ai déja fait l'épreuve dans deux circonstances ; une
deſquelles a eu pour objet de nuire au ſervice eſſentieldans
lequelje me trouve engagé ; & l'autre, la
ruineentieredemon autorité.
Je fais allufion , premierement , à un rapport
( 71 )
fabriqué au fort St. George , peu de jours après
mondépart pour cette ville , « qu'il étoit arrivé
àBombay un vaiſſeau de guerre , avec l'information
authentique de mon expulfion du ſervice de
la Compagnie. Je reçus cet avis au moment où je
mettois pied à terre à Nuddeah , au commencement
demon voyage » . En ſecond lieu , à des nouvelles
authentiques qui me furent adreſſées de
Calcutta par une autorité reſpectée. Le paquet
renfermoit des obſervations ſur ma députation ,
que l'on m'aſſura faire partie du rapport de la
Chambre des Communes , qui malheureuſement
ſembloit confirmer la premiere intelligence , &
qui déclare dans ces réſolutions , ( je le répete
avec horreur ) « que le Cammandant en chefde
>> l'armée a le droit de s'oppoſer au pouvoir délé-
>> gué par le Gouvernement lui-même , au pre-
>> mierMembre du pouvoir exécutif , & d'aſſurer
>> ce droit par un appel au Conſeil tenu par l'ar-
>>> mée: >> les propres termes dans lesquels eſt exprimé
ce rapport des Communes (fi en effet c'en
eſtun) , font de la teneur ſuivante :
<<< Par ces inſtructions ( c'est-à-dire les inftructions
envoyées par la Cour des Directeurs au
Bengale, dans l'année 1774 & 1778 ) , il paroît
que le Gouverneur-Général a précisément été
reſtreint dans le pouvoir militaire au-delà des limites
de la garniſon & fortereſſe du fort William :
de forte que la délégation & l'exercice du pouvoir
militaire au-delà de ces limites a été une déſobéifſancefuneſte
&poſitive aux ordres de la Cour des
Directeurs » ,
« La déſobéiſſance aux ordres reçus dans une
circonſtance auſſi délicate & aufli importante
que celle d'enlever le commandement militaire à
un Officier ſupérieur qui en aété revêtu , & qui
a reçu ſon autoriré des Directeurs , ne peut man
( 72 )
quer de produire des conféquences très-préjudiciables
au bien du lervice : file Commandant en
chef avoirjugé à propos de maintenir ſes droits ,
une comtention pour le pouvoir exécutif auroit pu
en être la conféquence ; l'armée de l'Inde étant
fi fingullérement conſtituée , qu'elle requiert
non-feulement une difcipline exacte , mais la
plus parfaite fubordination pour affurer l'obéifſance,
&décider poſitivement où elle eſt due ».
" Je ne me permettrai pas d'examiner une
doctrine avancée par une autorité auſſi ſacrée :
néanmoins je crois devoir humblement vous rappeller
qu'on n'a peut- être jamais voulu , ni même
pu appliquer cette do&rine au pouvoir du Commandant
en chef , dont l'autorité originellement
émane du Gouverneur-Général & du Conſeil ,
&ne peut pas être ſupérieure à , ni indépendante
de celle accordée au Gouverneur Général
& au Conſeil par un acte du Parlement , antérieur
debeaucoup à l'exiſtence de cette charge , dont
iln'eſt fait aucune mention dans les ſtatuts de la
Cour des Directeurs , quoiqu'établis à une époque
beaucoup plus ancienne , ni même à une époque
poſtérieure L'intérêt du bien public , ſupérieur
àdes corſidérations perfonnelles , me force à annoncer
& à dater la chûte de l'Empire Britanniquedans
l'Inde , du moment qu'il aura été décidé
& reçu que le Commandant en chef de l'armée
(de quelque rang qu'il soit , &de quelque titre
qu'il puiſſe étre décoré ) eſt indépendant du
Gouvernement ſous lequel la ſageſſe du Parlement
a placé le contrôle des troupes deſtinées à
fervir dans I Inde,& foumet implicitement tous
les Officiers de l'armée à ſon autorité .
Faffe le Ciel , que les faſtes de l'Empire Britannique
ne ſoientjamais ſouillés du récit des forfaits
de Pizarres &d'Amagres modernes , & que
Kes
( 73 )
:
les tracesdudéclin de votre pouvoir ne ſoient pas
marquées par le ſang de vos ſerviteurs &de vos
foldats ! Mais s'il s'éleve jamais une conteſtation
fur votre pouvoir , elle ne ſera pas de longue durée
; il eſt ſans doute de l'intérêt de l'humanité
que cette période ſoit courte , quand elle arrivera;
mais elle ſera bien funeſte pour les nôtres ,
quei que ſoit le moment où elle arrive !
Permettez que j'ajoute , & que mes paroles ne
foient pas prononcées envain , que dans l'inſtant
où le coup fatal vous fera porté , quelque foit la
mainqui le dirige , le réſultat ne ſera pas une
chute graduelle , mais une ruine ſoudaine. Votre
exiſtence dans l'Inde eſt ſuſpendue au fil de l'opinion
; le hafard peut le rompre dans un moment ;
&la ſource de votre pouvoir , qui ne peut couler
que tant que cette opinion durera , ſi elle eſt interrompue
dans ſa marche par les obſtacles deftructeurs
qui , depuis quelque temps , en ont arrêté
le cours , aura bientôt opéré votre ruine.
4 Je n'ai aucunes raiſons moi même de craindre
les conféquences qui peuvent réſulter des bornes
que l'on a miſes à mes pouvoirs & à mon autorité
fur vos troupes , en ce qui pourroit créer une
compétition dangereuſe , étant réſolu , en premier
lieu , de ne pas en faire l'eſſai; dans le ſecond
cas , file Confeil permettoit au Commandant en
chefde ſe rendre dans la partie de l'Inde où je
me trouve , ce qui n'eſt pas probable , j'ai l'efpoir
qu'avant ſon arrivée, cette province ſeroit
réglée demaniere àn'avoir beſoin d'aucune aide
étrangere pour ſa protection intérieure, ni conſéquemment
de l'exercice d'aucun des pouvoirs
que j'ai en main , auquel il croiroit avoir le droit
deréſiſter.
Je vais vous rendre compte des effets qu'ont
produits juſqu'à préſent les arrangemens que j'ai
No. 7, 12 Février 1785 . d
( 74 )
pris , & vous faire part en même tems des objets
que j'ai en vue pour terminer ce que j'ai commencé.
Avant mondépart pour Calcutta , jem'adreffai
par une voie particuliere au Miniſtre du Viſfir,
que je priai d'avancer un ſecours immédiat en
argent au Colonel-Général de Luucknow , pour
la fubſiſtance des troupes qui ſont dans cette
Province ; il leur étoit dû alors leur paie de
pluſieurs mois : en outre de quoi ils avoient
beaucoup fouffert par la difette & la chertédes
grains. Dans l'inſtant ce Miniſtre leva une ſommededix
lacsde roupies , qui fut pour nous une
reſſource d'autant plus efficace qu'elle étoitplus
néceffaire.
Depuis mon arrivée , il a fait d'autres paie
mens , niontant à des fommes aſſez fortes ; je vous
en envoie les détails particuliers dans le compte
ci-joint , cote I [ i ] . J'ai ajouté à ces détails , pour
votre information , une liſte de tous les paiemens
qui ont été faits pour liquider les dettes de l'honorable
Compagnie pendant le dernier ſemeſtre ,
c'est-à-dire , depuis Septembre juſqu'à l'époque
actuelle , période ordinaire des arrangemens des
comptes & des revenus dans ce pays-ci J'ai joint à
ces détails un autre compte, No.2,dans lequel j'ai
établi les réclamations de la Compagnie ſur le
Viſir , juſqu'à la fin de la prochaine période, c'eſtà-
dire, Septembre 1784. Je ferai quelques remarquesſur
les comptesrenfermés ſous les ſuſdites cotes
1 & 2. La premiere ſomme de 16 lacs de
roupies qui s'y trouve donnée comme le montant
de ce qu'a reçu M. Briſtow , eſt tirée des comptes
qui font en la poſſeſſion de M. Wombwell , Contrôleur
de ce diſtrict ; mais il differe matériellement
de ceux fournis par les Officiers du Nabab.
Le total de ces ſommes eſtde. .. 635,787 hft
( 75 )
J'ai envoyé ces différens comptes au Bureau, pour
que M. Briſtow pût résoudre cette difficulté ; lui
ſeul pouvant expliquer la cauſe& l'origine desdif
férences qui peuvent ſe trouver dans ces compres .
4 Le ſecond article eſt le produit réguler durevenu
courant. J'ai eu ſoin de bonne heure d'empêcher
que le Miniſtre n'eût recours à des meſures
violentes pour la perception, ni qu'il fit anticiper
ſur les périodes des paiemens futurs , à l'effet de
donner un crédit oſtenſible au ſyſtême actuel , en
augmentantle montant des paiemens qui auroient
éte faits en conféquence. Quoique les beſoins de
vos poffeflions m'engageaſſent à le preſſer de contribuer
en ce qu'il pourroit pour les ſecourir, j'ai
cru devoir empêcher qu'il ne le fit aux dépens de
ſon pays , qui n'eſt pas en étatde ſupporter de pa
reils efforts.
Le troiſieme article a été obtenu ſur la demande
que j'en ai faite à AlmaflAly Cawn,qui s'eſt prêté
Joyalement & fans héſiver à faire ce quilui a été demandé
;ſa conduite à cet égard paroît être uneréfutationdesaccufations
de perfidie& de déloyauté
quin'ont été que trop induſtrieuſement répandues
contre lui; elles ont été portées dans un tems àun
excès qui faillit le forcer à abandonner ſon pays .
pour conſerver ſon honneur & favie ; c'eſt par-là
qu'il adonnéune couleur de vérité aux accuſations
dont il étoit l'objet.
Après avoir préſenté à la Compagnie le
détaildes ſommes reçues du Nabab , & des
arrangemens d'ordre pris pour l'avenir , M.
Haſtings ajoute :
Ma derniere eſpérance eſt que , quandje ferai
parvenu à afſſurer ces objets , votre ſageſſe mettra
un période final au ſyſtême ruineux &
déshonorant que nous avions adopté de nous mê
2
( 76 )
Ier , ſoit publiquement , ſoit ſecrétement, des
affaires du Nabab d'inde , &que nous détruirons
efficacement l'influence qui le maintenoit. Ce
pays-ci n'a pas les rentrées de commerce nécelfaires
pour fubvenir à ce que l'on en tire ; excepté
la factorerie de Tonda , qui ſubſiſte par le pro
duit de l'opium & du ſapere , qui m'est pas
conſidérable , je ne connois aucun autre article
de commerce dans le pays dont on put faire des
retours. C'eſt pourquoi chaque roupie arrachée
à la circulation , & qui entre dans votre trétor ,
doit accélérer la période à laquelle il lui ſera
impoſſible de payer le ſubſide ſtipulé : par la
continuation de ce ſubſide , vous maintiendrez
fur les lieux plus de la moitié de l'établiſſement
militaire requis pour la défenſe de vos propres
poſſeſſions , fans aucune charge ſur vos revenus,
& vous oppoſerez une vaſte & puiſſante barriere
aux ennemis qui pourroient ſe déclarer occafion
nellement contre vous .
Ces forces continuerontd'être une ſauve-garde
efficace pour ce pays , qui ne ſouffrira pas de
ſon entretien , parce que les ſommes qui y feront
employées , feront naturellement rendues à la
circulation ; c'eſt un tribut que le pays doit
payer volontiers : toutes ſes richeſſes ne ſcroient
pas capable de lui procurer, d'aucune autre maniere
, une protection équivalente.
L'intérêt national a peu de défenſeurs , &
leur voix aura peine à ſe faire entendre à travers
les cris tumultuenx & multipliés des fauteurs de
rapines & de concuffionnaires ; mais j'oſe me
permettre d'affirmer , que j'ai le droit de me
ranger dans la premiere claſſe , & de vous aſſurer
que ſi vous avez en vue un ſyſtême de liaifon
permanent & profitable avec ce pays , vous
devez renfermer vos réclamations dans les limi
tes que je recommande.
( 77 )
Si vous allez au delà , vous pouvez augmeri
ter le nombre des places à donner ; vous pou
vez ajouter aux fortunes des particuliers & aux
richeſles nominales de l'Angleterre ; mais vos
intérêts en ſouffriront ; & la ruine d'une grande
nation , qui étoit autrefois floriſſante , ſera regardée
comme l'ouvrage de votre Adminiftrae
tion: elle fera un reproche éternel pour la nation
Britannique .
J'ajouterai à ce raiſonnement les obligations
de juſtice & de bonne foi , qui vous otent tout
prétexte d'exercer aucun pouvoir , & de vous
arroger aucune autorité dans le pays , tant que
ie Souverain remplira les engagemens qu'il a
contractés avec vous.
Dans un Poſt - ſcriptum , M. Haſtings
rend compte de la fuite du Prince Mogol ,
fils de Shah-Allum , de la réception qu'on
lui a faite à Lucknow , des motifs de fon
évaſion , & du plan de conduite que ſe propoſe
leGouverneur à fon égard. Nous avons
déja préſenté ces détails dans l'un des Numéros
précédens.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 11 Février.
LeComte de Valon d'Ambrugeac , le Comte
de Nonant & le Comte de Capellis , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préſentés au
Roi , ont eu , le premier le 27 du mois dernier ,
&les deux autres le 29 , celui de monter dans
les voitures de Sa Majesté , & de la ſuivre à la
chaffe.
Le 30 , Leurs Majestés & la Famille Royale
d3
( 78 )
ont figué le contrat de mariage du Marquis Defmoutiers
de Mérinville , Guidon des Gendarmes
de la Garde du Roi, avec demoiſelle de la
Briffe d'Amilly.
Le même jour, le Marquis de Pimodan , Brigadier
des Armées du Roi , a prêté ferment entre
les mainsde Sa Majesté , en qualité de Lieuzenant
Général du pays Toulois.
Ce jour , la Marquiſe de Clermont-Mont-
Saint-Jean , la Marquise de Courtomer & la
Comteſſe de Bérenger , ont eu l'honneur d'être
préſentées à Leurs Majestés & à la Famille
Royale ; la premiere par la Comteffe de Clermont
Tonnerre , Dame pour accompagnerMadame
Elifabeth de France ; la ſeconde par inMar.
quiſed'Eſtourmel ; & la troiſieme paria Vicomzeſſe
de Bérenger.
DE PARIS, le 11 Février.
Juſqu'ici l'Académie des Inſcriptions &
Belles- Lettres n'avoit eu que des Affociés
étrangers : le Roi a jugé convenable de
créerhuit nouvelles places d'Aſſociés réſidans.
L'Académie y nommera par la ſuite;
S. M. s'étant réſervée le droit des huit premiers
Titulaires , qui font MM. Bailly , Camus
, Sylvestre , Hennin , Barthès , Monger ,
don Clément & don Poirier. Ces deux derniers
, comme l'on fait, font les utiles &
favans Rédacteurs de l'Art de vérifier les dotes.
Depuis la mort de M. Court de Gebelin ,
M. Mongez l'ainé, eſt chargé du Dictionnaire
d'Antiquités , Mythologie , Diplomatique
& Chronologie , pour l'Encyclopédie
par ordre de Matieres .
(179 )
Les nouvelles de Madrid ont annoncé là
mort de M. Muſquez , Miniſtre des Finances
d'Eſpagne , après une maladie de trois jours
leulement,
Les Bas-Officiers & Soldats du régiment
de Strasbourg , artillerie , en garniſon à
Douay, touchés des fatigues qu'ont éprouvé
pour rejoindre , dans la plus mauvaiſe faifon
, ceux de leurs camarades qui étoient en
fémeſtres , & des dépenses que ce contretems
a dû leur caufer , ſenſibles fur-tout à
Texactitude avec laquelle ils ſe font rendus
aux Drapeaux , viennent de préſenter une
Requête à M. de Bonnafoux , Lieutenant-
Colonel , Commandant ledit Régiment ,
pour le prier d'agréer la remiſe qu'ils taifoient
en faveur de leurs camarades de la
moitié de la folde qui devoit leur être retenue
comme ſemeſtriers , en le priant de
vouloir bien appuyer auprès du Miniſtre ce
déſiſtement qu'ils follicitent comme une
grace.
: On écrit de Boulogne , en date du 29 ,
que les tems orageux ont non ſeulement arrêté
le départ de M. Pilatre de Rozier , mais
encore ont dérangé ſon appareil , & failli
brifer fon Ballon. Voilà donc partie renvoyée
, & pour long-temps , ſi ce voyage
n'eſt pas confomnié avant les approches de
l'équinoxe. La violence des vents a occa-
Gonné pluſieurs naufrages.
On débite , & nous ne l'affirmons pas , que
M. Blanchard ſe rend en Irlande où il eſt atten
:
d 4
( ৪০ )
du par une ſouſcription de 12,000 liv., les frais
du voyage & de l'expérience payés : Des calculateurs
fcrupuleux que nous ne diſons point
bien informés , veulent que tant en ſouſcriptions
qu'en préſens du Prince de Galles & d'autres
perſonnes telles que le Duc de Northumberland,
la Ducheffe de Devonshire , &c. M. Blanchard
ait retiré 30,000 liv. de l'amour des Anglois pour
Aérostatique.
Les ſuccès frappans de la Dame Vicaire ,
dans le traitement des enfans mal conformés
, traitement annoncé l'année derniere
dans quelques feuilles publiques , eſt aujour
d'hui avéré par des témoignages irrécufables.
MM. Bacher , Philipe, Louis & Brun . Médecins
& Chirurgiens de l'Hôpital Général ,
conſtaterent , par un rapport, ſigné le 6
Décembre 1783 , l'état de Jacques-Jofeph
Barbet, âgé de neuf ans & onze mois , haut
detrois pieds fix lignes , & confié aux foins
de la dame Vicaire. Par deux Rapports
ſubſéquens , les mêmes gens de l'Art ont
atteſté le changement phyſique opéré dans
cet enfant ; le premier Rapport dit :
Lesperſonnes ci-deſſus étant venues plufieurs
fois ſéparément pour obſerver le cours du traitement
, ſe ſont afſemblées cejourd'hui Samedi
27 Mars 1774 , & ont reconnu , 1. que l'en-.
fant eft long d'un pouce , 2º. que l'épine a ſenſiblément
perdu de ſa courbure contre nature ;
3º. que les autres vices de conformation défignés
dans le procès- verbal ci- deſſus ſont moindres ;
4°. que les parties qui ſouffroient de l'émuciation
, ont commencé de reprendre une plus forte
nourriture.
( 81 )
Le ſecondRapport eſt complettenment fa
tisfaiſant.
Nous ſouſſignés , nous étantaſſemblés aujourd'huiDimanche
6 Juin 1784 , pour examiner de
nouveau l'enfant dont les vices de conformation
ont été conſtarés par nous dans les procès -ver
baux ci- joints , avons reconnu que les difformités
de la colonne épiniere &du trone n'exiſtent plus.
Mais que pour conſolider la cure , il eſt convenable
de continuer encore , ſuivant le voeu même
de la dame Vicaire, l'uſage de ces corps qu'elle
fabrique , & qui ſont un de ſes moyens de traitement.
Bacher , Philip , Louis , Brun .
Depuis le 8 du courant , il eſt parti du Port de
Cette , pour diverſes deſtinations , 52 Bâtimens&
6 Vaiffeaux , dont 4 Danois ou Suédois , & deux
François ; ces premiers , deſtinés pour l'Etranger ,
& les derniers pour les côtes de France , tous
chargés de vins , eaux-de- vie , & autres marchandiſes.
Depuis la même époque , il en eſt arrivé ,
en deux ou trois petits convois, 34 & 18 Vaiſſeaux
Danois , Suédois ou François. Dans ce nombre
eft compris un Vaiſſeau Eſpagnol , chargé de vin
dEſpagne en pipes , deſtiné pour Bordeaux ; lef
pits vins ont fuivi leur deſtination par le Canal.
Le nombre des Vaiſſeaux de diverſes Nations
qui ſe trouvent actuellement mouillés dans ce
Port , ſe porte de 49 à 50 ; la plus grande partie
font de la portée de 3 , 4 à 500 tonneaux : on en
artend d'autres au premier beau temps ; s'ils arrivent
avant les départs , l'aggrandiffement dư
Port, qu'on nous fait eſpérer , devient très-urgent.
Pluſieurs coups de vent d'oueſt ſud- ouest , qui ont
régué ici du 6 au 8 du courant , n'ont rien occafionné
de fâcheux. Ils ont été beaucoup plus
violens fur les cótes d'Italie & de Provence , ott
1 eſt échoué pluſieurs Vaiſſeaux; l'un d'eux a péri
ds
;
( 82 )
1
ainſi que tout fon équipage , à la pointe du cap
Couronne.
La ſemaine derniere , deux jeunes Matelots
d'Agde , dont l'un âgé de 14 ans , & l'autre de
22 , ſe rendirent d'ici chez eux avec un petit
canot ; à leur retour , les vents du nord & le froid
étant très- violens , comme ils étoient ici utiles à
leurBatiment , ils voulurent ſe preſſer às'y rendre,
&ne pouvant plus tenir contre le froid& les vagues
, ils échouerent à une lieue , près la chauffée
du Canal des nouveaux falins , croyant pouvoir
aller à terre & s'y mettre à l'abri ; mais obligés
pour s'y rendre de couper , comme on le préſume,
laglace des bords de l'étang qui étoient pris , &
dele mettre dans l'eau glacée juſqu'à mi-jambe ,
ils furent ſi ſaiſis , que ces malheureux s'étant mis
à l'abri de la chauffée du Canal , fans pouvoir
paffer outre , on les y trouva le lendemain morts
de froid , embrafiés & ferrés l'un contre l'autre.
On trouva le canot avec ſon mât , voile & agrêts ,
échoué à terre , fort près d'eux, fans être chaviré.
Dans le nombre des entrepriſes bifarres
auxquelles donnent naiſſance l'infatigable
activité del'Imprimerie , l'envie de tout con.
noître , &l'extrême crédulité qui accompagne
toujours les ſiecles de ſcepticiſme , il eſt à
remarquer un Dictionnaire Alchimique en
deux vol. grand 8°. proposé par fo ufcription.
Cet Ouvrage eſt le réſumé de plus de
cent- cinquanteTraités d'Alchymie que l'Au
teur a eu la patience de dévorer, le courage
devouloir pénétrer , l'intention de mettre en
harmonie. Ce qui n'eſt pas moins furprenant,
c'eſt que ce Dictionnaire doit fortir des
Preſſes d'un Artiſte illuftré par des chefs(
83 )
d'oeuvre de typographie. M. Didot l'aîné
s'eſt chargé de l'impreſſion de ce Recueil ,
dont le Profpectus eſt de la magnificence
commune à tout ce qui fort des mains de
M. Didot. Ainsi Albert-le-Grand jouira des
mêmes honneurs que Boffuet , & le Frere de
Rofe-Croix paroîtra aufli brillant que leTélémaque.
Cette monftruoſité typographique
conſtatera deux choſes déja bien connues ,
le talent de M. Didot, & le goût de nos contemporains
pour des inepties que la ſaine
philofophie avoit cru profcrire à jamais ( 1 ) .
M. Didor vient encore d'enrichir les bibliotheques
d'une imitation de deux charmans
Poëmes deGoldsmith, exécutée avec autant
de goût que toutes les Editions du même
Artiſte.
Le 14 du mois dernier , on a fait à Do'e l'anniverfaire
de l'inauguration dela Statue de Louis
XVI , érigée ſur la Place royale. Les Officiers
municipaux ont montré le même zele & le même
amour pour le Roi , qu'ils firent éclater l'année
précédente. On a célébré une Meſſe ſoleinelle
dans l'Eglife paroiffiale , pendant laquelle on a
exécuté un Motet fait & deſtiné pour cette cérémonie
, dont la muſique eſt du ſieur Eſcot , Ore
ganiſte de ladite Eglife ; enſuite on a chanté le
Te Deum , où le jeune Abbé Etcot ſon fils , âgé
de treize ans , connu par des talens précoces pour
le clavecin , a fait entendre ſur l'orgue , de trèsbeaux
effets analogues à la majesté & au caractere
de cette folemnité , qui font defiret que ſes rares
(1 ) On foufcrit pour cet Ouvrage , chez M. Didor l'aint
rue Pavée Saint-André-des Ares .
d6
( 84 )
talens ſoient cultivés , ainſi que ſes heureuſes
diſpoſitions pour les Sciences . Tous les Corps ont
affiné à cette cérémonie.
PROVINCESUNIES.
LA HAYE , le 6 Février.
Les Cantons Suiſſes de Zurich & de
Schaffouſe ont confenti à l'addition de
so hommes par compagnie de leur Régimens
au ſervice de la République , cependant
fous des réſerves & conditions .
:
Onvoit circulerici une médaille qui eſt l'ouvrage
du fieur Holzbey, Graveur renommé & zélé
patriote . Elle repréſente la Hollande ſous la
forme d'une femme qui renverſe une urne remplie
d'eau , ſur laquelle eft gravée le mot Scaldis
(T'Eſcaut) . L'eau fort avec impétuoſité de cette
urne & inonde les environs , la femme ellemême
ſe trouve avoir les pieds dans l'eau . L'on
voit dans l'air , au milieu d'un nuage épais , un
double aigle qui tient la foudre dans ſes ſerres ;
au bas ſe trouve un anere , uni aux armes de
deux puiſſans Monarques , au haur l'oeil de la
Providence entouré de rayons , avec cette infcription
: vivit Deus , patrice parer optimus.
On a abbaru derniérement à Bergen op-
Zoom le pont de la ligne. On a fermé les ouvertures
du rempart & arraché les arbres :
toutes les nuits , un Officier de garae veille
dans les fortifications à la tête d'un détachement.
La Miffive du Stathouder aux Etats-Gé--
néraux , dont nous avons donné le commencement
, jettant une grande lumiere fur
( 85 )
l'état intérieur de la République nous allons
continuer à en préſenter la ſubſtance.
Le défarinement où on laiſſoit la république ,
l'accord de convois non limités avant que l'Etat fe
trouvat à mêmede les protéger complettement ,
P'acceffion à la neutralité armée , ſans sûreté ſuffifante
que la république en retireroit des avantages
falutaires , toutes ces circonstances réunies
ont plongé la république dans une guerre à la
quelle elle n'étoit en aucune maniere préparée ,
étant dénuée de tout ce qui est né effrire pour la
foutenir avec quelque apparence de luccès .
Quant à ce qui est arrivé après l'éclat & durant
lecours de cette guerre , dont les fuites ont été fi
humiliantes & fi ruineuſes pour l'Etat , nous n'en
ferons maintenant aucune mention : mais nous
nous référons au rapport détaillé que nous en
avons fait à V. H P. , quoique dans l'un ou l'autre
des départemens chargés de la direction des
affaires maritimes , il ait pu ſe commettre des
futes d'inexpérience , par le manque d'ufage de
ce genre de travail, par manque de moyens néceffaires
, par découragement , ſuite de la défiance
inſpirée auſſi cruellement qu'injustement
à la nation , il n'a été néanmoins rien négligé
d'eſſentiel par nous de tout ce qui pouvoit fervir
à accroître les moyens de défenfe , & en faire
le meilleur uſage poſſible d'où il réſulte que
toutes les plaintes ſur l'inactivité & la négligence
par leſquelles on s'eſt efforcé de nous rendre
odieux , doivent être attribuées ou à l'inimitié , ou
àundefirde changer la conſtitution , ou à l'ignorance
de ce qui concerne une guerie par mer.
Nous ne rappellons cette époque que pour
mettre ſous les yeux de V. H. P. le danger que
nous prévoyons , qu'on ne mette encore à notre
charge l'iſſue de la guerre dont la République eft
1
1
( 86 )
menacée , fi elle eſt déſavantageuſe ; ou les
préjudices de la paix, à laquelle l'Etat , vu fa
foibleffe , ſe trouvera peut etre forcé d'accéder.
Tous les efforts que nous voyons journellement ,
employer pour préparer de plus en plus les eſprits
de nos compatriotesà recevoir ces impreſſions ,
joints à l'expérience que nous avons du pallé , &
notre prévoyance fondée que la guerre , fi elle a
lieu ,ne pourra ſe faire fans que plus d'un d'entre
les Confédérés , par la crainte d'un danger
imminent , donne des marques pub'iques de mécontentement
ſur le défaut des moyens dedéfenſe,
auxquels chacun dés Confédérés qui contribue
aux charges de l'union, a incontestablementdrois :
tout cela nous oblige à repréſenter ouvertement à
V. H. P. l'état des affaires , & à leur faire connoire
que la fo bleſſe de nos forces de terre rend
abſolument impoſſible de garnir tous les poſtes ,
que même en ſe bornant à garnir ceux qui vraiſemblablement
feront les premiers exposés , aucun
ne pourra encore être mis en état de fûreté ,
à moins qu'il n'y ait moyen de porter l'arméede
la République très-promptement à un nombre
convenable par l'engagement de troupes érrangeres
, ou de s'afferer au pus vite de l'aſſiſtance de
quelques Puiffances reſpectables .
Par toutes ces raifons , nous ne pouvons caches
àV. H. P. que nous aurions exécuté avec une
fatisfaction extrême les ordres des Hauts Confédérés
, pour , auſſi -tôt que par le rappel du Mi.
niftre Imperial , que la guerre paroiſſoit inévitable
, profiter de la ſupériorité que les forces de
l'état avoient encore fur les troupes impérialesdes
Pays-Bas , & éloigner ainſi le théatre de la guerredes
frontieres du pays , & le fixer à une place
quelconque ; finous avions effectivement reçu de
tels ordres , & que les Confédérés n'euffent point
( 87 )
érérétenus de les donner par la juſte crainte que
les hoftilités commencées de ce côté ne rendiffent
tout accommodement impoflible , & le ſecours
de la Cour de France moins vraiſemblable : nous
ſommes fort éloignés de blâmer ces foins pru
dens , mais dont la ſuite ſera que les ordres de
l'Etat , fi la guerre a lieu , ne pourront point être
employés ailleurs que ſur le territoire de la
République , & d'une maniere défenſive ; & que ,
vu l'incertitude où ſe fera la premiere attaque ,
& fi les poffeffions du Pays ne feront peut- être
point ataquées de pluſieurs côtés à la fois , il
ne fera point poſſible de pourvoir à toutes : dans
de telles circonstances , nous nous creirions en.
core heureux que tous les habitans rendiffernt
juſtice à l'amour de la patrie dont nous sommes
pénétrés : quelque grands que foient les déſagrémens
de tout genre dont nous fomines opprimés
, il n'eſt point refroidi ni diminué. Alors
nous ne perdrions poin: courage , nous emploierions
tous nos efforis avec fiiclité & zele pour la
défenſe du pays , à la confervation duquel nos
intérêts les plus chers , & ceux de notre Maiſon ;
font liés d'une maniere indiffoluble ; mais devena
l'objet d'une défiance non méritée , méprifé , accuté
, inſulté , peint comme un traître aux intérêts
de la patrie , Vos Hautes Puillances ne doiventpoint
être étonnées que nous craignions de
nous expofer de nouveau au danger de ne pou
voir contenter aucun des Confédérés , & d'être
rendu refponfable de tous les malheurs qu'il ne
nous fera pas poſſible de prévenir .
S'il n'y a point de poffibilité d'obtenir des
troupes chez les Puiſſances étrangeres , ou du ſecours
de Puifſans Voitins , la Republique ne fe
trouvera certainement point en état de réfiler
ſeule à un Prince auſſi formidable que celui avec
( 88 )
qui elle eſt maintenant en inimitié; elle devra
fuccomber peut- être ſous la premiere attaque ,
être forcée par-là de céder aux prétentions de
l'Empereur , fi énormes & fi ruineuſes pour la
République , tant par la diminution dans ſes
forces , que par la deſtruction des principales
branches de fa proſpérité , & par où elle perdroit
une partie de ton indépendance , & deviendroit
auffi inutile à ſes amis qu'impuiſſante pour ellemême
, ou de confentir à des ceſions qui reculeront
peut- être ce malheur pour un tems , mais
ly laiſſeront toujours expoſée : tandis que nous ,
fans autre vue , depuis le commencement de notre
adminiſtration , que de faire tendre nos foins
à mettre la patrie en tel état que , ne donnant à
perſonne des raiſons de mécontentement , elle
pût aſſurer ſon bonheur ſur elle même, ne dépendre
de qui que ce ſoit , & obtenir par des alliances
réciproquement avantageuſes , le droit d'exigerdes
ſecours en cas d'attaque , n'aurons abfolument
rien ànous reprocher à cet égard.
Heureux fi cet expoſé pouvoit faire revenir la
Nation de ſes préjugés , faire ceſſer les diffentions
, en arrêter les ſources , & effectuer enfir
quedans le danger commun , chacun des Confér
dérés perdant de vue tout intérêt particulier , ſe
joigne de coeur& d'intention pour prendre enſembletoutes
les mesures dont on pourra , avec
la protection duTout-Puiſſant , eſpérer un remede
aux périls préſens.
C'eſt avec ce ſouhait bien intentionné , & dans
laconfiance que tel pourra être le fruit de nos
efforts , que nous offrons de nouveau , autant
que le danger l'exigera , d'employer tout ce
qui eſt en notre pouvoir , biens & fang , à la défenſe
de la patrie , & de lesy facrifier en cis
de besoin , fi telle eſt la volonté du Tout-Puif.
fant .
4
( 8g )
Mais comme,malgré notre bonne volonté à tout
mettre en oeuvre pour ce but ſalutaire , il nous
ſeroit impoffible de l'atteindre tant qu'il nous
manquera le néceſſaire , nous ne pouvons regarder
comme indifférent fi la république eſt ou
non en état de réſiſter au moins à la premiere
attaque. Nous avons donc jugé indiſpenſable
de fonger fans retard aux moyens propres pour
raſſembler quelques troupes qui pourroient faire
le ſervice de troupes legeres & défendte le
pays du pillage; comme auffi d'avifer aux moyens
de mettre les fortereſſes de la république , autant
que le permet le petit nombre de ſes troupes,
à couvert d'une attaque ſubite ;& pour cet
effet mettre en campagne un corps d'armée ,
afin de l'employer , ſuivant l'occurence.
,
:
C'eſt á nos réflexions ſur ces importans objets
, que doivent leur origine les deux propofitions
que nous avons l'honneur de faire ici à
V. H. P. les priant de vouloir bien les porten
au plutôt à la connoiſſance & délibération des
Hauts. Confédérés. Notre premiere propofition
eit de nous autoriſer à former , des différens rés
gimens de cavalerie dragons & nationaux ,
infanterie Hollandoiſe & Wallonne , un corps.
de a compagnies de cavalerie légere , chacune
d'au - delà de cent hommes , avec les officiers ,
bas- officiers & foldats , & en tout faitant enſemble
un nombre d'environ mille hommes ;
d'en nommer le Chefcommandant & autres officiers
, & de le faire raſſembler au lieu où
il ſera jugé de la plus grande utilité , afin de
pouvoir être envoyé & employé par-tout où il
pourra rendre le plus grand ſervice ; ce corps
pourra être ſucceſſivement augmenté & foutenu
par des hommes , pour les autres corps déja ac
) وه (
cepés , à meſure, qu'ils arriveront dans ce pays ,
&pourront être formés en compagnies .
La fin à l'Ordinaire prochain.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , les Février.
Les Régimens de Preill & de Teutchmeifer
ont déûlé par Cologne le 27 Janvier
& jours fuivans. L'artillerie arrivant
avec le commencement de la colonne , on
en forma un pare près de la ville,jusqu'à
ce que la moitié des troupes fut paffée. On
parloit alors d'un corps qui occuperoit la
ville , & du fiége de Mastricht.
Iln'eſt encore arrivé que 12 mille hommes
ou environ ; mais on préfume par la
continuation des magazins de toute eſpece,
qu'on doit attendre de nouvelles troupes.
Pluſieurs lettres de Vienne adreſſées à
différens Officiers ſupérieurs aſſurent que
l'Empereur a rejetté les premières conditions
propoſées: de leur côté les Hollandois ne
paroiffent pas trop contents des premieres
ouvertures. Le moment du voyage de S.
M. I. dans nos contrées eſt encore indéterminé.
Le 23 Janvier , on amena à Anvers quatre
Hollandois ttaveftis en matelots , & arrêtés la
veille ſur le territoire autrichien , près de Lillo.
LePrincede Ligne a fait renfermer ces prifonniers
à la Citadelle poury être interrogés.
Tous les eſprits font actuellement occupés
des nouvelles qui viennent d'éclater en
Allemagne ; de toutes parts onécrit que le
( 91 )
Comte de Romanzow , Miniſtre de Ruffie
près la Diete de l'Empire , a communiqué
officiellement au Duc de Deux Ponts , qu'il
avoit été arrêté & figné , le 3 de ce mois ,
de concert avec l'Impératrice de Ruffie , une
convention entre l'Empereur & l'Electeur
de Baviere , par laquelle S. M. I. cede à l'Electeur
les Pays-Bas Autrichiens , avec tou
res ſes prétentions fur les Provinces-Unies ,
en échange de laBaviere &des deux Palatinats.
Ies Pays - Bas , ajouter on , feront
érigés en royaume d'Auſualle. Le Duc de
Deux-Pontsafait partir fur le champ un courier
pour Berlin , où , non plus qu'ailleurs ,
on ne s'attendoit gueres à une ſcene de cette
importance. Peu de jours ſutfiront pour
éc aircir la vérité de ces rapports du premier
moment, peut- être exagérés , ou mal ren.
dus.
Cause extraite du Journal des causes célébres.
Cause du fieur Jourdain .
Les capitales ſont Paſyle ordinaire de ces intrigans
que l'on nomme chevaliers d'industrie. C'eſtlà
qu'ils viennent vivre & briller aux dépens des
citoyens laborieux & corfiars . Ces fléaux de la ſociété
font leur patrimoine & l'alimentde leurs crimes
, les fruits que les vertus du pere de famille
lui ont fait moiffonner . Ils trouvert une refſource
abondante dans la candeur toujours crédule &
foible qui ignore l'art de tromper , & n'eſt point
engarde contre des pieges qu'elle ne connoît pas,
& qu'elle n'imagine même pas. Par leur impudence
foutenue de leur adreſſe , ils ufurpent une
confiance& même une célébrité quifait le ſuccès
( 92 )
de leurs projets&de leurs friponneries. Mais cette
célébrité méme , à laquelle ils doivent leurs principaux
fuccès , les trahit enfin , diffipe l'illuſion
qu'ils avoient fu faire naître , & les force de quitter
un theatre où l'éclat dont ils font environnés
Jeur deviendroit funeste. Ils vont ailleurs exercer
leurs talens , & parcourent ainſi l'Europe , jul
qu'à ce qu'une réputation trop généralement répandue
les arréte dans leurs courſes.
i
Iln'y a pas vingt ans qu'il exiſtoit à Parisune
ſociété de gens de cette eſpece. Elle avoit pour
chef un Italien obfcur , qui ſe difois illu de la
plus haute naiffance , qui voyageoit incognitd It
rouloit dans ſa tête les plusvaſtes projets; il avoit
des droits brillans , & les espérances les mieux
fondées de les voir réaliſer. Mais quoique les
Royaumes auxquels il aſpiroit fuſſent de ce mon
de , les moyens qu'il employoit pour s'en mettre
enpoſſeſſion étoient céleſtes. La religion & le
ciel étoientles inſtrumens qu'il mettoit enuſage.
Il avoit , avec le ciel, un commerce ouvert : on
l'eût pris pour un diſciple de ce fameux Suédois ,
Swedemborg , dont on traduit, dont on imprime
les écrits. Ilavoit l'avantage de commercer avec
Jes anges : il nous raconte ce qu'ils lui ont dit , &
nousdécrit , avec candeur , leurs logemens, leurs
moeurs , leur langage , leur ftyle , & juſqu'au caractere
de leur écriture.
LePrince , appellé déja ,par ſa naiſſance , à la
poſſeſſion d'une vaſte principauté , l'étoit encore,
par le voeu des Corſes , à l'empire de leur ifle ,
que Théodore venoit d'abandonner. Il diſpoſoit
tout pour aller en Italie , ſe concerter avec le
Pape , en recevoir l'inveſtiture de ſes deux Etats ,
& obtenir en même tems des bulles pour une
croifade.
L'impiété la plus téméraire & la plus abfurde
( 93 )
étoit le reſſort quidonnoit le mouvement à toutes
ſes ſpéculations & à toutes les démarches. La
ſainte Vierge , avoit promis de mettre , par la
protection , le Prince en poſſeſtion de ſes deux
Etats , & faire réuffir la croifade . Elle avoit même
permis qu'à cet effet ſon image , parfaitement
reffembiante , parvint miraculeuſement dans ſes
mains. Cette image devoit étre déposée dans un
riche tabernacle , orné des plus précieuſes reliques
, & ce tabernacle devoit étre porté , comme
celui que Moyfe avoit fait conſtruire par ordre
de Dieu , à la tête de ſon cortege ou de ſes troupes
, & devoit opérer les mêmes prodiges . En
étendant la foi , ce Prince apótre ne pouvoit
manquer d'étendre ſa domination , & de multiplier
ainſi les moyens de récompenſer magnifiquement
ſes amis. Tous ceux qui contribueroient de
leur perſonne , ou de leur argent , au prompt fuccès
de cette glorieute entrepriſe , devoient s'attendre
à la plus vive reconnoiffance , & à la généroficé
la plus étendue.
Le ſieur Jourdain étoit bien éloigné de ſonger
à prendre part à de ſi hautes deſtinées. Heureux
& paifible au milieu de ſa nombreuſe famille , il
tenoit l'un des hôtels garnis les plus achalandés de
Paris , l'hôtel de Tours , rue du Paon , près celle
des Cordeliers . Le hafard lui fit faire connoif
fance avec un Comte qui devoit partager la fortune&
la gloire du Prince fameux qui l'avoit
aſſociéà ſes entrepriſes . Bientôt l'infortuné Jourdain
s'empreffa de ſe dépouiller , & de dépouiller
ſa famille , pour fournir aux dépenſes néceſſaires
pour l'exécution des vaſtes projets de la troupe
favorifée du ciel. Le crédule Aubergiſte ruiné fur
obligé d'aller cacher ſa miſere dans une petite
terredont le Comte lui confia la régie. Pour en
retenir ce malheureux pere de famille dans l'illu-
1
( 94 )
fion , le Comte lui écrivoit les lettres les plus
bifarres: Nous nous bornerons à en tranſorire
une.
<<Madame , écrivoſt le Comte à Jourdain , eſt
tombée malade .... Sans un miracle du Sei-
>> gneur , par l'interceffion de latrès-fainte Vier-
» ge , à qui nous avons tous eu recours dans un
>>même coeur , elle n'auroit plus été comptéeau
>> nombre des vivans. C'eſt un miracle que le Sei-
>> gneur ne nous a pas laiffé ignorer . - J'irai
>> moi-même vous prendre par la main , pour
>> vous faire entrer dans le bercail . Je vous en
>>>envoie le gage dans cette fainte image de la
>>tr>ès-fainteVierge, quia plus opéréde mira-
>> cles que l'on ne pourroit en compter. Je vous
>>> l'envoie pour être votre ſauve-garde, votre con-
>>>folation , & la gardienne de la Motte; c'eſt
>>>l'image du portrait miraculeux & reffemblant
>>>de la très-ſainte Vierge , telle qu'elle étoit ſur
>>la terre , & que Monfieur a entre les mains par
>>miracle , & que nul peintre ne peut peindre ref-
>ſemblante par la fineffe des traits & l'air dedi-
>>>vinité que le fils répand ſur la mere. C'eſt par
>> ce tableau de tout miracle , apporté du ciel en
>>>l'air , quevous verrez tant de merveilles s'opé
rer ; car la nature foumiſe eſt attentive à lui
>> obéir. Morts , malades , boiteux , aveugles re
>>couvrent la ſanté en la regardant. Faites vos
>>prieres , & portez vos voeux à celle que je vous
>> envoie , qui , toute éloignée qu'elle eſt de la
>> reſſemblance, porte la conſolation & les graces
chez ceux qui l'invoquent ... Il fautdire trois
>>Ave Maria & un Gloria Patri , en l'honneur de
>> ſon ſacréoeur , en faiſant la priere que j'ai tra-
>> duite derriere. Madame eft accouchée d'un gar-
>> çonbeau à ravir , & annoncé long-tems avant
>>qu'il vînt. Il s'eſt paſſé des merveilles à fa nail
ود
( 95 )
fance , que la fainte Vierge a reçu comme fon
>> enfant; & , dans les douleurs , fi - tôt que l'on a
>> eu mis fur le ventre de Madame le faint portrait
, l'enfant eſt arrivé véru de la tête aux
>>>pieds , ... C'eſt un enfant ſur lequel le Seigneur
>>>a degrands deſſeins pour ſa gloire. Le ta-
>>>bleaumiraculeux & reflemblant de la très fainte
>>V>ierge , qu'ellea mis dansnes mains pour ſervir
>> àdes décrets dont nous ſavons une partie , dont
>> vous favez quelque chote , a fait connoître
>> qu'elle vouloit étre miſe dans un tabernacle.
> Auffitot nous avons travaillé à renfermer notre
>>>trêſor, où l'on n'a rien épargné pour le rendre
> le plus riche & le plus refpectable qu'il a été
>> poffible ;& elley a été renfermée avec toute la
> cérémonie qu'elle a exigé. On travaille encore
>> à préſent à rendre parfait l'ouvrage , par les
>> bas- reliefs & les anges qu'on continue de faire
>> en toute di igence. Il ſeroit trop long de vous
>>>raconter tous les miracles qui ont été faits pour
>>cela & la dévotion des témoins d'un ſpectacle
>> fi nouveau. Mais la très-ſainte Vierge , après
>>s'être fait voir quelques jours , a témoigné
» qu'elle ne vouloit plus ſe faire voir juſqu'à nou-
>> vel ordre , excepté quelque jour de la ſemaine
>> qu'elle a permis que nous la viſions , mais feu-
>>> lementnous. Si vous l'aviez vue , mon cher Jour-
>> dain ,vousferiez enchanté ; & fi vous favieztout
> ce qu'elle doit faire , vous en feriez dans une
>>g>randealégreſſedeschoſes merveilleuſes qu'elle
>>> a opérées , &de plus grandes encore& fans nom.
>>bre qu'elledoittaire. J'oubliois devous dire que
>>>letabernacle dans lequel elle eſt renfermée,n'eft
>>> que pour un tem:. On travaille à préſent à faire
>> les deſſins d'une machine pour la renfermer , où
>> les richeſſesdel'art ne feront pas épargnées , &
>> qui doit faire , parla nouveauté & fa magnifi
( 96 )
cence , l'étonnement des Nations. Jevous ree
> commande de vous y recommander tous les
>>>jours , & de dire exactement la prière que je
> vous ai envoyée ; elle contient peu de paroles ,
>>> mais pefantes , & elle plaît d'autant à la très-
>>>fainte Vierge , que c'eſt elle-même qui l'a inf
pirée ; & , en la diſant ,fi vous lui demandez ,
>> devant la petite image que je vous ai en-
>>>voyée , ſon bon conteil pour agir fürement en
>>>toutes vosactions , vous verrez merveilles . Vous
>>>ne fauriez croire combien la très- fainte Vierge
>> a fait de miracles avec ces petitesimage de pa
>> pier , dont on a déja envoyé dans les quatre
> parties du monde plus de trois millions , qui
>> ont opéré des miracles ſans nombre , fans plus
>> de deux mille copies peintes envoyées à tous les
>> Souverainsdu monde, dont pluſieurs lui ont fait
>,>b>âtir des Eglites , & qui font toutes copiées de
>>l'image facrée que nous avons , qui a fait l'ob-
>> jet des deſirs de tous les rois de la terre , & du
* Pape même , qui n'en ont que des copies. Et
>>le Seigneur nous l'adonnée ! Jugez ce qu'elle
>> doit faire , par tout ce que vous favez ».
Onpeut juger par cette lettre du caractere du
Comte qui a téduit le pauvre Jourdain . & de
celuide ce dernier. Ce malheureux pere de famiile
ouvrit enfin les yeux ; mais il étoit trop
tard La douleur d'avoir ruiné ſa femme & ſes
enfans le conduiſit bientôt dans le tombeat ;
mais avant de mourir , il fit une déclaration des
manoeuvres qu'on avoit employées pour le plongerdans
la mifere. Ses enfans ont pourſuivi le
Comte , & lui ont demandé les ſommes qu'il
avoit reçues de leur pere. Par Arrêt du 4 Septembre
dernier , le Parlement de Paris a accueilli les
demandes des enfans de Jourdain , & a condanıné
le Comte en 12,000 liv. de dommages & intérêts
envers eux.
P
A
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 FÉVRIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
A Mademoiselle DE SAINT - LÉGER ,
fur fa Comédie des Deux Soeurs.
A
INSI tu ravis le fuffrage
De ce Public wès-peu galant ,
Sans égard pour le ſexe & l'âge ,
Qui ne bat des mains qu'au talent.
4
Suivre l'Art Dramatique eſt un état de guerre ,
Et dans un genre qui t'es neuf ,
Tu viens de prouver au parterre
Qu'en peignant les Deux Soeurs tu connois bien les
neuf. A
( Par M. Lemierre. )
Nº. 8 , 19 Février 1735 . E
98 MERCURE
Les quatre Saiſons de la Vie.
LEE vrai bonheur
Eſt de tout âge;
De notre coeur
Il eſt l'ouvrage.
Dans le printems ,
De la folie
Les agrémens
Nous font envic ;
Et chaque jour
Raiſon moins forte
Ne peut d'amour
Chaffer l'eſcorte.
Un tendre amant
Nous peint ſa flamme ;
Ce ſentiment
Paſſe en notre âme .
Nous jouiffons
De cette image ,
Nous chériſſons
Notre eſclavage.
Dans notre été ,
Unpeuplus ſages ,
De la Beauté
Lesavantages
Séduiſent moins,
(
DE FRANCE. وو
1
Notre viſage ,
De tous nos ſoins
N'a plus l'hommage.
Nous cultivons ,
D'une main sûre ,
Les heureux dons
De la Nature.
Très-prudemment ,
Quand l'heure ſonne ,
Pour le moment
De notre automne ,
Nous choiſifions
La douce chaîne
Quenous voulions
Foriner à peine ,
Cette amitié
Qui fit pitié
Dans le bel âge.
L'hiver devient
Notre partage ;
L'eſprit ſoutient
Notre courage.
Ce ſouvenir
De notre enfance
Vient nous offrir
La jouiſſance
D'un vrai plaifir.
Lors , ſans myſtère ,
2
:
:
i
Eij
100 MERCURE
Nous diſcourons
Sur l'art de plaire ;
Nous racontons
L'hiſtoriette
De nos amours ;
De nos vieux jours
Si la fillette
Riten cachette
Et ſans détour ,
Las! la pauvrette
Aura ſon tour.
(Par Mme Dufrenoy. )
SOUHAIT de bonne Année à tous mes
bons Amis de la Capitale.
AUJOURD'HUI je change de ton ,
Pour vous dire en cérémonie
Ce que je vous dis ſans façon
Tous les autres jours de ma vie.
Mon coeur , qui ne fauroit changer ,
Fâché de l'air de mon viſage ,
Pour ſe conformer à l'uſage
Adopte un langage étranger,
Pendant ces temps de maſcarades ,
Les complimens , fots & mauffades ,
Remplacent les vrais ſentimens .
Que je plaindrois ma deſtinée ,
y
1
DE FRANCE. 101
S'il me falloit être en tout temps
L'ami de la Nouvelle Année !
( Par le Coufin Jacques. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Courage ; celui
de l'énigme eſt Cire; celui du Logogryphe
eſt Fauteuil , où l'on trouve fat,faute ,
li fil ,feu , eau , ut , fa , if.
SI
CHARADE.
I du premier tu ſens la douloureuſe atteinte ,
Tu ne peux être le ſecond ;
Du tout on verra l'empreinte
Dans tes yeux & fur ton front.
(Par M. Courtat. )
SEUL
ÉNIGME.
DEUL on n'eſt bon à rien , & chacun vous oublie ;
Si l'on parle de moi , ce n'est qu'avec mépris ;
Mais que je me rencontre en bonne compagnie ,
De mon mérite alors on connoît tout le prix.
A la Société je dois mon exiſtence ,
Elle eſt toujours pour moi ce que l'âme eſt au corps ;
Eij
102 MERCURE
Je ne ſuis point ingrat ; & , par reconnoiſſance ,
Tous mes aſſociés partagent ma puiffance ,
:
Etje les rends dix fois plus forts.
De mon nom quel Lecteur n'autoit pas connoiſſance ?
( Par M. de la Sablonnière. C. R. )
R
LOGOGRYPΗ Ε.
ARE au village & commune à la ville ,
Abien des gens je ſuis utile ;
Je viens , ſur mes neufpieds , me vouer tour-à- tour
A l'Intérêt , à la Haine , à l'Amour.
Neufenfans de mon ſein tirent leur exiftence :
Au premier , nulle autre que moi
Ne pourroit donner la naiſſance ,
Il te ſauve , Lecteur , de la mauvaiſe foi.
J'offre enſuite le Chefd'un État Monarchique ;
Le mot qu'à ſon amant une tendre Beauté
Ne prononce jamais qu'il ne ſoit enchanté ;
Une herbe qu'on évite ; un morceau de muſique ;
L'effet ſubit de la gaîté ;
Ce que produit la peur; d'un inſecte l'ouvrage ;
Et cet écueil enfin fi redouté
Où plus d'un vaiſſeau fait naufrage.
( ParM. G....... E. A. B. D. F. M. )
DE FRANCE. 103
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE de l'Extrait des Loix Municipales
de Languedoc , &c.
JE rapporterai en entier le morceau où
l'Auteur des Loix Municipales de Languedoc
énonce fon opinion ſur les Loix Romaines.
" Un des principaux avantages dont le
>>Languedoc eſt redevable auxÉtats de cette
>> Province , eſt la confervation de l'uſage
>>du Droit Romain , qui , depuis plus de
» quinze ſiècles , eſt la Loi territoriale du
>>pays. La compilation de Juſtinien , plus
» vaſte& mieux ordonnée que celle de Théo-
» dose , y a acquis , par la force des moeurs,
>> l'autorité que le Code Théodoſien y avoit
>> eue d'abord à raiſon de l'Empire. Cette
> compilation a ſans doute des défauts . On
> y trouve des contradictions , & quelque-
ود fois du déſordre. Le Digeſte , qui ne con-
>> tient que des extraits ou des fragmens
» des Ouvrages des Juriſconſultes Romains,
>> préſente plutôt une collection de théo-
ود rêmes&de differtations de Juriſprudence,
» qu'une ſuite de Loix conçues en termes
directs & impératifs. Le doute y eſt à côté
>> de la ſcience ; mais c'eſt le doute de la
E iv
104 MERCURE
• Science , & preſque toujours la déciſion
ود de la raiſon. Le Code eſt formé en grande
>> partie de réponſes faite par les Empe-
>> reurs à des queſtions qui leur étoient pro-
>>> polées par les Magiftrats & les Juges , &
> même par de ſimples particuliers. On a
>> reproché à ces reſcriptions l'incapacité de
>> quelques-uns des Princes dont ils portent
>> le nom , & le vague d'une déciſion hypo-
>> thétique , arrachée peut-être par un faux
> expofé. Mais on fait que les Empereurs
>> ne répondoient guère aux conſultations
> qui leur étoient faites, que de l'avis de leur
>> Confeil , compoſé des plus célèbres Jurif-
>> confultes; & comme le cas propoſé eſt
>> preſque toujours énoncé ; que la déciſion
ود eſt preſque toujours fubordonnée à la
➤ vérité de l'exposé , fi ut dicis , fi ut pro-
» ponis, & que très ſouvent elle est accom-
>>pagnée du principe qui l'a dictée , l'application
n'en eft pas auſſi difficile qu'on
>> pourroit le penſer. On trouve dans le
ود
" Lexicon de Suidas , & dans l'Histoire ſe-
>> cette de Procope , des imputations plus
>>graves contre les Loix particulières de
Juftinien. Son Chancelier Tribonien y eft
>> accuſé d'en avoir fait un commerce in-
ود
ود fâme. Mais il ſeroit peut-être injuſte de
>> regarder ce reproche comine avéré , d'après
» une compilationgroffie par des mains étran-
» gères , & fur la foi d'un Hiſtorien , qui ,
» après avoir prodigué à Juſtinien , dans ſa
>> grande Hiſtoire , les éloges les plus ou
DE FRANCE.
1ος
trés , ſemble avoir pris à tâche de le cou-
>> vrir d'opprobre dans ſon Hiſtoire ſeerette.
» Quoi qu'il en ſoit, le Code de Juſtinien a
ود ſans doute ſes imperfections , comme le
>> Digeſte a les ſiennes. Les Loix qu'il ajouta à
ود la ſeconde Édition de ſon Code, & les
Conſtitutions qui portent le nom de No-
» velles , firent des changemens inutiles
& même préjudiciables dans le ſyſteine
des Loix anciennes. Leur Ayle , comme
celui de toutes les Loix du bas-Empire , a
>> plus d'enflure que de imajeſté ; la plupart
» de leurs préambules ont moins de dignité
- que de faſte; le Législateur paroît dans
>> quelques-uns s'occuper trop de lui-même ;
& on defireroit ſouvent plus de concifion
»
ود
ود &de clarté dans les diſpoſitions. Mais
>> malgré tout cela , ce Recueil de Jurif-
>> prudence n'en eſt pas moins le monument
» le plus précieux de la ſageſſe humaine, le
>>corps le plus complet de Légiflation ci-
>> vile , & le guide le plus ſavant & le plus
» sûr que les Légifſlateurs puiſſent confulter.
C'eſt ainſi qu'en ont penſé les Dumoulin ,
les d'Agueſſeau , les Bouhier , les Oracles
de la Jurisprudence Françoiſe. »
ود
"
ود
Ce morceau n'eſt pas d'un enthouſiaſte :
de grandes vérités y. échappent de temps en
temps , qui ne font pas propres à communiquer
l'admiration de l'Auteur pour les
Loix Romaines .
Comment l'Auteur peut-il approuver que
dans une Loi le doute ſoit à côté de la déci
Ev
106 MERCURE
fion , lors même que c'eſt le doute de la
ſcience ? Qu'eſt ce que c'eſt qu'une Loi qui
doute ? Qu'est-ce que c'eſt que cette ſcience
qui met des problêmes de Juriſprudence à la
place des volontés du Légiflateur ?
Les Empereurs ne répondoient guère que
de l'avis de leur Confeil , compofédesplus célèbres
Jurifconfultes.
On fait au contraire, & les noms même
de ces Empereurs ſuffiroient pour le prouver
, qu'ils ne confultcient ſouvent que
leurs fantaisies bizarres & leurs caprices tyranniques.
On fait que très - ſouvent ces Juriſconſultes
qui formoient leur conſeil
n'étoient que des eſclaves autour d'un defpote.
Les décisions étoient fubordonnées aux cas
propojés.
Mais c'eſt pour cela même que ces déciſions
particulières doivent être de trèsmauvaiſes
Loix générales. Au fond , ces
déciſions n'étoient pas des Loix , c'étoient
des Arrêts ; c'étoient les Arrêts du plus violent
deſpotiſme , puiſqu'on faiſoit une Loi
pour juger un procès; & ce ſont ces actes
de tyrannie qui forment une grande
partie des Loix du Code. Conſidérez , je
vous prie , cette marche; on étoit accablé
ſous la multitude des Loix générales , & prefqu'à
chaque occaſion il falloit des déciſions
particulières du Législateur; avec des Loix
générales , on ne ſavoit pas faire des Arrêts ;
DE FRANCE. 107
mais avec des Arrêts on ſavoit faire des Loix
générales.
L'Auteur paroît croire que le Lexicon de
Suidas & l'Hiſtoire ſecrette de Procope , trèsrécuſables
en effet, font les ſeuls monumens
hiſtoriques qui accufent Juſtinien & Tribonien.
Mais la rage avec laquelle Juftinien perfécuta
les Samaritains & deſola la Paleſtine ,
l'indécence avec laquelle il ſe mêla aux factions
des verds & des bleus , ſont des faits
certains avoués par toute l'Hiſtoire. Ses propres
Loix , ces témoins que ſa mémoire ne
peut récuſer , l'accuſent plus fortement encore
que l'Hiſtoire ſecrette de Procope. Là ,
on le voit s'attribuer fans pudeur les victoires
de Narsès & de Béliſaire ; là , on voit
tous ſes vices , & ceux de Tribonien , ſon
Chancelier. Dans l'Hiſtoire fecrette , Procope
dit que ces deux hommes faiſoient des
Loix un commerce infâme ; dans les Novelles
, on voit des Loix qui changent tous
les jours . Ce ne peut être que pour en faire
un commerce infâme que chaque jour on
change ainſi les Loix. J'ai été prêt à accuſer
Procope de calomnie avec M. Marmontel ,
avec l'Auteur des Loix de Languedoc ; mais
- je trouve une Légiſlation entière qui ſert de
témoignage à Procope ; & certe Légiflation
eſt précisément celle qui a été donnée par les
hommes qu'il accuſe.
Les noms des d'Agueſſeau , des Bouhier ,
des Dumoulin , ſont des autorités impoſan
E vj
108 MERCURE
tes; mais les grandes autorités n'ont jamais
manqué aux plus grandes erreurs .
J'ai écrit autrefois ſur le corps du Droit
Romain un morceau où , peut- être , j'ai ſuivi
de plus près & avec plus d'exactitude l'Hifroirede
la formation des Loix Romaines & du
Code qui les raffemble. J'en entendois parler
très-diverſement ; les uns y voyoient, comme
M. ***, le plusbeau monument de l'eſprit humain,
laraiſon écrite; les autres n'y vouloient
voir qu'une compilation monstrueuſe ;je voulus
enjuger par moi-même : j'étois jeune , &
dans cet âge où tout devient paffion , jufqu'au
goût des études les plus abſtraites ; je
ne voulus ſouffrir ni Traducteur ni Commentateur
entre moi & les Loix Romaines.
Je pris d'une main le texte pur de cette Légiſlation
; de l'autre , l'Hiſtoire qui m'apprenoit
comment elle s'étoit formée ; & voici ce
que j'écrivis au moment où j'étois tout
plein encore de ce que je venois de voir , de
ce que je venois de ſentir.
Je remonte à l'origine de ces Loix , & ,
l'Hiſtoire à la main , je les ſuis dans leurs pro
grès. Le Peuple Romain , las d'être gouverné
par les volontés arbitraires du Sénat, demande
des loix fixes&préciſes: le Sénat les lui refuſe.
Après de longues conteſtations, des Commiffaires
font nommés pour aller faire un choix
des meilleures loix dans toutes les Républiques
de la Grèce les plus célèbres par leur
légiflation. Ils rapportent une collection de
loix; ils les uniffent à quelques ordonnances
DE FRANCE.
109
des anciens Rois de Rome ( qu'on a nommees
Loix Royales, ) & ils en forment ce
Code qu'on appelle indifféremment Code
Decemviral , ou Loix des douze Tables. Je
demande d'abord ſi , à cette époque où tous
les Arts & toutes les Sciences étoient ignorés
à Rome , où l'on faiſoit même gloire de
les mépriſer , les Commiſſaires envoyés dans
la Grèce ont pu avoir aſſez de lumières pour
faire un choix raisonnable dans les loix de
Lycurgue & de Solon , pour bien concilier
enſemble des loix priſes dans des légiflations
ſi diverſes , pour les accorder enfuite
avec ce qu'on vouloit conſerver des Loix
Royales , pour les accommoder enfin au
caractère déjà formé de la République Romaine?
Je demande encore ſi ces Commiffaires,
choiſis dans le Sénat qui avoit refuſé
ſi long-tems un Code au Peuple , ne devoient
pas être trop diſpoſés à ſe ſervir de ce Code
même pour opprimer le Peuple auquel on
étoit forcé de l'accorder ? Il ne reſte dans la
compilation du Droit Romain que des débris
des Loix des douze Tables ; & ce qui frappe
le plus dans ces fragmens mutilés, c'eſt la loi
qui livre le débiteur inſolvable à la fureur
des créanciers , qui leur permet de le mettre
en pièces , & d'en partager entre eux les
morceaux ; c'eſt la loi qui donne au mari le
pouvoir de tuer ſa femme lorſque ſon haleine
peut faire foupçonner qu'elle a bu du
vin; c'eſt la loi qui proſcrit comme un ſacrilège
toute union entre le Plébéïen & le Pa--
110 MERCURE
tricien ; c'eſt la loi qui fait précipiter dans le
Tibre, du haut de la roche Tarpeïenne, tous
les enfans qui naiſſent avec des organes foibles
ou mal conformés : à ces loix , on eſt
tenté de croire qu'on lit la légiflation d'un
Peuple d'antropophages. Je ſuis loin de vouloir
exagérer l'horreur qu'elles m'inſpirent ;
mais il eſt difficile de concevoir , par exemple,
comment la loi qui donnoit à chaque
créancier un morceau de la chair du débiteur
inſolvable , auroit pu être conçue par
un Peuple qui n'auroit pas connu l'uſage
deſe nourrir de chair humaine.
Voilà l'origine & le premier eſprit de la
Légiflation Romaine.
Lorſque les Légiſlateurs des douze Tables
ont été punis de leur ufurpation & de leurs
crimes, le pouvoir législatifſe partage de nou
veau entre le Peuple & le Sénat. Toujoursoppofés
dans leurs prétentions , dans leurs
intérêts&dans leurs vûes, le Sénat & le Peuple
forment dans la même République deux
puiſſances légiflatives , tantôt réunies , tantôt
féparées , mais toujours rivales & ennemies :
les Plébiſcites combattent les Senatus-Confultes
, les Senatus-Conſultes combattent les
Plébiſcites ; toutes les Aſſemblées légiflatives
ſe terminent par des querelles , ſouvent
par des combats , & les loix toujours en
fureur, ſuivant l'expreſſion d'un ancien, font,
comme les haches des Licteurs, les inftrumens
de la haine & de la vengeance.
Chez tous les Peuples qui ont fait quelDE
FRANCE . 111

qués pas vers la civiliſation , un Juge n'eſt
jamais que l'organe du Légiflateur. A Kome ,
après qu'on eſt allé avec tant de pompe &
d'appareil chercher des loix dans toutes les
Républiques de la Grèce , à Rome
deux puiffances législatives , le Peupe & le
Sénat , font occupées chaque jour à faire
de nouvelles loix ; chaque Préteur juge la
République entière par fes fantaiſies : en
montant fur le Tribunal , il y fufpend fur
des tables blanches un Code qu'il a gravé
lui - même; & les Loix des douze Tables ,
-gravées au nomde la République ſur l'airain ,
reſtent muettes au Capitole comme l'airain
qui les conferve. Ces législations annuelles,
ainſi que les appelle Cicéron ( Lex annua ) ,
changent tous les ans comme les Préteurs :
tous les ans de nouveaux Codes ſont ſufpendus
ſur les murs des Tribunaux , & la
réunion de ces loix néceſſairement ſi diverſes
dans leurs vûes , ſi contradictoires dans
leurs principes & dans leurs diſpoſitions ,
forment cette partie du Droit Romain eftimée,
admirée ſous le nomde Droit Prétorien.
Dans cette Ville dévorée de l'ambition de
donner des loix au monde , tout ſemble être
dévoré de l'ambition d'être Législateur.
Les Préteurs ont uſurpé le pouvoir légiflatif
ſur le Législateur ; bientôt on voit paroître
des hommes qui l'ufurpent fur le Légiflateur
& fur les Préteurs. Ces hommes ,
qui paroiffent au déclin de la République, &
ſe multiplient fingulièrement ſous les Em-
1
112 MERCURE
pereurs, font une eſpèce de phénomène politique
: ils ne ſont point Juges , & ils jugent
les procès ; ils ne ſont point Législateurs , &
ils font des loix. Ce ſont les Jurifconfultes
appelés ſages , (prudentes ) , comme fi toute
la ſageſſe humaine avoit été renfermée dans
leur eſprir. Sous ces hommes orgueilleux
qui trouvoient la légiflation trop claire ,
trop facile pour leur fubtilité merveilleuſe,
la connoiffance ſimple & poſitive des loix
devient une ſcience compliquée & contentieuſe;
les uns font nés avec le génie vague
& éloquent de Platon ; les autres ſont amoureux
de ce que la dialectique d'Ariftote a de
plus fin & de plus mystérieux ; ils tranſportent
dans la jurisprudence les ſectes , les
cris, les diſputes interminables de l'Académie
, du Lycée & du Portique : on diroitque
la nature d'un contrat & d'un teſtament
eſt auſſi difficile à connoître que la nature de
l'Univers ; que les loix ſur les fucceffions
font auffi obfcures que les loix de la création
; & , grâce à leur génie , grâce à leurs
travaux pendant pluſieurs ſiècles , cela ne
devient que trop vrai.
La Conſtitution Romaine change : la République
n'a conquis le monde que pour le
remettre au pouvoir d'un ſeul homme , que
pour tomber elle - même , avec toutes les
Nations vaincues , dans les fers d'un Defpote
; & ce nouvel ordre de choſes, fi funeste
à l'Univers, devient une nouvelle ſource de
DE FRANCE.
113
confufion & de déſordres pour le Droit Romain.
Les Empereurs mal établis ſur un
Trône élevé par les guerres civiles , toujours
occupés à étendre leur puiſſance , & à en
cacher l'étendue , mettent dans toutes les
loix qui émanent de leur pouvoir, l'obſcurité
& l'incertitude qu'ils laiſſent ſur leur pouyoir
même ; & leurs loix toujours dictées
par l'eſprit du deſpotiſme , mais toujours
revêtues des formes de la liberté , s'enveloppent
inceſſamment de myſtères impénétrables.
Je remarque quels font les Princes
qui pendant fix ou ſept cent ans, depuis Céſar
juſqu'à Juſtinien, ſe ſuccèdent ſur ce Trône
qui donne des loix au monde ; & pour un
Trajan & un Marc Aurèle, je vois vingt Néron
& vingt Commode. Je découvre que
le plus grand nombre des loix Romaines ont
été faites par les tyrans qui ont le plus déshonoré
& affligé la nature humaine. L'Empire
déjà diviſé entre quatre Céfars par
Dioclétien , ſe diviſe en deux Empires ſous
Conftantin : les Céfars de Rome & les Céfars
de Bizauce, en ſe partageant le monde ,
ne ſe donnent pas même la peine de marquer
l'étendue & les limites de leur puifſance
légiflative : les Loix de chaque empire
étendent leur pouvoir ſur les deux empires
: des bords du Tibre & des bords du
Boſphore partent tous les jours de nouvelles
Conſtitutions qui ſoumettent l'Europe à
des loix faites pour les beſoins & les paffions
de l'Afie , & l'Afie a des loix deman
114
MERCURE
dées par les paffions & les beſoins de l'Europe.
Une religion deſcendue du Ciel vient
diſputer les autels de tous les Peuples à cette
religion du Capitole qui avoit conquis l'Univers
avec les Romains. Des Législateurs
Chrétiens ſuccèdent à des Législateurs
Payens : chacun d'eux fait dominer tour- àtour
ſon culte dans ſes loix , & l'on voit
bientôt dans la même législation les maximes
du Chriſtianiſme & les principes du
Paganiſme. A côté des loix faites pour encourager
les mariages , pour les multiplier ,
on rencontre des loix qui honorent & récompenfent
le célibat , qui parlent des
ſecondes noces avec horreur. Des Légiflateurs
touchés du malheur des bâtards , les
traitent comme les enfans de la patrie ;
d'autres Légiflateurs ne voient en eux que
les enfans du vice, & daignent à peine leur
accorder des alimens. Conftantin aſſure que
les bâtards adulterins ne ſont pas des enfans
naturels , & conclut de là que la Nasure
même ne leur doit rien. Au milieu de
cette inſtabilité de choſes , où tout change à
chaque inſtant , la fureur de faire des loix
eſt devenue une eſpèce de délire. Tout eft
loi , les Constitutions , les Mandats , les
Edits,les Refcripts , les Lettres , les Billets,
les Paroles même échappées aux Empereurs;
ils ne peuvent plus ni parler ni écrire
fans donner des loix au monde. Le monde
gérnit accablé ſous ce fardeau de tant de
loix , que , ſuivant l'expreſſion d'Eumalpius ,
DE FRANCE. τις
cent chameaux n'auroient pas pu porter.
Tous les Peuples réunis de nouveau ſous le
même Empire par les conquêtes de Narsès
& de Béliſaire , demandent une législation
plus ſimple & des loix qu'ils puiſſent
comprendre; & c'eſt à Juſtinien que s'adreſſe
cette prière des Peuples de l'Afrique , de
l'Afie & de l'Europe , à Juſtinien, qui ayant
choiſi une femme publiquement proſtituée ,
& laiſſant choiſir ſes Miniſtres par ſa femme
, fait lui- même ou laiſſe faire de ſa
Cour une eſpèce de banque de légiflation ,
où l'on va acheter une loi comme une lettrede-
change ; à Juſtinien, qui ne rougit pas de
mettre, dans le préambule même de ſes loix,
qu'il les a rédigées de l'avis & du conseil de
fon illustre Épouse ; & cette illuftre Epouse
eft Théodora , cette meine femme qu'on
avoit vû ſe proſtituer publiquement ſur les
Théâtres de Conſtantinople. Ce Juſtinien
donc veut rédiger en un ſeul volume & fimplifier
ces loix qui auroient fait la charge de
plus de cent chameaux. Pour ce grand ouvrage
il choifit dix- sept hommes parmi tous
Jes hommes de fon vaſte Empire. Il en eft
feize dont les noms même ſont inconnus à
l'hiſtoire ; il en eft un , Tribonien , qui eſt
très connu , mais par ſa lâcheté & par ſon
infamie. Ces dix - ſept homines ſi bien choifis,
au lieu d'une rédaction profondément ré ..
fléchie, font une compilation à la hâte,comme
des manoeuvres qui ſe preſſent d'arriver au
moment où ils doivent toucher leur ſalaire ;
116 MERCURE
ils achèvent en moins de cinq ans ce corps
du Droit Romain qui régit tant de Nations
différentes depuis plus de dix- sept ſiècles ;
ils croient fimplifier ce qu'ils abrègent au
hafard , & rédiger ce qu'ils confondent enſemble
dans le même volume : de là ce
corps du Droit Romain , diviſé non pas en
quatre parties , mais en quatre Ouvrages ,
ſans qu'il ſoit poſſible de découvrir à cette
diviſion aucun motif, aucune intention raifonnable
: de là ces Inſtitutes , où de ſimples
élémens de jurisprudence, deſtinés à inſtruire
la jeuneffe, ſont érigés en loix; ces Pandectes
ou Digeste , où l'on a raſſemblé ſous les mêmes
titrės les maximes vagues & générales des anciens
Jurifconfultes , qui ſouvent n'ont pas
plusde rapport entre-elles qu'avecletitre ſous
lequel elles font raſſemblées; qui répètent
quelquefois le même principe de vingt façons
différentes ſans lui donner jamais plus
de clarté & plus de développement ; qui
décident d'autres fois les mêmes queſtions
d'une manière abſolument oppoſée ſans que
rien vous détermine à préférer l'avis d'Ulpian
à celui de Paul , ou l'avis de Paul à
celui d'Ulpian. Voulez-vous vous en faire
une idée juſte ? Repréſentez -vous une légiflation
formée de la réunion des confultations
données pendant deux ou trois ſiècles
par les Avocats des douze Parlemens du
Royaume. De-là ce Code ou aſſemblage de
Conftitutions Impériales , dans lequel un
billet d'Arcadius & une réponſe verbale
DE FRANCE.
d'Honorius ſont mis au rang des loix commeun
Édit long-temps médité par Adrien ou
par Marc Aurèle ; ces Novelles où l'on
voit , pour ainſi dire , des Légiflateurs en
démence changer chaque jour toutes les
loix , en parlant ſans ceſſe de la perpétuité
des loix , des volontés immuables du Légiflateur:
de là enfin cette compilation où l'on
a raffemblé dans un ſeul volume les vices de
tous les ſiècles de la législation Romaine;
les vûes oppoſées des Plébiſcites & des Senatus
Conſultes; les vûes mobiles & changeantes
des Édits des Prétears ; les ſectes &
les opinions oppofées des Jurifconfultes; le
contraſte de la ſageſſe d'un petit nombre de
Princes qui ont été l'honneur de la nature
humaine , & du deſpotiſme atroce ou imbécille
de la foule des Empereurs; le caractère
des Républiques & le caractère de la
fervitude ; le génie de l'Europe & le génie
de l'Aſſe , l'eſprit du Paganiſme & l'eſprit du
Chriftianiſme: de- là cette compilation redoutée
dans pluſieurs Provinces de la France,
commetrop favorable à l'égalité Républicaine
&chaffée par les Anglois de leursTribunaux,
commefavoriſant trop le génie dudeſpotiſme .
C'est ainſi que je me rendois compte à
moi-même de ce qui m'avoit le plus frappé
en parcourant les diverſes parties du Droit
Romain. J'aurois pu fans doute , j'aurois
dû peut - être rendre plus de justice aux
belles vûes de quelques Conſtitutions Impériales
, aux grandes idées , aux expref
118 MERCURE
ſions ſublimes de quelques Jurifconfultes
qui penſoient & s'exprimoient comme Platon.
Il ſepeut quej'aie trop obéi à ce penchant
ſi naturel à la jeuneſſe, d'outrer ce qu'elle
ſent & de prendre l'exagération pour la
force. Mais il eſt poſſible qu'ily ait beaucoup
de belles Loix dans le Droit Romain , & que
le Droit Romain ſoit un Code déteſtable ;
& c'étoit comme un Corps de Législation ,
comme un Code que je le conſidérois. Les
Jurifconfultes Romains avoient de très-belles
penſées ; mais ils ne ſavoient pas analyſer
leurs penſées; leurs expreſſions ſont ſouvent
fublimes , rarement elles ſont préciſes ; ils
avoient du génie , mais ce génie étoit un mêlange
du talent des Orateurs & de la Philoſophie
vague & abſtraite du Platoniſme ; &
je ne ſache rien de plus propre qu'un pareil
génie à porter l'obſcurité , la confuſion &
le déſordre dans une Légiſiation.
Depuis j'ai ſouvent jeté les yeux fur le
Corps du Droit Romain avec un eſprit
d'examen & de doute , & je me ſuis toujours
confirmé dans la même opinion. Et le diraije
? j'ai pensé qu'aujourd'hui , où l'eſprit
d'analyſe & de méthode a fait tant de progrès
, il n'y auroit plus qu'une opinion làdeffus
, fi tous ceux qui veulent en avoir une
vouloient prendre la peine de lire les Loix
Romaines ; mais on les juge & on ne les lit
point ; on diſpute , on ſe bat pour les attaquer
ou pour les défendre , & on ne les lit
DE FRANCE. 119
point. Preſque toutes les diſputes de ce genre
rappellent l'hiſtoire de ce noble Vénitien ,
grand admirateur de l'Arioſte , & qui paffoit
ſa vie à prouver la prééminence de l'Orlando
fur la Gerusalemme. Un jour il s'échauffe plus
quede coutume , il devient furieux comme
ſon Roland ; & le Champion du Taſſe , qui
ne recule point , lui donne un grand coup
d'épée. On le portoit mourant chez lui , &
il diſoit dans toute la route : Encorefij'avois
jamais lu l'Orlando & la Gerufalemme.
Il faudroit donc lire les Loix Romaines ,
dans le Corps même du Droit Romain ,
non dans Gravina , dans Cujas , dans Domat
& dans Pothier. Au ſeizième ſiècle , on
-_n'oſoit les lire en Italie qu'à la lueur des bougies
qui avoient brûlé ſur nos autels ; aujourd'hui
on veut être éclairé par d'habiles
Commentateurs ; mais Cujas & Gravina
vous feront lire leurs Ouvrages , & non pas
celui de Tribonien. *
*Au moment où j'écris , les Lettres reçoiventde
nouveaux encouragemens ; des Miniſtres pleins d'efprit
& de goût ſentent qu'elle en eſt l'influence , &
paroiffent vouloir s'en ſervir pour exécuter de grands
deſſeins. Une doctrine & des pratiques nouvelles ſe
répandoient dans le Public , excitoient une fermentation
qui pouvoit devenir dangereuſe. Le Gouvernement
, trop éclairé pour s'y oppoſer par une autre
autorité que celledes lumières, les a foumiſes à l'examen
de pluſieurs Savans & de pluſieurs Philoſophes ;
&le compte qu'ils ont rendu de leur examen , eſt un
morceau de la plus grande diftinction , un modèle de
120 MERCURE
J'ai lu quelque part , peut-être dans la Bibliothèque
Orientale de d'Herbelot , une pe
tite hiſtoire bien propre à nous faire ſentir
combien en tout genre , pour nous garantir
des erreurs anciennes , il eſt néceſſaire d'aller
aux fources mêmes. Voici cette hiſtoire .
Le ſage Tenellefon cultivoit les Sciences
Naturelles dans la ville de l'Arabie où les
enfans de la foi vont adorer le tombeau du
Prophète. Il avoit connu toute la philoſophie
Grecque dans ces Traductions de Platon &
d'Ariftote , faites par ordre des premiers
Califes. Mais comme iln'avoit pas lu fans
réfléchir , il avoit appris à mépriſer égalecette
analyſe philoſophique qui découvrira , avec le
temps , tout ce qu'il eſt poſſible de découvrir ; qui
dévoile toujours les erreurs lors même qu'elle ne
peut pas atteindre aux vérités. Peut-être ſeroit- ce le
moment de ſoumettre auffi le Corps du Droit Romain
à l'examen d'un comité de Jurifconfultes qui
auroient de la philoſophie , & de Philoſophes qui
auroient réfléchi ſur les Loix. La Nation en compre
aujourd'hui , & le Gouvernement les connoît fans
doute; la Nation les nommeroit avec moi ſi je les
nommois. Aurois-je même beſoin d'indiquer M.
Target , pour fixer, ſur lui les regards du Public ?
L'Académie , en l'adoptant , ſemble avoir acquis le
droit de l'enlever aux triomphes du Barreau pour l'acquérir
tout entier aux Lettres & à la Philofophie.
Qu'il ſe ſouvienne que l'Orateur Romain , après
avoir conſacré une partie de ſa vie aux combats du
Forum , en confacra le reſte à des Ouvrages de goût
& de philofophie... :
ment
DE FRANCE. 121
ment & le culte des Califes & la philoſophie
des Grecs. Ténellefon ne cachoit pas
ce qu'il penſoit, mais il ne le diſoit qu'à
demi; ſa penſée , enveloppée de voiles tranf
parens , en devenoit plus piquante , comme
unrayon du ſoleil devient plus brillant dans
le nuage léger qui l'intercepte. Il étoit exact
àſe rendre à la Moſquée , & regardoit fouvent
le tombeau de Mahomet ſuſpendu à la
voûte par des liens inviſibles : les fidèles
croyoient qu'il admiroit comme eux le miracle
du Prophète , & le ſage Tenellefon
n'admiroit que le prodige de l'aimant. Il rencontroit
ſouvent dans le temple le jeune
Oreb , Oreb dont l'imagination enflammée
par les Diſcours des Pontifes , tournoit vers
les choſes céleſtes toute la ſenſibilité de fon
âge. Cejeune enfant du Prophète erroit jour
&nuit autour de la Moſquée , les yeux tantôt
humides des larmes ſi douces de la
foi & de l'eſpérance , tantôt l'oeil inquiet &
incertain , l'air rêveur , le front penfif. Il
aborde un jour Tenellefon , & lui parle en
ces mots : O Tenellefon , ta ſageſſe eſt célèbre
dans l'Orient ; tu ne lis pas , il eſt vrai,
comme Ziaphar , les décrets éternels ſur la
poitrine du Divin Prophète; mais tu nous .
faitvoir la puiſſance & la ſageſſe de l'être Suprême
dans l'harmonie des mondes ſemésautour
des ſoleils , dans l'architecture merveilleuſe
de ces corps organiſés un moment ,
pour recevoir le ſouffle éternel du ſentiment
& de la penſée. O Ténellefon ! viens
N°, 8 , 19 Février 1785. F
122 MERCURE
au ſecours de ma foi ébranlée : j'ai quelquefois
des doutes , & j'en ſuis trop puni
: je perds alors ces douces & puiflantes
émotions d'eſpérance & d'amour qui ſemblent
me ravir au milieu des choeurs des Sé
raphins. Les Prêtres du Temple me parlent ;
mais ils font trop fublimes pour ma foible
intelligence. Parle - moi , toi , dont la raiſon
fait traduire les choſes les plus divines dans
la langue de l'homme. Tenellefon répond à
Oreb : O bon jeune homme , ne renonce pas
à ta raiſon pour écouter celle d'un homme :
c'eſt le flambeau que Dieu ta donné; ne viens
pas l'éteindre aux pieds d'un foible mortel
quin'a pas à t'offrir une autre lumière. Si tous
les hommes ſe ſervoient de leur raiſon , il
y auroit fur la terre autant de flambeaux que
d'hommes , & la terre ſeroit éclairée. Mais
perſonne n'oſe conſulter ſa propre raiſon ;
chacun ſe fait un devoir ou une habitude
d'écouter celle des autres ; & alors perſonne
n'en a; tous les flambeaux ſont éteints à-lafois
; la terre eſt dans les ténèbres . Aimable
Oreb , ton âme eſt pure , ton eſprit doit être
fain; lis bien l'Alcoran & tes doutes ſe
diffiperont. Oreb prend l'Alcoran , il le lit
avec toutes les forces de ſon attention fixées
fur le texte mystérieux ; & les doutes ſemblent
fortir en plus grand nombre encore de
chaque verſet qu'il a lu. Il frémit , il ſe croit
coupable , il croit voir déjà le glaive exterminateur
ſur ſa tête. O Tenellefon , tu m'as
trompé : j'ai lâu l'Alcoran , & j'ai plus de douDE
FRANCE. 123
1
- -
tes que jamais : jamais je ne fus plus malheureux.
Que ferai je ? Lifez l'Alcoran
, lui répond Tenellefon avec tranquillité.
Oreb reprend l'Alcoran , il le lit , il le
relit encore ; & bientôt les orages de ſon
eſprit ſe taiſent; tranquille , il va retrouver
Tenellefon . C'en eſt fait , lui dit il , je n'ai
plusde doutes , ils font tous diſſipés ; je ne
crois plus du tout à l'Alcoran: je vous diſois
bien, lui répond Ténellefon , de lire l'Alcoran
, & que vous n'auriez plus de doutes.
Il ſemble qu'il y ait bien loin des Loix Romaines
à une Hiſtoire Orientale , & que c'eſtlà
un terrible écart. Mais toutes les erreurs de
l'eſprit huraain ſe reſſemblent aſſez ; il n'y a
pas si loin du reſpect ſuperſtitieux de l'Alcoran,
au reſpect ſuperſtitieux pour les Loix
Romaines ; & je dirois velontiers à ceux qui
ont des doutes ſur la ſageſſe de ces Loix :
Lifez les Loix Romaines.
( Cet Article eft de M. Garat. )
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LEConcert du 2 Février a été très-brillant
en nouveautés. C'en étoit une déj très -intéreffante
que l'eſpèce de luté qu'il a offerte
:
Fij
124 MERCURE
entre deux Violons , tous deux habiles , &
qui tous deux ſe faifoient entendre à Paris
pour la première fois. M. Giuliani a commencé.
Sa qualité de ſon eſt charmante &
pleine d'intérêt , ſon exécution nette , facile
& très ſage ; il ne ſe permet que les traits
qu'il eſt sûr de rendre parfaitement. Il emploie
ſouvent la double corde, & toujours
avec juſteſſe. Il a été extrêmement applaudi.
M. Danner s'est fait entendre enfuite. Son
jeu a paru plus fini , plus précieux , par conſéquent
moins large. Son exécution eſt plus
rapide , elle eſt auſſi plus haſardée. Ses tournures
plus gracieuſes ont peut-être moins
d'intérêt. Il touche moins , il ſéduit davantage
. Enfin s'il a eu plus de fuffrages du côté
du Public , M. Giuliani en a eu plus du côté
des Muſiciens. Tous les deux au ſurplus ont
un talent très-remarquable , & opt bien mérité
tout l'éclat de leur ſuccès. MM. Romberg
frères & fils , en réuniſſant leurs talens ,
ont préſenté un tableau plus intéreſſant encore
, en exécutant une fort jolie ſymphonie
concertante de M. Cambini , à quatre inftrumens
obligés. Le violon fur-tout , le violoncelle&
le baffon , par la plus charmante qua
lité de fon , par l'exécution laplus flatteuſe,
ont excité l'enthouſiaſme du plaifir. Nous
voudrions avoir auſſi des éloges à donner à
M. Giuliani , ténore Italien; mais ni la voix
ni ſa manière n'ont réufli auprès du Public ;
& nous obfervons avec bien du regret que
l'indécence des parterres , commence à ſe
DE FRANCE.
125
gliſſer dans des lieux réſervés juſqu'ici à la
bonne compagnie , & qui ſembloient devoir
en conſerver toujours le ton. Nous remarquerons
encore que la manière de chanter
des ténores Italiens eſt ſi éloignée de la nôtre ,
qu'il ſeroit bien difficile qu'ils obtinſſent du
ſuccès parmi nous. En France on ne permet
aux hommes qu'un chant ſimple , & pour
ainſi dire déclamatoire ; notre oreille eſt offenſée
de ce luxe d'agrémens dont les Italiens
furchargent le leur. Si c'eſt un préjugé , le
talent de M. Giuliano ne paroiſfoit pas propre
à nous en faire revenir. Les autres Artiſtes
qui rempliſſoient le Concert , ont obtenu
leurs ſuccès accoutumés.
J
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE..
AMAIS aucun Ouvrage n'a attiré à ce
Théâtre une ſi grande affluence que Panurge;
& l'empreſſement du Public , ainſi que les
applaudiſſemens , femble augmenter à chaque
repréſentation . Il eſt vrai qu'à chaque
repréſentation l'exécution devient plus parfaite
, & que les fineſſes de la muſique font
mieux apperçues & mieux ſenties.
٢٠
Le rôle de Panurge eſt joué par le ſieur
Laïs avec beaucoup d'intelligence , & chanté
avec tout l'art & le goût qu'on lui connoît.
Quelques perſonnes ont trouvé qu'il y mettoit
une teinte trop forte de bouffonneries
Fii)
126 MERCURE
mais ſi l'on y fait attention , on verra que ,
fans un peu de charge , ce rôle deviendroit
froid , & perdroit la plus grande partie de
fon effer. Nous obferverons ſeulement que
Panurge, s'annonçant comme un homme infouciant
qui ne cherche que le plaifir & la
joie , on pourroit defirer dans la phyſionomie
, comme dans le chant de l'Acteur
une expreſſion'de gaîte plus vive & plus
franche ; mais le ſieur Laïs , qui , dans la
Caravane ainſi que dans l'Opéra nouveau , a
développé ſon talent pour le comique, a peutêtre
reçu de la nature un caractère de phyfionomie
plus propre au Comique ſérieux, commecelui
du rôle d'Huſca , qu'au comique gai
que comportoit celui de Panurge. D'ailleurs
nous ferons une obſervation qui nous paroît
mériter quelque attention. L'expreflion de
gaîté dans le chant , tient principalement à
la manière de faire fortir la voix en donnant
des fons plus ronds & plus ouverts , & à une
manière de chanter plus ſimple , plus franche
& plus abandonnée ; mais ces qualités
ne peuvent ſe concilier avec ces modifications
de la voix , ces inflexions adoucies &
retenues, qu'exige un chant fini &fondu avec
art ; ainſi le ſieur Laïs ne pourroit mettre
plus de gaîté dans ſon chant , qu'en ſacrifiant
des agrémens & des fineſſes qui flattent
l'oreille , & qu'on applaudit conftamment.
Mile Saint Huberri a montré un nouveau
talent dansle rôle de Climène, qu'elle a rendu
avec toutes les nuances de fineffe & de
DE FRANCE. 127
gaîté dont il eſt ſuſceptible. Elle a mis furtout
dans ſa ſcène avec Panurge , au ſecond
Acte , une vérité auſſi ſpirituelle que piquante.
Nous n'avons pas beſoin d'ajouter
qu'elle a chanté avec l'aiſance & la sûreté
qui caractériſent un talent ſupérieur à ſon
rôle. Un rhume l'ayant obligée de quitter
ce rôle , Mlle Maillard l'a pris à la huitième
repréſentation : cette jeune Actrice l'a joué
avec beaucoup d'intelligence , & a été fort
applaudie.
MileGavaudan a été auſſi très vivement
applaudie dans le rôle d'Agarène. Sa voix
brillante & étendue n'a beſoin que des leçons
d'un bon Maître pour être heureuſement
appliquée aux plus grands rôles , & le
zèle qu'elle montre depuis quelque temps ,
ſemble garant des ſuccès qu'elle a droit d'efpérer.
Les fieurs Cheron & Rouſſeau n'ont rien
dans leurs rôles d'aſſez ſaillant pour ajouter
à l'idée très-avantageuſe qu'on a de leurs
talens
• Le divertiſſementdu premier Acte , repréſentant
une fête en l'honneur de la Déeſſe
des Lanternois , n'a rien d'aſſez marqué par
l'intention, ni rien d'affez piquant par l'exécution
, pour produire beaucoup d'effer. Ce
gente de fête pouvoit être caractérisé par
des tableaux plus neufs , & fur-tout plus
variés.
Celui du ſecond Acte eſt plus heureuſement
compofé ; l'entrée des jeunes danſeuſes
Fiv
128 MERCURE
Indiennes ( nommées dans le Programme
Bayadaires ) , préſente des figures de danſe
très agréables ; & le pas de Mlle Langlois ,
qui y danſe en coriphée , eſt auſſi bien conçu
que ſupérieurement exécuté. Le pas de cinq
exécuté par Mlles Guimard , Saulnier &
Langlois , & les fieurs Gardel & Veftris , eft
auſſi d'un bel effet , & d'une parfaite
exécution.
: La grande fête qui termine la Pièce, préfentedes
tableaux piquans & nouveaux ,&
un effet de danſe dont il ſeroit difficile de
donner une idée à ceux qui n'en ont pas joui.
L'Auteur du Poëme a voulu nous offrir
une imitation de la Fête célèbre connue à
la Chine ſous le nom de Fête des Lanternes
; & pour les détails de l'exécution ,
on voit qu'il a confulté les Voyageurs , &
fur-tout le P. du Halde. Ony voir des lanternes
de toutes les couleurs& de toutes les
formes ; & quelques - unes affez grandes
pour qu'on y exécute un petit ballet. Un
immenfe tambour Chinois , placé au fond
du Théâtre , & frappé par deux hommes à
chacune deſes extrémités , accompagne les
airs de danſe.
Le Compoſiteur a voulu animer encore
ce fingulier Spectacle par quelqu'emploi
nouveau de la muſique. Les finales que
les Italiens ont imaginées pour leurs Oper
ras bouffons , & que nos Compoſiteurs ont
appliquées enſuite à la Tragédie- Lyrique ,
ont été introduites depuis dans les balletss
DE FRANCE
129
&nous croyons que M. Gardel en a fait
le premier eſſai dans celui de la Rofière.
M. Grétry voulant donner au Maître des Ballets
un nouveau moyen d'étendre &de perfectionner
cette nouveauté , a imaginé de
reprendre l'ouverture entière de l'Opéra ,
pour y adapter différentes entrées. M.Gardel
a faifi cette idée neuve & piquante , & en a
tiré le plus grand parti. Tous les premiers
ſujets de la danſe ſe ſont empreffés de feconder
ſes vues; tous y ont développé leurs
talens à l'envi , & tous y brillent fans ſe
nuire & fans s'effacer. Il eſt réſulté de cette
lutte de talens & de zèle , un des effets les
plus extraordinaires& les plus brillans que
la danſe ait jamais offert fur ce Théâtre ;
lorſque les premiers ſons de la tymbale
annoncent le pas de quatre, danſé par Mlle
Saulnier & Mile Guimard ( remplacée par
Mlie Langlois ) & les ſieurs Gardel & Veftris
un filence univerſel prépare le grand
intérêt qu'excite l'eſpèce d'affaut qui ſe fait
entre ces deux excellens Danteurs. Jamais
l'un & l'autre n'a montré plus d'a-plomb ,
de force & de légèreté ; le ſieur Gardel , en
confervant la nobleſſe des mouvemens qur
convient à ſon genre , & qui ajoute une nouvelle
difficulté à celle des pas hardis qu'il
exécute; le ſieur Veſtris , avec ce feu , cette
aifance naturelle , & cet abandon dont le
charme eft irréſiſtible. Ils font l'un & l'autre
applaudis avec tranſport, & il ſemble queles
Spectateurs craignent d'accorder à l'un plus
د
Fv
130 MERCURE
qu'à l'autre : eſpèce de juſtice fort rare , fortout
à nos Spectacles , où les préventions dominent
d'ordinaire le ſentiment , & ne permettent
guères de couronner un talent qu'aux
dépens d'un autre.
Nous devons ajouter ici que Mlles Saulnier
& Langlois font chaque jour des progrès
qui confirment de plus en plus les eſpérances
qu'on a conçues de leurs talens.Mlles
Élisberg & Zacharie ont obtenu auffi des
applaudiſſemens très - mérités ; les ficuts
Laurent& Lefèvre ont danfé, avec beaucoup .
de légèreté & de feu , un pas de Chinois au
ſecond & au troiſième Actes .
- La partie de l'Orcheſtre , pleine d'intentions
fines dans les accompagnemens des
airs , eſt exécutée avec la ſupériorité & te
goût qu'on eſt accoutumé d'y trouver.
L'Opéra eſt mis en général avec beaucoup
de foin & de magnificence , & les décorations
, compofées d'après les idées qu'on a
du coſtume Chinois , adopté par l'Auteur,
ajoutent à l'effet du Spectacle.
COMÉDIE FRANÇOISE.
L'Auteur d'Abdir a réduit fon Drame Tragique
à trois Actes. Les ſuppreſſions qu'il a
faites , ont ôté à l'action quelque choſe de ſa
langueur , mais ne lui ont point , comme
on le defiroit, donné de rapidité. La fituation
d'Abdir eft moins prolongée , mais elle n'en
DE FRANCF. 131
eſt pas plus intéreſſante. Pouvoit elle l'être
au Theatre ? Nous en doutons . Jetons un
coup- d'oeil fur la marche de ce Drame Tragique,&
foumettons enſuite nos obſervations
à la fagacité des Connoiffeurs .
د
Les Nangès ont accablé d'exactions infupportables
une de leurs plus grandes Provinces.
Les Citoyens de cette Province ont pris les armesdans
l'intention de ſecouer le joug. Timurkin,
un Capitaine Nangès, a fait fubir le der
nier fupplice à un Chef des Infurgens pris
les armes à la main. On a demandé raiſon
mais en vain , de cet acte de barbarie. Par
droit de repréſailles on veut dévouer à la
mort un des Officiers Nangès qu'on a faits
prifonniers : on s'en rapporte au hafard ,
&le nom d'Abdir fort de l'urne fatale. Les
vertus , le courage , les qualités éminentes de
ce jeune infortuné , ont inſpiré à Vazir-kan,
Général des Infurgens, une grande eſtime. Ce
n'est qu'engémiſſant que ceGénéral ſeprépare
àdonner l'ordre de la mort d'Abdir ; mais le
père du jeune homme ſacrifié par Timurkin ,
ne reſpire que la vengeance ,& demande le
fupplice d'Abdir. Alors la mère de ce brave
Officier , qui , ſur la nouvelle du ſort réſervé
àfon fils , a traverſé les mers , vient implorer
pour lui la protection de Vazir-kan. Chefdes
foldats , mais ſoumis à la loi , celui-ci ne peut
rien pour Abdir. Le vieillard, père de Nouddy
(c'eſt le nom duCapitaine ſacrifié ), peut ſeul
-accorder la grâce du jeune Nangès . Il eſt
ému par les larmes de la mère de cet infor
Fvj
132
MERCURE
tuné, & propoſe un moyen d'accorder fa
vengeance & celle de ſonpays. Il propoſe à
Abdir de quitter les drapeaux des Nangès ,
&de porter les armes contre eux. Le vertueuxjeune
homme rejette la propofition ,
&ſamère retombe dans le déſeſpoir. Une
reſſource lui reſte pourtant encore. LesOfficiers
Nangès faits prifonniers avec Abdir ,
révoltés du refus qu'on fait de livrer Timur+
kin , marchent vers leur camp , dans le deffein
d'y trouver la mort , on d'enlever le
perfide. Ils ne reparoiffent point. On conduit
Abdir au ſupplice. On a dreffé l'échafaud ; il
s'arrache avec courage des bras de ſa mère
pour aller fubir fon fort , lorſqu'on annonce
l'arrivée d'un Ambaffadeur Perfan , qui , au
nom de ſon Maître, vient demander & obtient
la grâce d'Abdir.
Nous ne faiſons point mention d'une certaine
Mirzane , amante d'Abdir,parce que
ce perſonnage a été ſupprimé à la ſeconde
repréfentation.
Tout l'intérêt de ce Drame devoit porter
fur Abdir , & cependant ce jeune Capitaine
intéreſſe peu , parce que ſa ſituation n'eſt
point dramatique. Ceux de nos Lecteurs qui
ſe rappellent l'anecdote qui a formé le ſujet
de ce Drame , ceux qui ont lu le Roman de
M. deMayer, ſavent que cette victime dévouée
à la loi cruelle , mais trop ſouvent néceſſaire
des repréfailles , fut conduite plufieurs
fois aux pieds de ſon échafaud , & reconduitedans
ſa prifon. Toutes les ames ſen
DE FRANCE.
133
4
fibles ſe pénétreront facilement de la poſition
douloureuſe où dût ſe trouver un innocent ,
dont on augmentoit le ſupplice en lui en
montrant pluſieurs fois l'inſtrument , & en
prolongeant ſon exiſtence , pour le laiſſer en
proie aux tourmens de la honte , de l'attente
&de l'incertitude , plus horrible encore que
le trépas. Les détails de cette ſituation peuvent
intéreſſer dans un Roman ; au Théâtre ,
ils ppeeuuvveenntt attendıir un moment , mais ils
doivent finir par devenir froids , parce que
la répésition des mêmes tableaux , des mêmes
incidens eſt proſcrite par les règles de l'Art
Dramatique , & qu'elles tendent toutes , ces
règles , à produire les effets après leſquels on
court aujourd'hui fans les attraper jamais ,
par la raiſon même qu'on s'eſt accoutumé
depuis quelque temps ànégliger les cauſes.
Pour porter le ſujet d'Abdir au Théâtre , il
falloit ajouter au fonds de la ſituation de ce
perſonnage , des incidens raisonnables , les
bienmotiver &les rendre fufceptibles de fou-
-tenir , d'échauffer &de porter l'intérêt juf
qu'au dénouement. Il falloit approfondir ſa
matière , ne la point travailler à la hate , &
préférer au frivole honneur de l'avoirportée
le premier ſur la Scène ,l'honneur plus
-digne d'un homme de Lettres , de faire un
bon ouvrage , un ouvrage qui ne dût point
ſonſuccès au concours de quelques circonftances
, & qui fût fait pour plaire en tous
les temps comme à tous les eſprits .
Pour ſe convaincre que le Drame d'Abdir
134 MERCURE
a eté faitd'une manière très-hâtive , il ne faut
que jeter un coup d'oeil fur la Scènedu ſecond
Acte , entre la mère d'Abdir & le vi.illard
Nouddy. L'idée de cette Scène eſt très-heureuſe.
La poſition d'une mère qui vient
demander la grâce de ſon fils , à un père qui
pourſuit la vengeance de la mort du fien , &
de fa mort infâme , eſt véritablement Dramatique.
Eh bien ! cette Scène faite pour déchirer
tous les coeurs , pour faire couler les
larmes de tous les yeux , laiſſe le Spectateur
froid & tranquille. Pourquoi ? parce que
l'Auteur l'a plutôt apperçue que fentie , &
qu'il ne s'eſt pas donné le temps de chercher
tous ces développemens heureux que l'amour
maternel peut oppoſer à la fureur , & les
combats intéreſſansde la ſenſibilité fortement
émue contre la ſoif de la vengeance. On a
applaudi dans ce Drame de beaux vers ,
quelques idées fortes , qui font regretter
que l'Auteur ne ſoit pas plus vivement pénétré
d'un ſujetqu'il paroît avoir fenti quelquefois
, & qui ne demandoit pas à être médiocrement
traité.
Le Samedi 29 Janvier , on a repréſenté ,
pour la première fois , les Épreuves , Comédie
en un Acte & en vers.
Florival & Damis aiment deux foeurs.
L'amante de celui-ci a formé le projet de
l'éprouver. En conféquence elle feint de s'attacher
à Florival. De ſon côté , Damis ſe
DE FRANCE.
135
propoſe de faire ſentir à ſa maîtreffe
toutes les inquiétudes , toutes les angoifles ,
tous les mouvemens jaloux qui ont fait fon
tourment,& feint à fon tour d'aimer la jeune
foeur. On croira aiſement qu'il n'eſt pas difficile
de rapprocher deux amans de ce caractère.
On les rapproche en effet ; chacun
avoue ſes torts , & un double hymen termine
la Pièce .
Ce petit Ouvrage a eu beaucoup de ſuccès.
Le fonds reſſemble un peu à celui de quelques
Comédies connues; mais le ſujet eſt
traité d'une manière neuve , facile & pleine
de grâces. Le dialogue eſt vif, ferré & rempli
d'eſprit. On pourroit même reprocher à
l'Auteur de trop dialoguer. Ce reproche
eſt d'une eſpèce rare : peu d'Auteurs ſe le
voient faire aujourd'hui. Nous croyons pourtant
que l'Auteur des Épreuves le mérite. Il
a donné à la Comédie Italienne quelques
Ouvrages qui ont annoncé le germe du talent.
Sa Comédie des Rivaux Amis , repréſentée
farle Théâtre François , lui a fait honneur.
Celle dont nous rendons compte ajoute
àl'opinion avantageuſe qu'on a conçue de
ſes talens. Néanmoins , dans toutes ces productions
on n'apperçoit preſque jamais ,
pour ne rien dire de plus , aucun de ces développemens
qui font l'âme de la Scène , qui
ſervent à éclairer les phyſionomies , à mettre
dans leur jour le caractère des perſonnages ,
&qui annoncent une tête dramatique. Son
Ayle , découpé par hémiſtiches , fatigue quel
136 MERCURE
quefois tant il eſt ſerré : il eſt même rare
d'y appercevoir dix vers écrits de ſuite , &
placés dans la bouche du même perſonnage.
On aime à voir dans les efſſais d'un Auteur
l'eſpoirde ſes progrès à venir ; & nos jeunes
Écrivains devroient , quoiqu'en travaillant à
des bagarelles , ſe rappeler qu'un vieillard
de bon fens devina le grand talent de Molière
à une repréſentation des Précieuses Ridicules.
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
LUNDI prochain , 21 du courant , on mettra en
vente , hôtel de Thou , rue des Poitevins , N° . 17 ,
la douxième Livraiſon de l'Encyclopédie , composée
d'un volume de Planches & d'un volume de Discours.
Prix , 35 liv . en feuilles , & 36 liv. 10 f. broché.
Les trois premiers volumes du troisième Voyage
de Cook , in- 4 ° . - Les mêmes , en 3 vol. in- 8 °.
--Les mêmes , en 6 vol . in 8 °. gros caractère.-Les
Tomes 17 & 18 de l'Histoire Naturelle des Oiseaux,
in- 12 . Prix , 6 liv . bl. ou br . , 7 liv. 4 ſols reliés.
Ces deux volumes complettent cette grande partiede
l'Histoire Naturelle . - Le vingt- cinquième Cahier
- des Quadrupedes enluminés. Prix , 7 liv . 4 ſols.
REPERTOIRE univerſel & raisonné de Jurisprudence
civile , criminelle , canonique & bénéficiale ;
Ouvrage de pluſieurs jurifconfultes , mis en ordre &
publié par M. Guyot , écuyer , ancien Magiftrat.
Nouvelle édition corrigée , & augmentée tant des
lois nouvelles que des arrêts rendus en matière importante
par les parlemens & les autres cours du
DE FRANCE: 137
royaume , depuis l'édition précédente. A Paris , chez
Viſſe, rue de la Harpe , près de la rue Serpente ; &
chez les principaux Libraires des provincesde France.
Il ne ſeroit guères poſſible de propoſer aux
hommes un objet plus intéreſſant & plus digne
de leur attention que l'étude des lois , puiſqu'elles
font les ſources d'où ont toujours découlé le bonheur
des peuples &la tranquillité des empires. Il eſt vrai
que cette étude n'eſt point exempte de difficultés ,
fur-touten France , à cauſe des variétés infinies qui
réſultent de ce que nos Rois ont permis que chaque
province ſe gouvernât ſelon ſon droit & ſes uſages
particuliers. C'eſt pour rendre ce chemin plus facile ,
que plus de quarante Juriſconſultes , dont les noms
font imprimés au frontiſpice de cet ouvrage , ont
réuni & combiné leurs travaux .
Le plan d'après lequel le répertoire de juriſprudence
a été entrepris, eſt ſans doute le plus vafte
qu'on ait pu concevoir ſur cette ſcience , puiſqu'il
en embraſſe toutes les parties indiſtinctement, On
ytraite avec l'étendue qui a paru convenable , 1 .
du Droit naturel conſidéré dans ſes rapports avec
la morale , avec les lois civiles & avec les facultés
individuelles de chaque particulier. 2°. On y développe
les principes du droit des gens. 3 °. On y difcuteavec
foin les divers objets qui font du reffort
du droit public du Royaume. 4. On y confidère le
droit civil dans les différentes acceptions dont il eſt
fufceptible. 5 ° . On y examine les différentes fortes
de crimes & de délits , & les peines que les lois
criminelles ont établies pour punir les coupables. 6 °.
On y entre dans tous les détails relatifs aux lois canoniques
& bénéficiales. 7°. Les moyens qu'emploie
la police pour faire régner l'ordre & l'harmonie
dans la ſociété. 8. Les matières dont connoiſſent
les juridictions conſulaires. 99. On s'eſt
pareillement occupé des matières qui font de la
138 MERCURE
,
compétence des autres juridictions extraordinaires ;
telles que le grand - confeil, les chambres des
comptes , les cours des aides , la cour des monnoies.
10º. Enfin , on a non- ſeulement expliqué les
règles à ſuivre dans la rédaction des différens actes
tant du miniſtère des juges , que de celui des notaires
&des autres miniſtres de la justice ; mais on a auſſi
donné des formules ou modèles de tous ces actes ,
afin que chacun pût connoître les armes avec leſquelles .
on doit attaquer , & celles dont on peut faire uſage
pour repouffer l'attaque.
Par ce léger apperçu des objets traités dans le
Répertoire dejurisprudence , on peut juger de l'utilité
dont cet ouvrage peut être pour les magiftrats, les
avecats , les notaires , les procureurs , & en général
pourtoutes les perſonnes qui ont des intérêts à diſcuter
& des poffeffions à conferver.
Conditions de laſouſcription oude la vente.
L'ouvrage contiendra dix- sept volumes in-4°.
en caractère petit romain , tel que celui du profpectus.
On continuera d'en publier un chaque mois :
ainſi le douzième paroîtra au mois de juin de la
préſente année 1785 ; les cinq autres ſuivront de
près , & paroîtront enſemble avant la fin de l'été
prochain. Les perſonnes qui ſe ſeront fait infcrire
avant la publication des cinq derniers volumes , ne
payeront l'ouvrage que ſur le pied de 168 livres
diſtribuées en treize payemens , dont le premier de
24 livres , aura lieu quand on fe fera infcrire , &
les douze autres de 12 livres l'un , ſe ferout en retirant
chacun des douze premiers volumes ; les cinq derniers
feront livrés gratis , aux perſonnes qui ſe ſeront fait
infcrire avantqu'ils paroiſſent. Quand on les publiera,
on fixera le quatorzième payement qu'auront à faire
pour ces cinq volumes les perſonnes qui n'auront pas
DE FRANCE.
139
fouſcrit précédemment. Afin que l'acquiſition de
l'ouvrage ne puiſſe jamais paroître onéreuſe , on aura
la liberté de retirer les volumes l'un après l'autre ,
quand on lejugera à propos , ſans aucune obligation
d'enretirer pluſieurs àla fois.
Il réſultera de cette facilité , qui ſubſiſtera même
quand la ſouſcription ſera fermée ,que les perſonnes
auxquelles l'ouvrage ne conviendra pas, pourront ,
après l'examen qu'elles auront fait du premier volume
, renoncer à l'acquiſition des autres , & s'éviter
le regret d'une dépenſe involontaire.
La reliure & la brochure ne font point comprises
dans le prix dont on a parlé.
Les Dangers d'un premier Choix , ou Lettres de
Laure à Emilie , par M. de la Dixmerie. 3 Parties
in 2. A la Haye , & ſe trouve à Paris , chez Delalain
le jeune , Libraire , rue S. Jacques.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage , dont
l'Auteur eft connu par d'autres productions eſtimables.
Les Folies du Cousin Jacques , annoncées dans le
Mercure du 22 Janvier dernier , ſe trouvent , brochées
& reliées , chez l'Auteur , rue Buffaut , Fauxbourg
Montanartre , même maiſon que Madame la
Comreſſe de Pardieu , depuis fix heures du matin
juſqu'à deux ; chez Royez, quai des Auguſtins , &
Leſclapart , pont Notre-Dame.
Le même Auteur ſe propoſede donner des Leçons
d'Hiſtoire , de Géographie , de Langues Latine, Fran
çoiſe & Grecque. S'adreſſer aux adreſſes ci-deſſus.
Le Quart-d'Heure des Jolies Françoiſes , Etrennes
aux Dames , mêlées de Couplets ſur les Airs les
plus agréables , avec Tablettes , Perte & Gain. A
Paris, chez Deſnos , Ingénicur-Géographe & Li
140
MERCURE
braire de Sa Majeſté Danoiſe , rue S. Jacques , ad
Globe.
FABIUS & Caton , Fragment de l'Histoire Romaine
, par M. Albert de Haller, traduit de l'Allemand
par F. L. Koenig , Miniſtre du Saint Évangile
àBerthoud. A Lausanne , chez Jules - Henri Pott &
Compagnie. Prix , 1 liv. 4 fols.
Nous avons trois Romans politiques du célèbre
Haller fur trois différentes formes de Gouvernement;
Ufong, dont le ſujet étoit le Gouvernement
Monarchique ; Alfred , qui traite du Gouvernement
mixte , & Fabius & Caton fur le Gouvernement Républicain.
Les deux premiers Ouvrages ont été traduits
en François , & on lira avec plaifir celui- ci ,
qui en fait comme la troiſième Partie , & complette
un Traité des formes des Gouvernemens .
Nous ne dirons rien des beautés de détail qu'on
y trouve ; on doit ſentir qu'un homme de talent
comme M. Haller , écrivant d'après les plus fameux
Hiſtoriens de Rome , un des plus beaux morceaux
de l'Histoire Romaine , qui eſt la guerre d'Annibal
, il n'en pouvoit réſulter qu'un Ouvrage de mérite.
Nous aurions defiré ſeulement que le Traducteur
eût évité quelques fautes contrela Langue Françoiſe,
dont les fineſſes paroiſſent lui être peu familières.
EXHORTATIONS prononcées dans l'Eglise
d'Yvetot , Diocèse de Rouen , par M. l'Abbé Desjardin,
Curé de cette Paroiffe. A Paris , chez Leſclapart
, Libraire de MONSIEUR , Frère du Roi, Pont
Notre Dame , à la Sainte Famille.
La première de ces Exhortations roule fur le refpest
qu'on doit aux Prêtres à cauſe du caractère
dont ils font revêtus , & des forêtions auguſtes de
leur Ministère. Elle eſt écrite d'un ſtyle noble &
DE FRANCE.
1 141
foutenu. La ſeconde eſt remplie d'onction , &
toutes les deux font dignes de la réputation de M.
l'Abbé Desjardin , déjà connu par des ſuccès dans
Péloquence de la Chaire.
COLLECTION de douze Cahiers composés defix
Planches chaque , repréſentant des Plantes étran
gères en Fleurs , Fruits , Corail & Coquillage ,
detfinée par Jacques Charton , Officier du Point
'Honneur , propoſée par ſouſcription ,
En ſouſcrivant on paye 12 livres pour le premier
Cahier , & 6 liv . de mois en mois , à la diftribution
de chacun des autres Cahiers; le dernier fera livré
gratis. Chaque Cahier coûtera 9 livres à ceux qui
n'auront pas ſouſcrit. Le ſecond Cahier paroît actuellement
; l'on y trouvera la Plante de l'Hipécacuanha
telle que la Nature l'a produite. La Collection
de ces Plantes eſt particulièrement deſtinée aux
Manufactures d'étoffes de foie , indiennes , porcelaines
& papiers. On ſouſcrit chez l'Auteur , rue
Saint Honoré , en face des Piliers des Halles , à
côtéde la rue Tirechape , maiſon de l'Épicier.
L'AMI de la Nature , ou manière de traiter les
maladies par le prétendu Magnétisme Animal , par
M. Souffelier de la Tour , Écuyer , &c. A Dijon ,
chez Capel; & ſe trouve à Paris , rue & hôtel Ser
pente. Prix , 3 liv. broché.
L'Auteur de cet Ouvrage prétend que le Magnétiſme
Animal n'eſt autre choſe que l'électricité ; &
à propos d'électricité , il parle du tonnerre , des
vents, du flux & reflux , de tremblemens de terre ,
des volcans , &c. On trouvera dans cet Ouvrage
des choſes affez curieuſes ſur toutes les parties de la
Phyſique; ce qu'on y lira fur M. Meſimer & quelques-
uns de ſes Élèves qui ont paflé à Dijon , & qui
y ont opéré , mérite auſſi d'être lû. En général le
142 MERCURE
ton de cet Ouvrage eſt fait pour plaire . L'Auteur s'y
explique toujours avec modeſtie , & il paroît qu'il
n'a eu, en prenant la plume, d'autre motif que le defir
d'être utile.
CONSEILS de l'Amitié, ou Étude néceffaire an
bonheur de l'Homme & à celui de la Société. A
Paris , chez J. F. Baſtien .
Ce petit Livre ſe fait lire avec plaifir ; il eſt
écrit d'un ſtyle aſſez rapide ; mais il y a peu de
choſes ſaillantes & faites pour être citées.
SIX Duos dialogués pour deux Violons , par M.
de Beauclair , de la Muſique de S. M. , OEuvre III.
Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez Leroy , Marchand
de Muſique, Place du Palais Royal, Café de la
Régence.
ETRENNES d'Euterpe , ou premier Recueilde
Romances, Rondes , Vaudevilles , Paroles & Mufique
par M. Ducray , avec Accompagnement de Guittare
du mêmeAuteur. Prix , 2 liv. 8 ſols. A Paris ,
chez Robin , quai de Gêvres , aux deux Anges.
Cefontdes Chanſons affez gaies pour la plupart ,
&desAirs d'une tournure naïve & agréable .
La Mafe Lyrique , ou Journal de Guittare ,
dédié à la Reine. Ce Journal , qui en eſt à ſa quinzième
année , n'a jamais éé fait avec plus de
foin. Il est composé des plus jolis Airs du Théâtre
ou de Société , à mesure qu'ils paroiffent; il y en a
beaucoup d'autres, tous neufs, d'un ſtyle agréable &
d'un choix de paroles toujours très bien fait. On y
rencontre avec plaifir beaucoup de Muſique de M.
Porro , principalement chargé de la compofition du
Journal de Guittare, & qui connoît très-bien cet
DE FRANCE.
143
Inſtrument. On trouve l'année complette 1784 , &
l'on ſouſcrit pour les ſuivantes chez la Veuve Baillon
, rue Neuve des Petits- Champs , au coin de
celle de Richelieu. Prix, 12 liv. & 21 liv.
NUMÉROS 1 & 2 de la seconde année du Journal
de Violon . ou Recueil d'Airs nouveaux arrangés
pour le Violon , l'Alto , la Flûte & la Baffe.
Prix , 18 liv. & 21 liv. Séparément 2 liv. 8 fols. A
Paris , même Adreſſe que ci deſſus. Ce Journal , qui
paroît exactement à la fin de chaque mois , a été
trop bien reçu des Amateurs pour n'être pas continué.
SONATE pour le Clavecin , Violon obligé,
par M. Hullmandell , formant le Numéro 13 du
Journal de Pièces de Clavecin par différens Auteurs.
Séparément 2 liv. 8 fols. Abonnement 24 livres &
30 liv. A Paris , chez M. Boyer , à la Clef d'or ,
paſſage de l'ancien Café de Foy , rue de Richelieu ,
& Mme Lemenu , rue du Roule.
NUMÉRO 14 du même Journal , contenant un
Concerto pour le Clavecin à petit ou grand orcheftre,
ad libitum , par Amédée Mozart. Prix , 6 livres.
Abonnement & Adreſſe comme ci-deſſus.
NUMÉROS 2 à 6 du Journal de Harpe , par les
meilleurs Maîtres , cinquième année. Abonnement
15 liv. franc de port pour cinquante-deux Livraifons,
compoſées de deux & quelquefois trois feuilles
deMuſique qui paroiſſent exactement tous les Dimanches.
Chaque Numéro ſéparé 12 fols. A Paris ,
chez Leduc , ſucceſſeur de M. de la Chevardière .
ci - devant rue Traverſière , actuellement rue du
Roule, à la Croix d'or . On y trouve auſſi le Jourz
nal de Clavecin..
144
MERCURE
NEUVIÈME Recueil d'Airs d'Opéras comiques
& autres pour deux Flûtes ou deux Violons , par
M. Muflard , Maître de Flûte. Prix , 6 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Aubry-le-Boucher , maiſon du
Marchand de Vin , à côté du Pâtiffier.
SIX Quatuors concertans , à deux Violons .
Alto& Baffe , par M. F. Hoffmeiſter, OEuvre Septième.
Prix , 9 liv. A Paris , chez Imbault , rue &
vis-à-vis le Cloître 5. Honoré, maiſon du Chandelier
.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de laMusique& des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE.
AMlle de Saint Léger , 971 Municipales da Languedoc,
103
123
SonhaitdeBonneAnnée , 100 Acad. Robyy..ddee Musique ,125
Les Quatre Saiſons dela Vie, &c.
98 Concert Spirituel ,
Charade, Enigme & Logogry- Comédie Françoise ,
phe, 101 Annonces &Notices,
Suite de l'Extrait des Loix
130
136
J'At lu
APPROΒΑΤΙΟ Ν.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 19 Février 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'intereſſion. A
Paris , le 18 Février 1985. GUIDIL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 15 Janvier.
LE fieur
E fieur Henri Guſtowsky , Capitaine
Régiment de Nylande , eſt mort
les Novembre dernier , âgé de 99 ans. Il
naquit le 22 Août 1685 , dans la ville de
Grodno en Pologne. Il entra au ſervice de
Suede en 1706 , fous le regne de Charles XII ,
& il accompagna ce Monarque en Saxe &
en Ukraine . Il ſe trouva à la bataille de Holofzin
, au ſiege de Wipſeck en Ukraine &
à la bataille de Pultava , où il fut fait prifonnier
, & conduit d'abord à Mofcou , enſuite
à Caſan. Il retourna avec le Général
Muhl en Suede , où il arriva en 1716. En
1721 il parvint au grade de Lieutenant , &
à celui de Capitaine en 1759. Cet Officier a
joui juſqu'à ſa mort de la ſanté la plus robuſte
, & il a confervé une vigueur peu commune
à fon âge.
N°. 8 , 19 Février 1785 .
( 98 )
L'Amirauté , pour éterniſer lamémoire de l'Amiral
de Troile , Grand- Croix de l'Ordre de
l'Epée , a fait frapper une médaille dans le goût
antique , qui repréſente d'un côté , l'Amiral regardant
la grande Croix de l'Ordre dont il eſt
décoré , & au -deſſus eſt écrit ſon nom . On voit
fur l'exergue un gouvernail antique , deux Dauphins
& l'année 1780 , qui eſt l'époque à laquelle
le fieur de Trolle eut le commandement général
des armées navales de Suéde ; on lit au-deſſors ,
Gifven 1784 , af Amiralitelet ; ( donnée en 1784
par l'Amirauté. )
On a fait frapper en cuivre , un grand nombre
d'exemplaires de cette médaille ,& on en a
diſtribué pluſieurs milliers parmi les marins & le
peuple.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 17 Janvier.
Le nombre de vaiſſeaux fortis du port
d'Archangel en 1784 , a été de 126 ; favoir ,
34 pour Hambourg ; 27 pour Amſterdam ;
13 pour Londres ; 8 pour Brême ; 6 pour
Bergeu ; 6 pour Hull; 3 pour Drontheim ;
3 pour Dordrecht ; 3 pour Dublin ; 3 pour
Liverpool ; 3 pour Lisbonne ; 3 pour Newcaſtle
; 3 pour Leith ; 2 pour Greenock ; 2
pour Copenhague ; 1 pour Onéga ; 1 pour
S. Ubès ; 1 pour Rocheſter ; I pour Barcelone;
I pour Bordeaux ; 1 pour Rotterdam ;
1 de Port- à- Port ; 1 pour Belfast ; I pour
Oftende.
10,940 navires ont paſſé le Sund pendant
la même année : on en a compté ;
1
( وو (
:
1691. Danois , 3172 Anglois , 2170 Suédois
1366 Hollandois , 1429 Pruſſiens , 167 Impériaux
, 38 Portugais , 25 François , 19 Efpagnols
, 13 Américains , 5 Vénitiens , 168 de
Riga , 16 de Curland , 190 Dantzikois , 259 de
Brême , 75 d'Hambourg , 68 de Dubeck , 68
de Roſtock & 8 d'Oldenbourg.
Suivant un Journal Allemand , la population
de la Livonie en 1783 s'élevoit à
$25,310 habitans de tout âge & de tout
ſexe : le dénombrement des mâles dans l'Eftonie
en a donné 99,642 , dont 91,144 font
dans la fervitude.
S'il faut ajouter foi àdes lettres de Conſtantinople
, le Capitan Bacha , pendant ſa croifiere
dans l'Archipel , découvrit que la maiſon du
Conful Ruffe à Miconi étoit entourée d'une forte
muraille. Ayant fait rapport de cette conſtruction
au miniſtere , l'ordre ddee ladémoliraété en
voyé à ce Conful , qui a réclamé l'intervention de
l'Envoyé Ruſſe à conftantinople.
On rapporte un nouveau trait d'activité
de ce même Capitan Pacha.
Depuis quelques jours , il étoit obligé de garder
le lit , à cauſe d'une bleſſure à la jambe.
Dans cette ſituation , il apprend qu'il s'étoit
élevé une rixe au Fauxbourg de Galata entre
les Janiſſaires de la ville & ceux d'Afie , parmi lefquels
il y en avoit déja pluſieurs de bleſſés , &
même de tués : II quitte ſur le champ le lit ;
&, malgré l'appareil douloureux de ſa bleffure ,
ils s'arme , & fe faiſant accompagner de ſes
gens , il s'avance vers Galata : La porte en étoit
fermée ; & les mutins refuſoient de l'ouvrir : 11
ordonne alors de l'enfoncer ; & , paroiffant toutà-
coup au milieu des furieux , il les intimide
e2
( 100 )
1
tellementparſa voix , ſes regards & ſapréſence,
qu'ils ſe diſperſent à l'inſtant. On en a arrêté
huit , qui , le lendemain , ont été mis dans des
facs & jettés à la mer.
Les regiſtres de l'année derniere portent
le nombre des mariages à Konigsberg , à
636 , celui des naiſſances à 2108 , & celui
des morts à 1918. Les naiſſances ont furpaflé
les morts de 190 .
:
Le nombre des bâtimens arrivés la même
année dans le port de cette ville , monte à,
1964 , & celui des bâtimens qui en font,
partis , à 1986.
Un Journal Allemand offre les détails ſuivans
ſur le commerce des cuirs de Ruffie &
de Pologne.
-Les Cuirs de Ruſſie ſont de 6 eſpeces ; ſavoir :
1º. Les Cuirs ſuperfins ,le ballot de 7 , 3 quarts
à 8 quintaux ou de 20 rouleaux , chaque rouleau
de 6 peaux , & chaque peau du poids de 7 à 7 1
quartde livre.
2º. Cuirs fins ordinaires , même poids & même
nombre de rouleaux &de peaux.
3°, Cuirs fins moyens ; la paire eft du poidsde
14 à 15 livres & demie.
4°. Cuirs moyens ordinaires ; la paire eſt du
poids de 15 à 16 livres.
5. Cuirs de rebut , &c .
-6°. Roſſwall. Ces deux eſpeces ſont de lamoindre
qualité : les Cuirs de lameilleure qualité, font
ceux de Koſtrom & de Jaroslaw; viennent enfuite
ceux de Wologda , de Novogirod , de Mofcou,
de Pleſcow , de Caſan & de Lugofsk.
Dans le commerce de ces cuirs , il faut faire attention
au poids des ballots & ſur-tout auffi à la
( 101 )
circonstance , pour qu'on reçoive les ballots fans
qu'ils aient étédébaltés. Un ballot de 20 rouleaux
pèſe communément 30 pouds ou 1,000 ; & chaque
rouleau en contient3, ou ſi les Cuirs ſont des
Poluwallé ou Cuirs légers , 5 paires de peaux. On
envoie ordinairement des ballots de ce poids à
Hambourg & à Lubek. Les ballots envoyés
en Italie , reuferment 22 rouleaux ; la plupart des
Cuirs quiy paſſent, ſont ſuperfins ou des Poluwallé.
La ville de Petersbourg eſt le principal
endroit pour ce commerce , & le tems le plus favorable
pour acheter des Cuirs de Ruffie eſt le mois
de Novembre immédiatement apres l'arrivée de
la flotted'Archangel. Le prix de ces Cuirs ne peut
point être déterminé avec exactitude ; ceux que
laHollande & les villes de Hambourg & de Lu
bek fourniſſent à l'Allemagne , coûtent la livre
de 10 à 12 ſchellings de banque , & on accorde
8& deux tiers pour cent de rabais .
2
Les Cuirsde Pologne ſont de cinq eſpeces; favoir
:
1º. Cuirs de Mohilow; dont la paire pèſe 14
juſqu'à 15 liv . &demie.
2º. Cuirs de Sluezkou Cuirs moyens de Pologne
;la paire pèſe 16 juſqu'à 16 liv. & demie ; le
rouleau de 6 pieces pèſe un demi quintal moins
de 5 livres & demie , & le ballot ou 20 rouleaux
9quintaux au plus .
3º. Cuirs de Poloezk ou Cuirs ordinaires dePologne
; la paire peſe 17 juſqu'à 17 livres & demie
; le rouleau un demi quintal moins 2 livres
&demie ; le ballot ou 20 rouleaux , 9 quintaux
& demi & 5 livres .
4°. Cuirs Roffwall ou rebut.
5°. Cuirs des frontieres de Pologne,
La ville de Dantzick eſt le principal endroie
pour le commerce de ces Cuirs.
e3
( 102 )
DE BERLIN , le 4 Février .
Le Comte de Lucheſi , Envoyé de Naples,
eſt parti pour Londres , où il va réſider.
Le Comte de Ségur , Miniſtre de la
Cour de France en Ruffie , eft arrivé dans
cette Capitale, d'où il eſt parti pour Potsdam
, le 29 du mois dernier.
Dans l'Affemblée publique de l'Académie , le
27 , pour célébrer l'anniverſaire du Roi , M. Formey
, Secrétaire perpétuel ouvrit la ſéance par
desRéflex ons ſur les Tusculanes , terminées , ſelon
Tuſage , par l'éloge de S. M. Mr. le Baron
de Hertzberg , Miniftre du Cabinet , lut une Dif
ſertation fur la population en général , & fur
celle des Etats Pruffiens en particulier. M. Formey
préſenta enſuite à l'Académie une édition
des OEuvres du Comte Algarotti , augmentée
d'undixieme volume , & dédiée à S. M. par l'Editeur
, le Libraire Manini de Crémone. M. Gerhardi
lut un Mémoire ſur une pierre flexible ,
trouvée par M. le Conſeiller Dantz , & M. d'Anieres
termina la ſéance par des remarques ſur
les jeux de hafard. ?
L'uſage du charbon de terre eſt actuellement
bien établi dans la Siléſie & dans le
Comté de Glatz . 2480 atteliers , 1990 poëles,
445 chaudieres ou fours , II ſavonneries
, 5 moulins de papeteries ont employé
ce combustible l'année derniere avec le plus
grand ſuccès. En 1784 , on a exporté de ces
deux provinces 488,074 meſures de charbon
de terre.
Le nombre de Vaiſſeaux entrés à Dantaick
( 103 )
l'année derniere a été de 839 , & il en eſt forti
831. Des premiers , il s'eſt trouvé 192 Navires
Anglois ; 181 Danois ; 153 Suédois ; 63 Hollandois
; 112 Dantzickois. Le reste de Pruſſiens
& d'autres Ports de la Baltique. En général , le
Commerce , ſpécialement celui du bois a été
aſſez animé. Il eſt entré 42,495 lat de bled , &
il en a été exporté 34,862 .
Durant ſon ſéjour à Geneve le Prince
Henri vifitant les fabriques d'Horlogerie ,
s'arrêta long-temps dans l'attelier d'un artiſte
en rouages. En fortant le Prince lut fur
la porte cette infcription : le loisir des gens
oififs fait le tourment des gens occupés . Cela
pourroit me regarder en ce moment- ci , dit
le Prince ; oui , Monseigneur , répondit l'Artiſte
, c'est à cause de vous que cette infcription
eft là depuis 25 ans. Je recevois alors d'exactes
nouvelles d'Allemagne ; tout le quartier accouroit
chez moi pour entendre le récit de vos
victoires , &je fus obligé d'employer cet avertiſſement
pour écarter les importuns. -
Ce compliment , bien plus ingénieux que
tantde plates rimailleries , étoit d'autant plus
flatteur , que l'Artiſte diſoit vrai .
Quoiqquu''oonn répande dans l'étranger la nouvelle
de deux armées Pruſſiennes , prêtes à
s'ébranler au printems , nous pouvons affirmer
de la maniere la plus poſitive, qu'il ne
ſe fait encore ici aucun mouvement quelconque
, d'où l'on puiſſe induire une pareille
affertion.
e 4
( 104 )
DE VIENNE , le 27 Janvier.
Toujours le même partage d'opinions , &
la même diverſité de conjectures. Chacun
les appuie fur. de petites circonstances du
moment , contradictoires en apparence , &
que l'ignorance du véritable but des divers
mouvemens fait paroître telles. D'un
côté , ce font 3000 quintaux de poudre ,
commis à Cologne & contremandés ; une
livraiſon de bombes achetées dans le pays
de Treves , ſuſpendue; les Croates arrêtés
dans leur marche par de nouveaux ordres ;
enfin , l'Empereur lui-même dont les équipages
arrivent à Bruxelles , tandis que les
Nouvelliſtes , ſes Maréchaux de logis , lui
tracent la route de la Tranſylvanie. En
même tems , on écrit de Bohême , que de
nouveaux Régimens vont défiler vers les
Pays-Bas , qu'on a prévenu de leur marche
les fourniſſeurs ſur les frontieres de la Baviere
, & que les préparatifs de guerre ſe
continuent ſans interruption. Le Public peut
choiſir entre ces bruits oppoſés ceux qui lui
paroiſſent les plus conformes aux conjonctures.
Tous les jours l'Empereur ſe leve à cinq
heures du matin, & à huit le paquet des dépêches
eft fini , & ordinairement envoyé
chez le Feldt- Maréchal Lafci. Beaucoup de
gens enviſagent dans le renvoi du voyage
de laCzarine à Cherfon un préſagede ſce
( 105 )
nes importantes au printems prochain.
Voici ce qu'on mande d'Agram en Hongrie
le 14 Janvier.
-La-premiere diviſion du corps franc , compoſée
de soo hommes d'infanterie , raſſemblés
dans les environs de Carloſtadt , eſt arrivée ici
le 4 de ce mois , & a continué ſa route pour
Waradin , qui est le point de réunion , & d'où elle
partira avec les deux autres pour les Pays-Bas .
Nous attendons à tout moment la ſeconde divifion
de ce corps franc ; elle fera compofée de
500 houſſards , qui ont été pourvus de chevaux
à Bellovar. La derniere diviſion n'arrivera qu'à
la fin de cette ſemaine ; elle ne ſera formée que
de ſujets turcs , nés Mahometans , qui ont em .
braffé la Religion catholique. Un ( Harambascha
) chef de 16 voleurs , qui ſe pré enta pour
être enrőlé , fut reçu lui & ſes adjoints ; comme
ils vantoient beaucoup leur adreſſe à viſer juſte ,
on les mit à l'épreuve , & , en effet , il n'y en.
en eut pas un qui n'atteignit le but , & leur chef
donna précifément dans le milieu ; une ſeconde
épreuve eut le même ſuccès .
Le Lieutenant Colonel Kray , qui a eu le
bonheur de ſaiſir Horiah , a été fait Colonel
&Chevalier de l'Ordre de Marie-Théreſe .
Les payſans qui ont aidé à cette capture ,
ont reçu 600 ducats , & ont été affranchis
de tout impôt juſqu'à la troiſieme génération
. Horiah a déja ſubi le premier Interrogatoire
, d'où il réſulte, à ce qu'on prétend ,
que la révolte avoit dû commencer dès le
premier de Mai dernier , & qu'il s'agiſſoit
d'affaffiner toute la Nobleſſe : des diviſions
entre les conjurés retarderent l'exécution de
ce complot. es
( 106 )
On donne encore en ces termes une troi ,
ſieme relation de la catastrophe du chefde
ces conſpirateurs .
Horiah , ſe voyant abandonné de ſes partisans,
ſe retira dans le bois de Radak où l'on n'auroit.
rien pu entreprendre contre lui ſans un grand
danger & fans des pertes conſidérables . On imagina
un ftratagême , qui réuffit . Un Colonel-
Lieutenant , nommé Tilk , ſe choiſit 40 Wallaques
affidés. Avec ce cortege , il alla chez Horiah
; ils ſe donnerent pour déſerteurs , & furent
fi bien le perfuader , qu'il leur donna à chacun
6ducats pour les engager á ſon ſervice. Iis vécurent
avec lui , & fe conduifirent comme il
l'exigeoit. Cependant le Colonel-Lieutenant fit
donner des avis & faire des rapports par un
de ſes affidés à M. de Kray , Lieutenant-Colonel
du deuxieme Régiment de Sekler , qui commandoit
le Corps. Horiah & Gloska étoient
placés avec quatre payſans dans le bois autour
d'un feu , quand ceux - ci d'intelligence avec
M. Tielk , donnerent leur ſignal ; chacun des
* payſans prit en même temps ſon homme, (ily avoit
donc encore deux autres que Horiah & Gloska )
&le déſarma , & la milice ſurvint. Horiah affura
que , s'il s'étoit appercu un moment plutôt de
Jeur deffein , ils ne les auroient pas eu vivans.
On eſpere que cet événement appaifera
entierement les troubles. Les étincelles de
l'incendie s'étoient communiquées à d'autres
Comitats. 18 Popes , ou Prêtres Grecs
avojent tenu un ſynode de conſpiration.:
l'un d'eux écrivit à Horiah , pour lui demander
fi l'on devoit l'attendre , ou commencer
ſans lui. Cette lettre a été interceptée ; &
( 107 )
le Prêtre ſaiſi : il ſera empalé , après ſa dégradation
de la Prêtrife. La conduite de ces
Popes eſt une étrange marque de leur gratitude
envers l'Empereur qui a fait jouir les
Grecs ſchifmatiques de la tolérance ! On ne
penſe point qu'Horiah ſoit transféré à Vienne
: fon fupplice aura lieu à Hermanſtadt.
Nous n'avions pas tort , dans le tems que
l'on faifoit de ſi belles hiſtoires de ce brigand
, de ſes armées & de ſes ſuccès , de
prédire , qu'ayant commencé comme Pugatchew,
il finiroit de même.
Les Calviniſtes de Raab en Hongrie ont
achevé leur Maiſon de prieres , inaugurée le
12 Décembre. Ils ont adopté , pour l'ufage de
Ieurs Ecoles , l'excellent Catéchiſmede M. Vernes,
ancien Pasteur de l'Eglise de Genève . A Eperis
, les Luthériens , avec la permiſſion de l'Empereur
, ont acheté le College & l'Fgliſe des
Jéfuites , pour la ſomme de 6000 forins ; ils
ne tarderont pas à y célébrer leur culte.
On annonce encore des changemens dans
le Miniftere , mais différens de ceux dont
nous avons parlé précédemment. Selon les
dernieres conjectures, le Comte de Collowrath
quittera la Chancellerie , pour être adjoint
au Comte de Hatzfeldt , en qualité de
fecond Miniftre d'Etat & des Finances ; le
Comte de Zinzendort remplacera le Comte
de Kollowrath à la Chancellerie,& fera luimême
remplacé par le Comte Joſeph de
Kaunitz , actuellement en Eſpagne. Journellement
il s'éleve des plaintes contre le nouvel
Inſtitut des pauvres & contre l'Hôpital
e6
(108
1
Général ; ce qui fait attendre de grands
changemens dans ces deux Etabliſſemens .
On a trouvé à Liska en Hongrie une Prophétie
da quinzieme fiecle , dans le tombeau de
Jean Regiomontanus , faite , dit- on , avant ſa
morr. La voici :
Poft mille expletos à partu virginis annos
Septingenos rurfus abinde datos ,
Octuagefimus octavus mirabilis annus
Ingruet , & fecum triftia fata ferer.
Si non hoc anno totus malus occidet orbis ,
Si non in nihium terra fretumque ruet ;
Cunta tamen mandi rurfum ibunt atque deorsum
Imperia , & luctus undique grandis erit.
On conjecture que la conftitution de la
Hongrie ſubira bientôt de grands changemens
, & qu'on la réduira à la même forme
que le reſte de la Monarchie Autrichienne :
laHongrie ſera , dit- on , partagée en 8 Gouvernemens
auxquels les Comitats feront fubordonnés.
Les préjugés des habitans de cette ville
l'ont emporté fur le ſage Réglement de l'Empereur,
au ſujet des ſépultures. Ce Monarque
ne voulant point forcer les volontés ,
avant qu'on fût parvenu à perſuader la raiſon
, vient d'écrire le billet ſuivant au Comte
de Collovrath , Grand- Chancelier de Bohême
& d'Autriche.
Comme un grand nombre de Viennois
>> eſt aſſez peu éclairé pour ne pas ſentir les
>>raiſons qui m'ont fait preſcrire les facs d'en-
>> terremens , raiſon qui ſe rapportoit à une
>> putrefaction plus prompte , & qui , con équem
>> ment , intéreſſoit la ſanté des vivans ; puiſ-
:
( 109 )
3
» qu'ils font un ſi grand cas de leurs corps ,
>>même après leur mort , ne ſongeant pas qu'ils
>> ne ſont plus alors que des cadavres foetides ,
>> Je ne m'embaraſſe plus de quelle maniere ils
>>>veulent être enterrés , & ils peuvent ſe faire
>> mettre à leur aiſe dans des cercueils , s'ils
>>> ne veulent pas être couſus dans des facs ».
Ce fanatiſme étoit au point , qu'un payfan
de la Bohême , dont la fille unique venoit
de mourir , voyant le foſſoyeur le préparer
à mettre le petit cadavre dans un fac ,
l'étendit roide mort d'un coup de couteau .
D'autres payfans ſe ſont enfuis en Saxe &
en Siléſie , uniquement pour y être enterrés
à la façon de leurs peres. Un riche Juif,
mort dans cette Capitale , ordonna par fon
teftament de tranſporter fon corps à Presbourg
, où la pratique ſalutaire des facs n'étoit
pas encore introduite.
a
L'Empereur a fondé à l'Univerſité de cette
Capitale une Chaire d'Arithmétique politique
, à laquelle il a nommé le ſieur Brand ,
Inſtituteur de l'Ecole de commerce.
DE FRANCFORT , le 7 Fevrier.
Le fecret des affaires eft impénétrable à
Vienne. Les préparatifs ſe font, la feconde
diviſion de troupes va s'ébranler , & l'on ne
fait rien , l'on ne dit même rien ſur le tems
de leur marche , ni fur le lieu de leur deſtination.
Aucune lettre de Vienne ne s'explique
fur la convention entre l'Empereur &
( 110 )
la Maiſon de Baviere , qui n'eſt encore communiquée
à aucune des Puiſſances voiſines .
L'on aſſuroit qu'il y avoit eu dans le Conſeil
de Munich quelques déplacemens occafionnés
par des indiſcrétions ; mais l'on a de
fortes raiſons de croire que ces déplacemens
étoient peu néceſſaires.
Le Prince de Linange , qui réſide à Durkeim,
(pas loin de Manheim )y a établi un Théâtre
depuis quelques années. Le 2 Janvier , il y eut
une repréſentation pour les pauvres de toutes
les Religions. Les Prédicateurs des trois Religions
chrétiennes & le Rabbin des Juifs ſe trouverent
à l'entrée de la ſalle de Spectacle , &reçurent
les contributions . Un Catholique a vu des Proteftans
trois Prêtres Chrétiens , à côté d'un
Juif, tous devant une maifon contre l'uſage
de laquelle encore beaucoup d'Eccléſiaſtiques déclament.
Le Prédicateur réformé étoit un vieillard
refpe&able , en cheveux blancs . La recette
fut conſidérable , & elle fut répartie également
entre les quaire Religions .
,
د
Le Prince-Archevêque de Saltzbourg a
ordonné aux Capucins de porter dorenavant
des bas & des fouliers pendant l'hiver.
Le nouveau régiment , qui vient de ſe lever
dans le Wirtemberg pour le ſervice de l'Empereur
, eſt preſque comole ; il ſe nommera la Légion
impériale. Il eſt composé de 200 Dragons ,
de 800 Fantaffins & 50 Caroniers. L'on dit
qu'il a été donné au Prince Ferdinand de Wurtemberg
, & qu'il doit ſous peu partir pour les
Pays: Bis. Le Colonel Autrichien , qui conduifoit
le Régiment de Migazzi au travers du pays de
Wurtemberg , eft de retour ici ; il doit repartit , le
6.Février , à la tête de la Légion impériale.
( III ) :
Une lettre de Munich rend en ces termes
le récit d'un ſuicide , exécuté récemment
dans cette Capitale.
« Une jeune Demoiselle , du plus rare mérite
, demande à ſa mere la permiffion de ſortir
le matin pour ſe rendre avec ſa Femme de
Chambre chez un Marchand de Modes. La permiſſion
eſt accordée. En fortant de chez le
Marchand , la jeune perſonne propoſe fans affectation
à ſa conductrice de monter ſur la tour de
l'Egliſe de Notre Dame pour y jouir de la vue .
La journée étoit des plus belles . La Femmede-
Chambre y conſent. Arrivées au haut de la
tour , la Demoiselle laiſſe tomber le couvercle
de ſa tabatiere ; tandis que ſa ſuivante & le
ſonneur , qui les avoient accompagnées , s'empreſſent
de le ramaſſer , la jeune infortunée
faifit le moment de ſe précipiter en bas de la
tour.
On attribue cet événement à la crainte de la
jeune perſonne , d'être obligée d'épouſer un vieillard
riche , à ſon amour pour un Lieutenant du
Régiment de Charles- Lorraine , & à une lecture
affidue des ouvrages modernes des Prédicateurs
de ſuicide.
L'anecdote ſuivante peut adoucir l'affligeante
impreſſion de celle qu'on vient de
raconter.
A Le Prince P., qui poſſede des biens conſidérables
dans la Bohême & dans le Royaume de Naples ,
ſe trouvant à Vienne , prenoit un plaiſir extrême
à courir les rues de cette ville dans un Phaéton
, attelé de quatre chevaux , qu'il conduiſoit
lui même. Un jour qu'il paſſoit devant un Corps
de Garde , l'Officier mit ſa troupe ſous les armes
pourle ſaluer; mais le Prince , qui alloit
( 112 )
,
grand train , éclabouſſa en paſſant l'Officier qui
juſtement avoit un uniforme blanc tout neuf
Celui - ci , de mauvaiſe humeur , cria au Prince
de ne pas mener ſa voiture ſi rapidement, A
ce cri , le Prince s'arrêta , & en voulant contenir
ſes chevaux , il éclabouſſoit de plus en plus
le Militaire. Alors celui-ci , perdant toute pa
tience , monta fur le Phaéton en fir deſcendre
le Prince , & lui donna une volée de coups de
canne : mais réfléchiſſant enfuite fur cette action
, il craignit la colere de l'Empereur , alla
le trouver , & lui expofant l'affaire , le fupplia
de confidérer que ſon habit étoit neuf , ſa paie
très- mince , & la provocation du Prince très
gratuite, « Mon ami , lui dit l'Empereur , vous
>> vous trompez , ce n'eſt point le Prince que
>> vous avez battu , mais fon Cocher ». Et il
le renvoya très -gracieuſement.
Des lettres de Berlin portent que le ſieur
de Gaffron , ancien Réſident du Roi de
Pruſle à Conftantinople , a été arrêté à fon
retour , par ordre de S. M. , & conduit fur
le champ à Spandau .
I.e 21 de ce mois , la Comteſſe regnante
de la Lippe , née Princeſſe de Heſſe-Philipſtad
, eſt morte à Lipſtadt , dans ſa cinquantieme
année.
ITALI Ε.
DE MILAN , le 26 Janvier.
Il eſt entré dans le port deGenes , pendant
le cours de l'année derniere , 2056 ba
timens de diverſes nations , au nombre defquels
étoit un bâtiment Antéricain.
( 113 )
1
L'heureuſe végétation des grains , préparés
ſuivant les procédés du chevalier Marco Barbaro
, eſt conſtatée par les témoignages les plus
authentiques . On en a fait l'eſſai dans pluſieurs
parties de l'Italie , & particulierement en Tofcane
, & par tout avec le plus grand ſuccès .
Les expériences avec le Tourneiol ont auſſi réuffi
au-delà des eſpérances. La tige de cette plante
portoit plus de quarante fleurs , dont la plupart
étoient d'une groffeur extraordinaire , &
cependant le terrein fur lequel la femence avoit
été répandue , étoit argilleux , & n'avoit reçu
aucunes préparations. Le Chevalier Marco Barbaro
, ayant imaginé d'extraire l'huile de la ſemence
, il la trouva agréable au goût & trèsbonne
á brûler. Cette huile étant épurée ſuivant
un procédé particulier , ne ternit point
les verres ni les réverberes . Le Tournefol n'exige
aucune culture ; il ſuffit de tenir les plantes
à quelques pieds l'une de l'autre. Les terreins ,
qui ne font propres à d'autres productions , ſont
fufceptibles de cet affolement. Lorſque la ſemence
a été mise en fermentation , elle procure
une récolte quatre fois plus abondante.
Sur la fin du mois de Février , M. Jofeph
Viſconti , Homme d'Affaires de M. Barbaro ,
diſtribuera les graines préparées d'après les procédés
de l'Auteur avec un avis imprimé , où
l'on indique la méthode à ſuivre pour les ſemer.
Tous les Régimens tant d'infanterie que
de cavalerie , qui compoſent les troupes du
Roi de Sardaigne viennent d'être complettés
par ordre du Gouvernement. On fait
auſſi la revue de l'artillerie & des arfenaux ,
&il eft entré dernierement à Nice un bâti-
!
( 114 )
ment chargé de falpêtre pour le compte de
la Cour.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 30 Janvier.
S. M. a arrêté de rétablir les Galeres dans
ſa Marine , afin d'animer de plus en plus la
courſe contre les Algériens. Cette réſolution
Royale a été communiquée à tous lesTribunaux
& à toutes les Juſtices du Royaume,
afin qu'ils remettent en vigueur la peine des
Galeres preſcrite par les Loix.
Le nombre des Navires qui font entrés dans la
baye de Barcelone , pendant le cours de l'année
derniere a été de 874: ſavoir , 47 Vaiſſeaux de
guerre Eſpagnols , & 413 Bâtimens marchands
de la même nation ; 91 François ; 81 Anglois ;
dont un de guerre; 62 Hollandois, dont à deguerre
; 27 Napolitains ; II Portugais ; 54 Suédois;
15 Danois ; 16 Maltois , dont 15 de guerre ;
11 Impériaux ; 20 Raguſois ; 2Toſcans ; 16Vénitiens
; 7Génois & I Modenois.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 5 Février.
Les diſcuſſions relatives aux Elections
conteſtées , ont occupé le Parlement depuis
ſa rentrée juſqu'au premier de ce mois ; jour
auquel M. Pitt fixa l'attention de la Chambre
fur trois objets importans , dont elle devoit
s'occuper ſans délai ; ſavoir , la réforme
( 115 )
Parlementaire , l'établiſſement d'un ſyſtême
de commerce entre l'Irlande & l'Angleterre,
& les meſures à adopter dans les divers départemens
de la Finance. Afin de donner
plus de poids aux réſolutions à prendre fur
ces trois points , M. Pitt propoſa un appel
général de la Chambre pour le 14 de ce
mois; enſorte que les membres qui cejourlà
s'abſenteroient , ſous des prétextes frivoles
, fuſſent mis ſous la garde du Sergent
d'armes.
M. Fox ſe déclara partiſan zélé de la réforme
parlementaire; il exprima ſon deſir que le
plan relatif à cet objet fût préſenté à la
Chambre , fous la forme d'une propofition générale.
Lord North dit qu'il perſiſtoit à regarder
toute réforme dans la repréſentation comme
une meſure dangereuſe . Il parut étonné de ce
que M. Pitt ſe preſſoit tellement d'établir un
ſyſtême de commerce entre l'Angleterre & l'Ir .
lande. Il repréſenta que pour donner de la conſiſtance
à ce ſyſtérne , il étoit préalablement néceſſaire
qu'on mit ſous les yeux de la Chambre
diverſes notions dont l'examen prendroit du tems.
Il pria en conféquence M. Pitt de propoſer en
premier lieu ſon Bill de réforme.
M. Pitt répondit à l'un & à l'autre de ſes
amers Antagoniſtes , dans un diſcours où il
mêla à propos le raiſonnement , l'éloquence,
la plaifanterie , & qui fut reçu avec de
grands applaudiſſemens .
Le 2 , M. Pitt fit une motion tendante à ce
qu'il lui fût permis de préſenter un Bill ayant
pour objet de permettre à la Colonie de Terre(
116 )
Neuve , d'importer des Etats -Unis del'Améri
que ſeptentrionale du pain , de la farine & du
bétail , fur des Bâtimens Anglois dont les équi
pages feroient compoſés de la maniere preſcrite
par l'acte de navigation. La Chambre agréa cette
motion.
La Chambre ordonna enfuite qu'on một
fous ſes yeux un état des dépenſes de la Milice
, depuis l'année 1775 juſques & compris
1777.
M. Fitzpatrick propoſa qu'on fit lecture d'une
pétition de certainsElecteurs de la Cité deWeſtminſter.
Cette pétition portoit en ſubſtance que
les habitans de Weſtminſter ſe trouvoient fans repréfentans
, qu'ils étoient privés defait de leurs
franchiſes quoiqu'on n'eût rien avancé à leurcharge.
Que nonobſtant leur manque de repré
ſentans, ils avoient été taxés de la maniere la
plus oppreſſive , ce qui étoit abſolument contraire
aux principes de la Conſtitution. La nouveauté
& l'illégalité du ſcrutin , de la vérifica
tion des voix y étoient diſcutées avec force &
abſtraction faite du mérite des différens Candidats.
Les requérans concluoient à ce que la Cham
bre redreſsât leurs griefs en contraignantlegrand
Bailli de produire enfin le procès-verbal des ſuffrages.
Il paroît que les Miniſtres ſont décidés à aban
donner le ſcrutin, & que les deux Candidats qui
ont eu la pluralité apparente des ſuffrages feront
nommés .
La Chambre s'étant formée en Comitéde
ſubſides , vota 18000 matelots , y compris
3620 foldats de marine pour le ſervice de
cette année , & elle accorde 4 liv. ft. par
mois pour l'entretien & la nourriture de cha(
117 )
cun d'eux. Cette réduction amena un débat
hors de faiſon ſur les affaires de l'Inde entre
le Major Scot & MM. Francis & Burke.
Les lettres de Dublin portent , que lorſque les
Adreſſes des deux Chambres du Parlement d'Irlande
curent été préſentées au Lord- Lieutenant ;
les Pairs & les Communes s'ajournerent au 8 Février.
M. Orde , Secrétaire de la Vice- Royauté ,
& M. Foifter , Chancelier de l'Echiquier , firent
ſavoir que l'on mettroit le même jour ſous les
yeux des deux Chambres un plan pour régler le
commerce entre l'Angleterre & l'Irlande. On affure
que dans ce plan l'Irlande eſt miſe ſur le
même pied que l'Angleterre , relativement au
commerce des Ifles , mais particulièrement pour
lés ſucres & les cotons , articles qui ſont actuel>-
-Jement ſujets à des restrictions très déſavantageuſes
auxmarchés Irlandois. Le commerce avec
l'Eſpagne & le Portugal doit également être
ouvert à l'Irlande , avec toute liberté pour l'exportation
des draps , des toiles & des vivres .
Le Comité de la Compagnie des Indes
afait paffer , aux Membres des deux Chambres
du Parlement , des Copies du dernier
rapport de la vente des Thés de la Compagnie.
Selon ce rapport , il a été vendu plus
de 8 millions 700,000 liv. peſant de Thés
dedifférentes qualités dans les ventes de Septembre
& de Décembre derniers ; & le Public
, vû la modicité du prix , a fait un
bénéfice qui ſurpaſſe 1,100,000 liv. florins.
Il faut ſe ſouvenir que ci devant , par une
fuite de la contrebande , la compagnie ne
vendoit annuellement que fix millions de
livres de Thé , c'est - à - dire , près de trois
۱
( 118 )
:
millions de moins qu'elle n'en a vendu dans
l'eſpace de fix mois.
Les gens inſtruits préſument que l'emprunt
ne fera que de deux ou trois millions ,
levés par tontine ou par courtes annuités.
D'autres prêtent à M. Pitt différens plans
relatifs aux Billets de la marine & des vivres;
plans dont perſonne n'a encore de
connoiſſancejuſte.
>
Les travaux des chantiers de S. M. ſont tous
achevés , excepté à Woolwich , où l'on vient
d'agrandir le chantier d'une grande portion de
terrein. Le Gouvernement s'eſt particulièrement
occupé de ce port , qui , ſelon les plans qu'on
exécute, deviendra undes plus importans de ce
Royaume. On va occuper les galériens à creuſer
le port & à enlever un bancde ſable qui depuis
nombre d'années s'eſt accumulé vis-à-vis le nouveau
chantier. Le ſable qu'ils en retireront fervira
à combier le nouveau terrein qui , dans quel
ques endroits , eſt de 12 ou 14pieds tropbas. On
les emploiera à creuſer la darſe & le baſſin des
mats. La ſituation de ce port qui eſt ſous l'intpection
immédiate de l'Amirauté & de la Marine,
eſt très favorable. La profondeur de ſes eaux le
rend propre à recevoir des Vaiſſeaux de tous
rangs , la fûreté dont ils eſt contre toute inſulte
de la partdes ennemis, & enfin l'avantage qu'il a
fur la riviere Medway & d'autre lieux de ne
point nourrir de vers , tout doit faire àtrès-peu
de frais du chantier de Woolwich ( qui eft déjà
le plus ancien du Royaume ) le port le plus utile
de la Grande Bretagne.
M. Orde remplace le Colonel Carleton
dans leGouvernement de New-Brunswick;
( 19 )
ce dernier Officier étant nommé Gouverneur
du Canada , à la place du Général Haldimand.
On apprend par le Capitaine d'un Vaiſſeau
marchand , arrivé depuis peu d'Amérique , qu'il
a été arraiſonné dans ſon voyage pour l'Angleterre
par quatre différens Vaiſſeaux Algériens ,
ledernier deſquels lui avoit dit que s il eût appartenu
aux Etats-Unis , il l'auroit emmené dans le
port d'Alger , d'où pluſieurs Bâtimens armés
avoient appareillé tout récemment , avec ordre
d'attaquer tous les Bâtimens marchands d'Amérique
qu'ils rencontreroient. Cette réſolution des
Algériens doit cauſer le tort le plus conſidérable
au commerce des Américains , qui ne font pas
pour le préſent en état de ſe défendre contre ces
Pirates.
La différence de l'aſſurance entre les Vaiſſeaux
Anglois & ceux qui appartiennent aux Etats-
Unis , faiſant le commerce d'Amérique , eſt de
-3 pour cent. Cette hauſſe ſur les Bâtimens Amé
ricains eſt une ſuire des entraves miſes à leur
commerce par les Algériens.
Ce récit exige d'autres preuves que l'autorité
d'un Capitaine anonyme.
Le soe. Régiment paſſe à Gibraltar , le
sie. & le 44e. au Canada , le.3se. aux Ifles
du Vent , & le 17e. à la Nouvelle-Ecoffe.
Ces différens Corps font aujourd'hui en Irlande.
On arme à Deptford deux bâtimens , de
ceux dont on ſe ſert pour la pêche de la baleine
, qui appareilleront vers le milieu de
Mars , pour les mers du Nord où ils vont
t
( 120 )
tenter de chercher un paſſage par le Pôle à
lamerdu Sud.
ETATS-UNIS de l'AmériquE.
DE NEW - YORCK , le 25 Novembre.
La paix entre les ſix Nations Indiennes
de la Partie ſeptentrionale & les Etats - Unis
de l'Amérique , fut conclue, le 24 Octobre ,
au Fort Stanwix. Le Général Washington ,
M. le Marquis de la Fayette , M. de Marbois
& le Chevalier de Caraman aſſiſterent
aux Conférences qui eurent lieu entre les
Chefs des Sauvages & les Commiſſaires du
Congrès . M. le Marquis de la Fayette a harangué
les ſauvages en François , & il a contribué
infiniment au ſuccès de la Négociation.
Les conditions de la paix font , que les fix nations
Sauvages ne feront plus d'irruption ſur le
territoire des Etats -Unis , qu'ils relâcheront tous
les prifonniers Américains qui font entre leurs
mains , &qu'il ſera tiré une ligne ſervant de limite
entre le territoire des Etats Unis & celui des
fix Nations. Par cette ligne , il eſt alloué aux
Etats-Unis un territoire très-conſidérable , pour
les indemnifer du tort que les fix Nations leur
ont fait pendant la durée de la guerre. Les affaires
avec les nations Sauvages de la partie occidentale
, font toujours dans la même poſition.
Ces Nations ſont très-mécontentes des procédés
de quelques-uns des Planteurs de la Caroline ſeptentrionale
, qui ont fait des empietemens ſur
leurs territoires , & elles ſe diſpoſent à faire la
guerre
( 121 )
guerre aux Etats-Unis. Ily a déja pluſieurs détachemens
de ces Sauvages en campagne , & ils
ont fait un tort conſidérable dans plufieurs plantations.
Des perſonnes mal intentionnées leur ont fait -
entendre que tout leur territoire devoit leur être
enlevé , que le Congrès en avoit déja fait la répartition
,& qu'il alloit en former de nouveaux
Etats. Les Eſpagnols ont fait des propoſitions à
pluſieurs Nations & cherchent à les animer contre
les Américains . Une armée nombreuſe de
Sauvages a marché contre les habitans de
roho.
Un parti de Sauvages attaqua , vers le
10 de ce mois , pluſieurs perſonnes qui traverſoient
les deferts pour ſe rendre à Kentucky;
ils tuerent neufhommes&une femme ,
enbleſſerent quelques autres , & prirent cinquante
chevaux & une grande quantité d'effets.
Dix jours avant cet événement, fix perſonnes
avoient été tuées dans les deſerts ;
en ſe rendant pareillement à Kentucky. On
amis , à la pourſuite de ces Sauvages , 159
hommes bien montés. On s'attend chaque
jour à apprendre que les Sauvages ont fait
une irruption ſur nos frontieres.
Le 1s de ce mois, le Marquis de la Fayette arriva
à Boſton. Lorsqu'on eut reçu la nouvelle de
fon approche , un grand nombre des principaux
Officiersde l'ancienne armée Américaine allerent
à ſarencontrejusqu'à Water Town. On leur fervit
un dîner élégant , pendant lequel on porta plufieurs
toafts. La joie de tous les convives étoit
peinte ſur leur viſage. Le repas fini , ces compagnons
d'armes ſe mirent en route pourBoſton;
Nº. 8 , 19 Février 1785.
( 122 )
Ja Compagnie d'Artillerie alla au devant d'eux ,
&i's furent falués par une décharge de canons.
Un ſpectacle ſi intéreſſant avoit attiré un concours
prodigieux de monde. Lorſque la proceſſion
arriva à Liberty-pole , le Marquis de la Fayette fut
accueilli par de vives acclamations ; & à ſon
arrivée dans le State-Street , la Compagnie d'Artillerie
ſe mit ſous les armes & le ſalua à ſon
paſſage ; il deſcendit à la Taverne de Whig- hall ,
& témoigna aux habitans combien il étoit ſenſible
à ces marques de leur attachement. L'affabilité du
Marquis en cette occaſion ajouta , s'il eſt poſſible ,
à la haute opinion qu'on avoitde lui.
Le 29 Novembre , le Congrès des Etats-
Unis s'eſt aſſemblé à Trenton , & , le 30 ,
M. Richard - Henry Lée fut Elu Préſident.
C'eſt M. Lée qui le premier propoſa au Con
grès , en 1776 , dedéclarer les Etats del'Amé
rique indépendans.
Le Congrès , après avoir procédé à cette
Election , s'eſt , dit- on , ajourné à Philadel
phie.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 9 Février.
Le Comte de Viomenil , Maréchal- de-camp ,
Inſpecteur général de Cavalerie , qui avoit eu
précédemment l'honneur d'être préſenté au Roi ,
a eu , le 17 du mois dernier , colui de monter
dans les voitures de Sa Majesté & de la ſuivreà la
chaffe.
Le 1er. de ce mois , l'Univerſité de Paris , ayant
à ſa tête le ſieur Delneuf, Recteur , eut l'honneur
depréſenter au Roi , ſuivant l'uſage , le cierge
de la Chandeleur,
1
( 123 )
Le 2 , jour de la Purification de la Vietge
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
P'Ordre du Saint-Esprit , s'étant aſſemblés vers
les onze heures & demie du matin , dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majesté ſortit de ſon
appartement pour ſe rendre à la Chapelle, précé
dée de Monfieur , de Monſeigneur Comte d'Artois
, du Duc de Chartres , du Prince de Condé ,
du Duc de Bourbon , du Prince de Conti , du Duc
de Penthièvre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre , entre leſquels marchoit en
habit de Novice , le Duc d'Harcourt ; deux Huiffiers
de la Chambre du Roi , portant leurs maſſes ,
marchoient devant Sa Majefté . Le Roi , après la
grand'Meffe chantée par ſa Muſique & célébrée
par l'Archevêque de Narbonne , Prélat - Commandeur
de l'Ordre du Saint-Eſprit , à laquelle la
Marquiſe de Laval fit la quête , monta ſur ſon
trône , & reçut le Duc d'Harcourt , Chevalier de
l'Ordre du Saint-Eſprit. Sa Majefté fut enſuite
reconduite à ſon appartement dans le même ordre
qu'Elle en étoit fortie. L'après midi , le Roi
& la Famille Royale , après avoir entendu le Sermon
prononcé par l'Abbé Maury , l'un des Qua
rante de l'Académie Françoiſe & Prédicateur du
Carême , aſſiſterent aux Vêpres chantées par la
Muſique de Sa Majesté , auxquelles l'Abbé de
Ganderatz , Chapelain de lagrande Chapelle ,
officia.
Le lendemain , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint-Esprit , ont aſſiſté
au Service anniverſaire qui ſe célebre dans la
Chapelle du Château , pour les Chevaliers défunts.
Le 23 du mois dernier , la Société royale de
Médecine eut l'honneurde préſenter au Roi , à la
Reine & à la Famille Royale , le volume de ſes
f2
( 124)
Mémoires pour l'année 1783. A cette occafion ,
le fieur Pciffonnier , Conteiller d'Etat , Préfident
de cette Compagnie , remit au Roi , comme Fondateur
& Protecteur de cet Etabliſſement utile ,
lejeton en or que la Société royale eſt dans l'uſagede
pretenter à Sa Majesté en même temps que
ſes volumes. Les Ménioires dont il s'agit , contenant
des obſervations intéreſſantes , & que l'on
ne fauroit trop faire connoître , ſur le traitement
de la rage & fur celui de la morſure de vipere ,le
Roi avoit ordonné qu'ils fuflent publiés avant
ceux de 1781 & 1782 qui n'ont point encore paru
. Le ſieur Lenoir , Confeiller d'Etat , Lieute
nant général de Police , ayant remis àla Société
-royale une ſomme que le ſieur de Calonne , Contrôleur-
général des Finances , a deſtince pour diminuer
les frais de cette impreſſion , ce volume
in- 4°. ſera vendu 4 liv. 4 f. en feuilles , au lieu
de 11 liv. prix auquel il auroit été taxé fans la
bienfaiſance du Gouvernement.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné,
le 6de ce mois , le contrat de mariage du Comte
deArthurDillon , avec Dame de la Touche-
Longpré.
Le même jour , la Comteffe de Valence , la
Comteſſe de Saint-Pierre& la Marquiſe de Monftiers
, ont eu l'honneur d'être préſentées à Leurs
Mojeſtés & à la Famille Royale ; la premiere par
la Marquiſe de Fontenille ; la ſeconde par la Ducheſſe
de Charoft ; & la troiſieme par la Vicomteffe
de Merinville.
DE PARIS , le 18 Février.
Par une Ordonnance , en date du 10 Janvier,
S. M. vient d'accorder une Amniſtie
générale aux foldats , déſerteurs des troupes
( 125 )
employées au ſervice de la Marine & des
Colonies ; foit que ces foldats aient paffé en
d'autres corps , foit qu'ils ſe ſoient retirés
dans les provinces du Royaume , & dans
les Colonies Françoiſes , ſoit qu'ils ſe trouvent
detenus dans les dépôts ou galeres
affectés aux déſerteurs , ou dans les pri-
Tons ou qu'ils aient paſſé dans les pays
étrangers.
,
Il a été rendu un Arrêt du Conseil d'Etat ,
le 8 Janvier , concernant la Congrégation
de S. Maur.
S. M. voulant prévenir le trouble , la diviſion,
l'inſubordination , & donner en même temps
une nouvelle marque de ſa protection àune Congrégation
diftinguée par les ſervices qu'elle a
rendus à l'Eglife , à l'Etat & aux Lettres , & dont
elle veut aſſurer la durée par le maintien de ſes
Conſtitutions .
A ordonné & ordonne que les conſtitutions de
laCongrégation de Saint-Maur , autoriſées par les
Lettres patentes du 21 Juillet 1769 , ferontexécutées
dans toutes les Maiſons de ladite Congrégation
, ſelon leur forme & teneur , tant par les
Supérieurs majeurs & locaux , que par les Officiers
& fimples Religieux , fans que , ſous aucun
prétexte , il puiſſe y être dérogé : Enjoint Sa
Majesté à tous les Religieux de ladite Congrégation
, de rendre aux Supérieurs majeurs & locaux
, Viſiteurs & autres Officiers nommés par le
Chapitre de Saint-Denys , & à ceux qui l'ont été
depuis , ou le ſeroient à l'avenir , l'obéiſſance
qu'ils devoient à leurs Supérieurs légitimes ,
ſous les peines portées par leſdites conſtitutions.
Enjoint à tous les Religieux , d'obſerver exacte
f 3
( 126 )
1
ment la réſidence dans leurs Monaſteres reſpectifs
; ordonne à tous ceux qui ſeroient abſens
ſans permiffions , de ſe rendre dans leurs maiſons
de réſidencedansle moisde la fignification dupréſent
arrêt , à peine d'y être contraints : Fait défenſes
à tous Religieux d'apporter aucuns troubles
ni empêchemens aux Vifiteurs des Provinces dans
l'exercice de leurs fonctions , & leur enjoint de
ſe conformer à ce qui eſt preſcrit à cet égard par
les conftitutions .
Voici la ſuite des principales délibérations
des Etats de Bretagne , depuis le 23 au 28
Janvier.
1
La réponſe de Mde. la Comteſſe de Montmorina
occaſionné les plus vifs applaudiſſemens ,
& les Etats pour ſe conformer à tes defirs
& à ſes vues bienfaiſantes , ont donné le fonds
de 10000 livres pour chacun des hôtels des
Gentilshommes & des hôtels des Demoiſelles , &
10000 1. à la diſpoſition de MM. de l'ordre du
Tiers ; & Mde, la Comteſſe de Montmorin aura
Ja nomination des deux premieres places dans ces
hôtels.
La Commiſſion des Baux a dit , que Mrs. les
Commiſſaires du Roi avoient approuvé les changemens
au bail propoſé par les Etats , qui ont en
conféquence ordonné la fignature des conditions
des baux.
N. B. Ce qui fut décidé dans cette féance ,
prouve combien les Etats ont reſpecté la déciſion
deMde. Ja Comteſſe de Montmorin , qui par ſes
graces , ſa bonté & ſes vertus , s'étoit concilié les
coeurs des Bretons , avant de ſe les attacher par la
bienfaiſance. Du reſte , le filleul des Etats & de
Mde. la Comreffe de Montmorin reçut au Baptême
les noms de François , Bretagne , Urbain ,
Marie , Nicolas , Maurice.
( 127 )
Séance du Lundi 24.
La Commiſſion pour l'examen de la Commifſion
des Canaux commençoit ſon rapport, lorf.
queM. le Marquis de la Fayette eſt entré en l'afſemblée.
Il y a été reçu avec un applaudiſſement
général , & on l'a fait placer ſur le banc des Barons
, auprès de M. le Préſident de la Nobleſſe.
M. l'Abbé de Boisbily a continué le rapport qui
e rapport
rappelloit les opérations de la Commiffion des
canaux , l'utilité qu'ils auroient pendant la guerre
&le fruit qu'on en retireroit en temps de paix. A
ce mot , il a ajouté : « Combien n'eſt- il pas flat-
> teur d'avoir ſous les yeux un de ceux qui ong
>> contribué à nous procurer cette paix deſi-
>> rable ! »
Quelques temps après , M. le Marquis de la
Fayette , avant de ſe retirer , a témoigné aux
Etats ſa ſenſibilité ſur la distinction flatteuſe dont
ils venoient de l'honorer , a dit qu'il eſpéroit
bientôt devenir un des Membres de cette auguſte
Afſſemblée , & qu'il conſervesoit toujours un coeur
Breton.
Séance du Mardi 25 .
Il a été donné lecture de pluſieurs Requêtes
qui ont été renvoyées à différentes Commiſſions.
Sur le rapport de la Commiſſion des Finances
lesEtats ont conſenti à l'emprunt de fix millions ,
demandé au nom du Roi , ſans retenue de vingtiemes.
Sur des repréſentations faites de quelques
Membres de la Nobleſſe relatives au Livre de
M. Necker pour ce qui concerne la Province de
Bretagne , les Etats ont chargé M. de la Bourdonnaye
P. G. S. d'examiner ce Livre&de leur
en rendre compte inceſſamment .
Mercredi 26.
Les Etats ont ordonné le fonds de 500000 liv.
f 4
( 128 )
pour la dépenſe des grands chemins.
Les Etats ont ordonné un fonds de 12000 liv.
pour le beſoin de l'hôtel des Gentilshommes &
un autre de 6000 liv. pour ſeconder les efforts du
Tiers , à l'effet de fonder des bourſes dans les
Colleges .
Ils ont accordé une penfion de 200 liv. par an
aufieur Maneq , Lieutenant des Frégates du Roi,
pour le récompenfer de la bravoure qu'il a montrée
pendant la guerre , en différentes occafions ,
&fur- tout au combat de la Surveillante , où il
ſoutint à bout de bras , quoique bleſſé , le pavillon
François renverſé par un boulet de canon.
Mrs. les Députés ont été chargés de ſolliciter en
ſa faveur le gradede Capitaine de Brûlot.
Jeudi 27.
Les Etats ont ordonné les fonds de 200000 liv.
pour le ſoulagement des Corvoyeurs .
Mrs. les P. G. S. ont été chargés de prendre
des inſtructions relatives à un droit de cinquieme
par barriques d'eau- de-vie , qui ſe perçoit dans le
Royaume.
Sur le rapport de M. de la Bourdonnaye , P.
G. S. les Etats l'ont chargé de dénoncer au Parlement
le Livre ayant pour titre : De l'Adminiftration
des Finances de France , d'en demander la
fuppreffion , comme attaquant les franchiſes de
la Province , & tendant à répandre l'allarme
dans l'eſprit d'un peuple fidele ; de conclure á
ce que l'Arrêt qui interviendra ſoit imprimé &
affiché , pour calmer les inquiétudes que ce Livre
arépandues trop généralement .
Vendredi 28.
Les Etats ont ordonné que les boiſſons qui , à
l'inſtant de leur entrée dans les lieux ſujets aux
droits d'Inſpecteurs , auront été déclarées au Bu
reau des Devoirs être deſtinées pour le come
( 129 )
mercemaritime, continueront de jouir de l'exemption
des droits , conformément aux anciens Réglemens.
L'expérience de M. Pilatre de Rozier ,
ainſi que nous l'avions préſumé , eſt remiſe
au Printems. Par mégarde , l'un des ouvriers
a ouvert la ſoupape du Ballon , d'où le gaz
s'eſt évaporé : il faudra le recharger à nouveaux
frais , & tirer tout de Paris , & puis
l'équinoxe.
Nous avons reçu une lettre de Calais ,
deſtinée à relever les abſurdités qu'on a imprimées
dans diverſes Feuilles publiques , fur
la réception de M. Blanchard. Cette lettre
étant ſignée , & écrite d'ailleurs de maniere
à ne pas laiſſer de doutes , nous ne ferons
pas difficulté de la produire. Elle eſt conçue
en ces termes :
Lorſque les Voyageurs font arrivés àCalais de
chez M. Defandrouin qui les avoit reçus dans fon
château , & non de chez un M. d'Honinclam , dont
il n'eſt pas queſtion , ces Voyageurs trouverent
effectivement les portes de la ville ouvertes .
M. de Bienaſſife , Maréchal-de- Camp , & Commandant
en chefà Calais , avoit permis qu'elles
le fuſſent , & c'eſt à cet Officier-Général que M.
Blanchard eſt redevable des facilités qu'il a trouvées.
Les Officiers -Municipaux de Calais connoifſent
trop toutes les bornes de leur diſtrict , pour
s'être permis d'avoir donné des ordres à cet égard.
Il eſt également faux que les habitans aient été
errans dans la ville juſqu'à deux heures du matin ,
moment auquel font entrés les Voyageurs , & que
le peuple ait bordé leur paſſage . De jour il l'eûs
fans doute fait, Il eſt naturel d'admirer des hom
fs
( 130 )
mes courageux ; mais de nuit & à deux heures o
rarement on peut voir & admirer , il étoit plus
raiſonnable de dormir , & c'eſt ce que faisoient
alors tous les habitans. Aucuns cris , aucune rumeur
aucun tumulte n'ont troublé le repos
profond , dans lequel toute la ville étoit plongée ;
& la parfaite tranquillité du peuple n'a exigé aucune
des précautions qu'auroit priſes dans ce cas
la prévoyance ordinaire de M. deBienaſſife . Chacun
a attendu au lendemain pour viſiter les Aeronautes
dans la maiſon où ils avoient couché , & chacun
s'y eſt tranſporté particulièrement , ainſi que les
Officiers de la garnisom, & non en corps ; mais
chacun à la vérité s'yfuccédoit en nombre. Iln'eſt
pas plus vrai que ce lendemain il y ait eu des décharges
de canon. Un ſeul coup, le jour de l'arrivéedu
Ballon , devoit annoncer ſon approchedes
côtes , & il fut tiré. Rien de déplacé n'a été fait
de la part du Commandant , mais rien non plus de
ceque la bienſéance a pu permettre n'a été refuſé
par lui. C'eſt encore une maladroite invention
que d'ajouter que les cloches de toutes les Paroiffes
ont été fonnées en carillon . Il n'y a qu'une
ſeule Egliſe Paroiffiale à Calais , & ce n'eſt point
de cette Egliſe que les cloches ſe ſont faites enrendre.
Les petits carillons d'une des deux tours
de la Maiſon-de- Ville , qui annoncent ordinairement
les mariages & cent petits événemens , fe
font à la vérité évertués, & avecraiſon pour celuici
qui n'eſt pas commun ; mais aucune groſſe ſonnerie
n'y a mêlé ſon bruit impoſant. Il est vrai que
le pavillon a été hiſſé ſur une de ces tours ; il eſt
vrai qu'on a porté à M. Blanchard le vin de ville
réſervé excluſivement aux grands perſonnages du
Royaume ou Etrangers. Mais ſi l'habitant ne l'a
pas approuvé , malgré ſon eſtime pour les Voyageurs
aeriens, cependant cet écart de l'uſage requ
( 131 )
peut, peut- être ſe pardonner à un premier mouvement
d'enthouſiaſme. Il eſt encore vrai qu'on a
fair à M. Blanchard préſent d'une boëte qui s'eſt
rencontrée être à la mode ou au Balion , & par
conféquent analogue à la circonſtance ; qu'il n'y
manquoit pour les deſirs des habitans envers le
compagnon , que d'être appareillée ; qu'elle contenoit
des lettres de citoyen de Calais , auxquelles
la vanité n'avoit beſoin , nid'inventer , ni d'ajouter
, pour être précieuſes au Voyageur François ;
on a été privé de cette fatisfaction à l'égard du
Docteur Gefferies ; ſa qualité d'Etranger ne le
permettoit pas , & on lui ena témoigé le regret.
✓ Le Ballon a été demandé. Il a été mis un moment,
non dans la Cathédrale , il n'y en a point , mais
dans la ſeule Paroiſſe de la Ville , pour l'offrir plus
aiſémentà la curioſité du peuple , qui d'ordinaire
paie les fêtes ,& qui doit au moins les partager
quelquefois par les yeux. Le reſte des détails , M. ,
ne mérite pas la peine d'être relevé ; mais des motifs
plauſibles m'engagent à vous prier de publier
la vérité de ceux- ci .
J'ai l'honneur , &c. Signé , DE GRANDPRÉ.
La notice ſuivante étant publiée par autorité
, doit être diſtinguée des annonces du
même genre.
Il réſulte du relevé des dépoſitions fignées des
malades & leurs déclarations reçues par MM. les
Médecins de la Faculté de Paris , nommés Commiſſaires
par le Roi , pour ſuivre les traitemens
adminiſtrés par les fieurs LeDru , & dont M. le
Baron de Breteuil a rendu compte à S. M. , que de
89perſonnes attaquées d'épilepsie,42 ſont guéries.
9d'hyftéricie.
22 affections nerveuſes .
4
10
8d'afthmes & ſpaſmes de poitrine s
( 132 )
3 du tetanos & maladie de ce genre. z
I douleur vers la rate. • I
7 ſciariques & gouttes vagues. 3
7defolie. 3
9 de conſomption & étyfie. 3
3 d'apoplexie fréquente. I
14de paralyfie. • 4
8 de fiévres tierces & quartes. 5
16 fupreffions ſexuelles anciennes. 12
Deux perſonnes attaquées de maladies nerveu
fes , qui dans le cours du traitement ſont devenues
enceintes , ont été électriſées par les commotions
juſqu'à huit mois & demi , & ont eu des couches
plus heureuſes que celles qu'elles avoient eues
précédemment. Leurs enfans étoient très- forts ,
&jouiſſent d'une parfaite ſanté.
Quatre perſonnes ſont mortes ſur cette quantité
pendant deux ans qu'a duré ce traitement.
La Société Royale de Phyſique d'Or-...
léans a tenu ſon Aſſemblée publique , le 4
de ce mois.
M. DE CYPIERRE DE CHEVILLY , Préſident
de la Société , a ouvert la Séance par un Difcours.
M. D'AUTEROCHE DE TALSY , Directeur , a lu
un Discoursfur l'influence que peut avoir la Société
Royale de Phyfique , &c. dans la Province de l'Orleanois
. L'Orateur conſidére ſur- tous les avantages
qui peuvent réſulter pour la Province , des
Sciences qu'elle cultive , & cette idée développée
par des exemples choiſisdans les troisRegnes
de la Nature , enviſagés ſous leurs différens points
de vue , forment autantde diviſions heureuſement
caractériſées de ce Diſcours.
M. BARBOT , après avoir expoſé dans un Mémoire
fur l'avantage qu'il y auroit à faire desfemis
dePins dans les terres maigres & peu propres à la
( 133 )
production des grains , que la cherté progreſſive des
bois étoit moins l'effet de la diminution des forêts
, que des consommations multipliées par le
luxe , propoſe , poury remédier , la culture du Pin
dans les terrains ſabloneux. La préférence que M.
Barbot lui accorde ſur le chêne , eſt fondée ſur
l'accélération très- ſenſible de ſon accroiſſement ,
d'après des expériences déciſives dont il a mis les
réſultats ſous les yenx de l'aſſemblée.
M. BEAUVAIS DE PRÉAU , Secrétaire perpétuel ,
à lu , pour M. l'Abbé DESCHAMPS , un Mémoire
Sur les Animaux Microscopiques. M. l'Abbé Defchamps
paſſe en revue les ſyſtêmes les plus accrédités
ſur la nature des Animalcules que l'on découvre
dans les effuſions à l'aide de cet inſtrument,
Il examine ſéparément leur formation , leur développement
, leur propagation & leur fin ; en
s'appuyant des expériences de M. l'Abbé Spallanzani&
des fiennes propres , pour établir que la
matiere des infuſions eſt le ſeul dépôt & la matricede
leurs germes , & pour réfuter les Auteurs
qui conteſtent l'animalitéà ces petits êtres.
M. l'Abbé PATAUD , a lu un Plan analytique &
raiſonné de l'Hiſtoire Naturelle , Civile , Politique &
Littéraire du Corps de la Loire , qu'il ſe propoſe
d'écrire. Elle ſera précédée d'un Abrégé de l'Hiftoire
des Fleuves connus. Il prendra enſuite la Loire
dès fon origine , & foumettra à ſes diſcuſſions ,
les principales Rivieres qu'elle reçoit dans ſon
cours , les Pays qu'elle arroſe , ſes inondations ,
les digues qu'on leur a oppoſées , ainfi que les
monumens dont elle s'enorgueillit , les diverſes
branches de commerce qu'elle favoriſe , la nature
de ſes eaux , les moeurs des habitans de ſes
rives , ceux qu'elle nourrit dans ſon ſein , avec
les ſubſtances minérales & végétales qui compofent
fon lit ; enfin il rappellera les faits remari
( 134 )
quablesdans l'Hiſſoire , dont elle aura été le
théatre , & n'oubliera point les grandsHommes
dans les Arts ou les Sciences , desdifférentes Pravinces
qu'elle parcourt.
Une piece de monnoie d'argent, ancienne ,
trouvée en quantité aux environs d'Alaine , entre
Chartres & Orléans , a fait la matiere d'une
Differtation de M. GRIGNON-VANDEBERGUE . IL
prouve , par l'Hiſtoire & par les lettres initiales
de la légende de cette piece , que le monogram.
me de CAROLUS , qui en occupe le champ , doit
être rapporté à Charles III , dit le Simple. Des
indices analogues lui ont fait ſoupçonner qu'elle
pouvoit avoir été frappée à Chaalons-fur-Saône.
M. Grignon , après avoir fixé le titre de l'argent
de cette monnoie , compare ſa valeur ancienne
avec celle de nos jours , & fait quelques remarques
ſur les changemens apportés dans lemonnoyage
ſousHenri II, aterminé cette Diſſertation
pardes Réflexions ſur les motifs qui purent engager
les particuliers à enfouir leurs richeſſes pendant
le trouble des guerres dont Richard , Duc
de Normandie , affligea la France ſous le regne
deLothaire.
M. BEAUVAIS DE PRÉAU a lu les Eloges de
M.M. PAJON , DE MONCETS & DESSAIN ; le
premier , Affocié- Correspondant , & le ſecond , Adjoint
de la Société Royale de Physique , &c.
M. HUET DE FROBERVILLE , Co-Secretaire ,
après avoir fait la lecture du Précis des travaux de
la Société , depuis le 23 Avril juſqu'au 3 Septembre
de l'année 1784 , a rendu compte des divers
Ouvrages envoyés au Concours pour les places
d'Expectans. La Société n'a cru devoir admettre
que le no. 7 , renfermant deux Obfervations ,
dont l'une concerne un Ver , du genre appellé
Gordius, & l'autre un Lichen , de l'eſpece de ceux
1
(135 )
que Linnénomme Leprofi & Scutellati, aveccette
deviſe : Meta laboris honos. Ces deux Pieces qui
annoncent des connoiſſances & le talent de la
diſcuſſion , ſont de M. VANDEBERGUE DE VILLEBOURÉ.
Marie-Anne de Monteſquiou , veuve
d'Antoine , Baron de Montigny , eſt morte
le mois dernier à Vic-Fézenſac , âgée de s
ans.
Louis-Marie , Marquis de Leſcure, Maréchal
des Camps & Armées du Roi , eſt mort
au château d'Ermenonville le 8 Décembre
1784,
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 69 , 4, 82 , 60 , & 47.
PROVINCES- UNIES.
DE LA HAYE , le 13 Février.
Les nouvelles de cette République , quia
le malheur d'attirer les regards de l'Europe,
fe réduiſent à des foulevemens contre l'enrôlement
militaire. Ils ſe ſont manifeſtés
avec éclat dans le voiſinage de Leyde , de
Rotterdam , de Gorcum , & d'autres diftricts
de la Rhinlande , dont les habitans répugnent
à ce tirage au fort du trojſieme
homme pour la milice. L'eſprit de parti étant
toujours ici un prétexte ou d'accufations ou
de mouvemens , on n'a pas manqué d'attribuer
cette réſiſtance aux ſuggeſtions des
amis du Stathouderat. La Lettre du Prince
( 136 )
.
aux Etats Généraux a échauffé , dit-on , la
multitude. Dans les diſtricts mentionnés ,
elle a du moins donné des marques non
équivoques de fon affection pour la Maiſon
d'Orange , en prenant les cocardes & un
drapeau de la couleur favorite. Les Etats de
Hollande , inquiets de ces tumultes toujours
renaiſſans , fuite néceſſaire de l'échauffement
univerſel , qu'on a pris à tâche de répandre
depuis quelques années dans la République ,
ont chargé un Avocat fiſcal de procéder à la
recherche & à la punition des Infurgens :
quelques-uns ſont en priſon , & ce qu'ilya
d'extraordinaire , mais de très-conféquent à
la logique des factions , c'eſt que le parti
même qui prétend défendre la liberté , ſe félicite
déja de la punition exemplaire de ces
payſans. Le Prince d'Orange a aſſiſté à la
féance des Etats où ces réſolutions ont été
priſes.
Dans cette Aſſemblée des Etats de Hollande ,
le Stathouder préſenta le projetd'une publication
en ſon nom , pour mettre fin à ces tumultes , ou
dumoins pour empêcher les partiſans d'y prendre
aucune part , ſans diffimuler les témoignages de
dévouement qu'il reçoit du peuple ; & le Prince,
dans cet Ecrit , informe tous les habitans qu'il
ne defire aucun autre pouvoir que celui de ſes
prédéceſſeurs ; qu'il verroit avec douleur la moindre
atteinte à la ſouveraineté & à la libertédu
Pays , dont l'indépendance fut le plus beau titre
d'honneur de ſes ancêtres : il finit par prier les
habitans , d'après cette connoiffance de ſes ſentimens
, de s'abstenir de tous diſcours , écrits ,
1
1
( 137 )
procédés licencieux , & de tous mouvemens capables
de troubler la tranquillité publique.
La Compagnie des Indes Orientales vient
de témoigner fa reconnoiſſance à M. Suffren ,
par une lettre très flatteuſe , en priant cet
Amiral d'agréer une boëte d'or , renfermant
une médaille de la même matiere , relative
aux grandes choſes opérées par M. de Suffren
, pour l'avantage de la Compagnie. A ce
tribut d'hommages ſerajoint un envoi annuel
du meilleur vin du Cap , dont elle doit
la conſervation à l'Amiral François.
Les recrues pour la Légion Liégeoiſe du Baron
de Matha , ont le plus grand ſuccès. Ce ne ſont
pas lesBas- Officiersqui vont chercher les recrues,
ce ſont nos Liégeois qui s'empreſſent d'a'lertrouver
les premiers. Avant l'arrivée de Mr. de Matha
, on en voyoit de petites troupes s'enrôler
pour la Hollande , & partir pour Mastricht. Ce
zele pour le ſervice Hollandois devoit affurer d'avance
les eſpérances du nouveau Colonele, lorfqu'il
opéreroit ſa levée ; il n'eſt donc pas douteux
qu'il ne gagne la prime de 25000 florins que lui
accordent les Etats-Généraux , s'il a completté
fon corps pour la mi-Mai.
Le Général-Major , Baron de Verſchuur ,
eft de retour de Caſſel , où ſa négociation a
été abſolument infructueuſe : on a de fortes
raiſons de croire, non que le Miniſtre d'Anglererre
à Cologne a détourné le Landgrave
de ſe rendre au voeu des Hollandois , mais
qu'il a renouvellé le traité de ſubfides entre
ce Prince & la Grande-Bretagne.
( 138 )
Fin de la Lettre du Stathouder.
Nous ſentons très bien , qu'un corps d'enviton
mille hommes de troupes legères ſera à
peine ſuffifant , pour le ſervice dont on pourra
avoir beſoin , & c'eſt pour cette raiſon , que
nous aurions volontiers propoſé à Vos H. P.
de le rendre plus conſidérable , fi nous n'avions
été arrêté dans notre deſſein , par la conviction
intime , que la levée d'un plus grand nombre
d'hommes des autres régimens au ſervice
de l'Etat , foit tellement préjudiciable à ces régimens
, que la plupart d'entr'eux , fi non tous ,
feroient mis par-là entierement hors d'état d'être
employés efficacement au printems prochain ;
puiſqu'il eſt facile à concevoir , qu'on ne devroit
placer dans ce corps que des hommes exercés
, ſi on en eſpere quelque utilité. Pour cette
raiſon nous avons penſe devoir nous borner à
employer ſeulement pour ce corps deux hommes
par compagnie.
Notre ſeconde propoſition a pour objet un Plan
d'une plusgrande étendue &d'une utilité plus générale,
Il nous a paru qu'on fourniroit occaſion dans
chaque Province aux Citoyens , tant dans les Villes
,que ſur le Plat-Pays , d'être d'une vraie utilité
à leur Patrie ,d'une maniere volontaire , par
l'érection des Compagnies dans chaque Ville ou
Diſtrict , ſous le commandement des Magiſtrats
reſpectifs ou de la maniere que les Etats des Provinces
reſpectives jugeront la plus convenable.
Suivant notre avis, ces Bourgeois volontaires
devroient être rangés en Compagnies de cent
hommes & dans chaque Compagnie un Capitaine,
un Lieutenant , un Enſeigne , quatre Sergens,
huit Caporaux & deux Tambours ; les Officiers
ſeroient choiſis par les Magiſtrats & les Bas Offi-
/
( 139 )
ciers & Tambours par le Capitaine de chaque
Compagnie.
Ces Compagnies formées ne partiroient point
de leurs Provinces , ſans corſentement exprès des
Seigneurs Etats de chaque Province ; mais ſeroient
miſes en Garniſon ſur les Frontieres de
leurs propres Provinces , pour les défendre & les
garder de concert avec les troupes de l'Etat qui
yſont en Garniſon & ſous les ordres du Gouverneur-
Commandant , ou Officier Commandant ,
pour nous procurer par là l'occaſion de diminuer
le plus poſſible , les Garnisons de ces Villes&
Forts , & nous pourrions en former un Corps d'Armée
plus ou moins conſidérable , pour pouvoir attendre
enpleine campagne les attaques hoſtiles de
l'ennemi , & mettre en ſureté les parties les moins
fortes de la République.
Les Officiers , Bas-Officiers & les Bourgeois
communs devroient jouir pendant leur engagement
, au moins de la même ſolde que les Troupes
de l'Etat , étant employés hors de leurs Province,&
d'une telle récompenſe encore qui ſeroit
jugée convenable par les Seigneurs Etats des Provinces
reſpectives , pour les encourager ; mais
puiſque leur engagement ſeroit ſeulement pour le
temps que dureront les différens avec S. M. Imp.
&R. il finiroit auſſitôt qu'il ſe ſera faitun accommodement
ou la Paix ; & chacun de ces Volontaires
iroit où bon lui ſemblera , étant ipso facto libre
de tout ſervice Militaire.
Après ce Congé, on pourroit permettre aux
Officiers , Bas Oficiers ou communs qui ſe ſeroient
bien comportés , de porter tant qu'ils vivront
, l'uniforme de leur Compagnie , comme
une preuve de leur Patriotiſme&bravoure recon
nue ,& leur donner outre cela , à chacun des communs
qui voudroit l'accepter , une gratificationde
f. 25-:- par année , leur vie durant.
1
( 140 )
Nous croyons devoir laiſſer aux délibérations
des hauts Confédérés , fi la tolde pour ces Volontaires
, durant le temps de leur ſervice , & les
gratifications après leur congé , à leur accorder
par les Confédéres , feront payés ſur la pétition
du Conſeil d'Etat : ou bien ſi chaque Province
prendra pour fon compte la paye qui devra étre
faite dans ces Provinces de cette maniere , aux Vo--
lontaires engagés ſuſdits.
Aufſi long tems que l'Armée de l'Etat ne ſera
fortifiée par ce moyen , par de tels , ou par auties ,
&portée àun degré convenable ; ou auſſi longtemps
qu'aucune des Puiſſances étrangeres ne ſe
ſera déclarée en faveur de la République , & ne
lui aura envoyé un ſecours prompt & fuffisant, il
ſera trouvé impoſſible de mettre en fureté la Flandre
Hollandoiſe & le Brabant , en même temps
que les Frontieres de l'Etat du côté de 1 lífel.
Danstous les cas , Nous nous tenons affures que
meme , fi nous ne pouvions nous flatter d'aucun
fecours étranger, cet état armé de la Rép. auroit
-de nouveau une influence heureuſe dans les condi.
tions qui pourroient être exigées , lorſque les
Négociations pour un accommodement ſeroient
entamées.
Sur quoi , Hauts & Puiffans Seigneurs , nous
recommandons vos Hautes Puiffances à la Sainte
Protection de Dieu ; à la Haye ce 17 Janvier
1785.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 16 Février.
Le régiment de Latterman eſt entré à Luxembourg
en trois colonnes , chacune de
quatre Compagnies , les 27 , 28 & 29 Jan(
141 )
vier. On ne s'apperçoit point à la bonne
contenance & à la mine des foldats , des ta-*
tigues de leur longue route. Ce Régiment
doit refter en garniſon à Luxembourg , où
eſt auſſi arrivé le 24 , le Corps franc du Baron
de Stein , levé à Francfort. Il eſt actuellement
de 750 hommes , & fera porté à
1200; le fupplement de recrues eft attendu
inceſſamment .
Aux dernieres nouvelles , les Régimens de
Preiſs & de Tillier avoient dépaffé Aix- la- Chapelle
, où l'on dit que le Régiment de Teutchmeister
ſéjournera juſqu'au 15 Mars, avec la grøffe artillerie
& 1600 chevaux de trait. LeRégiment de
Toscane ,d'après les mêmes préſomptions , prèndra
également quartier aux environs d'Aix , où
l'on raffemble des approviſionnemens de toute
efpece.
C'eſt du 28 Janvier au 2 Février que font
paflés à Cologne 68 pieces de groſſe artillerie
, & un grand nombre de chariots , de
munitions de guerre , fous l'eſcorte de 400
hommes. Les Commiſſaires de la ville ſe
font empreſſés de procurer à ce convoi militaire
toutes les commodités néceſſaires.
Par l'arrivée de tous ces différens Corps ,
en y comprenant celui de Toſcane , Dragons
, très-près de ſa deſtination , le total
des troupes actuellement dans les Pays -Bas
eſt de 35 à 40 mille hommes.
Celles de ces troupes qui ont traverſé.
Aix- la-Chapelle , ont rendu tous les honneurs
militaires au Duc de Brunswick , &
ont fait la parade devant la porte de fonHô(
142 )
tel. Ce Prince a reçu la cour de tous les
Officiers Impériaux: ces égards naturels font
l'effet des liens qui attachent le Duc de
Brunswick à la Maiſon d'Autriche.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 )
Parlement de Paris , Grand Chambre. Cause entre
lefieur le Moine de Serigny , Chevalier deSaint
Louis, ancien Lieutenant des Vaiſſeaux du Roi
-Et Jean-Baptiste François , Negre de Congo.
Negre qui reclame , en France , sa liberté.
Un Officier de Marine , avoit acheté à St-Domingue
, un Negre du Congo , pour ſon ſervice;
repaffé en France , il s'y eſt fixé, & y demeure
depuis 26 ans , ſans avoir aucune poffeffion dans
les Colonies ; peut-il , pour retenir ſon Negre
dans l'eſclavage , invoquer dans les Tribunaux
François , des Loix qui n'ont été faites que pour
le bien & l'utilité des Colons , qui , pour la culture
de leurs terres , ont beſoin del'esclavage conftant
& forcé des Negres , dont ils ne pourroient
remplacer les ſervices par aucune eſpece d'hommes?
Tel eſt le véritablepoint-de-vue ſous lequel
cette Cauſe doit être conſidérée. Le ſieur de
Serigny ſe trouvantàSt-Domingue en 1758 , acheta
le nommé François , Negre de Congo , âgé de 18
à 19 ans. Repaſſé en France avec cetEſclave , ila
rempli les formalités d'uſage pour en conſerverla
propriété. Ayant fixé ſa demeure àRochefort , il
afait inſtruire François dans la religionCatholique,
& lui a fait apprendre le métier de Cuiſinier
; mais ſuivant le récit du ſieur de Serigny ..
François ne tarda pas à montrer un caractere intraitable
que l'âge n'a fait que fortifier. Le ſieur de
Serigny étoit le ſeul pour lequel il conſervoit en-
(1)On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dontl'abonnement
eſt de 15 liv, par an , chez M. Mars , Avocat , rue
& Hôtel de Serpente.
( 143 )
coreune ombre dereſpect, du reſte il avoit tous les
vices de ſes pareils , ſans avoir une ſeule de leurs
bonnes qualités. L'exces de ſon inſolence ayantun
jour obligé ſon maître de lever le bâton ſur lui ,
'Etclave s'arma d'une broche pour en percer le
fieurde Serigny, qui fut affez heureux pour échapper
à ſa fureur. Le ſieur de Serigny envoya ſur le
champ chercher la Garde & fit conduire ſon Negre
en priſon , où il vouloit pour le punir , le retenirpendantquelques
jours. -Le Negre alors
craignant de retourner chez un maître qu'il avoit
ſi grievement offenſé , imagina de réclamer ſa li
berté , & le 25 Mai il préſenta ſa Requête au SiégeRoyal
de Rochefort , où la Cauſe plaidée , il
fut rendu une Sentence qui déclara François non
recevable dans ſa demande ,& cependant ordonné
quedans trois jours , il ſeroit élargi des priſons&
remis àla diſpoſition du ſieurdeSerigny.-François
a interjetté appel en la Cour & a demandé par
proviſion ſa liberté . La Cauſe , ſur le point d'être
plaidée , a été revendiquée par Subſtitut de M. le
Procureur-Général , en l'Amirauté de France .
Dans ces circonstances , la Cauſe a été remiſe avec
MM. les Gens du Roi , pour être ſtatuée tant fur
la révendication que ſur la demande afin de liber--
té proviſoire. Arrêt du 8 Août 1784 , qui ,
faiſant droit ſur l'appel interjetté par le Procureur
du Roi en l'Amirauté de France , a déclaré
la Procédure nulle & incompétente ; a renvoyé
les parties devant les Juges de l'Amirauté de France
, & cependant , a ordonné que François ſeroit
élargi &jouiroit par provifion de ſa liberté , a
condamné le ſieur de Serigny à lui remettre ſes effets
& à lui payer une ſomme de 300 liv. par proviſion,
& en tous les dépens de la procédure faite
tant à Rochefort qu'en la Cour,
Parlement de Douay . Arrêt qui ordonne , par forme
de Réglement , que dans un cas , &pour
( 144 )
aucunes ci.constances , les premiers Juges ne
pourront à l'avenir , déclarer fou & insensé un
acoufé , à la charge duquel il aura été rendu
plainte & informé .
La Cour , les Chambres aſſemblées , perſiſtant
dans fon arrêté du 20 Mars 1783 , ordonne , en:
forme de Réglement , que dans aucun cas & aucunes
circonstances, les premiers Juges ne pourront
à l'avenir déclarer fou& inſenſé , un accuſé,
à la charge duquel il aura été rendu plainte & informé
qu'ils feront tenus de les juger ſelon la rigueur
des Ordonnances ; que lorſque la folie oula
démence des accutés , feront conſtatées par l'information
faite fur le crime qui ſera l'objet de la
plainte , les Subſtituts du Procureur-Général du
Roi , ès Bailliages , ès Siéges Royaux & les parties
publiques des Juſtices Seigneuriales , après,
l'exécution des jugemens qui auront ordonné les
décrets , donneront avis audit Procureur du Roi
desdites informations , pour , fur ſes réquiſitions ,
être par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra.
Ordonne que le préſent Arrêt ſera lu , publié ,
l'Audience tenant , & enregistré au Greffe de la
Cour , imprimé & envoyé aux Bailliages Royaux
&autres Siéges du Reffort , poûr y être lu, publié
&enregiſtré ; enjoint aux Subſtituts dudit Procureur-
Général du Roi èsdits Siéges , d'en certifier
la Cour dans le mois , de tenir la main à l'e
xécution dudit Arrêt , & d'en donner connoiſſance
à toutes les Juſtices Seigneuriales de leurs refforts
reſpectifs , Fait à Douay , en Parlement , le
10 Août 1784.
ERRATA pour l'avant- dernier Nº .Art.Versailles,
lifez , le Comte d'Agenois , Capitaine-Lieute-TI
nant des Chevaux-Légers de la Garde, en furvivance
, avec Demofelle de Navailles .
1

MERCURE
Je
DE FRANCE.
SAMEDI 26 FÉVRIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE SCEPTRE ET LA HOULETTE
Fable.
UN Sceptre, je ne fais par quel événement ,
Se trouva nez à nez avec une Houlette ;
Sans doute le haſard fit ce rapprochement ;
Car rarement enſemble on les voit tête-à-tête.
La Houlette s'avance avec empreſſement ;
Mais le Sceptre la trouve un peu trop familière :
Savez-vous , lui dit-il , que dans toute la terre
De l'un à l'autre pôle on tremble ſous mes loix ?
-Hélas ! je ſais auſſi que vous êtes mon frère ,
Et qu'on nous a cueillis peut- être au mêmebois.
(Par M. Salaville.)
Nº. 9 , 26 Février 1785 . G
146 MERCURE
L'AMOUR ET L'AMITIÉ.
-BON JOUR , ON JOUR , ma foeur;
frère.
-bonjour,mon
-J'ai voyagé beaucoup ;- j'ai vû bien du pays:
-Où ſønt donc les Amans ? - Où ſont donc les
Amis?
Leurs fermens font légers.- Leurs feux ne durent
guère.
C'en est trop ; ici-bas l'Amitié ſe déplaît.
-L'Amour,de même; en vain l'homme me déïfie ;
AuDefir, fous mon nom, le traître ſacrifie.
-Et , ſous le mien, à l'Intérêt.
(Par M. Guichard. )
IMPROMPTU à Mile S.... A.... , qui
demandoit à l'Auteur comment il traitoit
le mal d'amour.
CONTRE le mal d'amour que tu faistant fouffrir,
Tu demandes , Églé , quel remède j'ordonne ?
J'ignore fi quelqu'un a l'art de le guérir ,
Pour moi j'aimerais mieux ſavoir commeonledonne.
(Par M. C. Rouch , Médecin à Ax. )
DE FRANCE. 147
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Malaiſe ; celui
de l'énigme eſt Zéro ; celui du Logogryphe
eft Écritoire , où l'on trouve écrit , Roi , toi,
ortie trio , rire cricire , roc
CHARADE.
DANANSS les forêtsmon premier vitdebout
On entend mon ſecond , on avale mon tout.
(Par Mlle Caftan , de Narbonne. )
I
ÉNIGME.
MAGE naïve du temps ,
Que rien n'arrête & ne devance ,
Bien différent des Courtiſans ,
C'eſt en reculant quej'avance .
( Par M. Bucquet , Muficien du Roi. )
Gij
148 MERCURE
ELEVÉ
LOGOGRYPHE.
LEVÉ fur au trône au-deſſus des mortels ,
Je partage l'encens qu'on diſpenſe aux autels.
Ambitieux d'honneurs , de rang , de préféance ,
Jamais on ne me voit au ſein de l'indigence.
Intraitable , arrogant, bruïant , capricieux ,
Mon goût , ma volonté , voilà quels ſont mesDieux.
Si tu veux être au fait de ma métamorphose
Combine mes cinq pieds ajuſte , décompoſe ;
Dans mon fein , cher Lecteur , tu trouveras d'abord
Ce qui fit inventer le premier coffre-fort;
Pour quelque choſe auſſi j'entre dans la muſique ;
Je fus d'un grand ſecours au peuple famélique,
Quand un affreux hiver , dévaſtant les guérets ,
Ne lui laiſſoit pour pain que le gland des forêts ;
Je ſuis ce que tu vois toujours devant ta porte ;
Ce qui ſert à lever la maſſe la plus forte ;
D'un trépas mérité l'inſtrument douloureux;
Ce qu'au ſoleil couchantle ciel eſt à nos yeux.
Ajoutons à ces traits , pour me faire connoître ,
Qu'un des quatre élémens me prend toujours en
traître.
( Par le même. )
DE FRANCE.
149
RÉPONSES A LA QUESTION :
La Bergère Life , placée entre deux Amans
rivaux , Hilas & Coridon , prend ün bouquet
qu'elle avoitfurſonſein ,& le met au chapeau
de Coridon ; ensuite elle prend un bouquet
qu'Hilas avoit àson chapeau , pour le placer
furfon propre fein ; lequel des deux Amans
eften droit dese croire plusfavorisé?
P
I.
AARR--TTOOUUTT où réſide l'Amour ,
Ondoit peu s'étonner de trouver des coquettes ;
Au Village , ainſi qu'à la Cour ,
Il enſeigne l'art des fleurettes.
Le manege adroit de Liſon ,
Pourde ſimplesPaſteurs , peut bien être un problême;
Mais il eſt clair que Coridon
Eſt le Berger qu'on joue , Hilas celui qu'on aime.
:
(ParM.le Vicomte de Melignan. )
II.
De Liſe le bouquet eſt un préſent bien doux ;
Mais de l'autre faveur je ſerois plus jaloux ;
Elle offriroit à mon âme ravie
L'eſpoir d'un plus tendre retour.
Giij
150 MERCURE
Souvent l'on doit un don à la coquetterie ,
Et le moindre larcin ne ſe doit qu'à l'Amour.
III.
HILAS à fon Rival.
Du don de ſon bouquet je ne redoute rien ;
Ma Liſe s'en priva pour faire place au mien.
I. V.
LISE ſemble flatter l'eſpoir des deux Amans ;
Mais Hilas , à non gré , mérite la couronne;
Celle qui reçoit des préſens
S'oblige plus que celle qui les donne.
( Par M...... l , à Nifmes. )
V.
Si pour Hilas la Bergère Iſabeau ,
De ſon bouquet ſe débarrafie ;
Si la coquette le remplace
Par celui que Silvandre avoit à ſon chapeau :
Cela dit à qui veut l'entendre ,
Que, la Belle dans l'embarras ,
Tout en ſe ménageant Silvandre ,
Veut encor retenir Hilas.
(Par un Membre de la Société Littéraire
deRennes. ) :
DE FRANCE.
VI.
VOTRE Bergère un peu coquette ,
Pour Coridon & pour Hilas ,
Feint une égalité parfaite ,
Et jouit de leur embarras.
Mais ſa politique profonde
Ne doit abuſer qu'un moment :
On peut donner à tout le monde ;
Mais on neprend qu'à ſon amant.
VII.
1
Le bouquet qui para le ſein d'une coquette ,
Pour Coridon eft un foible préſent.
Life montre en ornant la tête,
Un amour fatisfait , mais déjà languiſſant ;
En cachant dans ſon ſein cette roſe brillante
Qu'elle dérobe à ſon nouvel amant ,
Liſe montre un deſir naiſſant ,
Un feu ſecret qui déjà la tourmente.
Confole-toi , change à ton tour;
L'Amour languit quand il ſommeille ,
Coridon, l'amant de la veille ,
Doit céder à l'amant du jour.
4
(Par M. de la Croix. )
Giv )
152
MERCURE
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE .
Si la beauté eft un avantage pour les
Femmes , ou fi elle est un obstacle à leur
bonheur.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoise , le Jeudi 27 Janvier 1785 , àla
Réception de M. l'Abbé Maury , Abbé
Commendataire de la Frenade , Vicaire-
Général de Lombez , & Prédicateur ordinaire
du Roi. A Paris , chez Demonville ,
Imprimeur de l'Académie Françoiſe , rue
Chriftine.
:
DEPUIS que les éloquens Diſcours de M.
Thomas ont donné un ſi grand éclat aux
Prix de l'Académie Françoiſe , les Séances
publiques de cette Compagnie ſont devenues
des ſpectacles intéreſſans , où ſe raſſemblent
tous les jeunes Écrivains qui cultivent les
Lettres , & tous lesgens du monde qui les aiment.
Cette Aſſemblée forme, ſans contredit,
unPublicdesplus éclairés, & il eſt flatteur d'en
recevoir , comme M. l'Abbé Maury , les applaudiſſemens
les plus univerſels, les plus fou-
:
DE FRANCE..
153
4
tenus & les mieux mérités. Le Public avoit
droit d'attendre un très-beau Difcours d'un
Écrivain célèbre dans le genre de l'éloquence ,
&ſon attente ne pouvoit pas être plus dignement
remplie. Voici le début du nouvel
Académicien , qui s'eſt d'abord concilie tous
les fuffrages par ſa modeſtie & par fa reconnoiffance.
" S'il ſe trouve dans cette Af-
» ſemblée unjeunehomme , né avec l'amour
>>des Lettres & la paſſion du travail , mais
> iſolé , ſans appui , livré dans cette Capitale
>> au découragement de la folitude ; & fi
l'incertitude de ſes deftinées affoiblit le
reffort de l'émulation dans ſon âme abat-
>> tue; qu'il jette fur moi les yeux dans ce
>> moment , & qu'il ouvre ſon coeur à l'ef-
>> perance , en ſe diſant à lui- même : Celui
➤ qu'on reçoit aujourd'huidans le ſanctuaire
➤ des Lettres, a ſubi toutes ces épreuves .Du
• fond de fon obſcurité, il porta ſes regards
"
ود fur cette Compagnie ; il y apperçut les
>> premiers Hommes de la Littérature , &
>> les plus vertueux ,les plus dignes amis des
» Lettres & leurs plus zélés protecteurs ; &
il ſe perfuada que ſi , par un heureux ef-
>>fort , il parvenoit à s'en faire connoître, il
>> devroit bientôt à leur indulgence les plus
>> précieux encouragemens. Ses eſpérances
>> ne furent point trompées. Profondément
» faiſi, comme on l'eſt dans le premier âge ,
» d'amour pour les vertus touchantes de
» l'Archevêque de Cambray , & d'admira-
» tion pour les vertus héroïques de Saint-
Gv
154
MERCURE
"
د
Louis , il s'annonça par leur éloge. Dèslors
il vit l'Académie Françoiſe l'accueillir
» & l'encourager. La distinction dont elle
honota fon premier eſſai , fui concilia la,
bienveillance d'un Prelat digne , par les
>> qualités de ſon âme, du nom chéri de Fe
ود
23
" nelon, L'Académie fit plus encores ayant
>> daigné porter fes ſollicitations aux pieds
" du Trône en faveur du jeune Panégyriſte
>> de Saint-Louis , elle obtint pour lui , de la
"
ود
bonté ſi naturelle au feu Roi , une grâce
» marquée ; & fi depuis , avec plus de ca!-
» me , de courage & d'émulation , le Dif-
>> ciple qu'elle avoit en quelque ſorte adopté
par ſes bienfaits , a pu ſe livrer aux pénibles
travaux du ministère Évangélique ,
c'eſt uniquement à ce Corps illustre qu'il
» en eftredevable , & c'eſt ſon propre Ou-
> vrage que l'Académie achève aujourd hui ,
⚫ en lui accordant la plus glorieuſe des ré-
>> compenſes Littéraires. »
2
20
Voilà certainement de la véritable éloquence.
Nous ne voyons à reprendre dans
ce beau morceau qu'une feule expreſſion qui
ne nous paroît pas le mot propre : Profon
démentſaiſi d'amour pour les vertus , &c. Le
faiſiſſement nous paroît un ſentiment trop
fugitif par ſa nature , pour caractériſer un
amour & une admiration qui doivent être
durables. Nous croyons qu'il falloit dire :
profondément pénétré; mais du reſte on ne
peut ni parler de foi avec une modeſtie plus
noble , ni remercier d'un bienfait public
DE FRANCE.
155
avec une ſenſibilité plus touchante. L'Académie
n'a jamais été louée d'une manière
plus ingénieuſe ; elle a dû ſe féliciter d'avoir
-procuré une Abbaye à M. l'Abbé Maury ,
quand elle a reçu ce bel hommage qui la
préſente au Public ſous un point de vue ſi
reſpectable. Après avoir développé tous les
titres de gloire de la Compagnie qui vient de
l'adopter , le Récipiendaire fait un retour
éloquent fur lui-même , & il ajoute : " Pour
» moi , Meſſieurs , ma reconnoiſſance élève
encore plus haut mes penſées. Je me trou-
-> ve ici au milieu de mes bienfaiteurs. Je
conſidère l'Académie Françoiſe comme le
>> foyer de l'émulation , le patrimoine du
>> génie , l'aſyle & le centre commun de
>> toutes les eſpérances des Gens de Lettres ,
ود le conſeil de l'opinion publique pour les
» encouragemens dûs aux jeunes Littéra-
>> teurs, & les Écrivains illuſtres qui la com-
> poſent, comme les protecteurs naturels des
talens naiffans. " م
Le nouvel Académicien peint enſuite à
grands traits nos Orateurs François , auxquels
il donne , avec raiſon , ſous le rapport
même de la morale , une préférence décidée
fur les Moraliſtes de l'antiquité ; & après un
beau tableau du mérite Littéraire de M. de
Pompignan , il fait un éloge plein de juſteſſe
& de goût de la Tragédie de Didon , le
plus beau titre de gloire de ſon prédéceſſeur ;
mais ce qu'il ajoute en l'honneur de l'anti-
-quité , & que nous regrettons de ne pouvoir
Gvj
156
MERCURE
mettre ſous les yeux de nos Lecteurs, a éré
interrompu preſqu'à chaque phraſe par les
applaudiſſemens réitérés de toute l'Affemblee.
Le Public a témoigné hautement combien
il ſe plaifoit à entendre profeffer une
fi excellente doctrine en pleine. Académie.
Voici comment M. l'Abbé Maury termine
ſes réflexions ſur les Anciens : « Aufli
>> voyons-nous que jamais les Anciens n'ont
>> été plus honorés que par les plus illuftres
ود desÉcrivains modernes.JamaisHomère n'a
>> été mieux loué que par Fenelon , Euripide
- que par Racine , Pindare que par Rouf-
>> feau, Phèdre que par La Fontaine , Horace
» que par Boileau , Ariftote & Pline enfin ,
» que par ce grand Homme , leur Émule ,
ود que je vois placé au milieude vous com-
» me une des principales colonnes de ce
-> temple. »
Ce dernier trait , conſacré à la gloire de
M. le Comte de Buffon , eſt bien ingénieux.
C'eſt ainſi qu'il convient de louer
les grands Hommes. Les deux comparaifons
des oiseaux & des vétérans font vraiment
admirables ; mais nous ne ſaurions
adopter l'explication que nous donne M.
l'Abbé- Maury , d'une excellente maxime
de goût du célèbre Arnaud. Ce n'eſt point
par le befein qu'on éprouve de traduire ſa
penſée en latin pour parvenir à l'exprimer
en françois , (quoique ce beſoin ſoit en effet
fréquent & très -finement apperçu ) que l'on
eſt averti des ſecours qu'on puiſe dans Ci
DE FRANCE.
157
céron pour bien écrire en françois; car cette
obſervation du nouvel Académicien prouve
ſeulement la ſupériorité de la langue latine
fur la nôtre. Le grand art qu'on apprend
dans Cicéron , c'eſt le ſecret d'écrire avec
méthode , avec nonibre , & avec une abon
dance d'idées qui ne nuit point à la préciſion.
Il nous ſemble que cette magie de ſtyle ,
dont Cicéron eſt un ſi parfait modèle , eſt
beaucoup plus précieuſe que ce talent méchanique
de choiſir dans le latin l'expreffion
de ſa penſer , pour trouver enſuite dans le
françois l'équivalent d'un mot qui ne s'eft
pas préſenté d'abord à l'eſprit avec affez
d'énergie.Acette légère tache près , ce fuperbe
éloge de l'antiquité mérite les acclamations
qu'il a excitées dans la Séance publique
de l'Académie.
Nous ne ſuivrons pas M. l'Abbé Maury
dans les jugemens qu'il porte des Ouvrages
de M. de Pompignan. Il loue ſon prédécefſeur
avec zèle , mais avec mefure ; & les
restrictions qu'il mêle habilement à fes éloges
, honorent ſon goût & ſes principes Littéraires.
Nous nous hâtons de paffer à l'article
ſi difficile à traiter , de l'entrée de M.
de Pompignan àl'Académie. On favoit combien
il étoit dangereux de condamner ouvertement
cette inſurrection mémorable , ou
d'abſoudre M. de Pompignan d'une diatribe
ſi déplacée qui a fait le malheur de ſa vie.
M. l'Abbé Maury étoit attendu par tout le
Public à ce moment qui intéreſſoit deux
1
158 MERCURE
10
partis également inexorables ; il a enlevé
tous les fuffrages par une franchiſe noble ,
adroite , impoſante ; & en reſpectant toutes
les décences de ſon état & du lieu où il
parloit , il a fait de la faute même de ſon
prédéceſſeur le triomphe de ſon propre talent.
Voici le mouvement touchant qui a
fatisfait tous les eſprits & attendri tous les
coeurs. " Je ne ſaurois penſer ici , Meſſieurs ,
ود fans un regret amer , à la perſpective de
>> bonheur qui ſembloit s'offrir aux regards
» de M. de Pompignan , lorſqu'invité par
> vos ſuffrages à venir s'aſſeoir parmi vous,
ود
وہ
il n'avoit plus qu'à jouir du repos dans le
ſein même de la gloire. Un moment , &
» en apparence le plus heureux moment, a
tout empoiſonné. Je ne vois plus mon
>>prédéceſſeur qu'à travers un nuage fom-
>> bre..... Mais c'eſt ſans doute , Meffieurs ,
>> rendre hommage à votre délicateffe &à
>> votre juſtice , que de ſéparer à vos yeux
ود les talens qui ont illuſtré une vie toute
> entière d'une erreur inexcuſable qui en a
>> obſcurci le plus beau jour. Le zèle pour
ور la Religion n'attend point ici de moi un
>> éloge ſuperflu ; je me défendrai donc , par
ود. les mêmes convenances , la cenſure des
>> écarts auxquels il peut conduire. Conſo-
ود lons plutôt l'ombre affligée de M. de Pom-
» pignan , que je me repréſente dans ce mo-
>> ment à mes côtés , rapprochant par ſes regrets
les deux Séances qui compofent
• toute la vie Académique: celle de ſon
DE FRANCE.
159
ود
ود
ود
ود
>> adoption , celle de ſon éloge funèbre , &
>> attendant aujourd'hui de mes inains les
dernières palmes qui doivent le couronner,
Non , Meſſieurs , vous n'avez point
oublié que les liens qui l'attachoient aux
Lettres , l'uniffoient toujours à vous. S'il a
>> pu ſe croire étranger à cette Compagnie ,
» l'erreur a été à lui-ſeul; mais dans le cours
> de ce long & déplorable divorce , ſes travaux
Littéraires vous appartiennent , &
» je porte aujourd'hui avec confiance tous
ſes ſuccès en tribut à votre gloire. » ود
Il y a bien de l'art& du talent à environ--
ner ainſi M. de Pompignan de tous les titres
qui peuvent intéreſſer , au moment où on
veut obtenir grâce en ſa faveur. Le ton de
modération & d'intérêt qu'a ſu prendre M.
l'Abbé Maury , a paru très-noble & très -éloquent
, & a fait honneur à l'Académie ellemême
. L'Orateur a profité de l'attendriffement
qu'il venoit d'exciter pour tracer le
tableau des vertus de M. de Pompignan dans
ſaTerre,& il a lié au dernier de ſes Écrits l'éloge
du Roi , qui est neuf, vrai , moral & éloquent.
A la fin de fon Diſcours , M. l'Abbé
Maury s'eſt ſurpaſſé lui - même en louant
Louis XIV . Jamais ce Monarque , pour lequel
la louange ſembloit épuiſée , n'a été célébré
d'une manière ſi ſimple & fi fublime. Voici
cette péroraiſon que le Publica applaudie avec
tranſport. Pourmoi , Meſſieurs , qui viens à
» votre ſuite , & à une ſi grande diſtance de
» vos talens , apporter aux pieds de Louis
160 MERCURE
1
, » XIV le foible tribut de mon admiration
> dans ce temple où il régnera toujours par
ſes bienfaits & par votre reconnoiffance ,
>> ne pouvant plus rien ajouter à vos éloges ,
» je raffemblerai du moins ſous vos yeux
les traits épars de ſa gloire , & je dirai
>> fimplement & fans art: il eut à la tête de
ود ſes Armées Turenne , Condé , Luxem-
>>bourg , Catinat , Créqui , Boufflers , Mon-
> teſquiou , Vendôme & Villars ;Duqueſne ,
>> Tourville , du Guay-Trouin commandoient
ſes Eſcadres ; Colbert , Louvois
>> Torcy étoient appelés à ſes Conſeils ; Bofſuet
, Bourdaloue , Maſſillon lui annen-
> çoient ſes devoirs. Son premier Sénat avoit
Molé & Lamoignon pour Chefs ; Talon
» & d'Agueſſeau pour organes; Vauban fortifioit
ſes citadelles , Riquet creuſoit ſes
> canaux ; Perrault & Manſard conſtrui-
ود

ود
ود
ע
ſoient ſes palais ; Puget , Girardon , le
- Pouffin , le Sueur & le Brun les embel-
>> liffoient; le Nôtre deſſinoit ſes jardins ;
» Corneille , Racine , Molière , Quinault ,
>> La Fontaine , La Bruyère , Boileau éclairoient
fa raiſon & amuſoient fes loiſirs ;
>> Montaufier , Boffuet , Beauvilliers , Fené-
>> lon , Huet , Fléchier , l'Abbé de Fleury
» élevoient ſes enfans. C'eſt avec cet auguſte
>>>cortége de génies immortels , dont la
>>-plupart appartiennent à cette Compagnie ,
>> que le premier Roi, protecteur de l'Aca-
ود démie Françoiſe , appuyé fur tous ces
>> grands Hommes qu'il fut mettre & conDE
FRANCE. 161
>> ſerver à leur place , ſe préſente aux regards
>> de la poſterité. >>
Ce Difcours avoit été vivement applaudi
à l'Académie , & il a eu le même ſuccès à
la lecture. C'eſt un des meilleurs Ouvrages
de ce genre ; il ſuppoſe les connoillances
d'un véritable Homme de Lettres , le mérite
d'un grand Écrivain , & les talens d'un Orateur
juſtement célèbre. L'art des tranfitions
y eſt porté au plus haut degré. On y trouve
de très -belles expreffions , une marche oratoire
, & nulle eſpèce de mauvais goûr.
Paffons à la Réponſe de M. le Duc de
Nivernois.
De tous les Académiciens François , M.
le Duc de Nivernois eſt celui qui a rempli
le plus ſouvent les fonctions de Directeur.
Il a déjà reçu huit ou dix de ſes Confrères;
&le Public , qui l'entend toujours avec le
plus grand plaifir , s'eſt conſtamment félicité
d'avoir été ſi bien fervi par le hafard. Les
Lettres ne peuvent pas être plus dignement
repréſentées que par un homnie qui jouit
juſtement de la plus haute conſidération &
d'une très-grande réputation Littéraire . On
croitoit que la nature l'a fait exptès pour
chacune des places qu'il a occupées tour-àtour
avec une ſupériorité qui ne s'eſt jamais
démentie.
M. le Duc de Nivernois avoue d'abord les
torts de M. de Pompignan envers l'Académie,
qui eur à ſe plaindre, & de ſon abfence,
& des motifs qui en furent la cauſe ; il par
162 MERCURE
court enfuite rapidement ſes Écrits , qui lui
affureni une place au ſecond rang parmi nos
Écrivains , & il le préſente enſuite comme
Avocat-Général de la Cour des Aides de
Montauban. " Il s'acquittoit de ces nobles
>> fonctions dans l'une des contrées qui ja-
>> dis avoientvû Agricola préſider à leur admi-
⚫ niftration avec tant de ſageſſe; il y montra
» les meines vertus , mais il ne fut peut-
» être pas , aufli bien que lui , en tempérer
> l'uſage par une prudente économie. Il
>> ne fut peut - être pas affez que leur pra-
>>> tique demande de la meſure , fur-tout la
>> pratique duzèle , vertu dangereuſe , même
در pour celuiqu'elle anime , quand elle n'eſt
pas circonfcrite dans de juſtes bornes. Un
>> Difcours éloquent , où il s'abandonnoit à
>> tout ſon enthouſiaſme pour la réforma-
» tion des abus , fut regardé comme l'effer-
>>> vefcence inquiétante d'un eſprit qu'il fal-
> loit réprimer. M. de Pompignan fut exilé ,
>& cette diſgrâce le dégoûta d'un état où
ود il ſe voyoit entre le danger de paroître
» s'exagérer ſes devoirs , & celui de ne pas
• les remplir à ſon gré dans toute leur plé-
>> nitude. La Charge de premier Préfident ,
>> dont il fut pourvu enſuite , ne put le rat-
>> tacher à la Magistrature ; & il y renonça
» au bout de quelques années pour ſe don-
> ner tout entier à la République des Let-
>> tres. Il auroir pu y trouver la gloire & le
>> repos enſemble, il n'y trouva que la gloire.
>> Le repos ſembloit le fuir , les querelles
DE FRANCE. 163
1
>> ſembloient le ſuivre. Il eut des admirateurs
,& il les mérita; mais il n'eut guère
>> moins d'ennemis , & on lui reprocha de
ſe les être attirés. Quoi qu'il en ſoit , il les
>> auroit aifément regagnés s'il leur avoit
laiffé le temps , s'il les avoit mis à portée
>> de reconnoître , en le pratiquant , que la
>> bonté du coeur & l'amour du vrai fai-
>> foient le fond de fon caractère ; fa un na-
>> turel ardent & peu flexible ne lui avoit
» fait préférer le parti du ſchiſme à celui de
* la tolérance & des ménagemens. On n'en
53 doit point aux vices ; mais on en doit aux
>> opinions , & même aux erreurs , far-tout
>>lorſqu'on eſt ſans miſſion pour les combutre.
» ود
Le Public a témoigné , par ſes applaudiffemens
redoublés , combien ces principes,
d'une morale auffi douce que philoſophique,
lui font chers & précieux. Il eſt impoffible
d'écrire avec plus d'agrément , & de
développer des idées plus fines & plus lumineuſes
dans un ſtyle ſimple & naturel ,
qui n'annonce ni efforts ni prétentions ; mais
on fait combien cette ſimplicité eſt difficile
àallier avec autant d'eſprit qu'en a M. le Duc
de Nivernois , ſans qu'aucune de ſes ſaillies
nuiſe jamais ni à ſon goût ni à ſont alent.
Le Directeur de l'Académie paſſe enſuite
à l'éloge du Récipiendaire , auquel il montre
l'eſtime la plus flatteuſe; mais ſous ſa plume
la louange , loin d'être une ſuite fatigante
decomplimens infipides , devient une très164
MERCURE
1
belle inftruction pour les Orateurs ſacrés qui
n'ont pas toujours ſu , comme M. l'Abbé
Maury, concilier la liberté du miniſtère Évangélique
avec les égards dûs à l'Auditoire de
la Cour. " Organe , lui dit-il , organe après
» Fenelon & Boffuet , après Bourdaloue &
Maffilion , de la parole ſacrée , vous ne
lui avez rien laitſé perdre de ſes droits.
» Vous nous avez fait voir Élysée portant
>> dignement le manteau de fon maître. Ex-
> citer les riches à la charité , les pauvres au
> travail; humilier l'orgueil des Grands ſans
les expofer à la haine des petits , & confoler
ceux-ci de leur infériorité ſans les
affranchir des liens utiles de la ſubordina-
>> tion; montrer la vérité ſans voile , enfeigner
la religion ſans fanatifine , & mêler
» à ſes ſaints préceptes les leçons de la mo-
>> rale & de la philoſophie , pour la faire
» pénétrer dans tous les eſprits; telles font ,
2.1
ود
"
"
N
ود
"
Monfieur , les fublimes fonctions que vous
» avez eu à remplir dans les Temples de
la Capitale ; tel eſt le noble genre des fuccès
qui vous ont fait appeler à ceux de la
Cour. C'eſt à la Cour, Monfieur , que
l'exercice de votre auguſte miniſtère eſt
>> fouverainement important , délicat & dif-'
" ficile. On doit la vérité aux Rois : c'eſt le
ſeul bien qui peut leur manquer. On la
doit fur-tout à un jeune Roi qui l'aime ,
» & qui la cherche pour la faire ſervir au
bonheur de ſes peuples. Mais autant une
crainte pufillanime qui arrêteroit la vé
"
ود
DE FRANCE. 165
>> rité ſur les lèvres d'un Miniſtre des Autels,
feroit une prévarication vile & coupable ,
>> autant feroit reprehenfible une audace té-
» méraire qui violeroit le reſpect qu'on doit
- toujours à fon Roi , même en l'enſeignant ,
même en lui préſentant le miroir où il
>> doit reconnoître ſes fo bleſſes. Ces deux
>> écueils placés ſur la route de vos pareils ,
font fameux par plus d'un naufrage , &
>> ce n'eſt pas un petit mérite à vous de les
avoir évités. »
Ce bean morceau eſt également bien penfé
&bien écrit. Rien n'y marque l'effort , & la
profondeur des idées y eſt cachée en quelque
forte ſous l'aménité des grâces. Nous ne connoiffons
aucun Livre où les devoirs & les
droits des Orateurs ſacrés ſoient développés
avec une meſure auſſi parfaite , & l'on fent
combien ce tablean eſt heureuſement placé
dans l'éloge du Récipiendaire , qui a obtenu
tant de fois les plus grands ſuccès dans la
chaire de la Cour , où il prêche actuellement
le Carême pour la troiſième fois. L'emprefſement
qu'on a de l'y entendre, juſtifie toutes
les louanges que lui donne M. le Duc de
Nivernois . Auſſi lorſqu'à la ſuire de ce qu'on
vient de lire , & qui fut vivement applaudi ,
le Directeur ajouta : " Il me feroit aiſe de
➤ m'étendre davantage ſur ce qui vous con-
» cerne , Monfieur ,& je ſerois écouté avec
» plaifir : » les applaudiſſemens redoublerent
, & le Public témoigna hautement à M.
le Duc de Nivernois qu'il étoit de ſon avis.
166 MERCURE
On fait que M. l'Abbé Maury a fait unPanégyrique
de S. Vincent-de-Paul , qui eft
regardé généralement comme un chef-d'oeuvre;
il a créé la réputation de ſon Héros ,
qui est devenu fous ſa plume celui de l'humanité
, & il a obtenu pour lui une ſtatue
au Louvre. M. le Duc de Nivernois a rappelé
dans fon Diſcours ce fingulier triomphe
, qui fait tant d'honneur au nouvel Aca-
-démicien.
Ce nouveau Diſcours de M. le Duc de
Nivernois , eſt digne de la réputation de ſon
illustre Auteur , qui fait prendre tous les
tons , traiter tous les genres, & réunir l'efprir
le plus fin aux grâces les plus naturelles
& les plus piquantes. Quelle haute idée ne
devons nous pas avoir des richeſſes de fon
porte-feuille, fi nous jugeons des tréſors Littéraires
que ſa modeſtie y tient renfermés ,
par les Diſcours qu'il eſt obligé de publier
quand il remplit les fonctions de Directeur ,
parles Fables charmantes que le Public a déjà
conſacrées tant de fois par fon admiration ,
& par la Traduction en vers de l'Effai fur
l'Homme , qu'il a lûe dernièrement dans une
Séance particulière de l'Académie , où elle a
enlevé tous les fuffrages!
:
DE FRANCE. 16-
BERGERIES & Opufcules de Mlle Dormois
l'ainée. De l'Imprimerie de Didot , & fe
trouve à Paris , chez Lami , Libraire ,
quai des Auguſtins.
CET Ouvrage , composé dans l'extrême
jeuneſſe de Mile Dormois , aujourd'hui
Mme de Saint - Juſt , renferme pluſieurs
Paftorales , qui ont le mérite des Ouvrages
de ce genre , c'eſt-à-dire , de la délicateſſe ,
de la ſenſibilité & du naturel ; mais l'églogue
qui eft intitulé Daphnis & Silvie ,
offre des traits de vérité qui frapperont tous
nos Lecteurs. Daphnis & Silvie s'approchent
du temple de l'Amour pour s'y jurer
un amour éternel ; Silvie , occupée du fentiment
de ſa reconnoiffance pour la Reine ,
qui a répandu ſur elle le bonheur , engage
fon Berger à ne former avec elle des voeux
que pour ſa bienfaitrice.
Venus, touchée de l'ardeur de leur prière ,
paroît diſpoſée à leur accorder ce qu'ils lui
demanderont.
" Belle Déeſſe , dit Daphnis , foyez-nous
>>propice. Ce font des étrennes que nous
venous chercher pour notre Reine ; nous
ne ſavous que lui offrir , il ne reſte rien à
des Bergers qui ont donné leurs coeurs,
ود
ود
VENUS.
>> A-t'elle beſoin de la beauté ?
1
168 MERCURE
SILVIE.
>> Non , de toutes les beautés elle a l'heu-
• reux affemblage .
VENUS.
» Quelle eſt votre aimable Souveraine?
• Cominent l'appelez- vous ?
SILVIE.
» Je vais vous la peindre , ce ſera la nom-
» mer. Aſſiſe ſur le trône , ſon regard fait
" le bonheur du monde ; ſur ſon auguſte
> front brillent la candeur & toutes les ver-
>> tus royales; ſes yeux , où la douceur s'allie
- avec la majesté, ſont beaux comme les
» vôtres ; la taille eſt comme celle de la
» plus jeune des Grâces .
ود
VENUS.
» A ces traits ſeuls je la reconnois ; c'eſt
la Reine des Coeurs: qu'elle partage mon
> empire ; Berger , il doit être auſſi doux de
>> ſuivre ſes loix que les miennes. »
Toutes les Déeſſes raſſemblées dans le
même temple , s'empreſſent de rendre la
mêmejuſtice à cette Souveraine. " Elle réunit,
>> dit Pallas , à ma ſageſſe , l'art de l'inſpirer
» &de la faire trouver aimable .
» Elle poſsède , reprend Hébé , ma jeu-
» neffe&ma fraîcheur.
>>Quand on la voit , s'écrie l'Amour , auffi-
» tôt
DEFRANCE. 169
>> tot l'indifference expire , & moi- même
>> je perds mes ailes.
Allez , couple fortuné, diſent tous les
>> Dieux enſemble , qui ſavez ſi bien aimer
» votre Keine , nous aurions bien voulu
>> répondre à vos defirs , en lui faiſant quel-
>>. ques nouveaux dons ; mais nous n'en
>> avons aucun qu'on ne lui reconnoiffe.
Nous voudrions pouvoir faire connoître
pluſieurs Contes très - agréables , tels que
l'Amant Volagefans être inconstant , l'Indifférence
punie &pardonnée, qui offre une morale
douce& touchante. La Bergère Coquette
par amour , préſente un contraſte piquair,
avec une Bergère fidelle , qui trouve le bonheur
dans la pureté de ſon coeur , tandis que
la première eſt ſévèrement punie de l'abus
qu'elle a fait du pouvoir de ſes charmes.
Pour donner une juſte idée de cette production
, il fuffiroit de dire que M. Colardeau
.n'a pas dédaigné de tirer d'un des Contes de
Mile Dormois le ſujet d'une de nos plus
agréables chanſons : Life , entends-tu l'orage.
:
L'Auteur a terminé ce joli Recueil par une
petite Pièce intitulée la Nuit tous Chatsfont
gris , qu'elle n'a compoſé que depuis fon
mariage. Elle y a donné plus d'effor à fon
eſprit & à ſa gaîté.
1
Nº. 7. 26 Février 1785. H
170 MERCURE
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 3 Février , on a donné à ce Theatre
, pour la première fois , Colombine &
Caffandre le Pleureur, Parade en deux actes ,
& en vers mêlés d'Ariettes & de Vaudevilles.
C'eſt en vain que les bons eſprits ont le
courage de s'élever contre le miferable genre
de la Parade : tant qu'une portion du Public
accordera ſon ſuffrage à quelques productions
de cette eſpèce , on verra les jeunes
Auteurs du Théâtre Italien , s'empreſſer de
coudre de mauvaiſes pointes , des calembourgs
ufés, à une intrigue brochée à la hâte ;
& les Comédiens de ce Spectacle continueront
de recevoir, protéger & repréſenter ces
petits Ouvrages honteux , où le goût , la langue,
l'art & les moeurs font également violés,
dans l'eſpoir d'amener l'affluence pendant un
certain nombre de repréſentations. On peut
eſpérer pourtant que l'opiniâtreté de quelques
jeunes Écrivains , comme celle de quelques
Acteurs , qui ſemblent avoir pris pour
deviſe ce vers connu ,
Aura tort qui voudra , pourvu que l'argent vienne ,
DE FRANCE. 171
ſera enfin obligée de céder à la légèreté trèsordinaire
au Public Parifien . On fait que fon
idole de la veille eſt preſque toujours fa
victime dulendemain ; & quand la Comédic-
Parade , à laquelle il accorde très -bénignement
ſes futfrages , viendroit à éprouver
ſa rigueur , on ne pourroit que le féliciter
d'un tel retour. La manière dont il a reçu
Caffandre le Pleureur , motive l'eſpoir que
nous avons conçu . Cette mauvaiſe farce ,
écoutée avec indu gence pendant le premier
acte , a été très- maltraitée dans le cours du
ſecond , qui n'a pas même été achevé. Nous
nous ſommes réjouis en voyant le Parterre
d'abord attentif , enfuite patient , enfin févère
avec raiſon. Quelque reſpectable que
foit cette hydre à huit cent têtes, nous avons
oſé parfois lui reprocher fon exceſſive complaiſance
ou ſon extrême ſévérité ; ainſi il
nous paroît , à ſa place de la feliciter d'avoir
éré juſte ,&de l'inviter à continuer de l'être.
C'eſt elle qui , le plus ſouvent, fait desſuccès
& fixe l'opinion générale ; il eſt donc fort
intéreſſant qu'elle ne prodigue pas fon admiration
& ſes applaudiſſemens aux productions
qui en font indignes,&qu'elle n'encourage
les Auteurs de celles qui laiſſent échapper
quelques lueurs de talent. Voici une
courte analyſe de Caſſandrele Pleureur, pour
ceux qui aiment à tout connoître .
M. Caffandre pleure ſans ceffe une
épouſe qu'il a perdue , & néanmoins il
fonge à ſe remarier. Iſabelle eſt la perſonne
Hij
152 MERCURE
qu'il veut époufer ; mais il a un rival redon .
table , M. le beau Léandre. Cet amant plaît
beaucoup à Habelle , parce qu'il eſt d'un
caractère très-oppofé à celui du Vieillard.
L'un paroît être le Jean qui rit , & l'autre le
Jean qui pleure. M. Callandre a fait autrefois
une promeffe de mariage à une certaine Colombine
qui depuis eſt devenue amoureuſe
de Léandre , mais qui enſuite a en
le courage & la générofité de céder ſon
jeune amant à la jeune Iſabelle. Celle- ci ,
pleine de reconnoiſſance, veut lui rendre fon
vieil amoureux ; en conféquence elle feint de
devenir ſenſible aux foins de Caſſandre, qui,
dans le tranſport de ſa joie , veut ferrer ſa
future entre fes bras : Iſabelle ſe retire à
l'écart , & Colombine qui ſe trouve-là toutà-
point , reçoit le Vieillard dans les fiens ;
tout s'arrange , & c.
A ce canevas uſé , qu'on ajoute un ſtyle
plus que foible , des plaifanteries rebattues;
&l'on aura une idée de Caffandre le Pleureur.
Les Ouvrages de ce genre qui ont eu
du ſuccès depuis quelques mois , n'ont pas
une intrigue plus raisonnable. Ils n'ont
obtenu des applaudiſſemens qu'à l'aide d'un
amas d'équivoques & de jeux de mots placés
avec eſprit , il eſt vrai , mais plus faits
pour effaroucher la décence que pour exciter
le rire des gens honnêtes. On parloit
de l'affluence qu'avoit amenée un de ces
Drames devant un homme qui joint à beaucoup
d'eſprit & de connoiffances une miDF
FRANCE.
1
173
H
fantropie quelquefois un peu cynique. Il
n'en parloit qu'avec indignation, " Que ré-
>> pondrez-vous , Monfieur , lui dit quel-
>> qu'un , à vingt-fix chambrées complettes ?
» Eh , que direz-vous, vous-même , reprit-
>>ii avec chaleur , quand je vous rappel-
- lerai que pendant fix mois , la Capitale a
» vû les gens les plus delicats ſe difputer
>> l'honneur de s'empoisonner à la Guin-
>> guette avec le vin de Ramponeau ? » Pers
fonne ne répondit à cette bourade, qui peint à
merveille, aux yeux de ceux qui voient clair ,
l'extravagance avec laquelle Paris ſe paſſions
ne de temps en temps pour les objets les
plus fufceptibles d'inſpirer un juſte dégoût..
La Muſique de Caſſandre eft de M. Champein,
déjà connu par des Ouvrages qu'on
voit exécuter trop ratement. On a rezrené
qu'il eût employé fes talens fur un Drame'
qui en eſt ſi peu digne. On y a remarqué de
la gaîré , de l'eſprit , des effets heureux ;
& quelques Écrivains fe font empreífés à
lui offrir de remettre la nouvelle compofi
tion ſous les yeux du Public , en en adaptant
les morceaux àun nouveau ſujet. Ainfi de
tous côtés juſtice fera faite.
Le Mardi IS , on a donné la première
repréſentation de la Femme Jalouse
Comédie en cinq Actes & en vers , par M.
Desforges.
En 1726 , Jolly , avantageuſement connu
Hiij
174 MERCURE
par fon agréable Comédie inutu'ée , l'École
des Amans , fit repréſenter au Théâtre Italien
, la Femme Jalouse , Pièce en trois
Actes & en vers. Cet Ouvrage , imité d'un
canevas Italien de Riccoboni le Père , eut du
fuccès , & n'étoit pas indigne d'en avoir.
Il eſt à préſumer qu'il en auroit peu aujourd'hui
, parce qu'on eſt revenu , avec raiſon ,
du goût des intrigues ultramontaines , &
des balourdiſes très-peu piquantes des Arlequins
; mais on ne ſauroit lui refuſer de
l'eſtime. Le ſtyle a de la facilité ; le Dialogue
eſt naturel ; les caractères , hors celui
de l'ami , que l'on cache pendant toute la
Pièce , pour l'empêcher de ſe battre avec
un Rival, font tracés avec eſprit , & foutenes
avecintelligence ; les ſituations en ſont-quelquefois
très-comiques , & fottent du fonds
duſujet: ce qu'ily a de fâcheux, c'eſt que l'intérêt
en eſt très-foible , & , pour ainfi-dire ,
nul. Comme cette Comédie n'a d'autre ref
ſemblance que le titre avec celle de M. Desforges
, nous nous diſpenſerons de l'analyfer
ici.
En 1763 , M. George Colman ,Ecuyer , fit
repréſenter ſur le Théâtre de Drury-lane ,
The Jealous wife , ou la femme Jalouse ,
Comédie en cinq Actes. CeDrame , dont
Mme Riccoboni a fait une très-bonne Traduction
Françoiſe , a fourni à M. Desforges
l'idéede la Comédie dont nous voulons rendre
compte. Ce n'eſt point en imitateur
ſervile que cet Écrivain a ſuivi ſon modèle ;
DE FRANCE. 175
il s'eſt au contraire rendu maître de ſon ſujet ;
il a rejeté tous les caractères qui ne pouvoient
point s'accommoder à nos moeurs ; il a réformé
ce qu'il y avoit de trop tranchant
dans ceux qui pouvoient s'en rapprocher ;
enfin , il a imaginé une intrigue neuve , &
qui eſt totalement étrangère à celle de George
Colman. Peut - être ſeroit-il à defirer
qu'il n'eut pas donné à ſon principal Perſonnage
d'autres motifs de jalouſie que ceux qui
font mouvoir l'héroïne de la Pièce Angloife ;
c'eſt ce quenous examinerons , après avoir
fait connoître la marche de ſa Comédie.
Acte Ier. Mme d'Orſan , mariée , & jalouſe depuis
ſeize ans , s'occupe ſans ceſſe des moyens de trouver
une preuve capable dejustifier les ſoupçons qui la
tourmentent. Aſſiſe à côté du Secrétaire de ſon
mari , elle s'apperçoit qu'il eſt ouvert , ſe propoſe
de voir ſi elle n'y rencontrera pas les traces de
quelque intrigue ; y remarque un double fond, y
cherche , y trouve une boîte d'or , qui a elle- même
un double fond , & ſe félicite de ſa découverte. Interrompue
par l'arrivée de Juſtine , ſa femme-dechambre,
& de Gervais , père de cette jeune perſonne
, ancien domeſtique de M. d'Orfan , elle ſe
plaint d'être ſans ceſſe épiée ,& ſe retire avec humeur.
La femme-de-chambre trace à ſon père le
portrait de ſa maîtreſſe , & ſe plaint avec amertume
d'être elle même en bute aux traits de ſa
jalouſe fureur. M d'Orſan , qui a envoyé chercher
Gervais , vient enſuite , & dans une converſation
particulière avec ſon vieux ſerviteur , le prie de
faire préparer dans une maiſon qu'il habite &
qu'il tient de la générosité de ſon ancien maître
un appartement ſimplement mais proprement ,
,
Hiv
176 MERCURE
meuble : il lui dit que cet appartement eſt deſtiné
à une jeune Demoiselle qui doit inceſſamment arriver
de Tours , à laquelle il prend l'intérêt le plus
tendre , & qui mérite tous les égards du reſpect .
Reſté ſeul , M. d'Orfan penſe avec douleur à la
malheureuſe frénéfie qui fait le tourment de ſa
femme & le ſien ; mais l'aspect de ſa fille Eugénie
lui fait oublier tous fes chagrins. Cette aimable
enfant , franche , ſenſible , ingénne , avoue tout
bonnement à ſon père qu'elle aime lejeune Ferval ,
neveu de M d'Aranville ; ( ce M. d'oranville a été
le tuteur de Mme d'Orsan , & eſt l'ami intime de
M. d'Orfan , ) qu'elle lui en a fait l'aveu , & que
cer aveu a caufé tant de plaisir à ſon amant , qu'elle
ſe repent de ne le lui avoir pas fait plutôt.M. d'Orfan
fourit des naïverés de ſa fille parce qu'il aime
Ferval , & qu'il approuve ſa recherche. Comme
Juſtine a blâmé la légèreté de ceraveu , Eugénie
fait la paix avec ſa Bonne , l'embraffe , & prie
fon père de l'embraffer auffi. M. d'Orían y con
fent d'autant p'us volontiers , qu'il est très- reconnoiffart
des foins que Juſtine a pris pour l'éducation
d'Eugénie; mais à l'inſtant qu'il l'embraffe
Mme d'Orfan paroît , devient furieuſe éclate en
reproches contre Con mari , ſe refuſe à rien entendre
, & chaſic Juſtine de ſa maiſon. M. d'Aranville
entre au milieu de ce tumulte ; il n'en
eſt pas furpris , il eſt accoutumé aux emportemens
de ſon ancienne pupille. Sa probité brusque , févère
& même dure , le porte à lâcher à Madame
d'Orfan quelques mots très - mortifians , auxquels
celle-ci répond avec itonie , après quoi elle for en
menaçant fon mari de le confondre bientôt. D'Axanville
ne manque pas de reprocher à d'Orfan
ſa foiblefle pour une femme qui tourmente lui &
tout ce qui l'approche ; mais d'Orfan ſe hâte deprofiter
des momens pendant lesquels il eft libre,pour
2
9.
DE FRANCE.
177
prier ſon ami de lui rendre le ſervice le plus important.
Avant de donner la main à Mme d'Orfan ,
il avoit épousé clandeſtinement une jeune perſonne.
qui eſt morte en donnant le jour à une fille qu'il
a nommée Clémence ; cette fille , élevée à Tours
ſous les yeux d'une femme reſpectable qui vient
de mourir , va revenir à Paris , il l'attend. Au lit
de mort , ſa première femme lui a fait jurer que ,
s'il ſe remarioit jamais , il ne feroit pas connoître à
ſa nouvelle épouſe une fille qui pourroit ne rencontrer
en elle qu'une marâtre. Il a juſqu'ici tenu
fon ferment; la jalouke de ſa femme lui fait une
loi de ne point le trahir , à moins d'y être abfolument
forcé : il engage d'Aranville à le ſervir ,
à ſe rendre au Bureau des Meſſageries , à y prendre
Clémence , & à la conduire dans l'appartement qu'il
lui a fait préparer chez Gervais . D'Aranville ne ſe
prête qu'avec répugnance à ces démarches; enfin
il ſe détermine à les faire , & fort en conféquence,
Acte II. Dans l' Acte que nous allons extraère ,
comme dans les ſuivans , nous neferons connoître
que les scènes qui mettent'en jeu le caractère principal
, ou qui motivent abfolument la marche de
l'action . Scène d'amour entre Ferval & Eugénie ,
ſuivie d'une autre entre ces deux amans & M. d'Orfan.
Entrée de Mme d'Orſan. En vain. elle a cherché
& fait chercher le ſecret de la boîte d'or ,
on ne l'a point trouvé. D'Orfan le connoît ſeul ; il
le lui déclare : elle le prie de le lui faire connoître.
Pour prix de ce ſecret , il demande à ſa femme de
confentir au mariage desjeunes gens; elle refuſe ſon
confentement : d'Orſan ſe retire avec ſon ſecret . La
jalouſe ſe propoſe de faire fervir à ſes deſſeins le
jeune Ferval; elle lui promet fa fille , s'il veut obſerver
les démarches de d'Orfan, & lui en rendre
compte. Cette condition paroît honteuſe à Ferval ,
Hy
178 MERCURE
qui , malgré les ſupplications de l'indiſcrette Eugénie,
répugne à s'y ſoumettre . Ce débat eft coupé
par l'arrivée du vieux Gervais , qui penſe qu'il eſt
de ſon honneur de connoître la cauſe pour laquelle
on a chaſſe ſa fille. Mme d'Orfan , toute entière
à ſa jalousie , la déclare coupable ; mais M. d'Orfan
qui rentre , la difculpe & tranquilliſe le vieillard ;
il profite même de cette circonſtance pour faire à
ſa femme le tableau des chagrins dont elle accable
tout ce qui l'entoure. Ce tableau attendrit Meme
d'Orfan, elle reconnoît ſes torts. Pour prix de ce
retour , fon mari lui fait connoître le ſecret de la
boîte. A la vue d'un portrait de femme , ( c'eſt
celui de la première épouſe de d'Orfan ) la jalouſe
pâlit , & fon mari , pour la tranquillifer ,
lui dit :
Né de l'idée & de la fantaifie ,
Ce portrait ne ſauroit armer ta jaloufie :
Enfin , je me soumets au ſort le plus fatal
Si l'Univers entier a ſon original.
Cette affurancetranquilliſe de nouveau Mmed'Orfan,
elle embraſſe ſon mari , à la grande ſurpriſe
de d'Aranville qui entre. Elle ſe retire en aſſurant
que ſi l'on ne s'obſtine plus à bannir la paix de
ſa maiſon , on l'y verra long-temps. D'Aranville
vient pour apprendre à d'Orfan que le carroffe de
Tours eft arrivé plutôt qu'on ne l'attendoit , qu'il s'eſt
rendu trop tard au Bureau , qu il n'y a point trouvé
Clémence ; & que, pour empêcher quelque événement
funeste , il faut la chercher & fur-tout faire
enforte que Mme d'Orſan ne la voie point. Le malheureux
époux ſort pour cet effet avec d'Aranville
&Ferval.
Acte III . L'intérêt de cet Acte commence à la
Scène où Mme d'Orfan , toujours en proieà ſes mou.
vemens jaloux , cherche à mettre dans ſes intérêts le
DE FRANCE.
179
Domeſtique de ſon mari , & l'engage àépier ſes actions,
* Ce Valet feint d'y conſentir , à condition que
tandis qu'il obſervera ſon Maître , Mme d'Orfan obſervera
de ſon côté Juſtine , qu'il doit épouſer. Elle
rougit de s'être compromiſe , & trouve un prétexte
pour faire fortir le Valet. Apeine eſt- elle ſeule qu'un
Cocher des Meſſageries vient pour parler à M.d'Orfan .
Chargé de remettre entre ſes mains une jeune perſonne
qui arrivede Tours , il vient le prévenir qu'elle
l'attend. Toute la fureur de Mme d'Orſan ſe réveille ,
elle va elle-même au devant de Clémence. Heurenſement
l'impatience a forcé la jeune perſonne à venir
chez M. d'Orfan , & Mme d'Orſan ne la rencontre
point. Clémence arrive chez celui qu'elle croit
n'être que ſon bienfaiteur , voit d'abord Eugénie ,
enfuite d'Orfan. D'Aranville & Ferval annencent le
retour de Mme d'Orſan ; on fait fortir Clémence par
le jardin. La Jalouſe rentre , traite ſon mari avec
autant de fureur que de mépris ; enfin celui- ci s'indigne
, parle en maître , & fort en annonçant qu'il
veut être obéi . Mais ne voilà-t'il pas que l'indifcrette
Eugénie , qui s'eſt tout- à-coup attachée à Clémence ,
& qui eft fâchée qu'elle ne reſte point avec elle
vient raconter à ſa mère qu'il eſt venu une jeune perſonne
toute aimable que M. d'Aranville conduit
chez lui. Le haſard fait que d'Orfan entend cette
confidence. La Jalouſe ne perd point de temps , arrête
Ferval ; & , ſous peine de ne jamais devenir ſon
gendre, elle l'oblige à la conduire chez fon oncle.
Acte IV. La Scène eſt chez Gervais . Par différentes
raiſons Eugénie , Juſtine & le Valet de d'Or-
* La Femme Jalouſe de Jolly cherche auffi , Acte
fecond, Scène première , à gagner le Domcitique de fon
époux; mais la Scène de Jolly n'est qu'une mauvaiſe farce ;
celle deM. De forges est très-comique, &préſente un but
moral très-digne d'éloges .
Hvj
So MERCURE
fan s'y trouvent raſſembles. D'Orfan & d'Aranville
y amènent Clémence. Tandis que , ſous prétexte
d'examiner la maiſon , Gervais emmene tout le
monde , d'Aranville tente les derniers efforts pour
engager ſon ami à être homme , & à ne point con--
tinuer d'être la victime d'une furie, Dorian balance
, il adore ſa femme , & tremble d'ajouter à ſes
chagrins. Le ſévère d'Asanville teproche à d'Orfan
ſa foibleſſe avec encore plus d'énergie , il le
Jaifle le maître de ſa conduite , & lui déclare
que s'il avoit voulu conſentir à devenir heureux ,
lui , d'Aranville , ne demandoit pour prix de ſes
foins que le ſpectacle de ſon bonheur & la main
de Clémence. Tout invite d'Orfan à prendre le
parti de la fermeté ; il s'y détermine. Ferval accourt,
apprend à ſon oncle qu'il quitte Mme d'Orfan
, qu'elle a tout culbuté chez lui en y cherchant
Clémence. D'Aranville rit de cette extravagance ,
& croit qu'il eſt plus sûr de ne point laiſſer la jeune
perfonne chez Gervais. Il veut la conduire chez lui ;
tout le monde ſe prépare à partir. La poorrttee s'ouvre,
on apperçoit , qui ? Mme d'Orfan. Elle a marché
fur les pas de Ferval. On peut s'imaginer ſon emportement
, ſes éclats, fa fureur , quand elle croit
reconnoître dans les traits de Clémence , qui ref
femble. parfaitement à ſa mère, le portrait caché
dans la farate boîte d'or. Elle ne menace de rien
moins que de faire enfermer la jeune infortunće ,
de ſe ſéparer de fon mari; en un mot, elle ſe livre
aux plus grands excès . D'Orfan , révolté , déclare à
fon tour qu'il rompt tous les liens qui l'attachoient
à elle , parle avec l'indignation d'un homme trop
long temps victime d'une horrible frénée, emimène
Clémence , Ferval , d'Aranville , Eugénie même , &
laiſſe ſa femme ſeule en proie à la confufion & au
1 déſeſpoir .
Acte V. Le Théâtre repréſente l'appartement de
( DEFRANCE. 181
d'Aranville. On voit d'un côté Clémence , Eugénie
& Ferval qui forment un groupe ; au milieu d'Orfan
affis & accablé ; de l'autre côté , d'Aranville devant
une table & prêtà écrire. Ce dernier veut profiter de
la circonſtance pour porter les derniers coups à
Mme d'Orfan. Il engage ſon mari à feindre de ſe
ſéparer d'elle pour jamais; il attend de cette feinte
laplus heureuſe iſſue. D'Orfan balance , puis finit par
ſe rendre. D'Aranville écrit ; & le vieux Gervais
qui paroît pour apporter des nouvelles de Mme
d'Orfan , eft chargé de remettre la lettre. Pendant
qu'on en attend l'effet , Clémence , tourmentée par
Pidée du trouble qu'elle a caufé , demande une retraite
, & à connoître ceux auxquels elle doit
la vie. Le ſenſible d'Orfan ne peut réſiſter aux
mouvemens qui l'entraînent , il déclare à Clémence
qu'il eſt fon père , lui propoſe un épeux dont il
commence le portrait que d'Aranville achève , &
queClémence reconnoît en promettant d'obéir. On
annonce Mme d'Orſan. D'Aranville fait cacher tout
le monde ; il reçoit ſa pupille avec froideur. Tourà-
tour emportée ou ſenſible , celle- ci fait des reproches
, demande ſon époux , déteſte ſes emporremens.
D'Aranville lui fait connoître tous ſes torts,
fui apprend enfin le premier mariage de fon mari ,
ce qu'eft Clémence ,& la livre à ſes remords. Mine
d'Orfan , anéantie , verſe des larmes , & laiſſe éclater
un véritable déſeſpoir. Son mari ne peut plus longtemps
foutenir cette épreuve ; il s'écrie , elle recon
noît ſa voix , s'élance , tombe à ſes genoux , illa
reçoit dans ſes bras. Elle jette un coup d'oeil fur
rout ce qui l'entoure , ne voit que des yeux bu
mides & des coeurs attendris : elle abandonne à ja
mais ſes chimériques foupçons,met la main deClémence
dans celle de d'Aranville , accorde ſa fille à
Ferval , &fe précipite dans les bras de ſon mari
qui finit la pièce par ce vers :
Le bonheur des époux eſt dans la confiance.
182 MERCURE
Débarraſſons-nous d'abord de l'objet le
plus deſagréable à traiter , quand on rend
compte d'un Ouvrage eſtimable, c'est-à- dire,
de la critique. Cette Comédie eſt établie fur
une baſe aſſez légère,ſur un ferment très-indifcret
, & dont la fimple raiſon doit relever
un homme ſenſé. Que d'Orfan déclare qu'il
aeu une première femme , que Clémence eſt
fa fille, & tout eſt dit. Il eſt bien vrai que
l'Auteur appuie les motifs du filence de
d'Orfan , non pas fur ce ferment ſeul , mais
encore fur la connoiffance qu'il avoit du caractère
jaloux de Mme d'Orſan , dont la
manie étoit de ne donner ſon coeur qu'à un
homme dent elle eût été la première inclination
: auffi ne regardons-nous pas la légèreté
de cette baſe comme le plus grand défaut
de l'Ouvrage. Souvent d'une première
donnée un peu forcée réſultent d'autres données
très-vraiſemblables , qui amènent des
ſituations intéreſſantes , d'heureux développemens
& de grands effers. C'eſt ce que
prouve la Comédie de M. Desforges . Son
défaut le plus frappant , à notre avis , c'eſt
que les ſoupçons jaloux de Mme d'Orſan
font toujours fondés ſur des apparences qui
parlent réellement contre ſon mari . Celuici
en eſt convaincu ; car au cinquième acte
il dit à d'Aranville .
,
Cequi porte à mon coeur une atteinte cruelle ,
C'eſt qu'enfin l'apparence étoit toujours pour elle.
&il a raiſon. Il pouvoit même porter plus
DE FRANCE. 183
loin le blâme qu'il fait de la conduite. Suivons-
la. Il ſe marieſans déclareràcelle qu'il va
épouſer qu'il a eu une femme & qu'il eſt père.
Il commencepartromper ſon époufe& par ſe
fouſtraire la Loi qui diftingue expreffément le
fort des enfansdedifférens lits.Par une foiblefſe
vraiment condamnable ( car ce n'eſt pas-là
de la délicateſſe , ) il diffimule ſans ceſſe avec
ſa femme , il lui cache la vérité , & deſcend
juſqu'au menſonge. Il lui préſente un portrait
né , dit-il , de l'idée & de la fantaisie ,
dont l'original n'existe point dans l'univers ,
&Mme d'Orfan retrouve la reſſemblance de
ce portrait dans une jeune perſonne qu'on
envoie , en ſecret , de Province , à ſon mari ,
qu'on promène de maiſon en maiſon , pour
la ſouſtraire à ſes yeux , & dont on refuſe
ebſtinément de lui faire connoître le fort
&le rang. Quelle femme , même ſans être
jalouſe, ne feroit pas la dupe de pareilles apparences
? Aufſſi, quand dans l'avant-dernière
Scène du cinquième Acte , nous avons entendu
ce vers que dit la Femme Jalouse ,
Il étoit veuf& père ;& je n'en ſavois rien!
nenous attendions-nous pas à la voir ſe livrer
fitôtà ſes remords? Qu'elle eût déteſtéles excès
auxquels elle s'étoit portée , à la bonneheure
; mais ne pouvoit-elle pas reprocher
ces mêmes excès à ſon mari ? N'est- ce pas
ſafuneſte diffimulation qui les a cauſes ? II
-a été accablé de chagrins , il en a vu gémir
tout ce qui l'entouroit. Eh ! n'a-t- il pas été
184 MERCURE
l'artiſan de ces mêmes chagrins , en man
quant à tout ce qu'il ſe devoit à lui-même,
au triple titre de père , d'époux & de citoyen
? Voilà ce que Mme d'Orſan pouvoit
dire. Il nous ſemble qu'à tout cela le pauvre
d'Orfan n'avoit rien à répondre , qu'il
n'avoit plus qu'a s'humilier en diſant :
« j'ai tort » , & que le ſévère d'Aranville
en devoit convenir. Que l'on jette un
coup-d'oeil ſur le perſonnage de Miſtriff
Belton ; ( c'eſt la femme jalouſe de Georges
Colman ) qu'on life avec attention feulement
la première Scène , qui nous paroît
faite de main de maître , & l'on veria avec
quelle adreſſe l'Auteur Anglois a motivé les
torts continuels de ſa jalouſe. On lui préſente
la vérité , on la lui fait toucher du
doigt , elle la rejerte. Les raiſons les plus
claires lui paroiffent d'abominables rufes;
&c'eſt ainſi qu'elle va juſqu'au dénouement.
Jolly a cu la même attention dans fa Comédie;
& dans le Jaloux * de M. Rochon
de Chabannes , repréſenté avec beaucoup
de fuccès , l'année dernière , au Théâtre François
, le Chevalier de Belgarde n'eſt pas
moins coupable dans ſes mouvemens jaloux,
parce que c'eſt le bandeau de la jalouſie qui
l'empêche ſeul de voir la vérité. Il n'en est
pas ainſi de Mme d'Orfan , & nous croyons
* Il est bien étonnant que cet Ouvrage, qui eſt
du petit nombre de ceux dont la lecture doit augmenter
la réputation , ne ſoit pas encore imprimé..
DE FRANCE. 185
1
que c'eſt une grande faute. Voir des choſes
condamnables, s'en indigner &s'en plaindre ,
ce n'eſt pas être jaloux , c'eſt être juſte &
fenfible.
Venons maintenant à ce que nous devons
d'éloges à M. Deforges. Ses caractères , tela
qu'il les a conçus , ſont tracés avec les cou
leurs qui conviennent à chacun d'eux. Mme
d'Orfan eft pleine de chaleut & d'énergie ;
M. d'Orfan est toujours paffif , mais tou
jours fenfible & bon , malgré les éclats momentanés
de ſon indignation. D'Aranville
eft bruſque , dur , mais frane , fincère &
Loyal. Il eſt ſévère par l'amour du bien &
de l'ordre ; fa vertu eſt celle d'un homme
droit , d'un véritable ami , fa raiſon a
de l'éloquence & du nerf. Eugénie a
Findifcrétion de ſon âge ; mais fon ingénuité
eſt aimable & intéreifante . Son caractère
naïf tranche très-heureuſement avec
tous ceux qui l'entourent; il produit um comique
vrai & doux , qui repoſe l'âme &
Peſprit fatigués parles ſecoufles que donnent
les fituations fortes, par les incidens mul-:
tipliés , quoique très-naturellement amenés,
&par les grands mouvemens dont la Pièce eſt
remplie. Les autres caractères ne font pas
auffi importans : ils ne devoient pas l'être
mais ils font tous utiles à l'action , ils la
font bien marcher , & fervent à préfenter
les convenances qu'exigent la décence de
la Scène & l'art des développemens. Le
ſtyle eſt parfois négligé , ſouvent ferme,
,
186 MERCURE
énergique & naturel. On deſireroit qu'il
fût moins hériſſe d'épithères. Si l'on pouvoit
leurfaire entendre , diloit un jour Voltaire
en parlant de quelques Écrivains , que
l'adjectif est le plus grand ennemi du fubftantif,
encore qu'ils s'accordent en genre , en
nombre & en cas !
La Pièce est très-bien jouée. On remarque
principalement Mme Verteuil dans le
rôle de la Femme Jalouſe , Mlle Carline
dans celui d'Eugénie , & M. Courcelle dans
le perſonnage de d'Aranville. On ne fauroit
trop louer le talent avec lequel M. Granger
joue le rôle difficile & paſſif de M. d'Orfan.
Tous les ſentimens que l'amour paternel ,
l'amour conjugal , l'amitié confiante , la
colère & l'indignation peuvent éprouver ,
il les déploie & les nuance avec une vérité
frappante. Noble & décent dans ſon emportement
même , il ſait rendre intéreſſant
un perſonnage ſubordonné en quelque façon
par les ſituations dans lesquelles il estplacé.
Pour tout dire en un mot , il eſt tour -àtour,
dans ce rôle, le Comédien du coeur
&celui de la raiſon .
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION Académique , composée des Mémoires
, Actes & Journaux des plus célèbres Acedémies
& Sociétés Littéraires de l'Europe , concernant
l'Histoire Naturelle , la Botanique , la Phyſi-
V
DE FRANCE. 187
que, la Chimie , la Chirurgie , l'Anatomie , la Méchanique
, &c. Tome ſeptième in-4 ° . A Paris, chez
Cuchet, rue& hôtel Serpente.
Ce volume contient la ſuite de l'Histoire & des
Mémoires de l'Académie Royale des Sciences de
Paris.
On trouve chez le même : de la Philofophie Corpufculaire
, ou des connoiſſances &des procédés magnétiques
chez lesdifférens Peuples , par M. Del ***.
in-80, Prix , 2 liv. 8 fols br. , & des Obfervations
Pratiques fur les Maladies Vénériennes , traduites
de l'Anglois de M. Svédiacer , Docteur en Médecine,
par M. Gibelin , Docteur en Médecine , &c. in- 89.
Prix, 4 liv. br.; s liv. relié.
1
LES Métamorphofes d'Ovide , en vers François ,
Liv. I , II & III . avec un Discours Préliminaire ;
des Notes de littérature & de goût, &des Pièces de
vers & de profe , relatives à l'Ouvrage, par M. de
Saint-Ange ; nouvelle Édition , revne , corrigée&
confidérablement augmentée. in 8°. de 296 pages.
Prix, 3 liv. AParis , chez Valleyre l'aîné , Imprimeur.
Libraire , rue de la Vieille- Bouclerie ; la Veuve
Ducheſne , rue S. Jacques ; Jombert jeune , rue
✓Dauphine; Bailly , barrière des Sergens ; Hardouin,
au Palais Royal ; Petit , quai de Gevres.
Les corrections faites par l'Auteur doivent ajouter
un nouveau prix à cet Ouvrage déjà eſtimé.
و ASGILL, Drame en cinqActes enprofe,dédié
à Mme Afgill , par M. J. L. le Barbier le jeune.
Prix , I liv . 10 ſols. A Londres , & ſe trouve à
Paris , chez Caillead , Imprimeur- Libraire , rue Galande;
la Veuve Ducheſne , rue S. Jacques; Brunet ,
rue de Marivaux , près de la Comédie Italienne ; la
Veuve Eſprit , au Palais Royal , & chez les Marchands
de Nouveautés.
188 MERCURE.
L'Auteur de ce Drame , qui porte un nom cher auz
talens , youlart prouver ſon antériorité ſur l'Ouvrage
repréſenté aux François , tiré du même ſujet , a defiré
la publicité du certificat ſuivant :
Nous fouflignés , Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , certifions que le Drame d'Afgill, en profe &
en cinq Actes , par M. J. L. le Barbier le jeune , a
été lû à notre Comité le 7 Novembre 1783 ; & que
dès le mois de Mai de la même année , nous , Courcelle
&Granger , avons été confultés pluſieurs fois par
leditfieur le Barbier fur des corrections néceſſaires à
fon Ouvrage. A Paris , ce premier Février 1785 ,
Courcelle,Reymond , Granger , Thomaffin , Dor-
Sonville , Chenard , Camérani.
OEUVRES deGefner , avec des Gravures , par nos
meilleurs Maîtres , d'après les Deſſins de M. Lebarbier
l'aîné , quatrième Livraiſon.
Nous avons annoncé avec des éloges très-méri
tés, les premiers Cahiers de cet intéreſſant Ouvrage.
Les Amateurs ont applaudi à la correction du Deffin
& à la beauté de l'exécution. Le Cahier que
nous annonçons , eſt digne des précédens,
Les Planches de la cinquième Livraiſon qui complette
le premier Volume , ſont dans les mains des
Graveurs. On la diftribuera en Mai ; eile ſera com .
poſée de huit Eſtampes , & du prix de 12 liv. Cet
arrangement ne change rien au prix de 120 livres
annoncé aux Souſcripteurs. Les retards que cet Ouvrage
a effuyés , ont fait prolonger le temps de la
ſouſcription . On prévient ceux qui ont attendu
pour ſouſcrire , que le prix ſera augmenté de 30 liva
au premier Octobre 1785. La fixième Livraiſon
paroîtra dans le mois d'Août. On ſouſcrit à Paris ,
chez M. Lebarbier l'aîné , de l'Académie Royale
de Peinture , rue Bergère , & chez Barrois l'aîné ,
Libraire , quai des Auguſtins.
:
DEFRANCE. 189
Le ſieur Deſnos , Ingénieur - Géographe &
Libraire du Roi de Danemarck , à Paris , rue Saint
Jacques , au Globe , annonce la cinquième Édition
de ſon Indicateur Fidèle des Routes de France ,
beaucoup plus complette que les précédentes , aſſujétie
aux changemens des départs & ſtations des
Voitures , Carroſſes & Diligences du Royaume , in-
4°. Prix , 13 liv. broché, & avec une grande Carre
générale qu'on y ajointe, indiſpenſable à l'Ouvrage:
Prix , 15 liv. Cette Carte ſe vendra ſéparément en
faveur de ceux qui voudroient completter les Éditions
précédentes. Prix , 2 livres . Chaque Carte de
l'Indicateur ſéparément 15 ſols.
On trouve chez le même l'Itinéraire Général
des Routes de France & des Pays étrangers ,
quarante-quatre Cartes in- 4 °. Prix , 22 liv. telić.
CATALOGUE Latin & François des Arbres &
'Arbustes qu'on peut cultiver en France , & qui peuvent
réſiſter en pleine terre pendant l'hiver , par M.
Buc'hoz , Médecin - Botaniſte de MONSIEUR , ancien
Démonftrateur de Botanique au College Royal
de Nancy. Prix , 2 livres 8 fols franc de port par
toute la France. A Londres , chez Benjamin White
Libraire. Il s'en trouve quelques Exemplaires à
Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , au- deſſus du
Collége d'Harcour.
On a joint à ce Catalogue la Liſte des Plantes
nouvelles gravées & publiées tout récemment. L'É
dition en eſt jolie.
COLLECTION Univerſelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Histoire de France , Tome 1 ,
contenant les Mémoires du Sire de Joinville . A
Londres; & ſe trouve à Paris , rue d'Anjou , la
ſeconde porte- cochère à gauche en entrant par la
que Dauphine, in- 8 °. de plus de soo rages.
190
MERCURE
Le prix de la ſouſcription pour douze Volumes
qui paroîtront de mois , en mois eſt de 48 liv. On
peut ſouſcrire pour la demi année. Les Perſonnes
qui voudront recevoir les Volumes francs de port
par la poſte payeront de plus 7 liv. 4 ſols, ou bien
3 liv. 12 fols pour fix mois.
LES Figures des Fables de la Fontaine , gravées
par Simon & Coiny , d'après les deſſins du ſieur
Vivier , Peintre & Élève de M. Caſanove ; le texte
gravé, format in- 16 . papier d'Hollande. Prix, 3 liv.
A Paris , chez Simon & Coiny , Graveurs , au Burean
du Voyage Pittoresque de laGrèce , rue Pagevin,
N°. 16.
Cette troiſième Livraiſon mérite autant d'éloges
que les précédentes, par la netteté avec laquelle &
la lettre&les estampes fontgravées.
FIGURES de l'Histoire Romaine , accompagnées
d'un Précis Historique au bas de chaque Estampe ,
deſſinées par M. de Mirys , & gravées par nos meilleurs
Artiſtes Deuxième Livraiſon . Prix , is liv.
pour les Souſcripteurs, & 18 liv. pour ceux qui n'au
rontpas foufcrit.
C'eſt avec plaifir que nous avons payé un tribut
d'éloge à cet Ouvrage lors de fa première Livraiſon.
Cette ſeconde n'en mérite pas moins , & doit être
une nouvelle recommandation auprès du Public connoiffeur.
On ſouſcrit à Paris , chez M. de Mirys , Secré-
Lairedes Commandemens de S. A. S. Mgr. le Duc
de Montpenfier.
ATLAS Historique, ou Collection de Tableaxformant
la chaîne des grands événemens qui ont caractérisé
chaquesiècle , deffinés par les plus grands MaiDE
FRANCE.
191
3
tres de l'Académie , & gravés par les meilleurs Artittes
, à pluſieurs planches coloriées , avec des Tablettes
hiftoriques & politiques ſur tous les Peuples
du monde. Proposé par Souſcription , & dédié au
Roi par M. Philippe Sérane.
Cetre Livraiſon métite tous les éloges que
nous avons donnés aux précédentes. Elle est compoſée
, comme à l'ordinaire , de deux Cahiers de
Diſcours , & de deux grandes Eſtampes avec leurs
vignettes. La Gravure eſt digne du talent très- connu
de M. le Barbier , qui en a fourni les deſins.
SEI , & c . Six Quatuors pour deux Violons ,
Alto & Violoncelle , del ſignor Boccherini. OEuvre
trente troiſième. Prix , 9 liv . - Amusemens Lyriques
, Ariettes avec accompagnement de Clavecin.
Prix , 3 liv, 12 fols.-Romances , Ariettes & Airs
nouveaux , avec accompagnement de Harpe. Prix,
3 liv. - Ouverture de Renaud , en Trio ou Quatuor.
Prix des trois parties , Violons & Baffe , i Ev.
16 fols , l'Alte ſéparé , 12 fols. Recueil d'Ariettes
, avec accompagnement de Guittare , par M.
Soulié. Prix , 4 liv. 4 fols . - Vingt-quatre petits
Duos pour deux Clarinettes , par M. C. D. Prix ,
3 liv. A Lyon , chez Caſtaud , Libraire & Marchand
de Muſique , placede la Comédie ; & à Paris ,
chez Cornouailles , rue S. Julien le Pauvre , Nº . 3 .
TROIS Leçons de Ténèbres à voix feule, avec
accompagnement de l'Ogue , pour la première de
chaque jour , le Mercredi , le Jeudi & le Vendredi-
Saint , par M. Corette , Chevalier de l'Ordre de
Chriſt. Prix , 6 liv. A Paris , chez Mlle Castagnery ,
Privilégiée du Roi , à la Mufique Royale , rue des
Prouvaires, près la rue Saint Honoré , où l'on trouve
dumême Auteur le Credo avec pluſieurs élévations,
&Domine.
192 MERCURE
PREMIER Concerto pour le Clavecin , Violons' ;
Alto & Baffe, Cors & Hautbois , ad libitum , crécuté
au Concert Spirit et par Mile Paradis , compoſé
par L. Kozeluch. OEuvre onzième. Prix , 6 liv.
A Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à l'ancien
Café de Foy , & chez Mme Lemenu , rue du
Roule , à la Clef d'or.-Deux Concertos du inême.
Idem. Prix , 6 liv. , même Adreſſe.
L
Au premier Mars de la préſente année , chez
M. Camand , ci- devant chez Mlle Girard, rue de la
Monnoie , à la Nouveauté , on ſe propoſe de contimuer
l'Abonnement pour la Guitarre , qui avoit été
ſuſpendu par la mort de M. Berchoni , Auteur. Cet
Abonnement d'une feuille par ſemaine , compofé
des plus jolies Ariettes , fera ſuivie avec la plus
grande exactitude. Les Accompagnemens ſeront de
M. Alberti , Compoſiteur. Prix , 12 & 15 liv.
TABLE.
LE Sceptre & la Houlette , Discours prononcés dans l'AFable,
L'Amour & l'Amitié ,
Impromptu ,
gryphe,
14) cadémie Françoise , 152
ib . Comédie Italienne
146 Bergeries & Opufcules , 167
Charade , Enigme & Logo- Annonces &Notices,
47
170
186
e
L
APPROBATION.
J'AI In , par ordre de Mgr le Garde des Scesur , le
Mercure de Franse , pour le Samedi 26 Février. Je n'y ai
sien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A Paris ,
Bezs Février 1785. GUIDL
5
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 15 Janvier.
TE Prince David, fucceſſeur de
Salomon
Sultan d'Imirette , qui s'étoit mis fous la
protection de la Ruffie , vient de renouveller
cet hommage , par le miniſtere de trois Envoyés.
On jugera de la dépendance de ce
petit Souverain , par l'humble diſcours que
le premier de ſes ambaſſadeurs a adreſſé à
l'Impératrice.
D
Très- Séréniſſime , très- Puiſſante Impératrice &
Auctocratice de toutes les Ruffies ; très -gracieuſe
Souveraine , le Czar d'Imirette , David , prenant
enmain les rênes du Governement de cet Etat ,
regardecomme le premier de ſes devoirs, deſoumettre
aux pieds de Votre Majeſté Impériale ſa.
Perſonne & fes Sujets à la fuprême volonté & à
la protection puiſſante de V. M. Imp. en ſa qualité
de Chef véritable de tous les Enfans de l'EgliſeOrientale
orthodoxe , de Souveraine & de
Protectrice des peuples de Grufinie. Pénétré du
même attachement & de la même fidélité dont
No. 9 , 26 Février 1785. g
( 146 )
étoit animé ſon prédéceſſeur Salomon , & qu'en
mourant il tranſmit à ſon ſucceſſeur , en faveur
duTrône impérial de Ruffie, il s'y conformera
facèrement& inviolablement avec nous ; il unira
ſes prieres avec les nôtres pour invoquer l'Etre
Suprême , afin que les jours précieux de V. M. I.
forent prolongés , que vos ennemis ſoient victorienſement
ſubjugués , que les vues grandes&
glorieuſes de V. M. I. pour le bonheur commun
de la Chrétienté , puiſſent être couronnées des
bénédictions divines.
Le Comte d'Offerman , dans ſa réponſe ,
afſura ces Députés & leur Souverain de la
bienveillance Impériale.
On prêté aux Grecs de l'Archipel le projet
de refuſer à la Porte le tribut annuel , c'eſtà-
dire , celui de recouvrer leur indépendance;
mais c'eſt bien ici le cas de dire , que
Pour être approuvés,
Deſemblables projets veulent être achevés.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 29 Janvier.
Des lettres de Varſovie parlent confufément
d'un deſſein contre la vie du Prince
Czartoriski , qui , dit- on , a failli d'être empoiſonné.
Diverſes perſonnes ont été arrêrées
, entr'autres un valet de chambre da
Roi. On en eſt à concevoir le motifd'un
pareil attentat , dont les circonstances font
encore trop myſtérieuſes pour en entretenir
le Public.
L'année dernière on a compté à Dantzick
( 147 )
1118 naiſſances & 1683 morts. On a obſervé que
depuis 1735 juſqu'en 1774 , on comptoit par an
environ 1820 naiſſances ; mais ce nombre a commencé
à diminuer depuis l'année 1774 : depuis
cette époque juſqu'en 1784 , les naillances , une
année portant l'autre , n'excedent pas lenombre
de 1514.
*La même feuille Allemande quinous a fourni
pluſieurs calculs & obſervations d'Arithmétique
politique , aſſure que depuis 1770
en 1777 , il eft forti annuellement du Portugal
60,000 pipes de vin , la pipe à raiſon de
60 à 72 rixdalers : les Anglois ſeuls en ont
enlevé 14422. Toujours , felon l'auteur , il a
été importé & regiſtré en Efpagne pour 600
millions de piaſtres d'or &d'argent d'Amérique,
depuis ladécouverte de cette partie du
monde. On eſt tenté de croire ce calcul
très - exagéré , parce qu'on fait que l'importation
de ces riches matieres de 548 à
1640, ne monta qu'à quatre cent millions de
piaſtres. Il faudroit que depuis lors ce pro
duit eût décuplé , ce qui n'eſt certainement
pas.
Un autre papier public porte à 51,310,000 l.ft.
lavaleur des marchandiſes fabriquées enAngleterre
pendant l'année 1783 ; ſavoir ,
Lainerie.
Cuir.
Marchandiſe de lin.
- De chanvre.
-De verre .
Papier.
liv. fterl .
16,800,000
10,500,000
1,750,000
890,000
630,000
Porcelaine.
780,000
1,000,000
g2
( 148 )
Soterie.
3,350,000
Marchandiſes de coton. 960,000
-Deplomb . 1,650,000
De cuivre. 1,000,000
Defer. 8,700,০০০
-D'acier.
3,400,000
Le nombre des Ouvriers employés dans les
diverſes Manufactures de ce Royaume monte à
5,250,000.
On apprend de Copenhague que , d'après
le rapport des Commiſſaires nommés pour
examiner les vols faits il y a quelque temps
à la caiſſe de la Compagnie aſiatique , le déficit
monte à la fomme de 673,732 rixdalers.
On affure auſſi qu'il ſera fait quelques changemens
dans l'état militaire en Dannemarck :
les uniformes des deuxRégimens desGardes feront
à-peu-près les mêmes : deux Régimens d'infanterie
formeront une brigade commandée par unGé
néral : la cavalerie ſera compoſée , moitié de Cuiraffiers
&moitié de Cavalerie légère : indépendamment
de deux Corps de Chaffeurs , on levera
encore un Corps de Volontaires ; & enfin les Régimens
de campagne feront nommés d'après les
diſtricts de leurs cantonnemens.
Les exportations du port de Gothenbourg
en 1784 ont conſiſté dans les articles
fuivans :
Fer en barre .
Fer travaillé,
Acier.
104,987 fchipſund
12,143
1,289
Clous. 526
Alun, 713
٦
Lin. 584
Chanvre. 39,083
Lichen, 20030
149 )
Planches.
Hareng.
Goudron.
Poix.
Harengfumé.
Huile dehareng.
Huile de baleine.
Vin .
Eau de vie de France .
Toile à voiles de Raffie .
Toile à voiles de Suede .
Tabacde Virginie.
39.083 douzaines
134,879 tonnes
2,562
484
1,545
20,529 futailles .
270
300
1.619
2
19,250 aunes
21,750
266.996 ſchipfund.
En outre des marchandises des Indes Orientales
àla valeur de 904,605 rixdales& 31 theilings
dont 33,748 rifdales en porcelaine , 2,309,081
ſchipf. en rhubarbe , 10.594 (chipf. en canelle ,
42,503 pieces de nankin , 919 pieces de foieries
, &c..
50,800 Tonnes de hareng , & 340 futailles
de hareng ont été envoyées dans les différens
ports du Royaume.
Voici un état détaillé des troupes Allemandes
employées pendant la derniere guérre
en Amérique.
hommes .
1. Troupes de Brunswick . 4,300
Recrues au mois de Mars 1777 . 224
Recrues au mois d'Avril 1778 . 475
Recrues au mois d'Avril 1779 , 286
Recrues au mois de Mai 1780 . 266
Recrues au mois d'Avril 1782 . 172
Total . 6,732
Ilen eſt revenu dans l'automne
de 1783 . 2,708
--
1
Perte. 3,015
83
( 150 )
2. Troupes de Heſſe-Caffel . 12,805
Recrues au mois de Décembre 1777 . 401
Recrues au mois de Mars 1779 . 993
Recrues au mois de Mai 1780 . 915
Recrues au mois d'Avril 1781 . 615
Recrues au mois d'Avril 1782 . 961
Total. 16,692
Il en eſt revenu dans l'automne
de 178 ; &dans le printemps
de 1734. 10,492
Perte. 6,500
3. Troupes de Hanau. 2,038
Recruez du mois d'Avril 1781 .
Recrues du mois d'Avril 1782- 3:4
Total. 2,422
Il en eſt revenu dans l'automne
de1785 . 1,441
Perte. 981
4. Troupesd'Anfpae. 1,200
Recrues au mois d'Avril 1781 . 208
Recrues au mois d'Avril 1782 . 236
Total. 1,644
Il en eft revenu dans l'automne
de 1783 . 1183
:
:
Perte. 461
5. Troupes de Waldek. 670
Recrues au mois d'Avril 1777 . 80
Recrues au mois de Février 1773 . 140
Recrues au mois de Mars 1779 . 23
Recrues au mois d'Avril 1781 . 144
Recrues au mois d'Avril 1782 . 159
Total. 1216
( 151 )
Il en revenu dans l'automne.
de1784.
6. Troupes d'Anhalt Zerbſt.
Recrues au mois d'Avril 1779 .
Recrues au mois de Mai 1780.
Recrues & augmentationde troupes
au mois d'Avril 1781 .
Il en revenu dans l'automne
de 1783.
505
Perte. 776
600
82
50
420
Total. 1152
984
Perte. 1/6
Total général des troupes. 29,166
Total général de la perte. 11,853
Cet état n'eſt pas abſolument exact ; au
moins ſommes-nous certains qu'il eſt revenu
en Europe plus des deux tiers des troupes
de Heffe , & que , malgré la permiſſion
donnée par le Landgrave , il n'eſt reſté volontairement
preſqu'aucun foldat ou Officier
en Amérique , quoiqu'on n'ait ceſſé de
dire fauſſement le contraire dans toutes les
Gazettes.
Un Journal politique offre les détails ſuivans
fur les revenus des Ducs de Meklenbourg-Scheverin&
de Meklenbourg- Strelitz . Les revenus du
premier montent environ a la ſomme de 608,000
rixdalers. La ferme des poſtes lui rapporte à peuprès
18,000 rixdalers , & les impofitions , les ancres
, 590,000 . Ceux de l'autre ſont moins confidérables
, & ne forment actuellement qu'un objet
de 350,000 rixdalers. La Principauté de Razebourg
y contribue environ 92,000 ; la Sei-
84
( 152 )
gneurie de Stargard 50'000 , &le péage de l'Elbe
9,000 rixdalers ; le reſte eſt le produit de ſes nom .
breux domaines . 1
Dans le Meklenbourg - Strelitz , on a compté
depuis 1766juſqu'en 1775, 362 mariages, 14,370
naiffances & 10,934 morts; depuis 1779 juſqu'en
1783 , 3,068 mariages , 12,275 naiſſances &
1,074 morts .
DE VIENNE , le 3 Février.
Nous n'avons jamais ajouté foi aux hiſtoires
& aux exagérations , affirmées dans toutes
les Gazettes , touchant la révolte en
Tranſylvanie. Après avoir averti nos lecteurs
d'être ſur la défiance , nous pouvons
aujourd'hui leur offrir un récit exact & authentique
, qui nous a été envoyé de Hongrie
&qui differe fur preſque tous les
points des romans qu'on nous a débités.
Voici l'extrait fidele de cette lettre.
,
Le Comte Salins ou Salis n'a jamais eu de part
àcette rébellion. On l'a impliqué dans cette affaire
, parce qu'à ſon origine , il circuloit en
Hongrie & en Tranſylvanie des avis où le Comte
Salins étoit indiqué comme un fourbe occupé de
débaucher des Sujets Impériaux pour le ſervice
étranger , & où ſa tête étoit miſe au prix de 100
ducats.
f
Le vrai & ſeul chefde la rébellion eſt Horiah.
Son averfion pour les Gentilshommes , & le deſir
de ſe délivrer , lui & ſes compatriotes des violences
de laNobleſſe , ont été les premiers refforts de
fon entrepriſe. Il parle bien l'Allemand , & il a lu
les meilleurs Auteurs en cette langue. L'été der
"
( 153 )
1
nier , il vint àVienne ſolliciter de la Cour la permiffiond'une
Foire pour le Bourg de Brad , dans
le cercle de Zarand. Son extérieur prévenant lui
procura une audience de l'Empereur ; il mit les
griefs de ſa Nation ſous les yeux du Monarque qui
lui promit de mettre fin à ces tyrannies.
Revenu de Vienne , il parut à Brad le 28 Otobre
, & perſuada aux Valaques qui ſe trouverent
en foule à la nouvelle Foire, de ſe rendre en trois
jours dans les champs , près le Village de Mestafken,
où il leur communiqueroit des choſes importantes
de la part de l'Empereur. Pluſieurs centaines
de Valaques crédules s'aſſemblerent à l'endroit
indiqué . Là , Horiah expoſa ſon projet, & l'appuya
de ſes prétendues lettres de créance , qui n'étoient
autre choſe que le diplôme pour l'établiſſement
de la Foire demandée ; diplôme délivré par la
Chancellerie de Vienne. Selon l'uſage , il étoit
écrit ſur du vélin en lettres d'or , avec les
Iceaux attachés. Les Valaques qui ne ſavoient pas
lire , ne douterent plus un moment de lacertitude
de la miſſion d'Horiah . Il la confirma encore par
une croixde cuivre jaune , ſuſpendue à ſon cou ,
qu'il donna pour une croix d'or ,& fur laquelle
tous ſes adhérens prêterent ferment.
\
L'intention des Conjurés étoit d'abord d'attirer
peu-à-peu & en ſecret pendant l'hiver tous
les Valaques dans leur complot , de commencer
à ſe ſoulever à la fois , au mois de Mai
prochain , & de tuer à un jour fixé tous les Gentilshommes
Seigneurs de Terres. Mais la choſe
ayant été ébruitée , on envoya quelques Juges
& des Soldats pour s'emparer de Horish ; il
fut pris , mais , dans la route, il cria fi fort , que
fes Confreres approcherent & le délivrerent. II
n'étoit plus temps d'attendre juſqu'au mois de
Mai ; les violences commencerent. Quoiqu'on
( 154 )
ait outré les choſes en partie àdeſſein , il eſt cependant
certain que les rebelles ont commis de
grandes cruautés , & fur-tout depuis que le fanatiſme
religieux fut mis en jeu. Ils ne ſe bornerent
point à tuer les Gentilshommes avec leurs
familles , ils en rafinerent les tourmers. Cependant
ils ont conſervé beaucoup de femmes nobles
,qu'ils ont mariées avec des Valaques ;
ils marierent auſſi des Moines , par divertiſſement
, avec quelques vieilles Egyptiennes. A
peu près 300 perſonnes ont perdu la vie , parmi
leſquelles ungrand nombre de Nobles. La famille
Cſiſzar eſt entierement exterminée , & l'on plaine
fur-tout les deux jeunes Ribiezey , jeunes -gens
intéreſſans & aimables , qui revenoient malleureuſement
de Goëttingue , où ils avoient fait leurs
études , pour perdre la vie par la fureur de ces re.
belles. Le dommage cauſe dans les terres eſt
très-confidérable.
Le Gouvernement provincial étoit très-embarraffe
, & ne ſavoit quel parti prendre. En
attendant une inſtruction de la Cour , il chercha
à appaiſer les troubles , en partie par la
douceur , en partie par les menaces. Il envoya
des Commiſſaires & l'Evêque grec aux Rebelles ,
chercha à les tirer d'erreur , & promit enfin un
prix de 30 florins pour la capture de chacun
d'eux. En-même-tems le Lieutenant -Général
Schultz fut envoyé vers eux avec quelques Militaires
, mais avec ordre de ne recourir à la
voie des armes que dans le cas où il ſeroit attaqué.
Une partie des révoltés regagnerent leurs maifons
; mais la plus grande partie continua ſes
violences. Les Gentilshommes , qui crurent
que le Gouvernement manquoit d'activité pour
réprimer la rebellion , ſe crurent autorités euxmêmes
àune inſurrection ; ils allerent en troupe
( 155 )
contre les Rebelles , les aſſommerent où ils les
rencontrerent , & firent rouer , pendre , décapiter
, empaler les priſonniers fans autre forme
de procès. Par là , les Gentilshommes agirent
directement contre les meſures du Gouvernement
, qui tendoit à ramener la paix par l'indulgence
, & ils augmenterent par leur propre
violence la fureur des révoltés. Il n'eſt pas per
mis à une partie de Citoyens de s'emparer de
ſa propre autorité du pouvoir exécutif. N'estce
pas être Rebelle foi même ? Les Gentilshommes
Hongrois vouloient ſe venger de leurs
Sujets qu'ils avoient forcé à la révolte par
leurs oppreſſions , & ils manifeſtoient le deſſein
de les exterminer tous . Le Gouvernement con.
ſidéra que les Valaques compoſent les deux
tiers des habitans du pays , qu'ils ont entr'eux
une liaiſon étroite , que ce font eux qui cultivent
le pays , & , qu'en les exterminant , la
Province deviendroit un déſert ; il apprécia mieux
les hommes , & ſentit la préférence qu'il faut
donner à deux mains qui travaillent ſur une
bouche qui ne fait que conſommer.
Animé de ces principes , le Gouvernement
a déſaprouvé l'inſurrection , & a fait aux Nobles
des repréſentations , qui ont accrédité les
foupçons abſurdes qu'Horiah étoit réellement
favoriſé . Ce ſoupçon augmenta encore dans beaucoup
de têtes , quand , le 26 Novembre , arriva
á Hermanſtadt un Courier de Vienne qui portoit
des ordres de l'Empereur , d'offrir un pardon
général aux Rebelles , & l'avis , que S. M. ,
déſaprouvant l'insurrection , la défendoit ſérieuſement
; en même temps il fut interdit de punir
de mort qui que ce fût , juſqu'à l'arrivée
des Commiſſaires Impériaux , du Comte Jankovich
, du Général Papilla & du Général Fa
g6
(156)
bris , nommé à la place du Général Preiff ,
Commandant-Général. Ces Commiſſaires avoient
de pleins pouvoirs illimités ; pluſieurs Régimens
en Tranſylvanie & en Hongrie reçurent ordre
de s'affembler de tous les côtés , d'enfermer les
Rebelles , & , s'il étoit poſſible , de les reduire
à l'obéiffance. Les Rebelles , harcelés par les
Troupes , s'étoient retirés dans les montagnes.
Deja auparavant , entre le 8 & 10 Novembre ,
le Lieutenant - Colonel Schultz avoit fait une
treve avec eux , s'étoit entretenu avec Horiah
& ſes affidés , leur avoit demandé ce qu'ils defiroient
, & la cauſe de leur foulévement ; il
avoit promis qu'il chercheroit à remédier à
leurs griefs s'ils ſe conduiſoient avec modéra -
zion & s'ils ſe tenoient en repos. Ils préſenterent
après cela , par écrit , à la table du Coimitat
deHunyad , les points de Capitulation fuivants
: 1. Le Comitat & tous fes Poſſeſſeurs
( Propriétaires ) nobles prêteront ferment ſous
1, croix ; 2 ° . il n'y aura plus de Nobleſſe ; qui
peut avoir un emploi impérial , en doit vivre ;
3°. Les Gentilshommes , comme le petit peuple
doivent payerla contribution ; 4°. Les Ncbles
doivent quitter leurs poſſeſſions ; 5°. Les
terres des Nobles , conformément aux ordres que
S. M. l'Empereur donnera , feront répartis entre
les Payfans ; 6°. Si la Table confent aux conditions
précédentes , elle expoſera des étendarts
blancs. Ils vouloient attendre la réponſe jufqu'au
14 Novembre , auquel jour on devoit
l'apporter au Pope Daniela Kriſtior ; fi elle n'arrivoit
pas , alors ils ſuivroient leur Capitaine
Horiah, & attaqueroient Deva. La réponſe demandée
n'arriva point , mais les Troupes furent
augmentées , & le Lieutenant -Colonel
Schultz eut 900 homines , en partie Houfards,
( 157 )
en partie Infanterie des Troupes des Frontieres,
( Szekler ) , & les Rebelles ſe retirerent dans
des montagnes preſqu'inabordables. Ils furent fr
bien fortifier les avenues & les garder , qu'ils ne
parvinrent pas ſeulement à ſe défendre , mais
auffi à s'étendre de nouveau dans les Comitats
de Zarant & de Hunyad. Ils nommerent ces
contrées leur Empire , & partagerent les terres
entr'eux. Horiah ne ſe donna jamais d'autre
titre , que celui de Capitaine Pendant ce tems ,
il y eut pleſieurs affaires entre les Troupes &
les Rebelles , qui ne ſe fierent point au pardon
offert . Enfin ils farent réduits aux extrémités
les vivres étoient coupés , & dans leur retraite
le pays dévaſté. La méfiance d'Horiah parmi les
fiens alla en augmentant. Dans cet embarras
Horiah forma le projet de ſe réunir contre
J'Empereur avec les Gentilshommes mécontens .
Il envoya des Députés au Comte Clazy qui ſe
trouvoit avec une partie de Gentilshonmes in
furgens , près de Claufenburg , il leur offrit la
paix , & de ſe joindre à eux avec ſes Valaques ,
pour exécuter teur deſſein. Mais rien ne devoit
plus lui réuffir.
: Le Général Fabris étoit arrivé le 13 Décembre
à Hermanſtadt , & les deux Commiſſfaires
après avoir ſéjourné à Arad pour interroger plufieurs
Valaques captifs , ſe montrerent , le 15
Décembre , à Deva. D'après leurs premiers avis,
l'Empereur avoit donné des ordres d'agir ſévé
rement contre les rebelles , d'employer contre
eux la force en cas de beſoin. Les Régimens , qui
s'approcherent , étoient de la Tranſylvanie , le
Régiment de Huſſards , Alexandre Toscana ; le
Régiment de Dragons de Savoye ; le Régiment
d'Infanterie Orofz , & quelques Compagnies Szekder
( Troupes de Frontieres ) de la Hongrie;
( 158 )
les Régimens Dragons Wirſtemberg & Berlichin
gen; une Diviſion du Régiment des Cuirashers
de Caramelli , & les deux Régimens d Infanterie
Devens & Preifach. Avant qu'on fût l'arrivée de
ces Troupes , on reçut la nouvelle que le ſoulévement
étoit entiérement appaiſe , ſans qu'on
ait employé la force ou verſé du fang ; les Rebelles
ſe ſont rendus peu- à-peu volontairement ,
& ont demandé grace ; enfin Horiah , entouré
d'un petit nombre de ſes fideles , leur a confeillé
lui - même de profiter du pardon , & de
Jui permettre de chercher ſon ſalut dans la
fuite. On a ſuivi ſon avis. Il prit la fuite avec
un ſeul de ſes camarades. Tous les autres ſe
font rendus ; quelques uns ont offert d'aller à
Ja recherche de Horiah , & de l'amener captif.
Les Rebelles ont tué près de 300 hommes
, 5 ou 600 d'entr'eux ont péri , 60 Soldats
Impériaux & un Officier ont été tués. Il
ſe peut toujours que la converſation de Horiah
avec l'Empereur ait contribué à encourager
celui - ci à ſon entrepriſe ; mais ſouvent dans
ces occafions un Chef n'est pas aſſez maitre du
mouvement de la machine . Les troubles de la
Bohême , ſous Marie-Théreſe , reſſembloient
beaucoup à ceux ci. On profitera à Vienne
de cet événement , pour amener plus vite des
changemens qu'on paroît avoir en vue depuis
long-tems.
L'ignorance des papiers publics ayant
donné lieu à beaucoup de mépriſes ſur le
lieu de cette tragédie , & fur les peuples qui
en ont été les acteurs , quelques lecteurs
nous ſauront gré d'une explication hiftorique
à ce ſujet. Trompés par le nom , la plupart
des Nouvelliſtes ont placé le lieu de la
( 159 )
ſcene dans la Valachie , dont l'Empereur ne
poſſede aucune partie. Cette dénomination
générale de Valaques déſigne les peuples de
ces contrées , deſcendus des Romains , dont
la langue eſt un mélange de Latin & d'Ef, -
clavon. Les Slaves , après leurs victoires ,
donnerent aux Romains fugitifs ce fobriquet
mépriſant de Valaques , qui ſignifie en Efclavon
, un Nomade. Lors de l'incurſion des
Barbares , les Romains réfugiés dans les
montagnes furent flétris de cette épithete.
Ce qu'on nomma Valaques dans ces contrées
, on l'appella en Allemagne Waliſch ou
Waelſchi . En Angleterre , la province jadis
habitée par une colonie Romaine prit le
nom de Wales ( Gales ) . La langue du pays
de Wales reſſemble encore à celle des Valaques
, ſoit dans la Valachie propre , ſoit en
Hongrie ou en Tranſylvanie. Une obſervation
finguliere eſt que , quoique dans la
langue Valaque le Latin ait prévalu ſur le
Sclavon , on n'y trouve cependant aucune
trace du mot amare ni de celui d'amor.
Ajoutons , pour achever , ce qui concerne cette
révolte , qu'Horiah perſiſte à demander une entrevue
avec l'Empereur , pour l'inſtruire à fond &
-pour luirévéler des choſes importantes.On mande
auſſi de Vienne, qu'il s'y trouve un Eccléſiaſtique
Proteſtantde Hongrie , qui reçoit du Monarque
undemi-ſouverain d'or par jour , & dont les révélations
ſontde la plus grande conféquence.
Un Ingénieur Anglois a préſenté à l'Emperear
un plan , par lequel, en ſe ſervant
deballons, diſpoſés d'une certaine maniere ,
(160 )
on peut faire parvenir des lettres & des vivres
à une place affiégée. Il a conſtruit à cet
effet un inftrument qui meſure la force du
vent , & qui indique le temps où doit defcendre
l'aeroſtat.
Le nombre actuel des Couvens dans la
ville & les fauxbourgs eſt de 16. Ces Couvens
ont choiſi leurs Supérieurs à la fin du
mois dernier , conformément au réglement
de l'Empereur , du 30 Novembre dernier.
Depuis la nouvelle répartition des gouvernemens
, le duché de Carinthie eſt composé de
2 cercles , dont l'adminiſtration eſt établie pour
l'un à Clagenfurt; & pour l'autre à Villac.
On compte dans ce duché II villes , 32 bourgs
& villages , 168 châteaux & maiſons ſeigneu.
riales , 2 évêchés , 9 chapitres , I couvents
d'hommes & 3 couvents de femmes. La population
actuelle eſt évaluée à 285,440 ames.
Ce pays eſt montueux , ne produit gueres de
bled, & point de vin , mais il eſt riche en
bois , pâturages , & fur tout en minéraux de
toutes les especes. Les principales mines de
fer font à Huttenberg , Moſniz , Loelling ,
Waldenſtein , Ste. Gertrude & S. Léonard;
celles de cuivre , à Fragant & à Lambertiberg;
celles de plomb à Villac , à Siharzenbac ,
& à Ræbel ; celles d'argent , á Steinfeld & à
Meiſelding , & celle d'or à Groskiſchheim .
Le Journal du Profeſſeur Deluca contient
l'article ſuivant , concernant le bois de
chauffage, tranſporté ici par eau , & confumé
dans cette Capitale depuis 1779 jufqu'en
1783 : ſavoir , en 1779 , 169519 cordes;
en 1780 , 185,546 cordes ; en 1781 ,
( 161 )
187,388 cordes; en 1782 , 181,110 cordes ;
& en 1783 , 197,133 cordes .
Ce même Journal porte le nombre des
Ouvriers qui travaillent pour les diverſes manufactures
dans le pays au-deſſus de l'Ens à
68,181 ; celui des métiers à 13,061 ; celui des
attelliers de teinture à 141 ; celui des forges à
6, & celui des verreries à 6. Les fabriques &
les forges de Lings ne font pas compriſes dans
cette énumeration .
1.
DE FRANCFORT , le 13 Février.
:
Les freres Bethman , Banquiers de cette
place , ont ouvert un emprunt à 4 pour
cent , au nom de l'Empereur : ces négocians
en ont déja traité précédemment &aux
mêmes conditions pour la Maiſon d'Autri
che.
1
On écrit d'Hailbron que , d'après un ordre
de l'Empereur, on y accélere l'approvifionnement
des magaſins pour les nouvelles
troupes qui doivent s'acheminer aux Pays-
Bas.
Les ſoldats Pruffiens , abſens par congé ,
qui ordinairement ne reviennent à Berlin
qu'à la fin de Mars , ont reçu ordre de rejoindre
le is de ce mois. Il eſt donc vrais
ſemblable que la revue ſe fera plutôt qu'à
l'ordinaire.
« Nous apprenons de Munich , qu'il vient de
ſe faire un grand changement dans le Gouvernement
du Palatinat -Supérieur. Le 14 de ce
( 162 )
mois , il ſe tint à la Cour une Conférence ,dans
laquelle la Régence de cette partie des Etats
Electoraux a été entierement ſupprimée. Les
projets en avoient déja été conçus d'avance par
M.de Caſtell , Référendaire-Secret de l'Electeur.
S. A. les figna le même ſoir ; &le Chancelier-
Baron de Kreitmayr reçut ordre d'en faire les
expéditions , pour les remettre le lendemain matin
au Préfident-Comte de Morawitzky. Celui- ci
conferve , outre få Commanderie de l'Ordre de
Malthe, les Appointemens de fa Place,montant
à 6 mille Aorins , à condition d'en jouir dans
le Pays. Le Vice-Chancelier aaufli obtenu la
retraite : l'on croit que le Vice-Préfident paſſera
comme Préfident au College de Commerce ; &
que les autres Conſeillers de la Régence feront
p'acés en différens Dicafteres. Le Comte Antoine
de Torring - Seefeld, qui a été Miniftre
aux Conférences de Teſchen , a été nommé Préfident
de la Chambre avec 6 mille florinsd'appointemens
».
Le cuir étranger importé dans laBaviere
poury être employé , a été taxé d'un droit
d'entréede 10 florins par quintal ; celui que
la Baviere tirera des Duchés de Neubourg
& de Sulzbac & du haut Palatinat , payera
àſon entrée la moitié de cetre taxe.
M. Zimmermann , Médecin ordinaire du Roi
d'Angleterre à Hanovre , célebre en Allemagne ,
commeMédecin & comme Auteur , afait un excellentTraitéfur
la Solitude . Il yexamine, entr'autres
l'efprit monaftique,les viſions des contemplatifs,
les extaſes qui bouleverſent tant detêtes
foibles. Derniérement, leBarondeGroff,Réſident
1
( 163 )
1
deRufſie àHambourg , lui a fait paſſer une Médaille
d'or , avec le portrait de l'impératrice de
Ruffie. Al'envoi, étoitjoint un biller de la main
de cette Souveraine , en ces termes : à M. Zimmermann
, &c. & c. , par reconnoiffance de plüfieurs
belies recettes ordonnées à l'esprit humain dans le livre
dela Solitude.
Le Prince de Czartoriski , qui , dit- on ,
vient d'échaper à un complot contre ſes
jours , eſt époux de la Princeſſe Czartoriska
, actuellement à Berlin , & beau pere
du Prince Louis de Wirtemberg. Ce mariage,
précédé des vues & des démarches d'un
Seigneur Polonais , qui ambitionnoit la
main de la Princeſſe , a été , felon quelques
avis , l'occaſion de ce complot; mais des
bruits aufli vagues ne méritent pas qu'on s'y
arrête. Ce qui est étrange , c'est que les perſonnes
arrêtées font dans les bonnes graces
du Roi. Le valet de chambre Rix , qui eft
du nombre , eſt cependant très avantageuſement
connu; & chacun le juge abſolument
incapable de s'être prêté à un pareil
attentat. Il faut douter ſur ce point comme
fur tant d'autres , juſqu'à ce que le temps
découvre la verité. Quelques lettres vont
juſqu'à dire qu'il n'étoit pas ſeulement quef
tion de l'empoisonnement du Prince Czartoriski.
Le Janvier, unDérachement de 24hommes
des Cuiraſſiers de Mecklenbourg , en garnison à
Vienne , conduit par deux Capitaines , deux Lieutenans
, & quatre Bas-Officiers , chaque homme-
:
( 164 )
muni de 24 cartouches & de ſa paye pourdeuxmois,
fortit de Vienne. Dès qu'il eut paſſé les lignes , il
ſediviſa en deux corps égaux , l'un prit le chemin
de Presbourg , l'autre celui d Oedentourg. Les Capitaines
ont leurs ordres cachetés , & ne les ouvriront
qu'àdes endroitsdéſignés. On ſoupçonne fortement
qu'il s'agit de s'emparer de deuxGentilshommesHongrois,
qui ont marqué quelque envie
de faire revivre les tems desRagotzky & desTekelis.
On mande de Pétersbourg, que les Chínois
ont rompu tout commerce & toute
communication avec la Ruſſie. On ignore
encore les véritables cauſes de cette con
duite : mais l'on ſe flatte de rétablir les choſes
ſur l'ancien pied. Ce changement occaſionneroit
un déficit conſidérable dans le revenu
des Douanes .
On aſſure qu'il arrive fréquemment à
Mayence des couriers de Vienne , & que
les dépêches qu'ils apportent font relatives à
des négociations entre ces deux Cours .
On écrit de Berlin que l'aſſeſſeur Buckling ,
qui avoit été envoyé en Angleterre pour
examiner & étudier le méchaniſine des pompes
à feu du ſieur Bolton , en a trouvé le
fecret , & que dans ce moment il eſt occupé
à établir une pareille machine , perfectionnée
par ſes ſoins , dans une mine du Comté
de Mansfeld. Les tuyaux ſont faits à la fonderie
de Berlin. Cette pompe verſera de
l'eau dix-huit fois dans une minute, & chaque
verſement contiendra la quantité de
trois pieds cubes. Sa force fera dans la proportion
de celle de 108 chevaux. On affure
1
( 165 )
qu'auſſi-tôt que le ſieur Buckling aura fini
fon ouvrage , il en publiera la deſcription &
les deſſeins.
On compte actuellement dans la principauté
de Calenberg 14,406 familles ſur le rôle des
contributions ; dans la principauté de Gottingue
9,764 ; dans celle de Grubenhagen 6,973 ,
dans le duché de Brême 22,276 ; dans celui
de Verden 2,231 ; dans le comté de Danneberg
4,084 ; dans celui de Hoya 9,282 ; dans celui
de Spilgelberg 231 , & dans le pays de Hadeln
6,75 . Ainfi l'électorat d'Hanovre & les provinces
qui en dépendent , renferment 99,304
feux contribuables .
Des lettres de Berlin portent auſſi que le
Roi a défendu , ſous la peine d'une amende
de 10 rixdalers , de courir vite foit à cheval ,
ſoit en voiture , par les rues de cette réſidence.
On apprend de Pétersbourg qu'on travaille
avec la plus grande activité dans les
arſenaux& les chantiers de cette ville & de
celle de Cronſtadt.
En 1752 , lit-on dans une feuille publique ,
la population de la Suede montoit à 2,215,639
ames. En 1776 , on y a compté 2,671,949 ,
& en 1781-2,767,000. Ainsi , dans l'eſpace
de 30 ans , la population s'eſt accrue de
551,361 , ou du cinquieme de la population
actuelle. Les revenus de la couronne peuvent
être portés à 6 millious de rixdalers , &
l'armée de terre à 47,500 hommes .
Le 22 de ce mois , la Princeſſe Philipine-
Antoinette de Saxe Meinungen , fille du feu
Duc Antoine Utric , eſt morte ici dans la
726. année de fon âge,
( 166 )
1
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Février.
Juſqu'ici les Séances parlementaires n'ont
été qu'une introduction à ce qu'elles feront
incefſamment. Ces objets de forme , & les
débats relatifs font dénués de tout intérêt ;
ainfi , fans nous y arrêter , nous paſſerons
rapidement à un précis ſuccinct des Séances
du 8 & du 9 , qu'a occupé la reviſion actuelle
des fuffrages pour l'élection de Weſtminſter.
Le parti de M. Fox a perſiſté dans ſes principes.
Il a foutenu que le Grand Bailli de Weſtminſter
auroit du déclarer l'élection des Repréſentans de
cette Ville ſuivant l'état apparent des ſuffrages ,
&fe refuter àune vérification qui a rendu incomplet
le nombre des Membres dont la Chambre
des Conmmunes don être compoſée. Juſqu'à préſent
, cette vérification a empêché que la ville
de Westminster fût repréſentée , & ſi l'on vouloit
la continuer , elle ne pourroît être achevée que
dans pluſieurs années ; alors Westminster n'auroit
point eu de délégués dans le Parlement actuel
,& cetteVille fupporteroit le poids des impôts
fans avoir joui du privilege que lui donne la
Conſtitutionde les agréer ou de les rejetter par la
voix de ſes Repréſentans. Le parti de M. Fox
vouloit en conféquence que le Grand Bailli de
Westminster déclarât l'élection ; mais M. Pitt ,
quoique porté à faire terminer certe affaire , ne
fut point du parti de l'avis de l'Oppofition ; il
confentit foulement que l'Orateur déclarat au
nom de la Chambre , au Grand Bailli de Wel(
167 )
minſter qu'il pouvoit adopter toutes les mefores
quilui paroîtroient propres à accélérer la beſogne .
Cet amendement paſſa à la pluralité des voix.
La majorité des fuffrages des Paroiſſes dont on
a déjà fait la vérification eſt en faveur de M. Fox ,
&il paroît probable que l'homme du peupleſera élu,
à moins que leGrand Baillif ne mette de la mauvaiſe
foi dans ſes opérations. Il en eſt le maître ,.
car aucune loi ne détermine la maniere dont il
doit procéder. La Constitution n'oblige point les
électeurs à paroître à ſon Tribunal ; il n'a pas
même le droit de faire prêter ferment aux témoins
, & ceux- ci ſont gagés par forme d'indem
nité par les parties intéreſlées .
Il eſt queſtion de ſupprimer les droits fur
les vins de France. Si le Miniſtre a en effet
leprojet d'exécuter ce plan , que l'on dit être
concerté avec la Cour de France , les Négocians
qui font le commerce des iſles , s'y
oppoſeront de tout leur pouvoir. Ils font intimément
perfuadés qu'il entraîneroit la ruine
des Colonies à ſucre , en diminuant la
confommation du Rhum &du fucre .
Onpourroit ajouter la ruine des houblonnieres,
des braſſeries , & par conféquent de
l'Acciſe , revenu des millions ſterl. pour le
Royaume.
Suivant les états remis à la Chambre des
Communes , il y a quelques jours , du produit
net de toutes les taxes , à compter depuis
Noël 1783 , juſqu'à Noël 1784 , il pa-
Toît que les droits réunis de la Douane ,de
l'Excife , du Timbre & autres acceſſoires ,
font montés pendant le cours de cette an
( 168 )
née à to millions 395,525 liv. ft. 10 sh.
3 farthings.
Il faut obſerver qu'il n'eſt queſtion ici
que du revenu des taxes appellées perpétuelles
, & non point des taxes annuelles , telles
que celle des terres & de la drêche. Le ſel ,
les poſtes & d'autres droits ne ſont pas non
plus compris dans cette évaluation. La taxe
des terres ſeule en ce moment eſt un objet
de plusde 2 millions ſterl.
On équipe en ce moment deux Bâtimens de
tranſport qui doivent ſe rendre à S. Jean de Terre-
Neuve , avec des matériaux de conſtruction
& de munitions d'artillerie. Le projet du Gouvernement
eſt de faire réparer les fortifications
de S. Jean & de faire élever quelques nouveaux
ouvrages dans l'ifle de Terre Neuve. Il a pris
ceparti en conféquence des plans que le Gou-
-verneur a mis ſous les yeux du Bureau de l'artillerie
, qui a reconnu que leur exécution contribueroit
à la défenſe de la Place dans le cas où elle
ſeroit attaquée par des forces redoutables. Ces
deux Bâtimens mettront à la voile avec l'Amiral
Campbel lorſqu'il appareillera de Portsmouth ,
pour aller prendre ſa ſtation dans les parages de
Terre-Neuve.
On affure que l'Amiral Innes, qui a mis
dernierement à la voile pour la Jamaïque , à
bord de l'Europa , vaiſſeau de so can. , eſt
chargé par ſes inſtructions de faire obferver
ſtrictement la clauſe du dernier Traité
de paix , relative à la côte des Moſquites , &
de foutenir de la maniere la plus efficace les
Colons de cet établiſſement , eny envoyant
des
( 169 )
Ce
L
des troupes de la Jamaïque , pour s'oppoſer
à tout empiétement de la partdesEſpagnols.
Par un calcul des importations , pendant
un période de dix ans; ſavoir de 1770 à
1780 , il paroît que les importations ont été
de 11,760.655 liv. ſterl , & les exportations
13,913,236 liv. ſterl. La balance du commerce
a donc été en notre faveur , année
moyenne , de 2,152,580 liv. ft. La moitié
de cette époque a été de guerre ; il faut donc
attribuer à cette circonſtance la différence
qui ſe trouve entre ce calcul, & ceux du Lord
Sheffield, de M. Chalmers & dautres habiles
Arithméticiens politiques , qui portent
la balance annuelle à près de 3 millions ſterl.
Sous le regne de la Reine Elizabeth , lorſque la
paix fut conclue,après la défaite de la flotte l'Invincible
, le nombre des ſoldats & des marins
réformés , comme il eſt d'uſage , produifit tant
de vagabonds , que les meurtres & les vols ſe
multiplierent à un degré très-alarmant. Le ſeul
expédient pour remédier à ce mal , étoit de procurer
de l'emploi à tant de gens oififs. Le Miniſtere
s'en occupa beaucoup , mais ne put jamais
prendre de réſolution définitive. Le Lord Burley ,
alors premier Miniſtre , & M. Van d'Ostermin ,
Hollandois , Favori de la Reine , aſſurerent S. M.
que l'Angleterre pouvoit fournir de l'occupation
à tous ſes habitans , quelque nombreux qu'ils
fuffent , & cet emploi , ſelon eux , étoit la pêche,
Ils lui propoſerent en conféquence quelques projets
de pêcherie . Mais la mort de la Reine traverſa
leurs projets , & peu de temps après celle du
Miniſtre acheva de les renverſer. Van d'Ofterman
étant très froidement accueilli par Jacques
N°. 9 , 26 Février 1785. h
( 170 )
premier , qui avoit fuccédé à la Reine, quita
P'Angleterre , & retourna dans ſa patrie , où les
Etats, qui , par la conclufion de la paix , ſe trouvoientdans
la même poſition que l'Angleterre ,
adopterent avidement les projets , & les mirent
auffi- tôt à exécution. C'est ainſi que ſe formerent
les pêcheries des Hollandois , qui leur ont pro
curé tant d'opulence & tant de richeſſes.
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE.
DE BOSTON , le 28 Décembre.
Nous ſommes dans la néceſité de répéter
&d'étendre le narré de la réception faiteà
M. le Marquis de la Fayette ; narré dont le
précédent N°. contenoit un précis fuffifant.
Nous faifons nos excuſes au Publicde cette
répétition exigée.
Le is Décembre dernier , M. le Marquis
de la Fayeue atriva á Boſton. Dès qu'on fut
qu'il s'approchoit de la ville , un grand nombre
des plus reſpectables Officiers de l'Armée continentale
, qui , depuis pluſieurs années , lui
étoient attachés par une amitié fraternelle , ci
mentée au milieu des dangers & des fatigues
de la guerre , furent à la rencontre juſquà
Water - Town . Après les complimens les plus
finceres fur fon heureuse arrivée , ils ſe rendirent
à l'Auberge où un dîner avoit été préparé.
On y but maintes ſantés patriotiques ; la
joie , l'amitié & la cordialité enflammerent teus
les coeurs , & fe manifeſterent fur les viſages.
Après diver , ils partirent pour Boſton , & furent
rencontrés par la Compagnie d'Artillerie ,
qui les ſalua d'une décharge de canon qu'elle
avoit avec elle. A l'entrée de la fortification ,
chacun s'avançoit dans l'ordre ſuivant.
( 171 )
LesPionniers , la Compagnie d'Artillerie portant
les Etendards d'Amérique & de France , les
Tambours & les F.fres , une troupe de Muſiciens,
M. le Marquis de la Fayette , au milieu d'un
Gentilhomme François ( M. le Chevalier de
Caran an ) & du Major-Général Knox , les anciens
Officiers de l'Armée par divifions , le Confulde
France , un grand nombre des premiers
CitoyensdeBoſton en voiture ,une diviſion d'Of
ficiers. \
Les rues étoient remplies de ſpectateurs , &
les maiſons de celles , par où la Proceffion défila,
pleines juſqu'aux toits. Auffitôt qu'elle fut
parvente à l'arbre de la liberté , M. le Marquis
y fut reçu avec trois cris de joie ( Huzza ) ,
&à ton entrée dans la rue de l'Etat , l'Artillerie
ſe rangea& falua la Compagnie à ſompailage .
M. le Marquis de la Fayette mit enfin pied à
terre à l'Auberge des Whigs , il remercia les
Citoyens avec ſa politeffe & fon affabilité ordinaires
,jils lui répondirent par de nouveaux cris
de joie. La conduite fimple , noble & engageante
de M. de la Fayettte , pendant tout ce
jour , ajouta encore, s'il eſt poſſible , à la haute
opinion qu'on avoit de ce même Héros.
Le lendemain , les Officiers de l'Armée continentale
préſenterent à M. le Marquis de la
Fayette une adreſſe , à laquelle il répondit en ces
termes :
«Je me suis formé ladonce perſpective de cet
heureux moment dès l'inſtant même que je fus
obligé de vous quitter. Je laiffe à vos coeurs ,
mes chers amis , à déterminer la meture du
plaifir dont vous rempliffez aujourd'hui le mier .
Quoique votre confiance & votre affection
m'aient toujours extrêmement flatté , qu'il me
ſoit cependant permis d'avouer & de'reconnoître
ha
}
( 172 )
que je dois les marques d'approbation de notre
grand Général à la bravoure des Troupes que
j'avois l'honneur de commander , & fi quelque
choſe dans ma conduite peut juſtifier votre par
tialité , je me ferai toujours une gloire d'avouer
que c'eſt dans vos camps que j'ai pris mes premieres
leçons , lorſque vous étiez tous mes freres,
& que j'eus le bonheur d'être adopté comme
le fils & comme le diſciple de notre immortel
Washington .
Perſonne n'a reſſenti plus vivement que moi
tout le poids & le prix de l'aſſiſtance de notre
auguſte Monarque. Ce fut alors que tous lesCitoyens
françois unirent leurs efforts à ceux de
Roi patriote , & , par leurs voeux , ſanctifierent
l'alliance qu'il faisoit avec vous ; & je me flatte
que les Troupes françoiſes , qui vous ont aſſiſté ,
vous ont entierement prouvé , depuis , l'attache,
ment de la nation,
Mon coeur , pendant toute mon abfence , ne
vous a point quitté. Comme Membres de l'Armée
continentale , nous ſommes ſéparés , mais les
liens de notre affection mutuelle & fraternelle.
font indiſſolubles. Aujourd'hui que la paix a
terminé nos travaux , je me réjouis de vous voir
attachés aux grands principes pour leſquels nous
avons ſi long-tems combattu : c'eſt cette con
duite vertueuſe qul vous place aujourd'hui parmi
Ies premiers Citoyens de cettegrandeRépublique,
Signé , la FAYETTE » .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 18 Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye ſéculiere de
Saint-Martial , dioceſe de Limoges , l'Abbé
de Mauſſac , Vicaire général du même dio
cefe.
( 173 )
Les ſieurs Auguſte pere & fils , Orfévres
ordinaires du Roi , ont eu , le 2 de ce mois ,
l'honneur de préſenter au Roi , à la Reine &
à la Famille Royale , une ſuperbe Toilette
en vermeil qu'ils ont chargé d'exécuter
pour la Cour de Portugal. Leurs Majeſtés
ont daigné témoigner à ces deux Artiſtes
leur fatisfaction de cet ouvrage , qui eſt encore
plus particulierement précieux par la
richeſſe de la compoſition , la pureté des
formes , le goût & le fini qui regnent dans
ſon exécution , & qui juſtifient les connoiffances
du Comte de Souza , Ambaſſadeur
de la Cour de Portugal en cette Cour , par
le choix qu'il a fait des ſieurs Augufte.
Le 3 du même mois, le ſieur Savary a eu
l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés & à
la Famille Royale , un ouvrage ayant pour
titre: Lettres fur l'Egypte , où l'on compare
les moeurs anciennes & modernes de fes habitans
, où l'on décrit l'état, le commerce ,
l'agriculture , le gouvernement du pays & la
defcente de Saint-Louis à Damiette , tirées
de Joinville & des Auteurs Arabes , avec
des cartes géographiques.
Le Roi a permis au Marquis de Brancas,
Grand-d'Eſpagne de la premiere claſſe , de premdre
le titre & le nom de Duc de Cerefte Brancas .
La Reine , qui continue d'avancer très- hewreuſementdans
ſa groſſeſſe, a été faignée le 13
de ce mois.
Le même jour , le Roi & la Famille Royale
ont ſigné le contrat de mariage du Comte d'Eyry
, Colonel en ſecond du régiment des Chaſſeurs
h3
( 174 )
des Cevennes, avec Demoiselle de Chabenat de
laMalmaiſon.
Le Comte de Lur - Saluces , le Marquis de
Caſtellane Saint-Maurice , le Vicomte deNieuil,
le Comte de Maſtin & le Comte de Broglie , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'etre préfentés
au Roi , ont eu celui de monter dans les
voitures de S. M. & de la ſuivre à la chaffe .
Cejour , le fieur Leclerc, Chevalier de l'Ordre
du Roi , & ton fils , Officier au régiment de Durfort,
Dragons , ont eu l'honneur de préſenter à
Leurs Majestés & à Monfieur , le cinquieme vo
Jume de l'Histoire de Ruffie , avec un Atlas compofé
de 39 planches , 16 tableaux & une collection
des plans des Palais & des vues des principales
villes de cet Empire, imprimés ſur ſatin& richement
encadrés .
DE PARIS , le 25 Février.
:
Le Sr. C. L. , chargé des pouvoirs généraux du
commerce de Bordeaux , pour les cas de naufrages
, ayant été témoin d'une infinité de mal
heurs arrivés ſur les côtes de l'iſle d'Oléron ,
propoſa en l'année 1780 au Miniſtre de la Marine
, un établiſſement de baliſes ſur leſuites
côtes , pour indiquer aux bâtimens , dans le cas
de faire naufrage ,de petites anſes , criques , culde-
fac , où on peut fauver les équipages, les cargaiſons
, quelquefois les navires.
Ce projet a été examiné par ordre duGouvernement
; malgré les contradictions , M. le Maréchal
de Caſtries en a reconnu l'utilice. En conſéquence
, ordonne l'établiſſement des balifes &
la levée des plans de la côte, qui ſe diſtribuent
au profit de l'auteur du projet , en différentes
villes maritimes du royaume.
Cet établiſſement une fois connu , produira
ſans doute de grands avantages à l'humanité &
au commerce , comme cela est déjà arrivé à
( 175 )
l'équipage d'une Gabarre de Nantes , nommée
le Saint - Louis, Capit. Gme. Chantereau , en
Février 1784. Le méme Sr. C. L. avoit proposé
l'établiſſement d'un petit port dars l'une des ar fes
qu'il a indiqué , nommée la Perroche. Son utilité
a également été recoonnnnuuee ,, & le Ministre de
la Marine en a ordonné la confection. Ce port
et preſque achevé , & fera infiniment utile pour
Je relâche des bâtimens cabotteurs , &des Pilores
de la riviere de Bordeaux, qui en tout temps
feront plus à portée d'aller au ſecours des navires
qui ſon continuellement fur ces parages. Ce
n'eſt pas le ſeul bien que le Sr. C. L. a procuré
à l'humanité ; il s'eſt porré , dans toures les occafions,
fur cette côte périlleuſe & redoutable par
la fréquence des naufrages ; il a tendu lui-même
une main ſecourable aux malheureux prêts à y
périr,&les a conduits dans ſa maiſon , où il leur
a procuré tous les ſecours dus à l'humanité en
pareille occurrence.
Le 1s Novembre 1783 ,eſt la derniere époque&
l'occafion la plus récente où le Sr. C. L. ait ma
nifeſté fon zele & fon patriotiſme , au naufrage
d'une Frégate & d'un Brigantin Eſpagnols ; &
parune manoeuvre prompte & hardie , au moment
que le jour alloit finir , it fit fauver l'équipage
entier de la Frégate , qui ſe brifa un moment
après. Ce dernier fait , atteſté par pluſieurs témoins
oculaires , le certificat du Commiffaire de
la Marine à l'ifle d'Oléron , applaudi & récompeaſéde
la maniere la plus honorable par M. le
Conful-Général d'Eſpagne à la Cour de France ,
qui lui a annoncé , par une lettre très-honnête
&la plus gracieuſe , qu'il lui a faitexpedier fon
brevet de vice-Coniul d'Eſpagne en ladite Ide ,
eſt une preuve bien fenfible & bien confolante
qu'il exiſte loin de la Capitale des vertus qui
h4
( 176 )
honorent à la fois l'humanité & la nation.
Depuis long temps on ditque lesArts font
freres : malheureuſement cet axiôme n'en
eſt pas un de fait. Il eſt donc intéreſſant de
fournir aux Artiſtes & aux Savans des points
de réunion , des moyens de ſecours & de
communication , & de fuppléer par un établiſſement
général au défaut de fraternité
individuelle. Il importe également d'admettre
les étrangers aux avantages de cette réunion
, pour en recevoir des ſervices de réciprocité
&des lumieres , enſorte qu'il ſe faſſe
une circulation générale des unes & des autres
. Ce but feroit rempli par la Correfpondance
générale & gratuite pour les Sciences
& les Arts , par M. de la Blancherie , Agent
général ; établiſſement interrompu quelque
temps , & qui aujourd'hui eſt en pleine vigueur.
Il a pour objet d'entretenir dans tous lesPays
&d'y faciliter au public toutes les relations qu,
peuvent avoir pour but la perfection ou la célébrité
des talens en tout genre , le progrès des
connoiffances & le bien-être des perfornes adonnées
aux Sciences & aux Arts. Cet objet eſt rempli
par une Feuille hebdomadaire , ſous le titre
de Nouvelles de la République des Lettres & des
Arts , 8 pages in 4º. prix 24 liv. pour Paris &
30 liv. pour la Province , dans laquelle on fait
connoître les nouvelles productions des Sciences
&des Arts de tous les Pays , & les objets propres
à éveiller ou à fat faire le génie & l'induſtrie .
Par un Bureau gratuit , tant pour des renſeignemens
particuliers relatifs à ces mêmes productions
dans les différens pays, ſelon les vues d'utilité ou
( 177 )
d'agrément , des Savans , Artiftes ou Amateurs.
Par un Sallon gratuitement ouvert tous les huit
jours , ayant pour but de ſervir de point de rénnion
, à la maniere des Bourſes de commerce ,
aux Savans , Artiſtes & Amateurs nationaux &
étrangers.
Par un fonds applicable , 1º. à l'entretien du
Bureau , aux frais d'Impreſſion , &. 2°. A la bienfaiſance
envers les jeunes Artiſtes qui auroient
beſoin de ſecours pour acquérir des talens , ou
envers les gens à talens , juſqu'à ce qu'on leur ait
procuré de l'occupation. 3 °. A l'acquiſition des
Ouvrages expoſés au Sallon , les plus utiles &
les plus parfaits dans leur genre , ou pour former
collection au chef-lieu , ou pour être diviſés au
fort , à la fin de chaque année , entre les Mem
bres des deux claſſes d'aſſociation.
Cet établiſſement embraſſant tous les temps ,
tous les pays , toutes les branches de connoitiances&
d'induſtrie , a pour caractere diftin &if , d'être
le lien de toutes les inſtitutions & de toutes les
perſonnes qui contribuent ou peuvent contribuer
au progrès des Sciences & des Arts , & au bienêtre
de ceux qui les cultivent; inſtitutions & perſonnes
qui , juſqu'à préſent , avoient été iſolées
par la diverſité des langues & des caracteres nationaux
, par l'intervalle des pays , par la différence
des occupations & des goûts : il leur fait
trouver à toutes en particulier , dans une communication
facile & prompte , la réunion générale
de ſecours & de connoiffances néceffaires
pour la perfection ou l'application de la Science
& de l'Art , & pour le bonheur de l'individu .
1
Les Aſſociés reçoivent chaque ſemaine un
exemplaire des Feuilles de la Correſpondance.
2°. Ils ont ſeuls de droit de préſenter , pour
jouir des avantages pécuniaires de l'établiſſemens
hs
C
( 178 )
&des bons offices qui entiennent lieu . les ſujets
qu'ils en croientdignes , toujours de concert avec
le Confeil,
3°. Ils participent à la diviſion des objets aches
tés , qui a lieu par forme de loterie , à la fin de
chaque année .
Pour proficer des avantages de cet établifement,
il faut s'adreſſer , comme par le paffé , à
M. de la Blancherie, Agent Général de Correfpondance
pour les Sciences & les Arts , à l'hôtel
Villayer , rue St. André-des-Arcs , à Paris. Les
lettres &demandes doivent être franches de port.
Le Sallon de la Correſpondance s'ouvre tous
les Jeudis. Les objets à expoſer doivent toujours
être envoyés le Mercredi au plutard , & autane
qu'il eft poffible, accompagnés d'une notice.
- Le Sallon de la Correspondance offre dans ce moment
une réunion d'objets en tout genre de
ſciences & d'arts auffi utiles qu'agréables. Entre
autres tableaux intéreſſans d'Artiſtes diftingués ,
on remarque particulierement un grand tableau
de M. le Paon, Peintre des batailles de M. le
Prince de Condé , repréſentant une chaſſe au
cerf, donnée à M. le Comte du Nord à Chansilly.
Nous avons annoncé par erreur dans l'avant
dernier Nº. , que Dom Poirier étoit un
des rédacteurs de l'Art de vérifier les dates ,
le travail des deux dernieres éditions appartient
excluſivement à Dom Clément. Don
Poirier est un des auteurs de l'utile Recueil
des Historiensde France , ainſi que DomClément.
On trouve dans lesAffiches du Dauphiné ,
Feuille qui mérite d'être diftinguée entre
celles du même genre , un avis très- intéi
( 179 )
seffant, fi l'expérience , qui en fait l'objet ,
eſt auſſi certaine que ſemble l'annoncer le
nom de fon Auteur!
Il exiſte un préjugé contrele bois de ſapin , qui
l'exclut des grands emplois dans les bâtimens ; on
croit qu'il caffe& ſe pourrit plus facilement que
le chêne , qui lui eft toujours préféré , fur- tout
pour faire des poutres & des fablieres. Il eſt vrai
que le fapin , employé fans précaution, s'échauffe,
fermente&ne dure pas ;mais il eſt également
fûr qu'il exiſte une méthode ſimple , &d'une phyfique
ſenſible , qui donne à cette eſpece debois
toute ladurée du chêne , ſans avoir la peſanteur
ni le défaut de ſe caffer fubitement.
Cette niéthode conſiſte d'abord à faire une faignée
modérée au pin , ſapin , méleze , fuif ou férante
ſur pied: on en extrait la gomme ou réſine
, qui fait un bénéfice & purge la plante de la
furabondance intérieure da la ſeve : enfuite il faut
écorcer l'arbre ſur pied , deux ou trois mois avant
de l'abattre . L'action de l'air & du ſoleil & l'évaporation,
en deſſéchant les fibres extérieures , en
réuniffent les faisceaux , & donnent aux couches
ligneuſes la compacité & la dureté , principes de
la folidité. Quand l'arbre eſt abattu & équarri , il
eſt bon de le laiſſer tranſpirer que ques jours ,
avec la précaution de le ſoutenir ſur des pieces de
bois; s'il touchoit à la terre , il en pomperoit l'humidité
, ſurtout ſi le fol de la forêt étoit marécageux
; mais s'il étoit de rocher ou de gravier,
on peut le laiſfer àplat.
Enfincomme la ſéve du centre a plus de peine
à s'évaporer que celle des parties extérieures ,
que cette ſéve en fermentant peut &doit devenir
le principe de la putréfaction de la plante ,voici
la derniere précaution à prendre ; on doit également
l'employer pour les fortes poutres de chê
h6
( 180 )
ne:il faut ſcier lapiecedans toute ſa longueur par
le milieu , & en retourner les deux parties de maniere
que ce qui étoit au centre ſe trouve à l'extérieur
. Trois liens de fer les aſſujettiront & l'on
pourra les employer ainfi avec certitude qu'une
poutre qui aura ſubi ces procédés , durera autant
que le bâtiment. Si je n'en avois pas l'expérience,
je n'en parlerois pas auſſi affirmativement ; mais
j'ai vu dans les Provinces méridionales , en Auverge
, entr'autres , des châteaux dont toutes les
poutres & fablieres ſont de ſapin ;& ces bois employés
dès l'autre ſiecle , ſe trouvent auſſi ſairs
qu'au moment où ils ont été mis en oeuvre , avec
l'avantage de ne pas tant charger les murs , d'être
moins chers & de fe nourrir par l'enduit du plâtre
&du mortier.
Au moment préſent , je crois cette indication
utile , l'eſpece du chêne devient très-rare ; ce que
les bâtimens en épargneront tournera au profit de
Ia Marine , & le Gouvernement aura plus detems
pour rétablir les bois du Royaume , dont le dépériffement
follicite les ſecours les plus prompts
&les plus éclairés .
REYNAUD DE LAGRELAYE , ancien Inspecteurgénéral
des bois de Corse.
Une perſonne reſpectable vient de nous
faire part d'un phénomene digne de remarque
, obſervé à Moucheux dans le Ponthieu.
La nuit du 6 au 7 de ce mois ( Février ) environ
une heure du matin , le bruit courut qu'un
vaiſſeau avoit fait naufrage par un terrible coup
deventdu nord-ouest. Tous les habitans , femmes
filles& enfans , au nombre de 80 perſonnes , du
hameau du Moucheux, furent fur pied & coururent
à la côte pour y ramafler les épaves & débris
naufragés , ils y trouverent différentes carcaflesdenavires.
Mais déſeſpérant de rencontrer
( 181 )
des marchandiſes , parce qu'alors les vents étoient
au fud- ouest , ils ſe déciderent à revenir chez eux .
Lorſqu'ils furent ſur une de ces montagnes de
ſable qui font dans la garenne , & qui s'élevent
d'environ trois mille pieds vers l'atmosphere , un
nuage noir comme l'encre parut tout- à- coup au
fud-ouest , & environ fix minutes après un éclair
fortant du nord- ouest , traverſant juſqu'au fudoueſt
, laiſſa après lui une odeur empoifonnée ,
approchant de celle du ſouffre. Dans le moment
un furieux coup de tonnerre ſe fit entendre ; &
il tomba une pluie mêlée de grêle , qui laiſſa fur
les habits des payſans un feu qui dura environ
30 minutes , & qui , ſemblable à du charbon qu'on
allume , étinceloit , mais ne brûloit pas les vêtemens.
Il eſt à remarquer que ces habitans , lors
de l'éclair , ont ſenti dans leurs membres l'effet
de la commotion , ou plutôt la ſenſation que
produit la chaîne électriſée.
Ce n'eſt point pour remplir d'une inutile
annonce un eſpace vuide , que nous prévenons
le Public , qu'on vient de mettre en
vente , à l'hôtel deThou , rue des Poitevins ,
leTroiſieme Voyage de Cook , traduit par
M. Demeunier. Cet ouvrage , fi important
pour les ſciences , pour le commerce, pour
l'hiſtoire du globe & pour la connoiffance
de l'homme , doit conſoler de cet océan de
livres , qui nous fubmergent dans des flots de
differtations , d'amplifications , d'éloges , de
compilations , de déciſions déclamatoires , de
redites ampoulées , de phrates & de riens
tournés avec recherche. Ici du moins l'on
peut apprendre quelque choſe.
La nation il'ustre qui a produit le Capitaine
1
( 182
Coock devoit s'honorer d'en publier les décou
vertes avec magnificence , & d'en dévorer la lecture.
Malgré le prix de ce Voyage (cinq guinées)
il a bientot doublé de valeur , & cinq éditions
confécutives en moins d'un an ont ſuffiamment
prouvé l'eſtime réfléchie des Anglois. Heureuſement
le Libraire François qui s'eſt chargé de ce
précieux recueil étoit capable d'enſentir le mérite
, & d'efforts pour le publier dans ſa perfection.
Il a été également bien ſervi par le Traducteur
qui a furmonté les plus grandes difficultés, &
par les Artiſtes chargés des planches , auffi belles
que celles de l'originalAnglois. L'introduction à
ce Voyage a été regardée en Angleterre comme
un morceau ſupérieur : il l'eſt en effet par l'ordre
, par la clarté , par l'exactitude. Le Voyage
iui-même , dont les deux premiers volumes ſont
de la main du Capitaine Cook,& le troiſieme du
Capitaine King , contient une foule de rectifica
tions des deux précédens , une préciſion encore
plus grande dans les obſervations nautiques , la
connoiſſancede nouveaux peuples , de nouvelles
ifles de la côte Occidentale d'Amérique , preſque
inconnue iuſqu'à nous ; des recherches de toutes
efpeces , & toujours la même audace , la même
parience , lemême talent de cer infatigable Navigateur
, dont la mort ſeule rendroit àjamais ce
Recueil digne d'être lu . Pour en faciliter l'acquifition
, & pour préſerver le public de toutes les
infâmes rapſodies que les piratesde la Suiſſe , des
Provinces & d'ailleurs ſe préparent à publier ſous
letitredeTroiſieme Voyage de Cook, l'Editeur en a
faittrois éditions , l'une in-4° . en cing volumes ,
dont un de planches & cartes , au nombre de 87,
au prix de 108 liv. ; la ſeconde in-88. en 8 vol .
gros caractere , 32 liv.; la troiſieme in-8°. petit
caractere , 24 liv. Il paroît aquellement trois vos
( 183 )
Jumes de l'in- 4°, fix volumes de l'un des in8°.
& trois de l'in- 8°. petit caractere .
Il exiſte às quarts de lieue d'Etampes ,
dans la terre de M. le Comte de Bierville ,
une fource minérale , dont les eaux ont été
examinées & analyſées par la Société Royale
de Médecine , qui les a jugées convenables
dans le traitement des maladies de l'eſtomac
, de l'ietere , des fievres intermittentes,
des obſtructions , &de pluſieurs autres maladies
, pour lesquelles MM. les gens de
l'Art conſeillent l'uſage des eaux ferrugineuſes.
Cette fource , dont le baſſin eſt très-bien
entretenii , eſt ſituée dans un vallon agréable
, où ſe trouve une belle prairie , arroſée
par la riviere de Juine .
Les eaux de Bierville ſeront diftribuées à
Paris , au Bureau général des eaux minérales
, rue Plâtriere.
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 20 Février.
Le projet de publication , relatif aux derniers
tumultes , & préſenté aux Erats de
Hollande par le Stathouder , a eu le fort de
toutes les démarches , de toutes les apologies
, de tous les récits de ce Prince. S'il s'étoit
tu , on l'eût accusé de connivence : il a
parlé , & il a tort encore. Les villes avoient
pris ce projet ad referendum , & font difpofées
, au moins les plus enflammées , à s'y refufer.
Schiedam ne s'eſt pas contentée de fa
( 184 )
négative; elle a propoſé aux Etats des recherches
& des pourſuites contre les inſtigateurs
de cette publication. Le Gazetier
d'Amſterdam interprete avec ſa candeur
ordinaire cette fingularité. Il attribue
le refus des villes au ton législateur de S. A. ,
égarée par des conseillers ambitieux & turbulens.
Heureuſement les affaires extérieures
ſe préſentent aujourd'hui ſous un aſpect plus
doux : où la guerre nous auroit-elle conduits
avec de pareilles diſpoſitions à la concorde?
Selon la même gazette d'Amſterdam , la
maiſon Proli , Brokens & van Eupen d'Anvers
, a ſuſpendu ſes paiemens. Cette maifon
eſt fortement intéreſſée dans la Compagnie
des Indes de Trieſte: au reſte , on a en ce
moment des exemples ſi inouis de la ſcandaleuſe
témérité des Feuilles publiques à annoncer
les faillites des négocians les plus
reſpectables qu'on doit ſe défier de ces avis.
Si nous rapportons l'hiſtoriette ſuivante ,
ce n'eſt afſurément pas que nous ajoutions
foi à de pareilles inepties ; mais une compilation
de bruits publics doit dire tout.
On rapporte qu'un Solda: Impérial étant entré
dans une ferme des environs d'Aix- la- Chapelle ,
avoir fait main-baſſe ſur toutes les provifions
qu'il avoit trouvées à ſa bienséance . Le lard lui
avoit paru fi délicieux qu'il en avoit mangé copieuſement,
Mais quelle fut la ſurpriſe des ſpectateurs,
lorſqu'ils virent cet homme tomber à la
renverſe & expirer ſubitement. Ses camarades ,
accourus à cette nouvelle , accuſoient déjà le
Payſan de l'avoir empoisonné ; l'Officier mandé
( 185 )
1
pour examiner l'affaire , ordonna qu'on fit à
l'inſtant l'ouverture du corps & qu'on cherchât
s'il y avoit des traces de poiſon. Mais la patience
& l'innocence du Payſan ne tarderent pas à être
reconnues , à la découverte d'environ dix livres
de lard encore non digéré , qu'on trouva dans
l'eſtomac & les entrailles de ce miférable qui en
avoit été ſuffoqué.
PAYS- BAS. 1
DE BRUXELLES , le 23 Février.
Quelques Feuilles publiques ont imprimé
ſérieuſement que le Duc de Courlande ayant
vendu l'héritage de fon Duché à l'Impératrice
de Ruffie, l'avoit revendu une ſeconde
fois au Roi de Pruſſe. Expoſer une pareille
ſottiſe , c'eſt en faire fentir toute l'impertinence.
11 eſt paſſé par Aix la Chapelle une garde ;
compoſée de 21 hommes & d'un ſergent , qui
ont enſemble déſerté de Maſtricht : ils ont refusé
de prendre parti dans les troupes Impériales , &
ont pourſuivi leur route vers Cologne. On at .
tend le 7 dans la même ville 1608 hommes des
troupes de l'Empereur , qui y reſteront pendant
quelque temps , pour couvrir l'artillerie qui doit
paffer inceſſamment , & la mettre à l'abri des
ſurpriſes que pourroit faire la garniſon de
Maſtricht.
Le Gouvernement de Liege , à ce qu'on
rapporte , vient de défendre la repréſentation
duMariagede Figaro , & l'on écritde Louvain
un trait à retenir à l'occafion de la même
piece.
( 186 )
Dans une ville d'Allemagne où la Police a
autorité une Farce indécente un jour de grande
fête , ſous prétexte que les Comédiens devoient
vivre, les filles publiques qui ſentoient le même
befoia , ont demandé la permiffiou de s'annoncer
publiquement même les jours de fête , parce
qu'il fal oit vivre ces jours là comme les autres.
Cette demande leur a été refuſée , mais elle n'a
pas laiffé cependant de produire un bon effet ,
ayant fait comprendre l'abus d'autorité qui l'avoit
précédé.
Toutes les Feuilles publiques répétent l'anecdote
ſuivante , répétition qui n'en conftate
point la certitude.
« Les derniers avis des Canaries contiennent
un faittrès- fingulier, & fur lequel l'on n'eſt pas
encore entierement éclairci . Il arriva derniere..
ment dans unede ces Iſles , un Navire ſous pavillen
inconnu , qui y débarqua environ 40 perfonnes
, tant hommes que feinmes , &qui , apres
ce débarquement , remit ſur le champ à la voile ,
fans communiquer avec qui que ce ſoit. Les gens
mis à terre reſſembloient plutôt à des Sauvages
qu'à aucune nation connue : On leur parla en
différentes langues ; mais ils pararent n'en entendre
aucune. Le Gouverneur leur ayant fait
donner à manger , ils ſe letterent fur ces alimens
en affamés . Enfin cet Officier , foit qu'il craignit
l'effet d'une pareille vifice , va la foibleſſe de la
garniſon & la mine que ces nouveaux venus
lui parurent faire dd''agir hoftilement , ſoit qu'il
ſoupçonnat qu'ils étoient attaqués de la peſte ,
eut la barbarie de les faire tuer tous à coup de
fufil. Le débarquement &la fin cruelle de ces
malheureux font des faits conſtates; mais les circonſtances
ſe rapportent trop confufément pour
ne pas attendre la confirmation>>.
187 )
Le premierde ce mois , le Régiment de
Teutſchmeifter eſt arrivé à Cologne , & a
pris ſes quartiers dans la ville & aux environs.
Le 2 , l'artillerie& les bagages du Régiment
de Latterman font arrivés dans cette
ville. Le Régunent eft atenda d'un jour à
l'autre.
L'Empereur , à ce qu'on dit , a nommé
l'Abbé de Diesbach, de Fribourg en Suiffe ,
& ci-devant Jéſuite , Gouverneur de l'Archiduc
Francois .
Les Chevaliers de Malthe , qui poſledent à
Munich la belle égliſe qui avoit appartenu aux
Jésuites , ont voulu abelir tous les uſages de ladite
égliſe , entr'autres les prieres de quarante
heures qui le celebrent pendant le carnaval. S. A.
leur a expreffément enjoint de ne faire aucun
changement , & a déclaré qu'elle-même ſe propoſoit
d'affilter à la proceſſion ſolemnelle qui ſe
fait leídits jours de carnaval.
Il court une relation affez ſuſpecte da
complot contre le Prince Adam Czartoriskit
en attendant que l'on ſoit mieux inſtruit ,
nous allons rendre compte de ces premiers
rapports.
Le 16du courant , le Sr. Ryx , premier Valet
de chambre du Roi , fut arrêté ſur une accufation
grave& très- extraordinaire . Comme elle impliquoit
auffi M. Komarzewski . Général M jor ,
Aide de Camp général de S. M. , il a demandé
les arrêts de ſon propre mouvement. Cependant
comme l'ajournement décernédepuis necontenoit
point d'inculpation directe à la charge de ceGé
néral , mais avoitſeulement pourbut des éclair
( 188 )
ciſſemens requis de ſa part , le Roi a fait lever les
arrers de M. Komarzewski ; il n'eſt pas à douter
que la procédure juridique ne mette le Public à
même de juger avec certitude de toute cette
affaire , & ne confirme la probité de ce Général ,
univerſellement reconnue. L'accufation concerne
une trame contre le Prince Adam Czartorysky ,
Général de Podolie. La dénonciation en a été
faite de la part d'une femme , connue ici pour
avoir ébruité diverſes fois des avis de ce genre ,
par des vues d'intérêt & dans l'eſpoir d'une ré
compenfe.
a
Lejugement de cette affaire a commencé le
24 du courant. Les féances de ce jugement ſe
tiennent publiquement & régulierement : les
Juges font au nombre de dix , & tous des dignitaires.
Cause extraite du Journal des causes célébres [ 1 ].
Jeunes Gens condamnésdepuis peu à être rompus.
Quoique nous ayons annoncé dans les tems fe
fupplice de ces jeunesGens , nous croyons qu'on
lira avec intérêt les détails. de leur Procès que
M.DesEffarts a intéré dans le volume du Journal
des Causes célebres du ver. Janvier dernier. Nous
avons dit pluſieurs fois [ obſerve M. Des Effarts]
que la chaîne des vices touche à celle des crimes ;
qu'on commence d'abord par ſe livrer à la cor
ruption , & qu'enfuite l'on franchit preſque . Ins
s'en appercevoir, la barriere qui ſépare ladébauche
des forfaits . L'hiſtoire récente des jeunes gens
dontnousallons rapporter le ſupplice , fournitune
nouvelle preuve de cette affligeante vérité,
1
[1 ] On ſcuſcrit en tout temps pour le Journal des
Cauſes célebres , chez M. Defeffarts , Avocat , rue Dauphine,
Hôtel de Mouy , chez Mérigot lejeune , Libraire , &
QuaidesAuguſtins. PPrrix , 18 liv, pour Pariss , & 24 livpour
laProvince,
L
( 189 )
1
Ces deux jeunes gens , dont l'un s'appelloit
D*** , & l'autre de F*** , étoient nés de parens
honnêtes , qui n'avoient rien négligé pour leur
donner une bonne éducation ; mais l'on affure
que tous deux avoient , dès leur plus tendre jeuneffe
, un penchant décidé pour le vice. Au- lieu
deprofiter des ſoins qu'on prenoitpour les inſtruire
, ils ne s'occupoient que de plaiſirs & d'amufemens.
Avec des goûts auſſi prématurés pour la dif
fipation , & une haine aufli forte pour le travail ,
iln'eſt pas étonnant qu'ils n'aient retiréaucun fruit
de leur éducation. Parvenus à l'âge où l'on choiſit
un état , ils prirent celui des armes ; mais bientôt
leurs déréglemens leur mériterent des punitions
humiliantes. Ils étoient , depuis quelque tems,
priſonniers à l'Abbaye , lorſqu'ils donnerent une
premiere preuve de révolte. Transférés de cette
priſondans cellede la Conciergerie,ils touchoient
au moment où l'on alloit prononcer ſur leur fort .
Voulant prévenir ce jugement , ils formerent le
complot de forcer les priſons &de prendre la fuite,
Pour réuffir , ils parvinrent à ſe procurer des piſtolets
, de la poudre &des balles. Dans la crainte de
n'être pas affez forts pour triompher des obstacles
qu'ils rencontreroient , ils ſéduiſirent un malheureux
ſoldat qui étoit priſonnier avec eux. Cet infortuné
entradans leur complot , & promit d'exé
cuter aveuglément ce qu'ils lui preſcriroient.
Le 28 Septembre , vers les neuf heures du ſoir ,
fut l'inſtant choisi pour l'exécution du funeſte projet
, les trois priſonniers ſe préſenterent , les armes
à la main , & demanderent aux guichetiers de leur
ouvrir les portesde la priſon.Ces derniers s'étant
mis en devoir de les défarmer , & s'avançant pour
les ſaiſir , und'eux fut tué d'un coup de piſtolet ,
& l'autre fut dangereuſement bleſſé : dans la
mêlée, le ſoldat reçut lui même un coup de feu ,
( 192 )
Les révoltés voyant qu'ils ne pouvoient réuffir àle
procurer la liberté, rentrerent dans leur chambre,
bien réſolus de s'y défendre; mais on les força de
ſe rendre avec le ſecours d'une pompe , dont Of
dirigea l'eau dans la chambre où ils étoient. On
les chargea alors de chaînes ,& on les mit dans
L'impuiſlance d'abuſer de leurs forces, ni contre
les autres , ni contre eux-mêmes. Leur crime
n'étant que trop certain , l'inftruction de leur pro
cès ne fut pas longue. Le Bailliage du Palais, par
Sentence du ter. Octobre 1784 , les condamna à
être rompus. Sur l'appel , la Chambre des Vacations
confirma cette Sentence par Arrêt du 4- du
même mois. Le lendemain , les trois coupables
furent conduits am Gupplice. En fortant de laCon
ciergerie , on remarema que D *** avoit l'air
conſterné , abattu & effrayé ; que de F*** avoit
L'air calme , le viſage ſerein , & la contenance ka
plus aſſurée : le ſoldar , qui avoit été bleſfé, étoit
preſque mourant. Une multitude innombrable de
gens, de tous les états, s'étoit placée dans les rues
où le cortège finiſtre devoit paſſer. On obferva
que les trois coupables confervoient le même caractere
qu'ils avoient montré en montant dans la
charrette. Tous les ſpectateurs furent frappés de
l'infouciance&du courage que de F*** angonçoit.
Il promenoit en effer , avec la plus grande
tranquillité,ſesregards fur la foule qui l'entouroit
. Sa figure n'eroit animée qu'autant qu'il falloit
pour en faire reffortir davantage la beautédes
traits, & l'on eûr dit que ſon ame n'étoit agitée
par aucune crainte : cependant l'om affure qu'en
arrivant ſur la placedeGreve , il éprouva un frémiflement
général dans tout fon corps , en appercevant
les inftrumens de fon fupplice; mais un
inſtant après il ſe remit , & defcendit de la charrette
avec les complices pour aller à l'Hôtel-de-
Ville. Il montra la même tranquillité & la même
( 191 )
jevous
affurance en montant à la Chambre du Confeil.
Après quelques interrogatoires , on envoya chercher
pluſieurs perſonnes. Dans ce nombre , on vit
paroître la Demoiſeile ***, que de F*** avoit
demandée. Lorſque ce dernier Fapperçut , il ſe
tourna vers elle & lui dit , en la nommant avec le
fon de voix le plus touchant: Je vous demande pardonde
la peine que je vous cause ; mais il m'eût été
affreux de perdre la vie fans vous revoir. Ses yeux fe
remplirent de lartes , & l'on apperçut , par les
mouvemens de ſa poitrine, combien fon coeur étoit
agitédans cet inſtant. Après avoir gardé le filence
pendant quelques ſecondes , on le vit foulever ſes
mains changées de chaines , pour offrit à laDemoi-
Celle***unebague de diamans qu'il avoit au doigt.
Acceptez, prie, dit- il àla Demoiselle *** ,
cette dernière manque de mon attachement. Pendent
cette ſcène déchirante , la Demoiselle *** fondoit
en larmes . Comme de F *** infiftoit pour faire
agréer ſa bague , on lui repréſenta que ſes biens
ayant été confiíqués , il ne pouvoit diſpoſer d'aucun
de ses effets. De F*** éleva alors la voix , &
fit les reproches les plus vifs à D****. C'est
wus , lui dit-il , qui m'avez plongé dans l'abîne oùje
fuis : .... c'est vous qui m'avez empêché , après
avoin échoué dans notre complot , de mêre foustrait à
L'oppraire & à l'ignominie du fupplice que je vais
Subir: .... votre lai hete est la cause de mon malheur...
Il finiſſoità peine ces mots, qu'il reprit ſa premiere
tranquillité , & demanda qu'on le conduisît à la
mort. En traverſant la Salle du Confeil , il falloit
qu'il passat devant la Demoiselle ***. Lorſqu'il
fue près d'elle , il s'arrêa ; & jestant fur elleun
regard long & plein de la plus vive tendreſſe , il lui
dit, avec le ſon de voix le plus touchant : Mademoiselle
, vous connoiſez mon pere , vous connoiſſez
mes parens : .... je les porte là [ en appuyant fortement
fur fon coer fes deux mains liées ) ; ....
( 192 )
c'est mon plus cruelfupplice ... Il s'inclina enſuite,
en regardant toujours la Demoiſelle ***,juſqu'à
cequ'il fût arrivé à la porte de la Salle. Alors il
ſe retourna avec un air fir , & adreſſant la parole
à D ***. Il lui dit : Vous m'avez appris à mal
vivre ,je vais vous apprendre à mourir : tâchez d'imiter
mon exemp e. De F*** deſcendit de l'Hôtelde-
ville d'un pas ferme , & monta feul ſur l'échafau.
d Ilnevoulat pas ſouffrir que l'exécuteur ôrất
ſes habits ; il ſe déshabilla lui- même , & fubit avec
courage ſon ſupplice.
D***, dont le caractere étoit auſſi lâche
que féroce , montra la plus grande pufillanimité.
On fut obligé de le traîner à l'échafaud; il pleuroit
à chaudes larmes , & faisoit retentir l'air de
ſes gémillemens. Comme il étoit plus coupable
que ſes deux complices , il fut mis vivant fur la
roue où ildevoit expirer.
Cette affreuſe hiſtoire prouve que les jeunes
gensne peuvent trop prendre garde aux liaiſons
qu'ils forment. D'après le caractere que de F***
amontré, c'eût peut être été un brave homme , ſi
le vice& la débauche n'euffent pas corrompu ſon
ame. Ainſi ſouvent tel homme qui auroit parcouru
une carriere honorable , termine ſes jours dans
l'opprobre , lorſqu'il n'a pas aſſez de force pour
réſiſter à des conteils perfides , & que , ſe livrant
à l'attrait du vice , ils'abandonne à la corruption.
L'exemple effrayantdes jeunes gens dont nousvenons
de rapporter le ſupplice,devroit être ſans
ceſſe préſent à l'imagination de ceux qui entrent
dans le monde : ce ſeroit pour eux un ſpectre menaçant
qui leur montreroit les dangers qui accompagnent
la débauche ; & fi l'amour de la vertu &
deschoſeshonnêtes nedes arretoient pas, la crainte
de l'ignominie&du ſupplice les intimideroit.
ERRATA pour le dernier No. Art. Versailles
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le