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1785, 01, n. 1-5 (1, 8, 15, 22, 29 janvier)
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MERCURE
DE FRANCE.
( N°. 2. )
SAMEDI 8 JANVIER 1785 .
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. l'année 1785 , contenant les ac-
Almanach du Voyageur àtions de bienfaifarce , de coura-
Paris , pour l'année 1785 , con - ge, d'humanité , &c. 1 1. fols.
tenant unedeſcription fommaire, A Paris , chez Savoye , Libr. rue
mais exacte , de tous les monu- S. Jacques,
mens ; par M. Thierry : br. 2 1.
$ fols. Paris , chez Hardouin ,
Libr, au Palais royal , no. 14 ;
& Gattey, rue des Préires S. Germain-
l'Auxerrois.
Chef-d'oeuvres de l'antiquité
fur les beaux-arts , monumens
précieux de la Religion des Grecs
& des Romains , &c avec des
planches en taille uce , dont
foixante-dix ont été gravées par
Bernard Picard : 1 vol. in-fol .
Numéro 3 : 18 liv. On fouferit
à Paris , chez l'Auteur , rue Ga
Tencière ; Lamy , Libr. quai des
duguftins.
Principaux Idiotifmes de la
langue grecques avec les ellipfes
qu'ils renferment ; par M. Furgault
, Profefleur émérite de
P'Univerfité de Paris : 1 vol. in
8. A Paris , chez Nyon jeune ,
Libr. place des Quatre- Nations.
ou La Morale evangélique
Homélies choifies des Pères de
l'églife fur tous les évangiles des
Dimanches & Fêtes de l'année ;
par M. l'Abbé Méry : nouvelle
édition divifée en deux parties ,
2 volumes in- 12. brochés : 5 1.
A Paris , chez Volland , Libr.
quai des Auguftins.
Luennes de la vertu , * pour " ´ Les OEuvres de M. le Chegaud
, n °. 20 ; & Théophile
Barrois, Libr. quai des Augufins.
L'abonnement pour l'annee
pour
Paris ,
valier Bertin : 2 petits voi. in- 18.
br. 3 liv. A Paris , chez Har
douin , Libr. au Palais royal ,
n°. 14 ; & Gattey , Libr. r. des entière , compofée de 12 vol .
Prêtres S. Germain- l'Auxerrois. eft de 13 liv. 4 f.
Les Promenades de Clariffe, & de 16 liv. 4 f. pour la Province,
& du Marquis de Valzé , ou port franc .
monvelle Méthode pour apprendre
les principes de la Langue
Françoife , à l'ufage des Dames ;
par M. T*** , quatrième cahier
: 12 fols. A Paris , chez les
Marchands de nouveautés.
AVIS.
Royez , quai & près des Auguftins
, vient de raffembler des
collections de livres proprement
reliés pour étrennes , principalement
fur l'hiftoire , la bonne lit-
Réflexion fur la chaleur ani- térature& l'éducation. Il vient d'amale,
pour fervir de fupplément jouter fur ce dernier fujet tous les
à la feconde partie des Recher- bons ouvrages des Dames de Genches
fur différen's points de phy- lis , de l'Epinai le Prince de Beaufiologie
, &c. pas M. Fabre, Pro- mont , la Fire , & autres .
feffeur royal au Collège de Chiringie,
ancien Commiffaire pour
les Extraits de l'Académie , &c.
broch, in 8° . de 31 pag. 12 fols.
Paris , chez Barrois jeune ,
Libr. quai des Auguftins.
Renaud , Poëme héroïque ,
imité du Taffe ; par M. Menu
de Chomorceau, Prefident, Lieutenant
Général aur Balliage de
Villeneuve le Roi : 2 vol. in-8 .
br. 6 liv. A Paris , chez Mou-
Bord , Impr.- Libr. rue des Mathu-
Calypfo , ou les Babillards ;
No.XXXVI : t.fecond. Paris,
chez Regnauit , Libr. rue Saint-
Jacques
Hitoire Univerfelle depuis le
Commencement du monde jufu'à
préfent , composée en Arglois
par une fociété de Gens de
Lettres,nouvellement traduite en
François par une fociété de Gens;
de Lettres; enrichie de figures &
de cartes. Tome LXXI , for
mant le XXXI de l'Hift. Moderne.
A Paris , chez Moutard ,
Impr. Libr rue des Mathurins.
ARRET S.
2
Arrêt de la Cour de Parlement
, qui ordonne l'exécution
d'une Sentence du Bailliage de
Nemours par laquelle
fait défenfes aux Marguilliers
des Paroifies d'en reprendre aucun
procès , de faire aucun eploi
des deniers , d'accepter ou
refufer aucune fondation , fans
auparavant avoir été autoilés
par les Cure & Habitans ; fait
défenfes à tous Procureurs d'occuper
pour les fabriques , fans
y être autorisés par un acte d'affemblée
; extrait des registres du
Parlement , du 3 Déc. 1784 A
Paris, chez P. G. Simon & N.
H. Nyon , Libr. Impr. rue Migron
S. André des Arcs.
Lettres-Patentes du Roi , qui
fixent les limites de la conceffion
des mines & Allemont , faite
à MONSIEUR ; données à Verfailles
le 29 Juillet 1784 , regiftrées
en Parlement le 10 Décembre
fuivant. A Paris , chez les
mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , qui
LeMentor Univerfet ; par M. autorifent les vifites dans les bou-
FAbbé Roy, Cenfeur Royal , tiques & magafins des marchands
&c. Numéro VIII . P & négocians , pour la vérifica
ris, chez l'Auteur rue Génétion des étoffes , toiles & toile
>
you дем
. 135 .
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de-
Provinces ; la Nocice des Edits, Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. & c.
12025
SAMEDI I JANVIER 1785.
A
PARIS ,
Chez
PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
5
TABLE
Du mois de Décembre 1785.
PIÈCES IECES FUGITIVES .
Mes Malheurs ,
Vers à Egle ,
Romance du Barbier de Séville
,
Mémoire fur le premier Drap
3 de Laine fuperfine du crû de
31 S
6
49
Les Voyages de Colombelle
& Volontairette .
Vers à M. François de Neufchâteau
.
A une Dame ,
la France
Hiftoire de Stanislas Premier,
Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar ,
Blanchard , Poëme en deux
Chants ,
60
La Fortification Perpendicu 97
98 laire ,
Pour le Portrait de Mme de L'Honneur François ,
Genlis ,
Infcription,
67
70
120
ibid. Traduction nouvelle de l'Eneide
୨୨ .
126
Le premier Miniftre de la Mémoires du Baron de Tott ,
Mort , Apologue , ibid. Sur les Turcs & les Tar-
Le Fleuve & le Ruiffeau ,
Fable ,
tares ,
211 Nécrologie ,
103 Concert Spirituel ,
Hiftoire du Miniftre la Roche,
Conte,
ه م ق ل
145
SPECTACLES .
152
179
131
Vers qu'on intitulerà comme Acad. Roy. de Mufique , 33 ,
on voudra . 85 , 182
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne , 35 , 132
gryphes , 8 , 58 , 117 , 147 Académie , 73
NOUVELLES LITTER. Annonces & Notices , 41 , 89 ,
Eloge de Fontenelle ,
Ie 156 , 187
KEPLA
JONACHE WIS
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS pour fervir de Réponse à ceux de
M. HOFFMAN , inférés dans les Petites
Affiches , dus Décembre , No. 343. Ν .
Qu'a la Harpie en ce moment ,
Le goût façonne , pour nous plaire ,
Tous vos pompons & vos ajuſtemens :
Que voudroit en conclure un Critique févère
Qui vous prive de tout , même du fentiment ?
LORSQUE dans la dernière guerre
Vos fronts s'applaudiffoient de porter un d'Estaing,"
* AHufion aux bonnets dits à la d'Estaing, à la Gibraltar
qu'on a portés en 1780 & 1781 .
A ij
MERCURE -
Un Gibraltar, inventés par Bertin ,
Vous infultiez alors au fort de l'Angleterre.
AH! fans vous effrayer des farcaſmes d'Hoffmans ,
Faites régner long- temps cette mode chérie ;
Portez , confervez la Harpie ;
Je voudrois en ces lieux la revoir dans vingt ans.
Puiffe-t'elle , en faisant la ronde ,
S'étendre de Paris au Sérail du Sultan !
Elle n'a pas coûté de ſang ;
Elle doit plaire à tout le monde.
(Par M. Bavouz de Ch...ry. )
MADRIGAL.
JADIS l'Amour ayant l'Erreur pour guide ,
Erroit au gré de ſes volages feux ;
Ce tendre enfant que célébroit Ovide ,
Avoit alors un bandeau fur les yeux .
Ce temps n'eft plus , & la Raifon l'éclaire ;
Entre fes mains il remit fon flambeau ;
Et pour vous voir , mon aimable Glicère ,
Ce petit Dieu déchira ſon bandeau .
(Par M. le Marquis de C.... V.. )
i' .
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Meſmer ; celui
de l'Enigme eft le Temps ; celui du Logogryphe
eft Martial , où l'on trouve mal ,
Mai , M. & Mme Trial , lait , lit , rat ,
mari , Marli.:
CHARADE.
Mon premier plaît aux yeux par ſa verte parure ;
Au Palais , mon fecond par fois gronde & murmure ;
Montout eft dans nos moeurs , mais non dans la nature.
( Par M. le Marquis des Six-Tours. )
ENIGM E.
TOUT- A- LA- OUT A - LA - FOIS mâle & fémelle ,
J'habite & fur terre & fur mer ;
Je puis , fans hallon & fans alle ,
Paroître , quand je veux , en l'air.
Tout ceci n'eft point un mystère ;
On mc connoît fort aisément
En voyant la jeune, Bergère
Me fouler avec fon amant.
( Par M. L.... , de Falaife , Etudiant en Droit. )
A jij
MERCURE
ONA
LOGOGRYPHE
Na des partifans , on a des ennemis ,
Et qui n'a pas les fiens doit être fans mérite 3
Dès- long- temps oublié , j'ai voulu dans Paris
Paroître triomphaut en Docteur Emérite ;
On ma prôné dabord , mais la chauce a tourne ;
Un grand Corps contre moi foudain s'eft acharné.
Par mes dix pieds encor je me ferai connoître :
En me décompofant , tu trouveras peut- être
Le furnom d'un Héros jadis Empereur - Roi ;
Un fage d'Orient ; d'un Piccini la loi
Ce qui dans nous agit , nous fait agir nous- même ;
Ce que nous defirons de quelqu'un qui nous aime ;
Un membre très - utile ; un habitant du ciel ;
Pour un Meunier débile un être effentiel ;
Une antique cité très- renommée en France ;
Deux oifeaux fort communs ; l'oppofé de l'aifance ;
Ce qui d'une maifon fait juger la hauteur ;
Un fleuve d'Ibérie . Enfin , mon cher Lecteur ,
Je me garderai bien d'en dire davantage :
Tu fais que trop parler n'eft pas le fait du fage.
( Par M. Jalaberd. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
UVRES du Marquis de Villette. A Londres,
& le trouvent à Paris, chez Cloutier,
Imprimeur-Libraire , rue de Sorbonne ;
la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint
Jacques ; Elprit , au Palais Royal.
C'EST du fein des plaiſirs & de la molleſſe
que doit s'élever la voix qui veut chanter les
voluptés & les grâces . Il eſt une certaine
perfection de goût , mais fur tout une certaine
delicatelle qu'on ne peut connoître
qu'au milieu des plaifirs & des arts d'un luxe
élégant. Nous ferions encore à favoir combien
le talent peut être aimable , fans quelques
mortels affez heureux pour avoir trouvé
le génie & la gloire dans leurs voluptés.
C'eſt du fein d'un réduit charmant , cù les
Aleurs & l'encens exhaloient leurs parfums ,
qu'Horace , en atten lant Glycère , adreffoit
une Hymne aux Grâces. Ces impreffions ne
fe devinent pas ; & qu'eft- ce qui fe devine ?
On n'a pu ni imiter ai traduire Tibulle &
Ovide , que lorfque les richeffes & les Arts
du fiècle de Louis XIV ont mis dans nos
plaifirs & dans nos jouiffances le goût & la
grâce du fiècle d'Augufte ; & cependant on
vouloit les traduire dans la barbarie du quin-
A iv
8 MERCURE
. >
zième fiècle & dans la ' pédanterie du fer
zième ; & c'étoient des hommes renfermés
dans des colléges & dans des cloîtres
qui avoient le plus fouvent cette fantaifie.
On eût pu l'excufer dans Lafare & Chaulieu ;
on pourroit defirer qu'elle prît à M. le
Marquis de Villette ; mais M. le Marquis
de Villette fait bien mieux que de chanter
les amours & les plaifirs de Tibulle , il
chante fes plaifirs & fes amours ; c'eft dans
ee genre fur- tout qu'il feroit malheureux
d'être condamné à l'imitation .
On eft bien furpris en ouvrant les Euvres
de M. le Marquis de Villette ! Un des
premiers morceaux qui le préfentent , ce
font des Penféés Nocturnes. Cela rappelle
ce temple confacré à Vénus & aux Grâces ,
dont parle Plutarque ; fur le frontispice
étoient écrits ces mots : Ilfaut mourir.
Mais les Penfées Nocturnes de M. de Villette
ne pouvoient pas être long- temps fombres
& noires : il a eu beau prendre un moment
le gente & le talent d'Young, c'eft avec
fon propre caractère qu'il a écrit . La mélanco
lie arrête & fixe le génie d'Young fur les tom
beaux , il pénètre , il s'enfonce de plus en plus
dans ces demeures de lamort , qu'il appelle les
avenues du ciel & de la terre ; il ne revient
plus fur fes pas , & nn''eenn fort ,, pour ainfi
dire , que du côté du ciel & de la vie immortelle.
La mélancolie de M. de Villette a
une autre marche. Les fombres voiles de la
nuit , la vue d'un chêne frappé de la foudre,
DE FRANCE. 9
le bruit monotone de la caſcade folitaire , la
préſence des tombeaux chargés d'infcriptions
attendriffantes , tous ces objets qu'il peint de
couleurs fortes & poétiques , le conduifent
bientôt à Aminthe ; & dès que fon imagination
a vû Aminthe , les Penfées Nocturnes
s'éclairciffent ; dans cette fombre nuit il n'eft
plus queſtion que d'amour & d'amitié.
On trouve encore deux morceaux d'un
genre férieux à l'ouverture des OEuvres de
M. le Marquis de Villette , l'Éloge de Charles
V & l'Éloge d'Henri IV. Le premier de
ces Difcours, imprimé pour la première fois ,
il y a près de vingt ans , étoit précédé d'un
avertiffement , dans lequel l'Auteur avoit
voulu s'égayer un peu fur le ftyle & le ton
élevé des Éloges de M. Thomas ; ces plaifanteries
& cet avertiffement , font fupprimés
aujourd'hui ; & c'eft la première chofe
dont il faut louer M. de Villette très-jeune
encore alors , il s'en laiffa impoſer fans
doute par les clameurs de ces Critiques.
ignorans , qui ont fi long - temps perfécuté
le talent de M. Thomas & les plus
beaux talens du fiècle ; depuis il aura fenti
par lui même combien on doit d'eftime &
de reſpect à l'Auteur des Éloges du Dauphin,
de Descartes , de Marc- Aurèle , & far tour
à l'Auteur de l'Effai fur les Éloges .
Dans les deux Difcours de M. de Villette ,
on ' rouve plus qu'on ne l'auroit cru d'abord,
Pefpèce d'idées & de mérite qu'exigent les
Ouvrages de ce genre.
A'v
10 MERCURE
23
"
On doit aimer beaucoup , ce me fenible ,'
l'exorde de fon Éloge hiftorique d'Henri IV.
" C'eft en lifant la Vie de Henri IV que
» l'homme de bien fent couler des larmes
» involontaires ; c'eſt aux pieds de fa ftatue
» que le Citoyen s'écrie avec tranſport :
Voilà celui qui aima fon peuple. — Je ne
brigue point ici la couronne de l'éloquence
; je fatisfais mon coeur. Il eft fi confo-
» lant de repofer fon âme fur le fouvenir
" des Héros qui ont fait du bien au monde !
» la fenfibilité ne laiffe plus de place aux
illufions de la gloire , aux jouillances de
l'orgueil : l'Orateur n'eft plus que Citoyen ;
il s'émeut , & fon attendriffement devient
» fa récompenfe.
و د
"
"
Que c'est bien là le fentiment avec lequel
on doit louer tous les grands Hommes , &
fur, tout Henri IV !
La première Partie du Difcours commence
par un tableau du feizième ſiècle , de ce fiècle
qui a exercé fi fouvent les pinceaux de nos
Hiftoriens & de nos Orateurs ; ce tableau
peut faire regretter que M. de Villette n'ait
pas effayé plus fouvent les pinceaux de l'Hif
roire ; il a eu l'art de raffembler dans un
cadre affez étroit les grands événemens & les
grands perfonnages de toute l'Europe à cette
époque ; le trait rapide qui les peint eft choisi
par la vérité , & il femble l'être par l'ima
gination. Le morceau eft trop étendu pour
être cité en entier , & il perdroit trop à ne
l'être qu'en partie. On eft fâché feulement
DE FRANCE.
que M. de Villette ait parlé de l'Amiral de
Coligny comme de l'homme qui a fait le
plus de mal à la patrie. Voici comme il en
parle :
2
56
Gafpard de Châtillon , connu fous le
» nom de l'Amiral de Coligny , fut l'homme
» le plus fatal au bonheur de fon pays. Né
pour commander à des Rebelles , il poffedoit
par - deffus toutes les qualités d'un
Chef de parti , cette tranquillité fombre
& inaltérable , la première vertu peut-
» être dans un factieux . Politique profond ,
» nul ne connut mieux que lui les forces du
» Corps dont il étoit l'ame ; la France eût
" pu le compter parmi les meilleurs Capitaines
; mais fa jalouffe contre les Guifes ,
» & fon ambition , en firent un ennemi des
» Rois : Général eftimé , quoique matheu-
» reux , il ne dût qu'à lui feul toure fa gloire;
il ne gagna jamais de bataille , mais il
força fes -92 rivaux à l'admirer. »
و د
Il ne paroît point dans l'Hiftoire que ce
fur par ambition & par jaloufie que Coligny
fut entraîné dans le parti des Preteftans & de
la révolte : des motifs plus purs & plus nobles
devoient égarer cette grande âme. Ce
fut,fur tout l'extrême févérité de fes principes
de morale qui lui fit embraffer le parti
de la réforme. On pouvoit dire de lui ce que
Lucain dit de Caton : Qu'en faifant la guerre
civile il fembloit l'abfoudre. Coligny eut
toute la vie un projet bien extraordinaire
dans un homme qui tenoit à la première No-
A vj
12 MERCURE
bleffe de la Monarchie , ce fut d'aller établir
dans quelque coin du Nouveau Monde une
République fondée fur l'égalité primitive de
la nature. Malgré les erreurs , un tel homme
fait trop d'honneur à l'humanité pour avoir
étéfifatal à ſon pays. Quel intérêt de pareils.
caractères répandroient fur notre Hiſtoire ,
fi froide & fi sèche , s'ils étoient tracés par
la main d'un Tacite !
33
"
On s'attendoit bien que M. le Marquis de
Villette ne feroit pas un juge très - févère des
foibleffes de Henri IV ; mais il en devient
prefque le Panégyrifte; & c'eft un peu plus
que Henri IV ne demandoit lui même. « Je
fuis tout honteux , difoit ce bon Roi ,
d'être fi fouvent amoureux avec une barbe
toute grife ; mais que mes Sujets faffent
grâce à mon amour pour les feinmes , en
» faveur de mon amour pour eux. » Et il
falloit bien que les foibleffes de Henri IV
priffent leur fource dans une âme très - intéreffante
, puiſqu'à l'âge de , o ans, avec cette
barbe toute grife , il trouvoit encore le
moyen de fe faire aimer de la Princeffe de
Condé , belle , jeune , aimable , perfécutée
pour fon amour , étrangère par fon caractère
à l'ambition qui fait aimer le pouvoir , &
par fon rang trop au deffus de l'orgueil d'être
la maîtreffe d'un Roi. C'eft un Ange , écrivoit
d'elle une femme , mais fon amour pour
le Roi eft un démon qui la tourmente. M. le
Marquis de Villette parcourt prefque toute
Hiftoire de la Monarchie, pour démontrer,
DE FRANCE. 13
par d'illuftres exemples , qu'il faut aimer
beaucoup les femmes pour avoir de grands
talens , de grandes vertus , pour être un
grand & un bon Roi ; & dans cette érudi
tion , à laquelle on ne reprochera pas fans
doure d'être une pédanterie , toute l'Hiftoire
femble en effet fervir de témoignage à fon
opinion.
Henri IV difoit un jour à Gabrielle d'Eftrées,
-qui faifoit une intrigue contre Sully : javez
vous , Madame , que je facrifierois cent maitreffes
comme vous pour un ami & pour un
Miniftre tel que Sully ? Quand les Rois parlent
ainfi aux femines qu'ils adorent , les
Peuples & l'Hiftoire leur font grâce de leurs
maîtreffes ; mais les forbleffes font communes
, & cette force , jufques dans les
foibleffes , eft la chofe du monde la plus
rare.
༣
Au refte , ce morcau du Difcours de M.
de Villette , fi piquant déjà par le paradoxe
qu'il préfente , est très agréable par la na
nière dont il eft écrit.
On doit auffi des éloges au tableau de l'Ad
' miniſtration de Henri IV : il eft aflez ordinaire
que les tableaux de ce genre foient
compofés de quelques lieux communs fur
l'agriculture , fur l'induftrie , fur le commerce
, qui ne rappellent aucun fait , qui ne
font connoître aucun des principes , aucune
des opérations de l'homme qu'on célèbre ,
& qu'on pourroit tranfporter prefque tou
jours fans y faire aucun changement de l'éloge
14
MERCURE
le
de Sully à celui de Lhôpital , de celui de
Lhôpital à celui d'Amboife : M. Thomas ,
premier , a montré , par fes exemples & par
fes préceptes , comment il falloit pénétrer
à l'idée première & fondamentale qui a
dirigé les actions ou les ouvrages d'un grand
Homme; & faire enfuite du développement
de cette idée générale un tableau dont chaque
trait caractériſe le génie qu'on célèbre , & le
diftingue , le fépare de tous les autres génies.
On voit que M. de Villette , pour
peindre l'Adminiftration de Henri IV , l'a
étudié ; il ne donne fouvent qu'un trait ,
qu'un coup de pinceau à l'objet le plus vafte ;
mais ce trait et toujours le plus vrai ,
peut être le feul qni fûr indifpenfable .
Voyez , par exemple , ce qu'il dit des réformes
faites par Henri IV dans l'empire de
Ja Juftice.
" La Magiftrature n'échappe pas aux foins
du Prince , il porte la lumière dans le
» dédale de la Jurifprudence. Il auroit voulu
bannir ces lenteurs étudiées qui font gémir
les bons & ne fervent qu'aux méchans ;
» il auroit voulu détruire ces vils moyens ,
» ces formes de la chicane par lesquelles
» on dépouille , & celui que l'on condamne
» & celui que l'on abfout ; arrêter la licence
» de ces Orateurs effiénés , qui , trop fouvent
les organes de la calomnie, déshonorent
une belle profeffion , & s'efforcent
de flétrir au Tribunal de la Société , ceux
DE FRANCE.
J
qu'ils ne peuvent rendre criminels au Tri-
» bunal de la Juſtice. »
53
On auroit pu dire autre chofe , & peutêtre
de belles chofes encore ; mais aucune
n'eût été plus vraie , ni fur tout aufli importante
; & cette elpèce de concilion a le droit
de fupprimer les beautés même.
99
" Tous les Ordres de l'Etat font tranquilles
; la concorde les unit ; l'ambition
» fe cache ou fe foumet ; la France eft heus
reufe...... O crime ! ô coup affreux ! pleu
" rez , François ..... votre bon Roi n'eft
» plus. "
Que ce cri jeté au milieu d'un tableau de
profpérité, & de bonheur eft d'un grand effet !
& que f on le trouvoit dans une Oraifon de
2 Mafcaron , de Fléchier ou de Boffuet on
le trouveroit éloquent !
Cette manière , ces grands effers ne font
pas ce qui domine dans les deux Difcours
de M. le Marquis de Villette . On ne rencontre
ici aucune de ces formes impofantes du
ftyle des Panégyriques & de l'Éloge ; aucune
de ces périodes où fe trouvent les grandes
difficultés de l'art d'écrire , & les grands
effers , je ne dis pas de l'éloquence , mais du
talen oratoire ; mais très fouvent des traits
brillans d'imagination , avec un ron qui n'eft
ni élevé ni impofant , & des idées , des fentimens
oratoires dans des phrafes qui ne le
fons pas. Cette manière n'eft pas celle des
anciens ; parmi les modernes , elle n'eft celle
·
16. MERCURE
ni de Boffuet , ni de Maflillon , ni de M. de
Buffon , ni de Rouffeau de Genève , ni de
M. Thomas ; mais elle eft plus conforme
peut- être au caractère de notre langue , elle
peut plaire davantage à cette portion des
gens du monde qui donnent le ton de leur
converfation pour le modèle de tous les
genres de ftyle ; & ce qui fans doute aura
décidé M. de Villette , c'eft la manière de
Voltaire dans l'Hiftoire ; & Voltaire n'en a
pas pris une autre dans les deux Panégyriques
qu'il a écrits.
M. de Villette nous apprend , dans une de
fes Lettres , que Voltaire eût voulu que les
Eloges fuffent des differtations dans le goût
de Plutarque , où l'on pourroit tout dire à
charge & à décharge.
Un de ces hommes du monde qui cultivent
en filence un goût & des talens qui honoreroient
les Lettres , nous écrivoit , il y a
quelque temps , fur cet objet ; il nous demandoit
fi des jugemens ne vaudroient pas
mieux que des éloges . On voit que fon opinion
étoit précifement celle de Voltaire.
J'ajouterai encore que c'eft celle de tous les
hommes dont le goût eft un peu délicat , & dont
la confcience ne peut pas fupporter le mêlange
du menfonge & de la vérité . Les éloges
publics ne doivent être décernés fans doute
qu'à de grands Hommes ; mais les grands
Hommes ne font pas des hommes parfaits :
& où font ils les hommes parfaits ? Je n'en
DE FRANCE. 17
connois qu'un , c'eft Grandiffon ; & celui - là
n'exifte que dans un Roman. Pour bien loser,
il faut juger ; & dès lors l'éloge devient
un jugement. Mais il ne s'enfuit pas
qu'un jugement de ce genre doive être prononcé
du ton dont on écrit une differtation.
C'eft précisément alors qu'il parle à charge
& à décharge , que les fonctions de l'Orateur
deviennent plus impofantes & plus auguftes
, & que fon langage peur monter naturellement
au ton le plus élevé , au ftyle le
plus hardi & le plus figuré de l'éloquence . Il
parle au nom des fiècles & pour les fiècles ;
il dégraderoit fon rôle , il ſe montreroit dénué
de toute imagination , de toute fenfibilité
s'il confentoit à n'être qu'un froid &
tranquille differtateur. Au refte , tous ceux
qui , parmi nous , ont obtenu des fuccès un
peu éclatans en ce genre , ont confacré cas
principes par leurs exemples . Il s'en faut
bien que M. de Chamfort & M. de la Harpe
ayent tout loué dans La Fontaine ; & cepen-
-dant qu'il devoit être difficile d'appercevoir
-des défauts parmi tant de beautés , & des
beautés fi aimables ! qu'il devoit en coûter
pour faire un reproche au bon La Fontaine !
Quand M.Thomas a prononcé l'Éloge de Def
cartes , il n'a fait grâce à aucune des erreurs
de ce grand Homme , & cependant il en a
relevé la gloire , qui ſembloit éclipſée par
les fublimes découvertes de Newton.
Une grande partie des OEuvres de M. de
18 . MERCURE
1
Villette eft compofée de fa correfpondance
avec Voltaire. Tout eft plein de Voltaire
dans ce petit volume ; il y fait tout ou il y
infpire tout. M. de Villette voyoit tout en
Voltaire ; il parloit à Voltaire & Voltaire lui
répondoit. Cela reffemble à Mallebranche
en beaucoup de chofes ; mais cela diffère de
Mallebranche en plus de chofes encore.
Le genre des Lettres peut paroître petits
mais dans le plus petit genre , c'eft un grand
mérite de paroître fans. danger à côté de
Voltaire après avoir lû une lettre de Voltaire
, on lit avec le même plaifir une réponſe
de M. de Villette ; & la lettre & la
réponſe font écrites du même goût, du même
ton ; on ne découvre point d'imitation , &
on apperçoit de la reffemblance ; quelquefois
on feroit tenté de foupçonner que c'eft
une correfpondance fimulée , dans laquelle
l'Auteur n'a pas lu varier toujours fon Ayle
avec les perfonnages .
Le fonds de ces lettres n'eft prefque rien ,
& ces lettres font charmantes. Quand viendrez-
vous à Ferney..... Je ferai bientôt à Ferney......
Voilà le fonds de cette.correfpondance.
Les acceffoires ne font pas beaucoup
plus importans ; mais foit qu'il foit queſtion
d'une promenade , d'une lectures, d'une proceffion
du Jeudi Saint , d'une falle à repaffer
le linge , dont on a fait un théâtre ; foit qu'il
foit queftion de Mlle Clairon , qui ira ou
qui n'ira point à Ferney ; de M. de la Harpe ,
DE FRANCE. ·19
qui fera , ou qui ne fera point à Ferney de
petits Warvics ; la raifon & la philofophie
fe gliffent par- tout dans les idées , la grâce
fuit par tout l'expreflion .
Voltaire aimoit véritablement l'efprit de
M. de Villette ; il l'avoit formé , & le coeur
aifément s'attache à fon Ouvrage.
Il le loue beaucoup ; mais les louanges ont
moins l'air d'une flatterie que des careffes
d'un père :
Vous favez penfer comme écrire
Les grâces avec la raifon
Vous ont confié leur empire 3
L'infâme fuperſtition
Sous vos traits délicats expire.
Ainfi , Immortel Apollon
Charme l'Olympe de fa lyre s
Tandis que les flèches qu'il tire
Ecrâfent le ferpent Python,
Il eft Dieu quand par fon courage
Ce monftre affreux eft terraffé;
Il l'eft quand fon brillant viſage
Rallu ne le jour éclipſé ;
18
Il lui paffe les erreurs & les folies même
de fa jeuneffe .
Les erreurs & les paffions
De vos beaux ans font l'apanage ;
20 MERCURE
Sous cet amas d'illufions
Vous renfermez l'âme d'un fage.
Quelquefois il lui montre la raifon , mais de
loin , & fous les traits du bonheur ou de la
gloire ; d'autres fois enfin il ne montre plus
la tendreffe d'un père que dans la ſévérité de
fés reproches.
و د
99
"
" Vous vous plaignez de quelques tours
» qu'on vous a joués ; j'aimerois mieux qu'on
» vons eût volé deux cent mille francs , que
» de vous voir déchirer par les harpies de
» la fociété qui rempliffent le monde. Il faut
abfolument que vous fachiez que cela a
» été pouffé à un excès qui m'a fait une
peine cruelle . On a dit : voilà comment
» font faits tous les petits Philofophes de
» nos jours. On clabaude à la Cour , à la
» Ville. Vous êtes fait pour mener une vie
» très heureufe , & vous vous obſtinez à
gâter tout ce que la nature & la fortune
» ont fait en votre faveur..... Je vous dirai
» encore qu'il ne tient qu'à vous de faire
و د
33
33
tout oublier. Je vous demande en grâce
» que vous foyez heureux ; je ne veux pas
» qu'un beau diamant foit mal monté. Par-
» donnez ma franchife ; c'eft mon coeur qui
vous parle , il ne vous déguiſe nf fon
» affliction , ni fes fentimens pour vous ,
33 ſes craintes. "
ni
Il falloit fans doute du courage à Voltaire
pour écrire cette lettre ; mais un courage
DE FRANCE. 21
bien plus extraordinaire , c'eſt celui de M. de
Villette , qui imprime ou qui laiffe imprimer
cette lettre dans fes OEuvres , & qui n'y fait
aucune réponſe. J'en vois une cependant
dans ce volume ; mais c'eft M. Delille de
Salle qui l'a faite.
C'eft donc toi , généreux Villette ,
Qui , par la main la plus difcrette ,
Fis couler l'or dans ma prifon ,
Long- temps de ce trait magnanime
Je ſoupçonnai l'âme ſublime
D'un Ariftide ou d'un Platon ;
Dans ma recherché téméraire ,
Aa fein même du ministère ,
J'ofai remercier Caton.
Ma vertu te faifoit injure ,
Ce fut l'élève de Ninon
Qui mit le baume à ma bleffure ;
J'ai vû la vertu la plus pure
Non au portique de Zénon ,
Mais dans le boudoir d'Épicure ,
On avoit le droit d'imprimer ces vers quand
on avoit eu le courage d'imprimer la profe
de la lettre que nous avons citée.
M. de Villette loue toujours Voltaire ;
mais ce n'eft pas toujours de la même mamière
& du même ton . Il fait répandre dans
22 MERCURE
les formes de la louange , cette variété que
Voltaire poffédoit fi bien en écrivant aux
Rois , aux beaux Efprits , aux Belles.
33
" En vous voyant hier , Monfieur , avec
le bâton & le capot de Paoli , je me fuis
rappelé ces premiers vers de l'Aminthe :
Chi crederia chefotto humaneforme
Et fotto queste paftorali Spoglie
Foffe nafcotto un dio.
» I eft vrai que mon attachement pour
» votre perfonne tient un peu du culte ; fi
l'on peut m'accufer d'idolâtrie , ce ne fera
» pas au moins de politheifme.
"
10
Il y a bien de la grâce dans ces tournures;
il en falloit beaucoup pour dire à un
homme qu'il eft un Dieu & qu'on l'adore.
Au milieu de cette correfpondance en
vers charmans , en profe aimable , il y a un
incident, c'eſt un mariage ; c'eſt le mariage de
M. de Villette avec Mlle de Varicourt , que
Voltaire avoit nommé belle & bonne en
l'adoptant, & qu'on a trouvée li bien nommée
quand on l'a connue à Paris , que ce nom de
belle & bonne accompagne toujours celui
de Mme de Villette. M. de Villette adreffe
beaucoup de vers à fa femme , & il parle
beaucoup d'elle dans les vers qu'il adreffe
aux autres. Il eft remarquable que ce foit M.
de Villette qui ait donné cet exemple , qui
étoit peut être fans exemple dans les Poëtest
DE FRANCE. 23-
Délie n'étoit pas la femme de Tibulle ; &
Horace n'avoit pas époufé Glicère .
Le refte des Euvres de M. le Marquis de
Villette eft compofé de Lettres à les amis ,
de Contes , d'Épîtres , de ces Pièces que les
circonftances font naître , mais qui ne paffent
pas toujours avec elles , qu'on appelle
fugitives , mais qui fe gravent dans la mémoire
des Lecteurs lorfqu'elles flattent leur
goût. On a dit de Pline le jeune qu'il écrivoit
fes billets fous les yeux de la postérité , &
cela eft vrai ; & ce qu'il y a d'étonnant ,
c'eft que malgré cela , la poſtérité lit avec
plaifir les billets de Pline le jeune . Parmi les
billets de M. le Marqnis de Villette , il
a qui auront fans doute le même fuccès fans
avoir montré la même prétention.
y en
Dans une lettre écrite de Ferney , M. de
Villette parle contre les plaifirs de la chaffe,
« Je conçois bien qu'on faffe la guerre aux
» bêtes qui la font à tout le monde ; mais je
» n'ai jamais pu me figurer quel féroce plai-
"
99
fir on trouve à déchirer , à mettre en
» pièces de pauvres petits êtres qui ne femblent
jetés par la Nature ,
la Nature , au milieu de
nos champs , que pour les animer & les
» embellir : & c'est pourtant là les récréa-
» tions qu'on vous propofe tous les jours.
99
"
Tandis que les trompes bruyantes
Font , au loin , retentir les bois ,
24
MERCURE
Et que les meutes aboyantes
Pourfuivent un cerf aux abois :
Humble & timide volatille ,
Cette perdrix aux pieds pourprés ,
Si fugitive & fi gentille ,
Sifflant fes petits égarés
Parmi le chaume qui fourmille ,
Devant leurs pas accélérés
De fillon en fillon fautille ;
Heureufe s'ils font ignorés !
Mais le falpêtre éclate & brille ,
Elle voit les champs colorés
Du fang de fa triſte famille.
On voit que ces vers ont été jetés avec
négligence dans une lettre ; mais on voit auffi
qu'ils ont affez de grâce & d'intérêt pour
mériter d'être recueillis.
L'habitude , Conte.
JADIS vivoit à Carcaffonne
Un gros Richard nommé Lucas ;
Ami de l'efpèce qui fonne ,
Il faifoit la banque aux ducats.
Un jour la femme , affez jolie ,
Lui mit au monde un beau
Dans l'Églife en cérémonie
On afperge le nourriſſon ;
Puis fur le livre de la vie ,
garçon.
Ой
DE FRANCE,
25
Ou tous les noms ſont confignés,
Le Pafteur , dans la Sacriftie ,
Dit à Lucas : Monfieur , fignez.
Et Lucas , felon ſa manie ,
Toujours l'efprit à fon métier,
Très-nettement fur le papier
Signa , Lucas & Compagnie.
Le trait piquant eft à la fin ; mais le ftyle
& l'agrément du Conte eft dans chaque vers
On reconnoît fur- tout le goûr que M. de
Villette doit au commerce de Voltaire dans
cette aptitude à prendre facilement le ton dechaque
genre. Il feroit difficile que le Conte
du Banquier de Carcaffonne ne rappelât
point ces tournures , ces formes de vers que
Marot le premier peut - être a données au
Conte Épigrammatique que Racine poffédoit
fi bien , & auxquelles Rouffeau ajouta
tant d'énergie.
ر
A M. de Voltaire , qui avoit envoyé une
montre à répétition à quantième , à
fecondes , & garnie de fon Portrait , à
M. de Villette.
Je la reçois cette machine ,
Où dans trois orbes différens
Une triple aiguille chemine,
Et dans fa courſe détermine
Les jours , les heures , les inftans
Qui s'échappent à la fourdine.
Janvier 1785 . No. 1 ,
26
MERCURE
Jadis chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paffé pour divine ,
Le luxe a créé les talens ;
Et le plus beau des inftrumens
Qui foient de Paris à la Chine ,
Me coûte moins de fix cent fracs.
Mais , hélas ! lorfque j'examine
Le numéro de ſes cadrans ,
J'en reçois la leçon chagrine
De la perte de mon printemps ,
Et je prévois les foins cuifans.
Que la vieilleffe nous deftine,
Vains jouets des amuſemens
Quand le néant nous avoifine !
Les jeux , les plaifirs féduifans
D'une main légère & badine
Viennent nous bercer en tout temps ,
Et nous tiennent fur leur courtine
Endormis fous l'aîle du Temps ,
Tandis que fa faulx affaffine ,
Cueille la fleur de nos beaux ans
Et ne nous laiffe que l'épine.
Il nous feroit facile de louer beaucoup
ces vers fans trop les louer ; les fix premiers
fur tout rendent bien heureuſement des chofes
très difficiles à rendre ; mais que feroient
nos éloges auprès des éloges de Voltaire ? Il
faut entendre Voltaire parlant des rimes en
ine de M. le Marquis de Villette,
DE FRANCE. 27
Mon Dieu ! que vos rimes en ine
M'ont fait paffer de doux momens !
J'y reconnois les agrémens
Et la légèreté badine
De tous ces Contes amufans
Qui faifoient le doux paffe-temps
De ma nièce & de ma voifine.
Je fuis forcier ; car je devine
Ce que feront les jeunes gens ;
Et je prévis bien dès ce temps-
Que votre Mufe libertine
Seroit Philofophe à trente ans.
Alcibiade , en fon printemps ,
Étoit Socrate à la fourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers fenfés & très plaifans ,
Plus j'y trouve un fond de doctrine
Tout propre à Meffieurs les Savansz
Non pas à Meffieurs les pédans ,
De qui la fcience chagrine
Eft l'éteignoir des fentimens.
Adieu : réuniffez long- temps .
La gaîté , la grâce fi fine
De vos folâtres enjoûmens ,
Avec ces grands traits de bon fens
Dont la clarté nous illumine .
Il n'y a rien au deffus de ces éloges que
la gloire de les mériter de plus en plus . Vous
}
Bij
28
MERCURE
ferez défabufé de tout , écrivoit Voltaire à
M. le Marquis de Villette ; vous ferez des
nôtres. Pourquoi le défabufer de tout ? Il ne
faut fe défabufer de rien , ni des plaifirs dans
la jeuneffe , ni de la raifon & de la gloire
dans l'âge mûr , ni du repos & de la bonté
dans la vieilleffe. Tout a fa réalité & fon
charme dans la nature bien ordonnée . Il ne
faut le défabufer que de ce qui eft mal , &
ce qui eft mal ne fait jamais que du mal. Ce
qu'on a tant appelé les illufions de la jeuneffe,
eft la feule manière de voir & de fentir
qui foit vraie à cet âge. Ces impreffions fi
douces & fi réelles ne deviennent des illufions
dangereufes que dans les âges fuivans
où la nature ne vous les donne plus , & où
on veut les conferver encore. Alors il faut
les perdre , mais de bonne grâce ; les regrets
qu'on leur donne encore peuvent être aimables
, & ces regrets même font une dernière
jouiffance . Mais il y a de l'orgueil à
dire qu'on en eft défabufé , & l'orgueil n'eft
ni aimable pour les autres , ni doux pour
foi- même.
Qui n'a point l'efprit de fon âge ,
De fon âge a tout le malheur.
Ces deux vers charmans font de Voltaire ,
& c'eft prefqu'un code de morale. Heureux
ceux qui , en cultivant de bonne heure les
Arts qui peignent & embelliffent les paffions
de la jeuneffe , ont fermé & perfectionné
dans les plaifirs même du premier âge , la
DE FRANCE. 29
raiſon & les talens qui font la gloire de l'âge
mûr & la confolation de la vieilleffe !
(Cet Article eft de M. Garat. )
ESS AI fur l'Hiftoire Générale des Tribunaux
de toutes les Nations , tant anciennes
que modernes , & c.; par M. Defelfarts ,
Avocat , Membre de plufieurs Académies
, neuvième, & dernier Volume. Prix ,
36 liv. les neuf Volumes francs de port
dans toute l'étendue du Royaume . A
Paris, chez l'Auteur , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Durand
neveu , Nyon l'aîné , Laporte , Savoye
& la Veuve Duchefne , Libraires.
Ce n'eft point ici un de ces Ouvrages
de Jurifprudence deftinés feulement aux
perfonnes qui font attachées au Barreau ;
c'eft une Hiftoire intéreffante de la Légiflation
de tous les Peuples ; elle offre un tableau
de tous les ufages adoptés par toutes les Nations
dans l'adminiftration de la Juftice . Ce
qui rend la lecture de cet Ouvrage plus attachante
, c'eft le choix des procès fameux
que M. Defeffarts y a inférés. La variété
infinie des fujets qu'on y trouve pique la
curiofité & délaffe l'efprit fans diminuer
l'intérêt . Après avoir médité les différentes
Loix d'un Peuple , on aime à voir de quelle
manière on les exécute . M. Defeffarts ne
pouvoit mieux remplir fon but qu'en offrant
Bij
MERCURE
afes Lecteurs, des exemples tirés des procès
les plus fameux qui ont été jugés par les Tribunaux
de chaque Nation.
Le dernier Volume qu'il vient de faire
paroître renferme entr'autres procès ceux de
la Maréchale d'Ancre , de Cartouche , de
Jean Châtel , du Comte d'Entragues , de
de Fargues , des affaffins de la Marquife de
Gange , de plufieurs innocens condamnés ou
expofés à l'être fur des indices trompeurs ,
d'un impofteur condamné en Saxe , d'un
Colonel jugé en Suède , de Mandrin , de Ravaillac
, &c . Quoique plufieurs de ces procès
foient déjà connus , ils ont le mérite de
la nouveauté dans l'Ouvrage de M. Defelfarts
par les détails curieux qu'il y a inférés ,
& qui avoient été omis par ceux qui en
avoient parlé auparavant.
On lira fur-tout avec beaucoup d'intérêt.
des réflexions que M. Defeffarts a faites
contre l'abfurde préjugé qui note d'infamie
les parens des perfonnes fuppliciées . Il a
démontré que ce préjugé eft également nuifible
à l'État & au bonheur des Citoyens ;
& pour faire une impreflion plus vive , il a
cité des exemples qui font bien capables de
faire profcrire ce préjugé , fi la raiſon &
l'évidence peuvent l'emporter fur les opinions
que l'habitude a confacrées. M. Defeffarts
a terminé le Volume qu'il vient de publier
, par des obfervations fages fur plufieurs
points de notre Jurifprudence Crimi
nelle , il a prouvé dans cet article que la ri
DE FRANCE. 3r
gucur des Lois produit fouvent l'impunité;
que cette impunité dangereuſe multiplie &
enhardit les coupables ; & que pour prévenir
les funeftes effets de ces abus , il feroit à
defirer qu'on admît la même gradation , dans
les peines , que plufieurs Nations de l'Europe
ont adoptée dans leur Code Criminel.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
LE Mercredi is de ce mois , on a joué ,
pour la première fois , l'Avare cru bienfaifant,
Comédie en cinq Actes & en vers ,
par M......
Le titre de cet Ouvrage étoit fait pour
exciter la curiofité. Molière , dans un de
fes Drames immortels , nous a peint l'ava
rice fans mafque , fous les livrées de l'économie
la plus fordide , avec tous les vices
acceffoires qu'entraîne l'amour matériel de
l'or; enfin , il l'a offerte dans toute fa laideur
, & , pour ainfi dire , toute nue. Ce
tableau très moral qui , par la manière dont
il eft exécuté , annonce tout enſemble un
grand Peintre & un Philofophe profond ;
ce chef d'oeuvre d'un grand Maître , quelque
fublime qu'il foit , n'a pu corriger
l'Avare ( car quelle force humaine eft capa-
Biv
32 MERCURE
ble d'anéantir dans nos coeurs les paffions
avec lesquelles nous fommes nés ? ). Mais il
l'a forcé au moins à diffimuler une partie de
fa difformité, & même à fe revêtir de couleurs
faites pour en impoſer à la multitude.
Ainfi déguifée , l'avarice eft moins hideuſe
fans doute , mais les inconvéniens qu'elle .
entraîne deviennent plus dangereux & plus
multipliés. C'étoit donc une idée très heureufe
& vraiment digne de la reconnoiffance
publique, que celle de repréfenter Harpagon
environné d'un certain fafte , affec- .
tant la bienfaifance par calcul ou par hypocrifie
, & devenu plus barbare encore fous
le coftume de l'opulence qu'il ne l'étoit fous
celui de la misère. Il nous femble que c'eft
à peu près ainfi que les Amateurs du Théâtre
avoient envisagé d'avance le portrait de
Avare cru bienfaifant. Voyons comment .
M..... a conçu ce caractère , comment il l'a
mis en action , comment en un mot il a rempli
la râche hardie & difficile qu'il n'a pas craint
d'entreprendre .
Craffifort eft riche , mais il a peur de le
paroître ; il cache au contraire fa fortune à
tout le monde avec le plus grand foin ,
afin de fatisfaire plus sûrement fon infâmet
avarice . Son Notaire , chargé par lui de lui
chercher l'emploi d'une fomme de cent
mille écus , lui propofe l'acquifition d'une
charge honorable , & dont le revenu eft
immenfe . Il la refuſe , & déclare qu'il préfère
un placement qui ne l'expofe pas à paDE
FRANCE
3:37
roître opulent , un placement en un mot qui
foit aufli fecret que folide. Il a un fils que
l'on nomme Flavicourt , à qui il a fait embrafler
l'etat Militaire , en lui rendant compte
du bien de fa mère , dans l'unique intention
d'éviter de contribuer aux frais de fon établiffement.
Ce Flavicourt a connu dans la
Province Mme de Saint Fore & (a fille . Il a
été reçu chez elles avec une diſtinction &
des égards qui lui ont infpise la plus vive reconnoiffance
pour la mère , & un fentimient
plus tendre pour Hortente ( c'eft le nom de
Mlle de Saint- Fore. ) Appelees toutes deux
dans la Capitale à caufe d'un procès dont
dépend leur bonheur , les deux femmes font
logées chez Craffifort. Elles croient tenir
leur logement de la générosité ; mais elles
ignorent que Flavicourt paye en fecret leur
penſion à fon père. Mme de Saint Fore cher
che à emprunter de l'argent fur un contrat ;
cet argent eft abfolument néceffaite à la
pourfuite de fon procès . Elle croit Craffifort
bienfaifant , & lui avoue fon befoin avec confiance.
Il lui répond par un refus, fous le prétexte
qu'il n'a pas de fonds ; mais il lui promet
d'en chercher. Un Préfident avec les
quel il eft lié vient le voir , & après lui avoir
parlé chevaux , vapeurs , &c. il lui confie
qu'il cherche à fe marier. Craffifort fait que
fon fils aime Hortenfe , que Mme de Saint-
Fore a confenti à lui donner fa fille à condition
qu'il acheteroit une charge honnête &
lucrative ; qu'elle lui a donné trois mois
By
1
1
34
MERCURE
7
pour tout délai , & que le terme accordé va
expirer. En conféquence , il conçoit tout- àcoup
le double projet d'arracher Hortenfe
à fon fils en la donnant au Préfident , &
d'emprunter vingt mille livres à celui ci.
Par ce moyen , il aura , fans bourſe délier
, l'air d'obliger Mme de Saint- Fore ,
& même il retiendra à fon profit un
efcompte de dix pour cent d'avance . Le
Préfident accepte les foins de Craffifort
auprès d'Hortenfe & de la mère , & lui
remet en vingt billets de caiffe une fomme
de vingt mille livres , dont l'infâme ufurier
ne remet que dix huit à Mme de Saint-
Fore, qui en eft auffi furpriſe qu'affligée ,
quoiqu'elle ignore l'agioteur de cette horrible
ufure. Dès ce moment Craffifort met à
nuire à fon fils le même empreffement & la
même chaleur qu'un père tendre employe
d'ordinaire à fervir les enfans ; de forte que
Mme de Saint- Fore , convaincue que Flavicourt
ne pourra jamais réuffir à rem
plir les conventions fous lefquelles elle lui
a promis fa fille , ordonne à Hortenfe de
fe difpofer à époufer le Préfident. Quelques
incidens retardent néanmoins l'accompliffement
des projets de Craffifort & d'antres
les anéantiffent . Un domeftique de
Flavicourt, chargé tout- à - la- fois de remettre
à Hortenfe un billet , & de payer à Craffifort
un quartier de la penfion de Mme de
Saint Fore , en en tirant quittance , confond
ces deux papiers , tous deux d'égale gran-
1
DE FRANCE
35
deur , tous deux fans adreffe , & tous deux
fcelles du même cachet. Un quiproquo met la
quittance fous les yeux de Mlie de St Fore, &
devoile le mystère de la pention. On le cache
quelque temps à la mère ; mais à la fin elle
le decouvre , & s'en indigne . D'un autre
côté , le même valet ramaffe une lettre
adreffée à Craffifort , par laquelle le Notaire
apprend à celui ci qu'il a trouvé un emploi ,
tel qu'il lui convient , pour les cent mille
éçus qu'il a à lui entre fes mains , & le remet
à fon Maître. Flavicourt en eft enchanté
; il a entendu parler de la charge propofée
le matin à ſon père ; il s'eft preſenté ,
s'eft informé du prix , a demandé & obtenu
le temps de chercher des fonds ; enfin , il
efpère qu il pourra venir à bout de toucher
le coeur de fon père , & d'obtenir de lui le
prêt des cent mille écus: Il ne néglige rien
pour y parvenir. Après tous les lieux communs
que mettent toujours en ufage les
gens de mauvaife volonté , Craffifort refufe
net ; mais comme Fiavicourt , dans le premier
accès de fa douleur, lui reproche fa barbarie
, & le menace d'affembler fes parens ,
de leur faire part de ce qui fe paffe , & d'implorer
leur appui , l'Avare diffumule , engage
fon fils à fe modérer , & lui promet de
terminer promptement cette affaire s'il confent
à s'en charger feul . Flavicourt y donne les
mains , & fe retire plein de reconnoiffance. Il
ne refte pas long tems dans cette douce pofition
, car il découvre bientôt l'odieufe fourbe
4
B vj
3:6. MERCURE
+
rie de fon père , & tombe dans le défefpoir .
C'eft dans cet état qu'il eft apperçu par le
Notaire de Craffifort. Cet homme refpectable
apprend avec autant d'indignation que
de furprife que Craffifort eft père de Flavicourt
, & le propofe de punir l'avarice de
l'un en feivant lautre ; mais il ne fait point.
part de fon deffein au jeune homine . Il propole
au père de lui prêter les cent_mille
écus dont il eft dépofitaire , en le laiffant le
maître du temps & des intérêts. Craffifort
accepte. Cependant le Prefident a découvert
l'ufage que l'Avare a fair des billets de caiffe.
qu'il lui a confiés , & n'en preffe pas moins.
vivement Mme de Saint- Fore de lui accorder
la main d'Hortenfe. La jeune perſonne
a cédé aux confeils de fa mère , elle va faire
le fatal facrifice ; elle va prononcer le mot
qui doit fixer à jamais fon fort. Flavicourt,
entre en s'écriant : Arrêtez. Il tient entre fes
mains le contrat qui le rend propriétaire de
la charge qu'il a tant defirée. Craffifort révoque
le fait en doute, & demande quel homme
affez imprudent a pu lui prêter la fomme
néceffaire pour l'acquifition . Moi , dit le Notaire
en fe préfentant. Cet événement éclaire
le Préfident fur tout ce qui s'eft paffé , lui
prouve qu'il étoit , fans le favoir , le complice
de l'odieufe conduite de Craffifort ; qu'il alloit
, fans le vouloir , tyrannifer un coeur, &
jeter le défeſpoir dans un autre. Il reproche
aigrement à Craffifort fa cruauté & fon
avarice. L'Avare fe retire avec la rage dans le
DE FRANCE. 37
coeur , & le Préſident généreux , quoique
fat , fe propofe de devenir le rival du No-.
taire , en employant une partie de fa fortune
à affurer d'une manière inébranlable le
bonheur de Flavicourt & d Hortenfe .
Il n'eft pas aife de deviner pourquoi
P'Avare Craffifort a acquis la réputation
d'un homme bienfaifant . Rien dans fa conduite
n'annonce qu'il foir fait pour mériter
un tel renom , mênie momentanément .
Mme de Saint Fore & fa fille peuvent , il eft
vrai , le foupçonner de reconnoiffance pour
le logement qu'elles croient tenir de lui , &
non pas de generofite ; car il n'y a ni générofité
ni bienfaifance à un père de recevoir
& loger chez lui des femmes avec lefquelles
les bons traitemens qu'elles ont faits à fen:
fils , lui ont fait tacitement contracter
quelques obligations ; mais le feul prêt
de vingt mille livres & le prix auquel
Madame de Saint Fore l'obtient , fuffiroient
pour donner à celle - ci des foupçons trèsviolens
. Un homme qui fe charge d'obliger
quelqu'un , & qui n'a pour y parvenir d'au.
tre moyen que celui d'un efcompte odieufement
ufurare , eft , à coup sûr , un homme
fans delicateffe , & le défaut de délicateffe
exclud néceffairement l'idée de bienfaifance.
admet bien celle de la prodigalité on de
la diffipation , & comne Craffifort n'a l'apparence
de l'une ni de l'autre , fa manière de
rendre fervice doit naturellement devenir
très- fufpecie . Ajoutons à cela qu'il n'y a
38
MERCURE
peut être pas de conduite plus imprudente
que celle de Craffifort. Il veut cacher fon
avarice, & tâche de paffer pour bienfaisant.Il
Le pare auprès de Mme de Saint - Fore d'une
génerolite qu'elle ne doit qu'à Flavicourt ,
& il eft affez indifcret pour donner à fon
fils quittance des quartiers de penfion que
celui ci lui paye tant pour Mme de St Fore ,
que pour la fille & pour fa femme de chambre.
Comment ne fonge- t-il pas , fur tout
d'après le projet qu'il a conçu de deffervir
fon fils auprès d'Hortenfe , que tôt ou tard
tout le découvrira , que le défefpoir du
jeune homme pourra lui faire oublier ce
qu'un fils doit à fon père , enfin que les quittances
qu'il donne pourront devenir des
titres capables de le couvrir de confufion ,
& de lui faire perdre cette réputation , de
bienfaifance dont il devroit être jaloux ? Si
avant cette circonftance de la vie de Craffifort,
cer Avare s'eft toujours comporté auffi
légèrement , nous le demandons , comment
a ton pu le croire bienfaifant ? Nous
croyons que pour faire de ce caractère un tableau
intereffant, comique & moral , il falloit
donner à Craffifort des apparences faites
pour féduire , une marche adroite , une conduite
finement calculée , devenue à force
d'art prefque impénérable , & inventer des
refforts affez bien établis pour démafquer un
perfide d'autant plus dangereux , qu'il ſe -ſeroir
entouré de plus de moyens de tromper
l'opinion publique. Nous dirons peu de
DE FRANCE.
39
chofe de l'intrigue. Un billet donné pour
un autre , & une lettre égarée , voilà les
deux pivots fur lefquels eft pofee la bate de
l'action. Ces reffources font certainement
trop petites & trop utees pour que la critique
s'y attache long temps ; elles font trop
blamables pour meriter d'être encore blâmées.
On pourroit favoir gré à l'Auteur
d'avoir place l'Avare en face de fon fils dans
une fituation où celui ci égaré , au defefpoir,
parle à fon père avec un ton que la foumif
fion filiale devroit toujours exclure , d'avoir
préfenté l'autorité paternelle compromife &
même dégradee dans la perfonne d'un Avare,
fi cette intention dramatique lui appartenoit ;
mais elle appartient à Molière, & la manière
dont M..... l'a mife en oeuvre , n'eft ni affez
comique ni aflez intereffante pour qu'on le
loue de cette imitation. On a dit avec raiſon´
qu'en Litterature , quand on voloit , il falloit
affaffiner; & quel Écrivain pourra jamais
en le volant , affaffiner Molière ?
>
Ces obfervations , que nous pourrions
étendre , ne doivent pas nous empêcher
d'avouer que l'Avare cru bienfaiſant annonce
du talent , & que ce qui s'y fait diftinguer
, laiffe à préfumer que fi l'Auteur
avoit moins entrepris , s'il avoit traité un
fujet plus à la portée , il auroit pu débuter
d'une façon brillante dans la carrière du
Théâtre. Le caractère d'Hortenfe eft intereffant
, celui de Mme de Saint- Fore a de la
nobleffe . Le Préfident , fous une fatuité
40 MERCURE
peut- être un peu triviale , & qui eft tout fim ,
plement le fruit de l'exemple & des habitudes
du jour , cache une âme généreufe & un bon
efprit : enfin , le Notaire offre un de ces caractères
réellement refpectables , un caractère
tel qu'il feroit à defirer qu'on en trouvât
beaucoup chez les perfonnes qui rempliffent
aujourd'hui les fonctions de cet
eat , où la probité eft fi néceffaire & la
confiance fi malheureufement dangereufe . Le
ftyle eft fouvent foible & négligé ; mais il
eft quelquefois ferme & pur. De tous les
confeils qu'on peut donner à l'Auteur , le
plus néceffaire , à notre avis , eft celui de fe
répéter fouvent ce précepte d'Horace :
Sumite materiam veftris qui fcribitis aquam
Viribus.
Il faut pourtant encore l'inviter à bannir de
fes expofitions ces perfonnages prototiques
qui paroiffent une fois pour ne reparoître
plus ; tels que le Valet fans condition qu'il
a introduit dans la première Scène du premier
Acte . Leur ufage annonce toujours
dans l'Auteur qui les emploie de l'embarras
& de l'impuiffance , & ne rappelle guères à
la mémoire d'autre fouvenir que celui deces
prologues mal adroits qui précédoient
toujours les Comédies Grecques & Latines.
DE FRANCE. 41.
ANNONCES ET NOTICES.
FIGURES
IGURES de l'Hiftoire Romaine , accompagnées
d'un Précis Hiftorique au bas de chaque Eftampe.
Première Livrai lon , d'après les deffins de M. de
Myris , Secrétaire d Education de LL. AA. SS. les
Ducs de Valois & de Montpenher.
Ce genre d'Ouvrage peut être utile pour l'étude
de l'Hiftoire ; & cette première Livraiſon eft exécutéc
de manière à établir pour la fuite un préjugé des¸¸
plus avantageux. Le Gravures en font foignées , &.
le texte a les qualités qui conviennent au genre.
Voici le fuiet des douze Eftampes qui compofent ce
premier Cahier: l'origine de Romulus , la Mort de
Rémus , l'Enlèvement des Sabines , le Triomphe de
Romulus , la Trahifon de Tarpeia , la Mort de Ro
mulus , Numa Pompilius , les Veftates , Tullus Hof
tilius , Combat des Horaces , Horace condamné &
abfous , Ancus Martius , & Tarquin l'ancien.`
L'Ouvrage entier fera compofée de trois cent Eftampes
& d'un Frontifice . On délivrera gratis le
Frontispice aux perfonnes qui auront retiré les fix
premières Livraiſons Le prix de chacune feta pour
les Soufcripteurs de 15 liv. , & de 18 liv. pour les
perfonnes qui n'auront pas foufcrit. La Sonfcription
eft ouverte pour Paris jufqu'à la fin de Février ; &
pour la Province jufqu'à la fin de Mai On foufcrit
actuellement à Paris , chez l'Auteur , au Palais Royal ,
paffage de Richelieu , No. 2 , au premier. La majeure
partie de la Famille Royale a honoré cet Ouvrage
de fa Seu cription. Ces Eftampes peuvent
s'adapter aux Éditions de l'Hiftoire Romaine de
Rollin , de l'Abbé de Vertot & autres . Il faut obferver
que l'Ouvrage entier eft imprimé fur papier
vélin.
42 MERCURE
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France , pour l'année 1785 , publié pour la première
fois en 1783 , par M. Poncelin de la Roche- Tilhac ,
Écuyer , Confeiller du Roi à la Table de Marbre.
in- 80 . Prix , 5 liv . broché. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Garancière ; Lamy , Libraire ; Mérigot le jeune ,
Libraire , Royez , tous trois quai des Auguftins , &
Leroy , rue S. Jacques.
Almanach Américain , Asiatique & Africain ,
ou Etat Phyfique , Politique , Eccléfiaftique & Militaire
des Colonies d'Europe , en Afie , en Afrique &
en Amérique , par le même , & aux mêmes Adreffes .
in-12. Prix , 3 liv . broché.
Ces deux Ouvrages ont eu du fuccès d'abord , &
fe perfectionnent d'année en année .
LAMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
cinquième & fixième Cahiers , formant le troifième
Volume de cet ouvrage. La foufcription pour Paris
eft de 13 liv. 4 fols , & de 16 liv. 4 fols pour la
Province port franc par la pofte . On s'adreſſe à M.
Leprince , Directeur , au Bureau de l'Ami des Enfans
, rue de l'Univerfité , nº . 28 .
On trouve à la même Adreſſe l'Ami des Enfans ,
vingt- quatre Volumes . Prix , 26 livres 8 fols port
franc par la pofte . Le même Ouvrage en huit
gros Volumes. Prix , 16 livres 4 fols auffi franc
par la pofte.
-
port
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alexandre Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près du Pont-Neuf.
Ce Calendrier qui , felon fon titre , offre le
tableau des ans écoulés & des années à venir , eft
auffi fimple que commode. L'Auteur , M. Jombert
jeune , en a puifé l'idée dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates , par Dom Clément , & la
DE FRANCE: 43
·
Table Chronologique de deux mille ans qui y correfpond.
Le Calendrier complet eft composé d'un
Livret mince renfermé dans un cadre proprement
doré. Ce Livret contient trente-cinq Calendriers pour
chacune des trente cinq Epoques différentes de
Pâques , & une Table qui préfente une ſérie d'années
depuis l'an jufqu'à l'an 2200 de Jéfus Chrift.
Chaque année de cette férie renvoye par un numéro
à celui des trente- cinq Calendriers qui lui eft propre.
On trouve le même Calendrier dans un cadre
plus petit , qui ne préfente que deux mois à la - fois .
Le prix de chacun de ces Calendriers eft de 9 livres
tout encadré.
ATLAS Ecclefiaftique , Civil, Politique , Militaire
& Commerçant de la France & de l'Europe ,
ou Etrennes portatives , utiles & agréables , pour
l'année 1785, vol. in- 24, de 200 pages. A Paris, chez
Beauvais , maifon de M. Lambert , Imprimeur- Libraire
, rue de la Harpe , & Froullé , Libraire , quai
des Auguftins. Prix , 1 livre 4 fols broché ; avec les
Cartes coloriées , 1 livre 10 fols.
Les augmentations confidérables faites à cet Almanach
, qui a paru avec fuccès l'année dernière , donnent
une idée avantageufe de la fuite ; il remplit
exactement fon titre , & les Cartes dont il eft enrichi
réuniffent l'agrément à l'exactitude.
ETR TRENNES Provinciales , ou Tablettes du
Citoyen pour l'année 1785. Prix , 12 fols brochées. A
Paris , mêmes Adreffes que ci - deffus.
Ces Tablettes contiennent à-peu - près tout ce
qu'un Particulier doit favoir dans le commerce de la
vie , & elles font enrichies de Notes curieufes & intéreffantes
fur toutes les Provinces du Royaume .
ALMANACH Littéraire , ou Etrennes d'Apollon ,
44 MERCUREpar
M. d'Aquin de Château- Lyon. A Paris , cher
tous les Libraires.
2
Etrennes du Parnaffe , choix de Poéfies. Prix
I liv. 10 fols. A Paris , chez le Rédacteur , rue
Mêlée , Nº . 13 ; Belin , Libraire , rue S. Jcques ,
près S Yves ; & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien ..
Nous rendrons compte inc flamment de ces deux
Recueils connus , & qui reparoiffent tous les ans.
EUVRES Complettes de Crébillon , nouvelle Édition
, augmentée & ornée de belies Gravures . 3 vol.
in- 89 . Prix , 18 liv. br. , & 36 liv, le grand papier,
A Paris , chez la Veuve Duchefne , rue S. Jacques ;
Nyon l'aîné , rue du Jardinet ; Bailly , rue S. Honoré;
Colas , piace de Sorboane ; Mérigo: jeune & Onfroy ,
Libraires , quai des Auguftins .
Les frais de cette belle Édition font bien juftifiés
par le mérite de l'Auteur qui en eft l'objet.
Crébillon partage aujourd'hui les honneurs de la
Scène Tragique avec les premiers Poctes de la Nation
. Le luxe typographique accordé à de pareils
hommes deviest alors un hommage légitime . Cette
Édition eft fort bien exécutée , & mérite l'empreffement
du Public. Elle a de plus que les précédentes ,
une Scène de Catilina que l'Auteur avoit retranchée ;,
une Ode fu: fon anniverfaire , & un éloge hiftorique
Cette Vie de Crébillon eft intéreffante à lire , &
ajoute un nouveau prix à cette, Édition nouvelle.
Les Figures des Fables de La Fontaine , gravées
par Simon & Coiny , d'après les deffins du fieur
J. Vivier , Peintre & Élève de M. Cafanova ; le texte
gravé format in 16. pap d'Hollande . Prix , 3 liv. A
Paris , chez les Auteurs , au Bureau du Voyage Pittorefque
de la Grèce , rue Pagevin , No. 16.
Nous avons annoncé avec de juftes éloges la pre-
[
DE FRANCE.
45
mière Livraiſon de cet Ouvrage , qui doit avoir du
fuccès. Outre la commodité du format , qui la rend
moins couteufe que le grand format qui avoit déjà
paru, il eft exécuté , pour la gravure & pour le texte ,
avec un foin & une netteté qui le mettent bien audeffas
de l'Edition de Feflard .
LA Double Récompenfe du Mérite , dédiée à
M. Wille , Graveur du Roi , peint par P. A. Wille
fils , gravée par J. J. Avril . Prix , 12 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Huchete , Nº . 20.
Certe Eftampe , gravée avec autant de vigueur
que d'harmonie , doit être accueillie des Amateurs.
Le Théâtre des Grecs, par le Père Brumoy, nouvelle
Edition , enrichie de très - belles gravures , &
augmentée de la Traduction entière des pièces
grecques dont il n'exifte que des extraits dans toutes
les Editions précédentes , & de comparaiſons , d'obfervations
& de remarques nouvelles , propofé par
foufcription en 10 ou 12 Volumes grand & petit
in- 8 ° . & in- 4°. A Paris , chez Cuffac , Libraire ,
rue du vieux Colombier , vis- à - vis la rue Caffette.
Quoique l'amour du Spectacle foit devenu pref
que univerfel , le goût des bons principes n'en eft
pas plus confervé ; voilà pourquoi il eft peutêtre
plus important que jamais de rappeler le Public
aux grands modèles de l'antiquité. Sous cet afpect
l'Ouvrage que nous annonçons peut étre utile ,
& le nom des perfonnes qui s'en occupent doit prévenir
en faveur de l'exécution ,
M. de Rochefort , de l'Académie des Belles - Lettres
, s'eft chargé de corriger les faures qui le font
gliffées dans l'eftimable production du Père Brumoy ;
il fuppléera aux obfervations dont les autres Editions
font accompagnées par des obſervations nouvelles
, & il joindra aux trois Difcours du Père Bru46
MERCURE
moy un Difcours fur l'objet & l'art de la Tragédie
chez les Grecs.
A la fuite des Extraits d'Efchyle par le Père Brumoy
, M. du Theil donnera la Traduction entière
de ce grand Tragique.
M. Dupuy a traduit en entier Sophocle , & M.
de Rochefort Euripide ; un Homme de Lettres , qui
veut garder l'anonyme , s'eft chargé de la Traduction
d'Ariftophane , & l'on joindra à cette Collection
un choix des fragmens les plus précieux des
Poëtes comiques , Ménandre , Philémon , Alexis , &c.
La partie typographique fera femblable à l'Edition
du Plutarque d'Amyot , publiée par le même
Libraire , & ce feul mot doit prévenir favorablement.
Le Théâtre des Grecs aura dix ou douze volumes
, & fera imprimé en trois formats , chacun d'un
papier différent. Le premier petit in- 89 , fera imprimé
fur de l'écu. Le grand in- 8 ° , fur du carré
fin d'Angoulême , pareil à celui du Plutarque . On
tirera quelques exemplaires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in 4° .
En fe faifant infcrire pour le petit zn- 89. l'on
payera 8 livres , & 4 livres lors de la livraifon de
chaque Volume broché. En foufcrivant pour le
grand in- 8°. l'on donnera 12 livres , & 6 livres en
recevant chaque Volume. Pour le même format in-
8°. fur papier vélin l'on payera 30 livres , & 15 liv .
en faifant retirer chacun des Volumes. Pour le format
in-4°. imprimé pareillement fur papier vélin &
fur la même juftification que l'in - 8 ° . l'on donnera
en foufcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume. L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers ſera
à valoir fur les deux derniers Volumes , qui feront
livrés gratis à MM . les Soufcripteurs. La première
livraiſon de cet Ouvrage fe fera en Mars 1785, &
Les autres de fix en fix femaines . Le prix de la foufDE
FRANCE. 47
cription fera le même jufqu'au premier Juillet de la
même année , & à cette époque il fera augmenté.
On foufcrit auffi chez les principaux Libraires de
la Province & de l'Etranger.
SYMPHONIE pour le Clavecin , avec deux Violons
, Alto & Baffe , par M. Hayden , faifant le
Numéro 12 du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Prix , féparément 4 livtes 4 fols.
Abonnement 24 liv. & 30 liv.
Le fuccès de ce Journal engage l'Editeur à le continuer
l'année prochaine avec le même foin. Il
avertit qu'il en fera paroître à la fois au premier
Janvier les trois premiers Numéros ; ſavoir , Numéro
1 , une Sonate de M. Hullmandell avec Vio-
Ion ; Numéro 2 , un Concerto de M. Mozart ; Numéro
3 , une Sonate de M. Vanhall. On s'abonne à
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la Clef
d'or , ancien Café de Foy.
NUMERO 12 du Journal de Harpe , par les
meilleurs Maîtres. Prix , féparément 2 liv. 8 fols.
Abonnement 15 liv. franc de port. A Paris , chez
Leduc , au Magafin de Mufique , rue Traversière-
Saint Honoré.
Le choix , la variété & le prix modique de ce
Journal doivent affurer fon fuccès foutenu déjà pendant
quatre années .
la
NOUVELLES Etrennes de Guittare , ou Recueils
des plusjolies Romances ou Couplets qui ayent paru
dans l'année 1784 , avec Sonates & Pièces pour
Guittare compofées pour cet Inftrument , par M.
Porro , OEuvre IV . Prix , 7 liv. 4 fols port franc . A
Paris , chez Baillon , rue Neuve des Petits- Champs,
au coin de celle de Richelieu .
Le choix délicat des paroles & l'efprit avoc lequel
48 MERCURE
•
elles font mifes en mufique , ne prouvent pas moins
de goût que de talent dans l'Auteur.
NUMEROS 41 à 48 du Journal de Guittare ,
pour lequel on foufcrit chez le même. Ce Journal,
qui eft auffi dirigé par M. Porro , eft toujours fait
avec un foin qui le rend digne de fon fuccès foutenu.
AIR de Richard- Coeur- de- Lion ajouté au Recueil
de M. Leroi , qui ſe délivre gratis à ceux qui repréfentent
ce Recueil . A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
JOURNAL de Clavecin , par les meilleurs Maîtres ,
Numéro 12. Prix , féparément 3 liv. Abonnement
15 liv. A Paris , chez M. Leduc , rue Traverfière ,
au Magafin de Mufique.
Is
Ce Journal , qui jouit d'un fuccès conftant ,
continuera l'année prochaine.
Voyez, pour les Annonces des Livres
Ic
de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
VERS en réponse à ceux de 】_letre ,
M. Hoffman ,
Madrigal ,
Charade , Enigme & Logogry
phe ,
Euvres du Marquis de Vil-
AI
3 Effai fur l'Histoire Générale
4 des Tribunaux, 29
Comédie Françoife , 31
S Annonces & Notices , 41
APPROBATION.
le
JAT lu , par ordre de Mgr le Garde
des Sceaux
, `
Mercure
de France , pour le Samedi
1 Janvier
1785. Je n'y
ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher
l'unpreffion
. A
Paris , le 31 Décembre
1984, GUIDI
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI & JANVIER 175 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES CHARMES DE FRANCONVILLE .
Vers adreffés par feu M. le Comte DE
TRESSAN à M. le Comte D'ALBON .
VALLON délicieux , & mon cher Franconville !
Ta culture , tes fruits , ton air pur , ta fraîcheur ,
Raniment ma vieilleſſe & confolent mon coeur.
Que rien ne trouble plus la paix de cet aſyle ,
Où je trouve enfin le bonheur !
Tranquille en cette folitude ;
Je paffe d'heureuſes nuits ,
Je reprends le matin une facile étude ;
Le parfum de mes fleurs chaffe au loin les ennuis ;
Je vois le foir de vrais amis ,
Et m'endors fans inquiétude .
Pour payer quelquefois un tribut aux Neuf Sceurs ,
Nº .. 2 , 8 Janvier 1755* C
50
MERCURE
Avec plaifir je prends la lyre ;
Je chante les antiques moeurs
Sur le ton que d'Albon m'infpire.
Souvent conduite par les Ris ,
De fleurs nouvellement écloſes ,
La petite, Fanchon orne mes cheveux gris ,
Et mē laiſſe cueillir fur ſes lèvres de roſes ,
Un baifer innocent , tel que ceux de Cypris ,
Lorfqu'elle les rend à fon fils .
Que tu me plais , heureuſe enfance !
Ni le defir , ni même la pudeur
N'impriment encor la rougeur
Sur ce front de douze ans où règne l'innocence.
Fanchon met toute la décence
A marcher les pieds en dehors ,
A ne point déranger ' fon corps
Quand elle fait la révérence ......
Cependant déjà Fanchon penſe !
Par mille petits foins charmans
Elle nous prouve à tous qu'elle a le don de plaire ,
Qu'elle en a le defir , qu'elle voudroit tout faire
Pour être utile à tous momens .
Va , Fanchon , embellis fans ceffe ;
Attends près de moi les quinze ans ;
Je respecterai ta jeuneſſe :
Il fied trop mal à la vieilleffe
De flétrir les fleurs du printemps.
Je verrai tes jeux innocens ,
EPISTLECA
HOLA
DEVACIFS13
DE
FRANCE.
Tes grâces & ta gentilleſſe ;
Et veillant fur tes goûts naiffans ,
S'il te naît un fixième fens ,
Tu le devras à la tendreſſe
Du plus joli de tes amans.
AM ***
ر
le jour de Saint - Étienne
fa Fête.
AIR: Pour la Baronne.
QUIUI vaut Étienne ',
Pour faire à table les honneurs ?
Amis , répétons cette Antienne :
Parmi les plus joyeux Buvcurs ,
Qui vaut Étienne ?
QU'IL eft aimable !
Faifons tous ici les échos.
La vérité domine à table.
Buvons
pour ne pas chanter faux ,
Qu'il eft aimable !
POUR fes Convives ,
Voyez comme il boit coup
fur
coup.
Ses rafades font aſſez vives ;
Mais ma foi ce n'eſt pas beaucoup
Pour les Convives.
Cij
52 MERCURE
A SON Antienne
Déjà mon Apollon met fin.
S'il chantoit comme boit Étienne ,
Toujours il mettroit un refrein
A fon Antienne.
( Par M. de Saint- Ange. )
A Madame P *** , en lui envoyant pour
Étrennes un nouveau Calendrier.
ONNER , du jour est l'étiquette .
Mais riches dons parfois mentent trop bien ;
Souvent petits cadeaux du coeur font l'interprête ;
Que ce Calendrier foit le tribut du mien.
Pour fuivre le foleil dans fes douze demeures ,
A ce guide fans bonte on peut avoir recours ;
Vous en aurez befoin , fi vous comptez les jours
Auffi mal qu'avec vous.on calcule les heures ,"
Par M. Imbert. )
J
i
4
1
DE FRANCE.
$ 3
INSCRIPTION fur la Pompe à Feu
de Chaillot. *
AERIS , ignis , aquæ focians induſtria pugnas ,
Civibus hîc undas , flammam præbere coegit :
Concitát ignis aquam , dat concita lympha vaporem ,
Dat vapor impulsûs , impulfaque machina fluctus .
INSCRIPTION pour la même Pompe.
H
Ic vulcanus adeft , Rapidis Fornacibus , auram
Dilatans tenuen , quâ machina fpontè movetur ;
Et quem , Niza Deo , confcendit fequana collem , **
Linquit Nympha Fugax , properans falire pér urbem.
(Par M. l'Abbé Bulard. )
* Note de l'Auteur. Les cinq Infcriptions rapportées dans
Je Journal de Paris , the femblent renfermer une idée
fauffe , en fuppofant nne réconciliation entre l'eau & le
feu , & la regardant comme la caufe qui donne le mouvement
à la machine de M. Perrier. L'art n'a- t'il pas fu au
contraire profiter de leur inimitié pour produire les effets
qu'il defiroit ?
** La côte de Chaillot où font les baffins.
Giil
54
MERCURE
APOLOGIE de Galilée * , par M. Ferri,
de Rome.
ON ne peut nier qu'on n'ait imprimé pluſieurs
menfonges fur la perfécution de Galilée , puifque
l'exagération même du vrai eft un mensonge . Tout
Lecteur impartial conviendra fans peine avec M.
Mallet, que l'Inquifition n'eft pas coupable,à l'égard
de ce Philofophe, des excès d'horreurs qu'on lui a
imputés , & qu'il eft auffi injufte que mal- adroit de
s'élever contre elle par des faits controuvés. Mais
c'eft s'écarter en double fens de la vérité,que de prétendre
qu'il faut excufer ce Tribunal, & que Galilée
fut lui même la caufe de fes malheurs . Comme ce
Philofophe eft du nombre de ces hommes rares qui ,
par les lumières qu'ils ont répandues , appartiennent
à toutes les Nations , & femblent avoir été donnés à
l'Univers , nous croyons qu'on lira avec intérêt une
hiftoire exacte de la condamnation . On ne fauroit
trop venger les grands Hommes des injuftices de
leurs contemporains . S'ils luttent contre les préjugés
de la multitude , s'ils foutiennent avec courage les
perfécutions , s'ils boivent tranquillement la ciguë ,
c'eft qu'ils attendent le jugement équitable de la
Poftérité.
Galilée , en démontrant dans les Univerfités de
Padoue & de Pife les principes de la vraie Philofophie,
cut pour adverfaires tous ceux qui croyoient à
l'infaillibilité des oracles d'Ariftote . Ses nombreuſes
découvertes , que quelques Savans jaloux tentèrent
* Galileo Galilei étoit fils légitime de Vincent Galilei
& de Julie Ammanati , iffue d'une des plus illuftres familles
de la Tofeane.
DE FRANCE. 55
de s'approprier , augmentèrent auffi le nombre de
fes ennemis. Après avoir inutilement effayé de le réfuter
, ils fe fervirent pour lui nuire du prétexte de la
Religion , prétexte qui colore fi aifément la méchanceté
, & répandirent que le nouveau Systême du
Monde foutenu par Galilée étoit contraire à la Sainte
Ecriture. Un Jacobin de Florence , nominé Dominique
Baccini , déclama en chaire contre les Sectaseurs
de Copernic , & appliqua à notre Philofophe
ce paffage du Nouveau Teftament : Viri Galilei
quid ftatis afpicientes in Caelum ? L'Evêque de
Fiele , Gherardini , fuivit l'exemple du Moine
ignorant & fanatique. Si on fe permit de prêcher
contre Galilée , à quels excès ne dut-on pas fe
livrer dans les Ecrits & dans les Difcours ? Les imputations
odieufes dont on le chargea firent tant de
bruit à Rome, qu'elles alarmèrent Paul V , ennemi
déclaré des Lettres & des Sciences. Galilée ne pou→
vant fans honte différer la juftification , retourna ,
avec le confentement du Grand Duc , dans cette Capitale
, où, quelques années auparavant , il avoit été
reçu avec diftinction. Perfonne dans ce premier
voyage , dit M. Maliet , n'avoit fongé à l'accufer
d'héréfie, & la Pourpre Romaine ne couvroit alors
que fes admirateurs. C'eſt que les ennemis étoient
alors moins nombreux , qu'ils n'avoient pas encore
levé le mafque , répandu par-tout des impoftures &
formé des intrigues. En effet , le Philofophe fut furpris
de voir à fon arrivée que des envieux hypocrites
, de pieux calomniateurs avoient cabalé fourdement
contre lui , & formé un plan de perfécution ."
Mais les marques d'eftime & d'amitié qu'il reçut de
la plupart des Cardinaux , la protection éclatante de
Côme II , & fes propres vertus reconnues , le firent
aifément triompher de la calomnie. Le Pape reconnut
bientôt fon innocence.
Après ce triomphe , dit M. Mallet , il ne reftoit
Civ
$6
MERCURE
plus à Galilée qu'à revenir à Florence , qu'à jouir
de la liberté philofophique qu'on lui accordoit , qu'à
développerfon fyftême par les preuves phyfiques &
mathématiques, fans les étayer de difcuffions étrangères
aux progrès des Sciences . Ce Philofophe n'avoit
encore rien écrit fur le fyftême de Copernic ;
& c'est précisément parce qu'il fe propofoit de le
démontrer, qu'il vouloit obtenir une liberté philofophique
, & s'affurer qu'il ne fe repentiroit point
d'avoir éclairé les hommes. Pouvoit- il parvenir à
fon but autrement qu'en faifant déclarer que ce
fyftême n'étoit pas contraire aux Livres farés?
C'eft dans cette vûe qu'il profita de l'amitié du
Cardinal Orfini, pour folliciter cette déclaration auprès
du Pape , & qu'il publia fa Lettre à Chriſtine
de Lorraine , Grande Ducheffe de Tofcane. Dans
cet Ouvrage , plein de force & de raiſon , loin de
vouloir ériger en dogme l'hypothèse de Copernic , il
n'a d'autre objet que de prouver que cette queftion
eft abſolument étrangère à la Théologic ; qu'on
abuſoit de l'autorité de l'Écriture Sainte ; que Dieu,
pour parler aux hommes,fe fert de leurs expreffions,
&c. Paul V ordonna à la Congrégation du Saint-
Office de prononcer , & ce Tribunal , au lieu d'imiter
la fageffe du Cardinal Baronius * , condamna le
fyftême du mouvement de la Terre comme abfurde
& faux en Philofophie , & formellen.ent hérétique. Il
chargea le Cardinal Thomas Bactani de noter dans
les Ouvrages de Copernic , à qui on donnoit le titre
d'illuftre Aftrologue , tout ce qui étoit contraire aux
paroles de l'Écriture , & défendit les Éditions qui ne
feroient pas corrigées. On voit que par ce jugement
on condamna non les prétendues concor-
* Ce Cardinal difoit : Spiritui Sancto mentem fuiſſe _nos
docere, quomodo ad coelum eatur, non quomodo cælum Gradiatur,
DE FRANCE
dancès de la Phyfique avec la Bible , mais le fyftême
de l'Aftronome Pruffien , quoiqu'il l'eût propofé
avec la fimplicité & le fang -froid Teutonique ,
ou plutôt quoique ce fyftême ne fût guères chez lui
qu'une hypothefe. Le Cardinal Bellarmin , par ordre
du Saint-Office , engagea Galilée à abandonner fes
opinions , & employa à cet effet non - feulement l'au
torité de l'Ecriture , mais encore des raifons prifes
de la nature même du fujet. Le Philofophe écouta
avec patience le Controverfifte ; & comme il ne fut
pas perfaadé , le Commiffaire de l'Inquifition lui
défendit , en préfence de plufieurs témoins , de foutenir
de vive-voix & par écrit le ſyſtême du mouvement
de la Terre.
Galilée venoit d'éprouver que fi c'eft une grande
faute de ne pas paroître penfer comme le Peuple de
tous les rangs , c'en eft une bien plus grande de lui
prouver qu'on a raifon. Que fit donc ce Philofophe ,
que M. Malier repréfente comme plein de pétulance
& de vanité , ivre de fa gloire & amoureux de renominée
? Il parut oublier pendant quinze ans le
nouveau Systême du Monde ; & lorfqu'il crut que la
haine de fes ennemis s'étoit refroidie , que les efprits
étoient préparés à recevoir la vérité , il publia fes
fameux Dialogues Dei due maffimi Syftemi del
Mondo. Peut on traiter de ridicule défobéiffance cetté
conduite dictée par la prudence la plus réfléchie ?
Lui fera t-on un crime d'avoir eu trop bonne idée
de fes contemporains ? Devoit-il ensevelir avec lui
des découvertes utiles aux hommes , parce qu'elles
pouvoient fournir un prétexte pour le perfécuter ?
J'aimerois autant blâmer Socrate d'avoir foutenu
l'existence d'un Dieu , parce qu'il s'expofa à trouver
deux infâmes délateurs . Les précautions avec lefquelles
Galilée publia fes Dialogues , prouvent qu'il
redoutoit les honneurs du martyre. Il les fit paroître
avec approbation & fous les aufpices du Grand Duc ,
"
Cv
$ 8 MERCURE
les foumit au jugement de l'Eglife , & ne les donna
que comme un Ouvrage hypothétique , où il foutenoit
également le pour & le contre. Ce qui devoit
encore raffurer Galilée , c'eſt que le Saint-Siège étoit
alors occupé par Urbain VIII . Ce Pape , lorfqu'il
n'étoit que Cardinal , lui avoit fait un accueil diftingué
, avoit voulu l'avoir prefque tous les jours
pour convive , & avoit célébré en vers latins fes
découvertes aftronomiques . Parvenu au Trône Pontifical
, il témoigna la même eſtime & la même
bienveillance au Philofophe , qui alla exprès à Rome
pour le complimenter , & lui donna une Lettre pour
le Grand Duc , dans laquelle il louoit non- feulement
fon génie , mais encore l'intégrité de fes
moeurs &fon refpect pour la Religion . Ce Pape ne
conferva pas long - temps fes difpofitions favorables
à l'égard de Galilée. Dès que les Dialogues parurent
, on lui fit entendre qu'ils contenoient des principes
contraires à la Foi ; & comme on reconnoiffoit
la fauffeté de cette accufation , on eut recours
à la calomnie , & on lui perfuada que l'Auteur avoit
ofé le tourner en ridicule fous le nom de Simplice.
On piqua auffi la jaloufie & l'amour-propre du Pape ,
dit M. Mallet , en lui repréſentant Galilée comme
fon rival en Poéfie. Mais peut-on croire qu'Urbain
VIII fût poffédé de la métromanie au point
d'être jaloux d'un homme qui n'avoit jamais fait de
vers latins , & qui n'avoit compofé que quelques
Sonnets Italiens dans fa jeuneffe ? Les autres accufations
fuffifoient fans doute pour l'irriter , & il ne
tarda pas de donner des marques de fon mécontentement
à l'Inquifiteur de Florence , au Maître du
facré Palais & Prélat Ciampoli qui avoient permis
l'impreffion des Dialogues . Les reproches qu'effuya
ce dernier furent d'autant plus vifs que n'étant
pas étranger aux Sciences Phyfiques , il ne pouvoir
s'exculer fur fon ignorance, On voit par les
DE FRA NO E. 599
qualités des Cenfeurs , que Galilée n'avoit pu furprendre
l'approbation , & qu'il n'y avoit point d'or
dre fuppofé.
Par égard pour le Grand Duc , le Fape chargea
une Congrégation particulière de l'examen des Dialogues
; mais cette modération n'étoit qu'apparente ,
puifque bientôt le Saint- Office eut ordre de juger
Galilée. En vain Ferdinand II pria le Pape & le
Cardinal Barberini d'épargner l'Auteur, quel que fûc
le fort de l'Ouvrage. Son crédit & fes prières ne
purent empêcher que Galilée ne fût cité au Tribunal
de l'Inquifition de Rome , & que malgré fon
âge & fes infirmités ,il ne fût obligé de comparoître.
Après avoir demeuré quelques jours à l'hôtel de
l'Ambaffadeur Niccolini , il fe rendit au Saint -Office
par ordre de ce Tribunal , & non par le confeil
du Grand Duc. Il eut pour prifon l'appartement
du Fifcal de l'Inquifition , & on lui laiffa la
liberté de fe promener dans le Cloître de la Minerve ,
de recevoir fes amis , & de leur écrire. Il fubit pluhieurs
interrogatoires , & on lui permit de faire fon
apologie. Ce n'eft pas la réalité du mouvement de la
Terre qu'il démontre aux Inquifiteurs , dit M. Mallet,
il ergote avec eux fur Job & fur Jofué. Etoit-it
donc befoin que Galilée démontrât ſon ſyſtême ?
Son Livre n'étoit - il pas entre les mains des Inquifiteurs
? S'il avoit de nouvelles preuves à donner , ne
devoit- il pas les taire plutôt que de fournir de nouveaux
motifs pour fa condamnation ? Il ne pouvait
le défendre qu'en prouvant qu'on ne doit point
interprêter la Nature par la Religion , & qu'il n'y
avoit point d'héréfie à foutenir le mouvement de la
Terre. Mais le Saint- Office ayant déjà prononcé fur
cette queſtion , Galilée n'avoit en effet rien à dire
pour fa défenfe , & il dut regarder la condamnation
comme certaine dès qu'il fut déféré à ce Tribunal.
Après dix-huit jours de détention à la Minerve,
C vj
67 MERCURE
Je Cardinal Barberini , qui régnoit dans Rome, &
qui avoit des intérêts différens de ceux de fon oncle ,i
fit renvoyer Ga ilée au Palais de Toscane pour y
attendre la fin des procédures . C'eft le 12 Juillet
1633 que ce vertueux Philotophe retourna au Saint-
Office pour y abjurer folemnellement la vérité comme
un blafphême , & pour y entendre une fentence qui
fervira à jamais de leçon à ces hommes orgueilleux
qui ofent condamner ce qu'ils ignorent , & tentent
de rendre la Religion complice de leurs excès contre
la raiſon. On doit obſerver , à la gloire des Lettres
que le Cardinal Bentivoglio , célèbre Hiftorien , qui
avoit été le difciple de Galilée , s'oppofa tant qu'il
put à cet abfurde jugement , quoiqu'il fut le premier
Commiffaire de l'Inquifition. La peine de prifon
pour un temps illimité que portoit la fentence , fut
commuée , à la follicitation du Grand Duc , en rélégation
à l'hôtel de Médicis ; mais il n'eſt pas vrai
que douze jours après lejugement il fe vit maître de
retourner dans fa patrie. Il demanda d'être rélégué
auprès de l'Archevêque de Sienne Piccolomini , qui
étoit fon difciple & fon ami . On lui permit enfuite
d'aller demeurer dans fa maifon de campagne fituée
à quelques milles de Florence , & ce ne fut que plu→
fieurs années après qu'il eut la liberté de retourner
dans cette Ville ; mais alors , privé de la vûe & de
l'ouïe , & accablé de plufieurs autres infirmités , il
n'exiftoit prefque plus, & il ne pouvoit jouir de la
grâce qu'on lui faifoit.
On a vû par ce récit que l'Inquifition ne traita
pas Galilée avec cruauté comme on le crut à Rome
même lorfqu'on publia le décret de fa condannation
; mais ne dut- il pas cette douceur extraordi
naire au Grand Duc Ferdinand, qui conduifit ce procès
comme une affaire d'Etat ? N'est - il pas vrai femblable
que ce Philofophe, abandonné à lui -même ,
n'ayant que la raifon pour fa défenfe, eût eu le même
DE FRANCE. 61
>
fort que tant d'autres illuftres victimes de ce Tribunal
détefté ? Urbain VIII ne pouvoit- il pas fuivre
l'exemple de Pie V & de Paul II ? M Mallet regarde
la condamnation de Galilée comme une sévérité
purement deforme,propre à intimider les Catholiques
qui feroient tentés defaire des Commentaires ,
& de défobéir au Saint-Sirge. Quoi ! un jugement
qui fit frémir Defcartes , & lui infpira le deffein de
livrer aux flammes les fruits de fes longues méditations
, un jugement qui a penfé coûter à la France
fon Galilée , n'eft qu'une févérité de forme ? On ne
pourra dire que Fimmortel Florentin a été perfécuté
parce qu'il eft faux qu'il ait fouffert des tortures *,
qu'on lui ait crevé les yeux , qu'il ait fini fes jours
dans un cachot. N'eft-ce donc rien que d'abjurer la
vérité, & de la cacher comme un crime , de renoncer
à éclairer le genre-humain , de fouffrir un long
exil , d'être livré fans défenſe aux traits de la calomnie
& du fanatisme ? Ne falloit- il pas la conftance
de Socrate pour effuyer tant d'injuſtices fans y paroître
fenfible , fans laiffer échapper aucune plainte ?
On veut regarder la férénité que Galilée montra le
jour de fa condamnation comme une preuve du peu
de réalité de ces injuftices . Ne feroit - il pas auffi
vrai de dire que le calme avec lequel Socrate parla à
fes juges & à fes amis avant que de fubir fon arrêt
eft one preuve qu'il fur traité avec humanité ? Ces
deux hommes vraiment Philofophes , fi aucun morrel
a jamais pu s'arroger ce titre , eurent prefque le
même fort , comme ils eurent le même génie & le
même caractère. Ils profeffoient l'un & l'autre la Religion
de leur pays , en s'élevant au- deſſus des préjugés
populaires , & ils s'attirèrent la haine des fuperf
itieux & des hypocrites. Pleins de mépris pour des
* Voilà les feuls menfonges qu'on ait imprimés au ſujet
de la perfécution de Galilée.
62 MERCURE
fophiftes qui , couvrant leur ignorance profonde d'un
vain étalage de fcience , décidoient de tout fans rien :
favoir , ils ramenèrent les hommes à l'étude du
vrai , & employèrent , pour perfuader , la démonftration
des démonftrations , l'expérience . Doués du
talent de faire accoucher les efprits , ils formèrent .
une foule de difciples qui ont été la gloire de leur.
pays & la lumière de leur fiècle. Tous deux tempérèrent
l'austérité de la Philofophie par l'amour des
Beaux- Arts , & furent auffi éloignés du fafte de la mo..
deftie què de celui de l'orgueil. Si Galilée en fe rétractant
n'a pas montré la fermeté de Socrate ,
l'accufons pas de foibleffe , & rendons - lui grâce
d'avoir épargné un plus grand opprobre à fes
juges,
ne
Le Philofophe de Florence n'eut pas , comme
celui d'Athènes , le bonheur de n'avoir plus d'ennemis
après la mort. Il fut perfécuté au-delà du tombeau.
On foutint qu'en qualité de relaps il ne pouvoit
difpofer de fes biens , & on voulut lui refufer la
fépulture eccléfiaftique. Ce Philofophe , à qui l'Italie
moderne eft redevable de fa gloire , fut enterré
comme le plus obfcur des hommes , & ce n'eft qu'en
1737 que les héritiers de Viviani purent lui faire ériger
un maufolée digne de lui & de la reconnoiffance
de fon Difciple qui l'avoit ordonné par teftament . Les
autres Elèves de Galilée ont eu pour la mémoire de
leur Maître le même reſpect & le même zèle. Ils ne le,
nomment jamais fans lui rendre hommage , & l'on
fent bien , dit Fontenelle , que ce n'eft point pour
s'affocier à la gloire de ce grand Homme ; le ftyle
de la tendreffe eft bien aifé à reconnoître d'avec celui
de la vanité.
Nous avons fuivi dans cette Apologie l'hiftoire la
plus récente & la plus détaillée de ce Philofophe
publiée en 1778 par M. l'Abbé Fabroni , Précepteur
des Princes de Tofcane , & Recteur de l'Univerfité de
DE FRANCE. 63
Pife. MM . Nelli , Frifi , Galuzzi , Rubbj , &c. ont
rapporté les mêmes faits ; & quoique l'Italie ait encore
des Baccini comme la France a des Garaffes ,
perfonne n'a ofé s'élever contre eux , & combattre
Î'évidence.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préjugé; celui
de l'Enigme eft Mouffe ; celui du Logogrypheeft
Magnétifme , où l'on trouve Magne
, Mage , game , ame , eftime , main
Ange , ane , Nifmes , méfange , geai , gêne
étage , Tage.
•
CHARADE.
DE mes deux parts la première
Ne refpire que bonté ;
De même auffi la dernière
N'exprime que propreté.
Comment donc fe peut- il faire
Que très -fouvent en effet
Je ne fuis ni bon ni net ?
( Par un Abonné d'Andely. )
+
64
MERCURE
ENIG ME.
MA nombreuſe famille en ta faveur , mortel ,
Se fuccède fans ceffe & paffe fans appel.
Pour moi , qui , dans la pompe & la magnificence ,
Plus que pas un des miens , près de toi prends naiffance,
Au gré du fol Enfant je viens toujours trop tard,
Et je me preffe trop à celui du vieillard .
( Par M. André Honoré. )
LOGOGRYPHE
A une Dlle de 28 ans , qui va fe marier.
LE Guerrier le plus intrépide
Feroit contre mes coups des efforts impuiffans.
J'aurois fait reculer Alcide
Si j'euffe exifté de ſon tems.
Je vois que ce début , Églé , vous intimide :
Raffurez-vous , tranchez ma tête hardiment ;
Alors de meurtrier que j'étois ci - devant ,
Je deviendrai paifible & douce créature ,
Et je vous fervirai , s'il vous plaît , de monture.
Sous les loix de l'Hymen vous allez vous ranger ;
C'eſt bien fait : à votre âge il est temps d'y fonger.
Le parti vous convient , que rien ne vous retienne.
Mais il faudra pourtant , en cette occafion ,
DE FRANCE. 65
-
-
Que votre bouche, Églé, s'abftienne
De prononcer le mot qui termine mon nom ;
Sans quoi , je vous le dis , il n'eſt contrat qui tienne.
Si vous vous obftiniez à le dire toujours ,
Vous effaroucheriez les Ris & les Amours.
(Par M. M *** de V. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ر
ALMANACH Littéraire ou Étrennes
d'Apollon , par M. d'Aquin de Château-
Lyon. A Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés . Prix , 1 liv. 4 f.
ON ne fera point de préambule à cet article
; on feroit obligé de répéter tout ce
qu'on en a dit les années précédentes . On
fait que dans cet Almanach la variété feule
des matières en égale la quantité. C'eſt un mêlange
de Contes , d'Hiftoires , de Lettres ,
de Chanfons , de Bons Mots & de plufieurs
autres Pièces en vers & en profe : je ne crois
pas que nous ayons aucun Recueil annuel
de ce goût là . C'eft tour- à tour du badin ,
du férieux , de l'utile & de l'agréable. C'eſt
nne lecture variée qui amufe & qui inté
reffe. Les découvertes & les événemens de
l'année les plus célèbres y font confacrés . Le
Rédacteur a recueilli fur feu M. d'Alembert
le précis efquiffé dans les premiers momens
66% MERCURE
de la mort de cet Homme célébré par la plume
de celui qui étoit à la fois fon rival & fon
ami le plus digne. On trouve aufli des parti
cularités fur M. Dideror , & l'éloge de' M.
Lambon , prononcé par M. Séguier.
Les diverfités préliminaires commencent /
par des vers charmans & peu connus de
Voltaire à M. le Marquis de Ximenès .
Vous flattez trop ma vanité :
Cet art fi féduifant vous étoit inutile' ;
L'art des vers fuffiſoit , & votre aimable ſtyle
M'a lui feul affez enchanté.
Votre âge quelquefois hafatde fes prémices
En efprit ainfi qu'en amour .
Le temps ouvre les yeux , & l'on condamne un jour
De fes goûts paflagers les premiers facrifices.
A là moins aimable beauté
Dans fon befoin d'aimer on prodigue fon âme ;
On prête des appas à l'objet de ſa flamme ;
Et c'eft ainfi que vous m'avez traité.
Ah ! ne me quittez point , féducteur que vous êtes :
Ma Mufe a reçu vos fermens.
Je fens qu'elle eft au rang de ces vieilles. coquettes
Qui femblent fixer leurs amans.
On ne peut s'empêcher d'admirer l'ingénieufe
fécondité de Voltaire . Il eſt étonnant
que parmi tant de réponſe du même genre
il y ait fi peu de reffemblance. Si le fond
eft à peu près le même , combien la forme
n'eft elle pas différente ! il eft inépuisable en
+
DE FRANCE. 67
tours fpirituels , en faillies agréables . Quelques
pages plus bas , des vers de M. le Marquis
de Ximenès à l'Empereur Jofeph II ,
prouvent que le D.fciple méritoit bien les
aimables cajoleries du grand Homme.
·
Le même Auteur à enrichi ce Recueil
d'une Épître à M. Maloët , Médecin de
Madame Victoire , très belle & très bien
travaillée. On a dit , avec raifon , que les
vers de M. le Marquis de Ximenès feroient
encore très- bons quand ils feroient d'un roturier.
2
M. le Marquis de Fulvy fe diftingue
auffi par fes talens poétiques .
Voici une Anecdote narrée avec beaucoup
de naturel :
Pour la douleur un pauvre homme exifloit ,
Que d'un écu la cruelle famille ,
Dont le crédit ou la fortune brille ,
Ni d'un fervice en les maux n'affiftoit.
Le Rédacteur a fans doute ici oublié un vers.
Comme il couroit , malheureux piéton ,
Un joli char , auffi prompt que la foudre ,
Gronde & l'atteint. L'élégant Phaeton ,
Qui tellement contre le mur le ferre ,
Que dans une heure il fera chez Piuton ,
Offre à les yeux un neveu de fon père.
Le peuple crie : arrêtez l'inhumain.
Lors le mourant leur dit , d'un air tranquille ,
Paix-là , Mellieurs , c'eft mon coufin germain,
68
MERCURE
Belle raifon ! lorſqu'il vous tuè . - Eh bien,
Par une mort il m'en épargne mille.
De vingt parens , richards de cette ville ,
C'eft le premier qui m'ait fait quelque bien .
Le ftyle d'une narration ne peut être trop
vif. Les qui & les que dont celle - ci eft embarraffée
font quelque peine au Lecteur , &
nous invitons M. de Fulvy à s'en fervir déformais
avec plus de fobriété . Un modèle de
narration épiftolaire eft . une Aventure de
Voyage , adreffée à un ami par M. Crignon.
On lira auffi avec plaifir des Stances de l'Édi
teur à M. de Maifonneuve , qui a deux Tra
gédies reçues au Théâtre François . Après
avoir apprécié les quatre célèbres Tragiques ,
il finit ainfi :
Enchanté de ta Roxelane
J'aime tes tragiques accens ;
A réuffir je te condamne ,
Car tu peins bien ce que tu fens.
On a vû depuis quelque temps réuffir des
Pièces Dramatiques fi étranges , qu'on a pu
dire de leurs Auteurs qu'ils étoient condamnés
à des fuccès. Mais ce n'eft point dans ce
fens que M. d'Aquin de Château- Lyon emploie
ce terme. Nous connoiffons les deux
Tragédies de M. de Maiſonneuvé , & nous .
ofons affurer qu'il n'a travaillé que fur de
bons modèles & de bons principes.
Voilà déjà bien des citations , & nous
DE FRANCE. 69
n'avons encore parlé que de quelques pages
préliminaires. Le corps de l'Ouvrage commence
par des réflexions de M. Knapen fur
la nouvelle Année , très analogues à la circonftance
; il étoit bon de les faire , quoiqu'il
foit très probable qu'elles ne corrigeront
perfonne.
Un Voyage de Paris au Fey en Bourgogne ,
mêlé de vers & de profe , par M. Bret , eftfemé
de détails piquans & agréables.
Les Anecdotes & Saillies font affez bien
choifies & en grand nombre . On en trouve
quelques unes qui n'ont jamais été imprimées
.
·
Les Mariages de Rofine , par M. le Comte
de Rofières , préfentent une Hiftoriette mo
rale auffi bien écrite que bien penſée . Les
Recueils offrent rarement des Contes auffi
intéreffans.
Nous avons eu parmi les Romanciers autant
de femmes que d'hommes . Mile de
Gaudin , foeur de la Mufe du même nom *
vient encore angmenter le nombre de cellesci
. Une Nouvelle , intitulée : L'Époufe_généreuse
, le lir avec plaifir. Les talens font
dans fa famille une heureule prérogative ,
& il paroît qu'elle n'a pas renoncé à fes
droits.
Parmi les Chansons , on en diftingue une
de M. Raté & deux de M. Knapen ; l'une eft
* Aujourd'hui Mme la Baronne de Laugier,
70.
MERCURE
14
intitulée le Portrait de Mlle Thérèſe F**.
l'autre à Mme *** › fur fa petite- vérole.
Cette penſée nous a paru très délicate.
>
Tu ne peux ceffer d'être belle ,
Pour mon malheur.
Ta glace peut être infidelle ,
Mais non mon coeur.
L'Almanach Littéraire contient encore
plufieurs Pièces de vers & de proſe de MM .
Léonard , Maréchal , Blin de Sainmore
l'Abbé de Lille , le Bailly , Bodard , Imbert,
Sabatier de Cavaillon , de Saint Ange , & c.
>
On a quelquefois acculé M. d'Aquin d'être
trop indulgent. Il eft certain qu'il n'eft pas
févère ; mais c'eft qu'il n'ignore pas que trèspeu
de gens ont droit de l'être. On pardonne
à un Homme de Lettres qui a fait preuve de
talent & de goût , d'ufer envers les Écrits des
autres de cette févérité de jugement à laquelle
il a foumis le premier fes propres
Écrits ; mais on ne peut tolérer qu'un Écrivain
nul , parce qu'il ne fait rien , s'imagine
avoir le droit de juger avec non moins d'injuftice
que de rigueur , les productions des
Auteurs les plus diftingués.
Il ne fait rien & nuit à qui veut faire.
DE FRANCE. 71-
DE l'État Religieux , par M. l'Abbé de
B ***, & M. l'Abbé B *** de B *** .
Avocat en Parlement . A Paris , chez la
Veuve Hériffant , Imprimeur Libraire ,
rue Notre- Dame; Belin , rue S. Jacques ,
& Théophile Barrois , quai des Auguſtins.
DEPUIS quelques années la Profeffion
Religieufe fixe l'attention publique ; la plupart
de ceux qui paroiffent avoir donné le
ton à notre fiècle , difent les Auteurs de
l'Ouvrage que nous annonçons , ont prétendu
qu'elle eft à la fois abfurde & onéreuſe
à l'État ; pour fuppléer à la foibleffe
des preuves , ils ont employé le ridicule ,
cette arme fi puiffante parmi nous ; & la
maltitude qui ne juge jamais , foufcrit aveuglément
à la profcription des Religieux , en
répétant les fophifmes & les farcalmes d'un
Auteur célèbre . Ils ont encore , avouent les
Auteurs , d'autres adverfaires plus refpectables
; ce font ceux qui , vivement touchés
des fcandales de quelques hommes voués à
la pratique de toutes les vertus , étendent leur
anathêmè fur le corps entier. Au milieu des
plaintes , & fi l'on veut , des déclamations
univerfelles , s'élèvent deux Apologiftes ,
tous deux Eccléfiaftiques , & livrés à l'étude
d'une Science qui tient , fous plufieurs rapports
, à l'objet de cette difcuffion. Nous
n'entreprendrons point de la réfoudre ; nous
72 MERCURE
devons être rapporteurs & non juges d'un pareil
procès.
L'Ouvrage eft divifé en fept Chapitres ,
dans lefquels on traite , 1. de l'efprit de
l'état Religieux ; 2 ° . de fon rétabliſſement
& de fes progrès ; ; . des fervices qu'il a
rendus à l'Églife ; 4 ° . des fervices qu'il a
rendus à la Société ; , ° . de fon utilité actuelle
; 6º. des biens des Religieux ; 7º . de la
réforme des Ordres Monaftiques. En applaudiffant
à cette divifion , bornons nous à
quelques queftions que nous foumettons aux
Auteurs eux mêmes.
Quant à l'article des règles Monaftiques ,
nous demanderons fi , lorfqu'on voit dans
l'Hiftoire de quelques guerres civiles , celle
de la Ligue , par exemple , les Moines couverts
de cafques & armés de fufils , paffer
une revue fur le pont Notre Dame , ils
obéiffoient à la règle , ou bien s'ils agiffoient
contre la règle. Dans cette fuppofition , on
pourroit élever une question très importante
que les Auteurs ne paroiffent pas avoir apperçue
, fur le danger d'avoir dans un
Royaume 200 mille Religieux. Nous conviendrons
que les Moines ont rendu de
grands fervices à l'Églife & à la Société ; &
fi nous confiderons ces fervices , fur - tout,
par rapport aux Lettres , nous croyons qu'ils.
ne peuvent être révoqués en doute. Nous
conviendrons que plufieurs grands Hommes
ont illuftré les cloîtres & leur fiècle ; que des
Ordres entiers , livrés à des travaux Littéraires
,
DE FRANCE. 73
>
raires , qui exigent des foins , de la conſtandu
difcernement & le concours d'une
infinité de Coopérateurs, fe font acquis l'ef
time & la reconnoiffance de leurs Concitoyens
; mais le fixième Chapitre , qui traite
des biens des Corps Monaftiques , fait naître
plufieurs doutes. Première queftion , quelle
en eft l'origine Objet d'une difcullion qui
fourniroit plufieurs volumes. 2 °. Quel est
leur ufage ? Le bon ufage ne juftifie pas la
poffeffion. Ce bon ufage eft il univerfel ?
3. Quelle eft la propriété des Religieux ?
Leurs propriétés font toutes conditionnelles.
Les conditions font - elles remplies ? & l'ont-.
elles toujours été ? Quant à cette dernière
objection , les Auteurs répondent , page
293 , que dans quelques mains que foient.
» les biens Monaftiques , ils font affectés au
foulagement des malheureux .
»
Le feptième Chapitre traite de la réforme..
Trois caufes principales ont produit , croit
on vulgairement , l'affaibliffement de la dif-
.cipline , la jeuneffe de ceux qui font profeſhion
, les exemptions , & le petit nombre des
Religieux qui le trouvent dans plufieurs Monaftères
; d'où l'on conclud qu'il faudroit
reculer l'émiffion des voeux , abolir les exemp
tions , & détruire les maifons peu nombreu
fes. Les Auteurs croient que ces trois moyens
font peu propres à produire l'effet qu'on en
attend. Quant au premier , tous les raifonnemens
qu'ils employent n'arrêteront point
No. 2 , 8 Janvier 1705. D
74' MERCURE
peut être la réclamation univerfelle contre
un ufage dont l'abus a , de tout temps , expofé
une infinité d'êtres des deux lexes à
Toutes les horreurs qui peuvent accompa
gner l'existence ; & nous ofons croire qu'il
vaut mieux encore que cent perfonnes manquent
une vocation qui femble les appeler
dans le cloître , & fe livrent à d'autres états ,
que d'en voir une feule prononcer avant
l'âge raifonnable , dont l'époque varie fuivant
les caractères , l'éducation , les paffions
même, des voeux imprudens , qui l'expoſent
pendant une carrière fouvent longue & toujours
douloureufe , à ne former de defirs
que pour ceffer d'exifter ; & l'on répétera
toujours qu'il ne doit pas être permis à
l'homme de difpofer de fa liberté avant qu'il
foit capable de difpofer de ſes biens .
Il réfalte de la lecture de cet Ouvrage ,
que les Moines ont mérité plus d'eftime
qu'on ne fleur en accorde ; que l'exemple
de quelques Ordres & de quelques individus
dans chaque Ordre , ne doit point entraîner
la profcription générale ; mais qu'il existe des
abus qu'il faut corriger , des maux qu'il faut
guérir. Les Auteurs , avec de l'efprit & de
la jufteffe , ont trop infifté peut être fur les
avantages , & trop peu fur les inconvéniens ;
mais leur Ouvrage peut répandre des lumières
fur la queftion qu'il traite . Quant aux
remèdes à apporter & aux moyens à employer
, il faut eſpérer que l'Adminiſtration
DE FRANCE.
75
chargée de cette partie fera pour le mieux ,
& faura concilier l'intérêt général & l'intérêt
particulier.
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poéfie Françoife , Tomes 25 & 26.
A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Julienne , vis -à-vis le Corps de Garde ,
& chez Mérigot le jeune , Libraire , quai
des Auguftins .
LES Auteurs , dont les Ouvrages forment
le 25 Tome de ce Recueil , font Perrin ,
Furetière , La Fontaine , Ségrais & François
Colletet. Nous ne citerons rien de La Fontaine
, dont les Auteurs , fidèles à leur plan ,
n'ont recueilli ni Fables ni Contes , parce que
ces Ouvrages font entre les mains de tout le
monde. Mais nos Lecteurs feront charmés
de connoître Furetière , plus fameux à la
vérité par fon grand Dictionnaire que par
fes Poéfies , qui ont pourtant de la tournure
, du mordant , & quelquefois de la
grâce. Quelques petites Pièces que nous al
lons citer en feront la preuve.
D'un Coquin infolent dans fa fortune.
TANDIS qu'Alidor fut Laquais ,
Il fut foumis , humble & docile ;
Mais quand il eut fait force aquêts ,
Dij
76
MERCUR
Il fut rogue , altier , difficile :
On l'eût pris pour un roîtelet ,
Tant l'orgueil le fit méconnoître ;
Je vois bien que d'un bon Valet
On ne fauroit faire un bon Maître.
Épigramme d'un qui étoit pendu par les pieds
pour avoir été homicide defoi- même.
POURQUOI remener au fupplice
Jean qui s'eft lui- même pendu ?
Croit- on qu'il lui fût défendu
De faire un acte de juſtice ?
Sur une Juftice tranfportée dans une halle.
D'ou`vient qu'on a tant approché
Cette Juftice du marché ?
Rien n'eft plus facile à comprendre ;
C'est pour montrer qu'elle eft à vendre.
Un mot qu'on a confervé , prouve que Faretière
étoit mal avec Benferade ; celui - ci
ayant dit un foir , en s'affeyant à l'Académie
à la place de Furetière : Voilà une place où
je dirai beaucoup de fottifes. Courage , répon
dit Furetière , vous avez fort bien commencé.
Tout le monde fait qu'il fut accufé d'avoir
profité , pour , pour fon Dictionnaire , du travail
de l'Académie. Furetière fe juftifia par des
factums ; mais aux raifons il ajouta des injures
contre plufieurs Académiciens ; & par
DE FRANCE. 77
une délibération prife le 22 Janvier 1785 ,
il fut banni de cette Compagnie.
Les Églogues de Ségrais , dont on a recueilli
les meilleures , offrent un ftyle fouvent
foible & négligé , mais des fentimens
doux , toujours vrais , & des tableaux intéreffans.
François Colletet étoit fils du fameux
Guillaume Colletet , dont les poéfies ont été
recueillies dans un des précédens volumes ;
il avoit quelque talent poétique ; mais il a
eu , comme l'obfervent très bien les Éditeurs
, deux malheurs à la fois : un nom
connu à porter & un efprit inférieur à celui
de fon père. C'eft lui qui eft l'Aureur de cette
épitaphe très-connue & encore plus bizarret
Ca GIT Monfieur de Marca ,
Que le Roi fagement marqua
Pour le Prélat de fon Églife ;
Mais la mort, qui le remarqua,
Et qui fe plaît à la furpriſe ,
Tout auffitôt le démarqua.
Le vingt fixième Volume, plus intéreffant
encore que le précédent , contient la Comteffe
de Brégy Péliffon , Chapelle , Th.
Corneille , Urbain Chevreau , le Père Commire
, Martin , Ranchin , Teftu , Coulange
& Charpentier. Le Portrait de Chapelle eſt à
la tête du volume .
On connoît ce quatrain de la Comteffe
de Brégy :
D iij
78
MERCURE
CI -DESSOUS gît un grand Seigneur ,
Qui , de fon vivant , nous apprit
Qu'un homme peut vivre fans coeur
Et mourir fans rendre l'efprit.
On lira avec le plus grand intérêt dans ce
volume , les Poéfics de Paul Péliffon ; fa difgrâce
& les perfécutions que lui attira fa
liaifon avec le célèbre Fouquet font connues ;
fon talent poétique , qui l'eft peut être
moins , mérite les plus grands éloges ; fa
vie , qui eft à la tête de fes poéfies , eft une
des plus intéreffantes du Recueil. Peu d'hom
mes ont mérité autant que Péliffon l'eſtime
de leurs concitoyens. Il avoit l'âme belle , le
coeur excellent ; il cut des amis qu'il ne mé
connut jamais dans fa profpérité ; il rendit
tous les fervices qui dépendirent de lui , &
il n'abufa jamais de fon talent ni de fon
crédit. C'eft à lui que l'on doit ce quatrain
finnu :
Cà peut-on trouver des amans
Qui nous foient à jamais fidelles ?
Il n'en est que dans les Romans
Ou dans les nids des tourterelles .
Et cet autre d'une précifion très- philofophique
:
Que rien ne nous embarraſſe ,
Et pourquoi tant de façons ?
Bonne fortune ou difgrâce ,
Elle paffe , ou nous paffons.
DE FRANCE. 79
Son dialogue d'Acante & de Pégaſe , ſur
les conquêtes du Roi , eft ingénieux .
Les Éditeurs ont cru avec raifon ne devoir
point défigurer la relation curieufe du voyage
de Chapelle ; & comme fes Ouvrages le bornent
, à peu de choſe près , à ce morceau ,
qui depuis a fervi de modèle à tant d'autres
voyages fans qu'il ait encore pu être égalé ,
on a pris le parti de l'inférer en entier.
Une héroïde , où l'on trouve des détails
intéreffans , & deux fragmens de Traductions
d'Ovide , font tout ce qu'on a récueilli de
Th. Corneille.
Urbain Chevreau , né à Laudun en 1613
mort en 1701 , Secrétaire de la Reine Chrif
tine , & Précepteur de M. le Duc du Maine ,
mérite d'être connu , & c'eft un des fervices.
que les Éditeurs des Annales Peétiques ont
rendus à la Littérature , d'avoir tiré fou
vent de l'oubli des Auteurs dignes , à plufieurs
égards , de figurer fur notre Parnaffe.
Chevreau eft de ce nombre ; il étoit d'ailleurs
très-verfé dans la Littérature Hébraïque
, dont il citoit beaucoup de traits . En
voici un dont il faifoit un jufte éloge : Hier ,
aujourd'hui , demain , font les trois jours de
l'homme.
Moralité
UN defir à l'autre fuccède ;
Si le Riche n'a tout il ne croit rien avoir ;
Et quelques biens d'efprit que le Savant possède ,
S'il ne fait tout , il croit ne rien favoir.
Div
80 MERCURE
Voici une Épigramme qui depuis a été
bien retournée :
QUAND tu voudras aimer , prends garde à bien choifir
Sans te flatter jamais d'une apparence vaine ;
Sur-tou: fais fi bien que la peine
Ne furpaffe pas le plaifir ;
Ne perds ni feins ni temps auprès de la rebelles
Pour peu qu'elle réponde à ton amour fidèle ,
Sois hardi jufqu'à tout ofer;`
Et fi tu veux te laffer d'elle ,
Ne manque pas de l'époufer.
Epitaphe de Turenne.
TURENNE a fon tombeau parmi ceux de nos Rois ;
Il obtint cet honneur par fes fameux exploits,
Louis voulut ainfi couronner fa vaillance ,
Afin d'apprendre aux fiècles à venir
Qu'il ne mit point de différence
Entre porter le fceptre & le bien foutenir.
On verra avec plaifir , parmi les Pièces de
cet Auteur , quelques morceaux adreffés à
M. le Duc du Maine , fon Élève , dans lef
quels il le loue & le critique tout à la fois ,
& lui parle avec franchife de fes défauts
comme de fes bonnes qualités.
Le Père Commire , fameux par fes poéfies
latines , & N. Martin , précèdent le Poëte
Ranchin , Auteur , entre autres poéfies , de
deux triolets très connus , qui commencent
par ces vets : Garder fon coeur & fon trouDE
FRANCE. 81
peau , &c. & Le premier jour du mois de
Mai , &c.
Après les poéfies de Ranchin , on lit celles
de l'Abbé Teftu , à qui Mme Deshoulières
a adreffé deux couplets affez connus & fort
gais.
Coulange & Charpentier terminent ce
Recueil , fuivi , comme à l'ordinaire , de la
notice de quelques Poëtes contemporains
dont on n'a point recueilli de poilies.
On ne peut qu'inviter les Éditeurs d'un
Ouvrage fi intéreffant à continuer leur travail
; ils le doivent d'autant plus , que les
voilà parvenus au moment le plus brillant
de leur carrière , Le monument qu'ils ont
élevé à la Poéfie Françoife, demandoit autant
de courage que de goût.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
LE Motet de M. Janſon , qu'on a exétuté
la veille de Noël à ce Concert , a paru rempli
de fort beaux effets & d'une belle facture
; il a été fort applaudi. Mme Mara ,
qui a chanté ce jour & le lendemain , a eu
le fuccès auquel elle eft accoutumée, fur tout
dans le rondeau de Nauman , morceau du
pathétique le plus intéreflant. Jamais peut-
Dv
32 MERCURE
être Mme Mara n'avoit déployé plus de
talens à la fois , n'avoit chanté avec plus de
grâce & d'à plomb , une agilité plus brillante
& plus rapide , ni mieux varié les tournures
; jamais non plus elle n'a reçu d'applandiffemens
plus nombreux ni mieux mérités.
L'Oratoite de M. Ragué n'a pas eu tout
le fuccès qu'il en devoit attendre. Les connoiffeurs
ont apprécié l'élégance & la pureté
de fon ftyle ; mais il faut plus pour le Public
, il exige des traits faillans qui le reinuent
, & ce morceau n'en étoit guères fufceptible
. Nous croyons cet avis utile à M.
Ragué , qui annonce un véritable talent. Ik
ne peut jouir du fuccès qu'il mérite qu'en
choiffant des fujets intéreffans par euxmêmes,
& en évitant une tournure commune
dans la manière de les rendre. Mlle Def
champs , aujourd'hui Mine Gautherot , a
joué un concerto de violon avec toute la
jufteffe , toute la précifion , tout le talent
imaginables fon fuccès eft d'autant plus
Hatteur , qu'il eft très - rare de voir des femmes
réuffir fur cet inftrument , qui ne paroît
pas fait pour elles ; & depuis Mme Sirmen ,
aucune peut être ne l'a porté auffi loin que
Mme Gautherot.
DE FRANCE. 83
VARIÉTÉ S.
LA Queſtion propofée dans le premier Mercure du
mois de Septembre , rappelle celle qu'on agita , il y
a quelques années , dans le Journal de Littérature,
Il s'agifloit de favoir fi Orofmane , trahi par fa matreffe,
eft plus malheureux qu'Orofmane qui la trouve
innocente après l'avoir poignardée . Une feule voix
prononça que la dernière fituation étoit la pire ; tous
les examinateurs furent d'un avis contraire ; pareillement
chaque folution en vers de la queſtion géné
sale dans le Mercure vient d'exprimer ce préjugé
univerfel.
Sans entrer dans une difcuffion métaphyfique fur
ce problême moral , j'ofe m'élever contre l'arrêt
général fur le cas particulier d'Orofmane.
Il me femble d'abord qu'il faut écarter toute manière
abfolue , d'en confidérer les deux fituations . Ces
métaphores des Romans de galanterie , on préfère la
mort à la trahifon de fa maitreffe , ne font rien
moins que des principes. D'après le fien propre ,
chacun fait l'analyfe du coeur humain. Il ne s'agit
point ici de favoir comment l'on doit fentir en cette
circonftance, mais ce qu'a fenti Orofmane , fon caractère
une fois donné d'après l'intention du Poëte.
Dès le premier Acte , ce Sultan , le plus fenfible
& le plus paffionné des hommes , en eft le plus fier en
même temps. Capable de tout facrifier à Zaïre , it
me l'eft pas moins de la facrifier elle-même à l'orgueil
& à l'amour outragés.
Je ne fuis point jaloux....... Si je l'étois jamais !
A ce vers le poignard eft levé . Cette réfiſtance de læ
grandeur d'âme à la jaloufie , de la fierté à la tem
DW
84 MERCURE
dreffe , ne tarde pas à augmenter avec les foupçons ;
elle calme l'agitation d'Orofmane , au premier refus
de Zaïre de le fuivre à la Moſquée .
Il est trop honteux de craindre une maîtreffe ;
Aux moeurs de l'Occident laiffons cette baffeffe.
Et ce fentinent -là n'eft ni foible ni fugitif ; il tient
aux moeurs locales : le Poëte y a attaché un deffein
marqué , celui de faire fortir l'une des beautés frappantes
de cette Tragédie ; beauté qui résulte du spectacle
des paffions effentiellement les mêmes chez
tous les hommes , mais modifiées par le caractère
perfonnel , par l'éducation , par le rang , les ufages ,
les préjugés . A l'inftant même du délire , cette idée
de l'abaiffement auquel il fe réduit , revient dans l'âme
d'Orofmane,
J'ai honte des douleurs où je me fuis plongé.
Il dit a Corafmin ,
• Tu vois la honte où je me livre.
S'il eft avili de fon infortune & de fes pleurs , fi le
cri de l'orgueil fe mêle à celui de la fenfibilité fouffrante
, Orofmane eft déjà moins malheureux. Qui
n'a fenti la confolation de s'élever par l'cftime de
foi-même , par le mépris pour l'offenfeur , au courage
de hraver la plus cruelle injure & de l'oublier ?
La nobleffe de ce funtiment y mêle de la douceur.
Tancrède , qui combat pour une Infidelle , eft bien
moins à plaindre qu'Orofmane qui l'affaffine.
Sans doute ce fentiment ne tarde pas à faire place
au defir de fe venger , lorfque ce defir n'eft plus combattu
par l'efpérance. Mais , jufqu'au dernier moment
, l'espérance concourt avec la fierté , à foutenir
le coeur d'Orofmane contre une perfidie dont il s'indigne
& dont il doute. Il eft vrai , on nie cet espoir ,
on affirme qu'il ne peut en refter au Sultan après la
DE FRANCE. 8
lecture du billet faral. Cependant Voltaire l'en a
rempli durant quatre Scènes , Voltaite n'eût pas
fait dialoguer un défefpéré . Orofmane les emploie
ces Scènes , à s'étourdir , à fe foulager en fe plaignant
, à chercher des lueurs , à interroger Zaïre.
Quoiqu'il s'écrie :
Quoi ! des plus tendres feux fa bouche encore m'affure ,
Quand de fa trahifon j'ai la preuve à la main !
Il repouffe cette preuve ; il embraffe l'erreur qui l'aveugle
& le confole :
Il voit un rayon d'espérance.
Cet odieux François eft jeune & préfomptueux :
Un regard de Zaïre aura pu l'aveugler.
Il croit qu'il eft aimé , c'eft lui ſeul qui m'offenſe .
Zaïre n'a point vû ce billet criminel .
Prononcez maintenant fi l'infortuné qui tient celangage
, eft fans lénitif contre le poifon dont il eft
dévoré ; fi le tourment de ſa jalousie effrénée n'eft
rallenti , comme on l'a prétendu , par aucun fenti-
- ment , par aucune réflexion moins déchirante . Qu'on
nous dife fi , jufqu'au retour de l'esclave , chargé du
dernier billet au cinquième Acte , la fituation d'Orof
mane eft autre chofe que de la fouffrance par intervalles
, qu'un paffage rapide de la jaloufie à la tendreffe
, de la crainte à la fierté , de la douleur à l'illafion
, de fentimens qui fe croifent & s'affoibliffent
par leur choc.
L'eſpérance enlevée , l'agitation devient un délire ;
mais tout affreux qu'est ce moment d'égarement,
l'image , la facilité , la férocité même de la vengeance
le contrebalancent. Le premier fouhait
d'Orofmane eft la mort :
Traîtres , arrachez moi ce jour que je refpire.
&
86 MERCURE
Puis fon âme ſe fixe ; c'est le fang de Zaïre , c'eſt
celui de Néreftan qui doit couler.
Tu ne jouiras pas.
Miférable Zaire ,
Cette idée n'abandonne plus Orofmane. Dans l'aliénation
de tous fes fens , il pourfuit la douceur d'arracher
le coeur qui l'a trahi '; il en reffent une cruelle
joie , ainfi , tous les grands Poëtes ont peint cette
paffion. Écoutez Didon :
Faces in caftra tuliffem ,
Impleffemque foros flammis , natumque patremque ;
Cum genere exftinxem , memet fuper ipfa dediffem.
Son dernier regret n'eft ni pour la vie ni
pour la vengeance : c'eſt
Sed moriamur.
Moriemur inultæ !
pour
Énée x
Dans la fituation d'Orofmane , toutes les amantes
trahies de nos Poëmes & de nos Drames , Roxane ,
Hermione , difent comme celle- ci :
Que je me perde ou non , je ſonge à me venger.
C'eft donc pour foulager fa douleur , non pour s'y
dérober , qu'Orofmane poignarde fa maîtreffe. Le
comble du malheur feroit d'être forcé de lui laiffer
la vie .
Il la punit, il fe venge , il jouit de fa réſolution .
Ce remède , il eft vrai , eft l'émétique de la rage ,
comme il en fur le confeil ; mais enfin , la douleur
qui donne des convulfions , laiffe au patient des forces
éteintes dans celui qu'elle fait expirer.
A moins que les tranfports qui fe combattent ne
fe fortifient & que l'extrême rage ne foit l'extrême
douleur , comment fe perfuader qu'Orofmane , tuant
Zaire comme l'inftrument de fon malheur , foit
DE FRANCE. 87
plus déchiré qu'Orofmane fe tu nt lui- même , comme
l'inftrument du malheur de Zaïre & du fien propres
par ce qui lui en a coûté pour affaffiner fa maîtreffe
perfide , qu'on juge de ce qu'il doit ſouffrir à la
pleurer innocente.
Et le remords n'eft- il pas le plus fenfible de fes
maux ? Il ne peut en avoir , nous a-t'on dit. Quoi !
& en retirant le poignard du fein de Zaïre , il laiffe
échapper ce cri d'une âme au fupplice :
Otons - nous de ces lieux . Je ne puis. -- Qu'ai- je fait ?
Rien que de jufte.
Que fera-ce donc quand il connoîtra ſon injuſtice ?
Il n'a pas de remords ! & il n'exprime que les accens
du repentir. Sa foeur ! j'étois aimé , ô ciel ! j'étois
aimé! Et il s'accufe d'avoir donné la mort
A la plus digne femme' , la plus vertucuſe !
>
Faut-il ajouter que Voltaire n'eût pas manqué à la
grande règle du trouble croiffant de Seène en Scène.
Orofmane trahi pouvoit occuper la Scène & fupporter
fa douleur durant un Acte , & dans l'intervalle
du quatrième au dernier ; mais affafin de l'objet
qu'il adoroit , il ne peut vivre qu'un inftant. Tel eſt
fordre de la nature & de l'affliction.
:
J'étois aimé & je l'ai tuée ; ces deux mots font in
divifibles le feniment de confolation qui peut
naître de la douceur d'être défabuſé d'une trahiſon ,
eft étouffé ici par deux idées auffi défefpérantes . Ce
n'eft point Tancrède qui expie fon injuftice & fes
foupçons aux yeux d'Aménaïde , qui meurt dans fes
bras , qui la perd fidelle & tendre.
Les femmes , pour qui l'excès de la fenfibilité ou
de l'amour propre rendent la jalonfie la plus furieufe
des paffions , les femmes ne conçoivent pas qu'il foir
de pires tourmens. Il eft aifé , d'ailleurs , de fe méprendre
à l'expreffion de la douleur : les tranſports ,
88 MERCURE
les convulfions , l'égarement ne font pas toujours
cette expreffion ; la rage foutient le coeur contre la
fouffrance , comme la frénéfie foutient un frénétique.
Dans l'état d'Orofmane au contraire , l'infenfibilité
eft le vrai caractère d'une douleur au comble. Voyez
Vendôme aliéné , donnant l'ordre du parricide ; fa
fituation eft bien plus terrible que celle du moment
où il tombe dans un fauteuil , en bégayant quelques
mots entre coupés : laquelle des deux eft la plus déplorable
& affe &te davantage le Spectateur ? Un
homme inconfolable paroît toujours plus malheureux
qu'un homme en délire .
Qu'on le rappelle dans Ovide celui de Niobé &
fes imprécations contre Latone. Voilà l'inftant de la
douleur la plus furieufe ; mais lorfque , couvrant de
fon corps la dernière fille qui lui refte , elle crie à la
Déeffe : Unam , minimamque relinque ! lorfqu'elle
voit périr cet enfant d'un nouveau coup , la voix lui
manque , des ruiffeaux de pleurs coulent de fes
immobiles , fon vifage perd la couleur ; elle tombe
inanimée fur fon mari , for fes enfans étendus fans
vie.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan.,
yeux
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION
•
OLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
, concernant l'Hiftoire de France.
Voilà un de ces Ouvrages dont le titre feul annonce
l'importance & l'utilité. De tout temps on a
reconnu combien les Mémoires particuliers font précieux
à ceux qui veulent étudier ou écrire l'Hiftoire ,
& à ceux qui veulent s'amufer' en la lifant . Les détails
privés dont ils font fufceptibles,leur donnent un
DE FRANCE. &j
intérêt qu'on chercheroit quelquefois en vain dans
l'Hiftoire L'Hiftoire , à force de généralifer , tombe
quelquefois dans la féchereffe ; & c'est un défaut
qu'on a fur- tout reproché à nos Hiftoriens François.
Un Recueil de ces Mémoires , fources précieufes
de plaifir & d'utilité , manquoit notre Littérature
; la plupart d'ailleurs font rares , & on ne les ralfembleroit
qu'avec beaucoup de peine & de frais. La
Collection que nous annonçons deviendra donc une
bibliothèque peu difpendieufe en raifon de fon utilité
& de fon agrément Elle commencera par ce bon
Sire de Joinville , qui , au mérite de la vérité hiftorque
, unit pre/que l'intérêt du Roman . Les autres
Mémones feront claffs de fute felon leur date , &
précédés chacun d'une notice hiftorique qui fera connoître
leurs Auteurs, le temps où ils ont vécu, & les
places qu'ils ont occupées ce qui déterminera le
degré de confiance qui leur eft dû.
La Collection des Mémoires particuliers , concernant
l'Hiftoire de France , fera imprimée in- 8 °.
Il en paroîtra régulièrement un volume chaque
mois , à commencer dans les premiers jours de Février
prochain. Les Éditeurs ont pris les précautions
néceffaires pour qu'il en ait paru 12 volumes à la
fin de l'année 1785. Le Prix de la Soufcription pour
12 volumes , à Paris , eft de 48 liv . ou de 24 pour
la demi-année . Les Soufcripteurs de Province payeront
de plus 7 liv. 4 fois pour l'année entière , ou celle
de liv. 12 fols pour la demi- arnée , à caufe des frais
de pofte. On fouferit dès - à -préfent. C'eft au Directeur
de la Collection des Mémoires , &c . qu'il faut
s'adreffer , rue d'Anjou , la deuxième porte- cochère
à gauche en entrant par la rue Dauphine , à Paris.
3
CALENDRIER des Fidèles , pour l'année 1785 ,
ou Petite Année Chrétienne . A Paris , chez Fournier ,
Libraire , rue du Hurepoix, près le quai des Auguſt.
MERCURE
Cet Almanach pieux eft d'une forme affez nouvelle.
Sous chaque jour de l'année, on trouve une
lifte plus ou moins confidérable de Saints à invo
quer , Offices , Prières du jour , &c.
Le Répertoire Amufant , on Nouvelles Etrennes
pour la préfente année . A Paris , chez le même Libraire
que ci-deffus.
Cet autre Almanach , qui eft bien exécuté , eſt un
Recueil de petites Pièces de Vers de différens genres.
Nous en avons trouvé de fort agréables , & même
de nouvelles , ou du moins que nous n'avons pas reconnues.
Le Petit Magafin des Enfans , que nous avions
annoncé chez le même Libraire , fe vend 3 liv. br.
au lieu de 2 liv. ; & relié , 4 liv . au lieu de 3 liv.
ALMANACH du Voyageur à Paris , année 1785 ,
par M. Thiéry. Prix , 2 liv. 8 fols . A Paris , chez
Hardouin , Libraire , au Palais Royal , fous les arċades
à gauche , nº . 14 ; & Gattey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois.
Cet Almanach , que nous avons annoncé avec
des Éloges , juftifiés par le fuccès , eft d'une trèsgrande
utilité aux Étrangers & Voyageurs , & même
aux habitans de cette Capitale , comme le guide le
plus sûr pour connoître tout ce que Paris contient
d'intéreffant & de curieux . On y trouvera tous les
changemens arrivés & les nouveaux établiſſemens
formés pendant le cours de 1784. Son format
tatif le rend auffi commode qu'il eſt utile.
por-
ALMANACH de Verfaillès , année 1785 , conte
nant la Defcription du Château , du Parc , des Jardins
& de la Ville de Versailles , du grand & du
petit Trianon & de la Ménagerie , la Maifon du
Roi , celles de la Reine & de la Famille Royale , -
་་་་་་་གྱུང་ །། འཆོས1:| :ཀུག 1རྩྭ རིམ : འི ་ ༥༠་ ༡༠
DE FRANCE. 91
les Bureaux des Miniftres , la Prévôté de l'Hôtel ,
&c. A Verfailles , chez Blaizot , Libraire , rue Satory
, & à Paris , chez Langlois , rue du Petit- Pont ;
Defchamps , rue S. Jacques , Froullé , quai des Auguftins
, & la Veuve Valade , rue des Noyers.
Cet Almanach eft favorablement accueilli depuis
douze ans. Cette Édition eft augmentée de la notice
des deuils , & offre plufieurs autres changemens néceffaires.
-
ALMANACH Chantant , ou Etrennes aux Jolies
Voix.
Almanach Penfant , ou Etrennes aux Philofophes.
Almanach Bienfaiſant , ou Etrennes
aux Belles Ames. - Almanach Plaiſant , ou Etren→
nes aux Beaux- Efprits. Prix , 12 fols chaque. A
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques ; l'Efelapart , Pont Notre - Dame ; Brunet ,
Place du Théâtre Italien , & Petit , quai de Gêvres.
Le choix des matières qui compofent ces Almanachs
eft fait avec goût, & en forme un petit Recueil
piquant & varié.
LA Pyramide de Neige , Almanach nouveau pour
l'année 1785 , enrichi de figures en taille -douce. A
Paris , chez Crapart fils , Libraire , pont S. Michel ;
Maillet, Imprimeur en Taille-douce , rue Saint Jacques
, No. 45 ; Hérqu , Doreur , même rue , Nº . 21.
Cet Almanach eſt fait en mémoire de la boule de
neige , dont la reconnoiffance publique fit une espèce
de monument en faveur de notre jeune Monarque.
Elle fe trouva chargée en une nuit de nombreufes
Inferiptions qui atteftoient l'amour de fon Peuple.
d'une manière auffi éloquente que défintéreffée .
LES Deux Centenaires de Corneille , Pièces en un
Acte & en vers , repréſentées à Rouen , Bordeaux ,
le Hâvre , Tours , Grenoble , &c. par M. le Ches
02 MERCURE
valier de Cubières , de l'Acad ' mie de Lyon. A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande ,
& Bailli , rue S. Honoré , barrière des Sergens.
Nous ferons connoître plus particulièrement ces
deux Ouvrages.
URES de Racine , 3 vol . in - 8 ° . faifant partie
de la Collection in- 8 ° . de Mgr. le Dauphin , im
primée par ordre du Gouvei neinent fur papier vélin
de la fabrique de MM . Johannot père & fiis ,
d'Annonay.
Prix , 45 liv . broché en carton. A Paris ,
chez Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , rue Pavée
S. André , & Debure aîné , Libraire , quai des
Auguftins.
Le nouveau caractère employé pour cette belle
Edition doit plaire à tous les Amateurs de l'Art Typographique.
Elle doit ajouter encore à la réputation
de M. Didot On ne peut produire d'auffi beaux Ou
vrages fans y donner beaucoup de temps & de foins ;
cependant on voit que les productions de M. Didot
fe fuccèdent affez rapidement , ce qui annonce autant
de zèle & d'ardeur que d'intelligence .
Il public en même - temps la Galatée & les Six
Nouvelles de M. de Florian , en un volume in 8°;
Prix , papier commun , 4 liv. 4 fols. On en a tiré
quelques exemplaires fur papier vélin d'Annonay.
Prix , 12 liv. br. Ce qui a décidé l'Auteur à donner
cette Edition in- 8 °. c'eft que plufieurs perfonnes ont
trouvé le caractère du format in- 18. trop fin. Celleci
eft imprimée avec le caractère de la Collection
in-- 8 ° . de Mgr. le Dauphin,
TRAITE du Choix & de la Méthode des Etudes .
par M. l'Abbé Fleury ; nouvelle Édition , corrigée
& augmentée de plus d'un tiers , d'après un manufcrit
de l'Auteur nouvellement recouvré ; avec un
Supplément contenant une Lettre à M. l'Evêque de
DE FRANCE. བརྟ
Metellopolis , Vicaire- Apoftolique de Siam , un Mémoire
pour les Etudes des Miffions Orientales , & c.
& c. A Nifimes , chez Pierre Beaume , Imprimeur-
Libraire ; & fe trouve à Paris , chez Belin , Libraire,
rue Saint Jacques.
La réputation de cet Ouvrage eft faire depuis
long- temps , & l'on doit favoir gré à l'Éditeur de
l'avoir rendu auffi complet qu'il peut l'être , en nous
donnant les additions & les changemens que l'Auteur
y avoit faits . Pour le rendre d'une utilité plus
univerfelle , on en a donné l'édition in - 12.
annonçons.
que nous
LE Moralife Mefmé ien , ou Lettres Philofophiques
fur l'Influence du Magnétife. A Londres , &
fe trouve à Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien .
Cet Ouvrage , qui n'eft pas ce que le titre femble
annoncer , ne doit pas être confondu avec tant de
Brochures éphémères dont le Magnétifime a inondé
nos preffes.
NOUVELLE Topographie de la France , par M.
Robert de Heffeln , Cenfeur Royal . La foufcription
de la feconde Partie de cer Ouvrage , compofée des
Cartes de Contrées , qui préfentent le fecond degré
des détails de la fuperficie du Royaume fur une
échelle invariable de 243 toifes par ligne , & jufqu'aux
Paroiffes inclufivement, fera fermée au quinze
de ce mois.
On fouferit chez l'Auteur , rue du Jardinet , vis - àvis
celle du Paon , où fe délivre actuellement la première
Partie de l'Ouvrage , compofée de dix Cartes
d'une très-belle exécution ; favoir , de la France en
une feuille , contenant le Tableau général de tout
l'Ouvrage , & des neuf Cartes de Région , qui offrent
94 MERCURE
le premier degré des détails de la fuperficie du
Royaume fur une échelle invariable de 729 toifes par
ligne , avec toutes les routes de pofte du Royaume.
Chacune de ces Caites eft accompagnée d'un Difcours
en une feuille in-folio fur les objets les plus intéreffans
qui lui font propres . Elles peuvent le joindre
en un feul Tableau de cinq pieds neuf lignes de
hauteur , fur autant de largeur .
La Carte de la Région Nord - Eft qui fe trouveroit
en haut du Tableau à droite contient , outre la
Champagne , la Lorraine & la Baffe- Alface , tous
les Pays-Bas Autrichiens jufqu'à l'embouchure orientale
de l'Escaut au- deffous de Lillo & Bergopzoom ,
& au Levant tout le cours du Rhin depuis Benfeld
en Alface jufqu'au-deffous de Duffeldorp en Weftphalie
, avec les Capitales & les principales rivières
des Pays intermédiaires .
Il paroît déjà trois Cartes de la feconde Partie ;
favoir , les Contrées centre Eft & Sud- Eft de la
Région centre. Elles contiennent le Berri , le Bourbonnois
& la majeure partie de l'Auvergne.
LA Bleffure fans Danger , peint par F. Boucher,
Peintre du Roi , & gravé par S. C. Miger , Graveur
du Roi. A Paris , chez Miger, place de l'Eftrapade ,
la grande maiſon neuve au coin de la rue des Poftes.
Cette Eftampe repréfente une jeune femme que
l'Amour bleffe avec une flèche , ornée d'une roſe.
TABLEAU des différens Anemones de Mer, gravées
d'après Deimare , à qui il eft dédié par M. Pierre-
Jofeph Buc'hoz , Membre de plufieurs Académies.
Prix , 4 liv. , & fans être colorié 19 liv. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguftins .
Ces Anemones forment la claffe la plus curieufe
la plus fingulière du règne Animal ; il en eft fait
DE FRANCE.
95
mention dans les Tranfactions Philofophiques &
dans le Journal de Phyfique.
TROIS Sonates & un Prélude pour la Harpe
avec Violon , par M. Ragué , OEuvre IV. Prix ,
9 liv . A Paris , chez Coufineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies , & Cornouailles , rue
Saint-Julien le Pauvre , nº. 3.
Le fuccès des preinièrs Effais de cet Amateur
doit infpirer de la confiance pour toutes les productions.
-
→
CONCERTO pour le Baffon , deux Violons.
Alto & Baffe, par M. le Comte de F.... , OEuvre II .
Prix, 3 liv. 12 fols. Deux Quintettis concer
tans pour Violon , Haut- Bois , Flûte , Alto &
Violoncelle , par le même , OEuvre III . Prix , 3 liv.
Trois Trios concertans pour Violon ,
Alto & Violoncelle , par le méme , OEuvre IV.
Prix , 3 liv . 12 fòls . A Paris , chez Bignon , à l'Accord
parfait , Place du Louvre , près l'Académie de
Peinture , ou à la Salle de l'Opéra.
12 fols.
AIRS, de Richard- Coeur- de- Lion , Memnon &
Didon , Accompagnement de Harpe ou de Forte-
Piano , par Lero , Maitre de Chant , OEuvre VII.
Prix , 4 livres 16 fols . A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
AIRS de Richard- Coeur- de-Lion , du Droit du
Seigneur & de Figaro variés pour un Violon feul ,
par M. Cartier fils , dédiés à M fon père , OEuvre III .
Prix , 3 livres . A Paris , chez Imbault , rue & vis-àvis
le Cloître Saint Honoré , maifon du Chandelier:
TROIS Sonates pour le Forte Piano , Violon
ad libitum , par M. de Momigny , Organiſte, Priz ,
96
MERCURE
6 liv. A Lyon , chez l'Auteur ; & à Paris , chez M.
Leduc , au Magafin de Mufique , rue Traverfière-
Saint Honoré , & M. Defmcilliers , rue Croix des
Petits-Champs , maifon de M. Bourdet.
NUMERO des Feuilles de Terpfychore , ou
nouvelle Etude de Harpe , par les Protefleurs les
plus recherchés pour cet I : frument . Prix , 1 livre
4 fols. Idem , pour le Clavecin. Chacune de ces
Feuilles paroît tous les Lundis. A Paris , chez Coufineau
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure i
de la Mufique & des Livres nouveaux
, voyez
les
Couvertures.
TABLE.
LES Charmes de Francon- \ | grypha ,
ville ,
A M***
A Mme ***
63
49 manach Littéraire, 65
51 De l'Etat Religieux , 719
75
81
83
52 Annales Poétiques
Infcriptions fur la Pompe à Concert Spirituel ,
Feu de Chaillot ,
54 Annonces & Notices ,
$ 3 Vaiétés ,
Apologie de Galilée ,
Charade , Enigme & Logo-
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mer le Garde des Sceaux , le
Mrcule. de France pour le Samedi 8 Janvier. e n'ai
Fien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A Paris
le 7 Janvier 1984. GUIDL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS fur le départ de M. le Chevalier DE
PARNY pour les Illes , récités dans une
des Séances particulières du Musée de
Paris.
IL eft parti , l'amant d'Eléonore !
Et bientôt il verra briller une autre aurore.
Les Amours font en pleurs , les Grâces font en deuil ,
Le tendre & l'antique Tibulle.
Revenu parmi nous pour former fon Émule ,
Va jufqu'à fon retour rentrer dans le cercueil,
Tout le Parnaffe eft en alarmes ;
Même on dit qu'exhalant les plus tendres regrets ,
Au départ de Parny Phébus verfa des larmes ,
Et par ce dernier trait couronna fes bienfaits.
O to , dont le trident foulève , agite l'onde !
N°. 3 , 15 Janvier 1785 .
E
98 MERCURE.
Neptune , Dieu des mers ! puiffe fur tes États
Le vaiffeau de Parny , dans une paix profonde ,
Voguer fans nul danger vers de lointains climats!
Neptune , puiffes -tu protéger fon paffage !
Mais en vain tu voudrois lui créer des revers ;
Comme Orphée autrefois fut charmer les enfers ,
Parny de ton trident captiveroit la rage ,
Et fi tu réfiftois à fon art enchanteur ,
Sa lyre réfonnant au moment du naufrage ,
Des flots tumultueux calmeroit la fureur.
(Par M. Langeronfils , âgé de 17 ans. )
VERS pour mettre au bas du Portrait de
M. DE LARIVE.
APPUI de l'indigence , Acteur fublime & tendre ,
On chérit fes talens , on eftime fes moeurs ;
Et chez les malheureux il va tarir les pleurs
Qu'au Théâtre il nous fait répandre ,
( Par M. Duviquet. )
VERS faits au bois de Vincennes.
ARERES chéris , que votre ombrage
Four un coeur fenfible a d'attraits !
Vous infpirez le badinage
Et vous ne babillez jamais.
( Par Mme Dufrenoy. )
B JTHCA
KEGIA
MONAGENSIN
་
DE FRANCE 99
COUPLETS chantés à M. & Mme GRI **
dans une Fête donnée par leurs Enfans ,
à l'occafion de leur renouvellement de
Mariage , déjà célébré en Chanfons par
plufieurs perfonnes préfentes à cette Fête.
AIR: La foi que vous m'avez promiſe.
LES Mufes qui vous environnent
Ont fi bien fu vous couronner ,
Qu'où leurs mains heureuſes moiffonnent
Nous trouvons à peine à glaner.
Leurs talens effacent les nôtres ;
Nous favons peu nous exprimer ;
Mais nous en valons au moins d'autres
Dès qu'il s'agit de vous aimer.
Tous vos enfans font dans l'ivreffe ,
Vous partagez notre gaîté ;
Vous nous valez pour la tendreſſe ,
Vous nous valez pour la fanté :
Tel un chêne encor verd s'élève ,
Malgré le temps des aquilons ;
Et fans rien perdre de fa sève ,
Fleurit parmi fes rejetons .
COUPLE toujours tendre & fenfible ,
Dont l'amitié remplit le coeur,
E ij
100 MERCURE
Votre bonheur , quoique paifible ,
N'en eft pas moins le vrai bonheur
L'amour eft cette fleur fi belle
Dont Zéphyre ouvre les boutons ;
Mais l'amitié , c'eft l'immortelle
Que l'on cueille en toutes faifons.
A BACCHUS rendons notre hommage ,
D'amour il remplit les loifirs ;
Chaque faifon a fon uſage ,
Chaque faiſon a ſes plaifirs :
De ceux que l'une & l'autre donne
Suivons tranquillement le cours ;
On voit des fleurs après l'automne ,
Et l'hiver même a fes beaux jours.
AUX
(Par M. Damas . )
FEMME S.
Vous déplaire , c'eft s'oublier.
Notre bonheur n'eft-il pas votre ouvrage ?
Que j'envirois cet avantage
S'il vous falloit un Chevalier ?
Mais plus qu'Achille invulnérables ,
Vous riez des efforts d'un impuitfant courrous ; ·
Et l'Amour renvoie aux coupables
* Cette Pièce eft relative à celle fur les Modes.
DE FRANCE. 101
Les traits qu'ils ont lancés fur vous.
Actéon de Diane éprouva la vengeance :
Sa mort fuivit ſes regards indifcrets.
Plus malheureux , celui qui vous offenſe
Sera puni par fes regrets.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonnet ; celui
de l'énigme eft le premierJour de l'An; celui
du Logogryphe eft Canon , où l'on trouve
ânon & nun.
MON
CHARADE.
Mon premier chez les vieux fe trouve bien
fouvent ;
C'eſt au moulin , dit on , que mon fecond s'entend.
Mon tout fe fait fentir dans le coeur de Thélême
A l'approche du loup ..... ou du Berger qu'elle aime .
( Par Mile de B. D. F, y
Eiil
102 MERCURE
ENIG ME.
D'UN être fugitif vive & fidelle image ,
De fon vol clandeftin je crahis le fecret .
Mon feul afpect fouvent donne à rêver au fage ;
L'homme frivole en moi n'apperçoit qu'un hochet s
Quoique par mon deftin manquant de pied & d'aîle ,
Mon devoir cependant eft de toujours aller ;
Et ce qui mieux encor fert à me dévoiler ,
Plas je parois changeante & plus je fuis fidelle ;
Chacun pour me juger confultant fon defir ,
Me trouve , fuivant lui , trop rapide ou trop lente.
J'offre un fecours heureux dans les momens d'attente,
On craindroit de me voir pendant ceux du plaifir.
( Par un Abonné de la Chambre Littéraire de Rennes .)
LOGO GRYPH F.
JE fuis une Veriu que par - tout on révère ,
De bien des malheureux j'adoucis la misère.
Dans les Livres facrés on lit fouvent mon nom ,
On le cite parfois , en chaire , en oraiſon ;
La Concorde , la Paix , la bonne intelligence
Sont les heureux effets qu'on doit à ma puiſſance.
Dans mes fept pieds , Lecteur , on trouve un animal
Nourri pour en détruire un autre qui fait mal ;
Une ville qui fut la mère de Carthage ;
DE FRANCE. 103
Deux interjections ; une plante en ufage;
De ville un fynonyme ; une Ifle de l'Aunis ;
Le fiège ou le foleil dans la Fable eft affis ;
L'effort que fait la voix pour mieux fe faire entendre.
Si ce n'eft pas affez pour me faire comprendre ,
Tu trouveras encore , en me combinant bien ,
Un léger inftrument qui fert au Muficien;
L'élément dans lequel , pour s'élever aux nues ,
Montgolfier fut trouver des routes inconnues.
(Par M. Moreau fils , à Roanne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES de Valentin Jameray Duval
précédées de Mémoires fur fa Vie , avec
figures. 2 vol. in . A Saint Petersbourg ,
& fe vend à Strasbourg , chez J. G.
Treattel , Libraire.
PEU de gens ont lû les OEuvres de Duval .
Le nom de cet homme extraordinaire n'eft
guère célèbre que dans les lieux où les étonnantes
particularités de fa vie lui ont établi
des relations ; à peine eft il connu en France
autrement que par des liaiſons particulières ;
& le titre de fes Ouvrages n'eft pas fait pour
piquer la curiofité. On a tant de chofes à
lire & fi peu de temps à perdre , qu'on craint
d'en rifquer fur un Livre où l'on n'eft pas
certain de trouver à s'inftruire ou à s'amufer.
E iv
104 MERCURE
Nous croyons cependant que celui ci offre l'un
& l'autre avantage ; qu'on ne peut fur tout
manquer de s'intéreffer à un homme qui , né
dans un état qu'on nomme abject , privé de
tous les fecours de l'éducation , s'eft élevé
feul jufqu'aux connoiflances les plus étendues
fur tous les objets dont il a voulu s'occuper
; qu'un génie actif , ou , fi l'on veut ,
un inftinet avide & pénétrant conduifit au
favoir prefque fans guide , & par des routes
rapides & non frayées , pour qui l'étude
étoit un befoin auffi impérieux que les befoins
de la Nature. Cet homme , fait pour
fortir en tout des règles communes , fut pendant
près de foixante ans conferver au milieu
des Cours , auprès des Souverains , les moeurs
les plus pures , la franchiſe la plus fauvage ,
la liberté la plus independante. Il ne demanda
jamais rien à ſes Maîtres , & il vécut
dans l'aifance : fans ambition , fans orgueil ,
il fut confidéré ; jamais adulateur , ne fachant
ni taire ni déguifer fa penfée , jamais pour
tant il n'éprouva de difgrâce. Il ſacrifia jufqu'à
l'amour à fa paffion pour l'étude ; mais
ce goût fut foumis lui même à une paffionplus
forte , celle de la liberté. Croiroit on
qu'à vingt ans le malheureux Gardien de fix
vaches , le valet d'un pauvre Hermitage ,
fouhaitant ardemment de s'inftruire , dictoir
pourtant les conditions à un grand Prince
qui lui en offroit les moyens , & refufoit
d'échanger fa misère indépendante contre la
brillante fervitude des Cours ? On ne voir
DE FRANCE.
jufqu'ici qu'un fauvage devenu favant par la
feule impulfion de fon génie. Et quoique ces
exemples foient rares , il en exifte cependant
plufieurs ; celui de Duval a une fingularité
de plus . Ayant paffe les premières années de
fa vie dans les bois , le refte dans des biblio
thèques & des cabinets de médailles , il con
noiffoit fi peu le monde , il le fuyoit avec
tant de foin , que , logé au palais de Vienne
près de l'appartement des Archiducheffes
il ne les avoit jamais vûes. Un jour qu'il paffoit
devant elles fans les remarquer, le Roi
des Romains lui demanda s'il ne connoiffoit
pas ces Dames : Non , Sire , répondit- il , ingénuement.
Je n'en fuis pas étonné , répli
qua le Prince; mes foeurs ne font pas des an
tiques. Hé bien , malgré ce goût conſtant
pour la retraite , fi peu fait pour adoucir fa
rufticité , il a ſu , en confervant des manières
roujours fintples , fe former un ftyle plein
d'enjouement, de légèreté , de grâce , & du
ton de la meilleure compagnie.
Il nous trace lui même dans l'Ouvrage que
nous annonçons le tableau le plus effrayant
de la première circonftance intéreffante de
fa vie . Né en 1695 , d'un pauvre Laboureur ,
au petit village d'Artonay en Champagne
orphelin à dix ans , chaffé de fon pays
quatorze , faute d'y trouver à fervit , marchant
au hafard dans l'affreux hiver de 1709 ,
en pleine campagne , couvert de neige , demi
mort de froid , fans pain , fans afyle , fans
efpoir , il eft furpris par la petite-vérole. La
Ev
106 MERCURE
violence de les douleurs & celle de la faifon
, l'obligent de s'arrêter devant une mé
chante ferme , où il n'a pour retraite qu'une
étable & un tas de fumier , fous lequel on
l'enfevelit. La chaleur qu'il y trouve le dégourdit
peu à -peu , facilite l'éruption ; il eſt
couvert de boutons , mais il manque de fecours.
Tout étoit faifi dans la ferme ; le maî
tre n'a pas lui- même de quoi vivre , & c'eſt un
excès de compaffion qui l'engage à donner
au moribond pour toute boiffon , de l'eau
glacée , pour toute nourriture un peu de
bouillie à l'eau à peine falée , & enfuite de
mauvais pain defféché qu'il faifoit dégêler
dans fon fumier. Les moutons dont il partageoit
l'afyle , fembloient . touchés de fa
peine , & vouloir le confoler en le léchant ;
mais quoique la rudeffe de leur langue aloutât
à fon fupplice , il paroiffoit plus occupé
de la crainte de leur communiquer le venin
dont il étoit hériffé . Si pauvre que fuffent
·le fecours qu'il recevoit dans cette étable ,
il fut impoffible au maître de les continuer.
Il fallut le tranfporter encore foible , couvert
de méchans haillons & de foin , chez
un Curé du voifinage , où il fut prêt d'expirer
du froid qu'il avoit effuyé dans la route. Il
guétit pourtant ; mais la famine qui défoloit
cette contrée lui fit perdre encore cet afyle
dès que fes forces lui permirent de le quitter.
Ne fachant où donner de la tête , il s'infor
me s'il n'eft pas quelque pays que ce fléau
ait refpecté. On lui parle du Midi , de
DE FRANCE. 107
*
l'Orient ; c'étoit pour lui des idées nouvelles.
Ces mots furent la fource de fes premières
réflexions , fa première leçon de geographie.
Il marche donc vers le point où le foleil lui
paroiffoit fe lever , il traverte la Champagne.
De miférables huttes à peine couvertes de
chaume & d'argile , des individus pâles , languiffans
& livides , des enfans rares & defféchés
par le befoin, lui préfentent tout ce que
la misère a de plus effrayant . Il arrive enfin
à Sénaïde , & foudain il eft frappé d'une fcène
nouvelle ; des maifons fpacieufes , bien couvertes,
& dignes des hommes forts & vigoureux
qui les habiroient , des femmes leftes
& bien vêtues , des enfans nombreux &
gais , le fpectacle de l'aifance & du bonheur ,
l'avertirent qu'il avoit changé de domination.
Le hafard le fait s'arrêter à l'Hermitage de
la Rochette , où le bon folitaire Palémon le
reçoit , lui fait partager fon genre de vie , fes
travaux , & lui apprend à lire. Duval , né
avec une fenfibilité fougueuſe , entroit dans
l'âge où les paffions fe développent ; le befoin
d'un attachement , la lecture des livres
afcétiques qui compofoient la bibliothèque
de l'Hermite , tournèrent fes premières idées
vers la dévotion , non pas celle qu'il définit
lui-même par une piété folide & pure , mais
cette dévotion minutieufe & contemplative
qui confifte en vaines pratiques , s'allie trèsbien
avec les paffions , & devient elle- même
une paffion condamnable. Il eut alors une
E vj
108
MERCURE
aventure affez gaie qui l'éclaira fur fes fent
timens. Des Chanoines voifins viennent vi
fiter l'Hermitage , munis d'un ample jambon
& de quelques flacons , qui , dit- il , ne cont
tenoient rien moins que de l'eau bénite. On
goûte , il partage la fête , & avale pour la
première fois deux rafades d'excellent vin.
Refté feul , il fe trouve dans un état qui lui
femble un phénomène. Son vifage s'en
flamme , fon fang bouillonne , fa tête s'exal
te ; naturellement taciturne , il fent une fi
grande démangeaifon de parler , que pour la
fatisfaire , il fe met à réciter des Pleaumes
tout haut ; mais fa langue eft embarraffée ,
fes lèvres moins mobiles , fes jambes chau
cellent , il s'affied par hafard devant une
image .. du bon Pafteur.
Cet objet l'attendrit. Il s'imagine que cet
état extraordinaire eft une de ces extafes
que Dieu envoie à fes élus ; il s'approche de
cette image , fe profterne , l'arrofe de fes
pleurs , & lui prodigue les careffes & les
termes les plus myftiques & les plus tou
chans. Mais il faut que tout finiffe ; il s'en
dort au milieu de fa béatitude. Quel fut fon
étonnement à fon réveil de fe trouver auffi
infenfible que le marbre , & d'avoir perdu
ces élans , ces évanouiffemens , qui , la veille ,
le rendoient fi heureux !.
De cette retraite il paffe dans celle de Ste
Anne , auprès de Lunéville. Six vaches à
garder , quatre Hermites de la plus groffière
ignorance , & quelques bouquins de la bir
1
DE FRANCE 109
bliothèque bleue , font les feules 'reffources
que Duval y trouve pour fon éducation . Il
parvient cependant à s'apprendre feul à
écrire. Un Abrégé d'Arithmétique devient le
nouvel objer de les études , auxquelles il ſe
livre dans le filence des bois. Il faut l'entendre
lui même expliquer comment il prit les
prentières notions d'aftronomie & de géographie
, à l'ade de fes feules réflexions , de
quelques cartes , & d'un tube de roſeau
placé fur un chêne élevé , dont il avoit fait
fon obfervatoire. Flus il apprenoit & plus
il étoit tourmenté du defir d'apprendre encore
; mais l'état de fes finances ne répon
doit pas à fon defir . Pour y fuppléer, il s'avifa
aux rifques d'être pris comme un Bracon
nier , de déclarer la guerre aux animaux des
forêts, dans le deffein de vendre leurs four
Iures. L'ardeur & le courage qu'il mettoit à
cette chaffe , annoblie par fon motif, font
véritablement incroyables Il eut un jour une
lutte violente à foutenir contre un chat fauvage
, dont la victoire lui coûta beaucoup de
fang. Enfin fa conftance lui procura au bout
de quelques mois une quarantaine d'écus ,
Qu'il porta bien vîte à Nancy pour avoir des
livres. Une aventure heureufe augmenta fon
petit tréfor. Il trouva un jour un cacher d'or
armorié il le fait annoncer au prône . Un
Anglois fe préfente ; c'étoit M. Forster , homme
d'un mérite connu . Si ce cachet , eſt à
vous , lui dit Duval , je vous prie de le blar.
fonner. Tu te moques de moi , jeune
110 MERCURE!
ton reffort. -
homme , le blafon n'eft affurément pas de
Soit , mais je vous déclare
qu'à moins de blafonner votre cachet , vous
ne l'aurez pas . Surpris de ce ton ferme , M.
Forſter obéit , récompenfe le jeune Pâtre ,
& l'invite à l'aller voir. Par fa générosité ,
la bibliothèque de Duval s'accrût jusqu'à
quatre cent volumes , tandis que fa garderobe
reftoit toujours la même. Un farreau
de toile ou de laine & des fabots formoient
tout fon ajustement.
Pendant qu'il formoit ainfi fon efprit par
l'étude , le troupeau n'en alloit pas mieux.
Les Hermites s'en plaignirent , l'un d'eux le
menaça même de brûler fes livres , & joignit
un gefte offenfant à cette menace . Duval
étoit né , comme nous l'avons dit , ardent
& fenfible. La fervitude avoit plié fon
âme à la foumiffion , mais nullement aux
infultes . Il faifit une pelle à feu , met le
Frère à la porte de fa propre demeure , en
fait autant aux autres qui accourent au bruit,
& s'enferme feul à double tour. Le Supérieur
arrive. Duval lui détaille par la fenêtre fa
belle expédition ; la douceur du bon Solitaire
parvient cependant à le calmer ; mais
il n'ouvre qu'après lui avoir fait accepter
une capitulation qui confiftoit à lui accorder
l'oubli de tout le paffé , & deux heures par
jour à l'avenir pour vaquer à fes études ; à
ces conditions il s'engageoit à fervir l'Hermitage
pendant dix ans pour la nourriture
& l'habit. Ce qu'il y a de plus plaifant , c'eft
DE FRANCE.
-
que cet acte fut ratifié chez un Notaire de
Lunéville.
- -
-
-
-
Je
Le bois où Duval menoit paître fes vaches
étoit fon cabinet d'études le plus ordinaire.
Un jour qu'il y etoit , entouré felon
fon ufage de fes cartes de géographie , il eſt
abordé par un homme de bonne mine , qui ,
furpris de cet appareil , lui demande ce qu'il
fait - là. J'étudie la géographie.
Eft ce
que vous y entendez quelque chofe ? Mais
vraiment oui , je ne m'occupe que de ce
que j'entends. Où en êtes - vous ? -
cherche la route de Québec pour aller continuer
mes études à l'Univerfité de cette
ville. ( Il avoir lû dans fes livres que cette
-Univerfité étoit fameufe. ) - Il y a , reprit
l'inconnu , des Univerfités plus à votre portée
; je puis vous en indiquer . A l'inftant il
eft entouré par un grand cortège ; c'étoit
celui des jeunes Princes de Lorraine . On finit
par lui propofer d'achever fes études en forme
aux Jéfuites de Pont -à-Mouffon . Duval
héfita . L'étude lui étoit chère ; mais fa liberté
lui paroiffoit plus précieufe encore , & il
n'accepta qu'avec la condition formelle de
la conferver. Ses progrès furent fi rapides ,
qu'au bout de deux ans le Duc Léopold , qui
vouloit fe l'attacher , lui fit faire plufieurs
voyages , entre autres celui de Paris , & à
fon retour le nomma fon Bibliothécaire , &
Profeffeur d'Hiftoire à l'Académie de Lunéville
. Cette place , & les leçons particulières
qu'il donnoit à des Anglois , entre autres au
112 MERCURE
fameux Lord Chatham , lui procurèrent les
moyens de faire rebâtir à neuf (on ancien
Hermitage de Ste Anne. Lors de la révolution
de la Lorraine , il refufa toutes les propofitions
qui lui furent faites pour refter ,
& fuivit la bibliothèque à Florence , où il
refta dix ans ; il fut appelé à Vienne par l'Empereur
François , pour lui former un cabinet
de médailles. C'eſt -là qu'il vécut dans la plus
grande confidération de la part de toute la
Famille Impériale , & qu'il mourut en 1775 ,
âgé de près de 80 ans , & regretté de tous
ceux qui l'ont connu.
Les deux volumes que nous , annonçons ne
font qu'un effai de l'Éditeur , M. Koch , fon
ami intime , qui a voulu preffentir le- goût
du Public fur quelques Écrits de ce Philofophe
avant de les publier en entier. Ils contiennent
des Mémoires fur fa vie par l'Éditeur
, des fragmens fur les principaux événemens
de cette même vie écrits par Duval
lai même; fa correfpondance entière avec
une jeune & très aimable Feinme de Chainbre
favorite de l'Impératrice de Ruffie ; quel
ques Lettres à Mlle Guttemberg , qui tenoit
le même rang à la Cour de Vienne , & d'autres
Lettres à différens particuliers. Nous
ofons croire que M. Koch a plus confulté
fon amitié que fon goût dans la forme de
cette Édition . La longue correfpondance de
Duval avec Mile Anaftafie Socoloff , n'a pas
d'objet affez piquant pour le Public , & ne
comporte pas un intérêt affez grand pour fon
DE FRANCE. 113
étendue. Il eft des plaifanteries d'habitude ,
des idées familières qui reviennent fans ceffe ,
& qu'on répète dans fes Lettres fans s'en
appercevoir , quand on écrit à pluſieurs mois
de diftance , mais qui ne peuvent être fupportées
dans une lecture fuivie. L'Éditeur
nous affure , dans fa Préface , qu'il en a fupprimé
beaucoup ; cependant il en refte encore
affez pour dégoûter le Lecteur le plus
patient. Il falloit fans doute , au lieu de
donner ces Lettres entières , fans nous épargner
même les formules de complimens qui
les terminent , n'en offrir qu'un choix , avec
l'attention de fondre enfeinble celles qui
n'ont qu'un même objet , & elles font en
grand nombre , d'en élaguer toutes les répé
titions , & de mettre à leur place les pièces
qui ont rapport à cette correfpondance , au
lieu de les renvoyer à la fin comme on a
fait. Il falloit non pas faire une vie particulière
de Duval , & nous préfenter enſuite
épars les morceaux qu'il en a écrits lui-même,
foit dans fes cahiers , foit dans différentes
lettres ; mais réunir & coudre enfemble.ces
differens morceaux ; laiffer parler le Philo
fophe le plus qu'il auroit été poffible , &
n'ajouter à fes Écrits que la liaifon qui leur
manquoit. Cette forme , qui éviteroit beaucoup
de redires , feroit fans contredit bien
plus intéretfante , & nous croyons qu'une
nouvelle Édition faire fur ce plan , en réduifant
les deux volumes en un , auroit beaucoup
de fuccès..
114
MERCURE
Au furplus , nous croyons que nos Lecteurs
nous faurons gté de leur donner une
idée du ftyle de ce Philofophe. Il y règne une
grâce, une légèreté bien extraordinaires fans
doute de la part d'un homme qui ne fut
qu'un fauvage pendant toute la jeuneffe , &
qu'un Savant le refte de fa vie , ce qui eſt à
peu près fynonyme relativement au ton de
la fociété.
Il entretenoit une exacte correfpondance
avec Mlle Anaftafie Socoloff , aujourd'hui
mariee avec M. de Ribas , Colonel au Service
de Ruffie . Cette jeune perfonne , d'ori
gine Circaffienne , née au Royaume d'Aftracan
, fut amenée à Paris par la Princeffe de
Galitzin Mile Clairon y prit foin de fon
éducation . A la mort de la Princeffe , elle
retournoit en Ruffie pour être Femme de-
Chambre de I Impératrice , lorfqu'en paffant
par Vienne elle fe rencontra au Théâtre dans
une même Loge avec Duval , qui fit fa
connoiffance , & fe prit pour elle d'une
amitié fi vive que l'amour même n'a point de
fentiment plus ardent. L'amour cependant
n'y étoit pour rien ; le Philofophe y avoit
mis bon ordre. Tourmenté dans fa jeuneffe
de cette paflion qui nuifoit à fes études , il
fe rappela d'avoir lu dans Saint Jérôme qu'on
s'en guérit avec de la ciguë. Il en mangea une
falade fi copieufe qu'il en faillit mourir , &
que fes defirs furent éteints pour jamais. Ce
poifon cependant n'avoit pas altéré la fenfibilité
de fon ame. Sa manière d'aimer étoit
DE FRANCE 115
d'autant plus délicate & plus pure , qu'elle
n'avoit aucun but intereffe.
Duval avoit encore dans fa correfpondance
un autre objet que l'amitié. C'étoit fon admiration
profonde pour toutes les opérations
de l'immortelle Catherine . Elle refpire dans.
prefque toutes les lettres , qui ne roulent que
fur les inftructions qu'il demande à ce fujet.
En voici quelques uns.
* 93-
»
ود
כ כ
و ر
Mile Anaftafie lui avoit fait préfent d'une
Médaille reprefentant l'Impératrice. Elle eft
fâchée qu'elle ne foit pas d'or ; il répond :
" Ne fût elle que du plus commun des
» métaux , il me fuffit ,pour l'eftimer autant
que les diemans du Mogol, qu'elle vienne
de vous , & qu'elle foit à l'effigie de
» l'augufte Souveraine qui fait votre bonheur.
Quelque brillant que foit le Trône
qu'elle décore , je doute qu'il lui donne
autant de relief qu'elle s'en eft attiré par la
» lettre qu'elle a écrite à un Philofophe
» (M. d'Alembert, ) & que les papiers publics
» ont communiquée à toute l'Europe . Il
" avoir plus de deux mille ans que le père du
vainqueur de Darius en avoit écrit une an
fameux Ariftote , précisément fur le même
fujet. Depuis cetemps là aucun Monarque
» n'a été tenté de mettre les talens à un auffi
» haut prix que l'a fait l'augofte Minerve
que vous avez l'honneur d'approcher. I
faut un difcernement bien exquis pour
» fentir auffi vivement toute l'importance
» du vrai mérite en fait d'éducation , fure
ور
و ر
"
y
116 MERCURE
» tout dans un fiècle auffi colifichet & auffi
poliment frivole que celui où nous
" vivons ».
33
גכ
و د
ود
و د
Autre. Il parle à Mlle Anaftafie d'un voyage
de l'Impératrice ... " Sachez donc que votre
augufte maîtreffe, arrivée à Twer , lieu de
» fon embarquement , s'ekt fouvenue qu'un
» livre intitulé Bélifaire.... méritoit d'être
traduit en une langue dont les dialectes
» s'étendent depuis la Bohême inclufivement
jufqu'aux confins de la Chine, & depuis la
Grèce & l'Albanie , jufqu'aux triftes bords
de la mer Glaciale. Pour rendre fervice à
l'humanité, favez- vous comme elle s'y eft
prife ?... Apprenez donc que la Minerve de
Ruffie , au lieu de s'embarraffer quelles
" feroient les fêtes , les bombances , les
» jeux , les concerts & les autres paffe - temps
» les plus propres à charmer les ennuis d'une
navigation prefqu'illimitée , cette Déeffe
» a inventé un amuſement jufqu'ici inconnu
» à la faftueule fiivolité , & plus encore à la
gran leur même. A peine embarquée avec
les Aréopagiftes qu'elle a admis fur fa
flotte , elle a diftribué par la voie du fort
» à chacun d'eux , un des 16 Chapitres de
Bélifaire , afin que tous en même temps
fuffent traduits en langue Ruffe ; mais ce
» que j'admire , & qui me feroit croire qu'en
» Ruthie le fort n'eft pas fi aveugle qu'ailleurs,
» c'eft que le neuvième Chapitre , qui traite
» expreffement des erreurs & des écueils
39
و د
35
ود
33
auxquels le pouvoir fuprême eft exposé ,
DE FRANCE. 117
» foit juftement tombé en partage à la Théms
» du Volga. J'ai vu & tenu une copie de la
» verfion qu'elle en a faite , & lorfqu'on
» m'affura qu'elle égaloit la beauté de l'original
, je n'en fus pas furpris.....
"
-
Voici des Lettres d'un autre genre. « Je
lis préfentement un Livre que je veux
envoyer à mon ami le Frère Zozime ,
Supérieur de l'Hermitage qui a été le ber-
» ceau de ma fortune ( celui qui vouloit
» brûler fes Livres , & avoit pris ſes cahiers
» de géométrie pour un grimoire ) pour en
» faire fon profit. Le livre a pour titre
» Lettres fur la Danse & les Ballets
» par M. Noverre. Jamais lecture ne m'a
وو
--
plus humilié. J'y vois en très- beau ſtyle
» qu'un excellent maître de Ballets eft auffi
unique que le Phénix ; & que tout ce que
l'univers a produit de grands hommes en
" tout genre , n'ont été que des pygmées en
comparaison d'un parfait maître de Ballets.
l'Auteur eft ici , je l'ai vu de mes propres
» yeux. C'eſt une vifion béatifique pour les
" Viennois. On dit qu'on publie une
Gazette Françoiſe à Saint - Pétersbourg.
» Cela eft- il bien vrai ? S'il eft ainfi,de quoi
peut-elle parler ? .... Lorsque je voyageois ,
» à mon arrivée dans une Capitale , je
parcourois tous les marchés publics pour
» connoître en quelles productions le pays
abondoit le plus ; je lifois la Gazette du
lieu , pour me former une idée de la
liberté civile ; je lorgnois toutes les Bibist
ཐ་
و ر
118 MERCURE
F
"
"2
D
» ( il appelle conftamment ainfi les jolies
» femmes , & celles auxquelles il prend
intérêt ) pour favoir fi j'étois en Circaffie
chez les Samoïedes ; j'allois à la
» Comedie pour y étudier le goût national.
Les églifes , les palais , les hôpitaux
m'apprenoient une infinité de chofes que
» je ne puis vous dire. A l'égard du peuple ,
» cet utile & refpectable fond de toutes les
" nations , j'entrois dans leurs humbles chau-
» mières , & felon la propreté ou la misère
" qui y régnoit , je jugeois de la nature du
» Gouvernement ; & c'eſt ainſi que , fans
» être Médecin , je tâtois le pouls à l'humanité
33.
ور
ود
"
Il prenoit beaucoup d'intérêt à la guerre
contre les Ottomans. Il prétendoit par plaifanterie
que le Grand Seigneur ne l'avoit
entreprise que pour enlever Mlle Anaftafiel,
& qu'il avoit juré par fa barbe, ainsi que fon
grand Muphti, qu'il ne mettroit bas les armes
que quand il l'auroit dans fon ferrail. - «Un
fonge affreux a troublé non fommeil. J'ai
» rêvé qu'en nouvelle Roxelane vous étiez
affife à côté du Sultan , & fur le même
fopha ; qu'une troupe de Tartares ayant ,
rafflé tous vos blondins , & moi avec eux ,
ils nous avoient conduits à vos pieds ,
" pour y apprendre norre fort ; que là ,
tandis que nous étions occupés à implorer
votre miféricorde , & à baifer vos brillantes
babouches , & les franges de votre
» doliman, le Sultan , par bonté d'ame, avoit
"
35
"3
""
"
酪
DE FRANCE. 119
33
» ordonné au grand Kiflar Aga de nous
rendre propres au ſervice du ferrail ; que
pour nous dédommager de la perte que
» nous allions faire , vous aviez cru qu'il
fuffifoit de diftribuer à chacun de nous une
affez bonne dofe du précieux baume de la
Mecque ; que là- deffus tous les blondins
» ne trouvant pas leur compte dans cet
équivalent , avoient pouffé des cris que
» l'on entendoit d'une lieue. Ces cris ,
" quoiqu'en fonge , m'ont paru fi lamenta-
» bles & fi perçans , que je me fuis éveillé
» en furfaut , non fans bénir le Ciel de me
» trouver encore comme j'étois avant de
» m'endormir ».
Nous finirons cet extrait en donnant une
idée du ftyle de Mlle Anaftafie , dont les réponſes
nous ont paru très agréables .
ود
ور
"
و ر
---
" Je
» crois vous avoir promis , par une de mos
précédentes , de vous dire mon paffe-
» temps journalier. La Bibi fe couche à onze
heures , & fe lève à huit , ne manque
» jamais à fon devoir , fans cependant y
fonger , parce que le mot de devoir ne me
plaît pas ; j'airne ma gaieté naturelle. Mon
" premier foin en entrant dans la chambre-
» de toilette de Sa Majefté , eft de dire tout
» ce qui me vient dans la tête , fans m'em-
» barraffer fi on m'écoute : vrai moyen)
d'occuper l'oreille du Courrifas , toujours
» avide de nouvelles. J'ai l'art de les amufer
» en difant la vérité toute nue , qu'ils pren- '
nent pour des fineffes. Je fais des contes
"
99
و د
120 MERCURE
1
39
"
bleus à mes camarades pour arrondir leurs
viſages allongés . J'annonce à S. M. tous
» ceux qui viennent , après les avoir bien
» étourdis. Voilà les occupations de devoir
» de la bienheureufe Bibi. Oui , mon ami ,
elle l'eft , puifqu'elle a la fatisfaction de
» vous plaire & de captiver un coeur tel
» que le vôtre.Je finis majournée en ſoupant
» chez M. le Général . C'eft- là où je fuis le
» mieux du monde. On a beau vanter le
» brillant de la Cour , la maifon du bienfaiteur
l'emporte toujours fur elle ,
( Cet Article eft de M. Framery. )
HISTOIRE Eccléfiaftique & Civile du
Diocèfe de Laon , par Dom Nicolas le
Long, Religieux Bénédictin de la Congré
gation de Saint Vanne & de Saint Hydulphe.
A Châlons , chez Seneuze , Imprimeur
du Roi, &c. , in- 4°.
330
C'EST ici un de ces Quvrages de Béné
dictins que le bel efprit fuperficiel dédaigne
, mais qu'un bon esprit eftime , puiſe
qu'enfin ils inftruifent. Un mérite inconteftable
de ces Hiftoires particulières , que
des détails accumulés , des differtations
favantes , des actes & des pièces justificatives
rendent ordinairement un peu volumineuſes
, eft de fournir des matériaux pour
Hiftoire générale. Dom le Long ne fe
borne pas au Diocèfe de Laon , il embraffe
tout le pays contenu entre la Sambre au
Nord , la Meuſe au Levant , l'Aifne au
Midi ,
DE FRANCE. 121
Midi , l'Oiſe au Couchant ; il ne fe renferme
pas même entre ces quatre rivières ,
car Reims fur la Vefle , & Châlons fur la
Marne , l'une & l'autre au Sud de l'Aiſne ,
entrent dans fon plan , lequel , fuivant
l'expofition qu'il en donne lui même ,
comprend le Laonnois & la Thiérache ,
partie de la Champagne , de l'Ile de
France , de la Picardie , du Hainault , du
» Comté de Namur & de l'Évêché de
» Liége fur une étendue de plus de qua
» rante lieues , tant en longueur qu'en lar
» geur, depuis Verdun , Sainte Ménéhould ,
Châlons , Reims , Soiffons & Compiégne
jufqu'à Namur , Maubeuge & Bavay in-
» clufivement.
30
"
"
"9
L'art naturel & néceffaire d'un Auteur dé
ces Hiftoires particulières de Provinces ou
de Villes, eft de ne s'étendre que fur les faits
& les notions qui leur font propres , & de
rappeler feulement d'une manière fommaire
& fuccincte les événemens de l'Hiftoire
générale pour ne pas répéter ce qui est
étrit par -- tout & connu de tout le monde ;
mais il faut convenir que dans la plupart de
ces Hiftoires le moindre prétexte fuffit prefque
toujours à l'Auteur pour adopter & approprier
au pays dont il parle les événemens
même qui femblent y être les plus étran
gers. Ici , par exemple , la bataille de Nicopoli
femble n'avoir aucun rapport au Laonnois
ni à la Thiétaché , mais Enguertand de
Coucy étoit à cette bataille , & y fut fait
N°. 3 , 15 Janvier 1785 .
F
122
MERCURE
1
prifonnier , & Coucy eft dans le Laonnois ;
de même le malheur qu'eut Charles VI de
tomber dans la démence femble ne pas in-.
téreffer Laon plus que le refte du Royaume ;
mais le même Coucy fir appeler un Médecin
de Laon , nommé Guillaume Harcelin
pour traiter le Roi ; & fi Harcelin ne put le
guérir entièrement , il paroît que les fervices
furent agréables & tichement récompenſés ,
puifqu'il fut en état de devenir le bienfaiteur
de la Ville de Laon , d'en réparer les
fortifications , & d'en fermer de murs une
partie. C'eft ainfi que , comme le dit Ju
vénal ,
Vefter porrò labor fecundior hiftoriarum
Scriptores..
Namque oblita modi millefima pagina furgit
Omnibus & crefcit multâ damnofa papyro.
Et ce n'eft point du tout une critique que
nous prétendons faire ou des Hiftoires de
Provinces en général ou de celle du Laonnois
en particulier ; au contraire nous ajoutons
avec le même Juvénal :
Sic ingens rerum numerus jubet , atque operum lex.
Nous trouvons que les matériaux ne peu
vent être trop abondans , trop accumulés ,
& qu'il vaut mieux pour le metteur en
oeuvre avoir à choifir & à refferrer , qu'à
étendre & à fuppléer. Un Lecteur ordinaire
DE FRANCE. 123
trouvera trop de faints & de miracles dans
la partie Eccléfiaftique de cette Hiftoire ;
mais il étoit bien difficile qu'un Eccléfiaftique,
un Religieux , n'admît pas au moins les
faints & les miracles adoptés par les Bollandiftes
& par Baillet. L'Auteur , par fa critique
, par fon goût , par fes réferves prudentes
eft à l'abri de tout reproche de fuperf
tition & de crédulité exceffive.
Le pays dont il s'agit eft plein de monumens
des deux premières Races de nos
Rois ; & il femble que la divifion naturelle
de cet Ouvrage auroit dû être par Races.
L'Auteur le divife en effet en trois Livies ;
mais les Livres ne répondent point aux
Races. Le premier comprend les deux premières
avec les temps qui les précèdent , &
une partie de la troifième ; en un mot , il
s'étend depuis la conquête de la Gaule Belgique
par Jules Céfar,jufqu'au règne de Philippe
I en 1050 ; le fecond , depuis cette
époque jufqu'au règne de Charles VII en
1424 ; le troifième , depuis Charles VII jufqu'à
nos jours. Cette divifion mer plus d'égalité
dans la diftribution , plus de proportion
entre les parties principales.
Nous allons , en négligeant les événemens
publics & connus , parcourir rapidement
quelques fingularités , & obferver quelques
jugemens de l'Auteur.
Les Belges tiroient ce nora de leur carac
tère féroce & violent. Balgen eft un mot
Tudefque qui fignifie fe mettre en colère.
Fij
124
MERCURE
Bibrax dont parle Cefar , éroit la Ville de
Laon. Son nom Gaulois Bibrax paroît , dit
l'Auteur , fignifier une montagne à deux
bras , ce qui lui convient parfaitement , &
le nom de Loon ou Laon , Laudunum ,
défigne auffi une fituation élevée.
*
Il y a diverfes opinions fur l'étymologie
du nom de Thiérache. Les uns la tirent des
effui , terra effuorum , & par contraction
terre effe ; d'autres du mot terraffe , terrein
aride & infertile ; d'autres de terra afla ,
farti , terre brûlée , ou de fart , terre eflarrée
, mife en culture par la hache & le feu.
L'Auteur dérive plus fimplement ce nom de
Thierry , Roi de Neuftrie au feptième fiècle ,
qui poffedoit la Thiérache.
Le nom du Hainaut vient de la Haine ,
qui prend fa fource près de Binch , paffe par
Mons , & tombe dans l'Efcaut à Condé.
L'hiftoire des conteftations des deux
Hincmar de Reims & de Laon eft ici fort
détaillée ; on la lira fûrement avec plaifir ;
l'Auteur la termine par ce trait : « Hinc-
» mar de Laon , dépofé, demeura deux ans
» en exil , enfuite fut mis en prifon , &
» enfin on lui creva les yeux , monument le
$ ´plus beau d'une clémence Royale , dit
» férieufement le Jéfuite Cellot , pulcherri-
» mum clementia Regia munus & veftigium.
29
Mézerai a dit , & la foule des Auteurs a
répété que ce fameux Hébert ou Herbert ,
Comte de Vermandois , qui trahit le Roi
Charles- le Simple & le vendit à Raoul , &
DE FRANCE. 125
qui ne ceffa de faire la guerre à Louis
d'Outre mer , fils de Charles- le - Simple ,
mourut à Péronne en 943 , déchiré de remords
, & criant fans ceffe dans fon délire
& fon agonie : Nous étions douze qui
trahimes le Roi Charles .
Dom le Long rapporte , d'après les Mémoires
du Vermandois , que ce Comte
Herbert fut pendu . Voici fon récit : « Dans
» une Cour plénière que le Roi Louis
d'Outre mer tint à Laon, il condamna ce
» Comte à être pendu pour les révoltes &
» fa trahifon . Herbert fut exécuté fur le
» Mont Fendu , nommé depuis Mont-
» Herbert ( entre Laon & Saint - Quentin . )
On l'inhuma à Saint-Quentin dans une
» Chapelle de Notre Dame , détruite en
» 1760. On voyoit fur fon tombeau une
» pierre où il étoit repréſenté la corde au
22
≫ cou. »
Dom le Long ne difcute pas ce récit fi
différent du premier; mais il y en a une efpèce
de difcuffion dans les Mémoires du
Vermandois , & il faut convenir que la manière
dont le fait du fupplice du Comte, y
eft rapportée n'eft pas fort vraisemblable.
Il ne faut point regarder Hebert com ne
un rebelle ordinaire ; il avoit de grandes
prétentions contre les Princes Carlovingiens
defcendans de Louis le Débonnaire ;
il defcendoit de mâle en mâle de Charlemagne
par Bernard , Roi d'Italie , fils d'an
frère aîné de Louis - le- Débonnaire , & la
F iij
126 MERCURE
bâtardife de ce Bernard eft pour le moins
très équivoque. En la fuppofant même
réelle , on faifoit une grande injuftice aux
Comtes de Vermandois en ne les regardant
pas au moins comme Princes du Sang', tandis
que le bâtard Arnoul jouoit le rôle principal
parmi les Princes Carlovingiens , &
randis qu'Adélard & Vala , fils du Comte
Bernard , lequel étoit is naturel de Charles
Martel , avoient toujours été réputés Princes
du Sang. Au refte , cette nailfance Royale
n'eft pas ce qui nous empêcheroit de croire
qu'un rival cût voulu fe venger d'Hébert
par un fupplice honteux. Pépin le Bref &
Charlemagne traitèrent avec la même indignité
les Princes d'Aquitaine defcendus de
Clovis. Il femble que plus leurs rivaux
étoient grands par la nailfance & redoutables
par leurs prétentions , plus ces Rois
demi barbares affectoient de les dégrader
par l'ignominie.
On croit que ce fut Hugues - Capet qui
créa Duc & Pair l'Évêque de Laon , & qu'il
fit cette érection en faveur d'Azelin , qui fit
enfuite la guerre au Roi Robert , fils de fon
Bienfaiteur.
↓
Le Public fera content des fentimens de
l'Auteur relativement à la tolérance civile.
En 6 , il y eut fept Manichéens condamnnés
à être brûlés : " Supplice cruel , dit l'Au-
» teur , qui leur ôtoit avec la vie le moyen
» de fe convertir. » Le 13 Mai 1239 il Y
eut cent quatre- vingt deux Bulgares ou MaDE
FRANCE. 127
nichéens pareillement brûlés à Montaimé ,
près de Vertus. « Le Roi de Navarre , le
Comte de Grand Pré , plufieurs Seigneurs ,
» plufieurs Abbés , Prieurs , Doyens , & c.
» affiftèrent à ce ſpectacle barbare. » L'Auteur
remarque , avec la dérifion de l'indignation
, que , felon un Écrivain nommé Albéric
, c'étoit un holocaufte agréable à Dieu . Il
ne parle de même qu'avec horreur de l'affreux
maffacre de la Saint- Barthélemi ; &
en annonçant la révocation de l'Édit de
Nantes , il ne manque pas d'obferver que
cet Édit fut fuivi de funeftes " effets , & en--
» leva à la France un million d'hommes, qui
portèrent chez l'Étranger les Arts , les
» Manufactures & plus de deux millions
199
» en argent. »
Mais c'eft prefque faire tort à l'Auteur
que de remarquer ces jugemens. Sa refpec
table Congrégation n'eft pas fufpecte fur
l'article du fanatifme & de la perfecution ;
elle a toujours joint l'humanité à l'orthodoxie.
L'adminiftration de la juftice de l'Évêché
& Duché de Laon , s'exerçoit quelquefois ,
dit l'Auteur , fur des fujets peu importans .
En effet , on trouve dans les Archives de
T'Évêché les papiers d'un procès criminel fait
à un porc de la ferme de Clermont qui ayant
fait périr un enfant , fut condamné à être
pendu ; nous ne voyons pas qu'on ait ufé de
la même rigueur envers le pourceau qui fut
caufe de la mort du Prince Philippe , fils
FAV
128 MERCURE
aîné de Louis le Gros , en paffant entre les
jambes de fon cheval , & le renverfant fur
fon Maître . ( 1131. )
Dom le Long nous apprend une particularité
des Conférences tenues à Saint- Jeandes
-Vignes pour la paix, qui fut conclue le
18 Septembre 1944, à Crepy en Laonnois ,
eatre Charles- Quint & François I. Les Plé
nipotentiaires de l'Empereur étoient Ferdinand
de Gonzague , Granvelle & « deux
» autres du nom de Gufman , dont l'un
» étoit Religieux Dominicain , & l'autre
» Confefleur de l'Empereur. Ceux de la
» France étoient l'Amiral d'Annebaut , Che--
» mans , Garde des Sceaux , Gilbert , Bayard
» & Neuilly , Maîtres des Requêtes ; celui-
» ci s'emporta jufqu'à donner un foufflet
» au Religieux Dominicain à qui il étoit
« échappé quelques paroles indiferères ;
» mais cette violence déplut à fes Collè-
» gues . » En effet , le moment étoit mal pris
pour montrer tant de hauteur & d'emportement
, lorfque l'Empereur étoit au coeur
du Royaume & prefque aux portes de Paris,
& que le Roi d'Angleterre prenoit Boulogne
& alliégeoit Montreuil.
De la manière dont l'Auteur s'explique
fur l'infortune Coucy Vervins , défenfeur
malheureux de Boulogne , il paroît croire
que Vervins fut juftement condamné , & que
fa rehabilitation fut l'effet de la faveur ; il
nous femble cependant que M. de Belloy
dans fon favant Mémoire fur la Maifon de
DE FRANCE. 129
Coucy a très- bien prouvé l'innocence de
Vervins , la malice de fes accufateurs &
l'iniquite de fes juges.
A l'année $ 59 marquée par la mort
funefte de Henri II , l'Aureur obferve un
phénomène fingulier , c'eft que cette année
on fit la vendange en France au mois de
Juillet , & que le vin fe trouva bon.
Aux États de Blois en 77 fous Henri III
on demanda la révocation des Édits de pacification
accordés aux Huguenots , & la réu
nion de tous les François dans la Religion
Catholique , c'eft - à - dire , en d'autres termes,
la guerre civile ; Bodin feul , le célèbre Bcdin
, Député du Tiers - État du Vermandois ,
fit inférer dans les Cahiers du Tiers- Erat
qu'on defiroit la confervation & l'unité de
la Foi , mais fans guerre & fans effufion de
fang.
Dans la lifte des Savans qu'a produits la
Ville de Verdun , l'Auteur nomme M. Thomaffin
, Officier des Gardes du Corps , Auteur
, dit- il , de l'Éloge du Maréchal de Catinat.
C'eft apparemment un des Eloges envoyés
au Concours de 775 ; mais il ne falloit
pas l'appeler ainfi abfoluinent l'Éloge,
ce qui donne l'idée de l'Eloge couronné.
Dans les Auteurs exacts comme Dom le
Long , on n'a que des bagatelles à relever .
Fv
130
MERCURE
MÉMOIRE fur les différentes manières
d'adminiftrer l'Électricité , & Obfervations
fur les effets que ces divers moyens ont
produits , par M. Manduyt. Extrait des
Mémoires de la Société Royale de Médécine.
in 4° . A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.
M. Mauduyt a déjà publié deux Mémoires
fur l'Électricité , inférés dans le Recueil de la
Société Royale de Medecine , & qui ont
obtenu le fuffrage du Public ; mais cette
nouvelle branche de Médecine étoit moins
connue alors ; & les expériences qu'on a
multipliées depuis, ont répandu fur cet objet
de nouvelles lumières. Tels font les motifs
qui ont déterminé M. Mauduyt à donner le
troisième Mémoire que nous annonçons.
Il eſt divifé en deux parties ; la première
réunit les différentes manières d'adminiftrer
l'électricité. Dans la feconde , l'Auteur cite
les diverfes maladies dans lefquelles ce remède
a été employé , la manière dont il l'a
été , & enfin les bons ou mauvais effets qu'il
a produits dans les différens cas , & fuivant
les diverfes manières qu'on a employées.
On fent que cet utile & eftimable Ouvrage
n'eft pas fufceptible d'analyfe. Les
principales fources où a puifé l'Auteur ,
/ font , Elai fur la théorie & la pratique
de l'Electricité Médicale , par M. Cavallo
, & une Differtation latine de M. Abra
DE FRANCE. 131
ham Wilkinfon. Ce Mémoire eft terminé par
une lifte des Ouvrages qu'ont cité les Auteurs
que nous venons de nommer , & des
Écrits François , tant anciens que modernes
fur le même fujet. Ainfi cet Ouvrage , ourre
les Obfervations de M. Mauduyt & le réfultat
de fes expériences , offre diverfes autorités
à difcuter aux Geus de l'Art ; & le
Public y trouvera tout ce qui a rapport à
cet objet intéreſſant.
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ONN
a donné , Vendredi 31 Décembre , la
Lixième repréſentation de Diane & Endimion.
Cet Opéra , dont les Auteurs avoient
fufpendu les repréſentations après la cinquième
, a été accueilli par le Public d'une
manière propre à juftifier les changemens
qu'y ont faits MM . de L *** & Piccinni. On
avoit obfervé , en rendant compte de cet
Ouvrage lors des piemières repréfentations ,
que l'amour de Diane pour Endimion n'étant
pas affez annoncé dans le premier Acte , le
Poëte motivoit trop foiblement & la jaloufie
de cette Déeffe pour Ifménie , & la vengeance
qu'elle fe préparoit à en tirer. Il
F vj
132 MERCURE
a corrigé ce défaut, Diane , entendanc
les chants de victoire qui lui annoncent
qu'Iménie a vaincu le monftre , interrompt
le Divertiffement de fes Nymphes ,
qui avoit paru trop long , & leur ordonne
d'aller au devant du vainqueur , & de le lui
préfenter. Reftée feule , un monologue ,
fuivi du bel air Je vais revoir l'ingrat que
j'aime , qu'on a tranfporté du troifièize
Acte au premier , annonce maintenant au
Spectateur l'amour de cette Deeffe pour Endimion
, la crainte qu'elle a d'en être trahie ,
& la vengeance qu'elle fe prépare à tirer de
fa rivale . On avoit obferve aufli que le monologue
de Diane , qui ouvroit le troifième
Acte , n'etoit guères que la répétition
de celui de cette Décffe au fecond Acte. Les
Auteurs l'ont fupprimé , & y ont fubftitue la
fituation plus intéreflante d'Endimion , er-
#ant défefpéré autour du temple de Diane ,
où fon amante a dû prononcer ce ferment qui
la lui ravit pour toujours torfqu'Ifmenie ,
égarée & tremblante , fortant du temple ,
vient s'offrir à fes yeux . En vain cette Nymphe
veut engager fon amant à fuir le courroux
de Diane , qui pourroir le venger fur
lui de ce que l'amour la ravir à fa tureur ;
Endimion veut périr avec elle , & c'eft dans
ce moment que Diane , fuivie de fes Nymphes
, furprend ces deux amaus , & veur encore
une fois immoler Ifménie. Ce chan
gement a le mérite de renouer l'action du
troifième Acte à celle du fecond ; mais il n'a
DE FRANCE. 133
point empêché que le dénouement ne préfente
un moyen femblable à celui qui termine
le fecond Acte . Iménie , déjà ſauvéc
par l'intervention de Amour au fecond
Acte , laiffe trop peu à craindre pour elle ,
lorfque Diane menace de la percer au troifième
, & le Spectateur s'attend trop à voir
çe Dieu venir encore une fais au fecours de
cette Nymphe. Au refte , ces changemens
étoient peut- être les feuls dont cet Ouvrage
fût fufceptible ; le Public les a goûtes , & de
nombreux applaudiffemens ont été la récompenfe
d'une docilité rare parmi la plupart des
Auteurs , mais que la déférence d'un Artifte
du mérite de M. Piccinni devroit encoura
ger . Les applaudiffemens donnés à pluſieurs .
morceaux de musique du premier ordre , ont
confumé le fuccès qu'ils avoient eu lors des
premières repréſentations .
Le rôle d'Ifménie, rendu dabord d'une manière
intereflante parMme Caftelnau, pendant
l'abfence de Mme Saint Huberty , a été
joué par cette celèbre Actrice avec le plus
grand fuccès. Le Public lui a témoigné , par
les applaudiffemens les plus flatteurs , qu'il
lui favoit gré de n'avoir point regardé ce
petit rôle comine au deflons d'elle , & de
J'avoir encore embelli par les reffources &
la fupériorité de fon talent. Mlle Maillard a
ajouré à la manière dont elle avoit chanté
précédemment le rôle de Diane , ung exgreffion
dans fa figure & un mouvement
dans fon jeu qui lui ont obtenu les applau134
MERCURE
diffemens les mieux mérités . On avoit précédemment
relevé la manière dont cette Actrice
étoit habillée lors des premières repréfentations
de cet Opéra ; l'Adminiſtration a
réparé certe négligence par l'élégance & la
nobleffe d'un coftume qui fert officieuſement
la taille de Mlle Maillard , & qui eft
plus analogue que le premier au caractère
de Diane.
On a fubftitué aux actions pantomimes
qui compofoient le dernier Ballet de cet
Opéra, différentes entrées qui ont paru plaire
davantage. Le pas de deux de Pâtres , danfé
par la Dlle Langlois & le fieur Laurent , a été
fort applaudi ; nous invitons ce Danfeur à
cultiver un genre qui peut lui devenir propre
, & dans lequel ce début annonce qu'il
obtiendroit des fuccès flatteurs . Le pas de
deux dansé par la Dlle Zacharie & le fieur
Veftris , a été applaudi avec tranſport : ce
Danfeur , tous les jours plus étonnant , femble
s'y être furpaffé lui-même , non feulement
par la force & la légèreté qui le dif
tinguent , mais encore par l'adreffe & le
goût avec lesquels il fembloit animer & conduire
les mouvemens de fa jeune Danſeuſe ,
dont les progrès deviennent très -fenfibles ,
& dont le talent, embelli par une jolie figure
& par une taille élégante & légère , mérite
bien tous les foins que lui donne M. Veftris
le père , dont elle eſt élève .
DE FRANCE. 135
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 28 Décembre , on a donné , pour
la première fois , les Amans Timides , Comédie
en un Acte & en vers.
Une jeune veuve & un jeune homme s'aiment
fans ofer fe le dire ; leur timidité eft
telle qu'à peine elle leur permet de fe voir,
de fe parler & de refter enſemble . Un Valet
& une Soubrette fe propofent de les fervin,
en facilitant , en néceffitant même des entretiens
fufceptibles d'amener de part & d'autre
l'aveu de l'amour qu'il reffentent . Un de ces
entretiens amèhe en effet cet aveu tant defiré
, & le jeune homme époufe la veuve. :
Cet Ouvrage n'a point eu de fuccès. La
fituation des deux amans n'eft point neuve ,
elle n'offre qu'un intérêt très foible , & ce
qu'elle a de comique nnee ffuuffffiitt pas pour faire
la bafe d'une intrigue . De jolis vers , un ftyle
brillant & quelques traits d'efprit fort fail
lans , ont fait applaudir les premières Scènes ;
la fin de l'Ouvrage n'a pas joui de la même
faveur. Comme l'Auteur a retiré fa Pièce
après la première repréfentation , nous ne
nous appefantirons point fur les reproches
que mérite certe peritè Comédie . Nous nous
bornerons à dire qu'il eft tems que nos jeunes
Auteurs ceffent de porter fur la Scène des
fituations femblables à celle qui fait le fond,
1;6 MERCURE
des Amans Timides. Marivaux les a toutes
épuifees. L'efprit de cet Écrivain , naturellement
tourné vers la métaphysique , lui a
fourni des reffources qu'il eft très difficile
de rajeunir , & qu'il eft décidément impoffible
d'employer mieux que lui. Le Marquis
& la Comteffe du Legs font deux perfonnages
véritablement intéreffans ; mais il
faut remarquer que l'intérêt qu'ils infpirent
naît feulement de la curiofité , & que pour
exciter & foutenir cette curiofité , il falloit
toute la fubtilité d'efprit qui appartenoit à Marivaux
, & un talent très exercé. Cet Auteur
n'a point eu de modèle ; il a obtenu & mérité
des fuccès ; inalgré cela , il nous femble
qu'il n'eft pas fait pour en fervir , & que fa
manière eft plutôt capable d'égarer que de
fervir de guide .
Le Jeudi 30 du même mois , on a donné
Ja première reprefentation de Lucette , Comédie
en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par MM. Piccinni père & fils.
Cette Comédie a été traitée par le Public
avec beaucoup de févérité. Elle mérite en
effet de grands reproches. Le fond en eft
très vicieux , & tout l'efprit du monde ne
fauroit redreffer ni pallier un tort de cette
efpèce. La rigueur des juges n'a point altéré
la docilité de M. Piccinni fils . Une lettre
imprimée dans le Journal de Paris , ( le 7 de
DE FRANCE. 137
ce mois ) nous apprend que , tant par refpect
pour le Public que dans la perfuafion où il eft
que les Ouvrages du grand Artifte dont il a le
bonheur d'être le fils , peuvent avoir pour le
Public une valeur indépendante de fes foibles
efforts , il s'occupe à faire des changemens à
fa Lucette . Nous attendrons donc ces changemens
pour rendre compte de l'Ouvrage.
Nous defirons qu'ils foient affez heureux
pour mériter les fuffrages des Amateurs du
Théâtre , & pour nous donner le plaifir d'en
tendre fouvent la musique de M. Piccinni
père. Elle eft digne de fon illuftre Auteur.
Nous en rendrons un compte détaillé lorsque
nous l'aurons affez entendue pour être en état
d'en développer tout le mérite .
ANNONCES ET NOTICES.
OE
UVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , quatorzième Livraifon , troifième
& dernier volume des OEuvres mêlées , & de la Cotlection
des OEuvres de Plutarque. in-4 ° . & in- 8 °.
papier double d'Angoulême , d'Hollande & Vélin.
Le Tome premier du Supplément aux Vies des
Hommes Illuftres , ( quinzième Livraiſon ) paroîtra
dans le courant de ce mois Ce Supplément aura trois
volumes , dont on voit quel doit être le contenu à
la tête du premier volume des Cuvres de Plutarque ,
à l'Avis de l'Éditeur , dans lequel fe trouve la diftribution
totale de l'Ouvrage.
La Table pour les OEuvres de Plutarque ne pa148
MERCURE
roîtra qu'après ce Supplément , & ce grand Ouvrage
fera entièrement imprimé vers la fin d'Avril .
N. B. Il ne faut pas faire relier cet Ouvrage qu'il
ne foit abfolument fini , parce qu'avec le dernier
volume on recevra les cartons pour mettre aux endroits
où il a pu fe gliffer des fantes. On foufcrit à
Paris , chez J. F. Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe ,
place S. Michel, & chez tous les principaux Libraires
du Royaume .
>
Le même Libraire va faire paroître inceffamment
uné Édition des Euvres Complettes de Scarron ,
grand in- 8 °. & in 4. 7 vol. avec le Portrait de
l'Auteur ; Lucien, de la Traduction de Perrot d'Ablancourt
, avec des Notes , des Obfervations & des Remarques
Littéraires fur cette Traduction grand
in- 8 °. & in- 4 ° . 3 vol avec les Portraits de l'Auteur
& du Traducteur. On ne fouferit point pour ces
Ouvrages , dont les volumes paroîtront tous à la
fois , il fait feulement de fe faire inſcrire , afin de
les recevoir auffitôt après l'impreſſion Il n'en fera
tiré que so exemplaires in 4 ° . de l'un & de l'autre.
EUVRES choifies de l'Abbé Prévôt , avec figures.
Dixième & avant dernière Livraifon , contenant :
Mémoires d'un Honnête Homme , Almoran & Hamet,
Anecdotes & Aventures , Vie de Cicéron , premier
vol. 4 vol.
On fouferit . pour lesdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . Le Prix de la Soufcription eft de 3 liv,
12 fols le vol. broché. On a tiré 24 exemplaires fur
papier d'Hollande , à 12 liv , le vol . broché.
LE Sultan Généreux , Comédie en trois Actes , en
vers , par M. Dorvigny ; repréfentée pour la première
fois , à Paris , fur le Théâtre de l'AmbiguDE
FRANCE, 139
Comique , le 10 Mai 1784. Prix , 1 livre 4 fols. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , rue
Galande.
Lindor , efclave chez les Turcs , a le bonheur à
la chaffe de fauver la vie au Sultan , qui lui donne
fon anneau , & lui promet d'exaucer le premier de
fes voeux. Lindor , qui a été féparé de fon père & de
fa maîtreffe , demande qu'on lui rende fon père ; &
en effet , le Sultan ordonne qu'on le cherche partout.
On le retrouve ; & le hafard veut que la maîtreffe
du Grand Seigneur , beauté rébelle à fes voeux,
fe trouve auffi la maîtreffe que pleure Lindor. Soliman
confent à l'affranchir avec fon père ou fa maîtreffe
, & lui ordonne de choifir. Lindor , puifque
des trois on veut en délivrer deux , demande à refter
dans les fers , pour rendre la liberté à la maîtreffe
& à fon père ; mais le Sultan , pour remplir le titre
de la Pièce , les délivre tous les trois .
On trouve chez le même Libraire , le bon Seigneur,
ou la Vertu Récompenfée . Drame en un Acte & en
profe , repréfentée fur le Théâtre des Grands Danfeurs
du Roi.
LA Géographie Sacrée & les Monumens de l'Hif
toire Sainte. Lettres de P. Jofepk- Romain Joly de
Saint- Claude , Capucin , de l'Académie des Arcades
de Rome , avec des planches & des cartes Géographiques.
Nouvelle édition , augmentée d'une table
géographique de tous les lieux dont il eft fait mention
dans la Bible & de l'Hiftoire Naturelle de l'Écri
ture- Sainte , enrichie d'un grand nombre de planches
, in 4 ° . A Paris , chez Alexandre Jombert
jeune , Libraire , rue Dauphine.
Le Savant Auteur de cet Ouvrage n'a rien épargné
pour le rendre encore plus intéreffant. C'eſt un nouveau
titre à fa réputation , fondée fur plufieurs autres
productions eftimables.
140 MERCURE
PROPRIETES de la Poudre unique , réduites au
vrai , &c. Partie feconde , contenant la Recette de
cette Poudre & la manière de la manipuler , par J. P.
de la Font , Chirurgien , employé par Sa Majefté
pour l'Adminiftration de cette Poudre , dans l'épreuve
ambulatoire faite par fes ordres en l'année 1780 ,
fur les 36 Soldats de Lille, A Paris , chez l'Auteur ,
rue Plâtrière , la deuxième porte- cochère à droite en
entrant par la rue Montmartre ; Cailleau , Imprimeur-
Libraire , rue Galande , & Guillot , Libraire , rue
Saint Jacques.
Cette feconde Partie contient enfin le fecret de
cette Poudre qui a fait tant de bruit. Il y a appa.
rence que l'Auteur prétend plus à la reconnoiffance
du Public qu'à celle de Diſtributeur de cette Poudre.
Avis très important aux Perfonnes attaquées de
Hernies ou Defcentes , par M. Lerouge , Docteur en
Médecine , Médecin du Roi , Chirurgien du Col.
lège de Paris , Chirurgien- Interne de l'Hôtel - Dieu ,
& Succeffeur de M. de la Genevrière. A Paris , chez
l'Auteur , Marché Neuf , près Saint- Germain-le-
Vieux en la Cité.
M. Lerouge defireroit que chaque perfonne qui
s'occupe de l'Art de guérir , fe livrât de préférence à
l'étude & à la pratique d'une partie de cet Art ; en
conféquence de fon fyftême , il a confacré fpécialement
fa vie & fes travaux au traitement des Hernies
; & ayant remarqué que les perfonnes qui en
font attaquées étoient expofées à chaque inftant à
une infinité d'accidens funeftes dont elles pourroient
fe garantir elles mêmes fi elles avoient fur leur état
des inftructions qui fuffent à leur portée , il a compofé
en leur faveur le petit Ouvrage que nous annonçons
.
Ses lumières , & l'expérience qu'il a açquife à
l'Hôtel Dieu , méritent certainement la confiance du
DE FRANCE. 141
Public , & un avis qu'on lit à la tête de l'Ouvrage , &
que nous allons tranfcrire ici , en lui attachant l'eftime
publique , fervira de leçon aux Médecins &
Chirurgiens intéreffés qui négligent trop fouvent de
s'occuper des Pauvres .
Il exifte dans les campagnes , dit l'Auteur , une
multitude d'habitans indigens affligés de Hernies ,
qui , faute d'un bandage dont ils ne peuvent faire
facquifition , mènent une vie malheureufe , & la
terminent dans des accidens affreux . J'offre de leur
en fournir non pas gratis , ma fortune ne peut
feconder mon zèle , mais à un prix fi modique que
je n'y gagnerai rien. Pour cela on chargera le Cnirurgien
du lieu de marquer les circonftances de la
defcente , l'endroit & le côté où elle eft , & la groffeur
du fujet prife avec un fil fur le contour qui doit
recevoir le bandage , & l'on me fera paffer le tout
par une lettre qu'on aura foin d'affranchir. L'indigence
du malade fera atteſtée par MM. les Curé &
Chirurgien du lieu.
P
MEMOIRES fur l'Agriculture du Boulonnois &
des Cantons Maritimes voifins , par M. D. C. A
Boulogne; & à Paris , chez Ch . Nyon , Libraire ,
Volume in 8 °. Prix , 2 liv. 10 fols.
Si chaque Province avoit des Citoyens cultivateurs
affez zélés & affez entendus pour prendre la
plume , & faire connoître à leurs compatriotes les
qualités bonnes & mauvaiſes de l'air & du fol , les
productions utiles ou dangereufes , les abus & les
moyens d'y remédier , les ufages établis qu'il fau
droit déraciner , & d'autres qu'il faudroit faire adopter
; non - feulement la Province affemblée , mais
même chaque individu qui la compofe pourroient
augmenter leur fortune & leur bien-être en améliorant
leurs terres & leurs troupeaux , vraies richeffes
d'un État. Ce que nous defirions vient d'être exécuté
142 MERCURE
avec fuccès par M. de C ... pour la Province du
Boulonnois & des cantons võifins. Son Ouvrage eft
divifé en trois Parties ; la première contient la defcription
de la Province , & parle de l'influence de la
mer & des vents fur les végétaux ; la deuxième
traite des terreins , des engrais , des beftiaux , des
plantes , des fermes , &c.; dans la troisième on parle
des plantations , des pépinières , des jardins , & c . On
deit favoir gré à M. de C.... d'avoir employé fes
momens de loifir à la rédaction des obfervations
qu'il a faites ; la manière dont il parle de l'Agricul
ture la fait aimer à fes Lecteurs , & l'on ne peut
qu'accorder la plus grande eftime à un Amateur qui
joint à beaucoup de zèle & de clarté un ftyle qui
n'eft pas fans mérite , & une modeftie qui n'eft pas
commune.
RAPPORT des Cures opérées à Bayonne par le
Magnétifme Animal , adreffé à M. l'Abbé de Poulouzat
par M. le Comte de Puységur , avec les
Notes de M. d'Efpremenil. A Bayonne & fe trouve
à Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
? Le Répertoire des Cures atteftées dans cet Ouvrage
deit confoler dans leurs afflictions actuelles
les Partifans du Magnétifme , & tous les Partis s'intérefferont
à un jeune Militaire qui fe confacre au
foulagement de l'humanité.
LE Négociant Patriote , contenant un Tableau
qui réunit les avantages du Commerce , la connoiffance
des péculations de chaque Nation , & quelques
vues particulières fur le Commerce avec la
Ruffie , fur celui du Levant & de l'Amérique Angloise
, Ouvrage utile aux Négocians , Armateurs ,
Fabriquans & Agricoles ; par un Négociant qui a
yoyagé. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris , chez
DE
FRANCE.
Royez , quai des Auguftins , à la deſcente du Pont
143
Neuf.
Cet Ouvrage renferme de bonnes vûes préſentées
fans méthode . Il peut être utile aux perfonnes à qui
il eft deſtiné , & il le feroit davantage par une
meilleure rédaction .
TROISIEME Recueil d'Ariettes choifies dans
plufieurs Opéras nouveaux , avec
Accompagnement
de Guittare , par M.
Mazuchelli . Prix , 7 livres
4 fols A Paris , chez l'Auteur , Maître de Chant &
de Guittare , rue Saint Honoré, près celle de l'Arbiefec
, maifon de M. Noret.
RECUEIL Contenant douze Noëls en Pot - pourri ,
O Filii & cing Airs variés fuivis de fept Préludes
pour le Clavecin , par M. Charpentier , OEuvre XVII.
Prix , 9 livres. A Paris , chez l'Auteur , paffage Saint
Pierre , Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine,
rue des Poulies , & Salomon , Luthier , -Place de
l'Ecole.
NUMEROS 6 & 7 des Feuilles de
Terrfychore ,
ou nouvelle Etude de Harpe & de Clavecin , compofés
par les Profeffeurs les plus
recherchés pour ces
Inftrumens. Il paroît tous les Lundis une Feuille de
chaque efpèce. Prix , 1 livre 4 fols chacune , franche
de port. A Paris , chez Coufineau père & fils , Lu
thiers de la Reine , rue des Poulies.
TROIS
OIS Sonates
pour la Harpe ou le Piano-
Forté , avec Violon , dédiées à la Reine , par Mme
Cléry ( Mile
Duverger ) ,
Muficienne des Concerts
de S. M. , OEuvre I. Prix , 6 liv. A
Verſailles , chez
l'Auteur ,
Boulevard de la Reine , vis-à- vis la rue de
Provence ; & à Paris , chez M.
Bailleux , rue Saint
Honoré, près celle de la Lingerie.
MERCURE
G
›
CONCERTO à Violoncelle principal, Violons ,
Alto & Baffe , Cors & Haut-Bois ad libitum , del
fignor Reicha , exécuté au Concert Spirituel , par
M. Duport. Prix , 4 livres fols. Septième Concerto
à Violon principal , Violons , Alto & baffe
Cors & Haut-bois ad libitum , par M. Fodor l'aîné.
Prix , 4 liv. 4 fols . - Première & deuxième Sym.
phonies concertantes à plufieurs Inftrumens , par M.
Pierlot. Prix , 4 livres 4 fols chaque. Airs de
Richard-Coeur-de- Lion , avec Accompagnement de
Harpe , par M. Burkhoffer , OEuvre XXII . Prix ,
livres. A Paris , chez Imbault , rue & vis à -vis le
Cloître Saint Honoré , maifon du Chandelier.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
VErs fur le départ de M. Euvres de Valentin Jameray
Larive ,
97 Duval 103
de Parny.
Vers pourle Portrait de M.de Hiftoire Ecclefiaftique
& Ci-
98 vile du Diocefe de Laon, 120
Mémoire fur les différentes
manières d'adminiftrer l'E
lectricité,
Faits au bois de Vincennes ,
ib.
Couplets chantés à M. & Mme
Gri***
Aux Femmes ,
99 Académie Roy. de Mufiq.131
100 Comédie Italienne ,
Charade , Enigme & Logo- Annonces & Noriees ,
grypke
APPROBATIO N.
1.30
135
137
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Scemix , le
Mercure de France , pour le Samedi 15 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 14 Janvier 1784. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à toutes les Réponfes que l'on
m'a faites au fujet de la Harpie,
QUAND j'ofai peindre la Harpię ,
Ma Mufe me difoit tout bas :
Femme douce , aimable & jolie ,
Te fourit & ne t'en veut pas,
Celle qui fe croit offenfée
Affiche un courroux indiſcret ;
Que t'importe fi l'inſenſée
Prend un tableau pour un portrait ?
( Par M. Hoffman . )
N°. 422
42922-
Farmier
1785.
G
146 MERCURE
RÉPONSE à M. HOFFMAN.
*
3
UN mince Auteur de miñces épigrammes ,
Où dans dix vers il fait loger l'ennui ,
Pour qu'une fois on s'occupe de lui ,
Vient à Paris calomnier les Dames.
Petit méchant , ceffez de nous noircir ;
Je gagereis qu'aucune de nos femmes
Ne vous a fait l'honneur de vous hair.'
(Par lui-même. )
Autre par lui-même encore.
L'AUTEUR de la
méchanceté
Qu'on imprima contre les Dames ,
En fut fans doute inaltraité ,
Témoins les Muſes , qui font femmes. *
CHANSON.
AIR: Ce fut par la faute du fort.
Tox feule , jeune & belle Églé ,
Aux refus fais donner des grâces ;
* Note du Rédacteur . Plufieurs Dames ayant exigé de
M. Hoffman une Épigramme contre lui - même , en expiation
de celle de la Harpie , il fit les deux qu'on
vient de lire ; c'est lui - même qui nous a priés de les rendre
publiques.
BJOTHECA
ΚΡΟΙΑ
MONACENSIS
DE FRANCE. 147
La fageffe & la volupté
Ne s'accordent que fur tes traces ;
Sans effaroucher les defirs ,
Tu fais faire aimer l'innocence ;
Tu fais enchaîner les plaifirs
Sans les noeuds de la jouiſſance.
DE L'AMOUR , ton fouris touchant
Captive les goûts infidèles ;
A tes genoux ce tendre Enfant
Semble ignorer qu'il a des aîles ;
Soumis pour la première fois ,
Il chérit ton heureux empire ;
Aux autres il donne des loix ,
Et près de toi feule il foupire.
ECLÉ , ce triomphe eſt plus beau ,
Mais est moins doux qu'une défaite :
Laiffe cet efclave nouveau
Dans ton coeur choifir la retraite :
Faite pour fixer tous les yeux ,
On doit aimer quand on fait plaire ;
De l'Amour fi tu crains les feux ,
Pourquoi reffembler à ſa mère ?
(Par M. Richard , de la Flèche. )
茶
Gil
143 MERCURE
le
VERS pour la Pyramide projettée par
Corps Municipal de Calais , à la gloire de
MM. BLANCHARD & GEFFERIES.
AUTANT UTANT que le François , l'Anglois fut intrépide ;
Tous les deux ont plané jufqu'au plus haut des airs ;
Tous les deux , fans navire , ont traversé les mers :
Mais la France a produit l'Inventeur * & le Guide .
(Par M. de la Place , Citoyen de Calais . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Tic- Tac ; celui
de l'Enigme eft Montre ; celui du Logogryphe
et Charité , où l'on trouve chat ,
Tir , ah , eh , thé , Cité , Rhé , char , cri ,
archet , air.
CHAR A D E.
Mon premier , pour bien des mariş ,
Eft un fujet de perfifflage ;
Des vers que j'adreſſe à Cloris
Mon fecond a tout l'avantage ;
* Le célèbre Montgolfier , Inventeur de l'Aréoftat .
DE FRANCE. 149
Mon tout , Lecteur , eft au village
Ce qu'un orchestre eſt à Paris.
(Par M. le Vicomte de Mélignan. )
ÉNIGM E.
JE fuis , quoique riquant , le favori d'Iris ;
De fes fréquens baifers pas un feul ne me touche ;]
Je ne mange jamais ; vous ferez donc furpris
Que je prenne le pain & l'ôte de fa bouche.
( Par M. Bouvet , à Gisors . )
LOGOGRYPH E.
L'AIR eft mon élément ,
Ou , pour parler plus clairement ,
Je fais un être aîlé. Cinq pieds font ma mefure ,
Où tu dois fans efforts trouver à l'aventure
Le mois chéri de Flore ; un fleuve bienfaiſant ;
Une ville opulente au nouveau continent ;
Ce que l'on fait toujours lorfque l'on veut médire.
Je finis , auſſi bien je n'ai plus rien à dire.
(Par M. Berthier , Officier au Rég, de Picardie. )
Giil
150 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES d'un Cultivateur Américain ,
écrites à W. S. Ecuyer , depuis l'année
1770 jusqu'à 1781 , traduites de l'Anglois
par *** . A Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente.
LE titre feul de cet Ouvrage en promet
un intéreffant , puifque c'eft un Livre fur
l'Amérique , par un Américain. Il ne faut
plus entendre par l'Amérique comme
l'obferve l'Auteur , ni nos Ifles à fucre , ni
les contrées qui fourniffent de l'or aux deux
Mondes. La véritable Amérique eft ce vafte
continent qui a commencé le dernier à ſe
peupler , qui s'eft peuplé des victimes de la
perfécution religieufe & de l'oppreffion civile
chez tous les peuples , qui s'eft formé
aux verrus , en plaçant toutes fes efpérances
dans l'Agriculture ; qui a été préparé à une
bonne civiliſation par l'influence du plus
étonnant Gouvernement de l'Europe ; car
l'Angleterre aura la gloire d'avoir créé des
peuples dignes de fecouer fon joug , lors
même qu'elle effuyera le reproche de les
avoir forcés à l'indépendance , par l'oubli de
fes propres maximes. Là , les anciens crimes
de l'Europe dans le nouveau Monde , s'expient
par la plus religieufe pratique de l'huDE
FRANCE. ISI
manité & de la tolérance , fi le comble de la
barbarie & de l'injuſtice peut jamais s'expier.
Là , les plus prodigieux accroiffemens de la
population réparent un peu la plus horrible
dévaftation. Là , à chaque inftant des pas
d'hommes s'impriment pour la première
fois dans les éternelles folitudes de la nature ,
où l'homme, en avançant fans ceffe dans fon
immenfe domaine , le voit fans ceffe fe reculer
& s'étendre. Là , toute l'énergie de la
Nature brutte s'offre en contrafte avec la
vigueur des fociétés naiffantes. Les Nations
qui ont pris poffeffion de ces contrées , font
par intérêt autant que par inclination , amies
du monde entier , leur profpérité eſt dans
le nombre des citoyens qu'elles acquièrent
chaque année , leur gloire dans leurs bienfaits
pour tous ceux qui cherchent des fecours
& un afyle . Ailleurs , les Européens.
arrivent pour s'enrichir ; & ils n'apportent
que les vices de la cupidité. Ici , ils viennent
acquérir par le travail une douce & libre
fubfiftance ; & ils prennent toutes les vertus
qui tiennent aux exercices du corps & à la
modération de l'âme. Ailleurs , les Européens
ne fe repofent jamais dans leur première
fortune , toujours impatiens d'une
plus grande , parce qu'ils tournent inceffamment
leurs penfées & leurs defits vers leur
ancienne patrie. Ici , ils prennent par goût ,
par habitude , par néceffité , les principes &
les moeurs d'un pays où ils viennent vivre &
mourir. Auffi vous y voyez des peuples qui.
Giv
152
MERCURE
ont une phyfionomie à eux , le caractère de
leur fituation naturelle & politique ; & ce
caractère est tout ce qu'on peut defirer de
meilleur. Remarquons l'heureufe fingularité
qui diftingue ces peuples. Dans un état de
fociété où tout fent la naiffance des chofes ,
ils ont déjà la maturité des vieilles Nations.
Une forte de perfection caractériſe leur ori-'
gine. Ils ont encore pour la plupart des
moeurs pures & fimples ; & déjà tous les
Arts utiles & la Philofophie même fleuriffent
parmi eux. Tout ce qui eft bon naît chez
eux de lui-même. Tout ce que nous avons
d'utile & de malfaiſant tour enfemble , s'y
épure. Tout croît & fe développe chez eux.
dans un ordre particulier. Ils ont des bibliothèques
publiques & point de théâtres . Ils
ont de grands Écrivains en politique , d'excellens
Légiflateuts ; & ils commencent feulement
à avoir des Poëtes. Les plus riches
*
* Cette obfervation n'eft pas plus un éloge qu'une´
critique ; il étoit naturel que des peuples pareils commençalent
par la raifon plutôt que par l'imagination.
Voici le moment pour eux de s'illuftrer par la
poéfie ; elle eft faite pour les temps du bonheur &
de la gloire , & elle peut s'allier avec les moeurs :
comme avec la corruption ; la conquête de leur
liberté fera pour les Américains ce que la conquête
de Troye fut pour les Grecs. Elle vient déjà d'être
chantée par un des Guerriers qui y a concouru. M. le
Colonel Hamfrife vient de publier fur ce fujer un
petit Poëme plein de verve & de fenfibilité , & on en
annonce un plus confidérable qui s'achève.
I
DE FRANCE. 253
Colons , parmi eux , conduifent la charrue
de leurs mains ; & les plus pauvres connoiffent
les inventions de l'Europe dans l'agriculture
, & s'inftruifent dans la fcience du
Gouvernement.Ce ne font pas quelques hommes
fupérieurs & rares qui leur ont tracé
leurs Loix & leurs Conftitutions ; ils les ont
reçues & délibérées eux - mêmes dans leurs-
Affemblées Nationales ; & jamais les droits.
de l'homme & du citoyen n'avoient été ni fi
bien pofés , ni fi bien éclaircis . Voilà la véritable
Amérique. Un grand événement qui
vient de s'y achever, donne encore à ces peuples
la prééminence de ce titre. Ils viennent
de conquérir leur liberté. Déformais l'Amériqué
, comme avant fa dévaftation , va pofféder
des hommes indigènes. Le fol qu'ils
foulent eft à eux , ils n'ont plus de loix que
celles qu'ils fe font données eux mêmes.
Du haut de leurs côtes , en contemplant
cette mer , qui , pendant tant de fiècles
avoit empêché les deux hémisphères de s'entrevoir,
même par la penfée, ils peuvent mêler
l'orgueil de l'indépendance civile aux doux
mouvemens de la bienveillance fraternelle.
Quoique cet événement nous ait vivement.
frappés , il me femble que nous n'en recevons
pas encore toutes les idées qu'il eft fair
pour infpirer. Depuis la découverte de Colomb
, il ne s'est rien paffé de plus important
dans tout le genre humain. C'eſt à ce mo
ment qu'on reconnoît bien cette destinée
1
Gv
154
MERCURE
comme
éternelle , qui tranfporte inceffamment la
gloire & le bonheur des Nations d'une zone
à une autre, qui fait que tout naît & profpère
dans un lieu , tandis que tout s'ufe &
périt dans un autre. Si l'ancienne Égypte ,
encore fameufe par une civilifation qui a
préfidé à celle des autres pays , eut ,
on le dit , de véritables fages , des hommes
capables de lire dans les événemens préfens
le fort futur des peuples , quelles durent
être leurs penfées , lorfqu'ils virent toutes
les Nations de la Grèce fecouer le joug des
tycans ,.organifer leurs fociétés par de belles
loix , adopter les moeurs de l'heroïfme , ouvrir
enfin ces beaux fiècles qu'ils ont remplis
de l'éclat de leurs talens & de leurs vertus !
des espérances aufli grandes peuvent entrer
dans l'âme de ceux qui méditent la révolution
qui vient de s'accomplir fous nos yeux.
Il est beau , il eft doux d'affifter à l'origine
des grandes chofes. Heureux les hommes
d'aujourd'hui qui verront finir le fiècle qui
s'écoule, fans fe fentir conduits eux-mêmes au
terme de leur décadence ! le fiècle fuivant
leur promet un noble fpectacle . Voilà d'un
côté la démocratie, prefque bannie du monde
ancien , qui renaît dans le nouveau. Voilà de
l'autre toutes les connoiffances des générations
accumulées qui s'y tranfplantent. Que doitil
réfulter de ce mêlange ? Eft - ce l'augufte
caractère des moeurs libres ? eft-ce la magnificence
de la civilifation corrompue qui préDE
FRANCE. Iss
vaudra ? C'est ce qu'on ne peut encore décider.
Mais c'eft au moins le moment de
faire des voeux ardens pour que l'Amérique
choififfe la véritable grandeur , & qu'elle
renouvelle les plus beaux temps du genre
humain.
· Elle eft donc bien intéreffante à étudier
dans ce moment ; les Loix qu'elle s'eſt déjà
données ont obtenu une grande attention ;
& il importe qu'elles faffent beaucoup écrire. *
Mais on ne peut ni bien entendre celles qui
exiftent , ni indiquer celles qu'il convient
d'établir , fi l'on n'eft bien inftruit des moeurs
de ces pays ; & c'est là l'objet & le mérite
particulier du Livre que j'annonce.
Dans l'un des volumes qui compofent
l'Ouvrage , l'Auteur nous donne une defcription
de chacun des États - Unis. D'autres
fe font arrêtés fur ces objets en Po-
* Le voeu que je forme ici commence à fe remplir
d'une manière bien diftinguée. Il paroît dans ce
moment deux Ouvrages auffi utiles qu'intéreffans fur
les Conftitutions des États - Unis ; l'un eft les Obfervations
de M. l'Abbé de Mably ; l'autre , celles`du
Docteur Prece. Dans ces dernières , eft une Lettre
digne de l'âme & du génie d'un des plus grands
Hommes qui ayent paru dans notre Nation. Je
connois auffi une autre Lettre fur ce fujet , pleine de
grandes vûes & des meilleurs principes . Elle eft d'un
de nos Jurifconfultes les plus refpectés . J'ofe l'inviter
ici à la rendre publique . On attend auffi un Diſcours
for l'Ordre de Cincinatus , par un homme d'un talent
célèbre.
G vl
156
MERCURE
litiques qui examinent la puiffance relative
, les reffources du territoire , balancent
les avantages & les inconvéniens du
Gouvernement. Notre Auteur prétend à
moins de gloire , & cherche une autre eſpèce
d'utilité. Il examine auffi le commerce ,
la population , les religions de chaque pays ;
mais il ne juge rien ; il dit ce qu'il a appris
en parcourant les lieux , très-fouvent ce qu'il
a vû lui-même. Il quitte volontiers les villes
pour le répandre dans les campagnes , qui
là , par la prépondérance civile , comme
pour l'utilité réelle , font effentiellement la
patrie. Il entre dans les plus fimples habitations
, dans les fabriques , les atteliers les
moins renominés , voyageant à pied , à la
manière des anciens fages , recevant l'hof
pitalité , & laiffant des amis par-tout où
quelqu'objet l'arrête . Il nous fait connoître
combien l'agriculture & l'induftrie font déjà
actives & créatrices dans ces lieux . Mais il
eft le Poëte de l'Amérique , comme il en eft
l'Hiftorien. Son âme fenfible , fon imagination
ardente fe faififfent de toutes les fcènes
qui le frappent & l'émeuvent . Tantôt il
nous offre le tableau de l'Européen , qui a
déjà mérité , & qui recueille déjà tout le
bonheur propre à fa nouvelle patrie ; il nous
montre un vafte domaine défriché en dix
ans ,l'opulence champêtre raffemblée autour
d'une bonne maiſon , qui a commencé par
être une cabane d'écorce de bois ; une nombreuſe
famille bien gaie & bien laborieuſe ,
DE FRANCE. 157
où il n'eft pas aifé de diftinguer les domeftiques
des enfans , la femme douce & économe
, fans qui rien n'eut profpéré , & par
qui tout le monde eft content , des fils , des
filles qu'il faut pourvoir , & qui reçoivent
pour dot un terrein plus enfoncé dans les
bois , les premiers fecours de l'agriculture &
l'exemple de leur père. Ailleurs , il nous repréfente
le pauvre qui manquoit d'un toit
d'un vêtement , dont le rigoureux travail lui
obrenoit à peine le pain de la journée , arrivant
dans cet afyle de toutes les Nations , de
toutes les Religions ; il nous trace les progrès :
de fa petite fortune , ou , pour employer
une expreffion plus convenable , de fon établiffement
: d'abord il eft obligé d'amaffer
un petit pécule , d'apprendre les Arts du
pays, d'y mériter l'eftime & la confiance ,
en travaillant pour les autres. Mais bientôt
il poſsède plus de terres que le Seigneur du
village où il étoit né ; de ferf qu'il s'eft vû ,
il fe voit franc -tenancier ; ne craignant plus
les impôts & les fervitudes : il dit avec un
doux orgueil : Mes moiſſons & ma maiſon ; &
s'il fort de fes champs , ce n'eft plus pour
alier livrer la récolte des grains qu'il a femés ,
c'eft pour faire enregiftrer les noms de fes
nouveaux enfans dans les archives de la
Comté , & pour voter lui -même dans les
affaires publiques . A côté de ces hommes
touchans par leur bonheur , il place des
hommes fouvent fublimes , toujours refpec
tables : ce Jean Bertrand , digne que les
158 MERCURE
voyageurs le détournent pour voir réunis en
lui les vertus patriarchales & le génie de nos
fciences ; cet Antoine Benelet , ce Miffion- 1
naire de l'humanité , qui quítta pendant plu- ·
fieurs années fes foyers & fes enfans pour.
aller prêcher à toute fa Secte l'affranchiffement
des Nègres , & qui , plus heureux
que le fage Las - Cafas dans fes fupplications
pour les Indiens , n'a pas défendu en
vain cette belle caufe ; ce bon Walter Miflin
, autre digne membre de la fociété des
amis , autre apôtre de paix & de douceur, qui
s'en va , à travers tous les dangers de la
guerre , fommer les deux Généraux des Armées
ennemies , au nom de l'humanité &
de la Religion , d'épargner , autant qu'ils le
pourront , l'effufion du fang humain ; ce fenfible
& reconnoiffant Martin , qui adopte ,
par une cérémonie folemnelle , le fils du
Sauvage qui lui a retrouvéfon enfant . Mais ,
hélas ! dans quel pays ne rencontre - t'on pas
des malheurs & des crimes! & combien furtout
la guerre civile en amène ! L'Auteur a
vû, a éprouvé des chofes qui font frémir.
On fent ici que fon âme a befoin de foulager
une profonde douleur , une vive indignation
. Il nous repréfente l'habitant des
frontières attendant de moment en moment
l'arrivée de ces hommes , qui ont accepté pour
devoir de mettre tout un pays à feu & à
fang. Il nous le montre fe relevant d'effroi
au milieu des nuits , & quelquefois defirant
que fon heure foit venue , afin d'échapper
DE FRÅN CE.. 159
6
,
au tourment de l'inquiétude par le courage
du défefpoir ; ayant pour toute confolation
dans les jours de calme , les larmes de fa
femme , qui le preffe en filence dans fes
bas , & les fonges de fes enfans qui ont vû
l'incendie de la maifon , & entendu les derniers
cris de leur mère frappée du terrible
caffe-tête. On le fent un peu foulagé de tant
d'horreurs, lorfqu'il nous ouvre la confcience
d'un de ces fatellites féroces , devenu enfin
fenfible par la terreur naturelle au crime ,
& cherchant vainement le repos de fon coeur
dans le fouvenir d'un feul acte de clémence.
Cependant les bénédictions viennent fouvent
adoucir ces affreux récits ; il peint des
hommes , il dit des faits qui honorent l'humanité,
& qu'on fe félicite de voir arrachés
à un oubli trop ordinaire. C'eft la diftinction
particulière des guerres civiles , d'exalter la
nature humaine dans le bien comme dans le
mal. Au milieu de ces événemens , de ces
fcènes contraires , il fait fouvent parler &
agir deux efpèces d'hommes , qui méritent
un intérêt particulier , les Nègres & les Sauvages
on les voit toujours mêlés aux vertus
& aux vices qu'il décrit , & y confervant des
caractères qui ne font qu'à eux . Mais il eft
un perfonnage que l'on cherche fans ceffe &
qu'on retrouve toujours avec un nouveau plaifir,
c'eft l'Auteur lui-même , c'eft cet homme
d'un caractère fi fimple , d'une âme fi énergique
, d'une vie fi active , qui fouvent
n'ayant pas d'aventures plus remarquables à
160 MERCURE
raconter que les fiennes mêmes , ne connoît
pas plus l'art de fe cacher dans fes récits que
l'envie de fe montrer , & qui joignant aux
moeurs de l'Amérique
la vive imagination
d'un voyageur
exercé par des deftinées trèsdiverfes
, eft par- tout le défenfeur des opprimés
, le confolateur
de ceux qui fouffrent ;
auffi propre à exhorter à la mort l'homme
qu'un arrêt inique envoie à l'échafaud , qu'à
rifquer fa vie pour celui que les ennemis
pourfuivent
. Toutes ces fcènes, où on le voit
lui - même , intérefferont
particulièrement
un grand nombre de perfonnes qui font devenues
fes amis ou fes bienfaiteurs
, dans le
féjour qu'il vient de faire en France. En le
retrouvant
dans fon Livre tel qu'ils l'ont
connu , ils fe fauront gré d'avoir fu apprécier
, attirer vers eux , par leurs qualités ai
mables , par leurs nobles procédés , un hom
me que l'élégance
de nos moeurs devoit na→
turellement
effaroucher. S'ils ont eu le bonheur
de réparer les maux que la guerre luiavoit
faits , il a emporté dans fon coeur celuide
les mieux connoître , de les chérir , de les
honorer. Il fait éclater dans ce moment fa
reconnoiffance
de la manière qui convient
le mieux à fon caractère , & qui ne pouvoit
appartenir
qu'au pays qu'il habite ; il infcrit
leurs noms fur les parties d'un canton qui
s'élève fous les yeux , & qui , fitué fur le
grand chemin de la population
, ( j'employe
une expreffion
où on le reconnoîtra
) relevera
un jour la gloire de ces noms par La
propre célébrité.
DE FRANCE. 161
Tels font les droits de cet Ouvrage à une
grande attention du Public . Il faut cependant
prévenir les Lecteurs que s'ils veulent
regarder plus aux formes qu'aux chofes , ce
Livre pourra quelquefois leur déplaire &
même les rebuter. Il est peu d'Ouvrages utiles
& intéreffans où l'on fente davantage les
défauts qui tiennent à l'oubli , ou plutôt à
l'ignorance de l'art . Pour excufer l'Auteur','
il fuffit de fe le répréſenter tel qu'il eft ; un
jeune François qui s'eft trouvé en Amérique
à l'âge de 22 ans , qui s'y eft adonné , non
aux Sciences & aux Arts , mais à un éta bliſfement
de culture , qui n'a interrompu ce
genre d'occupations que pour parcourir en
voyageur agriculteur une partie du continent
Américain ; n'ayant jamais écrit que pour
fe rappeler les chofes qui l'avoient frappé ;
tout-à-coup excité par queloves amis à publier
fes pensées & fes fouvenirs; ayant écrit
d'abord en Anglois , ayant enfuite traduit fon
Ouvrage , en rapprenant la langue de fon enfance
; & qu'on voye s'il eft jufte de demander
à un tel Écrivain de la correction ,
de la méthode , un choix toujours jufte
d'idées & d'expreffions. Il faut donc lui paffer
de fréquentes répétitions , des réflexions
fouvent communes , trop de détails , des dé- '
tails trop longs , un ftyle négligé , fouvent
bizarre , prefque toujours des termes inufités
, des tournures étrangères. Il eft d'autres
qualités plus importantes dans un Ouvrage
de la nature de celui -ci , & qui s'y font fen162
MERCURE
tir à chaque inftant ; ce font des chofes vraies
& neuves , de la jufteffe dans les vûes , de
la fenfibilité & de l'imagination dans le ſtyle ,
un mêlange piquant de l'originalité propre
aux objets & de celle qui n'appartient qu'à
l'Auteur. Comme tous les hommes qui n'ont.
que du talent naturel , il n'eft à ſon aife , il
n'a tous les avantages , que lorſqu'il décrit ou
qu'il cède la parole à des perfonnages . On ne
trouve pas dans fes fcènes l'art des effets ,
mais une fidélité précieuſe , une naïveté touchante
& refpectable. Il faudroit fouvent
bien peu de chofes pour leur donner ce charme
entier & continu que les hommes d'un
talent cultivé peuvent feuls répandre dans.
leurs productions. Malgré les défauts de ce
Livre , je crois que les événemens & les tableaux
qui y font préfentés ne mériteront
pas moins l'attention des Poëtes que celle :
des Philofophes . Si les Philofophes ont befoin
d'objets nouveaux pour étendre leur efprit
, les Poëtes ont befoin de rajeunir leur
talent par de nouvelles images , de nouvelles
impreffions. Quel pays plus que l'Amérique
peut maintenant parler à l'âme & émouvoir ,
l'imagination ? Son fol préfente , dans le plus
grand des fpectacles , le plus beau des contraftes
, toute la puiffance de l'induſtrie humaine
au milien de la majeſté primitive de la
nature ; & fes moeurs réaniffent quelqué
chofe de la fimplicité antique aux lumières
& aux créations merveilleufes de l'efprit
moderne. Auffi , dans ſon enthouſiaſme ,
DE FRANCE. 163
l'Auteur va jufqu'à accufer d'une grande
méprife les voyageurs Européens , qui , au
lieu de venir contempler en Amérique le germe
primordial des chofes , & les progrès d'un
peuple éclairé & nouveau , vont deffiner en
Italie les monumens de la décadence & les
ruines d'un peuple ancien . Ne feroit- il pas
plus doux & plus noble , s'écrie - t'il dans fon
ftyle poétique , de venir admirer nos villes
alignées , propres & commerçantes , que d'aller
vifiter quelque temple ruiné , parmi des
décombres ménacans , & dans des lieux où l'on
ne rencontre plus que le buiffon du défert
l'herbe de lafolitude & le filence de la dépopulation
? C'est ainsi qu'il avertit nos Arts ,
ainti que notre Philofophie , d'une grande
conquête qu'ils ont à faire. Il me femble
que ce mouvement d'une âme patriotique
renferme une grande vérité & une leçon utile.
Un de nos premiers Écrivains , de ceux
qui ont le mieux montré combien la Poélie
& la Philofophie pouvoient s'embellir &
même fe perfectionner l'une par l'autre ,
après avoir employé toutes les richelles du
ftyle oriental dans un genre d'apologues ,
dont il eft l'inventeur parmi nous , nous
avoit déjà appris comment on pouvoit créer
un nouveau genre de Littérature avec les objets
& les moeurs qu'offre l'Amérique . Il a
parfaitement exécuté ce qu'il avoit fi heureufement
conçu , dans le petit morceau de
Labbenaski , dont le foud eft une expreffion
fublime échappée à l'âme d'un Sauvage , &
164 MERCURE
dans le Conte de Zimeo , dont le Héros eft
un Nègre , & où ce Nègre fe trouve un grand
caractère par les deux paffions de fon eſpèce ,
l'amour & la vengeance , & un homme éloquent
par cette fenfibilité phyfique , encore
p'us vive dans cette race d'hommes. Les
moeurs paisibles des Quakers , & la peinture
des fites delicieux de la Jamaïque , font reffortir
encore davantage l'impétuofité d'une
âme Africaine. Cet intéreffant Ouvrage a de
plus le mérite d'être une des plus parhéti
ques réclamations contre l'esclavage des
Noirs. On ne peut efpérer fouvent des Ouvrages
d'un goût fi exquis & d'un talent fr
original. Mais le Livre de M. de Crêvecour
nous indique des drames de ce genre , & il
fournit les fentimens & les couleurs qui leur
font propres
.
Je mefuis trop long-temps arrêté à parler
des objets de ce Livre ; il étoit difficile de fe
refufer à ces réflexions. Je fatisferai bien
davantage les Lecteurs , en leur faifant connoître
le Livre par des citations. Plufieurs
anecdotes ont déjà été inférées dans ce Journal
, avant la publication de l'Ouvrage ; cependant
je fuis encore embarraffé dans le
choix des morceaux que je dois offrir.
On aimera fans doute à connoître le fort
& la fituation de ces hommes que la misère
a chaffés de leur pays ; il eft doux d'apprendre
qu'il eft un monde entier où ils peuvent
trouver l'aifance & la liberté.
DE FRANCE. 161
" Ce beau pays n'eft peuplé que de ceux
qui pofsèdent le fol qu'ils cultivent , mein-
» bres du Gouvernement auquel ils obéif-
» fent. Notre diftance de l'Europe ajoute
» encore à notre utilité & à notre impor
> tance , comme hommes & comme fujers.
Qu'auroient fait nos pères , s'ils étoient
reftés fur leur fol originaire ? Ils auroient
» contribué peut-être à prolonger des convulfions
qui l'avoient déjà ébranlé trop
long-temps. Mais chaque Européen indul
» trieux , tranſporté ici , peut être comparé
» à un rejeton né au pied d'un grand arbre;
23 il ne jouit que d'une très-petite portion
» de fève ; qu'il foit enlevé du tronc pater-
23
nel & tranfplanté , il s'accroîtra & por
» tera du fruit . C'eſt donc ici que les fai-
» néans peuvent être employés , les inutiles
» rendus néceffaires , les pauvres menés à
» l'aifance & à la richeffe . Par -là je ne veux
20
و ر
point parler de l'or & de l'argent , nous
» n'avons que peu de ces métaux ; je veux ,
» dire une espèce de ticheffe bien plus durable
, des chamos défiichés , des beftiaux ,
de bonnes maifons , de bons habits , & c.
» Et-il donc étonnant que ce pays pré-
» fente tant de charmes , & tente fi puif
» famment tous les Européens qui y vien-
» nent ? Un voyageur eft étranger en Eu-
" rope , auffitôt qu'il a quitté les limites de
fon Royaume. Il n'en eft pas de même.
» ici ; proprement parlant , nous ne con,
noiffons point d'étrangers ; car c'eft ici le
92
•
166 MERCURE
»
pays de tout le monde. A peine un Euro-
" péen eft-il arrivé , qu'involontairement il
» ouvre les yeux fur la riante perſpective
» qui s'offre à lui ; par-tout il voit l'induſtrie
» la plus active ; il voit le bonheur & la
paix répandus par-tout ; il ne voit point
de pauvres dont la détreffe lui navre le
coeur ; prefque point de punitions ni
d'exécutions publiques : fans le vouloir,
» cet Européen s'attache à un pays où tout
» lui paroît fi aimable.
90
97
30
N
"
"»
Quand ce même homme étoit en Angleterre
, il n'étoit alors qu'en Angleterre ;
ici , il marche fur la quatrième partie du
globe ; il peut obferver les productions
du Nord , le fer , les goudrons , les bois
» de conftruction , &c. Là , les proviſions
de l'Irlande , les boeufs , les falaifons , let
» beurre & les fromages ; ici , les grains de
و ر
l'Égypte , là , l'indigo & le riz de la Chine.
» Il ne fe trouve pas entouré d'une fociété
» trop nombreuſe , où toutes les places
» font occupées ; il ne fe reffent point det
» ce conflict perpétuel , qui , en Europe ,
» renverfe tant de familles . Le champ eft
» vafte parmi nous ; il y a de la place pour
» tout le monde , & il y en aura pendant '
» bien des fiècles à venir. Ce pauvre Eu-
"
ropéen qui arrive , n'eft-il qu'un journa-
» lier fobre & induſtrieux ; il n'a beſoin ni
» de prendre beaucoup d'informations ni
» d'aller bien loin ; il trouvera à fe louer
» ou au mois , ou à l'année ; il fera bien
›
DE FRANCE. 167
» nourri , car ici tout le monde vit des
meilleurs alimens , & recevra un falaire
» bien plus confidérable qu'en Europe. Je
ne veux cependant pas dire que tous ceux
qui viennent ici , y deviennent riches :
» non; mais ils fe procureront une fubfif-
» tance douce , aifée & décente , pourvu
qu'ils foient induſtrieux.
"
"
ود
Mais fi , jouiffant d'un honnête loifir &
» de l'indépendance , cet Européen veut
voyager ; par-tout il trouve la plus honnête
réception , par-tout une fociété fans
vaine oftentation , des tables bien garnies
» fans aucun luxe , des femmes , dont la
beauté confifte plus dans la propreté & la
fimple élégance , que dans des ornemens
» multipliés ; par -tout il pourra participer
» aux amuſemens innocens de nos fociétés ,
» fans beaucoup de dépenfes.-
"2
"
"
99
» A peine un Européen eft -il arrivé parmi
" nous , qu'il fe fait une révolution fingu-
» lière dans toutes les idées. J'ai obſervé le
progrès de cette révolution jufques dans
» les diftances ; deux cent milles lui repré-
» fentoient jadis un eſpace très - conſidérable
, peut-être l'enceinte de fa patrie, Chez
" nous , cette distance n'eft prefque rien ; à
peine a -t'il refpiré notre air , qu'il com-
» mence à former des projets , à concevoir
» un fyftême d'occupations , auxquels il n'auroit
jamais penfé dans fon pays ; car , en
Europe , j'ai oui dire que le trop plein des
» fociétés étouffe les talens les plus diftin-
"
168
MERCURE
-92
gués. Ici , l'amplitude des chofes leur
permet d'éclore & de fructifier : voilà
comme les Européens deviennent Américains.
»
Ces objets & ces peintures , en touchant
l'âme de l'Auteur , élèvent fon efprit ; elles
le conduifent , dans un autre morceau, à cette
reflexion pleine de philofophie dans les idées,
& de poéfie dans le ftyle.
64
L'Italie n'a eu qu'une période , où elle
méritoit le refpect de la terre & l'attention
des voyageurs ; c'étoit dans ces temps
» héroïques où des Citoyens quittoient la
charrue pour défendre leur patrie , où le
mépris de la vie , la crainte des Dieux ,
» l'amour de leurs foyers & la fimplicité
» des moeurs les avoient élevés au plus haut
rang, Rome n'avoit alors ni temples faf-
» tueux , ni fuperbes palais ; fes Citoyens
feuls faifoient fa richeffe , fa fimple &
noble parure. Ces Héros font paffés , il ne
nous refte plus que le fouvenir & l'im-
» preffion de leur exemple ; fouvenir qui ,
peut-être un jour , fera naître parmi nous
des hommes qui les imiteront ; car ,
» comme eux , d'une main nous tenons nos
charrues , & de l'autre , comme eux , nous
faurons faifir les armes , fi jamais l'ambi- .
≫tion ou la tyrannie nous attaquent .
» Viens parmi nous , voyageur Européen !
Içi , tu repoferas à l'ombre de nos vergers
, tu iras méditer dans la folitude de
» nos forêts ; ici , tu te réjouiras dans nos
»" champs
DE FRANCE. 169
champs , en converfant avec nos Labou-
» reurs intelligens ; tu obferveras la terre ,
les montagnes & les marais tels qu'ils font
» fortis des mains de la Nature. Ici , tu
» verras une nouvelle race d'hommes indomptables
& incapables d'être civilifés ,
plus heureux peut -être dans leur état que
» dans celui qu'on a vainement effayé de
» leur faire prendre , parce qu'ils ne peu
n
30
vent concevoir d'autre bonheur que celui
» d'être libres & indépendans. Tu iras philofopher
avec ces enfans puînés de la Na-
» ture : quel vafte champ pour la médita-
» tion ! Tu participeras , fi tu le veux , à la
dignité de leurs adoptions , en remplaçant
quelques -uns de leurs parens ; tu devien-
» dras membre de leur village : tu feras in-
"
29
·
corporé dans leur fociété , fi tu préfères
» comme tant d'Européens ont fait , leur
» vie fimple & tranquille à toutes les bril-
» lantes entraves , à toute la fcience inutile
» de tes fociétés Européennes . Tu iras voir
" nos grands lacs , ces mers intérieures &
immenfes qui étonnent le fpectateur. Tu
» monteras fur la cîme des Apalaches , d'où
» tu contempleras d'un côté ce que nous
» avons déjà fait depuis les rivages de la
» mer; de l'autre , ce qui nous reste à faire
» pour peupler & défricher la profonde
étendue de cette quatrième partie du
» monde. Si tu aimes mieux remplacer lil-,
lufion des vains fouvenirs , les regrets inutiles
, la fterile admiration des ruines d'Ita
N°. 4 , 22 Janvier 1785 .
"
H
170
MERCURE
ور
"
» lie par la vûe de tant de fcènes inftruc-
» tives & nouvelles que préfente ce conti-
» nent , tu préféreras , j'en fuis sûr , la vûe
» de trois cent lieues de pays nouvellement
défrichées ; tu préféreras le riant aspect
d'une grande plantation mife en valeur
» par la feule induftrie du propriétaire ; tu
préféreras la vue d'une vafte grange Américaine
remplie des moiffons d'un feul
» Colon , à celle des debris inutiles d'un
temple de Cérès. »
>>
ود
و ر
La fin au Mercure prochain.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
COLLECTION des premières & dernières
Folies du Coufin Jacques , en un vol . in- 8 ° .
relié en veau écaille , 6 liv . Les mêmes
و
w
liv.
Folies féparément favoit , les Petites
Maifons du Parnaffe , 2 liv. 10 fols br.;
Malboroug, Poëme , & fols br.; Turlututu,
18 fols br. , & enfin Hurluberlu ,
16 fols broché ; fe trouvent chez Royer ,
Quai des Auguftins ; l'Efclapart , Libraire
de MONSIEUR , Frère du Roi , Pont Notre
Dame , & chez M. de Reigny , rue de
Buffault , la porte -cochère au coin de la
rue du Fauxbourg Montmartre .
Si les premières fautes étoient irréparables
, la carrière des Arts auroit été fermée
pour une infinité de gens qui l'ont parcourue
DE FRANCE.
171
avec honneur. Mais heureufement que le
fort d'un Ouvrage ne règle pas celui des autres
; heureufement qu'un jeune Écrivain
que l'inexpérience , jointe à la fougue de
l'imagination , a expoſé à de nombreuſes inconféquences
, peut s'éclairer à fes dépens ;
& quand une fois il ne rougit pas d'avouer
fes torts , il marche d'un pas plus affuré
dans une route dont il a éprouvé les dangers
& les inconvéniens .
L'Auteur dont nous annonçons les effais
, malgré les petits travers dont il eft cent
fois convenu lui même , a des droits à l'eftime
des Lecteurs éclairés qui voudront fe
donner la peine de l'apprécier. L'autorité
refpectable d'un Philofoplie * , avide de protéger
quiconque réclamoit fon appui , &
incapable de s'intéreffer à une production
frivole , s'il n'avoit pas reconnu dans cette
frivolité même des difpofitions à quelque
chofe de férieux ; cette autorité , dis - je , jointe
au fuffrage d'un grand nombre de Litté
rateurs diftingués , qui tous ent avoué que
l'Auteur , qui prend le nom du Coufin Jacques
, en ne fatisfaisant pas fes Lecteurs ,
prouvoit du moins qu'il pouvoit les fatisfaire
quand il voudroit , ne permet pas de
douter du parti avantageux qu'il peut tirer
de fon talent , quand il faura fe défier de la
fougue de fon imagination , quand il confacrera
fa plume à des fujets moins frivoles ,
* M. d'Alembert.
Hij
172 MERCURE
peut être même moins bizarres que ceux
qu'il a traités jufqu'ici .
Il faudroir porter l'indulgence à l'excès ,
pour ne pas convenir que les quatre Ouvra
ges que nous annonçons , font une vraie folie
, mais une folie des mieux conditionnées.
Aufli l'Auteur les appelle t'il lui même des
accès Littéraires , dénomination qui carac
térife parfaitement un Livre de cette nature.
Bien des Lecteurs qui aiment à rire s'en amuferont
; mais en s'égaïant des extravagances ,
ils n'en auront peut - être pas plus d'égard
pour l'extravagant. Hafarder des opinions
erronnées , trancher en homme qui ne doute
de rien , avancer des fyftêmes contraires aux
idées reçues , plaifanter à tort & à travers
les bons & les mauvais Auteurs , ceux qu'on
ne connoît que d'après une lecture fuperfi
cielle , & ceux qu'on n'apprécie que par des
rapports dictés par le préjugé , ce n'eft pas
un crime fans doute , mais c'eft une impru
dence qui expofe un jeune Écrivain à la mau
vaife humeur de ceux dont il vaudroit mieux
fe faire des amis que des ennemis , & quand
un Littérateur , eftimable d'ailleurs , fe comfe.
compromet
d'abord par de pareilles étourderies ,
il donne une idée de fa perfonne toute oppofée
à celle qu'on doit en avoir. Les farcafmes
dont le Coufin Jacques a hériffé fes
Petites Maifons contre les Écrivains Périodiques
, lui ont valu , de la plupart d'entreeux
, une annonce peu favorable : comme
nous ne voulons pas qu'il ait à fe plaindre
DE FRANCE. 173
de nous , nous ne démentirons pas envers lui
notre modération ordinaire . En convenant
de fes défauts , nous conviendrons de fes
talens ; nous reconnoîtrons chez lui une verfification
agréable & aifée, nous ne lui refuſe
rons pas une profe coulante , des plaifanteries
quelquefois délicates , de la gaîté , & même
fouvent une originalité piquante . Si la verve
s'eft permis quelquefois des écarts indécens ,
il paroîtra moins inexcufable que bien d'au
tres , quand on faura qu'ifolé en Province ,
ne connoiffant la Capitale que très- impar
faitement , féduit par les promeffes halardées
d'un Imprimeur avide de profiter de
fon inexpérience , il a facrifié une partie de
fon exiſtence à des vûes ambitieufes dont il
a fenti trop tard le ridicule .
Le jufte tribut d'estime qu'il paye aux Auteurs
dont il avoue qu'il voudroit fuivre les
traces , nous répond qu'il n'aura pas beaucoup
de peine à fe rapatrier avec ceux qu'il
a critiqués fans les bien connoître ; encore
une fois , maintenant qu'il habite la Capitale
, il eft plus à portée de réformer fes
idées & d'apprécier fes Confrères les Littérateurs.
Nous obferveróns feulement que
puifque par une cruelle fatalité , il eft
impoffible d'avoir des talens fans avoir des
ennemis , il faut au moins avoir pour amis
les Écrivains eftimables ; & que moins un
Auteur eft fortuné , plus il doit veiller à ſa
réputation.
Nous ne donnerons point une analyſe
Hii)
174 MERCURE
fuivie des productions que l'Auteur lui - même
appelle des folies. Nous nous contenterons
d'extraire quelques paffages , qui feront juger
de fa manière d'écrire. Les Petites Maifons
du Parnaffe font de ces quatre Brochures
la plus confidérable, Nous citerons ce que
l'Auteur en a dit lui - même dans une note de
Malboroug. " C'eft un mêlange confus de
fcènes difparates ; il s'y trouve des farces
» mêlées avec des plaifanteries du haut
" genre. Les tableaux en font mal affortis . Le
fujet eft neuf , & l'Auteur pouvoit en
» tirer un parti bien plus avantageux . » Voici
quelques vers du début :
"
Je veux , Lecteur , pour m'immortalifer ,
Bien moins encor que pour vous amuſer ,
Tirer des fons de ma joyeuſe lyre.
Faifons des vers , imprimons nos Écrits .;
Mais voulons- nous leur donner plus de prix ?
En les faifant , n'oubllons pas de rire.
Vive un Ouvrage où règne la gaîté.
Propos joyeux , agréable folie
Ne font rien perdre à la célébrité .
D'un grave Auteur la froide dignité
N'excite en moi que la mélancolie.
Banniffez l'art de la plaifanterie ,
Tout n'eft qu'ennui , que dégoût dans la vie.
Pour moi la joie eft une volupté
D'où me provient la force & la fanté.
Rions morbleu ! je veux , quoi qu'on en dife,
J
DE 175
FRANCE
Quoi qu'il arrive , égayer mes Lecteurs.
Plaifante idée , aimable gaillardife ,
Contes faillans , fonges vains mais flatteurs ,
Valent bien mieux que ces peintures triſtes ,
Fruits des travaux de fombres moraliſtes ,
Qui , pour charmer , nous arrachent des pleurs.
Quand nous avons déploré les malheurs
Semés par-tout fur notre destinée ,
Qu'en revient-il au bout de la journée ?
Un tome entier de foupirs & d'hélas
Aigrit nos maux & ne les guérit pas.
On voit que ces vers refpirent la facilité
la plus heureuſe. A l'article des Poëtes & des
Auteurs de Romans ingénieux , voici ce qui
concerne M. Marmontel .
Que dirons-nous de toi , fenfible Marmontel ?
Qu'il faut chez Apollon t'ériger un autel.
Qui mieux que toi fut peindre la Nature ?
De ta profe coulaute & pure
J'admire la naïveté.
Ta Mufe , belle fans parure ,
Nous étale avec dignité
D'une intéreffante peinture
L'élégante fimplicité.
Fêté depuis long- temps au poétique empire ;
Vertueux , tendre , humain , délicat & précis ,
Tu captives nos fens par tes charmans récits.
Qui les a lûs veut les relire.
Hiv
176 MERCURE
Les Lecteurs verront avec plaisir la tirade
fur le Préjugé ; elle eft pleine de vivacité &
de naturel. En voici quelques vers.
Cette prévention fatale
Des Arts arrête les progrès ;
Chaque plume fur fa rivale
Veut obtenir gain de procès ,
Et s'illuftrer par des fuccès
Que jamais nulle autre n'égale.
Et lorfque d'un air de Caton
Je prétends faire ici le maître ,
Moi- même le premier peut-être
Ai- je befoin de la leçon .
N'efpérons pas qu'on en profite ,
Toujours on imaginera
Mériter plus qu'on ne mérite ,
Avoir plus d'efprit qu'on en a.
Voici le portrait d'un Pédagogue.
Un latinifte en forme de Docteur ,
Épouvantail de la timide enfance ,
Dans une chaire étale avec hauteur
Sa volumineufe ignorance.
Au fombre afpect de fa robe à longs plis ,
L'ail ftupéfait & la bouche béante ,
L'humble Écolier fe glace d'épouvante
Et met au rang des Savans accomplis
L'âne fourré qui le régente.
DE FRANCE 177
On voit que le Coulin Jacques aime à peindre
des caricatures. Nous l'invitons à nous
offrir des tableaux moins fatyriques & moins
burlesques , & nous n'aurons plus de reproches
à lui faire.
Turlututu , Malboroug , Hurluberlu renferment
auffi des détails agréables , & en
général les folies du même Auteur , trop
fouvent cauftiques & triviales , font toujours
ingénieufes. L'Épître Dédicatoire en vers à
la Fortune , eft une pièce très- piquante &
très originale.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Nous avons tardé jufqu'ici à rendre compte
de la repriſe qu'on vient de faire , à ce
Théâtre, de la Tragédie de Venceslas. Le rôle
de Ladiflas , un des plus difficiles , comme
il est un des plus intéreffans de la Scène Françoife
, ce rôle que l'illuftre Lekain repréfentoit
d'une manière fi fublime , eft aujourd'hui
entre les mains de M. Larive : &
quoique nous fuffions loin d'exiger d'un Acteur
encore jeune , d'un Acteur qui n'eft point
dans toute la maturité de fon talent , tout
l'effet que produifoit dans ce perfonnage le
célèbre Comédien dont on regrettera longtemps
la perte ; néanmoins , nous avons ofé
Hv
178 MERCURE
croire que chacune des repréfentations de la
Tragédie de Rotrou nous montreroit , par
degrés , M. Larive fupérieur à lui -même.
Nous n'avons point été trompés dans notre
attente. C'eft avec une véritable fatisfaction
que nous l'avons vû chaque jour ajouter à
la phyfionomie de Ladiflas des traits capables
d'en marquer , & même d'en prononcer
le caractère. Quelques perſonnes ont
obférvé , avec raifon , que le fils de Vences
las & le Vendôme de Voltaire ont entre-eux
beaucoup de reffemblance ; mais on auroit
dû obferver en même-temps que fi ces deux
Princes font entraînés par des paffions impétueufes
& prefqu'invincibles , ils fe trouvent
placés dans des pofitions très -differentes..
Vendôme commande en maître où il eft ; le
feul frein qui puiffe l'arrêter eft l'austéritéfranche
& courageufe du vieux Coucy ;
mais trop fouvent l'autorité du Prince
anéantit l'afcendant de l'amitié ; & ces.
convénances font dans nos moeurs : ainfi
Vendôme peut oublier , dédaigner les
confeils de fon auftère ami , fans nous
paroître trop odieux. D'ailleurs , s'il projette
un crime atroce , fon bonheur veut
que ce crime ne foit point exécuté.. Ladillas ,)
au contraire , eft fous le joug d'un père &
dum Roi ; le fentiment qu'il outrage , en
tranfgreffant , en méprifant les ordres de.
Vencellas , eft un fentiment refpectable &
facré pour tous les hommes de tous les
étars ; l'oubli du plus faint des devoirs le conDE
FRANCE 179
1
duit à un forfait plus affreux que cela qu'il
ofoit le permettre en fe propofant d'allaffiner
un rival , puifqu'il le porte à plonger
le poignard dans le fein d'un frère . Dès - lors
il est très-difficile que fa vûe ne bleffe point
les regards du fils refpectueux , du fujet
foumis & de l'homme fenfible . Il est donc
néceffaire que les excès auxquels il le livre
foient fondés fur une paflion plus impétueufe
encore que celle qui égare Vendôme,
& qu'ils foient motivés par cette énergie
toujours dangereufe que donne un caractère
dont la violence & l'opiniâtreté font infurmontables
. En un mot , s'il eft une excuſe
au crime que commet Ladiflas , on peut la
trouver uniquement dans l'aveuglement d'un
amour dont l'ivreffe eft auffi défordonnée
que l'eſt ſa jalousie . Si ce principe n'eft point
faux , les emportemens de Ladiflas doivent
marquer plus de fureur que ceux de Vendôme,
& fes remords après le crime doivent
être plus fentis , plus déchirans . M.
Larive a diftingué ces nuances. La différence
qu'il a fu mettre entre deux perfonnages.
dont le vulgaire des Acteurs a fouvent confondu
les phyfionomies , eft une nouvelle
preuve des droits qu'il acquiert journellement
au titre de Comédien de la première
claffe. Nous ne diffimulerons point qu'il
´nous a laiffé, dans le rôle de Ladillas , quelque
chofe à defirer ; mais ce qu'il y a déja gagné
dans le cours de quelques repréfentations
annonce ce qu'il y peut gagner encore . Il
Hv
180 MERCURE
n'eft peut-être pas fi facile qu'on affecte de
le croire , d'être obfervateur exact & judicieux
d'un caractère dramatique , il l'eft beaucoup
moins d'en être le moteur & l'inftruinent
, d'en diftribuer les couleurs , d'en graduer
les développemens ; enfin , de remplir
ce précepte d'Horace , que l'on peut appliquer
auffi bien au Comédien qui repréfente
un rôle , qu'à l'Auteur qui le trace :
Servetur ad imum
Qualis ab inceffu procefferit , & fibi conftet.
Au refte , fi par la fuite il nous paroît néceffaire
de faire quelques obfervations fur
ce que nous defirerions que M. Larive
ajoutât au caractère de Ladiflas , nous les
lui propoferons , avec moins de plaifir fans
doute , mais avec la même franchiſe qui
nous engage à lui donner les éloges dont fes
progrès , fon travail & fon amour pour fon
érat, le rendent digne aux yeux de tous les
Amateurs du Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 11 de ce mois , on a repréſenté,
pour la première fois , les Deux Frères
Drame en deux Actes & en vers , par M. M ....
Le fond de cette Pièce eft tiré d'un Conte
de M. Imbert , qui a pour titre : le Modèle
des Frères , & qui a été imprimé dans le
Mercure du 25 Octobre 1783. La marche
DE FRANCE. 181
du Drame eft à peu -près la même que celle
du Conte. Analyfons d'abord celui - ci , enfuite
nous dirons ce que M. M…….. a cru
devoir y changer & y ajouter pour ac
commoder l'action à la Scène .
....
Blimont , plus indulgent pour la nature
qu'exact obfervateur des loix , aime Léonore
& devient père. Un foupçon d'infidelite lui
fait quitter la maîtreffe. Par complaifance
pour fa famille , il fe marie , & l'Hymen
lui donne un fecond fils. Blimont avoit pour
parent un M. Minville , homme fort riche ,
devenu milantrope par boutade. CeMinville,
fur l'héritage duquel il a des prétentions
lui demande fon fils pour l'élever auprès de
lui ; l'intérêt décide Blimont; & le jeune
d'Éperny , c'eft le nom du fils de Blimont ,
eft envoyé à Minville. Le hafard fait que
l'afyle choifi par Léonore , pour elle & pour
Maurice fon fils , eft près de la retraite de
Minville. Un autre hafard rapproche ces enfans
, lie Léonore & le Mifantrope. De cette
liaifon refulte pour ce dernier la connoif
fance des malheurs de Léonore , dont les
jeunes gens font inftruits quelque temps
après . d'Éperny aimoit Maurice de l'amitié
la plus tendre , il le chérit davantage en apprenant
qu'il eft fon frère. Enfin il conçoit
le projet de rendre un époux à Léonore ,
un père à Maurice. Minville lui- même devient
complice de fon projet , & s'engage
à le garder fur fa parole d'honneur , que
d'Éperny a l'art de lui furprendre. Le jeune
182
MERCURE
homme part pour Paris avec Maurice
defcend chez Blimont ; lui apprend qu'il
voit les deux fils , que l'un d'eux eft legi
time & l'autre naturel , mais que jamais il
ne pourra connoître le fecret de leur naif
fance . Blimont tâche en vain de s'en éclaircir.
Les deux enfans lui deviennent également
chers . Blimont perd fa femme. D'Éperny
vient à bout d'arracher de la bouche de fon
père l'aveu des motifs qui lui ont fait abandonner
Léonore. Il avoit fu fe procurer des
preuves de l'innocence de cette amante infortunée
, à l'infu même de Maurice ; il les
met fous les yeux de fon père , voit les remords
, fon chagrin , fa douleur profonde ';
lui apprend que Léonore vit , qu'elle l'aime ,
qu'elle l'a toujours aimé ; vole la chercher
dans fa retraite , & la ramène dans les bras
de fon père , qui bientôt la conduit à
l'autel.
Tout ce que fait le jeune d'Eperny dans
le Conte de M. Imbert , eft opéré dans ce
Drame de M. M.... par Minville ( qu'il appelle
Blinville , & dont il a fait le frère de
Blimont qu'il a nommé d'Eperny. ) Les
jeunes gens ignorent abfolument leur fort.
Blimont eft veuf depuis un an ; il est prêt
à former de nouveaux noeuds. Une femme
artificieufe & coquette , fecondée par un
Gentilhomme fans fortune avec lequel elle
vit fcandaleufement , a totalement fubjugué
for me & faraifor. Néanmoins , & malgré
perfuafion aù il eft de Finfidelité de Léo-
•
DE FRANCE. 18;
nore , il s'occupe avant fon mariage de
Fa deftinée du fruit jufqu alors oublié de
fes premières amours . Ceft dans cet inftant
que Minville lui prefente fes deux
fils fans vouloir lui apprendre lequel des
deux eft d'Eperny. Le ton dur & peu
réfervé avec lequel Minville parle à Blimont
de la femme qu'il eft fur le point
d'époufer , le refus qu'il lui fait conftamment
de lui faire connoitre fon fils légitime
, la réfolution des enfans qui ne peuvent
confentir ni l'un ni lautre à abandonner
Léonore , tout cela jette Blimont dans
une fuieur , dans une anxiété , dans un défefpoir
qui le déchirent , & qui ne déchirent
pas moins l'âme de la rendre . Léonore.
Elle prend le parti de révéler à Maurice
le fecret qu'elle a gardé jufqu'alors , & de
l'envoyer aux pieds de fon père pour lui en
faire l'aveu . Blimont reçoit fon fils avec
tendreffe ; enfin ou lui apporte en mêmetemps
des preuves de la perfidic de la femme
à laquelle il fe propofoit de lier fon fort ,
ainfi que de l'innocence de fa première maî--
treffe , & il confent à lui donner la main.
Quoiqu'il ne foit pas très-commun de
rencontrer des enfans qui foient , comme le
d'Eperny de M. Imbert , capables d'imaginer,
de fuivre & de mettre à fin un projet tel que
celui qu'il conçoit cependant rienn'y bleffe la
raifemblance, d'abord parce cue M. In bert
annonce fon Héros.comme fort au - de fus
de fon âge , & qu'il le doue d'un efprit &
184 MERCURE
1
>
d'une raifon rares ; enfuite parce qu'il a donné
à l'exécution de ce projet , une étendue
de temps qui fait fuppofer naturellement
que les deux enfans ont pu devenir également
chers à Blimont & que d'Eperny
a fu prendre un grand afcendant
fur l'efprit & fur l'âme de fon père. Dans
le Drame de M. M.... au contraire , tout
eft brufqué. Dans les vingt-quatre heures .
Minville arrive , blâme fon frère fur le deffein
qu'il a formé de fe marier , outrage fa
maîtreffe , lui préfente fes fils , veut le ramener
à la raifon par le fecours de la tendreffe
qu'ils doivent lui infpirer , fans réflechir
qu'une pareille tentative n'eft point l'affaire
de quelques heures , & que d'ailleurs ces
enfans peuvent avoir d'autant moins d'empire
fur l'inftinct paternel , que cet inftinct
eft égaré par une paffion extravagante
; enfin il fe rend l'arbitre de fon
repos & de fon bonheur en refufant de lui
faire connoître lequel des deux lui appartient
à un titre légitime , & c. & c . Tout cela
eft-il vraisemblable ? Non . Il ne fuffit pas au
Théâtre d'attaquer momentanément la fenfibilité
des Spectateurs ; il faut encore plaire
à leur raifon. Que deviendroit l'art s'il fuffifoit
, pour toucher au but , d'émouvoir
fans principes , fans méthode , fans logique
& fans l'apparence de la vérité ? Que l'amour
des principes ne nous égare pourtant point ,
qu'il ne nous faffe pas mentir à notre coeur :
ne diffimulons pas les larmes que nous avons
DE FRANCE. ISS
verfées, & rendons à l'Auteur des Deux Fréres
la juftice qui lui eft dûe. Difons que fon
Ouvrage annonce beaucoup d'âme , qu'on y
remarque de l'éloquence , de la chaleur & des
traits de talent ; mais ajoutons que le plan de
fon Drame eft abfolument fautif, que la marche
en eft vicieufe , que l'action trop dévelop
pée dans l'expofition ne l'eft point affez dans
lenoud ; enfin que les événemens qui amènent
la catastrophe font trop rapprochés les uns des
autres , & qu'ils fatiguent l'attention à force
d'être praffes. Il faut , quoi qu'on en dife ,
toujours en revenir aux règles . Ces règles ,
qu'on feint de méprifer aujourd'hui parce
qu'on eft dans l'impuiffance de s'y affujétir ,
ont fait produire des chef- d'oeuvres à Molière
& à tous nos Maîtres . L'Ecole des
Mères , le meilleur Drame , nous dirions
prefque le Drame du Theatre François qui
contient le but moral le plus utile ; cet
Ouvrage , tout -à-la -fois intereffant & comique
, eft eftimé , & continuera de l'être ,
parce qu'il eft établi , filé , développé d'après
les grands principes de l'Art , & ce ne fera
jamais qu'en fe foumettant à ces principes
qu'on pourra obtenir au Théâtre des fuccès
réellement mérités.
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
DICTIONNAIR
ICTIONNAIRE Domeftique portatif, dernière
Édition , revue & corrigée , 3 Vol. in - 8° . A Paris ,
chez Leroy , fucceffeur de Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis à -vis celle de la Parcheminerie.
Cet Ouvrage traite de tout ce qui a rapport à
l'économie domeftique & rurale ; on y détaille les
différentes branches de l'Agriculture , ce qui eft relatif
aux chevaux & à tous les beftiaux , avec des
Inftructions fur la Pêche , la Chaffe , la Cuifine, les
Arts , la Procédure , le Commerce , &c.
SYSTEME de prononciation figurée , applicable à
toutes les Langues , & exécuté fur les Langues
Françoife & Angloife , par M. l'Abbé ***. A
Paris , chez Royez , quai & près des Auguftins.
Cet Ouvrage paroît revêtu des fuffrages les plus
honorables , & les juftifie par fon objet & par la
manière dont il eft rempli. La nouveauté & la foli
dité des principes s'y joignent à la clarté & à la précifion
de la méthode. Le Libraire promet du même
Auteur des Dictionnaires François & Anglois , dont
l'Ouvrage que nous annonçons aujourd'hui doit
faire defirer la publication.
SAINTE BIBLE , traduite en François , avec
Texplication du fens litteral & du fens fpirituel ,
nouvelle Edition , Tome II . A Nifmes , chez Pierre
Beaume, Imprimeur Libraire ; & fe trouve à Paris ,
chez Guillaume Defprez , Imprimeur du Roi & du
Clergé, rue Saint Jacques.
1 DE FRANCE. 187
Prices intéressantes & peu connues , pour fervir
à l'Hiftoire & à la Littérature , 3 vol in 12. A
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins ,
Le quatrième volume de cet Ouvrage , trèspiquant
, cft actuellement fous preffe.
AMUSEMENs des Dames dans les Oifeaux de
volière, ou Traité des Oiseaux qui peuvent fervir
d'amufement au beau Sexe. Méthodes sûres &
faciles pour détruire les animaux nuifibles , par M.
Buchez , Auteur de différens Ouvrages économiques.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la
première porte cochère après le Collège d'Harcour.
Ces deux Ouvrages reparoiffent l'un pour la
deuxième , l'autre pour la troifième fois .
COURS complet d'Agriculture théorique , pratique
, économique & de Médecine rurale & vétérinaire
,fuivi d'une Méthode pour étudier l'Agricul
ture par principes , ou Dictionnaire Univerfel
d'Agriculture ; par une Société d'Agriculteurs , &
rédigé par M. l'Abbé Rozier , Prieur Commendataire
de Nanteuil - le- Hardouin , Seigneur de Chevreville
, Membre de plufieurs Académies , &c.
Tome V , in-4°., rue & hôtel Serpente .
Une maladie de l'Auteur a retardé la publication de
cet important Ouvrage. Ce volumne finit par la lettre J.
Les Articles fouferits M. Ami. font de M. Amilhon ,
& ceux foufcrits M. Bra. de M. Brazier , tous deux
Docteurs en Médecine.
CODE de l'Orfévrerie , ou Recueil & Abrégé
Chronologiques des principaux Réglemens concernant
les Droits de Marque & de Contrôle fur les
ouvrages d'or & d'argent , auquel on a joint les Sta
188 MERCURE
tuts des Orfèvres , Tireurs , Batteurs & autres qui
employent & travaillent l'or & l'argent , avec une
Table raifonnée des Matières , dans laquelle fe trouvent
quelques Réglemens omis au Recueil ou rendus
nouvellement , fuivi d'un Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 , au titre des Droits de
Marque fur les Fer , Acier & Mines de Fer ; par
l'Auteur du nouveau Code des Tailles , in 4 ° . Prix ,
10 livres broché. A Paris , chez Knapen & fils ,
Libraires-Imprimeurs de la Cour des Aides , au bas
du Pont Saint Michel.
Nous avons tranfcrit en entier le titre de cet Ouvrage
pour faire connoitre les objets qu'il renferme.
On trouvera féparément le Commentaire fur les
Droits de Marque fur le Fer , Acier & Mines de
Fer. Prix , 1 liv. 10 fols .
J
TRADUCTION du Plutarque Anglois , contenant
la vie des Hommes les plus illuftres de l'Angleterre
& de l'Irlande , Miniftres , Citoyens , Guerriers ,
Hommes d'Eglife , Poëtes & des plus célèbres Artiftes
depuis le règne de Henri VIII jufqu'à nos
jours , avec l'Hiftoire d'Angleterre depuis cette
époque , Ouvrage en douze Volumes in- 8 ° . , entrepris
par une Société de Gens de Lettres . Dédié à
S. M. le Roi de Suède , & propofé par foufcription.
Beau papier & beau caractère .
Si l'exécution de cet Ouvrage répond à l'intérêt
qu'infpire fon titre , les Auteurs doivent en attendre
du fuccès.
Le prix de la foufcription eft de 30 livres pour
les douze Volumes , & 36 livres pour la Province &
les Pays étrangers franc de port jufqu'aux frontières .
On fera libre de payer la totalité de la fomme en
foufcrivant, ou de payer 5 liv. à chaque livraiſon ,
& 6 livres pour la Province. Les deux premiers VoDE
FRANCE. 189
lumes paroîtront au 15 de Février 1785 , & ainfi de
fuite chaque trois mois juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Après le ier Juin prochain , on ne pourra ſouſcrire
qu'en payant la fomine entière. L'Ouvrage pour
'ceux qui n'auront pas foufcrit le vendra à raifon de
3 liv. le Volume . On donnera gratis aux Soufcripteurs
feulement le portrait de S. M. le Roi de
Suède , gravé par M. Viel .
On fouſcrira à Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire
, Boulevard Saint Martin , & tous les jours
d'Opéra fous le veftibule de l'Opéra ; chez Regnaut ,
rue S. Jacques , & chez les Traducteurs , rue Saint
Appoline , Porte Saint Martin , nº . 6. On ſouſcrit au
même Bereau pour la Traduction du Théâtre Anglois
, compofée de vingt- quatre Volumes in 8 ° . ,
& qui contiendront les meilleures Pièces de ce Théâtre.
La feconde Livraiſon paroît actuellement. On
y trouve auffi le Décaméron Anglois , dont la
fixième & dernière Partie vient de paroître.
EUVRES mêlées de M. L. Dutens , de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris , Vol. in-
8 ° . A Paris , chez P. Théophile Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins .
Cer Ouvrage , dont l'Auteur nous donne une
nouvelle Édition , a été revu par lui avec beaucoup
de foin. Le morceau le plus confidérable de ceux
qui compofent ce Volume eft une Differtation fur
les pierres précieufes & les pierres fines . L'Auteur a
voulu rendre cet Ouvrage fort court & fuffifant
pour donner fur cette matière aux gens du monde
des lumières dont ils ont befoin , pour guider les
Amateurs qui veulent fe faire des collections , &
pour inftruire les Joailliers de ce qui a rapport à leur
commerce . M. Dutens nous paroît avoir rempli ce
triple objet.
ΙΘ MERCURE
Les plus beaux diamans connus font celui du
grand Mogol , qui vaut onze millions fept cent
vingt-trois mille deux cent foixante - dix-huit livres ;
celui du Grand- Duc de Tofcane , qui vaut deux
millions fix cent huit mille trois cent trente- cinq
livres ; deux appartenans au Roi de France , dont
l'un , le fancy , qui a coûté fix cent mille livres ,
vaut beaucoup plus , & l'autre vaut cinq millions ;
enfin celui que la Czarine a acheté deux millions
deux cent cinquante mille livres comptant , & cent
mille livres de rente viagère. Ce dernier diamant
paffe pour avoir formé un des yeux de la fameufe
tatue de Scheringam, dans le temple de Brama. Un
grenadier François, amoureux des beaux yeux de la
ftatue , s'introduifit dans l'enceinte facrée , & trouvą
le moyen d'en voler un , qui a paffé par plufieurs
mains avant d'arriver à l'Impératrice .
Cette Differtation eft fuivie d'une autre fur le
miroir ardent d'Archimède , dans laquelle M. Dutens
fe déclare pour la réalité de cette découverte
que plufieurs Savans ont révoquée en doute ; d'un
Appel au bon fens , Ouvrage plus religieux que
piquant ; d'un Traité de Logique ; d'une Correfpondance
très intéreffante concernant Helvétius &
J. J. Rouffeau ; de plufieurs Lettres fur différens
fujers ; d'une Defcription très- attachante de la Pagode
de Chanteloup ; enfin de quelques Poéfies
dont nous ne parlerons point au refte , ce Volume
rappelle les connoiffances de l'Auteur atteſtées par
plufieurs autres Ouvrages.
RÉPONSE à un Critique du dix- huitième siècle.
A Neufchâtel ; & fe trouve chez tous les Marchands
de Nouveautés .
C'eft une Réponse de M. le Comte d'Albon à un
Extrait inféré dans le Journal de Paris , d'un Difcours
qu'il a publié fur cette Queſtion : Si le fiècle
DE FRANCE. 191
Augufte doit être préféré à celui de Louis XIV
relativement aux Lettres & aux Sciences.
OPINION d'un Mandarin , ou Difcours fur la
nature de l'âme , mis au jour par M. le Marquis de
Culant - Ciré , ancien Meftre-de- Camp de Dragons.
A Cologne ; & fe trouve à Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
• Quelque rebattu que foit aujourd'hui le fujet de
ce Difcours , nous croyons qu'on peut le lire avec
fruit.
M. le Marquis de Culant vient de publier auffi
une nouvelle Règle de l'Octave contre la pratique du
célèbre Rameau, ce qui prouve qu'il a des connoiffances
auffi variées qu'étendues.
FIGURES des Fables de La Fontaine . D'après
les demandes réitérées de différens Amateurs , les
fieurs Simon & Compagnie préviennent qu'ils font
imprimer actuellement vingt - cinq Exemplaires de
feur Ouvrage fur papier vélin fin ; ils prient en
conféquence les Perfonnes qui voudront s'en procurer,
de vouloir bien ( vû le petit nombre que l'on en
tire ) fe faire infcrire au Bureau du Voyage Pittorefque
de la Grèce , rue Pagevin , nº. 16.
Ces Exemplaires feront imprimés , ainfi que le
refte de l'Ouvrage , fur un papier affez grand pour
que les Amateurs puiffent à leur choix faire relier
format petit in 8 ° . , in - 12 & in - 16 .
Chaque Livraifon fur papier vélin fe vendra
4 liv . au lieu de 3 livres , prix ordinaire , à caufe
des frais que néceflite cette impreffion .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Violon
obligé, par M. Vogel . Prix , 7 livres 4 fols franc de
port. A Paris , chez Baillon , Marchand de Mufique ,
192 MERCURE
rue Neuve des Petits -Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Mufe lyrique.
NUMÉRO 23. Ouverture pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin.
Il paroît vingt- quatre Numéros par an , douze
pour le Clavecin , par M. Lafceux , & douze
d'Ariettes , par M. Dreux. Prix , 36 liv. & 48 liv. ,
féparément 2 liv . 8 fols. A Paris , chez Mlle Girard ,
rue de la Monnoie , à la Nouveauté.
SEPTIEME Recueil d'Airs de Richard , le
Faux Lord & autres pour la Harpe , par M. Corbelin
, Maître de Harpe . Prix , 6 livres . A Paris , chez
l'Auteur , Place Saint Michel , maifon du Chandelier
; Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires , & M.
Deroullède , rue Saint Honoré , près l'Oratoire.
? Voyez, pour les Annonces des Livres de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Libra
rie fur la Couverture.
TABLE.
REPONSE
150
EPONSE au fujet de la Lettres d'un Cultivateur Amé
Harpie, 145 ricain ,
Réponse à M. Hoffman , 146 Collection des premières & der-
Autre lui-même encore, ib. par nieres Folies du Coufin Jac-
Chanfon ,
Vers à MM. Blanchard & Comédie Françoife ,
ib, ques,
148 Comédie Italienne,
ibid.
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices ,
Gefferies ,
phe ,
ΑΙ
APPROBATION.
170
177
180
186
JAI lu , par ordre de Mgr.le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 22 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le : Janvier 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 JANVIER 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits au Viftre , petite Rivière.
ou Ruiffeau qui coule près de Nifmes.
DOUCE retraite , afyle heureux ,
Où l'Amour fi fouvent amena ma Silvie ;
Saules , témoins de mes aveux ,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
7
O temps ! cette flatteufe erreur
Échappera fans doute à ta pourſuite' ;
Mais le fouvenir du bonheur
Nous confole- t'il de fa fuite ?
( Par M. Augufte Gaude. )
No. 5, 29 Janvier 1785 . I
"
194
MERCURE
A M. l'Abbé D'OURNEAU.
TANDIS ANDIS que la nouvelle année
Ramène les faux complimens ;
Que la vérité profanée
Fuit des climats trop inconftans ;
Que l'on voit les trois quarts des gens
Se méprifant dans la penſée ,
Se donner mille embraffemens;
Et
que
de rufés courtifans
D'une louange intéreſſée
S'empreffent de flatter les grands ;
Moi , méprisant la grandeur même ,
Si la grandeur eft fans vertus ,
Je fais des voeux pour ce que j'aime ,
Ne pouvant rien faire de plus.
( Par M. P. Buret, )
A Madame L. G…….. , le jour de fa Fête.
AIR : Du Vaudeville de Figaro.
QUE des rofes de Cythère
Qu'elle cueille à peu de frais ,
D'une main vive & légère
Euterpe orne vos attraits :
* Allufion à Mme Dufrenoy , jeune Muſe de la même
Société , Auteur d'un Opéra Vaudeville, reçu à la Comédie
Italienne.
DE FRANCE
195
Pour moi , qui d'un coeur fincère
Veux vous offrir les tributs ,
Je vais peindre vos vertus.
TENDRE épouse, tendre mère,
A ces deux titres fi doux ,
A votre fille être chère ,
Être chère à votre époux :
Voilà , dans l'âge de plaire,
Le but de tous vos defirs ;
Vos devoirs font vos pláffirs.
L'ESTIME épure l'hommage
Des coeurs qui vous font foumis.
Vos amis , malgré l'uſage ,
Nefont tous que vos amis :
Et fans ceffer d'être ſage ,
Vos n'en poffédez que mieux
L'art de faire des heureux.
LE VOILE de la réſerve
Chez vous orne la gaîté
D'un efprit fage en ſa verve,
Malin fans méchanceté.
A la raifon de Minerve
Vous prêtez tous les atours
Des Grâces & des Amours.
Occuré de mon modèle ,
J'allois finir le tableau :
Ii
196 MERCURE
L’Amitié rit de mon zèle ,
Et vient faifir mon pinceau.
Arrête , dit l'Immortelle :
Ma main , mieux que tes couleurs ,
L'a gravé dans tous les coeurs.
( Par M. de Saint-Ange. }
LE PARTAGE DES DRAPS , Conte.
LAA Marquife de Mélufine ,
Femme déjà fur le retour ,
A Dorimon montroit un jour
Un gros ballot de toile fine :
Voyez , Monfieur , ne peut- on pas
Avec cela faire des draps ?
Dorimon regarde , examine .
Ah , Madame ! qu'il feroit doux
De les partager avec vous !
La Marquife changeant de mine :
Toujours des fadeurs , Dorimon ?
— Moi , Madame ? Oh , pour cela non !
Je ne vois là fadeur aucune ,
Sur deux paires j'en demande une.
( Par M. Roger le Boiteux , Ingénieur Feudifte
de M. l'Evêque de Coutances. ).
DE FRANCE. 197
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Corne- Mufe ;
celui de l'énigme eft Cure- Dent ; celui du
Logogryphe eft Milan , où l'on trouve Mai ,
Nil, Lima & mal.
CHARA D E.
GUIDE par fon inftinet , vous voyez mon premier ;
Pour ufer de mon tout employez mon dernier.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
ÉNIG ME.
JE contribue , ami Lecteur ,
A faire de l'homme un Docteur ;
`D'une foeur en tout temps , compagne inféparable ,
Très-fouvent ma figure à la fienne eft femblable ;
Par fois cependant en couleur
Nous différons très -fort , aufi bien qu'en valeur.
Si mon fexe eft changé , je fuis toute autre choſe ;
Et voici la métamorphofe :
Je deviens un mortel bien né ,
Par qui l'on voit porter avec décence
Un habit vil en
apparence ,
A fon état par la mode affigné.
( Par M. N.... d'Arras . )
I iji
19& MERCURE
JE
LOGO GRYPH E.
E règne dans le coeur des Bergers & des Rois ,
Et l'Univers fans peine obéit à mes loix.
Je peux de mes fix pieds , combinant l'affemblage ,
Varier à plaifir mes traits & mon vifage.
On.rencontre d'abord ce tiſſu précieux
D'un infecte changeant ouvrage induftrieux;
Un funefte métal des avares l'idole ;
Cet oifeau qui jadis fauva le Capitole z
Une fleur , tendre objet des baifers du Zéphyr ,
Que le même foleil voit éclore & mourir ;
Cet arbriſſeau rampant dont la tige docile ,
Façonnée avec art , devient un meuble utile ;
Le mortel envié, qui , fur le trône affis ,
Peut être bien des fois eft rongé de foucis ;
Du Colon malheureux l'espoir & la richeffe ;
Deux notes de mufique ; un Pape ; une Déeffe ;
Ce qui rend à nos corps la force & la vigueur,
Et des fens énervés ranime la langueur ,
Un légume ; une ville ; un préfent de Pomone;
Ce langage commun que la Nature donne ;
Une rivière ; un fleuve ; un Dieu rempli d'appas
Qui toujours de Vénus accompagne les pas ,
Et voltige en riant fur des lèvres de rofe;
Le tapis de gazon qu'une cau féconde arrofe ;
Un breuvage flatteur avec foins apprêté ,
DE FRANCE. 199
Que l'art induftrieux offre à la volupté ;
Un nom fait pour les Rois ; la victime tremblante
Que le vautour enlève & dévore fanglante ;
Enfin , le temps paisible où les Jeux & l'Amour
Viennent nous confoler de l'abſence du jour.
O toi , qui dans ton coeur bien ſouvent m'as vû naître,
Lecteur , encor deux mots , & tu vas me connoître !
J'annonce les honneurs , la gloire , les plaiſirs ,
Et de tous les mortels je flatte les defirs ;
Au plus infortuné je promets un miracle ;
Et bientôt il s'endort fur la foi de l'Oracle ;
Mais , avec ſon flambeau , la trifte Vérité
Des ombres de l'erreur perce l'obfcurité ;
Alors de mes difcours il connoît le menfonge ,
Et pleure en s'éveillant la perte d'un beau fonge.
(Par Mile Adélaïde de Mont- Luçon. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
"
Lequel déplait davantage aux Femmes
» le Poltron ou l'Indifcret.
I.
UN lâche , un indifcret en amour font à craindres
Qui les a pour amans fera toujours à plaindre .
Si l'un des deux pourtant doit obtenir le prix ,
A l'indifcret je livrerai mon âmé :
Liv
200 MERCURE
Il ne fut que l'objet du blâme ;
Le lâche eft l'objet du mépris .
( Par Mlle de Moüen. )
I I.
Du coo vainqueur les chanfons indifcrettes
Divulguent fur les toits les faveurs de l'Amour ;
L'inftant d'après , accueilli des poulettes ,
Il vient encor fêter la baffe- cour.
Le timide ramier , près de fa tourterelle ,
N'affronte point la ferre du vautour ,
Mais il fait lui jurer vingt fois d'être fidèle.
Jeune amant , retenez cette fage leçon ,
Qu'il faut être ramier ou coq près de fa belle ,
Pour être impunément indifcret ou poltron.
( Par M. M..... L. , à Nifmes. )
I I I.
UNE femme en fecret rougit de fon amant
S'il eft poltron ; mais l'indifcret qu'on aime ,
Fait rougir en public ſa belle doublement ,
De fon amant & d'elle - même.
( Par M. D*, L*. I * . Offic. d' ********** . )
I. V.
LICIDAS eft poltron , & c'eſt à qui l'aura ;
Et qui s'en fait aimer , ne fe croit pas à plaindre.
Tant qu'il fera difcret le fexe l'aimera ;
Le poltron craint ; l'indifcret eft à craindre,
(Par M. B. M. Cabarrus. )
DE FRANCE. 201
V.
INDISCRET par étourderie ,
L'amant peut mériter qu'on lui pardonne un jour ;
Celui dont la valeur par la crainte eft flétrie ,
En manquant à l'honneur perd fes droits fur l'amour.
Et fi de l'un des deux devenant la conquête ,
Je n'avois d'autre choix que celui du malheur ,
J'aimerois mieux rougir au bruit de ma défaite ,
Que rougir en fecret au nom de mon vainqueur.
(Par une Abonnée. )
V I.
« PAR une queftion preffante ,
» Entre le lâche & l'indifcret ,
L'on veut fixer le choix d'une fenfible amante !
Le mien depuis long-temps eft fait ,
Difoit hier la coquette Victoire
En lifant le Mercure avec un air furpris :
» Le lâche pour toujours vous expoſe au mépris ,
» Et l'indifcret fouvent ajoute à notre gloire .
و د
( Par M. Séguret , Avocat. )
V I I.
1
A L'INDISCRET je me halarde ;
L'efprit fe dompte par le coeur ;
Mais le poltron ! que Dieu m'en garde !
Peut- on aimer quand on a peur ?
( Par M. le Loup. )
I v
28022 MERCURE
VII I..
ÉGALEMENT près d'une belle ,.
Tous deux déplaiſent ſelon moi ::
Si le poltron craint trop pour foi ,.
L'indifcret craint trop peu pour elle.
(Par M. Theveneau.
F X..
UN INDISCRET né put qué déplaire à fa bellez
Mais lé poltron fandis put être intéreffant ;
L'un l'immole cruellément ,
Et l'autre au moins fé conferve pour elle.
(Par M. de la Combe , Chirurgien - Major du:
Régiment de Picardie. ):
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE ,
La Bergère Life , placée entre deux Amans :
rivaux , Hilas & Coridon , prend un bouquet
qu'elle avoitfurfon fein , & le met au chapeau
de: Coridon ; enfuite elle prend un bouquet:
qu'Hilas avoit àfon chapeau , pour le placer
furfon propre fein ; lequel des deux Amanss
eft en droit de fe croire plus favorife ?
DE FRANCE. 203
+
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait des Lettres d'un Cultivateur
Américain , écrites à W. S. Ecuyer, depuis:
l'année 1770 jufqu'à 1781 , traduites de
l'Anglois par ***. A Paris , chez Cuchet ,
rue & hôtel Serpente.
Il faut bien nous arrêter avec l'Auteur fur
le tableau des cruautés & des dévaftations.
de la guerre. Il ne faut pas perdre une occa--
fion d'en infpirer l'horreur. On ne fait quetrop
, pour l'honneur des Anglois , avec:
quelle barbarie ils ont traité les Américains ,
fur-tout au commencement de la guerre ..
C'eſt au milieu de ces fcènes d'épouvante &
de confternation , que M. de Saint -John de
Crevecoeur a écrit , on le fent bien à la profonde
énergie de les peintures dans le moreeau
qu'il a intitulé l'Homme des Frontières
dont voici le commencement.
" Le moment eft enfin arrivé ; il faut périr
» ou abandonner ma maiſon . Il faut quitter:
ces champs que j'ai défrichés moi - même ,,
& dont je tirois ma fubfiftance ; il faut
fuir de ces lieux qui m'ont vû naître , de:
» ce beau verger que j'ai planté ; mais quelle:
» contrée irai -je habiter ? Si même je puis:
me frayer un paffage à travers les dan
33
"
1
Lvjj
204
MERCURE
"
» gers qui m'environnent , où porter mes
" pas ? Fuirai-je fous le pôle , vers ces cli-
» mats où l'année n'offre aux mortels que
» la trifte alternative d'un long jour & d'une
longue nuit ? Que dis -je ? Un jour de fix
» mois feroit trop gai , trop brillant pour
» moi ; mes yeux , fatigués de pleurs , pourroient-
ils le fupporter ? Il ne leur faut
» que la lueur incertaine des aurores boréales
, un fimple crépufcule leur fuffit.
Fuyons , hâtons nos pas vers ces régions
hyperboréennes ; elles font le féjour de la
» trifteffe & de la mélancolie.
"3
"
"
"
Vous connoiffez la pofition de notre
» établiffement ; vers le Nord-Ouest , il eft
» confiné par une vafte chaîne de monta-
" gnes ; vers l'Eft , le pays n'eft encore que
» foiblement habité ; nos habitations iſolées
» font placées à une grande diſtance les unes
» des autres ; car chacun fe place fur la par-
» tie de les terres qui lui convient le mieux.
» C'eft du fein de ces montagnes que notre
ود
ennemi peut fortir à chaque moment ,
» pour nous ruiner & nous écrâfer ; c'eſt
» une retraite d'où nous ne pouvons les
chaffer , & d'où ils peuvent s'introduire
» dans nos cantons quand ils le veulent.
Nous ne pouvons échapper à une deftruc-
» tion totale , tout étant déjà brûlé depuis
la rivière de l'Ognion jufqu'au lac Champlain
; & la Grande - Bretagne ayant formé
la réfolution barbare de détruire nos
frontières. Elle croit nous affoiblir , elle
و د
">
"
DE FRA N.C E.
205
» fe trompe ; la ruine de trois mille familles.
produira plus de fix mille défenſeurs à
» notre patrie.
و د
Ce qui rend ces incurfions plus terti-
» bles encore , c'eft qu'elles font exécutées
preſque toujours dans les ténèbres de la
» nuit. Nous n'allons jamais travailler dans
» nos champs fans être faifis d'un effroi
» involontaire , qui affoiblit nos forces &
diminue la fomme de nos travaux . Le
» récit de ces expéditions devient le fujet de
» nos converfations journalières ; chacun
» rapporte avec lui les détails de quelque
" nouvelle deftruction . Ces hiftoires , répétées
au coin de nos feux , fe multiplient ,
» fe groffiffent dans nos imaginations ef-
» frayées , & augmentent la maffe de nos
ود
ود
"
» terreurs.
وو
30
Nous ne nous mettons jamais à table
» fans que le plus petit bruit ne répande
» une alarme générale , & ne nous empêche
» de jouir du plaifir de nos repas. L'appétit ,
» qui jadis provenoit de nos travaux & de
» la tranquillité de nos efprits , n'exiſte
» plus ; nous ne nous repaiffons que par
" pure néceffité. »
99
"
"
39 Notre fommeil eft interrompu par une
fucceffion de rêves effrayans ; quelquefois
» même frappé d'un bruit imaginaire , je
» m'éveille , j'appelle tous mes gens , je fors
» avec précipitation pour aller à la rencon-
» tre de l'ennemi , croyant le moment de
fon attaque arrivé . D'autres nuits , le hour206
MERCURE
"
23.
lement des chiens nous femble un pro--
» noftic certain de l'approche des Sauvages
( que ces animaux même redoutent ) ;
» pour lors , toute ma famille fe lève , chacun
prend les armes. Ma pauvre femme
( la poitrine gonflée de fanglots qu'elle-
» cherche à étouffer , les yeux pleins de
larmes qu'elle voudroit cacher ) me dit
» adieu , en me prenant par la main , com--
» me pour la dernière fois ; elle faifit rapi-
» dement les plus jeunes enfans , qui , fou-
» dainement eveillés , augmentent encore
» par leurs queftions innocentes , l'horreur
de ce moment terrible ; elle va les cacher
» dans notre cave , comme fi cette cave
» étoit inacceffible aux ravages du fen . Je
place tous mes gens aux fenêtres , j'occupe
ma porte , où je fuis déterminé à
périr.
99
وو
93
"
"
La terreur augmente & multiplie tous
» les bruits d'alentour ; nous prêtons l'oreille ;
le
coeur nous palpife ; chacun écoute avec
l'attention la plus fcrupuleufe , & com-
» munique fes conjectures à fon voifin ; on
croit deviner , quelquefois on fe flatte que
» ce n'eft qu'une fauffe alarme ; c'eft ainfi
» que nous paffons fouvent des heures entières
, nos coeurs déchirés , nos efprits
» tourmentés par le doute le plus cruel.
Fatigué de cet état d'incertitude , je me
fens faifi de la frénéfie du courage , &
» defire l'arrivée du moment décifif; car
alars. la vie me paroît un préfent. maudit ::
"3
23
1
DE FRANCE. 2:07
30:
99
29
de me
» dans d'autres momens , je fens toute ma
fermeté s'évanouir par la multitude de
réflexions que je fais , & particulièrement
lorfque ma femme envoie un de nos enfans
s'informer de l'état des chofes , qui
ne manquent jamais , en outre ,
" faire les queftions les plus embarraffantes..
» C'eft alors , je le confefle , que les fenfa-
» tions de ruari & de père me plongent dans
le défefpoir , & ctouffent le germe du
courage. Convaincu enfin que c'étoit une
fauffe alarme , nous nous . couchons une
feconde fois ; mais quel bien peut nousfaire
le doux fo nmeil , quand il eft in--
» terrompu par de pareilles fcènes ? »>-
99
"
ود
en reve ant aux ta-
Soulageons -nous ,
bleaux li naïfs & fi intére ffans qui abondent
dans cer Ouvrage . Je choilis lanecdote du
Chien Sauvage , comme celle dont les détails
nous font le plus étrangers , & peuvent
le mieux fe déracher. En voici le precis ..
Dans le Comté de U-Er , voifinage de
Wavarfing, vivoit un Colon , que l'on pou
voit , dit l'Auteur , appeler le dernier des
hommes ; car il poffédoit la dernière plantation
de cette vallée vers les montagnes
bleues. Il n'avoit rien à . redouter que les incurfions
des Sauvages ; mais il vivoit bienavec
eux , & en étoit aimé:
Ce Colon avoit onze enfans ; mais ,
comme Jacob, il en avoit defiré un douzième ;
& , comme ce bon Patriarche , depuis quatreans
, il avoit vâ fes voeux exaucés. Un jour
1.
2
208 MERCURE
ce dernier enfant , ce petit benjamin , fe
perd dans les bois. On paffe la foirée & la
nuit à le chercher ; les échos fauvages répon
doient feuls à nos cris. « Dans ce moment
» arrive un Sauvage du village d'Anaquaga ;
» il ne trouve dans la maifon qu'une vieille
Négreffe retenue par les infirmités . Où eft
monfrère , lui demande - t'ill? Hélas, dit la
» femmenoire , il a perdufon petit Dérich ,
» & tout le voisinage le cherche dans les bois.
-Sonnes la trompe , tâche defaire revenir
» ton maître , je lui retrouverai fon enfant.
Aufli-tôt que le père fut revenu , le Sauvage
lui demanda les derniers bas & fou-
» liers que le petit avoit portés ; il les fait
fentir à fon chien. Prenant enfuite la maifon
pour un centre , il décrivit un cercie
» d'un quart de mille de femi - diamètre ,
» ordonnant à fon chien de fentir la terre
" par-tout où il le conduifoit ; le cercle
» n'étoit pas encore complet , lorsque ce
•
"
"
fagacieux animal commença à abboyer.
» Cet heureux fon porta fur le champ dans
» le coeur des parens défolés , quelques foi-
» bles rayons d'efpérances. Le chien fuivit
la pifte , & abboya encore ; nous le pourfuivîmes
avec toutes nos forces , & bien-
» tôt nous le perdîmes de vue dans l'épaif-
» feur des bois . Une demi-heure après , nous
» le vîmes revenir. La contenance de ce
» chien étoit vifiblement changée ; l'air de
" joie y étoit peint ; j'étois sûr qu'il avoit
» retrouvé l'enfant ; mais étoit -il mort ou
DE FRANCE. 209
و د
vivant? Quelle cruelle alternative pour ces
pauvres parens , ainfi que pour le reſte
» de la compagnie ! Le Sauvage fuivit fon
» chien , qui ne manqua pas de le conduire
» au pied d'un grand arbre , où l'enfant étoit
» couché, dans un état d'affoibliffement qui
approchoit de la mort : il le prit tendrement
dans fes bras , & fe hâta de l'apporter
vers la compagnie , qui n'avoit
» pu le fuivre avec la même promptitude ;
» heureufement le père & la mère avoient
» été en quelque manière préparés à rece-
» voir leur enfant ; il y avoit plus d'un
» quart d'heure qu'ils avoient commencé
à former quelques efpérances ; une foible
» lueur avoit pénétré dans leur coeur , dès
» qu'ils entendirent les premiers accens du
» chien fauvage ; ils coururent à la ren-
» contre de leur frère , dont ils reçurent
» leur cher Dérick avec une extafe & un
empreffement que je ne puis vous décrire. »
Suit enfuite la defcription d'une grande
fête , où l'on vient de dix lieues à la ronde ;
mais la fête n'eft rien , en comparaifon de
la cérémonie qui eut lieu le lendemain.
95
*
" Le lendemain Lefèvre , ( c'est le nom
» du Colon ) plein de reconnoiffance , of-
» frit au Sauvage ce qu'il croyoit pouvoir
» lui être utile ; mais embarraffé , confus ,
» peu accoutumé à des fcènes fi bruyantes ,
» il s'étoit retiré dans la grange , d'où à peine
» put-on le faire fortir. Enfin , après beaucoup
de perfuafions , il accepta une cara210
MERCURE
99
bine de Laccafter , * de la valeur de 160 1.
» Le nom de cet honnête Sauvage étoit Téwéniffa
; celui de fon chien Oniale : certecirconftance
ne fut pas même oubliée .
" Vers les dix heures , Lefèvre pria la Compagnie
de fe raffembler dans la cour : il
» fit alfeoir l'indien auprès de lui , & prenant
fon enfant dans fes bras , il parla
» ainfi vous obferverez que ce Colon
» ayant toute la vie fait la traite des Sauvages
, en connoiffoit parfaitement bien
» la langue & toutes les coutumes . )
"
>>
"" Tewénilla , avec cette branche de wam-
» pun , je touche tes oreilles ; Téwéniffa ,
je m'adreffe à toi : mon coeur étoit navré ,
tu en as guéri la bleffure. Je pleurois amè
» rement , crainte d'avoir perdu mon enfant
; tu as defléché mes pleurs , en le re-
» trouvant par le moyen de ton fidèle chien.
» Vienx comme je fuis , j'avois perda le
» bâton de ma caducité , la confolation de
» mes vieux jours ; tu l'as retrouvé ce bâton
» & cette confolation . Ma femme & mor
» nous étions comme deux couleuvres ,
"
"
roides & fans vie ; tu nous as ranimés en
» nous approchant du feu . Que ferai -je pour
» toi , Téwéniffa ? Il y a déjà bien des lunes.
» que tu connois mon coeur ; il y a bien des.
lunes que , comme homme , tu étois mon
» ami : aujourd'hui fois mon frère ; je te
reconnois & t'adopte comme tel , devant
Ville de la Penfylvanie.
DE FRANCE. 211
» tous ces témoins . Écoute , Tewéniffa ; li
jamais tu deviens incapable de chaffer
» viens ici y vivre a ta façon ; je t'y bâtirai
» un Vigwhim . Je ne t'offre point de terres ,
» tu n'en veux point ; c'est de 101 & de tes
" ancêtres que nous tenons celles que nous
cult vons. Si jamais tu es bieffe , viens
» fous mon toit, je fucerai ta bleffure ; * fi
jam is tu es fatigué de ton village & des
sa tiens , viens vivre avec un homme blanc ,
» que tu as aimé il y a long-temps , & qui
» aujourd'hui te reconnoît pour frère. Si
33
janaais tu as canfe de pleurer , je defféche-
» rai tes larmes , comme tu as defféché les
miennes. Si jamais Kititchy Manitou **
te prive de tes enfans , ou t'afflige , viens
» ici , tu y trouve as une peau d'ours , je te
confolerai , fi je le puis . Comme mon
» frère adoptif , je te donne cette branche
» de wampun bleu & blanc . Quand les
" tiens , à ton retour à Anaquaga , te ver-
39
ront porter ce wampun fur ta poitrine ,
» tu leurs diras ce qui s'eft paffe. Quand ton
» chien fera vieux & ne pourra plus te fui-
" vre , je lui donnerai de la viande & du
» repos. Téweniffa , j'ai fini . Il prit en-
» fuite le Sauvage par la main , & le fit
» fumer dans fa pipe , & ajouta en langage
» Hollandois : mes voifins & mes amis ,
-
* C'est la méthode ordinaire des Sauvages.
** Le mauvais génie..
212 MERCURE
" » voilà mon frère ; que dorénavant le nom
de Dérich , par lequel men douzième en-
" fant étoit connu , foit entièrement oublié ,
comme s'il ne l'eût jainais reçu à fon
baptême , & qu'il ne foit appelé le reſte
» de fa vie , que par celui de fon libérateur
» & oncle Téwéniffa .
99
"
"3
•
"
» Toute l'Affemblée applaudit à ce qu'il
» yenoit de dire , & par fon approbation
fanctifia cette nouvelle adoption. Le
Sauvage , qui avoit reçu deux branches
» de wampun , & qui avoit entendu un difcours
; fuivant leur ufage , fe prépara à y
répondre; pendant plus d'un quart-d'heure,
il fuma fans rien dire , les yeux vers la
terre , enfuite il parla ainſi :
38
ود
" Dérich , je te donne une branche de
» wampun, afini que tu m'entende mieux ;"
avec la même branche , je nécoye le
fentier qui mène de notre village à ta
Wigwhain. Écoutes , ce que tu m'as dit
eft gravé fur mon efprit ; je ne puis être
» ton frère , fans que tu fois le mien ; quoi-
» que nous ne foyons pas du même fang ,
tu l'es , & ma Wigwham eft devenue la
» tienne jufqu'à ce que nous allions vers
l'Oueft ; donnes -moi ta main , & fumes
dans ma pipe. ( Lefèvre le prit par la main
» & fuma dans fa pipe. ) Mon frère , je n'ai
» rien fait pour toi que tu n'euffes fait pour
*
* Endroit de repos après la mort.
DE FRANCE. 213
ود
*
» moi ; c'eft Kitchy Manitou qui voulut que
je pafsâffe hier devant ta Wigwham . Puif-
» que tu es heureux , je fuis heureux ; puif-
» que ton efprit fe réjouit , le mien fe réjouit
» auffi. Quand tu viendras à Anaquaga **
» tu n'iras plus te chauffer au feu de Ma-
» taxen , de Togararoca , de Wapwalipen ,
» & de tes autres amis ; mon feu eft dès-
›
>
aujourd'hui le tien ; je t'y donnerai une
» peau d'ours pour y repofer tes os . J'ai
» fini. Je te donne cette feconde branche
» de wampun , afin que tu te reffouvienne
» de ce que je t'ai dit . Ainfi finit la céré-
» monie. L'enfant , devenu homme depuis ,
» n'a jamais quitté un nom qui étoit devenu
» le fceau de fa reconnoiffance , ainfi que
» de celle de fon père . J'ai vû plufieurs de
» fes Lettres qui étoient fignées Téwéniffa
» Lefèvre. Son libérateur & oncle adoptif
mourut quelques années après ; le jeune.
homme , par l'aveu de fon père , fut à
Anaquaga , où , devant tout le village Sau- .
vage , & le Miffionnaire , qui étoit un
» Miniftre Morave , il adopta pour frère
» celui des enfans du vieux Téwéniffa , qui
portoit le même nom. Ce jeune Sauvage
» n'a jamais depuis traverfé les Montagnes
bleues fans s'arrêter chez Lefèvre , à qui
j'ai entendu dire bien des fois qu'auffi
"
"3
"
99.
ง
* Le bon génie.
** Village fauvage fur les rives occidentales de la
rivière Sefquehannah .
214
MERCURE
F "
&
long-tems qu'il vivra, il n oubliera pas qu'il
doir fa vie au père de ce frère ado tif.
Je ne connois pas d'Ouvrages où l'on trouz
ve des faits plus curieux , plus touchans ,
rapportés avec une fide ité plus originale . I
eft peu d'hommes qui ayent vû de telles
fcènes , & qui fachent les rendre ainfi , telles
qu'il les a vûes.
Je ne me lafferois pas de rapporter de
longs morceaux de ce Livre , on ne fe lafleroit
pas de les lire ; mais il faut finit. Cependant
parmi tant de beaux traits de vertu , il en eft
un qui me frappe d'une manière particulière ;
je vais encore en enrichir cet extrait. Il eft
tiré d'une Lettre qui a été communiquée à
l'Auteur.
Suivant certe Lettre , le Docteur M........
vifitant un jour les malades de l'Hôpital de
l'Armée Américaine à Albany , arrive à un
Soldat, dont la contenance honnête & noble
le frappe du premier abord . Celui- ci le fixe
long-temps à fon tour , comme un homme
qui médite fon deffein ; enfin il prend ſa réfolution
, & il prie le Docteur de l'écouter.
Je viens d'apprendre , lui dit-il , que mes
parens viennent de perdre leur fecond fils ;
jai un vif defir de retourner vers eux ; le
temps de mon engagement eft prêt d'expirer;
je trouve un homme qui s'offre à prendre
ma place ; mais j'ai besoin pour ces arrangemens
d'une fomme de cent piaftres ; je fuis
d'une famille honnête & riche établie en
Virginie; je m'adreffe à vous ; voudrez-vous
DE FRANCE. 215
prendre foi dans la parole d'un Soldat Americain
? J'examinai de nouveau fa phyfionomie
, dit le Docteur M..... , je confultai l'impreffion
fecrette qu'elle fit fur moi , & je ne
balançai pas à lui accorder fa demande.
Jamais bonne action ne fut fi bien placée
& fi bien récompenfée. Voici la Lettre que
le Docteur reçut , cinq femaines après , du
père du jeune homme.
"
Virginie , Culpeper County , 27 Décembre 1778 .
.
" J'avois deux fils , l'un a déjà péri dans
ces temps orageux ; mais il eſt mort en
défendant fa patrie ; l'autre alloit difparoître
auffi, & vous l'avez confervé, en lui
» donnant les moyens de venir rejoindre les
» parem . Déjà affligé par la mort du pres
mier , je devenois de jour en jour plus
malheureux , par la crainte de ne revoir
jamais le fecond. Sans vous , peut-être
férions-nous aujourd'huifans enfans . Mais,
» dites-nous , quel eft le motif qui vous a
» déterminé à cette généreufe action ; à choi-
» fir notre enfant parmi tant d'autres qui
239
و د
و د
و د
23
39
méritoient également votre attention ?
» Bénie foit la main invifible qui vous a
» conduit fecrètement vers fon lit , & vous
a fait écouter attentivement ce qu'il avoit
» à vous propofer. Il nous a informés que
» ce jour étoit le 14 d'Octobre ; qu'il foit
» dorénavant l'époque d'une joie annuelle
» dans ma famille : je le confacre , afin qu'il
foit diftingué des autres par les remercâ
216 MERCUREA
ود
ور
» mens les plus fervens à l'Etre Suprême ,
» par une fufpenfion de travail , par les
» plaifirs innocens. Mes efclaves partageront
» avec nous la joie infpirée de ce doux fou-
» venir : permettez qu'ils entrent pour quel-
» que chofe dans cette reconnoiffance générale
; ne méprifez pas la part qu'ils y
prennent , car ce font des hommes , &
je les ai toujours traités comme tels . Vous
» avez procuréà notre fils la fanté , la liberté ,
» le plaifir de revoir fes parens ; que de
>> bienfaits ! heureufement ce jeune homme
» a beaucoup d'amis & de parens , fans cela
le poids de fa reconnoiffance feroit trop
» difficile à fupporter. Il m'a dit que vous
n'aviez jamais été père ; vous ne pouvez
» donc connoitre ma joie , ni les fenfations
paternelles qui tranfportent mon coeur;
» la foigneufe nature les cache comme un
» tréfor à ceux auxquels elle n'a point
donné d'enfans. Nous ne
ود
ود
و ر
3
و د
nous connoiffons
pas , il eft vrai ; mais les hommes
vertueux font unis par les liens d'une confanguinité
intellectuelle. Dorénavant , regardez
-moi comme votre ami ; je ne négligerai
rien pour mériter ce nom : par la
» loi de la nature , je fuis le père de mon
» enfant ; vous êtes le père adoptif que la Pro
» vidence lui a donné dans le moment criti
» que de l'abandon & de l'indigence ; nous
fommes donc frères : faffe le ciel que cette
» union nouvelle foit à jamais durable ! .....
» Venez nous joindre , venez partager avec
"
» nous
DE FRANCE. 217
"?
33
ور
و د
ود
">
و د
» nous la poffeffion & la jouiffance de tout
ce que nous avons : vous êtes déjà incorporé
dans notre famille : venez prendre
poffeffion de cette chaife , qui vous at-
» tend à notre table . Ma femme ! mais qui
» peut exprimer les chagrins , l'affliction , la
joie , la furprife , l'amour & tous les dif-
» férens mouvemens de la fenfibilité mater
nelle ! ce n'eft que par le ferrement énergique
de fes mains , par fes larmes , fes
" tourires , que vous pourrez recueillir
» toute l'étendue de fa reconnoiffance : nonfeulement
notre famille entière , mais tout
» notre voifinage , auquel votre nom eft
déjà devenu cher , vous recevra comme
» vous le méritez , & vous convainora qu'il
» y a encore des âmes qui n'ont pas perdu ,
dans les cruautés de cette guerre , les fen-
» timens qui diftinguent les hommes ver-
» tueux. Pour vous convaincre que cette
Lettre n'eft pas formée de paroles vagues ,
infpirées par la joie foudaine de fentimens
qui bientôt s'évaporent & s'oublient ; pour
» vous convaincre que l'impreffion faite for
» nos coeurs par votre générofi é , fera auffi
» durable que le fervice que vous nous avez
» rendu , le porteur de cette Lettre , qui
» eft le fils de mon frère , vous délivrera un
contrat authentique & légal de la moitié
de la plantation de *** , accompagné d'un
Nègre que je vous donne , d'un fecond
» venant de mon fils , d'un troifième venant
» de la mère de ma femme , & d'un Efclave
N°. , 29 Janvier 1785 .
و د
»
و ر
"
29
»
"
K
218 MERCURE
» que vous offrent chacun de mes frères.
» Ce contrat , ainfi que le billet de vente ,
» comme vous le verrez par l'endoffement ,
» font fignés , fcellés & recordés fuivant la
» loi . Cette nouvelle propriété eft irrévocablement
la vôtre.
33
33
» Heureux fi notre fol , notre gouverne-
» ment , notre climat peuvent vous perfuader
de réfider parmi nous ! Uniffez ce
petit préfent à votre fortune ; venez de-
» meurer en Virginie , où vos talens , votre
mérite & votre humanité font déjà con- .
» nus , & vous procureront tous les avan-
22
33
tages que peut produire l'eftime d'une fa-
» mille reconnoiffante & d'un voisinage
» éclairé. Puiffe le meffager que j'envoie
→ vous trouver ſain & fauf, & vous amener
dans nos bras ! »
Signés , William , Arthur , Suſannah.
Quels fentimens & quelles moeurs ! dans
quel temps & dans quel pays la vertu futelle
plus fimple & plus fublime ! dès qu'on
connoît de telles actions , on doit aux bons
coeurs de les leur faire connoître. Eh bien !
j'en ai encore une plus belle à rapporter ; &
pour augmenter l'intérêt qu'elle doit exciter ,
je me hâte de dire que c'eft l'Auteur même
de cet Ouvrage , qui en eft l'objet ; il l'écrira
un jour avec cette effufion d'âme qui rend
fes récits fi touchans ; mais avant que fa reconnoiffance
ait pu s'épancher , fes amis lui
doivent de publier un bienfait fi généreux ,
DE FRANCE. 219
Pendant un féjour de deux ans que M. de
Saint-John de Crevecoeur , actuellement
Conful de France à New-Yorck , a fait en
France , étant chez M. fon père , qui vit
dans fa Terre , en Normandie , il apprend
que des étrangers , qui ne parlent qu'Anglois ,
ont échoué fur une des côtes de cette Province
, & font arrivés dans l'état le plus déplorable.
Sa penfée fe tourne tout de fuite
vers fes compatriotes. Si c'étoit des Américains......
Il part à l'inftant ; il ne s'étoit
pas trompé ; il trouve quatre prifonniers
de guerre qui s'étoient expofés à tout , pour
échapper à la rigueur de leur prifon ; il les
amène chez fon père , Gentilhomme digne
de prendre toujours fa part dans une bonne
action ; il leur prodigue tous les fecours ;
il vient à Paris folliciter quelques grâces
pour eux ; il les met à même de retourner
bientôt dans leur pays , comblés des bons
traitemens qu'ils avoient reçus en France.
M. de Crevecoeur avoit laiffe fa femme & fes
enfans dans un pays expofé à tous les ravages
de la guerre ; il étoit d'autant plus inquiet fur
leur fort , qu'il n'avoit pas reçu de leurs nouvelles
, depuis fon départ ; il étoit embarraffé
pour leur faire parvenir fes lettres ; il charge
fes compatriotes d'un foin fi cher. Ces hommes
arrivés à Bolton , fentent toute la difficulté
de remplir cette commiffion ; ils
croyent auffi sûr de çonfier à la pofte les lettres
de M. de Crevecoeur. Mais ils ne fe taifur
les procédés de celui - ci ; ils les
fent
pas Kij
220 MERCURE
>
racontent un jour dans un dîner où fe trouvoit
M. Fellows , un des plus refpectables
Citoyens de cette ville. M. Fellows fe fent
pénétré de la noble conduite de M. de Crevecuar
; il en conçoit une auffi vive reconnoiffance
, que fi elle l'avoit fecōuru luimême
, il rentre chez lui plein de tous ces
fentimens . Je tiens ces détails de M.Williams ,
Citoyen de New- Yorck , qui les a reçus luimême
de la bouche du digne M. Fallows. Il
communique donc à fa femme ce qu'il vient
d'apprendre : Cette pauvre femme , ces pauvres
enfans doivent être bien malheureux
dit-il , pendant que leur père & leur mari en
agit fi bien envers nos compatriotes , ils ne
favent ce qu'il eft devenu. Je neferai pas tranquille
tant que je les faurai "dans la peine. Il
me vient une idée ; je veux les aller chercher ,
les amener chez nous ; du moins quand leur
père reviendra, il les trouvera en bonnes mains.
Il eft bon de remarquer que jufqu'alors , il
n'avoit pas entendu parler de M. de John, qui
avoit vécu dans une autre Province , & qu'on
touchoit à la faifon des neiges , qui , pendant
long - temps , interceptent les communications
dans la partie feptentrionale des
États-Unis. Cependant il part. Son bon coeur
ne pouvoit l'amener plus à -propos. La mère
étoit morte , & les enfans avoient befoin
d'une adoption auffi tendre , auffi généreufe
; il les conduit chez lui , où lui & fa
femme ne les diftinguent pas de leurs propres
enfans. « J'ai vû , m'a dit M. Williams ,
DE FRANCE. 221
» la lettre que M. Fellows écrivoit à M. de
» Saint-John ; il n'y montroit que la douce
33
" "
fatisfaction d'avoir recueilli chez lui de fi
» aimables enfans ; & il rendoit compte au
père de l'éducation qu'il leur donnoit, avec
» le fcrupule & les longs détails d'un Gouverneur
qui n'eft occupé que de bien
remplir fon devoir. Si je connoiffois
quelque dûr mifantrope , j'irai lui raconter
ce trait pour le réconcilier avec l'humanité.
En le confignant dans un Ouvrage qui a un
grand nombre de Lecteurs , je goûte un véritable
bonheur , en me figurant le naïf étonnement
de ce digne Américain , lorſqu'il apprendra
que toute la France s'eft entretenue
avec attendriffement d'une action , qui lui
paroiffoit fi fimple & fi naturelle.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
CODE des Prifes , ou Recueil de la
Légiflation fur la Courfe en Mer , & ſur
l'Adminiftration des Prifes , depuis 1400
jufqu'à nos jours ; imprimé par ordre du
Roi à l'Imprimerie Royale. 2 volumes
in-4 . Prix , 4 liv. brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluni.
-
M. CHARDON , Maître -des -Requêtes , &
Procureur Général du Confeil des Prifes,
chargé par le Roi de la rédaction de cet Ouvrage
s'étoit déjà fait connoître avantageu-
K iij
222 MERCURE
fement par un Ffai d'Hiftoire Naturelle &
Civile de l'Ile de Sainte- Lucie , & d'excellens
Mémoires fur l'Ifle de Corfe.
Ce Code des Prifes doit lui donner de
nouveaux droits au fuffrage du Public , &
nouveau titre à fa reconnoiffance.
un
!
Les Courſes maritimes , quoique autorifées
par les Puiffances dans tous les temps ,
étoient toujours foumifes à une légiflation
très-incertaine , & qui varioit fuivant les.
circonftances ; enfin , jufqu'en 1744 , la rigueur
ou la modération des jugemens rendus
dáns ces fortes de matières , étoit déterminée
à peu - près par l'intérêt perfonnel. A cette
époque parut le premier réglement qui a mis
de l'ordre dans ces difcuffions.
L'Ouvrage que nous aunonçons préfente
un apperçu de l'hiftoire de cette Adminif
tration depuis 1400 ; on y trouve d'abord
les Titres de l'Ordonnance de 1681 , qui , à
bien des égards , a renouvelé ce qui s'étoit pratiqué
jufqu'alors , avec l'indication des loix
qui l'ont fuivie ou précédée.
Aux jugemens du Confeil des Prifes , on a
joint un fommaire qui expofe les cas qu'on a
jugés , & les motifs qui ont déterminé les
jugemens.
On y trouve auffi le tarif des droits que
les marchandiſes de prifes doivent au département
des Finances , foit celles qui font exclues
du commerce par leur nature, foit celles
qui font foumises à des droits prohibitifs ,
ou qui font tout- à-fait prohibées.
DE FRANCE. 223
Ce fimple expofé fuffit pour faire connoître
l'utilité de cet Ouvrage ; & ce qui le
rend commode pour ceux qui auront à le
confulter , c'eft qu'on a joint au fecond volume
une table raifonnée , qui , au -deffous
de chaque mot , donne tous les renfeignemens
qui y font analogues.
LETTRE au Rédacteur du Mercure. !
UN Profeffeur de notre Ecole de Deffin , vient.
dexécuter fut le mur de face de cette Ecole , un
Gnomon , avec les détails & tous les acceffoires
qui peuvent contribuer à la perfection de cette
machine aftronomique.
Nos Concitoyens s'évertuent pour l'orner d'une
devife ou infcription d'autant plus difficile , qu'ils y
veulent faire entrer l'Hôtel- de- Ville & le Siége de
la Jurifdiction Confulaire , contigus à l'Ecole de
Deffin : les Affiches Troyennes font chamarrées depuis
quelque temps d'Infcriptions & de Deviſes relatives
à cette intention .
Les Maîtres de l'Art des Devifes ( les PP.
Lemoyne , Ménetrier & Bouhours ) ont établi pour
principe fondamental de cet Art , très- grand à leurs
yeux, que le mot de la Devife ne doit rien dire qui ne
fe puiffe vérifier par la figure , c'eft - à- dire , que la
jufteffe du mot tient à l'unité qui lui doit être commune
avec la figure.
La figure eft ici une ligne méridienne , avec
des appendices qui indiquent chaque pas de la marche
journalière du foleil , les écarts périodiques qui
l'éloignent & le rapprochent alternativement des
tropiques , & fon entrée fucceffive dans les fignes du
Kiv
224 MERCURE
zodiaque. Les lignes tranfverfales donnent le point
de cette entrée , en coupant la perpendiculaire qui eft
la baſe , & comme le moyen de toute la machine ,
où l'oeil fuit ce que Virgile , toujours auffi jufte
qu'élégant dans l'expression , appelle folis labores.
Or , en combinant ces travaux du foleil , indiqués
par les diverfes lignes du Gnomon , avec ceux de
Î'Ecole du Deffin , le mot de la Devife fe rencontre
dans le mot célèbre d'Appelles : NULLA DIES
SINE LINEA ce mor rappelleroit fans ceffe
les Elèves de notre Ecole à l'affiduité continue au
travail , affiduité qu'un des plus grands Maîtres de
Art regardoit , d'après fon expérience , comme le
moyen capital pour la perfection de l'Art , & pour
celle de l'Artiste.
Quant à la queftion récemment renouvelée , fur la
préférence du Latin ou du François pour nos monumens
publics , elle fe trouve décidée en faveur du
Latin par un grand exemple que nous avons fous les
yeux.
Lorfque Girardon eut terminé le magnifique
Médaillon de Louis XIV , qu'il deftinoit pour notre
Hôtel de Ville dont il fait le principal ornement
Racine , Boileau & Santeuil , travaillèrentà l'envià une
inferiprion. Celle de Boileau ,
. C'eft ce Roi fi fameux , &c.
fait partie de fes OEuvres dans les dernières Éditions.
Celle de Santeuil ,
Per quem relligio , & c.
a été placée au bas de la ftature pédestre de Louis XIV ,
qui décore la façade de notre Hôtel- de -V: lle . Le bon
La Fontaine, qui fe faifoit aufh honneur de fes liaifons
avec M. Girardon , fon compatriote , projeta pour
fon Médaillon , une infcription qu'il fe propofoit
d'adreffer à des Troyens qui avoient envoyé à M.
DE FRANCE. 228
Girardon un pâté dont il avoit mangé fa part ; mais
s'abandonnant fur ce pâté, à un bavardage délicieux .
l'infcription fe trouva noyée dans cette Epître qui fait
une des plus agréables parties de fes OEuvres diverfes :
Votre Phidias & le mien
Et celui de toute la terre,
Girardon , notre ami , l'honneur du nom Troyen , &c.
Racine avoit auffi fait une infcription ; & quoique
plus en état que perfonne de la faire fupérieurement
en François , il avoit préféré la noble & pure fimplicité
du ftyle lapidaire des monumens de l'ancienne
Rome . De l'aveu même de Boileau , cette
infcription latine fut placée au bas du Médaillon
où nous la lifons aujourd'hui. Mais il compofa la
Lettre françoife qui accompagna l'envoi du Médaillon
à Troyes , Lettre dont toutes les idées
prifes de la chofe & revêtues du langage du coeur ,
cûr pû eile-même fervir d'infcription.
D'après de telles autorités , qu'il nous foit permis
* Le fameux Séb . le Clerc s'étoit empreffé de graver ce
Médaillon avec fes accompagnemens , formés d'enfeignes
militaires , de lauriers , de palmes , des diverfes couronnes
que décernoient les Romains à la vertu Militaire ; enfin des
médailles dont les revers offrent les principaux événemens
de la plus brillante partie du règne de Louis XIV.
Girardon , prévoyant la teinte jaune qu'imprimeroit le
temps au marbre blanc du médaillon , l'avoit cantonné de
deux tableaux des conquêtes de Louis XIV par Vander-
Meuley , fon ami , portés par un cadre noir & dont le
coloris rembruni , devoit pouffer & a pouffé au noir . On
imagina , il y a quelques années , de remplacer ces tableaux
par un lambris en mauvais ftuc ou plâtre , dont la blancheur
, contraftant avec le ton jaune , im rimé par le temps
au Médaillon , lui donne l'air d'un lange d'enfant mal tenu .
Encore eft-il heureux qu'on ne fe fcis pas avifé de regratter
le Médaillon , ou au moins de l'enduire d'une eau
de chaux & de craie , ainfi qu'on en a ufé avec les bustes de
marbre blanc placés dans le même fallon .
K▾
226 MERCURE
de tenir encore aux Inſcriptions latines , & de conferver
quelque affection pour les chefs à ceuvres latins ,
qui font aujourd'hui pour nous , ce qu'étoient les
modèles Grecs , fi fortement recommandés par
Horace à la jeuneffe Romaine , c'est-à - dire , la dernière
barrière contre l'irruption générale de l'ignorance
, du mauvais goût & de leur fuite , qui a pour
coriphée le parfait contentement de foi - même .
·
Je finis par un retour fur les liaiſons de Girardon
avec Boileau , Racine , La Fontaine & Santeuil : une
amitié fraternelle uniffoit dans le même temps
Molière , Alphonfe du Frefnai , & nos deux Mignards.
Au fiècle de Léon X , la même affection régnoit entre
Annibal Caro , le Molza , les deux Arétins & Michel-
Ange , Raphaël , le Titien : elle unifloit antérieurement
le Giotto & le Dante . Je m'écarterois trop de
mon fujet , fi j'entreprenois de développer les avantages
qui réfultoient de ce commerce , en faveur de
l'Art & des Artiſtes. Je fuis , & c .
GROSLEY , de l'Académie
Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres.
P. S. Je faifis cette occafion pour vous faire
paffer quelques remarques fur les obfervations de
M. de la Lande , relatives à ma Lettre fur la Veftale
de Legros , inférée dans un des Numéros de votre
Mercure de l'année dernière .
L'original de cette ftatue indiquée par M. de Lalande,
comparé à la copie de Legros , en établiffant d'autant
plus la reflemblance de cet original avec la Vénus
du Mont-Liban , décrite par Macrobe ,prouve feulement
les libertés que s'eft permifes l'Artifte François.
Ignorant ce qu'elle étoit primitivement deftinée à
repréſenter , il n'y a vû qu'une très-belle ftatue que
l'art pouvoit encore embellir . Il en a débarraffé la
tête du voile qui la furchargeoit à fes yeux , & l'a
ソ
1
DE FRANCE. 227
coëffée de la manière la plus avantageufe au vifage .
Il en a uſé de même à l'égard du fein , dont il a
découvert une partie ; enfin , en fupprimant les fandales
& les bas qui formoient la chauffure , il a étendu
la draperie qui ne laiffe plus voir qu'un bout de pied ;
draperie , qui , tubulée dans l'original , ou arrangée en
tuyaux égaux & parallèles , a été changée en une
étoffe large , & qui joue avec grâce.
Ces embelliffemens , rapprochés de l'intention de
l'original , ignorée par Legros , font autant de contrefens
, ceux fur tout qui tombent fur la chauffure ,
qui , formée de fandales & de bas ou galoches , annonçoit
une Divinité hyperboréenne. Telle étoit
en effet la Vénus du Mont- Liban ; tels étoient le
Deucalion & l'Atlas, dont les ftatues accompagnoient
la fienne , dans le parvis du Temple du Mont- Liban
décrit par Lucien.
En fuppofant que ces ftatues furent enlevées &
envoyées à Rome par l'ompée , lorsqu'il conquit la
Syrie, en, fuppofant qu'elles furent placées dans le
parvis du Temple d'Apollon , bâti à Rome fur l'emplacement
qu'occupe aujourd'hui la Villa-Médici ,
Temple dont des débris confidérables , exiftant encore
au feizième fiècle , ont été indiqués par les
Parevini , les Nardini , & c . qui les avoient fous les
yeux , on retrouvera parmi les prétendues Sabines
qui , avec la prétendue Veftale copiée par Legros ,
occupent le Veftibule ou Portique de cette Villa ,
la Stratonice admirée par Lucien' ; on verra la ſtatue
d'Alexandre , dont la fuperbe tête a été transportée
par les Médicis dans leur galerie de Florence ; enfin ,'
le Deucalion & l'Atlas fe reproduiront dans ces
Rois , dont l'attitude & la phyfionomie participant
* Les Rois font mêlés dans le parvis de la Villa- Medici ,
avec les prétendues Sabines & la prétendue Veſtale copiée
par Legros.
K vj
228 MERCURE
au deuil de la prétendue Veſtale , & l'accoûtrement
hyperboréen , auront paru annoncer de grands
Perfonnages étrangers aux Romains & aux Grecs ,
& gémiffans fous le poids de la captivité .
La vue des Originaux , dont des copies exactes
exiftent fans doute à Paris , dans les porte- feuilles
d'Élèves de l'Académie de France à Rome , en
appuyant ou en détruifant ces conjectures , décideront
en dernier reffort fur la reffeniblance de la prétendue
Veftale de la Villa- Médici , avec la Vérus du Mont-
Liban , deffinée par Macrobe , & elles fixeront les
corrections que Legros s'eft cru permifes pour
l'embelliffement de fa copie.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 7 de mois , on a repréfenté pour
la première fois , Alexis & Juftine , Comédie
en deux Actes & en profe , mêlée d'Ariettes
, par M. Monvel , Mufique de M.
D. Z.
Il y a vingt-quatre ans qu'un bon & riche
Payfan, nommé Thierry, élève & traite comme
fon propre fils un enfant qui a été déposé
chez lui , & dans le berceau duquel il a
trouvé une moitié de Lettre , fuffifante pour
expliquer en partie les raifons qui ont forcé
les parcns de cet infortuné à le remettre
en des mains étrangères . Pendant quelDE
FRANCE. 229
que tems , Thierry , fans pouvoir en décou
vrir la fource , a reçu les fecours néceffaires
à l'éducation de cet enfant qu'il a nommé
Alexis , conformément à un ordre énoncé
dans la Lettre ; mais depuis quinze années ,
il n'a rien reçu , ni entendu parler de rien
qui lui fût relatif. Cependant Alexis n'en a
pas été traité avec moins de foins & de tendreffe.
Elevé près de l'aimable Juftine , fille
du fenfible Payfan , l'orphelin s'eft enflammé
pour elle de l'amour le plus tendre , & lui
a fu infpirer une paffion égale à celle qu'il
éprouve . Cher à toute la famille de fa Maîtreffe
, il est préféré à tous ceux qui demandent
Juftine en mariage ; notamment à un
certain Thomas, le plus riche , comme le plus
imbécille de tous les Payfans du canton ;
en un mot , il eft fur le point d'époufer fa
bien aimée ; le contrat de mariage eft même
dreffé , lorfqu'un inconnu , qui fe dit être
le Comte de Longpré , fe préfente chez
Thierry , lui remet la feconde moitié de la
Lettre trouvée dans le berceau d'Alexis * , &
réclame ce jeune homme comme fon fils.
Tout le monde eft d'abord enchanté de cet
* La fituation d'Alexis , depuis l'inftant où il eſt
confié à Thierry jufqu'au jour où il eft reconnu par
fon père , fe trouve dans un grand nombre de nos
Romans anciens , & dans quelques uns de nos modernes.
Parmi ceux- ci , le Lorezzo de M. d'Arnaud,
eft celui qui a le plus de reffemblance aves Alexis,
230
MERCURE
événement , parce que le bonheur d'Alexis
fait pour un moment difparoître tout autre
interêt ; mais ce plaifir fe change bientôt en
une douleur amère , lorfque M. de Longpré
déclare que fon fils ne fauroit époufer
Juſtine , qu'il a fait choix pour lui d'une
autre femme , & que dès le lendemain il'
doit , avec lui , retourner à Paris. La confternation
de la famille Thierry , le chagrin
du jeune homme , le défefpoir de
Juftine , rien ne touche M. de Longpré , ou ,
pour mieux dire , rien de tout cela ne femble
l'émouvoir . Néanmoins il eft fortement
ému , mais il cache fon émotion dans le
deffein d'éprouver jufqu'à quel point les
deux jeunes gens s'aiment , & pour chercher
à connoître s'ils ont affez d'amour &
de vertus pour faire conftamment le bonheur
l'un de l'autre. Il obferve avec l'oeil de
l'expérience , leurs fentimens , leurs démarches
, leurs moindres mouvemens . Dans
une Scène où Juftine tente les derniers efforts
pour le toucher , elle laiffe éclater une
candeur de caractère , une pureté d'ame ,
une chaleur de fenfibilité bien faite pour le
féduire ; cependant , il réſiſte encore. Il eſt
entraîné par l'inftant où Alexis vient malgré
lui , & comme une victime dévouée à
l'autorité paternelle , faire fes adieux à fa
Maîtreffe & à fes bienfaiteurs. La douleur
intéreffante d'Alexis , la fituation déplorable
de Juftine , la peine profonde dont Thierry
& fa famille font pénétrés , déchirent le
DE FRANCE. 231
coeur du Gentilhomme. Il ordonne à fon
fils de prefenter à Thierry , comme une
marque de fa reconnoiffance , un portefeuille
qu'il lui remet . Thierry preffe Alexis
contre fon fein , mais il retufe le portefeuille:
"Ne le refufez pas , s'écrie le Comte,
» c'eſt la preuve la plus convaincante que je
puiffe vous donner de ma fenfibilité. Il
» contient mon conféntement au mariage
de nos enfans , & la dot d'Alexis ». Il déclare
alors comment & pourquoi il a éprouvé
les jeunes amans. La joie renaît dans tous
les coeurs & M. Thomas l'imbécille , qui
avoit conçu de nouveau l'efpérance d'époufer
Juftine , devient , à fon grand regret , le
témoin du bonheur de fon rival.
ور
Telle eft aujourd'hui la marche de cette
Comédie très - larmoyante. A la première
repréſentation , elle n'étoit pas auffi rapide.
L'épreuve de M. de Longpré étoit trop
prolongée ; elle préfentoit ce Gentilhomme
fous un afpect long-temps défavorable.
Dans une Scène où Alexis venoit faire
fes adieux à Juftine , celle - ci appercevoit
fur la muraille l'ombre de fon amant , &
nouvelle Dibutadis , elle en deffinoit les
traits , ce qui ne s'accordoit guères avec la
douleur & le défeſpoir qu'elle venoit de laiffer
éclater quelques minutes auparavant,
Toutes ces taches ont difparu ; mais celle
qu'il feroit difficile de faire difparoîtne , c'eſt
l'inutilité du perfonnage de Thomas. Otez
à cet imbécille la Scène du premier Acte , où
232 MERCURE
il ne vient demander la main de Juftine que
pour être plaisanté d'une manière plus amère
que comique par Thierry , par fa famille
entière , & inême par le candide Alexis , M.
Thomas ne feit abfolument à rien . Il ne
plaît à perfonne , ni au père , ni à la mère ,
ni à la fille ; fa richeffe même ne lui donne
pas l'avantage le plus léger , le plus frêle ;
en un mot , jamais prétendant n'a moins
donné d'ombrage à un rival. Si l'Auteur a cru
avoir befoin de lui pour diftraire le Spectateur
des éternelles doleances de tous les perfonnages
de la pièce , il devoit donc le rendre
néceffaire à l'action .
Le ton de ce Drame nous paroît beaucoup
trop élevé pour le rang des perfonnages . La vertu
& la nobleffe des fentimens font de tous les
états ,fans doute, mais l'expreflion n'en est pas
la même dans tous , & elle varie fuivant les
conditions . Un payfan, un homme du commun
ne doit point s'expliquer comme un homme
de qualité. C'eft ignorer , ou pour le moins
oublier les ufages & les convenances , que
de prêter à tous les états le même langage
& le même ftyle . Ce défaut eſt trèscommun
à nos Auteurs Dramatiques , & l'on -
ne fauroit trop les engager à l'éviter . Au
refte , il y a de l'intérêt , de la chaleur & de
la fenfibilité dans ce Drame. La Scène où
Juftine cherche à toucher M. de Longpré, eft
filée avec beaucoup d'art , & forte de cette
éloquence qui ne peut émaner que d'un coeur
ému par les fentimens les plus énergiques .
DE FRANCE. 233
-
Nos Lecteurs connoiffent le Felix de M.
Sédaine. Il a quelques points de reffemblance
avec l'Alexis de M. Monvel. Celuici
annonce un homme d'efprit ; l'autre ,
malgré les défauts , prouve un homme
d'un vrai talent , & à qui les effets comiques
font très -connus.
La mufique de ce Drame doit ajouter
beaucoup à la réputation de M. D. Z. On y
reconnoît fouvent le ftyle facile & brillant
qui fait le charme ordinaire de fes
compofitions ; mais il eft fupérieur à luimême
dans tout ce qui tient à l'expreffion
du pathétique & de la douleur. Le
monologue de Mme Dugazon , où cacher
ma douleur profonde , eft réellement déchirant
, fans être moins flatteur pour l'oreille ;
c'est-à-dire , que la melodie & l'expreffion y
font fondues avec tout l'art qu'on pouvoit
exiger d'un Maître. Les morceaux d'enfemble
font compofés avec efprit , & font
très -agréablement écrits . On a obfervé que le
ton général de la mufique étoit aufli un peu
élevé , eft-ce à M. D. Z. qu'on peut en faire
le reproche ?
Mme Dugazon , fi juftement chère au Public
, ne peut que lui infpirer déformais un
intérêt plus vif encore. La fenfibilité , la chaleur
, la vérité , l'abandon , enfin le vrai talent
qu'elle a développés dans le rôle de Juftine
, juftifient les nombreux éloges qu'on lui
a donnés jufqu'ici. Les fuffrages qu'on accorde
à beaucoup de Comédiens , font le
214 MERCURE
fruit ou de l'habitude , ou du defir d'enconrager
, ou bien encore de l'impoffibilité de
les accorder à d'autres : ceux qu'on donne
à Mme Dugazon , font un tribut qu'on doit
au vrai mérite , & nous ne connoiſſons pas
actuellement de Comédienne qui foit plus
digne de ce tribut .
ANNONCES ET NOTICES.
CAZIN , Libraire de Reims , vient de mettre en
vente , dans le format de fa jolie Collection , les objets
ci- après : OEuvres de Renard , 4 vol.; Confidérationsfurles
Moeurs du Temps , de Duclos , 1 vol.;
Penfées & Maximes de la Rochefoucauld , 1 vol.;
le Poëme de la Religion & de là Grâce , 1 vol .; ces
quatre articles fontornés d'un portrait de leur Auteur,
gravé avec foin . On trouvera ces articles chez
les Libraires ci - après : Bailly , rue S. Honoré ; Mérigot
l'aîné , vis-à - vis l'Opéra ; Defeine , au Palais
Royal , paffage de la rue de Richelieu .
ALMANACH du Palais Royalpour l'année 1785 .
Prix , I livre 4 fols broché. A Paris , chez Royez ,
quai des Auguftins , & chez les autres Libraires.
Cet Almanach a certainement le mérite de la
nouveauté. Outre qu'il peut fervir de guide pour
jouir des agrémens qu'offre le Palais Royal , il fait
juger de ce que pourra devenir encore ce moderne
Monument , qui renferme déjà tous les objets divers
qu'on peut defirer dans l'enceinte d'une Ville
entière.
OBSERVATIONS fur la Religion , les Loix , le
DE FRANCE: 235
Gouvernement & les Moeurs des Turcs , traduites de
l'Anglois par M. B *** , deux Parties in 12. A
Londres ; & à Paris , chez Volland , Libraire , quai
des Auguſtins , près la rue du Hurepoix. Prix , 3 liv.
les deux Volumes.
On trouve chez le même Libraire l'Ami des
Enfans , ou Hiftoires Morales , pour fervir de lecture
aux jeunes Perfonnes de l'un & l'autre fexe.
Prix , I liv. 4 fols.
MEMOIRES Concernant l'Hiftoire , les Sciences ;
les Arts , les Moeurs, les Ufages , &c. des Chinois ,
par les Miffionnaires de Pékin , Tome X , in - 4 ° .
Prix , 12 liv . relié. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet.
Nous avons parlé plufieurs fois de ce grand Ouvrage
, enrichi de tant de morceaux curieux & intéreffans
. Le Volume que nous annonçons , outre
une Table générale des Matières qu'on le propofe
de renouveler pour les Volumes fuivans , renferme
plufieurs Pièces qu'on lira avec intérêt . Quatre Por
traits ou Vies des Chinois célèbres ; des Extraits
d'une Lettre de M. Amyot , qui a fourni tant d'articles
curieux à cet Ouvrage; & enfin un Recueil
de Penfées , Maximes & Proverbes traduit du Chinois
par M. Cibot , Miffionnaire , mort il y a
quatre ans. Les Éditeurs ont de lui plufieurs manuf
crits qu'ils fe propofent de publier fucceffivement.
LE Reftaurateur Parifien , Almanach utile aux
Etrangers & aux Célibataires , pour la préfente
année. A Paris , chez Petit , quai de Gêvres.
L'Auteur de ce petit Almanach , jaloux de pourvoir
aux befoins & même aux plaifirs des eftomacs
étrangers , ou qui , par raifon de célibat ou autres
font forcés de recourir aux tables hofpitalières , leur
indique les bonnes fources. Comme il a voulu parler
1
2.6
MERCURE
en connoiffance de caufe , il n'a écrit que d'après
fes propres cffais. On voit дыс fon zèle donne une
grande preuve d'humanité , puifqu'il a été juſqu'à pourfuivre
une encyclopédie de connoiffances qu'on ne
peut acquérir fans des dangers d'indigeftion .
Au refle , cet Almanach peut être utile à nombre
de perfonnes. On y a joint une Table des quartiers
pour trouver plus facilement à diner dans les endroits
où l'on fe trouve.
On vend chez le même Libraire : Fragment fur
les hautes Sciences , fuivi d'une Note fur les trois
Jortes de médecines données aux hommes , dont une
mal-à propos délaiffée , par Etteilla . Prix , 15 fols.
THEORIE des Matières Féodales & Cenfuelles
, par M. Hervé , Avocat au Parlement ,
4 Volumes in - 12 . Prix , 10 liv, brochés . A Paris ,
chez Knapen & fils , Libraires - Imprimeurs de la
Cour des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Cet Ouvrage doit être diftingué de la foule de
Livres de Jurifprudence qui paroiffent tous les
jours , & qui ne font qu'augmenter le déferdre &
l'obfcurité où font nos Loix , nos Coutumes & nos
Ordonnances. Ce n'eft ni un Recueil d'Arrêts contradictoires
, ni une compilation de textes inintelligibles
; c'eft un Ouvrage , & nn Ouvrage très neuf.
Dumoulin étoit fans doute un Homme de génie ;
mais il n'a eu du génie que pour un fiècle où il n'y
avoit encore que de l'érudition . Le Livre de M.
Hervé eft excellent même pour un fiècle philofophique
. Les Jurifconfultes méme ont peine à lire les Jurifconfultes.
Tous ceux qui aiment l'Hiftoire , tous
ceux qui ne font pas étrangers à l'étude du génie
des divers fiècles & des diverfes Nations , liront
l'Ouvrage de M. Hervé avec intérêt. C'est une des
plus belles applications qu'on ait jamais faites de la
Philofophie à l'étude des Loix . Nous ca rendrons
DE FRANCE. 237
compte inceffamment , & nous croyons pouvoir juf
tifier les éloges que nous ne pouvons nous refuſer à
lui donner d'avance.
HISTOIRE Complette des Plantes Vénéreuses
de la France , par M. Bulliard , petit in-folio fans
figures Prix , 6 liv . Avec quatre vingt- cinq figures
fupérieurement coloriées au moyen de l'impreflion .
Prix , 94 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Poftes,
au coin de la rue du Cheval Vert ; chez Didot
jeune & Barrois jeune , Libraires , quai des Auguftins
, & chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
Cette Collection eft intéreffante & utile. Il eft
important que les hommes chargés de veiller fur nos
jours fachent diftinguer les diverfes plantes , afin
de ne pas nous donner la mort quand ils nous
préfentent un remède ; & il eft important que nousmêmes
nous ne foyons pas expofés à prendre des
poifons pour des alimens. Le bus de cet Ouvrage
eft auffi d'indiquer les antidotes les plus prompts.
Elle forme la première divifion de l'Herbier de la
France , & fe diftribue féparément.
L'Herbier de la France fe continue toujours fur le
même plan ; les cahiers qui paroiffent actuellement
contiennent des plantes médicinales , des plantes alimentaires
& des champignons : le Nº . 49 vient
d'être mis au jour .
Les perfonnes qui prennent tout ce qui compoſe
l'Herbier de la France, payent 15 fols chaque plante,
à l'exception de la première, qu'elles payent 3 livres.
Il paroît actuellement cent quatre - vingt . feize
plantes. En faveur des Étudians en Médecine qui
defireront fe procurer cet Quvrage , on n'exigera
point qu'ils prennent à la - fois tous les cahiers qui ont
paru jufqu'ici , on leur en délivrera deux ou trois par
mois qu'ils payeront à meſure jufqu'à ce qu'ils le
trouvent au courant des livraiſons . Les perfonnes
238 MERCURE
7.
qui ne veulent au contraire qu'une des divifions de
l'Herbier de la France, telle que l'hiftoire des Plantes
vénéneufes , celle des plantes médicinales , celle des
plantes alimentaires , celle des champignons , & c.
payent 20 fols chaque épreuve à l'exception de la
première , de la Collection qu'elles defirent fe procurer
, & qu'elles payent 3 livres. Chacune de ces
divifions fera précédée d'un difcours qui fe diftribuera
féparément comme celui qui ſe trouve en tête
des plantes vénéreufes du Royaume , lequel fe vend
6 livres broché en carton.
-
LE Plaifir des Amans. Les Careffes réciproques
, deux Eftampes gravées d'après Challe , par
Piaco. Prix , 16 fols chaque. A Paris , chez la
Veuve Macret , rue des Foffés de M. le Prince , au
coin de la rue de Touraine , maifon du Bijoutier.
L'HEROISME du Sentiment , ou le jeune Espagnol
fauvé de la dent du Requin , Eſtampe gravée
d'après J. S. Copley , par Picquenot. A Paris , chez
l'Auteur , rue Saint Hyacinthe , nº . 61 , & chez
Blaizot, cour du Palais Royal. Prix , 3 liv.
En voici le fujet tel qu'il eft rapporté au bas de la
Gravure. Un Eſpagnol fe baignant au port de la
Havanne , près de fon bord , fut faifi à la jambe
par ce poiffon vorace ; fa jeuneffe , fa force & fes
efforts l'en débarraſsèrent. Au moment où l'on fe
préparoit à lai donner du fecours , un jeune Matelot
plus prompt fut affez hardi & heureux pour l'arracher
au danger en enfonçant un harpon dans le
ventre de l'animal.
DARDANUS, Tragédie Lyrique en quatre
Actes , repréfentée pour la première fois devant
Leurs Majeftés a Trianon, le 18 Septembre 1784, &
fur le Théâtre de l'Académie Royale de Mufique le
F
DE FRANCE. 239
1
30 Novembre fuivant, miſe en muſique par M. Sacchini.
Prix , 24 livres . A Paris , chez l'Auteur , rue
Baffe du Rempart , nº . 17 , & Sieber , rue Saint
Honoré, n°. 92.
Lorfque les gens du monde parlent d'un Opéra ,
la Mufique feule leur paroît digne d'attention , les
paroles font comptées pour rien. Le Compofiteur eft
le feul objet de leurs éloges ; ils ne fongent quelquefois
au Poëte que quand il mérite des reproches.
D'après une pareille manière de juger , il fembleroit
que le mérite de ces mêmes paroles eft fort indifférent
au Théâtre , & que la Mufique fait tout le
fuccès d'un Opéra . Point du tout : c'eſt le fujet , ce
font les fituations , c'eſt la manière dont elles font
amenées , exprimées , c'eſt enfin le feul travail da
Poëte qui décide du fort d'un Ouvrage de Théâtre ;
fon lot eft de réuffir ; c'eſt à lui d'en faire tous les
frais ; c'eft au Compofiteur qu'en revient la gloire ;
mais que celui- ci y prenne garde, s'il obtient quelquefois
l'honneur du fuccès fans y avoir contribué , fouvent
auffi fes talens fe trouvent enveloppés dans une
chûte qu'il n'a pas mieux méritée . En France , un
fujet heureux fait réuffir de la mufique médiocre ; la
plus excellente mufique ne foutient pas un fujet fans
intérêt . On en pourroit citer mille exemples ; il fuffit
de l'Opéra dont nous annonçons la partition . Jamais
peut- être M. Sacchini n'a déployé plus de richeffe
muficale que dans cet Ouvrage , ce qui ne l'a pas
fauvé du fort que méritoit ce fujet peu intéreffant.
Les Concerts & les Sociétés le dédommageront fans .
doute de ce jugement injufte , & les Amateurs conviendront
qu'aucun des Opéras faits en France par
çet Homme célèbre, ne contient un plus grand nom
bre de morceaux charmans .
EAUX Stomachiques & Anti - dartreufes du
fieur DACHER,
240
MEAU RÈ
Le fieur
DACHER continue de diftribuer fes
Eaux connues pour les maladies qui
dépendent dụ
dérangement de l'eftomac , celles de la peau , comme
dartres , teigne , &c. &c.
Il donne toujours les Eaux & fes foins gratuitement
aux pauvres ; il entretient une
correspondance
fuivie & jufqu'à parfaite
guérifon avec les perfonnes
de Province qui
l'honorent de leur confrance
, en
affranchiffant les lettres. Le fieur Dacher
eft logé rue Jacob , nº. 39 .
ERRATA. Les Euvres de Duval ,
annoncées
dans l'avant- dernier Numéro , du Mercure , ſe vendent
chez Royez , quai des Auguftins , à la deſcente
du pont neuf.
Pour les
Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres
nouveaux
Couvertures. , voyez les
TABLE
VERS faits au Vistre, 193 d'un Cultivateur Améri
203
A M. l'Abbé
Dourneau , 194 cain ,
A Mme L. G.... ,
ibid. Code des Prifes,
221
Le Partage des Draps, Conte , Lettre au Rédacteur du Mer-
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne ,
196 cure , 223
228
gryphes 197 Annonces & Notices , 234
Fin de l'Extrait des Lettres
J'AI
AP
PROBATION.
I la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſt en empêcher
l'impreffion . A Paris ,
le 28 Janvier 1785. GUIDL
M. l'Abbé de Cournand : 2 vol .
in- 12. br. 3 liv. Chez les mêmes.
ARRET S.
ladite halle ; regiftrées en là
Cour des Aides le 26 Novembre
dudit an ; extrait des registres du
Confeil d'Etat du Roi. A Paris,
chez les mêmes.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 4 Juillet 1784 , & Let
tres-Parentes fur icelui , da 6 Déclaration du Roi , qui or.
Octobre 1784 , qui permet la donne que celle du premier Sepfortie
des cuirs & peaux fecs & tembre 1775 fera exécutée julen
poil , venant de l'étranger , qu'aux vacances de 1785 ; donen
exemption des droits en née à Verfailles le 30 Août 1784,
prefcrivant les conditions & for- regiftrée en la Cour des Aides le
malités à obferver à cet égard ;
registrées en la Cour des Aides
le premer Décembre fuivant.
A Paris , chez Knapen & fils ,
Libr..Impr. de la Cour des Aides ,
au bas du pont S. Michel.
12 Novembre fuivant. A Paris ,
chez les mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , concernant
le droit de nobleffe héréditaire
, & les priviléges attritbués
aux quatre offices de Secrí
taires des Finances & Greffiers
du Confeil privé ; données à
Verfailles le 18 Juillet 1784 ,
regiftrées en la Cour des Aides
le 26 Novembre fuivant .
A Paris , chez les mêmes.-
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi, & Lettres - Patentes fur icelui
, du 22 Juillet 1784 , portant
exemption de droits pour les
Eaux-de- vie qui fortiront du
Royaume avec liberté de diftiller
les lies , les baiffières de
vin & les marcs de raifin ; regif- Premier Recueil d'airs , rotrées
en la Cour des Aides le mances , chanfons & duos , avec
13 Octobre 17845 extrait des accompagnement de piano forté
regiftres du Confeil d'Etat. Aeu de harpe ; compofé par M. de
Paris , chez les mêmes.
MUSIQUE.
Saint-Amans , Maître de Mufi-
Arrêt du Conſeil d'Etat du que à l'Ecole royale de Mufi-
Roi , du 6 Octobre 1784 , & que Les trois premiers airs
Lettres- Patentes fur icelui , du font tirés de la Rohère de Salen-
11 Novembre 1784 , qui , fur les ci , de M. Favart ; mife en mu
offres des Tanneurs , Fabricans , fique par l'Auteur de ce Recueil ,
Marchands & Commiffionnaires & repréfentée à Bruxelles : 7 liv.
de cuirs , établiffent les droits 4 fols. 4 Paris , chez l'Auteur
qui feront payés pendant dix- rue Poiffonnière , paffé le boulehuit
années , fur les cuirs & vart , la cinquième porte-cochère d
peaux amenés & vendus à la nou- gauche , & chez Leroy , Marvelle
halle aux cuirs , rue Mau- chand de Mufique , pla e du Paconfeil
, pour rembourfer les lais Royal , maifon du café de la
avances du prix de l'achat du Régence.
terrein & de la conftruction de
2
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fols par année , aver
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU, fue des Poitevins . Le prix eft , pour , Paris ',
de trente livres, & pour la Province , port franc
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Février
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreſſes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retarddans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres
fans quoi elles ne feront point reçues.
MERCURE
DE FRANCE.
( N °. 4. )
SAMEDI 22 JANVIER 1785.
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
2
Auteur des Etudes de la Nature:
volumes in-8° . br 6 liv.
Dictionnaire raifonné du droit
de chaffe. ou nouveau Code des
chaffes , fuivant le droit commun
de la France , de la Lorraine
& des Provinces privilégiées ,&c.
LIVRES NATIONAUX.
Catalogue des livres imprimés
& manufcrits de la Bibliothèque
de feu M. d'Agueffeau , Doyen
du Confeil , Commandeur des
ordres du Roi , &c . diſpoſé par
ordre des matières , avec une table
des Auteurs : br. 3 1. 12 f.
A Paris , chez Gogué & Née de la
Rochelle , Libr. quai des Auguf- s
tins , nº. 13.
La vente de cette bibliothèque
fe fera le Lundi 14 Février , &
les jours fuivans , trois heures
de relevée , en l'hôtel de feu M.
d'Agueffeau, rue S. Dominique,
fauxb. S. Germain , près les Jacobins.
On trouve auffi chez Gogué
& Née de la Rochelle, le Voyage
à l'Ile de France & de Bourbon
; par M. de Saint-Pierre ,
par M. Jean Henriquez, Avocat
en Parlement : 2 vol. in- 12. bri
liv. A Paris , chez Delalain le
jeune , Libr, rue S. Jacques.
On trouve chez le même
Libr. les ouvrages fuivans du
même Auteur :
2
Code pénal des eaux & forêts :
vol . in- 12 . rel. s liv.
Manuel des Gardes des Eaux
& Forêts : 1 vol. in- 12 broché ,
1 liv. ro fels .
Obfervations fur l'aménagement
des bois : 1 vol. in- 8° . br
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1
THiftoire
Univerfelle depuis le judiciaire , contenant les ancecommencement
du monde judotes piquantes & les jugemens
qu'à préfent, compofée en Anglois
par une fociété de Gens de
Lettres,nouvellement traduite en
François par une fociété de Gens
de Lettres ; enrichie de figures &
de cartes. Tome LXIX , formant
le XXXI de l'Hift. Mo
derne. A Paris , chez Moutard ,
Impr.- Libr. rue des Mathurins.
fameux de tous les temps & de
toutes les nations ; par M. Defeffarts
, Avocat. Les neufvolumes
fe vendent 36 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue Dauphine , hôtel de
Mouy ; Mérigot jeune , Libr quai
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Almanach des Mufes pour l'année
1785 in 12. br. 1 liv. 10 f.
A Paris , chez Delalain Paîné ,
Libr. rue S. Jacques , vis - à- vis
celle du Plâtre.
Le Mentor Univerfel ; par M
Abbé Roy , Cenfeur Royal ,
&c. Numéro VIII. A Paris
, chez l'Auteur rue Guénégaud
, n . 20 , Théophile
Tois Libr. quai des Auguftins,
L'abonnement pour l'année
entière , compofée de 12 vel .
eft de 13 liv, 4 f. pour Paris ,
& de 16 liv. 4 f. pour la Pro- Marquis de la Fayette , & de
vince , port franc. M. de Barras , Chef d'Efcadre ;
Euvres de Plutarque , tradui - traduites de l'Anglois fur les orites
du grec par Jacques Amyot : ginaux publiés par ordre de la
quatorzième livraif. quatorzième Chambre des Pairs : I vel . in 8 .
& dernier volume des OEuvres de 304 pages , broché , 3 livres.
mêlées , & de la Collection des A Paris , chez Nyon jeune , Libr.
Euvres de Plutarque : in 8. & place des Cu tre- Nations ; & d
in-4 ° . papiers d'Angoulême , de Versailles , chez Poinçot , Libr.
Hollande & vélin . rue Dauphine.
Correfpondance du Lord G.
Bar- Germain avec les Généraux Clin- -
TOR,Cornwallis , & les Amiraux
dans la ftation de l'Amérique ,
avec plufieurs lettres interceptées
du Général Washington , du
On fouferit pour cet ouvrage Effais de géographie , de poli
raifon de livres to f. partique & d'hiftoire fur les poflefvolume
in-8 °. & à proportion fons de l'Empereur des Turcs
pour l'in- 4° . & felon les dif- en Europe , divifés en trois parferens
papiers : 4 Paris , chezties ; par M. L. C. D. M. D. L.
Baftien , Libr. & Editeur , rue S. pour fervir de fuite aux Mémoi
Hyacinthe , la porte- cochère à res du Baron de Tott : 1 vol.
droite en entrant par la place S. in - 8 ° . de 319 pages , 3 liv. Chel
Michel. les mêmes.
Les dons merveilleux & diverfement
coloriés de la nature dans
Je règne minéral ; par M, Bu
c'hoz , Médecin - Botanifte & de
quartier de MONSIEUR in-fol.
papier de Holl. en feuill . 150 liv .
A Paris , chez l'Auteur , rue de
ta Harpe , au- defus du Collège
d'Harcour
:
Neuvième & dernier volume
de l'Effai fur l'hiftoire générale
de tous les peuples , tant anciens
que modernes , ou Dictionnaire
+
Parallèle curieux des fables en
vers latins de M. le Beau avec la
Fontaine , & tous les Poëtes latins
qui ont traité les mêmes fables
: quatrième & dernier vol.
in-8 ° . des OEuvres latines de M.
le Beau br . 2 liv . 8 fols . rel . 3
liv . Chez les mêmes .
Vie de l'Infant Dom Henri de
Portugal , Auteur des premières
découvertes qui ont ouvert aux
Européens la route des Indes ;
ouvrage traduitdu Portugais,par
TABLEAU POLITIQUE
S
DE L'EUROPE , en 1784 .
SANS AN S les derniers événemens qui tout - à- coup
ont altéré l'union , fubfiftante depuis plus d'un
fiecle entre les Provinces Unies & la Maifon
d'Autriche , l'année derniere fourniroit à l'Hiftoire
à peine quelques traits . Heureufe difette
de révolutions , a qui les peuples doivent la diminution
de leurs infortunes , & les Empires leur
tranquillité !
Elle fembloit raffermie au Nord & au Levant
de l'Europe , par les facrifices de la Turquie.
L'invafion de la Crimée avoit eu moins de luite
que n'en a fouvent entre les Puiffances la prife
d'un village . Cette conquête qui fixoit fur le
Pont-Eux n les limites d'un Empire, déja dominant
de la Cafpienne à la mer Baltique , qui le rapprochoit
du centre de la Monarchie Ottomane
qui la forçoit de tout craindre ou de tout céder .
cette conquête s'étoit confolidée par un Traité
formel. Non- feulement la Ruffie a foumife
au joug , fans hoftilités , cette contrée fur
laquelle fa politique & fes armées avoient fait
fes droits ; elle aexigé de plus , que la Porte
les ratifiât. Preffée entre l'alternative d'une guerre
inévitable , ou d'une condefcendance dangereuſe
, cette derniere Puiſſance a paru balancer :
déja quelques mouvemens dans les arferaux
fembloient préfager une réfolution de déſeſpoir ,
Nº. 1 , 1 Janvier 1785.
( 2 )
lorfqu'une convention folemnelle , fignée le 8
Janvier 1784 , mit le fceau aux pré entions de la
Ruffie. Par ce Traité , la Porte a abjuré les fiennes
, a reconnu à perpétuité l'occupation de la
Crimée & du Cuban ; & la prudence feule a opéré
ce que des défaites autrefois euffent à peine confeillé.
Cette facilité de la Turquie à recevoir la loi
d'un voifin puiffant , a enhardi fes Tributaires
de la Georgie à méprifer fon autorité , & l'on
n'a pas même tenté de les faire rentrer dans le
devoir. La même prudence a fait foufcrire au
Traité de commerce exigé par l'Empereur. Ce
Monarque , dont les armées étoient raffemblées
fur les frontieres , pouvoit attendre de cet appareil
des avantages importans. Sa modération
néanmoins tui fit reftreindre fes demandes à des
privileges de commerce , privileges dont quetques
nations jouilloient déja dans l'Empire Ottoman
, & à la conceffion defquets la circonfiance
donnoît un puillant appui . Un mois après la
convention avec la Ruffie , une Patente de la
Porte , ampliative des traités de Paffarowitz &
de Belgrade accorda aux fujets Autrichiens la navigation
libfe fur les mers & rivieres de l'Empire
, le pallage libre de la mer Noire , l'égalité
du traitement pour les droits de Douane & pour
les immanités obtenues par la Ruffie .
Pendant que la Ruffie régloit le Gouvernement
, & s'affaroit la confervation de la Péninfule
, devenue province Mofcovite , un téger
incident porta l'attention publique fur
Ja Viftule. Dantzick , entrepôt des richeffés de
la Pologne , reflée libre au milieu du démembrement
de la République fa protectrice , enclavée
depuis cette finguliere époque , dans le térritoire
d'un Souveräîn puiffant , avoit 'vų fon
( 3 )
commerce décliner , & trembloit pour fon indépendance
. Des Douanes inquiétantes avoient
réduit les bénéfices & l'étendue de fon commerce
: une partie des affaires de cette opulente
Cité s'étoit portée à Elbing , d'où une fuite de
banqueroutes l'avoit ramené à fon premier domicile
; mais ce retour de profpérité , dû à un
accident , arrêtoit foiblement une décadence devenue
inévitable .
Depuis quatre cents ans , Dngick , placéa
au -dellus des embouchures de la Viftule , en avoit
ufurpé la navigation.
Sa pofition, fon induftrie , la condescendance
de la Pologne , des titres pofitifs , & la longueur
de la jouillance , paroiffoient à fes yeux legiti
mer ce droit d'étape , auquel elle avoit foumis
les bâtimens qui alloient en mer ou en venoient ;
mais le Roi de Pruffe , maître une fois de la
Pruffe Polonaife , fongea à les affranchir. Il pou
voit fermer la Viftule aux Dan zickois : il leur demanda
la liberté de le defcendre , de parcourir
l'efpace reflerré de leur territoire , de laiffer fes
fujets porter à la mer , & en recevoir des cargaifons
, fans les foumettre au monopole de la
Ville. Cette demande , quoique limitée , parut
à Dantzick le premier acte de fon anéantiffement
: elle y vit le projet de ruiner fon com .
déja foulé de droits ; craignant de tout
perdre , elle s'expofa à tout , & le paffage fut
fermé aux vaiffeaux Pr uffiens.
merce ,
Cee hoftilité , ou ce maintien d'un droit
réel , fut fuivie d'une invafion torale du territoire
de Dantzik : le Roi de Pruffe la fit
bloquer enf rmés dans leurs remparts ,
fans
communication extérieure , fes habitans brawerent
la difette • les rigueu s du froid &
l'approche d'un fiége menaçant. Heureufement
a 2
( 4 )
le Roi de Pruffe refpecta cette réſiſtance ; il
pouvoir écrafer Dantzick : il fe foumit à l'écouter
les cours de Varfovie & de Pétersbourg
interpoferent leur médiation , les droits en litige
furent débattus , & il est réfulté de cet'e difcuffion
un plan conciliatoire , où le Roi de Pruffe
a accordé avec l'équité , l'intérêt de fes ſujets &
la dignité de fa Couronne.
Jufqu'à ce jour Dantzick n'a point ratifié cet
arrangement , conclu fous les aufpices même de
fes protecteurs. Un entêtement funefte déguiſe
à une partie des habitans le danger d'un refus ;
mais il eft à croire que la prudence & la néceffit
préviendront les fuites ultérieures de ce démété.
A la réserve de cet orage , élevé ſur la ſurface
d'un arôme , le Tableau de l'Europe fut durant
fix mois celui d'un calme confolant. Les Puiffances
qui venoient de pofer les armes , occupées
à fermer leurs bleffures ; les Cabinets à rapprocher
les intérêts des nations ; chacune d'elles à
reconnoître la place que lui laiffoit dans le com
merce le dernier Traité de paix , els étoient l'emploi
de la Politique , & le but de l'activité générale.
L'Angleterre , dont l'énergie est toujours en
action , dont le mouvement continuel attache les
regards durant la paix , comme pendant la guerre
, dont les loix , les moeurs , la liberté abfolument
étrangeres au refle de l'Europe , laiffent
aux paffions leur développement , & aux efprits
leur indépendance , l'Angleterre a montré un
fpectacle encore inconnu dans fes Annales ,
l'accord du Peuple & de la Couronne contre les
ufurpations de la Puiffance législative , pour le
maintien de l'équilibre dans cette Conſtitution ,
( 5 )
refpe&tée de tous les Citoyens , parce qu'ils font
tous intéreffés à la défendre.
Fiere d'avoir triomphé du Monarque & d'un
Parti puiffant , fe croyant d'ailleurs affurée de
la confiance publique , fans laquelle tous les
appuis en Angleterre font très infuffifans , la
Confédération de deux anciens Miniftres , foatenus
de nombreux adhérens , dominoit dans la
Chambre des Communes . L'influence , aujourd'hui
prépondérante de cette branche de la Légiflation
, avoit porté Lord North & M. Fox
dans le Confeil du Roi , d'où ils s'étoient mutuellement
chaffés auparavant. Les places , les digrités
du Gouvernement avoient paffé des mains
du Prince dans celles d'une cabale ariflocratique ,
très - difficile en apparence à dépofléder . Exilés
du Miniftere , les Wighs modérés le renfermerent
dans une oppofition iefurée , & le Parlement
s'ouvrit fans orages. L'efprit de conciliation en
diflingua même les premieres féances : les Minift
-es ne prirent point cette harmɔnie pour un
fignal de rapprochement , ils n'y virent que
l'impuiflance de les troubler dans l'exercice de
leur pouvoir la lifte de leurs amis étoit chargée
des noms les plus illuftres ; les familles les plus
nombreuses , les plus opulentes du Royaune
étoient dins leurs intérêts : ( pectateur de leurs
démarches , le Roi ne pouvoit les contredire fans
offenfer la majorité des Repréfenían du Peuple ,
& ce Peuple lui - même , dont M. Fox prétendoit
s'être fait un Egide.
que 2
Ce Tableau flatteur aggrandit fes idées & dirigea
fes mefures. Quelqu'affermi néanmoins
femblât le Miniſtere il avoit à franchir
un écueil dont l'étendse lui échoppa . Il s'agiloit
de régler l'adminißration de l'Inde , de fubordenne
la Compagnie qui y domine an Gouver
23
( ( 6 )
nement qui devoit y dominer, de ménager ce
Corps puiffant , en lui impofant un fien ; d'en
confier l'ufage à une autorité nouvelle , affez
puiflante pour s'en fervir efficacement , affez
limitée pour ne pas offenfer les principes de la
conftitution . D'un côté , M. Fox entendoit le cri
des nations , le von des bons citoyens , les réclamations
de l'Inde , il voyoit les fouffrances de
la Compagnie elle - même , dont les défordras
exigeoient & des réformes & des fecours , mille
déprédations impunies , des fortunes ſcandaleufes
, effrayantes par leur rapidité ; une anarchie
inteftine dans tous les départemens & une
rvine inévitable fans des remedes décififs : de
l'autre , il avoit à refpecter une charte facrée ,
aitre des privileges de la Compagnie , la
propriété des actionnaires de leurs préjugés
même; tous les Corps du Royaume dans celui
qu'il fe propofcit d'attaquer , furtout les
droits du Tione & de la liberté dans la création
des cenfeurs impofans auxquels il alloit
semettre ce pouvoir immenfe de gouverner
l'Inde des bords de la Tamife.
Ce milieu à conferver ne s'accordoit guères
avec le caractere du Miniftre , ni peut être avec
la circonftance. En s'écartant des tempéramens ,
on ne pouvoit éviter de paroitre ou trop timide ,
eu trop entreprenant . Dans cette alternative ,
M. Fox ne balança pas . Il préfenta au Parlement
un plan conçu avec courage , développé
avec chaleur , défendu avec toutes les reffources
de l'éloquence politique. Celle de M. Fox
entraîna la Chambre des Communes ; mais la
Compagnie Afiatique, mais le Corps Municipal ,
mais tous les ennemis de l'adminiftration protellerent
contre le Novateur. Le Roi lui - même ,
forcé de céder à fon Confeil , lorfque le bill
( 2.)
de M. Fox y fut approuvé , joignit fa réfiftance
à celle de la moitié du Royaume ; fes fentimens
une fois manifeftés , la Chambre Haute , après
des débats auffi opiniâtres que ceux dont les
Communes avoient été le théâtre , rendit inu→
tiles , par une oppofition victorieufe , les fuffrages.
de celles ci , & le bill fut anéanti.
:
A cet acte de réprobation , le Miniftere oppofa
tou es les reffources de l'intrigue & de la
Conftitution affuré de la pluralité des Repréfentans
du peuple , il fe fatta qu cette autorité
irréſiſtible briferoit bientô: la réfiítance ; il mes
naça des poursuites les plus férieufes les inftigateurs
de la rejection du bill ; il s'entoura de
retranchemens , qu'on ne pouvoit emporter que
par des moyens violens.
Alors on vit cet étonnant fpe &acle du Monar
qe uni à la Minorité contre fes propres A i
rifres . Feu intimidé de leurs mefures , il leur
retira fa confiance , en leur fubftituant les Agens
meme de leur chû e. Mais cette révolution du
Cbinet parciffoit fans confifience , ayant à com
bare le pouvoir méme Padministration
publique tire toure fon activité ; quatre voix
gagées par la coalition dans la Chambre-Haute ,
& le nouveau Miniftere avoit contre lui le Parlement
entier.
T
Qa'oppofoit le Confeil à ces forces combinées
? Un jeune home , à peine forti de l'adolefcence
, porté fans intervalle de la tribune
aux premieres dignités ; héritier d un som cher
& célebre , dont il avoit à foutenir la réputa
tion ; orné de talens qui ne font pas toujours
un bon Adminiftrateur ; mais eftimé dans l'âge
des paflions par des moeurs pures & des vertus
féveres ; auffi précoce en fagaffe qu'en capacités
au- deffus des féductions qui corrompent
a 4
( s )
aujourd'hui les gens en place fans les avilir ,
& far-tout affez prudent pour confulter des guides
, affez modefte pour ne pas prétendre à l'être
lui- même. Outre M. Pitt , les affaires étoient
dirigées par des hommes d'expérience , trèsexercés
à la lutte des factions , & fans reproche aux
yeux de la nation . Le Chancelier Lord Thurlow ,
qui paffoit pour le Confeil particulier du Roi ,
réuniffoit fur - tout les qualités propres au moment ;
un caractere måle & foïque & la prudence d'un
Magiftrat ; une fermeté éclairée par de grandes
luniieres , d'autant plus fexible , qu'elle repofoit
für des principes invariables.
A peine ce Miniftere fe mit en mouvement ,
que la Chambre des Communes arrêta toutes
fes opérations ; il foumit à cette affemblée un
nouveau bill fur l'adminiftration de l'Inde , défapprouvé
par une nombreufe majorité . Point
de pofition plus difficile , plus délicate ; cile devenoit
encore plus terrible pour M. Pitt , par
les attaques perfonnelles auxquelles il étoit en
butte , & qui l'expofcient ou à offenfer la Chambre
par fa fenfibilité , ou à l'enhardir par la
réfignation .
Cet état de crife ne pouvoit être long ; l'inf
tant des grands Bills annuels & celui des fubfides
alloit arriver : déja la Coalition le préparoit à
refufer le renouvellement de l'acte de muuinerie ,
fans lequel l'armée é: cit licenciée : les Cominunes
avoient interdit aux différentes caiffes de difpofer
des deniers publics fans fon approbation ,
& de toutes parts , pour me fervir d'une figure
ufitée dans cette affemblée , elle enraycit les roues
du Gouvernement.
Pour prévenir cette anarchie , il reftoit à la
Couronne le rempart de la prérogative , la faculté
de diffoudre le Parlement ; mais cette opé(
9 )
ration , qui renverfa le trône plus d'une fols ;
prefque tombée en défuétude , terrible par fes
fuites , pouvoit être pernicicule , fi elle n'étoit
favoritée par les conjonctures & conduite avec
circonfpection.
La Chambre des Communes qui la prévoyoit ,
l'avoit encore hériffée de périls & de difficultés :
de jour en jour , le Miniſtere retardoit cette extrémité
; il temporifoit avec l'efprit de parti ,
dans l'efpérance de le défarmer. Plus cette guerre
fe prolongeoir, plus les citoyens calmes en redoutoient
les conféquences : il te forma une ligue
dans les Communes même pour les prévenir. Si
elle fut impuiffante à concilier les partis oppofés
, elle retarda du moins les derniers excès : de
plus en plus les forces fe rapprochoient de l'éga-
Lité dans le Parlement , & fans s'expliquer fur fes
deffeins ultérieurs , le Miniftere travailloit en
filence à les faire réuffin. De la Twele au canal
de Bristol , la nation laffe d'être le jouet des intérêts
d'une cabale ; défabufée fur le patriotisme de
fes prétendus défenfeurs , indignée même da defpotifme
exercé fur la Couronne , dépouillée du
droit in violable de choisir fes Miniftres , la Nation
fe fit entendre ; & fa voix porta le dernier coup à
l'Oppofition . Enhardis par une foule d'Adreffes ,
toutes unanimes à remercier le Roi du dernier
choix de fes Miniftres , ceux- ci ne craignirent plus
de frapper leParlement pour s'affermir : le Roi die
au peuple ; je vous renvoye vos Députés qui
» ont trompé votre confiance : jugez fi c'eſt à
tort qu'ils ont perdu la mienne , & que vos
fuffrages terminent le différend .
"
La foiblefle de ce parti , fi redoutable dans les
Communes , parut alors à découvert . Lorsque le
nouveau Parlement fe raffembla , le Miniſtere y
retrouva les véritables organes de la Nation , &
as
( 10 )
les deux tiers d'entr'eux pour défenseurs . Plus
fieurs des chefs les plus accrédités dans leur parti
, dans les comtés , dans les bourgs , manquerent
leur élection ; & une entrepriſe qui , en
d'autres temps , eût fini par le fupplice des Mi
niftres , en à juftifié la fageffe & confirmé l'autorité.
·
Les devoirs que leur impofoit l'état de la Nation
, n'étoient pas moins difficiles que les cire
conftances dont ils venoient de fortir fi glorieufement.
Peu après les Parlemens entrerent en
fonctions , avec des objets auffi importans devant
les yeux. De nouveau liens à former avec
les Etats Unis de l'Amerique un traité de
paix à conclure avec les Provinces - Unies , les
Adminiftrateurs & les Officiers employés dans
l'Inde à contenir enfin dans leurs déprédations ,
un crédit public très -chancelant à foutenir , une
dette énorme à bien déterminer & à fonder , le
revenu public à étendre par de nouvelles impofitions
, & à améliorer par les reſſources d'une
fage économie , des branches de commerce defféchées
à remplacer , d'autres à revivifier , des
étincelles d'incendie à étouffer en Irlande , &
Ecoffe à tirer de fa langueur , tel fut l'abrégé
des travaux du Miniftere .
Il ne réuffit pas dans tous également ; mais il
n'en négligea aucun. L'adminiftration -toute entiere
de l'Empire Romain exigea moins de contrariétés
à vaincre , d'intérêts à accorder , que
le feul régime à donner aux Employés de la
Compagnie des Indes , que la formation du Bu
reau d'Etat auquel on l'a fubordonnée , .que les
formes juridiques , deftinées à réprimer ou à punir
la rapacité de fes Agens. Le Bill de M. Pint
n'eft , il eft vrai , qu'un pallia: if : les crimes de
ravidité, fuite inévitable de l'efprit de com
1
1
( II )
merce, dégénéré en defir effréné de la fortune ,
font aujourd'hui au - deffus de toutes les barrieres :
devenu la force des Empires , l'or fait tout entreprendre
& tout légitimer ; il eft infenfé de
croire que l'on punira de richeffes mal acquifes
des individus qui favent qu'avec des millions on
brave avec fuccès les vengeances de la juftice.
:
Cependant , malgré les nombreuſes imperfections
, le nouveau Réglement fufpendra quelques
années le torrent d'iniquités , dont l'Inde eft
le théâtre il ôte à une lociété d'Armateurs le
droit exclufif d'adminiftrer un Empire , de facrifer
l'intérêt de l'Etat à fes vues d'ambition , &
d'affurer l'impunité à fes Agens , toutes les fois
que leurs énormités feroient profitables à la Com
pagnie.
Une fource de bénéfices lui a été ouverte
dans les mesures prifes pour diminuer la con
trebande . En diminuant les droits fur le thé ,
Te Miniftere a espéré de remplacer par une augmentation
de la vente nationale , le tribut énorme
levé par les étrangers , introducteurs clandeftins
de cette feuille infipide en Angleterre. Il s'eft
promis de cet arrangement un accroiffement
du revenu , & un plus grand commerce : ſpéculation
dont l'avenir feul juftifiera l'efficacité ,
ainfi que l'importance .
M. Pitt a été moins heureux dans le choix des
taxes nouvelles . Forcé d'en abolir plus d'une à
linftant de leur création , il a du moins rem.
plicetre terrible tâche fans offenfer la pauvreté ,
& le peuple a été ſouftrait au nouveau fardeau
dont on a accablé la nation .
Depuis long - temps l'Ecoffe fembloit oubliée
par le Gouvernement : fon commerce , Les pê
cheries , fon agriculture exigeoient de prompts
fecours ; le Parlement en a fenti l'urgence ,
26
( F2 )
tout annonce que ce Royaume ne tardera pas à
prendre une nouvelle face . C'est au milieu de
ces embarras multipliés , que l'Irlande a exigé.
toute l'attention du Miniftere. Sa circonfpection
ne s'eft point démentie : il a laiffé s'évaporer
en tumultes , en arrêtés , en clameurs , un mécontentement
qu'il étoit impoffible d'alimenter
long--ttems. Les Irlandois ont trop cru que de
petites mutineries étoient des actes de liberté ; le
Gouvernement a profité de la méfintelligence
gliffée entre les volontaires , & par des nouvel-
Jes conceffions , il fe prépare à extirper la racine
du mécontentement.
Tandis qu'on appliquoit des remedes en Angleterre
à des maux prefque invétérés , & furtout
à l'affoibliffement du crédit public , celui
de la France s'eft relevé de plus en plus : l'abondance
du numéraire , le penchant plus univerfel
pour l'acquifition des fonds publics , les fortunes
rapides nées de leur agiotage , un ordre
invariable établi pour les paiemens à l'avenir ;
enfin la création d'une caiffe d'amortiffement
combinée avec autant de fimplicité que de fageffe
, ont été les principales caufes de cette
confiance , qu'on n'avoit pas encore en vue
même aux époques les plus floriffantes.
Il s'en faut bien que le Tableau des Provinces-
Unies offre un afpe&t auffi confolant . A peine
fortie de la derniere guerre , cette République
travaillée de diffenfions intérieures , n'a pas été,
plus heureufe au dehors .
En 1781 , elle vit tomber ces Places - Barrieres
, acquifes au commencement du fiecle par
des Négociations , par des traités & par des torsens
de fang. D'un trait de plume , l'Empereur
rendit inutiles les dernieres ruines de ces forteref-'
fes , dont l'Angleterre avoit garanti l'occupation"
( 13 )
à la République. Les triftes circonftances ou elle fe
trouvoir , la dégradation de ces citadelles confiées
à fa garde ; mais la plupart déja démantelées
depuis la guerre de 1744 ne lui permirent
aucunes réclamations.
Au commencement de l'année , les bords de
l'Escaut devinrent entre les deux Puiffances un
objet de conteftation . La Cour de Bruxelles ac•
cufa les Hollandois d'une invafion de territoire ,
& leur difputa les forts S. Paul & S. Denar
ufurpés , felon lui , fans aucun titre à l'ufurpation.
Des négociations s'ouvrirent à Bruxelles
pour régler les limites de la Flandre entre ledeux
Etats , & pour mettre fin aux altercations
territoriales , toujours renaiffantes .
L'une des plus animées concernoit le vaiffeau
de garde , anciennement pofté à Lillo , & chargé
de vifiter les bâtimens qui , defcendent du
Brabant dans la Flandre Autrichienne ; les
Etats - Généraux le firent retirer , jufqu'à la décifion
finale du démêlé .
Il paroiffoit d'autant plus grave aux Obfervatears
inftruits , qu'il touchoit à des queftions que
le traité de Munfter , & les deux conventions
concernant la barriere des Pays- Bas , avoient préjugées.
Ces conjectures menaçantes furent confirmées
par l'expofé des demandes de Sa Majefté Impériale
: elles embrafferent ane revifion générale
des actes publics qui avoient lié les deux Etats
depuis le milieu du dernier fiecle . L'Empereur
invoqua ce'ui de Munfter pour demander
la démolition des forts de Kruifchans & de Frédéric
Henri ; la convention de 1664 pour le rétabliffement
des frontieres déterminées à cette
époque ; l'accord de 1673 entre l'Espagne &
Jes Provinces- Unies , qui ftipuloit une ceffion
fans réferve du Comte de Vronhover , de Maf
( 14 )
ericht , & ds pays d'Outre - Meufe A css réclama
tions s'en joignirent d'autres moins importantes ,
mais dont l'enſemble effraya les Etats Généraux
.
Ils combattirent les unes par des argumens tirés
des traités de Paris , & des conventions auxquelles
la Maison d'Autriche doit la propriété
de Pays-Bas , & oppoferent aux autres une poffeffion
non contredite , non interrompue de plus
d'un fiecle & demi : ils offrirent de donner fatisfaction
par rapport à celles que des Puiffances
amies auroient jugées légitimes ; & articulerent
à leur tour des demandes confidérables qu'ils con
fentirent de faire entrer en compenfation .
Ces difcuffions réciproques ne fervirent qu'à
augmenter l'aigreur & à multiplier les difficultés.
Enfin l'Empereur offrit de renoncer à fes diverfes
prétentions , pourvu que l'Escaut für ouvert
, & le commerce des Indes orientales &
occidentales rendu libre à fes fujets des Pays- Bas,
En même tems il annonça les fuites d'un refus
& les Plénipotentiaires Hollandois furent informés
que le premier obftacle mis à la libre navigation
de l'Efcaut , prendroit le caractere d'une
declaration de guerre.
Pendant que la Hollande invoquoit les bons
offices de la Cour de France , & qu'elle fe
préparoit aux événemens , fes délibérations furent
troublées par le bruit du canon , tiré d'une
de les frégates fur un bâtiment forti d'Anvers
pour Oftende , avec une patente impériale. Un
fecond navire , reçu plus doucement , fut également
obligé de rétrograder vers le lieu de fon
départ , fans avoir pu franchir l'espace prohibé .
Cette mefure , autorifée par les Etats Généraux
, comme un acte de défenfe légitime, &
comme une fuite des traités à l'abolition defquels
la République n'avoit pas confenti , parut à Bru
xelles une aggreffion formelle , une déclaration
de guerre d'autant plus évidente , que l'Empe
reur avoit annoncé la maniere dont il envifageroit
cette hoftilité.
L'Ambaffadeur impérial à la Haye fut rappellé
, les Plénipotentioires Hoilandois renvoyés
de Bruxelles , & la marche d'une puiffante armée
vers les Pays Bas , arrêtée dans le Confeil de
Vienne.
Déja cette armée s'avance à grands pas vers
le théatre de la conteftation . Mais la Hollande
me paroît pas ébranlée par cet appareil : gardée
par fa fituation , elle s'eft tenue jufqu'à ce moment
fur la défenſive , en fortifiant fon armée , en
muniffant fes places , & en armant tous fes habitans
.
L'Europe attentive à cette agitation , ne pénetre
point encore jufqu'où elle doit s'étendre ,
mi les moyens qui fe déploieront peut -être pour la
calmer , avant qu'elle arrive au dernier période .
JOURNAL
POLITIQUE.
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 12 Décembre.
1
LE premier de ce mois , le Baron de Munchaufen
, Miniftre d'Etat & de Juftice , eft
mort ici , à la fuite d'une apoplexie , dans la
Soixantieme année de fon âge.
(( 16 )
Les Officiers Holiandois qui fe trouvent ici ,
achetent des armes & des draps d'Uniformés pour
les Corps des Troupes Légères que la Républi
que fait lever.
DE VIENNE , le 13 Décembre.
Nous avons aujourd'hui une connoiffance
plus exacte de ce qui s'eft paffé en
Tranfylvanie. Les changemens médités par
S. M. I. dans les Jurifdictions & dans les
prérogatives feigneuriales ; changemens qui
ont fouffert quelques oppoficions de la part
des Intéreffés , paroiffent avoir animé contr'eux
les payfans.
Dès le mois de Juillet , on s'apperçut que
ces Valaques tenoient des affemblées fecrettes
cependant leurs deffeins n'éclaterent
qu'en Novembre. Plufieurs milliers de ces
payfans s'affemblerent dans le village Meftalou
, du Comté d'Hunyad : là, ils prirent la
réfolution unanime de furprendre la fortereffe
de Carlsbourg , d'en attaquer l'arſenal ,
& de s'y pourvoir d'armes. Le même jour ,
ils défolerent plufieurs villages , & commirent
d'abominables cruautés. Les Novembre
, ils déclarerent publiquement leur projet
de fe défaire de toute la Noblefe de
Tranfylvanie , & de s'emparer de fes poffelfrons
. Les jours fuivans ils continuerent à
affaffiner , à brûler tout ce qu'ils rencontrerent,
On comptoit environ 13,000 de ces
féditieux , meurtriers & volears ; leur chef
( 17 )
en effet , étoit un ancien Officier , chaffé de
fon corps pour des prévarications. Uniquement
armés contre leurs Seigneurs , ces conjurés
affectoient le plus grand refpect pour
l'Empereur , & s'autorifoient de fes inten-)
tions paternelles pour dévafter les domaines
des Magnats, & pour les égorger. Le Comte.
Palfy n'en fera pas quitte pour 200,000 flor.
Ces brigands ont incendié plufieurs villages
, en ont maffacré les principaux habitans
; & dans l'une de ces expéditions , i's
jettecent au milieu des flammes une jeune
fille de 16 ans . Deux Gentilshommes adolefcens
, revenus depuis quelques jours de
Univerfité de Leipfick ont été étranglés &
empalés : les Châteaux , les bourgs , les villages
furent abandonnés de leurs habitans
qui fe réfugierent dans les villes .
A l'arrivée des troupes , cette rage s'eft
adoucie ; l'on prend des mefures pour l'empêcher
de renaître , & la plus grande partie
de ces payfans a mis bas les armes . Cette
expédition a été accompagnée d'une Ordonnance
rendue par le Gouvernement de
Tranfylvanie , le 23 Septembre , dans les
termes fuivans .
Durant le cours de la fédition actuelle fomentée
par la Populace Valaque , qui fe permet toutes
fortes d'excès , on remarque que cette Troupe
de Rébelles cherche chaque jour à propager ce
mal de plus en plus , par des Séducteurs apoftés ,
qui de Village en Village débitent les menlonges
les plus groffiers & les plus préjudiciables aux deux
( 18 )
1
Partis , pour attirer dans leur complot les habitans
peu éclairés de la campagne . Or , fin que ce dan
gereux venin de la fédition ne fe répande davantage
, & que ceux dont la fidélité pour le Souverain
& la Parrie a été reconnue jufqu'à prétent , ne
s'abandonnent pas à un égarement, fi déplorable ,
on notifie à tous & à un chacun , en vertu de cette
Patente , émanée du Gouvernement Royal , que
quiconque arrêtera un des Séducteurs , & le remettra
entre les mains des Mag frats du Comitat
le plus à portée , touchera fans délai pour cette
preuve de fidélité envers le Souverain & la Patrie,
une récompenfe de 30 florins pour chaque tête ,
dès que la perfonne arrêtée aura été juridiquement
convaincue de fon crime au- lieu que, fi une
Commune étoit affez perverfe pour admettre chez
allc des gens de cette forte, ou qu'elle fe laitår
entraîner par leurs artifices , le Juge du Village &
deux des Habitans - Jurés ferent , en conformité:
des Loix Nationales , empalés , fans le moindre
efpoir d'obtenir grace.
Le Gouvernement de la Tranfylvanie a
été confié par S. M. I , au Comte de Wallis
Lieutenant Feld - Maréchal des Troupes Im
périales. Le Comte de Fabris eft commandant-
Général des Troupes de cette Province,
Les équipages de guerre font partis pour les
Pays -Bas , ainsi que les Employés civils de la
grande armée. Elle ne fait aucun vuide fur la
partie de nos frontieres qui doit refter garnie à
tout événement , & fi l'Empereur fe tranfporte.
dans les Pays- Bas , le Général Laulos aura des
pouvoirs illimités d'ordonner toutes les opérations
militaires de l'intérieur .
On a promis aux Croates une récom(
19 )
penfe pour chaque déferteur qu'ils raméheront
au Régiment ; foo florins à chaque
payfan qui rendra le même fervice , & 30
florins au foldat délateur de fon camarade.
Ce fera unfingulier problême à réfoudre par
la poftérité, comment on parvient à faire
combattre des armées contre lefquelles on
eft obligé de prendre de fi terribles précautions.
1+
Beaucoup de Couvens , à ce qu'on affure ,
préf n'ent d'eux- mêmes pour être fupprimés :
ces Monafteres , il eft vrai , n'ont aucuns revenus
fixes , & ne fubfiftoient que de l'affifance de confairies
abolies.
Les mulets & les chevaux chargés des
équipages de S. M. font partis , & arriveront
à Bruxelles , après 72 jours de route ,
fans accident. L'Empereur y a fait mettre
un fervice d'argent de 30 couverts , & up
autre de pareil nombre en fer blanc ,
Les nouveaux Corps de Houlans font ici
pour faire leurs coraplettes , & attendent
avec impatience le moment d'entrer en campagne.
Le 1 de ce mois , le Régiment des Cuiraffiers
de Czatorysky a quitté cette garnifon
pour fe rendre dans la Bohême ; il a été
remplacé ici par le Régiment des Cuiraffiers
de Meklembourg, en garnifon dans la
Hongrie.
Les lettres de Conftantinople apprennent
que l'efcadre du Capitan - Bacha , qui avoit
croifé dans l'Archipel , eft de retour dans le
port depuis le 6 Novembre.
( 10 )
L'Empereur a nommé des Commiffaires
Four vérifier les titres de poffellions de terres
dans la Buchowine , & faire dreffer enfuite
a cadaftre en regle.
r
On affure qu'il va paroître une ordonnance
concernant les indulgences. L'Empereur a ordonné
, que , vu que de toutes les Confraries ,
il n'exiftoit plus que l'affociation pour le foulagement
des pauvres, cette fociété conferveroit
trois fètes par an ; favoir le jour qu'elle a été
inftituée , le jour de Noël & le jour de Pâque ;
chaque membre de cette pieufe affociation doit
fe rendre à la paroiffe refpective & fe contenter
des indulgences accordées dans ces jours.
Le nombre des malades qui s'eft trouvé
dans l'hôpital général depuis le 16 Otobre
jufqu'au is Novembre , a monté à 1448 perfonnes
, dont 150 ont payé leur réception :
598 perfonnes ont été guéries dans cet intervalle
, & 78 font mortes. Le nombre
des enfans trouvés reçus à l'hôpital dans
le même efpace de tems a été de si .
·
=
On apprend d'Agram , que le fieur Mathias
Petrovics , Prévôt de Marchia , & Tuteur du
Chapitre de la Cathédrale d'Agram , mort le
15 Novembre dernier , a légué au Séminaire-
Général d'Agram 6000 florins ; au Collège - de
Pavie , pour l'inftruction des Croates qui fe def
tinent à l'Eglife , 2000 florins , & 2000 florins
au Séminaire des Prêtres qui fera établi à Agram.
On écrit de Gortz , que le Directeur du
Mont de Piété a difparu avec une fomme de
180,000 florins.
CC( 21 )
DE FRANCFORT , le 19 Décembre.
Nous apprenons que les Régimens Autrichiens
de Zettwitz , de Neiff & de Dourlach
ont reçu ordre de joindre l'armée en
route pour les Pays Bas .
Les brigandages commis en Tranfylvanie
ne pouvoient être de durée ; une lettre
d'Hermanta.it s'exprime ainfi à cet égard .
: « Les Rebelles retirés dans les environs de
Claufenbourg , ont accepté une fufpenfion d'ar-
» mes jufqu'au 22 de ce mois . Le Lieutenant-
Colonel de Schultz s'étant approché d'eux , fans
arines , le Novembre , pour favoir les caufes
de leur foulevement , les Rebelles repliquerent ,
» que c'étoit la faute de leurs Seigneurs , qui re
rempliffoient pas les ordres de l'Empereur . Sur.
n une nouvelle demande de M. de Schultz , à quoi
tendoit donc leur entreprife inconfidérée , la
Chef des Révoltés , auffi défarmé , vint lui déclarer
que fa Troupe fe retireroit paisiblement,
pourvu qu'on lui accordât les trois demandes
fuivantes : 19. Un pardon général enfaveur de
tous , nul excepté ; faure de quoi ils fe défendroient
réciproquement : 2° Une recher. he exacte de leurs
juftes Plaintes , afin que les Gentilshommes les traitaffent
avec plus d'humanité : 3°. Enfin , qu'à l'avenir
on n'exigeât d'eux ri - n au delà des Ordonnances
Impériales. « M. de Schultz fe fit donner ces trois
39
Propofitions par écrit , & donna aux Révoltés
» fa parole , qu'il les appuieroit auprès du Gou-
» vernement , qui s'y rendit . A cette nouvelle ,
» les mutins fe feparerent pour retourner tranquillement
chez eux . »
ל כ
Cette capitulation n'eft pas trop vraiſem(
22 )
blable ; mais il l'eft que la force n'aura pas
eté employée feule pour appaifer ce foulevement.
D'autres lettres racontent les circonftances
fuivantes.
›
Un Major du Régiment de Sekler , Houffards ,
rencontra , le 19 Novembre , une troupe de 6000
Payfans Valaques armés. Le Major leur envoya un
Trompette , pour demander une entrevue avec le
Chefdes Révoltés. Auffi-tôt fe préfenta unValaque
à cheval , la tête couverte d'un cafque furmonté
d'un panache. Le Major intrépide , quoique
n'ayant fous les ordres qu'un Détachement peu
nombreux ordonna néanmoins au Chef des
mutins , de dire à fes camarades qu'ils euffent à
pofer leurs armes , faute de quoi , la troupe du
Major feroit feu fur eux. On prétend qu'ils auroient
répondu , que leur intention n'étoit pas de
combattre es Troupes Autrichiennes , mais qu'ils
vouloient majacrer leurs Seigneurs , fuivant l'ordre
infinué à Moriah par l'Empereur. Il faut donc attribuer
cette révolte á la féduction & à l'ignotance
, auffi -bien qu'à l'oppreffion trap grande
des Nobles . Voici une preuve évidente que les
Révoltés ne fe font pas foulevés contre leur Souverain
. Un Officier Autrichien e cortant , il y a
peu de jours , une Caille Impériale à la tête de
80 hommes , tomba parmi un troupe de 2000
Révoltés , qui le traitent av ec beaucoup d'humanité
Ils ont cependant dévafté déja plos de
40 Villages. En vertu des Sentences prononcées
par des Confeillers de Guerre , 300 de ces Rebelles
ont été exécutés . Mais le Souverain ayant
défendu cette façon de rocéder, trop expéditive,
leurs Prifonniers (ero l'avenir jugés en vertu
des Loix Civiles.
( 232)
Le 29 Novembre , à 10 heures 6 minutes
du foir, on reflentit à Stuggard & dans les
environs une fecouffe de tremblement de
terre : elle s'est étendue dans le Margraviac
de Baden , & fut accompagnée d'un bruit
femblable à celui d'un chariot roulant fur le
pavé. Un vent impétueux l'avoit précédé ,
& elle fut fuivie d'un brouillard épais . Les
lits , les chaifes, les fenêtres en furent ébranlés.
On remarqua que les eaux du Rhin
baifferent fenfiblement , & que celles de
divers puits tarirent fubitement.
La levée du Corps Franc, fous les ordres du
Major autrichien le Baron de Stein , a les plus
grands fuccès : la premiere divifion eft déja complette
& prête à marcher vers les Pays Bas ; &
recevant tous les jours des recrues faites par les
Officiers réfidens à Worms , Mergentheim & Hailbron
; la feconde divifion ne tardera pas à être
auffi complette. S. M. Imp. s'eft engagée à penfionner
ceux de ce Corps qui feront bleffés à fon
fervice .
On affure que plufieurs Princes d'Allemagne
ont offert leurs troupes à l'Empereur :
on nomme entr'autres le Duc de Wirtemberg
, dont on connoît les relations actuelles
avec la Cour de Vienne : mais ces bruits ,
comme beaucoup d'autres , n'ont encore
aucune confiftance.
Il y a quelque tems qu'à Altona on ouvrit
une foufcription pour la conftruction d'un théatre,
elle ne s'eft point remplie : en vient d'en propofer
une autre pour la conftruction d'un hôpital ,
& il s'eft trouvé dans peu de jours pour quatre
mille marcs de foulcription.
( (124 )
1
On a vu des villes au contraire , des villes
libres , dans le dix- huitieme fiecle , qui auroient
renverfé leur Conftitution, pour avoir
des baladins & des Opéras Comiques.
II
Il y a quelques jours , écrit-on de Leipfick ,
que S. A. Electorale étant à la chaffe , a coura
grand ifque pour les jours : deux femmes qui
le trouvoient heureuſement là , l'avertirent à
tems du danger qu'Elle couroit en continuant
un chemin par lequel S. A. Electorale fe feroit
infailliblement précipitée dans l'Elbe . Cette
femme a reçu une récompenfe de fept cents écus,
& une pension de 25 écus d'Empire.
La ftation momentanée du Régiment de
Bender dans le Brisgaw , avoit exercé l'imagination
inventive des raifonneurs & des
gazettes. Nous apprenons que le 9 de ce
mois , ce Régiment a abandonné les trois
villages où il étoit can.onné , a traverfé
Kelh ,
& s'eft dirigé vers les Pays-
Bas , où il arrivera le 20 de ce mois . Le
lendemain , on attendoit un Corps de Cavalerie
aux mêmes lieux , Corps que fuivent
deprès une légion de Chaffeurs & trois mille
Croates , venant du Tyrol. Les troupes autrichiennes
, foumifes à la plus févere difcipline
, n'ont donné aucun fujet de plainte
aux habitans . Le Prince d'Anhalt Zerbft ,
frere de l'impératrice de Ruffie , étoit à cheval
à la tête de la premiere divifion de ces
troupes . Le Régiment de Bender lui eft
promis.
Notre Univerfité , écrit- on de Mayence , devient
tous les jours plus brillante : le bâtiment
contient
( 256 )
W
contient 12. belles grandes falles , cù fe donnent
les leçons publiques. Il y a une bibliothéque compofée
de 50,000 volumes , & elle ne tardera pas à
être augmentée ; car on y fournira tous les Ouvrages
que chaque Profeffeur trouvera néceſſaire
d'y faire placer. On y formera un Cabinet d'hiftoire
naturelle . On vient d'acheter à Londres
tous les Inftrumens de Mathématiques & Phyfique
dont on peut avoir befoin : on le pourvoira
également de tous les modeles , foit pour la ftatique
, l'hydraulique & l'architecture civile & militaire
; un Cabinet numifmatique va y être établi
pour les Médailles feules de l'Électorat .
M. le Grand Maître de la Cour , le Baron
d'Erthal , frere de S. A. S. 1'Electeur régnant ,
vient de faire préfent à l'Univerfité d'une collection
d'Eftampes qui peut à bon droit paffer pour
une des plus belles & des plus complettes dans ce
genre.
La Théologie fera enfeignée au Séminaire Archiepifcopal
, on va conftruire un bâtiment pour
l'Anatomie & un laboratoire pour la Chymie ; le
jardin botanique eft déja fort avancé . On vient de
former un Hôpital de 60 lits , dans le Couvent
des Clariftes. Pour unir la pratique à la théorie ,
oa y enfeignera la partie des accouchemens . On
établira auffi une Ecole Vétérinaire , un Philantropinum
, une Ecole d'Agriculture , d'Economie,
de Finances , & c. & c.
Le 7 , l'équipage de campagne de l'Empereur
, efcorté par un Capitaine & quatre
Chaffeurs , eft arrivé à Ratisbonne. Les Régimens
de Preiff & de Teuchmeister y ferort
rendus le 20 .
La premiere colonne des troupes en mar-
No. 1 , 1 Janvier 1785. b
( 26 )
che eſt de 40,000 hommes ; la feconde , ditfera
de 50,000 ..
on ,
Des lettres deVienne portent que le Comte
d'Iſtenziel , chargé de S. M. I. d'appaifer les
défordres qui avoient éclaté dans le Comitar
de Neutra , s'eft fi bien acquitté de fa
commiffion , que tout y eft actuellement
tranquille .
Divers Régimens de Croates ont paffé par
la Stirie , & font entrés dans la haute Autriche.
La partie du Duchê de Weftphalie appartenante
à l'Electorat de Cologne , renferme une étendue
de pays de 10 milles de l'eft à l'oueft, & de 9 milles
du fud au nord. On évalue fa population au moins
à 100,000 ames . Il contient 25 villes qui ont droit
de fuffrage aux affemblées desEtats , 11 gros bourgs
dont 9 jouiffent du même droit que les villes , 18
Couvens & beaucoup de villages.Les villes ne font
gueres peuplées ; les plus grandes renferment environ
400 maifons. Les Etats s'affemblent à Arenfberg,
où fetrouve la Chancellerie de ceDuché . Le
pays eft fertile en bled , pâturages , bois & toutes
fortes de minéraux ; mais on n'y voit que très- peu
de manufactures.
ITALI E.
DE VENISE , le 30 Novembre.
Le différend qui s'étoit élevé entre l'Empereur
& notre République , au fujet de la
jurifdiction de nos Evêques dans la Lombardie
autrichienne , vient d'être terminé à l'a(
27 )
:
miable. Les deux Puiffances font convenues
que les Evêques de l'une & de l'autre domination
ne pourroient exercer aucune jurifdiction
dans les diocefes étrangers. Au moyen
de cet arrangement , l'Archevêque de Milan
perd environ quarante paroiffes , qui feront
réunies au diocefe de l'Evêque de Bergame ;
mais auffi d'autres Evêques vénitiens perdront
plufieurs paroiffes fituées dans la Lombardie
autrichienne . "
Le démêlé furvenu entre notre République
& celle de Hollande , à l'occafion de l'affaire
des deux Négocians Chomel & Jordan ,
n'eft pas encore arrangé . La Hollande perſiſte
à demander que ces deux Négocians foient
indemnifés de leurs pertes.
DE MILAN , le 1 Décembre.
La torture préparatoire , quoique profcrite
par les loix dans ce duché , étoit encore
exercée de temps en temps ,, ainfi que celle
fuper alias & complicibus , par des Juges cruels
ou ignorans le Sénat vient de leur interdire
cette affreufe méthode par la circulaire fuivante.
כ כ
:
L'expérience ayant démontré ? que c'eſt
de la négligence des Juges & du peu d'exactitude
qu'ils mettent dans les procédures criminelles ,
que dérive en grande partie la neceffité de recourir
aux tourmens , il leur eft enjoint de prendre
toutes les informations poffibles , & de fe
procurer
, par des moyeus légitimes , les éclairciffemens
propres à diftinguer l'innocent d'avec le
b 2
( 28 )
1
coupable. Le corps du délit étant légitimement
conftaté , & le délinquant mis en prifon , on lui
fera fubir trois interrogatoires ; s'il perfifte à
nier , il n'en fera pas moins criminel ; le Juge
pourra lui laiffer 24 heures de plus pour ſe reconnoîtte
coupable ; mais ce terme écoulé , on
le condamnera par contumace , & il fera puni
comme convaincu du crime dont on l'accufoit.
Toutes les fois que les témoins ou délinquans ,
interrogés fur quelque point effentiel , différe
ront dans leurs réponſes , on leur enjoindra de
rendre raison de cette contrariété ; fi leurs réponfes
ne font pas concluantes , on attendra le
réfultat de la procédure avant de les condamner.
Le témoignage des complices & autres perſonnes
infames fera regardé comme valable , s'il confte
qu'ils n'ont aucun intérêt à trahir la vérité ;
lorfque l'accufé fe fera avoué coupable , fans
pourtant vouloir nommer ceux qui ont cu part
un crime qu'il n'auroit pu commettre ſeul
ou qu'il refufe de fe déclarer fur quelque circonftance
agravante , les Juges en informeront le
Tribunal fuprême.
Enfin dans tous les cas où l'accufé aura contre
lui les indices graves , fans être cependant
pleinement convaincu du crime qu'on lui impu
te , les Juges devront , comme ci - deffus , s'adreffer
au Tribunal fuprême , afin que celui - ci
puiffe rendre la fentence la plus convenable
& la plus conforme aux intentions de S. M.
La nouvelle Junte Royale des Etabliffemens
pieux a fupprimé derniérement une fondation
connue fous le nom de Fondation des
Riches & des Vieillards . Elle avoit été deftinée
au foulagement des Pauvres de la Paroifle
de S. Jean,
( 29 )
DE NAPLES , le 30 Novembre.
Le Marquis de Caraccioli , viceroi de Sicile,
s'eft embarqué le 17 , vers les quatre
heures du foir , fur la frégate du Roi la Minerve
, pour fe rendre à Palerme. La frégate
la Dorothée a fait voile le lendemain pour
cette ifle. 3
Le Confeil des Finances a arrêté qu'il ne feroit
point fupprimé de Couvens de la Ville , les revenus
defquels devoient fervir pour l'entretien , des.
maifons d'Orphelins que l'on devoit établir pour
P'éducation des Filles des Militaires ; & qu'au - lieu,
de ces revenus , on leveroit une taxe fur tous les
Couvens de ce Royaume & fur ceux de Sicile ,
laquelle formeroit une fomme de 30 mille ducats,
dont 20 mille feroient payés par les premiers , &
10 mille par les derniers , afin de pouvoir fournis
plus ailément aux frais de ces établiſſemens pieux,
un defquels fera formé dans le Couvent des Peres
Francifcains du Calvaire. ad low va
S. M. vient d'accorder une penfion de
300 ducats aux deux Médecins qui ont trai
té le Prince héréditaire péndant fa derniere
maladie, & qui lui continuent aujourd'hui
leurs foins pendant fa convalefcence , qui eft.
un peu inquiétante .
Un duel , qui a eu lieu récemment entre deux
rivales , fait aujourd'hui le fujet de toutes les
converfations. Voici comme on raconte le fait.
Un jeune homme étant devenu amoureux d'une
demoiſelle , lui avoit promis de l'époufer , mais
quelque temps après ayant conçu une nouvelle
paffion pour une femme mariée , il abandonna fa
\
b 3
( 30 )
première maitreffe ; celle - ci ne tarda pas a être
informée du motif de l'infidélité de fon amant ,
& ayant réfolu d'en tirer vengeance , elle ne
s'occupa plus que du choix des moyens . Ayant
appris que fon perfide amant devoit accompagner
fa rivale au fpectacle , elle fe traveftit en
homme , fe rendit à la maifon de fa rivale , &
attendit l'heureux couple au bas de l'escalier. IĮ
parut enfin. Notre héroïne auffi tôt de porter un
défi à fon amant , & de l'accabler des reproches
les plus durs ; celui - ci ayant reconnu la voix
de fon ancienne maîtreffe , refufa l'appel , mais
elle ne l'en tint pas quitte à fi bon marché. Elle
chercha à le provoquer par les injures les plus
piquantes ; & ayant tiré fon épée , elle le fomma
d'en faire autant . La rivale , qui avoit été témoin
de cette ſcene , voyant que le jeune homme perfiftoit
dans fon refus , lui arracha fon épée , &
s'avance avec furie contre la rivale. Le combat
s'engage entre les deux chainpions féminins ils
fe battent avec tout l'acharnement du défeſpoir
& de la jalousie . Le jeune homme s'efforce de
les féparer ; & y il parvient enfin , mais les deux
rivales , indignées de ce qu'il n'avoit pas laiffé un
libre champ a leur valeur , tournerent leur rage
contre lui , & l'affaillirent de coups ; trop heureux
d'en être quitte pour quelques légeres blef
fures. La Dame confentit enfin à remonter dans
fon appartement , & le jeune homme reconduifit
la Demoiſelle à fon logis.
s ;
Le tombeau des Scipions , qui a été trouvé
dans la vigne Saffy, près de la porte Capena
à Rome , & qui confifte en une grande
Laiffe de marbre , ornée de diverfes infcriptions,
a été tranfporté par ordre de S. S. dans
le Mufée du Vatican .
( 3། :)
Le Cardinal Colonna eft toujours dange
reuſement malade . On commence à défefpérer
de fa guériſon.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Décembre .
Les circonftances pénibles & délicates où
fe trouve la Nation faciliteront , felon quelques
prophetes politiques , le rapprochement
des différens partis. Ils fentent , diton
, la néceffité de tendre en commun à raffermir
la puiffance & la profpérité publiques.
Cet efprit de conciliation a prévalu depuis
l'entrée de Lord Cambden dans le Cabinet :
auffi le Général Sloper , très-attaché à la
Coalition , a t-il emporté le commandement
général de l'Inde , fur le Général Campbell ,
favorifé par M. Pitt. Ce jeune Miniftre ,
toujours fuivant les mêmes rapports , a perdu
de fa prépondérance , &c. Mais fi le
danger imminent où fe trouvoit l'Angleterre
, dans la derniere guerre , & les embairas
qui l'ont fuivie , n'ont rendu les factions
que plus animées , comment efpérer qu'elles
fe réuniront par patriotisme ?
L'un de nos papiers s'eft dit autorifé à inftruire
le Public que S. M. a déclaré dans les termes les
plus clairs par fes Ambaffadeurs auprès des Cours
étrangeres, qu'elle eft irrévocablement déterminée
à la neutralité dans la querelle actuelle entre
l'Empereur & les Etats- Généraux .
so can. commandée par L'Europa , de sa can. ,
b
4
( 32 )
l'Amiral Innes , a appareillé de Portſmouth
pour fe rendre à la Jamaïque.
Le Capitaine King , le compagnon & l'ami du
célebre Cook eft mort à Nice , où il étoit allé
chercher le rétabliſſement de ſa ſanté . Voilà donc
les trois célebres Circum - Navigateurs , Cook ,
Clerke & King, perdus pour la nation en très-peu
de temps.
On dit que nos Miniftres , fur les repréfentations
de M. Orde , font convenus d'accorder
un droit égal en faveur de l'Irlande ,
fur l'article du fucre ; ce qui fera extrêmement
avantageux aux Négocians. Irlandois
intéreffés dans le commerce des Ifles.
Le Parlement , dit une lettre de Dublin du 4 de
ce mois , s'affemblera le 20 Janvier , & s'occupera
d'abord de divers réglemens de commerce également
avantageux aux deux Royaumes. Les gens les
plus fenfés & les plus refpectables de la Nation
mettent toute leur confiance dans cette affemblée ,
& manifeftent autant d'horreur que de mépris pour
les mcfures iniques que la faction s'efforcé de vouloir
faire adopter.
Le bruit s'étoit répandu que le Duc de Rutland
avoit été empoisonné . Le fait eft qu'il est tombé de
cheval en revenant le foir d'une partie de plaifi
qu'il avoit faite chez un de fes amis à Phænis-Park ,
maisil ne s'eft point bleffé dangereufement , & nous
efpérons, pour le bien de l'Irlande , qu'il fera bientôt
en état de reprendre fon travail & de s'occuper
des intérêts de la narion .
D'après les journaux des Seffions de l'Old
Bailey , pendant les trois dernieres années , il
eft reconnu que fous la Mairie du Chevalier
William Plomer , en 1782 , on a jugé 668
( 33 )
perfonnes ; fous celle de Nath Newnham
fen 1783 , 818 ; fous celle de Robert Peckam,
en 1784 , 1037. Pour crime capitaux , en
1782 , 98 ; en 1783 , 170 * ; en 1784 , 149 .
Le Gazeter , Feuille dévouée à M. Fox ,
& répertoire de toutes les calomnies contre
le Miniftere , a imaginé l'anecdote fuivante
fur le compte d'un ancien Miniftre.
Ce Seigneur , dit-il , fut employé , à l'âge de z z
ans par le Comte de Butte pour négocier entre lui
& M. Fox , depuis Lord Holland , auquel il avoit
promis une dignité de Comte. Des intrigues de Cabinet
empêcherent la conceffion de ce titre , & on
confentit feulement à ce que M. Fox eût une Baronnie.
Le Comte de Bute , qui avoit promis à
M. Fox un Comté communiqua fon embarras au
Lord en queftion. Celui- ci entreprit de l'en tirer en
prenant tout fur fon propre compte. Il lui confeilla
de répondre à M. Fox , que fon négociateur le
Lord ..... lui ayant promis la dignité de
Comte , il avoit outrepaffé fes pouvoirs. M.
Fox répliqua qu'il s'en remettoit fur cette affaire
aux propres paroles de ce jeune Seigneur . Quand
on en vint aux éclairciffemens , on envoya chercher
le Lord ..... , qui foutint à M. Fox qu'il
ne lui avoit promis qu'une Baronnie. M. Fox ftu
péfait , refta quelques inftans fans pouvoir proférer
un feul mot ; mais s'étant remis , il dit au
Lord .... ces paroles remarquables : Jeune homme,
L'IMPOSTURE & la FOURBERIE font donc les fentimens
avec lesquels vous commencez votre carriere
dans les affaires, tandis que les plus vieuxPolitiques
ne les acquerent généralement que fur lafin de la
leur !
Ceux qui ont connu le caractere du feu
acte abis ba
( 34 )
Lord Holland , Payeur général des troupes
dans l'avant derniere guerre , ne croiront pas
fi aifément qu'un renard auffi expérimenté
ait été dupe d'un jeune homme de vingtdeux
ans .
Dans l'un des Journaux de 1783 , on rendit
compte du duel du 4 eptembre même année , entre
le Colonel Gordon , oncle materncl du Duc
de ce nom , & frere du Comte d'Aberdeen , d'une
part , & le Lieutenant- Colonel Thomas de l'autre
, ainfi que des caufes qui avoient provoqué ce
duel , qui fe termina par la mort de ce dernier.
Les faits que nous mîmes alors fous les yeux
du Public , & que nous tenions , ainfi que les fuivans
, d'un parent de la famille de Gordon , domicilié
à Paris , & qui s'en rend le garant , prouvent
clairement que le Colonel Gordon n'a rien
omis de ce qu'il devoit & pouvoit faire , foit
comme militaire , foit comme homme d'honneur
pour fe laver des reproches , dont contre toute
Taiſon , M. Thomas s'étoit obſtiné à le charger.
Les fuites de ce duel ont été très- alarmantes
pour M. Gordon. Comme les Loix de fon pays
ne diftinguent pas entre un meurtre & un duel
prémédité, il a été poursuivi devant le Tribunal
du Vieux - Bailey , comme coupable d'affailinat
dans la perfonne de M. Thomas . Mais un Juré
refpectable du Comté de Middlefex l'a déchargé
d'un crime fi horrible , à la grande joie des Officiers
, tant fupérieurs qu'inférieurs , fous lefquels
ou avec lefquels il avoit fervi en Amérique , &
qui s'étoient faits un devoir de fe rendre en grand
nombre au jugement pour dépofer en fa faveur.
Une circonftance finguliere & peut être fans
exemple , eft que , quoique la bravoure perfonnelle
du Colonel Gordon , ait été pleinement dé(
35 )
>
montrée tant par la Sentence du Confeil de
Guerre tenu à fon fujet à Newyorck le 4 Sept.
1782 , par toute la conduite dans la malheureufe
affaire avec M. Thomas. Cependant quelques
jeunes Officiers du corps fe font imaginés , on ne
fçait fur quel fondement , qu'il n'a pas affez fait
pour fe mettre au- deffus de tout reproche.
On mande de la Caroline du Sud , qu'il
regne parmi les habitans des Provinces méridionales
des Etats- Unis , une activité de
commerce qui réuflit au delà des efpérances .
Entre diverfes branches de commerce dont
ils fe font occupés nouvellement , ils ont
entrepris celui des Efclaves fur la côte d'Afrique
, lequel a déjà été fi heureux , que depuis
la proclamation de la paix, il a été vendu
plus de 3000 negres au marché de Charletown
; & l'on eftime que les Vaiffeaux deflinés
cette année au même commerce , gagneront
le double de ce qu'ils ont gagné l'année
derniere. Certainement ce ne fera pas cet
Etat - là qui fouferira à abandonner cette lucrative
fpéculation .
Il eft arrivé dernierement en Penſylvanie un
événement plaifant. Un particulier avoit gagné
en peu de temps beaucoup d'argent à acheter
des Efclaves blancs , qu'il menoit dans l'intérieur
du pays , pour vendre leur travail ou leur apprentiffage
pendant un temps confidérable . Dans
l'une de ces tournées , il avoit avec lui un jeune
Irlandois , d'une figure & d'une taille fi défavantageufe
, que perfonne ne vouloit l'accepter. Le
Marchand de chair humaine , après avoir vendu
tous les esclaves , réfolut de revenir à Philadelphie
avec fon Irlandois qu'il accabloit de repro
b 6
( 36 )
ches & d'injures ; effet ordinaire de l'avarice
fruftrée de fes efpérances . Ils arriverent un foir
très-tard dans une Auberge où tout le monde
dormoit. Un garçon qu'ils réveillerent , les conduifit
dans une chambre où il les laiffa fans faire
attention quel étoit le Maître ou le Valet , puis
alla fe recoucher . Le lendemain matin , de très-
' bonne heure , l'Irlandois fe leva , & voyant que
fon Maître dormoit profondément , il endoſſa fes
habits & defcendit . L'Aubergifte entama la converfation
avec lui . Les gens de la ville font ordinairement
curieux & crédules ; notre Irlandois
le favoit ; auffi- tôt il informa l'Aubergifte que le
blanc qu'il avoit avec lui , étoir le feul qui lui
reftât d'une troupe qu'il avoit vendue ; que les
voyages étant très- couteux , il lui propoſoit de
Jui abandonner fon apprentiffage pour deux demijoes
( équivalant à 3 liv. 12 fols fterl . ) . Cette
offre , qui fembloit très - avantageufe , fat acceptée
par l'Aubergifte , & l'argent payé. Le faux
Marchand prend auffi tôt congé , & obferve en
partant que ce feroit dommage d'éveiller le pauvre
diable qui dormoit fi bien . Au bout d'une
heure environ , le vrai Marchand ſe réveille , &
appellant les garçons , il commande fon déjeûner.
Le quiproquo finit par s'éclaircir , & par
prouver que l'ingénieux Irlandois avoit emporté
Don - feulement l'argent de l'Hôte , mais encore
eelui de fon Maître , & en outre les habits .
7
*
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Décembre.
A Le 12. de ce mois , le Roi à nommé à l'Abbaye
réguliere de Saint-Jean - de Bonneval - les-
Thouars , Ordre de Saint- Benoît , dioceſe de
( 37 )
1
Poitiers , la dame de Thy , Chanoineffe profeffe
da Chapitre noble de Leigneux , diocefe de
Lyon , fur la nomination & préſentation de Monfeigneur
Comte d'Artois , en vertu de fon apa.
nage.
$
Le
19, la Vicomteffe
de Thefan
a eu l'honneur
d'être
préfentée
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
par
la Vicomteffe
d'Efclignac
.
Le même jour , le Comte de Ségur , Miniftre
p'énipotentiaire du Roi près l'Impératrice de
Ruffie , & le Vicomte de Vibraye , fon Miniftre
plénipotentiaire près l'Electeur de Saxe , ont eu
I'honneur de prondre congé de Sa Majesté pour fe
rendre à leurs deftinations , étant préfentés par le
Comte de Vergennes , Chef du Confeil royal des
Finances , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département des Affaires étrangeres.
Le zo , le Roi , accompagné de Monfieur & de
Monseigneur Comte d'Artois , a affifté au Service
anniverfaire qui a été célébré dans l'Eglife
de la Paroiffe de Saint - Louis , pour le repos de
l'ame de feu Monfeigneur le Dauphin . Madame
-Elifabeth de France y a également affifté.
Le 11 , le Comte de Mercy- Argenteau , Ambaffadeur
de l'Empereur , a eu une Audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a préfenté
à Sa Majesté le Prince de Staremberg; cet Ambaffadeur
a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celle de la Reine & de la Famille Royale , par le
fieur Tolofan , Introducteur des Ambaffadeurs ;
le fieur de Séqueville , Secretaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 15 Décembre.
Les Députés des Etats de Bretagne ayant
( 38 )
rendu compte à cette Affemblée , le 10 de ce
mois , de leurs démarches auprès des Miniftres
, ils ont repréfenté la réponſe , écrite en
ces termes , de la main de S.'M .
« Les témoignages que les Etats de ma Province
de Bretagne m'ont donné depuis qu'ils font af-
» femblés de leur refpect , de leur foumiffion &
de leur zele , m'ont déterminé à leur laiffer
» l'entiere liberté du choix de leurs Députés ,
» tant auprès de moi , qu'à la Chambre des
Comptes de Nantes , en y procédant dans les
» quinze premiers jours de leur aſſemblée . J'ai
כו
donné mes ordres pour autorifer mes Com-
» miffaires à retirer à cet effet les Arrêts du
» Confeil du premier Mars 1777 , & du 4 Ocl'ob
tobre 1780. Je veux bien auffi que les villes
→ continuent de fe pourvoir aux Etats pour
» tention de leurs octrois , fuivant l'ancien ufage ,
» & qu'elles leur rendent compte de l'emploi
» defdits octrois à leurs deftinations . J'explique-
» rai mes intentions à cet égard par une Déclara-
» tion adreffée à mon Parlement de Bretagne ».
Cette réponſe a été reçue avec des acclamations
de vive le Roi . Ce moment d'intérêt , difficile
à rendre , a été bien exprimé par MM . les
Préfidens des ordres fur les témoignages d'amour
que l'affemblée avoit à ce moment à donner à
S. M. & de reconnoiffance pour les Miniftres ,
M. le Comte de Montmorin & M. l'Intendant. Ces
fentimens , dont l'affemblée étoit unanimement
pénétrée , ont excité plufieurs membres des ordres
propofer des moyens de tranfinettre à la poftérité
une époque auffi mémorable . Le Tiers
Etat ayant énoncé dans ce moment fon avis , les
Etats ont arrêté d'aller en Corps vers MM. les
Commiffaires du Roi pour le remercier du zele
( 39 )
avec lequel ils ont mis fous les yeux du Roi &
de fes Miniftres , les juftes réclamations de la
Province .
Lefdits Etats fe livrant aux mouvemens de leur
reconnoiffance des bontés que S. M. vient de leur
accorder en les rétabliffant dans leurs droits , &
qui leur font efpérer que leurs demandes pour
être réintégrés dans la jouiffance des droits de
contrôle , auront le fuccès qui rempliroit leurs
vues pour le bonheur & le foulagement des peuples
, ont , par acclamation & unanimement , arrêté
d'ériger la ftatue de Louis XVI , tranfmettre
à la postérité un monument de fa juftice
& de fa bonté ; ont chargé les Député qui iront
à la Cour , d'en faire dreffer le plan pour la
teneur prochaine , & MM . lcs Préfidens des or.
dres d'écrire aux Miniftres pour leur témoigner
toute la reconnoiffance des Etats , en les priant
de mettre fous les yeux du Roi la préfente délibération
.
pour
Ils ont auffi arrêté unanimement qu'il fera célébré
Dimanche prochain une Meffe folemnelle
pour la confervation du Roi & de la Famille royale ,
pour l'heureufe délivrance de la Reine , à laquelle
MM . les Commiffaires du Roi feront invités
d'affifter.
La fecouffe de tremblement de terre qu'on
a reffentie le 29 du mois dernier , en Dauphi
né , en Savoie , en Allemagne , en Alface ,
aété auffi éprouvée en Lorraine . A dix heures
du foir , cette commotion , qui dura plus
d'une minute , ébranla les meubles du château
de Bourlemont , à demi-lieue de Neuchâteau
; elle s'eft étendue à Clermont , fur la
route de Neuchâteau à Langres , & proba-
,
( 40 )
L
1
blement avec plus ou moins de force dans
tous les lieux circonvoifins. La propagation
de cette fecouffe fur une eſpace de 15o lieues,
fait craindre que ce tremblement n'ait été
plus violent dans quelques contrées moins
voifines l'abaillement du barometre audeffous
de l'orage , ce jour-là , a été remarqué
dans plufieurs endroits même où la fe-
'couffe n'eft point parvenue.
:
-
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel fe
font affemblés le 29 Novembre au Couvent des
Cordeliers de cette ville , & ont tenu un Chapitre
, auquel a préfidé pour S. M. le Vicomte de
la Roche - Foucauld , Chevalier Commandeur
des Ordres de S. Michel & du Saint Efprit :
' après un difcours qui a été prononcé par le fieur
Pourfin de Grand Champ , Secretaire du Roi,
Chevalier dudit Ordre , nommé par Sa Majesté
pour fuppléer le fieur Collec , Chevalier & Secretaire
perpéruel dudit Ordre , le Vicomte de
la Roche- Foucauld a reçu Chevaliers , au nom
da Roi , les fieurs Gaillard de Buencourt , Jaubertoux
& Goetz : enfuite tous les Chevaliers ,
le Vicomte de la Roche - Foucauld à leur tête ,
fe font rendus proceffionnellement en l'Eglife
dudit Couvent , & ont affifté à la meffe de Requiem
, qui le célèbre tous les ans pour le repos
de l'ame des Chevaliers décédés.
M. l'Abbé Maury , Grand - Vicaire de
Lomber , remplace à l'Académie Françoife
M. le Franc de Pompignan . Cet Orateur facré,
dont les Ouvrages ont obtenu une grande eftime
, a été élu le 16 de ce mois.
On à répandu fur la portion de jettée faite
par encaiſſement au port d'Agde l'été dernier ,
( 41 )
·
fous la direction de M. Groignard , qu'elle avoit
été renversée & détruite par la mer, Le mal
qu'elle a éprouvé fe réduit à très peu de chofe ;
il confifte en un affaiffement dans la longueur de
la jettée , qui a confervé fa même direction fudquart
fud-oueft ; à quelques légeres dégradations
fur le bout du couronnement , & en un petit déverſement
auffi fur fa longueur du côté de l'eft ,
par où elle avoit été le plus battue d'une tempête
affreufe pendant quatre jours. Ces effets ailés à
réparer & à peu de frais , bien loin d'être nuifibles
à la caiffe , tendent au contraire à la confolider
, d'autant plus que fon taffement a été
confidérable , en fuivant & s'ajuftant ainfi au
plus grand affouillement que le fond a éprouvé.
On fera de plus charmé d'apprendre que le
prolorgement de la feule jertée de l'eft , d'environ
so toifes , a procuré , à la première crife
de la rivière d'Hérault , une amélioration confidérable
à fon embouchure. La profondeur du
chenal , entre les deux jestées , eft de 15 à 16
pieds . & à l'endroit de la paffe des bâtimens
de 8 pieds 3 pouces , au lieu de 6 pieds qu'il y
avoit auparavant . Le banc de fable qui , en
1780 , couvroit l'embouchure fur une longueur
de 300 toifes nord & fud , fe réduit maintenant
à environ 10 toifes , & eft éloigné des
jettées d'environ la longueur d'un cable . La paſſe
qui étoit autrefois à l'oueft , fe trouve au fuen
au bout de la caiffe , fur une largeur de o
toifes. Un fuccès auffi prompt & auffi marqué ,
qu'a produit le premiere portion de cette nouvelle
jertée , va ranimer le zèle des Adminiftrateurs
de la Province pour la continuation d'un
ouvrage auffi précieux , qui contribuera à l'agrandiffement
de fon commerce , & rendra cette
contrée une des plus floriffantes du Royaume.
( 42 )
On nous mande de Bordeaux un de ces
actes d'humanité qu'on retrouve encore parmi
le peuple , étranger aux claffes élevées
qui ne favent jamais fecourir qu'avec de l'argent
, & d'autant plus louables , qu'ils font
exercés pardes individus pour qui ils font de
véritables facrifices .
Etant allé , nous écrit l'Hiftorien du fait ,.
paffer quelque temps dans la paroiffe de Bégadin
, près Lesparre , petite ville du Médoc ; j'y
vis la femme d'un nommé Jean Chemin , Vigneron
, qui allaitoit un enfant d'environ un an , &
três - bien portant . Je fis compliment à cette
jeune Nourice fur l'état de fanté de fon enfant .
Cette bonne femme ne me répondit que par des
larmes , qui fuccedérent à la gaieté que je lui
avois apperçu. M'étant informé du fujet de fa
triftelle , j'appris ce qui fuit .
Au mois d'Octobre 1783 , la femme du nommé
Renom , Forgeron du même Bourg , fut accouchée
par une Sage - femme qui ne poffédoit
aucune connoiffance de fon art . L'opération fut
fi mal conduite , que la malade en mourut pref
que fubitement .
Le pere , déjà chargé de deux autres enfans ,
& qui n'a d'autre reffource que dans fon travail ,
n'étoit pas en état de payer une Nourrice pour
le nouveau né. La femme de Chemin fe prêfente
, elle étoit à même de févrer un enfant à
elle propre , qu'elle avoit à la mammelle : elle
s'offre généreufement pour fe charger du petit
étranger & s'en charge en effet.
Le mari ignoroit ce procédé de la femme lorfqu'il
le préfenta lui- même pour le lui confeiller
& l'engager à ce trait généreux .
L'Académie Royale des Sciences & Belles
( 43 )
Lettres de Caen , a tenu le 3 de ce mois dans
la Grand'falle de l'Hôtel de Ville , une féance
publique , préfidée par M. l'Evêque de Bayeux ,
qui y avoit été invité. M. Ballias de Laubarede ,
en a fait l'ouverture par un difcours fur l'utilité.
des Académies , & le befoin qu'elles ont de la
protection des Souverains & des hommes en place
; M. Didié , Ingénieur des Ponts & Chauffées ,
a lu une Differtation fur la néceffité de n'avoir
qu'un poids & une mesure.
M. le Cavelié , Avocat , a parlé des rapports
de Poéfie & de la Peinture dans les images , &
a terminé la féance par la lecture d'une Ode fur
les bons Rois .
M. Moyfant , Secretaire perpétuel de l'Académie
, a enfuite annoncé , pour fujet d'un prix
de 500 liv. qui fera adjugé dans la féance publique
du mois de Décembre 1785 , la queſtion
fuivante.
ce D'après plufieurs obfervations inconteftables
» de perfonnes totalement , ou en partie , con-
» fumées en peu d'heures par un embralement
fpontanée , fans que cet embrafement fe foit
» communiqué , du moins violemment , aux
« corps voifins les plus combuftibles , & fans au-
» cune circonstance dangereufe ni même très-
> effrayante >>.
On demande : 1 ° . Quel eft l'agent & le méchaniſme
de pareils embrafemens,
2º. S'il eft poffible à l'art d'en préparer un
femblable , & qui puiffe en peu de temps con
fumer les cadavres auxquels on l'appliquera.
3 °. Indiquer la compofition de cet agent , &
la manière de s'en fervir , pour que l'Académie
puiffe en répéter l'expérience fur deux ou trois
cadavres.
Les Mémoires , francs de port , feront adreffés
( 44 )
audit fieur Moyfant avant le premier Octobre de
la même année .
PROVINCES- UNIES.
BE LA HAY le 25 Décembre.
Le Comte de Waffenner , ci -devant Envoyé
extraordinaire de la République à la
Cour de Vienne , eft de retour en cette Réfidence
depuis quelques jours , & a paru le
à l'affemblée des Etats-Généraux.
13
A toutes les pertes maritimes que nous
ayons effuyées dans le courant de l'année , il
fant joindre celle de la Brille , frégate de 36
canons , qui a échoué près de l'ifle de Gorée,
& dont heureufement on a fauvé l'équi
page.
Ön reçoit chaque jour des nouvelles agréables
de la Confcription Militaire . On marde de la
Betuwe inférieure , qu'on y avoit déja formé un
camp de 12000 hommes , qui feront commandés
par le premier Officier du canton , le Comte de
Randwyk . Ils commencent déjà à s'exercer ; &
Pon fe promet les plus heureux fuccès du zele
qu'ils font tous paroître. On voit dans nos
Feuilles patriotiques , l'extrait d'un Diſcours
qu'un Pafteur Catholique -Romain a prêché à ſes
auditeurs , pour les encourager à prendre les armes
d'après l'ordre des Etats leurs Souverains ,
& foutenir ces droits pour lesquels les premiers
Fondateurs de la Liberté Belgique , les d'Egmont ,
les Hoorn & d'autres , tous également Catholiques ,
avoient facrifié leurs biens & leur fang. On remarque
en général que , dans les circonftances
( 45 )
préfentes , ceux du culte Romain fe font fignalés
par le patriotifme le plus fincere & le plus
zélé. Auffi continue - t - on de toutes parts à brifer
les entraves odieufes auxquelles une fauffe politique
avoit condamné ces refpectables Diffidens
. On apprend qu'à Gorcum , une des villes
votantes de la Hollande , le Confeil a pris en leur
faveur la réfolution de les admettre à tous les
emplois qui ne touchent pas au Gouvernement ou
a la Religion. ( Gazette d'Amfterdam , du 19 Décembre.
Nous fommes encore fans réponſe au fujet
de la demande faite au canton de Berne
& aux Ligues Grifes , d'un corps additionel
de cinquante hommes par Compagnie de
Régiment Suiffe avoué. Cette Capitulation
réfulte d'un traité fait à la Haye le 21 Juin
1712 , par lequel la République de Berne
s'engagea à permettre la levée de 4000 hommes
aux Provinces Unies , toutes les fois
qu'ellesfoutiendroient une guerre défenfive , fans
que ces troupes néanmoins , & les Compagnies
Bernoifes au fervice de LL. HH . PP.
puffent être employées contre les traités qui
lient le Corps Helvétique avec la France &
la Maiſon d'Autriche,
On écrit de Cologne qu'on attendoit
dans fes environs , du 20 au 25 , les Régimens
Autrichiens de Cobourg , de Wurmfer ,
de Nadafti , & 500 Chaffeurs.
L'armement univerfel ne s'exécute pas
fans murmures dans toutes les Provinces.
Les habitans d'Overyfel en particulier répugnent
à cette mefure qu'ils interpretent
( 46 )
mal. Les Députés des Etats ont fait publier
une notification pour défabufer ces payfans.
Par-tout où l'on rencontre cette oppofition ,
on fe garde bien de l'irriter par des voies de
force , & l'on préfere fagement celles de patience
& de perfuafion .
Plufieurs de nos Gazettes avoient annoncé
le départ effectué des Gardes Suiffes &
Hollandoifes pour Bréda : la vérité eft qu'elles
font toujours ici , en attendant le moment
de changer de deftination . Si l'on est
auffi mal inftruit , fur les lieux même , des
nouvelles qui nous concernent , qu'est- ce de
celles que débitent hardiment ces mêmes
Feuilles fur les pays étrangers ? Pas d'Ordinaire
où elles ne faffent parler dans leur ſtyle
tantôt l'Empereur , tantôt le Roi de Prufe ,
les Miniftres & les Généraux .
Le 20 au foir eft defcendu chez M. de
Kalicheff, Miniftre de Ruffie , un courier
de Pétersbourg , & le lendemain l'Envoyé
de l'Impératrice remit au Préfident des Etats
Généraux , par ordre de fa Souveraine , un
Mémoire relatif au démêlé actuel entre l'Empereur
& la République.
Une lettre de Paris porte ce qui fuit :
M. de Brantzen a fait hier en forme la demande
de M. le Comte de Maillebois , que les
Etats Généraux doivent placer à la tête de leurs
armées. Cette propofition ayant été examinée
dans le Confeil d'Etat , fut agréée par le Roi.
M. le Comte de Maillebois emmene avec lui
un Maréchal - de- camp & M. le Duc de Lauzun .
( 47 )
Ce dernier commandera une Légion qu'il va
lever à fes frais dans le pays de Liége , en Hollande
, &c . Ainfi il fera propriétaire de deux
Corps , l'un en France , & l'autre au fervice des
tats- Généraux .
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 27 Décembre.
Le Comte Charles de Proli , qui portoit le
titre inutile jufqu'ici , d'Amiral de l'Eſcaut , a
prêté ferment en cette qualité fes fonctions
acquerront une grande importance , du moment
où la navigation de ce fleuve fera libérée
. Il a déja fait ufage de fa nouvelle digniré
, en ſe rendant à Anvers à bord des
deux Cutters venus d'Angleterre , & armés
fous pavillon Autrichien , afin d'yprendre le
ferment des Officiers & des Equipages . Ces
cutters portent vingt canons & foixante- dix
hommes d'équipage.
Les Corfaires qui mouillent dans ce même
port fe preparoient à donner à la ville , au
premier vent favorable , le fpectacle d'un
combat naval.
On y est très - tranquille touchant les deffeins
quelconques des Hollandois fur Anvers . Les batterics
qui bordent l'Eſcaut , & le fort S. Laurent
rétabli maintenant , écraſeroient toute flotte affez
hardie pour en approcher. Cependant on a redoublé
de vigilance : une garde a été placée fur la
tour , d'où l'on découvre le pays jufqu'à Berg- opzoom
, pour prévenir toute fuiprife .
Suivant une lifte qui circule en ce moment,
( 48 )
les Officiers-Généraux qui ferviront dans
notre armée font ,
Le Comte de Murray de Melgrim , Chevalier
de l'Ordre militaire de Marie-Thérefe , Commandant-
Général des Troupes ; le Comte de Ferraris
, en qualité de Graud - Maître d'Artillerie , les
Lieutenans-Généraux le Prince de Ligne , les
Comtes de Wenfel , de Colloredo & d'Arberg ;
les Genéraux-Majors de Harrach & le Baron de
Lillien , de la Cavalerie ; les Généraux - Majors
Duc d'Utfel , le Comte de Rutland , le Baron
de Stader & le Comte d'Alton , de l'Infanterie ;
le Général- Major de Pinzenftein , Directeur de
l'Artillerie ; le Colonel Baron de Legisfeld ,
en qualité d'Infpecteur- Général des Vivres.
Le fpéculateur ne s'eft pas flatté cependant
que les Hollandois en feroient réduits à cette
précifion arithmétique , dans laquelle on a
omis de faire entrer les tréfors qui donnent
les foldats, les places fortes & les digues qui
en tiennent lieu.
Nous apprenons que le 3 de ce mois un Bataillon
du Régiment de Migazzi a quitté Kempten
pour fe rendre à Gunzbourg. Les Régimens qui
paffent par la Baviere , font pareillement en
mouvement ; ils ont quitté Linz pour fe rendre
dans la Suabe par Braunau , Bibourg , Geifenhaufen
, Landshal & Rottenbourg. Le Régiment
de Cobourg , Dragons , composé de 6 Efcadrons
, chacun de 216 hommes , eft arrivé le 10
aux environs de Bareith. On doit fournir à chaque
Régiment 700 chevaux de relais.
Bender , qui s'eft remis en marche depuis le 9,
doit être arrivé en ce moment à Luxembourg, d'où
il est parti pour Malines 60 chariots avec boulets ,
bombes & canons.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Novemb.
L'Intelligence qui a paru regner quelque
,
temps entre les deux Beys d'Egypte ,
Ibrahim & Murat , n'a pas été de longue
durée. Le fecond a forcé le premier à fe
réfugier dans la Haute - Egypte, & tout ce
Royaume eft de nouveau en confufion.
Comme la foldatefque eft l'inftrument de
ces révolutions , on ne peut l'empêcher d'en
profiter elle pille à fon aife fans être
réprimée. Toute communication eft fermée
entre la Haute & Baffe - Egypte. Les Arabes ,
profitant de ces défordres , ont détourné
pour arrofer leurs terres les eaux du canal
du Nil qui abreuve Alexandrie ; cette ville
auroit été déferte , fi Murat Bey n'eût fait
travailler à remplir le canal , avant l'abaiffement
des eaux du fleuve. En attendant ,
les Pauvres meurent de faim , & les riches .
-No. 2 , 8 Janvier 1785.
C
( 50 )
ne fe procurent de quoi vivre qu'à un prix
exorbitant.
·
Des douze vaiffeaux de notre efcadre , le
Capitan Bacha de retour ici depuis le s , en
a laiffé trois en croifiere dans l'Archipel
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 7 Décembre.
Le 26 Novembre , le Roi a nommé le
Comte Frédéric - Antoine Wedel de Jarlsberg
, fon Envoyé extraordinaire auprès de
la République des Provinces - Unies , & le
Comte Frédéric de Baudiffin , fon Envoyé
extraordinaire auprès du Roi de Pruffe.
Le Brigantin Hollandois le Vlieger , a fait
naufrage , le 20 Novembre près de Laffoë ;
trois hommes de l'Equipage ont péri.
Le Prince de Heſſenſtein , & le Confeiller de
Conférence de Dreyer qui avoit occupé le pofte
de Miniftre- Plénipotentiaire du Roi à la Cour de
Londres , font arrivés dans cette Capitale .
On a pêché , près de Rrwig , dix- huit
cadavres de gens de mer qui ont péri dans
l'ouragan du 18 de ce mois.
Un bâtiment de la Compagnie de la Baltique
a mouillé ici , venant des Indes occidentales.
Des lettres de la Norwege rapportent que
dans plufieurs diftricts , la difette des grains
fe fait fentir de plus en plus.
Cette ifle, fi trifte , écrit- on de l'Iflande , fiaride
(sv)
par fa fituation & fon climat , l'eft bien plus encore
depuis un an par les malheurs qui l'accablent . Les
volcans & tremblemens de terre en ont dévoré
quelques diftricts; & dans ceux qui font à l'abri des
bouleverfemens , caulés par un feu inteftin , les
habitans gemiffent dans la mifere . L'hiver dernier
a été rigoureux au - delà de toute expreffion, & d'une
longueur exceffive , ayant duré jufqu'au milieu
du mois de Mai. L'été par conféquent a été court
& la terre a peu produit. Ce qui nous étoit reîté
de bétail de l'année derniere a péri pour la plus
grande partie par la mauvaiſe qualité de l'herbe ;
& il eft mort beaucoup de monde , tant par le
manque d'alimens fains , que par les maladies.
Pour comble de revers , la pêche , notre prin➡
cipal moyen de fubfiftance , a été des plus mauvaifes.
Qu'on juge par ce tableau de l'indigence
& de la mifere qui fe font répandues dans nos
campagnes. Encore font elles moins fenfibles
dans notre Diocèle que dans l'intérieur de l'ifle ;
& quelques bâtimens , arrivés avec des vivres du
Danemarck ont remédié en quelque façon à la
difette : ils ont apporté én même tems à nos Curés
des fecours , de la part d'Eccléfiaftiques & autres
perfonnes charitables du Royaume , pour les diftribuer
parmi les plus indigens . L'année derniere,
il s'eft fait en cette ifle 77 mariages ; il y eft né 380
enfans ; & il y eft mort 357 perlonnes , parmi lefquelles
il y a eu une femme âgée de 105 ans .
›
-
Un ordre du Roi vient de fupprimer les droits
d'écriture qu'il falloit payer dans les Villes de
Douane des Iles de S. Thomas & de S. Jean .
Par conséquent on n'exigera à l'avenir , des Négocians
& des Navigateurs , que les fimples droits
de Douane , qui font très -modiques.
On a vendu à la Bourfes actions de la
Compagnie des Indes Occidentales pour
C 2
( 52 )
248 à 249 rixdalers chacune, & une action.
de la Compagnie d'Affurance maritime pour
160 rixdalers .
Le brigantin le Poftillon , arrivé ici de
Drontheim , eft entré dans le port.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 11 Décembre.
Le Docteur Bufching a fourni , dans fa
Feuille hebdomadaire , les détails fuivans
touchant Pétersbourg. Depuis 1782 , dit-il ,
cette Ville eft diftribuée en dix parties principales
, qui forment quarante-deux quartiers
particuliers. Elle renferme 3,840 maiſons &
bâtimens publics. Les bâtimens appartenans
à la Couronne font au nombre de 213 , dont
102 de pierres & 111 de bois ; les bâtimens
de particuliers font 3,627 , dont 984 de pierres
& 2,643 de bois En 1783 , on a compté
dans les Paroiffes du rit Grec de cette Ville ,
6,156 naiflances , dont 3,160 garçons &
2,996 filles ; 4,957 morts , dont 3,339 hommes
& 1618 femmes , & 1,411 mariages ; &
dans les Eglifes des autres Religions , 663
naiffances , 782 morts , & 233 mariages.
Les enfans morts au- deffous de l'âge de 12
mois , étoient 1,010 dans les Paroifles Grecques.
On a obfervé en géneral qu'il ques meurt .
dans cette Capitale un grand nombre de perfonnes
depuis l'âge de vingt ans jufqu'à celu i
de quarante- cinq ; on en attribue la caufe
(33 )
aux divers genres de déréglement auxquels
on fe livre à cet âge.
Un Ecrivain public a fait l'énumération de la
perte des Troupes Allemandes employées en
Amérique , dans la derniere guerre ; il porte le
total à 11853 hommes , dont voici la répartition .
Troupes de Brunſwic , 3,015 ; de Caffel , 6,500 ;
de Hanau , 981 ; d'Anfpach , 561 ; de Waldek ,
720 ; & de Zerbft , 176. Les troupes Allemandes
qui avoient été envoyées en Amérique , étoient
au nombre de 29,166 hommes , dont 5,723 de
Brunswic , 16,992 de Caffel , 2,422 de Hanau ,
1,644 d'Anfpach , 1,225 de Waldek , & 1,160
de Zerbst.
F
On apprend de Pétersbourg , qu'il eft
queftion d'affembler une armée fur les frontieres
de la Turquie.
Les relevés des regiftres des Paroiffes & autres
Communautés d'Altona , depuis le premier Décembre
1783 , jufqu'au premier du préfent mois,
portent les mariages à 173 , les naillances à 166,
dont 357 garçons & 303 filles ; & les morts
708 , dont 365 hommes & 343 femmes ; le nom,
bre des morts excede celui des naiflances de 48,
Parmi les morts , 12 hommes & 17 femmes
avoient vécu au- delà de 80 ans & un homme &
& deux femmes , au- delà de 90 ans.
>
Les relevés de la Seigneurie de Pinneberg , du
même eſpace de temps , font monter le nombre
des mariages à 194 ; celui des naiffances à 764 ,
dont 364 garçons & 400 filles , & celui des morts
à 859 , dont 415 hommes & 434 femmes ; l'excédant
des morts fur les naiffances , eft de 85.
On remarque que le Général Grabowski ,
du diftrict de Wolkowski en Lithuanie , a
c 3
( 54 )
été admis à la Diete de Grodno , en qualité
de Nonce , quoique diffident. Cette excep
tion n'avoit pas eu lieu depuis 67 ans.
DE VIENNE , le 20 Décembre.
L'incertitude des événemens s'augmente
encore par la contrariété des rapports jourmaliers
Chacun fait des conjectures , tire
des inductions , préfage la paix ou la guerre
, felon fa digeftion du moment ou la température
de l'air ; mais rien, de pofitif, rien
qui puiffe donner une lumiere sûre , & il
faut fe contenter , taure de faits , des bruits
qui naiffent , fe détruifent , & renaiffent ,
fans fixer l'opinion des obfervateurs raiſonnables.
Quoique tous les jours il nous arrive des reernes
, quoique les préparatifs militaires ne fe
#allentiffent point , on s'entretient beaucoup de
paix , & l'on fe perfuade qu'un Congrès pourroit
concilier les intérêts oppofés de l'Empereur & des
Provinces- Unies.
Les troubles de la Tranfylvanie font àpeu
près entierement appaifés. Les rébelles
ont été coupés de tous côtés ; on leur a intercepté
la communication avec ceux du
Temefwar. Leur férocité a précipité leur
ruine en dévaftant & en incendiant les villages
, ils fe font enlevé les moyens de ſubfiftance.
Leur feul but, à ce qu'il paroît , a
été d'exercer des vengeances : quelques vexations
préfumées , l'ignorance , & des idées
( 55 )
vagues de liberté , fuggérées par quelques
Ordonnances Impériales mal interprétées ,
ont animé ces malheureux. Nombre d'entr'eux
le font enfui dans la Valachie.
Chaque jour on apprend des détails des horreurs
qu'ils ont exercées . Le 17 Novembre , ils
pendirent deux Capucins & deux Francifcains ,
au pied d'un Autel , après les avoir tourmentés.
Le premier de ce mois , par ordre de M.
Hollaky , quatre fubalternes s'étant rendus au
village de Kurety pour s'y faifir d'un chef de
parti Valaque ; ils le conduifoient dans la priſon
du Comitat , lorsqu'il appeila à fon fecours fes
partifans , en leur difant mes enfans , voulezyous
me laiffer aller en prifon , & me livrer à la
juſtice ? A l'inſtant les quatre fatellites du Tribunal
furent mis à mort par les rebelles ; ils ont
tué dans le village de Kriftor , vingt - cing Gen.
tilshommes , & le Juge Jofeph Brad ; ils ont cou
pé la tête au Miniftre réformé & à ſon épouſe.
Le 3 , au moyen d'une mine , ils ont fait fauter
en l'air la maifon du Receveur- Général des Tail-
Jes, réfidant dans le village de Kibitze . Ils ont
précipité de fon grenier Madame Balogh , qui a
a été reque dans fa chûte fur des fourches ; fon
mari & plufieurs Gentilshommes ont péri fous les
coups de bâton , ainfi que leurs épouses. Ces bandits
ont jeté au feu les deux enfans de M. George
Katona , Miniftre Réformé ; ils ont pendu à la
muraille M. Czifzar , & éventré fa femme & fes
enfans à les yeux. Ils n'auroient peut être pas
borné là leur cruauté , fi un Capitaine du Régi¬
ment de Crofz n'étoit heureulement venu apporter
du fecours. Plus de trente de ces malheureux
ont péri en ſe défendant,
Le 7 , 500 hommes du régiment de
£ 4
( 56 ) .
Wurmfer ont paffé près de cette ville , au
milieu d'un concours de peuple. Nous n'avons
point de foldats plus braves & mieux
difciplinés.
Le Prince Chriftian - Augufte de Waldeck
ayant acquis en Bohême les terres qu'y poffédoit
la Maifon de Deux- Ponts , S. M. I.
lui a accordé le droit d'indigenat.
Par un décret daté du 23 Octobre dernier , qui
vient d'être publié , l'Empereur a décidé que le
tiers de la fucceffion des Religieux qui avoient des
Bénéfices à charge d'ames , & dont les Couvens
ont été fupprimés , appartiendroit aux Eglifes
qu'ils avoient deffervies , fi toutefois ils n'avoient
pas encore été déclarés Prêtres féculiers , avec faculté
de pouvoir difpofer de leur fucceffion par un
reftament . S. M. I. a en même tems arrêté qu'à
l'égard des Abbayes & Couvens qui fubfiftent encore
, & qui jouiffent du droit de préfentation , les
chofes refteront fur l'ancien pied , favoir , que la
fucceffion des Curés nommés parmi les membres
des Abbayes ou des Couvens , appartiendra aux
Abbayes & Couvens , à condition cependant que
ces Abbayes & Couvens entretiennent les Curés ,
ainsi que les Presbyteres & les Eglifes.
Par un autre décret du 2 Novembre , l'Empeteur
a jugé à propos d'ordonner que les vifitations
d'Eglifes ne feront annoncées aux Curés que
deux ou trois jours auparavant ; que les Evêques
vifitans n'occafionneront aucuns frais aux Curés ,
qu'on ne pourra rien demander pour qui que ce
foit ni aux Curés , ri aux Fabriques des Eglifes ,
& que dorénavant la taxe d'inſtallation de Curé
fera fixée à un ducat.
Une maladie contagieufe s'étant manifef
tée en Ukraine , il eft quftion d'ordonner
-
un cordon de 6008 hommes pour prévenir
les progrès de l'épidémie , qu'on redouta
d'autant plus , que , felon quelques avis , la
pefte a reparu à Cherfon , en Podolie , &
même jufqu'à Kiow.
Les Etats d'Autriche ont accordé à l'Empereur
pour l'année 1785 , la fomme de
2,008,968 florins, dont la répartition & to
recouvrement ont été réglés le 4 Novembre
par la Régence de la Balle-Autriche.
Le 18 de ce mois , il eft arrivé à Belgrade
54 gros ballots de draps des fabriques de Brinn ,
qui feront transportés à Conftantinople . On efpere
d'y établir un commerce avantageux avec les
Etats héréditaires.
On apprend de Conftantinople , en date
du 15 Novembre , que le Baron de Herbert
a déja eu plufieurs conférences avec l'Ambaffadeur
de France , au fujet de la démarcation
des limites , & que le Ministre de
Ruffie a remis une note à cet Ambaſſadeur ,
par laquelle il lui a fait connoître , que fa
Souveraine prenoit vivement à coeur la demande
de l'Empereur , & qu'en conféquence
elle defiroit que cette affaire fût terminée
le plutôt poffible .
On a amené ici deux Officiers chargés de
chaînes. Ils ont été condamnés fur le champ
aux travaux publics , & envoyés dans la
Hongrie .
DE FRANCFORT , le 26 Décembre.
82 chevaux de felle , de race Angloife ,
( 58 )
pour le fervice de S. M. I. arriverent à Ratisbonne
le 6 de ce mois , ainfi que quatre
voitures , dont deux chargées d'argenterie.,
Ce convoi étoit fous l'efcorte d'un Öfficier ,
de deux fous- Ecuyers , 8 chaffeurs & 25.
palfreniers.
On écrit de Stuttgard , que le Duc de
Wirtemberg fait acheter des chevaux pour
la Cavalerie, & qu'il va former un efcadrom
de Dragons . Quoique les lettres de Vienne
continuent à affirmer que ce Prince a offert
fes troupes à l'Empereur , on fufpend de
donner créance à cette nouvelle qui paroît
prématurée.
Pour prévenir les tentatives des Recruteurs fans
million , qui fe multiplioient à Ratisbonne , le
Magiftrat a fait défendre d'enrôler & de favorifer
Les défertions pendant le paffage des Troupes Autrichiennes.
La neige ayant interrompu les routes
montagneufes , la marche de ces troupes
aura été changée de nouveau . La grande
caiffe militaire fera établie ici , où il eſt déjàarrivé
des chariots chargés d'efpeces.
On affure que le Landgrave de Heffe-
Caffel a refufé fes troupes aux Hollandois.
Cependant , la négociation à ce fujet n'eft
point encore terminée. Les démarches de
Envoyé Impérial y ont beaucoup nui
ainfi que la crainte de dépeupler un pays à
qui la guerre d'Amérique , & celle de 1756
n'on pas laiffe des bras de refte .
Ce mêrne Landgrave dé Heſſe- Caſſel a affigné
}
( 59 )
un fond de 435000 rixdalers , pour l'inftitution
publique , & pour l'établiffement d'un Sémi
naire , où l'on formera des Inftituteurs.
Suivant une énumération des Auteurs Allemands
, qui vivoient l'année derniere
d'après le Dictionnaire de G. Meufel , il s'en
trouve 5445. Sur quoi l'on obferve , qu'il y
en a au moins $ 400 d'inutiles . Prefque tous
Jes Etats font affligés de ce déluge de barbouilleurs
de papier , qui , felon eux , font
la fplendeur & la gloire des Empires.
Voici la liste des troupes de l'Empereur , qui
ont paffé par Paffau depuis le 23 jufqu'au 25 Novembre.
-580 Uhlans , le régiment de Croates de Lau-
Lendorf, 800 hommes , 500 Huffards de Kevenbuller
; 3,100 hommes des régimens de Tilliés
& de Migezzi , le régiment de Pandours de Mikowiz
, 1,000 hommes ; le régiment de Pandours
de Berndorp , 900 hommes ; les Volon→
taires Morlaques , 280 hommes ; le régiment de
Tofcan , Cuiraffers , 800 homines ; le régiment
de Croates de Hoffer , $ 1,000 hommes. Cest
troupes fe rendront dans les Pays - Bas par la Baviere
, la Franconie & le Palatinat .
On apprend de Nuremberg, que le 10
at for , le Général Impérial de Lillien y eft
arrivé , qu'il y paffera quelques jours , & qu'il
fe rendra enfuite à Wirzbourg , où il fe mettra
à la tête des Régimens de Wurmfer &
de Cobourg , pour les conduire dans les
Pays -Bas.
-Des lettres dit Tyrolpartent que la conf
cription militaire y rencontre aufli de grandes
( 60 )
difficultés , & que beaucoup de jeunes gens fe
font retirés dans la Suiffe.
On affure que le Prince régnant d'Anhalt-
Zerbft fait paffer cinq cents hommes au Corps.
des Volontaires de Stein , levé pour le fervice
de l'Empereur.
ITALIE.
DE MILAN , le 8 Décembre.
Les bruits qui ont couru de la fuppreffion
de tous les Couvens de Cordeliers mendians
fe confirme de plus en plus.
On s'attend à voirdans peu, dit une lettre de Mantoue,
beaucoup de changemensdans le fyftême politique
de cette ville : par l'uniformité que veut
établir notre Souverain dans toute la Lombardie
Autrichienne, Mantoue fera dans peu réduite en
ville provinciale , telle que Cremone , Pavie ,
Lodi , &c. En attendant , on achevera au commencement
de l'année 1785 la réforme des cadaftres
, & on diminuera le nombre des em¬
ployés en proportion , dont une partie , à co
qu'on prétend , fera transférée dans la Capitale .
Au commencement de l'année on établira le cens
général de ce territoire , auquel on travaille de
puis long- tems . On attend à cet effet , dans les
premiers jours de Décembre S. A. Royale l'Archiduc
Gouverneur , qui doit venir de Milan pour
preferire en perfonne les difpofitions préliminaires
du nouveau fyftême.
S. M. a approuvé le projet de diminuer &
deffécher en grande partie les lacs qui environment
cette ville , afin de donner plus de falubrité
( 61 )
à l'air. On a déjà commencé les travaux dans
la partie méridionale pour deflécher toute cette
étendue de terrein que l'on nomme Luc de Pajolo
, & il y a journellement plus de 500 ouvriers
employés fous la conduite de l'Ingénieur
Bifagui.
DE LIVOURNE , le 10 Décembre.
Le vaiffeau de guerre hollandois le North
Holland , de 64 canons , & 350 hommes d'équipage
, Capitaine D. T. Van Ryneveld eft
entré dans ce port. Ce vaiffeau eft celui qui
eutle bonheur d'échapper au violent coupde
vent du 2 Octobre. Il eft deftiné à convoyer
les bâtimens marchands hollandois qui fé
trouvent actuellement dans la Méditerranée.
Le Chebec la Santa Catarina , Capitaine
Paolo Pifello , Vénitien , venu en 14 jours de la
rade de Tunis , avec des dépêches pour le fieur
Bichi , Conful Vénitien , a mouillé le z dans
cette rade . On n'a rien pu apprendre de plus de
Péquipage de ce Chebec , que la confirmation
de ce qui a été dit , que l'Efcaire Vénitienne
avoit détruit la Ville de Sufe , qui a été réduite
en cendres ; que Porto - Farina avoit éprouvé
le même fort , malgré la plus vigoureufe dé
fenfe , & que l'Amiral Emo avoit effayé de fermer
le goulet , mais qu'il n'avoit pu y parvenir
à caufe de la rapidité des courans. Nous atten
drons que le Capitaine foit mis en quarantaine,
pour nous procurer les nouvelles qui peuvent
intéreffer la curiofité publique.
On affure que les Vénitiens arment avec
célérité quatre autres vaiffeaux de ligne , &
( 62 )
fix frégates, qui , joints à l'efcadre du Cheva
lier Emo , mettront les bâtimens marchands
de cette Nation à l'abri de toute infulte.
Un des vaiffeaux de ligne de cette efcadre
a fait naufrage près des falines de Trapani
Le corps du vaiffeau eft entiérement fracaffé ;
fon équipage étoit de Soo hommes . A peine
s'en est - il fauvé la moitié . Le reste de l'efcadre
duChevalier Emo étoit encore mouillé
dans le port de Palerme le 15 Novembre
dernier.
?
93 La mouture des grains étant un des objets
les plus intéreffans pour notre Ville & fes environs
il a été réfolu par une Société de cette
Ville , d'exécuter le projet d'un Religieux trèshabile
en Phyfique , en Mathématiques , & en
Méchanique , pour la conftruction d'un Moulin
d'une forme nouvelle , auffi fimple qu'avanta
geufe . La Machine eft compofée de maniere que
par le moyen d'un fimple contre- poids que l'on
remontera au bout de quelques heures ; elle élévera
l'eau de la mer à la hauteur de vingt - fept
pieds , & en quantité fuffifante pour faire agir
fix meules à la fois. Le Religieux qui eſt déjà
arrivé , fe prépare à exécuter le plutôt poſſible
cette utile entrepriſe .
On apprend de Triefte que le Gouvernement
vientde faire publier un ordrepour que
tous ceux qui ont fervi pendant la derniere
guerre , en 1779 , en qualité de Chaffeurs , &
qui avoient éré défignés pour fervir ultérieurement
, aient à fe joindre dans le Tyrol,
fous peine d'être réformés en tems de paix.
On fait dans la même villedes recrues con(
64 )
fidérables , dont on veut former' deux Corps
francs de Houffards & de Croates.
DE NAPLES , le ୨ Décembre
1 D. Pietro- Battitoro ayant repréſenté à S. M.
la découverte qu'il a faite dans l'Abruzze , d'une
-Mine de pierre favonneufe ou déterfive , dont
en fait beaucoup d'afage en Angleterre pour te
lavage des laines , & d'une autre de charbon
foffile , le Roi lui a fait expédier par la Secré
tairerie de la Guerre une permiffion d'exploiter
ces deux minéraux .
Le Mont Véfuve depuis quelque- tems jetre
beaucoup de flammes & de la fumée .
On apprend que le 7 de ce mois ( de Decembre)
, après une tempête violente , le feu
du ciel eft tombé fur le magaſin à poudre de
Motrone , qui a fauté prefqu' entiérement,
fans cependant tuer perfonne.
Les poffeffeurs des terreins où il y a des eaux
ftagnantes dans les environs de Pozzuoli , Baja
& Mifene , ont eu ordre de produire leurs titres
de propriété , le Roi voulant acheter lesdits terreius
, pour donner un écoulement aux eaux qui
infectent l'air , & rétablir le Port de Mifene où
Fes Romains raffembloient leurs Efcadres , lequel
Port fervira pour la Marine Royale , que l'on
veut féparer de la Marine marcliande.
1
ESPAGNE.
1 DE MADRID , le Décembre.
I
On voit ici des copies de diverfes lettres
( 64
du Pérou , datées du mois de Juin, qui s'ad
cordent à raconter ce qui fuit :
« Le 13 du mois paffé , une ſecouffe de tremblement
de terre des plus terribles , renverfa ,
» en moins de cinq minutes , de fond en comble
➡ toute la ville d'Araqu ba , où rien n'a reſté ſur
pied que le Couvent des Récollets. Un pont
de pierre très - folidement conftruit, eft aufli to-
» talement détruit . On a vu le déplacer à une
distance de quatre cents toiles , un terrein
» vaſte & étendu , fans que les arbres du même
terrein aient perdu leur verdure. Un potager
» confidérable a effuyé le même fort , lans
que les légumes en aient fouffert . Pluheurs
» diſtricts qui étoient auparavant des plus arides
offrent actuellement des fources d'eau fi abondantes
, qu'il s'en forme des rivieres très na
vigables. Malgré le nombre exceffif des édi-
» fices tombés en ruine , celui des perfonnes enfevelies
fous les décombres n'excede pas 300
50 Les perfonnes qui ont eu le bonheur de ſe fau
» ver , font répandues çà & là dans la campagne,
Les Eccléfiaftiques ont fait conftruire
» dans leurs jardins des hutes , où ils exercent
leurs fonctions. Toutes les Eglifes Paroiffiales
de cette malheureufe Ville , auffi bien que
» celles de l'Evêché d'Arequiba , n'exiftent
plus. Telle eft la trifte fituation, d'une contrée
» à laquelle on donna jadis , à cauſe de les richeffes
, le nom de Veaife du Pérou. Les dif
» tricts de Cumanı & de Moquequa font totalement
détruits. L'Evêque de cette derniere pro-
" vince fe voit réduit à chercher un abri fous des
tentes , avec les habitans de fon Dioceſe qui
» ont eu le bonheur d'échapper à la deftruction.
Une cabane , formée de branches d'arbres entrelaffées
, leur fert de Cathédrale ».
( 65 )
GRANDE-BRETAGNÉ.
DE LONDRES , le 24 Décembre.
Le Général Dalling s'embarque au
premier
jour pour fon Gouvernement dans
l'Inde ; fa fuite eft peu nombreuſe & fes
pouvoirs font très-étendus. Il a fait fes Aides-
de-camp de deux jeunes Officiers qui
ont fervi fous fes ordres à la Jamaïque.
Le 16 de ce mois , l'Amiral Hollando's Van
Braam eft arrivé à Plymouth fur un vaiffeau de
50 canons , & le lendemain l'Amiral Innes , montant
l'Europa de so canons , parti de Portsmouth
pour la Jamaique , eft auffi entré dans ce port.
Lorfque l'Europa jeta l'ancre , l'Amiral Hollandois
amena fon pavillon , par déférence pour le
pavillon anglois , falua & hiffa de nouveau ton
pavillon. L'Europa rendit le falut , & l'Amiral
Van Braam vinr à bord de ce vailleau pour complintenter
l'A miral Innes fur fon arrivée.
Une tempête violente fuivie de très-gros
temps , a difperfé & fait périr un grand nombre
de bâtimens fur la côte de Newcaſtle
& fur d'autres ports de la côte feptentrionale.
Une flatte de rço voiles venant de la Baltique
, a été maltraitée , & comme le tems a
continué à être très orageux , la plupart des
bâtimens qui avoient échoué font préfumés
entierement perdus.
Le Commodore Thompson , qui a été derniérement
en ſtation fur la côte d'Afrique , doit ap→
pareiller dans peu de jours pour Gorée , fur le
vaiffeau de guerre le Grampus , de so canons ,
( 66 )
accompagné de deux Soops de guerre , de 8 can ,
& muni de pouvoirs de S. M. pour terminer les
points de difcuffion entre la Gr. Br. & la France,
relativement à certains territoires dans cette partie
du monde. Nos plus habiles Ingénieurs ont
calculé que pour fortifier la pointe de Bunyan , il
en couteroit au Gouvernement une fomme de
50,000 liv . fterl. fans y comprendre la dépense
d'une garnifon à demeure ; mais un des principaux
Officiers de la Marine a propofé d'entretenir
conftamment deux Sloops de guerre far la riviere
de Gambie , & il foutient qu'ils protegeront plus
notre commerce que toutes les fortifications poffi .
bles : fon projet, dit- on , a été adopté par le
Gouvernement,
t
Le 22 , les actionnaires de la Compagnie
des Indes ont tenu leur affemblée . L'Alderman
Pickett requit la lecture d'une lettre,
reçue dernierement du Gouverneur- Général
du Bengale : on reconnoît dans cette dépêche
l'efprit étendu & lumineux de M.
Haftings , fa prévoyance & fon caractere
vigoureux ; peu d'hommes furent plus dignes
de commander en Dictateur à un grand
Empire ; & où qu'on le place , ce Gouverneur-
Général paroîtra l'un des hommes d'Etat
les plus diftingues qu'ait eu la Grande-
Bretagne.
M. Haftings donne dans cette lettre un expofe
clair & détaillé de la fituarion des affaires de la
Compagnie à la fin de l'année 1782. Ily préfente,
fous le même point de vue , le montant de fon
tréfor & de fes dettes ; il mande que fon vosa , e
à Lucknou , entrepris par des inftances réitérées
du Nabab & de fon Miniftere , avoit pour but de
( 67 )
faciliter la libération de la Compagnie. Il trouva
ce pays riche & étendu dans une fituation fi critique
& fi défaftreuſe , qu'il eft impoffible de s'en
former une idée . Il fait la peinture la plus affreufe
des dégats occafionnés par la rigueur de la faifon ,
& il prétend qu'une année encore aufli mauvaiſe
produiroit les conféquences les plus funeftes. On
ne doit pas cependant , dit- il , d'après le cours
ordinaire des chofes , appréhender un tel malheur
; mais il fera néceffaire de donner l'attention
la plus fuivie aux travaux de l'agriculture , fi l'on
veut rendre à ce pays fon ancienne fertilité. Il
paſſe enſuite à l'examen des rapports politiques
qui exiftent entre la G. B. & les établiſſemens
dans l'Inde, Cet examen décele la pénétration d'un
Philofophe & d'un homme d'Etat. Il attaque hautement
le fyftême de revêtir le Commandant en chef
de pouvoirs plus étendus que ceux accordés au
Gouverneur & au Confeil ; il prouve que la conféquence
naturelle d'un tel fyftême , eft de faire
avorter les mesures les plus fages , & de nous priver
de nos acquifitions territoriales dans ce pays :
nos intérêts , dit- il , ne tiennent qu'à un fil , que
le moindre accident peut rompre . Il affure la Cour
des Directeurs que la ruine de nos établiffemens
dans l'Inde ne s'operera point infenfiblement ,
mais par une révolution fubite : tout l'édifice,
ajoute - t- il , n'a d'autre bafe que l'opinion.
M. Haftings examine enfuite la fituation du
tréfor de la Compagnie ; mais il feroit difficile de
le fuivre dans fes calculs. Il fait mention d'un
événement arrivé peu de temps avant l'envoi de
fes dépêches , & qui étoit de nature à cau er la
plus vive fenfation dans l'Inde. L'héritier préfomptif
du trone de Delhy , qui a au moins 36
avoit quitté la Cour de fon pere : d'abord
cette évasion répandit la plus grande alarme dans
ans ,
( 68 )
l'Empire ; on garda prefque tous les paffages
pour s'affurer du fugitif. On envoya à Lucknow
des ordres relatifs au même objet ; mais peu de
temps après le Nabab reçut des dépêches d'une
nature abfolument différente. Il lui étoit enjoint ,
par ces dépêches , de rendre au Prince tous les
honneurs dus à la naiffance. En conféquence , le
Nabab avoit fait tous les préparatifs néceffaires
pour la réception , & étoit allé au devant de lui
à la diftance de dix- huit milles de Lucknou. Le
Nabab & M. Haftings s'étoient agenouillés , par
figne de refpect , à leur premiere entrevue avec le
Prince royal ; mais M. Haftings ne l'avoit pas
accompagné à fon entrée dans Lucknou. Il lui
avoir cédé fa maifon , parce qu'elle étoit fruée
dans la proximité du Palais du Nabab. Le motif
du
voyage de ce Prince ne tarda pas à être connu.
I venoit implerer le fecours & l'amitié des Anglois
, pour délivrer l'Empereur des miférables
intriguans qui l'environneat & lui donnent la lo
Il peignit la firaation de fon pere avec les couleurs
les plus fortes , & il employa avec M. Haftings
tous les argumens que la piéré filiale & j'humanité
lui fuggererent pour l'engager à mettre la
Compagnie dans fon parti. Il pria le Nabab de
faire paffer à Empereur les fommes qu'il avoit
reçues en préfent. La réponſe de M. Haftings fe
réduit en fubftance à ce qui fuit . Il dit au Prince
qu'il prenoit la plus vive part à la fituation défaftreuse
de fa famille , que fes pouvoirs étoient
bornés , qu'il ne pouvoit lui donner aucun elpoir
à l'égard de ce que la Compagnie feroit difpofée
à faire en fa faveur , que l'Angleterre commençoit
à peine à goûter les avantages de la paix , &
qu'elle éviteroit , s'il étoit poftible , de reprendre
les armes ; qu'il lui confeilloit d'employer tous
les moyens pour déterminer les Maraties à fe ran
( 69 )
ger de fon parti : mais le Prince lui fit entendre
que ce peuple belliqueux avoit déjà embrallé le
parti oppofé.
Nonobftant l'opinion de M. Haftings touchant
les pouvoirs du Commandant en chef,
on affure que ceux du Général Sloper ont
une extenſion encore inconnue dans ce département.
-
Si les traits de cruautés ,, rapportés par quelques
Papiers Nouvelles , ont été effectivement
commis par le Général Mathews dans les Indes
orientales ; fi , enivré de fes premiers fuccès , it
a fait paffer au fil de l'épée tous les Indiens qui
fe trouvoient dans une ville fortifiée ; s'il a fait
brûler tous les actes publics ; fi , à l'exemple de
feur Général , les foldats anglois ont ufe di
lence & de barbarie envers les femmes ; s'ils ont
maffacré impitoyablement deux paifibles Bramines
, l'un defquels fur tout étoit adoré des habidoir-
on s'étonner de la vengeance que ces
Peuples ont exercée fur ce même Général & fur
cette même armée , lorfqu'ils les ont eus en feur
pouvoir ? N'étoit - il pas naturel qu'ils Sffent
fubir à leurs terribles ennemis les mêmes tours
mens qu'avoient éprouvés leurs malheureux freres?
Loin de blâmer les Indiens , louons au contraire
leur juftice .
tans ,
On obferve à l'Auteur du paragraphe,
que fi les empoifonnemens & autres horreurs
attribuées à Tippo - Saïb étoient en effet des
actes de juftice , il n'auroit point cherché à
les diffimuler ; il n'eût pas éludé par des prétextes
de rendre compte de l'existence de fes
prifonniers ; enfin , il eût répondu qu'il n'avoit
fait qu'ufer de repréfailles .
( 70 )
La quantité prodigieufe de neige , dit une
Lettre de Whitheawen du 14 Décembre , qui eft
tombée pendant la nuit du 6 & la journée du 7
de ce mois , a rendu impraticables prefque tous
les grands chemins de ce Comté. Aucune voiture
ne peut paffer entre Penrith & Keswick : on a
frayé un fentier pour les chevaux ; & , dans quelques
endroits la neige forme , de chaque côté de
ce fentier , un cordon de muraille de 14 pieds de
hauteur. La Pofte qu'on attentoît ici le mercredi
matin entre 7 & 8 heures , n'eſt arrivée le
lendemain qu'à 10 heures. Ces jours derniers , il
eft encore tombé des flocons de neige , & les
grands chemins en général font dans l'état le
plus affreux .
Nous apprenons auffi de l'Ile de Man qu'il y
eft tombé tant de neige , que , la femaine derniere
, toute communication étoit coupée entre
les villes ; évenement d'autant plus extraordinaire
dans cette lle , qu'il ne lui eft preſque jamais
arrivé de voir tant de neige , ou d'en demeurer
couverte auffi long - temps.
«Nous fommes également informés que dans
nos environs, la plus grande partie des moutons
eſt maintenant ſous la neige. Elle eſt ſurvenue
fifubitement , & avec tant devie lence , qu'elle n'a
pas donné le temps aux Bergers de faire rentrer
leurs troupeaux dans les étables . Cependant , on
eft parvenu à retirer quelques moutons de deffous
la neige dans les endroits acceffibles , mais le
plus grand nombre y eft reflé . Dans les hivers
précédens tous les troupeaux ont été enfévelis
fous la neige pendant un mois ou cinq femaines ,
& quand ils furent retrouvés , ils paroiffoient
avoir peu fouffert de leur prifon glacée . La neige
fervant en partie d'aliment aux moutons , & fe
fondant infenfiblepient par la chaleur de leurs
(172 )
Corps , on les retrouve ordinairement couchés fur
la terre , de laquelle felon toute apparence , ils
tirent quelque nourriture.
A l'eft de Carlis e , les grands chemins font
abfolument obftrués . Mais la communication de
cette ville à la nôtre eft libre , & à peu de milles
d'ici ( à l'oueft ) , il n'y a pas , à beaucoup près ,
autant de neige que dans notre voifinage .
Le froid continue d'être exceffif ».
D'après un calcul modéré , les dépenfes
faites pour le Scrutin de Weſtminſter font
eftimées 24,500 liv . fterl .
On efpere que l'on va enfin établir en Irlande
un fyftême de Commerce national pour les Indes
Occidentales . On projette dans ce moment - ci ;
de former à Limerick une Compagnie d'Afrique ,
qui armera annuellement fix Vaifleaux pour la
côte de Guinée , d'où après avoir fait leur
traite , ils iront vendre leurs Negres aux Ifles.
Ces Vaiffeaux prendront à bord à Limerick
des planches , des toiles , des étoffes de coton
unies & imprimées , du ſuif , des cornes , &c. &
ces cargaifons n'excéderont pas 3,500 livres fter.
Mais pour exécuter ce plan , il faut interpréter
favorablement pour l'Irlande l'acte de Navigation
, & c'eft ce que notre Parlement eft feul à
portée de faire.
M. Holcroft, Auteur Dramatique , & dont
on a joué cet été avec fuccès un opéra intitulé
le Noble Peafant , fit un voyage à Paris
l'automne derniere , & en rapporta le Mariage
de Figaro , retenu de mémoire aux repréfentations.
De retour à Londres , M. Holcroft
a adapté cette bizarre Comédie à la
bizarrerie angloife , & en a compofé un
drame exécuté avec applaudiffement fur le
( 72 )
théâtre de Covent- Garden. Les fituations de
cette piece , fon imbroglio perpétuel , ſes incidens
fans ceffe renouvellés , ont plu ici où
l'on eft accoutumé à cette efpece d'intrigue
& de mouvement perpétuel. Quant aux plaifanteries
, comme la plupart font des jeux
de mots , elles n'ont plus de fens dans une
langue étrangere , fens qu'y conferve néanmoins
le comique de Plaute , de Moliere , &c.
La troisieme repréfentation de cet ouvrage
à Covent Garden fut précédée d'un incident
curieux.
Une dame & un cavalier , vêtus très- élégamment
, s'étoient mis dans une loge , fur un banc ,
où un laquais gardoit des places pour fon maître,
Lorfque ce dernier parut avec la compagnie , le
gardien des loges pria très - poliment le jeune
couple de paffer fur le banc de derriere ; mais la
dame rejetta cette propofition , en difant que le
laquais l'ayant affurée qu'il ne gardoit qu'une
feule place pour fon maître , ce dernier pouvoit
prendre poffeffion de cette même place , puifque
perfonne ne s'en étoit emparé . Le gardien des
loges repréfenta en vain que c'étoit une mépriſe ,
d'autant plus que tout le banc avoit été retenu ;
il ajouta , avec auffi peu de fuccès , qu'il eſpéroit
qu'on ne le forceroit point à recourir à des voies
extrêmes pour faire jouir le maître du laquais du
droit qu'il avoit à la totalité du banc. La jeune
dame perfiſtant dans fon deffein de ne point déguerpir
, on appella un conftable , qui , au moment
où il mit la main fur le mati , reçut de la
femme un coup de poing dont il a eu l'oeil po
ché le lendemain. Le conftable fe retira en ſe
frottant la tempe ; mais il reparut un inſtant après
avec
( 73 )
avec un foldat. La ſcene devint alors très - férieufe:
La june dame fit mettre fon mari derriere elle
& enfu te elle déclara qu'elle déviſageroit le premier
homme qui oferoit le toucher. Le foldat
eut , en ce moment , la dureté de battre cette
femme courageufe , ainfi que fon mari; ce qui
indigna fa compagnie au point que vingt bras
le poufferent fur le champ lui - même hors du
fpectacle . A la fin , la jeune dame fe trouva cependant
forcée de céder à des forces fupérieures ,
mais ce ne fut qu'après que fon mantelet ,
fa
coëffure , fa robe & tous les ajuſtemens eurent
été mis en pieces. On la conduifit au foyer
rendue de fatigue , mais toujours pleine de courage.
Immédiatement après la retraite de cette
Vaillante championne , les acteurs le préfenterent
pour jouer Figaro ; mais ils furent hués & fifflés
fucceffivement par tous les fpectateurs , jusqu'au
moment où l'un d'eux vint demander humblement
à l'affemblée quel pouvoit être le fujet de
fon mécontentement ? A cette queftion un gentilhomme
placé dans une des premieres loges ,
dit au nom de tous les fpectateurs : & Nous nous
» plaignons de ce qu'avec votre Comedie françoife,
vous introduifez des manieres étrangeres . C'efi içi
un Theatre anglois , & nous nefouff irons jamais
qu'il yparoiffe aucunfoldats , M. Lewis , un
des principaux acteurs , s'avança alors jufques
fur le bord du théatre , où , avec cette humilité
que les acteurs de tous les pays devroient avoir
envers le public , it affera l'affemblée qu'aucun
des directeurs du théatre , ni aucun des membres
de fon corps , n'avoit introduit le foldat dans la
falle ; que le conftable feul étoit coupable de
cette indifcrétion ; M. Lewis finit fa respectueufe
harangue , en difant que lui & fes camarades
n'approuveroient jamais l'introduction des foldats
No. 2 , 8 Janvier 1785. d
;">
( 74 )
1
dans leur fpectacle. Le public fatisfait de ces
excufes , permit auffi- tôt aux acteurs de jouer
Figare.
Le Lord - Gouverneur des Cinqports a
permis , dit- on , à M. Blanchard , de diftribuer
des billets pour l'enceinte du château
de Douvres , le jour qu'il traverſera le pas
ce Calais dans fon aéroftat : on ajoute que
toutes les petites barques de la côte doivent
ce jour-là former une ligne , à commencer
d'une diſtance raifonnable de la côte d'Angleterre
jufqu'à celle de France .
Le Magnétisme
animal , dit un de nos Jourmaliftes
, fut prodigieufement
en vogue dans le fiecle dernier , & devint une fource abondante
de charlataneries
& d'impoftures
, tant en Angleterre
, que dans d'autres parties de l'Europe . En 1637 , un Jardinier nommé Leverett , fut cité
pour avoir
devant le College des Médecins
opéré des cures par l'attouchement
de la main. Il
afluroit que lorsqu'il terminoit fon opération , il
fortoit de fon corps tant de force & de vertu , qu'il lui falloit plufieurs jours pour les recouvrer : - que les draps dans lefquels il couchoit étoient un
& c. Ce
Apécifique pour beaucoup de maux , charlatan étoit l'idole de la multitude , & après avoir été enfermé comme impofteur , on le remit
en liberté , quelques jours enfuite , pour arrêter
les clameurs populaires.
Trente ans après le regne de ce Leverett , vint
M. Greatrik , qui fe fit une grande réputation , & gagna beaucoup d'argent , avec la doctrine du
Magnétifme
animal. En 1688 , on imprima la lifte immenfe de fes cures , & il eft probable
qu'il dut une partie de fa célébrité au grand Phi-
Jofophe Robert Boyle , qui le regardoit comme
( 75 )
un perfonnage très - extraordinaire , & qui même
attelta plufieurs de fes guérifons.
Depuis cette époque , le Magnétisme animal
étoit tombé en oubli ; on l'avoit même totalement
abandonné ; mais , au grand étonnement
des perfonnes douées d'une certaine dofe de raifon
, cette doctrine viſionnaire a repris une nouvelle
vie , & elle est aujourd'hui adoptée avec
un enthouſiaſme ou plutôt avec une fureur
fans exemple par une des Capitales du monde les
plus éclairées.
>
On raconte l'anecdote fuivante touchant
le Général Lée.
En 1779 , cet Officier étant à dîner , avec le
Lord Stirling , on exiga de lui une fanté ; il
donna celle du Chevalier William Howe , mais
un jeune Officier qui fe trouvoit à table , refuſa
pofitivement de la porter , & il témoigna fon
étonnement de ce que le Général Lée eût donné
celle d'un Commandant Anglois . « M. , lui ré-
» pondit le Général , ne jugez jamais trop légé
rement ni d'après les apparences extérieures ;
en y réfléchiffant , vous vous feriez apperçu
que j'avois propofé le nom d'un de nos plus
grands bienfaiteurs. Si le Chevalier Howe eût
mis à profit les avantages qu'il avoit remportés
» fur nous pendant les campagnes de 1776 &
1777 , nous aurions été réduits à nous réfugier
au- delà des Alleganis. Sachez que de même
que le mafque de l'amitié cache fouvent un
ennemi , de même un ennemi déclaré peut →
» être un ami fecret . »
Nous tirons de la même fource un trait
bien remarquable de la piété filiale qui diftingue
les Sauvages de l'Amérique.
En 1781 , Un vieillard Indien , enivré de
d 2
( 76 )
rhum , eut une difpute avec une Squaw ( femme
Indienne ) également âgée , mais d'une autre
Cafte , & la tua. Le lendemain matin , les parens de
la défunte s'affemblerent pour venger la mort für
quelqu'un de la famille de l'agreffeur ; leur coutume
étant que s'ils ne peuvent joindre le coupable
, quelqu'un de la famille doit fatisfaire,
leur vengeance. A leur arrivée à la demeure du
vicil Indien , ils trouvent fon fils à la porte avec
un fofil à la main , & lui demandent fon pere . « Je
fais , leur répondit il , à quel deffein vous le
cherchez , & il n'est que trop jufte que l'injure
» faite à votre famille , foit lavée par la mort de
» quelqu'un de la nôtre : mon pere eft furchargé
» d'années ; jainais il n'a fui devant un blanc , fes
» confeils peuvent encore vous être utiles & je
» m'offre volontiers à expier fon crime , & à être
» la victime de votre fureur. » A ces mots , il
appliqua le bout de fon fufil fur fon front , &
avec le pied lâchant la détente , il tomba mort à
l'inftant.
·
M. Thysbert , Profeffeur de l'univerſité de
Louvain , a découvert un moyen facile
d'obtenir de l'air inflammable du charbon
de terre. On fe propofe de tirer parti de ce
nouveau procédé.
M. Thylbert a trouvé , d'après diverses expé
riences , que , dans l'efpace d'environ trois quartsd'heure
, 15 onces de charbon de terre en poudre
ne rendoient pas moins de 100 quartes [ 1 ] d'air
inflammable , d'une qualité G pure , que , d'après
les épreuves les plus fatisfaifantes , on s'eft affuré
qu'un Ballon , rempli de cet air, s'élevoit auffi rapidement
& auffi haut , que s'il avoit été rempli
avec l'air inflammable dont on s'eft fervi juſqu'i
préfent. Cette opération doit être répétée incef(
77 )
སྶ
famment d'une maniere beaucoup plus étendue ;
& , pour cet effet, on fond maintenant à Louvain,
par ordre de l'Empereur , des cornues de fer d'une
très grande dimenfion .
Une lettre de Derby rend compte en ces
termes des recherches intéreffantes faites par
la Société des Antiquaires .
Cette Société ayant reçu l'avis certain , que les
cendres d'Alfred le Grand , mort en 901 , étoient
dépofées dans l'Eg'ife Paroiffiale de Driffield , à
environ 20 milles de Hull , dans le Comté d'Yorck,
députa deux de fes Membres les plus diftingués
par leur érudition , lefquels , accompagnés de
quelques autres Savans , partirent pour cette ville ,
afin d'y rechercher les reftes de ce Monarque célebre
. Le 20 Septembre de cette année fut le jour
où ces deux Députés fe rendirent avec leur fuile &
d'autres perfonnes prépofées à cet effet , à l'Eglife
indiquée, pour y faire la recherche dont ils éto ent
chargés , étant infruits de la place où fe trouvoit
le corps de ce Prince. Après avoir fait creufer
pendant quelque tems , ils découvrirent un cercueil
de pierre , & à fon ouverture , ils reconnu .
rent en effet le fquele te entier de ce Roi . auffi
grand par les actions héroïques , que par fon extrême
piété. Ce cercueil renfermoit aufli une
grande partie de l'armure d'acier d'Alfred , dont le
refle a fans doute été détruit par la rouille & le
tems. Les Députés , après avoir fatisfait leur curiofité
, refermerent le cercueil & la foffe , afin que
les chofes demeuraffent dans l'état où ils les avoiert
trouvées. Il paroit , d'après l'hiftoire de ce Prince,
qu'après avoir été bleffé à la bataille de Stamford-
Briggs , il retourna à Driffield , cù il mourut de fes
bleffures , après 20 jours de maladie , & fut enterré
(1 ) Mefure d'Angleterre , qui équivaut à la pinte de Paris,
d 3
( 78 )
ן י
A
dans l'Eglife Paroiffiale de cette ville . Ce Prince,
pendant le cours de fa maladie, accorda à Driffield
la franchife de quatre foires qui s'y tiennent agnuellement.
FRANC E.
DE VERSAILLES , le 25 Décembre.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de la Chaffagne
, Ordre de Citeaux , Diocèfe de Lyon ,
l'Abbé de Rully , Comte de Lyon, Vicaire-
Général de Châlons - fur- Saône ; à celle de
Silvanes , même Ordre , diocèfe de Vabres ,
l'Abbé de Comeiras , Vicaire Général de
Beauvais.
Le 24 de ce mois , veille de Noël , le Roi
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monfeigneur Comte d'Artois , de Madame
Comteffe d'Arrois , & de Madame Elifabeth
de France , a lifta dans la Chapelle du château
, aux Vêpres chantées par fa Mufique ,
& auxquelles l'Evêque de Pergame , Premier
Aumônier de Madame Adélaïde de France ,
officia, Cette Princeffe & Madame Victoire
de France y aflifterent aufli dans une des
Chapelles collatérales . Vers les dix heures
du foir , le Roi , accompagné comme ci-deffus
, fe rendit à la Chapelle , où , après avoir
entendu les Matines , il affifta aux trois Meffes
, pendant lefquelles fa mufique exécuta
divers Noëls & Motets de la compofition
du fieur Mathieu , Maître de Mufique en
femeftre . Le lendemain , jour de Noël ,
( 79 )
*
le Roi & la Famille Royale entendirent
, dans la même Chapelle , la grande
Meffe , qui fut chantée par la musique de
Sa Majefté , & à laquelle l'Evêque de Pergame
officia ; la Ducheffe de Guiche y fit
la quête. L'après -midi , le Roi & la Famille
Royale , après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé de la Beaume , affifterent
aux Vêpres & au Salut chantés par la Mufique
de Sa Majefté .
Leurs Majeftés fouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Mulique
du Roi exécuta différents morceaux de mufique
, fous la conduite du fieur Dauvergne ,
Surintendant de la Mufique.
La Comteffe de Roucy aeu , ce jour, l'hon
neur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , par la Ducheffe de Liancourt.
DE PARIS , le 4 Janvier.
Edit du Roi , donné à Versailles au mois de
Décembre 1784 , regiftré en Parlement le 30
defdits mois & an , portant création d'un Emprunt
de cent vingt cing Millions , en cent vingtcinq
mille Billets de Mille livres , produifant
intérêt à Cinq pour cent & rembourfables
en vingt - cinq ans , avec accroiffement de
Capital.
LOUIS , &c. La néceffité de continuer avec
exactitude l'acquittentent des dettes de la derniere
Guerre , les engagemens que Nous avons
pris pour accélérer les paiemens arriérés , &
d 4
( 80 )
Bout ce qu'une fage prévoyance exige de Nors
dans les circonstances préfentes , nous obligent
d'ouvrir un Emprunt qui puiffe fuffice , nonfeulement
pour éviter l'inconvénient de recourir
, dans une même année , à de nouvelles re´-
fources , mais auffi pour entretenir au Tréfor
royal cette utile abondance qui facilite toutes
les difpofitions d'ordre & d'économie. La grande
quantité de numéraire qui exifte en circulation ,
nous permet de porter cet Emprunt jufqu'à la
fomme fixe de cent vingt - cinq Millions , & rous
y fommes même invités par l'empreffement du
Public à s'y intéreffer ; mais quelque fatisfaifans
que foient pour nous les témoignages éclatans
d'une jufte confiance , nous fommes bien éloignés
de vouloir en faire un ufage indifcret , & nous re
regardons le bon état du crédit que comme un
acheminement aux opérations effentielles & falutaires
que nous avons en vue. Eiles feroient
impraticables fans lui ; par elles il deviendra inébranlable
. C'est en fécondant toutes les fources
de la richeffe de l'Etat , c'est en augmentant nos
revenus par la diminution des frais de recouvrement
, c'est en foulageant nos Peuples par
une diftribution plus égale du fardeau qu'ils fup.
portent , que nous affurerons de plus en plus
la folidité des créances publiques déjà appuyées
fur les gages les plus certains . Si leur volume
s'accroît par l'Emprunt que les circonstances
néceffitent , cette augmentation fe trouve compensée
en grande partie par l'extinction effectuée
cette année , de plufieurs des objets renbourfables
à époques , tels que la Loterie de
1777 ; & elle le fera d'année en année par la
libération fucceffive d'objets de même nature ,
qui doit le faire à la Caifle des Amortiflemens.
Le plan que nous avons adopté pour cet Em(
81 )
prunt n'exige de la part des Prêteurs , ni l'aliénation
de leurs fonds , comme dans les Rentes
perpétuelles , ni leur anéantitlement , comme
dans les Rentes viageres ; il n'oblige pas de jouer
comme dans les Loteries ; il né met pas dans le
cas de recevoir des rembourfemens morcelés
comme dans les Annuités ; il conferve au propriétaire
de la mife fon capital entier avec lin
térét à Cing pour cent ; il lui en affure la rentrée
dans l'espace de vingt - cinq ans , & il lui fait
toucher en outre , au moment de fon rembourfement
, une augmentation de ce méme Capital ,
laquelle toujours croiffant à mesure qu'elle fe
retarde , eft portée à Cent pour cent la derniere
année , & n'eft cependant que le produit de l'accumulation
des excédens d'intérêt atrribués audeffus
du taux ordinaire .
Pour fixer la mefute de ces excédens , nous
avons confidéré l'évaluation du prix courant des
Effets publics , & nous avons reconnu que ce
nouveau genre d'Emprunt qui a pour nos finances
l'avantage de préfenter une durée fixe & une
libération déterminée , ne leur feroit pas intrinséquement
trop onéreux , puifqu'à l'époque de
fon extinction to: ale , au terme de vingt- cinq
ans , il n'aura coûté que deux fois le capital primitif,
tant pour les intérêts , que pour tous rea
bourfemens & accroiffemens de fonds.
Après nous étre ainfi affurés d'une jufte proportion
dans le taux fondamental de l'Emprunt ,
nous avons pris foin d'en régler les détails , &
de fui donner l'organisation la plus fimple , la
plus claire , la moins fufceptible d'embarras. Il
étoit fur-tout néceffaire d'obrier à l'inconvé
nient des rembourfemens morcelés ; nous y avons
pourvu , en ordonnant que les tirages qui auront
lieu chaque année , fe feront par fries de cing
ds
( 82 )
mille numéros pris de fuite , en forte qu'avec la
feule attention de placer fes capitaux dans une
même férie , on fera toujours sûr d'en recevoir
le remboursement intégral à une même époque ,
avec l'accroffement qui y fera joint : enfin tout
a été combiné de maniere à rendre cet Emprunt
aufli régulier dans fa forme , qu'il eft favorable
à la bonne geftion des fortunes particulieres , &
convenable à la fituation de nos finances. A CIS
CAUSES , &c. Nous avons ordonné ce qui fuit :
ARTICLE I. Il fera ouvert en notre Tréfor
Royal , chez le fieur Micault d'Harvelay , Garde
d'icelui , auffi-tôt après la publicaaion de notre
préfent Edit , un Emprunt de cent vingt - cinq
millions de livres , en cent vingt-cinq mille Billets
de mille livres chacun , portant intérêt à
Cinq pour cent , fans retenue , & rembourfables
dans l'efpace de vingt- cinq années , avec les
accroiffemens progreffifs de capital que nous leuravons
attribués , ainfi qu'il fera dit ci - après .
II. Les Billets feront au porteur , numérotés
depuis 1 jufqu'à 125000 , & chacun d'eux fera
garni de vingt - quatre coupons de cinquante liv .
chacun , payables d'année en année , à commencer
du premier Janv er 1786 , jufques &
compris l'année du remboursement , excepté feulement
la vingt- cinquieme pour laquelle il n'en
fera pas délivré : lefdits Billets & Coupons , dont
le modele fera annexé fous le contre - fcel de notre
préfent Edit , feront fignés par les perfonnes
que nous commettrons à cet effet.
III. La totalité de l'Emprunt fera remboursée
en vingt cinq années , à raifon de cinq mille
Billets par an , dont les numéros feront indiqués
par la vole du fort ; auquel effet , il fe fera ,
dans les dix premiers jours du mois de Janvier
de chaque année , à commencer en Janvier 1786 ,
( 83 )
un tirage public par- devant les Prévôt des Marchands
& Echevins de notre bonne Ville de Paris
, en la maniere accoutumée , dans lequel les
cent vingt-cinq mille Billets feront repréſentés
par vingt -cinq bulletins numérotés depuis 1 jufqu'à
2 ; dont chacun fera indicateur d'une férie
de cinq mille numéros pris de fuite , en forte
que le bulletin numéroté 1 défignera la premiere
férie depuis 1 jufqu'à 5000 ; celui numéroté 2 ,
la feconde série , depuis 5001 jufqu'à 10000 , &
ainfi de fuite. Ces vingt- cinq bulletins étant mig
dans la roue , un feul fera tiré chaque année , &
les cing mille Billers compris dans la série done
il fera indicateur , feront remboursés après deux
mois , avec les accroiffemens de capital réglés
par l'article fuivant.
IV. Nous avons attribué & attribuons en fus
du capital énoncé en chaque billet une augmen
tation qui fera payée conjointement avec ledit
capital , à l'époque de fon remboursement déterminé
par le fort ; laquelle augmentation ,
Nous avons fixée , favoir , pour les numéros fortis
dans chacun des trois premiers tirages , à
Quinze pour cent en fus des capitaux ; pour ceux
des quatrieme , cinquieme & fixieme tirages , à
Vingt pour cent ; pour ceux des feptieme , hui
zieme & neuvieme tirages , à Vingt- cinq pour
cent , pour ceux des dixieme , onzieme & douzieme
tirages , à Trente pour cent ; pour ceux
des treizieme , quatorzieme & quinzieme tirages ,
à Trente- cinq pour cent ; pour ceux des feizieme
, dix-feptieme & dix-huitieme tirages , à
Quarante pour cent ; pour ceux des dix neuvieme
, vingtieme & vingt- unieme tirages , à
Quarante-cing pour cent ; pour ceux des vingtdeuxieme
, vingt troifieme & vingt -quataieme
tirages , à cinquante pour cent ; & pour celui du
( 84 )
vingt- cinquieme & dernier tirage , à Cent pour
cent. Voulons que ladite augmentation ne puiffe
être retranchée ni réduite , fous aucun prétexte
ni dans aucun cas .
V. Lefdits rembourſemens de capitaux & accroiffemrns
d'iceux , ainfi que le payement des
Coupons , fe feront en deniers comptans , à la
Caiffe des Amortiffemens par le Tréforier d'icelle
, fur la remife qui lui fera faite , tant des
Billets fortis , que des Coupons non échus .
→
VI. Nous avons affecté & affectons , auxdits
rembourfemens de capitaux & accroiffemens
aiali qu'au payement des intérêts annuels pendant
toute la durée de l'Emprunt , par privilege
& par préférence à la partie de notre Tréfor
royal, la totalité de nos revenus , Spécialement
le produit de nos Aides & Gabelles , fans qu'en
aucun cas , ni pour quelque caufe que ce puiffe
être , même en temps de guerre , la deftination
de ces fonds , ni la quotité defdits rembourſe,
mens puiffent être changées , fufpendues ou ré
duites ; dérogeant à cet effet à la Déclaration
du 21 Novembre 1763 .
VII. Les Etrangers non naturalifés , même
ceux demeurant hors de notre Royaume , pays ,
terres & feigneuries de notre obéiffance , pourront
acquérir des capitaux dudit Emprunt , jouir des
intérêts , ainfi que pourroient faire nos propres
fujets , même en difpofer en capitaux & intérêts ,
entre-vifs & par teftament , en quelque forte &
maniere que ce foit ; & en cas qu'ils n'en euffent
difpofé , leurs héritiers leur fuccéderont , encore
que leurs donataires & héritiers foient Etrangers
& non regnicoles ; renonçant à cet effet aux droits
d'aubaine & autres droits , même à celui de con
fcation , en cas qu'ils fuffent fujets de Princes &
( 85 )
Etats avec lefquels nous pourrions être en guerre,
dont nous les avons difpenfés ; comme auffi lef
dits capitaux , acquis par lefdits Etrangers , feront
exempts de toutes lettres de marques & de repréfailles.
VIII. Il fera par nous pourvu , par Lettres- Patentes
particulieres , à la comptabilité des recettes
& dépenses à faire , tant par le Garde de notre
Tréfor royal que par le Tréforier de la
Caifle des Amortiffemens , pour l'exécution de
notre préfent Edit. Si donnons en mandement ,
& c. & c.
On attend avec inquiétude des nouvelles
de M. Pilatre de Rozier , qui a monté fon
appareil aëroftatique à Boulogne , fur l'em
placement de la tour de Caligula , dans le
deffein de paffer le détroit , & d'arriver à
Douvres avec fon Ballon . Ce Voyageur a dû
partir du premier au 6 de ce mois ; cette
entrepriſe n'ayant aucune utilité , & tenant
abfolument à la nature du vent , il feroit
bien douloureux que M. Pilâtre de Rozier ,
fût la victime d'une expédition , qui n'ajoutera
rien aux progrès de l'Art .
On mande de Montpellier un nouveau
trait d'intrépidité , digne d'être recueilli , de
la part des nommés Moras , Niquet & Allemand
, Matelots de la barque de paffage
du fort de Brefcow ; leur courage à braver
un danger imminent , a fauvé l'équipage
d'une tartane venant de Canne , qui étoit à
l'ancre depuis deux jours , devant le fort de
Brefcow , où elle avoit efluyé la plus violente
tempête.
( 86 )
Le Capitaine de cette Tartane , convaincu ,
par la grande quantité d'eau que prenoit fon bâti
ment , qu'il ne pouvoit tenir plus long - temps à
ce mouillage , vint échouer le 7 Octobre fur la
côte , après avoir perdu fa chaloupe & coupé fes
cables ; il y auroit trouvé , ainfi que fon équipage
, une mort inévitable , fi le nommé Moras ,
affrontant le danger qui les menaçoit , n'eût eu
l'intrépidité de fe jeter plufieurs fois à la mer
pour faifir une corde qu'on lui jetoit de la Tartane
, & ne fût parvenu à s'en emparer , aidé de
fes deux compagnons , & à procurer fur cette
corde un moyen de falut à tout l'équipage , qui
fila deflus , & defcendit à terre , malgré la fureur
des vagues . Ce fecours étoit d'autant plus intéreffant
, qu'à peine le Capitaine , qui fortit le
dernier , fut - il à terre , que la Tartane fut briſée
à leurs yeux ; & en leur préfentant l'image du
danger dont il venoit d'échapper , les pénétra de
la elus vive reconnoiffance pour leurs courageux
libérateurs. Le Chevalier de Bernard , Lieutenant
de Roi du fort de Brefcou & de la ville d'Agde ,
ayant rendu compte de cet acte de courage & d'intrépidité
, à Mgr le Comte de Périgord , Commandant
en Chief dans la Province de Languedoc ,
ce Chef bienfaifant , près duquel le courage &
l'humanité font affurés de trouver un Prote& eur ,
a obtenu du Roi une gratification de 300 1. pour
ces braves Marins.
L'incrédulité de la Capitale , ou plutôt fa
crédulité exercée par d'autres objets , a porté
la baguette magique du fourcier Bleton fur
d'autres théatres , & fpécialement en Dauphiné
. Un particulier qui l'a accompagné
dans fes courfes , avec M. Thouvenel fon
( 87 )
conducteur, a rendu compte des découvertes
de ce perfonnage.
Arrivés à Uriage , dans l'endroit même où la
fontaine fulphureufe , de ce nom fort dans le
ruiffeau , un peu plus bas que le château de
M. de Langon ; Bleiton prit une verge d'ozier ,
celle avec laquelle il fouettoit fon cheval , &
qui étoit un peu courbée ; il fe préfenta fur la
fource qui fourdoit à droite du ruiffeau , & en
trois autres endroits de fon lit. Comme la baguette
lui tourna rapidement en fe dirigeant
vers l'E . S. E. , Bletton gagna bien vite la rive
gauche , & fuivit la direction de la fource , au
moyen de fa baguette , en montant fur une
pente très rapide ; il alla ainfi juſqu'à 600 toifes
environ de la fource , & en s'écartant beatcoup
du ruiffeau ; car à ce point , il en étoit
éloigné de plus de 6oo toifes ; c'eft dans un
quartier appellé Lou- Rey , & dans en fonds en
pré & vigne , appartenant à Nicolas Chaix ,
habitant d'Uriage . Lorfqu'il fut près de la vigne
plantée en treillages , la fource lui parut
s'écarter , ou plutôt il jugea qu'elle venoit en
deux branches qui forment un aire ovale , de 33
pieds de longueur fur 18 de largeur.
Dans cet endroit fe trouvent cinq filons de
mine jaune , ( dénomination dont fe fervit Bletton
) , tous paralleles , dirigés à l'O . N. O.;
& ces cinq filons coupent la direction de la
fource minérale , qui depuis ces filons , pour
defcendre au ruiffeau , eft á l'O. par un angle
de 20 à 25 degrés . C'eft dans cet endroit que
M. Thouvenel , très- exercé en expériences de
ce genre , jugea que l'eau déjà falée , avant d'y
parvenir , contractoit un degré de chaleur en
raveriant ces bancs de pyrites .
Un phénomene qui paroît incroyable , c'eít
( 88 )
qu'en remontant la fource , Bletton annonça
qu'il éprouvoit qu'elle étoit très - falée , & qu'il
le reconnoiffoit par des picotemens aux reins ,
aux cuiffes , aux jambes , &c. Cette eau contient
en effet deux gros de fel par pinte , c'eſt le
résultat de l'analyfe qui en a été faite précédemment
; mais Bletton n'en étoit très- certainement
-pas inftruit , & tous les affiftans avoient pris .
grand foin de le lui laiffer ignorer.
Bletton & les affiftans revinrent enfuite fur
leurs pas ; & il retourna en fe condulfant toujours
vers la fource , par les fenfations , juſqu'à
l'endroit d'où il étoit parti auprès du ruiffeau.
Atrivés- là , M. Thouvenel l'ayant prié de déterminer
la profondeur de la fource , fur le bord
du ruiffeau , ( toujours à la rive gauche ) , il
annonça qu'elle étoit de quinze pieds ; ce qui
fut conjecturé véritable , parce que au bas de ce
bord , qui eft élevé , les affiftans remarquerent
enfuite des petits filamens blanchâtres , tels
qu'en dépofent ordinairement les eaux hépatifées
; ces filamens étoient fans doute des filtrations
de la fource . Et l'on reconnut auffi par- là ˆ
& par des marques certaines , que Bletton avoit
bien fuivi fa direction , fans la connoître.
Deux gros de fel dans une pinte d'eau
qui chatouillent par leur préfence les cuiffes
& les reins , font sûrement très extraordinaires
; mais nous en voyons journellement
bien d'autres ; un peu de patience , & toutes
les opérations myftérieufes de la nature feront
révélées , dès qu'il fera bien établi que tous
les Phyficiens célebres jufqu'ici n'ont pas eu
le fens commun.
On écrit de cette même Province du Dau
( 89 )
phiné , qu'on y a reffenti le 9 Décembre , à
Briançon , une affez forte fecouffe de tremblement
de terre , accompagnée d'un bruit
fourd. Depuis quelques jours , on avoit apperçu
des vapeurs enflammées , s'élever de
terreins qui recelent des mines de charbon
de terre .
t
Françoife- Charlotte de Batitou , Marquiſe
de Courtoux , époufe de Louis -Jean -Marie ,
Marquis de Courtoux , &c. eft morte à
Nantes , le 12 Novembre , âgée de 19 ans.
Charlotte de Roucy , époule de feu Guillaume
de la Chevardiere , Seigneur de la
Grandville , eft morte en fon château de la
Grandville , le 26 Novembre , âgée de 75
ans.
Jean de Montefquiou - Fezenfac - Poilobon,
Docteur en Théologie, Abbé de l'Eglife
royale & collégiale de Saint - Martial
de Limoges , & de Bolbonne , Ordre de
Citeaux , diocefe de Mirepoix , Vicaire gé
néral , & en l'abfence de l'Evêque , Préfident
de la Chambre eccléfiaftique du diocefe
de Limoges , eft mort en cette ville le
2 de ce mois , âgé d'environ 69 ans.
François de Bonneguife , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Bonneguife , Chatre , la .
Chapelle- Saint -Jean , Artigeas , &c. Gouverneur
de Gifors & Ecuyer du feu Comte
d'Eu , eft mort le 21 Octobre , âgé de quatrevingt-
trois ans.
?
Jean -François Guy de Foucaud , Abbé-
Commendataire de l'Abbaye Royale d'Eaulnes
( 90 )
en Languedoc , eft décédé au Château de
Braines , près Soiffons , le 21 Novembre , âgé
de 85 ans.
N. de Prifye , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint- Louis , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , eft mort à Paris le 20 de ce
mois.
9
Jean - Pothentien d'Arboulin , Secrétaire de
la Chambre & du Cabinet du Roi ancien
Adminiftrateur des Poftes , eft mort le 25 de
ce mois , au Château du Buiffon - d'Ommoy en
Normandie.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France, le 31 du mois
dernier , font : 79 , 69 , 7 , 51 , & 1 .
PROVINCE S- UNIES.
LA HAYE, le 31 Décembre .
L'on a rendu très -infidélement le véritable
contenu du Mémoire remis à M. Kalicheff,
Miniftre de l'Impératrice de Ruffie , au Préfident
des Etats - Généraux . Cette Souveraine ,
dont le voyage en Crimée eft aujourd'hui
contremandé , témoigne par cette note le dé
plaifir qu'elle a reffenti en apprenant les voies
de fait commifes contre le pavillon Impérial
, & fon defir de voir la République fatisfaire
un Augufte Allié avec lequel elle ades relations
intimes , &c. L'Impératrice n'offre
point fa médiation , comme on l'avoit débité
, ni ne s'explique fur le parti que lui dicteront
les événemens,
( 91 )
L'on fait des préparatifs formidables pour
mettre Maftricht en état de défenſe : quatre
cens chariots font partis pour aller chercher des
munitions de guerre nous attendons un renfort
de fix bataillons , & quatre - vingt piéces
de groffe artillerie . On vient de faire proclamer
, par ordre du Magiftrat , aux Bourgeois ,
de faire des provifions de vivres . Il eft apparent
qu'on veut défendre cette place en cas
qu'elle foit attaquée. Et comme la République ,
abandonnée à fes propres forces , ne feroit pas
en état d'expofer douze à quatorze mille hommes
de fes meilleures troupes , on doit en
conclure qu'elle eft affurée d'être fecourue effi
cacement.
PAY S- B A S.
DE
BRUXELLES , le 3 Janvier.
Les divers détachemens de nos troupes
poftés ci- devant aux environs des forts
Hollandois fur l'Efcaut , fe font repliés fur
Anvers . Trente hommes feuls , fous la conduite
d'un Officier , gardent le village de
Stabroek. Le Comte de Rechteren , qui commande
les vaiffeaux Hollandois à l'ancre près
de Saftingen , a renvoyé à Fleffingue la frégate
la Pollux. Nos deux cutters font def
cendus d'Anvers au fort Saint-Philippe , le
dernier de nos poftes fur le fleuve , & oùils
mouillent actuellement.
Le Confeil privé de S. A. l'Evêq . de Liége a crude
fon devoir de repréfenter à S. M. I. que le pays de
Lige ayant tellement manqué de grains , il y a quel
ques années, qu'on avoit été obligé d'en tirer ein-
•
( 92 ).
quante mille mefures de la Hollande; & qu'en
fournillant à peine les autres années pour la fubfiflance
du peuple , de maniere qu'on eft obligé
d'y défendre de diftiller l'eau de vie & autres liqueurs
tirées du froment , il n'étoit pas poffible
d'y établir des magazins de vivres pour les troupes
Autrichiennes auxquelles on accorioit le paffage
fans réferve ; il efpéroit que S. M. I. perfuadée de
la force de la taifon alléguée , n'infifleroit pas fur
ce point , & cheifiroit , en conféquence de cet
éclairciffement , d'autres lieux pour l'établiſſement
de fes magazins de vivres.
Les Etats des Pays - Bas vont ouvrir ici un
emprunt à quatre & demi pour cent.
On écrit de la Haye l'anecdote fuivante ,
vraie ou fauffe , elle eft affez plaifante.
7
Une femme trouvée noyée dans un canal ,
Lundi dernier , a donné lieu à une aventure aſſez
finguliere. Un particulier qui vit ici avec fa foeut , --
ne favoit ce qu'elle étoit devenue depuis deux
jours. Toutes les recherches avoient été infructueules
tout-à- coup il apprend qu'une femme
vient d'être retirée morte de l'eau ; il y va , & les
habits fe trouvant à peu près les mêmes , il fair
fans autre examen , transporter le cadavre chez
lui , ordonne un enterrement décent , & prend
un deuil complet . Le furlendemain la feur arrive ,
& fonne à la porte : un voyage qu'elle avoit été
obligée de faire à l'improvifte , avoit caufé fon
abfence. Le frere , bien effrayé , a enfin reconnu
fa feeur pour vivante , & s'eft confolé de fon mieux
des frais des obfeques & du deuil .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX.“
PARLEMENT DE PARIS .
Tournelle.
Caufe entre le fieur G .... Marchand Orfévre à
( 93 )
L., & le fieur R ... , Marquis de D ....
citoyen opprimé & vengé.
Nous ne ferons aucune espéce de réflexions
fur cette affaire ; il n'y aura pas même de nous
un feul mot de liaifon ; c'eft le précis de M. Blon
-del , pour le fieur G... que nous tranferirons en
partie , de maniere cependant que la Caule fe
trouvera exposée avec la plus grande clarté.
Injures & menaces publiques , calomnies atroces
, abus de crédit & de pouvoir , violation &
oppreffion de la liberté civile : tels font les délirs
que le fieur G ... défere à la Juftice. Le 9 Janvier
1784 , dans l'après midi , l'on ſe diſpoſoit à
faire partir un Aréoftat , fur une place publique
de L ... Ce fpectacle y avoit attiré une foule
prodigieufe de Citoyens. Le freur G... Marchand
Orfévre , homme honnête , généralement
eftimé , fe rend fur la place , & parvient à pénétrer
dans le grand cercle qu'avoient formé les
Spectateurs . Le Marquis de D... arrive , fait grand
bruit ; fend la preffe , écarte de droit & de gauche
ceux qui gêroient fon paffage : après les
plus grands efforts , il entre dans le cercle , à
l'endroit même où s'étoit arrêté le fieur G... &
fe pofte immédiatement devant lui : il étoit debout
& armé d'une canne , lorfque le Marquis
de D ... s'étoit approché du fieur G... Les mou
vemens d'impatience & de curiofité des Spectateurs
les plus éloignés , avoient deja caufé plufieur
flux & reflux . La foule croiffant toujours ,
ces flux & teflux recommencent ; le mouvement
vient jufqu'au fieur G... , qui fe trouvant entraîné
par l'affluence , eft pouffé lui - même fur le Marquis
de D... Le Marquis fe fentant pouffé , fe .
retourne , & s'écrie , du ton le plus impérieux
& le plus colere , & tenant fa canne levée : qu'eftce
que c'est que ces poliffons- là ? Si cela arrive en(
94 )
"
Cannes . -
»
Bore on aura affaire à moi : je donnerai dès coups de
Un inftant après , nouveau mouyement
, le fieur G... eft encore entraîné & pouffé
malgré lui fur le Marquis de D... nouvelles
menaces de la part du Marquis ; il adreffe la
parole au fieur G... : tu es un poliffon , un drole ;
je ne te connois pas : qui eft tu ? » Eft - ce M.le
Marquis , parce que vous êtes d'une naiſſance
» fupérieure à la mienne que vous me parlez
> ainfi ? Vous avez tort de vous en prendre à
moi , vous voyez que je fuis pouffé moi - même,
& qu'il m'eft impoffible de foutenir l'effort
de la multitude , je vous prie de prendre
garde fur qui vous toucherez , parce que je
» n'ai aucune part au flux & reflux de cette mul-
> titude. Tu es un impertinent , un polifſon
, un inſolent , un drole ; je ne te connois
pas ; qui es- tu ? " Il n'eft pas difficile de -
сс
>> me connoître . On me connoit dans la ville :
on ne donne point des coups de canne à des citoyens
. Tu es un poliffon & un drole ; je te
connoîtrai ; je te ferai punir ; tu me le paiera ,
je ne t'en tiens pas quitte , avec un gefte menaçant.
«Heureufement , M. le Marquis , que
jufqu'à préfent je ne vous ai rien du ; je ne
» vous dois rien , je n'ai rien à vous payer «.
Tu es un poliffon , un manant , il te convient
bien de m'infulter. Monfieur , je ne
vous infulte pas en vous repréſentant qu'il eft
impoffible de foutenir l'effort de la multitude
» & je ne mérite aucune punition . Je n'ai rien à
vous payer ; & fi je vous avois dû , vous ne
cc m'auriez pas attendu fi long - temps ». Je dis
que tu es un drole & un polillon ; je te connoîtrai
, & fous quinzaine , tu auras de mes nouvelles
.
cc M. le Marquis , je ne vous manque
» pas ; je ne vous infulte pas quand vous vou(
95 )
drez , je vous donnerai mon nom par écrit «.
Le Marquis de D...... continuant toujours
fes injures , les geftes , fes menaces , malgré
l'exceffive modération du fieur G .. , celui - ci
quitte fa place , laiffe le champ libre au Marquis
& fort du cercle. Ne t'en vas pas , lui crie
le Marquis de D... en le voyant partir ; au refte ,
je te retrouverai bien. Tous ces faits font
atteftés par douze témoins oculaires . - Après
ces injures & ces menaces , vient la Calomnie.
و د
פ כ
>
Le 23 du même mois de Janvier , le Marquis
de D ... écrit au fieur L. Subftitut de M. le
Procureur Général au Bailliage de L ... la
lettre fuivante. «J'ai l'honneur de vous
prévenir , Monfieur , que le nommé G ... Or-
» févre qui demeure .... , me menace de
» m'attaquer & de m'affommer dans les rues ,
lorfqu'il en trouvera l'occafion . Ce n'est
» point , Monfieur , une plainte que je vous
» porte ; je vous préviens feulement , afin que ,
lorfqu'on me trouvera affaffiné , vous fcachiez
á qui vous en prendre . J'ai obligation de l'avis
que j'ai reçu à un brave & honnête Citoyen
, que je tairai toute ma vie . Signé ,
22 Ꭱ ... Aux injures , aux menaces
, & c. fuccédent l'intrigue , l'abus du crédit
& du pouvoir , la véxation , l'oppreffion de la
liberté civile. Le Marquis de D ... fait au
. Commandant de la Province un rapport au ſujet
de la fcene du 9 Janvier. Il furprend la religion
de ce Commandant , & follicite de lui un ordre
de faire emprifonner le fieur G ... L'ordre eft
donné & exécuté Le jour même de la lettre
adreffée par le Marquis de D ... au Subſtitut de
M. le Procureur - Général , le 23 Janvier , le
fieur G ... eft enlevé , avec autant d'inhumanité
que d'ignominie , fous les yeux de tous les
D. " .
( 96 )
Concitoyens ; il est enfermé dans les prifons ;
on le laiffe à la charge & garde du Concierge ,
qui promet de le repréfenter toutes & quantes
fois qu'il en fera requis . C'eft en vertu des ordres
du Commandant de la Province , & de ceux
du Lieutenant de la Maréchauffée . Le fieur G ...
refte prifonnier du Marquis de D ... jufqu'au
25 du même mois de Janvier. Ces différens
"
faits font autant de délits qui appellent la vengeance
des Loix fur la tête du coupable . Ils n'ont
befoin d'être appuyés d'aucune réflexion . Ce
Citoyen opprimé , attend avec la plus religieufe
confiance l'Arrêt que di&teront à la Cour fon
attachement à nos Loix & fon zele pour le
maintien de l'ordre public , & la confervation
de la liberté civile . Arrêt du 4 Septembre
1784. NOTRE DITE COUR faifant droit fur l'appel
interjecté par le Marquis de ... , met l'appellation
& ce dont eft appel au néant , émendant
, évoquant le principal , & y faifant droit
fait défenfes au Marquis de ... , de plus à l'avenir
injurier ledit G... , ni provoquer ou faire provoquer
des ordres pour faire emprisonner ledit
G ...: déclare l'emprisonnement & l'écrou de
G ... nuls & de nul effet ; ordonne que mention
fera faite du préfent Arrêt en marge d'iceux :
condamne le Marquis de ... en 300 livres de
dommages- intérêts envers G ... , & en tous les
-dépens des caufes principales, d'appel & demandes
; fur le furplus des demandes , fins & conclufions
des Parties , les met hors de Cour. Permet
à G ... de fraire imprimer notre préfent Arrêt
jufqu'à concurrence de cent exemplaires , & d'en
faire afficher quatre où bon lui femblera le
tout aux frais & dépens du Marquis de ...
?
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 10 Décembre.
S.
M.I. a nommé le Feld - Maréchal Comte
2
la Garde du Corps à cheval ; & le Général
Iwanowitsch Soltikow , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Semenow.
Notre Souveraine , dont la fanté eſt moins
périclitante , a recommencé de vaquer aux
affaires publiques : l'on ne croit point cependant
qu'elle exécute le voyage de Cherfon
dont les préparatifs font fufpendus.
Tous les bruits touchant le renouvellement
de la pefte en Crimée & en Ukraine font des
inventions de Gazettes .
Déjà anciennement la Géorgie fut inquietée
par les incurfions des Lefgiens , peuples des vallées
du Caucafe : fouvent ils inonderent & dévaſterent
cette province , dont ils emmenoient les
habitans en captivité. Ils ont tenté de nouveau
d'incommoder les frontieres , depuis que la Géor
No. 3 , 15 Janvier 1785.
e
( 98 )
F
gie s'eft foumife au fceptre de S. M. I. La Na
tion en corps s'eft hafardée à paffer le fleuve
Alafan , mais attaquée le 14 O &obre par le Major
Général Samoilof, elle a été entierement
défaite. Notre pere a été de 4 morts & de 14
bleffés. Malheureufement , au nombre de ces
derniers s'eft trouvé le brave Lieutenant Colonel
Prince de Heffe- Rhinfelds , qui eft mort de
fes bleffures le troifieme jour.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
' La fin du mois dernier & le commencement
de celui- ci ont été funeftes à nombre
de bâtimens parmi ceux qui ont péri par
les tempêtes de cette époque , on compte
un navire Danois naufragé dans le Schagen ,
fans qu'on ait pu fauver ni l'équipage , ni la
cargaifon , & un vaiffeau Suédois allant à
Lisbonne , dont heureufement on a retiré
les matelots & une partie du chargement.
Les Généraux de l'armée ont fait des repréfentations
au Roi au fujet du changement projetté
de l'uniforme des troupes . S. M. les a trouvées
juftes , & a ordonné en conféquence que le
nouveau projet ne feroit point exécuté .
On a annoncé aux Officiers , qui font en gar
nifon dans cette Capitale , que ceux qui defireroient
de fe retirer du fervice pourront le faire,
& obtiendront , favoir un Colonel 500 rixdales
de penfion , un Lieutenant Colonel 300 , un
Capitaine 200 , un premier Lieutenant 72 , & un
Lieutenant en fecond 60.
( 99 )
Nous apprenons que notre Envoyé extraordinaire
à Pétersbourg , M. de S. Saphorin
, a remis le 28 Novembre dernier fes
Lettres de créance à l'Impératrice , dont il
eut audience , ainfi que du Grand - Duc.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 18 Décembre.
Le Baron A. G. Cederfteim a publié dernierement
à Stockolm une Feuille , fous le
titre Til Schevenská Almaenheten , dans laquelle
il propofe un nouveau moyen contre
la famine. Il fe met entierement au- deffus
des préjugés & du ridicule. D'après des
effais qu'il a fait en filence depuis 1778 , il
foutient que la viande de cheval peut auffi
bien fervir que d'autres à la nourriture de
l'homme. L'objection que cette viande eſt
d'une digeftion plus difficile , lui paroît foible
, parce qu'on peut y remédier par une
plus forte coction. L'expérience journaliere
chez les Tartares , prouve que cet aliment
n'a rien de nuifible au corps humain ; encore
les Tartares mangent- ils ordinairement cette
chair crue. Quant au goût , M. C. foutient
que cette confidération eft de moindre impor
tance . D'ailleurs il fe trouve , dit - il , dans les
tonneaux de viande qu'on amene de l'étran
ger en Suede , des pieces de jeunes chevaux
qu'on mange pour d'autres viandes , & qui
nele cedent au boeuf ni pour le goût, ni pour
e 2
( 100 )
K
la délicateffe. Il a mangé lui -même de la
viande de chevaux plus âgés , fans en avoir
été nullement incommodé. La langue & le
coeur peuvent même paffer pour des friandifes.
Il réfute encore l'opinion , que le prix
des chevaux augmenteroit trop . M. le Baron
C. compte 400, 000 chevaux en Suede ,
dont il en meurt annuellement 25,000 . Si
l'on prévenoit cette mort, en tuant ces chevaux
comme les boeufs , un certain nombre
annuellement , cette pratique produiroit de
grands avantages . Le Baron de C. trouvant
que cette année on n'amenoit pas affez de
vivres pour bien nourrir 347 perfonnes qui
vivent fur fes terres , a pris la réfolution courageufe
de donner lui -même l'exemple. Le
25 Mars , après une priere , en préfence
d'un grand nombre de payfans , où l'on implora
la bénédiction divine , il tua de fa propre
main un cheval , & commença à en détacher
la peau. Un de fes payſans s'approcha
pour le charger de cette befogne , & rel'affurance
d'être affranchi de l'impôt
feigneurial. Plufieurs autres s'enhardirent à
cette occupation , & reçurent des récompenfes.
On coupa des tranches de cheval , on
les rôtit fur des charbons , le Baron en
mangea le premier : cet exemple fut ſuivi ,
& le cheval difparut. La Société patriotique
ayant été inftruite de cet effai , a reçu le
Baron au nombre de fes membres , & a
donné des médailles d'argent à 18 payfans
qui l'avoient imité,
çut
( 101 )
Les de ce mois , un pêcheur a pris dans
l'Elbe une anguille de 60 liv . peſant : ce
poiffon extraordinaire avoit 7 pieds 2 potic.
de long, & 25 pouces d'épaiffeur.
Depuis l'Avent 1783 jufqu'à l'Avent de cette
année , on a compté dans les Paroiffes de la
Surintendance générale des Duchés de Slefwic &
de Holftein , 3,600 mariages , 12,649 naiſſances ,
dont 6,542 garçons & 6,107 filles , & 13,115,
morts , dont 6,828 hommes & 6,297 femmes .
Ainfi le nombre des morts a excédé celui des
naiffances de 476. Parmi les morts il y avoit 2.
centenaires , so nonogenaires & 464 octogenaires ;
137 enfans font venus morts au monde .
D'après les relevés des regiftres des Pa
roiffes du Comté de Ranzau , le nombre.
des naiffances dans cette année monte à 406,
dont 212 garçons , & 194 files ; celui des
morts à 358, dont 187 hommes & 171 femmes
, & celui des mariages à 102. L'excé
dent des naiffances fur les morts eft de 48.
Il circule ici un état des troupes du Roi de
Pruffe. Cet état porte le total de l'armée de S. M.
à 203,011 hommes , dont voici la répartition
favoir 10,560 hommes de l'artillerie , 41,560
hommes d'infanterie & 3,996 hommes de cavalerie
dans la Marche , 16,632 hommes d'infanterie
& 3,440 hommes de cavalerie dans le
Magdebourg , 11,750 hommes d'infanterie &
7,646 hommes de cavalerie dans la Poméranie ,
32,102 homines d'infanterie & 11,586 hommes
de cavalerie dans la Pruffe , 13,088 hommes
d'infanterie dans la Weftphalie , & 38,217
hommes d'infanterie & 12,434 hommes de cavalerie
dans la Siléfie. Le total de l'infan
e 3
( 102 )
terie eft de 163,809 hommes, & celui de la cavalerio,
y compris 100Cavaliers artilleurs , de 39,202
hommes. Le total des Régimens inclufivement
des Gardes eft de 54 Régimens d'infanterie , de 4
Régimens d'artillerie de campagne , de 12 Régimens
de garnifon , de 9 Compagnies d'artil
lerie de garnifon , de 13 Régimens de Cuiraf
fiers , de 12 Régimens de Dragons , de 9 Régimens
de Huffards , & un Régiment de Boſniaques.
DE BERLIN , le 27 Décembre.
Le 24 de ce mois , le Roi arriva ici de
Potsdam , fit une vifite à fa foeur la Princeffe
Amélie , examina fur la place des Gendarmes
les nouvelles conftructions , & reçut la
Cour des Généraux & des Miniftres. Le
Prince & la Princeffe héréditaires de Pruffe
arriverent le même jour , & le même foir
on donna en préfence de la Cour , l'opéra
d'Orphée , de la compofition de Graun.
Le lendemain ?, le Général de Cavalerie de
Zieten fe préfenta au Château, à l'inſtant où l'on
donnoit l'ordre . Ce vieillard de 85 ans , monta
avec célérité les marches qui conduisent à l'appartement
du Roi , & s'affit un inflant dans l'anti-
chambre pour reprendre fes forces. LL. AA.
RR. le Prince de Pruffe & le Prince Ferdinand l'y
accueillirent avec diftinftion . Entré dans la
chambre où fe donnoit l'ordre , le Général fut
reçu du Roi avec des égards touchans : Sa M.
ordonna à deux Adjudans de lui chercher une
chaife dont M. de Zieten refufoit de profiter ,
lorfque le Monarque lui dit : Mon cher Zieten
( 103 )
affeyez vous donc , & l'aida lui - même à fe placer
commodément , en fe tenant debout devant ce
refpectable vieillard .
Le Roi fe porte bien , & fe montre trèsgai
. On affure qu'il a reçu froidement l'Ambaffadeur
d'une puiffance étrangere , quoiqu'il
eftime particulierement ce Miniftre.
M. de Hertzberg , dont l'habillement n'eft remarquable
que par fa fimplicité , ayant paru à
la Cour , le jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , dans un coftume plus recherché qu'à
l'ordinaire , S. M. lui en témoigna fon étonnement
; le Miniftre lui répondit : Sire , l'étoffe
de l'habit que je porte a été fabriquée dans mes
manufactures , j'ai cru faire plaifir à V. M. en
me parant du pro duit du pays qu'elle a tiré de
l'oubli & rendu florillant.
Le Capitaine de Vittingshoff, au fervice
de Ruflie a traverfé cette réfidence avec des
dépêches pour le Miniftre de Ruſſie à la
Haye.
Depuis plufieurs années , le Profeffeur Borousky
à Francfort-fur- l'Oder , s'occupe à cultiver
dans fa Terre diverfes plantes & herbes
étrangeres propres aux manufactures & au commerce
du pays . Entr'autres effais de culture , il a
effayé celle du tabac d'Amérique & d'Afie . Il en
a cultivé de 12 diverfes efpeces , qui toutes ont
parfaitement réuffi . Le Roi , pour encourager
le travail de ce favant Econome , & pour
le récompenfer de fon zèle patriotique , fur-tout
de la perfection qu'il a fu donner à la culture du
tabac du pays , lui a afluré une penfion annuelle
de 500 rixdalers.
€ 4
( 104 )
Des lettres de l'Electorat d'Hanovre parlent
d'une récolte de fruits tellement abon
dante , que , malgré la quantité confommée,
on en a féché plus qu'on n'en pourra vendre
ou manger dans le pays , pendant l'efde
2 ou 3 ans.
pace
DE VIENNE , le 27 Décembre.
D'un jour à l'autre les bruits pacifiques
fuccedent aux bruits guerriers , & ceux - ci
aux premiers , fans prendre aucune confiftance.
Les uns défignent le lieu d'un Congrès
, & le Plénipotentiaire de S. M. I. Les
autres annoncent des propofitions conciliatoires
& des conditions de paix qui changent
toutes les 24 heures. Ici l'on oblige les Hollandois
à l'ouverture de l'Efcaut , à des rembourfemens
, à des indemnités , à des foumiffions
: là on ne permet de naviguer fur.
le même fleuve qu'à des vaiffeaux de 14 can.
feulement , on interdit le commerce des Flamands
aux Indes Orientales , & de toutes
ces variantes réfulte la preuve complette de
l'ignorance abfolue du Public. Il eſt également
imprudent, de nier ou d'affirmer aucun
fait pofitif, puifqu'à l'inftant où l'on
l'annonce , tout peut changer fubitement ,
toutes les incertitudes peuvent ceffer, toutes
les conjectures fe détruire.
Les travaux de l'Arfenal ont été ralentis depuis
quelques jours , & plufieurs ouvriers congédiés.
D'un autre côté , le Régiment de Jah(
105 )
min , Cuiraffiers , a reçu ordre de fe mettre en
marche pour les Pays - Bas. D'autres Corps font
auffi commandés , ce qui fait préfumer une formation
d'armée très - conſidérable .
Il partit de cette Capitale , le 17 , deux
Courriers , dont un pour Verſailles , & l'autre
pour Bruxelles . On en expédia un également
à Pétersbourg , tous à la fuite d'un
Confeil de guerre , auquel affifterent les Genéraux
d'Haddick , Lafcy & Laudon. Le
Comte de Colloredo , Directeur Général de
l'Artillerie , eft de retour de fon voyage à
Lintz , où il a fait diftribuer les pieces d'artillerie
aux Régimens actuellement en marche.
On parle de quelques changemens futurs
dans le Miniftere. Le Prince de Kaunitz eft
aſlez bien remis de fon indifpofition , pendant
laquelle il a été remplacé par le Vice-
Chancelier , Comte de Cobentzel.
Les jardins de Schonbrün , mailon Royale près
de Vienne , font dans le genre Hollandois : fix
Jardiniers de cette nation en ont foutenu le parti
fi vivement , qu'il en eft réſulté une bataille
entr'eux & leurs camarades , & il y a eu du fang
verfé.
Le Pape vient d'excommunier M. Eybel,
Confeiller Provincial , Auteur de l'ouvrage
fameux & hardi , Qu'est-ce que le Pape ? &
d'autres écrits contre les Moines . S. S. , dits'eft
décidée à lancer cet anathême ,, qui
pas fait ici la moindre fenfation , fur l'avis
de plufieurs Evêques. Ils ont jugé la
doctrine de M. Eybel hétérodoxe , ce que
on ,
n'a
es
( 106 )
cet Auteur ne nie point. M. Blumauer , qui
a fait des Poéfies fugitives fur les mêmes fujets
, eft menacé du même fort. Au reſte , la-
Cenfure a défendu tout écrit ultérieur , concernant
notre Archevêque , le Cardinal Migazzi.
Plus de 150 villages ont été dévaftés en Tranfilvanie.
500 rebelles avoient déjà péri aux dernieres
nouvelles , foit par le fer des foldats , foit
par la réfiftance de la Nobleffe , foit exécutés ;
le refte n'eft pas encore entierement foumis ou
difperfé : il continue à ravager , à brûler , à affaffiner.
Manquant de plomb , ils ont fait des balles
de l'argent volé ; on n'avoit pas revu d'exemple
dans ces Provinces de pareilles cruautés ,
depuis les guerres des Huffites . Ces fanguinaires •
Infurgens ont forcé plufieurs filles , dont ils ont
affaffiné les parens , à paffer dans leurs bras en
qualité d'époules. La Province eft tellement dévaftée
, que l'Empereur y a fait paffer des grains.
e la Hongrie.
Le 19 Novembre, mourut à Belgrade , à
F'âge de 72 ans , le célébre Interprete Turc ,
Ofiman Effendi , Renégat né en Allemagne.
Connoiffant bien les droits & les uſages de
fon pays natal , il fervoit à entretenir une
correfpondance utile fur les frontieres , & à
prévenir beaucoup de mal - entendus . Le
Pacha , les Commandans des Places from
tieres de l'Empire le regrettent également.
De temps en temps il faifoit venir des livres.
Allemands de Vienne , Leipfick & Breslau,.
par des négocians on affure qu'il contitoit
en fecret à pratiquer le Chriftianiſme..
( 107 )
Le Commandant de Belgrade eft très - embarraffé
de trouver un Interprete qui réuniffe
autant de fidélité à d'auffi grandes connoiffances.
Une veuve dévote , qui habite un de nos
fauxbourgs , avoit dans fa chambre une ftatue
de Notre- Dame richement habillée , ornée de
perles , de coeurs d'or & d'argent. Ces jours
paffés un quidam vint la trouver , lui reprocha
la défobéiffance aux loix du Prince qui avoit fait
ôter de pareils ornemens juſques aux ftatues des
Eglifes même , & qui les toléroit encore moins
dans les maisons privées : il fe dit envoyé par
la Police pour dépouiller la ftatue , & pour or
donner à la veuve de comparoître le lendemain
pardevant le Tribunal , afin d'y être réprimandée
& de payer une amende. La veuve effrayée
lui livra tous les ornemens de fa ftatue , qui
valoient au-delà de 200 florins , & en outre lui
fit préfent d'un ducat , en le priant d'excufer
fon ignorance auprès de la Police , Le lendemain.
elle fe rendit au Bureau ; & fut très étonnée
d'avoir été la dupe d'un filou.
Il s'eft détaché de la montagne , entre
Infpruck & Botzen , un rocher qui étoit
chargé d'une prodigieufe quantité de neige
. Il a roulé fur le grand chemin , devenu
impraticable. On a affemblé plus de 400
perfonnes pour nettoyer cette route que doivent
prendre 3000 hommes de Warafdins ,
deftinés à fe rendre de Trieſte dans les Pays-
Bas.
Un papier public en rendant compte d'une
lettte que le Général des Bénédictins doit avoir
écrite à un grand Souverain, affure, d'après cetre
€ 6
( 108
lettre, que depuis l'existence des Bénédictins, on
compte de leur Ordre 25 Papes , 200 Cardinaux ,
7,000 Archevêques , 15,000 Evêques , 4,000
Saints , & environ 3,000 Martyrs.
Un Décret de S. M. I. , daté du 30 Novembre
, regle de la maniere fuivante les
élections & les emplois dans les Couvens encore
exiftans .
1°. Chaque Couvent fe choifira lui-même fon
Supérieur le Provincial n'aura d'autre dro't
que celui de confirmer l'élection , & de donner
F'exclufion aux fujets incapables. Tous les Religieux
profès auront voix , & la pluralité décidera
de l'élection . On choifira tous les trois ans un
nouveau Supérieur ; mais l'ancien pourra être
continué , s'il eft élu de nouveau .
2º. Les Supérieurs nommés de la maniere fufdite
, choifiront à leur gré les autres Employés
des Couvens.
3º. Le Provincial fera élu tous les fix ans dans
Jes Chapitres provinciaux par les Supérieurs des
Couvens ; l'ancien pourra être continué. Son
élection fera confirmée par l'Evêque diocéfain ,
& par le Gouvernement de la Province.
4. Les emplois de Définiteur & de Diſcret
feront fupprimés.
5°. Les Religieux ne changeront de Couvent
que quand il y aura des motifs qui néceffiteront
un pareil changement.
6° Les visites générales du Provincial , ufitées
jufqu'à préfent n'auront plus lieu ; mais le Prowincial
ira vifiter en particulier chaque Couvent
de fa Province , lorfque les circonftances l'exigeront.
7°. On commencera à procéder conformément
à ce Réglemens à la fin dela préfente année.
( 109 )
Les fabricans de cette Capitale ont reçû
l'ordre de l'Empereur d'envoyer aux Régences
des Provinces des paquets d'échantillon
de leurs marchandifes , avec les prix .
On dit que le riche Caffis Pharaone , que
T'Empereur a élevé à la dignité de Comte
des Etats héréditaires , achetera pour douze
cent mille florins de terres des Couvens
fupprimés.
On a publié deux ordres intéreffans
adreffés le 18 Novembre par le Gouvernement
au Confiftoire Archiepifcopal de Prague
Le premier eft en ces termes :
Conformément à un décret de l'Empereur ,
daté du 28 Octobre , il fera enjoint aux Curés &
aux Pafleurs Catholiques , d'cxhorter le peuple à
une tolérance réciproque , & à des procédés pacifiques
d'un parti envers l'autre , & de s'abstenir,
tant dans les Eglifes qu'ailleurs , de toure infulte
où allufion offenfante. Ce décret ayant été adreffé
aujourd'hui aux divers Bailliages Royaux , pour
en donner communication aux Pafleurs Catho →
liques , le Confeil du Gouvernement l'adreffe auffr
au Confiftoire archiépiſcopal , pour en faire part
au Clergé de fa Jurifdiction .
Voici la teneur du fecond ordre.
En vertu d'un décret de l'Empereur du 28 Octobre
, S. M. Impériale & Royale accorde aux
Paſteurs la permiffion d'aller vifiter les perfonnes.
de leur Communion , & d'inſtruire les enfans de
celui qu'ils vifiteront ; mais S. M. veut en mêmetems
qu'il foit notifié expreffément aux Pafteurs
, qu'à l'exception du pere de famille & des
domestiques Catholiques aucune autre perfonne
ne puifle être préfente à l'inftruction qu'ils don
( 110 )
ment aux enfans. S. M. Impériale déclare en
outre , qu'attendu que de tems en tems il arrive
à la campagne que des perfonnes de la Religion
Catholique apoftafient , on ne pouvoit
pas empêcher les Curés d'exhorter leurs ouailles
à la fermeté dans la profeffion de la vraie
croyance , de les détourner des erreurs des deux
fectes acatholiques tolérés , & de foutenir le
principe qu'il ne pouvoit point y avoir de
vraie Prêtrife dans leidites fectes féparées de
P'Eglife Catholique , vu qu'elle n'avoit point
d'Evêque confacré dans la regle , & que par conféquent
leurs Paſteurs ne pouvoient pas être des
Curés confacrés canoniquement , mais que cependant
il falloit interdire expreflément aux
Curés & Prédicateurs , qu'en enſeignant ces
principes , ils aient à s'abſtenir de controverfes
& de querelles défendues , & de tout diſcours
infultant.
DE FRANCFORT , le 2 Janvier.
On parle d'un Traité conclu & figné entre
le Roi de Pruffe & l'Electeur de Saxe ,
Traité dont les lettres de Berlin ne difent
pas un feul mot. Elles annoncent que le
Général d'Egglofstein doit fe tenir prêt à
marcher avec fix Régimens contre Dantzick
qui continue à fe refufer au troifieme article
de la Convention propofée entre Sa Majefté
Pruffienne & cette ville.
Les Régimens de Croates , van Hoffer , Laurendorf,
Mikowitz & Berndorp , faifant enſemble 7700
hommes, ont défilé dans les environs de Pafau. Les
deux derniers Régimens portent un uniforme turc,
4 piftolets à la ceinture , un poignard , un grand
( II )
fabre au côté , & une arquebufe à la Turque
Ces troupes ont été fuivies de 280 Morlaques,
fournis par le Prince de Comenes ; de 500 Houlans
cuiraffés , ayant un bonnet de peau d'ours &
une pique à la main de 9 à 10 pieds de longueur ;
de 500 huffarts de Khevenhuller , des Régimens
de Toſcane , cuiraffier , Tiller & Migazzi , Infanterie.
Les Régimens de Preiff & Deutcshmeister , dont
la marche par Ratisbonne n'a pas été contremandée
, arriverent le 23 de ce mois & les jours fuivans
à Stadt am2--.Hoff. Ils ont 700 chevaux de
relais pour le transport des équipages.
On s'obftine à affurer que le Duc de Wirtemberg
a fait un traité de fubfide avec la
Cour de Vienne , par lequel il doit fournir
à l'Empereur un corps de 8000 hommes.
Selon une lettre de Vienne , on y a reçu le
13 quelques dépêches de Conftantinople . L'Ambaffadeur
Ruffe , à ce qu'on rapporte , a remis
une note au Miniftre de France , dans laquelle
Impératrice déclare regarder les demandes de
l'Empereur , au fujet des limites , comme les
fiennes propres.
Le fils de M. Huber , le traducteur de
Gefner , de Winckelmann , & c. & c . vient
de traduire en Allemand le Roman français
de Téléphe.
Les Régimens Autrichiens de Charles &
de Ferdinand de Tofcane ont reçu l'ordre
de fe rendre dans les Pays - Bas , & fe mettront
en marche au mois de Février.
La Gazette de Prague , du 21 de ce mois ,
a imprimé une lettre que l'on prétend écrite par
Impératrice de Ruffie au Roi de Prufle , rela
( 112 )
tivement aux démêlés de l'Empereur avec la
Hollande , & dans laquelle on fait dire à cette
Souveraine , que la demande de l'Empereur étoit
fondée fur la juftice & l'équité , qu'on ne pouvoit
rien alléguer en faveur des Hollandois qui
à la conclufion de la paix de Munſter , ont abuſé
des circonftances , qu'ils n'avoient droit à l'affiftance
d'aucune autre Puiffance , & que , dans
le cas où les chofes en viendroient à une rupture
formelle , & que d'autres Puiffances s'en
mêleroient , elle appuieroit de toutes les forces
la caufe de l'Empereur.
Le nombre des bâtimens qui arrivent
dans notre port , écrit - on de Triefte , augmente
chaque jour. On travaille fur la côte
à de nouvelles batteries , qui feront achevées
en toute diligence.
Le 25 Novembre , on a fait à Carlsbourg & à
-Mulbach l'exécution de plufieurs Wallaques rebelles
. Le fils du fameux Horiah , chef des rebelles
, pris par les Troupes impériales , a été
empalé vivant , les autres ont été décapités , &
leurs têtes miles fur des pieux . Antérieurement
un Lieutenant du Régiment d'Eftherafy , & un
autre Officier du Régiment d'Otokz , tombés
entre les mains de ces brigands , avoient été auffi
empalés vifs,
Depuis l'exécution de ce fils d'Horiah , ce Révolté
eſt devenu encore plus terrible . On a coupé
aux rebelles , auxquels fe font affociés des Turcs
& des Hongrois , la retraite dans la Wallachie ,
& on efpere . par ce moyen , de les forcer à fe
rendre. Les Régimens , que l'on a envoyé contr'eux
, ont ordre de faire feu fur eux à la moindre
réfiftance.
( 113 )
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Décembre.
La Sénat vient de prendre une réſolution
définitive & vigoureufe , touchant notre interminable
différend avec la Hol'ande. Après
avoir montré la plus grande condefcendance
, dans le but de raffermir la bonne intelligence
, la République penfe que l'inf
tant de la fermeté eft arrivé. Jamais elle ne
foufcrira à la demande , véritablement extraordinaire
de 600 mille florins , hafardée
par la Hollande. Nuit & jour on travaille
dans notre arfenal. Le Sénat s'eft expliqué
fur ce démêlé , avec autant de décence &
de dignité que de juftice , dans le Mémoire
fuivant , préſenté par le Réfident de Venife
à Leurs Hautes- Puiffances , & remis par
notre Ambaffadeur à Vienne aux Miniftres
étrangers .
« Le Réfident de Venife ayant rendu compte à
fa République des propofitions qu'on lui a faites
dans le Commité de L. H. P. touchant l'affaire
connue de Chomel & Jordan , a l'honneur d'informer
aujourd'hui L. H. P. , d'après les ordres
qu'il vient de recevoir , que la République de
Venile a appris avec étonnement , que le Comité
fufdit lui ait refufé la difcuffion paifible du
différend , tandis que c'étoit là précisément l'objet
de fa venue à la Haye , & qu'il fe foit borné
au contraire à reproduire feulement l'état des
prétentions à la charge de la République, qui
( 114 )
ayant été préfenté à Vienne dans le mois d'Aofit
fut rejetté par elle comme abfolument inadmiffible
, & contraire même aux principes dont
étoient convenus auparavant les deux Souverains
dans les Mémoires refpectifs du 10 Février & 1
Juin paffé.
Cette conduite étant tout-à- fait oppofée à
l'attente de la République , & impliquant en
elle-même des vues qu'elle ne peut jamais admettre
, il eft indifpenfable d'en venir à une
déclaration pofitive , laquelle , en écartant le
danger de toute méfintelligence , puiffe dégager
la négociation de toute équivoque.
« C'eſt pour cela que la République intimement
convaincue de la droiture de fes propres
démarches , déclare formellement que dans quelque
cas qu'elle puiffe le trouver , elle n'admettra
jamais rien qui la conftitue débitrice vis - àvis
des Marchands Hollandois.
« Elle protefte hautement contre toute prétention
, qu'on voudroit former à fa charge tous
le prétendu titre d'un déni de juftice , cette
fuppofition étant auffi injurieufe que fauffe , &
démentie par une fuite de faits inconteftables.
-
a Effectivement la République a été fi éloignée
de refufer la juftice aux Hollandois , qu'à
peine eut elle connoiffance de la premiere demande
de L. H. P. , qu'elle ne différa pas unfeel
inftant l'établiffement d'un Tribunal criminel
extraordinaire & folemnel , rappellant de fa
place de Réfident le fieur Cavalli , pour l'y affujettir
immédiatement.
« Il eft connu que des quatre fujets Vénitiens
qui fe trouverent impliqués dans le procès , trois
furent condamnés aux peines les plus infamantes
, & à la confifcation de tous leurs biens au
profit de Chomel & Jordan , & le fieur Cavalli
( 115 ).
feul fut déclaré exempt de faute criminelle,
« Il arriva que les biens des coupables ne fu
rent point fuffifans à l'indemnifation complette
des fujets Hollandois , & s'ils l'avoient été , l'affaire
étoit d'abord terminée. C'eft la raifon pour
laquelle on fe plaignit de la Sentence que ce
Tribunal avoit portée , & on en demanda la révilion
dans l'efpérance d'en tirer un plus grand
avantage fi Cavalli étoit condamné .
« La République fit voir évidemment que la
réviſion étoit impraticable felon fa conſtitution.
& les Etats Généraux eux - mêmes en étoient
convaincus , lorfqu'ils demanderent que , puifque
le fieur Cavalli ne pouvoit plus être foumis
à un procès criminel , il fût permis aux Négocians
d'Amfterdam de l'attaquer par la voie
civile .
« Cela étant conforme aux Loix , á la méthode
, & à ce qui fe pratique dans les Tribunaux
de Venife , la République y confentit avec toute
la promptitude , & offrit même de fon propre chef
de rendre la voie civile auffi facile & auffi courte
que poffible.
« Le Jugement n'eût jamais eu l'effet qu'on en
attendoit, parce que les Hollandois le rejetterent
après l'avoir eux - mêmes demandé , d'où il s'enfuit
qu'il n'y a pas d'autres fujets Vénitiens , les
trois ci - deffus exceptés , que la République puiffe
avec juftice forcer au paiement des crédits de Chomel
& Jordan , puifqu'il n'y en a aucun autre qui
ait été déclaré refponfable .
« Pour détruire entierement tout motif qu'on
pourroit tirer du prétendu déni de Juftice , la
République , qui ſouhaite fincérement d'être une
fois délivrée d'une difpute fi longue , & fi faftidieufe
, propofe de nouveau la voie civile dans
les tribunaux compétens de Veniſe contre le fieur
( 116 )
Cavalli , qui , s'il n'a pu être déclaré criminel ,
parce qu'on ne le trouva pas tel, peut néanmoins
être refponfable vis - à - vis de Chomel & Jordan
par d'autres raifons , fans être criminel .
« Que fi même L. H. Puiffances le fouhaitoient
la république de Venife , ajoute à l'offre précédente
celle de leur laffer pleinement libre le
choix de tout autre lieu , de tout autre juge inpartial
, pour qu'on décide définitivement fi le
fieur Cavalli eft obligé ou non à dédommager
Chomel & Jordan des pertes dont ils affurent ledit
Cavalli avoir été caufe ; & elle déclare expreffément
que dans le jugement civil , l'abfolution de
fieur Cavalli au criminel , ne doit influer fur
rien , relativement à la perfonne du fieur Cavalli ,
comme n'ayant aucun rapport avec celui qu'on
propofe maintenant.
« La République engage fa parole , que fi le
fieur Cavalli étoit jugé refponfable , elle prendra
les mefures les plus efficaces & les plus vigou
reufes , afin que les marchands Hollandois obtiennent
du fieur Cavalli , & de ceux qui auroient
partagé fa faute , ce qu'on leur auroit adjugé
par cette Sentence , & dans ce cas leur dédommagement
feroit à la charge des débiteurs
directs , & jugés tels , ce que les Etats Généraux
ont toujours demandé ; bien entendu que par - là
toute conteftation ultérieure entre les deux Souverains
foit terminée pour toujours.
« La République ne doute pas que L. H. P.
n'acceptent avec plaifir une propofition fi amicale
& fi jufte ; elle déclare néanmoins que fi L. H.
P. croyoient qu'il y eût un expédient plus fatisfaifant
pour elles , & d'une convenance réciproque
, la République ne fera pas éloignée de le
faifir , n'ayant rien plus à coeur que de confolider
de plus en plus la bonne intelligence avec les
Provinces Unies.
( 117 )
το
Que fi malgré tout cela , & contre toute
attente raisonnable , L. H. P. vouloient pouffer
cette difpute privée aux extrêmités , dont elle
n'eft pas fufceptible par la nature , & qui feroient
auffi nouvelles dans l'Hiftoire des nations qu'elles
font contraires aux intérêts de deux Puiffances
commerçantes & qui ont été conftamment amies ,
la République de Venife fera contente de n'avoir
en arriere aucun moyen capable de conduire à
un accommodement amiable & jufte ; & en tout
cas ce ne fera qu'à contre- coeur qu'elle fe verra
forcée à conformer fes propres démarches à celles
d'autrui , pour le foutien d'une cauſe qui devien
dra commune à tous les Souverains » .
Le Réfident ayant expofé jufqu'ici les vrais
fentimens de fa République , a l'honneur , & c ,
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Décembre.
X
Le Baron de Lynden , Ambaſſadeur de
Hollande à eu deux ou trois conférences
avec les Secrétaires d'Etat , touchant la médiation
de la Grande Bretagne , pour arranger
les différends entre la Hollande &
l'Empereur , conférences dans lefquelles on
prétend que les Miniftres ont fait paroître
le plus grand defir de voir terminer cette
affaire à l'amiable.
Il a été queftion d'une réduction ultérieure
des troupes de terre , même dans la
Maifon du Roi ; mais l'on affirme que S. M.
a refufé fon confentement dans les termes
les plus pofitifs , en déclarant qu'elle n'a(
118 )
dopteroit aucun projet tendant à fupprimer
les Gardes à cheval , ou le régiment des
Gardes Bleues.
Le parti de l'oppofition eft très - inquiet de
la conduite prudente de M. Pitt. L'on n'a encore :
rien décidé , quant à la maniere dont on attaque.
ra ce Miniſtre à l'ouverture du Parlement . M.
Fox , il eft vrai , avoit conçu l'efpérance de
renverser le Miniftere au moyen de fon Bill de
coinmutation fur le thé ; mais M. Pitt fe montrant
prêt à le modifier s'il étoit nécellaire , cette
reflource ne fournira matiere qu'à quelques déclamations
, & M. Fox fent qu'il faudroit d'autres
charges que celle - là.
M. Ord a terminé avec les Miniftres toutes
les affaires relatives à l'Irlande . On affure
que le plan adopté pour les affaires de commerce,
aura l'approbation des deux Royaumes.
Les Hollandois ont exporté & continuent d'exporter
des quantités confidérables de toiles de
Frife dans les Provinces méridionales , pour faire
des chemiſes , des draps , &c. C'eft à Harlem
que fe trouve le grand dépôt de ces toiles ; elles
ne font pas calandrées , mais elles font importées
telles qu'elles arrivent de la blanchifferie. Les
velours & les foies d'Harlem n'ont pas eu le même
débit ; car deux bâtimens , qui en étoient
chargés pour le port de Bofton , n'ont pas trouvé
à fe défaire de leurs cargaisons .
Depuis 15 jours il eft entré dans le port de
Londres 12,100 livres d'indigo venant de Cadix ;
400 livres de cet article venant de Lisbonne ,
300 venant de Charles - Town.
&
Notre importation de fer de Ruffie le mente
à 91 tonnes. Nous en avons fait venir 6o de Go.
( 119 ).
thembourg & 20 de Rotterdam . Nous avons tiré
de la Jamaïque 40 tonnes de bois d'Accajou .
Notre exportation de Tabac de la Virginie a
été de 2,334 livres , & celle qui s'eft faite pour
la France de 1004 liv . Celle qui s'eft faite du
Maryland a été de 1500 livres , & pour la France
de 2000 liv.
Il s'eft trouvé dans la derniere exportation ,
qui s'eft faite de la Jamaïque , près de 16000 liv.
de poivre du plus beau que produifent les Illes ,
& qui s'y cultive aujourd'hui très- facilement . La
quantité de Rhum exporté en Angleterre de la
fufdite Iſle , a été de près de 40,000 gallons.
Toutes les recherches relatives à l'arithmétique
politique , ont été pouffées dans
cette ifle à un degré inconnu ailleurs. C'eft
nous qui avons appris aux autres Etats le
nom même de cette Science & fes fondemens.
L'un des plus importans , relatif à la
population , fe tire du Regiftre des morts &
naiffances annuelles , foigneuſement tenu
dans toutes les Paroiffes de Londres , depuis
très - long- temps , & dont chaque année on
publie le relevé , fous le titre de Bill des
Mortalités. On ne ſe contente même point,
comme ailleurs , d'une fupputation fommaire
; on ſpécifie exactement les maladies
différentes , & le nombre de fujets que chacune
d'elles a enlevés. La Médecine & la
Phyfique ont tiré de ces comparaifons des
inductions utiles .
Une obfervation qu'on ne fait jamais en
France , lorfqu'on rapproche la population
( 120 )
de Londres de celle de Paris , eft , qu'en
Angleterre les Regiftres paroifliaux des baptêmes
& des fépultures , comprennent uniquement
les membres de la Religion Anglicane
la foule des non -Conformistes qui
habitent cette Cité de tolérance & de liberté
, n'entre point dans ces réſumés ; ainfi il
eft abfurde de conclure de la différence
qu'ils préfentent dans le nombre des naiſſances
& des morts , entre Paris & Londres ,
que celle-ci a moins d'habitans.
Le Bill mortuaire de l'année derniere , du
16 Décembre 1783 , au 16 Décembre 1784 ,
offre :
Baptêmes. Garcons.. .8778 . 17179 .
{ Garcons ...8778 . }
Morts.
Filles.... 8401 .
sHommes.. 9229. 2 17828 .
2 Femmes . 8599.5
L'année derniere il s'eft trouvé 1201
morts de moins que l'année précédente :
différence très-remarquable.
Sur les 17328 morts , on en obſerve :
Au- deffus de deux ans.
5729
De deux à cinq. 1711
De cinq à dix.
683
De dix à vingt. 636
De vingt à trente . 1417
De trente à quarante.
1599
De quarante à cinquante. 1781
De cinquante à foixanté. 1653
De foixante à 70. 1359
De
( 121 )
.
De foixante- dix à 80.
୨୦ De quatre vingt- dix à cent.
De quatre vingt à 90 .
Centenaires.
Cent & un ans.
Cent & trois ans .
917
391
43
I
I
Dans la table des genres de mort , il eſt
à remarquer 1240 perfonnes mortes de
vieilleffe 24540 de confomption • 46°
de folie & 1759 de la petite vérole : ainfi ,
dans une ville où l'inoculation eft univerfelle
, où elle fe pratique dans des Hôpitaux
qui lui font fpécialement deftinés , où le
traitement même de cette affreufe maladie
a été fingulierement perfectionné , elle emporte
un dixieme des individus qui meurent
annuellement.
Les fuicides font au nombre de 23. Mais
comme parmi les noyés , dont on compte
97, & s perfonnes trouvées mortes , quelques-
uns ont pu volontairement mettre fin
à leur exiftence , on rifque peu de porter la
totalité des fuicides de 40 à 50. Depuis les
ravages de certe nouvelle maladie de l'efprit
humain , due aux lumieres de notre fiecle ,
plufieurs villes infiniment moins confidérables
que Londres , voient chaque jour autant
de fuicides . Une année dans l'autre , ils vont
à Geneve de 8 à 12 ; le terme moyen eft
uu cinquieme de celui de Londres , dont la
population eft au moins 34 fois plus forte
que celle de Geneve : dans la proportion
No. 3 , 15 Janvier 1785. f
( 122 )
་
cette derniere ville voit donc par année 28
tois plus de fuicides que la premiere.
Il y a environ trois mois que le Capitaine
Wilfen , employé au fervice de la Compagnie des
Indes , en revenant en Europe , vifita l'ifle de
Patos , fituée par les fept degrés de latitude nord.
Cette ifle eft à l'eft de Borneo , & en général trèspeu
connue des voyageurs. Ses habitans font
constamment nuds , & les femmes ne couvrent
que ce que la pudeur exige abfolument,
t
Le Capitaine Wilfon reçut toutes fortes de marques
d'honnêteté de la part du Souverain de l'ifle.
Ce Prince lui témoigna , par la voie d'un Interprete
, la plus grande confiance , & voulut abfolument
qu'il emmenât fon fils aîné , afin qu'il
fût à portée d'étudier les moeurs des diverfes nations
, qui habitent les autres parties du monde ,
& de recevoir une éducation Européenne. Ce
jeune homme , âgé de 20 ans , poflédoit des talens
, & étoit doué d'une docilité rare . Ses paffions
étoient nobles les progrès qu'il a faits dans les
Arts & dans la Langue angloile , furpaffent toute
attente , & , fans les atteftations les plus formel-
Jes , on ne pourroit y ajouter foi. Le Capitaine
Wilfon a répondu à la confiance du Souverain
de l'ifle de Palos avec tout le zèle & l'affection
d'un parent , & de fon côté , le jeune Prince lui
a témoigné la reconnoiffance & la fenfibilité la
plus furprenante. Il y a une femaine environ ,
ce jeune Prince fut attaqué de la petite- vérole ,
& quoiqu'elle fût de l'efpece la plus dangereuſe ,
ila fupporté cette maladie avec un courage hé
roiqe . Le Capitaine Wilfan , qui ne l'avoit
jamais eue , ne faifant attention qu'au jeune
Prince , oublia tout danger perfonnel , & réfo-
Jut de ne le point quitter pour lui adminiftrer
lui même les remedes de l'art ; mais , hélas !
( 123 )
fon zèle & les foins ont été inutiles , & il a eu la
dou eur , le 28 de ce mois , de voir ce jeune
Prince expirer dans fes bras .
Une lettre de la baie de Honduras en
date du 12 Octobre dernier , porte en fubftance
:
Je fuis fâché de vous annoncer que nous
avons vu paffer ici une eſcadre ayant des troupes
à bord , & qui fe rendoit à la côte des Mofquites
, pour en tirer les Planteurs anglois , &
prendre poffeffion de ce pays au nom du Roi
d'Espagne . Beaucoup de gens étoient dans la
perfuafion que la côte des Mofquites ferviroit
d'afyle aux Loyalistes de la Caroline du Sud
ainfi que de la Virginie , & à tous ceux qui font
ruinés par la ceffion de la Floride Orientale , &
par la conquête de la Floride Occidentale. Si nos
Miniftres euffent eu un peu plus de vigueur , ils
n'auroient pas laiffé échapper une fi belle occafion
d'offrir la côte des Mofquites aux . Loyalistes
qu'ils ont abandonnés fi honteuſement . Ces malheureux
, accoutumés à un climat chaud , auroient
tiré de ce pays un parti très - avantageux &•
pour eux & pour la Grande - Bretagne. Il produt
du fucre , du cotón , du café , du bois de maho
ganie , du bois de campêche , de la falfepareille
& de la racine de ferpent. J'y ai élevé du tabac ,
de l'indigo & du riz , tout auffi bons que ceux
qu'on ait jamais tirés de l'ifle de Cuba. C'eft
une contrée auffi étendue que l'Angleterre, &
fi l'on coupoit une partie de fes bois , qui pour la
plupart font de mahoganie , & dont la vente paieroit
les frais de l'exploitation , la terre deviendroit
en très - peu de tems très - fertile , pour peu
que l'induftrie des habitans fût encouragée par la
Métropole.
f2
( 124 )
On a vendu dernierement au marché de
Spittalfields une feule pomme- de- terre qui
peloit onze livres & demie. C'eſt un Fernier
de Straford qui l'a achetée dans le
deffein de la planter ; elle lui a coûté fept
fhellings & fix fols . Cette pomme - de - terre
& plufieurs autres d'une groffeur extraordinaire
avoient été cultivées dans le voisinage
de Warington dans le Lancashire.
Un Boucher de cette ville a tué le 21 Décembre
un boeuf âgé de huit ans , élevé à Studbury
dans le Suffolk , qui étant mort peloit
180 ftones angloifes ( poids de 8 liv. ) , qui font
par conféquent 1440 liv. Il a donné 34 ftones
272 liv. ) de graiffe pure. Une cinquantaine
de Bouchers s'étoient rendus chez le propriétaire
de ce boeuf pour en acheter la viande
mais le Public l'ayant enlevée auffi tôt , ils n'en
trouverent plus de refte. Il y eut même certaines
pieces de choix que le Public paya , au
prix exhorbitant d'un fchelling 14 fols fterlings
la livre.
On a rendu compte dernierement à la
Société pour l'encouragement des connoiſſances
médicinales d'un tait aufli extraordinaire
qu'authentique. Il a été commuiqué à M.
Latham de la Société Royale , par le Docteur
Heysham , Médecin refpectable de Newcaſtle.
Une veuve appellée Anne Liddel , de Carlifle,
avoit été admife depuis environ deux ans dans
une maison publique de cette ville , pour y être
guérie d'une douleur affreufe qu'elle reffentoit
dans le vifage & dans toute la partie droite de
la tête. On lui adminiſtra vainement tous les fecours
de l'art, Au bout de quelques mois des
( 125 )
tourmens les plus terribles , le Docteur Heysham
Jui fit ouvrir l'antrum maxillaire ( la partie in
térieure de la mâchoire ) , dans laquelle elle
reffentoit la douleur : on y injecta quelques décoctions
de quinquina , & quelques jours après
on tira de cette partie un infecte hideux d'envi
ron un pouce de long & un peu plus gros que
de tuyau d'une plume ordinaire . Sa douleur,
ceffa pendant quelques heures , mais elle revint
bientôt; & l'on apperçut à l'orifice de l'incifion.
un autre infecte de la même forme que le premier
, & que l'on ne put tirer qu'au bout de
deux jours. Peu de temps après , on obtint les
fragmens d'un troifiéme. Ce traitement a procuré
à la malade de longs intervalles de tranquillité
, quoique les derniers avis n'annoncent
point encore fa parfaite guérifon. Cette femme
étoit habituée à prendre du tabac avec excès .
La Manufacture de tes de coton
Profperous près de Dublin eft déjà dans
Tétat le plus floriflant , au moyen de l'a
vance de 25,000 liv. ft . que le Parlement
lui a fate dernierement. Plus de 4000 perfonnes
font employées dans la Manufacture ,
& l'on efpere qu'avant deux ans elle ſera en
état d'en employer le double. Les terres
adjacentes à la ville de Profperous , avant
l'établiffement , s'affermoient fur le pied de
cinq shellings l'acre ; aujourd'hui elles ont
monté à quatre & cinq livres fterlings.
On apprend de Calcutta par des lettres , en
datte du 11 Juin , que la nouvelle Société , éta »
blie pour faire des recherches fur l'Histoire naturelle
, fur les Antiquités , les Arts , les Scien
ces & la Littérature de l'Afie , fe perfectionne
( 126 )
sous les jours. Sir William Jones a déjà présenté à
la Société plufieurs Manufcrits précieux en Perfan
, fur la Géographie de l'Afie ; & il travailloit
auffi à traduire de l'Indou des recherchés
très-curicufes fur les Manufactures , fur l'Agriculture
& fur l'Aftronomie des peuples de cette
partie du monde.
La Société eft actuellement composée de 42
Membres , qui tiennent toutes les femaines , fans
appareil & fans dépenfes , des affemblées dont
Je but eft d'examiner des Ouvrages originaux .
Si elle peut parvenir à raſſembler affez de pieces
intereffantes , alors elle préfentera annuellement
au Public un Recueil de fes Mémoires .
On vient de préfenter au Gouvernement
un nouveau plan pour établir une Compagnie
de Terre Neuve , qui augmentera les avan
tages de la pêche , fans la convertir en monopole.
La Compagnie des Indes , dans les dernieres
Tranfactions contre la Coalition , a montré peu
de reconnoiffance envers le Lord North , lui
qui a précipité la perte de l'Empire d'Amérique ,.
uniquement dans la vue de procurer aux thès de
la Compagnie un plus grand débit .
Le Bureau de l'Amirauté a décidé que les Efcadres
deftinées pour le fervice du dehors , n'y
feroient stationnées à l'avenir que pendant deux
ans au lieu de trois ; celles employées maintenant
dans les différentes ftations , feront relevées pendant
le cours de l'Eré prochain.
Tandis que les Lunardi , les Blanchard
& le Comte Zambeccari fe préparent à des
voyages trans-maritimes , M, Sadler d'Oxford
, Aéronaute Anglois , vient d'arriver ici ,
écrit- on de Douvres , pour y faire un dernier
effort en l'honneur de fon pays. Tous fes
( 127 )
·
préparatifs font faits à peu près, & il n'attend
plus que l'arrivée d'un vaiffeau , qui ,
d'un moment à l'autre , doit lui apporter
des chofes dont il a befoin . M. Sadler s'eft
élevé plus haut encore que MM. Lunardi
& Blanchard ; & c'eft le feul , foit en Angleterre
ou ailleurs, qui ait préparé feul tous
les inftrumens de fon voyage.
Il eſt arrivé dernierement un funefte accident
dans une mine de charbon qu'on exploitoit
près de Mancheſter.
Les Charbonniers s'étant rendus à cette Mine
pour y travailler , à peine le premier d'entr'eux
fut-il defcendu au fond , que la plus grande partie
de l'ouverture de la foffe s'écroula & enfevelit ce
malheureux . On fit immédiatement les plus grands
efforts pour le retirer ; mais on n'y parvint que
dans l'après - midi du 18 de ce mois , & , au grand
étonnement de tous ceux qui étoient préfens , il
fut retrouvé vivant , & capable de s'exprimer encore
, après être demeuré pendant huit jours dans
les entrailles de la terre . Ce fut un fpectacle bien
cruel d'appercevoir cet homme métamorphofé en
fquelette par la fatigue , la faim & les tranfes bien
naturelles qui dûrent affecter fon efprit , en fe
voyant féparé tout-à coup de la fociété , de fa femme
, de fes enfans , & n'ayant devant les yeux
que la terre & la mort. L'impulfion naturelle qui
rend à l'homme la vie fi précieufe & fi chere , &
qui le porte à ufer de tous les moyens pour la conferver,
lui fuggéra l'idée de s'ouvrir un paffage ,
pour échapper , s'il étoit poffible , à une deſtinée
auffi affreufe. Il réuffit d'abord à creufer plufieurs
pieds dans la terre , & il fe flattoit d'arriver au fommet
par le moyen des galeries qu'on pratique tou-
£ 4
( 128 )
jours dans les Mines pour établir la circulation de
l'air; mais hélas ! il fuccomba fous le poids de la
fatigue , & fes efpérances s'évanouirent . Ses compagnons
lui adminiftrerent auffi-tôt , mais inutilement
, tous les fecours poffibles pour le fauver ; la
nature étoit trop épuifée , & cet infortuné expira
quelques heures après qu'il eut revu le jour.
On affure qu'un Officier d'un rang trés- diftingué
dans l'armée a donné trois cens guinées
au Propriétaire d'un ballon pour voyager avec
lui . Les parties contractantes ont figné des articles
de convention , en conféquence defquels
l'Officier ne pourra changer d'idée que pendant
l'espace de trois jours , après avoir reçu avis de
fon conducteur : fi , après ce terme , il refufe de
Voyager il paiera néanmoins la femme convenue
. On dit que l'Officier a réfolu ce voyage
après une converfation qu'il eut avec le Roi ,
fur l'ufage dont pourroient être les Aéroftats ,
pour reconnoître une étendue de pays , & dans
laquelle S. M. difoit à l'Officier , qu'une fois
monté il ne feroit pas en état d'obferver le
pays. C'eft d'après cette espece de défi , que
POfficier s'eft déterminé .
&
9
Le Général Vaughn eft , dit - on , l'Officier
en question . On a déja fait pour plus de vingt
mille livres fterling de gageures for fon compte.
Le Général d'Alton , au fervice impérial,
& l'un des Commandans de l'armée des .
Pays - bas , eft notre compatriote . On dit
qu'anciennement il fut fous Lieutenant en
France dans le Régiment de Dillon : l'Empereur
a dans les armées trois autres perfonnes
de la même famille . Le Général
d'Alton a des terres confidérables en Irlande ,
a épousé une foeur du Colonel M' Carty.
2
( 129 )
Le Chevalier John Fielding , Aveugle , frere
du célebre Auteur de même nom , & non moins
célebrelui - même dans for Office de principal Juge
de paix à Londres , toléroit à fa porte plufieurs
maifons de débauche , dont l'existence contraftoit
avec le defir affecté que montroit Fielding
de conferver les bonnes moeurs. Un jour il pria
Garrick , alors Directeur du Théâtre de Draryi
lane , de fupprimer l'Opéra des Gugur du Poere
Gay , parce qu'il avoit obfervé que chaque repréfentation
de cet Opéra envoyoit quelque voleur
à la potence . Garrick favoit que le deffein
du Magiflrat étoit moins de garantir la probité
des individus , que d'ôter au Théâtre de Covent
Garden , auquel il s'intéreffoit , la concurrence
de Drurylane , pour la représentation d'une piece
tonjours courue, 11 demanda du temps pour y
réfléchir , & fit quelques objections . Le Che
valier Fielding , piqué de ce que Garrick ofoit
lui contefter fa prudence , s'écria qu'il voyoit
un combat dans le coeur de M. Garrick entre la
probité & fon intérêt . Je voudrois , repliqua Garrick
pouvoir en dire autant du Jage Magifirat ,
dont la probité , comme on fait , n'eft jamais en
duel avec fox intérêt .
L'un de nos Ecrivains obferve qu'une
des Paireffes Angloifes & quelques Pais
prennent plus de titres que des têtes couronnées.
Mlle. Gunning devenue Ducheffe
de Brandon en Angleterre , d'Hamilton en
Ecoffe , de Chatelleraut en France , par fon
premier mari ; aujourd'hui Ducheffe d'Argyle
, Marquife de Douglas , &c. &c. n'a pas
moins de 26 titrés. Lorfque le feu Lord
Egmont , Irlandois , fut fait Pair d'Angleterre
fs
( 130 )
en 1762 , fa patente portoit Lord Egmont
& Holland d'Enmore Lord d'Enmore , Anderfield
& Spaxton , Tuxwell , Radlet, Currypole
, Charlinch Asholt , & vingt autres ;
fur quoi le Comédien Foote , qui a dit tant
de bons mots , remarqua qu'il ne manquoit
à cette defcription , pour la rendre complette
, que le titre de Scaramouche .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 5 Janvier.
Le Bailli de Breteuil , Ambaffadeur de Malte ,
préfenta , le 26 du mois dernier , au Roi les Faucons
que le Grand Maître de la Religion eft
dans l'ufage d'envoyer annuellement à S. Maj.
Ce préfent , qui fut remis , au nom du Grand-
Maitre , par le Chevalier de Rothe , fut reçu
par le Marquis de Vaudreuil , Grand Fauconnier
de France , & par le Chevalier de Forget.
Le 31 , le fieur d'Houry , Imprimeur du Duc
d'Orléans & du Duc de Chartres , a eu l'honneur
de préfenter à LL. MM. & à la Famille Royale ,
l'Almanach Royal pour l'année 1785.
Le i de ce mois , les Princes & Princeffes ,
ainfi que les Seigneurs & Dames de la Cour ,
rendirent leurs refpects au Roi & á la Reine á
l'occafion de la nouvelle année . Le Corps de-
Ville de Paris , ayant á fa tête le Duc de Briffac ,
Gouverneur de la ville , conduit par le fieur
Nantouillet , Maître des cérémonies , & par le
fieur de Watronville , Aide des Cérémonies ,
's'acquitta du même devoir envers LL. MM . &
la Famille Royale . La Mufique du Roi exécuta
pendant le lever différens morceaux , feus la con(
131 )
"
"
duite du fieur Girouft , Surintendant de la Mufique
de Sa Majesté .
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers
de, l'Ordre du Saint Efprit , s'étant affemblés
vers les onze heures & demie du matin , dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majesté tint un Chapitre
, dans lequel Elle nomma Chevalier de l'Ordre
du Saint - Efprit le Due d'Harcourt. Le Roi
fe rendit enfuite à la Chapelle , précédé de Monfieur
, de Monfeigneur Comie d'Artois , du Duc
de Chartres , du Prince de Condé , du Duc de
Bourbon du Prince de Conti du Duc de
Penthièvre & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre ; deux Huiffiers de la
Chambre de S. M. portant leurs maffes. Le Roi
étant arrivé à la Chapelle , monta fur fon Trône
& reçut Prélat - Commandeur de l'Ordre du Saint .
Efprit , l'Evêque d'Autun . Sa Majesté affifta
enfuite à la grand'Meffe chantée par la Muque
, & célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
-Commandeur de l'Ordre , & premier Aumônier
du Roi . La Ducheffe de Charoft y fit la
quête. Après la Mefle , à laquelle la Reine , Madame
, Madame Comteffe d'Artois & Madame
Elifabeth de France , affifterent dans la Tribune ,
le Roi fut reconduit á fon appartement , en obfervant
l'ordre dans lequel il en étoit forti .
·
Le Grand Confeil eut l'honneur de rendre
fes refpects à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Leurs Majeftés fouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Mufique
du Roi exécuta différens morceaux lous la
conduite du fieur Girouft , Surintendant de la
Mufique du Roi.
>
Le 1er. de ce mois , le Comte de Lure a eu
l'honneur d'être préfenté au Roi par le Duc de
f 6
( 132 )
Penthièvre , en qualité de Meftre- de- Camp en
fecond du Régiment de Penthièvre , Dragons.
eu , "9
Le Marquis de Verac , Ambaffadeur du Roi auprès
des Etats - Généraux des Provinces- Unies , a
le 2 l'honneur de prendre congé pour le
rendre à la deftination , étant préfenté à S. M. par
le Comte de Vergennes , Chef du Confeil Royal
des Finances , Minitre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département des Affaires étrangeres .
Le 3 du même mois , le feur d'Aligre , Premier-
Préfident du Parlement de Paris , ainsi que
des Préfidens à Mortier & les autres Préfidens du
même Parlement , ont eu l'honneur de rendre
leurs refpects à L. M. & à la Famille Royale , à
l'occafion de la nouvelle année . La Chambre des
Comptes , la Cour des Aides & la Cour des Monnoies
, ont auffi eu cet honneur , ainfi que le Châtelet
de Paris , à la tête duquel étoit le Marquis
de Boulainvilliers , Prévôt de cette ville ,
DE PARIS, le 11 Janvier.
S. M. a fait publier une Amniftie générale
, en faveur des Déferteurs de tout état ,
qui rentreront dans les terres de la domination
de S. M. , dans l'efpace de fix mois ,
à dater du premier Janvier de cette année .
Ce pardon s'étend jufqu'aux déferteurs détenus
dans les dépôts ou prifons .
Le 17 Décembre , M. le Baron de Breteuil ,
accompagné de M. le Noir & du Bureau d'Adminiftration
, fe rendit aux Tuileries pour la
diftribution annuelle des Maîtrifes & grands Prix.
M. Bachelier , Directeur , ouvrit la féance par
un Difcours , où il exprima la reconnoiffance
publique & celle des Eleves pour la protection
( 433 )
accordée à cet Etabi ffement , & pour les nouveaux
encouragemens dont on l'a favorisée.
On procéda enfuite à la diftribution des Maî
trifes obtenues par les fieurs Boucher & Gautier
, pour l'Ofevrerie , le fieur Moufle T'aîné
pour celle de Charon , le fieur Acrin , pour .
celle de Serrurier , & le fieur Villard , pour celle
de Menuifier.
Et après à celle des grands Prix mérités par
les fieurs Bouffard , Paris , Marié , Vielle , le
Jeune & Dufoit.
Ils furent embraffés par le Miniftre au bruit
des fanfares , & des acclamations du public ; 12
grands Acceffits , & 96 Prix furent auffi délivrés
dans la même féance .
Les côtes de la Manche en Picardie &
en Flandres , ont effuyé de grands défaftrés
par les tempêtes du mois dernier. On nous
mande de Dunkerque , que dans l'intérieut
même du Port les navires n'ont pas été à
l'abri ; fur la côte on voit fept bâtimens
échoués à peu de diftance : à fix lieues du
Port , le rivage fut couvert plufieurs jours
de débris, & de toutes efpeces de marchandifes
que la mer y rejettoit. Heureufement
Dunkerque n'a perdu que deux vaiffeaux.
Il y apeu de jours qu'aux portes de la
même ville .. des Jardiniers trouverent une
perfonne alfite , appuyée contre un tertre ,
un piftolet à fes pieds , & la tête fracaffée .
On attribue cet acte de défefpoir à la perte.
d'un emploi fubalterne que le Suicide avoit
dans la Marine . Un Charretier , un Perruquier
& um Palfrenier ont donné à Dunker(
134 )
,
que le même fpectacle en très - peu de tems .
Le premier de Novembre , nous écrit M. Dubuc
de Bordeaux un jeune homme de vingt
à vingt-quatre ans , fe retirant de la campagne à
l'entrée de la nuit , fut attaqué dans un chemin
de traverſe , à un quart de lieue de la ville
par un homme qui fe tenoit caché dans un foffé
au bord du grand chemin , & qui après l'avoir
laiffé paffer , vint le furprendre par derriere , &
lui demander la bourie ; le jeune homme s'étant
retourné , & dégagé de l'affaffin , qui d'une
main le tenoit par le collet de l'habit , & de l'autre
lui préfentoit un piftolet , eut le bonheur de
fans
détourner le coup au moment qu'il partoit ,
autre mal qu'une petite bleffure à la main . Le
Voleur voyant fon piflolet déchargé , fe jeta fur
le jeune homme , le faifit par le milieu du corps ,
s'efforçant de le jeter par terre ; mais celui - ci
grand & agile , fe défendit avec tant de bonheur
qu'il terralla le Voleur lui - même , lui mit le
genou fur le ventre , & lui arracha un fecond
piftolet qu'il tâchoit d'armer ; alors le jeune
homme entierement maître du fcelérat , qu'il
tenoit fous lui , éleva la voix en appellant du fecours pour le garroter, mais le Voleur lui demanda
grace , & le fupplia de ne pas le livrer à la
Juftice , ajoutant que le befoin urgent où ilfe
trouvoit , l'avoit feul obligé de recourir depuis
deux jours à un métier aufi infâme ; enfin qu'il
n'avoit pas un fol pour fe rendre à Angoulême
où il avoit des parens , &c . Le jeune homme ,
touché de fon repentir & de fon récit , lui ôta
fon couteau qu'il jetta dans une vigne voifine , pour lui ô er tout moyen de lui nuite , le laiffa
relever , lui na lonna , ajoutant à cela un écu
de fx frents ( ni étoit , je penfe , à peu près
tout ce qu'il avoit alors dans fa poche ) , il l'ex(
135 )
4
horta enfuite fortenient à partir tout de fuite
pour Angoulême , & à être honnête homme à
l'avenir .
J'arrivai fur la place où cela venoit de ſe paſfer
, dans l'inftant que ce malheureux s'éloignoit ;
& l'agitation où je voyois le jeune homme , ainfi
que les cris que j'avois entendus , m'ayant fait
foupçonner la vérité , je voulus courir & arrêter
le voleur , mais le premier m'en empêcha , difant
qu'il lui avoit pardonné ; & me fit enfuite
le détail de l'affaire , tel que vous venez de
le lire . Les pistolets & le couteau que nous
retrouvâmes , me firent voir qu'il ne m'en
impofoit pas ce brave & généreux jeune homme
ne voulut abfolument pas me dire fon nom ,
& fe refufa à l'invitation que je lui fis de venir
fouper chez moi , mais le hafard me l'ayant fait
rencontrer à la Bourle deux jours après , j'ai fu
qu'il fe nommoir M. Roux , qu'il étoit Suiffe &
du canton de Berne , & c. & c .
Il paroît une Ordonnance de S. M. , concernant
les claffes de la Marine , dont le
difpofitif doit intéreſfer un grand nombre
de nos lecteurs. Elle eft divifée en 18 titres .
Le premier regle la divifion générale de toute
l'étendue des côtes du Royaume en fix départemens
divifés en quartiers , & ces quartiers fousdivifés
en fyndicats. Chaque département eft attaché
à un des trois grands Ports,& particuliérement
deſtiné à fournir les Matelots & les Ouvriers néceffaires
aux armemens & aux travaux de ce Port.
Le titre 2 a pour objet les Officiers prépofés à
l'adminiftration des Claffes ; favoir, un Infpecteurgénéral
, auquel feront fubordonnés quatre Infpecteurs
particuliers attachés à des diftricts déterminés
; ceux- ci auront fous leurs ordres des Chefs
( 736 )
des Claffes prépofés chacun à un arrondiffement
compofé de plufieur quartiers ; & ces Chefs ferunt
aidés dans leurs fonctions par un Officier attaché à
l'arrondiffement : un Commillaire Hes Claffes ſera
établi dans chaque quartier , & un Syndic des gens
de mer dans chaque fyndicat.
Les titres 3 , 4 , 5 , 6 , 7 & 8 , reglent les fonctions
des Inspecteurs , Chefs des Claffes , Officiers
attachés , Commiffaires & Syndics , en détermimant
& diftinguant avec précifion les pouvoirs &
l'autorité de chacun d'eux .
Leaire o regle ce qui concerne les Tréforiers
déja établis dans les quartiers par Ordonnance du
1er. Juin 1782 , avant laquelle les Commiffaires
étoient chargés de la Caifle .
Titre to , du claffement . Les anciennes Ordonnances
n'avoient établi que d'une maniere géné
rale les motifs qui doivent faire confidérer un
homme comme claffé , & affujetti au fervice de la
Marine ; ce titre les détermine ex- &tement & de
maniere á s'affurer que ceux qui auront choifi
volontairement les profeffions relatives à la Marine
, & qui les exercent , feront feuls foumis à
cette obligation , & qu'aucun d'eux auffi ne
pourra s'y fouftraire ; S. M. accorde même des
délais avant le claffement , des temps d'épreuve à
ceux qui veulent effayer ces profeflions , & des
moyens d'obtenir le déclaffement à ceux qui veulent
y renoncer.
Le titre 11 , des devoirs des gens claffés & de
la police des claffes , réduit cette police à ce qui
eft abfolument
néceflaire
pour la sûreté du fervice
, c'est-à - dire , aux moyens de fuivre les mouvemens
des Matelots
& de les trouver , lorfqu'on
aura befoin de les employer
, en laiffant à tous
ceux qui ne feront pas levés pour la Marine , la
plus entiere liberté de s'occuper
à la navigation
marchande & à la pêche.
( 137 )
Titre 12 , des levées. L'Ordonnance de 1689
avoit divifé les Matelots en plufieurs claffes , pour
fervir alternativement ; cet ordre n'étoit pas tuivi
depuis long-temps , & ne pouvoit plus l'être ; on
n'y avoit rien fubftitué . Ce titre établit un tour
de rôle régulier ; accorde des avantages aux peres
de famille & aux gens mariés ; permet des fubfti
tutions dans certains cas ; regle les motifs d'exemp
tion , & détermine la forme des levées ; en forte
qu'il ne pourra y avoir rien d'arbitraire à cet égard,
& que chaque fyndicat fournira toujours propor
tionnellement au nombre d'hommes qu'il contient.
Titre 13 , de la conduite . Les Matelors & Ouvriers
levés avoient été jufques à préfent envoyés
féparément & fans ordre dans les ports , en forte
qu'on n'étoit jamais certain d'avoir tous les hommes
levés , bien moins encore de les raffembler au
moment où i's étoient néceffaires ; ce défordre ,
qui a produit les plus grands inconvéniens pendant
la derniere guerre , & retardé des armemens , eft
corrigé par les difpofitions de ce titre , qui ordonne
que les levées de chaque quartier feront
réunies en troupes , & fe rendront au lieu de leur
deftination fous la conduite d'un Officier ; que les
logemens leur feront donnés fur la route comme à
toutes les troupes en marche , & qu'il leur fera
fourni des voitures pour le tranfport des hardes ;
c Réglement concilie ainſi l'avantage des Matelots
avec l'exactitude & la sûreté du fervice.
Le titre 14, des Gens de mer employés au commerce
, regle ce qui concerne les armemens des
Navires marchands , les obligations refpectives des
Capitaines de ces Navires & de leurs Matelots , &
contient plufieurs difpofitions dont l'objet eft de
prévenir la défertion .
Le titre 15 , des Gens hors de fervice & des Invalides
, détern ine dans un très - grand détail tout ce
( 138 )
qui concerne les penfions ou foldes de retraite qui
feront accordées aux Matelots Invalides , les motifs
qui leur donneront le droit de les obtenir , &
la valeur de ces penfions proportionnelles aux
grades & aux fervices , & regle la maniere de les
diftribuer par un état général divifé en plufieurs
claffes , fuivant les divers motifs , & qui fera arrêté
à la fin de chaque année.
Titre 16 , des à- comptes . S. M. voulant pourvoir
à la fubfiftance des Matelots employés à fon
fervice , ordonne de payer par à - comptes pendant
leur abfence , le tiers de leurs falaires aux perfonnes
qu'ils auront défignées lors des levées , indépendamment
des à compres qui leur feront donnés
à eux-mêmes en hardes pendant les campagnes.
Le titre 17 accorde des gratifications aux familles
des Gens de mer moris au fervice de S. M.
ou tués fur les Corfaires , & regle ces gratifications.
Le titre 18 & dernier , des Déferteurs , adoucit
la rigueur des peines prononcées par les anciennes
Ordonnances contre les Matelots déferteurs , diftingue
les punitions qui leur feront infligées , fuivant
qu'ils fe feront rendus plus ou moins coupables,
& regle tout ce qui eft relatif à la défertion
des Navires marchands.
Dans l'inftant nous apprenchs que M.
Blanchard , accompagné du Docteur Jefferies
, a traversé la Manche fur l'aîle des vents
& dans fon Ballon , & qu'il eft defcendu
Vendredi dernier , à 4 heures & demié, à 3
lieues de Boulogne.
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 7 Janvier.
M. de Waffenaër de Staremberg , Ambaffadeur
extraordinaire de LL. HH. PP.
( 139 )
auprès de la Cour de Ruffie , vient d'être
rappellé.
On parle d'un voyage que doit faire le
Prince d'Orange à Breda , où il tiendra un
Quartier général . Ce voyage , fubordonné
à plufieurs circonftances imprévues , eft , diton
, fixé à la fin de Février.
Le Mémoire remis par M. de Kalicheff,
Miniftre de Ruffie au Préfident des Etats-
Généraux , & dont nous avons indiqué
l'objet , porte en ſubſtance .
Toutes les démarches de l'Impératrice , depuis
le commencement de fon Regne , ayant toujours
été dirigées par l'amour de la paix & de la tranquillité
générale , S. M. I. ne fauroit voir avec
indifférence la fituation fâcheufe dans laquelle la
République fe trouve de nouveau plongée.
Elle ne diffimule point à LL. HH . PP . fes fentimens
pour S. M. l'Empereur des Romains , fon
ami & fon allié : Elle a auffi manifefté en tant
d'occafions l'intérêt qu'Elle n'a jamais difcontinué
de prendre au bonheur de la République , que
LL. HH . PP. ne peuvent enviſager que comme
une fuite de ces difpofitions le regret avec lequel
S. M. I. a vu tout d'un coup interrompre les Négociations
amiables par des voies de fait qui femblent
ne laiffer à l'Empereur d'autre parti à fuivre
que celui que lui dicte le foin de fa dignité com
promife à la face de toute l'Europe.
L'Impératrice guidée par la perfuafion de faire
une chofe agréable à la République , & defirant
prévenir des fuites qui pourroient affecter le repos
général de l'Europe , a ordonné au Souffigné
M. de Kalitchoff, d'inviter LL. HH . PP . de vouloir
bien , tandis qu'il en eft temps encore , aviſer
aux moyens que leur fageffe leur fuggérera, pour
( 140 )
ouvrir derechef les voies aux Négociations qui,
viennent d'être interrompues fi malheureufemente
& obvierpar là aux progrès d'une méfintelligenc
qui menace de dégénérer dans une guerre ouverte
Les confidérations de bien - être de la Répu
blique , attaché à la confervation de la paix d'un
côté , & de l'autre les fentimens pacifiques que
S. M. l'Empereur a toujours fait paroître , & dont
il ne fe départira qu'à la derniere extrémité , ne
Jaiffent aucun doute à l'Impératrice que LL. HH.
PP., en donnent à fes invitations , dictées par les
motifs les plus purs & les plus reſpectables , le dét
gré d'attention & d'égard qu'elles méritent , ne
prennent une réfolution digne de leur prévoyance,
& telle enfin qu'il en puiſſe réſulter un arrangement
falutaire & utile aux deux Parties.
Les Etats Généraux ont répondu à cette note,
Ils témoignent dans cette réponſe leur fenfibi
lité aux exhortations amicales de l'Impératrice ,
rappellant en les juftifiant , les actes qui ont eu lieu
fur l'Efcaut , ainfi que la rupture des Négocia
tions , par le rappel de l'Ambaffadeur Impérial ,
& finiffent par exprimer leur defir de la repren
dre , mais de maniere à ce que les droits & pffef-
Jions inconteftables de la République foient confervés
avec la paix.
Au milieu des préparatifs militaires qui fe
font ici & chez nos voifins , on évite toute
hoftilité réciproque. Nos vaiffeaux mouillent
à Triefte fans étre inquiétés . Le convoi
d'artillerie , forti de Breda pour Berg- op-
Zoom , auroit pu être furpris par les Autrichiens
le Prince de Ligne avoit même , à
ce qu'on dit ici , fait quelques difpofitions ,
à cet effet , lorfqu'une défenfe du Gouver-
:
( 141 )
nement de Bruxelles les a rendues inutiles.
Le Dragen delante du Régiment d'Arberg
, acculé d'un affaffinat , & réfugié à
Malhricht , a été mis en liberté le jour de
Noël , après quelques femaines de détention.
Il s'eft engagé dans un Corps Franc
levé pour le fervice de la République.
Vendredi dernier , nous avons perdu lé
Général Major Martfeld , Chef des Ingé
nieurs , & univerfellement regretté.
Le Duc de Mecklenbourg - Strelitz a offert au
Rhingrave de Salm , pour le Service de la République
, un Corps de mille hommes , moyennant
qu'en temps de paix , il reste fur l'état
de la République , quoique féjournant dans le
Duché de Mecklenbourg , & que le Prince tire
un fubfide permanent pour cet objet . Le Rhingrave
de Salm penfe qu'on obtiendroit les mêmes
conditions du Comte de la Lippe- Buckenbourg ,
& peut-être d'autres Princes d'All magne . Le
Stathouder , ayant fait part de ces propofitions
aux Etats - Généraux , LL . HH. PP . les ont foumifes
à la décifion des Provinces.
Pendant le cours de l'année derniere , il eft
à Amfterdam , dix mille trois cens
mort ,
> & une perfonnes , par conféséquent onze cens
& cinquaute de plus qu'en l'année 1783 , dont
le nombre montoit à neuf mille cent quarantequatre.
"
On compte auffi qu'il y a eu pendant la même
année , à la Maifon de Ville 1222 Mariages
proclamés , & 757 Mariages célébrés ; le nombre
des Mariages dans les Eglifes Réformées fe monte
à mille fept cens quatre- ving- dix.
Pendant l'année derniere , il eft entré , dans
lé Port du Texel , 1534 Navires.
( 142 )
.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 10 Janvier.
Notre Gouvernement vient de publier au
nom de S. M. I. un Acte d'amniftie en faveur
de tous les déferteurs , uniquement
coupables d'avoir abandonné les drapeaux.
Ce pardon aura fon effet pour tous les foldats
qui rentreront au fervice depuis le premier
de 1785 , jufqu'au mois d'Avril de la
même année. Ceux même devenus incapables
du fervice militaire , feront compris
dans cette amniftie , en revenant aux Pays-
Bas.
Les équipages de l'Empereur font attendus
ici d'un jour à l'autre , ainfi que la premiere
colonne des troupes en marche pour
es Pays Bas. Le Régiment de Bender eft
arrivé à Malines , & nous apprenons de Cologne
, que les régimens de Wurmfer &
d'Eftherazy , Huffards , font arrivés à Deutz
fur le Rhin , le 30 du mois dernier.
Le Général des Pontonniers Autrichiens ,
écrit- on de Namur , le 15 du mois dernier , eft
arrivé hier dans cette ville à 11 heures du foir.
» Depuis ce moment , tout efl en mouvement ,
malgré la grande quantité de neige qui vient
de tomber. Les Officiers du Bailliage fe font
tranfportés dans la forêt de Marlaque , pour y
faire couper le bois néceffaire pour la conftruction
de 2 jo pontons ; à cet effet , la maiſon de
campagne de Progondville fervira de chantier.
( 143 )
" Du côté de la porte de Fer, plus de 300 ouvriers
≫ travaillent fans relâche á faire des fafcines.
» On continue d'établir des magasins de toute
ec efpece. Deux cens mille liv . de balles à mouf
quet & 100 mille liv. de poudre à canon ont été
» tranſportées de Luxembourg par, cette ville.
» Nous fommes ici dénués de garnison.
"
כ כ »L'IngénieurduBronoeftarrivéàNamur;
» on répare fous fa direction tous les grands che-
» mins. »
On travaille fans relâche à la formation
des magasins à Tournay & à Mons. Dans
cette derniere ville , on a même employé
quelques Eglifes à cet ufage.
Il eſt entré pendant l'année derniere 1784,
dans le port d'Oftende , 1309 navires.
Articles divers tirés des Papiers Anglois & autres,
Le dernier Ouvrage publié par M. l'Abbé de
Mably , fur les Conftitutions des Etats- Unis de
l'Amérique , a révolté les Américains contre cet
eftimable Ecrivain. Dans plufieurs Etats , on l'a
pendu en effigie , comme ennemi de la liberté & de
la tolérance , & fon Livre a été traîné dans la boue.
Ce traitement qui pourra paroître plus honteux en,
core pour ceux qui l'ont infligé, que pour celui qui
en eft l'objet , prouve du moins que les Américains
n'aiment pas qu'on leur donne des avis,
On recrute avec la plus grande activité dans les
fauxbourgs de Vienne ; & plus de 200 Perruquiers
ont été enrôlés. On affure que des 80 mille Ruffes
qui fe trouvoient fur les frontieres de la Pologne ,
30 mille fe font déja avancés dans la Pologne At .
trichienne. [ Gazette de Deux-Ponts , numéro 1. ]
Le Général de Maafdam, Gouverneur de Breca
( 144 )
étant venu contre toute attente à la Haye, dans le
tems qu'on eût cru qu'il attendoit l'arrivée des ful
dites troupes , on ne fauroit que penſer de cette apparition
inopinée. ( Idem. )
On dit à Vienne qu'il est question d'envoyer
40,000 hommes du côté de l'Alface , pour y obferver
l'arméeFrançoife. [ Nouv . d' Allemag.no.CCIV.J
La Rufie doit avoir offert les forces de mer à
l'Empereur ; on dit même qu'elle a fait remeure
une note au Roi de Pruffe , dans laquelle eile déclare
que , vû la juftice des prétentions de l'Empereur
,elle l'affifteroit de toutes les forces. [ Gazette
d'Erlang, Nouvellifte d'Allemagne. ]
M. de Bougainville ayant été fait prifonnier à la
prife de Quebec , s'embarqua pour l'Europe a bord
d'un transport , commandé par un Ecoffé is, nommé
Chriftie. Peu de jours après avoir mis à la voile, le
bâtiment fit naufrage furune partie déferte des côtes
de la Nouvelle- Ecoffe. Tout l'équipage eut le
bonheur de gagner le rivage ; mais avec fort peu de
provifions. Dans le cours de leur voyage pour retourner
à Quebec , ils furent réduits à la cruelle
néceffité , n'ayant plus de comestibles , de tirer au
fort pour voir celui qui feroit mis à mort , afin de
prolonger la vie des autres. Le Capitaine Chriftie,
avec une éloquence qui auroit fait honneur au plus
grand Orateur , détermina fes camarades affamés à
excufer M. de Bougainville de courir les risques du
hafard ; « car, ajouta t -il , fi le lot fatal tomboit jur
lui , tout ce que nous pourrions dire àfes compatriotes
ne les diffuaderoit point que nous ne l'ayons affaffiné
. En conféquence , on difpenfa M. de
Bougainville , à trois différentes repriſes , de tirer
au fort ; car les malheureux qui formoient l'équi
page du bâtiment , fe virent obligés autant de fois
d'avoir recours a ce terrible expedient pour ſubfter.
[ Gazette d'Utrech , numéro 105. ]
" בג
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
DE
VARSOVIE , le 25 Décembre.
Depuis quelques jours , la nouvelle fe
répand que neuf régimens Ruffes font
entrés en Podolie . Le Hofpodar de Moldavie
a fait avancer un détachement fur les
frontieres , pour prévenir qu'aucun de fes
fujets ne fe joigne aux Rébelles de la Tranfylvanie.
On mande de Lemberg , que la
Čour de Vienne va réunir la Buckowine à
la Gallicie. Le voyage de
l'Impératrice de
Ruffie à Cherfon eft très -
certainement renvoyé
à un temps indéterminé.
Les divifions
continuent à Dantzick entre les
divers Ordres , au fujet de l'accord à figner avec
S. M.
Pruffienne. Cette ville a envoyé ici un
Sénateur pour
recommander fes intérêts à la République
, qui l'a exhortée à accepter , fans
plus de délai , un
accommodement devenu néceffaire.
On fe flatte d'une prochaine
réconcilia-
N°. 4, 22 Janvier 1785. g
( 146 )
tion entre le Prince Jérôme de Radziwill , &
la Princeffe fon époufe , dont la fuite occupa
les Papiers publics , il y a un an . Le
Prince Charles de Radziwill , Palatin de
Wilna , & frere aîné du Prince Jérôme ,
négocie actuellement cette réunion defirée,
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 3 Janvier,
1
5. M.a affifté aux différentes parades ces jours
derniers; & depuis fon arrivée ici, elle a fait diftribuer
7000 rixd . aux indigens. Le Prince
Louis de Wirtemberg eft en cette Capitale
avec fa nouvelle époufe & la Princeſſe Czartoryska,
fa belle -mere . On a déja repréſenté
trois fois l'opéra d'Orphée : repréſentations
auxquelles le Roi n'a point affifté , S. M. ne
ftéquentant plus le fpectacle depuis 8 ans.
La Police vient de renouveller les défenfes
contre les jeux de hafard anciens ou nouyeaux
, contre les aumônes aux mendians
de la ville , & contre les prêts d'argent faits
aux Comédiens .
Le Comte d'Anhalt , paffé l'année derniere
du fervice de Saxe à celui de Ruffie en
qualité de Lieutenant Général , vient de
faire préfent au célébre Bufching , du plan
topographique du Gouvernement de Kalagh
, exécuté en Ruffie . Ce projet de mefurer
tout l'Empire , eft un des plus glogieux
du regne de Catherine II. Le Prince
( 147 )
>
J.
Wasemskoi , auteur de cette grande idée , eft
chef de la
Chancellerie
particuliere , chargée
de
l'exécution : il y a travaillé avec tant
de zele , que 14 nouveaux
Gouvernemens
font déja
arpentés & deffinés. Un grand
nombre de
Géometres font occupés e cer
ouvrage. Non - feulement , les plans indi--
quent la diftinction des terres
labourables
des prés , des bois , avec les chemins
ponts , &c. mais de plus les limites du territoire
de chaque ville , de chaque village ,
même de chaque
Propriétaire. Tous les
deffins feront gravés comme l'eft maintenant
celui du
Gouvernement de Kalugh..
L'Atlas de ce
Gouvernement eft
accompagné
d'une
defcription en deux volumes.
in folio. Si les 42
Gouvernemens ſont exécutés
de la même maniere , il n'exiftera pas
un recueil
comparable à celui- ci dans le
monde entier . Le Comte
d'Anhalt écrit à
M.
Bufching : » Si vous reveniez ici , vous ne
reconnoîtriez plus cet Empire » .
DE
VIENNE , le 4 Janvier.
Les avis publics ou militaires conti-l
nuent à ne préfenter qu'un anias ridicule
d'impoftures & de
contradictions .
L'opinion
flotte au milieu de ces
nouvelles
multipliées ,
recueillies fans examen par les Gazettes , &
qui exercent
journellement la fagacité & les
conjectures des prophetes politiques .
Nos troupes approchent
heureufement de
g2
( 148 )
leur deftination . Les Princes d'Empire dont
elles ont traverfé les Etats , fe font empreffés
de montrer leur zele & leur attachement
pour l'Empereur les Régimens ont reçu
par-tout le meilleur accueil , principalement
fur le territoire de l'Electeur de Baviere qui
a fait diftribuer gratuitement des rafraîchiffemens
à nos foldats.
Une lettre de Landshut , du 21 Décembre
dernier , donne les détails fuivans ,
Hier , vers midi , le Régiment de Latterman
arriva, ici accompagné d'une bruyante mufique
turque. Il pri quartier , ainfi que le Régiment
de Tillier , entre la ville & Brucken ; l'Etat major
le logea dans l'abbaye de Seelingthal . Il eft
impoffible de voir un plus beau Régiment . 300
chariots venoient à la fuite , dont 40 étoient chargés
de poudre ; la marche étoit terminée par 16
pieces de canon dont la plupart étoit de 12 livres.
Samedi paffé on arquebufa à Biburg , à quatre
lieues d'ici , un Déferteur natif de la Suabe. Un
autre , natif de Straubing , fut condamné à voir
faire tous les préparatifs d'un fupplice qu'il ne
devoit pas fubir , la fentence n'ordonnant pas fa
mort . Demain un Confeil de guerre jugera dix
prifonniers à Neuhaufen , à quatre lieues d'ici ,
où l'on fera haite pour prendre un jour de repos.
Il fe trouve plufieurs Bavarrois dans ces Régimens
; on les a avertis , dès leur arrivée à Braude
ne point s'annoncer pour tels & que
ceux d'entre eux qui déferteroient feroient promplement
livrés au Régiment par leurs propres
compatriotes à raifon d'ordres donnés d'avance à
cet effet. Un Caporal du Régiment Tillier , qui
étoit ci -devant dans le Régiment des Cuiraffiers "
du Prince Taxis Bavière , hazarda , d'entrer en
nau ,
149 )
ville & y fupplia à genoux qu'on ne le livrat pas ;
on le conduifit à la Garde des Cafernes où il attendra
la réfolution du Confeil de Guerre de
Munich . On croit que vendredi prochain le Ré
giment des Dragons de Tofcane arrivera ici &
qu'il y fera promptement fuivi de cinq Régimens
d'infanterie.
M. Schuhay , Lieutenant- Colonel d'Artil ;
lerie , eft allé recevoir & faire tranſporter les
canons dont le Prince d'Anhalt Zerbſt a fait
préfent à notre Souverain. Dans les Etats
du même Prince , les recrues fe font avec
un grand fuccès .
Les horreurs ne font pas encore à leur
terme fur la frontiere orientale . Une par- tie de la populace exterminatrice
vée en Tranfylvanie , eft défarmée : le reſte
a gagné des montagnes , & s'y retranche.
De-là , ces brigands font des excurſions ,
étendent l'épidémie de diftrict en diftrict ,
forcent les uns à les fuivre , & menacent des
plus affreux fupplices ceux qui s'y refufent.
Plufieurs détachemens font à leur pourfuite;
il y a eu quelques rencontres : on va enfermer
leurs retranchemens de toutes parts ,
de forte qu'il ne leur reftera de reffource ,
que de périr ou de vaincre , ou de fe rendre
à l'amniftie. Les Chefs des Régimens , diton
, ont ordre d'envoyer des Trompettes
aux rébelles , & de les affurer du pardon ,
s'ils retournent dans leurs foyers , ou de les
menacer , en cas de réfiftance , d'être fou
droyés par l'artillerie , & livrés aux fup
plices.
g3
( 150 )
On affure que ces miférables ont forcé les
Moines d'un Couvent de Francifcains à monter
dans la tour du Monaftere , dont le pied étoit entouré
de fourches , & qu'ils les ont précipités l'un
après l'autre. :
Entre autres excès qu'on en rapporte , ils ont
dépouillé un Comte de Hongrie , ils l'ont lié
tout nud. à un fapin , ont mis le feu au haut
de l'arbre , de maniere que la réfine tombant
goutte à goutte & toute brûlante fur le malheu
reux Comte , ils eft mort dans les plus affreufes
douleurs. Ils ont garrotté une autre victime de
leur rage fur une planche & l'ont jettée dans
un grand feu. Le Général Splény , commandant
les Hoffards de Seckler , envoya , au commencement
de ce mois , un quartier - maître & 12 hommes
à la découverte de rébelles ; ils rencontrerent
une bande de 2,000 Valaques dont ils furent
auffitôt entourés ; cépendant ils eurent le bonheur
de fe faire jour , d'en tuer 23 & d'en amener
18 prifonniers. Ce même quartier- maître fe retira
enfuite dans un village éloigné de deux lieues
où il croyoit être en fûreté , & où il fit fon rapport
au Commandant ; celui- ci détacha d'abord
150 hommes , qui , avec les premiers s'avancerent
au point du jour , pour attaquer ces mutins.
L'Officier qui étoit à la tête de ce corps ,
Jeur envoya un trompette avec un étendard blanc ,
pour demander un pourparler avec les chefs qui
parurent immédiatement , & l'Officier les ayant
fommés de dire pourquoi ils ravageoient ainsi
leur propre pays , ils répondirent qu'ils ne mettroient
pas les armes bas , qu'ils ne cefferoient
de s'en fervir comme ils faifoient , que lorsqu'ils
feroient égaux aux gentils - hommes & que les
biens que les nobles & feigneurs poffédoient feuls
feroient plus également partagés ; que dans le
( 151 )
cas contraire ils étoient décidément réfolus
à continuer de maffacrer tous ceux qui s'op¬
poferoient à ce qu'ils fe fiffent juftice , & qu'enfuite
ils érigeroient eux-mêmes un Royaume de
Valaques.
Tous ces récits font vraisemblablement
très - exagérés. Les Gazettes étrangeres ont
annoncé que le Chef des Rébelles , le Vala
que Horiah , étoit déterminé à rétablir l'Empire
de Dacie. Il eft fâcheux que cet homme
fi bien inftruit de l'Hiftoire ancienne , felon
les Nouvelliftes , ne fache pas même lire. Il
eft de la plus profonde ignorance : c'eſt un
fait avéré. Quelques -uns des fiens voulant
engager une Communauté Allemande à
prendre parti en leur faveur , préfenterent au
Paſteur un Almanach de 1782 , en lui difant
férieuſement & de bonne-foi , que c'étoit-
là la Patente Impériale qui les autorifoit
à empâler les enfans , à violer les fentmes
, à brûler les maris , à incendier les villages
. Cet Horiah , difent les mêmes Conteurs
, qui trouvent dans ces exploits un
exercice légitime du Droit naturel , a pris
le titre d'Altele Royale. Il eft âgé de so ans ,
beau & robufte , & finira comme Pugatchew
, dont il a imité la barbarie & la maladreffe.
18
Quant au Comte Salines & non Salis ,
comme on l'avoit débité , autre Chef des
Infurgens , voici ce qu'il y a de vrai dans fes
aventures.
}
Il eft fils d'un comte Salines , gentilhomme
g4
( 152 )
Lorrain , chefdes troupes Tofcanes , & d'une comteffe
Hongroife Andréafi. Pendant la guerre de
1756 il fervit dans le régiment Jofeph Efterhazi.
Quand on établit les 4 Régimens de frontieres
on le fit Capitaine à caufe de fon mérite militaire
, & parce qu'il fçavoit parfaitement les langues
Hongroife & Valaque. On le fit Major. Sa
conduite étoit toujours très - déréglée. En 1774 il
fut caffé à caufe d'un déficit de 4000 florins dans
la caiffe. Il s'adreffa avec la femme & fes enfans
à Vienne , ( 2 de fes fils font officiers Autrichiens,
& font eftimés ) pour implorer la grace de l'Impératrice.
N'ayant pas pu obtenir fon pardon , il
quitta tout d'un coup fa famille , qui depuis a fubfifté
des bienfaits de la haute nobleffe. Après
avoir cherché inutilement fortune en Pologne , it
revint en Transilvanie , où l'hofpitalité de ce pays
le foutine pendant quelque tems. Il s'eft procuré
beaucoup d'argent par les pillages , & eft retiré
actuellement dans le territoire Turc . Il eft âgé de
62 ans d'une figure petite & ramaſſée , on lui
donne de l'efprit & du courage.
M. de Born , Confeiller de Cour , a fait
la découverte de féparer l'argent du minerai
de cuivre , fans employer le feu. Il a
demandé pour récompenfe une penfion de
80,000 florins , ( on peut fuppofer un zéro
de trop ) qu'on lui a accordée , vu que l'Empereur
gagnera annuellement un million par
le nouveau procédé.
L'excommunication de M. Eybel a été
adreffée de Rome au Confeil Aulique de
L'Empire. Ce Tribunal , compofé en partie
de Proteftans , ne pouvant fe mêler des
affaires intérieures , a renvoyé la Bulle. Com-
1
( 153 )
me il eft défendu aux Evêques & aux Tribunaux
de recevoir des Brefs de la Cour de
Rome , il lui fera difficile de mettre en valeur
l'Interdit lancé fur M. Eybel. Cette
démarche , à ce qu'on prétend , a été occafionnée
par la traduction en Italien de quelques
ouvrages de l'Auteur , qui ont allarmé
le Saint Siege.
Les Médecins de notre grand hôpital fe font
attirés l'animadverfion de S.M. par leur défobéiffance
l'ordre de ne point enfévelir un cadavre
avant 48 heures . Un cocher dans cet hôpital
ayant préfenté tous les fignes de la mort , on le
déshabilla , & après lui avoir couvert le vifage de
chaux , on le transporta avec divers cadavres dans
une chambre froide . L'activité de la chaux fur
le vifage du cocher le fit revenir de fa léthargie
& il pouffa des cris aigus. Les Médecins effrayés
accoururent ; mais le malade ne voulut plus renarer
entre leurs mains , fe fit transporter chez lui
& mourut le jour ſuivant dans les plus affreufes
douleurs.
"
Une lettre de Hongrie contient l'avis fuivant
, touchant la démarcation future des
limites avec la Porte.
D
« Le Grand- Seigneur a envoyé les ordres les
plus abfolus aux Mufulmans qui habitent les
environs de l'Unna , pour qu'ils euffent à fe retirer
inceffamment , à aller s'établir ailleurs ,
» ce diftrict faiſant aujourd'hui partie de la Croa
tie Hongroife. Ces émigrations forcées déplaifent
à tel point à ces Turcs , qu'ils aiment
mieux , pour la plupart , embraffer le chriftia-
» nifme & refter dans leurs habitations , que d'ale
ler en chercher ou s'en faire d'autres dans des
לכ
&S
( 154 )ད
régions fauvages & ifolées » Le même négo
ciant nous apprend auffi que les Janiffaires fe
dégoutent déjà des exercices militaires Européens
& ne s'y prêtent qu'avec une extrême répugnance
; mais qu'il n'en est pas ainfi des nouveaux
exercices pour l'artillerie qui fe continuent
avec un fingulier fuccès , eu égard à l'entêtement
des foldats Turcs pour leur vieille routine , fouş
la direction du Chevalier Murey,
Le 26 Décembre , on fit ici l'inauguration
du nouveau temple de la confeffion
Helvétique , pour l'érection duquel le Comte
de Fris offrit d'ajouter un don de dix
mille florins a 1x fommes confidérables déja
livrées par d'autres bienfaiteurs. L'Eglife
dans un goût noble & fimple , a été embel
lie par le pinceau da fieur Ringlehabn . L'affemblée
nombreufe qui affia à la cérémo ÷
nie & au fermon , prononcé par le fieur
Hilchenbache Miniftre de cette Eglife ,.
adreffa au Ciel les voeux les plus ardens
pour la postérité du, Monarque fous les
aufpices duquel elle jouit de la liberté de
pouvoir s'acquitter publiquement de fes devoirs
de religion.
"
DE FRANCFORT , le 9 Janvier..
On vient de dénoncer au public dans le
Journal de Berlin , l'Eſtampe qui repréſente
le fameux Thaumaturge , Comre de Caglioftro
, dédiée à feu le Comte de Milly,
& tirée du cabinet de Madame la Marquife
Urfé . Le Journaliſte faifit cette occafion.
155 7
pour verfer le ridicule fur toutes les inepties
dont quelques fociétés d'Alchymiftes
tâchent d'infatuer l'Europe depuis quelques
années.
Hi eft curieux fans doute de fçavoir ce qu'on
penfe de M. Mefmer & de la conduite en Allemagne.
Le même Auteur a confacré un article
à ce Médecin. Il dit que l'Allemagne ufe de repréfailles
envers la France , qui , après lui avoir
envoyé tant de Charlatans , dont on s'étoit moc
qué chez eux , vient de s'enthoufiafmer pour un
Magicien Allemand , qui , depuis 12 ans , avoit
déjà perdu toute fa réputation dans fa patrie. En
1775 , l'Académie des Sciences de Berlin déclara
abfurdes les théorêmes de M. Meſmer.
Pendant l'année 1784, il y a eu ici 872
batêmes , 1274 fépultures & 198 mariages..
Avant hier , écrit - on de Nuremberg ,
en date du premier de ce mois , une eſtafette
Impériale apporta de nouvelles lettres
réquifitoriales aux Etats de l'Empire , pour
le paffage de huit Régimens. Les troupes.
Autrichiennes que nous attendions les feulement
, font arrivées aujourd'hui.
1
Quatre Companies des Volontaires de
Stein , enrôlees ici , font parties le 4 pour
Luxembourg. On achete dans le cercle de
Souabe 40,000 mefires de blé, d'avoine, &
20,000 quintaux de foin pour le fervice de
l'Empereur.
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere , at
défendu l'exportation des fourages du Palatinat.
Le Comte de Thautmansdorf, Miniftre élector
h 6
( 156 )
L
ral de Boheme à la diete de l'Empire , a pro
pofé aux Etats Catholiques qu'attendu que ju qu'à
préfent , rien n'a pu être arrangé relativement à
Faffaire des Comtes de Franconie , & que cette
conteftation empêchoit l'activité de la diète. If
feroit convenable de conférer avec les Etats
Evangéliques & de les engager à confentir que
la voix des Comtes de Franconie fût fufpendue
jufqu'à ce que la conteftation de ces Comtes ſoit
terminée entièrement , ou que , fi cette fufpenfion
ne convenoit pas , il fut procédé aux délibé
rations de la diète comme à l'occafion de l'acceffion
de l'Empire au traité de paix de Tefchen.
Le Necker , à ce qu'on apprend de Man--
heim , étoit pris de glaces à la fin du mois
dernier, & le Rhin avoit commencé à charier
des glaçons. Heureufement ce froid fi
vif ne s'eft pas foutenu .
Le Grand - Seigneur , dit on , a réfolu
d'envoyer un Ambaffadeur à Madrid. On:
ajoute que le Miniftre d'Elpagne auprès de
la Porte , a prié celle - ci de ménager un
Traité de paix entre S. M. C. & les Algériens.
Les papiers publics offrent le parallèle fuivant
entre les villes de Vienne & de Berlin . Vienne a
4 milles dans la circonférence ; elle eft composée
de la ville & de 35 fauxbourgs , qui contiennent
5,485 mailons & 254,559 habitans , dont 20,000
Travaillent en foie ; il y meurt annuellement environ
10,000 perfonnes , ce qui fait un mort fur-
25 vivans. Berlin az miles & demie dans la
circonférence ; elle eft compofée des villes &
de 4 fauxbourgs qui renferment 9,695 maifons
* une population de 140,719 ames y compris
( 157 )
le militaire ; le nombre des fabriquans & des
ouvriers dans cette ville monte à 3,251 , & il y
meurt par an environ 4,698 perfonnes , par conféquent
une fur 28 de la population.
On apprend des ports du Levant , que les
démêlés de l'Empereur avec les Hollandois
ont fait hauffer les affurances jufqu'à 10 p.
cent, fur les bâtimens de ces deux Puiffances.
On a compté à Stutgard , dans l'année der
niére 70 naiffances , dont 364 garçons & 346-
filles ; 623 morts & 315 mariages.
Le nombre des naiffances dans la ville de Man
heim a été l'année derniere de 584 , celui des
morts de 503 & celui des mariages de 146 .
Nous donnâmes , il y aun mois , un réfumé
général des forces militaires de l'Empereur
; le complet fur le pied de paix portant
au total 295,258 hommes; le complet fur
le pied de guerre 364,5 11.. Ces états étoient
rédigés d'après les Ordonnances militaires ;
mais ni en temps de paix , ni en temps deguerre
, l'effectif des Régimens n'eft de la
force indiquée. D'après l'Ordonnance , voici
un précis exact de la formation de l'armée
de l'Empereur.
INFANTERIE.
1. Le complet d'un Régiment d'Infanterict
qui a fon cantonnement pour l'enrôlement eft
de 18 Compagnies ; fçavoir & Compagnies de
Grenadiers compofées de z Capitaines , 2 premiers
Lieutenans , 2 fous Lieutenans , 2 Sergens
, 8 Caporaux , 2 Fourriers , 4 Tambours ,
4 Fifres , 2 Charpentiers , 198 Grenadiers , 1
Fourier & 1 Chirurgien en tout 228 hommes .
7.158 .)
16 Compagnies de Fufiliers compofées de tz
Capitaines , 4 Capitaines-Lieutenans , 16 Lieute
nans , 16 fous - Lieutenans , 8 Enfeignes , 16 Sergens
, 8 Flugelman , 64 Caporaux , 16 Fouriers ,
32 Tambours , 16 Fifres . 128 Appointés , 16
Charpentiers & 2,560 Soldats , en tout 2,912
hommes.
L'Etat Major eft compofé de 35 perfonnes ;
un Colonel propriétaire , un Colonel comman<-
dant , un Lieutenant - Colonel , un Ma or ,
Aumônier , un Auditeur , un Quartier- Mitre ,
un
Cadets Enfeignes , un Adjudant , un Chirurgien
Major , 6 Cadets , un Chirurgien de Bataillon
, 7 Aides Chirurgiens , 8 Fouriers , un
Tambour Major , un Prévôt ; ainfi le total d'un
Régiment d'Infanterie , y compris l'Etat Major ,
eft de 3,175 hommes.
2. Le comples d'un Régiment d'Infanterie
Hongroife fans cantonnement pour l'enrôlement
eft de 18 Compagnies ; fçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers de 228 hommes , & 16 Compagnies
de Fufiliers compofées de 2,947 hommes ,
y compris l'Etat Major , ce qui porte chaque
Régiment , y compris 640 Soldats abfens par
Congé illimité , à 3,815 hommes.
3. Le complet d'un Régiment Wallon , Ita
lien , & du Régiment Allemand en garnison
én Italie , eftde 8 Compagnies ; fçavoir 2 Com,
pagnies de Grénadiers formant 248 hommes ,
& 16 Compagnies de Fufiliers , compofées de
1456 hommes , de 144 Surnuméraires , de 352
Officiers & bas Officiers , & de 35 perfonnes de
P'Etat Major , ce qui forme un total de 2,215
hommes.
4. Le Complet d'un Régiment d'Artillerie eft
de 16 Compagnies , lefquelles , y compris l'Etat
Major , les officiers & bas Officiers , forment un
( 15.9 )
I
total de 2,415 hommes ; fçavoir 10 Capitaines ,
6 Capitaines - Lieutenans , 16 Lieutenans , 48
Bombardiers , 16 Sergens , 16 Fouriers , 96 Caporaux
, 32 fous- Caporaux , 16 Sergens - Fouriers ,
16 Tambours , 16 Fifres , 1536 Canoniers , chaque
Compagnie de 96 hommes , 256 fous - Canoniers
, chaqué Compagnie de 16 hommes , 1 Colonel
propriétaire , Colonel Commandant , I
Lieutenant - Colonel , 3 Majors , un Canonier , I
Auditeur , Quartier-Maitre , 1 Adjudant ,
Chirurgien Major , 4 Chirurgiens de Bataillon , &
Aides Chirurgiens , un Tambour Major , 8 Hautbois
, 1 Prévôt.
I
5. Le complet de la Garde du Général de l'Artillerie
eft de 107 hommes.
6. Le complet des Artilleurs , répartis dans les
Fortereffes & dans les Garnifons , eft de 1,274
hommes.
7. Le complet des corps des Mineurs compofé
de 4 Compagnies , eft de 497 hommes.
8. Le complet du corps des Sapeurs compofé
de 3 Compagnies , eft de 172 hommes.
9. Le complet du corps de Pontonniers , eft de
416 hommes.
10. Le complet d'un Régiment de garniſon ,
eft de 18 Compagnies , chacune de 164 Soldats ,.
ce qui fait , y compris l'Etat Major , les Officiers
& les Bas- Officiers , un total de 3.609 hommes .
11. Le complet d'un Régiment de garnifon
dans les Pays Bas , eft de 4 Compagnies , en tout
de 80s hommes.
12. La garnison de Philipsbourg , eft composée
'de 401 hommes .
13. La garde de la Couronne de Hongrie , eft
compotée de 242 hommes.
14. Le complet de chaque Régiment de Fron-
Dieres des diftriets de Carlftadi , de Warardina
( 160 )
on
Efclavonie & du Bannet eft de 16 Compagnies,
ce qui forme , y compris l'Etat Major , un total de
4,094 honimes par Régiment.
15. Le complet du Régiment de Frontieres
des Illiriens , eft des Compagnies on de 1351
'hommes.
9
16. Le complet de chacun des deux Régimens
de Frontieres de Szecleriens & des 2 Régimens
de Wallaques , eft de 12 Compagnies ; chaque Régiment
eft de 3,016 hommes .
17. Le complet du Bataillon des Tshaiks out
troupes de Marine , eft de 4 Compagnies ou de
1,119 hommes .
Le complet du Régiment de Colons Allemands
eft de ro Compagnies ou de 2,030 hommes.
Cavalerie.
I. Le complet d'un Régiment de Carabiniers
eft de huit efcadrons , dont deux de Chevaux-
Légers. Un efcadron de Carabiniers eft compofé
de 174 hommes , favoir , un Capitaine , un Capitaine
en fecond , deux Lieutenans , deux Sous-
Lieutenans , deux Sergens - Majors , un Fourier ,
un Chirurgien d'efcadron , un Trompette , un
Sellier , un Maréchal ferrant , huit Caporaux ,.
deux Sous - Caporaux , cent quarante- cinq Cavaliers
, & fix Cavaliers furnuméraires. Un
efcadron de Chevaux - Légers eft composé de 193
hommes , favoir , vingt-trois hommes depuis le
Capitaine jufqu'aux Sous- Caporaux , & cent foixante-
dix Cavaliers. L'Etat- Major eft compofé
du Colonel propriétaire , du Colonel commandant
, du Lieutenant- Colonel , de deux Majors
de l'Aumônier , de l'Auditeur , du Quarrier-
Maître , de l'Adjudant , du Chirurgien du Régiment
, de quatre Enfeignes , du Trompette -Ma- .
for , du Chirurgien Major , du premier Maréchal
ferrant & du Prévôt.
( 161 )
Les fix efcadrons de cavalerie font 1044 hom
Les deux efcadrons de Chevaux - Légers 286 hom .
L Etat-Major
Total
18 hom .
1,440 hom. II. Le complet
d'un Régiment
de Cuiraffiers & du Régiment
des Dragons
d'Arberg
eft de fix
efcadrons
, chacun
de 174 hommes
. Le total , y
compris
l'Etat- Major , eft de 1062 hommes
.
III. Le complet d'un Régiment de Dragons &
de Chevaux- Légers eft de fix Efcadrons , chacun
de 193 hommes ; le total , y compris l'Etat-
Major , eft de 1176 hommes.
IV. Le complet d'un Régiment de Huffards eft
de huit e cadrons , chacun de 190 hommes .L'Etat-
Major eft compofe de vingt une perfonnes .
Le total d'un Régiment de Haffards eft de 1557
hommes.
V. Le complet d'un régiment ' de Huffards des
frontieres eft de trois Compagnies , qui , y com..
pris l'Etat- Major , portent le nombre d'hommes à
501.
VI. Le complet du régiment de Huffards - EGclavons
eft de fix Compagnies , en tout de 995
hommes.
VII. Le complet du régiment de Huffards-
Sze cléviens eft de douze Compagnies , en tout de
2253 hommes .
Infanterie.
1. Chaque Régiment de dix-huit compagnies
eft augmenté , favoir , les deux compagnies de.
Grenadiers , de quatre Sergents Fouriers , & de
deux Charpentiers ; & les feize autres compagnies
de 640 foldats , de feize Charpentiers , quatrevingt-
huit ouvriers , huit Enfeignes , trente -deux
Caporaux , cinquante fix Sergens - Fouriers , foixante-
quatre Appointés , cinq Aides - Chirurgiens,
( 162 )
& trois Caporaux furnuméraires. Le total , y cóm
pris l'Etat -Major , eft de 4093 hommes. -- Quelques
régimens font portés à vingt compagnies , &
alors le total d'un régiment fait 4570 hommes.
II. Le complet de l'Artillerie , des régimens
de garnitons , & des régimens de frontieres , &
en tems de guerre , le même qu'en tems de
paix .
III . Les deux efcadrons de Chevaux -Légers Carabiniers
, font augmentés chacun de dix Cavaliers
; & l'Etat- Major , d'un Chirurgien & d'un
Tailleur. Le corps de réferve pour chaque régiment
de Carabiniers , eft de 160 hommes ; ces
augmentations portent le total de chaque régiment
à 1638 hommes.
IV. Chaque régiment de Cuiraffiers eft augmenté
de deux Chirurgiens- Majors , d'un Tailleur
, & d'un corps de réferve de 137 hommes.
Le total de chaque régiment eft par conféquent
1199 hommes.
V. Chaque efcadron de Dragons & de Che-
Vaux- Légers eft porté à 203 hommes , qui ,
avec le corps de réſerve de cent trente - fept hommes
, portent chaque Régiment à 1373 hommes.
VI. Chaque efcadron de Huffards eft augmenté
de huit Huffards ; & l'Etat-Major , d'un
Major, d'un Bourelier & d'un Tailleur . Cette
augmentation & le corps de réferve de 168 hommes
, portent le total de chaque régiment de
Huffards de huit efcadrons , à 1808 hommes.
VII. Un Régiment de Hoffards de cinq divifions
, ou de dix efcadrons , eft de 2055 hommes ,
& le corps de réserve de 168 ; ce qui forme un
total de 2223 hommes.
( 163 )
A
VIII. Le complet des Huffards de frontieres eft
le même qu'en tems de paix,
ITALI E.
DE VENISE le 27 Decembre.
>
On a enfin reçu des dépêches du Chevalier
Emo. Il y rend compte du bombardement
de Suze , & de la mort du Comman
dant Moro . Le Sénat a été très fenfible à la
perte de ce brave militaire , & l'on croit
qu'on accordera des graces à fa famille.
Le bruit s'eft répandu qu'outre la perte
' d'un des vaiffeaux de notre efcadre , dont il
a été fait mention , nous avions auffi perdu
la frégate commandée par le Capitaine Cicogna
, & que tout l'équipage avoit péri.
On a des raifons de craindre que ce bruit
ne foit que trop fondé.
par
On a lancé aujourd'hui un des vaiffeaux de
guerre dont la conftruction avoit été ordonnée
le Gouvernement . On continue d'aflurer que
les forces que nous mettrons en mer fous peu de
tems font deftinées à protéger notre commerce
contre les Hollandois , dans le cas d'une rupture
entre cette République & l'Empereur que l'on regarde
comme inévitable.
DE FLORENCE , le 25 Décembre.
Un exprès , parti de Pife , a apporté le
14 au matin l'heureufe nouvelle de l'accouchement
de notre Souveraineį; & le Public
( 164 )
en a été auffi-tôt inftruit par une décharge
de l'artillerie du château de Bellevedere.
L'Archiduc eft né dans la nuit du 13 au 14 ,
& a été baptifé par un Capucin , qui lui a
donné les noms de Louis - Jofeph- Jean-
René. On a annoncé enfuite un gala & une
fête folemnelle pour trois jours confécutifs
à l'occafion de cet heureux événement , &
dans les trois foirées , on a allumé les feux
de joie qui font d'ufage au vieux Palais.
Une lettre de Tunis du 20. Novembre
dernier , apportée à Livourne par un bâtiment
de Ragufe , porte :
f
Vous ne pouvez pas , Monfieur , vous former
une idée de la fituation déplorable cù nous nous
trouvons. Tout infpire l'horreur , l'effroi , l'affiction
& le deuil . Outre que ce Royaume fe
trouvé tourmenté par l'Eſcadre Vénitienne , qui
devafte & détruit toutes les villes & villages qui
bordent la côte , nous fommes affaillis depuis peu
de diverfes maladies , qui enlèvent un grand
nombre d'habitans , la difette eft générale , &
c'eft la feule caufe du foulévement du peuple
contre le Bey & contre ceux qui font à la tête du
Gouvernement. Ils ne croient pas leur vie en fureté
, parce qu'ils le défient des troupes difciplinées
, & qui font fous leurs ordres , les regardant
comme complices elles - mêmes du foulevement
. Chacun craint ici pour fa vie , & regarde
Les effets , tant en argent qu'en marchandiſes ,
comme perdus. Que d'avantages auroient retiré
les Vénitiens dans ces affreufes circonftances , fi
leurs vues euffent été réellement tournées vers
cette Régence ! Nous fommes expofés à voir de
grands changemens.
( 165 )
On reçoit dans ce moment la nouvelle que
l'Efcadre Vénitienne a été forcée par les vents
contraires de quitter notre côte , & qu'elle s'eft
dirigée vers la Sicile. On ajoute qu'elle eft dans
le plus mauvais état , tant à caufe des tempêtes
qu'elle a effuyées , que des dommages que lui
ont caufé les batteries des fortereffes où ils ont
tenté de mettre le feu . Malgré la vigoureufe défenfe
que Sufe a faite ,, nous apprenons que cette
malheureufe ville eft entierement détruite &
ruinée. Les Vénitiens ont encore tenté de fermer
le Goulet , mais ils n'ont pas pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans , & reconnoillant
que tous les bâtimens qu'ils auroient
coulés à fond n'auroient produit aucun effet , on
fuppofe qu'ils ont été affez prudens pour ne
point vouloir facrifier inutilement leurs bâtimens
& leurs munitions.
DE NAPLES , le 27 Décembre.
Le terme de l'accouchement de la Reine
s'approchant, & S. M. commençant à fentir
les premieres douleurs , elle fe rendit à Caferte.
Le Grand- Aumônier s'y tranfporta
également pour fe trouver à l'accouchement
de S. M. On y envoya auffi les piquets des
Régimens des Gardes Italiennes & Suiffes ,
qui dans cet circonftance ont coutume de
renforcer la Garde du Palais . Le 14 , les
douleurs étant devenues plus fortes , notre
augufte Reine eft heureufement accouchée
d'une Princeffe. Cet événement a excité la
plus vive allégreffe à la Cour & àla ville
La frégate la Minerve eft rentrée hier
( 166 )
•
dans ce port. Elle vient de Palerme , & en
dernier lieu de Trapani , où en conféquence
des ordres du Gouvernement , elle a donné
toute l'afliſtance à l'efcadre Vénitienne qui y
eft mouillée . Le vaiffeau commandant
ayant
touché fur les rochers , ne pourra plus fervir.
Dans la vue de protéger notre commerce , &
le mettre à l'abri des infultes des Barbarefques , &
principalement des Algériens qui fe font montrés.
far les côtes du Ponent , on arme actuellement le
vaiffeau le S. Accaria qui ſe joindra aux frégates la
Minerva , & la S. Dorotea , pour aller leur donner
la chaffe.
DE GENES , le 29 Décembre.
L'Empereur ayant fait demander au Souverain
Pontite la fuppreffion de l'Evêché de
Neustadt en Autriche , dans le deffein de
réunir cet Evêché à l'Eglife de Saint Hyppolite
, en augmentant les revenus de la
Menfe , & en étendant le dioceſe , S. S. a
remis l'examen de cette affaire à la Sacrée
Congrégation confiftoriale qui vient de rendre
un Décret , portant la fuppreffion de cet
Evêché , & l'érection d'un nouveau , dont la
propofition fera faite dans le prochain Confiftoire.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Janvier.
Le le Bureau de la guerre a expédié
5,
( 167 )
des ordres aux Régimens cantonnés dans
diverfes places de la Grande-Bretagne , de
fe tenir prêts à marcher au premier avis. On
croit cette meſure relative à de nouveaux
coups de main contre les contrebandiers.
Le Whitby , Vaiffeau munitionnaire armé , qui
a fait voile dernierement de Portsmouth pour
Gibraltar , avoit à bord des munitions d'artillerie
pour le fervice de la Garniſon de cette place ; il
eft ordonné qu'elle foit complettement pourvue
le plus promptement poffible. On prépare maintenant
à la fonderie de Woolwich un nouveau
train d'artillerie , confiftant en 66 pieces de canons
de bronze deftinées pour les nouvelles for
tifications qui viennent d'être élevées à Gibraltar.
Toutes ces munitions feront tranfportées fur des,
Vaiffeaux munitionnaires armés , à caufe des Corfaires
Barbarefques qui courent principalement
fur ces Vaiffeaux , de telle Nation qu'ils puiffent
être , amie ou ennemie.
4
Le Gouverneur Johnſtone va , dit- on ,
être nommé Envoyé extraordinaire & Plénipotentiaire
à la Cour de Lisbonne , à la
place de M. Robert Walpole , qui a demandé
fon rappel . C'eft ainfi que l'Adminiftration
a eu l'adreffe de fe débarraffer du'
Gouverneur. Elle craignoit fon oppofition
aux réglemens de la Compagnie des Indes ,
& encore plus fon impétuofité dans le Parlement.
MM. Edmund Burke & Dudley Long , mem
bres du Comité choifi des affaires de l'Inde , fe
rendirent il y a quelques jours , chez M. Pitt, pour
le prier de leur faire donner une copie de la Lettre
de M. Haftings , ou de leur permettre au moins
( 168 )
d'en prendre lecture ; ils lui reprefenterent ,
l'appui de leur Requête , qu'ils avoient été informés
que la Lettre de M. Haftings contenoit des
obfervations fur quelques rapports du Comité
choifi , & qu'elle attaquoit les procédures & la
conduite du Comité. M. Pitt leur répondit avec
fang-froid & fermeté , & en même temps avec la
dignité d'un Miniftre, qu'ils pourroient le fommer
dans le Parlement de produire cette Lettre , mais
qu'il étoit de fon devoir de ne point la leur communiquer
d'une autre maniere. La demarche finguliere
des deux membres du Comité , a donné
Heu beaucoup d'interprétations. Les Partifans
de la coalition cenfurent vivement la conduite
du Miniftre en cette occafion , & le taxent de hauteur,
tandis que les Partiſans du miniſtere approuvent
fortement le refus de M. Pitt.
Notre commerce avec la Ruffie & le
Portugal profpere plus que jamais. Nous
avons reçu 15374 galons de vins de Porto
par les bâtimens arrivés en dernier lieu du
Portugal , & plus de 1700 de vins d'Efpagne
qui avoient été chargés à Cadix . Outre
les quantités prodigieufes de fuif que
nous avons reçues de Pétersbourg , les
mêmes batimens nous ont apporté 35 tonneaux
d'étoupes ; Philadelphie nous a fourni
598 quintaux de térébenthine , cet article
érant vendu à un prix plus avantageux en
Angleterre qu'en France .
Lundi dernier , un pêcheur de Haftings a
été tué par un Dragon du Régiment de Harcourt,
en quartier à Lewes : voici les circonftances
de ce meurtre . Trois Soldats
prêtoient main - forte à des Officiers des
douanes ,
( 169 )
douannes , qui faififfoient des batteaux d'une
conftruction illégale , lorfque ce pêcheur ,
pour éviter qu'on ne faisît le fien , tenta de
le mettre en mer. A peine fon bateau futil
à flot , que les trois Soldats tirerent fur
lui , & le tuerent roide dans fon bateau ,
une des balles lui ayant traverfé la tête . Un
petit garçon qui étoit avec lui heureuſement
ne fut point atteint , quoiqu'une autre balle
eût paffé très - près de lui . Le Coroner examina
le cadavre du pêcheur , & les Jurés dé
clarerent le meurtre volontaire . Les coupables
furent en conféquence arrêtés & conduits
à la prifon de cette ville . Le peuple fuc
d'abord fi irrité de la conduite des foldats
que l'on craignoit les effets de la fureur ;
mais les criminels ayant été chargés de
chaînes , ce fpectacle l'appaifa .
Le Parlement d'Irlande & le Congrès des
Volontaires s'affembleront le même jour :
l'affemblée des derniers fe tiendra à Athlone
Des troupes de cavaliers doivent s'y rendre
pour maintenir la tranquilité publique. Les
habitans de la ville ont offert des logeniens ,
pour les Volontaires pendant le féjour qu'il
feront à Athlone..
L'Abolition du Tribunal de Commerce ( Beard
of trade ) dit un de nos Papiers , eft tres-abufive.
& tres mal vue. Dans ce moment ci nous n'avons
point d'Officier qui foit refponfable envers les
Représentans du Peuple de nos liaiſons commer
ciales avec les Nations étrangères. Le Lord Syd- '
ney a refufé abfolument de réunir ce Tribunal
No. 4 , 22 Janvier 1785.- h
( 170 )
à fon Département , & le Bureau établi par le
Lord North fous la conduite de M. Elliot , ce
zelé Serviteur de la Nation , ne comprend que les
affaires des Colonies . Le défaut d'un Tribunal de
Commerce , pour veiller à notre Commerce
étranger , fait un tort confidérable à ceux de nos
Négocians qui commercent avec les Ports des
Européens. D'un autre côté , l'office de Conful
eft devenu nul , depuis que les repréſentations
que les Confuls font dans le cas de faire ne font
point écoutées , & le premier Miniftre ne fe foucie
point de fe charger de l'adminiſtration d'une
partie pour laquelle il ne fe fent point capable .
Ce vice demande à être remédié & à l'être même
promptement , car l'une des plus fortes Maiſons
de cette Ville intéreffées dans le commerce
d'Espagne & d'Italie , a déjà fouffert confidérablement
par de nouveaux Réglemens qui y ont été
mis en vigueur relativement aux importations
de l'Angleterre. Les Confuls y réfidans ont déjà
fait leurs repréſentations au Miniftere. On prépare
actuellement à ce fujet , un Mémoire qui fera
préfenté au Lord Tréforier ; de maniere que
vraisemblablement , cet objet attirera l'attention
de la Chambre des Communes dans fes prochai
nes feffions.
Les dernieres nouvelles de New- Brunfwick
portant que les Emigrans d'Irlande &
d'Ecoffe font très mécontens du partage
des terres qui a été fait pour eux , & dans
lequel on remarque de la partialité. Ils
prétendent que les Loyaliftes ont été mis
en poffeffion de la partie la plus fertile de
la province , tandis que les Emigrans font
obligés de fe contenter d'un terrein fi couvert
de bois , que cinq ouvriers ne peuvent
( 171 )
pas , dans l'efpace d'une année , défricher
plus de trois ou quatre acres pour le mettre
en labour. Le Gouvernement fera obligé de
prendre d'autres mefures , fans quoi les
Emigrans , au lieu de s'établir dans la nouvelle
Colonie , pafferont dans quelqu'un des
Etats d'Amérique. Ces plaintes font mal
accueillies ici , parce que rien ne forçoit les
Emigrans de la Métropole à s'expatrier ,
tandis qu'on devoit un afyle aux Loyalistes ,
ainfi la préférence donnée à ces derniers
eft auffi légitime que naturelle.
On donne les détails fuivans fur l'infortuné
Général Mathæus , affalliné par ordre
de Tippoo - Saib.
Il étoit Officier au fervice du Roi , mais employé
dans les troupes de la Compagnie , il avoit
demeuré dans l'Inde pendant plus de vingt ans ,
& il étoit revenu en Angleterre , il y a quelques
années , avec plufieurs de fes enfans & des richeffes
immenfes . Il avoit loué une maifon dans le
Comté de Chefter , où il vivoit avec la plus
grande magnificence. Il étoit retourné dans l'inde
en 1782 , avec ſa femme âgée de 17 ans , fille de
M. Jackfon , Secretaire de l'Amirauté . Peu de
temps après fon arrivée à Madraff , il avoit été
envoyé à la côte de Malabar , pour prendre le
commandement de l'Armée deftinée à pénétrer
dans les poffeffions d'Hyder. Il avoit effectué fon
irruption le 12 Décembre , à la tête de 400 Eu.
ropéens & de 1500 Scapoys , auxquels s'étoient
joints, enfuite trois autres bataillons de Scapoys
avec les troupes aux ordres des Colonels Macleod
& Humberstone. Onore , port de mer fur la
côte , fut immédiatement affiégé & pris d'affaut ;
-
h.2
( 172 )
& on rapporte que les Soldats , à leur entrée dans
la Ville , pafferent 500 perfonnes au fil de l'épée.
Le Général Mathews avoit marché enſuite
avec fon armée dans la Province de Bedanore ; il
s'étoit rendu maître , le 17 Janvier 1783 , de
la ville de ce nom , où il avoit trouvé des trésors
confidérables . On fait que cette Ville fut repriſe
au mois de Mai fuivant par Typpoo -Saïb.
M. Shirley, ci- devant Négociant à Lif
bonne , rapporte un événement arrivé pendant
fon féjour en Portugal , & digne d'être
connu dans les pays où la torture feroit
encore en ufage
1
Un Juge integre d'un des Tribunaux de Lisbonne
, ayant obfervé l'effet de la queſtion fur
des malheureux fauffement accufés de crimes.
lefquels préféroient de perdre la vie pour le fouftraire
à la torture , il fut fi vivement touché d'une
coutume auffi barbare , laquelle arrachoit fouvent
à l'innocent l'aveu fatal qui le conduifoit à
l'échafaud , qu'il réfolut de démontrer par l'expérience
combien les Juges étoient fujets à être
trompés en voulant obtenir la vérité par des
tourmens auffi inouis . C'eft en Portugal un crime.
capital de tuer un cheval ou un muler . Ce Juge
avoit julement un cheval du plus grand prix . Un
foir , tandis que fa famille eft livrée au fommeil ,
i entre dans l'écurie & coupe la queue de fon
cheval , qui , perdant tout fon ng par cette
bleffure , meurt prefqu'auffi - tôt . Le Valet eft
eft accufé d'avoir tué l'animal ; il veut en vain
fe juftifier ; les préfomptions font trop fortes
contre lui ; il fubit la queftion . Bientôt cet homme
préférant la mort aux douleurs violentes
qu'il endure , avoue en effet que c'est lui qui a
fait périr le cheval , & en conféquence il eft con;
( 173 )
damné à être pendu . Le Maître , qui ne pouvoit
être un des Juges , puifqu'il étoit lui - même l'accufateur
, avoua , apres le Jugement , qu'il étoit
lui-même l'auteur de ce délit , en vertu daquel
on venoit de prononcer contre fon Valet la Sentence
de mort. Il prouva alors la faillibilité des
des aveux arrachés par la torture , & il expofa
les motifs qui l'avoient porté à faire cette épreuve .
Depuis cet événement , on dit qu'on a modifié ,
dans tous les Tribunaux du Portugal , l'ufage de
la queftion , durant les procès criminels.
L'un de nos papiers raconte ainfi l'une des
circonftances préliminaires du départ de M.
Blanchard .
Nous apprenons de Douvres que l'arrivée du
Ballon de M. Blanchard en cette ville , a donné
lieu a un différend fort vif , qu'on eft parvenu
'heureusement à appaifer. En voici le fujet.
M. Blanchard , après avoir réfléchi fur le danger
apparent dont il étoit menacé en effectuant
fa navigatión aerienne à travers la Manche , &
après s'être affuré de l'état où fe trouvoit fon
Ballon , fut convaincu qu'il ne pouvoit point ,
eu égard à fa propre fureté , entreprendre ce
voyage avec le Docteur Jefferiel , fans perdre infiniment
de fon left , & en conféquence il déclara
à celui - ci qu'il étoit réfolu de tenter feul
ce paffage. Le Docteur , extrêmement jaloux
de partager l'honneur de ce voyage , trouva
toutes ces repréſentations fuperflues , & perfiftant
dans fes deffeins , il affembla un partì de Matelots
Anglois à la tête defquels il marcha au Châbien
déterminé , en cas de réfiftance , à
lui donner l'affaut , & à réduire le Ballon en
cendres pour fatisfaire fa vengeance . Les Officiers
de la Garnifon , informés de fon intention ,
fermerent les portes , & il s'enfuivit entre le
teau ,
h 3
( 174 )
Commandant du Château & le Docteur , une négociation
qui rappelle l'idée de celle de Charles
I , avec le Gouverneur de Hull , lorfque ce
Monarque effaya de furprendre cette Ville. Le
Château eft principalement rempli d'Invalides ,
dont la contenance comique préfente un tableau
tout - à - fait original . Ces hardis champions fe
promettoient tout de leur audace guerriere , &
étoient réfolus de défendre M. Blanchard contre
sous les efforts du vaillant Defteur. Mais celuici
voyant que cette affaire prenoit une tournure
trop férieufe , & que fa phalange auroit beaucoup
à fouffrir de la défenfe courageufe du Châ
teau , après avoir tenu confeil & fait mine de
Lout préparer pour une vigoureufe attaque , il
battit brufquement la retraite , & laiffa M. Blanchard
Maître abfolu de la fortereffe. En conféquence
, cet intrépide François fe prépare à profiter
du premier bon vent , pour partir d'Angleterre
fur fon Char aîlé.
On nous a fait paffer la note fuivante ,
relativement au démêlé du Duc de Richemond
avec le Colonel Debbieg , dont nous
avons parlé. Sans garantir les faits qu'elle
contient , pas plus que ceux que nous avons
rapportés , nous nous contentons d'inférer
ici mot à mot ce fecond récit.
En 1779 ou 1780 , le Duc de Richemond
ayant vu les ouvrages de Chatam , & penfant
qu'ils étoient très - difpendieux & mal entendus
pour la défenfe du chantier , en parla dans ce
fens à la Chambre des Pairs : peu de temps
après , le Colonel Debbieg vint chez lui , &
lui dit qu'il avoit lu dans les gazettes un précis
de fon difcours ; que chacun avoit le droit de
juger fon favoir , mais que perfonne n'avoit ce
( 175 )
lui de juger la probité dans la conduite des ou
vrages. Le Duc de Richemond l'affura qu'il
n'avoit attaqué ni l'un ni l'autre qu'il avoit
même dit avoir entendu rapporter que ces ouvrages
avoient été conftruits contre fon opinion ;
& qu'à l'égard de fa probité dans la conduite
de les travaux , il ne lui étoit jamais venu dans
l'idée de difcuter un fujet fur lequel il n'auroit
nulle connoiffance. Le Colonel Debbieg alors
fouhaita que le Duc de Richemond fit mettre
dans les Gazettes un défaveu du rapport qui y
ayoit été fait. Le Duc de Richemond répondit
au Colonel Debbieg qu'il ne pouvoit point faire
cette démarche ; que jamais il ne s'abaifferoit à
corriger le rapport des Gazettes , & qu'il pouvoit
être content de la vérité qu'il lui avoit dé
claré. Le Colonel Debbieg lui dit qu'en effet il
avoit vu Lord Amherſt qui lui avoit confirmé ce
que fa Grace venoit de lui dire , & il s'en alla
paroiffant content , au moins le Duc de Richemond
eut lieu de le croire , puifque depuis ce
jour - là jufqu'au 15 d'Août 1784 , il n'a jamais
entendu parler de cette affaire.
Cette explication a été lue tout haut par le
Duc de Richemond devant le Confeil de
guerre,
en présence du Colonel Debbieg , qui étoit placé
à côté de lui ; elle fut enfuite donnée par écrit
au Confeil de guerre. Le Colonel Debbieg en
demanda copie ; elle lui fut accordée , & deux
jours après il lut la défenſe , qui étoit fort longue.
Mais ni dans cette défenſe , ni d'aucune
autre maniere , cette explication n'a point été
contredite : & elle eſt reſtée fans répon e .
Un Pilote expérimenté de Briſtol vient de
publier un avis , qui peut être utile à tous les
navigateurs , & que nous tranfcrirons dans
ce but.
h 4
( 376 )
gilt
Entre Land's -End & Rund -le-Stone , gi
fent quatre rochers fous l'eau , dont trois le trouvent
dans le chenal , & le quatrieme dans la
même direction que Rund-le-Stone , ce qui rend
ce paffage , très- fréquenté , extrêmement dangereux
; & cependant ce danger eft peu connu des
navigateurs. A la marée baffe , on trouve fix
pieds d'eau fur l'un de ces rochers, & quatre feulement
fur le fecond . Le troifieme , dans les
grandes marées de l'Equinoxe , en Mars , fe
montre à fleur d'eau ; & le quatrieme enfin eft à•
peu - près de même. Le 26 Mai 1782 , le Capi
ta ne Puddicomb , de Newton - Bushel , qui venoit
de Liverpool à Plymouth , a touché fur
l'une de ces roches. Heureufement le temps qui
étoit beau , & le vent favorable , permirent aux
pilotes de lui donnet le plus prompt fecours. On
parvint à force de monde à entretenir les pompes,
& le navire entra à Mount'sbay. Les navigateurs
devroient marquer ces rochers fur les cartes >>.
N. B. Les 1759 perfonnes , mortes à
Londres de la petite vérole , doivent être entendues
mortes de cette maladie en général ,
& non pas feulement de l'Inoculation.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 12 Janvier.
Le 9 de ce mois , le Comte de Tavannes,
Chevalier d'honneur de la Reine , a prêté
ferment entre les mains du Roi , pour la
Lieutenance générale du Dijonnois , vacante
par la mort du Comte de Saulx fon pere.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage
du Comte de Berenger, Chevalier d'hon(
177 )
neur de Madame en furvivance , avec Demoifelle
de Névis ; & celui du Marquis de
Carcado Molac , avec Demoifelle de Saint-
Julien.
Ce jour , la Comteffe de Sainte- Aldegonde
& la Marquife d'Afnieres , ont eu
l'honneur d'être préfentées à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Comteffe de Gand, & la feconde par la Vicomteſſe
de Virieu .
Le fieur Robert de Heffeln , Cenfeur
royal , a eu l'honneur de préfenter à Leurs
Majeftés & à la Famille royale , qui l'ont honoré
de leurs foufcriptions pour la nouvelle
Topographie du royaume de France , la
contrée Nord de la Région centre. Cette
Carte eft la quatrieme de celles qui renterment
le fecond degré des détails de la fuperficie
du Royaume.
DE PARIS , le 18 Janvier.
L'heureufe traverfée de M. Blanchard &
du Docteur Gefferies eft l'époque la plus remarquable
de l'hiftoire des Ballons , depuis
leur origine. Il feroit à fouhaiter qu'elle en
fût la plus utile; mais elle n'a peut- être faic
que conftater les dangers de cette voiture
fur l'Océan. Nous n'avons pu encore difcerner
la vérité , au milieu de mille rapports
contradictoires , flatteurs . ou médifans , fur
les préliminaires & fur les circonftances de
cet heureux voyage. On parle d'un départ
hs
( 178 )
précédé d'altercations , de réfiftances , d'ar
gent donné par l'un des Aeronautes à fon
compagnon ; on ajouté que ces navigateurs
après avoir jetté tout leur left , les ornemens
de leur gondole , leurs propres vétemens
, eurent peine à défendre leur vaiffeau
aërien de toucher l'onde. On affirme que le
Docteur Jefferies avoit figné l'engagement
de fe laiffer précipiter par M. Blanchard au
fond de la Manche , dans le cas où ce facrifice
eût été néceffaire à la conſervation de
ce dernier , & que nouveau Curtius , l'Anglo-
Américain étoit réſigné à ce dévouement.
Auffi tôt que les Voyageurs eurent
pris terre, très près du bord de la mer , ils
s'embrafferent avec le plus profond attendriffement.
Nous nous permîmes dans le temps , de
rire un peu des defcriptions burlesques &
véritablement inconcevables de M. Blanchard
nous rendons juftice avec la même
impartialité à fon 7ele & à fon courage. Il
mérite des éloges , d'autant plus grands
qu'affez dédaigné jufqu'ici , & fans autre
fecours , que fon induftrie & fon ardeur , il
a pourſuivi & conduit à une fin heureufe
une entrepriſe , faite pour déconcerter les
hommes les plus aguerris. On ne fauroit
donner une plus sûre marque d'eftime à M.
Blanchard , que de lui confeiller de s'écarter
dans fa narration , des mauvais modeles
qui ont gâté fes précédens récits , d'éviter
l'enflure & les métaphores , & de rendre
( 179 )
avec fimplicité des dérails qui n'ont befoin
ni de phrafes ni d'exagérations.
Pour fatisfaire la curiofité du lecteur fur
ce paffage , nous joignons ici ce qu'on en
a publié , fans garantir néanmoins l'exacte
vérité des circonftances. Voici en quels termes
on raconte fon départ de Douvres .
A fix heures du matin les vents au nord , nordoueft
, M. Blanchard appella tous les Ouvriers , &
leur donna l'ordre de fe rendre au lieu du départ ;
lorfqu'ils furent tous réunis on lança une Montgolfière
, qui fe dirigea vers Calais ; M, Blanchard
dit à haute voix au Gouverneur du Chateau que
les vents étant favorables il alloit fe difpofer à
partir , & , pour en donner avis à tous les habi
tans , le Gouverneur fit tirer trois coups de canon
à huit heures trente minutes. Pour vous bien
repréfenter l'empreffement que chacun apporta
aux préparatifs , il faut vous peindre une famille
bien unie qui travaille en commun au bonheur
de tous.
Il étoit midi un quart lorfque , voyant fa ma
chine bientôt remplie , M. Blanchard déféra à M.
le Gouverneur du Château l'honneur de lancer
fon courier.
A une heure précife , les vents toujours nord
demi rhum , oueft , ce jeune intrépide ayant tout
préparé & fait placer M. Gefferies , fon compa .
gnon de voyage , feul tranquille fur fon fort , &
du ton de voix le plus décidé , donna l'ordre de
l'abandonner. On garda , pendant tous les momens
qui précéderent immédiatement le départ ,
le filence le plus morne ; mais à peine la Machine
eût elle quitté la terre , qu'on fe livrà aux accla◄
mations les plus vives & à toutes les foliès que
peut enfanter l'enthouſiaſme, Il étoit en effet bien
h 6
( 180 )
intéreffant de voir ce fier Aéronaute planant fur
Pinmenfe furface des eaux dans les plaines de
l'air. Témoin éloigné du délire qu'il excitoit , il
falua de fon pavillon , autant pour raffurer les
fpectateurs que pour leur témoigner fa reconnoiffance.
Nous commencions à le perdre de vue lorf
que tout - à- coup nous le vimes defcendre. Nous
ne pûmes nous défendre du plus grand effroi , en
confidérant le danger où fa généreuse entrepriſe
pouvoit le jetter ; mais nous fumes bientôt raf
furés en le voyant de nouveau s'élever dans les
airs , qu'il fendoit avec rapidité. Nous augurâmes
qu'il le trouvoit au - deffus du continent à trois
heures vingt - cinq minutes , & nous jugeâmes ,
antant qu'il nous fut poffible de le faire dans un
auffi grand éloignement , qu'il toucha la terre
aux environs de Blanay , entre Calais & Boulogne.
Je crois ne devoir pas paffer fous filence les
foins généreux que fe donnerent MM. les Officiers
en Chef pour établir l'ordre & contribuer au
fuccès de l'entreprife » .
Le Vendredi 7 du courant , à une heure
après-midi , les voyageurs arriverent au- deffus
des côtes de France , entre Calais & Boulogne
; ils prirent terre à deux lieues & demi
du rivage , au-delà de la forêt de Guines , vers
la pointe d'Ardres.
Ils furent reçus par M. d'Horinclam fils , qui les
conduifit dans fon Château. Le même foir
après fouper , les Voyageurs furent conduits à
Calais dans une voiture à fix chevaux qui leur fut
envoyée par les Officiers Municipaux , qui avoient
auffi donné des ordres pour que les portes de la
Ville fuffent ouvertes à quelqu'heure qu'ils arriwaffent
; & quoiqu'il fût deux heures après minuit
( 181 )
lorfqu'ils entrerent dans cette Ville , ils y trouverent
tous les habitans qui bordoient les rues fur
leur paffage en criant : Vive le Roi , vive les Voyageurs
aériens.
"
Ils defcendirent chez M. Mouron , l'un des Officiers
du Corps Municipal , où ils coucherent. Le
lendemain , dès le matin , le Pavillon François
fut placé fur la porte de M. Mouron , le drapeau
de la Ville fut hiffé fur les tours ; on fit plufieurs
décharges de canon & les cloches de toutes les
Paroifles furent fonnées en carillon . Le Corps
Municipal & tous ceux des Régimens qui compofent
la Garniſon , ſe rendirent le matin même
chez M. Mouron , pour féliciter les Voyageurs ;
à dix heures on leur apporta le Vin de Ville , &
on les invita à venir dîner ce jour même à l'Hôtel-
de -Ville .
>
Avant le dîner , le Maire préfenta à M. Blana
chard une boîte d'or , fur le médaillon de laquelle
eft gravé fon Aéroftat dans le moment de la defcente
; elle contenoit des Lettres qui accordent à
M. Blanchard le titre de Citoyen de Calais. De
pareilles Lettres furent offertes au Docteur Gefferies
, qui , en fa qualité d'Etranger ne crut
pas devoir les accepter. Enfin pour mettre le
comble à la gloire des Voyageurs , le Corps de
Ville leur demanda de laiffer leur Ballon pour
être déposé dans l'Eglife Cathédrale de Calais
ainfi que le fut autrefois , en Efpagne , le vaiffeau
de Chriftophe Colomb , & il fut arrêté qu'au lieu
de la defcente , il fera élevé une Pyramide de
marbre pour en perpétuer la mémoire.
"
Voici la lettre & le quatrain de M. Rigault
de Repinoy , ancien Maire de Calais , à M.
Blanchard.
M. , Votre triomphe du 7 de ce mois doit être
( 182
cher à cette Ville , puifqu'à pareil jour & à la
même date de l'année 1558 , Calais rentra au
pouvoir de la France après le fiége mémorable
du. Duc de Guife , & que 226 ans après ,
& un même Vendredi , l'Angleterre vient d'être
perfuadée qu'un François peut tout quand il
veut .
1 en
On m'affure , Monfieur , que le Docteur Gefferies
étoit votre Compagnon de voyage
ce cas , permettez moi de vous offrir ce Quatrain
:
Deux Peuples divifés pour l'empire des mers ,
Ne font qu'un aujourd'hui en traverfant les airs ,
Préfage fortuné de l'union fincere ,
Qui va régner entr'eux pour le bien de la terre,
J'ai l'honneur d'être , & c
Quelques perfonnes nous ont reproché
de ne pas affez multiplier les articles de nouvelles
inventions , découvertes , effais , induftrie
, &c. La raifon de ce filence eft trèsfimple
, c'eft que nous ne voulons point con
courir à tromper le Public. S'il voyoit de
près ces prétendus chefs d'oeuvres , ces plagiats
donnés pour des nouveautés , ces effets
chimériques qui n'ont exifté que dans l'imagination
, ces merveilles qu'on met en crédit
dans les Journaux avec des recommandations
, & dans le monde avec du manege ;
fi ce même public honnête favoit qu'on a
pouffé l'audace , juſqu'à lui atteſter les expériences
les plus fauffes , pour mettre en vogue
des fvftêmes anti-phyfiques , il nous fauroit
gré de notre circonfpection. Elle doit par
confé quent infpirer quelque confiance pour
( 183 )
les découvertes , dont nous prendrons fur
nous de garantir l'existence & l'utilité .
De ce genre , eft la Machine Polycrefte , ou Ma
chine à plufieurs ufages , dont il circule un Prof
pectus dans le Public. Nous ne parlerons de cette
étonnante Invention qu'en témoins oculaires &
très- attentifs de les effets. Elle eft l'ouvrage d'une
Perfonne de naiffance , occupée depuis long- tems
des expériences fur la lumiere , & qui en a tiré des
effets abfolument inconnus juſqu'ici . Cette Ma❤
chine réunit d'immenfes avantages pour tous les
Beaux- Arts , des agrémens inappréciables pour
les Amateurs & pour les Curieux. Elle furpaffe de
beaucoup tous les moyens ufités jufqu'à préfent
pour le procurer des copies exactes des différens
chefs -d'oeuvres de l'Art. Elle n'a aucun rapport
avec les Pantografes , Singes , ou autres Inftrumens
de cette efpece. Ce jeu d'optique fingulier n'a pas
plus de reffemblance avec les moyens imparfaits
& limités de la Chambre- Noire & du Microfcope
folaire . Cet admirable Inſtrument met fous les
yeux , fous la main de l'Artifte & de l'Amateur ,
un tableau fid ele & précis, de tous les objets qu'on
defire voir , deffiner ou peindre , & cela , dans la
proportion , dans la grandeur que l'on fouhaite.
Miniature , Gravure , Bas - Reliefs , Carte Géographique
, Plan , Coquilles , Minéraux , Camée ,
Pierre gravée , Médaille , peuvent , à volonté ,
dans l'inftant ou graduellement, être portés à deux
cens fois la grandeur originale. L'Auteur nous a
montré plufieurs Tableaux ou Gravures en petit ,
qui , dans un clin d'oeil , arrivoient fucceffivement
à cette dimenfion , & gagnoient en netteté & en
expreffion . Un objet de plufieurs pieds , peut de
même être réduit à une fimple miniature , & tous
dans leur augmentation ou diminution , confervent
la plus grande exactitude de deffin & la
7184 )
précifion des couleurs. Les plus foibles nuances
de celles- ci font faciles à difcerner ; chacune d'elles
fe diftingue & ſe prononce auffi nettement que
dans la nature .
On n'apperçoit d'ailleurs aucune trace d'ombre
, aucun nuage , aucun brouillard fur l'objet
repréſenté avec un relief , un caractère , une
vie qui manquent fouvent aux meilleurs tableaux
; de forte que la chofe paroît avec tour
Tavantage qu'elle auroit d'après nature. Mais
tout ce que nous pourrions en dire étonneroit la
conception ; il faut voir foi-même les effets de
cette Machine pour en apprécier la perfection .
Elle peut fervir à analyser toutes les perfections
de l'Art ; un Amateur , fans favoir deffiner ,
peut fe procurer fans peine , les copies les plus
fidèles , foit en grand , foit en petit , l'original
étant rendu dans fes moindres détails & couleurs.
Deux Artistes diftingués , MM Cochin & de
S. Aubin , ayant examiné cette Machine , ont attesté
la réalité & l'utilité de fes effets . Leurs Certificats
font joints à l'Annonce de l'Auteur : celui
de M. de S. Aubin porte :
Je fouffigné , attefte avoir fait ufage de la Machine
ci - deffus , approuvée par M. COCHIN , &
affure en avoir reconnu toutes les propriétés , &
en avoir éprouvé tous les avantages & parfaite
exactitude ; en prenant au trait plufieurs têtes plus
fortes que nature , que la Machine m'a données
ainfi , quoique les originaux n'euffent pas plus
d'un pouce de proportion , & cela , en confervant
la plus exacte reffemblance ; ce qui me paroît
devoir être de la plus grande utilité pour les Artiftes
dans nombre de cas , & d'un agrément infini
pour les Amateurs. Je déclare donc que cette découverte
, qui me paroît neuve , ne peut qu'être
( 185 )
avantageufe & agréable aux Artiftes & aux Ama
teurs , en leur préfentant fur le champ une forte
de traduction de tous les objets imaginables , foit
de grand en petit , foit de petit en grand. A Paris ,
ce 29 Novembre 1784. Signé , DE SAINT - AUBIN ,
de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture,
Graveur du Roi & de fa Bibliotheque.
La générofite de l'Auteur l'avoit d'abord décidé
à faire préfent au Public de cette Machine ; mais
-les dépenfes confidérables de fa conftru&tion , & le
defir de la voir multipliée , lui font ouvrir une
Soufcription. Chaque Soufcripteur recevra une
des Machines pour la fomme de 15 louis d'or , dont
cinq payés en fouferivant , entre les mains de
M. Lefevre , rue de Condé , qui donnera un reçu
fur lequel ladite Machine fera délivrée au Soufcripteur
. Dans le mois de Mars prochain ,
payant les dix autres louis d'or , M.I.efevre donne
l'adreffe de l'Auteur , chez lequel on peut aller
juger foi même de la Machine , avec la liberté de
retirer la Soufcription dans les 24 heures , fi les
effets ne répondent pas à l'énoncé .
en
Nous avons inféré dans ce Journal ,
le mois dernier une lettre que nous
adreffa M. Caullet de Veaumorel , au ſujet
d'une machine électrique , pofitive & négative
, dont il réclamoit l'invention fur
M. Lange de Villeneuve. Nous ne foupçonnions
pas que M. Caullet eût ofé fe
compromettre , & nous compromettre
nous -mêmes par des affertions infidelles ,
écrites d'ailleurs , d'un ftyle amer , où la
Grammaire étoit auffi peu ménagée que la
décence . Nous fommes obligés de mettre
au jour le procédé de M. Caullet , le même
qui à l'infçu de M. Mefmer , & contre fon
( 186 )
gré , vient de publier un Livre en forme
d'Almanach, fous le titre d'Aphorifmes de
M. Mefmer ; procédé dont on jugera par la
Lettre que M. Lange vient de nous adreffer
fur ce différend .
M. , voudrez - vous bien inférer , dans votre
Mercure prochain , l'extrait d'un Mémoire fur les
moyens de perfectionner les Machines électriques
, infcrit dans le Journal de M. l'Abbé Rozier
, au mois de Décembre 1776. Les remarques
qui accompagnent ce Mémoire ne laiffent point
de doute fur ma théorie ; cet extrait fervira de
réponse à la diatribe auffi triviale qu'indécente
que M. Cauller de Vaumorel vous a adreffée , le
25 Décembre dernier , au ſujet de cette Machine,
que modeftement il annonça comme une production
de fon génie dans la traduction qu'il fit en
François de l'Ouvrage Anglais de Nairne.
La Machine dont il eft queftion , eft composée de
deux tables ayant la formo d'un triangle ifocele.
appliquées l'une fur l'autre à l'aide d'un boulon à
écrou qui les traverſent toutes deux , la raiſon de
ces deux tables fera dans l'inftant expliquée . Les
montans entre leſquels tourne un plan de glace,
de 30 pouces de diamettre , fur un axe de cryſtal
´ou de cuivre , ſont auffi fixés fur la table fupérieure
; entre ces montans , font placés quatre
couffins ayant chacun 14 pouces de hauteur ; des
conduits métalliques garniffent l'intérieur des
montans , la table & fes pieds qui , dans la gravure
qui accompagne cette defcription , font figurés
en bois ; deux conducteurs féparés l'un de l'autre,
ayant pieds de long furs pouces de diametre
terminés par des boucles de 6 pouces , font ifolés
par quarre colonnes de cryſtal , chacune de 28
pouces de hauteur.
Dans mes remarques , je dis que je n'ai adopté
187 )
la forme de cette table que pour me procurer un
folement plus grand , &c. que mes deux tables
font ainfi difpofées , afin de fatisfaire au defir d'avoir
une machine propre à faire l'électricité négative
& pofitive . Car on peut , dis - je ,, pour cette
conftruction fubftituer à celle dont les pieds font
en bois , une dont les pieds feront en cryftal , &.
par ce moyen & l'axe propofé , elle deviendra
comme l'on voit négative , en interceptant toute
communication avec le réfervoir commun. Je
Idis enfuite qu'il eft néceffaire , dans cette circonftance
celui qui tourne le plateau foit ifolé ,
que >
& que par le moyen de mes deux conducteurs it
y en aura un que l'on pourra charger aux dépens
de l'autre , fuivant la maniere propofée par M.
Franklin , qui eft de faire communiquer un des
conducteurs aux couffins. Pour peu que l'on
foit au cours de l'électricité , on fentira que cette
machine , conftruite fuivant ces principes , fera
négative. D'ailleurs , c'eft aa Mémoire que je renvoie
ceux qui defireront prendre plus ample connoiffance
de eette machine qui , depuis plufieurs
années , a fervi de type à beaucoup d'autres , notemment
à celle de M. Caullet.
J'ai dit que la diatribe de M. Caullet étoit auffi
triviale qu'infidelle ; je vais prouver encore qu'il
n'eft pas meilleur Logicien que Phyficien. Voici
l'extrait de fa diatribe , qu'il intitule : Récla
mation.
J'ai lu dans des Journaux , dit M. Caullet
Vaumorel , que M. l'Ange , Marchand Epicier
, réclame cette machine négative & pofitive
, que l'Auteur de la traduction de Nairne a
mife au jour ; puifque c'eft moi que l'on attaque
, qu'il me foit permis de me défendre du
plagiat dont on m'accufe ; j'aurois été fâché de le
lui faire , quand même il en auroit valu la peine.
( 188 )
Le Journal de Physique du mois de Décembre
1776 , a annoncé , fur le dire de M. l'Ange , une
-machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative &
pofitive. Cette machine ne fait point honneur
aux fciences du reffort de l'électricité. Cette machine
, pofitive feulement , eft très - fimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux goi
dets , comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
pofitifféparés , fupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de fa
boutique , qui eft bas. Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans , &ci
Ces deux expofés mettront le Lecteur à portée
de prononcer fur l'infidélité du récit que fait M.
Caullet de Vaumorel de ma machine électrique ,
& de méprifcr comme moi cette production qui
ne décéle que le dépit de fon auteur & la fauffété
de fes affertions.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & 51.
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois , & ont envoyé aux
Paſteurs des diverfes Eglifes un Formulaire à
ce lujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de fe procurer des Auxiliaires.
L'on le réfroidit un peu fur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de fe procurer avec faci
( 189 )
lité , & l'on fonge à demander à la France quelques
milliers de troupes légeres &r quelques milliers de
troupes régulières à la folde de la République . Cette
finguliere propofition a été faite par les Etats
d'Utrecht & dans le Confeil de Leyde .
Le Comte de Waffenaer Starrenburg n'a
été rappellé de fon Ambaffade à Pétersbourg
que parce que l'objet particulier de fa miffion
étoit rempli.
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique ; favoir les difpofitions acnelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur En
voyé. Une autre de ces Feuilles nous dit aujour
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la caufe des Provinces Unies , & auffi tôt
la guerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera fur le territoire Autrichien.
Il eft fâcheux qu'il foit néceffaire de rejetter pref
qu'en entier toutes les affertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de fauffetés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il fe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eft
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les Etats du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princeffe d'Orange pourroit y faire.
quelque féjour dans la prochaine faifon.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant . Cet
( 190 )
accident a donné lieu à beaucoup de conjectures
hazardées . Au commencement du
mois , il fe trouvoit déja 900 mille rations.
de fourrage dans les magafins de Mons. L'on
affure que le Quartier général de l'Empereur
fera à Marimont.
Les magaſins de tout genre augmentent à
vue d'oeil , ainfi que les préparatifs militaires.
Il eft fingulier qu'au même inftant on acheve
d'abattre les fortifications d'Ath , ainfi
que celles de Namur.
Le Mariage de Figaro a été repréſenté ici
le 4 de ce mois , avec de grands retranchemens
, qui n'ont pas nui au fuccès de cette
piece . La repréſentation avoit attiré des
fpectateurs de 15 lieues à la ronde.
Les troupes arrivent ou s'avancent à grands
pas de tous côtés . Les divers avis qu'on en reçoit
s'accordent à les repréſenter comme réglées par
la meilleure difcipline , & comme n'ayant nullement
fouffert , ni de la longueur de la route , ni
de la faifon . Il eft abfolument faux que le régiment
de Bender ait perdu beaucoup de monde
pär la défertion , & qu'on ait été obligé de prendre
avec les foldats des précautions dont on a lu
le détail dans de prétendues lettres de Straf
bourg & d'ailleurs.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
Un régiment d'Infanterie de l'établiſſement
d'Irlande doit s'embarquer à bord des vaiffeaux
de guerre deftinés pour l'Inde , & qui partiront
au mois de Mai prochain , pour relever quelques(
191 )
unis de ceux qui doivent revenir en Angleterre .
Les Troupes royales qui font dans l'Inde repafferont
en Europe dans le courant de l'année
prochaine.
Le Gouvernement a le projet d'employer la
Milice dans les garnifons. Il y en aura toujours
un tiers réuni en corps. On renoncera au fyftême
fuivi précédemment en temps de paix , de
ne raffembler la milice que pendant un mois tous
les ans.
L'emprunt de cette année n'excédera pas cinq
millions ft. , & ' on ne compte pas qu'il foit négocié
avant le mois d'Avril.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres.
Prêtre que fon neveu fait arrêter comme fou.
Si quelquefois , dit M. Deseffarts , les droits
du citoyen ont été violés , les loix protectrices qui
le défendent , méprifées , toutes les formalités judiciaires
oubliées , l'humanité outragée , c'eft
dans l'affaire dont nous allons donner une notice.
Le fieur Lecerf, à Vire en Normandie , avoit
le malheur d'avoir un neveu qui convoitoit fa
fortune. Ce collatéral avide , pour affurer fa
proie , conçut le projet criminel de calomnier
fon oncle. Il le préfenta dans une Requête obfcure
, comme un fou dangereux , qu'il étoit de
l'intérêt public de reléguer dans une de ces retraites
deftinées pour fervir d'azile aux malheureux
, dont la raifon eft aliénée. Tandis que
l'infortuné Prêtre étoit expofé aux cruels effets
de la calommie , il s'occupoit rranquillement à
cultiver un bien de campagne qu'il avoit dans les
environs de Vire. On peut juger de fon étonnement
, lorfque deux Huiffiers fe préfenterent
chez lui , pour l'arracher de fa maiſon . Juftement
indigné , il leur demanda de quel droit ils
ofoient violer fon azile. Les Huiffiers ne lui fi(
192 )
rent d'autre réponſe , qu'ils étoient chargés de
l'emmener. Le fieur Lecerf s'abandonna alors
aux mouvemens de fa colere , & arma fes mains
des inftrumens qui pouvoient lui fervir à dé
fendre la liberté . Les Huiffiers , auffi lâches que
timides , fe retirerent ; mais ce fut pour aller
chercher des complices , qui partageroient les
dangers de la capture , & pourroient , par la
réunion de leurs forces , parvenir à enchaîner la
victime . En effet , quelques heures après , ils
fe préfenterent chez le fieur Lecerf, avec deux
fatellites . Le malheureux Prêtre , effrayé par le
nombre , céda à la force , & fe laila garotter &
conduire dans les prifons de Vire. La nouvelle
de cet emprisonnement illégal s'étant répandue ,
l'avide neveu s'apperçut bientôt qu'il avoit fait
une fauffe démarche. Le fieur Lecerf s'empreffa
de préfenter une Requête , & de la faire fignifier
à fon neveu , avec affignation à comparoître
le même jour à l'Audience . Celui - ci déclara qu'on
l'avoit trompé , & qu'il confentoit que la liberté
fût rendue à fon oncle. Le fieur Lecerfa alors
demandé une réparation , tant à fon neveu
qu'aux Huifiers qui avoient fervi fa haine , &
par Sentence du 15 Juin 1782 , le neveu fut
condamné à demander pardon à fon oncle , &
les Huiffiers en 10 liv. de dommages & intérêts ,
& en 20 liv, d'amende envers le Roi . Sur l'ap◄
pel de cette Sentence , le Parlement de Rouen ,
par Arrêt du mois de Novembre 1782 , a condamné
le neveu à reconnoître à l'Audience du
Bailliage de Vire , qu'il avoit méchamment &
calomnieufement fait arrêter fon oncle. Les
Huiffiers & le neveu ont été condamnés folidairement
en 300 liv. de dommages & intérêts , &
l'impreffion & l'affiche de l'Arrêt ont été ordon
nées.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMAR CK. '
DE COPENHAGUE , le 4 Janvier.
L'Année derniere on a compté dans cette
réfidence 078 mariages , 322 naiffances
& 3004 morts. L'excédent des naiffances fur
les morts a été de 220.
Les relevés des regiftres de l'Evêché
d'Aëlbourg de l'année derniere portent le
nombre des mariages à 530 , celui des naiffances
à 2102 , & celui des morts à 1948.
Les naiffances ont furpaffé les morts de 154
Parmi les morts un homme avoit pouffé fa
carriere jufqu'à l'âge de 106 ans .
Hier la Compagn'e des Indes occidentales
a porté dans fon affemblée le bénéfice
de chaque action à 12 rixdalers .
Un placard royal du 15 Décembre a révoqué
l'Ordonnance du 2 Juin 1591 , qui défendoit aux
propriétaires des bâtimens conftruits dans les
chantiers du Royaume , de vendre ces bâtimens à
No.5, 29 Janvier 1785.
i
3
( 194 )
l'étranger , à moins qu'ils n'euffent fervi aupara
vant pendant dix ans.
On apprend de Chriftianfad en Norwege ,
que dans la nuit du 7 au 8 Décembre , il a
péri 14 bâtimens près de Medenos .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Janvier.
D'après les relevés des Paroiffes de cette
ville & des fauxbourgs , on a compté l'année
derniere 2683 naiffances , dont 214 enfans
illégitimes , 3483 morts , & 1048 mariages.
Les morts ont furpaffé les naiffances
de 800 .
Des lettres de la Podolie confirment qu'il
eft entré dans la Vaivodie de Braclaw , un
corps de troupes Ruffes , compofé de neuf
Régimens .
Dans ce moment on eft occupé en Pologne à
augmenter les troupes, & à les porter au complet,
el qu'il fut arrêté à la derniere diete . Les régimens
d'Infanterie , au nombre de 38 , feront portés
chacun à 1500 hommes , le corps des Pontonniers
à 1000 hommes , & celui de l'artillerie auffi à 1000
hommes. La Cavalerie fera auffi augmentée ,
l'augmentation de chaque régiment de Uhlands
eft de 290 hommes. Depuis un mois , on a enrôlé
plus de 500o hommes , la plupart font des
déferteurs allemands.
Cette nouvelle d'abord contredite , paroît
s'accréditer de plus en plus . Cet accroiffement
de troupes pourra fournir une addi(
195 )
tion au tableau fuivant , préfenté dans un
Journal Allemand & qui contient l'état
militaire de paix des principales Puiffances
de l'Europe.
L'Empereur. •
L'Impératrice de Ruffie .
Le Roi de Pruffe .
Le Roi de France.
Le Roi d'Angleterre.
Le Roi d'Espagne.
Le Roi de Portugal.
Le Roi des deux Siciles .
Le Roi de Suede.
Le Roi de Danemarck.
•
Le Roi de Sardaigne.
Le Roi de Pologne.
Le Grand - Seigneur.
Lu République de Hollande.
La République de Venife .
Le Pape..
Le Grand Duc de Tofcane.
L'Ele&eur de Saxe.
L'Electeur de Hanovre.
hommes:
290,000
470,000
224,431
192,000
.58,000
· .78,000
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere.
Le Land- grave de Heffe Caffel.
Le Duc de Wirtemberg.
-
20,000
30,000
· 49,000
67,000
•
40,000
15,000
210,000
37,000
• 8,000
5,000
3,000
26,000
16,000
• 24,000
· 20,000
· 6,000
Total .
1,908,43 E
Cette lifte nous a paru approcher de la
vérité , beaucoup plus que toutes celles
qu'on a publiées de tems à autre. On pourra
obferver à ce fujet , que les meilleurs calculateurs
politiques donnent à . l'Europe centtrente
millions d'habitans ; ainſi , le quatre-
1 2
( 196 )
vingt-dixieme de cette population eft fous
les armes. Durant le période éclatant de la
Puiffance Romaine fous les Antonins , l'Empire
, alors dans fa plus grande étendue
comprenoit cent-vingt millions d'habitans ,
& toutes les forces raffemblées , les légions ,
les auxiliaires , les gardes Prétoriennes & la
marine n'excédoient pas quatre cent cinquante
mille hommes. Une ou deux légions
c'eft à - dire , douze mille foldats , fuffifoient
à la garde de tel état , qui aujourd'hui ſe
trouve foible avec quatre - vingt mille.
Le premier jour des fêtes de Noël , M. Hennig,
Commiffaire du Roi de Pologne près de la Régence
de Dantzig , fe rendit chez le Préfident de la
ville , pour lui remettre une lettre de la part de
M. le Grand- Chancelier de la Couronne , écrite
par ordre du Roi au Magiftrat , en réponse à
celle dont M. Gralath , Confeiller de la ville ,
avoit été le porteur à Varsovie . En vertu des ordres
exprès du Roi , M. Hennig accompagna cette
letrre du Grand- Chancelier d'une infinuation formelle
, pour que le Magiftrat fignât fans délai la
convention relative à la navigation de la Viftule
& au commerce de la Pruffe Occidentale , telle
qu'elle avoit été conçue à Varfovie & fignée au
mois de Septembre dernier , tant par le Refident
de S. M. Prüffienne que par l'Ambaffadeur de
Ruffie . Aujourd'hui , après les fêtes , les trois
ordres font affemblés pour délibérer , & il n'y a
point de doute qu'on ne fe conforme aux intentions
du Roi & aux infinuations de la Cour de Pétersbourg.
•
DE BERLIN , le 10 Janvier.
Le Roi a nommé à la place de Miniſtre de
し
( 197 )
(
de Juſtice , vacante par la mort du Baron
de Munchaufen , le Baron de Reck , Préfident
de la Régence de Cleves .
Depuis le 26 Novembre 1783 jufqu'au 26 Novembre
1784 , on a compté ici 4.686 naiffances
dont 2,333 garçons & 2,355 filles , & 4,904 morts
Le nombre des morts a excédé celui des naiffances
de 218. Parmi les naiffances , on a compté 13
jumeaux & 385 enfans illégitimes , ce qui fait un
de ces derniers fur 12 légitimes ; le nombre des
enfans morts- nés étoit de 240 , par conféquent le
ige. fur le total des naiffances . Voici encore l'énumération
des naiffances & des morts dans chaque
quartier de la ville , á compter du 26 Novembre
1783. Premier quartier , 1199 naiſſances & 1501
morts; fecond quartier , 1139 naiffances & 1284
morts ; troifieme quartier 1151 naiffances & 1165.
morts; quatrieme quartier 1197 naiffances & 957.
morts.
La généralité des naiffances dans les Etats
du Roi eft montée à 211,113 , celle des
morts à 152,040 , & celle des mariages à
43,436 . L'excédent des naiffances fur les
morts a été de 59,073 . Le militaire n'eft pas
compris dans cette énumération.
Les couriers Ruffes de retour de la Haye
& de Londres viennent de repafler dans
cette Capitale, en retournant à Pétersbourg.
DE VIENNE , le 11 Janvier.
La révolte des Valaques Tranfylvains
n'eft pas encore affoupie : les rapports font
fi variés , fi peu authentiques , fi invraiſemiblables
, touchant l'état actuel de cette in-
із
( 198 )
furrection , qu'il eft difficile d'en bien déterminer
le danger , & l'influence des remedes
employés jufqu'ici. Ce qui eft certain , c'eſt
que malgré les attaques de nos troupes , ces
fauvages ne font encore ni réduits , ni même
difperfés. Malgré les pertes confidérables
qu'ils ont faites , les fupplices infligés , & les
promeffes de pardon , ils perfiftent dans une
réfiſtance d'autant plus opiniâtre , qu'après
les horreurs commifes , ils fentent combien
ils font indignes de la grace du Souverain .
Différentes lettres continuent en ces termes
le récit des événemens du mois dernier dans
les Provinces dévastées.
Sur le fleuve de Marofch , ily eut une bataille
dans toutes les formes entre les rebelles & plufieurs
régimens impériaux , où il refta 2500 hommes des
premiers , & environ 5 á 600 des derniers . Les
Valaques réfilerent près de deux heures au feu des
Petetons , jufqu'à ce qu'enfin la canonade les fit
reculer. Il y a maintenant ordre de l'Empereur de
n'épargner aucun de ces rebelles . Le lendemain
de cette affaire , on pendit 100 des Valaques faits
prifonniers ; ces rebelles fe trouvent encore aujourd'hui
au nombre de vingt- mille hommes , &
quoique la Porte eût donné les ordres les plus
féveres de tuer tous ceux qui le présenteroient aux
frontieres de la Turquie , il n'y a pas moins un
ancien Lieutenant - Colonel au fervice d'Autriche
qui dans la Valachie turque leve un corps de
quelques mille vagabonds pour renforcer ces rebelles
.
Selon d'autres rapports du 31 Décembre
dernier ,
Le Général Fabris vient de faire marcher trois
( 199 )
régimens contre les rebelles , dont on a fait 700
prifonniers du nombre defquels s'y trouve être
le fecond fils de Horiach ; on ignore s'il éprou
vera le même fort que fon frere aîné ; on affure
que Horiach veut le faire couronner Prince de
Tranfilvanie . Les troupes , fur la requifition qui
leur en a été faite , ont formé un cordon contre
les rebelles. On parle auffi de troubles en Hongrie.
L'Empereur a ordonné qu'on ſe rendît maitre
du chef de ces nouveaux rebelles . Le célebre
Salins a difparu emportant avec lui plus de 300,000
florins , pillés en partie dans les caiffes des mines
Zalathna , car les rebelles ne refpectoienr pas
au commencement de leur brigandage ce qui
appartenoit à S. M. I. Les deux principaux chefs.
des rebelles qui exiftent encore font Horiach &
Soffrony. Le premier eft Valaque , homme de
beaucoup d'efprit naturel : l'autre eft un Pope remuant
, intriguant , cabaleur , condamné en 1773
à une prifon perpétuelle , d'où il a trouvé moyen
de s'échaper. On dit que les rebelles ont eu l'adreffe
de fe rendre maîtres du pas de Eufernthor ,
ce qui leur aprocuré, non - feulement huit canons,
mais auffi la libre communication avec les Valaques
dans le territoire de Temeſwar.
Tous ces on dit, font bien vagues & bien
incertains. Il faut les regarder plutôt comme
l'opinion du jour , que comme des faits
avérés. Il en eft probablement de même
d'une lettre vraie où fauffe , écrite de Claufenbourg
, le 14 Décembre dernier , & qui
dit :
Depuis quatorze jours , les rebelles font à une
lieue de cette ville , & depuis ce temps , les trou
pes qui font icine quittent plus leurs habits . Il ne
fe paffe gueres de jours fans cffufion de fang ; les
i4
( 200 )
"
attaques font vives , & quoique les rebelles foient
repouffés chaque fois , nous y perdons auffi du
monde. Les Officiers déteftent cette guerre avec
ces bandits , on n'y gagne point d'honneur , &
quand on a le malheur d'être pris par eux , on eft
livré aux fupplices les plus barbares. Le nombre
de ces malheureux n'eft pas connu au jufte , mais
on ne s'écartera pas beaucoup de la vérité , en les
portant à 20000. Tous les jours on amène ici des
prifonniers rebelles, ils font exécutés fur le champ .
Le 15 de ce mois ils fe font emparés dans le Comtat
d'Arad , d'une caiffe royale , dans laquelle il
y avoit 10,116 florins en argent comptant. Deux
Compagnies du Régiment d'Orofz gardent le paffage
de la porte de fer , & les Secklériens , Huffards
, les mines d'argent appartenantes au Domaine.
Indépendamment des deux régimens qui
font en marche , on attend encore ici le régiment
de Caramel Cuiraffiers.
Une lettre poftérieure d'Hermanftadt s'exprime
ainfi :
Il a été formé autour des districts que nous venons
de nommer , un cordon de troupes , compofé
des régimens de Léopold de Tofcane , de Giulay ,
des Grenadiers d'Orof , des Huffards - Sicules , &
de l'Infanterie ou Milice - Frontiere de Granicie.
Ces troupes amenent quatre pieces de campagne ;
& l'on penfe qu'elles refferreront bientôt les rebelles
, de façon à les forcer à une prompte foumiffion.
Ce qui fortifie cet efpoir , c'est qu'ils ne
font point pourvus de munitions de guerre, & que
les vivres commencent à leur manquer. Parmi les
familles qui ont été les victimes de leur vengeance
fanguinaire , font celles du Baron de Jofika & du
Baron de Nalazi. Dans les terres de ces deux
Gentilshommes ils n'ont pas laiffé une pierre fur
l'autre. Le Comte de Bethlem à Foldt & Bengenz
( 201 )
& le Baron d'Orban ont auffi effuyé des pertes
immenfes & irréparables .
Le Lieutenant - Colonel de Gray , ayant rencontré
près de Krififer une troupe de rebelles ,
leur a offert le Pardon Impérial ; mais ils ont
paru fe défier de fes offres , au point de commettre
des voies de fait , & d'obliger cet Officier à faire
tirer fureux. Alors ces malheureux fe réfugierent
dans le village ; on les y pourfuivit , & l'on en fit
une trentaine prifonniers .
Dans le cours de l'année derniere le Magiftrat
de cette Capitale a accordé la Bourgeoifie
à 418 perfonnes. Il y avoit dans ce
nombre 110 Cordonniers , 73 Tailleurs , 13
Perruquiers , 10 Fabricans en foie , gaze &
linon , 9 Vitriers, 8 Serruriers , 7 Fabricans
de bas de foie , 7 Menuifiers , 19 Marchands,
1 2 Cabaretiers qui vendent de la bierre,
On a affiché dans tous les endroits
des frontieres de la Hongrie une Patente
royale , qui accorde à ceux qui s'établiront
dans la Buckowine une exemption pour 3
ans de toutes les impofitions. On leur don
nera en outre des maifons , des terres & des
beftiaux.
. On porte à un million de florins les diverfes
efpeces de blé exportées du Bannat
pour l'Italie.
Un anonyme vient de propofer ici deux
prix ; l'un de mille , l'autre de soo ducats ,
pour les deux differtations fur les formes à
adopter , afin d'éviter les procès , dans les
cas de donations . Trois Univerfités , uné
d'Allemagne , une d'Angleterre , une de
France jugeront des diſcours.
"
is
( 202 )
DE FRANCFORT , le 16 Janvier. -
On écrit de Vienne qu'auffitôt que le
nouveau Miniftre de Danemarck fera arrivé
dans cette Capitale , il fera entamé avec lui
des négociations pour obtenir de la Cour
de Copenhague une des ifles de Nicobar ,
à l'embouchure du golfe du Bengale .
Selon des avis fans date & fans fignature ,
2000 rebelles Walaques ont été tués dans une
action avec les Troupes de l'Empereur ; la rebellion
diminue peu. Les révoltés ont pillé la
caiffe des mines de Zalathau , & endommagé
confidérablement les mines d'or dans ces environs.
L'efprit de révolte a auffi gagné plufieurs Comitats
dans la Hongtie. Près de 6000 payfans ,
conduits , dit- on , par leurs Seigneurs , le font
affemblés à Siklas , au-deffous de Bude , & s'op
pofent , les armes à la main , à la confcription militaire.
On a envoyé de ce côté des troupes des
garnifons de Bude & de Pesh pour foutenir les
opérations de la confcription
On a compté à Hanau l'année derniere
417 naiffances , 377 morts & 91 mariages .
Le Profeffeur Bagftræfer , de cette même ville
de Hanau , a fait imprimer & diftribuer un avis ,
par lequel il fait connoître que s'il ſe trouve un
ombre fuffifant de foufcriptions , il publiera ,
dans l'efpace de fix mois , un ouvrage dans lequel
il établira une méthode exacte & sûre de faire
parvenir ou de dicter des ordres aux Généraux
dans un camp de 200,000 hommes , plus ou
moins , & même d'apprendre à chaque Général
( 203 )
ce que l'on defire de lui faire favoir en particu
lier , fans que le fecret des ordres donnés puiffe
tranfpirer ou être trahi , même par ceux qui auront
appris cette nouvelle méthode. Cette maniere
de donner des ordres , pourra fe faire fans
grande dépense , jour & nuit , & les ordres arriveront
plus promptement que s'ils étoient portés
par des adjudans ou des exprès à cheval . —→→→
L'ouvrage fera orné de planches pour l'intelligence
du texte , & l'exemplaire coûtera fix liv.
aux Soufcripteurs .
Dans la nuit du 19 au 30 Décembre , le
tems étant calme , on reffentit à Furſtenau
dans le Comté d'Erbach , deux fecouffes de
tremblement de terre , chacune d'environ
une minute.
Le premier Décembre , eft morte à Falkengefes,
la femme de Pierre Branner , dans la quatrevingt-
quatrieme année de fon âge. Cette femme
a vécu avec fon mari , qui joait encore d'une
fanté affez robufte , foixante- trois ans & trois
mois , & elle a vu fa poftérité s'accroître à quatre-
vingts perfonnes , favoir genfants , cinquantecinq
petits-enfans , & feize arriere- petits - enfans ;
cinquante neufperfonnes de cette famille exiftent
encore actuellement .
Les revenus de l'Electorat de Saxe font
évalués à 16 millions de rixdales : fes dettes
en 1765 , garanties par les Etats , étoient de
30,268,479 rixd.; elles fe trouvent aujourd'hui
réduites à la moitié.
Un papier public préfente les détails fuivans fur
Vienne. Cette Capitale renferme 143 fabriques
qui fourniffent par an pour environ 12 millions
de florins de marchandifes , & on y compte actuellement
121 Boulangers , 5oo cabarets à bieri
6
( 204 )
re , 60 Relieurs , 14 Imprimeurs , 19 Libraires ,
54 cafés , 34 Tourneurs , 12 Marchands de fer
578 Fiacres , 112 Joailliers & Orfevres , 10 Maréchaux
ferrans > 41 Pelletiers , 31 Marchands
de Toile , 53 Epiciers , 180 Pertuquiers, 51 Bouchers
; 3900 Tailleurs , 3600 Cordonniers , 1500
Menuifiers , 30 Horlogers , 200 cabarets à vin
45 Sculpteurs , 250 Muficiens , 50 Avocats ,
180 Sage- femmes , 27 Apothicaires , & 114 Médecins.
Selon quelques avis , il eſt queſtion à
Vienne de changemens dans l'Adminiftration
on voit même une lifte des promotions
futures.
Le Comte de Hazfeld fe démet , à caufe de fon
grand âge , de la place de Miniftre d'Etat au département
des affaires intérieures , il doit être
remplacé par le Comte Kolowrath. Le Comte de
Singendorf fera grand Chancelier de Bohême &
d'Autriche. Le Vice- Chancelier Baron de Gecler
pourroit bien être nommé Miniftre des Affaires.
Etrangeres ; d'autres le font député de l'Empereur
à la Diete de l'Empire , & M. le Baron de
Lebr doit fuccéder dans la place de Vice- Chancelier
Le 12 de ce mois , les habitans Catholiques
d'Erlang ont fait célébrer pour la premiere
fois l'office dans une falle de la Mai--
fon de ville , que l'on a fait arranger à cet
effet , jufqu'à ce qu'ils puiffent conftruire:
une Eglife.
On compte dans Leipfick s fabriques de dentelles
& de gallons d'or & d'argent , qui occupent
environ 400 perfonnes tant hommes que
femmes ; 2 fabriques de broderie en or , argent
& foie , les ouvriers font au nombre de 150 %
( 205 )
or métiers pour la fabrication des velours &
étoffes de foie & mi-foie , chaque métier pour le
velours en fournit par an 8 pieces , chacune de
40 aulnes de Brabant , & chaque métier pour les
étoffes de foie unies , auffi 8 pieces , chacune de
80 aulnes de France ; 121 métiers pour la fabrication
de bas de foie & de laine ; 10 fabriques
de toile cirée & de tapis ; 500 perfonnes y
font occupées , & fourniffent par an entre 40 à
50,000 pieces , chacune de 12 aunes ; 9 fabri
ques de tabac en poudre & à fumer ; elles occu
pent environ 200 perfonnes ; le tabac eft un
grand objet de commerce pour la ville ; elle en
débite par an pour fon propre compte , & par
commiffion , entre 70 à 80,000 quintaux ; 2 fa-,
briques d'inftrumens de Mufique à vent , une fa
brique de cartes à jouer , qui occupe une trentaine
de perfonnes ; on y fait 36 diverfes efpeces
de cartes ; z fabriques de papier - tapifferie de
toute efpece ; une fabrique de bougies ; une fa… :
brique de gros drap , & beaucoup de teinturiers:
en drap , laine , toile & pelleterie .
ITALI E.
"
3
DE VENISE , le 24 Décembre ,
On a appris par les dernieres dépêches du
Chevalier Emo, que le vaiffeau la Forza avoit
échoué fur un banc de fable , mais qu'il efpéroit
de le remettre à flot. La Cour de Naples
a envoyé les ordres les plus précis à
Trapani , pour qu'on donne à l'efcadre Vénitienne
toute l'affiftance poffible . Notre
Commandant fe loue beaucoup des fons.
& de l'activité du fieur Condulmer, qui s'étant
apperçu que des bâtimens Hollandois
avoient le deffein d'envelopper fonsvaiſſeau ,
( 206 )
avoit fait les manoeuvres les plus habiles
pour les combattre avec avantage.
DE PARM E, le 9 Janvier.
La proclamation fuivante , relative aux
Finances royales du Duché de Parme , a été
publiée dans la Capitale.
Ferdinand I , par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , Plaifance & Guastalle
, & c. & c.
Après avoir réfléchi plufieurs fois fur la fitua
tion actuelle de nos finances royales , nous avons
donné depuis quelque tems tous nos foins à
l'établiffement d'un nouveau ſyſtème pour le réglement
des Finances royales & politiques , dans
la vue de rendre aux droits régaliens tombés en
décadence.lear premiere vigueur , & de foulager
pour un tems notre Tréfor des avances urgentes
qu'il a été obligé de faire . L'établiffement d'une
nouvelle ferme générale nous a paru quelquefois
très-propre à remplir le double objet fufdit ; mais
notre coeur paternel ayant fenti qu'il n'en pouvoit
pas réfulter beaucoup de conféquences heureufes
pour la tranquillité des fujets , nous n'avons
pu envisager un pareil projet qu'avec une forte
de répugnace . Néanmoins fentant la néceffité urgente
qui s'eft manifeftée de pourvoir promptement
aux beſoins de notre Tréfor royal , afin
qu'il foit en état de fatisfaire aux obligations qui
font dûes à la foi publique & au foutien indifpenfable
de la Principauté , nous nous étions dé
terminés à vaincre la répugnance que nous avions
d'adopter un fyftême qui ne nous plaifoit pas.
Mais puifque , d'après la réflexion particulière
que nous faifons , que l'attente des verfemens de
fonds que nous avions invité de faire à plufieurs
reptiles avec la formalité des cédules publiques
accoutumées , avoit été fruftrée pendant plufieurs
( 207 )
mois , nous nous voyons rendus au premier état
de pouvoir librement prendre toute autre mefure
plus convenable , fur- tout à cauſe de l'incertitude
évidente où nous fommes du meilleur
fuccès d'autres cédules invitatoires . En conféquence
, comme il s'eft préſenté à nous une.Société
composée de fujets habitans , avec un projet
de contrat focial entre la Chambre royale .
& les Prêteurs , nous avons jugé un pareil expédient
affez conforme à la premiere idée qui
nous avoit été fuggérée pour concilier le meilleur
avantage de nos Finances avec la tranquillité
de nos fujets , & nous nous fommes déterminés
pour ces raifons , & pour d'autres que
nous nous réservons , & auffi d'après l'exemple
d'autres Puiffances, à approuver dans fon entier ,
& à accepter par notre Décret fouverain du 23
Novembre dernier , le Contrat de Société qui
nous a été offert ; lequel , fous la dénomination
de Ferme mixte , durera pendant neuf années confécutives
, & devra avoir fon effet le premier
jour de l'année 1785 , l'Acte que nous avons demandé
au Magiftrat de la Chambre des Comptes ,
étant déja dreffé.
En attendant , l'autorité ordinaire du même
Tribunal fera chargée de prendre toutes les
mefures qui feront néceffaires par la fuite pour
faire connoître généralement les difpofitions que
nous avons énoncées , & tout ce qui regardera
leur exécution , attendant de l'obéiffance de nos
très - amés fujets , qu'ils fe conformeront en tous
points aux objets que nous avons eus en vue dans
l'inftitution de ce Contrat focial . Donné dans
notre Palais de Colorno le 17 Décembre 1784.
Signé , FERDINAND. Profperomascara ..
L'urne de Granite rouge oriental , dans
laquelle répofoient les cendres de Sainte7
208 )
Helene , & qui étoit ci - devant dans l'Eglife
de S. Jean de Latran à Rome , ayant été réparée
en entier par le fameux Sculpteur Pierantoni
, fera placée inceffaniment dans le
Mufée du Vatican.
GRANDE-BRETAGNE.
-DE LONDRES , le 15 Janvier.
M. Powis a pris congé de S. M. étant
nommé Secrétaire du Viceroi en Irlande.
Lundi dernier , le Général Haldimand
Gouverneur en chef du Canada , eft arrivé
ici , & le 12 , il a été préſenté au Roi qui l'a
accueilli très - gracieufement. Une Gazette
étrangere , qui a déja répandu plus d'une
impofture fur M. Haldimand , vient d'annoncer
qu'à fon retour , il avoit été arrêté ,
pour une réclamation de 30,000 liv . fterl . ,
faite contre lui par un Gentilhomme François
établi au Canada. Il n'y a pas un mot
de vrai dans ce récit. On n'arrête perfonne
en Angleterre avant que les Tribunaux
aient adjugé au plaignant fes demandes : les
30,000 liv. fterl . du Gentilhomme pourront
bien fe réduire à trente oboles , lorfque des
Magiftrats un peu plus purs que les Gazetiers
, examineront ces chimériques exactions
du Général.
Le floop du Roi l'Atlante , de 16 cap. Foley ,
eft auffi arrivé de Quebec à Portmouth . Il eft
forti du fleuve S. Laurent le 29 Novembre dernier
, tems auquel tout étoit tranquille . Les vaiffeaux
qui ne fe propofoient point d'hiverner à
Québec, fe préparoient à en fortir. Le Gouver
( 209 )
nement s'occupoit du foin d'établir , d'après les
inftructions de la Cour , un commerce avec les
Nations indiennes , fans fe compromettre avec
les Etats-Unis. Jufqu'alors il n'y avoit eu en effet
aucun fujet de crainte , les habitans américains
& anglois s'étant ftrictement contenus dans les
limites fixées par les traités . Les Américains ont
plufieurs petits bâtimens fur les lacs ; mais ils
font la plupart défarmés , & n'ont d'autre objet
que le commerce . Le Gouvernement du Canada,
dévolu par intérim au Brigadier général Saint-
Léger , a formé une nouvelle Colonie fur la rive
méridionale du lac Ontario , près d'Eikonsplaish,
dans une fituation qui femble pouvoir faciliter &
hâter le commerce des pelleteries avec les Indiens
. Un certain nombre de colons font déja arrivés,
& on conftruit des habitations . Quant à la
fûreté de cet établiffement , elle dépendra de la
difpofition des Sauvages à notre égard .
Le Tréforier des troupes , fous les ordres
du Colonel Baillie , a envoyé au Gouvernement
un détail circonftancié & officiel du
maffacre du Général Mathæus & des autres
Officiers prifonniers de Tippoo- Saib ; ces dépêches
reçues par M. Strachey ont été remifes
au Bureau des Commiffaires , & à la 、
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes ; elles feront bientôt publiques.
Les affaires relatives au commerce de l'Amérique
avec les ifles , & l'adouciffement de l'acte
de navigation feront prifes férieufement en confidération
dans le Parlement . Les François , en
ouvrant leurs ifles aux Américains , appuient fortement
les argumens de ceux qui s'oppofoient aux
reftrictions. La nature a combattu contre ces ref-
Brictions dans l'ifle de la Jamaïque , & on a été
( 210 )
force de laiffer entrer librement les vaiffeaux
américains , chargés de provifions & de bois de
conftruction. L'Amiral Campbell les a auffi admis
à Terre- Neuve. Il a écrit qu'il ne ſe connoiſſoit
point en politique , & qu'il ne fe croyoit pas en
état de difcuter la queftion ; mais que comme
homme doué de fentimens d'humanité , & connoiffant
la maniere de voir de fon maître , il ne
pouvoit point laiffer une Colonie entiere mourir
de faim , lorfqu'il étoit en fon pouvoir de lui procurer
des vivres,
Le Miniftere s'occupe avec la plus grande
activité de toutes les mefures tendantes à
améliorer & à étendre le commerce dans
l'univerfalité des poffeffions Britanniques,
En conféquence d'un ordre du Roi , le Ġouverneur
de Gibraltar a convoqué en Novembre
dernier , une affemblée des Négocians
de cette place , en les appellant à délibérer
fur l'état actuel de fon commerce ,
comme fur les moyens d'en fortifier les
branches & d'en ouvrir de nouvelles . Gibral
tar a été déclaré port franc par une proclamation
royale.
On va , dit- on , mettre un droit additionnel fur
l'exportation des chevaux , en conféquence d'une
repréſentation qu'on a faite au Miniftre , que les
demandes confidérables de chevaux anglois pour
le continent , ont déterminé plufieurs gros fer
miers à convertir leurs terres à bled en pâturage,
Cette opération a augmenté confidérablement la
mifere du pauvre , parce que le fermier qui employoit
pour l'agriculture fept à huit perſonnes ,
n'en abefoin que de deux. Dans certains endroits
du Lincolnshire , du Leiceflershire , & du Yorkshire
, cette pratique a ruiné la claſſe la plus pau(
211 )
vre du peuple. On ne peut prévenir ce mal ;
qu'en mettant des obftacles à l'exportation trop
générale des chevaux de toute efpece .
On vient très - récemment d'exporter à
Oftende un grand nombre de chevaux ,
achetés pour la cavalerie Autrichienne , vu
qu'il eût été trop difpendieux de les faire
venir de Hongrie : chaque cheval rendu dans
les Pays - Bas , revient à 30 liv. fterl.
Dans fa lettre aux Directeurs de la Compagnie
des Indes , M. Haftings parle en ces
termes de Tippoo - Saïb.
Quelque infidélité qu'il médite contre notre
derniere pacification , il n'eſt pas à préfumer
qu'il veuille s'engager à de nouvelles hoftilités ,
lorfqu'il réfléchira fur les difficultés de la derniere
guerre , & qu'il confidérera qu'elles font encore
dix fois plus fortes par la réunion complette de
toutes nos forces raffemblées , par l'état précaire
de fon autorité , par la perte de fes premieres
reffources , par la ligue bien notoire que les Etats.
voifins , jadis fes alliés , forment actuellement
contre lui , par l'abandon de ſes alliés européens,
& enfin par la défection de fes propres troupes
mécontentes & haraffées de leur long fervice ?
Voici l'état des vaiffeaux défarmés dans
les différens ports au premier janvier , tel
qu'il a été préfenté à l'Amirauté.
Ports. V. de lig. V. de 5o . Frég. Sloop.
Deptford &
Woolwick ,
3. 35. 13.
Chatham , 24. 7. 18. 4.
Sheerneff , 3. 2 .
11. 7.
Portſmouth, 47. I. 16. 6.
Plimouth ,
31 .
2. 11. 4.
|
Totaux 108. 12. 91 . 4.
( 212 )
L'Etat des Vaiffeaux de garde eft le même
dans tous les Ports que celui du mois précédent.
La Compagnie a acheté tous les thés qui
fe trouvent en Europe , excepté ceux que la
Compagnie Hollandoife a gardés pour fon
ufage.
La cargaifon du Yacht le Kingston , arrivé
´dernierement dans la Tamiſe de Copenhague avec
des Thés pour le compte de la Compagnie des
Indes , confifte en
196. grandes caiffes de Bouys.
919. petites caiffes de Congo.
247. dites de Hyfon.
275. dites de Singlo .
172. dites de Souchon.
La Compagnie des Indes gagnera beaucoup à
ce qu'on affure fur les achats qu'elle a faits à la
Compagnie impériale d'Oftende & à la Compagnie
Danoife de Copenhague. Son bénéfice fur
les Thés communs , tous frais faits fera de
fou & quart fterling par livre pefant , & celui
fur les Thés Hyffon , beaucoup plus confidérable
encore. On peut juger d'après cela les fommes
qu'elle gagnera.
>
On apprend par des lettres de Déal l'heureux
fuccès d'une nouvelle tentative vigoureufe
pour anéantir la contrebande .
Le Gouvernement ayant reçu avis que , pendant
la faifon actuelle de l'hyver , les Contreban
diers avoient fait entrer un nombre confidérable
de leurs Bâtimens dans les criques & havres
fitués fur la côte , il donna en conféquence les
ordres les plus précis à différens efpions affidés
pour épier tous les mouvemens de ces Navires &
pour en faire leur rapport de temps entemps . Dès
( 213 ),
qu'on eut jugé que le moment étoit favorable pour
fe faifir de tous ces Vaiffeaux ; on nomma quelques-
uns des Officiers de la Marine Royale , les
plus expérimentés , pour commander un certain
nombre de Cutters convenablement armés & en
état de mettre à exécution l'entreprise projetée.
A cet effet , les Cutters fe placerent à des diflances
convenables , & agiffant avec le plus grand
fecret & la plus ferme réfolution , il remplirent
complettement leur miffion , qu'ils s'emparerent
de prefque tous les Bâtimens contrebandiers qu'ils
emmenerent avec eux à la mer , afin qu'en les
difperfant ainfi il puffent les reconduire avec plus
de sûreté dans les différens ports de la Grande-
Bretagne.
Ce coup eft le plus terrible qui ait jamais été
porté aux Contrebandiers , puifque , jufqu'ici leurs
richeffes immenfes & leurs combinaifons ingénieufes
les ont mis en état de vaincre les plus grands
obftacles. Mais aujourd'hui toutes les reffources .
poffibles leur font enlevées , & il ne leur refte
plus d'alternative .
En mouillant dans les eaux de Port-Rofe
way,
les marins découvrent une ifle où il ne
fe trouve qu'un feul habitant , nommét
M. Bud. Cet homme fingulier a conçu depuis
quelques années le plus grand dégoût
pour le monde , & a pris la réfolution de
s'en féparer. Pour cet effet , il a choifi la
retraite la plus affreufe , qui ait été découverte
jufqu'ici dans ce climat glacé ; il y a
tranſporté un petit nombre d'animaux domeftiques
, & un affortiment d'outils néceffaires
; & il y vit depuis quinze ans , parfaitement
content & tranquille. Son habitation
( 214 )
eft fituée près du rivage , & lorfque quelque
vaiffeau approche de la côte , il invite les
gens de l'équipage à mettre pied à terre; &
il leur diftribue généreulement quantité de
provifions , qu'un peu d'induftrie la mis en
état de recueillir d'un fol fertile.
On lit dans le dernier volume des Tranfactions
philofophiques la lettre fuivante du
célébre Herſchel , adreffée à M. Bancks ,
Préfident de la Société Royale.
» Selon les obfervations des plus habiles Aftronomes
de l'Europe , il paroît que la nouvelle planète
que j'ai eu l'honneur de leur faire connoî
tre en Mars 1781 , eft une des principales de
notre fyftême folaire . Un corps qui a tant de
rapport avec nous par la reflemblance de fa
condition ou de fa fituation , dans l'efpace immenfe
des cieux étoilés , doit fans doute être fouvent
le fujet des converfations , non feulement des
Aftronomes , mais encore de tous les amateurs
des Sciences en général . Il me paroît donc néceffaire
de lui donner un nom qui la diftingue des
autres planètes & des étoiles fixes . Dans les
âges fabuleux de l'antiquite , on donna aux planètes
connues , les noms de Mercure , Venus
Mars , Jupiter , Saturne , comme étant ceux
des perfonnages les plus illuftres de ces tempslà.
Mais dans un âge plus philofophique , il n'eft
plus permis de recourir au nom de Junon , Pallas ,
Apollon , Minerve pour nommer notre nouveau
corps célefte . Le premier point qu'on doit envifager
dans un événement particulier & remarquable
, c'eft , me femble , fon époque . En
effet la poflérité pourra demander en quel temps
cette planète a été découverte. Peut- on mieux
( 215 )
répondre à cette demande , qu'en difant que c'eft
fous le regne de George III , Roi d'Angleterre ?
Comme Philofophe , je penfe donc que le nom
d'Aftre de George , ou Georgium Sidus , préfente
une dénomination convenable pour montrer &
le temps & la contrée où ce corps céleste a été
apperçu la premiere fois . D'ailleurs comme
fujet du meilleur des Rois , généreux Protecteur
des Sciences & des Arts ; comme originaire du
pays d'où fon illuftre famille a été appellée au
trône de la Grande Bretagne ; comme membre
de cette fociété fi floriffante & fi diflinguée à la
faveur des liberalités de fon Protecteur royal ;
enfin , comme homme vivant actuellement fousla
protection fpéciale de cet excellent Monarque
, & devant tout à fa bonté fans bornes ; je
faifis avec le plus vif empreffement , cette
occafion d'exprimer ma fenfibilité & ma reconnoiffance
, en donnant le nom d'Aftre
George ,
Georgium Sidus.
-Jam nunc affuefce vocari. Virgil . Georg.
à une planette qui , relativement à nous , a com
mencé à briller fous les aufpces de fon règne.
En vous adreffant cette lettre , Monfieur , je
prends les moyens les plus efficaces pour faire
agréer cette dénomination à tous les Savans de
P'Europe ; & je préfume de leur honnêteté , qu'ils
l'admettront avec plaifir . J'ai l'honneur d'ê
tre , & c.
Signé W. HERSCHEL .
M. Herſchel a déjà découvert plus de 900
Etoiles doubles , à la faveur de l'excellent
Télescope , & jufqu'à préſent l'unique dont il
cft l'auteur.
Des lettres d'Antigoa contiennent des
( 216 )
particularités fingulieres fur le Schooner , la
Diana , enlevé au mois de Mai dernier , par
des Negres marons , & rencontré par le bâtiment
le Lord North, qui l'a reconduit à
Briftol.
Le 13 Juillet , le Lord North , à environ quarante
lieues à l'ouest du cap Clear , apperçut dans
le fud un petit bâtiment qui portoit, fur lui , &
dont la marche était très-irréguliere. — Au
bout de deux heures environ , le Schooner joignit
le Lord North , & ayant été hélé , il répondit
qu'il venoit d'Antigues , qu'il étoit deftiné pour le
Grand- Cocrou fut la côte d'Afrique ; qu'ils avoient
perdu la vraie route , & qu'ils ne buvoient que de
l'eau de mer depuis plus d'un mois ; qu'ils étoient
tous des négres , & fupplioient qu'on les reçût
à bord du Lord North. Un Officier & quelques
matelots de ce dernier batiment le rendirent en
conféquence à bord du Schooner , & revinrent
avec tout l'équipage , compofá de dix perfonnes ,
huit hommes , un enfant & une femme, Ils
avouerent qu'ils avoient déferté à bord du Schooner
du port de Saint John ( ifle d'Antigues ) le
16 Mai , avec le deffein de fe rendre à la côte
d'Afrique qu'ils avoient exécuté cette entrepriſe
à l'infligation d'un noir appellé Will , précédemment
maître d'équipage du Schooner . Will en
avoit pris le command ment , & leur avoit promis
de les conduire en Afrique ; mais l'équipage
ayant reconnu que leur nouveau Capitaine n'étoit
pas auffi bon navigateur qu'il l'avoit annoncé , &
que fa préfomption téméraire les avoit exposés à
périr , il y avoit eu une révolte à bord trois jours
avant la rencontre du Lord North ; le Capitaine
Will & le maître d'équipage s'étoient vus réduits,
à la dure néceffité de fauter à la mer , & s'étoient
lorfqu'ils
( 217 )
noyés. Un enfant noir étoit mort fur le Schooner
quelque tems après fon départ . Ils ajouterent que
lorfqu'ils mirent à la voiled'Antigues , ils avoient
à bord deux petites futailles d'eau douce , un demi-
baril de porc , & une petite provifion de bif
cuit qui n'étoit pas encore confommée. Plufieurs
bâtimens leur avoient donné chaffe pendant leur
traverfée , mais infructueufement. Un des negres
mourut à bord du Lord North , qui arriva avec le
Schooner à Briftol : ce dernier étoit dans un
état très- délabré,
On a reçu depuis peu des nouvelles authentiques
de Berlin , par lefquelles on eſt
informé que Sa Majefté Pruffienne vient d'établir
de nouveaux réglemens pour la Société
des Francs Maçons , dont la fraternité
retirera les avantages les plus précieux . Plufieurs
des anciennes inftitutions , qui étoient
plutôt affaire de forme que d'ufage général ,
ont été annullées, & on a rédigé un nouveau
Code de Loix.
Il eft arrêté par les fufdits Réglemens , qu'on
ne recevra Maçons que les perfonnes de naiffance ,
de meurs , & de profeffion recommandables.
Chaque Membre paiera 25 rixdalers ( ou 4 liv.
3 fols flerl. ) pour le premier degré ; 50 rixdalers
( ou 8 liv. 6 f. fterl. ) pour paffer au fecond ;
& 100 rixdalers pour être reçu Maître Maçon .
Le Récipiendaire demeurera trois mois dans chaque
degré , & le Grand Tréforier divifera en
trois parts chaque fomme qu'il recevra. La premiere
, pour payer les frais de la Loge ; la feconde
, pour fubvenir aux befoins des freres qui
fe trouveront dans la détreffe ; & la troifieme
pour le foulagement des pauvres en général.
Une particularité digne d'attention , c'eft que
No. 5 , 29 Janvier 1785. k
(218 )
le Grand Frédéric fut reçu Maçon , fous la conf
titution écoffaife , dans la Loge établie à Bruns
wick le 15 Août 1738 , n'étant encore que Princo
Royal. Il fut tellement fatisfait des procédés de
la Société , qu'à fon avénement au Trône , il
s'occupa d'abord de l'établiffement d'une grande
Loge à Berlin. Ce Prince obtint à cet effet une
Patente d'Edimbourg , & depuis cette époque lá
Maçonnerie a toujours été en honneur dans tout
le Royaume de Pruffe , fous les heureux aufpices
de l'Alexandre du Nord .
Une lettre de la Barbade du 20 Octobre
dernier , porte :
11 eft arrivé dans cette Ifle il y a quelques
jours un phénomene très- fingulier. Dans cette
partie de l'ifle appellée Scotland' , à environ 12
milles de la ville , la Maifon-de- Ville d'un
village appellé Walcots , avec cinq ou fix autres
maisons & le moulin à fucre fe font enfoncés
en terre , graduellement & très - doucement
, fans la moindre apparence de tremblement
de terre. Perfonne n'a été tué ni bleffé ,
& dans tout le voisinage on n'a pas fouffert
d'autre dommage , excepté quelques cabanes
qui ont été ébranlées. Les faîtes des mailons
& du moulin à fucre font actuellement à raz de
terre, Une partie de ce terrein s'avance doucement
vers la mer , qui eft éloignée de cet endroit
environ d'un demi- mille.
On apprend de Mancheſter , qu'un particulier
aifé , Irlandois de nation , a penſé
être tué par les Manufacturiers de cette ville.
Il voyageoir , à ce qu'il paroît , par fimple
curiofité dans les villes de Manufactures ,
tant fur le continent qu'en Angleterre , pour
connoître les différentes machines qu'on y
( 219 )
employe , & la maniere de les travailler ,
mais fans aucun deffein d'entrer dans le commerce.
A fon arrivée dans l'une des Manufactures
de Mancheſter , les ouvriers , malheureuſement
pour lui , reconnurent à fon
accent , qu'il étoit Irlandois . Auffitôt on entend
dans la Manufacture un murmure général
; & le bruit fe répand qu'il étoit venu
pour voler , comme ils difent, leurs machines
, en en prenant des deffins. Ils faififfent
auffitôt l'Irlandois , & le maltraitent tellement
, que fans l'affiftance d'un bourgeois
de la ville qui le connoiffoit , ils l'auroient
infailliblement tué fur la place . Ses bleffures
font fi dangereuſes , que fa vie eft même enr
danger.
Un particulier de Newyork , que les affaires
avoient appellé à Albany , ayant entendu raconter
des merveilles d'une fecte connue fous le
nom de Shaking Quakers , réfolut de pouffer jufqu'à
Kanoch , où les membres de cette fecte font
leur réfidence. Voici les détails qu'il nous a
communiqués à ce sujet . Cette Congrégation
eft compofée d'environ 90 perfonnes . Un Fermier
de l'endroit eft chargé de leur entretien.
A la réception d'un profelyte : les Freres lui
confeillent de convertir tous fes biens en argent
& de le dépofer chez le Fermier , qui de fon
côté s'engage à lui fournir une nourriture
abondante & tout ce dont il peut avoir befoin .
Cette formalité étant remplie , le nouvel initié
commence à s'agiter de la maniere qui paroît la
plus agréable. La perfonne dont nous tenons ces
détails fut émerveillée de la facilité avec laquelle
ils exécutent des tours de force prefqu'incroyak
2
( 220 )
bles. Une femme entr'autres avoit acquis une
telle intelligence des principes de l'équilibre ,
qu'elle pouvoit pirouetter fur les talons pendant
une demi- heure de fuite , & avec une rapidité
inconcevable. Ces fectaires ont une extrême répugnance
à s'entretenir des dogmes de leur culte
mais il eft facile de juger qu'il y entre beaucoup
d'abfurdités. Ils fe contentent de déclarer qu'ils
ont tous été de grands pécheurs , & que c'est par
cette raison qu'ils fe mortifient par de pénibles
exercices.
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE,
PHILADELPHIE , le 9 Novembre.
Le 6 de ce mois , M. John Dickenson fut
réélu Préfident de cet Etat, & M. James
Irwine fut élu Vice -Préfident pour l'année
fuivante .
L'affemblée générale a paffé un Bill pour
maintenir les privileges des Miniftres publics
étrangers.
Il eft ftatué par cet acte que dans le cas où une
ou des perfonnes arrêteront , attaqueront , menacerent
ou infulteront la perfonne d'un Ambaffadeur
ou autre Miniftre public ou celle d'un Délégué
en Congrès , ou bien qu'ils violeront &
blefferont de telle maniere que ce foit les droits
& libertés dont les Ambaffadeurs ou autres Miniftres
publics jouiffent en vertu du droit des gens,
un tel offenfeur pourra être pourſuivi par la voie
du décret provitoire ou de l'information au nom
de la République , par- devant le Tribunal fuprême
de juftice , ou par - devant le Tribunal muni d'une
Commiflion particuliere pour juger certaines cauſes
( 221 )
( court of orpt aud terminer ) ; & lorfque le débe
aura été conítaté sûr par la conviction de l'accusé
ou par fon aveu ou bien par le prononcé du Juré,
une telle perfonne convaincue de la forte fera
eenſée avoir violé le droit des gens & troublé le
repos public , & elle fera punie par amende ou
emprisonnement , ou tout- à-la fois par amende
& emprisonnement , fuivant qu'il paroîtra convenable
au Tribunal par- devant lequel la cauſe aura
été jugée.
Un abonné de la Gazette de New-Yorck
a adreffé au Rédacteur la lettre fuivante.
Je fuis enchanté d'être à portée d'informer le
Public qu'il s'eft établi dans cette ville une fociété
pour encourager l'émigration des Allemands , les
avantages que l'Etat de Penfylvanie a retirés des
travaux de ces hommes utiles nous font garans
de ceux que l'Etat deNew-Yorck doit le promettre
des établiffemens qui feront formés fur la partie
occidentale de fon territoire. J'apprends que la
Société a fait choix du Colonel Lutterloh pour
fon Préfident , & que le Colonel Weiffenfels a
été élu Vice - Préfident. Ces deux Officiers fe
font diftingués , comme on fait , dans la derniere
révolution , particulierement le dernier qui s'embarqua
avec l'immortel Montgommery pour l'expédition
du Canada.
L'hiftoire des actions infâmes n'en contient
peut-être pas une à comparer à celle-ci .
Un Colon de la Caroline Méridionale , attaqué
d'une maladie dangereufe , s'imagina que le Negre
chargé de le fervir ne lui donnoit pas tous les
foins en fon pouvoir ; en conféquence il ordonna
à fon fils de le tuer fur le champ. Le jeune homme
ne voulant pas punir auffi féverement une faute
involontaire , prit fur lui de faire des repréfentak
3 .
( 222 )
1
tions à fon pere , & il mit tant d'énergie dans les
expreffions , qu'il pouffa à bout fa patience . Le
pere ordonna à fon fils de fortir de la Chambre ,
& il envoya chercher un Notaire , auquel il enjoignit
de faire dans fon teftament des changemens
qui réduifirent fon fils à la mendicité. II
fit enfuite approcher le Negre près de fon lit , &
tandis que fes domestiques le tenoient , cet homme
féroce , tranfporté de rage , fe leva fur fon féant
& lui coupa tous les doigts des pieds ; après quoi
le malheureux , épuiſé par les douleurs & la vio:
lence de l'opération , expira.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 19 Janvier.
Le 16 de ce mois , la Comteffe de Sérent
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Familie Royale par la Marquife
de Sérent , Dame d'Atours de Madame Elifabeth
de France.
Le même jour , le fieur de Fourcroy ,
Grand -Croix de l'Ordre royal & militaire
de Saint- Louis , Maréchal - de camp & Directeur
du Corps Royal du Génie , l'un des
Correfpondans de l'Académie des Sciences ,
qui l'avoit élu dans fa féance du 27 Novembre
de l'année derniere , à la place d'un de
fes Affociés libres vacante par la mort du
Comte de Milly , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi en cette qualité.
DE PARIS, le 25 Janvier.
Le zele de M. Blanchard n'eft point reſté
( 223 )
fans récompenfe. Sa Majefté lui a accordé
une penfion de 1200 liv. & une gratification
de 12000 liv. Il a été applaudi aux divers
fpectacles où il s'eft préfenté , & il étoit
jufte qu'il n'eût pas à fe plaindre de fon heureufe
témérité.
M. Pilatre de Rozier paroît décidé à
l'imiter , puifqu'il doit repartir pour Boulogne
; mais ces deux entrepriſes font bien
différentes. Celle à venir eft contrariée par
les vents dominans fur la Manche ; la pointe
du Comté de Kent , une fois manquée , les
côtes d'Angleterre s'écartent tellement au
nord & à l'Oueft , qu'on peut parcourir les
airs dans la mer d'Allemagne ou dans l'Océan
pendant bien des jours avant de toucher
terre. Il est même difficile de prévoir la
durée de ce féjour aërien. On affure qu'en
conféquence M. Pilatre prend des vivres
pour fix mois , & que fon ballon eft imperméable.
Les efprits ardens l'envoient déja
en Amérique tout eft poffible , difent - ils ,
puifqu'on a traverfé la Manche : en accordant
cette univerfelle poffibilité , on conviendra
que celle de paffer un bras de mer
de fept lieues , n'eft pas tout -à-fait de la
même nature que celle de parcourir 1500 à
2000 lieues fur l'Atlantique .
Le 24 Octobre dernier , le Roi a rendu
une Ordonnance portant création du Corps
Royal de l'Artillerie des Colonies ..
Ce Corps confiftera en un régiment de vingt
compagnies de Canoniers Bombardiers , & deux
k 4
( 224
1
compagnies d'Ouvriers. Le Corps royal de l'Ar
tillerie de France fournira aux premieres 470
hommes , & aux fecondes 72 hommes avec les
Officiers néceffaires . Ce Corps qui tiendra le
premier rang parmi les troupes d'infanterie des
Colonies , fera divifé en cinq brigades , dont le
rang eft fixé. Chaque compagnie fera compofée
d'un Sergent-major , un Sergent- fourier- écrivain
cinq Sergens , cinq Caporaux , cinq Appointés ,
cinq Artificiers , cinq Canoniers- Bombardiers de
premiere claffe , vingt de feconde , quarante
Aprentis & un Tambour , formant quatre - vingt
huit hommes. L'Etat- major fera compofé d'un
Colonel , de quatre Lieutenant - Colonels , dont
un fera Directeur de l'Arfenal des Colonies , de
cinq Chefs de brigade , un Major , trois Aides-
Majors , un Quartier-Maitre- Tréforier & un Tambour
Major. L'Ordonnance regle leurs fonctions ,
leurs rangs , ceux des Officiers de chaque Compagnie
, la bourfe du Soldat , le placement de
fes fonds, l'établiffement de l'Arfenal des Co-
Lonies.
Nous avons été les feuls dans le tems à
donner les circonftances du combat de Goudelour.
C'eſt un de ces événemens qui , fans
acquérir une grande célébrité , fixent la réputation
des corps militaires.
Pour en conferver la mémoire , un ancien Cepitaine
d'Auftrafie a fait élever à quelques lieues
de Guincamp en Bretagne, un tombeau furmonté
d'un trophée d'armes , fur le bord d'un canal
qui fépare un bois de fon jardin . On lit fur les
quatre faces les infcriptions fuivantes.
Manibus Commilitonum
In campis Goudelour jacentium ,
Hoc virtutis monimentum & mæroris
Amica manus confecrat.
(225 )
Quæcunque peradum:
Exhibuit monimenta valor , fequataque ferro.
Militiae pietas auftrafia turma delevit.
Ar glorum Legionibus filis cæfis .
Fugatis XX millibus jurato victoriæ jusjurando.
Non ignara tamen poft hæc exempla virorum
Agmina perfpicient , quid poffit heroica virtus
Ignorant ne datos numerus > ne terréat enfes ?
Ce monument fait honneur à l'Inſtituteur,
& vaut bien affurément ceux qu'on multiplie
dans les jardins en faveur d'un ſerin ou
d'un épagneul.
M. le Provoft, Curé de S. Marc d'Ouilly ,
Diocefe de Bayeux , nous mande , en ces
termes , la guérifon d'une épilepfie due à un
accident prefque mortel.
Une jeune fille de ma Paroifle éprouvoit depuis
l'âge de treize ans le plus affreux accès d'épilepfie.
Amèrement affligée d'un fpectacle d'autant
plus trifte , qu'il devenoit tous les jours plus
fréquent ; fa famille avoit inutilement confulté
Médecins & Empyriques. Leurs vifites & leurs
médicamens avoient appauvri la maison , fans
alléger le mal de cette infortunée . Enfin abandonnée
uniquement à la Providence & aux foins
de fa famille ; cette fille étoit , il y a environ
18 mois , affife auprès d'un grand feu fur lequel
étoit une chaudiere pleine de leffive prefqu'au
degré d'ébulition. Malgré les dépenfes & pendant
l'abfence de fa mere qui venoit de fortir
pour un moment , elle s'incline pour attifer le
feu , & tombe fur le tuyau qui conduit la leffive
de la cuve au chaudron , & la renverse fur elle ,
Attirée par le bruit , fa mere précipite fes pas ,
( 226 )
trouve fa fille étendue au coin du foyer , le vifage
contre terre, & baignée de leffive. On fe hate
de lui ôter fes habits , fa peau s'enleve avec eux
par lambeaux , ce n'eft qu'une plaie hideuſe qui
la couvre depuis la nuque jufqu'au bas de l'échine
on la croit fans vie , & on ne fonge pas même à
lui adminiftrer le moindre fecours. Néanmoins
elle laiffe échapper un ou deux foupirs : alors
on commence à eſpérer pour elle ; on applique
fur fes plaies le cérat de Gallien , il s'y établit
une fupuration abondante , & après deux mois
graces aux foins qu'on lui prodigue , elle eft parfaitement
guérie & de fa brûlure , & du mal
cruel qui en a été la premiere cauſe. Avant
cette époque , quoique âgée de 19 à 20 ans , elle
n'avoit éprouvé aucune évacuation périodique ,
& depuis fes parens m'ont attefté que cette fuppreflion
n'avoit plus lieu . Elle jouit maintenant
à tous égards de la fanté la plus parfaite . Je crois
qu'on peut en conclure que le mal caduc , furtout
lorsqu'il n'eſt pas héréditaire , n'eft pas auffr
in curable qu'on le penfe. Cette fille ayant été
pleinement délivrée au moyen d'une fupuration
copieufe , établie par accident fur fon dos pendant
denx mois , pourquoi les maîtres de l'art ne pour
roient-ils tenter la guérifon des épileptiques , en
leur appliquant , depuis la nuque jufqu'à l'os facrum,
foit un emplâtre véficatoire ordinaire , foit la
pommade épipaftique , foit enfin l'excellent onguent
de l'Abbaye du Bec.
La révolution générale éprouvée par
l'épileptique , pourroit avoir occafionné fon
foulagement , tout comme la fuppuration :
on a vu des émotions violentes fufpendre
les progrès de cette affreufe maladie , & il eft
prudent d'attendre les fuites de ce rétablifle,
( 227 )
•
ment , avant que de tenter le remede propofé
par M. le Provoft.
Le dix -feptieme chapitre du voyage de Sicile
& de Malthe par M. Houel eft actuellement
en vente chez l'Auteur , rue du Coq Saint-
Honoré. Il comprend la fuite des antiquités
de Taorminum , Tombeaux , Réferves
d'eaux , Gymnaſes , & un plan en carte du mont-
Etna ; cette fameufe montagne devant être l'objet
d'une defcription déjà commencée dans ce
dix -feptieme chapitre. Les gravures font parfaitement
dignes des premieres , & le texte eft trèsinftru
&tif. L'Auteur y donne des notions claires ,
fuceintes , exactes des ufages anciens , corref
pondans aux monumens qu'il décrit . Peu de
recueils de ce genre ont ce mérite à un plus
haut dégré.
La trégate la Coventry a apporté des dépêches
de M. de Buffy , actuellement à Pondichery.
Il s'éleva quelques difficultés de la
part des Anglois qui exigeoient la ceffion de
Trinquemale , ceffion refufée jufqu'à ce
qu'on eût reçu des inftructions précifes. Les
Anglois menaçoient d'ufer de violence ,
menaces rendues inutiles par les bonnes difpofition
de MM. de Peynier & de Saint-
Marfault la frégate la Précieufe , chargée
d'inftructions pour le Général , fixa heureufement
les doutes fur le fens du traité , qui a
reçu fon exécution fans ultérieur inconvénient.
Le Musée de Paris a tenu , le 9 du mois dernier
, dans fon nouveau local , rue Saint - Honoré ,
la fance publique de rentrée qui a été ouverte
k 6
( 228 )
par un difcours de M. de Cailhava , préfident ;
relatif à la circonstance .
M. de Trincano , Secrétaire Adjoint , a lu le
difcours fait par M. l'Abbé de S. Jean de Touloufe
, pour l'inſtallation du Musée de la même
ville , qui l'a adreffé au Muſée de Paris , comme
un ufage de l'union qui regne entre ces deux
fociétés littéraires..
M. le Changeux a récité enfuite un fable de
fa compofition également analogue à la rentrée
du Mufée , & qui a été fuivie d'un difcours de
M. Moreau de S. Méry , fur les moeurs & les
ufages du Royaume d'Ouair à la côte d'or . La
préfence du Prince , héritier préfomptif de ce
trône africain arendu ce morceau très - intéreffant .
M , Moreau de S. Méry y a fait remarquer combien
eft flatteur pour la nation françoife , le
motif qui a déterminé le Roi d'Ouaire à confier
fon fils âgé de zo ans , au Capitaine Landolphe
de Nantes ; & ce Prince , qui commence à entendre
notre langue , a pu gouter le plaifir d'être
applaudi , pendant qu'on parloit & de fa patrie
& de fes qualités perfonnelles.
par
A ce difcours a fuccédé celui de M. Hilliard
d'Auberteuil fur la maniere d'écrire l'Hiftoire ;
la lecture d'un fragment de traduction d'Hefiode
M. Gin ; celles des Poéfies d'Erine traduites
de l'anglois par M. de Grandmaiſon ; de deux
Odes d'Horace , traduites en vers par M. Defaughiers
fils ; & enfin de quelques Odes d'Anacréon
traduites auffi en vers par un autre membre
du Mufée .
>
La Séance a été terminée par des expériences
de phyfique & relatives aux différens Gaz
faites par M. Pilatre de Roziers. Le Prince
d'Ouaire y a mêlé un intérêt nouveau , fur
tour à celles fur l'électricité qui lui ont caufe
( 229 )
un jufte étonnement. Ce Prince conferverà fans
doute dans le climat brulant où il retourne dans
quelques mois , le fentiment d'eftime & d'admiration
que nos connoiffances lui ont infpicé . Il
compte folliciter l'agrément d'un pere que fon
abſence allarme peut être , pour venir , dans
un fecond voyage , chercher de nouvelles lumieres.
On nous adreffe de Beauvais l'annonce
fuivante d'une invention que nous révoquons
en doute , & que d'autres feront à même de
vérifier.
M. Toupillier , Procureur au Baillage & Siége
Préfidial de Beauvais , vient de réuffir dans l'expérience
d'une Pompe de fon invention. Cette
Pompe n'est ni foulante , ni afpirante , & peut
porter l'eau au fommet de la plus haute Montagne
, par un fimple tuyau - conducteur , en auffi
grande quantité que le fait la Pompe foulante.
Elle n'eft fujette à aucuns des inconvéniens qui
fe rencontrent dans les Pompes ordinaires ; &
la force motrice n'y eft uniquement employée
qu'à lever l'eau fans balancier ni contre- poids.
Il n'y a point de valvale qui puiſſe gêner à la
circulation de l'eau comme il s'en trouve dans
la Pompe foulante . La conftruction de cette Pompe
& de la Machine qui la fait mouvoir , eft fi
fimple que ce qui eft au par deffus des tuyaux &
de la roue motrice , doit être regardé comme
rien : de maniere que fi on la fubftituoit à la M₁-
chine de Marly , ( de la fupreffion de laquelle il
s'agit , ) il n'y auroit à conferver de cette Machine
que les roues & les tuyaux fans y faire de changemens.
L'entretien ne feroit pas un objet de
plus de quatre cens livres par an tandis que ce
feul objet , dans l'état actuel des chofes , monte
"
( 230 )
à plus de cent mille francs. J'efpere que M. Toupillier
approuvera le zèle que j'ai de participer
à rendre la découverte publique , & qu'il voudra
bien mettre la Société à portée de jouir des avantages
qui en réfulteront infailliblement ; en mettant
au jour les détails de cette Pompe , qui n'eft
venue à ma connoiffance que par le moyen d'une
converſation que j'ai eûe avec lui relativement
aux Pompes que l'on projette d'établir à Beauvais.
Les fuites convaincront que je n'ai rien avan⚫
cé que de vrai .
La Société Royale de Médecine a reçu
au nombre de fes Affociés Etrangers MM .
Merten's , Médecin à Vienne ; Walther, Profeffeur
d'Anatomie à Berlin , & le Chevalier
Bancks , Préfident de la Société Royale de
Londres .
Marguerite-Suzanne Fyot de la Marche, épouse
du Marquis Antoine - René de Voyer de Paulmy
d'Argenfon , Miniftre d'Etat , Chancelier de la
Reine , Chevalier- Commandeur des Ordres du
Roi & de ceux de Notre- Dame de Mont. Carmel &
de Saint- Lazare de Jérufalem , Grand'Croix de
P'Ordre Royal & Militaire de Saint - Louis , Bailli
d'Epée de l'Artillerie de France , l'un des 40 de
l'Académie Françoife , des Académies Royales des
Sciences & des Belles- Lettres , Gouverneur de
l'Arfenal de Paris , eft morte à l'Arſenal le 27 du
mois dernier.
Jean - Gabriel , Chevalier de Brons , ancien
Capitaine au Régiment de Conti , Chevalier
de l'ordre de S. Louis , est mort à Sarlat ,
dans la foixante- douzieme année de fon âge :
il avoit été griévement bleffé à la bataille de
Guastalla.
Armand- Gafton-Felix d'Andlau , Docteur de
( 231 )
Sorbonne ancien Aumônier du Roi , l'un des
quatre premiers Chevaliers héréditaires du Saint-
Empire Romain , & l'un des Seigneurs de la ville
d'Andlau , né le 7 Février 1707 , eft mort à
Paris le 3 Janvier 1785.
L'Académie Françoiſe , dans fa féance du
13 de ce mois , a fait choix du fieur Target ,
Avocat au Parlement , pour remplir la place
vacante par la mort de l'Abbé Àrnaud.
-
L'Académie royale des Infcriptions &
Belles Lettres , dans fon affemblée du 14
de ce mois , a élu Académicien- Affocié , à
la place vacante par la mort de l'Abbé Arnaud
, le fieur Houard , Avocat , Cenfeur
royal , Affocié libre de l'Académie des
Sciences , Belles - Lettres & Arts de Rouen.
L'Académie des Sciences & Belles Lettres
de Dijon , propoſe pour ſujets de prix en
1786 :
Determiner , par leurs propriétés refpeclives , la
différence effentielle du phlogistique & de la matiere
de la chaleur.
Tous les Savans , à l'exception des Académiciens
réfidens , feront admis au Concours. Ils ne
fe feront connoître ni directement , ni indirectement
; ils infcriront feulement leurs noms dans
un billet cacheté , & ils adrefferont leurs Ouvrages
francs de port , à M. MARFT , Docteur en
Médecine , Secrétaire perpétuel , qui recevra juſqu'au
1er . Avril 1786 , inclufivement , les Ouvrages
envoyés pour concourir au Prix propofé.
L'Académie s'étant vue forcée de réferver le
Prix dont le fujet étoit la théorie des vents , annonl'année
derniere , qu'elle adjugeroit ce Prix ,
qui eft double , á l'Auteur qui , en quelque tems ça ,
( 232 )
que ce fut , enverroit fur cet objet un Mémoire
fatisfaifant.
Ceux qui lui ont été récemment adreffés ,
n'ayant pas encore rempii les vues de la Compagnie
, elle réitere l'annonce qu'elle a déja faite,
& invite de nouveau les Phyficiens à s'occuper de
cet objet intéreffant.
Le Prix fondé par M. le Marquis du Terrail &
par Madame de Cruffol d'Uzès de Montaufier , fon
épouse , á préfent Duchefle de Caylus , confifte en
une Médaille d'or de la valeur de 300 livres ,
pertant , d'un côté , l'empreinte des armes & du
nom de M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devife de cette Société littéraire .
PROVINCES-UNIES.
LA
HAYE , le 23 Janvier.
Des abfurdités ou des inventions , voilà
fommairement ce que préfentent nos Feuilles
publiques depuis quelques femaines . Pas
un feul fait digne d'être rapporté. Au dé
faut d'événemens , ces mêmes Feuilles font
remplies de réflexions , de conjectures , de
prétendues tranfactions qui n'ont jamais
exifté que dans la tête des Gazetiers.
Il a été notifié à la Parade par S. A. S.
aux Officiers du Régiment des Gardes Dragons
, de fe tenir prêts à marcher au premier
ordre on les croit deſtinés à couvrir
les frontieres des provinces de Gueldres &
d'Overyffel.
:
Le Prince regnant de Waldeck a offert
fon cinquieme bataillon à la République , &
(( 233 )
le Duc de Saxe - Gotha a foufcrit à l'augmen
tation de fon Régiment au fervice des Provinces-
Unies. On dit le canton Suiffe de
Glaris dans les mêmes difpofitions , relativement
aux quatre Compagnies qu'il fournit
aux Etats - Généraux : cette derniere levée
fera une petite addition de 200 hommes.
Les Etats de Hollande ont chargé leurs
députés aux Etats - Généraux , d'infifter fur
la nomination de furveillans , foit d'une efpece
de repréſentans civils , pour concerter
les moyens de défenfe avec le Stathouder.
Les mêmes Etats demandent une Enquête ,
pour examiner les caufes du dénuement de
provifions dans Lillo , Maftricht & le Sasde
Gand, ce qui fera l'objet de nouvelles
difcuffions & de nouvelles animofités.
Les Papiers publics affirment qu'un officier
Suiffe au fervice de LL. HH. PP. a été arrêté
dans la Souabe & conduit à Fribourg en Brifgaw,
& que le même enlevement a été exécuté
par les Heífois fur un tranſport de recrues envoyées
en Hollande pour le corps de Rhingrave
de Salm .
On ne doit probablement pas plus de
eonfiance à ces deux nouvelles qu'à la fuivante
, que nous rapportons dans les termes
de nos Gazettes.
S. A. S. le Prince d'Orange avoit reçu le 30
Novembre paffé , une lettre écrite de la propre
main.du Roi de Suede , qui lui recommandoit particuliérement
le Colonel Sprengporten , Militaire
du premier mérite. Les nombreuſes occupations
qui , dans les circonftances préfentes , abforbent
( 234 )
toute l'attention de S. A. S. lui avoient proba
blement fait oublier cette Lettre . Cependant
S. M. ayant paru mécontente qu'on ne lui eût
fait aucune réponſe , fur-tout dans un tems où
il s'agit de prendre des troupes Suédoises au fervice
de L. H. P ; les Affemblées d'Etat ont fait
des démarches à ce fujet. Son Alteffe a accufé la
reception de cette Lettre , & a fait connoître en
même tems que le Roi de Suede offroit fix mille
hommes de fes troupes à la République.
PAY S- B A S.-
DE BRUXELLES , le 23 Janvier.
Les Chevaux de l'Empereur font arrivés
au nombre de 72 , conduits par 24 palfreniers
& deux chaffeurs ; fes équipages ne tarderont
pas à paroître dans cette Capitale ,
où S. M. I. elle-même eft attendue avant la
fin de l'hiver.
Le Régiment de Bender eft ici depuis
quelquesjours : il eft commandé par le Prince
d'Anhalt-Zerbſt.
Nos deux cutters font toujours en croifiere
entre Anvers & le fort Philippe : le
paffage de ce côté - là eft termé pour les navires
Hollandois & Autrichiens : le commerce
fe fait par Berg- op-Zoom.
On fait à Aix la - Chapelle les préparatifs
néceffaires à la réception de la groffe artillerie
confiftant en deux cents pieces de canon.
Les chauffées font chargées de travailleurs.
( 235 )
50000 facs ont été préparés ici pour les provi
fions de l'armée & 500 chariots font deftinés à
les voiturer . On prépare auffi des grils pour
les boulets rouges , plus de 40 voitures chargées
de munitions de guerre nous font arrivées de
Luxembourg On compte déjà au - delà de
5000 recrues faites dans le Brabant . Cependant
nous ne perdons point l'espérance d'une
réconciliation .
On voit la lifte fuivante des quartiers d'hiver
queprendront les troupes Impériales dans
les Pays-Bas.
Premiere Brigade.
A Luxembourg le Général - major Comte d'Alton
, les Régimens de Teutfchmeifter & Preiss ,
deux compagnies d'artillerie & de réferve , avec
le troiftème Batatllon du Régiment de Kaunitz.
Seconde Brigade.
A Louvain , le Baron Stader Général
Major , deux bataillons du régiment Tillier ; à
Namur, deux bataillons de Latterman ; à Bruxelles
, deux bataillons de Bender & le bataillon de
Grenadiers de Fourman , Lieutenant Colonel.
Troifieme Brigade.
A Thienen , le Général - Major Comte de Harrach
; une divifion du régiment des Houfards de
Wurmfer à Louvain ; deux divifions de l'Etat- Major
dudit régiment à Thienen ; une diviſion du
régiment des Houfards d'Efterhazi à Indoigne.
Une divifion du régiment de Dragons d'Arberg
avec l'Etat-Major , à Lier : une autre divifion à
Geel ; une demi-divifion à Tungerloo ; une demi(
236 )
1
divifion , & le troisieme bataillon du régimem de
Murray á Herve.
Quatrieme Brigade.
ABergen Hennegaw , le Général . Major Baron
de Lilien ; deux divifions du régiment de Dragons
de Saxen Cobourg , avec l'Etat- Major. Une divifion
à Ath ; trois divifions du régiment des Dragons
de Tofcane à Doornick , Oudenarde & Gand ; la
quatrieme divifion du régiment d'Arberg à Bergen-
Hennegaw.
Cinquieme Brigade & le Commandement général.
A Anvers , Son Alteffe le Prince de Ligne ,
Lieutenant Général - Commandant , & S. A. le
Duc d'Urfel , Général Major ; trois bataillons du
régiment de Clairfaye ; deux bataillons de Ligne ;
le troifieme bataillon de Ligne à Lier ; deux bataillons
de Kaunitz à Malines ; le Général- Major
Comte de Rutant à Gand ; deux bataillons de Mu-
Tay à Gand ; deux bataillons de Vierfet à Bruges ,
le troifieme.bataillon dudit régiment à Oftende ;
le troisieme régimens de Garnifon à Nieuport ; le
Général de Penzenftein , de l'Artillerie , avec le
fecond Régiment , à Malins ; le reste de l'Artillerie
eft partagé dans les divers régimens. Le
commandement des Pontonniers , ainfi qu'une
compagnie de Mineurs & Sapeurs à Namur.
A Bruxelles , les Chaffeurs & le détachement
de l'Etat-Major ; la direction du génie , S. A. R.
le Duc de Saxe - Tefchen , Commandant Général
en chef du Campement ; les Comtes de Murray ,
Ferraris , Colloredo , d'Arberg , & M. de Segenter ,
Commandans - Généraux.
Les lieux de campemens des Croates ,
( 237 )
Houllans , & d'autres Corps de troupes légeres
, ne font pas encore déterminés .
Les régimens de Cobourg & de Wurmfer
ont déja paffé Liege , & font attendus d'un
jour à l'autre dans le Brabant , ainfi que le
Général Lilien.
Selon la derniere Gazette de Vienne , les
lettres les plus récentes de la Tranſylvanie.
ont apporté la nouvelle certaine que les Walaques
qui s'étoient révoltés dans les comitats
d'Hunyad & de Zaranthe , ont été , par
les difpofitions du Gouvernement , ramemés
à leur devoir ; qu'ils ont remis le peu
d'armes qui étoient en leur poffeffion , &
qu'ils font retournés dans leurs maifons
après avoir promis de ne rien négliger pour
fe faifir de leur féducteur Horiah & de fon
complice , qui fe font enfuis dans les montagnes
, après avoir été abandonnés de leurs
partifans.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre les Héritiers de l'Abbé de Ricouard
d'Hérouville , Chanoine de l'Eglife de Paris , &
les Adminiftrateurs de l'Hôtel-Dieu.
DROIT de l'Hôtel - Dieu de Paris , de réclamer le
lit complet de l'Archevêque & celui des Cha
(1 ) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avøear, rue
& Hôtel de Serpente,
( 238 )
noines , quand ils viennent à décéder.
Ce droit eft fort ancien ; il eft la fuite & la reconnoiffance
des foins que les Religieufes de l'Hôtel-
Dieu rendent à M. l'Archevêque & aux Chanoines
, en cas de maladie , comme à leurs Supérieurs
Spirituels . Voici quelle en eft l'origine. --
La fucceffion mobiliaire de l'Evêque de Paris étoit
autrefois dévolue au Roi. Louis - le- Jeune, à la veille
de partir pour la Terre Sainte , abandonna ce droit,
moyennant une fomme d'argent que l'Evêque lui
donna. Cet Evêque , furnommé le Pere des
Pauvres , devenu maître de diſpoſer de fon mobilier
, voulut qu'à l'avenir , au décès de l'Evêque de
Paris , le lit dans lequel il feroit décédé , appartînt
à l'Hôtel-Dieu . Les Chanoines fuivirent l'exemple
du Prélat , & firent , en 1168 , un Statut qui fut
ainfi rédigé . « In Chrifti nomine , tam præfentibus
quam futuris innotefcat , quod ego
Barba Aurea , Dei gratiâ Parifienfis Ecclefiæ
» Decanus & univerfum ejufdem Ecclefiæ Capitulum
, confilio venerabilis Epifcopi noftri Mau
» ricii , in Capitulo noftro communi omnium af-
» cenfu , ad remiffionem omnium peccatorum
noftrorum conftituimus , quod quicumque Ca-
» nonicus Ecclefiæ noftræ decefferit , vel Præbendæ
fuæ quocumque modo renuntiaverit ; poft
» ejufdem deceffum , vel ob renuntiationem
» Hofpitali Beatæ Mariæ , quod eft ante portam
2
Ecclefiæ ejus , culcitram cum pulvinari & lin-
> teaminibus , omni occafione & contradictione
- remotâ , ad opus pauperum habeat. →→ Si verò
manfionarius in civitate non fuerit , vel ibi non
habeat lectum valens viginti folidos , de fuo ac-
» cipiatur , donec prædica integre reftituantur.
-Item , fi quis mafforiam ad Ecclefiam per-
» tinentem fufceperit , fimiliter culcitram cum
» pulvinari & linteaminibus eidem Hofpitali ,nof-
םכ
( 239 )
trå inftitutione donare cogatur , &c. & c.
Il fuit de ce Statut , que tout Chanoine qui m urt ,
ou qui renonce à la Prébende , ou qui obtient une
dignité dans fon Eglife , doit à l'Hôtel Dieu fon
lit , compofé d'une couchette , d'un traverfin &
d'une paire de draps ; & que s'il n'eft pas réfident
dans la ville , ou que fon lit ne foit pas de valeur
au moins de 20 fols , l'Hôtel - Dieu doit avoir au
moins la valeur de cette fomme.. Le lit d'un
Chanoine ne confiftoit alors qu'en une couchette ,
un traversin & une paire de draps ; mais dans les
fiecles poftérieurs, ce meuble étant devenu un objet.
de luxe, ce qui étoit une aumône de peu de valeur,
eft devenu un droit onéreux dont les Chanoines ont
cherché à s'affranchir. ·Par autre Délibération
de 1412 , interprétative du Statut de 1168 , le Chapitre
décida que l'Héritier du Chanoine décédé
pourroit conferver fon lit , en donnant à l'Hôtel-
Dieu la fomme deroo fols. Ce nouveau Statut
fut exécuté jufqu'en l'année 1592. A cette époque
, les Chanoines ayant ceffé d'être les Adminif
trateurs temporels de l'Hôtel -Dieu , les Directeurs
& Adminiftrateurs de cet Hôpital augmenterent
leurs prétentions , & foutinrent que tous les acceffoires
du lit , rideaux , courte - pointe & autres accompagnemens
, de quelque étoffe qu'ils fuffent ,
de foie , d'or , ou d'argent , leur devoient appartenir
leur demande fut accueillie , La Cour eftima
que l'efprit du Statur de 1168 avoit été de donner
à l'Hôtel- Dieu le lit du Chanoine décédé , tel
qu'il fe trouvoit , & non pas feulement la couchette
, le traverfin & la paire de draps ; & que
expreffions culcitram cum pulvinari & linteaminibus,
n'avoient été employées que pour défigner en détail
toutes les parties dont alors un lit étoit compofé
en conféquence , & fans s'arrêter à la Délibération
de 1412 , il fut jugé par les Arrêts de
les
( 240 )
1592 , 1600 , 1651 , & 1654 , cités par Félibien
Hift . de Paris , page 198 , que le lit de l'Arche
vêque & des Chanoines , domiciliés dans la Capitale
, appartenoit , après leur décès , à l'Hôtel-
Dieu , quelle qu'en fût la valeur. Depuis, l'ufage
a prévalu de donner à l'Hôtel - Dieu une fomme
d'argent , qui n'a jamais été moindre de 300 liv.
Le point de difficulté de cette Cauſe étoit ,
que l'Abbé de Ricouard d'Hérouville avoit ceffé
depuis long- tems d'être domicilié , de fait , à
Paris. Il y avoit 25 ans qu'il étoit Chanoine de
l'Eglife de Paris , lorfque des raifons, de ſanté
l'obligerent de quitter le féjour de la Capitale
pour prendre l'air de la campagne. Il acquit , vers
l'année 1769 , une maifon à Montmagny , & y
fixa fa demeure. Sa maiſon canoniale lui devenant
inutile , il s'en défit , & ſe contenta d'un petit appartement
, fis rue Meflée , où il couchoit , lorfqu'il
venoit à Paris pour affaires. L'Abbé d'Hérouville
eft mort à Montmagny , au mois de Novembre
1783. Ses Héritiers , après avoir pris connoiffance
des forces de fa fucceffion , ont été convaincus
qu'elle étoit infuffifante pour payer fes
Créanciers , & les réparations néceffaires à l'Abbaye
de S. Serge , dont le défunt étoit pourvu ;
néanmoins par honneur pour fa mémoire , ils fe
font portés Héritiers bénéficiaires . Lors de l'inventaire
, fait dans l'appartement de la rue Meflée,
l'Agent des affaires de l'Hôtel Dieu s'eft préſenté
pour réclamer le lit qui s'y trouvoit . Arrêt
du 4 Septembre 1784 , qui a condamné les Héritiers
de l'Abbé d'Hérouville à rendre & reftituer
à l'Hôtel - Dieu de Paris le lit complet dudit
Abbé , étant dans fa chambre à coucher , rue
MeЛlée , fi mieux ils n'aiment payer la fomme de
300 liv. pour fa valeur , & les a condamnés aux
dépens qu'ils pourroient employer.
-
1
MUSIQUE.
Concerto pour le baffon, are
ries ; données à Verfailles le 26
Août 1784, regiftrées en Parlement
le 10 Décembre fuivant . accompagnement de deux violons
alto & baffe , dédié à M. le Marquis
de Cadeville ; par Monfieur
le Comte de F*** : Euvre
XI. 3 1. 12 f. A Paris , chez
Bignon, place du Louvre , à l'Accord
parfait; & à lafalle de l'Opér
; & aux adreffes ordinaires de
A Paris , chez les mêmes. !
Lettres-Patentes du Roi , qui
ordonnent que la longueur des
mouchoirs qui fe fabriquent
dans le Royaume , fera égale à
leur largeur ; données à Verfailles
le 23 Septembre 1784 , regiftrées
en Parlement le 10 Dé- mufique.
cembre fuivant. A Paris , chez
les mêmes.
GRAVURES.
Portrait de M. Necker,ancien
Directeur général des Finances :
gravé par M. de Saint - Aubin ,
Graveur du Roi & de fa Bibliotheque
, d'après le tableau
original de M. Dupleffis , Peintre
du Roi , expofé au falon du
Louvre en 1783 , Eftampe de
douze pouces de haut fur neuf
de farge. Elle fe délivrera le 13 de
ce mois , chez l'Auteur , rue des
Prouvaires , vis-à - vis le Magafin
de Montpellier. On peut fe faite
inferire jufqu'à cette époque ,
pour avoir des épreuves de choix .
1
Deux Quintetti concertans
pour violon , hautbois , flûte ,
alto & violoncelle , dédiés à M.
le Marquis de Graffe ; par M. le
Comte de F *** . OEuvre III : 3
liv. 12 fols. A Paris , chez les
mêmes.
Trois trios concertans pour le
violon, alto & violoncelle ; dédiés
à M. le C. de Meſlon ; par M.
le C. de F ***: OEuvre VI : 31.
12 f. A Paris, chez les mêmes.
LIVRES ETRANGERS .
Hiftoire intéreffante d'un nouveau
voyage à la lune , & de la
defcente à Paris d'une jolie Dame
de cette terre étrangère , in- 82 .
liv. 4 fols. A Whiteland , & fe
trouve à Paris , chez F. G. Defchamps
Libr. rue S. Jacques.
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIB ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fols par année , avec
la Table.
On s'abonne en tout emps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins . Le prix eft , pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente - deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiſſant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Février
fon:pfiés derenouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes ,
&qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifle , & affranchir · les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reçues.
DE FRANCE.
( N°. 2. )
SAMEDI 8 JANVIER 1785 .
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX. l'année 1785 , contenant les ac-
Almanach du Voyageur àtions de bienfaifarce , de coura-
Paris , pour l'année 1785 , con - ge, d'humanité , &c. 1 1. fols.
tenant unedeſcription fommaire, A Paris , chez Savoye , Libr. rue
mais exacte , de tous les monu- S. Jacques,
mens ; par M. Thierry : br. 2 1.
$ fols. Paris , chez Hardouin ,
Libr, au Palais royal , no. 14 ;
& Gattey, rue des Préires S. Germain-
l'Auxerrois.
Chef-d'oeuvres de l'antiquité
fur les beaux-arts , monumens
précieux de la Religion des Grecs
& des Romains , &c avec des
planches en taille uce , dont
foixante-dix ont été gravées par
Bernard Picard : 1 vol. in-fol .
Numéro 3 : 18 liv. On fouferit
à Paris , chez l'Auteur , rue Ga
Tencière ; Lamy , Libr. quai des
duguftins.
Principaux Idiotifmes de la
langue grecques avec les ellipfes
qu'ils renferment ; par M. Furgault
, Profefleur émérite de
P'Univerfité de Paris : 1 vol. in
8. A Paris , chez Nyon jeune ,
Libr. place des Quatre- Nations.
ou La Morale evangélique
Homélies choifies des Pères de
l'églife fur tous les évangiles des
Dimanches & Fêtes de l'année ;
par M. l'Abbé Méry : nouvelle
édition divifée en deux parties ,
2 volumes in- 12. brochés : 5 1.
A Paris , chez Volland , Libr.
quai des Auguftins.
Luennes de la vertu , * pour " ´ Les OEuvres de M. le Chegaud
, n °. 20 ; & Théophile
Barrois, Libr. quai des Augufins.
L'abonnement pour l'annee
pour
Paris ,
valier Bertin : 2 petits voi. in- 18.
br. 3 liv. A Paris , chez Har
douin , Libr. au Palais royal ,
n°. 14 ; & Gattey , Libr. r. des entière , compofée de 12 vol .
Prêtres S. Germain- l'Auxerrois. eft de 13 liv. 4 f.
Les Promenades de Clariffe, & de 16 liv. 4 f. pour la Province,
& du Marquis de Valzé , ou port franc .
monvelle Méthode pour apprendre
les principes de la Langue
Françoife , à l'ufage des Dames ;
par M. T*** , quatrième cahier
: 12 fols. A Paris , chez les
Marchands de nouveautés.
AVIS.
Royez , quai & près des Auguftins
, vient de raffembler des
collections de livres proprement
reliés pour étrennes , principalement
fur l'hiftoire , la bonne lit-
Réflexion fur la chaleur ani- térature& l'éducation. Il vient d'amale,
pour fervir de fupplément jouter fur ce dernier fujet tous les
à la feconde partie des Recher- bons ouvrages des Dames de Genches
fur différen's points de phy- lis , de l'Epinai le Prince de Beaufiologie
, &c. pas M. Fabre, Pro- mont , la Fire , & autres .
feffeur royal au Collège de Chiringie,
ancien Commiffaire pour
les Extraits de l'Académie , &c.
broch, in 8° . de 31 pag. 12 fols.
Paris , chez Barrois jeune ,
Libr. quai des Auguftins.
Renaud , Poëme héroïque ,
imité du Taffe ; par M. Menu
de Chomorceau, Prefident, Lieutenant
Général aur Balliage de
Villeneuve le Roi : 2 vol. in-8 .
br. 6 liv. A Paris , chez Mou-
Bord , Impr.- Libr. rue des Mathu-
Calypfo , ou les Babillards ;
No.XXXVI : t.fecond. Paris,
chez Regnauit , Libr. rue Saint-
Jacques
Hitoire Univerfelle depuis le
Commencement du monde jufu'à
préfent , composée en Arglois
par une fociété de Gens de
Lettres,nouvellement traduite en
François par une fociété de Gens;
de Lettres; enrichie de figures &
de cartes. Tome LXXI , for
mant le XXXI de l'Hift. Moderne.
A Paris , chez Moutard ,
Impr. Libr rue des Mathurins.
ARRET S.
2
Arrêt de la Cour de Parlement
, qui ordonne l'exécution
d'une Sentence du Bailliage de
Nemours par laquelle
fait défenfes aux Marguilliers
des Paroifies d'en reprendre aucun
procès , de faire aucun eploi
des deniers , d'accepter ou
refufer aucune fondation , fans
auparavant avoir été autoilés
par les Cure & Habitans ; fait
défenfes à tous Procureurs d'occuper
pour les fabriques , fans
y être autorisés par un acte d'affemblée
; extrait des registres du
Parlement , du 3 Déc. 1784 A
Paris, chez P. G. Simon & N.
H. Nyon , Libr. Impr. rue Migron
S. André des Arcs.
Lettres-Patentes du Roi , qui
fixent les limites de la conceffion
des mines & Allemont , faite
à MONSIEUR ; données à Verfailles
le 29 Juillet 1784 , regiftrées
en Parlement le 10 Décembre
fuivant. A Paris , chez les
mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , qui
LeMentor Univerfet ; par M. autorifent les vifites dans les bou-
FAbbé Roy, Cenfeur Royal , tiques & magafins des marchands
&c. Numéro VIII . P & négocians , pour la vérifica
ris, chez l'Auteur rue Génétion des étoffes , toiles & toile
>
you дем
. 135 .
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & de-
Provinces ; la Nocice des Edits, Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. & c.
12025
SAMEDI I JANVIER 1785.
A
PARIS ,
Chez
PANCKOUCKE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
5
TABLE
Du mois de Décembre 1785.
PIÈCES IECES FUGITIVES .
Mes Malheurs ,
Vers à Egle ,
Romance du Barbier de Séville
,
Mémoire fur le premier Drap
3 de Laine fuperfine du crû de
31 S
6
49
Les Voyages de Colombelle
& Volontairette .
Vers à M. François de Neufchâteau
.
A une Dame ,
la France
Hiftoire de Stanislas Premier,
Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar ,
Blanchard , Poëme en deux
Chants ,
60
La Fortification Perpendicu 97
98 laire ,
Pour le Portrait de Mme de L'Honneur François ,
Genlis ,
Infcription,
67
70
120
ibid. Traduction nouvelle de l'Eneide
୨୨ .
126
Le premier Miniftre de la Mémoires du Baron de Tott ,
Mort , Apologue , ibid. Sur les Turcs & les Tar-
Le Fleuve & le Ruiffeau ,
Fable ,
tares ,
211 Nécrologie ,
103 Concert Spirituel ,
Hiftoire du Miniftre la Roche,
Conte,
ه م ق ل
145
SPECTACLES .
152
179
131
Vers qu'on intitulerà comme Acad. Roy. de Mufique , 33 ,
on voudra . 85 , 182
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne , 35 , 132
gryphes , 8 , 58 , 117 , 147 Académie , 73
NOUVELLES LITTER. Annonces & Notices , 41 , 89 ,
Eloge de Fontenelle ,
Ie 156 , 187
KEPLA
JONACHE WIS
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS pour fervir de Réponse à ceux de
M. HOFFMAN , inférés dans les Petites
Affiches , dus Décembre , No. 343. Ν .
Qu'a la Harpie en ce moment ,
Le goût façonne , pour nous plaire ,
Tous vos pompons & vos ajuſtemens :
Que voudroit en conclure un Critique févère
Qui vous prive de tout , même du fentiment ?
LORSQUE dans la dernière guerre
Vos fronts s'applaudiffoient de porter un d'Estaing,"
* AHufion aux bonnets dits à la d'Estaing, à la Gibraltar
qu'on a portés en 1780 & 1781 .
A ij
MERCURE -
Un Gibraltar, inventés par Bertin ,
Vous infultiez alors au fort de l'Angleterre.
AH! fans vous effrayer des farcaſmes d'Hoffmans ,
Faites régner long- temps cette mode chérie ;
Portez , confervez la Harpie ;
Je voudrois en ces lieux la revoir dans vingt ans.
Puiffe-t'elle , en faisant la ronde ,
S'étendre de Paris au Sérail du Sultan !
Elle n'a pas coûté de ſang ;
Elle doit plaire à tout le monde.
(Par M. Bavouz de Ch...ry. )
MADRIGAL.
JADIS l'Amour ayant l'Erreur pour guide ,
Erroit au gré de ſes volages feux ;
Ce tendre enfant que célébroit Ovide ,
Avoit alors un bandeau fur les yeux .
Ce temps n'eft plus , & la Raifon l'éclaire ;
Entre fes mains il remit fon flambeau ;
Et pour vous voir , mon aimable Glicère ,
Ce petit Dieu déchira ſon bandeau .
(Par M. le Marquis de C.... V.. )
i' .
DE FRANCE.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Meſmer ; celui
de l'Enigme eft le Temps ; celui du Logogryphe
eft Martial , où l'on trouve mal ,
Mai , M. & Mme Trial , lait , lit , rat ,
mari , Marli.:
CHARADE.
Mon premier plaît aux yeux par ſa verte parure ;
Au Palais , mon fecond par fois gronde & murmure ;
Montout eft dans nos moeurs , mais non dans la nature.
( Par M. le Marquis des Six-Tours. )
ENIGM E.
TOUT- A- LA- OUT A - LA - FOIS mâle & fémelle ,
J'habite & fur terre & fur mer ;
Je puis , fans hallon & fans alle ,
Paroître , quand je veux , en l'air.
Tout ceci n'eft point un mystère ;
On mc connoît fort aisément
En voyant la jeune, Bergère
Me fouler avec fon amant.
( Par M. L.... , de Falaife , Etudiant en Droit. )
A jij
MERCURE
ONA
LOGOGRYPHE
Na des partifans , on a des ennemis ,
Et qui n'a pas les fiens doit être fans mérite 3
Dès- long- temps oublié , j'ai voulu dans Paris
Paroître triomphaut en Docteur Emérite ;
On ma prôné dabord , mais la chauce a tourne ;
Un grand Corps contre moi foudain s'eft acharné.
Par mes dix pieds encor je me ferai connoître :
En me décompofant , tu trouveras peut- être
Le furnom d'un Héros jadis Empereur - Roi ;
Un fage d'Orient ; d'un Piccini la loi
Ce qui dans nous agit , nous fait agir nous- même ;
Ce que nous defirons de quelqu'un qui nous aime ;
Un membre très - utile ; un habitant du ciel ;
Pour un Meunier débile un être effentiel ;
Une antique cité très- renommée en France ;
Deux oifeaux fort communs ; l'oppofé de l'aifance ;
Ce qui d'une maifon fait juger la hauteur ;
Un fleuve d'Ibérie . Enfin , mon cher Lecteur ,
Je me garderai bien d'en dire davantage :
Tu fais que trop parler n'eft pas le fait du fage.
( Par M. Jalaberd. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
UVRES du Marquis de Villette. A Londres,
& le trouvent à Paris, chez Cloutier,
Imprimeur-Libraire , rue de Sorbonne ;
la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint
Jacques ; Elprit , au Palais Royal.
C'EST du fein des plaiſirs & de la molleſſe
que doit s'élever la voix qui veut chanter les
voluptés & les grâces . Il eſt une certaine
perfection de goût , mais fur tout une certaine
delicatelle qu'on ne peut connoître
qu'au milieu des plaifirs & des arts d'un luxe
élégant. Nous ferions encore à favoir combien
le talent peut être aimable , fans quelques
mortels affez heureux pour avoir trouvé
le génie & la gloire dans leurs voluptés.
C'eſt du fein d'un réduit charmant , cù les
Aleurs & l'encens exhaloient leurs parfums ,
qu'Horace , en atten lant Glycère , adreffoit
une Hymne aux Grâces. Ces impreffions ne
fe devinent pas ; & qu'eft- ce qui fe devine ?
On n'a pu ni imiter ai traduire Tibulle &
Ovide , que lorfque les richeffes & les Arts
du fiècle de Louis XIV ont mis dans nos
plaifirs & dans nos jouiffances le goût & la
grâce du fiècle d'Augufte ; & cependant on
vouloit les traduire dans la barbarie du quin-
A iv
8 MERCURE
. >
zième fiècle & dans la ' pédanterie du fer
zième ; & c'étoient des hommes renfermés
dans des colléges & dans des cloîtres
qui avoient le plus fouvent cette fantaifie.
On eût pu l'excufer dans Lafare & Chaulieu ;
on pourroit defirer qu'elle prît à M. le
Marquis de Villette ; mais M. le Marquis
de Villette fait bien mieux que de chanter
les amours & les plaifirs de Tibulle , il
chante fes plaifirs & fes amours ; c'eft dans
ee genre fur- tout qu'il feroit malheureux
d'être condamné à l'imitation .
On eft bien furpris en ouvrant les Euvres
de M. le Marquis de Villette ! Un des
premiers morceaux qui le préfentent , ce
font des Penféés Nocturnes. Cela rappelle
ce temple confacré à Vénus & aux Grâces ,
dont parle Plutarque ; fur le frontispice
étoient écrits ces mots : Ilfaut mourir.
Mais les Penfées Nocturnes de M. de Villette
ne pouvoient pas être long- temps fombres
& noires : il a eu beau prendre un moment
le gente & le talent d'Young, c'eft avec
fon propre caractère qu'il a écrit . La mélanco
lie arrête & fixe le génie d'Young fur les tom
beaux , il pénètre , il s'enfonce de plus en plus
dans ces demeures de lamort , qu'il appelle les
avenues du ciel & de la terre ; il ne revient
plus fur fes pas , & nn''eenn fort ,, pour ainfi
dire , que du côté du ciel & de la vie immortelle.
La mélancolie de M. de Villette a
une autre marche. Les fombres voiles de la
nuit , la vue d'un chêne frappé de la foudre,
DE FRANCE. 9
le bruit monotone de la caſcade folitaire , la
préſence des tombeaux chargés d'infcriptions
attendriffantes , tous ces objets qu'il peint de
couleurs fortes & poétiques , le conduifent
bientôt à Aminthe ; & dès que fon imagination
a vû Aminthe , les Penfées Nocturnes
s'éclairciffent ; dans cette fombre nuit il n'eft
plus queſtion que d'amour & d'amitié.
On trouve encore deux morceaux d'un
genre férieux à l'ouverture des OEuvres de
M. le Marquis de Villette , l'Éloge de Charles
V & l'Éloge d'Henri IV. Le premier de
ces Difcours, imprimé pour la première fois ,
il y a près de vingt ans , étoit précédé d'un
avertiffement , dans lequel l'Auteur avoit
voulu s'égayer un peu fur le ftyle & le ton
élevé des Éloges de M. Thomas ; ces plaifanteries
& cet avertiffement , font fupprimés
aujourd'hui ; & c'eft la première chofe
dont il faut louer M. de Villette très-jeune
encore alors , il s'en laiffa impoſer fans
doute par les clameurs de ces Critiques.
ignorans , qui ont fi long - temps perfécuté
le talent de M. Thomas & les plus
beaux talens du fiècle ; depuis il aura fenti
par lui même combien on doit d'eftime &
de reſpect à l'Auteur des Éloges du Dauphin,
de Descartes , de Marc- Aurèle , & far tour
à l'Auteur de l'Effai fur les Éloges .
Dans les deux Difcours de M. de Villette ,
on ' rouve plus qu'on ne l'auroit cru d'abord,
Pefpèce d'idées & de mérite qu'exigent les
Ouvrages de ce genre.
A'v
10 MERCURE
23
"
On doit aimer beaucoup , ce me fenible ,'
l'exorde de fon Éloge hiftorique d'Henri IV.
" C'eft en lifant la Vie de Henri IV que
» l'homme de bien fent couler des larmes
» involontaires ; c'eſt aux pieds de fa ftatue
» que le Citoyen s'écrie avec tranſport :
Voilà celui qui aima fon peuple. — Je ne
brigue point ici la couronne de l'éloquence
; je fatisfais mon coeur. Il eft fi confo-
» lant de repofer fon âme fur le fouvenir
" des Héros qui ont fait du bien au monde !
» la fenfibilité ne laiffe plus de place aux
illufions de la gloire , aux jouillances de
l'orgueil : l'Orateur n'eft plus que Citoyen ;
il s'émeut , & fon attendriffement devient
» fa récompenfe.
و د
"
"
Que c'est bien là le fentiment avec lequel
on doit louer tous les grands Hommes , &
fur, tout Henri IV !
La première Partie du Difcours commence
par un tableau du feizième ſiècle , de ce fiècle
qui a exercé fi fouvent les pinceaux de nos
Hiftoriens & de nos Orateurs ; ce tableau
peut faire regretter que M. de Villette n'ait
pas effayé plus fouvent les pinceaux de l'Hif
roire ; il a eu l'art de raffembler dans un
cadre affez étroit les grands événemens & les
grands perfonnages de toute l'Europe à cette
époque ; le trait rapide qui les peint eft choisi
par la vérité , & il femble l'être par l'ima
gination. Le morceau eft trop étendu pour
être cité en entier , & il perdroit trop à ne
l'être qu'en partie. On eft fâché feulement
DE FRANCE.
que M. de Villette ait parlé de l'Amiral de
Coligny comme de l'homme qui a fait le
plus de mal à la patrie. Voici comme il en
parle :
2
56
Gafpard de Châtillon , connu fous le
» nom de l'Amiral de Coligny , fut l'homme
» le plus fatal au bonheur de fon pays. Né
pour commander à des Rebelles , il poffedoit
par - deffus toutes les qualités d'un
Chef de parti , cette tranquillité fombre
& inaltérable , la première vertu peut-
» être dans un factieux . Politique profond ,
» nul ne connut mieux que lui les forces du
» Corps dont il étoit l'ame ; la France eût
" pu le compter parmi les meilleurs Capitaines
; mais fa jalouffe contre les Guifes ,
» & fon ambition , en firent un ennemi des
» Rois : Général eftimé , quoique matheu-
» reux , il ne dût qu'à lui feul toure fa gloire;
il ne gagna jamais de bataille , mais il
força fes -92 rivaux à l'admirer. »
و د
Il ne paroît point dans l'Hiftoire que ce
fur par ambition & par jaloufie que Coligny
fut entraîné dans le parti des Preteftans & de
la révolte : des motifs plus purs & plus nobles
devoient égarer cette grande âme. Ce
fut,fur tout l'extrême févérité de fes principes
de morale qui lui fit embraffer le parti
de la réforme. On pouvoit dire de lui ce que
Lucain dit de Caton : Qu'en faifant la guerre
civile il fembloit l'abfoudre. Coligny eut
toute la vie un projet bien extraordinaire
dans un homme qui tenoit à la première No-
A vj
12 MERCURE
bleffe de la Monarchie , ce fut d'aller établir
dans quelque coin du Nouveau Monde une
République fondée fur l'égalité primitive de
la nature. Malgré les erreurs , un tel homme
fait trop d'honneur à l'humanité pour avoir
étéfifatal à ſon pays. Quel intérêt de pareils.
caractères répandroient fur notre Hiſtoire ,
fi froide & fi sèche , s'ils étoient tracés par
la main d'un Tacite !
33
"
On s'attendoit bien que M. le Marquis de
Villette ne feroit pas un juge très - févère des
foibleffes de Henri IV ; mais il en devient
prefque le Panégyrifte; & c'eft un peu plus
que Henri IV ne demandoit lui même. « Je
fuis tout honteux , difoit ce bon Roi ,
d'être fi fouvent amoureux avec une barbe
toute grife ; mais que mes Sujets faffent
grâce à mon amour pour les feinmes , en
» faveur de mon amour pour eux. » Et il
falloit bien que les foibleffes de Henri IV
priffent leur fource dans une âme très - intéreffante
, puiſqu'à l'âge de , o ans, avec cette
barbe toute grife , il trouvoit encore le
moyen de fe faire aimer de la Princeffe de
Condé , belle , jeune , aimable , perfécutée
pour fon amour , étrangère par fon caractère
à l'ambition qui fait aimer le pouvoir , &
par fon rang trop au deffus de l'orgueil d'être
la maîtreffe d'un Roi. C'eft un Ange , écrivoit
d'elle une femme , mais fon amour pour
le Roi eft un démon qui la tourmente. M. le
Marquis de Villette parcourt prefque toute
Hiftoire de la Monarchie, pour démontrer,
DE FRANCE. 13
par d'illuftres exemples , qu'il faut aimer
beaucoup les femmes pour avoir de grands
talens , de grandes vertus , pour être un
grand & un bon Roi ; & dans cette érudi
tion , à laquelle on ne reprochera pas fans
doure d'être une pédanterie , toute l'Hiftoire
femble en effet fervir de témoignage à fon
opinion.
Henri IV difoit un jour à Gabrielle d'Eftrées,
-qui faifoit une intrigue contre Sully : javez
vous , Madame , que je facrifierois cent maitreffes
comme vous pour un ami & pour un
Miniftre tel que Sully ? Quand les Rois parlent
ainfi aux femines qu'ils adorent , les
Peuples & l'Hiftoire leur font grâce de leurs
maîtreffes ; mais les forbleffes font communes
, & cette force , jufques dans les
foibleffes , eft la chofe du monde la plus
rare.
༣
Au refte , ce morcau du Difcours de M.
de Villette , fi piquant déjà par le paradoxe
qu'il préfente , est très agréable par la na
nière dont il eft écrit.
On doit auffi des éloges au tableau de l'Ad
' miniſtration de Henri IV : il eft aflez ordinaire
que les tableaux de ce genre foient
compofés de quelques lieux communs fur
l'agriculture , fur l'induftrie , fur le commerce
, qui ne rappellent aucun fait , qui ne
font connoître aucun des principes , aucune
des opérations de l'homme qu'on célèbre ,
& qu'on pourroit tranfporter prefque tou
jours fans y faire aucun changement de l'éloge
14
MERCURE
le
de Sully à celui de Lhôpital , de celui de
Lhôpital à celui d'Amboife : M. Thomas ,
premier , a montré , par fes exemples & par
fes préceptes , comment il falloit pénétrer
à l'idée première & fondamentale qui a
dirigé les actions ou les ouvrages d'un grand
Homme; & faire enfuite du développement
de cette idée générale un tableau dont chaque
trait caractériſe le génie qu'on célèbre , & le
diftingue , le fépare de tous les autres génies.
On voit que M. de Villette , pour
peindre l'Adminiftration de Henri IV , l'a
étudié ; il ne donne fouvent qu'un trait ,
qu'un coup de pinceau à l'objet le plus vafte ;
mais ce trait et toujours le plus vrai ,
peut être le feul qni fûr indifpenfable .
Voyez , par exemple , ce qu'il dit des réformes
faites par Henri IV dans l'empire de
Ja Juftice.
" La Magiftrature n'échappe pas aux foins
du Prince , il porte la lumière dans le
» dédale de la Jurifprudence. Il auroit voulu
bannir ces lenteurs étudiées qui font gémir
les bons & ne fervent qu'aux méchans ;
» il auroit voulu détruire ces vils moyens ,
» ces formes de la chicane par lesquelles
» on dépouille , & celui que l'on condamne
» & celui que l'on abfout ; arrêter la licence
» de ces Orateurs effiénés , qui , trop fouvent
les organes de la calomnie, déshonorent
une belle profeffion , & s'efforcent
de flétrir au Tribunal de la Société , ceux
DE FRANCE.
J
qu'ils ne peuvent rendre criminels au Tri-
» bunal de la Juſtice. »
53
On auroit pu dire autre chofe , & peutêtre
de belles chofes encore ; mais aucune
n'eût été plus vraie , ni fur tout aufli importante
; & cette elpèce de concilion a le droit
de fupprimer les beautés même.
99
" Tous les Ordres de l'Etat font tranquilles
; la concorde les unit ; l'ambition
» fe cache ou fe foumet ; la France eft heus
reufe...... O crime ! ô coup affreux ! pleu
" rez , François ..... votre bon Roi n'eft
» plus. "
Que ce cri jeté au milieu d'un tableau de
profpérité, & de bonheur eft d'un grand effet !
& que f on le trouvoit dans une Oraifon de
2 Mafcaron , de Fléchier ou de Boffuet on
le trouveroit éloquent !
Cette manière , ces grands effers ne font
pas ce qui domine dans les deux Difcours
de M. le Marquis de Villette . On ne rencontre
ici aucune de ces formes impofantes du
ftyle des Panégyriques & de l'Éloge ; aucune
de ces périodes où fe trouvent les grandes
difficultés de l'art d'écrire , & les grands
effers , je ne dis pas de l'éloquence , mais du
talen oratoire ; mais très fouvent des traits
brillans d'imagination , avec un ron qui n'eft
ni élevé ni impofant , & des idées , des fentimens
oratoires dans des phrafes qui ne le
fons pas. Cette manière n'eft pas celle des
anciens ; parmi les modernes , elle n'eft celle
·
16. MERCURE
ni de Boffuet , ni de Maflillon , ni de M. de
Buffon , ni de Rouffeau de Genève , ni de
M. Thomas ; mais elle eft plus conforme
peut- être au caractère de notre langue , elle
peut plaire davantage à cette portion des
gens du monde qui donnent le ton de leur
converfation pour le modèle de tous les
genres de ftyle ; & ce qui fans doute aura
décidé M. de Villette , c'eft la manière de
Voltaire dans l'Hiftoire ; & Voltaire n'en a
pas pris une autre dans les deux Panégyriques
qu'il a écrits.
M. de Villette nous apprend , dans une de
fes Lettres , que Voltaire eût voulu que les
Eloges fuffent des differtations dans le goût
de Plutarque , où l'on pourroit tout dire à
charge & à décharge.
Un de ces hommes du monde qui cultivent
en filence un goût & des talens qui honoreroient
les Lettres , nous écrivoit , il y a
quelque temps , fur cet objet ; il nous demandoit
fi des jugemens ne vaudroient pas
mieux que des éloges . On voit que fon opinion
étoit précifement celle de Voltaire.
J'ajouterai encore que c'eft celle de tous les
hommes dont le goût eft un peu délicat , & dont
la confcience ne peut pas fupporter le mêlange
du menfonge & de la vérité . Les éloges
publics ne doivent être décernés fans doute
qu'à de grands Hommes ; mais les grands
Hommes ne font pas des hommes parfaits :
& où font ils les hommes parfaits ? Je n'en
DE FRANCE. 17
connois qu'un , c'eft Grandiffon ; & celui - là
n'exifte que dans un Roman. Pour bien loser,
il faut juger ; & dès lors l'éloge devient
un jugement. Mais il ne s'enfuit pas
qu'un jugement de ce genre doive être prononcé
du ton dont on écrit une differtation.
C'eft précisément alors qu'il parle à charge
& à décharge , que les fonctions de l'Orateur
deviennent plus impofantes & plus auguftes
, & que fon langage peur monter naturellement
au ton le plus élevé , au ftyle le
plus hardi & le plus figuré de l'éloquence . Il
parle au nom des fiècles & pour les fiècles ;
il dégraderoit fon rôle , il ſe montreroit dénué
de toute imagination , de toute fenfibilité
s'il confentoit à n'être qu'un froid &
tranquille differtateur. Au refte , tous ceux
qui , parmi nous , ont obtenu des fuccès un
peu éclatans en ce genre , ont confacré cas
principes par leurs exemples . Il s'en faut
bien que M. de Chamfort & M. de la Harpe
ayent tout loué dans La Fontaine ; & cepen-
-dant qu'il devoit être difficile d'appercevoir
-des défauts parmi tant de beautés , & des
beautés fi aimables ! qu'il devoit en coûter
pour faire un reproche au bon La Fontaine !
Quand M.Thomas a prononcé l'Éloge de Def
cartes , il n'a fait grâce à aucune des erreurs
de ce grand Homme , & cependant il en a
relevé la gloire , qui ſembloit éclipſée par
les fublimes découvertes de Newton.
Une grande partie des OEuvres de M. de
18 . MERCURE
1
Villette eft compofée de fa correfpondance
avec Voltaire. Tout eft plein de Voltaire
dans ce petit volume ; il y fait tout ou il y
infpire tout. M. de Villette voyoit tout en
Voltaire ; il parloit à Voltaire & Voltaire lui
répondoit. Cela reffemble à Mallebranche
en beaucoup de chofes ; mais cela diffère de
Mallebranche en plus de chofes encore.
Le genre des Lettres peut paroître petits
mais dans le plus petit genre , c'eft un grand
mérite de paroître fans. danger à côté de
Voltaire après avoir lû une lettre de Voltaire
, on lit avec le même plaifir une réponſe
de M. de Villette ; & la lettre & la
réponſe font écrites du même goût, du même
ton ; on ne découvre point d'imitation , &
on apperçoit de la reffemblance ; quelquefois
on feroit tenté de foupçonner que c'eft
une correfpondance fimulée , dans laquelle
l'Auteur n'a pas lu varier toujours fon Ayle
avec les perfonnages .
Le fonds de ces lettres n'eft prefque rien ,
& ces lettres font charmantes. Quand viendrez-
vous à Ferney..... Je ferai bientôt à Ferney......
Voilà le fonds de cette.correfpondance.
Les acceffoires ne font pas beaucoup
plus importans ; mais foit qu'il foit queſtion
d'une promenade , d'une lectures, d'une proceffion
du Jeudi Saint , d'une falle à repaffer
le linge , dont on a fait un théâtre ; foit qu'il
foit queftion de Mlle Clairon , qui ira ou
qui n'ira point à Ferney ; de M. de la Harpe ,
DE FRANCE. ·19
qui fera , ou qui ne fera point à Ferney de
petits Warvics ; la raifon & la philofophie
fe gliffent par- tout dans les idées , la grâce
fuit par tout l'expreflion .
Voltaire aimoit véritablement l'efprit de
M. de Villette ; il l'avoit formé , & le coeur
aifément s'attache à fon Ouvrage.
Il le loue beaucoup ; mais les louanges ont
moins l'air d'une flatterie que des careffes
d'un père :
Vous favez penfer comme écrire
Les grâces avec la raifon
Vous ont confié leur empire 3
L'infâme fuperſtition
Sous vos traits délicats expire.
Ainfi , Immortel Apollon
Charme l'Olympe de fa lyre s
Tandis que les flèches qu'il tire
Ecrâfent le ferpent Python,
Il eft Dieu quand par fon courage
Ce monftre affreux eft terraffé;
Il l'eft quand fon brillant viſage
Rallu ne le jour éclipſé ;
18
Il lui paffe les erreurs & les folies même
de fa jeuneffe .
Les erreurs & les paffions
De vos beaux ans font l'apanage ;
20 MERCURE
Sous cet amas d'illufions
Vous renfermez l'âme d'un fage.
Quelquefois il lui montre la raifon , mais de
loin , & fous les traits du bonheur ou de la
gloire ; d'autres fois enfin il ne montre plus
la tendreffe d'un père que dans la ſévérité de
fés reproches.
و د
99
"
" Vous vous plaignez de quelques tours
» qu'on vous a joués ; j'aimerois mieux qu'on
» vons eût volé deux cent mille francs , que
» de vous voir déchirer par les harpies de
» la fociété qui rempliffent le monde. Il faut
abfolument que vous fachiez que cela a
» été pouffé à un excès qui m'a fait une
peine cruelle . On a dit : voilà comment
» font faits tous les petits Philofophes de
» nos jours. On clabaude à la Cour , à la
» Ville. Vous êtes fait pour mener une vie
» très heureufe , & vous vous obſtinez à
gâter tout ce que la nature & la fortune
» ont fait en votre faveur..... Je vous dirai
» encore qu'il ne tient qu'à vous de faire
و د
33
33
tout oublier. Je vous demande en grâce
» que vous foyez heureux ; je ne veux pas
» qu'un beau diamant foit mal monté. Par-
» donnez ma franchife ; c'eft mon coeur qui
vous parle , il ne vous déguiſe nf fon
» affliction , ni fes fentimens pour vous ,
33 ſes craintes. "
ni
Il falloit fans doute du courage à Voltaire
pour écrire cette lettre ; mais un courage
DE FRANCE. 21
bien plus extraordinaire , c'eſt celui de M. de
Villette , qui imprime ou qui laiffe imprimer
cette lettre dans fes OEuvres , & qui n'y fait
aucune réponſe. J'en vois une cependant
dans ce volume ; mais c'eft M. Delille de
Salle qui l'a faite.
C'eft donc toi , généreux Villette ,
Qui , par la main la plus difcrette ,
Fis couler l'or dans ma prifon ,
Long- temps de ce trait magnanime
Je ſoupçonnai l'âme ſublime
D'un Ariftide ou d'un Platon ;
Dans ma recherché téméraire ,
Aa fein même du ministère ,
J'ofai remercier Caton.
Ma vertu te faifoit injure ,
Ce fut l'élève de Ninon
Qui mit le baume à ma bleffure ;
J'ai vû la vertu la plus pure
Non au portique de Zénon ,
Mais dans le boudoir d'Épicure ,
On avoit le droit d'imprimer ces vers quand
on avoit eu le courage d'imprimer la profe
de la lettre que nous avons citée.
M. de Villette loue toujours Voltaire ;
mais ce n'eft pas toujours de la même mamière
& du même ton . Il fait répandre dans
22 MERCURE
les formes de la louange , cette variété que
Voltaire poffédoit fi bien en écrivant aux
Rois , aux beaux Efprits , aux Belles.
33
" En vous voyant hier , Monfieur , avec
le bâton & le capot de Paoli , je me fuis
rappelé ces premiers vers de l'Aminthe :
Chi crederia chefotto humaneforme
Et fotto queste paftorali Spoglie
Foffe nafcotto un dio.
» I eft vrai que mon attachement pour
» votre perfonne tient un peu du culte ; fi
l'on peut m'accufer d'idolâtrie , ce ne fera
» pas au moins de politheifme.
"
10
Il y a bien de la grâce dans ces tournures;
il en falloit beaucoup pour dire à un
homme qu'il eft un Dieu & qu'on l'adore.
Au milieu de cette correfpondance en
vers charmans , en profe aimable , il y a un
incident, c'eſt un mariage ; c'eſt le mariage de
M. de Villette avec Mlle de Varicourt , que
Voltaire avoit nommé belle & bonne en
l'adoptant, & qu'on a trouvée li bien nommée
quand on l'a connue à Paris , que ce nom de
belle & bonne accompagne toujours celui
de Mme de Villette. M. de Villette adreffe
beaucoup de vers à fa femme , & il parle
beaucoup d'elle dans les vers qu'il adreffe
aux autres. Il eft remarquable que ce foit M.
de Villette qui ait donné cet exemple , qui
étoit peut être fans exemple dans les Poëtest
DE FRANCE. 23-
Délie n'étoit pas la femme de Tibulle ; &
Horace n'avoit pas époufé Glicère .
Le refte des Euvres de M. le Marquis de
Villette eft compofé de Lettres à les amis ,
de Contes , d'Épîtres , de ces Pièces que les
circonftances font naître , mais qui ne paffent
pas toujours avec elles , qu'on appelle
fugitives , mais qui fe gravent dans la mémoire
des Lecteurs lorfqu'elles flattent leur
goût. On a dit de Pline le jeune qu'il écrivoit
fes billets fous les yeux de la postérité , &
cela eft vrai ; & ce qu'il y a d'étonnant ,
c'eft que malgré cela , la poſtérité lit avec
plaifir les billets de Pline le jeune . Parmi les
billets de M. le Marqnis de Villette , il
a qui auront fans doute le même fuccès fans
avoir montré la même prétention.
y en
Dans une lettre écrite de Ferney , M. de
Villette parle contre les plaifirs de la chaffe,
« Je conçois bien qu'on faffe la guerre aux
» bêtes qui la font à tout le monde ; mais je
» n'ai jamais pu me figurer quel féroce plai-
"
99
fir on trouve à déchirer , à mettre en
» pièces de pauvres petits êtres qui ne femblent
jetés par la Nature ,
la Nature , au milieu de
nos champs , que pour les animer & les
» embellir : & c'est pourtant là les récréa-
» tions qu'on vous propofe tous les jours.
99
"
Tandis que les trompes bruyantes
Font , au loin , retentir les bois ,
24
MERCURE
Et que les meutes aboyantes
Pourfuivent un cerf aux abois :
Humble & timide volatille ,
Cette perdrix aux pieds pourprés ,
Si fugitive & fi gentille ,
Sifflant fes petits égarés
Parmi le chaume qui fourmille ,
Devant leurs pas accélérés
De fillon en fillon fautille ;
Heureufe s'ils font ignorés !
Mais le falpêtre éclate & brille ,
Elle voit les champs colorés
Du fang de fa triſte famille.
On voit que ces vers ont été jetés avec
négligence dans une lettre ; mais on voit auffi
qu'ils ont affez de grâce & d'intérêt pour
mériter d'être recueillis.
L'habitude , Conte.
JADIS vivoit à Carcaffonne
Un gros Richard nommé Lucas ;
Ami de l'efpèce qui fonne ,
Il faifoit la banque aux ducats.
Un jour la femme , affez jolie ,
Lui mit au monde un beau
Dans l'Églife en cérémonie
On afperge le nourriſſon ;
Puis fur le livre de la vie ,
garçon.
Ой
DE FRANCE,
25
Ou tous les noms ſont confignés,
Le Pafteur , dans la Sacriftie ,
Dit à Lucas : Monfieur , fignez.
Et Lucas , felon ſa manie ,
Toujours l'efprit à fon métier,
Très-nettement fur le papier
Signa , Lucas & Compagnie.
Le trait piquant eft à la fin ; mais le ftyle
& l'agrément du Conte eft dans chaque vers
On reconnoît fur- tout le goûr que M. de
Villette doit au commerce de Voltaire dans
cette aptitude à prendre facilement le ton dechaque
genre. Il feroit difficile que le Conte
du Banquier de Carcaffonne ne rappelât
point ces tournures , ces formes de vers que
Marot le premier peut - être a données au
Conte Épigrammatique que Racine poffédoit
fi bien , & auxquelles Rouffeau ajouta
tant d'énergie.
ر
A M. de Voltaire , qui avoit envoyé une
montre à répétition à quantième , à
fecondes , & garnie de fon Portrait , à
M. de Villette.
Je la reçois cette machine ,
Où dans trois orbes différens
Une triple aiguille chemine,
Et dans fa courſe détermine
Les jours , les heures , les inftans
Qui s'échappent à la fourdine.
Janvier 1785 . No. 1 ,
26
MERCURE
Jadis chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paffé pour divine ,
Le luxe a créé les talens ;
Et le plus beau des inftrumens
Qui foient de Paris à la Chine ,
Me coûte moins de fix cent fracs.
Mais , hélas ! lorfque j'examine
Le numéro de ſes cadrans ,
J'en reçois la leçon chagrine
De la perte de mon printemps ,
Et je prévois les foins cuifans.
Que la vieilleffe nous deftine,
Vains jouets des amuſemens
Quand le néant nous avoifine !
Les jeux , les plaifirs féduifans
D'une main légère & badine
Viennent nous bercer en tout temps ,
Et nous tiennent fur leur courtine
Endormis fous l'aîle du Temps ,
Tandis que fa faulx affaffine ,
Cueille la fleur de nos beaux ans
Et ne nous laiffe que l'épine.
Il nous feroit facile de louer beaucoup
ces vers fans trop les louer ; les fix premiers
fur tout rendent bien heureuſement des chofes
très difficiles à rendre ; mais que feroient
nos éloges auprès des éloges de Voltaire ? Il
faut entendre Voltaire parlant des rimes en
ine de M. le Marquis de Villette,
DE FRANCE. 27
Mon Dieu ! que vos rimes en ine
M'ont fait paffer de doux momens !
J'y reconnois les agrémens
Et la légèreté badine
De tous ces Contes amufans
Qui faifoient le doux paffe-temps
De ma nièce & de ma voifine.
Je fuis forcier ; car je devine
Ce que feront les jeunes gens ;
Et je prévis bien dès ce temps-
Que votre Mufe libertine
Seroit Philofophe à trente ans.
Alcibiade , en fon printemps ,
Étoit Socrate à la fourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers fenfés & très plaifans ,
Plus j'y trouve un fond de doctrine
Tout propre à Meffieurs les Savansz
Non pas à Meffieurs les pédans ,
De qui la fcience chagrine
Eft l'éteignoir des fentimens.
Adieu : réuniffez long- temps .
La gaîté , la grâce fi fine
De vos folâtres enjoûmens ,
Avec ces grands traits de bon fens
Dont la clarté nous illumine .
Il n'y a rien au deffus de ces éloges que
la gloire de les mériter de plus en plus . Vous
}
Bij
28
MERCURE
ferez défabufé de tout , écrivoit Voltaire à
M. le Marquis de Villette ; vous ferez des
nôtres. Pourquoi le défabufer de tout ? Il ne
faut fe défabufer de rien , ni des plaifirs dans
la jeuneffe , ni de la raifon & de la gloire
dans l'âge mûr , ni du repos & de la bonté
dans la vieilleffe. Tout a fa réalité & fon
charme dans la nature bien ordonnée . Il ne
faut le défabufer que de ce qui eft mal , &
ce qui eft mal ne fait jamais que du mal. Ce
qu'on a tant appelé les illufions de la jeuneffe,
eft la feule manière de voir & de fentir
qui foit vraie à cet âge. Ces impreffions fi
douces & fi réelles ne deviennent des illufions
dangereufes que dans les âges fuivans
où la nature ne vous les donne plus , & où
on veut les conferver encore. Alors il faut
les perdre , mais de bonne grâce ; les regrets
qu'on leur donne encore peuvent être aimables
, & ces regrets même font une dernière
jouiffance . Mais il y a de l'orgueil à
dire qu'on en eft défabufé , & l'orgueil n'eft
ni aimable pour les autres , ni doux pour
foi- même.
Qui n'a point l'efprit de fon âge ,
De fon âge a tout le malheur.
Ces deux vers charmans font de Voltaire ,
& c'eft prefqu'un code de morale. Heureux
ceux qui , en cultivant de bonne heure les
Arts qui peignent & embelliffent les paffions
de la jeuneffe , ont fermé & perfectionné
dans les plaifirs même du premier âge , la
DE FRANCE. 29
raiſon & les talens qui font la gloire de l'âge
mûr & la confolation de la vieilleffe !
(Cet Article eft de M. Garat. )
ESS AI fur l'Hiftoire Générale des Tribunaux
de toutes les Nations , tant anciennes
que modernes , & c.; par M. Defelfarts ,
Avocat , Membre de plufieurs Académies
, neuvième, & dernier Volume. Prix ,
36 liv. les neuf Volumes francs de port
dans toute l'étendue du Royaume . A
Paris, chez l'Auteur , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Durand
neveu , Nyon l'aîné , Laporte , Savoye
& la Veuve Duchefne , Libraires.
Ce n'eft point ici un de ces Ouvrages
de Jurifprudence deftinés feulement aux
perfonnes qui font attachées au Barreau ;
c'eft une Hiftoire intéreffante de la Légiflation
de tous les Peuples ; elle offre un tableau
de tous les ufages adoptés par toutes les Nations
dans l'adminiftration de la Juftice . Ce
qui rend la lecture de cet Ouvrage plus attachante
, c'eft le choix des procès fameux
que M. Defeffarts y a inférés. La variété
infinie des fujets qu'on y trouve pique la
curiofité & délaffe l'efprit fans diminuer
l'intérêt . Après avoir médité les différentes
Loix d'un Peuple , on aime à voir de quelle
manière on les exécute . M. Defeffarts ne
pouvoit mieux remplir fon but qu'en offrant
Bij
MERCURE
afes Lecteurs, des exemples tirés des procès
les plus fameux qui ont été jugés par les Tribunaux
de chaque Nation.
Le dernier Volume qu'il vient de faire
paroître renferme entr'autres procès ceux de
la Maréchale d'Ancre , de Cartouche , de
Jean Châtel , du Comte d'Entragues , de
de Fargues , des affaffins de la Marquife de
Gange , de plufieurs innocens condamnés ou
expofés à l'être fur des indices trompeurs ,
d'un impofteur condamné en Saxe , d'un
Colonel jugé en Suède , de Mandrin , de Ravaillac
, &c . Quoique plufieurs de ces procès
foient déjà connus , ils ont le mérite de
la nouveauté dans l'Ouvrage de M. Defelfarts
par les détails curieux qu'il y a inférés ,
& qui avoient été omis par ceux qui en
avoient parlé auparavant.
On lira fur-tout avec beaucoup d'intérêt.
des réflexions que M. Defeffarts a faites
contre l'abfurde préjugé qui note d'infamie
les parens des perfonnes fuppliciées . Il a
démontré que ce préjugé eft également nuifible
à l'État & au bonheur des Citoyens ;
& pour faire une impreflion plus vive , il a
cité des exemples qui font bien capables de
faire profcrire ce préjugé , fi la raiſon &
l'évidence peuvent l'emporter fur les opinions
que l'habitude a confacrées. M. Defeffarts
a terminé le Volume qu'il vient de publier
, par des obfervations fages fur plufieurs
points de notre Jurifprudence Crimi
nelle , il a prouvé dans cet article que la ri
DE FRANCE. 3r
gucur des Lois produit fouvent l'impunité;
que cette impunité dangereuſe multiplie &
enhardit les coupables ; & que pour prévenir
les funeftes effets de ces abus , il feroit à
defirer qu'on admît la même gradation , dans
les peines , que plufieurs Nations de l'Europe
ont adoptée dans leur Code Criminel.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
LE Mercredi is de ce mois , on a joué ,
pour la première fois , l'Avare cru bienfaifant,
Comédie en cinq Actes & en vers ,
par M......
Le titre de cet Ouvrage étoit fait pour
exciter la curiofité. Molière , dans un de
fes Drames immortels , nous a peint l'ava
rice fans mafque , fous les livrées de l'économie
la plus fordide , avec tous les vices
acceffoires qu'entraîne l'amour matériel de
l'or; enfin , il l'a offerte dans toute fa laideur
, & , pour ainfi dire , toute nue. Ce
tableau très moral qui , par la manière dont
il eft exécuté , annonce tout enſemble un
grand Peintre & un Philofophe profond ;
ce chef d'oeuvre d'un grand Maître , quelque
fublime qu'il foit , n'a pu corriger
l'Avare ( car quelle force humaine eft capa-
Biv
32 MERCURE
ble d'anéantir dans nos coeurs les paffions
avec lesquelles nous fommes nés ? ). Mais il
l'a forcé au moins à diffimuler une partie de
fa difformité, & même à fe revêtir de couleurs
faites pour en impoſer à la multitude.
Ainfi déguifée , l'avarice eft moins hideuſe
fans doute , mais les inconvéniens qu'elle .
entraîne deviennent plus dangereux & plus
multipliés. C'étoit donc une idée très heureufe
& vraiment digne de la reconnoiffance
publique, que celle de repréfenter Harpagon
environné d'un certain fafte , affec- .
tant la bienfaifance par calcul ou par hypocrifie
, & devenu plus barbare encore fous
le coftume de l'opulence qu'il ne l'étoit fous
celui de la misère. Il nous femble que c'eft
à peu près ainfi que les Amateurs du Théâtre
avoient envisagé d'avance le portrait de
Avare cru bienfaifant. Voyons comment .
M..... a conçu ce caractère , comment il l'a
mis en action , comment en un mot il a rempli
la râche hardie & difficile qu'il n'a pas craint
d'entreprendre .
Craffifort eft riche , mais il a peur de le
paroître ; il cache au contraire fa fortune à
tout le monde avec le plus grand foin ,
afin de fatisfaire plus sûrement fon infâmet
avarice . Son Notaire , chargé par lui de lui
chercher l'emploi d'une fomme de cent
mille écus , lui propofe l'acquifition d'une
charge honorable , & dont le revenu eft
immenfe . Il la refuſe , & déclare qu'il préfère
un placement qui ne l'expofe pas à paDE
FRANCE
3:37
roître opulent , un placement en un mot qui
foit aufli fecret que folide. Il a un fils que
l'on nomme Flavicourt , à qui il a fait embrafler
l'etat Militaire , en lui rendant compte
du bien de fa mère , dans l'unique intention
d'éviter de contribuer aux frais de fon établiffement.
Ce Flavicourt a connu dans la
Province Mme de Saint Fore & (a fille . Il a
été reçu chez elles avec une diſtinction &
des égards qui lui ont infpise la plus vive reconnoiffance
pour la mère , & un fentimient
plus tendre pour Hortente ( c'eft le nom de
Mlle de Saint- Fore. ) Appelees toutes deux
dans la Capitale à caufe d'un procès dont
dépend leur bonheur , les deux femmes font
logées chez Craffifort. Elles croient tenir
leur logement de la générosité ; mais elles
ignorent que Flavicourt paye en fecret leur
penſion à fon père. Mme de Saint Fore cher
che à emprunter de l'argent fur un contrat ;
cet argent eft abfolument néceffaite à la
pourfuite de fon procès . Elle croit Craffifort
bienfaifant , & lui avoue fon befoin avec confiance.
Il lui répond par un refus, fous le prétexte
qu'il n'a pas de fonds ; mais il lui promet
d'en chercher. Un Préfident avec les
quel il eft lié vient le voir , & après lui avoir
parlé chevaux , vapeurs , &c. il lui confie
qu'il cherche à fe marier. Craffifort fait que
fon fils aime Hortenfe , que Mme de Saint-
Fore a confenti à lui donner fa fille à condition
qu'il acheteroit une charge honnête &
lucrative ; qu'elle lui a donné trois mois
By
1
1
34
MERCURE
7
pour tout délai , & que le terme accordé va
expirer. En conféquence , il conçoit tout- àcoup
le double projet d'arracher Hortenfe
à fon fils en la donnant au Préfident , &
d'emprunter vingt mille livres à celui ci.
Par ce moyen , il aura , fans bourſe délier
, l'air d'obliger Mme de Saint- Fore ,
& même il retiendra à fon profit un
efcompte de dix pour cent d'avance . Le
Préfident accepte les foins de Craffifort
auprès d'Hortenfe & de la mère , & lui
remet en vingt billets de caiffe une fomme
de vingt mille livres , dont l'infâme ufurier
ne remet que dix huit à Mme de Saint-
Fore, qui en eft auffi furpriſe qu'affligée ,
quoiqu'elle ignore l'agioteur de cette horrible
ufure. Dès ce moment Craffifort met à
nuire à fon fils le même empreffement & la
même chaleur qu'un père tendre employe
d'ordinaire à fervir les enfans ; de forte que
Mme de Saint- Fore , convaincue que Flavicourt
ne pourra jamais réuffir à rem
plir les conventions fous lefquelles elle lui
a promis fa fille , ordonne à Hortenfe de
fe difpofer à époufer le Préfident. Quelques
incidens retardent néanmoins l'accompliffement
des projets de Craffifort & d'antres
les anéantiffent . Un domeftique de
Flavicourt, chargé tout- à - la- fois de remettre
à Hortenfe un billet , & de payer à Craffifort
un quartier de la penfion de Mme de
Saint Fore , en en tirant quittance , confond
ces deux papiers , tous deux d'égale gran-
1
DE FRANCE
35
deur , tous deux fans adreffe , & tous deux
fcelles du même cachet. Un quiproquo met la
quittance fous les yeux de Mlie de St Fore, &
devoile le mystère de la pention. On le cache
quelque temps à la mère ; mais à la fin elle
le decouvre , & s'en indigne . D'un autre
côté , le même valet ramaffe une lettre
adreffée à Craffifort , par laquelle le Notaire
apprend à celui ci qu'il a trouvé un emploi ,
tel qu'il lui convient , pour les cent mille
éçus qu'il a à lui entre fes mains , & le remet
à fon Maître. Flavicourt en eft enchanté
; il a entendu parler de la charge propofée
le matin à ſon père ; il s'eft preſenté ,
s'eft informé du prix , a demandé & obtenu
le temps de chercher des fonds ; enfin , il
efpère qu il pourra venir à bout de toucher
le coeur de fon père , & d'obtenir de lui le
prêt des cent mille écus: Il ne néglige rien
pour y parvenir. Après tous les lieux communs
que mettent toujours en ufage les
gens de mauvaife volonté , Craffifort refufe
net ; mais comme Fiavicourt , dans le premier
accès de fa douleur, lui reproche fa barbarie
, & le menace d'affembler fes parens ,
de leur faire part de ce qui fe paffe , & d'implorer
leur appui , l'Avare diffumule , engage
fon fils à fe modérer , & lui promet de
terminer promptement cette affaire s'il confent
à s'en charger feul . Flavicourt y donne les
mains , & fe retire plein de reconnoiffance. Il
ne refte pas long tems dans cette douce pofition
, car il découvre bientôt l'odieufe fourbe
4
B vj
3:6. MERCURE
+
rie de fon père , & tombe dans le défefpoir .
C'eft dans cet état qu'il eft apperçu par le
Notaire de Craffifort. Cet homme refpectable
apprend avec autant d'indignation que
de furprife que Craffifort eft père de Flavicourt
, & le propofe de punir l'avarice de
l'un en feivant lautre ; mais il ne fait point.
part de fon deffein au jeune homine . Il propole
au père de lui prêter les cent_mille
écus dont il eft dépofitaire , en le laiffant le
maître du temps & des intérêts. Craffifort
accepte. Cependant le Prefident a découvert
l'ufage que l'Avare a fair des billets de caiffe.
qu'il lui a confiés , & n'en preffe pas moins.
vivement Mme de Saint- Fore de lui accorder
la main d'Hortenfe. La jeune perſonne
a cédé aux confeils de fa mère , elle va faire
le fatal facrifice ; elle va prononcer le mot
qui doit fixer à jamais fon fort. Flavicourt,
entre en s'écriant : Arrêtez. Il tient entre fes
mains le contrat qui le rend propriétaire de
la charge qu'il a tant defirée. Craffifort révoque
le fait en doute, & demande quel homme
affez imprudent a pu lui prêter la fomme
néceffaire pour l'acquifition . Moi , dit le Notaire
en fe préfentant. Cet événement éclaire
le Préfident fur tout ce qui s'eft paffé , lui
prouve qu'il étoit , fans le favoir , le complice
de l'odieufe conduite de Craffifort ; qu'il alloit
, fans le vouloir , tyrannifer un coeur, &
jeter le défeſpoir dans un autre. Il reproche
aigrement à Craffifort fa cruauté & fon
avarice. L'Avare fe retire avec la rage dans le
DE FRANCE. 37
coeur , & le Préſident généreux , quoique
fat , fe propofe de devenir le rival du No-.
taire , en employant une partie de fa fortune
à affurer d'une manière inébranlable le
bonheur de Flavicourt & d Hortenfe .
Il n'eft pas aife de deviner pourquoi
P'Avare Craffifort a acquis la réputation
d'un homme bienfaifant . Rien dans fa conduite
n'annonce qu'il foir fait pour mériter
un tel renom , mênie momentanément .
Mme de Saint Fore & fa fille peuvent , il eft
vrai , le foupçonner de reconnoiffance pour
le logement qu'elles croient tenir de lui , &
non pas de generofite ; car il n'y a ni générofité
ni bienfaifance à un père de recevoir
& loger chez lui des femmes avec lefquelles
les bons traitemens qu'elles ont faits à fen:
fils , lui ont fait tacitement contracter
quelques obligations ; mais le feul prêt
de vingt mille livres & le prix auquel
Madame de Saint Fore l'obtient , fuffiroient
pour donner à celle - ci des foupçons trèsviolens
. Un homme qui fe charge d'obliger
quelqu'un , & qui n'a pour y parvenir d'au.
tre moyen que celui d'un efcompte odieufement
ufurare , eft , à coup sûr , un homme
fans delicateffe , & le défaut de délicateffe
exclud néceffairement l'idée de bienfaifance.
admet bien celle de la prodigalité on de
la diffipation , & comne Craffifort n'a l'apparence
de l'une ni de l'autre , fa manière de
rendre fervice doit naturellement devenir
très- fufpecie . Ajoutons à cela qu'il n'y a
38
MERCURE
peut être pas de conduite plus imprudente
que celle de Craffifort. Il veut cacher fon
avarice, & tâche de paffer pour bienfaisant.Il
Le pare auprès de Mme de Saint - Fore d'une
génerolite qu'elle ne doit qu'à Flavicourt ,
& il eft affez indifcret pour donner à fon
fils quittance des quartiers de penfion que
celui ci lui paye tant pour Mme de St Fore ,
que pour la fille & pour fa femme de chambre.
Comment ne fonge- t-il pas , fur tout
d'après le projet qu'il a conçu de deffervir
fon fils auprès d'Hortenfe , que tôt ou tard
tout le découvrira , que le défefpoir du
jeune homme pourra lui faire oublier ce
qu'un fils doit à fon père , enfin que les quittances
qu'il donne pourront devenir des
titres capables de le couvrir de confufion ,
& de lui faire perdre cette réputation , de
bienfaifance dont il devroit être jaloux ? Si
avant cette circonftance de la vie de Craffifort,
cer Avare s'eft toujours comporté auffi
légèrement , nous le demandons , comment
a ton pu le croire bienfaifant ? Nous
croyons que pour faire de ce caractère un tableau
intereffant, comique & moral , il falloit
donner à Craffifort des apparences faites
pour féduire , une marche adroite , une conduite
finement calculée , devenue à force
d'art prefque impénérable , & inventer des
refforts affez bien établis pour démafquer un
perfide d'autant plus dangereux , qu'il ſe -ſeroir
entouré de plus de moyens de tromper
l'opinion publique. Nous dirons peu de
DE FRANCE.
39
chofe de l'intrigue. Un billet donné pour
un autre , & une lettre égarée , voilà les
deux pivots fur lefquels eft pofee la bate de
l'action. Ces reffources font certainement
trop petites & trop utees pour que la critique
s'y attache long temps ; elles font trop
blamables pour meriter d'être encore blâmées.
On pourroit favoir gré à l'Auteur
d'avoir place l'Avare en face de fon fils dans
une fituation où celui ci égaré , au defefpoir,
parle à fon père avec un ton que la foumif
fion filiale devroit toujours exclure , d'avoir
préfenté l'autorité paternelle compromife &
même dégradee dans la perfonne d'un Avare,
fi cette intention dramatique lui appartenoit ;
mais elle appartient à Molière, & la manière
dont M..... l'a mife en oeuvre , n'eft ni affez
comique ni aflez intereffante pour qu'on le
loue de cette imitation. On a dit avec raiſon´
qu'en Litterature , quand on voloit , il falloit
affaffiner; & quel Écrivain pourra jamais
en le volant , affaffiner Molière ?
>
Ces obfervations , que nous pourrions
étendre , ne doivent pas nous empêcher
d'avouer que l'Avare cru bienfaiſant annonce
du talent , & que ce qui s'y fait diftinguer
, laiffe à préfumer que fi l'Auteur
avoit moins entrepris , s'il avoit traité un
fujet plus à la portée , il auroit pu débuter
d'une façon brillante dans la carrière du
Théâtre. Le caractère d'Hortenfe eft intereffant
, celui de Mme de Saint- Fore a de la
nobleffe . Le Préfident , fous une fatuité
40 MERCURE
peut- être un peu triviale , & qui eft tout fim ,
plement le fruit de l'exemple & des habitudes
du jour , cache une âme généreufe & un bon
efprit : enfin , le Notaire offre un de ces caractères
réellement refpectables , un caractère
tel qu'il feroit à defirer qu'on en trouvât
beaucoup chez les perfonnes qui rempliffent
aujourd'hui les fonctions de cet
eat , où la probité eft fi néceffaire & la
confiance fi malheureufement dangereufe . Le
ftyle eft fouvent foible & négligé ; mais il
eft quelquefois ferme & pur. De tous les
confeils qu'on peut donner à l'Auteur , le
plus néceffaire , à notre avis , eft celui de fe
répéter fouvent ce précepte d'Horace :
Sumite materiam veftris qui fcribitis aquam
Viribus.
Il faut pourtant encore l'inviter à bannir de
fes expofitions ces perfonnages prototiques
qui paroiffent une fois pour ne reparoître
plus ; tels que le Valet fans condition qu'il
a introduit dans la première Scène du premier
Acte . Leur ufage annonce toujours
dans l'Auteur qui les emploie de l'embarras
& de l'impuiffance , & ne rappelle guères à
la mémoire d'autre fouvenir que celui deces
prologues mal adroits qui précédoient
toujours les Comédies Grecques & Latines.
DE FRANCE. 41.
ANNONCES ET NOTICES.
FIGURES
IGURES de l'Hiftoire Romaine , accompagnées
d'un Précis Hiftorique au bas de chaque Eftampe.
Première Livrai lon , d'après les deffins de M. de
Myris , Secrétaire d Education de LL. AA. SS. les
Ducs de Valois & de Montpenher.
Ce genre d'Ouvrage peut être utile pour l'étude
de l'Hiftoire ; & cette première Livraiſon eft exécutéc
de manière à établir pour la fuite un préjugé des¸¸
plus avantageux. Le Gravures en font foignées , &.
le texte a les qualités qui conviennent au genre.
Voici le fuiet des douze Eftampes qui compofent ce
premier Cahier: l'origine de Romulus , la Mort de
Rémus , l'Enlèvement des Sabines , le Triomphe de
Romulus , la Trahifon de Tarpeia , la Mort de Ro
mulus , Numa Pompilius , les Veftates , Tullus Hof
tilius , Combat des Horaces , Horace condamné &
abfous , Ancus Martius , & Tarquin l'ancien.`
L'Ouvrage entier fera compofée de trois cent Eftampes
& d'un Frontifice . On délivrera gratis le
Frontispice aux perfonnes qui auront retiré les fix
premières Livraiſons Le prix de chacune feta pour
les Soufcripteurs de 15 liv. , & de 18 liv. pour les
perfonnes qui n'auront pas foufcrit. La Sonfcription
eft ouverte pour Paris jufqu'à la fin de Février ; &
pour la Province jufqu'à la fin de Mai On foufcrit
actuellement à Paris , chez l'Auteur , au Palais Royal ,
paffage de Richelieu , No. 2 , au premier. La majeure
partie de la Famille Royale a honoré cet Ouvrage
de fa Seu cription. Ces Eftampes peuvent
s'adapter aux Éditions de l'Hiftoire Romaine de
Rollin , de l'Abbé de Vertot & autres . Il faut obferver
que l'Ouvrage entier eft imprimé fur papier
vélin.
42 MERCURE
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France , pour l'année 1785 , publié pour la première
fois en 1783 , par M. Poncelin de la Roche- Tilhac ,
Écuyer , Confeiller du Roi à la Table de Marbre.
in- 80 . Prix , 5 liv . broché. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Garancière ; Lamy , Libraire ; Mérigot le jeune ,
Libraire , Royez , tous trois quai des Auguftins , &
Leroy , rue S. Jacques.
Almanach Américain , Asiatique & Africain ,
ou Etat Phyfique , Politique , Eccléfiaftique & Militaire
des Colonies d'Europe , en Afie , en Afrique &
en Amérique , par le même , & aux mêmes Adreffes .
in-12. Prix , 3 liv . broché.
Ces deux Ouvrages ont eu du fuccès d'abord , &
fe perfectionnent d'année en année .
LAMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
cinquième & fixième Cahiers , formant le troifième
Volume de cet ouvrage. La foufcription pour Paris
eft de 13 liv. 4 fols , & de 16 liv. 4 fols pour la
Province port franc par la pofte . On s'adreſſe à M.
Leprince , Directeur , au Bureau de l'Ami des Enfans
, rue de l'Univerfité , nº . 28 .
On trouve à la même Adreſſe l'Ami des Enfans ,
vingt- quatre Volumes . Prix , 26 livres 8 fols port
franc par la pofte . Le même Ouvrage en huit
gros Volumes. Prix , 16 livres 4 fols auffi franc
par la pofte.
-
port
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alexandre Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près du Pont-Neuf.
Ce Calendrier qui , felon fon titre , offre le
tableau des ans écoulés & des années à venir , eft
auffi fimple que commode. L'Auteur , M. Jombert
jeune , en a puifé l'idée dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates , par Dom Clément , & la
DE FRANCE: 43
·
Table Chronologique de deux mille ans qui y correfpond.
Le Calendrier complet eft composé d'un
Livret mince renfermé dans un cadre proprement
doré. Ce Livret contient trente-cinq Calendriers pour
chacune des trente cinq Epoques différentes de
Pâques , & une Table qui préfente une ſérie d'années
depuis l'an jufqu'à l'an 2200 de Jéfus Chrift.
Chaque année de cette férie renvoye par un numéro
à celui des trente- cinq Calendriers qui lui eft propre.
On trouve le même Calendrier dans un cadre
plus petit , qui ne préfente que deux mois à la - fois .
Le prix de chacun de ces Calendriers eft de 9 livres
tout encadré.
ATLAS Ecclefiaftique , Civil, Politique , Militaire
& Commerçant de la France & de l'Europe ,
ou Etrennes portatives , utiles & agréables , pour
l'année 1785, vol. in- 24, de 200 pages. A Paris, chez
Beauvais , maifon de M. Lambert , Imprimeur- Libraire
, rue de la Harpe , & Froullé , Libraire , quai
des Auguftins. Prix , 1 livre 4 fols broché ; avec les
Cartes coloriées , 1 livre 10 fols.
Les augmentations confidérables faites à cet Almanach
, qui a paru avec fuccès l'année dernière , donnent
une idée avantageufe de la fuite ; il remplit
exactement fon titre , & les Cartes dont il eft enrichi
réuniffent l'agrément à l'exactitude.
ETR TRENNES Provinciales , ou Tablettes du
Citoyen pour l'année 1785. Prix , 12 fols brochées. A
Paris , mêmes Adreffes que ci - deffus.
Ces Tablettes contiennent à-peu - près tout ce
qu'un Particulier doit favoir dans le commerce de la
vie , & elles font enrichies de Notes curieufes & intéreffantes
fur toutes les Provinces du Royaume .
ALMANACH Littéraire , ou Etrennes d'Apollon ,
44 MERCUREpar
M. d'Aquin de Château- Lyon. A Paris , cher
tous les Libraires.
2
Etrennes du Parnaffe , choix de Poéfies. Prix
I liv. 10 fols. A Paris , chez le Rédacteur , rue
Mêlée , Nº . 13 ; Belin , Libraire , rue S. Jcques ,
près S Yves ; & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien ..
Nous rendrons compte inc flamment de ces deux
Recueils connus , & qui reparoiffent tous les ans.
EUVRES Complettes de Crébillon , nouvelle Édition
, augmentée & ornée de belies Gravures . 3 vol.
in- 89 . Prix , 18 liv. br. , & 36 liv, le grand papier,
A Paris , chez la Veuve Duchefne , rue S. Jacques ;
Nyon l'aîné , rue du Jardinet ; Bailly , rue S. Honoré;
Colas , piace de Sorboane ; Mérigo: jeune & Onfroy ,
Libraires , quai des Auguftins .
Les frais de cette belle Édition font bien juftifiés
par le mérite de l'Auteur qui en eft l'objet.
Crébillon partage aujourd'hui les honneurs de la
Scène Tragique avec les premiers Poctes de la Nation
. Le luxe typographique accordé à de pareils
hommes deviest alors un hommage légitime . Cette
Édition eft fort bien exécutée , & mérite l'empreffement
du Public. Elle a de plus que les précédentes ,
une Scène de Catilina que l'Auteur avoit retranchée ;,
une Ode fu: fon anniverfaire , & un éloge hiftorique
Cette Vie de Crébillon eft intéreffante à lire , &
ajoute un nouveau prix à cette, Édition nouvelle.
Les Figures des Fables de La Fontaine , gravées
par Simon & Coiny , d'après les deffins du fieur
J. Vivier , Peintre & Élève de M. Cafanova ; le texte
gravé format in 16. pap d'Hollande . Prix , 3 liv. A
Paris , chez les Auteurs , au Bureau du Voyage Pittorefque
de la Grèce , rue Pagevin , No. 16.
Nous avons annoncé avec de juftes éloges la pre-
[
DE FRANCE.
45
mière Livraiſon de cet Ouvrage , qui doit avoir du
fuccès. Outre la commodité du format , qui la rend
moins couteufe que le grand format qui avoit déjà
paru, il eft exécuté , pour la gravure & pour le texte ,
avec un foin & une netteté qui le mettent bien audeffas
de l'Edition de Feflard .
LA Double Récompenfe du Mérite , dédiée à
M. Wille , Graveur du Roi , peint par P. A. Wille
fils , gravée par J. J. Avril . Prix , 12 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Huchete , Nº . 20.
Certe Eftampe , gravée avec autant de vigueur
que d'harmonie , doit être accueillie des Amateurs.
Le Théâtre des Grecs, par le Père Brumoy, nouvelle
Edition , enrichie de très - belles gravures , &
augmentée de la Traduction entière des pièces
grecques dont il n'exifte que des extraits dans toutes
les Editions précédentes , & de comparaiſons , d'obfervations
& de remarques nouvelles , propofé par
foufcription en 10 ou 12 Volumes grand & petit
in- 8 ° . & in- 4°. A Paris , chez Cuffac , Libraire ,
rue du vieux Colombier , vis- à - vis la rue Caffette.
Quoique l'amour du Spectacle foit devenu pref
que univerfel , le goût des bons principes n'en eft
pas plus confervé ; voilà pourquoi il eft peutêtre
plus important que jamais de rappeler le Public
aux grands modèles de l'antiquité. Sous cet afpect
l'Ouvrage que nous annonçons peut étre utile ,
& le nom des perfonnes qui s'en occupent doit prévenir
en faveur de l'exécution ,
M. de Rochefort , de l'Académie des Belles - Lettres
, s'eft chargé de corriger les faures qui le font
gliffées dans l'eftimable production du Père Brumoy ;
il fuppléera aux obfervations dont les autres Editions
font accompagnées par des obſervations nouvelles
, & il joindra aux trois Difcours du Père Bru46
MERCURE
moy un Difcours fur l'objet & l'art de la Tragédie
chez les Grecs.
A la fuite des Extraits d'Efchyle par le Père Brumoy
, M. du Theil donnera la Traduction entière
de ce grand Tragique.
M. Dupuy a traduit en entier Sophocle , & M.
de Rochefort Euripide ; un Homme de Lettres , qui
veut garder l'anonyme , s'eft chargé de la Traduction
d'Ariftophane , & l'on joindra à cette Collection
un choix des fragmens les plus précieux des
Poëtes comiques , Ménandre , Philémon , Alexis , &c.
La partie typographique fera femblable à l'Edition
du Plutarque d'Amyot , publiée par le même
Libraire , & ce feul mot doit prévenir favorablement.
Le Théâtre des Grecs aura dix ou douze volumes
, & fera imprimé en trois formats , chacun d'un
papier différent. Le premier petit in- 89 , fera imprimé
fur de l'écu. Le grand in- 8 ° , fur du carré
fin d'Angoulême , pareil à celui du Plutarque . On
tirera quelques exemplaires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in 4° .
En fe faifant infcrire pour le petit zn- 89. l'on
payera 8 livres , & 4 livres lors de la livraifon de
chaque Volume broché. En foufcrivant pour le
grand in- 8°. l'on donnera 12 livres , & 6 livres en
recevant chaque Volume. Pour le même format in-
8°. fur papier vélin l'on payera 30 livres , & 15 liv .
en faifant retirer chacun des Volumes. Pour le format
in-4°. imprimé pareillement fur papier vélin &
fur la même juftification que l'in - 8 ° . l'on donnera
en foufcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume. L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers ſera
à valoir fur les deux derniers Volumes , qui feront
livrés gratis à MM . les Soufcripteurs. La première
livraiſon de cet Ouvrage fe fera en Mars 1785, &
Les autres de fix en fix femaines . Le prix de la foufDE
FRANCE. 47
cription fera le même jufqu'au premier Juillet de la
même année , & à cette époque il fera augmenté.
On foufcrit auffi chez les principaux Libraires de
la Province & de l'Etranger.
SYMPHONIE pour le Clavecin , avec deux Violons
, Alto & Baffe , par M. Hayden , faifant le
Numéro 12 du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Prix , féparément 4 livtes 4 fols.
Abonnement 24 liv. & 30 liv.
Le fuccès de ce Journal engage l'Editeur à le continuer
l'année prochaine avec le même foin. Il
avertit qu'il en fera paroître à la fois au premier
Janvier les trois premiers Numéros ; ſavoir , Numéro
1 , une Sonate de M. Hullmandell avec Vio-
Ion ; Numéro 2 , un Concerto de M. Mozart ; Numéro
3 , une Sonate de M. Vanhall. On s'abonne à
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la Clef
d'or , ancien Café de Foy.
NUMERO 12 du Journal de Harpe , par les
meilleurs Maîtres. Prix , féparément 2 liv. 8 fols.
Abonnement 15 liv. franc de port. A Paris , chez
Leduc , au Magafin de Mufique , rue Traversière-
Saint Honoré.
Le choix , la variété & le prix modique de ce
Journal doivent affurer fon fuccès foutenu déjà pendant
quatre années .
la
NOUVELLES Etrennes de Guittare , ou Recueils
des plusjolies Romances ou Couplets qui ayent paru
dans l'année 1784 , avec Sonates & Pièces pour
Guittare compofées pour cet Inftrument , par M.
Porro , OEuvre IV . Prix , 7 liv. 4 fols port franc . A
Paris , chez Baillon , rue Neuve des Petits- Champs,
au coin de celle de Richelieu .
Le choix délicat des paroles & l'efprit avoc lequel
48 MERCURE
•
elles font mifes en mufique , ne prouvent pas moins
de goût que de talent dans l'Auteur.
NUMEROS 41 à 48 du Journal de Guittare ,
pour lequel on foufcrit chez le même. Ce Journal,
qui eft auffi dirigé par M. Porro , eft toujours fait
avec un foin qui le rend digne de fon fuccès foutenu.
AIR de Richard- Coeur- de- Lion ajouté au Recueil
de M. Leroi , qui ſe délivre gratis à ceux qui repréfentent
ce Recueil . A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
JOURNAL de Clavecin , par les meilleurs Maîtres ,
Numéro 12. Prix , féparément 3 liv. Abonnement
15 liv. A Paris , chez M. Leduc , rue Traverfière ,
au Magafin de Mufique.
Is
Ce Journal , qui jouit d'un fuccès conftant ,
continuera l'année prochaine.
Voyez, pour les Annonces des Livres
Ic
de la
Mufique & des Eftampes , le Journal de la Librairie
fur la Couverture.
TABLE.
VERS en réponse à ceux de 】_letre ,
M. Hoffman ,
Madrigal ,
Charade , Enigme & Logogry
phe ,
Euvres du Marquis de Vil-
AI
3 Effai fur l'Histoire Générale
4 des Tribunaux, 29
Comédie Françoife , 31
S Annonces & Notices , 41
APPROBATION.
le
JAT lu , par ordre de Mgr le Garde
des Sceaux
, `
Mercure
de France , pour le Samedi
1 Janvier
1785. Je n'y
ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher
l'unpreffion
. A
Paris , le 31 Décembre
1984, GUIDI
.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI & JANVIER 175 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES CHARMES DE FRANCONVILLE .
Vers adreffés par feu M. le Comte DE
TRESSAN à M. le Comte D'ALBON .
VALLON délicieux , & mon cher Franconville !
Ta culture , tes fruits , ton air pur , ta fraîcheur ,
Raniment ma vieilleſſe & confolent mon coeur.
Que rien ne trouble plus la paix de cet aſyle ,
Où je trouve enfin le bonheur !
Tranquille en cette folitude ;
Je paffe d'heureuſes nuits ,
Je reprends le matin une facile étude ;
Le parfum de mes fleurs chaffe au loin les ennuis ;
Je vois le foir de vrais amis ,
Et m'endors fans inquiétude .
Pour payer quelquefois un tribut aux Neuf Sceurs ,
Nº .. 2 , 8 Janvier 1755* C
50
MERCURE
Avec plaifir je prends la lyre ;
Je chante les antiques moeurs
Sur le ton que d'Albon m'infpire.
Souvent conduite par les Ris ,
De fleurs nouvellement écloſes ,
La petite, Fanchon orne mes cheveux gris ,
Et mē laiſſe cueillir fur ſes lèvres de roſes ,
Un baifer innocent , tel que ceux de Cypris ,
Lorfqu'elle les rend à fon fils .
Que tu me plais , heureuſe enfance !
Ni le defir , ni même la pudeur
N'impriment encor la rougeur
Sur ce front de douze ans où règne l'innocence.
Fanchon met toute la décence
A marcher les pieds en dehors ,
A ne point déranger ' fon corps
Quand elle fait la révérence ......
Cependant déjà Fanchon penſe !
Par mille petits foins charmans
Elle nous prouve à tous qu'elle a le don de plaire ,
Qu'elle en a le defir , qu'elle voudroit tout faire
Pour être utile à tous momens .
Va , Fanchon , embellis fans ceffe ;
Attends près de moi les quinze ans ;
Je respecterai ta jeuneſſe :
Il fied trop mal à la vieilleffe
De flétrir les fleurs du printemps.
Je verrai tes jeux innocens ,
EPISTLECA
HOLA
DEVACIFS13
DE
FRANCE.
Tes grâces & ta gentilleſſe ;
Et veillant fur tes goûts naiffans ,
S'il te naît un fixième fens ,
Tu le devras à la tendreſſe
Du plus joli de tes amans.
AM ***
ر
le jour de Saint - Étienne
fa Fête.
AIR: Pour la Baronne.
QUIUI vaut Étienne ',
Pour faire à table les honneurs ?
Amis , répétons cette Antienne :
Parmi les plus joyeux Buvcurs ,
Qui vaut Étienne ?
QU'IL eft aimable !
Faifons tous ici les échos.
La vérité domine à table.
Buvons
pour ne pas chanter faux ,
Qu'il eft aimable !
POUR fes Convives ,
Voyez comme il boit coup
fur
coup.
Ses rafades font aſſez vives ;
Mais ma foi ce n'eſt pas beaucoup
Pour les Convives.
Cij
52 MERCURE
A SON Antienne
Déjà mon Apollon met fin.
S'il chantoit comme boit Étienne ,
Toujours il mettroit un refrein
A fon Antienne.
( Par M. de Saint- Ange. )
A Madame P *** , en lui envoyant pour
Étrennes un nouveau Calendrier.
ONNER , du jour est l'étiquette .
Mais riches dons parfois mentent trop bien ;
Souvent petits cadeaux du coeur font l'interprête ;
Que ce Calendrier foit le tribut du mien.
Pour fuivre le foleil dans fes douze demeures ,
A ce guide fans bonte on peut avoir recours ;
Vous en aurez befoin , fi vous comptez les jours
Auffi mal qu'avec vous.on calcule les heures ,"
Par M. Imbert. )
J
i
4
1
DE FRANCE.
$ 3
INSCRIPTION fur la Pompe à Feu
de Chaillot. *
AERIS , ignis , aquæ focians induſtria pugnas ,
Civibus hîc undas , flammam præbere coegit :
Concitát ignis aquam , dat concita lympha vaporem ,
Dat vapor impulsûs , impulfaque machina fluctus .
INSCRIPTION pour la même Pompe.
H
Ic vulcanus adeft , Rapidis Fornacibus , auram
Dilatans tenuen , quâ machina fpontè movetur ;
Et quem , Niza Deo , confcendit fequana collem , **
Linquit Nympha Fugax , properans falire pér urbem.
(Par M. l'Abbé Bulard. )
* Note de l'Auteur. Les cinq Infcriptions rapportées dans
Je Journal de Paris , the femblent renfermer une idée
fauffe , en fuppofant nne réconciliation entre l'eau & le
feu , & la regardant comme la caufe qui donne le mouvement
à la machine de M. Perrier. L'art n'a- t'il pas fu au
contraire profiter de leur inimitié pour produire les effets
qu'il defiroit ?
** La côte de Chaillot où font les baffins.
Giil
54
MERCURE
APOLOGIE de Galilée * , par M. Ferri,
de Rome.
ON ne peut nier qu'on n'ait imprimé pluſieurs
menfonges fur la perfécution de Galilée , puifque
l'exagération même du vrai eft un mensonge . Tout
Lecteur impartial conviendra fans peine avec M.
Mallet, que l'Inquifition n'eft pas coupable,à l'égard
de ce Philofophe, des excès d'horreurs qu'on lui a
imputés , & qu'il eft auffi injufte que mal- adroit de
s'élever contre elle par des faits controuvés. Mais
c'eft s'écarter en double fens de la vérité,que de prétendre
qu'il faut excufer ce Tribunal, & que Galilée
fut lui même la caufe de fes malheurs . Comme ce
Philofophe eft du nombre de ces hommes rares qui ,
par les lumières qu'ils ont répandues , appartiennent
à toutes les Nations , & femblent avoir été donnés à
l'Univers , nous croyons qu'on lira avec intérêt une
hiftoire exacte de la condamnation . On ne fauroit
trop venger les grands Hommes des injuftices de
leurs contemporains . S'ils luttent contre les préjugés
de la multitude , s'ils foutiennent avec courage les
perfécutions , s'ils boivent tranquillement la ciguë ,
c'eft qu'ils attendent le jugement équitable de la
Poftérité.
Galilée , en démontrant dans les Univerfités de
Padoue & de Pife les principes de la vraie Philofophie,
cut pour adverfaires tous ceux qui croyoient à
l'infaillibilité des oracles d'Ariftote . Ses nombreuſes
découvertes , que quelques Savans jaloux tentèrent
* Galileo Galilei étoit fils légitime de Vincent Galilei
& de Julie Ammanati , iffue d'une des plus illuftres familles
de la Tofeane.
DE FRANCE. 55
de s'approprier , augmentèrent auffi le nombre de
fes ennemis. Après avoir inutilement effayé de le réfuter
, ils fe fervirent pour lui nuire du prétexte de la
Religion , prétexte qui colore fi aifément la méchanceté
, & répandirent que le nouveau Systême du
Monde foutenu par Galilée étoit contraire à la Sainte
Ecriture. Un Jacobin de Florence , nominé Dominique
Baccini , déclama en chaire contre les Sectaseurs
de Copernic , & appliqua à notre Philofophe
ce paffage du Nouveau Teftament : Viri Galilei
quid ftatis afpicientes in Caelum ? L'Evêque de
Fiele , Gherardini , fuivit l'exemple du Moine
ignorant & fanatique. Si on fe permit de prêcher
contre Galilée , à quels excès ne dut-on pas fe
livrer dans les Ecrits & dans les Difcours ? Les imputations
odieufes dont on le chargea firent tant de
bruit à Rome, qu'elles alarmèrent Paul V , ennemi
déclaré des Lettres & des Sciences. Galilée ne pou→
vant fans honte différer la juftification , retourna ,
avec le confentement du Grand Duc , dans cette Capitale
, où, quelques années auparavant , il avoit été
reçu avec diftinction. Perfonne dans ce premier
voyage , dit M. Maliet , n'avoit fongé à l'accufer
d'héréfie, & la Pourpre Romaine ne couvroit alors
que fes admirateurs. C'eſt que les ennemis étoient
alors moins nombreux , qu'ils n'avoient pas encore
levé le mafque , répandu par-tout des impoftures &
formé des intrigues. En effet , le Philofophe fut furpris
de voir à fon arrivée que des envieux hypocrites
, de pieux calomniateurs avoient cabalé fourdement
contre lui , & formé un plan de perfécution ."
Mais les marques d'eftime & d'amitié qu'il reçut de
la plupart des Cardinaux , la protection éclatante de
Côme II , & fes propres vertus reconnues , le firent
aifément triompher de la calomnie. Le Pape reconnut
bientôt fon innocence.
Après ce triomphe , dit M. Mallet , il ne reftoit
Civ
$6
MERCURE
plus à Galilée qu'à revenir à Florence , qu'à jouir
de la liberté philofophique qu'on lui accordoit , qu'à
développerfon fyftême par les preuves phyfiques &
mathématiques, fans les étayer de difcuffions étrangères
aux progrès des Sciences . Ce Philofophe n'avoit
encore rien écrit fur le fyftême de Copernic ;
& c'est précisément parce qu'il fe propofoit de le
démontrer, qu'il vouloit obtenir une liberté philofophique
, & s'affurer qu'il ne fe repentiroit point
d'avoir éclairé les hommes. Pouvoit- il parvenir à
fon but autrement qu'en faifant déclarer que ce
fyftême n'étoit pas contraire aux Livres farés?
C'eft dans cette vûe qu'il profita de l'amitié du
Cardinal Orfini, pour folliciter cette déclaration auprès
du Pape , & qu'il publia fa Lettre à Chriſtine
de Lorraine , Grande Ducheffe de Tofcane. Dans
cet Ouvrage , plein de force & de raiſon , loin de
vouloir ériger en dogme l'hypothèse de Copernic , il
n'a d'autre objet que de prouver que cette queftion
eft abſolument étrangère à la Théologic ; qu'on
abuſoit de l'autorité de l'Écriture Sainte ; que Dieu,
pour parler aux hommes,fe fert de leurs expreffions,
&c. Paul V ordonna à la Congrégation du Saint-
Office de prononcer , & ce Tribunal , au lieu d'imiter
la fageffe du Cardinal Baronius * , condamna le
fyftême du mouvement de la Terre comme abfurde
& faux en Philofophie , & formellen.ent hérétique. Il
chargea le Cardinal Thomas Bactani de noter dans
les Ouvrages de Copernic , à qui on donnoit le titre
d'illuftre Aftrologue , tout ce qui étoit contraire aux
paroles de l'Écriture , & défendit les Éditions qui ne
feroient pas corrigées. On voit que par ce jugement
on condamna non les prétendues concor-
* Ce Cardinal difoit : Spiritui Sancto mentem fuiſſe _nos
docere, quomodo ad coelum eatur, non quomodo cælum Gradiatur,
DE FRANCE
dancès de la Phyfique avec la Bible , mais le fyftême
de l'Aftronome Pruffien , quoiqu'il l'eût propofé
avec la fimplicité & le fang -froid Teutonique ,
ou plutôt quoique ce fyftême ne fût guères chez lui
qu'une hypothefe. Le Cardinal Bellarmin , par ordre
du Saint-Office , engagea Galilée à abandonner fes
opinions , & employa à cet effet non - feulement l'au
torité de l'Ecriture , mais encore des raifons prifes
de la nature même du fujet. Le Philofophe écouta
avec patience le Controverfifte ; & comme il ne fut
pas perfaadé , le Commiffaire de l'Inquifition lui
défendit , en préfence de plufieurs témoins , de foutenir
de vive-voix & par écrit le ſyſtême du mouvement
de la Terre.
Galilée venoit d'éprouver que fi c'eft une grande
faute de ne pas paroître penfer comme le Peuple de
tous les rangs , c'en eft une bien plus grande de lui
prouver qu'on a raifon. Que fit donc ce Philofophe ,
que M. Malier repréfente comme plein de pétulance
& de vanité , ivre de fa gloire & amoureux de renominée
? Il parut oublier pendant quinze ans le
nouveau Systême du Monde ; & lorfqu'il crut que la
haine de fes ennemis s'étoit refroidie , que les efprits
étoient préparés à recevoir la vérité , il publia fes
fameux Dialogues Dei due maffimi Syftemi del
Mondo. Peut on traiter de ridicule défobéiffance cetté
conduite dictée par la prudence la plus réfléchie ?
Lui fera t-on un crime d'avoir eu trop bonne idée
de fes contemporains ? Devoit-il ensevelir avec lui
des découvertes utiles aux hommes , parce qu'elles
pouvoient fournir un prétexte pour le perfécuter ?
J'aimerois autant blâmer Socrate d'avoir foutenu
l'existence d'un Dieu , parce qu'il s'expofa à trouver
deux infâmes délateurs . Les précautions avec lefquelles
Galilée publia fes Dialogues , prouvent qu'il
redoutoit les honneurs du martyre. Il les fit paroître
avec approbation & fous les aufpices du Grand Duc ,
"
Cv
$ 8 MERCURE
les foumit au jugement de l'Eglife , & ne les donna
que comme un Ouvrage hypothétique , où il foutenoit
également le pour & le contre. Ce qui devoit
encore raffurer Galilée , c'eſt que le Saint-Siège étoit
alors occupé par Urbain VIII . Ce Pape , lorfqu'il
n'étoit que Cardinal , lui avoit fait un accueil diftingué
, avoit voulu l'avoir prefque tous les jours
pour convive , & avoit célébré en vers latins fes
découvertes aftronomiques . Parvenu au Trône Pontifical
, il témoigna la même eſtime & la même
bienveillance au Philofophe , qui alla exprès à Rome
pour le complimenter , & lui donna une Lettre pour
le Grand Duc , dans laquelle il louoit non- feulement
fon génie , mais encore l'intégrité de fes
moeurs &fon refpect pour la Religion . Ce Pape ne
conferva pas long - temps fes difpofitions favorables
à l'égard de Galilée. Dès que les Dialogues parurent
, on lui fit entendre qu'ils contenoient des principes
contraires à la Foi ; & comme on reconnoiffoit
la fauffeté de cette accufation , on eut recours
à la calomnie , & on lui perfuada que l'Auteur avoit
ofé le tourner en ridicule fous le nom de Simplice.
On piqua auffi la jaloufie & l'amour-propre du Pape ,
dit M. Mallet , en lui repréſentant Galilée comme
fon rival en Poéfie. Mais peut-on croire qu'Urbain
VIII fût poffédé de la métromanie au point
d'être jaloux d'un homme qui n'avoit jamais fait de
vers latins , & qui n'avoit compofé que quelques
Sonnets Italiens dans fa jeuneffe ? Les autres accufations
fuffifoient fans doute pour l'irriter , & il ne
tarda pas de donner des marques de fon mécontentement
à l'Inquifiteur de Florence , au Maître du
facré Palais & Prélat Ciampoli qui avoient permis
l'impreffion des Dialogues . Les reproches qu'effuya
ce dernier furent d'autant plus vifs que n'étant
pas étranger aux Sciences Phyfiques , il ne pouvoir
s'exculer fur fon ignorance, On voit par les
DE FRA NO E. 599
qualités des Cenfeurs , que Galilée n'avoit pu furprendre
l'approbation , & qu'il n'y avoit point d'or
dre fuppofé.
Par égard pour le Grand Duc , le Fape chargea
une Congrégation particulière de l'examen des Dialogues
; mais cette modération n'étoit qu'apparente ,
puifque bientôt le Saint- Office eut ordre de juger
Galilée. En vain Ferdinand II pria le Pape & le
Cardinal Barberini d'épargner l'Auteur, quel que fûc
le fort de l'Ouvrage. Son crédit & fes prières ne
purent empêcher que Galilée ne fût cité au Tribunal
de l'Inquifition de Rome , & que malgré fon
âge & fes infirmités ,il ne fût obligé de comparoître.
Après avoir demeuré quelques jours à l'hôtel de
l'Ambaffadeur Niccolini , il fe rendit au Saint -Office
par ordre de ce Tribunal , & non par le confeil
du Grand Duc. Il eut pour prifon l'appartement
du Fifcal de l'Inquifition , & on lui laiffa la
liberté de fe promener dans le Cloître de la Minerve ,
de recevoir fes amis , & de leur écrire. Il fubit pluhieurs
interrogatoires , & on lui permit de faire fon
apologie. Ce n'eft pas la réalité du mouvement de la
Terre qu'il démontre aux Inquifiteurs , dit M. Mallet,
il ergote avec eux fur Job & fur Jofué. Etoit-it
donc befoin que Galilée démontrât ſon ſyſtême ?
Son Livre n'étoit - il pas entre les mains des Inquifiteurs
? S'il avoit de nouvelles preuves à donner , ne
devoit- il pas les taire plutôt que de fournir de nouveaux
motifs pour fa condamnation ? Il ne pouvait
le défendre qu'en prouvant qu'on ne doit point
interprêter la Nature par la Religion , & qu'il n'y
avoit point d'héréfie à foutenir le mouvement de la
Terre. Mais le Saint- Office ayant déjà prononcé fur
cette queſtion , Galilée n'avoit en effet rien à dire
pour fa défenfe , & il dut regarder la condamnation
comme certaine dès qu'il fut déféré à ce Tribunal.
Après dix-huit jours de détention à la Minerve,
C vj
67 MERCURE
Je Cardinal Barberini , qui régnoit dans Rome, &
qui avoit des intérêts différens de ceux de fon oncle ,i
fit renvoyer Ga ilée au Palais de Toscane pour y
attendre la fin des procédures . C'eft le 12 Juillet
1633 que ce vertueux Philotophe retourna au Saint-
Office pour y abjurer folemnellement la vérité comme
un blafphême , & pour y entendre une fentence qui
fervira à jamais de leçon à ces hommes orgueilleux
qui ofent condamner ce qu'ils ignorent , & tentent
de rendre la Religion complice de leurs excès contre
la raiſon. On doit obſerver , à la gloire des Lettres
que le Cardinal Bentivoglio , célèbre Hiftorien , qui
avoit été le difciple de Galilée , s'oppofa tant qu'il
put à cet abfurde jugement , quoiqu'il fut le premier
Commiffaire de l'Inquifition. La peine de prifon
pour un temps illimité que portoit la fentence , fut
commuée , à la follicitation du Grand Duc , en rélégation
à l'hôtel de Médicis ; mais il n'eſt pas vrai
que douze jours après lejugement il fe vit maître de
retourner dans fa patrie. Il demanda d'être rélégué
auprès de l'Archevêque de Sienne Piccolomini , qui
étoit fon difciple & fon ami . On lui permit enfuite
d'aller demeurer dans fa maifon de campagne fituée
à quelques milles de Florence , & ce ne fut que plu→
fieurs années après qu'il eut la liberté de retourner
dans cette Ville ; mais alors , privé de la vûe & de
l'ouïe , & accablé de plufieurs autres infirmités , il
n'exiftoit prefque plus, & il ne pouvoit jouir de la
grâce qu'on lui faifoit.
On a vû par ce récit que l'Inquifition ne traita
pas Galilée avec cruauté comme on le crut à Rome
même lorfqu'on publia le décret de fa condannation
; mais ne dut- il pas cette douceur extraordi
naire au Grand Duc Ferdinand, qui conduifit ce procès
comme une affaire d'Etat ? N'est - il pas vrai femblable
que ce Philofophe, abandonné à lui -même ,
n'ayant que la raifon pour fa défenfe, eût eu le même
DE FRANCE. 61
>
fort que tant d'autres illuftres victimes de ce Tribunal
détefté ? Urbain VIII ne pouvoit- il pas fuivre
l'exemple de Pie V & de Paul II ? M Mallet regarde
la condamnation de Galilée comme une sévérité
purement deforme,propre à intimider les Catholiques
qui feroient tentés defaire des Commentaires ,
& de défobéir au Saint-Sirge. Quoi ! un jugement
qui fit frémir Defcartes , & lui infpira le deffein de
livrer aux flammes les fruits de fes longues méditations
, un jugement qui a penfé coûter à la France
fon Galilée , n'eft qu'une févérité de forme ? On ne
pourra dire que Fimmortel Florentin a été perfécuté
parce qu'il eft faux qu'il ait fouffert des tortures *,
qu'on lui ait crevé les yeux , qu'il ait fini fes jours
dans un cachot. N'eft-ce donc rien que d'abjurer la
vérité, & de la cacher comme un crime , de renoncer
à éclairer le genre-humain , de fouffrir un long
exil , d'être livré fans défenſe aux traits de la calomnie
& du fanatisme ? Ne falloit- il pas la conftance
de Socrate pour effuyer tant d'injuſtices fans y paroître
fenfible , fans laiffer échapper aucune plainte ?
On veut regarder la férénité que Galilée montra le
jour de fa condamnation comme une preuve du peu
de réalité de ces injuftices . Ne feroit - il pas auffi
vrai de dire que le calme avec lequel Socrate parla à
fes juges & à fes amis avant que de fubir fon arrêt
eft one preuve qu'il fur traité avec humanité ? Ces
deux hommes vraiment Philofophes , fi aucun morrel
a jamais pu s'arroger ce titre , eurent prefque le
même fort , comme ils eurent le même génie & le
même caractère. Ils profeffoient l'un & l'autre la Religion
de leur pays , en s'élevant au- deſſus des préjugés
populaires , & ils s'attirèrent la haine des fuperf
itieux & des hypocrites. Pleins de mépris pour des
* Voilà les feuls menfonges qu'on ait imprimés au ſujet
de la perfécution de Galilée.
62 MERCURE
fophiftes qui , couvrant leur ignorance profonde d'un
vain étalage de fcience , décidoient de tout fans rien :
favoir , ils ramenèrent les hommes à l'étude du
vrai , & employèrent , pour perfuader , la démonftration
des démonftrations , l'expérience . Doués du
talent de faire accoucher les efprits , ils formèrent .
une foule de difciples qui ont été la gloire de leur.
pays & la lumière de leur fiècle. Tous deux tempérèrent
l'austérité de la Philofophie par l'amour des
Beaux- Arts , & furent auffi éloignés du fafte de la mo..
deftie què de celui de l'orgueil. Si Galilée en fe rétractant
n'a pas montré la fermeté de Socrate ,
l'accufons pas de foibleffe , & rendons - lui grâce
d'avoir épargné un plus grand opprobre à fes
juges,
ne
Le Philofophe de Florence n'eut pas , comme
celui d'Athènes , le bonheur de n'avoir plus d'ennemis
après la mort. Il fut perfécuté au-delà du tombeau.
On foutint qu'en qualité de relaps il ne pouvoit
difpofer de fes biens , & on voulut lui refufer la
fépulture eccléfiaftique. Ce Philofophe , à qui l'Italie
moderne eft redevable de fa gloire , fut enterré
comme le plus obfcur des hommes , & ce n'eft qu'en
1737 que les héritiers de Viviani purent lui faire ériger
un maufolée digne de lui & de la reconnoiffance
de fon Difciple qui l'avoit ordonné par teftament . Les
autres Elèves de Galilée ont eu pour la mémoire de
leur Maître le même reſpect & le même zèle. Ils ne le,
nomment jamais fans lui rendre hommage , & l'on
fent bien , dit Fontenelle , que ce n'eft point pour
s'affocier à la gloire de ce grand Homme ; le ftyle
de la tendreffe eft bien aifé à reconnoître d'avec celui
de la vanité.
Nous avons fuivi dans cette Apologie l'hiftoire la
plus récente & la plus détaillée de ce Philofophe
publiée en 1778 par M. l'Abbé Fabroni , Précepteur
des Princes de Tofcane , & Recteur de l'Univerfité de
DE FRANCE. 63
Pife. MM . Nelli , Frifi , Galuzzi , Rubbj , &c. ont
rapporté les mêmes faits ; & quoique l'Italie ait encore
des Baccini comme la France a des Garaffes ,
perfonne n'a ofé s'élever contre eux , & combattre
Î'évidence.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Préjugé; celui
de l'Enigme eft Mouffe ; celui du Logogrypheeft
Magnétifme , où l'on trouve Magne
, Mage , game , ame , eftime , main
Ange , ane , Nifmes , méfange , geai , gêne
étage , Tage.
•
CHARADE.
DE mes deux parts la première
Ne refpire que bonté ;
De même auffi la dernière
N'exprime que propreté.
Comment donc fe peut- il faire
Que très -fouvent en effet
Je ne fuis ni bon ni net ?
( Par un Abonné d'Andely. )
+
64
MERCURE
ENIG ME.
MA nombreuſe famille en ta faveur , mortel ,
Se fuccède fans ceffe & paffe fans appel.
Pour moi , qui , dans la pompe & la magnificence ,
Plus que pas un des miens , près de toi prends naiffance,
Au gré du fol Enfant je viens toujours trop tard,
Et je me preffe trop à celui du vieillard .
( Par M. André Honoré. )
LOGOGRYPHE
A une Dlle de 28 ans , qui va fe marier.
LE Guerrier le plus intrépide
Feroit contre mes coups des efforts impuiffans.
J'aurois fait reculer Alcide
Si j'euffe exifté de ſon tems.
Je vois que ce début , Églé , vous intimide :
Raffurez-vous , tranchez ma tête hardiment ;
Alors de meurtrier que j'étois ci - devant ,
Je deviendrai paifible & douce créature ,
Et je vous fervirai , s'il vous plaît , de monture.
Sous les loix de l'Hymen vous allez vous ranger ;
C'eſt bien fait : à votre âge il est temps d'y fonger.
Le parti vous convient , que rien ne vous retienne.
Mais il faudra pourtant , en cette occafion ,
DE FRANCE. 65
-
-
Que votre bouche, Églé, s'abftienne
De prononcer le mot qui termine mon nom ;
Sans quoi , je vous le dis , il n'eſt contrat qui tienne.
Si vous vous obftiniez à le dire toujours ,
Vous effaroucheriez les Ris & les Amours.
(Par M. M *** de V. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ر
ALMANACH Littéraire ou Étrennes
d'Apollon , par M. d'Aquin de Château-
Lyon. A Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés . Prix , 1 liv. 4 f.
ON ne fera point de préambule à cet article
; on feroit obligé de répéter tout ce
qu'on en a dit les années précédentes . On
fait que dans cet Almanach la variété feule
des matières en égale la quantité. C'eſt un mêlange
de Contes , d'Hiftoires , de Lettres ,
de Chanfons , de Bons Mots & de plufieurs
autres Pièces en vers & en profe : je ne crois
pas que nous ayons aucun Recueil annuel
de ce goût là . C'eft tour- à tour du badin ,
du férieux , de l'utile & de l'agréable. C'eſt
nne lecture variée qui amufe & qui inté
reffe. Les découvertes & les événemens de
l'année les plus célèbres y font confacrés . Le
Rédacteur a recueilli fur feu M. d'Alembert
le précis efquiffé dans les premiers momens
66% MERCURE
de la mort de cet Homme célébré par la plume
de celui qui étoit à la fois fon rival & fon
ami le plus digne. On trouve aufli des parti
cularités fur M. Dideror , & l'éloge de' M.
Lambon , prononcé par M. Séguier.
Les diverfités préliminaires commencent /
par des vers charmans & peu connus de
Voltaire à M. le Marquis de Ximenès .
Vous flattez trop ma vanité :
Cet art fi féduifant vous étoit inutile' ;
L'art des vers fuffiſoit , & votre aimable ſtyle
M'a lui feul affez enchanté.
Votre âge quelquefois hafatde fes prémices
En efprit ainfi qu'en amour .
Le temps ouvre les yeux , & l'on condamne un jour
De fes goûts paflagers les premiers facrifices.
A là moins aimable beauté
Dans fon befoin d'aimer on prodigue fon âme ;
On prête des appas à l'objet de ſa flamme ;
Et c'eft ainfi que vous m'avez traité.
Ah ! ne me quittez point , féducteur que vous êtes :
Ma Mufe a reçu vos fermens.
Je fens qu'elle eft au rang de ces vieilles. coquettes
Qui femblent fixer leurs amans.
On ne peut s'empêcher d'admirer l'ingénieufe
fécondité de Voltaire . Il eſt étonnant
que parmi tant de réponſe du même genre
il y ait fi peu de reffemblance. Si le fond
eft à peu près le même , combien la forme
n'eft elle pas différente ! il eft inépuisable en
+
DE FRANCE. 67
tours fpirituels , en faillies agréables . Quelques
pages plus bas , des vers de M. le Marquis
de Ximenès à l'Empereur Jofeph II ,
prouvent que le D.fciple méritoit bien les
aimables cajoleries du grand Homme.
·
Le même Auteur à enrichi ce Recueil
d'une Épître à M. Maloët , Médecin de
Madame Victoire , très belle & très bien
travaillée. On a dit , avec raifon , que les
vers de M. le Marquis de Ximenès feroient
encore très- bons quand ils feroient d'un roturier.
2
M. le Marquis de Fulvy fe diftingue
auffi par fes talens poétiques .
Voici une Anecdote narrée avec beaucoup
de naturel :
Pour la douleur un pauvre homme exifloit ,
Que d'un écu la cruelle famille ,
Dont le crédit ou la fortune brille ,
Ni d'un fervice en les maux n'affiftoit.
Le Rédacteur a fans doute ici oublié un vers.
Comme il couroit , malheureux piéton ,
Un joli char , auffi prompt que la foudre ,
Gronde & l'atteint. L'élégant Phaeton ,
Qui tellement contre le mur le ferre ,
Que dans une heure il fera chez Piuton ,
Offre à les yeux un neveu de fon père.
Le peuple crie : arrêtez l'inhumain.
Lors le mourant leur dit , d'un air tranquille ,
Paix-là , Mellieurs , c'eft mon coufin germain,
68
MERCURE
Belle raifon ! lorſqu'il vous tuè . - Eh bien,
Par une mort il m'en épargne mille.
De vingt parens , richards de cette ville ,
C'eft le premier qui m'ait fait quelque bien .
Le ftyle d'une narration ne peut être trop
vif. Les qui & les que dont celle - ci eft embarraffée
font quelque peine au Lecteur , &
nous invitons M. de Fulvy à s'en fervir déformais
avec plus de fobriété . Un modèle de
narration épiftolaire eft . une Aventure de
Voyage , adreffée à un ami par M. Crignon.
On lira auffi avec plaifir des Stances de l'Édi
teur à M. de Maifonneuve , qui a deux Tra
gédies reçues au Théâtre François . Après
avoir apprécié les quatre célèbres Tragiques ,
il finit ainfi :
Enchanté de ta Roxelane
J'aime tes tragiques accens ;
A réuffir je te condamne ,
Car tu peins bien ce que tu fens.
On a vû depuis quelque temps réuffir des
Pièces Dramatiques fi étranges , qu'on a pu
dire de leurs Auteurs qu'ils étoient condamnés
à des fuccès. Mais ce n'eft point dans ce
fens que M. d'Aquin de Château- Lyon emploie
ce terme. Nous connoiffons les deux
Tragédies de M. de Maiſonneuvé , & nous .
ofons affurer qu'il n'a travaillé que fur de
bons modèles & de bons principes.
Voilà déjà bien des citations , & nous
DE FRANCE. 69
n'avons encore parlé que de quelques pages
préliminaires. Le corps de l'Ouvrage commence
par des réflexions de M. Knapen fur
la nouvelle Année , très analogues à la circonftance
; il étoit bon de les faire , quoiqu'il
foit très probable qu'elles ne corrigeront
perfonne.
Un Voyage de Paris au Fey en Bourgogne ,
mêlé de vers & de profe , par M. Bret , eftfemé
de détails piquans & agréables.
Les Anecdotes & Saillies font affez bien
choifies & en grand nombre . On en trouve
quelques unes qui n'ont jamais été imprimées
.
·
Les Mariages de Rofine , par M. le Comte
de Rofières , préfentent une Hiftoriette mo
rale auffi bien écrite que bien penſée . Les
Recueils offrent rarement des Contes auffi
intéreffans.
Nous avons eu parmi les Romanciers autant
de femmes que d'hommes . Mile de
Gaudin , foeur de la Mufe du même nom *
vient encore angmenter le nombre de cellesci
. Une Nouvelle , intitulée : L'Époufe_généreuse
, le lir avec plaifir. Les talens font
dans fa famille une heureule prérogative ,
& il paroît qu'elle n'a pas renoncé à fes
droits.
Parmi les Chansons , on en diftingue une
de M. Raté & deux de M. Knapen ; l'une eft
* Aujourd'hui Mme la Baronne de Laugier,
70.
MERCURE
14
intitulée le Portrait de Mlle Thérèſe F**.
l'autre à Mme *** › fur fa petite- vérole.
Cette penſée nous a paru très délicate.
>
Tu ne peux ceffer d'être belle ,
Pour mon malheur.
Ta glace peut être infidelle ,
Mais non mon coeur.
L'Almanach Littéraire contient encore
plufieurs Pièces de vers & de proſe de MM .
Léonard , Maréchal , Blin de Sainmore
l'Abbé de Lille , le Bailly , Bodard , Imbert,
Sabatier de Cavaillon , de Saint Ange , & c.
>
On a quelquefois acculé M. d'Aquin d'être
trop indulgent. Il eft certain qu'il n'eft pas
févère ; mais c'eft qu'il n'ignore pas que trèspeu
de gens ont droit de l'être. On pardonne
à un Homme de Lettres qui a fait preuve de
talent & de goût , d'ufer envers les Écrits des
autres de cette févérité de jugement à laquelle
il a foumis le premier fes propres
Écrits ; mais on ne peut tolérer qu'un Écrivain
nul , parce qu'il ne fait rien , s'imagine
avoir le droit de juger avec non moins d'injuftice
que de rigueur , les productions des
Auteurs les plus diftingués.
Il ne fait rien & nuit à qui veut faire.
DE FRANCE. 71-
DE l'État Religieux , par M. l'Abbé de
B ***, & M. l'Abbé B *** de B *** .
Avocat en Parlement . A Paris , chez la
Veuve Hériffant , Imprimeur Libraire ,
rue Notre- Dame; Belin , rue S. Jacques ,
& Théophile Barrois , quai des Auguſtins.
DEPUIS quelques années la Profeffion
Religieufe fixe l'attention publique ; la plupart
de ceux qui paroiffent avoir donné le
ton à notre fiècle , difent les Auteurs de
l'Ouvrage que nous annonçons , ont prétendu
qu'elle eft à la fois abfurde & onéreuſe
à l'État ; pour fuppléer à la foibleffe
des preuves , ils ont employé le ridicule ,
cette arme fi puiffante parmi nous ; & la
maltitude qui ne juge jamais , foufcrit aveuglément
à la profcription des Religieux , en
répétant les fophifmes & les farcalmes d'un
Auteur célèbre . Ils ont encore , avouent les
Auteurs , d'autres adverfaires plus refpectables
; ce font ceux qui , vivement touchés
des fcandales de quelques hommes voués à
la pratique de toutes les vertus , étendent leur
anathêmè fur le corps entier. Au milieu des
plaintes , & fi l'on veut , des déclamations
univerfelles , s'élèvent deux Apologiftes ,
tous deux Eccléfiaftiques , & livrés à l'étude
d'une Science qui tient , fous plufieurs rapports
, à l'objet de cette difcuffion. Nous
n'entreprendrons point de la réfoudre ; nous
72 MERCURE
devons être rapporteurs & non juges d'un pareil
procès.
L'Ouvrage eft divifé en fept Chapitres ,
dans lefquels on traite , 1. de l'efprit de
l'état Religieux ; 2 ° . de fon rétabliſſement
& de fes progrès ; ; . des fervices qu'il a
rendus à l'Églife ; 4 ° . des fervices qu'il a
rendus à la Société ; , ° . de fon utilité actuelle
; 6º. des biens des Religieux ; 7º . de la
réforme des Ordres Monaftiques. En applaudiffant
à cette divifion , bornons nous à
quelques queftions que nous foumettons aux
Auteurs eux mêmes.
Quant à l'article des règles Monaftiques ,
nous demanderons fi , lorfqu'on voit dans
l'Hiftoire de quelques guerres civiles , celle
de la Ligue , par exemple , les Moines couverts
de cafques & armés de fufils , paffer
une revue fur le pont Notre Dame , ils
obéiffoient à la règle , ou bien s'ils agiffoient
contre la règle. Dans cette fuppofition , on
pourroit élever une question très importante
que les Auteurs ne paroiffent pas avoir apperçue
, fur le danger d'avoir dans un
Royaume 200 mille Religieux. Nous conviendrons
que les Moines ont rendu de
grands fervices à l'Églife & à la Société ; &
fi nous confiderons ces fervices , fur - tout,
par rapport aux Lettres , nous croyons qu'ils.
ne peuvent être révoqués en doute. Nous
conviendrons que plufieurs grands Hommes
ont illuftré les cloîtres & leur fiècle ; que des
Ordres entiers , livrés à des travaux Littéraires
,
DE FRANCE. 73
>
raires , qui exigent des foins , de la conſtandu
difcernement & le concours d'une
infinité de Coopérateurs, fe font acquis l'ef
time & la reconnoiffance de leurs Concitoyens
; mais le fixième Chapitre , qui traite
des biens des Corps Monaftiques , fait naître
plufieurs doutes. Première queftion , quelle
en eft l'origine Objet d'une difcullion qui
fourniroit plufieurs volumes. 2 °. Quel est
leur ufage ? Le bon ufage ne juftifie pas la
poffeffion. Ce bon ufage eft il univerfel ?
3. Quelle eft la propriété des Religieux ?
Leurs propriétés font toutes conditionnelles.
Les conditions font - elles remplies ? & l'ont-.
elles toujours été ? Quant à cette dernière
objection , les Auteurs répondent , page
293 , que dans quelques mains que foient.
» les biens Monaftiques , ils font affectés au
foulagement des malheureux .
»
Le feptième Chapitre traite de la réforme..
Trois caufes principales ont produit , croit
on vulgairement , l'affaibliffement de la dif-
.cipline , la jeuneffe de ceux qui font profeſhion
, les exemptions , & le petit nombre des
Religieux qui le trouvent dans plufieurs Monaftères
; d'où l'on conclud qu'il faudroit
reculer l'émiffion des voeux , abolir les exemp
tions , & détruire les maifons peu nombreu
fes. Les Auteurs croient que ces trois moyens
font peu propres à produire l'effet qu'on en
attend. Quant au premier , tous les raifonnemens
qu'ils employent n'arrêteront point
No. 2 , 8 Janvier 1705. D
74' MERCURE
peut être la réclamation univerfelle contre
un ufage dont l'abus a , de tout temps , expofé
une infinité d'êtres des deux lexes à
Toutes les horreurs qui peuvent accompa
gner l'existence ; & nous ofons croire qu'il
vaut mieux encore que cent perfonnes manquent
une vocation qui femble les appeler
dans le cloître , & fe livrent à d'autres états ,
que d'en voir une feule prononcer avant
l'âge raifonnable , dont l'époque varie fuivant
les caractères , l'éducation , les paffions
même, des voeux imprudens , qui l'expoſent
pendant une carrière fouvent longue & toujours
douloureufe , à ne former de defirs
que pour ceffer d'exifter ; & l'on répétera
toujours qu'il ne doit pas être permis à
l'homme de difpofer de fa liberté avant qu'il
foit capable de difpofer de ſes biens .
Il réfalte de la lecture de cet Ouvrage ,
que les Moines ont mérité plus d'eftime
qu'on ne fleur en accorde ; que l'exemple
de quelques Ordres & de quelques individus
dans chaque Ordre , ne doit point entraîner
la profcription générale ; mais qu'il existe des
abus qu'il faut corriger , des maux qu'il faut
guérir. Les Auteurs , avec de l'efprit & de
la jufteffe , ont trop infifté peut être fur les
avantages , & trop peu fur les inconvéniens ;
mais leur Ouvrage peut répandre des lumières
fur la queftion qu'il traite . Quant aux
remèdes à apporter & aux moyens à employer
, il faut eſpérer que l'Adminiſtration
DE FRANCE.
75
chargée de cette partie fera pour le mieux ,
& faura concilier l'intérêt général & l'intérêt
particulier.
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poéfie Françoife , Tomes 25 & 26.
A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Julienne , vis -à-vis le Corps de Garde ,
& chez Mérigot le jeune , Libraire , quai
des Auguftins .
LES Auteurs , dont les Ouvrages forment
le 25 Tome de ce Recueil , font Perrin ,
Furetière , La Fontaine , Ségrais & François
Colletet. Nous ne citerons rien de La Fontaine
, dont les Auteurs , fidèles à leur plan ,
n'ont recueilli ni Fables ni Contes , parce que
ces Ouvrages font entre les mains de tout le
monde. Mais nos Lecteurs feront charmés
de connoître Furetière , plus fameux à la
vérité par fon grand Dictionnaire que par
fes Poéfies , qui ont pourtant de la tournure
, du mordant , & quelquefois de la
grâce. Quelques petites Pièces que nous al
lons citer en feront la preuve.
D'un Coquin infolent dans fa fortune.
TANDIS qu'Alidor fut Laquais ,
Il fut foumis , humble & docile ;
Mais quand il eut fait force aquêts ,
Dij
76
MERCUR
Il fut rogue , altier , difficile :
On l'eût pris pour un roîtelet ,
Tant l'orgueil le fit méconnoître ;
Je vois bien que d'un bon Valet
On ne fauroit faire un bon Maître.
Épigramme d'un qui étoit pendu par les pieds
pour avoir été homicide defoi- même.
POURQUOI remener au fupplice
Jean qui s'eft lui- même pendu ?
Croit- on qu'il lui fût défendu
De faire un acte de juſtice ?
Sur une Juftice tranfportée dans une halle.
D'ou`vient qu'on a tant approché
Cette Juftice du marché ?
Rien n'eft plus facile à comprendre ;
C'est pour montrer qu'elle eft à vendre.
Un mot qu'on a confervé , prouve que Faretière
étoit mal avec Benferade ; celui - ci
ayant dit un foir , en s'affeyant à l'Académie
à la place de Furetière : Voilà une place où
je dirai beaucoup de fottifes. Courage , répon
dit Furetière , vous avez fort bien commencé.
Tout le monde fait qu'il fut accufé d'avoir
profité , pour , pour fon Dictionnaire , du travail
de l'Académie. Furetière fe juftifia par des
factums ; mais aux raifons il ajouta des injures
contre plufieurs Académiciens ; & par
DE FRANCE. 77
une délibération prife le 22 Janvier 1785 ,
il fut banni de cette Compagnie.
Les Églogues de Ségrais , dont on a recueilli
les meilleures , offrent un ftyle fouvent
foible & négligé , mais des fentimens
doux , toujours vrais , & des tableaux intéreffans.
François Colletet étoit fils du fameux
Guillaume Colletet , dont les poéfies ont été
recueillies dans un des précédens volumes ;
il avoit quelque talent poétique ; mais il a
eu , comme l'obfervent très bien les Éditeurs
, deux malheurs à la fois : un nom
connu à porter & un efprit inférieur à celui
de fon père. C'eft lui qui eft l'Aureur de cette
épitaphe très-connue & encore plus bizarret
Ca GIT Monfieur de Marca ,
Que le Roi fagement marqua
Pour le Prélat de fon Églife ;
Mais la mort, qui le remarqua,
Et qui fe plaît à la furpriſe ,
Tout auffitôt le démarqua.
Le vingt fixième Volume, plus intéreffant
encore que le précédent , contient la Comteffe
de Brégy Péliffon , Chapelle , Th.
Corneille , Urbain Chevreau , le Père Commire
, Martin , Ranchin , Teftu , Coulange
& Charpentier. Le Portrait de Chapelle eſt à
la tête du volume .
On connoît ce quatrain de la Comteffe
de Brégy :
D iij
78
MERCURE
CI -DESSOUS gît un grand Seigneur ,
Qui , de fon vivant , nous apprit
Qu'un homme peut vivre fans coeur
Et mourir fans rendre l'efprit.
On lira avec le plus grand intérêt dans ce
volume , les Poéfics de Paul Péliffon ; fa difgrâce
& les perfécutions que lui attira fa
liaifon avec le célèbre Fouquet font connues ;
fon talent poétique , qui l'eft peut être
moins , mérite les plus grands éloges ; fa
vie , qui eft à la tête de fes poéfies , eft une
des plus intéreffantes du Recueil. Peu d'hom
mes ont mérité autant que Péliffon l'eſtime
de leurs concitoyens. Il avoit l'âme belle , le
coeur excellent ; il cut des amis qu'il ne mé
connut jamais dans fa profpérité ; il rendit
tous les fervices qui dépendirent de lui , &
il n'abufa jamais de fon talent ni de fon
crédit. C'eft à lui que l'on doit ce quatrain
finnu :
Cà peut-on trouver des amans
Qui nous foient à jamais fidelles ?
Il n'en est que dans les Romans
Ou dans les nids des tourterelles .
Et cet autre d'une précifion très- philofophique
:
Que rien ne nous embarraſſe ,
Et pourquoi tant de façons ?
Bonne fortune ou difgrâce ,
Elle paffe , ou nous paffons.
DE FRANCE. 79
Son dialogue d'Acante & de Pégaſe , ſur
les conquêtes du Roi , eft ingénieux .
Les Éditeurs ont cru avec raifon ne devoir
point défigurer la relation curieufe du voyage
de Chapelle ; & comme fes Ouvrages le bornent
, à peu de choſe près , à ce morceau ,
qui depuis a fervi de modèle à tant d'autres
voyages fans qu'il ait encore pu être égalé ,
on a pris le parti de l'inférer en entier.
Une héroïde , où l'on trouve des détails
intéreffans , & deux fragmens de Traductions
d'Ovide , font tout ce qu'on a récueilli de
Th. Corneille.
Urbain Chevreau , né à Laudun en 1613
mort en 1701 , Secrétaire de la Reine Chrif
tine , & Précepteur de M. le Duc du Maine ,
mérite d'être connu , & c'eft un des fervices.
que les Éditeurs des Annales Peétiques ont
rendus à la Littérature , d'avoir tiré fou
vent de l'oubli des Auteurs dignes , à plufieurs
égards , de figurer fur notre Parnaffe.
Chevreau eft de ce nombre ; il étoit d'ailleurs
très-verfé dans la Littérature Hébraïque
, dont il citoit beaucoup de traits . En
voici un dont il faifoit un jufte éloge : Hier ,
aujourd'hui , demain , font les trois jours de
l'homme.
Moralité
UN defir à l'autre fuccède ;
Si le Riche n'a tout il ne croit rien avoir ;
Et quelques biens d'efprit que le Savant possède ,
S'il ne fait tout , il croit ne rien favoir.
Div
80 MERCURE
Voici une Épigramme qui depuis a été
bien retournée :
QUAND tu voudras aimer , prends garde à bien choifir
Sans te flatter jamais d'une apparence vaine ;
Sur-tou: fais fi bien que la peine
Ne furpaffe pas le plaifir ;
Ne perds ni feins ni temps auprès de la rebelles
Pour peu qu'elle réponde à ton amour fidèle ,
Sois hardi jufqu'à tout ofer;`
Et fi tu veux te laffer d'elle ,
Ne manque pas de l'époufer.
Epitaphe de Turenne.
TURENNE a fon tombeau parmi ceux de nos Rois ;
Il obtint cet honneur par fes fameux exploits,
Louis voulut ainfi couronner fa vaillance ,
Afin d'apprendre aux fiècles à venir
Qu'il ne mit point de différence
Entre porter le fceptre & le bien foutenir.
On verra avec plaifir , parmi les Pièces de
cet Auteur , quelques morceaux adreffés à
M. le Duc du Maine , fon Élève , dans lef
quels il le loue & le critique tout à la fois ,
& lui parle avec franchife de fes défauts
comme de fes bonnes qualités.
Le Père Commire , fameux par fes poéfies
latines , & N. Martin , précèdent le Poëte
Ranchin , Auteur , entre autres poéfies , de
deux triolets très connus , qui commencent
par ces vets : Garder fon coeur & fon trouDE
FRANCE. 81
peau , &c. & Le premier jour du mois de
Mai , &c.
Après les poéfies de Ranchin , on lit celles
de l'Abbé Teftu , à qui Mme Deshoulières
a adreffé deux couplets affez connus & fort
gais.
Coulange & Charpentier terminent ce
Recueil , fuivi , comme à l'ordinaire , de la
notice de quelques Poëtes contemporains
dont on n'a point recueilli de poilies.
On ne peut qu'inviter les Éditeurs d'un
Ouvrage fi intéreffant à continuer leur travail
; ils le doivent d'autant plus , que les
voilà parvenus au moment le plus brillant
de leur carrière , Le monument qu'ils ont
élevé à la Poéfie Françoife, demandoit autant
de courage que de goût.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
LE Motet de M. Janſon , qu'on a exétuté
la veille de Noël à ce Concert , a paru rempli
de fort beaux effets & d'une belle facture
; il a été fort applaudi. Mme Mara ,
qui a chanté ce jour & le lendemain , a eu
le fuccès auquel elle eft accoutumée, fur tout
dans le rondeau de Nauman , morceau du
pathétique le plus intéreflant. Jamais peut-
Dv
32 MERCURE
être Mme Mara n'avoit déployé plus de
talens à la fois , n'avoit chanté avec plus de
grâce & d'à plomb , une agilité plus brillante
& plus rapide , ni mieux varié les tournures
; jamais non plus elle n'a reçu d'applandiffemens
plus nombreux ni mieux mérités.
L'Oratoite de M. Ragué n'a pas eu tout
le fuccès qu'il en devoit attendre. Les connoiffeurs
ont apprécié l'élégance & la pureté
de fon ftyle ; mais il faut plus pour le Public
, il exige des traits faillans qui le reinuent
, & ce morceau n'en étoit guères fufceptible
. Nous croyons cet avis utile à M.
Ragué , qui annonce un véritable talent. Ik
ne peut jouir du fuccès qu'il mérite qu'en
choiffant des fujets intéreffans par euxmêmes,
& en évitant une tournure commune
dans la manière de les rendre. Mlle Def
champs , aujourd'hui Mine Gautherot , a
joué un concerto de violon avec toute la
jufteffe , toute la précifion , tout le talent
imaginables fon fuccès eft d'autant plus
Hatteur , qu'il eft très - rare de voir des femmes
réuffir fur cet inftrument , qui ne paroît
pas fait pour elles ; & depuis Mme Sirmen ,
aucune peut être ne l'a porté auffi loin que
Mme Gautherot.
DE FRANCE. 83
VARIÉTÉ S.
LA Queſtion propofée dans le premier Mercure du
mois de Septembre , rappelle celle qu'on agita , il y
a quelques années , dans le Journal de Littérature,
Il s'agifloit de favoir fi Orofmane , trahi par fa matreffe,
eft plus malheureux qu'Orofmane qui la trouve
innocente après l'avoir poignardée . Une feule voix
prononça que la dernière fituation étoit la pire ; tous
les examinateurs furent d'un avis contraire ; pareillement
chaque folution en vers de la queſtion géné
sale dans le Mercure vient d'exprimer ce préjugé
univerfel.
Sans entrer dans une difcuffion métaphyfique fur
ce problême moral , j'ofe m'élever contre l'arrêt
général fur le cas particulier d'Orofmane.
Il me femble d'abord qu'il faut écarter toute manière
abfolue , d'en confidérer les deux fituations . Ces
métaphores des Romans de galanterie , on préfère la
mort à la trahifon de fa maitreffe , ne font rien
moins que des principes. D'après le fien propre ,
chacun fait l'analyfe du coeur humain. Il ne s'agit
point ici de favoir comment l'on doit fentir en cette
circonftance, mais ce qu'a fenti Orofmane , fon caractère
une fois donné d'après l'intention du Poëte.
Dès le premier Acte , ce Sultan , le plus fenfible
& le plus paffionné des hommes , en eft le plus fier en
même temps. Capable de tout facrifier à Zaïre , it
me l'eft pas moins de la facrifier elle-même à l'orgueil
& à l'amour outragés.
Je ne fuis point jaloux....... Si je l'étois jamais !
A ce vers le poignard eft levé . Cette réfiſtance de læ
grandeur d'âme à la jaloufie , de la fierté à la tem
DW
84 MERCURE
dreffe , ne tarde pas à augmenter avec les foupçons ;
elle calme l'agitation d'Orofmane , au premier refus
de Zaïre de le fuivre à la Moſquée .
Il est trop honteux de craindre une maîtreffe ;
Aux moeurs de l'Occident laiffons cette baffeffe.
Et ce fentinent -là n'eft ni foible ni fugitif ; il tient
aux moeurs locales : le Poëte y a attaché un deffein
marqué , celui de faire fortir l'une des beautés frappantes
de cette Tragédie ; beauté qui résulte du spectacle
des paffions effentiellement les mêmes chez
tous les hommes , mais modifiées par le caractère
perfonnel , par l'éducation , par le rang , les ufages ,
les préjugés . A l'inftant même du délire , cette idée
de l'abaiffement auquel il fe réduit , revient dans l'âme
d'Orofmane,
J'ai honte des douleurs où je me fuis plongé.
Il dit a Corafmin ,
• Tu vois la honte où je me livre.
S'il eft avili de fon infortune & de fes pleurs , fi le
cri de l'orgueil fe mêle à celui de la fenfibilité fouffrante
, Orofmane eft déjà moins malheureux. Qui
n'a fenti la confolation de s'élever par l'cftime de
foi-même , par le mépris pour l'offenfeur , au courage
de hraver la plus cruelle injure & de l'oublier ?
La nobleffe de ce funtiment y mêle de la douceur.
Tancrède , qui combat pour une Infidelle , eft bien
moins à plaindre qu'Orofmane qui l'affaffine.
Sans doute ce fentiment ne tarde pas à faire place
au defir de fe venger , lorfque ce defir n'eft plus combattu
par l'efpérance. Mais , jufqu'au dernier moment
, l'espérance concourt avec la fierté , à foutenir
le coeur d'Orofmane contre une perfidie dont il s'indigne
& dont il doute. Il eft vrai , on nie cet espoir ,
on affirme qu'il ne peut en refter au Sultan après la
DE FRANCE. 8
lecture du billet faral. Cependant Voltaire l'en a
rempli durant quatre Scènes , Voltaite n'eût pas
fait dialoguer un défefpéré . Orofmane les emploie
ces Scènes , à s'étourdir , à fe foulager en fe plaignant
, à chercher des lueurs , à interroger Zaïre.
Quoiqu'il s'écrie :
Quoi ! des plus tendres feux fa bouche encore m'affure ,
Quand de fa trahifon j'ai la preuve à la main !
Il repouffe cette preuve ; il embraffe l'erreur qui l'aveugle
& le confole :
Il voit un rayon d'espérance.
Cet odieux François eft jeune & préfomptueux :
Un regard de Zaïre aura pu l'aveugler.
Il croit qu'il eft aimé , c'eft lui ſeul qui m'offenſe .
Zaïre n'a point vû ce billet criminel .
Prononcez maintenant fi l'infortuné qui tient celangage
, eft fans lénitif contre le poifon dont il eft
dévoré ; fi le tourment de ſa jalousie effrénée n'eft
rallenti , comme on l'a prétendu , par aucun fenti-
- ment , par aucune réflexion moins déchirante . Qu'on
nous dife fi , jufqu'au retour de l'esclave , chargé du
dernier billet au cinquième Acte , la fituation d'Orof
mane eft autre chofe que de la fouffrance par intervalles
, qu'un paffage rapide de la jaloufie à la tendreffe
, de la crainte à la fierté , de la douleur à l'illafion
, de fentimens qui fe croifent & s'affoibliffent
par leur choc.
L'eſpérance enlevée , l'agitation devient un délire ;
mais tout affreux qu'est ce moment d'égarement,
l'image , la facilité , la férocité même de la vengeance
le contrebalancent. Le premier fouhait
d'Orofmane eft la mort :
Traîtres , arrachez moi ce jour que je refpire.
&
86 MERCURE
Puis fon âme ſe fixe ; c'est le fang de Zaïre , c'eſt
celui de Néreftan qui doit couler.
Tu ne jouiras pas.
Miférable Zaire ,
Cette idée n'abandonne plus Orofmane. Dans l'aliénation
de tous fes fens , il pourfuit la douceur d'arracher
le coeur qui l'a trahi '; il en reffent une cruelle
joie , ainfi , tous les grands Poëtes ont peint cette
paffion. Écoutez Didon :
Faces in caftra tuliffem ,
Impleffemque foros flammis , natumque patremque ;
Cum genere exftinxem , memet fuper ipfa dediffem.
Son dernier regret n'eft ni pour la vie ni
pour la vengeance : c'eſt
Sed moriamur.
Moriemur inultæ !
pour
Énée x
Dans la fituation d'Orofmane , toutes les amantes
trahies de nos Poëmes & de nos Drames , Roxane ,
Hermione , difent comme celle- ci :
Que je me perde ou non , je ſonge à me venger.
C'eft donc pour foulager fa douleur , non pour s'y
dérober , qu'Orofmane poignarde fa maîtreffe. Le
comble du malheur feroit d'être forcé de lui laiffer
la vie .
Il la punit, il fe venge , il jouit de fa réſolution .
Ce remède , il eft vrai , eft l'émétique de la rage ,
comme il en fur le confeil ; mais enfin , la douleur
qui donne des convulfions , laiffe au patient des forces
éteintes dans celui qu'elle fait expirer.
A moins que les tranfports qui fe combattent ne
fe fortifient & que l'extrême rage ne foit l'extrême
douleur , comment fe perfuader qu'Orofmane , tuant
Zaire comme l'inftrument de fon malheur , foit
DE FRANCE. 87
plus déchiré qu'Orofmane fe tu nt lui- même , comme
l'inftrument du malheur de Zaïre & du fien propres
par ce qui lui en a coûté pour affaffiner fa maîtreffe
perfide , qu'on juge de ce qu'il doit ſouffrir à la
pleurer innocente.
Et le remords n'eft- il pas le plus fenfible de fes
maux ? Il ne peut en avoir , nous a-t'on dit. Quoi !
& en retirant le poignard du fein de Zaïre , il laiffe
échapper ce cri d'une âme au fupplice :
Otons - nous de ces lieux . Je ne puis. -- Qu'ai- je fait ?
Rien que de jufte.
Que fera-ce donc quand il connoîtra ſon injuſtice ?
Il n'a pas de remords ! & il n'exprime que les accens
du repentir. Sa foeur ! j'étois aimé , ô ciel ! j'étois
aimé! Et il s'accufe d'avoir donné la mort
A la plus digne femme' , la plus vertucuſe !
>
Faut-il ajouter que Voltaire n'eût pas manqué à la
grande règle du trouble croiffant de Seène en Scène.
Orofmane trahi pouvoit occuper la Scène & fupporter
fa douleur durant un Acte , & dans l'intervalle
du quatrième au dernier ; mais affafin de l'objet
qu'il adoroit , il ne peut vivre qu'un inftant. Tel eſt
fordre de la nature & de l'affliction.
:
J'étois aimé & je l'ai tuée ; ces deux mots font in
divifibles le feniment de confolation qui peut
naître de la douceur d'être défabuſé d'une trahiſon ,
eft étouffé ici par deux idées auffi défefpérantes . Ce
n'eft point Tancrède qui expie fon injuftice & fes
foupçons aux yeux d'Aménaïde , qui meurt dans fes
bras , qui la perd fidelle & tendre.
Les femmes , pour qui l'excès de la fenfibilité ou
de l'amour propre rendent la jalonfie la plus furieufe
des paffions , les femmes ne conçoivent pas qu'il foir
de pires tourmens. Il eft aifé , d'ailleurs , de fe méprendre
à l'expreffion de la douleur : les tranſports ,
88 MERCURE
les convulfions , l'égarement ne font pas toujours
cette expreffion ; la rage foutient le coeur contre la
fouffrance , comme la frénéfie foutient un frénétique.
Dans l'état d'Orofmane au contraire , l'infenfibilité
eft le vrai caractère d'une douleur au comble. Voyez
Vendôme aliéné , donnant l'ordre du parricide ; fa
fituation eft bien plus terrible que celle du moment
où il tombe dans un fauteuil , en bégayant quelques
mots entre coupés : laquelle des deux eft la plus déplorable
& affe &te davantage le Spectateur ? Un
homme inconfolable paroît toujours plus malheureux
qu'un homme en délire .
Qu'on le rappelle dans Ovide celui de Niobé &
fes imprécations contre Latone. Voilà l'inftant de la
douleur la plus furieufe ; mais lorfque , couvrant de
fon corps la dernière fille qui lui refte , elle crie à la
Déeffe : Unam , minimamque relinque ! lorfqu'elle
voit périr cet enfant d'un nouveau coup , la voix lui
manque , des ruiffeaux de pleurs coulent de fes
immobiles , fon vifage perd la couleur ; elle tombe
inanimée fur fon mari , for fes enfans étendus fans
vie.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan.,
yeux
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION
•
OLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
, concernant l'Hiftoire de France.
Voilà un de ces Ouvrages dont le titre feul annonce
l'importance & l'utilité. De tout temps on a
reconnu combien les Mémoires particuliers font précieux
à ceux qui veulent étudier ou écrire l'Hiftoire ,
& à ceux qui veulent s'amufer' en la lifant . Les détails
privés dont ils font fufceptibles,leur donnent un
DE FRANCE. &j
intérêt qu'on chercheroit quelquefois en vain dans
l'Hiftoire L'Hiftoire , à force de généralifer , tombe
quelquefois dans la féchereffe ; & c'est un défaut
qu'on a fur- tout reproché à nos Hiftoriens François.
Un Recueil de ces Mémoires , fources précieufes
de plaifir & d'utilité , manquoit notre Littérature
; la plupart d'ailleurs font rares , & on ne les ralfembleroit
qu'avec beaucoup de peine & de frais. La
Collection que nous annonçons deviendra donc une
bibliothèque peu difpendieufe en raifon de fon utilité
& de fon agrément Elle commencera par ce bon
Sire de Joinville , qui , au mérite de la vérité hiftorque
, unit pre/que l'intérêt du Roman . Les autres
Mémones feront claffs de fute felon leur date , &
précédés chacun d'une notice hiftorique qui fera connoître
leurs Auteurs, le temps où ils ont vécu, & les
places qu'ils ont occupées ce qui déterminera le
degré de confiance qui leur eft dû.
La Collection des Mémoires particuliers , concernant
l'Hiftoire de France , fera imprimée in- 8 °.
Il en paroîtra régulièrement un volume chaque
mois , à commencer dans les premiers jours de Février
prochain. Les Éditeurs ont pris les précautions
néceffaires pour qu'il en ait paru 12 volumes à la
fin de l'année 1785. Le Prix de la Soufcription pour
12 volumes , à Paris , eft de 48 liv . ou de 24 pour
la demi-année . Les Soufcripteurs de Province payeront
de plus 7 liv. 4 fois pour l'année entière , ou celle
de liv. 12 fols pour la demi- arnée , à caufe des frais
de pofte. On fouferit dès - à -préfent. C'eft au Directeur
de la Collection des Mémoires , &c . qu'il faut
s'adreffer , rue d'Anjou , la deuxième porte- cochère
à gauche en entrant par la rue Dauphine , à Paris.
3
CALENDRIER des Fidèles , pour l'année 1785 ,
ou Petite Année Chrétienne . A Paris , chez Fournier ,
Libraire , rue du Hurepoix, près le quai des Auguſt.
MERCURE
Cet Almanach pieux eft d'une forme affez nouvelle.
Sous chaque jour de l'année, on trouve une
lifte plus ou moins confidérable de Saints à invo
quer , Offices , Prières du jour , &c.
Le Répertoire Amufant , on Nouvelles Etrennes
pour la préfente année . A Paris , chez le même Libraire
que ci-deffus.
Cet autre Almanach , qui eft bien exécuté , eſt un
Recueil de petites Pièces de Vers de différens genres.
Nous en avons trouvé de fort agréables , & même
de nouvelles , ou du moins que nous n'avons pas reconnues.
Le Petit Magafin des Enfans , que nous avions
annoncé chez le même Libraire , fe vend 3 liv. br.
au lieu de 2 liv. ; & relié , 4 liv . au lieu de 3 liv.
ALMANACH du Voyageur à Paris , année 1785 ,
par M. Thiéry. Prix , 2 liv. 8 fols . A Paris , chez
Hardouin , Libraire , au Palais Royal , fous les arċades
à gauche , nº . 14 ; & Gattey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois.
Cet Almanach , que nous avons annoncé avec
des Éloges , juftifiés par le fuccès , eft d'une trèsgrande
utilité aux Étrangers & Voyageurs , & même
aux habitans de cette Capitale , comme le guide le
plus sûr pour connoître tout ce que Paris contient
d'intéreffant & de curieux . On y trouvera tous les
changemens arrivés & les nouveaux établiſſemens
formés pendant le cours de 1784. Son format
tatif le rend auffi commode qu'il eſt utile.
por-
ALMANACH de Verfaillès , année 1785 , conte
nant la Defcription du Château , du Parc , des Jardins
& de la Ville de Versailles , du grand & du
petit Trianon & de la Ménagerie , la Maifon du
Roi , celles de la Reine & de la Famille Royale , -
་་་་་་་གྱུང་ །། འཆོས1:| :ཀུག 1རྩྭ རིམ : འི ་ ༥༠་ ༡༠
DE FRANCE. 91
les Bureaux des Miniftres , la Prévôté de l'Hôtel ,
&c. A Verfailles , chez Blaizot , Libraire , rue Satory
, & à Paris , chez Langlois , rue du Petit- Pont ;
Defchamps , rue S. Jacques , Froullé , quai des Auguftins
, & la Veuve Valade , rue des Noyers.
Cet Almanach eft favorablement accueilli depuis
douze ans. Cette Édition eft augmentée de la notice
des deuils , & offre plufieurs autres changemens néceffaires.
-
ALMANACH Chantant , ou Etrennes aux Jolies
Voix.
Almanach Penfant , ou Etrennes aux Philofophes.
Almanach Bienfaiſant , ou Etrennes
aux Belles Ames. - Almanach Plaiſant , ou Etren→
nes aux Beaux- Efprits. Prix , 12 fols chaque. A
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques ; l'Efelapart , Pont Notre - Dame ; Brunet ,
Place du Théâtre Italien , & Petit , quai de Gêvres.
Le choix des matières qui compofent ces Almanachs
eft fait avec goût, & en forme un petit Recueil
piquant & varié.
LA Pyramide de Neige , Almanach nouveau pour
l'année 1785 , enrichi de figures en taille -douce. A
Paris , chez Crapart fils , Libraire , pont S. Michel ;
Maillet, Imprimeur en Taille-douce , rue Saint Jacques
, No. 45 ; Hérqu , Doreur , même rue , Nº . 21.
Cet Almanach eſt fait en mémoire de la boule de
neige , dont la reconnoiffance publique fit une espèce
de monument en faveur de notre jeune Monarque.
Elle fe trouva chargée en une nuit de nombreufes
Inferiptions qui atteftoient l'amour de fon Peuple.
d'une manière auffi éloquente que défintéreffée .
LES Deux Centenaires de Corneille , Pièces en un
Acte & en vers , repréſentées à Rouen , Bordeaux ,
le Hâvre , Tours , Grenoble , &c. par M. le Ches
02 MERCURE
valier de Cubières , de l'Acad ' mie de Lyon. A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande ,
& Bailli , rue S. Honoré , barrière des Sergens.
Nous ferons connoître plus particulièrement ces
deux Ouvrages.
URES de Racine , 3 vol . in - 8 ° . faifant partie
de la Collection in- 8 ° . de Mgr. le Dauphin , im
primée par ordre du Gouvei neinent fur papier vélin
de la fabrique de MM . Johannot père & fiis ,
d'Annonay.
Prix , 45 liv . broché en carton. A Paris ,
chez Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , rue Pavée
S. André , & Debure aîné , Libraire , quai des
Auguftins.
Le nouveau caractère employé pour cette belle
Edition doit plaire à tous les Amateurs de l'Art Typographique.
Elle doit ajouter encore à la réputation
de M. Didot On ne peut produire d'auffi beaux Ou
vrages fans y donner beaucoup de temps & de foins ;
cependant on voit que les productions de M. Didot
fe fuccèdent affez rapidement , ce qui annonce autant
de zèle & d'ardeur que d'intelligence .
Il public en même - temps la Galatée & les Six
Nouvelles de M. de Florian , en un volume in 8°;
Prix , papier commun , 4 liv. 4 fols. On en a tiré
quelques exemplaires fur papier vélin d'Annonay.
Prix , 12 liv. br. Ce qui a décidé l'Auteur à donner
cette Edition in- 8 °. c'eft que plufieurs perfonnes ont
trouvé le caractère du format in- 18. trop fin. Celleci
eft imprimée avec le caractère de la Collection
in-- 8 ° . de Mgr. le Dauphin,
TRAITE du Choix & de la Méthode des Etudes .
par M. l'Abbé Fleury ; nouvelle Édition , corrigée
& augmentée de plus d'un tiers , d'après un manufcrit
de l'Auteur nouvellement recouvré ; avec un
Supplément contenant une Lettre à M. l'Evêque de
DE FRANCE. བརྟ
Metellopolis , Vicaire- Apoftolique de Siam , un Mémoire
pour les Etudes des Miffions Orientales , & c.
& c. A Nifimes , chez Pierre Beaume , Imprimeur-
Libraire ; & fe trouve à Paris , chez Belin , Libraire,
rue Saint Jacques.
La réputation de cet Ouvrage eft faire depuis
long- temps , & l'on doit favoir gré à l'Éditeur de
l'avoir rendu auffi complet qu'il peut l'être , en nous
donnant les additions & les changemens que l'Auteur
y avoit faits . Pour le rendre d'une utilité plus
univerfelle , on en a donné l'édition in - 12.
annonçons.
que nous
LE Moralife Mefmé ien , ou Lettres Philofophiques
fur l'Influence du Magnétife. A Londres , &
fe trouve à Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien .
Cet Ouvrage , qui n'eft pas ce que le titre femble
annoncer , ne doit pas être confondu avec tant de
Brochures éphémères dont le Magnétifime a inondé
nos preffes.
NOUVELLE Topographie de la France , par M.
Robert de Heffeln , Cenfeur Royal . La foufcription
de la feconde Partie de cer Ouvrage , compofée des
Cartes de Contrées , qui préfentent le fecond degré
des détails de la fuperficie du Royaume fur une
échelle invariable de 243 toifes par ligne , & jufqu'aux
Paroiffes inclufivement, fera fermée au quinze
de ce mois.
On fouferit chez l'Auteur , rue du Jardinet , vis - àvis
celle du Paon , où fe délivre actuellement la première
Partie de l'Ouvrage , compofée de dix Cartes
d'une très-belle exécution ; favoir , de la France en
une feuille , contenant le Tableau général de tout
l'Ouvrage , & des neuf Cartes de Région , qui offrent
94 MERCURE
le premier degré des détails de la fuperficie du
Royaume fur une échelle invariable de 729 toifes par
ligne , avec toutes les routes de pofte du Royaume.
Chacune de ces Caites eft accompagnée d'un Difcours
en une feuille in-folio fur les objets les plus intéreffans
qui lui font propres . Elles peuvent le joindre
en un feul Tableau de cinq pieds neuf lignes de
hauteur , fur autant de largeur .
La Carte de la Région Nord - Eft qui fe trouveroit
en haut du Tableau à droite contient , outre la
Champagne , la Lorraine & la Baffe- Alface , tous
les Pays-Bas Autrichiens jufqu'à l'embouchure orientale
de l'Escaut au- deffous de Lillo & Bergopzoom ,
& au Levant tout le cours du Rhin depuis Benfeld
en Alface jufqu'au-deffous de Duffeldorp en Weftphalie
, avec les Capitales & les principales rivières
des Pays intermédiaires .
Il paroît déjà trois Cartes de la feconde Partie ;
favoir , les Contrées centre Eft & Sud- Eft de la
Région centre. Elles contiennent le Berri , le Bourbonnois
& la majeure partie de l'Auvergne.
LA Bleffure fans Danger , peint par F. Boucher,
Peintre du Roi , & gravé par S. C. Miger , Graveur
du Roi. A Paris , chez Miger, place de l'Eftrapade ,
la grande maiſon neuve au coin de la rue des Poftes.
Cette Eftampe repréfente une jeune femme que
l'Amour bleffe avec une flèche , ornée d'une roſe.
TABLEAU des différens Anemones de Mer, gravées
d'après Deimare , à qui il eft dédié par M. Pierre-
Jofeph Buc'hoz , Membre de plufieurs Académies.
Prix , 4 liv. , & fans être colorié 19 liv. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguftins .
Ces Anemones forment la claffe la plus curieufe
la plus fingulière du règne Animal ; il en eft fait
DE FRANCE.
95
mention dans les Tranfactions Philofophiques &
dans le Journal de Phyfique.
TROIS Sonates & un Prélude pour la Harpe
avec Violon , par M. Ragué , OEuvre IV. Prix ,
9 liv . A Paris , chez Coufineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies , & Cornouailles , rue
Saint-Julien le Pauvre , nº. 3.
Le fuccès des preinièrs Effais de cet Amateur
doit infpirer de la confiance pour toutes les productions.
-
→
CONCERTO pour le Baffon , deux Violons.
Alto & Baffe, par M. le Comte de F.... , OEuvre II .
Prix, 3 liv. 12 fols. Deux Quintettis concer
tans pour Violon , Haut- Bois , Flûte , Alto &
Violoncelle , par le même , OEuvre III . Prix , 3 liv.
Trois Trios concertans pour Violon ,
Alto & Violoncelle , par le méme , OEuvre IV.
Prix , 3 liv . 12 fòls . A Paris , chez Bignon , à l'Accord
parfait , Place du Louvre , près l'Académie de
Peinture , ou à la Salle de l'Opéra.
12 fols.
AIRS, de Richard- Coeur- de- Lion , Memnon &
Didon , Accompagnement de Harpe ou de Forte-
Piano , par Lero , Maitre de Chant , OEuvre VII.
Prix , 4 livres 16 fols . A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
AIRS de Richard- Coeur- de-Lion , du Droit du
Seigneur & de Figaro variés pour un Violon feul ,
par M. Cartier fils , dédiés à M fon père , OEuvre III .
Prix , 3 livres . A Paris , chez Imbault , rue & vis-àvis
le Cloître Saint Honoré , maifon du Chandelier:
TROIS Sonates pour le Forte Piano , Violon
ad libitum , par M. de Momigny , Organiſte, Priz ,
96
MERCURE
6 liv. A Lyon , chez l'Auteur ; & à Paris , chez M.
Leduc , au Magafin de Mufique , rue Traverfière-
Saint Honoré , & M. Defmcilliers , rue Croix des
Petits-Champs , maifon de M. Bourdet.
NUMERO des Feuilles de Terpfychore , ou
nouvelle Etude de Harpe , par les Protefleurs les
plus recherchés pour cet I : frument . Prix , 1 livre
4 fols. Idem , pour le Clavecin. Chacune de ces
Feuilles paroît tous les Lundis. A Paris , chez Coufineau
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure i
de la Mufique & des Livres nouveaux
, voyez
les
Couvertures.
TABLE.
LES Charmes de Francon- \ | grypha ,
ville ,
A M***
A Mme ***
63
49 manach Littéraire, 65
51 De l'Etat Religieux , 719
75
81
83
52 Annales Poétiques
Infcriptions fur la Pompe à Concert Spirituel ,
Feu de Chaillot ,
54 Annonces & Notices ,
$ 3 Vaiétés ,
Apologie de Galilée ,
Charade , Enigme & Logo-
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mer le Garde des Sceaux , le
Mrcule. de France pour le Samedi 8 Janvier. e n'ai
Fien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A Paris
le 7 Janvier 1984. GUIDL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 15 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS fur le départ de M. le Chevalier DE
PARNY pour les Illes , récités dans une
des Séances particulières du Musée de
Paris.
IL eft parti , l'amant d'Eléonore !
Et bientôt il verra briller une autre aurore.
Les Amours font en pleurs , les Grâces font en deuil ,
Le tendre & l'antique Tibulle.
Revenu parmi nous pour former fon Émule ,
Va jufqu'à fon retour rentrer dans le cercueil,
Tout le Parnaffe eft en alarmes ;
Même on dit qu'exhalant les plus tendres regrets ,
Au départ de Parny Phébus verfa des larmes ,
Et par ce dernier trait couronna fes bienfaits.
O to , dont le trident foulève , agite l'onde !
N°. 3 , 15 Janvier 1785 .
E
98 MERCURE.
Neptune , Dieu des mers ! puiffe fur tes États
Le vaiffeau de Parny , dans une paix profonde ,
Voguer fans nul danger vers de lointains climats!
Neptune , puiffes -tu protéger fon paffage !
Mais en vain tu voudrois lui créer des revers ;
Comme Orphée autrefois fut charmer les enfers ,
Parny de ton trident captiveroit la rage ,
Et fi tu réfiftois à fon art enchanteur ,
Sa lyre réfonnant au moment du naufrage ,
Des flots tumultueux calmeroit la fureur.
(Par M. Langeronfils , âgé de 17 ans. )
VERS pour mettre au bas du Portrait de
M. DE LARIVE.
APPUI de l'indigence , Acteur fublime & tendre ,
On chérit fes talens , on eftime fes moeurs ;
Et chez les malheureux il va tarir les pleurs
Qu'au Théâtre il nous fait répandre ,
( Par M. Duviquet. )
VERS faits au bois de Vincennes.
ARERES chéris , que votre ombrage
Four un coeur fenfible a d'attraits !
Vous infpirez le badinage
Et vous ne babillez jamais.
( Par Mme Dufrenoy. )
B JTHCA
KEGIA
MONAGENSIN
་
DE FRANCE 99
COUPLETS chantés à M. & Mme GRI **
dans une Fête donnée par leurs Enfans ,
à l'occafion de leur renouvellement de
Mariage , déjà célébré en Chanfons par
plufieurs perfonnes préfentes à cette Fête.
AIR: La foi que vous m'avez promiſe.
LES Mufes qui vous environnent
Ont fi bien fu vous couronner ,
Qu'où leurs mains heureuſes moiffonnent
Nous trouvons à peine à glaner.
Leurs talens effacent les nôtres ;
Nous favons peu nous exprimer ;
Mais nous en valons au moins d'autres
Dès qu'il s'agit de vous aimer.
Tous vos enfans font dans l'ivreffe ,
Vous partagez notre gaîté ;
Vous nous valez pour la tendreſſe ,
Vous nous valez pour la fanté :
Tel un chêne encor verd s'élève ,
Malgré le temps des aquilons ;
Et fans rien perdre de fa sève ,
Fleurit parmi fes rejetons .
COUPLE toujours tendre & fenfible ,
Dont l'amitié remplit le coeur,
E ij
100 MERCURE
Votre bonheur , quoique paifible ,
N'en eft pas moins le vrai bonheur
L'amour eft cette fleur fi belle
Dont Zéphyre ouvre les boutons ;
Mais l'amitié , c'eft l'immortelle
Que l'on cueille en toutes faifons.
A BACCHUS rendons notre hommage ,
D'amour il remplit les loifirs ;
Chaque faifon a fon uſage ,
Chaque faiſon a ſes plaifirs :
De ceux que l'une & l'autre donne
Suivons tranquillement le cours ;
On voit des fleurs après l'automne ,
Et l'hiver même a fes beaux jours.
AUX
(Par M. Damas . )
FEMME S.
Vous déplaire , c'eft s'oublier.
Notre bonheur n'eft-il pas votre ouvrage ?
Que j'envirois cet avantage
S'il vous falloit un Chevalier ?
Mais plus qu'Achille invulnérables ,
Vous riez des efforts d'un impuitfant courrous ; ·
Et l'Amour renvoie aux coupables
* Cette Pièce eft relative à celle fur les Modes.
DE FRANCE. 101
Les traits qu'ils ont lancés fur vous.
Actéon de Diane éprouva la vengeance :
Sa mort fuivit ſes regards indifcrets.
Plus malheureux , celui qui vous offenſe
Sera puni par fes regrets.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonnet ; celui
de l'énigme eft le premierJour de l'An; celui
du Logogryphe eft Canon , où l'on trouve
ânon & nun.
MON
CHARADE.
Mon premier chez les vieux fe trouve bien
fouvent ;
C'eſt au moulin , dit on , que mon fecond s'entend.
Mon tout fe fait fentir dans le coeur de Thélême
A l'approche du loup ..... ou du Berger qu'elle aime .
( Par Mile de B. D. F, y
Eiil
102 MERCURE
ENIG ME.
D'UN être fugitif vive & fidelle image ,
De fon vol clandeftin je crahis le fecret .
Mon feul afpect fouvent donne à rêver au fage ;
L'homme frivole en moi n'apperçoit qu'un hochet s
Quoique par mon deftin manquant de pied & d'aîle ,
Mon devoir cependant eft de toujours aller ;
Et ce qui mieux encor fert à me dévoiler ,
Plas je parois changeante & plus je fuis fidelle ;
Chacun pour me juger confultant fon defir ,
Me trouve , fuivant lui , trop rapide ou trop lente.
J'offre un fecours heureux dans les momens d'attente,
On craindroit de me voir pendant ceux du plaifir.
( Par un Abonné de la Chambre Littéraire de Rennes .)
LOGO GRYPH F.
JE fuis une Veriu que par - tout on révère ,
De bien des malheureux j'adoucis la misère.
Dans les Livres facrés on lit fouvent mon nom ,
On le cite parfois , en chaire , en oraiſon ;
La Concorde , la Paix , la bonne intelligence
Sont les heureux effets qu'on doit à ma puiſſance.
Dans mes fept pieds , Lecteur , on trouve un animal
Nourri pour en détruire un autre qui fait mal ;
Une ville qui fut la mère de Carthage ;
DE FRANCE. 103
Deux interjections ; une plante en ufage;
De ville un fynonyme ; une Ifle de l'Aunis ;
Le fiège ou le foleil dans la Fable eft affis ;
L'effort que fait la voix pour mieux fe faire entendre.
Si ce n'eft pas affez pour me faire comprendre ,
Tu trouveras encore , en me combinant bien ,
Un léger inftrument qui fert au Muficien;
L'élément dans lequel , pour s'élever aux nues ,
Montgolfier fut trouver des routes inconnues.
(Par M. Moreau fils , à Roanne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES de Valentin Jameray Duval
précédées de Mémoires fur fa Vie , avec
figures. 2 vol. in . A Saint Petersbourg ,
& fe vend à Strasbourg , chez J. G.
Treattel , Libraire.
PEU de gens ont lû les OEuvres de Duval .
Le nom de cet homme extraordinaire n'eft
guère célèbre que dans les lieux où les étonnantes
particularités de fa vie lui ont établi
des relations ; à peine eft il connu en France
autrement que par des liaiſons particulières ;
& le titre de fes Ouvrages n'eft pas fait pour
piquer la curiofité. On a tant de chofes à
lire & fi peu de temps à perdre , qu'on craint
d'en rifquer fur un Livre où l'on n'eft pas
certain de trouver à s'inftruire ou à s'amufer.
E iv
104 MERCURE
Nous croyons cependant que celui ci offre l'un
& l'autre avantage ; qu'on ne peut fur tout
manquer de s'intéreffer à un homme qui , né
dans un état qu'on nomme abject , privé de
tous les fecours de l'éducation , s'eft élevé
feul jufqu'aux connoiflances les plus étendues
fur tous les objets dont il a voulu s'occuper
; qu'un génie actif , ou , fi l'on veut ,
un inftinet avide & pénétrant conduifit au
favoir prefque fans guide , & par des routes
rapides & non frayées , pour qui l'étude
étoit un befoin auffi impérieux que les befoins
de la Nature. Cet homme , fait pour
fortir en tout des règles communes , fut pendant
près de foixante ans conferver au milieu
des Cours , auprès des Souverains , les moeurs
les plus pures , la franchiſe la plus fauvage ,
la liberté la plus independante. Il ne demanda
jamais rien à ſes Maîtres , & il vécut
dans l'aifance : fans ambition , fans orgueil ,
il fut confidéré ; jamais adulateur , ne fachant
ni taire ni déguifer fa penfée , jamais pour
tant il n'éprouva de difgrâce. Il ſacrifia jufqu'à
l'amour à fa paffion pour l'étude ; mais
ce goût fut foumis lui même à une paffionplus
forte , celle de la liberté. Croiroit on
qu'à vingt ans le malheureux Gardien de fix
vaches , le valet d'un pauvre Hermitage ,
fouhaitant ardemment de s'inftruire , dictoir
pourtant les conditions à un grand Prince
qui lui en offroit les moyens , & refufoit
d'échanger fa misère indépendante contre la
brillante fervitude des Cours ? On ne voir
DE FRANCE.
jufqu'ici qu'un fauvage devenu favant par la
feule impulfion de fon génie. Et quoique ces
exemples foient rares , il en exifte cependant
plufieurs ; celui de Duval a une fingularité
de plus . Ayant paffe les premières années de
fa vie dans les bois , le refte dans des biblio
thèques & des cabinets de médailles , il con
noiffoit fi peu le monde , il le fuyoit avec
tant de foin , que , logé au palais de Vienne
près de l'appartement des Archiducheffes
il ne les avoit jamais vûes. Un jour qu'il paffoit
devant elles fans les remarquer, le Roi
des Romains lui demanda s'il ne connoiffoit
pas ces Dames : Non , Sire , répondit- il , ingénuement.
Je n'en fuis pas étonné , répli
qua le Prince; mes foeurs ne font pas des an
tiques. Hé bien , malgré ce goût conſtant
pour la retraite , fi peu fait pour adoucir fa
rufticité , il a ſu , en confervant des manières
roujours fintples , fe former un ftyle plein
d'enjouement, de légèreté , de grâce , & du
ton de la meilleure compagnie.
Il nous trace lui même dans l'Ouvrage que
nous annonçons le tableau le plus effrayant
de la première circonftance intéreffante de
fa vie . Né en 1695 , d'un pauvre Laboureur ,
au petit village d'Artonay en Champagne
orphelin à dix ans , chaffé de fon pays
quatorze , faute d'y trouver à fervit , marchant
au hafard dans l'affreux hiver de 1709 ,
en pleine campagne , couvert de neige , demi
mort de froid , fans pain , fans afyle , fans
efpoir , il eft furpris par la petite-vérole. La
Ev
106 MERCURE
violence de les douleurs & celle de la faifon
, l'obligent de s'arrêter devant une mé
chante ferme , où il n'a pour retraite qu'une
étable & un tas de fumier , fous lequel on
l'enfevelit. La chaleur qu'il y trouve le dégourdit
peu à -peu , facilite l'éruption ; il eſt
couvert de boutons , mais il manque de fecours.
Tout étoit faifi dans la ferme ; le maî
tre n'a pas lui- même de quoi vivre , & c'eſt un
excès de compaffion qui l'engage à donner
au moribond pour toute boiffon , de l'eau
glacée , pour toute nourriture un peu de
bouillie à l'eau à peine falée , & enfuite de
mauvais pain defféché qu'il faifoit dégêler
dans fon fumier. Les moutons dont il partageoit
l'afyle , fembloient . touchés de fa
peine , & vouloir le confoler en le léchant ;
mais quoique la rudeffe de leur langue aloutât
à fon fupplice , il paroiffoit plus occupé
de la crainte de leur communiquer le venin
dont il étoit hériffé . Si pauvre que fuffent
·le fecours qu'il recevoit dans cette étable ,
il fut impoffible au maître de les continuer.
Il fallut le tranfporter encore foible , couvert
de méchans haillons & de foin , chez
un Curé du voifinage , où il fut prêt d'expirer
du froid qu'il avoit effuyé dans la route. Il
guétit pourtant ; mais la famine qui défoloit
cette contrée lui fit perdre encore cet afyle
dès que fes forces lui permirent de le quitter.
Ne fachant où donner de la tête , il s'infor
me s'il n'eft pas quelque pays que ce fléau
ait refpecté. On lui parle du Midi , de
DE FRANCE. 107
*
l'Orient ; c'étoit pour lui des idées nouvelles.
Ces mots furent la fource de fes premières
réflexions , fa première leçon de geographie.
Il marche donc vers le point où le foleil lui
paroiffoit fe lever , il traverte la Champagne.
De miférables huttes à peine couvertes de
chaume & d'argile , des individus pâles , languiffans
& livides , des enfans rares & defféchés
par le befoin, lui préfentent tout ce que
la misère a de plus effrayant . Il arrive enfin
à Sénaïde , & foudain il eft frappé d'une fcène
nouvelle ; des maifons fpacieufes , bien couvertes,
& dignes des hommes forts & vigoureux
qui les habiroient , des femmes leftes
& bien vêtues , des enfans nombreux &
gais , le fpectacle de l'aifance & du bonheur ,
l'avertirent qu'il avoit changé de domination.
Le hafard le fait s'arrêter à l'Hermitage de
la Rochette , où le bon folitaire Palémon le
reçoit , lui fait partager fon genre de vie , fes
travaux , & lui apprend à lire. Duval , né
avec une fenfibilité fougueuſe , entroit dans
l'âge où les paffions fe développent ; le befoin
d'un attachement , la lecture des livres
afcétiques qui compofoient la bibliothèque
de l'Hermite , tournèrent fes premières idées
vers la dévotion , non pas celle qu'il définit
lui-même par une piété folide & pure , mais
cette dévotion minutieufe & contemplative
qui confifte en vaines pratiques , s'allie trèsbien
avec les paffions , & devient elle- même
une paffion condamnable. Il eut alors une
E vj
108
MERCURE
aventure affez gaie qui l'éclaira fur fes fent
timens. Des Chanoines voifins viennent vi
fiter l'Hermitage , munis d'un ample jambon
& de quelques flacons , qui , dit- il , ne cont
tenoient rien moins que de l'eau bénite. On
goûte , il partage la fête , & avale pour la
première fois deux rafades d'excellent vin.
Refté feul , il fe trouve dans un état qui lui
femble un phénomène. Son vifage s'en
flamme , fon fang bouillonne , fa tête s'exal
te ; naturellement taciturne , il fent une fi
grande démangeaifon de parler , que pour la
fatisfaire , il fe met à réciter des Pleaumes
tout haut ; mais fa langue eft embarraffée ,
fes lèvres moins mobiles , fes jambes chau
cellent , il s'affied par hafard devant une
image .. du bon Pafteur.
Cet objet l'attendrit. Il s'imagine que cet
état extraordinaire eft une de ces extafes
que Dieu envoie à fes élus ; il s'approche de
cette image , fe profterne , l'arrofe de fes
pleurs , & lui prodigue les careffes & les
termes les plus myftiques & les plus tou
chans. Mais il faut que tout finiffe ; il s'en
dort au milieu de fa béatitude. Quel fut fon
étonnement à fon réveil de fe trouver auffi
infenfible que le marbre , & d'avoir perdu
ces élans , ces évanouiffemens , qui , la veille ,
le rendoient fi heureux !.
De cette retraite il paffe dans celle de Ste
Anne , auprès de Lunéville. Six vaches à
garder , quatre Hermites de la plus groffière
ignorance , & quelques bouquins de la bir
1
DE FRANCE 109
bliothèque bleue , font les feules 'reffources
que Duval y trouve pour fon éducation . Il
parvient cependant à s'apprendre feul à
écrire. Un Abrégé d'Arithmétique devient le
nouvel objer de les études , auxquelles il ſe
livre dans le filence des bois. Il faut l'entendre
lui même expliquer comment il prit les
prentières notions d'aftronomie & de géographie
, à l'ade de fes feules réflexions , de
quelques cartes , & d'un tube de roſeau
placé fur un chêne élevé , dont il avoit fait
fon obfervatoire. Flus il apprenoit & plus
il étoit tourmenté du defir d'apprendre encore
; mais l'état de fes finances ne répon
doit pas à fon defir . Pour y fuppléer, il s'avifa
aux rifques d'être pris comme un Bracon
nier , de déclarer la guerre aux animaux des
forêts, dans le deffein de vendre leurs four
Iures. L'ardeur & le courage qu'il mettoit à
cette chaffe , annoblie par fon motif, font
véritablement incroyables Il eut un jour une
lutte violente à foutenir contre un chat fauvage
, dont la victoire lui coûta beaucoup de
fang. Enfin fa conftance lui procura au bout
de quelques mois une quarantaine d'écus ,
Qu'il porta bien vîte à Nancy pour avoir des
livres. Une aventure heureufe augmenta fon
petit tréfor. Il trouva un jour un cacher d'or
armorié il le fait annoncer au prône . Un
Anglois fe préfente ; c'étoit M. Forster , homme
d'un mérite connu . Si ce cachet , eſt à
vous , lui dit Duval , je vous prie de le blar.
fonner. Tu te moques de moi , jeune
110 MERCURE!
ton reffort. -
homme , le blafon n'eft affurément pas de
Soit , mais je vous déclare
qu'à moins de blafonner votre cachet , vous
ne l'aurez pas . Surpris de ce ton ferme , M.
Forſter obéit , récompenfe le jeune Pâtre ,
& l'invite à l'aller voir. Par fa générosité ,
la bibliothèque de Duval s'accrût jusqu'à
quatre cent volumes , tandis que fa garderobe
reftoit toujours la même. Un farreau
de toile ou de laine & des fabots formoient
tout fon ajustement.
Pendant qu'il formoit ainfi fon efprit par
l'étude , le troupeau n'en alloit pas mieux.
Les Hermites s'en plaignirent , l'un d'eux le
menaça même de brûler fes livres , & joignit
un gefte offenfant à cette menace . Duval
étoit né , comme nous l'avons dit , ardent
& fenfible. La fervitude avoit plié fon
âme à la foumiffion , mais nullement aux
infultes . Il faifit une pelle à feu , met le
Frère à la porte de fa propre demeure , en
fait autant aux autres qui accourent au bruit,
& s'enferme feul à double tour. Le Supérieur
arrive. Duval lui détaille par la fenêtre fa
belle expédition ; la douceur du bon Solitaire
parvient cependant à le calmer ; mais
il n'ouvre qu'après lui avoir fait accepter
une capitulation qui confiftoit à lui accorder
l'oubli de tout le paffé , & deux heures par
jour à l'avenir pour vaquer à fes études ; à
ces conditions il s'engageoit à fervir l'Hermitage
pendant dix ans pour la nourriture
& l'habit. Ce qu'il y a de plus plaifant , c'eft
DE FRANCE.
-
que cet acte fut ratifié chez un Notaire de
Lunéville.
- -
-
-
-
Je
Le bois où Duval menoit paître fes vaches
étoit fon cabinet d'études le plus ordinaire.
Un jour qu'il y etoit , entouré felon
fon ufage de fes cartes de géographie , il eſt
abordé par un homme de bonne mine , qui ,
furpris de cet appareil , lui demande ce qu'il
fait - là. J'étudie la géographie.
Eft ce
que vous y entendez quelque chofe ? Mais
vraiment oui , je ne m'occupe que de ce
que j'entends. Où en êtes - vous ? -
cherche la route de Québec pour aller continuer
mes études à l'Univerfité de cette
ville. ( Il avoir lû dans fes livres que cette
-Univerfité étoit fameufe. ) - Il y a , reprit
l'inconnu , des Univerfités plus à votre portée
; je puis vous en indiquer . A l'inftant il
eft entouré par un grand cortège ; c'étoit
celui des jeunes Princes de Lorraine . On finit
par lui propofer d'achever fes études en forme
aux Jéfuites de Pont -à-Mouffon . Duval
héfita . L'étude lui étoit chère ; mais fa liberté
lui paroiffoit plus précieufe encore , & il
n'accepta qu'avec la condition formelle de
la conferver. Ses progrès furent fi rapides ,
qu'au bout de deux ans le Duc Léopold , qui
vouloit fe l'attacher , lui fit faire plufieurs
voyages , entre autres celui de Paris , & à
fon retour le nomma fon Bibliothécaire , &
Profeffeur d'Hiftoire à l'Académie de Lunéville
. Cette place , & les leçons particulières
qu'il donnoit à des Anglois , entre autres au
112 MERCURE
fameux Lord Chatham , lui procurèrent les
moyens de faire rebâtir à neuf (on ancien
Hermitage de Ste Anne. Lors de la révolution
de la Lorraine , il refufa toutes les propofitions
qui lui furent faites pour refter ,
& fuivit la bibliothèque à Florence , où il
refta dix ans ; il fut appelé à Vienne par l'Empereur
François , pour lui former un cabinet
de médailles. C'eſt -là qu'il vécut dans la plus
grande confidération de la part de toute la
Famille Impériale , & qu'il mourut en 1775 ,
âgé de près de 80 ans , & regretté de tous
ceux qui l'ont connu.
Les deux volumes que nous , annonçons ne
font qu'un effai de l'Éditeur , M. Koch , fon
ami intime , qui a voulu preffentir le- goût
du Public fur quelques Écrits de ce Philofophe
avant de les publier en entier. Ils contiennent
des Mémoires fur fa vie par l'Éditeur
, des fragmens fur les principaux événemens
de cette même vie écrits par Duval
lai même; fa correfpondance entière avec
une jeune & très aimable Feinme de Chainbre
favorite de l'Impératrice de Ruffie ; quel
ques Lettres à Mlle Guttemberg , qui tenoit
le même rang à la Cour de Vienne , & d'autres
Lettres à différens particuliers. Nous
ofons croire que M. Koch a plus confulté
fon amitié que fon goût dans la forme de
cette Édition . La longue correfpondance de
Duval avec Mile Anaftafie Socoloff , n'a pas
d'objet affez piquant pour le Public , & ne
comporte pas un intérêt affez grand pour fon
DE FRANCE. 113
étendue. Il eft des plaifanteries d'habitude ,
des idées familières qui reviennent fans ceffe ,
& qu'on répète dans fes Lettres fans s'en
appercevoir , quand on écrit à pluſieurs mois
de diftance , mais qui ne peuvent être fupportées
dans une lecture fuivie. L'Éditeur
nous affure , dans fa Préface , qu'il en a fupprimé
beaucoup ; cependant il en refte encore
affez pour dégoûter le Lecteur le plus
patient. Il falloit fans doute , au lieu de
donner ces Lettres entières , fans nous épargner
même les formules de complimens qui
les terminent , n'en offrir qu'un choix , avec
l'attention de fondre enfeinble celles qui
n'ont qu'un même objet , & elles font en
grand nombre , d'en élaguer toutes les répé
titions , & de mettre à leur place les pièces
qui ont rapport à cette correfpondance , au
lieu de les renvoyer à la fin comme on a
fait. Il falloit non pas faire une vie particulière
de Duval , & nous préfenter enſuite
épars les morceaux qu'il en a écrits lui-même,
foit dans fes cahiers , foit dans différentes
lettres ; mais réunir & coudre enfemble.ces
differens morceaux ; laiffer parler le Philo
fophe le plus qu'il auroit été poffible , &
n'ajouter à fes Écrits que la liaifon qui leur
manquoit. Cette forme , qui éviteroit beaucoup
de redires , feroit fans contredit bien
plus intéretfante , & nous croyons qu'une
nouvelle Édition faire fur ce plan , en réduifant
les deux volumes en un , auroit beaucoup
de fuccès..
114
MERCURE
Au furplus , nous croyons que nos Lecteurs
nous faurons gté de leur donner une
idée du ftyle de ce Philofophe. Il y règne une
grâce, une légèreté bien extraordinaires fans
doute de la part d'un homme qui ne fut
qu'un fauvage pendant toute la jeuneffe , &
qu'un Savant le refte de fa vie , ce qui eſt à
peu près fynonyme relativement au ton de
la fociété.
Il entretenoit une exacte correfpondance
avec Mlle Anaftafie Socoloff , aujourd'hui
mariee avec M. de Ribas , Colonel au Service
de Ruffie . Cette jeune perfonne , d'ori
gine Circaffienne , née au Royaume d'Aftracan
, fut amenée à Paris par la Princeffe de
Galitzin Mile Clairon y prit foin de fon
éducation . A la mort de la Princeffe , elle
retournoit en Ruffie pour être Femme de-
Chambre de I Impératrice , lorfqu'en paffant
par Vienne elle fe rencontra au Théâtre dans
une même Loge avec Duval , qui fit fa
connoiffance , & fe prit pour elle d'une
amitié fi vive que l'amour même n'a point de
fentiment plus ardent. L'amour cependant
n'y étoit pour rien ; le Philofophe y avoit
mis bon ordre. Tourmenté dans fa jeuneffe
de cette paflion qui nuifoit à fes études , il
fe rappela d'avoir lu dans Saint Jérôme qu'on
s'en guérit avec de la ciguë. Il en mangea une
falade fi copieufe qu'il en faillit mourir , &
que fes defirs furent éteints pour jamais. Ce
poifon cependant n'avoit pas altéré la fenfibilité
de fon ame. Sa manière d'aimer étoit
DE FRANCE 115
d'autant plus délicate & plus pure , qu'elle
n'avoit aucun but intereffe.
Duval avoit encore dans fa correfpondance
un autre objet que l'amitié. C'étoit fon admiration
profonde pour toutes les opérations
de l'immortelle Catherine . Elle refpire dans.
prefque toutes les lettres , qui ne roulent que
fur les inftructions qu'il demande à ce fujet.
En voici quelques uns.
* 93-
»
ود
כ כ
و ر
Mile Anaftafie lui avoit fait préfent d'une
Médaille reprefentant l'Impératrice. Elle eft
fâchée qu'elle ne foit pas d'or ; il répond :
" Ne fût elle que du plus commun des
» métaux , il me fuffit ,pour l'eftimer autant
que les diemans du Mogol, qu'elle vienne
de vous , & qu'elle foit à l'effigie de
» l'augufte Souveraine qui fait votre bonheur.
Quelque brillant que foit le Trône
qu'elle décore , je doute qu'il lui donne
autant de relief qu'elle s'en eft attiré par la
» lettre qu'elle a écrite à un Philofophe
» (M. d'Alembert, ) & que les papiers publics
» ont communiquée à toute l'Europe . Il
" avoir plus de deux mille ans que le père du
vainqueur de Darius en avoit écrit une an
fameux Ariftote , précisément fur le même
fujet. Depuis cetemps là aucun Monarque
» n'a été tenté de mettre les talens à un auffi
» haut prix que l'a fait l'augofte Minerve
que vous avez l'honneur d'approcher. I
faut un difcernement bien exquis pour
» fentir auffi vivement toute l'importance
» du vrai mérite en fait d'éducation , fure
ور
و ر
"
y
116 MERCURE
» tout dans un fiècle auffi colifichet & auffi
poliment frivole que celui où nous
" vivons ».
33
גכ
و د
ود
و د
Autre. Il parle à Mlle Anaftafie d'un voyage
de l'Impératrice ... " Sachez donc que votre
augufte maîtreffe, arrivée à Twer , lieu de
» fon embarquement , s'ekt fouvenue qu'un
» livre intitulé Bélifaire.... méritoit d'être
traduit en une langue dont les dialectes
» s'étendent depuis la Bohême inclufivement
jufqu'aux confins de la Chine, & depuis la
Grèce & l'Albanie , jufqu'aux triftes bords
de la mer Glaciale. Pour rendre fervice à
l'humanité, favez- vous comme elle s'y eft
prife ?... Apprenez donc que la Minerve de
Ruffie , au lieu de s'embarraffer quelles
" feroient les fêtes , les bombances , les
» jeux , les concerts & les autres paffe - temps
» les plus propres à charmer les ennuis d'une
navigation prefqu'illimitée , cette Déeffe
» a inventé un amuſement jufqu'ici inconnu
» à la faftueule fiivolité , & plus encore à la
gran leur même. A peine embarquée avec
les Aréopagiftes qu'elle a admis fur fa
flotte , elle a diftribué par la voie du fort
» à chacun d'eux , un des 16 Chapitres de
Bélifaire , afin que tous en même temps
fuffent traduits en langue Ruffe ; mais ce
» que j'admire , & qui me feroit croire qu'en
» Ruthie le fort n'eft pas fi aveugle qu'ailleurs,
» c'eft que le neuvième Chapitre , qui traite
» expreffement des erreurs & des écueils
39
و د
35
ود
33
auxquels le pouvoir fuprême eft exposé ,
DE FRANCE. 117
» foit juftement tombé en partage à la Théms
» du Volga. J'ai vu & tenu une copie de la
» verfion qu'elle en a faite , & lorfqu'on
» m'affura qu'elle égaloit la beauté de l'original
, je n'en fus pas furpris.....
"
-
Voici des Lettres d'un autre genre. « Je
lis préfentement un Livre que je veux
envoyer à mon ami le Frère Zozime ,
Supérieur de l'Hermitage qui a été le ber-
» ceau de ma fortune ( celui qui vouloit
» brûler fes Livres , & avoit pris ſes cahiers
» de géométrie pour un grimoire ) pour en
» faire fon profit. Le livre a pour titre
» Lettres fur la Danse & les Ballets
» par M. Noverre. Jamais lecture ne m'a
وو
--
plus humilié. J'y vois en très- beau ſtyle
» qu'un excellent maître de Ballets eft auffi
unique que le Phénix ; & que tout ce que
l'univers a produit de grands hommes en
" tout genre , n'ont été que des pygmées en
comparaison d'un parfait maître de Ballets.
l'Auteur eft ici , je l'ai vu de mes propres
» yeux. C'eſt une vifion béatifique pour les
" Viennois. On dit qu'on publie une
Gazette Françoiſe à Saint - Pétersbourg.
» Cela eft- il bien vrai ? S'il eft ainfi,de quoi
peut-elle parler ? .... Lorsque je voyageois ,
» à mon arrivée dans une Capitale , je
parcourois tous les marchés publics pour
» connoître en quelles productions le pays
abondoit le plus ; je lifois la Gazette du
lieu , pour me former une idée de la
liberté civile ; je lorgnois toutes les Bibist
ཐ་
و ر
118 MERCURE
F
"
"2
D
» ( il appelle conftamment ainfi les jolies
» femmes , & celles auxquelles il prend
intérêt ) pour favoir fi j'étois en Circaffie
chez les Samoïedes ; j'allois à la
» Comedie pour y étudier le goût national.
Les églifes , les palais , les hôpitaux
m'apprenoient une infinité de chofes que
» je ne puis vous dire. A l'égard du peuple ,
» cet utile & refpectable fond de toutes les
" nations , j'entrois dans leurs humbles chau-
» mières , & felon la propreté ou la misère
" qui y régnoit , je jugeois de la nature du
» Gouvernement ; & c'eſt ainſi que , fans
» être Médecin , je tâtois le pouls à l'humanité
33.
ور
ود
"
Il prenoit beaucoup d'intérêt à la guerre
contre les Ottomans. Il prétendoit par plaifanterie
que le Grand Seigneur ne l'avoit
entreprise que pour enlever Mlle Anaftafiel,
& qu'il avoit juré par fa barbe, ainsi que fon
grand Muphti, qu'il ne mettroit bas les armes
que quand il l'auroit dans fon ferrail. - «Un
fonge affreux a troublé non fommeil. J'ai
» rêvé qu'en nouvelle Roxelane vous étiez
affife à côté du Sultan , & fur le même
fopha ; qu'une troupe de Tartares ayant ,
rafflé tous vos blondins , & moi avec eux ,
ils nous avoient conduits à vos pieds ,
" pour y apprendre norre fort ; que là ,
tandis que nous étions occupés à implorer
votre miféricorde , & à baifer vos brillantes
babouches , & les franges de votre
» doliman, le Sultan , par bonté d'ame, avoit
"
35
"3
""
"
酪
DE FRANCE. 119
33
» ordonné au grand Kiflar Aga de nous
rendre propres au ſervice du ferrail ; que
pour nous dédommager de la perte que
» nous allions faire , vous aviez cru qu'il
fuffifoit de diftribuer à chacun de nous une
affez bonne dofe du précieux baume de la
Mecque ; que là- deffus tous les blondins
» ne trouvant pas leur compte dans cet
équivalent , avoient pouffé des cris que
» l'on entendoit d'une lieue. Ces cris ,
" quoiqu'en fonge , m'ont paru fi lamenta-
» bles & fi perçans , que je me fuis éveillé
» en furfaut , non fans bénir le Ciel de me
» trouver encore comme j'étois avant de
» m'endormir ».
Nous finirons cet extrait en donnant une
idée du ftyle de Mlle Anaftafie , dont les réponſes
nous ont paru très agréables .
ود
ور
"
و ر
---
" Je
» crois vous avoir promis , par une de mos
précédentes , de vous dire mon paffe-
» temps journalier. La Bibi fe couche à onze
heures , & fe lève à huit , ne manque
» jamais à fon devoir , fans cependant y
fonger , parce que le mot de devoir ne me
plaît pas ; j'airne ma gaieté naturelle. Mon
" premier foin en entrant dans la chambre-
» de toilette de Sa Majefté , eft de dire tout
» ce qui me vient dans la tête , fans m'em-
» barraffer fi on m'écoute : vrai moyen)
d'occuper l'oreille du Courrifas , toujours
» avide de nouvelles. J'ai l'art de les amufer
» en difant la vérité toute nue , qu'ils pren- '
nent pour des fineffes. Je fais des contes
"
99
و د
120 MERCURE
1
39
"
bleus à mes camarades pour arrondir leurs
viſages allongés . J'annonce à S. M. tous
» ceux qui viennent , après les avoir bien
» étourdis. Voilà les occupations de devoir
» de la bienheureufe Bibi. Oui , mon ami ,
elle l'eft , puifqu'elle a la fatisfaction de
» vous plaire & de captiver un coeur tel
» que le vôtre.Je finis majournée en ſoupant
» chez M. le Général . C'eft- là où je fuis le
» mieux du monde. On a beau vanter le
» brillant de la Cour , la maifon du bienfaiteur
l'emporte toujours fur elle ,
( Cet Article eft de M. Framery. )
HISTOIRE Eccléfiaftique & Civile du
Diocèfe de Laon , par Dom Nicolas le
Long, Religieux Bénédictin de la Congré
gation de Saint Vanne & de Saint Hydulphe.
A Châlons , chez Seneuze , Imprimeur
du Roi, &c. , in- 4°.
330
C'EST ici un de ces Quvrages de Béné
dictins que le bel efprit fuperficiel dédaigne
, mais qu'un bon esprit eftime , puiſe
qu'enfin ils inftruifent. Un mérite inconteftable
de ces Hiftoires particulières , que
des détails accumulés , des differtations
favantes , des actes & des pièces justificatives
rendent ordinairement un peu volumineuſes
, eft de fournir des matériaux pour
Hiftoire générale. Dom le Long ne fe
borne pas au Diocèfe de Laon , il embraffe
tout le pays contenu entre la Sambre au
Nord , la Meuſe au Levant , l'Aifne au
Midi ,
DE FRANCE. 121
Midi , l'Oiſe au Couchant ; il ne fe renferme
pas même entre ces quatre rivières ,
car Reims fur la Vefle , & Châlons fur la
Marne , l'une & l'autre au Sud de l'Aiſne ,
entrent dans fon plan , lequel , fuivant
l'expofition qu'il en donne lui même ,
comprend le Laonnois & la Thiérache ,
partie de la Champagne , de l'Ile de
France , de la Picardie , du Hainault , du
» Comté de Namur & de l'Évêché de
» Liége fur une étendue de plus de qua
» rante lieues , tant en longueur qu'en lar
» geur, depuis Verdun , Sainte Ménéhould ,
Châlons , Reims , Soiffons & Compiégne
jufqu'à Namur , Maubeuge & Bavay in-
» clufivement.
30
"
"
"9
L'art naturel & néceffaire d'un Auteur dé
ces Hiftoires particulières de Provinces ou
de Villes, eft de ne s'étendre que fur les faits
& les notions qui leur font propres , & de
rappeler feulement d'une manière fommaire
& fuccincte les événemens de l'Hiftoire
générale pour ne pas répéter ce qui est
étrit par -- tout & connu de tout le monde ;
mais il faut convenir que dans la plupart de
ces Hiftoires le moindre prétexte fuffit prefque
toujours à l'Auteur pour adopter & approprier
au pays dont il parle les événemens
même qui femblent y être les plus étran
gers. Ici , par exemple , la bataille de Nicopoli
femble n'avoir aucun rapport au Laonnois
ni à la Thiétaché , mais Enguertand de
Coucy étoit à cette bataille , & y fut fait
N°. 3 , 15 Janvier 1785 .
F
122
MERCURE
1
prifonnier , & Coucy eft dans le Laonnois ;
de même le malheur qu'eut Charles VI de
tomber dans la démence femble ne pas in-.
téreffer Laon plus que le refte du Royaume ;
mais le même Coucy fir appeler un Médecin
de Laon , nommé Guillaume Harcelin
pour traiter le Roi ; & fi Harcelin ne put le
guérir entièrement , il paroît que les fervices
furent agréables & tichement récompenſés ,
puifqu'il fut en état de devenir le bienfaiteur
de la Ville de Laon , d'en réparer les
fortifications , & d'en fermer de murs une
partie. C'eft ainfi que , comme le dit Ju
vénal ,
Vefter porrò labor fecundior hiftoriarum
Scriptores..
Namque oblita modi millefima pagina furgit
Omnibus & crefcit multâ damnofa papyro.
Et ce n'eft point du tout une critique que
nous prétendons faire ou des Hiftoires de
Provinces en général ou de celle du Laonnois
en particulier ; au contraire nous ajoutons
avec le même Juvénal :
Sic ingens rerum numerus jubet , atque operum lex.
Nous trouvons que les matériaux ne peu
vent être trop abondans , trop accumulés ,
& qu'il vaut mieux pour le metteur en
oeuvre avoir à choifir & à refferrer , qu'à
étendre & à fuppléer. Un Lecteur ordinaire
DE FRANCE. 123
trouvera trop de faints & de miracles dans
la partie Eccléfiaftique de cette Hiftoire ;
mais il étoit bien difficile qu'un Eccléfiaftique,
un Religieux , n'admît pas au moins les
faints & les miracles adoptés par les Bollandiftes
& par Baillet. L'Auteur , par fa critique
, par fon goût , par fes réferves prudentes
eft à l'abri de tout reproche de fuperf
tition & de crédulité exceffive.
Le pays dont il s'agit eft plein de monumens
des deux premières Races de nos
Rois ; & il femble que la divifion naturelle
de cet Ouvrage auroit dû être par Races.
L'Auteur le divife en effet en trois Livies ;
mais les Livres ne répondent point aux
Races. Le premier comprend les deux premières
avec les temps qui les précèdent , &
une partie de la troifième ; en un mot , il
s'étend depuis la conquête de la Gaule Belgique
par Jules Céfar,jufqu'au règne de Philippe
I en 1050 ; le fecond , depuis cette
époque jufqu'au règne de Charles VII en
1424 ; le troifième , depuis Charles VII jufqu'à
nos jours. Cette divifion mer plus d'égalité
dans la diftribution , plus de proportion
entre les parties principales.
Nous allons , en négligeant les événemens
publics & connus , parcourir rapidement
quelques fingularités , & obferver quelques
jugemens de l'Auteur.
Les Belges tiroient ce nora de leur carac
tère féroce & violent. Balgen eft un mot
Tudefque qui fignifie fe mettre en colère.
Fij
124
MERCURE
Bibrax dont parle Cefar , éroit la Ville de
Laon. Son nom Gaulois Bibrax paroît , dit
l'Auteur , fignifier une montagne à deux
bras , ce qui lui convient parfaitement , &
le nom de Loon ou Laon , Laudunum ,
défigne auffi une fituation élevée.
*
Il y a diverfes opinions fur l'étymologie
du nom de Thiérache. Les uns la tirent des
effui , terra effuorum , & par contraction
terre effe ; d'autres du mot terraffe , terrein
aride & infertile ; d'autres de terra afla ,
farti , terre brûlée , ou de fart , terre eflarrée
, mife en culture par la hache & le feu.
L'Auteur dérive plus fimplement ce nom de
Thierry , Roi de Neuftrie au feptième fiècle ,
qui poffedoit la Thiérache.
Le nom du Hainaut vient de la Haine ,
qui prend fa fource près de Binch , paffe par
Mons , & tombe dans l'Efcaut à Condé.
L'hiftoire des conteftations des deux
Hincmar de Reims & de Laon eft ici fort
détaillée ; on la lira fûrement avec plaifir ;
l'Auteur la termine par ce trait : « Hinc-
» mar de Laon , dépofé, demeura deux ans
» en exil , enfuite fut mis en prifon , &
» enfin on lui creva les yeux , monument le
$ ´plus beau d'une clémence Royale , dit
» férieufement le Jéfuite Cellot , pulcherri-
» mum clementia Regia munus & veftigium.
29
Mézerai a dit , & la foule des Auteurs a
répété que ce fameux Hébert ou Herbert ,
Comte de Vermandois , qui trahit le Roi
Charles- le Simple & le vendit à Raoul , &
DE FRANCE. 125
qui ne ceffa de faire la guerre à Louis
d'Outre mer , fils de Charles- le - Simple ,
mourut à Péronne en 943 , déchiré de remords
, & criant fans ceffe dans fon délire
& fon agonie : Nous étions douze qui
trahimes le Roi Charles .
Dom le Long rapporte , d'après les Mémoires
du Vermandois , que ce Comte
Herbert fut pendu . Voici fon récit : « Dans
» une Cour plénière que le Roi Louis
d'Outre mer tint à Laon, il condamna ce
» Comte à être pendu pour les révoltes &
» fa trahifon . Herbert fut exécuté fur le
» Mont Fendu , nommé depuis Mont-
» Herbert ( entre Laon & Saint - Quentin . )
On l'inhuma à Saint-Quentin dans une
» Chapelle de Notre Dame , détruite en
» 1760. On voyoit fur fon tombeau une
» pierre où il étoit repréſenté la corde au
22
≫ cou. »
Dom le Long ne difcute pas ce récit fi
différent du premier; mais il y en a une efpèce
de difcuffion dans les Mémoires du
Vermandois , & il faut convenir que la manière
dont le fait du fupplice du Comte, y
eft rapportée n'eft pas fort vraisemblable.
Il ne faut point regarder Hebert com ne
un rebelle ordinaire ; il avoit de grandes
prétentions contre les Princes Carlovingiens
defcendans de Louis le Débonnaire ;
il defcendoit de mâle en mâle de Charlemagne
par Bernard , Roi d'Italie , fils d'an
frère aîné de Louis - le- Débonnaire , & la
F iij
126 MERCURE
bâtardife de ce Bernard eft pour le moins
très équivoque. En la fuppofant même
réelle , on faifoit une grande injuftice aux
Comtes de Vermandois en ne les regardant
pas au moins comme Princes du Sang', tandis
que le bâtard Arnoul jouoit le rôle principal
parmi les Princes Carlovingiens , &
randis qu'Adélard & Vala , fils du Comte
Bernard , lequel étoit is naturel de Charles
Martel , avoient toujours été réputés Princes
du Sang. Au refte , cette nailfance Royale
n'eft pas ce qui nous empêcheroit de croire
qu'un rival cût voulu fe venger d'Hébert
par un fupplice honteux. Pépin le Bref &
Charlemagne traitèrent avec la même indignité
les Princes d'Aquitaine defcendus de
Clovis. Il femble que plus leurs rivaux
étoient grands par la nailfance & redoutables
par leurs prétentions , plus ces Rois
demi barbares affectoient de les dégrader
par l'ignominie.
On croit que ce fut Hugues - Capet qui
créa Duc & Pair l'Évêque de Laon , & qu'il
fit cette érection en faveur d'Azelin , qui fit
enfuite la guerre au Roi Robert , fils de fon
Bienfaiteur.
↓
Le Public fera content des fentimens de
l'Auteur relativement à la tolérance civile.
En 6 , il y eut fept Manichéens condamnnés
à être brûlés : " Supplice cruel , dit l'Au-
» teur , qui leur ôtoit avec la vie le moyen
» de fe convertir. » Le 13 Mai 1239 il Y
eut cent quatre- vingt deux Bulgares ou MaDE
FRANCE. 127
nichéens pareillement brûlés à Montaimé ,
près de Vertus. « Le Roi de Navarre , le
Comte de Grand Pré , plufieurs Seigneurs ,
» plufieurs Abbés , Prieurs , Doyens , & c.
» affiftèrent à ce ſpectacle barbare. » L'Auteur
remarque , avec la dérifion de l'indignation
, que , felon un Écrivain nommé Albéric
, c'étoit un holocaufte agréable à Dieu . Il
ne parle de même qu'avec horreur de l'affreux
maffacre de la Saint- Barthélemi ; &
en annonçant la révocation de l'Édit de
Nantes , il ne manque pas d'obferver que
cet Édit fut fuivi de funeftes " effets , & en--
» leva à la France un million d'hommes, qui
portèrent chez l'Étranger les Arts , les
» Manufactures & plus de deux millions
199
» en argent. »
Mais c'eft prefque faire tort à l'Auteur
que de remarquer ces jugemens. Sa refpec
table Congrégation n'eft pas fufpecte fur
l'article du fanatifme & de la perfecution ;
elle a toujours joint l'humanité à l'orthodoxie.
L'adminiftration de la juftice de l'Évêché
& Duché de Laon , s'exerçoit quelquefois ,
dit l'Auteur , fur des fujets peu importans .
En effet , on trouve dans les Archives de
T'Évêché les papiers d'un procès criminel fait
à un porc de la ferme de Clermont qui ayant
fait périr un enfant , fut condamné à être
pendu ; nous ne voyons pas qu'on ait ufé de
la même rigueur envers le pourceau qui fut
caufe de la mort du Prince Philippe , fils
FAV
128 MERCURE
aîné de Louis le Gros , en paffant entre les
jambes de fon cheval , & le renverfant fur
fon Maître . ( 1131. )
Dom le Long nous apprend une particularité
des Conférences tenues à Saint- Jeandes
-Vignes pour la paix, qui fut conclue le
18 Septembre 1944, à Crepy en Laonnois ,
eatre Charles- Quint & François I. Les Plé
nipotentiaires de l'Empereur étoient Ferdinand
de Gonzague , Granvelle & « deux
» autres du nom de Gufman , dont l'un
» étoit Religieux Dominicain , & l'autre
» Confefleur de l'Empereur. Ceux de la
» France étoient l'Amiral d'Annebaut , Che--
» mans , Garde des Sceaux , Gilbert , Bayard
» & Neuilly , Maîtres des Requêtes ; celui-
» ci s'emporta jufqu'à donner un foufflet
» au Religieux Dominicain à qui il étoit
« échappé quelques paroles indiferères ;
» mais cette violence déplut à fes Collè-
» gues . » En effet , le moment étoit mal pris
pour montrer tant de hauteur & d'emportement
, lorfque l'Empereur étoit au coeur
du Royaume & prefque aux portes de Paris,
& que le Roi d'Angleterre prenoit Boulogne
& alliégeoit Montreuil.
De la manière dont l'Auteur s'explique
fur l'infortune Coucy Vervins , défenfeur
malheureux de Boulogne , il paroît croire
que Vervins fut juftement condamné , & que
fa rehabilitation fut l'effet de la faveur ; il
nous femble cependant que M. de Belloy
dans fon favant Mémoire fur la Maifon de
DE FRANCE. 129
Coucy a très- bien prouvé l'innocence de
Vervins , la malice de fes accufateurs &
l'iniquite de fes juges.
A l'année $ 59 marquée par la mort
funefte de Henri II , l'Aureur obferve un
phénomène fingulier , c'eft que cette année
on fit la vendange en France au mois de
Juillet , & que le vin fe trouva bon.
Aux États de Blois en 77 fous Henri III
on demanda la révocation des Édits de pacification
accordés aux Huguenots , & la réu
nion de tous les François dans la Religion
Catholique , c'eft - à - dire , en d'autres termes,
la guerre civile ; Bodin feul , le célèbre Bcdin
, Député du Tiers - État du Vermandois ,
fit inférer dans les Cahiers du Tiers- Erat
qu'on defiroit la confervation & l'unité de
la Foi , mais fans guerre & fans effufion de
fang.
Dans la lifte des Savans qu'a produits la
Ville de Verdun , l'Auteur nomme M. Thomaffin
, Officier des Gardes du Corps , Auteur
, dit- il , de l'Éloge du Maréchal de Catinat.
C'eft apparemment un des Eloges envoyés
au Concours de 775 ; mais il ne falloit
pas l'appeler ainfi abfoluinent l'Éloge,
ce qui donne l'idée de l'Eloge couronné.
Dans les Auteurs exacts comme Dom le
Long , on n'a que des bagatelles à relever .
Fv
130
MERCURE
MÉMOIRE fur les différentes manières
d'adminiftrer l'Électricité , & Obfervations
fur les effets que ces divers moyens ont
produits , par M. Manduyt. Extrait des
Mémoires de la Société Royale de Médécine.
in 4° . A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.
M. Mauduyt a déjà publié deux Mémoires
fur l'Électricité , inférés dans le Recueil de la
Société Royale de Medecine , & qui ont
obtenu le fuffrage du Public ; mais cette
nouvelle branche de Médecine étoit moins
connue alors ; & les expériences qu'on a
multipliées depuis, ont répandu fur cet objet
de nouvelles lumières. Tels font les motifs
qui ont déterminé M. Mauduyt à donner le
troisième Mémoire que nous annonçons.
Il eſt divifé en deux parties ; la première
réunit les différentes manières d'adminiftrer
l'électricité. Dans la feconde , l'Auteur cite
les diverfes maladies dans lefquelles ce remède
a été employé , la manière dont il l'a
été , & enfin les bons ou mauvais effets qu'il
a produits dans les différens cas , & fuivant
les diverfes manières qu'on a employées.
On fent que cet utile & eftimable Ouvrage
n'eft pas fufceptible d'analyfe. Les
principales fources où a puifé l'Auteur ,
/ font , Elai fur la théorie & la pratique
de l'Electricité Médicale , par M. Cavallo
, & une Differtation latine de M. Abra
DE FRANCE. 131
ham Wilkinfon. Ce Mémoire eft terminé par
une lifte des Ouvrages qu'ont cité les Auteurs
que nous venons de nommer , & des
Écrits François , tant anciens que modernes
fur le même fujet. Ainfi cet Ouvrage , ourre
les Obfervations de M. Mauduyt & le réfultat
de fes expériences , offre diverfes autorités
à difcuter aux Geus de l'Art ; & le
Public y trouvera tout ce qui a rapport à
cet objet intéreſſant.
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ONN
a donné , Vendredi 31 Décembre , la
Lixième repréſentation de Diane & Endimion.
Cet Opéra , dont les Auteurs avoient
fufpendu les repréſentations après la cinquième
, a été accueilli par le Public d'une
manière propre à juftifier les changemens
qu'y ont faits MM . de L *** & Piccinni. On
avoit obfervé , en rendant compte de cet
Ouvrage lors des piemières repréfentations ,
que l'amour de Diane pour Endimion n'étant
pas affez annoncé dans le premier Acte , le
Poëte motivoit trop foiblement & la jaloufie
de cette Déeffe pour Ifménie , & la vengeance
qu'elle fe préparoit à en tirer. Il
F vj
132 MERCURE
a corrigé ce défaut, Diane , entendanc
les chants de victoire qui lui annoncent
qu'Iménie a vaincu le monftre , interrompt
le Divertiffement de fes Nymphes ,
qui avoit paru trop long , & leur ordonne
d'aller au devant du vainqueur , & de le lui
préfenter. Reftée feule , un monologue ,
fuivi du bel air Je vais revoir l'ingrat que
j'aime , qu'on a tranfporté du troifièize
Acte au premier , annonce maintenant au
Spectateur l'amour de cette Deeffe pour Endimion
, la crainte qu'elle a d'en être trahie ,
& la vengeance qu'elle fe prépare à tirer de
fa rivale . On avoit obferve aufli que le monologue
de Diane , qui ouvroit le troifième
Acte , n'etoit guères que la répétition
de celui de cette Décffe au fecond Acte. Les
Auteurs l'ont fupprimé , & y ont fubftitue la
fituation plus intéreflante d'Endimion , er-
#ant défefpéré autour du temple de Diane ,
où fon amante a dû prononcer ce ferment qui
la lui ravit pour toujours torfqu'Ifmenie ,
égarée & tremblante , fortant du temple ,
vient s'offrir à fes yeux . En vain cette Nymphe
veut engager fon amant à fuir le courroux
de Diane , qui pourroir le venger fur
lui de ce que l'amour la ravir à fa tureur ;
Endimion veut périr avec elle , & c'eft dans
ce moment que Diane , fuivie de fes Nymphes
, furprend ces deux amaus , & veur encore
une fois immoler Ifménie. Ce chan
gement a le mérite de renouer l'action du
troifième Acte à celle du fecond ; mais il n'a
DE FRANCE. 133
point empêché que le dénouement ne préfente
un moyen femblable à celui qui termine
le fecond Acte . Iménie , déjà ſauvéc
par l'intervention de Amour au fecond
Acte , laiffe trop peu à craindre pour elle ,
lorfque Diane menace de la percer au troifième
, & le Spectateur s'attend trop à voir
çe Dieu venir encore une fais au fecours de
cette Nymphe. Au refte , ces changemens
étoient peut- être les feuls dont cet Ouvrage
fût fufceptible ; le Public les a goûtes , & de
nombreux applaudiffemens ont été la récompenfe
d'une docilité rare parmi la plupart des
Auteurs , mais que la déférence d'un Artifte
du mérite de M. Piccinni devroit encoura
ger . Les applaudiffemens donnés à pluſieurs .
morceaux de musique du premier ordre , ont
confumé le fuccès qu'ils avoient eu lors des
premières repréſentations .
Le rôle d'Ifménie, rendu dabord d'une manière
intereflante parMme Caftelnau, pendant
l'abfence de Mme Saint Huberty , a été
joué par cette celèbre Actrice avec le plus
grand fuccès. Le Public lui a témoigné , par
les applaudiffemens les plus flatteurs , qu'il
lui favoit gré de n'avoir point regardé ce
petit rôle comine au deflons d'elle , & de
J'avoir encore embelli par les reffources &
la fupériorité de fon talent. Mlle Maillard a
ajouré à la manière dont elle avoit chanté
précédemment le rôle de Diane , ung exgreffion
dans fa figure & un mouvement
dans fon jeu qui lui ont obtenu les applau134
MERCURE
diffemens les mieux mérités . On avoit précédemment
relevé la manière dont cette Actrice
étoit habillée lors des premières repréfentations
de cet Opéra ; l'Adminiſtration a
réparé certe négligence par l'élégance & la
nobleffe d'un coftume qui fert officieuſement
la taille de Mlle Maillard , & qui eft
plus analogue que le premier au caractère
de Diane.
On a fubftitué aux actions pantomimes
qui compofoient le dernier Ballet de cet
Opéra, différentes entrées qui ont paru plaire
davantage. Le pas de deux de Pâtres , danfé
par la Dlle Langlois & le fieur Laurent , a été
fort applaudi ; nous invitons ce Danfeur à
cultiver un genre qui peut lui devenir propre
, & dans lequel ce début annonce qu'il
obtiendroit des fuccès flatteurs . Le pas de
deux dansé par la Dlle Zacharie & le fieur
Veftris , a été applaudi avec tranſport : ce
Danfeur , tous les jours plus étonnant , femble
s'y être furpaffé lui-même , non feulement
par la force & la légèreté qui le dif
tinguent , mais encore par l'adreffe & le
goût avec lesquels il fembloit animer & conduire
les mouvemens de fa jeune Danſeuſe ,
dont les progrès deviennent très -fenfibles ,
& dont le talent, embelli par une jolie figure
& par une taille élégante & légère , mérite
bien tous les foins que lui donne M. Veftris
le père , dont elle eſt élève .
DE FRANCE. 135
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 28 Décembre , on a donné , pour
la première fois , les Amans Timides , Comédie
en un Acte & en vers.
Une jeune veuve & un jeune homme s'aiment
fans ofer fe le dire ; leur timidité eft
telle qu'à peine elle leur permet de fe voir,
de fe parler & de refter enſemble . Un Valet
& une Soubrette fe propofent de les fervin,
en facilitant , en néceffitant même des entretiens
fufceptibles d'amener de part & d'autre
l'aveu de l'amour qu'il reffentent . Un de ces
entretiens amèhe en effet cet aveu tant defiré
, & le jeune homme époufe la veuve. :
Cet Ouvrage n'a point eu de fuccès. La
fituation des deux amans n'eft point neuve ,
elle n'offre qu'un intérêt très foible , & ce
qu'elle a de comique nnee ffuuffffiitt pas pour faire
la bafe d'une intrigue . De jolis vers , un ftyle
brillant & quelques traits d'efprit fort fail
lans , ont fait applaudir les premières Scènes ;
la fin de l'Ouvrage n'a pas joui de la même
faveur. Comme l'Auteur a retiré fa Pièce
après la première repréfentation , nous ne
nous appefantirons point fur les reproches
que mérite certe peritè Comédie . Nous nous
bornerons à dire qu'il eft tems que nos jeunes
Auteurs ceffent de porter fur la Scène des
fituations femblables à celle qui fait le fond,
1;6 MERCURE
des Amans Timides. Marivaux les a toutes
épuifees. L'efprit de cet Écrivain , naturellement
tourné vers la métaphysique , lui a
fourni des reffources qu'il eft très difficile
de rajeunir , & qu'il eft décidément impoffible
d'employer mieux que lui. Le Marquis
& la Comteffe du Legs font deux perfonnages
véritablement intéreffans ; mais il
faut remarquer que l'intérêt qu'ils infpirent
naît feulement de la curiofité , & que pour
exciter & foutenir cette curiofité , il falloit
toute la fubtilité d'efprit qui appartenoit à Marivaux
, & un talent très exercé. Cet Auteur
n'a point eu de modèle ; il a obtenu & mérité
des fuccès ; inalgré cela , il nous femble
qu'il n'eft pas fait pour en fervir , & que fa
manière eft plutôt capable d'égarer que de
fervir de guide .
Le Jeudi 30 du même mois , on a donné
Ja première reprefentation de Lucette , Comédie
en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par MM. Piccinni père & fils.
Cette Comédie a été traitée par le Public
avec beaucoup de févérité. Elle mérite en
effet de grands reproches. Le fond en eft
très vicieux , & tout l'efprit du monde ne
fauroit redreffer ni pallier un tort de cette
efpèce. La rigueur des juges n'a point altéré
la docilité de M. Piccinni fils . Une lettre
imprimée dans le Journal de Paris , ( le 7 de
DE FRANCE. 137
ce mois ) nous apprend que , tant par refpect
pour le Public que dans la perfuafion où il eft
que les Ouvrages du grand Artifte dont il a le
bonheur d'être le fils , peuvent avoir pour le
Public une valeur indépendante de fes foibles
efforts , il s'occupe à faire des changemens à
fa Lucette . Nous attendrons donc ces changemens
pour rendre compte de l'Ouvrage.
Nous defirons qu'ils foient affez heureux
pour mériter les fuffrages des Amateurs du
Théâtre , & pour nous donner le plaifir d'en
tendre fouvent la musique de M. Piccinni
père. Elle eft digne de fon illuftre Auteur.
Nous en rendrons un compte détaillé lorsque
nous l'aurons affez entendue pour être en état
d'en développer tout le mérite .
ANNONCES ET NOTICES.
OE
UVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , quatorzième Livraifon , troifième
& dernier volume des OEuvres mêlées , & de la Cotlection
des OEuvres de Plutarque. in-4 ° . & in- 8 °.
papier double d'Angoulême , d'Hollande & Vélin.
Le Tome premier du Supplément aux Vies des
Hommes Illuftres , ( quinzième Livraiſon ) paroîtra
dans le courant de ce mois Ce Supplément aura trois
volumes , dont on voit quel doit être le contenu à
la tête du premier volume des Cuvres de Plutarque ,
à l'Avis de l'Éditeur , dans lequel fe trouve la diftribution
totale de l'Ouvrage.
La Table pour les OEuvres de Plutarque ne pa148
MERCURE
roîtra qu'après ce Supplément , & ce grand Ouvrage
fera entièrement imprimé vers la fin d'Avril .
N. B. Il ne faut pas faire relier cet Ouvrage qu'il
ne foit abfolument fini , parce qu'avec le dernier
volume on recevra les cartons pour mettre aux endroits
où il a pu fe gliffer des fantes. On foufcrit à
Paris , chez J. F. Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe ,
place S. Michel, & chez tous les principaux Libraires
du Royaume .
>
Le même Libraire va faire paroître inceffamment
uné Édition des Euvres Complettes de Scarron ,
grand in- 8 °. & in 4. 7 vol. avec le Portrait de
l'Auteur ; Lucien, de la Traduction de Perrot d'Ablancourt
, avec des Notes , des Obfervations & des Remarques
Littéraires fur cette Traduction grand
in- 8 °. & in- 4 ° . 3 vol avec les Portraits de l'Auteur
& du Traducteur. On ne fouferit point pour ces
Ouvrages , dont les volumes paroîtront tous à la
fois , il fait feulement de fe faire inſcrire , afin de
les recevoir auffitôt après l'impreſſion Il n'en fera
tiré que so exemplaires in 4 ° . de l'un & de l'autre.
EUVRES choifies de l'Abbé Prévôt , avec figures.
Dixième & avant dernière Livraifon , contenant :
Mémoires d'un Honnête Homme , Almoran & Hamet,
Anecdotes & Aventures , Vie de Cicéron , premier
vol. 4 vol.
On fouferit . pour lesdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . Le Prix de la Soufcription eft de 3 liv,
12 fols le vol. broché. On a tiré 24 exemplaires fur
papier d'Hollande , à 12 liv , le vol . broché.
LE Sultan Généreux , Comédie en trois Actes , en
vers , par M. Dorvigny ; repréfentée pour la première
fois , à Paris , fur le Théâtre de l'AmbiguDE
FRANCE, 139
Comique , le 10 Mai 1784. Prix , 1 livre 4 fols. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , rue
Galande.
Lindor , efclave chez les Turcs , a le bonheur à
la chaffe de fauver la vie au Sultan , qui lui donne
fon anneau , & lui promet d'exaucer le premier de
fes voeux. Lindor , qui a été féparé de fon père & de
fa maîtreffe , demande qu'on lui rende fon père ; &
en effet , le Sultan ordonne qu'on le cherche partout.
On le retrouve ; & le hafard veut que la maîtreffe
du Grand Seigneur , beauté rébelle à fes voeux,
fe trouve auffi la maîtreffe que pleure Lindor. Soliman
confent à l'affranchir avec fon père ou fa maîtreffe
, & lui ordonne de choifir. Lindor , puifque
des trois on veut en délivrer deux , demande à refter
dans les fers , pour rendre la liberté à la maîtreffe
& à fon père ; mais le Sultan , pour remplir le titre
de la Pièce , les délivre tous les trois .
On trouve chez le même Libraire , le bon Seigneur,
ou la Vertu Récompenfée . Drame en un Acte & en
profe , repréfentée fur le Théâtre des Grands Danfeurs
du Roi.
LA Géographie Sacrée & les Monumens de l'Hif
toire Sainte. Lettres de P. Jofepk- Romain Joly de
Saint- Claude , Capucin , de l'Académie des Arcades
de Rome , avec des planches & des cartes Géographiques.
Nouvelle édition , augmentée d'une table
géographique de tous les lieux dont il eft fait mention
dans la Bible & de l'Hiftoire Naturelle de l'Écri
ture- Sainte , enrichie d'un grand nombre de planches
, in 4 ° . A Paris , chez Alexandre Jombert
jeune , Libraire , rue Dauphine.
Le Savant Auteur de cet Ouvrage n'a rien épargné
pour le rendre encore plus intéreffant. C'eſt un nouveau
titre à fa réputation , fondée fur plufieurs autres
productions eftimables.
140 MERCURE
PROPRIETES de la Poudre unique , réduites au
vrai , &c. Partie feconde , contenant la Recette de
cette Poudre & la manière de la manipuler , par J. P.
de la Font , Chirurgien , employé par Sa Majefté
pour l'Adminiftration de cette Poudre , dans l'épreuve
ambulatoire faite par fes ordres en l'année 1780 ,
fur les 36 Soldats de Lille, A Paris , chez l'Auteur ,
rue Plâtrière , la deuxième porte- cochère à droite en
entrant par la rue Montmartre ; Cailleau , Imprimeur-
Libraire , rue Galande , & Guillot , Libraire , rue
Saint Jacques.
Cette feconde Partie contient enfin le fecret de
cette Poudre qui a fait tant de bruit. Il y a appa.
rence que l'Auteur prétend plus à la reconnoiffance
du Public qu'à celle de Diſtributeur de cette Poudre.
Avis très important aux Perfonnes attaquées de
Hernies ou Defcentes , par M. Lerouge , Docteur en
Médecine , Médecin du Roi , Chirurgien du Col.
lège de Paris , Chirurgien- Interne de l'Hôtel - Dieu ,
& Succeffeur de M. de la Genevrière. A Paris , chez
l'Auteur , Marché Neuf , près Saint- Germain-le-
Vieux en la Cité.
M. Lerouge defireroit que chaque perfonne qui
s'occupe de l'Art de guérir , fe livrât de préférence à
l'étude & à la pratique d'une partie de cet Art ; en
conféquence de fon fyftême , il a confacré fpécialement
fa vie & fes travaux au traitement des Hernies
; & ayant remarqué que les perfonnes qui en
font attaquées étoient expofées à chaque inftant à
une infinité d'accidens funeftes dont elles pourroient
fe garantir elles mêmes fi elles avoient fur leur état
des inftructions qui fuffent à leur portée , il a compofé
en leur faveur le petit Ouvrage que nous annonçons
.
Ses lumières , & l'expérience qu'il a açquife à
l'Hôtel Dieu , méritent certainement la confiance du
DE FRANCE. 141
Public , & un avis qu'on lit à la tête de l'Ouvrage , &
que nous allons tranfcrire ici , en lui attachant l'eftime
publique , fervira de leçon aux Médecins &
Chirurgiens intéreffés qui négligent trop fouvent de
s'occuper des Pauvres .
Il exifte dans les campagnes , dit l'Auteur , une
multitude d'habitans indigens affligés de Hernies ,
qui , faute d'un bandage dont ils ne peuvent faire
facquifition , mènent une vie malheureufe , & la
terminent dans des accidens affreux . J'offre de leur
en fournir non pas gratis , ma fortune ne peut
feconder mon zèle , mais à un prix fi modique que
je n'y gagnerai rien. Pour cela on chargera le Cnirurgien
du lieu de marquer les circonftances de la
defcente , l'endroit & le côté où elle eft , & la groffeur
du fujet prife avec un fil fur le contour qui doit
recevoir le bandage , & l'on me fera paffer le tout
par une lettre qu'on aura foin d'affranchir. L'indigence
du malade fera atteſtée par MM. les Curé &
Chirurgien du lieu.
P
MEMOIRES fur l'Agriculture du Boulonnois &
des Cantons Maritimes voifins , par M. D. C. A
Boulogne; & à Paris , chez Ch . Nyon , Libraire ,
Volume in 8 °. Prix , 2 liv. 10 fols.
Si chaque Province avoit des Citoyens cultivateurs
affez zélés & affez entendus pour prendre la
plume , & faire connoître à leurs compatriotes les
qualités bonnes & mauvaiſes de l'air & du fol , les
productions utiles ou dangereufes , les abus & les
moyens d'y remédier , les ufages établis qu'il fau
droit déraciner , & d'autres qu'il faudroit faire adopter
; non - feulement la Province affemblée , mais
même chaque individu qui la compofe pourroient
augmenter leur fortune & leur bien-être en améliorant
leurs terres & leurs troupeaux , vraies richeffes
d'un État. Ce que nous defirions vient d'être exécuté
142 MERCURE
avec fuccès par M. de C ... pour la Province du
Boulonnois & des cantons võifins. Son Ouvrage eft
divifé en trois Parties ; la première contient la defcription
de la Province , & parle de l'influence de la
mer & des vents fur les végétaux ; la deuxième
traite des terreins , des engrais , des beftiaux , des
plantes , des fermes , &c.; dans la troisième on parle
des plantations , des pépinières , des jardins , & c . On
deit favoir gré à M. de C.... d'avoir employé fes
momens de loifir à la rédaction des obfervations
qu'il a faites ; la manière dont il parle de l'Agricul
ture la fait aimer à fes Lecteurs , & l'on ne peut
qu'accorder la plus grande eftime à un Amateur qui
joint à beaucoup de zèle & de clarté un ftyle qui
n'eft pas fans mérite , & une modeftie qui n'eft pas
commune.
RAPPORT des Cures opérées à Bayonne par le
Magnétifme Animal , adreffé à M. l'Abbé de Poulouzat
par M. le Comte de Puységur , avec les
Notes de M. d'Efpremenil. A Bayonne & fe trouve
à Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
? Le Répertoire des Cures atteftées dans cet Ouvrage
deit confoler dans leurs afflictions actuelles
les Partifans du Magnétifme , & tous les Partis s'intérefferont
à un jeune Militaire qui fe confacre au
foulagement de l'humanité.
LE Négociant Patriote , contenant un Tableau
qui réunit les avantages du Commerce , la connoiffance
des péculations de chaque Nation , & quelques
vues particulières fur le Commerce avec la
Ruffie , fur celui du Levant & de l'Amérique Angloise
, Ouvrage utile aux Négocians , Armateurs ,
Fabriquans & Agricoles ; par un Négociant qui a
yoyagé. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris , chez
DE
FRANCE.
Royez , quai des Auguftins , à la deſcente du Pont
143
Neuf.
Cet Ouvrage renferme de bonnes vûes préſentées
fans méthode . Il peut être utile aux perfonnes à qui
il eft deſtiné , & il le feroit davantage par une
meilleure rédaction .
TROISIEME Recueil d'Ariettes choifies dans
plufieurs Opéras nouveaux , avec
Accompagnement
de Guittare , par M.
Mazuchelli . Prix , 7 livres
4 fols A Paris , chez l'Auteur , Maître de Chant &
de Guittare , rue Saint Honoré, près celle de l'Arbiefec
, maifon de M. Noret.
RECUEIL Contenant douze Noëls en Pot - pourri ,
O Filii & cing Airs variés fuivis de fept Préludes
pour le Clavecin , par M. Charpentier , OEuvre XVII.
Prix , 9 livres. A Paris , chez l'Auteur , paffage Saint
Pierre , Coufineau père & fils , Luthiers de la Reine,
rue des Poulies , & Salomon , Luthier , -Place de
l'Ecole.
NUMEROS 6 & 7 des Feuilles de
Terrfychore ,
ou nouvelle Etude de Harpe & de Clavecin , compofés
par les Profeffeurs les plus
recherchés pour ces
Inftrumens. Il paroît tous les Lundis une Feuille de
chaque efpèce. Prix , 1 livre 4 fols chacune , franche
de port. A Paris , chez Coufineau père & fils , Lu
thiers de la Reine , rue des Poulies.
TROIS
OIS Sonates
pour la Harpe ou le Piano-
Forté , avec Violon , dédiées à la Reine , par Mme
Cléry ( Mile
Duverger ) ,
Muficienne des Concerts
de S. M. , OEuvre I. Prix , 6 liv. A
Verſailles , chez
l'Auteur ,
Boulevard de la Reine , vis-à- vis la rue de
Provence ; & à Paris , chez M.
Bailleux , rue Saint
Honoré, près celle de la Lingerie.
MERCURE
G
›
CONCERTO à Violoncelle principal, Violons ,
Alto & Baffe , Cors & Haut-Bois ad libitum , del
fignor Reicha , exécuté au Concert Spirituel , par
M. Duport. Prix , 4 livres fols. Septième Concerto
à Violon principal , Violons , Alto & baffe
Cors & Haut-bois ad libitum , par M. Fodor l'aîné.
Prix , 4 liv. 4 fols . - Première & deuxième Sym.
phonies concertantes à plufieurs Inftrumens , par M.
Pierlot. Prix , 4 livres 4 fols chaque. Airs de
Richard-Coeur-de- Lion , avec Accompagnement de
Harpe , par M. Burkhoffer , OEuvre XXII . Prix ,
livres. A Paris , chez Imbault , rue & vis à -vis le
Cloître Saint Honoré , maifon du Chandelier.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
VErs fur le départ de M. Euvres de Valentin Jameray
Larive ,
97 Duval 103
de Parny.
Vers pourle Portrait de M.de Hiftoire Ecclefiaftique
& Ci-
98 vile du Diocefe de Laon, 120
Mémoire fur les différentes
manières d'adminiftrer l'E
lectricité,
Faits au bois de Vincennes ,
ib.
Couplets chantés à M. & Mme
Gri***
Aux Femmes ,
99 Académie Roy. de Mufiq.131
100 Comédie Italienne ,
Charade , Enigme & Logo- Annonces & Noriees ,
grypke
APPROBATIO N.
1.30
135
137
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Scemix , le
Mercure de France , pour le Samedi 15 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 14 Janvier 1784. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à toutes les Réponfes que l'on
m'a faites au fujet de la Harpie,
QUAND j'ofai peindre la Harpię ,
Ma Mufe me difoit tout bas :
Femme douce , aimable & jolie ,
Te fourit & ne t'en veut pas,
Celle qui fe croit offenfée
Affiche un courroux indiſcret ;
Que t'importe fi l'inſenſée
Prend un tableau pour un portrait ?
( Par M. Hoffman . )
N°. 422
42922-
Farmier
1785.
G
146 MERCURE
RÉPONSE à M. HOFFMAN.
*
3
UN mince Auteur de miñces épigrammes ,
Où dans dix vers il fait loger l'ennui ,
Pour qu'une fois on s'occupe de lui ,
Vient à Paris calomnier les Dames.
Petit méchant , ceffez de nous noircir ;
Je gagereis qu'aucune de nos femmes
Ne vous a fait l'honneur de vous hair.'
(Par lui-même. )
Autre par lui-même encore.
L'AUTEUR de la
méchanceté
Qu'on imprima contre les Dames ,
En fut fans doute inaltraité ,
Témoins les Muſes , qui font femmes. *
CHANSON.
AIR: Ce fut par la faute du fort.
Tox feule , jeune & belle Églé ,
Aux refus fais donner des grâces ;
* Note du Rédacteur . Plufieurs Dames ayant exigé de
M. Hoffman une Épigramme contre lui - même , en expiation
de celle de la Harpie , il fit les deux qu'on
vient de lire ; c'est lui - même qui nous a priés de les rendre
publiques.
BJOTHECA
ΚΡΟΙΑ
MONACENSIS
DE FRANCE. 147
La fageffe & la volupté
Ne s'accordent que fur tes traces ;
Sans effaroucher les defirs ,
Tu fais faire aimer l'innocence ;
Tu fais enchaîner les plaifirs
Sans les noeuds de la jouiſſance.
DE L'AMOUR , ton fouris touchant
Captive les goûts infidèles ;
A tes genoux ce tendre Enfant
Semble ignorer qu'il a des aîles ;
Soumis pour la première fois ,
Il chérit ton heureux empire ;
Aux autres il donne des loix ,
Et près de toi feule il foupire.
ECLÉ , ce triomphe eſt plus beau ,
Mais est moins doux qu'une défaite :
Laiffe cet efclave nouveau
Dans ton coeur choifir la retraite :
Faite pour fixer tous les yeux ,
On doit aimer quand on fait plaire ;
De l'Amour fi tu crains les feux ,
Pourquoi reffembler à ſa mère ?
(Par M. Richard , de la Flèche. )
茶
Gil
143 MERCURE
le
VERS pour la Pyramide projettée par
Corps Municipal de Calais , à la gloire de
MM. BLANCHARD & GEFFERIES.
AUTANT UTANT que le François , l'Anglois fut intrépide ;
Tous les deux ont plané jufqu'au plus haut des airs ;
Tous les deux , fans navire , ont traversé les mers :
Mais la France a produit l'Inventeur * & le Guide .
(Par M. de la Place , Citoyen de Calais . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Tic- Tac ; celui
de l'Enigme eft Montre ; celui du Logogryphe
et Charité , où l'on trouve chat ,
Tir , ah , eh , thé , Cité , Rhé , char , cri ,
archet , air.
CHAR A D E.
Mon premier , pour bien des mariş ,
Eft un fujet de perfifflage ;
Des vers que j'adreſſe à Cloris
Mon fecond a tout l'avantage ;
* Le célèbre Montgolfier , Inventeur de l'Aréoftat .
DE FRANCE. 149
Mon tout , Lecteur , eft au village
Ce qu'un orchestre eſt à Paris.
(Par M. le Vicomte de Mélignan. )
ÉNIGM E.
JE fuis , quoique riquant , le favori d'Iris ;
De fes fréquens baifers pas un feul ne me touche ;]
Je ne mange jamais ; vous ferez donc furpris
Que je prenne le pain & l'ôte de fa bouche.
( Par M. Bouvet , à Gisors . )
LOGOGRYPH E.
L'AIR eft mon élément ,
Ou , pour parler plus clairement ,
Je fais un être aîlé. Cinq pieds font ma mefure ,
Où tu dois fans efforts trouver à l'aventure
Le mois chéri de Flore ; un fleuve bienfaiſant ;
Une ville opulente au nouveau continent ;
Ce que l'on fait toujours lorfque l'on veut médire.
Je finis , auſſi bien je n'ai plus rien à dire.
(Par M. Berthier , Officier au Rég, de Picardie. )
Giil
150 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES d'un Cultivateur Américain ,
écrites à W. S. Ecuyer , depuis l'année
1770 jusqu'à 1781 , traduites de l'Anglois
par *** . A Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente.
LE titre feul de cet Ouvrage en promet
un intéreffant , puifque c'eft un Livre fur
l'Amérique , par un Américain. Il ne faut
plus entendre par l'Amérique comme
l'obferve l'Auteur , ni nos Ifles à fucre , ni
les contrées qui fourniffent de l'or aux deux
Mondes. La véritable Amérique eft ce vafte
continent qui a commencé le dernier à ſe
peupler , qui s'eft peuplé des victimes de la
perfécution religieufe & de l'oppreffion civile
chez tous les peuples , qui s'eft formé
aux verrus , en plaçant toutes fes efpérances
dans l'Agriculture ; qui a été préparé à une
bonne civiliſation par l'influence du plus
étonnant Gouvernement de l'Europe ; car
l'Angleterre aura la gloire d'avoir créé des
peuples dignes de fecouer fon joug , lors
même qu'elle effuyera le reproche de les
avoir forcés à l'indépendance , par l'oubli de
fes propres maximes. Là , les anciens crimes
de l'Europe dans le nouveau Monde , s'expient
par la plus religieufe pratique de l'huDE
FRANCE. ISI
manité & de la tolérance , fi le comble de la
barbarie & de l'injuſtice peut jamais s'expier.
Là , les plus prodigieux accroiffemens de la
population réparent un peu la plus horrible
dévaftation. Là , à chaque inftant des pas
d'hommes s'impriment pour la première
fois dans les éternelles folitudes de la nature ,
où l'homme, en avançant fans ceffe dans fon
immenfe domaine , le voit fans ceffe fe reculer
& s'étendre. Là , toute l'énergie de la
Nature brutte s'offre en contrafte avec la
vigueur des fociétés naiffantes. Les Nations
qui ont pris poffeffion de ces contrées , font
par intérêt autant que par inclination , amies
du monde entier , leur profpérité eſt dans
le nombre des citoyens qu'elles acquièrent
chaque année , leur gloire dans leurs bienfaits
pour tous ceux qui cherchent des fecours
& un afyle . Ailleurs , les Européens.
arrivent pour s'enrichir ; & ils n'apportent
que les vices de la cupidité. Ici , ils viennent
acquérir par le travail une douce & libre
fubfiftance ; & ils prennent toutes les vertus
qui tiennent aux exercices du corps & à la
modération de l'âme. Ailleurs , les Européens
ne fe repofent jamais dans leur première
fortune , toujours impatiens d'une
plus grande , parce qu'ils tournent inceffamment
leurs penfées & leurs defits vers leur
ancienne patrie. Ici , ils prennent par goût ,
par habitude , par néceffité , les principes &
les moeurs d'un pays où ils viennent vivre &
mourir. Auffi vous y voyez des peuples qui.
Giv
152
MERCURE
ont une phyfionomie à eux , le caractère de
leur fituation naturelle & politique ; & ce
caractère est tout ce qu'on peut defirer de
meilleur. Remarquons l'heureufe fingularité
qui diftingue ces peuples. Dans un état de
fociété où tout fent la naiffance des chofes ,
ils ont déjà la maturité des vieilles Nations.
Une forte de perfection caractériſe leur ori-'
gine. Ils ont encore pour la plupart des
moeurs pures & fimples ; & déjà tous les
Arts utiles & la Philofophie même fleuriffent
parmi eux. Tout ce qui eft bon naît chez
eux de lui-même. Tout ce que nous avons
d'utile & de malfaiſant tour enfemble , s'y
épure. Tout croît & fe développe chez eux.
dans un ordre particulier. Ils ont des bibliothèques
publiques & point de théâtres . Ils
ont de grands Écrivains en politique , d'excellens
Légiflateuts ; & ils commencent feulement
à avoir des Poëtes. Les plus riches
*
* Cette obfervation n'eft pas plus un éloge qu'une´
critique ; il étoit naturel que des peuples pareils commençalent
par la raifon plutôt que par l'imagination.
Voici le moment pour eux de s'illuftrer par la
poéfie ; elle eft faite pour les temps du bonheur &
de la gloire , & elle peut s'allier avec les moeurs :
comme avec la corruption ; la conquête de leur
liberté fera pour les Américains ce que la conquête
de Troye fut pour les Grecs. Elle vient déjà d'être
chantée par un des Guerriers qui y a concouru. M. le
Colonel Hamfrife vient de publier fur ce fujer un
petit Poëme plein de verve & de fenfibilité , & on en
annonce un plus confidérable qui s'achève.
I
DE FRANCE. 253
Colons , parmi eux , conduifent la charrue
de leurs mains ; & les plus pauvres connoiffent
les inventions de l'Europe dans l'agriculture
, & s'inftruifent dans la fcience du
Gouvernement.Ce ne font pas quelques hommes
fupérieurs & rares qui leur ont tracé
leurs Loix & leurs Conftitutions ; ils les ont
reçues & délibérées eux - mêmes dans leurs-
Affemblées Nationales ; & jamais les droits.
de l'homme & du citoyen n'avoient été ni fi
bien pofés , ni fi bien éclaircis . Voilà la véritable
Amérique. Un grand événement qui
vient de s'y achever, donne encore à ces peuples
la prééminence de ce titre. Ils viennent
de conquérir leur liberté. Déformais l'Amériqué
, comme avant fa dévaftation , va pofféder
des hommes indigènes. Le fol qu'ils
foulent eft à eux , ils n'ont plus de loix que
celles qu'ils fe font données eux mêmes.
Du haut de leurs côtes , en contemplant
cette mer , qui , pendant tant de fiècles
avoit empêché les deux hémisphères de s'entrevoir,
même par la penfée, ils peuvent mêler
l'orgueil de l'indépendance civile aux doux
mouvemens de la bienveillance fraternelle.
Quoique cet événement nous ait vivement.
frappés , il me femble que nous n'en recevons
pas encore toutes les idées qu'il eft fair
pour infpirer. Depuis la découverte de Colomb
, il ne s'est rien paffé de plus important
dans tout le genre humain. C'eſt à ce mo
ment qu'on reconnoît bien cette destinée
1
Gv
154
MERCURE
comme
éternelle , qui tranfporte inceffamment la
gloire & le bonheur des Nations d'une zone
à une autre, qui fait que tout naît & profpère
dans un lieu , tandis que tout s'ufe &
périt dans un autre. Si l'ancienne Égypte ,
encore fameufe par une civilifation qui a
préfidé à celle des autres pays , eut ,
on le dit , de véritables fages , des hommes
capables de lire dans les événemens préfens
le fort futur des peuples , quelles durent
être leurs penfées , lorfqu'ils virent toutes
les Nations de la Grèce fecouer le joug des
tycans ,.organifer leurs fociétés par de belles
loix , adopter les moeurs de l'heroïfme , ouvrir
enfin ces beaux fiècles qu'ils ont remplis
de l'éclat de leurs talens & de leurs vertus !
des espérances aufli grandes peuvent entrer
dans l'âme de ceux qui méditent la révolution
qui vient de s'accomplir fous nos yeux.
Il est beau , il eft doux d'affifter à l'origine
des grandes chofes. Heureux les hommes
d'aujourd'hui qui verront finir le fiècle qui
s'écoule, fans fe fentir conduits eux-mêmes au
terme de leur décadence ! le fiècle fuivant
leur promet un noble fpectacle . Voilà d'un
côté la démocratie, prefque bannie du monde
ancien , qui renaît dans le nouveau. Voilà de
l'autre toutes les connoiffances des générations
accumulées qui s'y tranfplantent. Que doitil
réfulter de ce mêlange ? Eft - ce l'augufte
caractère des moeurs libres ? eft-ce la magnificence
de la civilifation corrompue qui préDE
FRANCE. Iss
vaudra ? C'est ce qu'on ne peut encore décider.
Mais c'eft au moins le moment de
faire des voeux ardens pour que l'Amérique
choififfe la véritable grandeur , & qu'elle
renouvelle les plus beaux temps du genre
humain.
· Elle eft donc bien intéreffante à étudier
dans ce moment ; les Loix qu'elle s'eſt déjà
données ont obtenu une grande attention ;
& il importe qu'elles faffent beaucoup écrire. *
Mais on ne peut ni bien entendre celles qui
exiftent , ni indiquer celles qu'il convient
d'établir , fi l'on n'eft bien inftruit des moeurs
de ces pays ; & c'est là l'objet & le mérite
particulier du Livre que j'annonce.
Dans l'un des volumes qui compofent
l'Ouvrage , l'Auteur nous donne une defcription
de chacun des États - Unis. D'autres
fe font arrêtés fur ces objets en Po-
* Le voeu que je forme ici commence à fe remplir
d'une manière bien diftinguée. Il paroît dans ce
moment deux Ouvrages auffi utiles qu'intéreffans fur
les Conftitutions des États - Unis ; l'un eft les Obfervations
de M. l'Abbé de Mably ; l'autre , celles`du
Docteur Prece. Dans ces dernières , eft une Lettre
digne de l'âme & du génie d'un des plus grands
Hommes qui ayent paru dans notre Nation. Je
connois auffi une autre Lettre fur ce fujet , pleine de
grandes vûes & des meilleurs principes . Elle eft d'un
de nos Jurifconfultes les plus refpectés . J'ofe l'inviter
ici à la rendre publique . On attend auffi un Diſcours
for l'Ordre de Cincinatus , par un homme d'un talent
célèbre.
G vl
156
MERCURE
litiques qui examinent la puiffance relative
, les reffources du territoire , balancent
les avantages & les inconvéniens du
Gouvernement. Notre Auteur prétend à
moins de gloire , & cherche une autre eſpèce
d'utilité. Il examine auffi le commerce ,
la population , les religions de chaque pays ;
mais il ne juge rien ; il dit ce qu'il a appris
en parcourant les lieux , très-fouvent ce qu'il
a vû lui-même. Il quitte volontiers les villes
pour le répandre dans les campagnes , qui
là , par la prépondérance civile , comme
pour l'utilité réelle , font effentiellement la
patrie. Il entre dans les plus fimples habitations
, dans les fabriques , les atteliers les
moins renominés , voyageant à pied , à la
manière des anciens fages , recevant l'hof
pitalité , & laiffant des amis par-tout où
quelqu'objet l'arrête . Il nous fait connoître
combien l'agriculture & l'induftrie font déjà
actives & créatrices dans ces lieux . Mais il
eft le Poëte de l'Amérique , comme il en eft
l'Hiftorien. Son âme fenfible , fon imagination
ardente fe faififfent de toutes les fcènes
qui le frappent & l'émeuvent . Tantôt il
nous offre le tableau de l'Européen , qui a
déjà mérité , & qui recueille déjà tout le
bonheur propre à fa nouvelle patrie ; il nous
montre un vafte domaine défriché en dix
ans ,l'opulence champêtre raffemblée autour
d'une bonne maiſon , qui a commencé par
être une cabane d'écorce de bois ; une nombreuſe
famille bien gaie & bien laborieuſe ,
DE FRANCE. 157
où il n'eft pas aifé de diftinguer les domeftiques
des enfans , la femme douce & économe
, fans qui rien n'eut profpéré , & par
qui tout le monde eft content , des fils , des
filles qu'il faut pourvoir , & qui reçoivent
pour dot un terrein plus enfoncé dans les
bois , les premiers fecours de l'agriculture &
l'exemple de leur père. Ailleurs , il nous repréfente
le pauvre qui manquoit d'un toit
d'un vêtement , dont le rigoureux travail lui
obrenoit à peine le pain de la journée , arrivant
dans cet afyle de toutes les Nations , de
toutes les Religions ; il nous trace les progrès :
de fa petite fortune , ou , pour employer
une expreffion plus convenable , de fon établiffement
: d'abord il eft obligé d'amaffer
un petit pécule , d'apprendre les Arts du
pays, d'y mériter l'eftime & la confiance ,
en travaillant pour les autres. Mais bientôt
il poſsède plus de terres que le Seigneur du
village où il étoit né ; de ferf qu'il s'eft vû ,
il fe voit franc -tenancier ; ne craignant plus
les impôts & les fervitudes : il dit avec un
doux orgueil : Mes moiſſons & ma maiſon ; &
s'il fort de fes champs , ce n'eft plus pour
alier livrer la récolte des grains qu'il a femés ,
c'eft pour faire enregiftrer les noms de fes
nouveaux enfans dans les archives de la
Comté , & pour voter lui -même dans les
affaires publiques . A côté de ces hommes
touchans par leur bonheur , il place des
hommes fouvent fublimes , toujours refpec
tables : ce Jean Bertrand , digne que les
158 MERCURE
voyageurs le détournent pour voir réunis en
lui les vertus patriarchales & le génie de nos
fciences ; cet Antoine Benelet , ce Miffion- 1
naire de l'humanité , qui quítta pendant plu- ·
fieurs années fes foyers & fes enfans pour.
aller prêcher à toute fa Secte l'affranchiffement
des Nègres , & qui , plus heureux
que le fage Las - Cafas dans fes fupplications
pour les Indiens , n'a pas défendu en
vain cette belle caufe ; ce bon Walter Miflin
, autre digne membre de la fociété des
amis , autre apôtre de paix & de douceur, qui
s'en va , à travers tous les dangers de la
guerre , fommer les deux Généraux des Armées
ennemies , au nom de l'humanité &
de la Religion , d'épargner , autant qu'ils le
pourront , l'effufion du fang humain ; ce fenfible
& reconnoiffant Martin , qui adopte ,
par une cérémonie folemnelle , le fils du
Sauvage qui lui a retrouvéfon enfant . Mais ,
hélas ! dans quel pays ne rencontre - t'on pas
des malheurs & des crimes! & combien furtout
la guerre civile en amène ! L'Auteur a
vû, a éprouvé des chofes qui font frémir.
On fent ici que fon âme a befoin de foulager
une profonde douleur , une vive indignation
. Il nous repréfente l'habitant des
frontières attendant de moment en moment
l'arrivée de ces hommes , qui ont accepté pour
devoir de mettre tout un pays à feu & à
fang. Il nous le montre fe relevant d'effroi
au milieu des nuits , & quelquefois defirant
que fon heure foit venue , afin d'échapper
DE FRÅN CE.. 159
6
,
au tourment de l'inquiétude par le courage
du défefpoir ; ayant pour toute confolation
dans les jours de calme , les larmes de fa
femme , qui le preffe en filence dans fes
bas , & les fonges de fes enfans qui ont vû
l'incendie de la maifon , & entendu les derniers
cris de leur mère frappée du terrible
caffe-tête. On le fent un peu foulagé de tant
d'horreurs, lorfqu'il nous ouvre la confcience
d'un de ces fatellites féroces , devenu enfin
fenfible par la terreur naturelle au crime ,
& cherchant vainement le repos de fon coeur
dans le fouvenir d'un feul acte de clémence.
Cependant les bénédictions viennent fouvent
adoucir ces affreux récits ; il peint des
hommes , il dit des faits qui honorent l'humanité,
& qu'on fe félicite de voir arrachés
à un oubli trop ordinaire. C'eft la diftinction
particulière des guerres civiles , d'exalter la
nature humaine dans le bien comme dans le
mal. Au milieu de ces événemens , de ces
fcènes contraires , il fait fouvent parler &
agir deux efpèces d'hommes , qui méritent
un intérêt particulier , les Nègres & les Sauvages
on les voit toujours mêlés aux vertus
& aux vices qu'il décrit , & y confervant des
caractères qui ne font qu'à eux . Mais il eft
un perfonnage que l'on cherche fans ceffe &
qu'on retrouve toujours avec un nouveau plaifir,
c'eft l'Auteur lui-même , c'eft cet homme
d'un caractère fi fimple , d'une âme fi énergique
, d'une vie fi active , qui fouvent
n'ayant pas d'aventures plus remarquables à
160 MERCURE
raconter que les fiennes mêmes , ne connoît
pas plus l'art de fe cacher dans fes récits que
l'envie de fe montrer , & qui joignant aux
moeurs de l'Amérique
la vive imagination
d'un voyageur
exercé par des deftinées trèsdiverfes
, eft par- tout le défenfeur des opprimés
, le confolateur
de ceux qui fouffrent ;
auffi propre à exhorter à la mort l'homme
qu'un arrêt inique envoie à l'échafaud , qu'à
rifquer fa vie pour celui que les ennemis
pourfuivent
. Toutes ces fcènes, où on le voit
lui - même , intérefferont
particulièrement
un grand nombre de perfonnes qui font devenues
fes amis ou fes bienfaiteurs
, dans le
féjour qu'il vient de faire en France. En le
retrouvant
dans fon Livre tel qu'ils l'ont
connu , ils fe fauront gré d'avoir fu apprécier
, attirer vers eux , par leurs qualités ai
mables , par leurs nobles procédés , un hom
me que l'élégance
de nos moeurs devoit na→
turellement
effaroucher. S'ils ont eu le bonheur
de réparer les maux que la guerre luiavoit
faits , il a emporté dans fon coeur celuide
les mieux connoître , de les chérir , de les
honorer. Il fait éclater dans ce moment fa
reconnoiffance
de la manière qui convient
le mieux à fon caractère , & qui ne pouvoit
appartenir
qu'au pays qu'il habite ; il infcrit
leurs noms fur les parties d'un canton qui
s'élève fous les yeux , & qui , fitué fur le
grand chemin de la population
, ( j'employe
une expreffion
où on le reconnoîtra
) relevera
un jour la gloire de ces noms par La
propre célébrité.
DE FRANCE. 161
Tels font les droits de cet Ouvrage à une
grande attention du Public . Il faut cependant
prévenir les Lecteurs que s'ils veulent
regarder plus aux formes qu'aux chofes , ce
Livre pourra quelquefois leur déplaire &
même les rebuter. Il est peu d'Ouvrages utiles
& intéreffans où l'on fente davantage les
défauts qui tiennent à l'oubli , ou plutôt à
l'ignorance de l'art . Pour excufer l'Auteur','
il fuffit de fe le répréſenter tel qu'il eft ; un
jeune François qui s'eft trouvé en Amérique
à l'âge de 22 ans , qui s'y eft adonné , non
aux Sciences & aux Arts , mais à un éta bliſfement
de culture , qui n'a interrompu ce
genre d'occupations que pour parcourir en
voyageur agriculteur une partie du continent
Américain ; n'ayant jamais écrit que pour
fe rappeler les chofes qui l'avoient frappé ;
tout-à-coup excité par queloves amis à publier
fes pensées & fes fouvenirs; ayant écrit
d'abord en Anglois , ayant enfuite traduit fon
Ouvrage , en rapprenant la langue de fon enfance
; & qu'on voye s'il eft jufte de demander
à un tel Écrivain de la correction ,
de la méthode , un choix toujours jufte
d'idées & d'expreffions. Il faut donc lui paffer
de fréquentes répétitions , des réflexions
fouvent communes , trop de détails , des dé- '
tails trop longs , un ftyle négligé , fouvent
bizarre , prefque toujours des termes inufités
, des tournures étrangères. Il eft d'autres
qualités plus importantes dans un Ouvrage
de la nature de celui -ci , & qui s'y font fen162
MERCURE
tir à chaque inftant ; ce font des chofes vraies
& neuves , de la jufteffe dans les vûes , de
la fenfibilité & de l'imagination dans le ſtyle ,
un mêlange piquant de l'originalité propre
aux objets & de celle qui n'appartient qu'à
l'Auteur. Comme tous les hommes qui n'ont.
que du talent naturel , il n'eft à ſon aife , il
n'a tous les avantages , que lorſqu'il décrit ou
qu'il cède la parole à des perfonnages . On ne
trouve pas dans fes fcènes l'art des effets ,
mais une fidélité précieuſe , une naïveté touchante
& refpectable. Il faudroit fouvent
bien peu de chofes pour leur donner ce charme
entier & continu que les hommes d'un
talent cultivé peuvent feuls répandre dans.
leurs productions. Malgré les défauts de ce
Livre , je crois que les événemens & les tableaux
qui y font préfentés ne mériteront
pas moins l'attention des Poëtes que celle :
des Philofophes . Si les Philofophes ont befoin
d'objets nouveaux pour étendre leur efprit
, les Poëtes ont befoin de rajeunir leur
talent par de nouvelles images , de nouvelles
impreffions. Quel pays plus que l'Amérique
peut maintenant parler à l'âme & émouvoir ,
l'imagination ? Son fol préfente , dans le plus
grand des fpectacles , le plus beau des contraftes
, toute la puiffance de l'induſtrie humaine
au milien de la majeſté primitive de la
nature ; & fes moeurs réaniffent quelqué
chofe de la fimplicité antique aux lumières
& aux créations merveilleufes de l'efprit
moderne. Auffi , dans ſon enthouſiaſme ,
DE FRANCE. 163
l'Auteur va jufqu'à accufer d'une grande
méprife les voyageurs Européens , qui , au
lieu de venir contempler en Amérique le germe
primordial des chofes , & les progrès d'un
peuple éclairé & nouveau , vont deffiner en
Italie les monumens de la décadence & les
ruines d'un peuple ancien . Ne feroit- il pas
plus doux & plus noble , s'écrie - t'il dans fon
ftyle poétique , de venir admirer nos villes
alignées , propres & commerçantes , que d'aller
vifiter quelque temple ruiné , parmi des
décombres ménacans , & dans des lieux où l'on
ne rencontre plus que le buiffon du défert
l'herbe de lafolitude & le filence de la dépopulation
? C'est ainsi qu'il avertit nos Arts ,
ainti que notre Philofophie , d'une grande
conquête qu'ils ont à faire. Il me femble
que ce mouvement d'une âme patriotique
renferme une grande vérité & une leçon utile.
Un de nos premiers Écrivains , de ceux
qui ont le mieux montré combien la Poélie
& la Philofophie pouvoient s'embellir &
même fe perfectionner l'une par l'autre ,
après avoir employé toutes les richelles du
ftyle oriental dans un genre d'apologues ,
dont il eft l'inventeur parmi nous , nous
avoit déjà appris comment on pouvoit créer
un nouveau genre de Littérature avec les objets
& les moeurs qu'offre l'Amérique . Il a
parfaitement exécuté ce qu'il avoit fi heureufement
conçu , dans le petit morceau de
Labbenaski , dont le foud eft une expreffion
fublime échappée à l'âme d'un Sauvage , &
164 MERCURE
dans le Conte de Zimeo , dont le Héros eft
un Nègre , & où ce Nègre fe trouve un grand
caractère par les deux paffions de fon eſpèce ,
l'amour & la vengeance , & un homme éloquent
par cette fenfibilité phyfique , encore
p'us vive dans cette race d'hommes. Les
moeurs paisibles des Quakers , & la peinture
des fites delicieux de la Jamaïque , font reffortir
encore davantage l'impétuofité d'une
âme Africaine. Cet intéreffant Ouvrage a de
plus le mérite d'être une des plus parhéti
ques réclamations contre l'esclavage des
Noirs. On ne peut efpérer fouvent des Ouvrages
d'un goût fi exquis & d'un talent fr
original. Mais le Livre de M. de Crêvecour
nous indique des drames de ce genre , & il
fournit les fentimens & les couleurs qui leur
font propres
.
Je mefuis trop long-temps arrêté à parler
des objets de ce Livre ; il étoit difficile de fe
refufer à ces réflexions. Je fatisferai bien
davantage les Lecteurs , en leur faifant connoître
le Livre par des citations. Plufieurs
anecdotes ont déjà été inférées dans ce Journal
, avant la publication de l'Ouvrage ; cependant
je fuis encore embarraffé dans le
choix des morceaux que je dois offrir.
On aimera fans doute à connoître le fort
& la fituation de ces hommes que la misère
a chaffés de leur pays ; il eft doux d'apprendre
qu'il eft un monde entier où ils peuvent
trouver l'aifance & la liberté.
DE FRANCE. 161
" Ce beau pays n'eft peuplé que de ceux
qui pofsèdent le fol qu'ils cultivent , mein-
» bres du Gouvernement auquel ils obéif-
» fent. Notre diftance de l'Europe ajoute
» encore à notre utilité & à notre impor
> tance , comme hommes & comme fujers.
Qu'auroient fait nos pères , s'ils étoient
reftés fur leur fol originaire ? Ils auroient
» contribué peut-être à prolonger des convulfions
qui l'avoient déjà ébranlé trop
long-temps. Mais chaque Européen indul
» trieux , tranſporté ici , peut être comparé
» à un rejeton né au pied d'un grand arbre;
23 il ne jouit que d'une très-petite portion
» de fève ; qu'il foit enlevé du tronc pater-
23
nel & tranfplanté , il s'accroîtra & por
» tera du fruit . C'eſt donc ici que les fai-
» néans peuvent être employés , les inutiles
» rendus néceffaires , les pauvres menés à
» l'aifance & à la richeffe . Par -là je ne veux
20
و ر
point parler de l'or & de l'argent , nous
» n'avons que peu de ces métaux ; je veux ,
» dire une espèce de ticheffe bien plus durable
, des chamos défiichés , des beftiaux ,
de bonnes maifons , de bons habits , & c.
» Et-il donc étonnant que ce pays pré-
» fente tant de charmes , & tente fi puif
» famment tous les Européens qui y vien-
» nent ? Un voyageur eft étranger en Eu-
" rope , auffitôt qu'il a quitté les limites de
fon Royaume. Il n'en eft pas de même.
» ici ; proprement parlant , nous ne con,
noiffons point d'étrangers ; car c'eft ici le
92
•
166 MERCURE
»
pays de tout le monde. A peine un Euro-
" péen eft-il arrivé , qu'involontairement il
» ouvre les yeux fur la riante perſpective
» qui s'offre à lui ; par-tout il voit l'induſtrie
» la plus active ; il voit le bonheur & la
paix répandus par-tout ; il ne voit point
de pauvres dont la détreffe lui navre le
coeur ; prefque point de punitions ni
d'exécutions publiques : fans le vouloir,
» cet Européen s'attache à un pays où tout
» lui paroît fi aimable.
90
97
30
N
"
"»
Quand ce même homme étoit en Angleterre
, il n'étoit alors qu'en Angleterre ;
ici , il marche fur la quatrième partie du
globe ; il peut obferver les productions
du Nord , le fer , les goudrons , les bois
» de conftruction , &c. Là , les proviſions
de l'Irlande , les boeufs , les falaifons , let
» beurre & les fromages ; ici , les grains de
و ر
l'Égypte , là , l'indigo & le riz de la Chine.
» Il ne fe trouve pas entouré d'une fociété
» trop nombreuſe , où toutes les places
» font occupées ; il ne fe reffent point det
» ce conflict perpétuel , qui , en Europe ,
» renverfe tant de familles . Le champ eft
» vafte parmi nous ; il y a de la place pour
» tout le monde , & il y en aura pendant '
» bien des fiècles à venir. Ce pauvre Eu-
"
ropéen qui arrive , n'eft-il qu'un journa-
» lier fobre & induſtrieux ; il n'a beſoin ni
» de prendre beaucoup d'informations ni
» d'aller bien loin ; il trouvera à fe louer
» ou au mois , ou à l'année ; il fera bien
›
DE FRANCE. 167
» nourri , car ici tout le monde vit des
meilleurs alimens , & recevra un falaire
» bien plus confidérable qu'en Europe. Je
ne veux cependant pas dire que tous ceux
qui viennent ici , y deviennent riches :
» non; mais ils fe procureront une fubfif-
» tance douce , aifée & décente , pourvu
qu'ils foient induſtrieux.
"
"
ود
Mais fi , jouiffant d'un honnête loifir &
» de l'indépendance , cet Européen veut
voyager ; par-tout il trouve la plus honnête
réception , par-tout une fociété fans
vaine oftentation , des tables bien garnies
» fans aucun luxe , des femmes , dont la
beauté confifte plus dans la propreté & la
fimple élégance , que dans des ornemens
» multipliés ; par -tout il pourra participer
» aux amuſemens innocens de nos fociétés ,
» fans beaucoup de dépenfes.-
"2
"
"
99
» A peine un Européen eft -il arrivé parmi
" nous , qu'il fe fait une révolution fingu-
» lière dans toutes les idées. J'ai obſervé le
progrès de cette révolution jufques dans
» les diftances ; deux cent milles lui repré-
» fentoient jadis un eſpace très - conſidérable
, peut-être l'enceinte de fa patrie, Chez
" nous , cette distance n'eft prefque rien ; à
peine a -t'il refpiré notre air , qu'il com-
» mence à former des projets , à concevoir
» un fyftême d'occupations , auxquels il n'auroit
jamais penfé dans fon pays ; car , en
Europe , j'ai oui dire que le trop plein des
» fociétés étouffe les talens les plus diftin-
"
168
MERCURE
-92
gués. Ici , l'amplitude des chofes leur
permet d'éclore & de fructifier : voilà
comme les Européens deviennent Américains.
»
Ces objets & ces peintures , en touchant
l'âme de l'Auteur , élèvent fon efprit ; elles
le conduifent , dans un autre morceau, à cette
reflexion pleine de philofophie dans les idées,
& de poéfie dans le ftyle.
64
L'Italie n'a eu qu'une période , où elle
méritoit le refpect de la terre & l'attention
des voyageurs ; c'étoit dans ces temps
» héroïques où des Citoyens quittoient la
charrue pour défendre leur patrie , où le
mépris de la vie , la crainte des Dieux ,
» l'amour de leurs foyers & la fimplicité
» des moeurs les avoient élevés au plus haut
rang, Rome n'avoit alors ni temples faf-
» tueux , ni fuperbes palais ; fes Citoyens
feuls faifoient fa richeffe , fa fimple &
noble parure. Ces Héros font paffés , il ne
nous refte plus que le fouvenir & l'im-
» preffion de leur exemple ; fouvenir qui ,
peut-être un jour , fera naître parmi nous
des hommes qui les imiteront ; car ,
» comme eux , d'une main nous tenons nos
charrues , & de l'autre , comme eux , nous
faurons faifir les armes , fi jamais l'ambi- .
≫tion ou la tyrannie nous attaquent .
» Viens parmi nous , voyageur Européen !
Içi , tu repoferas à l'ombre de nos vergers
, tu iras méditer dans la folitude de
» nos forêts ; ici , tu te réjouiras dans nos
»" champs
DE FRANCE. 169
champs , en converfant avec nos Labou-
» reurs intelligens ; tu obferveras la terre ,
les montagnes & les marais tels qu'ils font
» fortis des mains de la Nature. Ici , tu
» verras une nouvelle race d'hommes indomptables
& incapables d'être civilifés ,
plus heureux peut -être dans leur état que
» dans celui qu'on a vainement effayé de
» leur faire prendre , parce qu'ils ne peu
n
30
vent concevoir d'autre bonheur que celui
» d'être libres & indépendans. Tu iras philofopher
avec ces enfans puînés de la Na-
» ture : quel vafte champ pour la médita-
» tion ! Tu participeras , fi tu le veux , à la
dignité de leurs adoptions , en remplaçant
quelques -uns de leurs parens ; tu devien-
» dras membre de leur village : tu feras in-
"
29
·
corporé dans leur fociété , fi tu préfères
» comme tant d'Européens ont fait , leur
» vie fimple & tranquille à toutes les bril-
» lantes entraves , à toute la fcience inutile
» de tes fociétés Européennes . Tu iras voir
" nos grands lacs , ces mers intérieures &
immenfes qui étonnent le fpectateur. Tu
» monteras fur la cîme des Apalaches , d'où
» tu contempleras d'un côté ce que nous
» avons déjà fait depuis les rivages de la
» mer; de l'autre , ce qui nous reste à faire
» pour peupler & défricher la profonde
étendue de cette quatrième partie du
» monde. Si tu aimes mieux remplacer lil-,
lufion des vains fouvenirs , les regrets inutiles
, la fterile admiration des ruines d'Ita
N°. 4 , 22 Janvier 1785 .
"
H
170
MERCURE
ور
"
» lie par la vûe de tant de fcènes inftruc-
» tives & nouvelles que préfente ce conti-
» nent , tu préféreras , j'en fuis sûr , la vûe
» de trois cent lieues de pays nouvellement
défrichées ; tu préféreras le riant aspect
d'une grande plantation mife en valeur
» par la feule induftrie du propriétaire ; tu
préféreras la vue d'une vafte grange Américaine
remplie des moiffons d'un feul
» Colon , à celle des debris inutiles d'un
temple de Cérès. »
>>
ود
و ر
La fin au Mercure prochain.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
COLLECTION des premières & dernières
Folies du Coufin Jacques , en un vol . in- 8 ° .
relié en veau écaille , 6 liv . Les mêmes
و
w
liv.
Folies féparément favoit , les Petites
Maifons du Parnaffe , 2 liv. 10 fols br.;
Malboroug, Poëme , & fols br.; Turlututu,
18 fols br. , & enfin Hurluberlu ,
16 fols broché ; fe trouvent chez Royer ,
Quai des Auguftins ; l'Efclapart , Libraire
de MONSIEUR , Frère du Roi , Pont Notre
Dame , & chez M. de Reigny , rue de
Buffault , la porte -cochère au coin de la
rue du Fauxbourg Montmartre .
Si les premières fautes étoient irréparables
, la carrière des Arts auroit été fermée
pour une infinité de gens qui l'ont parcourue
DE FRANCE.
171
avec honneur. Mais heureufement que le
fort d'un Ouvrage ne règle pas celui des autres
; heureufement qu'un jeune Écrivain
que l'inexpérience , jointe à la fougue de
l'imagination , a expoſé à de nombreuſes inconféquences
, peut s'éclairer à fes dépens ;
& quand une fois il ne rougit pas d'avouer
fes torts , il marche d'un pas plus affuré
dans une route dont il a éprouvé les dangers
& les inconvéniens .
L'Auteur dont nous annonçons les effais
, malgré les petits travers dont il eft cent
fois convenu lui même , a des droits à l'eftime
des Lecteurs éclairés qui voudront fe
donner la peine de l'apprécier. L'autorité
refpectable d'un Philofoplie * , avide de protéger
quiconque réclamoit fon appui , &
incapable de s'intéreffer à une production
frivole , s'il n'avoit pas reconnu dans cette
frivolité même des difpofitions à quelque
chofe de férieux ; cette autorité , dis - je , jointe
au fuffrage d'un grand nombre de Litté
rateurs diftingués , qui tous ent avoué que
l'Auteur , qui prend le nom du Coufin Jacques
, en ne fatisfaisant pas fes Lecteurs ,
prouvoit du moins qu'il pouvoit les fatisfaire
quand il voudroit , ne permet pas de
douter du parti avantageux qu'il peut tirer
de fon talent , quand il faura fe défier de la
fougue de fon imagination , quand il confacrera
fa plume à des fujets moins frivoles ,
* M. d'Alembert.
Hij
172 MERCURE
peut être même moins bizarres que ceux
qu'il a traités jufqu'ici .
Il faudroir porter l'indulgence à l'excès ,
pour ne pas convenir que les quatre Ouvra
ges que nous annonçons , font une vraie folie
, mais une folie des mieux conditionnées.
Aufli l'Auteur les appelle t'il lui même des
accès Littéraires , dénomination qui carac
térife parfaitement un Livre de cette nature.
Bien des Lecteurs qui aiment à rire s'en amuferont
; mais en s'égaïant des extravagances ,
ils n'en auront peut - être pas plus d'égard
pour l'extravagant. Hafarder des opinions
erronnées , trancher en homme qui ne doute
de rien , avancer des fyftêmes contraires aux
idées reçues , plaifanter à tort & à travers
les bons & les mauvais Auteurs , ceux qu'on
ne connoît que d'après une lecture fuperfi
cielle , & ceux qu'on n'apprécie que par des
rapports dictés par le préjugé , ce n'eft pas
un crime fans doute , mais c'eft une impru
dence qui expofe un jeune Écrivain à la mau
vaife humeur de ceux dont il vaudroit mieux
fe faire des amis que des ennemis , & quand
un Littérateur , eftimable d'ailleurs , fe comfe.
compromet
d'abord par de pareilles étourderies ,
il donne une idée de fa perfonne toute oppofée
à celle qu'on doit en avoir. Les farcafmes
dont le Coufin Jacques a hériffé fes
Petites Maifons contre les Écrivains Périodiques
, lui ont valu , de la plupart d'entreeux
, une annonce peu favorable : comme
nous ne voulons pas qu'il ait à fe plaindre
DE FRANCE. 173
de nous , nous ne démentirons pas envers lui
notre modération ordinaire . En convenant
de fes défauts , nous conviendrons de fes
talens ; nous reconnoîtrons chez lui une verfification
agréable & aifée, nous ne lui refuſe
rons pas une profe coulante , des plaifanteries
quelquefois délicates , de la gaîté , & même
fouvent une originalité piquante . Si la verve
s'eft permis quelquefois des écarts indécens ,
il paroîtra moins inexcufable que bien d'au
tres , quand on faura qu'ifolé en Province ,
ne connoiffant la Capitale que très- impar
faitement , féduit par les promeffes halardées
d'un Imprimeur avide de profiter de
fon inexpérience , il a facrifié une partie de
fon exiſtence à des vûes ambitieufes dont il
a fenti trop tard le ridicule .
Le jufte tribut d'estime qu'il paye aux Auteurs
dont il avoue qu'il voudroit fuivre les
traces , nous répond qu'il n'aura pas beaucoup
de peine à fe rapatrier avec ceux qu'il
a critiqués fans les bien connoître ; encore
une fois , maintenant qu'il habite la Capitale
, il eft plus à portée de réformer fes
idées & d'apprécier fes Confrères les Littérateurs.
Nous obferveróns feulement que
puifque par une cruelle fatalité , il eft
impoffible d'avoir des talens fans avoir des
ennemis , il faut au moins avoir pour amis
les Écrivains eftimables ; & que moins un
Auteur eft fortuné , plus il doit veiller à ſa
réputation.
Nous ne donnerons point une analyſe
Hii)
174 MERCURE
fuivie des productions que l'Auteur lui - même
appelle des folies. Nous nous contenterons
d'extraire quelques paffages , qui feront juger
de fa manière d'écrire. Les Petites Maifons
du Parnaffe font de ces quatre Brochures
la plus confidérable, Nous citerons ce que
l'Auteur en a dit lui - même dans une note de
Malboroug. " C'eft un mêlange confus de
fcènes difparates ; il s'y trouve des farces
» mêlées avec des plaifanteries du haut
" genre. Les tableaux en font mal affortis . Le
fujet eft neuf , & l'Auteur pouvoit en
» tirer un parti bien plus avantageux . » Voici
quelques vers du début :
"
Je veux , Lecteur , pour m'immortalifer ,
Bien moins encor que pour vous amuſer ,
Tirer des fons de ma joyeuſe lyre.
Faifons des vers , imprimons nos Écrits .;
Mais voulons- nous leur donner plus de prix ?
En les faifant , n'oubllons pas de rire.
Vive un Ouvrage où règne la gaîté.
Propos joyeux , agréable folie
Ne font rien perdre à la célébrité .
D'un grave Auteur la froide dignité
N'excite en moi que la mélancolie.
Banniffez l'art de la plaifanterie ,
Tout n'eft qu'ennui , que dégoût dans la vie.
Pour moi la joie eft une volupté
D'où me provient la force & la fanté.
Rions morbleu ! je veux , quoi qu'on en dife,
J
DE 175
FRANCE
Quoi qu'il arrive , égayer mes Lecteurs.
Plaifante idée , aimable gaillardife ,
Contes faillans , fonges vains mais flatteurs ,
Valent bien mieux que ces peintures triſtes ,
Fruits des travaux de fombres moraliſtes ,
Qui , pour charmer , nous arrachent des pleurs.
Quand nous avons déploré les malheurs
Semés par-tout fur notre destinée ,
Qu'en revient-il au bout de la journée ?
Un tome entier de foupirs & d'hélas
Aigrit nos maux & ne les guérit pas.
On voit que ces vers refpirent la facilité
la plus heureuſe. A l'article des Poëtes & des
Auteurs de Romans ingénieux , voici ce qui
concerne M. Marmontel .
Que dirons-nous de toi , fenfible Marmontel ?
Qu'il faut chez Apollon t'ériger un autel.
Qui mieux que toi fut peindre la Nature ?
De ta profe coulaute & pure
J'admire la naïveté.
Ta Mufe , belle fans parure ,
Nous étale avec dignité
D'une intéreffante peinture
L'élégante fimplicité.
Fêté depuis long- temps au poétique empire ;
Vertueux , tendre , humain , délicat & précis ,
Tu captives nos fens par tes charmans récits.
Qui les a lûs veut les relire.
Hiv
176 MERCURE
Les Lecteurs verront avec plaisir la tirade
fur le Préjugé ; elle eft pleine de vivacité &
de naturel. En voici quelques vers.
Cette prévention fatale
Des Arts arrête les progrès ;
Chaque plume fur fa rivale
Veut obtenir gain de procès ,
Et s'illuftrer par des fuccès
Que jamais nulle autre n'égale.
Et lorfque d'un air de Caton
Je prétends faire ici le maître ,
Moi- même le premier peut-être
Ai- je befoin de la leçon .
N'efpérons pas qu'on en profite ,
Toujours on imaginera
Mériter plus qu'on ne mérite ,
Avoir plus d'efprit qu'on en a.
Voici le portrait d'un Pédagogue.
Un latinifte en forme de Docteur ,
Épouvantail de la timide enfance ,
Dans une chaire étale avec hauteur
Sa volumineufe ignorance.
Au fombre afpect de fa robe à longs plis ,
L'ail ftupéfait & la bouche béante ,
L'humble Écolier fe glace d'épouvante
Et met au rang des Savans accomplis
L'âne fourré qui le régente.
DE FRANCE 177
On voit que le Coulin Jacques aime à peindre
des caricatures. Nous l'invitons à nous
offrir des tableaux moins fatyriques & moins
burlesques , & nous n'aurons plus de reproches
à lui faire.
Turlututu , Malboroug , Hurluberlu renferment
auffi des détails agréables , & en
général les folies du même Auteur , trop
fouvent cauftiques & triviales , font toujours
ingénieufes. L'Épître Dédicatoire en vers à
la Fortune , eft une pièce très- piquante &
très originale.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Nous avons tardé jufqu'ici à rendre compte
de la repriſe qu'on vient de faire , à ce
Théâtre, de la Tragédie de Venceslas. Le rôle
de Ladiflas , un des plus difficiles , comme
il est un des plus intéreffans de la Scène Françoife
, ce rôle que l'illuftre Lekain repréfentoit
d'une manière fi fublime , eft aujourd'hui
entre les mains de M. Larive : &
quoique nous fuffions loin d'exiger d'un Acteur
encore jeune , d'un Acteur qui n'eft point
dans toute la maturité de fon talent , tout
l'effet que produifoit dans ce perfonnage le
célèbre Comédien dont on regrettera longtemps
la perte ; néanmoins , nous avons ofé
Hv
178 MERCURE
croire que chacune des repréfentations de la
Tragédie de Rotrou nous montreroit , par
degrés , M. Larive fupérieur à lui -même.
Nous n'avons point été trompés dans notre
attente. C'eft avec une véritable fatisfaction
que nous l'avons vû chaque jour ajouter à
la phyfionomie de Ladiflas des traits capables
d'en marquer , & même d'en prononcer
le caractère. Quelques perſonnes ont
obférvé , avec raifon , que le fils de Vences
las & le Vendôme de Voltaire ont entre-eux
beaucoup de reffemblance ; mais on auroit
dû obferver en même-temps que fi ces deux
Princes font entraînés par des paffions impétueufes
& prefqu'invincibles , ils fe trouvent
placés dans des pofitions très -differentes..
Vendôme commande en maître où il eft ; le
feul frein qui puiffe l'arrêter eft l'austéritéfranche
& courageufe du vieux Coucy ;
mais trop fouvent l'autorité du Prince
anéantit l'afcendant de l'amitié ; & ces.
convénances font dans nos moeurs : ainfi
Vendôme peut oublier , dédaigner les
confeils de fon auftère ami , fans nous
paroître trop odieux. D'ailleurs , s'il projette
un crime atroce , fon bonheur veut
que ce crime ne foit point exécuté.. Ladillas ,)
au contraire , eft fous le joug d'un père &
dum Roi ; le fentiment qu'il outrage , en
tranfgreffant , en méprifant les ordres de.
Vencellas , eft un fentiment refpectable &
facré pour tous les hommes de tous les
étars ; l'oubli du plus faint des devoirs le conDE
FRANCE 179
1
duit à un forfait plus affreux que cela qu'il
ofoit le permettre en fe propofant d'allaffiner
un rival , puifqu'il le porte à plonger
le poignard dans le fein d'un frère . Dès - lors
il est très-difficile que fa vûe ne bleffe point
les regards du fils refpectueux , du fujet
foumis & de l'homme fenfible . Il est donc
néceffaire que les excès auxquels il le livre
foient fondés fur une paflion plus impétueufe
encore que celle qui égare Vendôme,
& qu'ils foient motivés par cette énergie
toujours dangereufe que donne un caractère
dont la violence & l'opiniâtreté font infurmontables
. En un mot , s'il eft une excuſe
au crime que commet Ladiflas , on peut la
trouver uniquement dans l'aveuglement d'un
amour dont l'ivreffe eft auffi défordonnée
que l'eſt ſa jalousie . Si ce principe n'eft point
faux , les emportemens de Ladiflas doivent
marquer plus de fureur que ceux de Vendôme,
& fes remords après le crime doivent
être plus fentis , plus déchirans . M.
Larive a diftingué ces nuances. La différence
qu'il a fu mettre entre deux perfonnages.
dont le vulgaire des Acteurs a fouvent confondu
les phyfionomies , eft une nouvelle
preuve des droits qu'il acquiert journellement
au titre de Comédien de la première
claffe. Nous ne diffimulerons point qu'il
´nous a laiffé, dans le rôle de Ladillas , quelque
chofe à defirer ; mais ce qu'il y a déja gagné
dans le cours de quelques repréfentations
annonce ce qu'il y peut gagner encore . Il
Hv
180 MERCURE
n'eft peut-être pas fi facile qu'on affecte de
le croire , d'être obfervateur exact & judicieux
d'un caractère dramatique , il l'eft beaucoup
moins d'en être le moteur & l'inftruinent
, d'en diftribuer les couleurs , d'en graduer
les développemens ; enfin , de remplir
ce précepte d'Horace , que l'on peut appliquer
auffi bien au Comédien qui repréfente
un rôle , qu'à l'Auteur qui le trace :
Servetur ad imum
Qualis ab inceffu procefferit , & fibi conftet.
Au refte , fi par la fuite il nous paroît néceffaire
de faire quelques obfervations fur
ce que nous defirerions que M. Larive
ajoutât au caractère de Ladiflas , nous les
lui propoferons , avec moins de plaifir fans
doute , mais avec la même franchiſe qui
nous engage à lui donner les éloges dont fes
progrès , fon travail & fon amour pour fon
érat, le rendent digne aux yeux de tous les
Amateurs du Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 11 de ce mois , on a repréſenté,
pour la première fois , les Deux Frères
Drame en deux Actes & en vers , par M. M ....
Le fond de cette Pièce eft tiré d'un Conte
de M. Imbert , qui a pour titre : le Modèle
des Frères , & qui a été imprimé dans le
Mercure du 25 Octobre 1783. La marche
DE FRANCE. 181
du Drame eft à peu -près la même que celle
du Conte. Analyfons d'abord celui - ci , enfuite
nous dirons ce que M. M…….. a cru
devoir y changer & y ajouter pour ac
commoder l'action à la Scène .
....
Blimont , plus indulgent pour la nature
qu'exact obfervateur des loix , aime Léonore
& devient père. Un foupçon d'infidelite lui
fait quitter la maîtreffe. Par complaifance
pour fa famille , il fe marie , & l'Hymen
lui donne un fecond fils. Blimont avoit pour
parent un M. Minville , homme fort riche ,
devenu milantrope par boutade. CeMinville,
fur l'héritage duquel il a des prétentions
lui demande fon fils pour l'élever auprès de
lui ; l'intérêt décide Blimont; & le jeune
d'Éperny , c'eft le nom du fils de Blimont ,
eft envoyé à Minville. Le hafard fait que
l'afyle choifi par Léonore , pour elle & pour
Maurice fon fils , eft près de la retraite de
Minville. Un autre hafard rapproche ces enfans
, lie Léonore & le Mifantrope. De cette
liaifon refulte pour ce dernier la connoif
fance des malheurs de Léonore , dont les
jeunes gens font inftruits quelque temps
après . d'Éperny aimoit Maurice de l'amitié
la plus tendre , il le chérit davantage en apprenant
qu'il eft fon frère. Enfin il conçoit
le projet de rendre un époux à Léonore ,
un père à Maurice. Minville lui- même devient
complice de fon projet , & s'engage
à le garder fur fa parole d'honneur , que
d'Éperny a l'art de lui furprendre. Le jeune
182
MERCURE
homme part pour Paris avec Maurice
defcend chez Blimont ; lui apprend qu'il
voit les deux fils , que l'un d'eux eft legi
time & l'autre naturel , mais que jamais il
ne pourra connoître le fecret de leur naif
fance . Blimont tâche en vain de s'en éclaircir.
Les deux enfans lui deviennent également
chers . Blimont perd fa femme. D'Éperny
vient à bout d'arracher de la bouche de fon
père l'aveu des motifs qui lui ont fait abandonner
Léonore. Il avoit fu fe procurer des
preuves de l'innocence de cette amante infortunée
, à l'infu même de Maurice ; il les
met fous les yeux de fon père , voit les remords
, fon chagrin , fa douleur profonde ';
lui apprend que Léonore vit , qu'elle l'aime ,
qu'elle l'a toujours aimé ; vole la chercher
dans fa retraite , & la ramène dans les bras
de fon père , qui bientôt la conduit à
l'autel.
Tout ce que fait le jeune d'Eperny dans
le Conte de M. Imbert , eft opéré dans ce
Drame de M. M.... par Minville ( qu'il appelle
Blinville , & dont il a fait le frère de
Blimont qu'il a nommé d'Eperny. ) Les
jeunes gens ignorent abfolument leur fort.
Blimont eft veuf depuis un an ; il est prêt
à former de nouveaux noeuds. Une femme
artificieufe & coquette , fecondée par un
Gentilhomme fans fortune avec lequel elle
vit fcandaleufement , a totalement fubjugué
for me & faraifor. Néanmoins , & malgré
perfuafion aù il eft de Finfidelité de Léo-
•
DE FRANCE. 18;
nore , il s'occupe avant fon mariage de
Fa deftinée du fruit jufqu alors oublié de
fes premières amours . Ceft dans cet inftant
que Minville lui prefente fes deux
fils fans vouloir lui apprendre lequel des
deux eft d'Eperny. Le ton dur & peu
réfervé avec lequel Minville parle à Blimont
de la femme qu'il eft fur le point
d'époufer , le refus qu'il lui fait conftamment
de lui faire connoitre fon fils légitime
, la réfolution des enfans qui ne peuvent
confentir ni l'un ni lautre à abandonner
Léonore , tout cela jette Blimont dans
une fuieur , dans une anxiété , dans un défefpoir
qui le déchirent , & qui ne déchirent
pas moins l'âme de la rendre . Léonore.
Elle prend le parti de révéler à Maurice
le fecret qu'elle a gardé jufqu'alors , & de
l'envoyer aux pieds de fon père pour lui en
faire l'aveu . Blimont reçoit fon fils avec
tendreffe ; enfin ou lui apporte en mêmetemps
des preuves de la perfidic de la femme
à laquelle il fe propofoit de lier fon fort ,
ainfi que de l'innocence de fa première maî--
treffe , & il confent à lui donner la main.
Quoiqu'il ne foit pas très-commun de
rencontrer des enfans qui foient , comme le
d'Eperny de M. Imbert , capables d'imaginer,
de fuivre & de mettre à fin un projet tel que
celui qu'il conçoit cependant rienn'y bleffe la
raifemblance, d'abord parce cue M. In bert
annonce fon Héros.comme fort au - de fus
de fon âge , & qu'il le doue d'un efprit &
184 MERCURE
1
>
d'une raifon rares ; enfuite parce qu'il a donné
à l'exécution de ce projet , une étendue
de temps qui fait fuppofer naturellement
que les deux enfans ont pu devenir également
chers à Blimont & que d'Eperny
a fu prendre un grand afcendant
fur l'efprit & fur l'âme de fon père. Dans
le Drame de M. M.... au contraire , tout
eft brufqué. Dans les vingt-quatre heures .
Minville arrive , blâme fon frère fur le deffein
qu'il a formé de fe marier , outrage fa
maîtreffe , lui préfente fes fils , veut le ramener
à la raifon par le fecours de la tendreffe
qu'ils doivent lui infpirer , fans réflechir
qu'une pareille tentative n'eft point l'affaire
de quelques heures , & que d'ailleurs ces
enfans peuvent avoir d'autant moins d'empire
fur l'inftinct paternel , que cet inftinct
eft égaré par une paffion extravagante
; enfin il fe rend l'arbitre de fon
repos & de fon bonheur en refufant de lui
faire connoître lequel des deux lui appartient
à un titre légitime , & c. & c . Tout cela
eft-il vraisemblable ? Non . Il ne fuffit pas au
Théâtre d'attaquer momentanément la fenfibilité
des Spectateurs ; il faut encore plaire
à leur raifon. Que deviendroit l'art s'il fuffifoit
, pour toucher au but , d'émouvoir
fans principes , fans méthode , fans logique
& fans l'apparence de la vérité ? Que l'amour
des principes ne nous égare pourtant point ,
qu'il ne nous faffe pas mentir à notre coeur :
ne diffimulons pas les larmes que nous avons
DE FRANCE. ISS
verfées, & rendons à l'Auteur des Deux Fréres
la juftice qui lui eft dûe. Difons que fon
Ouvrage annonce beaucoup d'âme , qu'on y
remarque de l'éloquence , de la chaleur & des
traits de talent ; mais ajoutons que le plan de
fon Drame eft abfolument fautif, que la marche
en eft vicieufe , que l'action trop dévelop
pée dans l'expofition ne l'eft point affez dans
lenoud ; enfin que les événemens qui amènent
la catastrophe font trop rapprochés les uns des
autres , & qu'ils fatiguent l'attention à force
d'être praffes. Il faut , quoi qu'on en dife ,
toujours en revenir aux règles . Ces règles ,
qu'on feint de méprifer aujourd'hui parce
qu'on eft dans l'impuiffance de s'y affujétir ,
ont fait produire des chef- d'oeuvres à Molière
& à tous nos Maîtres . L'Ecole des
Mères , le meilleur Drame , nous dirions
prefque le Drame du Theatre François qui
contient le but moral le plus utile ; cet
Ouvrage , tout -à-la -fois intereffant & comique
, eft eftimé , & continuera de l'être ,
parce qu'il eft établi , filé , développé d'après
les grands principes de l'Art , & ce ne fera
jamais qu'en fe foumettant à ces principes
qu'on pourra obtenir au Théâtre des fuccès
réellement mérités.
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
DICTIONNAIR
ICTIONNAIRE Domeftique portatif, dernière
Édition , revue & corrigée , 3 Vol. in - 8° . A Paris ,
chez Leroy , fucceffeur de Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis à -vis celle de la Parcheminerie.
Cet Ouvrage traite de tout ce qui a rapport à
l'économie domeftique & rurale ; on y détaille les
différentes branches de l'Agriculture , ce qui eft relatif
aux chevaux & à tous les beftiaux , avec des
Inftructions fur la Pêche , la Chaffe , la Cuifine, les
Arts , la Procédure , le Commerce , &c.
SYSTEME de prononciation figurée , applicable à
toutes les Langues , & exécuté fur les Langues
Françoife & Angloife , par M. l'Abbé ***. A
Paris , chez Royez , quai & près des Auguftins.
Cet Ouvrage paroît revêtu des fuffrages les plus
honorables , & les juftifie par fon objet & par la
manière dont il eft rempli. La nouveauté & la foli
dité des principes s'y joignent à la clarté & à la précifion
de la méthode. Le Libraire promet du même
Auteur des Dictionnaires François & Anglois , dont
l'Ouvrage que nous annonçons aujourd'hui doit
faire defirer la publication.
SAINTE BIBLE , traduite en François , avec
Texplication du fens litteral & du fens fpirituel ,
nouvelle Edition , Tome II . A Nifmes , chez Pierre
Beaume, Imprimeur Libraire ; & fe trouve à Paris ,
chez Guillaume Defprez , Imprimeur du Roi & du
Clergé, rue Saint Jacques.
1 DE FRANCE. 187
Prices intéressantes & peu connues , pour fervir
à l'Hiftoire & à la Littérature , 3 vol in 12. A
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins ,
Le quatrième volume de cet Ouvrage , trèspiquant
, cft actuellement fous preffe.
AMUSEMENs des Dames dans les Oifeaux de
volière, ou Traité des Oiseaux qui peuvent fervir
d'amufement au beau Sexe. Méthodes sûres &
faciles pour détruire les animaux nuifibles , par M.
Buchez , Auteur de différens Ouvrages économiques.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la
première porte cochère après le Collège d'Harcour.
Ces deux Ouvrages reparoiffent l'un pour la
deuxième , l'autre pour la troifième fois .
COURS complet d'Agriculture théorique , pratique
, économique & de Médecine rurale & vétérinaire
,fuivi d'une Méthode pour étudier l'Agricul
ture par principes , ou Dictionnaire Univerfel
d'Agriculture ; par une Société d'Agriculteurs , &
rédigé par M. l'Abbé Rozier , Prieur Commendataire
de Nanteuil - le- Hardouin , Seigneur de Chevreville
, Membre de plufieurs Académies , &c.
Tome V , in-4°., rue & hôtel Serpente .
Une maladie de l'Auteur a retardé la publication de
cet important Ouvrage. Ce volumne finit par la lettre J.
Les Articles fouferits M. Ami. font de M. Amilhon ,
& ceux foufcrits M. Bra. de M. Brazier , tous deux
Docteurs en Médecine.
CODE de l'Orfévrerie , ou Recueil & Abrégé
Chronologiques des principaux Réglemens concernant
les Droits de Marque & de Contrôle fur les
ouvrages d'or & d'argent , auquel on a joint les Sta
188 MERCURE
tuts des Orfèvres , Tireurs , Batteurs & autres qui
employent & travaillent l'or & l'argent , avec une
Table raifonnée des Matières , dans laquelle fe trouvent
quelques Réglemens omis au Recueil ou rendus
nouvellement , fuivi d'un Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 , au titre des Droits de
Marque fur les Fer , Acier & Mines de Fer ; par
l'Auteur du nouveau Code des Tailles , in 4 ° . Prix ,
10 livres broché. A Paris , chez Knapen & fils ,
Libraires-Imprimeurs de la Cour des Aides , au bas
du Pont Saint Michel.
Nous avons tranfcrit en entier le titre de cet Ouvrage
pour faire connoitre les objets qu'il renferme.
On trouvera féparément le Commentaire fur les
Droits de Marque fur le Fer , Acier & Mines de
Fer. Prix , 1 liv. 10 fols .
J
TRADUCTION du Plutarque Anglois , contenant
la vie des Hommes les plus illuftres de l'Angleterre
& de l'Irlande , Miniftres , Citoyens , Guerriers ,
Hommes d'Eglife , Poëtes & des plus célèbres Artiftes
depuis le règne de Henri VIII jufqu'à nos
jours , avec l'Hiftoire d'Angleterre depuis cette
époque , Ouvrage en douze Volumes in- 8 ° . , entrepris
par une Société de Gens de Lettres . Dédié à
S. M. le Roi de Suède , & propofé par foufcription.
Beau papier & beau caractère .
Si l'exécution de cet Ouvrage répond à l'intérêt
qu'infpire fon titre , les Auteurs doivent en attendre
du fuccès.
Le prix de la foufcription eft de 30 livres pour
les douze Volumes , & 36 livres pour la Province &
les Pays étrangers franc de port jufqu'aux frontières .
On fera libre de payer la totalité de la fomme en
foufcrivant, ou de payer 5 liv. à chaque livraiſon ,
& 6 livres pour la Province. Les deux premiers VoDE
FRANCE. 189
lumes paroîtront au 15 de Février 1785 , & ainfi de
fuite chaque trois mois juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Après le ier Juin prochain , on ne pourra ſouſcrire
qu'en payant la fomine entière. L'Ouvrage pour
'ceux qui n'auront pas foufcrit le vendra à raifon de
3 liv. le Volume . On donnera gratis aux Soufcripteurs
feulement le portrait de S. M. le Roi de
Suède , gravé par M. Viel .
On fouſcrira à Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire
, Boulevard Saint Martin , & tous les jours
d'Opéra fous le veftibule de l'Opéra ; chez Regnaut ,
rue S. Jacques , & chez les Traducteurs , rue Saint
Appoline , Porte Saint Martin , nº . 6. On ſouſcrit au
même Bereau pour la Traduction du Théâtre Anglois
, compofée de vingt- quatre Volumes in 8 ° . ,
& qui contiendront les meilleures Pièces de ce Théâtre.
La feconde Livraiſon paroît actuellement. On
y trouve auffi le Décaméron Anglois , dont la
fixième & dernière Partie vient de paroître.
EUVRES mêlées de M. L. Dutens , de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris , Vol. in-
8 ° . A Paris , chez P. Théophile Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins .
Cer Ouvrage , dont l'Auteur nous donne une
nouvelle Édition , a été revu par lui avec beaucoup
de foin. Le morceau le plus confidérable de ceux
qui compofent ce Volume eft une Differtation fur
les pierres précieufes & les pierres fines . L'Auteur a
voulu rendre cet Ouvrage fort court & fuffifant
pour donner fur cette matière aux gens du monde
des lumières dont ils ont befoin , pour guider les
Amateurs qui veulent fe faire des collections , &
pour inftruire les Joailliers de ce qui a rapport à leur
commerce . M. Dutens nous paroît avoir rempli ce
triple objet.
ΙΘ MERCURE
Les plus beaux diamans connus font celui du
grand Mogol , qui vaut onze millions fept cent
vingt-trois mille deux cent foixante - dix-huit livres ;
celui du Grand- Duc de Tofcane , qui vaut deux
millions fix cent huit mille trois cent trente- cinq
livres ; deux appartenans au Roi de France , dont
l'un , le fancy , qui a coûté fix cent mille livres ,
vaut beaucoup plus , & l'autre vaut cinq millions ;
enfin celui que la Czarine a acheté deux millions
deux cent cinquante mille livres comptant , & cent
mille livres de rente viagère. Ce dernier diamant
paffe pour avoir formé un des yeux de la fameufe
tatue de Scheringam, dans le temple de Brama. Un
grenadier François, amoureux des beaux yeux de la
ftatue , s'introduifit dans l'enceinte facrée , & trouvą
le moyen d'en voler un , qui a paffé par plufieurs
mains avant d'arriver à l'Impératrice .
Cette Differtation eft fuivie d'une autre fur le
miroir ardent d'Archimède , dans laquelle M. Dutens
fe déclare pour la réalité de cette découverte
que plufieurs Savans ont révoquée en doute ; d'un
Appel au bon fens , Ouvrage plus religieux que
piquant ; d'un Traité de Logique ; d'une Correfpondance
très intéreffante concernant Helvétius &
J. J. Rouffeau ; de plufieurs Lettres fur différens
fujers ; d'une Defcription très- attachante de la Pagode
de Chanteloup ; enfin de quelques Poéfies
dont nous ne parlerons point au refte , ce Volume
rappelle les connoiffances de l'Auteur atteſtées par
plufieurs autres Ouvrages.
RÉPONSE à un Critique du dix- huitième siècle.
A Neufchâtel ; & fe trouve chez tous les Marchands
de Nouveautés .
C'eft une Réponse de M. le Comte d'Albon à un
Extrait inféré dans le Journal de Paris , d'un Difcours
qu'il a publié fur cette Queſtion : Si le fiècle
DE FRANCE. 191
Augufte doit être préféré à celui de Louis XIV
relativement aux Lettres & aux Sciences.
OPINION d'un Mandarin , ou Difcours fur la
nature de l'âme , mis au jour par M. le Marquis de
Culant - Ciré , ancien Meftre-de- Camp de Dragons.
A Cologne ; & fe trouve à Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
• Quelque rebattu que foit aujourd'hui le fujet de
ce Difcours , nous croyons qu'on peut le lire avec
fruit.
M. le Marquis de Culant vient de publier auffi
une nouvelle Règle de l'Octave contre la pratique du
célèbre Rameau, ce qui prouve qu'il a des connoiffances
auffi variées qu'étendues.
FIGURES des Fables de La Fontaine . D'après
les demandes réitérées de différens Amateurs , les
fieurs Simon & Compagnie préviennent qu'ils font
imprimer actuellement vingt - cinq Exemplaires de
feur Ouvrage fur papier vélin fin ; ils prient en
conféquence les Perfonnes qui voudront s'en procurer,
de vouloir bien ( vû le petit nombre que l'on en
tire ) fe faire infcrire au Bureau du Voyage Pittorefque
de la Grèce , rue Pagevin , nº. 16.
Ces Exemplaires feront imprimés , ainfi que le
refte de l'Ouvrage , fur un papier affez grand pour
que les Amateurs puiffent à leur choix faire relier
format petit in 8 ° . , in - 12 & in - 16 .
Chaque Livraifon fur papier vélin fe vendra
4 liv . au lieu de 3 livres , prix ordinaire , à caufe
des frais que néceflite cette impreffion .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Violon
obligé, par M. Vogel . Prix , 7 livres 4 fols franc de
port. A Paris , chez Baillon , Marchand de Mufique ,
192 MERCURE
rue Neuve des Petits -Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Mufe lyrique.
NUMÉRO 23. Ouverture pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin.
Il paroît vingt- quatre Numéros par an , douze
pour le Clavecin , par M. Lafceux , & douze
d'Ariettes , par M. Dreux. Prix , 36 liv. & 48 liv. ,
féparément 2 liv . 8 fols. A Paris , chez Mlle Girard ,
rue de la Monnoie , à la Nouveauté.
SEPTIEME Recueil d'Airs de Richard , le
Faux Lord & autres pour la Harpe , par M. Corbelin
, Maître de Harpe . Prix , 6 livres . A Paris , chez
l'Auteur , Place Saint Michel , maifon du Chandelier
; Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires , & M.
Deroullède , rue Saint Honoré , près l'Oratoire.
? Voyez, pour les Annonces des Livres de la
Mufique & des Estampes , le Journal de la Libra
rie fur la Couverture.
TABLE.
REPONSE
150
EPONSE au fujet de la Lettres d'un Cultivateur Amé
Harpie, 145 ricain ,
Réponse à M. Hoffman , 146 Collection des premières & der-
Autre lui-même encore, ib. par nieres Folies du Coufin Jac-
Chanfon ,
Vers à MM. Blanchard & Comédie Françoife ,
ib, ques,
148 Comédie Italienne,
ibid.
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices ,
Gefferies ,
phe ,
ΑΙ
APPROBATION.
170
177
180
186
JAI lu , par ordre de Mgr.le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 22 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le : Janvier 1785. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 JANVIER 1785 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits au Viftre , petite Rivière.
ou Ruiffeau qui coule près de Nifmes.
DOUCE retraite , afyle heureux ,
Où l'Amour fi fouvent amena ma Silvie ;
Saules , témoins de mes aveux ,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
7
O temps ! cette flatteufe erreur
Échappera fans doute à ta pourſuite' ;
Mais le fouvenir du bonheur
Nous confole- t'il de fa fuite ?
( Par M. Augufte Gaude. )
No. 5, 29 Janvier 1785 . I
"
194
MERCURE
A M. l'Abbé D'OURNEAU.
TANDIS ANDIS que la nouvelle année
Ramène les faux complimens ;
Que la vérité profanée
Fuit des climats trop inconftans ;
Que l'on voit les trois quarts des gens
Se méprifant dans la penſée ,
Se donner mille embraffemens;
Et
que
de rufés courtifans
D'une louange intéreſſée
S'empreffent de flatter les grands ;
Moi , méprisant la grandeur même ,
Si la grandeur eft fans vertus ,
Je fais des voeux pour ce que j'aime ,
Ne pouvant rien faire de plus.
( Par M. P. Buret, )
A Madame L. G…….. , le jour de fa Fête.
AIR : Du Vaudeville de Figaro.
QUE des rofes de Cythère
Qu'elle cueille à peu de frais ,
D'une main vive & légère
Euterpe orne vos attraits :
* Allufion à Mme Dufrenoy , jeune Muſe de la même
Société , Auteur d'un Opéra Vaudeville, reçu à la Comédie
Italienne.
DE FRANCE
195
Pour moi , qui d'un coeur fincère
Veux vous offrir les tributs ,
Je vais peindre vos vertus.
TENDRE épouse, tendre mère,
A ces deux titres fi doux ,
A votre fille être chère ,
Être chère à votre époux :
Voilà , dans l'âge de plaire,
Le but de tous vos defirs ;
Vos devoirs font vos pláffirs.
L'ESTIME épure l'hommage
Des coeurs qui vous font foumis.
Vos amis , malgré l'uſage ,
Nefont tous que vos amis :
Et fans ceffer d'être ſage ,
Vos n'en poffédez que mieux
L'art de faire des heureux.
LE VOILE de la réſerve
Chez vous orne la gaîté
D'un efprit fage en ſa verve,
Malin fans méchanceté.
A la raifon de Minerve
Vous prêtez tous les atours
Des Grâces & des Amours.
Occuré de mon modèle ,
J'allois finir le tableau :
Ii
196 MERCURE
L’Amitié rit de mon zèle ,
Et vient faifir mon pinceau.
Arrête , dit l'Immortelle :
Ma main , mieux que tes couleurs ,
L'a gravé dans tous les coeurs.
( Par M. de Saint-Ange. }
LE PARTAGE DES DRAPS , Conte.
LAA Marquife de Mélufine ,
Femme déjà fur le retour ,
A Dorimon montroit un jour
Un gros ballot de toile fine :
Voyez , Monfieur , ne peut- on pas
Avec cela faire des draps ?
Dorimon regarde , examine .
Ah , Madame ! qu'il feroit doux
De les partager avec vous !
La Marquife changeant de mine :
Toujours des fadeurs , Dorimon ?
— Moi , Madame ? Oh , pour cela non !
Je ne vois là fadeur aucune ,
Sur deux paires j'en demande une.
( Par M. Roger le Boiteux , Ingénieur Feudifte
de M. l'Evêque de Coutances. ).
DE FRANCE. 197
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Corne- Mufe ;
celui de l'énigme eft Cure- Dent ; celui du
Logogryphe eft Milan , où l'on trouve Mai ,
Nil, Lima & mal.
CHARA D E.
GUIDE par fon inftinet , vous voyez mon premier ;
Pour ufer de mon tout employez mon dernier.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
ÉNIG ME.
JE contribue , ami Lecteur ,
A faire de l'homme un Docteur ;
`D'une foeur en tout temps , compagne inféparable ,
Très-fouvent ma figure à la fienne eft femblable ;
Par fois cependant en couleur
Nous différons très -fort , aufi bien qu'en valeur.
Si mon fexe eft changé , je fuis toute autre choſe ;
Et voici la métamorphofe :
Je deviens un mortel bien né ,
Par qui l'on voit porter avec décence
Un habit vil en
apparence ,
A fon état par la mode affigné.
( Par M. N.... d'Arras . )
I iji
19& MERCURE
JE
LOGO GRYPH E.
E règne dans le coeur des Bergers & des Rois ,
Et l'Univers fans peine obéit à mes loix.
Je peux de mes fix pieds , combinant l'affemblage ,
Varier à plaifir mes traits & mon vifage.
On.rencontre d'abord ce tiſſu précieux
D'un infecte changeant ouvrage induftrieux;
Un funefte métal des avares l'idole ;
Cet oifeau qui jadis fauva le Capitole z
Une fleur , tendre objet des baifers du Zéphyr ,
Que le même foleil voit éclore & mourir ;
Cet arbriſſeau rampant dont la tige docile ,
Façonnée avec art , devient un meuble utile ;
Le mortel envié, qui , fur le trône affis ,
Peut être bien des fois eft rongé de foucis ;
Du Colon malheureux l'espoir & la richeffe ;
Deux notes de mufique ; un Pape ; une Déeffe ;
Ce qui rend à nos corps la force & la vigueur,
Et des fens énervés ranime la langueur ,
Un légume ; une ville ; un préfent de Pomone;
Ce langage commun que la Nature donne ;
Une rivière ; un fleuve ; un Dieu rempli d'appas
Qui toujours de Vénus accompagne les pas ,
Et voltige en riant fur des lèvres de rofe;
Le tapis de gazon qu'une cau féconde arrofe ;
Un breuvage flatteur avec foins apprêté ,
DE FRANCE. 199
Que l'art induftrieux offre à la volupté ;
Un nom fait pour les Rois ; la victime tremblante
Que le vautour enlève & dévore fanglante ;
Enfin , le temps paisible où les Jeux & l'Amour
Viennent nous confoler de l'abſence du jour.
O toi , qui dans ton coeur bien ſouvent m'as vû naître,
Lecteur , encor deux mots , & tu vas me connoître !
J'annonce les honneurs , la gloire , les plaiſirs ,
Et de tous les mortels je flatte les defirs ;
Au plus infortuné je promets un miracle ;
Et bientôt il s'endort fur la foi de l'Oracle ;
Mais , avec ſon flambeau , la trifte Vérité
Des ombres de l'erreur perce l'obfcurité ;
Alors de mes difcours il connoît le menfonge ,
Et pleure en s'éveillant la perte d'un beau fonge.
(Par Mile Adélaïde de Mont- Luçon. )
RÉPONSES A LA QUESTION :
"
Lequel déplait davantage aux Femmes
» le Poltron ou l'Indifcret.
I.
UN lâche , un indifcret en amour font à craindres
Qui les a pour amans fera toujours à plaindre .
Si l'un des deux pourtant doit obtenir le prix ,
A l'indifcret je livrerai mon âmé :
Liv
200 MERCURE
Il ne fut que l'objet du blâme ;
Le lâche eft l'objet du mépris .
( Par Mlle de Moüen. )
I I.
Du coo vainqueur les chanfons indifcrettes
Divulguent fur les toits les faveurs de l'Amour ;
L'inftant d'après , accueilli des poulettes ,
Il vient encor fêter la baffe- cour.
Le timide ramier , près de fa tourterelle ,
N'affronte point la ferre du vautour ,
Mais il fait lui jurer vingt fois d'être fidèle.
Jeune amant , retenez cette fage leçon ,
Qu'il faut être ramier ou coq près de fa belle ,
Pour être impunément indifcret ou poltron.
( Par M. M..... L. , à Nifmes. )
I I I.
UNE femme en fecret rougit de fon amant
S'il eft poltron ; mais l'indifcret qu'on aime ,
Fait rougir en public ſa belle doublement ,
De fon amant & d'elle - même.
( Par M. D*, L*. I * . Offic. d' ********** . )
I. V.
LICIDAS eft poltron , & c'eſt à qui l'aura ;
Et qui s'en fait aimer , ne fe croit pas à plaindre.
Tant qu'il fera difcret le fexe l'aimera ;
Le poltron craint ; l'indifcret eft à craindre,
(Par M. B. M. Cabarrus. )
DE FRANCE. 201
V.
INDISCRET par étourderie ,
L'amant peut mériter qu'on lui pardonne un jour ;
Celui dont la valeur par la crainte eft flétrie ,
En manquant à l'honneur perd fes droits fur l'amour.
Et fi de l'un des deux devenant la conquête ,
Je n'avois d'autre choix que celui du malheur ,
J'aimerois mieux rougir au bruit de ma défaite ,
Que rougir en fecret au nom de mon vainqueur.
(Par une Abonnée. )
V I.
« PAR une queftion preffante ,
» Entre le lâche & l'indifcret ,
L'on veut fixer le choix d'une fenfible amante !
Le mien depuis long-temps eft fait ,
Difoit hier la coquette Victoire
En lifant le Mercure avec un air furpris :
» Le lâche pour toujours vous expoſe au mépris ,
» Et l'indifcret fouvent ajoute à notre gloire .
و د
( Par M. Séguret , Avocat. )
V I I.
1
A L'INDISCRET je me halarde ;
L'efprit fe dompte par le coeur ;
Mais le poltron ! que Dieu m'en garde !
Peut- on aimer quand on a peur ?
( Par M. le Loup. )
I v
28022 MERCURE
VII I..
ÉGALEMENT près d'une belle ,.
Tous deux déplaiſent ſelon moi ::
Si le poltron craint trop pour foi ,.
L'indifcret craint trop peu pour elle.
(Par M. Theveneau.
F X..
UN INDISCRET né put qué déplaire à fa bellez
Mais lé poltron fandis put être intéreffant ;
L'un l'immole cruellément ,
Et l'autre au moins fé conferve pour elle.
(Par M. de la Combe , Chirurgien - Major du:
Régiment de Picardie. ):
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE ,
La Bergère Life , placée entre deux Amans :
rivaux , Hilas & Coridon , prend un bouquet
qu'elle avoitfurfon fein , & le met au chapeau
de: Coridon ; enfuite elle prend un bouquet:
qu'Hilas avoit àfon chapeau , pour le placer
furfon propre fein ; lequel des deux Amanss
eft en droit de fe croire plus favorife ?
DE FRANCE. 203
+
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait des Lettres d'un Cultivateur
Américain , écrites à W. S. Ecuyer, depuis:
l'année 1770 jufqu'à 1781 , traduites de
l'Anglois par ***. A Paris , chez Cuchet ,
rue & hôtel Serpente.
Il faut bien nous arrêter avec l'Auteur fur
le tableau des cruautés & des dévaftations.
de la guerre. Il ne faut pas perdre une occa--
fion d'en infpirer l'horreur. On ne fait quetrop
, pour l'honneur des Anglois , avec:
quelle barbarie ils ont traité les Américains ,
fur-tout au commencement de la guerre ..
C'eſt au milieu de ces fcènes d'épouvante &
de confternation , que M. de Saint -John de
Crevecoeur a écrit , on le fent bien à la profonde
énergie de les peintures dans le moreeau
qu'il a intitulé l'Homme des Frontières
dont voici le commencement.
" Le moment eft enfin arrivé ; il faut périr
» ou abandonner ma maiſon . Il faut quitter:
ces champs que j'ai défrichés moi - même ,,
& dont je tirois ma fubfiftance ; il faut
fuir de ces lieux qui m'ont vû naître , de:
» ce beau verger que j'ai planté ; mais quelle:
» contrée irai -je habiter ? Si même je puis:
me frayer un paffage à travers les dan
33
"
1
Lvjj
204
MERCURE
"
» gers qui m'environnent , où porter mes
" pas ? Fuirai-je fous le pôle , vers ces cli-
» mats où l'année n'offre aux mortels que
» la trifte alternative d'un long jour & d'une
longue nuit ? Que dis -je ? Un jour de fix
» mois feroit trop gai , trop brillant pour
» moi ; mes yeux , fatigués de pleurs , pourroient-
ils le fupporter ? Il ne leur faut
» que la lueur incertaine des aurores boréales
, un fimple crépufcule leur fuffit.
Fuyons , hâtons nos pas vers ces régions
hyperboréennes ; elles font le féjour de la
» trifteffe & de la mélancolie.
"3
"
"
"
Vous connoiffez la pofition de notre
» établiffement ; vers le Nord-Ouest , il eft
» confiné par une vafte chaîne de monta-
" gnes ; vers l'Eft , le pays n'eft encore que
» foiblement habité ; nos habitations iſolées
» font placées à une grande diſtance les unes
» des autres ; car chacun fe place fur la par-
» tie de les terres qui lui convient le mieux.
» C'eft du fein de ces montagnes que notre
ود
ennemi peut fortir à chaque moment ,
» pour nous ruiner & nous écrâfer ; c'eſt
» une retraite d'où nous ne pouvons les
chaffer , & d'où ils peuvent s'introduire
» dans nos cantons quand ils le veulent.
Nous ne pouvons échapper à une deftruc-
» tion totale , tout étant déjà brûlé depuis
la rivière de l'Ognion jufqu'au lac Champlain
; & la Grande - Bretagne ayant formé
la réfolution barbare de détruire nos
frontières. Elle croit nous affoiblir , elle
و د
">
"
DE FRA N.C E.
205
» fe trompe ; la ruine de trois mille familles.
produira plus de fix mille défenſeurs à
» notre patrie.
و د
Ce qui rend ces incurfions plus terti-
» bles encore , c'eft qu'elles font exécutées
preſque toujours dans les ténèbres de la
» nuit. Nous n'allons jamais travailler dans
» nos champs fans être faifis d'un effroi
» involontaire , qui affoiblit nos forces &
diminue la fomme de nos travaux . Le
» récit de ces expéditions devient le fujet de
» nos converfations journalières ; chacun
» rapporte avec lui les détails de quelque
" nouvelle deftruction . Ces hiftoires , répétées
au coin de nos feux , fe multiplient ,
» fe groffiffent dans nos imaginations ef-
» frayées , & augmentent la maffe de nos
ود
ود
"
» terreurs.
وو
30
Nous ne nous mettons jamais à table
» fans que le plus petit bruit ne répande
» une alarme générale , & ne nous empêche
» de jouir du plaifir de nos repas. L'appétit ,
» qui jadis provenoit de nos travaux & de
» la tranquillité de nos efprits , n'exiſte
» plus ; nous ne nous repaiffons que par
" pure néceffité. »
99
"
"
39 Notre fommeil eft interrompu par une
fucceffion de rêves effrayans ; quelquefois
» même frappé d'un bruit imaginaire , je
» m'éveille , j'appelle tous mes gens , je fors
» avec précipitation pour aller à la rencon-
» tre de l'ennemi , croyant le moment de
fon attaque arrivé . D'autres nuits , le hour206
MERCURE
"
23.
lement des chiens nous femble un pro--
» noftic certain de l'approche des Sauvages
( que ces animaux même redoutent ) ;
» pour lors , toute ma famille fe lève , chacun
prend les armes. Ma pauvre femme
( la poitrine gonflée de fanglots qu'elle-
» cherche à étouffer , les yeux pleins de
larmes qu'elle voudroit cacher ) me dit
» adieu , en me prenant par la main , com--
» me pour la dernière fois ; elle faifit rapi-
» dement les plus jeunes enfans , qui , fou-
» dainement eveillés , augmentent encore
» par leurs queftions innocentes , l'horreur
de ce moment terrible ; elle va les cacher
» dans notre cave , comme fi cette cave
» étoit inacceffible aux ravages du fen . Je
place tous mes gens aux fenêtres , j'occupe
ma porte , où je fuis déterminé à
périr.
99
وو
93
"
"
La terreur augmente & multiplie tous
» les bruits d'alentour ; nous prêtons l'oreille ;
le
coeur nous palpife ; chacun écoute avec
l'attention la plus fcrupuleufe , & com-
» munique fes conjectures à fon voifin ; on
croit deviner , quelquefois on fe flatte que
» ce n'eft qu'une fauffe alarme ; c'eft ainfi
» que nous paffons fouvent des heures entières
, nos coeurs déchirés , nos efprits
» tourmentés par le doute le plus cruel.
Fatigué de cet état d'incertitude , je me
fens faifi de la frénéfie du courage , &
» defire l'arrivée du moment décifif; car
alars. la vie me paroît un préfent. maudit ::
"3
23
1
DE FRANCE. 2:07
30:
99
29
de me
» dans d'autres momens , je fens toute ma
fermeté s'évanouir par la multitude de
réflexions que je fais , & particulièrement
lorfque ma femme envoie un de nos enfans
s'informer de l'état des chofes , qui
ne manquent jamais , en outre ,
" faire les queftions les plus embarraffantes..
» C'eft alors , je le confefle , que les fenfa-
» tions de ruari & de père me plongent dans
le défefpoir , & ctouffent le germe du
courage. Convaincu enfin que c'étoit une
fauffe alarme , nous nous . couchons une
feconde fois ; mais quel bien peut nousfaire
le doux fo nmeil , quand il eft in--
» terrompu par de pareilles fcènes ? »>-
99
"
ود
en reve ant aux ta-
Soulageons -nous ,
bleaux li naïfs & fi intére ffans qui abondent
dans cer Ouvrage . Je choilis lanecdote du
Chien Sauvage , comme celle dont les détails
nous font le plus étrangers , & peuvent
le mieux fe déracher. En voici le precis ..
Dans le Comté de U-Er , voifinage de
Wavarfing, vivoit un Colon , que l'on pou
voit , dit l'Auteur , appeler le dernier des
hommes ; car il poffédoit la dernière plantation
de cette vallée vers les montagnes
bleues. Il n'avoit rien à . redouter que les incurfions
des Sauvages ; mais il vivoit bienavec
eux , & en étoit aimé:
Ce Colon avoit onze enfans ; mais ,
comme Jacob, il en avoit defiré un douzième ;
& , comme ce bon Patriarche , depuis quatreans
, il avoit vâ fes voeux exaucés. Un jour
1.
2
208 MERCURE
ce dernier enfant , ce petit benjamin , fe
perd dans les bois. On paffe la foirée & la
nuit à le chercher ; les échos fauvages répon
doient feuls à nos cris. « Dans ce moment
» arrive un Sauvage du village d'Anaquaga ;
» il ne trouve dans la maifon qu'une vieille
Négreffe retenue par les infirmités . Où eft
monfrère , lui demande - t'ill? Hélas, dit la
» femmenoire , il a perdufon petit Dérich ,
» & tout le voisinage le cherche dans les bois.
-Sonnes la trompe , tâche defaire revenir
» ton maître , je lui retrouverai fon enfant.
Aufli-tôt que le père fut revenu , le Sauvage
lui demanda les derniers bas & fou-
» liers que le petit avoit portés ; il les fait
fentir à fon chien. Prenant enfuite la maifon
pour un centre , il décrivit un cercie
» d'un quart de mille de femi - diamètre ,
» ordonnant à fon chien de fentir la terre
" par-tout où il le conduifoit ; le cercle
» n'étoit pas encore complet , lorsque ce
•
"
"
fagacieux animal commença à abboyer.
» Cet heureux fon porta fur le champ dans
» le coeur des parens défolés , quelques foi-
» bles rayons d'efpérances. Le chien fuivit
la pifte , & abboya encore ; nous le pourfuivîmes
avec toutes nos forces , & bien-
» tôt nous le perdîmes de vue dans l'épaif-
» feur des bois . Une demi-heure après , nous
» le vîmes revenir. La contenance de ce
» chien étoit vifiblement changée ; l'air de
" joie y étoit peint ; j'étois sûr qu'il avoit
» retrouvé l'enfant ; mais étoit -il mort ou
DE FRANCE. 209
و د
vivant? Quelle cruelle alternative pour ces
pauvres parens , ainfi que pour le reſte
» de la compagnie ! Le Sauvage fuivit fon
» chien , qui ne manqua pas de le conduire
» au pied d'un grand arbre , où l'enfant étoit
» couché, dans un état d'affoibliffement qui
approchoit de la mort : il le prit tendrement
dans fes bras , & fe hâta de l'apporter
vers la compagnie , qui n'avoit
» pu le fuivre avec la même promptitude ;
» heureufement le père & la mère avoient
» été en quelque manière préparés à rece-
» voir leur enfant ; il y avoit plus d'un
» quart d'heure qu'ils avoient commencé
à former quelques efpérances ; une foible
» lueur avoit pénétré dans leur coeur , dès
» qu'ils entendirent les premiers accens du
» chien fauvage ; ils coururent à la ren-
» contre de leur frère , dont ils reçurent
» leur cher Dérick avec une extafe & un
empreffement que je ne puis vous décrire. »
Suit enfuite la defcription d'une grande
fête , où l'on vient de dix lieues à la ronde ;
mais la fête n'eft rien , en comparaifon de
la cérémonie qui eut lieu le lendemain.
95
*
" Le lendemain Lefèvre , ( c'est le nom
» du Colon ) plein de reconnoiffance , of-
» frit au Sauvage ce qu'il croyoit pouvoir
» lui être utile ; mais embarraffé , confus ,
» peu accoutumé à des fcènes fi bruyantes ,
» il s'étoit retiré dans la grange , d'où à peine
» put-on le faire fortir. Enfin , après beaucoup
de perfuafions , il accepta une cara210
MERCURE
99
bine de Laccafter , * de la valeur de 160 1.
» Le nom de cet honnête Sauvage étoit Téwéniffa
; celui de fon chien Oniale : certecirconftance
ne fut pas même oubliée .
" Vers les dix heures , Lefèvre pria la Compagnie
de fe raffembler dans la cour : il
» fit alfeoir l'indien auprès de lui , & prenant
fon enfant dans fes bras , il parla
» ainfi vous obferverez que ce Colon
» ayant toute la vie fait la traite des Sauvages
, en connoiffoit parfaitement bien
» la langue & toutes les coutumes . )
"
>>
"" Tewénilla , avec cette branche de wam-
» pun , je touche tes oreilles ; Téwéniffa ,
je m'adreffe à toi : mon coeur étoit navré ,
tu en as guéri la bleffure. Je pleurois amè
» rement , crainte d'avoir perdu mon enfant
; tu as defléché mes pleurs , en le re-
» trouvant par le moyen de ton fidèle chien.
» Vienx comme je fuis , j'avois perda le
» bâton de ma caducité , la confolation de
» mes vieux jours ; tu l'as retrouvé ce bâton
» & cette confolation . Ma femme & mor
» nous étions comme deux couleuvres ,
"
"
roides & fans vie ; tu nous as ranimés en
» nous approchant du feu . Que ferai -je pour
» toi , Téwéniffa ? Il y a déjà bien des lunes.
» que tu connois mon coeur ; il y a bien des.
lunes que , comme homme , tu étois mon
» ami : aujourd'hui fois mon frère ; je te
reconnois & t'adopte comme tel , devant
Ville de la Penfylvanie.
DE FRANCE. 211
» tous ces témoins . Écoute , Tewéniffa ; li
jamais tu deviens incapable de chaffer
» viens ici y vivre a ta façon ; je t'y bâtirai
» un Vigwhim . Je ne t'offre point de terres ,
» tu n'en veux point ; c'est de 101 & de tes
" ancêtres que nous tenons celles que nous
cult vons. Si jamais tu es bieffe , viens
» fous mon toit, je fucerai ta bleffure ; * fi
jam is tu es fatigué de ton village & des
sa tiens , viens vivre avec un homme blanc ,
» que tu as aimé il y a long-temps , & qui
» aujourd'hui te reconnoît pour frère. Si
33
janaais tu as canfe de pleurer , je defféche-
» rai tes larmes , comme tu as defféché les
miennes. Si jamais Kititchy Manitou **
te prive de tes enfans , ou t'afflige , viens
» ici , tu y trouve as une peau d'ours , je te
confolerai , fi je le puis . Comme mon
» frère adoptif , je te donne cette branche
» de wampun bleu & blanc . Quand les
" tiens , à ton retour à Anaquaga , te ver-
39
ront porter ce wampun fur ta poitrine ,
» tu leurs diras ce qui s'eft paffe. Quand ton
» chien fera vieux & ne pourra plus te fui-
" vre , je lui donnerai de la viande & du
» repos. Téweniffa , j'ai fini . Il prit en-
» fuite le Sauvage par la main , & le fit
» fumer dans fa pipe , & ajouta en langage
» Hollandois : mes voifins & mes amis ,
-
* C'est la méthode ordinaire des Sauvages.
** Le mauvais génie..
212 MERCURE
" » voilà mon frère ; que dorénavant le nom
de Dérich , par lequel men douzième en-
" fant étoit connu , foit entièrement oublié ,
comme s'il ne l'eût jainais reçu à fon
baptême , & qu'il ne foit appelé le reſte
» de fa vie , que par celui de fon libérateur
» & oncle Téwéniffa .
99
"
"3
•
"
» Toute l'Affemblée applaudit à ce qu'il
» yenoit de dire , & par fon approbation
fanctifia cette nouvelle adoption. Le
Sauvage , qui avoit reçu deux branches
» de wampun , & qui avoit entendu un difcours
; fuivant leur ufage , fe prépara à y
répondre; pendant plus d'un quart-d'heure,
il fuma fans rien dire , les yeux vers la
terre , enfuite il parla ainſi :
38
ود
" Dérich , je te donne une branche de
» wampun, afini que tu m'entende mieux ;"
avec la même branche , je nécoye le
fentier qui mène de notre village à ta
Wigwhain. Écoutes , ce que tu m'as dit
eft gravé fur mon efprit ; je ne puis être
» ton frère , fans que tu fois le mien ; quoi-
» que nous ne foyons pas du même fang ,
tu l'es , & ma Wigwham eft devenue la
» tienne jufqu'à ce que nous allions vers
l'Oueft ; donnes -moi ta main , & fumes
dans ma pipe. ( Lefèvre le prit par la main
» & fuma dans fa pipe. ) Mon frère , je n'ai
» rien fait pour toi que tu n'euffes fait pour
*
* Endroit de repos après la mort.
DE FRANCE. 213
ود
*
» moi ; c'eft Kitchy Manitou qui voulut que
je pafsâffe hier devant ta Wigwham . Puif-
» que tu es heureux , je fuis heureux ; puif-
» que ton efprit fe réjouit , le mien fe réjouit
» auffi. Quand tu viendras à Anaquaga **
» tu n'iras plus te chauffer au feu de Ma-
» taxen , de Togararoca , de Wapwalipen ,
» & de tes autres amis ; mon feu eft dès-
›
>
aujourd'hui le tien ; je t'y donnerai une
» peau d'ours pour y repofer tes os . J'ai
» fini. Je te donne cette feconde branche
» de wampun , afin que tu te reffouvienne
» de ce que je t'ai dit . Ainfi finit la céré-
» monie. L'enfant , devenu homme depuis ,
» n'a jamais quitté un nom qui étoit devenu
» le fceau de fa reconnoiffance , ainfi que
» de celle de fon père . J'ai vû plufieurs de
» fes Lettres qui étoient fignées Téwéniffa
» Lefèvre. Son libérateur & oncle adoptif
mourut quelques années après ; le jeune.
homme , par l'aveu de fon père , fut à
Anaquaga , où , devant tout le village Sau- .
vage , & le Miffionnaire , qui étoit un
» Miniftre Morave , il adopta pour frère
» celui des enfans du vieux Téwéniffa , qui
portoit le même nom. Ce jeune Sauvage
» n'a jamais depuis traverfé les Montagnes
bleues fans s'arrêter chez Lefèvre , à qui
j'ai entendu dire bien des fois qu'auffi
"
"3
"
99.
ง
* Le bon génie.
** Village fauvage fur les rives occidentales de la
rivière Sefquehannah .
214
MERCURE
F "
&
long-tems qu'il vivra, il n oubliera pas qu'il
doir fa vie au père de ce frère ado tif.
Je ne connois pas d'Ouvrages où l'on trouz
ve des faits plus curieux , plus touchans ,
rapportés avec une fide ité plus originale . I
eft peu d'hommes qui ayent vû de telles
fcènes , & qui fachent les rendre ainfi , telles
qu'il les a vûes.
Je ne me lafferois pas de rapporter de
longs morceaux de ce Livre , on ne fe lafleroit
pas de les lire ; mais il faut finit. Cependant
parmi tant de beaux traits de vertu , il en eft
un qui me frappe d'une manière particulière ;
je vais encore en enrichir cet extrait. Il eft
tiré d'une Lettre qui a été communiquée à
l'Auteur.
Suivant certe Lettre , le Docteur M........
vifitant un jour les malades de l'Hôpital de
l'Armée Américaine à Albany , arrive à un
Soldat, dont la contenance honnête & noble
le frappe du premier abord . Celui- ci le fixe
long-temps à fon tour , comme un homme
qui médite fon deffein ; enfin il prend ſa réfolution
, & il prie le Docteur de l'écouter.
Je viens d'apprendre , lui dit-il , que mes
parens viennent de perdre leur fecond fils ;
jai un vif defir de retourner vers eux ; le
temps de mon engagement eft prêt d'expirer;
je trouve un homme qui s'offre à prendre
ma place ; mais j'ai besoin pour ces arrangemens
d'une fomme de cent piaftres ; je fuis
d'une famille honnête & riche établie en
Virginie; je m'adreffe à vous ; voudrez-vous
DE FRANCE. 215
prendre foi dans la parole d'un Soldat Americain
? J'examinai de nouveau fa phyfionomie
, dit le Docteur M..... , je confultai l'impreffion
fecrette qu'elle fit fur moi , & je ne
balançai pas à lui accorder fa demande.
Jamais bonne action ne fut fi bien placée
& fi bien récompenfée. Voici la Lettre que
le Docteur reçut , cinq femaines après , du
père du jeune homme.
"
Virginie , Culpeper County , 27 Décembre 1778 .
.
" J'avois deux fils , l'un a déjà péri dans
ces temps orageux ; mais il eſt mort en
défendant fa patrie ; l'autre alloit difparoître
auffi, & vous l'avez confervé, en lui
» donnant les moyens de venir rejoindre les
» parem . Déjà affligé par la mort du pres
mier , je devenois de jour en jour plus
malheureux , par la crainte de ne revoir
jamais le fecond. Sans vous , peut-être
férions-nous aujourd'huifans enfans . Mais,
» dites-nous , quel eft le motif qui vous a
» déterminé à cette généreufe action ; à choi-
» fir notre enfant parmi tant d'autres qui
239
و د
و د
و د
23
39
méritoient également votre attention ?
» Bénie foit la main invifible qui vous a
» conduit fecrètement vers fon lit , & vous
a fait écouter attentivement ce qu'il avoit
» à vous propofer. Il nous a informés que
» ce jour étoit le 14 d'Octobre ; qu'il foit
» dorénavant l'époque d'une joie annuelle
» dans ma famille : je le confacre , afin qu'il
foit diftingué des autres par les remercâ
216 MERCUREA
ود
ور
» mens les plus fervens à l'Etre Suprême ,
» par une fufpenfion de travail , par les
» plaifirs innocens. Mes efclaves partageront
» avec nous la joie infpirée de ce doux fou-
» venir : permettez qu'ils entrent pour quel-
» que chofe dans cette reconnoiffance générale
; ne méprifez pas la part qu'ils y
prennent , car ce font des hommes , &
je les ai toujours traités comme tels . Vous
» avez procuréà notre fils la fanté , la liberté ,
» le plaifir de revoir fes parens ; que de
>> bienfaits ! heureufement ce jeune homme
» a beaucoup d'amis & de parens , fans cela
le poids de fa reconnoiffance feroit trop
» difficile à fupporter. Il m'a dit que vous
n'aviez jamais été père ; vous ne pouvez
» donc connoitre ma joie , ni les fenfations
paternelles qui tranfportent mon coeur;
» la foigneufe nature les cache comme un
» tréfor à ceux auxquels elle n'a point
donné d'enfans. Nous ne
ود
ود
و ر
3
و د
nous connoiffons
pas , il eft vrai ; mais les hommes
vertueux font unis par les liens d'une confanguinité
intellectuelle. Dorénavant , regardez
-moi comme votre ami ; je ne négligerai
rien pour mériter ce nom : par la
» loi de la nature , je fuis le père de mon
» enfant ; vous êtes le père adoptif que la Pro
» vidence lui a donné dans le moment criti
» que de l'abandon & de l'indigence ; nous
fommes donc frères : faffe le ciel que cette
» union nouvelle foit à jamais durable ! .....
» Venez nous joindre , venez partager avec
"
» nous
DE FRANCE. 217
"?
33
ور
و د
ود
">
و د
» nous la poffeffion & la jouiffance de tout
ce que nous avons : vous êtes déjà incorporé
dans notre famille : venez prendre
poffeffion de cette chaife , qui vous at-
» tend à notre table . Ma femme ! mais qui
» peut exprimer les chagrins , l'affliction , la
joie , la furprife , l'amour & tous les dif-
» férens mouvemens de la fenfibilité mater
nelle ! ce n'eft que par le ferrement énergique
de fes mains , par fes larmes , fes
" tourires , que vous pourrez recueillir
» toute l'étendue de fa reconnoiffance : nonfeulement
notre famille entière , mais tout
» notre voifinage , auquel votre nom eft
déjà devenu cher , vous recevra comme
» vous le méritez , & vous convainora qu'il
» y a encore des âmes qui n'ont pas perdu ,
dans les cruautés de cette guerre , les fen-
» timens qui diftinguent les hommes ver-
» tueux. Pour vous convaincre que cette
Lettre n'eft pas formée de paroles vagues ,
infpirées par la joie foudaine de fentimens
qui bientôt s'évaporent & s'oublient ; pour
» vous convaincre que l'impreffion faite for
» nos coeurs par votre générofi é , fera auffi
» durable que le fervice que vous nous avez
» rendu , le porteur de cette Lettre , qui
» eft le fils de mon frère , vous délivrera un
contrat authentique & légal de la moitié
de la plantation de *** , accompagné d'un
Nègre que je vous donne , d'un fecond
» venant de mon fils , d'un troifième venant
» de la mère de ma femme , & d'un Efclave
N°. , 29 Janvier 1785 .
و د
»
و ر
"
29
»
"
K
218 MERCURE
» que vous offrent chacun de mes frères.
» Ce contrat , ainfi que le billet de vente ,
» comme vous le verrez par l'endoffement ,
» font fignés , fcellés & recordés fuivant la
» loi . Cette nouvelle propriété eft irrévocablement
la vôtre.
33
33
» Heureux fi notre fol , notre gouverne-
» ment , notre climat peuvent vous perfuader
de réfider parmi nous ! Uniffez ce
petit préfent à votre fortune ; venez de-
» meurer en Virginie , où vos talens , votre
mérite & votre humanité font déjà con- .
» nus , & vous procureront tous les avan-
22
33
tages que peut produire l'eftime d'une fa-
» mille reconnoiffante & d'un voisinage
» éclairé. Puiffe le meffager que j'envoie
→ vous trouver ſain & fauf, & vous amener
dans nos bras ! »
Signés , William , Arthur , Suſannah.
Quels fentimens & quelles moeurs ! dans
quel temps & dans quel pays la vertu futelle
plus fimple & plus fublime ! dès qu'on
connoît de telles actions , on doit aux bons
coeurs de les leur faire connoître. Eh bien !
j'en ai encore une plus belle à rapporter ; &
pour augmenter l'intérêt qu'elle doit exciter ,
je me hâte de dire que c'eft l'Auteur même
de cet Ouvrage , qui en eft l'objet ; il l'écrira
un jour avec cette effufion d'âme qui rend
fes récits fi touchans ; mais avant que fa reconnoiffance
ait pu s'épancher , fes amis lui
doivent de publier un bienfait fi généreux ,
DE FRANCE. 219
Pendant un féjour de deux ans que M. de
Saint-John de Crevecoeur , actuellement
Conful de France à New-Yorck , a fait en
France , étant chez M. fon père , qui vit
dans fa Terre , en Normandie , il apprend
que des étrangers , qui ne parlent qu'Anglois ,
ont échoué fur une des côtes de cette Province
, & font arrivés dans l'état le plus déplorable.
Sa penfée fe tourne tout de fuite
vers fes compatriotes. Si c'étoit des Américains......
Il part à l'inftant ; il ne s'étoit
pas trompé ; il trouve quatre prifonniers
de guerre qui s'étoient expofés à tout , pour
échapper à la rigueur de leur prifon ; il les
amène chez fon père , Gentilhomme digne
de prendre toujours fa part dans une bonne
action ; il leur prodigue tous les fecours ;
il vient à Paris folliciter quelques grâces
pour eux ; il les met à même de retourner
bientôt dans leur pays , comblés des bons
traitemens qu'ils avoient reçus en France.
M. de Crevecoeur avoit laiffe fa femme & fes
enfans dans un pays expofé à tous les ravages
de la guerre ; il étoit d'autant plus inquiet fur
leur fort , qu'il n'avoit pas reçu de leurs nouvelles
, depuis fon départ ; il étoit embarraffé
pour leur faire parvenir fes lettres ; il charge
fes compatriotes d'un foin fi cher. Ces hommes
arrivés à Bolton , fentent toute la difficulté
de remplir cette commiffion ; ils
croyent auffi sûr de çonfier à la pofte les lettres
de M. de Crevecoeur. Mais ils ne fe taifur
les procédés de celui - ci ; ils les
fent
pas Kij
220 MERCURE
>
racontent un jour dans un dîner où fe trouvoit
M. Fellows , un des plus refpectables
Citoyens de cette ville. M. Fellows fe fent
pénétré de la noble conduite de M. de Crevecuar
; il en conçoit une auffi vive reconnoiffance
, que fi elle l'avoit fecōuru luimême
, il rentre chez lui plein de tous ces
fentimens . Je tiens ces détails de M.Williams ,
Citoyen de New- Yorck , qui les a reçus luimême
de la bouche du digne M. Fallows. Il
communique donc à fa femme ce qu'il vient
d'apprendre : Cette pauvre femme , ces pauvres
enfans doivent être bien malheureux
dit-il , pendant que leur père & leur mari en
agit fi bien envers nos compatriotes , ils ne
favent ce qu'il eft devenu. Je neferai pas tranquille
tant que je les faurai "dans la peine. Il
me vient une idée ; je veux les aller chercher ,
les amener chez nous ; du moins quand leur
père reviendra, il les trouvera en bonnes mains.
Il eft bon de remarquer que jufqu'alors , il
n'avoit pas entendu parler de M. de John, qui
avoit vécu dans une autre Province , & qu'on
touchoit à la faifon des neiges , qui , pendant
long - temps , interceptent les communications
dans la partie feptentrionale des
États-Unis. Cependant il part. Son bon coeur
ne pouvoit l'amener plus à -propos. La mère
étoit morte , & les enfans avoient befoin
d'une adoption auffi tendre , auffi généreufe
; il les conduit chez lui , où lui & fa
femme ne les diftinguent pas de leurs propres
enfans. « J'ai vû , m'a dit M. Williams ,
DE FRANCE. 221
» la lettre que M. Fellows écrivoit à M. de
» Saint-John ; il n'y montroit que la douce
33
" "
fatisfaction d'avoir recueilli chez lui de fi
» aimables enfans ; & il rendoit compte au
père de l'éducation qu'il leur donnoit, avec
» le fcrupule & les longs détails d'un Gouverneur
qui n'eft occupé que de bien
remplir fon devoir. Si je connoiffois
quelque dûr mifantrope , j'irai lui raconter
ce trait pour le réconcilier avec l'humanité.
En le confignant dans un Ouvrage qui a un
grand nombre de Lecteurs , je goûte un véritable
bonheur , en me figurant le naïf étonnement
de ce digne Américain , lorſqu'il apprendra
que toute la France s'eft entretenue
avec attendriffement d'une action , qui lui
paroiffoit fi fimple & fi naturelle.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
CODE des Prifes , ou Recueil de la
Légiflation fur la Courfe en Mer , & ſur
l'Adminiftration des Prifes , depuis 1400
jufqu'à nos jours ; imprimé par ordre du
Roi à l'Imprimerie Royale. 2 volumes
in-4 . Prix , 4 liv. brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluni.
-
M. CHARDON , Maître -des -Requêtes , &
Procureur Général du Confeil des Prifes,
chargé par le Roi de la rédaction de cet Ouvrage
s'étoit déjà fait connoître avantageu-
K iij
222 MERCURE
fement par un Ffai d'Hiftoire Naturelle &
Civile de l'Ile de Sainte- Lucie , & d'excellens
Mémoires fur l'Ifle de Corfe.
Ce Code des Prifes doit lui donner de
nouveaux droits au fuffrage du Public , &
nouveau titre à fa reconnoiffance.
un
!
Les Courſes maritimes , quoique autorifées
par les Puiffances dans tous les temps ,
étoient toujours foumifes à une légiflation
très-incertaine , & qui varioit fuivant les.
circonftances ; enfin , jufqu'en 1744 , la rigueur
ou la modération des jugemens rendus
dáns ces fortes de matières , étoit déterminée
à peu - près par l'intérêt perfonnel. A cette
époque parut le premier réglement qui a mis
de l'ordre dans ces difcuffions.
L'Ouvrage que nous aunonçons préfente
un apperçu de l'hiftoire de cette Adminif
tration depuis 1400 ; on y trouve d'abord
les Titres de l'Ordonnance de 1681 , qui , à
bien des égards , a renouvelé ce qui s'étoit pratiqué
jufqu'alors , avec l'indication des loix
qui l'ont fuivie ou précédée.
Aux jugemens du Confeil des Prifes , on a
joint un fommaire qui expofe les cas qu'on a
jugés , & les motifs qui ont déterminé les
jugemens.
On y trouve auffi le tarif des droits que
les marchandiſes de prifes doivent au département
des Finances , foit celles qui font exclues
du commerce par leur nature, foit celles
qui font foumises à des droits prohibitifs ,
ou qui font tout- à-fait prohibées.
DE FRANCE. 223
Ce fimple expofé fuffit pour faire connoître
l'utilité de cet Ouvrage ; & ce qui le
rend commode pour ceux qui auront à le
confulter , c'eft qu'on a joint au fecond volume
une table raifonnée , qui , au -deffous
de chaque mot , donne tous les renfeignemens
qui y font analogues.
LETTRE au Rédacteur du Mercure. !
UN Profeffeur de notre Ecole de Deffin , vient.
dexécuter fut le mur de face de cette Ecole , un
Gnomon , avec les détails & tous les acceffoires
qui peuvent contribuer à la perfection de cette
machine aftronomique.
Nos Concitoyens s'évertuent pour l'orner d'une
devife ou infcription d'autant plus difficile , qu'ils y
veulent faire entrer l'Hôtel- de- Ville & le Siége de
la Jurifdiction Confulaire , contigus à l'Ecole de
Deffin : les Affiches Troyennes font chamarrées depuis
quelque temps d'Infcriptions & de Deviſes relatives
à cette intention .
Les Maîtres de l'Art des Devifes ( les PP.
Lemoyne , Ménetrier & Bouhours ) ont établi pour
principe fondamental de cet Art , très- grand à leurs
yeux, que le mot de la Devife ne doit rien dire qui ne
fe puiffe vérifier par la figure , c'eft - à- dire , que la
jufteffe du mot tient à l'unité qui lui doit être commune
avec la figure.
La figure eft ici une ligne méridienne , avec
des appendices qui indiquent chaque pas de la marche
journalière du foleil , les écarts périodiques qui
l'éloignent & le rapprochent alternativement des
tropiques , & fon entrée fucceffive dans les fignes du
Kiv
224 MERCURE
zodiaque. Les lignes tranfverfales donnent le point
de cette entrée , en coupant la perpendiculaire qui eft
la baſe , & comme le moyen de toute la machine ,
où l'oeil fuit ce que Virgile , toujours auffi jufte
qu'élégant dans l'expression , appelle folis labores.
Or , en combinant ces travaux du foleil , indiqués
par les diverfes lignes du Gnomon , avec ceux de
Î'Ecole du Deffin , le mot de la Devife fe rencontre
dans le mot célèbre d'Appelles : NULLA DIES
SINE LINEA ce mor rappelleroit fans ceffe
les Elèves de notre Ecole à l'affiduité continue au
travail , affiduité qu'un des plus grands Maîtres de
Art regardoit , d'après fon expérience , comme le
moyen capital pour la perfection de l'Art , & pour
celle de l'Artiste.
Quant à la queftion récemment renouvelée , fur la
préférence du Latin ou du François pour nos monumens
publics , elle fe trouve décidée en faveur du
Latin par un grand exemple que nous avons fous les
yeux.
Lorfque Girardon eut terminé le magnifique
Médaillon de Louis XIV , qu'il deftinoit pour notre
Hôtel de Ville dont il fait le principal ornement
Racine , Boileau & Santeuil , travaillèrentà l'envià une
inferiprion. Celle de Boileau ,
. C'eft ce Roi fi fameux , &c.
fait partie de fes OEuvres dans les dernières Éditions.
Celle de Santeuil ,
Per quem relligio , & c.
a été placée au bas de la ftature pédestre de Louis XIV ,
qui décore la façade de notre Hôtel- de -V: lle . Le bon
La Fontaine, qui fe faifoit aufh honneur de fes liaifons
avec M. Girardon , fon compatriote , projeta pour
fon Médaillon , une infcription qu'il fe propofoit
d'adreffer à des Troyens qui avoient envoyé à M.
DE FRANCE. 228
Girardon un pâté dont il avoit mangé fa part ; mais
s'abandonnant fur ce pâté, à un bavardage délicieux .
l'infcription fe trouva noyée dans cette Epître qui fait
une des plus agréables parties de fes OEuvres diverfes :
Votre Phidias & le mien
Et celui de toute la terre,
Girardon , notre ami , l'honneur du nom Troyen , &c.
Racine avoit auffi fait une infcription ; & quoique
plus en état que perfonne de la faire fupérieurement
en François , il avoit préféré la noble & pure fimplicité
du ftyle lapidaire des monumens de l'ancienne
Rome . De l'aveu même de Boileau , cette
infcription latine fut placée au bas du Médaillon
où nous la lifons aujourd'hui. Mais il compofa la
Lettre françoife qui accompagna l'envoi du Médaillon
à Troyes , Lettre dont toutes les idées
prifes de la chofe & revêtues du langage du coeur ,
cûr pû eile-même fervir d'infcription.
D'après de telles autorités , qu'il nous foit permis
* Le fameux Séb . le Clerc s'étoit empreffé de graver ce
Médaillon avec fes accompagnemens , formés d'enfeignes
militaires , de lauriers , de palmes , des diverfes couronnes
que décernoient les Romains à la vertu Militaire ; enfin des
médailles dont les revers offrent les principaux événemens
de la plus brillante partie du règne de Louis XIV.
Girardon , prévoyant la teinte jaune qu'imprimeroit le
temps au marbre blanc du médaillon , l'avoit cantonné de
deux tableaux des conquêtes de Louis XIV par Vander-
Meuley , fon ami , portés par un cadre noir & dont le
coloris rembruni , devoit pouffer & a pouffé au noir . On
imagina , il y a quelques années , de remplacer ces tableaux
par un lambris en mauvais ftuc ou plâtre , dont la blancheur
, contraftant avec le ton jaune , im rimé par le temps
au Médaillon , lui donne l'air d'un lange d'enfant mal tenu .
Encore eft-il heureux qu'on ne fe fcis pas avifé de regratter
le Médaillon , ou au moins de l'enduire d'une eau
de chaux & de craie , ainfi qu'on en a ufé avec les bustes de
marbre blanc placés dans le même fallon .
K▾
226 MERCURE
de tenir encore aux Inſcriptions latines , & de conferver
quelque affection pour les chefs à ceuvres latins ,
qui font aujourd'hui pour nous , ce qu'étoient les
modèles Grecs , fi fortement recommandés par
Horace à la jeuneffe Romaine , c'est-à - dire , la dernière
barrière contre l'irruption générale de l'ignorance
, du mauvais goût & de leur fuite , qui a pour
coriphée le parfait contentement de foi - même .
·
Je finis par un retour fur les liaiſons de Girardon
avec Boileau , Racine , La Fontaine & Santeuil : une
amitié fraternelle uniffoit dans le même temps
Molière , Alphonfe du Frefnai , & nos deux Mignards.
Au fiècle de Léon X , la même affection régnoit entre
Annibal Caro , le Molza , les deux Arétins & Michel-
Ange , Raphaël , le Titien : elle unifloit antérieurement
le Giotto & le Dante . Je m'écarterois trop de
mon fujet , fi j'entreprenois de développer les avantages
qui réfultoient de ce commerce , en faveur de
l'Art & des Artiſtes. Je fuis , & c .
GROSLEY , de l'Académie
Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres.
P. S. Je faifis cette occafion pour vous faire
paffer quelques remarques fur les obfervations de
M. de la Lande , relatives à ma Lettre fur la Veftale
de Legros , inférée dans un des Numéros de votre
Mercure de l'année dernière .
L'original de cette ftatue indiquée par M. de Lalande,
comparé à la copie de Legros , en établiffant d'autant
plus la reflemblance de cet original avec la Vénus
du Mont-Liban , décrite par Macrobe ,prouve feulement
les libertés que s'eft permifes l'Artifte François.
Ignorant ce qu'elle étoit primitivement deftinée à
repréſenter , il n'y a vû qu'une très-belle ftatue que
l'art pouvoit encore embellir . Il en a débarraffé la
tête du voile qui la furchargeoit à fes yeux , & l'a
ソ
1
DE FRANCE. 227
coëffée de la manière la plus avantageufe au vifage .
Il en a uſé de même à l'égard du fein , dont il a
découvert une partie ; enfin , en fupprimant les fandales
& les bas qui formoient la chauffure , il a étendu
la draperie qui ne laiffe plus voir qu'un bout de pied ;
draperie , qui , tubulée dans l'original , ou arrangée en
tuyaux égaux & parallèles , a été changée en une
étoffe large , & qui joue avec grâce.
Ces embelliffemens , rapprochés de l'intention de
l'original , ignorée par Legros , font autant de contrefens
, ceux fur tout qui tombent fur la chauffure ,
qui , formée de fandales & de bas ou galoches , annonçoit
une Divinité hyperboréenne. Telle étoit
en effet la Vénus du Mont- Liban ; tels étoient le
Deucalion & l'Atlas, dont les ftatues accompagnoient
la fienne , dans le parvis du Temple du Mont- Liban
décrit par Lucien.
En fuppofant que ces ftatues furent enlevées &
envoyées à Rome par l'ompée , lorsqu'il conquit la
Syrie, en, fuppofant qu'elles furent placées dans le
parvis du Temple d'Apollon , bâti à Rome fur l'emplacement
qu'occupe aujourd'hui la Villa-Médici ,
Temple dont des débris confidérables , exiftant encore
au feizième fiècle , ont été indiqués par les
Parevini , les Nardini , & c . qui les avoient fous les
yeux , on retrouvera parmi les prétendues Sabines
qui , avec la prétendue Veftale copiée par Legros ,
occupent le Veftibule ou Portique de cette Villa ,
la Stratonice admirée par Lucien' ; on verra la ſtatue
d'Alexandre , dont la fuperbe tête a été transportée
par les Médicis dans leur galerie de Florence ; enfin ,'
le Deucalion & l'Atlas fe reproduiront dans ces
Rois , dont l'attitude & la phyfionomie participant
* Les Rois font mêlés dans le parvis de la Villa- Medici ,
avec les prétendues Sabines & la prétendue Veſtale copiée
par Legros.
K vj
228 MERCURE
au deuil de la prétendue Veſtale , & l'accoûtrement
hyperboréen , auront paru annoncer de grands
Perfonnages étrangers aux Romains & aux Grecs ,
& gémiffans fous le poids de la captivité .
La vue des Originaux , dont des copies exactes
exiftent fans doute à Paris , dans les porte- feuilles
d'Élèves de l'Académie de France à Rome , en
appuyant ou en détruifant ces conjectures , décideront
en dernier reffort fur la reffeniblance de la prétendue
Veftale de la Villa- Médici , avec la Vérus du Mont-
Liban , deffinée par Macrobe , & elles fixeront les
corrections que Legros s'eft cru permifes pour
l'embelliffement de fa copie.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 7 de mois , on a repréfenté pour
la première fois , Alexis & Juftine , Comédie
en deux Actes & en profe , mêlée d'Ariettes
, par M. Monvel , Mufique de M.
D. Z.
Il y a vingt-quatre ans qu'un bon & riche
Payfan, nommé Thierry, élève & traite comme
fon propre fils un enfant qui a été déposé
chez lui , & dans le berceau duquel il a
trouvé une moitié de Lettre , fuffifante pour
expliquer en partie les raifons qui ont forcé
les parcns de cet infortuné à le remettre
en des mains étrangères . Pendant quelDE
FRANCE. 229
que tems , Thierry , fans pouvoir en décou
vrir la fource , a reçu les fecours néceffaires
à l'éducation de cet enfant qu'il a nommé
Alexis , conformément à un ordre énoncé
dans la Lettre ; mais depuis quinze années ,
il n'a rien reçu , ni entendu parler de rien
qui lui fût relatif. Cependant Alexis n'en a
pas été traité avec moins de foins & de tendreffe.
Elevé près de l'aimable Juftine , fille
du fenfible Payfan , l'orphelin s'eft enflammé
pour elle de l'amour le plus tendre , & lui
a fu infpirer une paffion égale à celle qu'il
éprouve . Cher à toute la famille de fa Maîtreffe
, il est préféré à tous ceux qui demandent
Juftine en mariage ; notamment à un
certain Thomas, le plus riche , comme le plus
imbécille de tous les Payfans du canton ;
en un mot , il eft fur le point d'époufer fa
bien aimée ; le contrat de mariage eft même
dreffé , lorfqu'un inconnu , qui fe dit être
le Comte de Longpré , fe préfente chez
Thierry , lui remet la feconde moitié de la
Lettre trouvée dans le berceau d'Alexis * , &
réclame ce jeune homme comme fon fils.
Tout le monde eft d'abord enchanté de cet
* La fituation d'Alexis , depuis l'inftant où il eſt
confié à Thierry jufqu'au jour où il eft reconnu par
fon père , fe trouve dans un grand nombre de nos
Romans anciens , & dans quelques uns de nos modernes.
Parmi ceux- ci , le Lorezzo de M. d'Arnaud,
eft celui qui a le plus de reffemblance aves Alexis,
230
MERCURE
événement , parce que le bonheur d'Alexis
fait pour un moment difparoître tout autre
interêt ; mais ce plaifir fe change bientôt en
une douleur amère , lorfque M. de Longpré
déclare que fon fils ne fauroit époufer
Juſtine , qu'il a fait choix pour lui d'une
autre femme , & que dès le lendemain il'
doit , avec lui , retourner à Paris. La confternation
de la famille Thierry , le chagrin
du jeune homme , le défefpoir de
Juftine , rien ne touche M. de Longpré , ou ,
pour mieux dire , rien de tout cela ne femble
l'émouvoir . Néanmoins il eft fortement
ému , mais il cache fon émotion dans le
deffein d'éprouver jufqu'à quel point les
deux jeunes gens s'aiment , & pour chercher
à connoître s'ils ont affez d'amour &
de vertus pour faire conftamment le bonheur
l'un de l'autre. Il obferve avec l'oeil de
l'expérience , leurs fentimens , leurs démarches
, leurs moindres mouvemens . Dans
une Scène où Juftine tente les derniers efforts
pour le toucher , elle laiffe éclater une
candeur de caractère , une pureté d'ame ,
une chaleur de fenfibilité bien faite pour le
féduire ; cependant , il réſiſte encore. Il eſt
entraîné par l'inftant où Alexis vient malgré
lui , & comme une victime dévouée à
l'autorité paternelle , faire fes adieux à fa
Maîtreffe & à fes bienfaiteurs. La douleur
intéreffante d'Alexis , la fituation déplorable
de Juftine , la peine profonde dont Thierry
& fa famille font pénétrés , déchirent le
DE FRANCE. 231
coeur du Gentilhomme. Il ordonne à fon
fils de prefenter à Thierry , comme une
marque de fa reconnoiffance , un portefeuille
qu'il lui remet . Thierry preffe Alexis
contre fon fein , mais il retufe le portefeuille:
"Ne le refufez pas , s'écrie le Comte,
» c'eſt la preuve la plus convaincante que je
puiffe vous donner de ma fenfibilité. Il
» contient mon conféntement au mariage
de nos enfans , & la dot d'Alexis ». Il déclare
alors comment & pourquoi il a éprouvé
les jeunes amans. La joie renaît dans tous
les coeurs & M. Thomas l'imbécille , qui
avoit conçu de nouveau l'efpérance d'époufer
Juftine , devient , à fon grand regret , le
témoin du bonheur de fon rival.
ور
Telle eft aujourd'hui la marche de cette
Comédie très - larmoyante. A la première
repréſentation , elle n'étoit pas auffi rapide.
L'épreuve de M. de Longpré étoit trop
prolongée ; elle préfentoit ce Gentilhomme
fous un afpect long-temps défavorable.
Dans une Scène où Alexis venoit faire
fes adieux à Juftine , celle - ci appercevoit
fur la muraille l'ombre de fon amant , &
nouvelle Dibutadis , elle en deffinoit les
traits , ce qui ne s'accordoit guères avec la
douleur & le défeſpoir qu'elle venoit de laiffer
éclater quelques minutes auparavant,
Toutes ces taches ont difparu ; mais celle
qu'il feroit difficile de faire difparoîtne , c'eſt
l'inutilité du perfonnage de Thomas. Otez
à cet imbécille la Scène du premier Acte , où
232 MERCURE
il ne vient demander la main de Juftine que
pour être plaisanté d'une manière plus amère
que comique par Thierry , par fa famille
entière , & inême par le candide Alexis , M.
Thomas ne feit abfolument à rien . Il ne
plaît à perfonne , ni au père , ni à la mère ,
ni à la fille ; fa richeffe même ne lui donne
pas l'avantage le plus léger , le plus frêle ;
en un mot , jamais prétendant n'a moins
donné d'ombrage à un rival. Si l'Auteur a cru
avoir befoin de lui pour diftraire le Spectateur
des éternelles doleances de tous les perfonnages
de la pièce , il devoit donc le rendre
néceffaire à l'action .
Le ton de ce Drame nous paroît beaucoup
trop élevé pour le rang des perfonnages . La vertu
& la nobleffe des fentimens font de tous les
états ,fans doute, mais l'expreflion n'en est pas
la même dans tous , & elle varie fuivant les
conditions . Un payfan, un homme du commun
ne doit point s'expliquer comme un homme
de qualité. C'eft ignorer , ou pour le moins
oublier les ufages & les convenances , que
de prêter à tous les états le même langage
& le même ftyle . Ce défaut eſt trèscommun
à nos Auteurs Dramatiques , & l'on -
ne fauroit trop les engager à l'éviter . Au
refte , il y a de l'intérêt , de la chaleur & de
la fenfibilité dans ce Drame. La Scène où
Juftine cherche à toucher M. de Longpré, eft
filée avec beaucoup d'art , & forte de cette
éloquence qui ne peut émaner que d'un coeur
ému par les fentimens les plus énergiques .
DE FRANCE. 233
-
Nos Lecteurs connoiffent le Felix de M.
Sédaine. Il a quelques points de reffemblance
avec l'Alexis de M. Monvel. Celuici
annonce un homme d'efprit ; l'autre ,
malgré les défauts , prouve un homme
d'un vrai talent , & à qui les effets comiques
font très -connus.
La mufique de ce Drame doit ajouter
beaucoup à la réputation de M. D. Z. On y
reconnoît fouvent le ftyle facile & brillant
qui fait le charme ordinaire de fes
compofitions ; mais il eft fupérieur à luimême
dans tout ce qui tient à l'expreffion
du pathétique & de la douleur. Le
monologue de Mme Dugazon , où cacher
ma douleur profonde , eft réellement déchirant
, fans être moins flatteur pour l'oreille ;
c'est-à-dire , que la melodie & l'expreffion y
font fondues avec tout l'art qu'on pouvoit
exiger d'un Maître. Les morceaux d'enfemble
font compofés avec efprit , & font
très -agréablement écrits . On a obfervé que le
ton général de la mufique étoit aufli un peu
élevé , eft-ce à M. D. Z. qu'on peut en faire
le reproche ?
Mme Dugazon , fi juftement chère au Public
, ne peut que lui infpirer déformais un
intérêt plus vif encore. La fenfibilité , la chaleur
, la vérité , l'abandon , enfin le vrai talent
qu'elle a développés dans le rôle de Juftine
, juftifient les nombreux éloges qu'on lui
a donnés jufqu'ici. Les fuffrages qu'on accorde
à beaucoup de Comédiens , font le
214 MERCURE
fruit ou de l'habitude , ou du defir d'enconrager
, ou bien encore de l'impoffibilité de
les accorder à d'autres : ceux qu'on donne
à Mme Dugazon , font un tribut qu'on doit
au vrai mérite , & nous ne connoiſſons pas
actuellement de Comédienne qui foit plus
digne de ce tribut .
ANNONCES ET NOTICES.
CAZIN , Libraire de Reims , vient de mettre en
vente , dans le format de fa jolie Collection , les objets
ci- après : OEuvres de Renard , 4 vol.; Confidérationsfurles
Moeurs du Temps , de Duclos , 1 vol.;
Penfées & Maximes de la Rochefoucauld , 1 vol.;
le Poëme de la Religion & de là Grâce , 1 vol .; ces
quatre articles fontornés d'un portrait de leur Auteur,
gravé avec foin . On trouvera ces articles chez
les Libraires ci - après : Bailly , rue S. Honoré ; Mérigot
l'aîné , vis-à - vis l'Opéra ; Defeine , au Palais
Royal , paffage de la rue de Richelieu .
ALMANACH du Palais Royalpour l'année 1785 .
Prix , I livre 4 fols broché. A Paris , chez Royez ,
quai des Auguftins , & chez les autres Libraires.
Cet Almanach a certainement le mérite de la
nouveauté. Outre qu'il peut fervir de guide pour
jouir des agrémens qu'offre le Palais Royal , il fait
juger de ce que pourra devenir encore ce moderne
Monument , qui renferme déjà tous les objets divers
qu'on peut defirer dans l'enceinte d'une Ville
entière.
OBSERVATIONS fur la Religion , les Loix , le
DE FRANCE: 235
Gouvernement & les Moeurs des Turcs , traduites de
l'Anglois par M. B *** , deux Parties in 12. A
Londres ; & à Paris , chez Volland , Libraire , quai
des Auguſtins , près la rue du Hurepoix. Prix , 3 liv.
les deux Volumes.
On trouve chez le même Libraire l'Ami des
Enfans , ou Hiftoires Morales , pour fervir de lecture
aux jeunes Perfonnes de l'un & l'autre fexe.
Prix , I liv. 4 fols.
MEMOIRES Concernant l'Hiftoire , les Sciences ;
les Arts , les Moeurs, les Ufages , &c. des Chinois ,
par les Miffionnaires de Pékin , Tome X , in - 4 ° .
Prix , 12 liv . relié. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet.
Nous avons parlé plufieurs fois de ce grand Ouvrage
, enrichi de tant de morceaux curieux & intéreffans
. Le Volume que nous annonçons , outre
une Table générale des Matières qu'on le propofe
de renouveler pour les Volumes fuivans , renferme
plufieurs Pièces qu'on lira avec intérêt . Quatre Por
traits ou Vies des Chinois célèbres ; des Extraits
d'une Lettre de M. Amyot , qui a fourni tant d'articles
curieux à cet Ouvrage; & enfin un Recueil
de Penfées , Maximes & Proverbes traduit du Chinois
par M. Cibot , Miffionnaire , mort il y a
quatre ans. Les Éditeurs ont de lui plufieurs manuf
crits qu'ils fe propofent de publier fucceffivement.
LE Reftaurateur Parifien , Almanach utile aux
Etrangers & aux Célibataires , pour la préfente
année. A Paris , chez Petit , quai de Gêvres.
L'Auteur de ce petit Almanach , jaloux de pourvoir
aux befoins & même aux plaifirs des eftomacs
étrangers , ou qui , par raifon de célibat ou autres
font forcés de recourir aux tables hofpitalières , leur
indique les bonnes fources. Comme il a voulu parler
1
2.6
MERCURE
en connoiffance de caufe , il n'a écrit que d'après
fes propres cffais. On voit дыс fon zèle donne une
grande preuve d'humanité , puifqu'il a été juſqu'à pourfuivre
une encyclopédie de connoiffances qu'on ne
peut acquérir fans des dangers d'indigeftion .
Au refle , cet Almanach peut être utile à nombre
de perfonnes. On y a joint une Table des quartiers
pour trouver plus facilement à diner dans les endroits
où l'on fe trouve.
On vend chez le même Libraire : Fragment fur
les hautes Sciences , fuivi d'une Note fur les trois
Jortes de médecines données aux hommes , dont une
mal-à propos délaiffée , par Etteilla . Prix , 15 fols.
THEORIE des Matières Féodales & Cenfuelles
, par M. Hervé , Avocat au Parlement ,
4 Volumes in - 12 . Prix , 10 liv, brochés . A Paris ,
chez Knapen & fils , Libraires - Imprimeurs de la
Cour des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Cet Ouvrage doit être diftingué de la foule de
Livres de Jurifprudence qui paroiffent tous les
jours , & qui ne font qu'augmenter le déferdre &
l'obfcurité où font nos Loix , nos Coutumes & nos
Ordonnances. Ce n'eft ni un Recueil d'Arrêts contradictoires
, ni une compilation de textes inintelligibles
; c'eft un Ouvrage , & nn Ouvrage très neuf.
Dumoulin étoit fans doute un Homme de génie ;
mais il n'a eu du génie que pour un fiècle où il n'y
avoit encore que de l'érudition . Le Livre de M.
Hervé eft excellent même pour un fiècle philofophique
. Les Jurifconfultes méme ont peine à lire les Jurifconfultes.
Tous ceux qui aiment l'Hiftoire , tous
ceux qui ne font pas étrangers à l'étude du génie
des divers fiècles & des diverfes Nations , liront
l'Ouvrage de M. Hervé avec intérêt. C'est une des
plus belles applications qu'on ait jamais faites de la
Philofophie à l'étude des Loix . Nous ca rendrons
DE FRANCE. 237
compte inceffamment , & nous croyons pouvoir juf
tifier les éloges que nous ne pouvons nous refuſer à
lui donner d'avance.
HISTOIRE Complette des Plantes Vénéreuses
de la France , par M. Bulliard , petit in-folio fans
figures Prix , 6 liv . Avec quatre vingt- cinq figures
fupérieurement coloriées au moyen de l'impreflion .
Prix , 94 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Poftes,
au coin de la rue du Cheval Vert ; chez Didot
jeune & Barrois jeune , Libraires , quai des Auguftins
, & chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
Cette Collection eft intéreffante & utile. Il eft
important que les hommes chargés de veiller fur nos
jours fachent diftinguer les diverfes plantes , afin
de ne pas nous donner la mort quand ils nous
préfentent un remède ; & il eft important que nousmêmes
nous ne foyons pas expofés à prendre des
poifons pour des alimens. Le bus de cet Ouvrage
eft auffi d'indiquer les antidotes les plus prompts.
Elle forme la première divifion de l'Herbier de la
France , & fe diftribue féparément.
L'Herbier de la France fe continue toujours fur le
même plan ; les cahiers qui paroiffent actuellement
contiennent des plantes médicinales , des plantes alimentaires
& des champignons : le Nº . 49 vient
d'être mis au jour .
Les perfonnes qui prennent tout ce qui compoſe
l'Herbier de la France, payent 15 fols chaque plante,
à l'exception de la première, qu'elles payent 3 livres.
Il paroît actuellement cent quatre - vingt . feize
plantes. En faveur des Étudians en Médecine qui
defireront fe procurer cet Quvrage , on n'exigera
point qu'ils prennent à la - fois tous les cahiers qui ont
paru jufqu'ici , on leur en délivrera deux ou trois par
mois qu'ils payeront à meſure jufqu'à ce qu'ils le
trouvent au courant des livraiſons . Les perfonnes
238 MERCURE
7.
qui ne veulent au contraire qu'une des divifions de
l'Herbier de la France, telle que l'hiftoire des Plantes
vénéneufes , celle des plantes médicinales , celle des
plantes alimentaires , celle des champignons , & c.
payent 20 fols chaque épreuve à l'exception de la
première , de la Collection qu'elles defirent fe procurer
, & qu'elles payent 3 livres. Chacune de ces
divifions fera précédée d'un difcours qui fe diftribuera
féparément comme celui qui ſe trouve en tête
des plantes vénéreufes du Royaume , lequel fe vend
6 livres broché en carton.
-
LE Plaifir des Amans. Les Careffes réciproques
, deux Eftampes gravées d'après Challe , par
Piaco. Prix , 16 fols chaque. A Paris , chez la
Veuve Macret , rue des Foffés de M. le Prince , au
coin de la rue de Touraine , maifon du Bijoutier.
L'HEROISME du Sentiment , ou le jeune Espagnol
fauvé de la dent du Requin , Eſtampe gravée
d'après J. S. Copley , par Picquenot. A Paris , chez
l'Auteur , rue Saint Hyacinthe , nº . 61 , & chez
Blaizot, cour du Palais Royal. Prix , 3 liv.
En voici le fujet tel qu'il eft rapporté au bas de la
Gravure. Un Eſpagnol fe baignant au port de la
Havanne , près de fon bord , fut faifi à la jambe
par ce poiffon vorace ; fa jeuneffe , fa force & fes
efforts l'en débarraſsèrent. Au moment où l'on fe
préparoit à lai donner du fecours , un jeune Matelot
plus prompt fut affez hardi & heureux pour l'arracher
au danger en enfonçant un harpon dans le
ventre de l'animal.
DARDANUS, Tragédie Lyrique en quatre
Actes , repréfentée pour la première fois devant
Leurs Majeftés a Trianon, le 18 Septembre 1784, &
fur le Théâtre de l'Académie Royale de Mufique le
F
DE FRANCE. 239
1
30 Novembre fuivant, miſe en muſique par M. Sacchini.
Prix , 24 livres . A Paris , chez l'Auteur , rue
Baffe du Rempart , nº . 17 , & Sieber , rue Saint
Honoré, n°. 92.
Lorfque les gens du monde parlent d'un Opéra ,
la Mufique feule leur paroît digne d'attention , les
paroles font comptées pour rien. Le Compofiteur eft
le feul objet de leurs éloges ; ils ne fongent quelquefois
au Poëte que quand il mérite des reproches.
D'après une pareille manière de juger , il fembleroit
que le mérite de ces mêmes paroles eft fort indifférent
au Théâtre , & que la Mufique fait tout le
fuccès d'un Opéra . Point du tout : c'eſt le fujet , ce
font les fituations , c'eſt la manière dont elles font
amenées , exprimées , c'eſt enfin le feul travail da
Poëte qui décide du fort d'un Ouvrage de Théâtre ;
fon lot eft de réuffir ; c'eſt à lui d'en faire tous les
frais ; c'eft au Compofiteur qu'en revient la gloire ;
mais que celui- ci y prenne garde, s'il obtient quelquefois
l'honneur du fuccès fans y avoir contribué , fouvent
auffi fes talens fe trouvent enveloppés dans une
chûte qu'il n'a pas mieux méritée . En France , un
fujet heureux fait réuffir de la mufique médiocre ; la
plus excellente mufique ne foutient pas un fujet fans
intérêt . On en pourroit citer mille exemples ; il fuffit
de l'Opéra dont nous annonçons la partition . Jamais
peut- être M. Sacchini n'a déployé plus de richeffe
muficale que dans cet Ouvrage , ce qui ne l'a pas
fauvé du fort que méritoit ce fujet peu intéreffant.
Les Concerts & les Sociétés le dédommageront fans .
doute de ce jugement injufte , & les Amateurs conviendront
qu'aucun des Opéras faits en France par
çet Homme célèbre, ne contient un plus grand nom
bre de morceaux charmans .
EAUX Stomachiques & Anti - dartreufes du
fieur DACHER,
240
MEAU RÈ
Le fieur
DACHER continue de diftribuer fes
Eaux connues pour les maladies qui
dépendent dụ
dérangement de l'eftomac , celles de la peau , comme
dartres , teigne , &c. &c.
Il donne toujours les Eaux & fes foins gratuitement
aux pauvres ; il entretient une
correspondance
fuivie & jufqu'à parfaite
guérifon avec les perfonnes
de Province qui
l'honorent de leur confrance
, en
affranchiffant les lettres. Le fieur Dacher
eft logé rue Jacob , nº. 39 .
ERRATA. Les Euvres de Duval ,
annoncées
dans l'avant- dernier Numéro , du Mercure , ſe vendent
chez Royez , quai des Auguftins , à la deſcente
du pont neuf.
Pour les
Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres
nouveaux
Couvertures. , voyez les
TABLE
VERS faits au Vistre, 193 d'un Cultivateur Améri
203
A M. l'Abbé
Dourneau , 194 cain ,
A Mme L. G.... ,
ibid. Code des Prifes,
221
Le Partage des Draps, Conte , Lettre au Rédacteur du Mer-
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne ,
196 cure , 223
228
gryphes 197 Annonces & Notices , 234
Fin de l'Extrait des Lettres
J'AI
AP
PROBATION.
I la , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſt en empêcher
l'impreffion . A Paris ,
le 28 Janvier 1785. GUIDL
M. l'Abbé de Cournand : 2 vol .
in- 12. br. 3 liv. Chez les mêmes.
ARRET S.
ladite halle ; regiftrées en là
Cour des Aides le 26 Novembre
dudit an ; extrait des registres du
Confeil d'Etat du Roi. A Paris,
chez les mêmes.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 4 Juillet 1784 , & Let
tres-Parentes fur icelui , da 6 Déclaration du Roi , qui or.
Octobre 1784 , qui permet la donne que celle du premier Sepfortie
des cuirs & peaux fecs & tembre 1775 fera exécutée julen
poil , venant de l'étranger , qu'aux vacances de 1785 ; donen
exemption des droits en née à Verfailles le 30 Août 1784,
prefcrivant les conditions & for- regiftrée en la Cour des Aides le
malités à obferver à cet égard ;
registrées en la Cour des Aides
le premer Décembre fuivant.
A Paris , chez Knapen & fils ,
Libr..Impr. de la Cour des Aides ,
au bas du pont S. Michel.
12 Novembre fuivant. A Paris ,
chez les mêmes.
Lettres-Patentes du Roi , concernant
le droit de nobleffe héréditaire
, & les priviléges attritbués
aux quatre offices de Secrí
taires des Finances & Greffiers
du Confeil privé ; données à
Verfailles le 18 Juillet 1784 ,
regiftrées en la Cour des Aides
le 26 Novembre fuivant .
A Paris , chez les mêmes.-
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi, & Lettres - Patentes fur icelui
, du 22 Juillet 1784 , portant
exemption de droits pour les
Eaux-de- vie qui fortiront du
Royaume avec liberté de diftiller
les lies , les baiffières de
vin & les marcs de raifin ; regif- Premier Recueil d'airs , rotrées
en la Cour des Aides le mances , chanfons & duos , avec
13 Octobre 17845 extrait des accompagnement de piano forté
regiftres du Confeil d'Etat. Aeu de harpe ; compofé par M. de
Paris , chez les mêmes.
MUSIQUE.
Saint-Amans , Maître de Mufi-
Arrêt du Conſeil d'Etat du que à l'Ecole royale de Mufi-
Roi , du 6 Octobre 1784 , & que Les trois premiers airs
Lettres- Patentes fur icelui , du font tirés de la Rohère de Salen-
11 Novembre 1784 , qui , fur les ci , de M. Favart ; mife en mu
offres des Tanneurs , Fabricans , fique par l'Auteur de ce Recueil ,
Marchands & Commiffionnaires & repréfentée à Bruxelles : 7 liv.
de cuirs , établiffent les droits 4 fols. 4 Paris , chez l'Auteur
qui feront payés pendant dix- rue Poiffonnière , paffé le boulehuit
années , fur les cuirs & vart , la cinquième porte-cochère d
peaux amenés & vendus à la nou- gauche , & chez Leroy , Marvelle
halle aux cuirs , rue Mau- chand de Mufique , pla e du Paconfeil
, pour rembourfer les lais Royal , maifon du café de la
avances du prix de l'achat du Régence.
terrein & de la conftruction de
2
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH.D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fols par année , aver
la Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
THOU, fue des Poitevins . Le prix eft , pour , Paris ',
de trente livres, & pour la Province , port franc
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Février
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leur adreſſes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retarddans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres
fans quoi elles ne feront point reçues.
MERCURE
DE FRANCE.
( N °. 4. )
SAMEDI 22 JANVIER 1785.
A PAR IS.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
2
Auteur des Etudes de la Nature:
volumes in-8° . br 6 liv.
Dictionnaire raifonné du droit
de chaffe. ou nouveau Code des
chaffes , fuivant le droit commun
de la France , de la Lorraine
& des Provinces privilégiées ,&c.
LIVRES NATIONAUX.
Catalogue des livres imprimés
& manufcrits de la Bibliothèque
de feu M. d'Agueffeau , Doyen
du Confeil , Commandeur des
ordres du Roi , &c . diſpoſé par
ordre des matières , avec une table
des Auteurs : br. 3 1. 12 f.
A Paris , chez Gogué & Née de la
Rochelle , Libr. quai des Auguf- s
tins , nº. 13.
La vente de cette bibliothèque
fe fera le Lundi 14 Février , &
les jours fuivans , trois heures
de relevée , en l'hôtel de feu M.
d'Agueffeau, rue S. Dominique,
fauxb. S. Germain , près les Jacobins.
On trouve auffi chez Gogué
& Née de la Rochelle, le Voyage
à l'Ile de France & de Bourbon
; par M. de Saint-Pierre ,
par M. Jean Henriquez, Avocat
en Parlement : 2 vol. in- 12. bri
liv. A Paris , chez Delalain le
jeune , Libr, rue S. Jacques.
On trouve chez le même
Libr. les ouvrages fuivans du
même Auteur :
2
Code pénal des eaux & forêts :
vol . in- 12 . rel. s liv.
Manuel des Gardes des Eaux
& Forêts : 1 vol. in- 12 broché ,
1 liv. ro fels .
Obfervations fur l'aménagement
des bois : 1 vol. in- 8° . br
liv. #6 fols.
1
THiftoire
Univerfelle depuis le judiciaire , contenant les ancecommencement
du monde judotes piquantes & les jugemens
qu'à préfent, compofée en Anglois
par une fociété de Gens de
Lettres,nouvellement traduite en
François par une fociété de Gens
de Lettres ; enrichie de figures &
de cartes. Tome LXIX , formant
le XXXI de l'Hift. Mo
derne. A Paris , chez Moutard ,
Impr.- Libr. rue des Mathurins.
fameux de tous les temps & de
toutes les nations ; par M. Defeffarts
, Avocat. Les neufvolumes
fe vendent 36 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue Dauphine , hôtel de
Mouy ; Mérigot jeune , Libr quai
des Auguftins.
:
Almanach des Mufes pour l'année
1785 in 12. br. 1 liv. 10 f.
A Paris , chez Delalain Paîné ,
Libr. rue S. Jacques , vis - à- vis
celle du Plâtre.
Le Mentor Univerfel ; par M
Abbé Roy , Cenfeur Royal ,
&c. Numéro VIII. A Paris
, chez l'Auteur rue Guénégaud
, n . 20 , Théophile
Tois Libr. quai des Auguftins,
L'abonnement pour l'année
entière , compofée de 12 vel .
eft de 13 liv, 4 f. pour Paris ,
& de 16 liv. 4 f. pour la Pro- Marquis de la Fayette , & de
vince , port franc. M. de Barras , Chef d'Efcadre ;
Euvres de Plutarque , tradui - traduites de l'Anglois fur les orites
du grec par Jacques Amyot : ginaux publiés par ordre de la
quatorzième livraif. quatorzième Chambre des Pairs : I vel . in 8 .
& dernier volume des OEuvres de 304 pages , broché , 3 livres.
mêlées , & de la Collection des A Paris , chez Nyon jeune , Libr.
Euvres de Plutarque : in 8. & place des Cu tre- Nations ; & d
in-4 ° . papiers d'Angoulême , de Versailles , chez Poinçot , Libr.
Hollande & vélin . rue Dauphine.
Correfpondance du Lord G.
Bar- Germain avec les Généraux Clin- -
TOR,Cornwallis , & les Amiraux
dans la ftation de l'Amérique ,
avec plufieurs lettres interceptées
du Général Washington , du
On fouferit pour cet ouvrage Effais de géographie , de poli
raifon de livres to f. partique & d'hiftoire fur les poflefvolume
in-8 °. & à proportion fons de l'Empereur des Turcs
pour l'in- 4° . & felon les dif- en Europe , divifés en trois parferens
papiers : 4 Paris , chezties ; par M. L. C. D. M. D. L.
Baftien , Libr. & Editeur , rue S. pour fervir de fuite aux Mémoi
Hyacinthe , la porte- cochère à res du Baron de Tott : 1 vol.
droite en entrant par la place S. in - 8 ° . de 319 pages , 3 liv. Chel
Michel. les mêmes.
Les dons merveilleux & diverfement
coloriés de la nature dans
Je règne minéral ; par M, Bu
c'hoz , Médecin - Botanifte & de
quartier de MONSIEUR in-fol.
papier de Holl. en feuill . 150 liv .
A Paris , chez l'Auteur , rue de
ta Harpe , au- defus du Collège
d'Harcour
:
Neuvième & dernier volume
de l'Effai fur l'hiftoire générale
de tous les peuples , tant anciens
que modernes , ou Dictionnaire
+
Parallèle curieux des fables en
vers latins de M. le Beau avec la
Fontaine , & tous les Poëtes latins
qui ont traité les mêmes fables
: quatrième & dernier vol.
in-8 ° . des OEuvres latines de M.
le Beau br . 2 liv . 8 fols . rel . 3
liv . Chez les mêmes .
Vie de l'Infant Dom Henri de
Portugal , Auteur des premières
découvertes qui ont ouvert aux
Européens la route des Indes ;
ouvrage traduitdu Portugais,par
TABLEAU POLITIQUE
S
DE L'EUROPE , en 1784 .
SANS AN S les derniers événemens qui tout - à- coup
ont altéré l'union , fubfiftante depuis plus d'un
fiecle entre les Provinces Unies & la Maifon
d'Autriche , l'année derniere fourniroit à l'Hiftoire
à peine quelques traits . Heureufe difette
de révolutions , a qui les peuples doivent la diminution
de leurs infortunes , & les Empires leur
tranquillité !
Elle fembloit raffermie au Nord & au Levant
de l'Europe , par les facrifices de la Turquie.
L'invafion de la Crimée avoit eu moins de luite
que n'en a fouvent entre les Puiffances la prife
d'un village . Cette conquête qui fixoit fur le
Pont-Eux n les limites d'un Empire, déja dominant
de la Cafpienne à la mer Baltique , qui le rapprochoit
du centre de la Monarchie Ottomane
qui la forçoit de tout craindre ou de tout céder .
cette conquête s'étoit confolidée par un Traité
formel. Non- feulement la Ruffie a foumife
au joug , fans hoftilités , cette contrée fur
laquelle fa politique & fes armées avoient fait
fes droits ; elle aexigé de plus , que la Porte
les ratifiât. Preffée entre l'alternative d'une guerre
inévitable , ou d'une condefcendance dangereuſe
, cette derniere Puiſſance a paru balancer :
déja quelques mouvemens dans les arferaux
fembloient préfager une réfolution de déſeſpoir ,
Nº. 1 , 1 Janvier 1785.
( 2 )
lorfqu'une convention folemnelle , fignée le 8
Janvier 1784 , mit le fceau aux pré entions de la
Ruffie. Par ce Traité , la Porte a abjuré les fiennes
, a reconnu à perpétuité l'occupation de la
Crimée & du Cuban ; & la prudence feule a opéré
ce que des défaites autrefois euffent à peine confeillé.
Cette facilité de la Turquie à recevoir la loi
d'un voifin puiffant , a enhardi fes Tributaires
de la Georgie à méprifer fon autorité , & l'on
n'a pas même tenté de les faire rentrer dans le
devoir. La même prudence a fait foufcrire au
Traité de commerce exigé par l'Empereur. Ce
Monarque , dont les armées étoient raffemblées
fur les frontieres , pouvoit attendre de cet appareil
des avantages importans. Sa modération
néanmoins tui fit reftreindre fes demandes à des
privileges de commerce , privileges dont quetques
nations jouilloient déja dans l'Empire Ottoman
, & à la conceffion defquets la circonfiance
donnoît un puillant appui . Un mois après la
convention avec la Ruffie , une Patente de la
Porte , ampliative des traités de Paffarowitz &
de Belgrade accorda aux fujets Autrichiens la navigation
libfe fur les mers & rivieres de l'Empire
, le pallage libre de la mer Noire , l'égalité
du traitement pour les droits de Douane & pour
les immanités obtenues par la Ruffie .
Pendant que la Ruffie régloit le Gouvernement
, & s'affaroit la confervation de la Péninfule
, devenue province Mofcovite , un téger
incident porta l'attention publique fur
Ja Viftule. Dantzick , entrepôt des richeffés de
la Pologne , reflée libre au milieu du démembrement
de la République fa protectrice , enclavée
depuis cette finguliere époque , dans le térritoire
d'un Souveräîn puiffant , avoit 'vų fon
( 3 )
commerce décliner , & trembloit pour fon indépendance
. Des Douanes inquiétantes avoient
réduit les bénéfices & l'étendue de fon commerce
: une partie des affaires de cette opulente
Cité s'étoit portée à Elbing , d'où une fuite de
banqueroutes l'avoit ramené à fon premier domicile
; mais ce retour de profpérité , dû à un
accident , arrêtoit foiblement une décadence devenue
inévitable .
Depuis quatre cents ans , Dngick , placéa
au -dellus des embouchures de la Viftule , en avoit
ufurpé la navigation.
Sa pofition, fon induftrie , la condescendance
de la Pologne , des titres pofitifs , & la longueur
de la jouillance , paroiffoient à fes yeux legiti
mer ce droit d'étape , auquel elle avoit foumis
les bâtimens qui alloient en mer ou en venoient ;
mais le Roi de Pruffe , maître une fois de la
Pruffe Polonaife , fongea à les affranchir. Il pou
voit fermer la Viftule aux Dan zickois : il leur demanda
la liberté de le defcendre , de parcourir
l'efpace reflerré de leur territoire , de laiffer fes
fujets porter à la mer , & en recevoir des cargaifons
, fans les foumettre au monopole de la
Ville. Cette demande , quoique limitée , parut
à Dantzick le premier acte de fon anéantiffement
: elle y vit le projet de ruiner fon com .
déja foulé de droits ; craignant de tout
perdre , elle s'expofa à tout , & le paffage fut
fermé aux vaiffeaux Pr uffiens.
merce ,
Cee hoftilité , ou ce maintien d'un droit
réel , fut fuivie d'une invafion torale du territoire
de Dantzik : le Roi de Pruffe la fit
bloquer enf rmés dans leurs remparts ,
fans
communication extérieure , fes habitans brawerent
la difette • les rigueu s du froid &
l'approche d'un fiége menaçant. Heureufement
a 2
( 4 )
le Roi de Pruffe refpecta cette réſiſtance ; il
pouvoir écrafer Dantzick : il fe foumit à l'écouter
les cours de Varfovie & de Pétersbourg
interpoferent leur médiation , les droits en litige
furent débattus , & il est réfulté de cet'e difcuffion
un plan conciliatoire , où le Roi de Pruffe
a accordé avec l'équité , l'intérêt de fes ſujets &
la dignité de fa Couronne.
Jufqu'à ce jour Dantzick n'a point ratifié cet
arrangement , conclu fous les aufpices même de
fes protecteurs. Un entêtement funefte déguiſe
à une partie des habitans le danger d'un refus ;
mais il eft à croire que la prudence & la néceffit
préviendront les fuites ultérieures de ce démété.
A la réserve de cet orage , élevé ſur la ſurface
d'un arôme , le Tableau de l'Europe fut durant
fix mois celui d'un calme confolant. Les Puiffances
qui venoient de pofer les armes , occupées
à fermer leurs bleffures ; les Cabinets à rapprocher
les intérêts des nations ; chacune d'elles à
reconnoître la place que lui laiffoit dans le com
merce le dernier Traité de paix , els étoient l'emploi
de la Politique , & le but de l'activité générale.
L'Angleterre , dont l'énergie est toujours en
action , dont le mouvement continuel attache les
regards durant la paix , comme pendant la guerre
, dont les loix , les moeurs , la liberté abfolument
étrangeres au refle de l'Europe , laiffent
aux paffions leur développement , & aux efprits
leur indépendance , l'Angleterre a montré un
fpectacle encore inconnu dans fes Annales ,
l'accord du Peuple & de la Couronne contre les
ufurpations de la Puiffance législative , pour le
maintien de l'équilibre dans cette Conſtitution ,
( 5 )
refpe&tée de tous les Citoyens , parce qu'ils font
tous intéreffés à la défendre.
Fiere d'avoir triomphé du Monarque & d'un
Parti puiffant , fe croyant d'ailleurs affurée de
la confiance publique , fans laquelle tous les
appuis en Angleterre font très infuffifans , la
Confédération de deux anciens Miniftres , foatenus
de nombreux adhérens , dominoit dans la
Chambre des Communes . L'influence , aujourd'hui
prépondérante de cette branche de la Légiflation
, avoit porté Lord North & M. Fox
dans le Confeil du Roi , d'où ils s'étoient mutuellement
chaffés auparavant. Les places , les digrités
du Gouvernement avoient paffé des mains
du Prince dans celles d'une cabale ariflocratique ,
très - difficile en apparence à dépofléder . Exilés
du Miniftere , les Wighs modérés le renfermerent
dans une oppofition iefurée , & le Parlement
s'ouvrit fans orages. L'efprit de conciliation en
diflingua même les premieres féances : les Minift
-es ne prirent point cette harmɔnie pour un
fignal de rapprochement , ils n'y virent que
l'impuiflance de les troubler dans l'exercice de
leur pouvoir la lifte de leurs amis étoit chargée
des noms les plus illuftres ; les familles les plus
nombreuses , les plus opulentes du Royaune
étoient dins leurs intérêts : ( pectateur de leurs
démarches , le Roi ne pouvoit les contredire fans
offenfer la majorité des Repréfenían du Peuple ,
& ce Peuple lui - même , dont M. Fox prétendoit
s'être fait un Egide.
que 2
Ce Tableau flatteur aggrandit fes idées & dirigea
fes mefures. Quelqu'affermi néanmoins
femblât le Miniſtere il avoit à franchir
un écueil dont l'étendse lui échoppa . Il s'agiloit
de régler l'adminißration de l'Inde , de fubordenne
la Compagnie qui y domine an Gouver
23
( ( 6 )
nement qui devoit y dominer, de ménager ce
Corps puiffant , en lui impofant un fien ; d'en
confier l'ufage à une autorité nouvelle , affez
puiflante pour s'en fervir efficacement , affez
limitée pour ne pas offenfer les principes de la
conftitution . D'un côté , M. Fox entendoit le cri
des nations , le von des bons citoyens , les réclamations
de l'Inde , il voyoit les fouffrances de
la Compagnie elle - même , dont les défordras
exigeoient & des réformes & des fecours , mille
déprédations impunies , des fortunes ſcandaleufes
, effrayantes par leur rapidité ; une anarchie
inteftine dans tous les départemens & une
rvine inévitable fans des remedes décififs : de
l'autre , il avoit à refpecter une charte facrée ,
aitre des privileges de la Compagnie , la
propriété des actionnaires de leurs préjugés
même; tous les Corps du Royaume dans celui
qu'il fe propofcit d'attaquer , furtout les
droits du Tione & de la liberté dans la création
des cenfeurs impofans auxquels il alloit
semettre ce pouvoir immenfe de gouverner
l'Inde des bords de la Tamife.
Ce milieu à conferver ne s'accordoit guères
avec le caractere du Miniftre , ni peut être avec
la circonftance. En s'écartant des tempéramens ,
on ne pouvoit éviter de paroitre ou trop timide ,
eu trop entreprenant . Dans cette alternative ,
M. Fox ne balança pas . Il préfenta au Parlement
un plan conçu avec courage , développé
avec chaleur , défendu avec toutes les reffources
de l'éloquence politique. Celle de M. Fox
entraîna la Chambre des Communes ; mais la
Compagnie Afiatique, mais le Corps Municipal ,
mais tous les ennemis de l'adminiftration protellerent
contre le Novateur. Le Roi lui - même ,
forcé de céder à fon Confeil , lorfque le bill
( 2.)
de M. Fox y fut approuvé , joignit fa réfiftance
à celle de la moitié du Royaume ; fes fentimens
une fois manifeftés , la Chambre Haute , après
des débats auffi opiniâtres que ceux dont les
Communes avoient été le théâtre , rendit inu→
tiles , par une oppofition victorieufe , les fuffrages.
de celles ci , & le bill fut anéanti.
:
A cet acte de réprobation , le Miniftere oppofa
tou es les reffources de l'intrigue & de la
Conftitution affuré de la pluralité des Repréfentans
du peuple , il fe fatta qu cette autorité
irréſiſtible briferoit bientô: la réfiítance ; il mes
naça des poursuites les plus férieufes les inftigateurs
de la rejection du bill ; il s'entoura de
retranchemens , qu'on ne pouvoit emporter que
par des moyens violens.
Alors on vit cet étonnant fpe &acle du Monar
qe uni à la Minorité contre fes propres A i
rifres . Feu intimidé de leurs mefures , il leur
retira fa confiance , en leur fubftituant les Agens
meme de leur chû e. Mais cette révolution du
Cbinet parciffoit fans confifience , ayant à com
bare le pouvoir méme Padministration
publique tire toure fon activité ; quatre voix
gagées par la coalition dans la Chambre-Haute ,
& le nouveau Miniftere avoit contre lui le Parlement
entier.
T
Qa'oppofoit le Confeil à ces forces combinées
? Un jeune home , à peine forti de l'adolefcence
, porté fans intervalle de la tribune
aux premieres dignités ; héritier d un som cher
& célebre , dont il avoit à foutenir la réputa
tion ; orné de talens qui ne font pas toujours
un bon Adminiftrateur ; mais eftimé dans l'âge
des paflions par des moeurs pures & des vertus
féveres ; auffi précoce en fagaffe qu'en capacités
au- deffus des féductions qui corrompent
a 4
( s )
aujourd'hui les gens en place fans les avilir ,
& far-tout affez prudent pour confulter des guides
, affez modefte pour ne pas prétendre à l'être
lui- même. Outre M. Pitt , les affaires étoient
dirigées par des hommes d'expérience , trèsexercés
à la lutte des factions , & fans reproche aux
yeux de la nation . Le Chancelier Lord Thurlow ,
qui paffoit pour le Confeil particulier du Roi ,
réuniffoit fur - tout les qualités propres au moment ;
un caractere måle & foïque & la prudence d'un
Magiftrat ; une fermeté éclairée par de grandes
luniieres , d'autant plus fexible , qu'elle repofoit
für des principes invariables.
A peine ce Miniftere fe mit en mouvement ,
que la Chambre des Communes arrêta toutes
fes opérations ; il foumit à cette affemblée un
nouveau bill fur l'adminiftration de l'Inde , défapprouvé
par une nombreufe majorité . Point
de pofition plus difficile , plus délicate ; cile devenoit
encore plus terrible pour M. Pitt , par
les attaques perfonnelles auxquelles il étoit en
butte , & qui l'expofcient ou à offenfer la Chambre
par fa fenfibilité , ou à l'enhardir par la
réfignation .
Cet état de crife ne pouvoit être long ; l'inf
tant des grands Bills annuels & celui des fubfides
alloit arriver : déja la Coalition le préparoit à
refufer le renouvellement de l'acte de muuinerie ,
fans lequel l'armée é: cit licenciée : les Cominunes
avoient interdit aux différentes caiffes de difpofer
des deniers publics fans fon approbation ,
& de toutes parts , pour me fervir d'une figure
ufitée dans cette affemblée , elle enraycit les roues
du Gouvernement.
Pour prévenir cette anarchie , il reftoit à la
Couronne le rempart de la prérogative , la faculté
de diffoudre le Parlement ; mais cette opé(
9 )
ration , qui renverfa le trône plus d'une fols ;
prefque tombée en défuétude , terrible par fes
fuites , pouvoit être pernicicule , fi elle n'étoit
favoritée par les conjonctures & conduite avec
circonfpection.
La Chambre des Communes qui la prévoyoit ,
l'avoit encore hériffée de périls & de difficultés :
de jour en jour , le Miniſtere retardoit cette extrémité
; il temporifoit avec l'efprit de parti ,
dans l'efpérance de le défarmer. Plus cette guerre
fe prolongeoir, plus les citoyens calmes en redoutoient
les conféquences : il te forma une ligue
dans les Communes même pour les prévenir. Si
elle fut impuiffante à concilier les partis oppofés
, elle retarda du moins les derniers excès : de
plus en plus les forces fe rapprochoient de l'éga-
Lité dans le Parlement , & fans s'expliquer fur fes
deffeins ultérieurs , le Miniftere travailloit en
filence à les faire réuffin. De la Twele au canal
de Bristol , la nation laffe d'être le jouet des intérêts
d'une cabale ; défabufée fur le patriotisme de
fes prétendus défenfeurs , indignée même da defpotifme
exercé fur la Couronne , dépouillée du
droit in violable de choisir fes Miniftres , la Nation
fe fit entendre ; & fa voix porta le dernier coup à
l'Oppofition . Enhardis par une foule d'Adreffes ,
toutes unanimes à remercier le Roi du dernier
choix de fes Miniftres , ceux- ci ne craignirent plus
de frapper leParlement pour s'affermir : le Roi die
au peuple ; je vous renvoye vos Députés qui
» ont trompé votre confiance : jugez fi c'eſt à
tort qu'ils ont perdu la mienne , & que vos
fuffrages terminent le différend .
"
La foiblefle de ce parti , fi redoutable dans les
Communes , parut alors à découvert . Lorsque le
nouveau Parlement fe raffembla , le Miniſtere y
retrouva les véritables organes de la Nation , &
as
( 10 )
les deux tiers d'entr'eux pour défenseurs . Plus
fieurs des chefs les plus accrédités dans leur parti
, dans les comtés , dans les bourgs , manquerent
leur élection ; & une entrepriſe qui , en
d'autres temps , eût fini par le fupplice des Mi
niftres , en à juftifié la fageffe & confirmé l'autorité.
·
Les devoirs que leur impofoit l'état de la Nation
, n'étoient pas moins difficiles que les cire
conftances dont ils venoient de fortir fi glorieufement.
Peu après les Parlemens entrerent en
fonctions , avec des objets auffi importans devant
les yeux. De nouveau liens à former avec
les Etats Unis de l'Amerique un traité de
paix à conclure avec les Provinces - Unies , les
Adminiftrateurs & les Officiers employés dans
l'Inde à contenir enfin dans leurs déprédations ,
un crédit public très -chancelant à foutenir , une
dette énorme à bien déterminer & à fonder , le
revenu public à étendre par de nouvelles impofitions
, & à améliorer par les reſſources d'une
fage économie , des branches de commerce defféchées
à remplacer , d'autres à revivifier , des
étincelles d'incendie à étouffer en Irlande , &
Ecoffe à tirer de fa langueur , tel fut l'abrégé
des travaux du Miniftere .
Il ne réuffit pas dans tous également ; mais il
n'en négligea aucun. L'adminiftration -toute entiere
de l'Empire Romain exigea moins de contrariétés
à vaincre , d'intérêts à accorder , que
le feul régime à donner aux Employés de la
Compagnie des Indes , que la formation du Bu
reau d'Etat auquel on l'a fubordonnée , .que les
formes juridiques , deftinées à réprimer ou à punir
la rapacité de fes Agens. Le Bill de M. Pint
n'eft , il eft vrai , qu'un pallia: if : les crimes de
ravidité, fuite inévitable de l'efprit de com
1
1
( II )
merce, dégénéré en defir effréné de la fortune ,
font aujourd'hui au - deffus de toutes les barrieres :
devenu la force des Empires , l'or fait tout entreprendre
& tout légitimer ; il eft infenfé de
croire que l'on punira de richeffes mal acquifes
des individus qui favent qu'avec des millions on
brave avec fuccès les vengeances de la juftice.
:
Cependant , malgré les nombreuſes imperfections
, le nouveau Réglement fufpendra quelques
années le torrent d'iniquités , dont l'Inde eft
le théâtre il ôte à une lociété d'Armateurs le
droit exclufif d'adminiftrer un Empire , de facrifer
l'intérêt de l'Etat à fes vues d'ambition , &
d'affurer l'impunité à fes Agens , toutes les fois
que leurs énormités feroient profitables à la Com
pagnie.
Une fource de bénéfices lui a été ouverte
dans les mesures prifes pour diminuer la con
trebande . En diminuant les droits fur le thé ,
Te Miniftere a espéré de remplacer par une augmentation
de la vente nationale , le tribut énorme
levé par les étrangers , introducteurs clandeftins
de cette feuille infipide en Angleterre. Il s'eft
promis de cet arrangement un accroiffement
du revenu , & un plus grand commerce : ſpéculation
dont l'avenir feul juftifiera l'efficacité ,
ainfi que l'importance .
M. Pitt a été moins heureux dans le choix des
taxes nouvelles . Forcé d'en abolir plus d'une à
linftant de leur création , il a du moins rem.
plicetre terrible tâche fans offenfer la pauvreté ,
& le peuple a été ſouftrait au nouveau fardeau
dont on a accablé la nation .
Depuis long - temps l'Ecoffe fembloit oubliée
par le Gouvernement : fon commerce , Les pê
cheries , fon agriculture exigeoient de prompts
fecours ; le Parlement en a fenti l'urgence ,
26
( F2 )
tout annonce que ce Royaume ne tardera pas à
prendre une nouvelle face . C'est au milieu de
ces embarras multipliés , que l'Irlande a exigé.
toute l'attention du Miniftere. Sa circonfpection
ne s'eft point démentie : il a laiffé s'évaporer
en tumultes , en arrêtés , en clameurs , un mécontentement
qu'il étoit impoffible d'alimenter
long--ttems. Les Irlandois ont trop cru que de
petites mutineries étoient des actes de liberté ; le
Gouvernement a profité de la méfintelligence
gliffée entre les volontaires , & par des nouvel-
Jes conceffions , il fe prépare à extirper la racine
du mécontentement.
Tandis qu'on appliquoit des remedes en Angleterre
à des maux prefque invétérés , & furtout
à l'affoibliffement du crédit public , celui
de la France s'eft relevé de plus en plus : l'abondance
du numéraire , le penchant plus univerfel
pour l'acquifition des fonds publics , les fortunes
rapides nées de leur agiotage , un ordre
invariable établi pour les paiemens à l'avenir ;
enfin la création d'une caiffe d'amortiffement
combinée avec autant de fimplicité que de fageffe
, ont été les principales caufes de cette
confiance , qu'on n'avoit pas encore en vue
même aux époques les plus floriffantes.
Il s'en faut bien que le Tableau des Provinces-
Unies offre un afpe&t auffi confolant . A peine
fortie de la derniere guerre , cette République
travaillée de diffenfions intérieures , n'a pas été,
plus heureufe au dehors .
En 1781 , elle vit tomber ces Places - Barrieres
, acquifes au commencement du fiecle par
des Négociations , par des traités & par des torsens
de fang. D'un trait de plume , l'Empereur
rendit inutiles les dernieres ruines de ces forteref-'
fes , dont l'Angleterre avoit garanti l'occupation"
( 13 )
à la République. Les triftes circonftances ou elle fe
trouvoir , la dégradation de ces citadelles confiées
à fa garde ; mais la plupart déja démantelées
depuis la guerre de 1744 ne lui permirent
aucunes réclamations.
Au commencement de l'année , les bords de
l'Escaut devinrent entre les deux Puiffances un
objet de conteftation . La Cour de Bruxelles ac•
cufa les Hollandois d'une invafion de territoire ,
& leur difputa les forts S. Paul & S. Denar
ufurpés , felon lui , fans aucun titre à l'ufurpation.
Des négociations s'ouvrirent à Bruxelles
pour régler les limites de la Flandre entre ledeux
Etats , & pour mettre fin aux altercations
territoriales , toujours renaiffantes .
L'une des plus animées concernoit le vaiffeau
de garde , anciennement pofté à Lillo , & chargé
de vifiter les bâtimens qui , defcendent du
Brabant dans la Flandre Autrichienne ; les
Etats - Généraux le firent retirer , jufqu'à la décifion
finale du démêlé .
Il paroiffoit d'autant plus grave aux Obfervatears
inftruits , qu'il touchoit à des queftions que
le traité de Munfter , & les deux conventions
concernant la barriere des Pays- Bas , avoient préjugées.
Ces conjectures menaçantes furent confirmées
par l'expofé des demandes de Sa Majefté Impériale
: elles embrafferent ane revifion générale
des actes publics qui avoient lié les deux Etats
depuis le milieu du dernier fiecle . L'Empereur
invoqua ce'ui de Munfter pour demander
la démolition des forts de Kruifchans & de Frédéric
Henri ; la convention de 1664 pour le rétabliffement
des frontieres déterminées à cette
époque ; l'accord de 1673 entre l'Espagne &
Jes Provinces- Unies , qui ftipuloit une ceffion
fans réferve du Comte de Vronhover , de Maf
( 14 )
ericht , & ds pays d'Outre - Meufe A css réclama
tions s'en joignirent d'autres moins importantes ,
mais dont l'enſemble effraya les Etats Généraux
.
Ils combattirent les unes par des argumens tirés
des traités de Paris , & des conventions auxquelles
la Maison d'Autriche doit la propriété
de Pays-Bas , & oppoferent aux autres une poffeffion
non contredite , non interrompue de plus
d'un fiecle & demi : ils offrirent de donner fatisfaction
par rapport à celles que des Puiffances
amies auroient jugées légitimes ; & articulerent
à leur tour des demandes confidérables qu'ils con
fentirent de faire entrer en compenfation .
Ces difcuffions réciproques ne fervirent qu'à
augmenter l'aigreur & à multiplier les difficultés.
Enfin l'Empereur offrit de renoncer à fes diverfes
prétentions , pourvu que l'Escaut für ouvert
, & le commerce des Indes orientales &
occidentales rendu libre à fes fujets des Pays- Bas,
En même tems il annonça les fuites d'un refus
& les Plénipotentiaires Hollandois furent informés
que le premier obftacle mis à la libre navigation
de l'Efcaut , prendroit le caractere d'une
declaration de guerre.
Pendant que la Hollande invoquoit les bons
offices de la Cour de France , & qu'elle fe
préparoit aux événemens , fes délibérations furent
troublées par le bruit du canon , tiré d'une
de les frégates fur un bâtiment forti d'Anvers
pour Oftende , avec une patente impériale. Un
fecond navire , reçu plus doucement , fut également
obligé de rétrograder vers le lieu de fon
départ , fans avoir pu franchir l'espace prohibé .
Cette mefure , autorifée par les Etats Généraux
, comme un acte de défenfe légitime, &
comme une fuite des traités à l'abolition defquels
la République n'avoit pas confenti , parut à Bru
xelles une aggreffion formelle , une déclaration
de guerre d'autant plus évidente , que l'Empe
reur avoit annoncé la maniere dont il envifageroit
cette hoftilité.
L'Ambaffadeur impérial à la Haye fut rappellé
, les Plénipotentioires Hoilandois renvoyés
de Bruxelles , & la marche d'une puiffante armée
vers les Pays Bas , arrêtée dans le Confeil de
Vienne.
Déja cette armée s'avance à grands pas vers
le théatre de la conteftation . Mais la Hollande
me paroît pas ébranlée par cet appareil : gardée
par fa fituation , elle s'eft tenue jufqu'à ce moment
fur la défenſive , en fortifiant fon armée , en
muniffant fes places , & en armant tous fes habitans
.
L'Europe attentive à cette agitation , ne pénetre
point encore jufqu'où elle doit s'étendre ,
mi les moyens qui fe déploieront peut -être pour la
calmer , avant qu'elle arrive au dernier période .
JOURNAL
POLITIQUE.
DE
BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 12 Décembre.
1
LE premier de ce mois , le Baron de Munchaufen
, Miniftre d'Etat & de Juftice , eft
mort ici , à la fuite d'une apoplexie , dans la
Soixantieme année de fon âge.
(( 16 )
Les Officiers Holiandois qui fe trouvent ici ,
achetent des armes & des draps d'Uniformés pour
les Corps des Troupes Légères que la Républi
que fait lever.
DE VIENNE , le 13 Décembre.
Nous avons aujourd'hui une connoiffance
plus exacte de ce qui s'eft paffé en
Tranfylvanie. Les changemens médités par
S. M. I. dans les Jurifdictions & dans les
prérogatives feigneuriales ; changemens qui
ont fouffert quelques oppoficions de la part
des Intéreffés , paroiffent avoir animé contr'eux
les payfans.
Dès le mois de Juillet , on s'apperçut que
ces Valaques tenoient des affemblées fecrettes
cependant leurs deffeins n'éclaterent
qu'en Novembre. Plufieurs milliers de ces
payfans s'affemblerent dans le village Meftalou
, du Comté d'Hunyad : là, ils prirent la
réfolution unanime de furprendre la fortereffe
de Carlsbourg , d'en attaquer l'arſenal ,
& de s'y pourvoir d'armes. Le même jour ,
ils défolerent plufieurs villages , & commirent
d'abominables cruautés. Les Novembre
, ils déclarerent publiquement leur projet
de fe défaire de toute la Noblefe de
Tranfylvanie , & de s'emparer de fes poffelfrons
. Les jours fuivans ils continuerent à
affaffiner , à brûler tout ce qu'ils rencontrerent,
On comptoit environ 13,000 de ces
féditieux , meurtriers & volears ; leur chef
( 17 )
en effet , étoit un ancien Officier , chaffé de
fon corps pour des prévarications. Uniquement
armés contre leurs Seigneurs , ces conjurés
affectoient le plus grand refpect pour
l'Empereur , & s'autorifoient de fes inten-)
tions paternelles pour dévafter les domaines
des Magnats, & pour les égorger. Le Comte.
Palfy n'en fera pas quitte pour 200,000 flor.
Ces brigands ont incendié plufieurs villages
, en ont maffacré les principaux habitans
; & dans l'une de ces expéditions , i's
jettecent au milieu des flammes une jeune
fille de 16 ans . Deux Gentilshommes adolefcens
, revenus depuis quelques jours de
Univerfité de Leipfick ont été étranglés &
empalés : les Châteaux , les bourgs , les villages
furent abandonnés de leurs habitans
qui fe réfugierent dans les villes .
A l'arrivée des troupes , cette rage s'eft
adoucie ; l'on prend des mefures pour l'empêcher
de renaître , & la plus grande partie
de ces payfans a mis bas les armes . Cette
expédition a été accompagnée d'une Ordonnance
rendue par le Gouvernement de
Tranfylvanie , le 23 Septembre , dans les
termes fuivans .
Durant le cours de la fédition actuelle fomentée
par la Populace Valaque , qui fe permet toutes
fortes d'excès , on remarque que cette Troupe
de Rébelles cherche chaque jour à propager ce
mal de plus en plus , par des Séducteurs apoftés ,
qui de Village en Village débitent les menlonges
les plus groffiers & les plus préjudiciables aux deux
( 18 )
1
Partis , pour attirer dans leur complot les habitans
peu éclairés de la campagne . Or , fin que ce dan
gereux venin de la fédition ne fe répande davantage
, & que ceux dont la fidélité pour le Souverain
& la Parrie a été reconnue jufqu'à prétent , ne
s'abandonnent pas à un égarement, fi déplorable ,
on notifie à tous & à un chacun , en vertu de cette
Patente , émanée du Gouvernement Royal , que
quiconque arrêtera un des Séducteurs , & le remettra
entre les mains des Mag frats du Comitat
le plus à portée , touchera fans délai pour cette
preuve de fidélité envers le Souverain & la Patrie,
une récompenfe de 30 florins pour chaque tête ,
dès que la perfonne arrêtée aura été juridiquement
convaincue de fon crime au- lieu que, fi une
Commune étoit affez perverfe pour admettre chez
allc des gens de cette forte, ou qu'elle fe laitår
entraîner par leurs artifices , le Juge du Village &
deux des Habitans - Jurés ferent , en conformité:
des Loix Nationales , empalés , fans le moindre
efpoir d'obtenir grace.
Le Gouvernement de la Tranfylvanie a
été confié par S. M. I , au Comte de Wallis
Lieutenant Feld - Maréchal des Troupes Im
périales. Le Comte de Fabris eft commandant-
Général des Troupes de cette Province,
Les équipages de guerre font partis pour les
Pays -Bas , ainsi que les Employés civils de la
grande armée. Elle ne fait aucun vuide fur la
partie de nos frontieres qui doit refter garnie à
tout événement , & fi l'Empereur fe tranfporte.
dans les Pays- Bas , le Général Laulos aura des
pouvoirs illimités d'ordonner toutes les opérations
militaires de l'intérieur .
On a promis aux Croates une récom(
19 )
penfe pour chaque déferteur qu'ils raméheront
au Régiment ; foo florins à chaque
payfan qui rendra le même fervice , & 30
florins au foldat délateur de fon camarade.
Ce fera unfingulier problême à réfoudre par
la poftérité, comment on parvient à faire
combattre des armées contre lefquelles on
eft obligé de prendre de fi terribles précautions.
1+
Beaucoup de Couvens , à ce qu'on affure ,
préf n'ent d'eux- mêmes pour être fupprimés :
ces Monafteres , il eft vrai , n'ont aucuns revenus
fixes , & ne fubfiftoient que de l'affifance de confairies
abolies.
Les mulets & les chevaux chargés des
équipages de S. M. font partis , & arriveront
à Bruxelles , après 72 jours de route ,
fans accident. L'Empereur y a fait mettre
un fervice d'argent de 30 couverts , & up
autre de pareil nombre en fer blanc ,
Les nouveaux Corps de Houlans font ici
pour faire leurs coraplettes , & attendent
avec impatience le moment d'entrer en campagne.
Le 1 de ce mois , le Régiment des Cuiraffiers
de Czatorysky a quitté cette garnifon
pour fe rendre dans la Bohême ; il a été
remplacé ici par le Régiment des Cuiraffiers
de Meklembourg, en garnifon dans la
Hongrie.
Les lettres de Conftantinople apprennent
que l'efcadre du Capitan - Bacha , qui avoit
croifé dans l'Archipel , eft de retour dans le
port depuis le 6 Novembre.
( 10 )
L'Empereur a nommé des Commiffaires
Four vérifier les titres de poffellions de terres
dans la Buchowine , & faire dreffer enfuite
a cadaftre en regle.
r
On affure qu'il va paroître une ordonnance
concernant les indulgences. L'Empereur a ordonné
, que , vu que de toutes les Confraries ,
il n'exiftoit plus que l'affociation pour le foulagement
des pauvres, cette fociété conferveroit
trois fètes par an ; favoir le jour qu'elle a été
inftituée , le jour de Noël & le jour de Pâque ;
chaque membre de cette pieufe affociation doit
fe rendre à la paroiffe refpective & fe contenter
des indulgences accordées dans ces jours.
Le nombre des malades qui s'eft trouvé
dans l'hôpital général depuis le 16 Otobre
jufqu'au is Novembre , a monté à 1448 perfonnes
, dont 150 ont payé leur réception :
598 perfonnes ont été guéries dans cet intervalle
, & 78 font mortes. Le nombre
des enfans trouvés reçus à l'hôpital dans
le même efpace de tems a été de si .
·
=
On apprend d'Agram , que le fieur Mathias
Petrovics , Prévôt de Marchia , & Tuteur du
Chapitre de la Cathédrale d'Agram , mort le
15 Novembre dernier , a légué au Séminaire-
Général d'Agram 6000 florins ; au Collège - de
Pavie , pour l'inftruction des Croates qui fe def
tinent à l'Eglife , 2000 florins , & 2000 florins
au Séminaire des Prêtres qui fera établi à Agram.
On écrit de Gortz , que le Directeur du
Mont de Piété a difparu avec une fomme de
180,000 florins.
CC( 21 )
DE FRANCFORT , le 19 Décembre.
Nous apprenons que les Régimens Autrichiens
de Zettwitz , de Neiff & de Dourlach
ont reçu ordre de joindre l'armée en
route pour les Pays Bas .
Les brigandages commis en Tranfylvanie
ne pouvoient être de durée ; une lettre
d'Hermanta.it s'exprime ainfi à cet égard .
: « Les Rebelles retirés dans les environs de
Claufenbourg , ont accepté une fufpenfion d'ar-
» mes jufqu'au 22 de ce mois . Le Lieutenant-
Colonel de Schultz s'étant approché d'eux , fans
arines , le Novembre , pour favoir les caufes
de leur foulevement , les Rebelles repliquerent ,
» que c'étoit la faute de leurs Seigneurs , qui re
rempliffoient pas les ordres de l'Empereur . Sur.
n une nouvelle demande de M. de Schultz , à quoi
tendoit donc leur entreprife inconfidérée , la
Chef des Révoltés , auffi défarmé , vint lui déclarer
que fa Troupe fe retireroit paisiblement,
pourvu qu'on lui accordât les trois demandes
fuivantes : 19. Un pardon général enfaveur de
tous , nul excepté ; faure de quoi ils fe défendroient
réciproquement : 2° Une recher. he exacte de leurs
juftes Plaintes , afin que les Gentilshommes les traitaffent
avec plus d'humanité : 3°. Enfin , qu'à l'avenir
on n'exigeât d'eux ri - n au delà des Ordonnances
Impériales. « M. de Schultz fe fit donner ces trois
39
Propofitions par écrit , & donna aux Révoltés
» fa parole , qu'il les appuieroit auprès du Gou-
» vernement , qui s'y rendit . A cette nouvelle ,
» les mutins fe feparerent pour retourner tranquillement
chez eux . »
ל כ
Cette capitulation n'eft pas trop vraiſem(
22 )
blable ; mais il l'eft que la force n'aura pas
eté employée feule pour appaifer ce foulevement.
D'autres lettres racontent les circonftances
fuivantes.
›
Un Major du Régiment de Sekler , Houffards ,
rencontra , le 19 Novembre , une troupe de 6000
Payfans Valaques armés. Le Major leur envoya un
Trompette , pour demander une entrevue avec le
Chefdes Révoltés. Auffi-tôt fe préfenta unValaque
à cheval , la tête couverte d'un cafque furmonté
d'un panache. Le Major intrépide , quoique
n'ayant fous les ordres qu'un Détachement peu
nombreux ordonna néanmoins au Chef des
mutins , de dire à fes camarades qu'ils euffent à
pofer leurs armes , faute de quoi , la troupe du
Major feroit feu fur eux. On prétend qu'ils auroient
répondu , que leur intention n'étoit pas de
combattre es Troupes Autrichiennes , mais qu'ils
vouloient majacrer leurs Seigneurs , fuivant l'ordre
infinué à Moriah par l'Empereur. Il faut donc attribuer
cette révolte á la féduction & à l'ignotance
, auffi -bien qu'à l'oppreffion trap grande
des Nobles . Voici une preuve évidente que les
Révoltés ne fe font pas foulevés contre leur Souverain
. Un Officier Autrichien e cortant , il y a
peu de jours , une Caille Impériale à la tête de
80 hommes , tomba parmi un troupe de 2000
Révoltés , qui le traitent av ec beaucoup d'humanité
Ils ont cependant dévafté déja plos de
40 Villages. En vertu des Sentences prononcées
par des Confeillers de Guerre , 300 de ces Rebelles
ont été exécutés . Mais le Souverain ayant
défendu cette façon de rocéder, trop expéditive,
leurs Prifonniers (ero l'avenir jugés en vertu
des Loix Civiles.
( 232)
Le 29 Novembre , à 10 heures 6 minutes
du foir, on reflentit à Stuggard & dans les
environs une fecouffe de tremblement de
terre : elle s'est étendue dans le Margraviac
de Baden , & fut accompagnée d'un bruit
femblable à celui d'un chariot roulant fur le
pavé. Un vent impétueux l'avoit précédé ,
& elle fut fuivie d'un brouillard épais . Les
lits , les chaifes, les fenêtres en furent ébranlés.
On remarqua que les eaux du Rhin
baifferent fenfiblement , & que celles de
divers puits tarirent fubitement.
La levée du Corps Franc, fous les ordres du
Major autrichien le Baron de Stein , a les plus
grands fuccès : la premiere divifion eft déja complette
& prête à marcher vers les Pays Bas ; &
recevant tous les jours des recrues faites par les
Officiers réfidens à Worms , Mergentheim & Hailbron
; la feconde divifion ne tardera pas à être
auffi complette. S. M. Imp. s'eft engagée à penfionner
ceux de ce Corps qui feront bleffés à fon
fervice .
On affure que plufieurs Princes d'Allemagne
ont offert leurs troupes à l'Empereur :
on nomme entr'autres le Duc de Wirtemberg
, dont on connoît les relations actuelles
avec la Cour de Vienne : mais ces bruits ,
comme beaucoup d'autres , n'ont encore
aucune confiftance.
Il y a quelque tems qu'à Altona on ouvrit
une foufcription pour la conftruction d'un théatre,
elle ne s'eft point remplie : en vient d'en propofer
une autre pour la conftruction d'un hôpital ,
& il s'eft trouvé dans peu de jours pour quatre
mille marcs de foulcription.
( (124 )
1
On a vu des villes au contraire , des villes
libres , dans le dix- huitieme fiecle , qui auroient
renverfé leur Conftitution, pour avoir
des baladins & des Opéras Comiques.
II
Il y a quelques jours , écrit-on de Leipfick ,
que S. A. Electorale étant à la chaffe , a coura
grand ifque pour les jours : deux femmes qui
le trouvoient heureuſement là , l'avertirent à
tems du danger qu'Elle couroit en continuant
un chemin par lequel S. A. Electorale fe feroit
infailliblement précipitée dans l'Elbe . Cette
femme a reçu une récompenfe de fept cents écus,
& une pension de 25 écus d'Empire.
La ftation momentanée du Régiment de
Bender dans le Brisgaw , avoit exercé l'imagination
inventive des raifonneurs & des
gazettes. Nous apprenons que le 9 de ce
mois , ce Régiment a abandonné les trois
villages où il étoit can.onné , a traverfé
Kelh ,
& s'eft dirigé vers les Pays-
Bas , où il arrivera le 20 de ce mois . Le
lendemain , on attendoit un Corps de Cavalerie
aux mêmes lieux , Corps que fuivent
deprès une légion de Chaffeurs & trois mille
Croates , venant du Tyrol. Les troupes autrichiennes
, foumifes à la plus févere difcipline
, n'ont donné aucun fujet de plainte
aux habitans . Le Prince d'Anhalt Zerbft ,
frere de l'impératrice de Ruffie , étoit à cheval
à la tête de la premiere divifion de ces
troupes . Le Régiment de Bender lui eft
promis.
Notre Univerfité , écrit- on de Mayence , devient
tous les jours plus brillante : le bâtiment
contient
( 256 )
W
contient 12. belles grandes falles , cù fe donnent
les leçons publiques. Il y a une bibliothéque compofée
de 50,000 volumes , & elle ne tardera pas à
être augmentée ; car on y fournira tous les Ouvrages
que chaque Profeffeur trouvera néceſſaire
d'y faire placer. On y formera un Cabinet d'hiftoire
naturelle . On vient d'acheter à Londres
tous les Inftrumens de Mathématiques & Phyfique
dont on peut avoir befoin : on le pourvoira
également de tous les modeles , foit pour la ftatique
, l'hydraulique & l'architecture civile & militaire
; un Cabinet numifmatique va y être établi
pour les Médailles feules de l'Électorat .
M. le Grand Maître de la Cour , le Baron
d'Erthal , frere de S. A. S. 1'Electeur régnant ,
vient de faire préfent à l'Univerfité d'une collection
d'Eftampes qui peut à bon droit paffer pour
une des plus belles & des plus complettes dans ce
genre.
La Théologie fera enfeignée au Séminaire Archiepifcopal
, on va conftruire un bâtiment pour
l'Anatomie & un laboratoire pour la Chymie ; le
jardin botanique eft déja fort avancé . On vient de
former un Hôpital de 60 lits , dans le Couvent
des Clariftes. Pour unir la pratique à la théorie ,
oa y enfeignera la partie des accouchemens . On
établira auffi une Ecole Vétérinaire , un Philantropinum
, une Ecole d'Agriculture , d'Economie,
de Finances , & c. & c.
Le 7 , l'équipage de campagne de l'Empereur
, efcorté par un Capitaine & quatre
Chaffeurs , eft arrivé à Ratisbonne. Les Régimens
de Preiff & de Teuchmeister y ferort
rendus le 20 .
La premiere colonne des troupes en mar-
No. 1 , 1 Janvier 1785. b
( 26 )
che eſt de 40,000 hommes ; la feconde , ditfera
de 50,000 ..
on ,
Des lettres deVienne portent que le Comte
d'Iſtenziel , chargé de S. M. I. d'appaifer les
défordres qui avoient éclaté dans le Comitar
de Neutra , s'eft fi bien acquitté de fa
commiffion , que tout y eft actuellement
tranquille .
Divers Régimens de Croates ont paffé par
la Stirie , & font entrés dans la haute Autriche.
La partie du Duchê de Weftphalie appartenante
à l'Electorat de Cologne , renferme une étendue
de pays de 10 milles de l'eft à l'oueft, & de 9 milles
du fud au nord. On évalue fa population au moins
à 100,000 ames . Il contient 25 villes qui ont droit
de fuffrage aux affemblées desEtats , 11 gros bourgs
dont 9 jouiffent du même droit que les villes , 18
Couvens & beaucoup de villages.Les villes ne font
gueres peuplées ; les plus grandes renferment environ
400 maifons. Les Etats s'affemblent à Arenfberg,
où fetrouve la Chancellerie de ceDuché . Le
pays eft fertile en bled , pâturages , bois & toutes
fortes de minéraux ; mais on n'y voit que très- peu
de manufactures.
ITALI E.
DE VENISE , le 30 Novembre.
Le différend qui s'étoit élevé entre l'Empereur
& notre République , au fujet de la
jurifdiction de nos Evêques dans la Lombardie
autrichienne , vient d'être terminé à l'a(
27 )
:
miable. Les deux Puiffances font convenues
que les Evêques de l'une & de l'autre domination
ne pourroient exercer aucune jurifdiction
dans les diocefes étrangers. Au moyen
de cet arrangement , l'Archevêque de Milan
perd environ quarante paroiffes , qui feront
réunies au diocefe de l'Evêque de Bergame ;
mais auffi d'autres Evêques vénitiens perdront
plufieurs paroiffes fituées dans la Lombardie
autrichienne . "
Le démêlé furvenu entre notre République
& celle de Hollande , à l'occafion de l'affaire
des deux Négocians Chomel & Jordan ,
n'eft pas encore arrangé . La Hollande perſiſte
à demander que ces deux Négocians foient
indemnifés de leurs pertes.
DE MILAN , le 1 Décembre.
La torture préparatoire , quoique profcrite
par les loix dans ce duché , étoit encore
exercée de temps en temps ,, ainfi que celle
fuper alias & complicibus , par des Juges cruels
ou ignorans le Sénat vient de leur interdire
cette affreufe méthode par la circulaire fuivante.
כ כ
:
L'expérience ayant démontré ? que c'eſt
de la négligence des Juges & du peu d'exactitude
qu'ils mettent dans les procédures criminelles ,
que dérive en grande partie la neceffité de recourir
aux tourmens , il leur eft enjoint de prendre
toutes les informations poffibles , & de fe
procurer
, par des moyeus légitimes , les éclairciffemens
propres à diftinguer l'innocent d'avec le
b 2
( 28 )
1
coupable. Le corps du délit étant légitimement
conftaté , & le délinquant mis en prifon , on lui
fera fubir trois interrogatoires ; s'il perfifte à
nier , il n'en fera pas moins criminel ; le Juge
pourra lui laiffer 24 heures de plus pour ſe reconnoîtte
coupable ; mais ce terme écoulé , on
le condamnera par contumace , & il fera puni
comme convaincu du crime dont on l'accufoit.
Toutes les fois que les témoins ou délinquans ,
interrogés fur quelque point effentiel , différe
ront dans leurs réponſes , on leur enjoindra de
rendre raison de cette contrariété ; fi leurs réponfes
ne font pas concluantes , on attendra le
réfultat de la procédure avant de les condamner.
Le témoignage des complices & autres perſonnes
infames fera regardé comme valable , s'il confte
qu'ils n'ont aucun intérêt à trahir la vérité ;
lorfque l'accufé fe fera avoué coupable , fans
pourtant vouloir nommer ceux qui ont cu part
un crime qu'il n'auroit pu commettre ſeul
ou qu'il refufe de fe déclarer fur quelque circonftance
agravante , les Juges en informeront le
Tribunal fuprême.
Enfin dans tous les cas où l'accufé aura contre
lui les indices graves , fans être cependant
pleinement convaincu du crime qu'on lui impu
te , les Juges devront , comme ci - deffus , s'adreffer
au Tribunal fuprême , afin que celui - ci
puiffe rendre la fentence la plus convenable
& la plus conforme aux intentions de S. M.
La nouvelle Junte Royale des Etabliffemens
pieux a fupprimé derniérement une fondation
connue fous le nom de Fondation des
Riches & des Vieillards . Elle avoit été deftinée
au foulagement des Pauvres de la Paroifle
de S. Jean,
( 29 )
DE NAPLES , le 30 Novembre.
Le Marquis de Caraccioli , viceroi de Sicile,
s'eft embarqué le 17 , vers les quatre
heures du foir , fur la frégate du Roi la Minerve
, pour fe rendre à Palerme. La frégate
la Dorothée a fait voile le lendemain pour
cette ifle. 3
Le Confeil des Finances a arrêté qu'il ne feroit
point fupprimé de Couvens de la Ville , les revenus
defquels devoient fervir pour l'entretien , des.
maifons d'Orphelins que l'on devoit établir pour
P'éducation des Filles des Militaires ; & qu'au - lieu,
de ces revenus , on leveroit une taxe fur tous les
Couvens de ce Royaume & fur ceux de Sicile ,
laquelle formeroit une fomme de 30 mille ducats,
dont 20 mille feroient payés par les premiers , &
10 mille par les derniers , afin de pouvoir fournis
plus ailément aux frais de ces établiſſemens pieux,
un defquels fera formé dans le Couvent des Peres
Francifcains du Calvaire. ad low va
S. M. vient d'accorder une penfion de
300 ducats aux deux Médecins qui ont trai
té le Prince héréditaire péndant fa derniere
maladie, & qui lui continuent aujourd'hui
leurs foins pendant fa convalefcence , qui eft.
un peu inquiétante .
Un duel , qui a eu lieu récemment entre deux
rivales , fait aujourd'hui le fujet de toutes les
converfations. Voici comme on raconte le fait.
Un jeune homme étant devenu amoureux d'une
demoiſelle , lui avoit promis de l'époufer , mais
quelque temps après ayant conçu une nouvelle
paffion pour une femme mariée , il abandonna fa
\
b 3
( 30 )
première maitreffe ; celle - ci ne tarda pas a être
informée du motif de l'infidélité de fon amant ,
& ayant réfolu d'en tirer vengeance , elle ne
s'occupa plus que du choix des moyens . Ayant
appris que fon perfide amant devoit accompagner
fa rivale au fpectacle , elle fe traveftit en
homme , fe rendit à la maifon de fa rivale , &
attendit l'heureux couple au bas de l'escalier. IĮ
parut enfin. Notre héroïne auffi tôt de porter un
défi à fon amant , & de l'accabler des reproches
les plus durs ; celui - ci ayant reconnu la voix
de fon ancienne maîtreffe , refufa l'appel , mais
elle ne l'en tint pas quitte à fi bon marché. Elle
chercha à le provoquer par les injures les plus
piquantes ; & ayant tiré fon épée , elle le fomma
d'en faire autant . La rivale , qui avoit été témoin
de cette ſcene , voyant que le jeune homme perfiftoit
dans fon refus , lui arracha fon épée , &
s'avance avec furie contre la rivale. Le combat
s'engage entre les deux chainpions féminins ils
fe battent avec tout l'acharnement du défeſpoir
& de la jalousie . Le jeune homme s'efforce de
les féparer ; & y il parvient enfin , mais les deux
rivales , indignées de ce qu'il n'avoit pas laiffé un
libre champ a leur valeur , tournerent leur rage
contre lui , & l'affaillirent de coups ; trop heureux
d'en être quitte pour quelques légeres blef
fures. La Dame confentit enfin à remonter dans
fon appartement , & le jeune homme reconduifit
la Demoiſelle à fon logis.
s ;
Le tombeau des Scipions , qui a été trouvé
dans la vigne Saffy, près de la porte Capena
à Rome , & qui confifte en une grande
Laiffe de marbre , ornée de diverfes infcriptions,
a été tranfporté par ordre de S. S. dans
le Mufée du Vatican .
( 3། :)
Le Cardinal Colonna eft toujours dange
reuſement malade . On commence à défefpérer
de fa guériſon.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Décembre .
Les circonftances pénibles & délicates où
fe trouve la Nation faciliteront , felon quelques
prophetes politiques , le rapprochement
des différens partis. Ils fentent , diton
, la néceffité de tendre en commun à raffermir
la puiffance & la profpérité publiques.
Cet efprit de conciliation a prévalu depuis
l'entrée de Lord Cambden dans le Cabinet :
auffi le Général Sloper , très-attaché à la
Coalition , a t-il emporté le commandement
général de l'Inde , fur le Général Campbell ,
favorifé par M. Pitt. Ce jeune Miniftre ,
toujours fuivant les mêmes rapports , a perdu
de fa prépondérance , &c. Mais fi le
danger imminent où fe trouvoit l'Angleterre
, dans la derniere guerre , & les embairas
qui l'ont fuivie , n'ont rendu les factions
que plus animées , comment efpérer qu'elles
fe réuniront par patriotisme ?
L'un de nos papiers s'eft dit autorifé à inftruire
le Public que S. M. a déclaré dans les termes les
plus clairs par fes Ambaffadeurs auprès des Cours
étrangeres, qu'elle eft irrévocablement déterminée
à la neutralité dans la querelle actuelle entre
l'Empereur & les Etats- Généraux .
so can. commandée par L'Europa , de sa can. ,
b
4
( 32 )
l'Amiral Innes , a appareillé de Portſmouth
pour fe rendre à la Jamaïque.
Le Capitaine King , le compagnon & l'ami du
célebre Cook eft mort à Nice , où il étoit allé
chercher le rétabliſſement de ſa ſanté . Voilà donc
les trois célebres Circum - Navigateurs , Cook ,
Clerke & King, perdus pour la nation en très-peu
de temps.
On dit que nos Miniftres , fur les repréfentations
de M. Orde , font convenus d'accorder
un droit égal en faveur de l'Irlande ,
fur l'article du fucre ; ce qui fera extrêmement
avantageux aux Négocians. Irlandois
intéreffés dans le commerce des Ifles.
Le Parlement , dit une lettre de Dublin du 4 de
ce mois , s'affemblera le 20 Janvier , & s'occupera
d'abord de divers réglemens de commerce également
avantageux aux deux Royaumes. Les gens les
plus fenfés & les plus refpectables de la Nation
mettent toute leur confiance dans cette affemblée ,
& manifeftent autant d'horreur que de mépris pour
les mcfures iniques que la faction s'efforcé de vouloir
faire adopter.
Le bruit s'étoit répandu que le Duc de Rutland
avoit été empoisonné . Le fait eft qu'il est tombé de
cheval en revenant le foir d'une partie de plaifi
qu'il avoit faite chez un de fes amis à Phænis-Park ,
maisil ne s'eft point bleffé dangereufement , & nous
efpérons, pour le bien de l'Irlande , qu'il fera bientôt
en état de reprendre fon travail & de s'occuper
des intérêts de la narion .
D'après les journaux des Seffions de l'Old
Bailey , pendant les trois dernieres années , il
eft reconnu que fous la Mairie du Chevalier
William Plomer , en 1782 , on a jugé 668
( 33 )
perfonnes ; fous celle de Nath Newnham
fen 1783 , 818 ; fous celle de Robert Peckam,
en 1784 , 1037. Pour crime capitaux , en
1782 , 98 ; en 1783 , 170 * ; en 1784 , 149 .
Le Gazeter , Feuille dévouée à M. Fox ,
& répertoire de toutes les calomnies contre
le Miniftere , a imaginé l'anecdote fuivante
fur le compte d'un ancien Miniftre.
Ce Seigneur , dit-il , fut employé , à l'âge de z z
ans par le Comte de Butte pour négocier entre lui
& M. Fox , depuis Lord Holland , auquel il avoit
promis une dignité de Comte. Des intrigues de Cabinet
empêcherent la conceffion de ce titre , & on
confentit feulement à ce que M. Fox eût une Baronnie.
Le Comte de Bute , qui avoit promis à
M. Fox un Comté communiqua fon embarras au
Lord en queftion. Celui- ci entreprit de l'en tirer en
prenant tout fur fon propre compte. Il lui confeilla
de répondre à M. Fox , que fon négociateur le
Lord ..... lui ayant promis la dignité de
Comte , il avoit outrepaffé fes pouvoirs. M.
Fox répliqua qu'il s'en remettoit fur cette affaire
aux propres paroles de ce jeune Seigneur . Quand
on en vint aux éclairciffemens , on envoya chercher
le Lord ..... , qui foutint à M. Fox qu'il
ne lui avoit promis qu'une Baronnie. M. Fox ftu
péfait , refta quelques inftans fans pouvoir proférer
un feul mot ; mais s'étant remis , il dit au
Lord .... ces paroles remarquables : Jeune homme,
L'IMPOSTURE & la FOURBERIE font donc les fentimens
avec lesquels vous commencez votre carriere
dans les affaires, tandis que les plus vieuxPolitiques
ne les acquerent généralement que fur lafin de la
leur !
Ceux qui ont connu le caractere du feu
acte abis ba
( 34 )
Lord Holland , Payeur général des troupes
dans l'avant derniere guerre , ne croiront pas
fi aifément qu'un renard auffi expérimenté
ait été dupe d'un jeune homme de vingtdeux
ans .
Dans l'un des Journaux de 1783 , on rendit
compte du duel du 4 eptembre même année , entre
le Colonel Gordon , oncle materncl du Duc
de ce nom , & frere du Comte d'Aberdeen , d'une
part , & le Lieutenant- Colonel Thomas de l'autre
, ainfi que des caufes qui avoient provoqué ce
duel , qui fe termina par la mort de ce dernier.
Les faits que nous mîmes alors fous les yeux
du Public , & que nous tenions , ainfi que les fuivans
, d'un parent de la famille de Gordon , domicilié
à Paris , & qui s'en rend le garant , prouvent
clairement que le Colonel Gordon n'a rien
omis de ce qu'il devoit & pouvoit faire , foit
comme militaire , foit comme homme d'honneur
pour fe laver des reproches , dont contre toute
Taiſon , M. Thomas s'étoit obſtiné à le charger.
Les fuites de ce duel ont été très- alarmantes
pour M. Gordon. Comme les Loix de fon pays
ne diftinguent pas entre un meurtre & un duel
prémédité, il a été poursuivi devant le Tribunal
du Vieux - Bailey , comme coupable d'affailinat
dans la perfonne de M. Thomas . Mais un Juré
refpectable du Comté de Middlefex l'a déchargé
d'un crime fi horrible , à la grande joie des Officiers
, tant fupérieurs qu'inférieurs , fous lefquels
ou avec lefquels il avoit fervi en Amérique , &
qui s'étoient faits un devoir de fe rendre en grand
nombre au jugement pour dépofer en fa faveur.
Une circonftance finguliere & peut être fans
exemple , eft que , quoique la bravoure perfonnelle
du Colonel Gordon , ait été pleinement dé(
35 )
>
montrée tant par la Sentence du Confeil de
Guerre tenu à fon fujet à Newyorck le 4 Sept.
1782 , par toute la conduite dans la malheureufe
affaire avec M. Thomas. Cependant quelques
jeunes Officiers du corps fe font imaginés , on ne
fçait fur quel fondement , qu'il n'a pas affez fait
pour fe mettre au- deffus de tout reproche.
On mande de la Caroline du Sud , qu'il
regne parmi les habitans des Provinces méridionales
des Etats- Unis , une activité de
commerce qui réuflit au delà des efpérances .
Entre diverfes branches de commerce dont
ils fe font occupés nouvellement , ils ont
entrepris celui des Efclaves fur la côte d'Afrique
, lequel a déjà été fi heureux , que depuis
la proclamation de la paix, il a été vendu
plus de 3000 negres au marché de Charletown
; & l'on eftime que les Vaiffeaux deflinés
cette année au même commerce , gagneront
le double de ce qu'ils ont gagné l'année
derniere. Certainement ce ne fera pas cet
Etat - là qui fouferira à abandonner cette lucrative
fpéculation .
Il eft arrivé dernierement en Penſylvanie un
événement plaifant. Un particulier avoit gagné
en peu de temps beaucoup d'argent à acheter
des Efclaves blancs , qu'il menoit dans l'intérieur
du pays , pour vendre leur travail ou leur apprentiffage
pendant un temps confidérable . Dans
l'une de ces tournées , il avoit avec lui un jeune
Irlandois , d'une figure & d'une taille fi défavantageufe
, que perfonne ne vouloit l'accepter. Le
Marchand de chair humaine , après avoir vendu
tous les esclaves , réfolut de revenir à Philadelphie
avec fon Irlandois qu'il accabloit de repro
b 6
( 36 )
ches & d'injures ; effet ordinaire de l'avarice
fruftrée de fes efpérances . Ils arriverent un foir
très-tard dans une Auberge où tout le monde
dormoit. Un garçon qu'ils réveillerent , les conduifit
dans une chambre où il les laiffa fans faire
attention quel étoit le Maître ou le Valet , puis
alla fe recoucher . Le lendemain matin , de très-
' bonne heure , l'Irlandois fe leva , & voyant que
fon Maître dormoit profondément , il endoſſa fes
habits & defcendit . L'Aubergifte entama la converfation
avec lui . Les gens de la ville font ordinairement
curieux & crédules ; notre Irlandois
le favoit ; auffi- tôt il informa l'Aubergifte que le
blanc qu'il avoit avec lui , étoir le feul qui lui
reftât d'une troupe qu'il avoit vendue ; que les
voyages étant très- couteux , il lui propoſoit de
Jui abandonner fon apprentiffage pour deux demijoes
( équivalant à 3 liv. 12 fols fterl . ) . Cette
offre , qui fembloit très - avantageufe , fat acceptée
par l'Aubergifte , & l'argent payé. Le faux
Marchand prend auffi tôt congé , & obferve en
partant que ce feroit dommage d'éveiller le pauvre
diable qui dormoit fi bien . Au bout d'une
heure environ , le vrai Marchand ſe réveille , &
appellant les garçons , il commande fon déjeûner.
Le quiproquo finit par s'éclaircir , & par
prouver que l'ingénieux Irlandois avoit emporté
Don - feulement l'argent de l'Hôte , mais encore
eelui de fon Maître , & en outre les habits .
7
*
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Décembre.
A Le 12. de ce mois , le Roi à nommé à l'Abbaye
réguliere de Saint-Jean - de Bonneval - les-
Thouars , Ordre de Saint- Benoît , dioceſe de
( 37 )
1
Poitiers , la dame de Thy , Chanoineffe profeffe
da Chapitre noble de Leigneux , diocefe de
Lyon , fur la nomination & préſentation de Monfeigneur
Comte d'Artois , en vertu de fon apa.
nage.
$
Le
19, la Vicomteffe
de Thefan
a eu l'honneur
d'être
préfentée
à Leurs
Majeftés
& à la Famille
Royale
par
la Vicomteffe
d'Efclignac
.
Le même jour , le Comte de Ségur , Miniftre
p'énipotentiaire du Roi près l'Impératrice de
Ruffie , & le Vicomte de Vibraye , fon Miniftre
plénipotentiaire près l'Electeur de Saxe , ont eu
I'honneur de prondre congé de Sa Majesté pour fe
rendre à leurs deftinations , étant préfentés par le
Comte de Vergennes , Chef du Confeil royal des
Finances , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département des Affaires étrangeres.
Le zo , le Roi , accompagné de Monfieur & de
Monseigneur Comte d'Artois , a affifté au Service
anniverfaire qui a été célébré dans l'Eglife
de la Paroiffe de Saint - Louis , pour le repos de
l'ame de feu Monfeigneur le Dauphin . Madame
-Elifabeth de France y a également affifté.
Le 11 , le Comte de Mercy- Argenteau , Ambaffadeur
de l'Empereur , a eu une Audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a préfenté
à Sa Majesté le Prince de Staremberg; cet Ambaffadeur
a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celle de la Reine & de la Famille Royale , par le
fieur Tolofan , Introducteur des Ambaffadeurs ;
le fieur de Séqueville , Secretaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 15 Décembre.
Les Députés des Etats de Bretagne ayant
( 38 )
rendu compte à cette Affemblée , le 10 de ce
mois , de leurs démarches auprès des Miniftres
, ils ont repréfenté la réponſe , écrite en
ces termes , de la main de S.'M .
« Les témoignages que les Etats de ma Province
de Bretagne m'ont donné depuis qu'ils font af-
» femblés de leur refpect , de leur foumiffion &
de leur zele , m'ont déterminé à leur laiffer
» l'entiere liberté du choix de leurs Députés ,
» tant auprès de moi , qu'à la Chambre des
Comptes de Nantes , en y procédant dans les
» quinze premiers jours de leur aſſemblée . J'ai
כו
donné mes ordres pour autorifer mes Com-
» miffaires à retirer à cet effet les Arrêts du
» Confeil du premier Mars 1777 , & du 4 Ocl'ob
tobre 1780. Je veux bien auffi que les villes
→ continuent de fe pourvoir aux Etats pour
» tention de leurs octrois , fuivant l'ancien ufage ,
» & qu'elles leur rendent compte de l'emploi
» defdits octrois à leurs deftinations . J'explique-
» rai mes intentions à cet égard par une Déclara-
» tion adreffée à mon Parlement de Bretagne ».
Cette réponſe a été reçue avec des acclamations
de vive le Roi . Ce moment d'intérêt , difficile
à rendre , a été bien exprimé par MM . les
Préfidens des ordres fur les témoignages d'amour
que l'affemblée avoit à ce moment à donner à
S. M. & de reconnoiffance pour les Miniftres ,
M. le Comte de Montmorin & M. l'Intendant. Ces
fentimens , dont l'affemblée étoit unanimement
pénétrée , ont excité plufieurs membres des ordres
propofer des moyens de tranfinettre à la poftérité
une époque auffi mémorable . Le Tiers
Etat ayant énoncé dans ce moment fon avis , les
Etats ont arrêté d'aller en Corps vers MM. les
Commiffaires du Roi pour le remercier du zele
( 39 )
avec lequel ils ont mis fous les yeux du Roi &
de fes Miniftres , les juftes réclamations de la
Province .
Lefdits Etats fe livrant aux mouvemens de leur
reconnoiffance des bontés que S. M. vient de leur
accorder en les rétabliffant dans leurs droits , &
qui leur font efpérer que leurs demandes pour
être réintégrés dans la jouiffance des droits de
contrôle , auront le fuccès qui rempliroit leurs
vues pour le bonheur & le foulagement des peuples
, ont , par acclamation & unanimement , arrêté
d'ériger la ftatue de Louis XVI , tranfmettre
à la postérité un monument de fa juftice
& de fa bonté ; ont chargé les Député qui iront
à la Cour , d'en faire dreffer le plan pour la
teneur prochaine , & MM . lcs Préfidens des or.
dres d'écrire aux Miniftres pour leur témoigner
toute la reconnoiffance des Etats , en les priant
de mettre fous les yeux du Roi la préfente délibération
.
pour
Ils ont auffi arrêté unanimement qu'il fera célébré
Dimanche prochain une Meffe folemnelle
pour la confervation du Roi & de la Famille royale ,
pour l'heureufe délivrance de la Reine , à laquelle
MM . les Commiffaires du Roi feront invités
d'affifter.
La fecouffe de tremblement de terre qu'on
a reffentie le 29 du mois dernier , en Dauphi
né , en Savoie , en Allemagne , en Alface ,
aété auffi éprouvée en Lorraine . A dix heures
du foir , cette commotion , qui dura plus
d'une minute , ébranla les meubles du château
de Bourlemont , à demi-lieue de Neuchâteau
; elle s'eft étendue à Clermont , fur la
route de Neuchâteau à Langres , & proba-
,
( 40 )
L
1
blement avec plus ou moins de force dans
tous les lieux circonvoifins. La propagation
de cette fecouffe fur une eſpace de 15o lieues,
fait craindre que ce tremblement n'ait été
plus violent dans quelques contrées moins
voifines l'abaillement du barometre audeffous
de l'orage , ce jour-là , a été remarqué
dans plufieurs endroits même où la fe-
'couffe n'eft point parvenue.
:
-
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel fe
font affemblés le 29 Novembre au Couvent des
Cordeliers de cette ville , & ont tenu un Chapitre
, auquel a préfidé pour S. M. le Vicomte de
la Roche - Foucauld , Chevalier Commandeur
des Ordres de S. Michel & du Saint Efprit :
' après un difcours qui a été prononcé par le fieur
Pourfin de Grand Champ , Secretaire du Roi,
Chevalier dudit Ordre , nommé par Sa Majesté
pour fuppléer le fieur Collec , Chevalier & Secretaire
perpéruel dudit Ordre , le Vicomte de
la Roche- Foucauld a reçu Chevaliers , au nom
da Roi , les fieurs Gaillard de Buencourt , Jaubertoux
& Goetz : enfuite tous les Chevaliers ,
le Vicomte de la Roche - Foucauld à leur tête ,
fe font rendus proceffionnellement en l'Eglife
dudit Couvent , & ont affifté à la meffe de Requiem
, qui le célèbre tous les ans pour le repos
de l'ame des Chevaliers décédés.
M. l'Abbé Maury , Grand - Vicaire de
Lomber , remplace à l'Académie Françoife
M. le Franc de Pompignan . Cet Orateur facré,
dont les Ouvrages ont obtenu une grande eftime
, a été élu le 16 de ce mois.
On à répandu fur la portion de jettée faite
par encaiſſement au port d'Agde l'été dernier ,
( 41 )
·
fous la direction de M. Groignard , qu'elle avoit
été renversée & détruite par la mer, Le mal
qu'elle a éprouvé fe réduit à très peu de chofe ;
il confifte en un affaiffement dans la longueur de
la jettée , qui a confervé fa même direction fudquart
fud-oueft ; à quelques légeres dégradations
fur le bout du couronnement , & en un petit déverſement
auffi fur fa longueur du côté de l'eft ,
par où elle avoit été le plus battue d'une tempête
affreufe pendant quatre jours. Ces effets ailés à
réparer & à peu de frais , bien loin d'être nuifibles
à la caiffe , tendent au contraire à la confolider
, d'autant plus que fon taffement a été
confidérable , en fuivant & s'ajuftant ainfi au
plus grand affouillement que le fond a éprouvé.
On fera de plus charmé d'apprendre que le
prolorgement de la feule jertée de l'eft , d'environ
so toifes , a procuré , à la première crife
de la rivière d'Hérault , une amélioration confidérable
à fon embouchure. La profondeur du
chenal , entre les deux jestées , eft de 15 à 16
pieds . & à l'endroit de la paffe des bâtimens
de 8 pieds 3 pouces , au lieu de 6 pieds qu'il y
avoit auparavant . Le banc de fable qui , en
1780 , couvroit l'embouchure fur une longueur
de 300 toifes nord & fud , fe réduit maintenant
à environ 10 toifes , & eft éloigné des
jettées d'environ la longueur d'un cable . La paſſe
qui étoit autrefois à l'oueft , fe trouve au fuen
au bout de la caiffe , fur une largeur de o
toifes. Un fuccès auffi prompt & auffi marqué ,
qu'a produit le premiere portion de cette nouvelle
jertée , va ranimer le zèle des Adminiftrateurs
de la Province pour la continuation d'un
ouvrage auffi précieux , qui contribuera à l'agrandiffement
de fon commerce , & rendra cette
contrée une des plus floriffantes du Royaume.
( 42 )
On nous mande de Bordeaux un de ces
actes d'humanité qu'on retrouve encore parmi
le peuple , étranger aux claffes élevées
qui ne favent jamais fecourir qu'avec de l'argent
, & d'autant plus louables , qu'ils font
exercés pardes individus pour qui ils font de
véritables facrifices .
Etant allé , nous écrit l'Hiftorien du fait ,.
paffer quelque temps dans la paroiffe de Bégadin
, près Lesparre , petite ville du Médoc ; j'y
vis la femme d'un nommé Jean Chemin , Vigneron
, qui allaitoit un enfant d'environ un an , &
três - bien portant . Je fis compliment à cette
jeune Nourice fur l'état de fanté de fon enfant .
Cette bonne femme ne me répondit que par des
larmes , qui fuccedérent à la gaieté que je lui
avois apperçu. M'étant informé du fujet de fa
triftelle , j'appris ce qui fuit .
Au mois d'Octobre 1783 , la femme du nommé
Renom , Forgeron du même Bourg , fut accouchée
par une Sage - femme qui ne poffédoit
aucune connoiffance de fon art . L'opération fut
fi mal conduite , que la malade en mourut pref
que fubitement .
Le pere , déjà chargé de deux autres enfans ,
& qui n'a d'autre reffource que dans fon travail ,
n'étoit pas en état de payer une Nourrice pour
le nouveau né. La femme de Chemin fe prêfente
, elle étoit à même de févrer un enfant à
elle propre , qu'elle avoit à la mammelle : elle
s'offre généreufement pour fe charger du petit
étranger & s'en charge en effet.
Le mari ignoroit ce procédé de la femme lorfqu'il
le préfenta lui- même pour le lui confeiller
& l'engager à ce trait généreux .
L'Académie Royale des Sciences & Belles
( 43 )
Lettres de Caen , a tenu le 3 de ce mois dans
la Grand'falle de l'Hôtel de Ville , une féance
publique , préfidée par M. l'Evêque de Bayeux ,
qui y avoit été invité. M. Ballias de Laubarede ,
en a fait l'ouverture par un difcours fur l'utilité.
des Académies , & le befoin qu'elles ont de la
protection des Souverains & des hommes en place
; M. Didié , Ingénieur des Ponts & Chauffées ,
a lu une Differtation fur la néceffité de n'avoir
qu'un poids & une mesure.
M. le Cavelié , Avocat , a parlé des rapports
de Poéfie & de la Peinture dans les images , &
a terminé la féance par la lecture d'une Ode fur
les bons Rois .
M. Moyfant , Secretaire perpétuel de l'Académie
, a enfuite annoncé , pour fujet d'un prix
de 500 liv. qui fera adjugé dans la féance publique
du mois de Décembre 1785 , la queſtion
fuivante.
ce D'après plufieurs obfervations inconteftables
» de perfonnes totalement , ou en partie , con-
» fumées en peu d'heures par un embralement
fpontanée , fans que cet embrafement fe foit
» communiqué , du moins violemment , aux
« corps voifins les plus combuftibles , & fans au-
» cune circonstance dangereufe ni même très-
> effrayante >>.
On demande : 1 ° . Quel eft l'agent & le méchaniſme
de pareils embrafemens,
2º. S'il eft poffible à l'art d'en préparer un
femblable , & qui puiffe en peu de temps con
fumer les cadavres auxquels on l'appliquera.
3 °. Indiquer la compofition de cet agent , &
la manière de s'en fervir , pour que l'Académie
puiffe en répéter l'expérience fur deux ou trois
cadavres.
Les Mémoires , francs de port , feront adreffés
( 44 )
audit fieur Moyfant avant le premier Octobre de
la même année .
PROVINCES- UNIES.
BE LA HAY le 25 Décembre.
Le Comte de Waffenner , ci -devant Envoyé
extraordinaire de la République à la
Cour de Vienne , eft de retour en cette Réfidence
depuis quelques jours , & a paru le
à l'affemblée des Etats-Généraux.
13
A toutes les pertes maritimes que nous
ayons effuyées dans le courant de l'année , il
fant joindre celle de la Brille , frégate de 36
canons , qui a échoué près de l'ifle de Gorée,
& dont heureufement on a fauvé l'équi
page.
Ön reçoit chaque jour des nouvelles agréables
de la Confcription Militaire . On marde de la
Betuwe inférieure , qu'on y avoit déja formé un
camp de 12000 hommes , qui feront commandés
par le premier Officier du canton , le Comte de
Randwyk . Ils commencent déjà à s'exercer ; &
Pon fe promet les plus heureux fuccès du zele
qu'ils font tous paroître. On voit dans nos
Feuilles patriotiques , l'extrait d'un Diſcours
qu'un Pafteur Catholique -Romain a prêché à ſes
auditeurs , pour les encourager à prendre les armes
d'après l'ordre des Etats leurs Souverains ,
& foutenir ces droits pour lesquels les premiers
Fondateurs de la Liberté Belgique , les d'Egmont ,
les Hoorn & d'autres , tous également Catholiques ,
avoient facrifié leurs biens & leur fang. On remarque
en général que , dans les circonftances
( 45 )
préfentes , ceux du culte Romain fe font fignalés
par le patriotifme le plus fincere & le plus
zélé. Auffi continue - t - on de toutes parts à brifer
les entraves odieufes auxquelles une fauffe politique
avoit condamné ces refpectables Diffidens
. On apprend qu'à Gorcum , une des villes
votantes de la Hollande , le Confeil a pris en leur
faveur la réfolution de les admettre à tous les
emplois qui ne touchent pas au Gouvernement ou
a la Religion. ( Gazette d'Amfterdam , du 19 Décembre.
Nous fommes encore fans réponſe au fujet
de la demande faite au canton de Berne
& aux Ligues Grifes , d'un corps additionel
de cinquante hommes par Compagnie de
Régiment Suiffe avoué. Cette Capitulation
réfulte d'un traité fait à la Haye le 21 Juin
1712 , par lequel la République de Berne
s'engagea à permettre la levée de 4000 hommes
aux Provinces Unies , toutes les fois
qu'ellesfoutiendroient une guerre défenfive , fans
que ces troupes néanmoins , & les Compagnies
Bernoifes au fervice de LL. HH . PP.
puffent être employées contre les traités qui
lient le Corps Helvétique avec la France &
la Maiſon d'Autriche,
On écrit de Cologne qu'on attendoit
dans fes environs , du 20 au 25 , les Régimens
Autrichiens de Cobourg , de Wurmfer ,
de Nadafti , & 500 Chaffeurs.
L'armement univerfel ne s'exécute pas
fans murmures dans toutes les Provinces.
Les habitans d'Overyfel en particulier répugnent
à cette mefure qu'ils interpretent
( 46 )
mal. Les Députés des Etats ont fait publier
une notification pour défabufer ces payfans.
Par-tout où l'on rencontre cette oppofition ,
on fe garde bien de l'irriter par des voies de
force , & l'on préfere fagement celles de patience
& de perfuafion .
Plufieurs de nos Gazettes avoient annoncé
le départ effectué des Gardes Suiffes &
Hollandoifes pour Bréda : la vérité eft qu'elles
font toujours ici , en attendant le moment
de changer de deftination . Si l'on est
auffi mal inftruit , fur les lieux même , des
nouvelles qui nous concernent , qu'est- ce de
celles que débitent hardiment ces mêmes
Feuilles fur les pays étrangers ? Pas d'Ordinaire
où elles ne faffent parler dans leur ſtyle
tantôt l'Empereur , tantôt le Roi de Prufe ,
les Miniftres & les Généraux .
Le 20 au foir eft defcendu chez M. de
Kalicheff, Miniftre de Ruffie , un courier
de Pétersbourg , & le lendemain l'Envoyé
de l'Impératrice remit au Préfident des Etats
Généraux , par ordre de fa Souveraine , un
Mémoire relatif au démêlé actuel entre l'Empereur
& la République.
Une lettre de Paris porte ce qui fuit :
M. de Brantzen a fait hier en forme la demande
de M. le Comte de Maillebois , que les
Etats Généraux doivent placer à la tête de leurs
armées. Cette propofition ayant été examinée
dans le Confeil d'Etat , fut agréée par le Roi.
M. le Comte de Maillebois emmene avec lui
un Maréchal - de- camp & M. le Duc de Lauzun .
( 47 )
Ce dernier commandera une Légion qu'il va
lever à fes frais dans le pays de Liége , en Hollande
, &c . Ainfi il fera propriétaire de deux
Corps , l'un en France , & l'autre au fervice des
tats- Généraux .
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 27 Décembre.
Le Comte Charles de Proli , qui portoit le
titre inutile jufqu'ici , d'Amiral de l'Eſcaut , a
prêté ferment en cette qualité fes fonctions
acquerront une grande importance , du moment
où la navigation de ce fleuve fera libérée
. Il a déja fait ufage de fa nouvelle digniré
, en ſe rendant à Anvers à bord des
deux Cutters venus d'Angleterre , & armés
fous pavillon Autrichien , afin d'yprendre le
ferment des Officiers & des Equipages . Ces
cutters portent vingt canons & foixante- dix
hommes d'équipage.
Les Corfaires qui mouillent dans ce même
port fe preparoient à donner à la ville , au
premier vent favorable , le fpectacle d'un
combat naval.
On y est très - tranquille touchant les deffeins
quelconques des Hollandois fur Anvers . Les batterics
qui bordent l'Eſcaut , & le fort S. Laurent
rétabli maintenant , écraſeroient toute flotte affez
hardie pour en approcher. Cependant on a redoublé
de vigilance : une garde a été placée fur la
tour , d'où l'on découvre le pays jufqu'à Berg- opzoom
, pour prévenir toute fuiprife .
Suivant une lifte qui circule en ce moment,
( 48 )
les Officiers-Généraux qui ferviront dans
notre armée font ,
Le Comte de Murray de Melgrim , Chevalier
de l'Ordre militaire de Marie-Thérefe , Commandant-
Général des Troupes ; le Comte de Ferraris
, en qualité de Graud - Maître d'Artillerie , les
Lieutenans-Généraux le Prince de Ligne , les
Comtes de Wenfel , de Colloredo & d'Arberg ;
les Genéraux-Majors de Harrach & le Baron de
Lillien , de la Cavalerie ; les Généraux - Majors
Duc d'Utfel , le Comte de Rutland , le Baron
de Stader & le Comte d'Alton , de l'Infanterie ;
le Général- Major de Pinzenftein , Directeur de
l'Artillerie ; le Colonel Baron de Legisfeld ,
en qualité d'Infpecteur- Général des Vivres.
Le fpéculateur ne s'eft pas flatté cependant
que les Hollandois en feroient réduits à cette
précifion arithmétique , dans laquelle on a
omis de faire entrer les tréfors qui donnent
les foldats, les places fortes & les digues qui
en tiennent lieu.
Nous apprenons que le 3 de ce mois un Bataillon
du Régiment de Migazzi a quitté Kempten
pour fe rendre à Gunzbourg. Les Régimens qui
paffent par la Baviere , font pareillement en
mouvement ; ils ont quitté Linz pour fe rendre
dans la Suabe par Braunau , Bibourg , Geifenhaufen
, Landshal & Rottenbourg. Le Régiment
de Cobourg , Dragons , composé de 6 Efcadrons
, chacun de 216 hommes , eft arrivé le 10
aux environs de Bareith. On doit fournir à chaque
Régiment 700 chevaux de relais.
Bender , qui s'eft remis en marche depuis le 9,
doit être arrivé en ce moment à Luxembourg, d'où
il est parti pour Malines 60 chariots avec boulets ,
bombes & canons.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 30 Novemb.
L'Intelligence qui a paru regner quelque
,
temps entre les deux Beys d'Egypte ,
Ibrahim & Murat , n'a pas été de longue
durée. Le fecond a forcé le premier à fe
réfugier dans la Haute - Egypte, & tout ce
Royaume eft de nouveau en confufion.
Comme la foldatefque eft l'inftrument de
ces révolutions , on ne peut l'empêcher d'en
profiter elle pille à fon aife fans être
réprimée. Toute communication eft fermée
entre la Haute & Baffe - Egypte. Les Arabes ,
profitant de ces défordres , ont détourné
pour arrofer leurs terres les eaux du canal
du Nil qui abreuve Alexandrie ; cette ville
auroit été déferte , fi Murat Bey n'eût fait
travailler à remplir le canal , avant l'abaiffement
des eaux du fleuve. En attendant ,
les Pauvres meurent de faim , & les riches .
-No. 2 , 8 Janvier 1785.
C
( 50 )
ne fe procurent de quoi vivre qu'à un prix
exorbitant.
·
Des douze vaiffeaux de notre efcadre , le
Capitan Bacha de retour ici depuis le s , en
a laiffé trois en croifiere dans l'Archipel
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 7 Décembre.
Le 26 Novembre , le Roi a nommé le
Comte Frédéric - Antoine Wedel de Jarlsberg
, fon Envoyé extraordinaire auprès de
la République des Provinces - Unies , & le
Comte Frédéric de Baudiffin , fon Envoyé
extraordinaire auprès du Roi de Pruffe.
Le Brigantin Hollandois le Vlieger , a fait
naufrage , le 20 Novembre près de Laffoë ;
trois hommes de l'Equipage ont péri.
Le Prince de Heſſenſtein , & le Confeiller de
Conférence de Dreyer qui avoit occupé le pofte
de Miniftre- Plénipotentiaire du Roi à la Cour de
Londres , font arrivés dans cette Capitale .
On a pêché , près de Rrwig , dix- huit
cadavres de gens de mer qui ont péri dans
l'ouragan du 18 de ce mois.
Un bâtiment de la Compagnie de la Baltique
a mouillé ici , venant des Indes occidentales.
Des lettres de la Norwege rapportent que
dans plufieurs diftricts , la difette des grains
fe fait fentir de plus en plus.
Cette ifle, fi trifte , écrit- on de l'Iflande , fiaride
(sv)
par fa fituation & fon climat , l'eft bien plus encore
depuis un an par les malheurs qui l'accablent . Les
volcans & tremblemens de terre en ont dévoré
quelques diftricts; & dans ceux qui font à l'abri des
bouleverfemens , caulés par un feu inteftin , les
habitans gemiffent dans la mifere . L'hiver dernier
a été rigoureux au - delà de toute expreffion, & d'une
longueur exceffive , ayant duré jufqu'au milieu
du mois de Mai. L'été par conféquent a été court
& la terre a peu produit. Ce qui nous étoit reîté
de bétail de l'année derniere a péri pour la plus
grande partie par la mauvaiſe qualité de l'herbe ;
& il eft mort beaucoup de monde , tant par le
manque d'alimens fains , que par les maladies.
Pour comble de revers , la pêche , notre prin➡
cipal moyen de fubfiftance , a été des plus mauvaifes.
Qu'on juge par ce tableau de l'indigence
& de la mifere qui fe font répandues dans nos
campagnes. Encore font elles moins fenfibles
dans notre Diocèle que dans l'intérieur de l'ifle ;
& quelques bâtimens , arrivés avec des vivres du
Danemarck ont remédié en quelque façon à la
difette : ils ont apporté én même tems à nos Curés
des fecours , de la part d'Eccléfiaftiques & autres
perfonnes charitables du Royaume , pour les diftribuer
parmi les plus indigens . L'année derniere,
il s'eft fait en cette ifle 77 mariages ; il y eft né 380
enfans ; & il y eft mort 357 perlonnes , parmi lefquelles
il y a eu une femme âgée de 105 ans .
›
-
Un ordre du Roi vient de fupprimer les droits
d'écriture qu'il falloit payer dans les Villes de
Douane des Iles de S. Thomas & de S. Jean .
Par conséquent on n'exigera à l'avenir , des Négocians
& des Navigateurs , que les fimples droits
de Douane , qui font très -modiques.
On a vendu à la Bourfes actions de la
Compagnie des Indes Occidentales pour
C 2
( 52 )
248 à 249 rixdalers chacune, & une action.
de la Compagnie d'Affurance maritime pour
160 rixdalers .
Le brigantin le Poftillon , arrivé ici de
Drontheim , eft entré dans le port.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 11 Décembre.
Le Docteur Bufching a fourni , dans fa
Feuille hebdomadaire , les détails fuivans
touchant Pétersbourg. Depuis 1782 , dit-il ,
cette Ville eft diftribuée en dix parties principales
, qui forment quarante-deux quartiers
particuliers. Elle renferme 3,840 maiſons &
bâtimens publics. Les bâtimens appartenans
à la Couronne font au nombre de 213 , dont
102 de pierres & 111 de bois ; les bâtimens
de particuliers font 3,627 , dont 984 de pierres
& 2,643 de bois En 1783 , on a compté
dans les Paroiffes du rit Grec de cette Ville ,
6,156 naiflances , dont 3,160 garçons &
2,996 filles ; 4,957 morts , dont 3,339 hommes
& 1618 femmes , & 1,411 mariages ; &
dans les Eglifes des autres Religions , 663
naiffances , 782 morts , & 233 mariages.
Les enfans morts au- deffous de l'âge de 12
mois , étoient 1,010 dans les Paroifles Grecques.
On a obfervé en géneral qu'il ques meurt .
dans cette Capitale un grand nombre de perfonnes
depuis l'âge de vingt ans jufqu'à celu i
de quarante- cinq ; on en attribue la caufe
(33 )
aux divers genres de déréglement auxquels
on fe livre à cet âge.
Un Ecrivain public a fait l'énumération de la
perte des Troupes Allemandes employées en
Amérique , dans la derniere guerre ; il porte le
total à 11853 hommes , dont voici la répartition .
Troupes de Brunſwic , 3,015 ; de Caffel , 6,500 ;
de Hanau , 981 ; d'Anfpach , 561 ; de Waldek ,
720 ; & de Zerbft , 176. Les troupes Allemandes
qui avoient été envoyées en Amérique , étoient
au nombre de 29,166 hommes , dont 5,723 de
Brunswic , 16,992 de Caffel , 2,422 de Hanau ,
1,644 d'Anfpach , 1,225 de Waldek , & 1,160
de Zerbst.
F
On apprend de Pétersbourg , qu'il eft
queftion d'affembler une armée fur les frontieres
de la Turquie.
Les relevés des regiftres des Paroiffes & autres
Communautés d'Altona , depuis le premier Décembre
1783 , jufqu'au premier du préfent mois,
portent les mariages à 173 , les naillances à 166,
dont 357 garçons & 303 filles ; & les morts
708 , dont 365 hommes & 343 femmes ; le nom,
bre des morts excede celui des naiflances de 48,
Parmi les morts , 12 hommes & 17 femmes
avoient vécu au- delà de 80 ans & un homme &
& deux femmes , au- delà de 90 ans.
>
Les relevés de la Seigneurie de Pinneberg , du
même eſpace de temps , font monter le nombre
des mariages à 194 ; celui des naiffances à 764 ,
dont 364 garçons & 400 filles , & celui des morts
à 859 , dont 415 hommes & 434 femmes ; l'excédant
des morts fur les naiffances , eft de 85.
On remarque que le Général Grabowski ,
du diftrict de Wolkowski en Lithuanie , a
c 3
( 54 )
été admis à la Diete de Grodno , en qualité
de Nonce , quoique diffident. Cette excep
tion n'avoit pas eu lieu depuis 67 ans.
DE VIENNE , le 20 Décembre.
L'incertitude des événemens s'augmente
encore par la contrariété des rapports jourmaliers
Chacun fait des conjectures , tire
des inductions , préfage la paix ou la guerre
, felon fa digeftion du moment ou la température
de l'air ; mais rien, de pofitif, rien
qui puiffe donner une lumiere sûre , & il
faut fe contenter , taure de faits , des bruits
qui naiffent , fe détruifent , & renaiffent ,
fans fixer l'opinion des obfervateurs raiſonnables.
Quoique tous les jours il nous arrive des reernes
, quoique les préparatifs militaires ne fe
#allentiffent point , on s'entretient beaucoup de
paix , & l'on fe perfuade qu'un Congrès pourroit
concilier les intérêts oppofés de l'Empereur & des
Provinces- Unies.
Les troubles de la Tranfylvanie font àpeu
près entierement appaifés. Les rébelles
ont été coupés de tous côtés ; on leur a intercepté
la communication avec ceux du
Temefwar. Leur férocité a précipité leur
ruine en dévaftant & en incendiant les villages
, ils fe font enlevé les moyens de ſubfiftance.
Leur feul but, à ce qu'il paroît , a
été d'exercer des vengeances : quelques vexations
préfumées , l'ignorance , & des idées
( 55 )
vagues de liberté , fuggérées par quelques
Ordonnances Impériales mal interprétées ,
ont animé ces malheureux. Nombre d'entr'eux
le font enfui dans la Valachie.
Chaque jour on apprend des détails des horreurs
qu'ils ont exercées . Le 17 Novembre , ils
pendirent deux Capucins & deux Francifcains ,
au pied d'un Autel , après les avoir tourmentés.
Le premier de ce mois , par ordre de M.
Hollaky , quatre fubalternes s'étant rendus au
village de Kurety pour s'y faifir d'un chef de
parti Valaque ; ils le conduifoient dans la priſon
du Comitat , lorsqu'il appeila à fon fecours fes
partifans , en leur difant mes enfans , voulezyous
me laiffer aller en prifon , & me livrer à la
juſtice ? A l'inſtant les quatre fatellites du Tribunal
furent mis à mort par les rebelles ; ils ont
tué dans le village de Kriftor , vingt - cing Gen.
tilshommes , & le Juge Jofeph Brad ; ils ont cou
pé la tête au Miniftre réformé & à ſon épouſe.
Le 3 , au moyen d'une mine , ils ont fait fauter
en l'air la maifon du Receveur- Général des Tail-
Jes, réfidant dans le village de Kibitze . Ils ont
précipité de fon grenier Madame Balogh , qui a
a été reque dans fa chûte fur des fourches ; fon
mari & plufieurs Gentilshommes ont péri fous les
coups de bâton , ainfi que leurs épouses. Ces bandits
ont jeté au feu les deux enfans de M. George
Katona , Miniftre Réformé ; ils ont pendu à la
muraille M. Czifzar , & éventré fa femme & fes
enfans à les yeux. Ils n'auroient peut être pas
borné là leur cruauté , fi un Capitaine du Régi¬
ment de Crofz n'étoit heureulement venu apporter
du fecours. Plus de trente de ces malheureux
ont péri en ſe défendant,
Le 7 , 500 hommes du régiment de
£ 4
( 56 ) .
Wurmfer ont paffé près de cette ville , au
milieu d'un concours de peuple. Nous n'avons
point de foldats plus braves & mieux
difciplinés.
Le Prince Chriftian - Augufte de Waldeck
ayant acquis en Bohême les terres qu'y poffédoit
la Maifon de Deux- Ponts , S. M. I.
lui a accordé le droit d'indigenat.
Par un décret daté du 23 Octobre dernier , qui
vient d'être publié , l'Empereur a décidé que le
tiers de la fucceffion des Religieux qui avoient des
Bénéfices à charge d'ames , & dont les Couvens
ont été fupprimés , appartiendroit aux Eglifes
qu'ils avoient deffervies , fi toutefois ils n'avoient
pas encore été déclarés Prêtres féculiers , avec faculté
de pouvoir difpofer de leur fucceffion par un
reftament . S. M. I. a en même tems arrêté qu'à
l'égard des Abbayes & Couvens qui fubfiftent encore
, & qui jouiffent du droit de préfentation , les
chofes refteront fur l'ancien pied , favoir , que la
fucceffion des Curés nommés parmi les membres
des Abbayes ou des Couvens , appartiendra aux
Abbayes & Couvens , à condition cependant que
ces Abbayes & Couvens entretiennent les Curés ,
ainsi que les Presbyteres & les Eglifes.
Par un autre décret du 2 Novembre , l'Empeteur
a jugé à propos d'ordonner que les vifitations
d'Eglifes ne feront annoncées aux Curés que
deux ou trois jours auparavant ; que les Evêques
vifitans n'occafionneront aucuns frais aux Curés ,
qu'on ne pourra rien demander pour qui que ce
foit ni aux Curés , ri aux Fabriques des Eglifes ,
& que dorénavant la taxe d'inſtallation de Curé
fera fixée à un ducat.
Une maladie contagieufe s'étant manifef
tée en Ukraine , il eft quftion d'ordonner
-
un cordon de 6008 hommes pour prévenir
les progrès de l'épidémie , qu'on redouta
d'autant plus , que , felon quelques avis , la
pefte a reparu à Cherfon , en Podolie , &
même jufqu'à Kiow.
Les Etats d'Autriche ont accordé à l'Empereur
pour l'année 1785 , la fomme de
2,008,968 florins, dont la répartition & to
recouvrement ont été réglés le 4 Novembre
par la Régence de la Balle-Autriche.
Le 18 de ce mois , il eft arrivé à Belgrade
54 gros ballots de draps des fabriques de Brinn ,
qui feront transportés à Conftantinople . On efpere
d'y établir un commerce avantageux avec les
Etats héréditaires.
On apprend de Conftantinople , en date
du 15 Novembre , que le Baron de Herbert
a déja eu plufieurs conférences avec l'Ambaffadeur
de France , au fujet de la démarcation
des limites , & que le Ministre de
Ruffie a remis une note à cet Ambaſſadeur ,
par laquelle il lui a fait connoître , que fa
Souveraine prenoit vivement à coeur la demande
de l'Empereur , & qu'en conféquence
elle defiroit que cette affaire fût terminée
le plutôt poffible .
On a amené ici deux Officiers chargés de
chaînes. Ils ont été condamnés fur le champ
aux travaux publics , & envoyés dans la
Hongrie .
DE FRANCFORT , le 26 Décembre.
82 chevaux de felle , de race Angloife ,
( 58 )
pour le fervice de S. M. I. arriverent à Ratisbonne
le 6 de ce mois , ainfi que quatre
voitures , dont deux chargées d'argenterie.,
Ce convoi étoit fous l'efcorte d'un Öfficier ,
de deux fous- Ecuyers , 8 chaffeurs & 25.
palfreniers.
On écrit de Stuttgard , que le Duc de
Wirtemberg fait acheter des chevaux pour
la Cavalerie, & qu'il va former un efcadrom
de Dragons . Quoique les lettres de Vienne
continuent à affirmer que ce Prince a offert
fes troupes à l'Empereur , on fufpend de
donner créance à cette nouvelle qui paroît
prématurée.
Pour prévenir les tentatives des Recruteurs fans
million , qui fe multiplioient à Ratisbonne , le
Magiftrat a fait défendre d'enrôler & de favorifer
Les défertions pendant le paffage des Troupes Autrichiennes.
La neige ayant interrompu les routes
montagneufes , la marche de ces troupes
aura été changée de nouveau . La grande
caiffe militaire fera établie ici , où il eſt déjàarrivé
des chariots chargés d'efpeces.
On affure que le Landgrave de Heffe-
Caffel a refufé fes troupes aux Hollandois.
Cependant , la négociation à ce fujet n'eft
point encore terminée. Les démarches de
Envoyé Impérial y ont beaucoup nui
ainfi que la crainte de dépeupler un pays à
qui la guerre d'Amérique , & celle de 1756
n'on pas laiffe des bras de refte .
Ce mêrne Landgrave dé Heſſe- Caſſel a affigné
}
( 59 )
un fond de 435000 rixdalers , pour l'inftitution
publique , & pour l'établiffement d'un Sémi
naire , où l'on formera des Inftituteurs.
Suivant une énumération des Auteurs Allemands
, qui vivoient l'année derniere
d'après le Dictionnaire de G. Meufel , il s'en
trouve 5445. Sur quoi l'on obferve , qu'il y
en a au moins $ 400 d'inutiles . Prefque tous
Jes Etats font affligés de ce déluge de barbouilleurs
de papier , qui , felon eux , font
la fplendeur & la gloire des Empires.
Voici la liste des troupes de l'Empereur , qui
ont paffé par Paffau depuis le 23 jufqu'au 25 Novembre.
-580 Uhlans , le régiment de Croates de Lau-
Lendorf, 800 hommes , 500 Huffards de Kevenbuller
; 3,100 hommes des régimens de Tilliés
& de Migezzi , le régiment de Pandours de Mikowiz
, 1,000 hommes ; le régiment de Pandours
de Berndorp , 900 hommes ; les Volon→
taires Morlaques , 280 hommes ; le régiment de
Tofcan , Cuiraffers , 800 homines ; le régiment
de Croates de Hoffer , $ 1,000 hommes. Cest
troupes fe rendront dans les Pays - Bas par la Baviere
, la Franconie & le Palatinat .
On apprend de Nuremberg, que le 10
at for , le Général Impérial de Lillien y eft
arrivé , qu'il y paffera quelques jours , & qu'il
fe rendra enfuite à Wirzbourg , où il fe mettra
à la tête des Régimens de Wurmfer &
de Cobourg , pour les conduire dans les
Pays -Bas.
-Des lettres dit Tyrolpartent que la conf
cription militaire y rencontre aufli de grandes
( 60 )
difficultés , & que beaucoup de jeunes gens fe
font retirés dans la Suiffe.
On affure que le Prince régnant d'Anhalt-
Zerbft fait paffer cinq cents hommes au Corps.
des Volontaires de Stein , levé pour le fervice
de l'Empereur.
ITALIE.
DE MILAN , le 8 Décembre.
Les bruits qui ont couru de la fuppreffion
de tous les Couvens de Cordeliers mendians
fe confirme de plus en plus.
On s'attend à voirdans peu, dit une lettre de Mantoue,
beaucoup de changemensdans le fyftême politique
de cette ville : par l'uniformité que veut
établir notre Souverain dans toute la Lombardie
Autrichienne, Mantoue fera dans peu réduite en
ville provinciale , telle que Cremone , Pavie ,
Lodi , &c. En attendant , on achevera au commencement
de l'année 1785 la réforme des cadaftres
, & on diminuera le nombre des em¬
ployés en proportion , dont une partie , à co
qu'on prétend , fera transférée dans la Capitale .
Au commencement de l'année on établira le cens
général de ce territoire , auquel on travaille de
puis long- tems . On attend à cet effet , dans les
premiers jours de Décembre S. A. Royale l'Archiduc
Gouverneur , qui doit venir de Milan pour
preferire en perfonne les difpofitions préliminaires
du nouveau fyftême.
S. M. a approuvé le projet de diminuer &
deffécher en grande partie les lacs qui environment
cette ville , afin de donner plus de falubrité
( 61 )
à l'air. On a déjà commencé les travaux dans
la partie méridionale pour deflécher toute cette
étendue de terrein que l'on nomme Luc de Pajolo
, & il y a journellement plus de 500 ouvriers
employés fous la conduite de l'Ingénieur
Bifagui.
DE LIVOURNE , le 10 Décembre.
Le vaiffeau de guerre hollandois le North
Holland , de 64 canons , & 350 hommes d'équipage
, Capitaine D. T. Van Ryneveld eft
entré dans ce port. Ce vaiffeau eft celui qui
eutle bonheur d'échapper au violent coupde
vent du 2 Octobre. Il eft deftiné à convoyer
les bâtimens marchands hollandois qui fé
trouvent actuellement dans la Méditerranée.
Le Chebec la Santa Catarina , Capitaine
Paolo Pifello , Vénitien , venu en 14 jours de la
rade de Tunis , avec des dépêches pour le fieur
Bichi , Conful Vénitien , a mouillé le z dans
cette rade . On n'a rien pu apprendre de plus de
Péquipage de ce Chebec , que la confirmation
de ce qui a été dit , que l'Efcaire Vénitienne
avoit détruit la Ville de Sufe , qui a été réduite
en cendres ; que Porto - Farina avoit éprouvé
le même fort , malgré la plus vigoureufe dé
fenfe , & que l'Amiral Emo avoit effayé de fermer
le goulet , mais qu'il n'avoit pu y parvenir
à caufe de la rapidité des courans. Nous atten
drons que le Capitaine foit mis en quarantaine,
pour nous procurer les nouvelles qui peuvent
intéreffer la curiofité publique.
On affure que les Vénitiens arment avec
célérité quatre autres vaiffeaux de ligne , &
( 62 )
fix frégates, qui , joints à l'efcadre du Cheva
lier Emo , mettront les bâtimens marchands
de cette Nation à l'abri de toute infulte.
Un des vaiffeaux de ligne de cette efcadre
a fait naufrage près des falines de Trapani
Le corps du vaiffeau eft entiérement fracaffé ;
fon équipage étoit de Soo hommes . A peine
s'en est - il fauvé la moitié . Le reste de l'efcadre
duChevalier Emo étoit encore mouillé
dans le port de Palerme le 15 Novembre
dernier.
?
93 La mouture des grains étant un des objets
les plus intéreffans pour notre Ville & fes environs
il a été réfolu par une Société de cette
Ville , d'exécuter le projet d'un Religieux trèshabile
en Phyfique , en Mathématiques , & en
Méchanique , pour la conftruction d'un Moulin
d'une forme nouvelle , auffi fimple qu'avanta
geufe . La Machine eft compofée de maniere que
par le moyen d'un fimple contre- poids que l'on
remontera au bout de quelques heures ; elle élévera
l'eau de la mer à la hauteur de vingt - fept
pieds , & en quantité fuffifante pour faire agir
fix meules à la fois. Le Religieux qui eſt déjà
arrivé , fe prépare à exécuter le plutôt poſſible
cette utile entrepriſe .
On apprend de Triefte que le Gouvernement
vientde faire publier un ordrepour que
tous ceux qui ont fervi pendant la derniere
guerre , en 1779 , en qualité de Chaffeurs , &
qui avoient éré défignés pour fervir ultérieurement
, aient à fe joindre dans le Tyrol,
fous peine d'être réformés en tems de paix.
On fait dans la même villedes recrues con(
64 )
fidérables , dont on veut former' deux Corps
francs de Houffards & de Croates.
DE NAPLES , le ୨ Décembre
1 D. Pietro- Battitoro ayant repréſenté à S. M.
la découverte qu'il a faite dans l'Abruzze , d'une
-Mine de pierre favonneufe ou déterfive , dont
en fait beaucoup d'afage en Angleterre pour te
lavage des laines , & d'une autre de charbon
foffile , le Roi lui a fait expédier par la Secré
tairerie de la Guerre une permiffion d'exploiter
ces deux minéraux .
Le Mont Véfuve depuis quelque- tems jetre
beaucoup de flammes & de la fumée .
On apprend que le 7 de ce mois ( de Decembre)
, après une tempête violente , le feu
du ciel eft tombé fur le magaſin à poudre de
Motrone , qui a fauté prefqu' entiérement,
fans cependant tuer perfonne.
Les poffeffeurs des terreins où il y a des eaux
ftagnantes dans les environs de Pozzuoli , Baja
& Mifene , ont eu ordre de produire leurs titres
de propriété , le Roi voulant acheter lesdits terreius
, pour donner un écoulement aux eaux qui
infectent l'air , & rétablir le Port de Mifene où
Fes Romains raffembloient leurs Efcadres , lequel
Port fervira pour la Marine Royale , que l'on
veut féparer de la Marine marcliande.
1
ESPAGNE.
1 DE MADRID , le Décembre.
I
On voit ici des copies de diverfes lettres
( 64
du Pérou , datées du mois de Juin, qui s'ad
cordent à raconter ce qui fuit :
« Le 13 du mois paffé , une ſecouffe de tremblement
de terre des plus terribles , renverfa ,
» en moins de cinq minutes , de fond en comble
➡ toute la ville d'Araqu ba , où rien n'a reſté ſur
pied que le Couvent des Récollets. Un pont
de pierre très - folidement conftruit, eft aufli to-
» talement détruit . On a vu le déplacer à une
distance de quatre cents toiles , un terrein
» vaſte & étendu , fans que les arbres du même
terrein aient perdu leur verdure. Un potager
» confidérable a effuyé le même fort , lans
que les légumes en aient fouffert . Pluheurs
» diſtricts qui étoient auparavant des plus arides
offrent actuellement des fources d'eau fi abondantes
, qu'il s'en forme des rivieres très na
vigables. Malgré le nombre exceffif des édi-
» fices tombés en ruine , celui des perfonnes enfevelies
fous les décombres n'excede pas 300
50 Les perfonnes qui ont eu le bonheur de ſe fau
» ver , font répandues çà & là dans la campagne,
Les Eccléfiaftiques ont fait conftruire
» dans leurs jardins des hutes , où ils exercent
leurs fonctions. Toutes les Eglifes Paroiffiales
de cette malheureufe Ville , auffi bien que
» celles de l'Evêché d'Arequiba , n'exiftent
plus. Telle eft la trifte fituation, d'une contrée
» à laquelle on donna jadis , à cauſe de les richeffes
, le nom de Veaife du Pérou. Les dif
» tricts de Cumanı & de Moquequa font totalement
détruits. L'Evêque de cette derniere pro-
" vince fe voit réduit à chercher un abri fous des
tentes , avec les habitans de fon Dioceſe qui
» ont eu le bonheur d'échapper à la deftruction.
Une cabane , formée de branches d'arbres entrelaffées
, leur fert de Cathédrale ».
( 65 )
GRANDE-BRETAGNÉ.
DE LONDRES , le 24 Décembre.
Le Général Dalling s'embarque au
premier
jour pour fon Gouvernement dans
l'Inde ; fa fuite eft peu nombreuſe & fes
pouvoirs font très-étendus. Il a fait fes Aides-
de-camp de deux jeunes Officiers qui
ont fervi fous fes ordres à la Jamaïque.
Le 16 de ce mois , l'Amiral Hollando's Van
Braam eft arrivé à Plymouth fur un vaiffeau de
50 canons , & le lendemain l'Amiral Innes , montant
l'Europa de so canons , parti de Portsmouth
pour la Jamaique , eft auffi entré dans ce port.
Lorfque l'Europa jeta l'ancre , l'Amiral Hollandois
amena fon pavillon , par déférence pour le
pavillon anglois , falua & hiffa de nouveau ton
pavillon. L'Europa rendit le falut , & l'Amiral
Van Braam vinr à bord de ce vailleau pour complintenter
l'A miral Innes fur fon arrivée.
Une tempête violente fuivie de très-gros
temps , a difperfé & fait périr un grand nombre
de bâtimens fur la côte de Newcaſtle
& fur d'autres ports de la côte feptentrionale.
Une flatte de rço voiles venant de la Baltique
, a été maltraitée , & comme le tems a
continué à être très orageux , la plupart des
bâtimens qui avoient échoué font préfumés
entierement perdus.
Le Commodore Thompson , qui a été derniérement
en ſtation fur la côte d'Afrique , doit ap→
pareiller dans peu de jours pour Gorée , fur le
vaiffeau de guerre le Grampus , de so canons ,
( 66 )
accompagné de deux Soops de guerre , de 8 can ,
& muni de pouvoirs de S. M. pour terminer les
points de difcuffion entre la Gr. Br. & la France,
relativement à certains territoires dans cette partie
du monde. Nos plus habiles Ingénieurs ont
calculé que pour fortifier la pointe de Bunyan , il
en couteroit au Gouvernement une fomme de
50,000 liv . fterl. fans y comprendre la dépense
d'une garnifon à demeure ; mais un des principaux
Officiers de la Marine a propofé d'entretenir
conftamment deux Sloops de guerre far la riviere
de Gambie , & il foutient qu'ils protegeront plus
notre commerce que toutes les fortifications poffi .
bles : fon projet, dit- on , a été adopté par le
Gouvernement,
t
Le 22 , les actionnaires de la Compagnie
des Indes ont tenu leur affemblée . L'Alderman
Pickett requit la lecture d'une lettre,
reçue dernierement du Gouverneur- Général
du Bengale : on reconnoît dans cette dépêche
l'efprit étendu & lumineux de M.
Haftings , fa prévoyance & fon caractere
vigoureux ; peu d'hommes furent plus dignes
de commander en Dictateur à un grand
Empire ; & où qu'on le place , ce Gouverneur-
Général paroîtra l'un des hommes d'Etat
les plus diftingues qu'ait eu la Grande-
Bretagne.
M. Haftings donne dans cette lettre un expofe
clair & détaillé de la fituarion des affaires de la
Compagnie à la fin de l'année 1782. Ily préfente,
fous le même point de vue , le montant de fon
tréfor & de fes dettes ; il mande que fon vosa , e
à Lucknou , entrepris par des inftances réitérées
du Nabab & de fon Miniftere , avoit pour but de
( 67 )
faciliter la libération de la Compagnie. Il trouva
ce pays riche & étendu dans une fituation fi critique
& fi défaftreuſe , qu'il eft impoffible de s'en
former une idée . Il fait la peinture la plus affreufe
des dégats occafionnés par la rigueur de la faifon ,
& il prétend qu'une année encore aufli mauvaiſe
produiroit les conféquences les plus funeftes. On
ne doit pas cependant , dit- il , d'après le cours
ordinaire des chofes , appréhender un tel malheur
; mais il fera néceffaire de donner l'attention
la plus fuivie aux travaux de l'agriculture , fi l'on
veut rendre à ce pays fon ancienne fertilité. Il
paſſe enſuite à l'examen des rapports politiques
qui exiftent entre la G. B. & les établiſſemens
dans l'Inde, Cet examen décele la pénétration d'un
Philofophe & d'un homme d'Etat. Il attaque hautement
le fyftême de revêtir le Commandant en chef
de pouvoirs plus étendus que ceux accordés au
Gouverneur & au Confeil ; il prouve que la conféquence
naturelle d'un tel fyftême , eft de faire
avorter les mesures les plus fages , & de nous priver
de nos acquifitions territoriales dans ce pays :
nos intérêts , dit- il , ne tiennent qu'à un fil , que
le moindre accident peut rompre . Il affure la Cour
des Directeurs que la ruine de nos établiffemens
dans l'Inde ne s'operera point infenfiblement ,
mais par une révolution fubite : tout l'édifice,
ajoute - t- il , n'a d'autre bafe que l'opinion.
M. Haftings examine enfuite la fituation du
tréfor de la Compagnie ; mais il feroit difficile de
le fuivre dans fes calculs. Il fait mention d'un
événement arrivé peu de temps avant l'envoi de
fes dépêches , & qui étoit de nature à cau er la
plus vive fenfation dans l'Inde. L'héritier préfomptif
du trone de Delhy , qui a au moins 36
avoit quitté la Cour de fon pere : d'abord
cette évasion répandit la plus grande alarme dans
ans ,
( 68 )
l'Empire ; on garda prefque tous les paffages
pour s'affurer du fugitif. On envoya à Lucknow
des ordres relatifs au même objet ; mais peu de
temps après le Nabab reçut des dépêches d'une
nature abfolument différente. Il lui étoit enjoint ,
par ces dépêches , de rendre au Prince tous les
honneurs dus à la naiffance. En conféquence , le
Nabab avoit fait tous les préparatifs néceffaires
pour la réception , & étoit allé au devant de lui
à la diftance de dix- huit milles de Lucknou. Le
Nabab & M. Haftings s'étoient agenouillés , par
figne de refpect , à leur premiere entrevue avec le
Prince royal ; mais M. Haftings ne l'avoit pas
accompagné à fon entrée dans Lucknou. Il lui
avoir cédé fa maifon , parce qu'elle étoit fruée
dans la proximité du Palais du Nabab. Le motif
du
voyage de ce Prince ne tarda pas à être connu.
I venoit implerer le fecours & l'amitié des Anglois
, pour délivrer l'Empereur des miférables
intriguans qui l'environneat & lui donnent la lo
Il peignit la firaation de fon pere avec les couleurs
les plus fortes , & il employa avec M. Haftings
tous les argumens que la piéré filiale & j'humanité
lui fuggererent pour l'engager à mettre la
Compagnie dans fon parti. Il pria le Nabab de
faire paffer à Empereur les fommes qu'il avoit
reçues en préfent. La réponſe de M. Haftings fe
réduit en fubftance à ce qui fuit . Il dit au Prince
qu'il prenoit la plus vive part à la fituation défaftreuse
de fa famille , que fes pouvoirs étoient
bornés , qu'il ne pouvoit lui donner aucun elpoir
à l'égard de ce que la Compagnie feroit difpofée
à faire en fa faveur , que l'Angleterre commençoit
à peine à goûter les avantages de la paix , &
qu'elle éviteroit , s'il étoit poftible , de reprendre
les armes ; qu'il lui confeilloit d'employer tous
les moyens pour déterminer les Maraties à fe ran
( 69 )
ger de fon parti : mais le Prince lui fit entendre
que ce peuple belliqueux avoit déjà embrallé le
parti oppofé.
Nonobftant l'opinion de M. Haftings touchant
les pouvoirs du Commandant en chef,
on affure que ceux du Général Sloper ont
une extenſion encore inconnue dans ce département.
-
Si les traits de cruautés ,, rapportés par quelques
Papiers Nouvelles , ont été effectivement
commis par le Général Mathews dans les Indes
orientales ; fi , enivré de fes premiers fuccès , it
a fait paffer au fil de l'épée tous les Indiens qui
fe trouvoient dans une ville fortifiée ; s'il a fait
brûler tous les actes publics ; fi , à l'exemple de
feur Général , les foldats anglois ont ufe di
lence & de barbarie envers les femmes ; s'ils ont
maffacré impitoyablement deux paifibles Bramines
, l'un defquels fur tout étoit adoré des habidoir-
on s'étonner de la vengeance que ces
Peuples ont exercée fur ce même Général & fur
cette même armée , lorfqu'ils les ont eus en feur
pouvoir ? N'étoit - il pas naturel qu'ils Sffent
fubir à leurs terribles ennemis les mêmes tours
mens qu'avoient éprouvés leurs malheureux freres?
Loin de blâmer les Indiens , louons au contraire
leur juftice .
tans ,
On obferve à l'Auteur du paragraphe,
que fi les empoifonnemens & autres horreurs
attribuées à Tippo - Saïb étoient en effet des
actes de juftice , il n'auroit point cherché à
les diffimuler ; il n'eût pas éludé par des prétextes
de rendre compte de l'existence de fes
prifonniers ; enfin , il eût répondu qu'il n'avoit
fait qu'ufer de repréfailles .
( 70 )
La quantité prodigieufe de neige , dit une
Lettre de Whitheawen du 14 Décembre , qui eft
tombée pendant la nuit du 6 & la journée du 7
de ce mois , a rendu impraticables prefque tous
les grands chemins de ce Comté. Aucune voiture
ne peut paffer entre Penrith & Keswick : on a
frayé un fentier pour les chevaux ; & , dans quelques
endroits la neige forme , de chaque côté de
ce fentier , un cordon de muraille de 14 pieds de
hauteur. La Pofte qu'on attentoît ici le mercredi
matin entre 7 & 8 heures , n'eſt arrivée le
lendemain qu'à 10 heures. Ces jours derniers , il
eft encore tombé des flocons de neige , & les
grands chemins en général font dans l'état le
plus affreux .
Nous apprenons auffi de l'Ile de Man qu'il y
eft tombé tant de neige , que , la femaine derniere
, toute communication étoit coupée entre
les villes ; évenement d'autant plus extraordinaire
dans cette lle , qu'il ne lui eft preſque jamais
arrivé de voir tant de neige , ou d'en demeurer
couverte auffi long - temps.
«Nous fommes également informés que dans
nos environs, la plus grande partie des moutons
eſt maintenant ſous la neige. Elle eſt ſurvenue
fifubitement , & avec tant devie lence , qu'elle n'a
pas donné le temps aux Bergers de faire rentrer
leurs troupeaux dans les étables . Cependant , on
eft parvenu à retirer quelques moutons de deffous
la neige dans les endroits acceffibles , mais le
plus grand nombre y eft reflé . Dans les hivers
précédens tous les troupeaux ont été enfévelis
fous la neige pendant un mois ou cinq femaines ,
& quand ils furent retrouvés , ils paroiffoient
avoir peu fouffert de leur prifon glacée . La neige
fervant en partie d'aliment aux moutons , & fe
fondant infenfiblepient par la chaleur de leurs
(172 )
Corps , on les retrouve ordinairement couchés fur
la terre , de laquelle felon toute apparence , ils
tirent quelque nourriture.
A l'eft de Carlis e , les grands chemins font
abfolument obftrués . Mais la communication de
cette ville à la nôtre eft libre , & à peu de milles
d'ici ( à l'oueft ) , il n'y a pas , à beaucoup près ,
autant de neige que dans notre voifinage .
Le froid continue d'être exceffif ».
D'après un calcul modéré , les dépenfes
faites pour le Scrutin de Weſtminſter font
eftimées 24,500 liv . fterl .
On efpere que l'on va enfin établir en Irlande
un fyftême de Commerce national pour les Indes
Occidentales . On projette dans ce moment - ci ;
de former à Limerick une Compagnie d'Afrique ,
qui armera annuellement fix Vaifleaux pour la
côte de Guinée , d'où après avoir fait leur
traite , ils iront vendre leurs Negres aux Ifles.
Ces Vaiffeaux prendront à bord à Limerick
des planches , des toiles , des étoffes de coton
unies & imprimées , du ſuif , des cornes , &c. &
ces cargaifons n'excéderont pas 3,500 livres fter.
Mais pour exécuter ce plan , il faut interpréter
favorablement pour l'Irlande l'acte de Navigation
, & c'eft ce que notre Parlement eft feul à
portée de faire.
M. Holcroft, Auteur Dramatique , & dont
on a joué cet été avec fuccès un opéra intitulé
le Noble Peafant , fit un voyage à Paris
l'automne derniere , & en rapporta le Mariage
de Figaro , retenu de mémoire aux repréfentations.
De retour à Londres , M. Holcroft
a adapté cette bizarre Comédie à la
bizarrerie angloife , & en a compofé un
drame exécuté avec applaudiffement fur le
( 72 )
théâtre de Covent- Garden. Les fituations de
cette piece , fon imbroglio perpétuel , ſes incidens
fans ceffe renouvellés , ont plu ici où
l'on eft accoutumé à cette efpece d'intrigue
& de mouvement perpétuel. Quant aux plaifanteries
, comme la plupart font des jeux
de mots , elles n'ont plus de fens dans une
langue étrangere , fens qu'y conferve néanmoins
le comique de Plaute , de Moliere , &c.
La troisieme repréfentation de cet ouvrage
à Covent Garden fut précédée d'un incident
curieux.
Une dame & un cavalier , vêtus très- élégamment
, s'étoient mis dans une loge , fur un banc ,
où un laquais gardoit des places pour fon maître,
Lorfque ce dernier parut avec la compagnie , le
gardien des loges pria très - poliment le jeune
couple de paffer fur le banc de derriere ; mais la
dame rejetta cette propofition , en difant que le
laquais l'ayant affurée qu'il ne gardoit qu'une
feule place pour fon maître , ce dernier pouvoit
prendre poffeffion de cette même place , puifque
perfonne ne s'en étoit emparé . Le gardien des
loges repréfenta en vain que c'étoit une mépriſe ,
d'autant plus que tout le banc avoit été retenu ;
il ajouta , avec auffi peu de fuccès , qu'il eſpéroit
qu'on ne le forceroit point à recourir à des voies
extrêmes pour faire jouir le maître du laquais du
droit qu'il avoit à la totalité du banc. La jeune
dame perfiſtant dans fon deffein de ne point déguerpir
, on appella un conftable , qui , au moment
où il mit la main fur le mati , reçut de la
femme un coup de poing dont il a eu l'oeil po
ché le lendemain. Le conftable fe retira en ſe
frottant la tempe ; mais il reparut un inſtant après
avec
( 73 )
avec un foldat. La ſcene devint alors très - férieufe:
La june dame fit mettre fon mari derriere elle
& enfu te elle déclara qu'elle déviſageroit le premier
homme qui oferoit le toucher. Le foldat
eut , en ce moment , la dureté de battre cette
femme courageufe , ainfi que fon mari; ce qui
indigna fa compagnie au point que vingt bras
le poufferent fur le champ lui - même hors du
fpectacle . A la fin , la jeune dame fe trouva cependant
forcée de céder à des forces fupérieures ,
mais ce ne fut qu'après que fon mantelet ,
fa
coëffure , fa robe & tous les ajuſtemens eurent
été mis en pieces. On la conduifit au foyer
rendue de fatigue , mais toujours pleine de courage.
Immédiatement après la retraite de cette
Vaillante championne , les acteurs le préfenterent
pour jouer Figaro ; mais ils furent hués & fifflés
fucceffivement par tous les fpectateurs , jusqu'au
moment où l'un d'eux vint demander humblement
à l'affemblée quel pouvoit être le fujet de
fon mécontentement ? A cette queftion un gentilhomme
placé dans une des premieres loges ,
dit au nom de tous les fpectateurs : & Nous nous
» plaignons de ce qu'avec votre Comedie françoife,
vous introduifez des manieres étrangeres . C'efi içi
un Theatre anglois , & nous nefouff irons jamais
qu'il yparoiffe aucunfoldats , M. Lewis , un
des principaux acteurs , s'avança alors jufques
fur le bord du théatre , où , avec cette humilité
que les acteurs de tous les pays devroient avoir
envers le public , it affera l'affemblée qu'aucun
des directeurs du théatre , ni aucun des membres
de fon corps , n'avoit introduit le foldat dans la
falle ; que le conftable feul étoit coupable de
cette indifcrétion ; M. Lewis finit fa respectueufe
harangue , en difant que lui & fes camarades
n'approuveroient jamais l'introduction des foldats
No. 2 , 8 Janvier 1785. d
;">
( 74 )
1
dans leur fpectacle. Le public fatisfait de ces
excufes , permit auffi- tôt aux acteurs de jouer
Figare.
Le Lord - Gouverneur des Cinqports a
permis , dit- on , à M. Blanchard , de diftribuer
des billets pour l'enceinte du château
de Douvres , le jour qu'il traverſera le pas
ce Calais dans fon aéroftat : on ajoute que
toutes les petites barques de la côte doivent
ce jour-là former une ligne , à commencer
d'une diſtance raifonnable de la côte d'Angleterre
jufqu'à celle de France .
Le Magnétisme
animal , dit un de nos Jourmaliftes
, fut prodigieufement
en vogue dans le fiecle dernier , & devint une fource abondante
de charlataneries
& d'impoftures
, tant en Angleterre
, que dans d'autres parties de l'Europe . En 1637 , un Jardinier nommé Leverett , fut cité
pour avoir
devant le College des Médecins
opéré des cures par l'attouchement
de la main. Il
afluroit que lorsqu'il terminoit fon opération , il
fortoit de fon corps tant de force & de vertu , qu'il lui falloit plufieurs jours pour les recouvrer : - que les draps dans lefquels il couchoit étoient un
& c. Ce
Apécifique pour beaucoup de maux , charlatan étoit l'idole de la multitude , & après avoir été enfermé comme impofteur , on le remit
en liberté , quelques jours enfuite , pour arrêter
les clameurs populaires.
Trente ans après le regne de ce Leverett , vint
M. Greatrik , qui fe fit une grande réputation , & gagna beaucoup d'argent , avec la doctrine du
Magnétifme
animal. En 1688 , on imprima la lifte immenfe de fes cures , & il eft probable
qu'il dut une partie de fa célébrité au grand Phi-
Jofophe Robert Boyle , qui le regardoit comme
( 75 )
un perfonnage très - extraordinaire , & qui même
attelta plufieurs de fes guérifons.
Depuis cette époque , le Magnétisme animal
étoit tombé en oubli ; on l'avoit même totalement
abandonné ; mais , au grand étonnement
des perfonnes douées d'une certaine dofe de raifon
, cette doctrine viſionnaire a repris une nouvelle
vie , & elle est aujourd'hui adoptée avec
un enthouſiaſme ou plutôt avec une fureur
fans exemple par une des Capitales du monde les
plus éclairées.
>
On raconte l'anecdote fuivante touchant
le Général Lée.
En 1779 , cet Officier étant à dîner , avec le
Lord Stirling , on exiga de lui une fanté ; il
donna celle du Chevalier William Howe , mais
un jeune Officier qui fe trouvoit à table , refuſa
pofitivement de la porter , & il témoigna fon
étonnement de ce que le Général Lée eût donné
celle d'un Commandant Anglois . « M. , lui ré-
» pondit le Général , ne jugez jamais trop légé
rement ni d'après les apparences extérieures ;
en y réfléchiffant , vous vous feriez apperçu
que j'avois propofé le nom d'un de nos plus
grands bienfaiteurs. Si le Chevalier Howe eût
mis à profit les avantages qu'il avoit remportés
» fur nous pendant les campagnes de 1776 &
1777 , nous aurions été réduits à nous réfugier
au- delà des Alleganis. Sachez que de même
que le mafque de l'amitié cache fouvent un
ennemi , de même un ennemi déclaré peut →
» être un ami fecret . »
Nous tirons de la même fource un trait
bien remarquable de la piété filiale qui diftingue
les Sauvages de l'Amérique.
En 1781 , Un vieillard Indien , enivré de
d 2
( 76 )
rhum , eut une difpute avec une Squaw ( femme
Indienne ) également âgée , mais d'une autre
Cafte , & la tua. Le lendemain matin , les parens de
la défunte s'affemblerent pour venger la mort für
quelqu'un de la famille de l'agreffeur ; leur coutume
étant que s'ils ne peuvent joindre le coupable
, quelqu'un de la famille doit fatisfaire,
leur vengeance. A leur arrivée à la demeure du
vicil Indien , ils trouvent fon fils à la porte avec
un fofil à la main , & lui demandent fon pere . « Je
fais , leur répondit il , à quel deffein vous le
cherchez , & il n'est que trop jufte que l'injure
» faite à votre famille , foit lavée par la mort de
» quelqu'un de la nôtre : mon pere eft furchargé
» d'années ; jainais il n'a fui devant un blanc , fes
» confeils peuvent encore vous être utiles & je
» m'offre volontiers à expier fon crime , & à être
» la victime de votre fureur. » A ces mots , il
appliqua le bout de fon fufil fur fon front , &
avec le pied lâchant la détente , il tomba mort à
l'inftant.
·
M. Thysbert , Profeffeur de l'univerſité de
Louvain , a découvert un moyen facile
d'obtenir de l'air inflammable du charbon
de terre. On fe propofe de tirer parti de ce
nouveau procédé.
M. Thylbert a trouvé , d'après diverses expé
riences , que , dans l'efpace d'environ trois quartsd'heure
, 15 onces de charbon de terre en poudre
ne rendoient pas moins de 100 quartes [ 1 ] d'air
inflammable , d'une qualité G pure , que , d'après
les épreuves les plus fatisfaifantes , on s'eft affuré
qu'un Ballon , rempli de cet air, s'élevoit auffi rapidement
& auffi haut , que s'il avoit été rempli
avec l'air inflammable dont on s'eft fervi juſqu'i
préfent. Cette opération doit être répétée incef(
77 )
སྶ
famment d'une maniere beaucoup plus étendue ;
& , pour cet effet, on fond maintenant à Louvain,
par ordre de l'Empereur , des cornues de fer d'une
très grande dimenfion .
Une lettre de Derby rend compte en ces
termes des recherches intéreffantes faites par
la Société des Antiquaires .
Cette Société ayant reçu l'avis certain , que les
cendres d'Alfred le Grand , mort en 901 , étoient
dépofées dans l'Eg'ife Paroiffiale de Driffield , à
environ 20 milles de Hull , dans le Comté d'Yorck,
députa deux de fes Membres les plus diftingués
par leur érudition , lefquels , accompagnés de
quelques autres Savans , partirent pour cette ville ,
afin d'y rechercher les reftes de ce Monarque célebre
. Le 20 Septembre de cette année fut le jour
où ces deux Députés fe rendirent avec leur fuile &
d'autres perfonnes prépofées à cet effet , à l'Eglife
indiquée, pour y faire la recherche dont ils éto ent
chargés , étant infruits de la place où fe trouvoit
le corps de ce Prince. Après avoir fait creufer
pendant quelque tems , ils découvrirent un cercueil
de pierre , & à fon ouverture , ils reconnu .
rent en effet le fquele te entier de ce Roi . auffi
grand par les actions héroïques , que par fon extrême
piété. Ce cercueil renfermoit aufli une
grande partie de l'armure d'acier d'Alfred , dont le
refle a fans doute été détruit par la rouille & le
tems. Les Députés , après avoir fatisfait leur curiofité
, refermerent le cercueil & la foffe , afin que
les chofes demeuraffent dans l'état où ils les avoiert
trouvées. Il paroit , d'après l'hiftoire de ce Prince,
qu'après avoir été bleffé à la bataille de Stamford-
Briggs , il retourna à Driffield , cù il mourut de fes
bleffures , après 20 jours de maladie , & fut enterré
(1 ) Mefure d'Angleterre , qui équivaut à la pinte de Paris,
d 3
( 78 )
ן י
A
dans l'Eglife Paroiffiale de cette ville . Ce Prince,
pendant le cours de fa maladie, accorda à Driffield
la franchife de quatre foires qui s'y tiennent agnuellement.
FRANC E.
DE VERSAILLES , le 25 Décembre.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de la Chaffagne
, Ordre de Citeaux , Diocèfe de Lyon ,
l'Abbé de Rully , Comte de Lyon, Vicaire-
Général de Châlons - fur- Saône ; à celle de
Silvanes , même Ordre , diocèfe de Vabres ,
l'Abbé de Comeiras , Vicaire Général de
Beauvais.
Le 24 de ce mois , veille de Noël , le Roi
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monfeigneur Comte d'Artois , de Madame
Comteffe d'Arrois , & de Madame Elifabeth
de France , a lifta dans la Chapelle du château
, aux Vêpres chantées par fa Mufique ,
& auxquelles l'Evêque de Pergame , Premier
Aumônier de Madame Adélaïde de France ,
officia, Cette Princeffe & Madame Victoire
de France y aflifterent aufli dans une des
Chapelles collatérales . Vers les dix heures
du foir , le Roi , accompagné comme ci-deffus
, fe rendit à la Chapelle , où , après avoir
entendu les Matines , il affifta aux trois Meffes
, pendant lefquelles fa mufique exécuta
divers Noëls & Motets de la compofition
du fieur Mathieu , Maître de Mufique en
femeftre . Le lendemain , jour de Noël ,
( 79 )
*
le Roi & la Famille Royale entendirent
, dans la même Chapelle , la grande
Meffe , qui fut chantée par la musique de
Sa Majefté , & à laquelle l'Evêque de Pergame
officia ; la Ducheffe de Guiche y fit
la quête. L'après -midi , le Roi & la Famille
Royale , après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé de la Beaume , affifterent
aux Vêpres & au Salut chantés par la Mufique
de Sa Majefté .
Leurs Majeftés fouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Mulique
du Roi exécuta différents morceaux de mufique
, fous la conduite du fieur Dauvergne ,
Surintendant de la Mufique.
La Comteffe de Roucy aeu , ce jour, l'hon
neur d'être préfentée à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , par la Ducheffe de Liancourt.
DE PARIS , le 4 Janvier.
Edit du Roi , donné à Versailles au mois de
Décembre 1784 , regiftré en Parlement le 30
defdits mois & an , portant création d'un Emprunt
de cent vingt cing Millions , en cent vingtcinq
mille Billets de Mille livres , produifant
intérêt à Cinq pour cent & rembourfables
en vingt - cinq ans , avec accroiffement de
Capital.
LOUIS , &c. La néceffité de continuer avec
exactitude l'acquittentent des dettes de la derniere
Guerre , les engagemens que Nous avons
pris pour accélérer les paiemens arriérés , &
d 4
( 80 )
Bout ce qu'une fage prévoyance exige de Nors
dans les circonstances préfentes , nous obligent
d'ouvrir un Emprunt qui puiffe fuffice , nonfeulement
pour éviter l'inconvénient de recourir
, dans une même année , à de nouvelles re´-
fources , mais auffi pour entretenir au Tréfor
royal cette utile abondance qui facilite toutes
les difpofitions d'ordre & d'économie. La grande
quantité de numéraire qui exifte en circulation ,
nous permet de porter cet Emprunt jufqu'à la
fomme fixe de cent vingt - cinq Millions , & rous
y fommes même invités par l'empreffement du
Public à s'y intéreffer ; mais quelque fatisfaifans
que foient pour nous les témoignages éclatans
d'une jufte confiance , nous fommes bien éloignés
de vouloir en faire un ufage indifcret , & nous re
regardons le bon état du crédit que comme un
acheminement aux opérations effentielles & falutaires
que nous avons en vue. Eiles feroient
impraticables fans lui ; par elles il deviendra inébranlable
. C'est en fécondant toutes les fources
de la richeffe de l'Etat , c'est en augmentant nos
revenus par la diminution des frais de recouvrement
, c'est en foulageant nos Peuples par
une diftribution plus égale du fardeau qu'ils fup.
portent , que nous affurerons de plus en plus
la folidité des créances publiques déjà appuyées
fur les gages les plus certains . Si leur volume
s'accroît par l'Emprunt que les circonstances
néceffitent , cette augmentation fe trouve compensée
en grande partie par l'extinction effectuée
cette année , de plufieurs des objets renbourfables
à époques , tels que la Loterie de
1777 ; & elle le fera d'année en année par la
libération fucceffive d'objets de même nature ,
qui doit le faire à la Caifle des Amortiflemens.
Le plan que nous avons adopté pour cet Em(
81 )
prunt n'exige de la part des Prêteurs , ni l'aliénation
de leurs fonds , comme dans les Rentes
perpétuelles , ni leur anéantitlement , comme
dans les Rentes viageres ; il n'oblige pas de jouer
comme dans les Loteries ; il né met pas dans le
cas de recevoir des rembourfemens morcelés
comme dans les Annuités ; il conferve au propriétaire
de la mife fon capital entier avec lin
térét à Cing pour cent ; il lui en affure la rentrée
dans l'espace de vingt - cinq ans , & il lui fait
toucher en outre , au moment de fon rembourfement
, une augmentation de ce méme Capital ,
laquelle toujours croiffant à mesure qu'elle fe
retarde , eft portée à Cent pour cent la derniere
année , & n'eft cependant que le produit de l'accumulation
des excédens d'intérêt atrribués audeffus
du taux ordinaire .
Pour fixer la mefute de ces excédens , nous
avons confidéré l'évaluation du prix courant des
Effets publics , & nous avons reconnu que ce
nouveau genre d'Emprunt qui a pour nos finances
l'avantage de préfenter une durée fixe & une
libération déterminée , ne leur feroit pas intrinséquement
trop onéreux , puifqu'à l'époque de
fon extinction to: ale , au terme de vingt- cinq
ans , il n'aura coûté que deux fois le capital primitif,
tant pour les intérêts , que pour tous rea
bourfemens & accroiffemens de fonds.
Après nous étre ainfi affurés d'une jufte proportion
dans le taux fondamental de l'Emprunt ,
nous avons pris foin d'en régler les détails , &
de fui donner l'organisation la plus fimple , la
plus claire , la moins fufceptible d'embarras. Il
étoit fur-tout néceffaire d'obrier à l'inconvé
nient des rembourfemens morcelés ; nous y avons
pourvu , en ordonnant que les tirages qui auront
lieu chaque année , fe feront par fries de cing
ds
( 82 )
mille numéros pris de fuite , en forte qu'avec la
feule attention de placer fes capitaux dans une
même férie , on fera toujours sûr d'en recevoir
le remboursement intégral à une même époque ,
avec l'accroffement qui y fera joint : enfin tout
a été combiné de maniere à rendre cet Emprunt
aufli régulier dans fa forme , qu'il eft favorable
à la bonne geftion des fortunes particulieres , &
convenable à la fituation de nos finances. A CIS
CAUSES , &c. Nous avons ordonné ce qui fuit :
ARTICLE I. Il fera ouvert en notre Tréfor
Royal , chez le fieur Micault d'Harvelay , Garde
d'icelui , auffi-tôt après la publicaaion de notre
préfent Edit , un Emprunt de cent vingt - cinq
millions de livres , en cent vingt-cinq mille Billets
de mille livres chacun , portant intérêt à
Cinq pour cent , fans retenue , & rembourfables
dans l'efpace de vingt- cinq années , avec les
accroiffemens progreffifs de capital que nous leuravons
attribués , ainfi qu'il fera dit ci - après .
II. Les Billets feront au porteur , numérotés
depuis 1 jufqu'à 125000 , & chacun d'eux fera
garni de vingt - quatre coupons de cinquante liv .
chacun , payables d'année en année , à commencer
du premier Janv er 1786 , jufques &
compris l'année du remboursement , excepté feulement
la vingt- cinquieme pour laquelle il n'en
fera pas délivré : lefdits Billets & Coupons , dont
le modele fera annexé fous le contre - fcel de notre
préfent Edit , feront fignés par les perfonnes
que nous commettrons à cet effet.
III. La totalité de l'Emprunt fera remboursée
en vingt cinq années , à raifon de cinq mille
Billets par an , dont les numéros feront indiqués
par la vole du fort ; auquel effet , il fe fera ,
dans les dix premiers jours du mois de Janvier
de chaque année , à commencer en Janvier 1786 ,
( 83 )
un tirage public par- devant les Prévôt des Marchands
& Echevins de notre bonne Ville de Paris
, en la maniere accoutumée , dans lequel les
cent vingt-cinq mille Billets feront repréſentés
par vingt -cinq bulletins numérotés depuis 1 jufqu'à
2 ; dont chacun fera indicateur d'une férie
de cinq mille numéros pris de fuite , en forte
que le bulletin numéroté 1 défignera la premiere
férie depuis 1 jufqu'à 5000 ; celui numéroté 2 ,
la feconde série , depuis 5001 jufqu'à 10000 , &
ainfi de fuite. Ces vingt- cinq bulletins étant mig
dans la roue , un feul fera tiré chaque année , &
les cing mille Billers compris dans la série done
il fera indicateur , feront remboursés après deux
mois , avec les accroiffemens de capital réglés
par l'article fuivant.
IV. Nous avons attribué & attribuons en fus
du capital énoncé en chaque billet une augmen
tation qui fera payée conjointement avec ledit
capital , à l'époque de fon remboursement déterminé
par le fort ; laquelle augmentation ,
Nous avons fixée , favoir , pour les numéros fortis
dans chacun des trois premiers tirages , à
Quinze pour cent en fus des capitaux ; pour ceux
des quatrieme , cinquieme & fixieme tirages , à
Vingt pour cent ; pour ceux des feptieme , hui
zieme & neuvieme tirages , à Vingt- cinq pour
cent , pour ceux des dixieme , onzieme & douzieme
tirages , à Trente pour cent ; pour ceux
des treizieme , quatorzieme & quinzieme tirages ,
à Trente- cinq pour cent ; pour ceux des feizieme
, dix-feptieme & dix-huitieme tirages , à
Quarante pour cent ; pour ceux des dix neuvieme
, vingtieme & vingt- unieme tirages , à
Quarante-cing pour cent ; pour ceux des vingtdeuxieme
, vingt troifieme & vingt -quataieme
tirages , à cinquante pour cent ; & pour celui du
( 84 )
vingt- cinquieme & dernier tirage , à Cent pour
cent. Voulons que ladite augmentation ne puiffe
être retranchée ni réduite , fous aucun prétexte
ni dans aucun cas .
V. Lefdits rembourſemens de capitaux & accroiffemrns
d'iceux , ainfi que le payement des
Coupons , fe feront en deniers comptans , à la
Caiffe des Amortiffemens par le Tréforier d'icelle
, fur la remife qui lui fera faite , tant des
Billets fortis , que des Coupons non échus .
→
VI. Nous avons affecté & affectons , auxdits
rembourfemens de capitaux & accroiffemens
aiali qu'au payement des intérêts annuels pendant
toute la durée de l'Emprunt , par privilege
& par préférence à la partie de notre Tréfor
royal, la totalité de nos revenus , Spécialement
le produit de nos Aides & Gabelles , fans qu'en
aucun cas , ni pour quelque caufe que ce puiffe
être , même en temps de guerre , la deftination
de ces fonds , ni la quotité defdits rembourſe,
mens puiffent être changées , fufpendues ou ré
duites ; dérogeant à cet effet à la Déclaration
du 21 Novembre 1763 .
VII. Les Etrangers non naturalifés , même
ceux demeurant hors de notre Royaume , pays ,
terres & feigneuries de notre obéiffance , pourront
acquérir des capitaux dudit Emprunt , jouir des
intérêts , ainfi que pourroient faire nos propres
fujets , même en difpofer en capitaux & intérêts ,
entre-vifs & par teftament , en quelque forte &
maniere que ce foit ; & en cas qu'ils n'en euffent
difpofé , leurs héritiers leur fuccéderont , encore
que leurs donataires & héritiers foient Etrangers
& non regnicoles ; renonçant à cet effet aux droits
d'aubaine & autres droits , même à celui de con
fcation , en cas qu'ils fuffent fujets de Princes &
( 85 )
Etats avec lefquels nous pourrions être en guerre,
dont nous les avons difpenfés ; comme auffi lef
dits capitaux , acquis par lefdits Etrangers , feront
exempts de toutes lettres de marques & de repréfailles.
VIII. Il fera par nous pourvu , par Lettres- Patentes
particulieres , à la comptabilité des recettes
& dépenses à faire , tant par le Garde de notre
Tréfor royal que par le Tréforier de la
Caifle des Amortiffemens , pour l'exécution de
notre préfent Edit. Si donnons en mandement ,
& c. & c.
On attend avec inquiétude des nouvelles
de M. Pilatre de Rozier , qui a monté fon
appareil aëroftatique à Boulogne , fur l'em
placement de la tour de Caligula , dans le
deffein de paffer le détroit , & d'arriver à
Douvres avec fon Ballon . Ce Voyageur a dû
partir du premier au 6 de ce mois ; cette
entrepriſe n'ayant aucune utilité , & tenant
abfolument à la nature du vent , il feroit
bien douloureux que M. Pilâtre de Rozier ,
fût la victime d'une expédition , qui n'ajoutera
rien aux progrès de l'Art .
On mande de Montpellier un nouveau
trait d'intrépidité , digne d'être recueilli , de
la part des nommés Moras , Niquet & Allemand
, Matelots de la barque de paffage
du fort de Brefcow ; leur courage à braver
un danger imminent , a fauvé l'équipage
d'une tartane venant de Canne , qui étoit à
l'ancre depuis deux jours , devant le fort de
Brefcow , où elle avoit efluyé la plus violente
tempête.
( 86 )
Le Capitaine de cette Tartane , convaincu ,
par la grande quantité d'eau que prenoit fon bâti
ment , qu'il ne pouvoit tenir plus long - temps à
ce mouillage , vint échouer le 7 Octobre fur la
côte , après avoir perdu fa chaloupe & coupé fes
cables ; il y auroit trouvé , ainfi que fon équipage
, une mort inévitable , fi le nommé Moras ,
affrontant le danger qui les menaçoit , n'eût eu
l'intrépidité de fe jeter plufieurs fois à la mer
pour faifir une corde qu'on lui jetoit de la Tartane
, & ne fût parvenu à s'en emparer , aidé de
fes deux compagnons , & à procurer fur cette
corde un moyen de falut à tout l'équipage , qui
fila deflus , & defcendit à terre , malgré la fureur
des vagues . Ce fecours étoit d'autant plus intéreffant
, qu'à peine le Capitaine , qui fortit le
dernier , fut - il à terre , que la Tartane fut briſée
à leurs yeux ; & en leur préfentant l'image du
danger dont il venoit d'échapper , les pénétra de
la elus vive reconnoiffance pour leurs courageux
libérateurs. Le Chevalier de Bernard , Lieutenant
de Roi du fort de Brefcou & de la ville d'Agde ,
ayant rendu compte de cet acte de courage & d'intrépidité
, à Mgr le Comte de Périgord , Commandant
en Chief dans la Province de Languedoc ,
ce Chef bienfaifant , près duquel le courage &
l'humanité font affurés de trouver un Prote& eur ,
a obtenu du Roi une gratification de 300 1. pour
ces braves Marins.
L'incrédulité de la Capitale , ou plutôt fa
crédulité exercée par d'autres objets , a porté
la baguette magique du fourcier Bleton fur
d'autres théatres , & fpécialement en Dauphiné
. Un particulier qui l'a accompagné
dans fes courfes , avec M. Thouvenel fon
( 87 )
conducteur, a rendu compte des découvertes
de ce perfonnage.
Arrivés à Uriage , dans l'endroit même où la
fontaine fulphureufe , de ce nom fort dans le
ruiffeau , un peu plus bas que le château de
M. de Langon ; Bleiton prit une verge d'ozier ,
celle avec laquelle il fouettoit fon cheval , &
qui étoit un peu courbée ; il fe préfenta fur la
fource qui fourdoit à droite du ruiffeau , & en
trois autres endroits de fon lit. Comme la baguette
lui tourna rapidement en fe dirigeant
vers l'E . S. E. , Bletton gagna bien vite la rive
gauche , & fuivit la direction de la fource , au
moyen de fa baguette , en montant fur une
pente très rapide ; il alla ainfi juſqu'à 600 toifes
environ de la fource , & en s'écartant beatcoup
du ruiffeau ; car à ce point , il en étoit
éloigné de plus de 6oo toifes ; c'eft dans un
quartier appellé Lou- Rey , & dans en fonds en
pré & vigne , appartenant à Nicolas Chaix ,
habitant d'Uriage . Lorfqu'il fut près de la vigne
plantée en treillages , la fource lui parut
s'écarter , ou plutôt il jugea qu'elle venoit en
deux branches qui forment un aire ovale , de 33
pieds de longueur fur 18 de largeur.
Dans cet endroit fe trouvent cinq filons de
mine jaune , ( dénomination dont fe fervit Bletton
) , tous paralleles , dirigés à l'O . N. O.;
& ces cinq filons coupent la direction de la
fource minérale , qui depuis ces filons , pour
defcendre au ruiffeau , eft á l'O. par un angle
de 20 à 25 degrés . C'eft dans cet endroit que
M. Thouvenel , très- exercé en expériences de
ce genre , jugea que l'eau déjà falée , avant d'y
parvenir , contractoit un degré de chaleur en
raveriant ces bancs de pyrites .
Un phénomene qui paroît incroyable , c'eít
( 88 )
qu'en remontant la fource , Bletton annonça
qu'il éprouvoit qu'elle étoit très - falée , & qu'il
le reconnoiffoit par des picotemens aux reins ,
aux cuiffes , aux jambes , &c. Cette eau contient
en effet deux gros de fel par pinte , c'eſt le
résultat de l'analyfe qui en a été faite précédemment
; mais Bletton n'en étoit très- certainement
-pas inftruit , & tous les affiftans avoient pris .
grand foin de le lui laiffer ignorer.
Bletton & les affiftans revinrent enfuite fur
leurs pas ; & il retourna en fe condulfant toujours
vers la fource , par les fenfations , juſqu'à
l'endroit d'où il étoit parti auprès du ruiffeau.
Atrivés- là , M. Thouvenel l'ayant prié de déterminer
la profondeur de la fource , fur le bord
du ruiffeau , ( toujours à la rive gauche ) , il
annonça qu'elle étoit de quinze pieds ; ce qui
fut conjecturé véritable , parce que au bas de ce
bord , qui eft élevé , les affiftans remarquerent
enfuite des petits filamens blanchâtres , tels
qu'en dépofent ordinairement les eaux hépatifées
; ces filamens étoient fans doute des filtrations
de la fource . Et l'on reconnut auffi par- là ˆ
& par des marques certaines , que Bletton avoit
bien fuivi fa direction , fans la connoître.
Deux gros de fel dans une pinte d'eau
qui chatouillent par leur préfence les cuiffes
& les reins , font sûrement très extraordinaires
; mais nous en voyons journellement
bien d'autres ; un peu de patience , & toutes
les opérations myftérieufes de la nature feront
révélées , dès qu'il fera bien établi que tous
les Phyficiens célebres jufqu'ici n'ont pas eu
le fens commun.
On écrit de cette même Province du Dau
( 89 )
phiné , qu'on y a reffenti le 9 Décembre , à
Briançon , une affez forte fecouffe de tremblement
de terre , accompagnée d'un bruit
fourd. Depuis quelques jours , on avoit apperçu
des vapeurs enflammées , s'élever de
terreins qui recelent des mines de charbon
de terre .
t
Françoife- Charlotte de Batitou , Marquiſe
de Courtoux , époufe de Louis -Jean -Marie ,
Marquis de Courtoux , &c. eft morte à
Nantes , le 12 Novembre , âgée de 19 ans.
Charlotte de Roucy , époule de feu Guillaume
de la Chevardiere , Seigneur de la
Grandville , eft morte en fon château de la
Grandville , le 26 Novembre , âgée de 75
ans.
Jean de Montefquiou - Fezenfac - Poilobon,
Docteur en Théologie, Abbé de l'Eglife
royale & collégiale de Saint - Martial
de Limoges , & de Bolbonne , Ordre de
Citeaux , diocefe de Mirepoix , Vicaire gé
néral , & en l'abfence de l'Evêque , Préfident
de la Chambre eccléfiaftique du diocefe
de Limoges , eft mort en cette ville le
2 de ce mois , âgé d'environ 69 ans.
François de Bonneguife , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Bonneguife , Chatre , la .
Chapelle- Saint -Jean , Artigeas , &c. Gouverneur
de Gifors & Ecuyer du feu Comte
d'Eu , eft mort le 21 Octobre , âgé de quatrevingt-
trois ans.
?
Jean -François Guy de Foucaud , Abbé-
Commendataire de l'Abbaye Royale d'Eaulnes
( 90 )
en Languedoc , eft décédé au Château de
Braines , près Soiffons , le 21 Novembre , âgé
de 85 ans.
N. de Prifye , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint- Louis , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , eft mort à Paris le 20 de ce
mois.
9
Jean - Pothentien d'Arboulin , Secrétaire de
la Chambre & du Cabinet du Roi ancien
Adminiftrateur des Poftes , eft mort le 25 de
ce mois , au Château du Buiffon - d'Ommoy en
Normandie.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France, le 31 du mois
dernier , font : 79 , 69 , 7 , 51 , & 1 .
PROVINCE S- UNIES.
LA HAYE, le 31 Décembre .
L'on a rendu très -infidélement le véritable
contenu du Mémoire remis à M. Kalicheff,
Miniftre de l'Impératrice de Ruffie , au Préfident
des Etats - Généraux . Cette Souveraine ,
dont le voyage en Crimée eft aujourd'hui
contremandé , témoigne par cette note le dé
plaifir qu'elle a reffenti en apprenant les voies
de fait commifes contre le pavillon Impérial
, & fon defir de voir la République fatisfaire
un Augufte Allié avec lequel elle ades relations
intimes , &c. L'Impératrice n'offre
point fa médiation , comme on l'avoit débité
, ni ne s'explique fur le parti que lui dicteront
les événemens,
( 91 )
L'on fait des préparatifs formidables pour
mettre Maftricht en état de défenſe : quatre
cens chariots font partis pour aller chercher des
munitions de guerre nous attendons un renfort
de fix bataillons , & quatre - vingt piéces
de groffe artillerie . On vient de faire proclamer
, par ordre du Magiftrat , aux Bourgeois ,
de faire des provifions de vivres . Il eft apparent
qu'on veut défendre cette place en cas
qu'elle foit attaquée. Et comme la République ,
abandonnée à fes propres forces , ne feroit pas
en état d'expofer douze à quatorze mille hommes
de fes meilleures troupes , on doit en
conclure qu'elle eft affurée d'être fecourue effi
cacement.
PAY S- B A S.
DE
BRUXELLES , le 3 Janvier.
Les divers détachemens de nos troupes
poftés ci- devant aux environs des forts
Hollandois fur l'Efcaut , fe font repliés fur
Anvers . Trente hommes feuls , fous la conduite
d'un Officier , gardent le village de
Stabroek. Le Comte de Rechteren , qui commande
les vaiffeaux Hollandois à l'ancre près
de Saftingen , a renvoyé à Fleffingue la frégate
la Pollux. Nos deux cutters font def
cendus d'Anvers au fort Saint-Philippe , le
dernier de nos poftes fur le fleuve , & oùils
mouillent actuellement.
Le Confeil privé de S. A. l'Evêq . de Liége a crude
fon devoir de repréfenter à S. M. I. que le pays de
Lige ayant tellement manqué de grains , il y a quel
ques années, qu'on avoit été obligé d'en tirer ein-
•
( 92 ).
quante mille mefures de la Hollande; & qu'en
fournillant à peine les autres années pour la fubfiflance
du peuple , de maniere qu'on eft obligé
d'y défendre de diftiller l'eau de vie & autres liqueurs
tirées du froment , il n'étoit pas poffible
d'y établir des magazins de vivres pour les troupes
Autrichiennes auxquelles on accorioit le paffage
fans réferve ; il efpéroit que S. M. I. perfuadée de
la force de la taifon alléguée , n'infifleroit pas fur
ce point , & cheifiroit , en conféquence de cet
éclairciffement , d'autres lieux pour l'établiſſement
de fes magazins de vivres.
Les Etats des Pays - Bas vont ouvrir ici un
emprunt à quatre & demi pour cent.
On écrit de la Haye l'anecdote fuivante ,
vraie ou fauffe , elle eft affez plaifante.
7
Une femme trouvée noyée dans un canal ,
Lundi dernier , a donné lieu à une aventure aſſez
finguliere. Un particulier qui vit ici avec fa foeut , --
ne favoit ce qu'elle étoit devenue depuis deux
jours. Toutes les recherches avoient été infructueules
tout-à- coup il apprend qu'une femme
vient d'être retirée morte de l'eau ; il y va , & les
habits fe trouvant à peu près les mêmes , il fair
fans autre examen , transporter le cadavre chez
lui , ordonne un enterrement décent , & prend
un deuil complet . Le furlendemain la feur arrive ,
& fonne à la porte : un voyage qu'elle avoit été
obligée de faire à l'improvifte , avoit caufé fon
abfence. Le frere , bien effrayé , a enfin reconnu
fa feeur pour vivante , & s'eft confolé de fon mieux
des frais des obfeques & du deuil .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX.“
PARLEMENT DE PARIS .
Tournelle.
Caufe entre le fieur G .... Marchand Orfévre à
( 93 )
L., & le fieur R ... , Marquis de D ....
citoyen opprimé & vengé.
Nous ne ferons aucune espéce de réflexions
fur cette affaire ; il n'y aura pas même de nous
un feul mot de liaifon ; c'eft le précis de M. Blon
-del , pour le fieur G... que nous tranferirons en
partie , de maniere cependant que la Caule fe
trouvera exposée avec la plus grande clarté.
Injures & menaces publiques , calomnies atroces
, abus de crédit & de pouvoir , violation &
oppreffion de la liberté civile : tels font les délirs
que le fieur G ... défere à la Juftice. Le 9 Janvier
1784 , dans l'après midi , l'on ſe diſpoſoit à
faire partir un Aréoftat , fur une place publique
de L ... Ce fpectacle y avoit attiré une foule
prodigieufe de Citoyens. Le freur G... Marchand
Orfévre , homme honnête , généralement
eftimé , fe rend fur la place , & parvient à pénétrer
dans le grand cercle qu'avoient formé les
Spectateurs . Le Marquis de D... arrive , fait grand
bruit ; fend la preffe , écarte de droit & de gauche
ceux qui gêroient fon paffage : après les
plus grands efforts , il entre dans le cercle , à
l'endroit même où s'étoit arrêté le fieur G... &
fe pofte immédiatement devant lui : il étoit debout
& armé d'une canne , lorfque le Marquis
de D ... s'étoit approché du fieur G... Les mou
vemens d'impatience & de curiofité des Spectateurs
les plus éloignés , avoient deja caufé plufieur
flux & reflux . La foule croiffant toujours ,
ces flux & teflux recommencent ; le mouvement
vient jufqu'au fieur G... , qui fe trouvant entraîné
par l'affluence , eft pouffé lui - même fur le Marquis
de D... Le Marquis fe fentant pouffé , fe .
retourne , & s'écrie , du ton le plus impérieux
& le plus colere , & tenant fa canne levée : qu'eftce
que c'est que ces poliffons- là ? Si cela arrive en(
94 )
"
Cannes . -
»
Bore on aura affaire à moi : je donnerai dès coups de
Un inftant après , nouveau mouyement
, le fieur G... eft encore entraîné & pouffé
malgré lui fur le Marquis de D... nouvelles
menaces de la part du Marquis ; il adreffe la
parole au fieur G... : tu es un poliffon , un drole ;
je ne te connois pas : qui eft tu ? » Eft - ce M.le
Marquis , parce que vous êtes d'une naiſſance
» fupérieure à la mienne que vous me parlez
> ainfi ? Vous avez tort de vous en prendre à
moi , vous voyez que je fuis pouffé moi - même,
& qu'il m'eft impoffible de foutenir l'effort
de la multitude , je vous prie de prendre
garde fur qui vous toucherez , parce que je
» n'ai aucune part au flux & reflux de cette mul-
> titude. Tu es un impertinent , un polifſon
, un inſolent , un drole ; je ne te connois
pas ; qui es- tu ? " Il n'eft pas difficile de -
сс
>> me connoître . On me connoit dans la ville :
on ne donne point des coups de canne à des citoyens
. Tu es un poliffon & un drole ; je te
connoîtrai ; je te ferai punir ; tu me le paiera ,
je ne t'en tiens pas quitte , avec un gefte menaçant.
«Heureufement , M. le Marquis , que
jufqu'à préfent je ne vous ai rien du ; je ne
» vous dois rien , je n'ai rien à vous payer «.
Tu es un poliffon , un manant , il te convient
bien de m'infulter. Monfieur , je ne
vous infulte pas en vous repréſentant qu'il eft
impoffible de foutenir l'effort de la multitude
» & je ne mérite aucune punition . Je n'ai rien à
vous payer ; & fi je vous avois dû , vous ne
cc m'auriez pas attendu fi long - temps ». Je dis
que tu es un drole & un polillon ; je te connoîtrai
, & fous quinzaine , tu auras de mes nouvelles
.
cc M. le Marquis , je ne vous manque
» pas ; je ne vous infulte pas quand vous vou(
95 )
drez , je vous donnerai mon nom par écrit «.
Le Marquis de D...... continuant toujours
fes injures , les geftes , fes menaces , malgré
l'exceffive modération du fieur G .. , celui - ci
quitte fa place , laiffe le champ libre au Marquis
& fort du cercle. Ne t'en vas pas , lui crie
le Marquis de D... en le voyant partir ; au refte ,
je te retrouverai bien. Tous ces faits font
atteftés par douze témoins oculaires . - Après
ces injures & ces menaces , vient la Calomnie.
و د
פ כ
>
Le 23 du même mois de Janvier , le Marquis
de D ... écrit au fieur L. Subftitut de M. le
Procureur Général au Bailliage de L ... la
lettre fuivante. «J'ai l'honneur de vous
prévenir , Monfieur , que le nommé G ... Or-
» févre qui demeure .... , me menace de
» m'attaquer & de m'affommer dans les rues ,
lorfqu'il en trouvera l'occafion . Ce n'est
» point , Monfieur , une plainte que je vous
» porte ; je vous préviens feulement , afin que ,
lorfqu'on me trouvera affaffiné , vous fcachiez
á qui vous en prendre . J'ai obligation de l'avis
que j'ai reçu à un brave & honnête Citoyen
, que je tairai toute ma vie . Signé ,
22 Ꭱ ... Aux injures , aux menaces
, & c. fuccédent l'intrigue , l'abus du crédit
& du pouvoir , la véxation , l'oppreffion de la
liberté civile. Le Marquis de D ... fait au
. Commandant de la Province un rapport au ſujet
de la fcene du 9 Janvier. Il furprend la religion
de ce Commandant , & follicite de lui un ordre
de faire emprifonner le fieur G ... L'ordre eft
donné & exécuté Le jour même de la lettre
adreffée par le Marquis de D ... au Subſtitut de
M. le Procureur - Général , le 23 Janvier , le
fieur G ... eft enlevé , avec autant d'inhumanité
que d'ignominie , fous les yeux de tous les
D. " .
( 96 )
Concitoyens ; il est enfermé dans les prifons ;
on le laiffe à la charge & garde du Concierge ,
qui promet de le repréfenter toutes & quantes
fois qu'il en fera requis . C'eft en vertu des ordres
du Commandant de la Province , & de ceux
du Lieutenant de la Maréchauffée . Le fieur G ...
refte prifonnier du Marquis de D ... jufqu'au
25 du même mois de Janvier. Ces différens
"
faits font autant de délits qui appellent la vengeance
des Loix fur la tête du coupable . Ils n'ont
befoin d'être appuyés d'aucune réflexion . Ce
Citoyen opprimé , attend avec la plus religieufe
confiance l'Arrêt que di&teront à la Cour fon
attachement à nos Loix & fon zele pour le
maintien de l'ordre public , & la confervation
de la liberté civile . Arrêt du 4 Septembre
1784. NOTRE DITE COUR faifant droit fur l'appel
interjecté par le Marquis de ... , met l'appellation
& ce dont eft appel au néant , émendant
, évoquant le principal , & y faifant droit
fait défenfes au Marquis de ... , de plus à l'avenir
injurier ledit G... , ni provoquer ou faire provoquer
des ordres pour faire emprisonner ledit
G ...: déclare l'emprisonnement & l'écrou de
G ... nuls & de nul effet ; ordonne que mention
fera faite du préfent Arrêt en marge d'iceux :
condamne le Marquis de ... en 300 livres de
dommages- intérêts envers G ... , & en tous les
-dépens des caufes principales, d'appel & demandes
; fur le furplus des demandes , fins & conclufions
des Parties , les met hors de Cour. Permet
à G ... de fraire imprimer notre préfent Arrêt
jufqu'à concurrence de cent exemplaires , & d'en
faire afficher quatre où bon lui femblera le
tout aux frais & dépens du Marquis de ...
?
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 10 Décembre.
S.
M.I. a nommé le Feld - Maréchal Comte
2
la Garde du Corps à cheval ; & le Général
Iwanowitsch Soltikow , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Semenow.
Notre Souveraine , dont la fanté eſt moins
périclitante , a recommencé de vaquer aux
affaires publiques : l'on ne croit point cependant
qu'elle exécute le voyage de Cherfon
dont les préparatifs font fufpendus.
Tous les bruits touchant le renouvellement
de la pefte en Crimée & en Ukraine font des
inventions de Gazettes .
Déjà anciennement la Géorgie fut inquietée
par les incurfions des Lefgiens , peuples des vallées
du Caucafe : fouvent ils inonderent & dévaſterent
cette province , dont ils emmenoient les
habitans en captivité. Ils ont tenté de nouveau
d'incommoder les frontieres , depuis que la Géor
No. 3 , 15 Janvier 1785.
e
( 98 )
F
gie s'eft foumife au fceptre de S. M. I. La Na
tion en corps s'eft hafardée à paffer le fleuve
Alafan , mais attaquée le 14 O &obre par le Major
Général Samoilof, elle a été entierement
défaite. Notre pere a été de 4 morts & de 14
bleffés. Malheureufement , au nombre de ces
derniers s'eft trouvé le brave Lieutenant Colonel
Prince de Heffe- Rhinfelds , qui eft mort de
fes bleffures le troifieme jour.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
' La fin du mois dernier & le commencement
de celui- ci ont été funeftes à nombre
de bâtimens parmi ceux qui ont péri par
les tempêtes de cette époque , on compte
un navire Danois naufragé dans le Schagen ,
fans qu'on ait pu fauver ni l'équipage , ni la
cargaifon , & un vaiffeau Suédois allant à
Lisbonne , dont heureufement on a retiré
les matelots & une partie du chargement.
Les Généraux de l'armée ont fait des repréfentations
au Roi au fujet du changement projetté
de l'uniforme des troupes . S. M. les a trouvées
juftes , & a ordonné en conféquence que le
nouveau projet ne feroit point exécuté .
On a annoncé aux Officiers , qui font en gar
nifon dans cette Capitale , que ceux qui defireroient
de fe retirer du fervice pourront le faire,
& obtiendront , favoir un Colonel 500 rixdales
de penfion , un Lieutenant Colonel 300 , un
Capitaine 200 , un premier Lieutenant 72 , & un
Lieutenant en fecond 60.
( 99 )
Nous apprenons que notre Envoyé extraordinaire
à Pétersbourg , M. de S. Saphorin
, a remis le 28 Novembre dernier fes
Lettres de créance à l'Impératrice , dont il
eut audience , ainfi que du Grand - Duc.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 18 Décembre.
Le Baron A. G. Cederfteim a publié dernierement
à Stockolm une Feuille , fous le
titre Til Schevenská Almaenheten , dans laquelle
il propofe un nouveau moyen contre
la famine. Il fe met entierement au- deffus
des préjugés & du ridicule. D'après des
effais qu'il a fait en filence depuis 1778 , il
foutient que la viande de cheval peut auffi
bien fervir que d'autres à la nourriture de
l'homme. L'objection que cette viande eſt
d'une digeftion plus difficile , lui paroît foible
, parce qu'on peut y remédier par une
plus forte coction. L'expérience journaliere
chez les Tartares , prouve que cet aliment
n'a rien de nuifible au corps humain ; encore
les Tartares mangent- ils ordinairement cette
chair crue. Quant au goût , M. C. foutient
que cette confidération eft de moindre impor
tance . D'ailleurs il fe trouve , dit - il , dans les
tonneaux de viande qu'on amene de l'étran
ger en Suede , des pieces de jeunes chevaux
qu'on mange pour d'autres viandes , & qui
nele cedent au boeuf ni pour le goût, ni pour
e 2
( 100 )
K
la délicateffe. Il a mangé lui -même de la
viande de chevaux plus âgés , fans en avoir
été nullement incommodé. La langue & le
coeur peuvent même paffer pour des friandifes.
Il réfute encore l'opinion , que le prix
des chevaux augmenteroit trop . M. le Baron
C. compte 400, 000 chevaux en Suede ,
dont il en meurt annuellement 25,000 . Si
l'on prévenoit cette mort, en tuant ces chevaux
comme les boeufs , un certain nombre
annuellement , cette pratique produiroit de
grands avantages . Le Baron de C. trouvant
que cette année on n'amenoit pas affez de
vivres pour bien nourrir 347 perfonnes qui
vivent fur fes terres , a pris la réfolution courageufe
de donner lui -même l'exemple. Le
25 Mars , après une priere , en préfence
d'un grand nombre de payfans , où l'on implora
la bénédiction divine , il tua de fa propre
main un cheval , & commença à en détacher
la peau. Un de fes payſans s'approcha
pour le charger de cette befogne , & rel'affurance
d'être affranchi de l'impôt
feigneurial. Plufieurs autres s'enhardirent à
cette occupation , & reçurent des récompenfes.
On coupa des tranches de cheval , on
les rôtit fur des charbons , le Baron en
mangea le premier : cet exemple fut ſuivi ,
& le cheval difparut. La Société patriotique
ayant été inftruite de cet effai , a reçu le
Baron au nombre de fes membres , & a
donné des médailles d'argent à 18 payfans
qui l'avoient imité,
çut
( 101 )
Les de ce mois , un pêcheur a pris dans
l'Elbe une anguille de 60 liv . peſant : ce
poiffon extraordinaire avoit 7 pieds 2 potic.
de long, & 25 pouces d'épaiffeur.
Depuis l'Avent 1783 jufqu'à l'Avent de cette
année , on a compté dans les Paroiffes de la
Surintendance générale des Duchés de Slefwic &
de Holftein , 3,600 mariages , 12,649 naiſſances ,
dont 6,542 garçons & 6,107 filles , & 13,115,
morts , dont 6,828 hommes & 6,297 femmes .
Ainfi le nombre des morts a excédé celui des
naiffances de 476. Parmi les morts il y avoit 2.
centenaires , so nonogenaires & 464 octogenaires ;
137 enfans font venus morts au monde .
D'après les relevés des regiftres des Pa
roiffes du Comté de Ranzau , le nombre.
des naiffances dans cette année monte à 406,
dont 212 garçons , & 194 files ; celui des
morts à 358, dont 187 hommes & 171 femmes
, & celui des mariages à 102. L'excé
dent des naiffances fur les morts eft de 48.
Il circule ici un état des troupes du Roi de
Pruffe. Cet état porte le total de l'armée de S. M.
à 203,011 hommes , dont voici la répartition
favoir 10,560 hommes de l'artillerie , 41,560
hommes d'infanterie & 3,996 hommes de cavalerie
dans la Marche , 16,632 hommes d'infanterie
& 3,440 hommes de cavalerie dans le
Magdebourg , 11,750 hommes d'infanterie &
7,646 hommes de cavalerie dans la Poméranie ,
32,102 homines d'infanterie & 11,586 hommes
de cavalerie dans la Pruffe , 13,088 hommes
d'infanterie dans la Weftphalie , & 38,217
hommes d'infanterie & 12,434 hommes de cavalerie
dans la Siléfie. Le total de l'infan
e 3
( 102 )
terie eft de 163,809 hommes, & celui de la cavalerio,
y compris 100Cavaliers artilleurs , de 39,202
hommes. Le total des Régimens inclufivement
des Gardes eft de 54 Régimens d'infanterie , de 4
Régimens d'artillerie de campagne , de 12 Régimens
de garnifon , de 9 Compagnies d'artil
lerie de garnifon , de 13 Régimens de Cuiraf
fiers , de 12 Régimens de Dragons , de 9 Régimens
de Huffards , & un Régiment de Boſniaques.
DE BERLIN , le 27 Décembre.
Le 24 de ce mois , le Roi arriva ici de
Potsdam , fit une vifite à fa foeur la Princeffe
Amélie , examina fur la place des Gendarmes
les nouvelles conftructions , & reçut la
Cour des Généraux & des Miniftres. Le
Prince & la Princeffe héréditaires de Pruffe
arriverent le même jour , & le même foir
on donna en préfence de la Cour , l'opéra
d'Orphée , de la compofition de Graun.
Le lendemain ?, le Général de Cavalerie de
Zieten fe préfenta au Château, à l'inſtant où l'on
donnoit l'ordre . Ce vieillard de 85 ans , monta
avec célérité les marches qui conduisent à l'appartement
du Roi , & s'affit un inflant dans l'anti-
chambre pour reprendre fes forces. LL. AA.
RR. le Prince de Pruffe & le Prince Ferdinand l'y
accueillirent avec diftinftion . Entré dans la
chambre où fe donnoit l'ordre , le Général fut
reçu du Roi avec des égards touchans : Sa M.
ordonna à deux Adjudans de lui chercher une
chaife dont M. de Zieten refufoit de profiter ,
lorfque le Monarque lui dit : Mon cher Zieten
( 103 )
affeyez vous donc , & l'aida lui - même à fe placer
commodément , en fe tenant debout devant ce
refpectable vieillard .
Le Roi fe porte bien , & fe montre trèsgai
. On affure qu'il a reçu froidement l'Ambaffadeur
d'une puiffance étrangere , quoiqu'il
eftime particulierement ce Miniftre.
M. de Hertzberg , dont l'habillement n'eft remarquable
que par fa fimplicité , ayant paru à
la Cour , le jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , dans un coftume plus recherché qu'à
l'ordinaire , S. M. lui en témoigna fon étonnement
; le Miniftre lui répondit : Sire , l'étoffe
de l'habit que je porte a été fabriquée dans mes
manufactures , j'ai cru faire plaifir à V. M. en
me parant du pro duit du pays qu'elle a tiré de
l'oubli & rendu florillant.
Le Capitaine de Vittingshoff, au fervice
de Ruflie a traverfé cette réfidence avec des
dépêches pour le Miniftre de Ruſſie à la
Haye.
Depuis plufieurs années , le Profeffeur Borousky
à Francfort-fur- l'Oder , s'occupe à cultiver
dans fa Terre diverfes plantes & herbes
étrangeres propres aux manufactures & au commerce
du pays . Entr'autres effais de culture , il a
effayé celle du tabac d'Amérique & d'Afie . Il en
a cultivé de 12 diverfes efpeces , qui toutes ont
parfaitement réuffi . Le Roi , pour encourager
le travail de ce favant Econome , & pour
le récompenfer de fon zèle patriotique , fur-tout
de la perfection qu'il a fu donner à la culture du
tabac du pays , lui a afluré une penfion annuelle
de 500 rixdalers.
€ 4
( 104 )
Des lettres de l'Electorat d'Hanovre parlent
d'une récolte de fruits tellement abon
dante , que , malgré la quantité confommée,
on en a féché plus qu'on n'en pourra vendre
ou manger dans le pays , pendant l'efde
2 ou 3 ans.
pace
DE VIENNE , le 27 Décembre.
D'un jour à l'autre les bruits pacifiques
fuccedent aux bruits guerriers , & ceux - ci
aux premiers , fans prendre aucune confiftance.
Les uns défignent le lieu d'un Congrès
, & le Plénipotentiaire de S. M. I. Les
autres annoncent des propofitions conciliatoires
& des conditions de paix qui changent
toutes les 24 heures. Ici l'on oblige les Hollandois
à l'ouverture de l'Efcaut , à des rembourfemens
, à des indemnités , à des foumiffions
: là on ne permet de naviguer fur.
le même fleuve qu'à des vaiffeaux de 14 can.
feulement , on interdit le commerce des Flamands
aux Indes Orientales , & de toutes
ces variantes réfulte la preuve complette de
l'ignorance abfolue du Public. Il eſt également
imprudent, de nier ou d'affirmer aucun
fait pofitif, puifqu'à l'inftant où l'on
l'annonce , tout peut changer fubitement ,
toutes les incertitudes peuvent ceffer, toutes
les conjectures fe détruire.
Les travaux de l'Arfenal ont été ralentis depuis
quelques jours , & plufieurs ouvriers congédiés.
D'un autre côté , le Régiment de Jah(
105 )
min , Cuiraffiers , a reçu ordre de fe mettre en
marche pour les Pays - Bas. D'autres Corps font
auffi commandés , ce qui fait préfumer une formation
d'armée très - conſidérable .
Il partit de cette Capitale , le 17 , deux
Courriers , dont un pour Verſailles , & l'autre
pour Bruxelles . On en expédia un également
à Pétersbourg , tous à la fuite d'un
Confeil de guerre , auquel affifterent les Genéraux
d'Haddick , Lafcy & Laudon. Le
Comte de Colloredo , Directeur Général de
l'Artillerie , eft de retour de fon voyage à
Lintz , où il a fait diftribuer les pieces d'artillerie
aux Régimens actuellement en marche.
On parle de quelques changemens futurs
dans le Miniftere. Le Prince de Kaunitz eft
aſlez bien remis de fon indifpofition , pendant
laquelle il a été remplacé par le Vice-
Chancelier , Comte de Cobentzel.
Les jardins de Schonbrün , mailon Royale près
de Vienne , font dans le genre Hollandois : fix
Jardiniers de cette nation en ont foutenu le parti
fi vivement , qu'il en eft réſulté une bataille
entr'eux & leurs camarades , & il y a eu du fang
verfé.
Le Pape vient d'excommunier M. Eybel,
Confeiller Provincial , Auteur de l'ouvrage
fameux & hardi , Qu'est-ce que le Pape ? &
d'autres écrits contre les Moines . S. S. , dits'eft
décidée à lancer cet anathême ,, qui
pas fait ici la moindre fenfation , fur l'avis
de plufieurs Evêques. Ils ont jugé la
doctrine de M. Eybel hétérodoxe , ce que
on ,
n'a
es
( 106 )
cet Auteur ne nie point. M. Blumauer , qui
a fait des Poéfies fugitives fur les mêmes fujets
, eft menacé du même fort. Au reſte , la-
Cenfure a défendu tout écrit ultérieur , concernant
notre Archevêque , le Cardinal Migazzi.
Plus de 150 villages ont été dévaftés en Tranfilvanie.
500 rebelles avoient déjà péri aux dernieres
nouvelles , foit par le fer des foldats , foit
par la réfiftance de la Nobleffe , foit exécutés ;
le refte n'eft pas encore entierement foumis ou
difperfé : il continue à ravager , à brûler , à affaffiner.
Manquant de plomb , ils ont fait des balles
de l'argent volé ; on n'avoit pas revu d'exemple
dans ces Provinces de pareilles cruautés ,
depuis les guerres des Huffites . Ces fanguinaires •
Infurgens ont forcé plufieurs filles , dont ils ont
affaffiné les parens , à paffer dans leurs bras en
qualité d'époules. La Province eft tellement dévaftée
, que l'Empereur y a fait paffer des grains.
e la Hongrie.
Le 19 Novembre, mourut à Belgrade , à
F'âge de 72 ans , le célébre Interprete Turc ,
Ofiman Effendi , Renégat né en Allemagne.
Connoiffant bien les droits & les uſages de
fon pays natal , il fervoit à entretenir une
correfpondance utile fur les frontieres , & à
prévenir beaucoup de mal - entendus . Le
Pacha , les Commandans des Places from
tieres de l'Empire le regrettent également.
De temps en temps il faifoit venir des livres.
Allemands de Vienne , Leipfick & Breslau,.
par des négocians on affure qu'il contitoit
en fecret à pratiquer le Chriftianiſme..
( 107 )
Le Commandant de Belgrade eft très - embarraffé
de trouver un Interprete qui réuniffe
autant de fidélité à d'auffi grandes connoiffances.
Une veuve dévote , qui habite un de nos
fauxbourgs , avoit dans fa chambre une ftatue
de Notre- Dame richement habillée , ornée de
perles , de coeurs d'or & d'argent. Ces jours
paffés un quidam vint la trouver , lui reprocha
la défobéiffance aux loix du Prince qui avoit fait
ôter de pareils ornemens juſques aux ftatues des
Eglifes même , & qui les toléroit encore moins
dans les maisons privées : il fe dit envoyé par
la Police pour dépouiller la ftatue , & pour or
donner à la veuve de comparoître le lendemain
pardevant le Tribunal , afin d'y être réprimandée
& de payer une amende. La veuve effrayée
lui livra tous les ornemens de fa ftatue , qui
valoient au-delà de 200 florins , & en outre lui
fit préfent d'un ducat , en le priant d'excufer
fon ignorance auprès de la Police , Le lendemain.
elle fe rendit au Bureau ; & fut très étonnée
d'avoir été la dupe d'un filou.
Il s'eft détaché de la montagne , entre
Infpruck & Botzen , un rocher qui étoit
chargé d'une prodigieufe quantité de neige
. Il a roulé fur le grand chemin , devenu
impraticable. On a affemblé plus de 400
perfonnes pour nettoyer cette route que doivent
prendre 3000 hommes de Warafdins ,
deftinés à fe rendre de Trieſte dans les Pays-
Bas.
Un papier public en rendant compte d'une
lettte que le Général des Bénédictins doit avoir
écrite à un grand Souverain, affure, d'après cetre
€ 6
( 108
lettre, que depuis l'existence des Bénédictins, on
compte de leur Ordre 25 Papes , 200 Cardinaux ,
7,000 Archevêques , 15,000 Evêques , 4,000
Saints , & environ 3,000 Martyrs.
Un Décret de S. M. I. , daté du 30 Novembre
, regle de la maniere fuivante les
élections & les emplois dans les Couvens encore
exiftans .
1°. Chaque Couvent fe choifira lui-même fon
Supérieur le Provincial n'aura d'autre dro't
que celui de confirmer l'élection , & de donner
F'exclufion aux fujets incapables. Tous les Religieux
profès auront voix , & la pluralité décidera
de l'élection . On choifira tous les trois ans un
nouveau Supérieur ; mais l'ancien pourra être
continué , s'il eft élu de nouveau .
2º. Les Supérieurs nommés de la maniere fufdite
, choifiront à leur gré les autres Employés
des Couvens.
3º. Le Provincial fera élu tous les fix ans dans
Jes Chapitres provinciaux par les Supérieurs des
Couvens ; l'ancien pourra être continué. Son
élection fera confirmée par l'Evêque diocéfain ,
& par le Gouvernement de la Province.
4. Les emplois de Définiteur & de Diſcret
feront fupprimés.
5°. Les Religieux ne changeront de Couvent
que quand il y aura des motifs qui néceffiteront
un pareil changement.
6° Les visites générales du Provincial , ufitées
jufqu'à préfent n'auront plus lieu ; mais le Prowincial
ira vifiter en particulier chaque Couvent
de fa Province , lorfque les circonftances l'exigeront.
7°. On commencera à procéder conformément
à ce Réglemens à la fin dela préfente année.
( 109 )
Les fabricans de cette Capitale ont reçû
l'ordre de l'Empereur d'envoyer aux Régences
des Provinces des paquets d'échantillon
de leurs marchandifes , avec les prix .
On dit que le riche Caffis Pharaone , que
T'Empereur a élevé à la dignité de Comte
des Etats héréditaires , achetera pour douze
cent mille florins de terres des Couvens
fupprimés.
On a publié deux ordres intéreffans
adreffés le 18 Novembre par le Gouvernement
au Confiftoire Archiepifcopal de Prague
Le premier eft en ces termes :
Conformément à un décret de l'Empereur ,
daté du 28 Octobre , il fera enjoint aux Curés &
aux Pafleurs Catholiques , d'cxhorter le peuple à
une tolérance réciproque , & à des procédés pacifiques
d'un parti envers l'autre , & de s'abstenir,
tant dans les Eglifes qu'ailleurs , de toure infulte
où allufion offenfante. Ce décret ayant été adreffé
aujourd'hui aux divers Bailliages Royaux , pour
en donner communication aux Pafleurs Catho →
liques , le Confeil du Gouvernement l'adreffe auffr
au Confiftoire archiépiſcopal , pour en faire part
au Clergé de fa Jurifdiction .
Voici la teneur du fecond ordre.
En vertu d'un décret de l'Empereur du 28 Octobre
, S. M. Impériale & Royale accorde aux
Paſteurs la permiffion d'aller vifiter les perfonnes.
de leur Communion , & d'inſtruire les enfans de
celui qu'ils vifiteront ; mais S. M. veut en mêmetems
qu'il foit notifié expreffément aux Pafteurs
, qu'à l'exception du pere de famille & des
domestiques Catholiques aucune autre perfonne
ne puifle être préfente à l'inftruction qu'ils don
( 110 )
ment aux enfans. S. M. Impériale déclare en
outre , qu'attendu que de tems en tems il arrive
à la campagne que des perfonnes de la Religion
Catholique apoftafient , on ne pouvoit
pas empêcher les Curés d'exhorter leurs ouailles
à la fermeté dans la profeffion de la vraie
croyance , de les détourner des erreurs des deux
fectes acatholiques tolérés , & de foutenir le
principe qu'il ne pouvoit point y avoir de
vraie Prêtrife dans leidites fectes féparées de
P'Eglife Catholique , vu qu'elle n'avoit point
d'Evêque confacré dans la regle , & que par conféquent
leurs Paſteurs ne pouvoient pas être des
Curés confacrés canoniquement , mais que cependant
il falloit interdire expreflément aux
Curés & Prédicateurs , qu'en enſeignant ces
principes , ils aient à s'abſtenir de controverfes
& de querelles défendues , & de tout diſcours
infultant.
DE FRANCFORT , le 2 Janvier.
On parle d'un Traité conclu & figné entre
le Roi de Pruffe & l'Electeur de Saxe ,
Traité dont les lettres de Berlin ne difent
pas un feul mot. Elles annoncent que le
Général d'Egglofstein doit fe tenir prêt à
marcher avec fix Régimens contre Dantzick
qui continue à fe refufer au troifieme article
de la Convention propofée entre Sa Majefté
Pruffienne & cette ville.
Les Régimens de Croates , van Hoffer , Laurendorf,
Mikowitz & Berndorp , faifant enſemble 7700
hommes, ont défilé dans les environs de Pafau. Les
deux derniers Régimens portent un uniforme turc,
4 piftolets à la ceinture , un poignard , un grand
( II )
fabre au côté , & une arquebufe à la Turque
Ces troupes ont été fuivies de 280 Morlaques,
fournis par le Prince de Comenes ; de 500 Houlans
cuiraffés , ayant un bonnet de peau d'ours &
une pique à la main de 9 à 10 pieds de longueur ;
de 500 huffarts de Khevenhuller , des Régimens
de Toſcane , cuiraffier , Tiller & Migazzi , Infanterie.
Les Régimens de Preiff & Deutcshmeister , dont
la marche par Ratisbonne n'a pas été contremandée
, arriverent le 23 de ce mois & les jours fuivans
à Stadt am2--.Hoff. Ils ont 700 chevaux de
relais pour le transport des équipages.
On s'obftine à affurer que le Duc de Wirtemberg
a fait un traité de fubfide avec la
Cour de Vienne , par lequel il doit fournir
à l'Empereur un corps de 8000 hommes.
Selon une lettre de Vienne , on y a reçu le
13 quelques dépêches de Conftantinople . L'Ambaffadeur
Ruffe , à ce qu'on rapporte , a remis
une note au Miniftre de France , dans laquelle
Impératrice déclare regarder les demandes de
l'Empereur , au fujet des limites , comme les
fiennes propres.
Le fils de M. Huber , le traducteur de
Gefner , de Winckelmann , & c. & c . vient
de traduire en Allemand le Roman français
de Téléphe.
Les Régimens Autrichiens de Charles &
de Ferdinand de Tofcane ont reçu l'ordre
de fe rendre dans les Pays - Bas , & fe mettront
en marche au mois de Février.
La Gazette de Prague , du 21 de ce mois ,
a imprimé une lettre que l'on prétend écrite par
Impératrice de Ruffie au Roi de Prufle , rela
( 112 )
tivement aux démêlés de l'Empereur avec la
Hollande , & dans laquelle on fait dire à cette
Souveraine , que la demande de l'Empereur étoit
fondée fur la juftice & l'équité , qu'on ne pouvoit
rien alléguer en faveur des Hollandois qui
à la conclufion de la paix de Munſter , ont abuſé
des circonftances , qu'ils n'avoient droit à l'affiftance
d'aucune autre Puiffance , & que , dans
le cas où les chofes en viendroient à une rupture
formelle , & que d'autres Puiffances s'en
mêleroient , elle appuieroit de toutes les forces
la caufe de l'Empereur.
Le nombre des bâtimens qui arrivent
dans notre port , écrit - on de Triefte , augmente
chaque jour. On travaille fur la côte
à de nouvelles batteries , qui feront achevées
en toute diligence.
Le 25 Novembre , on a fait à Carlsbourg & à
-Mulbach l'exécution de plufieurs Wallaques rebelles
. Le fils du fameux Horiah , chef des rebelles
, pris par les Troupes impériales , a été
empalé vivant , les autres ont été décapités , &
leurs têtes miles fur des pieux . Antérieurement
un Lieutenant du Régiment d'Eftherafy , & un
autre Officier du Régiment d'Otokz , tombés
entre les mains de ces brigands , avoient été auffi
empalés vifs,
Depuis l'exécution de ce fils d'Horiah , ce Révolté
eſt devenu encore plus terrible . On a coupé
aux rebelles , auxquels fe font affociés des Turcs
& des Hongrois , la retraite dans la Wallachie ,
& on efpere . par ce moyen , de les forcer à fe
rendre. Les Régimens , que l'on a envoyé contr'eux
, ont ordre de faire feu fur eux à la moindre
réfiftance.
( 113 )
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Décembre.
La Sénat vient de prendre une réſolution
définitive & vigoureufe , touchant notre interminable
différend avec la Hol'ande. Après
avoir montré la plus grande condefcendance
, dans le but de raffermir la bonne intelligence
, la République penfe que l'inf
tant de la fermeté eft arrivé. Jamais elle ne
foufcrira à la demande , véritablement extraordinaire
de 600 mille florins , hafardée
par la Hollande. Nuit & jour on travaille
dans notre arfenal. Le Sénat s'eft expliqué
fur ce démêlé , avec autant de décence &
de dignité que de juftice , dans le Mémoire
fuivant , préſenté par le Réfident de Venife
à Leurs Hautes- Puiffances , & remis par
notre Ambaffadeur à Vienne aux Miniftres
étrangers .
« Le Réfident de Venife ayant rendu compte à
fa République des propofitions qu'on lui a faites
dans le Commité de L. H. P. touchant l'affaire
connue de Chomel & Jordan , a l'honneur d'informer
aujourd'hui L. H. P. , d'après les ordres
qu'il vient de recevoir , que la République de
Venile a appris avec étonnement , que le Comité
fufdit lui ait refufé la difcuffion paifible du
différend , tandis que c'étoit là précisément l'objet
de fa venue à la Haye , & qu'il fe foit borné
au contraire à reproduire feulement l'état des
prétentions à la charge de la République, qui
( 114 )
ayant été préfenté à Vienne dans le mois d'Aofit
fut rejetté par elle comme abfolument inadmiffible
, & contraire même aux principes dont
étoient convenus auparavant les deux Souverains
dans les Mémoires refpectifs du 10 Février & 1
Juin paffé.
Cette conduite étant tout-à- fait oppofée à
l'attente de la République , & impliquant en
elle-même des vues qu'elle ne peut jamais admettre
, il eft indifpenfable d'en venir à une
déclaration pofitive , laquelle , en écartant le
danger de toute méfintelligence , puiffe dégager
la négociation de toute équivoque.
« C'eſt pour cela que la République intimement
convaincue de la droiture de fes propres
démarches , déclare formellement que dans quelque
cas qu'elle puiffe le trouver , elle n'admettra
jamais rien qui la conftitue débitrice vis - àvis
des Marchands Hollandois.
« Elle protefte hautement contre toute prétention
, qu'on voudroit former à fa charge tous
le prétendu titre d'un déni de juftice , cette
fuppofition étant auffi injurieufe que fauffe , &
démentie par une fuite de faits inconteftables.
-
a Effectivement la République a été fi éloignée
de refufer la juftice aux Hollandois , qu'à
peine eut elle connoiffance de la premiere demande
de L. H. P. , qu'elle ne différa pas unfeel
inftant l'établiffement d'un Tribunal criminel
extraordinaire & folemnel , rappellant de fa
place de Réfident le fieur Cavalli , pour l'y affujettir
immédiatement.
« Il eft connu que des quatre fujets Vénitiens
qui fe trouverent impliqués dans le procès , trois
furent condamnés aux peines les plus infamantes
, & à la confifcation de tous leurs biens au
profit de Chomel & Jordan , & le fieur Cavalli
( 115 ).
feul fut déclaré exempt de faute criminelle,
« Il arriva que les biens des coupables ne fu
rent point fuffifans à l'indemnifation complette
des fujets Hollandois , & s'ils l'avoient été , l'affaire
étoit d'abord terminée. C'eft la raifon pour
laquelle on fe plaignit de la Sentence que ce
Tribunal avoit portée , & on en demanda la révilion
dans l'efpérance d'en tirer un plus grand
avantage fi Cavalli étoit condamné .
« La République fit voir évidemment que la
réviſion étoit impraticable felon fa conſtitution.
& les Etats Généraux eux - mêmes en étoient
convaincus , lorfqu'ils demanderent que , puifque
le fieur Cavalli ne pouvoit plus être foumis
à un procès criminel , il fût permis aux Négocians
d'Amfterdam de l'attaquer par la voie
civile .
« Cela étant conforme aux Loix , á la méthode
, & à ce qui fe pratique dans les Tribunaux
de Venife , la République y confentit avec toute
la promptitude , & offrit même de fon propre chef
de rendre la voie civile auffi facile & auffi courte
que poffible.
« Le Jugement n'eût jamais eu l'effet qu'on en
attendoit, parce que les Hollandois le rejetterent
après l'avoir eux - mêmes demandé , d'où il s'enfuit
qu'il n'y a pas d'autres fujets Vénitiens , les
trois ci - deffus exceptés , que la République puiffe
avec juftice forcer au paiement des crédits de Chomel
& Jordan , puifqu'il n'y en a aucun autre qui
ait été déclaré refponfable .
« Pour détruire entierement tout motif qu'on
pourroit tirer du prétendu déni de Juftice , la
République , qui ſouhaite fincérement d'être une
fois délivrée d'une difpute fi longue , & fi faftidieufe
, propofe de nouveau la voie civile dans
les tribunaux compétens de Veniſe contre le fieur
( 116 )
Cavalli , qui , s'il n'a pu être déclaré criminel ,
parce qu'on ne le trouva pas tel, peut néanmoins
être refponfable vis - à - vis de Chomel & Jordan
par d'autres raifons , fans être criminel .
« Que fi même L. H. Puiffances le fouhaitoient
la république de Venife , ajoute à l'offre précédente
celle de leur laffer pleinement libre le
choix de tout autre lieu , de tout autre juge inpartial
, pour qu'on décide définitivement fi le
fieur Cavalli eft obligé ou non à dédommager
Chomel & Jordan des pertes dont ils affurent ledit
Cavalli avoir été caufe ; & elle déclare expreffément
que dans le jugement civil , l'abfolution de
fieur Cavalli au criminel , ne doit influer fur
rien , relativement à la perfonne du fieur Cavalli ,
comme n'ayant aucun rapport avec celui qu'on
propofe maintenant.
« La République engage fa parole , que fi le
fieur Cavalli étoit jugé refponfable , elle prendra
les mefures les plus efficaces & les plus vigou
reufes , afin que les marchands Hollandois obtiennent
du fieur Cavalli , & de ceux qui auroient
partagé fa faute , ce qu'on leur auroit adjugé
par cette Sentence , & dans ce cas leur dédommagement
feroit à la charge des débiteurs
directs , & jugés tels , ce que les Etats Généraux
ont toujours demandé ; bien entendu que par - là
toute conteftation ultérieure entre les deux Souverains
foit terminée pour toujours.
« La République ne doute pas que L. H. P.
n'acceptent avec plaifir une propofition fi amicale
& fi jufte ; elle déclare néanmoins que fi L. H.
P. croyoient qu'il y eût un expédient plus fatisfaifant
pour elles , & d'une convenance réciproque
, la République ne fera pas éloignée de le
faifir , n'ayant rien plus à coeur que de confolider
de plus en plus la bonne intelligence avec les
Provinces Unies.
( 117 )
το
Que fi malgré tout cela , & contre toute
attente raisonnable , L. H. P. vouloient pouffer
cette difpute privée aux extrêmités , dont elle
n'eft pas fufceptible par la nature , & qui feroient
auffi nouvelles dans l'Hiftoire des nations qu'elles
font contraires aux intérêts de deux Puiffances
commerçantes & qui ont été conftamment amies ,
la République de Venife fera contente de n'avoir
en arriere aucun moyen capable de conduire à
un accommodement amiable & jufte ; & en tout
cas ce ne fera qu'à contre- coeur qu'elle fe verra
forcée à conformer fes propres démarches à celles
d'autrui , pour le foutien d'une cauſe qui devien
dra commune à tous les Souverains » .
Le Réfident ayant expofé jufqu'ici les vrais
fentimens de fa République , a l'honneur , & c ,
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Décembre.
X
Le Baron de Lynden , Ambaſſadeur de
Hollande à eu deux ou trois conférences
avec les Secrétaires d'Etat , touchant la médiation
de la Grande Bretagne , pour arranger
les différends entre la Hollande &
l'Empereur , conférences dans lefquelles on
prétend que les Miniftres ont fait paroître
le plus grand defir de voir terminer cette
affaire à l'amiable.
Il a été queftion d'une réduction ultérieure
des troupes de terre , même dans la
Maifon du Roi ; mais l'on affirme que S. M.
a refufé fon confentement dans les termes
les plus pofitifs , en déclarant qu'elle n'a(
118 )
dopteroit aucun projet tendant à fupprimer
les Gardes à cheval , ou le régiment des
Gardes Bleues.
Le parti de l'oppofition eft très - inquiet de
la conduite prudente de M. Pitt. L'on n'a encore :
rien décidé , quant à la maniere dont on attaque.
ra ce Miniſtre à l'ouverture du Parlement . M.
Fox , il eft vrai , avoit conçu l'efpérance de
renverser le Miniftere au moyen de fon Bill de
coinmutation fur le thé ; mais M. Pitt fe montrant
prêt à le modifier s'il étoit nécellaire , cette
reflource ne fournira matiere qu'à quelques déclamations
, & M. Fox fent qu'il faudroit d'autres
charges que celle - là.
M. Ord a terminé avec les Miniftres toutes
les affaires relatives à l'Irlande . On affure
que le plan adopté pour les affaires de commerce,
aura l'approbation des deux Royaumes.
Les Hollandois ont exporté & continuent d'exporter
des quantités confidérables de toiles de
Frife dans les Provinces méridionales , pour faire
des chemiſes , des draps , &c. C'eft à Harlem
que fe trouve le grand dépôt de ces toiles ; elles
ne font pas calandrées , mais elles font importées
telles qu'elles arrivent de la blanchifferie. Les
velours & les foies d'Harlem n'ont pas eu le même
débit ; car deux bâtimens , qui en étoient
chargés pour le port de Bofton , n'ont pas trouvé
à fe défaire de leurs cargaisons .
Depuis 15 jours il eft entré dans le port de
Londres 12,100 livres d'indigo venant de Cadix ;
400 livres de cet article venant de Lisbonne ,
300 venant de Charles - Town.
&
Notre importation de fer de Ruffie le mente
à 91 tonnes. Nous en avons fait venir 6o de Go.
( 119 ).
thembourg & 20 de Rotterdam . Nous avons tiré
de la Jamaïque 40 tonnes de bois d'Accajou .
Notre exportation de Tabac de la Virginie a
été de 2,334 livres , & celle qui s'eft faite pour
la France de 1004 liv . Celle qui s'eft faite du
Maryland a été de 1500 livres , & pour la France
de 2000 liv.
Il s'eft trouvé dans la derniere exportation ,
qui s'eft faite de la Jamaïque , près de 16000 liv.
de poivre du plus beau que produifent les Illes ,
& qui s'y cultive aujourd'hui très- facilement . La
quantité de Rhum exporté en Angleterre de la
fufdite Iſle , a été de près de 40,000 gallons.
Toutes les recherches relatives à l'arithmétique
politique , ont été pouffées dans
cette ifle à un degré inconnu ailleurs. C'eft
nous qui avons appris aux autres Etats le
nom même de cette Science & fes fondemens.
L'un des plus importans , relatif à la
population , fe tire du Regiftre des morts &
naiffances annuelles , foigneuſement tenu
dans toutes les Paroiffes de Londres , depuis
très - long- temps , & dont chaque année on
publie le relevé , fous le titre de Bill des
Mortalités. On ne ſe contente même point,
comme ailleurs , d'une fupputation fommaire
; on ſpécifie exactement les maladies
différentes , & le nombre de fujets que chacune
d'elles a enlevés. La Médecine & la
Phyfique ont tiré de ces comparaifons des
inductions utiles .
Une obfervation qu'on ne fait jamais en
France , lorfqu'on rapproche la population
( 120 )
de Londres de celle de Paris , eft , qu'en
Angleterre les Regiftres paroifliaux des baptêmes
& des fépultures , comprennent uniquement
les membres de la Religion Anglicane
la foule des non -Conformistes qui
habitent cette Cité de tolérance & de liberté
, n'entre point dans ces réſumés ; ainfi il
eft abfurde de conclure de la différence
qu'ils préfentent dans le nombre des naiſſances
& des morts , entre Paris & Londres ,
que celle-ci a moins d'habitans.
Le Bill mortuaire de l'année derniere , du
16 Décembre 1783 , au 16 Décembre 1784 ,
offre :
Baptêmes. Garcons.. .8778 . 17179 .
{ Garcons ...8778 . }
Morts.
Filles.... 8401 .
sHommes.. 9229. 2 17828 .
2 Femmes . 8599.5
L'année derniere il s'eft trouvé 1201
morts de moins que l'année précédente :
différence très-remarquable.
Sur les 17328 morts , on en obſerve :
Au- deffus de deux ans.
5729
De deux à cinq. 1711
De cinq à dix.
683
De dix à vingt. 636
De vingt à trente . 1417
De trente à quarante.
1599
De quarante à cinquante. 1781
De cinquante à foixanté. 1653
De foixante à 70. 1359
De
( 121 )
.
De foixante- dix à 80.
୨୦ De quatre vingt- dix à cent.
De quatre vingt à 90 .
Centenaires.
Cent & un ans.
Cent & trois ans .
917
391
43
I
I
Dans la table des genres de mort , il eſt
à remarquer 1240 perfonnes mortes de
vieilleffe 24540 de confomption • 46°
de folie & 1759 de la petite vérole : ainfi ,
dans une ville où l'inoculation eft univerfelle
, où elle fe pratique dans des Hôpitaux
qui lui font fpécialement deftinés , où le
traitement même de cette affreufe maladie
a été fingulierement perfectionné , elle emporte
un dixieme des individus qui meurent
annuellement.
Les fuicides font au nombre de 23. Mais
comme parmi les noyés , dont on compte
97, & s perfonnes trouvées mortes , quelques-
uns ont pu volontairement mettre fin
à leur exiftence , on rifque peu de porter la
totalité des fuicides de 40 à 50. Depuis les
ravages de certe nouvelle maladie de l'efprit
humain , due aux lumieres de notre fiecle ,
plufieurs villes infiniment moins confidérables
que Londres , voient chaque jour autant
de fuicides . Une année dans l'autre , ils vont
à Geneve de 8 à 12 ; le terme moyen eft
uu cinquieme de celui de Londres , dont la
population eft au moins 34 fois plus forte
que celle de Geneve : dans la proportion
No. 3 , 15 Janvier 1785. f
( 122 )
་
cette derniere ville voit donc par année 28
tois plus de fuicides que la premiere.
Il y a environ trois mois que le Capitaine
Wilfen , employé au fervice de la Compagnie des
Indes , en revenant en Europe , vifita l'ifle de
Patos , fituée par les fept degrés de latitude nord.
Cette ifle eft à l'eft de Borneo , & en général trèspeu
connue des voyageurs. Ses habitans font
constamment nuds , & les femmes ne couvrent
que ce que la pudeur exige abfolument,
t
Le Capitaine Wilfon reçut toutes fortes de marques
d'honnêteté de la part du Souverain de l'ifle.
Ce Prince lui témoigna , par la voie d'un Interprete
, la plus grande confiance , & voulut abfolument
qu'il emmenât fon fils aîné , afin qu'il
fût à portée d'étudier les moeurs des diverfes nations
, qui habitent les autres parties du monde ,
& de recevoir une éducation Européenne. Ce
jeune homme , âgé de 20 ans , poflédoit des talens
, & étoit doué d'une docilité rare . Ses paffions
étoient nobles les progrès qu'il a faits dans les
Arts & dans la Langue angloile , furpaffent toute
attente , & , fans les atteftations les plus formel-
Jes , on ne pourroit y ajouter foi. Le Capitaine
Wilfon a répondu à la confiance du Souverain
de l'ifle de Palos avec tout le zèle & l'affection
d'un parent , & de fon côté , le jeune Prince lui
a témoigné la reconnoiffance & la fenfibilité la
plus furprenante. Il y a une femaine environ ,
ce jeune Prince fut attaqué de la petite- vérole ,
& quoiqu'elle fût de l'efpece la plus dangereuſe ,
ila fupporté cette maladie avec un courage hé
roiqe . Le Capitaine Wilfan , qui ne l'avoit
jamais eue , ne faifant attention qu'au jeune
Prince , oublia tout danger perfonnel , & réfo-
Jut de ne le point quitter pour lui adminiftrer
lui même les remedes de l'art ; mais , hélas !
( 123 )
fon zèle & les foins ont été inutiles , & il a eu la
dou eur , le 28 de ce mois , de voir ce jeune
Prince expirer dans fes bras .
Une lettre de la baie de Honduras en
date du 12 Octobre dernier , porte en fubftance
:
Je fuis fâché de vous annoncer que nous
avons vu paffer ici une eſcadre ayant des troupes
à bord , & qui fe rendoit à la côte des Mofquites
, pour en tirer les Planteurs anglois , &
prendre poffeffion de ce pays au nom du Roi
d'Espagne . Beaucoup de gens étoient dans la
perfuafion que la côte des Mofquites ferviroit
d'afyle aux Loyalistes de la Caroline du Sud
ainfi que de la Virginie , & à tous ceux qui font
ruinés par la ceffion de la Floride Orientale , &
par la conquête de la Floride Occidentale. Si nos
Miniftres euffent eu un peu plus de vigueur , ils
n'auroient pas laiffé échapper une fi belle occafion
d'offrir la côte des Mofquites aux . Loyalistes
qu'ils ont abandonnés fi honteuſement . Ces malheureux
, accoutumés à un climat chaud , auroient
tiré de ce pays un parti très - avantageux &•
pour eux & pour la Grande - Bretagne. Il produt
du fucre , du cotón , du café , du bois de maho
ganie , du bois de campêche , de la falfepareille
& de la racine de ferpent. J'y ai élevé du tabac ,
de l'indigo & du riz , tout auffi bons que ceux
qu'on ait jamais tirés de l'ifle de Cuba. C'eft
une contrée auffi étendue que l'Angleterre, &
fi l'on coupoit une partie de fes bois , qui pour la
plupart font de mahoganie , & dont la vente paieroit
les frais de l'exploitation , la terre deviendroit
en très - peu de tems très - fertile , pour peu
que l'induftrie des habitans fût encouragée par la
Métropole.
f2
( 124 )
On a vendu dernierement au marché de
Spittalfields une feule pomme- de- terre qui
peloit onze livres & demie. C'eſt un Fernier
de Straford qui l'a achetée dans le
deffein de la planter ; elle lui a coûté fept
fhellings & fix fols . Cette pomme - de - terre
& plufieurs autres d'une groffeur extraordinaire
avoient été cultivées dans le voisinage
de Warington dans le Lancashire.
Un Boucher de cette ville a tué le 21 Décembre
un boeuf âgé de huit ans , élevé à Studbury
dans le Suffolk , qui étant mort peloit
180 ftones angloifes ( poids de 8 liv. ) , qui font
par conféquent 1440 liv. Il a donné 34 ftones
272 liv. ) de graiffe pure. Une cinquantaine
de Bouchers s'étoient rendus chez le propriétaire
de ce boeuf pour en acheter la viande
mais le Public l'ayant enlevée auffi tôt , ils n'en
trouverent plus de refte. Il y eut même certaines
pieces de choix que le Public paya , au
prix exhorbitant d'un fchelling 14 fols fterlings
la livre.
On a rendu compte dernierement à la
Société pour l'encouragement des connoiſſances
médicinales d'un tait aufli extraordinaire
qu'authentique. Il a été commuiqué à M.
Latham de la Société Royale , par le Docteur
Heysham , Médecin refpectable de Newcaſtle.
Une veuve appellée Anne Liddel , de Carlifle,
avoit été admife depuis environ deux ans dans
une maison publique de cette ville , pour y être
guérie d'une douleur affreufe qu'elle reffentoit
dans le vifage & dans toute la partie droite de
la tête. On lui adminiſtra vainement tous les fecours
de l'art, Au bout de quelques mois des
( 125 )
tourmens les plus terribles , le Docteur Heysham
Jui fit ouvrir l'antrum maxillaire ( la partie in
térieure de la mâchoire ) , dans laquelle elle
reffentoit la douleur : on y injecta quelques décoctions
de quinquina , & quelques jours après
on tira de cette partie un infecte hideux d'envi
ron un pouce de long & un peu plus gros que
de tuyau d'une plume ordinaire . Sa douleur,
ceffa pendant quelques heures , mais elle revint
bientôt; & l'on apperçut à l'orifice de l'incifion.
un autre infecte de la même forme que le premier
, & que l'on ne put tirer qu'au bout de
deux jours. Peu de temps après , on obtint les
fragmens d'un troifiéme. Ce traitement a procuré
à la malade de longs intervalles de tranquillité
, quoique les derniers avis n'annoncent
point encore fa parfaite guérifon. Cette femme
étoit habituée à prendre du tabac avec excès .
La Manufacture de tes de coton
Profperous près de Dublin eft déjà dans
Tétat le plus floriflant , au moyen de l'a
vance de 25,000 liv. ft . que le Parlement
lui a fate dernierement. Plus de 4000 perfonnes
font employées dans la Manufacture ,
& l'on efpere qu'avant deux ans elle ſera en
état d'en employer le double. Les terres
adjacentes à la ville de Profperous , avant
l'établiffement , s'affermoient fur le pied de
cinq shellings l'acre ; aujourd'hui elles ont
monté à quatre & cinq livres fterlings.
On apprend de Calcutta par des lettres , en
datte du 11 Juin , que la nouvelle Société , éta »
blie pour faire des recherches fur l'Histoire naturelle
, fur les Antiquités , les Arts , les Scien
ces & la Littérature de l'Afie , fe perfectionne
( 126 )
sous les jours. Sir William Jones a déjà présenté à
la Société plufieurs Manufcrits précieux en Perfan
, fur la Géographie de l'Afie ; & il travailloit
auffi à traduire de l'Indou des recherchés
très-curicufes fur les Manufactures , fur l'Agriculture
& fur l'Aftronomie des peuples de cette
partie du monde.
La Société eft actuellement composée de 42
Membres , qui tiennent toutes les femaines , fans
appareil & fans dépenfes , des affemblées dont
Je but eft d'examiner des Ouvrages originaux .
Si elle peut parvenir à raſſembler affez de pieces
intereffantes , alors elle préfentera annuellement
au Public un Recueil de fes Mémoires .
On vient de préfenter au Gouvernement
un nouveau plan pour établir une Compagnie
de Terre Neuve , qui augmentera les avan
tages de la pêche , fans la convertir en monopole.
La Compagnie des Indes , dans les dernieres
Tranfactions contre la Coalition , a montré peu
de reconnoiffance envers le Lord North , lui
qui a précipité la perte de l'Empire d'Amérique ,.
uniquement dans la vue de procurer aux thès de
la Compagnie un plus grand débit .
Le Bureau de l'Amirauté a décidé que les Efcadres
deftinées pour le fervice du dehors , n'y
feroient stationnées à l'avenir que pendant deux
ans au lieu de trois ; celles employées maintenant
dans les différentes ftations , feront relevées pendant
le cours de l'Eré prochain.
Tandis que les Lunardi , les Blanchard
& le Comte Zambeccari fe préparent à des
voyages trans-maritimes , M, Sadler d'Oxford
, Aéronaute Anglois , vient d'arriver ici ,
écrit- on de Douvres , pour y faire un dernier
effort en l'honneur de fon pays. Tous fes
( 127 )
·
préparatifs font faits à peu près, & il n'attend
plus que l'arrivée d'un vaiffeau , qui ,
d'un moment à l'autre , doit lui apporter
des chofes dont il a befoin . M. Sadler s'eft
élevé plus haut encore que MM. Lunardi
& Blanchard ; & c'eft le feul , foit en Angleterre
ou ailleurs, qui ait préparé feul tous
les inftrumens de fon voyage.
Il eſt arrivé dernierement un funefte accident
dans une mine de charbon qu'on exploitoit
près de Mancheſter.
Les Charbonniers s'étant rendus à cette Mine
pour y travailler , à peine le premier d'entr'eux
fut-il defcendu au fond , que la plus grande partie
de l'ouverture de la foffe s'écroula & enfevelit ce
malheureux . On fit immédiatement les plus grands
efforts pour le retirer ; mais on n'y parvint que
dans l'après - midi du 18 de ce mois , & , au grand
étonnement de tous ceux qui étoient préfens , il
fut retrouvé vivant , & capable de s'exprimer encore
, après être demeuré pendant huit jours dans
les entrailles de la terre . Ce fut un fpectacle bien
cruel d'appercevoir cet homme métamorphofé en
fquelette par la fatigue , la faim & les tranfes bien
naturelles qui dûrent affecter fon efprit , en fe
voyant féparé tout-à coup de la fociété , de fa femme
, de fes enfans , & n'ayant devant les yeux
que la terre & la mort. L'impulfion naturelle qui
rend à l'homme la vie fi précieufe & fi chere , &
qui le porte à ufer de tous les moyens pour la conferver,
lui fuggéra l'idée de s'ouvrir un paffage ,
pour échapper , s'il étoit poffible , à une deſtinée
auffi affreufe. Il réuffit d'abord à creufer plufieurs
pieds dans la terre , & il fe flattoit d'arriver au fommet
par le moyen des galeries qu'on pratique tou-
£ 4
( 128 )
jours dans les Mines pour établir la circulation de
l'air; mais hélas ! il fuccomba fous le poids de la
fatigue , & fes efpérances s'évanouirent . Ses compagnons
lui adminiftrerent auffi-tôt , mais inutilement
, tous les fecours poffibles pour le fauver ; la
nature étoit trop épuifée , & cet infortuné expira
quelques heures après qu'il eut revu le jour.
On affure qu'un Officier d'un rang trés- diftingué
dans l'armée a donné trois cens guinées
au Propriétaire d'un ballon pour voyager avec
lui . Les parties contractantes ont figné des articles
de convention , en conféquence defquels
l'Officier ne pourra changer d'idée que pendant
l'espace de trois jours , après avoir reçu avis de
fon conducteur : fi , après ce terme , il refufe de
Voyager il paiera néanmoins la femme convenue
. On dit que l'Officier a réfolu ce voyage
après une converfation qu'il eut avec le Roi ,
fur l'ufage dont pourroient être les Aéroftats ,
pour reconnoître une étendue de pays , & dans
laquelle S. M. difoit à l'Officier , qu'une fois
monté il ne feroit pas en état d'obferver le
pays. C'eft d'après cette espece de défi , que
POfficier s'eft déterminé .
&
9
Le Général Vaughn eft , dit - on , l'Officier
en question . On a déja fait pour plus de vingt
mille livres fterling de gageures for fon compte.
Le Général d'Alton , au fervice impérial,
& l'un des Commandans de l'armée des .
Pays - bas , eft notre compatriote . On dit
qu'anciennement il fut fous Lieutenant en
France dans le Régiment de Dillon : l'Empereur
a dans les armées trois autres perfonnes
de la même famille . Le Général
d'Alton a des terres confidérables en Irlande ,
a épousé une foeur du Colonel M' Carty.
2
( 129 )
Le Chevalier John Fielding , Aveugle , frere
du célebre Auteur de même nom , & non moins
célebrelui - même dans for Office de principal Juge
de paix à Londres , toléroit à fa porte plufieurs
maifons de débauche , dont l'existence contraftoit
avec le defir affecté que montroit Fielding
de conferver les bonnes moeurs. Un jour il pria
Garrick , alors Directeur du Théâtre de Draryi
lane , de fupprimer l'Opéra des Gugur du Poere
Gay , parce qu'il avoit obfervé que chaque repréfentation
de cet Opéra envoyoit quelque voleur
à la potence . Garrick favoit que le deffein
du Magiflrat étoit moins de garantir la probité
des individus , que d'ôter au Théâtre de Covent
Garden , auquel il s'intéreffoit , la concurrence
de Drurylane , pour la représentation d'une piece
tonjours courue, 11 demanda du temps pour y
réfléchir , & fit quelques objections . Le Che
valier Fielding , piqué de ce que Garrick ofoit
lui contefter fa prudence , s'écria qu'il voyoit
un combat dans le coeur de M. Garrick entre la
probité & fon intérêt . Je voudrois , repliqua Garrick
pouvoir en dire autant du Jage Magifirat ,
dont la probité , comme on fait , n'eft jamais en
duel avec fox intérêt .
L'un de nos Ecrivains obferve qu'une
des Paireffes Angloifes & quelques Pais
prennent plus de titres que des têtes couronnées.
Mlle. Gunning devenue Ducheffe
de Brandon en Angleterre , d'Hamilton en
Ecoffe , de Chatelleraut en France , par fon
premier mari ; aujourd'hui Ducheffe d'Argyle
, Marquife de Douglas , &c. &c. n'a pas
moins de 26 titrés. Lorfque le feu Lord
Egmont , Irlandois , fut fait Pair d'Angleterre
fs
( 130 )
en 1762 , fa patente portoit Lord Egmont
& Holland d'Enmore Lord d'Enmore , Anderfield
& Spaxton , Tuxwell , Radlet, Currypole
, Charlinch Asholt , & vingt autres ;
fur quoi le Comédien Foote , qui a dit tant
de bons mots , remarqua qu'il ne manquoit
à cette defcription , pour la rendre complette
, que le titre de Scaramouche .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 5 Janvier.
Le Bailli de Breteuil , Ambaffadeur de Malte ,
préfenta , le 26 du mois dernier , au Roi les Faucons
que le Grand Maître de la Religion eft
dans l'ufage d'envoyer annuellement à S. Maj.
Ce préfent , qui fut remis , au nom du Grand-
Maitre , par le Chevalier de Rothe , fut reçu
par le Marquis de Vaudreuil , Grand Fauconnier
de France , & par le Chevalier de Forget.
Le 31 , le fieur d'Houry , Imprimeur du Duc
d'Orléans & du Duc de Chartres , a eu l'honneur
de préfenter à LL. MM. & à la Famille Royale ,
l'Almanach Royal pour l'année 1785.
Le i de ce mois , les Princes & Princeffes ,
ainfi que les Seigneurs & Dames de la Cour ,
rendirent leurs refpects au Roi & á la Reine á
l'occafion de la nouvelle année . Le Corps de-
Ville de Paris , ayant á fa tête le Duc de Briffac ,
Gouverneur de la ville , conduit par le fieur
Nantouillet , Maître des cérémonies , & par le
fieur de Watronville , Aide des Cérémonies ,
's'acquitta du même devoir envers LL. MM . &
la Famille Royale . La Mufique du Roi exécuta
pendant le lever différens morceaux , feus la con(
131 )
"
"
duite du fieur Girouft , Surintendant de la Mufique
de Sa Majesté .
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers
de, l'Ordre du Saint Efprit , s'étant affemblés
vers les onze heures & demie du matin , dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majesté tint un Chapitre
, dans lequel Elle nomma Chevalier de l'Ordre
du Saint - Efprit le Due d'Harcourt. Le Roi
fe rendit enfuite à la Chapelle , précédé de Monfieur
, de Monfeigneur Comie d'Artois , du Duc
de Chartres , du Prince de Condé , du Duc de
Bourbon du Prince de Conti du Duc de
Penthièvre & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre ; deux Huiffiers de la
Chambre de S. M. portant leurs maffes. Le Roi
étant arrivé à la Chapelle , monta fur fon Trône
& reçut Prélat - Commandeur de l'Ordre du Saint .
Efprit , l'Evêque d'Autun . Sa Majesté affifta
enfuite à la grand'Meffe chantée par la Muque
, & célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
-Commandeur de l'Ordre , & premier Aumônier
du Roi . La Ducheffe de Charoft y fit la
quête. Après la Mefle , à laquelle la Reine , Madame
, Madame Comteffe d'Artois & Madame
Elifabeth de France , affifterent dans la Tribune ,
le Roi fut reconduit á fon appartement , en obfervant
l'ordre dans lequel il en étoit forti .
·
Le Grand Confeil eut l'honneur de rendre
fes refpects à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Leurs Majeftés fouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Mufique
du Roi exécuta différens morceaux lous la
conduite du fieur Girouft , Surintendant de la
Mufique du Roi.
>
Le 1er. de ce mois , le Comte de Lure a eu
l'honneur d'être préfenté au Roi par le Duc de
f 6
( 132 )
Penthièvre , en qualité de Meftre- de- Camp en
fecond du Régiment de Penthièvre , Dragons.
eu , "9
Le Marquis de Verac , Ambaffadeur du Roi auprès
des Etats - Généraux des Provinces- Unies , a
le 2 l'honneur de prendre congé pour le
rendre à la deftination , étant préfenté à S. M. par
le Comte de Vergennes , Chef du Confeil Royal
des Finances , Minitre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département des Affaires étrangeres .
Le 3 du même mois , le feur d'Aligre , Premier-
Préfident du Parlement de Paris , ainsi que
des Préfidens à Mortier & les autres Préfidens du
même Parlement , ont eu l'honneur de rendre
leurs refpects à L. M. & à la Famille Royale , à
l'occafion de la nouvelle année . La Chambre des
Comptes , la Cour des Aides & la Cour des Monnoies
, ont auffi eu cet honneur , ainfi que le Châtelet
de Paris , à la tête duquel étoit le Marquis
de Boulainvilliers , Prévôt de cette ville ,
DE PARIS, le 11 Janvier.
S. M. a fait publier une Amniftie générale
, en faveur des Déferteurs de tout état ,
qui rentreront dans les terres de la domination
de S. M. , dans l'efpace de fix mois ,
à dater du premier Janvier de cette année .
Ce pardon s'étend jufqu'aux déferteurs détenus
dans les dépôts ou prifons .
Le 17 Décembre , M. le Baron de Breteuil ,
accompagné de M. le Noir & du Bureau d'Adminiftration
, fe rendit aux Tuileries pour la
diftribution annuelle des Maîtrifes & grands Prix.
M. Bachelier , Directeur , ouvrit la féance par
un Difcours , où il exprima la reconnoiffance
publique & celle des Eleves pour la protection
( 433 )
accordée à cet Etabi ffement , & pour les nouveaux
encouragemens dont on l'a favorisée.
On procéda enfuite à la diftribution des Maî
trifes obtenues par les fieurs Boucher & Gautier
, pour l'Ofevrerie , le fieur Moufle T'aîné
pour celle de Charon , le fieur Acrin , pour .
celle de Serrurier , & le fieur Villard , pour celle
de Menuifier.
Et après à celle des grands Prix mérités par
les fieurs Bouffard , Paris , Marié , Vielle , le
Jeune & Dufoit.
Ils furent embraffés par le Miniftre au bruit
des fanfares , & des acclamations du public ; 12
grands Acceffits , & 96 Prix furent auffi délivrés
dans la même féance .
Les côtes de la Manche en Picardie &
en Flandres , ont effuyé de grands défaftrés
par les tempêtes du mois dernier. On nous
mande de Dunkerque , que dans l'intérieut
même du Port les navires n'ont pas été à
l'abri ; fur la côte on voit fept bâtimens
échoués à peu de diftance : à fix lieues du
Port , le rivage fut couvert plufieurs jours
de débris, & de toutes efpeces de marchandifes
que la mer y rejettoit. Heureufement
Dunkerque n'a perdu que deux vaiffeaux.
Il y apeu de jours qu'aux portes de la
même ville .. des Jardiniers trouverent une
perfonne alfite , appuyée contre un tertre ,
un piftolet à fes pieds , & la tête fracaffée .
On attribue cet acte de défefpoir à la perte.
d'un emploi fubalterne que le Suicide avoit
dans la Marine . Un Charretier , un Perruquier
& um Palfrenier ont donné à Dunker(
134 )
,
que le même fpectacle en très - peu de tems .
Le premier de Novembre , nous écrit M. Dubuc
de Bordeaux un jeune homme de vingt
à vingt-quatre ans , fe retirant de la campagne à
l'entrée de la nuit , fut attaqué dans un chemin
de traverſe , à un quart de lieue de la ville
par un homme qui fe tenoit caché dans un foffé
au bord du grand chemin , & qui après l'avoir
laiffé paffer , vint le furprendre par derriere , &
lui demander la bourie ; le jeune homme s'étant
retourné , & dégagé de l'affaffin , qui d'une
main le tenoit par le collet de l'habit , & de l'autre
lui préfentoit un piftolet , eut le bonheur de
fans
détourner le coup au moment qu'il partoit ,
autre mal qu'une petite bleffure à la main . Le
Voleur voyant fon piflolet déchargé , fe jeta fur
le jeune homme , le faifit par le milieu du corps ,
s'efforçant de le jeter par terre ; mais celui - ci
grand & agile , fe défendit avec tant de bonheur
qu'il terralla le Voleur lui - même , lui mit le
genou fur le ventre , & lui arracha un fecond
piftolet qu'il tâchoit d'armer ; alors le jeune
homme entierement maître du fcelérat , qu'il
tenoit fous lui , éleva la voix en appellant du fecours pour le garroter, mais le Voleur lui demanda
grace , & le fupplia de ne pas le livrer à la
Juftice , ajoutant que le befoin urgent où ilfe
trouvoit , l'avoit feul obligé de recourir depuis
deux jours à un métier aufi infâme ; enfin qu'il
n'avoit pas un fol pour fe rendre à Angoulême
où il avoit des parens , &c . Le jeune homme ,
touché de fon repentir & de fon récit , lui ôta
fon couteau qu'il jetta dans une vigne voifine , pour lui ô er tout moyen de lui nuite , le laiffa
relever , lui na lonna , ajoutant à cela un écu
de fx frents ( ni étoit , je penfe , à peu près
tout ce qu'il avoit alors dans fa poche ) , il l'ex(
135 )
4
horta enfuite fortenient à partir tout de fuite
pour Angoulême , & à être honnête homme à
l'avenir .
J'arrivai fur la place où cela venoit de ſe paſfer
, dans l'inftant que ce malheureux s'éloignoit ;
& l'agitation où je voyois le jeune homme , ainfi
que les cris que j'avois entendus , m'ayant fait
foupçonner la vérité , je voulus courir & arrêter
le voleur , mais le premier m'en empêcha , difant
qu'il lui avoit pardonné ; & me fit enfuite
le détail de l'affaire , tel que vous venez de
le lire . Les pistolets & le couteau que nous
retrouvâmes , me firent voir qu'il ne m'en
impofoit pas ce brave & généreux jeune homme
ne voulut abfolument pas me dire fon nom ,
& fe refufa à l'invitation que je lui fis de venir
fouper chez moi , mais le hafard me l'ayant fait
rencontrer à la Bourle deux jours après , j'ai fu
qu'il fe nommoir M. Roux , qu'il étoit Suiffe &
du canton de Berne , & c. & c .
Il paroît une Ordonnance de S. M. , concernant
les claffes de la Marine , dont le
difpofitif doit intéreſfer un grand nombre
de nos lecteurs. Elle eft divifée en 18 titres .
Le premier regle la divifion générale de toute
l'étendue des côtes du Royaume en fix départemens
divifés en quartiers , & ces quartiers fousdivifés
en fyndicats. Chaque département eft attaché
à un des trois grands Ports,& particuliérement
deſtiné à fournir les Matelots & les Ouvriers néceffaires
aux armemens & aux travaux de ce Port.
Le titre 2 a pour objet les Officiers prépofés à
l'adminiftration des Claffes ; favoir, un Infpecteurgénéral
, auquel feront fubordonnés quatre Infpecteurs
particuliers attachés à des diftricts déterminés
; ceux- ci auront fous leurs ordres des Chefs
( 736 )
des Claffes prépofés chacun à un arrondiffement
compofé de plufieur quartiers ; & ces Chefs ferunt
aidés dans leurs fonctions par un Officier attaché à
l'arrondiffement : un Commillaire Hes Claffes ſera
établi dans chaque quartier , & un Syndic des gens
de mer dans chaque fyndicat.
Les titres 3 , 4 , 5 , 6 , 7 & 8 , reglent les fonctions
des Inspecteurs , Chefs des Claffes , Officiers
attachés , Commiffaires & Syndics , en détermimant
& diftinguant avec précifion les pouvoirs &
l'autorité de chacun d'eux .
Leaire o regle ce qui concerne les Tréforiers
déja établis dans les quartiers par Ordonnance du
1er. Juin 1782 , avant laquelle les Commiffaires
étoient chargés de la Caifle .
Titre to , du claffement . Les anciennes Ordonnances
n'avoient établi que d'une maniere géné
rale les motifs qui doivent faire confidérer un
homme comme claffé , & affujetti au fervice de la
Marine ; ce titre les détermine ex- &tement & de
maniere á s'affurer que ceux qui auront choifi
volontairement les profeffions relatives à la Marine
, & qui les exercent , feront feuls foumis à
cette obligation , & qu'aucun d'eux auffi ne
pourra s'y fouftraire ; S. M. accorde même des
délais avant le claffement , des temps d'épreuve à
ceux qui veulent effayer ces profeflions , & des
moyens d'obtenir le déclaffement à ceux qui veulent
y renoncer.
Le titre 11 , des devoirs des gens claffés & de
la police des claffes , réduit cette police à ce qui
eft abfolument
néceflaire
pour la sûreté du fervice
, c'est-à - dire , aux moyens de fuivre les mouvemens
des Matelots
& de les trouver , lorfqu'on
aura befoin de les employer
, en laiffant à tous
ceux qui ne feront pas levés pour la Marine , la
plus entiere liberté de s'occuper
à la navigation
marchande & à la pêche.
( 137 )
Titre 12 , des levées. L'Ordonnance de 1689
avoit divifé les Matelots en plufieurs claffes , pour
fervir alternativement ; cet ordre n'étoit pas tuivi
depuis long-temps , & ne pouvoit plus l'être ; on
n'y avoit rien fubftitué . Ce titre établit un tour
de rôle régulier ; accorde des avantages aux peres
de famille & aux gens mariés ; permet des fubfti
tutions dans certains cas ; regle les motifs d'exemp
tion , & détermine la forme des levées ; en forte
qu'il ne pourra y avoir rien d'arbitraire à cet égard,
& que chaque fyndicat fournira toujours propor
tionnellement au nombre d'hommes qu'il contient.
Titre 13 , de la conduite . Les Matelors & Ouvriers
levés avoient été jufques à préfent envoyés
féparément & fans ordre dans les ports , en forte
qu'on n'étoit jamais certain d'avoir tous les hommes
levés , bien moins encore de les raffembler au
moment où i's étoient néceffaires ; ce défordre ,
qui a produit les plus grands inconvéniens pendant
la derniere guerre , & retardé des armemens , eft
corrigé par les difpofitions de ce titre , qui ordonne
que les levées de chaque quartier feront
réunies en troupes , & fe rendront au lieu de leur
deftination fous la conduite d'un Officier ; que les
logemens leur feront donnés fur la route comme à
toutes les troupes en marche , & qu'il leur fera
fourni des voitures pour le tranfport des hardes ;
c Réglement concilie ainſi l'avantage des Matelots
avec l'exactitude & la sûreté du fervice.
Le titre 14, des Gens de mer employés au commerce
, regle ce qui concerne les armemens des
Navires marchands , les obligations refpectives des
Capitaines de ces Navires & de leurs Matelots , &
contient plufieurs difpofitions dont l'objet eft de
prévenir la défertion .
Le titre 15 , des Gens hors de fervice & des Invalides
, détern ine dans un très - grand détail tout ce
( 138 )
qui concerne les penfions ou foldes de retraite qui
feront accordées aux Matelots Invalides , les motifs
qui leur donneront le droit de les obtenir , &
la valeur de ces penfions proportionnelles aux
grades & aux fervices , & regle la maniere de les
diftribuer par un état général divifé en plufieurs
claffes , fuivant les divers motifs , & qui fera arrêté
à la fin de chaque année.
Titre 16 , des à- comptes . S. M. voulant pourvoir
à la fubfiftance des Matelots employés à fon
fervice , ordonne de payer par à - comptes pendant
leur abfence , le tiers de leurs falaires aux perfonnes
qu'ils auront défignées lors des levées , indépendamment
des à compres qui leur feront donnés
à eux-mêmes en hardes pendant les campagnes.
Le titre 17 accorde des gratifications aux familles
des Gens de mer moris au fervice de S. M.
ou tués fur les Corfaires , & regle ces gratifications.
Le titre 18 & dernier , des Déferteurs , adoucit
la rigueur des peines prononcées par les anciennes
Ordonnances contre les Matelots déferteurs , diftingue
les punitions qui leur feront infligées , fuivant
qu'ils fe feront rendus plus ou moins coupables,
& regle tout ce qui eft relatif à la défertion
des Navires marchands.
Dans l'inftant nous apprenchs que M.
Blanchard , accompagné du Docteur Jefferies
, a traversé la Manche fur l'aîle des vents
& dans fon Ballon , & qu'il eft defcendu
Vendredi dernier , à 4 heures & demié, à 3
lieues de Boulogne.
PROVINCES-UNIES.
LA HAYE , le 7 Janvier.
M. de Waffenaër de Staremberg , Ambaffadeur
extraordinaire de LL. HH. PP.
( 139 )
auprès de la Cour de Ruffie , vient d'être
rappellé.
On parle d'un voyage que doit faire le
Prince d'Orange à Breda , où il tiendra un
Quartier général . Ce voyage , fubordonné
à plufieurs circonftances imprévues , eft , diton
, fixé à la fin de Février.
Le Mémoire remis par M. de Kalicheff,
Miniftre de Ruffie au Préfident des Etats-
Généraux , & dont nous avons indiqué
l'objet , porte en ſubſtance .
Toutes les démarches de l'Impératrice , depuis
le commencement de fon Regne , ayant toujours
été dirigées par l'amour de la paix & de la tranquillité
générale , S. M. I. ne fauroit voir avec
indifférence la fituation fâcheufe dans laquelle la
République fe trouve de nouveau plongée.
Elle ne diffimule point à LL. HH . PP . fes fentimens
pour S. M. l'Empereur des Romains , fon
ami & fon allié : Elle a auffi manifefté en tant
d'occafions l'intérêt qu'Elle n'a jamais difcontinué
de prendre au bonheur de la République , que
LL. HH . PP. ne peuvent enviſager que comme
une fuite de ces difpofitions le regret avec lequel
S. M. I. a vu tout d'un coup interrompre les Négociations
amiables par des voies de fait qui femblent
ne laiffer à l'Empereur d'autre parti à fuivre
que celui que lui dicte le foin de fa dignité com
promife à la face de toute l'Europe.
L'Impératrice guidée par la perfuafion de faire
une chofe agréable à la République , & defirant
prévenir des fuites qui pourroient affecter le repos
général de l'Europe , a ordonné au Souffigné
M. de Kalitchoff, d'inviter LL. HH . PP . de vouloir
bien , tandis qu'il en eft temps encore , aviſer
aux moyens que leur fageffe leur fuggérera, pour
( 140 )
ouvrir derechef les voies aux Négociations qui,
viennent d'être interrompues fi malheureufemente
& obvierpar là aux progrès d'une méfintelligenc
qui menace de dégénérer dans une guerre ouverte
Les confidérations de bien - être de la Répu
blique , attaché à la confervation de la paix d'un
côté , & de l'autre les fentimens pacifiques que
S. M. l'Empereur a toujours fait paroître , & dont
il ne fe départira qu'à la derniere extrémité , ne
Jaiffent aucun doute à l'Impératrice que LL. HH.
PP., en donnent à fes invitations , dictées par les
motifs les plus purs & les plus reſpectables , le dét
gré d'attention & d'égard qu'elles méritent , ne
prennent une réfolution digne de leur prévoyance,
& telle enfin qu'il en puiſſe réſulter un arrangement
falutaire & utile aux deux Parties.
Les Etats Généraux ont répondu à cette note,
Ils témoignent dans cette réponſe leur fenfibi
lité aux exhortations amicales de l'Impératrice ,
rappellant en les juftifiant , les actes qui ont eu lieu
fur l'Efcaut , ainfi que la rupture des Négocia
tions , par le rappel de l'Ambaffadeur Impérial ,
& finiffent par exprimer leur defir de la repren
dre , mais de maniere à ce que les droits & pffef-
Jions inconteftables de la République foient confervés
avec la paix.
Au milieu des préparatifs militaires qui fe
font ici & chez nos voifins , on évite toute
hoftilité réciproque. Nos vaiffeaux mouillent
à Triefte fans étre inquiétés . Le convoi
d'artillerie , forti de Breda pour Berg- op-
Zoom , auroit pu être furpris par les Autrichiens
le Prince de Ligne avoit même , à
ce qu'on dit ici , fait quelques difpofitions ,
à cet effet , lorfqu'une défenfe du Gouver-
:
( 141 )
nement de Bruxelles les a rendues inutiles.
Le Dragen delante du Régiment d'Arberg
, acculé d'un affaffinat , & réfugié à
Malhricht , a été mis en liberté le jour de
Noël , après quelques femaines de détention.
Il s'eft engagé dans un Corps Franc
levé pour le fervice de la République.
Vendredi dernier , nous avons perdu lé
Général Major Martfeld , Chef des Ingé
nieurs , & univerfellement regretté.
Le Duc de Mecklenbourg - Strelitz a offert au
Rhingrave de Salm , pour le Service de la République
, un Corps de mille hommes , moyennant
qu'en temps de paix , il reste fur l'état
de la République , quoique féjournant dans le
Duché de Mecklenbourg , & que le Prince tire
un fubfide permanent pour cet objet . Le Rhingrave
de Salm penfe qu'on obtiendroit les mêmes
conditions du Comte de la Lippe- Buckenbourg ,
& peut-être d'autres Princes d'All magne . Le
Stathouder , ayant fait part de ces propofitions
aux Etats - Généraux , LL . HH. PP . les ont foumifes
à la décifion des Provinces.
Pendant le cours de l'année derniere , il eft
à Amfterdam , dix mille trois cens
mort ,
> & une perfonnes , par conféséquent onze cens
& cinquaute de plus qu'en l'année 1783 , dont
le nombre montoit à neuf mille cent quarantequatre.
"
On compte auffi qu'il y a eu pendant la même
année , à la Maifon de Ville 1222 Mariages
proclamés , & 757 Mariages célébrés ; le nombre
des Mariages dans les Eglifes Réformées fe monte
à mille fept cens quatre- ving- dix.
Pendant l'année derniere , il eft entré , dans
lé Port du Texel , 1534 Navires.
( 142 )
.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 10 Janvier.
Notre Gouvernement vient de publier au
nom de S. M. I. un Acte d'amniftie en faveur
de tous les déferteurs , uniquement
coupables d'avoir abandonné les drapeaux.
Ce pardon aura fon effet pour tous les foldats
qui rentreront au fervice depuis le premier
de 1785 , jufqu'au mois d'Avril de la
même année. Ceux même devenus incapables
du fervice militaire , feront compris
dans cette amniftie , en revenant aux Pays-
Bas.
Les équipages de l'Empereur font attendus
ici d'un jour à l'autre , ainfi que la premiere
colonne des troupes en marche pour
es Pays Bas. Le Régiment de Bender eft
arrivé à Malines , & nous apprenons de Cologne
, que les régimens de Wurmfer &
d'Eftherazy , Huffards , font arrivés à Deutz
fur le Rhin , le 30 du mois dernier.
Le Général des Pontonniers Autrichiens ,
écrit- on de Namur , le 15 du mois dernier , eft
arrivé hier dans cette ville à 11 heures du foir.
» Depuis ce moment , tout efl en mouvement ,
malgré la grande quantité de neige qui vient
de tomber. Les Officiers du Bailliage fe font
tranfportés dans la forêt de Marlaque , pour y
faire couper le bois néceffaire pour la conftruction
de 2 jo pontons ; à cet effet , la maiſon de
campagne de Progondville fervira de chantier.
( 143 )
" Du côté de la porte de Fer, plus de 300 ouvriers
≫ travaillent fans relâche á faire des fafcines.
» On continue d'établir des magasins de toute
ec efpece. Deux cens mille liv . de balles à mouf
quet & 100 mille liv. de poudre à canon ont été
» tranſportées de Luxembourg par, cette ville.
» Nous fommes ici dénués de garnison.
"
כ כ »L'IngénieurduBronoeftarrivéàNamur;
» on répare fous fa direction tous les grands che-
» mins. »
On travaille fans relâche à la formation
des magasins à Tournay & à Mons. Dans
cette derniere ville , on a même employé
quelques Eglifes à cet ufage.
Il eſt entré pendant l'année derniere 1784,
dans le port d'Oftende , 1309 navires.
Articles divers tirés des Papiers Anglois & autres,
Le dernier Ouvrage publié par M. l'Abbé de
Mably , fur les Conftitutions des Etats- Unis de
l'Amérique , a révolté les Américains contre cet
eftimable Ecrivain. Dans plufieurs Etats , on l'a
pendu en effigie , comme ennemi de la liberté & de
la tolérance , & fon Livre a été traîné dans la boue.
Ce traitement qui pourra paroître plus honteux en,
core pour ceux qui l'ont infligé, que pour celui qui
en eft l'objet , prouve du moins que les Américains
n'aiment pas qu'on leur donne des avis,
On recrute avec la plus grande activité dans les
fauxbourgs de Vienne ; & plus de 200 Perruquiers
ont été enrôlés. On affure que des 80 mille Ruffes
qui fe trouvoient fur les frontieres de la Pologne ,
30 mille fe font déja avancés dans la Pologne At .
trichienne. [ Gazette de Deux-Ponts , numéro 1. ]
Le Général de Maafdam, Gouverneur de Breca
( 144 )
étant venu contre toute attente à la Haye, dans le
tems qu'on eût cru qu'il attendoit l'arrivée des ful
dites troupes , on ne fauroit que penſer de cette apparition
inopinée. ( Idem. )
On dit à Vienne qu'il est question d'envoyer
40,000 hommes du côté de l'Alface , pour y obferver
l'arméeFrançoife. [ Nouv . d' Allemag.no.CCIV.J
La Rufie doit avoir offert les forces de mer à
l'Empereur ; on dit même qu'elle a fait remeure
une note au Roi de Pruffe , dans laquelle eile déclare
que , vû la juftice des prétentions de l'Empereur
,elle l'affifteroit de toutes les forces. [ Gazette
d'Erlang, Nouvellifte d'Allemagne. ]
M. de Bougainville ayant été fait prifonnier à la
prife de Quebec , s'embarqua pour l'Europe a bord
d'un transport , commandé par un Ecoffé is, nommé
Chriftie. Peu de jours après avoir mis à la voile, le
bâtiment fit naufrage furune partie déferte des côtes
de la Nouvelle- Ecoffe. Tout l'équipage eut le
bonheur de gagner le rivage ; mais avec fort peu de
provifions. Dans le cours de leur voyage pour retourner
à Quebec , ils furent réduits à la cruelle
néceffité , n'ayant plus de comestibles , de tirer au
fort pour voir celui qui feroit mis à mort , afin de
prolonger la vie des autres. Le Capitaine Chriftie,
avec une éloquence qui auroit fait honneur au plus
grand Orateur , détermina fes camarades affamés à
excufer M. de Bougainville de courir les risques du
hafard ; « car, ajouta t -il , fi le lot fatal tomboit jur
lui , tout ce que nous pourrions dire àfes compatriotes
ne les diffuaderoit point que nous ne l'ayons affaffiné
. En conféquence , on difpenfa M. de
Bougainville , à trois différentes repriſes , de tirer
au fort ; car les malheureux qui formoient l'équi
page du bâtiment , fe virent obligés autant de fois
d'avoir recours a ce terrible expedient pour ſubfter.
[ Gazette d'Utrech , numéro 105. ]
" בג
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
POLOGNE.
DE
VARSOVIE , le 25 Décembre.
Depuis quelques jours , la nouvelle fe
répand que neuf régimens Ruffes font
entrés en Podolie . Le Hofpodar de Moldavie
a fait avancer un détachement fur les
frontieres , pour prévenir qu'aucun de fes
fujets ne fe joigne aux Rébelles de la Tranfylvanie.
On mande de Lemberg , que la
Čour de Vienne va réunir la Buckowine à
la Gallicie. Le voyage de
l'Impératrice de
Ruffie à Cherfon eft très -
certainement renvoyé
à un temps indéterminé.
Les divifions
continuent à Dantzick entre les
divers Ordres , au fujet de l'accord à figner avec
S. M.
Pruffienne. Cette ville a envoyé ici un
Sénateur pour
recommander fes intérêts à la République
, qui l'a exhortée à accepter , fans
plus de délai , un
accommodement devenu néceffaire.
On fe flatte d'une prochaine
réconcilia-
N°. 4, 22 Janvier 1785. g
( 146 )
tion entre le Prince Jérôme de Radziwill , &
la Princeffe fon époufe , dont la fuite occupa
les Papiers publics , il y a un an . Le
Prince Charles de Radziwill , Palatin de
Wilna , & frere aîné du Prince Jérôme ,
négocie actuellement cette réunion defirée,
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 3 Janvier,
1
5. M.a affifté aux différentes parades ces jours
derniers; & depuis fon arrivée ici, elle a fait diftribuer
7000 rixd . aux indigens. Le Prince
Louis de Wirtemberg eft en cette Capitale
avec fa nouvelle époufe & la Princeſſe Czartoryska,
fa belle -mere . On a déja repréſenté
trois fois l'opéra d'Orphée : repréſentations
auxquelles le Roi n'a point affifté , S. M. ne
ftéquentant plus le fpectacle depuis 8 ans.
La Police vient de renouveller les défenfes
contre les jeux de hafard anciens ou nouyeaux
, contre les aumônes aux mendians
de la ville , & contre les prêts d'argent faits
aux Comédiens .
Le Comte d'Anhalt , paffé l'année derniere
du fervice de Saxe à celui de Ruffie en
qualité de Lieutenant Général , vient de
faire préfent au célébre Bufching , du plan
topographique du Gouvernement de Kalagh
, exécuté en Ruffie . Ce projet de mefurer
tout l'Empire , eft un des plus glogieux
du regne de Catherine II. Le Prince
( 147 )
>
J.
Wasemskoi , auteur de cette grande idée , eft
chef de la
Chancellerie
particuliere , chargée
de
l'exécution : il y a travaillé avec tant
de zele , que 14 nouveaux
Gouvernemens
font déja
arpentés & deffinés. Un grand
nombre de
Géometres font occupés e cer
ouvrage. Non - feulement , les plans indi--
quent la diftinction des terres
labourables
des prés , des bois , avec les chemins
ponts , &c. mais de plus les limites du territoire
de chaque ville , de chaque village ,
même de chaque
Propriétaire. Tous les
deffins feront gravés comme l'eft maintenant
celui du
Gouvernement de Kalugh..
L'Atlas de ce
Gouvernement eft
accompagné
d'une
defcription en deux volumes.
in folio. Si les 42
Gouvernemens ſont exécutés
de la même maniere , il n'exiftera pas
un recueil
comparable à celui- ci dans le
monde entier . Le Comte
d'Anhalt écrit à
M.
Bufching : » Si vous reveniez ici , vous ne
reconnoîtriez plus cet Empire » .
DE
VIENNE , le 4 Janvier.
Les avis publics ou militaires conti-l
nuent à ne préfenter qu'un anias ridicule
d'impoftures & de
contradictions .
L'opinion
flotte au milieu de ces
nouvelles
multipliées ,
recueillies fans examen par les Gazettes , &
qui exercent
journellement la fagacité & les
conjectures des prophetes politiques .
Nos troupes approchent
heureufement de
g2
( 148 )
leur deftination . Les Princes d'Empire dont
elles ont traverfé les Etats , fe font empreffés
de montrer leur zele & leur attachement
pour l'Empereur les Régimens ont reçu
par-tout le meilleur accueil , principalement
fur le territoire de l'Electeur de Baviere qui
a fait diftribuer gratuitement des rafraîchiffemens
à nos foldats.
Une lettre de Landshut , du 21 Décembre
dernier , donne les détails fuivans ,
Hier , vers midi , le Régiment de Latterman
arriva, ici accompagné d'une bruyante mufique
turque. Il pri quartier , ainfi que le Régiment
de Tillier , entre la ville & Brucken ; l'Etat major
le logea dans l'abbaye de Seelingthal . Il eft
impoffible de voir un plus beau Régiment . 300
chariots venoient à la fuite , dont 40 étoient chargés
de poudre ; la marche étoit terminée par 16
pieces de canon dont la plupart étoit de 12 livres.
Samedi paffé on arquebufa à Biburg , à quatre
lieues d'ici , un Déferteur natif de la Suabe. Un
autre , natif de Straubing , fut condamné à voir
faire tous les préparatifs d'un fupplice qu'il ne
devoit pas fubir , la fentence n'ordonnant pas fa
mort . Demain un Confeil de guerre jugera dix
prifonniers à Neuhaufen , à quatre lieues d'ici ,
où l'on fera haite pour prendre un jour de repos.
Il fe trouve plufieurs Bavarrois dans ces Régimens
; on les a avertis , dès leur arrivée à Braude
ne point s'annoncer pour tels & que
ceux d'entre eux qui déferteroient feroient promplement
livrés au Régiment par leurs propres
compatriotes à raifon d'ordres donnés d'avance à
cet effet. Un Caporal du Régiment Tillier , qui
étoit ci -devant dans le Régiment des Cuiraffiers "
du Prince Taxis Bavière , hazarda , d'entrer en
nau ,
149 )
ville & y fupplia à genoux qu'on ne le livrat pas ;
on le conduifit à la Garde des Cafernes où il attendra
la réfolution du Confeil de Guerre de
Munich . On croit que vendredi prochain le Ré
giment des Dragons de Tofcane arrivera ici &
qu'il y fera promptement fuivi de cinq Régimens
d'infanterie.
M. Schuhay , Lieutenant- Colonel d'Artil ;
lerie , eft allé recevoir & faire tranſporter les
canons dont le Prince d'Anhalt Zerbſt a fait
préfent à notre Souverain. Dans les Etats
du même Prince , les recrues fe font avec
un grand fuccès .
Les horreurs ne font pas encore à leur
terme fur la frontiere orientale . Une par- tie de la populace exterminatrice
vée en Tranfylvanie , eft défarmée : le reſte
a gagné des montagnes , & s'y retranche.
De-là , ces brigands font des excurſions ,
étendent l'épidémie de diftrict en diftrict ,
forcent les uns à les fuivre , & menacent des
plus affreux fupplices ceux qui s'y refufent.
Plufieurs détachemens font à leur pourfuite;
il y a eu quelques rencontres : on va enfermer
leurs retranchemens de toutes parts ,
de forte qu'il ne leur reftera de reffource ,
que de périr ou de vaincre , ou de fe rendre
à l'amniftie. Les Chefs des Régimens , diton
, ont ordre d'envoyer des Trompettes
aux rébelles , & de les affurer du pardon ,
s'ils retournent dans leurs foyers , ou de les
menacer , en cas de réfiftance , d'être fou
droyés par l'artillerie , & livrés aux fup
plices.
g3
( 150 )
On affure que ces miférables ont forcé les
Moines d'un Couvent de Francifcains à monter
dans la tour du Monaftere , dont le pied étoit entouré
de fourches , & qu'ils les ont précipités l'un
après l'autre. :
Entre autres excès qu'on en rapporte , ils ont
dépouillé un Comte de Hongrie , ils l'ont lié
tout nud. à un fapin , ont mis le feu au haut
de l'arbre , de maniere que la réfine tombant
goutte à goutte & toute brûlante fur le malheu
reux Comte , ils eft mort dans les plus affreufes
douleurs. Ils ont garrotté une autre victime de
leur rage fur une planche & l'ont jettée dans
un grand feu. Le Général Splény , commandant
les Hoffards de Seckler , envoya , au commencement
de ce mois , un quartier - maître & 12 hommes
à la découverte de rébelles ; ils rencontrerent
une bande de 2,000 Valaques dont ils furent
auffitôt entourés ; cépendant ils eurent le bonheur
de fe faire jour , d'en tuer 23 & d'en amener
18 prifonniers. Ce même quartier- maître fe retira
enfuite dans un village éloigné de deux lieues
où il croyoit être en fûreté , & où il fit fon rapport
au Commandant ; celui- ci détacha d'abord
150 hommes , qui , avec les premiers s'avancerent
au point du jour , pour attaquer ces mutins.
L'Officier qui étoit à la tête de ce corps ,
Jeur envoya un trompette avec un étendard blanc ,
pour demander un pourparler avec les chefs qui
parurent immédiatement , & l'Officier les ayant
fommés de dire pourquoi ils ravageoient ainsi
leur propre pays , ils répondirent qu'ils ne mettroient
pas les armes bas , qu'ils ne cefferoient
de s'en fervir comme ils faifoient , que lorsqu'ils
feroient égaux aux gentils - hommes & que les
biens que les nobles & feigneurs poffédoient feuls
feroient plus également partagés ; que dans le
( 151 )
cas contraire ils étoient décidément réfolus
à continuer de maffacrer tous ceux qui s'op¬
poferoient à ce qu'ils fe fiffent juftice , & qu'enfuite
ils érigeroient eux-mêmes un Royaume de
Valaques.
Tous ces récits font vraisemblablement
très - exagérés. Les Gazettes étrangeres ont
annoncé que le Chef des Rébelles , le Vala
que Horiah , étoit déterminé à rétablir l'Empire
de Dacie. Il eft fâcheux que cet homme
fi bien inftruit de l'Hiftoire ancienne , felon
les Nouvelliftes , ne fache pas même lire. Il
eft de la plus profonde ignorance : c'eſt un
fait avéré. Quelques -uns des fiens voulant
engager une Communauté Allemande à
prendre parti en leur faveur , préfenterent au
Paſteur un Almanach de 1782 , en lui difant
férieuſement & de bonne-foi , que c'étoit-
là la Patente Impériale qui les autorifoit
à empâler les enfans , à violer les fentmes
, à brûler les maris , à incendier les villages
. Cet Horiah , difent les mêmes Conteurs
, qui trouvent dans ces exploits un
exercice légitime du Droit naturel , a pris
le titre d'Altele Royale. Il eft âgé de so ans ,
beau & robufte , & finira comme Pugatchew
, dont il a imité la barbarie & la maladreffe.
18
Quant au Comte Salines & non Salis ,
comme on l'avoit débité , autre Chef des
Infurgens , voici ce qu'il y a de vrai dans fes
aventures.
}
Il eft fils d'un comte Salines , gentilhomme
g4
( 152 )
Lorrain , chefdes troupes Tofcanes , & d'une comteffe
Hongroife Andréafi. Pendant la guerre de
1756 il fervit dans le régiment Jofeph Efterhazi.
Quand on établit les 4 Régimens de frontieres
on le fit Capitaine à caufe de fon mérite militaire
, & parce qu'il fçavoit parfaitement les langues
Hongroife & Valaque. On le fit Major. Sa
conduite étoit toujours très - déréglée. En 1774 il
fut caffé à caufe d'un déficit de 4000 florins dans
la caiffe. Il s'adreffa avec la femme & fes enfans
à Vienne , ( 2 de fes fils font officiers Autrichiens,
& font eftimés ) pour implorer la grace de l'Impératrice.
N'ayant pas pu obtenir fon pardon , il
quitta tout d'un coup fa famille , qui depuis a fubfifté
des bienfaits de la haute nobleffe. Après
avoir cherché inutilement fortune en Pologne , it
revint en Transilvanie , où l'hofpitalité de ce pays
le foutine pendant quelque tems. Il s'eft procuré
beaucoup d'argent par les pillages , & eft retiré
actuellement dans le territoire Turc . Il eft âgé de
62 ans d'une figure petite & ramaſſée , on lui
donne de l'efprit & du courage.
M. de Born , Confeiller de Cour , a fait
la découverte de féparer l'argent du minerai
de cuivre , fans employer le feu. Il a
demandé pour récompenfe une penfion de
80,000 florins , ( on peut fuppofer un zéro
de trop ) qu'on lui a accordée , vu que l'Empereur
gagnera annuellement un million par
le nouveau procédé.
L'excommunication de M. Eybel a été
adreffée de Rome au Confeil Aulique de
L'Empire. Ce Tribunal , compofé en partie
de Proteftans , ne pouvant fe mêler des
affaires intérieures , a renvoyé la Bulle. Com-
1
( 153 )
me il eft défendu aux Evêques & aux Tribunaux
de recevoir des Brefs de la Cour de
Rome , il lui fera difficile de mettre en valeur
l'Interdit lancé fur M. Eybel. Cette
démarche , à ce qu'on prétend , a été occafionnée
par la traduction en Italien de quelques
ouvrages de l'Auteur , qui ont allarmé
le Saint Siege.
Les Médecins de notre grand hôpital fe font
attirés l'animadverfion de S.M. par leur défobéiffance
l'ordre de ne point enfévelir un cadavre
avant 48 heures . Un cocher dans cet hôpital
ayant préfenté tous les fignes de la mort , on le
déshabilla , & après lui avoir couvert le vifage de
chaux , on le transporta avec divers cadavres dans
une chambre froide . L'activité de la chaux fur
le vifage du cocher le fit revenir de fa léthargie
& il pouffa des cris aigus. Les Médecins effrayés
accoururent ; mais le malade ne voulut plus renarer
entre leurs mains , fe fit transporter chez lui
& mourut le jour ſuivant dans les plus affreufes
douleurs.
"
Une lettre de Hongrie contient l'avis fuivant
, touchant la démarcation future des
limites avec la Porte.
D
« Le Grand- Seigneur a envoyé les ordres les
plus abfolus aux Mufulmans qui habitent les
environs de l'Unna , pour qu'ils euffent à fe retirer
inceffamment , à aller s'établir ailleurs ,
» ce diftrict faiſant aujourd'hui partie de la Croa
tie Hongroife. Ces émigrations forcées déplaifent
à tel point à ces Turcs , qu'ils aiment
mieux , pour la plupart , embraffer le chriftia-
» nifme & refter dans leurs habitations , que d'ale
ler en chercher ou s'en faire d'autres dans des
לכ
&S
( 154 )ད
régions fauvages & ifolées » Le même négo
ciant nous apprend auffi que les Janiffaires fe
dégoutent déjà des exercices militaires Européens
& ne s'y prêtent qu'avec une extrême répugnance
; mais qu'il n'en est pas ainfi des nouveaux
exercices pour l'artillerie qui fe continuent
avec un fingulier fuccès , eu égard à l'entêtement
des foldats Turcs pour leur vieille routine , fouş
la direction du Chevalier Murey,
Le 26 Décembre , on fit ici l'inauguration
du nouveau temple de la confeffion
Helvétique , pour l'érection duquel le Comte
de Fris offrit d'ajouter un don de dix
mille florins a 1x fommes confidérables déja
livrées par d'autres bienfaiteurs. L'Eglife
dans un goût noble & fimple , a été embel
lie par le pinceau da fieur Ringlehabn . L'affemblée
nombreufe qui affia à la cérémo ÷
nie & au fermon , prononcé par le fieur
Hilchenbache Miniftre de cette Eglife ,.
adreffa au Ciel les voeux les plus ardens
pour la postérité du, Monarque fous les
aufpices duquel elle jouit de la liberté de
pouvoir s'acquitter publiquement de fes devoirs
de religion.
"
DE FRANCFORT , le 9 Janvier..
On vient de dénoncer au public dans le
Journal de Berlin , l'Eſtampe qui repréſente
le fameux Thaumaturge , Comre de Caglioftro
, dédiée à feu le Comte de Milly,
& tirée du cabinet de Madame la Marquife
Urfé . Le Journaliſte faifit cette occafion.
155 7
pour verfer le ridicule fur toutes les inepties
dont quelques fociétés d'Alchymiftes
tâchent d'infatuer l'Europe depuis quelques
années.
Hi eft curieux fans doute de fçavoir ce qu'on
penfe de M. Mefmer & de la conduite en Allemagne.
Le même Auteur a confacré un article
à ce Médecin. Il dit que l'Allemagne ufe de repréfailles
envers la France , qui , après lui avoir
envoyé tant de Charlatans , dont on s'étoit moc
qué chez eux , vient de s'enthoufiafmer pour un
Magicien Allemand , qui , depuis 12 ans , avoit
déjà perdu toute fa réputation dans fa patrie. En
1775 , l'Académie des Sciences de Berlin déclara
abfurdes les théorêmes de M. Meſmer.
Pendant l'année 1784, il y a eu ici 872
batêmes , 1274 fépultures & 198 mariages..
Avant hier , écrit - on de Nuremberg ,
en date du premier de ce mois , une eſtafette
Impériale apporta de nouvelles lettres
réquifitoriales aux Etats de l'Empire , pour
le paffage de huit Régimens. Les troupes.
Autrichiennes que nous attendions les feulement
, font arrivées aujourd'hui.
1
Quatre Companies des Volontaires de
Stein , enrôlees ici , font parties le 4 pour
Luxembourg. On achete dans le cercle de
Souabe 40,000 mefires de blé, d'avoine, &
20,000 quintaux de foin pour le fervice de
l'Empereur.
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere , at
défendu l'exportation des fourages du Palatinat.
Le Comte de Thautmansdorf, Miniftre élector
h 6
( 156 )
L
ral de Boheme à la diete de l'Empire , a pro
pofé aux Etats Catholiques qu'attendu que ju qu'à
préfent , rien n'a pu être arrangé relativement à
Faffaire des Comtes de Franconie , & que cette
conteftation empêchoit l'activité de la diète. If
feroit convenable de conférer avec les Etats
Evangéliques & de les engager à confentir que
la voix des Comtes de Franconie fût fufpendue
jufqu'à ce que la conteftation de ces Comtes ſoit
terminée entièrement , ou que , fi cette fufpenfion
ne convenoit pas , il fut procédé aux délibé
rations de la diète comme à l'occafion de l'acceffion
de l'Empire au traité de paix de Tefchen.
Le Necker , à ce qu'on apprend de Man--
heim , étoit pris de glaces à la fin du mois
dernier, & le Rhin avoit commencé à charier
des glaçons. Heureufement ce froid fi
vif ne s'eft pas foutenu .
Le Grand - Seigneur , dit on , a réfolu
d'envoyer un Ambaffadeur à Madrid. On:
ajoute que le Miniftre d'Elpagne auprès de
la Porte , a prié celle - ci de ménager un
Traité de paix entre S. M. C. & les Algériens.
Les papiers publics offrent le parallèle fuivant
entre les villes de Vienne & de Berlin . Vienne a
4 milles dans la circonférence ; elle eft composée
de la ville & de 35 fauxbourgs , qui contiennent
5,485 mailons & 254,559 habitans , dont 20,000
Travaillent en foie ; il y meurt annuellement environ
10,000 perfonnes , ce qui fait un mort fur-
25 vivans. Berlin az miles & demie dans la
circonférence ; elle eft compofée des villes &
de 4 fauxbourgs qui renferment 9,695 maifons
* une population de 140,719 ames y compris
( 157 )
le militaire ; le nombre des fabriquans & des
ouvriers dans cette ville monte à 3,251 , & il y
meurt par an environ 4,698 perfonnes , par conféquent
une fur 28 de la population.
On apprend des ports du Levant , que les
démêlés de l'Empereur avec les Hollandois
ont fait hauffer les affurances jufqu'à 10 p.
cent, fur les bâtimens de ces deux Puiffances.
On a compté à Stutgard , dans l'année der
niére 70 naiffances , dont 364 garçons & 346-
filles ; 623 morts & 315 mariages.
Le nombre des naiffances dans la ville de Man
heim a été l'année derniere de 584 , celui des
morts de 503 & celui des mariages de 146 .
Nous donnâmes , il y aun mois , un réfumé
général des forces militaires de l'Empereur
; le complet fur le pied de paix portant
au total 295,258 hommes; le complet fur
le pied de guerre 364,5 11.. Ces états étoient
rédigés d'après les Ordonnances militaires ;
mais ni en temps de paix , ni en temps deguerre
, l'effectif des Régimens n'eft de la
force indiquée. D'après l'Ordonnance , voici
un précis exact de la formation de l'armée
de l'Empereur.
INFANTERIE.
1. Le complet d'un Régiment d'Infanterict
qui a fon cantonnement pour l'enrôlement eft
de 18 Compagnies ; fçavoir & Compagnies de
Grenadiers compofées de z Capitaines , 2 premiers
Lieutenans , 2 fous Lieutenans , 2 Sergens
, 8 Caporaux , 2 Fourriers , 4 Tambours ,
4 Fifres , 2 Charpentiers , 198 Grenadiers , 1
Fourier & 1 Chirurgien en tout 228 hommes .
7.158 .)
16 Compagnies de Fufiliers compofées de tz
Capitaines , 4 Capitaines-Lieutenans , 16 Lieute
nans , 16 fous - Lieutenans , 8 Enfeignes , 16 Sergens
, 8 Flugelman , 64 Caporaux , 16 Fouriers ,
32 Tambours , 16 Fifres . 128 Appointés , 16
Charpentiers & 2,560 Soldats , en tout 2,912
hommes.
L'Etat Major eft compofé de 35 perfonnes ;
un Colonel propriétaire , un Colonel comman<-
dant , un Lieutenant - Colonel , un Ma or ,
Aumônier , un Auditeur , un Quartier- Mitre ,
un
Cadets Enfeignes , un Adjudant , un Chirurgien
Major , 6 Cadets , un Chirurgien de Bataillon
, 7 Aides Chirurgiens , 8 Fouriers , un
Tambour Major , un Prévôt ; ainfi le total d'un
Régiment d'Infanterie , y compris l'Etat Major ,
eft de 3,175 hommes.
2. Le comples d'un Régiment d'Infanterie
Hongroife fans cantonnement pour l'enrôlement
eft de 18 Compagnies ; fçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers de 228 hommes , & 16 Compagnies
de Fufiliers compofées de 2,947 hommes ,
y compris l'Etat Major , ce qui porte chaque
Régiment , y compris 640 Soldats abfens par
Congé illimité , à 3,815 hommes.
3. Le complet d'un Régiment Wallon , Ita
lien , & du Régiment Allemand en garnison
én Italie , eftde 8 Compagnies ; fçavoir 2 Com,
pagnies de Grénadiers formant 248 hommes ,
& 16 Compagnies de Fufiliers , compofées de
1456 hommes , de 144 Surnuméraires , de 352
Officiers & bas Officiers , & de 35 perfonnes de
P'Etat Major , ce qui forme un total de 2,215
hommes.
4. Le Complet d'un Régiment d'Artillerie eft
de 16 Compagnies , lefquelles , y compris l'Etat
Major , les officiers & bas Officiers , forment un
( 15.9 )
I
total de 2,415 hommes ; fçavoir 10 Capitaines ,
6 Capitaines - Lieutenans , 16 Lieutenans , 48
Bombardiers , 16 Sergens , 16 Fouriers , 96 Caporaux
, 32 fous- Caporaux , 16 Sergens - Fouriers ,
16 Tambours , 16 Fifres , 1536 Canoniers , chaque
Compagnie de 96 hommes , 256 fous - Canoniers
, chaqué Compagnie de 16 hommes , 1 Colonel
propriétaire , Colonel Commandant , I
Lieutenant - Colonel , 3 Majors , un Canonier , I
Auditeur , Quartier-Maitre , 1 Adjudant ,
Chirurgien Major , 4 Chirurgiens de Bataillon , &
Aides Chirurgiens , un Tambour Major , 8 Hautbois
, 1 Prévôt.
I
5. Le complet de la Garde du Général de l'Artillerie
eft de 107 hommes.
6. Le complet des Artilleurs , répartis dans les
Fortereffes & dans les Garnifons , eft de 1,274
hommes.
7. Le complet des corps des Mineurs compofé
de 4 Compagnies , eft de 497 hommes.
8. Le complet du corps des Sapeurs compofé
de 3 Compagnies , eft de 172 hommes.
9. Le complet du corps de Pontonniers , eft de
416 hommes.
10. Le complet d'un Régiment de garniſon ,
eft de 18 Compagnies , chacune de 164 Soldats ,.
ce qui fait , y compris l'Etat Major , les Officiers
& les Bas- Officiers , un total de 3.609 hommes .
11. Le complet d'un Régiment de garnifon
dans les Pays Bas , eft de 4 Compagnies , en tout
de 80s hommes.
12. La garnison de Philipsbourg , eft composée
'de 401 hommes .
13. La garde de la Couronne de Hongrie , eft
compotée de 242 hommes.
14. Le complet de chaque Régiment de Fron-
Dieres des diftriets de Carlftadi , de Warardina
( 160 )
on
Efclavonie & du Bannet eft de 16 Compagnies,
ce qui forme , y compris l'Etat Major , un total de
4,094 honimes par Régiment.
15. Le complet du Régiment de Frontieres
des Illiriens , eft des Compagnies on de 1351
'hommes.
9
16. Le complet de chacun des deux Régimens
de Frontieres de Szecleriens & des 2 Régimens
de Wallaques , eft de 12 Compagnies ; chaque Régiment
eft de 3,016 hommes .
17. Le complet du Bataillon des Tshaiks out
troupes de Marine , eft de 4 Compagnies ou de
1,119 hommes .
Le complet du Régiment de Colons Allemands
eft de ro Compagnies ou de 2,030 hommes.
Cavalerie.
I. Le complet d'un Régiment de Carabiniers
eft de huit efcadrons , dont deux de Chevaux-
Légers. Un efcadron de Carabiniers eft compofé
de 174 hommes , favoir , un Capitaine , un Capitaine
en fecond , deux Lieutenans , deux Sous-
Lieutenans , deux Sergens - Majors , un Fourier ,
un Chirurgien d'efcadron , un Trompette , un
Sellier , un Maréchal ferrant , huit Caporaux ,.
deux Sous - Caporaux , cent quarante- cinq Cavaliers
, & fix Cavaliers furnuméraires. Un
efcadron de Chevaux - Légers eft composé de 193
hommes , favoir , vingt-trois hommes depuis le
Capitaine jufqu'aux Sous- Caporaux , & cent foixante-
dix Cavaliers. L'Etat- Major eft compofé
du Colonel propriétaire , du Colonel commandant
, du Lieutenant- Colonel , de deux Majors
de l'Aumônier , de l'Auditeur , du Quarrier-
Maître , de l'Adjudant , du Chirurgien du Régiment
, de quatre Enfeignes , du Trompette -Ma- .
for , du Chirurgien Major , du premier Maréchal
ferrant & du Prévôt.
( 161 )
Les fix efcadrons de cavalerie font 1044 hom
Les deux efcadrons de Chevaux - Légers 286 hom .
L Etat-Major
Total
18 hom .
1,440 hom. II. Le complet
d'un Régiment
de Cuiraffiers & du Régiment
des Dragons
d'Arberg
eft de fix
efcadrons
, chacun
de 174 hommes
. Le total , y
compris
l'Etat- Major , eft de 1062 hommes
.
III. Le complet d'un Régiment de Dragons &
de Chevaux- Légers eft de fix Efcadrons , chacun
de 193 hommes ; le total , y compris l'Etat-
Major , eft de 1176 hommes.
IV. Le complet d'un Régiment de Huffards eft
de huit e cadrons , chacun de 190 hommes .L'Etat-
Major eft compofe de vingt une perfonnes .
Le total d'un Régiment de Haffards eft de 1557
hommes.
V. Le complet d'un régiment ' de Huffards des
frontieres eft de trois Compagnies , qui , y com..
pris l'Etat- Major , portent le nombre d'hommes à
501.
VI. Le complet du régiment de Huffards - EGclavons
eft de fix Compagnies , en tout de 995
hommes.
VII. Le complet du régiment de Huffards-
Sze cléviens eft de douze Compagnies , en tout de
2253 hommes .
Infanterie.
1. Chaque Régiment de dix-huit compagnies
eft augmenté , favoir , les deux compagnies de.
Grenadiers , de quatre Sergents Fouriers , & de
deux Charpentiers ; & les feize autres compagnies
de 640 foldats , de feize Charpentiers , quatrevingt-
huit ouvriers , huit Enfeignes , trente -deux
Caporaux , cinquante fix Sergens - Fouriers , foixante-
quatre Appointés , cinq Aides - Chirurgiens,
( 162 )
& trois Caporaux furnuméraires. Le total , y cóm
pris l'Etat -Major , eft de 4093 hommes. -- Quelques
régimens font portés à vingt compagnies , &
alors le total d'un régiment fait 4570 hommes.
II. Le complet de l'Artillerie , des régimens
de garnitons , & des régimens de frontieres , &
en tems de guerre , le même qu'en tems de
paix .
III . Les deux efcadrons de Chevaux -Légers Carabiniers
, font augmentés chacun de dix Cavaliers
; & l'Etat- Major , d'un Chirurgien & d'un
Tailleur. Le corps de réferve pour chaque régiment
de Carabiniers , eft de 160 hommes ; ces
augmentations portent le total de chaque régiment
à 1638 hommes.
IV. Chaque régiment de Cuiraffiers eft augmenté
de deux Chirurgiens- Majors , d'un Tailleur
, & d'un corps de réferve de 137 hommes.
Le total de chaque régiment eft par conféquent
1199 hommes.
V. Chaque efcadron de Dragons & de Che-
Vaux- Légers eft porté à 203 hommes , qui ,
avec le corps de réſerve de cent trente - fept hommes
, portent chaque Régiment à 1373 hommes.
VI. Chaque efcadron de Huffards eft augmenté
de huit Huffards ; & l'Etat-Major , d'un
Major, d'un Bourelier & d'un Tailleur . Cette
augmentation & le corps de réferve de 168 hommes
, portent le total de chaque régiment de
Huffards de huit efcadrons , à 1808 hommes.
VII. Un Régiment de Hoffards de cinq divifions
, ou de dix efcadrons , eft de 2055 hommes ,
& le corps de réserve de 168 ; ce qui forme un
total de 2223 hommes.
( 163 )
A
VIII. Le complet des Huffards de frontieres eft
le même qu'en tems de paix,
ITALI E.
DE VENISE le 27 Decembre.
>
On a enfin reçu des dépêches du Chevalier
Emo. Il y rend compte du bombardement
de Suze , & de la mort du Comman
dant Moro . Le Sénat a été très fenfible à la
perte de ce brave militaire , & l'on croit
qu'on accordera des graces à fa famille.
Le bruit s'eft répandu qu'outre la perte
' d'un des vaiffeaux de notre efcadre , dont il
a été fait mention , nous avions auffi perdu
la frégate commandée par le Capitaine Cicogna
, & que tout l'équipage avoit péri.
On a des raifons de craindre que ce bruit
ne foit que trop fondé.
par
On a lancé aujourd'hui un des vaiffeaux de
guerre dont la conftruction avoit été ordonnée
le Gouvernement . On continue d'aflurer que
les forces que nous mettrons en mer fous peu de
tems font deftinées à protéger notre commerce
contre les Hollandois , dans le cas d'une rupture
entre cette République & l'Empereur que l'on regarde
comme inévitable.
DE FLORENCE , le 25 Décembre.
Un exprès , parti de Pife , a apporté le
14 au matin l'heureufe nouvelle de l'accouchement
de notre Souveraineį; & le Public
( 164 )
en a été auffi-tôt inftruit par une décharge
de l'artillerie du château de Bellevedere.
L'Archiduc eft né dans la nuit du 13 au 14 ,
& a été baptifé par un Capucin , qui lui a
donné les noms de Louis - Jofeph- Jean-
René. On a annoncé enfuite un gala & une
fête folemnelle pour trois jours confécutifs
à l'occafion de cet heureux événement , &
dans les trois foirées , on a allumé les feux
de joie qui font d'ufage au vieux Palais.
Une lettre de Tunis du 20. Novembre
dernier , apportée à Livourne par un bâtiment
de Ragufe , porte :
f
Vous ne pouvez pas , Monfieur , vous former
une idée de la fituation déplorable cù nous nous
trouvons. Tout infpire l'horreur , l'effroi , l'affiction
& le deuil . Outre que ce Royaume fe
trouvé tourmenté par l'Eſcadre Vénitienne , qui
devafte & détruit toutes les villes & villages qui
bordent la côte , nous fommes affaillis depuis peu
de diverfes maladies , qui enlèvent un grand
nombre d'habitans , la difette eft générale , &
c'eft la feule caufe du foulévement du peuple
contre le Bey & contre ceux qui font à la tête du
Gouvernement. Ils ne croient pas leur vie en fureté
, parce qu'ils le défient des troupes difciplinées
, & qui font fous leurs ordres , les regardant
comme complices elles - mêmes du foulevement
. Chacun craint ici pour fa vie , & regarde
Les effets , tant en argent qu'en marchandiſes ,
comme perdus. Que d'avantages auroient retiré
les Vénitiens dans ces affreufes circonftances , fi
leurs vues euffent été réellement tournées vers
cette Régence ! Nous fommes expofés à voir de
grands changemens.
( 165 )
On reçoit dans ce moment la nouvelle que
l'Efcadre Vénitienne a été forcée par les vents
contraires de quitter notre côte , & qu'elle s'eft
dirigée vers la Sicile. On ajoute qu'elle eft dans
le plus mauvais état , tant à caufe des tempêtes
qu'elle a effuyées , que des dommages que lui
ont caufé les batteries des fortereffes où ils ont
tenté de mettre le feu . Malgré la vigoureufe défenfe
que Sufe a faite ,, nous apprenons que cette
malheureufe ville eft entierement détruite &
ruinée. Les Vénitiens ont encore tenté de fermer
le Goulet , mais ils n'ont pas pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans , & reconnoillant
que tous les bâtimens qu'ils auroient
coulés à fond n'auroient produit aucun effet , on
fuppofe qu'ils ont été affez prudens pour ne
point vouloir facrifier inutilement leurs bâtimens
& leurs munitions.
DE NAPLES , le 27 Décembre.
Le terme de l'accouchement de la Reine
s'approchant, & S. M. commençant à fentir
les premieres douleurs , elle fe rendit à Caferte.
Le Grand- Aumônier s'y tranfporta
également pour fe trouver à l'accouchement
de S. M. On y envoya auffi les piquets des
Régimens des Gardes Italiennes & Suiffes ,
qui dans cet circonftance ont coutume de
renforcer la Garde du Palais . Le 14 , les
douleurs étant devenues plus fortes , notre
augufte Reine eft heureufement accouchée
d'une Princeffe. Cet événement a excité la
plus vive allégreffe à la Cour & àla ville
La frégate la Minerve eft rentrée hier
( 166 )
•
dans ce port. Elle vient de Palerme , & en
dernier lieu de Trapani , où en conféquence
des ordres du Gouvernement , elle a donné
toute l'afliſtance à l'efcadre Vénitienne qui y
eft mouillée . Le vaiffeau commandant
ayant
touché fur les rochers , ne pourra plus fervir.
Dans la vue de protéger notre commerce , &
le mettre à l'abri des infultes des Barbarefques , &
principalement des Algériens qui fe font montrés.
far les côtes du Ponent , on arme actuellement le
vaiffeau le S. Accaria qui ſe joindra aux frégates la
Minerva , & la S. Dorotea , pour aller leur donner
la chaffe.
DE GENES , le 29 Décembre.
L'Empereur ayant fait demander au Souverain
Pontite la fuppreffion de l'Evêché de
Neustadt en Autriche , dans le deffein de
réunir cet Evêché à l'Eglife de Saint Hyppolite
, en augmentant les revenus de la
Menfe , & en étendant le dioceſe , S. S. a
remis l'examen de cette affaire à la Sacrée
Congrégation confiftoriale qui vient de rendre
un Décret , portant la fuppreffion de cet
Evêché , & l'érection d'un nouveau , dont la
propofition fera faite dans le prochain Confiftoire.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Janvier.
Le le Bureau de la guerre a expédié
5,
( 167 )
des ordres aux Régimens cantonnés dans
diverfes places de la Grande-Bretagne , de
fe tenir prêts à marcher au premier avis. On
croit cette meſure relative à de nouveaux
coups de main contre les contrebandiers.
Le Whitby , Vaiffeau munitionnaire armé , qui
a fait voile dernierement de Portsmouth pour
Gibraltar , avoit à bord des munitions d'artillerie
pour le fervice de la Garniſon de cette place ; il
eft ordonné qu'elle foit complettement pourvue
le plus promptement poffible. On prépare maintenant
à la fonderie de Woolwich un nouveau
train d'artillerie , confiftant en 66 pieces de canons
de bronze deftinées pour les nouvelles for
tifications qui viennent d'être élevées à Gibraltar.
Toutes ces munitions feront tranfportées fur des,
Vaiffeaux munitionnaires armés , à caufe des Corfaires
Barbarefques qui courent principalement
fur ces Vaiffeaux , de telle Nation qu'ils puiffent
être , amie ou ennemie.
4
Le Gouverneur Johnſtone va , dit- on ,
être nommé Envoyé extraordinaire & Plénipotentiaire
à la Cour de Lisbonne , à la
place de M. Robert Walpole , qui a demandé
fon rappel . C'eft ainfi que l'Adminiftration
a eu l'adreffe de fe débarraffer du'
Gouverneur. Elle craignoit fon oppofition
aux réglemens de la Compagnie des Indes ,
& encore plus fon impétuofité dans le Parlement.
MM. Edmund Burke & Dudley Long , mem
bres du Comité choifi des affaires de l'Inde , fe
rendirent il y a quelques jours , chez M. Pitt, pour
le prier de leur faire donner une copie de la Lettre
de M. Haftings , ou de leur permettre au moins
( 168 )
d'en prendre lecture ; ils lui reprefenterent ,
l'appui de leur Requête , qu'ils avoient été informés
que la Lettre de M. Haftings contenoit des
obfervations fur quelques rapports du Comité
choifi , & qu'elle attaquoit les procédures & la
conduite du Comité. M. Pitt leur répondit avec
fang-froid & fermeté , & en même temps avec la
dignité d'un Miniftre, qu'ils pourroient le fommer
dans le Parlement de produire cette Lettre , mais
qu'il étoit de fon devoir de ne point la leur communiquer
d'une autre maniere. La demarche finguliere
des deux membres du Comité , a donné
Heu beaucoup d'interprétations. Les Partifans
de la coalition cenfurent vivement la conduite
du Miniftre en cette occafion , & le taxent de hauteur,
tandis que les Partiſans du miniſtere approuvent
fortement le refus de M. Pitt.
Notre commerce avec la Ruffie & le
Portugal profpere plus que jamais. Nous
avons reçu 15374 galons de vins de Porto
par les bâtimens arrivés en dernier lieu du
Portugal , & plus de 1700 de vins d'Efpagne
qui avoient été chargés à Cadix . Outre
les quantités prodigieufes de fuif que
nous avons reçues de Pétersbourg , les
mêmes batimens nous ont apporté 35 tonneaux
d'étoupes ; Philadelphie nous a fourni
598 quintaux de térébenthine , cet article
érant vendu à un prix plus avantageux en
Angleterre qu'en France .
Lundi dernier , un pêcheur de Haftings a
été tué par un Dragon du Régiment de Harcourt,
en quartier à Lewes : voici les circonftances
de ce meurtre . Trois Soldats
prêtoient main - forte à des Officiers des
douanes ,
( 169 )
douannes , qui faififfoient des batteaux d'une
conftruction illégale , lorfque ce pêcheur ,
pour éviter qu'on ne faisît le fien , tenta de
le mettre en mer. A peine fon bateau futil
à flot , que les trois Soldats tirerent fur
lui , & le tuerent roide dans fon bateau ,
une des balles lui ayant traverfé la tête . Un
petit garçon qui étoit avec lui heureuſement
ne fut point atteint , quoiqu'une autre balle
eût paffé très - près de lui . Le Coroner examina
le cadavre du pêcheur , & les Jurés dé
clarerent le meurtre volontaire . Les coupables
furent en conféquence arrêtés & conduits
à la prifon de cette ville . Le peuple fuc
d'abord fi irrité de la conduite des foldats
que l'on craignoit les effets de la fureur ;
mais les criminels ayant été chargés de
chaînes , ce fpectacle l'appaifa .
Le Parlement d'Irlande & le Congrès des
Volontaires s'affembleront le même jour :
l'affemblée des derniers fe tiendra à Athlone
Des troupes de cavaliers doivent s'y rendre
pour maintenir la tranquilité publique. Les
habitans de la ville ont offert des logeniens ,
pour les Volontaires pendant le féjour qu'il
feront à Athlone..
L'Abolition du Tribunal de Commerce ( Beard
of trade ) dit un de nos Papiers , eft tres-abufive.
& tres mal vue. Dans ce moment ci nous n'avons
point d'Officier qui foit refponfable envers les
Représentans du Peuple de nos liaiſons commer
ciales avec les Nations étrangères. Le Lord Syd- '
ney a refufé abfolument de réunir ce Tribunal
No. 4 , 22 Janvier 1785.- h
( 170 )
à fon Département , & le Bureau établi par le
Lord North fous la conduite de M. Elliot , ce
zelé Serviteur de la Nation , ne comprend que les
affaires des Colonies . Le défaut d'un Tribunal de
Commerce , pour veiller à notre Commerce
étranger , fait un tort confidérable à ceux de nos
Négocians qui commercent avec les Ports des
Européens. D'un autre côté , l'office de Conful
eft devenu nul , depuis que les repréſentations
que les Confuls font dans le cas de faire ne font
point écoutées , & le premier Miniftre ne fe foucie
point de fe charger de l'adminiſtration d'une
partie pour laquelle il ne fe fent point capable .
Ce vice demande à être remédié & à l'être même
promptement , car l'une des plus fortes Maiſons
de cette Ville intéreffées dans le commerce
d'Espagne & d'Italie , a déjà fouffert confidérablement
par de nouveaux Réglemens qui y ont été
mis en vigueur relativement aux importations
de l'Angleterre. Les Confuls y réfidans ont déjà
fait leurs repréſentations au Miniftere. On prépare
actuellement à ce fujet , un Mémoire qui fera
préfenté au Lord Tréforier ; de maniere que
vraisemblablement , cet objet attirera l'attention
de la Chambre des Communes dans fes prochai
nes feffions.
Les dernieres nouvelles de New- Brunfwick
portant que les Emigrans d'Irlande &
d'Ecoffe font très mécontens du partage
des terres qui a été fait pour eux , & dans
lequel on remarque de la partialité. Ils
prétendent que les Loyaliftes ont été mis
en poffeffion de la partie la plus fertile de
la province , tandis que les Emigrans font
obligés de fe contenter d'un terrein fi couvert
de bois , que cinq ouvriers ne peuvent
( 171 )
pas , dans l'efpace d'une année , défricher
plus de trois ou quatre acres pour le mettre
en labour. Le Gouvernement fera obligé de
prendre d'autres mefures , fans quoi les
Emigrans , au lieu de s'établir dans la nouvelle
Colonie , pafferont dans quelqu'un des
Etats d'Amérique. Ces plaintes font mal
accueillies ici , parce que rien ne forçoit les
Emigrans de la Métropole à s'expatrier ,
tandis qu'on devoit un afyle aux Loyalistes ,
ainfi la préférence donnée à ces derniers
eft auffi légitime que naturelle.
On donne les détails fuivans fur l'infortuné
Général Mathæus , affalliné par ordre
de Tippoo - Saib.
Il étoit Officier au fervice du Roi , mais employé
dans les troupes de la Compagnie , il avoit
demeuré dans l'Inde pendant plus de vingt ans ,
& il étoit revenu en Angleterre , il y a quelques
années , avec plufieurs de fes enfans & des richeffes
immenfes . Il avoit loué une maifon dans le
Comté de Chefter , où il vivoit avec la plus
grande magnificence. Il étoit retourné dans l'inde
en 1782 , avec ſa femme âgée de 17 ans , fille de
M. Jackfon , Secretaire de l'Amirauté . Peu de
temps après fon arrivée à Madraff , il avoit été
envoyé à la côte de Malabar , pour prendre le
commandement de l'Armée deftinée à pénétrer
dans les poffeffions d'Hyder. Il avoit effectué fon
irruption le 12 Décembre , à la tête de 400 Eu.
ropéens & de 1500 Scapoys , auxquels s'étoient
joints, enfuite trois autres bataillons de Scapoys
avec les troupes aux ordres des Colonels Macleod
& Humberstone. Onore , port de mer fur la
côte , fut immédiatement affiégé & pris d'affaut ;
-
h.2
( 172 )
& on rapporte que les Soldats , à leur entrée dans
la Ville , pafferent 500 perfonnes au fil de l'épée.
Le Général Mathews avoit marché enſuite
avec fon armée dans la Province de Bedanore ; il
s'étoit rendu maître , le 17 Janvier 1783 , de
la ville de ce nom , où il avoit trouvé des trésors
confidérables . On fait que cette Ville fut repriſe
au mois de Mai fuivant par Typpoo -Saïb.
M. Shirley, ci- devant Négociant à Lif
bonne , rapporte un événement arrivé pendant
fon féjour en Portugal , & digne d'être
connu dans les pays où la torture feroit
encore en ufage
1
Un Juge integre d'un des Tribunaux de Lisbonne
, ayant obfervé l'effet de la queſtion fur
des malheureux fauffement accufés de crimes.
lefquels préféroient de perdre la vie pour le fouftraire
à la torture , il fut fi vivement touché d'une
coutume auffi barbare , laquelle arrachoit fouvent
à l'innocent l'aveu fatal qui le conduifoit à
l'échafaud , qu'il réfolut de démontrer par l'expérience
combien les Juges étoient fujets à être
trompés en voulant obtenir la vérité par des
tourmens auffi inouis . C'eft en Portugal un crime.
capital de tuer un cheval ou un muler . Ce Juge
avoit julement un cheval du plus grand prix . Un
foir , tandis que fa famille eft livrée au fommeil ,
i entre dans l'écurie & coupe la queue de fon
cheval , qui , perdant tout fon ng par cette
bleffure , meurt prefqu'auffi - tôt . Le Valet eft
eft accufé d'avoir tué l'animal ; il veut en vain
fe juftifier ; les préfomptions font trop fortes
contre lui ; il fubit la queftion . Bientôt cet homme
préférant la mort aux douleurs violentes
qu'il endure , avoue en effet que c'est lui qui a
fait périr le cheval , & en conféquence il eft con;
( 173 )
damné à être pendu . Le Maître , qui ne pouvoit
être un des Juges , puifqu'il étoit lui - même l'accufateur
, avoua , apres le Jugement , qu'il étoit
lui-même l'auteur de ce délit , en vertu daquel
on venoit de prononcer contre fon Valet la Sentence
de mort. Il prouva alors la faillibilité des
des aveux arrachés par la torture , & il expofa
les motifs qui l'avoient porté à faire cette épreuve .
Depuis cet événement , on dit qu'on a modifié ,
dans tous les Tribunaux du Portugal , l'ufage de
la queftion , durant les procès criminels.
L'un de nos papiers raconte ainfi l'une des
circonftances préliminaires du départ de M.
Blanchard .
Nous apprenons de Douvres que l'arrivée du
Ballon de M. Blanchard en cette ville , a donné
lieu a un différend fort vif , qu'on eft parvenu
'heureusement à appaifer. En voici le fujet.
M. Blanchard , après avoir réfléchi fur le danger
apparent dont il étoit menacé en effectuant
fa navigatión aerienne à travers la Manche , &
après s'être affuré de l'état où fe trouvoit fon
Ballon , fut convaincu qu'il ne pouvoit point ,
eu égard à fa propre fureté , entreprendre ce
voyage avec le Docteur Jefferiel , fans perdre infiniment
de fon left , & en conféquence il déclara
à celui - ci qu'il étoit réfolu de tenter feul
ce paffage. Le Docteur , extrêmement jaloux
de partager l'honneur de ce voyage , trouva
toutes ces repréſentations fuperflues , & perfiftant
dans fes deffeins , il affembla un partì de Matelots
Anglois à la tête defquels il marcha au Châbien
déterminé , en cas de réfiftance , à
lui donner l'affaut , & à réduire le Ballon en
cendres pour fatisfaire fa vengeance . Les Officiers
de la Garnifon , informés de fon intention ,
fermerent les portes , & il s'enfuivit entre le
teau ,
h 3
( 174 )
Commandant du Château & le Docteur , une négociation
qui rappelle l'idée de celle de Charles
I , avec le Gouverneur de Hull , lorfque ce
Monarque effaya de furprendre cette Ville. Le
Château eft principalement rempli d'Invalides ,
dont la contenance comique préfente un tableau
tout - à - fait original . Ces hardis champions fe
promettoient tout de leur audace guerriere , &
étoient réfolus de défendre M. Blanchard contre
sous les efforts du vaillant Defteur. Mais celuici
voyant que cette affaire prenoit une tournure
trop férieufe , & que fa phalange auroit beaucoup
à fouffrir de la défenfe courageufe du Châ
teau , après avoir tenu confeil & fait mine de
Lout préparer pour une vigoureufe attaque , il
battit brufquement la retraite , & laiffa M. Blanchard
Maître abfolu de la fortereffe. En conféquence
, cet intrépide François fe prépare à profiter
du premier bon vent , pour partir d'Angleterre
fur fon Char aîlé.
On nous a fait paffer la note fuivante ,
relativement au démêlé du Duc de Richemond
avec le Colonel Debbieg , dont nous
avons parlé. Sans garantir les faits qu'elle
contient , pas plus que ceux que nous avons
rapportés , nous nous contentons d'inférer
ici mot à mot ce fecond récit.
En 1779 ou 1780 , le Duc de Richemond
ayant vu les ouvrages de Chatam , & penfant
qu'ils étoient très - difpendieux & mal entendus
pour la défenfe du chantier , en parla dans ce
fens à la Chambre des Pairs : peu de temps
après , le Colonel Debbieg vint chez lui , &
lui dit qu'il avoit lu dans les gazettes un précis
de fon difcours ; que chacun avoit le droit de
juger fon favoir , mais que perfonne n'avoit ce
( 175 )
lui de juger la probité dans la conduite des ou
vrages. Le Duc de Richemond l'affura qu'il
n'avoit attaqué ni l'un ni l'autre qu'il avoit
même dit avoir entendu rapporter que ces ouvrages
avoient été conftruits contre fon opinion ;
& qu'à l'égard de fa probité dans la conduite
de les travaux , il ne lui étoit jamais venu dans
l'idée de difcuter un fujet fur lequel il n'auroit
nulle connoiffance. Le Colonel Debbieg alors
fouhaita que le Duc de Richemond fit mettre
dans les Gazettes un défaveu du rapport qui y
ayoit été fait. Le Duc de Richemond répondit
au Colonel Debbieg qu'il ne pouvoit point faire
cette démarche ; que jamais il ne s'abaifferoit à
corriger le rapport des Gazettes , & qu'il pouvoit
être content de la vérité qu'il lui avoit dé
claré. Le Colonel Debbieg lui dit qu'en effet il
avoit vu Lord Amherſt qui lui avoit confirmé ce
que fa Grace venoit de lui dire , & il s'en alla
paroiffant content , au moins le Duc de Richemond
eut lieu de le croire , puifque depuis ce
jour - là jufqu'au 15 d'Août 1784 , il n'a jamais
entendu parler de cette affaire.
Cette explication a été lue tout haut par le
Duc de Richemond devant le Confeil de
guerre,
en présence du Colonel Debbieg , qui étoit placé
à côté de lui ; elle fut enfuite donnée par écrit
au Confeil de guerre. Le Colonel Debbieg en
demanda copie ; elle lui fut accordée , & deux
jours après il lut la défenſe , qui étoit fort longue.
Mais ni dans cette défenſe , ni d'aucune
autre maniere , cette explication n'a point été
contredite : & elle eſt reſtée fans répon e .
Un Pilote expérimenté de Briſtol vient de
publier un avis , qui peut être utile à tous les
navigateurs , & que nous tranfcrirons dans
ce but.
h 4
( 376 )
gilt
Entre Land's -End & Rund -le-Stone , gi
fent quatre rochers fous l'eau , dont trois le trouvent
dans le chenal , & le quatrieme dans la
même direction que Rund-le-Stone , ce qui rend
ce paffage , très- fréquenté , extrêmement dangereux
; & cependant ce danger eft peu connu des
navigateurs. A la marée baffe , on trouve fix
pieds d'eau fur l'un de ces rochers, & quatre feulement
fur le fecond . Le troifieme , dans les
grandes marées de l'Equinoxe , en Mars , fe
montre à fleur d'eau ; & le quatrieme enfin eft à•
peu - près de même. Le 26 Mai 1782 , le Capi
ta ne Puddicomb , de Newton - Bushel , qui venoit
de Liverpool à Plymouth , a touché fur
l'une de ces roches. Heureufement le temps qui
étoit beau , & le vent favorable , permirent aux
pilotes de lui donnet le plus prompt fecours. On
parvint à force de monde à entretenir les pompes,
& le navire entra à Mount'sbay. Les navigateurs
devroient marquer ces rochers fur les cartes >>.
N. B. Les 1759 perfonnes , mortes à
Londres de la petite vérole , doivent être entendues
mortes de cette maladie en général ,
& non pas feulement de l'Inoculation.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 12 Janvier.
Le 9 de ce mois , le Comte de Tavannes,
Chevalier d'honneur de la Reine , a prêté
ferment entre les mains du Roi , pour la
Lieutenance générale du Dijonnois , vacante
par la mort du Comte de Saulx fon pere.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage
du Comte de Berenger, Chevalier d'hon(
177 )
neur de Madame en furvivance , avec Demoifelle
de Névis ; & celui du Marquis de
Carcado Molac , avec Demoifelle de Saint-
Julien.
Ce jour , la Comteffe de Sainte- Aldegonde
& la Marquife d'Afnieres , ont eu
l'honneur d'être préfentées à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Comteffe de Gand, & la feconde par la Vicomteſſe
de Virieu .
Le fieur Robert de Heffeln , Cenfeur
royal , a eu l'honneur de préfenter à Leurs
Majeftés & à la Famille royale , qui l'ont honoré
de leurs foufcriptions pour la nouvelle
Topographie du royaume de France , la
contrée Nord de la Région centre. Cette
Carte eft la quatrieme de celles qui renterment
le fecond degré des détails de la fuperficie
du Royaume.
DE PARIS , le 18 Janvier.
L'heureufe traverfée de M. Blanchard &
du Docteur Gefferies eft l'époque la plus remarquable
de l'hiftoire des Ballons , depuis
leur origine. Il feroit à fouhaiter qu'elle en
fût la plus utile; mais elle n'a peut- être faic
que conftater les dangers de cette voiture
fur l'Océan. Nous n'avons pu encore difcerner
la vérité , au milieu de mille rapports
contradictoires , flatteurs . ou médifans , fur
les préliminaires & fur les circonftances de
cet heureux voyage. On parle d'un départ
hs
( 178 )
précédé d'altercations , de réfiftances , d'ar
gent donné par l'un des Aeronautes à fon
compagnon ; on ajouté que ces navigateurs
après avoir jetté tout leur left , les ornemens
de leur gondole , leurs propres vétemens
, eurent peine à défendre leur vaiffeau
aërien de toucher l'onde. On affirme que le
Docteur Jefferies avoit figné l'engagement
de fe laiffer précipiter par M. Blanchard au
fond de la Manche , dans le cas où ce facrifice
eût été néceffaire à la conſervation de
ce dernier , & que nouveau Curtius , l'Anglo-
Américain étoit réſigné à ce dévouement.
Auffi tôt que les Voyageurs eurent
pris terre, très près du bord de la mer , ils
s'embrafferent avec le plus profond attendriffement.
Nous nous permîmes dans le temps , de
rire un peu des defcriptions burlesques &
véritablement inconcevables de M. Blanchard
nous rendons juftice avec la même
impartialité à fon 7ele & à fon courage. Il
mérite des éloges , d'autant plus grands
qu'affez dédaigné jufqu'ici , & fans autre
fecours , que fon induftrie & fon ardeur , il
a pourſuivi & conduit à une fin heureufe
une entrepriſe , faite pour déconcerter les
hommes les plus aguerris. On ne fauroit
donner une plus sûre marque d'eftime à M.
Blanchard , que de lui confeiller de s'écarter
dans fa narration , des mauvais modeles
qui ont gâté fes précédens récits , d'éviter
l'enflure & les métaphores , & de rendre
( 179 )
avec fimplicité des dérails qui n'ont befoin
ni de phrafes ni d'exagérations.
Pour fatisfaire la curiofité du lecteur fur
ce paffage , nous joignons ici ce qu'on en
a publié , fans garantir néanmoins l'exacte
vérité des circonftances. Voici en quels termes
on raconte fon départ de Douvres .
A fix heures du matin les vents au nord , nordoueft
, M. Blanchard appella tous les Ouvriers , &
leur donna l'ordre de fe rendre au lieu du départ ;
lorfqu'ils furent tous réunis on lança une Montgolfière
, qui fe dirigea vers Calais ; M, Blanchard
dit à haute voix au Gouverneur du Chateau que
les vents étant favorables il alloit fe difpofer à
partir , & , pour en donner avis à tous les habi
tans , le Gouverneur fit tirer trois coups de canon
à huit heures trente minutes. Pour vous bien
repréfenter l'empreffement que chacun apporta
aux préparatifs , il faut vous peindre une famille
bien unie qui travaille en commun au bonheur
de tous.
Il étoit midi un quart lorfque , voyant fa ma
chine bientôt remplie , M. Blanchard déféra à M.
le Gouverneur du Château l'honneur de lancer
fon courier.
A une heure précife , les vents toujours nord
demi rhum , oueft , ce jeune intrépide ayant tout
préparé & fait placer M. Gefferies , fon compa .
gnon de voyage , feul tranquille fur fon fort , &
du ton de voix le plus décidé , donna l'ordre de
l'abandonner. On garda , pendant tous les momens
qui précéderent immédiatement le départ ,
le filence le plus morne ; mais à peine la Machine
eût elle quitté la terre , qu'on fe livrà aux accla◄
mations les plus vives & à toutes les foliès que
peut enfanter l'enthouſiaſme, Il étoit en effet bien
h 6
( 180 )
intéreffant de voir ce fier Aéronaute planant fur
Pinmenfe furface des eaux dans les plaines de
l'air. Témoin éloigné du délire qu'il excitoit , il
falua de fon pavillon , autant pour raffurer les
fpectateurs que pour leur témoigner fa reconnoiffance.
Nous commencions à le perdre de vue lorf
que tout - à- coup nous le vimes defcendre. Nous
ne pûmes nous défendre du plus grand effroi , en
confidérant le danger où fa généreuse entrepriſe
pouvoit le jetter ; mais nous fumes bientôt raf
furés en le voyant de nouveau s'élever dans les
airs , qu'il fendoit avec rapidité. Nous augurâmes
qu'il le trouvoit au - deffus du continent à trois
heures vingt - cinq minutes , & nous jugeâmes ,
antant qu'il nous fut poffible de le faire dans un
auffi grand éloignement , qu'il toucha la terre
aux environs de Blanay , entre Calais & Boulogne.
Je crois ne devoir pas paffer fous filence les
foins généreux que fe donnerent MM. les Officiers
en Chef pour établir l'ordre & contribuer au
fuccès de l'entreprife » .
Le Vendredi 7 du courant , à une heure
après-midi , les voyageurs arriverent au- deffus
des côtes de France , entre Calais & Boulogne
; ils prirent terre à deux lieues & demi
du rivage , au-delà de la forêt de Guines , vers
la pointe d'Ardres.
Ils furent reçus par M. d'Horinclam fils , qui les
conduifit dans fon Château. Le même foir
après fouper , les Voyageurs furent conduits à
Calais dans une voiture à fix chevaux qui leur fut
envoyée par les Officiers Municipaux , qui avoient
auffi donné des ordres pour que les portes de la
Ville fuffent ouvertes à quelqu'heure qu'ils arriwaffent
; & quoiqu'il fût deux heures après minuit
( 181 )
lorfqu'ils entrerent dans cette Ville , ils y trouverent
tous les habitans qui bordoient les rues fur
leur paffage en criant : Vive le Roi , vive les Voyageurs
aériens.
"
Ils defcendirent chez M. Mouron , l'un des Officiers
du Corps Municipal , où ils coucherent. Le
lendemain , dès le matin , le Pavillon François
fut placé fur la porte de M. Mouron , le drapeau
de la Ville fut hiffé fur les tours ; on fit plufieurs
décharges de canon & les cloches de toutes les
Paroifles furent fonnées en carillon . Le Corps
Municipal & tous ceux des Régimens qui compofent
la Garniſon , ſe rendirent le matin même
chez M. Mouron , pour féliciter les Voyageurs ;
à dix heures on leur apporta le Vin de Ville , &
on les invita à venir dîner ce jour même à l'Hôtel-
de -Ville .
>
Avant le dîner , le Maire préfenta à M. Blana
chard une boîte d'or , fur le médaillon de laquelle
eft gravé fon Aéroftat dans le moment de la defcente
; elle contenoit des Lettres qui accordent à
M. Blanchard le titre de Citoyen de Calais. De
pareilles Lettres furent offertes au Docteur Gefferies
, qui , en fa qualité d'Etranger ne crut
pas devoir les accepter. Enfin pour mettre le
comble à la gloire des Voyageurs , le Corps de
Ville leur demanda de laiffer leur Ballon pour
être déposé dans l'Eglife Cathédrale de Calais
ainfi que le fut autrefois , en Efpagne , le vaiffeau
de Chriftophe Colomb , & il fut arrêté qu'au lieu
de la defcente , il fera élevé une Pyramide de
marbre pour en perpétuer la mémoire.
"
Voici la lettre & le quatrain de M. Rigault
de Repinoy , ancien Maire de Calais , à M.
Blanchard.
M. , Votre triomphe du 7 de ce mois doit être
( 182
cher à cette Ville , puifqu'à pareil jour & à la
même date de l'année 1558 , Calais rentra au
pouvoir de la France après le fiége mémorable
du. Duc de Guife , & que 226 ans après ,
& un même Vendredi , l'Angleterre vient d'être
perfuadée qu'un François peut tout quand il
veut .
1 en
On m'affure , Monfieur , que le Docteur Gefferies
étoit votre Compagnon de voyage
ce cas , permettez moi de vous offrir ce Quatrain
:
Deux Peuples divifés pour l'empire des mers ,
Ne font qu'un aujourd'hui en traverfant les airs ,
Préfage fortuné de l'union fincere ,
Qui va régner entr'eux pour le bien de la terre,
J'ai l'honneur d'être , & c
Quelques perfonnes nous ont reproché
de ne pas affez multiplier les articles de nouvelles
inventions , découvertes , effais , induftrie
, &c. La raifon de ce filence eft trèsfimple
, c'eft que nous ne voulons point con
courir à tromper le Public. S'il voyoit de
près ces prétendus chefs d'oeuvres , ces plagiats
donnés pour des nouveautés , ces effets
chimériques qui n'ont exifté que dans l'imagination
, ces merveilles qu'on met en crédit
dans les Journaux avec des recommandations
, & dans le monde avec du manege ;
fi ce même public honnête favoit qu'on a
pouffé l'audace , juſqu'à lui atteſter les expériences
les plus fauffes , pour mettre en vogue
des fvftêmes anti-phyfiques , il nous fauroit
gré de notre circonfpection. Elle doit par
confé quent infpirer quelque confiance pour
( 183 )
les découvertes , dont nous prendrons fur
nous de garantir l'existence & l'utilité .
De ce genre , eft la Machine Polycrefte , ou Ma
chine à plufieurs ufages , dont il circule un Prof
pectus dans le Public. Nous ne parlerons de cette
étonnante Invention qu'en témoins oculaires &
très- attentifs de les effets. Elle eft l'ouvrage d'une
Perfonne de naiffance , occupée depuis long- tems
des expériences fur la lumiere , & qui en a tiré des
effets abfolument inconnus juſqu'ici . Cette Ma❤
chine réunit d'immenfes avantages pour tous les
Beaux- Arts , des agrémens inappréciables pour
les Amateurs & pour les Curieux. Elle furpaffe de
beaucoup tous les moyens ufités jufqu'à préfent
pour le procurer des copies exactes des différens
chefs -d'oeuvres de l'Art. Elle n'a aucun rapport
avec les Pantografes , Singes , ou autres Inftrumens
de cette efpece. Ce jeu d'optique fingulier n'a pas
plus de reffemblance avec les moyens imparfaits
& limités de la Chambre- Noire & du Microfcope
folaire . Cet admirable Inſtrument met fous les
yeux , fous la main de l'Artifte & de l'Amateur ,
un tableau fid ele & précis, de tous les objets qu'on
defire voir , deffiner ou peindre , & cela , dans la
proportion , dans la grandeur que l'on fouhaite.
Miniature , Gravure , Bas - Reliefs , Carte Géographique
, Plan , Coquilles , Minéraux , Camée ,
Pierre gravée , Médaille , peuvent , à volonté ,
dans l'inftant ou graduellement, être portés à deux
cens fois la grandeur originale. L'Auteur nous a
montré plufieurs Tableaux ou Gravures en petit ,
qui , dans un clin d'oeil , arrivoient fucceffivement
à cette dimenfion , & gagnoient en netteté & en
expreffion . Un objet de plufieurs pieds , peut de
même être réduit à une fimple miniature , & tous
dans leur augmentation ou diminution , confervent
la plus grande exactitude de deffin & la
7184 )
précifion des couleurs. Les plus foibles nuances
de celles- ci font faciles à difcerner ; chacune d'elles
fe diftingue & ſe prononce auffi nettement que
dans la nature .
On n'apperçoit d'ailleurs aucune trace d'ombre
, aucun nuage , aucun brouillard fur l'objet
repréſenté avec un relief , un caractère , une
vie qui manquent fouvent aux meilleurs tableaux
; de forte que la chofe paroît avec tour
Tavantage qu'elle auroit d'après nature. Mais
tout ce que nous pourrions en dire étonneroit la
conception ; il faut voir foi-même les effets de
cette Machine pour en apprécier la perfection .
Elle peut fervir à analyser toutes les perfections
de l'Art ; un Amateur , fans favoir deffiner ,
peut fe procurer fans peine , les copies les plus
fidèles , foit en grand , foit en petit , l'original
étant rendu dans fes moindres détails & couleurs.
Deux Artistes diftingués , MM Cochin & de
S. Aubin , ayant examiné cette Machine , ont attesté
la réalité & l'utilité de fes effets . Leurs Certificats
font joints à l'Annonce de l'Auteur : celui
de M. de S. Aubin porte :
Je fouffigné , attefte avoir fait ufage de la Machine
ci - deffus , approuvée par M. COCHIN , &
affure en avoir reconnu toutes les propriétés , &
en avoir éprouvé tous les avantages & parfaite
exactitude ; en prenant au trait plufieurs têtes plus
fortes que nature , que la Machine m'a données
ainfi , quoique les originaux n'euffent pas plus
d'un pouce de proportion , & cela , en confervant
la plus exacte reffemblance ; ce qui me paroît
devoir être de la plus grande utilité pour les Artiftes
dans nombre de cas , & d'un agrément infini
pour les Amateurs. Je déclare donc que cette découverte
, qui me paroît neuve , ne peut qu'être
( 185 )
avantageufe & agréable aux Artiftes & aux Ama
teurs , en leur préfentant fur le champ une forte
de traduction de tous les objets imaginables , foit
de grand en petit , foit de petit en grand. A Paris ,
ce 29 Novembre 1784. Signé , DE SAINT - AUBIN ,
de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture,
Graveur du Roi & de fa Bibliotheque.
La générofite de l'Auteur l'avoit d'abord décidé
à faire préfent au Public de cette Machine ; mais
-les dépenfes confidérables de fa conftru&tion , & le
defir de la voir multipliée , lui font ouvrir une
Soufcription. Chaque Soufcripteur recevra une
des Machines pour la fomme de 15 louis d'or , dont
cinq payés en fouferivant , entre les mains de
M. Lefevre , rue de Condé , qui donnera un reçu
fur lequel ladite Machine fera délivrée au Soufcripteur
. Dans le mois de Mars prochain ,
payant les dix autres louis d'or , M.I.efevre donne
l'adreffe de l'Auteur , chez lequel on peut aller
juger foi même de la Machine , avec la liberté de
retirer la Soufcription dans les 24 heures , fi les
effets ne répondent pas à l'énoncé .
en
Nous avons inféré dans ce Journal ,
le mois dernier une lettre que nous
adreffa M. Caullet de Veaumorel , au ſujet
d'une machine électrique , pofitive & négative
, dont il réclamoit l'invention fur
M. Lange de Villeneuve. Nous ne foupçonnions
pas que M. Caullet eût ofé fe
compromettre , & nous compromettre
nous -mêmes par des affertions infidelles ,
écrites d'ailleurs , d'un ftyle amer , où la
Grammaire étoit auffi peu ménagée que la
décence . Nous fommes obligés de mettre
au jour le procédé de M. Caullet , le même
qui à l'infçu de M. Mefmer , & contre fon
( 186 )
gré , vient de publier un Livre en forme
d'Almanach, fous le titre d'Aphorifmes de
M. Mefmer ; procédé dont on jugera par la
Lettre que M. Lange vient de nous adreffer
fur ce différend .
M. , voudrez - vous bien inférer , dans votre
Mercure prochain , l'extrait d'un Mémoire fur les
moyens de perfectionner les Machines électriques
, infcrit dans le Journal de M. l'Abbé Rozier
, au mois de Décembre 1776. Les remarques
qui accompagnent ce Mémoire ne laiffent point
de doute fur ma théorie ; cet extrait fervira de
réponse à la diatribe auffi triviale qu'indécente
que M. Cauller de Vaumorel vous a adreffée , le
25 Décembre dernier , au ſujet de cette Machine,
que modeftement il annonça comme une production
de fon génie dans la traduction qu'il fit en
François de l'Ouvrage Anglais de Nairne.
La Machine dont il eft queftion , eft composée de
deux tables ayant la formo d'un triangle ifocele.
appliquées l'une fur l'autre à l'aide d'un boulon à
écrou qui les traverſent toutes deux , la raiſon de
ces deux tables fera dans l'inftant expliquée . Les
montans entre leſquels tourne un plan de glace,
de 30 pouces de diamettre , fur un axe de cryſtal
´ou de cuivre , ſont auffi fixés fur la table fupérieure
; entre ces montans , font placés quatre
couffins ayant chacun 14 pouces de hauteur ; des
conduits métalliques garniffent l'intérieur des
montans , la table & fes pieds qui , dans la gravure
qui accompagne cette defcription , font figurés
en bois ; deux conducteurs féparés l'un de l'autre,
ayant pieds de long furs pouces de diametre
terminés par des boucles de 6 pouces , font ifolés
par quarre colonnes de cryſtal , chacune de 28
pouces de hauteur.
Dans mes remarques , je dis que je n'ai adopté
187 )
la forme de cette table que pour me procurer un
folement plus grand , &c. que mes deux tables
font ainfi difpofées , afin de fatisfaire au defir d'avoir
une machine propre à faire l'électricité négative
& pofitive . Car on peut , dis - je ,, pour cette
conftruction fubftituer à celle dont les pieds font
en bois , une dont les pieds feront en cryftal , &.
par ce moyen & l'axe propofé , elle deviendra
comme l'on voit négative , en interceptant toute
communication avec le réfervoir commun. Je
Idis enfuite qu'il eft néceffaire , dans cette circonftance
celui qui tourne le plateau foit ifolé ,
que >
& que par le moyen de mes deux conducteurs it
y en aura un que l'on pourra charger aux dépens
de l'autre , fuivant la maniere propofée par M.
Franklin , qui eft de faire communiquer un des
conducteurs aux couffins. Pour peu que l'on
foit au cours de l'électricité , on fentira que cette
machine , conftruite fuivant ces principes , fera
négative. D'ailleurs , c'eft aa Mémoire que je renvoie
ceux qui defireront prendre plus ample connoiffance
de eette machine qui , depuis plufieurs
années , a fervi de type à beaucoup d'autres , notemment
à celle de M. Caullet.
J'ai dit que la diatribe de M. Caullet étoit auffi
triviale qu'infidelle ; je vais prouver encore qu'il
n'eft pas meilleur Logicien que Phyficien. Voici
l'extrait de fa diatribe , qu'il intitule : Récla
mation.
J'ai lu dans des Journaux , dit M. Caullet
Vaumorel , que M. l'Ange , Marchand Epicier
, réclame cette machine négative & pofitive
, que l'Auteur de la traduction de Nairne a
mife au jour ; puifque c'eft moi que l'on attaque
, qu'il me foit permis de me défendre du
plagiat dont on m'accufe ; j'aurois été fâché de le
lui faire , quand même il en auroit valu la peine.
( 188 )
Le Journal de Physique du mois de Décembre
1776 , a annoncé , fur le dire de M. l'Ange , une
-machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative &
pofitive. Cette machine ne fait point honneur
aux fciences du reffort de l'électricité. Cette machine
, pofitive feulement , eft très - fimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux goi
dets , comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
pofitifféparés , fupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de fa
boutique , qui eft bas. Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans , &ci
Ces deux expofés mettront le Lecteur à portée
de prononcer fur l'infidélité du récit que fait M.
Caullet de Vaumorel de ma machine électrique ,
& de méprifcr comme moi cette production qui
ne décéle que le dépit de fon auteur & la fauffété
de fes affertions.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & 51.
PROVINCES-UNIES.
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois , & ont envoyé aux
Paſteurs des diverfes Eglifes un Formulaire à
ce lujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de fe procurer des Auxiliaires.
L'on le réfroidit un peu fur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de fe procurer avec faci
( 189 )
lité , & l'on fonge à demander à la France quelques
milliers de troupes légeres &r quelques milliers de
troupes régulières à la folde de la République . Cette
finguliere propofition a été faite par les Etats
d'Utrecht & dans le Confeil de Leyde .
Le Comte de Waffenaer Starrenburg n'a
été rappellé de fon Ambaffade à Pétersbourg
que parce que l'objet particulier de fa miffion
étoit rempli.
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique ; favoir les difpofitions acnelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur En
voyé. Une autre de ces Feuilles nous dit aujour
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la caufe des Provinces Unies , & auffi tôt
la guerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera fur le territoire Autrichien.
Il eft fâcheux qu'il foit néceffaire de rejetter pref
qu'en entier toutes les affertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de fauffetés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il fe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eft
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les Etats du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princeffe d'Orange pourroit y faire.
quelque féjour dans la prochaine faifon.
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant . Cet
( 190 )
accident a donné lieu à beaucoup de conjectures
hazardées . Au commencement du
mois , il fe trouvoit déja 900 mille rations.
de fourrage dans les magafins de Mons. L'on
affure que le Quartier général de l'Empereur
fera à Marimont.
Les magaſins de tout genre augmentent à
vue d'oeil , ainfi que les préparatifs militaires.
Il eft fingulier qu'au même inftant on acheve
d'abattre les fortifications d'Ath , ainfi
que celles de Namur.
Le Mariage de Figaro a été repréſenté ici
le 4 de ce mois , avec de grands retranchemens
, qui n'ont pas nui au fuccès de cette
piece . La repréſentation avoit attiré des
fpectateurs de 15 lieues à la ronde.
Les troupes arrivent ou s'avancent à grands
pas de tous côtés . Les divers avis qu'on en reçoit
s'accordent à les repréſenter comme réglées par
la meilleure difcipline , & comme n'ayant nullement
fouffert , ni de la longueur de la route , ni
de la faifon . Il eft abfolument faux que le régiment
de Bender ait perdu beaucoup de monde
pär la défertion , & qu'on ait été obligé de prendre
avec les foldats des précautions dont on a lu
le détail dans de prétendues lettres de Straf
bourg & d'ailleurs.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
Un régiment d'Infanterie de l'établiſſement
d'Irlande doit s'embarquer à bord des vaiffeaux
de guerre deftinés pour l'Inde , & qui partiront
au mois de Mai prochain , pour relever quelques(
191 )
unis de ceux qui doivent revenir en Angleterre .
Les Troupes royales qui font dans l'Inde repafferont
en Europe dans le courant de l'année
prochaine.
Le Gouvernement a le projet d'employer la
Milice dans les garnifons. Il y en aura toujours
un tiers réuni en corps. On renoncera au fyftême
fuivi précédemment en temps de paix , de
ne raffembler la milice que pendant un mois tous
les ans.
L'emprunt de cette année n'excédera pas cinq
millions ft. , & ' on ne compte pas qu'il foit négocié
avant le mois d'Avril.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres.
Prêtre que fon neveu fait arrêter comme fou.
Si quelquefois , dit M. Deseffarts , les droits
du citoyen ont été violés , les loix protectrices qui
le défendent , méprifées , toutes les formalités judiciaires
oubliées , l'humanité outragée , c'eft
dans l'affaire dont nous allons donner une notice.
Le fieur Lecerf, à Vire en Normandie , avoit
le malheur d'avoir un neveu qui convoitoit fa
fortune. Ce collatéral avide , pour affurer fa
proie , conçut le projet criminel de calomnier
fon oncle. Il le préfenta dans une Requête obfcure
, comme un fou dangereux , qu'il étoit de
l'intérêt public de reléguer dans une de ces retraites
deftinées pour fervir d'azile aux malheureux
, dont la raifon eft aliénée. Tandis que
l'infortuné Prêtre étoit expofé aux cruels effets
de la calommie , il s'occupoit rranquillement à
cultiver un bien de campagne qu'il avoit dans les
environs de Vire. On peut juger de fon étonnement
, lorfque deux Huiffiers fe préfenterent
chez lui , pour l'arracher de fa maiſon . Juftement
indigné , il leur demanda de quel droit ils
ofoient violer fon azile. Les Huiffiers ne lui fi(
192 )
rent d'autre réponſe , qu'ils étoient chargés de
l'emmener. Le fieur Lecerf s'abandonna alors
aux mouvemens de fa colere , & arma fes mains
des inftrumens qui pouvoient lui fervir à dé
fendre la liberté . Les Huiffiers , auffi lâches que
timides , fe retirerent ; mais ce fut pour aller
chercher des complices , qui partageroient les
dangers de la capture , & pourroient , par la
réunion de leurs forces , parvenir à enchaîner la
victime . En effet , quelques heures après , ils
fe préfenterent chez le fieur Lecerf, avec deux
fatellites . Le malheureux Prêtre , effrayé par le
nombre , céda à la force , & fe laila garotter &
conduire dans les prifons de Vire. La nouvelle
de cet emprisonnement illégal s'étant répandue ,
l'avide neveu s'apperçut bientôt qu'il avoit fait
une fauffe démarche. Le fieur Lecerf s'empreffa
de préfenter une Requête , & de la faire fignifier
à fon neveu , avec affignation à comparoître
le même jour à l'Audience . Celui - ci déclara qu'on
l'avoit trompé , & qu'il confentoit que la liberté
fût rendue à fon oncle. Le fieur Lecerfa alors
demandé une réparation , tant à fon neveu
qu'aux Huifiers qui avoient fervi fa haine , &
par Sentence du 15 Juin 1782 , le neveu fut
condamné à demander pardon à fon oncle , &
les Huiffiers en 10 liv. de dommages & intérêts ,
& en 20 liv, d'amende envers le Roi . Sur l'ap◄
pel de cette Sentence , le Parlement de Rouen ,
par Arrêt du mois de Novembre 1782 , a condamné
le neveu à reconnoître à l'Audience du
Bailliage de Vire , qu'il avoit méchamment &
calomnieufement fait arrêter fon oncle. Les
Huiffiers & le neveu ont été condamnés folidairement
en 300 liv. de dommages & intérêts , &
l'impreffion & l'affiche de l'Arrêt ont été ordon
nées.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMAR CK. '
DE COPENHAGUE , le 4 Janvier.
L'Année derniere on a compté dans cette
réfidence 078 mariages , 322 naiffances
& 3004 morts. L'excédent des naiffances fur
les morts a été de 220.
Les relevés des regiftres de l'Evêché
d'Aëlbourg de l'année derniere portent le
nombre des mariages à 530 , celui des naiffances
à 2102 , & celui des morts à 1948.
Les naiffances ont furpaffé les morts de 154
Parmi les morts un homme avoit pouffé fa
carriere jufqu'à l'âge de 106 ans .
Hier la Compagn'e des Indes occidentales
a porté dans fon affemblée le bénéfice
de chaque action à 12 rixdalers .
Un placard royal du 15 Décembre a révoqué
l'Ordonnance du 2 Juin 1591 , qui défendoit aux
propriétaires des bâtimens conftruits dans les
chantiers du Royaume , de vendre ces bâtimens à
No.5, 29 Janvier 1785.
i
3
( 194 )
l'étranger , à moins qu'ils n'euffent fervi aupara
vant pendant dix ans.
On apprend de Chriftianfad en Norwege ,
que dans la nuit du 7 au 8 Décembre , il a
péri 14 bâtimens près de Medenos .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Janvier.
D'après les relevés des Paroiffes de cette
ville & des fauxbourgs , on a compté l'année
derniere 2683 naiffances , dont 214 enfans
illégitimes , 3483 morts , & 1048 mariages.
Les morts ont furpaffé les naiffances
de 800 .
Des lettres de la Podolie confirment qu'il
eft entré dans la Vaivodie de Braclaw , un
corps de troupes Ruffes , compofé de neuf
Régimens .
Dans ce moment on eft occupé en Pologne à
augmenter les troupes, & à les porter au complet,
el qu'il fut arrêté à la derniere diete . Les régimens
d'Infanterie , au nombre de 38 , feront portés
chacun à 1500 hommes , le corps des Pontonniers
à 1000 hommes , & celui de l'artillerie auffi à 1000
hommes. La Cavalerie fera auffi augmentée ,
l'augmentation de chaque régiment de Uhlands
eft de 290 hommes. Depuis un mois , on a enrôlé
plus de 500o hommes , la plupart font des
déferteurs allemands.
Cette nouvelle d'abord contredite , paroît
s'accréditer de plus en plus . Cet accroiffement
de troupes pourra fournir une addi(
195 )
tion au tableau fuivant , préfenté dans un
Journal Allemand & qui contient l'état
militaire de paix des principales Puiffances
de l'Europe.
L'Empereur. •
L'Impératrice de Ruffie .
Le Roi de Pruffe .
Le Roi de France.
Le Roi d'Angleterre.
Le Roi d'Espagne.
Le Roi de Portugal.
Le Roi des deux Siciles .
Le Roi de Suede.
Le Roi de Danemarck.
•
Le Roi de Sardaigne.
Le Roi de Pologne.
Le Grand - Seigneur.
Lu République de Hollande.
La République de Venife .
Le Pape..
Le Grand Duc de Tofcane.
L'Ele&eur de Saxe.
L'Electeur de Hanovre.
hommes:
290,000
470,000
224,431
192,000
.58,000
· .78,000
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere.
Le Land- grave de Heffe Caffel.
Le Duc de Wirtemberg.
-
20,000
30,000
· 49,000
67,000
•
40,000
15,000
210,000
37,000
• 8,000
5,000
3,000
26,000
16,000
• 24,000
· 20,000
· 6,000
Total .
1,908,43 E
Cette lifte nous a paru approcher de la
vérité , beaucoup plus que toutes celles
qu'on a publiées de tems à autre. On pourra
obferver à ce fujet , que les meilleurs calculateurs
politiques donnent à . l'Europe centtrente
millions d'habitans ; ainſi , le quatre-
1 2
( 196 )
vingt-dixieme de cette population eft fous
les armes. Durant le période éclatant de la
Puiffance Romaine fous les Antonins , l'Empire
, alors dans fa plus grande étendue
comprenoit cent-vingt millions d'habitans ,
& toutes les forces raffemblées , les légions ,
les auxiliaires , les gardes Prétoriennes & la
marine n'excédoient pas quatre cent cinquante
mille hommes. Une ou deux légions
c'eft à - dire , douze mille foldats , fuffifoient
à la garde de tel état , qui aujourd'hui ſe
trouve foible avec quatre - vingt mille.
Le premier jour des fêtes de Noël , M. Hennig,
Commiffaire du Roi de Pologne près de la Régence
de Dantzig , fe rendit chez le Préfident de la
ville , pour lui remettre une lettre de la part de
M. le Grand- Chancelier de la Couronne , écrite
par ordre du Roi au Magiftrat , en réponse à
celle dont M. Gralath , Confeiller de la ville ,
avoit été le porteur à Varsovie . En vertu des ordres
exprès du Roi , M. Hennig accompagna cette
letrre du Grand- Chancelier d'une infinuation formelle
, pour que le Magiftrat fignât fans délai la
convention relative à la navigation de la Viftule
& au commerce de la Pruffe Occidentale , telle
qu'elle avoit été conçue à Varfovie & fignée au
mois de Septembre dernier , tant par le Refident
de S. M. Prüffienne que par l'Ambaffadeur de
Ruffie . Aujourd'hui , après les fêtes , les trois
ordres font affemblés pour délibérer , & il n'y a
point de doute qu'on ne fe conforme aux intentions
du Roi & aux infinuations de la Cour de Pétersbourg.
•
DE BERLIN , le 10 Janvier.
Le Roi a nommé à la place de Miniſtre de
し
( 197 )
(
de Juſtice , vacante par la mort du Baron
de Munchaufen , le Baron de Reck , Préfident
de la Régence de Cleves .
Depuis le 26 Novembre 1783 jufqu'au 26 Novembre
1784 , on a compté ici 4.686 naiffances
dont 2,333 garçons & 2,355 filles , & 4,904 morts
Le nombre des morts a excédé celui des naiffances
de 218. Parmi les naiffances , on a compté 13
jumeaux & 385 enfans illégitimes , ce qui fait un
de ces derniers fur 12 légitimes ; le nombre des
enfans morts- nés étoit de 240 , par conféquent le
ige. fur le total des naiffances . Voici encore l'énumération
des naiffances & des morts dans chaque
quartier de la ville , á compter du 26 Novembre
1783. Premier quartier , 1199 naiſſances & 1501
morts; fecond quartier , 1139 naiffances & 1284
morts ; troifieme quartier 1151 naiffances & 1165.
morts; quatrieme quartier 1197 naiffances & 957.
morts.
La généralité des naiffances dans les Etats
du Roi eft montée à 211,113 , celle des
morts à 152,040 , & celle des mariages à
43,436 . L'excédent des naiffances fur les
morts a été de 59,073 . Le militaire n'eft pas
compris dans cette énumération.
Les couriers Ruffes de retour de la Haye
& de Londres viennent de repafler dans
cette Capitale, en retournant à Pétersbourg.
DE VIENNE , le 11 Janvier.
La révolte des Valaques Tranfylvains
n'eft pas encore affoupie : les rapports font
fi variés , fi peu authentiques , fi invraiſemiblables
, touchant l'état actuel de cette in-
із
( 198 )
furrection , qu'il eft difficile d'en bien déterminer
le danger , & l'influence des remedes
employés jufqu'ici. Ce qui eft certain , c'eſt
que malgré les attaques de nos troupes , ces
fauvages ne font encore ni réduits , ni même
difperfés. Malgré les pertes confidérables
qu'ils ont faites , les fupplices infligés , & les
promeffes de pardon , ils perfiftent dans une
réfiſtance d'autant plus opiniâtre , qu'après
les horreurs commifes , ils fentent combien
ils font indignes de la grace du Souverain .
Différentes lettres continuent en ces termes
le récit des événemens du mois dernier dans
les Provinces dévastées.
Sur le fleuve de Marofch , ily eut une bataille
dans toutes les formes entre les rebelles & plufieurs
régimens impériaux , où il refta 2500 hommes des
premiers , & environ 5 á 600 des derniers . Les
Valaques réfilerent près de deux heures au feu des
Petetons , jufqu'à ce qu'enfin la canonade les fit
reculer. Il y a maintenant ordre de l'Empereur de
n'épargner aucun de ces rebelles . Le lendemain
de cette affaire , on pendit 100 des Valaques faits
prifonniers ; ces rebelles fe trouvent encore aujourd'hui
au nombre de vingt- mille hommes , &
quoique la Porte eût donné les ordres les plus
féveres de tuer tous ceux qui le présenteroient aux
frontieres de la Turquie , il n'y a pas moins un
ancien Lieutenant - Colonel au fervice d'Autriche
qui dans la Valachie turque leve un corps de
quelques mille vagabonds pour renforcer ces rebelles
.
Selon d'autres rapports du 31 Décembre
dernier ,
Le Général Fabris vient de faire marcher trois
( 199 )
régimens contre les rebelles , dont on a fait 700
prifonniers du nombre defquels s'y trouve être
le fecond fils de Horiach ; on ignore s'il éprou
vera le même fort que fon frere aîné ; on affure
que Horiach veut le faire couronner Prince de
Tranfilvanie . Les troupes , fur la requifition qui
leur en a été faite , ont formé un cordon contre
les rebelles. On parle auffi de troubles en Hongrie.
L'Empereur a ordonné qu'on ſe rendît maitre
du chef de ces nouveaux rebelles . Le célebre
Salins a difparu emportant avec lui plus de 300,000
florins , pillés en partie dans les caiffes des mines
Zalathna , car les rebelles ne refpectoienr pas
au commencement de leur brigandage ce qui
appartenoit à S. M. I. Les deux principaux chefs.
des rebelles qui exiftent encore font Horiach &
Soffrony. Le premier eft Valaque , homme de
beaucoup d'efprit naturel : l'autre eft un Pope remuant
, intriguant , cabaleur , condamné en 1773
à une prifon perpétuelle , d'où il a trouvé moyen
de s'échaper. On dit que les rebelles ont eu l'adreffe
de fe rendre maîtres du pas de Eufernthor ,
ce qui leur aprocuré, non - feulement huit canons,
mais auffi la libre communication avec les Valaques
dans le territoire de Temeſwar.
Tous ces on dit, font bien vagues & bien
incertains. Il faut les regarder plutôt comme
l'opinion du jour , que comme des faits
avérés. Il en eft probablement de même
d'une lettre vraie où fauffe , écrite de Claufenbourg
, le 14 Décembre dernier , & qui
dit :
Depuis quatorze jours , les rebelles font à une
lieue de cette ville , & depuis ce temps , les trou
pes qui font icine quittent plus leurs habits . Il ne
fe paffe gueres de jours fans cffufion de fang ; les
i4
( 200 )
"
attaques font vives , & quoique les rebelles foient
repouffés chaque fois , nous y perdons auffi du
monde. Les Officiers déteftent cette guerre avec
ces bandits , on n'y gagne point d'honneur , &
quand on a le malheur d'être pris par eux , on eft
livré aux fupplices les plus barbares. Le nombre
de ces malheureux n'eft pas connu au jufte , mais
on ne s'écartera pas beaucoup de la vérité , en les
portant à 20000. Tous les jours on amène ici des
prifonniers rebelles, ils font exécutés fur le champ .
Le 15 de ce mois ils fe font emparés dans le Comtat
d'Arad , d'une caiffe royale , dans laquelle il
y avoit 10,116 florins en argent comptant. Deux
Compagnies du Régiment d'Orofz gardent le paffage
de la porte de fer , & les Secklériens , Huffards
, les mines d'argent appartenantes au Domaine.
Indépendamment des deux régimens qui
font en marche , on attend encore ici le régiment
de Caramel Cuiraffiers.
Une lettre poftérieure d'Hermanftadt s'exprime
ainfi :
Il a été formé autour des districts que nous venons
de nommer , un cordon de troupes , compofé
des régimens de Léopold de Tofcane , de Giulay ,
des Grenadiers d'Orof , des Huffards - Sicules , &
de l'Infanterie ou Milice - Frontiere de Granicie.
Ces troupes amenent quatre pieces de campagne ;
& l'on penfe qu'elles refferreront bientôt les rebelles
, de façon à les forcer à une prompte foumiffion.
Ce qui fortifie cet efpoir , c'est qu'ils ne
font point pourvus de munitions de guerre, & que
les vivres commencent à leur manquer. Parmi les
familles qui ont été les victimes de leur vengeance
fanguinaire , font celles du Baron de Jofika & du
Baron de Nalazi. Dans les terres de ces deux
Gentilshommes ils n'ont pas laiffé une pierre fur
l'autre. Le Comte de Bethlem à Foldt & Bengenz
( 201 )
& le Baron d'Orban ont auffi effuyé des pertes
immenfes & irréparables .
Le Lieutenant - Colonel de Gray , ayant rencontré
près de Krififer une troupe de rebelles ,
leur a offert le Pardon Impérial ; mais ils ont
paru fe défier de fes offres , au point de commettre
des voies de fait , & d'obliger cet Officier à faire
tirer fureux. Alors ces malheureux fe réfugierent
dans le village ; on les y pourfuivit , & l'on en fit
une trentaine prifonniers .
Dans le cours de l'année derniere le Magiftrat
de cette Capitale a accordé la Bourgeoifie
à 418 perfonnes. Il y avoit dans ce
nombre 110 Cordonniers , 73 Tailleurs , 13
Perruquiers , 10 Fabricans en foie , gaze &
linon , 9 Vitriers, 8 Serruriers , 7 Fabricans
de bas de foie , 7 Menuifiers , 19 Marchands,
1 2 Cabaretiers qui vendent de la bierre,
On a affiché dans tous les endroits
des frontieres de la Hongrie une Patente
royale , qui accorde à ceux qui s'établiront
dans la Buckowine une exemption pour 3
ans de toutes les impofitions. On leur don
nera en outre des maifons , des terres & des
beftiaux.
. On porte à un million de florins les diverfes
efpeces de blé exportées du Bannat
pour l'Italie.
Un anonyme vient de propofer ici deux
prix ; l'un de mille , l'autre de soo ducats ,
pour les deux differtations fur les formes à
adopter , afin d'éviter les procès , dans les
cas de donations . Trois Univerfités , uné
d'Allemagne , une d'Angleterre , une de
France jugeront des diſcours.
"
is
( 202 )
DE FRANCFORT , le 16 Janvier. -
On écrit de Vienne qu'auffitôt que le
nouveau Miniftre de Danemarck fera arrivé
dans cette Capitale , il fera entamé avec lui
des négociations pour obtenir de la Cour
de Copenhague une des ifles de Nicobar ,
à l'embouchure du golfe du Bengale .
Selon des avis fans date & fans fignature ,
2000 rebelles Walaques ont été tués dans une
action avec les Troupes de l'Empereur ; la rebellion
diminue peu. Les révoltés ont pillé la
caiffe des mines de Zalathau , & endommagé
confidérablement les mines d'or dans ces environs.
L'efprit de révolte a auffi gagné plufieurs Comitats
dans la Hongtie. Près de 6000 payfans ,
conduits , dit- on , par leurs Seigneurs , le font
affemblés à Siklas , au-deffous de Bude , & s'op
pofent , les armes à la main , à la confcription militaire.
On a envoyé de ce côté des troupes des
garnifons de Bude & de Pesh pour foutenir les
opérations de la confcription
On a compté à Hanau l'année derniere
417 naiffances , 377 morts & 91 mariages .
Le Profeffeur Bagftræfer , de cette même ville
de Hanau , a fait imprimer & diftribuer un avis ,
par lequel il fait connoître que s'il ſe trouve un
ombre fuffifant de foufcriptions , il publiera ,
dans l'efpace de fix mois , un ouvrage dans lequel
il établira une méthode exacte & sûre de faire
parvenir ou de dicter des ordres aux Généraux
dans un camp de 200,000 hommes , plus ou
moins , & même d'apprendre à chaque Général
( 203 )
ce que l'on defire de lui faire favoir en particu
lier , fans que le fecret des ordres donnés puiffe
tranfpirer ou être trahi , même par ceux qui auront
appris cette nouvelle méthode. Cette maniere
de donner des ordres , pourra fe faire fans
grande dépense , jour & nuit , & les ordres arriveront
plus promptement que s'ils étoient portés
par des adjudans ou des exprès à cheval . —→→→
L'ouvrage fera orné de planches pour l'intelligence
du texte , & l'exemplaire coûtera fix liv.
aux Soufcripteurs .
Dans la nuit du 19 au 30 Décembre , le
tems étant calme , on reffentit à Furſtenau
dans le Comté d'Erbach , deux fecouffes de
tremblement de terre , chacune d'environ
une minute.
Le premier Décembre , eft morte à Falkengefes,
la femme de Pierre Branner , dans la quatrevingt-
quatrieme année de fon âge. Cette femme
a vécu avec fon mari , qui joait encore d'une
fanté affez robufte , foixante- trois ans & trois
mois , & elle a vu fa poftérité s'accroître à quatre-
vingts perfonnes , favoir genfants , cinquantecinq
petits-enfans , & feize arriere- petits - enfans ;
cinquante neufperfonnes de cette famille exiftent
encore actuellement .
Les revenus de l'Electorat de Saxe font
évalués à 16 millions de rixdales : fes dettes
en 1765 , garanties par les Etats , étoient de
30,268,479 rixd.; elles fe trouvent aujourd'hui
réduites à la moitié.
Un papier public préfente les détails fuivans fur
Vienne. Cette Capitale renferme 143 fabriques
qui fourniffent par an pour environ 12 millions
de florins de marchandifes , & on y compte actuellement
121 Boulangers , 5oo cabarets à bieri
6
( 204 )
re , 60 Relieurs , 14 Imprimeurs , 19 Libraires ,
54 cafés , 34 Tourneurs , 12 Marchands de fer
578 Fiacres , 112 Joailliers & Orfevres , 10 Maréchaux
ferrans > 41 Pelletiers , 31 Marchands
de Toile , 53 Epiciers , 180 Pertuquiers, 51 Bouchers
; 3900 Tailleurs , 3600 Cordonniers , 1500
Menuifiers , 30 Horlogers , 200 cabarets à vin
45 Sculpteurs , 250 Muficiens , 50 Avocats ,
180 Sage- femmes , 27 Apothicaires , & 114 Médecins.
Selon quelques avis , il eſt queſtion à
Vienne de changemens dans l'Adminiftration
on voit même une lifte des promotions
futures.
Le Comte de Hazfeld fe démet , à caufe de fon
grand âge , de la place de Miniftre d'Etat au département
des affaires intérieures , il doit être
remplacé par le Comte Kolowrath. Le Comte de
Singendorf fera grand Chancelier de Bohême &
d'Autriche. Le Vice- Chancelier Baron de Gecler
pourroit bien être nommé Miniftre des Affaires.
Etrangeres ; d'autres le font député de l'Empereur
à la Diete de l'Empire , & M. le Baron de
Lebr doit fuccéder dans la place de Vice- Chancelier
Le 12 de ce mois , les habitans Catholiques
d'Erlang ont fait célébrer pour la premiere
fois l'office dans une falle de la Mai--
fon de ville , que l'on a fait arranger à cet
effet , jufqu'à ce qu'ils puiffent conftruire:
une Eglife.
On compte dans Leipfick s fabriques de dentelles
& de gallons d'or & d'argent , qui occupent
environ 400 perfonnes tant hommes que
femmes ; 2 fabriques de broderie en or , argent
& foie , les ouvriers font au nombre de 150 %
( 205 )
or métiers pour la fabrication des velours &
étoffes de foie & mi-foie , chaque métier pour le
velours en fournit par an 8 pieces , chacune de
40 aulnes de Brabant , & chaque métier pour les
étoffes de foie unies , auffi 8 pieces , chacune de
80 aulnes de France ; 121 métiers pour la fabrication
de bas de foie & de laine ; 10 fabriques
de toile cirée & de tapis ; 500 perfonnes y
font occupées , & fourniffent par an entre 40 à
50,000 pieces , chacune de 12 aunes ; 9 fabri
ques de tabac en poudre & à fumer ; elles occu
pent environ 200 perfonnes ; le tabac eft un
grand objet de commerce pour la ville ; elle en
débite par an pour fon propre compte , & par
commiffion , entre 70 à 80,000 quintaux ; 2 fa-,
briques d'inftrumens de Mufique à vent , une fa
brique de cartes à jouer , qui occupe une trentaine
de perfonnes ; on y fait 36 diverfes efpeces
de cartes ; z fabriques de papier - tapifferie de
toute efpece ; une fabrique de bougies ; une fa… :
brique de gros drap , & beaucoup de teinturiers:
en drap , laine , toile & pelleterie .
ITALI E.
"
3
DE VENISE , le 24 Décembre ,
On a appris par les dernieres dépêches du
Chevalier Emo, que le vaiffeau la Forza avoit
échoué fur un banc de fable , mais qu'il efpéroit
de le remettre à flot. La Cour de Naples
a envoyé les ordres les plus précis à
Trapani , pour qu'on donne à l'efcadre Vénitienne
toute l'affiftance poffible . Notre
Commandant fe loue beaucoup des fons.
& de l'activité du fieur Condulmer, qui s'étant
apperçu que des bâtimens Hollandois
avoient le deffein d'envelopper fonsvaiſſeau ,
( 206 )
avoit fait les manoeuvres les plus habiles
pour les combattre avec avantage.
DE PARM E, le 9 Janvier.
La proclamation fuivante , relative aux
Finances royales du Duché de Parme , a été
publiée dans la Capitale.
Ferdinand I , par la grace de Dieu , Infant
d'Espagne , Duc de Parme , Plaifance & Guastalle
, & c. & c.
Après avoir réfléchi plufieurs fois fur la fitua
tion actuelle de nos finances royales , nous avons
donné depuis quelque tems tous nos foins à
l'établiffement d'un nouveau ſyſtème pour le réglement
des Finances royales & politiques , dans
la vue de rendre aux droits régaliens tombés en
décadence.lear premiere vigueur , & de foulager
pour un tems notre Tréfor des avances urgentes
qu'il a été obligé de faire . L'établiffement d'une
nouvelle ferme générale nous a paru quelquefois
très-propre à remplir le double objet fufdit ; mais
notre coeur paternel ayant fenti qu'il n'en pouvoit
pas réfulter beaucoup de conféquences heureufes
pour la tranquillité des fujets , nous n'avons
pu envisager un pareil projet qu'avec une forte
de répugnace . Néanmoins fentant la néceffité urgente
qui s'eft manifeftée de pourvoir promptement
aux beſoins de notre Tréfor royal , afin
qu'il foit en état de fatisfaire aux obligations qui
font dûes à la foi publique & au foutien indifpenfable
de la Principauté , nous nous étions dé
terminés à vaincre la répugnance que nous avions
d'adopter un fyftême qui ne nous plaifoit pas.
Mais puifque , d'après la réflexion particulière
que nous faifons , que l'attente des verfemens de
fonds que nous avions invité de faire à plufieurs
reptiles avec la formalité des cédules publiques
accoutumées , avoit été fruftrée pendant plufieurs
( 207 )
mois , nous nous voyons rendus au premier état
de pouvoir librement prendre toute autre mefure
plus convenable , fur- tout à cauſe de l'incertitude
évidente où nous fommes du meilleur
fuccès d'autres cédules invitatoires . En conféquence
, comme il s'eft préſenté à nous une.Société
composée de fujets habitans , avec un projet
de contrat focial entre la Chambre royale .
& les Prêteurs , nous avons jugé un pareil expédient
affez conforme à la premiere idée qui
nous avoit été fuggérée pour concilier le meilleur
avantage de nos Finances avec la tranquillité
de nos fujets , & nous nous fommes déterminés
pour ces raifons , & pour d'autres que
nous nous réservons , & auffi d'après l'exemple
d'autres Puiffances, à approuver dans fon entier ,
& à accepter par notre Décret fouverain du 23
Novembre dernier , le Contrat de Société qui
nous a été offert ; lequel , fous la dénomination
de Ferme mixte , durera pendant neuf années confécutives
, & devra avoir fon effet le premier
jour de l'année 1785 , l'Acte que nous avons demandé
au Magiftrat de la Chambre des Comptes ,
étant déja dreffé.
En attendant , l'autorité ordinaire du même
Tribunal fera chargée de prendre toutes les
mefures qui feront néceffaires par la fuite pour
faire connoître généralement les difpofitions que
nous avons énoncées , & tout ce qui regardera
leur exécution , attendant de l'obéiffance de nos
très - amés fujets , qu'ils fe conformeront en tous
points aux objets que nous avons eus en vue dans
l'inftitution de ce Contrat focial . Donné dans
notre Palais de Colorno le 17 Décembre 1784.
Signé , FERDINAND. Profperomascara ..
L'urne de Granite rouge oriental , dans
laquelle répofoient les cendres de Sainte7
208 )
Helene , & qui étoit ci - devant dans l'Eglife
de S. Jean de Latran à Rome , ayant été réparée
en entier par le fameux Sculpteur Pierantoni
, fera placée inceffaniment dans le
Mufée du Vatican.
GRANDE-BRETAGNE.
-DE LONDRES , le 15 Janvier.
M. Powis a pris congé de S. M. étant
nommé Secrétaire du Viceroi en Irlande.
Lundi dernier , le Général Haldimand
Gouverneur en chef du Canada , eft arrivé
ici , & le 12 , il a été préſenté au Roi qui l'a
accueilli très - gracieufement. Une Gazette
étrangere , qui a déja répandu plus d'une
impofture fur M. Haldimand , vient d'annoncer
qu'à fon retour , il avoit été arrêté ,
pour une réclamation de 30,000 liv . fterl . ,
faite contre lui par un Gentilhomme François
établi au Canada. Il n'y a pas un mot
de vrai dans ce récit. On n'arrête perfonne
en Angleterre avant que les Tribunaux
aient adjugé au plaignant fes demandes : les
30,000 liv. fterl . du Gentilhomme pourront
bien fe réduire à trente oboles , lorfque des
Magiftrats un peu plus purs que les Gazetiers
, examineront ces chimériques exactions
du Général.
Le floop du Roi l'Atlante , de 16 cap. Foley ,
eft auffi arrivé de Quebec à Portmouth . Il eft
forti du fleuve S. Laurent le 29 Novembre dernier
, tems auquel tout étoit tranquille . Les vaiffeaux
qui ne fe propofoient point d'hiverner à
Québec, fe préparoient à en fortir. Le Gouver
( 209 )
nement s'occupoit du foin d'établir , d'après les
inftructions de la Cour , un commerce avec les
Nations indiennes , fans fe compromettre avec
les Etats-Unis. Jufqu'alors il n'y avoit eu en effet
aucun fujet de crainte , les habitans américains
& anglois s'étant ftrictement contenus dans les
limites fixées par les traités . Les Américains ont
plufieurs petits bâtimens fur les lacs ; mais ils
font la plupart défarmés , & n'ont d'autre objet
que le commerce . Le Gouvernement du Canada,
dévolu par intérim au Brigadier général Saint-
Léger , a formé une nouvelle Colonie fur la rive
méridionale du lac Ontario , près d'Eikonsplaish,
dans une fituation qui femble pouvoir faciliter &
hâter le commerce des pelleteries avec les Indiens
. Un certain nombre de colons font déja arrivés,
& on conftruit des habitations . Quant à la
fûreté de cet établiffement , elle dépendra de la
difpofition des Sauvages à notre égard .
Le Tréforier des troupes , fous les ordres
du Colonel Baillie , a envoyé au Gouvernement
un détail circonftancié & officiel du
maffacre du Général Mathæus & des autres
Officiers prifonniers de Tippoo- Saib ; ces dépêches
reçues par M. Strachey ont été remifes
au Bureau des Commiffaires , & à la 、
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes ; elles feront bientôt publiques.
Les affaires relatives au commerce de l'Amérique
avec les ifles , & l'adouciffement de l'acte
de navigation feront prifes férieufement en confidération
dans le Parlement . Les François , en
ouvrant leurs ifles aux Américains , appuient fortement
les argumens de ceux qui s'oppofoient aux
reftrictions. La nature a combattu contre ces ref-
Brictions dans l'ifle de la Jamaïque , & on a été
( 210 )
force de laiffer entrer librement les vaiffeaux
américains , chargés de provifions & de bois de
conftruction. L'Amiral Campbell les a auffi admis
à Terre- Neuve. Il a écrit qu'il ne ſe connoiſſoit
point en politique , & qu'il ne fe croyoit pas en
état de difcuter la queftion ; mais que comme
homme doué de fentimens d'humanité , & connoiffant
la maniere de voir de fon maître , il ne
pouvoit point laiffer une Colonie entiere mourir
de faim , lorfqu'il étoit en fon pouvoir de lui procurer
des vivres,
Le Miniftere s'occupe avec la plus grande
activité de toutes les mefures tendantes à
améliorer & à étendre le commerce dans
l'univerfalité des poffeffions Britanniques,
En conféquence d'un ordre du Roi , le Ġouverneur
de Gibraltar a convoqué en Novembre
dernier , une affemblée des Négocians
de cette place , en les appellant à délibérer
fur l'état actuel de fon commerce ,
comme fur les moyens d'en fortifier les
branches & d'en ouvrir de nouvelles . Gibral
tar a été déclaré port franc par une proclamation
royale.
On va , dit- on , mettre un droit additionnel fur
l'exportation des chevaux , en conféquence d'une
repréſentation qu'on a faite au Miniftre , que les
demandes confidérables de chevaux anglois pour
le continent , ont déterminé plufieurs gros fer
miers à convertir leurs terres à bled en pâturage,
Cette opération a augmenté confidérablement la
mifere du pauvre , parce que le fermier qui employoit
pour l'agriculture fept à huit perſonnes ,
n'en abefoin que de deux. Dans certains endroits
du Lincolnshire , du Leiceflershire , & du Yorkshire
, cette pratique a ruiné la claſſe la plus pau(
211 )
vre du peuple. On ne peut prévenir ce mal ;
qu'en mettant des obftacles à l'exportation trop
générale des chevaux de toute efpece .
On vient très - récemment d'exporter à
Oftende un grand nombre de chevaux ,
achetés pour la cavalerie Autrichienne , vu
qu'il eût été trop difpendieux de les faire
venir de Hongrie : chaque cheval rendu dans
les Pays - Bas , revient à 30 liv. fterl.
Dans fa lettre aux Directeurs de la Compagnie
des Indes , M. Haftings parle en ces
termes de Tippoo - Saïb.
Quelque infidélité qu'il médite contre notre
derniere pacification , il n'eſt pas à préfumer
qu'il veuille s'engager à de nouvelles hoftilités ,
lorfqu'il réfléchira fur les difficultés de la derniere
guerre , & qu'il confidérera qu'elles font encore
dix fois plus fortes par la réunion complette de
toutes nos forces raffemblées , par l'état précaire
de fon autorité , par la perte de fes premieres
reffources , par la ligue bien notoire que les Etats.
voifins , jadis fes alliés , forment actuellement
contre lui , par l'abandon de ſes alliés européens,
& enfin par la défection de fes propres troupes
mécontentes & haraffées de leur long fervice ?
Voici l'état des vaiffeaux défarmés dans
les différens ports au premier janvier , tel
qu'il a été préfenté à l'Amirauté.
Ports. V. de lig. V. de 5o . Frég. Sloop.
Deptford &
Woolwick ,
3. 35. 13.
Chatham , 24. 7. 18. 4.
Sheerneff , 3. 2 .
11. 7.
Portſmouth, 47. I. 16. 6.
Plimouth ,
31 .
2. 11. 4.
|
Totaux 108. 12. 91 . 4.
( 212 )
L'Etat des Vaiffeaux de garde eft le même
dans tous les Ports que celui du mois précédent.
La Compagnie a acheté tous les thés qui
fe trouvent en Europe , excepté ceux que la
Compagnie Hollandoife a gardés pour fon
ufage.
La cargaifon du Yacht le Kingston , arrivé
´dernierement dans la Tamiſe de Copenhague avec
des Thés pour le compte de la Compagnie des
Indes , confifte en
196. grandes caiffes de Bouys.
919. petites caiffes de Congo.
247. dites de Hyfon.
275. dites de Singlo .
172. dites de Souchon.
La Compagnie des Indes gagnera beaucoup à
ce qu'on affure fur les achats qu'elle a faits à la
Compagnie impériale d'Oftende & à la Compagnie
Danoife de Copenhague. Son bénéfice fur
les Thés communs , tous frais faits fera de
fou & quart fterling par livre pefant , & celui
fur les Thés Hyffon , beaucoup plus confidérable
encore. On peut juger d'après cela les fommes
qu'elle gagnera.
>
On apprend par des lettres de Déal l'heureux
fuccès d'une nouvelle tentative vigoureufe
pour anéantir la contrebande .
Le Gouvernement ayant reçu avis que , pendant
la faifon actuelle de l'hyver , les Contreban
diers avoient fait entrer un nombre confidérable
de leurs Bâtimens dans les criques & havres
fitués fur la côte , il donna en conféquence les
ordres les plus précis à différens efpions affidés
pour épier tous les mouvemens de ces Navires &
pour en faire leur rapport de temps entemps . Dès
( 213 ),
qu'on eut jugé que le moment étoit favorable pour
fe faifir de tous ces Vaiffeaux ; on nomma quelques-
uns des Officiers de la Marine Royale , les
plus expérimentés , pour commander un certain
nombre de Cutters convenablement armés & en
état de mettre à exécution l'entreprise projetée.
A cet effet , les Cutters fe placerent à des diflances
convenables , & agiffant avec le plus grand
fecret & la plus ferme réfolution , il remplirent
complettement leur miffion , qu'ils s'emparerent
de prefque tous les Bâtimens contrebandiers qu'ils
emmenerent avec eux à la mer , afin qu'en les
difperfant ainfi il puffent les reconduire avec plus
de sûreté dans les différens ports de la Grande-
Bretagne.
Ce coup eft le plus terrible qui ait jamais été
porté aux Contrebandiers , puifque , jufqu'ici leurs
richeffes immenfes & leurs combinaifons ingénieufes
les ont mis en état de vaincre les plus grands
obftacles. Mais aujourd'hui toutes les reffources .
poffibles leur font enlevées , & il ne leur refte
plus d'alternative .
En mouillant dans les eaux de Port-Rofe
way,
les marins découvrent une ifle où il ne
fe trouve qu'un feul habitant , nommét
M. Bud. Cet homme fingulier a conçu depuis
quelques années le plus grand dégoût
pour le monde , & a pris la réfolution de
s'en féparer. Pour cet effet , il a choifi la
retraite la plus affreufe , qui ait été découverte
jufqu'ici dans ce climat glacé ; il y a
tranſporté un petit nombre d'animaux domeftiques
, & un affortiment d'outils néceffaires
; & il y vit depuis quinze ans , parfaitement
content & tranquille. Son habitation
( 214 )
eft fituée près du rivage , & lorfque quelque
vaiffeau approche de la côte , il invite les
gens de l'équipage à mettre pied à terre; &
il leur diftribue généreulement quantité de
provifions , qu'un peu d'induftrie la mis en
état de recueillir d'un fol fertile.
On lit dans le dernier volume des Tranfactions
philofophiques la lettre fuivante du
célébre Herſchel , adreffée à M. Bancks ,
Préfident de la Société Royale.
» Selon les obfervations des plus habiles Aftronomes
de l'Europe , il paroît que la nouvelle planète
que j'ai eu l'honneur de leur faire connoî
tre en Mars 1781 , eft une des principales de
notre fyftême folaire . Un corps qui a tant de
rapport avec nous par la reflemblance de fa
condition ou de fa fituation , dans l'efpace immenfe
des cieux étoilés , doit fans doute être fouvent
le fujet des converfations , non feulement des
Aftronomes , mais encore de tous les amateurs
des Sciences en général . Il me paroît donc néceffaire
de lui donner un nom qui la diftingue des
autres planètes & des étoiles fixes . Dans les
âges fabuleux de l'antiquite , on donna aux planètes
connues , les noms de Mercure , Venus
Mars , Jupiter , Saturne , comme étant ceux
des perfonnages les plus illuftres de ces tempslà.
Mais dans un âge plus philofophique , il n'eft
plus permis de recourir au nom de Junon , Pallas ,
Apollon , Minerve pour nommer notre nouveau
corps célefte . Le premier point qu'on doit envifager
dans un événement particulier & remarquable
, c'eft , me femble , fon époque . En
effet la poflérité pourra demander en quel temps
cette planète a été découverte. Peut- on mieux
( 215 )
répondre à cette demande , qu'en difant que c'eft
fous le regne de George III , Roi d'Angleterre ?
Comme Philofophe , je penfe donc que le nom
d'Aftre de George , ou Georgium Sidus , préfente
une dénomination convenable pour montrer &
le temps & la contrée où ce corps céleste a été
apperçu la premiere fois . D'ailleurs comme
fujet du meilleur des Rois , généreux Protecteur
des Sciences & des Arts ; comme originaire du
pays d'où fon illuftre famille a été appellée au
trône de la Grande Bretagne ; comme membre
de cette fociété fi floriffante & fi diflinguée à la
faveur des liberalités de fon Protecteur royal ;
enfin , comme homme vivant actuellement fousla
protection fpéciale de cet excellent Monarque
, & devant tout à fa bonté fans bornes ; je
faifis avec le plus vif empreffement , cette
occafion d'exprimer ma fenfibilité & ma reconnoiffance
, en donnant le nom d'Aftre
George ,
Georgium Sidus.
-Jam nunc affuefce vocari. Virgil . Georg.
à une planette qui , relativement à nous , a com
mencé à briller fous les aufpces de fon règne.
En vous adreffant cette lettre , Monfieur , je
prends les moyens les plus efficaces pour faire
agréer cette dénomination à tous les Savans de
P'Europe ; & je préfume de leur honnêteté , qu'ils
l'admettront avec plaifir . J'ai l'honneur d'ê
tre , & c.
Signé W. HERSCHEL .
M. Herſchel a déjà découvert plus de 900
Etoiles doubles , à la faveur de l'excellent
Télescope , & jufqu'à préſent l'unique dont il
cft l'auteur.
Des lettres d'Antigoa contiennent des
( 216 )
particularités fingulieres fur le Schooner , la
Diana , enlevé au mois de Mai dernier , par
des Negres marons , & rencontré par le bâtiment
le Lord North, qui l'a reconduit à
Briftol.
Le 13 Juillet , le Lord North , à environ quarante
lieues à l'ouest du cap Clear , apperçut dans
le fud un petit bâtiment qui portoit, fur lui , &
dont la marche était très-irréguliere. — Au
bout de deux heures environ , le Schooner joignit
le Lord North , & ayant été hélé , il répondit
qu'il venoit d'Antigues , qu'il étoit deftiné pour le
Grand- Cocrou fut la côte d'Afrique ; qu'ils avoient
perdu la vraie route , & qu'ils ne buvoient que de
l'eau de mer depuis plus d'un mois ; qu'ils étoient
tous des négres , & fupplioient qu'on les reçût
à bord du Lord North. Un Officier & quelques
matelots de ce dernier batiment le rendirent en
conféquence à bord du Schooner , & revinrent
avec tout l'équipage , compofá de dix perfonnes ,
huit hommes , un enfant & une femme, Ils
avouerent qu'ils avoient déferté à bord du Schooner
du port de Saint John ( ifle d'Antigues ) le
16 Mai , avec le deffein de fe rendre à la côte
d'Afrique qu'ils avoient exécuté cette entrepriſe
à l'infligation d'un noir appellé Will , précédemment
maître d'équipage du Schooner . Will en
avoit pris le command ment , & leur avoit promis
de les conduire en Afrique ; mais l'équipage
ayant reconnu que leur nouveau Capitaine n'étoit
pas auffi bon navigateur qu'il l'avoit annoncé , &
que fa préfomption téméraire les avoit exposés à
périr , il y avoit eu une révolte à bord trois jours
avant la rencontre du Lord North ; le Capitaine
Will & le maître d'équipage s'étoient vus réduits,
à la dure néceffité de fauter à la mer , & s'étoient
lorfqu'ils
( 217 )
noyés. Un enfant noir étoit mort fur le Schooner
quelque tems après fon départ . Ils ajouterent que
lorfqu'ils mirent à la voiled'Antigues , ils avoient
à bord deux petites futailles d'eau douce , un demi-
baril de porc , & une petite provifion de bif
cuit qui n'étoit pas encore confommée. Plufieurs
bâtimens leur avoient donné chaffe pendant leur
traverfée , mais infructueufement. Un des negres
mourut à bord du Lord North , qui arriva avec le
Schooner à Briftol : ce dernier étoit dans un
état très- délabré,
On a reçu depuis peu des nouvelles authentiques
de Berlin , par lefquelles on eſt
informé que Sa Majefté Pruffienne vient d'établir
de nouveaux réglemens pour la Société
des Francs Maçons , dont la fraternité
retirera les avantages les plus précieux . Plufieurs
des anciennes inftitutions , qui étoient
plutôt affaire de forme que d'ufage général ,
ont été annullées, & on a rédigé un nouveau
Code de Loix.
Il eft arrêté par les fufdits Réglemens , qu'on
ne recevra Maçons que les perfonnes de naiffance ,
de meurs , & de profeffion recommandables.
Chaque Membre paiera 25 rixdalers ( ou 4 liv.
3 fols flerl. ) pour le premier degré ; 50 rixdalers
( ou 8 liv. 6 f. fterl. ) pour paffer au fecond ;
& 100 rixdalers pour être reçu Maître Maçon .
Le Récipiendaire demeurera trois mois dans chaque
degré , & le Grand Tréforier divifera en
trois parts chaque fomme qu'il recevra. La premiere
, pour payer les frais de la Loge ; la feconde
, pour fubvenir aux befoins des freres qui
fe trouveront dans la détreffe ; & la troifieme
pour le foulagement des pauvres en général.
Une particularité digne d'attention , c'eft que
No. 5 , 29 Janvier 1785. k
(218 )
le Grand Frédéric fut reçu Maçon , fous la conf
titution écoffaife , dans la Loge établie à Bruns
wick le 15 Août 1738 , n'étant encore que Princo
Royal. Il fut tellement fatisfait des procédés de
la Société , qu'à fon avénement au Trône , il
s'occupa d'abord de l'établiffement d'une grande
Loge à Berlin. Ce Prince obtint à cet effet une
Patente d'Edimbourg , & depuis cette époque lá
Maçonnerie a toujours été en honneur dans tout
le Royaume de Pruffe , fous les heureux aufpices
de l'Alexandre du Nord .
Une lettre de la Barbade du 20 Octobre
dernier , porte :
11 eft arrivé dans cette Ifle il y a quelques
jours un phénomene très- fingulier. Dans cette
partie de l'ifle appellée Scotland' , à environ 12
milles de la ville , la Maifon-de- Ville d'un
village appellé Walcots , avec cinq ou fix autres
maisons & le moulin à fucre fe font enfoncés
en terre , graduellement & très - doucement
, fans la moindre apparence de tremblement
de terre. Perfonne n'a été tué ni bleffé ,
& dans tout le voisinage on n'a pas fouffert
d'autre dommage , excepté quelques cabanes
qui ont été ébranlées. Les faîtes des mailons
& du moulin à fucre font actuellement à raz de
terre, Une partie de ce terrein s'avance doucement
vers la mer , qui eft éloignée de cet endroit
environ d'un demi- mille.
On apprend de Mancheſter , qu'un particulier
aifé , Irlandois de nation , a penſé
être tué par les Manufacturiers de cette ville.
Il voyageoir , à ce qu'il paroît , par fimple
curiofité dans les villes de Manufactures ,
tant fur le continent qu'en Angleterre , pour
connoître les différentes machines qu'on y
( 219 )
employe , & la maniere de les travailler ,
mais fans aucun deffein d'entrer dans le commerce.
A fon arrivée dans l'une des Manufactures
de Mancheſter , les ouvriers , malheureuſement
pour lui , reconnurent à fon
accent , qu'il étoit Irlandois . Auffitôt on entend
dans la Manufacture un murmure général
; & le bruit fe répand qu'il étoit venu
pour voler , comme ils difent, leurs machines
, en en prenant des deffins. Ils faififfent
auffitôt l'Irlandois , & le maltraitent tellement
, que fans l'affiftance d'un bourgeois
de la ville qui le connoiffoit , ils l'auroient
infailliblement tué fur la place . Ses bleffures
font fi dangereuſes , que fa vie eft même enr
danger.
Un particulier de Newyork , que les affaires
avoient appellé à Albany , ayant entendu raconter
des merveilles d'une fecte connue fous le
nom de Shaking Quakers , réfolut de pouffer jufqu'à
Kanoch , où les membres de cette fecte font
leur réfidence. Voici les détails qu'il nous a
communiqués à ce sujet . Cette Congrégation
eft compofée d'environ 90 perfonnes . Un Fermier
de l'endroit eft chargé de leur entretien.
A la réception d'un profelyte : les Freres lui
confeillent de convertir tous fes biens en argent
& de le dépofer chez le Fermier , qui de fon
côté s'engage à lui fournir une nourriture
abondante & tout ce dont il peut avoir befoin .
Cette formalité étant remplie , le nouvel initié
commence à s'agiter de la maniere qui paroît la
plus agréable. La perfonne dont nous tenons ces
détails fut émerveillée de la facilité avec laquelle
ils exécutent des tours de force prefqu'incroyak
2
( 220 )
bles. Une femme entr'autres avoit acquis une
telle intelligence des principes de l'équilibre ,
qu'elle pouvoit pirouetter fur les talons pendant
une demi- heure de fuite , & avec une rapidité
inconcevable. Ces fectaires ont une extrême répugnance
à s'entretenir des dogmes de leur culte
mais il eft facile de juger qu'il y entre beaucoup
d'abfurdités. Ils fe contentent de déclarer qu'ils
ont tous été de grands pécheurs , & que c'est par
cette raison qu'ils fe mortifient par de pénibles
exercices.
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE,
PHILADELPHIE , le 9 Novembre.
Le 6 de ce mois , M. John Dickenson fut
réélu Préfident de cet Etat, & M. James
Irwine fut élu Vice -Préfident pour l'année
fuivante .
L'affemblée générale a paffé un Bill pour
maintenir les privileges des Miniftres publics
étrangers.
Il eft ftatué par cet acte que dans le cas où une
ou des perfonnes arrêteront , attaqueront , menacerent
ou infulteront la perfonne d'un Ambaffadeur
ou autre Miniftre public ou celle d'un Délégué
en Congrès , ou bien qu'ils violeront &
blefferont de telle maniere que ce foit les droits
& libertés dont les Ambaffadeurs ou autres Miniftres
publics jouiffent en vertu du droit des gens,
un tel offenfeur pourra être pourſuivi par la voie
du décret provitoire ou de l'information au nom
de la République , par- devant le Tribunal fuprême
de juftice , ou par - devant le Tribunal muni d'une
Commiflion particuliere pour juger certaines cauſes
( 221 )
( court of orpt aud terminer ) ; & lorfque le débe
aura été conítaté sûr par la conviction de l'accusé
ou par fon aveu ou bien par le prononcé du Juré,
une telle perfonne convaincue de la forte fera
eenſée avoir violé le droit des gens & troublé le
repos public , & elle fera punie par amende ou
emprisonnement , ou tout- à-la fois par amende
& emprisonnement , fuivant qu'il paroîtra convenable
au Tribunal par- devant lequel la cauſe aura
été jugée.
Un abonné de la Gazette de New-Yorck
a adreffé au Rédacteur la lettre fuivante.
Je fuis enchanté d'être à portée d'informer le
Public qu'il s'eft établi dans cette ville une fociété
pour encourager l'émigration des Allemands , les
avantages que l'Etat de Penfylvanie a retirés des
travaux de ces hommes utiles nous font garans
de ceux que l'Etat deNew-Yorck doit le promettre
des établiffemens qui feront formés fur la partie
occidentale de fon territoire. J'apprends que la
Société a fait choix du Colonel Lutterloh pour
fon Préfident , & que le Colonel Weiffenfels a
été élu Vice - Préfident. Ces deux Officiers fe
font diftingués , comme on fait , dans la derniere
révolution , particulierement le dernier qui s'embarqua
avec l'immortel Montgommery pour l'expédition
du Canada.
L'hiftoire des actions infâmes n'en contient
peut-être pas une à comparer à celle-ci .
Un Colon de la Caroline Méridionale , attaqué
d'une maladie dangereufe , s'imagina que le Negre
chargé de le fervir ne lui donnoit pas tous les
foins en fon pouvoir ; en conféquence il ordonna
à fon fils de le tuer fur le champ. Le jeune homme
ne voulant pas punir auffi féverement une faute
involontaire , prit fur lui de faire des repréfentak
3 .
( 222 )
1
tions à fon pere , & il mit tant d'énergie dans les
expreffions , qu'il pouffa à bout fa patience . Le
pere ordonna à fon fils de fortir de la Chambre ,
& il envoya chercher un Notaire , auquel il enjoignit
de faire dans fon teftament des changemens
qui réduifirent fon fils à la mendicité. II
fit enfuite approcher le Negre près de fon lit , &
tandis que fes domestiques le tenoient , cet homme
féroce , tranfporté de rage , fe leva fur fon féant
& lui coupa tous les doigts des pieds ; après quoi
le malheureux , épuiſé par les douleurs & la vio:
lence de l'opération , expira.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 19 Janvier.
Le 16 de ce mois , la Comteffe de Sérent
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Familie Royale par la Marquife
de Sérent , Dame d'Atours de Madame Elifabeth
de France.
Le même jour , le fieur de Fourcroy ,
Grand -Croix de l'Ordre royal & militaire
de Saint- Louis , Maréchal - de camp & Directeur
du Corps Royal du Génie , l'un des
Correfpondans de l'Académie des Sciences ,
qui l'avoit élu dans fa féance du 27 Novembre
de l'année derniere , à la place d'un de
fes Affociés libres vacante par la mort du
Comte de Milly , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi en cette qualité.
DE PARIS, le 25 Janvier.
Le zele de M. Blanchard n'eft point reſté
( 223 )
fans récompenfe. Sa Majefté lui a accordé
une penfion de 1200 liv. & une gratification
de 12000 liv. Il a été applaudi aux divers
fpectacles où il s'eft préfenté , & il étoit
jufte qu'il n'eût pas à fe plaindre de fon heureufe
témérité.
M. Pilatre de Rozier paroît décidé à
l'imiter , puifqu'il doit repartir pour Boulogne
; mais ces deux entrepriſes font bien
différentes. Celle à venir eft contrariée par
les vents dominans fur la Manche ; la pointe
du Comté de Kent , une fois manquée , les
côtes d'Angleterre s'écartent tellement au
nord & à l'Oueft , qu'on peut parcourir les
airs dans la mer d'Allemagne ou dans l'Océan
pendant bien des jours avant de toucher
terre. Il est même difficile de prévoir la
durée de ce féjour aërien. On affure qu'en
conféquence M. Pilatre prend des vivres
pour fix mois , & que fon ballon eft imperméable.
Les efprits ardens l'envoient déja
en Amérique tout eft poffible , difent - ils ,
puifqu'on a traverfé la Manche : en accordant
cette univerfelle poffibilité , on conviendra
que celle de paffer un bras de mer
de fept lieues , n'eft pas tout -à-fait de la
même nature que celle de parcourir 1500 à
2000 lieues fur l'Atlantique .
Le 24 Octobre dernier , le Roi a rendu
une Ordonnance portant création du Corps
Royal de l'Artillerie des Colonies ..
Ce Corps confiftera en un régiment de vingt
compagnies de Canoniers Bombardiers , & deux
k 4
( 224
1
compagnies d'Ouvriers. Le Corps royal de l'Ar
tillerie de France fournira aux premieres 470
hommes , & aux fecondes 72 hommes avec les
Officiers néceffaires . Ce Corps qui tiendra le
premier rang parmi les troupes d'infanterie des
Colonies , fera divifé en cinq brigades , dont le
rang eft fixé. Chaque compagnie fera compofée
d'un Sergent-major , un Sergent- fourier- écrivain
cinq Sergens , cinq Caporaux , cinq Appointés ,
cinq Artificiers , cinq Canoniers- Bombardiers de
premiere claffe , vingt de feconde , quarante
Aprentis & un Tambour , formant quatre - vingt
huit hommes. L'Etat- major fera compofé d'un
Colonel , de quatre Lieutenant - Colonels , dont
un fera Directeur de l'Arfenal des Colonies , de
cinq Chefs de brigade , un Major , trois Aides-
Majors , un Quartier-Maitre- Tréforier & un Tambour
Major. L'Ordonnance regle leurs fonctions ,
leurs rangs , ceux des Officiers de chaque Compagnie
, la bourfe du Soldat , le placement de
fes fonds, l'établiffement de l'Arfenal des Co-
Lonies.
Nous avons été les feuls dans le tems à
donner les circonftances du combat de Goudelour.
C'eſt un de ces événemens qui , fans
acquérir une grande célébrité , fixent la réputation
des corps militaires.
Pour en conferver la mémoire , un ancien Cepitaine
d'Auftrafie a fait élever à quelques lieues
de Guincamp en Bretagne, un tombeau furmonté
d'un trophée d'armes , fur le bord d'un canal
qui fépare un bois de fon jardin . On lit fur les
quatre faces les infcriptions fuivantes.
Manibus Commilitonum
In campis Goudelour jacentium ,
Hoc virtutis monimentum & mæroris
Amica manus confecrat.
(225 )
Quæcunque peradum:
Exhibuit monimenta valor , fequataque ferro.
Militiae pietas auftrafia turma delevit.
Ar glorum Legionibus filis cæfis .
Fugatis XX millibus jurato victoriæ jusjurando.
Non ignara tamen poft hæc exempla virorum
Agmina perfpicient , quid poffit heroica virtus
Ignorant ne datos numerus > ne terréat enfes ?
Ce monument fait honneur à l'Inſtituteur,
& vaut bien affurément ceux qu'on multiplie
dans les jardins en faveur d'un ſerin ou
d'un épagneul.
M. le Provoft, Curé de S. Marc d'Ouilly ,
Diocefe de Bayeux , nous mande , en ces
termes , la guérifon d'une épilepfie due à un
accident prefque mortel.
Une jeune fille de ma Paroifle éprouvoit depuis
l'âge de treize ans le plus affreux accès d'épilepfie.
Amèrement affligée d'un fpectacle d'autant
plus trifte , qu'il devenoit tous les jours plus
fréquent ; fa famille avoit inutilement confulté
Médecins & Empyriques. Leurs vifites & leurs
médicamens avoient appauvri la maison , fans
alléger le mal de cette infortunée . Enfin abandonnée
uniquement à la Providence & aux foins
de fa famille ; cette fille étoit , il y a environ
18 mois , affife auprès d'un grand feu fur lequel
étoit une chaudiere pleine de leffive prefqu'au
degré d'ébulition. Malgré les dépenfes & pendant
l'abfence de fa mere qui venoit de fortir
pour un moment , elle s'incline pour attifer le
feu , & tombe fur le tuyau qui conduit la leffive
de la cuve au chaudron , & la renverse fur elle ,
Attirée par le bruit , fa mere précipite fes pas ,
( 226 )
trouve fa fille étendue au coin du foyer , le vifage
contre terre, & baignée de leffive. On fe hate
de lui ôter fes habits , fa peau s'enleve avec eux
par lambeaux , ce n'eft qu'une plaie hideuſe qui
la couvre depuis la nuque jufqu'au bas de l'échine
on la croit fans vie , & on ne fonge pas même à
lui adminiftrer le moindre fecours. Néanmoins
elle laiffe échapper un ou deux foupirs : alors
on commence à eſpérer pour elle ; on applique
fur fes plaies le cérat de Gallien , il s'y établit
une fupuration abondante , & après deux mois
graces aux foins qu'on lui prodigue , elle eft parfaitement
guérie & de fa brûlure , & du mal
cruel qui en a été la premiere cauſe. Avant
cette époque , quoique âgée de 19 à 20 ans , elle
n'avoit éprouvé aucune évacuation périodique ,
& depuis fes parens m'ont attefté que cette fuppreflion
n'avoit plus lieu . Elle jouit maintenant
à tous égards de la fanté la plus parfaite . Je crois
qu'on peut en conclure que le mal caduc , furtout
lorsqu'il n'eſt pas héréditaire , n'eft pas auffr
in curable qu'on le penfe. Cette fille ayant été
pleinement délivrée au moyen d'une fupuration
copieufe , établie par accident fur fon dos pendant
denx mois , pourquoi les maîtres de l'art ne pour
roient-ils tenter la guérifon des épileptiques , en
leur appliquant , depuis la nuque jufqu'à l'os facrum,
foit un emplâtre véficatoire ordinaire , foit la
pommade épipaftique , foit enfin l'excellent onguent
de l'Abbaye du Bec.
La révolution générale éprouvée par
l'épileptique , pourroit avoir occafionné fon
foulagement , tout comme la fuppuration :
on a vu des émotions violentes fufpendre
les progrès de cette affreufe maladie , & il eft
prudent d'attendre les fuites de ce rétablifle,
( 227 )
•
ment , avant que de tenter le remede propofé
par M. le Provoft.
Le dix -feptieme chapitre du voyage de Sicile
& de Malthe par M. Houel eft actuellement
en vente chez l'Auteur , rue du Coq Saint-
Honoré. Il comprend la fuite des antiquités
de Taorminum , Tombeaux , Réferves
d'eaux , Gymnaſes , & un plan en carte du mont-
Etna ; cette fameufe montagne devant être l'objet
d'une defcription déjà commencée dans ce
dix -feptieme chapitre. Les gravures font parfaitement
dignes des premieres , & le texte eft trèsinftru
&tif. L'Auteur y donne des notions claires ,
fuceintes , exactes des ufages anciens , corref
pondans aux monumens qu'il décrit . Peu de
recueils de ce genre ont ce mérite à un plus
haut dégré.
La trégate la Coventry a apporté des dépêches
de M. de Buffy , actuellement à Pondichery.
Il s'éleva quelques difficultés de la
part des Anglois qui exigeoient la ceffion de
Trinquemale , ceffion refufée jufqu'à ce
qu'on eût reçu des inftructions précifes. Les
Anglois menaçoient d'ufer de violence ,
menaces rendues inutiles par les bonnes difpofition
de MM. de Peynier & de Saint-
Marfault la frégate la Précieufe , chargée
d'inftructions pour le Général , fixa heureufement
les doutes fur le fens du traité , qui a
reçu fon exécution fans ultérieur inconvénient.
Le Musée de Paris a tenu , le 9 du mois dernier
, dans fon nouveau local , rue Saint - Honoré ,
la fance publique de rentrée qui a été ouverte
k 6
( 228 )
par un difcours de M. de Cailhava , préfident ;
relatif à la circonstance .
M. de Trincano , Secrétaire Adjoint , a lu le
difcours fait par M. l'Abbé de S. Jean de Touloufe
, pour l'inſtallation du Musée de la même
ville , qui l'a adreffé au Muſée de Paris , comme
un ufage de l'union qui regne entre ces deux
fociétés littéraires..
M. le Changeux a récité enfuite un fable de
fa compofition également analogue à la rentrée
du Mufée , & qui a été fuivie d'un difcours de
M. Moreau de S. Méry , fur les moeurs & les
ufages du Royaume d'Ouair à la côte d'or . La
préfence du Prince , héritier préfomptif de ce
trône africain arendu ce morceau très - intéreffant .
M , Moreau de S. Méry y a fait remarquer combien
eft flatteur pour la nation françoife , le
motif qui a déterminé le Roi d'Ouaire à confier
fon fils âgé de zo ans , au Capitaine Landolphe
de Nantes ; & ce Prince , qui commence à entendre
notre langue , a pu gouter le plaifir d'être
applaudi , pendant qu'on parloit & de fa patrie
& de fes qualités perfonnelles.
par
A ce difcours a fuccédé celui de M. Hilliard
d'Auberteuil fur la maniere d'écrire l'Hiftoire ;
la lecture d'un fragment de traduction d'Hefiode
M. Gin ; celles des Poéfies d'Erine traduites
de l'anglois par M. de Grandmaiſon ; de deux
Odes d'Horace , traduites en vers par M. Defaughiers
fils ; & enfin de quelques Odes d'Anacréon
traduites auffi en vers par un autre membre
du Mufée .
>
La Séance a été terminée par des expériences
de phyfique & relatives aux différens Gaz
faites par M. Pilatre de Roziers. Le Prince
d'Ouaire y a mêlé un intérêt nouveau , fur
tour à celles fur l'électricité qui lui ont caufe
( 229 )
un jufte étonnement. Ce Prince conferverà fans
doute dans le climat brulant où il retourne dans
quelques mois , le fentiment d'eftime & d'admiration
que nos connoiffances lui ont infpicé . Il
compte folliciter l'agrément d'un pere que fon
abſence allarme peut être , pour venir , dans
un fecond voyage , chercher de nouvelles lumieres.
On nous adreffe de Beauvais l'annonce
fuivante d'une invention que nous révoquons
en doute , & que d'autres feront à même de
vérifier.
M. Toupillier , Procureur au Baillage & Siége
Préfidial de Beauvais , vient de réuffir dans l'expérience
d'une Pompe de fon invention. Cette
Pompe n'est ni foulante , ni afpirante , & peut
porter l'eau au fommet de la plus haute Montagne
, par un fimple tuyau - conducteur , en auffi
grande quantité que le fait la Pompe foulante.
Elle n'eft fujette à aucuns des inconvéniens qui
fe rencontrent dans les Pompes ordinaires ; &
la force motrice n'y eft uniquement employée
qu'à lever l'eau fans balancier ni contre- poids.
Il n'y a point de valvale qui puiſſe gêner à la
circulation de l'eau comme il s'en trouve dans
la Pompe foulante . La conftruction de cette Pompe
& de la Machine qui la fait mouvoir , eft fi
fimple que ce qui eft au par deffus des tuyaux &
de la roue motrice , doit être regardé comme
rien : de maniere que fi on la fubftituoit à la M₁-
chine de Marly , ( de la fupreffion de laquelle il
s'agit , ) il n'y auroit à conferver de cette Machine
que les roues & les tuyaux fans y faire de changemens.
L'entretien ne feroit pas un objet de
plus de quatre cens livres par an tandis que ce
feul objet , dans l'état actuel des chofes , monte
"
( 230 )
à plus de cent mille francs. J'efpere que M. Toupillier
approuvera le zèle que j'ai de participer
à rendre la découverte publique , & qu'il voudra
bien mettre la Société à portée de jouir des avantages
qui en réfulteront infailliblement ; en mettant
au jour les détails de cette Pompe , qui n'eft
venue à ma connoiffance que par le moyen d'une
converſation que j'ai eûe avec lui relativement
aux Pompes que l'on projette d'établir à Beauvais.
Les fuites convaincront que je n'ai rien avan⚫
cé que de vrai .
La Société Royale de Médecine a reçu
au nombre de fes Affociés Etrangers MM .
Merten's , Médecin à Vienne ; Walther, Profeffeur
d'Anatomie à Berlin , & le Chevalier
Bancks , Préfident de la Société Royale de
Londres .
Marguerite-Suzanne Fyot de la Marche, épouse
du Marquis Antoine - René de Voyer de Paulmy
d'Argenfon , Miniftre d'Etat , Chancelier de la
Reine , Chevalier- Commandeur des Ordres du
Roi & de ceux de Notre- Dame de Mont. Carmel &
de Saint- Lazare de Jérufalem , Grand'Croix de
P'Ordre Royal & Militaire de Saint - Louis , Bailli
d'Epée de l'Artillerie de France , l'un des 40 de
l'Académie Françoife , des Académies Royales des
Sciences & des Belles- Lettres , Gouverneur de
l'Arfenal de Paris , eft morte à l'Arſenal le 27 du
mois dernier.
Jean - Gabriel , Chevalier de Brons , ancien
Capitaine au Régiment de Conti , Chevalier
de l'ordre de S. Louis , est mort à Sarlat ,
dans la foixante- douzieme année de fon âge :
il avoit été griévement bleffé à la bataille de
Guastalla.
Armand- Gafton-Felix d'Andlau , Docteur de
( 231 )
Sorbonne ancien Aumônier du Roi , l'un des
quatre premiers Chevaliers héréditaires du Saint-
Empire Romain , & l'un des Seigneurs de la ville
d'Andlau , né le 7 Février 1707 , eft mort à
Paris le 3 Janvier 1785.
L'Académie Françoiſe , dans fa féance du
13 de ce mois , a fait choix du fieur Target ,
Avocat au Parlement , pour remplir la place
vacante par la mort de l'Abbé Àrnaud.
-
L'Académie royale des Infcriptions &
Belles Lettres , dans fon affemblée du 14
de ce mois , a élu Académicien- Affocié , à
la place vacante par la mort de l'Abbé Arnaud
, le fieur Houard , Avocat , Cenfeur
royal , Affocié libre de l'Académie des
Sciences , Belles - Lettres & Arts de Rouen.
L'Académie des Sciences & Belles Lettres
de Dijon , propoſe pour ſujets de prix en
1786 :
Determiner , par leurs propriétés refpeclives , la
différence effentielle du phlogistique & de la matiere
de la chaleur.
Tous les Savans , à l'exception des Académiciens
réfidens , feront admis au Concours. Ils ne
fe feront connoître ni directement , ni indirectement
; ils infcriront feulement leurs noms dans
un billet cacheté , & ils adrefferont leurs Ouvrages
francs de port , à M. MARFT , Docteur en
Médecine , Secrétaire perpétuel , qui recevra juſqu'au
1er . Avril 1786 , inclufivement , les Ouvrages
envoyés pour concourir au Prix propofé.
L'Académie s'étant vue forcée de réferver le
Prix dont le fujet étoit la théorie des vents , annonl'année
derniere , qu'elle adjugeroit ce Prix ,
qui eft double , á l'Auteur qui , en quelque tems ça ,
( 232 )
que ce fut , enverroit fur cet objet un Mémoire
fatisfaifant.
Ceux qui lui ont été récemment adreffés ,
n'ayant pas encore rempii les vues de la Compagnie
, elle réitere l'annonce qu'elle a déja faite,
& invite de nouveau les Phyficiens à s'occuper de
cet objet intéreffant.
Le Prix fondé par M. le Marquis du Terrail &
par Madame de Cruffol d'Uzès de Montaufier , fon
épouse , á préfent Duchefle de Caylus , confifte en
une Médaille d'or de la valeur de 300 livres ,
pertant , d'un côté , l'empreinte des armes & du
nom de M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devife de cette Société littéraire .
PROVINCES-UNIES.
LA
HAYE , le 23 Janvier.
Des abfurdités ou des inventions , voilà
fommairement ce que préfentent nos Feuilles
publiques depuis quelques femaines . Pas
un feul fait digne d'être rapporté. Au dé
faut d'événemens , ces mêmes Feuilles font
remplies de réflexions , de conjectures , de
prétendues tranfactions qui n'ont jamais
exifté que dans la tête des Gazetiers.
Il a été notifié à la Parade par S. A. S.
aux Officiers du Régiment des Gardes Dragons
, de fe tenir prêts à marcher au premier
ordre on les croit deſtinés à couvrir
les frontieres des provinces de Gueldres &
d'Overyffel.
:
Le Prince regnant de Waldeck a offert
fon cinquieme bataillon à la République , &
(( 233 )
le Duc de Saxe - Gotha a foufcrit à l'augmen
tation de fon Régiment au fervice des Provinces-
Unies. On dit le canton Suiffe de
Glaris dans les mêmes difpofitions , relativement
aux quatre Compagnies qu'il fournit
aux Etats - Généraux : cette derniere levée
fera une petite addition de 200 hommes.
Les Etats de Hollande ont chargé leurs
députés aux Etats - Généraux , d'infifter fur
la nomination de furveillans , foit d'une efpece
de repréſentans civils , pour concerter
les moyens de défenfe avec le Stathouder.
Les mêmes Etats demandent une Enquête ,
pour examiner les caufes du dénuement de
provifions dans Lillo , Maftricht & le Sasde
Gand, ce qui fera l'objet de nouvelles
difcuffions & de nouvelles animofités.
Les Papiers publics affirment qu'un officier
Suiffe au fervice de LL. HH. PP. a été arrêté
dans la Souabe & conduit à Fribourg en Brifgaw,
& que le même enlevement a été exécuté
par les Heífois fur un tranſport de recrues envoyées
en Hollande pour le corps de Rhingrave
de Salm .
On ne doit probablement pas plus de
eonfiance à ces deux nouvelles qu'à la fuivante
, que nous rapportons dans les termes
de nos Gazettes.
S. A. S. le Prince d'Orange avoit reçu le 30
Novembre paffé , une lettre écrite de la propre
main.du Roi de Suede , qui lui recommandoit particuliérement
le Colonel Sprengporten , Militaire
du premier mérite. Les nombreuſes occupations
qui , dans les circonftances préfentes , abforbent
( 234 )
toute l'attention de S. A. S. lui avoient proba
blement fait oublier cette Lettre . Cependant
S. M. ayant paru mécontente qu'on ne lui eût
fait aucune réponſe , fur-tout dans un tems où
il s'agit de prendre des troupes Suédoises au fervice
de L. H. P ; les Affemblées d'Etat ont fait
des démarches à ce fujet. Son Alteffe a accufé la
reception de cette Lettre , & a fait connoître en
même tems que le Roi de Suede offroit fix mille
hommes de fes troupes à la République.
PAY S- B A S.-
DE BRUXELLES , le 23 Janvier.
Les Chevaux de l'Empereur font arrivés
au nombre de 72 , conduits par 24 palfreniers
& deux chaffeurs ; fes équipages ne tarderont
pas à paroître dans cette Capitale ,
où S. M. I. elle-même eft attendue avant la
fin de l'hiver.
Le Régiment de Bender eft ici depuis
quelquesjours : il eft commandé par le Prince
d'Anhalt-Zerbſt.
Nos deux cutters font toujours en croifiere
entre Anvers & le fort Philippe : le
paffage de ce côté - là eft termé pour les navires
Hollandois & Autrichiens : le commerce
fe fait par Berg- op-Zoom.
On fait à Aix la - Chapelle les préparatifs
néceffaires à la réception de la groffe artillerie
confiftant en deux cents pieces de canon.
Les chauffées font chargées de travailleurs.
( 235 )
50000 facs ont été préparés ici pour les provi
fions de l'armée & 500 chariots font deftinés à
les voiturer . On prépare auffi des grils pour
les boulets rouges , plus de 40 voitures chargées
de munitions de guerre nous font arrivées de
Luxembourg On compte déjà au - delà de
5000 recrues faites dans le Brabant . Cependant
nous ne perdons point l'espérance d'une
réconciliation .
On voit la lifte fuivante des quartiers d'hiver
queprendront les troupes Impériales dans
les Pays-Bas.
Premiere Brigade.
A Luxembourg le Général - major Comte d'Alton
, les Régimens de Teutfchmeifter & Preiss ,
deux compagnies d'artillerie & de réferve , avec
le troiftème Batatllon du Régiment de Kaunitz.
Seconde Brigade.
A Louvain , le Baron Stader Général
Major , deux bataillons du régiment Tillier ; à
Namur, deux bataillons de Latterman ; à Bruxelles
, deux bataillons de Bender & le bataillon de
Grenadiers de Fourman , Lieutenant Colonel.
Troifieme Brigade.
A Thienen , le Général - Major Comte de Harrach
; une divifion du régiment des Houfards de
Wurmfer à Louvain ; deux divifions de l'Etat- Major
dudit régiment à Thienen ; une diviſion du
régiment des Houfards d'Efterhazi à Indoigne.
Une divifion du régiment de Dragons d'Arberg
avec l'Etat-Major , à Lier : une autre divifion à
Geel ; une demi-divifion à Tungerloo ; une demi(
236 )
1
divifion , & le troisieme bataillon du régimem de
Murray á Herve.
Quatrieme Brigade.
ABergen Hennegaw , le Général . Major Baron
de Lilien ; deux divifions du régiment de Dragons
de Saxen Cobourg , avec l'Etat- Major. Une divifion
à Ath ; trois divifions du régiment des Dragons
de Tofcane à Doornick , Oudenarde & Gand ; la
quatrieme divifion du régiment d'Arberg à Bergen-
Hennegaw.
Cinquieme Brigade & le Commandement général.
A Anvers , Son Alteffe le Prince de Ligne ,
Lieutenant Général - Commandant , & S. A. le
Duc d'Urfel , Général Major ; trois bataillons du
régiment de Clairfaye ; deux bataillons de Ligne ;
le troifieme bataillon de Ligne à Lier ; deux bataillons
de Kaunitz à Malines ; le Général- Major
Comte de Rutant à Gand ; deux bataillons de Mu-
Tay à Gand ; deux bataillons de Vierfet à Bruges ,
le troifieme.bataillon dudit régiment à Oftende ;
le troisieme régimens de Garnifon à Nieuport ; le
Général de Penzenftein , de l'Artillerie , avec le
fecond Régiment , à Malins ; le reste de l'Artillerie
eft partagé dans les divers régimens. Le
commandement des Pontonniers , ainfi qu'une
compagnie de Mineurs & Sapeurs à Namur.
A Bruxelles , les Chaffeurs & le détachement
de l'Etat-Major ; la direction du génie , S. A. R.
le Duc de Saxe - Tefchen , Commandant Général
en chef du Campement ; les Comtes de Murray ,
Ferraris , Colloredo , d'Arberg , & M. de Segenter ,
Commandans - Généraux.
Les lieux de campemens des Croates ,
( 237 )
Houllans , & d'autres Corps de troupes légeres
, ne font pas encore déterminés .
Les régimens de Cobourg & de Wurmfer
ont déja paffé Liege , & font attendus d'un
jour à l'autre dans le Brabant , ainfi que le
Général Lilien.
Selon la derniere Gazette de Vienne , les
lettres les plus récentes de la Tranſylvanie.
ont apporté la nouvelle certaine que les Walaques
qui s'étoient révoltés dans les comitats
d'Hunyad & de Zaranthe , ont été , par
les difpofitions du Gouvernement , ramemés
à leur devoir ; qu'ils ont remis le peu
d'armes qui étoient en leur poffeffion , &
qu'ils font retournés dans leurs maifons
après avoir promis de ne rien négliger pour
fe faifir de leur féducteur Horiah & de fon
complice , qui fe font enfuis dans les montagnes
, après avoir été abandonnés de leurs
partifans.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre les Héritiers de l'Abbé de Ricouard
d'Hérouville , Chanoine de l'Eglife de Paris , &
les Adminiftrateurs de l'Hôtel-Dieu.
DROIT de l'Hôtel - Dieu de Paris , de réclamer le
lit complet de l'Archevêque & celui des Cha
(1 ) On foufcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avøear, rue
& Hôtel de Serpente,
( 238 )
noines , quand ils viennent à décéder.
Ce droit eft fort ancien ; il eft la fuite & la reconnoiffance
des foins que les Religieufes de l'Hôtel-
Dieu rendent à M. l'Archevêque & aux Chanoines
, en cas de maladie , comme à leurs Supérieurs
Spirituels . Voici quelle en eft l'origine. --
La fucceffion mobiliaire de l'Evêque de Paris étoit
autrefois dévolue au Roi. Louis - le- Jeune, à la veille
de partir pour la Terre Sainte , abandonna ce droit,
moyennant une fomme d'argent que l'Evêque lui
donna. Cet Evêque , furnommé le Pere des
Pauvres , devenu maître de diſpoſer de fon mobilier
, voulut qu'à l'avenir , au décès de l'Evêque de
Paris , le lit dans lequel il feroit décédé , appartînt
à l'Hôtel-Dieu . Les Chanoines fuivirent l'exemple
du Prélat , & firent , en 1168 , un Statut qui fut
ainfi rédigé . « In Chrifti nomine , tam præfentibus
quam futuris innotefcat , quod ego
Barba Aurea , Dei gratiâ Parifienfis Ecclefiæ
» Decanus & univerfum ejufdem Ecclefiæ Capitulum
, confilio venerabilis Epifcopi noftri Mau
» ricii , in Capitulo noftro communi omnium af-
» cenfu , ad remiffionem omnium peccatorum
noftrorum conftituimus , quod quicumque Ca-
» nonicus Ecclefiæ noftræ decefferit , vel Præbendæ
fuæ quocumque modo renuntiaverit ; poft
» ejufdem deceffum , vel ob renuntiationem
» Hofpitali Beatæ Mariæ , quod eft ante portam
2
Ecclefiæ ejus , culcitram cum pulvinari & lin-
> teaminibus , omni occafione & contradictione
- remotâ , ad opus pauperum habeat. →→ Si verò
manfionarius in civitate non fuerit , vel ibi non
habeat lectum valens viginti folidos , de fuo ac-
» cipiatur , donec prædica integre reftituantur.
-Item , fi quis mafforiam ad Ecclefiam per-
» tinentem fufceperit , fimiliter culcitram cum
» pulvinari & linteaminibus eidem Hofpitali ,nof-
םכ
( 239 )
trå inftitutione donare cogatur , &c. & c.
Il fuit de ce Statut , que tout Chanoine qui m urt ,
ou qui renonce à la Prébende , ou qui obtient une
dignité dans fon Eglife , doit à l'Hôtel Dieu fon
lit , compofé d'une couchette , d'un traverfin &
d'une paire de draps ; & que s'il n'eft pas réfident
dans la ville , ou que fon lit ne foit pas de valeur
au moins de 20 fols , l'Hôtel - Dieu doit avoir au
moins la valeur de cette fomme.. Le lit d'un
Chanoine ne confiftoit alors qu'en une couchette ,
un traversin & une paire de draps ; mais dans les
fiecles poftérieurs, ce meuble étant devenu un objet.
de luxe, ce qui étoit une aumône de peu de valeur,
eft devenu un droit onéreux dont les Chanoines ont
cherché à s'affranchir. ·Par autre Délibération
de 1412 , interprétative du Statut de 1168 , le Chapitre
décida que l'Héritier du Chanoine décédé
pourroit conferver fon lit , en donnant à l'Hôtel-
Dieu la fomme deroo fols. Ce nouveau Statut
fut exécuté jufqu'en l'année 1592. A cette époque
, les Chanoines ayant ceffé d'être les Adminif
trateurs temporels de l'Hôtel -Dieu , les Directeurs
& Adminiftrateurs de cet Hôpital augmenterent
leurs prétentions , & foutinrent que tous les acceffoires
du lit , rideaux , courte - pointe & autres accompagnemens
, de quelque étoffe qu'ils fuffent ,
de foie , d'or , ou d'argent , leur devoient appartenir
leur demande fut accueillie , La Cour eftima
que l'efprit du Statur de 1168 avoit été de donner
à l'Hôtel- Dieu le lit du Chanoine décédé , tel
qu'il fe trouvoit , & non pas feulement la couchette
, le traverfin & la paire de draps ; & que
expreffions culcitram cum pulvinari & linteaminibus,
n'avoient été employées que pour défigner en détail
toutes les parties dont alors un lit étoit compofé
en conféquence , & fans s'arrêter à la Délibération
de 1412 , il fut jugé par les Arrêts de
les
( 240 )
1592 , 1600 , 1651 , & 1654 , cités par Félibien
Hift . de Paris , page 198 , que le lit de l'Arche
vêque & des Chanoines , domiciliés dans la Capitale
, appartenoit , après leur décès , à l'Hôtel-
Dieu , quelle qu'en fût la valeur. Depuis, l'ufage
a prévalu de donner à l'Hôtel - Dieu une fomme
d'argent , qui n'a jamais été moindre de 300 liv.
Le point de difficulté de cette Cauſe étoit ,
que l'Abbé de Ricouard d'Hérouville avoit ceffé
depuis long- tems d'être domicilié , de fait , à
Paris. Il y avoit 25 ans qu'il étoit Chanoine de
l'Eglife de Paris , lorfque des raifons, de ſanté
l'obligerent de quitter le féjour de la Capitale
pour prendre l'air de la campagne. Il acquit , vers
l'année 1769 , une maifon à Montmagny , & y
fixa fa demeure. Sa maiſon canoniale lui devenant
inutile , il s'en défit , & ſe contenta d'un petit appartement
, fis rue Meflée , où il couchoit , lorfqu'il
venoit à Paris pour affaires. L'Abbé d'Hérouville
eft mort à Montmagny , au mois de Novembre
1783. Ses Héritiers , après avoir pris connoiffance
des forces de fa fucceffion , ont été convaincus
qu'elle étoit infuffifante pour payer fes
Créanciers , & les réparations néceffaires à l'Abbaye
de S. Serge , dont le défunt étoit pourvu ;
néanmoins par honneur pour fa mémoire , ils fe
font portés Héritiers bénéficiaires . Lors de l'inventaire
, fait dans l'appartement de la rue Meflée,
l'Agent des affaires de l'Hôtel Dieu s'eft préſenté
pour réclamer le lit qui s'y trouvoit . Arrêt
du 4 Septembre 1784 , qui a condamné les Héritiers
de l'Abbé d'Hérouville à rendre & reftituer
à l'Hôtel - Dieu de Paris le lit complet dudit
Abbé , étant dans fa chambre à coucher , rue
MeЛlée , fi mieux ils n'aiment payer la fomme de
300 liv. pour fa valeur , & les a condamnés aux
dépens qu'ils pourroient employer.
-
1
MUSIQUE.
Concerto pour le baffon, are
ries ; données à Verfailles le 26
Août 1784, regiftrées en Parlement
le 10 Décembre fuivant . accompagnement de deux violons
alto & baffe , dédié à M. le Marquis
de Cadeville ; par Monfieur
le Comte de F*** : Euvre
XI. 3 1. 12 f. A Paris , chez
Bignon, place du Louvre , à l'Accord
parfait; & à lafalle de l'Opér
; & aux adreffes ordinaires de
A Paris , chez les mêmes. !
Lettres-Patentes du Roi , qui
ordonnent que la longueur des
mouchoirs qui fe fabriquent
dans le Royaume , fera égale à
leur largeur ; données à Verfailles
le 23 Septembre 1784 , regiftrées
en Parlement le 10 Dé- mufique.
cembre fuivant. A Paris , chez
les mêmes.
GRAVURES.
Portrait de M. Necker,ancien
Directeur général des Finances :
gravé par M. de Saint - Aubin ,
Graveur du Roi & de fa Bibliotheque
, d'après le tableau
original de M. Dupleffis , Peintre
du Roi , expofé au falon du
Louvre en 1783 , Eftampe de
douze pouces de haut fur neuf
de farge. Elle fe délivrera le 13 de
ce mois , chez l'Auteur , rue des
Prouvaires , vis-à - vis le Magafin
de Montpellier. On peut fe faite
inferire jufqu'à cette époque ,
pour avoir des épreuves de choix .
1
Deux Quintetti concertans
pour violon , hautbois , flûte ,
alto & violoncelle , dédiés à M.
le Marquis de Graffe ; par M. le
Comte de F *** . OEuvre III : 3
liv. 12 fols. A Paris , chez les
mêmes.
Trois trios concertans pour le
violon, alto & violoncelle ; dédiés
à M. le C. de Meſlon ; par M.
le C. de F ***: OEuvre VI : 31.
12 f. A Paris, chez les mêmes.
LIVRES ETRANGERS .
Hiftoire intéreffante d'un nouveau
voyage à la lune , & de la
defcente à Paris d'une jolie Dame
de cette terre étrangère , in- 82 .
liv. 4 fols. A Whiteland , & fe
trouve à Paris , chez F. G. Defchamps
Libr. rue S. Jacques.
On foufcrit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIB ,
chez PH.-D. PIERRES , Imprimeur Ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 1. 4fols par année , avec
la Table.
On s'abonne en tout emps , à Paris , Hôtel de
THOU , rue des Poitevins . Le prix eft , pour Paris ,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente - deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiſſant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Février
fon:pfiés derenouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer les adreffes ,
&qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifle , & affranchir · les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reçues.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères