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1785, 01, n. 1-5 (1, 8, 15, 22, 29 janvier) (incomplet), 04, n. 16 (journal politique)
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Aris ; les Spestacles,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & de-
Provinces; la Notice des Édits, Arrêts ; lesAvis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
UNIVERSI
DEL
BIBLIOTEJA
A PARIS
Chez PANCROUCKE , Hotel de Thou
rue des Poitevin
Avec Approbation & BreveduRoi.
23254
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Aris ; les Spectacles ,
les Causes célèbrés ; les Académies de Paris & de-
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
A PARIS
UNIVERSI
CENTRAL
BIBLIOTECA
Chez PANCKOUCKE , Hotel de Thou
rue des Poitevins
د
Avec Approbation & BreverduRoi.
TABLE
Du mois de Décembre 1785.
PIÈICÈCEESS FUGITIVES.
Mes Malheurs ,
Vers à Eglé,
3
Romancedu Barbier de Seville,
6
Les Voyages de Golombelle
&Volontairette . 49
Vers àM. François de Neufchâteau
.
→AuneDame,
97
Mémoire fur le premier Drap
deLaineſuperfine du crû de
laFrance, 38
Histoire de Stanislas Premier ,
Roi de Pologne , Duc de
40
Larraine& de Bar ,
Blanchard , Poëme en deux
Chants,
La Fortification Perpendicu-
98 laire,
-Pourle Portrait deMmede L'Honneur François ,
Genlis ,
Inscription,
67
70
120
ibid. Traduction nouvelle de l'E-
99. néïde, 126
Le premier Ministre
Mort, Apologue,
de laMémoires du Baron de Tott ,
ibid. Surles Turcs & les Tar-
Le Fleuve & le Ruiffeau tares , 152
Fable,
179 211 Nécrologie ,
Histoire duMinistre la Roche, SPECTACLES .
Conte, 103 Concert Spirituel, 131
Vers qu'on intitulera comme Acad. Roy. de Musique , 33 ,
on voudra . 145 85,182
Charades , Enigmes & Logo-Comédie Italienne , 35 , 132
gryphes, 8 , 58,117 ,147Académie,
NOUVELLES LITTER . Annonces &
Eloge de Fontenelle , 10
73
Notices , 41 , 89 ,
136, 187
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
Bucde laHarpe , près S. Côme.
1.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
VERS pour fervir de Réponse à ceux de
M. HOFFMAN , inférés dans les Petites
Affiches , du & Décembre , No. 343 .
Quv'a la Harpie en ce moment ,
Le goût façonne , pour nous plaire ,
Tous vos pompons & vos ejuſtemens :
Que voudroiten conclure un Critique ſévère
Qui vous prive detout , mêine du ſentiment ?
LORSQUE dans la dernière guerre
Vos frouts s'applaudiſſoient de porter un d'Estaing, *
*Alluſion aux bonnetsdits à la d'Estaing , à la Gibraltar
qu'on a portés en 1780 & 1781 .
,
Aij
4 MERCURE
Un Gibraltar , inventés par Bertin ,
Vous inſultiez alors au fort de l'Angleterre.
AH ! ſans vous effrayer des ſarcaſmes d'Hoffmans,
Faites régner long-temps cette mode chérie;
Portez , conſervez la Harpie;
Je voudrois en ces lieux la revoir dans vingt ans.
• Puiſſe-t'elle , en faiſant ſa ronde ,
S'étendre de Paris au Sérail du Sultan !
Elle n'a pas coûté de ſang ;
Elle doit plaire à tout le monde.
(Par M. Bavouz de Ch....ry. )
A
MADRIGAL.
JADIS l'Amour ayant l'Erreur pour guide ,
Erroit au gré de ſes volages feux ;
Cetendre enfant que célébroit Ovide ,
Avoit alors un bandeau ſur les yeux.
Ce temps n'eſt plus , & la Raiſon l'éclaire ;
Entre ſes mains il remit ſon flambeau ;
Et pour vous voir , mon aimable Glicère ,
Ce petit Dieu déchira ſon bandeau.
( ParM.le Marquis de C.... V.. )
DE FRANCE.
S
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Mesmer ; celui
de l'énigme eſt le Temps; celui du Logogryphe
eſt Martial , où l'on trouve mal,
Mai , M. & Mme Trial , lait , lit , rat ,
mari , Marli.
MON
CHARADE.
ON premier plaît aux yeux par ſa verte parure ;
Au Palais , mon ſecond par fois gronde & murmure ;
Mon touteſt dans nos moeurs, mais non dans la nature.
( Par M.le Marquis des Six-Tours. )
ÉNIGM E.
TOUT-A-LA-FOIS male & femelle,
J'habite & ſur terre & fur mer ;
Je puis , ſans ballon & fans aîle ,
Paroître , quand je veux , en l'air.
Tout ceci n'eſt point un myſtère ;
On me connoît fort aisément
En voyant la jeune Bergère
Me fouler avec ſon amant .
( Par M. L.... , de Falaise, Etudiant en Droit. )
Aiij
6 MERCURE
ONa
LOGOGRYPΗ Ε.
des partiſans , on a des ennemis ,
Et qui n'a pas les ſieus doit être ſans mérite ;
Dès-long-temps oublié , j'ai voulu dans Paris
Paroître triomphant en Docteur Émérite ;
On ma prôné dabord, mais la chance a tourné ;
Un grand Corps contre moi ſoudain s'eſt acharné.
Par mes dix pieds encor je me ferai connoître:
En me décompoſant , tu trouveras peut- être
Le ſurnom d'un Héros jadis Empereur-Roi ;
Un ſage d'Orient; d'un Piccini la loi ;
T
Cequidansnous agit , nous fait agir nous-même ;
Ce que nous defirons de quelqu'un qui nous aime ;
Unmembre très-utile; un habitant du ciel ;
Pour un Meunier débile un être effentiel ;
Une antique citétrès-renomniée en France;
Deux oiſeaux fort communs; l'opposé de l'aiſance ;
Ce qui d'une maiſon fait juger la hauteur ;
Un fleuve d'Ibérie. Enfin, mon cher Lecteur ,
Je me garderai bien d'en dire davantage :
Tu fais quetrop parler n'eſtpas le fait du ſage.
(Par M. Jalaberd. )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DUVRES du Marquis de Villette. ALondres
,& ſe trouvent àParis, chez Clouſier,
Imprimeur-Libraire , rue de Sorbonne ;
laVeuve Ducheſne , Libraire , rue Saint
.... Jacques ; Eſprit ,au Palais Royal.
C'EST du fein des plaiſirs & de la molleſſe
que doit s'élever la voix qui veut chanter les
voluptés & les grâces. Il eſt une certaine
perfection de goût, mais ſur tout une certaine
délicateffe qu'on ne peut connoître
qu'au milieu des plaiſirs &des arts d'un luxe
élégant. Nous ſerions encore à ſavoir combien
le talent peut être aimable , fans quelques
mortels affez heureux pour avoir trouvé
le génie & la gloire dans leurs voluptés.
C'eſt du ſein d'un réduit charmant , où les
fleurs & l'encens exhaloient leurs parfums ,
qu'Horace , en attendant Glycère , adreſſoit
uneHymne aux Grâces. Ces impreſſions ne
ſe devinent pas ; & qu'est-ce qui ſe devine ?
Onn'a pu ni imiter ni traduire Tibulle &
Ovide, que lorſque les richeſſes & les Arts
du fiècle de Louis XIV ont mis dans nos
plaiſirs&dans nosjouiſſances le goût & la
grâce du ſiècle d'Auguſte; & cependant on
vouloit les traduire dans la barbarie du quin-
Aiv
8 MERCURE
,
zième ſiècle & dans la pédanterie du ſei
zième ; & c'étoient des hommes renfermés
dans des colleges & dans des cloîtres
qui avoient le plus ſouvent cette fantaiſie.
On eût pu l'excuſer dans Lafare & Chaulieu ;
on pourroit deſirer qu'elle prêt à M. le
Marquis de Villette; mais M. le Marquis
de Villette fait bien mieux que de chanter
les amours & les plaiſirs de Tibulle , il
chante ſes plaiſirs & ſes amours ; c'eſt dans
ce genre fur-tout qu'il feroit malheureux
d'être condamné à l'imitation.
On est bien ſurpris en ouvrant les Euvres
de M. le Marquis de Villette ! Un des
premiers morceaux qui ſe préſentent , ce
font des Penféés Nocturnes. Cela rappelle
ce temple conſacré à Vénus & aux Grâces ,
dont parle Plutarque ; ſur le frontiſpice
étoient écrits ces mots: Ilfaut mourir.
Mais les Penſées Nocturnes de M. de Villette
ne pouvoient pas être long-temps fombres&
noires : il a eu beau prendre un moment
le genre & le talent d'Young, c'eſt avec
fon propre caractère qu'il a écrit. La mélancolie
arrête& fixe le génie d'Young ſur les tom.
beaux; il pénètre, il s'enfonce de plus en plus
dans ces demeures de lamort, qu'il appelle les
avenues du ciel & de la terre ; il ne revient
plus ſur ſes pas, & n'en fort , pour ainfi
dire , que du côté du ciel & de la vie immortelle.
La mélancolie de M. de Villette a
une autre marche. Les ſombres voiles de la
nuit , la vue d'un chêne frappé de la foudre ,
<
DE FRANCE.
9
い
le bruit monotone de la caſcade ſolitaire , la
préſence des tombeaux chargés d'inſcriptions
attendriſſantes , tous ces objets qu'il peint de
couleurs fortes & poétiques , le conduisent.
bientôt à Aminthe; & dès que ſon imagination
a vû Aminthe , les Penſées Nocturnes
s'éclairciſſent ; dans cette ſombre nuit il n'eſt
plus queſtion que d'amour & d'amitié.
On trouve encore deux morceaux d'un
genre ſérieux à l'ouverture des OEuvres de
M. le Marquis de Villette , l'Éloge de Charles
V & l'Éloge d'Henri IV. Le premier de
cesDiſcours, imprimé pour la première fois,
ilby a près de vingt ans , étoit précédé d'un.
avertiſſement , dans lequel l'Auteur avoit
voulu s'égayer un peu ſur le ſtyle & le ton
élevé des Éloges de M. Thomas ; ces plaiſanteries
& cet avertiſſement ſont ſupprimés
aujourd'hui ; & c'eſt la première choſe
dont il faut louer M. de Villette : très-jeune
encore alors , il s'en laiſſa impoſer ſans
doute par les clameurs de ces Critiques
ignorans , qui ont ſi long - temps perfécuté
le talent de M. Thomas & les plus
beaux talens du ſiècle ; depuis il aura ſenti
par lui même combien on doit d'eſtime &
de reſpect à l'Auteur des Éloges du Dauphin,
de Deſcarres , de Marc- Aurèle , & far tout
à l'Auteur de l'Eſſai fur les Éloges.
Dans les deux Diſcours de M. de Villette ,
on trouve plus qu'on ne l'auroit cru d'abord,
l'eſpèce d'idées & de mérite qu'exigent les
Ouvrages de ce genre.
Av
10 MERCURE
Ondoit aimer beaucoup , ce me ſemble,
l'exordede ſonÉloge hiſtorique d'Henri IV .
«C'eſt en liſant la Vie de Henri IV que
>> l'homme de bien ſent couler des larmes
>> involontaires ; c'eſt aux pieds de ſa ſtatue
>> que le Citoyen s'écrie avec tranſport:
» Voilà celui qui aima fon peuple.- Je ne
>> brigue point ici la couronnede l'éloquen-
>> ce; je fatisfais mon coeur. Il eſt fi confo-
>> lant de repoſer ſon âme ſur le ſouvenir
>> des Héros qui ont fait du bien au monde!
>> la ſenſibilité ne laiſſe plus de place aux
* illufions de la gloire , aux jouiflances de
>> l'orgueil : l'Orateur n'eſt plus que Citoyen ;
> il s'émeut , & fon attendriſſement devient
> ſa récompenſe. »
Que c'eſt bien là le ſentiment avec lequel
on doit louer tous les grands Hommes , &
fur tout Henri IV !
La première Partie duDiſcours commence
parun tableau du ſeizième ſiècle , de ce ſiècle
qui a exercé ſi ſouvent les pinceaux de nos
Hiftoriens & de nos Orateurs; ce tableau
peutfaire regretter que M. de Villette n'ait
pas eſſayé plus ſouvent les pinceaux de l'Hif..
roire ; il a eu l'art de raſſembler dans un
cadre affez étroit les grands événemens & les
grands perſonnages de toute l'Europe à cette
époque; le trait rapide qui les peint eſt choiſi.
par la vérité , & il ſemble l'être par l'ima
gination. Le morceau est trop étendu pour
être cité en entier ,& il perdroit trop à ne
l'être qu'en partie. On eſt fâché ſeulement
VA
DE FRANCE.
:
que M. de Villette ait parlé de l'Amiral de
Coligny comme de l'homme qui a fait le
plus de mal à la patrie. Voici comme il en
parle:
Gaspard de Châtillon , connu ſous le
» nomde l'Amiral deColigny, fut l'homme
>> le plus fatal au bonheurde ſon pays. Né
> pour commander à des Rebelles , il poffé-
>> doit par - deſſus toutes les qualités d'un
• Chef de parti , cette tranquillité ſombre
& inaltérable , la première vertu peut-
> être dans un factieux. Politique profond ,
> nul neconnut mieux que lui les forces du
>>Corps dont il étoit l'ame ; la France eût
> pu le compter parmi ſes meilleurs Capi-
⚫ taines ; mais ſajaloufie contre les Guiſes ,
» & ſon ambition , en firent un ennemi des
Rois : Général eſtinné , quoique malheu-
» reux, il ne dût qu'à lui ſeul toute ſagloire,
il ne gagna jamais de bataille , mais il
» força ſes rivaux à l'admirer. »
Il ne paroît point dans l'Histoire que ce
fut par ambition & pat jaloufie queColigny
fut entraîné dans le parti desProteftans &de
la révolte: des motifs plus purs & plus nobles
devoient égarer eette grande ame. Ce
fat ſur tout l'extrême ſévérité de ſes principes
de morale qui lui fit embraſfer le parti
de la réforme.On pouvoit dire de lui ce que
Lucain dit de Caton : Qu'enfaisant la guerre
civile il ſembloit l'abfoudre. Coligny eut
toute ſa vie un projet bien extraordinaire
dans unhomme qui tenoit à la première No
Avj
12 MERCURE A
blefſe de la Monarchie , ce fut d'aller établir
dans quelque coin du Nouveau Monde une
République fondée ſur l'égalité primitive de
la nature. Malgré ſes erreurs , un tel homme
fait trop d'honneur à l'humanité pour avoir
étéfifatal àfon pays. Quel intérêt de pareils
caractères répandroient ſur notre Hiſtoire ,
fi froide & fi sèche , s'ils étoient tracés par
la main d'un Tacite !
: Ons'attendoit bien que M. le Marquis de
Villette ne ſeroit pas un juge très- ſévère des
foibleſſes de Henri IV ; mais il en devient
preſque le Panegyriſte; & c'eſt un peu plus
que Henri IV ne demandoit lui même. “ Je
>> ſuis tout honteux , diſoit ce bon Roi ,
>> d'être ſi ſouvent amoureux avec une barbe
> toute grife; mais que mes Sujets faffent
>> grâce à mon amour pour les feinmes , en
>> faveur de mon amour pour eux. » Et il
falloit bien que les foibleſſes de Henri IV
priffent leur ſource dans une âme très- inté
reffante , puiſqu'à l'âge de 50 ans , avec cette
barbe toute grife , il trouvoit encore le
moyen de ſe faire aimer de la Princeſſe de
Condé, belle , jeune , aimable , perſécutée
pour ſon amour , étrangère par ſon caractère
à l'ambition qui fait aimer le pouvoir , &
par ſon rang trop au-deſſus de l'orgueil d'être
la maîtreſſe d'un Roi. C'est un Ange , écri
voit d'elle une femme , mais ſon amour pour
leRoi eſt un démon qui la tourmente. M. le
Marquis de Villette parcourt preſque toure
l'Hiftoire de la Monarchie, pour démontrer
A
7
1
DE FRANCE
13
par d'illuſtres exemples , qu'il faut aimer
beaucoup les femmes pour avoir de grands
talens , de grandes vertus , pour être un
grand & un bon Roi ; & dans cette érudition
, à laquelle on ne reprochera pas fans
doute d'être une pédanterie , toute l'Histoire
ſemble en effet ſervir de témoignage à fon
opinion .
Henri IV diſoit un jour à Gabrielle d'Eſtrées,
qui faifoit une intrigue contre Sully : javez
vous , Madame , que jefacrifierois cent maltreſſes
comme vous pour un ami & pour un
Ministre tel que Sully ? Quand les Rois parlent
ainſi aux femmes qu'ils adorent , les
Peuples & l'Hiſtoire leur font grâce de leurs
maîtreſſes ; mais les foibleſſes ſont communes,
& cette force , juſques dans les
foibleffes , eſt la choſe du monde la plus
rare.
Au reſte , ce morcau du Diſcours de M.
de Villette , fi piquant déjà par le paradoxe
qu'il préſente , eſt très agréable par la manière
dont il eſt écrit.
On doit auſſi des éloges au tableau de l'Adminiſtration
de Henri IV : il eſt affez ordinaire
que les tableaux de ce genre foient
compoſés de quelques lieux communs fur
l'agriculture , ſur l'industrie , ſur le commerce
, qui ne rappellent aucun fait , qui ne
font connoître aucundes principes , aucune
1.des opérations de l'homme qu'on célèbre ,
:& qu'on pourroit tranſporter prefque tou
jours fansy faire aucun changement de l'éloge
14 MERCURE
de Sully à celui de Lhôpital , de celui de
Lhôpital à celui d'Amboiſe : M. Thomas , le
premier , a montré , par ſes exemples & par
ſes préceptes , comment il falloit pénétrer
à l'idée première & fondamentale qui a
dirigé les actions ou les ouvrages d'un grand
Homme; & faire enſuite du développement
de cette idée générale un tableau dont chaque
trait caractériſe le génie qu'on célèbre , & le
diftingue , le ſépare de tous les autres génies.
On voit que M. de Villette , pour
peindre l'Adminiſtration de Henri IV , l'a
étudié ; il ne donne ſouvent qu'un trait ,
qu'un coup de pinceau à l'objet le plus vaſte;
mais ce trait eſt toujours le plus vrai , &
peut- être le ſeul qui fût indiſpenſable.
Voyez , par exemple , ce qu'il dit des réformes
faites par Henri IV dans l'empire de
laJuſtice.
«La Magiſtrature n'échappe pas aux foins
> du Prince , il porte la lumière dans le
» dédalede la Juriſprudence. Il auroit voulu
bannir ces lenteurs étudiées qui font gémir
les bons & ne fervent qu'aux inéchans ;
>> il auroit voulu détruire ces vils moyens ,
" ces formes de la chicane par leſquelles
- ondépouille, & celui que l'on condamne
» & celui que l'on abſout ; arrêter la licence
> de ces Orateurs effrénés , qui , trop fou-
>> vent les organes de la calomnie, déshono-
>> rent une belle profeſſion , & s'efforcent
>> de flétrir au Tribunal de la Société , ceux
DE FRANCE.
» qu'ils ne peuvent rendre criminels au Tri-
>> bunal de la Juſtice.>>
On auroit pu dire aurre choſe , & peutêtre
de belles choſes encore ; mais aucune
n'eût été plus vraie ,ni ſur tout auſſi impor
tante; &cette eſpèce de conciſion a le droit
de ſupprimer les beautés même.
" Tous les Ordres de l'État ſont tran-
>> quilles ; la concorde les unit ; l'ambition
ود fecacheou ſe ſoumet; la France eſt heu-
» reuſe...... O crime ! ô coup affreux ! pleu-
" rez , François....... votre bon Roi n'eſt
» plus. »
Que ce cri jeté au milieu d'un tableau de
profpérité,&debonheur est d'ungrandeffet !
&que ſi on le trouvoit dans une Oraiſon de
Maſcaron , de Fléchier ou de Bofluet , on
< le trouveroit éloquent !
Cette manière , ces grands effets ne ſont
pas ce qui domine dans les deux Diſcours
deM. leMarquis de Villette. On ne rencon
tre ici aucune de ces formes impoſantes du
ſtyle des Panégyriques & de l'Éloge ; aucune
de ces périodes où se trouvent les grandes
difficultés de l'art d'écrire , & les grands
effets , je ne dis pas de l'éloquence , mais du
talen oratoire; mais très - ſouvent des traits
brillans d'imagination, avec un ron qui n'eſt
ni élevé ni impofant , & des idées , des ſentimens
oratoires dans des phraſes qui ne le
fons pas. Cette manière n'est pas celle des
anciens; parmi les modernes , elle n'eſt celle
16 MERCURE
ni de Boffuet , ni de Maffillon , ni de M. de
Buffon , ni de Rouſſean de Genève , ni de
M. Thomas ; mais elle eſt plus conforme
peut- être au caractère de notre langue , elle
peut plaire davantage à cette portion des.
gens du monde qui donnent le ton de leur
converſation pour le modèle de tous les
genres de ſtyle; & ce qui ſans doute aura
décidé M. de Villette , c'eſt la manière de
Voltaire dans l'Hiſtoire ; & Voltaire n'en a
pas pris une autre dans les deux Panegyriques
qu'il a écrits.
M. de Villette nous apprend , dans unede
ſes Lettres , que Voltaire eût voulu que les
Éloges fuffent des diſſertations dans le goût
de Plutarque , où l'on pourroit tout dire à
charge & àdécharge.
Unde ces hommes du monde qui cultivent
en filence un goût & des talens qui honoreroient
les Lettres , nous écrivoit , il y a
quelque temps , ſur cet objet ; il nous demandoit
fi des jugemens ne vaudroient pas
mieux que des éloges. On voit que ſon opinion
étoit préciſement celle de Voltaire.
J'ajouterai encore que c'eſt celle de tous les
hommes dontle goût eſtun peu délicat,& dont
la conſcience ne peut pas ſupporter le mêlange
du menſonge &de la vérité. Les éloges
publics ne doivent être décernés ſans doute
qu'à de grands Hommes ; mais les grands
Hommes ne ſont pas des hommes parfaits :
& où ſont - ils les hommes parfaits ? Je n'en
e
:
4
DE FRANCE. 17
connois qu'un , c'eſt Grandiſſon ;& celui- là
n'exiſte que dans un Roman. Pour bien louer,
il faut juger ; & dès lors l'éloge devient
un jugement. Mais il ne s'enfuit pas
qu'un jugement de ce genre doive être prononcé
du ton dont on écrit une differtation.
C'eſt précisément alors qu'il parle à charge
&à décharge , que les fonctions de l'Orateur
deviennent plus impoſantes & plus auguftes
, & que ſon langage peut monter naturellement
au ton le plus élevé , au ſtyle le
plus hardi& le plus figuré de l'éloquence. Il
parle au nomdes ſiècles & pour les fiècles,
il dégraderoit ſon rôle , il ſe montreroit dénué
de toute imagination , de toute ſenſibilité
s'il conſentoit à n'être qu'un froid &
tranquille differtateur. Au reſte , tous ceux
qui , parmi nous , ont obtenu des ſuccès un
peu éclatans en ce genre , ont conſacré ces
principes par leurs exemples. Il s'en faut
bien que M. de Chamfort & M. de la Harpe
ayent tout loué dans La Fontaine ; & cependant
qu'il devoit être difficile d'appercevoir
des défauts parmi tant de beautés , & des
beautés ſi aimables ! qu'il devoit en coûter
pour faire un reproche au bon La Fontaine !
QuandM.Thomas a prononcé l'Éloge de Defcartes
, il n'a fait grâce à aucune des erreurs
de ce grand Homme , & cependant il en a
relevé la gloire , qui ſembloit éclipſée par
les fublimes découvertes de Newton.
< Une grande partie des OEuvres de M. de
18 MERCURE
Villetteeft compoſée de ſa correſpondance
avec Voltaire. Tout eſt plein de Voltaire
dans ce petit volume; il y fait tout ou il y
inſpire tour. M. de Villette voyoit tout en
Voltaire; il parloit à Voltaire & Voltaire lui
répondoit. Cela reſſemble à Mallebranche
en beaucoup de choſes; mais cela diffère de
Mallebranche en plus de choſes encore.
Le genre des Lettres peut paroître petit ;
maisdans le plus petit genre , c'eſt un grand
mérite de paroître ſans danger à côté de
Voltaire: après avoir lû une lettre de Voltaire
, on lit avec le même plaifir une réponſe
de M. de Villette ; & la lettre & la
réponſe ſont écrites du même goût, du même
ton; on ne découvre point d'imitation , &
on apperçoit de la reſſemblance ; quelquefois
on ſeroit tenté de ſoupçonner que c'eſt
une correſpondance ſimulée , dans laquelle
l'Auteur n'a pas ſu varier toujours ſon ſtyle
avec ſes perſonnages.
Lefondsde ces lettres n'eſt preſque rien ,
&ces lettres font charmantes. Quand viendrez-
vousàFerne.y.....Jeferai bientôtàFerne.
y........Voilà le fonds de cette correfpondance.
Les acceſſoires ne font pas beaucoup
plus importans; mais foit qu'il foit queſtion
d'une promenade , d'une lecture , d'une proceffion
du Jeudi Saint , d'une ſalle à repaffer
le linge, dont on a fait un théâtre; ſoit qu'il
ſoit queſtion de Mlle Clairon , qui ira ou
quin'irapoint àFerney; de M. de la Harpe ,
DE FRANCE.
19
qui fera ou qui ne fera point à Ferney de
petits Warvics; la raiſon & la philoſophie
Te gliſſent par-tout dans les idées , lagrâce
fuit par tout l'expreffion .
Voltaire aimoit véritablement l'efprit de
M. de Villette ; il l'avoit formé , & le coeur
aifément s'attacheàfon Ouvrage.
Il le loue beaucoup; mais ſes louanges ont
moins l'air d'une flatterie que des careles
d'un père:
f
Vous ſavez penſer comme écrires
Les grâces avec la raiſon
Vous ont confié leur empire 3
L'infame ſuperſtition
Sous vos traits délicats expire.
Ainsi , l'immortel Apollon
Charme l'Olympe de ſa lyre ;
Tandis que les fièches qu'il tire
Écrâſent le ferpent Python.
Il eſt Dieuquand par ſon courage
Cemonftre affreux est terraſfé;
Il l'eſt quand ſon brillant viſage
Rallume le jour éclipſé ;
:
Il lui paſſe les erreurs &les folies même
deſajeunelle.
Les erreurs&les paſſions
De vos beaux ans ſont l'apanage ;
20 MERCURE
Sous cet amas d'illuſions
1
\
Vous renfermez l'âme d'un ſage.
Quelquefois il lui montre la raiſon , mais de
loin, & ſous les traits du bonheur ou de la
gloire; d'autres fois enfin il ne montre plus
la tendreſſe d'un père que dans la ſévérité de
fes reproches.
«Vous vous plaignez de quelques tours
>>qu'on vous ajoués ; j'aimerois mieux qu'on
>> vous eût volé deux cent mille francs , que
ود de vous voir déchirer par les harpies de
» la ſociété qui rempliſſent le monde. Il faut
>> abſolument que vous ſachiez que cela a
» été pouffé à un excès qui m'a fait une
>> peine cruelle. On a dit: voilà comment
> ſont faits tous les petits Philoſophes de
» nos jours. On clabaude à la Cour , à la
» Ville. Vous êtes fait pour mener une vie
>> très - heureuſel, & vous vous obſtinez à
>> gater tout ce que la nature & la fortune
> ont fait en votre faveur..... Je vous dirai
>> encore qu'il ne tient qu'à vous de faire
>>tout oublier. Je vous demande en grâce
>> que vous ſoyez heureux ; je ne veux pas
» qu'un beau diamant ſoit mal monté. Par-
ود donnezma franchiſe; c'eſt mon coeur qui
>> vous parle , il ne vous déguiſe ni ſon
affliction , ni ſes ſentimens pour vous , ni
ſescraintes. ” 2
Il falloit ſans doute du courage à Voltaire
pour écrire cette lettre; mais un courage
DE FRANCE. 21
bienplus extraordinaire , c'eſt celui de M. de
Villette , qui imprime ou qui laiſſe imprimer
cette lettre dans ſes OEuvres , & qui n'y fait
aucune réponſe. J'en vois une cependant
dans ce volume ; mais c'eſt M. Delille de
Salſe qui l'a faite.
4
C'eſt donc toi , généreux Villette ,
Qui , par la main la plus diſcrette ,
Fis couler l'or dans ma priſon ,
Long-temps dece trait magnanime
Je ſoupçonnai l'âme ſublime
D'un Ariftide ou d'un Platon;
Dans ma recherche téméraire ,
Au ſein même du miniſtère ,
J'oſai remercier Caton.
Ma vertu te faiſoit injure ,
Ce fut l'élève de Ninon
Qui mit le baume à ma bleſſure ;
J'ai vû la vertu la plus pure
Non au portique de Zénon ,
Mais dans le boudoir d'Épicure,
On avoit le droit d'imprimer ces vers quand
on avoit eu le courage d'imprimer la proſe
de la lettre que nous avons citée.
M. de Villette loue toujours Voltaire ;
mais ce n'eſt pas toujours de la même mamière
& du même ton. Il ſait répandre dans
22 MERCURE
les formes de la louange , cette variété que
Voltaire poffedoit ſi bien en écrivant aux
Rois , aux beaux Eſprits , aux Belles.
"En vous voyant hier , Monfieur , avec
lebâton & le capotde Paoli , je me fuis
>> rappelé ces premiers vers de l'Aminthe :
Chi crederia cheſotto humaneforme
Etſotto questepaftoralispoglie
Foffe nafcotto un dio.
," Il eſt vrai que mon attachement pour
>> votre perſonne tient un peu du culte; fi
>> l'on peut m'accuſer d'idolatrie, ce ne fera
>> pas au moins de politheiſine. 1
Il y a bien de la grâce dans ces tournures;
& il en falloit beaucoup pour dire à un
homme qu'il eſt un Dieu & qu'on l'adore .
Au milieu de cette correſpondance en
vers charmans , en proſe aimable , il y a un
incident, c'eſt un mariage ; c'eſt le mariage de
M. de Villette avec Mlle de Varicourt , que
Voltaire avoit nommé belle & bonne en
l'adoptant,& qu'on a trouvée ſi biennommée
quand on l'a connue à Paris , que ce nom de
belle & bonne accompagne toujours celui
de Mme de Villette. M. de Villette adreſſe
beaucoup de vers à ſa femme, & il parle
beaucoup d'elle dans les vers qu'il adreſſe
aux autres. Il eſt remarquable que ce ſoit M.
de Villette qui ait donné cet exemple , qui
étoit peut être ſans exemple dans lesPoëtes.
DE FRANCE
28
Délie n'étoit pas la femme de Tibulle; &
Horace n'avoir pas épouſe Glicère .
Le reſte des OEuvres de M. le Marquis de
Villette eft compoſé de Lettres à ſes amis ,
de Contes , d'Épîtres , de ces Pièces que les
circonſtances font naître, mais qui ne pafſent
pas toujours avec elles , qu'on appelle
fugitives , mais qui ſe gravent dans la mémoire
des Lecteurs lorſqu'elles flattent leur
goût. On a dit de Pline le jeune qu'il écrivoit
ſes billets ſous les yeux de la poſtérité , &
cela est vrai ; & ce qu'il y a d'étonnant ,
c'eſt que malgré cela , la poſtérité lit avec
plaifir les billets de Pline le jeune. Parmi les
billets de M. le Marqnis de Villette , il y en
aqui auront ſans doute le même ſuccès fans
avoirmontré lamême prétention.
Dans une lettre écrite de Ferney , M. de
Villette parle contre les plaiſirs de la chaffe.
"Je conçois bien qu'on faſſe la guerre aux
» bêtes qui la font à tout le monde; mais je
» n'ai jamais pume figurer quel féroce plai-
" far on trouve à déchirer , à mettre en
>> pièces de pauvres petits êtres qui ne ſemblent
jetés par la Nature , au milieu de
>> nos champs, que pour les animer & les
» embellir : & c'eſt pourtant là les récréa-
» tions qu'on vous propoſe tous les jours.
Tandis que les trompes bruyantes
Font , au loin , retentir les bois ,
24
MERCURE
:
:
Et que les meutes aboyantes
Pourſuivent un cerf aux abois :
Humble & timide volatille ,
Cette perdrix aux pieds pourprés ,
Si fugitive & fi gentille ,
Sifflant ſes petits égarés
Parmi le chaume qui fourmille ,
Devant leurs pas accélérés
De fillon en fillon ſautille;
Heureuſe s'ils font ignorés!
Mais le ſalpêtre éclate &brille ,
Elle voit les champs colorés
Du ſang de ſa triſte famille.
On voit que ces vers ont été jetés avec
négligence dans une lettre ; mais on voit auſſi
qu'ils ont affez de grâce & d'intérêt pour
mériter d'être recueillis.
2
L
L'habitude , Conte.
JADIS vivoit à Carcafſonne
Un gros Richard nommé Lucas;
Ami de l'eſpèce qui ſonne ,
Il faiſoit la banque aux ducats.
Unjour ſa femme , aſſez jolie ,
Lui mit au monde un beau garçon.
Dans l'Églife en cérémonie
On aſperge le nourriſſon ;
Puis ſur le livre de la vie ,
:
Ou
DE FRANCE.
25
Où tous les noms ſont conſignés ,
Le Pasteur , dans la Sacriftie ,
Dit à Lucas : Monfieur , ſignez.
Et Lucas , felon ſa manie ,
Toujours l'eſprit à ſon métier ,
Très- nettement ſur le papier
Signa , Lucas & Compagnie.
Le trait piquant eſt à la fin ; mais le ſtyle
&l'agrément du Conte eſt dans chaque yers.
On reconnoît fur-tout le goût que M. de
Villette doit au commerce de Voltaire dans
cette aptitude à prendre facilement le ton de
chaque genre. Il feroit difficile que le Conte
du Banquier de Carcaſſonne ne rappelat
point ces tournures , ces formes de vers que
Marot le premier peut- être a données au
Conte Épigrammatique que Racine poffedoit
fi bien , & auxquelles Rouſſeau ajouta
tant d'énergie.
A M. de Voltaire , qui avoit envoyé une
montre à répétition , à quantième , à
Secondes , & garnie de fon Portrait , à
M. de Villette.
Je la reçois cette machine ,
Où dans trois orbes différens
Une triple aiguille chemine ,
Et dans ſa courſe détermine
Les jours , les heures , les inftans
Qui s'échappent à la fourdine.
No. 1 , Janvier 1785 . B
A
26
MERCURE
Jadis chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paflé pour divine ,
Le luxe a créé les talens ;
Et le plus beau des inſtrumens
Qui ſoient de Paris à la Chine ,
Me coûte moins de fix cent fracs.
Mais , hélas ! lorſque j'examine
Le numéro de ſes cadrans ,
J'en reçois la leçon chagrine
De la perte de mon printemps ,
Et je prévois les foins cuiſans
Que la vieilleſſe nous deſtine.
Vains jouets des amuſemens
Quand le néant nous avoiſine !
Les jeux , les plaiſirs ſéduiſans
D'une main légère & badine
Viennent nous bercer en tout temps,
Et nous tiennent ſur leur courtine
Endormis ſous l'aîle du Temps ,
Tandis que fa faulx afſaſſine ,
Cueille la fleur de nos beaux ans ,
Et ne nous laiſſeque l'épine.
Il nous ſeroit facile de louer beaucoup
ces vers ſans trop les louer ; les fix premiers
fur tout rendent bien heureuſement des choſes
très difficiles à rendre ; mais que feroient
nos éloges auprès des éloges de Voltaire ? II
faut entendre Voltaire parlant des rimes en
ine de M. le Marquis de Villette,
DE
FRANCE.
Mon Dieu ! que vos rimes en ine
M'ont fait paffer de doux momens !
J'y reconnois les agrémens
Et la légèretébadine
De tous ces Contes amuſans
Qui faiſoient le doux paſſe-temps
De ma nièce & de ma voifine.
Je ſuis forcier ; car je devine
Ce que feront les jeunes gens;
Et je prévis bien dès ce temps
Que votre Muſe libertine
SeroitPhilofophe à trente ans.
Alcibiade, en ſon printemps ,
Étoit Socrate à la ſourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers ſenſés & très plaifans ,
Plus j'y trouve un fond de doctrine
Tout propre à Meſſieurs les Savans;
Non pas à Meſſieurs les pédans ,
De qui la ſcience chagrine
Eſt l'éteignoir des ſentimens.
Adieu : réuniſſez long-temps
Lagaîté , la grâce ſi fine
De vos folâtres enjoûmens ,
Avec ces grands traits de bon ſens
Dont la clarté nous illumine.
27
Il n'y a rien au deſſus de ces éloges que
la gloire de les mériter de plus en plus. Vous
Bij
28 MERCURE
Serez désabusé de tout , écrivoit Voltaire à
M. le Marquis de Villette ; vous ferez des
nôtres. Pourquoi ſe défabufer de tour ? Il ne
faut ſe detabufer de rien , ni des plaiſirs dans
la jeuneſſe , ni de la raiſon & de la gloire
dans l'âge mûr , ni du repos & de la bonté
dans la vieilleffe. Tout a ſa réalité & fon
charme dans la nature bien ordonnée. Il ne
faut ſe défabuſer que de ce qui eſt mal , &
ce qui eft mal ne fait jamais que du mal . Ce
qu'on a tant appelé les illuſions de la jeuneffe,
eſt la ſeule manière de voir & de ſentir
qui foit vraie à cet âge. Ces impreffions fi
douces & fi réelles ne deviennent des illafions
dangereuſes que dans les âges ſuivans
où la nature ne vous les donne plus , & où
on veut les conferver encore. Alors il faut
les perdre , mais de bonne grâce ; les regrets
qu'on leur donne encore peuvent être aimables
, & ces regrets même ſont une dernière
jouiffance . Mais il y a de l'orgueil à
dire qu'on en eſt déſabuſe , & l'orgueil n'eſt
ni aimable pour les autres , ni doux pour
foi -même.
Qui n'a point l'eſprit de ſon âge ,
De ſon âge a tout le malheur.
Ces deux vers charmans ſont de Voltaire ,
&c'eſt preſqu'un code de morale . Heureux
ceux qui , en cultivant de bonne heure les
Arts qui peignent & embelliffent les paſſions
de la jeuneſſe , ont formé & perfectionné
dans les plaiſirs même du premier âge , la
DE FRANCE.
29
raiſon & les talens qui ſont la gloire de l'âge
maûr & la confolation de la vieilleſſe !
(Cet Article est de M. Garat. )
ESSAI fur l'Histoire Générale des Tribunaux
de toutes les Nations , tant anciennes
que modernes , &c.; par M. Defeffarts ,
Avocat , Membre de pluſieurs Aladémies
, neuvième & dernier Volume. Prix ,
36 liv. les neuf Volumes francs de port
dans toute l'étendue du Royaume. A
Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Durand
neveu , Nyon l'aîne , Laporte , Savoye
& la Veuve Duchefne , Libraires .
CeEn'eſt point ici un de ces Ouvrages
de Jurisprudence deſtinés feulement aux
perſonnes qui font attachées au Barreau ;
c'eſt une Hiftoire intereſſante de la Légiflation
de tous les Peuples , elle offre untableau
de tous les uſages adoptés par toutes les Nations
dans l'adminiſtration de la Juſtice. Ce
qui rend la lecture de cet Ouvrage plus attachante
, c'eſt le choix des procès fameux
que M. Deſeſſarts y a inferes, La variété
infinie des ſujets qu'on y trouve pique la
curiofité & délaiſe l'eſprit fans diminuer
l'intérêt. Après avoir médité les différentes
Loix d'un Peuple , on aime à voir de quelle
manière on les exécute. M. Deſeſſarts ne
pouvoit mieux remplir ſon but qu'en offrant
Bij
MERCURE
àſes Lecteurs des exemples tirés des procès
les plus fameux qui ont été jugés par les Tribunaux
de chaque Nation.
Le dernier Volume qu'il vient de faire
paroître renferme entr'autres procès ceux de
la Maréchale d'Ancre , de Cartouche , de
Jean Châtel , du Comte d'Entragues , de
de Fargues , des affaffins de la Marquiſe de
Gange, de pluſieurs innocens condamnés ou
expoſes à l'être ſur des indices trompeurs ,
d'un impoſteur condamné en Saxe , d'un
Colonel jugé en Suède , de Mandrin , de Ravaillac
, &c. Quoique pluſieurs de ces procès
ſoient déjà connus , ils ont le mérite de
lanouveauté dans l'Ouvrage de M. Defeffarts
par les détails curieux qu'il y a inférés ,
& qui avoient été omis par ceux qui en
avoient parlé auparavant.
On lira fur-tour avec beaucoup d'intérêt
des réflexions que M. Deſeſſarts a faites
contre l'abfurde préjugé qui note d'infamie
les parens des perſonnes fuppliciées. Il a
démontré que ce préjugé eſt également nuifible
à l'érat & au bonheur des Citoyens ;
&pour faire une impreflion plus vive, il a
cité des exemples qui font bien capables de
faire profcrire ce préjugé , ſi la raifon &
l'évidence peuvent l'emporter ſur les opinionsque
P'habitude a confacrées. M. Defeffarts
a terminé le Volume qu'il vient de publier
, par des obfervations ſages fur plufieurs
points de notre Jurisprudence Crimi
nelle ; il a prouvé dans cet article que la ri
DE FRANCE
31
gucur des Lois produit ſouvent l'impunité ;
que cette impunité dangereuſe multiplie &
enhardit les coupables ;& que pour prévenir
les funeſtes effets de ces abus , il feroit à
deſirer qu'on adımît la même gradation, dans
les peines , que pluſieurs Nations de l'Europe
ont adoptée dans leur Code Criminel.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LEMercredi 15 de ce mois , on a joué ,
pour la première fois , l'Avare cru bienfaifant,
Comédie en cinq Actes & en vers ,
parM......
Le titre de cet Ouvrage étoit fait pour
exciter la curioſité. Molière , dans un de
ſes Drames immortels , nous a peint l'ava
rice ſans maſque , ſous les livrées de l'économie
la plus fordide , avec tous les vices
acceſſoires qu'entraîne l'amour matériel de
lor; enfin , il l'a offerte dans toute ſa laideur
, & , pour ainſi dire , toute nue. Ce
tableau très moral qui , par lamanière dont
il eſt exécuté , annonce tout enſemble un
grand Peintre & un Philoſophe profond ;
ce chef d'oeuvre d'un grand Maître , quelque
ſublime qu'il ſoit , n'a pu corriger
l'Avare (car quelle force humaine eſt capa
A Biv
32
MERCURE
ble d'anéantir dans nos coeurs les paffions
avec leſquelles nous ſommes nes ? ) Mais il
Va forcé au moins à diffimuler une partie de
ſa difformité , & même à fe revêtir de couleurs
faites pour en impoſer à la multitude.
Ainſi déguifée , l'avarice eſt moins hideuſe
fans doute , mais les inconvéniens qu'elle
entraîne deviennent plus dangereux & plus
multipliés. C'étoit donc une idée très heureuſe
& vraiment digne de la reconnoifſance
publique, quecelle de repréſenter Harpagon
environné d'un certain faſte , affectant
la bienfaiſance par calcul ou par hypocrifie
, & devenu plus barbare encore fous
le coſtume de l'opulence qu'il ne l'étoit fous
celui de la misère. Il nous ſemble que c'eſt
à peu près ainſi que les Amateurs du Théâtre
avoient enviſagé d'avance le portrait de
Avare cru bienfaisant. Voyons comment
M..... a conçu ce caractère , comment il l'a
mis en action, coinment enun mot il a rempli
la tâche hardie & difficile qu'il n'a pas craint
d'entreprendre.
Craffifort eft riche, mais il a peur de le
paroître; il cache au contraire fa fortune à
tout le monde avec le plus grand ſoin ,
afin de fatisfaire plus sûrement fon infâme
avarice. Son Notaire , chargé par lui de lui
chercher l'emploi d'une ſomme de cent
mille écus , lui propoſe l'acquiſition d'une
charge honorable , & dont le revenu eſt
immenfe. Il la refuſe , & déclare qu'il préfère
un placement qui ne l'expoſe pas à pa
DE FRANCE 33
roître opulent, un placement en un mot qui
foit aufli ſecret que folite. In a un fils que
l'on nomme Flavicourt , à qui il a fait embraffer
l'etat Militaire, enlui rendant compte
du bien de ſa mère , dans l'unique intention
d'éviter de contribuer aux frais de ſon établaffement.
Ce Flavicout a connu dans la
Province Mme de Saint Fore & fa fille . Il a
été reçu chez elles avec une d ſtinction &
des égards qui lui ont intpire la plus vive reconnoillance
pour la mère , & un fentiment
plus tendre pour Horrenſe ( c'eſt le nom de
Mile de Saint- Fore.) Appelées toutes deux
dans la Capitale à cauſe d'un procès dont
dépend leur bonheur , les deux femmes font
logées chez Craffifort. Elles croient tenir
leur logement de ſa génerofité ; mais elles
ignorent que Flavicourt paye en fecret leur
penſion à fon père.Mme de Saint Fore cher
che à emprunter de l'argent ſur un contrat ;
cet argent eſt abſolument néc ſfaite à la
pourſuite de fon procès. Elle croit Craffifort
bienfaifant , & lui avoue fon beſoin avec confiance.
Il lui répond par un refus, ſous le prétexte
qu'il n'a pas de fonds; mais il lui promet
d'en chercher. Un Préſident avec lequel
il eſt lié vient le voir , & après lui avoir
parlé chevaux , vapeurs , &c. il lui confie
qu'il cherche à ſe marier. Craffifort ſait que
fon fils aime Hortenſe , que Mme de Saint-
Fore a confenti à lui donner ſa fille à condition
qu'il acheteroit une charge honnête &
lucrative; qu'elle lui a donné trois mois
Bv
34
MERCURE
pour tout délai, & que le terme accordé va
expirer. En conféquence , il conçoit tout- àcoup
le double projet d'arracher Hortenfe
àſon fils en la donnant au Préſident , &
d'emprunter vingt mille livres à celui ci.
Par ce moyen , il aura , ſans bourſe délier
, l'air d'obliger Mme de Saint- Fore ,
& même il retiendra à ſon profit un
eſcompte de dix pour cent d'avance. Le
Préſident accepte les ſoins de Craflifort
auprès d'Hortenſe & de ſa mère , & lui
remet en vingt billets de caiſſe une ſomme
de vingt mille livres , dont l'infâme uſurier
ne remet que dix huit à Mme de Saint-
Fore , qui en eſt auſſi ſurpriſe qu'affligée ,
quoiqu'elle ignore l'agioteur de cette horrible
uſure. Dès ce moment Craffifort met à
nuire à ſon fils le même empreſſement & la
même chaleur qu'un père tendre employe
d'ordinaire à ſervir ſes enfans ; de forte que
Mme de Saint- Fore, convaincue que Flavicourt
ne pourra jamais réuffir à remplir
les conventions ſous lesquelles elle lui
a promis ſa fille , ordonne à Hortenſe de
ſe diſpoſer à épouſer le Préſident. Quelques
incidens retardent néanmoins l'accompliſſement
des projetsde Craffifort & d'antres
les anéantiffent. Un domeſtique de
Flavicourt, chargé tout- à- la- fois de remettre
àHortenſe un billet, & de payer à Craffifort
un quartier de la penſion de Mme de
Saint Fore, en en tirant quittance , confond
ces deux papiers , tous deux d'égale granDE
FRANCE
35
1
deur, tous deux fans adreſſe , & tous deux
ſcellés du même cachet.Un quiproquo metla
quirrance ſous les yeux de Mie de St Fore, &
dévoile le myſtère de la penſion. On le cache
quelque temps à la mère ; mais à la fin elle
le découvre , & s'en indigne. D'un autre
côté , le même valet ramaſſe une lettre
adreffée à Craffifort, par laquelle le Notaire
apprend à celui ci qu'il a trouvé un emploi ,
tel qu'il lui convient , pour les cent mille
écus qu'il a à lui entre ſes mains , & le remet
à fon Maître. Flavicourt en eft enchanté;
il a entendu parler de la charge propoſée
le matin à ſon père ; il s'eſt preſenté ,
s'eſt informé du prix , a demande & obtenu
le temps de chercher des fonds ; enfin , il
eſpère qu il pourra venir à bout de toucher
le coeur de fon père, & d'obtenir de lui le
prêt des cent mille écus. Il ne néglige rien
pour y parvenir. Après tous les lieux communs
que mettent toujours en uſage les
gens de mauvaiſe volonté , Craffifort refuſe
net; mais comme Flavicourt , dans le premier
accès de ſa douleur,lui reproche ſa barbarie
, & le menace d'aſſembler ſes parens ,
de leur faire part de ce qui ſe paſſe , & d'implorer
leur appui , l'Avare diffimule , engage
ſon fils à ſe modérer , & lui promet de
terminer promptement cette affaire s'il conſent
às'en charger ſeul. Flavicourt y donne les
mains, & ſe retire plein de reconnoiſſance. 11
ne reſte pas long-tems dans cette douce poſition,
car ildécouvre bientôt l'odieuſe fourbe
Bvj
36 : MERCURE
Lie de fon père , & tombe dans le déſeſpoir.
C'eſt dans cet erat qu'il eſt apperçu par le
Native de Craflifort. Cet homme reſpectable
apprend avec autant d'indignation que
de ſurpriſe que Craffifort eſt père de Flavicourt
, & ſe propoſe de punir l'avarice de
l'un en ſervant l'autre; mais il ne fait point
part de fon deſſein au jeune homine. Il propoſe
au père de lui prêter les cent mille
écus dont il eſt dépoſitaire , en le laiſſant le
maître du temps & des intérêts. Craflifort
accepte. Cependant le Preſident a découvert
l'uſage que l'Avare a fair des billets de caiſſe
qu'il lui a confiés , & n'en preſſe pas moins
vivement Mme de Saint- Fore de lui accorder
la main d'Hortenfe. La jeune perſonne
a cédé aux conſeils de ſa mère ; elle va faire
le fatal ſacrifice ; elle va prononcer le mot
qui doit fixer à jamais ſon fort. Flavicourt
entre en s'écriant : Arrêtez. Il tient entre ſes
mains le contrat qui le tend propriétaire de
la charge qu'il a tant defirée. Craffifort révoque
le fait en doute, &demande quelhomme
affez imprudent a pu lui prêter la ſomme
néceffaire pour l'acquifition. Moi , dit le Notaire
en ſe préſentant. Cer événement éclaire,
le Preſident ſur tout ce qui s'eft paffé, lui
prouve qu'il étoit, ſans le tavoit,le complice
de l'odicuſe conduite de Craffifort ; qu'il alloit,
fans le vouloir , tyrannifer un coeur, &
jeter le déſefpoir dans un autre. Il reproche
aigrement à Craffifort ſa cruauté & fon
avarice. L'Avare ſe retiré avec la rage dans le
A
4
DE FRANCE.
37
coeur, & le Préſident généreux , quoique
fat, ſe propoſe de devenir le rival du Notaire
, en employant une partie de fa fortune
à affurer d'une manière inebranlable le
bonheur de Flavicourt &dHortenfe.
Il n'eſt pas aiſe de deviner pourquoi
l'Avare Crafifort a acquis la reputation
d'un homme bienfaifant. Rien dans la conduite
n'annonce qu'il foit fait pour menter
un tel renom , même momentanement.
Mme de Saint Fore& fa fille peuvent, il eſt
vrai , le ſoupçonner de reconnoiffance pour
le logement qu'elles croient tenir de lui , &
non pas de généroſité; car il n'y a ni genérofité
ni bienfaiſance à un père de recevoir
& loger chez lui des femmes avec leſque es
les bons traitemens qu'elles out farts à fon
fils , lui ont fait tacitement contr cher
quelques obligations ; mais le ſeul prét
de vingt mille livres & le prix auquel
Madame de Saint Fore l'obtient , fuffitoient
pour donner à celle- ci des ſoupçons trèsviolens
Un homme qui fe charge d'ob iger
quelqu'un , & qui n'a pour y parvenir d'au
tre moyen que celui d'un eſcompte odieufementufuraire
, eft , à coup sûr, un hemme
ſans delicateffe,& le defaut de devicauffe
exclud néceffaitement l'idee de bient ifance.
Il admet bien celle de la prodigaliré on de
la diffipation , & comme Creffifort n'a l'apparence
de l'une ni de l'autre, ſa manière de
rendre ſervice doir naturellement devenir
très-ſuſpecte. Ajoutons à cela qu'il n'y a
4
38
MERCURE
peut- être pas de conduite plus imprudente
que celle de Craffifort. Il veut cacher ſom
avarice , & tâche de paffer pour bienfaifant.Il
fe pare auprès de Mme de Saint- Fore d'une
généroſite qu'elle ne doit qu'à Flavicourt ,
& il eſt aſſez indiſcret pour donner à ſon
fils quittance des quartiers de penſion que
celui ci lui paye tant pour Mme de St Fore ,
que pour ſa fille & pour ſa femme de- chambre.
Comment ne ſonge- t-il pas , fur tout
d'après le projet qu'il a conçu de deſſervir
fon fils auprès d'Hortenſe , que tôt ou tard
tout ſe découvrira , que le déſeſpoir du
jeune homme pourra lui faire oublier ce
qu'un fils doit à ſon père , enfin que les quittances
qu'il donne pourront devenir des
titres capables de le couvrir de confufion ,
& de lui faire perdre cette réputation de
bienfaiſance dont il devroit être jaloux ? Si
avant cette circonstance de la vie de Craffifort,
cet Avare s'eſt toujours comporté auſſi
légèrement , nous le demandons , comment
at on pu le croire bienfaifant ? Nous
croyons que pour faire de ce caractère un ta
bleau intéreſſant, comique & moral , il falloit
donner à Craffifort des apparences faites
pour ſéduire , une marche adroite , une conduite
finement calculée , devenue à force
d'art preſque impénétrable , & inventer des
refforts affez bien établis pour démaſquer un
perfide d'autant plus dangereux , qu'il ſe ſeroit
entouré de plus de moyens de tromper
l'opinion publique. Nous dirons peu de
1
DE FRANCE.
39
trop
choſe de l'intrigue. Un billet donné pour
un autre, & une lettre egarée, voila les
deux pivots fur lesquels eſt poſee la bate de
l'action. Ces reffources ſont certainement
trop petites&trop ulees pour que la critique
s'y attache long temps ; elles font
blamables pour mériter d'être encore blamées.
On pourroit ſavoir gré à l'Auteur
d'avoir placé l'Avare en face de ſon fils dans
une ſituation où celui ci égaré , au deſeſpoir,
parle à fon père avec un ton que la foumifſion
filiale devroit toujours exclure , d'avoir
préſenté l'autorité paternelle compromise &
même dégradee dans la perſonne d'un Avare,
ſi cette intention dramatique lui appartenoit ;
mais elle appartient à Molière,& la manière
dontM..... l'a mise en oeuvre, n'eſt ni aflez
comique ni affez intéreſſante pour qu'on le
louede cette imitation.On a dit avec raifon
qu'en Littérature, quand on voloit, il falloit
affaffiner; & quel Écrivain pourra jamais ,
en le volant, aſſaſſiner Molière ?
Ces obſervations, que nous pourrions
étendre , ne doivent pas nous empêcher
d'avouer que l'Avare cru bienfaiſant annonce
du talent , & que ce qui s'y fait diftinguer
, laiffe à préfumer que ſi l'Auteur
avoit moins entrepris , s'il avoit traité un
fujet plus à ſa portée , il auroit pu débuter
d'une façon brillante dans la carrière du
Théâtre. Le caractère d'Hortenſe eſt intéreſſant
, celui de Mme de Saint- Fore a de la
nobleſſe. Le Préſident , fous une fatuité
40
MERCURE
peut- être un peu triviale ,& qui est tout fim
plement le fruit de l'exemple & des habitudes
du jour , cache une âme généreuſe & un bon
eſprit : enfin , le Notaire offre un de ces caractères
réellement reſpectables , un caractère
tel qu'il feroit à deſirer qu'on en trouvât
beaucoup chez les perſonnes qui rempliffent
aujourd'hui les fonctions de cet
état , où la probité eſt ſi néceffaire & la
confiance fi malheureuſement dangereuſe. Le
ſtyle eſt ſouvent foible & négligé ; mais il
eſt quelquefois ferme & pur. De tous les
confeils qu'on peut donner à l'Auteur , le
plus néceſſaire , à notre avis , eſt celui de ſe
répéter ſouvent ce précepte d'Horace :
Sumite materiam veftris qui fcribitis aquam
Viribus.
Il faut pourtant encore l'inviter à bannir de
fes expofirions ces perſonnages prototiques
qui paroiffent une fois pour ne reparoître
plus; tels que le Valet fans condition qu'il
a introduit dans la première Scène du premier
Acte. Leur uſage annonce toujours
dans 1 Auteur qui les emploie de l'embarras
& de l'impuiſſance , & ne rappelle guères à
la mémoire d'autre ſouvenir que celui de
ces prologues mal - adroits qui précédoient
toujours les Comédies Grecques & Latines.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICE'S.
FIGURES de l'Histoire Romaine , accompagnées
d'un Précis Historique au bas de chaque Eilampe.
Première Livranton , d'après les deſſins de M. de
Myris , Secrétaire d Education de LL AA. SS. les
Ducs de Valois & de Mompenfier.
Ce genre d'Ouvrage peut être utile pour l'étude
de l'Histoire ; & cette première Livraiſon eſt exécutéc
de manière à établir pour la fuite un préjugé des
plus avantageux. Les Gravures en ſont ſoignées, &
le texte a les qualités qui conviennent au genre.
Voici le ſujet des douze Eſtampes qui compofent ce
premier Cahier : l'origine de Romulus , la Mort de
Rémus, l'Enlèvement des Sabines , le Triomphe de
Romulus , la Trahison de Tarpeia , la Mort de Romulus
, Numa Pompilius, les Vestates , Tutus Hof.
tilius , Combat des Horaces , Horace condamné &
abfous , Ancus Martius , & Tarquin l'ancien.
L'Ouvrage entier ſera compoſée de trois cent Eftampes
& d'un Frontiſpice. On délivrera gratis le
Frontifpice aux perſonnes qui auront retiré les fix
premières Livraiſons Le prix de chacune fera pour
les Soufcripreurs de 15 liv. , & de 18 liv. pour les
perſonnes qui n'auront pas ſouſcrit. La Souſcription
eſt ouverte pour Paris juſqu'à la fin de Février ; &
pour la Province juſqu'à la fin de Mai On ſouſcrit
actuellement à Paris , chezl'Auteur , au Palais Royal ,
paſſage de Richelieu , No. 2 , au premier. La majeure
partie de la Famille Royale a honoré cet Ouvrage
de ſa Souſcription. Ces Estampes peuvent
s'adapter aux Éditions de l'Hiſtoire Romaine de
Rollin , de l'Abbé de Vertot & autres . Il faut obferver
que l'Ouvrage entier eſt imprimé ſur papier
vélin.
2 MERCURE
L
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France,pour l'année 1785 , publié pour la première
fois en 1783 , par M. Poncelin de la Roche-Tilhac ,
Écuyer, Confeiller du Roi à la Table de Marbre.
in- 80. Prix , s liv. broché. A Paris , chez l'Auteur,
rue Garancière ; Lamy , Libraire ; Mérigot le jeune ,
Libraire , Royez , tous trois quai des Auguſtins , &
Leroy , rue S. Jacques.
Almanach Américain , Asiatique & Africain ,
ouEtat Physique, Politique , Eccléfiaftique & Militairedes
Colonies d'Europe , en Asie , en Afrique &
enAmérique, par le même , & aux mêmes Adreſſes .
in- 12. Prix, 3 liv. broché.
:
Ces deux Ouvrages ont eu du ſuccès d'abord, &
ſe perfectionnent d'année en année.
L'AMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
cinquième & fixième Cahiers , formant le troiſième
Volumede cet Ouvrage. La ſouſcription pour Paris
estde 13 liv. 4 fols , & de 16 liv. 4 fols pour la
Province port franc par la poſte. On s'adreſſe à M.
Leprince , Directeur , au Bureau de l'Ami des Enfans
, rue de l'Univerſité , nº. 28 .
Ontrouve à la même Adreſſe l'Ami des Enfans ,
vingt-quatre Volumes. Prix , 26 livres 8 fols port
franc par la poſte. - Le même Ouvrage en huit
gros Volumes. Prix , 16 livres 4 fols auffi port franc
par lapoſte.
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alexandre Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près du Pont-Neuf.
Ce Calendrier qui , ſelon fou titre , offre le
tableau des ans écoulés & des années à venir , eſt
auſſi ſimple que commode. L'Auteur , M. Jombert
jeune , en a puiſé l'idée dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates , par Dom Clément , & la
DE FRANCE. 43
TableChronologique de deux mille ans qui y correſpond.
Le Calendrier complet eſt composé d'un
Livret mince renfermé dans un cadre proprement
doré. Ce Livretcontient trente-cinq Calendriers pour
chacune des trente - cinq Epoques différentes de
Pâques.& une Table qui préſente une ſérie d'années
depuis l'an 1 juſqu'à l'an 2200 de Jéſus - Chrift.
Chaque année de cette ſérie renvoye parun numéro
àcelui des trente-cinq Calendriers qui lui eſt propre.
On trouve le meine Calendrier dans un cadre
plus petit, qui ne préſente que deux mois à- la- fois.
Leprixde chacun de ces Calendriers eſt de , livres
tout encadre.
ATLAS Ecclésiastique , Civil , Politique , Mili
taire& Commerçant de la France & de l'Europe ,
ou Etrennes portatives , utiles & agréables , pour
l'année 1785, vol. in- 24, de 200pages. AParis, chez
Beauvais, maiſon de M. Lambert, Imprimeur-Libraire
, rue de la Harpe , & Froullé , Libraire , quai
desAuguſtins. Prix , i livre 4 fols broché; avec les
Cartes coloriées , I livre 10 ſols.
Les augmentations conſidérables faites àcet Almanach
, qui a paru avec fuccès l'année dernière , donnent
une idée avantageuſe de la ſuite ; il remplie
exactement ſontitre ,&les Cartes dont il eſt enrichi
réuniffent l'agrément à l'exactitude.
ETRENNES Provinciales , ou Tablettes du
Citoyenpour l'année 1785. Prix , 12 ſols brochées. A
Paris, mêmesAdreſſes que ci-deſſus.
Ces Tablettes contiennent à-peu-près tout ce
qu'un Particulier doit ſavoir dans le commerce de la
vie,& elles font enrichies de Notes curieuſes & intereffantes
fur toutes les Provinces du Royaume.
ALMANACHLittéraire, ou Etrennes d'Apollon ,
44
MERCURE
par M. d'Aquin de Château-Lyon. A Paris , chez
tousles Libraires
Etrennes du Parnaſſe , choix de Poéfies. Prix ,
I liv. to fols. A Paris , chez le Rédacteur , rue
Mêlée , Nº. 13 ; Belin , Libraire , rue S. Scques ,
près S Yves ; & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien.
Nous rendrons compte incoſſamment de ces deux
Recueils connus , & qui reparoiſſent tous les ans.
EUVRES Complettes de Crébillon , nouvelle Édition
, augmentée & ornée de belles Gravures. 3 vol.
in - 8 ° . Prix , 18 liv. br. , & 36 liv. le grand papier.
A Paris , chez la Veuve Ducheſne , rue S. Jacques ;
Nyon l'aîné, rue du Jardinet ; Bailly , rue S. Honoré ;
Colas , place de Sorbonne ; Mérigotjeune & Onfroy ,
Libraires , quai des Auguſtins.
Les frais de cette belle Édition ſont bien juftifiés
par le mérite de l'Auteur qui en eſt l'objet,
Crébillon partage aujourd'hui les honneurs de la
Scène Tragique avec les premiers Poëtes de la Nation.
Le luxe typographique accordé à de pareils
hommes devient alors un hommage légitime. Cette
Édition est fort bien exécutée , & mérite l'empreſſement
du Public. Elle a de plus que les précédentes ,
une Scène de Catilina que l'Auteur avoit retranchée ;
une Ode ſur ſon anniverſaire , & un éloge hiſtorique
Cette Vie de Crébillon eſt intéreſſante à lire , &
ajoute un nouveau prix à cette Édition nouvelle.
LES Figures des Fables de La Fontaine , gravées
par Simon & Coiny , d'apres les deſſins du ſieur
J. Vivier , Peintre & Élève de M. Caſanova ; le texte
gravé format in 16. pap. d'Hollande. Prix , 3 liv. A
Paris , chez les Auteurs , au Bureau du Voyage Pittoreſque
de la Grèce , rue Pagevin , Nº. 16 .
Nous avons annoncé avec de juſtes éloges la pre
DE FRANCI
41
mière Livraiſon de cet Ouvrage , qui doit avoir du
ſuccès. Outre la commodité du format , qui la rend
moins couteuſe que le grand format qui avoit déjà
paru, il eſt exécuté , pour la gravure & pour le texte ,
avec un ſoin & une netteté qui le mettent bien au
deſſus de l'édition de Feſſard.
La Double Récompense du Mérite , dédiée
M. Wille , Graveur du Roi , peint par P. A. Wile
fils , gravée par J. J. Avril. Prix , 12 liv. AParis ,
chez l'Auteur , rue de la Huchette , Nº. 20.
Cette Eſtampe , gravée avec autant de vigueur
que d'harmonie , doit être accueillie des Amateurs.
Le Théâtre des Grecs, par le Père Brumoy, nouvelle
Edition , enrichie de très-belles gravures , &
augmentée de la Traduction entière des ppiiecces
grecques dont il n'exiſte que des extraits dans toutes
les Editions précédentes ,&de comparaiſons , d'obſervations
& de remarques nouvelles , propoſé par
ſouſcription en 10 ou 12 Volumes grand & petit
in- 8 ° . & in- 4° . A Paris , chez Cuffac , Libraire ,
rue du vieux Colombier , vis-à-vis la rue Caffette."
Quoique l'amour du Spectacle ſoit devenu prefque
univerſel, le goût des bons principes n'en est
pas plus conſervé ; voilà pourquoi il eſt peutêtre
plus important que jamais de rappeler le Public
aux grands modèles de l'antiquité. Sous cet afpect
l'Ouvrage que nous annonçons peut être utile ,
&le nom des perſonnes qui s'en occupent doit prévenir
en faveur de l'exécution .
M. de Rochefort , de l'Académie des Belles- Lertres
, s'eſt chargé de corriger les fautes qui ſe ſont
gliſſées dans l'eſtimable production du Père Brumoy ;
il fuppléera aux obſervations dont les autres Editions
ſont accompagnées par des ebſervations nouvelles
, & il joindra aux trois Diſcours du Père Bru
46 MERCURE
moyunDiſcours ſur l'objet & l'art de la Tragédie
chez les Grecs.
A la fuite des Extraits d'Eſchyle par le Père Brumoy
, M. du Theil donnera la Traduction entière
de ce grand Tragique.
M. Dupuy a traduit en entier Sophocle , & M.
de Rochefort Euripide; unHomme de Lettres , qui
veut garder l'anonyme , s'eſt chargé de la Traduction
d'Ariftophane , & l'on joindra à cette Collection
un choix des fragmens les plus précieux des
Poëtes comiques , Ménandre , Philémon , Alexis , &c.
La partie typographique ſera ſemblable à l'Edition
du Plutarque d'Amyot , publiée par le même
Libraire , & ce ſeul mot doit prévenir favorablement.
Le Théâtre des Grecs aura dix ou douze volumes,
& fera imprimé en trois formats , chacun d'un
papier différent. Le premier petit in-8 ° , ſera imprimé
ſur de l'écu. Le grand in 8 ° , ſur du carré
find'Angoulême, pareil à celui du Plutarque. On
tirera quelques exemp'aires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in 4 .
En ſe faiſant inſcrire pour le petit in- 88 . l'on
payera 8 livres , & 4 livres lors de la livraiſon de
chaque Volume broché. En ſouſcrivant pour le
grand in- 8° . l'on donnera 12 livres , & 6 livres en
recevant chaque Volume. Pour le même format in-
8°. fur papier vélin l'on payera 30 livres , & 15 liv.
en faiſant retirer chacun des Volumes. Pour le format
in - 4° . imprimé pareillement ſur papier vélin &
ſur la même juſtification que l'in- 89. l'on donnera
en ſouſcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume. L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers fera
àvaloir ſur les deux derniers Volumes , qui feront
livrés gratis à MM. les Souſcripteurs. La première
livraiſon de cet Ouvrage ſe fera en Mars 1785 , &
les autres de fix en fix femaines. Le prix de la ſoufDE
FRANCE
47
1
cription ſera le même jusqu'au premier Juillet de la
même année , & à cette époque il ſera augmenté.
On ſouſcrit auſſi chez les principaux Libraires de
la Province & de l'Etranger.
SYMPHONIE Pour le Clavecin , avec deux Violons,
Alto & Baffe , par M. Hayden , faiſant le
Numéro 12 du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Prix , ſéparément 4 livres 4 lois .
Abonnement 24 liv. & 30 liv.
Le ſuccès de ce Journal engage l'Editeur à le continuer
l'année prochaine avec le même ſoin. In
avertit qu'il en fera paroître à la fois au premier
Janvier les trois premiers Numéros ; ſavoir , Numéro
1 , une Sonate de M. Hullmandell avec Violon;
Numéro 2 , un Concerto de M. Mozart; Numéro
3 , une Sonate de M. Vanhall. On s'abonne à
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la Clef
d'or , ancien Café de Foy.
NUMÉRO 12 du Journal de Harpe, par les
meilleurs Maîtres . Prix , ſéparément 2 liv. 8 fols.
Abonnement is liv. franc de port. A Paris , chez
Leduc , au Magaſin de Muſique , rue Traverſière-
Saint Honoré.
Le choix , la variété & le prix modique de ce
Journal doivent aſſurer ſon ſuccès foutenu déjà pendant
quatre années.
NOUVELLES Etrennes de Guitare , ou Recueils
des plus jolies Romances ou Couplets qui ayent paru
dans l'année 1784 , avec Sonates & Pièces pour la
Guittare composées pour cet Instrument , par M,
Porro , OEuvre IV. Prix , 7 liv. 4 ſols port franc. A
Paris , chez Baillon , rue Neuve des Petits-Champs ,
au coin de celle de Richelieu.
Le choix délicat des paroles & l'efprit avec lequel
1
48 MERCURE
elles ſont miſes en muſique , ne prouvent pas moins
de goût que de talent dans l'Auteur.
こ
NUMÉROS 41 à 48 du Journal de Guittare,
pour lequel on ſouſcrit chez le même. Ce Journal,
qui eſt auſſi dirigé par M. Porro , eſt toujours fait
avec un ſoin qui le rend digne de ſon ſucces foutenu.
AIR de Richard- Coeur-de Lion ajouté au Recueil
de M. Leroi , qui ſe deivre gratis à ceux qui repréfentent
ce Recueil. A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
JOURNAL de Clavecin , par les meilleurs Maîtres ,
Numéro 12. Prix , ſéparément 3 liv. Abonnement
15 liv . A Paris , chez M. Leduc , rue Traverſière ,
au Magaſin de Muſique
Ce Journal , qui jouit d'un ſuccès conſtant , ſe
continuera l'année prochaine.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librai
riefur la Couverture.
TABLE.
à ceux del
4
VERS en réponse
M. Hoffman ,
Madrigal ,
Charade, Enigme& Logogry
phe ,
3 Effai fur l'Histoire Générale
lette,
7
des Tripunaux , 29
Comédie Françoise , 31
sAnnonces& Notices , 41
OEuvres du Marquis de Vil-
J'AI lu
APPROBATΙΟΝ.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercurede France , pour le Samedi 1 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 31 Décembre 1784. GUIDEL
TABLEAU Politique
DE L'EUROPE , en 1784 .
SANS ANS les derniers événemens qui tout-à- coup
ont altéré l'union , ſubſiſtante depuis plus d'un
fiecle entre les Provinces Unies & Ja Maiten
d'Autriche , l'année derniere fourniroit à P'Hiftoire
à peine quelques traits. Heureuſe difete
de révolutions , a qui les peuples doivent la diminution
de leurs infortunes, & les Empires leur
tranquillité !
Elle ſembloit raffermie au Nord & au Levant
de l'Europe , par les facrifices de la Turquie.
L'invasion de la Crimée avoit eu moins de tuite
que n'en a ſouvent entre les Puiſſances la priſe
d'un village. Cette conquête qui fixoit fur le
Pont-Euxin les limites d'un Empire, déja dominant
de la Caſpienne à la mer Baltique , qui le rap .
prochoit du centre de la Monarchie Ottomane ,
qui la forçoit de tout craindre ou de tout céder ,
cette conquête s'étoit conſolidée par un Traité
formel . Non - ſeulement la Ruſſie a foumiſe
au joug , ſans hoftilités , cette contrée fur
laquelle ſa politique & fes armées avoient fait
ſes droits; elle a exigé de plus , que la Porte
les ratifiât. Preſſée entre l'alternative d'une guerre
inévitable , ou d'une condeſcendance dangereuſe
, cette derniere Puiſſance a paru balancer :
déja quelques mouvemens dans ſes arſenaux
ſembloient préſager une réſolution de déſeſpoir ,
Nº. , 1 Janvier 1785 . a
! ( 2 )
lorſqu'une convention folemnelle , fignée le 8
Janvier 1784 , mit le ſceau aux prétentions de la
Ruffie. Par ce Traité , la Porte a abjuré les ſiennes
, a reconnu à perpétuité l'occupation de la
Crimée & du Cuban ; & la prudence ſeule a opéré
ce que des défaites autrefois euſſent à peine confeillé.
Cette facilité de la Turquie à recevoir la loi
d'un voiſin puiſſant , a enhardi ſes Tributaires
de la Georgie à mépriſer ſon autorité , & l'on
n'a pas même tenté de les faire rentrer dans le
devoir. La même prudence a fait ſouſcrire au
Traité de commerce exigé par l'Empereur. Ce
Monarque , dont les armées étoient raffemblées
fur les frontieres , pouvoit attendre de cet appareil
des avantages importans. Sa modération
néanmoins lui fit reſtreindre ſesdemandes àdes
privileges de commerce , privileges dont quelques
nations jouiſfolent déja dans l'Empire Ottaman
, & à la conceffion deſquels la circonftance
donnoit un puiſſant appui. Un mois après la
convention avec la Ruffie , une Patente de la
Porte, ampliative des traités de Paffarowitz &
deBelgrade accorda aux ſujets Autrichiens la navigation
libre fur les mers & rivieres de l'Empire
, le paſſage libre de la mer Noire , l'égalité
du traitement pour les droits de Douane & pour
les immanités obtenues par da Ruffie.
Pendant que la Ruſſie régloit le Gouverne
ment , & s'aſſuroit la confervation de la Péninfule
, devenue province Moſcovite , un lé
ger incident porta Pattention publique fur
la Vistule. Danızick , entrepôt des richeſſes de
la Pologne , reſtée libre au milieu du démembrement
de la République ſa protectrice , enclavée
depuis cette finguliere époque , dans le tersitoire
d'un Souverain puiſſant , avoit vu fon
( 3 )
J
commerce décliner, & trembloit pour fon indépendance.
Des Douanes inquiétantes avoient
réduit les bénéfices & l'étendue de fon commerce
: une partie des affaires de cette opulente
Cité s'étoit portée à Elbing. d'où une ſuire de
banqueroutes l'avoit ramené à fon premier domicile
; mais ce retour de proſpérité , dû à un
accident , arrêtoit foiblement une décadence devenue
inévitable .
Depuis quatre cents ans , Dantrick , placée
au-deſſus des embouchures de la Vifule , en avoit
aſurpé la navigation .
Sa poſition, ſon induſtrie , la condeſcendance
de la Pologne , des titres poſitifs , & la longueur
de la jouiſſance , paroiſſoient à ſes yeux legitimer
ce droit d'étape , auquel elle avoit foumis
les bâtimens qui alloient en mer ou en venoient ;
mais le Roi de Pruſſe , maître une fois de la
Pruſſe Polonaiſe , ſongea à les affranchir. Il pouvoit
fermer la Viſtuleaux Danezickois : il leur demanda
la liberté de le deſcendre , de parcourir
l'eſpace reſſerré de leur territoire , de laiſſer ſes,
ſujets porter à la mer , & en recevoir des cargaiſons
, ſans les foumettre au monopole de la
Ville. Cette demande , quoique limitée , parut
à Dantzick le premier acte de ſon anéantiffement
: elle y vit le projet de ruiner ſon commerce
, déja foulé de droits; craignant de tout
perdre , elle s'expoſa à tout , & le paſſage fut
fermé aux vaiſſeaux Pr uſſiens .
Cette hoftilité , ou ce maintien d'un droit
réel , fut ſuivie d'une invaſion totale du territoire
de Dantzik : le Roi de Prufſe la fit
bloquer : enfermés dans leurs remparts , fans
communication extérieure , ſes habitans braverent
la diſette , les rigueurs du froid &
l'approche d'un fiége menaçant. Heureuſem.nt
a2
( 4 )
le Roi de Prufſe reſpecta cette réſiſtance ; il
pouvoir écrafer Dantrick : il ſe ſoumit à l'écouter
: les cours de Varsovie & de Pétersbourg
interpoferent leur médiation , les droits en litige
furent débattus , & il eſt réſulté de cette diſouffion
un plan conciliatoire , où le Roi de Pruſſe
a accordé avec l'équité , l'intérêt de ſes ſujets &
lą dignité de ſa Couronne.
Juſqu'à ce jour Dantzick n'a point ratifié cet
arrangement , conclu ſous les auspices même de
ſes protecteurs. Un entêtement funeſte déguiſe
à une partie des habitans le danger d'un refus ;
mais il eſt à croire que la prudence & la nécef.
fité préviendront les ſuites ultérieures de ce démêlé.
Ala réſerve de cet orage , élevé ſur la ſurface
d'un arôme , le Tableau de l'Europe fut durant
fix mois celui d'un calme confolant. Les Puifſances
qui venoient de poſer les armes , occupées
à fermer leurs bleſſures ; les Cabinets à rapprocher
les intérêts des nations; chacune d'elles à
reconnoître la place que lui laiſſoit dans le commerce
le dernier Traité de paix , tels étoient l'emploi
de la Politique , & le Lut de l'activité générale.
L'Angleterre , dont l'énergie eſt toujours en
action , dont le mouvement continuel attache les
regards durant la paix , comme pendant la guerre
, dont les loix , les moeurs , la liberté abſolu...
ment étrangeres au rete de l'Europe , laiſſent
aux paffions leur développement , & aux eſprits
leur indépendance , l'Angleterre a montré un
ſpectacle encore inconnu dans ſes Annales
P'accord du Peuple & de la Couronne contre les
ufurpations de la Puiſſance législative , pour le
maintien de l'équilibre dans cette Conſtitution ,
( 3 )
reſpectée de tous les Citoyens , parce qu'ils font
tous intéreſſés à la défendre.
Fiere d'avoir triomphe du Monarque & d'un
Parti puiſſant , ſe croyant d'ailleurs afſurée de
la confiance publique , fans laquelle tous les
appuis en Angleterre font très infufficans , la
Confédération de deux anciens Miniſtres , foutenus
de nombreux adhérens , dominoit dans la
Chambre des Communes. L'influence , aujourd'hui
prépondérante de cette branche de la Légiflation
, avoit porté Lord North & M. Fox
dans le Conſeil du Roi , d'où ils s'étoient mutuellement
chaſſés auparavant. Les places , les dignités
du Gouvernement avoient paſſé des mains
duPrince dans celles d'une cabale aristocratique ,
très- difficile en apparence à dépoíléder. Exilés
du Miniftere, les Wighs modérés ſe renfermerent
dans une oppoſition meſurée , & le Parlemenc
s'ouvrit fans orages. L'eſprit de conciliation en
diflingua même les premieres féances : les Miniſtres
ne prirent point cette harmonie pour un
ſignal de rapprochement , ils n'y virent que
l'impuiſſance de les troubler dans l'exercice de
leur pouvoir : la liſte de leurs amis étoit chargée
des noms les plus illuſtres ; les familles les plus
nombreuſes , les plus opulentes du Royaume
étoient dans leurs intérêts : ſpectateur de leurs
démarches , le Roi ne pouvoit les contredire ſans
offenſer la majorité des Repréſentans du Peuple ,
& ce Peuple lui- même , dont M. Fox prétendoit
s'être fait un Egide .
Ce Tableau flatteur aggrandit ſes idées & dirigea
ſes meſures. Quelqu'affermi néanmoins
que ſemblât le Miniftere , il avoit à franchir
un écueildont l'étendue lui échappa. Il s'agiffoit
de régler l'adminigration de l'Inde , de fubordonner
la Compagnie qui ydomine au Gouver.
23
1 ( 6 )
2
4
nement qui devoit y dominer , de ménager ce
Corps puiſſant , en lui impoſant un fiein; d'en
confier l'uſage à une autorité nouvelle , affez
puiſſante pour s'en ſervir efficacement, affez
limitée pour ne pas offenſer les principes de la
conſtitution . D'un côté , M. Fox entendoit le cri
des nations , le voeu des bons citoyens , les réclamations
de l'Inde ; il voyoit les ſouffrances de
la Compagnie elle - même , dont les déſordres
exigeoient & des réformes & des ſecours , mille
déprédations impunies, des fortunes ſcandaleufes
, effrayantes par leur rapidité ; une anarchie
inteline dans tous les départemens , & une
ruine inévitable ſans des remedes décififs : de
l'autre , il avoit à reſpecter une charte ſacrée ,
titre des privileges de la Compagnie , la
propriété des actionnaires de leurs préjugés
même, tous les Corps du Royaume dans celui
qu'il ſe propoſoit d'attaquer , fur - tout les
droits du Trône & de la liberté dans la création
des cenfeurs impoſans auxquels il alloit
remettre ce pouvoir iminenſe de gouverner
l'Inde des bords de la Tamiſe.
Ca milieu à conferver ne s'accordoit guères -
avec le caractere du Miniſtre , ni peut être avec
lacirconftance. En s'écartant des tempéramens ,
on ne pouvoit éviter de paroître ou trop timide ,
ou trop entreprenant . Dans cette alternative ,
M. Fox ne balança pas. Il préſenta au Parlement
un plan conçu avec courage , développé
avec chaleur , défendu avec toutes les reſſources
de l'éloquence politique. Celle de M. Fox
entraîna la Chambre des Communes ; mais la
Compagnie Afiatique, mais le Corps Municipal ,
mais tous les ennemis de l'adminiſtration protefierent
contre le Novateur. Le Roi lui- même ,
forcé de céder à ſon Conſeil, lorſque le bill
T
( 2 )
deM. Foxy fut approuvé , joignit ſa réſiſtance
'àcelle de la moitié du Royaume; ſes ſentimens
une fois manifeſtés , la Chambre Haute , après
des débats auſſi opiniâtres que ceux dont les
Communes avoient été le théâtre , rendit inutiles
, par une oppoſition victorieuſe , les fuffrages
de celles-ci , & le bill fut anéanti.
A cet acte de réprobation , le Ministere oppofa
toutes les reſſources de l'intrigue & de la
Conflitution : afſuré de la pluralité des Repréfentans
du peuple , il ſe flatta qu cette autorité
irrésistible briferot bientôt la réſiſtance ; il me
naça des pourſuites les plus férieuſes les inſtigateurs
de la rejection du bill ; il s'entoura de
retranchemens , qu'on ne pouvoit emporter que
par des moyens violens.
Alors on vit cet étonnant ſpectacle du Monarque
uni à la Minorité contre les propres Niriftres.
Peu intimidé de leurs meſures, il leur
retira ſa confiance , en leur fubftituant les Agens
même de leur chûse. Mais cette révolution du
Cabinet paroiffeit ſans confiflance , ayant à combattre
le pouvoir même d'où l'adminiſtration
publique tire toute fon activité ; quatre voix
gagnées par la coalition dans la Chambre-Haute ,
& le nouveau Miniſtere avoit contre lui le Par
lement entier.
Qa'oppoſoit le Conſeil à ces forces combinées
? Un jeune homme , à peine forti de l'adoleſcence
, porté ſans intervalle de la tribune
aux premieres dignités; héritier d'un nom cher
& célebre , dont il avoit à foutenir la réputation;
orné de talens qui ne font pas toujours
un bon Adminiſtrateur; mais eſtimé dans l'âge
des paffions par des moeurs pures & des vertus
ſéveres ; auſſi précoce en ſageſſe qu'en capacité
; au-deſſus des ſéductions qui corrompent
a4
( s )
aujourd'hui les gens en place fans les avilic,
&fur- tout affez prudent pour conſulter des guides
, aſſez modeſte pour ne pas prétendre à l'être
Lui-même. Outre M. Pitt , les affaires étoient
dirigées par des hommes d'expérience , trèsexercés
à la lutte des factions , & fans reproche aux
yeuxde la nation. Le Chancelier Lord Thurlow,
qui paſſoit pour le Conſeil particulier du Roi ,
réuniſſoitfur-tout les qualités propres au moment ;
un caractere måle & stoïque & la prudence d'un
Magiftrat ; une fermeté éclairée par de grandes
Jumieres , d'autant plus inflexible , qu'elle repofoit
fur des principes invariables .
A peine ce Miniſtere ſe mit en mouvement ,
que la Chambre des Communes arrêta toutes
ſes opérations ; il ſoumit à cette aſſemblée un
nouveau bill fur l'adminiſtration de l'Inde , défapprouvé
par une nombreuſe majorité. Point
de pofition plus difficile , plus délicate ; elle devenoit
encore plus terrible pour M. Pitt , par
les attaques perſonnelles auxquelles il étoit en
butte , & qui l'expoſoient ou à offenſer la Chambre
par ſa ſenſibilité , ou à l'enhardir par fa
réſignation.
Cet étatde criſe ne pouvoit être long ; l'infrant
des grands Bills annuels & celui des fubfides
alloit arriver : déja la Coalition ſe préparoit à
refuſer le renouvellement de l'acte de mutinerie ,
fans lequel l'armée étoit licenciée : les Communes
avoient interdit aux différentes caiſſes de difpoſer
des deniers publics ſans ſon approbation ,
&de toutes parts , pour me ſervir d'une figure
ufirée dans cette aſſemblée , elle enrayoit les roues
duGouvernement.
Pour prévenir cette anarchie , il reſtoit à la
Couronne le rempart de ſa prérogative , la faculté
de diſſoudre le Parlement ; mais cette opé
(و)
ration, qui renverſa le trone plus d'une fois,
preſque tombée en déſuétude , terrible par ſes
ſuites , pouvoit être pernicieuſe , ſi elle n'étoit
favoritée par les conjonctures & conduite avec
circonſpection.
La Chambre des Communes qui la prévoyoit,
l'avoit encore hériſſéé de périls & de difficultés s
de jour en jour , le Miniſtere retardoit cette extrémité
; il temporiſoit avec l'eſprit de parti ,
dans l'eſpérance de le défarmer. Plus cette guerre
ſe prolongeoit, plus les citoyens calmes en redoutoient
les conféquences : il ſe forma une ligue
dans les Communes même pour les prévenir. Si
elle fut impuiſſante à concilier les partis oppofés
, elle retarda du moins les derniers extes de
plus enplus lesforces ſe rapprochoient de l'égalité
dans le Parlement , & tans s'expliquer fur fes
deſſeins ultérieurs , le Miniſtere travailloit en
filence à les faire réuſſir. De la Twede au canal
deBristol , la nation laſſe d'être le jouet des intérêts
d'une cabale; déſabuſée ſur le patriotiſme de
ſesprétendus défenſeurs , indignée même da defpotiſme
exercé ſur la Couronne , déposiliće du
droit inviolable de choiſir ſes Miniſtres , la Nation
ſe fit entendre ; & ſa voix porta le dernier coup à
l'Oppoſition . Enhardis par une foule d'Adreſſes
toutes unanimes à remercier le Roi du dernier
choix de ſes Miniftres, ceux-ci ne craignirent plus
de frapper leParlement pour s'affermir : le Roi dit
au peuple ; » je vous renvoye vos Députés qui
>> ont trompé votre confiance : jugez 6 c'eſt à
>> tort qu'ils ont perdu la mienne , & que vos
>>>fuffrages terminent le différend.
La foibleſſe de ce parti , ſiredoutable dans les
Communes , parut alors à découvert. Lorſque le
nouveau Parlement ſe raſſembla , le Ministerey
retrouva les véritables organesde la Nation , &
as
( 10 )
les deux tiers d'entr'eux pour défenſeurs. Plu
ſieurs des chefs les plus accrédités dans leur parti
,dans les comtés , dans les bourgs , manquerent
leur élection ; & une entrepriſe qui , en
d'autres temps , eût fini par le ſupplice des Miniſtres
, en a juſtifié la ſageſſe & confirmé l'autorité.
Les devoirs que leur impoſoit l'état de la Nation
, n'étoient pas moins difficiles que les circonſtances
dont ils venoient de fortir ſi glorieufement.
Peu après les Parlemens entrerent en
fonctions , avec des objets auſſi importans devant
les yeux. De nouveau liens à former avec
les Etats - Unis de l'Amerique , un traité de
paix à conclure avec les Provinces-Unies , les
Adminiſtrateurs & les Officiers employés dans
l'Inde à contenir enfin dans leurs déprédations ,
un crédit public très-chancelant à ſoutenir , une
dette énorme à bien déterminer & à fonder , le
revenu public à étendre par de nouvelles impofitions
, & à améliorer par les reſſources d'une
fage économie , des branches de commerce defféchées
à remplacer , d'autres à revivifier , des
étincelles d'incendie à étouffer en Irlande , &
PEcoffe à tirer de fa langueur, tel fut l'abrégé
des travaux du Miniftere.
Il ne réuffit pas dans tous également ; mais il
n'en négligea aucun. L'adminiſtration toute entiere
de l'Empire Romain exigea moins de contrariétés
à vaincre , d'intérêts à accorder , que
le ſeul régime à donner aux Employés de la
Compagnie des Indes, que la formation du Bureau
d'Etat auquel on l'a ſubordonnée ,que les
formes juridiques , deſtinées à réprimer ou à punie
la rapacité de ſes Agens. Le BilldeM. Pitt
a'eft, il est vrai , qu'un pallia i les crimes de
Kavidité, fuite inévitable de l'eſprit de com
( r )
1
merce , dégénéré endefir effrénéde la fortune ,
font aujourd'hui au-deſſus de toutes les barrieres :
devenu la force des Empires , l'or fait tout entreprendre
& tout légitimer ; il eſt inſenſé de
croire que l'on punira de richeſſes mal acquiſes
des individus qui favent qu'avec des millions on
brave avec ſuccès les vengeances de la juſtice .
Cependant , malgré ſes nombreuſes imperfections
, le nouveau Réglement ſuſpendra quelquesannées
le torrent d'iniquités , dont l'Inde eſt
le théâtre : il âte àune fociété d'Armateurs le
droitexcluſiſd'adminiſtrer un Empire , de facrifier
l'intérêt de l'Etat à ſes vues d'ambition , &
d'affurer l'impunité à ſes Agens , toutes les foir
que leurs énormités ſeroient profitables à la Com.
pagnie.
Une fource de bénéfices lui a été ouverte
dans les metures priſes pour diminuer la con.
trebande. En diminuant les droits ſur le thé ,
le Miniſtere a eſpéré de remplacer par une augmentation
de la vente nationale, le tribut énorme
levé par les étrangers , introducteurs clandeſtins
de cette feuille infipide en Angleterre. Il s'eſt
promis de cet arrangement un accroiffement
du revenu , & un plus grand commerce : ſpéculation
dont l'avenir ſeul juſtifiera l'efficacité ,
ainſi que l'importance.
M. Pitt a été moins heureux dans le choix des
taxes nouvelles. Forcé d'en abolir plus d'une à
Pinſtant de leur création , il a du moins remplicette
terribletâche fans offenſer la pauvreté ,
& le peuple a été ſouſtrait au nouveau fardeau
dont on a accablé la nation.
Depuis long-temps l'Ecoffe ſembloit oubliée
par le Gouvernement : fon commerce , fes pêcheries
, fon agriculture exigeoient de prompts
fecours;le Parlement en a fentil'urgence , &
26
(12 )
tout annonce que ce Royaume ne tardera pas à
prendre une nouvelle face. C'eſt au milieu de:
ces embarras multipliés , que l'Irlande a exigé
toute l'attention du Miniſtere. Sa circonſpection:
ne s'eſt point démentie : il a laiſſé s'évaporer
en tumultes , en arrêtés , en clameurs , un mé
contentement qu'il étoit impoffible d'alimenter
long-rems. Les Irlandois ont trop cru que de
petites mutineries étoient des actes de liberté ; le
Gouvernement a profité de la méſintelligence
gliffée entre les volontaires , & par des nouvelles
conceffions , il ſe prépare à extirper la racine
du mécontentement .
Tandis qu'on appliquoit des remedes en Angleterre
à des maux preſque invétérés , & furtout
à l'affoibliſſement du crédit public , celui
de la France s'eſt relevé de plus en plus : l'abondance
du numéraire , le penchant plus univerſel
pour l'acquiſition des fonds publics , les fortunes
rapides nées de leur agiotage , un ordre
invariable établi pour les paiemens à l'avenir ;
enfin la création d'une caiſſe d'amortiſſement
combinée avec autant de ſimplicité que de ſageffe
, ont été les principales cauſes de ceste
confiance , qu'on n'avoit pas encore en vue ,
même aux époques les plus floriſſantes.
Il s'en fautbien que le Tableau des Provinces--
Unies offre un aſpect auſſi conſolant. A peine
fortiede la derniere guerre , cette République
travaillée de diſſenſions intérieures , n'a pas été
plus heureuſe au dehors.
En 1781 , elle vit tomber ces Places-Barrieres
, acquiſes au commencement du fiecle par,
des Négociations , par des traités & par des torrensde
fang. D'un trait de plume , l'Empereur
rendit inutiles les dernieres ruines de ces forterefſes,
dont l'Angleterre avoit garanti l'occupation 1
( 13 )
àlaRépublique.Les triſtes circonstances ou elle fe
trouvoit, la dégradation de ces citadelles confiées
à ſa garde ; mais la plupart déja démantelées
depuis la guerre de 1744 ne lui permirent
aucunes réclamations.
Au commencement de l'année , les bords de
l'Eſcaut devinrent entre les deux Puiſſances un
objet de conteſtation. La Cour de Bruxelles accuſa
les Hollandois d'une invafion de territoire ,
&leur diſpura les forts S. Paul & S. Danat ,
uſurpés , ſelon lui , ſans aucun titre à l'ufurpation.
Des négociations s'ouvrirent à Bruxelles
pour régler les limites de la Fiandre entre ledeux
Etats , & pour mettre fin aux altercations .
territoriales , toujours renaiſſantes.
L'une des plus animées concernoit le vaiffeau.
de garde , anciennement poſté à Lillo , & chargé
de viſiter les bâtimens qui deſcendent dư
Brabant dans la Flandre Autrichienne ; les
Etats-Généraux le firent retirer , juſqu'à la déciſion
finale du démêlé.
Il paroiſſoit d'autant plus grave aux Obſervatears
inſtruits , qu'il touchoit à des queſtions que
le traité de Munſter , & les deux conventions
concernant la barriere des Pays- Bas , avoient préjugées.
Ces conjectures menaçantes furent confirmées
par l'expoſé des demandes de Sa Majeſté Impériale
: elles embraſſerent une revifion générale
des actes publics qui avoient lié les deux Etats
depuis le milieu du dernier fiecle. L'Empereur
invoqua celui de Munfter pour demander
La démolition des forts de Kruifchans &de Frédéric-
Henri; la convention de 1664 pour le rétabliſſement
des frontieres déterminées à cette
époque ; l'accord de 1673 entre l'Eſpagne &
les Provinces-Unies , qui ftipuloit une ceffion
ſans réſerve du Comte de Vronhoven , de Maf
( 14 )
tricht , & da pays d'Outre-Meuse. A ces réclamations
s'en joignirentd'autres moins importantes ,
mais dont l'enſemble effraya les Etats-Généraux.
Ils combattirent les unes par des argumens tirés
des traités de Paris , &des conventions auxquelles
la Maiſon d'Autriche doit la propriété
de Pays-Bas , & oppoſerent aux autres une pofſeſſionnoncontredite
, non interrompue deplus
d'un fiecle &demi :ils offrirent de donner ſatisfaction
par rapport à celles que des Puiſſances
amies auroient jugées légitimes ; & articulerent
àleurtour des demandes confidérables qu'ils conſentirent
de faire entrer en compenfation.
Ces diſcuſſions réciproques ne ſervirent qu'à
augmenter l'aigreur & à multiplier les difficultés.
Enfin l'Empereur offrit de renoncer à fes diverſes
prétentions , pourvu que l'Eſcau: fût ouvert
, & le commerce des Indes orientales &
occidentales rendu libre à ſes ſujets des Pays-Bas.
En même- tems il annonça les ſuites d'un refus ,
&les Plénipotentiaires Hollandois furent informés
que le premier obſtacle mis à la libre navigation
de l'Eſcaut , prendroit le caractere d'une
déclaration de guerre.
Pendant que la Hollande invoquoit les bons
offices de la Cour de France , & qu'elle ſe
préparoit aux événemens , ſes délibérations furent
troublées par le bruit du canon, tiré d'une
de ſes frégates ſur un bâtiment ſorti d'Anvers
pour Oftende , avec une patente impériale. Un
ſecond navire , reçu plus doucement , fut également
obligé de rétrograder vers le lieu de fon
départ , fans avoir pu franchir leſpace prohibé.
Cette meſure , autoriſée par les Etats-Généraux
, comme un acte de défenſe légitime, &
comme une ſuite des traités à l'abolition deſquels
laRépublique n'avoit pas confenti , parut à Bru
( 15 )
xelles une aggreffion formelle, une déclaration
de guerre d'autant plus évidente , que l'Empe
Teur avoit annoncé la maniere dont il envifagereit
cette hoftilité.
L'Ambaſſadeur impérial à la Haye fut rappellé
, les Plénipotentioires Hollandois renvoyés
de Bruxelles , & la marche d'une puiſſante armée
vers les Pays Bas , arrêtée dans le Conſeil de
Vienne.
Déja cette armée s'avance à grands pas vers
le théatre de la conteſtation. Mais la Hollande
ne paroît pas ébranlée par cet appareil : gardée
par fa fituation , elle s'eſt tenue juſqu'à ce moment
ſur la défenſive, en fortifiant fon armée , en.
muniſſant ſes places ,& en armant tous ſes habitans.
L'Europe attentive à cette agitation , ne pénetre
point encore juſqu'où elle doit s'étendre ,
ni lesmoyens qui ſedéploieront peut-être pour la
calmer , avant qu'ellearrive au dernier période.
JOURNAL Politique
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE BERLIN, le 12 Décembre.
Epremier de ce mois, leBaron de Munchauſen,
Miniſtre d'Erat &deJustice, eſt
mort ici , à la ſuite d'une apoplexie , dans la
foixantieme année de fon âge..
:
( 16 )
Les Officiers Hollandois qui ſe trouvent ici ,
achetent des armes & des draps d'Uniformes pour
les Corps des Troupes Légeres que la Républi
que fait lever.
4
DE VIENNE , le I13 Décembre.
Nous avons aujourd'hui une connoifſance
plus exacte de ce qui s'eſt paſſé en
Tranſylvanie. Les changemens médités par
S. M. I. dans les Jurifdictions & dans les
prérogatives ſeigneuriales ; changemens qui
ont fouffert quelques oppoſitions de la part
des Intéreſſés , paroiſſent avoir animé contr'eux
les payſans.
Dès le mois de Juillet , on s'apperçut que
ces Valaques tenoient des aſſemblées ſecrettes
: cependant leurs deſſeins n'éclaterent
qu'en Novembre. Pluſieurs milliers de ces
payſans s'aſſemblerent dans le village Meſtalou
, du Comté d'Hunyad : là , ils prirent la
réſolution unanime de ſurprendre la fortereffe
de Carlsbourg , d'en attaquer l'arſenal ,
&de s'y pourvoir d'armes. Le même jour ,
ils déſolerent pluſieurs villages , & commirent
d'abominables cruautés. Les Novembre
, ils déclarerent publiquement leur projet
de ſe défaire de toute la Nobleſſe de
Tranſylvanie , & de s'emparer de fes poffefſions.
Les jours ſuivans ils continuerent à
aſſaſſiner , à brûler tout ce qu'ils rencontrerent.
On comptoit environ 13,000 de ces
ſéditieux , meurtriers & voleurs ; leur chet
>
( 17 )
en effet , étoit un ancien Officier , chaſſé de
ſon corps pourdes prévarications. Uniquement
armés contre leurs Seigneurs , ces conjurés
affectoient le plus grand reſpect pour
l'Empereur, & s'autorifoient de ſes intentions
paternelles pour dévafter les domaines
des Magnats, &pour les égorger. Le Comte
Palſyn'en ſera pas quitte pour 200,000 flor .
Ces brigands ont incendié pluſieurs villages
, en ont maſſacré les principaux habitans
; & dans l'une de ces expéditions , iis
jetterent au milieu des flammes une jeune
fille de 16 ans. Deux Gentilshommes adolefcens
, revenus depuis quelques jours de
l'Univerſité de Leipſick ont été étranglés &
empalés : les Châteaux , les bourgs , les villages
furent abandonnés de leurs habitans
qui ſe réfugierent dans les villes.
A l'arrivée des troupes , cette rage s'eſt
adoucie ; l'on prend des meſures pour l'empêcher
de renaître, & la plus grande partie
de ces payſans a mis bas les armes. Cette
expédition a été accompagnée d'une Ordonnance
rendue par le Gouvernement de
Tranſylvanie , le 23 Septembre , dans les
termes ſuivans .
Durant le cours de la ſédition actuelle fomentée
par la Populace Valaque , qui ſe permet toutes
fortes d'excès , on remarque que cette Troupe
de Rébelles cherche chaque jour à propager ce
mal de plus en plus , par des Séducteurs apoſtés ,
quide Village en Village débitent les mensonges
lesplusgroffiers&les plus préjudiciables aux deux
( 18 )
Partis, pour attirer dans leur complot les habitans
peu éclairés de la campagne. Or , fin que ce dangereuxveninde
la ſédition ne ſe répande davansage
, & que ceux dont la fidélité pour le Souvesain&
la Parrie a été reconnue juſqu'à préſent , ne
s'abandonnent pas à un égarement ſi déplorable ,
on notifie à tous & à un chacun , en vertu de cette
Patente , émanée du Gouvernement Royal , que
quiconque arrêtera un des Séducteurs , & le remettra
entre les mains des Magiſtrats du Comitat
le plus à portée , touchera ſans délai pour cette
preuve de fidélité envers le Souverain & la Patrie,
une récompenſe de 30 florins pour chaque tête ,
dès que la perſonne arrêtée aura été juridiquement
convaincue de ſon crime : au- lieu que, fi une
Commune étoit aſſez perverſe pour admettre chez
elle des gens de cette forte , ou qu'elle ſe laiſsât
entraîner par leurs artifices , le Juge du Village&
deux des Habitans-Jurés ſerent , en conformité
des Loix Nationales , empalés , ſans le moindre
eſpoir d'obtenir grace.
LeGouvernement de la Tranſylvanie a
étéconfié par S. M. I. au Comtede Wallis ,
Lieutenant-Feld-Maréchal des Troupes Impériales.
Le Comte de Fabris eſt comman
dant-Général des Troupes de cette Province.
Les équipages de guerre ſont partis pour les
Pays-Bas , ainſi que les Employés civils de la
grande armée. Elle ne fait aucun vuide ſur la
partie de nos frontieres qui doit refter garnie à
tout événement , & fi l'Empereur ſe tranſporte
dans les Pays-Bas , le Général Laudon aura des
pouvoirs illimités d'ordonner toutes les opérations
militaires de l'intérieur.
On a promis aux Croates une récom(
19 )
:
penſe pour chaque déſerteur qu'ils rameneront
au Régiment; 500 florins à chaque
payſan qui rendra le même ſervice , & 30
Aorins au foldat délateur de ſon camarade.
Ce ſeraunfingulier problême à réfoudre par
la poſtérité, comment on parvient à faire
combattre des armées contre leſquelles on
eſt obligé de prendre de ſi terribles précautions.
Beaucoup de Couvens , à ce qu'on aſſure , ſe
préſentent d'eux-mêmes pour étre ſupprimés :
ces Monafteres , il eſt vrai , n'ont aucuns revenus
fixes , & ne ſubſiſtoient que de l'affifiance de confrairies
abolies.
Les mulets & les chevaux chargés des
équipages de S. M. font partis , & arriveront
à Bruxelles , après 72 jours de route ,
ſans accident. L'Empereur y a fait mettre
un ſervice d'argent de 30 couverts , & un
autre de pareil nombre en fer blanc.
Les nouveaux Corps de Houlans font ici
pour faire leurs coraplettes , & attendent
avec impatience le moment d'entrer en campagne.
Le 1 de ce mois, le Régiment des Cuiraffiers
de Czatorysky a quitté cette garnifon
pour ſe rendre dans la Bohême ; il a été
remplacé ici par le Régiment des Cuiraffiers
de Meklembourg, en garniſon dans la
Hongrie.
Les lettres de Conſtantinople apprennent
que l'eſcadre du Capitan-Bacha , qui avoit
croifé dans l'Archipel , eſt de retour dans le
port depuis le 6 Novembre.
( 20 )
i
.
L'Empereur a nommé des Commiſſaires
pour vérifier les titres de poſſeſſions de terres
dans la Buchowine , & faire dreſſer enſuite
uncadaftre en regle.
On aſſure qu'il va paroître une ordonnance
concernant les indulgences. L'Empereur a ordonné
, que , vu que de toutes les Confrairies ,
il n'exiſtoit plus que l'aſſociation pour le ſoulagement
des pauvres, cette ſociété conſerveroit
trois fêtes par an ; ſavoir le jour qu'elle a été
inſtituée , le jour de Noël & le jour de Pâque ;
chaque membre de cette pieuſe aſſociation doit
ſe rendre à ſa paroiſſe reſpective & ſe contenter
des indulgenccs accordées dans ces jotirs.
Le nombre des malades qui s'eſt trouvé
dans l'hôpital général depuis le 16 Octobre
juſqu'au 15 Novembre , a monté à 1448 perſonnes
, dont 150 ont payé leur réception:
598 perſonnes ont été guéries dans cet intervalle
, & 78 font mortes. = Le nombre
des enfans - trouvés reçus à l'hôpital dans
lemême eſpace de tems a été de'si .
On apprend d'Agram, que le ſieur Mathias
Petrovics , Prévôt de Marchia , & Tuteur du
Chapitre de la Cathédrale d'Agram , mort le
I Novembre dernier , a légué au Séminaire.
Général d'Agram 6000 florins ; au Collège de
Pavie , pour l'inſtruction des Croates qui ſe deftinent
à l'Eglife , 2000 florins , & 2000 florins
au Séminaire des Prêtres qui ſera établi à Agram .
On écrit de Gortz , que le Directeur du
Mont de Piété a diſparu avec une ſomme de
180,000 florins .
( 21 )
:
1
DE FRANCFORT , le 19 Décembre.
Nous apprenons que les Régimens Autrichiens
de Zettwitz , de Neiff & de Dourlach
ont reçu ordre de joindre l'armée en
route pour les Pays Bas .
Les brigandages commis en Tranſylvanie
ne pouvoient être de durée; une lettre
d'Hermanſtadt s'exprime ainſi à cet égard.
Les Rebelles retirés dans les environs de
Clausenlourg , ont accepté une ſuſpenſion d'ar-
>> mes juſqu'au 22 de ce mois. Le Lieutenant-
Colonel de Schultz s'étant approché d'eux , ſans
>> armes , le 12 Novembre , pour ſavoir les cauſes
>> de leurfoulevement , les Rebelles repliquerent,
>> que c'étoit la faute de leurs Seigneurs , qui ne
ככ
rempliſſoient pas les ordres de l'Empereur. Sur
>> une nouvelle demande de M. de Schultz, à quoi
tendoit donc leur entrepriſe inconfidérée , la
>> Chef des Révoltés , auſſi déſarmé, vint lui dé-
>> clarer que ſaTroupe ſe retireroit paiſiblement,
>> pourvu qu'on lui accordât les trois demandes
ſuivantes : > 1º . Un pardon général en faveur de
tous , nul excepté ; faute de quoi ilsse défendroient
réciproquement : 2°. Une recher he exacte de leurs
juftes Plaintes , afin que les Gentilshommes les traitaſſent
avec plus d'humanité : 3º. Enfin , qu'à l'avenir
on n'exigeât d'eux rien au delà des Ordonnances
Impériales. « M. de Schultz ſe fit donner ces trois
>> Propoſitions par écrit , & donna aux Révoltés
>> ſa parole , qu'il les appuieroit auprès du Gou-
>> vernement, qui s'y rendit. A cette nouvelle ,
ככ les mutins ſe ſeparerent pour retourner tran-
>>* quillement chez eux. »
Cette capitulation n'eſt pas trop vraiſem
( 22 )
blable ; mais il l'eſt que la force n'aura pas
été employée ſeule pour appaiſer ce foulevement.
D'autres lettres racontent les circonſtances
ſuivantes.
Un Major du Régiment de Sekler , Houſſards ,
rencontra , le 19 Novembre , une troupe de 6000
Payſans Valagues armés . Le Major leur envoya un
Trompette , pour demander une entrevue avec le
Chefdes Révoltés.Auffi-tôt ſe préſenta unValaque
à cheval , la tête couverte d'un caſque ſurmonté
d'un panache. Le Major intrépide , quoique
n'ayant ſous ſes ordres qu'un Détachement peu
nombreux , ordonna néanmoins au Chef des
matins , de dire à ſes camarades qu'ils euſſent à
pofer leurs armes , faute de quoi , la troupe du
Major feroit feu fur eux. On prétend qu'ils auroient
répondu , que leur intention n'étoit pas de
combattre les Troupes Autrichiennes , mais qu'ils
vouloient maſſacrer leurs Seigneurs ,suivant l'ordre
infinué à Horiah par l'Empereur. Il faut donc attribuer
cette révolte á la ſéduction & à l'ignorance
, auffi-bien qu'à l'oppreſſion trop grande
des Nobles. Voici une preuve évidente que les
Révoltés ne ſe ſont pas ſoulevés contre leur Souverain
. Un Officier Autrichien escortant , il y a
peu de jours , une Caiſſe Impériale à la tête de
80 hommes , tomba parmi un troupe de 2000
Révoltés , qui le traite int avec beaucoup d'hue
manité Ils ont cependant dévafié déja plus de
40 Villages. En vertu des Sentences prononcées
pardes Confeillers de Guerre , 300 de ces Rebelles
ont été exécutés. Mais le Souverain ayant
défendu cette façon de rocéder, trop expéditive,
Jeurs Pri'onniers lero:
des Loix Çiviles.
l'avenir jugés en vertu
( 23 )
Le 29 Novembre , à 10 heures 6 minutes
du foir , on reflentit à Stuggard & dans les
environs une ſecoufle de tremblement de
terre : elle s'eſt étendue dans le Margraviac
de Baden , & fut accompagnée d'un bruit
femblable à celui d'un chariot roulant fur le
pavé. Un vent impétueux l'avoit précédé ,
& elle fut fuivie d'un brouillard épais . Les
lits, les chaiſes, les fenêtres en furent ébranlés.
On remarqua que les eaux du Rhin
baifferent ſenſiblement , & que celles de
divers puits tarirent ſubitement.
La levée du Corps Franc , ſous les ordres du
Major autrichien le Baron de Stein , a les plus
grands ſuccès : la premiere diviſion eſt déja complette&
prête à marcher vers les Pays-Bas ; &
recevant tous lesjours des recrues faites par les
Officiers réfidens à Worms , Mergentheim & Hailbron
; la ſeconde diviſion ne tardera pas à être
auſſi complette. S. M. Imp. s'eſt engagée à penfionner
ceux de ce Corps qui ſerontbleſſés à fon
ſervice.
On aſſure que pluſieurs Princes, d'Allemagne
ont offert leurs troupes à l'Empereur :
on nomme entr'autres le Duc de Wirtemberg
, dont on connoît les relations actuelles
avec la Cour de Vienne : mais ces bruits ,
comme beaucoup d'autres , n'ont encore
aucune conſiſtance.
Il y aquelque tems qu'à Altona on ouvrit
une ſouſcription pour la conſtruction d'un theatre,
elle ne s'eſt point remple : on vient d'en propo
ſer une autre pour la conſtruction d'un hôpital ,
& il s'eſt trouvé dans peu de jours pour quatre
mille mares de ſouſcription.
( 24 )
On a vu des villes au contraire , des villes
libres , dans le dix- huitieme ſiecle , qui auroient
renverſé leur Conftitution, pour avoir
des baladins & des Opéras Comiques.
Il y a quelques jours , écrit-on de Leipfick ,
que S. A. Electorale étant à la chaſſe , a couru
grand tiſque pour ſes jours : deux femmes qui
ſe trouvoient heureusement là , l'avertirent à
tems du danger qu'Elle couroit en continuant
un chemin par lequel S. A. Electorale ſe ſeroit
infailliblement précipitée dans l'Elbe . Cette
femmea reçu une récompenſe de ſept cents écus,
& une penſion de 25 écus d'Empire.
, vers
La ſtation momentanée du Régiment de
Bender dans le Brisgaw , avoit exercé l'imagination
inventive des raiſonneurs & des
gazettes. Nous apprenons que le 9 de ce
mois , ce Régiment a abandonné les trois
villages où il étoit can onné , a traverſé
Kelh & s'eſt dirigé
les Pays-
Bas , où il arrivera le 20 de ce mois . Le
lendemain , on attendoit un Corps de Cavalerie
aux mêmes lieux , Corps que ſuivent
de près une légion de Chaſſeurs & trois mille
Croates , venant duTyrol. Les troupes autrichiennes
, foumiſes à la plus ſévere difcipline
, n'ont donné aucun ſujet de plainte
aux habitans. Le Prince d'Anhalt Zerbft ,
frere de l'Impératrice de Ruffie , étoit à cheval
à la tête de la premiere diviſion de ces
troupes. Le Régiment de Bender lui eſt
promis.
Notre Univerſité , écrit-on de Mayence , devient
tous les jours plus brillante : le bâtiment
contient
( 25 )
こ
contient 12belles grandes falles , où ſe donnent
les leçons publiques . Ilya une bibliothéque compofée
de 50,000 volumes , & elle ne tardera pas à
être augmentée ; car on y fournira tous les Ouvrages
que chaque Profeſſeur trouvera néceffaire
d'y faire placer. On y formera un Cabinet d'hiftoire
naturelle. On vient d'acheter à Londres
tous les Inſtrumens de Mathématiques & Phyfique
dont on peut avoir beſoin : on le pourvoira
également de tous les modeles , ſoit pour la ſtatique
, l'hydraulique & l'architecture civile & militaire
;unCabinet numifmatique va y être établi
pour les Médailles feules de l'Electorat .
M. leGrand-Maître de la Cour , le Baron
d'Erthal , frere de S. A. S. l'Electeur régrant ,
vient de faire préſent à l'Univerſité d'une collecrion
d'Eſtampes qui peut à bon droit paſſer pour
une des plusbelles &des plus complettes dans ce
genre.
La Théologie ſera enſeignée au Séminaire Archiépiſcopal
; on va conſtruire un bâtiment pour
l'Anatomie & un laboratoire pour la Chymie ; le
jardin botanique eſt déja fort avancé . On vient de
former un Hôpital de 60 lits , dans le Couvent
des Clariſtes . Pour unir la pratique à la théorie ,
on yenſeignera la partie des accouchemens. On
établiraauſſi une Ecole Vétérinaire , un Philan
tropinum , une Ecole d'Agriculture, d'Economie,
de Finances , &c . &c.
Le 7, l'équipage de campagne de l'Empereur
, eſcorté par un Capitaine & quatre
Chaſſeurs , est arrivé à Ratisbonne. Les Régimens
de Preiſſ&de Teuchmeistery feront
rendus le 20.
Lapremiere colonne des troupes en mar-
N°. I , 1 Janvier 1785. b
( 26 )
:
che eſt de40,000 hommes; la feconde , diton
, ſera de 50,000 .
Des lettresdeVienne portent quele Comte
d'Iſtenziel , chargé de S. M. I. d'appaiſer les
déſordres qui avoient éclaté dans le Comitat
de Neutra ; s'eſt ſi bien acquitté de ſa
commiſſion , que tout y eft actuellement
tranquille.
Divers Régimens de Croates ont paffé par
la Stirie , & font entrés dans la haute Autriche.
Lapartie du Duchê de Westphalie appartenante
à l'Electorat de Cologne , renferme une étendue
de pays de 10 milles de l'eſt à l'ouest,& de 9 milles
du fud au nord.On évalue ſa population au moins
à 100,000 ames . Il contient 25 villes qui ontdroit
de fuffrage aux aſſemblées desEtats, I 1 gros bourgs
dont9jouiffent du même droit que les villes , 18
Couvens & beaucoup de villages.Les villes ne ſont
gueres peuplées les plus grandes renferment environ
400 maiſons. Les Erats s'aſſemblent à Arenfberg,
où setrouve la Chancellerie de ceDuché. Le
pays eft fertile en bled, pâturages , bois & toutes
fortes de minéraux ; mais on n'y voit que très-peu
de manufactures .
ITALI Ε.
DE VENISE , le 30 Novembre.
Le différend qui s'étoit élevé entre l'Empereur
& notre République , au fujet de la
jurifdiction de nos Evêques dans la Lombardie
autrichienne , vient d'être terminé à l'a
( 27 )
miable. Les deux Puiſſances ſont convenues
que les Evêques de l'une & de l'autre domination
ne pourroient exercer aucune jurifdiction
dans les dioceſes étrangers . Au moyen
de cet arrangement , l'Archevêque de Milan
perd environ quarante paroiſſes , qui feront
réunies au dioceſe de l'Evêque de Bergame ;
mais auſſi d'autres Evêques vénitiens perdront
pluſieurs paroiſſes ſituées dans la Lombardie
autrichienne.
Le démêlé ſurvenu entre notre République
&celle de Hollande, à l'occaſion de l'affaire
des deux Négocians Chomel & Jordan ,
n'eſt pas encore arrangé. La Hollande perfifte
à demander que ces deux Négocians foient
indemnifés de leurs pertes.
DE MILAN , le 1 Décembre.
-La torture préparatoire , quoique profcrite
par les loix dans ce duché , étoit encore
exercée de temps en temps , ainſi que celle
Super alias & complicibus , par des Juges cruels
ou ignorans : le Sénat vient de leur interdire
cette affreuſe méthode par la circulaire ſuivante.
>> L'expérience ayant démontré , que c'eſt
de lanégligence des Juges & du peu d'exactitude
qu'ils mettent dans les procédures criminelles ,
quedérive en grande partie la neceffité de recourir
aux tourmens , il leur eſt enjoint de prendre
toutes les informations poſſibles , & de ſe procurer
, par des moyens légitimes , les éclaircifſemens
propres à diſtinguer l'innocent d'avec le
b2
( 28 )
coupable. Le corps du délit étant légitimement
conftaté , & le délinquant mis en prifon , on lui
ſera ſubir trois interrogatoires ; s'il perſiſte à
nier , il n'en ſera pas moins criminel ; le Juge
pourra lui laiſſer 24 heures de plus pour ſe reconnoîtte
coupable ; mais ce terme écoulé , on
Je condamnera par contumace , & il ſera puni
comme convaincu du crime dont on l'accuſoit .
Toutes les fois que les témoins ou délinquans ,
interrogés fur quelque point eſſentiel , différe.
ront dans leurs réponſes , on leur enjoindra de
rendre raiſon de cette contrariété ; ſi leurs réponſes
ne ſont pas concluantes , on attendra le
réſultat de la procédure avant de les condamner.
Le témoignage des complices & autres perſonnes
infames ſera regardé comme valable , s'il confte
qu'ils n'ont aucun intérêt à trahir la vérité ;
lorſque l'accuſé ſe ſera avoué coupable , ſans
pourtant vouloir nommer ceux qui ont cu part
àun crime qu'il n'auroit pu commettre ſeul ,
ou qu'il refuſe de ſe déclarer ſur quelque circonftance
agravante , les Juges en informeront le
Tribunal ſuprême.
,
:
Enfin dans tous les cas cù l'accuſé aura contre
lui les indices graves ſans être cependant
pleinement convaincu du crime qu'on lui impute,
les Juges devront , comme ci-deſſus , s'adreſſer
au Tribunal fuprême , afin que celui - ci
puiſſe rendre la fentence la plus convenable
& la plus conforme aux intentions de S. M.
La nouvelle Junte Royale des Etabliſſemens
pieux a ſupprimé derniérement une fondation
connue ſous le nomde Fondation des
Riches & des Vieillards. Elle avoit été deſtinée
au foulagement des Pauvres de la Pa
roiffe de S. Jean.
T
( 29 )
!
DE NAPLES , le 30 Novembre.
Le Marquis de Caraccioli , viceroi de Sicile,
s'eſt embarqué le 17, vers les quatre
heures du ſoir , ſur la frégate du Roi la Minerve
, pour ſe rendre à Palerme. La frégate
laDorothée a fait voile le lendemain pour
cette ifle.
Le Conſeildes Finances a arrêté qu'il ne ſeroit
point ſupprimé de Couvens de la Ville,les revenusdeſquels
devoient ſervir pour l'entretien des
maiſons d'Orphelins que l'on devoit établir pour
l'éducation des Filles des Militaires ;& qu'au- lieu
de ces revenus , on leveroit une taxe fur tous les
Couvens de ce Royaume & fur ceux de Sicile ,
laquelle formeroit une ſommede 30 mille ducats,
dont 20 mille ſeroient payés par les premiers , &
10mille par les derniers, afin de pouvoir fourn.r
plus aitément auxfrais de ces établiſſemens pieux,
un deſquels ſera formé dans le Couvent des Peres
Francifcains du Calvaire .
S. M. vient d'accorder une penſion de
300 ducats aux deux Médecins qui ont traité
le Prince héréditaire pendant fa derniere
maladie, & qui lui continuent aujourd'hui
leurs foins pendant ſa convalefcence, qui eft
un peu inquiétante.
Un duel , qui a eu lieu récemment entre deux
rivales , fait aujourd'hui le ſujet de toutes les
converſations. Voici comme on raconte le fait.
Un jeune homme étant devenu amoureux d'une
demoiſelle , lui avoit promis de l'époufer , mais
quelque temps après ayant conçu une nouvelle
paffion pourune femme mariéee ,il abandonnafa
b3
( 30 )
première maitreſſe ; celle- ci ne tarda pas aêtre
informée du motif de l'infidélité de ſon amant ,
& ayant réſolu d'en tirer vengeance , elle ne
s'occupa plus que du choix des moyens. Ayant
appris que ſon perfide amant devoit accompagner
ſa rivale au ſpectacle , elle ſe traveſtit en
homme , ſe rendit à la maiſon de fa rivale , &
attendit l'heureux couple au bas de l'eſcalier. II
parut enfin. Notre héroïne auſſi tôt de porter un
défi à ſon amant , & de l'accabler des reproches
les plus durs ; celui - ci ayant reconnu la voix
de ſon ancienne maîtreſſe , refuſa l'appel , mais
elle ne l'en tint pas quitte à fi bon marché. Elle
chercha à le provoquer par les injures les plus
piquantes; & ayant tiré fon épée , elle le ſomma
d'en faire autant. La rivale , qui avoit été témoin
de cette ſcene , voyant que le jeune homme perfiſtoit
dans ſon refus , lui arracha ſon épée , &
s'avance avec furie contre ſa rivale . Le combat
s'engage entre les deux champions féminins ; ils
fe battent avec tout l'acharnement du déſeſpoir
& de la jalouſe. Le jeune homme s'efforce de
les ſéparer , & y il parvient enfin , mais les deux
rivales , indignées de ce qu'il n'avoit pas laiſſé un
libre champ a leur valeur, tournerent leur rage
contre lui , & l'affaillirentde coups ; trop heureux
d'en être quitte pour quelques légeres bleffures
. La Dame conſentit enfin à remonter dans
fon appartement , & le jeune homme recondui
fit la Demoiſelle à ſon logis .
;
Le tombeau des Scipions , qui a été trouvé
dans la vigne Saffy, près de la porte Capena
à Rome , & qui conſiſte en une grande
caiſſe de marbre , ornée de diverſes infcriptions,
a été tranſporté par ordre de S.S. dans
le Musée du Vatican .
T
( 31 )
Le Cardinal Colonna eſt toujours dange
reuſement malade. On commence àdéſeſpérer
de ſa guériſon .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Décembre.
Les circonstances pénibles & délicates où
ſe trouve la Nation faciliteront , felon quelques
prophetes politiques , le rapprochement
des différens partis. Ils ſentent , diton
, la néceſſité de tendre en commun à raffermir
la puiſſance & la proſpérité publiques.
Cet eſprit de conciliation a prévalu depuis
l'entrée de Lord Cambden dans le Cabinet :
auſſi le Général Sloper , très-attaché à la
Coalition , a t-il emporté le commandement
général de l'Inde , fur le Général Campbell,
favorisé par M. Pitt. Ce. jeune Miniſtre ,
toujours ſuivant les mêmes rapports , a perdu
de ſa prépondérance , &c. Mais fi le
danger imminent où se trouvoit l'Angleterre
, dans la derniere guerre , & les embarras
qui l'ont ſuivie , n'ont rendu les factions
que plus animées , comment eſpérer qu'elles
ſe réuniront par patriotiſme ?
L'un de nos papiers s'eſt dit autorisé à inſtruire
le Public que S. M. a déclaré dans les termes les
plus clairs parſes Ambaſſadeurs auprès des Cours
étrangeres, qu'elle eſt irrévocablement déterminéc
à la neutralité dans la querelle actuelle entre
l'Empereur & les Etats-Généraux.
L'Europa , de so can., commandée par
b4
( 32 )
l'Amiral Innes , a appareillé de Portsmouth
pour ſe rendre à la Jamaïque.
Le Capitaine King , le compagnon & l'ami du
celebre Cook eſt mort à Nice , où il étoit allé
chercher le rétabliſſement de ſa ſanté. Voilà donc
les trois célebres Circum - Navigateurs , Cook ,
Clerke &King , perdus pour la nation en très-peu
detemps.
On dit que nos Miniſtres., ſur les repréfermations
de M. Orde , ſont convenus d'accorder
un droit égal en faveur de l'Irlande ,
fur l'article du fucre; ce qui ſera extrêmement
avantageux aux Négocians Irlandois
intéreſſés dans le commerce des Ifles.
Le Parlement , dit une lettre de Dublin du 4 de
ce mois , s'affemblerale 20 Janvier ,& s'occupera
d'abord de divers réglemens de commerce également
avantageux aux deux Royaumes. Les gens les
plus ſenſés &les plus reſpectables de la Nation
mettent toute leur confiance dans cette afflemblée ,
&manifeſtent autant d'horreur que de mépris pour
les meſures iniques que la faction s'efforce de vouloir
faire adopter .
Le bruit s'étoit répandu que le Duc de Rutland
avoit été empoisonné. Le fait eſt qu'il eſt tombé de
cheval en revenant le ſoir d'une partie de plaifir
qu'il avoit faite chez un de ſes amis à Plicænis-Park ,
mais il ne s'eſt point bleſſé dangereuſement , & nous
eſpérons , pour le bien de l'Irlande , qu'il ſera bientôt
en état de reprendre ſon travail & de s'occuper
des intérêts de la narion.
D'après les journaux des Seſſions de l'Old
Bailey , pendant les trois dernieres années , il
eſt reconnu que ſous la Mairie du Chevalier
William Plomer , en 1782 , on a jugé 668
:
( 33 )
perſonnes ; fous celle de Nath Newnham ,
en 1783 , 818 ; ſous celle de Robert Peckam,
en 1784 , 1037. Pour crime capitaux , en
1782 , 98 ; en 1783 , 170 * ; en 1784 , 149.
Le Gazeter , Feuille dévouée à M. Fox ,
& répertoire de toutes les calomnies contre
le Miniftere , a imaginé l'anecdote ſuivante
fur le compte d'un ancien Miniftre .
Lord
Ce Seigneur , dit- il , fut employé , à l'âge de 22
ans par le Comte de Butte pour négocier entre lui
&M. Fox , depuis Lord Holland, auquel il avoit
promis une dignitédeComte. Des intrigues de Cabinet
empêcherent la conceffion de ce titre , & on
confentit ſeulement à ce que M. Fox eût une Baronnie.
Le Comte de Bute , qui avoit promis à
M. Fox un Comté communiqua fon embarras au
Lord enqueſtion. Celui-ci entreprit de l'en tirer en
prenant tout fur ſon propre compte. Il lui confcilla
de répondre à M. Fox , que ſon négociateur le
lui ayant promis la dignité de
Comte , il avoit outrepaflé ſes pouvoirs. M.
Fox répliqua qu'il s'en remettoit fur cette affaire
aux propres paroles de ce jeune Seigneur. Quand
on en vint aux éclairciſſemens , on envoya chercher
le Lord ..... , qui ſoutint à M. Fox qu'il
ne lui avoit promis qu'une Baronnie. M. Fox ſtupéfait
, reſta quelques inftans ſans pouvoir proférer
un ſeul mot; mais s'étant remis , il dit au
Lord .... ces paroles remarquables : Jeune homme,
L'IMPOSTURE & la FOURBERIEfont donc les fentimens
avec lesquels vous commencez votre carriere
dans les affaires, tandis que les plus vieuxPolitiques
ne les acquerent généralement quefur la fin de la
leur!
Ceux qui ont connu le caractere du feu
bs
( 34 )
Lord Holland , Payeur général des troupes
dans l'avant derniere guerre , ne croiront pas
ſi aisément qu'un renard auſſi expérimenté
ait été dupe d'un jeune homme de vingtdeux
ans .
Dans l'un des Journaux de 1783 , on rendit
compte du duel du 4 Septembre méme année , en .
tre le Colonel Gordon , oncle maternel du Duc
de ce nom , & frere du Comte d'Aberdeen , d'une
part , & le Lieutenant-Colonel Thomas de l'autre
, ainſi que des cauſes qui avoient provoqué ce
duel , qui ſe termina par la mort de ce dernier .
Les faits que nous mêmes alors ſous les yeux
du Public,&que nous tenions , ainſi que les ſuivans
, d'un parent de la famille de Gordon , domicilié
à Paris , & qui s'en rend le garant , prouvent
clairement que le Colonel Gordon n'a rien
omis de ce qu'il devoit & pouvoit faire , ſoit
comme militaire , ſoit comme homme d'honneur
pour ſe laver des reproches , dont contre toute
Taifon ,M. Thomas s'étoit obſtiné à le charger .
Les fuites de ce duel ont été très-alarmantes
pour M. Gordon. Comme les Loix de ſon pays
ne diftinguent pas entre un meurtre & un duel
prémédité , il a été pourſuivi devant le Tribunal.
du Vieux - Bailey , comme coupable d'aſſatlinat
dans la perſonne de M. Thomas. Mais un Juré
reſpectable du Comté de Middleſex l'a déchargé
d'un crime fi horrible , à la grande joie des Offciers
, tant ſupérieurs qu'inférieurs , ſous leſquels
ou avec lesquels il avoit ſervi en Amérique , &
qui s'étoient faits un devoir de ſe rendre en grand
nombre au jugement pour dépoſer en ſa faveur .
Une circonstance finguliere & peut être ſans
exemple , eſt que , quoique la bravoure perfonncile
du Colonel Gordon , ait été pleinement dé
( 35 )
L
montrée tant par la Sentence du Confeil de
Guerre tenu à ſon ſujet à Newyorck le 4 Sept.
1782 , par toute ſa conduite dans la malheureuſe
affaire avec M. Thomas. Cependant quelques
jeunes Officiers du corps ſe ſont imaginés , on ne
ſçait ſur quel fondement , qu'il n'a pas affez fait
pour le mettre au-deſſus de tout reproche.
On mande de la Caroline du Sud , qu'il
regne parmi les habitans des Provinces méridionales
des Etats- Unis , une activité de
commerce qui réuſſit au-delà des eſpérances.
Entre diverſes branches de commerce dont
ils ſe ſont occupés nouvellement , ils ont
entrepris celui des Eſclaves ſur la côte d'Afrique
, lequel a déjà été fi heureux , que depuis
la proclamation de la paix, il a été venda
plus de 3000 negres au marché de Charletown
; & l'on eſtime que les Vaiſſeaux deſtinés
cette année au même commerce, gagneront
le double de ce qu'ils ont gagné l'année
derniere. Certainement ce ne ſera pas cet
Etat-là qui ſouſcrira à abandonner cette lucrative
ſpéculation.
Il eſt arrivé dernierement en Penſylvanie un
événement plaiſant. Un particulier avoit gagné
en peu de temps beaucoup d'argent à acheter
des Esclaves blancs , qu'il menoit dans l'intérieur
du piys , pour vendre leur travail ou leur apprentiſſage
pendant un temps confidérable. Dans
l'une de ces tournées , il avoit avec lui un jeune
Irlandois , d'une figure & d'une taille ſi défavanrageuſe
, que perſonne ne vouloit l'accepter. Le
Marchand de chair humaine , après avoir vendu
tous ſes eſclaves , réſolut de revenir à Philadelphie
avec ſon Irlandois qu'il accabloit de repro
b6
( 36 )
ches & d'injures ; effet ordinaire de l'avarice
fruſtrée de ſes eſpérances . Ils arriverent un ſoit
très-tard dans une Auberge où tout le monde
dormoit. Un garçon qu'ils réveillerent , les conduiſit
dans une chambre où il les laiſſa ſans faire
attention quel étoit le Maître ou le Valet , puis
alla ſe recoucher. Le lendemain matin , de trèsbonne
heure , l'Irlandois ſe leva , & voyant que
fon Maître dormoit profondément , il endoſſa ſes
habits & defcendit. L'Aubergiſte entama la converſation
avec lui. Les gens de la ville font ordinairement
curieux & crédules ; notre Irlandois
le ſavoit ; auſſi-tôt il informa l'Aubergifte que le
blanc qu'il avoit avec lui , étoir le ſeul qui lui
reftât d'une troupe qu'il avoit vendue ; que les
voyages érant très-couteux, il lui propoſoit de
lui abandonner ſon apprentiſſage pour deux demijoes
( équivalant à 3 liv. 12 ſols ſterl. ). Cette
offre , qui ſembloit très-avantageuſe , fnt acceprée
par l'Aubergiſte , & l'argent payé. Le faux
Marchand prend auſſi tôt congé , & obſerve en
partant que ce ſeroit dommage d'éveiller le pauvre
diable qui dormoit ſi bien. Au bout d'une
heure environ , le vrai Marchand ſe réveille , &
appellant les garçons , il commande ſon déjeuner.
Le quiproquo finit par s'éclaircir , & par
prouver que l'ingénieux Irlandois avoit emporté
non - ſeulement l'argent de l'Hôte , mais encore
celui de ſon Maître , & en outre ſes habits .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Décembre.
Le 12 de ce mois , le Roi à nommé à l'Abbaye
réguliere de Saint-Jean-de Bonneval- les-
Thouars , Ordre de Saint- Benoît , dioceſe de
( 37 )
Poitiers, la dame de Thy , Chanoineſſe profefle
du Chapitre noble de Leigneux , dioceſe de
Lyon, ſur la nomination & préſentation de Monfeigneur
Comted'Artois , en vertu de fon apanage.
Le 19 , la Vicomteſſe de Theſan a eu l'honneur
d'être préſentée à Leurs Majestés & à la Famille
Royale par la Vicomteſſe d'Eſclignac.
Le mêmejour , le Comte de Ségur , Miniſtre
P'énipotentiaire du Roi près l'Impératrice de
Ruffie , & le Vicomte de Vibraye , ſon Miniſtre
plénipotentiaire près l'Electeur de Saxe , ont eu
l'honneur de prondre congé de Sa Majefté pour ſe
rendre à leurs deſtinations , étant préſentés par le
Comte de Vergennes , Chef du Conſeil royal des
Finances , Miniltre & Secretaire d'Etat , ayant le
départementdes Affaires étrangeres .
Le 20 , le Roi , accompagné de Monfieur & de
Monseigneur Comte d'Artois ,a affifté au Service
anniverſaire qui a été célébré dans l'Eglife
de la Paroiffe de Saint- Louis , pour le repos de
Fame de feu Monſeigneur le Dauphin . Madame
Elifabeth de France y a également affifté.
Le , le Comte deMercy-Argenteau , Ambaffadeurde
l'Empereur , a eu une Audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a préſenté
àSa Majesté le Prince de Staremberg ; cet Ambaffadeur
a été conduit à cette audience , ainſi qu'à
celle de la Reine & de la Famille Royale , par le
ſieur Toloſan , Introducteur des Ambaſſadeurs ;
le ſieur de Séqueville , Secretaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaſfadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 15 Décembre.
Les Députés des Etats de Bretagne ayant
( 38 )
rendu compte à cette Affemblée, le re de ce
mois , de leurs démarches auprès des Miniftres
, ils ont repréſenté la réponſe, écrite en
ceş termes , de la main de S. M.
« Les témoignages que les Etats de ma Province
de Bretagne m'ont donné depuis qu'ils font af-
>> ſemblés de leur reſpect, de leur foumiſſion &
de leur zele , m'ont déterminé à leur laiſſer
>>>l'entiere liberté du choix de leurs Députés
>> tant auprès de moi , qu'à la Chambre des
>> Comptes de Nantes , en y procédant dans les
» quinze premiers jours de leur afſemblee . J'ai
> donné mes ordres pour autorifer mes
ככ
Commiflaires
à retirer à cet effet les Arrêts du
>> Conſeil du premier Mars 1777 , & du 4 Oc
tobre 1780. Je veux bien auſſi que les villes
>> continuent de ſe pourvoir aux Etats pour l'ob-
>> tention de leurs octrois , ſuivant l'ancien uſage ,
> & qu'elles leur rendent compte de l'emploi
>>defdits octrois à leurs deſtinations . J'explique-
>>-rai mes intentions à cet égard par une Déclara-
>> tion adreffée à mon Parlement de Bretagne » .
Cette réponſe a été reçue avec des acclamations
de vive le Roi. Ce moment d'intérêt , difficile
à rendre , a été bien exprimé par MM. les
Préſidens des ordres ſur les témoignages d'amour
que l'affemblée avoit à ce moment à donner à
S. M. & de reconnoiffance pour les Miniftres ,
M. le Comte de Montmorin & M. l'Intendant. Ces
ſentimens , dont l'aſſemblée étoit unanimement
pénétrée , ont excité pluſieurs membres des ordres
à propoſer des moyens de tranſmettre à la poſtérité
une époque auſſi mémorable. Le Tiers
Etat ayant énoncé dans ce moment ſon avis , les
Etats ont arrêté d'aller en Corps vers MM. les
Commiſſaires du Roi pour le remercier du zele
( 39 )
avec lequel ils ont mis ſous les yeux du Roi &
de ſes Miniſtres , les juſtes réclamations de la
Province.
Leſdits Etats ſe livrant aux mouvemens de leur
reconnoiſſance des bontés que S. M. vient de leur
accorder en les rétabliſſant dans leurs droits , &
qui leur font eſpérer que leurs demandes pour
être réintégrés dans la jouiſſance des droits de
contrôle , auront le ſuccès qui rempliroit leurs
vues pour le bonheur & le ſoulagement des peuples
, ont , par acclamation & unanimement , arrêté
d'ériger la ſtatue de Louis XVI , pour tranfmettre
à la poſtérité un monument de ſa juſtice
& de ſa bonté ; ont chargé les Député qui iront
à la Cour , d'en faire dreſſer le plan pour la
teneur prochaine , & MM. les Préſidens des or.
dres d'écrire aux Miniftres pour leur témoigner
toute la reconnoiſſance des Etats , en les priant
de mettre ſous les yeux du Roi la préſente délibération.
Ils ont auſſi arrêté unanimement qu'il ſera célébré
Dimanche prochain une Meſſe ſolemnelle
pour la conſervation du Roi & de la Famille royale,
pour l'heureuſe délivrance de la Reine , à laquelle
MM. Ics Commiſſaires du Roi ſeront invités
d'affifter..
La ſecouſſede tremblement de terre qu'on
a reſſentie le 29 du mois dernier , en Dauphi
mé , en Savoie , en Allemagne , en Alface ,
aété auffi éprouvée en Lorraine. A dix heures
du foir , cette commotion , qui dura plus
d'une minute , ébranla les meubles du château
de Bourlemont, à demi-lieue de Neuchâ
teau; elle s'est étendue à Clermont , fur la
route de Neuchâteau à Langres , & proba
( 40 )
(
blement avec plus ou moins de force dans
tous les lieux circonvoiſins. La propagation
decette fecouſſe ſur une eſpace de 150 lieues,
fait craindre que ce tremblement n'ait été
plus violent dans quelques contrées moins
voifines : l'abaiſſement du barometre audeſſous
de l'orage , ce jour-là , a été remarqué
dans pluſieurs endroits même où la ſecouffe
n'eſt point parvenue.
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel ſe
font affemblés le 29 Novembre au Couvent des
Cordeliers de cette ville , & ont tenu un Chapitre
, auquel a préſidé pour S. M. le Vicomte de
Ja Roche - Foucauld , Chevalier - Commandeur
des Ordres de S. Michel & du Saint - Eſprit :
après un diſcours qui a été prononcé par le fieur
Pourſinde Grand - Champ , Secretaire du Roi ,
Chevalier dudit Ordre , nommé par Sa Majefté
pour ſuppléer le ſieur Collec , Chevalier & Secretaire
perpéruel dudit Ordre , le Vicomte de
Ja Roche - Foucauld a reçu Chevaliers , aunom
du Roi , les ſieurs Gaillard de Buencourt , Jaubertoux
& Goetz : enſuite tous les Chevaliers ,
le Vicomte de la Roche Foucauld à leur tête ,
ſe font rendus proceffionnellement en l'Egliſe
dudit Couvent , & ont aſſiſté à la meſſe de Requiem
, qui ſe célèbre tous les ans pour le repos
de l'ame des Chevaliers décédés .
M. l'Abbé Maury , Grand - Vicaire de
Lombez , remplace à l'Académie Françoiſe
M. le Franc de Pompignan. Cet Orateur ſacré,
dont les Ouvrages ont obtenu une grandeeftime
, a été élu le 16 de ce mois.
On a répandu ſur la portion de jettée faite
par encaiſſement au port d'Agde l'été dernier ,
-
( 41 )
;
àla
ſous la direction de M. Groignard , qu'elle avoit
été renverſée & détruite par la mer. Le mal
qu'elle a éprouvé ſe réduit à très - peu de chole ;
il confide en un affaiſſement dans la longueur de
la jettée , qui a conſervé ſa même direction ſudquart
ſud-ouest; à quelques légeres dégradations
fur le bout du couronnement , & en un petit déverſement
auſſi ſur ſa longueur du côté de l'eſt ,
par où elle avoit été le plus battue d'une tempête
affreuſe pendant quatre jours. Ces effets aités à
réparer & à peu de frais , bien loin d'être nuifibles
à la caiſſe , tendent au contraire à laconfolider
, d'autant plus que ſon taffement a ετε
conſidérable , en ſuivant & s'ajuſtant ainſi au
plus grand affouillement que le fond a éprouvé.
On ſera de plus charmé d'apprendre que le
prolongement de la ſeule jettée de l'eſt , d'environ
so toiſes , a procuré , première criſe
de la riviere d'Hérault , une amélioration confidérable
à ſon embouchure. La profondeur du
chenal , entre les deux jetées , eſt de 15 à 16
pieds . & à l'endroit de la paſſe des bâtimens ,
de 8 pieds 3 pouces , au lieu de 6 pieds qu'il y
avoit auparavant. Le banc de ſable qui , en
1780, couvroit l'embouchure ſur une longueur
de 300 toiſes nord & fud , ſe réduit maintenant
à environ to toiſes , & eſt éloigné des
jettéesd'environ la longueur d'un cable. La paſſe
qui étoit autrefois à loueſt , ſe trouve au ſudeſt
au bout de la caiffe , fur une largeur de so
toiſes. Un ſuccès auſſi prompt & auffi marqué ,
qu'a produit le premiere portion de cette nouvelle
jettée , va ranimer le zèle des Adminiſtrateurs
de la Province pour la continuationd'un
ouvrage auſſi précieux , qui contribuera à l'agrandiſſementde
ſon commerce , & rendra cette
contrée une des plus floriſſantes du Royaume.
( 42 )
On nous mande de Bordeaux un de ces
actes d'humanité qu'on retrouve encore parmi
le peuple , étranger aux claſſes élevées
qui ne favent jamais ſecourir qu'avec de l'argent
, & d'autant plus louables , qu'ils font
exercés pardes individus pour qui ils font de
véritables facrifices .
Etant allé , nous écrit l'Hiſtorien du fait ,
paſſer quelque temps dans la paroiſſe de Bégadan
, près Lesparre , petite ville du Médoc ; j'y
vis la femme d'un nommé Jean Chemin , Vigneron
, qui allaitoit un enfant d'environ un an , &
três - bien portant. Je fis compliment à cette
jeune Nourice ſur l'état de ſanté de ſon enfant.
Cette bonne femme ne me répondit que par des
larmes , qui ſuccedérent à la gaieté que je lui
avois apperçu. M'étant informé du ſujet de ſa
triſteſſe , j'appris ce qui ſuit.
Au mois d'O &obre 1783 , la femme du nommé
Renom , Forgeron du même Bourg , fut accouchée
par une Sage- femme qui ne poſſédoit
aucune connoiffancede fon art. L'opération fut
fi mal conduite , que la malade en mourut preſque
ſubitement.
Le pere , déjà chargé de deux autres enfans ,
& qui n'a d'autre reſſource que dans ſon travail ,
n'étoit pas en état de payer une Nourrice pour
Je nouveau né. La femme de Chemin ſe prêſente
, elle étoit à même de ſévrer un enfant à
elle propre , qu'elle avoit à la mammelle : elle
s'offre généreuſement pour ſe charger du petit
étranger : & s'en charge en effet.
Le mari ignoroit ce procédé de la femme lorfqu'il
ſepréſenta lui- même pour le lui conſeiller ,
& l'engager à ce trait généreux.
L'Académie Royale des Sciences & Belles
( 43 )
Lettres de Caen , a tenu le 3 de ce mois dans
la Grand'ſalle de l'Hôtel de Ville , une ſéance
publique, préſidée par M. l'Evêque de Bayeux ,
qui y avoit été invité. M. Ballias de Laubarede ,
en a fait l'ouverture par un diſcours ſur l'utilité
des Académies , & le beſoin qu'elles ontde la
protection des Souverains & des hommes en place;
M. Didié , Ingénieur des Ponts & Chauffées ,
a lu une Differtation ſur la néceſſité de n'avoir
qu'unpoids & une meſure.
M. le Cavelić , Avocat , a parlé des rapports
de Poéſie & de la Peinture dans les images , &
a terminé la ſéance par la lecture d'une Ode ſur
les bons Rois.
M. Moyſant , Secretaire perpétuel de l'Académie
, a enſuite annoncé , pour ſujet d'un prix
de 500 liv. qui ſera adjugé dans la ſéance publique
du mois de Décembre 1785 , la queſtion
ſuivante.
«D'après pluſieurs obſervations inconteſtables
>> de perſonnes totalement , ou en partie , con-
>>>fumées en peu d'heures par un embraſement
>>>ſpontanée , ſans que cet embraſement ſe ſoit
>> communiqué , du moins violemment , aux
«corps voiſins les plus combustibles , & fans au-
•>> cune circonstance dangereuſe ni même très-
>> effrayante ».
On demande : 1°. Quel est l'agent & le méchaniſme
de pareils embraſemens.
2º. S'il eft poffible à l'art d'en préparer un
ſemblable , & qui puiſſe en peu de temps corfumer
les cadavres auxquels on l'appliquera .
3º. Indiquer la compoſition de cet agent , &
la manière de s'en ſervir , pour que l'Académie
puiſſe en répéter l'expérience ſur deux ou trois
cadavres.
Les Mémoires , francs de port , feront adreffés
( 44 )
audit fieur Moyſant avant le premier O&obre de
la même année .
PROVINCES- UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Décembre.
Le Comte de Waſſenaer , ci-devant Envoyé
extraordinaire de la République à la
Cour de Vienne , eſt de retour en cetteRéſidence
depuis quelques jours , & a paru le
13 à l'aſſemblée des Etats-Généraux.
A toutes les pertes maritimes que nous
avons eſſuyées dans le courant de l'année , il
fant joindre celle de la Brille , frégate de 36
canons , qui a échoué près de l'ifle de Gorée,
& dont heureuſement on a ſauvé l'équipage,
On reçoit chaque jour des nouvelles agréables
de la Conſcription Militaire. On maade de la
Betuwe inférieure , qu'on y avoit déja formé un
camp de 12000 hommes , qui feront commandés
par le premier Officier du canton , le Comte de
Randwyk . Ils commencent déjà à s'exercer ; &
l'on ſe promet les plus heureux ſuccès du zele
qu'ils font tous paroître. On voit dans nos
Feuilles patriotiques , l'extrait d'un Diſcours
qu'un Pasteur Catholique- Romain a prêché à ſes
auditeurs , pour les encourager à prendre les armes
d'après l'ordre des Etats leurs Souverains ,
& foutenir ces droits pour lesquels les premiers
Fondateurs de la Liberté Belgique , les d'Egmond ,
les Hoorn & d'autres , tous également Catholiques ,
avoient ſacrifié leurs biens & leur fang. On remarque
en général que ,dans les circonstances
( 45 )
préſentes , ceux du culte Romain ſe ſont fignalés
par le patriotiſme le plus fincere & le plus
zélé. Auffi continue-t-onde toutes parts à brifer
les entraves odieuſes auxquelles une fauſſe politique
avoit condamné ces reſpectables Diffidens.
On apprend qu'à Gorcum , une des villes
votantes de la Hollande , le Conſeil a prisen leur
faveur la réſolution de les admettre à tous les
emplois qui ne touchent pas auGouvernement ou
a la Religion . ( Gazette d'Amſterdam , du 19 Décembre.
Nous ſommes encore ſans réponſe au fujet
de la demande faite au canton de Berne
& aux Ligues Grifes , d'un corps additionel
de cinquante hommes par Compagnie de
Régiment Suiſſe avoué. Cette Capitulation
réſulte d'un traité fait à la Haye le 21 Juin
1712 , par lequel la République de Berne
s'engagea à permettre la levée de 4000 hommes
aux Provinces Unies , toutes les fois
qu'ellesfoutiendroientune guerredéfenſive , fans
que ces troupes néanmoins , & les Compagnies
Bernoiſes au ſervice de LL. HH . PP.
puſſent être employées contre les traités qui
lient le Corps Helvétique avec la France &
la Maiſon d'Autriche.
On écrit de Cologne qu'on attendoit
dans ſes environs , du 20 au 25 , les Régimens
Autrichiens de Cobourg , de Wurmfer ,
de Nadafti , & 500 Chaſſeurs.
L'armement univerſel ne s'exécute pas
fans murmures dans toutes les Provinces..
Les habitans d'Overyſſel en particulier répugnent
à cette meſure qu'ils interpretent
( 46 )
mal. Les Députés des Etats ont fait publier
une notification pour déſabufer ces payſans.
Par tout où l'on rencontre cette oppofition ,
on ſe garde bien de l'irriter par des voies de
force, & l'on préfere ſagement celles de patience
& de perfuafion.
Pluſieurs de nos Gazettes avoient annoncé
le départ effectué des Gardes Suiſſes &
Hollandoiſes pour Bréda : lavérité eſt qu'elles
font toujours ici , en attendant le moment
de changer de deſtination. Si l'on eſt
auſſi mal inſtruit , ſur les lieux même , des
nouvelles qui nous concernent , qu'est- ce de
celles que débitent hardiment ces mêmes
Feuilles ſur les pays étrangers ? Pas d'Ordinaire
où elles ne faſſent parler dans leur ftyle
tantôt l'Empereur , tantôt le Roi de Pruffe ,
les Miniftres & les Généraux.
Le 20 au foir eſt deſcendu chez M. de
Kalicheff, Miniftre de Ruffie , un courier
de Pétersbourg , & le lendemain l'Envoyé
de l'Impératrice remit au Préſident des Etats
Généraux , parordre de ſa Souveraine , un
Mémoire relatif au démêlé actuel entre l'Empereur
& la République.
Une lettre de Paris porte ce qui ſuit :
M. de Brantzen a fait hier en forme la demande
de M. le Comte de Maillebois , que les
Etats Généraux doivent placer à la tête de leurs
armées. Cette propoſition ayant été examinée
dans le Conſeil d'Etat , fut agréée par le Roi .
M. le Comte de Maillebois emmene avec lui
un Maréchal-de-camp & M. le Duc de Lauzun,
าง
( 47 )
Ce dernier commandera une Légion qu'il va
lever à ſes frais dans le pays de Liège , en Hollande
&c. Ainfi il fera propriétaire de deux
Corps , l'un en France , & l'autre au ſervice des
Etats-Généraux.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 27 Décembre.
Le Comte Charles de Proli , qui portoit le
titre inutilejuſqu'ici , d'Amiral de l'Eſcaut, a
prêté ferment en cette qualité : ſes fonctions
acquerront une grande importance , du moment
où la navigation de ce fleuve ſera libérée.
Il a déja fait uſage de fa nouvelle dignité
, en ſe rendant à Anvers à bord des
deux Cutters venus d'Angleterre , & armés
fous pavillon Autrichien , afin d'y prendre le
ferment des Officiers & des Equipages. Ces
cutters portent vingt canons & foixante- dix
hommes d'd
ge.
Les Corfaires qui mouillentdans ce même
port ſe preparoient à donner à la ville , au
premier vent favorable , le ſpectacle d'un
combat naval.
On y est très- tranquille touchant les deſſeins
quelconques des Hollandois ſur Anvers. Les batterics
qui bordent l'Eſcaut , & le fort S. Laurent
rétabli maintenant , écraſeroient toute flotte aſſez
hardie pour en approcher. Cependant ona redoublé
de vigilance : une garde a été placée ſur la
tour , d'où l'on découvre le pays juſqu'à Berg- opzoom
, pour prévenir toute ſurpriſe.
Suivantune liſte quicircule en ce moment,
( 48 )
les Officiers-Généraux qui ſerviront dans
notre armée ſont,
Le Comte de Murray de Melgrim , Chevalier
de l'Ordre militaire de Marie- Théreſe , Commandant-
Général des Troupes ; le Comte de Ferraris
, en qualitédeGraud-Maître d'Arcillerie , les
Lieutenans-Généraux le Prince de Ligne , les
Comtes de Wenſel , de Colloredo & d'Arberg ;
les Genéraux- Majors de Harrach & le Baron de
Lillien , de la Cavalerie ; les Généraux-Majors
Duc d'Urſel , le Comte de Rutland , le Baron
de Stader & le Comte d'Alton , de l'Infanterie ;
leGénéral-Major de Pinzenſtein , Directeur de
l'Artillerie ; le Colonel Baron de Legisfeld,
en qualité d'Inſpecteur-Général des Vivres.
Le ſpéculateur ne s'eſt pas flatté cependant
que les Hollandois en feroient réduits à cette
précifion arithmétique, dans laquelle on a
omis de faire entrer les tréſors qui donnent
les foldats, les places fortes & les digues qui
en tiennent lieu .
Nous apprenons que le 3 de ce mois un Bataillon
du Régiment de Migazzi a quitté Kempten
pour ſe rendre àGunzbourg. Les Régimens qui
paſſent par la Baviere ſont pareillement en
mouvement ; ils ont quitté Linz pour ſe rendre
dans la Suabe par Braunau , Bibourg , Geifenhauſen
, Landshal & Rottenbourg.-Le Régiment
de Cobourg , Dragons , compoſé de 6 Efcadrons
, chacun de 216 hommes , eſt arrivé le 10
aux environs de Bareith. On doit fournir à chaque
Régiment 700 chevaux de relais.
Bender , qui s'eſt remis en marche depuis le9.
doit être arrivé en ce moment à Luxembourg, d'où
il eſt parti pour Malines 60 chariots avec boulets ,
bombes& canons .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 8 JANVIER 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
:
LES CHARMES DE FRANCONVILLE.
Vers adreflés par feu M. le Comte DE
TRESSAN à M. le Comte D'ALBON .
V
ALLON délicieux , ô mon cher Franconville !
Ta culture , tes fruits , ton air pur , ta fraîcheur ,
Raniment ma vieilleſſe & conſolent mon coeur.
Que rien ne trouble plus la paix de cet aſyle ,
Où je trouve enfin le bonheur !
Tranquille en cette folitude ;
Je paſſe d'heureuſes nuits ,
Je reprends le matin une facile étude ;
:
Le parfumde mes fleurs chaſſe an loin les ennuis ;
Je vois le ſoir de vrais amis ,
Et m'endors ſans inquiétude.
Pour payer quelquefois un tribut aux Neuf Soeurs ,
N° . 2 , 8 Janvier 1755 . C
50 MERCURE
Avec plaiſir je prends la lyre ;
Je chante les antiques moeurs
Sur le ton que d'Albon m'inſpire.
Souvent conduite par les Ris ,
De fleurs nouvellement écloſes ,
La petire Fanchon orne mes cheveux gris ,
Et me laiſſe cueillir ſur ſes lèvres de roſes ,
Un baiſer innocent , tel que ceux de Cypris ,
Lorſqu'elle les rend à ſon fils.
Que tu me plais , heureuſe enfance !
Ni le deſir , ni même la pudeur
N'impriment encor la rougeur
Sur ce front de douze ans où règne l'innocence.
Fanchon met toute la décence
Amarcher les pieds en dehors ,
Ane point déranger ſon corps
Quand elle fait la révérence ......
Cependant déjà Fanchon penſe !
Par mille petits foins charmans
Elle nous prouve à tous qu'elle a le don de plaire ,
Qu'elle en a le defir , qu'elle voudroit tout faire
Pour être utile à tous momens.
Va , Fanchon , embellis ſans ceſſe ;
Attends près de moi les quinze ans ;
Je reſpecterai ta jeuneſſe :
Il fied trop mal à la vieilleſſe
De flétrir les fleurs du printemps.
Je verrai tes jeux innocens ,
DE FRANCE. 71
4
:
De l'État Religieux , par M. l'Abbé de
B*** , & M. l'Abbé B *** de B *** ,
Avocat en Parlement. A Paris , chez la
Veuve Hériſſant , Imprimeur - Libraire ,
rue Notre- Dame; Belin , tue S. Jacques ,
&Théophile Barrois , quai des Auguſtins.
DEPUIS quelques années la Profeſſion
Religieuſe fixe l'attention publique ; la plupart
de ceux qui paroiffent avoir donné le
ton à notre ſiècle , diſent les Auteurs de
l'Ouvrage que nous annonçons , ont prétendu
qu'elle eſt à la fois abſurde & onéreuſe
à l'État ; pour ſuppléer à la foibleſſe
des preuves , ils ont employé le ridicule ,
cette arme ſi puiſſante parmi nous ; & la
maltitude qui ne juge jamais , ſouſcrit aveuglément
à la proſcription des Religieux , en
- répétant les ſophifmes & les ſarcaſmes d'un
Auteur célèbre. Ils ont encore , avouent les
Auteurs , d'autres adverſaires plus reſpecrables
; ce ſont ceux qui , vivement touchés
des ſcandales de quelques hommes voués à
la pratique de toutes lesvertus, étendent leur
anathême ſur le corps entier. Au milieu des
plaintes , & fi l'on veut , des déclamations
univerſelles , s'élèvent deux Apologiſtes
tous deux Eccléſiaſtiques , & livrés à l'étude
d'une Science qui tient , ſous pluſieurs rapports
, à l'objet de cette diſcuſſion . Nous
n'entreprendrons point de la réſoudre ; nous
,
72 MERCURE
7
devons être rapporteurs&nonjuges d'un pa
reil procès.
L'Ouvrage eſt diviſé en ſept Chapitres ,
dans leſquels on traite , 1. de l'eſprit de
l'état Religieux ; 2°. de fon rétabliſſement
& de ſes progrès ; 3. des ſervices qu'il a
rendus à l'Églife ; 4°. des ſervices qu'il a
rendus à la Société; de ſon utilité actuelle;
6 °. des biens des Religieux ; 7º . de la
réforme des Ordres Monaſtiques. En applaudiſſant
à cette diviſion , bornons nous à
quelques queſtions que nous foumettons aux
Anteurs eux mêmes.
Quant à l'article des règles Monaſtiques ,
nous demanderons ſi , lorſqu'on voit dans
'Hiſtoire de quelques guerres civiles , celle
de la Ligue , par exemple , les Moines couverts
de caſques & armés de fufils , paffer
une revue fur le pont Notre Dame , ils
obéiffoient à la règle , ou bien s'ils agiſſoient
contre la règle. Dans cette ſuppoſition , on
pourroit élever une queſtion très importante
que les Auteurs ne paroiſſent pas avoir apperçue
, ſur le danger d'avoir dans un
Royaume 200 mille Religieux. Nous conviendrons
que les Moines ont rendu de
grands ſervices à l'Égliſe & à la Société ; &
fi nous conſiderons ces ſervices , fur - tout
par rapport aux Lettres , nous croyons qu'ils
ne peuvent être révoqués en doute. Nous
conviendrons que pluſieurs grands Hommes
ont illustré les cloîtres &leur fiècle ; que des
Ordres entiers , livrés à des travaux Littéraires
;
DE FRANCE.
73
1
2
raires , qui exigent des ſoins , de la conſtance
, du difcernement & le concours d'une
infinité de Coopérateurs, ſe ſont acquis l'eftime
& la reconnoiſſance de leurs Concitoyens
; mais le fixième Chapitre , qui traite
des biens des Corps Monaſtiques , fait naître
plufieurs doutes. Première queſtion , quelle
en eſt l'origine ? Objet d'une diſcuſſion qui
fourniroit pluheurs volumes . 2. Quel eſt
leur uſage ? Le bon uſage ne juſtifie pas la
poffeffion: Ce bon uſage eſt il univerſel ?
3. Quelle est la proprieté des Religieux ?
Leurs propriétés font toutes conditionnelles.
Les conditions font- elles remplies ? & l'ontelles
toujours été? Quant à certe dernière
objection , les Auteurs répondent , page
293 , que " dans quelques mains que foient
> les biens Monastiques , ils font affectés au
>> foulagement des malheureux, »رد
Le ſeptième Chapitre traite de la réforme.
Trois cauſes principales ont produit , coit
on vulgairement , l'affoiblaffement de la difcipline
; la jeuneſſe de ceux qui font profeffion
, les exemptions , & le petit nombre des
Religieux qui ſe trouvent dans pluſieurs Monaſtères
; d'où l'on conclud qu'il faudroit
reculer Fémiſſion des voeux , abolir les exemptions
, & détruire les maiſons pou nombreufes.
Les Auteurs croient que ces trois moyens
Font peu propres à produite l'effet qu'on en
tend. Quant au premier , tous les raiſonhomens
qu'ils employent n'arrêteront point
N°. 2 , 8 Janvier A703 . D
74 MERCURE
peut-être la réclamation univerſelle contre
un uſage dont l'abus a , de tout temps , expoſé
une infinité d'êtres des deux fexes à
toutes les horreurs qui peuvent accompagner
l'existence; & nous ofons croire qu'il
vaut mieux encore que cent perſonnes manquent
une vocation qui ſemble les appeler
dans le cloître , & ſe livrent à d'autres états ,
que d'en voir une ſeule prononcer avant
l'âge raiſonnable , dont l'époque varie ſuivant
les caractères , l'éducation , les paffions
même, des voeux imprudens , qui l'expofent
pendant une carrière ſouvent longue & toujours
douloureuſe , à ne former de defirs
que pour celler d'exiſter ; & l'on répétera
toujours qu'il ne doit pas être permis à
l'homme de diſpoſer de ſa liberté avant qu'il
foit capable de diſpoſer de ſes biens.
Il réſulte de la lecture de cet Ouvrage ,
que les Moines ont mérité plus d'eſtime
qu'on ne leur en accorde ; que l'exemple
de quelques Ordres & de quelques individus
dans chaque Ordre , ne doit point entraîner
la proſcription générale ; mais qu'il exiſte des
abus qu'il faut corriger , des maux qu'il faut
guérir. Les Auteurs , avec de l'efprit & de
la juſteſſe , ont trop inſiſté peut- être ſur les
avantages , & trop peu ſur les inconvéniens ;
mais leur Ouvrage peut répandre des lumières
ſur la queſtion qu'il traite. Quant aux
remèdes à apporter & aux moyens à employer
, il faut eſpérer que l'Adminiſtration
DE FRANCE.
75
1.
chargée de cette partie fera pour le mieux ,
&faura concilier l'intérêt général & l'interêt
particulier.
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poésie Françoise , Tomes 25 & 26 .
A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Juffienne , vis-à-vis le Corps de Garde ,
& chez Mérigot le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins.
LES Auteurs , dont les Ouvrages forment
le 25º Tome de ce Recueil , ſont Perrin ,
Furetière , La Fontaine , Ségrais & François
Colletet. Nous ne citerons rien de La Fontaine
, dont les Auteurs , fidèles à leur plan ,
n'ont recueilli ni Fables ni Contes , parce que
ces Ouvrages ſont entre les mains de tout le
monde. Mais nos Lecteurs feront charmés
de connoître Furetière , plus fameux à la
vérité par ſon grand Dictionnaire que par
ſes Poéſies , qui ont pourtant de la tournure
, du mordant, & quelquefois de la
grâce. Quelques petites Pièces que nous allons
citer en feront la preuve.
D'un Coquin infolent dansſa fortune.
TANDIS qu'Alidor fut Laquais ,
Il fut foumis , humble &docile;
Mais quand il eut fait force aquêts ,
:
Dij
76 MERCUR
Il fut rogue , altier , difficile :
On l'eût pris pour un roitelet ,
Tant l'orgueil le fit méconnoître ;
Je vois bien que d'un bon Valet
On ne fauroit faire un bon Maître.
Épigramme d'un qui étoit pendu par les pieds
pour avoir été homicide defoi- même.
۱
POURQUOI remener au fupplice
Jean qui s'eſt lui-même pendu ?
Croit- on qu'il lui fût défendu
Dé faire un acte de juſtice ?
Sur une Justice tranſportée dans une halle,
D'ou vient qu'on a tant approché
Cette Justice du marché ?
Rien n'eſt plus facile à comprendre ;
C'eſt pour montrer qu'elle eſt à vendre.
Un mot qu'on a confervé , prouve que Faretière
étoit mal avec Benferade; celui- ci
ayant dit un foir , en s'affeyant à l'Académie
à la place de Furetière : Voilà une place où
je dirai beaucoup defottiſes. Courage , répondit
Furetière , vous avez fort bien commencé.
Tout le monde fait qu'il fut accusé d'avoir
profité , pour fon Dictionnaire , du travail
de l'Académie. Furetière ſe justifia par des
factums ; mais aux raiſons il ajouta des injures
contre pluſieurs Académiciens ; & par
DE FRANCE. 77
une délibération priſe le 22 Janvier 1785 ,
il fut banni de cette Compagnie .
Les Églegues de Segrais , dont on a recueilli
les meilleures , offrent un ſtyle fouvent
foible & négligé , mais des fentimens
doux , toujours vrais , &des tableaux intéreffans.
François Colletet étoit fils du fameux
Guillaume Colleret, dont les poéfies ont été
recueillies dans un des précédens volumes;
il avoit quelque talent poétique ; mais il a
eu , comme l'obſervent très bien les Éditeurs
, deux malheurs à la fois : un nom
connu à porter & un eſprit inférieur à celui
de fon père. C'est lui qui eſt l'Auteur de cette
épitaphe très-connue & encore plus bizarte:
CI GIT Monfieur de Marca ,
Que le Roi ſagement marqua
Pour le Prélat de ſon Égliſe ;
Mais la mort, qui le remarqua,
Et qui ſe plaît à la ſurpriſe ,
Tout auſſitôr le démarqua.
Le vingt ſixième Volume, plus intéreſſant
encore que le précédent , contient la Comteffe
de Brégy , Péliffon , Chapelle , Th.
Corneille , Urbain Chevreau , le Père Commire
, Martin , Ranchin , Testu , Coulange
& Charpentier. Le Portrait de Chapelle eſt à
la tête du volume.
On connoît ce quatrain de la Conneffe
de Brégy :
Diij
78 MERCURE
CI -DESSOUS git un grand Seigneur ,
Qui , de ſon vivant , nous apprit
Qu'unhomme peut vivre ſans coeur
Et mourir fans rendre l'eſprit.
On lira avec le plus grand intérêt dans ce
volume , les Poéſies de Paul Péliffon; fa difgrâce
& les perfécutions que lui attira ſa
liaiſon avec le célèbre Fouquet ſont connues ;
fon talent poétique , qui l'eſt peut - être
moins , mérite les plus grands éloges ; ſa
vie , qui eft à la tête de ſes poéſies , eſt une
des plus intéreſſantes du Recueil. Peu d'hommes
ont mérité autant que Péliſſon l'eſtime
de leurs concitoyens. Il avoit l'âme belle , le
coeur excellent; il eut des amis qu'il ne méconnut
jamais dans ſa proſpérité; il rendit
tous les ſervices qui dépendirent de lui , &
il n'abuſa jamais de fon talent ni de fon
crédir. C'eſt à lui que l'on doit ce quatrain
fi connu :
Où peut-on trouver des amans
Qui nous foient à jamais fidelles ?
Il n'en eſt que dans les Romans
Ou dans les nids des tourterelles .
Er cet autre d'une préciſion très - philoſophique
:
Que rien ne nous embarraſſe ,
Et pourquoi tant de façons ?
Bonne fortune on diſgrâce ,
Elle paſſe , ou nous paffons.
DE FRANCE.
79
Son dialogue d'Acante & de Pégaſe , ſur
les conquêtes du Roi , eſt ingénieux.
Les Éditeurs ont cru avec raiſon ne devoir
point défigurer la relation curieuſe dn voyage
de Chapelle; & comme ſes Ouvrages ſe bornent
, à peu de choſe près , à ce morceau ,
qui depuis a ſervi de modèle à tant d'autres
voyages ſans qu'il ait encore pu être égalé ,
on a pris le parti de l'inférer en entier.
Une héroïde , où l'on trouve des détails
intéreſſans , & deux fragmens de Traductions
d'Ovide , font tout ce qu'on a recueilli de
Th. Corneille.
Urbain Chevreau , né à Laudun en 1613 ,
mort en 1701 , Secrétaire de la Reine Chriftine,&
Précepteur de M. le Duc du Maine ,
mérite d'être connu , & c'estun des ſervices
que les Éditeurs des Annales Poétiques ont
rendus à la Littérature , d'avoir tiré ſouvent
de l'oubli des Auteurs dignes , à.pluſieurs
égards , de figurer fur notre Parnaffe.
Chevreau est de ce nombre; il étoit d'ailleurs
très- verſé dans la Littérature Hébraïque
, dont il citoit beaucoup de traits . En
voici un dont il faiſoit unjuſte éloge: Hier ,
aujourd'hui , demain , font les trois jours de
l'homme.
Moralité
Un defir à l'autre ſuccède ;
Si le Riche n'a tout il ne croit rien avoir ;
Et quelques biens d'eſprit que le Savant poſsède,
S'il ne fait tout , il croit ne rien ſavoir.
Div
80 MERCURE
Voici une Épigramme qui depuis a été
bien retournée :
QUAND tu voudras aimer , prends garde à bien choiſir
Sans te flatter jamais d'une apparence vaine ;
Sur-tout fais fi bien que la peine
Ne furpaſſe pas le plaifir ;
Ne perds ni ſoins ni temps auprès de la rebelle ;
Pour peú qu'elle réponde à ton amour fidèle ,
Sois hardi juſqu'à tout ofer ;
Et fi tu veux te laſſer d'elle ,
Ne manque pas de l'épouſer.
Épitaphe de Turenne.
TURENNE a ſon tombeau parmi ceux de nos Rois ;
Il obtint cet honneur par ſes fameux exploits .
Louis voulut ainfi couronner ſa vaillance ,
Afin d'apprendre aux ſiècles à venir
Qu'il ne mit point de différence
Entre porter le ſceptre & le bien foutenir.
On verra avec plaiſir , parmi les Pièces de
cet Auteur , quelques morceaux adreffés à
M. le Duc du Maine , ſon Élève , dans lefque's
il le loue & le critique tour à la fois ,
& lui parle avee franchiſe de ſes défauts
comme de ſes bonnes qualités .
Le Père Commire , fameux par ſes poéfies
latines , & N. Martin , précèdent le Poëte
Ranchin , Auteur , entre autres poéſies , de
deux triolets très connus , qui commencent
par ces vers : Garder fon coear & fon trou-
:
1
DE FRANCE. 81
peau , & c. & Le premier jour du mois de
Mai , &c.
Après les poéſies de Ranchin , on lit celles
de l'Abbé Teſtu , à qui Mme Deslioulières
aadreſſe deux couplets affez connus & fort
gais.
Coulange & Charpentier terminent ce
Recueil , ſuivi , comme à l'ordinaire , de la
notice de quelques Poëtes contemporains
dont on n'a point recueilli de poefies.
On ne peut qu'inviter les Éditeurs d'un
Ouvrage ſi intéreſſant à continuer leur travail
; ils le doivent d'autant plus , que ks
voilà parvenus au moment le plus brillant
de leur carrière. Le monument qu'ils ont
élevé à la Poéſie Françoiſe, demandoit autant
de courage que de goût.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Motet de M. Janfon , qu'on a exécuté
la veille de Noël à ce Concert , a paru rempli
de fort beaux effers & d'une belle facture;
il a été fort applaudi. Mme Mara ,
qui a chanté ce jour & le lendemain , a eu
le ſuccès auquel elle eſt accoutamée, fur tout
dans le rondeau de Nauman , morceau du
pathétique le plus intéreſfant. Joais peut
Dv
82 MERCURE
être Mme Mara n'avoit déployé plus de
talens à la fois , n'avoit chanté avec plus de
grâce & d'à plomb , une agilité plus brillante
& plus rapide , ni mieux varié ſes tournures
; jamais non plus elle n'a reçu d'applaudiemens
plus nombreux ni mieux mérítés.
L'Oratoire de M. Raguén'a pas eu tout
le fuccès qu'il en devoit attendre. Les connoiffeurs
ont apprécié l'élégance & la pureté
de ſon ſtyle ; mais il faut plus pour le Public
, il exige des traits ſaillans qui le remuent
, & ce morceau n'en étoit guères ſufceptible.
Nous croyons cet avis utile à M.
Ragué , qui annonce un véritable talent. Il
ne peut jouir du ſuccès qu'il mérite qu'en
choififfant des ſujets intéreſfans par euxmêmes,
& en évitant une tournure commune
dans la manière de les rendre. Mlle Defchamps
, aujourd'hui Mme Gautherot, a
joué un concerto de violon avec toute la
juſteſſe , toute la préciſion , tout le talent
imaginables ; ſon ſuccès eſt d'autant plus
flatteur , qu'il eſt très- rare de voir des femmes
réuffir fur cet inſtrument , qui ne paroît
pas fait pour elles ; & depuis Mme Sirmen ,
aucune peut être ne l'a porté auſſi loin que
Mme Gautherot.
DE FRANCE. まず
VARIÉTÉS.
LAQueſtion propofée dans le premier Mercure du
mois de Septembre , rappelle celle qu'on agita, il y
aquelques années , dans le Journal de Littérature.
Il s'agiſſoit de ſavoir ſi Orofmane , trahi par la ma -
treſſe, eſt plus malheureux qu'Orofmane qui la trouve
innocente après l'avoir poignardée. Une ſeule voix
prononça que la dernière ſituation étoit la pire ; tous
les examinateurs furent d'un avis contraire ; pareillement
chaque ſolution en vers de la queſtion générale
dans le Mercure vient d'exprimer ce préjugé
univerfel.
Sans entrer dans une diſcuſſion métaphyfique fur
ce problême moral , j'oſe m'élever contre l'arrêt
général ſur le cas particulier d'Orofmane .
Il me femble d'abord qu'il faut écarter toute manière
abſolue , d'en conſidérer les deux fituations . Ces
métaphores des Romans de galanterie , on préfère la
mort à la trahison de fa maîtreffe, ne ſont rien
moins que des principes. D'après le ſien propre ,
chacun fait l'analyſe du coeur humain. Il ne s'agit
point ici de ſavoir comment l'on doit fentir en cette
circonstance, mais ce qu'a ſenti Orofmane , ſon caractère
une fois donné d'après l'intention du Poëte.
Dès le premier Acte , ce Sultan, le plus ſenſible
&le plus paſſionné des hommes, en eſt le plus fier en
même temps. Capable de tout facrifier à Zaire , il
ne l'eſt pas moins de la facrifier elle-même à l'orgueil
& à l'amour outragés.
Je ne fuis point jaloux ....... Si je l'étois jamais !
Ace vers le poignard eſt levé. Cette réſiſtance de la
grandeur d'âme à la jalousie , de la fierté à la ten
Dvj
84 MERCURE
dreſſe , ne tarde pas à augmenter avec les ſoupçons ;
elle calme l'agitation d'Orofmane , au premier refus
de Zaïre de le ſuivre à la Moſquée.
Il est trop honteux de craindre une maîtreſſe ;
Aux moeurs de l'Occident laiſſons cette baffefſse .
Etce ſentiment- là n'eſt ni foible ni fugitif; il tient
aux moeurs locales: le Poëte y a attaché un deffein
'marqué , celui de faire fortir l'une des beautés frappantes
de cette Tragédie ; beauté qui réſulte du ſpec .
tacle des paffions eſſentiellement les mêmes chez
tous les hommes , mais modifiées par le caractère
perſonnel , par l'éducation , par le rang , les uſages ,
les préjugés. A l'inſtant même du délire , cette idée
de l'abaiſſement auquel il ſe réduit , revient dans l'âme
d'Orofmane ,
J'ai honte des douleurs où je me ſuis plongé.
Il dit a Corafmin ,
....... Tu vois la honte où je me livre .
S'il eſt avili de ſon infortune & de ſes pleurs , fi le
cri de l'orgueil ſe mêle à celui de la ſenſibilité ſouffrante
, Orofmane eſt déjà moins malheureux. Qui
n'a ſenti la conſolation de s'élever par l'eſtime de
foi-même , par le mépris pour l'offenſeur , au courage
de braver la plus cruelle injure & de l'oublier ?
La nobleſſe de ce ſuntiment y mêle de la douceur .
Tancrède, qui combat pour une Infidelle , eſt bien
moins à plaindre qu'Orofmane qui l'affaffine
Sans doute ce ſentiment ne tarde pas à faire place
au defir de ſe venger , lorſque ce defir n'eſt plus combattu
par l'eſpérance. Mais , juſqu'au dernier moment
, l'eſpérance concourt avec la fierté , à fournir
le creur d'Orofmane contre une perfidie dont ils'indigne
& dont il doute. Il eſt vrai , on nie cet eſpoir ,
on affirme qu'il ne peut en reſter au Sultan après la
DE FRANCE. 85
lecture du billet fatal. Cependant Voltaire l'en a
rempli ; durant quatre Scenes , Voltaite n'eut pas
fait dialoguer un déſeſpéré. Orofmane les emploie
ces Scènes , à s'étourdir , à ſe foulager en ſe plaignant
, à chercher des lueurs , à interroger Zaire.
Quoiqu'il s'écrie :
Quoi! des plus tendres feux ſa bouche encore m'affure ,
Quand de ſa trahifon j'ai la preuve à la main !
Il repouſſe cette preuve ; il embraſſe l'erreur qui l'aveugle&
le conſole :
Il voit un rayon d'espérance.
Cet odieux François eſt jeune & préſomptueux :
Un regard de Zaïre aura pu l'aveugler.
If croit qu'il eſt aimé , c'eſt lui ſeul qui m'offenfe.
Zaïre n'a point vû ce billet criminel.
Prononcez maintenant ſi l'infortune qui tient celangage
, eft fans lénitif contre le poiſon dont il eſt
dévoré; fi le tourment de ſa jaloufie effrénée n'eft
rallenti , comme on l'a prétendu , par aucun ſentiment
, par aucune réflexion moins déchirante . Qu'on
nous diſe ſi , juſqu'au retour de l'eſclave , chargé du
dernier billet au cinquième Acte , la fituation d'Orofmane
eſt autre choſe que de la ſouffrance par intervalles
, qu'un pafſage rapide de la jaloufie à la tendreſſe
, de la crainte à la fierté , de la douleur à l'illuſion
, de ſentimens qui ſe croiſent & s'affoibliffent
par leur choc.
L'eſpérance enlevée , l'agitation devient un délire ;
mais tout affreux qu'eſt ce moment d'égarement ,
l'image , la facilité , la férocité même de la vengeance
le contrebalancent. Le premier ſouhait
d'Orofmane eſt la mort :
Traîtres , arrachez moi ce jour que je refpire.
$6 MERCURE
Puis fon âme ſe fixe; c'eſt le ſang de Zaïre , c'eſt
celui de Néreſtan qui doit couler.
.. .. . Miférable Zaïre ,
Tu ne jouiras pas..
Cette idée n'abandonne plus Orofmane. Dans l'aliénation
de tous ſes ſens , il poursuit la douceur d'arracher
le coeur qui l'a trahi ; il en reffent une cruelle
joie; ainſi , tous les grands Poëtes ont peint cette
paffion. Écoutez Didon :
.. ... • Faces in caftra tuliſſem ,
Impleſſemque foros flammis , natumque patremque ;
Cum genere exftinxem , memet fuper ipfa dediſſem.
Son dernier regret n'eſt ni pour la vie ai pour Énée ,
c'eſt pour la vengeance :
Sed moriamur .
1
Moriemur inulta!
Dans la fituation d'Orofmane , toutes les amantes
trahies de nos Poëmes & de nos Drames , Roxane ,
Hermione , diſent comme celle- ci :
Que je me perde ou non , je ſonge à me venger.
C'eft donc pour foulager ſa douleur , non pour s'y.
dérober , qu'Orofmane poignarde ſa maîtreffe. Le
comble du malheur ſeroit d'être forcé de lui laiſſer
la vie.
Il la punit , il ſe venge , il jouit de ſa réſolution .
Ce remède , il est vrai , eſt l'émétique de la rage ,
comme il en fut le conſeit ; mais enfin , la douleur
qui donne des convulfions , laiſſe au patient des forces
éteintes dans celui qu'elle fait expirer .
Amoins que les tranſports qui ſe combattent ne
ſe fortifient,& quel'extrême rage ne ſoit l'extrême
douleur , comment ſe perfuader qu'Orofmane , tuant
Zaire comme l'inſtrument de ſon malheur , foit
DE FRANCE. 87
plus déchiré qu'Orofmane ſe turnt lui- même , comme
l'inſtrument du malheur de Zaive & du fien propre ;
par ce qui lui en a coûté pour affaffiner ſa maîtreffe
perfide , qu'on juge de ce qu'il doit fouffrir à la
pleurer innocente.
Et le remords, n'eſt- il pas le plus ſenſible de ſes
maux ? Il ne peut en avoir , nous a-t'on dit QUI !
&en retirant le poignarddu ſein de Zaire , il laiſſe
échapper ce cri d'une âme au fupplice :
Otons-nous de ces lieux. Je ne puis.-Qu'ai -je fait ?
Rien que de juſte .
Que fera- ce donc quand il connoîtra ſon injustice ?
Iln'a pas de remords ! & il n'exprime que les accens
du repentir. Sa foeur ! j'étois aimé , ô ciel ! j'étois
aimé! Et il s'accuſe d'avoir donné la mort ,
Ala plus digne femme , la plus vertueuſe !
Faut-il ajouter que Voltaire n'eût pas manqué à la
grande règle du trouble croiffant de Scène en Scene.
Orofmane trahi pouvoit occuper la Scène & fupporter
ſa douleur durant un Acte , & dans l'intervalle
du quatrième au dernier ; mais afſaffin de l'objet
qu'il adoroit , il ne peut vivre qu'un inftant. Tel eſt
l'ordre de la nature & de l'affliction .
J'étois aimé &je l'ai tuée ; ces deux mots fontindiviſibles
: le ſentiment de confolation qui peut
naître de la douceur d'être déſabuſé d'une trahifon ,
eſt étouffé ici par deux idées auffi déſeſpérantes . Co
n'eſt point Tancrède qui expie ſon injuftice & fes
ſoupçons aux yeux d'Aménaïde , qui meurt dans ſes
bras , qui la perd fidelle & tendre.
Les femmes , pour qui l'excès de la ſenſibilité ou
de l'amour propre rendent la jalouſie la plus furieuſe
des paſſions , les femmes ne conçoivent pas qu'il ſoit
depires tourmens. Il eſt aiſé , d'ailleurs , de ſe méprendre
à l'expreſſion de la douleur: les tranſports,
88 MERCURE
les convulfions , l'égarement ne font pas toujours
cette expreffion ; la rage ſoutient le coeur contre la
fouffrance , comme la frénéſie ſoutient un frénétique.
Dans l'état d'Orofmane au contraire, l'infenfibilité
eſt le vrai caractère d'une douleur au comble. Voyez
Vendôme aliéné , donnant l'ordre du parricide ; ſa
fituation est bien plus terrible que celle du moment
où il tombe dans un fauteuil , en bégayant quelques
mots entre- coupés : laquelle des deux eſt la plus déplorable
& affcte davantage le Spectateur ? Un
homme inconfolable paroît toujours plus malheureux
qu'un homme en délire .
Qu'on ſe rappelle dans Ovide celui de Niobé &
ſes imprécations contre Latone. Voilà l'inftant de la
douleur la plus furieuſe ; mais lorſque , couvrant de
fon corps la dernière fille qui lui reſte , elle crie à la
Déeſſe: Unàm , minimamque relinque ! lorſqu'elle
voit périr cet enfant d'un nouveau coup , la voix lui
manque , des ruiſſeaux de pleurs coulent de ſes yeux
immobiles , ſon viſage perd la couleur; elle tombe
inanimée ſur ſon mari , ſur ſes enfans étendus fans
vie.
:
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan.
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION Univerſelle des Mémoires particuliers
, concernant l'Histoire de France.
Voilà un de ces Ouvrages dont le titre ſeul annonce
l'importance & l'utilité. De tout temps on a
reconnu combien les Mémoires particuliers font précieux
à ceux qui veulent étudier ou écrire l'Histoire ,
& à ceux qui veulent s'amufer en la lifant. Les détails
privés dont ils font ſuſceptibles,leur donnent un
DE FRANCE. 89
intérêt qu'on chercheroit quelquefois en vain dans
l'Histoire L'Histoire , a force de généraliſer , tombe
quelquefois dans la féchereſſe; & c'est un défaut
qu'on a fur tout reproché a nos ' Hiſtoriens François .
Un Recueil de ces Mémoires , ſources précieuſes
de plaifir & d'utiité , manquoit à notre Litera
ture ; la plupart d'ailleurs font rares , & on nelosrafſembleroit
qu'avec beaucoup de peine & de frais. La
Collection que nous annonçons deviendra donc une
bibliothèque peu diſpendieuſe en raiſon de ton urilizé
& de fon agrément Elle commencera par ce bon
Sire de Joinville , qui , au mérite de la vérité hittorique
, unit presque l'intérêt du Roman. Les auties
Mémoires feront claſſes de ſu're felon leur date , &
précédés chacun d'une notice hiſtorique qui fera connoître
leurs Auteurs , le temps où ils ont vécu.& les
places qu'ils ont occupées , ce qui déterminera le
degré de confiance qui leur est dû.
La Collection des Mémoires particuliers , concernant
l'Histoire de France , ſera imprimée in - 89 .
Il en paroîtra régulièrement un volume chaque
mois , à commencer dans les premiers jours de Février
prochain. Les Éditeurs ont pris les précautions
néceſſaires pour qu'il en ait paru 12 volumes à la
fin de l'année 1785. Le Prix de la Souſcription pour
12 volumes , à Paris, eſt de 48 liv. ou de 24 pour
lademi-année. Les Souſcripteurs de Province payeront
de plus 7 liv. 4 fols pour l'année entière , ou celle
de 3 liv. 12 fols pour la demi-arnée , à cauſe des frais
depoſte. On foufcrit dès-à-préſent Ceſt au Directeur
de la Collection des Mémoires , &c . qu'il faut
s'adreſſer , rue d'Anjou , la deuxième porte- cochère
àgauche en entrant par la rue Dauphine , à Paris.
CALENDRIER des Fideles ,'pour l'année 1785.-
ou Petite Année Chrétienne. A Paris , chez Fournier ,
Libraire , rue du Hurepoix , près le quai des Auguſt..
90
MERCURE
Cet Almanach pieux eſt d'une forme affez nouvelle.
Sous chaque jour de l'année on trouve une
lifte plus ou inoins conſidérable de Saints à invoquer
, Offices , Prières du jour , &c.
Le Répertoire Amusant , ou Nouvelles Etrennes
pour la préſente année. A Paris , chez le même Li--
braire que ci-deffus .
Cet autre Almanach , qui est bien exécuté , eſt un
Recueil de petites Pièces de Vers de différens genres .
Nous en avons trouvé de fort agréables , & même
de nouvelles , ou du moins que nous n'avons pas re
connues.
LePetit Magafin des Enfans , que nous avions
annoncé chez le même Libraire , ſe vend 3 liv. br.
au lieu de 2 liv. ; & relié , 4 liv. au lieu de 3 liv.
ALMANACH du Voyageur à Paris , année 1785,
par M. Thiéry. Prix , 2 liv. 8 ſols. A Paris , chez
Hardouin , Libraire , au Palais Royal , ſous les ar--
cades àgauche , n° . 14 ; & Gattey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois .
Cet Almanach , que nous avons annoncé avec
des Éloges , juſtifiés par le ſuccès , eſt d'une trèsgrande
utilité aux Étrangers &Voyageurs & même
aux habitans de cette Capitale , comme le guide le
plus sûr pour connoître tout ce que Paris contient
d'intéreſſant &de curieux . On y trouvera tous les
changemens arrivés & les nouveaux établiſſemens
formés pendant le cours de 1784. Son format portatif
le rend aufli commode qu'il eſt utile.
ALMANACH de Versailles , année 1785 , conte--
nant la Description du Château , du Parc , des Jardins
& de la Ville de Versailles , du grand & du
petit Trianon & de la Ménagerie , la Maison du
Roi, celles de la Reine & de la Famille Royale,
DE FRANCE: 91
lesBureaux des Ministres , la Prévôté de l'Hôtel ,
&c. A Verſailles , chez Blaizor , Lioraire , rue Sa
tory , & à Paris , chez Langlois, rue du Petit Pont ;
Deſchamps , rue S. Jacques , Froullé , quai des Augustins
, & la Veuve Valade , rue des Noyers.
CetAlmanach eſt favorablement accueilli depuis
douze ans. Cette Édition eſt augmentée de la notice
des deuils , & offre pluſieurs autres changemens né
ceffaires.
ALMANACH Chantant , ou Etrennes aux Jolies
Voix.-Almanach Penfant , ou Etrennes aux Philofophes.-
Almanach Bienfaisant , ou Etrennes
aux Belles Ames.-Almanach Plaiſant , ou Etrennes
aux Beaux- Esprits. Prix , 12 fols chaque. A
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques ; l'Eſclapart , Pont Notre - Dame; Brunet ,
Place du Théâtre Italien ,& Petit , quai de Gêvres .
Lechoixdes matières qui compoſent ces Almanachs
eft fait avec goût,& en forme un petit Recueil
piquant&varié.
La Pyramide de Neige , Almanach nouveau pour
l'année 1785 , enrichi de figures en taille douce.A
Paris , chez Crapart fils , Libraire , pont S. Michel; -
Mailler, Imprimeur en Taille-douce , rue Saint Jacques
, No. 45 ; Hérou , Doreur , même rue , No. 21 ..
Get Almanach eft fait en mémoire de la boule de
neige, dont la reconnoiffance publique fit une eſpèce
demonument en faveur de notre jeune Monarque.
Elle ſe trouva chargée en une nuit de nombreuſes .
Inſcriptions qui atteſtoient l'amour de ſon Peuple.
d'unemanière auſſi éloquente que déſintéreſſée .
Les Deux Centenaires de Corneille , Pièces en un
Atte & en vers , repréſentées à Rouen , Bordeaux ,
le Havre , Tours , Grenoble , &c. par M. le Che02
MERCURE
valier de Cubières , de l'Acad ' mie de Lyon . A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeut- Libraire , rue Galande ,
& Bailli , rue S. Honoré , barrière des Sergens .
Nous ferons connoître plus particulièrement ces
deux Ouvrages.
OEUVRES de Raciinnee , 3 vol. in- 8 ° . faiſant partie
de la Collection in- 8 °. de Mgr. le Dauphin , imprimée
par ordre du Gouvernement ſur papier vélin
de la fabrique de MM. Johannot père & fis , d'Annonay
. Prix , 45 liv. broché en carton. A Paris ,
chez Didot l'aîné. Imprimeur- Libraire , rue Pavée
S. André , & Debure aîné , Libraire quai des
Auguftins.
د
Le nouveau caractère employé pour cette belle
Édition doit plaire à tous les Amateurs de l'Art Typographique.
Elle deis ajouter encore à la réputation
deM. Didot. On ne peut produire d'auſſi beaux Ouvrages
fansydonner beaucoup de temps &de ſoins ;
cependant on voit que les productions de M. Didot
ſe ſuccèdent affez rapidement ce qui annonce autant
de zèle & d'ardeur que d'intelligenc
Il publie en même-temps la Galatée & les Six
Nouvelles de M. de Florian , en un volume in 8 °.
Prix , papier commun , 4 liv. 4 ſols. On en a tiré
quelques exemplaires ſur paappiieerr vélin d'Annonay.
Prix, 12 liv. br. Ce qui a décidé l'Auteur à donner
cetteÉdition in- 8º c'eſt que pluſieurs perſonnes ont
trouvé le caractère du format in- 18 . trop fin . Celleci
eſt imprimée avec le caractère de la Collection
in--8 °. de Mgr. le Dauphin.
TRAITE du Choix & de la Méthode des Etudes
par M. l'Abbé Fleury ; nouvelle Edition , corrigée
&augmentée de plus d'un tiers , d'après un manufcrit
de l'Auteur nouvellement recouvre ; avec un
Supplément contenant une Lettre à M. l'Evêque de
DE FRANCE. 03
Métellopolis , Vicaire-Apoftolique de Siam , un Mémoire
pour les Etudes des Miffions Oiertales , & c.
&c. A Niſmes , chez Pierre Beanme , Imprimeur-
Libraire; & ſe trouve à l'aris , chez Belin , Libraire,
rue Saint Jacques .
La réputation de cet Ouvrage eſt faire depuis
long- temps , & l'on doit ſavoir gré à l'Éditeur de
l'avoir rendu auſſi complet qu'il peut l'être , en rous
donnant les additions & les changemens que l'Auteur
y avoit faits. Pour le rendre d'une utilité plas
univerſelle , on en a donné l'édition in- 12. que nous
annonçons .
LE Moraliste Meſmérien , ou Lettres Philofophiques
sur l'Influence du Magnétisme. A Londres , &
ſe trouve à Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien .
Cet Ouvrage , qui n'eſt pas ce que le titre ſemble
aunoncer , ne doit pas être confondu avec tant de
Brochures éphémères dont le Magnétiſme a inondé
nos prefies.
NOUVELLE TOpographie de la France , par M.
Robert de Heſſeln , Cenſeur Royal. La ſouſcription
de la ſeconde Partie de cet Ouvrage , compoſée des
Cartes de Contrées , qui préſentent le ſecond degré
des détails de la ſuperficie du Royaume fur une
échelle invariable de 243 toiſes par ligne , & jufqu'aux
Paroiſſes incluſivement, ſera fermée au quinze
de ce mois.
On fouferit chez l'Auteur , rue du Jardinet , vis-àvis
celle du Paon , où ſe délivre actuellement la première
Partie de l'Ouvrage , compoſée de dix Cartes
d'une très-belle exécution ; ſavoir , de la France en
une feuille , contenant le Tableau général de tout
l'Ouvrage , & des neuf Cartes de Région , qui offrent
94
MERCURE
le premier degré des détails de la fuperficie du
Royaume ſur une échelle invariable de 729 toiſes par
ligne , avec toutes les routes de poſte du Royaume.
Chacune de ces Cartes eft accompagnée d'un Difcours
en une feuille in-folio ſur les objets les plus intéreſſans
qui lui ſont propres . Elles peuvent ſe joindre
en un ſeul Tableau de cinq pieds neuf lignes de
hauteur, fur autant de largeur.
La Carte de la Région Nord - Eſt qui ſe trouveroit
en haut du Tableau à droite contient , outre la
Champagne , la Lorraine & la Baſſe-Alface , tous
les Pays-Bas Autrichiens juſqu'à l'embouchure orientale
de l'Eſcaut au-deſſous de Lillo & Bergopzoom,
&au Levant tout le cours du Rhin depuis Benfeld
en Alface juſqu'au-deſſous de Duffeldorp en Weſtphalie
, avec les Capitales & les principales rivières
des Pays intermédiaires .
Il paroît déjà trois Cartes de la ſeconde Partie ;
ſavoir , les Contrées centre Eſt & Sud- Est de la
Région centre. Elles contiennent le Berri , le Bourbonnois&
la majeure partie de l'Auvergne.
La Bleſſure fans Danger , peint par F. Boucher,
Peintre du Roi , & gravé par S. C. Miger , Graveur
du Roi. A Paris , chez Miger , place de l'Ettrapade ,
lagrande maiſon neuve au coin de la rue des Poſtes.
Cette Estampe repréſente une jeune femme que
l'Amour bleſſe avec une flèche , ornée d'une roſe.
TABLEAU des différens Anemones de Mer, gravées
d'après Deimare , à qui il eſt dédié par M. Pierre-
Joſeph Buchoz , Membre de pluſieurs Académies.
Prix, 4 liv. , & fans être colorié 10 liv. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguſtins.
Ces Anemones forment la claſſe la plus curieuſe
& la plus fingulière du règne Animal; il en eſt fait
DE FRANCE.
95
mention dans les Transactions Philoſophiques &
dans le Journal de Phyſique.
TROIS Sonates & un Prélude pour la Harpe
avec Violon , par M. Ragué , OEuvre IV. Prix ,
9 liv. AParis, chez Couſineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies , & Cornouailles , rue
Saint Julien le Pauvre , nº . 3 .
Le ſuccès des premiers Eſſais de cet Amateur
-doit inſpirer de la confiance pour toutes ſes pro .
ductions.
-
CONCERTO pour le Baſſon , deux Violons ,
Alto & Baffe, par M. le Comte de F.... , OEuvre II .
Prix, 3 liv. 12 fols. Deux Quintettis concertans
pour Violon , Haut- Bois , Flûte , Alto &
Violoncelle , par le même , OEuvre III . Prix , 3 liv .
12 fols. Trois Trios concertans pour Violon ,
Alto & Violoncelle , par le même , Cuvre IV.
Prix, 3 liv. 12 ſols. A Paris , chez Bignon , à l'Accord
parfait , Place du Louvre , près l'Académie de
Peinture , ou à la Salle de l'Opéra .
AIR's de Richard- Coeur-de-Lion , Memnon &
Didon , Accompagnement de Harpe ou de Forte-
Piano, par Leros, Maître de Chant , OEuvre VII .
Prix, 4 livres 16 fols. A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
AIRS de Richard- Coeur- de- Lion , du Droit du
Seigneur &de Figaro variés pour un Violon ſeul ,
par M. Cartier fils , dédiés à M ſon père , OEuvre III .
Prix , 3 livres . A Paris , chez Imbault , rue & vis-àvis
le Cloître Saint Honoré, maiſon du Chandelier.
TROIS Sonates pour le Forte- Piano , Violon
ad libitum , par M. de Momigny , Organiſte. Prix ,
96 MERCURE
6 liv. A Lyon , chez l'Auteur ; & à Paris , chez M.
Leduc , au Magaſin de Muſique , rue Traverſière-
Saint Honoré , & M. Deſmeilliers , rue Croix des
Petits-Champs , maiſon de M. Bourdet.
NUMEROS des Feuilles de Terpsychore , ou
nouvelle Etude de Harpe , par les Proteſſeurs les
plus recherchés pour cet Inſtrument. Prix , I livre
4fols. Idem , pour le Clavecin. Chacune de ces
Feuilles paroît tous les Lundis. A Paris , chez Coufineau
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure .
de la Musique& des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
ville
A M***
J
AMme ***
ABLE.
LES Charmes de Francon- gryphe ,
Infcriptions fur la Pompe à Concert Spirituel ,
63
49 Almanach Littéraire , 65
51 Del'Etat Religieux ,
לז
52 Annales Poétiques , 75
Feu de Chaillot ,
88 81
53.Va iérés , 83
Apologie de Galilée , 54 Annonces & Notices , 88
Charade, Enigme & Logo
-
APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mcure de France , pour le Samedi 8 Janvier . Je n'ai
Len tronvé qui priſe en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le 7 Janvier 1784. GUIDI.
JOURNAL politique
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE, le 30 Novemb.
,
1.'Intelligence qui a paru regner quelque
temps entre les deux Beys d'Egypte ,
Ibrahim & Murat , n'a pas été de longue
durée. Le ſecond a forcé le premier à ſe
réfugier dans la Haute-Egypte , & tout ce
Royaume eſt de nouveau en confufion.
Comme la foldateſque eſt l'inſtrument de
ces révolutions , on ne peut l'empêcher d'en
profiter : elle pille à ſon aiſe fans être
réprimée. Toute communication eſt fermée
entre la Haute & Baffe-Egypte. Les Arabes ,
profitant de ces défordres ont détourné
pour arrofer leurs terres les eaux du canal
du Nil qui abreuve Alexandrie ; cette ville
auroit été déſerte , ſi Murat Bey n'eût fait
travailler à remplir le canal , avant l'abaifſement
des eaux du fleuve. En attendant ,
les Pauvres meurent de faim , & les riches
Nº. 2 , 8 Janvier 1784.
,
C
( 50 )
ne ſe procurent de quoi vivre qu'à un prix
exorbitant.
Des douze vaiſſeaux de notre eſcadre , le
Capitan Bacha de retour ici depuis les , en
a laiſſé trois en croiſiere dans l'Archipel.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 7 Décembre.
Le 26 Novembre , le Roi a nommé le
Comte Frédéric - Antoine Wedel de Jarlsberg
, ſon Envoyé extraordinaire auprès de
la République des Provinces - Unies , & le
Comte Frédéric de Baudiffin, fon Envoyé
extraordinaire auprès du Roi de Pruſſe .
Le Brigantin Hollandois le Vlieger, a fait
naufrage , le 20 Novembre près de Laſſoë ;
trois hommes de l'Equipage ont péri.
Le Prince de Heſſenſtein , & le Conſeiller de
Conférence de Dreyer qui avoit occupé le poſte
de Miniftre-Plénipotentiaire du Roi à la Cour de
Londres , font arrivés dans cette Capitale.
On a pêché , près de Rrwig , dix- huit
cadavres de gens de mer qui ont péri dans
l'oułagan du 18 de ce mois.
Un bâtiment de la Compagnie de la Baltique
a mouillé ici, venant des Indes occidentales.
Des lettres de la Norwege rapportent que
dans pluſieurs diſtricts , la difette des grains
ſe fait fentir de plus en plus...
Cette ifle, fi trifte , écrit-on de l'Iſlande, fiaride
ن
( 31 ) ...
par ſa fituation& ſon climat, l'eſt bien plus encore
depuis un an par les malheurs qui l'accablent . Les
volcans & tremblemens de terre en ont dévoré
quelques diſtricas ;& dans ceux quifont à l'abri des
bouleverſemens , caufés par un feu inteſtin , les
habitans gémiſſent dans la miſere. L'hiver dernier
aété rigoureux au-delàde toute expreffion ,&d'une
longueur exceffive , ayant duré juſqu'au milieu
du mois deMai. L'été par conséquent a été court ;
&la terre a peu produit. Ce qui nous étoit reſté
de bétail de l'année derniere a péri pour la plus
grande partie par la mauvaiſe qualité de l'herbe ;
&il eſt mort beaucoup de monde , tant par le
manque d'alimens ſains , que par les maladies.
Pour comble de revers , la pêche , notre principal
moyen de ſubſitance , a été des plus mauvaiſes.
Qu'on juge par ce tableau de l'indigence
&de la miſere qui ſe ſont répandues dans nos
campagnes. Encore font-elles moins fenfibles
dans notre Diocèſe que dans l'intérieur de l'ile ;
&quelques bâtimens , arrivés avec des vivres du
Danemarck , ont remédié en quelque façon à la
diſette : ils ont apporté en même tems ànosCurés
des ſecours , de la part d'Eccléſiaſtiques & autres
perſonnes charitables du Royaume , pour les diftribuer
parmi les plus indigens . L'année derniere,
il s'eſt fait en cette ifle 77 mariages ; ily eſt né 380
enfans ;& il y est mort 357 perſonnes , parmi lef
quelles ily a eu une femme âgée de 105 ans .
Un ordre du Roi vient de fupprimer les droits
d'écriture qu'il falloit payer dans les Villes de
Douane des Ifles de S. Thomas & de S. Jean .
Par conséquent on n'exigera à l'avenir , des Négocians&
des Navigateurs , que les ſimples droits
deDouane , qui ſont très-modiques .
On a vendu à la Bourses actions de la
Compagnie des Indes Occidentales pour
C2
( 53 )
248 à 249 rixdalers chacune , & une action
de la Compagnie d'Afſurance maritime pour
160 rixdalers.
Le brigantin le Poftillon , arrivé ici de
Drontheim , eft entré dans le port.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le II Décembre.
2
Le Docteur Buſching a fourni , dans ſa
Feuille hebdomadaire , les détails ſuivans
touchant Pétersbourg. Depuis 1782 , dit- il ,
cette Ville eſt diſtribuée en dix parties principales
, qui forment quarante-deux quartiers
particuliers. Elle renferme 3,840 maiſons &
bâtimens publics. Les bâtimens appartenans
à la Couronne font au nombre de 213 , dont
102 de pierres & 111 de bois ; les bâtimens
de particuliers font 3,627 , dont 984 de pierres
& 2,643 de bois En 1783 , on a compté
dans les Paroiffes du rit Grec de cette Ville ,
6,156 naiſſances , dont 3,160 garçons &
2,996 filles ; 4,957 morts , dont 3,339 homames
& 1618 femmes , & 1,411 mariages ; &
dans les Eglifes des autres Religions , 663
naiſſances , 782 morts , & 233 mariages .
Les enfans morts au- deſſous de l'âge de 12
mois , étoient 1,010 dans les Paroiſſes Grecques.
On a obſervé en géneral qu'il meurt
dans cette Capitale un grand nombre de perfonnes
depuis l'âge de vingt ans juſqu'à celui
de quarante- cinq ; on en attribue la caufe
( 53 )
aux divers genres de déréglement auxquels
on ſe livre à cet âge.
Un Ecrivain public a fait l'énumération de la
perrttee des Troupes Allemandes employées en
Amérique , dans la derniere guerre ; il porte le
total à 11853 hommes , dont voici la répartition .
Troupes de Brunswic , 3,015 ; de Caffel , 6,500 ;
de Hanau , 981 ; d'Anspach , 561 ; de Waldek ,
720 ; & de Zerbſt , 176. Les troupes Allemandes
qui avoient éré envoyées en Amérique, étoient
au nombre de 29,166 hommes , dont 5,723 de
Brunswic , 16,992 de Caffel , 2,422 de Hanau ,
1,644 d'Anſpach , 1,225 de Waldek , & 1,160
de Zerbit.
:
:
On apprend de Pétersbourg , qu'il eſt
queſtion d'affembler une armée ſur les frontieres
de la Turquie ..
Les relevés des regiſtres des Paroiſſes & autres
Communautés d'Altona , depuis le premier Décembre
1783. , juſqu'au premierdu préſent mois,
portent les mariages à 173 , les naiſſances à 166,
dont 357 garçons & 303 filles ; & les morts à
708 , dont 365 hommes & 343 femmes; le nom .
bre des morts excede celui des naiſſances de 48.
Parmi les morts , 12 hommes & 17 femm.s
avoient vécu au- delà de 80 ans , & un homme &
&deux femmes , au-delà de 90 ans. :
- Les relevés de la Seigneurie de Pinneberg , du
même eſpace de temps , font monter le nombre
des mariages à 194 ; celui des naiſſances à 764 ,
•dont 364 garçons & 400 filles ,& celui des morts
a859, dont 415 hommes & 434 femmes ; l'excédant
des morts fur les naiſſances , eſt de 85 .
On remarque que le Général Grabowski ,
du diſtrict de Wolkowski en Lithuanie , a
c3 C
( 54 )
éré admis à la Diete de Grodno , en qualité
de Nonce , quoique diſſident. Cette exception
n'avoit pas eu lieu depuis 67 ans.
DE VIENNE , le 20 Décembre.
L'incertitude des événemens s'augmente
encore par la contrariété des rapports journaliers
Chacun fait des conjectures , tire
des inductions , préſage la paix ou la guerre
, felon fa digestion du moment ou la température
de l'air; mais rien de poſitif, rien
qui puiſſe donner une lumiere sûre ; & il
faut ſe contenter , faute de faits, des bruits
qui naiffent , ſe détruifent , & renaiffent ,
fans fixer l'opinion des obſervateurs raifonnables.
Quoique tous les jours il nous arrive des recrues
, quoique les préparatifs militaires ne ſe
rallentiſſent point , on s'entretient beaucoup de
paix , & l'on ſe perfuade qu'un Congrès pourroit
concilier les intérêts oppoſés de l'Empereur&des
Provinces-Unies.
Les troubles de laTransylvanie font à
peu près entierement appaifés. Lés rébelles
ontété coupés de tous côtés ; on leur a intercepté
la communication avec ceux du
Temeſwar. Leur férocité a précipité leur
ruine : en dévaſtant & en incendiant les villages
, ils ſe ſont enlevé les moyens de ſubſiſtance.
Leur ſeul but, à ce qu'il paroît , a
été d'exercer des vengeances : quelques vexations
préfumées , l'ignorance , & des idées
1
( 55 )
1
.
vagués de liberté , ſuggérées par quelques
Ordonnances Impériales mal interprétées ,
ont animé ces malheureux. Nombre d'entr'eux
ſe ſont enfui dans la Valachie.
Chaque jour on apprend des détails des hor
reurs qu'ils ont exercées. Le 17 Novembre , ils
pendirent deux Capucins & deux Franciſcains ,
au pied d'un Autel , après les avoir tourmentés.
Le premier de ce mois , par ordre de M.
Hollaky, quatre fubalternes s'étant rendus au
village de Kurety pour s'y faifir d'un chef de
parti Valaque; ils le conduiſoient dans la priſon
duComitat , lorſqu'il appella à ſon ſecours ſes
partifans , en leurdiſant : mes enfans , voulezvous
me laiſſeraller en priſon , & me livrer à la
juſtice ?A l'inſtant les quatre ſatellites duTribunal
furent mis à mort par les rebelles ; ils ont
tué dans le village de Kriſtor , vingt- cinqGen.
tilshommes ,& le Juge JoſephBrad;ils ontcou
pé la tête au Miniftre réformé & à fon époufr.
Le3 , au moyen d'une mine , ils ont fait fauter
en l'air la maiſon duReceveur Général des Tailles,
réſidantdans le village de Kibitze. Ils ont
précipité de ſongrenier Madame Balogh , quia
a été reçue dans ſa chûte ſur des fourches ; fon
mari & pluſieurs Gentilshommes ont péri ſous kes
coups de bâton , ainſi que leurs épouſes. Ces bandits
ont jeté au feu lesdeux enfans de M. George
Katona , Miniftre Réformé ; ils ont pendu à la
muraille M. Cziſzar , & éventré ſa femme& fes
enfans à ſes yeux. Ils n'auroient peut être pas
borné là leur cruauté , ſi unCapitaine du Régiment
de Crofz n'étoit heureuſement venu appor
ter du ſecours. Plus de trente de ces malheureux
ont péri en ſe défendant.
Le 7 , soo honimes du régiment de
:
: c4
( 56 )
Wurmfer ont paſſé près de cette ville , au
milieu d'un concours de peuple. Nous n'avons
point de foldats plus braves &mieux
difciplinés.
Le Prince Chriſtian-Auguſte de Waldeck
ayant acquis en Bohême les terres qu'y pofſédoit
la Maiſon de Deux-Ponts , S. M. I.
lui a accordé le droit d'indigenat.
Par un décret daté du 23 Octobre dernier , qui
vient d'être publié , l'Empereur a décidé que le
tiers de la ſucceſſion des Religieux qui avoient des
Bénéfices à charge d'ames , & dont les Couvens
ont été fupprimés , appartiendroit aux Eglifes
qu'ils avoient deſſervies , ſi toutefois ils n'avoient
pas encore été déclarés Prêtres ſéculiers , avec faculté
de pouvoir diſpoſer de leur fucceffion par un
teftament. S. M. I. a en même tems arrêté qu'à
l'égard des Abbayes & Couvens qui ſubſiſtent encore
, & qui jouiſſent du droit de préſentation , les
choſes refteront ſur l'ancien pied , ſavoir , que la
fucceffion des Curésnommés parmi les membres
des Abbayes ou des Couvens , appartiendra aux
Abbayes & Couvens , à condition cependant que
ces Abbayes & Couvens entretiennent les Curés ,
ainſi que les Presbyteres & les Eglifes .
Par un autre décret du 2 Novembre , l'Empeteur
a jugé à propos d'ordonner que les viſitations
d'Eglifes ne feront annoncées aux Curés que
deux ou trois jours auparavant ; que les Evêques
yifitans n'occaſionneront aucuns frais aux Curés ,
qu'on ne pourra rien demander pour qui que се
ſoit ni aux Curés , ni aux Fabriques des Eglifes ,
& que dorénavant la taxe d'inſtallation de Curé
fera fixée à un ducat.
: Une maladie contagieuſe s'étant manifeftée
en Ukraine , il eſt quſtion d'ordonner
( 57 )
;
un cordon de 6008 hommes pour prévenir
les progrès de l'épidémie , qu'on redoute
d'autant plus , que , ſelon quelques avis, la
peſte a reparu à Cherfon , en Podolie , &
même juſqu'à Kiow..
Les Etats d'Autriche ont accordé à l'Empereur
pour l'année 1785 , la ſomme de
2,008,968 florins , dont la répartition & le
recouvrement ont été réglés le 4 Novembre
par la Régence de la Baffe- Autriche.
,
Le 18 de ce mois , il eſt arrivé à Belgrade
54 gros ballots de draps des fabriques de Brinn
qui feront tranſportés àConstantinople.On eſpere
d'y établir un commerce avantageux avec les
Etats héréditaires .
** On apprend de Conſtantinople , en dare
du is Novembre, que le Baron de Herbert
adéja eu pluſieurs conférences avec l'Ambaſſadeur
de France , au ſujet de la démarcation
des limites , & que le Miniftre de
Ruffie a remis une note à cetAmbaſſadeur ,
par laquelle il lui a fait connoître , que fa
Souveraine prenoit vivement à coeur la demande
de l'Empereur , & qu'en conféquence
elle defiroit que cette affaire fût terminée
le plutôt poſſible.
On a amené, ici deux Officiers chargés de
chaînes. Ils ont été condamnés fur le champ
aux travaux publics , & envoyés dans la
Hongrie.
DE FRANCFORT , le 26 Decembre.
82 chevaux de felle , de race Angloiſe ,
C
( 58 )
pour le ſervice de S. M. I. arriverent à Ratisbonne
le 6 de ce mois , ainſi que quatre
voitures , dont deux chargées, d'argenterie.
Ceconvoi étoit ſous l'eſcorte d'un Officier ,
de deux fous-Ecuyers , 8 chaſſeurs & 251
palfreniers.
On écrit de Stuttgard , que le Duc de
Wirtemberg fait acheter des chevaux pour
la Cavalerie , & qu'il va former un eſcadron
de Dragons. Quoique les lettres de Vienne
continuent à affirmer que ce Prince a offert
ſes troupes à l'Empereur , on ſuſpend de
donner créance à cette nouvelle qui paroît
prématurée.
Pour prévenir les tentativesdes Recruteurs fans
miſtion , qui ſe mukiplioient à Ratisbonne , le
Magiſtrat a fait défendre d'enrôler & de favorifer
lesdéſertions pendant le paſſagedes TroupesAutrichiennes.
La neige ayant interrompu les routes
montagneuſes , la marche de ces troupes
aura été changée de nouveau. La grande
caiſſe militaire ſera érablie ici , où il eſt déjà
arrivé des chariots chargés d'eſpeces.
On affure que le Landgrave de Heſſe-
Caffel a refuſé ſes troupes aux Hollandois.
Cependant , la négociation à ce ſujet n'eſt
point encore terminée. Les démarches de
l'Envoyé Impérial y ont beaucoup nui
ainſi que la crainte de dépeupler un pays à
qui la guerre d'Amérique , & celle de 1756.
n'on pas laiſſé des bras de reſte.
Ce même Landgrave de Heſſe- Caffel a affigné
:
1
) رو (
un fondde 43,000 rixdalers , pour l'inftitution
publique , & pour l'établiſſement d'un Sémi
naire , où l'on formera des Inſtituteurs.
,
Suivant une énumération des Auteurs Allemands
, qui vivoient l'année derniere
d'après le Dictionnaire de G. Meufel , il s'en
trouve 5445. Sur quoi l'on obſerve , qu'il y
en a au moins 5400 d'inutiles. Preſque tous
les Etats font affligés de ce déluge de barbouilleurs
de papier , qui , ſelon eux , font
la ſplendeur & la gloire des Empires.
Voici la liſte des troupes de l'Empereur , qui
ont paffé par Paſſau depuis le 23 juſqu'au 25 Novembre.
580 Uhlans , le régiment de Croates de Lau
rendorf, 800 hommes ; 500 Huſſards de Kevenhuller;
3,100 hommes des régimens de Tilliés
&de Migezzi , le régiment de Pandoursde Mikowiz
, 1,000 hommes ; le régiment de Pandours
de Berndorp , 900 hommes ; les Vo'ontaires
Morlaques , 280 hommes ; le régiment de
Toſcan , Cuiraffiers, 800 hommes ; le régiment
de Croates de Hoffer , 1,000 hommes-. Ces
troupes ſe rendront dans les Pays-Bas par la Baviere
, la Franconie & le Palatinat.
On apprend de Nuremberg, que le to
au foir , le Général Impérial de Lillien y eft
arrivé , qu'il y paſſera quelquesjours , & qu'il
fe rendra enſuite à Wirzbourg , où il ſe mertra
à la tête des Régimens de Wurmfer &
de Cobourg , pour les conduire dans les
Pays-Bas.
Des lettres du Tyrol portent que la confcription
militaireyrencontre auffide grandes
( 60 )
difficultés ,&que beaucoup dejeunes gensſe
font retirés dans la Suifle.
Onaffure que le Prince régnant d'Anhalt-
Zerbit faitpaffer cinq cents hommes au Corps
des Volontaires de Stein , levé pour le fervicede
l'Empereur .
ITALI Ε.
DE MILAN, le 8 Décembre.
Les bruits qui ont couru de la fuppreffion
de tous les Couvens de Cordeliers mendians
ſe confirme de plus en plus.
Ons'attendàvoirdans peu,dit une lettre deMantoue,
beaucoup de changemensdans leſyſtême politique
de cette ville : par l'uniformité que veut
établir notre Souverain dans toute la LombardieAutrichienne,
Mantoue ſera dans peu réduite en
ville provinciale , telle que Cremone , Pavie ,
Lodi , &c. En attendant , on achevera au commencement
de l'année 1785 la réforme des cadaftres
, & on diminuera le nombre des employés
en proportion , dont une partie , à ce
qu'on prétend , ſera transférée dans la Capitale.
Au commencement de l'année on établira le cens
général de ce territoire , auquel on travaille depuis
long- tems. On attend à cet effet , dans les
premiers jours de Décembre S. A. Royale l'Archiduc
Gouverneur , qui doit venir de Milan pour
preſcrire en perfonne les diſpoſitions préliminaires
du nouveau ſyſtême,
S. M. a approuvé le projet de diminuer &
defſécher en grande partie les lacs qui environnent
cette ville , afin de donner plus de falubrité
( 61 )
t
à l'air. On a déjà commencé les travaux dans
la partie méridionale pour deflécher toute cette
étendue de terrein que l'on nomme Lac de Pajolo
, & il y a journellement plus de soo ouvriers
employés ſous la conduite de l'Ingénieur .
Bifagui.
DE LIVOURNE , le 10 Décembre.
Levaiſſeaude guerre hollandois le North-
Holland , de 64 canons , & 350 hommes d'équipage
, Capitaine D. T. Van Ryneveld eft
entré dans ce port. Ce vaiſſeau eſt celui qui
eutle bonheur d'échapper au violent coupde
vent du 2 Octobre. Il eſt deſtiné à convoyer
les bâtimens marchands hollandois qui ſe
trouvent actuellement dans la Méditerranée
Le Chebec la Santa - Catarina , Capitaine
Paolo Piſello, Vénitien , venu en14jours de la
rade de Tunis , avec des dépéches pour le fieur
Bichi , Conful Vénitien , a mouillé le a dans
cette rade. On n'a rien pu apprendre de plus de
Péquipage de ce Chebec , que la confirmation
de ce qui a été dit, que l'Eſcadre Vénitienne
avoit détruit la Ville de Suſe , qui a été réduite
en cendres;que Porto-Farisa avoit éprouvé
le même ſort , malgré la plus vigoureuſe dé
fenſe , & que l'Amiral Emo avoit eſſayé de fermer
le goulet , mais qu'il n'avoit pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans. Nous attendrons
que le Capitaine ſoit mis en quarantaine ,
pour nous procurer les nouvelles qui peuvent
intéreſſer la curiofité publique.
On aſſure que les Vénitiens arment avec
célérité quatre autres vaiſſeaux de ligne , &
( 62 )
fix frégates, qui , joints à l'eſcadre duChevalier
Emo , mettront les bâtimens marchands
de cette Nation à l'abri de toute inſulte.
Un des vaiſſeaux de ligne de cette eſcadre
a fait naufrage près des ſalines de Trapani.
Le corps du vaiſſeau eſt entiérement fracaflé ;
fon équipage étoit de 800 hommes. A peine
s'en est - il ſauvé la moitié. Le reſte de l'efcadre
du Chevalier Emo étoit encore mouillé
dans le port de Palerme le 15 Novembre
dernier.
La mouture des grains étant un des objets
les plus intéreſſans pour notre Ville & ſes environs
, il a été réſolu par une Société de cette
Ville , d'exécuter le projet d'un Religieux trèshabile
en Phyſique , en Mathématiques , & en
Méchanique , pour la conſtruction d'un Moulin
d'une forme nouvelle , auffi fimple qu'avanta
geuſe. La Machine eft compoſée de maniere que
par le moyen d'un fimple contre-poids que l'on
remontera au bout de quelques heures ; elle élévera
l'eau de la mer à la hauteur de vingt- ſept
pieds , & en quantité ſuffiſante pour faire agir
fix meules à la fois. Le Religieux qui eſt déjà
arrivé , ſe prépare à exécuter le plutôt poſſible
cette utile entrepriſe .
On apprend de Trieſte que le Gouvernement
vientde faire publier un ordre pour que
tous ceux qui ont ſervi pendant la derniere
guerre , en 1779 , en qualité de Chaffeurs , &
qui avoient été déſignés pour fervir ultérierement
, aient à ſe joindre dans le Tyrol ,
fous peine d'être réformés en tems de paix .
On faitdans la même villedes recrues con(
63 )
2
fidérables, dont on veut former deux Corps
francs de Houſſards & de Croates.
DE NAPLES , le 9 Décembre.
D. Pietro-Battitoro ayant repréſenté à S. M.
la découverte qu'il a faite dans PAbruzze , d'une
Mine de pierre ſavonneuſe ou déterfive , dont
on fait beaucoup d'uſage en Angleterre pour le
lavage des laines , & d'une autre de charbon
foſfile , le Roi lui a fait expédier par la Secrétairerie
de la Guerre une permiffion d'exploiter
ces deux minéraux.
Le Mont Véſuve depuis quelque- tems jette
beaucoup de flammes &de la fumée .
On apprend que le 7 de ce mois (de Décembre)
, après une tempête violente, le fear
du ciel eſt tombé ſur le magaſin à poudre de
Motrone , qui a ſauté preſqu' entiérement,
fans cependant tuer perſonne.
Les poffefſeurs des terreins où il y a des eaux
ſtagnantes dans les environs de Pozzuoli , Baja
& Miſene , ont eu ordre de produire leurs titres
de propriété , le Roi voulant acheter leſdits terreins
, pourdonner un écoulement aux eaux qui
infectent l'air , & rétablir le Port de Miſene où
les Romains raſſembloient leurs Eſcadres , lequel
Port forvira pour la Marine Royale , que l'on
veut ſéparer de la Marine marchande .
ESPAGNE.
< DE MADRID , le Décembre.
On voit ici des copies de diverſes lettres
:
(64
du Pérou,datées du mois de Juin, qui s'accordent
à raconter ce qui fuit :
« Le 13 du mois paſſé ,une ſecouſſe de trem-
>> blement de terre des plus terribles , renverſa ,
>> en moins de cing minutes , de fond en comble
>> toute la ville d'Arequiba , où rien n'a reſté fur
pied que le Couvent des Récollets. Un pont
>> de pierre très-ſolidement conftruit, eſt auſſi to-
>> talement dérruit. On a vu ſe déplacer à une
diſtance de quatre cents toiſes , un terrein
>> vaſte & étendu , fans que les arbres du même
terrein aient perdu leur verdure. Un potager
>> conſidérable a eſſuyé le même ſort , fans
que les légumes en aient fouffert . Pluſieurs
>> diſtricts qui étoient auparavant des plus arides
>>>offrent actuellement des ſources d'eau fi abondantes
, qu'il s'en forme des rivieres très na-
>> vigables. Malgré le nombre exceffif des édi
fices tombés en ruine , celui des perſonnes enſevelies
ſous les décombres n'excede pas 300.
>>>Les perſonnes qui ont eu lebonheurde ſe ſauver
, font répandues çà & là dans la cam-
> pagne. Les Eccléſiaſtiques ont fait conſtruire
>dans leurs jardins des hutes , où ils exercent
>>> leurs fonctions. Toutes les Egliſes Paroiſſiales
de cette malheureuſe Ville , auffi bien que
>> celles de l'Evêché d'Arequiba , n'exiſtent
plus. Telle eſt la trifle ſituation d'une contrée
> à laquelle on donna jadis , à cauſe de ſes richeffes
, le nom de Vexiſe du Pérou. Les dif-
» tricts de Cumanı & de Moquequa font totale-
> ment détruits. L'Evêque de cette derniere province
ſe voit réduit à chercher un abri ſous des
>> tentes , avec les habitans de ſon Dioceſe qui
>> ont eu le bonheur d'échapper à la destruction.
>>>Une cabane, formée de branches d'arbres entrelaſſées
, leur ſert de Cathédrale ».
( 65 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 24 Décembre.
Le Général Dalling s'embarque au premier
jour pour fon Gouvernement dans
FInde; fa fuite eſt peu nombreuſe & fes
pouvoirs font très étendus. Il a fait ſes Aides-
de-camp de deux jeunes Officiers qui
ont ſervi ſous ſes ordres à la Jamaïque.
Le 16 de ce mois , l'Amiral Hollandos Van
Braam eſt arrivé à Plymouth ſur un vaiſſeaa de
50 canons ,& le lendemain l'Amiral Innes , montant
l'Europa de so canons , parti de Portsmouth
pour la Jamaïque , eſt auſſi entré dans ce porr.
Lorſque l'Europa jeta l'ancre , l'Amoral Hollandois
amena ton pavillon , par déférence pour le
pavillon anglois, falua & hiffa de nouveau ton
pavillon. L'Europa rendit le falut, & l'Amirat
VanBraam vint à bord de ce vaiſſeau pour conplimenter
l'A miral Innes fur fon arrivée.
Une tempête violente ſuivie de très -gros
temps, a difperfé & fait périr un grand nombre
de bâtimens fur la côte de Newcattle
& fur d'autres ports de la côte ſeptentrionale.
Une flotte de Fro voiles venant de la Baltique
, a été maltraitée ,& comme le tems a
continué à être très- orageux , la plupart des
bâtimens qui avoient échoué font préfumés
entierement perdus .
Le Commodore Thompson , qui a été derniérement
en ſtation ſur la côte d'Afrique , doit appareiller
dans peu de jours pour Gorée , fur le
vaiſſeau de guerre de Grampas , de so canons
( 66 )
accompagné de deux Sloops de guerre, de 8 can .
&muni de pouvoirs de S. M. pour terminer les
points de diſcuſſion entre laGr. Br. & la France,
relativement à certains territoires dans cette partie
du monde. Nos plus hábiles Ingénieurs ont
calculé que pour fortifier la pointe de Bunyan , il
en couteroit au Gouvernement une ſomme de
50,000 liv. ſterl. ſans y comprendre ladépenfe
d'une garniſon à demeure ; mais un des principauxOfficiers
de la Marine a propoſé d'entretenir
conftammentdeux Sloops de guerre ſur la riviere
de Gambie , & il ſoutient qu'ils protegeront plus
notre commerce que toutes les fortificationspoffibies
: fon projet, dit-on , a été adopté par le
Gouvernement.
Le 22 , les actionnaires de la Compagnie
des Indes ont tenu leur aſſemblée. L'Alderman
Pickett requit la lecture d'une lettre,
reçue dernierement du Gouverneur-Général
du Bengale ; on reconnoît dans cette dé
pêche l'eſprit étendu & lumineux de M.
Haftings , la prévoyance & fon caractere
vigoureux; peu d'hommes furent plus dignes
de commander en Dictateur à un grand
Empire ; & où qu'on le place , ce Gouverneur-
Général paroîtra l'un des hommes d'Etat
les plus diftingues qu'ait eu laGrande-
Bretagne.
M. Haftings donne dans cette lettre unexpoſé
clair & détaillé de la ſituarion des affaires de la
Compagnie à la finde l'année 1782. Il y préſente ,
ſous le même point de vue , le montant de fon
tréſor & de ſes dettes; il mande que ſon voyage
à Lucknou , entrepris par des inſtances réitérées
du Nabab &de ſon Miniftere , avoit pour but de
( 67 )
Y
faciliter la libération de la Compagnie. Il trouva
ce pays riche & étendu dans une ſituation fi critique
& fi deſaſtreuſe , qu'il eft impoſſible de s'en
formerune idée. Il fait la peinture la plus affreuſe
des dégats occafionnés par la rigueur de la ſaiſon ,
& il prétend qu'une année encore auffi mauvaiſe
produiroit les conféquences les plus funeſtes. On
ne doit pas cependant , dit- il , d'après le cours
ordinaire des choſes , appréhender un tel malheur;
mais il ſera néceſſaire de donner l'attention
laplus fuivie aux travaux de l'agriculture , ſi l'on
veut rendre à ce pays ſon ancienne fertilité. Il
paſſe enſuite à l'examen des rapports politiques
qui exiftent entre la G. B. & les établiſſemens
dansl'Inde. Cet examen décele la pénétration d'un
Philoſophe & d'un hommed'Erat. Il attaque hautement
le ſyſteme de revêtir le Commandant en chef
de pouvoirs plus étendus que ceux accordés au
Gouverneur & au Confeil; il prouve que la conſéquence
naturelle d'un tel fyréme , eſt de faire
avorter les meſures les plus ſages, & de nous priver
de nos acquifitions territoriales dans ce pays :
nos intérêts , dit-il , ne tiennent qu'à un fil , que
le moindre accident peut rompre. Ilaffure la Cour
des Directeurs que la ruine de nos établiſſemen's
dans l'Inde ne s'operera point inſenſiblement ,
mais par une révolution ſubite : tout l'édifice,
ajoute-t- il , n'a d'autre baſe que l'opinion .
M. Haftings examine enfuite la fituation du
tréfor de la Compagnie; mais il ſeroit dificile de
le ſuivre dans ſes calculs. Il fait mention d'un
événement arrivé peu de temps avant l'envoi de
ſes dépêches , & qui étoit de nature à cauter la
plus vive ſenſation dans l'Inde. L'héritier préſomptif
du tròne de Delhy , qui a au moins 36
ans, avoit quitté la Cour de ſon pere : d'abord
cette évaſion répandit la plus grande alarme dans
:
1
( 68 )
l'Empire ; on garda preſque tous les paffages
pour s'affurer du fugitif. On envoya à Lucknou
des ordres relatifs au même objet; mais peu de
remps après le Nabab reçut des dépêches d'une
nature abfolument différente. Il lui étoit enjoint ,
par ces dépêches , de rendre au Prince tous les
honneurs dus à ſa naiſſance. En conséquence , le
Nabab ayoit fait tous les préparatifs néceſſaires
pour ſa réception , & étoit allé au devant de lui
àla diſtance de dix- huit milles de Lucknou. Le
Nabab & M. Haftings s'étoient agenouillés , par
figne de reſpect , à leur premiere entrevue avec le
Prince royal ; mais M. Haſtings ne l'avoit pas
accompagné à ſon entrée dans Lucknou. Il lui
avoit cédé fa maiſon , parce qu'elle étoit ſituée
dans la proximité du Palais du Nabab. Le motif
du voyage de ce Prince ne tarda pas à être connu.
Il venos amplorer le ſecours & l'amitié des Anglois,
pour délivrer l'Empereur des miférables
intriguans qui l'environnent & lui donnent la loi .
Il peigniela fionation de fonpere avec les coleurs
les plus forres , & il employa avec M. Hatings
tous les argumens que la piéré filiale & Thumanité
lui fuggererent pour l'engager à mettre la
Compagnie dans ſon parti. Il pria le Nabab de
faire paffer à tEmpereur les ſommes qu'il avoit
reçues en préſent. La réponſe de M. Haſtingsſe
réduit en ſubſtance à ce qui fuit. Il dit au Prince
qu'il prenoit la plus vive part à la fituation défaſtreuſe
de ſa famille , que ſes pouvoirs étoient
bornés , qu'il ne pouvoit lui donner aucun elpoir
à l'égard de ce que la Compagnie ſeroit diſpoſée
àfaire en ſa faveur , que l'Angleterre commençoit
à peine à goûter les avantages de la paix , &
qu'elle éviteroit , s'il étoit poſſible , de reprendre
les armes ; qu'il lui conſeilloit d'employer tous
les moyens pourdéterminer les Marattes à ſe ran(
69 )
Y
ger de ſonparti : mais le Prince lui fit entendre
que cepeuple belliqueux avoit dejà embraſſé le
parti oppoſé.
Nonobſtant l'opinion de M. Haſtings touchant
les pouvoirs du Commandant en chef,
on affure que ceux du Général Sloper ont
une extenſion encore inconnue dans ce département.
Si les traits de cruautés , rapportés par quelques
Papiers - Nouvelles , ont été effectivement
commis par le Général Mathews dans les Indes
orientales ; 6 , enivré de ſes premiers ſuccès , il
a fait paſſer au fil de l'épée tous les Indiens qui
ſe trouvoient dans une ville fortifiée ; s'il a fait
brûler tous les actes publics ; ſi , à l'exemple de
leur Général , les foldats anglois ont uſé de violence&
de barbarie envers les femmes ; s'ils ont
maſſacré impitoyablement deux paiſibles Bramines,
l'un deſquels ſurtout étoit adoré des habitans
, doit - on s'étonner de la vengeance que ces
Peuples ont exercée ſur ce même Général & ſur
cette même armée, lorſqu'ils les ont eus en leur
pouvoir ? N'étoit - il pas nitarel qu'ils fiffent
fubir à leurs terribles ennemis les mêmes tourmens
qu'avoient éprouvés leurs malheureux fre
res ? Loin de blâmer les Indiens , louons au contraire
leur juſtice .
4
On obſerve à l'Auteur du paragraphe ,
que ſi les empoisonnemens & autres horreurs
attribuées à Tippo- Saib étoient en effet des
actes de juftice , il n'auroit point cherché à
les diſſimuler ; il n'eût pas éludé par des prétextes
de rendre compte de l'exiſtence de fes
prifonniers; enfin , il eût répondu qu'il n'avoit
fait qu'ufer de repréſailles.
( 70 )
La quantité prodigieuſe de neige , dit une
Lettre de Whitheawen du 14 Décembre , qui eſt
tombée pendant la nuit du 6 & la journée du 7
de ce mois ,a rendu impraticables preſque tous
les grands chemins de ce Comté. Aucune voiture
ne peut paſſer entre Penrith & Keswick : on a
frayéun ſentier pour les chevaux ; & , dans quelques
endroits la neige forme , de chaque côté de
ce ſentier , un cordon de muraille de 21 piedsde
hauteur. La Poſte qu'on attendoit ici le mercredi
matin entre 7 & 8 heures , n'eſt arrivée le
lendemain qu'à 10 heures. Ces jours derniers , il
eſt encore tombé des flocons de neige , & les
grands chemins en général ſont dans l'état le
plus affreux.
Nous apprenons auſſi de l'Iſle de Man qu'il y
eſt tombé tant de neige , que , la ſemainederniere
, toute communication étoit coupée entre
les villes ; évenement d'autant plus extraordinaire
dans cette Ifle , qu'il ne lui eſt preſque jamais
arrivé de voir tant de neige, ou d'en demeurer
couverte auffi long - temps.
<c«Nous ſommes également informés que dans
nos environs , la plus grande partie des moutons
eſt maintenant ſous la neige. Elle eſt ſurvenue
fi ſubitement , & avec tant deviolence , qu'elle n'a
pas donné le temps auxBergers de faire rentrer
leurs troupeaux dans les étables . Cependant , on
eſt parvenu à retirer quelques moutons de deſſous
la neige dans les endroits acceſſibles , mais le
plus grand nombre y eſt reſté. Dans les hivers
précédens tous les troupeaux ont été entévelis
ſous la neige pendantun mois ou cing ſemaines ,
& quand ils furent retrouvés , ils paroiſſoient
avoir peu fouffert de leur prifon glacée.La neige
ſervant en partie d'aliment aux moutons , & fe
fondant infenfiblement par la chaleur de leurs
( 71 )
Y
corps,on les retrouve ordinairement couchés fur
la terre , de laquelle ſelon toute apparence , ils
tirent quelque nourriture.
A l'eſt de Carlis'e , les grands chemins font
abſolument obftrués. Mais la communication de
cette ville à la nôtre eſt libre , & à peu de milles
d'ici ( à l'ourſt ) , il n'y a pas , à beaucoup près ,
autant de neige que dans notre voiſinage. -
Le froid continue d'être exceffif » .
D'après un calcul modéré, les dépenſes
faites pour le Scrutin de Weſtminſter ſont
eſtimées 24,500 liv . ſterl.
On eſpere que l'on va enfin établir en Irlande
un ſyſtême de Commerce natioral pour les Indes
occidentales . On projette dans ce moment- ci;
de former à Limerick une Compagnie d'Afrique ,
qui armera annuellement fix Vaiſſeaux pour la
côte de Guinée , d'où après avoir fait leur
traite , ils iront vendre leurs Negres aux Iſles.
Ces Vaiſſeaux prendront à bord à Limerick
des planches , des toiles , des étoffes de coton
unies & imprimées , du ſuif , des cornes , &c . &
ces cargaiſons n'excéderont pas 3,500 livres ſter.
Mais pour exécuter ce plan , il faut interpréter
favorablement pour l'Irlande l'acte de Navigation
, & c'eſt ce que notre Parlement eſt ſeul à
portéede faire.
M. Holcroft , Auteur Dramatique , & dont
on a joué cet été avec ſuccès un opéra intitulé
le Noble Peasant , fit un voyage à Paris
l'automne derniere, & en rapporta le Mariage
de Figaro , retenu de mémoire aux repréſentations.
De retour à Londres , M. Holcroft
a adapté cette bizarre Comédie à la
bizarrerie angloife , & en a compoſé un
drame exécuté avec applaudiſſement ſur le
( 72 )
théâtre de Covent-Garden. Les ſituations de
cette piece, fon imbroglio perpétuel , ſes incidens
fans ceſſe renouvellés , ont plu ici où
l'on eft accoutumé à cette eſpece d'intrigue
&de mouvementperpétuel. Quant aux plaifanteries
, comme la plupart font des jeux
de mots , elles n'ont plus de ſens dans une
langue étrangere , ſens qu'y conſerve néanmoins
le comique de Plaute , de Moliere, &c.
La troiſieme repréſentation de cet ouvrage
à Covent-Garden fut précédée d'un incident
curieux.
Une dame & un cavalier , vêtus très-élégamment
, s'étoient mis dans une loge , ſur un banc ,
où un laquais gardoit des places pour ſon maître.
Lorſque ce dernier parut avec ſa compagnie , le
gardien des loges pria très -poliment le jeune
couple de paſſer ſur le banc de derriere ; mais la
dame rejetta cette propoſition , en diſant que le
laquais l'ayant aſſurée qu'il ne gardoit qu'une
ſeule placepour fon maître , ce dernier pouvoit
prendre poffeffion de cette même place , puiſque
perſonne ne s'en étoit emparé. Le gardien des
loges repréſenta envain que c'étoit une mépriſe ,
d'autant plus que tout le banc avoit été retenu ;.
il ajouta , avec auſſi peu de ſuccès , qu'il eſpéroit
qu'on ne le forceroit point à recourir à des voies
extrêmes pour faire jouiirrllee maîtredu laquaisdu
droit qu'il avoit à la totalité du banc. La jeune
dame perſiſtant dans fon deſſein de ne point déguerpir
, on appella un conftable , qui , au momentoù
il mit la main ſur le mari , reçut de la
femme un coup de poing dont il a eu l'oeil pcché
le lendemain. Le conſtable ſe retira en ſe
frottant la tempe ; mais il reparut un inſtant après
avec
( 73 )
avecun ſoldat. Laſcenedevint alors très-férieurea
La jeune dame fit mettre fon mari derriere elle ;
&enfuite elledéclara qu'elle déviſageroit le premier
homme qui oferoit le toucher. Le ſoldat
eur , en ce moment , la dureté de battre cette
femme courageuſe , ainſi que ſon mari ; ce qui
indigna ſa compagnie au point que vingt bras
le poufferent ſur le champ lui-même hors du
ſpectacle. A la fin , la jeune dame ſe trouva cependant
forcée de céder à des forces ſupérieures ,
mais ce ne fut qu'après que ſon mantelet , ſa
coëffure , ſa robe & tous ſesajuſtemens eurent
été mis en pieces. On la conduifit au foyer ,
rendue de fatigue , mais toujours pleine de cousage.
Immédiatement après la retraite de cette
vaillante championne , les acteurs ſe préſenterent
pour jouer Figaro ; mais ils furent hués & fifflés
fucceßivement par tous les ſpectateurs , juſqu'au
moment où l'un d'eux vint demander humblement
à l'aſſemblée quel pouvoit être le ſujetde
fonmécontentement ?Acette queſtion un gentilhomme
placé dans une des premieres loges ,
ditau nom detous les ſpectateurs : « Nous nous
>> plaignons de ce qu'avec votre Comedie françoiſe,
» vous introduisez des manieres étrangeres . C'est ici
un Théatre anglois , & nous nefouff ironsjamais
>> qu'ilyparoiffe aucunsoldat .-M. Lewis, un
des principaux acteurs , s'avança alors juſques
fur le bord du théatre , où , avec cette humilité
queles acteurs de tous les pays devroient avoir
envers le public , il aſſura l'aſſemblée qu'aucun
des directeurs du théatre , ni aucun des membres
de ſon corps , n'avoit introduit le ſoldat dans la
falle ; que le conftable ſeul étoit coupable de
cette indiſcrétion ; M. Lewis finit ſa refpectueuſe
harangue , en diſant que lui & ſes camarades
n'approuveroient jamais l'introduction des foldats
No. 2 , 8 Janvier 1785 . d
( 74 )
:
:
dans leur ſpectacle. Le public fatisfait de ces
excuſes , permit auſſi-tot aux acteurs de jouer
Figaro.
Le Lord- Gouverneur des Cinqports a
permis , dit- on , à M. Blanchard , de diſtribuer
des billets pour l'enceinte du château
de Douvres , le jour qu'il traverſera le pas
de Calais dans fon aéroſtat : on ajoute que
toutes les petites barques de la côte doivent
ce jour- là former une ligne , à commencer
d'une diſtance raiſonnable de la côte d'Angleterre
juſqu'à celle de France.
Le Magnétiſme animal , dit un de nos Journaliſtes
, fut prodigieuſement en vogue dans le
fiecle dernier , & devint une ſource abondante
de charlataneries & d'impoſtures , tant en Angleterre
, que dans d'autres parties de l'Europe.
En 1637 , un Jardinier nommé Leverett , fut cité
devant le College des Médecins , pour avoir
opéré des cures par l'attouchement de la main. Il
affuroit que lorſqu'il terminoit ſon opération , il
fortoit de ſon corps tant de force & de vertu ,
qu'il lui falloit plufieurs jours pour les recouvrer;
que les draps dans lesquels il couchoit étoient un
ſpécifique pour beaucoup de maux , &c. Ce
charlatan étoit l'idole de la multitude , & après
avoir été enfermé comme impoſteur , on le remit
en liberté , quelques jours enſuite , pour arrêter
Jes clameurs populaires.
Trente ans après le regnede ce Leverett , vint
M. Greatrik , qui ſe fitune grande réputation , &
gagna beaucoup d'argent , avec la doctrine du
Magnétiſme animal. En 1688 , on imprima la
lifte immenſe de ſes cures , & il eſt probable
qu'il dut une partie de ſa célébrité au grand Phitoſophe
Robert Boyle , qui le regardoit comme
( 75 )
unperſonnage très- extraordinaire , & qui même
atteita pluſieurs de ſes guériſons.
Depuis cette époque , le Magnétime animal
étoit tombé en oubli; on l'avoit même totalement
abandonné ; mais , au grand étonnement
des perſonnes douées d'une certaine doſe de raifon
cette doctrine viſionnaire a repris une nouvelle
vie , & elle eſt aujourd'hui adoptée avec
un enthouſiaſme ou plutôt avec une fureur
ſans exemple par une des Capitales du monde les
plus éclairées.
,
,
On raconte l'anecdote ſuivante touchant
le Général Lée.
En 1779 , cet Officier étant à dîner , avec le
Lord Stirling , on exiga de lui une ſanté ; il
donna celle du Chevalier William Howe , mais
un jeune Officier qui ſe trouvoit à table , refuſa .
poſitivement de la porter , & il témoigna ſon
étonnement de ce que le Général Lée eût donné
celle d'un Commandant Anglois. « M. , lui ré-
>>>pondit le Général , ne jugez jamais trop légé-
>>>rement , ni d'après les apparences extérieures ;
>> en y réfléchiſſant , vous vous ſeriez apperçu
>>>que j'avois propoſé le nom d'un de nos plus
>> grands bienfaiteurs. Si le Chevalier Howe eût
>> mis à profit les avantages qu'il avoit remportés
>> ſur nous pendant les campagnes de 1776 &
>> 1777 , nous aurions été réduits à nous réfugier
au-delà des Alleganis. Sachez que de même
que le maſque de l'amitié cache ſouvent un
» ennemi , de même un ennemi déclaré peut
»être un ami ſecret . »
Nous tirons de la même ſource un trait
bien remarquable de la piété filiale qui diftingue
les Sauvages de l'Amérique.
En 1781 , Un vieillard Indien , enivré de
d2
( 76 )
shum , eut une diſpute avec une Squaw (femme
Indienne) également âgée , mais d'une autre
Caſte,& la tua . Le lendemain matin, les parens de
ladéfunte s'aſſemblerent pour venger ſa mort fur
quelqu'un de la famille de l'agrefleur ; leur coutume
étant que s'ils ne peuvent joindre le coupable
, quelqu'un de la famille doit fatisfaire
leur vengeance. A leur arrivée à la demeure du
vicil Indien', ils trouvent ſon fils à la porte avec
un fufil à la main ,& lui demandent ſon pere. « Je
>> fais , leur répondit - il , à quel deffein vous le
cherchez , & il n'eſt que tropjuſte que l'injure
faite à votre famille, ſoit lavée par la mort de
>> quelqu'un de la nôtre : mon père eſt ſurchargé
d'années ; jamais il n'a fui devant un blanc , fes
>>co>nſeils peuvent encore vous être utiles & je
m'offre volontiers à expier ſon crime , & à être
la victime de votre fureur.>> A ces mots , il
appliqua le bout de ſon fufil fur ſon front , &
avec le pied lâchant la détente , il tomba mort à
Tinſtant.
M. Thysbert , Profeſſeur de l'univerſité de
Louvain , a découvert un moyen facile
d'obtenir de l'air inflammable du charbon
de terre. On ſe propoſe de tirer parti de ce
nouveau procédé.
M. Thyfbert a trouvé , d'après diverſes expé
riences , que , dans l'eſpace d'environ trois quartsd'heure
, 15 onces de charbon de terre en poudre
ne rendoient pas moins de 100 quartes [1] d'air
inflammable , d'une qualité 6 pure , que , d'après
les épreuves les plus fatisfaifantes , on s'eſt aſſuré
qu'unBallon , rempli de cet air, s'élevoit auffi rapidement
& aufli haut , que s'il avoit été rempli
avec l'air inflammable dont on s'eſt ſervi juſqu'à
préſent. Cette opération doit être répétés incef
( 77 )
famment d'une maniere beaucoup plus étendue ;
&, pour cet effet, on fond maintenant à Louvain ,
par ordre de l'Empereur , des cornues de fer d'une
très-grande dimenfion.
Une lettre de Derby rend compte en ces
termes des recherches intéreſſantes faites par
la Société des Antiquaires .
Cette Société ayant reçu l'avis certain , que les
cendres d'Alfred le Grand , mort en 901 , étoient
dép oſées dans l'Eglife Paroiſſiale de Driffield , à
environ 20 milles de Hull , dans le Comté a Yorck,
députa deux de ſes Membres les plus diftingués
par leur érudition , leſquels , accompagnés de
quelques autres Savans , partirent pour cette ville,
afin d'y rechercher les reſtes de ceMonarque célebre.
Le 20 Septembre de cette année fut le jour
où ces deux Députés ſe rendirent avec leur fuire &
d'autres perſonnes préposées à cet effet , à l'Eglite
indiquée, pouryfaire la recherche dont ils étoient
chargés , étant inſtruits de laplace où ſe trouvoit
le corps de ce Prince. Après avoir fait creuſer
pendant quelque tems , ils découvrirent un cercueil
de pierre , & à ſon ouverture , ils reconnu .
rent en effet le ſqueleste entier de ce Roi . auffi
grand par ſes actions héroïques , que par fon extréme
piété. Ce cercueil renfermoit auſſi une
grandepartie de l'armere d'acier d'Alfred , dont le
reſte a fans doute été détruit par la rouille & le
tems. LesDéputés, après avoir fatisfait leur curiofité,
refermerent le cercueil& la fofſſe , afin que
les choſesdemeuraſſent dansl'ératoù ilsles avoient
trouvées. Il paroît, d'après l'hiſtoire de ce Prince,
qu'après avoir été bleſſé à la bataille de Stamford-
Briggs , il retourna à Driffield , où il mourut de ſes
bleſſures , après 20 jours de maladie,& fut enterré
(1) Meſure d'Angleterre, qui équivautàla pintedeParis .
d3
( 78 )
<
:
dans l'Eglife Paroiſſiale de cette ville. CePrince,
pendant le cours de fa maladie, accorda à Driffie'd
la franchiſe de quatre foires qui s'y tiennent annuellement.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 225 Décembre.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de la Chaffagne,
Ordre de Cîreaux , Diocèſede Lyon,
l'Abbé de Rully , Comte de Lyon , Vicaire-
Général de Châlons-fur-Saône , à celle de
Silvanes , même Ordre , diocèſe de Vabres ,
l'Abbé de Comeiras , Vicaire -Général de
Beauvais.
Le 24 de ce mois , veille de Noël , le Rai
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Madame
Comteffe d'Artois , & de Madame Elifabeth
de France , aſſiſta dans la Chapelle du châreau
, aux Vêpres chantées par ſa Muſique ,
&auxquelles l'Evêque de Pergame, Premier
Aumônier de Madame Adélaïde de France ,
officia, Cette Princeſſe & Madame Victoire
de France y affifterent auſſi dans une des
Chapelles collatérales. Vers les dix heures
du foir , le Roi , accompagné comme ci-deſſus,
ſe rendit à la Chapelle , où , après avoir
entendu les Matines , il aſſiſta aux trois Mefſes,
pendant leſquelles ſa muſique exécuta
divers Noëls & Motets de la compofition
du ſieur Mathieu , Maître de Muſique en
femeftre. Le lendemain , jour de Noël 2
( 79 )
le Roi & la Famille Royale entendi
rent, dans la même Chapelle , la grande
Meſſe, qui fut chantée par la muſique de
Sa Majefté , & à laquelle l'Evêque de Pergame
officia; la Duchefſſe de Guiche y fit
la quête. L'après-midi , le Roi & la Famille
Royale , après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé de la Beaume , affifterent
aux Vêpres & au Salut chantés par la MufiquedeSa
Majeſté.
Leurs Majeſtés ſouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Muſique
du Roi exécuta différents morceaux de mufique
, ſous la conduite du ſieur Dauvergne ,
Surintendantde la Muſique.
7
La Comteſſe de Roucy aeu , cejour, l'hon
neur d'être préſentée à Leurs Majeltés & à la
Famille Royale , par la Ducheſſe de Liancourt.
DE PARISl, e 4 Janvier..
Edit du Roi , donné àVersailles au mois de
Décembre 1784 , regiſtré en Parlement le 30
deſdits mois & an, portant création d'un Emprunt
de cent vingt- cing Millions , en cent vingtcinq
mille Billets de Mille livres , produiſant
intérêt à Cinq pour cent , & rembourſables
en vingt- cinq ans , avec accroiſſement de
Capital.
LOUIS , &c. La néceſſité de continuer avec
exactitude l'acquittenment des dettes de la derniere
Guerre , les engagemens que Nous avons
pris pour accélérer les paiemens arriérés , &
d4
( 80 )
tout ce qu'une ſage prévoyance exige de Nous
dans les circonstances préſentes , nous obligent
d'ouvrir un Emprunt qui puiſſe ſuffire , noneulement
pour éviter l'inconvénient de recou
rir , dans une même année , à de nouvelles refources
, mais auffi pour entretenir au Tréfor
royal cette utile abondance qui facilite toutes
les difpofitions d'ordre & d'économie. La grande
quantité de numéraire qui exiſte en circulation ,
nous permet de porter cet Emprunt juſqu'à la
fomme fixe de cent vingt- cinq Millions , & rous
yſommes même invités par l'empreſſement du
Public às'y intéreſſer ; mais quelque fatisfaifans.
que foient pour nous les témoignages éclatans
d'une juſte confiance, nous sommes bien éloignés
de vouloir en faire un uſage indiſcret , & nous ne
regardons le bon état du crédit que comme un
acheminement aux opérations eſſentielles & falutaires
que nous avons en vue. Elles ſeroient
impraticables ſans lui ; par elles il deviendra inébranlable
. C'eſt en fécondant toutes les ſources
de la richefſe de l'Etat , c'eſt en augmentant nos
revenus par la diminution des frais de recouvrement
, nent , c'eſt en foulageant nos Peuples par
une diftribution plus égale du fardeau qu'ils fupportent
, que nous affurerons de plus en plus
la folidité des créances publiques déjà appuyées
fur les gages les plus certains. Si leur volume
s'accroît par l'Emprunt, que les circonstances
néceſſitent , cetteaugmentation ſe trouve conpenſée
en grande partie par l'extinction effectuée
cette année , de pluſieurs des objets rembourſables
à époques , tels que la Loterie de
1777; & elle le ſera d'année en année par la
libération ſucceſſive d'objets de même nature ,
qui doit ſe faire à la Caiſſe des Amortiſſemens.
Leplanque nous avons adopté pour cet Em
( 81 )
prunt n'exige de la part des Prêteurs, ni l'alié
nation de leurs fonds , comme dans les Rentes
perpétuelles , ni leur anéantiſſement , comme
dans les Rentes viageres ; il n'oblige pas de jouer
comme dans les Loteries ; il ne met pas dans le
cas de recevoir des rembourſemens morcelés
comme dans les Annuités ; il conſerve au propriétairede
la miſe ſon capital entier avec lintérêt
à Cing pour cent; il lui en afſure la rentrée
dans l'eſpace de vingt-cinq ans , & il lui fait
toucher en outre , au moment de fon rembourſement,
une augmentation de ce meme Capital ,
laquelle toujours croiffant à meſure qu'elle ſe
retarde , eſt portée à Cent pour cent la derniere
année , & n'eſt cependant que le produit de l'accumulation
des excédens d'intérêt attribués audeſſus
du taux ordinaire .
Pour fixer la meſure de ces excédens , nous
avons confidéré l'évaluation du prix courant des
Effets publics , & nous avons reconnu que ce
nouveau genre d'Emprunt qui a pour nos finances
l'avantage de préſenter une durée fixe & une
libération déterminée, ne leur feroit pas intrinséquement
trop onéreux , puiſqu'à l'époque de
ſon extinction totale , au terme de vingt- cinq
ans , il n'aura coûté que deux fois le capital primitif,
tant pour les intérêts , que pour tous rembourſemens
& accroiſſemens de fonds.
Après nous être ainſi aſſurés d'une juſte pros
portion dans le taux fondamental de l'Emprunt ,
nous avons pris ſein d'en régler les détails , &
de lui donner l'organiſation la plus fimple , la
plus claire , la moins ſuſceptible d'embarras. II
étoit fur-tout néceſſaire d'obvier à l'inconvénient
des rembourſemens morcelés ; nous y avons
pourvu , en ordonnant que les tirages qui auront
lieu chaque année,ſe feront par feries de cing
ds
( 81 )
mille numéros pris de ſuite , en forte qu'avec la
feu'e attention de placer fes capitaux dans une
même ſérie , on ſera toujours sûr d'en recevoir
le rembourſement intégral à une même époque ,
avec l'accroiffement qui y ſera joint : enfin tout
a été combiné de maniere à rendre cet Emprunt
auſſi régulier dans ſa forme , qu'il eſt favorable
àlabonne geſtion des fortunes particulieres , &
convenable à la ſituation de nos finances. ACES
CAUSES, &C . Nous avons ordonné ce qui ſuit :
ARTICLE I. Il ſera ouvert en notre Tréfor
Royal , chez le ſieur Micault d'Harvelay , Garde
d'icelui , auffi-tôt après la publicaaion de notre
préſent Edit , un Emprunt de cent vingt-cinq
millions de livres , en cent vingt-cinq mille Billets
de mille livres chacun , portant intérêt à
Cing pour cent , fans retenue , & rembourfable s
dans l'efpace de vingt- cinq années , avec les
accroiſſemens progreffifs de capital que nous leur
avons attribués , ainſi qu'il ſera dit ci-après.
II. Les Billets feront au porteur , numérotés
depuis I juſqu'à 125000 , & chacun d'eux ſera
garni de vingt-quatre coupons de cinquante liv.
chacun , payables d'année en année , à commencer
du premier Janvier 1786 , juſques &
compris l'année du rembourſement , excepté feulement
la vingt-cinquieme pour laquelle il n'en
ſera pas délivré : leſdits Billets & Coupons , dont
le modele ſera annexé ſous le contre - ſcel de no ...
tre préſent Edit , feront fignés par les perfonnes
que nous commettrons à cet effet .
III. La totalité de l'Emprunt ſera remboursée
en vingt cinq années , à raiſon de cinq mille
Billets par an , dont les numéros feront indiqués
par la voie du fort ; auquel effet , il ſe fera ,
dans les dix premiers jours du mois de Janvier
de chaque année , à commencer en Janvier 1786,
( 83 )
un tirage public par-devant les Prévôt des Mars
chands & Echevins de notre bonne Ville de Paris,
en la maniere accoutumée , dans lequel les
cent vingt-cinq mille Billets feront repréſentés
par vingt-cinq bulletins numérotés depuis 1-julqu'à
25. dont chacun ſera indicateur d'une férie
de cinq mille numéros pris de ſuite , en force
que le bulletin numéroté i déſignera la premiere
ſérie depuis I juſqu'à 5000 ; celui numéroté 2 ,
la ſeconde série , depuis 5001 juſqu'à 10000 , &
ainſi de ſuite . Ces vingt-cinq bulletins étant mis
dans la roue , un ſeul ſera tiré chaque année , &
les cinq mille Billets compris dans la série done
il ſera indicateur , feront rembourſés après deux
mois , avec les accroiſſemens de capital réglés
par l'article ſuivant.
,
IV. Nous avons attribué & attribuons en ſus
du capital énoncé en chaque billet une augmentation
qui ſera payée conjointement avec ledit
capital , à l'époque de ſon remboursement dé
terminé par le ſort ; laquelle augmentation
Nous avons fixée , ſavoir , pour les numéros for.
tis dans chacun des trois premiers tirages , à
Quinze pour cent en ſus des capitaux ; pour ceux
des quatrieme , cinquieme & fixieme tirages , à
Vingt pour cent; pour ceux des ſeptieme , huis
zieme & neuvieme tirages , à Vingt-cing pour
cent , pour ceux des dixieme , onzieme & douzieme
tirages , à Trente pour cent ; pour ceux
des treizieme , quatorzieme & quinzieme tirages ,
àTrente- cinq pour cent ; pour ceux des ſeizieme
, dix- ſeptieme & dix-huitieme tirages , à
Quarante pour cent; pour ceux des dix- neuvieme
, vingtieme & vingt-unieme tirages , à
Quarante-cing pour cent ; pour ceuxdes vingtdeuxieme
, vingt-troiſieme & vingt-quataieme
tirages , à cinquante pour cent ; & pour celui du
d6
( 84 )
vingt-cinquieme & dernier tirage , à Cent pour
cent. Voulons que ladite augmentation ne puille
être retranchée ni réduite , ſous aucun prétexte
ni dans aucun cas.
V. Leſdits rembourſemens de capitaux& accroiſſemens
d'iceux , ainſi que le payement des
Coupons , ſe feront en deniers comptans , à la
Caiſſe des Amortiſſemens par le Tréſorier d'icelle
, ſur la remiſe qui lui ſera faite , tant des
Billets fortis , que des Coupons non échus .
,
VI . Nous avons affecté & affectons , auxdits
rembourſemens de capitaux & accroiſſemens
ainſi qu'au payement des intérêts annuels pen .
dant toute la durée de l'Emprunt , pa privilege
&par préférence à la partie de notre Tréfor
royal , la totalité de nos revenus , ſpécialement
le produit de nos Aides &Gabelles , fans qu'en
aucun cas , ni pour quelque cauſe que ce puiſſe
étre , même en temps de guerre , la deſtination
de ces fonds , ni la quotité deſdits rembourſemens
puiſſent être changées , ſuſpendues ou réduites;
dérogeant á cet effet à la Déclaration
du 21 Novembre 1763 .
VII. Les Etrangers non naturaliſés , même
ceux demeurant hors de notre Royaume , pays ,
terres& ſeigneuries de notre obéiſſance , pourront
acquérir des capitaux dudit Emprunt , jouir des
intérêts , ainſi que pourroient faire nos propres
ſujets , même en diſpoſer en capitaux& intérêts ,
entre-vifs & par teftament , en quelque forte &
maniere que ce ſoit ; & en cas qu'ils n'en euſſent
diſpoſé , leurs héritiers leur fuccéderont , encore
que leurs donataires & héritiers ſoient Etrangers
&non regnicoles ; renonçant àcet effet aux droits
d'aubaine & autres droits , même à celui de con-
Aſcation , en cas qu'ils fuſſent ſujets de Princes &
( 85 )
Etatsavecleſquels nous pourrions être enguerre,
dont nous les avons diſpenſés ; comme auſſi leſdits
capitaux , acquis par leſdits Etrangers , ſeront
exempts de toutes lettres de marques & de repréfailles.
VIII. Il ſera par nous pourvu , par Lettres-Patentes
particulieres , à la comptabilité des recettes
&dépenſes à faire , tant par le Garde de notre
Tréſor royal , que par le Tréſorier de la
Caiſſe des Amortiſſemens , pour l'exécution de
notre préſent Edit. Si donnons en mandement ,
&c. &c.
On attend avec inquiétude des nouvelles
de M. Pilatre de Rozier , qui a monté fon
appareil aëroſtatique à Boulogne , ſur l'emplacement
de la tour de Caligula , dans le
deſſein de paffer le détroit , & d'arriver à
Douvres avec ſon Ballon. CeVoyageur a dû
partir du premier au 6 de ce mois ; cette
entrepriſe n'ayant aucune utilité , & tenant
abfolument à la nature du vent , il feroit
bien douloureux que M. Pilâtre de Rozier ,
fût la victime d'une expédition , qui n'ajoutera
rien aux progrès de l'Art .
On mande de Montpellier un nouveau
trait d'intrépidité , digne d'être recueilli , de
la part des nommés Moras , Niquet & Allemand
, Matelots de la barque de paffage
du fort de Breſcow ; leur courage à braver
un danger imminent , a ſauvé l'équipage
d'une tartane venant de Canne , qui étoit à
l'ancre depuis deux jours , devant le fort de
Breſcow, où elle avoit elſuyé la plus violente
tempête.
هو
( 86 )
Le Capitaine de cette Tartane , convaincu,
par la grande quantité d'eau que prenoit ſon bâtiment
, qu'il ne pouvoit tenir plus long- temps à
ce mouillage , vint échouer le 7 Octobre fur la
côte , après avoir perdu ſa chaloupe & coupé ſes
cables ; il y auroit trouvé , ainſi que ſon équipage
, une mort inévitable , ſi le nommé Moras ,
affrontant le danger qui les menaçoit , n'eût eu
Pintrépidité de ſe jeter pluſieurs fois à la mer ,
pour ſaiſir une corde qu'on lui jetoit de la Tartane,
& ne fût parvenu à s'en emparer , aidé de
ſes deux compagnons , & à procurer ſur cette
corde un moyen de ſalut à tout l'équipage , qui
fila deſſus , & deſcendit à terre , malgré la fureur
des vagues . Ce ſecours étoit d'autant plus intéreffant
, qu'à peine le Capitaine , qui ſortit le
dernier, fut- il à terre , que la Tartane fut brifée
à leurs yeux ; & en leur préſentant l'image du
danger dont il venoit d'échapper , les pénétra de
la plus vive reconnoiſſance pour leurs courageux
libérateurs . Le Chevalier de Bernard, Lieutenant
de Roi du fort de Breſcou & de la ville d'Agde ,
ayant rendu compte de cet acte de courage& d'intrépidité
, à Mgr le Comte de Périgord , Commandant
en Chefdans la Province de Languedoc,
ce Chef bienfaiſant , près duquel le courage &
l'humanité font aſſurés de trouver un Protecteur ,
a obtenu du Roi une gratification de 300 l. pour
ces braves Marins.
L'incrédulité de la Capitale , ou plutôt la
crédulité exercée par d'autres objets , a porté
la baguette magique du ſourcier Bleton fur
d'autres théatres , & ſpécialement en Dauphiné.
Un particulier qui l'a accompagné
dans ſes courſes , avec M. Thouvenel fon
1
( 87 )
conducteur , a renducompte des découvertes
de ce perſonnage.
Arrivés àUriage,dans l'endroit même où la
fontaine fulphureuſe de ce nom fort dans le
ruiffeau , un peu plus bas que le château de
M. de Langon ; Bletton prit une verge d'ozier ,
celle avec laquelle il fouettoit ſon cheval , &
qui étoit un peu courbée ; il ſe préſenta fur la
ſource qui ſourdoit à droite du ruiſſeau , & en
trois autres endroits de ſon lit. Comme la baguette
lui tourna rapidement en ſe dirigeant
vers I'F . S. E. , Bletton gagna bien vite la rive
gauche , & fuivit la direction de la fource , au
moyen de ſa baguette , en montant fur une
pente très rapide ; il alla ainſi juſqu'à 600 toiſes
environ de la ſource , & en s'écartant bearcoup
du ruiſſeau ; car à ce point , il en étoit
éloigné de plus de 600 toiſes ; c'eſt dans un
quartier appellé Lou-Rey , & dans un fonds en
pré & vigne , appartenant à Nicolas Chaix ,
habitant d'Uriage. Lorſqu'il fut près de la vigne
plantée en treillages , la ſource lui parut
s'écarter , ou plutôt il jugea qu'elle venoit en
deux branches qui forment un aire ovale , de 33
pieds de longueur ſur 18 de largeur.
Dans cet endroit ſe trouvent cing filons de
mine jaune , ( dénomination dont ſe ſervitBletton
) , tous paralleles , dirigés à l'O . N. O .:
& ces cinq filons coupent la direction de la
ſource minérale , qui depuis ces filons , pour
deſcendre au ruiſſeau , eſt á l'O. par un angle
de 20 à 25 degrés. C'eſt dans cet endroit que
M. Thouvenel , très-exercé en expériences de
ce genre , jugea que l'eau déjà falée , avant d'y
parvenir , contractoit un degré de chaleur en
traverſant ces bancs de pyrites.
Un phénomene qui paroît incroyable , c'eſt
( 88 )
:
qu'en remontant la ſource , Bletton annonça
qu'il éprouvoit qu'elle étoit très-falée , & qu'il
le reconnoiſſoit par des picotemens aux reins ,
aux cuiſſes , aux jambes , &c. Cette eau contient
en effet deux gros de ſel par pinte , c'eſt le
réſultat de l'analyſe qui en a été faite précédemment
; mais Bletton n'en étoit très- certainement
pas inſtruit , & tous les affiftans avoient pris
grand ſoinde le lui laiſſer ignorer.
Bletton & les aſſiſtans revinrent enſuite fur
leurs pas ; & il retourna en ſe condu ſant toujours
vers la ſource , par ſes ſenſations , juſqu'à
l'endroit d'où il étoit parti auprès du ruiſſeau,
Atrivés - là , M. Thouvenel l'ayant prié de déterminer
la profondeur de la ſource , ſur le bord
du ruiſſeau , ( toujours à la rive gauche ) , il
annonça qu'elle étoit de quinze pieds ; ce qui
fut conjecturé véritable, parce que au bas de ce
bord , qui et élevé , les affitans remarquerent
enfuite des petits filamens blanchâtres , tels
qu'en dépoſent ordinairement les eaux hépatiſées;
ces filamens étoient fans doute des filtrations
de la ſource. Et l'on reconnut auffi par- là
&par des marques certaines , que Bletton avoit
bien ſuivi ſa direction , ſans la connoître.
Deux gros de fel dans une pinte d'eau ,
qui chatouillent par leur préſence les cuiſſes
&les reins , font sûrement très extraordinaires
; mais nous en voyons journellement.
bien d'autres ; un peu de patience , & toutes
les opérations myſtérieuſes de la nature feront
révélées , dès qu'il ſera bien établi que tous
les Phyſiciens célebres juſqu'ici n'ont pas eu
leſens commun.
On écrit de cette même ProvinceduDau
,
( 89 )
phiné , qu'ony a reſſenti le 9 Décembre , à
Briançon , une affez forte ſecouſſe de tremblement
de terre, accompagnée d'un bruit
fourd. Depuis quelquesjours , on avoit apperçu
des vapeurs enflammées , s'élever de
terreins qui recelent des mines de charbon
de terre.
Françoiſe-Charlotte de Batitou,Marquiſe
de Courtoux , épouſe de Louis-Jean Marie ,
Marquis de Courtoux , &c. eſt morte à
Nantes , le 12 Novembre , âgée de 19 ans.
Charlotte de Roucy, épouſe de feu Guillaume
de la Chevardiere , Seigneur de la
Grandville , eſt morte en ſon château de la
Grandville , le 26 Novembre , âgée de 75.
ans..
Jean de Monteſquiou - Fezenſac - Poilobon,
Docteur en Théologie , Abbé de l'Eglife
royale & collégiale de Saint-Martial
de Limoges, & de Bolbonne , Ordre de
Citeaux , dioceſe de Mirepoix , Vicaire général
, & en l'absence de l'Evêque , Préſident
de la Chambre eccléſiaſtique du dioceſe
de Limoges , eſt mort en cette ville le
2 de ce mois , âgé d'environ 69 ans.
François de Bonneguiſe , Chevalier , Saigneur,
Marquis de Bonneguiſe , Chatre , la
Chapelle- Saint-Jean , Artigeas , &c. Gouverneur
de Gifors , & Ecuyer du feu Comte
d'Eu , eſt mort le 21 Octobre , âgé de quære
vingt-trois ans.
Jean - François Guy de Foucaud , Abbé-
Conimendataire de l'Abbaye Royale d'Eaulnes
1 ) وه (
en Languedoc , eſt décédé au Château de
Braines , près Soiffons , le 21 Novembre , âgé
de 85 ans .
N.de Priſye , Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de Saint- Louis , Maréchal des Camps
&Armées du Roi , eſt mort à Paris le 20 de ce
mois .
Jean- Pothentien d'Arboulin , Secrétaire de
la Chambre & du Cabinet du Roi , ancien
Adminiſtrateur des Poſtes , eſt mort le 25 de
ce mois , au Château du Buiſſon-d'Ommoy en
Normandie.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France, le 31 du mois
dernier , ſont : 79 , 69 , 7 , 51 , & 1 .
PROVINCES- UNIES.
LA HAYE , le 31 Décembre.
L'on a rendu très- infidélement le véritable
contenu du Mémoire remis à M. Kalicheſſ,
Miniſtre de l'Impératrice de Ruſſie , au Préfidentdes
Etats-Généraux . Cette Souveraine,
dont le voyage en Crimée eſt aujourd'hui
contremandé, témoigne par cette note ledéplaifir
qu'elle a reſſenti en apprenant les voies
defait commiſes contre le pavillon Impérial
, & fon defir de voir la République fatisfaire
un Augufte Allié avec lequel elle ades relations
intimes , &c. L'Impératrice n'offre
point ſa médiation, comme on l'avoit débité,
ni ne s'explique ſur le parti que lui dicteront
les événemens.
) وا (
L'on fait des préparatifs formidables pour
mettre Maſtricht en état de défenſe : quatre
cens chariots ſont partis pour aller chercher des
munitions de guerre : nous attendons un renfort
de fix bataillons , & quatre - vingt piéces
de groſſe artillerie. On vient de faire proclamer
, par ordre du Magiſtrat , aux Bourgeois ,
de faire des proviſions de vivres. Il eſt apparent
qu'on veut défendre cette place en cas
qu'elle foit attaquée. Et comme la République ,
abandonnée à ſes propres forces , ne ſeroit pas
en état d'expoſer douze à quatorze mille hommes
de fes meilleures troupes , on doit en
conclure qu'elle eſt aſſurée d'être ſecourue effis
cacement.
1
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 3 Janvier.
Les divers détachemens de nos troupes
poſtés ci-devant aux environs des forts
Hollandois ſur l'Eſcaut , ſe ſont repliés ſur
Anvers. Trente hommes ſeuls , ſous la conduite
d'un Officier , gardent le village de
Stabroek. Le Comte de Rechteren , qui commande
les vaiſſeaux Hollandois à l'ancré près
de Saftingen , a renvoyé à Fleſſingue la frégate
la Pollux. Nos deux cutters font defcendus
d'Anvers au fort Saint-Philippe , le
dernier de nos poſtes ſur le fleuve, & où ils
mouillent actuellement.
LeConſeil privéde S.A. l'Evêq. de Liége a crude
ſon devoir de repréſenter à S. M. I. que le pays de
Liegeayant tellementmanquéde grains , il y a quel
ques années, qu'on avoit été obligé d'en tirer ein
( 92 )
quante mille meſures de la Hollande ; & qu'en
fourniſlant à peine les autres années pour a fubſiſtance
du peuple , de maniere qu'on est obligé
d'y défendre de diſtaller l'eau de vie & autres liqueurs
tirées du froment , il n'étoit pas poſſible
d'y établir des magazins de vivres pour les troupes
Autrichiennes auxquelles on accordoit le paſſage
fans réſerve; il eſpéroit que S. M. I. perfuadéede
laforcede la raiſon alléguée , n'inſiſteroit pas fur
ce point , & choiſiroit , en conféquence de cet
éclairciſſement , d'autres lieux pour l'établiſſement
de ſes magazins de vivres.
Les Etats des Pays-Bas vont ouvrir ici un
emprunt à quatre & demi pour cent.
On écrit de la Haye l'anecdote ſuivante ,
vraie ou fauſſe, elle eſt aſſez plaiſante.
Une femme trouvée noyée dans un canal ,
Lundi dernier , a donné lieu à une aventure aſſez
finguliere . Un particulier qui vit ici avec ſa ſoeut ,
ne ſavoit ce qu'elle étoit devenue depuis deux
jours. Toutes ſes recherches avoient été infructueuſes
: tout-à-coup il apprend qu'une femme
vientd'être retirée morte de l'eau ; il y va , & les
habits ſe trouvant à peu près les mêmes , il fait
fans autre examen, tranſporter le cadavre chez
lui , ordonne un entersement décent , & prend
undeuilcomplet. Le ſurlendemain la ſoeur arrive ,
&fonne à la porte : un voyage qu'elle avoit été
obligée de faire à l'improvifte , avoit cauſe ſon
abſence. Le frere , bien effrayé , a enfin reconnu
ſa ſoeurpourvivante, &s'eſt confolé de ſon mieux
des frais des obſeques &dudeuil.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS.
Tournelle.
Cause entre le ſieur G ..., Marchand Orfévre à
( 93 )
L.. , & le ſieur R ... , Marquis deD ....
citoyen opprimé & vengé .
Nous ne ferons aucune eſpéce de réflexions
fur cette affaire ; il n'y aura pas même de nous
un ſeul mot deliaiſon; c'eſt le précis de M. Bсп
del , pour le fieur G ... que nous tranſcrirons en
partie , de maniere cependant que la Cauſe ſe
trouvera expoſée avec la plus grande clarté.
Injures & menaces publiques , calomnies atroces
, abus de crédit & de pouvoir , violation &
oppreſſion de la liberté civile : tels font les délits
que le ſieur G ... défere à la Juſtice. Le 9 Janvier
1784 , dans l'après midi , l'on ſe diſpoſoit à
faire partir un Aréoſtat, ſur une place publique
de L ... Ce ſpectacle y avoit attiré une foule
prodigieuſe de Citoyens. -Le ſieurG... Marchand
Orfévre , homme honnête , généralement
eſtimé , ſe rend fur laplace,& parvient à pénétrer
dans le grand cercle qu'avoient formé les
Spectateurs. Le Marquis de D... arrive , fait grand
bruit ; fend la preſſe , écarte de droit & de gauche
ceux qui genoient fon paſſage : après les
plus grands efforts , il entre dans le cercle , à
l'endroit même où s'étoit arrêté le ſieur G... &
ſe poſte immédiatement devant lui : il étoit debout
& armé d'une canne , lorſque le Marquis
de D ... s'étoit approché du ſieurG... Les mou
vemens d'impatience & de curiofité des Spectateurs
les plus éloignés , avoient deja caúfé pluſieur
flux & reflux. La foule croiffant toujours ,
ces flux & reflux recommencent; le mouvement
vientjuſqu'au fheur G... , qui ſe trouvant entraîné
parl'affluence , eſt pouffé lui -même ſur le Marquis
de D... Le Marquis ſe ſentant pouffé , ſe
retourne ,& s'écrie , du ton le plus impérieux
& le plus colere , & tenant la canne levéer qu'eftce
que c'est que ces poliſſons - là ? Si cela arrive en
(94 )
core , on aura affaire à moi : je donnerai des coupsde
cannes . Un inſtant après , nouveau mouvement
, le heur G... eſt encore entraîné & poufſé
malgré lui ſur le Marquis de D... nouvelles
menaces de la part du Marquis ; il adrefſe la
parole au ſieurG...: tu es un poliffon , un drole ;
je ne te connois pas : qui eſt tu ? >> Eft - ce M le
>>>Marquis , parce que vous êtes d'une naiſſance
>> ſupérieure à la mienne que vous me parlez
>> ainſi ? Vous avez tort de vous en prendre à
>>>moi , vous voyez que je ſuis pouſſé moi-même
, & qu'il m'eſt impoſſible de ſoutenir l'ef-
>> fort de la multitude , je vous prie de prendre
>>>garde ſur qui vous toucherez , parce que je
>> n'ai aucune part au flux & reflux de cette multitude.
Tu es un impertinent , un polif
ſon , un inſolent , un drole ; je ne te connois
pas; qui es- tu ? - > Il n'eft pas difficile de
>> me connoître . On me connoit dans la ville :
>> on ne donne point des coups de canne à des ci-
<<< toyens » . Tu es un poliſſon & un drole ; je te
connoîtrai ; je te ferai punir ; tu me le paiera ,
je ne t'entiensppaassquitte,avecungeſte menaçant.
Heureuſement , M. le Marquis , que
>>juſqu'à préſent je ne vous ai rien dù ; je ne
>>> vous dois rien , je n'ai rien à vous payer «.
-Tu es un poliſſon , un manant , il te convient
bien de m'inſulter . - Monfieur , je ne
>>vous inſulte pas en vous repréſentant qu'il eft
>>>impoffible de ſoutenir l'effort de la multitude ,
> & je ne mérite aucune punition . Je n'ai rien à
>> vous payer ; & fi je vous avois dû , vous ne
<< m'auriez pas attendu ſi long - temps ». Je dis
que tu es un drole & un poliſſon ; je te connoîtrai
,& fous quinzaine , tu auras de mes nouvelles
. M. le Marquis , je ne vous manque
pas ; je ne vous inſulte pas : quand vous vou-
CC
( 95 )
-
drez , je vous donnerai mon nom par écrite.
Le Marquis de D...... continuant toujours
ſes injures , les geſtes , ſes menacess , malgré
l'exceffive modération du ſieur G .. , celui - ci
quitte ſa place , laiſſe le champ libre au Marquis
& fort du cercle. Ne t'en vas pas , lui crie
le Marquis de D... en le voyant partir ; au reſte ,
je te retrouverai bien. -Tous ces faits font
atteſtés par douze témoins oculaires . -Après
ces injures & ces menaces , vient la Calomnie.
Le 23 du même mois de Janvier , le Marquis
de D ... écrit au ſieur L ... Subſtitut de M. le
Procureur Général au Bailliage de L ... la
lettre ſuivante. - « J'ai l'honneur de vous
prévenir , Monfieur , que le nommé G ... Or-
>>>févre , qui demeure me menace de
m'attaquer & de m'aſſommer dans les rues ,
>> lorſqu'il en trouvera l'occaſion. Ce n'eſt
>> point , Monfieur , une plainte que je vous
>> porte ; je vous préviens ſeulement , afin que ,
,
lorſqu'on me trouvera aſſaſſiné , vous ſcachiez
>> á qui vous en prendre. J'ai obligation de l'avis
que j'ai reçu à un brave & honnête Citoyen
, que je taitai toute ma vie . Signé ,
R ... D.. Aux injures aux menaces,
&c. fuccédent l'intrigue , l'abus du crédit
&du pouvoir , la véxation , l'oppreſſion de la
liberté civile . -Le Marquis de D ... fait au
Commandant de la Province un rapport au ſujet
de la ſcene du 9 Janvier. Il ſurprend la religion
de ce Commandant , & follicite de lui un ordre
de faire empriſonner le fieurG ... L'ordre eſt
donné & exécuté - Le jour même de la lettre
adreſſée par le Marquis de D ... au Subſtitut de
M. le Procureur-Général , le 23 Janvier , le
fieur G ... eſt enlevé , avec autant d'inhumanité
que d'ignominie , ſous les yeux de tous ſes
9 موق )
Concitoyens ; il eſt entermé dans les priforns
on le laiſſe à la charge & garde du Concierge ,
qui promet de le repréſenter toutes & quantes
fois qu'il en fera requis. C'eſt en vertu des ordres
du Commandant de la Province , & de ceux
du Lieutenant de la Maréchauſſée. Le ſieurG ...
reſte prisonnier du Marquis de D ... juſqu'au
25 du même mois de Janvier . Ces différens
faits font autant de délits qui appellent la vengeance
des Loix ſur la tête du coupable. Ils n'ont
beſoin d'être appuyés d'aucune réflexion . Ce
Citoyen opprimé , attend avec la plus religieuſe
confiance l'Arrêt que diteront à la Cour ſon
attachement à nos Loix & fon zele pour le
maintien de l'ordre public , & la conſervation
de la liberté civile. Arrêt du 4 Septembre
1784. NOTRE DITE COUR faiſant droit ſur l'appel
interjecté par le Marquis de ... , met l'ap
pellation & ce dont eft appel au néant , émendant
, évoquant le principal , & y faiſant droit ,
fait défenſes au Marquis de ... , de plus à l'avenirinjurier
leditG... , ni provoquer oufaire provoquer
des ordres pour faire empriſonner ledit
G...: déclare l'emprisonnement & l'écrou de
G ... nuls & de nul effet ; ordonne que mention
ſera faite du préſent Arrêt en marge d'iceux :
condamne le Marquis de ... en 300 livres de
dommages - intérêts envers G ... , & en tous les
dépens des cauſes principales, d'appel & demandes
; ſur le ſurplus des demandes , fins & conclufions
des Parties , les met hors de Cour. Permet
à G ... de fraire imprimer notre préſent Arrêt
juſqu'à concurrence de cent exemplaires , & d'en
faire afficher quatre où bon lui ſemblera , le
tout aux frais & dépens du Marquis de ...
:
C
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IS JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS fur le départ de M. le Chevalier DE
PARNY pour les Iſles , récités dans une
des Séances particulières du Musée de
Paris.
ILL
eſt parti , l'amant d'Éléonore !
Et bientôt il verra briller une autre aurore.
Les Amours ſont en pleurs , les Grâces ſont endeuil ,
Le tendre & l'antique Tibulle
Revenu parmi nous pour former ſon Émule ,
Va juſqu'à fon retour rentrer dans le cercueil.
Tout le Parnaſſe eſt en alarmes ;
Même on dit qu'exhalant les plus tendres regrets ,
Au départ de Parny Phébus verſa des larmes ,
Et par ce dernier trait couronna ſes bienfaits.
Otoi , dont le trident ſoulève , agite l'onde !
N°. 3 , 15 Janvier 178;. E
98 MERCURE.
Neptune, Dieu des mers ! puiſſe ſur tes États
Le vaiſſeau de Parny , dans une paix profonde ,
Voguer fans nul danger vers de lointains climats!
Neptune , puiffes -tu protéger ſon paſſage !
Mais en vain tu voudrois lui créer des revers ;
Comme Orphée autrefois ſet charmer les enfers ,
Parny de ton trident captiveroit la rage ,
Et li tu réſiſtois à fon art enchanteur ,
Sa lyre réfonnant au moment du naufrage,
Des flots tumultueux calmeroit la fureur .
(Par M. Langeronfils ,âgé de 17ans.)
VERS pour mettre au bas du Portrait de
M. DE LARIVE.
App
PPur de l'indigence , Acteur fublime & tendre ,
On chérit ſes talens , on eſtime ſes moeurs ;
Et chez les malheureux il va tarir les pleurs
Qu'au Théâtre il nous fait répandre .
(Par M. Duviquet . )
VERS faits au bois de Vincennes.
ARBRES chéris , que votre ombrage
Pour un coeur ſenſible a d'attraits !.
Vous inſpirez le badinage
Et vous ne babillez jamais.
( Par Mme Dufrenoy.)
DEFRANCE
99
COUPLETS chantés à M. & Mme GR1 *** ,
dans une Fête donnée par leurs Enfans ,
à l'occafion de leur renouvellement de
Mariage , déjà célébré en Chanfons par
plufieurs personnes préſentes à cette Fête.
AIR: La foi que
L
vous m'avez promise.
E S Muſes qui vous environnent
Ont fi bien ſu vous couronner ,
Qu'où leurs mains heureuſes moiſſonnent
Nous trouvons à peine à glaner.
Leurs talens effacent les nôtres ;
Nous ſavons peu nous exprimer ;
Mais nous en valons au moins d'autres
Dès qu'il s'agit de vous aimer.
Tous vos enfans ſont dans livreſſe ,
Vous partagez notre gaîté ;
Vous nous valez pour la tendreſſe ,
Vous nous valez pour la ſanté:
Tel un chêne encor verd s'élève ,
Malgré le temps des aquilons ;
Et fans rienperdre de ſa sève ,
Fleurit parmi ſes rejetons.
COUPLE toujours tendre & ſenſible ,
Dont l'amitié remplit le coeur
:
2
EEiijj
100 MERCURE
Votre bonheur , quoique paiſible ,
N'en eſt pas moins le vrai bonheur 3
L'amour eſt cette fleur fi belle
Dont Zéphyre ouvre les boutons ;
Mais l'amitié , c'eſt l'immortelle
Que l'on cueille en toutes ſaiſons.
A BACCHUS rendons notre hommage ,
D'amour il remplit les loiſirs ;
Chaque ſaiſon a ſon uſage ,
Chaque ſaiſon a ſes plaiſirs :
De ceux que l'une & l'autre donne
Suivons tranquillement le cours ;
On voit des fleurs après l'automne ,
Et l'hiver même a ſes beaux jours.
( Par M. Damas. )
Aux FEMMES -
Vous ous déplaire , c'eſt s'oublier.
*
Notre bonheur n'eſt-il pas votre ouvrage ?
Que j'envirois cet avantage
S'il vous falloit un Chevalier ?
Mais plus qu'Achille invulnérables ,
Vous riez des efforts d'un impuiſſant courroux ;
Et l'Amour renvoie aux coupables
*Cette Pièce eft relative àcelle ſur les Modes.
DE FRANCE. 101
Les traits qu'ils ont lancés ſur vous.
Actton de Diane éprouva la vengeance :
Sa mort ſuivit ſes regards indiſcrets.
Plus malheureux , celui qui vous offenſe
Sera puni par ſes regrets.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE not de la Charade eſt Bonnet ; celui
de l'énigme eſt le premier Jour de l'An ; celui
du Logogryphe eſt Canon , où l'on trouve
anon& non.
MON
CHARADE.
ON premier chez les vieux ſe trouve bien
ſouvent;
C'eſt au moulin , dit on , que mon ſecond s'entend.
Mon tout ſe fait ſentir dans le coeur de Thélême
.
Al'approchedu loup ..... ou du Berger qu'elle aime.
( Par Mile de B. D. F. )
E
102 MERCURE
1
ÉNIGME.
D'UN
'UN être fugitif vive & fidelle image ,
De fon vol clandeftin je crahis le fecret.
Mon ſeul aſpect ſouvent donne à rêver au ſage ;
L'homme frivole en moi n'apperçoit qu'un hochet,
Quoique par mon deſtin manquant de pied & d'aîle,
Mon devoir cependant eſt de toujours aller ;
Et ce qui mieux encor fert à me dévoiler ,
Plus je parois changeante &plus je ſuis fidelle;
Chacun pour me juger conſultant ſon defir ,
Me trouve , ſuivant lui , trop rapide ou trop lente.
J'offre un ſecours heureux dans les momens d'attente,
On craindroit de me voir pendant ceux du plaifir.
(Par unAbonné de la Chambre Littéraire deRennes. )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
É fuis une Vertu que par- tout on révère ,
De bien des malheureux j'adoucis la misère.
Dans les Livres facrés on lit ſouvent mon nom,
On le cite parfois , en chaire , en oraifon ;
La Concorde , la Paix , la bonne intelligence
Sont les heureux effets qu'on doit à ma puiſſance.
Dans mes fept pieds , Lecteur , on trouve un animal
Nourri pour en détruire un autre qui fait mal ;
Une ville qui fut la mère de Carthage ;
4
DE FRANCE.
103
Deux interjections ; une plante en uſage ;
De ville un ſynonyme; une Ifle de l'Aunis ;
Le ſiège où le ſoleil dans la Fable eſt aſſis ;
L'effort que fait la voix pour mieux ſe faire entendre.
Si ce n'eſt pas affez pour me faire comprendre ,
Tu trouveras encore , en me combinant bien ,
Un léger inſtrument qui ſert au Muficien ;
L'élément dans lequel , pour s'élever aux nues ,
Montgolfier ſut trouver des routes inconnues.
(ParM. Moreau fils , à Roanne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
OEUVRES de Valentin Jameray Duval ,
précédées de Mémoires ſurſa Vie , avec
figures. 2 vol. in 8°. A Saint Petersbourg ,
& ſe vend à Strasbourg , chez J. G.
Treuttel , Libraire.
PEU de gens ont lû les OEuvres de Duval.
Le nom de cet homme extraordinaire n'est
guère célèbre que dans les lieux où les etonnantes
particularités de ſa vie lui ont établi
des relations ; à peine eſt il connu en France
autrement que par des liaiſons particulières ;
& le titre de ſes Ouvrages n'eſt pas fait pour
piquer la curioſité. On a tant de choſes à
lire&fi peu de temps à perdre , qu'on craint
d'en riſquer ſur un Livre où l'on n'eſt pas
certain de trouver à s'inſtruire ou à s'amufer .
E iv
104
MERCURE 1
Nous croyonscependant que celui ci offre l'un
& l'autre avantage ; qu'on ne peut fur tout
manquer de s'intéreſſer à unhomme qui , né
dans un état qu'on nomme abject , privé de
tous les ſecours de l'éducation , s'eſt élevé
ſeul juſqu'aux connoiſlances les plus étendues
fur tous les objets dont il a voulu s'occuper
; qu'un génie actif , ou , ſi l'on veut ,
un inſtinct avide & pénétrant conduifit au
ſavoir preſque ſans guide , & par des routes
rapides & non frayées , pour qui l'étude
étoit un beſoin auſſi impérieux que les beſoins
de la Nature. Cet homme, fait pour
fortir en tout des règles communes , fut pendant
près de ſoixante ans conſerver au milieu
des Cours , auprès des Souverains , les moeurs
les plus pures , la franchiſe la plus ſauvage ,
la liberté la plus indépendante. Il ne demanda
jamais rienà ſes Maîtres , & il vécut
dans l'aiſance : fans ambition , ſans orgueil ,
il fut conſidéré ; jamais adulateur, ne fachant
ni taire ni déguiſer ſa penſée , jamais pourtant
il n'éprouva de diſgrâce. Il facrifia julqu'à
l'amour à ſa paffion pour l'étude ; mais
ce goût fut foumis lui même à une paffion
plus forte , celle de la liberté. Croiroit on
qu'à vingt ans le malheureux Gardien de fix
vaches , le valet d'un pauvre Hermitage ,
ſouhaitant ardemment de s'inſtruire , dictoit
pourtant ſes conditions à un grand Prince
qui lui en offroit les moyens , & refuſoit
d'échanger ſa misère indépendante contre la
✓brillante ſervitude des Cours ? On ne voit
1
DE FRANCE.
τος
juſqu'ici qu'un ſauvage devenu ſavant par la
ſeule impulfion de ſon génie. Et quoique ces
exemples foient rares , il en exiſte cependant
pluſieurs ; celui de Duval a une fingularité
de plus. Ayant paſſe les premières années de
ſa vie dans les bois , le reſte dans des bibliothèques
& des cabinets de médailles , il con .
noiſſoit fi peu le monde , il le fuyoit avec
tant de ſoin , que , logé au palais de Vienne ,
près de l'appartement des Archiducheſſes ,
il ne les avoit jamais vûes. Un jour qu'il paffoit
devant elles ſans les remarquer , le Roi
des Romains lui demanda s'il ne connoiffort
pas ces Dames : Non , Sire , répondit - il ingénuement.
Je n'enfuis pas étonné, répliqua
le Prince; mes foeurs nesontpas des antiques.
Hé bien , malgré ce goût conſtant
pour la retraite , ſi peu fait pour adoucir ſa
rufticité , il a ſu , en conſervant des manières
toujours ſimples , ſe former un ſtyle plein
d'enjouement , de légèreté , de grâce , & du
ton de la meilleure compagnie.
Il nous trace lui-même dans l'Ouvrage que
nous annonçons le tableau le plus effrayant
de la première circonſtance intéreſſante de
ſa vie. Né en 1695 , d'un pauvre Laboureur ,
au petit village d'Artonay en Champagne ,
-orphelin à dix ans , chaſſe de ſon pays à
quatorze , faute d'y trouver à fervir , marchant
au haſard dans l'affreux hiver de 1709 ,
enpleine campagne , couvert de neige , demi
mort de froid , ſans pain , ſans aſyle , fans
eſpoir , il eſt ſurpris par la petite-vérole. La
Ev
106 MERCURE
violence de ſes douleurs & celle de la fait
fon , l'obligent de s'arrêter devant une mé
chante ferme , où il n'a pour retraite qu'une
érable & un tas de fumier , ſous lequel on
l'enſevelit . La chaleur qu'il y trouve le dé
gourdit peu à-peu , facilite l'éruption ; il eſt
couvert de boutons , mais il manque de ſe
cours. Tour étoit faiſi dans la ferme, le maît
tre n'a pas lui- même de quoi vivre,&c'eſtun
excès de compaflion qui l'engage à donner
au moribond pour toute beiffon , de l'eau
glacée , pour toute nourriture un peu de
bouillie à l'eau à peine falée , & enfuite de
mauvais pain deſſeché qu'il faifoit degêler
dans fon fumier. Les moutons dont il par
tageoit l'aſyle , ſembloient touchés de ſa
peine,& vouloir le confoler en le léchant;
mais quoique la rudeſſe deleur langue ajoutât,
à fon fupplice , il paroiffoit plus occupé
de la crainte de leur communiquer le venin
dont il étoit hériffé. Si pauvre que fuſſent
les ſecours qu'il recevoit dans cette étable ,
il fut impoflible au maître de les continuer.
Il fallut le tranſporter encore foible , couvert
de méchans haillons & de foin , chez
un Curé du voisinage , où il fut prêt d'expirer
du froid qu'il avoit eſſuyé dans la route. Il
guétit pourtant ; mais la famine,qui déſoloit
cette contrée lui fit perdre encore cet aſyle
dès que ſes forces lui permirent de le quitter.
Ne fachant où donner de la tête, il s'informe
s'il n'eſt pas quelque pays que ce fléau
ait reſpecté. On lui parle du Midi , de
DE FRANCE.
107
l'Orient ; c'étoit pour lui des i lees nouveles.
Ees mots furent la ſource de fes promè es
réflexions , ſa première leçon de geographie.
Il marche donc vers le point où le telei lui
paroiſſont ſe lever , il traverte la Chan pague.
De miférables huttes à peine couvertes de
chaume & d'argile , des individus pâles , tanguiffans
& livides , des enfans rares & diffechés
par le beſoin, lui préfentent tout ce que
la misère a de plus effrayant. Il arrive et fin
à Sénaïde , & foudain il eft frappe d'une ſcène
nouvelle; des maifons ſpacieuſes , bien couvertes,
& dignes des hommes forts & vigoureux
qui les habiroient , des femmes leftes
& bien vêtues , des enfans nombreux &
gais , le ſpectacle de l'aifance & du bonheur,
l'avertitent qu'il avoit changé de domination
.
Lehafard le fait s'arrêter à l'Hermitage de
la Rochette , où le bon folitaire Palemon le
reçoit, lui fait partager ſon genre de vie , fos
travaux , & lui apprend à bre. Duval , në
avec une fenfibilité fougueule , entroir dans
l'âge où les paffions ſe développent ; le beſoin
d'un attachement , la lecture des livres
afcétiques qui compofoient la bibliothèque
de l'Hermite , tournerent ſes premières idees
vers la dévotion , non pas celle qu'il définit
lui- même par une piété folide & pure , mais
cette dévotion minutieuſe & contemplative
qui conſiſte en vaines pratiques , s'allie trèsbien
avec les paffions , & devient elle- même
unepaflion condamnable. Il eut alors une
Evj
108 MERCURE
avenrure affez gaie qui l'éclaira ſur ſes ſentimens.
Des Chanoines voiſins viennent vifiter
l'Hermitage , munis d'un ample jambon
&de quelques flacons , qui , dit - il , ne contenoient
rien moins que de l'eau bénite. On
goûte , il partage la fête , & avale pour la
première fois deux raſades d'excellent vin.
Reſte ſeul , il ſe trouve dans un état qui lui
ſemble un phénomène. Son viſage s'enflamme,
ſon ſang bouillonne , ſa tête s'exalte
; naturellement taciturne , il fent une ſi
grande démangeaiſon de parler , que pour la
fatisfaire , il ſe met à réciter des Pſeaumes
tout haut ; mais ſa langue eſt embarraſſée ,
ſes lèvres moins mobiles , ſes jambes chancellent
, il s'affied par hafard devant une
image . du bon Pasteur.
Cet objet l'attendrit. Il s'imagine que cet
état extraordinaire eſt une de ces extaſes
que Dieu envoie à ſes élus; il s'approche de
cette image , ſe proſterne , l'arroſe de ſes
pleurs , & lui prodigue les careffes & les
termes les plus myſtiques & les plus touchans.
Mais il faut que tout finiffe ; il s'endort
au milieu de ſa béatitude. Quel fut fon
étonnement à ſon réveil de ſe trouver auſſi
inſenſible que le marbre , & d'avoir perdu
ces élans, ces évanouiſſemens, qui , la veille ,
le rendoient fi heureux !
•
De cette retraite il paſſe dans celle de Ste
Anne , auprès de Lunéville. Six vaches à
garder , quarre Hermites de la plus groſſière
ignorance, & quelques bouquins de la biDE
FRANCE 109 .
bliothèque bleue , ſont les ſeules reffources
que Duval y trouve pour ſen éducation. Il
parvient cependant à s'apprendre feul à
écrire. Un Abrégé d'Arithmetique devient le
nouvel objet de fes études , auxquelles il ſe
livre dans le filence des bois. Il faut l'entendre
lui même expliquer comment il prit les
premières notions d'aſtronomie & de géographie
, à l'aide de ſes ſeules réflexions , de
quelques cartes , & d'un tube de roſeau
placé ſur un chêne élevé , dont il avoit fait
fon obfervatoire. Plus il apprenoit & plus
il étoit tourmenté du defir d'apprendre encore
; mais l'état de ſes finances ne répondoit
pasà fondefir. Pour y ſuppléer, ils'aviſa
aux riſques d'être pris comme un Braconnier
, de déclarer la guerre aux animaux des
forêts, dans le deſſein de vendre leurs fourrures.
L'ardeur & le courage qu'il mettoit à
cette chaſſe , annoblie par ſon motif , ſont
véritablement incroyables. Il eutun jour une
lutte violente à ſoutenir contre un chat ſauvage,
dont la victoire lui coûta beaucoup de
fang. Enfin ſa conſtance lui procura au bout
de quelques mois une quarantaine d'écus ,
qu'il porta bien vîte à Nancy pour avoir des
livres. Une aventure heureuſe augmenta ſon
petit tréſor. Il trouva un jour un cachet d'or
armorié; il le fait annoncer au prône . Un
Anglois fe préſente; c'étoit M. Forſter , homme
d'un mérite connu. Si ce cachet eſt à
vous , lui dit Duval , je vous prie de le blafonner.
- Tu te moques de moi , jeune
119 MERCURE
=
د
homme , le blafon n'eſt aſſurément pas de
ton reffort. Soit , mais je vous déclare
qu'à moins de blafonner votre cachet vous
ne l'aurez pas. Surpris de ce ton ferme , M.
Forſter obeit , récompenſe le jeune Pâtre ,
& l'invite à l'aller voir. Par ſa générofité ,
la bibliothèque de Duval s'acciût juſqu'à
quatre cent volumes , tandis que fa garderobe
reſtoit toujours la même. Un ſarreau
de toile ou de laine & des ſabots formoient
tout fon ajuſtement .
Pendant qu'il formoit ainſi ſon eſprit par
l'étude , le troupeau n'en alloit pas mieux.
Les Hermites s'en plaignirent , l'un d'eux le
menaça même de brûler ſes livres , & joi
gnit un gefte offenfant à cette menace. Duyal
étoit né , comme nous l'avons dit , ardent&
fenfible. La ſervitude avoit phé fon
âme à la foumiffion , mais nullement aux
infultes. Il faifir une pelle à feu , met le
Frère à la porte de ſa propre demeure , en
fait autant aux autres qui accourentau bruit,
&s'enferme ſeulà double tour. Le Superieur
arrive. Duval lui détaille par la fenêtre ſa
belle expédition ; la douceur du bon Solitaire
parvient cependant à le calmer ; mais
il n'ouvre qu'après lui avoir fait accepter
une capitulation qui conſiſtoit à lui accorder
l'oubli de tout le paffé, & deux heures par
jour à l'avenir pour vaquer à ſes études , à
ces conditions il s'engageoit à ſervir l'Hermitage
pendant dix ans pour la nourriture
& l'habit. Ce qu'il y a de plus plaifant , c'eſt
-
1
DE FRANCE. …
L
:
que cet acte fut ratifié chez un Notaire de
Lunéville.
Le bois où Duval menoit paître ſes vaches
étoit fon cabinet d'études le plus ordinaire.
Un jour qu'il y etoit , entoure ſelon
fon uſage de ſes cartes de geographie , il eſt
abordé par un homme de bonne mine , qui ,
furpris de cet appareil, lui demande ce qu'il
fait-là. J'étudie la géographie. -Eft ce
que vous y entendez quelque choſe ?-Mais
vraiment oui , je ne m'occupe que de ce
que j'entends. - Où en êtes vous ?- Je
cherche la route de Québec pour aller continuer
mes études à l'Univerſité de cette
ville. ( Il avoit lû dans les livres que cene
Univerſité étoit fameufe. ) - Il y a , reprit
l'inconnu , des Univerſites plus à votre portée
; je puis vous en indiquer. A l'inftant il
-eft entouré par un grand cortège ; c'étoit
celui des jeunes Princes de Lorraine. On finit
par lui propoſer d'achever ſes études en forme
aux Jefuites de Pont-à- Mouflon . Duval
héſita. L'etude lui étoit chère ; mais la liberté
lui paroiffoit plus précieuſe encore , & il
n'accepta qu'avec la condition formelle de
la conferver. Ses progrès furent fi rapides ,
qu'au bout de deux ans le Duc Léopold , qui
vouloit ſe l'attacher , lui fit faire pluſieurs
voyages , entre autres celui de Paris , & à
fon retour le nomma fen Bibliothécaire , &
Profeffeur d'Histoire à l'Académie de Lunéville.
Cette place , & les leçons particulières
qu'il donnoit à des Anglois , entre autres au
112 MERCURE
:
fameux Lord Chatham , lui procurèrent les
moyens de faire rebâtir à neuf ſon ancien
Hermitage de Ste Anne. Lors de la révolutionde
la Lorraine , il refuſa toutes les propoſitions
qui lui furent faites pour reſter ,
&ſuivit la bibliothèque à Florence , où il
reſta dix ans; il fut appelé à Vienne par l'Empereur
François , pour lui former un cabinet
de médailles. C'eſt-là qu'il vécut dans la plus_
grande conſidération de la part de toute la
Famille Impériale , & qu'il mourut en 1975 ,
âgé de près de 80 ans , & regretté de tous
ceux qui l'ont connu.
Les deux volumes que nous annonçons me
font qu'un effai de l'Éditeur , M. Koch , fon
ami intime , qui a voulu preſſentir le goût
du Public ſur quelques Écrits de ce Philoſophe
avant de les publier en entier. Ils contiennent
des Mémoires ſur fa vie par l'Éditeur
, des fragmens ſur les principaux événemens
de cette même vie écrits par Duval
lui même, ſa correfpondance entière avec
une jeune & très- aimable Femme de Chainbre
favorite de l'Impératrice de Ruſſie ; quelques
Lettres à Mlle Guttemberg , qui tenoit
le même rang à la Cour de Vienne , & d'autres
Lettres à différens particuliers. Nous
ofons croire que M. Koch a plus conſulté
ſon amitié que ſon goût dans la forme de
cetre Édition . La longue correfpondance de
Duval avec Mlie Anaftafie Socoloff, n'a pas
d'objet affez piquant pour le Public , & ne
comporte pas un intérêt affez grand pour fon
DE FRANCE. 113
étendue. Il eſt des plaiſanteries d'habitude ,
des idées familières qui reviennent ſans ceſſe,
& qu'on répète dans ſes Lettres fans s'en
appercevoir , quand on écrit à pluſieurs mois
dediſtance , mais qui ne peuvent être ſupportées
dans une lecture ſuivie. L'Editeur
nous affure , dans ſa Préface , qu'il en a ſupprimé
beaucoup ; cependant il en refte encore
affez pour dégoûter le Lecteur le plus
patient. Il falloit ſans doute , au lieu de
donner ces Lettres entières , fans nous épargner
même les formules de complimens qui
les terminent , n'en offrir qu'un choix , avec
l'attention de fondre enſemble celles qui
n'ont qu'un même objet , & elles ſont en
grand nombre , d'en élaguer toutes les répétitions
, & de mettre à leur place les pièces
qui ont rapport à cette correſpondance , au
lieu de les renvoyer à la fin comme on a
fait. Il falloit ,non pas faire une vie particulière
de Duval , & nous préſenter enſuite
épars les morceaux qu'il en a écrits lui même,
ſoit dans ſes cahiers , ſoit dans différentes
lettres ; mais réunir & coudre enſemble ces
differens morceaux ; laiſſer parler le Philoſophe
le plus qu'il auroit été poffible , &
n'ajouter à ſes Écrits que la liaiſon qui leur
manquoit. Cette forme , qui éviteroit beaucoup
de redites , feroit ſans contredit bien
plus intéreſſante , & nous croyons qu'une
nouvelle Édition faire fur ce plan, en rédui
ſant les deux volumes en un , auroit beaucoup
de ſuccès.
114 MERCURE
Au furplus , nous croyons que nos Lecteurs
nous faurons gré de leur donner une
idée du ſtyle de ce Philofophe. Ily règne une
grâce, une légèreté bien extraordinaires fans
doute de la part d'un homme qui ne fut
qu'un ſauvage pendant toute la jeuneffe , &
qu'un Savant le reſte de ſa vie , ce qui est à
peu près ſynonyme relativement au ton de
lafociété.
Il entretenoit une exacte correſpondance
avec Mlle Anaftafie Socoloff , aujourd'hui
mariée avec M. de Ribas , Colonel au Service
de Ruffie. Cette jeune perſonne , d'origine
Circaffienne , née au Royaume d'Aftracan
, fut amenée à Paris par la Princeſſe de
Galitzin ; Mlle Clairon y prit ſoin de fon
éducation. A la mort de la Princeſſe, elle
retournoit en Ruffie pour être Femme de-
Chambre de 1 Impératrice , lorſqu'en paffant
parVienne elle ſe rencontra au Theatre dans
une même Loge avec Duval , qui fit fa
connoillance , & fe prit pour elle d'une
amitié fi vive que l'amour même n'a point de
fentiment plus ardent. L'amour cependant
n'y étoit pour rien, le Philoſophe y avoit
mis hon ordre. Tourmenté dans ſa jeuneſſe
de cette paffion qui nuiſoit à ſes études , il
ſe rappela d'avoir lu dans Saint Jérôme qu'on
s'en guérit avec de la ciguë. Il enmangeaune
ſalade fi copienſe qu'il en faillit mourir , &
que ſes deſirs furent éteints pour jamais. Ce
poiſon cependant n'avoir pas altéré la ſenſibilité
de fon ame. Sa manière d'aimer étoit
DE FRANCE 119
d'autant plus delicate &plus pure , qu'elle
n'avoit aucun but untereife.
Duval avoit encore dans ſa correſpondance
un autre objetque 'amitié.C etoit fon admiration
profonde pour toutes les operations
de l'immortelle Catherine . Elle refpure dans
preſque toutes les lettres, qui ne roulent que
fur les inftructions qu'il demande a ce fujet.
En voici quelques uns .
Mile Anaftafie lui avoit far préſent d'une
Médaille repreſentant'Impératrice. Elle est
fâchée qu'elle ne ſoit pas d'or ; il répond :
" Ne fût - elle que du plus commun des
* métaux , il me fuffit pour l'eßimer autant
» que les diamans du Mogol,qu'elle vienne
» de vous , & qu'elle foit à l'effigie de
>> l'auguſte Souveraine qui fait votre bonheur.
Quelque baillant que foitle Trône
» qu'elle décore , je doute qu'il lui donne
>> autant de relief qu'elle s'en eſt attiré par la
ود lettre qu'elle a écrite à un Philofophe
>> (M. d'Alembert,)& que les papiers publics
>> ont communiquée à toute l'Europe. Il y
ود
avoit plus dedeux mille ans quele père du
> vainqueur de Darius en avoir écrit une aun
>>> fameux Ariftote , précisément fur le même
fujer. Depuis cetemps là aucun Monarque
n'a été tenté de mettre les talens à un autli
haut prix que la fait l'augufte Minerve
» que vous avez l'honneur d'approcher. II
faut un difcernement bien exquis pour
fentir aufli vivement toute l'importance
du vrai mérite en fait d'éducation , fur
92
ود
116 MERCURE
>> tout dans un ſiècle auſſi colifichet & auffi
>> poliment frivole que celui où nous
» vivons ».
Autre. Il parle à Mlle Anaſtaſied'un voyage
de l'Impératrice. " Sachez donc que votre
» auguſte maîtreſſe, arrivée à Twer , lieu de
>> ſon embarquement , s'eſt ſouvenue qu'un
» livre intitulé Béliſaire.... méritoit d'être
» traduit en une langue dont les dialectes
>>s'étendent depuis la Bohême incluſivement
>> juſqu'aux confans de la Chine, & depuis la
>> Grèce & l'Albanie , juſqu'aux triſtes bords
>> de la mer Glaciale. Pour rendre ſervice à
» l'humanité, ſavez- vous comme elle s'y eſt
>> prife ? ... Apprenez doncque la Minervede
>>Ruffie , au lieu de s'embarraſſer quelles
ود feroient les fêtes , les bombances , les
>>jeux , les concerts & les autres paſſe- temps
20 les plus propres à charmer les ennuisd'une
> navigation preſqu'illimitée , cette Déeffe
>>ainventé un amuſement juſqu'ici inconnu
ود
ود
à la faſtueuſe frivolité , & plus encore à la
» grandeur même. A peine embarquée avec
les Areopagiſtes qu'elle a admis ſur ſa
flotte , elle a diſtribué par la voie du fort
» à chacun d'eux , un des 16 Chapitres de
>> Béliſaire , afin que tous en même temps
ود fuſſent traduits en langue Ruſſe ; mais ce
>> que j'admire,& qui me feroit croire qu'en
دد Ruffiele fort n'eſt pas ſiaveuglequ'ailleurs,
» c'eſt que le neuvième Chapitre , qui traite
>> expreffement des erreurs & des écueils
>> auxquels le pouvoir ſuprême eſt expoſé ,
-
DE FRANCE
117
-
20
....
>>> ſoitjuſtement tombé en partage à la Thems
>> du Volga. J'ai vu & tenu une copie de la
verſion qu'elle en a faite , & lorſqu'on
m'aſſura qu'elle égaloit la beauté de l'oris
>> ginal , je n'en fus pas ſurpris.....
Voici des Lettres d'un autre genre.- " Je
lis préſentement un Livre que je veux
envoyer à mon ami le Frère Zozime ,
>> Supérieur de l'Hermitage qui a été le ber-
>> ceau de ma fortune (celui qui vouloit
ود
ود brûler ſes Livres ,&avoit pris ſes cahiers
>> de géométrie pour un grimoire ) pour en
>> faire ſon profit. Le livre a pour titre
>> Lettres fur la Danse & les Ballets
» par M. Noverre. Jamais lecture ne m'a
>> plus humilié. J'y vois en très-beau ſtyle
» qu'un excellent maître de Ballets eſt auſſi
» unique que le Phénix ; & que tout ce que
» l'univers a produit de grands hommes en
>> tout genre , n'ont été que des pygmées en
>> comparaiſon d'un parfait maître de Ballets.
l'Auteur est ici , je l'ai vu de mes propres
>> yeux. C'eſt une viſion béatifique pour les
» Viennois. On dit qu'on publie une
ود
وو
-
Gazette Françoiſe à Saint - Pétersbourg.
» Cela est-il bien vrai ? S'il eſt ainſi,de quoi
>> peut- elle parler ? .... Lorſque je voyageois ,
» à mon arrivée dans une Capitale , je
> parcourois tous les marchés publics pour
>> connoître en quelles productions le pays
abondoit le plus ; je liſois la Gazette du
>> lieu , pour me former une idée de la
→ liberté civile; je lorgnois toutes les Bibis
"
C
118 ERCURE
ود
» ( il appelle conftamment ainſi les jolies
femmes , & celles auxquelles il prend
» intérêt) pour ſavoir ſi j'étois en Circaflie
chez les Samoïedes ; j'allois à la
>> Comedie pour y étudier le goût national.
Les égliſes , les palais , les hôpitaux
>>>m'apprenoient une infinité de choſes que
>> je ne puis vous dire. A l'égard du peuple ,
>> cet utile & reſpectable fond de toutes les
>>nations , j'entrois dans leurs humbles chau-
> mières , & felon la proprete ou la misère
» qui y régnoit, je jugeois de la nature du
Gouvernement ; & c'eſt ainſi que , fans
>>> être Médecin , je tâtois le pouls à l'hu
>> manité ».
2
९६
Il prenoit beaucoup d'intérêt à la guerre
contre les Ottomans. Il prétendoit par plai
fanterie que le Grand -Seigneur ne l'avoit
entrepriſe que pour enlever Mlle Anaftafie ,
& qu'il avoit juré par ſa barbe, ainſi que ſon
grand Muphti, qu'il ne mettroit bas les armes
que quand il l'auroit dans ſon ſerrail.-"Un
>> ſonge affreux a troublé non fommeil. J'ai
هر rêvé qu'en nouvelle Roxelane vous étiez
» aſſiſe à côté du Sultan , & fur le même
ſopha ; qu'une troupe de Tartares ayant
rafflé tous vos blondins , &moi avec eux, ود
دد ils nous avoient conduits à vos pieds ,
>> pour y apprendre notre fort ; que là,
> tandis que nous étions occupés à implorer
votre mifericorde ; & à baifer vos brillantes
babouches ,& les franges de votre
doliman, le Sultan ,par bonté d'ame, ayoir
ود
-
:
DE FRANCE. 119
" ordonné au grand Kiflar Aga de nous
>> rendre propres au ſervice du terrail ; que
" pour nous dedommager de la perte que
> nous allions faire , vous aviez cru qu'il
>> fuffifoir de diſtribuer à chacun de nous une
" affez bonne dofe du précieux baume de la
> Mecque ; que là deſſus tous les blondins
" ne trouvant pas leur compte dans cet
» équivalent , avoient pouffe des cris que
" l'on entendoit d'une lieue . Ces cris ,
» quoiqu'en fonge , m'ont paru fi lamentables
& fi perçans , que je me fuis éveillé
en furfaut , non fans bénir le Ciel de me
ود
ود
>> trouver encore comme j'étois avant de
ود . m'endormir ».
Nous finirons cet extrait en donnant une
idée du ſtyle de Mile Anaftafie , dont les réponſes
nous ont paru très agréables . -«Je
ود crois vous avoir promis , par une de mes
>> précédentes , de vous dire mon palle-
>> temps journalier. La Bibi ſe couche à onze
>>> heures , & fe lève à huit , ne manque
>> jamais à ſon devoir , fans cependant y
>> fonger , parce que le mot de devoir ne me
>>plaît pas; j'aime ma gaieté naturelle. Mon
>> premier ſoin en entrant dans la chambre
>> de toilette de Sa Majesté , eſt de dire tout
>> ce qui me vient dans la tête , fans m'embarraffer
fi on m'écoute : vrai moyen
> d'occuper l'oreille du Courtiſan , toujours
avide de nouvelles. J'ai l'art de les amufer
>> en diſant la vérité toute nue , qu'ils pren-
>>>nent pour des fineffes. Je fais des contes
ود
ود
120 MERCURE
4
ود bleus àmes camarades pourarrondir leurs
>>viſages allongés. J'annonce à S. M. tous
>> ceux qui viennent , après les avoir bien
>> étourdis. Voilà les occupations de devoir
>> de la bienheureuſe Bibi. Oui , mon ami ,
>> elle l'eft , puiſqu'elle a la ſatisfaction de
>>vous plaire & de captiver un coeur tel
» que levôtre.Je finis majournée en ſoupant
» chez M. le Général. C'eſt- là où je ſuis le
>> mieux du monde. On a beau vanter le
» brillant de la Cour , la maiſon du bien-
ود faiteur l'emporte toujours fur elle » .
( Cet Article eft de M. Framery. )
HISTOIRE Ecclésiastique & Civile du
Diocèse de Laon , par Dom Nicolas le
Long, Religieux Bénédictin de la Congrégation
de Saint Vanne & de Saint-Hydulphe.
A Châlons , chez Seneuze , Imprimeur
du Roi , &c . , in- 4 .
C'EST ici un de ces Ouvrages de Bénédictins
que le bel eſprit ſuperficiel dédaigne
, mais qu'un bon eſprit eſtime , puiſqu'enfin
ils inſtruiſent. Un mérite inconteſtable
de ces Hiſtoires particulières , que
des détails accumulés , des differtations
ſavantes , des actes & des pièces juſtificatives
rendent ordinairement un peu volumi
neuſes , eſt de fournir des matériaux pour
l'Hiſtoire générale. Dom le Long ne ſe
borne pas au Diocèſe de Laon , il embraffe
tout le pays contenu entre la Sambre au
Nord, la Meuſe au Levant , l'Aiſne au
Midi ,
DE FRANCE. 121
Midi , Poiſe au Couchant ; il ne ſe renferme
pas même entre ces quatre rivières ,
car Reims fur la Vefle , & Châlons ſur la
Marne , l'une & l'autre au Sud de l'Aiſne ,
entrent dans ſon plan , lequel , ſuivant
l'expoſition qu'il en donne lui même ,
• comprend le Laonnois & la Thierache ,
> partie de la Champagne , de l'Ile de
➡ France, de la Picardie, du Hainault , da
ود Comte de Namur & de l'Évêché de
• Liége ſur une étendue de plus de qua
rante lieues , tant en longueur qu'en largeur,
depuis Verdun , Sainte Ménéhould ,
Châlons , Reims , Soiffons & Compiegne
>> juſqu'à Namur , Maubeuge & Bavay inclufivement.
»
وم
"
L'artnaturel & néceſſaire d'un Auteur de
ces Hiſtoires particulières de Provinces ou
de Villes, eft de ne s'étendre que fur les faits
&les notions qui leur font propres , & de
rappeler ſeulement d'une manière ſommaire
& fuccincte les événemens de l'Hiftoire
générale pour ne pas répéter ce qui eſt
écrit par tout &connu de tout le monde;
mais il faut convenir que dans la plupart de
ces Hiſtoires le moindre prétexte ſuffit prefque
toujours à l'Auteur pour adapter & approprier
au pays dont il parle les événemens
même qui ſemblent y être les plus étran
gers, Ici , par exemple, la bataille de Nicopoli
ſemble n'avoir aucun rapport au Laonnois
ni à la Thiérache ; mais Enguerrand de
Coucy étoit à cette bataille, & y fut fair
N°10 . 3,15 Janvier 1785.
F
122 MERCURE
prifonnier , & Coucy eſt dans le Laonnois ;
de même le malheur qu'eut Charles VI de
tomber dans la démence ſemble ne pas intéreſſer
Laon plus que le reſte du Royaume ;
mais le même Coucy fit appeler un Médeçin
de Laon , nommé Guillaume Harcelin ,
pour traiter le Roi ; & fi Harcelin ne put le
guérir entièrement , il paroît que ſes ſervices
furent agréables & richement récompenfés ,
puiſqu'il fut en état de devenir le bienfai-
Leur de la Ville de Laon, d'en réparer les
fortifications , & d'en fermer de murs une
partie. C'eſt ainſi que, comme le dit Jus
vénal ,
Vefter porrò labor fecundior hiftoriarum
Scriptores...
Namque oblita modi millefima pagina furgit
Omnibus & crefcit multâ damnoſa papyro.
Et ce n'eſt point du tout une critique que
nous prétendons faire ou des Hiſtoires de
Provinces en général ou de celle du Laonnois
en particulier ; au contraire nous ajoutons
avec le même Juvénal :
Sic ingens rerum numerusjubet , atque operum lex.
Nous trouvons que les matériaux ne peuvent
être trop abondans , trop accumulés ,
& qu'il vaut mieux pour le metteur en
oeuvre avoir à choisir & à refferrer , qu'à
étendre& à ſuppléer. Un Lecteur ordinaire
DEFRANCE. 123
trouvera trop de ſaints & de miracles dans
la partie Ecclefiaftique de cette Hiftoire ;
mais il étoit bien difficile qu'un Ecclefiafti
que, un Religieux,n'admit pas au moins les
faints & les miracles adoptés par les Bol-
Iandiſtes & par Baillet, L'Auteur par la cri
tique, par fon goût , par ſes referves prudentes
eſt à l'abri de tout reproche de ſuperſ
tition & de crédulité exceſſive.
Le pays dont il s'agit eſt plein de monumens
des deux premières, aces de nos
Rois ; & il ſemble que la diviſion naturelle
de cet Ouvrage auroit dû être par Races.
L'Auteur le diviſe en effet en trois Livres ;
mais les Livres ne répondent point aux
Rices. Le premier comprend les deux premières
avec les temps qui les précèdent , &
une partie de la troiſième; en un mot , il
s'etend depuis la conquête de la Gaule Belgique
par Jules Cefar,juſqu'au règne de Philippe
I en 1050 ; le ſecond , depuis certe
époque juſqu'au règne de Charles VII en
142-; le troifième , depuis Charles VII jufqu'à
nos jours. Cette diviſion met plus d'égalité
dans la diſtribution , plus de proportion
entre les parties principales .
Nous allons , en négligeant les événemens
publics & connus , parcourir rapidement
quelques fingularités , & obferver quelques
jugemens de l'Auteur.
LesBelges tiroient ce nom de leur carac
tère féroce & violent. Balgen eft in mor
Tudeſque qui ſignifie ſe mettre en colère.
11
124 MERCURE
Bibrax dont parle Céfar, étoit la Ville de
Laon. Son nom Gaulois Bibrax paroît , dit
l'Auteur , fignifier une montagne à deux
bras , ce qui lui convient parfaitement , &
le nom de Loon ou Laon , Laudunum ,
déſigne auſſi une ſituation élevée.
Il y a diverſes opinions ſur l'étymologie
du nom de Thierache. Les uns la tirent des
efſfui , terra effuorum , & par contraction
terre effe; d'autres du mot terraffe , terrein
aride & infertile ; d'autres de terra alla,
farti, terrebrûlée , ou de fart , terre effar
tée, miſe en culture par la hache & le feu.
L'Auteur dérive plus fimplement ce nom de
Thierry , Roi de Neuſtrie au ſeptième ſiècle ,
qui poffedoit la Thiérache.
Le nom du Hainaut vient de la Haine ,
quiprend ſa ſource près de Binch , paffe par
Mons , & tombe dans l'Eſcaut à Condé.
L'hiſtoire des conteſtations des deux
Hincmar de Reims & de Laon eſt ici fort
détaillée; on la lira fûrement avec plaiſir ;
l'Auteur la termine par ce trait : " Hinc-
» mar de Laon, dépoſé, demeura deux ans
» en exil , enfuite fut mis en prifon , &
>> enfin on lui creva les yeux , monument le
plus beau d'une clémence Royale , dit
ſérieuſement le Jéſuite Cellot , pulcherri-
2 mum clementia Regia munus & veftigium,
Mézerai a dit , & la foule des Auteurs a
répété que ce fameux Hébert ou Herbert ,
Comte de Vermandois , qui trahit le Roi
Charles-le Simple & le vendit à Raoul , &
32
DEFRANCE-
125
qui ne ceſſa de faire la guerre à Louis
d'Outre mer , fils de Charles-le- Simple ,
mourut à Péronne en 943 , déchiré de re
mords , & criant fans ceſſe dans ſon délire
& ſon agonie : Nous étions douze qui
trahémes le Roi Charles.
Dom le Long rapporte, d'après les Mémoires
du Vermandois , que ce Comte
Herbert fut pendu. Voici ſon récit : " Dans
>> une Cour plénière que le Roi Louis
» d'Outre mer tint à Laon,il condamna ce
► Comte à être pendu pour ſes révoltes &
ſa trahifon. Herbert fut exécuté fur le
> Mont Fendu , nommé depuis Mont-
Herbert ( entre Laon & Saint - Quentin. )
On l'inhuma à Saint-Quentin dans une
Chapelle de Notre Dame, détruite en
1760. On voyoit ſur ſon tombeau une
>> pierre où il étoit repréſenté la corde au
cou.
Dom le Long ne diſcute pas ce récit fi
différent du premier; mais il y en a une efpèce
de diſcuſſion dans les Mémoires du
Vermandois ,& il faut convenir que la manièredont
le fait du ſupplice du Comte
eſt rapportée n'eſt pas fort vraiſemblable.
y
Il ne fant point regarder Hebert com ne
un rebelle ordinaire ; il avoit de grandes
prétentions contre les Princes Carlovingiens
deſcendans de Louis-le- Débonnaire ;
il deſcendoitde mâle en male de Charlemagne
par Bernard , Roi d'Italie , fils d'un
frère aîné de Louis-le-Débonnaire , & la
Fiij
126
:
1 MERCURE
bâtardiſe de ce Bernard eſt pour le moins
très équivoque. En la ſuppoſant même
réelle , on faiſoit une grande injustice aux
Comtes de Vermandois en ne les regardant
pas au moins comme Princes du Sang , tandis
que le bâtard Arnoul jouoit le rôle prin
cipal parmi les Princes Carlovingiens , &
randis qu'Adelard & Vala , fils du Comte.
Bernard, lequel étoit fils naturel de Charles
Martel , avoient toujours été réputés Princes
du Sang. Au reſte, cette naiſtance Royale
n'eſt pas ce qui nous empécheroit de croire
qu'un rival eût voulu ſe venger d'Hebert
par un fupplice honteux. Pépin-le Bref&
Charlemagne traitèrent avec la même indi
gnité les Princes d'Aquitaine defcendus de
Clovis. Il ſemble que plus bleurs rivaux
étoient grands par la naiſſance & redouta
bles par leurs prétentions , plus ces Rois
demi barbares affectoient, de les dégrader
parl'ignominie.
On croit que ce fut Hugues-Capet qui
créa Duc & Pair l'Évêque de Laon , & qu'il
fit certe érection en faveur d'Azelin , qui fit
enfuire la guerre au Roi Robert , fils de fon
Bienfaiseur.
Le Public fera content des ſentimens de
l'Auteur relativement à la tolérance civile.
En 167 il y eut ſept Manichéens condamnés
à être brûlés: " Supplice cruel , dit l'Au-
>>teur , qui leur oroit avec la vie le moyen
>>de ſe convertir. » Le 1; Mai 1239 il y
cut cent quatre-vingtdeux Bulgares ou Ma
DE FRANCE. 127
nichéens pareillement brûlés à Montaimé ,
près de Vertus. « Le Roi de Navarre , le
» Comte de Grand Pré ,pluſieurs Seigneurs ,
> pluſieurs Abbés , Prieurs , Doyens , &c.
ود aſſiſtèrent à ce ſpectacle barbare. » L'Auteur
remarque , avec la dérifion de l'indignation
, que , felon un Écrivain nommé Albéric,
c'étoit un holocauſte agréable à Dieu. Il
ne parle de même qu'avec horreur de l'affreux
maffacre de la Saint- Barthélemi ; &
en annonçant la révocation de l'Édit de
Nantes , il ne manque pas d'obſerver que
cet Édit fut ſuivi de fun ſtes " effers , & en-
» leva à la France un million d'hommes, qui
>>portèrent chez l'Étranger les Arts , les
> Manufactures & plus de deux millions
en argent, »
1
Mais c'eſt preſque faire tort à l'Auteur
que de remarquer ces jugemens. Sa refpec.
table Congregation n'est pas ſuſpecte fur
l'article du fanatiſme& de la perfecutio'n;
elle a toujours joint l'humanité à l'orthodoxie.
L'adminiſtration de la justice de l'Évêché
&Duché de Laon, s'exerçoit quelquefois ,
dit l'Auteur , fur des ſujets peu importan .
En effet , on trouvé dans les Archives de
l'Évêché les papiers d'un procès criminel fait
à un pore de la ferme de Clermont qui ayant
fait périr un enfant , fut condamné à être
pendu ; nous ne voyons pas qu'on ait uſé de
la même rigueur envers le pourceau qui fut
cauſe de la mort du Prince Philippe , fils
FIV
128 MERCURE
aîné de Louis le Gros , en paſſant entre les
jambes de ſon cheval , & le renverſant ſur
fon Maître. ( 1131.)
Dom le Long nous apprend une particularité
des Conferences tenues à Saint-Jeandes-
Vignes pour la paix, qui fut conclue le
18 Septembre 1544, àCrépy en Laonnois ,
entre Charles- Quint & François I. Les Plénipotentiaires
de l'Empereur étoient Ferdinand
de Gonzague , Granvelle & * deux
» autres du nom de Guſman , dont l'un
» étoit Religieux Dominicain , & l'autre
Confeiſeur de l'Empereur. Ceux de la
France étoient l'Amiral d'Annebaut , Che-
>> mans , Garde des Sceaux , Gilbert , Bayard
» & Neuilly , Maîtres des Requêtes ; celui-
"
ود ci s'emporta juſqu'à donner un ſouffler
» au Religieux Dominicain à qui il étoit
» échappé quelques paroles indiſcrètes ;
» mais cette violence déplut à ſes Collè-
»gues. » En effet, le moment étoit mal pris
pour montrer tant de hauteur & d'emporrement
, lorſque l'Empereur étoit au coeur
du Royaume & preſque aux portes de Paris,
&que le Roi d'Angleterre prenoit Boulogne
&alliégeoit Montreuil.
De la manière dont l'Auteur s'explique
fur l'infortune Coucy-Vervins , défenſeur
malheureux de Boulogne , il paroît croire
que Vervins fut juſtement condamné ,& que
ſa réhabilitation fut l'effet de la faveur ; il
nous ſemble cependant que M. de Belloy
dans ſon ſavant Mémoire ſur la Maiſon de
DEFRANCE. 129
Coucy a très-bien prouvé l'innocence de
Vervins , la malice de ſes accufateurs &
l'iniquite de ſes juges .
A l'année 1559 marquée par la mort
funeſte de Henri II , l'Auteur obſerve un
phenomène fingulier , c'eſt que cette année
on fit la vendange en France au mois de
-Juillet , & que le vin ſe trouva bon.
Aux États de Blois en 1577 ſous Henri III
ondemanda la révocation des Édits de pacification
accordés aux Huguenors , & la réu
nion de tous les François dans la Religion
Catholique , c'est- à- dire , en d'autres termes,
la guerre civile; Bodin ſeul, le célèbre Boe
din, Député du Tiers - État du Vermandois,
fit inferer dans les Cahiers du Tiers Etat
qu'on deſiroit la confervation & l'unité de
Ja Foi, mais fans guerre & fans effuſion de
fang.
Dans la liſte des Savans qu'a produits la
Ville de Verdun, l'Auteur nomme M. Thomaffin
, Officier des Gardes du Corps , Au
-teur, dit- il , de l'Éloge du Maréchal de Catinat.
C'eſt appareminent un des Eloges envoyés
au Concours de 1775 ; mais il ne falloit,
pas l'appeler ainſi abfoluinent l'Éloge ,
ce qui donne l'idée de l'Eloge couronné.
-Dans les Auteurs exacts comme Dom le
Long , on n'a que des bagatelles à relever.
-5
Fy
4
130
:
MERCURE
い
MÉMOIRE Sur les différentes manières
d'administrer l'Electricité , & Obfervations
fur les effets que ces divers moyens ont
produits, par M. Mauduyt. Extrait des
Mémoires de la Société Royale de Médecine.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.. C
M. Manduyt a déjà publié deux Mémoires
CuralÉlectricité , inférés dans le Recueil de la
Société Royale de Medecine , & qui ont
obtenu le fuffrage du Public ; mais cette
nouvelle branche de Médecine étoit moins
connue alors ; & les expériences qu'on a
multipliées depuis, ont répandu ſur cet objet
de nouvelles lumières. Tels font les motifs
qui ont déterminé M. Mauduyt à donner le
troitième Mémoire que nous annonçons...
11 eſt diviſé en deux parties ; la première
réunit les différentes manières d'adminiſtrer
l'électricité. Dans la ſeconde , l'Auteur cite
les diverſes maladies dans lefquelles ce remède
a été employé , la manière dont il l'a
été ,& enfin les bons ou mauvais effets qu'il
aproduits dans les différens cas ,& fuivant
les diverſes manières qu'on a employées.
On fent que cet utile & eſtimable Ouvrage
n'est pas fufceptible d'analyſe. Les
principales ſources où a puiſé l'Auteur ,
font , l'Ellai fur la théorie & la pratique
de l'Electricité Médicale , par M. Cavallo
,& une Differtation latine de M. Abra
DE FRANCE. 131
hamWilkinson. Ce Mémoire eſt terminé par
une liste des Ouvrages qu'ont cité les Auteurs
que nous venons de nommer , & des
Écrits François , tant anciens que modernes
fur le même ſujer. Ainſi cet Ouvrage , outre
les Obſervations de M. Mauduyt & le réfultat
de ſes expériences , offre diverſes autorités
à diſcurer aux Gens de l'Art; & le
Public y trouvera tout ce qui a rapport à
cet objet intéreſſant.
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné, Vendredi 31 Décembre , la
uxième repréſentation de Diane & Endimion.
Cet Opera , dont les Auteurs avoient
fuſpendu les repréſentations après la cinquième
, a été accueilli par le Public d'une
manière propre à juſtifier les changemens
qu'y ont fairs MM. de L*** & Piccinni. On
avoit obſervé , en rendant compte de cet
Ouvrage lors des premières repréſentations ,
que l'amour de Diane pour Endimion n'étant
pas aſſez annoncé dans le premier Acte , le
Poëte motivoit trop foiblement & la jaloufie
de cette Déeſſe pour Ifménie , & la vengeance
qu'elle ſe préparoit à en tirer. Il
132 MERCURE
a corrigé ce défaut. Diane , entendant
les chants de victoire qui lui annoncent
qu'Iſménie a vaincu le monſtre , interrompt
le Divertiſſement de ſes Nymphes ,
qui avoit paru trop long , & leur ordonne
d'aller au devant du vainqueur , & de le lui
préſenter. Reſtée ſeule , un monologue ,
ſuivi du bel air : Je vais revoir l'ingrat que
j'aime , qu'on a tranſporté du troiſième
Acte au premier , annonce maintenant au
Spectateur l'amour de cette Deeffe pour Endimion,
la crainte qu'elle a d'en être trahie ,
& la vengeance qu'elle ſe prépare à tirer de
ſa rivale . On avoit obſervé aufli que le monologue
de Diane , qui ouvroit le troifième
Acte , n'étoit guères que la répétition
de celui de cette Déeſſe au ſecond Acte. Les
Auteurs l'ont ſupprimé ,&y ont ſubſtitue la
ſituation plus intéreſſante d'Endimion , errant
déſeſpéré autour du temple de Diane,
-où ſon amante a dûprononcer ce ſerment qui
la lui ravit pour toujours , lorſqu'Iſmenie,
égarée & tremblante , ſortant du temple ,
vient s'offrir à ſes yeux. En vain cette Nymphe
veut engager ſon amant à fuir le courroux
de Diane , qui pourroit ſe venger fur
lui de ce que l'amour la ravit à ſa fureur ;
Éndimion veut périr avec elle; & c'eſt dans
ce moment que Diane , ſuivie de ſes Nymphes
, ſurprend ces deux amans , &veutencore
une fois immoler Ifménie. Ce changement
a le mérite de renouer l'action du
troiſième Acte à celle du ſecond; mais il n'a
DEFRANCE. 133
point empêché que le dénouement ne préſente
un moyen ſemblable à celui qui termine
le ſecond Acte. Isménie , deja lauvée
par l'intervention de l'Amour au ſecond
Acte , laiſſe trop peu à craindre pour elle,
lorſque Diane menace de la percer au troifième
, & le Spectateur s'attend trop à voir
ce Dieu venir encore une fois au ſecours de
cette Nymphe. Au reſte , ces changemens
étoient peut- être les ſouls dont cet Ouvrage
fût fufceptible; le Public les a goûtés , & de
nombreux applaudiſſemens ont été la récompenſe
d'une docilite rare parmi la plupart des
Auteurs , mais que la deference d'un Artiſte
du mérite de M. Piccinni devroit encourager.
Les applaudiſſemens donnés à pluſieurs
morceauxde muſique du premier ordre , ont
confirmé le ſuccès qu'ils avoient eu lors des
premières repréſentations.
Le rôle d'Isménie, rendu dabord d'une manière
intereſſante parMmeCaſtelnau,pendant
l'absence de Mme Saint Huberty , a été
joué par cette célèbre Actrice avec le plus
grand ſuccès. Le Public lui a témoigné , par
les applaudiſſemens les plus flatteurs , qu'il
Jui ſavoit gré de n'avoir point regardé ce
petit rôle comme au deflous d'elle , & de
J'avoir encore embelli par les refſources &
la ſupériorité de ſon talent. Mlle Maillard a
ajouté à la manière dont elle avoit chanté
précédemment le rôle de Diane , une exgreſſion
dans ſa figure & un mouvement
dans ſon jeu qui lui ont obtenu les applau
1
134 MERCURE
diſſemens les mieux mérités. On avoit précé
demment relevé la manière dont cette Actrice
étoit habillee lors des premières repréſentations
de cet Opéra ; l'Adminiſtration a
réparé cette négligence par l'élégance & la
nobleſſe d'un coſtume qui fert officieuſement
la taille de Mile Maillard , & qui eſt
plus analogue que le premier an caractère
de Diane..
On a ſubſtitué aux actions pantomimes
qui compoſoient le dernier Ballet de cet
Opéra,différentes entrées qui ont paru plaire
davantage. Lepas de deux de Pâtres , danſé
par laDile Langlois & le ſieur Laurent, a été
fort applaudi ; nous invitons ce Danſeur à
cultiver un genre qui peut lui devenir propre,
& dans lequel ce début annonce qu'il
obriendroit des ſuccès flatteurs . Le pas de
deux danſé par la Dlle Zacharie & le ſieur
Veftris , a été applaudi avec tranſport : ce
Danſeur , tous les jours plus étonnant , ſemble
s'y être ſurpaſſe lui-même, non ſeule
ment par la force & la légèreté qui le diftinguent
, mais encore par l'adreſſe & le
goût avec leſquels il ſembloit animer & conduire
les mouvemens de ſa jeune Danſeuſe ,
dont les progrès deviennent très-ſenſibles ,
&dont le talent, embelli par une jolie figure
&par une taille élégante & légère , mérite
bien tous les ſoins que lui donne M. Veſtris
le père, dont elle eſt élève.
:
DE FRANCE.
135
:
COMÉDIE ITALIENNE.
LEMardi 28 Décembre , on a donné , pour
la première fois , les Amans Timides , Co
Imedie en un Acte & en vers.
Une jeune veure & un jeune homme s'aiment
fans ofer ſe le dire; leur timidité eſt
telle qu'à peine elle leur permet de ſe voir,
de ſe parler & de refter enſemble. Un Valet
& une Soubrette ſe propofent de les ſervir,
en facilitant , en néceffitant même des entretiens
ſuſceptibles d'amener de part & d'autre
l'aveu de l'amour qu'il reſſentent . Un de ces
entretiens amène en effer cer aveu tant defiré
, & le jeune homme épouſe la veuve.
Cet Ouvrage n'a point eu de ſuccès. La
ſituation des deux amans n'eſt point neuve ,
elle n'offre qu'un interêt très- foible , & ce
qu'elle a de comique ne ſuffit pas pour faire
labaſe d'une intrigue. De jolis vers , un ftyle
brillant & quelques traits d'eſprit fort fail.
lans , ont fait applaudit les premières Scènes;
la fin de l'Ouvrage n'a pas joui de la même
faveur. Comme l'Auteur a retiré ſa Pièce
après la première repréſentation , nous ne
nous appeſantirons point fur les reproches
que mérite cette perite Comédie. Nous nous
bornerons àdire qu'il eſt temsque nos jeunes
Auteurs ceffent de porter fur la Scène des
fituations ſemblables à celle qui fait le fond
136 MERCURE
レ
des Amans Timides. Maivaux les a toutes
épuitees. L'eſprit de cet Écrivain , naturellement
tourne vers la méta, hytique , lui a
fourni des reſſources qu'il est très difficile
de rajeunir , & quil eſt décidément impoſſible
d'employer mieux que lui. Le Marquis&
la Comteſſe du Legs ſont deux perfonnages
véritablement intereſſans ; mais il
faut remarquer que l'intérêt qu'i's inſpirent
naît ſeulement de la curioſité , & que pour
exciter & foutenir cette curioſite , il falloit
toute la fubtilite d'eſprit qui appartenoit àMarivaux,&
un talent très exercé. Cet Auteur
n'a point eude modèle ; il a obtenu & mé
ritédes ſuccès; malgré cela , il nous ſemble
qu'il n'eſt pas fait pour en ſervir , & que fa
manière eſt plutôt capable d'égarer que de
ſervirdeguide.
Le Jeudi 30 du même mois , on a donné
Ja première repréſentationde Lucette , Comédie
en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par MM. Piccinni père& fils.
Certe Comédie a été traitée par le Public
avec beaucoup de ſévérité. Elle mérite en
effet de grands reproches. Le fond en eſt
très vicieux , & tout l'efprit du monde ne
fauroit redreſſer ni pallier un tort de cette
eſpèce. La rigueur des juges n'a point altéré
ladocilité de M. Piccinni fils. Une lettre
imprimée dans le Journal de Paris , ( le 7 de
1
DE FRANCE.
137
cemois) nous apprend que, tantpar respect
pour le Publicque dans laperfuafion où il eft,
que les Ouvrages du grand Artiste dont il a le
bonheur d'être le fils , peuvent avoir pour le
Public une valeur indépendantedeses foibles
efforts,il s'occupe à faire des changemens à
la Lucette. Nous attendrons donc ces changemens
pour rendre compte de l'Ouvrage.
Nous deſirons qu'ils ſoient affez heureux
pour mériter les fuffrages des Amateurs du
Théâtre,&pour nous donner le plaifir d'entendre
ſouvent la muſique de M. Piccinni
père. Elle eſt digne de ſou illuſtre Auteur.
Nous en rendrons un compte détaillé lorſque
nousl'aurons affez entendue pour être en état
d'en développer tout le mérite.
ANNONCES ET NOTICES.
1 Ε
UVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , quatorzième Livraiſon , troiſieme
&dernier volume des OEuvres mêlées , & de la Cotlection
des OEuvres de Plutarque. in-4°. & in- 8°.
papier double d'Angoulême , d'Hollande & Vélin .
Le Tome premier du Supplément aux Vies des
Hommes Illustres , ( quinzième Livraiſon ) paroîtra
dans le courant de ce mois Ce Supplément aura trois
volumes , dont on voit quel doit être le contenu à
la tête du premier volume des OEuvres de Plutarque ,
à l'Avis de l'Éditeur , dans lequel ſe trouve la diſtribution
totale de l'Ouvrage.
La Table pour les OEuvres de Plutarque ne pa
1:8 MERCURE
roîtra qu'après ce Supplément , & ce grand Ouvrage
fera entièrement imprimé vers la fin d'Avril .
N. B. Il ne faut pas faire telier cet Ouvrage qu'il
ne ſoit abſolument fini , parce qu'avec le dernier
volume on recevra les cartons pour mettre aux endroits
où il a pu ſe gliſſer des fautes. On ſouſcrità
Paris , chez J. F Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe,
place S. Michel , & chez tous les principaux Libraires
du Royaume. :
Le même Libraire va faire paroître inceſſamment
une Édition des OEuvres Complettes de Scarron ,
grand in 8°. & in 4°. 7 vol. avec le Portrait de
Auteur; Lucien, de la Traduction de Perrotd'Ablancourt
,avec des Notes , des Obfervations & des Remarques
Littéraires ſur cette Traduction , grand
in-82. & in - 49. 3 vol avec les Portraits de l'Auteur
& du Traducteur. On ne ſouſcrit point pour ces
Ouvrages , dont les volumes paroîtront tous, à la
fois, il fuffir ſeulement de ſe faire inſcrire , afin de
les recevoir auffiôt après l'impreſſion Il n'en fera
tiréque so exemplaires in 4º , de l'un & de l'autre.
OEUVRES choisies de l'Abbé Prévôt , avec figures.
Dixième & ayant dernière Livraiſon , contenant :
Mémoires d'un Honnête Homme , Almoran & Liamet,
Anecdotes & Aventures , Vie de Cicéron , premier
vol. 4 vol.
On ſouſerit , pour lesdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . Le Prix de la Souſcription eſt de 3 liv,
12 fols le vol. broché. On a tire 24 exemplaires ſur
papier d'Hollande , à 12 liv, le vol. broché.
Le Sultan Généreux , Comédie en trois Actes , en
vers , par M. Dorvigny ; repréſentée pour la première
fois , à Paris , fur le Théâtre de l'Ambigu
DE FRANCE. 139
Comique , le 10 Mai 1784. Prix , 1 livre 4 fols.
Paris, chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , ruc
Galande.
Lindor , efclave chez les Turcs , a le bonheur a
la chaſſe de ſauver la vie au Sultan , qui lui donné
Yon anneau , & lui promet d'exancer le premier de
ſes voeux. Lindor , qui a été ſéparé de ſon père & de
ſa maîtreffe , demande qu'on lui ren de fon père; &
en effet , le Sultan ordonne qu'on le cherche par
tout. On le retrouve; & lehafard veut que la mat
treſſe du Grand Seigneur , beauté rébelle à ſes voeux,
ſe trouve auſſi la maîtreſſe que pleure Lindor Soliman
confent à l'affranchir avec ſon père ou ſa maltreffe
, & lui ordonne de choifit. Lindor , puiſque
des trois on veut en délivier deux , demande à refter
dans les fers,pour rendre la liberté à ſa maîtreffe
&à fon père ; mais le Sultan , pour remplir le titre
de la Pièce, les délivre tous les trois.
On trouve chez le même Libraire , le bon Seigneur,
ou la Vé tu Récompensée . Drame en un Acte & en
profe, repréſentée ſur le Théatre des Grands Dan-
Leurs duRoi.
i
L LaGéographie Sacrée & les Monumers de l'Hiftoire
Sainte. Lettres de P. Jofepk- Romain Joly de
Saint- Claude , Capucin , de l' Ac démie des Arcades
deRome , avec des p'anches & des cartes Géographiques.
Nouvelle édition , augm ntée d'une table
géographique de tous les lieux dont il eft fait men
tion dans la Bible & de l'Histoire Naturelle de l'Écriture-
Sainte , enrichie d'un grand nombre de planches
, in 4 ° . A Paris , chez Alexandre Jombert
jeune, Libraire , rue Dauphine.
Le Savant Auteur de cet Ouvrage n'a rien épargné
pour le rendre encore plus intéreſſant. C'est un nouveau
titre à la répuration , fondée ſur pluſieurs autres
productions eftimables.
140 MERCURE
9
PROPRIÉTÉS de la Poudre unique , réduites au
vrai , &c. Partie ſeconde , contenant la Recette de
cette Poudre & la manière de la manipuler , par J. P.
de la Font, Chirurgien employé par Sa Majesté
pour l'Adminiftrationde cette Poudre , dansl'épreuve
ambulatoire faite par ſes ordres en l'année 1780 ,
fur les 36 Soldats de Lille. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Plâtrière , la deuxième porte- cochère à droite en
entrant par la rue Montmartre ; Cailleau , Imprimeur-
Libraite , rue Galande , & Guillot , Libraire , rue
Saint Jacques.
1
Cette feconde Partie contient enfin le ſecret de
cette Poudre qui a fait tant de bruit. Il y a apparence
que l'Auteur prétend plus à la reconnoiffance
du Public qu'à celle de Diſtributeur de cette Poudre.
1
Avis très - important aux Perſonnes attaquées de
Hernies ou Defcentes , par M. Lerouge , Docteur en
Médecine , Médecin du Roi , Chirurgien du Collège
de Paris , Chirurgien-Interne de l'Hôtel- Dicu ,
&Succeffeur de M. de la Genevrière . A Paris , chez
l'Auteur , Marché- Neuf,, pres Saint-Germain-is
Vieux en la Cité.
.1
- M. Lerouge deſireroit que chaque perſonne qui
s'occupe de l'Art de guérir , ſe livrât de préférence à
l'étude&à la pratique d'une partie de cet Ait; en
conféquence de ſon ſyſtême , il a conſacré ſpécialement
ſa vie & fes travaux au traitement des Her
nies ; & ayant remarqué que les perſonnes qui en
font attaquées étoient expoſées à chaque inftant à
une infinité d'accidens funeſtes dont elles pourroient
ſe garantir elles mêmes ſi elles avoient fur leur état
des inſtructions qui fuſſent à leur portée, il a compoſé
en leur faveur le petit Ouvrage que nous an
nonçons .
Ces lumières , & l'expérience qu'il a acquire a
'Hôtel-Dieu , méritent certainement la corhance du
DE FRANCE. 141
Public, &un avis qu'on lit à la tête de l'Ouvrage , &
quenous allons tranſcrire ici, en lui attachant l'eftime
publique , ſervira de leçon aux Médecins &
Chirurgiens intéreſſés qui négligent trop ſouvent de
s'occuper des Pauvres.
Il exiſte dans les campagnes , dit l'Auteur , une
multitude d'habitans indigens affligés de Hernies ,
qui, faute d'un bandage dont ils ne peuvent faire
Pacquiſition , mènent une vie malheureuſe , & la
terminent dans des accidens affreux. J'offre de leur
en fournir non pas gratis , ma fortune ne peut
ſeconder mon zèle , mais à un prix ſi modique que
je n'y gagnerai rien. Pour cela on chargera le Cnirurgien
du lieu de marquer les circonstances de la
defcente, l'endroit& le côté où elle eſt , & la grofſeurdu
ſujet priſe avec un fil ſur le contour qui doit
recevoir le bandage , & l'on me fera paſſer le tout
parune lettre qu'on aura ſoin d'affranchir. L'indigencedu
malade ſera atteſtée par MM. les Curé &
Chirurgien du lieu.
MEMOIRES furtAgriculture du Boulonnois &
des Cantons Maritimes voisins , par M. D. C. A
Boulogne; & à Paris , chez Ch . Nyon , Libraire ,
Volume in- 8 ° . Prix , 2 liv. 10 fols.
Si chaque Province avoit des Citoyens cultivateurs
affez zélés & affez entendus pour prendre la
plume, & faire connoître à leurs compatriotes les
qualités bonnes & mauvaiſes de l'air & du ſol, les
productions utiles on dangereuſes , les abus & les
moyens d'y remédier , les uſages établis qu'il faudroit
déraciner , & d'autres qu'il faudroit faire adopter
; non - ſeulement la Province aſſemblée , mais
même chaque individu qui la compoſe pourroient
augmenter leur fortune & leur bien- être en amélio
rant leurs terres & leurs troupeaux , vraies richeſſes
d'un État. Ce que nous defirions vient d'être exécuté
142 MERCURE
avec ſuccès par M. de C ... pour la Province du
Boulonnois & des cantons voiſins. Son Ouvrage eit
diviſé en trois Parties ; la première contient la defcription
de la Province , & parle de l'influence de la
mer & des vents ſur les végétaux ; la deuxième
traite des terreins , des engrais , des beftiaux , des
plantes , des fermes , &c.; dans la troiſième on parle
des plantations des pépinières , des jardins , &c. On
deit ſavoir gré à M. de C.... d'avoir employé ſes
momens de loiſir à la rédaction des obſervations
qu'il a faites , la manière dont il parle de l'Agriculture
la fait aimer à ſes Lecteurs , & l'on ne peut
qu'accorder la plus grande eſtime à un Amateur qui
jointà beaucoup de zele & de clarté un ſtyle qui
n'eſt pas ſans mérité , & une modeſtie qui n'eſt pas
comamune .
}
RAPPORT des Cures opérées à Bayonne par le
Magnétisme Animal , adreſſé à M. l'Abbé de Poulouzat
par M. le Comte de Payſégur , avec les
Notes de M. d'Eſpremenil. A Bayonne & ſe trouve
àParis , chez Prault , Impriraeur du Roi , quai des
Auguftins.
Le Répertoire des Cures atteſtées dans cet Ouvrage
doit conſoler dans leurs afflictions actuelles
les Partiſans du Magnétiſme , & tous les Partis s'intéreſſeront
à un jeune Militaire qui ſe conſacre an
foulagement de l'humanité.
LE Négociant Patriote , contenant un Tableau
qui réunit les avantages du Commerce, la connoif
fance des ſpéculations de chaque Nation ,, & quelques
vues particulières ſur le Commerce avec la
Ruffie , far celui du Levant & de l'Amérique Angloive
, Ouvrage utile aux Négocians , Armateurs ,
Fabriquans & Agricoles ; par un Négociant qui a
voyagé. A Amſterdam, & ſe trouve à Paris , chez
DE 143 FRANCE.
Royez , quai des Auguſtins , à la defcente du Pont
Neuf.
CetOuvrage renferme de bonnes vûes préſentées
fans méthode. Il peut être utile aux perſonnes à qui
il eſt destiné , & il le ſeroit davantage par une
meilleure rédaction.
TROISIÈME Recueil d'Ariettes choifies dans
pluſieurs Opéras nouveaux , avec Accompagnement
de Guittare , par M. Mazuchelli. Prix , 7 livres
4 fols. A Paris , chez l'Auteur, Maître de Chant &
de Guittare , rue Saint Honoré, près celle de l'Arbre
lec, maiſon de M. Noret.
RECUEIL contenant douze Noëls en Pot - pourri ,
O Filii & cinq Airs variés fuivis de fept Préludes
pour le Clavecin , par M. Charpentier , OEuvre XVII.
Prix , 9 livres . A Paris , chez l'Auteur , paffage Saint
Pierre , Couſineau père & fils , Luthiers de la Reine,
rue des Poulies , & Salomon , Luthier , Place de
l'Ecole.
NUMEROS 6 & 7 des Feuilles de Terpsychore .
ou nouvelle Etude de Harpe & de Clavecin , compoſés
par les Profeſſeurs les plus recherchés pour ces
Inſtrumens. Il paroît tous les Lundis une Feuille de
chaque eſpèce. Prix , I livre 4 fols chacune , franche
de port. A Paris , chez Couineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies.
TROIS Sonates pour la Harpe ou le Piano-
Forté, avec Violon, dédiées à la Reine , par Mme
Cléry ( Mile Duverger ) , Muficienne des Concerts
de S. M. , OEuvre I. Prix , 6 liv. A Verſailles , chez
l'Auteur , Boulevard de la Reine , vis-à-vis la rue de
Provence; & à Paris , chez M. Bailleux , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie.
44 MERCURE
CONCERTOà Violoncelle principal, Violons ,
Alto& Baffe , Cors & Haut-Bois ad libitum , det
fignor Reicha , exécuté au Concert Spirituel , par
M. Duport. Prix , 4 livres 4 ſols. - Septième Concertoà
Violon principal, Violons , Alto & baſſe ,
Cors& Haut-bois ad libitum , par M. Fodor l'aîné.
Prix , 4 liv. 4 ſols . Première & deuxième Sym.
phonies concertantes à plusieurs Inftrumens , par M.
Pierlot. Prix , 4 livres 4 fols chaque. -
Richard-Coeur-de- Lion , avec Accompagnement de
Harpe , par M. Burkhoffer , OEuvre XXII . Prix ,
6livres. A Paris , chez Imbau't , rue & vis à-vis le
Cloître Saint Honoré , maiſon du Chandelier.
-
Airs de
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Musique& des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
2
TABLE
:
Vers sur le départ de M. Quvres de Valentin Jameray
de Parny. 97 Duval, 103
Vers pourle Portrait de M. de Histoire Eccléſiaſtique & Ci-
Larive, 98 vileduDiocese de Laon,120
-Faits au bois de Vincennes, Mémoire fur les différentes
ib. manières d'administrer l'ECouplets
chantés àM. & Mme lectricité, 139
Gri*** 99 Académie Roy. deMusiq.131
Aux Femmes . 100 Comédie Italienne, 135
Charade, Enigme & Logo- Annonces &Notices , 137
grypke . 1011
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mer leGarde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 15 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'umpreffion. A Paris ,
le 14 Janvier 1784. GUIDL.
JOURNAL Politique
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 10 Décembre.
S
M. I. anommé leFeld-Maréchal Comte
de Romanzow, Lieutenant-Colonel de
laGarde du Corps à cheval ; & le Général
Iwanowitsch Soltikow , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Semenow.
Notre Souveraine , dont la ſanté eſt moins
périclitante , a recommencé de vaquer aux
affaires publiques: l'on ne croit point cependant
qu'elle exécute le voyage de Cherſon
dont les préparatifs ſont ſuſpendus.
Tous les bruits touchant le renouvellement
de la peſte en Crimée &en Ukraine ſontdes
inventions de Gazettes .
Déjà anciennement la Géorgie fut inquietée
parles incurſions des Leſgiens , peuples des vallées
du Caucaſe ſouvent ils inonderent & dévaſterent
cette province , dont ils emmenoient les
habitans en captivité. Ils ont tenté de nouveau
d'incommoder les frontieres , depuis que laGéot-
N°. 3 , 15 Janvier 1785.
( 98 )
gie s'eſt ſoumiſe au ſceptre de S. M. I. La Na
tion en corps s'eſt haſardée à paſſer le fleuve
Alasan , mais attaquée le 14 Octobre par le Major
-Général Samoilof, elle a été entierement
défaite. Notre perte a été de 4 morts & de 14
bleffés. Malheureuſement , au nombre de ces
derniers s'eſt trouvé le brave Lieutenant Colonel
Prince de Heſſe- Rhinfelds , qui eſt mort de
ſes bleſſures le troiſieme jour.
1
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
La fin du mois dernier & le commencement
de celui- ci ont été funeſtes à nombre
de bâtimens : parmi ceux qui ont péri par
les tempêtes de cette époque , on compte
unnavire Danois naufragé dans le Schagen ,
ſans qu'on ait pu ſauver ni l'équipage, ni la
cargaifon , & un vaiſſeau Suédois allant à
Lisbonne , dont heureuſement on a retiré
les matelots &une partie du chargement.
Les Généraux de l'armée ont fait des repréſentations
au Roi au ſujet du changement projetté
de l'uniforme des troupes . S. M. les a trouvées
juſtes , &a ordonné en conféquence que le
nouveau projet ne feroit point exécuté.
On a annoncé aux Officiers , qui font engarniſon
dans cette Capitale , que ceux qui defireroient
de ſe retirer du ſervice pourront le faire,
&obtiendront , ſavoir un Colonel 500 rixdales
de penſion, un Lieutenant- Colonel 300 , un
Capitaine 200 , un premier Lieutenant 72 ,& un
Lieutenant en ſecond 60.
( وو (
Nous apprenons que notre Envoyé extraordinaire
à Pétersbourg , M. de S. Saphorin
, a remis le 28 Novembre dernier ſes
Lettres de créance à l'Impératrice, dont il
eut audience , ainſi que du Grand-Duc.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le 18 Décembre.
Le Baron A. G. Cederſteim a publié dernierement
à Stockolm une Feuille, fous le
titre : Til Schevenska Almaenheten , dans laquelle
il propoſe un nouveau moyen contre
la famine. Il ſemet entierement au-deſſus
des préjugés & du ridicule. D'après des
eſſais qu'il a fait en filence depuis 1778 , il
foutient que la viande de cheval peut auſſi
bien ſervir que d'autres à la nourriture de
l'homme. L'objection que cette viande eft
d'une digestion plus difficile , lui paroît foible
, parce qu'on peut y remédier par une
plus forte coction. L'expérience journaliere
chez les Tartares , prouve que cet aliment
n'a rien de nuiſible au corps humain ; encore
lesTartares mangent-ils ordinairement cette
chair crue. Quant au goût , M. C. ſoutient
que cette confidération eſt de moindreimportance.
D'ailleurs il ſe trouve, dit-il , dans les
tonneaux de viande qu'on amene de l'étranger
en Suede , des pieces de jeunes chevaux
qu'on mange pour d'autres viandes , & qui
nele cedent au boeufni pour le goût, ni pour
e2
( 100 )
:
la délicateſſe. Il a mangé lui-même de la
viande de chevaux plus âgés , ſans en avoir
éré nullement incommodé. La langue & le
coeur peuvent même paſſer pour des friandifes.
Il réfute encore l'opinion , que le prix
des chevaux augmenteroit trop. M. le Baron
C. compte 400,000 chevaux en Suede ,
dont il en meurt annuellement 25,000 . Si
l'on prévenoit cette mort, en tuant ces chevaux
comme les boeufs , un certain nombre
annuellement , cette pratique produiroit de
grands avantages. Le Baron de C. trouvant
que cette année on n'amenoit pas aſſez de
vivres pour bien nourrir 347 perſonnes qui
vivent ſur ſes terres , a pris la réſolution courageuſe
de donner lui-même l'exemple. Le
25 Mars , après une priere , en préſence
d'un grand nombre de payſans , où l'on im
plora la bénédiction divine , il tua de ſa propre
main un cheval , & commença àen
tacher la peau. Un de ſes payſans s'approchapour
ſe charger de cette beſogne , & recut
l'aſſurance d'être affranchi de l'impôt
ſeigneurial. Pluſieurs autres s'enhardirent à
cette occupation , & reçurent des récompen-
1es. On coupa des tranches de cheval , on
les rôtit ſur des charbons , le Baron en
mangea le premier : cet exemple fut ſuivi ,
&le cheval diſparut. La Société patriotique
ayant été inſtruite de cet eſſai , a reçu le
Baron au nombre de ſes membres , & a
donné des médailles d'argent à 18 payſans
qui l'avoient imité.
n dé
( 101 )
Les de ce mois , un pêcheur a pris dans
l'Elbe une anguille de 60 liv. peſant : ce
poiſſon extraordinaire avoit 7 pieds 2 pouc:
de long , & 25 pouces d'épaiſſeur.
Depuis l'Avent 1783 juſqu'à l'Avent de cette
année , on a compté dans les Paroiſſes de la
Surintendance générale des Duchés de Sleſwic &
de Holſtein , 3,600 mariages , 12,649 naiffances,
dont 6,542 garçons & 6,107 filles , & 13,125
morts , dont 6,818 hommes & 6,297 femmes .
Aini le nombre des morts a excédé celui des
naiſſances de 476. Parmi les morts il y avoit z
centenaires, 50 nonogenaires & 464 octogenaires ;
137 enfans ſont venus morts au monde .
D'après les relevés des regiſtres des Paroiſſes
du Comté de Ranzau , le nombre
des naiſſances dans cette année monte à 406 ,
dont 212 garçons , & 194 filles ; celui des
morts à 358, dont 187 hommes & 171 femmes
, & celui des mariages à 102. L'excédent
des naiſſances ſur les morts eſt de 148
Il circule ici un état des troupes du Roi de
Pruſſe. Cet état porte le total de l'armée de S. M.
à 203,011 hommes , dont voici la répartition ;
ſavoir 10,560 hommes de l'artillerie , 41,560
hommes d'infanterie & 3,996 hommes de cavalerie
dans la Marche , 16,632 hommes d'infanterie
& 3,440 hommes de cavalerie dans le
Magdebourg , 11,750 hommes d'infanterie &
7,646 hommes de cavalerie dans la Pomeranie ,
32,102 hommes d'infanterie & 11,586 hommes
de cavalerie dans la Pruſſe , 13,088 hommes
d'infanterie dans la Westphalie , & 38,217
hommes d'infanterie & 12,434 hommes de cavalerie
dans la Siléſie. -Le total de l'infan
e3
( 101 )
terie eſt de 163,809 hommes, & celui de la cavalerio,
y compris 100Cavaliers artilleurs,de 39,20 %
hommes. Le total des Régimens incluſivement
des Gardes eſt de 54 Régimens d'infanterie , de 4
Régimens d'artillerie de campagne , de 12 Régimens
de garnison , de 9 Compagnies d'artillerie
de garniſon , de 13 Régimens de Cuiraf
fiers , de 12 Régimens de Dragons , de 9 Régimens
de Huffards , & un Régiment de Boſniaques.
DE BERLIN , le 27 Décembre.
Le24 de ce mois , le Roi arriva ici de
Potsdam, fit une viſite à ſa foeur la Princeſſe
Amélie , examina ſur la place des Gendarmes
les nouvelles conſtructions , & reçut la
Cour des Généraux & des Miniſtres. Le
Prince& la Princeſſe héréditaires de Pruffe
arriverent le même jour , & le même ſoir
on donna en préſence de la Cour , l'opéra
d'Orphée ,de la compoſitiondeGraun.
Le lendemain , le Général de Cavalerie de
Zieten ſe préſenta au Château à l'inftant où l'on
donnoit l'ordre . Ce vieillard de 85 ans , monta
avec célérité les marches qui conduiſent à l'appartement
du Roi, & s'aflit un inſtant dans l'anti-
chambre pour reprendre fes forces. LL. AA.
RR. le Prince de Pruffe & le Prince Ferdinand l'y
accueillirent avec dienſtion . Entré dans la
chambre où ſe donnoit l'ordre , le Général fut
reçu du Roi avec des égards touchans : Sa M.
ordonna à deux Adjudans de lui chercher une
chaite dont M. de Zieten refuſoit de profiter ,
lorſque le Monarque lui dit : Mon cher Zietem
( 103 )
affeyez vous donc , & l'aida lui-même à ſe placer
commodément , en ſe tenant debout devant ce
reſpectable vieillard.
Le Roi ſe porte bien , & ſe montre très
gai . On affure qu'il a reçu froidement l'Ambaſſadeur
d'une puiſſance étrangere , quoiqu'il
eſtime particulierement ce Miniftre .
M. de Hertzberg, dont l'habillement n'eſt remarquable
que par ſa fimplicité , ayant paru à
la Cour , le jour anniverſaire de la naiſſance
du Roi , dans un coſtume plus recherché qu'à
l'ordinaire , S. M. lui en témoigna ſon étonnement
; le Miniſtre lui répondit : Sire , l'étoffe
de l'habit que je porte a été fabriquée dans mes
manufactures , j'ai cru faire plaisir à V. M. en
me parant du produit du pays qu'elle a tiré de
l'oubli & rendu floriſſant.
Le Capitaine de Vittingshoff, au ſervice
de Ruffie a traverſé cette refidence avec des
dépêches pour le Ministre de Ruffie à la
Haye.
Depuis plufieurs années , le Profeſſeur Boa
rousky à Francfort- fur- l'Oder , s'occupe à cultiver
dans ſa Terre diverſes plantes & herbes
étrangeres propres aux manufactures & au commerce
du pays. Entr'autres effais de culture , il a
eſſayé celle du tabac d'Amérique & d'Afie. Il en
a cultivé de iz diverſes eſpeces , qui toutes ont
parfaitement réuffi. - Le Roi , pour encourager
le travail de ce ſavant Econome , & pour
Je récompenfer de ſon zèle patriotique , ſur-tout
de la perfection qu'il a ſu donner à la culture du
rabac du pays , lui a aſſuré une penſion annuelle
de 500 rixdalers.
e
( 104 )
:
Des lettres de l'Electorat d'Hanovre parlent
d'une récolte de fruits tellement abondante
, que , malgré la quantité confommée,
on en a féché plus qu'on n'en pourra vendre
ou manger dans le pays , pendant l'efpacede
2 ou 3 ans.
DE VIENNE , le 27 Décembre.
D'un jour à l'autre les bruits pacifiques
fuccedent aux bruits guerriers , & ceux- ci
aux premiers , ſans prendre aucune confiftance.
Les uns déſignent le lieu d'un Congrès
, & le Plénipotentiaire de S. M. I. Les
autres annoncent des propoſitions conciliatoires
& des conditions de paix qui changent
toutes les 24 heures. Ici l'on oblige les Hollandois
à l'ouverture de l'Eſcaut , à des rembourſemens
, à des indemnités , à des ſoumiffions
: là on ne permet de naviguer fur
le même fleuve qu'à des vaiſſeaux de 14 can.
ſeulement , on interdit le commerce des Flamands
aux Indes Orientales , & de toutes
ces variantes réſulte la preuve complette de
l'ignorance abfolue du Public. Il eſt également
imprudent de nier ou d'affirmer aucun
fait poſitif , puiſqu'à l'inſtant où l'on
l'annonce , tout peut changer ſubitement ,
toutes les incertitudes peuvent ceſſer, toutes
les conjectures ſe détruire.
Les travaux de l'Arsenal ont été ralentis depuis
quelques jours , & pluſieurs ouvriers congédiés.
D'un autre côté , le Régiment de Jah
( 105 )
min , Cuiraſſiers , a reçu ordre de ſe mettre en
marche pour les Pays- Bas. Dautres Corps font
auſſi commandés , ce qui fait préſumer une formation
d'armée très-confidérable.
Il partit de cette Capitale , le 17 , deux
Courriers , dont un pour Verſailles , & l'autre
pour Bruxelles. On en expédia un également
à Pétersbourg , tous à la ſuite d'un
Confeil de guerre , auquel aſſiſterent les Genéraux
d'Haddick , Lafcy & Laudon. Le
Comte de Colloredo , Directeur Général de
✔l'Artillerie, eſt de retour de fon voyage à
Lintz , où il a fait diſtribuer les pieces d'artillerie
aux Régimens actuellement en marche.
Onparle de quelques changemens futurs
dans le Miniftere. Le Prince de Kaunitz eft
aſſez bien remis de fon indiſpoſition , pendant
laquelle il a été remplacé par le Vice-
Chancelier , Comte de Cobentzel.
Les jardins de Schonbrün , maiſon Royale près
de Vienne , ſont dans le genre Hollandois : fix
Jardiniers de cette nation en ont foutenu le parti
fi vivement , qu'il en eſt réſulté une bataille
entr'eux & leurs camarades , & il y a eu du ſang
verfé.
Le Pape vient d'excommunier M. Eybel ,
Confeiller Provincial , Auteur de l'ouvrage
fameux & hardi , Qu'est-ce que le Pape ? &
d'autres écrits contre les Moines . S. S. , diton
, s'eſt décidée à lancer cet anathême , qui
n'a pas fait ici la moindre ſenſation , fur l'avis
de pluſieurs Evêques. Ils ont jugé la
doctrine de M. Eybel hétérodoxe , ce que
es
( 106 )
cet Auteur ne nie point. M. Blumauer , qui
a fait des Poéſies fugitives ſur les mêmes fujers
, eſt menacé du même fort. Au reſte , la
Cenfure a défendu tour écrit ultérieur , concernant
notre Archevêque , le Cardinal Migazzi.
Plus de 150 villages ont été dévaſtés en Tran
filvanie. 500 rebeliss avoient déji péri aux dernieres
nouvelles , ſoit par le fer des soldats , foit
par la réſiſtance de la Nobleiſe , ſoit exécutés ;
le reſte n'eſt pas encore entierement ſoumis ou
difperfé : il continue à ravager , å brûler , à affaffiner.
Manquant de plomb , ils ont fait des balles
de l'argent volé ; on n'avoir pas revu d'exemple
dans ces Provinces de pareilles cruautés ,
depuis les guerres des Huffites. Ces fanguinaires
Infurgens ont forcé pluſieurs filles , dont ils ont
affaffiné les parens , à paſſer dans leurs bras en
qualité d'épouſes. La Province eſt tellement dévaſtée
, que l'Empereur y a fait paffer des grains
e laHongrie.
Le 19 Novembre, mourut à Belgrade , à
l'âge de 72 ans, le célébre Interprete Turc ,
Ofman Effendi , Renégat né en Allemagne .
Connoiſſant bien les droits & les uſages de
fon pays natal , il ſervoit à entretenir une
correfpondance utile fur les frontieres , & à
prévenir beaucoup de mal entendus. Le
Pacha , les Commandans des Places fron.
tieres de l'Empire le regrettent également.
De temps en temps il faiſoit venir des livres
Allemands de Vienne , Leipfick & Breflau,
par des négocians : on affure qu'il contimuroit
en fecret à pratiquer le Chriftianiſme
( 107 )
Le Commandant de Belgrade eſt très-embarrafféde
trouver un Interprete qui réuniile
aurant de fidélité à d'auſſi grandes connoiffances.
Une veuve dévote , qui habite un de nos
fauxbourgs , avoit dans ſa chambre une ſtatue
de Notre Dame richement habillée , ornée de
peries , de coeurs d'or & d'argent. Ces jours
paffés un quidam vint la trouver , lui reprocha
la défobéiſſance aux loix du Prince qui avoit fait
ôter de pareils ornemens juſques aux ſtatues des
Eglifes même , & qui les toléroit encore moins
dans les maiſons privées : il ſe dit envoyé par
Ja Police pour dépouiller la ftatue , & pour ordonner
à la veuve de comparoître le lendemain
pardevant le Tribunal , afin d'y être réprimandée
& de payer une amende . La veuve effrayée
lui livra tous les ornemens de ſa ſtatue , qui
valoient au-delà de 200 florins , & en outre lui
fit préſent d'un ducat , en le priant d'excufer
fon ignorance auprès de la Police. Le lendemain
elle te rendit au Bureau ; & fut très- étonnée
d'avoir été la dupe d'un filou.
Il s'est détaché de la montagne , entre
Infpruck & Botzen , un rocher qui étoit
chargé d'une prodigieuſe quantité de neige.
Ila roulé fur le grand chemin , devenu
impraticable. On a affemblé plus de 400
perſonnes pour nettoyer cette route que doivent
prendre 3000 hommes de Waraldins ,
deſtinés à fe rendre de Trieſte dans les Pays-
Bas.
Un papier public en rendant compte d'une
lette que le Général des Bénédictins doit avoir
écrite à un grand Souverain, allure,d'après cette
e 6
( 108
lettre, que depuis l'exiſtence des Bénédictins, on
compte de leur Ordre 25 Papes , 200 Cardinaux,
7,000 Archevêques , 15,000 Evêques , 4,000
Saints , & environ 3,000 Martyrs .
Un Décret de S. M. I. , daté du 30 Novembre
, regle de la maniere ſuivante les
élections& les emplois dans les Couvens encore
exiftans.
1º. Chaque Couvent ſe choiſira lui-même ſon
Supérieur ; le Provincial n'aura d'autre droit
que celui de confirmer l'élection , & de donner
l'exclufion aux ſujets incapables . Tous les Religieuxprofès
auront voix , & la pluralité décidera
de l'élection . On choiſira tous les trois ans un
nouveau Supérieur ; mais l'ancien pourra être
continué , s'il eſt élu de nouveau .
2°. Les Supérieurs nommés de lamaniere fufdite
, choiſiront à leur gré les autres Employés
des Couvens.
3°. Le Provincial fera élu tous les fix ans dans
les Chapitres provinciaux par les Supérieurs des
Couvens ; l'ancien pourra être continué. Son
élection ſera confirmée par l'Evêque diocésain ,
& par le Gouvernement de la Province.
4. Les emplois de Définiteur & de Diſcret
feront fupprimés .
5°. Les Religieux ne changeront de Couvent
que quand il yaura des moufs qui néceffiteront
unpareil changement.
6º Les viſites générales du Provincial , uſitées
juſqu'à préſent n'auront plus lieu ; mais le Provincial
ira vifiter en particulier chaque Couvent
de ſa Province, lorſque les circonstances l'exigeront.
7°. On commencera à procéder conformément
àce Réglement à la fin de la préſente année.
( 109 )
Les fabricans de cette Capitale ont reçu
l'ordre de l'Empereur d'envoyer aux Régences
des Provinces des paquets d'échantillon
de leurs marchandises , avec les prix.
On dit que le riche Caſſis Pharaone , que
l'Empereur a élevé à la dignité de Comte
des Etats héréditaires , achetera pour douze
cent mille florins de terres des Couvens
fupprimés.
On a publié deux ordres intéreſſans ,
adreſſés le 18 Novembre par le Gouvernement
au Conſiſtoire Archiepifcopal de Prague.
Le premier eſt en ces termes :
Conformément à un décret de l'Empereur ,
daté du 28 Octobre , il ſera enjoint aux Curés &
aux Paſteurs Catholiques , d'exhorter le peuple à
une tolérance réciproque , & à des procédés pacifiques
d'un parti envers l'autre , & de s'abſtenir ,
tant dans les Egliſes qu'ailleurs , de toute inſulte
ou alluſion offenſante. Ce décret ayant été adreſſé
aujourd'hui aux divers Bailliages Royaux , pour
en donner communication aux Pasteurs Catho
liques , le Conſeil du Gouvernement l'adreſſe auſſi
au Confiftoire archiepifcopal , pour en faire part
au Clergéde ſa Jurisdiction .
Voici la teneur du ſecond ordre.
En vertu d'un décret de l'Empereur du 28 Oс-
tobre , S. M. Impériale & Royale accorde aux
Paſteurs la permiffion d'aller viſiter les perſonnes
de leur Communion , & d'inftruire les enfans de
celui qu'ils vifiteront ; mais S. M. veut en mêmetems
qu'il foit notifié expreſſément aux Pafteurs
, qu'à l'exception du pere de famille & des
domeſtiques Catholiques aucune autre perſonne
ne puiffe être préſente à l'inſtruction qu'ils done
( 110 )
nent aux enfans. S. M. Impériale déclare en
outre , qu'attendu que de terms en tems il arrive
à la campagne que des perſonnes de la Religion
Catholique apoftafient , on ne pouvoit
pas empêcher les Curés d'exhorter leurs ouailles
à la fermeré dans la profeſſion de la vraie
croyance , de les détourner des erreurs des deux
fectes acatholiques tolérés , & de ſoutenir le
principe qu'il ne pouvoit point y avoir de
vraie Prètriſe dans lesdites ſectes ſéparées de
P'Eglife Catholique , vu qu'elle n'avoit point
d'Evêque confacré dans la regle , & que par con
ſéquent leurs Paſteurs ne pouvoient pas être des
Curés confacrés canoniquement , mais que cependant
il falloit interdire expreffément aux
Curés & Prédicateurs , qu'en enſeignant ces
principes , ils aient à s'abſtenir de controverſes
& de querelles défendues , & de tout difcours
infultant.
DE FRANCFORT , le 2 Janvier.
On parle d'un Traité conclu & figné entre
le Roi de Pruſſe & l'Electeur de Saxe ,
Traité dont les lettres de Berlin ne diſent
pas un ſeul mot. Elles annoncent que le
Général d'Egglofstein doit ſe tenir prêt à
marcher avec fix Régimens contre Dantzick
qui continue à ſe refuſer au troiſieme article
de la Convention propoſée entre Sa Majeſté
Pruſſienne & cette ville.
Les Régimens de Croates , van Hoffer , Laurendorf,
Mikowitz & Berndorp , faifant enſemble7700
hommes,ont défilé dans les environs dePaffar Les
deux derniers Régimens portent un uniforme ture,
piftolets à la ceinture ,unpoignard, un grand
( 1 )
fabre au côté , & une arquebuſe à la Turque.
Ces troupes ont été ſuivies de 280 Morlaques,
fournis par le Prince de Comenes ; de 500 Houlans
, cuiraſſés , ayant un bonnet de peau d'ours &
une pique à la main de 9 a 10 pieds de longueur ;
de 500 haffarts de Khevenhuller , des Régimens
deToscane , cuiraſfier , Tiller & Migazzi , Infanterie.
Les Régimens de Preiff & Deutcshmeiſter , dont
la marche par Ratisbonne n'a pas été contremandée,
arriverent le 23 de ce mois& les jours fuivans
à Stadt-am- Hoff. Ils ont 700 chevaux de
relais pour le tranfport des équipages .
On s'obſtine à aſſurer que le Duc de Wirtemberg
a fait un traité de ſubſide avec la
Cour de Vienne , par lequel il doit fournir
à l'Empereur un corps de 8000 hommes.
Selon une lettre de Vienne , on y a reçu le
13 quelques dépêches de Comtantinople. L'Ambaſſadeur
Ruffe , à ce qu'on rapporte , a remis
une note au Ministre de France , dans laquelie
P'Impératrice déclare regarder les demandes de
l'Empereur , au ſujet des limites , comme les
fiennes propres.
Le fils de M. Huber , le traducteur de
Gefner , de Winckelmann , &c . &c. vient
de traduire en Allemand le Roman français
deTéléphe.
Les Régimens Autrichiens de Charles &
de Ferdinand de Toſcane ont reçu l'ordre
de fe rendre dans les Pays-Bas , &fe
* tront en marche au mois de Février..
met-
La Gazette de Prague , du zi de ce mois ,
aimprimé une lettre que l'on prétend écrite par
l'impératrice de Butlle au Roi de Prufle,rela
( 112 )
tivement aux démêlés de l'Empereur avec la
Hollande , & dans laquelle on fait dire à cette
Souveraine , que la demande de l'Empereur étoit
fondée ſur la juſtice & l'équité , qu'on ne pouvoit
rien alléguer en faveur des Hollandois qui ,
àla conclufion de la paix de Munter , ont abuſé
des circonstances , qu'ils n'avoient droit à l'affiftance
d'aucune autre Puiſſance , & que , dans
le cas où les choſes en viendroient à une rupture
formelle , & que d'autres Puiſſances s'en
mêleroient , elle appuieroit de toutes ſes forces
la cauſe de l'Empereur.
Le nombre des bâtimens qui arrivent
dans notre port , écrit- on de Triefte , augmente
chaque jour. On travaille ſur la côte
à de nouvelles batteries , qui feront achevées
en toute diligence.
Le 25 Novembre , on a fait à Carlſbourg & à
Mulbach l'exécution de pluſieurs Wallaques rebelles
. Le fils du fameux Horiah , chef des rebelles
, pris par les Troupes impériales , a été
empalé vivant , les autres ont été décapités , &
leurs têtes miſes ſur des pieux. Antérieurement ,
un Lieutenant du Régiment d'Estheraſy , & un
autre Officier du Régiment d'Otokz , tombés
entre les mains de ces brigands , avoient été auſſi
empalés vifs .
Depuis l'exécution de ce fils d'Horiah , ce Révolté
eſt devenu encore plus terrible. On a coupé
aux rebelles , auxquels ſe ſont aſſociés des Turcs
& des Hongrois ,la retraite dans la Wallachic ,
&on eſpere . par ce moyen , de les forcer à ſe
rendre. Les Régimens , que l'on a envoyé contr'eux
, ont ordre de faire feu fur eux à la moindre
réſiſtance. 1
-
( 113 ) 1
:
1
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Décembre ,
La Sénat vient deprendre une réſolution
définitive & vigoureuſe , touchant notre in
terminable différend avec la Hol ande. Après
avoir montré la plus grande condeſcendance
, dans le but de raffermir la bonne intelligence
, la République penſe que l'inftant
de la fermeté eſt arrivé. Jamais elle ne
ſouſcrira à la demande , véritablement extraordinaire
de 600 mille florins, haſardée
par la Hollande. Nuit & jour on travaille
dans notre arsenal. Le Sénat s'eſt expliqué
fur ce démêlé , avec autant de décence &
dedignité que de juſtice , dans le Mémoire
ſuivant , préſenté par le Réſident de Veniſe
à Leurs Hautes-Puiſſances & remis par
notre Ambaſſadeur à Vienne aux Miniftres
étrangers.
,
ce Le Réſident de Veniſe ayant rendu compte à
ſaRépublique des propoſitions qu'on lui a faites
dans le Commité de L. H. P. touchant l'affaire
connue de Chomel & Jordan , a l'honneur d'informer
aujourd'hui L. H. P. , d'après les ordres
qu'il vient de recevoir , que la République de
Veniſe a appris avec étonnement , que le Comité
ſuſdit lui ait refuſé la diſcuſſion paiſible du
différend , tandis que c'étoit là précisément l'objetde
ſa venue à la Haye , & qu'il ſe ſoit borné
au contraire à reproduire ſeulement l'état des
prétentions à la charge de la République , qui
( 114 )
ayant été préſenté à Vienne dans le mois d'Aofit ,
fut rejetté par elle comme abfolument inadmiffible
, & contraire même aux principes dont
étoient convenus auparavant les deux Souverains
dans les Mémoires reſpectifs du 10 Février & 1
Juinpaflé.
Cette conduite étant tout-à-fait oppoſée à
l'attente de la République , & impliquant en
ellemême des vues qu'elle ne peut jamais admettre
, il eſt indiſpenſable d'en venir à une
déclaration poſitive , laquelle , en écartant le
danger de toute méfintelligence , puiffe dégager
la négociation de toute équivoque,
"C'eſt pour cela que la République intimement
convaincue de la droiture de fes propres
démarches ,déclare formellement que dans quelque
cas qu'elle puiſſe ſe trouver , elle n'admettra
jamais rien qui la conſtitue débitrice vis- àvis
des Marchands Hollandois .
<<Elle proteſte hautement contre toute préten
zion , qu'on voudroit former à ſa charge ſous
Je prétendu titre d'un déni de juſtice , cette
ſuppoſition étant auſſi injurieuſe que fauffe , &
démentie par une fuite de faits inconteftables.
« Effectivement la République a été fi éloignéede
refufer la justice aux Hollandois , qu'à
peine eut- elle connoiffance de la premiere demande
de L. H. P. , qu'elle ne différa pas unſeul
inſtant l'établiſſement d'un Tribunal criminel
extraordinaire & folemnel , rappellant de fa
place de Réfident le ſieur Cavalli , pour l'y affue
jettir immédiatement .
ce Il eſt connu que des quatre ſujets Vénitiens
qui ſe trouverent impliqués dans le procès , trois
furent condamnés aux peines les plus infaman
tes , & à la confiſcation de tous leurs biens au
profit de Chomel & Jordan , & le fieur Cavalli
-
( 115 )
feul fut déclaré exemptde faute criminelle.
<< Il arriva que les biens des coupables ne furent
point fuffifans à l'indemnifation complette
des ſujets Hollando's , & s'ils l'avoient éré , l'affaire
étoit d'abord terminée. Ceft la raifon pour
laquelle on ſe plaignit de la Sentence que се
Tribunal avoit portée, & on en demanda la révision
dans l'eſpérance d'en tirer un plus grand
avantage fi Cavalli étoit condamné,
« La République fit voir évidemment que la
réviſon étoit impraticable ſelon ſa conftitution ,
& les Etats Généraux eux - mêmes en étoient
convaincus, lorſqu'ils demanderent que , puifque
le fieur-Cavalli ne pouvoit plus être foumis
à un procès criminel , il fût permis aux Nế
gocians d'Amſterdam de l'attaquer par la voie
civile.
«Cela étant conforme aux Loix, á la méthode,
& à ce qui ſe pratique dans les Tribunaux
de Venife , la République y confentit avec toute
la promptitude , & offrit même de fonpropre chef
de rendre la voie civile auſſi facile & auſſi courte
que poffible.
« Le Jugement n'eût jamais eu l'effet qu'on en
attendoit, parce que les Hollandois le rejetterent
après l'avoir eux- mêmes demandé , d'où il s'enfuit
qu'il n'y a pas d'autres ſuje's Vénitiens , les
trois ci-deffus exceptés , que laRépublique puiſſe
avec justice forcer au paiement des crédits de Chomel
& Jordan , puiſqu'il n'y en a aucun autre qui
ait été déclaré reſponſable.
<<P<our détruire entierement tout motifqu'on
pourroit tirer du prétendu déni de Juſtice , la
République , qui ſouhaite fincérement d'être une
fois délivrée d'une diſpute fi longue , & fi faſtidieuſe,
propoſe de nouveau la voie civile dans
les tribunauxcompétens de Venise contre le ſieur
( 116 )
Cavalli , qui , s'il n'a pu être déclaré criminel,
parce qu'on ne le trouva pas tel, peut néanmoins
être reſponſable vis- à-vis de Chomel & Jordan
par d'autres raiſons , ſans être criminel. (
Que ſi même L. H. Puiſſances le ſouhaitoient
Ia république de Venise , ajoute à l'offre précédente
celle de leur laiſſer pleinement libre le
choixde tout autre lieu , de tout autre juge impartial
, pour qu'on décide définitivement ſi le
fieur Cavalli eſt obligé ou non à dédommager
Chomel & Jordan des pertes dont ils aſſurent ledit
Cavalli avoir été cauſe; & elle déclare expreſſément
que dans le jugement civil , l'abſolution de
ſieur Cavalli au criminel , ne doit influer ſur
rien, relativement à la perſonne du ſieur Cavalli ,
comme n'ayant aucun rapport avec celui qu'on
propoſe maintenant.
ce La République engage ſa parole , que ſi le
ſieur Cavalli étoit jugé reſponſable , elle prendra
les meſures les plus efficaces& les plus vigou .
reuſes , afin que les marchands Hollandois obtiennent
du ſieur Cavalli , & de ceux qui auroient
partagé ſa faute, ce qu'on leur auroit adjugé
par cette Sentence , &dans ce cas leur dédommagement
ſeroit à la charge des débiteurs
directs , & jugés tels , ce que les Etats Généraux
ont toujours demandé; bien entendu que par- là
toute conteftation ultérieure entre les deux Souverains
foit terminée pour toujours.
« La République ne doute pas que L. H. P.
n'acceptent avec plaifir une propoſition fi amicale
&fi juſte ; elle déclare néanmoins que fi L. H.
P. croyoient qu'il y eût un expédient plus fatisfaiſant
pour elles , & d'une convenance réciproque,
la République ne ſera pas éloignée de le
faiſir , n'ayant rien plus à coeur que de confolider
de plus en plus la bonne intelligence avec les
Provinces Unies .
-
( 117 )
«Que ſi malgré tout cela , & contre toute
attente raiſonnable , L. H. P. vouloient pouffer
cette diſpute privée aux extrémités , dont elle
n'eſt pas ſuſceptible par ſa nature , & qui ſeroient
auſſi nouvelles dans l'Hiſtoire des nations qu'elles
ſont contraires aux intérêts de deux Puiſſances
commerçantes & qui ont été conſtamment amies ,
la République de Veniſe ſera contente de n'avoir
en arriere aucun moyen capable de conduire à
un accommodement amiable & juſte; & en tout
cas ce ne ſera qu'à contre - coeur qu'elle ſe verra
forcée à conformer ſes propres démarches à celles
d'autrui , pour le ſoutien d'une cauſe qui devien
dra commune à tous les Souverains » .
Le Réſident ayant expoſé juſqu'ici les vrais
ſentimens de ſa République , a l'honneur , &c,
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Décembre.
Le Baron de Lynden , Ambaſſadeur de
Hollande a eu deux ou trois conférences
avec les Secrétaires d'Etat , touchant la médiation
de la Grande - Bretagne , pour arranger
les différends entre la Hollande &
l'Empereur , conférences dans lesquelles on
prétend que les Miniſtres ont fait paroître
le plus grand deſir de voir terminer cette
affaire à l'amiable.
Il a été queſtion d'une réduction ultérieure
des troupes de terre , même dans la
Maiſon du Roi ; mais l'on affirme que S. M.
arefuſé fon conſentement dans les termes
les plus poſitifs , en déclarant qu'elle n'a
( 118 )
dopteroit aucun projet tendant à ſupprimer
les Gardes à cheval , ou le régiment des
Gardes Bleues.
: Le parti de l'oppoſition eſt très - inquiet de
la conduite prudente de M. Pitt. L'on n'a encore
rien décidé , quant à la maniere dont on attaque.
ra ce Miniſtre à l'ouverture du Parlement. M.
Fox , il eft vrai , avoit conçu l'eſpérance de
renverſer le Ministere au moyen de ſon Bill de
commutation ſur le thé ; mais M. Pitt ſe montrant
prêt à le modifier s'il étoit néceſſaire , cette
reſſource we fournira matiere qu'à quelques dé
clamations , & M. Fox fent qu'il faudroit d'autres
charges que celle - là.
M. Ord a terminé avec les Miniſtres toutes
les affaires relatives à l'Irlande. On aſſure
que le plan adopté pour les aitaires de commerce
, aura l'approbation des deux Royaumes.
Les Hollandois ont exporté&continuent d'exporter
des quantités conſidérables de toiles de
Friſe dans les Provinces méridionales , pour faire
des chemiſes , des draps , &c. C'eſt à Harlem
que ſe trouve le grand dépôt de ces toiles ; elles
ne font pas calandrées , mais elles ſont importées
telles qu'elles arrivent de la blanchiſſerie. Les
velours & les ſoies d'Harlem n'ont pas eu le même
débit ; car deux bâtimens , qui en étoient
chargés pour le port de Boſton , n'ont pas trouvé
à ſedéfaire de leurs cargaiſons.
Depuis 15 jours il eſt entré dans le port de
Londres 12,100 livres d'indigo venant de Cadix ;
400 livres de cet article venant de Lisbonne , &
300 venant de Charles - Town .
Notre importation de fer de Ruſſie ſe monte
à91 tonnes. Nous en avons fait venir 60 de Go-
-
( 119 )
thembourg& 20 de Rotterdam. Nous avonstiré
de la Jamaïque 40tonnes de bois d'Accajou .
Notre exportation de Tabac de la Virginie a
été de 2,334 livres , & celle qui s'eſt faite pour
la France de 1004 liv. Celle qui s'eſt faite du
Maryland a été de 1500 livres , & pour la France
de 2000 liv.
Il s'eſt trouvé dans la derniere exportation ,
qui s'eſt faite de la Jamaïque , près de 16000 liv .
de poivre du plus beau que produisent les Iles ,
&qui s'y cultive aujourd'hui très-facilement. La
quantité de Rhum exporté en Angleterre de la
ſuſdite Iſle , a été de près de 40,000 gallons .
Toutes les recherches relatives à l'arithmétique
politique , ont été pouſſées dans
cette ifle à un degré inconnu ailleurs. C'eſt
nous qui avons appris aux autres Etats le
nom même de cette Science & fes fondemens.
L'un des plus. importans , relatif à la
population , ſe tire du Regiſtre des morts &
naiſſances annuelles , ſoigneuſement tenu
dans toutes les Paroiſſes de Londres , depuis
très- long- temps , & dont chaque année on
publie le relevé , ſous le titre de Bill des
Mortalités. On ne ſe contente même point,
comme ailleurs , d'une fupputation fommaire
; on ſpécifie exactement les maladies
différentes , & le nombre de ſujets que chacune
d'elles a enlevés. La Médecine & la
Phyſique ont tiré de ces comparaiſons des
inductions utiles .
Une obſervation qu'on ne fait jamais en
France, lorſqu'on rapproche la population
( 120 )
de Londres de celle de Paris , eſt , qu'en
Angleterre les Regiſtres paroiſſiaux des baptêmes
&des ſépultures , comprennent uniquement
les membres de la Religion Anglicane
: la foule des non-Conformiſtes qui
habitent cette Cité de tolérance & de liberté
, n'entre point dans ces réſumés ; ainſi il
eſt abfurde de conclure de la différence
qu'ils préſentent dans le nombre des naiſſances
& des morts , entre Paris & Londres ,
que celle-ci a moins d'habitans.
Le Bill mortuaire de l'année derniere , du
16 Décembre 1783 , au 16 Décembre 1784 ,
offre :
Baptêmes. Garcons...8778.3 17179 .
• •
Hommes. . 9229.217828 .
2 Filles . .8401.5
Morts.
Femmes . 8599.5
..
L'année derniere il s'eſt trouvé 1201
morts de moins que l'année précédente :
différence très - remarquable.
Sur les 17828 morts, on en obſerve :
Au-deſſus de deux ans .
$729
De deux à cinq. 1711
De cinq à dix. 683
De dix à vingt. 636
De vingt à trente. 1417
De trente à quarante. 1599
De quarante à cinquante. 1781
De cinquante à ſoixante. 1653
De ſoixante à 70. 1359
De
( 121 )
De ſoixante-dix à 80.
De quatre vingt à 90 .
De quatre-vingt-dix à cent.
Centenaires.
Cent & un ans.
Cent&trois ans .
917
391
43
2
1
I
46
Dans la table des genres de mort , il eſt
à remarquer 1240 perſonnes mortes de
vieilleſſe , 4540 de conſomption ,
de folie & 1759 de la petite vérole : ainfi ,
dans une ville où l'inoculation eſt univerſelle
, où elle ſe pratique dans des Hôpitaux
qui lui ſont ſpécialement deſtinés , où le
traitement même de cette affreuſe maladie
a été fingulierement perfectionné , elle emporte
un dixieme des individus qui meurent
annuellement,
Les ſuicides font au nombre de 23. Mais
comme parmi les noyés, dont on compte
97 , & 5 perſonnes trouvées mortes , quelques-
uns ont pu volontairement mettre fin
à leur exiftence , on riſque peu de porter la
totalité des fuicides de 40 à 50. Depuis les
ravages de certe nouvelle maladie de l'eſprit
humain, due aux lumieres de notre ſiecle ,
pluſieurs villes infiniment moins conſidérables
que Londres , voient chaque jour autant
de ſuicides. Une année dans l'autre , ils vont
-à Geneve de 8 à 12 ; le terme moyen eſt
uu cinquieme de celui de Londres , dont la
population eſt au moins 34 fois plus forte
que celle de Geneve : dans la proportion
No. 3 , 15 Janvier 1785. f
( 122 )
cette derniere ville voit donc par année 28
fois plus de ſuicides que la premiere.
Il y a environ trois mois que le Capitaine
Witfon , employé au ſervice de la Compagnie des
Indes , en revenant en Europe , viſita l'iſle de
Paos , ſituée par les ſept degrés de latitude nord.
Cette iſle eſt à l'eſt de Borneo , & en général trèspeu
connue des voyageurs. Ses habitans font
constamment nuds , & les femmes ne couvrent
que ce que la pudeur exige abſolument.
Le Capitaine Wilſon reçut toutes ſortes de marquesd'honnêtetéde
la part du Souverain de l'ifle.
Ce Prince lui témoigna , par la voie d'un Interprete
, la plus grande confiance , & voulut abſolument
qu'il emmenât ſon fils aîné , afin qu'il
fût à portée d'étudier les moeurs des diverſes nations
, qui habitent les autres parties du monde ,
& de recevoir une éducation Européenne . Ce
jeune homme , âgé de 20 ans , poſſédoit des talens
,& étoit doué d'une docilité rare. Ses paſſions
étoient nobles : les progrès qu'il a faits dans les
Arts & dans la Langue angloiſe , ſurpaſſent toute
attente , & , ſans les atteſtations les plus formelles
, on ne pourroit y ajouter foi. Le Capitaine
Wilfon a répondu à la confiance du Souverain
de l'iſle de Palos avec tout le zèle & l'affection
d'un parent , & de ſon côté , le jeune Prince lui
atémoigné la reconnoiſſance & la ſenſibilité la
plus ſurprenante. Il y a une ſemaine environ ,
ce jeune Prince fut attaqué de la petite- vérole ,
& quoiqu'elle fût de l'eſpece la plus dangereuſe ,
il afupporté cette maladie avec un courage héroïque
. Le Capitaine Willon , qui ne l'avoit
jamais eue , ne faiſant attention qu'au jeune
Prince , oublia tout danger perſonnel , & réſo-
But de ne le point quitter pour lui adminiſtrer
lui - même les remedes de l'art ; mais , hélas !
( 123 )
fon zèle& ſes ſoins ont été inutiles , &il a eu la
• dou eur , le 28 de ce mois , de voir ce jeune.
Prince expirer dans ſes bras .
Une lettre de la baie de Honduras , en
date du 12 Octobre dernier , porte en ſubſtance:
Je ſuis fâché de vous annoncer que nous
avons vu paſſer ici une eſcadre ayant des troupes
à bord , & qui ſe rendoit à la côte des Mofquites
, pour en tirer les Planteurs angiois , &
prendre poſſeſſion de ce pays au nom du Roi
d'Eſpagne. Beaucoup de gens étoient dans la
perfuafion que la côte de Moſquites ſerviroit
d'aſyle aux Loyaliſtes de la Caroline du Sud ,
ainſi que de la Virginie , & à tous ceux qui 'ont
ruinés par la ceſſionde la Floride Orientale , &
par la conquêtede la Floride Occidentale. Si nos
Miniſtres euffent eu un peu plus de vigueur , ils
n'auroient pas laiſſé échapper une ſi belle occafion
d offrir la côte des Moſquites aux Loyaliſtes
qu'ils ont abandonnés ſi honteuſement. Ces malheureux
, accoutumés à un climat chaud , auroient
tiré de ce pays un parti très avantageux&
pour eux & pour la Grande Bretagne. Il produit
du fucre , du coton , du café , du bois de mahcganie
, du bois de campêche , de la falſepareil'e
&de la racine de ſerpent. J'y ai élevé du tabac ,
de l'indigo & du riz , tout auffi bons que ceux
qu'on ait jamais tirés de l'ifle de Cuba. C'eſt
une contrée außfi étendue que l'Angleterre, &
ſi l'on coupoit une partie de ſesbois , qui pour la
plupart ont de mahoganie , &dont lavente paieroit
les frais de l'exploitation , la terre deviendroit
en très peu de tems très-fertile , pour pou
que l'induſtrie des habitan. fût encouragée par la
Métropole.
f2
( 124 )
On a vendu dernierement au marché de
Spittaifields une ſeule pomme-de- terre qui
peſoit onze livres & demie. C'eſt un Fermier
de Straford qui l'a achetée dans le
deſſein de la planter ; elle lui a coûté ſept
thellings & fix fols. Cette pomme-de-terre
&pluſieurs autres d'une groſſeur extraordinaire
avoient été cultivées dans le voiſinage
de Warington dans le Lancashire.
Un Boucher de cette ville a tué le 21 Décembre
un boeuf âgé de huit ans , élevé à Studbury
dans le Suffok , qui étant mort peſoit
180 ftones angloites ( poids de 8 liv. ) , qui font
par conféquent 1440 liv. Il a donné 34 ftones
( 272 liv. ) de graiſſe pure. Une cinquantaine
de Bouchers s'étoient rendus chez le propriétaire
de ce boeuf pour en acheter la viande ,
mais le Public l'ayant enlevée auſſi tôt , ils n'en
trouverent plus de reſte. Il y eut même certaines
pieces de choix que le Public paya au
prix exhorbitant d'un ſchelling 14 fols ſterlings
Ja livre.
On a rendu compte dernierement à la
Société pour l'encouragementdes connoiſſances
médicinales d'un tait auſſi extraordinaire
qu'authentique. Il a été commuiqué à M.
Latham de la Société Royale , par le Docteur
Heysham , Médecin reſpectable de Newcaſtle.
Une veuve appellée Anne Liddel , de Carlifle',
avoit été admiſe depuis environ deux ans dans
une maiſon publique de cette ville , pour y être
guérie d'une douleur affreuſe qu'elle reſſentoit
dans le viſage & dans toute la partie droitede
la tête. On lui adminiſtra vainement tous les ſecours
de l'art . Au bout de quelques mois des
:
1
( 125 )
tourmens les plus terribles , le Docteur Heysham
lui fit ouvrir l'antrum maxillaire ( la partie intérieure
de la mâchoire ) , dans laquelle elle
reſſentoit ladouleur : on y injecta quelques décoctions
de quinquina , & quelques jours après
on tira de cette partieun infecte hideux d'environ
un pouce de long& un peu plus gros que
le tuyau d'une plume ordinaire . Sa douleur
ceffa pendant quelques heures , mais elle revint
bientôt ; & l'on apperçut à l'orifice de l'incifion
un autre infecte de la même forme que le premier
, & que l'on ne put tirer qu'au bout de
deux jours. Peu de temps après , on obtint les
fragmens d'un troifiéme. Ce traitement a procuré
à la malade de longs intervalles de tranquillité
, quoique les derniers avis n'annoncent
point encore ſa parfaite guérifon. Cette femme
étoit habituée à prendre du tabac avec excès.
La Manufacture de toiles de coton à
Profperous près de Dublin eſt déjà dans
l'état le plus floriſſant , au moyen de l'avance
de 25,000 liv, ſt. que le Parlement
lui a faite dernierement. Plus de 4000 per
fonnes font employées dans la Manufacture ,
& l'on eſpere qu'avant deux ans elle fera en
état d'en employer le double. Les terres
adjacentes à la ville de Profperous , avant
l'établiſſement , s'affermoient ſur le pied de
cinq shellings l'acre ; aujourd'hui elles ont
monté à quatre & cinq livres ſterlings.
On apprendde Calcutta par des lettres , en
datte du II Juin , que la nouvelle Société , érablie
pour faire des recherches ſur l'Hiſtoire naturelle
, ſur les Antiquités , les Arts , les Sciences
& la Littérature de l'Afie , ſe perfectionne
f3
( 126 )
tous les jours. Sir William Jones a déja préſenté à
la Société pluſieurs Manufcrits précieux en Perfan
, ſur la Géographie de l'Afſe ; & il travailloit
auffi à traduire de l'Indou des recherches
très-curieuſes ſur les Manufactures , ſur l'Agriculture
& fur l'Aſtronomie des peuples de cette
partie du monde.
La Société eſt actuellement compoſée de 42
Membres , qui tiennent toutes les ſemaines , ſans
appareil & fans dépenses , des aſſemblées dont
le but eſt d'examiner des Ouvrages originaux.
Si elle peut parvenir à raſſembler aſſez de pieces
intéreſſantes , alors elle préſentera annuellement
au Public un Recueil de ſes Mémoires .
On vient de préſenter au Gouvernement
unnouveau plan pourétablir uneCompagnie,
de Terre Neuve , qui augmentera les avantages
de la pêche , ſans la convertir en monopole.
La Compagnie des Indes , dans les dernieres
Tranfactions contre la Coalition , a montré peu
de reconnoiffance envers le Lord North , lui
qui a précipité la perte de l'Empire d'Amérique ,
uniquement dans la vue de procurer aux thes de
laCompagnie un plus grand débit.
Le Bureau de l'Amirauté a décidé que les Ef
cadres deſtinées pour le ſervice du dehors , n'y
ſeroient ſtationnées à l'avenir que pendant deux
ans au lieu de trois ; celles employées maintenant
dans les différentes ſtations , ſeront relevées pendant
le cours de l'Eté prochain.
:
Tandis que les Lunardi , les Blanchard
& le Comte Zambeccari ſe préparent à des
voyages trans - maritimes , M, Sadler d'Oxford
, Aéronaute Anglois , vient d'arriver ici ,
écrit- on de Douvres , poury faire un dernier
effort en l'honneur de fon pays. Tous fes
( 127 )
préparatifs ſont faits à peu près , & il n'attendplus
que l'arrivée d'un vaiſſeau , qui ,
d'un moment à l'autre , doit lui apporter
des chofes dont il a beſoin. M. Sadler s'eſt
élevé plus haut encore que MM. Lunardi
& Blanchard ; & c'eſt le ſeul , ſoit en Angleterre
ou ailleurs, qui ait préparé ſeul tous
les inſtrumens de ſon voyage.
Il eſt arrivé dernierement un funeste accident
dans une mine de charbon qu'on exploitoit
près de Mancheſter.
Les Charbonniers s'étant rendus àcette Mine
pour y travailler , à peine le premier d'entr'eux
fut- il defcendu au fond , que la p'us grande partie
de l'ouverture de la foſſe s'écroula & ensevelit ce
malheureux . On fitimmédiatementles plus grands
efforts pour le retirer ; mais on n'y parvint que
dans l'après-midi du 18 de ce mois , & , au grand
éronnement de tous ceux qui étoient préſens , il
fut retrouvé vivant , & capable de s'exprimer encore
, après être demeuré pendant huit jours dans
les entrailles de la terre . Ce fut un ſpectacle bian
cruel d'appercevoir cet hommemétamorphofé en
ſquelette par la fatigue, la faim& les tranſes bien
naturelles qui durent ancter ſon eſprit , en ſe
voyant ſéparé tourà coup de la ſociété , de ſa femme
, de ſes enfans , & n'ayant devant les yeux
que la terre & la mort. L'impulſion naturelle qui
rend à l'homme la vie ſi précieuſe & fi chere , &
qui le porte à uſer de tous les moyens pour la conſerver,
lui ſuggéra l'idée de s'ouvrir un paſſage ,
pour échapper , s'il étoit poſſible , à une deſtinée
auffi affreuſe. Il réuffit d'abord à creuſer plufieurs
pieds dans la terre, & il ſe flattoit d'arriver au fommet
par le moyen des galeries qu'on pratique tow
f4
( 128 )
joursdans les Mines pour établir la circulation de
P'air; mais hélas ! il ſuccomba ſous le poids de la
fatigue , & ſes eſpérances s'évanouirent. Ses compagnons
lui adminiſtrerent auffi-tôt, mais inutilement,
tous les ſecours poffibles pour le ſauver; la
nature étoit trop épuiſée , & cet infortuné expira
quelques heures après qu'il eut revu le jour .
,
On affure qu'un Officier d'un rang trés-diftingué
dans l'armée a donné trois cens guinées
au Propriétaire d'un ballon pour voyager avec
lui. Les parties contractantes ont figné des articles
de convention en conféquence deſquels
'Officier ne pourra changer d'idée que pendant
l'eſpace de trois jours , après avoir reçu avis de
fon conducteur : fi , après ce terme , il refuſe de
voyager , il paiera néanmoins la ſomme convenue.
On dit que l'Officier a réſolu ce voyage
après une converſation qu'il eut avec le Roi ,
fur l'uſage dont pourroient être les Aéroftats ,
pour reconnoître une étendue de pays , & dans
laquelle S. M. diſoit a l'Officier , qu'une fois
monté , il ne ſeroit pas en état d'obſerver le
pays. C'eſt d'après cette eſpece de défi , que
P'Officier s'est déterminé.
Le Général Vaughan eſt , dit- on , l'Officier
en queſtion. On a déja fait pour plus de vinge
mille livres ſterling de gageures ſur ſon compte.
Le Général d'Alton , au ſervice impérial,
& l'un des Commandans de l'armée des
Pays-bas , eſt notre compatriote. On dit
qu'anciennement il fut fous - Lieutenant en
France dans le Régiment de Dillon : l'Empereur
a dans ſes armées trois autres perfonnes
de la même famille. Le Général
d'Alton a des terres conſidérables en Irlande ,
&a époufé une foeur du Colonel M' Carty.
(129 )
Le Chevalier John Fielding , Aveugle , frere
du célebre Auteur de même nom , & non moins
célebrelui-même dans ſon Officede principal Juge
de paix à Londres , toléroit à ſa porte pluſieurs
maiſons de débauche , dont l'existence contraf
toit avec le defir affecté que montroit Fielding
de conſerver les bonnes moeurs. Un jour il pria
Garrick, alors Directeur du Théatre de Drutylane
, de fupprimer Popéra des Gueur du Peete
Gay, parce qu'il avoit obſervé, que chaque repréſentation
de cet Opéra envoyoit quelque vo
leur à la potence. Garrick ſavoit que le deffein
du Magiftrat étoit moins de garantir la probité
des individus , que d'oter au Théâtre de Covent
Garden , auquel il s'intéreſſoit , la concurrence
de Drurylane , pour la repréſentation d'une piece
roujours courue. Il demanda du temps pour y
réfléchir , & fit quelques objections. Le Che
valier Fielding , piqué de ce que Garrick ofoit
lui conteſter ſa prudence , s'écria qu'il voyoit
un combar dans le coeur de M. Garrick entra
probité & Son intérêt . Je voudrois , repliqua Gir
rick , pouvoir en dire autant du fage Magistrat ,
dont la probité , comme on fait , n'est jamais eCIB
duel avec ſon intérêt.
L'un de nos Ecrivains obſerve qu'une
des Paireſſes , Angloiſes & quelques Pains
prennent plus de titres que des têtes couronnées.
Mile. Gunning devenue Ducheffe
de Brandon en Angleterre , d'Hamilton em
Ecoffe, de Chatelleraut en France , parfon
premier mari ; aujourd'hui Duchefle d'Argyle,
Marquise de Douglas , &c. &c. n'a pas
moins de 26 titres . Lorsque le feu Lord
Egmont , Irlandois, fut fait Pair d'Angletere
( 130 )
en 1762 , ſa patente portoit Lord Egmont
& Holland d'Enmore Lord d'Enmore , An-
Jerfield & Spaxton , Tuxwell , Radlet , Currypole
, Charlinch Asholt , & vingt autres ;
ur quoi le Comédien Foote , qui a dit tant
de bons mots , remarqua qu'il ne manquoit
à cette deſcription , pour la rendre complette
, que le titre de Scaramouche.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 5 Janvier.
Le Bailli de Breteuil , Ambaffadeur de M. Ite ,
préſenta , le 26 du mois dernier , au Roi les Faucons
que le Grand - Maitre de la Religion eſt
dans l'uſage d'envoyer annuellement à S. Maj.
Ce préſent , qui fut remis , au nom du Grand-
Maître par le Chevalier de Rothe , fut reçu
par le Marquis de Vaudreuil , Grand- Fauconnier
de France , & par le Chevalier de Forget.
Le 31 , le ſieur d'Houry , Imprimeur du Due
d'Orléans & du Duc de Chartres , a eu l'honneur
de préſenter à LL. MM. & à la Famille Royale ,
l'Almanach Royal pour l'année 1785.
Lei de ce mois , les Princes & Princeſſes ,
ainſi que les Seigneurs & Dames de la Cour ,
rendirent leurs reſpects au Roi & á la Reine á
l'occaſion de la nouvelle année. Le Corps de-
Villede Paris , ayant á ſa tête le Duc de Briſſac ,
Gouverneur de la ville , conduit par le ſieur
Nantouillet , Maître des cérémonies , & par le
fieur de Watronville , Aide des Cérémonies ,
s'acquitta du même devoir envers LL . MM. &
la Famille Royale. La Muſique du Roi exécuta
pendant le lever différens morceauy ,ſous lacon
( 131 )
duitedu ſieur Girouſt , Surintendant de la Muſique
de Sa Majeſté .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint - Eſprit , s'étant aſſemblés
vers les onze heures & demie du matin , dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majeſté tint un Chapitre
, dans lequel Elle nomma Chevalier de l'Ordre
du Saint-Eſprit le Due d'Harcourt. Le Roi
ſe rendit enſuite à la Chapele , précédé de Monfieur
, de Monſeigneur Comte d'Artois , du Duc
de Chartres , du Prince de Condé , du Duc de
Bourbon , du Prince de Conti , du Duc de
Penthièvre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre ; deux Huiſſiers de la
Chambre de S. M. portant leurs maſſes. Le Roi
étant arrivé à la Chapelle , monta ſur ſon Trône ,
& reçut Prélat-Commandeur de l'Ordre du Saint .
Eſprit , l'Evêque d'Autun. Sa Majesté aſſiſta
enfuite à la grand'Meffe chantée par la Muhque
, & célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
-Comunandeur de l'Ordre , & premier Aumônier
du Roi . La Ducheſſe de Charoſt y fit la
quête. Après la Meſſe , à laquelle la Reine , Madame
, Madame Comteſſe d'Artois & Madame
Elifabeth de France , aſſiſterent dans la Tribune ,
le Roi fut reconduit á ſon appartement , en obfervant
l'ordre dans lequel il en étoit forti.
Le Grand - Conſeil eut l'honneur de rendre
ſes reſpects à Leurs Majestés & à la Famille
Royale.
Leurs Majeſtés ſouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Muſique
du Roi exécuta différens morceaux , lous la
conduite du ſieur Girouſt , Surintendant de la
Muſique du Roi.
Le rer. de ce mois , le Comte de Lure a eu
l'honneur d'être préſenté au Roi par le Duc de
f6
(132 )
Penthièvre , en qualité de Meſtre-de-Camp en
ſecond du Régiment de Penthièvre , Dragons.
LeMarquis deVerac , Ambaſſadeur du Roi auprès
desEtars-Généraux des Provinces-Unies , a
eu , le 2 , Phonneur de prendre congé pour ſe
rendre à la deſtination , étant préſenté àS. M. par
leComte de Vergennes , Chef du Confeil Royal
desFinances,Miniſtre & Secrétaire d'Erat , ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le 3 du même mois , le ſſeur d'Aligre , Premier-
Préſident du Parlement de Paris , ainſi que
les Préfidens à Mortier & les autres Préfidens du
même Parlement , ont eu l'honneur de rendre
leurs reſpects à L. M. & à la Famille Royale , à
P'occafion de la nouvelle année. La Chambre des
Comptes,la Cour des Aides & la Cour des Monnoies
, ont auffi eu cet honneur , ainſi que le Châ
telet de Paris , à la tête duquel étoit le Marquis
deBoulainvilliers , Prévôt de cetre ville.
DE PARIS, le 11 Janvier.
S. M. a fait publier une Amniftie générale
, en faveur des Déſerteurs de tout état ,
qui rentreront dans les terres de la domina
tion de S. M. , dans l'eſpace de fix mois ,
àdater du premier Janvier de cette année.
Ce pardon s'étend juſqu'aux déſerteurs détenus
dans les dépôts ou priſons .
Le 27 Décembre , M. le Baron de Breteuil ,
accompagné de M. le Noir & du Bureau d'Adminiſtration
, ſe rendit aux Tuileries pour la
diftribarion annuelle des Maîtriſes & grands Prix.
M. Bachelier , Directeur , ouvrit la féance par
un Diſcours , où il exprima la reconnoiffance
publique & celle des Eleves pour la protection
( 133 )
accordée à cer Erabillement , & pour les nou
veaux encouragemens dont on l'a favorisée.
Onprocéda enfuite à la ditribution des Mat
trifes obtenues par les Geurs Boucher & Gau
fier, pour l'Ofevrerie , le ſieur Moufle l'aîné ,
pour celle de Charen , le fieur Acrin , pour
celle de Serrurier,& le ſieur Villard , pour celle
deMenaifier.
Et après à celle des grands Prix mérités par
les fieurs Bouffard , Paris , Marié , Vielle , le
Jeune & Dufoit .
Ils furent embraſſés par le Miniſtre au braic
des fanfares , & des acclamations du public ; IZ
grands Acceffies , &96 Prix furent auſſi délivrés
dans la même ſéance.
Les côtes de la Manche en Picardie &
en Flandres , ont eſſuyé de grands déſaſtres
par les tempêtes du mois dernier. On nous
mande de Dunkerque , que dans l'intérieut
même du Port les navires n'ont pas été à
Pabri ; ſur la côte on voit ſept bâtimens
échoués à peu de diſtance : à fix lieues du
Port , le rivage fut couvert pluſieurs jours
dedébris , & de toutes eſpeces de marchandiſes
que la mer y rejettoit. Heureuſement
Dunkerque n'a perdu que deux vaiſſeaux.
Il y a peu de jours qu'aux portes de la
même ville , des Jardiniers trouverent une
perſonne affife , appuyée contre un tertre ,
un piſtolet à ſes pieds , & la tête fracaffée.
On attribue cet acte de déſeſpoir à la perte
d'un emploi ſubalterne que le Suicide avoit
dans la Marine. Un Charretier , un Perruquier
&un Palfrenier ont donné à Dunker
( 134 )
que le même ſpectacle en très-peu de tems.
Le premier de Novembre , nous écrit M. Dubuc
de Bordeaux , un jeune homme de vingt
àvingt-quatre ans , ſe retirant de la campagne à
l'entrée de la nuit , fut attaqué dans un chemin
de traverſe , à un quart de lieue de la ville ,
par un homme qui ſe tenoit caché dans un foſſé
au bord du grand chemin , & qui après l'avoir
laiſſé paſſer , vint le ſurprendre par derriere , &
lui demander la bourſe ; le jeune homme s'étant
retourné , & dégagé de l'aſſaffin , qui d'une
main le tenoit par le collet de l'habit , & de l'autre
lui préſentoit un piſtolet , eut le bonheur de
détourner le coup au moment qu'il partoit , ſans
autre mal qu'une petite bleſſure à la main. Le
Voleur voyant ſon piſtolet déchargé , ſe jeta fur
lejeune homme ,le ſaiſit par le milieu du corps ,
s'efforçant de le jeter par terre; mais celui - ci
grand& agile , ſe défendit avec tant de bonheur
qu'il terraſſa le Voleur lui - même , lui mit le
genou ſur le ventre , & lui arracha un ſecond
piſtolet qu'il tâchoit d'armer ; alors le jeune
homme entierement maître du ſcelerat , qu'il
tenoit ſous lui , éleva la voix en appellant du
ſecours pour le garroter, mais le Voleur lui demanda
grace , & le ſuppliade ne pas le livrer à la
Juſtice, ajoutant que le beſoin urgent où il ſe
trouvoit , l'avoit feul obligé de recourir depuis
deux jours à un métier auſſi infâme ; enfin qu'il
n'avoit pas un ſol pour ſe rendre à Angoulême
où il avoit des parens , &c. Le jeune homme ,
touché de ſon repentir & de fon récit , lui óta
fon couteau qu'il jetta dans une vigne voifine ,
pour lui ôter tout moyen de lui nuice , le laiſſa
relever , & lui pardonna , ajoutant à cela un écu
de fix francs , ( qui étoit , je penſe , à peu près
tout ce qu'il avoit alors dans ſa poche ) , il l'ex-
1
( 135 )
horta enſuite fortement à partir tout de ſuite
pour Angoulême , & à être honnête homme à
l'avenir.
J'arrivai ſur la place où cela venoit de ſe paſſer
, dans l'inſtant que ce malheureux s'éloignot ;
& l'agitation où je voyois le jeune homme , ainfi
que les cris que j'avois entendus , m'ayant fait
ſoupçonner la vérité , je voulus courir & arréter
le voleur , mais le premier m'en empêcha , difant
qu'il lui avoit pardonné ; & me fit enſuite
le détail de l'affaire , tel que vous venez de
le lire. Les piſtolets & le couteau que nous
retrouvâmes me firent voir qu'il ne m'en
iampoſoit pas : ce brave & généreux jeune homme
ne voulut abſolument pas medire ſon nom ,
& ſe refuſa à l'invitation que je lui fis de venir
fouper chez moi , mais le haſard me l'ayant fait
rencontrer à la Bourte deux jours après , j'ai fu
qu'il ſe nommoit M. Roux , qu'il étoit Suiffe &
du canton deBerne , &c. & c.
د
Il paroît une Ordonnance de S. M. , concernant
les, claſſes de la Marine , dont le
diſpoſitif doit intéreſſer un grand nombre
de nos lecteurs . Elle eſt diviſée en 18 titres .
Le premier regle la diviſion générale de toute
l'étendue des côtes du Royaume en fix départemens
divités en quartiers , & ces quartiers fousdiviſés
en ſyndicats. Chaque département eft attaché
àun destrois grands Ports,& particulièrement
deſtiné à fournir les Matelots & les Ouvriers néceffaires
aux armemens & aux travaux de ce Port .
Letitre 2 a pour objet les Officiers prépotés à
l'adminiſtration des Claſſes ; ſavoir, un Inſpecteurgénéral,
auquel feront ſubordonnés quatre Inſpecteurs
particuliers attachés àdes diſtricts déterminés;
ceux- ci auront ſous leurs ordres des Chefs
(136 )
des Claſſes préposés chacun à un arrondiflement
compofé de pluſieurs quartiers ;& ces Chefs feront
aidés dans leurs fonctions par un Officier attaché à
Varrondiſſement : un Commiſſaire des Claſſes ſera
établidans chaque quartier , &un Syndic des gens
de mer dans chaque fyndicat.
Les titres 3,4,5,6,7 & 8 , reglent les fonctions
des Inſpecteurs , Chefs des Claſſes, Officiers
attachés ,Commiſſaires & Syndics , en déterminant&
diftinguant avec préciſion les pouvoirs &
P'autorité de chacun d'eux.
Letitre9 regle cequi concerne les Tréſoriers
déjaétablisdans les quartiers par l'Ordonnance du
Fer. Juin 1782 , avant laquelle les Commiſſaires
étoient chargés de la Caifle.
Titre ro, du claſſement. Les anciennes Ordonnances
n'avoient établi que d'une maniere générale
les motifs qui doivent faire confidérer un
homme comme claffé ,& aſſujetti au ſervice de la
Marine ; ce titre les détermine exactement & de
maniere á s'aſſurer que ceux qui auront choifi
volontairement les profeſſions relatives à la Marine
, & qui les exercent , feront ſeuls foumis à
cette obligation , & qu'aucun d'eux auſſi ne
pourra s'y ſouſtraire ; S. M. accorde même des
délais avant le claſſement , des temps d'épreuve à
ceux qui veulent eſſayer ces profeſſions , & des
moyens d'obtenir le déclaſſement à ceux qui veulenty
renoncer.
Le titre 11 , des devoirs des gens claſſés &de
la police des claffes , réduit cette police à ce qui
eſt abſolument néceſſaire pour la sûreté du ſervice,
c'est- à-dire , aux moyens de ſuivre les mou-
-vemens des Matelots & de les trouver , lorſqu'on
aura beſoin de les employer , en laiſſant à tous
ceux qui ne feront pas lévés pour la Marine , la
plus entiere liberté de s'occuper à la navigation
marchande & à la pêche .
( 137 )
Titre 12 , des levées. L'Ordonnance de 1689
avoit diviſé les Matelots en plufieurs claſſes , pour
fervir alternativement ; cet ordre n'étoit pas ſuivi
depuis longtemps , & ne pouvoit plus l'être ; on
n'y avoit rien ſubſtitué. Ce titre établit un tour
de rôle régulier ; accorde des avantages aux peres
de famille & aux gens mariés ; permet des ſubſtitutionsdanscertains
eas ; regle les motifs d'exemp
tion,&détermine la formedes levées ; en ſorie
qu'il ne pourrayavoir rien d'arbitraire à cet égard,
&que chaque ſyndicat fournira toujours propor
zionnellementau nombre d'hommes qu'il contient.
Titre 13, de la conduite . Les Matelots & Ouvriers
levés avoient été juſques à préſent envoyés
ſéparément & fans ordre dans les ports , en forte
qu'on n'étoit jamais certain d'avoir tous les hommes
levés ,bien moins encore de les rafſembler au
moment où ils étoient néceſſaires ; cedéfordre ,
quiaproduit les plus grands inconvéniens pendant
la derniere guerre , & retardé des armemens , eft
corrigé par les diſpoſitions de ce titre , qui ordonne
que les levées de chaque quartier feront
réunies en troupes ,& fe rendront au lieu de leur
deftination ſous la conduite d'un Officier ; que les
logemens leur feront donnés ſur la route comme à
toutes les troupes en marche , & qu'il leur ſera
fourni des voitures pour letranſport des hardes :
ceRéglement concilie ainſi l'avantage des Mate
lots avec l'exactitude & la sûreté du ſervice.
Letitre 14, desGens de mer employés au com
merce , regle ce qui concerne les armemens des
Navires marchands , les obligations refpectives des
Capitaines de ces Navires & de leurs Matelots , &
contient pluſieurs diſpoſitions dont l'objet eſt de
prévenir la déſertion.
Le titre 15 ,des Gens horsde ſervice&des Inva-
Lides, détern ine dans un très-granddétail tout co
( 138 )
qui concerne les penfions ou ſoldes de retraite qui
feront accordées aux Matelots Invalides , les motifs
qui leur donneront le droit de les obtenir , &
la valeur de ces penſions proportionnelles aux
grades & aux ſervices ,& regle la maniere de les
diſtribuer par un état général divité en pluſieurs
clafies , ſuivant les divers motifs , & qui tera arrêté
à la fin de chaque année.
Titre 16 , des à- comptes. S. M. voulant pourvoir
à la ſubſiſtance des Matelots employés à ſon
ſervice , ordonne de payer par à- comptes pendant
leur abſence , le tiers de leurs ſalaires aux perſonnes
qu'ils auront déſignées lors des levées , indépendamment
des à comptes qui leur feront donnés
à eux mêmes en hardes pendant les campagnes.
Le titre 17 accorde des gratifications aux familles
des Gens de mer morts au ſervice de S. M.
ou tués ſur les Corſaires , & regle ces gratifica
tions.
Le titre 18& dernier , des Déſerteurs , adoucit
la rigueurdes peines prononcées par les anciennes
Ordonnances contre les Matelots déſerteurs , diftingue
les punitions qui leur feront infligées , fuivant
qu'ils ſe ſeront rendus plus ou moins coupables
, & regle tout ce qui eſt relatifà la déſertion
des Navires marchands.
Dans l'inſtant nous apprenons que M.
B'anchard , accompagné du Docteur Jefferies
, a traverſé la Manche ſur l'aîle des vents
& dans fon Ballon, & qu'il eſt deſcendu
Vendredi dernier , à 4 heures & demie , à 3
lieues de Boulogne.
PROVINCES UNIES.
LA HAYE , le 7 Janvier.
M. de Waſſenaër de Staremberg , Am- '
baſſadeur extraordinaire de LL. HH. PP.
( 139 )
1
auprès de la Cour de Ruffie , vient d'être
tappellé.
On parle d'un voyage que doit faire le
Prince d'Orange à Breda , où il tiendra un
Quartier général. Ce voyage , fubordonné
àpluſieurs circonstances imprévues , eſt , diton,
fixé à la fin de Février.
Le Mémoire remis par M. de Kalicheff,
Miniſtre de Ruffie au Préſident des Etats-
Généraux , & dont nous avons indiqué
l'objet , porte en ſubſtance.
Toutes les démarches de l'Impératrice , depuis
le commencement de ſon Regne , ayant toujours
été dirigées par l'amour de la paix & de la tranquillité
générale , S. M. I. ne fauroit voir avec
indifférence la ſituation fâcheuſe dans laquelle la
République ſe trouve de nouveau plongée.
Elle ne diſſimule point à LL. HH, PP. ſes ſentimens
pour S. M. l'Empereur des Romains , fon
ami & fon allié : Elle a auffi manifesté en tant
d'occaſions l'intérêt qu'Elle n'a jamais diſcontinué
de prendre au bonheur de la République , que
LL. HH. PP. ne peuvent enviſager que comme
une ſuite de ces diſpoſitions le regret avec lequel
S. M. I. a vu tout d'un coup interrompre les Négociations
amiables par des voies de fait qui ſemblent
ne laiſſer à l'Empereur d'autre parti à ſuivre
que celui que lui dicte le ſoin de ſa dignité compromiſe
à la face de toute l'Europe .
L'Impératrice guidée par la perfuafion de faire
une choſe agréable à la République , & defirant
prévenir des ſuites qui pourroient affecter le repos
général de l'Europe , a ordonné au Soufſigné ,
M. de Kalitchoff, d'inviter LL. HH. PP. de vouloir
bien, tandis qu'il en eſt temps encore , aviſer
auxmoyens que leur ſageſſe leur ſuggérera , pour
( 140 )
Ouvrir derechef les voies aux Négociations qui,
viennent d'être interrompues ſi malheureuſemente
&obvier par là aux progrès d'une méfintelligenc .
qui menacede dégénérer dans une guerre ouverte
Les conſidérations du bien-être de la République
, attaché à laconſervation de la paix d'un
côté ,& de l'autre les fentimens pacifiques que
S. M. l'Empereur atoujours fait paroître,&dont
il ne ſe départira qu'àla derniere extrémité , ne
laiſſent aucun doute à l'Impératrice que LL. HH.
PP., en donnantà ſes invitations , dictées par les
motifs les plus purs & les plus reſpectables ,le dégré
d'attention &d'égard qu'elles méritent , ne
prennentune réſolution digne de leur prévoyance,
&telle enfin qu'il en puiſſe réſulter un arrange
ment Glutaire & utile aux deux Parties .
Les Etats-Généraux ont répondu à cette note:
Ils témoignent dans cette réponſe leur ſenſibilité
aux exhortations amicales de l'Impératrice ,
rappellant en les juſtifiant, les actes qui ont eu lieu
fur l'Eſcaut , ainſi que la rupture des Négociaions
, par le rappel de l'Ambaſſadeur Impérial ,
& finiffent par exprimer leur defir de la repren
dre , mais de maniere à ce que les droits & pref
fions incontestables de la République foient confervés
avec la paix.
Au miken des préparatifs militaires qui ſe
font ici &chez nos voiſins, on évite toute
hoftilité réciproque. Nos vaiſſeaux mouillent
à Triefte fans étreinquiétés. Le convoi
d'artillerie , forti de Breda pour Berg- op-
Zoom , auroit pu être furpris par les Autrichiens
: le Prince de Ligne avoit même , à
ce qu'on dit ici, fait quelques difpofrions ,
àcet effet , lorſqu'une défenſe du Gouver
( 141 )
nement de Bruxelles les a rendues inutiles.
Le Dragon déſerteur du Régiment d'Arberg
, accuté d'un aſſaffinat , & réfugié à
Maſtricht , a été mis en liberté le jour de
Noël , après quelques ſemaines de détention.
Il s'eſt engagé dans un Corps -Franc ,
levé pour le ſervice de la République.
Vendredi dernier , nous avons perdu le
Général Major Martfeld , Chef des Ingénieurs
,& univerſellement regretté.
Le Duc de Mecklenbourg-Strelitz a offert au
Rhingrave de Salm , pour le Service de la République
, un Corps de mille hommes , moyennans
qu'en temps de paix , il reſte ſur l'état
de la République , quoique ſéjournant dans le
Duché de Mecklenbourg , & que le Prince tire
un ſubſide permanent pour cet objet. Le Rhingravede
Salm penſe qu'on obtiendroit les mêmes
conditions du Comte de la Lippe- Buckenbourg",
& peut- être d'autres Princes d'Allemagne. Le
Stathouder , ayant fait part de ces propoſitions
aux Etats-Généraux , LL. HH. PP. les ont foumiſes
à la décifion des Provinces.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort , à Amſterdam , dix mille treis cens
&une perſonnes , par conséquent , onze cens
& cinquante de plus qu'en l'année 1783 , dont
le nombre montoit à neuf mille cent quarantequatre.
Oncompte auſſi qu'il y a eu pendant la même
année , à la Maiſon de Ville , 1222 Mariages
proclamés , & 757 Mariages célébrés ; le nombre
des Mariages dans les Egliſes Réformées ſe monte
àmille ſept cens quatre-ving-dix.
Pendant l'année derniere, il eſt entré , dans
le Port du Texel , 1534 Navires.
( 142 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 10 Janvier.
Notre Gouvernement vient de publier au
nom de S. M. I. un Acte d'amniſtie en faveur
de tous les déſerteurs , uniquement
coupables d'avoir abandonné les drapeaux.
Ce pardon aura ſon effet pour tous les foldats
qui rentreront au ſervice depuis le premier
de 1785 , juſqu'au mois d'Avril de la
même année. Ceux même devenus incapables
du ſervice militaire , feront compris
dans cette amniſtie , en revenant aux Pays-
Bas.
Les équipages de l'Empereur font attendus
ici d'un jour à l'autre , ainſi que la premiere
colonne des troupes en marche pour
es Pays-Bas. Le Régiment de Bender eſt
arrivé à Malines , & nous apprenons de Cologne
, que les régimens de Wurmfer &
d'Eftherazy , Huſſards , font arrivés à Deutz
fur le Rhin , le 30 du mois dernier.
CC Le Général des Pontonniers Autrichiens ,
>> écrit- on de Namur , le 15 du mois dernier , eſt
arrivé hier dans cette ville à 11 heures du ſoir.
>> Depuis ce moment , tout eſt en mouvement ,
> malgré la grande quantité de neige qui vient
>> de tomber. Les Officiers du Bailliage ſe ſont
>> tranſportés dans la forêt de Marlaque , poury
> faire couper le bois néceſſaire pour la conftruc-
» tion de 2 jo pontons ; àcet effeett,, la maisonde
>> campagne de Progondville ſervira de chantier.
1
( 143 )
Du côté de la porte de Fer, plus de 200 ouvriers
travaillent ſans relâche á faire des fafcines .
>> On continue d'établir des magaſinsde toute
« eſpece. Deux cens mille liv. de balles à moulquet
& 100 mille liv. de poudre à canon ont été
>> tranſportées de Luxembourg par cette ville .
>> Nous ſommes ici dénués de garniſon.
>> L'Ingénieur du Brono eft arrivé à Namur ;
>> on répare ſous ſa direction tous les grands chemins
.
On travaille ſans relâche à la formation
des magaſins à Tournay & à Mons. Dans
cette derniere ville , on a même employé
quelques Egliſes à cet uſage.
Il eſt entré pendant l'année derniere 1784 ,
dans le port d'Oſtende , 1309 navires .
Articles divers tirés des Papiers Anglois & autres.
Le dernier Ouvrage publié par M. l'Abbé de
Mably , fur les Conſtitutions des Etats -Unis de
l'Amérique , a révolté les Américains contre cet
eſtimable Ecrivain. Dans pluſieurs Etats , on l'a
pendu en effigie , comme ennemi de la liberté & de
la tolérance ,& ſon Livre a été traîné dans la boue-
Ce traitementqui pourra paroître plus honteux en.
core pour ceux qui l'ont infligé,que pour celui qui
en eſt l'objet, prouve du moins que les Américains
n'aiment pas qu'on leur donne des avis.
On recrute avec la plus grande activité dans les
fauxbourgs de Vienne; &plus de 200 Perruquiers
ont été enrôlés . On aſſure que des 80 mille Ruffes
qui ſe trouvoient ſurles frontieres de la Pologne ,
30mille ſe ſontdéja avancés dans la Pologne Av.
trichienne. [Gazette de Deux-Ponts , numéro 1. ]
LeGénéral de Maaldam,Gouverneur deBreda,
:
( 144 )
érant venu contre toute attente àla Haye, dans le
tems qu'on eût cru qu'il attendoit l'arrivée des fufee
ditestroupes, on ne fauroit que penſer de cette apparition
inopinée. ( Idem. )
On dit à Vienne qu'il eſt queſtion d'envoyer
40,000 hommes du côté de l'Alface , pour y obfer
ver l'arméeFrançoise. [ Nouv. d'Allemag.n°.CCIV.
La Ruffie doit avoir offert ſes forces de mer à
l'Empereur ; on dit même qu'elle a fait remettre
une note au Roi de Pruſſe , dans laquelle eile dé
clare que , vû la juſtice desprétentions de l'Empereur,
ellel'aſſiſteroit de toutes ſes forces. [Gazette
d'Erlang, Nouvelliſte d'Allemagne . ]
M. de Bougainville ayant été fait priſonnier à la
priſe de Quebec , s'embarqua pour l'Europe a bord
d'untranfpert, commandé par un Ecoffis , nommé
Chriftie. Peu de jours après avoir mis a la voile, le
bâtiment fit naufrage ſurunepartie déſerte des côtes
de la Nouvelle-Ecoffe. Tout l'équipage eut le
bonheur de gagner le rivage ; mais avec fort peu de
provifions. Dans lecours de leurvoyage pour retourner
à Quebec , ils furent réduits à la cruelle
néceffité , n'ayant plus de comeſtibles , de tirer au
fort pour voir celuiqui ſeroit mis à mort , afin de
prolonger la vie des autres. Le Capitaine Chriftie,
avec une éloquence quiauroit fait honneur au plus
grandOrateur,détermina ſes camarades affamés à
excuferM. deBougainville de courir les riſques du
hafard; car, ajouta t-il ,fi le lot fatal tomboitJur
>> lui , tout ce que nous pourrions dire àses compatriotes
ne les diffuaderoit point que nous ne l'ayons af-
>>faffiné. » En conséquence , on diſpenſa M. de
Bougainville , à trois différentes repriſes , de tirer
au fort; car les malheureux qui formoientl'équipage
du bâtiment , ſe virent obligés autant de fois
d'avoir recours a ce terrible expédient pour ſubſiſter.
[Gazette d'Utrech , numéro 105. ]
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 JANVIER 1785.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
RÉPONSE à toutes les Réponses que l'on
m'a faites au sujet de la Harpie.
QUAUANNDDJj'oſai peindre laHarpie,
Ma Muſe me diſoit tout bas :
Femme douce , aimable & jolie ,
Te ſourit& ne t'en veut pas.
Celle qui ſe croit offenſée
Affiche un courroux indiſcret;
Que t'importe ſi l'inſenſée
Prend un tableau pour un portrait ?
(Par M. Hoffman. )
Nº. 4 , 22 Janvier 1785 . G
146 MERCURE
RÉPONSE à M. HOFFMAN.
UN
N mince Auteur de minces épigrammes ,
Où dans dıx vers il fait loger l'ennui ,
Pour qu'une fois on s'occupe de lui ,
Vient à Paris calomnier les Dames .
Petit méchant , ceſſez de nous noircir ;
Je gagerois qu'aucune de nos femmes
Ne vous a fait l'honneur de vous hair.
(Par lui-même. )
Autre par lui -même encore.
L'A'AUUTTEEUURR de la méchanceté
Qu'on imprima contre les Dames ,
En fut fans doute inaltraité ,
Témoins les Muſes ,qui ſont femmes. *
CHANSON.
AIR : Ce fut par la faute du fort.
Tof ſeule , jeune &belle Églé ,
Aux refus ſais donner des grâces ;
t
* Note du Rédacteur . Pluſieurs Dames ayant exigé de
M. Hoffman une Épigramme contre lui-même, en expiation
de celle de la Harpie , il fit les deux qu'on
vient de lire ; c'eſt lui-même qui nous a priés de les rendre
publiques.
DE FRANCE. 147
La ſageſſe & la volupté
Ne s'accordent que ſur tes traces ;
Sans effaroucher les defirs ,
Tu fais faire aimer l'innocence ;
Tu fais enchaîner les plaifirs
Sans les noeuds de la jouiſſance.
DE L'AMOUR , ton ſouris touchant
Captive les goûts infidèles ;
A tes genoux ce tendre Enfant
Semble ignorer qu'il a des aîles;
Soumis pour la première fois ,
Il chérit ton heureux empire ;
Aux autres il donne des loix ,
Et près de toi ſeule il ſoupire.
ÉCLÉ , ce triomphe eſt plus beau ,
Mais est moins doux qu'une défaite :
Laiffe cet efclave nouveau
Dans ton coeur choihr ſa retraite :
Faite pour fixer tous les yeux ,
On doit aimer quand on fait plaire ;
De l'Amour ſi tu crains les feux ,
Pourquoi reffembler à ſa mère ?
(Par M. Richard , de la Flecke.)
Gij
48 MERCURE
VERS pour la Pyramide projettée par le
Corps Municipal de Calais , à la gloire de
MM. BLANCHARD & GEFFERIES.
AUTUATANNTT que le François , l'Anglois fut intrépide;
Tous les deux ont plané juſqu'au plus haut des airs ;
Tous les deux , ſans navire , ont traverſé les mers :
Mais la France a produit l'Inventeur * & le Guide.
(Par M. de la Place , Citoyen de Calais. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Tic- Tac ; celui
de l'Enigme eſt Montre; celui du Logogryphe
eſt Charité , où l'on trouve chat ,
Tir, ah, eh , thé , Cité , Rhé , char , cri ,
archet , air.
MON
CHARADE.
On premier , pour bien des maris ,
Eſt un ſujet de perfifflage ;
Des vers que j'adreſſe à Cloris
Mon ſecond a tout l'avantage ;
* Le célèbre Montgolfier , Inventeur de l'Aréoſtar.
DE FRANCE.
149
Mon tout , Lecteur , eſt au village
Cequ'un orcheſtre eſt à Paris.
(ParM. le Vicomte de Mélignan. )
ÉNIGME.
JE fuis , quoique piquant , le favori d'Iris ;
De ſes fréquens baiſers pas un ſeul ne me touche ;
Je ne mange jamais ; vous ferez donc ſurpris
Que je prenne le pain & l'ôte de ſa bouche.
(Par M. Bouvet , à Gifors . )
LOGOGRYPH Ε.
L''AAAIIRR eſt mon élément ,
Ou , pour parler plus clairement ,
Je ſuis un être allé. Cinq pieds font ma meſure ,
On tu dois ſans efforts trouver à l'aventure
Le mois chéri de Flore ; un fleuve bienfaiſant;
Une ville opulente au nouveau continent ;
Ce que l'on fait toujours lorſque l'on veut médire.
Je finis , auſſi bien je n'ai plus rien à dire .
(Par M. Berthier , Officier au Rég. de Picardie. )
Giit
150 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES d'un Cultivateur Américain ,
écrites à W. S. Ecuyer , depuis l'année
1770 jusqu'à 1781 , traduites de l'Anglois
par ***, A Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente.
:
LE titre ſeul de cet Ouvrage en promet
un intéreſſant , puiſque c'eſt un Livre fur
l'Amérique , par un Américain. I ne faut
plus entendre par l'Amérique , comme
Tobſerve l'Auteur , ni nos Iles à fucre , ni
les contrées qui fourniſſent de l'or aux deux
Mondes. La véritable Amérique eſt ce vaſte
continent qui a commencé le dernier à ſe
peupler , qui s'eſt peuplé des victimes de la
perfécution religieuſe & de l'oppreffion civile
chez tous les peuples , qui s'eſt formé
aux vertus , en plaçant toutes les eſpérances
dans l'Agriculture ; qui a été préparé à une
bonne civiliſation par l'influence du plus
étonnant Gouvernement de l'Europe ; car
l'Angleterre, aura la gloire d'avoir créé des
peuples dignes de fecouer ſon joug , lors
même qu'elle eſſuyera le reproche de les
avoir forcés à l'indépendance , par l'oubli de
ſes propres maximes. Là , les anciens crimes
de l'Europe dans le nouveau Monde , s'expient
par la plus religieuſe pratique de l'hu
DEE FRANCE. 151
manité&de la tolérance , ſi le comble de la
barbarie & de l'injuſtice peut jamais s'expier.
Là, les plus prodigieux accroiffemens de la
population réparent un peu la plus horrible
dévaſtation. Là , à chaque inſtant des pas
d'hommes s'impriment pour la première
fois dans les éternelles ſolitudes de la nature ,
où l'homme , en avançant fans ceffe dans fon
immenſe domaine , le voit fans celſe ſe reculer
& s'étendre. Là , toute l'énergie de la
Nature brutte s'offre en contraſte avec la
vigueur des ſociétés naiſſantes. Les Nations
qui ont pris poffeffion de ces contrées , font
par intérêt autant que par inclination , amies
du monde entier; leur proſpérité eſt dans
le nombre des citoyens qu'elles acquièrent
chaque année , leur gloire dans leurs bienfaits
pour tous ceux qui cherchent des ſecours&
un aſyle. Ailleurs , les Européens
arrivent pour s'enrichir ; & ils n'apportent
que les vices de la cupidité. Ici , ils viennent
acquérir par le travail une douce & libre
fubliſtance; & ils prennent toutes les vertus
qui tiennent aux exercices du corps & à la
modération de l'âme. Ailleurs , les Européens
ne ſe repoſent jamais dans leur première
fortune , toujours impatiens d'une
plus grande , parce qu'ils tournent inceffamment
leurs penſées & leurs deſirs vers leur
ancienne patrie. Ici , ils prennent par goût ,
par habitude , par néceſſiré , les principes &
les moeurs d'un pays où ils viennent vivre &
mourir. Aufſi vous y voyez des peuples qui
Giv
112 . MERCURE
:
ont une phyſonomie à eux , le caractère de
leur ſituation naturelle & politique ; & ce
caractère est tout ce qu'on peut deſirer de
meilleur. Remarquons l'heureuſe ſingularité
qui diſtingue ces peuples. Dans un état de
ſociété où tout ſent la naiſſance des chofes ,
ils ont déjà la maturité des vieilles Nations.
Une ſorte de perfection caractériſe leur origine.
Ils ont encore pour la plupart des
moeurs pures & fimples ; & déjà tous les
Arts utiles& la Philofophie même fleuriffent
parmi eux. Tout ce qui eſt bon naît chez
eux de lui-même. Tout ce que nous avons
d'utile & de malfaiſant tout enſemble , s'y
épure. Tout croît & ſe développe chez eux
dans un ordre particulier. Ils ont des bibliothèques
publiques & point de théâtres. Ils
ont de grands Écrivains en politique , d'excellens
Législateuts; & ils commencent feulement
à avoir des Poëtes. * Les plus riches
*Cette obſervation n'eſt pas plus un éloge qu'une
critique; il étoit naturel que des peuples pareils commençaſſent
par la raiſon plutôt que par l'imaginatien.
Voici le moment pour eux de s'illuftrer par la
poéfie; elle est faite pour les temps du bonheur &
de la gloire , & elle peut s'allier avec les moeurs
comme avec la corruption ; la conquête de leur
liberté ſera pour les Américains ce que la conquête
de Troye fut pour les Grecs. Elle vient déjà d'être
chantée par un des Guerriers qui y a concouru . M. le
Colonel Hamfriſe vient de publier fur ce ſujet un
petit Foëme plein de verve &de ſenſibilité , & on en
annonce un plus conſidérable qui s'achève.
DEFRANCE. 153
Y
Colons, parmi eux , conduisent la charrue
de leurs mains ;& les plus pauvres connoiffent
les inventions de l'Europe dans l'agriculture
, & s'inſtruiſent dans la ſcience du
Gouvernement. Ce ne font pas quelques hommes
ſupérieurs & rares qui leur ont tracé
leurs Loix & leurs Conſtitutions; ils les ont
reçues & délibérées eux- mêmes dans leurs
Alfemblées Nationales ; & jamais les droits
de l'homme & du citoyen n'avoient été ni ſi
bien poſés , ni fi bien éclaircis. Voilà la véritable
Amérique. Un grand événement qui
vient de s'y achever, donne encore à ces peuples
la prééminence de ce titre. Ils viennent
de conquérir leur liberté. Deſormais l'Amérique,
comme avant ſa dévaſtation , va pofſéder
des hommes indigènes. Le ſol qu'ils
foulent eſt à eux ; ils n'ont plus de loix que
celles qu'ils ſe ſont données eux mêmes.
Du haut de leurs côtes , en contemplant
cette mer , qui , pendant tant de ſiècles ,
avoit empêché les deux hémisphères de s'entrevoir,
même par la penſée, ils peuvent mêler
l'orgueil de l'indépendance civile aux doux
mouvemens de la bienveillance fraternelle.
Quoique cet événement nous ait vivement
frappés , il me ſemble que nous n'en recevons
pas encore toutes les idées qu'il eſt fait
pour infpirer. Depuis la découverte de Colomb,
il ne s'eſt rien paſſe de plus important
dans tout le genre humain. C'eſt à ce mo
ment qu'on reconnoît bien cette deſtinée
Gv
154 MERCURE
éternelle , qui tranſporte inceſſamment la
gloire & le bonheur des Nations d'une zone
à une autre , qui fait que tout naît & profpère
dans un lieu , tandis que tout s'ufe &
périt dans un autre. Si l'ancienne Egypte ,
encore fameuſe par une civiliſation qui a
préſidé à celle des autres pays , eut , comme
on le dit , de véritables ſages , des hommes
capables de lire dans les événemens préfens
le fort futur des peuples , quelles durent
être leurs penfées , lorſqu'ils virent toutes
les Nations de la Grèce ſecouer le joug des
tyrans , organifer leurs fociétés par de belles
loix , adopter les moeurs de l'heroïfme, ouvrir
enfin ces beaux ſiècles qu'ils ont remplis
de l'éclat de leurs talens & de leurs vertus !
des eſpérances auſſi grandes peuvent entrer
dans l'âme de ceux qui méditent la révolution
qui vient de s'accomplir fous nos yeux.
Il eſt beau , il eſt doux d'aſſiſfter à Porigine
des grandes choſes. Heureux les hommes
d'aujourd'hui qui verront finir le ſiècle qui
s'écoule, ſans ſe ſentir conduits eux-mêmes au
terme de leur décadence ! le ſiècle ſuivant
leur promet un noble ſpectacle. Voilà d'un
côté la démocratie, preſque bannie du monde
ancien , qui renaît dans le nouveau . Voilà de
l'autre toutes les connoiſſancesdes générations
accumulées qui s'y tranſplantent. Que doitil
réſulter de ce mêlange ? Est-ce l'augufte
caractère des moeurs libres ? eſt-ce la magnificence
de la civiliſation corrompue qui préDE
FRANCE.
155
2
vaudra ? C'eſt ce qu'on ne peut encore dé
cider. Mais c'eſt au moins le moment de
faire des voeux ardens pour que l'Amerique
choififfe la véritable grandeur , & qu'eile
renouvelle les plus beaux temps du genre
humain. -
Elle est donc bien intéreſſante à étudier
dans ce moment ; les Loix qu'elle s'eſt deja
données ont obtenu une grande attention ;
&il importe qu'elles faffent beaucoup écrite .*
Mais on ne peut ni bien entendre celles qui
exiftent , ni indiquer celles qu'il convient
d'établit , ſi l'on n'eſt bien inſtruit des moeurs
de ces pays ; & c'eſt là l'objet & le merite
particulier du Livre que j'annonce .
Dans l'un des volumes qui compofent
l'Ouvrage , l'Aureur nous donne une defcription
de chacun des États - Unis. D'autres
ſe ſont arrêtés ſur ces objets en Po-
* Le voeu que je forme ici commence à ſe remplir
d'une manière bien diftinguée. Il paroît dans ce
moment deux Ouvrages aufli utiles qu'intéreſſans fur
les Conftitutions des États- Unis ; l'un eſt les Obfervations
de M. l'Abbé de Mably ; l'autre , celles du
Dofteur Prece. Dans ces dernières , est une Lettre
digne de l'âme & du génie d'un des plus grands
Hommes qui ayent paru dans notre Nation. Je
connois auſſi une autre Lettre fur ce ſujet , pleine de
grandes vûes & des meilleurs principes. Elle est d'un
de nos Jurifconfultes les plus reſpectés . J'oſe l'inviter
ici à la rendre publique. On attend aufli un Diſcours
far l'ordre de Cincinatus , par un homme d'un talent
célèbre.
Gvj
156 MERCURE
litiques qui examinent la puiſſance relative
, les reffources du territoire , balancent
les avantages & les inconvéniens du
Gouvernement. Notre Auteur prétend à
moins de gloire , & cherche une autre efpèce
d'utilite. Il examine auſſi le commerce ,
la population , les religions de chaque pays ;
mais il ne juge rien ; il dit ce qu'il a appris
en parcourant les lieux , très-ſouvent ce qu'il
a vû lui-même. Il quitte volontiers les villes
pour ſe répandre dans les campagnes , qui
là , par la prépondérance civile , comme
pour l'utilité réelle , font eſſentiellement la
patrie. Il entre dans les plus fimples habitations
, dans les fabriques , les atteliers les
moins renominés , voyageant à pied , à la
manière des anciens ſages , recevant l'hofpitalité
, & laiſſant des amis par-tout où
quelqu'objet l'arrête. Il nous fait connoître
combien l'agriculture & l'induſtrie ſont déjà
actives & créatrices dans ces lieux . Mais il
eft le Poëte de l'Amérique , comme il en eft
'Hiſtorien. Son âme ſenſible, ſon imagination
ardente ſe ſaiſiffent de toutes les ſcènes
qui le frappent & l'émeuvent. Tantôt il
nous offre le tableau de l'Européen , qui a
déjà mérité , & qui recueille déjà tout le
bonheur propre à ſa nouvelle patrie ; il nous
montre un vaſte domaine défriché en dix
ans l'opulence champêtre raſſemblée autour
d'une bonne maiſon , qui a commencé par
être une cabane d'écorce de bois ; une nombreuſe
famille bien gaie&bien laborieuſe ,
DE FRANCE. 157
où il n'eſt pas aiſe de diſtinguer les domeftiques
des enfans , la femine douce & économe
, ſans qui rien n'eut proſpéré , & par
qui tout le monde est content , des fils , des
filles qu'il faut pourvoir , & qui reçoivent
pour dot un terrein plus enfoncé dans les
bois, les premiers ſecours de l'agriculture &
l'exemple de leur père. Ailleurs , il nous repréſente
le pauvre qui manquoit d'un toit ,
d'un vêtement , dont le rigoureux travail lui
obtenoit à peine le pain de la journée , arrivant
dans cet aſyle de toutes les Nations , de
toutes les Religions; il nous trace les progrès
de ſa petite fortune , ou , pour employer
une expreffion plus convenable , de ſon établiſſement
: d'abord il eſt obligé d'amaſſer
un petit pécule , d'apprendre les Arts da
pays, d'y mériter l'eſtime & la confiance ,
en travaillant pour les autres. Mais bientôt
il poſsède plus de terres que le Seigneur du
village où il étoit né; de ſerf qu'il s'eſt vû ,
il ſe voit franc-tenancier ; ne craignant plus
les impôts & les ſervitudes: il dit avec un
doux orgueil: Mes moiſſons & ma maison ; &
s'il fort de ſes champs , ce n'eſt plus pour
alier livrer la récolte des grains qu'il a ſemés ,
c'eſt pour faire enregiſtrer les noms de ſes
nouveaux enfans dans les archives de la
Comté, & pour voter lui-même dans les
affaires publiques. A côté de ces hommes
touchans par leur bonheur , il place des
hommes ſouvent fublimes , toujours refpectables
: ee Jean Bertrand , digne que les
rs 8 MERCURE
voyageurs ſe détournent pour voir réunis en
hui les vertus patriarchales & le génie de nos
fciences; cet Antoine Benelet , ce Millionnaire
de l'humanité , qui quirta pendant pluſieurs
années ſes foyers & fes enfans pour
aller prêcher à toute ſa Secte l'affranchiffement
des Negres , & qui , plus heureux
que le ſage Las - Caſas dans ſes ſupplica- .
tions pour les Indiens , n'a pas défendu en
vain cette belle caufe; ce bon Walter Miflin
, autre digne membre de la fociété des
amis, autre apôtre de paix & de douceur, qui
s'en. va , à travers tous les dangers de la
guerre , ſommes les deux Généraux des Armées
ennemies , au nom de l'humanité &
de la Religion , d'épargner , autant qu'ils le
pourront, l'effufion du ſang humain ; ce ſenfible
& reconnoiffant Martin , qui adopte ,
par une cérémonie folemnelle , le fils du
Sauvage qui lui a retrouvéſon enfant. Mais ,
hélas ! dans quel pays ne rencontre- t'on pas
des malheurs &des crimes ! & combien furtout
la guerre civile en amène ! L'Auteur a
vû , a éprouvé des choſes qui font frémir.
On ſent ici que fon âme a beſoin de foulager
une profonde douleur , une vive indignation.
Il nous repréſente l'habitant des
frontières attendant de moment en moment
l'arrivéede ces hommes, qui ont accepté pour
devoir de mettre tout un pays à feu & à
fang. Il nous le montre ſe relevant d'effroi
au milieu des nuits , & quelquefois defirant
que fon heure ſoit venue , afin d'échapper
DEFRANCE. 159
,
au tourment de l'inquiétude par le courage
du déſeſpoir ; ayant pour toute confolation ,
dans les jours de calme , les larmes de fa
femme , qui le preſſe en filence dans ſes
bas , & les fonges de ſes enfans qui ont vû
Pincendie de la maiſon , & entendu les derniers
cris de leur mère frappée du terrible
caffe-tête. On ſe ſent un peu foulagé de tant
d'horreurs, lorſqu'il nous ouvre la confcience
d'un de ces fatellites féroces , devenu enfin
ſenſible par la terreur na urelle au crime
&cherchant vainement le repos de fon coeur
dans le ſouvenir d'un ſeul acte de c'émence.
Cependant ſes bénédictions viennent fouvent
adoucir ces affreux récits ; il peint des
hommes , il dit des faits qui honorent 1 humanité
, & qu'on ſe félicite de voir arrachés
à un oubli trop ordinaire. C'est la diftinction
particulière des guerres civiles , d'exalter la
pature humaine dans le bien comme dans le
mal. Au milieu de ces événemens , de ces
ſcènes contraires , il fait ſouvent parler &
agir deux eſpèces d'hommes , qui méritent
un intérêt particulier , les Nègres & les Sauvages
: on les voit toujours mêlés aux vertus
& aux vices qu'il décrit , & y confervant des
caractères qui ne font qu'à eux . Mais il eſt
un perſonnage que l'on cherche ſans ceffe &
qu'on retrouve toujoursavec unnouveau plaifir,
c'eſt l'Auteur lui-même , c'eft cet homme
d'un caractère ſi ſimple , d'une âme ſi énergique
, d'une vie ſi active , qui ſouvent
n'ayant pas d'aventures plus remarquables à
160 MERCURE
raconter que les ſiennes mêmes , ne connoît
pas plus l'art de ſe cacher dans ſes récits que
l'envie de ſe montrer ; & qui joignant aux
moeurs de l'Amérique la vive imagination
d'un voyageur exercé par des deſtinées trèsdiverſes
, eft par-tout le défenſeur des opprimés
, le confolateur de ceux qui ſouffrent ;
auffi propre à exhorter à la mort l'homme
qu'un arrêt inique envoie à l'échafaud , qu'à
riſquer ſa vie pour celui que ſes ennemis
pourſuivent . Toutes ces ſcènes, où on le voit
lui - même , intéreſſferont particulièrement
un grand nombre de perſonnes qui font devenues
ſes amis ou ſes bienfaiteurs , dans le
féjour qu'il vient de faire en France. En le
retrouvant dans ſon Livre tel qu'ils l'ont
connu , ils ſe ſauront gré d'avoir ſu apprécier
, attirer vers eux, par leurs qualités aimables
, par leurs nobles procédés , un homme
que l'elegance de nos moeurs devoit naturellement
effaroucher. S'ils ont eu le bonheur
de réparer les maux que la guerre lui
avoit faits, il a emporté dans ſon coeur celui
de les mieux connoître , de les chérir , de les
honorer. Il fait éclater dans ce moment ſa
reconnoiſſance de la manière qui convient
le mieux à fon caractère , & qui ne pouvoit
appartenir qu'au pays' qu'il habite ; il inſcrit
leurs noms fur les parties d'un canton qui
s'élève fous ſes yeux , & qui , ſitué fur le
grand chemin de la population , ( j'employe
une expreffion où on le reconnoîtra ) relevera
un jour la gloire de ces noms par ſa
propre célébrité.
DE FRANCE. 161
-
Tels font les droits de cet Ouvrage à une
grande attention du Public. Il faut cependant
prévenir les Lecteurs que s'ils veulent
regarder plus aux formes qu'aux chofes , ce
Livre pourra quelquefois leur déplaire &
même les rebuter. Il est peu d'Ouvrages utiles
& intéreſſans où l'on ſente davantage les
défauts qui tiennent à l'oubli , ou plutôt à
l'ignorance de l'art. Pour excuſer l'Auteur ,
il ſuffit de ſe le repréſenter tel qu'il eſt ; un
jeune François qui s'eſt trouvé en Amérique
à l'âge de 22 ans , qui s'y eſt adonné , non
aux Sciences & aux Arts , mais à un éta blifſement
de culture , qui n'a interrompu ce
genre d'occupations que pour parcourir en
voyageur agriculteur une partie du continent
Américain ; n'ayant jamais écrit que pour
ſe rappeler les choſes qui l'avoient frappé ;
tout-à-coup excité par quelques amis à publier
ſes pensées & ſes ſouvenirs; ayant écrit
d'abord en Anglois , ayant enſuite traduit ſon
Ouvrage, en rapprenant la langue de ſon enfance
; & qu'on voye s'il eſt juſte de demander
à un tel Écrivain de la correction ,
de la méthode , un choix toujours juſte
d'idées & d'expreſſions. Il faut donc lui paffer
de fréquentes répétitions , des réflexions
ſouvent communes , trop de dérails , des détails
trop longs , un ſtyle négligé , ſouvent
bizarre , preſque toujours des termes inufités
, des tournures étrangères. Il eſt d'autres
qualités plus importantes dans un Ouvrage
de la nature de celui-ci , & qui s'y font ſen162
MERCURE
1
tir à chaque inſtant, ce ſont des choſes vraies
& neuves , de la juſteſſe dans les vûes , de
la ſenſibilité &de l'imagination dans le ſtyle ,
un mê ange piquant de l'originalité propre
aux objets & de celle qui n'appartient qu'à
l'Auteur. Comme tous les hommes qui n'ont
que du talent naturel , il n'eſt à ſon aife , il
n'a tous ſes avantages, que lorſqu'il décrit ou
qu'il cède la parole à des perſonnages.On ne
trouve pas dans ſes ſcènes l'art des effets ,
mais une fidélité précieuſe , une naïveté touchante
& refpectable. Il faudroit ſouvent
bien peu de chofes pour leur donner ce charme
entier & continu que les homines d'un
talent cultivé peuvent ſeuls répandre dans
leurs productions . Malgré les défaurs de ce
Livre , je crois que les événemens & les tableaux
qui y font préſentés ne mériteront
pas moins l'attention des Poëtes que celle
des Philofophes. Si les Philofophes ont beſoin
d'objets nouveaux pour étendre leur efprit,
les Poëtes ont beſoin de rajeunir leur
talent par de nouvelles images , de nouvelles
impreſſions. Quel pays plus que l'Amérique
peut maintenant parler à l'âme & émouvoir
limagination ? Son fol préfente , dans le plus
grand des ſpectacles , le plus beau des contraffes
, toute la puiſſance de l'induſtrie humaine
au milien de la majeſté primitive de la
nature ; & fes moeurs réuniffent quelque
choſe de la fimplicité antique aux lumières
& aux créations merveilleuſes de l'eſprit
moderne. Auffi , dans ſon enthousiasme ,
DE FRANCE. 163
l'Auteur va juſqu'à accuſer d'une grande
mépriſe les voyageurs Europeens , qui , au
Tieu de venir contempler en Amérique le germe
primordial des choses , & les progrès d'un
peuple éclairé & nouveau , vont deſſiner en
Italie les monumens de la décadence & les
ruines d'un peuple ancien. Ne feroit-il pas
plus doux & plus noble , s'écrie-t'il dans ſon
Ayle poétique , de venir admirer nos villes
alignées,propres & commerçantes ,que d'aller
vifiter quelque temple ruiné, parmi des
décombres ménacons,& dans des lieux où l'on
ne rencontre plus que le buifſſon du defert ,
t'herbe de lafolitude & lefilence de la dépopulation
? Ceft ainsi qu'il avertit nos Arts ,
ainti que notre Philoſophie, d'une grande
conquête qu'ils ont à faire. Il me semble
que ce mouvement d'une âme patriotique
renferme une grande vérité& uneleçonutile.
Un de nos premiers Écrivains , de ceux
qui ont le mieux montré combien la Poéſie
&la Philofophie pouvoient s'embellir &
même ſe perfectionner l'une par l'autre ,
après avoir employé toutes les richettes du
ſtyle oriental dans un genre d'apologues ,
dont il eſt l'inventeur parmi nous , nous
avoit déjà appris comment on ponvoit créer
un nouveau genre de Littérature avec les objets&
les moeurs qu'offre l'Amérique. Il a
parfaitement exécuté ce qu'il avoit fi heureuſement
conçu , dans le petit morceau de
Labbenaski , dont le fond eſt une expreffion
fublime échappée à l'âme d'un Sauvage , &
164 MERCURE
dans le Conte de Zimeo , dont le Héros eſt
un Nègre , & où ce Nègre ſe trouve un grand
caractère par les deux paſſions de ſon eſpèce ,
l'amour & la vengeance , & un homme éloquent
par cette ſenſibilité phyſique , encore
p'us vive dans cette race d'hommes. Les
moeurs paiſibles des Quakers , & la peinture
des fires delicieux de la Jamaïque , font reffortir
encore davantage l'impétuoſité d'une
âme Africaine. Cet intéreſſant Ouvrage a de
plus le mérite d'être une des plus pathétiques
réclamations contre l'eſclavage des
Noirs. On ne peut eſpérer ſouvent des Ouvrages
d'un goût fi exquis & d'un talent fi
original. Mais le Livre de M. de Crêvecour
nous indique des drames de ce genre , & il
fournit les ſentimens & les couleurs qui leur
font propres.
Je me ſuis trop long-temps arrêté à parler
des objets de ce Livre; il étoit difficile de ſe
refufer à ces réflexions. Je fatisferai bien
davantage les Lecteurs , en leur faiſant connoître
le Livre par des citations. Pluſieurs
anecdotes ont déjà éré inférées dans ce Journal
, avant la publication de l'Ouvrage , cependant
je fuis encore embarrafle dans le
choix des morceaux que je dois offrir .
On aimera fans doute à connoître le fort
&la fituation de ces hommes que la misère
a chaffés de leur pays ; il eſt doux d'apprendre
qu'il eſt un monde entier où ils peuvent
trouver l'aiſance & la liberté.
DE FRANCE. 161
Ce beau pays n'est peuple que de ceux
qui poſsèdent le ſol qu'ils cultivent , mein-
» bres du Gouvernement auquel ils obéil-
ود fent. Notre diſtance de l'Europe ajoute
>> encore à notre utilité & à notre impor-
» tance , comme hommes & comme ſujers.
>> Qu'auroient fait nos pères , s'ils étoient
→ reſtés ſur leur ſol originaire ? Ils auroient
> contribué peut-être à prolonger des convulfions
qui l'avoient déjà ébranlé trop
> long-temps. Mais chaque Européen indul
>> trieux , tranſporté ici , peut être comparé
→ à un rejeton né au pied d'un grand arbre ;
>>il ne jouit que d'une très-petire portion
de ſève; qu'il ſoit enlevé du tronc pater-
• nel & tranſplanté , il s'accroîtra & portera
du fruit. C'eſt donc ici que les fai-
>> néans peuvent être employés , les inutiles
>> rendus néceſffaires , les pauvres menés à
"
ود
l'aiſance & à la richeſſe. Par-là je ne veux
- point parler de l'or & de l'argent ; nous
n'avons que peu de ces métaux; je veux
dire une eſpèce de richeſſe bien plus durable
, des champs défiichés , des beſtiaux ,
» de bounes maiſons , de bons habits , &c.
"
"
ود Eſt-il donc étonnant que ce pays préſente
tant de charmes , & tente ſi puiſ
ſamment tous les Européens qui y vien-
>> nent ? Un voyageur est étranger en Eu-
>> rope , auffitôt qu'il a quitté les limites de
2
ſon Royaume. Il n'en eſt pas de même
>> ici ; proprement parlant , nous ne con-
> noiffons point d'étrangers ; car c'eſt ici le
166 MERCURE
ود
ود
pays de tout le monde. Apeine un Europeen
eft-il arrivé , qu'involontairement il
> ouvre les yeux fur la riante perſpective
>> qui s'offre à lui; par-tout il voit l'induſtrie
ود la plus active ; il voit le bonheur & la
>> paix répandus par-tout ; il ne voit point
» de pauvres dont la détreffe lui navre le
>> coeur ; preſque point de punitions ni
d'exécutions publiques : ſans le vouloir,
>> cet Européen s'attache à un pays où tout
>> lui paroît fi aimable.
د
» Quand ce même homme étoit en An-
>> gleterre , il n'étoit alors qu'en Angleterre ;
>> ici , il marche ſur la quatrième partie du
> globe ; il peut obſerver les productions
"
6
du Nord , le fer , les goudrons , les bois
de conſtruction , &c. Là , les proviſions
>> de l'Irlande , les boeufs , les ſalaiſons , le
beurre & les fromages ; ici , les grains de
>»>l'Égypte ; là, l'indigo & le riz de la Chine.
ود
ود Il ne ſe trouve pas entouré d'une ſociéré
>> trop nombreuſe , où toutes les places
" font occupées ; il ne ſe reſſent point de
>> ce conflict perpétuel , qui , en Europe ,
renverſe tant de familles. Le champ eſt
vaſte parmi nous ; il y a de la place pour
>> tout le monde , & il y en aura pendant
ود
"
ود bien des ſiècles à venir. Ce pauvre Eu-
>> ropéen qui arrive , n'eſt-il qu'un journa-
"
ود
lier fobre & induſtrieux ; il n'a beſoin ni
de prendre beaucoup d'informations ni
>> d'aller bien loin ; il trouvera à ſe louer ,
» ou au mois , ou à l'année; il ſera bien
DE FRANCE. 167
» nourri , car ici tout le monde vit des
meilleurs alimens , & recevra un ſalaire
bien plus confiderable qu'en Europe. Je
ود
ود ne veux cependant pas dise que tous ceux
>>* qui viennent ici , y deviennent riches :
>> non; mais ils ſe procureront une fubfif-
>> tance douce , aifee & décente , pourvu
» qu'ils foient induſtrieux.
ود
ود
"
N
>> Maisti , jouifiant d'un honnête loiſir &
de l'indépendance , cet Européen veut
voyager'; par -tout il trouve la plus honnête
réception ,par-tout une ſociété ſans
vaine oftentation , des tables bien garnies
fans aucun luxe , des femmes , dont la
beauté conſiſte plus dans la propreté & la
>> ſimple élégance , que dans des ornemens
>> multipliés ; par-tout il pourra participer
>> aux amuſemens innocens de nos ſociétés ,
ود
ود
رد
ود
ود
ſans beaucoup de dépenſes.
>>>A peine un Européen eſt- il arrivé parmi
>> nous , qu'il ſe fait une révolution fingulière
dans toutes ſes idées . J'ai obſervé le
>> progrès de cette révolution juſques dans
les diſtances ; deux cent milles lui repréſentoient
jadis un eſpace très-confidera-
>> ble , peut-être l'enceinte de ſa patrie. Chez
>> nous , cette diſtance n'eſt preſque rien ; à
>> peine a-t'il reſpiré notre air , qu'il com-
» mence à former des projets , à concevoir
>> un ſyſtême d'occupations , auxquels il n'auroit
jamais penſe dans ſon pays ; car , en
Europe , j'ai oui dire que le trop plein des
> ſociétés étouffe les talens les plus diſtin
£68 MERCURE
» gués. Ici , l'amplitude des choſes leur
>> permet d'éclore & de fructifier : voilà
» comme les Européens deviennent Amé-
» ricains. »
Ces objets & ces peintures , en touchant
l'âme de l'Auteur , élèvent ſon eſprit ; elles
le conduiſent, dans un autre morceau, à cette
réflexion pleine de philoſophie dans les idées,
&de poéſie dans le ſtyle.
« L'Italie n'a eu qu'une période , où elle
» méritoit le reſpect de la terre & l'atten-
>> tion des voyageurs ; c'étoit dans ces temps
» héroïques où des Citoyens quittoient la
>> charrue pour défendre leur patrie , où le
» mépris de la vie , la crainte des Dieux ,
» l'amour de leurs foyers & la ſimplicité
"
"
des moeurs les avoient élevés au plus haut
> rang. Rome n'avoit alors ni temples faf-
» tueux , ni fuperbes palais ; ſes Citoyens
ſeuls faifoient fa richeſſe , ſa ſimple &
noble parure. Ces Héros ſont paffés , il ne
nous reſte plus que le ſouvenir & l'im-
>> preſſion de leur exemple; ſouvenir qui ,
- peut-être un jour , fera naître parini nous
" des hommes qui les imiteront ; car ,
>> comme eux , d'une main nous tenons nos
charrues , &de l'autre , comme eux , nous
>>>faurons ſaiſir les armes , ſi jamais l'ambi-
» tion ou la tyrannie nous attaquent.
ود
» Viens parmi nous , voyageur Européen !
>> Ici , tu repoſeras à l'ombre de nos ver-
>> gers , tu iras méditer dans la ſolitude de
» nos forêts; ici , tu te réjouiras dans nos
>>champs
DE FRANCE. 169 .
"
"
champs , en converfant avec nos Labou-
>> reurs intelligens ; tu obſerveras la terre ,
les montagnes & les marais tels qu'ils font
fortis des mains de la Nature. Ici , tu
>> verras une nouvelle race d'hommes in-
>> domptables & incapables d'être civiliſés ,
>> plus heureux peut-être dans leur état que
>>dans celui qu'on a vainement eſſaye de
" leur faire prendre , parce qu'ils ne peu
» vent concevoir d'autre bonheur que celui
ود d'être libres & indépendans. Tu iras phi-
>> loſopher avec ces enfans puînés de la Na-
>> ture : quel vaſte champ pour la médita-
» tion ! Tu participeras , ſi tu le veux , à la
>> dignité de leurs adoptions , en remplaçant
> quelques-uns de leurs parens ; tu deviendras
membre de leur village: tu feras in-
>> corporé dans leur ſociété , ſi tu préfères .
>> comme tant d'Européens ont fait , leur
>> vie ſimple & tranquille à toutes les bril-
ود lantes entraves , à toute la ſcience inutile
>> de tes ſociétés Européennes. Tu iras voir
» nos grands lacs , ces mers intérieures &
» immenfes qui étonnent le ſpectateur. Tu
» monteras ſur la cîme des Apalaches, d'où
>> tu contempleras d'un côté ce que nous
» avons déjà fait depuis les rivages de la
>> mer; de l'autre , ce qui nous reſte à faire
ود
ود
pour peupler & défricher la profonde
étendue de cette quatrième partie du
>>monde. Si tu aimes mieux remplacer l'illufion
des vains ſouvenirs, les regrets inu-
» tiles , la ſtérile admiration des ruines d'Ita-
Nº. 4 , 22 Janvier 1785 .
"
H
170
MERCURE
ود lie par la vûe de tant de ſcènes inſtructives
& nouvelles que préſente ce conti-
» nent , tu préféreras , j'en ſuis sûr , la vue
ود
ود de trois cent lieues de pays nouvellement
» défrichées; tu préféreras le riant aſpect
d'une grande plantation miſe en valeur
>> par la ſeule induſtrie du propriétaire ; tu
>> préféreras la vue d'une vaſte grange Américaine
remplie des moiſſons d'un ſeul
Colon , à celle des débris inutiles d'un
>> temple de Cérès. »
ود
ود
La fin au Mercure prochain.
(Cet Article est de M. de L. C. )
COLLECTION des premières & dernières
Folies du Cousin Jacques , en un vol. in- 8 .
relié en veau écaille , 6 liv .- Les mêmes
Folies séparément , ſavoir , les Petites
Maiſons du Parnaſſe , 2 liv. 10 fols br.;
Malboroug , Poëme, & fols br.; Turlututu ,
18 fols br. , & enfin Hurluberlu , 1 liv.
16 fols broché ; ſe trouvent chez Royer ,
Quai des Auguſtins ; l'Eſclapart , Libraire
de MONSIEUR , Frère du Roi , Pont Notre
Dame, & chez M. de Reigny , rue de
Buffault , la porte-cochère au coin de la
rue du Fauxbourg Montmartre.
Si les premières fautes étoient irréparables
, la carrière des Arts auroit été fermée
pour une infinité de gens qui l'ont parcourue
A
DE FRANCE.
171
avec honneur. Mais heureuſement que le
fort d'un Ouvrage ne règle pas celui des autres;
heureuſement qu'un jeune Écrivain
que l'inexpérience, jointe à la fougue de
l'imagination , a expoſé à de nombreuſes inconféquences
, peut s'éclairer à ſes dépens ;
& quand une fois il ne rougit pas d'avouer
ſes torts , il marche d'un pas plus aſſuré
dans une route dont il a éprouvé les dangers
&les inconvéniens.
L'Auteur dont nous annonçons les effais,
malgré les petits travers dont il eſt cent
fois convenu lui même , a des droits à l'eftime
des Lecteurs éclairés qui voudront ſe
donner la peine de l'apprécier. L'autorité
reſpectable d'un Philoſople *, avide de protéger
quiconque réclamoit ſon appui , &
incapable de s'intéreſſer à une production
frivole , s'il n'avoit pas reconnu dans cette
frivolité même des diſpoſitions à quelque
choſe de ſérieux; cette autorité , dis-je , jointe
au ſuffrage d'un grand nombre de Litté
rateurs diftingués , qui tous ont avoué que
l'Auteur , qui prend le nom du Coufin Jacques
, en ne fatisfaiſant pas ſes Lecteurs ,
prouvoit du moins qu'il pouvoit les fatisfaire
quand il voudroit , ne permet pas de
douter du parti avantageux qu'il peut tirer
de fon talent , quand il ſaura ſe défier de la
fougue de ſon imagination , quand il confacrera
ſa plume à des ſujets moins frivoles ,
* M. d'Alembert.
:
Hij
172 MERCURE
peut être même moins bizarres que ceux
qu'il a traités juſqu'ici.
Il faudroit porter l'indulgence à l'excès ,
pour ne pas convenir que les quatre Ouvrages
que nous annonçons , font une vraie folie
, mais une folie des mieux conditionnées.
Aufſi l'Auteur les appelle t'il lui même des
accès Littéraires , dénomination qui caractériſe
parfaitement un Livre de cette nature.
Bien des Lecteurs qui aiment à rire s'en amuferont;
mais en s'égaïant des extravagances,
ils n'en auront peut- être pas plus d'égard
pour l'extravagant. Haſarder des opinions
erronnées , trancher en homme qui ne doute
de rien , avancer des ſyſtêmes contraires aux
idées reçues , plaiſanter à tort & à travers
lesbons& les mauvais Auteurs , ceux qu'on
ne connoît que d'après une lecture fuperficielle
, & ceux qu'on n'apprécie que par des
rapports dictés par le préjugé , ce n'eſt pas
un crime fans doute , mais c'eſt une imprudence
qui expoſe un jeune Écrivain àla mauvaiſe
humeur de ceux dont il vaudroit mieux
ſe faire des amis que des ennemis; & quand
un Littérateur , eſtimable d'ailleurs , ſe compromet
d'abord par de pareilles étourderies ,
il donne une idée de ſa perſonne toute oppoſée
à celle qu'on doit en avoir. Les farcafmes
dont le Couſin Jacques a heriflé ſes
Petites Maiſons contre les Écrivains Pério
diques , lui ont valu, de la plupart d'entreeux
, une annonce peu favorable : comme
nous ne voulons pas qu'il ait à ſe plaindre
DE FRANCE. 173
de nous, nous ne démentirons pas envers lui
notre modération ordinaire. En convenant
de ſes défauts , nous conviendrons de ſes
talens ; nous reconnoîtrons chez lui une verfification
agréable & aiſée, nous ne lui refuſe.
ronspas une proſe coulante, des plaifanteries.
quelquefois delicates , de la gaîré , & même
ſouvent une originalité piquante. Si la verve
s'eſt permis quelquefois des écarts indécens ,
il paroîtra moins inexcuſable que bien d'autres
, quand on ſaura qu'iſolé en Province ,
ne connoiffant la Capitale que très- imparfaitement
, ſéduit par les promeffes hafardées
d'un Imprimeur avide de profiter de
ſon inexpérience , il a facrifié une partie de
fon existence à des vûes ambitieuſes dont il
a fenti trop tard le ridicule.
Le juſte tribut d'eſtime qu'il paye aux Auteurs
dont il avoue qu'il voudroit ſuivre les
traces , nous répond qu'il n'aura pas beaucoup
de peine à ſe rapatrier avec ceux qu'il
a critiqués ſans les bien connoître ; encore
une fois , maintenant qu'il habite la Capitale
, il eſt plus à portée de réformer ſes
idées & d'apprécier ſes Confrères les Littérateurs.
Nous obferverons ſeulement que
puiſque par une cruelle fatalité , il eſt
impoffible d'avoir des talens fans avoir des
ennemis , il faut au moins avoir pour amis
lesÉcrivains eſtimables ; & que moins un
Auteur est fortuné , plus il doit veiller à fa
réputation,
Nous ne donnerons point une analyſe
Hiij
174 MERCURE
ſuivie des productions que l'Auteur lui même
appelle des folies. Nous nous contenterons
d'extraire quelques paſſages , qui feront juger
de ſa manière d'écrire. Les Petites Maifons
duParnaſſe ſontde ces quatre Brochures
la plus confidérable. Nous citerons ce que
l'Auteur en a dit lui même dans une note de
Malboroug. " C'eſt un mélange confus de
ود
»
ſcènes diſparares ; il s'y trouve des farces
mêlées avec des plaifanteries du haut
>>genre. Les tableaux en ſont mal aſſortis. Le
» ſujet est neuf , & l'Auteur pouvoit en
>>tirer un parti bien plus avantageux. » Voici
quelques vers du début :
Je veux , Lecteur , pour m'immortaliſer ,
Bien moins encor que pour vous amufer ,
Tirer des fons de ma joyeuſe lyre.
Faiſons des vers , imprimons nos Écrits
Mais voulons-nous leur donner plus de prix ?
En les faiſant , n'oublions pas de rire.
Vive un Ouvrage où règne la gaîté.
Propos joyeux , agréable folie
Ne font rien perdre à la célébrité.
D'un grave Auteur la froide dignité
N'excite en moi que la mélancolie.
Banniſſez l'art de la plaiſanterie ,
Tout n'est qu'ennui , que dégoût dans la vie.
Pour moi la joie eſt une volupté
D'où me provient la force & la ſanté.
Rions morbleu ! je veux , quoi qu'on en diſe ,
DE FRANCE.
175
Quoi qu'il arrive , égayer mes Lecteurs.
Plaiſante idée , aimable gaillardiſe ,
Contes ſaillans , ſonges vains mais flatteurs ,
Valent bien mieux que ces peintures triſtes ,
Fruits des travaux de ſombres moraliſtes ,
Qui , pour charmer , nous arrachent des pleurs.
Quand nous avons déploré les malheurs
Semés par- tout fur notre deſtinée ,
Qu'en revient-il au bout de la journée ?
Un tome entier de ſoupirs & d'hélas
Aigrit nos maux & ne les guérit pas.
On voit que ces vers reſpirent la facilité
la plus heureuſe. A l'article des Poëtes & des
Auteurs de Romans ingenieux , voici ce qui
concerne M. Marmontel.
Que dirons-nous de toi , ſenſible Marmontel ?
Qu'il faut chez Apollon t'ériger un autel.
Qui mieux que toi ſut peindre la Nature ?
De ta proſe coulante & pure
J'admire la naïveté.
TaMuſe , belle ſans parure ,
Nous étale avec dignité
D'une intéreſſante peinture
L'élégante ſimplicité.
Fêté depuis long-temps au poétique empire ;
Vertueux , tendre , humain , délicat & précis ,
Tu captives nos ſens par tes charmans récits.
Qui les a lûs veut les relire.
Hiv
76 MERCURE
Les Lecteurs verront avec plaiſir la tirade
ſur le Préjugé; elle eſt pleine de vivacité&
de naturel. En voici quelques vers .
Cette prévention fatale
Des Arts arrête les progrès ;
Chaque plume ſur ſa rivale
Veut obtenir gain de procès ,
Et s'i luftrer par des ſuccès
Que jamais nulle autre n'égale.
Et lorſque d'un air de Caton
Je prétends faire ici le maître ,
Moi-même le premier peut- être
Ai-je beſoin de la leçon.
N'eſpérons pas qu'on en profite ,
Toujours on imaginera
Mériter plus qu'on ne mérite ,
Avoir plus d'eſprit qu'on en a.
Voici le portrait d'un Pédagogue.
Un latiniſte en forme de Docteur ,
Épouvantail de la timide enfance ,
Dans une chaire étale avec hauteur
Sa volumineuſe ignorance.
Au ſombre aſpect de ſa robe à longs plis ,
L'oeil ſtupéfait & la bouche béante ,
L'humble Écolier ſe glace d'épouvante
Et met au rang des Savans accomplis
L'âne fourré qui le régente.
1
DE FRANCE 177
On voit que le Couſin Jacques aime à peindre
des caricatures. Nous l'invitons à nous
offrir des tableaux moins ſatyriques & moins
burleſques , & nous n'aurons plus de reproches
à lui faire .
Turlututu , Malboroug , Hurluberlu renferment
auſſi des détails agréables , & en
général les folies du même Auteur , trop
ſouvent cauſtiques & triviales , font toujours
ingénieuſes. L'Épître Dédicatoire en vers à
la Fortune , eſt une pièce très- piquante &
très originale .
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Nous avons tardé juſqu'ici à rendre compte
de la repriſe qu'on vient de faire , à ce
Théâtre, de la Tragédie de Venceſtas. Le rôle
de Ladislas , undes plus difficiles , comme
il eft un des plus intéreſſans de la Scène Françoiſe
, ce rôle que l'illuftre Lekain repréſentoit
d'une manière ſi ſublime , eſt aujourd'hui
entre les mains de M. Larive : &
quoique nous fuffions loin d'exiger d'un Acteur
encorejeune , d'un Acteur qui n'eſt point
dans toute la maturité de ſon talent , toutl'effet
que produiſoit dans ce perſonnage le
célèbre Comédien dont on regrettera longtemps
la perte ; néanmoins , nous avons ofé
Hv
178 MERCURE
croire que chacune des repréſentations de la
Tragédie de Rotrou nous montreroit , par
degrés , M. Larive ſupérieur à lui-même.
Nous n'avons point été trompés dans notre
attente . C'eſt avec une véritable fatisfaction
que nous l'avons vu chaque jour ajouter à
la phyſionomie de Ladiſlas des traits capables
d'en marquer , & même d'en prononcer
le caractère. Quelques perſonnes ont
obfervé , avec raiſon ,que le fils de Vences--
las & le Vendôme de Voltaire ont entre- eux
beaucoup de reſſemblance; mais on auroit
dû obſerver en même temps que fi ces deux
Princes font entraînés par des paffions impétueuſes
& preſqu'invincibles ,ils ſe trouvent
placés dans des pofitions très-différentes.
Vendôme commande en maître où il eſt ; le
feul frein qui puiffe l'arrêter eſt l'austérité
franche & courageuſe du vieux Coucy ;
mais trop ſouvent l'autorité du Prince
anéantit l'afcendant de l'amitié ; & ces
convenances ſont dans nos moeurs : ainfi
Vendôme peut oublier dédaigner les
confeils de ſon auftère ami , fans nous
paroître trop odieux. D'ailleurs , s'il pro--
jette un crime atroce, fon bonheur vent
que ce crime ne foit point exécuté. Ladiſlas ,
au contraire , eſt ſous le joug d'un père &
dun Roi; le ſentiment qu'il outrage , en
tranfgreffant , en mépriſant les ordres de
Venceflas , eſt un ſentiment refpectable &
facré pour tous les hommes de tous les
états; l'oublidu plus ſaint des devoirs le con--
د
DE FRANCE 179
duit àun forfait plus affreux que celui qu'il
oſoit ſe permettre en ſe propoſant d'aflaffiner
un rival , puiſqu'il le porte à plonger
le poignard dans le ſein d'un frère. Dès-lors
il eſt très-difficile que ſa vûe ne bleſſe point
les regards du fils reſpectueux , du ſujet
-foumis & de l'homme ſenſible. Il eſt donc
néceſſaire que les excès auxquels il ſe livre
foient fondés ſur une paffion plus impétueuſe
encore que celle qui égare Vendôme,
& qu'ils soient motivés par cette énergie
toujours dangereuſe que donne un caractère
dont la violence & l'opiniâtreté ſont infurmontables.
En un mot , s'il eſt une excuſe
au crime que commet Ladiſlas , on peut la
trouver uniquement dans l'aveuglement d'un
amour dont l'ivreſſe eſt auffi deſordonnée
que l'eſt ſa jalouſie. Si ce principe n'eſt point
faux , les emportemens de Ladiflas doivent
marquer plus de fureur que ceux de Vendôme,
& ſes remords après le crime doivent
être plus ſentis , plus déchirans. M.
Larive a diftingué ces nuances. La différence
qu'il a ſu mettre entre deux perſonnages
dont le vulgaire des Acteurs a ſouvent confondu
les phyſionomies , eſt une nouvelle
preuve des droits qu'il acquiert journellement
au titre de Comédien de la première
claffe. Nous ne diſſimuletons point qu'il
nous a laiſſé, dans le rôle de Ladiſlas, quelque
shofe à defirer; mais ce qu'il y a déjà gagné
dans le cours de quelques repréſentations ,..
annonce ce qu'il y peut gagner encore. III
Hlv
180 MERCURE
n'eſt peut-être pas ſi facile qu'on affecte de
le croire , d'être obſervateur exact & judicieux
d'un çaractère dramatique , il l'eſt beaucoup
moins d'en être le moteur & l'inftrument
, d'en diſtribuer les couleurs , d'en graduer
les développemens ; enfin , de remplir
ce précepte d'Horace , que l'on peut appliquer
auffi bien au Comédien qui repréſente
un rôle , qu'à l'Auteur qui le trace :
Servetur ad imum
1 Qualis ab inceſſu procefferit , & fibi conftet.
Au refte , fi par la ſuite il nous paroît néceſſaire
de faire quelques obſervations fur
ce que nous deſirerions que M. Larive
ajoutât au caractère de Ladiſlas , nous les
lui propoſerons , avec moins de plaifir ſans
doute , mais avec la même franchiſe qui
nous engage à lui donner les éloges dont ſes
progrès , fon travail & fon amour pour fon
état, le rendent digne aux yeux de tous les
Amateurs du Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
Mardi II de ce mois , on a repréſenté ,
pour la première fois , les Deux Frères
Drame en deux Actes & en vers , par M.M....
Le fond de cette Pièce eſt tiré d'un Conte
de M. Imbert , qui a pour titre : le Modèle
des Frères , & qui a été imprimé dans le
Mercure du 25 Octobre 1783. La marche
DE FRANCE. 181
du Drame eſt à peu-près la même que celle
du Conte. Analyſons d'abord celui-ci , enfuite
nous dirons ce que M. M .... a cru
devoir y changer & y ajouter pour accommoder
l'action à la Scène .
Blimont , plus indulgent pour la nature
qu'exact obſervateur des loix, aime Léonore
& devient père. Un ſoupçon d'infidelité lui
fait quitter ſa maîtreſſe. Par complaiſance
pour ſa famille , il ſe marie , & l'Hymen
lui donne un ſecond fils. Blimont avoit pour
parent un M. Minville , homme fort riche ,
devenu miſantrope parboutade. CeMinville,
fur l'héritage duquel il a des prétentions ,
lui demande ſon fils pour l'élever auprès de
lui; l'intérêt décide Blimont; & le jeune
d'Éperny , c'eſt le nom du fils de Blimont ,
eſt envoyé à Minville. Le haſard fait que
l'aſyle choiſi par Leonore , pour elle & pour
Maurice ſon fils , eſt près de la retraite de
Minville. Un autre haſard rapproche ces enfans,
lie Léonore & le Miſantrope. De cette
liaiſon réſulte pour ce dernier la connoifſance
des malheurs de Léonore , dont les
jeunes gens font inſtruits quelque temps
après . d'Éperny aimoit Maurice de l'amitié
la plus tendre, il le chérit davantage en apprenant
qu'il eſt ſon frère. Enfin il conçoit
le projet de rendre un époux à Léonore ,
un père à Maurice. Minville lui-même devient
complice de fon projet , & s'engage
à le garder ſur ſa parole d'honneur , que
d'Éperny a l'art de lui ſurprendre. Le jeune
182 MERCURE
homme pait pour Paris avec Maurice
deſcend chez Blimont ; lui apprend qu'il
voit ſes deux fils , que l'un d'eux eſt légi
time & l'autre naturel ; mais que jamais il
ne pourra connoître le ſecret de leur naiffance.
Blimont tâche en vain de s'en éclaircir.
Les deux enfans lui deviennent également
chers. Blimont perd ſa femme. D'Éperny
vient à bout d'arracher de la bouche de fon
père l'aveu des motifs qui lui ont fait abandonner
Léonore. Il avoit ſu ſe procurer des
preuves de l'innocence de cette amante infortunée
, à l'inſu même de Maurice; il les
met ſous les yeux de ſon père , voit ſes remords
, fon chagrin , ſa douleur profonde ;
lui apprend que Léonore vit , qu'elle l'aime ,
qu'elle l'a toujours aimé ; vole la chercher
dans ſa retraite , & la ramène dans les bras
de ſon père , qui bientôt la conduit à
P'autel.
Tout ce que fait le jeune d'Eperny dans
le Conte de M. Imbert , eſt opéré dans ce
Drame de M. M.... par Minville (qu'il appelle
Blinville , & dont il a fait le frère de
Blimont qu'il a nommé d'Eperny..) Les
jeunes gens ignorent abſolument leur forr.
Blimont eſt veuf depuis un an; il eſt prêt
à former de nouveaux noeuds. Une femme
artificieufe & coquette, ſecondée par un
Gentilhomme ſans fortune avec lequel elle
vit ſcandaleuſement, a totalement ſubjugué
fon âme& fa raiſon ..Néanmoins,& malgré
la perfuafion où il eſt de l'infidelité deLéo
: DE FRANCE. 18;
nore , il s'occupe avant fon mariage de
la deſtinée du fruit jusqu'alors oublié de
ſes premières amours. C'eſt dans cet inftant
que Minville lui préſente ſes deux
fils ſans vouloir lui apprendre lequel des
deux est d'Eperny. Le ton dur & pew
réſervé avec lequel Minville parle à Blimont
de la femme qu'il eſt ſur le point
d'épouſer , le refus qu'il lui fait conftamment
de lui faire connoître ſon fils légitime
, la réſolution des enfans qui ne peuvent
confentir nil'un ni l'autre à abandonner
Léonore , tout cela jette Bliment dans
une fureur , dans une anxiété , dans un déſeſpoir
qui le déchirent , & qui ne déchirent
pas moins l'âme de la tendre Léonore.
Elle prend le parti de révéler à Maurice
le ſecret qu'elle a gardé juſqu'alors , & de
Penvoyer aux pieds de ſon père pour lui en
faire l'aveu. Blimont reçoit ſon fils avec
tendreſſe; enfin on lui apporte en même--
temps des preuves de la perfidie de la femme
àlaquelle il ſe propoſoit de lier fon fort ,
ainſi que de l'innocence de ſa première maî
treffe, & il confent à lui donner la main.
Quoiqu'il ne ſoit pas très-commun de
rencontrer des enfans qui ſoient , comme le
d'Eperny de M. Imbert, capables d'imaginer,.
de ſuivre&de mettre à fin un projet tel que
celui qu'il conçoit cependant rienn'y bleffe la
vraiſemblance, d'abord parce que M. Imbert
annonce fon Héros comme fort au -deſſus
de ſon âge , & qu'il le doue d'un eſprit &
184
MERCURE
d'une raiſon rares); enſuite parce qu'il a donné
à l'exécution de ce projet , une étendue
de temps qui fait ſuppoſer naturellement
que les deux enfans ont pu devenir également
chers à Blimont , & que d'Eperny
a ſu prendre un grand afcendant
fur l'eſprit & fur l'âme de ſon père. Dans
le Drame de M. M.... au contraire , tout
eſt bruſqué. Dans les vingt-quatre heures
Minville arrive , blâme ſon frère ſur le defſein
qu'il a formé de ſe marier , outrage ſa
maîtreſſe , lui préſente ſes fils , veut le ramener
à la raiſon par le ſecours de la tendreſſe
qu'ils doivent lui inſpirer , ſans réfléchir
qu'une pareille tentative n'eſt point l'affaire
de quelques heures , & que d'ailleurs ces
enfans peuvent avoir d'autant moins d'empire
ſur l'instinct paternel , que cet inftinct
eſt égaré par une paffion extravagante
; enfin il ſe rend l'arbitre de ſon
repos & de fon bonheur en refuſant de lui
faire connoître lequel des deux lui appartient
à un titre légitime , &c . &c. Tout cela
eſt-il vraiſemblable ? Non. Il ne fuffit pas au
Théâtre d'attaquer momentanément la ſenſibilité
des Spectateurs ; il faut encore plaire
à leur raiſon. Que deviendroit l'art s'il fuffiſoit
, pour toucher au but , d'émouvoir
fans principes , fans méthode , ſans logique
&fans l'apparence de la vérité? Que l'amour
des principes ne nous égare pourtant point ,
qu'il ne nous faſſe pas mentir à notre coeur :
ne diffimulons pas les larmes que nous avons
DE FRANCE: ISS
verſées, & rendons à l'Auteur des Deux Frères
la justice qui lui eft dûe. Diſons que fon
Ouvrage annonce beaucoup d'âme , qu'on y
remarque de l'éloquence, de la chaleur & des
traits de talent; mais ajoutons que le plan de
fon Drame est abſolument fautif, que la marche
en eſt vicieuſe , que l'action trop développée
dans l'expoſition ne l'eſt point aſſez dans
le noeud; enfin que les événemens qui amènent
la catastrophe ſonttrop rapprochés les uns des
autres , & qu'ils fatiguent l'attention à force
d'être preſſes. Il faut , quoi qu'on en dife ,
toujours en revenir aux règles . Ces règles ,
qu'on feint de mépriſer aujourd'hui parce
qu'on eſt dans l'impuiſſance de s'y aſſujétir ,
ont fait produire des chef-d'oeuvres à Molière
& à tous nos Maîtres. L'Ecole des
Mères , le meilleur Drame , nous dirions
preſque le Drame du Théâtre François qui
contient le but moral le plus utile ; cet
Ouvrage , tout-à-la-fois intéreſſant & comique
, eſt eſtimé , & continuera de l'être ,
parce qu'il eſt établi , filé , développé d'après
les grands principes de l'Art , & ce ne fera
jamais qu'en ſe ſoumettant à ces principes
qu'on pourra obtenir au Théâtre des ſuccès
réellement mérités.
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES:
DICTIONNAIR ICTIONNAIRE Domestique portatif, dernière
Édition , revue & corrigée , 3 Vol. in - 8. A Paris ,
chez Leroy, ſucceſſeur de Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis à-vis celle de la Parcheminerie.
CetOuvrage traite de tout ce qui a rapport à
l'économie domeſtique & rurale ; on y détaille les
différentes branches de l'Agriculture , ce qui est relatif
aux chevaux & à tous les beſtiaux , avec des
Inſtructions ſur la Pêche , la Chaſſe , la Cuiſine, les
Arts , la Procédure , le Commerce , &c .
SYSTEME de prononciation figurée , applicable
toutes les Langues , & exécuté sur les Langues
Françoise & Angloife , par M. l'Abbé ***. A
Paris , chez Royez , quai & près des Auguftins.
CetOuvrage paroît revêtu des ſuffrages les plus
honorables ,& les justifie par ſon objet & par la
manière dont il eft rempli. La nouveauté & la foliditédes
principes s'y joignent à la clarté & à la préciſion
de la méthode. Le Libraire promet du même
Auteur des Dictionnaires François & Anglois , dont
l'Ouvrage que nous annonçons aujourd'hui doit
faire defirer la publication.
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l'explication du ſens littéral & du ſens fpirituel ,
nouvelle Edition , Tome II . A Niſmes , chez Pierre
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chez Guillaume Deſprez , Imprimeur du Roi & du
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par principes , ou Dictionnaire Univerſel
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rédigé par M. l'Abbé Rozier , Prieur- Commendataire
de Nanteuil -le-Hardouin , Seigneur de Chevreville
, Membre de pluſieurs Académies , &c.
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Une maladie de l'Auteur a retardé la publication de
cet importantOuvrage. Ce volume finit par la lettre J.
Les Articles ſouſcrits M. Ami. font de M. Amilhon ,
& ceux fouferits M. Bra. de M. Brazier , tous deux
Docteurs en Médecine.
CODE de l'Orfévrerie , ou Recueil & Abrégé
Chronologiques des principaux Réglemens concernant
les Droits de Marque & de Contrôle sur les
ouvrages d'or & d'argent , auquel on a joint les Sta188
MERCURE
1
tuts des Orfèvres , Tireurs , Batteurs & autres qui
employent & travaillent l'or & l'argent , avec une
Table raisonnée des Matières , dans laquelle ſe trouvent
quelques Réglemens omis au Recueil ou rendus
nouvellement , ſuivi d'un Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 , au titre des Droits de
Marque fur les Fer , Acier & Mines de Fer ; par
l'Auteur du nouveau Code des Tailles , in 4 ° . Prix ,
10 livres broché . A Paris , chez Knapen & fils ,
Libraires-Imprimeurs de la Cour des Aides , au bas
du Pont Saint Michel.
Nous avons tranfcrit en entier le titre de cet Ouvrage
pour faire connoitre les objets qu'il renferme.
On trouvera ſéparément le Commentaire ſur les
Droits de Marque ſur le Fer, Acier & Mines de
Fer. Prix , 1 liv. 1o fols.
TRADUCTION du Plutarque Anglois , contenant
la vie des Hommes les plus illuftres de l'Angleterre
& de l'Irlande , Miniſtres , Citoyens , Guerriers ,
Hommes d'égliſe , Poëtes & des plus célèbres Artiſtes
depuis le règne de Henri VIII juſqu'à nos
jours avec l'Histoire d'Angleterre depuis cette,
époque , Ouvrage en douze Volumes in-8 ° . , entrepris
par une Société de Gens de Lettres. Dédié à
S. M. le Roi de Suède , & propoſé par ſouſcription.
Beau papier & beau caractère.
,
Si l'exécution de cet Ouvrage répond à l'intérêt
qu'inſpire ſon titre , les Auteurs doivent en attendre
du ſuccès.
Le prix de la ſouſcription eſt de 30 livres pour
les douze Volumes , & 36 livres pour la Province &
les Pays étrangers franc de port juſqu'aux frontières .
On fera libre de payer la totalité de la ſomme en
ſouſcrivant , ou de payers liv. à chaque livraiſon ,
& 6 livres pour la Province. Les deux premiers Vo-
:
DE FRANCE. 189
lumes paroîtront au 15 de Février 1785 , & ainſi de
ſuite chaque trois mois juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Après le rer Juin prochain , on ne pourra ſouſcrire
qu'en payant la fomune entière. L'Ouvrage pour
*ceux qui n'auront pas ſouſcrit ſe vendra à raiſon de
3 liv. le Volume. On donnera gratis aux Souſcripteurs
ſeulement le portrait de S. M. le Roi de
Suède , gravé par M. Viel.
On ſouſcrira à Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire,
Boulevard Saint Martin , & tous les jours
d'Opéra ſous le veſtibule de l'Opéra ; chez Regnaut ,
rue S. Jacques , & chez les Traducteurs , rue Saint
Appoline, Porte Saint Martin , n° . 6. On ſouſcrit au
même Bureau pour la Traduction du Théâtre Anglois
, compoſée de vingt- quatre Volumes in 8 °. ,
&qui contiendront les meilleures Pièces de ce Théâ
tre. La ſeconde Livraiſon paroît actuellement. On
y trouve auſſi le Décameron Anglois , dont la
fixième & dernière Partie vient de paroître.
OEUVRES mêlées de M. L. Datens , de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris , Vol. in-
8°. A Paris , chez P. Théophile Barfois le jeune ,
Libraire , quai des Auguſtins ,
Cet Ouvrage , dont l'Auteur nous donne une
nouvelle Edition , a été revu par lui avec beaucoup
de ſoin. Le morceau le plus conſidérable de ceux
qui compoſent ce Volume eſt une Differtation fur
les pierres précieuſes & les pierres fines. L'Auteur a
voulu rendre cet Ouvrage fort court & fuffifaut
pour donner fur cette matière aux gens du monde
des lumières dont ils ont beſoin, pour guider les
Amateurs qui veulent ſe faire des collections , &
pour inſtruire les Joailliers de ce qui a rapport à leur
commerce. M. Dutens nous paroît avoir rempli ce
triple objet.
10 MERCURE
,
Les plus beaux diamans connus ſont celui du
grand Mogol , qui vaut onze millions ſept cent
vingt-trois mille deux cent ſoixante- dix-huit livres ;
celui du Grand- Duc de Toscane , qui vaut deux
millions fix cent huit mille trois cent trente-cinq
livres ; deux appartenans au Roi de France , dont
l'un , le ſancy , qui a coûté fix cent mille livres
vaut beaucoup plus , & l'autre vaut cinq millions ;
enfin celui que la Czarine a acheté deux millionsdeux
cent cinquante mille livres comptant , & cent
mille livres de rente viagère. Ce dernier diamant
paſſe pour avoir formé un des yeux de la fameuſe
tatue de Scheringam , dans le temple de Brama. Un
grenadier François, amoureux des beaux yeux de la
ſtatue , s'introduifit dans l'enceinte ſacrée ,& trouva
Je moyen d'en voler un , qui a paſſé par pluſieurs
mains avant d'arriver à l'Impératrice.
: Cette Differtation eſt ſuivie d'une autre ſur le
miroir ardent d'Archimède , dans laquelle M Dutens
ſe déclare pour la réalité de cette découverte
que pluſieurs Savans ont révoquée en doute; d'un
Appel au bon ſens , Ouvrage plus religieux que -
piquant; d'un Traité de Logique; d'une Correfpondance
très - intéreſſante concernant Helvétius &
J. J. Rouſſeau ; de pluſieurs Lettres fur différens
ſujets; d'une Deſcription très- attachante de la Pagode
de Chanteloup ; enfin de quelques Poéfies
dont nous ne parlerons point : au reſte , ce Volume
rappelle les connoiſſances de l'Auteur atteſtées par
pluſieurs autres Ouvrages.
RÉPONSE à un Critique du dix-huitième fiècle.
A Neufchâtel ; & ſe trouve chez tous les Marchands
de Nouveautés.
C'eſt une Réponſe de M. le Comte d'Albon à un
Extrait inféré dans le Journal de Paris , d'un Difcours
qu'il a publié ſur cette Queſtion : Si le fiècle
DE FRANCE. 191
Auguste doit être préféré à celui de Louis XIV
relativement aux Lettres & aux Sciences.
OPINION d'un Mandarin , ou Difcours fur la
nature de l'âme , mis au jour par M. le Marquis de
Culant -Ciré , ancien Meſtre-de-Camp de Dragons.
ACologne ; & ſe trouve à Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
Quelque rebattu que ſoit aujourd'hui le ſujet de
ce Diſcours , nous croyons qu'on peut le lire avec
fruit.
M. le Marquis de Culant vient de publier auſſi
une nouvelle Règle de l'Octave contre la pratique du
célebre Rameau , ce qui prouve qu'il a des connoif.
ſances auſſi variées qu'étendues.
FIGURES des Fables de La Fontaine. D'après
les demandes réitérées de différens Amateurs , les
fieurs Simon & Compagnie préviennent qu'ils font
imprimer actuellement vingt - cinq Exemplaires de
leur Ouvrage fur papier vélin fin; ils prient en
conféquence les Perſonnes qui voudront s'en procurer,
de vouloir bien (vû le petit nombre que l'on en
tire ) ſe faire inſcrire au Bureau du Voyage Pittoreſque
de la Grèce , rue Pagevin , nº. 16 .
Ces Exemplaires feront imprimés , ainſi que le
reſte de l'Ouvrage , ſur un papier affez grand pour
que les Amateurs puiſſent à leur choix faire relier
format petit in 8 ° . , in- 12 & in- 16 .
Chaque Livraiſon ſur papier vélin ſe vendra
4liv. au lieu de 3 livres , prix ordinaire , à cauſe
des frais que néceſſite cette impreffion .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Violon
obligé, par M. Vogel . Prix , 7 livres 4 fols franc de
port. AParis , chez Baillon , Marchand de Muſique .
192 MERCURE
rue Neuve des Petits-Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Muſe lyrique.
NUMÉRO 23. Ouverture pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin.
Il paroît vingt-quatre Numéros par an , douze
pour le Clavecin , par M. Laſceux , & douze
d'Ariettes , par M. Dreux. Prix, 36 liv. & 48 liv. ,
ſéparément 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Mlle Girard,
rue de la Monnoie , à la Nouveauté.
SEPTIEME Recueil d'Airs de Richard , le
Faux Lord & autres pour la Harpe , par M. Corbelin
, Maître de Harpe. Prix , 6 livres. A Paris , chez
l'Auteur , Place Saint Michel , maiſon du Chandelier
; Mlle Castagnery , rue des Prouvaires , & Μ.
Deroullède , rue Saint Honoré , près l'Oratoire .
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Libra
riefur la Couverture.
TABLE. :
REPONSE EPONSE au fujet de la Lettres d'un Cultivateur Amé-
Harpie , 145 ricain , 150
Réponse à M. Hoffman , 146 Collection des premières & der-
Autre par lui même encore, ib .
Vers à MM. Blanchard & Comédie Françoise ,
Charade, Enigme& Logogry- Annonces & Notices ,
nieres Folies du Cousin Jace
Chanfon , ib. ques , 170
177
Gefferies , 148 Comédie Italienne , 180
186
phe ,
JAr lu
,
ibid.
APPROΒΑΤΙΟΝ.
par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 22 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 21 Janvier 1785. GUIDI.
ແ
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 25 Décembre.
DEpuis quelques jours , la nouvelle ſe
répand que neuf régimens Rufles font
entrés en Podolie. Le Hofpodar de Mol- .
davie a fair avancer un détachement fur les
frontieres , pour prévenir qu'aucun de ſes
fujets ne ſe joigne aux Rébelles de la Tranfylvanie.
On mande de Lemberg , que la
Cour de Vienne va réunir la Buckowine à
Ja Gallicie. Le voyage de l'Impératrice de
Ruffle à Cherfon est très certainement renvoyé
à un temps indéterminé.
Les divifions continuent à Dantzick entre les
divers Ordres , au fojet de l'accord à figner avec
S. M. Pruffienne. Cette ville a envoyé ici un
Sénateur pour recommander ſes intérêts à la République
, qui l'a exhortée à accepter , fans
plus de délai , un accommodement devenu néceffaire.
On ſe flatte d'une prochaine réconcilia-
N°. 4, 22 Janvier 1785. g
(146 )
tion entre le Prince Jérôme de Radziwill , &
la Princeſſe ſon épouse, dont la fuite occupa
les Papiers publics , il y a un an. Le
Prince Charles de Radziwill , Palatin de
Wilna , & frere aîné du Prince Jérôme ,
négocie actuellement cette réunion defirée,
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 3 Janvier,
S. M. a aſſiſté aux différentes parades cesjours
derniers;& depuis fon arrivée ici,elle a fait diftribuer
7000 rixd. aux indigens. Le Prince
Louis de Wirtemberg eſt en cette Capitale
avec ſa nouvelle épouſe&la Princeſſe Czartoryska,
fa belle-mere. On a déja répréſenté
trois fois l'opéra d'Orphée : repréſentations
auxquelles le Roi n'a point aſſiſté , S. M. ne
fréquentant plus le ſpectacle depuis 8 ans.
La Police vient de renouveller les défenſes
contre les jeux de haſard anciens ou nouveaux
, contre les aumônes aux mendians
de la ville , & contre les prêts d'argent faits
aux Comédiens .
Le Comte d'Anhalt , paſſé l'année derniere
du ſervice de Saxe à celui de Ruſſie en
qualité de LLieutenant Général , vient de
faire préſent au célébre Buſching , du plan
topographique du Gouvernement de KaĮigh
, exécuté en Ruffie. Ce projet de mefirer
tout l'Empire , eſt un des plus glorieux
du regne de Catherine II. Le Prince
: :
( 147 )
Wasemskoi , auteur de cette grande idée , eſt
chef de la Chancellerie particuliere , chargée
de l'exécution : il y a travaillé avec tant
'de zele , que 14 nouveaux Gouvernemens
ſont déja arpentés & deſſinés. Un grand
nombre de Géometres ſont occupés e cet
ouvrage . Non-ſeulement , les plans indiquent
la diſtinction des terres labourables ,
des prés , des bois , avec les chemins
ponts , &c. mais de plus les limites du territoire
de chaque ville, de chaque village ,
même de chaque Propriétaire. Tous les
deffins feront gravés comme l'eſt maintenant
celui du Gouvernement de Kalugh.
L'Atlas de ce Gouvernement eft accompagné
d'une deſcription en deux volumes
in-folio. Si les 42 Gouvernemens ſont exécutés
de la même maniere , il n'exiſtera pas
un recueil comparable à celui-ci dans le
monde entier. Le Comte d'Anhalt écrit à
M. Buſching : » Si vous reveniez ici , vous ne
reconnoîtriez plus cet Empire » .
DE VIENNE , le 4 Janvier.
Les avis publics ou militaires continuent
à ne préſenter qu'un amas ridicule
d'impoſturés & de contradictions. L'opinion
flotte au milieu de ces nouvelles multipliées ,
recueillies ſans examen par les Gazettes , &
qui exercent journellement la fagacité & les
conjectures des prophetes politiques .
Nos troupes approchent heureuſement de
g2
(148
leur destination. Les Princes d'Empire dont
elles ont traverſé les Etats , ſe ſont empreſſes
de montrer leur zele & leur attachement
pour l'Empereur : les Régimens ont reçu
par-tout le meilleur accueil , principalement
fur le territoire de l'Electeur de Baviere qui
a fait diftribuer gratuitement des rafraîchiffemens
à nos foldats .
Une lettre de Landshut , du 21 Décembre
dernier , donne les détails ſuivans .
Hier , vers midi, leRégiment de Latterman
arriva ici accompagné d'une bruyante muſique
turque. Il prit quartier , ainſi que le Régiment
de Tillier , entre la ville & Brucken ; l'Etat major
ſe loger dans l'abbaye de Seelingthal. Il eſt
impoffible de voir un plus beau Régiment. 300
chariots venoient à la ſuite , dont 40 étoient chargés
de poudre ; la marche étoit terminée par 16
pieces de canon dont la plupart étoit de 12 livres.
Samedi paffé on arquebuſa à Biburg , à quatre
lieues d'ici , un Déſerteur natif de la Suabe . Un
autre , natif de Straubing , fut condamné à voir
faire tous les préparatifs d'un fupplice qu'il ne
devoit pas fubir , la ſentence n'ordonnant pas ſa
mort. Demain un Conſeil de guerre jugera dix
priſonniers à Neuhaufen , à quatre lieues d'ici ,
où l'on fera halte pour prendre un jour de repos .
Il ſe trouve pluſieurs Bavarrois dans ces Régimens
; on les a avertis , dès leur arrivée à Braunau
, de ne point s'annoncer pour tels & que
ceux d'entre eux qui déſertereient ſeroient promptement
livrés au Régiment par leurs propres
compatriotes à raiſon d'ordres donnés d'avance à
cet effet. Un Caporal du Régiment Tillier , qui
étoit ci-devant dans le Régiment des Cuiraffiers
du Prince Taxis Bavière , hazarda d'entrer en
149 )
ville &y fupplia à genoux qu'on ne le liviât pas ;
on le conduifit à la Garde des Cafernes cù il artendra
la réſolution du Conſeil de Guerre de
Munich. On croit que vendredi prochain le Régiment
des Dragons de Toſcane arrivera ici &
qu'il y fera promptement ſuivi de cinq Régimens
d'infanterie .
M. Schuhay , Lieutenant- Colonel d'Artillerie
, eſt allé recevoir & faire tranſporter les
canons dont le Prince d'Anhalt Zerbſt a fait
préſent à notre Souverain. Dans les Etats
du même Prince , les recrues ſe font avec
un grand fuccès . :
Les horreurs ne font pas encore à leur
terme ſur la frontiere orientale. Une partie
de la populace exterminatrice ſoulevée
en Tranſylvanie , eſt défarmée : le reſte
a gagné des montagnes , & s'y retranche.
De-là , ces brigands font des excurfions ,
étendent l'épidémie de diſtrict en diſtrict ,
forcent les uns à les ſuivre , & menacent des
plus affreux fupplices ceux qui s'y refuſent.
Pluſieurs détachemens font à leur pourſuite
; il y a eu quelques rencontres : on va enfermer
leurs retranchemens de toutes parts ,
de forte qu'il ne leur reſtera de reſſource ,
que de périr ou de vaincre ; ou de ſe rendre
à l'amniſtie. Les Chefs des Régimens , diton
, ont ordre d'envoyer des Trompettes
aux rébelles , & de les affurer du pardon ,
s'ils retournent dans leurs foyers , ou de les
menacer , en cas de réſiſtance , d'être foudroyés
par l'artillerie , & livrés aux ſupplices.
$ 3
1
३-
( 150 )
On aſſure que ces miférables ont forcé les
Moines d'un Couvent de Franciſcains à monter
dans la tour du Monastere , dont le pied étoit entouré
de fourches , & qu'ils les ont précipités l'un
après l'autre.
Entre autres excès qu'on en rapporte, ilsont
dépouillé un Comte de Hongrie , ils l'ont lié
tout nud à un ſapin , ont mis le feu au haut
de l'arbre , de maniere que la réfine tombant
goutte à goutte & toute brûlante ſur le malheureux
Comte , ils eſt mort dans les plus affreuſes
`douleurs . Ils ont garrotté une autre victime de
leur rage fur une planche & l'ont jettée dans
un grandfeu. Le Général Splény , commandant
les Huffards de Seckler , envoya , au commencement
de ce mois , un quartier- maître & 12 hommes
à la découverte de rébelles ; ils rencontrerent
une bande de 2,000 Valaques dont ils furent
auffitôt entourés ; cependant ils eurent le bonheur
de ſe faire jour , d'en tuer 23 & d'en amener
18 prifonniers. Ce même quartier-maître ſe retira
enſuitedans un village éloigné de deux lieues
où il croyoit être en fûreté , & où il fit ſon rapport
au Commandant ; celui- ci détacha d'abord
150 hommes , qui , avec les premiers s'avancerent
, au point du jour , pour attaquer ces mu
tins. L'Officier qui étoit à la tête de ce corps ,
deur envoya un trompette avec un étendard blanc,
pour demander un pourparler avec les chefs qui
parurent immédiatement , & l'Officier les ayant
fommés de dire pourquoi ils ravageoient ainſi
leur propre pays , ils répondirent qu'ils ne mettroient
pas les armes bas , qu'ils ne ceſſeroient
de s'en fervir comme ils faiſoient , que lorſqu'ils
feroient égaux aux gentils - hommes & que les
biens que les nobles & ſeigneurs poffédoient ſeuls
ſeroient plus également partagés ; que dans le
1
( 151 )
cas contraire ils étoient décidément réfolus
à continuer de maſſacrer tous ceux qui s'oppoſeroient
à ce qu'ils ſe fiſſent justice , & qu'enfuite
ils érigeroient eux-mêmes un Royaume de
Valaques.
Tous ces récits font vraiſemblablement
très- exagérés. Les Gazettes étrangeres ont
annoncé que le Chef des Rébelles , le Valaque
Horiah , étoit déterminé à rétablir l'Empire
de Dacie. Il eſt fâcheux que cet homme
fi bien inſtruit de l'Histoire ancienne , felon
les Nouvelliſtes , ne ſache pas même lire. II
eſt de la plus profonde ignorance : c'eſt un
fait avéré. Quelques-uns des fiens voulant
engager une Communauté Allemande à
prendre parti en leur faveur , préſenterent au
Paſteur un Almanach de 1782 , en lui difant
férieuſement&de bonne-foi , que c'étoit-
là la Patente Impériale qui les autoriſoit
à empâler les enfans , à violer les femmes
, à brûler les maris , à incendier les villages.
Cet Horiah , difent les mêmes Conteurs
, qui trouvent dans ces exploits un
exercice légitime du Droit naturel , a pris
le titre d'Alteffe Royale. Il eſt âgé de so ans ,
beau & robuſte , & finira comme Pugatchew
, dont il a imité la barbarie & la maladreſſe.
Quant au Comte Salines & non Salis ,
'comme on l'avoit débité , autre Chef des
Infurgens , voici ce qu'il y a de vrai dans ſes
aventures.
Il eſt fils d'un comte Salines , gentilhomme
84
( 152 )
Lorrain , chef des troupes Toscanes , &d'une com
teffe Hongroiſe Andréasi. Pendant la guerre de
1756 il fervit dans le régiment Joseph Efterhaziί .
Quand on établit les 4 Régimens de frontieres
on le fit Capitaine à cauſe de ſon mérite militaire
, & parce qu'il ſçavoit parfaitement les langues
Hongroise & Valaque . Onle fit Major. Sa
conduite étoit toujours très-déréglée. En 1774 il
fut caffé à cauſe d'un déficit de 4000 florins dans
la caiffe . Il s'adreſſa avec ſa femme & fes enfans
àVienne , ( 2 de ſes fils font officiers Autrichiens ,
& font eſtim's ) pour implorer la grace de l'Impératrice.
N'ayant pas pu obtenir ſon pardon , il
quitta toutd'un coup ſa famille , qui depuis a fub
fifté des bienfaits de la haute nobleffe. Après
avoir cherché inutilement fortune en Pologne , il
revint en Tranfilvanie , où l'hospitalité de ce pays
le foutint pendant quelque tems . Il s'eſt procuré
beaucoup d'argent par les pillages , & eft retiré
act llement dans le territoire Turc. Il eſt âgé de
62 ans ; d'une figure petite & ramaſſée , on lui
donne de l'eſprit & du courage.
M. de Born , Conſeiller de Cour , a fait
la découverte de ſéparer l'argent du minerai
de cuivre , fans employer le fer . Il a
demandé pour récompenſe une penſion de
80,000 florins , ( on peut fuppofer un zéro
de trop ) qu'on lui a accordée , vu que l'Empereur
gagnera annuellement un million par
le nouveau procédé.
L'excommunication de M. Eybel a été
adreſſée de Rome au Conſeil Aulique de
l'Empire. Ce Tribunal , compoſé en partie
de Proteftans , ne pouvant ſe mêler des
affaires intérieures , a renvoyé laBulle. Com
( 153 )
me il eſt défendu aux Evêques & aux Tribunaux
de recevoir des Brets de la Cour de
Rome , il lui fera difficile de mettre en valeur
l'Interdit lancé ſur M. Eybel. Cette
démarche , à ce qu'on prétend , a été occaſionnée
par la traduction en Italien de quelques
ouvrages de l'Auteur , qui ont allarmé
le Saint Siege.
>
Les Médecins de notre grand hôpital ſe ſont
attirés l'animadverſion de S. M. par leur déſobéifſance
à l'ordre de ne point enſévelir un cadayre
avant 48 heures. Un cocher dans cet hôpital
'ayant préſenté tous les fignes de la mort , on le
déshabilla , & apa lui avoir couvert le viſage de
chaux , on le tranſporta avec divers cadavres dans
une chambre froide. L'activité de la chaux fur
le viſage du cocher le fit revenir de ſa léthargie ,
& il pouffa des cris aigus. Les Médecins effrayés
accoururent ; mais le malade ne voulut plus rentrer
entre leurs mains , ſe fit tranſporter chez lui
&mourut le jour ſuivant dans les plus affreuſes
douleurs.
Une lettre de Hongrie contient l'avis ſuivant
, touchant la démarcation füture des
limites avec la Porte.
«Le Grand Seigneur a envoyé les ordres les
>>p>lus abfolus aux Musulmans qui habitent les
>> environs de l'Unna , pour qu'ils euſſent à ſe retirer
inceſſamment , à aller s'établir ailleurs ,
>> ce diſtrict faiſant aujourd'hui partie de la Croa-
>> tie Hongroife . Ces émigrations forcées déplai-
>> ſent à tel point à ces Tures , qu'ils aiment
>> mieux , pour la plupart , embraſſer le chriſtia-
>> niſme & reſter dans leurs habitations , que d'al
ler en chercher ou s'en faire d'autres dans des
(154 )
4
régions fauvages & iſolées » Le même négo
ciant nous apprend auſſi que les Janiſſaires ſe
dégoutent déjà des exercices militaires Européens
& ne s'y prêtent qu'avec une extrême répugnance
; mais qu'il n'en eſt pas ainſi des nouveaux
exercices pour l'artillerie qui fe continuent
avec un fingulier ſuccès , eu égard à l'entétemer.t
des ſoldats Turcs pour leur vieille routine , ſous
la direction du Chevalier Murey..
Le 26 Décembre , on fit ici l'inauguration
du nouveau temple de la confeflion
Helvétique , pour l'érection duquel le Comte
de Fries offrit d'ajouter un don de dix
mille florins aux ſommes conſidérables déja.
livrées par d'autres bienfaiteurs. L'Eglife
dans un goût noble & fimple , a été embellie
par le pinceau de ſieur Ringlehabn . L'afſemblée
nombreuſe qui aſſiſta à la cérémonie
& au fermon , prononcé par le ſieur
Hilchenbache , Miniſtre de cette Eglife ,
adreſſa au Ciel les voeux les plus ardens
pour la poſtérité du Monarque ſous les
auſpices, duquel elle jouit de la liberté de
pouvoir s'acquitter publiquement de ſes devoirs
de religion.
DE FRANCFORT , le 9 Janvier.
On vient de dénoncer au public dans le
Journal de Berlin , l'Eſtampe qui repréſente
le fameux Thaumaturge , Comte de Caglioftro,
dédiée à feu le Comte de Milly ,
& tirée du cabinet de Madame la Marquife
d'Urfe. Le Journaliſte ſaiſit cette occafion
یرا ?
pour verſer le ridicule ſur toutes les inepties
dont quelques ſociétés d'Alchymiftes
tâchent d'infatuer l'Europe depuis quelques
années.
Il eſt curieux fans doute de ſçavoir ce qu'on
penſe de M. Meſmer & de la conduite en Al-
Jemagne. Le même Auteur a conſacré un article
àce Médecin. Il dit que l'Allemagne uſe de repréſailles
envers la France , qui , après lui avoir
envoyé tant de Charlatans , dont on s'étoit mocqué
chez eux , vient de s'enthouſiaſiner pour un
Magicien Allemand , qui , depuis 12 ans , avoit
déjà perdu toute ſa réputation dans ſa patrie, En
1775 , l'Académie des Sciences de Berlin déclara
abſurdes les théorêmes de M. Meſmer .
Pendant l'année 1784 , il y a eu ici 872
batêmes , 1274 ſépultures & 198 mariages.
Avant-hier , écrit- on de Nuremberg ,
en date du premier de ce mois , une eftafette
Impériale apporta de nouvelles lettres
réquifitoriales aux Etats de l'Empire , pour
le paſſage de huit Régimens. Les troupes
Autrichiennes que nous attendions le 5 feulement
, font arrivées aujourd'hui.
Quatre Compagnies des Volontaires de
Stein , enrôlees ici , font parties le 4 pour
Luxembourg. On achete dans le cercle de
Souabe 40,000 meſures de blé , d'avoine , &
20,000 quintaux de foin pour le ſervice de
l'Empereur.
T
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere , a
défendu l'exportation des fourages du Palatinat.
Le Comte de Thautmansdorf , Miniſtre électo
h6
( 156 )
ral de Bohême à Ja diete de l'Empire , a pro
poſéaux Erars Catholiques qu'attendu que jusqu'à
préſent , rien n'a pû être arrangé relativement à
l'affaire des Comtes de Franconie , & que cette
conteſtation empêchoit l'activité de la diète . Il
feroit convenable de conférer avec les Etats
Evangéliques & de les engager à confentir que
la voix des Comtes de Franconie fût ſuſpendue
juſqu'à ce que la conteſtation de ces Comtes foit
terminée entiérement , ou que , ſi cette ſuſpenfion
ne convenoit pas , il fût procédé aux délibérations
de la diète comme à l'occaſion de l'acceffion
de l'Empire au traité de paix de Teſchen.
Le Necker , à ce qu'on apprend de Manheim
, étoit pris de glaces à la fin du mois
dernier , & le Rhin avoit commencé à charier
des glaçons. Heureuſement ce froid fi
vif ne s'eſt pas foutenu.
Le Grand - Seigneur , dit on , a réfolu
d'envoyer un Ambaſſadeur à Madrid. On
ajoute que le Miniſtre d'Eſpagne auprès de
la Porte , a prié celle- ci de ménager un
Traité de paix entre S. M. C. & les Algériens.
Les papiers publics offrent le parallèle ſuivant
entre les villes de Vienne & de Berlin . Vienne a
4milles dans la circonférence ; elle est compoſée
de la ville & de 35 fauxbourgs , qui contiennent
5,485 maiſons & 254,559 habitans , dont 20,000
ravaillent en ſole ; ily meurt annuellement environ
10,000 perſonnes , ce qui fait un mort fur
25 vivans.- Berlin a 2 miles & demie dans la
circonférence ; elle est compoſée des villes &
de 4 fauxbourgs qui renferment 9,695 maiſons
&une population de 140,719 ames y compris
( 157 )
le militaire ; le nombre des fabriquans & des
ouvriers dans cette ville monte à 3,251 , & il y
meurt par an environ 4,698 perſonnes , par conſéquent
une ſur 28 de la population.
Onapprend des ports du Levant , que les
démêlés de l'Empereur avec les Hollandois
ont fait hauffer les aſſurances juſqu'à 10 p .
cent , fur les bâtimens de ces deux Puiſſances.
On a compté à Stutgard , dans l'année derniére
7 o naiſſances , dont 364 garçons & 346
filles ; 613 morts & 315 mariages .
Le nombre des naiſſances dans la ville de Manheim
a été l'année derniere de 584 , celui des
morts de 503 & celui des mariages de 146 .
Nous donnâmes , il y a un mois , un réfumé
général des forces militaires de l'Empereur
; le complet ſur le pied de paix portant
au total 295,258 hommes; le complet fur
le pied de guerre 364,511 . Ces états étoient
rédigés d'après les Ordonnances militaires ;
mais ni en temps de paix , ni en temps de
guerre, l'effectif des Régimens n'eſt de la
force indiquée. D'après l'Ordonnance , voici
un précis exact de la formation de l'armée
de l'Empereur.
INFANTERIE .
1. Le complet d'un Régiment d'Infanterie
quia fon cantonnement pour l'enrôlement eſt
de 18 Compagnies ſçavoir 2 Compagnies de
Grenadiers compoſées de z Capitaines , 2 premiers
Lieutenans , 2 ſous Lieutenans , 2 Sergens
, 8 Caporaux , 2 Fourriers , 4 Tambours ,
4 Fifres , 2 Charpentiers , 198 Grenadiers , I
Fourier & Chirurgien , en tout 228 kommes.
( 198 )
16 Compagnies de Fufiliers compoſées de t
Capitaines , 4 Capitaines-Lieutenans , 16 Lieute
nans , 16 fous - Lieutenans , 8 Enſeignes , 16 Sergens
, 8 Flugelman , 64 Caporaux , 16 Fouriers ,
32 Tambours , 16 Fifres , 128 Appointés , 16
Charpentiers & 2,560 Soldats , en tout 2,912
hommes .
L'Etat Major eſt composé de 35 perſonnes ;
un Colonel propriétaire , un Colonel commandant
, un Lieutenant-Colonel , un Major , un
Aumônier , un Auditeur , un Quartier- Maître ,
Caders Enſeignes , un Adjudant , un Chirurgien
Major , 6 Cadets , un Chirurgien de Batailion
, 7 Aides Chirurgiens , 8 Fouriers , un
Tambour Major , un Prévôt ; ainſi le total d'un
Régiment d'Infanterie , y compris l'Etat -Major ,
eſt de 3,175 hommes. م
2. Le complet d'un Régiment d'Infanterie
Hongroiſe fans cantonnement pour l'enrôlement
eft de 18 Compagnies ; ſçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers de 228 hommes , & 16 Compagnies
de Fufiliers compoſées de 2,947 hommes ,
ycompris l'Etat Major , ce qui porte chaque
Régiment , y compris 640 Soldats abſens par
Congé illimité , à 3,815 hommes .
3. Le complet d'un Régiment Wallon , Italien
, & du Régiment Allemand en garnifon
en Italie , eſtde 18 Compagnies ; ſçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers formant 228 hommes ,
& 16 Compagnies de Fufiliers , compoſées de
1456 hommes , de 144 Surnuméraires , de 352
Officiers &bas Officiers , & de 35 perſonnes de
l'Etat Major , ce qui forme un total de 2,215
hommes. :
4. Le Complet d'un Régiment d'Artillerie eſt
de 16 Compagnies , leſquelles , y compris l'Etat
Major, les officiers & bas Officiers ,forment un
( 159 )
total de 2,415 hommes ; sçavoir 10 Capitaines ,
6 Capitaines- Lieutenans , 16 Lieutenans , 48
Bombardiers , 16 Sergens , 16 Fouriers , 96 Caporaux
, 32 ſous- Caporaux , 16 Sergens Fouriers ,
16 Tambours , 16 Fifres , 1536 Canoniers , chaque
Compagnie de 96 hommes , 256 ſous - Canoniers
, chaque Compagnie de 16 hommes , 1 Colonel
propriétaire , I Colonel Commandant , I
Lieutenant- Colonel , 3 Majors , un Canonier ,
Auditeur , 1 Quartier-Maître , I Adjudant , I
Chirurgien Major , 4 Chirurgiens de Bataillon , 8
Aides Chirurgiens , un Tambour Major , 8 Hautbois
, 1 Prévôt .
L
5. Le complet de la Garde du Général de l'Artillerie
eſt de 107 hommes .
6. Le complet des Artilleurs , répartis dans les
Fortereſſes & dans les Garnisons , eſt de 1,274
hommes.
7. Le complet des corps des Mineurs compolé
de 4 Compagnies , eſtde 497 hommes .
8. Le complet du corps des Sapeurs compofé
de 3 Compagnies , eſt de 172 hommes .
9. Le complet du corps de Pontonniers , eſt de
416 hommes .
10. Le complet d'un Régiment de garniſon ,
eft de 18 Compagnies , chacune de 164 Soldats
ce qui fait , y compris l'Etat Major , les Officiers
& les Bas- Officiers , un total de 3609 hommes .
11. Le complet d'un Régiment de garnison
dans les Pays Bas , eft de 4 Compagnies , en tout
de 806 hommes.
12. La garniſon de Philipsbourg , eſt compofée
de401 hommes.
13. La garde de la Couronne de Hongrie, ef:t
compofée de 242 hommes .
1144.. Le complet de chaque Régiment de Frontieres
des diſtricts de Carlſtadt , de Warardin
L
2
( 160 )
d'Esclavonie & du Bannet eſt de 16 Compagnies,
ce qui forme , y compris l'Etat Major , un total de
4,094 hommes par Régiment.
15. Le complet du Régiment de Frontieres
des Illiriens , eſt de 5 Compagnies ou de 1351
hommes .
16. Le complet de chacun des deux Régimens
de Frontieres de Szecleriens & des 2 Régimens
de Wallaques , eſt de 12 Compagnies ; chaque Régiment
eſt de 3,016 hommes .
17. Le complet du Bataillon des Tshaiks ou.
troupes de Marine , eſt de 4 Compagnies ou de
1,119 hommes.
Le complet du Régiment de Colons Allemands
eſtde 10 Compagnies ou de 2,030 hommes .
Cavalerie.
I. Le complet d'un Régiment de Carabiniers
eſt de huit eſcadrons , dont deux de Chevaux-
Légers. Un eſcadron de Carabiniers eft compofé
de 174 hommes , ſavoir , un Capitaine , un Capitaine
en ſecond , deux Lieutenans , deux Sous-
Lieutenans , deux Sergens. Majors , un Fourier ,
un Chirurgien d'eſcadron , un Trompette , un
Sellier , un Maréchal ferrant , huit Caporaux ,
deux Sous- Caporaux , cent quarante- cinq Cavaliers
, & fix Cavaliers ſurnuméraires. Un
eſcadron de Chevaux- Légers eſt composé de 193
hommes , ſavoir , vingt-trois hommes depuis le
Capitaine juſqu'aux Sous-Caporaux , & cent ſoixante-
dix Cavaliers . L'Etat-Major eſt compoſé
du Colorel propriétaire , du Colonel commandant
, du Lieutenant- Colonel , de deux Majors ,
de l'Aumonier , de l'Auditeur , du Quartier-
Maître, de l'Adjudant , du Chirurgien du Régiment
, de quatre Enſeignes , du Trompette-Mafor
, du Chirurgien Major , du premier Maréchal
ferrant & du Prévôt,
( 161 )
Les fix eſcadrons de cavalerie font 1044 hom .
Les deux efcadrons de Chevaux- Légers 286 hom .
LErat-Major . 18 hom,
Total ..... 1,440 hom .
II. Le comp'er d'un Régiment de Cuiraſfiers
&du Régiment des Dragons d'Arberg eft de fix
efcadrous , chacun'de 174 hommes. Le total , y
compris l'Etat - Major , eft de 1062 hommes .
III. Le complet d'un Régiment de Dragons &
de Chevaux- Légers eſt de fix Efcadrons , chacun
de 193 hommes ; le total , y compris hat-
Major , eft de 1176 hommes.
IV. Le complet d'un Régiment de Huſſards eſt
dehuit e cadrons, chacun de 190 hommes . L'Ecat-
Major eft compoſe de vingt une perfonnes .
Le total d'un Régiment de Hufſards eftde 1517
hommes.
V. Le complet d'un régiment 'de Huſſards des
frontieres eſt de trois Compagnies , qui' , y com .
pris l'Etat-Major , portent le nombre d'hommes à
501.
VI. Le complet du régiment de Huſſards-Efclavors
eſtde ſix Compagnies , en tout de 995
hommes.
VII. Le complet du régiment de Huſſards-
Szecléviens eft de douze Compagnies , en tout de
2253hommes.
Infanterie.
I. Chaque Régiment de dix-huit compagnies
eſt augmenté , ſavoir , les deux compagnies de
Grenadiers , de quatre Sergents- Fouriers, &de
deux Charpentiers ; & les ſeize autres compagnies
de 640 foldats , de ſeize Charpentiers , quatrevingt-
huit ouvriers , huit Enſeignes , trente -deux
Caporaux , cinquante fix Sergens- Fouriers , foixante-
quatreAppointés , cinqAides- Chirurgiens,
( 162 )
1
&troisCaporaux ſurnuméraires. Le total, y com
pris l'Etat-Major , eſt de 4093 hommes. -- Quel.
ques régimens ſont portés à vingt compagnies , &
alors le total d'un régiment fait 4570 hommes.
II. Le complet de l'Artillerie , des régimens
de garnitons , &des régimens de frentieres , &
en tems de guerre , le même qu'en tems de
paix.
III. Les deux eſcadrons de Chevaux-Légers Carabiniers
, font augmentés chacun de dix Cavaliers;
& l'Etat- Major , d'un Chirurgien & d'un
Tanteur. Le corps de réſerve pour chaque régiment
de Carabiniers , eſt de 160 hommes ; ces
augmentations portent le total de chaque régiment
à 1638 hommes .
IV. Chaque régiment de Cuirafſfiers eſt aug.
menté de deux Chirurgiens- Majors , d'un Tailleur
, & d'un corps de réſerve de 137 hommes.
Le total de chaque régiment eſt par conféquent
1199hommes . :
V. Chaque eſcadron de Dragons & de Chevaux-
Légers eſt porté à 203 hommes , qui ,
avec le corps de réſerve de cent trente ſept hommes
, portent chaqueRégiment à 1373 hommes.
VI. Chaque eſcadron de Huſſards eſt augmenté
de huit Huſſards; & l'Etat-Major, d'un
Major , d'un Bourelier & d'un Tailleur. Cette
augmentation& le corps de réſerve de 168 hom;
mes , portent le total de chaque régiment de
Huſſards de huit eſcadrons , à 1808 hommes .
VII. Un Régiment de Huffards de cinq divifions
, ou de dix eſcadrons , eſt de 2055 hommes ,
& le corps de réſerve de 168 ; ce qui forme u
total de 2223hommes .
( 163 ) ン
VIII . Le complet desHuffards de frontieres eft
le même qu'en tems de paix.
ITALIE.
DE VENISE , le 27 Decembre.
On a enfin reçu des dépêches du Chevalier
Emo. Il y rend compte du bombardement
de Suze , & de la mort du Commardant
Moro. Le Sénat a été tres ſenſible à la
perte de ce brave militaire , & l'on croit
qu'on accordera des graces à ſa famille.
Le bruit s'eſt répandu qu'outre la perte
d'un des vaiſſeaux de notre eſcadre , dont il
a été fait mention , nous avions auſſi perdu
la frégate commandée par le Capitaine Cicogna
, & que tout l'équipage avoit péri.
On a des raiſons de craindre que ce bruit
ne foit que trop fondé.
On a lancé aujourd'hui un des vaiſſeaux de
guerre dont la conſtruction avoit été ordonnée
par le Gouvernement. On continue d'aſſurer que
les forces que nous mettrons en mer ſous peu de
tems ſont deſtinées à protéger notre commerce
contre les Hollandois,dans le cas d'une rupture
entre cette République & l'Empereur que l'on regarde
comme inévitable.
DE FLORENCE , le 25 Décembre.
Un exprès , parti de Piſe , a apporté le
14 au matin l'heureuſe nouvelle de l'accouchement
de notre Souveraine ; & le Public
( 164)
en a été auſſi tôt inftruit par une décharge
de l'artillerie du château de Bellevedere .
L'Archiduc eſt né dans la nuit du 13 au 14 ,
& a été baptifé par un Capucin , qui lui a
donné les noms de Louis-Joſeph -Jean-
René. On a annoncé enſuite un gala & une
fête folemnelle pour trois jours confécutifs ,
à l'occaſion de cet heureux événement , &
dans les trois foirées , on a allumé les feux
de joie qui font d'uſage au vieux Palais .
Une lettre de Tunis du 20 Novembre
dernier , apportée à Livourne par un bâtiment
de Ragufe , porte :
Vous ne pouvez pas , Monfieur , vous former
une idée de la fituation déplorable cu nous nous
trouvons. Tout inſpire l'horreur , l'effroi , l'affliction
& le deuil. Outre que ce Royaume ſe
trouve tourmenté par l'Eſcadre Vénitienne , qui
dévaſte & détruit toutes les villes & villages qui
bordent la côte , nous ſommes aſſaillis depuis peu
de diverſes maladies , qui enlèvent un grand
nombre d'habitans, la diſette eſt générale , &
c'eſt la ſeule cauſe du foulévement du peuple
contre le Bey & contre ceux qui ſont à la tête du
Gouvernement. Ils ne croient pas leur vie en fu
reté , parce qu'ils ſe défient des troupes difciplinées
, & qui font ſous leurs ordres , les regardant
comme complices elles - mêmes du ſoulevement.
Chacun craint ici pour ſa vie , & regarde
ſes effets , tant en argent qu'en marchandises ,
comme perdus . Que d'avantages auroient retiré
les Vénitiens dans ces affreuſes circonstances , fi
Jeurs vues euffent été réellement tournées vers
cette Régence ! Nous ſommes expoſés à voir de
grands changemens.
( 165 )
On reçoit dans ce moment la nouvelle que
l'Eſcadre Vénitienne a été forcée par les vents
contraires de quitter notre côte , & qu'elle s'eſt
dirigée vers la Sicile . On ajoute qu'elle eſt dans
leplus mauvais état , tant à cauſe des tempêtes
qu'elle a eſſuyées , que des dommages que lui
ont caufé les batteries des fortereffes où ils ont
tenté de mettre le feu. Malgré la vigoureuſe défenſe
que Sufe a faite , nous apprenons que cette
malheureuſe ville eſt entierement détruite &
ruinée . Les Vénitiens ont encore tenté de fermer
le Goulet , mais ils n'ont pas pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans , & reconnoiffant
que tous les bâtimens qu'ils autoient
coulés à fond n'auroient produit aucun effet , on
fuppoſe qu'ils ont été affez prudens pour ne
point vouloir facrifier inutilement leurs bâtimens
& leurs munitions.
DE NAPLES , le 27 Décembre.
Le terme de l'accouchement de la Reine
s'approchant , & S. M. commençant à ſentir
les premieres douleurs , elle ſe rendit à Caſerte.
Le Grand- Aumônier s'y tranſporta
également pour ſe trouver à l'accouchement
de S. M. On y envoya auſſi les piquets des
Régimens des Gardes Italiennes & Suiffes ,
qui dans cet circonstance ont coutume de
renforcer la Garde du Palais . Le 14 , les
douleurs étant devenues plus fortes , notre
auguſte Reine eſt heureuſement'accouchée
d'une Princeſſe. Cet événement a excité la
plus vive allégreſſe à la Cour & à la ville.
La frégate la Minerve eſt rentrée hier
( 166 )
dans ce port. Elle vient de Palerme , & en
dernier lieu de Trapani , où en conféquence
des ordres du Gouvernement , elle a donné
toute l'aſſiſtance à l'eſcadre Vénitienne qui y
eft mouillée. Le vaiſſeau commandant ayant
touché fur les rochers , ne pourra plus ſervir.
Dans la vue de protéger notre commerce , &
le mettre à l'abri des inſultes des Barbareſques , &
principalement des Algériens qui ſe ſont montrés
fur les côtes du Ponent , on arme actuellement le
vaiſſeau le S. Accaria qui ſe joindra aux frégates la
Minerva , & la S. Dorotea , pour aller leur donner
la chaffe.
DE GENES , le 29 Décembre.
L'Empereur ayant fait demander au Souverain
Pontife la ſuppreſſion de l'Evêché de
Neustadt en Autriche , dans le deſſein de
réunir cet Evêché à l'Egliſe de Saint Hyppolite
, en augmentant les revenus de la
Menſe , & en étendant le dioceſe , S. S. a
remis l'examen de cette affaire à la Sacrée
Congrégation conſiſtoriale qui vient de rendre
un Décret , portant la ſuppreſſion de cet
Evêché , & l'érection d'un nouveau , dont la
propoſition fera faite dans le prochain Confiftoire.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Janvier.
Les , le Bureau de la guerre a expédié
( 167 )
des ordres aux Régimens cantonnés dans
diverſes places de la Grande-Bretagne , de
ſe tenir prêts à marcher au premier avis. On
croit cette meſure relative à de nouveaux
coups de main contre les contrebandiers.
Le Whitby , Vaiſſeau munitionnaire armé , qui
a fait voile dernierement de Portsmouth pour
Gibraltar , avoit à bord des munitions d'artillerie
pour le ſervice de la Garniſon de cette place ; il
eſt ordonné qu'elle ſoit complettement pourvue
le plus promptement poſſible . On prépare maintenant
à la fonderie de Woolwich un nouveau
train d'artillerie , conſiſtant en 66 pieces de canons
de bronze deſtinées pour les nouvelles fortifications
qui viennent d'être élevées à Gibraltar.
Toutes ces munitions feront tranſportées ſur des
Vaiſſeaux munitionnaires armés , à cauſe des Corfaires
Barbareſques qui courent principalement
fur ces Vaiſſeaux , de telle Nation qu'ils puiſſent
être, amie ou ennemie.
Le Gouverneur Johnstone va , dit- on ,
être nommé Envoyé extraordinaire & Plénipotentiaire
à la Cour de Lisbonne , à la
place de M. Robert Walpole , qui a demandé
fon rappel. C'eſt ainſi que l'Adminiftration
a eu l'adreſſe de ſe débarraſſer du
Gouverneur. Elle craignoit fon oppofition
aux réglemens de la Compagnie des Indes ,
& encore plus ſon impétuoſité dans le Par- ,
lement.
MM. Edmund Burke & Dudley Long , mema
bres du Comité choiſi des affaires de l'Inde , ſe
rendirent il y a quelques jours , chez M. Pitt, pour
Je prier de leur faire donner une copie de la Lettre -
de M. Haftings , ou de leur permettre au moins
( 168 )
A
d'en prendre lecture ; ils sui repreſenterent , à
l'appui de leur Requête , qu'ils avoient été informés
que la Lettre de M. Hastings contenoit des
obſervations fur quelques rapports du Comité
choifi , & qu'elle attaquoit les procédures & la
conduite du Comité. M. Pitt leur répondit avec
fang-froid& fermeté , & en même temps avec la
dignité d'an Minifire, qu'ils pourroient le ſommer
dans le Parlement de produire cette Lettre , mais
qu'il étoit de ſon devoir de ne point la leur communiquer
d'une autre maniere. La demarche finguliere
des deux membres du Comité , a donné
Yeu à beaucoup d'interprétations. Les Partiſans
de la coalition cenfurent vivement la conduite
du Miniſtre en cette occafion , & le taxent de hauteur
,tandis que les Partiſans du miniſtere approuvent
fortement le refus de M. Pitt .
Notre commerce avec la Ruffie & le
Portugal profpere plus que jamais. Nous
avons reçu 15374 galons de vins de Porto
par les bâtimens arrivés en dernier lieu du
Portugal , & plus de 1700 de vins d'Efpagne
qui avoient été chargés à Cadix. Outre
les quantités prodigieuſes de fuif que
nous avons reçues de Pétersbourg , les
mêmes batimens nous ont apporté 35 tonneaux
d'étoupes; Philadelphienous a fourni
598 quintaux de térébenthine , cet article
étant vendu à un prix plus avantageux en
Angleterre qu'en France .
Lundi dernier, un pêcheur de Hastings a
été tuépar unDragon du Régiment de Harcourt,
en quartier à Lewes : voici les circonftances
de ce meurtre. Trois Soldats
prêtolent main forte à des Officiers des
douanes ,
( 169 )
douannes , qui ſaiſiſſoient des batteaux d'une
conſtruction illégale , lorſque ce pêcheur ,
pour éviter qu'on ne faisît le ſien , tenta de
le mettre en mer. A peine ſon bateau futil
à flot , que les trois Soldats tirerent fur
lui , & le tuerent roide dans ſon bateau
une des balles lui ayant traverſé la tête. Un
petit garçon qui étoit avec lui heureuſement
ne fut point atteint , quoiqu'une autre balle
eût paſſé très- près de lui. Le Coroner examina
le cadavre du pêcheur ,& les Jurés dé
clarerent le meurtre volontaire . Les coupables
furent en conféquence arrêtés & conduits
à la prifon de cette ville. Le peuple fut
d'abord fi irrité de la conduite des foldats
que l'on craignoit les effets de la fureur;
mais les criminels ayant été chargés de
chaînes, ce ſpectacle l'appaiſa.
Le Parlement d'Irlande & le Congrès des
Volontaires s'aſſembleront le même jour
l'aſſemblée des derniers ſe tiendra à Athlone
Des troupes de cavaliers doivent s'y rendre
pour maintenir la tranquilité publique. Les
habitans de la ville ont offert des logeniens
pour les Volontaires pendant le ſéjour qu'il
feront à Athlone.
L'Abolition du Tribunal de Commerce ( Beard
of-trade ) dit un de nos Papiers , eſt tres-abuſive
&tres mal vue. Dans ce moment ci nous n'avons
point d'Officier qui ſoit reſponſable envers les
Repréſentans du Peuple de nos liaiſons commer
ciales avec les Nations étrangeres. Le Lord Sydney
a refuſé abſolument de réunir ce Tribunal
N°. 4, 22 Janvier 1785 . h
( 170 )
à ſon Département , & le Bureau établi par le
Lord Northſous la conduite de M. Elliot , ce
zelé Serviteur de la Nation , ne comprend que les
affaires des Colonies. Le défaut d'un Tribunal de
Commerce , pour veiller à notre Commerce
étranger , fait un tort conſidérable à ceux de nos
Négocians qui commercent avec les Ports des
Européens . D'un autre côté , l'office de Conſul
' eſt devenu nul , depuis que les repréſentations
que les Confuls ſont dans le cas de faire ne ſont
point écoutées , & le premier Miniſtre ne ſe ſoucie
point de ſe charger de l'adminiſtration d'une
partie pour laquelle il ne ſe ſent point capable.
Ce vice demande à être remédié & à l'être même
promptement , car l'une des plus fortes Maiſons
de cette Ville , intéreſſées dans le commerce
d'Eſpagne & d'Italie , a déjà ſouffert conſidérablement
par de nouveaux Réglemens quiy ont été
mis en vigueur relativement aux importations
de l'Angleterre. Les Conſuls y réſidans ont déjà
fait leurs repréſentations au Miniſtere. On prépare
actuellement à ce ſujet , un Mémoire qui ſera
préſenté au Lord Tréſorier ; de maniere que
vraiſemblablement , cet objet attirera l'attention
de la Chambre des Communes dans ſes prochai .
nes ſeffions .
Les dernieres nouvelles de New-Brunfwick
portant que les Emigrans d'Irlande &
d'Ecoſſe ſont très mécontens du partage
des terres qui a été fait pour eux , & dans
lequel on remarque de la partialité. Ils
prétendent que les Loyaliſtes ont été mis
en poffeffion de la partie la plus fertile de
la province , tandis que les Emigrans font
obligés de ſe contenter d'un terrein ſi couvert
de bois , que cinq ouvriers ne peuvent
( 171 )
pas , dans l'eſpace d'une année , défricher
plus de trois ou quatre acres pour le mettre
en labour. Le Gouvernement ſera obligé de
prendre d'autres meſures , fans quoi les
Emigrans , au lieu de s'établir dans la nouvelle
Colonie , paſſeront dans quelqu'un des
Etats d'Amérique. Ces plaintes font mal
accueillies ici , parce que rien ne forçoit les
Emigrans de la Métropole à s'expatrier ,
tandis qu'on devoit un aſyle aux Loyaliſtes ,
ainſi la préférence donnée à ces derniers
eſt auſſi légitime que naturelle.
On donne les détails ſuivans ſur l'infortuné
Général Mathæus , aſſalliné par ordre
de Tippoo -Saib .
Il étoit Officier au ſervice du Roi , mais employé
dans les troupes de la Compagnie , il avoit
demeuré dans l'Inde pendant plus de vingt ans ,
&il étoit revenu en Angleterre , il ya quelques
années , avec pluſieursde ſes enfans &des richefſes
immenfes . Il avoit loué une maiſon dans le
Comté de Cheſter , où il vivoit avec la plus
grandemagnificence. Il étoit retourné dans l'Inde
en 1782 , avec ſa femme âgée de 17 ans , fille de
M. Jackſon , Secretaire de l'Amirauté. Peu de
temps après ſon arrivée à Madraff, il avoit été
envoyé à la côte de Malabar , pour prendre le
commandement de l'Armée deſtinée à pénétrer
dans les poffeffions d'Hyder. Il avoit effectué ſon
irruption le 12 Décembre , à la tête de 400Européens
& de 1500 Scapoys , auxquels s'étoient
joints enſuite trois autres bazaillons de Scapoys
avecles troupes aux ordres des Colonels Macleod
&Humberſtone.- Onore , port de mer ſur la
côte , fut immédiatement affiégé & pris d'aſſaut ;
h2
( 172 )
&on rapporte que les Soldats , à leur entrée dans
la Ville , pafferent 500 perſonnes au fil de l'é
pée. Le Général Mathæws avoit marché enfuite
avec ſon armée dans la Province de Bedanore ; il
s'étoit rendu maître , le 17 Janvier 1783 , de
la ville de ce nom , où il avoir trouvé des tréſors
conſidérables. On fait que cette Ville fut repriſe
au mois de Mai fuivant par Typpoo-Saib .
M. Shirley , ci-devant Négociant à Lifbonne
, rapporte un événement arrivé pendant
ſon ſéjour en Portugal , & digne d'être
connu dans les pays où la torture feroit
encore en uſage
UnJuge integre d'un des Tribunaux de Lisbonne
, ayant obſervé l'effet de la queſtion ſur
des malheureux fauſſement accuſés de crimes ,
leſquels préféroient de perdre la vie pour ſe ſouftraire
à la torture , il fut ſi vivement touché d'une
coutume auffi barbare , laquelle arrachoit fouvent
à l'innocent l'aveu fatal qui le conduiſoit à
l'échafaud , qu'il réſolut de démontrer par l'expérience
combien les Juges étoient ſujets à être
trompés en voulant obtenir la vérité par des
tourmens aufli inouis.C'eſt en Portugal un crime
capital de tuer un cheval ou un muler. Ce Juge
avoit juſtement un cheval du plus grand prix. Un
ſoir, tandis que ſa famille eſt livrée au fommeil ,
il entre dans l'écurie & coupe la queue de ſon
cheval , qui , perdant tout ſon ſing par cette
bleſſure , meurt preſqu'auffi -tôt. Le Valet eft
eſt accuſé d'avoir tuél'animal ; il veut en vain
ſe juſtifier ; les préſomptions font trop fortes
contre lui; il ſubit la queſtion. Bientôt cet homme
préférant la mort aux douleurs violentes
qu'il endure , avoue en effet que c'eſt lui qui a
fait périr le cheval , & en conféquence il eſt cons
( 173 )
damné à être pendu. Le Maître , qui ne pouvoit
être un des Juges , puiſqu'il étoit lui- même l'accuſateur
, avoua , apres le Jugement , qu'il étoit
lui-même l'auteur de ce délit , en vertu duquel
on venoit de prononcer contre ſon Valet la Sentence
de mort. Il prouva alors la faillibilité des
des aveux arrachés par la torture , & il expoſa
les motifs qui l'avoient porté à faire cette épreuve.
Depuis cet événement , on dit qu'on a modifié ,
dans tous les Tribunaux du Portugal , l'uſage de
la queſtion , durant les procès criminels.
L'un de nos papiers raconte ainſi l'une des
circonſtances préliminaires du départ de M.
Blanchard.
Nous apprenons de Douvres que l'arrivée du
BallondeM. BBllaanncchhard en cette ville , a donné
lieu a un différend fort vif , qu'on eſt parvenu
heureuſement à appaiſer. En voici le ſujet.
M. Blanchard, après avoir réfléchi ſur le dangerapparentdont
il étoit menacé en effectuant
ſa navigation aërienne à travers la Manche , &
après s'être aſſuré de l'état où se trouvoit ſon
Ballon , fut convaincu qu'il ne pouvoit point ,
eu égard à ſa propre ſureté , entreprendre ce
voyage avec le Docteur Jefferiel , ſans perdre in
finiment de ſon leſt , & en conféquence il déclara
à celui - ci qu'il étoit réſolu de tenter ſeul
ce paſſage. Le Docteur , extrêmement jaloux
de partager l'honneur de ce voyage , trouva
toutes ces repréſentations ſuperflues , & perſiſtant
dans ſes deſſeins , il aſſembla un parti de Matelots
Anglois à la tête deſquels il marcha au Chậ
teau , bien déterminé , en cas de réſiſtance , à
lui donner l'aſſaut , & à réduire le Ballon en
cendres pour fatisfaire ſa vengeance. Les Officiers
de la Garniſon , informés de ſon intention ,
fermerent les portes , & il s'enfuivit entre le
7
h3
( 174 )
Commandant du Chateau & le Docteur , une négociation
qui rappelle l'idée de celle de Charles
I , avec le Gouverneur de Hull , lorſque ce
Monarque effaya de ſurprendre cette Ville. Le
Château eſt principalement rempli d'Invalides ,
dont la contenance comique préſente un tableau
tout- à - fait original. Ces hardis champions ſe
promettoient tout de leur audace guerriere , &
étoient réſolus de défendre M. Blanchard contre
tous les efforts du vaillant Docteur . Mais celuici
voyant que cette affaire prenoit unetournure
trop ſérieuse , & que fa phalange auroit beaucoup
à fouffrirde la défenſe courageuſe du Châ
teau , après avoir tenu conſeil & fait mine de
tout préparer pour une vigoureuſe attaque , il
battit bruſquement la retraite , & laiſſa M. Blanchard
Maître abſolu de la fortereſſe. En conféquence
,cet intrépide François ſe prépare à pro
fiter du premier bon vent , pour partir d'Angleterre
ſur ſon Char ailé.
On nous a fait paſſer la note fuivante ,
relativement au démêlé du Duc de Riche
mond avec le Colonel Debbieg , dont nous
avons parlé. Sans garantir les faits qu'elle
contient, pas plus que ceux que nous avons
rapportés , nous nous contentons d'inférer
ici mot à mot ce ſecond récit.
En 1779 ou 1780 , le Duc de Richemond
ayant vu les ouvrages de Chatam , & penſant
qu'ils étoient très -diſpendieux & mal entendus
pour la défenſe du chantier , en parla dans ce
fens à la Chambre des Pairs : peu de temps
après , le Colonel Debbieg vint chez lui, &
Jui dit qu'il avoit ludans les gazettesunprécis
de ſon discours; que chacun avoit le droit de
juger ſon ſavoir , mais que perſonne n'avoit ce
( 175 )
lui de juger la probité dans laconduite des ou
vrages. Le Duc de Richemond l'affura qu'il
n'avoit attaqué ni l'un ni l'autre . qu'il avoit
même dit avoir entendu rapporter que ces ouvrages
avoient été conſtruits contre fon opinion ;
& qu'à l'égard de ſa probité dans la conduite
de ſes travaux , il ne lui étoit jamais venu dans
l'idée de diſcuter un ſujet ſur lequel il n'auroit
nulle connoiffance. Le Colonel Debbieg alors
ſouhaita que le Duc de Richemond fit mettre
dans les Gazettes un détaveu du rapport qui y
avoit été fait. Le Duc de Richemond répondit
au Colonel Debbieg qu'il ne pouvoit point faire
cette démarche; que jamais il ne s'abaiſſeroit à
corriger le rapport des Gazettes , & qu'il pouvoit
être content de la vérité qu'il lui avoit déclaré.
Le Colonel Debbieg lui dit qu'en effet if
avoit vu Lord Amherſt qui lui avoit confirmé ce
que ſa Grace venoit de lui dire, & il s'en alla
paroiffant content , au moins le Duc de Richemond
eut lieu de le croire , puiſque depuis ce
jour-là juſqu'au 15 d'Août 1784 , il n'a jamais
entendu parler de cette affaire.
Cette explication a été lue tout haut par le
Ducde Richemonddevant le Conſeil de guerre,
en préſence duColonel Debbieg , qui étoit placé
à côté de lui ; elle fut enſuite donnée par écrit
au Conſeil de guerre. Le Colonel Debbieg en
demanda copie; elle lui fut accordée , & deux
jours après il lut ſa défenſe , qui étoit fort longue.
Mais ni dans cette défenſe , ni d'aucune
-autre maniere , cette explication n'a point été
contredite : & elle eſt reſtée ſans réponde .
Un Pilote expérimenté de Briſtol vient de
publier un avis , qui peut être utile à tous les
navigateurs , & que nous tranſcrirons dans
ce but.
h 4-
( 176 )
Entre Land's-End & Rund-le-Stone , gil
Tent quatre rochers ſous l'eau , dont trois ſe trouvent
dans le chenal , & le quatrieme dans la
même direction que Rund-le-Stone , ce qui rend
ce paſſage , très- fréquenté , extrêmement dangereux
; & cependant ce danger eſt peu connu des
navigateurs. A la marée baſſe , on trouve fix
pieds d'eau ſur l'un de ces rochers , & quatre ſeu-
Sement ſur le ſecond. Le troiſieme , dans les
grandes marées de l'Equinoxe , en Mars , ſe
montre à fleur d'eau ; & le quatrieme enfin eſt à
peu près de même. Le 26 Mai 1782 , le Capita
ne Puddicomb , de Newton-Bushel , qui venoit
de Liverpool à Plymouth , a touché fur
'une de ces roches . Heureuſement le temps qui
étoit beau , & le vent favorable , permirent aux
pilotes de lui donnet le plus prompt ſecours. On
parvint à force de monde à entretenir les pompes ,
&le navire entra à Mount'sbay. Les navigateurs
devroient marquer ces rochers ſur les cartes ».
N. B. Les 1759 perſonnes , mortes à
Londres de la petite vérole, doivent être enrendues
mortes de cette maladie en général,
& non pas ſeulement de l'Inoculation.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 12 Janvier.
Le 9 de ce mois , le Comte de Tavannes,
Chevalier d'honneur de la Reine , a prêté
ferment entre les mains du Roi , pour la
Lieutenance générale du Dijonnois , vacante
par la mort du Comte de Saulx fon pere.
Le même jour , Leurs Majeſtés & la Famille
Royale ont ſigné le contrat de mariage
du Comte de Berenger, Chevalier d'hon(
177 )
heur de Madame en ſurvivance , avec Demoiſelle
de Névis ; & celui du Marquis de
Carcado Molac , avec Demoiſelle de Saint-
Julien.
Ce jour , la Comteſſe de Sainte - Aldegonde
& la Marquise d'Aſnieres , ont eu
l'honneur d'être préſentées à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Comteſſe de Gand, & la feconde par la Vicomteſſe
de Virieu .
Le ſieur Robert de Heſſeln , Cenſeur
royal , a eu l'honneur de préſenter à Leurs
Majeſtés & à la Famille royale , qui l'ont honoré
de leurs fouſcriptions pour la nouvelle
Topographie du royaume de France , la
contrée Nord de la Région centre. Cette
Carte eſt la quatrieme de celles qui renterment
le ſecond degré des détails de la fuperficie
du Royaume.
DE PARIS , le 18 Janvier.
L'heureuſe traverſée de M. Blanchard &
du Docteur Gefferies eſt l'époque la plus remarquable
de l'hiſtoire des Ballons , depuis
leur origine. Il ſeroit à ſouhaiter qu'elle en
fût la plus utile; mais elle n'a peut-être fait
que conſtater les dangers de cette voiture
fur l'Océan . Nous n'avons pu encore difcerner
la vérité , au milieu de mille rapports
contradictoires , flatteurs ou médifans , fur
les préliminaires & fur les circonftances de
cet heureux voyage. On parle d'un départ
hs
( 178 )
précédé d'altercations , de réſiſtances , d'argent
donné par l'ün des Aëronautes à fon
compagnon ; on ajoute que ces navigateurs
après avoir jetté tout leur leſt , les onemens
de leur gondole , leurs propres vétemens
, eurent peine à défendre leur vaiſſeau
aërien de toucher l'onde. On affirme que le
Docteur Jefferies avoit ſigné l'engagement
de ſe laiſſer précipiter par M. Blanchard au
fond de la Manche , dans le cas où ce ſacrifice
eût été néceſſaire à la conſervation de
ce dernier , & que nouveau Curtius , l'Anglo-
Américain étoit réſigné à ce dévouement.
Auſſitôt que les Voyageurs eurent
pris terre, très-près du bord de la
s'embraſſerent avec le plus profond attendriffement.
mer ,
ils
Nous nous permîmes dans le temps , de
rire un peu des deſcriptions burleſques &
véritablement inconcevables de M: Blanchard
: nous rendons juſtice avec la même
impartialité à fon zele & àſon courage. Il
mérite des éloges , d'autant plus grands ,
qu'aſſez dédaigné juſqu'ici , & fans autre
fecours , que fon induſtrie & fon ardeur , il
a poursuivi & conduit à une fin heureuſe
une entrepriſe , taite pour déconcerter les
hommes les plus aguerris. On ne fauroit
donner une plus sûre marque d'eſtime à M.
Blanchard , que de lui conſeiller de s'écarter
dans ſa narration , des mauvais modeles
qui ont gâté ſes précédens récits , d'éviter
l'enflure & les métaphores , & de rendre
L
( 179 )
4
avec ſimplicité des dérails qui n'ont beſoin
ni de phraſes ni d'exagérations.
Pour fatisfaire la curioſité du lecteur fur
ce paſſage , nous joignons ici ce qu'on en
a publié , ſans garantir néanmoins l'exacte
vérité des circonstances. Voici en quels termes
on raconte ſon départ de Douvres .
Afix heures du matin les vents au nord , nord-
Oueſt , M. Blanchard appella tous fes Ouvriers ,&
leur donna l'ordrede ſe rendre au lieu du départ ;
lorſqu'ils furent tous réunis on lança une Montgolfière
, qui ſe dirigea vers Calais ; M. Blanchard
dit à haute voix au Gouverneur du Chateau que
les vents étant favorables il alloit ſe diſpoſer à
partir , & , pour en donner avis à tous les habitans
, le Gouverneur fit tirer trois coups de canon
à huit heures trente minutes. Pour vous bien
repréſenter l'empreſſement que chacun apporta
aux préparatifs , il faut vous peindre une famille
bien unie qui travaille en commun au bonheur
detous.
Il étoit midi un quart lorſque , voyant ſa ma
chine bientôt remplie , M. Blanchard déféra à M.
le Gouverneur du Château l'honneur de lancer
fon courier.
Auneheure préciſe , les vents toujours nord
demi thum , oueſt , cejeune intrépide ayant tout
préparé & fait placer M. Gefferies , ſon compagnon
de voyage , ſeul tranquille ſur ſon fort , &
du ton de voix le plus décidé , donna l'ordre de
l'abandonner. On garda , pendant tous les momens
qui précéderent immédiatement le départ ,
le filence le plus morne ; mais à peine la Machine
eût elle quitté la terre , qu'on ſe livra aux acclamations
les plus vives& à toutes les folies que
peutenfanter l'enthousiasme, Il étoit en effet bien
h6
( 180 )
intéreſſant de voir ce fier Aéronaute planant ſur
l'immenſe ſurface des eaux dans les plaines de
L'air. Témoin éloigné du délire qu'il excitoit , il
ſalua de ſon pavillon , autant pour raſſurer les
ſpectateurs que pour leur témoigner ſa reconnoif-
1ance. Nous commencions à le perdre de vue lor
que tout-à- coup nous le vîmes deſcendre. Nous
ne pûmes nous défendre du plus grand effroi , en
conſidérant le danger où ſa généreuſe entrepriſe
pouvoit le jetter ; mais nous fûmes bientôt raf-
Curés en le voyant de nouveau s'élever dans les
airs , qu'il fendoit avec rapidité. Nous augurâmes
qu'il ſe trouvoit au - deſſus du continent à trois
heures vingt- cinq minutes , & nous jugeâmes ,
autant qu'il nous fut poſſible de le faire dans un
auffi grand éloignement , qu'il toucha la terre
aux environs de Blanay , entre Calais & Boulogne.
gne.
Je crois ne devoir pas paſſer ſous filence les
foins généreux que ſe donnerent MM. les Officiers
en Chef pour établir l'ordre & contribuer au
ſuccès de l'entrepriſe n.
Le Vendredi 7 du courant , à une heure
après-midi , les voyageurs arriverent au- defſus
des côtes de France , entre Calais & Boulogne
; ils prirent terre à deux lieues & demi
du rivage , au-delà de la forêt deGuines , vers
la pointe d'Ardres .
,
Ils furent reçus par M. d'Horinclam fils , qui les
conduifit dans ſon Château . Le même ſoir
après ſouper , les Voyageurs furent conduits à
Calaisdans une voiture à fix chevaux qui leur fut
envoyée par les Officiers Municipaux , qui avoient
auffi donné des ordres pour que les portes de la
Ville fuſſent ouvertes à quelqu'heure qu'ils arrivaſſent
; & quoiqu'il fût deuxheures après minuit
( 181 )
:
lorſqu'ils entrerent dans cetteVille, ils y trouverent
tous les habitans qui bordoient les rues fur
leur paſſage en criant : Vive le Roi , vive les Voyageurs
aériens .
Ils deſcendirent chez M. Mouron , l'un des Offciers
du Corps Municipal , où ils coucherent. Le
lendemain , dès le matin , le Pavillon François
fut placé ſur la porte de M. Mouron , le drapeau
de la Ville fut hiſſe ſur les tours ; on fit pluſieurs
décharges de canon , & les cloches de toutes les
Paroifles furent ſonnées en carillon . Le Corps
Municipal & tous ceux des Régimens qui compoſent
la Garniſon , ſe rendirent le matin même
chez M. Mouron , pour féliciter les Voyageurs ;
à dix heures on leur apporta le Vin de Ville , &
on les invita à venir dîner ce jour même à l'Hô
tel-de -Ville.
Avant le dîner , le Maire préſenta à M. Blana
chard une boîte d'or , ſur le médaillon de laquelle
eſt gravé fon Aéroſtatdans le moment de la defcente
; elle contenoit des Lettres qui accordent à
M. Blanchard le titre de Citoyen de Calais. De
pareilles Lettres furent offertes au Docteur Gefferies
, qui , en ſa qualité d'Etranger , ne crut
pas devoir les accepter. Enfin pour mettre le
comble à la gloire des Voyageurs , le Corps de
Ville leur demanda de laiſſer leur Ballon pour
être déposé dans l'Egliſe Cathédrale de Calais ,
ainſi que le fut autrefois , en Eſpagne , le vaiſſeau
de Chriftophe Colomb , & il fut arrêté qu'au lieu
de la deſcente , il ſera élevé une Pyramide de
marbre pour en perpétuer la mémoire.
Voici la lettre & le quatrain de M. Rigault
deRepinoy , ancien Maire de Calais , à M.
Blanchard.
M. , Votre triomphe du 7 de ce mois doit être
1 246
( 182
cher à cette Ville , puiſqu'à pareil jour & à la
même date de l'année 1558 , Calais rentra au
pouvoir de la France après le ſiége mémorable
du Duc de Guiſe , & que 226 ans après
&un même Vendredi , l'Angleterre vient d'être
perfuadée qu'un François peut tout quand il
Veut.
On m'affure , Monfieur , que le Docteur Gefferies
étoit votre Compagnon de voyage , en
ce cas , permettez moi de vous offrir ce Quatrain
:
Deux Peuples diviſés pour l'empire des mers ,
Ne font qu'un aujourd'hui en traverfant les airs ,
Préſage fortuné de l'union ſincere ,
Qui va régner entr'eux pour le bien de la terre,
J'ai l'honneur d'être , &c
Quelques perſonnes nous ont reproché
dene pas affez multiplier les articles de nouvelles
inventions, découvertes , eſſais , induſtrie
, &c. La raiſon de ce filence eſt trèsfimple
, c'eſt que nous ne voulons point concourir
à tromper le Public. S'il voyoit de
près ces prétendus chefs d'oeuvres , ces plagiats
donnés pour des nouveautés , ces effets
chimériques qui n'ont exiſté que dans l'imagination
, ces merveilles qu'on met en créditdans
les Journaux avec des recommandations
,& dans le monde avec du manege ;
ſi ce même public honnête ſavoit qu'on a
pouffé l'audace , juſqu'à lui atteſter les expériences
les plus fauſſes , pour mettre en vogue
des ſyſtêmes anti-phyſiques , il nous fauroit
gré de notre circonspection. Elle doit par
conté quent inſpirer quelque confiance pour
( 183 )
les découvertes , dont nous prendrons ſur
nous de garantir l'existence & l'utilité.
De ce genre , eſt la Machine Polycreste , ou Machine
à pluſieurs uſages , dont il circule un Profpectus
dans le Public. Nous ne parlerons de cette
étonnante Invention qu'en témoins oculaires &
très attentifs de ſes effets. Elle eſt l'ouvrage d'une
Perſonne de naiſſance , occupée depuis long-tems
des expériences ſur la lumiere , & qui en a tiré des
effets abſolument inconnus juſqu'ici. Cette Machine
réunit d'immenfes avantages pour tous les
Beaux-Arts , des agrémens inappréciables pour
les Amateurs & pour les Curieux.Elle furpaſſe de
beaucoup tous les moyens uſités juſqu'à préſent
pour ſe procurer des copies exactes des différens
chefs-d'oeuvres de l'Art. Elle n'a aucun rapport
avec les Pantografes, Singes, ou autres Inſtrumens
decette eſpece. Cejeu d'optique fingulier n'a pas
plus de reffemblance avec les moyens imparfaits
& limités de la Chambre Noire & du Microſcope
folaire . Cet admirable Instrument met ſous les
yeux , ſous la main de l'Artiſte & de l'Amateur ,
un tableau fid ele& précis de tous les objets qu'on
deire voir , deſfiner ou peindre , & cela , dans la
proportion , dans la grandeur que l'on ſouhaite .
Miniature , Gravure , Bas- Reliefs , Carte Géographique
, Plan , Coquilles , Minéraux , Camée ,
Pierre gravée , Médaille , peuvent , à volonté ,
dans l'inſtant ou graduellement, être portés à deux
cens fois la grandeur originale. L'Auteur nous a
montré pluſieurs Tableaux ou Gravures en petit ,
qui , dans un clin d'oeil , arrivoient ſucceſſivement
à cette dimenſion , & gagnoient en netteté & en
expreffion. Un objet de plufieurs pieds , peut de
même être réduit àune ſimple mini-ture ,& tous
dans leur augmentation ou diminution , confervent
la plus grande exactitude de deffin & la
( 184 )
préciſion des couleurs. Les plus foibles nuances
de celles- ci ſont faciles à diſcerner ; chacune d'elles
ſe diftingue & ſe prononce auffi nettement que
dans la nature.
On n'apperçoit d'ailleurs aucune trace d'ombre
, aucun nuage , aucun brouillard ſur l'objet
repréſenté avec un relief , un caractère , une
vie qui manquent ſouvent aux meilleurs tableaux
; de forte que la choſe paroît avec tout
l'avantage qu'elle auroit d'après nature. Mais
tout ce que nous pourrions en dire étonneroit la
conception ; il faut voir foi-même les effets de
cette Machine pour en apprécier la perfection.
Elle peut fervir à analyſer toutes les perfections
de l'Art ; un Amateur, fans ſavoir deſſiner ,
peut ſe procurer ſans peine , les copies les plus
fidèles , ſoit en grand , ſoit en petit , l'original
étant rendu dans ſes moindres détails & couleurs.
Deux Artiſtes diſtingués , MM. Cochin & de
S. Aubin , ayant examiné cette Machine , ont atteſté
la réalité & l'utilité de ſes effets . Leurs Certificats
ſont joints à l'Annonce de l'Auteur : celui
de M. de S. Aubin porte :
Je ſouſſigné, atteſte avoir fait uſage de la Machine
ci-deſſus , approuvée par M. COCHIN , &
affure en avoir reconnu toutes les propriétés , &
en avoir éprouvé tous les avantages & parfaite
exactitude , en prenant au trait pluſieurs têtes plus
fortes que nature , que la Machine m'a données
ainfi , quoique les originaux n'euffent pas plus
d'un pouce de proportion , & cela , en conſervant
la plus exacte reſſemblance ; ce qui me paroît
devoir être de la plus grande utilité pour lesArtiftes
dans nombre de cas , & d'un agrément infini
pour les Amateurs. Je déclare donc que cette découverte
, qui me paroît neuve , ne peut qu'être
( 185 )
avantageuſe & agréable aux Artiſtes &aux Ama
teurs , en leur préſentant fur le champ une forte
de traduction de tous les objets imaginables , ſoit
degranden petit, ſoit de petit engrand. AParis ,
ce 29 Novembre 1784. Signé , DE SAINT- AUBIN ,
de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture,
Graveur du Roi & de ſa Bibliotheque.
La généroſite de l'Auteur l'avoit d'abord décidé
àfaire préſent au Public de cette Machine ; mais
les dépenſes conſidérables de ſa conſtruction , & le
defir de la voir multipliée , lui font ouvrir une
Souſcription. Chaque Souſcripteur recevra une
desMachines pour la ſomme de 15 louis d'or , dont
cing payés en ſouſcrivant , entre les mains de
M. Lefevre , rue de Condé , qui donnera un rezu
fur lequel ladite Machine ſera délivrée au Soufcripteur.
Dans le mois de Mars prochain ,
payant les dix autres louis d'or , M. Lefevre donne
l'adreſſe de l'Auteur , chez lequel on peut aller
juger ſoi même de la Machine , avec la liberté de
retirer ſa Souſcription dans les 24 heures , fi les
effets ne répondent pas à l'énoncé .
en
Nous avons inféré dans ce Journal ,
le mois dernier , une lettre que nous
adreſſa M. Caullet de Veaumorel , au ſujet
d'une machine électrique , poſitive & négative
, dont il réclamoit l'invention fur
M. Lange de Villeneuve. Nous ne ſoupçonnions
pas que M. Caullet eût ofé ſe
compromettre , & nous compromettre
nous -mêmes par des aſſertions infidelles ,
écrites d'ailleurs , d'un ſtyle amer , où la
Grammaire étoit auſſi peu ménagée que la
décence. Nous ſommes obligés de mettre
au jour le procédé de M. Caullet , le même
quià l'infçu de M. Mesmer , & contre fon
.
1
( 188 )
Le Journal de Phyfique du mois de Décembre
1776 , a annoncé ,ſur le dire de M. l'Ange , une
machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative &
positive. Cette machine ne fait point honneur
auxSciences du reſſort de l'électricité. Cette machine,
poſitive ſeulement , eſt très - ſimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux go
dets, comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
pofitif ſéparés , ſupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de Sa
boutique , qui est bas. Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans , &c .
Ces deux expoſés mettront le Lecteur à portée
de prononcer ſur l'infidélité du récit que faitM.
Caullet de Vaumorel de ma machine électrique ,
&de mépriſer comme moi cette production qui
ne décéle que le dépit de ſon auteur & la fauſſeté
de ſes aſſertions .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & $ 1 .
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
T
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois, & ont envoyé aux
Paſteurs des diverſes Egliſes un Formulaire à
celujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de ſe procurer des Auxiliaires.
L'on ſe réfroidit un peu ſur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de ſe procurer avec faci(
189 )
lité , & l'on fonge à demandenir en Angleterre.
ques milliers de troupes légeres & quns l'Inde repaftroupes
régulieres à la foide de la Répu de l'année
finguliere propoſition a été faite par
d'Utrecht & dans le Conſeil de Leyde. ver la
Le Comte de Waſſenaer Starrenburgurs
été rappellé de fon Ambaſſade à Pétersbour
que parce que l'objet particulier de fa minion
étoit rempli .
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique ; ſavoir les diſpofitions acanelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur Envoyé
. Une autre de ces Feuilles nous dit aujourd
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la cauſe des Provinces Unies , & auſſi tôt
la guerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera ſur le territoire Autrichien.
Il eſt fâcheux qu'il ſoit néceſſaire de rejetter pref
qu'enentier toutes les aſſertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de fauſſerés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il ſe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eſt
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les Etats du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princefle d'Orange pourroit y faire
quelque ſéjour dans la prochaine faifon.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant. Cet
( 188 )
Le Journal de Phyfique du mois de Décembre
1776 , a annoncé ,ſur le dire de M. l'Ange , une
machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative
poſitive. Cette machine ne fait point honneur
aux Sciences du reffort de l'électricité. Cette machine,
poſitive ſeulement , eſt très - ſimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux go
dets , comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
positif ſéparés , ſupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de Sa
boutique , qui est bas . Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans ,&c.
Ces deux expoſés mettront le Lecteur à portée
de prononcer ſur l'infidélité du récit que fait M.
Caulletde Vaumorel de ma machine électrique ,
&de mépriſer comme moi cette production qui
ne décéle que ledépit de ſon auteur & la fauſſeté
de ſes aſſertions .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & $ 1 .
PROVINCES - UNIES.
2
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois , & ont envoyé aux
Paſteurs des diverſes Egliſes un Formulaire à
ce lujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de ſe procurer des Auxiliaires.
L'on ſe réfroidit un peu ſur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de ſe procurer avec faci
( 189 )
lité ,& l'on fonge à demander à la France quelques
milliers de troupes légeres & quelques milliers de
troupes régulieres à la foide de laRépublique. Cette
finguliere propofition a été faite par les Etats
d'Utrecht&dans le Conſeil de Leyde.
Le Comte de Waffenaer Starrenburg na
été rappellé de fon Ambaſſade à Pétersbourg
que parce que l'objet particulier de fa million
étoit rempli.
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique; ſavoir les diſpofitions actuelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur En
voyé. Une autre de ces Feuilles nous dit aujourd
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la cauſe des Provinces Unies , & auſſi tôt
laguerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera ſur le territoire Autrichien.
Il eſt fâcheux qu'il ſoit néceſſaire de rejetter prefqu'en
entier toutes les affertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de faufferés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il ſe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eft
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les États du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princefle d'Orange pourroit y faire
quelque ſéjour dans la prochaine faifon.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant. Cet
( 190 )
accident a donné lieu à beaucoup de conjectures
hazardées. Au commencement du
mois , il ſe trouvoit déja 900 mille rations
de fourrage dans les magaſins de Mons. L'on
affure que le Quartier général de l'Empereur
fera à Marimont.
Les magaſins de tout genre augmentent à
vue d'oeil , ainſi que les préparatifs militaires.
Il eſt ſingulier qu'au même inſtant on acheve
d'abattre les fortifications d'Ath , ainſi
que celles de Namur.
Le Mariage de Figaro a été repréſenté ici
le 4 de ce mois , avec de grands retranchemens
, qui n'ont pas nui au ſuccès de cette
piece. La repréſentation avoit attiré des
ſpectateurs de 15 lieues à la ronde.
Les troupes arrivent ou s'avancent à grands
pas de tous côtés. Les divers avis qu'on en reçoit
s'accordent à les repréſenter comme réglées par
la meilleure diſcipline , & comme n'ayant nulle.
ment fouffert , ni de la longueur de la route , ni
de la ſaiſon. Il eſt abſolument faux que le régi
ment de Bender ait perdu beaucoup de monde
par la déſertion , & qu'on ait été obligé de prendreavec
les ſoldats des précautions donton a lu
le détail dans de prétendues lettres de Straf
bourg & d'ailleurs .
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
Un régiment d'Infanterie de l'établiſſement
d'Irlande doit s'embarquer à bord des vaiſſeaux
de guerre deſtinés pour l'Inde , & qui partiront
au mois de Mai prochain , pour relever quelques
( 191 )
unsde ceux qui doivent revenir enAngleterre.
Les Troupes royales qui font dans l'Inde repafferont
en Europe dans le courant de l'année
prochaine.
Le Gouvernement a le projet d'employer la
Milice dans les garnisons. Il y en aura toujours
un tiers réuni en corps. On renoncera au fyftême
ſuivi précédemment en temps de paix , de
ne raſſembler la milice que pendant un mois tous
les ans.
L'emprunt de cette année n'excédera pas cinq
millionsft. , & l'on ne compte pas qu'il ſoit négocié
avant le mois d'Avril.
Cause extraite du Journal des Cauſes célébres.
Prêtre que son neveu fait arrêter comme fou.
Si quelquefois , dit M. Deseſſarts , les droits
du citoyen ont été violés ,les loix protectrices qui
ledéfendent , mépriſées , toutes les formalités judiciaires
oubliées , l'humanité outragée , c'eft
dans l'affairedont nous allons donner une notice.
Le ſieur Lecerf, à Vire en Normandie, avoit
le malheur d'avoir un neveu qui convoitoit ſa
fortune. Ce collatéral avide , pour aſſurer ſa
proie , conçut le projet criminel de calomnier
fon oncle. Il le préſenta dans une Requête obfcure
, comme un fou dangereux , qu'il étoit de
l'intérêt public de reléguer dans une de ces retraites
deſtinées pour ſervir d'azile aux malheureux
, dont la raiſon eſt aliénée. Tandis que
l'infortuné Prêtre étoit expoſé aux cruels effets
de la calomnie , il s'occupoit rranquillement à
cultiverun bien de campagne qu'il avoit dans les
environs de Vire. On peut juger de ſon étonnement
, lorſque deux Huiffiers ſe préſenterent
chez lui , pour l'arracher de ſa maiſon. Juſtement
indigné , il leur demanda de quel droit ils
oſoient violer ſon azile. Les Huiſſiers ne lui fi
( 192 )
rent d'autre réponſe , qu'ils étoient chargés de
l'emmener. Le fieur Lecerf s'abandonna alors
aux mouvemens de ſa colere , & arina ſes mains
des inftrumens qui pouvoient lui ſervir à défendre
la liberté. Les Huiffiers , auſſi lâches que
timides, ſe retirerent ; mais ce fut pour aller
chercher des complices , qui partageroient les
dangers de la capture , & pourroient , par la
réunion de leurs forces , parvenir à enchaîner la
victime. En effet , quelques heures après , ils
ſe préſenterent chez le ſieur Lecerf, avec deux
fatellites . Le malheureux Prêtre , effrayé par le
nombre , céda à la force , & ſe laiſſa garotter&
conduire dans les priſons de Vire. La nouvelle
de cet emprisonnement illégal s'étant répandue ,
l'avide neveu s'apperçut bientôt qu'il avoit fait
une fauffe démarche. Le ſieur Lecerf s'empreffa
de préſenter une Requête , & de la faire fignifier
à ſon neveu , avec affignation à comparoître
le même jour à l'Audience . Celui- ci déclara qu'on
l'avoit trompé , & qu'il conſentoit que la liberté
fût rendue à ſon oncle . Le fieur Lecerfa alors
demandé une réparation , tant à ſon neveu
qu'aux Huiffiers qui avoient ſervi fa haine , &
par Sentence du 15 Juin 1782 , le neveu fut
condamné à demander pardon à fon oncle , &
les Huiffiers en 10 liv. de dommages & intérêts ,
& en 20 liv. d'amende envers le Roi . Sur l'appel
de cette Sentence , le Parlement de Rouen ,
par Arrêt du mois de Novembre 1782 , a condamné
le neveu à reconnoître à l'Audience du
Bailliage de Vire , qu'il avoit méchamment &
calomnieuſement fait arrêter ſon oncle . Les
Huiffiers & le neveu ont été condamnés folidairement
en 300 liv . de dommages & intérêts , &
l'impreffion & l'affiche de l'Arrêt ont été orden.
nées.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits au Viſtre , petite Rivière
ou Ruiffeau qui coule près de Niſmes.
Douce retraite , aſyle heureux ,
3
Où l'Amour ſi ſouvent aimena ma Silvie ;
Saules , témoins de mes aveux,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
Otemps! cette flatteuſe erreur
Échappera ſans doute à ta pourſuite ;
Mais le ſouvenir du bonheur
Nous confole til de ſa fuite ? -
A
(Par M. Auguste Gaude. )
Nº. 5 , 29 Janvier 1735 . I
194
MERCURE
A M. l'Abbé DOURNEAU.
TAND ANDIS que la nouvelle année
Ramène les faux complimens ;
Que la vérité profanée
Fuit des climats trop inconſtans ;
Que l'on voit les trois quarts des gens
Se mépriſant dans la penſée ,
Se donner mille embraffemens ;
Et que de ruſés courtiſans
D'une louange intéreſſée
S'empreſſent de flatter les grands ;
Moi , mépriſant la grandeur même ,
Si la grandeur eſt ſans vertus ,
Je fais des voeux pour ce que j'aime ,
Ne pouvant rien faire de plus.
( Par M. P. Buret. )
A Madame L. G.... , le jour de fa Fête.
AIR: Du Vaudeville de Figaro.
QUE des roſes deCythère
Qu'elle cueille à peu de frais ,
D'une main vive & légère
Euterpe * orne vos attraits :
1
*Ailuſion à Mme Dufrenoy , jeune Muſe de la même
Société , Auteur d'un Opera-Vaudeville , reçu à la Comédie
Italienne.
DE FRANCE
195
Pour moi , qui d'un coeur fincère
Veux vous offrir les tributs ,
Je vais peindre vos vertus.
TENDRE épouſe , tendre mère ,
Aces deux titres ſi doux ,
A votre fille être chère ,
Etre chère à votre époux :
Voilà , dans l'âge de plaire ,
Le but de tous vos defirs ;
Vos devoirs ſont vos plaiſirs.
L'ESTIME épure l'hommage
Des coeurs qui vous ſont ſoumis.
Vos amis , malgré l'uſage ,
Ne font tous que vos amis :
Et fans ceffer d'être ſage ,
Vos n'en poſſédez que mieux
L'art de faire des heureux.
LE VOILE dela réſerve
Chez vous orne la gaîté
D'un eſprit ſage en ſa verve ,
Malin ſans méchanceté.
Ala raiſon de Minerve
Vous prêtez tous les atours
Des Grâces & des Amours.
Occupé de mon modèle ,
J'allois finir le tableau:
Ii
196
MERCURE
1
L'Amitié rit de mon zèle ,
Et vient ſaifir monpinceau.
Arrête , ditl'Immortelle :
Ma main, mieux que tes couleurs,
L'a gravé dans tous les coeurs.
( Par M. de Saint- Ange. )
LE PARTAGE DES DRAPS , Conte.
LA Marquiſe de Méluſine ,
Femme déjà ſur le retour ,
A Dorimon montroit un jour
Un gros ballot de toile fine :
- Voyez , Monfieur , ne peut- on pas
Avec cela faire des draps ?
Dorimon regarde , examine.
- Ah , Madame ! qu'il ſeroit doux
De les partager avec vous !
La Marquiſe changeant de mine :
-Toujours des fadeurs , Dorimon ?
-Moi , Madame ? Oh , pour cela non !
Je ne vois là fadeur aucune ,
Sur deux paires j'en demande une.
(Par M. Roger'le Boiteux , Ingénieur. Feudiste
deM. l'Evêque de Coutances .)
DE FRANCE.
197
1.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Corne-Muse ;
celui de l'énigme eſt Cure-Dent; celui du
Logogryphe eſt Milan , où l'on trouve Mai ,
Nil, Lima & mal.
GUIDE
CHARADE.
voyez mon
UIDÉ premier; par ſon inſtinct , vous
Pour uſer de mon tout employez mon dernier.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
ÉNIGME.
JE contribue , ami Lecteur ,
A faire de l'homme un Docteur ;
D'une foeur en tout temps, compagne inſéparable ,
Très-ſouvent ma figure à la ſienne eſt ſemblable ;
Par fois cependant en couleur
Nous différons très -fort , auſſi bien qu'en valeur.
Simon fexe eſt changé , je ſuis toute autre choſe ;
Et voici la métamorphoſe :
Jedeviens un mortel bien né ,
Par qui l'on voit porter avec décence
Un habit vil en apparence ,
Afon état par la mode aſſigné.
( Par M. N.... d'Arras. )
I iji
198 MERCURE
LOGOGRYPΗ Ε.
JE règne dans le coeur des Bergers & des Rois
Et l'Univers fans peine obéità mes loix .
Je peux de mes fix pieds , combinant l'aſſemblage ,
Varier à plaiſir mes traits & mon viſage.
On rencontre d'abord ce tiſſu précieux
D'un infecte changeant ouvrage induſtrieux;
Un funeſte métal des avares l'idole;
Cet oiſeau qui jadis ſauva le Capitole ;
Une fleur , tendre objet des baiſers du Zéphyr ,
Que le même ſoleil voit éclore & mourir;
Cet arbrifſſeau rampant dont la tige docile ,
Façonnée avec art , devient un meuble utile ;
Le mortel envié , qui , ſur le trône affis ,
Peut être bien des fois eſt rongé de foucis ;
Du Colon malheureux Peſpoir & la richeſſe ;
Deux notes de muſique; un Pape ; une Déciſe ;
Ce qui rend à nos corps la force & la vigueur ,
Et des ſens énervés ranime la langueurs
Unlégume; une ville: un préſent de Pomone;
Ce langage commun que la Nature donne ; "
Une rivière ; un fleuve;un Dieu rempli d'appas ,
Qui toujours de Vénus accompagne les pas ,
Et voltigeen riant fur des lèvres de roſe;
Le tapis de gazon qu'une eau féconde arroſe ;
Un breuvage flatteur avec ſoins apprêté ,
DE FRANCE.
199
Que l'art induſtrieux offre à la volupté ;
Un nom fer pour les Rois ; la victime tremblante
Que le vautour enlève & dévore ſanglante;
Enfin, le temps paiſible où les Jeux & l'Amour
Viennent nous conſoler de l'abſence du jour.
Otoi , qui dans ton coeur bien ſouvent m'as vû naître,
Lecteur , encor deux mots ,& tu vas me connoître t
J'annonce les honneurs , la gloire , les plaiſirs ;
Et de tous les mortels je flatte les defirs ;
Au plus infortuné je promets un miracle;
Et bientôt il s'endort ſur la foi de l'Oracle ;
Mais , avec ſon flambeau; la triſte Vérité
Des ombres de l'erreur perce l'obſcurité ;
Alors de mes diſcours il connoît le menfonge ,
Et pleure en s'éveillant la perte d'un beau fonge.
(ParMileAdélaïdede Mont-Luçon . )
RÉPONSES A LA QUESTION :
" Lequel déplaît davantage aux Femmes ,
> le Poltron ou l'Indiscret.
I.
craindre;
UN lâche , un indifcret en amour font à
Qui les a pour amans ſera toujours à plaindre.
Si l'un des deux pourtant doit obtenir le prix ,
Al'indiſcret je livrerai mon âme :
I iv
200 MERCURE
L
Il ne fut que l'objet du blâme ;
Le lâche eſt l'objet du mépris.
(Par Mile de Moüen. )
II.
Du coq vainqueur les chanſons indiſcrettes
Divulguent ſur les toits les faveurs de l'Amour ;
L'inſtant d'après , accueilli des poulettes ,
Il vient encor fêter la baſſe-cour.
Le timide ramier , près de ſa toutterelle ,
N'affronte point la ferre du vautour ,
Mais il fait lui jurer vingt fois d'être fidèle.
Jenne amant , retenez cette ſage leçon ,
Qu'il faut être ramier ou coq près de ſa belle ,
Pour être impunément indiſcret ou poltron.
1
( Par M. M..... L. , à Nifmes . )
III.
Une femme en ſecret rougit de ſon amant
S'il eſt poltron ; mais l'indiſcret qu'on aime,
Fait rougir en public ſa belle doublement,
De ſon amant & d'elle- même.
(ParM. D*. L*. I* . Offic . d **********. ).
IV.
LIGIDAS eſt poltron , & c'eſt à qui l'aura ;
Et qui s'en fait aimer , ne ſe croit pas à plaindre.
Tant qu'il fera diſcret le ſexe l'aimera ;
Le poltron craint ; l'indifcret eſt à craindre.
(Par M. B. M. Cabarrus.)
1
DE FRANCE. 201
V.
INDISCRET par étourderie ,
L'amant peut mériter qu'on lui pardonne un jour ;
Celui dont la valeur par la crainte eſt flétrie ,
En manquant à l'honneur perd ſes droits ſur l'amour .
Et fi de l'un des deux devenant la conquête ,
Je n'avois d'autre choix que celui du malheur ,
J'aimerois mieux rougir au bruit de ma défaite ,
Que rougir en ſecret au nom de mon vainqueur.
(Par une Abonnée. )
VI.
* PAR une queſtion preſſante ,
מ Entre le lâche&l'indifcret ,
L'on veut fixer le choix d'une ſenſible amante !
>> Le mien depuis long-temps eft fait ,
Diſoit hier la coquette Victoire
En liſant le Mercure avec un air ſurpris :
ככ Le lâche pour toujours vous expoſe au mépris ,
>> Et l'indifcret ſouvent ajoute à notre gloire.>>
( Par M. Séguret , Avocat . )
VII.
A L'INDISCRET je me haſarde ;
L'eſprit ſe dompte par le coeur ;
Mais le poltron ! que Dieu m'en garde !
Peut- on aimer quand on a peur ?
(Par M. le Loup. )
Iv
202. MERCURE
VIII.
ÉGALEMENT près d'une belle ,
Tous deux déplaiſent ſelon moi :
Si le poltron craint trop pour ſoi ,
L'indifcret craint trop peu pour elle.
(ParM. Theveneau.)
IX.
UN INDISCRET né putqué déplaire à fa belle;
Mais lé poltron fandis put être intéreſſent ;
L'un l'immole cruellement ,
Et l'autre au moins ſe conſerve pour elle.
(Par M. de la Combe , Chirurgien-Major du
Régiment de Picardie . )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
La Bergère Life ,placée entre deux Amans
rivaux, Hilas & Coridon , prend un bouquet
qu'elle avoitfurfon ſein, & le met au chapeau
de Coridon ; ensuite elle prend un bouquet
qu Hilas avoit à son chapeau , pour le placer
furfon propre fein ; lequel des deux Amans
eften droit dese croire plusfavorifé?
' DE FRANCE 203
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait des Lettres d'un Cultivateur
Américain , écrites à W. S. Écuyer , depuis
l'année 1770 jusqu'à 1781 , traduites de
l'Anglois par ***. A Paris , chez Cuchet ,
rue & hôtel Serpente.
IL faut bien nous arrêter avec l'Auteur ſur
le tableau des cruautés & des dévaſtations
de la guerre. Il nefaut pas perdre une occafion
d'en inſpirer l'horreur. On ne fait que
trop , pour l'honneur des Anglois , avec
quelle barbarie ils ont traité les Américains ,
fur-tout au commencement de la guerre.
C'eſt au milieu de ces ſcènes d'épouvante &
de conſternation , que M. de Saint-John de
Creveccoeur a écrit ; on le ſent bien à la profonde
énergie de ſes peintures dans le morceau
qu'il a intitulé l'Homme des Frontières ,
dont voici le commencement.
Le moment eſt enfin arrivé; il faut périr
» ou abandonner ma maison. Il faut quitter
>> ces cliamps que j'ai défriches moi-même ,
» & dort je tifois ma ſubſiſtance ; il faut
>> fuir de ces lieux qui m'ont vû naître , de
» ce beau verger que j'ai plante; mais quelle
>> contrée irai- e habiter ? Si meine je puis
>> me frayer un paffage à travers les dan-
Ivj
204 MERCURE
ود
ود
gers qui m'environnent , où porter mes
pas ? Fuirai -je ſous le pôle , vers ces cli-
>>mats où l'année n'offre aux mortels que
ود la triſte alternative d'un long jour& d'une
>> lorgue nuit ? Que dis -je ? Un jour de fix
>> mois ſeroit trop gai , trop brillant pour
» moi ; mes yeux , fatigués de pleurs , pour-
>> roient-ils le ſupporter ? Il ne leur faut
מ que la lueur incertaine des aurores bo-
>> réales , un ſimple crépuscule leur fuffir.
>>Fuyons , hâtons nos pas vers ces régions
>> hyperboréennes ; elles font le ſéjour de la
triſteſſe & de la mélancolie.
رد
» Vous connoiſſez la poſition de notre
établiſſement ; vers le Nord-Oueſt , il eſt
confiné par une vaſte chaîne de montagnes
; vers l'Eſt , le pays n'eſt encore que
foiblement habité ; nos habitations iſolées
ſont placées à une grande diſtance les unes
des autres; car chacun ſe place fur la partie
de ſes terres qui lui convient le mieux.
>> C'eſt du ſein de ces montagnes que notre
> ennemi peut fortir à chaque moment ,
ود
ود
ود
ود
ود
" pour nous ruiner & nous écrâfer ; c'eſt
>> une retraite d'où nous ne pouvons les
>> chaffer , & d'où ils peuvent s'introduire
>> dans nos cantons quand ils le veulent.
" Nous ne pouvons échapper à une deftruc-
» tion totale , tout étant déjà brûlé depuis
ود la rivière de l'Ognion juſqu'au lac Cham-
>> plain ; & la Grande-Bretagne ayant formé
la réſolution barbare de détruire nos
frontières. Elle croit nous affoiblir , elle
ود
ود
DE FRANCE.
205
ود » ſe trompe; la ruine de trois mille familles
>> produira plus de fix mille défenſeurs à
>> notre patrie .
» Ce qui rend ces incurſions plus terribles
encore , c'eſt qu'elles font exécutées
>> preſque toujours dans les ténèbres de la
ود
nuit. Nous n'allons jamais travailler dans
>> nos champs ſans être ſaiſis d'un effroi
>> involontaire , qui affoiblit nos forces &
» diminue la ſomme de nos travaux. Le
" récit de ces expéditions devient le ſujet de
>> nos converſations journalières ; chacun
" rapporte avec lui les détails de quelque
" nouvelle deſtruction. Ces hiſtoires , ré-
>>pétées au coinde nos feux , fe multiplient ,
ود ſe groffiffent dans nos imaginations ef-
>> frayées , & augmentent la maſſe de nos
» terreurs.
ود
ود
Nous ne nous mettons jamais à table
ſans que le plus petit bruit ne répande
>> une alarme générale , & ne nous empêche
>>de jouir du plaiſir de nos repas. L'appétit ,
» qui jadis provenoit de nos travaux & de
" la tranquillité de nos eſprits , n'exiſte
>> plus ; nous ne nous repaiffons que par
>> pure néceffité. »
"
ود
>>Notre fommeil eſt interrompu par une
ſucceſſion de rêves effrayans ; quelquefois
même frappé d'un bruit imaginaire , je
>> m'éveille , j'appelle tous mes gens , je fors
>> avec précipitation pour aller à la rencon-
>> tre de l'ennemi , croyant le moment de
د fon attaque arrivé. D'autres nuits , le heur206
MERCURE.
ود lement des chiens nous ſemble un pronoſtic
certain de l'approche des Sauvages
> ( que ces animaux même redoutent ) ;
>> pour lors , toute ma famille ſe lève , cha-
>> cun prend ſes armes. Ma pauvre femme
>> ( la poitrine gonflée de ſanglots qu'elle
>> cherche à étouffer , les yeux pleins de
>> larmes qu'elle voudroit cacher ) me dit
» adieu , en me prenant par la main , com-
» me pour la dernière fois ; elle ſaiſit rapi-
>> dement les plus jeunes enfans , qui , fou-
ود dainement éveillés , augmentent encore ,
>> par leurs queſtions innocentes , l'horreur
>> de ce moment terrible; elle va les cacher
> dans notre cave , comme ſi cette cave
» étoit inacceſſible aux ravages du feu. Je
>> place tous mes gens aux fenêtres , j'oc-
>> cupe ma porte , où je fuis déterminé à
» périr.
ود La terreur augmente&multiplie tous
>> les bruits d'alentour ; nous prêtons l'oreille;
ود le coeur nous palpite ; chacun écoute avec
>> l'attention la plus fcrupuleuſe , & com-
>> munique ſes conjectures à fon voifin'; on
>> croit deviner , quelquefois on fe flatte que
>> ce n'est qu'une fauſſe alarnie ; c'eſt ainſi
- que nous paſſons ſouvent des heures en-
> tières , nos coeurs déchirés , nos eſprits
>> tourmentés par le doute le plus cruel.
>> Fatigué de cet état d'incertitude , je me
ſens ſaiſi de la frénéſie du courage , &
defire l'arrivée du moment décisif; car
> alors la vie me paroît un préſent maudit :
"
ود
DE FRANCE.
207
> dans d'autres momens , je ſens toute ma
>> fermeté s'evanouir par la multitude de
réflexions que je fais , & particulièrement
>> lorſque ma femme envoie un de nos en-
>>- fans s'informer de l'état des choſes , qui
» ne manquent jamais , en outre , de me
ود
"
faire les queſtions les plus embarraffantes.
C'eſt alors , je le confeſſe , que les ſenſa-
» tions de mari & de père me plongent dans
>>le déſeſpoir , & étouffent le germe du
>>courage. Convaincu enfin que c'étoit une
"
"
fauffe alarme , nous nous couchons une
ſeconde fois ; mais quel bien peut nous
faire le doux fommeil , quand il eſt in-
> terrompu par de pareilles ſcènes ? >>
Soulageons-nous , en revenant aux tableaux
fi naïfs & fi intéreſfans qui abondent
dans cet Ouvrage. Je choiſis l'anecdote du
Chien Sauvage , comme celle dont les détails
nous font le plus étrangers , & peuvent
le mieux ſe détacher. En voici le précis.
Dans le Comté de U-Er , voiſinage de
Wavarſing, vivoit un Colon , que l'on pouvoit
, dit l'Auteur , appeler le dernier des
hommes ; car il poſſedoit la dernière plantation
de cette vallée vers les montagnes
bleues. Il n'avoit rien à redouter que les incurſions
des Sauvages ; mais il vivoit bien
avec eux , & en étoit auné.
Ce Colon avoit onze enfans ; mais ,
comme Jacob, il en avoit defiré un douzième;
&, comme ce bon Patriarche , depuis quatre
ans , il avoit vû ſes voeux exauces. Un jour
208 MERCURE
ce dernier enfant , ce petit benjamin , ſe
perd dans les bois. On paſſe la ſoirée & la
nuit à le chercher ; les échos ſauvages répondoient
ſeuls à nos cris. " Dans ce moment
ود
دد
ود
ود
هو
ود
ور
arrive un Sauvage du village d'Anaquaga ;
il ne trouve dans la maiſon qu'une vieille
>> Négreffe retenue par ſes infirmités. Où eft
» mon frère , lui demande-t'ill? Hélas, dit la
femme noite , il a perduſon petit Dérich ,
& tout le voisinage le cherche dans les bois.
-Sonnes la trompe ,tâche de faire revenir
» ton maître , je lui retrouverai ſon enfant.
Auffi-tôt que le père fut revenu , le Sau-
» vage lui demanda les derniers bas & fouliers
que le petit avoit portés ; il les fait
ſentir à fon chien. Prenant enſuite la mai-
>> ſon pour un centre , il décrivit un cercle
d'un quart de mille de ſemi - diamètre ,
ordonnant à ſon chien de ſentir la terre
>> par-tout où il le conduiſoit ; le cercle
n'étoit pas encore complet , lorſque ce
>> ſagacieux animal commença à abboyer.
Cet heureux ſon porta fur le champ dans
le coeur des parens déſolés , quelques foi-
>>bles rayons d'eſpérances. Le chien ſuivit
la piſte , & abboya encore ; nous le pourſuivîmes
avec toutes nos forces , & bientôt
nous le perdîmes de vue dans l'épaiffeur
des bois . Une demi-heure après , nous
le vîmes revenir. La contenance, de ce
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود chien étoit viſiblement changée; l'air de
>> joie y étoit peint ; j'étois sûr qu'il avoit
>> retrouvé l'enfant ; mais étoit-il mort ou
1
DE FRANCE. 209
>> vivant ? Quelle cruelle alternative pour ces
> pauvres parens , ainſi que pour le reſte
ود de la compagnie ! Le Sauvage ſuivit fon
>> chien , qui ne manqua pas de le conduire
>> au pied d'un grand arbre , où l'enfant étoit
>> couché, dans un état d'affoibliſſement qui
>> approchoit de la mort: il le prit tendre-
ود
ود
ود
ود
ود
ment dans ſes bras , & ſe hâta de l'apporter
vers la compagnie , qui n'avoit
pu le ſuivre avec la même promptitude ;
heureusement le père & la mère avoient
été en quelque manière préparés à recevoir
leur enfant ; il y avoit plus d'un
» quart d'heure qu'ils avoient commencé
>>à former quelques eſpérances ; une foible
lueur avoit pénétré dans leur coeur ,
» qu'ils entendirent les premiers accens du
ود
dès
chien ſauvage ; ils coururent à la ren-
>> contre de leur frère, dont ils reçurent
ود leur cher Dérick avec une extaſe & un
>> empreſſement queje ne puis vous décrire. »
Suit enſuite la deſcription d'une grande
fête , où l'on vient de dix lieues à la ronde ;
mais la fête n'eſt rien , en comparaiſon de
la cérémonie qui eut lieu le lendemain .
ود
" Le lendemain Lefèvre , ( c'eſt le nom
du Colon) plein de reconnoiſſance , offrit
au Sauvage ce qu'il croyoit pouvoir
lui être utile; mais embarraffé , confus ,
>>peu accoutumé à des ſcènes ſi bruyantes ,
ود
"
" il s'étoit retiré dans la grange , d'où à peine
>>put-on le faire ſortir. Enfin , après beau-
>> coup de perfuafions , il accepta une cara210
MERCURE
ود
ود
"
55
bine de Lancaster , * de la valeur de 160 1.
Le nom de cet honnête Sauvage étoit Té--
>> wéniſſa ; celui de ſon chien Oniale : cette
circonstance ne fut pas même oubliée.
Vers les dix heures, Lefèvre pria la Com-
>> pagnie de ſe raſſembler dans la cour : il
>> fit atfeoir l'indien auprès de lui ; & pre-
- nant fon enfant dans ſes bras , il parla.
>> ainſi : ( vous obſerverez que ce Colon
>> ayant toute la vie fait la traite des Sau-
>> vages , en connoiffoit parfaitement bien
” la langue & toutes les coutumes. )
» Téwéniſſa , avec cette branche de wam-
>> pun , je touche tes oreilles ; Téwénifla
>> jem'adreſſe à toi : mon coeur étoit navré ,
>> tu en as guéri la bleſſure. Je pleurois amè-
>> rement , crainte d'avoir perdu mon en-
ود fant; tu as defléché mes pleurs , en le re-
>> trouvant par le moyen de ton fidèle chien.
Vieux comme je ſuis ,j'avois perdu le
bâton de ma caducité ,la conſolation de
» mes vieux jours ; tu l'as retrouvé ce bâton
ود
" & cetre confolation. Ma femme & moi
>> nous étions comme deux couleuvres ,
ود roides &fans vie; tu nous as ranimés en
>>nous approchant du feu. Que ferai-je pour
>> toi , Téwéniffa ? Il y a déjà bien des lunes
>> que tu connois mon coeur; il y a bien des
ود
22
"
lunes que , comme homme, tu érois mon
ami : aujourd'hui ſois mon frère ; je re
reconnois & t'adopre comme tel , devant
* Ville de la Pensylvanic.
DE FRANCE. 211
>>>tous ces témoins. Écoute , Teweniſſa ; fi
» jamais ta deviens incapable de chaffer ,
» viens ici y vivre à ta façon ; je t'y bâtirai
>> un Vigwham. Je ne t'offre point de terres ,
» tu n'en veux point ; c'eſt de toi & de tes
ancêtres que nous tenons celles que nous
>> cultivons. Si jamais tu es bleſſe , viens
ود
ود
ſous mon toit , je ſucerai ta bleſſure ; * G
>>jamais tu es fatigué de ton village & des
> tiens , viens vivre avec un homme blanc ,
» que tu as aimé il y a long-temps , & qui
aujourd'hui te reconnoît pour frère. Si
> jamais tu as cauſe de pleurer , je defléche-
>> rai tes larmes , comme tu as defſéché les
>> miennes. Si jamais Kititchy Manitou **
• te prive de tes enfans , ou t'afflige , viens
>> ici , tu y trouveras une peau d'ours ; je te
>> conſolerai , ſi je le puis. Comme mon
ود frère adoptif, je te donne cette branche
» de wampun bleu & blanc. Quand les
>> tiens , à ton retour à Anaquaga ,te ver-
>> sont porter cewampun fur ta poitrine ,
>> tu leürs diras ce quis'eſt paffé. Quand ton
>> chien ſera vieux & ne pourra plus re fui-
» vre , je lui donnerai de la viande & du
> repos. Téwéniffa , j'ai fini.
17
شم
Il prit enfuite
le Sauvage par la main , & le fit
>> fumer dans ſa pipe , & ajouta en langage
Hollandois : mes voiſins & mes amis , ور
* C'eſt la méthode ordinaire des Sauvages .
** Le mauvais génie, 7
۱
212 MERCURE
ود
ود
voilà mon frère ; que dorénavant le nom
" de Dérich , par lequel men douzième enfant
étoit connu , ſoit entièrement oublié ,
comme s'il ne l'eût jamais reçu à ſon
» baptême , & qu'il ne ſoit appele le reſte
de ſa vie , que par celui de fon libérateur
& oncle Téwéniſſa .
ود
ود
د
ود
>>Toute l'Aflemblée applaudit à ce qu'il
venoit de dire , & par fon approbation
> ſanctifia cetre nouvelle adoption. Le
>> Sauvage , qui avoit reçu deux branches
>> de wampun , & qui avoit entendu un dif-
> cours ; ſuivant leur uſage , ſe prépara à y
» répondre; pendant plus d'un quart-d'heure,
» il fuma ſans rien dire , les yeux vers la
>>terre, enſuite il parla ainſi :
» Dérich , je te donne une branche de
>> wampun , afin que tu m'entende mieux ;
» avec la même branche je néroye le
>> ſentier qui mène de notre village à ta
• Wigwham. Écoutes , ce que tu m'as dit
,
eſt gravé ſur mon eſprit ; je ne puis être
>> ton frère , fans que tu fois le mien ; quoi-
» que nous ne ſoyons pas du même fang ,
» tu l'es , & ma Wigwham eſt devenue la
>> tienne juſqu'à ce que nous allions vers
l'Ouest; * donnes-moi ta main , & fumes
dans ma pipe. ( Lefèvre le prit par la main
& fuma dans ſa pipe. ) Mon frère , je n'ai
rien fait pour toi que tu n'euſſes fait pour
ود
"
ود
"
* Endroit de repos après la mort.
DE FRANCE. 213
• moi; c'eſt Kitchy Manitou * qui voulut que
>> je paſsaſſe hier devant ta Wigwham. Puif-
ود que tu esheureux , je ſuis heureux ; puif-
>> que ton eſprit ſe réjouit, le mien ſe rejouit
" auffi. Quand tu viendras à Anaquaga ** ,
>> tun'iras plus te chauffer au feu de Ma-
>> taxen , de Togararoca , de Wapwalipen ,
رد
ود
"
& de tes autres anis ; mon feu eſt dès-
>> aujourd'hui le tien; je t'y donnerai une
peau d'ours pour y repoſer tes os. J'ai
fini . Je te donne cette ſeconde branche
de wampun , afin que tu te reffouvienne
de ce que je t'ai dit.-Ainfi finit la cérémonie.
L'enfant , devenu homme depuis ,
n'a jamais quitté un nom qui étoit devenu
le ſceau de ſa reconnoiffance , ainſi que
>> de celle de ſon père. J'ai vû pluſieurs de
وو
ود
ود
ود
ود
ود ſes Lettres qui étoient ſignées Téwéniſſa
» Lefèvre. Son libérateur & oncle adoptif
>> mourut quelques années après ; le jeune
ود homme , par l'aveu de ſon père , fut à
>> Anaquaga , où, devant tout le village Sau-
>> vage , & le Miffionnaire , qui étoit un
ود Miniſtre Morave, il adopta pour frère
>> celui des enfans du vieux Téwéniſſa , qui
>> portoit le même nom. Ce jeune Sauvage
» n'a jamais depuis traverſé les Montagnes
>> bleues fans s'arrêter chez Lefèvre , à qui
» j'ai entendu dire bien des fois qu'aufli
* Le bon génie .
** Village ſauvage ſur les rives occidentales de la
rivière Seſquehannah,
254 MERCURE
>> long-tems qu'il vivra, il n'oubliera pas qu'il
>> doit ſa vie au père de ce frère adoptif. »
Jeneconnois pas d'Ouvrages où l'on trou
vedes faits plus curieux , plus touchans , &
rapportés avec une fidelité plus originale. Il
eſt peu d'hommes qui ayent vû de telles
ſcènes, &qui ſachent les rendre ainſi , telles
qu'il les a vûes.
Je ne me laſſferois pas de rapporter de
longs morceaux de ce Livre , on ne fe lafleroit
pas de les lire; mais il faut finir. Cependant
parmi tant de beaux traits de vertu , il en eft
un qui me frappe d'une manière particulière;
je vais encore en enrichir cet extrait. Il eſt
tiré d'une Lettre qui a été communiquée à
P'Auteur.
Suivant cette Lettre , le Docteur M.......
viſitant un jour les malades de l'Hôpital de
l'Armée Américaine à Albany , arrive à un
Soldat, dont la contenance honnête & noble
le frappe du premier abord. Celui-ci le fixe
long-temps à ſon tour , comme un homme
qui inédite fon deſſein ; enfin il prend ſa réfolution
, & il prie le Docteur de l'écouter.
Je viens d'apprendre , lui dit-il , que mes
parens viennent de perdre leur ſecond fils ;
j'ai un vif defir de retourner vers eux ; le
temps de mon engagement eſt prêt d'expirer ;
je trouve un homme qui s'offre à prendre
ma place ; mais j'ai beſoin pour ces arrangemens
d'une ſomme de cent piaſtres ; je ſuis
d'une famille honnête & riche établie en
Virginie; je m'adreſſe à vous ; voudrez-vous
DE FRANCE. 215
prendre foi dans la parole d'un Soldat Americain
? J'examinai de nouveau ſa phyſionomie
, dit le Docteur M..... , je conſultai l'impreſſion
ſecrette qu'elle fit ſur moi , & je ne
balançai pas à lui accorder ſa demande.
Jamais bonne action ne fut ſi bien placée
& fi bien récompenſée. Voici la Lettre que
le Docteur reçut , cinq ſemaines après, du
père du jeune homme.
ود
Virginie , Culpeper County , 27 Décembre 1778.
« J'avois deux fils , l'un a déjà péri dans
> ces temps orageux ; mais il eſt mort en
défendant ſa patrie ; l'autre alloit diſpa-
>> roître auffi, & vous l'avez conſervé, en lui
>> donnant les moyens de venir rejoindre ſes
» parens. Déjà affligé par la mort du premier
, je devenois de jour en jour plus
>> malheureux , par la crainte de ne revoit
>>jamais le ſecond. Sans vous , peut-être
>> ſérions-nous aujourd'huiſans enfans.Mais,
ود dites-nous , quel eſt le motif qui vous a
>>>déterminé à cette généreuſe action , à choi-
ود fir notre enfant parmi tant d'autres qui
» méritoient également votre attention ?
>>Bénie foit la main inviſible qui vous a
>> conduit ſecrètement vers ſon lit , & vous
>> a fait écouter attentivement ce qu'il avoit
ود à vous propoſer. Il nous a informés que
>> ce jour étoit le 14 d'Octobre; qu'il foit
>> dorénavant l'époque d'une joie annuelle
ود dans mafamille: je le conſacre , afin qu'il
>>foit diftingué des autres par les remerci
216 MERCURE
ود
1
» mens 'es plus fervens à l'Etre Suprême ,
par une ſuſpenſion de travail , par les
>> plaiſirs innocens. Mes eſclaves partageront
>>avec nous la joie inſpirée de ce doux ſou-
>> venir : permettez qu'ils entrent pour quel-
» que choſe dans cette reconnoiffance gé-
» nérale; ne mépriſez pas la part qu'ils y
>> prennent , car ce ſont des hommes , &
» je les ai toujours traités comme tels. Vous
>> avez procuré à notre fils la ſanté , la liberté ,
ود le plaiſir de revoir ſes parens ; que de
>> bienfaits ! heureuſement ce jeune homme
• a beaucoup d'amis & de parens , ſans cela
>> le poids de ſa reconnoiffance ſeroit trop
>>difficile à ſupporter. Il m'a dit que vous
- n'aviez jamais été père ; vous ne pouvez
> donc connoître ma joie , ni les ſenſations
>> paternelles qui tranſportent mon coeur;
la foigneuſe nature les cache comme un
>> tréfor à ceux auxquels elle n'a point
ود
ود
ود
donné d'enfans. Nous ne nous connoiffons
pas , il eſt vrai; mais les hommes
vertueux ſont unis par les liens d'une con-
>> ſanguinité intellectuelle. Dorénavant , regardez-
moi comme votre ami ; je ne né-
>> gligerai rien pour mériter ce nom : par la
loi de la nature , je ſuis le père de mon
>> enfant; vous êtes le père adoptifque la Pro-
ود
ود vidence lui a donnédans le momentcriti
» que de l'abandon & de l'indigence ; nous
>> fomines donc frères : faſſe le ciel que cette
" union nouvelle ſoit à jamais durable ! .....
Venez nous joindre , venez partager avec
» nous
DE FRANCE
217
>>nous la poſſeſſion & la jouiſſance de tout
» ce que nous avons : vous êtes déjà incor-
>> poré dans notre famille : venez prendre
>> poffeffion de cette chaiſe , qui vous at-
د tend à notre table. Ma femme ! mais qui
>> peut exprimer les chagrins , l'affliction , la
>>joie , la ſurpriſe , l'amour & tous les dif-
" férens mouvemens de la ſenſibilité mater
>> nelle ! ce n'eſt que par leferrement éner-
>>gique de ſes mains , par ſes larmes , ſes
>> fourires que vous pourrez recueillir
>> toute l'étendue de ſa reconnoiſſance : non-
ود
,
ſeulement notre famille entière , mais tout
>> notre voiſinage , auquel votre nom eſt
» déjà devenu cher , vous recevra comme
» vous le méritez , & vous convaincra qu'il
» y a encore des âmes qui n'ont pas perdu ,
» dans les cruautés de cette guerre , les ſen-
ود timens qui diftinguent les hommes ver-
» tueux. Pour vous convaincre que cette
” Lettre n'eſt pas formée de paroles vagues ,
>> inſpirées par la joie ſoudaine de ſentimens
» qui bientôt s'évaporent& s'oublient ; pour
>> vous convaincre que l'impreſſion faite ſur
» nos coeurs par votre générosité , fera auffi
» durable que le ſervice que vous nous avez
rendu , le porteur de cette Lettre , qui
eſt-le fils de mon frère , vous délivrera un
• contrat authentique & legal de la moitié
22
ע de la plantation de *** , accompagné d'un
• Nègre que je vous donne , d'un ſecond
» venant de mon fils , d'un troiſième venant
de la mère de ma femme , & d'un Eſclave
Nº. , 29 Janvier 1785.
ود
K
218 MERCURE
> que vous offrent chacun de mes frères.
>> Ce contrat , ainſi que le billet de vente,
>> comme vous le verrez par l'endoffement ,
> ſont ſignés , ſcelles & recordés fuivant la
ود loi. Cette nouvelle propriété eſt irrévocablement
la vôtre .
»Heureux fi notre fol , notre gouverne-
>> ment , notre climat peuvent vous perfuader
de réfider parmi nous ! Uniffez ce
petit préſent à votre fortune ; venez de-
» meurer en Virginie , où vos talens , votre
>> mérite & votre humanité ſont déjà con-
* nus , & vous procureront tous les avantages
que peut produire l'eſtime d'une famille
reconnoiffante & d'un voiſinage
éclairé. Puiffe le meſſager que j'envoie
> vous trouver fain & fauf, & vous amener
>> dans nos bras ! »
ود
Signés , William , Arthur , Susannah.
Quels ſentimens & quelles moeurs ! dans
quel temps & dans quel pays la vertu futelle
plus fimple & plus fublime! dès qu'on
connoît de telles actions , on doit aux bons
coeurs de les leur faire connoître. Eh bien !
j'en ai encore une plus belle à rapporter ; &
pour augmenter l'intérêt qu'elle doit exciter ,
je me hâte de dire que c'eſt l'Auteur même
de cet Ouvrage , qui en eſt l'objet ; il l'écrira
un jour avec cette effuſion d'âme qui rend
fes récits ſi touchans; mais avant que fa reconnoiſſance
ait pu s'épancher , ſes amis lui
doivent de publier un bienfait ſi généreux.
DE FRANCE. 219
<
-1
Pendant un ſejour de deux ans que M. de
Saint-John de Crevecoeur , actuellement
Conſul de France à New-Yorck , a fait en
France , étant chez M. ſon père , qui vit
dans ſa Terre , en Normandie , il apprend
que des étrangers , qui ne parlent qu'Anglois,
ont échoué ſur une des côtes de cette Province
, & font arrivés dans l'état le plus déplorable.
Sa penſée ſe tourne tout de ſuite
vers ſes compatriotes. Si c'étoit des Américains
...... Il part à l'inſtant ; il ne s'etoit
pas trompé; il trouve quatre priſonniers
de guerre qui s'étoient expoſés à tout , pour
échapper à la rigueur de leur prifon ; il les
amène chez ſon père , Gentilhomnime digne
de prendre toujours ſa part dans une bonne
action ; il leur prodigue tous les ſecours ;
il vient à Paris ſolliciter quelques grâces
pour eux ; il les met à même de retourner
bientôt dans leur pays , comblés des bons
traitemens qu'ils avoient reçus en France.
M. de Crevecoeur avoit laiſſe ſa femme & fes
enfans dans un pays expoſé à tous les ravages
de la guerre; il étoit d'autant plus inquiet fur
leur fort , qu'il n'avoit pas reçu de leurs nouvelles,
depuis fon départ ; il étoit embarraſle
pour leur faire parvenir ſes lettres ;il charge
fes compatriotes d'un ſoin ſi cher. Ces hommes
arrivés à Boſton, fentent toute la difficulté
de remplir cette commiſion ; ils
croyent auſſi sûr de confier à la poſte les lettres
de M. de Crevecoeur. Mais ils ne ſe taifent
pas fur les procédés de celui-ci ; ils les
Kij
220 MERCURE
racontent un jour dans un dîner où ſe trouvoit
M. Fellows , un des plus reſpectables
Citoyens de cette ville. M. Fellows ſe ſent
pénétré de la noble conduite de M. de Crevecuoeær
; il en conçoit une aufli vive reconnoiffance
, que ſi elle l'avoit ſecouru luimême
, il rentre chez lui plein de tous ces
ſentimens . Je tiens ces détails de M.Williams,
Citoyen de New-Yorck , qui les a reçus luimême
de la bouche du digne M. Fallows. Il
communique donc à ſa femme ce qu'il vient
d'apprendre : Cette pauvre femme , ces pauvres
enfans doivent être bien malheureux ,
dit- il , pendant que leur père & leur mari en
agitfi bien envers nos compatriotes , ils ne
faventce qu'il est devenu. Je neſerai pas tranquille
tant que je les faurai dans la peine. Il
me vient une idée ; je veux les aller chercher ,
les amener chez nous ; du moins quand leur
père reviendra, il les trouvera en bonnesmains.
Il eſt bon de remarquer que juſqu'alors , il
n'avoit pas entendu parlerdeM. de John,qui
avoit vécu dans une autre Province, & qu'on
touchoit à la ſaiſon des neiges , qui , pendant
long-temps , interceptent les communications
dans la partie ſeptentrionale des
États-Unis . Cependant il part. Son bon coeur
ne pouvoit l'amener plus à-propos. La mère
étoit morte , & les enfans avoient beſoin
d'une adoption auffi tendre , auſſi généreuſe
; il les conduit chez lui , où lui & fa
femme ne les diftinguent pas de leurs propres
enfans. " J'ai vû , m'a dit M. Williams,
,
DE FRANCE. 221
ود
ود
رد
la lettre que M. Fellows écrivoit à M. de
Saint-John ; il n'y montroit que la douce
fatisfaction d'avoir recueilli chez lui de ſi
aimables enfans ; & il rendoit compre au
>> père de l'éducation qu'il leur donnoit, avec
>>le ſcrupule & les longs détails d'un Gou-
- verneur qui n'eſt occupé que de bien
>>remplir ſon devoir. » Si je connoiffois
quelque dûr miſantrope , j'irai lui raconter
ce trait pour le réconcilier avec l'humanité.
Eir le confignant dans un Ouvrage qui a un
grand nombre de Lecteurs , je goûte un véritable
bonheur , en me figurant le naïf étonnement
de ce digne Américain , lorſqu'il apprendra
que toute la France s'eſt entretenue
avec attendriſſement d'une action , qui lui
paroiſſeit ſi ſimple & fi naturelle.
( Cet Article est de M. de L. C. )
CODE des Priſes , ou Recueil de la
Législationfur la Course en Mer , & fur
l'Administration des Priſes , depuis 1400
jusqu'à nos jours ; imprimé par ordre du
Roi à l'Imprimerie Royale. 2 volumes
in-4°. Prix , 24 liv. brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur-Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluni.
M. CHARDON , Maître-des-Requêtes , &
Procureur - Général du Conſeil des Priſes ,
chargé par le Roi de la rédaction de cet Ouvrage
s'étoit déjà fait connoître avantageu
Kij
222 MERCURE
ſement par un Flai d'Histoire Naturelle&
Civile de l'Iſle de Sainte- Lucie , & d'excellens
Mémoiresfur l'Isle de Corse.
Ce Code des Priſes doit lui donner de
nouveaux droits au fuffrage du Public , &
un nouveau titre à ſa reconnoiffance.
Les Courſes maritimes , quoique autoriſées
par les Puiſſances dans tous les temps ,
étoient toujours foumiſes à une légiflation
très-incertaine , & qui varioit ſuivant les
circonstances ; enfin , juſqu'en 1744 , la rigueur
ou la modération des jugemens rendus
dans ces fortes de matières , étoit déterminée
à peu-près par l'intérêt perſonnel. A cette
époque parut le premier réglement qui a inis
de l'ordre dans ces diſcuſſions.
L'Ouvrage que nous annonçons préſente ,
un apperçu de l'hiſtoire de cette Adminif.
tration depuis 1400; on y trouve d'abord
les Titres de l'Ordonnance de 1681 , qui , à
biendes égards, a renouvelé ce qui s'étoit pratiqué
juſqu'alors , avec l'indication des loix
qui l'ont ſuivie ou précédée.
Auxjugemens du Conſeil des Priſes , on a
joint un ſommaire qui expoſe les cas qu'on a
jugés , & les motifs qui ont déterminé les
jugemens.
On y trouve auſſi le tarif des droits que
les marchandiſes de priſes doivent au département
des Finances , ſoit celles qui ſont excluesdu
commerce par leur nature, foit celles
qui ſont ſoumiſes à des droits prohibitifs ,
ou qui font tout-à-fait prohibées.
DE FRANCE.
223
Ce ſimple expoſe ſuffit pour faire connoître
l'utilité de cet Ouvrage ; & ce qui le
rend commode pour ceux qui auront à le
confulter , c'eſt qu'on a joint au ſecond vo
lume une table raiſonnée , qui , au-deſſous
de chaque mot , donne tous les renſeignemens
qui y font analogues.
LETTRE au Rédacteur du Mercure. "
UN
N Profeſſeur de notre Ecole de Deſſin , vient
dexécurer ſur le mur de face de cette Ecole , un
Gnomon , avec les détails & tous les acceſſoires
qui peuvent contribuer à la perfection de cette
machine aſtronomique.
Nos Concitoyens s'évertuent pour l'orner d'une
deviſe ou inſcription d'autant plus difficile , qu'ils y
veulent faire entrer l'Hôtel-de-Ville & le Siège de
la Jurisdiction Conſulaire , contigus à l'Ecole de
Deſſin : les Affiches Troyennes ſont chamarréesdepuis
quelque temps d'Inſcriptions & de Deviſes relatives
àcette intention .
Les Maîtres de l'Art des Deviſes ( les PP.
Lemoyne , Ménetrier & Bouhours ) ont établi pour
principe fondamental de cet Art , très-grand à leurs
yeux, que le mot de la Deviſe ne doit rien dire qui ne
ſe puiſſe vérifier par la figure , c'est-à dire , que la
juſteſſe du mot tient à l'unité qui lui doit être commune
avec la figure .
La figure eſt ici une ligne méridienne , avec
des appendices qui indiquent chaque pas de la marche
journalière du ſoleil , les écarts périodiques qui
l'éloignent & le rapprochent alternativement des
tropiques, & fon entrée ſucceſſive dans les ſignes du
Kiv
224 MERCURE
zodiaque. Les lignes tranſverſales donnent le point
de cette entrée, en coupant la perpendiculaire qui eſt
la baſe , & comme le moyen de toute la machine ,
où l'oeil ſuit ce que Virgile , toujours auſſi juſte
qu'élégant dans l'expression , appelle folis labores.
Or, encombinant ces travaux dufoleil , indiqués
par les diverſes lignes du Gnomon , avec ceux de
l'Ecole du Deſſin , le mot de la Deviſe ſe rencontre
dans le mot célèbre d'Appelles : NULLA DIES
SINE LINEA : ce mot rappelleroit ſans ceſſe
les Elèves de notre Ecole à l'affiduité continue au
travail , affiduité qu'un des plus grands Maîtres de
l'Art regardoit , d'après ſon expérience , comme le
moyen capital pour la perfection de l'Art , & pour
celle de l'Artiſte.
Quant à la queſtion récemment renouvelée , ſur la
préférence du Latin ou du François pour nos monumens
publics , elle ſe trouve décidée en faveur du
Latin par un grand exemple que nous avons ſous les
yeux.
Lorſque Girardon eut terminé le magnifique
Médaillon de Louis XIV , qu'il deſtinoit pour notre
Hôtel-de- Ville dont il fait le principal ornement ,
Racine , Boileau & Santeuil , travaillèrentà l'envià une
infcriprion. Cellede Boileau ,
C'eſt ce Roi fi fameux , &c .
fait partiede ſes OEuvres dans les dernières Éditions.
Celle de Santeuil ,
Per quem relligio , & c.
a étéplacée au bas de la ſtatue pédestre de Louis XIV,
qui décore la façade de notre Hôtel- de-Ville. Le bon
La Fontaine,qui ſe faiſoit auſſi honneurde ſes liaiſons
avec M. Girardon , ſon compatriote , projeta pour
fon Médaillon , une infcription qu'il ſe propoſoit
d'adreſſfer à des Troyens qui avoient envoyé à M.
DE FRANCE. 225
Girardon un pâté dont il avoit mangé ſa part ; mais
s'abandonnant fur ce pâté, à un bavardage délicieux ,
l'inſcription ſe trouva noyée dans cette Epître qui fait
une des plus agréables parties de ſes OEuvres diverſes :
Votre Phidias & le mien
Et celui de toute la terre ,
Girardon , notre ami , l'honneur du nom Troyen , &c.
Racine avoit auſſi fait une inſcription ; & quoique
plus en état que perſonne de la faire ſupérieurement
en François , il avoit préféré la noble & pure fimplicité
du ſtyle lapidaire des monumens de l'ancienne
Rome . De l'aveu méme de Boileau, cette
inſcription latine fut placée au bas du Médaillon
où nous la liſons aujourd'hui. Mais il compoſa la
Lettre françoiſe qui accompagna l'envoi du Médaillon
* à Troyes , Lettre dont toutes les idées ,
priſes de la choſe & revêtues du langage du coeur ,
eût pû ele-même ſervir d'inſcription.
D'après de telles autorités , qu'il nous ſoit permis
* Le fameux Séb. le Clerc s'étoit empreſſé de graver ce
Médaillon avec ſes accompagnemens , formés d'enſeignes
militaires , de lauriers , de palmes , des diverſes couronnes
que décernoient les Romains à la vertu Militaire ; enfin des
médailles dont les revers offrent les principaux événemens
de la plus brillante partie du règne de Louis XIV.
Girardon , prévoyant la teinte jaune qu'imprimeroit le
temps au marbre blanc du médaillon , l'avoit cantonné de
deux tableaux des conquêtes de Louis XIV par Vander-
Meuley , fon ami , portes par un cadre noir &dont le
coloris rembruni , devoit poufler & a pouffé au noir. On
imagina , il y a quelques années , de remplacer ces tableaux
par un lambris en mauvais ſtuc ou plâtre , dont la blancheur,
contraſtant avec le ton jaune , imprimé par le temps
au Médaillon , qui donne l'air d'un lange d'enfant mai tenu .
Encore eft-il heureux qu'on ne ſe foir pas avifé de regratter
le Médaillon , ou au moins de l'enduire d'une eau
de chaux& de craie , ainſi qu'on en a ufé avec les buſtes de
marbre blanc placésdans le même fallon.
.
Kv
226 MERCURE
de tenir encore aux Inſcriptions latines , & de conſerver
quelque affection pour les chefs d'oeuvres latins,
qui font aujourd'hui pour nous , ce qu'étoient les
modèles Grecs , fi fortement recommandés par
Horace à la jeuneſſe Romaine , c'est-à- dire , la dernière
barrière contre l'irruption générale de l'ignorance
, du mauvais goût & de leur ſuite , qui a pour
coriphée le parfait contenteinent de ſoi -même.
Je finis par un retour ſur les liaiſons de Girardon
avec Boileau , Racine , La Fontaine & Santeuil : une
amitié fraternelle uniſſoit dans le même - temps
Molière , Alphonse du Freſnai , & nos deux Mignards.
Au ſiècle de Léon X, la même affection régnoit entre
Annibal Caro , le Molza , les deux Arétins & Michel-
Ange , Raphaël , le Titien : elle unifloit antericurement
le Giotto & le Dante. Je m'écarterois trop de
mon ſujet , ſi j'entreprenois de développer les avantages
qui réſultoient de ce commerce , en faveur de
l'Art & des Artiſtes . Je ſuis , &c.
GROSLEY , de l'Académie
Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres.
P. S. Je ſaiſis cette occaſion pour vous faire
paffer quelques remarques ſur les obſervations de
M. de la Lande , relatives à ma Lettre ſur la Vestale
de Legros , inférée dans un des Numéros de votre
Mercure de l'année dernière .
L'original de cette ſtatue indiquée parM.de Lalande,
comparé à la copie de Legros , en établiſſant d'autant
plus la reſſemblance de cet original avec la Vénus
du Mont-Liban , décrite par Macrobe ,prouve ſeulement
les libertés que s'eſt permiſes l'Artiſte François.
Ignorant ce qu'elle étoit primitivement destinée à
repréſenter , il n'y a vu qu'une très-belle ſtatue que
l'art pouvoit encore embellir. Il en a débarraffé la
tête du voile qui la ſurchargeoit à ſes yeux , & l'a
DE FRANCE. 227
coëfféede lamanière la plus avantageuſe au viſage.
Il en a uſé de même à l'égard du ſein , dont il a
découvert une partie ; enfin , en ſupprimant les fandales
&les bas qui formoient la chauſſure , ila étendu
la draperie qui ne laiſſe plus voir qu'un bout de pied ;
draperie , qui , tubulée dans l'original , ou arrangée en
tuyaux égaux & paral'èles , a été changée en une
étoffe large , & qui joue avec grâce.
५ Ces embelliſſemens , rapprochés de l'intention de
l'original ,ignorée par Legros, font autant de contrefens
, ceux fur tout qui tombent ſur la chauſſure ,
qui , formée de ſandales &de bas ou galoches , annonçoit
une Divinité hyperboréenne. Telle étoit
en effet la Vénus du Mont-Liban ; tels étoient le
Deucalion & l'Atlas,dont les ſtatues accompagnoient
la fienne ,dans le parvis du Temple du Mont-Liban
décrit par Lucien.
,
En ſuppoſant que ces ſtatues furent enlevées &
envoyées à Rome par Pompée , lorſqu'il conquit la
Syrie , en ſuppoſant qu'elles furent placées dans le
parvis du Temple d'Apollon , bâti à Rome ſur l'emplacement
qu'occupe aujourd'hui la Villa-Médici
Temple dont des débris conſidérables , exiſtant encore
au ſeizième ſiècle , ont été indiqués par les
Parevini , les Nardini , &c. qui les avoient ſous les
yeux , on retrouvera parmi les prétendues Sabines
qui , avec la prétendue Veſtale copiće par Legros ,
occupent le Veſtibule ou Portique de cette Villa ,
la Stratonice admirée par Lucien ; on verra la ſtarue
d'Alexandre , dont la ſuperbe tête a été tranſportée
par les Médicis dans leur galerie de Florence , enfin ,
le Deucalion & l'Atlas ſe reproduiront dans ces
Rois , * dont l'attitude & la phyſionomie participant
* Les Rois ſont mêlés dans le parvis de la Villa-Medici ,
avec les prétendues Sabines & la prétendue Veſtale copiée
par Legros.
Kvj
228 MERCURE
au deuil de la prétendue Veſtale , & l'accoûtrement
hyperboréen , auront paru annoncer de grands
Perſonnages étrangers aux Romains & aux Grecs ,
&gémiſſans ſous le poids de la captivité.
La vue des Originaux , dont des copies exactes
exiſtent ſans doute à Paris , dans les porte-feuilles
d'Élèves de l'Académie de France à Rome , en
appuyant ou en détruiſant ces conjectures , décideront
en dernier reſſfort ſur la reſſemblance de la prétendue
Veſtale de la Villa- Médici , avec la Vénus du Mont-
Liban , deffinée par Macrobe , & elles fixeront les
corrections que Legros s'eſt cru permiſes pour
l'embelliſſement de ſa copie.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 17 de mois , on a repréſenté pour
la première fois ,Alexis & Justine , Comédie
en deux Actes & en profe , mêlée d'Ariettes
, par M. Monvel , Muſique de M.
D. Z.
Il y a vingt-quatre ans qu'un bon & riche
Payſan, nommé Thierry, élève& traite comme
ſon propre fils un enfant qui a été déposé
chez lui , & dans le berceau duquel il a
trouvé une moitié de Lettre , ſuffifante pour
expliquer en partie les raiſons qui ont forcé
les parens de cet infortuné à le remettre
en des mains étrangères. Pendant quelDE
FRANCE.
229
.
que tems , Thierry , ſans pouvoir en découvrir
la ſource , a reçu les ſecours neceffaires
à l'éducation de cet enfant qu'il a nommé
Alexis , conformément à un ordre énoncé
dans la Lettre ; mais depuis quinze années ,
il n'a rien reçu , ni entendu parler de rien
qui lui fût relatif. Cependant Alexis n'en a
pas été traité avec moins de ſoins & de tendreſſe.
Elevé près de l'aimable Juſtine , fille
du ſenſible Payſan, l'orphelin s'eſt enflammé
pour elle de l'amour le plus tendre , & lui
a ſu inſpirer une paſſion égale à celle qu'il
éprouve. Cher à toute la famille de ſa Maîtreffe,
il eſt préféré à tous ceux qui demandent
Juſtine en mariage , notainment à un
certain Thomas, le plus riche, comme leplus
imbécille de tous les Payſans du canton ;
en un mot , il eſt ſur le point d'épouſer ſa
bien aimée ; le contrat de mariage eſt même
dreſſé , lorſqu'un inconnu , qui ſe dit être
le Comte de Longpré , ſe préſente chez
Thierry , lui remet la ſeconde moitié de la
Lettre trouvée dans le berceau d'Alexis * , &
réclame ce jeune homme comme ſon fils.
Tout le monde eſt d'abord enchanté de cet
* La ſituation d'Alexis , depuis l'inſtant où il eſt
confié à Thierry jufqu'au jour où il eſt reconnu par
fon père , ſe trouve dans un grand nombre de nos
-Romans anciens , & dans quelques uns de nos modernes.
Parmi ceux- ci, le Lorezzo de M. d'Arnaud,
eft celui qui a le plus de reſſemblance avec Alexis.
230
MERCURE
événement , parce que le bonheur d'Alexis
fait pour un moment diſparoître tout autre
intérêt ; mais ce plaiſir ſe change bientôt en
une douleur amère , lorſque M. de Longpré
déclare que ſon fils ne ſauroit épouſer
Juſtine , qu'il a fait choix pour lui d'une
autre femme , & que dès le lendemain il
doit , avec lui , retourner à Paris. La confternation
de la famille Thierry , le chagrin
du jeune homme , le deſeſpoir de
Juſtine , rien ne touche M. de Longpré , ou ,
pour mieux dire , rien de tout cela ne ſemble
l'émouvoir. Néanmoins il eſt fortement
ému , mais il cache ſon émotion dans le
deſſein d'éprouver juſqu'à quel point les
deux jeunes gens s'aiment , & pour chercher
à connoître s'ils ont affez d'amour &
de vertus pour faire conſtamment le bonheur
l'un de l'autre. Il obſerve avec l'oeil de
l'expérience , leurs ſentimens , leurs démarches
, leurs moindres mouvemens. Dans
une Scène où Juſtine tente les derniers efforts
pour le toucher , elle laiſſe éclaterune
candeur de caractère , une pureté d'ame ,
une chaleur de ſenſibilité bien faite pour le
féduire ; cependant , il réſiſte encore. Il eſt
entraîné par l'inſtant où Alexis vient malgré
lui , & comme une victime dévouée à
l'autorité paternelle , faire ſes adieux à ſa
Maîtreffe & à ſes bienfaiteurs. La douleur
intéreſſante d'Alexis , la fituation déplorable
de Juſtine , la peine profonde dont Thierry
& fa famille font pénétrés , déchirent le
DE FRANCE. 231
coeur du Gentilhome. Il ordonne à fon
fils de préſenter à Thierry , comme une
marque de ſa reconnoiffance , un portefeuille
qu'il lui remet. Thierry preſſe Alexis
contre ſon ſein , mais il refuſe le portefeuille
: " Ne le refuſez pas, s'écrie le Comte,
>> c'eſt la preuve la plus convaincante que je
>> puiſſe vous donner de ma ſenſibilité. Il
>>contient mon confentement au mariage
de nos enfans , & la dot d'Alexis » . Il déclare
alors comment& pourquoi il a éprouvé
les jeunes amans. La joie renaît dans tous
les coeurs & M. Thomas l'imbécille , qui
avoit conçu de nouveau l'eſpérance d'épouſer
Juſtine , devient , à ſon grand regret , le
témoin du bonheur de fon rival.
Telle est aujourd'hui la marche de cette
Comédie très - larmoyante. A la première
repréſentation , elle n'étoit pas auſſi rapide.
L'épreuve de M. de Longpré étoit trop
prolongée ; elle préſentoit ce Gentilhomme
ſous un aſpect long-temps défavorable.
Dans une Scène où Alexis venoit faire
ſes adieux à Juſtine , celle - ci appercevoit
fur la muraille l'ombre de ſon amant , &
nouvelle Dibutadis , elle en deffinoit les
traits , ce qui ne s'accordoit guères avec la
douleur& le déſeſpoir qu'elle venoit de laiffer
éclater quelques minutes auparavant,
Toutes ces taches ont diſparu ; mais celle
qu'il feroit difficile de faire diſparoîtne , c'eſt
l'inutilité du perſonnage de Thomas. Otez
à cet imbécille la Scène du premier Acte , où
232
MERCURE
il ne vient demander la inain de Juſtine que
pour être plaiſanté d'une manière plus amère
que comique par Thierry , par ſa famille
entière , & inême par le candide Alexis , M.
Thomas ne fert abſolument à rien. Il ne
plaît à perſonne , ni au père , ni à la mère
ni à la fille ; fa richeſſe même ne lui donne
pas l'avantage le plus léger , le plus frêle ;
en un mot , jamais prétendant n'a moins
donné d'ombrage à un rival. Si l'Auteur a cru
avoir beſoin de lui pour diſtraire le Spectateur
des éternelles doléances de tous les perſonnages
de ſa pièce , il devoit donc le rendre
néceſſaire à l'action .
Le ton de ce Drame nous paroît beaucoup
tropélevépour le rangdes perſonnages.Lavertu&
lanobleſſe desſentimens font de tous les
états,ſans doute,mais l'expreſſion n'en eſt pas
la même dans tous , & elle varie ſuivant les
conditionsUn payſan, un homme du commun
ne doit point s'expliquer comme un homme
de qualité. C'eſt ignorer , ou pour le moins
oublier les uſages & les convenances , que
de prêter à tous les états le même langage
& le même ſtyle . Ce défaut est trèscommun
à nos Aureurs Dramatiques , & l'on
ne fauroit trop les engager à l'éviter. Au
refte , il yadell''iintérêt ,de la chaleur&de
la ſenſibilité dans ce Drame. La Scène où
Juſtine cherche à toucher M. de Longpré, eſt
filée avec beaucoup d'art , & forte de cette
éloquence qui ne peut émaner que d'un coeur
ému par les fentimens les plus énergiques.
DE FRANCE. 233
Nos Lecteurs connoiſſent le Félix de M.
Sédaine. Il a quelques points de reffemblance
avec l'Alexis de M. Monvel. Celuici
annonce un homme d'eſprit ; l'autre ,
malgré ſes défauts , prouve un homme
d'un vrai talent , & à qui les effets comiques
font très-connus .
La muſique de ce Drame doit ajouter
beaucoup à la réputation de M. D. Z. On y
reconnoît ſouvent le ſtyle facile & brillant
qui fait le charme ordinaire de ſes
compoſitions ; mais il eſt ſupérieur à luimême
dans tout ce qui tient à l'expreffion
du pathétique & de la douleur. Le
monologue de Mme Dugazon , où cacher
ma douleur profonde , eſt réellement déchirant
, fans être moins flatteur pour l'oreille ;
c'est-à-dire , que la mélodie &l'expreffion y
font fondues avec tout l'art qu'on pouvoit
exiger d'un Maître. Les morceaux d'enſemble
ſont compoſés avec eſprit , & font
très-agréablement écrits .On a obſervé que le
ton général de la muſique étoit aufli un peu
élevé ; eſt-ce à M. D. Z. qu'on peut en faire
le reproche ?
Mme Dugazon , ſi juſtement chère au Public
, ne peut que lui inſpirer déſormais un
intérêt plus vif encore. La ſenſibilité , la chaleur
, la vérité , l'abandon , enfin le vrai talent
qu'elle a développés dans le rôle de Juftine
,juſtifient les nombreux éloges qu'on lui
a donnés juſqu'ici. Les ſuffrages qu'on accorde
à beaucoup de Comédiens , font le
24 MERCURE
fruit ou de l'habitude , ou du defir d'encourager
, ou bien encore de l'impoſſibilité de
les accorder à d'autres : ceux qu'on donne
àMme Dugazon , ſont un tribut qu'on doit
au vrai mérite , & nous ne connoiffons pas
actuellement de Comédienne qui ſoit plus
digne de ce tribut.
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
CAMZAZIINN ,, Libraire de Reims , vientde mettre en
vente , dans le format de ſa jolie Collection , les objets
ci-après : OEuvres de Renard , 4 vol .; Confidé
rationsſur les Moeurs du Temps , de Duclos , 1 vol.;
Pensées & Maximes de la Rochefoucauld , 1 vol.;
le Poëme de la Religion & de la Grâce , 1 vol . ces
quatre articles ſontornés d'un portraitde leurAuteur,
gravé avec ſoin. On trouvera ces articles chez
les Libraires ci-après : Bailly , rue S. Honoré ; Mé
riget l'aîné , vis-à- vis l'Opéra , Deſeine , au Palais
Royal , paſſage de la rue de Richelieu.
ALMANACH du Palais Royalpour l'année 1785.
Prix , 1 livre 4 ſols broché. A Paris , chez Royez ,
quai des Auguſtins , & chez les autres Libraires.
Cet Almanach a certainement le mérite de la
nouveauté. Outre qu'il peut ſervir de guide pour
jouir des agrémens qu'offre le Palais Royal , il fait
juger de ce que pourra devenir encore ce moderne
Monument , qui renferme déjà tous les objets divers
qu'on peut deſirer dans l'enceinte d'une Ville
entière.
OBSERVATIONS fur la Religion , les Loix , le
DE FRANCE 235
Gouvernement & les Moeurs des Turcs , traduites de
l'Anglois par M. B*** , deux Parties in - 12. A
Londres; & à Paris , chez Volland , Libraire , quai
des Auguſtins, près la rue du Harepoix. Prix, 3 liv.
les deux Volumes.
On trouve chez le même Libraire l'Ami des
Enfans , ou Histoires Morales , pour ſervir de lecture
aux jeunes Perſonnes de l'un & l'autre ſexe.
Prix , 1 liv. 4 ſols.
MÉMOIRES Concernant l'Histoire , les Sciences ,
les Arts, les Moeurs, les Usages , &c . des Chinois ,
par les Miffionnaires de Pékin , Tome X , in - 4° .
Prix , 12 liv. relié. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire,
rue du Jardinet.
Nous avons parlé pluſieurs fois de ce grand Ouvrage,
enrichi de tant de morceaux curieux & inréreſſans.
Le Volume que nous annonçons , outre
une Table générale des Matières qu'on le propoſe
de renouveler pour les Volumes ſuivans , renferme
plufieurs Pièces qu'on lira avec intérêt. Quatre Portraits
ou Vies des Chinois célèbres ; des Extraits
•d'une Lettre de M. Amyot , qui a fourni tant d'articles
curieux à cet Ouvrage; & enfin un Recueil
de Penſées , Maximes & Proverbes traduit du Chinois
par M. Cibot , Miſſionnaire , mort il ya
quatre ans. Les Éditeurs ont de lui pluſieurs manufcrits
qu'ils ſe propoſent de publier ſucceſſivement.
-LE Restaurateur Parifien , Almanach utile aux
Etrangers & aux Célibataires , pour la présente
année. A Paris , chez Petit , quai de Gevres.
L'Auteur de ce petir Almanach , jaloux de pourvoir
aux beſoins & même aux plaiſirs des eſtomacs
étrangers , ou qui , par raiſon de célibat ou autres ,
font forcés de recourir aux tables hoſpitalières , leur
indique les bonnes ſources. Comme il a voulu parler
236 MERCURE
enconnoiſſance de cauſe , il n'a écrit que d'après
ſes propres effais. On voit que ſon zèle donne une
grande preuve dhumanité,puiſqu'il a été juſqu'à pourfuivre
une encyclopédie de connoiffances qu'on ne
peut acquérir ſans des dangers d'indigeftion .
Au reſte , cet Almanach peut être utile à nombre
de perſonnes. On y a joint une Table des quartiers
pour trouver plus facilement à díner dans les endroits
où l'on ſe trouve.
On vend chez le même Libraire : Fragment fur
leshautes Sciences , fuivi d'une Note fur les trois
fortes de médecines données aux hommes , dont une
mal-à-propos délaiffée , par Etteilla. Prix , 15 ſols.
THÉORIE des Matières Féodales & Cenfuelles
, par M. Hervé , Avocat au Parlement ,
4 Volumes in- 12. Prix , 10 liv. brochés . A Paris ,
chez Knapen & fils , Libraires - Imprimeurs de la
Cour des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Cet Ouvrage doit être diſtingué de la foule de
Livres de Juriſprudence qui paroiſſent tous les
jours , & qui ne font qu'augmenter le déſordre &
l'obſcurité où ſont nos Loix , nos Coutumes & nos
Ordonnances. Ce n'eſt ni un Recueil d'Arrêts con-:
tradictoires , ni une compilation de textes inintelligibles
; c'eſt un Ouvrage , & un Ouvrage très-neuf.
Dumoulin étoit ſans doute un Homme de génie ;
mais il n'a cu du génie que pour un fiècle où il n'y
avoit encore que de l'érudition. Le Livre de M.
Hervé eft excelient même pour un ſiècle philoſophique.
Les Jurifconfultes même ontpeine à lire les Jurifconfultes.
Tous ceux qui aiment l'Hiſtoire , tous
ceux qui ne ſont pas étrangers à l'étude du génie
des divers ſiècles & des diverſes Nations , liront
l'Ouvrage de M. Hervé avec intérêt. C'eſt une des
plus belles applications qu'on ait jamais faites de la
Philofophie à l'étude des Loix. Nous en rendrons
DE FRANCE. 237
compte inceſſamment , & nous croyons pouvoir juſ
tifier les éloges que nous ne pouvons nous refuſer à
→ lui donner d'avance.
M
HISTOIRE Complette des Plantes Vénéneuſes
de la France , par M. Bulliard , petit in-folio ſans
figures Prix , 6 liv . Avec quatre- vingt-cing figures
ſupérieurement coloriées au moyen de l'impreſſion.
Prix , 94 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Poſtes,
au coin de la rue du Cheval Vert ; chez Didot
jeune & Barrois jeune , Libraires , quai des Auguſtins
, & chez Belin , Libraire , rue S. Jacques .
Cette Collection eſt intéreſſante & ucile. Il eſt
important que les hommes chargés de veiller ſur nos
jours ſachent diftinguer les diverſes plantes , afin
de ne pas nous donner la mort quand ils nous
préfentent un remède ; & il eſt important que nousmêmes
nous ne ſoyons pas expoſés à prendre des
poiſons pour des alimens. Le but de cet Ouvrage
eſt auſſi d'indiquer les antidotes les plus prompts,
Elle forme la première diviſion de l'Herbier de la
France, & ſe diſtribue ſéparément.
L'Herbier de la France ſe continue toujours ſur le
même plan ; les cahiers qui paroiſſent actuellement
contiennent des plantes médicinales , des plantes alimentaires
& des champignons : le Nº . 49 vient
d'être mis au jour.
L'es perſonnes qui prennent tout ce qui compoſe
l'Herbier de la France, payent 15 ſols chaque plante,
à l'exception de la première, qu'elles payent 3 livres.
Il paroît actuellement cent quatre - vingt - ſeize
plantes. En faveur des Étudians en Médecine qui
defireront ſe procurer cet Ouvrage , on n'exigera
point qu'ils prennent à- la- fois tous les cahiers qui ont
paru juſqu'ici , on leur en délivrera deux ou trois par
mois qu'ils payeront à meſure juſqu'à ce qu'ils ſe
trouvent au courant des livraiſons. Les perſonnes
238. MERCURE
1
qui ne veulent au contraire qu'une des divifions de
'Herbier de la France, telle que l'hiſtoire des Plantes
vénéneuſes , celle des plantes médicinales , celle des
plantes alimentaires , celle des champignons , &c.
payent 20 fols chaque épreuve àl'exception de la
première, de la Collection qu'elles defirent ſe procurer
, & qu'elles payent 3 livres. Chacune de ces
diviſions ſera précédée d'un diſcours qui ſe diftribuera
ſéparément comme celui qui ſe trouve en tête
des plantes vénéreuſes du Royaume , lequel ſe vend
6 livres broché en carton.
Le Plaisir des Amans.- Les Careffes réciproques
, deux Estampes gravées d'après Challe , par
Piaco. Prix , 16 fols chaque. A Paris , chez la
Veuve Macret , rue des Foffes de M. le Prince , au
coindela ruede Touraine , maiſon du Bijoutier.
L'HEROISME du Sentiment , ou le jeune Espa
gnol ſauvé de la dent du Requin , Eſtampe gravée
d'après J. S. Copley , par Picquenot . A Paris , chez
l'Auteur , rue Saint Hyacinthe , nº. 61 , & chez
Blaizot , cour du Palais Royal. Prix , 3 liv.
En voici le ſujet tel qu'il eſt rapporté au bas de la
Gravure. Un Eſpagnol ſe baignant au port de la
Havanne, près de ſon bord, fut ſaiſi à la jambe
par ce poiffon vorace; ſa jeuneſſe , ſa force & fes
efforts l'en débarraſsèrent. Au moment où l'on ſe
préparoit à lui donner du ſecours , un jeune Matelot
plus prompt fut affez hardi & heureux pour l'arracher
au danger en enfonçant un harpon dans le
ventre de l'animal .
DARDANUS , Tragédie Lyrique en quatre
Actes , repréſentée pour la première fois devant
Leurs Majestés à Trianon, le 18 Septembre 1784, &
fur le Théâtre de l'Académie Royale de Mufique le
DE FRANCE. 239
30 Novembre ſuivant, miſe en muſique par M. Sacchini.
Prix , 24 livres. A Paris , chez l'Auteur , rue
Baffe du Rempart , nº . 17 , & Sieber , rue Saint
Honoré , nº . 92.
Lorſque les gens du monde parlent d'un Opéra ,
laMuſique ſeule leur paroît digne d'attention , les
paroles ſont comptées pour rien. Le Coinpofiteur efſt
łe feul objet de leurs éloges ; ils ne ſongent quelquefois
au Poëte que quand il mérite des reproches.
D'après une pareille manière de juger , il fembleroit
que le mérite de ces mêmes paroles eſt fort indifférent
au Théâtre ,& que la Muſique fait tout le
ſuccès d'un Opéra. Point du tout : c'eſt le ſujet , ce
font les fituations , c'eſt la manière dont elles ſont
amenées , exprimées , c'eſt enfin le ſeul travail da
Poëte qui décide du fort d'un Ouvrage de Théâtre ;
fon lot eſt de réufſfir; c'eſt à lui d'en faire tous les
frais; c'eſt au Compofiteur qu'en revient la gloire;
mais que celui-ci y prenne garde, s'il obtient quelquefois
l'honneurdu fuccès ſans y avoir contribué , fouvent
auſſi ſes talens ſe trouvent enveloppés dans une
chûte qu'il n'a pas mieux méritée. En France , un
fujet heureux fait réuffir de la muſique médiocre ; la
plus excellente muſique ne ſoutient pas un ſujet ſans
inté,êt. On en pourroit citer mille exemples ; il ſuffit
de l'Opéra dont nous annonçous la partition. Jamais
peut- être M. Sacchini n'a déployé plus de richeffe
muſicale que dans cet Ouvrage, ce qui ne l'a pas
ſauvé du fort que méritoir ce fujet peu intéreſſant.
Les Concerts & les Sociétés le dédommageront ſans
doute de ce jagement injufte , & les Amateurs con
viendront qu'aucun des Opéras faits en France par
cetHomme célèbre, ne contient un plus grand nom
bre de morceaux charmans .
:
Eaux Stomachiques & Anti- dartreuses du
fieurDACHER,
240 " MERCURE
Le ſieur DACHER continue de diſtribuer ſes
Eaux connues pour les maladies qui dépendent du
dérangement de l'eſtomac , celles de la peau , comme
dartres , teigne , &c . &c.
Il donnetoujours ſes Eaux & ſes ſoins gratuitement
aux pauvres ; il entretient une correſpondance
ſuivie & juſqu'à parfaite guériſon avec les perſonnes
de Province qui l'honorent de leur confiance
, en affranchiſſant les lettres . Le ſieur Dacher
eft logé rue Jacob , nº. 39 .
ERRATA. Les OEuvres de Duval , annoncées
dans l'avant-dernier Numéro du Mercure , ſe vendent
chez Royez , quai des Auguſtins , à la defcente
dupontneuf.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
1
Vistre , 19313 d'un Cultivateur Ameri- VERS faits au
A M. l'Abbé Dourneau , 194 cain ,
AMme L. G ...., ibid. Code des Priſes,
203
221
LePartagedes Draps, Conte, Lettre au Rédacteur du Mer-
196
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne,
cure , 223
228
gryphes, 197 Annonces & Notices , 234
Finde l'Extrait des Lettres
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A Paris ,
le 28 Janvier 1785. GUIDL
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 4 Janvier.
L'Année derniere on a compté dans cette
réſidence 1078 mariages, 322 naiſſances
&3004morts. L'excédent des naiſſances fur
les morts a été de 220.
Les relevés des regiſtres de l'Evêché
d'Aëlbourg de l'année derniere portent le
nombre des mariages à 530 , celui des naiffances
à 2102 , & celui des morts à 1948 .
Les naiſſances ont furpaſſé les morts de 154 .
Parmi les morts un homme avoit pouffé ſa
carriere juſqu'à l'âge de 106 ans.
Hier la Compagnie des Indes occidentales
a porté dans ſon aſſemblée le bénéfice
de chaque action à 12 rixdalers.
Un placard royal du 15 Décembre a révoqué
l'Ordonnance du 2 Juin 1591 , qui défendoit aux
propriétaires des bâtimens conſtruits dans les
chantiersduRoyaume , de vendre ces bâtimens à
N°. 5 , 29 Janvier 1785. i
( 194 )
Pétranger , à moins qu'ils n'euſſent ſervi aupara
vant pendant dix ans.
On apprend de Chriſtianſad enNorwege ,
que dans la nuit du 7 au 8 Décembre , il a
péri 14 bâtimens près de Medenos .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Janvier .
D'après les relevés des Paroiſſes de cette
ville & des fauxbourgs , on a compté l'année
derniere 2683 naiſſances , dont 214 enfans
illégitimes , 3483 morts , & 1048 mariages.
Les morts ont ſurpaſſé les naiſſances
de 800.
Des lettres de la Podolie confirment qu'il
eſt entré dans la Vaivodie de Braclaw , un
corps de troupes Ruſſes , compoté de neuf
Régimens .
Dans ce momenton eſt occupé en Pologne à
augmenter les troupes, &à les porter au complet,
tel qu'il fut arrêté à la dernierediete . Les régimens
d'Infanterie , au nombre de 38 , feront portés
chacun à 1500 hommes , le corps des Pontonniers
à 1000 hommes, & celui de l'artillerie auffi à 1000
hommes. La Cavalerie ſera auſſi augmentée ,
l'augmentation de chaque régiment de Uhlands
eſt de 290 hommes. Depuis un mois , on a enrôlé
plus de 5000 hommes , la plupart font des
déſerteurs allemands,
Cette nouvelle d'abord contredite , paroît
s'accréditer de plus en plus. Cet accroifſement
de troupes pourra fournir une addi
( 195 )
tion au tableau ſuivant , préſenté dans un
Journal Allemand , & qui contient l'état
militaire de paix des principales Puiſſances
de l'Europe.
L'Empereur.
L'Impératrice de Ruffie.
Le Roi de Prufſe .
Le Roi de France .
hommes:
290,000
470,000
224,431
192,000
Le Roi d'Angleterre. .58,000
Le Roi d'Eſpagne.
Le Roi de Portugal. •
Le Roi des deux Siciles .
• 78,000
20,000
30,000
Le Roi de Suede . .. 49,000
Le Roi de Danemarck. 67,000
Le Roi de Sardaigne . • 40,000
Le Roi de Pologne . • 15,000
Le Grand - Seigneur. 210,000
Lu République de Hollande. 37,000
La République de Veniſe. 8,000
Le Pape.
९
5,000
Le Grand Duc de Toscane . • 3,000
L'Electeur de Saxe. • 26,000
L'Electeur de Hanovre. • • 16,000
• L'Electeur Palatin , Duc de Baviere. 24,000
Le Land-grave de Heſſe - Caffel.
Le Duc de Wirtemberg.
د
•
•
• •
20,000
6,000
Total . 1,908,431
Cette liſte nous a paru approcher de la
vérité beaucoup plus que toutes celles
qu'on a publiées de tems à autre. On pourra
obferver à ce ſujet , que les meilleurs calculateurs
politiques donnent à l'Europe cent
trente millions d'habitans ; ainſi , le quatre-
1
12
( 196 )
vingt-dixieme de cette population eſt fous
les armes. Durant le période éclatant de la
Puiſſance Romaine ſous les Antonins , l'Empire
, alors dans ſa plus grande étendue ,
comprenoit cent - vingt millions d'habitans ,
&toutes fes forces raſſemblées , les légions ,
les auxiliaires , les gardes Prétoriennes & la
marine n'excédoient pas quatre cent cinquante
mille hommes. Une ou deux légions
C'eſt à-dire , douze mille ſoldats , fuffifoient
à la garde de tel état , qui aujourd'hui ſe
trouve foible avec quatre-vingt mille.
Lepremier jour des fêtes de Noël , M. Hennig,
Commiſſaire du Roi de Pologne près de la Régence
de Dantzig , ſe rendit chez le Préfident de la
ville , pour lui remettre une lettre de la part de
M. leGrand-Chancelier de la Couronne , écrite
par erdre du Roi au Magiftrat , en réponſe à
celle dont M Gralath , Conſeiller de la ville ,
avoit été le porteur à Varſovie.En vertu des ordres
exprès du Roi , M. Hennig accompagna cette
letrre du Grand Chancelier d'une infinuation formelle
, pour que le Magiſtrat ſignât ſans délai la
convention relative àla navigation de la Viſtule
& au commerce de la Pruſſe Occidentale , telle
qu'elle avoit été conçue à Varſovie & fignée au
mois de Septembre dernier , tant par leRéſident
de S. M. Pruffienne que par l'Ambaſſadeur de
Ruffie . Aujourd'hui , après les fêtes , les trois
ordres font aſſemblés pour délibérer , & il n'y a
point de doute qu'on ne ſe conforme aux intentions
du Roi & aux infinuations de la Cour de Pétersbourg.
DE BERLIN , le 10 Janvier.
Le Roi a nommé à la place de Miniſtre de
(197 )
de Juſtice , vacante par la mort du Baron
de Munchausen , le Baron de Reck , Pré
fident de la Régence de Cleves.
Depuis le 26 Novembre 1783 juſqu'au 26 Novembre
1784 , on a compté ici 4 686 naiſſances
dont 2,333 garçons & 2,355 filles , & 4,904 morts
Le nombre des morts a excédé celui des naiſſances
de 218. Parmi les naiſlances , on a compté 13
jumeaux & 385 enfans illégitimes , ce qui fait un
de ces derniers ſur 12 légitimes ; le nombre des
enfans morts-nés étoit de 240 , parconféquent le
1ge. fur le totaldes naiſſances . Voici encore l'énu.
mération des naiſſances & des morts dans chaque
quartier de la ville , á compter du 26 Novembre
1783. Premier quarrier , 1199 naiſſances & 1501
morts; ſecond quartier , 1139 naiſſances & 1284
morts ; troiſieme quartier 1151 naiſſances & : 165
morts; quatrieme quartier 1197 naifſances &957
morts.
La généralité des naiſſances dans les Etats
du Roi eſt montée à 211,113 , celle des
morts à 152,040 , & celle des mariages à
43,436. L'excédent des naiſſances ſur les
morts a été de 59,073 . Le militaire n'eſt pas
compris dans cette énumération .
Les couriers Ruſſes de retour de la Haye
& de Londres viennent de repaſſer dans
cette Capitale, en retournant à Pétersbourg.
DE VIENNE , le 11 Janvier.
=
La révolte des Valaques Tranſylvains
n'est pas encore aſſoupie : les rapports font
ſi variés , fi peu authentiques , ſi invraiſemblables,
touchant l'état actuel de cette in
13
( 198 )
furrection , qu'il eſt dificile d'en bien déterminer
le danger , & l'influence des remedes
employés juſqu'ici. Ce qui eſt certain , c'eſt
que malgré les attaques de nos troupes , ces
fauvages ne font encore ni réduits , ni même
difperfés . Malgré les pertes conſidérables
qu'ils ont faites , les fupplices infligés , & les
promeſſes de pardon , ils perſiſtent dans une
réſiſtance d'autant plus opiniâtre , qu'après
les horreurs commiſes , ils ſentent combien
ils font indignes de la grace du Souverain .
Différentes lettres continuent en ces termes
le récit des événemens du mois dernier dans
les Provinces dévaſtées .
Sur le fleuve de Marosch , il y eut une bataille
dans toutes les formes entre les rebellēs & pluſieurs
régimens impériaux , où il reſta 2500 hommes des
premiers , & environs á 600 des derniers . Les
Valaquesréſiſterent près dedeux heures au feu des
Petetons , juſqu'à ce qu'enfin la canonade les fit
reculer. Il y a maintenant ordre de l'Empereur de
n'épargner aucun de ces rebelles. Le lendemain
de cette affaire , on pendit 100 des Valaques faits
prifonniers ; ces rebelles ſe trouvent encore aujourd'hui
au nombre de vingt-mille hommes , &
quoique la Porte eût donné les ordres les plus
féveres de tuer tous ceux qui ſe préſenteroient aux
frontieres de la Turquie , il n'y a pas moins un
ancien Lieutenant- Colonel au ſervice d'Autriche
qui dans la Valachie turque leve un corps de
quelques mille vagabonds pour renforcer ces rebelles.
Selon d'autres rapports du 31 Décembre
dernier ,
Le Général Fabris vient de faire marcher trois
1
( 199 )
regimens contre les rebelles , dont on a fait 700
prifonniers du nombre deſquels s'y trouve être
le ſecond fils de Horiach ; on ignore s'il éprouvera
le même ſort que ſon frere aîné ; on affure
que Horiach veut ſe faire couronner Prince de
Tranſilvanie. Les troupes, ſur la requifition qui
leur en a été faite , ont formé un cordon contre
les rebelles . On parle auſſi de troubles en Hongrie.
L'Empereur a, ordonné qu'on ſe rendit maitre
du chef de ces nouveaux rebelles. Le célebre
Salins a diſparu emportant aveclui plus de 300,000
florins , pillés en partie dans les caiſſes des mines
àZalathna car les rebelles ne reſpectoient pas
au commencement de leur brigandage ce qui
appartenoit à S. M. I. Les deux principaux chefs
des rebelles qui exiftent encore font Horiach &
Soffrony. Le premier eſt Valaque , homme de
beaucoupd'eſprit naturel : l'autre eſt unPope remuant,
intriguant , cabaleur , condamné en 1773
à une priſon perpétuelle , d'où il a trouvé moyen
des'échaper. Ondit que les rebelles ont eu l'adreſſe
de ſe rendre maîtres du pas de Euſernthor ,
cequi leur aprocuré ,non-ſeulement huit canons ,
mais auſſi la libre communication avec les Valaques
dans le territoire de Temeſwar .
,
Tous ces on dit, font bien vagues & bien
incertains. Ilfaut les regarder plutôt comme
l'opinion du jour , que comme des faits
avérés. Il en eſt probablement de même
d'une lettre vraie ou fauſſe, écrite de Clauſenbourg
, le 14 Décembre dernier , & qui
dit:
Depuis quatorze jours , les rebelles ſont à une
lieue de cette ville,&depuis ce temps , les troupes
qui font ici ne quittent plus leurs habits . Il ne
ſe paſſe gueres dejours fans effufion de fang; les
(
i4
( 200 )
८
attaques ſont vives , & quoique les rebelles ſoient
repouffés chaque fois , nous y perdons auſſi du
monde. Les Officiers déteſtent cette guerre avec
ces bandits , on n'y gagne point d'honneur , &
quand on a le malheur d'être pris par eux , on eft
livré aux fupplices les plus barbares . Le nombre
de ces malheureux n'eſt pas connu au juſte , mais
on nes'écartera pas beaucoup de la vérité , en les
portant à 20000. Tous les jours on amène ici des
prifonniers rebelles, ils ſont exécutés ſur le champ.
Le 15 de ce mois ils ſe ſont emparés dans le Comtat
d'Arad , d'une caiſſe royale , dans laquelle il
yavoit 10,116 florins en argent comptant. Deux
Compagnies du Régiment d'Oroſz gardent le paffagede
la portede fer , & les Secklériens , Huffards
, les mines d'argent appartenantes au Domaine.
Indépendamment des deux régimens qui
font en marche , on attend encore ici le régiment
de Caramel Cuirafſfiers .
Une lettre poſtérieure d'Hermanſtadt s'exprime
ainſi :
Il a été formé autour des diſtricts que nous venons
de nommer , un cordon de troupes, compoſé
des régimens de Léopold de Toscane , de Giulay ,
desGrenadiers d'Orosz , des Huffards- Sicules , &
de l'Infanterie ou Milice-Frontiere de Granicie.
Ces troupesamenent quatre pieces de campagne ;
& l'on penſe qu'elles reſſerreront bientôt les rebelles
, de façon à les forcer à une prompte ſoumiſſion.
Ce qui fortifie cet eſpoir , c'eſt qu'ils ne
font point pourvus de munitions de guerre, & que
les vivres commencent à leur manquer. Parmi les
familles qui ont été les victimes de leurvengeance
fanguinaire , ſont celles du Baron de Jofika & du
Baron de Nalazi. Dans les terres de ces deux
Gentilshommes ils n'ont pas laiſſé une pierre ſur
P'autre. Le Comte de Bethlem à Foldt&Bengenz,
( 201 )
1
& le Baron d'Orban ont aufli eſſayé des pertes
immenſes & irréparables .
Le Lieutenant Colonel de Gray , ayant rencontré
près de Kriſiſer une troupe de rebelles ,
leur a offert le Pardon Impérial ; mais ils ont
paru ſe défier de ſes offres , au point de commettre
des voies de fait , & d'obliger cet Officier à faire
tirer fureux, Alors ces malheureux ſe réfugierent
dans le village ; on les y poursuivit , & l'on en fit
une trentaine priſonniers .
Dans le cours de l'année derniere le Magiftrat
de cette Capitale a accordé la Bourgeoiſie
à 418 perſonnes. Il y avoit dans ce
nombre 110 Cordonniers , 73 Tailleurs , 13
Perruquiers , 10 Fabricans en ſoie , gaze &
linon , 9 Vitriers, 8 Serruriers , 7 Fabricans
debas de foie, 7 Menuifiers , 19 Marchands,
1 2 Cabaretiers qui vendent de la bierre.
On a affiché dans tous les endroits
des frontieres de la Hongrie une Patente
royale , qui accorde à ceux qui s'établiront
dans la Buckowine une exemption pour 3
ans de toutes les impoſitions. On leur donnera
en outre des maiſons , des terres & des
beftiaux.
On porte à un million de florins les diverſes
eſpeces de blé exportées du Bannat
pour l'Italie.
Un anonyme vient de propoſer ici deux
prix ; l'un de mille, l'autre de 500 ducats ,
pour les deux diſſertations ſur les formes à
adopter , afin d'éviter les procès , dans les
cas de donations. Trois Univerſités une
d'Allemagne , une d'Angleterre , une de
France jugeront des diſcours.
,
is
( 202 )
DE FRANCFORT , le 16 Janvier.
On écrit de Vienne qu'auffitôt que le
nouveau Miniſtre de Danemarck ſera arrivé
dans cette Capitale , il fera entamé avec lui
des négociations pour obtenir de la Cour
de Copenhague une des iſtes de Nicobar ,
àl'embouchure du golfe du Bengale .
Selon des avis fans dae & fans fignature ,
2000 rebelles Walaques ont été tués dans une
action avec les Troupes de l'Empereur ; la rebellion
diminue peu. Les révoltés ont pillé la
caifſe des mines de Zalathau , & endommagé
conſidérablement les mines d'or dans ces environs.
L'eſprit de révolte a auſſi gagné pluſieurs Comitats
dans la Hongtie. Près de 6000 payfans ,
conduits , dit - on , par leurs Seigneurs , fe font
affemblés à Siklas , au-deſſous de Bude , & s'oppoſent
, les armes à la main , à la conſcription militaire.
On a envoyé de ce côté des troupes des
garniſons de Bude & de Pesh pour foutenir les
opérations de laconſcription
On a compté à Hanau l'année derniere
417 naiffances , 377 morts & 91 mariages.
LeProfeffeur Bagſtræſer , de cette même ville
de Hanau , a fait imprimer & diſtribuer un avis ,
par lequel il fait connoître que s'il ſe trouve un
nombre ſuffitant de ſouſcriptions , il publiera
dans l'eſpace de fix mois , un ouvrage dans lequel
létablira une méthode exacte & sûre de faire
parvenir ou de dicter des ordres aux Généraux
dans un camp de 200,000 hommes , plus ou
moins ,& même d'apprendre à chaque Général
( 203 )
ce que l'on defire de lui faire ſavoir en particu
lier, fans que le ſecret des ordres donnés puiſſe
tranſpirer ou être trahi , même par ceux qui auront
appris cette nouvelle méthode. Cette maniere
de donner des ordres , pourra ſe faire fans
grande dépenſe , jour & nuit , & les ordres arriveront
plus promptement que s'ils étoient portés
par des adjudans ou des exprès à cheval . -
L'ouvrage ſera orné de planches. pour l'intelligence
du texte , & l'exemplaire coûtera fix liv.
auxSouſcripteurs .
Dans la nait du 19 au 30 Décembre , le
tems étant calme , on reſſentit à Furſtenau ,
dans le Comté d'Erbach , deux ſecouffes de
tremblement de terre , chacune d'environ
une minute.
Le premier Décembre , eſt morte à Falkengefes,
la fenime de Pierre Branner , dans la quatrevingt-
quatrieme année de fon âge. Cette femme
a vécu avec fon mari, qui jonit encore d'une
ſanté affez robuſte , ſoixante-trois ans & trois
mois , & elle a vu ſa poſtérité s'accroître à quatre-
vingts perſonnes , ſavoir genfants , cinquantecinq
petitse-nfans , & feize arriere-petits enfans ;
cinquante neufperſonnes de cette famille exiſtent
encore actuellement.
Les revenus de l'Electorat de Saxe font
évalués à 16 millions de rixdales : ſes dettes
en 1765 , garanties par les Etats , étoient de
30,268,479 rixd.; elles ſe trouvent aujour
d'hui réduites à la moitié. (
Un papier public préſente les détails ſuivans fur
Vienne. Cette Capitale renferme 143 fabriques
qui fourniflent par an pour environ 12 million's
de florins de marchandises , & on y compte ac
tuellement 121 Boulangers , foo cabarets à bier
iG
(204 )
1
re,60 Relieurs , 14 Imprimeurs , 19 Libraires ,
54 cafés, 34 Tourneurs , 12 Marchands de fer ,
578 Fiacres , 112 Joailliers & Orfevres , 10 Maréchaux
ferrans , 41 Pelletiers , 31 Marchands
de Toile , 53 Epiciers, 180Pertuquiers, 51 Bouchers
; 3900 Tailleurs , 3600 Cordonniers , 1500
Menuifiers , 30 Horlogers , 200 cabarets à vin ,
45 Sculpteurs , 250 Muficiens , 50 Avocats,
180 Sage- femmes , 27 Apothicaires , & 114Médecins.
Selon quelques avis , il eſt queſtion à
Vienne de changemens dans l'Adminiſtration
: on voit même une lifte des promotions
futures .
Le Comte deHazfeld ſe démet , à cauſe de ſon
grand âge , de la place de Miniſtre d'Etat au dé--
partement des affaires intérieures , il doit être
remplacé par le Comte Kolowrach. Le Comtede
Sinzendorf fera grand Chancelier de Bohême &
d'Autriche. Le Vice- Chancelier Baron de Gecler
pourroit bien être nommé Miniſtre des Affaires
Etrangeres ; d'autres le font député de l'Empereur
à la Diete de l'Empire , & M. le Baron de
Lebr doit ſuccéder dans la place de Vice- Chancelier
Le 12 de ce mois , les habitans Catholiques
d'Erlang ont fait célébrer pour la premiere
fois l'office dans une ſalle de la Maifon
de ville , que l'on a fait arranger à cet
effet , juſqu'à ce qu'ils puiſſent conftruire
uneEglife.
On compte dans Leipfick 5 fabriques de dentelles
&de gallons d'or & d'argent , qui occupent
environ 400 perſonnes tant hommes que ,
femmes ; 2 fabriques de broderie en or , argent
&foie, les ouvriers font au nombre de 150
( 205 )
1OT métiers pour la fabrication des velours 8
étoffes de foie& mi-foie , chaque métier pour le
velours en fournit par an 8 pieces , chacune de
40 aulnes de Brabant , & chaque métier pour les
étoffes de ſoie unies , auſſi 8 pieces , chacune de
80 aulnes de France; 121 métiers pour la fabrication
de bas de foie & de laine ; 10 fabri
ques de toile cirée & de tapis ; 500 perſonnes y
font occupées , & fourniſſent par an entre 40 à
50,000 pieces , chacune de 12 aunes ; 9 fabric,
ques de tabac en poudre & à fumer ; elles occupent
environ 200 perſonnes ; le tabac eſt un
grand objet de commerce pour la ville ; elle en
débite par an pour ſon propre compte , & pr
commiffion , entre 70 à 80,000 quintaux ; 2 fabriques
d'inſtrumens de Muſique à vent , une febriquede
cartes à jouer, qui occupe une trentaine
de perſonnes ; on y fait 36 diverſes eſpec
de cartes ; 2 fabriques de papier - tapiſſerie de
toute eſpece ; une fabrique de bougies ; une fabrique
de gros drap , & beaucoup de teinturiers
en drap , laine , toile & pelleterie.
ITALIE.
DE VENISE , le 24 Décembre .
On a appris par les dernieres dépêches du
Chevalier Emo, que le vaiſſeau la Forza avoir
échoué fur un banc de fable , mais qu'il efpéroit
de le remettre à flot. La Cour de Na
ples a envoyé les ordres les plus précis à
Trapani , pour qu'on donne à l'eſcadre Vénitienne
toute l'aſſiſtance poſſible. Notre
Commandant ſe loue beaucoup des foins
& de l'activité du ſieur Condulmer, qui s'étant
apperçu que des bâtimens Hollandois
avoient le deſſein d'envelopper ſon vaiſſeau ,
( 206 )
avoit fait les manoeuvres les plus habiles
pour les combattre avec avantage.
DE PARME, le 9 Janvier.
La proclamation ſuivante , relative aux
Finances royales du Duché de Parme , a été
publiée dans la Capitale.
Ferdinand I , par la grace de Dieu , Infant
d'Eſpagne , Duc de Parme , Plaifance & Guastalle
, &c. &c.
Après avoir réfléchi pluſieurs fois fur la fituation
actuelle de nos finances royales , nous avons
donné depuis quelque tems tous nos ſoins à
l'établiſſement d'un nouveau ſyſteme pour le réglement
des Finances royales & politiques , dans
la vue de rendre aux droits réguliens tombés en
décadence . lear premiere vigueur, & de foulager
pour un tems notre Tréſor des avances urgentes
qu'il a été obligé de faire. L'établiſſement d'une
nouvelle ferme générale nous a paru quelquefois
très-propre à remp'ir le double objet fufdit ; mais
notre coeur paternel ayant ſenti qu'il n'en pouvoit
pas réfulter beaucoup de conféquences heureuſes
pour la tranquillité des ſujets , nous n'avons
pu enviſager un pareil projet qu'avec une forte
de répugnace. Néanmoins ſentant la néceffité urgente
qui s'eſt manifeſtée de pourvoir promptement
aux besoins de notre Tréſor royal , afin
qu'il foit en état de fatisfaire aux obligations qui
ſont dûes à la foi publique & au ſoutien indif
penſable de la Principauté , nous nous étions déterminés
à vaincre la répugnance que nous avions
d'adopter un ſyſtemme qui ne nous plaifoit pas..
Mais puiſque , d'après la réflexion particulière
que nous faifons , que l'attente des verſemens de
fonds que nous avions invité de faire à pluſieurs
repriſes avec la formalité des cédules publiques
accoutumécs, avoit été fruſtrée pendant pluſieurs
1
1
1
( 207 )
1
mois , nous nous voyons rendus au premier état
de pouvoir librement prendre toute autre mefure
plus convenable , fur - tout à cauſe de l'incertitude
évidente où nous ſommes du meilleur
ſuccès d'autres cédules invitatoires . En conféquence
, comme il s'eſt préſenté à nous une Société
compoſée de ſujets habitans , avec un projet
de contrat ſocial entre la Chambre royale
& les Prêteurs , nous avons jugé un pareil expédient
affez conforme à la premiere idée qui
nous avoit été ſuggérée pour concilier le meilleur
avantage de nos Finances avec la tranquillité
de nos ſujets , & nous nous ſommes déterminés
pour ces raiſons , & pour d'autres que
nous nous réſervons , & auffi d'après l'exemple
d'autres Puiſſances, à approuver dans ſon entier ,
& à accepter par noire Décret ſouverain du 23.
Novembre dernier , le Contrat de Société qui
nous a été offert , lequel , ſous la dénomination
de Ferme mixte , durera pendant neufannées con .
fécutives , & devra avoir fon effet le premier
jour de l'année 1785 , l'Acte que nous avons demandé
au Magiftrat de la Chambre des Comptes ,
étant déja dreffé.
En attendant , l'autorité ordinaire du même
Tribunal ſera chargée de prendre toutes les
meſures qui feront néceſſaires par la ſuite pour
faire connoître généralement les diſpoſitions que
nous avons énoncées , & tout ce qui regardera
leur exécution , attendant de l'obéiſſance de nos
très amés ſujets , qu'ils ſe conformeront en tous
points aux objets que nous avons eus en vue dans
P'inſtitution de ce Contrat ſocial. Donné dans
notre Palais de Colorno le 17 Décembre 1784 .
Signé , FERDINAND . Profperomascara ..
L'urne de Granite rouge oriental , dans
taquelle repofoient les cendres de Sainte(
208 )
1
Helene ,& qui étoit ci-devant dans l'Egliſe
de S. Jean de Latran à Rome , ayant été réparée
en entier par le fameux Sculpteur Pier.
antoni , fera placée inceſſamment dans le
Musée du Vatican.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
M. Powis a pris congé de S. M. étant
nommé Secrétaire du Viceroi en Irlande.
Lundi dernier , le Général Haldimand ,
Gouverneur en chef du Canada , eſt arrivé
ici , & le 12 , il a été préſenté au Roi qui l'a
accueilli très - gracieuſement. Une Gazette
étrangere , qui a déja répandu plus d'une
impoſture fur M. Haldimand , vient d'annoncer
qu'à fon retour, il avoit été arrêté ,
pour une réclamation de 30,000 liv. ſterl . ,
faite contre lui par un Gentilhomme François
établi au Canada. Il n'y a pas un mot
de vrai dans ce récit. On n'arrête perſonne
en Angleterre , avant que les Tribunaux
aient adjugé au plaignant ſes demandes : les
30,000 liv. ſterl. du Gentilhomme pourront
bien ſe réduire à trente oboles , lorſque des
Magiſtrats un peu plus purs que les Gazetiers
, examineront ces chimériques exactions
duGénéral.
Le floop du Roi l'Atlante , de 16 cap. Foley ,
eſt auſſi arrivé de Quebec à Porfimouth. Il eſt
forti du fleuve S. Laurent le 29 Novembre dernier
, tems auquel tout étoit tranquille. Les vaiffeaux
qui ne ſe propoſoient point d'hiverner à
Québec, ſe préparoient à en ſortir. Le Gouver(
209 )
nement s'occupoit du ſoin d'établir , d'après les
inſtructions de la Cour , un commerce avec les
Nations indiennes , lans ſe compromettre avec
lesEtats-Unis. Juſqu'alors il n'yavoit eu en effet
aucun ſujet de crainte , les habitans américains
&anglois s'étant ſtrictement contenus dans les
limites fixées par les traités . Les Américains ont
pluſieurs petits bâtimens fur les lacs ; mais ils
font la plupartdéſarmés , & n'ont d'autre objet
que le commerce. Le Gouvernement du Canada,
dévolu par intérim au Brigadier général Saint-
Léger , a formé une nouvelle Colonie ſur la rive
méridionale du lac Ontario , près d'Eikonsplaish,
dans une ſituation qui ſemble pouvoir faciliter &
hâter le commerce des pelleteries avec les Indiens.
Uncertain nombre de colons font déja arrivés
, & on conſtruit des habitations. Quant à la
fûreté de cet établiſſement , elle dépendra de la
diſpoſition des Sauvages à notre égard.
Le Tréſorier des troupes , ſous les ordres
du Colonel Baillie , a envoyé au Gouver- -
nement un détail circonstancié & officiel du
maſſacre du Général Matheus & des autres
Officiers prifonniers de Tippoo - Saib ; ces dé
pêches reçues par M. Strachey ont été remifes
au Bureau des Commiſſaires , & à la
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes ; elles feront bientôt publiques .
Les affaires relatives au commerce de l'Amérique
avec les iſles , & l'adouciſſement de l'acte
denavigation ſeront priſes ſérieuſement en confidération
dans le Parlement. Les François , en
ouvrant leurs iſles aux Américains , appuient fortementles
argumens de ceux quis'oppoſoient aux
restrictions . La nature a combattu contre ces reftrictions
dans l'ifle de la Jamaïque , & on a été
( 210 )
forcé de laiffer entrer librement les vaiſſeaux
américains , chargés de proviſions & de bois de
contruction . L'Amiral Campbell les a auſſi admis
à Terre- Neuve . Il a écrit qu'il neſe connoiffoit
point en politique , & qu'il ne ſe croyoit pas en
état de diſcuter la queſtion ; mais que comme
homme doué de ſentimens d'humanité , & connoiſſant
la maniere de voir de ſon maître , il ne
pouvoit point laiſſer une Colonie entiere mourir
de faim ,lorſqu'il étoit en ſon pouvoir de lui procurer
des vivres.
Le Miniftere s'occupe avec la plus grande
activité de toutes les meſures tendantes à
améliorer & à étendre le commerce dans
l'univerſalité des poſſeſſions Britanniques .
En conféquence d'un ordre du Roi , le Gouverneur
de Gibraltar a convoqué en Novembre
dernier , une aſſemblée des Négocians
de cette place , en les appellant à délibérer
fur l'état actuel de ſon commerce ,
comme ſur les moyens d'en fortifier les
branches & d'en ouvrir de nouvelles . Gibraltar
a été déclaré port franc par une proclamation
royale.
On va , dit on , mettre un droit additionnel ſur
l'exportation des chevaux , en conféquence d'une
repréſentation qu'on a faite au Miniſtre , que les
demandes conſidérables de chevaux anglois pour
le continent , ont déterminé pluſieurs gros fermiers
à convertir leurs terres à bled en pâturage.
Cette opération a augmenté conſidérablement la
mifere du pauvre , parce que le fermier qui employoit
pour l'agriculture ſept à huit perſonnes ,
n'en abeſoin que de deux. Dans certains endroits
du Lincolnshire , du Leiceſlershire , & du Yorkshire
, cette pratique a ruiné la claſſe la plus pau-
{
(211 )
vre du peuple. On ne peut prévenir ce mal ,
qu'en mettant des obftacles à l'exportation trop .
générale des chevaux de toute eſpece .
On vient très - récemment d'exporter à
Oftende un grand nombre de chevaux ,
achetés pour la cavalerie Autrichienne , vu
qu'il eût été trop diſpendieux de les faire
venir de Hongrie : chaque cheval rendu dans
les Pays-Bas , revient à 30 liv. fterl .
Dans ſa lettre aux Directeurs de la Compagnie
des Indes , M. Haſtings parle en ces
termes de Tippoo- Saïb .
Quelque infidélité qu'il médite contre notre
derniere pacification , il n'eſt pas à préſumer
qu'il veuille s'engager à de nouvelles hoftilités,
lorſqu'il réfléchira ſur les difficultés de la derniere
guerre , & qu'il conſidérera qu'elles ſont encore
dix fois plus fortes par la réunion complette de
toutes nos forces raſſemblées , par l'état précaire
de ſon autorité, par la perte de ſes premieres
reſſources , par la ligue bien notoire que les Etats
voiſins , jadis ſes alliés , forment actuellement
contre lui , par l'abandon de ſes alliés européens ,
& enfin par la défection de ſes propres troupes
mécontentes & haraſſées de leur long ſervice?
Voici l'état des vaiſſeaux déſarniés dans
les différens ports au premier janvier , tel
qu'il a été préſenté à l'Amirauté.
Ports . V. de lig . V. de 50. Frég . Sicop.
Deptford&
Woolwick ,
3 .
٥٠
35 13 .
Chatham, 24. 7. 18. 4.
Sheerneff , 3. 2. 11 . 7.
Portsmouth , 47 . I. 16. 6.
Plimouth , 31 . 2. 11 . 4.
-
Tetaux 108. 12. 91. 4.
( 212)
L'Etat des Vaiſſeaux de garde et le même
dans tous les Ports que celui du mois précédent.
La Compagnie a acheté tous les thés qui
ſe trouvent en Europe , excepté ceux que la
Compagnie Hollandoiſe a gardés pour fon
ufage.
La cargaiſon du Yacht le Kingston , arrivé
dernierement dans la Tamiſe de Copenhague avec
des Thés pour le compte de la Compagnie des
Indes , conſiſte en
196. grandes caiffes de Bouys.
919. petites caiſſes de Congo.
247. dites de Hyſon.
275. dites de Singlo.
172. dites de Souchon.
La Compagnie des Indes gagnera beaucoup à
cequ'on affure ſur les achats qu'elle a faits à la
Compagnie impériale d'Oftende & à la Compagnie
Danoiſe de Copenhague. Son bénéfice fur
Jes Thés communs , tous frais faits , fera de
■ ſou & quart ſterling par livre peffaanntt ,,&celui
fur les Thés Hyffon ,beaucoup plus confidérable
encore. On peut juger d'après cela les ſommes
qu'elle gagnera.
On apprend par des lettres de Déal l'heureux
ſuccès d'une nouvelle tentative vigoureuſe
pour anéantir la contrebande.
Le Gouvernement ayant reçu avis que , pendant
la ſaiſon actuelle de l'hyver , les Contreban
diers avoient fait entrer un nombre conſidérable
de leurs Bâtimens dans les criques & havres
fitués fur la côte , il donna en conféquence les
ordres les plus précis à différens eſpions affidés
pour épier tous les mouvemens de ces Navires &
pour en faire leurrapport de temps entemps .Dès
( 213 )
qu'on eut jugé que le moment étoit favorable pour
ſe ſaifir de tous ces Vaiſſeaux; on nomma quelques-
uns des Officiers de la Marine Royale , les
plus expérimentés , pour commander un certain
nombre de Cutters convenablement armés & en
état de mettre à exécution l'entrepriſe projettée .
A cet effet , les Cutters ſe placerent à des distan
ces convenables ,& agiſſant avec le plus grand
fecret &la plus ferme réſolution , il remplirent
complettement leur miſſion , qu'ils s'emparerent
depreſque tous les Bâtimens contrebandiers qu'ils
emmenerent avec eux à la mer , afin qu'en les
diſperſant ainſi il puffent les reconduire avec plus
de sûreté dans les différens ports de laGrande-
Bretagne.
Ce coup eft le plus terrible qui ait jamais été
porté aux Contrebandiers, puifque,juſqu'ici leurs
richeſſes immenfes &leurs combinaiſons ingénieufesles
ont mis en état de vaincre les plus grands
obstacles. Mais aujourd'hui toutes les reſſources
(poffibles leur font enlevées &il ne leur reſte
plusd'alternative.
,
En mouillant dans les eaux de Port- Rofeway
, les marins découvrent une ifle où il ne
fe trouve qu'un ſeul habitant , nommé
M. Bud. Cet homme fingulier a conçu depuis
quelques années le plus grand dégoût
pour le monde, & a pris la réſolution de
s'en ſéparer. Pour cet effet , il a choiſi la
retraite la plus affreuſe , qui ait été découverte
juſqu'ici dans ce climat glacé ; il y a
tranſporté un petit nombre d'animaux domeſtiques
, &un aſſortiment d'outils néceffaires
; & il y vit depuis quinze ans , parfaitement
content & tranquille. Son habitation
( 214 )
eſt ſituée près du rivage , & lorſque quelque
vaiſſeau approche de la côte , il invite les
gens de l'équipage à mettre pied à terre ; &
il leur diftribue généreuſement quantité de
provifions , qu'un peu d'induſtrie l'a mis en
état de recueillir d'en fol fertile .
On lit dans le dernier volume des Tranfactions
philofophiques la lettre ſuivante du
célébre Herfchel , adreſſée à M. Bancks ,
Préſident de la Société Royale .
>>>Selon les obſervations des plus habiles Aſtronomes
de l'Europe, il paroît que la nouvelle planète
que j'ai eu P'honneur de leur faire connoî
tre en Mars 1781 , eſt une des principales de
notre ſyſtême ſolaire. Un corps qui a tant de
rapport avec nous par la reſſemblance de ſa
condition ou de ſafituation , dans l'eſpace immenfe
des cieux étoilés , doit ſans doute être ſouvent
le ſujet des converſations , non ſeulement des
Aftronomes , mais encore de tous les amateurs
des Sciences en général . Il me paroît donc néceſ
faire de lui donner un nom qui la diftingue des
autres planètes & des étoiles fixes. Dans les
âges fabuleux de l'antiquite , on donna auxplanètes
connues , les noms de Mercure , Venus ,
Mars , Jupiter , Saturne , comme étant ceux
des perſonnages les plus illuſtres de ces tempslà.
Mais dans un âge plus philoſophique , il n'eſt
plus permis de recourir au nomde Junon , Pallas ,
Apollon , Minerve pour nommer notre nouveau
corps célefle. Le premier point qu'on doit envifager
dans un événement particulier & remarquable
, c'eſt , me ſemble , ſon époque. En
effet la poftérité pourra demander en quel temps
cette planète a été découverte. Peut-on mieux
( 215 )
répondre à cette demande , qu'en diſant que c'eſt
fous le regne de George III , Roi d'Angleterre ?
Comme Philofophe , je penſe donc que le nom
d'Aftre de George , ou Georgium Sidus , préſente
une dénomination convenable pour montrer &
le temps & la contrée où ce corps céleste a été
apperçu la premiere fois. D'ailleurs comme
ſujetdu meilleur des Rois , généreux Protecteur
des Sciences & des Arts ; comme originaire du
pays d'où ſon illuftre famille a été appellée au
trône de la Grande Bretagne ; comme membre
de cette ſociété fi floriſſante & fi diftinguée à la
faveur des liberalités de ſon Protecteur royal ;
enfin , comme homme vivant actuellement ſous
la protection ſpéciale de cet excellent Monarque
, & devant tout à ſa bonté ſans bornes ; je
ſaiſis avec le p'us vif empreſſement , cette
occafion d'exprimer ma ſenſibilité & ma reconnoiffance
, en donnant le nom d'Aftre
George ,
1
Georgium Sidus.
-Jam nunc aſſueſce vocari. Virgil. Georg.
à une planette qui , relativement à nous , a commencé
à briller ſous les aufpces de fon règne.
En vous adreſſant cette lettre , Monfieur , je
prends les moyens les plus efficaces pour faire
agréer cette dénomination à tous les Savans de
l'Europe ; & je préſume de leur honnêteté , qu'ils
l'admettront avec plaifir. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c .
Signé W. HERSCHEL .
M. Herſchel a déjà découvert plus de 900
Etoiles doubles , à la faveur de l'excellent
Télescope , & juſqu'à préſent l'unique dont il
eſt l'auteur.
Des lettres d'Antigoa contiennent des
( 216 )
1
particularités ſingulieres ſur le Schooner, la
Diana , enlevé au mois de Mai dernier , par
des Negres marons , & rencontré par le bâtiment
le Lord North , qui l'a reconduit à
Bristol .
Le 13 Juillet , le I ord North , à environ qua-
Taste lieues à l'ouest du cap Clear , apperçut dans
le ſud un petit bâtiment qui portoit ſur lui , &
dont la marche étoit très-irréguliere . -Au
bout de deux heures environ , le Schooner joignit
le Lord North , & ayant été hélé , il répondit
qu'il venoit d'Antigues , qu'il étoit deſtiné pour le
Grand-Cocrou furla côte d'Afrique ; qu'ils avoient
perdu la vraie route ,& qu'ils ne buvoient que de
l'eau de mer depuis plus d'un mois ; qu'ils étoient
tous des négres , & fupplioient qu'on les reçût
à bord du Lord North.-Un Officier & quelques
matelots de ce dernier bâtiment ſe rendirent en
conféquence à bord du Schooner , & revinrent
avec tout l'équipage , compoſé de dix perſonnes ,
huit hommes , un enfant & une femme. Ils
avouerent qu'ils avoient déſerté à bord du Schooner
du port de Saint-John ( ifle d'Antigues ) le
16 Mai , avec le deſſein de ſe rendre à la côte
d'Afrique ; qu'ils avoient exécuté cette entrepriſe
àl'inſtigation d'un noir appellé Will , précédemment
maître d'équipage du Schooner. Will en
avoit pris le commandement , & leur avoit promis
de les conduire en Afrique ; mais l'équipage
ayant reconnu que leur nouveau Capitaine n'étoit
pasauffi bon navigateur qu'il l'avoit annoncé , &
queſapréſomption téméraire les avoit expoſés à
périr , ily avoit eu une révolte à bord trois jours
avant la rencontre du Lord North ; le Capitaine
Will& le maître d'équipage s'étoient vus réduits
àladure néceſſité de fauter àla mer , & s'étaient
lorſqu'ils
( 217 )
noyés. Un enfant noir étoit mort ſur le Schooner
quelque tems après ſon départ. Ils ajouterent que
lorſqu'ils mirent à la voiled'Antigues , ils avoient
àbord deux petites futailles d'eau douce , un demi-
baril de porc , & une petite proviſion de bil
cuit qui n'étoit pas encore conſommée. Pluſieurs
bâtimens leur avoient donné chaſſe pendant leur
traverſée , mais infructueuſement. Undes negres
mourut à bord du Lord North , qui arriva avec le
Schooner à Bristol : ce dernier étoit dans un
état très -délabré.
On a reçu depuis peu des nouvelles authentiques
de Berlin, par leſquelles on eſt
informé que Sa Majeſté Pruſſienne vient d'établir
de nouveaux réglemens pour la Société
des Francs Maçons , dont la fraternité
retirera les avantages les plus précieux. Pluſieurs
des anciennes inſtitutions , qui étoient
plutôt affaire de forme que d'uſage général ,
ont été annullées, & on a rédigé un nouveau
Code de Loix.
Il eſt arrêté par les ſuſdits Réglemens , qu'on
ne recevra Maçons que les perſonnes de naiſſance ,
de moeurs , & de profeſſion recommandables.
Chaque Membre paiera 25 rixdalers ( ou 4 liv.
3 ſoſs ſterl. ) pour le premier degré ; 50 rixdalers
( ou 8 liv. 6 ſ. ſterl.) pour paſſer au ſecond ;
& 100 rixdalers pour être reçu Maître Maçon.
Le Récipiendaire demeurera trois mois dans chaque
degré , & le Grand Tréſorier diviſera en
trois parts chaque ſomme qu'il recevra. La premiere
, pour payer les frais de la Loge; la ſeconde,
pour ſubvenir aux beſoins des freres qui
ſe trouveront dans la détreſſe ; & la troiſieme ,
pour le ſoulagement des pauvres en général.
Une particularité digne d'attention , c'eſt que
No. 5 , 29 Janvier 1785 . k
( 218 )
leGrand Frédéric fut reçu Maçon , ſous lacont
titution écoſſaiſe , dans la Loge établie à Brunswick
le 15 Août 1738 , n'étant encore que Prince
Royal. Il fut tellement fatisfait des procédés de
la Société , qu'à ſon avénement au Trône , il
s'occupa d'abord de l'établiſſement d'une grande
Loge à Berlin. Ce Prince obtint à cet effet une
Patente d'Edimbourg , & depuis cette époque la
Maçonnerie a toujours été en honneur dans tout
le Royaume de Pruffe , fous les heureux aufpices
de l'Alexandre du Nord .
Une lettre de la Barbade du 20 Octobre
dernier , porte :
,
11 et arrivé dans cette Ile il y a quelques
jours un phénomene très- fingulier. Dans cette
partie de l'ifle appellée Scotland' , à environ 12
milles de la ville , la Maiſon-de-Ville d'un
village appellé Walco's , avec cinq ou fix autres
maiſons & le moulin à fucre ſe ſont enfoncés
en terre , graduellement & très-doucement
fans la moindre apparence de tremblement
de terre. Perſonne n'a été tué ni bleffé ,
&dans tout le voisinage on n'a pas ſouffert
d'autre dommage , excepté quelques cabanes
qui ont été ébranlées. Les faîtes des maiſons
&du moulin à ſucre font actuellement à raz de
terre..Une partie de ce terrein s'avance doucement
vers la mer , qui eſt é'oignée de cet endroit
environ d'un demi-mille.
On apprend de Mancheſter , qu'un particulier
aifé , Irlandois de nation , a penſé
être tué par les Manufacturiers de cette ville.
Il voyageoit , à ce qu'il paroît , par ſimple
curiofité dans les villes de Manufactures ,
tant ſur le continent qu'en Angleterre , pour
connoître les différentes machines qu'on y
( 219 )
employe , & la maniere de les pranill
mais tans aucun deifein d'entrerdan
merce. A fon arrivée dans l'une des Man .
factures de Mancheſter , les ouviers , malheureuſement
pour lui , reconnurent à fon
accent , qu'il étoit Irlandois . Auffitôt on enrend
dans la Manufacture un murmure gé
néral ; & le bruit ſe répand qu'il étoit venu
pour voler , comme ils difent, leurs machines
, en en prenant des deſſins . Ils ſaiſiſſent
auſſitôt l'Irlandois, & le maltraitent tellement
, que fans, l'aſſiſtance d'un bourgeois
de la ville qui le connoiſſoit , ils l'auroient
infailliblement tué ſur la place. Ses bleſſures,
ſont ſi dangereuſes , que ſa vie oſt même en
danger.
Un particulier de Newyork , que ſes affaires
avoient appellé à Albany , ayant entendu ra
conter des merveilles d'une ſecte connue ſous le
nom de Shaking Quakers , réſolut de pouffer juſqu'à
Kanoch , où les membres de cette ſecte font
leur réſidence. Voici les détails qu'il nous a
communiqués à ce ſujet. Cette Congrégation
eſt compoſée d'environ 90 perſonnes. Un Fermier
de l'endroit eſt chargé de leur entretien,
A la réception d'un proſélyte : les Freres lui
conſeillent de convertir tous ſes biens en argent
&de le dépoſer chez le Fermier , qui de ſon
côté s'engage à lui fournir une nourriture
abondante & tout ce dont il peut avoir beſoin,
Cette formalité étant remplie , le nouvel initié
commence à s'agiter de la maniere qui paroît la
plus agréable. La perſonne dont nous tenons ces
détails fut émerveillée de la facilité avec laquelle
ils exécurent des tours de force prefqu'incroya
k2
( 220 )
bles. Unefemme entr'autres avoit acquis une
telle intelligence des principes de l'équilibre ,
qu'elle pouvoit pirouetter ſur ſes talons pendant
une demi-heure de ſuite , & avec une rapidité
inconcevable. Ces ſectaires ont une extrême répugnance
à s'entretenir des dogmes de leur culte
mais il eſt facile de juger qu'il y entre beaucoup
d'abſurdítés. Ils ſe contentent de déclarer qu'ils
ont tous été de grands pécheurs , & que c'eſt par
cette raiſon qu'ils ſe mortifient par de pénibles
exercices .
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 9 Novembre.
Le 6 de ce mois , M. John Dickenſon fut
réélu Préſident de cet Etat, & M. James
Irwine fut élu Vice-Préſident pour l'année
ſuivante .
L'aſſemblée générale a paſſé un Bill pour
maintenir les privileges des Miniſtres publics
étrangers.
Il eſt ſtatué par cet acte que dans le cas où une
oudes perſonnes arrêteront , attaqueront , menacerent
ou inſulteront la perſonne d'un Ambaſſadeur
ou autre Miniſtre public ou celle d'un Délégué
en Congrès , ou bien qu'ils violeront &
bleſſeront de telle maniere que ce ſoit les droits
&libertés dont les Ambaſſadeurs ou autres Miniſtres
publics jouiſſent en vertudu droit des gens,
un tel offenſeur pourra être pourſuivi par la voie
du décret proviſoire ou de l'information au nom
de la République , par- devant le Tribunal ſuprême
de juſtice , ou par- devant le Tribunal muni d'une
commiffion particuliere pour juger certaines cauſes
( 221 )
(court oforpt aud terminer ); & lorſque le défit
aura été conſtaté sûr par la conviction de l'accuſé
ou par ſon aveu ou bien par le prononcé du Juré,
une telle perſonne convaincue de la forte ſera
eenſée avoir violé le droit des gens & troublé le
repos public , & elle ſera punie par amende ou
emprisonnement , ou tout- à-la fois par amende
& emprisonnement, ſuivant qu'il paroîtra convenable
au Tribunal par-devant lequel la cauſe aura
été jugée.
Un abonnéde la Gazette de New- Yorck
a adreſſé au Rédacteur la lettre ſuivante.
Jeſuis enchanté d'être à portée d'informer le
Publicqu'il s'eſt établi dans cette ville une ſociété
pour encourager l'émigration des Allemands , les
avantages que l'Etat de Penſylvanie a retirés des
travaux de ces hommes utiles nous font garans
deceux que l'Etat deNew-Yorck doit ſe promettre
des établiſſemens qui feront formés ſur la partie
occidentale de ſon territoire. J'apprends que la
Société a fait choix du Colonel Lutterloh pour
ſon Préſident , & que le Colonel Weiſſenfels a
été élu Vice - Préſident . Ces deux Officiers ſe
ſont diftingués , comme on fait , dans la derniere
révolution , particulierement le dernier qui s'em.
barqua avec l'immortel Montgommery pour l'expédition
du Canada.
L'hiſtoire des actions infâmes n'en contient
peut-être pas une à comparer à celle-ci.
Un Colon de la Caroline Méridionale , attaqué
d'une maladiedangereuſe , s'imagina que leNegre
chargé de le ſervir ne lui donnoit pas tous les
ſoins en ſon pouvoir ; en conféquence il ordonna
à ſon fils de le tuer ſur le champ. Le jeune homme
ne voulant pas punir auſſi ſéverement une faute
involontaire , prit ſur lui de faire des repréſenta
k3
(222 )
tions à ſon pere ,& il mit tant d'énergie dans ſes
expreffions , qu'il pouſſa à bout ſa patience. Le
pereordonna à ſon fils de fortirde la Chambre ,
& il envoya chercher un Notaire , auquel il enjoignit
de faire dans ſon teftament des changemens
qui réduifirent ſon fils à la mendicité. II
fit enſuite approcher leNegre près de ſon lit , &
tandis que ſes domeſtiques le tenoient , cet homme
féroce , tranſporté de rage , ſe leva ſur ſon ſeant
&lui coupa'tous les doigts des pie's; après quoi
le malheureux , épuisé par les douleurs& la vios
lence de l'opération , expira .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 19 Janvier.
Le 16 de ce mois , la Comteſſe de Sérent
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Marquiſe
de Sérent , Dame d'Atours de Madame Elifabeth
de France.
Le même jour , le fieur de Fourcroy ,
Grand-Croix de l'Ordre royal & militaire
de Saint- Louis , Maréchal-de-camp & Directeur
du Corps Royal du Génie , l'un des
Correſpondans de l'Académie des Sciences ,
qui l'avoit élu dans ſa ſéancedu 27 Novembre
de l'année derniere , à la place d'un de
ſes Affociés libres vacante par la mort du
Comte de Milly , a eu l'honneur d'être préſenté
auRoi en cette qualité.
DE PARIS, le 25 Janvier.
I.e zele de M. Blanchard n'eſt point refté
( 223 )
ſans récompenfe. Sa Majeſte lui a accordé
une penſion de 1200 liv. & une gratificationde
12000 liv. Il a été applaudi aux divers
ſpectacles où il s'eſt préſenté , & il étoit
juſte qu'il n'eût pas à ſe plaindre de ſon heureuſe
témérité.
M. Pilatre de Rozier paroît décidé à
l'imiter , puiſqu'il doit repartir pour Boulogne;
mais ces deux entrepriſes font bien
différentes . Celle à venir eft contrariée par
les vents dominans ſur la Manche; la pointe
du Comté de Kent , une fois manquée , les
côtes d'Angleterre s'écartent tellement au
nord & à l'Ouest , qu'on peut parcourir les
airs dans la mer d'Allemagne ou dans l'Océan
pendant bien des jours avant de toucher
terre. Il eſt même difficile de prévoir la
durée de ce ſéjour aërien. On affure qu'en
conféquence M. Pilatre prend des vivres
pour fix mois , & que fon ballon eſt imperméable.
Les eſprits ardens l'envoient déja
en Amérique : tout eſt poſſible , diſent- ils ,
puiſqu'on a traverſe la Manche : en accordant
cette univerſelle poſſibilité , on conviendra
que celle de paſſer un bras de mer
de ſept lieues , n'eſt pas tout-à-fait de la
même nature que celle de parcourir 1500 à
2000 lieues fur l'Atlantique.
Le 24 Octobre dernier , le Roi a rendu
une Ordonnance portant création du Corps
Royal de l'Artillerie des Colonies.
Ce Corps confiftera enun régiment de vingt
compagnies de Canoniers Bombardiers , & deux
k
( 224 )
, quarante
compagnies d'Ouvriers. Le Corps royal de l'Ara
tillerie de France fournira aux premieres 470
hommes , & aux ſecondes 72 hommes avec les
Officiers néceſſaires . Ce Corps qui tiendra le
premier rang parmi les troupes d'infanterie des
Colonies , ſera diviſé en cinq brigades , dont le
rang eft fixé. Chaque compagnie ſera compoſée
d'un Sergent- major, un Sergent fourier- écrivain
cinqSergens , cinq Caporaux , cinq Appointés ,
cinq Artificiers , cinq Canoniers-Bombardiers de
premiere claſſe , vingt de ſeconde
Aprentis & un Tambour , formant quatre-vingt
huit hommes. L'Etat- major ſera compoſé d'un
Colonel , de quatre Lieutenant - Colonels , dont
un ſera Directeur de l'Arſenal des Colonies , de
cinq Chefs de brigade , un Major , trois Aides-
Majors, unQuartier-Maitre-Tréſorier & unTambour-
Major. L'Ordonnance regle leurs fonctions,
leurs rangs, ceux des Officiers de chaque Compagnie,
la bourſe du Soldat , le placement de
ſes fonds, l'établiſſemens de l'Arſenal des Colonies.
Nous avons été les ſeuls dans le tems à
donnerles circonstances du combat de Goudelour.
C'eſt un de ces événemens qui , fans
acquérir une grande célébrité , fixent la réputation
des corps militaires.
Pour en conſerver la mémoire , un ancien Cepitaine
d'Auſtraſie a fait élever à quelques lieuesdeGuincamp
en Bretagne, untombeau ſurmonté
d'un trophée d'armes , ſur le bord d'un canal
qui ſépare un bois de ſon jardin. On lit ſur les
quatre faces les inſcriptions fuivantes.
Manibus Commilitonum
- In campis Goudelour jacentium ,
Hoc virtutis monimentum & mæroris
Amica manus confecrat .
(225 )
Quæcunque per ædum.
Exhibuit monimenta valor , ſequataque ferro .
Militiæ pietas auſtraſiaturma delevit.
A g'orum Legionibusfilis cæfis .
Fugatis XXmillibus jurato victoriæ jusjurando.
Non ignara tamen poft kæc exempla virorum
Agmina perfpicient , quid poffit heroico virtus ?
Ignorant ne datos , numerus ne terreat enfes ?
Cemonument fait honneur à l'Inſtituteur,
& vaut bien aſſurément ceux qu'on multiplie
dans les jardins en faveur d'un ferin ou
d'un épagneul.
1
M. le Provoft, Curé de S. Marc d'Ouilly ,
Dioceſe de Bayeux , nous mande , en ces
termes , la guériſon d'une épilepsie due à un
accident preſque mortel.
Unejeune fillede ma Paroiſſe éprouvoit depuis
l'âge de treize ans le plus affreux accès d'épilepfie.
Amèrement affligée d'un ſpectacle d'autant
plus triſte , qu'il devenoit tous les jours plus
fréquent ; fa famille avoit inutilement conſulté
Médecins & Empyriques. Leurs viſites & leurs
médicamens avoient appauvri la maiſon , ſaus
alléger le mal de cette infortunée. Enfin abandonnée
uniquement à la Providence & aux ſoins
-de ſa famle ; cette fille étoit , il y a environ
18 mois , aſſiſe auprès d'un grand feu ſur lequel
étoit une chaudiere pleine de leſſive preſqu'au
degré d'ébulition. Malgré les dépenſes & pendant
l'absence de ſa mere qui venoit de fortir
pour un moment , elle s'incline pour attiſer le
feu , & tombe ſur le tuyau qui conduit la leſſive
de la cuve au chaudron, & la renverſe ſur elle .
Attirée par le bruit , ſa mere précipite ſes pas ,
ks
( 226 )
trouve ſa fille étendue au coin du foyer , le viſage
contre terre , & baignée de leſfive. On ſe hâte
de lui ôter ſes habits , ſa peau s'enleve avec eux
par lambeaux , ce n'est qu'une plaie hideuſe qui
lacouvre depuis la nuque juſqu'au bas de l'échine
on la croit fans vie , & on ne longe pas même à
lui adminiarer le moindre fecours . Néanmoins
elle laiſſe échapper un ou deux ſoupirs : alors
on commence à eſpérer pour elle ; on applique
ſur ſes plaies le cérat de Gallien , il s'y établit
une ſupuration abondante , & après deux mois
graces aux ſoins qu'on lui prodigue , elle eſt parfaitement
guérie & de ſa brûlure , & du mal
cruel qui en a été la premiere cauſe. Avant
cette époque , quoique âgée de 19 à 20 ans , elle
n'avoit éprouvé aucune évacuation périodique ,
&depuis ſes parens m'ont atteſté que cette ſuppreffion
n'avoit plus lieu. Elle jouit maintenant
àtous égards de la ſanté la plus parfaite. Je crois
qu'on peut en conclure que le mal caduc , ſurtout
lorſqu'il n'eſt pas héréditaire , n'eſt pas auſſi
incurable qu'on le penſe. Cette fille ayant été
pleinement délivrée au moyen d'une fupuration
copieuſe, établie par accident ſur ſon dos pendant
deuxmois , pourquoi les maîtres de l'art ne pourroient-
ils tenter la guériſon des épileptiques , en
leur appliquant,depuis la nuque juſqu'à l'osfacrum,
ſoit unemplâtre véficatoire ordinaire, ſoit la
pommade épipaſtique , ſoit enfin l'excellent onguent
de l'Abbaye du Bec .
La révolution générale éprouvée par
l'épileptique , pourroit avoir occaſionné fon
foulagement , tout comme la ſuppuration :
on a vu des émotions violentes ſuſpendre
les progrèsde cette affreuſe maladie , & il eft
prudent d'attendre les ſuites de ce rétabliſſe,
( 227 )
ment, avantque detenter le remede propoſé
par M. le Provoft.
Le dix- septieme chapitre du voyage de Sicile
& de Malthe par M. Houel eft actuellement
en vente chez l'Auteur , rus du Coq Saint-
Honoré . Il comprend la ſuite des antiquités
de Taorminum , Tombeaux , Réſerves
d'eaux , Gymnaſes , & un plan en carte du mont-
Etna ; cette fameuſe montagne devant être l'objet
d'une deſcription déjà commencée dans ce
dix-ſeptieme chapitre. Les gravures ſont parfaitement
dignes des premieres , & le texte eſt trèsinſtructif.
L'Auteur y donne des notions claires,
fuccintes , exactes des uſages anciens , correfpondans
aux monumens qu'il décrit. Peu de
recueils de ce genre ont ce mérite à un plus
haut dégré.
La frégate la Coventry aapporté des dépêches
de M. de Buffy , actuellement àPondichery.
Il s'éleva quelques difficultés de la
part des Anglois qui exigeoient la ceſſion de
Trinquemale , ceſſion refuſée juſqu'à ce
qu'on eût reçu des inſtructions préciſes. Les
Anglois menaçoient d'uſer de violence,
menaces rendues inutiles par les bonnes difpoſition
de MM.de Peynier & de Saint-
Marfault : la frégate la Précieuse , chargée
d'inſtructions pour le Général , fixa heureuſement
les doutes ſur le ſens du traité , qui a
reçu ſon exécution ſans ultérieur inconvénient.
Le Musée de Paris a tenu , le 9 du mois der
nier ,dans ſon nouveau local , rue Saint- Honoré,
la féance publique de rentrée qui a été ouverte
k6
( 228 )
par un diſcours de M. de Cailhava , préſident ,
relatif à la circonſtance.
M. de Trincano , Secrétaire Adjoint , a lu le
diſcours fait par M. l'Abbé de S. Jean de Toulouſe
, pour l'inſtallation du Muſée de la même
ville , qui l'a adreffé au Muſée de Paris , comme
un uſage de l'union qui regne entre ces deux
fociétés littéraires .
M. le Changeux a récité enſuite un fable de
ſa compoſition également analogue à la rentrée
du Muſée , & qui a été ſuivie d'un diſcours de
M. Moreau de S. Méry , fur les moeurs & les
uſages du Royaume d'Ouair à la côte d'or. La
préſence du Prince , héritier préſomptif de ce
trône africain arendu ce morceau très intéreſſant.
M, Moreau de S. Méry y a fait remarquer combien
eſt flatteur pour la nation françoiſe , le
motif qui a déterminé le Roi d'Ouaire à confier
ſon fils âgé de 20 ans , au Capitaine Landolphe
de Nantes ; & ce Prince , qui commence à entendre
notre langue, a pu gouter le plaifir d'être
applaudi , pendant qu'on parioit & de ſa patrie
&de ſes qualités perſonnelles .
A ce diſcours a fuccédé celui de M. Hilliard
d'Auberteuil ſur la maniere d'écrire l'Hiſtoire ;
la lecture d'un fragment de traduction d'Hefiode
parM. Gin ; celles des Poéſies d'Erine traduites
de l'anglois par M. de Grandmaiſon ; de deux
Odes d'Horace , traduites en vers par M. Deſaughiers
fils ; & enfin de quelques Odes d'Anacréon
traduites auſſi en vers par un autre membre
du Muſée .
La Séance a été terminée par des expériences
de phyſique & relatives aux différens Gaz ;
faites par M. Pilatre de Roziers. Le Prince
d'Ouaire y a mêlé un intérêt nouveau , fur
tout à celles ſur l'électricité qui lui ont cauſé
L
( 229 )
un juſte étonnement. Ce Prince conſervera fans
doute dans le climat brulant où il retourne dans
quelques mois , le ſentiment d'eſtime & d'admiration
que nos connoiſſances lui ont inſpiré. Il
compte folliciter l'agrément d'un pere que ſon
abſence allarme peut être , pour venir , dans
un ſecond voyage , chercher de nouvelles lus
mieres.
On nous adreſſe de Beauvais l'annonce
ſuivante d'une invention que nous révoquons
en doute , & que d'autres feront à même de
vérifier .
M. Toupillier , Procureur au Baillage & Siége
Préſidial de Beauvais , vient de réuffir dans l'expérience
d'une Pompe de ſon invention. Cette
Pompe n'eſt ni foulante , ni afpirante , & peut
porter l'eau au ſommet de la plus haute Montagne,
par un fimple tuyau- conducteur , en auſſi
grande quantité que le fait la Pompe foulante.
Elle n'eſt ſujette à aucuns des inconvéniens qui
ſe rencontrent dans les Pompes ordinaires ; &
la force motrice n'y eſt uniquement employée
qu'à lever l'eau ſans balancier ni contre-poids.
Il n'y a point de valvule qui puiſſe gêner à la
circulation de l'eau comme il s'en trouve dans
la Pompe foulante. La conſtruction de cette Pompe
& de la Machine qui la fait mouvoir , eſt fi
ſimple que ce qui eſt au par deſſus des tuyaux &
de la roue motrice , doit être regardé comie
rien : de manière que fi on la ſubſtituoit à la M1-
chine de Marly , ( de la ſupreſſion de laquelle il
s'agit , ) il n'y auroit à conferver de cette Machine
que les roues & les tuyaux ſans y faire de changemens.
L'entretien ne ſeroit pas un objet de
plus de quatre cens livres par an , tandis que ce
ſeul objet , dans l'état actuel des chofes ,monte
:
( 230 )
àplus de cent mille francs. J'eſpere que M. Toupillier
approuvera le zèle que j'ai de participer
à rendre ſa découverte publique , & qu'il voudra
bien mettre la Société à portéede jouir des avantages
qui en réſulteront infailliblement ; en mettant
au jour les détails de cette Pompe, qui n'eſt
venue à ma connoiffance que par le moyen d'une
converſation que j'ai eûe avec lui relativement
aux Pompes que l'on projette d'établir à Beauvais.
Les ſuites convaincront queje n'ai rien avancéque
de vrai .
La Société Royale de Médecine a reçu
au nombre de ſes Aſſociés Etrangers MM.
Merten's , Médecin à Vienne ; Walther , Profefſeur
d'Anatomie à Berlin , & le Chevalier
Bancks, Préſident de la Société Royale de
Londres.
Marguerite-Suzanne Fyot de la Marche, épouſe
duMarquis Antoine-René de Voyer de Paulmy
d'Argenſon , Miniſtre d'Etat , Chancelier de la
Reine , Chevalier- Commandeur des Ordres du
Roi &de ceux de Notre-Dame de Mont- Carmel &
de Saint- Lazare de Jérusalem , Grand Croix de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis, Bailli
d'Epée de l'Artillerie de France , l'un des 40 de
P'Académie Françoiſe , des Académies Royales des
Sciences & des Belles-Lettres , Gouverneur de
l'Arsenal de Paris , eſt morte à l'Arſenal le 27 du
mois dernier.
Jean-Gabriel , Chevalier de Brons , ancien
Capitaine au Regiment de Conti , Chevalier
de l'ordre de S. Louis , eſt mort à Sarlat ,
dans la foixante-douzieme année de ſon âge :
il avoit été grievement bleſſé à la bataille de
Guastalla.
Armand-Gaston-Felix d'Andlau , Docteur de
( 231 )
Sorbonne, ancien Aumônier du Roi , l'un des
quatre premiers Chevaliers héréditaires du Saint-
Empire Romain , & l'un des Seigneurs de la ville
d'Andlau , né le 7 Février 1707 , eſt mort à
Paris le 3 Janvier 1785 .
L'Académie Françoiſe , dans ſa ſéance du
13 de ce mois , a fait choix du ſieur Target ,
Avocat au Parlement , pour remplir la place
vacante par la mort de l'Abbé Arnaud.
L'Académie royale des Inſcriptions &
Belles - Lettres , dans fon aſſemblée du 14
de ce mois , a élu Académicien- Aſſocié , à
laplace vacante par la mort de l'Abbé Arnaud
, le ſieur Houard , Avocat , Cenſeur
royal , Aſſocié libre de l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de Rouen.
L'Académie des Sciences & Belles-Lettres
de Dijon , propoſe pour ſujets de prix en
1786 :
Déterminer , par leurs propriétés respectives , la
différence effentielle du phlogiſtique & de la matiere
dela chaleur.
Tous les Savans , à l'exception des Académiciens
réfidens , feront admis au Concours. Ils ne
fe feront connoître ni directement , ni indiretement
; ils inſcriront ſeulement leurs noms dans
un billet cacheté, & ils adreſſeront leurs Ouvrages
francs de port , à M. MARET , Docteur en
Médecine , Secrétaire perpétuel , qui recevra jufqu'au
rer . Avril 1786 , inclufivenient , les Ouvrages
envoyés pour concourir au Prix propoſé.
L'Académie s'étant vue forcée de réſerver le
Prixdont le ſujet étoit la théorie des vents , annonça,
l'année derniere , qu'elle adjugeroit ce Prix,
qui eſt double , a l'Auteur qui , en quelque tems
( 232 )
que ce fût , enverroit ſur cet objet un Mémoire
fatisfaiſant.
Ceux qui lui ont été récemment adreſſés ,
n'ayant pas encore rempli les vues de la Compagnie
, elle réitere l'annonce qu'elle a déja faite,
&invite de nouveau les Phyſiciens é s'occuper de
cet objet intéreſſant.
Le Prix fondé par M. le Marquis du Terrail &
par Madame de Crufſol d'Uzès de Montaufier , fon
épouse , ápréſent Ducheſſe de Caylus ,conſiſte en
une Médaille d'or de la valeur de 300 livres ,
portant , d'un côté , l'empreinte des armes & du
nom de M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
&de l'autre , la Deviſe de cette Société littéraire.
PROVINCES-UNIES.
1
LA HAYE , le 23 Janvier.
Des abſurdités ou des inventions , voilà
ſommairement ce que préſentent nos Feuilles
publiques depuis quelques ſemaines. Pas
un ſeul fait digne d'être rapporté. Au défaut
d'événemens , ces mêmes Feuilles font
remplies de réflexions , de conjectures , de
prétendues tranſfactions qui n'ont jamais
exifté que dans la tête des Gazetiers.
Il a été notifié à la Parade par S. A. S.
aux Officiers du Régiment des Gardes Dragons
, de ſe tenir prêts à marcher au premier
ordre : on les croit deſtinés à couvrir
les frontieres des provinces de Gueldres &
d'Overyffel.
Le Prince regnant de Waldeck a offert
fon cinquieme bataillon à la République , &
( 233 )
le Duc de Saxe-Gotha a ſouſcrit à l'au gmentation
de fon Régiment au ſervice des Pro-
`vinces -Unies. On dit le canton Suiſſe de
Glaris dans les mêmes diſpoſitions , relativement
aux quatre Compagnies qu'il tournit
aux Etats-Généraux : cette derniere levée
fera une petite addition de 200 hommes.
Les Etats de Hollande ont chargé leurs
députés aux Etats-Généraux , d'infifter fur
la nomination de ſurveillans , ſoit d'une efpece
de repréſentans civils , pour concerter
les moyens de défenſe avec le Stathouder.
Les mêmes Etats demandent une Enquête ,
pour examiner les cauſes du dénuement de
proviſions dans Lillo , Maſtricht & le Sasde
Gand , ce qui fera l'objet de nouvelles
diſcuſſions & de nouvelles animoſités.
Les Papiers publics affirment qu'un officier
Suiffe au ſervice de LL. HH. PP. a été arrêté
dans la Souabe & conduit à Fribourg en Brifgaw
, & que le même enlevement a été exécuté
par les Heífois ſur un tranſport de recrues envoyées
en Hollande pour le corps de Rhingrave
de Salm.
On ne doit probablement pas plus de
confiance à ces deux nouvelles qu'à la ſuivante
, que nous rapportons dans les termes
de nos Gazettes .
S. A. S. le Prince d'Orange avoit reçu le 30
Novembre paffé , une lettre écrite de la propre
main du Roi de Suede , qui lui recommandoit particulièrement
le Colonel Sprengporten , Militaire
du premiermérite. Les nombreuſes occupations
qui, dans les circonstances préſentes , abſorbent
(
( 234 )
toute l'attention de S. A. S. lui avoient probablement
ftit oublier cette Lettre. Cependant
S. M. ayant paru mécontente qu'on ne lui cût
fait aucune réponſe ,fur-tout dans un tems où
il s'agit de prendre des troupes Suédoises au ſervice
de L. H. P; les Aſſemblées d'Etat ont fait
des démarches à ce ſujet. Son Alteſſe a accuſé la
reception de cette Lettre , & a fait connoître en
même tems que le Roi de Suede offroit fix mille
hommes de ſes troupes à laRépublique .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 23 Janvier .
Les Chevaux de l'Empereur ſont arrivés
au nombre de 72 , conduits par 24 palfreniers&
deux chaſſeurs; ſes équipages ne tarderont
pas à paroître dans cette Capitale ,
où S. M. I. elle-même eſt attendue avant la
fin de l'hiver.
Le Régiment de Bender eſt ici depuis
quelquesjours : il eft commandé par lePrince
d'Anhalt-Zerbſt.
Nos deux cutters ſont toujours en croifiere
entre Anvers & le fort Philippe : le
paſſage de ce côté là eſt termé pour les navires
Hollandois & Autrichiens : le commerce
ſe fait par Berg-op -Zoom.
On fait à Aix la-Chapelle les préparatifs
néceſſaires à la réception de la groſſe artillerie
conſiſtant en deux cents pieces de canon.
Les chauffées ſont chargées de travailleurs,
( 235 )
50000 facs ont été préparés ici pour les provi-
Gons de l'armée & 500 chariots font destinés à
les voiturer . On prépare auſſi des grils pour
les boulets rouges; plus de 40 voitures chargées
de munitions de guerre nous ſont arrivées de
Luxembourg : On compte déjà au-delà de
5000 recrues faites dans le Brabant. Cependant
nous ne perdons point l'eſpérance d'une
réconciliation .
On voit la liſte ſuivante des quartiers d'hiver
qusprendront les troupes Impériales dans
les Pays-Bas.
Premiere Brigade.
A Luxembourg le Général - major Comte d'Alton
, les Régimens de Teutſchmeister & Preiſs ,
deux compagnies d'artillerie & de réſerve , avec
le troiſième Batatllon du Régiment de Kaunitz.
,
Seconde Brigade.
A Louvain le Baron Stader , Général-
Major", deux bataillons du régiment Tillier ; à
Namur, deux bataillons deLatterman ; à Bruxelles
, deux bataillons de Bender & le bataillon de
Grenadiers de Fourman , Lieutenant- Colonel.
TroisiemeBrigade.
AThienen , le Général-Major Comte de Hara
rach ; une diviſion du régiment des Houſards de
Wurmfer à Louvain ; deux diviſions de l'Etat-Majordudit
régiment à Thienen ; une divifion du
régiment des Houſards d'Esterhazi à Indoigne .
Une diviſion du régiment de Dragons d'Arberg ,
avec l'Etat - Major , à Lier : une autre diviſion à
Geel ;une demi-divifion à Tungerloo ; une demi
( 236 )
diviſion , & le troiſieme bataillondu régiment de
Murray áHerve.
Quatrieme Brigade.
ABergen-Hennegaw , le Général- Major Baron
de Lilien ; deux diviſions du régiment de Dragons
de Saxen Cobourg , avec l'Etat- Major. Une divifion
àAth ; trois diviſions du régiment des Dra
gons de Toscane à Doornick , Oudenarde &Gand ; la
quatrieme diviſion du régiment d'Arberg àBergen-
Hennegaw.
Cinquieme Brigade & le Commandementgénéral.
A Anvers , Son Alteſſe le Prince de Ligne ,
Lieutenant Général- Commandant , & S. A. le
Duc d'Urfel , Général Major ; trois bataillons du
régiment de Clairfaye ; deux bataillons de Ligne ;
le troiſieme bataillon de Ligne à Lier ; deux bataillons
de Kaunitz à Malines ; le Général- Major
Comte de Rutant àGand ; deux bataillons de Muray
à Gand ; deux bataillons de Vierſet à Bruges ,
le troiſieme bataillon dudit régiment à Oftende ;
le troiſieme régimens deGarnison à Nieuport ; le
Général de Penzenſtein , de l'Artillerie , avec le
ſecond Régiment , à Malins ; le reſte de l'Artillerie
eſt partagé dans les divers régimens. Le
commandement des Pontonniers , ainſi qu'une
compagnie de Mineurs & Sapeurs à Namur.
A Bruxelles , les Chaſſeurs & le détachement
de l'Etat- Major ; la direction du génie , S. A. R.
le Duc de Saxe-Teſchen , CommandantGénéral
en chefdu Campement ; les Comtes de Murray ,
Ferraris , Colloredo , d'Arberg , & M.de Segenter ,
Commandans-Généraux.
Les lieux de campemens des Croates ,
( 237 )
Houllans , & d'autres Corps de troupes légeres
, ne font pas encore déterminés.
Les régimens de Cobourg & de Wurmfer
ont déja paſſé Liege , & font attendus d'un
jour à l'autre dans le Brabant , ainſi que le
Général Lilien.
Selon la derniere Gazette de Vienne , les
lettres les plus récentes de la Tranſylvanie
ont apporté la nouvelle certaine que les Walaques
qui s'étoient révoltés dans les comitats
d'Hunyad & de Zaranthe , ont été, par
les diſpoſitions du Gouvernement , ramenés
à leur devoir ; qu'ils ont remis le peu
d'armes qui étoient en leur poffeffion , &
qu'ils font retournés dans leurs maiſons ,
après avoir promis de ne rien négliger pour
ſe ſaiſir de leur ſéducteur Horiah &de fon
complice , qui ſe ſont enfuis dans les montagnes
, après avoir été abandonnés de leurs
partiſans.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entre les Héritiers de l'Abbé de Ricouard
d'Hérouville , Chanoine de l'Eglise de Paris , &
les Adminiftrateurs de l'Hôtel- Dieu.
DROIT de l'Hôtel- Dieu de Paris , de réclamer le
lit complet de l'Archevêque & celui des Cha
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de 15 liv. par an , chez M. Mars , Avocat, rue
&Hôtel de Serpente,
(238 )
noines , quand ils viennent à décéder.
Ce droit eſt fort ancien ; il eſt la fuire la pen
connoiffance des ſoins que les Religjentes dc: HStel-
Dieu rendent à M. l'Archevêque & aux Chanoines
, en cas de maladie , comme à leurs Superieurs
Spirituels. Voici quelle en eſt l'origine.-
La ſucceſſion mobiliaire de l'Evêque de Paris étoit
autrefois dévolue au Roi . Louis-le-Jeune, à la veille
de partir pour la Terre Sainte , abandonna ce droit,
moyennant une fomme d'argent que l'Evêque lui
donna. Cet Evêque , ſurnommé le Pere des
Pauvres , devenu maître de diſpoſer de ſon mobilier
, voulut qu'à l'avenir , au décès de l'Evêque de
Paris , le lit dans lequel il ſeroit décédé, appartînt
à l'Hôtel-Dieu . Les Chanoines ſuivirent l'exemple
du Prélat , & firent , en 1168 , un Statut qui fut
ainſi rédigé . « In Chrifti nomine , tam præſentibus
quam futuris innotefcat , quod ego
Barba Aurea , Dei gratiâ Parifienfis Ecclefiæ
>>D>ecanus&univerſum ejufdem Ecclefiæ Capitu-
>>>lum , confilio venerabilis Epiſcopi noftri Mau-
>> ricii , inCapitulo noſtro communi omnium afcenſu
, ad remiſſionem omnium peccatorum
« noftrorum conftituimus , quod quicumque Ca-
>>>nonicusEcclefiæ noftræ decefferit , vel Præben-
>> dæ fuæ quocumque modo renuntiaverit ; poft
>> ejuſdem deceſſum , vel ob renuntiationem ,
» Hoſpitali Beatæ Mariæ , quod eſt ante portam
>> Ecclefiæ ejus , culcitram cum pulvinari&linteaminibus
, omni occafione & contraditione
> remota ,ad opus pauperum habeat . Si verò
> manſionarius in civitate non fuerit , velibinon
>> habeat lectum valens viginti ſolidos , de ſuo accipiatur
, donec prædita integre reftituantur.
-Item, fi quis maſſoriam ad Ecclefiam per-
>> tinentem ſuſceperit , fimiliter culcitram cum
>> pulvinari & linteaminibus eidemHofpitali,nof
( 239 )
trå inftitutionedonare cogatur,&c. &c.
Il ſuit de ce Statut , que tout Chanoine qui murt,
ou qui renonce à la Prébende ,ou qui obtient une
dignité dans ſon Eglife , doit à l'Hôtel Dieu fon
lit , compoſé d'une coucheste , d'un traverſin &
d'une paire de draps ; & que s'il n'eſt pas réſident
dans la ville , ou que ſon lit ne ſoit pas de valeur
au moins de 20 ſols , l'Hôtel- Dieu doit avoir au
moins la valeur de cette ſomme. -Le lit d'un
Chanoine ne confiſtoit alors qu'en une couchette ,
un traverſin&une paire de draps ; mais dans les
fiecles poſtérieurs, ce meuble étant devenuun objer
de luxe, cequi étoit une aumône de peu de valeur,
eſtdevenu undroit onéreuxdontles Chanoines ont
cherché à s'affranchir. Par autre Délibération
de 1412, interprétative du Statut de 1168, le Chapitre
décida que l'Héritier du Chanoine décédé
pourroit conferver ſon lit , en donnant à l'Hôtel-
Dieu la ſomme det oo ſols . Ce nouveau Statut
fut exécutê juſqu'en l'année 1592. A cette époque,
les Chanoines ayant ceſſé d'être lesAdminictrateurs
temporels de l'Hôtel-Dieu, les Directeurs
&Adminiſtrateurs de cet Hôpital augmenterent
leurs prétentions,& foutinrent que tous les accefſoires
du lit, rideaux , courte- pointe & autres accompagnemens
, de quelque étoffe qu'ils fuſſent ,
de ſoie , d'or , ou d'argent , leur devoient appartenir
: leur demande fut accueillie. La Cour eſtima
que l'eſprit du Statut de 1168 avoit été de donner
à l'Hôtel-Dieu le lit du Chanoine décédé , tel
qu'il ſe trouvoit , & non pas ſeulement la couchette,
le traverſin & la paire de draps ; & que les
expreſſions culcitram cum pu'vinari&linteaminibus,
n'avoient été employées que pour déſigner en détail
toutes les parties dont alors un lit étoit compoſé
: en conféquence , & fans s'arrêter à la Délibération
de 1412 , il fut jugé par les Arrêts de
(240 )
1592 , 1600 , 1651 , & 1654, cités par Félibien
Hift . de Paris , page 198 , que le lit de l'Arche
vêque & des Chanoines , domiciliés dans la Capitale
, appartenoit , après leur décès , à l'Hôtel-
Dieu , quelle qu'en fût la valeur. Depuis, l'uſage
a prévalu de donner à l'Hôtel - Dieu une ſomme
d'argent , qui n'a jamais été moindre de 300 liv .
-Le point de difficulté de cette Caufe étoit ,
que l'Abbé de Ricouard d'Hérouville avoit ceſſé
depuis long-tems d'être domicilié , de fait , à
Paris. Il y avoit 25 ans qu'il étoit Chanoine de
l'Egliſe de Paris , lorſque des raiſons de ſanté
l'obligerent de quitter le ſéjour de la Capitale ,
pour prendre l'air de la campagne. Il acquit , vers
l'année 1769 , une maison à Montmagny , & y
fixa ſa demeure . Sa maiſon canoniale lui devenant
inutile , il s'en défit , & ſe contenta d'un petit appartement
, ſis rue Meſlée , où il couchoit , lorfqu'il
venoit à Paris pour affaires. L'Abbéd'Herouville
eſt mort à Montmagny , au mois de Novembre
1783. Ses Héritiers , après avoir pris connoiffance
des forces de ſa ſucceſſion , ont été con
vaincus qu'elle étoit inſuffiſante pour payer ſes
Créanciers , & les réparations néceſſaires à l'Abbaye
de S. Serge , dont le défunt étoit pourvu ;
néanmoins par honneur pour ſa mémoire , ils ſe
ſont portésHéritiers bénéficiaires. Lors de l'in
ventaire , faitdans l'appartement de la rue Meſlée,
l'Agent des affaires de l'Hôtel Dieu s'eſt préſenté
pour réclamer le lit qui s'y trouvoit . -Arrêt
du 4 Septembre 1784 , qui a condamné les Héritiers
de l'Abbé d'Hérouville à rendre & reftituer
à l'Hôtel - Dieu de Paris le lit complet dudis
Abbé , étant dans ſa chambre à coucher , rue
Meſlée , fi mieux ils n'aiment payer la ſomme de
300 liv. pour ſa valeur , & les a condamnés aux
dépens qu'ils pourroient employer.
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DEHAMBOURG , le 31 Mars.
L
E froid exceffif que nous éprouvâmes
le mois dernier& les premiers jours de
celui-ci , s'eſt renouvellé avec la même vivacité.
Depuis le 15 , on paſſe l'Elbe à pied ,
& les gens de la campagne deſcendent ce
fleuve fur des traîneaux. La glace dans le
détroit du Sund eſt encore ſi épaiſſe , que
le Miniſtre de Ruſſie , qui ſe rend à Stockolm
, a traverſé à pied ce bras de mer ,
ſes équipages étant fur des traîneaux.
Ondit que le ſieur de Gaffron, ci - devant
chargé d'affaires du Roi de Pruſſe à la Porre
, eft condamné à un an de priſon dans la
fortereſſe de Spandau.
D'après la nouvelle ordonnance militaire
en Danemarck , les régimens de cavalerie
ſeront compoſés à l'avenir de 4 eſcadrons ,
au lieu des , & on formera trois nouveaux
Nº. 16 , 16 Avril 1785 . e
( 98 )
1
bataillons pour le ſervice de la marine. Chacun
de ces bataillons contiſtera en 4 compagnies
; le premier portera le nom dubataillon
de Cronberg , & les autres celui de
premier& de ſecond bataillon de Frédéricfhawn.
Indépendamment de ces bataillons
on levera encore deux corps de chaſſeurs;
l'un pour le royaume de Danemarck , &
l'autre pour le duché de Holſtein. Le grand
hôpital militaire ſera transféré d'ici à Ekernforde
, où les bâtimens qui ſervoient autrefois
aux fabriques , feront adaptés à cet objet.
L'ordonnance qui prefcrit le ſervice &
les manoeuvres , paroîtra auſſi inceſſamment.
On apprend de Berlin que le ſieur Kenig
a été nommé par le Roi conſul général
dans la Walachie & la Moldavie ; fa réſidence
ſera à Jaffy.
Pluſieurs régimens Ruſſes d'infanterie &
de cavalerie font arrivés dans l'Ukraine Polonaiſe
; on y en attend encore d'autres.
Le Comte Vincent Potoski vient d'établir
à Niemerow , ſa réſidence , une grande
manufacture d'indiennes , pour laquelle il a
fait venir des ouvriers de l'Allemagne & de
la Suiffe.
On apprend de Pétersbourg , que le
Lieutenant général Comte d'Anhalt en eſt
parti pour faire un voyage à Archangel &
dans les provinces ſeptentrionales.
Les revenus annuels du Tréſor de la Couronne
de Pologne montent à la ſomme de 2,167,922
rixdalers, Comme le Tréſor ne paie que les ſome
( وو (
mes fixées à la Diéte de 1776 , il reſte chaque
année de l'argent en caiſſe. En 1783 & 1784 , la
République a acquitté 387,463 rixdalers de la
dette nationale. Le don gratuit du Clergé pour
cet objet , monte par an à la ſomme de 100,000
rixdalers . En 1784 , la Capitation des Juifs a
fait un objet de 92,290 rixdalers . Comme chaque
tête des Juifs eſt payée de 8 groſchen , la population
de cette nation enPologne ne monte , d'après
ce calcul , qu'à 276,870 ames .
Le 14 Mars , le Lieutenant général de
Saldern , gouverneur de Magdebourg , eſt
mort dans la 6se. année de ſon âge. On
affure que le Lieutenant général de Lengerfeld
doit le remplacer.
Une gazette Allemande de commerce a
publié le tableau ſuivant , concernant la
proportion de l'or à l'argent , depuis l'an
310, après la conſtruction de Rome , jufqu'à
nos jours.
L'an aprèsla conſtruction de Rome ,
• 310 comme 1 à 13,
L'an après la conſtruction de Rome ,
• 460 comme 1 à 10.
Sous l'EmpereurConſtantin, comme 1 à 13 & à 12 ..
Sous Saint Louis , comme à 10 .
En 1500 , comme 1 à 2 ,
EnEſpagne , après la découverte du Pérou ,
comme 1 à 16】
EnEſpagne , • • comme 1 à 14
9
EnAllemagne , en 1559 ,. comme I arr
Idem . , en 1656 , • comme là 14
Idem . , en 1667 , •
, comme 1 à 13
5
Idem. , en 1690 , comme à is
1
Idem . , en 1738 , comme 1 à 15
1
e 2
( 100 )
Idem . , en 1710 , • comme 1 à 13
Idem , en 1763 , comme 1 à 14 71
En Hollande , comme 1 à 14
EnAngleterre , • comme ràis
En France ,., .
• comme i à 140
En Savoie , • .comme à 14
3
En Suiffe, . comme 1 à 15.
EnRuffie • comme 1 à 15.
Au Japon , comme à 8 .
Dans l'Inde , au- delà du Ganges , commerà .
En Chine , • comme à 1G .
:
Les données de cette table paroiſſent ſouvent
être arbitraires , parce qu'on n'a point
de preuves certaines qu'il exiſte 10, 12 ou
15 fois moins d'or que d'argent. M. Achenvall
, célébre publiciſte d'Allemagne , avoit
calculé qu'en Europe l'augmentation annuelle
de l'or à l'argent étoit dans la proportion
de 2 à 5. Cette proportion ſeroit
encore plus grande a les Indes orientales , le
Levant , la vaiſſelle d'argent & les manufactures
n'enlevoient pas annuellement une
quantité prodigieuſe d'argent. Mais il faut
obſerver que plus on approche des pays
occidentaux , plus la valeur de l'or augmente.
DE VIENNE , le 31 Mars.
Desdiſpoſitions militaires non-interrompues;
la certitude d'ordres envoyés à divers
régimens ; l'agitation qui regne dans pluſieurs
cabinets de l'Europe ; enfin ce qu'on
publie des différentes cauſes de diviſion que
( 101 ) préſente l'état politique de l'Allemagne , fortifient les ſoupçons de ceux qui s'attendent
à des événemens importans. Cependant
l'on craint peu ici une rupture avec la Hollande , ce différend étant à des termes
conciliatoires , dont on eſpere encore une
heureuſe conclufion.
L'Empereur
a été de nouveau incom- modé d'une éréſipelle, aujourd'hui entiere- mentdiſſipée. Le travail affidu & opiniâtre , auquel S. M. I. eſt livrée depuis long-temps , paroît être la cauſe de cette indiſpofition
qui ſe manifeſta déja ſur les yeux du Monarque
l'année derniere. Le cardinal Migazzi , notre Archevêque , eſt très -dangereuſement
malade. On re- garde ſa vie comme affez expoſée , pour qu'on lui déſigne publiquement un fuccefſeur,
qui , ſelon le bruit public, ſera le Cardinal
Hertzan .
Le 21 , une troupe de 150 maçons eſt partie
pour la Bohême , munie de toutes fortes d'outils. Ondit qu'ils font deſtinés à travailler avec la plus
grande diligence aux fortificationsde la fortereffe
de Peft , qui doit être miſe au plutôt dans le meilleur état de défenſe ; ces travaux , exécutés
dans un moment où la ſaiſon eſt encore ſi rigoureuſe
, ont ſans doute pour cauſe les mouvemens
qu'on apperçoit ſur les frontieres de laSiléfie. Les
tranſports de munitions & d'artillerie ſe continuent
toujours autant que la ſaiſon peut le permettre.
Journellement on voit arriver des recrues
qui font auſſitôt incorporées dans les
e3
( 102 )
régimens. On recrute même depuis quelques
jours dans cette capitale avec une
nouvelle activité ; &demain une levée générale
doit avoir lieu . 1
La crainte d'un dégel ſubit &de ſes ſuites
ne s'eſt point encore diſſipée: la police a
pris toutes les précautions pour empêcher
des accidens , & on a fait vuider les maiſons
les plus expoſées au débordement.
L'Empereur a donné à cette occafion des
preuves de ſon activité , de ſa popularité ,
de fon humanité ordinaires , en ſe tranfportant
lui-même pluſieurs fois für les lieux,
vifitant les travaux &les encourageant.
:
La faillite du Comte Charles Proli d'Anvers ,
&celle de la Compagnie Afiatique d'Oſtende &
de Trieſte , qu'elle a entraînée , a caufé ici une
ſenſation d'autant plus vive , que rexiſtence de
cette Compagnie paſſoit pour être le principal
motif des démarches concernant l'Eſcaut , & que
les inſtances du Comte de Proli ont beaucoup
contribué à en hâter le développement. On ne
fait pas encore ſi l'Empereur donnera de ſes propres
Finances pour venir au ſecours de la Compagnie:
elle doit encore au Tréſor une ſomme de
180 mille florins pour des plaques de cuivre ,
qu'elle a vendues en Eſpagne , au - lieu de leur
procurer , ſuivant ſes offres , un débouché en
Amérique. On évalue toute la banqueroute à 20
millions , dont 400 mille florins ſont dûs à une
maiſon de commerce très - connue d'Amſterdam ,
& environ la même ſomme à une maiſon de Livourne.
Le reſte de la maſſe retombe pour la plus
grande partie ſur une multitude de Particuliers ,
ruinés aujourd'hui par leur crop grande confiance
( 10 )
en la Compagnie & en fon Directeur. Si-la Cont
pagnie peut ſe relever jamais , ce ne ſera que par le
ſecours du Gouvernement & par l'aſſiſtance de
notre célebre Banquier , le Comte de Frieſs , & de
lapuiſſante, maiſon de Romberg à Bruxelles .
Au défaut d'informations bien certaines
ſur le ſupplice des deux chefs Valaques à
Carlsbourg , voici ce qu'on raconte , vrai
ou faux des circonstances de cet événement.
Lors de l'exécution de Horiach & de Kloska ,
2000 Valaques des Comitats de Zalanthe & d'Huniade
ſe trouverent à Carlſbourg ; ces payſans
s'imaginoient , lorſqu'ils reçurent l'ordre de s'y
rendre , qu'il s'agiſſoit de corvées , mais ils furent
conduits partrois Régimens du Cercle , foutenus
parde la Cavalerie , & furent obligés d'être , ainſi
que leur chef Horiach , ſpectateurs du ſupplice de
Kloska , qui fut roué , ſans être étranglé , & fans
recevoir le coup de grace. Tandis qu'il vivoit en.
core , on lui a coupé la tête , & enſuite on l'a écartelé
; il n'y apas de juremens & de blafphêmes
qu'il n'ait proférés ; mais le bruit & le roulement
continuel d'un grand nombre de tambours empê.
cherent qu'ils ne fuſſent entendus des ſpectateurs.
Horiach s'avança avec courage & fermeté pour
fubir le même ſupplice , en diſant : Je meurs pour
la Nation ; il ne pouſſa aucun cri , & ne donna
aucune marque de douleur. Leurs membres écartelés
ont été expoſés ſur les grands chemins , &
leurs têtes plantées ſurdes piquets devant la porte
de leur maiſon .
On va actuellement procéder à la punition des
150 Valaques remis à la juſtice des différensComitats
, pour être jugés & exécutés , felon les loix
du pays. Le même jour que ſe fit l'exécution , un
e 3
( 104 )
vieux Valaque , nommé Nicolas Popa , que l'on
préſume être le pere de Kloska , vouloit emmener
de la Vlachie 600 Valaques ,de Prince de Valachie
qui en fut informé , en avertit notre Conſul ,
qui le fit arrêter & conduire à Hermanſtadt. On
eſt fort curieux d'apprendre quel motifa pu l'engager
à tenter un coup ſi hardi ; comme il n'a pas
encore été interrogé,on ne peut encore rien dire
ſur ſon compte.
Les nouvelles de la Moldavie annoncent
la conſtruction prochaine de trois ponts ſur
le Danube; un détachement de sooTurcs
eſt arrivé de Serraï en Valachie .
Le 17 de ce mois nous avons perdu le
Comte Antoine de Collorédo , Feldt-Maréchal
, Capitaine de la Garde Noble Allemande
, & Directeur de l'Ecole militaire : il
étoit âgé de 77 ans , & en avoit paffé 56
au ſervice. Le public lui donne pour fuccefſeur
le Duc de Brunswick , ci-devant Feldt-
Maréchal des troupes de la Hollande.
Ce qui doit faire rejetter ce bruit , c'eſtque
l'Empereur a élevé le Comte Jof. François
de Kinsky au grade de Lieutenant Feldt-
Maréchal , & lui a conféré le poſte de Directeur
général de l'Académie militaire , vacant
par la mort du Comte Antoine de
Colloredo.
Le nombre des Proteſtans & des Grecs
non unis dans cette capitale , monte à 1550 ,
& dans la Baſſe-Autriche à environ 300 .
On dit ici que pluſieurs régimens en
garniſon dans la Hongrie ont reçu ordre
de ſe tenir prêts à marcher dans les Pays-
Bas.
1
( 105 )
L'Abbaye des Bénédictins de Zvettel
dans la Baſſe-Autriche vient d'être ſupprimée.
On apprend de la Croatie , que le cor..
don des troupes ſur les frontieres , a été
renforcée.
Les préparatifs de guerreſe continuent : on
vient d'acheter environ 2000 pieces de toile
pour des tentes : divers contrats de fournitures
ſont paſſés journellement à différends
ouvriers : d'ici à fix ſemaines , les Cordonniers
des faubourgs doivent livrer 12000 paires
de fouliers , les Fourbiſſeurs 8000 ſabres,
&les Tifferans 14000 aunes de draps pour
des manteaux : la Pologne Autrichienne
fournit immenſément de recrues.
L'Empereur a fait couper dans les bois
de ſon domaine pluſieurs mille cordes
debois , que l'on tranſporte ici pour les beſoins
de la ville. S. M. I. en a fixé le prix ,
qui est très-modéré.
Le froid eſt toujours rigoureux ici , & il tombe
encore quelquefois de la neige ; le vent ſe ſoutient
à N. N. O. Depuis le 28 Février , le thermometre
de Réaumur n'eſt plus remonté au- deſſus du point
de congélation.
t
Le nouveau Réglement pour le Mont- de Piété
qui vient d'être publié , réduit à 8 pour cent les
intérêts ; ils étoient auparavantà 10cinq fixiemes.
On écritde Leutſchau , que le 2 de ce mois le
feu apris dans cette ville; mais qu'avec peu de travail
on eſt parvenu à l'éteindre , ſans qu'il ait cauté
de grands dommages.
L'Empereur a ordonné que la Chambre
es
( 106 )
des finances du royaume de Hongrie , ſoit
incorporée au conseil du Gouvernement
établi à Bade , & qu'à l'avenir le tréſor de
la Tranſylvanie faſſe partie du Gouvernement
civil de cette province.
Le 9 Mars , les nouveaux grands Palatins
& Commiſſaires royaux , nommés par
l'Empereur pour préſider les cercles du
royaume de Hongrie , ont prêté le ſerment
de fidélité entre les mains de S. M. en préſence
du Comte de Palfy , vice-Chancelier
de Hongrie & de Tranſylvanie.
DE FRANCFORT , le 4 Avril.
Il n'y a pas de doute ſur l'activité & fur
le redoublement des préparatifs militaires
qui ſe multiplient en Autriche. Les Régimens
deſtinés à différentes marches n'attendent
pour ſe mettre en route que l'inſtant
où les chemins couverts de neige ſferont
praticables ; d'un autre côté, la Ruffie fait
avancer de nouvelles troupes vers l'Allemagne&
dans l'Ukraine ; les Turcs paroifſent
aufli en mouvement. Dans cet ébranlement
de tant de Puiſſances , on s'attend à
en voir bientôt le véritable but. A Vienne
& en Bavierre , les bruits d'échanges projetés
ſe renouvellent ; on dit même qu'un
grand Monarque n'a point diffimulé ſes
craintes à l'Impératrice de Ruſſie , qui , ſelon
les mêmes lettres , n'a pas paru les partager.
A cette occafion , les partiſans de la
( 107 )
Maiſon d'Autriche ont rappellé l'article 18
du traité de Raſtad & de Bade en 1714 , par
lequel la France s'engage à laiſſer l'Electeur
deBaviere maître d'échanger ſes poſſeſſions
s'il le trouvoit convenable.
Le Baron de Kern , qui vient d'être nommé
Chancelier des Etats de Baviere , a été
obligé , en prêtant le ſerment de ſa nouvelle
dignité , de jurer qu'il n'étoit point
Franc-Maçon .
On lit les détails ſuivans dans une lettre
de Conſtantinople du 25 Février-
Depuis long-temps il arrive ici continuellement
des Militaires Français. Un Navire venudeMarſeille
a amené ici deux Officiers , quatre
Artilleurs & huit Ouvriers pour la fonderie .
Ces derniers n'ont paſſé qu'une nuit en cette Capitale
, & ont d'abord été tranſportés à la petite
fonderie des canons , ſous la direction du Renegat
Anglois Muſtapha , Général des Bombardiers ,
où se trouve déjà un grand nombre d'ouvriers Eupéens
de toutes nations , mais principalement de
la France. Quant au Capitaine Saint - Remi , venu
par ledit navire , il continue à faire ſon ſéjour
à Pera. Les exercices des canoniers & Bombardiers
ſe font ſur tout ſous la direction d'Officiers
François , régulièrement trois fois par ſemaine ;
ſavoir , les Lundi , Jeudi & Samedi . Les Chefs &
Officiers de ces deux Corps doivent y être préſens:
mais ce ſont les Officiers François qui commandent
toutes les manoeuvres , & qui tâchent de leur
inſpirer l'eſprit de la tactique Européenne , ayant
pour cet effet des Canoniers & Bombardiers François
qui fe prêtent à montrer aux Turcs la maniere
dont ils doivent s'y prendre pour réuffer &
ſe former.
c6
( 108
C'eſt le prélat Comte de Zoglio que le
Pape a nommé, dit on , à la nouvelle Nonciature
de Munick. On est impatient de ſavoir
de quels pouvoirs ce Nonce fera muni.
On faitque les évêchés voiſins d'Eichstedt ,
d'Augsbourg , & c. font partie du diſtrict
métropolitain de l'Archevêque de Mayence.
L'Ordre de Malthe établie en Baviere , fait
deja affez de tort à la Jurisdiction épiſcopale
, parce qu'il a le privilege de l'exemption
de cette jurifdiction.
On apprend de Coblence qu'on y leve
un corps de Chaſſeurs de 260 hommes
pour le ſervice de l'Electeur.
On écrit de Vienne qu'il ne ſe paſſe gueres
de jours , où il ne ſe tienne des conférences
ſecrettes au College du Conſeil Aulique
de guerre , qu'on y preſſe la levée des
recrues , & qu'on travaille fans relâche dans
l'arſenal.
Le bruit court que tous les couvens des
Servites feront ſupprimés dans les états Autrichiens
. On évalue leurs biens à 19 millions
de florins .
Une lettre de Ratisbonne du 16 de Mars
rapporte en ces termes un fait affez ſingulier
:
M.Weishaupt , Profeſſeur à l'Univerſité d'Ingolftadt,
ayant demandé qu'on fit l'acquifition des
OEuvres de Byle & de Richard-Simon pour la Bibliotheque
de l'Univerſite, le Recteur reçut le ter
du mois de Février des ordres de la Cour, pour
qu'il fignifiât au ProfeſſeurWeishaupt de ſe juſtifier
( 109 )
f
par écrit de ſa demande. Celui- ci ayant répondu
qu'il avoit beſoin de ces Ouvrages pour ſes Leçons
publiques ſur l'Hiſtoire & la Philofophie ; il fut
envoyé un ſecond Décret au Recteur , qui portoit
en ſubſtance « que le prétexte allégué par le Profeſſeur
Weishaupt ne l'excuſoit point ; que l'on en
pouvoit induire qu'il étoit adonné á la ſecte philo-
Tophique , dont Bayle avoit été le créateur , &que
par conféquent , il ſeroit enjoint audit Profefleur
de faire ſa profeſſion de foi devant le Sénat académique
, les portes de la ſalle d'aſſemblée ouvertes
» . Un autre Décret du 11 Février , fit connoître
à M. Weishaupt , que vers la fin de l'année
académique , il devoit donner la demiflion de ſa
Chaire & chercher à ſe placer ailleurs , & qu'en
attendant, on lui accordoit une penſion de400 flor .
mais à condition de ne point ſe préſenter à Munich,
&de quitter Ingolstadt & les environs. Sur cette
intimation , M. Weishaupt déclara qu'il n'avoit pas
beſoin de cette penſion , & qu'il étoit décidé de
quitter Ingolstadt dans l'eſpace de to à 12 jours.
L'Univerſité écrivit cette réponſe à Munick , &
reçut le 19 Février le Reſcrit ſuivant : « Comme
>> ce Profeffeur eſt un boudeur orgueilleux , &
qu'on ne perdoit en lui qu'un maître de loges
>> renommé, ildoit être renvoyé dès- à- préſent».
Onaſſure que M. Weishaupt a quitté l'Univerſité
d'Ingolstadt , & eft allé à Gotha .
Le profeffeur Bergstræſſer à Hanau vient
de renouveller ſon engagement pour la publication
de l'ouvrage , orné de planches ,
dans lequel il ſe propoſe d'indiquer_une
méthode sûre de dicter ou de donner des
ordres jour & nuit dans un camp de deux
cents mille hommes , plus ou moins , fans
que perſonne puiſſe en être inſtruit , à l'ex-
رت
( 110 )
ception de ceux qui doivent les connoître.
Il promet l'impreffion de l'ouvrage enAllemand
& en François , auffitôt qu'il fera à
couvert des frais d'impreſſion dont il a déja
reçu les deux tiers. La ſouſcription fera encore
ouverte pendant trois mois : elle eſt
de 6 liv. pour un exemplaire, Dans le nombre
de ſes ſouſcripteurs , on trouve trenteſept
Princes ſouverains , pluſieurs Miniſtres
&les noms les plus diftingués. En France ,
l'Auteur n'a eu juſqu'ici que 2 ſoumiſſions ,
celle du Prince Soubiſe , & de M. de Boullongne
: on ſouſcrit à Paris , chez Royez ,
Libraire, au bas du Pont-Neuf.
ITALI E.
DE MILAN , le 25 Mars .
On continue les préparatifs pour former
des magaſins à l'uſage de la citadelle. On
prétend que le couvent des Auguftins de
5. Marc fera employé à cet effet , & que
ces Religieux ont déja reçu l'ordre exprès
de quitter leur monastere. Les nationaux
paſſetont dans l'autre couvent de leur Inſtitut
, appellé Incoronata , près de la porte
Comaſine & les étrangers retourneront
dans leur patrie.
,
On apprend de Come que le Gouvernement
y a ſupprimé deux Monafteres ; l'un
de Bénédictines , ſous l'invocation de ſainte
Magdelaine; l'autre d'Auguſtines , ſous celle
de ſaint Dalmat.
( III )
DE LIVOURNE , le 23 Mars.
Voici l'extrait d'une nouvelle lettre d'Alger
, en date du 28 Février , & propre à
faire connoître la ſituation actuelle de cette
place.
Il regne ici une déſolation générale; les Bédouins
menacent de ſe révolter ; les Eſpagnols ,
d'un autre côté , arment contre nous. Cet orage
terrible nous met dans la plus grande agitation.
Le Bey eft furieux contre ſes Miniſtres , qui par
leurs vexations ont fomenté cette guerre civile,
qui peut nous être plus funeſte que la perſécution
desEſpagnols. Le bruit avoit couru que l'on avoit
intimé au Conſul Vénitien d'oter ſon pavillon ,
fignal ordinaire d'une déclaration de guerre ; mais
cet événement n'a point eu lieu. On travaille vivement
aux Boulevards , & particulièrement au
Château dit Moro & aux fortifications du Mole.
Le Bey de Conſtantina a été averti de nous faire
paffer les ſecours qu'il nousdoit dans des circonftances
ſemblables , pour les diſtribuer ſur la côte
&dans les lieux les plus expoſés à l'invaſion des
troupes ennemies .
DE ROME , le 22 Mars.
On apprend de Naples que le départ de
quatre frégates , de quatre chebecs , de deux
paquebots , de quatre galeres & du vaiſſeau
le S. Joachim eſt ordonné pour les premiers
jours de Mai , & que l'on travaille
faire des uniformes neufs pour soo foldats
de marine , & pour autant de Volontaires de
marine , ainſi que pour 300 Albanois.
à
( 112 )
On a déja placé dans la nouvelle falle
du Musée Clémentin au Vatican la grande
Urne de ſainte Helene , de porphyre rouge,
ornée de bas- reliefs , & habilement rétablie
par le ſieurGiov Pierantoni , ſculpteur du
Mufée.
DE NAPLES , le 19 Mars.
Dans le mois de Janvier dernier , en faifant
une excavation hors des murs de Palerme
, près la porte d'Oſſuna , pour rebâtir
un mur de la maiſon de campagne du
Baron Quaranta , on a découvert un fouterrain
profond , vouté & taillé en apparence
dans la maſſe du roc. Les ouvriers qui y
deſcendirent, ne purent avancer fort loin
dans cette eſpece de caverne , quoiqu'elle
parût indiquer des rues , parce qu'elle étoit
encombrée de pierres & de terre amoncelée.
Ils trouverent cependant dans une niche
de pierre des reftes d'un cadavre humain.
Le prince de Torremuzza , averti de
cette découverte , ſe rendit auffitôt ſur les
lieux. Il examina lui-même les fouterrains ,
&vit avec plaifir que c'étoient des catacombes
taillées dans le roc , & du même
genre que les catacombes de Rome , les
latomies de Syracuſe & les catacombes de
l'Egliſe de S. Janvier de Pezzenti à Naples.
Dans le court elpace de temps que le Prince
y reſta , il apperçut diverſes rues toutes affez
hautes pour y marcher à l'aiſe , & affez
1
( 113 )
mes a
larges pour y paſſer trois à quatre homdee
front. On obſervé que chacune
de ces rues intérieures ſe diviſoit en plufieurs
autres , & que toutes recevoient la
lumiere de certains ſoupiraux , pratiqués de
diſtance en diſtance à la ſuperficie du terrein.
Dans les parties latérales de ces rues ,
ſont creusées des niches dans lesquelles on
dépoſoit les cadavres. Et en effet on trouve
à chaque pas des crânes & des fragmens
d'os humains & des morceaux de vaſes de
craie. Le Prince de Torremuzza qui eſt
chargé par le Roi de veiller à l'entretien &
àla conſervation de toutes les antiquités de
la province de la vallée de Mazzara , de
même que le Prince de Biſcari l'eſt des antiquités
des provinces de Noto & de la vallée
de Demona, rendit compte litôt de
cet événement au Marquis de Caracciolo,
vice-Roi de Sicile, qui lui a fait donner
tous les ſecours néceſſaires pour rendre à
ſon premier état un monument auſſi précieux.
On a déja fait ouvrir une autre entrée&
pluſieurs des ſoupiraux du fouterrain ,
afin d'y faire circuler un air plus falutaire
pour les ouvriers chargés d'enlever les terres
qui bouchent le paſſage des rues. On fe
flatte d'y trouver des monumens intéreſſans ,
tels que des inſcriptions , des vaſes , des
urnes , &c .
Le célebre Muſicien Paefiello , maître de
chapelle, a été nommé par le Roi , compofiteur
de fa chambre , avec un traitement
annuel de 1200 ducats.
( 114 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 2 Avril
Le Parlement étant prorogé pendant les
fêtes de Pâques , il y a néceſſairement de la
ſéchereſſe dans le Journal des opérations
publiques de cette ifle , où tous les efprits
font abſorbés par l'alliance commerciale
que nous devons ccoontracter avec l'Irlande.
Elle tient à des intérêts ſi puiſſans , à des
calculs ſi compliqués, àdes notions ſi exactes
, qu'une négociation de cette importance'
exige les plus grandes précautions. Aufli
M. Pitt , felon le bruit général , propoſera
après les vacances aux deux Parlemens de
nommer des Commiſſaires pour difcuter
les clauſes du Traité entre les deux nations ,
& pour adopter les milieux les plus propres
à concilier tous les intérêts.
Dans la foule d'écrivains qui ont donné
leurs avis au Public, relativement à ce problême
économique , on a diftingué quatre
Lords , les Lords Sheffield , Rivers , Nugent
& Mountmorres : il eſt également remarquable
que les ouvrages de ces quatre
ſeigneurs ſont bien penſés , & bien écrits ,
&très-propres à appaiſer les inquiétudes réciproques
des deux royaumes.
L'Orateur des Communes ſe rend tous
les jours à la Chambre baſſe , mais il n'y
trouve perſonne ; & après avoir attendu
( 115 )
quelques inftans , il ajourne la Chambre au
lendemain. Il remplira cette formalité jufqu'à
ce qu'il trouve un nombre ſuffiſant
pour former un quorum.
On vient de publier l'état ſuivant des importations
&des exportations de la Grande Bretagne
en tabac , indigo , riz , alun & ſucre , depuis
Noël 1783 , juſqu'à Noël 1784. Cet état a été
remis à la Chambre des Communes , par M. Pitt,
&il eſt authentique.
Etat des importations & des exportations de la
Grande-Bretagne , en tabac , riz , indigo , rhum
&ſucre , depuis Noël 1783 juſqu'à Noël 1784 ,
dans lequel on diſtingue le produit des droits établisdepuis
1764 .
IMPORTATIONS.
Quantité. Droits.
Tabac 39,993,442 lb. 2,495,633 1. 13 . 11d.
Riz 123,870 quintaux
213 lb. 45,419 1. 4. 6d.
Indigo 1,447,790 lb. exempt de droits.
Droits de Douane ſeu-
Rhum 1,751,093 gal- lement
lons
.....
39,747 1. of. 8d.
Sucre 1,782,431 quintaux
III 16 1,095,291. 156. 10 d.
EXPORTATIONS.
Tabac 26,835,821 lb.
Riz 117,684 quintaux
1,675,845 1. 9. 9 d.
12 lb. 4 43,1491. 76. 6d.
Indigo 289,133 lb. exempt de droits .
Remiſe des droits de
Douane. T
Rhum 399,334 gallons.
Sucre 111,30; quin-
118 lb. taux 68,7001.of.10d,
9,0641. 4. Id.
4
( 116 )
Produit des droits établis depuis 1764
Tabac •
Riz
Indigo .
• ..
Rhum
Sucre
.. 476,806 1.15 1. 3 d.
2941. of. 10d.
..
........
..
exempt de droits.
Droits de Douane.
3,6341 . 4. 11 d.
497,9711. 68. 3 d.
N. B. Les Droits & les Remiſes ſur le tabac
ſont portés ici comme s'ils avoient été payés en
entier à l'importation .
JOHN TOMKYNS Inſpecteur à la Douane.
Fait à Londres le 21 Mars 1785 .
Le bruit d'un changement prochain dans
le Miniſtere ſe ſoutient , & il acquiert tous
les jours plus de force. On ne varie point
fur le choix du ſucceſſeur que M. Pitt doit
avoir ; c'eſt toujours le Marquis de Landsdown
que l'on place à la tête de la Tréſorerie
.
Le Gouvernement vient d'envoyer des ordres
en Irlande pour que deux Régimens de plus
ſe préparent à s'embarquer pour les Colonies.
Le nombre de troupes fourni par l'établiſſement
militaire de ce Pays pour cette deſtination , ſe
monte à 4800 hommes , dont 3000 paſſeront
aux Iſles du Vent. A l'arrivée de ces troupes ,
qui doivent relever la garniſon des Iſles Angloiſes
, il y aura une augmentation de 300
hommes dans l'Iſle des Antigues , de 250 à
St. Chriſtophes , de 200 à la Barbade , de 150
à St. Vincent & en proportion aux autres
Iſles en ſus du nombre fixé par le dernier établiſſement
de paix. Le motif de cette augmentation
eſt , dit- on , que la France n'a pas
reduit le nombre de ſes troupes à la Martinique
, & qu'elle forme à Ste. Lucie une gar-
,
-
( 117 )
4
niſon qui ſera preſque auſſi forte que celle
qui s'y trouvoit au commencement des dernier
hoftilités. La garniſon de la Jamaïque doit étre
auſſi augmentée d'un Régiment entier & d'une
compagnie d'Artillerie .
On ſe propoſe de tirer parti des troupes de
-cette garmiſon pour les fortifications projectées.
Ces travaux commenceront le plutôt poſſiole
aprés l'arrivée du Lord Dunmore nommé
Gouverneur de cette Iſle.
:
د
L'Inconftant , vaiſſeau de 36 canons , commandé
par le Capir. White, & actuellement
à Deptford , a reçu ordre d'eſcorter les bâtimens
de transport qui doivent conduire des
troupes à Gibraltar. Le gouvernement a
jugé cette précaution néceſſaire , à cauſe des
pirates qui infeſtent la Méditerranée.
Le gouvernement a ordonné à Plymouth
qu'on fit choix d'un certain nombre
de charpentiers & de calfats , dans le
deſſein de les faire paſſer à Terre Neuve ,
pour y équiper pluſieurs petits bâtimens def-
-tinés à protéger plus efficacement les pêcheries
de certe ifle.
On a lancé le 26. Mars à Rotherhite un
vaiſſeau de 14 canons , nommé le Terrible.
Voici les différens vaiſleaux de guerre actuellement
en conſtruction dans les chantiers
du Roi , ou dans ceux des particuliers.
canons . canons.
L'Impregnable , • 90 Le Swift ſure , • 74
Le Boyne , • 98 Le Ramillies , 74
Windfor-Caſtle
, 98 Le Colſſus , • 74
Le Prince , • • 90 Le Sommerfet , • 74
( 118 )
LeMinotaur , • 74 Le Gorgon , : • 74
Le Majeſtik , • 74 L'Adventurer ,. 44
Le Captain , •
LeZéalous ,
74 Le Wolwich ,
74 L'Aquilon ,
• 44
• 36
Le Vétéran , • 64 LeJaſon , • • 36
La ſemaine derniere la belle maiſon de
campagne de Milord Spencer à Wimbledon
a été réduite en cendres. Lady Spencer y
avoit fait un voyage avec ſon fils Lord
Althorpe , âgé de 3 ans ; l'on ouvrit tous les
appartemens pour leur donner de l'air , &
l'on ignore comment le feu prit à cinq heures
de l'après midi dans une des chambres :
l'incendie fut fi rapide, & tellement irrémédiable
vu le manque d'eau , qu'en peu de
temps il ne reſta de l'édifice qu'un monceau
de ruines. Ce château fut bâti par la Ducheſſe
de Marlborough , aïeule du Comte de
Spencer , &coûta trente huit mille li. ſterk
(plus de 850 mille livres tournois. ) La bibliotheque
& la collection de tableaux , l'une &
l'autre très- conſidérables , ont été heureuſement
ſauvées , ainſi que les effets les plus
précieux.
Le Bureau d'inſpection , établi en vertu des
ordres du Gouvernement , & qui ſera compoſé
d'Officiers expérimentés , de terre & de mer , va
commencer ſes travaux. Le Duc de Richemond ,
accompagné du Lord George Lenox , eft parti
pour Portsmouth , d'où ils iront à Plimouth. Les
renſeignemens qu'ils puiſerontdans cette tournée
lesmettront en état de faire un rapport éclairé á
laChambre des Communes ſur lagrande queſtion
des fortifications projettées.
-
( 119 )
L'un de nos papiers calcule de la maniere
ſuivante les forces de differens Princes
d'Empire.
Hanovre ,
Brunswick ,
•
La Lippe- Buckebourg ,
Heffe ,
Hanau ,
Ofnabrug ,
Munster ,
hommes .
30,000.
5000 .
1500.
15,000 .
1500.
1500.
5,000.
2,500 .
5,000.
• 3,500.
1500.
Dillenburg ,
Darmstad •
Wirtemberg ,
Fulde , •
Naſſau-Weilbourg ,
Ufingen ,
2000 .
idem.
Neuwied ,
Saxe ,
1000 .
30,000.
-
105,000 ..
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Avril.
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus ſatisfaiſant , Sa Majeſté a vu
aujourd'hui toutes les perſonnes qui ont les
grandes entrées chez le Roi & chez la Reine.
La Marquiſe de Monſtiers a eu, le 13 du
mois dernier , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame Elifabeth de
France , en qualité de Dame pour accompagner
cette Princefle.
( 120 )
Le 2 de ce mois , le Marquis de Chauvelin
, Maître de la Garde- robe du Roi , Capitaine
au régiment de Noailles , Dragons ,
a eu l'honneur de monter dans les voitures
de Sa Majefté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le Baron de Taleyrand , que le Roi avoit
nommé fon Ambaſſadeur extraordinaire près
le Roi de Naples , a eu , le 3 , l'honneur de
prendre congé pour ſe rendre en cette cour ,
étant préſenté à Sa Majesté par le Comte de
Vergennes , Chef du Conſeil royal des finances
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le mêmejour , il a été chanté dans les
Eglifes de Versailles un Te Deum , en réjouiflance
de l'heureux, accouchement de
la Reine , & de la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Le foir , il y a eu
une illumination générale dans la ville.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Genlis ,
Ordre de Prémontré , dioceſe de Noyon ,
l'Abbé d'Humieres , Vicaire général de
Reims .
Le Comte de Walsh Sérant , le Comte
de Bouillé, le Comte de Lawode de Saint-
Haon,le Comte de Tournemire , le Comte
de la Marthonie , le Vicomte de l'Aigle &
le Chevalier de l'Aigle , qui avoient eu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 30 du mois dernier , ce ui de monter
daus les voitures de Sa Majesté & de la fuivre
à la chaffe.
De
( 121 )
DE PARIS , le 6 Avril.
Depuis quelque temps le public étoit refroidi
fur les ſcenes du Magnétiſme animal ,
& ces ignorans préſumojent qu'elles touchoient
à leur fin. Ils feront détabuſés en apprenant
les nouvelles découvertes qui réfultent
de ce traitement mystérieux : les gué-
-riſons , les criſes , les extales , les ſpaſmes ,
les ſympathies , n'étoient qu'un prélude , &
l'on voit aujourd'hui que les Opérateurs Magnétiques
n'ont fait que peloter en attendant
partie. Après avoir réglé le cours des altres ,
& gouverné l'univers avec un fluide inviſible;
après avoir diſpoſé des corps & des
coeurs, de la ſanté , de la maladie & des
affections morales , ils endorment nrantenant
les ſujets en rapport, ce qui eft peutêtre
moins difficile que de les reffufciter. Ils
jettent des perfonnes choises dans un état
de fomnambulisme parfait , les font obéir ,
pendant ce rêve de gens éveillés , à la
baguette& aux geſticulations du Magnétiſeur
, enforte que leurs volontés correfpondent
abfolument aux fiennes ;il y a plus,
cette ſituation eſt ſouvent telle ,que les fomnambules
acquierent un ſentiment de preſcience
, ils ont des révélations de l'avenir ,
&ils prophétiſent à coup sûr. A nſi les merveilles
de l'Aftrologie , les oracles , les divinations
, dont on s'eſt moqué fort malà-
propos , font aujourd'hui conſtatés par
Nº. 16 , 16 Avril 1785 . f
( 122
l'exiſtence de nos modernesTiréſias; leurs
eſſais font atteſtés par des verbaux, fignés
par des Médecins , Notaires , &c. Le fait le
plus étonnant, eft que ces choſes n'ont point
des eſprits ſimples four témoins , ni des
impoſteurs pour machiniſtes. Que penfer
de leurs illufions ou de leur magie ? Ce
qu'on a penſé des convulfionnaires qui percoient
de coups d'épée des poitrines invulnérables
, qui enfonçoient des clous d'un
demi-piedde longdans le ventre de ferames
enceintes qui ne s'en portoient que mieux ,
qu'on a vu crucifier des martyrs de
bonne humeur , ſaurant légérement de deffus
la croix où l'on s'attendoit à les voir
expirer. Au reſte , comme on entend dire
dans la très-bonne compagnie que ces miracles-
là peuvent bien être réels , & que
P'incrédulitélesa trop vîte révoqués en doute,
il taut ſe réſigner à tout admettre & à tout
attendre du progrès des lumieres.
Par un Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi da
2 Mars 1785 , rendu à l'occaſion d'une
lettre ſur la peine de mort contre le vol
domeſtique, inféré dans quelques Journaux ,
il vient d'être fait « très expreſſes défenſes
>> aux Auteurs , Rédacteurs ou Directeurs
>> de tous papiers publics , d'inférer dans
>> leſdits Ouvrages aucunes differtations ou
>>>lettres émanées de Magiſtrats ou autres
>> fur les matieres de Législation ou de Ju-
>>> riſprudence ; de s'inimiſcer à interpréter
( 123 )
>> les Ordonnances , Edits , Déclarations ,
>>>Lettres patentes , Arrêts ou Jugemens ;
>> ainſi que d'inférer dans lesdits Ouvrages
>> aucun article contenant des maximes &
>>affertions contraires au texte deſdites Or-
>> donnances , Edits &Déclarations , &
>>dantes à en corrompre le ſens , ou capa-
>> bles d'en affoiblir lesdiſpoſitions ».
ten-
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon a tenu la Séance publique le
Dimanche 19 Décembre 1784.
6
M. Maret , Secretaire perpétuel , en a fait l'ouverture
par un diſcours dans lequel il a expoſé
les ſujets des prix propoſés par cette Compagnie
, & dont le programme , qui ſera dorné
ci- après , renferme l'énoncé & les conditions
miſes au concours .
Cet Académicien , dans ſon diſcours , a fait
ſentir l'importance des queſtions auxquelles l'Académie
invite les Savans à répondre.
Il a lu enſuite le préambule de l'Hiſtoire litté
raire de cette Compagnie , & les parties de cette
Hiſtoire relatives aux Ouvrages de Médecine &
de Phyſique , lus à l'Académie pendant le cours
de l'année.
Il a rappellé dans le préambule les événemens
intéreſſans & glorieux pour cette Compagnie ,
qui ſe ſont paffés cette année , & il a fait un
éloge ſuccinct de fix des Académiciens qu'elle
a perdu dans le même eſpace de temps, de
MM. le Chevalier de Mouhi , Seguier , Court
de Gebelin , Bergman, Grignon & d'Antie. II
a annoncé que celui de M. le Chev. Bonnard
teroit fait dans la ſéance publique du mois d'Août ,
par M. Mally , ami de cet homme de Lettres.
M. l'Abbé de la Farre, vice- Chancelier de
f2
( 124 )
l'Académie , & élu Général du C'ergé , a lu un
Du cours intitulé ; Tableau économique &politique
de la Bourgogne , dans lequel tous les avantages
naturels de cette Province font exposés de la
maniere la plus fatisfa fante . L'Orateur y démontre
rigoureutement l'influence que doivent
avoir fur le bonheur des peuples qui l'habitent ,
les projets exécutés , les entrepriſes récentes ,
formées par l'Administration.
M. Caillet , Adjoint au Sécretaire perpétuel ,
a fait lecture en uite de la partie de l'Hiſtoire
littéraire de l'Académie , qui a pour objet de
faire connoître les Ouvrages de Belles - Lettres
Jus dans les ſéances particulieres .
Il devoit faire léloge de M. le Marquis de
Saint Auban , & la ſéance devoit être terminée
par la lecture d'une épître en vers de M. Leroi
de Flag's , adreffée à un Commerçant , fur les
dangers d'un commerce trop étendu mais le
temps ne l'a pas permis.
1
M. Dombey , Médecin Botaniſte , reve,
nant du Peron , eft arrivé à Cadix le 22
Février avec 78 Caiſſes remplies d'Histoire
Narurelle. D. Cordova , Chef d'Eſcadre qui
a ramené ce Naturaliſte , a refufé le prix de
fon tranſport du Perou en Europe ; M.
Dombey a reçu les plus grands encoura
gemens de D. Joſeph de Galvés, Miniftre
des Indes en Eſpagne.
Il n'eſt pas rare que les hivers ſecs &
froids , foit en deſſechant ou en gelant les
eaux , foit par d'autres cauſes , occafionnent
la rage parmi les chiens. On aſſure que
dernierement à Dijon 18 perſonnes mordues
font mortes d'hydrophobie , malgré
(115:)
:
tous les ſecours uſités ; qu'à Besançon 20
follars ont été traités pour la même maladie
qui a fait aufli des ravages à Strafbourg.
:
•L'événement de la naiſſance du nouveau Duc
Normandie a fait rechercher les époques où ce
tere a été porté par des fis de France. On fait
que la Couronne fut en poſſeſſion de cette
Province juſqu'au commencement du dixieme
fiecle , qu'elle tomba entre les mains de Rollon
& de ſes Danois ; Philippe Auguſte la reprit ſur
Jean fans terre , Roi d'Angleterre , en 1203 ; le
Roi Jean , fils aîné de Philippe de Valois , CharlesV
ſon fils , & Charles de France , ſecond fils
de Charles VII , titré enſuite de Duc de Guyenre
&mort à Bordeaux en 1472 , ſous le Regne de
Louis XI . porterent tous trois le nom de D. cs
de Normandie, reſſuſcité aujourd'hui dans le
nouveau Prince que la Reine a donné à la France.
1 On a lu dans l'un de nos Journaux une
lettre de M. Ramard, Maire de Lagny , qui
racontoit dans un ſtyle ingénu le prodigieux
ſuccès avec lequel il magnétiſoit. Honteux
de ſa gloire , M. Ramard déſavoue aujourd'hui
la publicité qu'on y a donnée , & fe
plaintanous, en ces termes, de ſa réputation .
M. j'ai lu avec autant d'étonnement que de
plasfirune lettre ſignée de moi , & inférée au
Mercure dus de ce mois , dans laquelle il eſt
rendu compte d'une guériſon que j'ai opérée par
la voie du Magnétifme. Il m'eſt agréable ſans
doute , d'avoir à confirmer la vérité de cette guérifon
, mais àla fois très intéreſſant de vous affurer
avec la franchiſe dont je fais profeffion , que
je ne ſuis point l'auteur de la lettre ridicule que
f3
( 126 )
lamalignité s'eſt plu ame prêter. Je parle& écris
incorrectement peut-être : cependant ce ne ſera
jamais au point de farcir de barbariſmes & de
contre- ſens une lettre que je me déterminerois à
rendre publique . La doctrine & les opérations de
M. Meſmer font devenues pour les uns l'objet
d'une admiration fondée & pour bien d'autres
une ſource intariſſable de ſarcaſmes & de mauvaiſes
plaifanteries. C'eſt probablement à cette
• ſource que l'on a puiſé pour me couvrir moimême
de ridicule ; & l'on a pouffé les choſes
juſqu'à me prêter un ſtyle groteſque & qui n'eſt
pas le mien. Pour mieux accré iter l'impoſture ,
ona joint à mon nom une kyrielle de titres qui
à la vérité ſont les miens , mais que je ne cite
jamais après ma fignature ,au moins en totalité.
Je vous demande donc comme un acte de juftice ,
Monfieur , & j'oſe me le promettre de votre honnêteté
, de faire inférer dans votre prochainN.
cette lettre- ci , par laquelle je proteſte hautement
n'avoir point écrit celle que l'on a fignée demon
nom. Je dois cette fatisfaction à la vérité compromife,
& àmon amour propre par trop moleſté.
J'ai l'honneur d'être , &c. RAMARD,
Ceque nous devons affurer à M. Ramard,
c'eſt quenous n'avons point inventé la lettre
pſeudonyme; qu'elle étoit ſignée de lui ;
timbrée de Lagny,& écrite avec cette cha
leur de perfuafion que l'impoſture ne peut
guere imiter.
Nous avons encouru un reproche plus
grave aux yeux de M. le C. de S. , en qui la
lettre ſuivante ſuppoſe une prévoyance peu
commune & des intentions très -humaines .
Ne ſoyez pas ſurpris ſi par une lettre ane
(127 )
nyme , je vous fais part des frayeurs que vous répandez
dans tout le Royaume par les abfurdités
que vous avez inférés dans votre Mercure & qui
font une impreſſion ſinguliere ſur l'eſprit de
quantité de personnes respectables. La premiere eſt
dans le n°. 14 , 3 Avril dernier , qui prédit un
bouleverſement total en Europe , aux approches
de Pâques 1786 , dont l'auteur eſt un nommé
Guifme, Chefdu Conſiſtoire du pays de Hanovre
; vous donnez même une certaine autorité à
cette prédiction , en afſurant que tout ce que ce
Négromancien , depuis 1779 , avoit prédit , s'étoit
réaliſé , notamment la déſtruton de la Calabre
que perſonne n'ignore. Dès ce moment l'on
neparle plus que des'expatrier , que d'aller cherun
afyle sûr dan 2 un pays qui du moins ne doit
pas être englouti; des familles déſolées , l'aimable
Sexe, fur- tout , dont en partie l'esprit n'estpas affez
philoſophe , te croient déjà perdues &attendent la
mort avec une espece de défeſpoir ; mais la ſeconde
abſurdité & qui renchérit ſur la premiere , y met
le comble: elle eſt de cette année ; nº. 8 , 19 Février
, par une prophétie du quinzieme ſiecle ,
trouvée à Liska en Hongrie , dans le tombeau
de Jean Regiomortanus , grand Littérateur . qui
plutôt que de l'avoir écrit dans les bons ouvrages
qu'il a fait , ne ſe manifeſte qu'aujourd'hui pour
annoncer en 1788 la deſtruction de l'univers par
cediftique :
cher
Sinon hoc anno totus malus occidet orbis ,
Si non in nihilum terrafretumque ruets
heureuſement que par la particule conditionelle
fi , il laiſſe au moins eſpérer que ſi ce malheur
ne nous afflige pas , ce ſeront les Monarques qui
auront à fouffrir , parce que tous les Empires
iront ſansdeſſus deſſous.
f4
( 128 )
1
Curele tamen mundi rurfum itunt atque deorum
Imperia,
Mais où fuir à préſent ! où chercher ce port
afſuré contre le naufrage ! Il n'y en a plus, dit-on,
puiſque le monde entier doit tomber dans le
néant ? Cette derniere hitoire, quoique gazette,
vient de nous enlever une très- aimable Dame ,
qui par la crainte de ce terrible avenir , que ſon
époux avoit eu l'imprudence de lui expliquer , a
zellement été ſaiſie d'effroi qu'elle a fuccombé à
la fuite d'une couche prématurée.
Vous avouerez , Meſſieurs , que cela doit vous
rendre plus circonspects , & que de pareilles fottiſes,
loin d'accréditer votre Mercure , devroient
le faire fupprimer. On eſt étonné avec raiſon
qu'un Gouvernement ſage , prudent & éclairé
n'empéche pas l'impulfion de choſes auffi dangereuſes
, & que vous autres , Meſſieurs , qui
avouez de bonne foi que Guifme cherche à ſe
procurer une place aux Petites Maiſons , quoique
ſon annonce ne ſoit que particuliere , vous alliez
la dévoiler aux yeux de tout un Royaume.
Ne m'en voulez pas , je vous prie , mon deſſein
n'eſt réellement pas de vous manquer , encore
moins de vous choquer ; mais j'ai cru bien faire
de vous obſerver qu'il conviendroit beaucoup
mieux laiſſer du papier en blanc , que de le remplir
pour affecter une partie du monde , & la
laiſſer dans une perſpective des plus cruelles .
Le C. de S.
Nous ſommes très - affligés d'avoir fait
mourir une Dame en couches , & de porter
le déſeſpoir dans le coeur de l'aimable sexe ,
dont en partie l'esprit n'est pas philofophe ;
pour prévenir les fauſſes couches , nous
donnerons un jour la liſte des fauſſes
( 129 )
i
prophéties ; en attendant, nous affurons M.
le C. de S. que le port affuré qu'il cherche
vainenient , eſt dans une imagination plus
calme , dans l'art de difcerner des plaifanteries
& dans celui den faire auprès du lit des
femmes en couches, qui crovent à l'Almanach
de Liege ou aux divinations des Aftrologues
Allemands .
Quoique la Lettre pſeudonyme fur le moyen
d'attacher ſurement les Chevaux , ne mérite plus
d'attention depuis le dé àveu de la perſonne dont
on a pris la fignature; cependant , vu le motif&
-l'utilité de la réponſe inférée dans notre dernier
Journal , réponte qui nous parvint en même
temps que le déſaveu , nous avons cru devoir la
rendre publique , fans que l'Auteur puifle s'offenſer
qu'on ait laillé fubfifter fon nom , attendu que
per'onne n'eſt à l'abri d'une pareille ſurpriſe .
L'Académie Royale des Inſcriptions& Belles-
Lettres , a tenu , le 5 de ce mois , ſa Séance
publique.
M. Dacier a ouvert la Séance par l'Eloge hiftorique
de M. Bignon , Académicien honoraire ,
après lequel on a lu les Mémoires ſuivans .
rº. Mémoire ſur l'origine & le caractere des
loix anciennes de la principauté de Galles , par
M. Houard.
2º. Mémoire ſur quelques événemens del'Hiftoire
des Arabes avant Mahomet , par M. Silveſtre
de Sacy.
3°. Mémoire ſur le récit des Hiſtoriens anciens
& modernes au ſujet de l'avénement de
Hugues Capet an trône , parDom Porier.
4°. Mémoire dans lequel on examine quelle
fut l'origine & lemploi des Médailles chez les
Romains , par M. l'Abbé Mongez
fs
( 130 )
1
5.Differtation ſur les Etrangers domiciliés
àAthènes , par M. le Baron de Sainte-Croix.
Jean Joſeph-Paul-Antoine de Trémoléty
, Duc de Montpelat, Baron de Montmaur
. Piegon , Rochebrune , &c. Chevalier
d'honneur de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem , & Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
blanc de Pologne , eſt moit à Paris ,
le 24 du mois dernier , âgé de 69 ans.
Aymard - Jean Nicolay , Marquis de
Goufſainville , Seigneur c.'Oſny , d'Yvors &
autres lieux , Conſeiller du Roi en fes Conſeils
d'Etat & privé , Premier Préſident honoraire
de la Chambre des Comptes , eſt
mort ici , le 27 du mois dernier.
Charles-Paul-Sigifmond Montmorency--
Luxembourg , Duc de Boutteville, Premier
Baron&premier Baron Chrétien de France,
Lieutenant général des Armées du Roi, eft
mort à Paris , le 26 Mars.
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE, le 10 Avril.
LeConſeil d'Utrecht a repris de la vi-
-gueur , comme on en peut juger par ſes
dernieres réſolutions. Il a caſſé celle du 11
Mars arrachée par la force , qui annulloit
l'élection de M. Sigterman , nouveau membre
du Conſeil; mais on a décidé de furfeoir
à fon inſtallation. D'après cela les 19
Conſeillers qui avoient donné leurs démiffions,
ſe ſont rendus aux inſtances de leurs
(131 )
Confreres & des Etars , & même de la
Bourgeoifie, très embarraſſée de ſes procédés
,& ces Magiſtrats ont repris leurs places ,
juſqu'au terme de leurs commiſſions. Pour
applanir les obſtacles au retour de la concorde,
M. Sigterman ſe conformant à fa
conduite paſſée , a eu affez de ſageſſe &
de patriotiſme pour déclarer qu'il étoit fatisfait
, & qu'il refuſoit ſon election .
Les 19 Régens rentrés en fonctions, ayant
enſuite expoſé à leur Compagnie les motifsde
leur premiere démarche , fondée fur
la tyrannie populaire exercée contre la liberté
des délibérations , il fut réſolu de
mettre cette liberté à couvert pour l'avenir
, en ſtatuant , 1°. De ne conſentir à aucune
aſſemblée extraordinaire de la Bourgeoifie
: 2°. De n'admettre aucune de ſes
députations ; 3 °. De diſſoudre l'aſſemblée
du Conſeil au premier attroupement près
de l'hôtel-de-ville ; 4°. De recommander
à la Juſtice une enquête ſérieuſe contre les
auteurs des derniers mouvemens. A la ſuite
de ſes réſolutions , la Régence a fait publier
un placard contre les attroupemens , difcours
féditieux , aſſemblées populaires , &c .
Cette publication , qui fait connoître l'étendue
du danger auquel on travaille fi
tard à remédier , porte entr'autres.
1
Que LL. NN. VV. trouvent bon par la préſente
, dedéfendre à un chacun , de la maniere la
plus rigoureuſe , de s'aſſembler , ou faire quelques
aturoupemens dans les environ de la Maiſon
f6
( 132 )
deVille& autres lieux, lorſque les Seigneurs
du Conſeil ou de la Juſtice doivent s'aſſembler ,
ou le font déjà, ainſi que d'y entrer par voie de
force &c. fous peine , contre ceux qui s'en rendroient
coupables , d'être arrêtés &punis ſuivant
'l'exigence du cas par corps , & même de la mort ,
fans diftincttion de perſonne , comme perturbateurs
du repos public. Défendent en outre les Seigneurs
de la Juſtice à tous teneurs de logemens ,
Maîtres de Cafés , Aubergiftes , & tous ceux qui
vendent des liqueurs fortes ; biere , &c . de permettre
& recevoir dans leurs maiſons aucunes perſonnes
qu'ils favent avoir deſſeins tendant à l'in.
terruption de la tranquillité publique , ou au mépris
de l'autorité du Magiflrat : défendant auffi
par la préſente toute affemblée quelconque, dans
quelque lien que ce puiſſe être , ſous peine pour
ceux qui les auront permiſes chez eux , comme
Aubergifles , Maîtres de Cafés , &c. ou ceux qui
s'yſeront aſſemblés, d'être punis rigoureuſement,
ainſi qu'il ſera jugé convenable , ſuivant l'exigence
des cas
LL: NN. VV. défendent encore par la préſente
à qui que ce ſoit de faire aſſembler des
Compagnies bourgeoiſes , ſoit en entier foit en
partie , armées ou non armées , dans les Egliſes &
autres bâtimens publics , ou places , fansordre
exprès des Capitaines reſpectifs de ces Compagnies
, & fans leur préſence & celle des autres
Officiers , à l'exception des cas fixés par l'Ordonnance
à l'égard du feu , fous peine pour ceux qui
s'en rendront coupables, d'être condemnés, outre
la correction arbitraire , à une amende de 150 fl .
en faveur de la caiſſe militaire de la Bourgeoisie.
LL. NN. VV. ayant , par un zele fincere pour le
bien de cette Ville , & pour maintenir dans les
circonstances critiques actuelles le bon ordre &le
( 133 )
repos ihautement néceſſaires , jugé convenable
de rappeller à la bonne Bourgeoisie d'Utrecht
Con devoir folemnellement juré , & de rappeller
aux Bourgeois , dans la préſente , la promeſſe
compriſe dans leur ferment , par laquelle chacun
devenant Bourgeois , s'engage ſolemnellement ,
pour ſoi-même & pour ſes deſcendans , pour auffi
long- temps qu'il appartient au corps de la Bourgeoifie
, avec invocation du Tout- Puiſſant , com¬
me témoin : « qu'il ſera fidele & attaché aux Ma-
>>>giftrats ou Conſeil de la Ville d'Utrecht , com-
>> me à ſon légitime Supérieur , qu'il les reſpec-
>>> tera , leur obéira & les ſoutiendra comme il
>> convient ; qu'il aidera à effectuer , executer &
>> maintenir toutes les Ordonnances faites ou à
>>>faire pour le bien- être de la Ville ; qu'il ne
ſe rendra , ni ne contribuera à aucune aſſem-
>> blée illicite , dans laquelle il ſe trameroit quel-
>> que choſe contre ledit Magiftrat & Régence
>> légitime : mais que dès qu'il en aura connoif-
>> ſance , il en donnera avis audit Magiftrat , &
>> s'oppoſera de tout ſon pouvoir à toutes telles
>> actions , deſſeins & aſſemblées . >> Enfin les
Seigneurs de la Juſtice ont jugé néceſſaire , vu
que juſqu'ici on n'a pu découvrir les premiers
inſtigateurs & moteurs des ſuſdits mouvemens tumultueux
du 11 Mars dernier , de promettre une
primede cent ducatons d'argent , payables par le
Tréſorier de cette Ville , à celui ou ceux qui
pourront découvrir un ou plus deſdits moteurs ,
de maniere qu'il puiſſe être livré à la Juſtice &
être convaincu du crime , & que le nom du dénonciateur
fera tenu ſecret , s'il l'exige .
Il eſtunemaxime ſacréepour tout homme
d'honneur , & qui devroit l'être pour chaque
Ecrivain , c'eſt que toute accufation non
prouvéedoit être cenſée nulle ; à plus forte
( 134 )
raiſon , lorſqu'elle implique des abſurdités
&des invraiſemblances propres à révolter
tous les gens de fang froid , & qu'elle eſt
envenimée par le fanatiſme politique qui
remplace aujourd'hui en Europe le fanatiſme
de religion. Ces motifs ontdû faire
rejetter , juſqu'à la démonftration, les foupçons
d'un complot tramé par le Duc Louis
deBrunswich pour livrer Maeſtricht à l'Empereur
, ſans doute de moitié dans la confpiration.
Il étoit néceſſaire & naturel que
les Etats Généraux fiſſent des recherches
pour découvrir la vérité ; dans cebut , ils ont
envoyé à Maeſtricht , un Avocat Fifcal ,
chargé d'approfondir le myſtere de la trahifon
ou de la calomnie. Cet Officier a fait
arrêter le ſieur van der Stype , Subſtitut du
GrandBailli , prévenu de correſpondre avec
Aix-la-Chappelle ; on lui a donné les arrêts
dans ſa maiſon où il eſt gardé par un
détachement militaire , & auffitôt les gazettes
n'ont pas manqué d'appeller cet acte
une découverte , & de publier la Lettre
ſuivante que l'une d'elles ſe fait écrire ſous
la date de la Haye.
Les Partiſans du Duc Louis de Brunswich ,
& en général tous les partis contraires aux intérêts
de la République , ont été confondus à l'arrivée
de la réponſe que S. M. le roi de Pruffe
a faite à la lettre que les Etats- Généraux lui
avoient écrite , relativement à l'affaire communiquée
par M. le Rhingrave de Salm. Cette
réponſe affirme , que S. M. en a parlé au Comte
(135 )
1
a
fus-nommé; qu'il y a par conséquent lieu à des
recherches ſur ce ſujet : mais que le Roi auroit
defiré que ſon nom n'eût point été compromis
dans cette affaire , érant fort éloigné de ſe porter
pour accuſateur , & furtout dans une choſe
qui n'eſt point encore éclaircie. Cette réponte
en prouvant fans réplique , que les ſcupçons conçus
n'étoient point abſolument illutoires ,
démonté tout le parti , qui triomphoit déjà des
prétendues vifions du Rhingrave: Mais il a été
tout-à- fait attéré par les nouvelles véritablement
alarmantes , reçues de Maestricht , dont voici le
précis . D'après les opérations de M. l'Avocar-
Fifcal Tulling , on a arrête le Vice- Bailli ou
Subſtitut dugrand-Bailli de ladite ville , nommé
van der Sylpe : l'on a fait la ſaiſie de tous ſes
papiers , & l'on y a trouvé trete lettres du Duc
Louis deBrunswich : pluſieurs font chiffrées ;
&l'on est maintenant occupé à examiner férieuſement
, & comme il convient , tout le con .
tenu de cette correſpondance , qui pour le moins
eſt ſuſpecte. L'on regrette beaucoup aujourd'hui
qu'en ſe preffant trop tôt de parler en public
de cette affaire , l'on ait donné le tems aux coupables
( s'il y en a en effet , comme il paroît
probable ) de prendre leur meſures , &de fouf
traire à la vigilance du miniſtere public les
preuves qui pourroient les convaincre. Un événement
auſſi étonnant met ici tout le monde
en ſuſpens : on craint même de parler , tant il
paroît de noirceur & d'odieux dans toute cette
trame.Au reſte la découverte de cette correſpondance
, qu'on ne peut plus nier aujourd'hui ,
donneunbeau relief à la lettre , inférée il y a
quelques ſemaines dans la Gazette Hollandaiſe
de Maestricht &dans pluſieurs autres , avec une
affectation d'autant p'us ridicule, que ceue piece
( 136 )
étoitde tout point dénuée de ſens commun, &
très-injurieuſe même pour ceux au nom de qui
elle paroît avoir été faite. Une affaire auffi inquiétante
par ſa nature , puiſqu'il s'agit d'un
attentat plus ou moins prouvé contre une pofſeſſion
auſſi précieuſe de la république , occupe
la plus vive attention deleurs Hautes-Puiſſances
&aura furement des ſuites auſſi ſérieuſes , que
Poccafion l'exige.
: Les efprits tranquilles obfervent là-deſſus,
qu'au lieu de 30 lettres du Ducde Brunswick,
il pourra s'en trouver mille à Maeſtricht ,
&la calomnie exifter encore dans toute fa
hoirceur; que ſi l'on doit faire un procès
criminel à tous ceux qui correſpondent avec
ce Duc , cette enquête pourra aller fort loin ;
enfin , que puiſqu'on ne cite pas un mot
de ces correfpondances qui tendent à juftifier
le fait en queſtion , il faut qu'elles
foient bien innocentes : au reſte , le tems
découvrira le voile & cette époque n'eſt
pas éloignée.
On parle de transférer ici M. Van Slype
pour l'interroger plus particulierement : ce
Magiftrat eſt dans la plus parfaite ſécurité ;
lui -même a remis toutes ſes lettres à l'Avocat
Fifcal de la République , & ne paroît
nullement intimidé de ces recherches.
Certe fermeté de l'innocence a tellement
déconcerté les eſprits violens , qu'ils font
réduits à la reſſource de faire croire que les
coupables ont été avertis , qu'ils ont eu le
temps de se mettre en garde, que la preuve
échapera par leur adreſſe; argument avec le
( 137 )
quel on eft toujours sûr de déshonorer l'in
nocence, lorſqu'on n'a pu parvenir à la per
dre juridiquement.
Ily a eu ces jours derniers trois affemblées
extraordinaires des Etats Généraux ,
& des Etats de Hollande , à l'occaſion defquelles
, la Gazette d'Amſterdam contient
le paragraphe ſuivant.
On aſſure qu'il eſt queſtion d'examiner les dépèches
d'un courier arrivé hier de Paris fur le
différend connu avec S. M. l'Empereur , il auroit
été , dit on , infinué à L. H. P. , que leur derniere
réponſe à l'ultimatum impérial n'étant pas
fufiſante pour fatisfaire l'Empereur , ils doivent
opter entre un ſacrifice plus grand ou la guerre.
On ajoute que juſqu'à préſent il n'auroit encore
rien tranſpiré de leurs diſpoſitions , finón
que juſqu'à préſent les Députés des diverſes Provinces
n'avoient eu de leurs Commettans d'autres
inſtructions que de ſe refuſer à toutes les
prétentions Impériales. Mais que comme il s'agiſſoit
poſitivement de guerre , ils ne pouvoient
donner aucune réponſe , avant que d'avoir conſulté
de nouveau les Provinces. En attendant ,
on aſſureque l'on ſeroit aſſez généralement difpoſé
à riſquer une campagne , plutôt que de
condeſcendre à des conditions qui ne fauroient
être plus onéreuſes , quand même on y auroit
dudéſavantage.
Quoique l'opinion la plus générale ſoit
pour la paix, on parle deformer deux camps ,
l'un vers Bois- le- Duc , l'autre vers Berop-
Zoom . M. le Comte de Maillebois travaille
journellement avec le Stathouder &
les principaux membres du Gouvernement.
( 138 )
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES, le 16 Avril.
Une lettre de Liége , du 28 Mars , contient
ce qui fuit.
Le Princede Heſſe, Gouverneur de Maestricht
vient demain rendre une forte d'hommage à
notre Prince qui eſt Coſouverain de cette ville.
Il dinera à la Cour , & retournera après ſon
dîner à ſon gouvernement. Autrefois le gouverneur
de Macſtricht venoit prêter à notre Prince
pour lui & fa garniſon le ſerment de fidélité ;
mais nos Etats n'ayant point voulu , ſous le regne
de George Louis , continuer au Gouverneur les
fix cens écus d'appointement qu'on lui avoit don.
nés juſqu'alors ,les Etats Generaux faifirent cette
occafion de pouvoir diſpenſer le gouverneur de
lapreſtation du ſerment Depuis cette époque, qui
r'ppelle une ſi étrange économie , la choſe eſt
demeurée dans cet état ; ce qui ne preſcrit
pas néanmoins contre les droits de la Principauté
, qu'il feroit bien aité de remettre en
vigueur.
Le troiſieme bataillon du Régiment de
Ligne paffe de Lier à Bruges , & le troiſieme
bataillonde Vierfetà Oſtende, quoique cette
derniere place ſoit couverte de fortes batte
ries ,tant du côté de terre que du côté de
mer.
Le Prince de Ligne ſe rendit, le 27 de ce
mois , vers les poſtes avancés des po'ders & des
forts de l'Escaut. Delà il députa à Lillo un de
ſes Officiers , qui fut reçu près des paliſſades
avec de grands témoignages d'amitié. Le Commandant
de Lille lui dit que c'étoit par ordre
1
1
( 139 )
qu'il faitoit écouler les eaux falées des Polders ,
afin de purger l'air & de prévenir les ſuites fåcheuſes
qui auroient pu réſulter de l'état de ſtagna.
tion de ces eaux infalubres. On croit même que
les Hollandois en ont déjà reſſenti dans leurs
forts les effets pernicieux; & c'eſt une des raiſons
qui ont donné lieu à cet écoulement : on fait en
outre qu'ils veulent par-là ſe faciliter les moyens
d'étendre les ouvrages avancés deſdits forts ; ce
qui s'exécute , dit-on déjà , felon le plan d'un
Ingénieur , qui en a reçu l'ordre par un courier :
c'est vraiſemblablement par celui qui a paſſé par
ici le26.
On redouble d'activité à Luxembourg ,
pour porter l'artillerie de l'arſenal ſur les
remparts , pour réparer les fortifications , &
pour tranſporter les poudres dans la viile.
On y attend de nouveaux magaſins de comeſtibles.
Le corps franc de Stein a reçu ſes
munitions ces jours derniers ,& le régiment
de Latterman ſa groſſe artillerie. On parle
d'ajouter quelques baſtions à cette place ,
pour la rendre inexpugnable. A Malines &
dans les autres villes du Brabant on continue
les amas de munitions de toute eſpece , &
les Hollandois viennent de conclure à Liege
unmarché pour 40 mille bombes.
Il paroît un plan attribué à M. de Brou ,
Ingénieur diftingué de Vienne , par lequel
il propoſe de prendre Mastricht dans ſon
état actuel , avec 28000 hommes. Voici le
précis de ce projet affez extraordinaire,
S. A. R. le Duc de Saxe- Teſchen , ayant fous
ſes ordres les Comtes de Wenzel , Lieutenant(
140 )
Général , & d'Harach General Major , ſe portera
de Tongres à Smermaes au-dessous de Mar
tricht , quatre compagnies de Fufiliors occuperont
le château d'Opharn , poſte effentiel pour
protéger la conſtruction d'un pont. Les diviſions
d'Alton & de Stader camperont fur deux lignes
derriere le ruiſſeau de Lonacken ; la droite à
Smermaes , & la gauche vers le hameau de Con.
fed. La cavalerie fera placée à la gauche de
Pinfanterie , à l'exception de quelques corps ,
qui feront mis du côté de Keſſel & de Montenaken
, pour marquer les poſtes de Notre- Dame
& de Tongres. Le parc de l'artillerie ſera étab i ,
partie vers Smarmaes & partie vers Feltuaiſen ;
le quartier- général fera placé à Peterſem &
Lonacken.
Onmettra un demi bataillon dans Tirlement,
un dans Saint Trond & un dans Biten. L'objet
de ces poſtes eſt d'aſſurer la communication de
Louvain avec l'armée. Un corps de Houſſards
ſera logé dans le village & le château de Reikem.
Le Comte de Rulam ſe portera devant le fort
Saint Pierre avec quatre bataillons, & fept efcadrons
, & achevera d'inveſtir Maſtricht par la
rive gauche de la Meuſe. Le Duc d'Urſel , pour
en former l'inveſtiſſement par la rive droite , appuyera
ſa gauche au-deſſus d'Opharen , & fera
élever deux redoutes ſur la Haute-Meuſe , entre
le moulin de Gronsfeld & le Camp ; l'autre entre
lemoulin & le pont établi. Ces deux redoutes
doivent empêcher les parties de la vil'e de ſo
gliſſer le long de la Haute-Meuſe , & d'inquiéter
les troupes qui y feront campées , en cas
que les Hollandois vouluſſent faire quelque
mouvement pour ſecourir Maſtricht ; il leur ſeroit
impoſſible de marcher aux affiégeans par la
rive droite de la Meuſe : On établira la ligne de
( 141 )
défenſe derriere le ruiſteau de Tonacken. Cette
ligne ſera formée de vingt- trois redoutes ; chacune
contiendra un demi bataillon avec quatre
pieces de canons : elle aura fon chemin couvert
paliffadé , & la cuve de ſon foflé très -profonde
&parfemée des puits. Le poſte des Dragons ſera
pris du moulin de Mopertingen , avec ordre de
mettre pied a terre , & de ſe jetter dans le vil
lage & le cas l'exige . La cavalerie ſera derriere
l'infanterie ſur pluſieurs lignes. On attaquera
Maſtricht par les deux côtés de la Baſſe-Meuſe :
la tranchée ſera ouverte par fix mille travailleurs
, dont quatre mille exécuteront , s'il eſt
poſſible , à la grande attaque deux mille toiſes
de parallele , & douze cens toiſes de communication
: les deux mille autres feront à l'attaque
de Wyck cinq cens toiſes de parallele , & quatre
cens de communication : l'attaque de la droite
appuyera fa gauche à la Meuſe : ſa droite ſera
portée fur la hauteur , proche le chemin de Tongres;
cette droite n'ayant aucun appui , on la formera
par une redoute,
Moyennant ces diſpoſitions, & soo bouches
à feu , l'Ingénieur promet d'entrer dans
Maſtricht , après 40 jours de tranchée ouverte.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
M. le Chevalier Keith , Ambaſſadeur d'Angleterre
, s'abouche très ſouvent avec le Prince de
Kaunitz ; & nous croyons pouvoir avancer avec
quelque fondemet , qu'il s'agit d'une alliance
entre la Cour de Vienne , celles de Ruffie & d' Angleterre
; quoique cette derniere Puiſſance ait paru
juſqu'à préſent vouloir garder une exacte neutra
( 142 )
lité. Cependant toutes ces opérations politiques
ſe paſſentde la maniere la plus ſecrette. ( Nouν.
d'All. nº. 58. )
M. Pilatre de Rofier , qui combat depuis longtems
contre les vents pour conferver ſonBallon ,
afinde tenter le paſſage aſſez difficile , de France
enAngleterre , éprouve un autre fléau non moins
redoutable : à chaque inftant , le Ballon court les
riſques d'étre dévoré par les Rats! pour écarter la
multitude de ces animaux , qu'attire l'odeur des
gommes dont leBallon eſt enduit , on eft obligé
de leur faire continuellement la chaſſe , ſoit avec
des chats , ſoit avec des tambours.
Ily a quelques jours que le vent paroiſſant favorable,
on tira , dès le matin , un coup de canon
pourpremier ignal ; les ouvriers préparerent tout
pour ledépart : les ſpectateurs arriverent en foule
pour être témoins; on lançaleBallon précurſeur;
mais le vent changea tout-à- coup , & M. Pilatre
refta ; le petit aëroitat , balotté pendant 7 heures,
eft allé tomber à 6 lieues d'ici , près de la côte.
Ces contre-tems déſeſperent M. Pilatre qui , ſans
-être ſur mer, eſt devenu le jouet des vents. ( Nouv.
d'All. idem .)
Le Chevalier James Harris , depuis ſon retour
à Londres , a eu deux entretiens avec le Baronde
Lynden , Miniſtre-Plénipotentiaire de Hollande à
notre Cour. Cette circonſtance fait préſumer que
laGrande - Bretagne prend un plus vif intérêt
qu'on ne l'imagine , à la querelle préſente entre
l'Empereur & la Hollande.
Il s'eſt tenu hier chez le Marquis de Carmarthenune
aſſemblée de la plupart des Miniſtres , &
il a été expédié enſuire un courier à Windsor , où
ſe trouve Sa Majefte.
( 143 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
•Parlementde Paris , Grand-Chambre Enfant
de Fille publique , reſté à la charge defa mere.
Qu'une fille ſéduite par des promeſſes de mariage
, reclame des dommages& intérêts , &demande
que le pere ſoit tenu d'aſſurer des alimens
au fruit malheureux de le ſéduction ; la Juſtice ,
en ce cas , écoute favorablement les plaintes
d'une mere , ſouvent plus à plaindre que coupa.
ble , & pourvoit à la ſubſiſtance de ſon enfant
en fixant néanmoins ledédommagement ſelon la
qualité des Parties ; mais lorſqu'une fille livrée à
la proſtitution , forme des demandes pour ſecourir
le fruit honteux de ſon libertinage , contre
celui qu'elle eſtime le plus en état de répondre
des condamnations qu'elle ſollicite ; alors les Juges
ne pouvant démêler quel eſt le véritable
pere, laiffent à la mere la charge de l'enfant.
La fille R ... nous offre dans cette Cauſe l'e
xemple d'une fécondité peu commune. Elle a eu
quatorze enfans de quatorze peres différens.
Chaque fois qu'elle devenoit mere , elle marchandoit
avec celui à qui elle accordoit l'honneur
de la paternité, ſur le prix du déſiſtement
deſon action endommages & intérêts : prix qui
étoit plus ou moins conſidérable , ſe'on la qualité
& la fortune de celui à qui elle s'adreſſoir
En 1768 , la R.... eſt accouchée d'une fille ,
qu'elle atribua à un fieur Au ... qu'elle fit déclarer
pere de l'enfant fur l'extrait de Baptême.
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eſt de is liv. par an, chez M. Mars , Avocat , rue
& Hôtel de Serpente,
( $44 )
El'e avoit tranfigé à cet e époque avec le ſieur
Au... à une ſomme de vingt-cing louis , pour
ſe déſiner de l'action dont elle le menaçoit. Le
fieur Au ... mourut en 1771 ; la fille R ...
ayant été inſtruite que ce particulier laiſſoit une
ſucceſſion opulente , forma ſous le nom de la
prétendue file naturelle du ſieur Au ... une demande
contre ſa ſucceſſion , afin de la charger
de la nourriture , entretien & éducation de l'enfant.
Les héritiers & légataires univerſels ont eu
la bonté d'accepter cette charge. La fille parvenue
à l'âge d'apprendre un métier , & après avoir
fait ſa premiere Communion , a été miſe en apprentiſſage
chez une Matreffe Couturiere. La
mere voyant l'apprentiſſage ſur le point de finir ,
a formé ſous le nom de ſa fille , contre la fucceffion
du ſieur Au ... une nouvelle demande en
condamnation d'une penſion alimentaire de 1500
liv. Les héritiers n'ont pas été cette fois ſi complaiſans
qu'en 1771 ; ils ont défendu à cette de- 小
mande. La Sentence du Châtelet a débouté
la fille R ... de toutes ſes demandes ; & l'Arrêt
du 4 Septembre 1782 , conforme aux conclufions
de M. l'Avocat Général Seguier , en confirmant
la Sentence , a ordonné : qu'attendu le
danger qu'il y avoit pour une fille de quatorze
ans , de fréquenter une fille de ſi mauvaiſe vie ,
que défenſes fuſſent faites à la Couturiere de
laiſſer ſortir la fille Au ... qu'elle avoit en apprentiſſage
, pour voir la fille R ... , ſa mere ,
&ade plus requis contre cette derniere la condamnation
de is liv. d'aumone pour les pauvres
de la Conciergerie , pour raiſondes cinq enfans
dont elle étoit accouchée ,&dont les extraitsde
baptême étoient rapportés .
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Aris ; les Spestacles,
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Provinces; la Notice des Édits, Arrêts ; lesAvis
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SAMEDI I JANVIER 1785 .
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23254
MERCURE
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TABLE
Du mois de Décembre 1785.
PIÈICÈCEESS FUGITIVES.
Mes Malheurs ,
Vers à Eglé,
3
Romancedu Barbier de Seville,
6
Les Voyages de Golombelle
&Volontairette . 49
Vers àM. François de Neufchâteau
.
→AuneDame,
97
Mémoire fur le premier Drap
deLaineſuperfine du crû de
laFrance, 38
Histoire de Stanislas Premier ,
Roi de Pologne , Duc de
40
Larraine& de Bar ,
Blanchard , Poëme en deux
Chants,
La Fortification Perpendicu-
98 laire,
-Pourle Portrait deMmede L'Honneur François ,
Genlis ,
Inscription,
67
70
120
ibid. Traduction nouvelle de l'E-
99. néïde, 126
Le premier Ministre
Mort, Apologue,
de laMémoires du Baron de Tott ,
ibid. Surles Turcs & les Tar-
Le Fleuve & le Ruiffeau tares , 152
Fable,
179 211 Nécrologie ,
Histoire duMinistre la Roche, SPECTACLES .
Conte, 103 Concert Spirituel, 131
Vers qu'on intitulera comme Acad. Roy. de Musique , 33 ,
on voudra . 145 85,182
Charades , Enigmes & Logo-Comédie Italienne , 35 , 132
gryphes, 8 , 58,117 ,147Académie,
NOUVELLES LITTER . Annonces &
Eloge de Fontenelle , 10
73
Notices , 41 , 89 ,
136, 187
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
Bucde laHarpe , près S. Côme.
1.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
VERS pour fervir de Réponse à ceux de
M. HOFFMAN , inférés dans les Petites
Affiches , du & Décembre , No. 343 .
Quv'a la Harpie en ce moment ,
Le goût façonne , pour nous plaire ,
Tous vos pompons & vos ejuſtemens :
Que voudroiten conclure un Critique ſévère
Qui vous prive detout , mêine du ſentiment ?
LORSQUE dans la dernière guerre
Vos frouts s'applaudiſſoient de porter un d'Estaing, *
*Alluſion aux bonnetsdits à la d'Estaing , à la Gibraltar
qu'on a portés en 1780 & 1781 .
,
Aij
4 MERCURE
Un Gibraltar , inventés par Bertin ,
Vous inſultiez alors au fort de l'Angleterre.
AH ! ſans vous effrayer des ſarcaſmes d'Hoffmans,
Faites régner long-temps cette mode chérie;
Portez , conſervez la Harpie;
Je voudrois en ces lieux la revoir dans vingt ans.
• Puiſſe-t'elle , en faiſant ſa ronde ,
S'étendre de Paris au Sérail du Sultan !
Elle n'a pas coûté de ſang ;
Elle doit plaire à tout le monde.
(Par M. Bavouz de Ch....ry. )
A
MADRIGAL.
JADIS l'Amour ayant l'Erreur pour guide ,
Erroit au gré de ſes volages feux ;
Cetendre enfant que célébroit Ovide ,
Avoit alors un bandeau ſur les yeux.
Ce temps n'eſt plus , & la Raiſon l'éclaire ;
Entre ſes mains il remit ſon flambeau ;
Et pour vous voir , mon aimable Glicère ,
Ce petit Dieu déchira ſon bandeau.
( ParM.le Marquis de C.... V.. )
DE FRANCE.
S
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Mesmer ; celui
de l'énigme eſt le Temps; celui du Logogryphe
eſt Martial , où l'on trouve mal,
Mai , M. & Mme Trial , lait , lit , rat ,
mari , Marli.
MON
CHARADE.
ON premier plaît aux yeux par ſa verte parure ;
Au Palais , mon ſecond par fois gronde & murmure ;
Mon touteſt dans nos moeurs, mais non dans la nature.
( Par M.le Marquis des Six-Tours. )
ÉNIGM E.
TOUT-A-LA-FOIS male & femelle,
J'habite & ſur terre & fur mer ;
Je puis , ſans ballon & fans aîle ,
Paroître , quand je veux , en l'air.
Tout ceci n'eſt point un myſtère ;
On me connoît fort aisément
En voyant la jeune Bergère
Me fouler avec ſon amant .
( Par M. L.... , de Falaise, Etudiant en Droit. )
Aiij
6 MERCURE
ONa
LOGOGRYPΗ Ε.
des partiſans , on a des ennemis ,
Et qui n'a pas les ſieus doit être ſans mérite ;
Dès-long-temps oublié , j'ai voulu dans Paris
Paroître triomphant en Docteur Émérite ;
On ma prôné dabord, mais la chance a tourné ;
Un grand Corps contre moi ſoudain s'eſt acharné.
Par mes dix pieds encor je me ferai connoître:
En me décompoſant , tu trouveras peut- être
Le ſurnom d'un Héros jadis Empereur-Roi ;
Un ſage d'Orient; d'un Piccini la loi ;
T
Cequidansnous agit , nous fait agir nous-même ;
Ce que nous defirons de quelqu'un qui nous aime ;
Unmembre très-utile; un habitant du ciel ;
Pour un Meunier débile un être effentiel ;
Une antique citétrès-renomniée en France;
Deux oiſeaux fort communs; l'opposé de l'aiſance ;
Ce qui d'une maiſon fait juger la hauteur ;
Un fleuve d'Ibérie. Enfin, mon cher Lecteur ,
Je me garderai bien d'en dire davantage :
Tu fais quetrop parler n'eſtpas le fait du ſage.
(Par M. Jalaberd. )
DE FRANCE. 7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DUVRES du Marquis de Villette. ALondres
,& ſe trouvent àParis, chez Clouſier,
Imprimeur-Libraire , rue de Sorbonne ;
laVeuve Ducheſne , Libraire , rue Saint
.... Jacques ; Eſprit ,au Palais Royal.
C'EST du fein des plaiſirs & de la molleſſe
que doit s'élever la voix qui veut chanter les
voluptés & les grâces. Il eſt une certaine
perfection de goût, mais ſur tout une certaine
délicateffe qu'on ne peut connoître
qu'au milieu des plaiſirs &des arts d'un luxe
élégant. Nous ſerions encore à ſavoir combien
le talent peut être aimable , fans quelques
mortels affez heureux pour avoir trouvé
le génie & la gloire dans leurs voluptés.
C'eſt du ſein d'un réduit charmant , où les
fleurs & l'encens exhaloient leurs parfums ,
qu'Horace , en attendant Glycère , adreſſoit
uneHymne aux Grâces. Ces impreſſions ne
ſe devinent pas ; & qu'est-ce qui ſe devine ?
Onn'a pu ni imiter ni traduire Tibulle &
Ovide, que lorſque les richeſſes & les Arts
du fiècle de Louis XIV ont mis dans nos
plaiſirs&dans nosjouiſſances le goût & la
grâce du ſiècle d'Auguſte; & cependant on
vouloit les traduire dans la barbarie du quin-
Aiv
8 MERCURE
,
zième ſiècle & dans la pédanterie du ſei
zième ; & c'étoient des hommes renfermés
dans des colleges & dans des cloîtres
qui avoient le plus ſouvent cette fantaiſie.
On eût pu l'excuſer dans Lafare & Chaulieu ;
on pourroit deſirer qu'elle prêt à M. le
Marquis de Villette; mais M. le Marquis
de Villette fait bien mieux que de chanter
les amours & les plaiſirs de Tibulle , il
chante ſes plaiſirs & ſes amours ; c'eſt dans
ce genre fur-tout qu'il feroit malheureux
d'être condamné à l'imitation.
On est bien ſurpris en ouvrant les Euvres
de M. le Marquis de Villette ! Un des
premiers morceaux qui ſe préſentent , ce
font des Penféés Nocturnes. Cela rappelle
ce temple conſacré à Vénus & aux Grâces ,
dont parle Plutarque ; ſur le frontiſpice
étoient écrits ces mots: Ilfaut mourir.
Mais les Penſées Nocturnes de M. de Villette
ne pouvoient pas être long-temps fombres&
noires : il a eu beau prendre un moment
le genre & le talent d'Young, c'eſt avec
fon propre caractère qu'il a écrit. La mélancolie
arrête& fixe le génie d'Young ſur les tom.
beaux; il pénètre, il s'enfonce de plus en plus
dans ces demeures de lamort, qu'il appelle les
avenues du ciel & de la terre ; il ne revient
plus ſur ſes pas, & n'en fort , pour ainfi
dire , que du côté du ciel & de la vie immortelle.
La mélancolie de M. de Villette a
une autre marche. Les ſombres voiles de la
nuit , la vue d'un chêne frappé de la foudre ,
<
DE FRANCE.
9
い
le bruit monotone de la caſcade ſolitaire , la
préſence des tombeaux chargés d'inſcriptions
attendriſſantes , tous ces objets qu'il peint de
couleurs fortes & poétiques , le conduisent.
bientôt à Aminthe; & dès que ſon imagination
a vû Aminthe , les Penſées Nocturnes
s'éclairciſſent ; dans cette ſombre nuit il n'eſt
plus queſtion que d'amour & d'amitié.
On trouve encore deux morceaux d'un
genre ſérieux à l'ouverture des OEuvres de
M. le Marquis de Villette , l'Éloge de Charles
V & l'Éloge d'Henri IV. Le premier de
cesDiſcours, imprimé pour la première fois,
ilby a près de vingt ans , étoit précédé d'un.
avertiſſement , dans lequel l'Auteur avoit
voulu s'égayer un peu ſur le ſtyle & le ton
élevé des Éloges de M. Thomas ; ces plaiſanteries
& cet avertiſſement ſont ſupprimés
aujourd'hui ; & c'eſt la première choſe
dont il faut louer M. de Villette : très-jeune
encore alors , il s'en laiſſa impoſer ſans
doute par les clameurs de ces Critiques
ignorans , qui ont ſi long - temps perfécuté
le talent de M. Thomas & les plus
beaux talens du ſiècle ; depuis il aura ſenti
par lui même combien on doit d'eſtime &
de reſpect à l'Auteur des Éloges du Dauphin,
de Deſcarres , de Marc- Aurèle , & far tout
à l'Auteur de l'Eſſai fur les Éloges.
Dans les deux Diſcours de M. de Villette ,
on trouve plus qu'on ne l'auroit cru d'abord,
l'eſpèce d'idées & de mérite qu'exigent les
Ouvrages de ce genre.
Av
10 MERCURE
Ondoit aimer beaucoup , ce me ſemble,
l'exordede ſonÉloge hiſtorique d'Henri IV .
«C'eſt en liſant la Vie de Henri IV que
>> l'homme de bien ſent couler des larmes
>> involontaires ; c'eſt aux pieds de ſa ſtatue
>> que le Citoyen s'écrie avec tranſport:
» Voilà celui qui aima fon peuple.- Je ne
>> brigue point ici la couronnede l'éloquen-
>> ce; je fatisfais mon coeur. Il eſt fi confo-
>> lant de repoſer ſon âme ſur le ſouvenir
>> des Héros qui ont fait du bien au monde!
>> la ſenſibilité ne laiſſe plus de place aux
* illufions de la gloire , aux jouiflances de
>> l'orgueil : l'Orateur n'eſt plus que Citoyen ;
> il s'émeut , & fon attendriſſement devient
> ſa récompenſe. »
Que c'eſt bien là le ſentiment avec lequel
on doit louer tous les grands Hommes , &
fur tout Henri IV !
La première Partie duDiſcours commence
parun tableau du ſeizième ſiècle , de ce ſiècle
qui a exercé ſi ſouvent les pinceaux de nos
Hiftoriens & de nos Orateurs; ce tableau
peutfaire regretter que M. de Villette n'ait
pas eſſayé plus ſouvent les pinceaux de l'Hif..
roire ; il a eu l'art de raſſembler dans un
cadre affez étroit les grands événemens & les
grands perſonnages de toute l'Europe à cette
époque; le trait rapide qui les peint eſt choiſi.
par la vérité , & il ſemble l'être par l'ima
gination. Le morceau est trop étendu pour
être cité en entier ,& il perdroit trop à ne
l'être qu'en partie. On eſt fâché ſeulement
VA
DE FRANCE.
:
que M. de Villette ait parlé de l'Amiral de
Coligny comme de l'homme qui a fait le
plus de mal à la patrie. Voici comme il en
parle:
Gaspard de Châtillon , connu ſous le
» nomde l'Amiral deColigny, fut l'homme
>> le plus fatal au bonheurde ſon pays. Né
> pour commander à des Rebelles , il poffé-
>> doit par - deſſus toutes les qualités d'un
• Chef de parti , cette tranquillité ſombre
& inaltérable , la première vertu peut-
> être dans un factieux. Politique profond ,
> nul neconnut mieux que lui les forces du
>>Corps dont il étoit l'ame ; la France eût
> pu le compter parmi ſes meilleurs Capi-
⚫ taines ; mais ſajaloufie contre les Guiſes ,
» & ſon ambition , en firent un ennemi des
Rois : Général eſtinné , quoique malheu-
» reux, il ne dût qu'à lui ſeul toute ſagloire,
il ne gagna jamais de bataille , mais il
» força ſes rivaux à l'admirer. »
Il ne paroît point dans l'Histoire que ce
fut par ambition & pat jaloufie queColigny
fut entraîné dans le parti desProteftans &de
la révolte: des motifs plus purs & plus nobles
devoient égarer eette grande ame. Ce
fat ſur tout l'extrême ſévérité de ſes principes
de morale qui lui fit embraſfer le parti
de la réforme.On pouvoit dire de lui ce que
Lucain dit de Caton : Qu'enfaisant la guerre
civile il ſembloit l'abfoudre. Coligny eut
toute ſa vie un projet bien extraordinaire
dans unhomme qui tenoit à la première No
Avj
12 MERCURE A
blefſe de la Monarchie , ce fut d'aller établir
dans quelque coin du Nouveau Monde une
République fondée ſur l'égalité primitive de
la nature. Malgré ſes erreurs , un tel homme
fait trop d'honneur à l'humanité pour avoir
étéfifatal àfon pays. Quel intérêt de pareils
caractères répandroient ſur notre Hiſtoire ,
fi froide & fi sèche , s'ils étoient tracés par
la main d'un Tacite !
: Ons'attendoit bien que M. le Marquis de
Villette ne ſeroit pas un juge très- ſévère des
foibleſſes de Henri IV ; mais il en devient
preſque le Panegyriſte; & c'eſt un peu plus
que Henri IV ne demandoit lui même. “ Je
>> ſuis tout honteux , diſoit ce bon Roi ,
>> d'être ſi ſouvent amoureux avec une barbe
> toute grife; mais que mes Sujets faffent
>> grâce à mon amour pour les feinmes , en
>> faveur de mon amour pour eux. » Et il
falloit bien que les foibleſſes de Henri IV
priffent leur ſource dans une âme très- inté
reffante , puiſqu'à l'âge de 50 ans , avec cette
barbe toute grife , il trouvoit encore le
moyen de ſe faire aimer de la Princeſſe de
Condé, belle , jeune , aimable , perſécutée
pour ſon amour , étrangère par ſon caractère
à l'ambition qui fait aimer le pouvoir , &
par ſon rang trop au-deſſus de l'orgueil d'être
la maîtreſſe d'un Roi. C'est un Ange , écri
voit d'elle une femme , mais ſon amour pour
leRoi eſt un démon qui la tourmente. M. le
Marquis de Villette parcourt preſque toure
l'Hiftoire de la Monarchie, pour démontrer
A
7
1
DE FRANCE
13
par d'illuſtres exemples , qu'il faut aimer
beaucoup les femmes pour avoir de grands
talens , de grandes vertus , pour être un
grand & un bon Roi ; & dans cette érudition
, à laquelle on ne reprochera pas fans
doute d'être une pédanterie , toute l'Histoire
ſemble en effet ſervir de témoignage à fon
opinion .
Henri IV diſoit un jour à Gabrielle d'Eſtrées,
qui faifoit une intrigue contre Sully : javez
vous , Madame , que jefacrifierois cent maltreſſes
comme vous pour un ami & pour un
Ministre tel que Sully ? Quand les Rois parlent
ainſi aux femmes qu'ils adorent , les
Peuples & l'Hiſtoire leur font grâce de leurs
maîtreſſes ; mais les foibleſſes ſont communes,
& cette force , juſques dans les
foibleffes , eſt la choſe du monde la plus
rare.
Au reſte , ce morcau du Diſcours de M.
de Villette , fi piquant déjà par le paradoxe
qu'il préſente , eſt très agréable par la manière
dont il eſt écrit.
On doit auſſi des éloges au tableau de l'Adminiſtration
de Henri IV : il eſt affez ordinaire
que les tableaux de ce genre foient
compoſés de quelques lieux communs fur
l'agriculture , ſur l'industrie , ſur le commerce
, qui ne rappellent aucun fait , qui ne
font connoître aucundes principes , aucune
1.des opérations de l'homme qu'on célèbre ,
:& qu'on pourroit tranſporter prefque tou
jours fansy faire aucun changement de l'éloge
14 MERCURE
de Sully à celui de Lhôpital , de celui de
Lhôpital à celui d'Amboiſe : M. Thomas , le
premier , a montré , par ſes exemples & par
ſes préceptes , comment il falloit pénétrer
à l'idée première & fondamentale qui a
dirigé les actions ou les ouvrages d'un grand
Homme; & faire enſuite du développement
de cette idée générale un tableau dont chaque
trait caractériſe le génie qu'on célèbre , & le
diftingue , le ſépare de tous les autres génies.
On voit que M. de Villette , pour
peindre l'Adminiſtration de Henri IV , l'a
étudié ; il ne donne ſouvent qu'un trait ,
qu'un coup de pinceau à l'objet le plus vaſte;
mais ce trait eſt toujours le plus vrai , &
peut- être le ſeul qui fût indiſpenſable.
Voyez , par exemple , ce qu'il dit des réformes
faites par Henri IV dans l'empire de
laJuſtice.
«La Magiſtrature n'échappe pas aux foins
> du Prince , il porte la lumière dans le
» dédalede la Juriſprudence. Il auroit voulu
bannir ces lenteurs étudiées qui font gémir
les bons & ne fervent qu'aux inéchans ;
>> il auroit voulu détruire ces vils moyens ,
" ces formes de la chicane par leſquelles
- ondépouille, & celui que l'on condamne
» & celui que l'on abſout ; arrêter la licence
> de ces Orateurs effrénés , qui , trop fou-
>> vent les organes de la calomnie, déshono-
>> rent une belle profeſſion , & s'efforcent
>> de flétrir au Tribunal de la Société , ceux
DE FRANCE.
» qu'ils ne peuvent rendre criminels au Tri-
>> bunal de la Juſtice.>>
On auroit pu dire aurre choſe , & peutêtre
de belles choſes encore ; mais aucune
n'eût été plus vraie ,ni ſur tout auſſi impor
tante; &cette eſpèce de conciſion a le droit
de ſupprimer les beautés même.
" Tous les Ordres de l'État ſont tran-
>> quilles ; la concorde les unit ; l'ambition
ود fecacheou ſe ſoumet; la France eſt heu-
» reuſe...... O crime ! ô coup affreux ! pleu-
" rez , François....... votre bon Roi n'eſt
» plus. »
Que ce cri jeté au milieu d'un tableau de
profpérité,&debonheur est d'ungrandeffet !
&que ſi on le trouvoit dans une Oraiſon de
Maſcaron , de Fléchier ou de Bofluet , on
< le trouveroit éloquent !
Cette manière , ces grands effets ne ſont
pas ce qui domine dans les deux Diſcours
deM. leMarquis de Villette. On ne rencon
tre ici aucune de ces formes impoſantes du
ſtyle des Panégyriques & de l'Éloge ; aucune
de ces périodes où se trouvent les grandes
difficultés de l'art d'écrire , & les grands
effets , je ne dis pas de l'éloquence , mais du
talen oratoire; mais très - ſouvent des traits
brillans d'imagination, avec un ron qui n'eſt
ni élevé ni impofant , & des idées , des ſentimens
oratoires dans des phraſes qui ne le
fons pas. Cette manière n'est pas celle des
anciens; parmi les modernes , elle n'eſt celle
16 MERCURE
ni de Boffuet , ni de Maffillon , ni de M. de
Buffon , ni de Rouſſean de Genève , ni de
M. Thomas ; mais elle eſt plus conforme
peut- être au caractère de notre langue , elle
peut plaire davantage à cette portion des.
gens du monde qui donnent le ton de leur
converſation pour le modèle de tous les
genres de ſtyle; & ce qui ſans doute aura
décidé M. de Villette , c'eſt la manière de
Voltaire dans l'Hiſtoire ; & Voltaire n'en a
pas pris une autre dans les deux Panegyriques
qu'il a écrits.
M. de Villette nous apprend , dans unede
ſes Lettres , que Voltaire eût voulu que les
Éloges fuffent des diſſertations dans le goût
de Plutarque , où l'on pourroit tout dire à
charge & àdécharge.
Unde ces hommes du monde qui cultivent
en filence un goût & des talens qui honoreroient
les Lettres , nous écrivoit , il y a
quelque temps , ſur cet objet ; il nous demandoit
fi des jugemens ne vaudroient pas
mieux que des éloges. On voit que ſon opinion
étoit préciſement celle de Voltaire.
J'ajouterai encore que c'eſt celle de tous les
hommes dontle goût eſtun peu délicat,& dont
la conſcience ne peut pas ſupporter le mêlange
du menſonge &de la vérité. Les éloges
publics ne doivent être décernés ſans doute
qu'à de grands Hommes ; mais les grands
Hommes ne ſont pas des hommes parfaits :
& où ſont - ils les hommes parfaits ? Je n'en
e
:
4
DE FRANCE. 17
connois qu'un , c'eſt Grandiſſon ;& celui- là
n'exiſte que dans un Roman. Pour bien louer,
il faut juger ; & dès lors l'éloge devient
un jugement. Mais il ne s'enfuit pas
qu'un jugement de ce genre doive être prononcé
du ton dont on écrit une differtation.
C'eſt précisément alors qu'il parle à charge
&à décharge , que les fonctions de l'Orateur
deviennent plus impoſantes & plus auguftes
, & que ſon langage peut monter naturellement
au ton le plus élevé , au ſtyle le
plus hardi& le plus figuré de l'éloquence. Il
parle au nomdes ſiècles & pour les fiècles,
il dégraderoit ſon rôle , il ſe montreroit dénué
de toute imagination , de toute ſenſibilité
s'il conſentoit à n'être qu'un froid &
tranquille differtateur. Au reſte , tous ceux
qui , parmi nous , ont obtenu des ſuccès un
peu éclatans en ce genre , ont conſacré ces
principes par leurs exemples. Il s'en faut
bien que M. de Chamfort & M. de la Harpe
ayent tout loué dans La Fontaine ; & cependant
qu'il devoit être difficile d'appercevoir
des défauts parmi tant de beautés , & des
beautés ſi aimables ! qu'il devoit en coûter
pour faire un reproche au bon La Fontaine !
QuandM.Thomas a prononcé l'Éloge de Defcartes
, il n'a fait grâce à aucune des erreurs
de ce grand Homme , & cependant il en a
relevé la gloire , qui ſembloit éclipſée par
les fublimes découvertes de Newton.
< Une grande partie des OEuvres de M. de
18 MERCURE
Villetteeft compoſée de ſa correſpondance
avec Voltaire. Tout eſt plein de Voltaire
dans ce petit volume; il y fait tout ou il y
inſpire tour. M. de Villette voyoit tout en
Voltaire; il parloit à Voltaire & Voltaire lui
répondoit. Cela reſſemble à Mallebranche
en beaucoup de choſes; mais cela diffère de
Mallebranche en plus de choſes encore.
Le genre des Lettres peut paroître petit ;
maisdans le plus petit genre , c'eſt un grand
mérite de paroître ſans danger à côté de
Voltaire: après avoir lû une lettre de Voltaire
, on lit avec le même plaifir une réponſe
de M. de Villette ; & la lettre & la
réponſe ſont écrites du même goût, du même
ton; on ne découvre point d'imitation , &
on apperçoit de la reſſemblance ; quelquefois
on ſeroit tenté de ſoupçonner que c'eſt
une correſpondance ſimulée , dans laquelle
l'Auteur n'a pas ſu varier toujours ſon ſtyle
avec ſes perſonnages.
Lefondsde ces lettres n'eſt preſque rien ,
&ces lettres font charmantes. Quand viendrez-
vousàFerne.y.....Jeferai bientôtàFerne.
y........Voilà le fonds de cette correfpondance.
Les acceſſoires ne font pas beaucoup
plus importans; mais foit qu'il foit queſtion
d'une promenade , d'une lecture , d'une proceffion
du Jeudi Saint , d'une ſalle à repaffer
le linge, dont on a fait un théâtre; ſoit qu'il
ſoit queſtion de Mlle Clairon , qui ira ou
quin'irapoint àFerney; de M. de la Harpe ,
DE FRANCE.
19
qui fera ou qui ne fera point à Ferney de
petits Warvics; la raiſon & la philoſophie
Te gliſſent par-tout dans les idées , lagrâce
fuit par tout l'expreffion .
Voltaire aimoit véritablement l'efprit de
M. de Villette ; il l'avoit formé , & le coeur
aifément s'attacheàfon Ouvrage.
Il le loue beaucoup; mais ſes louanges ont
moins l'air d'une flatterie que des careles
d'un père:
f
Vous ſavez penſer comme écrires
Les grâces avec la raiſon
Vous ont confié leur empire 3
L'infame ſuperſtition
Sous vos traits délicats expire.
Ainsi , l'immortel Apollon
Charme l'Olympe de ſa lyre ;
Tandis que les fièches qu'il tire
Écrâſent le ferpent Python.
Il eſt Dieuquand par ſon courage
Cemonftre affreux est terraſfé;
Il l'eſt quand ſon brillant viſage
Rallume le jour éclipſé ;
:
Il lui paſſe les erreurs &les folies même
deſajeunelle.
Les erreurs&les paſſions
De vos beaux ans ſont l'apanage ;
20 MERCURE
Sous cet amas d'illuſions
1
\
Vous renfermez l'âme d'un ſage.
Quelquefois il lui montre la raiſon , mais de
loin, & ſous les traits du bonheur ou de la
gloire; d'autres fois enfin il ne montre plus
la tendreſſe d'un père que dans la ſévérité de
fes reproches.
«Vous vous plaignez de quelques tours
>>qu'on vous ajoués ; j'aimerois mieux qu'on
>> vous eût volé deux cent mille francs , que
ود de vous voir déchirer par les harpies de
» la ſociété qui rempliſſent le monde. Il faut
>> abſolument que vous ſachiez que cela a
» été pouffé à un excès qui m'a fait une
>> peine cruelle. On a dit: voilà comment
> ſont faits tous les petits Philoſophes de
» nos jours. On clabaude à la Cour , à la
» Ville. Vous êtes fait pour mener une vie
>> très - heureuſel, & vous vous obſtinez à
>> gater tout ce que la nature & la fortune
> ont fait en votre faveur..... Je vous dirai
>> encore qu'il ne tient qu'à vous de faire
>>tout oublier. Je vous demande en grâce
>> que vous ſoyez heureux ; je ne veux pas
» qu'un beau diamant ſoit mal monté. Par-
ود donnezma franchiſe; c'eſt mon coeur qui
>> vous parle , il ne vous déguiſe ni ſon
affliction , ni ſes ſentimens pour vous , ni
ſescraintes. ” 2
Il falloit ſans doute du courage à Voltaire
pour écrire cette lettre; mais un courage
DE FRANCE. 21
bienplus extraordinaire , c'eſt celui de M. de
Villette , qui imprime ou qui laiſſe imprimer
cette lettre dans ſes OEuvres , & qui n'y fait
aucune réponſe. J'en vois une cependant
dans ce volume ; mais c'eſt M. Delille de
Salſe qui l'a faite.
4
C'eſt donc toi , généreux Villette ,
Qui , par la main la plus diſcrette ,
Fis couler l'or dans ma priſon ,
Long-temps dece trait magnanime
Je ſoupçonnai l'âme ſublime
D'un Ariftide ou d'un Platon;
Dans ma recherche téméraire ,
Au ſein même du miniſtère ,
J'oſai remercier Caton.
Ma vertu te faiſoit injure ,
Ce fut l'élève de Ninon
Qui mit le baume à ma bleſſure ;
J'ai vû la vertu la plus pure
Non au portique de Zénon ,
Mais dans le boudoir d'Épicure,
On avoit le droit d'imprimer ces vers quand
on avoit eu le courage d'imprimer la proſe
de la lettre que nous avons citée.
M. de Villette loue toujours Voltaire ;
mais ce n'eſt pas toujours de la même mamière
& du même ton. Il ſait répandre dans
22 MERCURE
les formes de la louange , cette variété que
Voltaire poffedoit ſi bien en écrivant aux
Rois , aux beaux Eſprits , aux Belles.
"En vous voyant hier , Monfieur , avec
lebâton & le capotde Paoli , je me fuis
>> rappelé ces premiers vers de l'Aminthe :
Chi crederia cheſotto humaneforme
Etſotto questepaftoralispoglie
Foffe nafcotto un dio.
," Il eſt vrai que mon attachement pour
>> votre perſonne tient un peu du culte; fi
>> l'on peut m'accuſer d'idolatrie, ce ne fera
>> pas au moins de politheiſine. 1
Il y a bien de la grâce dans ces tournures;
& il en falloit beaucoup pour dire à un
homme qu'il eſt un Dieu & qu'on l'adore .
Au milieu de cette correſpondance en
vers charmans , en proſe aimable , il y a un
incident, c'eſt un mariage ; c'eſt le mariage de
M. de Villette avec Mlle de Varicourt , que
Voltaire avoit nommé belle & bonne en
l'adoptant,& qu'on a trouvée ſi biennommée
quand on l'a connue à Paris , que ce nom de
belle & bonne accompagne toujours celui
de Mme de Villette. M. de Villette adreſſe
beaucoup de vers à ſa femme, & il parle
beaucoup d'elle dans les vers qu'il adreſſe
aux autres. Il eſt remarquable que ce ſoit M.
de Villette qui ait donné cet exemple , qui
étoit peut être ſans exemple dans lesPoëtes.
DE FRANCE
28
Délie n'étoit pas la femme de Tibulle; &
Horace n'avoir pas épouſe Glicère .
Le reſte des OEuvres de M. le Marquis de
Villette eft compoſé de Lettres à ſes amis ,
de Contes , d'Épîtres , de ces Pièces que les
circonſtances font naître, mais qui ne pafſent
pas toujours avec elles , qu'on appelle
fugitives , mais qui ſe gravent dans la mémoire
des Lecteurs lorſqu'elles flattent leur
goût. On a dit de Pline le jeune qu'il écrivoit
ſes billets ſous les yeux de la poſtérité , &
cela est vrai ; & ce qu'il y a d'étonnant ,
c'eſt que malgré cela , la poſtérité lit avec
plaifir les billets de Pline le jeune. Parmi les
billets de M. le Marqnis de Villette , il y en
aqui auront ſans doute le même ſuccès fans
avoirmontré lamême prétention.
Dans une lettre écrite de Ferney , M. de
Villette parle contre les plaiſirs de la chaffe.
"Je conçois bien qu'on faſſe la guerre aux
» bêtes qui la font à tout le monde; mais je
» n'ai jamais pume figurer quel féroce plai-
" far on trouve à déchirer , à mettre en
>> pièces de pauvres petits êtres qui ne ſemblent
jetés par la Nature , au milieu de
>> nos champs, que pour les animer & les
» embellir : & c'eſt pourtant là les récréa-
» tions qu'on vous propoſe tous les jours.
Tandis que les trompes bruyantes
Font , au loin , retentir les bois ,
24
MERCURE
:
:
Et que les meutes aboyantes
Pourſuivent un cerf aux abois :
Humble & timide volatille ,
Cette perdrix aux pieds pourprés ,
Si fugitive & fi gentille ,
Sifflant ſes petits égarés
Parmi le chaume qui fourmille ,
Devant leurs pas accélérés
De fillon en fillon ſautille;
Heureuſe s'ils font ignorés!
Mais le ſalpêtre éclate &brille ,
Elle voit les champs colorés
Du ſang de ſa triſte famille.
On voit que ces vers ont été jetés avec
négligence dans une lettre ; mais on voit auſſi
qu'ils ont affez de grâce & d'intérêt pour
mériter d'être recueillis.
2
L
L'habitude , Conte.
JADIS vivoit à Carcafſonne
Un gros Richard nommé Lucas;
Ami de l'eſpèce qui ſonne ,
Il faiſoit la banque aux ducats.
Unjour ſa femme , aſſez jolie ,
Lui mit au monde un beau garçon.
Dans l'Églife en cérémonie
On aſperge le nourriſſon ;
Puis ſur le livre de la vie ,
:
Ou
DE FRANCE.
25
Où tous les noms ſont conſignés ,
Le Pasteur , dans la Sacriftie ,
Dit à Lucas : Monfieur , ſignez.
Et Lucas , felon ſa manie ,
Toujours l'eſprit à ſon métier ,
Très- nettement ſur le papier
Signa , Lucas & Compagnie.
Le trait piquant eſt à la fin ; mais le ſtyle
&l'agrément du Conte eſt dans chaque yers.
On reconnoît fur-tout le goût que M. de
Villette doit au commerce de Voltaire dans
cette aptitude à prendre facilement le ton de
chaque genre. Il feroit difficile que le Conte
du Banquier de Carcaſſonne ne rappelat
point ces tournures , ces formes de vers que
Marot le premier peut- être a données au
Conte Épigrammatique que Racine poffedoit
fi bien , & auxquelles Rouſſeau ajouta
tant d'énergie.
A M. de Voltaire , qui avoit envoyé une
montre à répétition , à quantième , à
Secondes , & garnie de fon Portrait , à
M. de Villette.
Je la reçois cette machine ,
Où dans trois orbes différens
Une triple aiguille chemine ,
Et dans ſa courſe détermine
Les jours , les heures , les inftans
Qui s'échappent à la fourdine.
No. 1 , Janvier 1785 . B
A
26
MERCURE
Jadis chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paflé pour divine ,
Le luxe a créé les talens ;
Et le plus beau des inſtrumens
Qui ſoient de Paris à la Chine ,
Me coûte moins de fix cent fracs.
Mais , hélas ! lorſque j'examine
Le numéro de ſes cadrans ,
J'en reçois la leçon chagrine
De la perte de mon printemps ,
Et je prévois les foins cuiſans
Que la vieilleſſe nous deſtine.
Vains jouets des amuſemens
Quand le néant nous avoiſine !
Les jeux , les plaiſirs ſéduiſans
D'une main légère & badine
Viennent nous bercer en tout temps,
Et nous tiennent ſur leur courtine
Endormis ſous l'aîle du Temps ,
Tandis que fa faulx afſaſſine ,
Cueille la fleur de nos beaux ans ,
Et ne nous laiſſeque l'épine.
Il nous ſeroit facile de louer beaucoup
ces vers ſans trop les louer ; les fix premiers
fur tout rendent bien heureuſement des choſes
très difficiles à rendre ; mais que feroient
nos éloges auprès des éloges de Voltaire ? II
faut entendre Voltaire parlant des rimes en
ine de M. le Marquis de Villette,
DE
FRANCE.
Mon Dieu ! que vos rimes en ine
M'ont fait paffer de doux momens !
J'y reconnois les agrémens
Et la légèretébadine
De tous ces Contes amuſans
Qui faiſoient le doux paſſe-temps
De ma nièce & de ma voifine.
Je ſuis forcier ; car je devine
Ce que feront les jeunes gens;
Et je prévis bien dès ce temps
Que votre Muſe libertine
SeroitPhilofophe à trente ans.
Alcibiade, en ſon printemps ,
Étoit Socrate à la ſourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers ſenſés & très plaifans ,
Plus j'y trouve un fond de doctrine
Tout propre à Meſſieurs les Savans;
Non pas à Meſſieurs les pédans ,
De qui la ſcience chagrine
Eſt l'éteignoir des ſentimens.
Adieu : réuniſſez long-temps
Lagaîté , la grâce ſi fine
De vos folâtres enjoûmens ,
Avec ces grands traits de bon ſens
Dont la clarté nous illumine.
27
Il n'y a rien au deſſus de ces éloges que
la gloire de les mériter de plus en plus. Vous
Bij
28 MERCURE
Serez désabusé de tout , écrivoit Voltaire à
M. le Marquis de Villette ; vous ferez des
nôtres. Pourquoi ſe défabufer de tour ? Il ne
faut ſe detabufer de rien , ni des plaiſirs dans
la jeuneſſe , ni de la raiſon & de la gloire
dans l'âge mûr , ni du repos & de la bonté
dans la vieilleffe. Tout a ſa réalité & fon
charme dans la nature bien ordonnée. Il ne
faut ſe défabuſer que de ce qui eſt mal , &
ce qui eft mal ne fait jamais que du mal . Ce
qu'on a tant appelé les illuſions de la jeuneffe,
eſt la ſeule manière de voir & de ſentir
qui foit vraie à cet âge. Ces impreffions fi
douces & fi réelles ne deviennent des illafions
dangereuſes que dans les âges ſuivans
où la nature ne vous les donne plus , & où
on veut les conferver encore. Alors il faut
les perdre , mais de bonne grâce ; les regrets
qu'on leur donne encore peuvent être aimables
, & ces regrets même ſont une dernière
jouiffance . Mais il y a de l'orgueil à
dire qu'on en eſt déſabuſe , & l'orgueil n'eſt
ni aimable pour les autres , ni doux pour
foi -même.
Qui n'a point l'eſprit de ſon âge ,
De ſon âge a tout le malheur.
Ces deux vers charmans ſont de Voltaire ,
&c'eſt preſqu'un code de morale . Heureux
ceux qui , en cultivant de bonne heure les
Arts qui peignent & embelliffent les paſſions
de la jeuneſſe , ont formé & perfectionné
dans les plaiſirs même du premier âge , la
DE FRANCE.
29
raiſon & les talens qui ſont la gloire de l'âge
maûr & la confolation de la vieilleſſe !
(Cet Article est de M. Garat. )
ESSAI fur l'Histoire Générale des Tribunaux
de toutes les Nations , tant anciennes
que modernes , &c.; par M. Defeffarts ,
Avocat , Membre de pluſieurs Aladémies
, neuvième & dernier Volume. Prix ,
36 liv. les neuf Volumes francs de port
dans toute l'étendue du Royaume. A
Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine , hôtel
de Mouy , & chez Mérigot le jeune , Durand
neveu , Nyon l'aîne , Laporte , Savoye
& la Veuve Duchefne , Libraires .
CeEn'eſt point ici un de ces Ouvrages
de Jurisprudence deſtinés feulement aux
perſonnes qui font attachées au Barreau ;
c'eſt une Hiftoire intereſſante de la Légiflation
de tous les Peuples , elle offre untableau
de tous les uſages adoptés par toutes les Nations
dans l'adminiſtration de la Juſtice. Ce
qui rend la lecture de cet Ouvrage plus attachante
, c'eſt le choix des procès fameux
que M. Deſeſſarts y a inferes, La variété
infinie des ſujets qu'on y trouve pique la
curiofité & délaiſe l'eſprit fans diminuer
l'intérêt. Après avoir médité les différentes
Loix d'un Peuple , on aime à voir de quelle
manière on les exécute. M. Deſeſſarts ne
pouvoit mieux remplir ſon but qu'en offrant
Bij
MERCURE
àſes Lecteurs des exemples tirés des procès
les plus fameux qui ont été jugés par les Tribunaux
de chaque Nation.
Le dernier Volume qu'il vient de faire
paroître renferme entr'autres procès ceux de
la Maréchale d'Ancre , de Cartouche , de
Jean Châtel , du Comte d'Entragues , de
de Fargues , des affaffins de la Marquiſe de
Gange, de pluſieurs innocens condamnés ou
expoſes à l'être ſur des indices trompeurs ,
d'un impoſteur condamné en Saxe , d'un
Colonel jugé en Suède , de Mandrin , de Ravaillac
, &c. Quoique pluſieurs de ces procès
ſoient déjà connus , ils ont le mérite de
lanouveauté dans l'Ouvrage de M. Defeffarts
par les détails curieux qu'il y a inférés ,
& qui avoient été omis par ceux qui en
avoient parlé auparavant.
On lira fur-tour avec beaucoup d'intérêt
des réflexions que M. Deſeſſarts a faites
contre l'abfurde préjugé qui note d'infamie
les parens des perſonnes fuppliciées. Il a
démontré que ce préjugé eſt également nuifible
à l'érat & au bonheur des Citoyens ;
&pour faire une impreflion plus vive, il a
cité des exemples qui font bien capables de
faire profcrire ce préjugé , ſi la raifon &
l'évidence peuvent l'emporter ſur les opinionsque
P'habitude a confacrées. M. Defeffarts
a terminé le Volume qu'il vient de publier
, par des obfervations ſages fur plufieurs
points de notre Jurisprudence Crimi
nelle ; il a prouvé dans cet article que la ri
DE FRANCE
31
gucur des Lois produit ſouvent l'impunité ;
que cette impunité dangereuſe multiplie &
enhardit les coupables ;& que pour prévenir
les funeſtes effets de ces abus , il feroit à
deſirer qu'on adımît la même gradation, dans
les peines , que pluſieurs Nations de l'Europe
ont adoptée dans leur Code Criminel.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LEMercredi 15 de ce mois , on a joué ,
pour la première fois , l'Avare cru bienfaifant,
Comédie en cinq Actes & en vers ,
parM......
Le titre de cet Ouvrage étoit fait pour
exciter la curioſité. Molière , dans un de
ſes Drames immortels , nous a peint l'ava
rice ſans maſque , ſous les livrées de l'économie
la plus fordide , avec tous les vices
acceſſoires qu'entraîne l'amour matériel de
lor; enfin , il l'a offerte dans toute ſa laideur
, & , pour ainſi dire , toute nue. Ce
tableau très moral qui , par lamanière dont
il eſt exécuté , annonce tout enſemble un
grand Peintre & un Philoſophe profond ;
ce chef d'oeuvre d'un grand Maître , quelque
ſublime qu'il ſoit , n'a pu corriger
l'Avare (car quelle force humaine eſt capa
A Biv
32
MERCURE
ble d'anéantir dans nos coeurs les paffions
avec leſquelles nous ſommes nes ? ) Mais il
Va forcé au moins à diffimuler une partie de
ſa difformité , & même à fe revêtir de couleurs
faites pour en impoſer à la multitude.
Ainſi déguifée , l'avarice eſt moins hideuſe
fans doute , mais les inconvéniens qu'elle
entraîne deviennent plus dangereux & plus
multipliés. C'étoit donc une idée très heureuſe
& vraiment digne de la reconnoifſance
publique, quecelle de repréſenter Harpagon
environné d'un certain faſte , affectant
la bienfaiſance par calcul ou par hypocrifie
, & devenu plus barbare encore fous
le coſtume de l'opulence qu'il ne l'étoit fous
celui de la misère. Il nous ſemble que c'eſt
à peu près ainſi que les Amateurs du Théâtre
avoient enviſagé d'avance le portrait de
Avare cru bienfaisant. Voyons comment
M..... a conçu ce caractère , comment il l'a
mis en action, coinment enun mot il a rempli
la tâche hardie & difficile qu'il n'a pas craint
d'entreprendre.
Craffifort eft riche, mais il a peur de le
paroître; il cache au contraire fa fortune à
tout le monde avec le plus grand ſoin ,
afin de fatisfaire plus sûrement fon infâme
avarice. Son Notaire , chargé par lui de lui
chercher l'emploi d'une ſomme de cent
mille écus , lui propoſe l'acquiſition d'une
charge honorable , & dont le revenu eſt
immenfe. Il la refuſe , & déclare qu'il préfère
un placement qui ne l'expoſe pas à pa
DE FRANCE 33
roître opulent, un placement en un mot qui
foit aufli ſecret que folite. In a un fils que
l'on nomme Flavicourt , à qui il a fait embraffer
l'etat Militaire, enlui rendant compte
du bien de ſa mère , dans l'unique intention
d'éviter de contribuer aux frais de ſon établaffement.
Ce Flavicout a connu dans la
Province Mme de Saint Fore & fa fille . Il a
été reçu chez elles avec une d ſtinction &
des égards qui lui ont intpire la plus vive reconnoillance
pour la mère , & un fentiment
plus tendre pour Horrenſe ( c'eſt le nom de
Mile de Saint- Fore.) Appelées toutes deux
dans la Capitale à cauſe d'un procès dont
dépend leur bonheur , les deux femmes font
logées chez Craffifort. Elles croient tenir
leur logement de ſa génerofité ; mais elles
ignorent que Flavicourt paye en fecret leur
penſion à fon père.Mme de Saint Fore cher
che à emprunter de l'argent ſur un contrat ;
cet argent eſt abſolument néc ſfaite à la
pourſuite de fon procès. Elle croit Craffifort
bienfaifant , & lui avoue fon beſoin avec confiance.
Il lui répond par un refus, ſous le prétexte
qu'il n'a pas de fonds; mais il lui promet
d'en chercher. Un Préſident avec lequel
il eſt lié vient le voir , & après lui avoir
parlé chevaux , vapeurs , &c. il lui confie
qu'il cherche à ſe marier. Craffifort ſait que
fon fils aime Hortenſe , que Mme de Saint-
Fore a confenti à lui donner ſa fille à condition
qu'il acheteroit une charge honnête &
lucrative; qu'elle lui a donné trois mois
Bv
34
MERCURE
pour tout délai, & que le terme accordé va
expirer. En conféquence , il conçoit tout- àcoup
le double projet d'arracher Hortenfe
àſon fils en la donnant au Préſident , &
d'emprunter vingt mille livres à celui ci.
Par ce moyen , il aura , ſans bourſe délier
, l'air d'obliger Mme de Saint- Fore ,
& même il retiendra à ſon profit un
eſcompte de dix pour cent d'avance. Le
Préſident accepte les ſoins de Craflifort
auprès d'Hortenſe & de ſa mère , & lui
remet en vingt billets de caiſſe une ſomme
de vingt mille livres , dont l'infâme uſurier
ne remet que dix huit à Mme de Saint-
Fore , qui en eſt auſſi ſurpriſe qu'affligée ,
quoiqu'elle ignore l'agioteur de cette horrible
uſure. Dès ce moment Craffifort met à
nuire à ſon fils le même empreſſement & la
même chaleur qu'un père tendre employe
d'ordinaire à ſervir ſes enfans ; de forte que
Mme de Saint- Fore, convaincue que Flavicourt
ne pourra jamais réuffir à remplir
les conventions ſous lesquelles elle lui
a promis ſa fille , ordonne à Hortenſe de
ſe diſpoſer à épouſer le Préſident. Quelques
incidens retardent néanmoins l'accompliſſement
des projetsde Craffifort & d'antres
les anéantiffent. Un domeſtique de
Flavicourt, chargé tout- à- la- fois de remettre
àHortenſe un billet, & de payer à Craffifort
un quartier de la penſion de Mme de
Saint Fore, en en tirant quittance , confond
ces deux papiers , tous deux d'égale granDE
FRANCE
35
1
deur, tous deux fans adreſſe , & tous deux
ſcellés du même cachet.Un quiproquo metla
quirrance ſous les yeux de Mie de St Fore, &
dévoile le myſtère de la penſion. On le cache
quelque temps à la mère ; mais à la fin elle
le découvre , & s'en indigne. D'un autre
côté , le même valet ramaſſe une lettre
adreffée à Craffifort, par laquelle le Notaire
apprend à celui ci qu'il a trouvé un emploi ,
tel qu'il lui convient , pour les cent mille
écus qu'il a à lui entre ſes mains , & le remet
à fon Maître. Flavicourt en eft enchanté;
il a entendu parler de la charge propoſée
le matin à ſon père ; il s'eſt preſenté ,
s'eſt informé du prix , a demande & obtenu
le temps de chercher des fonds ; enfin , il
eſpère qu il pourra venir à bout de toucher
le coeur de fon père, & d'obtenir de lui le
prêt des cent mille écus. Il ne néglige rien
pour y parvenir. Après tous les lieux communs
que mettent toujours en uſage les
gens de mauvaiſe volonté , Craffifort refuſe
net; mais comme Flavicourt , dans le premier
accès de ſa douleur,lui reproche ſa barbarie
, & le menace d'aſſembler ſes parens ,
de leur faire part de ce qui ſe paſſe , & d'implorer
leur appui , l'Avare diffimule , engage
ſon fils à ſe modérer , & lui promet de
terminer promptement cette affaire s'il conſent
às'en charger ſeul. Flavicourt y donne les
mains, & ſe retire plein de reconnoiſſance. 11
ne reſte pas long-tems dans cette douce poſition,
car ildécouvre bientôt l'odieuſe fourbe
Bvj
36 : MERCURE
Lie de fon père , & tombe dans le déſeſpoir.
C'eſt dans cet erat qu'il eſt apperçu par le
Native de Craflifort. Cet homme reſpectable
apprend avec autant d'indignation que
de ſurpriſe que Craffifort eſt père de Flavicourt
, & ſe propoſe de punir l'avarice de
l'un en ſervant l'autre; mais il ne fait point
part de fon deſſein au jeune homine. Il propoſe
au père de lui prêter les cent mille
écus dont il eſt dépoſitaire , en le laiſſant le
maître du temps & des intérêts. Craflifort
accepte. Cependant le Preſident a découvert
l'uſage que l'Avare a fair des billets de caiſſe
qu'il lui a confiés , & n'en preſſe pas moins
vivement Mme de Saint- Fore de lui accorder
la main d'Hortenfe. La jeune perſonne
a cédé aux conſeils de ſa mère ; elle va faire
le fatal ſacrifice ; elle va prononcer le mot
qui doit fixer à jamais ſon fort. Flavicourt
entre en s'écriant : Arrêtez. Il tient entre ſes
mains le contrat qui le tend propriétaire de
la charge qu'il a tant defirée. Craffifort révoque
le fait en doute, &demande quelhomme
affez imprudent a pu lui prêter la ſomme
néceffaire pour l'acquifition. Moi , dit le Notaire
en ſe préſentant. Cer événement éclaire,
le Preſident ſur tout ce qui s'eft paffé, lui
prouve qu'il étoit, ſans le tavoit,le complice
de l'odicuſe conduite de Craffifort ; qu'il alloit,
fans le vouloir , tyrannifer un coeur, &
jeter le déſefpoir dans un autre. Il reproche
aigrement à Craffifort ſa cruauté & fon
avarice. L'Avare ſe retiré avec la rage dans le
A
4
DE FRANCE.
37
coeur, & le Préſident généreux , quoique
fat, ſe propoſe de devenir le rival du Notaire
, en employant une partie de fa fortune
à affurer d'une manière inebranlable le
bonheur de Flavicourt &dHortenfe.
Il n'eſt pas aiſe de deviner pourquoi
l'Avare Crafifort a acquis la reputation
d'un homme bienfaifant. Rien dans la conduite
n'annonce qu'il foit fait pour menter
un tel renom , même momentanement.
Mme de Saint Fore& fa fille peuvent, il eſt
vrai , le ſoupçonner de reconnoiffance pour
le logement qu'elles croient tenir de lui , &
non pas de généroſité; car il n'y a ni genérofité
ni bienfaiſance à un père de recevoir
& loger chez lui des femmes avec leſque es
les bons traitemens qu'elles out farts à fon
fils , lui ont fait tacitement contr cher
quelques obligations ; mais le ſeul prét
de vingt mille livres & le prix auquel
Madame de Saint Fore l'obtient , fuffitoient
pour donner à celle- ci des ſoupçons trèsviolens
Un homme qui fe charge d'ob iger
quelqu'un , & qui n'a pour y parvenir d'au
tre moyen que celui d'un eſcompte odieufementufuraire
, eft , à coup sûr, un hemme
ſans delicateffe,& le defaut de devicauffe
exclud néceffaitement l'idee de bient ifance.
Il admet bien celle de la prodigaliré on de
la diffipation , & comme Creffifort n'a l'apparence
de l'une ni de l'autre, ſa manière de
rendre ſervice doir naturellement devenir
très-ſuſpecte. Ajoutons à cela qu'il n'y a
4
38
MERCURE
peut- être pas de conduite plus imprudente
que celle de Craffifort. Il veut cacher ſom
avarice , & tâche de paffer pour bienfaifant.Il
fe pare auprès de Mme de Saint- Fore d'une
généroſite qu'elle ne doit qu'à Flavicourt ,
& il eſt aſſez indiſcret pour donner à ſon
fils quittance des quartiers de penſion que
celui ci lui paye tant pour Mme de St Fore ,
que pour ſa fille & pour ſa femme de- chambre.
Comment ne ſonge- t-il pas , fur tout
d'après le projet qu'il a conçu de deſſervir
fon fils auprès d'Hortenſe , que tôt ou tard
tout ſe découvrira , que le déſeſpoir du
jeune homme pourra lui faire oublier ce
qu'un fils doit à ſon père , enfin que les quittances
qu'il donne pourront devenir des
titres capables de le couvrir de confufion ,
& de lui faire perdre cette réputation de
bienfaiſance dont il devroit être jaloux ? Si
avant cette circonstance de la vie de Craffifort,
cet Avare s'eſt toujours comporté auſſi
légèrement , nous le demandons , comment
at on pu le croire bienfaifant ? Nous
croyons que pour faire de ce caractère un ta
bleau intéreſſant, comique & moral , il falloit
donner à Craffifort des apparences faites
pour ſéduire , une marche adroite , une conduite
finement calculée , devenue à force
d'art preſque impénétrable , & inventer des
refforts affez bien établis pour démaſquer un
perfide d'autant plus dangereux , qu'il ſe ſeroit
entouré de plus de moyens de tromper
l'opinion publique. Nous dirons peu de
1
DE FRANCE.
39
trop
choſe de l'intrigue. Un billet donné pour
un autre, & une lettre egarée, voila les
deux pivots fur lesquels eſt poſee la bate de
l'action. Ces reffources ſont certainement
trop petites&trop ulees pour que la critique
s'y attache long temps ; elles font
blamables pour mériter d'être encore blamées.
On pourroit ſavoir gré à l'Auteur
d'avoir placé l'Avare en face de ſon fils dans
une ſituation où celui ci égaré , au deſeſpoir,
parle à fon père avec un ton que la foumifſion
filiale devroit toujours exclure , d'avoir
préſenté l'autorité paternelle compromise &
même dégradee dans la perſonne d'un Avare,
ſi cette intention dramatique lui appartenoit ;
mais elle appartient à Molière,& la manière
dontM..... l'a mise en oeuvre, n'eſt ni aflez
comique ni affez intéreſſante pour qu'on le
louede cette imitation.On a dit avec raifon
qu'en Littérature, quand on voloit, il falloit
affaffiner; & quel Écrivain pourra jamais ,
en le volant, aſſaſſiner Molière ?
Ces obſervations, que nous pourrions
étendre , ne doivent pas nous empêcher
d'avouer que l'Avare cru bienfaiſant annonce
du talent , & que ce qui s'y fait diftinguer
, laiffe à préfumer que ſi l'Auteur
avoit moins entrepris , s'il avoit traité un
fujet plus à ſa portée , il auroit pu débuter
d'une façon brillante dans la carrière du
Théâtre. Le caractère d'Hortenſe eſt intéreſſant
, celui de Mme de Saint- Fore a de la
nobleſſe. Le Préſident , fous une fatuité
40
MERCURE
peut- être un peu triviale ,& qui est tout fim
plement le fruit de l'exemple & des habitudes
du jour , cache une âme généreuſe & un bon
eſprit : enfin , le Notaire offre un de ces caractères
réellement reſpectables , un caractère
tel qu'il feroit à deſirer qu'on en trouvât
beaucoup chez les perſonnes qui rempliffent
aujourd'hui les fonctions de cet
état , où la probité eſt ſi néceffaire & la
confiance fi malheureuſement dangereuſe. Le
ſtyle eſt ſouvent foible & négligé ; mais il
eſt quelquefois ferme & pur. De tous les
confeils qu'on peut donner à l'Auteur , le
plus néceſſaire , à notre avis , eſt celui de ſe
répéter ſouvent ce précepte d'Horace :
Sumite materiam veftris qui fcribitis aquam
Viribus.
Il faut pourtant encore l'inviter à bannir de
fes expofirions ces perſonnages prototiques
qui paroiffent une fois pour ne reparoître
plus; tels que le Valet fans condition qu'il
a introduit dans la première Scène du premier
Acte. Leur uſage annonce toujours
dans 1 Auteur qui les emploie de l'embarras
& de l'impuiſſance , & ne rappelle guères à
la mémoire d'autre ſouvenir que celui de
ces prologues mal - adroits qui précédoient
toujours les Comédies Grecques & Latines.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICE'S.
FIGURES de l'Histoire Romaine , accompagnées
d'un Précis Historique au bas de chaque Eilampe.
Première Livranton , d'après les deſſins de M. de
Myris , Secrétaire d Education de LL AA. SS. les
Ducs de Valois & de Mompenfier.
Ce genre d'Ouvrage peut être utile pour l'étude
de l'Histoire ; & cette première Livraiſon eſt exécutéc
de manière à établir pour la fuite un préjugé des
plus avantageux. Les Gravures en ſont ſoignées, &
le texte a les qualités qui conviennent au genre.
Voici le ſujet des douze Eſtampes qui compofent ce
premier Cahier : l'origine de Romulus , la Mort de
Rémus, l'Enlèvement des Sabines , le Triomphe de
Romulus , la Trahison de Tarpeia , la Mort de Romulus
, Numa Pompilius, les Vestates , Tutus Hof.
tilius , Combat des Horaces , Horace condamné &
abfous , Ancus Martius , & Tarquin l'ancien.
L'Ouvrage entier ſera compoſée de trois cent Eftampes
& d'un Frontiſpice. On délivrera gratis le
Frontifpice aux perſonnes qui auront retiré les fix
premières Livraiſons Le prix de chacune fera pour
les Soufcripreurs de 15 liv. , & de 18 liv. pour les
perſonnes qui n'auront pas ſouſcrit. La Souſcription
eſt ouverte pour Paris juſqu'à la fin de Février ; &
pour la Province juſqu'à la fin de Mai On ſouſcrit
actuellement à Paris , chezl'Auteur , au Palais Royal ,
paſſage de Richelieu , No. 2 , au premier. La majeure
partie de la Famille Royale a honoré cet Ouvrage
de ſa Souſcription. Ces Estampes peuvent
s'adapter aux Éditions de l'Hiſtoire Romaine de
Rollin , de l'Abbé de Vertot & autres . Il faut obferver
que l'Ouvrage entier eſt imprimé ſur papier
vélin.
2 MERCURE
L
ETAT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France,pour l'année 1785 , publié pour la première
fois en 1783 , par M. Poncelin de la Roche-Tilhac ,
Écuyer, Confeiller du Roi à la Table de Marbre.
in- 80. Prix , s liv. broché. A Paris , chez l'Auteur,
rue Garancière ; Lamy , Libraire ; Mérigot le jeune ,
Libraire , Royez , tous trois quai des Auguſtins , &
Leroy , rue S. Jacques.
Almanach Américain , Asiatique & Africain ,
ouEtat Physique, Politique , Eccléfiaftique & Militairedes
Colonies d'Europe , en Asie , en Afrique &
enAmérique, par le même , & aux mêmes Adreſſes .
in- 12. Prix, 3 liv. broché.
:
Ces deux Ouvrages ont eu du ſuccès d'abord, &
ſe perfectionnent d'année en année.
L'AMI de l'Adolefcence , par M. Berquin ,
cinquième & fixième Cahiers , formant le troiſième
Volumede cet Ouvrage. La ſouſcription pour Paris
estde 13 liv. 4 fols , & de 16 liv. 4 fols pour la
Province port franc par la poſte. On s'adreſſe à M.
Leprince , Directeur , au Bureau de l'Ami des Enfans
, rue de l'Univerſité , nº. 28 .
Ontrouve à la même Adreſſe l'Ami des Enfans ,
vingt-quatre Volumes. Prix , 26 livres 8 fols port
franc par la poſte. - Le même Ouvrage en huit
gros Volumes. Prix , 16 livres 4 fols auffi port franc
par lapoſte.
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alexandre Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près du Pont-Neuf.
Ce Calendrier qui , ſelon fou titre , offre le
tableau des ans écoulés & des années à venir , eſt
auſſi ſimple que commode. L'Auteur , M. Jombert
jeune , en a puiſé l'idée dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates , par Dom Clément , & la
DE FRANCE. 43
TableChronologique de deux mille ans qui y correſpond.
Le Calendrier complet eſt composé d'un
Livret mince renfermé dans un cadre proprement
doré. Ce Livretcontient trente-cinq Calendriers pour
chacune des trente - cinq Epoques différentes de
Pâques.& une Table qui préſente une ſérie d'années
depuis l'an 1 juſqu'à l'an 2200 de Jéſus - Chrift.
Chaque année de cette ſérie renvoye parun numéro
àcelui des trente-cinq Calendriers qui lui eſt propre.
On trouve le meine Calendrier dans un cadre
plus petit, qui ne préſente que deux mois à- la- fois.
Leprixde chacun de ces Calendriers eſt de , livres
tout encadre.
ATLAS Ecclésiastique , Civil , Politique , Mili
taire& Commerçant de la France & de l'Europe ,
ou Etrennes portatives , utiles & agréables , pour
l'année 1785, vol. in- 24, de 200pages. AParis, chez
Beauvais, maiſon de M. Lambert, Imprimeur-Libraire
, rue de la Harpe , & Froullé , Libraire , quai
desAuguſtins. Prix , i livre 4 fols broché; avec les
Cartes coloriées , I livre 10 ſols.
Les augmentations conſidérables faites àcet Almanach
, qui a paru avec fuccès l'année dernière , donnent
une idée avantageuſe de la ſuite ; il remplie
exactement ſontitre ,&les Cartes dont il eſt enrichi
réuniffent l'agrément à l'exactitude.
ETRENNES Provinciales , ou Tablettes du
Citoyenpour l'année 1785. Prix , 12 ſols brochées. A
Paris, mêmesAdreſſes que ci-deſſus.
Ces Tablettes contiennent à-peu-près tout ce
qu'un Particulier doit ſavoir dans le commerce de la
vie,& elles font enrichies de Notes curieuſes & intereffantes
fur toutes les Provinces du Royaume.
ALMANACHLittéraire, ou Etrennes d'Apollon ,
44
MERCURE
par M. d'Aquin de Château-Lyon. A Paris , chez
tousles Libraires
Etrennes du Parnaſſe , choix de Poéfies. Prix ,
I liv. to fols. A Paris , chez le Rédacteur , rue
Mêlée , Nº. 13 ; Belin , Libraire , rue S. Scques ,
près S Yves ; & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien.
Nous rendrons compte incoſſamment de ces deux
Recueils connus , & qui reparoiſſent tous les ans.
EUVRES Complettes de Crébillon , nouvelle Édition
, augmentée & ornée de belles Gravures. 3 vol.
in - 8 ° . Prix , 18 liv. br. , & 36 liv. le grand papier.
A Paris , chez la Veuve Ducheſne , rue S. Jacques ;
Nyon l'aîné, rue du Jardinet ; Bailly , rue S. Honoré ;
Colas , place de Sorbonne ; Mérigotjeune & Onfroy ,
Libraires , quai des Auguſtins.
Les frais de cette belle Édition ſont bien juftifiés
par le mérite de l'Auteur qui en eſt l'objet,
Crébillon partage aujourd'hui les honneurs de la
Scène Tragique avec les premiers Poëtes de la Nation.
Le luxe typographique accordé à de pareils
hommes devient alors un hommage légitime. Cette
Édition est fort bien exécutée , & mérite l'empreſſement
du Public. Elle a de plus que les précédentes ,
une Scène de Catilina que l'Auteur avoit retranchée ;
une Ode ſur ſon anniverſaire , & un éloge hiſtorique
Cette Vie de Crébillon eſt intéreſſante à lire , &
ajoute un nouveau prix à cette Édition nouvelle.
LES Figures des Fables de La Fontaine , gravées
par Simon & Coiny , d'apres les deſſins du ſieur
J. Vivier , Peintre & Élève de M. Caſanova ; le texte
gravé format in 16. pap. d'Hollande. Prix , 3 liv. A
Paris , chez les Auteurs , au Bureau du Voyage Pittoreſque
de la Grèce , rue Pagevin , Nº. 16 .
Nous avons annoncé avec de juſtes éloges la pre
DE FRANCI
41
mière Livraiſon de cet Ouvrage , qui doit avoir du
ſuccès. Outre la commodité du format , qui la rend
moins couteuſe que le grand format qui avoit déjà
paru, il eſt exécuté , pour la gravure & pour le texte ,
avec un ſoin & une netteté qui le mettent bien au
deſſus de l'édition de Feſſard.
La Double Récompense du Mérite , dédiée
M. Wille , Graveur du Roi , peint par P. A. Wile
fils , gravée par J. J. Avril. Prix , 12 liv. AParis ,
chez l'Auteur , rue de la Huchette , Nº. 20.
Cette Eſtampe , gravée avec autant de vigueur
que d'harmonie , doit être accueillie des Amateurs.
Le Théâtre des Grecs, par le Père Brumoy, nouvelle
Edition , enrichie de très-belles gravures , &
augmentée de la Traduction entière des ppiiecces
grecques dont il n'exiſte que des extraits dans toutes
les Editions précédentes ,&de comparaiſons , d'obſervations
& de remarques nouvelles , propoſé par
ſouſcription en 10 ou 12 Volumes grand & petit
in- 8 ° . & in- 4° . A Paris , chez Cuffac , Libraire ,
rue du vieux Colombier , vis-à-vis la rue Caffette."
Quoique l'amour du Spectacle ſoit devenu prefque
univerſel, le goût des bons principes n'en est
pas plus conſervé ; voilà pourquoi il eſt peutêtre
plus important que jamais de rappeler le Public
aux grands modèles de l'antiquité. Sous cet afpect
l'Ouvrage que nous annonçons peut être utile ,
&le nom des perſonnes qui s'en occupent doit prévenir
en faveur de l'exécution .
M. de Rochefort , de l'Académie des Belles- Lertres
, s'eſt chargé de corriger les fautes qui ſe ſont
gliſſées dans l'eſtimable production du Père Brumoy ;
il fuppléera aux obſervations dont les autres Editions
ſont accompagnées par des ebſervations nouvelles
, & il joindra aux trois Diſcours du Père Bru
46 MERCURE
moyunDiſcours ſur l'objet & l'art de la Tragédie
chez les Grecs.
A la fuite des Extraits d'Eſchyle par le Père Brumoy
, M. du Theil donnera la Traduction entière
de ce grand Tragique.
M. Dupuy a traduit en entier Sophocle , & M.
de Rochefort Euripide; unHomme de Lettres , qui
veut garder l'anonyme , s'eſt chargé de la Traduction
d'Ariftophane , & l'on joindra à cette Collection
un choix des fragmens les plus précieux des
Poëtes comiques , Ménandre , Philémon , Alexis , &c.
La partie typographique ſera ſemblable à l'Edition
du Plutarque d'Amyot , publiée par le même
Libraire , & ce ſeul mot doit prévenir favorablement.
Le Théâtre des Grecs aura dix ou douze volumes,
& fera imprimé en trois formats , chacun d'un
papier différent. Le premier petit in-8 ° , ſera imprimé
ſur de l'écu. Le grand in 8 ° , ſur du carré
find'Angoulême, pareil à celui du Plutarque. On
tirera quelques exemp'aires de ce dernier format
fur papier vélin , & quelques autres de format in 4 .
En ſe faiſant inſcrire pour le petit in- 88 . l'on
payera 8 livres , & 4 livres lors de la livraiſon de
chaque Volume broché. En ſouſcrivant pour le
grand in- 8° . l'on donnera 12 livres , & 6 livres en
recevant chaque Volume. Pour le même format in-
8°. fur papier vélin l'on payera 30 livres , & 15 liv.
en faiſant retirer chacun des Volumes. Pour le format
in - 4° . imprimé pareillement ſur papier vélin &
ſur la même juſtification que l'in- 89. l'on donnera
en ſouſcrivant 54 livres , & 27 liv. à chaque livraifon
d'un Volume. L'argent donné d'avance pour
l'un ou l'autre de ces différens formats ou papiers fera
àvaloir ſur les deux derniers Volumes , qui feront
livrés gratis à MM. les Souſcripteurs. La première
livraiſon de cet Ouvrage ſe fera en Mars 1785 , &
les autres de fix en fix femaines. Le prix de la ſoufDE
FRANCE
47
1
cription ſera le même jusqu'au premier Juillet de la
même année , & à cette époque il ſera augmenté.
On ſouſcrit auſſi chez les principaux Libraires de
la Province & de l'Etranger.
SYMPHONIE Pour le Clavecin , avec deux Violons,
Alto & Baffe , par M. Hayden , faiſant le
Numéro 12 du Journal de Pièces de Clavecin par
différens Auteurs. Prix , ſéparément 4 livres 4 lois .
Abonnement 24 liv. & 30 liv.
Le ſuccès de ce Journal engage l'Editeur à le continuer
l'année prochaine avec le même ſoin. In
avertit qu'il en fera paroître à la fois au premier
Janvier les trois premiers Numéros ; ſavoir , Numéro
1 , une Sonate de M. Hullmandell avec Violon;
Numéro 2 , un Concerto de M. Mozart; Numéro
3 , une Sonate de M. Vanhall. On s'abonne à
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la Clef
d'or , ancien Café de Foy.
NUMÉRO 12 du Journal de Harpe, par les
meilleurs Maîtres . Prix , ſéparément 2 liv. 8 fols.
Abonnement is liv. franc de port. A Paris , chez
Leduc , au Magaſin de Muſique , rue Traverſière-
Saint Honoré.
Le choix , la variété & le prix modique de ce
Journal doivent aſſurer ſon ſuccès foutenu déjà pendant
quatre années.
NOUVELLES Etrennes de Guitare , ou Recueils
des plus jolies Romances ou Couplets qui ayent paru
dans l'année 1784 , avec Sonates & Pièces pour la
Guittare composées pour cet Instrument , par M,
Porro , OEuvre IV. Prix , 7 liv. 4 ſols port franc. A
Paris , chez Baillon , rue Neuve des Petits-Champs ,
au coin de celle de Richelieu.
Le choix délicat des paroles & l'efprit avec lequel
1
48 MERCURE
elles ſont miſes en muſique , ne prouvent pas moins
de goût que de talent dans l'Auteur.
こ
NUMÉROS 41 à 48 du Journal de Guittare,
pour lequel on ſouſcrit chez le même. Ce Journal,
qui eſt auſſi dirigé par M. Porro , eſt toujours fait
avec un ſoin qui le rend digne de ſon ſucces foutenu.
AIR de Richard- Coeur-de Lion ajouté au Recueil
de M. Leroi , qui ſe deivre gratis à ceux qui repréfentent
ce Recueil. A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
JOURNAL de Clavecin , par les meilleurs Maîtres ,
Numéro 12. Prix , ſéparément 3 liv. Abonnement
15 liv . A Paris , chez M. Leduc , rue Traverſière ,
au Magaſin de Muſique
Ce Journal , qui jouit d'un ſuccès conſtant , ſe
continuera l'année prochaine.
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Librai
riefur la Couverture.
TABLE.
à ceux del
4
VERS en réponse
M. Hoffman ,
Madrigal ,
Charade, Enigme& Logogry
phe ,
3 Effai fur l'Histoire Générale
lette,
7
des Tripunaux , 29
Comédie Françoise , 31
sAnnonces& Notices , 41
OEuvres du Marquis de Vil-
J'AI lu
APPROBATΙΟΝ.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercurede France , pour le Samedi 1 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 31 Décembre 1784. GUIDEL
TABLEAU Politique
DE L'EUROPE , en 1784 .
SANS ANS les derniers événemens qui tout-à- coup
ont altéré l'union , ſubſiſtante depuis plus d'un
fiecle entre les Provinces Unies & Ja Maiten
d'Autriche , l'année derniere fourniroit à P'Hiftoire
à peine quelques traits. Heureuſe difete
de révolutions , a qui les peuples doivent la diminution
de leurs infortunes, & les Empires leur
tranquillité !
Elle ſembloit raffermie au Nord & au Levant
de l'Europe , par les facrifices de la Turquie.
L'invasion de la Crimée avoit eu moins de tuite
que n'en a ſouvent entre les Puiſſances la priſe
d'un village. Cette conquête qui fixoit fur le
Pont-Euxin les limites d'un Empire, déja dominant
de la Caſpienne à la mer Baltique , qui le rap .
prochoit du centre de la Monarchie Ottomane ,
qui la forçoit de tout craindre ou de tout céder ,
cette conquête s'étoit conſolidée par un Traité
formel . Non - ſeulement la Ruſſie a foumiſe
au joug , ſans hoftilités , cette contrée fur
laquelle ſa politique & fes armées avoient fait
ſes droits; elle a exigé de plus , que la Porte
les ratifiât. Preſſée entre l'alternative d'une guerre
inévitable , ou d'une condeſcendance dangereuſe
, cette derniere Puiſſance a paru balancer :
déja quelques mouvemens dans ſes arſenaux
ſembloient préſager une réſolution de déſeſpoir ,
Nº. , 1 Janvier 1785 . a
! ( 2 )
lorſqu'une convention folemnelle , fignée le 8
Janvier 1784 , mit le ſceau aux prétentions de la
Ruffie. Par ce Traité , la Porte a abjuré les ſiennes
, a reconnu à perpétuité l'occupation de la
Crimée & du Cuban ; & la prudence ſeule a opéré
ce que des défaites autrefois euſſent à peine confeillé.
Cette facilité de la Turquie à recevoir la loi
d'un voiſin puiſſant , a enhardi ſes Tributaires
de la Georgie à mépriſer ſon autorité , & l'on
n'a pas même tenté de les faire rentrer dans le
devoir. La même prudence a fait ſouſcrire au
Traité de commerce exigé par l'Empereur. Ce
Monarque , dont les armées étoient raffemblées
fur les frontieres , pouvoit attendre de cet appareil
des avantages importans. Sa modération
néanmoins lui fit reſtreindre ſesdemandes àdes
privileges de commerce , privileges dont quelques
nations jouiſfolent déja dans l'Empire Ottaman
, & à la conceffion deſquels la circonftance
donnoit un puiſſant appui. Un mois après la
convention avec la Ruffie , une Patente de la
Porte, ampliative des traités de Paffarowitz &
deBelgrade accorda aux ſujets Autrichiens la navigation
libre fur les mers & rivieres de l'Empire
, le paſſage libre de la mer Noire , l'égalité
du traitement pour les droits de Douane & pour
les immanités obtenues par da Ruffie.
Pendant que la Ruſſie régloit le Gouverne
ment , & s'aſſuroit la confervation de la Péninfule
, devenue province Moſcovite , un lé
ger incident porta Pattention publique fur
la Vistule. Danızick , entrepôt des richeſſes de
la Pologne , reſtée libre au milieu du démembrement
de la République ſa protectrice , enclavée
depuis cette finguliere époque , dans le tersitoire
d'un Souverain puiſſant , avoit vu fon
( 3 )
J
commerce décliner, & trembloit pour fon indépendance.
Des Douanes inquiétantes avoient
réduit les bénéfices & l'étendue de fon commerce
: une partie des affaires de cette opulente
Cité s'étoit portée à Elbing. d'où une ſuire de
banqueroutes l'avoit ramené à fon premier domicile
; mais ce retour de proſpérité , dû à un
accident , arrêtoit foiblement une décadence devenue
inévitable .
Depuis quatre cents ans , Dantrick , placée
au-deſſus des embouchures de la Vifule , en avoit
aſurpé la navigation .
Sa poſition, ſon induſtrie , la condeſcendance
de la Pologne , des titres poſitifs , & la longueur
de la jouiſſance , paroiſſoient à ſes yeux legitimer
ce droit d'étape , auquel elle avoit foumis
les bâtimens qui alloient en mer ou en venoient ;
mais le Roi de Pruſſe , maître une fois de la
Pruſſe Polonaiſe , ſongea à les affranchir. Il pouvoit
fermer la Viſtuleaux Danezickois : il leur demanda
la liberté de le deſcendre , de parcourir
l'eſpace reſſerré de leur territoire , de laiſſer ſes,
ſujets porter à la mer , & en recevoir des cargaiſons
, ſans les foumettre au monopole de la
Ville. Cette demande , quoique limitée , parut
à Dantzick le premier acte de ſon anéantiffement
: elle y vit le projet de ruiner ſon commerce
, déja foulé de droits; craignant de tout
perdre , elle s'expoſa à tout , & le paſſage fut
fermé aux vaiſſeaux Pr uſſiens .
Cette hoftilité , ou ce maintien d'un droit
réel , fut ſuivie d'une invaſion totale du territoire
de Dantzik : le Roi de Prufſe la fit
bloquer : enfermés dans leurs remparts , fans
communication extérieure , ſes habitans braverent
la diſette , les rigueurs du froid &
l'approche d'un fiége menaçant. Heureuſem.nt
a2
( 4 )
le Roi de Prufſe reſpecta cette réſiſtance ; il
pouvoir écrafer Dantrick : il ſe ſoumit à l'écouter
: les cours de Varsovie & de Pétersbourg
interpoferent leur médiation , les droits en litige
furent débattus , & il eſt réſulté de cette diſouffion
un plan conciliatoire , où le Roi de Pruſſe
a accordé avec l'équité , l'intérêt de ſes ſujets &
lą dignité de ſa Couronne.
Juſqu'à ce jour Dantzick n'a point ratifié cet
arrangement , conclu ſous les auspices même de
ſes protecteurs. Un entêtement funeſte déguiſe
à une partie des habitans le danger d'un refus ;
mais il eſt à croire que la prudence & la nécef.
fité préviendront les ſuites ultérieures de ce démêlé.
Ala réſerve de cet orage , élevé ſur la ſurface
d'un arôme , le Tableau de l'Europe fut durant
fix mois celui d'un calme confolant. Les Puifſances
qui venoient de poſer les armes , occupées
à fermer leurs bleſſures ; les Cabinets à rapprocher
les intérêts des nations; chacune d'elles à
reconnoître la place que lui laiſſoit dans le commerce
le dernier Traité de paix , tels étoient l'emploi
de la Politique , & le Lut de l'activité générale.
L'Angleterre , dont l'énergie eſt toujours en
action , dont le mouvement continuel attache les
regards durant la paix , comme pendant la guerre
, dont les loix , les moeurs , la liberté abſolu...
ment étrangeres au rete de l'Europe , laiſſent
aux paffions leur développement , & aux eſprits
leur indépendance , l'Angleterre a montré un
ſpectacle encore inconnu dans ſes Annales
P'accord du Peuple & de la Couronne contre les
ufurpations de la Puiſſance législative , pour le
maintien de l'équilibre dans cette Conſtitution ,
( 3 )
reſpectée de tous les Citoyens , parce qu'ils font
tous intéreſſés à la défendre.
Fiere d'avoir triomphe du Monarque & d'un
Parti puiſſant , ſe croyant d'ailleurs afſurée de
la confiance publique , fans laquelle tous les
appuis en Angleterre font très infufficans , la
Confédération de deux anciens Miniſtres , foutenus
de nombreux adhérens , dominoit dans la
Chambre des Communes. L'influence , aujourd'hui
prépondérante de cette branche de la Légiflation
, avoit porté Lord North & M. Fox
dans le Conſeil du Roi , d'où ils s'étoient mutuellement
chaſſés auparavant. Les places , les dignités
du Gouvernement avoient paſſé des mains
duPrince dans celles d'une cabale aristocratique ,
très- difficile en apparence à dépoíléder. Exilés
du Miniftere, les Wighs modérés ſe renfermerent
dans une oppoſition meſurée , & le Parlemenc
s'ouvrit fans orages. L'eſprit de conciliation en
diflingua même les premieres féances : les Miniſtres
ne prirent point cette harmonie pour un
ſignal de rapprochement , ils n'y virent que
l'impuiſſance de les troubler dans l'exercice de
leur pouvoir : la liſte de leurs amis étoit chargée
des noms les plus illuſtres ; les familles les plus
nombreuſes , les plus opulentes du Royaume
étoient dans leurs intérêts : ſpectateur de leurs
démarches , le Roi ne pouvoit les contredire ſans
offenſer la majorité des Repréſentans du Peuple ,
& ce Peuple lui- même , dont M. Fox prétendoit
s'être fait un Egide .
Ce Tableau flatteur aggrandit ſes idées & dirigea
ſes meſures. Quelqu'affermi néanmoins
que ſemblât le Miniftere , il avoit à franchir
un écueildont l'étendue lui échappa. Il s'agiffoit
de régler l'adminigration de l'Inde , de fubordonner
la Compagnie qui ydomine au Gouver.
23
1 ( 6 )
2
4
nement qui devoit y dominer , de ménager ce
Corps puiſſant , en lui impoſant un fiein; d'en
confier l'uſage à une autorité nouvelle , affez
puiſſante pour s'en ſervir efficacement, affez
limitée pour ne pas offenſer les principes de la
conſtitution . D'un côté , M. Fox entendoit le cri
des nations , le voeu des bons citoyens , les réclamations
de l'Inde ; il voyoit les ſouffrances de
la Compagnie elle - même , dont les déſordres
exigeoient & des réformes & des ſecours , mille
déprédations impunies, des fortunes ſcandaleufes
, effrayantes par leur rapidité ; une anarchie
inteline dans tous les départemens , & une
ruine inévitable ſans des remedes décififs : de
l'autre , il avoit à reſpecter une charte ſacrée ,
titre des privileges de la Compagnie , la
propriété des actionnaires de leurs préjugés
même, tous les Corps du Royaume dans celui
qu'il ſe propoſoit d'attaquer , fur - tout les
droits du Trône & de la liberté dans la création
des cenfeurs impoſans auxquels il alloit
remettre ce pouvoir iminenſe de gouverner
l'Inde des bords de la Tamiſe.
Ca milieu à conferver ne s'accordoit guères -
avec le caractere du Miniſtre , ni peut être avec
lacirconftance. En s'écartant des tempéramens ,
on ne pouvoit éviter de paroître ou trop timide ,
ou trop entreprenant . Dans cette alternative ,
M. Fox ne balança pas. Il préſenta au Parlement
un plan conçu avec courage , développé
avec chaleur , défendu avec toutes les reſſources
de l'éloquence politique. Celle de M. Fox
entraîna la Chambre des Communes ; mais la
Compagnie Afiatique, mais le Corps Municipal ,
mais tous les ennemis de l'adminiſtration protefierent
contre le Novateur. Le Roi lui- même ,
forcé de céder à ſon Conſeil, lorſque le bill
T
( 2 )
deM. Foxy fut approuvé , joignit ſa réſiſtance
'àcelle de la moitié du Royaume; ſes ſentimens
une fois manifeſtés , la Chambre Haute , après
des débats auſſi opiniâtres que ceux dont les
Communes avoient été le théâtre , rendit inutiles
, par une oppoſition victorieuſe , les fuffrages
de celles-ci , & le bill fut anéanti.
A cet acte de réprobation , le Ministere oppofa
toutes les reſſources de l'intrigue & de la
Conflitution : afſuré de la pluralité des Repréfentans
du peuple , il ſe flatta qu cette autorité
irrésistible briferot bientôt la réſiſtance ; il me
naça des pourſuites les plus férieuſes les inſtigateurs
de la rejection du bill ; il s'entoura de
retranchemens , qu'on ne pouvoit emporter que
par des moyens violens.
Alors on vit cet étonnant ſpectacle du Monarque
uni à la Minorité contre les propres Niriftres.
Peu intimidé de leurs meſures, il leur
retira ſa confiance , en leur fubftituant les Agens
même de leur chûse. Mais cette révolution du
Cabinet paroiffeit ſans confiflance , ayant à combattre
le pouvoir même d'où l'adminiſtration
publique tire toute fon activité ; quatre voix
gagnées par la coalition dans la Chambre-Haute ,
& le nouveau Miniſtere avoit contre lui le Par
lement entier.
Qa'oppoſoit le Conſeil à ces forces combinées
? Un jeune homme , à peine forti de l'adoleſcence
, porté ſans intervalle de la tribune
aux premieres dignités; héritier d'un nom cher
& célebre , dont il avoit à foutenir la réputation;
orné de talens qui ne font pas toujours
un bon Adminiſtrateur; mais eſtimé dans l'âge
des paffions par des moeurs pures & des vertus
ſéveres ; auſſi précoce en ſageſſe qu'en capacité
; au-deſſus des ſéductions qui corrompent
a4
( s )
aujourd'hui les gens en place fans les avilic,
&fur- tout affez prudent pour conſulter des guides
, aſſez modeſte pour ne pas prétendre à l'être
Lui-même. Outre M. Pitt , les affaires étoient
dirigées par des hommes d'expérience , trèsexercés
à la lutte des factions , & fans reproche aux
yeuxde la nation. Le Chancelier Lord Thurlow,
qui paſſoit pour le Conſeil particulier du Roi ,
réuniſſoitfur-tout les qualités propres au moment ;
un caractere måle & stoïque & la prudence d'un
Magiftrat ; une fermeté éclairée par de grandes
Jumieres , d'autant plus inflexible , qu'elle repofoit
fur des principes invariables .
A peine ce Miniſtere ſe mit en mouvement ,
que la Chambre des Communes arrêta toutes
ſes opérations ; il ſoumit à cette aſſemblée un
nouveau bill fur l'adminiſtration de l'Inde , défapprouvé
par une nombreuſe majorité. Point
de pofition plus difficile , plus délicate ; elle devenoit
encore plus terrible pour M. Pitt , par
les attaques perſonnelles auxquelles il étoit en
butte , & qui l'expoſoient ou à offenſer la Chambre
par ſa ſenſibilité , ou à l'enhardir par fa
réſignation.
Cet étatde criſe ne pouvoit être long ; l'infrant
des grands Bills annuels & celui des fubfides
alloit arriver : déja la Coalition ſe préparoit à
refuſer le renouvellement de l'acte de mutinerie ,
fans lequel l'armée étoit licenciée : les Communes
avoient interdit aux différentes caiſſes de difpoſer
des deniers publics ſans ſon approbation ,
&de toutes parts , pour me ſervir d'une figure
ufirée dans cette aſſemblée , elle enrayoit les roues
duGouvernement.
Pour prévenir cette anarchie , il reſtoit à la
Couronne le rempart de ſa prérogative , la faculté
de diſſoudre le Parlement ; mais cette opé
(و)
ration, qui renverſa le trone plus d'une fois,
preſque tombée en déſuétude , terrible par ſes
ſuites , pouvoit être pernicieuſe , ſi elle n'étoit
favoritée par les conjonctures & conduite avec
circonſpection.
La Chambre des Communes qui la prévoyoit,
l'avoit encore hériſſéé de périls & de difficultés s
de jour en jour , le Miniſtere retardoit cette extrémité
; il temporiſoit avec l'eſprit de parti ,
dans l'eſpérance de le défarmer. Plus cette guerre
ſe prolongeoit, plus les citoyens calmes en redoutoient
les conféquences : il ſe forma une ligue
dans les Communes même pour les prévenir. Si
elle fut impuiſſante à concilier les partis oppofés
, elle retarda du moins les derniers extes de
plus enplus lesforces ſe rapprochoient de l'égalité
dans le Parlement , & tans s'expliquer fur fes
deſſeins ultérieurs , le Miniſtere travailloit en
filence à les faire réuſſir. De la Twede au canal
deBristol , la nation laſſe d'être le jouet des intérêts
d'une cabale; déſabuſée ſur le patriotiſme de
ſesprétendus défenſeurs , indignée même da defpotiſme
exercé ſur la Couronne , déposiliće du
droit inviolable de choiſir ſes Miniſtres , la Nation
ſe fit entendre ; & ſa voix porta le dernier coup à
l'Oppoſition . Enhardis par une foule d'Adreſſes
toutes unanimes à remercier le Roi du dernier
choix de ſes Miniftres, ceux-ci ne craignirent plus
de frapper leParlement pour s'affermir : le Roi dit
au peuple ; » je vous renvoye vos Députés qui
>> ont trompé votre confiance : jugez 6 c'eſt à
>> tort qu'ils ont perdu la mienne , & que vos
>>>fuffrages terminent le différend.
La foibleſſe de ce parti , ſiredoutable dans les
Communes , parut alors à découvert. Lorſque le
nouveau Parlement ſe raſſembla , le Ministerey
retrouva les véritables organesde la Nation , &
as
( 10 )
les deux tiers d'entr'eux pour défenſeurs. Plu
ſieurs des chefs les plus accrédités dans leur parti
,dans les comtés , dans les bourgs , manquerent
leur élection ; & une entrepriſe qui , en
d'autres temps , eût fini par le ſupplice des Miniſtres
, en a juſtifié la ſageſſe & confirmé l'autorité.
Les devoirs que leur impoſoit l'état de la Nation
, n'étoient pas moins difficiles que les circonſtances
dont ils venoient de fortir ſi glorieufement.
Peu après les Parlemens entrerent en
fonctions , avec des objets auſſi importans devant
les yeux. De nouveau liens à former avec
les Etats - Unis de l'Amerique , un traité de
paix à conclure avec les Provinces-Unies , les
Adminiſtrateurs & les Officiers employés dans
l'Inde à contenir enfin dans leurs déprédations ,
un crédit public très-chancelant à ſoutenir , une
dette énorme à bien déterminer & à fonder , le
revenu public à étendre par de nouvelles impofitions
, & à améliorer par les reſſources d'une
fage économie , des branches de commerce defféchées
à remplacer , d'autres à revivifier , des
étincelles d'incendie à étouffer en Irlande , &
PEcoffe à tirer de fa langueur, tel fut l'abrégé
des travaux du Miniftere.
Il ne réuffit pas dans tous également ; mais il
n'en négligea aucun. L'adminiſtration toute entiere
de l'Empire Romain exigea moins de contrariétés
à vaincre , d'intérêts à accorder , que
le ſeul régime à donner aux Employés de la
Compagnie des Indes, que la formation du Bureau
d'Etat auquel on l'a ſubordonnée ,que les
formes juridiques , deſtinées à réprimer ou à punie
la rapacité de ſes Agens. Le BilldeM. Pitt
a'eft, il est vrai , qu'un pallia i les crimes de
Kavidité, fuite inévitable de l'eſprit de com
( r )
1
merce , dégénéré endefir effrénéde la fortune ,
font aujourd'hui au-deſſus de toutes les barrieres :
devenu la force des Empires , l'or fait tout entreprendre
& tout légitimer ; il eſt inſenſé de
croire que l'on punira de richeſſes mal acquiſes
des individus qui favent qu'avec des millions on
brave avec ſuccès les vengeances de la juſtice .
Cependant , malgré ſes nombreuſes imperfections
, le nouveau Réglement ſuſpendra quelquesannées
le torrent d'iniquités , dont l'Inde eſt
le théâtre : il âte àune fociété d'Armateurs le
droitexcluſiſd'adminiſtrer un Empire , de facrifier
l'intérêt de l'Etat à ſes vues d'ambition , &
d'affurer l'impunité à ſes Agens , toutes les foir
que leurs énormités ſeroient profitables à la Com.
pagnie.
Une fource de bénéfices lui a été ouverte
dans les metures priſes pour diminuer la con.
trebande. En diminuant les droits ſur le thé ,
le Miniſtere a eſpéré de remplacer par une augmentation
de la vente nationale, le tribut énorme
levé par les étrangers , introducteurs clandeſtins
de cette feuille infipide en Angleterre. Il s'eſt
promis de cet arrangement un accroiffement
du revenu , & un plus grand commerce : ſpéculation
dont l'avenir ſeul juſtifiera l'efficacité ,
ainſi que l'importance.
M. Pitt a été moins heureux dans le choix des
taxes nouvelles. Forcé d'en abolir plus d'une à
Pinſtant de leur création , il a du moins remplicette
terribletâche fans offenſer la pauvreté ,
& le peuple a été ſouſtrait au nouveau fardeau
dont on a accablé la nation.
Depuis long-temps l'Ecoffe ſembloit oubliée
par le Gouvernement : fon commerce , fes pêcheries
, fon agriculture exigeoient de prompts
fecours;le Parlement en a fentil'urgence , &
26
(12 )
tout annonce que ce Royaume ne tardera pas à
prendre une nouvelle face. C'eſt au milieu de:
ces embarras multipliés , que l'Irlande a exigé
toute l'attention du Miniſtere. Sa circonſpection:
ne s'eſt point démentie : il a laiſſé s'évaporer
en tumultes , en arrêtés , en clameurs , un mé
contentement qu'il étoit impoffible d'alimenter
long-rems. Les Irlandois ont trop cru que de
petites mutineries étoient des actes de liberté ; le
Gouvernement a profité de la méſintelligence
gliffée entre les volontaires , & par des nouvelles
conceffions , il ſe prépare à extirper la racine
du mécontentement .
Tandis qu'on appliquoit des remedes en Angleterre
à des maux preſque invétérés , & furtout
à l'affoibliſſement du crédit public , celui
de la France s'eſt relevé de plus en plus : l'abondance
du numéraire , le penchant plus univerſel
pour l'acquiſition des fonds publics , les fortunes
rapides nées de leur agiotage , un ordre
invariable établi pour les paiemens à l'avenir ;
enfin la création d'une caiſſe d'amortiſſement
combinée avec autant de ſimplicité que de ſageffe
, ont été les principales cauſes de ceste
confiance , qu'on n'avoit pas encore en vue ,
même aux époques les plus floriſſantes.
Il s'en fautbien que le Tableau des Provinces--
Unies offre un aſpect auſſi conſolant. A peine
fortiede la derniere guerre , cette République
travaillée de diſſenſions intérieures , n'a pas été
plus heureuſe au dehors.
En 1781 , elle vit tomber ces Places-Barrieres
, acquiſes au commencement du fiecle par,
des Négociations , par des traités & par des torrensde
fang. D'un trait de plume , l'Empereur
rendit inutiles les dernieres ruines de ces forterefſes,
dont l'Angleterre avoit garanti l'occupation 1
( 13 )
àlaRépublique.Les triſtes circonstances ou elle fe
trouvoit, la dégradation de ces citadelles confiées
à ſa garde ; mais la plupart déja démantelées
depuis la guerre de 1744 ne lui permirent
aucunes réclamations.
Au commencement de l'année , les bords de
l'Eſcaut devinrent entre les deux Puiſſances un
objet de conteſtation. La Cour de Bruxelles accuſa
les Hollandois d'une invafion de territoire ,
&leur diſpura les forts S. Paul & S. Danat ,
uſurpés , ſelon lui , ſans aucun titre à l'ufurpation.
Des négociations s'ouvrirent à Bruxelles
pour régler les limites de la Fiandre entre ledeux
Etats , & pour mettre fin aux altercations .
territoriales , toujours renaiſſantes.
L'une des plus animées concernoit le vaiffeau.
de garde , anciennement poſté à Lillo , & chargé
de viſiter les bâtimens qui deſcendent dư
Brabant dans la Flandre Autrichienne ; les
Etats-Généraux le firent retirer , juſqu'à la déciſion
finale du démêlé.
Il paroiſſoit d'autant plus grave aux Obſervatears
inſtruits , qu'il touchoit à des queſtions que
le traité de Munſter , & les deux conventions
concernant la barriere des Pays- Bas , avoient préjugées.
Ces conjectures menaçantes furent confirmées
par l'expoſé des demandes de Sa Majeſté Impériale
: elles embraſſerent une revifion générale
des actes publics qui avoient lié les deux Etats
depuis le milieu du dernier fiecle. L'Empereur
invoqua celui de Munfter pour demander
La démolition des forts de Kruifchans &de Frédéric-
Henri; la convention de 1664 pour le rétabliſſement
des frontieres déterminées à cette
époque ; l'accord de 1673 entre l'Eſpagne &
les Provinces-Unies , qui ftipuloit une ceffion
ſans réſerve du Comte de Vronhoven , de Maf
( 14 )
tricht , & da pays d'Outre-Meuse. A ces réclamations
s'en joignirentd'autres moins importantes ,
mais dont l'enſemble effraya les Etats-Généraux.
Ils combattirent les unes par des argumens tirés
des traités de Paris , &des conventions auxquelles
la Maiſon d'Autriche doit la propriété
de Pays-Bas , & oppoſerent aux autres une pofſeſſionnoncontredite
, non interrompue deplus
d'un fiecle &demi :ils offrirent de donner ſatisfaction
par rapport à celles que des Puiſſances
amies auroient jugées légitimes ; & articulerent
àleurtour des demandes confidérables qu'ils conſentirent
de faire entrer en compenfation.
Ces diſcuſſions réciproques ne ſervirent qu'à
augmenter l'aigreur & à multiplier les difficultés.
Enfin l'Empereur offrit de renoncer à fes diverſes
prétentions , pourvu que l'Eſcau: fût ouvert
, & le commerce des Indes orientales &
occidentales rendu libre à ſes ſujets des Pays-Bas.
En même- tems il annonça les ſuites d'un refus ,
&les Plénipotentiaires Hollandois furent informés
que le premier obſtacle mis à la libre navigation
de l'Eſcaut , prendroit le caractere d'une
déclaration de guerre.
Pendant que la Hollande invoquoit les bons
offices de la Cour de France , & qu'elle ſe
préparoit aux événemens , ſes délibérations furent
troublées par le bruit du canon, tiré d'une
de ſes frégates ſur un bâtiment ſorti d'Anvers
pour Oftende , avec une patente impériale. Un
ſecond navire , reçu plus doucement , fut également
obligé de rétrograder vers le lieu de fon
départ , fans avoir pu franchir leſpace prohibé.
Cette meſure , autoriſée par les Etats-Généraux
, comme un acte de défenſe légitime, &
comme une ſuite des traités à l'abolition deſquels
laRépublique n'avoit pas confenti , parut à Bru
( 15 )
xelles une aggreffion formelle, une déclaration
de guerre d'autant plus évidente , que l'Empe
Teur avoit annoncé la maniere dont il envifagereit
cette hoftilité.
L'Ambaſſadeur impérial à la Haye fut rappellé
, les Plénipotentioires Hollandois renvoyés
de Bruxelles , & la marche d'une puiſſante armée
vers les Pays Bas , arrêtée dans le Conſeil de
Vienne.
Déja cette armée s'avance à grands pas vers
le théatre de la conteſtation. Mais la Hollande
ne paroît pas ébranlée par cet appareil : gardée
par fa fituation , elle s'eſt tenue juſqu'à ce moment
ſur la défenſive, en fortifiant fon armée , en.
muniſſant ſes places ,& en armant tous ſes habitans.
L'Europe attentive à cette agitation , ne pénetre
point encore juſqu'où elle doit s'étendre ,
ni lesmoyens qui ſedéploieront peut-être pour la
calmer , avant qu'ellearrive au dernier période.
JOURNAL Politique
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE BERLIN, le 12 Décembre.
Epremier de ce mois, leBaron de Munchauſen,
Miniſtre d'Erat &deJustice, eſt
mort ici , à la ſuite d'une apoplexie , dans la
foixantieme année de fon âge..
:
( 16 )
Les Officiers Hollandois qui ſe trouvent ici ,
achetent des armes & des draps d'Uniformes pour
les Corps des Troupes Légeres que la Républi
que fait lever.
4
DE VIENNE , le I13 Décembre.
Nous avons aujourd'hui une connoifſance
plus exacte de ce qui s'eſt paſſé en
Tranſylvanie. Les changemens médités par
S. M. I. dans les Jurifdictions & dans les
prérogatives ſeigneuriales ; changemens qui
ont fouffert quelques oppoſitions de la part
des Intéreſſés , paroiſſent avoir animé contr'eux
les payſans.
Dès le mois de Juillet , on s'apperçut que
ces Valaques tenoient des aſſemblées ſecrettes
: cependant leurs deſſeins n'éclaterent
qu'en Novembre. Pluſieurs milliers de ces
payſans s'aſſemblerent dans le village Meſtalou
, du Comté d'Hunyad : là , ils prirent la
réſolution unanime de ſurprendre la fortereffe
de Carlsbourg , d'en attaquer l'arſenal ,
&de s'y pourvoir d'armes. Le même jour ,
ils déſolerent pluſieurs villages , & commirent
d'abominables cruautés. Les Novembre
, ils déclarerent publiquement leur projet
de ſe défaire de toute la Nobleſſe de
Tranſylvanie , & de s'emparer de fes poffefſions.
Les jours ſuivans ils continuerent à
aſſaſſiner , à brûler tout ce qu'ils rencontrerent.
On comptoit environ 13,000 de ces
ſéditieux , meurtriers & voleurs ; leur chet
>
( 17 )
en effet , étoit un ancien Officier , chaſſé de
ſon corps pourdes prévarications. Uniquement
armés contre leurs Seigneurs , ces conjurés
affectoient le plus grand reſpect pour
l'Empereur, & s'autorifoient de ſes intentions
paternelles pour dévafter les domaines
des Magnats, &pour les égorger. Le Comte
Palſyn'en ſera pas quitte pour 200,000 flor .
Ces brigands ont incendié pluſieurs villages
, en ont maſſacré les principaux habitans
; & dans l'une de ces expéditions , iis
jetterent au milieu des flammes une jeune
fille de 16 ans. Deux Gentilshommes adolefcens
, revenus depuis quelques jours de
l'Univerſité de Leipſick ont été étranglés &
empalés : les Châteaux , les bourgs , les villages
furent abandonnés de leurs habitans
qui ſe réfugierent dans les villes.
A l'arrivée des troupes , cette rage s'eſt
adoucie ; l'on prend des meſures pour l'empêcher
de renaître, & la plus grande partie
de ces payſans a mis bas les armes. Cette
expédition a été accompagnée d'une Ordonnance
rendue par le Gouvernement de
Tranſylvanie , le 23 Septembre , dans les
termes ſuivans .
Durant le cours de la ſédition actuelle fomentée
par la Populace Valaque , qui ſe permet toutes
fortes d'excès , on remarque que cette Troupe
de Rébelles cherche chaque jour à propager ce
mal de plus en plus , par des Séducteurs apoſtés ,
quide Village en Village débitent les mensonges
lesplusgroffiers&les plus préjudiciables aux deux
( 18 )
Partis, pour attirer dans leur complot les habitans
peu éclairés de la campagne. Or , fin que ce dangereuxveninde
la ſédition ne ſe répande davansage
, & que ceux dont la fidélité pour le Souvesain&
la Parrie a été reconnue juſqu'à préſent , ne
s'abandonnent pas à un égarement ſi déplorable ,
on notifie à tous & à un chacun , en vertu de cette
Patente , émanée du Gouvernement Royal , que
quiconque arrêtera un des Séducteurs , & le remettra
entre les mains des Magiſtrats du Comitat
le plus à portée , touchera ſans délai pour cette
preuve de fidélité envers le Souverain & la Patrie,
une récompenſe de 30 florins pour chaque tête ,
dès que la perſonne arrêtée aura été juridiquement
convaincue de ſon crime : au- lieu que, fi une
Commune étoit aſſez perverſe pour admettre chez
elle des gens de cette forte , ou qu'elle ſe laiſsât
entraîner par leurs artifices , le Juge du Village&
deux des Habitans-Jurés ſerent , en conformité
des Loix Nationales , empalés , ſans le moindre
eſpoir d'obtenir grace.
LeGouvernement de la Tranſylvanie a
étéconfié par S. M. I. au Comtede Wallis ,
Lieutenant-Feld-Maréchal des Troupes Impériales.
Le Comte de Fabris eſt comman
dant-Général des Troupes de cette Province.
Les équipages de guerre ſont partis pour les
Pays-Bas , ainſi que les Employés civils de la
grande armée. Elle ne fait aucun vuide ſur la
partie de nos frontieres qui doit refter garnie à
tout événement , & fi l'Empereur ſe tranſporte
dans les Pays-Bas , le Général Laudon aura des
pouvoirs illimités d'ordonner toutes les opérations
militaires de l'intérieur.
On a promis aux Croates une récom(
19 )
:
penſe pour chaque déſerteur qu'ils rameneront
au Régiment; 500 florins à chaque
payſan qui rendra le même ſervice , & 30
Aorins au foldat délateur de ſon camarade.
Ce ſeraunfingulier problême à réfoudre par
la poſtérité, comment on parvient à faire
combattre des armées contre leſquelles on
eſt obligé de prendre de ſi terribles précautions.
Beaucoup de Couvens , à ce qu'on aſſure , ſe
préſentent d'eux-mêmes pour étre ſupprimés :
ces Monafteres , il eſt vrai , n'ont aucuns revenus
fixes , & ne ſubſiſtoient que de l'affifiance de confrairies
abolies.
Les mulets & les chevaux chargés des
équipages de S. M. font partis , & arriveront
à Bruxelles , après 72 jours de route ,
ſans accident. L'Empereur y a fait mettre
un ſervice d'argent de 30 couverts , & un
autre de pareil nombre en fer blanc.
Les nouveaux Corps de Houlans font ici
pour faire leurs coraplettes , & attendent
avec impatience le moment d'entrer en campagne.
Le 1 de ce mois, le Régiment des Cuiraffiers
de Czatorysky a quitté cette garnifon
pour ſe rendre dans la Bohême ; il a été
remplacé ici par le Régiment des Cuiraffiers
de Meklembourg, en garniſon dans la
Hongrie.
Les lettres de Conſtantinople apprennent
que l'eſcadre du Capitan-Bacha , qui avoit
croifé dans l'Archipel , eſt de retour dans le
port depuis le 6 Novembre.
( 20 )
i
.
L'Empereur a nommé des Commiſſaires
pour vérifier les titres de poſſeſſions de terres
dans la Buchowine , & faire dreſſer enſuite
uncadaftre en regle.
On aſſure qu'il va paroître une ordonnance
concernant les indulgences. L'Empereur a ordonné
, que , vu que de toutes les Confrairies ,
il n'exiſtoit plus que l'aſſociation pour le ſoulagement
des pauvres, cette ſociété conſerveroit
trois fêtes par an ; ſavoir le jour qu'elle a été
inſtituée , le jour de Noël & le jour de Pâque ;
chaque membre de cette pieuſe aſſociation doit
ſe rendre à ſa paroiſſe reſpective & ſe contenter
des indulgenccs accordées dans ces jotirs.
Le nombre des malades qui s'eſt trouvé
dans l'hôpital général depuis le 16 Octobre
juſqu'au 15 Novembre , a monté à 1448 perſonnes
, dont 150 ont payé leur réception:
598 perſonnes ont été guéries dans cet intervalle
, & 78 font mortes. = Le nombre
des enfans - trouvés reçus à l'hôpital dans
lemême eſpace de tems a été de'si .
On apprend d'Agram, que le ſieur Mathias
Petrovics , Prévôt de Marchia , & Tuteur du
Chapitre de la Cathédrale d'Agram , mort le
I Novembre dernier , a légué au Séminaire.
Général d'Agram 6000 florins ; au Collège de
Pavie , pour l'inſtruction des Croates qui ſe deftinent
à l'Eglife , 2000 florins , & 2000 florins
au Séminaire des Prêtres qui ſera établi à Agram .
On écrit de Gortz , que le Directeur du
Mont de Piété a diſparu avec une ſomme de
180,000 florins .
( 21 )
:
1
DE FRANCFORT , le 19 Décembre.
Nous apprenons que les Régimens Autrichiens
de Zettwitz , de Neiff & de Dourlach
ont reçu ordre de joindre l'armée en
route pour les Pays Bas .
Les brigandages commis en Tranſylvanie
ne pouvoient être de durée; une lettre
d'Hermanſtadt s'exprime ainſi à cet égard.
Les Rebelles retirés dans les environs de
Clausenlourg , ont accepté une ſuſpenſion d'ar-
>> mes juſqu'au 22 de ce mois. Le Lieutenant-
Colonel de Schultz s'étant approché d'eux , ſans
>> armes , le 12 Novembre , pour ſavoir les cauſes
>> de leurfoulevement , les Rebelles repliquerent,
>> que c'étoit la faute de leurs Seigneurs , qui ne
ככ
rempliſſoient pas les ordres de l'Empereur. Sur
>> une nouvelle demande de M. de Schultz, à quoi
tendoit donc leur entrepriſe inconfidérée , la
>> Chef des Révoltés , auſſi déſarmé, vint lui dé-
>> clarer que ſaTroupe ſe retireroit paiſiblement,
>> pourvu qu'on lui accordât les trois demandes
ſuivantes : > 1º . Un pardon général en faveur de
tous , nul excepté ; faute de quoi ilsse défendroient
réciproquement : 2°. Une recher he exacte de leurs
juftes Plaintes , afin que les Gentilshommes les traitaſſent
avec plus d'humanité : 3º. Enfin , qu'à l'avenir
on n'exigeât d'eux rien au delà des Ordonnances
Impériales. « M. de Schultz ſe fit donner ces trois
>> Propoſitions par écrit , & donna aux Révoltés
>> ſa parole , qu'il les appuieroit auprès du Gou-
>> vernement, qui s'y rendit. A cette nouvelle ,
ככ les mutins ſe ſeparerent pour retourner tran-
>>* quillement chez eux. »
Cette capitulation n'eſt pas trop vraiſem
( 22 )
blable ; mais il l'eſt que la force n'aura pas
été employée ſeule pour appaiſer ce foulevement.
D'autres lettres racontent les circonſtances
ſuivantes.
Un Major du Régiment de Sekler , Houſſards ,
rencontra , le 19 Novembre , une troupe de 6000
Payſans Valagues armés . Le Major leur envoya un
Trompette , pour demander une entrevue avec le
Chefdes Révoltés.Auffi-tôt ſe préſenta unValaque
à cheval , la tête couverte d'un caſque ſurmonté
d'un panache. Le Major intrépide , quoique
n'ayant ſous ſes ordres qu'un Détachement peu
nombreux , ordonna néanmoins au Chef des
matins , de dire à ſes camarades qu'ils euſſent à
pofer leurs armes , faute de quoi , la troupe du
Major feroit feu fur eux. On prétend qu'ils auroient
répondu , que leur intention n'étoit pas de
combattre les Troupes Autrichiennes , mais qu'ils
vouloient maſſacrer leurs Seigneurs ,suivant l'ordre
infinué à Horiah par l'Empereur. Il faut donc attribuer
cette révolte á la ſéduction & à l'ignorance
, auffi-bien qu'à l'oppreſſion trop grande
des Nobles. Voici une preuve évidente que les
Révoltés ne ſe ſont pas ſoulevés contre leur Souverain
. Un Officier Autrichien escortant , il y a
peu de jours , une Caiſſe Impériale à la tête de
80 hommes , tomba parmi un troupe de 2000
Révoltés , qui le traite int avec beaucoup d'hue
manité Ils ont cependant dévafié déja plus de
40 Villages. En vertu des Sentences prononcées
pardes Confeillers de Guerre , 300 de ces Rebelles
ont été exécutés. Mais le Souverain ayant
défendu cette façon de rocéder, trop expéditive,
Jeurs Pri'onniers lero:
des Loix Çiviles.
l'avenir jugés en vertu
( 23 )
Le 29 Novembre , à 10 heures 6 minutes
du foir , on reflentit à Stuggard & dans les
environs une ſecoufle de tremblement de
terre : elle s'eſt étendue dans le Margraviac
de Baden , & fut accompagnée d'un bruit
femblable à celui d'un chariot roulant fur le
pavé. Un vent impétueux l'avoit précédé ,
& elle fut fuivie d'un brouillard épais . Les
lits, les chaiſes, les fenêtres en furent ébranlés.
On remarqua que les eaux du Rhin
baifferent ſenſiblement , & que celles de
divers puits tarirent ſubitement.
La levée du Corps Franc , ſous les ordres du
Major autrichien le Baron de Stein , a les plus
grands ſuccès : la premiere diviſion eſt déja complette&
prête à marcher vers les Pays-Bas ; &
recevant tous lesjours des recrues faites par les
Officiers réfidens à Worms , Mergentheim & Hailbron
; la ſeconde diviſion ne tardera pas à être
auſſi complette. S. M. Imp. s'eſt engagée à penfionner
ceux de ce Corps qui ſerontbleſſés à fon
ſervice.
On aſſure que pluſieurs Princes, d'Allemagne
ont offert leurs troupes à l'Empereur :
on nomme entr'autres le Duc de Wirtemberg
, dont on connoît les relations actuelles
avec la Cour de Vienne : mais ces bruits ,
comme beaucoup d'autres , n'ont encore
aucune conſiſtance.
Il y aquelque tems qu'à Altona on ouvrit
une ſouſcription pour la conſtruction d'un theatre,
elle ne s'eſt point remple : on vient d'en propo
ſer une autre pour la conſtruction d'un hôpital ,
& il s'eſt trouvé dans peu de jours pour quatre
mille mares de ſouſcription.
( 24 )
On a vu des villes au contraire , des villes
libres , dans le dix- huitieme ſiecle , qui auroient
renverſé leur Conftitution, pour avoir
des baladins & des Opéras Comiques.
Il y a quelques jours , écrit-on de Leipfick ,
que S. A. Electorale étant à la chaſſe , a couru
grand tiſque pour ſes jours : deux femmes qui
ſe trouvoient heureusement là , l'avertirent à
tems du danger qu'Elle couroit en continuant
un chemin par lequel S. A. Electorale ſe ſeroit
infailliblement précipitée dans l'Elbe . Cette
femmea reçu une récompenſe de ſept cents écus,
& une penſion de 25 écus d'Empire.
, vers
La ſtation momentanée du Régiment de
Bender dans le Brisgaw , avoit exercé l'imagination
inventive des raiſonneurs & des
gazettes. Nous apprenons que le 9 de ce
mois , ce Régiment a abandonné les trois
villages où il étoit can onné , a traverſé
Kelh & s'eſt dirigé
les Pays-
Bas , où il arrivera le 20 de ce mois . Le
lendemain , on attendoit un Corps de Cavalerie
aux mêmes lieux , Corps que ſuivent
de près une légion de Chaſſeurs & trois mille
Croates , venant duTyrol. Les troupes autrichiennes
, foumiſes à la plus ſévere difcipline
, n'ont donné aucun ſujet de plainte
aux habitans. Le Prince d'Anhalt Zerbft ,
frere de l'Impératrice de Ruffie , étoit à cheval
à la tête de la premiere diviſion de ces
troupes. Le Régiment de Bender lui eſt
promis.
Notre Univerſité , écrit-on de Mayence , devient
tous les jours plus brillante : le bâtiment
contient
( 25 )
こ
contient 12belles grandes falles , où ſe donnent
les leçons publiques . Ilya une bibliothéque compofée
de 50,000 volumes , & elle ne tardera pas à
être augmentée ; car on y fournira tous les Ouvrages
que chaque Profeſſeur trouvera néceffaire
d'y faire placer. On y formera un Cabinet d'hiftoire
naturelle. On vient d'acheter à Londres
tous les Inſtrumens de Mathématiques & Phyfique
dont on peut avoir beſoin : on le pourvoira
également de tous les modeles , ſoit pour la ſtatique
, l'hydraulique & l'architecture civile & militaire
;unCabinet numifmatique va y être établi
pour les Médailles feules de l'Electorat .
M. leGrand-Maître de la Cour , le Baron
d'Erthal , frere de S. A. S. l'Electeur régrant ,
vient de faire préſent à l'Univerſité d'une collecrion
d'Eſtampes qui peut à bon droit paſſer pour
une des plusbelles &des plus complettes dans ce
genre.
La Théologie ſera enſeignée au Séminaire Archiépiſcopal
; on va conſtruire un bâtiment pour
l'Anatomie & un laboratoire pour la Chymie ; le
jardin botanique eſt déja fort avancé . On vient de
former un Hôpital de 60 lits , dans le Couvent
des Clariſtes . Pour unir la pratique à la théorie ,
on yenſeignera la partie des accouchemens. On
établiraauſſi une Ecole Vétérinaire , un Philan
tropinum , une Ecole d'Agriculture, d'Economie,
de Finances , &c . &c.
Le 7, l'équipage de campagne de l'Empereur
, eſcorté par un Capitaine & quatre
Chaſſeurs , est arrivé à Ratisbonne. Les Régimens
de Preiſſ&de Teuchmeistery feront
rendus le 20.
Lapremiere colonne des troupes en mar-
N°. I , 1 Janvier 1785. b
( 26 )
:
che eſt de40,000 hommes; la feconde , diton
, ſera de 50,000 .
Des lettresdeVienne portent quele Comte
d'Iſtenziel , chargé de S. M. I. d'appaiſer les
déſordres qui avoient éclaté dans le Comitat
de Neutra ; s'eſt ſi bien acquitté de ſa
commiſſion , que tout y eft actuellement
tranquille.
Divers Régimens de Croates ont paffé par
la Stirie , & font entrés dans la haute Autriche.
Lapartie du Duchê de Westphalie appartenante
à l'Electorat de Cologne , renferme une étendue
de pays de 10 milles de l'eſt à l'ouest,& de 9 milles
du fud au nord.On évalue ſa population au moins
à 100,000 ames . Il contient 25 villes qui ontdroit
de fuffrage aux aſſemblées desEtats, I 1 gros bourgs
dont9jouiffent du même droit que les villes , 18
Couvens & beaucoup de villages.Les villes ne ſont
gueres peuplées les plus grandes renferment environ
400 maiſons. Les Erats s'aſſemblent à Arenfberg,
où setrouve la Chancellerie de ceDuché. Le
pays eft fertile en bled, pâturages , bois & toutes
fortes de minéraux ; mais on n'y voit que très-peu
de manufactures .
ITALI Ε.
DE VENISE , le 30 Novembre.
Le différend qui s'étoit élevé entre l'Empereur
& notre République , au fujet de la
jurifdiction de nos Evêques dans la Lombardie
autrichienne , vient d'être terminé à l'a
( 27 )
miable. Les deux Puiſſances ſont convenues
que les Evêques de l'une & de l'autre domination
ne pourroient exercer aucune jurifdiction
dans les dioceſes étrangers . Au moyen
de cet arrangement , l'Archevêque de Milan
perd environ quarante paroiſſes , qui feront
réunies au dioceſe de l'Evêque de Bergame ;
mais auſſi d'autres Evêques vénitiens perdront
pluſieurs paroiſſes ſituées dans la Lombardie
autrichienne.
Le démêlé ſurvenu entre notre République
&celle de Hollande, à l'occaſion de l'affaire
des deux Négocians Chomel & Jordan ,
n'eſt pas encore arrangé. La Hollande perfifte
à demander que ces deux Négocians foient
indemnifés de leurs pertes.
DE MILAN , le 1 Décembre.
-La torture préparatoire , quoique profcrite
par les loix dans ce duché , étoit encore
exercée de temps en temps , ainſi que celle
Super alias & complicibus , par des Juges cruels
ou ignorans : le Sénat vient de leur interdire
cette affreuſe méthode par la circulaire ſuivante.
>> L'expérience ayant démontré , que c'eſt
de lanégligence des Juges & du peu d'exactitude
qu'ils mettent dans les procédures criminelles ,
quedérive en grande partie la neceffité de recourir
aux tourmens , il leur eſt enjoint de prendre
toutes les informations poſſibles , & de ſe procurer
, par des moyens légitimes , les éclaircifſemens
propres à diſtinguer l'innocent d'avec le
b2
( 28 )
coupable. Le corps du délit étant légitimement
conftaté , & le délinquant mis en prifon , on lui
ſera ſubir trois interrogatoires ; s'il perſiſte à
nier , il n'en ſera pas moins criminel ; le Juge
pourra lui laiſſer 24 heures de plus pour ſe reconnoîtte
coupable ; mais ce terme écoulé , on
Je condamnera par contumace , & il ſera puni
comme convaincu du crime dont on l'accuſoit .
Toutes les fois que les témoins ou délinquans ,
interrogés fur quelque point eſſentiel , différe.
ront dans leurs réponſes , on leur enjoindra de
rendre raiſon de cette contrariété ; ſi leurs réponſes
ne ſont pas concluantes , on attendra le
réſultat de la procédure avant de les condamner.
Le témoignage des complices & autres perſonnes
infames ſera regardé comme valable , s'il confte
qu'ils n'ont aucun intérêt à trahir la vérité ;
lorſque l'accuſé ſe ſera avoué coupable , ſans
pourtant vouloir nommer ceux qui ont cu part
àun crime qu'il n'auroit pu commettre ſeul ,
ou qu'il refuſe de ſe déclarer ſur quelque circonftance
agravante , les Juges en informeront le
Tribunal ſuprême.
,
:
Enfin dans tous les cas cù l'accuſé aura contre
lui les indices graves ſans être cependant
pleinement convaincu du crime qu'on lui impute,
les Juges devront , comme ci-deſſus , s'adreſſer
au Tribunal fuprême , afin que celui - ci
puiſſe rendre la fentence la plus convenable
& la plus conforme aux intentions de S. M.
La nouvelle Junte Royale des Etabliſſemens
pieux a ſupprimé derniérement une fondation
connue ſous le nomde Fondation des
Riches & des Vieillards. Elle avoit été deſtinée
au foulagement des Pauvres de la Pa
roiffe de S. Jean.
T
( 29 )
!
DE NAPLES , le 30 Novembre.
Le Marquis de Caraccioli , viceroi de Sicile,
s'eſt embarqué le 17, vers les quatre
heures du ſoir , ſur la frégate du Roi la Minerve
, pour ſe rendre à Palerme. La frégate
laDorothée a fait voile le lendemain pour
cette ifle.
Le Conſeildes Finances a arrêté qu'il ne ſeroit
point ſupprimé de Couvens de la Ville,les revenusdeſquels
devoient ſervir pour l'entretien des
maiſons d'Orphelins que l'on devoit établir pour
l'éducation des Filles des Militaires ;& qu'au- lieu
de ces revenus , on leveroit une taxe fur tous les
Couvens de ce Royaume & fur ceux de Sicile ,
laquelle formeroit une ſommede 30 mille ducats,
dont 20 mille ſeroient payés par les premiers , &
10mille par les derniers, afin de pouvoir fourn.r
plus aitément auxfrais de ces établiſſemens pieux,
un deſquels ſera formé dans le Couvent des Peres
Francifcains du Calvaire .
S. M. vient d'accorder une penſion de
300 ducats aux deux Médecins qui ont traité
le Prince héréditaire pendant fa derniere
maladie, & qui lui continuent aujourd'hui
leurs foins pendant ſa convalefcence, qui eft
un peu inquiétante.
Un duel , qui a eu lieu récemment entre deux
rivales , fait aujourd'hui le ſujet de toutes les
converſations. Voici comme on raconte le fait.
Un jeune homme étant devenu amoureux d'une
demoiſelle , lui avoit promis de l'époufer , mais
quelque temps après ayant conçu une nouvelle
paffion pourune femme mariéee ,il abandonnafa
b3
( 30 )
première maitreſſe ; celle- ci ne tarda pas aêtre
informée du motif de l'infidélité de ſon amant ,
& ayant réſolu d'en tirer vengeance , elle ne
s'occupa plus que du choix des moyens. Ayant
appris que ſon perfide amant devoit accompagner
ſa rivale au ſpectacle , elle ſe traveſtit en
homme , ſe rendit à la maiſon de fa rivale , &
attendit l'heureux couple au bas de l'eſcalier. II
parut enfin. Notre héroïne auſſi tôt de porter un
défi à ſon amant , & de l'accabler des reproches
les plus durs ; celui - ci ayant reconnu la voix
de ſon ancienne maîtreſſe , refuſa l'appel , mais
elle ne l'en tint pas quitte à fi bon marché. Elle
chercha à le provoquer par les injures les plus
piquantes; & ayant tiré fon épée , elle le ſomma
d'en faire autant. La rivale , qui avoit été témoin
de cette ſcene , voyant que le jeune homme perfiſtoit
dans ſon refus , lui arracha ſon épée , &
s'avance avec furie contre ſa rivale . Le combat
s'engage entre les deux champions féminins ; ils
fe battent avec tout l'acharnement du déſeſpoir
& de la jalouſe. Le jeune homme s'efforce de
les ſéparer , & y il parvient enfin , mais les deux
rivales , indignées de ce qu'il n'avoit pas laiſſé un
libre champ a leur valeur, tournerent leur rage
contre lui , & l'affaillirentde coups ; trop heureux
d'en être quitte pour quelques légeres bleffures
. La Dame conſentit enfin à remonter dans
fon appartement , & le jeune homme recondui
fit la Demoiſelle à ſon logis .
;
Le tombeau des Scipions , qui a été trouvé
dans la vigne Saffy, près de la porte Capena
à Rome , & qui conſiſte en une grande
caiſſe de marbre , ornée de diverſes infcriptions,
a été tranſporté par ordre de S.S. dans
le Musée du Vatican .
T
( 31 )
Le Cardinal Colonna eſt toujours dange
reuſement malade. On commence àdéſeſpérer
de ſa guériſon .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 17 Décembre.
Les circonstances pénibles & délicates où
ſe trouve la Nation faciliteront , felon quelques
prophetes politiques , le rapprochement
des différens partis. Ils ſentent , diton
, la néceſſité de tendre en commun à raffermir
la puiſſance & la proſpérité publiques.
Cet eſprit de conciliation a prévalu depuis
l'entrée de Lord Cambden dans le Cabinet :
auſſi le Général Sloper , très-attaché à la
Coalition , a t-il emporté le commandement
général de l'Inde , fur le Général Campbell,
favorisé par M. Pitt. Ce. jeune Miniſtre ,
toujours ſuivant les mêmes rapports , a perdu
de ſa prépondérance , &c. Mais fi le
danger imminent où se trouvoit l'Angleterre
, dans la derniere guerre , & les embarras
qui l'ont ſuivie , n'ont rendu les factions
que plus animées , comment eſpérer qu'elles
ſe réuniront par patriotiſme ?
L'un de nos papiers s'eſt dit autorisé à inſtruire
le Public que S. M. a déclaré dans les termes les
plus clairs parſes Ambaſſadeurs auprès des Cours
étrangeres, qu'elle eſt irrévocablement déterminéc
à la neutralité dans la querelle actuelle entre
l'Empereur & les Etats-Généraux.
L'Europa , de so can., commandée par
b4
( 32 )
l'Amiral Innes , a appareillé de Portsmouth
pour ſe rendre à la Jamaïque.
Le Capitaine King , le compagnon & l'ami du
celebre Cook eſt mort à Nice , où il étoit allé
chercher le rétabliſſement de ſa ſanté. Voilà donc
les trois célebres Circum - Navigateurs , Cook ,
Clerke &King , perdus pour la nation en très-peu
detemps.
On dit que nos Miniſtres., ſur les repréfermations
de M. Orde , ſont convenus d'accorder
un droit égal en faveur de l'Irlande ,
fur l'article du fucre; ce qui ſera extrêmement
avantageux aux Négocians Irlandois
intéreſſés dans le commerce des Ifles.
Le Parlement , dit une lettre de Dublin du 4 de
ce mois , s'affemblerale 20 Janvier ,& s'occupera
d'abord de divers réglemens de commerce également
avantageux aux deux Royaumes. Les gens les
plus ſenſés &les plus reſpectables de la Nation
mettent toute leur confiance dans cette afflemblée ,
&manifeſtent autant d'horreur que de mépris pour
les meſures iniques que la faction s'efforce de vouloir
faire adopter .
Le bruit s'étoit répandu que le Duc de Rutland
avoit été empoisonné. Le fait eſt qu'il eſt tombé de
cheval en revenant le ſoir d'une partie de plaifir
qu'il avoit faite chez un de ſes amis à Plicænis-Park ,
mais il ne s'eſt point bleſſé dangereuſement , & nous
eſpérons , pour le bien de l'Irlande , qu'il ſera bientôt
en état de reprendre ſon travail & de s'occuper
des intérêts de la narion.
D'après les journaux des Seſſions de l'Old
Bailey , pendant les trois dernieres années , il
eſt reconnu que ſous la Mairie du Chevalier
William Plomer , en 1782 , on a jugé 668
:
( 33 )
perſonnes ; fous celle de Nath Newnham ,
en 1783 , 818 ; ſous celle de Robert Peckam,
en 1784 , 1037. Pour crime capitaux , en
1782 , 98 ; en 1783 , 170 * ; en 1784 , 149.
Le Gazeter , Feuille dévouée à M. Fox ,
& répertoire de toutes les calomnies contre
le Miniftere , a imaginé l'anecdote ſuivante
fur le compte d'un ancien Miniftre .
Lord
Ce Seigneur , dit- il , fut employé , à l'âge de 22
ans par le Comte de Butte pour négocier entre lui
&M. Fox , depuis Lord Holland, auquel il avoit
promis une dignitédeComte. Des intrigues de Cabinet
empêcherent la conceffion de ce titre , & on
confentit ſeulement à ce que M. Fox eût une Baronnie.
Le Comte de Bute , qui avoit promis à
M. Fox un Comté communiqua fon embarras au
Lord enqueſtion. Celui-ci entreprit de l'en tirer en
prenant tout fur ſon propre compte. Il lui confcilla
de répondre à M. Fox , que ſon négociateur le
lui ayant promis la dignité de
Comte , il avoit outrepaflé ſes pouvoirs. M.
Fox répliqua qu'il s'en remettoit fur cette affaire
aux propres paroles de ce jeune Seigneur. Quand
on en vint aux éclairciſſemens , on envoya chercher
le Lord ..... , qui ſoutint à M. Fox qu'il
ne lui avoit promis qu'une Baronnie. M. Fox ſtupéfait
, reſta quelques inftans ſans pouvoir proférer
un ſeul mot; mais s'étant remis , il dit au
Lord .... ces paroles remarquables : Jeune homme,
L'IMPOSTURE & la FOURBERIEfont donc les fentimens
avec lesquels vous commencez votre carriere
dans les affaires, tandis que les plus vieuxPolitiques
ne les acquerent généralement quefur la fin de la
leur!
Ceux qui ont connu le caractere du feu
bs
( 34 )
Lord Holland , Payeur général des troupes
dans l'avant derniere guerre , ne croiront pas
ſi aisément qu'un renard auſſi expérimenté
ait été dupe d'un jeune homme de vingtdeux
ans .
Dans l'un des Journaux de 1783 , on rendit
compte du duel du 4 Septembre méme année , en .
tre le Colonel Gordon , oncle maternel du Duc
de ce nom , & frere du Comte d'Aberdeen , d'une
part , & le Lieutenant-Colonel Thomas de l'autre
, ainſi que des cauſes qui avoient provoqué ce
duel , qui ſe termina par la mort de ce dernier .
Les faits que nous mêmes alors ſous les yeux
du Public,&que nous tenions , ainſi que les ſuivans
, d'un parent de la famille de Gordon , domicilié
à Paris , & qui s'en rend le garant , prouvent
clairement que le Colonel Gordon n'a rien
omis de ce qu'il devoit & pouvoit faire , ſoit
comme militaire , ſoit comme homme d'honneur
pour ſe laver des reproches , dont contre toute
Taifon ,M. Thomas s'étoit obſtiné à le charger .
Les fuites de ce duel ont été très-alarmantes
pour M. Gordon. Comme les Loix de ſon pays
ne diftinguent pas entre un meurtre & un duel
prémédité , il a été pourſuivi devant le Tribunal.
du Vieux - Bailey , comme coupable d'aſſatlinat
dans la perſonne de M. Thomas. Mais un Juré
reſpectable du Comté de Middleſex l'a déchargé
d'un crime fi horrible , à la grande joie des Offciers
, tant ſupérieurs qu'inférieurs , ſous leſquels
ou avec lesquels il avoit ſervi en Amérique , &
qui s'étoient faits un devoir de ſe rendre en grand
nombre au jugement pour dépoſer en ſa faveur .
Une circonstance finguliere & peut être ſans
exemple , eſt que , quoique la bravoure perfonncile
du Colonel Gordon , ait été pleinement dé
( 35 )
L
montrée tant par la Sentence du Confeil de
Guerre tenu à ſon ſujet à Newyorck le 4 Sept.
1782 , par toute ſa conduite dans la malheureuſe
affaire avec M. Thomas. Cependant quelques
jeunes Officiers du corps ſe ſont imaginés , on ne
ſçait ſur quel fondement , qu'il n'a pas affez fait
pour le mettre au-deſſus de tout reproche.
On mande de la Caroline du Sud , qu'il
regne parmi les habitans des Provinces méridionales
des Etats- Unis , une activité de
commerce qui réuſſit au-delà des eſpérances.
Entre diverſes branches de commerce dont
ils ſe ſont occupés nouvellement , ils ont
entrepris celui des Eſclaves ſur la côte d'Afrique
, lequel a déjà été fi heureux , que depuis
la proclamation de la paix, il a été venda
plus de 3000 negres au marché de Charletown
; & l'on eſtime que les Vaiſſeaux deſtinés
cette année au même commerce, gagneront
le double de ce qu'ils ont gagné l'année
derniere. Certainement ce ne ſera pas cet
Etat-là qui ſouſcrira à abandonner cette lucrative
ſpéculation.
Il eſt arrivé dernierement en Penſylvanie un
événement plaiſant. Un particulier avoit gagné
en peu de temps beaucoup d'argent à acheter
des Esclaves blancs , qu'il menoit dans l'intérieur
du piys , pour vendre leur travail ou leur apprentiſſage
pendant un temps confidérable. Dans
l'une de ces tournées , il avoit avec lui un jeune
Irlandois , d'une figure & d'une taille ſi défavanrageuſe
, que perſonne ne vouloit l'accepter. Le
Marchand de chair humaine , après avoir vendu
tous ſes eſclaves , réſolut de revenir à Philadelphie
avec ſon Irlandois qu'il accabloit de repro
b6
( 36 )
ches & d'injures ; effet ordinaire de l'avarice
fruſtrée de ſes eſpérances . Ils arriverent un ſoit
très-tard dans une Auberge où tout le monde
dormoit. Un garçon qu'ils réveillerent , les conduiſit
dans une chambre où il les laiſſa ſans faire
attention quel étoit le Maître ou le Valet , puis
alla ſe recoucher. Le lendemain matin , de trèsbonne
heure , l'Irlandois ſe leva , & voyant que
fon Maître dormoit profondément , il endoſſa ſes
habits & defcendit. L'Aubergiſte entama la converſation
avec lui. Les gens de la ville font ordinairement
curieux & crédules ; notre Irlandois
le ſavoit ; auſſi-tôt il informa l'Aubergifte que le
blanc qu'il avoit avec lui , étoir le ſeul qui lui
reftât d'une troupe qu'il avoit vendue ; que les
voyages érant très-couteux, il lui propoſoit de
lui abandonner ſon apprentiſſage pour deux demijoes
( équivalant à 3 liv. 12 ſols ſterl. ). Cette
offre , qui ſembloit très-avantageuſe , fnt acceprée
par l'Aubergiſte , & l'argent payé. Le faux
Marchand prend auſſi tôt congé , & obſerve en
partant que ce ſeroit dommage d'éveiller le pauvre
diable qui dormoit ſi bien. Au bout d'une
heure environ , le vrai Marchand ſe réveille , &
appellant les garçons , il commande ſon déjeuner.
Le quiproquo finit par s'éclaircir , & par
prouver que l'ingénieux Irlandois avoit emporté
non - ſeulement l'argent de l'Hôte , mais encore
celui de ſon Maître , & en outre ſes habits .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 22 Décembre.
Le 12 de ce mois , le Roi à nommé à l'Abbaye
réguliere de Saint-Jean-de Bonneval- les-
Thouars , Ordre de Saint- Benoît , dioceſe de
( 37 )
Poitiers, la dame de Thy , Chanoineſſe profefle
du Chapitre noble de Leigneux , dioceſe de
Lyon, ſur la nomination & préſentation de Monfeigneur
Comted'Artois , en vertu de fon apanage.
Le 19 , la Vicomteſſe de Theſan a eu l'honneur
d'être préſentée à Leurs Majestés & à la Famille
Royale par la Vicomteſſe d'Eſclignac.
Le mêmejour , le Comte de Ségur , Miniſtre
P'énipotentiaire du Roi près l'Impératrice de
Ruffie , & le Vicomte de Vibraye , ſon Miniſtre
plénipotentiaire près l'Electeur de Saxe , ont eu
l'honneur de prondre congé de Sa Majefté pour ſe
rendre à leurs deſtinations , étant préſentés par le
Comte de Vergennes , Chef du Conſeil royal des
Finances , Miniltre & Secretaire d'Etat , ayant le
départementdes Affaires étrangeres .
Le 20 , le Roi , accompagné de Monfieur & de
Monseigneur Comte d'Artois ,a affifté au Service
anniverſaire qui a été célébré dans l'Eglife
de la Paroiffe de Saint- Louis , pour le repos de
Fame de feu Monſeigneur le Dauphin . Madame
Elifabeth de France y a également affifté.
Le , le Comte deMercy-Argenteau , Ambaffadeurde
l'Empereur , a eu une Audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a préſenté
àSa Majesté le Prince de Staremberg ; cet Ambaffadeur
a été conduit à cette audience , ainſi qu'à
celle de la Reine & de la Famille Royale , par le
ſieur Toloſan , Introducteur des Ambaſſadeurs ;
le ſieur de Séqueville , Secretaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaſfadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 15 Décembre.
Les Députés des Etats de Bretagne ayant
( 38 )
rendu compte à cette Affemblée, le re de ce
mois , de leurs démarches auprès des Miniftres
, ils ont repréſenté la réponſe, écrite en
ceş termes , de la main de S. M.
« Les témoignages que les Etats de ma Province
de Bretagne m'ont donné depuis qu'ils font af-
>> ſemblés de leur reſpect, de leur foumiſſion &
de leur zele , m'ont déterminé à leur laiſſer
>>>l'entiere liberté du choix de leurs Députés
>> tant auprès de moi , qu'à la Chambre des
>> Comptes de Nantes , en y procédant dans les
» quinze premiers jours de leur afſemblee . J'ai
> donné mes ordres pour autorifer mes
ככ
Commiflaires
à retirer à cet effet les Arrêts du
>> Conſeil du premier Mars 1777 , & du 4 Oc
tobre 1780. Je veux bien auſſi que les villes
>> continuent de ſe pourvoir aux Etats pour l'ob-
>> tention de leurs octrois , ſuivant l'ancien uſage ,
> & qu'elles leur rendent compte de l'emploi
>>defdits octrois à leurs deſtinations . J'explique-
>>-rai mes intentions à cet égard par une Déclara-
>> tion adreffée à mon Parlement de Bretagne » .
Cette réponſe a été reçue avec des acclamations
de vive le Roi. Ce moment d'intérêt , difficile
à rendre , a été bien exprimé par MM. les
Préſidens des ordres ſur les témoignages d'amour
que l'affemblée avoit à ce moment à donner à
S. M. & de reconnoiffance pour les Miniftres ,
M. le Comte de Montmorin & M. l'Intendant. Ces
ſentimens , dont l'aſſemblée étoit unanimement
pénétrée , ont excité pluſieurs membres des ordres
à propoſer des moyens de tranſmettre à la poſtérité
une époque auſſi mémorable. Le Tiers
Etat ayant énoncé dans ce moment ſon avis , les
Etats ont arrêté d'aller en Corps vers MM. les
Commiſſaires du Roi pour le remercier du zele
( 39 )
avec lequel ils ont mis ſous les yeux du Roi &
de ſes Miniſtres , les juſtes réclamations de la
Province.
Leſdits Etats ſe livrant aux mouvemens de leur
reconnoiſſance des bontés que S. M. vient de leur
accorder en les rétabliſſant dans leurs droits , &
qui leur font eſpérer que leurs demandes pour
être réintégrés dans la jouiſſance des droits de
contrôle , auront le ſuccès qui rempliroit leurs
vues pour le bonheur & le ſoulagement des peuples
, ont , par acclamation & unanimement , arrêté
d'ériger la ſtatue de Louis XVI , pour tranfmettre
à la poſtérité un monument de ſa juſtice
& de ſa bonté ; ont chargé les Député qui iront
à la Cour , d'en faire dreſſer le plan pour la
teneur prochaine , & MM. les Préſidens des or.
dres d'écrire aux Miniftres pour leur témoigner
toute la reconnoiſſance des Etats , en les priant
de mettre ſous les yeux du Roi la préſente délibération.
Ils ont auſſi arrêté unanimement qu'il ſera célébré
Dimanche prochain une Meſſe ſolemnelle
pour la conſervation du Roi & de la Famille royale,
pour l'heureuſe délivrance de la Reine , à laquelle
MM. Ics Commiſſaires du Roi ſeront invités
d'affifter..
La ſecouſſede tremblement de terre qu'on
a reſſentie le 29 du mois dernier , en Dauphi
mé , en Savoie , en Allemagne , en Alface ,
aété auffi éprouvée en Lorraine. A dix heures
du foir , cette commotion , qui dura plus
d'une minute , ébranla les meubles du château
de Bourlemont, à demi-lieue de Neuchâ
teau; elle s'est étendue à Clermont , fur la
route de Neuchâteau à Langres , & proba
( 40 )
(
blement avec plus ou moins de force dans
tous les lieux circonvoiſins. La propagation
decette fecouſſe ſur une eſpace de 150 lieues,
fait craindre que ce tremblement n'ait été
plus violent dans quelques contrées moins
voifines : l'abaiſſement du barometre audeſſous
de l'orage , ce jour-là , a été remarqué
dans pluſieurs endroits même où la ſecouffe
n'eſt point parvenue.
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Michel ſe
font affemblés le 29 Novembre au Couvent des
Cordeliers de cette ville , & ont tenu un Chapitre
, auquel a préſidé pour S. M. le Vicomte de
Ja Roche - Foucauld , Chevalier - Commandeur
des Ordres de S. Michel & du Saint - Eſprit :
après un diſcours qui a été prononcé par le fieur
Pourſinde Grand - Champ , Secretaire du Roi ,
Chevalier dudit Ordre , nommé par Sa Majefté
pour ſuppléer le ſieur Collec , Chevalier & Secretaire
perpéruel dudit Ordre , le Vicomte de
Ja Roche - Foucauld a reçu Chevaliers , aunom
du Roi , les ſieurs Gaillard de Buencourt , Jaubertoux
& Goetz : enſuite tous les Chevaliers ,
le Vicomte de la Roche Foucauld à leur tête ,
ſe font rendus proceffionnellement en l'Egliſe
dudit Couvent , & ont aſſiſté à la meſſe de Requiem
, qui ſe célèbre tous les ans pour le repos
de l'ame des Chevaliers décédés .
M. l'Abbé Maury , Grand - Vicaire de
Lombez , remplace à l'Académie Françoiſe
M. le Franc de Pompignan. Cet Orateur ſacré,
dont les Ouvrages ont obtenu une grandeeftime
, a été élu le 16 de ce mois.
On a répandu ſur la portion de jettée faite
par encaiſſement au port d'Agde l'été dernier ,
-
( 41 )
;
àla
ſous la direction de M. Groignard , qu'elle avoit
été renverſée & détruite par la mer. Le mal
qu'elle a éprouvé ſe réduit à très - peu de chole ;
il confide en un affaiſſement dans la longueur de
la jettée , qui a conſervé ſa même direction ſudquart
ſud-ouest; à quelques légeres dégradations
fur le bout du couronnement , & en un petit déverſement
auſſi ſur ſa longueur du côté de l'eſt ,
par où elle avoit été le plus battue d'une tempête
affreuſe pendant quatre jours. Ces effets aités à
réparer & à peu de frais , bien loin d'être nuifibles
à la caiſſe , tendent au contraire à laconfolider
, d'autant plus que ſon taffement a ετε
conſidérable , en ſuivant & s'ajuſtant ainſi au
plus grand affouillement que le fond a éprouvé.
On ſera de plus charmé d'apprendre que le
prolongement de la ſeule jettée de l'eſt , d'environ
so toiſes , a procuré , première criſe
de la riviere d'Hérault , une amélioration confidérable
à ſon embouchure. La profondeur du
chenal , entre les deux jetées , eſt de 15 à 16
pieds . & à l'endroit de la paſſe des bâtimens ,
de 8 pieds 3 pouces , au lieu de 6 pieds qu'il y
avoit auparavant. Le banc de ſable qui , en
1780, couvroit l'embouchure ſur une longueur
de 300 toiſes nord & fud , ſe réduit maintenant
à environ to toiſes , & eſt éloigné des
jettéesd'environ la longueur d'un cable. La paſſe
qui étoit autrefois à loueſt , ſe trouve au ſudeſt
au bout de la caiffe , fur une largeur de so
toiſes. Un ſuccès auſſi prompt & auffi marqué ,
qu'a produit le premiere portion de cette nouvelle
jettée , va ranimer le zèle des Adminiſtrateurs
de la Province pour la continuationd'un
ouvrage auſſi précieux , qui contribuera à l'agrandiſſementde
ſon commerce , & rendra cette
contrée une des plus floriſſantes du Royaume.
( 42 )
On nous mande de Bordeaux un de ces
actes d'humanité qu'on retrouve encore parmi
le peuple , étranger aux claſſes élevées
qui ne favent jamais ſecourir qu'avec de l'argent
, & d'autant plus louables , qu'ils font
exercés pardes individus pour qui ils font de
véritables facrifices .
Etant allé , nous écrit l'Hiſtorien du fait ,
paſſer quelque temps dans la paroiſſe de Bégadan
, près Lesparre , petite ville du Médoc ; j'y
vis la femme d'un nommé Jean Chemin , Vigneron
, qui allaitoit un enfant d'environ un an , &
três - bien portant. Je fis compliment à cette
jeune Nourice ſur l'état de ſanté de ſon enfant.
Cette bonne femme ne me répondit que par des
larmes , qui ſuccedérent à la gaieté que je lui
avois apperçu. M'étant informé du ſujet de ſa
triſteſſe , j'appris ce qui ſuit.
Au mois d'O &obre 1783 , la femme du nommé
Renom , Forgeron du même Bourg , fut accouchée
par une Sage- femme qui ne poſſédoit
aucune connoiffancede fon art. L'opération fut
fi mal conduite , que la malade en mourut preſque
ſubitement.
Le pere , déjà chargé de deux autres enfans ,
& qui n'a d'autre reſſource que dans ſon travail ,
n'étoit pas en état de payer une Nourrice pour
Je nouveau né. La femme de Chemin ſe prêſente
, elle étoit à même de ſévrer un enfant à
elle propre , qu'elle avoit à la mammelle : elle
s'offre généreuſement pour ſe charger du petit
étranger : & s'en charge en effet.
Le mari ignoroit ce procédé de la femme lorfqu'il
ſepréſenta lui- même pour le lui conſeiller ,
& l'engager à ce trait généreux.
L'Académie Royale des Sciences & Belles
( 43 )
Lettres de Caen , a tenu le 3 de ce mois dans
la Grand'ſalle de l'Hôtel de Ville , une ſéance
publique, préſidée par M. l'Evêque de Bayeux ,
qui y avoit été invité. M. Ballias de Laubarede ,
en a fait l'ouverture par un diſcours ſur l'utilité
des Académies , & le beſoin qu'elles ontde la
protection des Souverains & des hommes en place;
M. Didié , Ingénieur des Ponts & Chauffées ,
a lu une Differtation ſur la néceſſité de n'avoir
qu'unpoids & une meſure.
M. le Cavelić , Avocat , a parlé des rapports
de Poéſie & de la Peinture dans les images , &
a terminé la ſéance par la lecture d'une Ode ſur
les bons Rois.
M. Moyſant , Secretaire perpétuel de l'Académie
, a enſuite annoncé , pour ſujet d'un prix
de 500 liv. qui ſera adjugé dans la ſéance publique
du mois de Décembre 1785 , la queſtion
ſuivante.
«D'après pluſieurs obſervations inconteſtables
>> de perſonnes totalement , ou en partie , con-
>>>fumées en peu d'heures par un embraſement
>>>ſpontanée , ſans que cet embraſement ſe ſoit
>> communiqué , du moins violemment , aux
«corps voiſins les plus combustibles , & fans au-
•>> cune circonstance dangereuſe ni même très-
>> effrayante ».
On demande : 1°. Quel est l'agent & le méchaniſme
de pareils embraſemens.
2º. S'il eft poffible à l'art d'en préparer un
ſemblable , & qui puiſſe en peu de temps corfumer
les cadavres auxquels on l'appliquera .
3º. Indiquer la compoſition de cet agent , &
la manière de s'en ſervir , pour que l'Académie
puiſſe en répéter l'expérience ſur deux ou trois
cadavres.
Les Mémoires , francs de port , feront adreffés
( 44 )
audit fieur Moyſant avant le premier O&obre de
la même année .
PROVINCES- UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Décembre.
Le Comte de Waſſenaer , ci-devant Envoyé
extraordinaire de la République à la
Cour de Vienne , eſt de retour en cetteRéſidence
depuis quelques jours , & a paru le
13 à l'aſſemblée des Etats-Généraux.
A toutes les pertes maritimes que nous
avons eſſuyées dans le courant de l'année , il
fant joindre celle de la Brille , frégate de 36
canons , qui a échoué près de l'ifle de Gorée,
& dont heureuſement on a ſauvé l'équipage,
On reçoit chaque jour des nouvelles agréables
de la Conſcription Militaire. On maade de la
Betuwe inférieure , qu'on y avoit déja formé un
camp de 12000 hommes , qui feront commandés
par le premier Officier du canton , le Comte de
Randwyk . Ils commencent déjà à s'exercer ; &
l'on ſe promet les plus heureux ſuccès du zele
qu'ils font tous paroître. On voit dans nos
Feuilles patriotiques , l'extrait d'un Diſcours
qu'un Pasteur Catholique- Romain a prêché à ſes
auditeurs , pour les encourager à prendre les armes
d'après l'ordre des Etats leurs Souverains ,
& foutenir ces droits pour lesquels les premiers
Fondateurs de la Liberté Belgique , les d'Egmond ,
les Hoorn & d'autres , tous également Catholiques ,
avoient ſacrifié leurs biens & leur fang. On remarque
en général que ,dans les circonstances
( 45 )
préſentes , ceux du culte Romain ſe ſont fignalés
par le patriotiſme le plus fincere & le plus
zélé. Auffi continue-t-onde toutes parts à brifer
les entraves odieuſes auxquelles une fauſſe politique
avoit condamné ces reſpectables Diffidens.
On apprend qu'à Gorcum , une des villes
votantes de la Hollande , le Conſeil a prisen leur
faveur la réſolution de les admettre à tous les
emplois qui ne touchent pas auGouvernement ou
a la Religion . ( Gazette d'Amſterdam , du 19 Décembre.
Nous ſommes encore ſans réponſe au fujet
de la demande faite au canton de Berne
& aux Ligues Grifes , d'un corps additionel
de cinquante hommes par Compagnie de
Régiment Suiſſe avoué. Cette Capitulation
réſulte d'un traité fait à la Haye le 21 Juin
1712 , par lequel la République de Berne
s'engagea à permettre la levée de 4000 hommes
aux Provinces Unies , toutes les fois
qu'ellesfoutiendroientune guerredéfenſive , fans
que ces troupes néanmoins , & les Compagnies
Bernoiſes au ſervice de LL. HH . PP.
puſſent être employées contre les traités qui
lient le Corps Helvétique avec la France &
la Maiſon d'Autriche.
On écrit de Cologne qu'on attendoit
dans ſes environs , du 20 au 25 , les Régimens
Autrichiens de Cobourg , de Wurmfer ,
de Nadafti , & 500 Chaſſeurs.
L'armement univerſel ne s'exécute pas
fans murmures dans toutes les Provinces..
Les habitans d'Overyſſel en particulier répugnent
à cette meſure qu'ils interpretent
( 46 )
mal. Les Députés des Etats ont fait publier
une notification pour déſabufer ces payſans.
Par tout où l'on rencontre cette oppofition ,
on ſe garde bien de l'irriter par des voies de
force, & l'on préfere ſagement celles de patience
& de perfuafion.
Pluſieurs de nos Gazettes avoient annoncé
le départ effectué des Gardes Suiſſes &
Hollandoiſes pour Bréda : lavérité eſt qu'elles
font toujours ici , en attendant le moment
de changer de deſtination. Si l'on eſt
auſſi mal inſtruit , ſur les lieux même , des
nouvelles qui nous concernent , qu'est- ce de
celles que débitent hardiment ces mêmes
Feuilles ſur les pays étrangers ? Pas d'Ordinaire
où elles ne faſſent parler dans leur ftyle
tantôt l'Empereur , tantôt le Roi de Pruffe ,
les Miniftres & les Généraux.
Le 20 au foir eſt deſcendu chez M. de
Kalicheff, Miniftre de Ruffie , un courier
de Pétersbourg , & le lendemain l'Envoyé
de l'Impératrice remit au Préſident des Etats
Généraux , parordre de ſa Souveraine , un
Mémoire relatif au démêlé actuel entre l'Empereur
& la République.
Une lettre de Paris porte ce qui ſuit :
M. de Brantzen a fait hier en forme la demande
de M. le Comte de Maillebois , que les
Etats Généraux doivent placer à la tête de leurs
armées. Cette propoſition ayant été examinée
dans le Conſeil d'Etat , fut agréée par le Roi .
M. le Comte de Maillebois emmene avec lui
un Maréchal-de-camp & M. le Duc de Lauzun,
าง
( 47 )
Ce dernier commandera une Légion qu'il va
lever à ſes frais dans le pays de Liège , en Hollande
&c. Ainfi il fera propriétaire de deux
Corps , l'un en France , & l'autre au ſervice des
Etats-Généraux.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 27 Décembre.
Le Comte Charles de Proli , qui portoit le
titre inutilejuſqu'ici , d'Amiral de l'Eſcaut, a
prêté ferment en cette qualité : ſes fonctions
acquerront une grande importance , du moment
où la navigation de ce fleuve ſera libérée.
Il a déja fait uſage de fa nouvelle dignité
, en ſe rendant à Anvers à bord des
deux Cutters venus d'Angleterre , & armés
fous pavillon Autrichien , afin d'y prendre le
ferment des Officiers & des Equipages. Ces
cutters portent vingt canons & foixante- dix
hommes d'd
ge.
Les Corfaires qui mouillentdans ce même
port ſe preparoient à donner à la ville , au
premier vent favorable , le ſpectacle d'un
combat naval.
On y est très- tranquille touchant les deſſeins
quelconques des Hollandois ſur Anvers. Les batterics
qui bordent l'Eſcaut , & le fort S. Laurent
rétabli maintenant , écraſeroient toute flotte aſſez
hardie pour en approcher. Cependant ona redoublé
de vigilance : une garde a été placée ſur la
tour , d'où l'on découvre le pays juſqu'à Berg- opzoom
, pour prévenir toute ſurpriſe.
Suivantune liſte quicircule en ce moment,
( 48 )
les Officiers-Généraux qui ſerviront dans
notre armée ſont,
Le Comte de Murray de Melgrim , Chevalier
de l'Ordre militaire de Marie- Théreſe , Commandant-
Général des Troupes ; le Comte de Ferraris
, en qualitédeGraud-Maître d'Arcillerie , les
Lieutenans-Généraux le Prince de Ligne , les
Comtes de Wenſel , de Colloredo & d'Arberg ;
les Genéraux- Majors de Harrach & le Baron de
Lillien , de la Cavalerie ; les Généraux-Majors
Duc d'Urſel , le Comte de Rutland , le Baron
de Stader & le Comte d'Alton , de l'Infanterie ;
leGénéral-Major de Pinzenſtein , Directeur de
l'Artillerie ; le Colonel Baron de Legisfeld,
en qualité d'Inſpecteur-Général des Vivres.
Le ſpéculateur ne s'eſt pas flatté cependant
que les Hollandois en feroient réduits à cette
précifion arithmétique, dans laquelle on a
omis de faire entrer les tréſors qui donnent
les foldats, les places fortes & les digues qui
en tiennent lieu .
Nous apprenons que le 3 de ce mois un Bataillon
du Régiment de Migazzi a quitté Kempten
pour ſe rendre àGunzbourg. Les Régimens qui
paſſent par la Baviere ſont pareillement en
mouvement ; ils ont quitté Linz pour ſe rendre
dans la Suabe par Braunau , Bibourg , Geifenhauſen
, Landshal & Rottenbourg.-Le Régiment
de Cobourg , Dragons , compoſé de 6 Efcadrons
, chacun de 216 hommes , eſt arrivé le 10
aux environs de Bareith. On doit fournir à chaque
Régiment 700 chevaux de relais.
Bender , qui s'eſt remis en marche depuis le9.
doit être arrivé en ce moment à Luxembourg, d'où
il eſt parti pour Malines 60 chariots avec boulets ,
bombes& canons .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 8 JANVIER 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
:
LES CHARMES DE FRANCONVILLE.
Vers adreflés par feu M. le Comte DE
TRESSAN à M. le Comte D'ALBON .
V
ALLON délicieux , ô mon cher Franconville !
Ta culture , tes fruits , ton air pur , ta fraîcheur ,
Raniment ma vieilleſſe & conſolent mon coeur.
Que rien ne trouble plus la paix de cet aſyle ,
Où je trouve enfin le bonheur !
Tranquille en cette folitude ;
Je paſſe d'heureuſes nuits ,
Je reprends le matin une facile étude ;
:
Le parfumde mes fleurs chaſſe an loin les ennuis ;
Je vois le ſoir de vrais amis ,
Et m'endors ſans inquiétude.
Pour payer quelquefois un tribut aux Neuf Soeurs ,
N° . 2 , 8 Janvier 1755 . C
50 MERCURE
Avec plaiſir je prends la lyre ;
Je chante les antiques moeurs
Sur le ton que d'Albon m'inſpire.
Souvent conduite par les Ris ,
De fleurs nouvellement écloſes ,
La petire Fanchon orne mes cheveux gris ,
Et me laiſſe cueillir ſur ſes lèvres de roſes ,
Un baiſer innocent , tel que ceux de Cypris ,
Lorſqu'elle les rend à ſon fils.
Que tu me plais , heureuſe enfance !
Ni le deſir , ni même la pudeur
N'impriment encor la rougeur
Sur ce front de douze ans où règne l'innocence.
Fanchon met toute la décence
Amarcher les pieds en dehors ,
Ane point déranger ſon corps
Quand elle fait la révérence ......
Cependant déjà Fanchon penſe !
Par mille petits foins charmans
Elle nous prouve à tous qu'elle a le don de plaire ,
Qu'elle en a le defir , qu'elle voudroit tout faire
Pour être utile à tous momens.
Va , Fanchon , embellis ſans ceſſe ;
Attends près de moi les quinze ans ;
Je reſpecterai ta jeuneſſe :
Il fied trop mal à la vieilleſſe
De flétrir les fleurs du printemps.
Je verrai tes jeux innocens ,
DE FRANCE. 71
4
:
De l'État Religieux , par M. l'Abbé de
B*** , & M. l'Abbé B *** de B *** ,
Avocat en Parlement. A Paris , chez la
Veuve Hériſſant , Imprimeur - Libraire ,
rue Notre- Dame; Belin , tue S. Jacques ,
&Théophile Barrois , quai des Auguſtins.
DEPUIS quelques années la Profeſſion
Religieuſe fixe l'attention publique ; la plupart
de ceux qui paroiffent avoir donné le
ton à notre ſiècle , diſent les Auteurs de
l'Ouvrage que nous annonçons , ont prétendu
qu'elle eſt à la fois abſurde & onéreuſe
à l'État ; pour ſuppléer à la foibleſſe
des preuves , ils ont employé le ridicule ,
cette arme ſi puiſſante parmi nous ; & la
maltitude qui ne juge jamais , ſouſcrit aveuglément
à la proſcription des Religieux , en
- répétant les ſophifmes & les ſarcaſmes d'un
Auteur célèbre. Ils ont encore , avouent les
Auteurs , d'autres adverſaires plus reſpecrables
; ce ſont ceux qui , vivement touchés
des ſcandales de quelques hommes voués à
la pratique de toutes lesvertus, étendent leur
anathême ſur le corps entier. Au milieu des
plaintes , & fi l'on veut , des déclamations
univerſelles , s'élèvent deux Apologiſtes
tous deux Eccléſiaſtiques , & livrés à l'étude
d'une Science qui tient , ſous pluſieurs rapports
, à l'objet de cette diſcuſſion . Nous
n'entreprendrons point de la réſoudre ; nous
,
72 MERCURE
7
devons être rapporteurs&nonjuges d'un pa
reil procès.
L'Ouvrage eſt diviſé en ſept Chapitres ,
dans leſquels on traite , 1. de l'eſprit de
l'état Religieux ; 2°. de fon rétabliſſement
& de ſes progrès ; 3. des ſervices qu'il a
rendus à l'Églife ; 4°. des ſervices qu'il a
rendus à la Société; de ſon utilité actuelle;
6 °. des biens des Religieux ; 7º . de la
réforme des Ordres Monaſtiques. En applaudiſſant
à cette diviſion , bornons nous à
quelques queſtions que nous foumettons aux
Anteurs eux mêmes.
Quant à l'article des règles Monaſtiques ,
nous demanderons ſi , lorſqu'on voit dans
'Hiſtoire de quelques guerres civiles , celle
de la Ligue , par exemple , les Moines couverts
de caſques & armés de fufils , paffer
une revue fur le pont Notre Dame , ils
obéiffoient à la règle , ou bien s'ils agiſſoient
contre la règle. Dans cette ſuppoſition , on
pourroit élever une queſtion très importante
que les Auteurs ne paroiſſent pas avoir apperçue
, ſur le danger d'avoir dans un
Royaume 200 mille Religieux. Nous conviendrons
que les Moines ont rendu de
grands ſervices à l'Égliſe & à la Société ; &
fi nous conſiderons ces ſervices , fur - tout
par rapport aux Lettres , nous croyons qu'ils
ne peuvent être révoqués en doute. Nous
conviendrons que pluſieurs grands Hommes
ont illustré les cloîtres &leur fiècle ; que des
Ordres entiers , livrés à des travaux Littéraires
;
DE FRANCE.
73
1
2
raires , qui exigent des ſoins , de la conſtance
, du difcernement & le concours d'une
infinité de Coopérateurs, ſe ſont acquis l'eftime
& la reconnoiſſance de leurs Concitoyens
; mais le fixième Chapitre , qui traite
des biens des Corps Monaſtiques , fait naître
plufieurs doutes. Première queſtion , quelle
en eſt l'origine ? Objet d'une diſcuſſion qui
fourniroit pluheurs volumes . 2. Quel eſt
leur uſage ? Le bon uſage ne juſtifie pas la
poffeffion: Ce bon uſage eſt il univerſel ?
3. Quelle est la proprieté des Religieux ?
Leurs propriétés font toutes conditionnelles.
Les conditions font- elles remplies ? & l'ontelles
toujours été? Quant à certe dernière
objection , les Auteurs répondent , page
293 , que " dans quelques mains que foient
> les biens Monastiques , ils font affectés au
>> foulagement des malheureux, »رد
Le ſeptième Chapitre traite de la réforme.
Trois cauſes principales ont produit , coit
on vulgairement , l'affoiblaffement de la difcipline
; la jeuneſſe de ceux qui font profeffion
, les exemptions , & le petit nombre des
Religieux qui ſe trouvent dans pluſieurs Monaſtères
; d'où l'on conclud qu'il faudroit
reculer Fémiſſion des voeux , abolir les exemptions
, & détruire les maiſons pou nombreufes.
Les Auteurs croient que ces trois moyens
Font peu propres à produite l'effet qu'on en
tend. Quant au premier , tous les raiſonhomens
qu'ils employent n'arrêteront point
N°. 2 , 8 Janvier A703 . D
74 MERCURE
peut-être la réclamation univerſelle contre
un uſage dont l'abus a , de tout temps , expoſé
une infinité d'êtres des deux fexes à
toutes les horreurs qui peuvent accompagner
l'existence; & nous ofons croire qu'il
vaut mieux encore que cent perſonnes manquent
une vocation qui ſemble les appeler
dans le cloître , & ſe livrent à d'autres états ,
que d'en voir une ſeule prononcer avant
l'âge raiſonnable , dont l'époque varie ſuivant
les caractères , l'éducation , les paffions
même, des voeux imprudens , qui l'expofent
pendant une carrière ſouvent longue & toujours
douloureuſe , à ne former de defirs
que pour celler d'exiſter ; & l'on répétera
toujours qu'il ne doit pas être permis à
l'homme de diſpoſer de ſa liberté avant qu'il
foit capable de diſpoſer de ſes biens.
Il réſulte de la lecture de cet Ouvrage ,
que les Moines ont mérité plus d'eſtime
qu'on ne leur en accorde ; que l'exemple
de quelques Ordres & de quelques individus
dans chaque Ordre , ne doit point entraîner
la proſcription générale ; mais qu'il exiſte des
abus qu'il faut corriger , des maux qu'il faut
guérir. Les Auteurs , avec de l'efprit & de
la juſteſſe , ont trop inſiſté peut- être ſur les
avantages , & trop peu ſur les inconvéniens ;
mais leur Ouvrage peut répandre des lumières
ſur la queſtion qu'il traite. Quant aux
remèdes à apporter & aux moyens à employer
, il faut eſpérer que l'Adminiſtration
DE FRANCE.
75
1.
chargée de cette partie fera pour le mieux ,
&faura concilier l'intérêt général & l'interêt
particulier.
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de
la Poésie Françoise , Tomes 25 & 26 .
A Paris , chez les Éditeurs , rue de la
Juffienne , vis-à-vis le Corps de Garde ,
& chez Mérigot le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins.
LES Auteurs , dont les Ouvrages forment
le 25º Tome de ce Recueil , ſont Perrin ,
Furetière , La Fontaine , Ségrais & François
Colletet. Nous ne citerons rien de La Fontaine
, dont les Auteurs , fidèles à leur plan ,
n'ont recueilli ni Fables ni Contes , parce que
ces Ouvrages ſont entre les mains de tout le
monde. Mais nos Lecteurs feront charmés
de connoître Furetière , plus fameux à la
vérité par ſon grand Dictionnaire que par
ſes Poéſies , qui ont pourtant de la tournure
, du mordant, & quelquefois de la
grâce. Quelques petites Pièces que nous allons
citer en feront la preuve.
D'un Coquin infolent dansſa fortune.
TANDIS qu'Alidor fut Laquais ,
Il fut foumis , humble &docile;
Mais quand il eut fait force aquêts ,
:
Dij
76 MERCUR
Il fut rogue , altier , difficile :
On l'eût pris pour un roitelet ,
Tant l'orgueil le fit méconnoître ;
Je vois bien que d'un bon Valet
On ne fauroit faire un bon Maître.
Épigramme d'un qui étoit pendu par les pieds
pour avoir été homicide defoi- même.
۱
POURQUOI remener au fupplice
Jean qui s'eſt lui-même pendu ?
Croit- on qu'il lui fût défendu
Dé faire un acte de juſtice ?
Sur une Justice tranſportée dans une halle,
D'ou vient qu'on a tant approché
Cette Justice du marché ?
Rien n'eſt plus facile à comprendre ;
C'eſt pour montrer qu'elle eſt à vendre.
Un mot qu'on a confervé , prouve que Faretière
étoit mal avec Benferade; celui- ci
ayant dit un foir , en s'affeyant à l'Académie
à la place de Furetière : Voilà une place où
je dirai beaucoup defottiſes. Courage , répondit
Furetière , vous avez fort bien commencé.
Tout le monde fait qu'il fut accusé d'avoir
profité , pour fon Dictionnaire , du travail
de l'Académie. Furetière ſe justifia par des
factums ; mais aux raiſons il ajouta des injures
contre pluſieurs Académiciens ; & par
DE FRANCE. 77
une délibération priſe le 22 Janvier 1785 ,
il fut banni de cette Compagnie .
Les Églegues de Segrais , dont on a recueilli
les meilleures , offrent un ſtyle fouvent
foible & négligé , mais des fentimens
doux , toujours vrais , &des tableaux intéreffans.
François Colletet étoit fils du fameux
Guillaume Colleret, dont les poéfies ont été
recueillies dans un des précédens volumes;
il avoit quelque talent poétique ; mais il a
eu , comme l'obſervent très bien les Éditeurs
, deux malheurs à la fois : un nom
connu à porter & un eſprit inférieur à celui
de fon père. C'est lui qui eſt l'Auteur de cette
épitaphe très-connue & encore plus bizarte:
CI GIT Monfieur de Marca ,
Que le Roi ſagement marqua
Pour le Prélat de ſon Égliſe ;
Mais la mort, qui le remarqua,
Et qui ſe plaît à la ſurpriſe ,
Tout auſſitôr le démarqua.
Le vingt ſixième Volume, plus intéreſſant
encore que le précédent , contient la Comteffe
de Brégy , Péliffon , Chapelle , Th.
Corneille , Urbain Chevreau , le Père Commire
, Martin , Ranchin , Testu , Coulange
& Charpentier. Le Portrait de Chapelle eſt à
la tête du volume.
On connoît ce quatrain de la Conneffe
de Brégy :
Diij
78 MERCURE
CI -DESSOUS git un grand Seigneur ,
Qui , de ſon vivant , nous apprit
Qu'unhomme peut vivre ſans coeur
Et mourir fans rendre l'eſprit.
On lira avec le plus grand intérêt dans ce
volume , les Poéſies de Paul Péliffon; fa difgrâce
& les perfécutions que lui attira ſa
liaiſon avec le célèbre Fouquet ſont connues ;
fon talent poétique , qui l'eſt peut - être
moins , mérite les plus grands éloges ; ſa
vie , qui eft à la tête de ſes poéſies , eſt une
des plus intéreſſantes du Recueil. Peu d'hommes
ont mérité autant que Péliſſon l'eſtime
de leurs concitoyens. Il avoit l'âme belle , le
coeur excellent; il eut des amis qu'il ne méconnut
jamais dans ſa proſpérité; il rendit
tous les ſervices qui dépendirent de lui , &
il n'abuſa jamais de fon talent ni de fon
crédir. C'eſt à lui que l'on doit ce quatrain
fi connu :
Où peut-on trouver des amans
Qui nous foient à jamais fidelles ?
Il n'en eſt que dans les Romans
Ou dans les nids des tourterelles .
Er cet autre d'une préciſion très - philoſophique
:
Que rien ne nous embarraſſe ,
Et pourquoi tant de façons ?
Bonne fortune on diſgrâce ,
Elle paſſe , ou nous paffons.
DE FRANCE.
79
Son dialogue d'Acante & de Pégaſe , ſur
les conquêtes du Roi , eſt ingénieux.
Les Éditeurs ont cru avec raiſon ne devoir
point défigurer la relation curieuſe dn voyage
de Chapelle; & comme ſes Ouvrages ſe bornent
, à peu de choſe près , à ce morceau ,
qui depuis a ſervi de modèle à tant d'autres
voyages ſans qu'il ait encore pu être égalé ,
on a pris le parti de l'inférer en entier.
Une héroïde , où l'on trouve des détails
intéreſſans , & deux fragmens de Traductions
d'Ovide , font tout ce qu'on a recueilli de
Th. Corneille.
Urbain Chevreau , né à Laudun en 1613 ,
mort en 1701 , Secrétaire de la Reine Chriftine,&
Précepteur de M. le Duc du Maine ,
mérite d'être connu , & c'estun des ſervices
que les Éditeurs des Annales Poétiques ont
rendus à la Littérature , d'avoir tiré ſouvent
de l'oubli des Auteurs dignes , à.pluſieurs
égards , de figurer fur notre Parnaffe.
Chevreau est de ce nombre; il étoit d'ailleurs
très- verſé dans la Littérature Hébraïque
, dont il citoit beaucoup de traits . En
voici un dont il faiſoit unjuſte éloge: Hier ,
aujourd'hui , demain , font les trois jours de
l'homme.
Moralité
Un defir à l'autre ſuccède ;
Si le Riche n'a tout il ne croit rien avoir ;
Et quelques biens d'eſprit que le Savant poſsède,
S'il ne fait tout , il croit ne rien ſavoir.
Div
80 MERCURE
Voici une Épigramme qui depuis a été
bien retournée :
QUAND tu voudras aimer , prends garde à bien choiſir
Sans te flatter jamais d'une apparence vaine ;
Sur-tout fais fi bien que la peine
Ne furpaſſe pas le plaifir ;
Ne perds ni ſoins ni temps auprès de la rebelle ;
Pour peú qu'elle réponde à ton amour fidèle ,
Sois hardi juſqu'à tout ofer ;
Et fi tu veux te laſſer d'elle ,
Ne manque pas de l'épouſer.
Épitaphe de Turenne.
TURENNE a ſon tombeau parmi ceux de nos Rois ;
Il obtint cet honneur par ſes fameux exploits .
Louis voulut ainfi couronner ſa vaillance ,
Afin d'apprendre aux ſiècles à venir
Qu'il ne mit point de différence
Entre porter le ſceptre & le bien foutenir.
On verra avec plaiſir , parmi les Pièces de
cet Auteur , quelques morceaux adreffés à
M. le Duc du Maine , ſon Élève , dans lefque's
il le loue & le critique tour à la fois ,
& lui parle avee franchiſe de ſes défauts
comme de ſes bonnes qualités .
Le Père Commire , fameux par ſes poéfies
latines , & N. Martin , précèdent le Poëte
Ranchin , Auteur , entre autres poéſies , de
deux triolets très connus , qui commencent
par ces vers : Garder fon coear & fon trou-
:
1
DE FRANCE. 81
peau , & c. & Le premier jour du mois de
Mai , &c.
Après les poéſies de Ranchin , on lit celles
de l'Abbé Teſtu , à qui Mme Deslioulières
aadreſſe deux couplets affez connus & fort
gais.
Coulange & Charpentier terminent ce
Recueil , ſuivi , comme à l'ordinaire , de la
notice de quelques Poëtes contemporains
dont on n'a point recueilli de poefies.
On ne peut qu'inviter les Éditeurs d'un
Ouvrage ſi intéreſſant à continuer leur travail
; ils le doivent d'autant plus , que ks
voilà parvenus au moment le plus brillant
de leur carrière. Le monument qu'ils ont
élevé à la Poéſie Françoiſe, demandoit autant
de courage que de goût.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Motet de M. Janfon , qu'on a exécuté
la veille de Noël à ce Concert , a paru rempli
de fort beaux effers & d'une belle facture;
il a été fort applaudi. Mme Mara ,
qui a chanté ce jour & le lendemain , a eu
le ſuccès auquel elle eſt accoutamée, fur tout
dans le rondeau de Nauman , morceau du
pathétique le plus intéreſfant. Joais peut
Dv
82 MERCURE
être Mme Mara n'avoit déployé plus de
talens à la fois , n'avoit chanté avec plus de
grâce & d'à plomb , une agilité plus brillante
& plus rapide , ni mieux varié ſes tournures
; jamais non plus elle n'a reçu d'applaudiemens
plus nombreux ni mieux mérítés.
L'Oratoire de M. Raguén'a pas eu tout
le fuccès qu'il en devoit attendre. Les connoiffeurs
ont apprécié l'élégance & la pureté
de ſon ſtyle ; mais il faut plus pour le Public
, il exige des traits ſaillans qui le remuent
, & ce morceau n'en étoit guères ſufceptible.
Nous croyons cet avis utile à M.
Ragué , qui annonce un véritable talent. Il
ne peut jouir du ſuccès qu'il mérite qu'en
choififfant des ſujets intéreſfans par euxmêmes,
& en évitant une tournure commune
dans la manière de les rendre. Mlle Defchamps
, aujourd'hui Mme Gautherot, a
joué un concerto de violon avec toute la
juſteſſe , toute la préciſion , tout le talent
imaginables ; ſon ſuccès eſt d'autant plus
flatteur , qu'il eſt très- rare de voir des femmes
réuffir fur cet inſtrument , qui ne paroît
pas fait pour elles ; & depuis Mme Sirmen ,
aucune peut être ne l'a porté auſſi loin que
Mme Gautherot.
DE FRANCE. まず
VARIÉTÉS.
LAQueſtion propofée dans le premier Mercure du
mois de Septembre , rappelle celle qu'on agita, il y
aquelques années , dans le Journal de Littérature.
Il s'agiſſoit de ſavoir ſi Orofmane , trahi par la ma -
treſſe, eſt plus malheureux qu'Orofmane qui la trouve
innocente après l'avoir poignardée. Une ſeule voix
prononça que la dernière ſituation étoit la pire ; tous
les examinateurs furent d'un avis contraire ; pareillement
chaque ſolution en vers de la queſtion générale
dans le Mercure vient d'exprimer ce préjugé
univerfel.
Sans entrer dans une diſcuſſion métaphyfique fur
ce problême moral , j'oſe m'élever contre l'arrêt
général ſur le cas particulier d'Orofmane .
Il me femble d'abord qu'il faut écarter toute manière
abſolue , d'en conſidérer les deux fituations . Ces
métaphores des Romans de galanterie , on préfère la
mort à la trahison de fa maîtreffe, ne ſont rien
moins que des principes. D'après le ſien propre ,
chacun fait l'analyſe du coeur humain. Il ne s'agit
point ici de ſavoir comment l'on doit fentir en cette
circonstance, mais ce qu'a ſenti Orofmane , ſon caractère
une fois donné d'après l'intention du Poëte.
Dès le premier Acte , ce Sultan, le plus ſenſible
&le plus paſſionné des hommes, en eſt le plus fier en
même temps. Capable de tout facrifier à Zaire , il
ne l'eſt pas moins de la facrifier elle-même à l'orgueil
& à l'amour outragés.
Je ne fuis point jaloux ....... Si je l'étois jamais !
Ace vers le poignard eſt levé. Cette réſiſtance de la
grandeur d'âme à la jalousie , de la fierté à la ten
Dvj
84 MERCURE
dreſſe , ne tarde pas à augmenter avec les ſoupçons ;
elle calme l'agitation d'Orofmane , au premier refus
de Zaïre de le ſuivre à la Moſquée.
Il est trop honteux de craindre une maîtreſſe ;
Aux moeurs de l'Occident laiſſons cette baffefſse .
Etce ſentiment- là n'eſt ni foible ni fugitif; il tient
aux moeurs locales: le Poëte y a attaché un deffein
'marqué , celui de faire fortir l'une des beautés frappantes
de cette Tragédie ; beauté qui réſulte du ſpec .
tacle des paffions eſſentiellement les mêmes chez
tous les hommes , mais modifiées par le caractère
perſonnel , par l'éducation , par le rang , les uſages ,
les préjugés. A l'inſtant même du délire , cette idée
de l'abaiſſement auquel il ſe réduit , revient dans l'âme
d'Orofmane ,
J'ai honte des douleurs où je me ſuis plongé.
Il dit a Corafmin ,
....... Tu vois la honte où je me livre .
S'il eſt avili de ſon infortune & de ſes pleurs , fi le
cri de l'orgueil ſe mêle à celui de la ſenſibilité ſouffrante
, Orofmane eſt déjà moins malheureux. Qui
n'a ſenti la conſolation de s'élever par l'eſtime de
foi-même , par le mépris pour l'offenſeur , au courage
de braver la plus cruelle injure & de l'oublier ?
La nobleſſe de ce ſuntiment y mêle de la douceur .
Tancrède, qui combat pour une Infidelle , eſt bien
moins à plaindre qu'Orofmane qui l'affaffine
Sans doute ce ſentiment ne tarde pas à faire place
au defir de ſe venger , lorſque ce defir n'eſt plus combattu
par l'eſpérance. Mais , juſqu'au dernier moment
, l'eſpérance concourt avec la fierté , à fournir
le creur d'Orofmane contre une perfidie dont ils'indigne
& dont il doute. Il eſt vrai , on nie cet eſpoir ,
on affirme qu'il ne peut en reſter au Sultan après la
DE FRANCE. 85
lecture du billet fatal. Cependant Voltaire l'en a
rempli ; durant quatre Scenes , Voltaite n'eut pas
fait dialoguer un déſeſpéré. Orofmane les emploie
ces Scènes , à s'étourdir , à ſe foulager en ſe plaignant
, à chercher des lueurs , à interroger Zaire.
Quoiqu'il s'écrie :
Quoi! des plus tendres feux ſa bouche encore m'affure ,
Quand de ſa trahifon j'ai la preuve à la main !
Il repouſſe cette preuve ; il embraſſe l'erreur qui l'aveugle&
le conſole :
Il voit un rayon d'espérance.
Cet odieux François eſt jeune & préſomptueux :
Un regard de Zaïre aura pu l'aveugler.
If croit qu'il eſt aimé , c'eſt lui ſeul qui m'offenfe.
Zaïre n'a point vû ce billet criminel.
Prononcez maintenant ſi l'infortune qui tient celangage
, eft fans lénitif contre le poiſon dont il eſt
dévoré; fi le tourment de ſa jaloufie effrénée n'eft
rallenti , comme on l'a prétendu , par aucun ſentiment
, par aucune réflexion moins déchirante . Qu'on
nous diſe ſi , juſqu'au retour de l'eſclave , chargé du
dernier billet au cinquième Acte , la fituation d'Orofmane
eſt autre choſe que de la ſouffrance par intervalles
, qu'un pafſage rapide de la jaloufie à la tendreſſe
, de la crainte à la fierté , de la douleur à l'illuſion
, de ſentimens qui ſe croiſent & s'affoibliffent
par leur choc.
L'eſpérance enlevée , l'agitation devient un délire ;
mais tout affreux qu'eſt ce moment d'égarement ,
l'image , la facilité , la férocité même de la vengeance
le contrebalancent. Le premier ſouhait
d'Orofmane eſt la mort :
Traîtres , arrachez moi ce jour que je refpire.
$6 MERCURE
Puis fon âme ſe fixe; c'eſt le ſang de Zaïre , c'eſt
celui de Néreſtan qui doit couler.
.. .. . Miférable Zaïre ,
Tu ne jouiras pas..
Cette idée n'abandonne plus Orofmane. Dans l'aliénation
de tous ſes ſens , il poursuit la douceur d'arracher
le coeur qui l'a trahi ; il en reffent une cruelle
joie; ainſi , tous les grands Poëtes ont peint cette
paffion. Écoutez Didon :
.. ... • Faces in caftra tuliſſem ,
Impleſſemque foros flammis , natumque patremque ;
Cum genere exftinxem , memet fuper ipfa dediſſem.
Son dernier regret n'eſt ni pour la vie ai pour Énée ,
c'eſt pour la vengeance :
Sed moriamur .
1
Moriemur inulta!
Dans la fituation d'Orofmane , toutes les amantes
trahies de nos Poëmes & de nos Drames , Roxane ,
Hermione , diſent comme celle- ci :
Que je me perde ou non , je ſonge à me venger.
C'eft donc pour foulager ſa douleur , non pour s'y.
dérober , qu'Orofmane poignarde ſa maîtreffe. Le
comble du malheur ſeroit d'être forcé de lui laiſſer
la vie.
Il la punit , il ſe venge , il jouit de ſa réſolution .
Ce remède , il est vrai , eſt l'émétique de la rage ,
comme il en fut le conſeit ; mais enfin , la douleur
qui donne des convulfions , laiſſe au patient des forces
éteintes dans celui qu'elle fait expirer .
Amoins que les tranſports qui ſe combattent ne
ſe fortifient,& quel'extrême rage ne ſoit l'extrême
douleur , comment ſe perfuader qu'Orofmane , tuant
Zaire comme l'inſtrument de ſon malheur , foit
DE FRANCE. 87
plus déchiré qu'Orofmane ſe turnt lui- même , comme
l'inſtrument du malheur de Zaive & du fien propre ;
par ce qui lui en a coûté pour affaffiner ſa maîtreffe
perfide , qu'on juge de ce qu'il doit fouffrir à la
pleurer innocente.
Et le remords, n'eſt- il pas le plus ſenſible de ſes
maux ? Il ne peut en avoir , nous a-t'on dit QUI !
&en retirant le poignarddu ſein de Zaire , il laiſſe
échapper ce cri d'une âme au fupplice :
Otons-nous de ces lieux. Je ne puis.-Qu'ai -je fait ?
Rien que de juſte .
Que fera- ce donc quand il connoîtra ſon injustice ?
Iln'a pas de remords ! & il n'exprime que les accens
du repentir. Sa foeur ! j'étois aimé , ô ciel ! j'étois
aimé! Et il s'accuſe d'avoir donné la mort ,
Ala plus digne femme , la plus vertueuſe !
Faut-il ajouter que Voltaire n'eût pas manqué à la
grande règle du trouble croiffant de Scène en Scene.
Orofmane trahi pouvoit occuper la Scène & fupporter
ſa douleur durant un Acte , & dans l'intervalle
du quatrième au dernier ; mais afſaffin de l'objet
qu'il adoroit , il ne peut vivre qu'un inftant. Tel eſt
l'ordre de la nature & de l'affliction .
J'étois aimé &je l'ai tuée ; ces deux mots fontindiviſibles
: le ſentiment de confolation qui peut
naître de la douceur d'être déſabuſé d'une trahifon ,
eſt étouffé ici par deux idées auffi déſeſpérantes . Co
n'eſt point Tancrède qui expie ſon injuftice & fes
ſoupçons aux yeux d'Aménaïde , qui meurt dans ſes
bras , qui la perd fidelle & tendre.
Les femmes , pour qui l'excès de la ſenſibilité ou
de l'amour propre rendent la jalouſie la plus furieuſe
des paſſions , les femmes ne conçoivent pas qu'il ſoit
depires tourmens. Il eſt aiſé , d'ailleurs , de ſe méprendre
à l'expreſſion de la douleur: les tranſports,
88 MERCURE
les convulfions , l'égarement ne font pas toujours
cette expreffion ; la rage ſoutient le coeur contre la
fouffrance , comme la frénéſie ſoutient un frénétique.
Dans l'état d'Orofmane au contraire, l'infenfibilité
eſt le vrai caractère d'une douleur au comble. Voyez
Vendôme aliéné , donnant l'ordre du parricide ; ſa
fituation est bien plus terrible que celle du moment
où il tombe dans un fauteuil , en bégayant quelques
mots entre- coupés : laquelle des deux eſt la plus déplorable
& affcte davantage le Spectateur ? Un
homme inconfolable paroît toujours plus malheureux
qu'un homme en délire .
Qu'on ſe rappelle dans Ovide celui de Niobé &
ſes imprécations contre Latone. Voilà l'inftant de la
douleur la plus furieuſe ; mais lorſque , couvrant de
fon corps la dernière fille qui lui reſte , elle crie à la
Déeſſe: Unàm , minimamque relinque ! lorſqu'elle
voit périr cet enfant d'un nouveau coup , la voix lui
manque , des ruiſſeaux de pleurs coulent de ſes yeux
immobiles , ſon viſage perd la couleur; elle tombe
inanimée ſur ſon mari , ſur ſes enfans étendus fans
vie.
:
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan.
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION Univerſelle des Mémoires particuliers
, concernant l'Histoire de France.
Voilà un de ces Ouvrages dont le titre ſeul annonce
l'importance & l'utilité. De tout temps on a
reconnu combien les Mémoires particuliers font précieux
à ceux qui veulent étudier ou écrire l'Histoire ,
& à ceux qui veulent s'amufer en la lifant. Les détails
privés dont ils font ſuſceptibles,leur donnent un
DE FRANCE. 89
intérêt qu'on chercheroit quelquefois en vain dans
l'Histoire L'Histoire , a force de généraliſer , tombe
quelquefois dans la féchereſſe; & c'est un défaut
qu'on a fur tout reproché a nos ' Hiſtoriens François .
Un Recueil de ces Mémoires , ſources précieuſes
de plaifir & d'utiité , manquoit à notre Litera
ture ; la plupart d'ailleurs font rares , & on nelosrafſembleroit
qu'avec beaucoup de peine & de frais. La
Collection que nous annonçons deviendra donc une
bibliothèque peu diſpendieuſe en raiſon de ton urilizé
& de fon agrément Elle commencera par ce bon
Sire de Joinville , qui , au mérite de la vérité hittorique
, unit presque l'intérêt du Roman. Les auties
Mémoires feront claſſes de ſu're felon leur date , &
précédés chacun d'une notice hiſtorique qui fera connoître
leurs Auteurs , le temps où ils ont vécu.& les
places qu'ils ont occupées , ce qui déterminera le
degré de confiance qui leur est dû.
La Collection des Mémoires particuliers , concernant
l'Histoire de France , ſera imprimée in - 89 .
Il en paroîtra régulièrement un volume chaque
mois , à commencer dans les premiers jours de Février
prochain. Les Éditeurs ont pris les précautions
néceſſaires pour qu'il en ait paru 12 volumes à la
fin de l'année 1785. Le Prix de la Souſcription pour
12 volumes , à Paris, eſt de 48 liv. ou de 24 pour
lademi-année. Les Souſcripteurs de Province payeront
de plus 7 liv. 4 fols pour l'année entière , ou celle
de 3 liv. 12 fols pour la demi-arnée , à cauſe des frais
depoſte. On foufcrit dès-à-préſent Ceſt au Directeur
de la Collection des Mémoires , &c . qu'il faut
s'adreſſer , rue d'Anjou , la deuxième porte- cochère
àgauche en entrant par la rue Dauphine , à Paris.
CALENDRIER des Fideles ,'pour l'année 1785.-
ou Petite Année Chrétienne. A Paris , chez Fournier ,
Libraire , rue du Hurepoix , près le quai des Auguſt..
90
MERCURE
Cet Almanach pieux eſt d'une forme affez nouvelle.
Sous chaque jour de l'année on trouve une
lifte plus ou inoins conſidérable de Saints à invoquer
, Offices , Prières du jour , &c.
Le Répertoire Amusant , ou Nouvelles Etrennes
pour la préſente année. A Paris , chez le même Li--
braire que ci-deffus .
Cet autre Almanach , qui est bien exécuté , eſt un
Recueil de petites Pièces de Vers de différens genres .
Nous en avons trouvé de fort agréables , & même
de nouvelles , ou du moins que nous n'avons pas re
connues.
LePetit Magafin des Enfans , que nous avions
annoncé chez le même Libraire , ſe vend 3 liv. br.
au lieu de 2 liv. ; & relié , 4 liv. au lieu de 3 liv.
ALMANACH du Voyageur à Paris , année 1785,
par M. Thiéry. Prix , 2 liv. 8 ſols. A Paris , chez
Hardouin , Libraire , au Palais Royal , ſous les ar--
cades àgauche , n° . 14 ; & Gattey , rue des Prêtres
S. Germain l'Auxerrois .
Cet Almanach , que nous avons annoncé avec
des Éloges , juſtifiés par le ſuccès , eſt d'une trèsgrande
utilité aux Étrangers &Voyageurs & même
aux habitans de cette Capitale , comme le guide le
plus sûr pour connoître tout ce que Paris contient
d'intéreſſant &de curieux . On y trouvera tous les
changemens arrivés & les nouveaux établiſſemens
formés pendant le cours de 1784. Son format portatif
le rend aufli commode qu'il eſt utile.
ALMANACH de Versailles , année 1785 , conte--
nant la Description du Château , du Parc , des Jardins
& de la Ville de Versailles , du grand & du
petit Trianon & de la Ménagerie , la Maison du
Roi, celles de la Reine & de la Famille Royale,
DE FRANCE: 91
lesBureaux des Ministres , la Prévôté de l'Hôtel ,
&c. A Verſailles , chez Blaizor , Lioraire , rue Sa
tory , & à Paris , chez Langlois, rue du Petit Pont ;
Deſchamps , rue S. Jacques , Froullé , quai des Augustins
, & la Veuve Valade , rue des Noyers.
CetAlmanach eſt favorablement accueilli depuis
douze ans. Cette Édition eſt augmentée de la notice
des deuils , & offre pluſieurs autres changemens né
ceffaires.
ALMANACH Chantant , ou Etrennes aux Jolies
Voix.-Almanach Penfant , ou Etrennes aux Philofophes.-
Almanach Bienfaisant , ou Etrennes
aux Belles Ames.-Almanach Plaiſant , ou Etrennes
aux Beaux- Esprits. Prix , 12 fols chaque. A
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques ; l'Eſclapart , Pont Notre - Dame; Brunet ,
Place du Théâtre Italien ,& Petit , quai de Gêvres .
Lechoixdes matières qui compoſent ces Almanachs
eft fait avec goût,& en forme un petit Recueil
piquant&varié.
La Pyramide de Neige , Almanach nouveau pour
l'année 1785 , enrichi de figures en taille douce.A
Paris , chez Crapart fils , Libraire , pont S. Michel; -
Mailler, Imprimeur en Taille-douce , rue Saint Jacques
, No. 45 ; Hérou , Doreur , même rue , No. 21 ..
Get Almanach eft fait en mémoire de la boule de
neige, dont la reconnoiffance publique fit une eſpèce
demonument en faveur de notre jeune Monarque.
Elle ſe trouva chargée en une nuit de nombreuſes .
Inſcriptions qui atteſtoient l'amour de ſon Peuple.
d'unemanière auſſi éloquente que déſintéreſſée .
Les Deux Centenaires de Corneille , Pièces en un
Atte & en vers , repréſentées à Rouen , Bordeaux ,
le Havre , Tours , Grenoble , &c. par M. le Che02
MERCURE
valier de Cubières , de l'Acad ' mie de Lyon . A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeut- Libraire , rue Galande ,
& Bailli , rue S. Honoré , barrière des Sergens .
Nous ferons connoître plus particulièrement ces
deux Ouvrages.
OEUVRES de Raciinnee , 3 vol. in- 8 ° . faiſant partie
de la Collection in- 8 °. de Mgr. le Dauphin , imprimée
par ordre du Gouvernement ſur papier vélin
de la fabrique de MM. Johannot père & fis , d'Annonay
. Prix , 45 liv. broché en carton. A Paris ,
chez Didot l'aîné. Imprimeur- Libraire , rue Pavée
S. André , & Debure aîné , Libraire quai des
Auguftins.
د
Le nouveau caractère employé pour cette belle
Édition doit plaire à tous les Amateurs de l'Art Typographique.
Elle deis ajouter encore à la réputation
deM. Didot. On ne peut produire d'auſſi beaux Ouvrages
fansydonner beaucoup de temps &de ſoins ;
cependant on voit que les productions de M. Didot
ſe ſuccèdent affez rapidement ce qui annonce autant
de zèle & d'ardeur que d'intelligenc
Il publie en même-temps la Galatée & les Six
Nouvelles de M. de Florian , en un volume in 8 °.
Prix , papier commun , 4 liv. 4 ſols. On en a tiré
quelques exemplaires ſur paappiieerr vélin d'Annonay.
Prix, 12 liv. br. Ce qui a décidé l'Auteur à donner
cetteÉdition in- 8º c'eſt que pluſieurs perſonnes ont
trouvé le caractère du format in- 18 . trop fin . Celleci
eſt imprimée avec le caractère de la Collection
in--8 °. de Mgr. le Dauphin.
TRAITE du Choix & de la Méthode des Etudes
par M. l'Abbé Fleury ; nouvelle Edition , corrigée
&augmentée de plus d'un tiers , d'après un manufcrit
de l'Auteur nouvellement recouvre ; avec un
Supplément contenant une Lettre à M. l'Evêque de
DE FRANCE. 03
Métellopolis , Vicaire-Apoftolique de Siam , un Mémoire
pour les Etudes des Miffions Oiertales , & c.
&c. A Niſmes , chez Pierre Beanme , Imprimeur-
Libraire; & ſe trouve à l'aris , chez Belin , Libraire,
rue Saint Jacques .
La réputation de cet Ouvrage eſt faire depuis
long- temps , & l'on doit ſavoir gré à l'Éditeur de
l'avoir rendu auſſi complet qu'il peut l'être , en rous
donnant les additions & les changemens que l'Auteur
y avoit faits. Pour le rendre d'une utilité plas
univerſelle , on en a donné l'édition in- 12. que nous
annonçons .
LE Moraliste Meſmérien , ou Lettres Philofophiques
sur l'Influence du Magnétisme. A Londres , &
ſe trouve à Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint-
Jacques , & Brunet , rue de Marivaux , près du
Théâtre Italien .
Cet Ouvrage , qui n'eſt pas ce que le titre ſemble
aunoncer , ne doit pas être confondu avec tant de
Brochures éphémères dont le Magnétiſme a inondé
nos prefies.
NOUVELLE TOpographie de la France , par M.
Robert de Heſſeln , Cenſeur Royal. La ſouſcription
de la ſeconde Partie de cet Ouvrage , compoſée des
Cartes de Contrées , qui préſentent le ſecond degré
des détails de la ſuperficie du Royaume fur une
échelle invariable de 243 toiſes par ligne , & jufqu'aux
Paroiſſes incluſivement, ſera fermée au quinze
de ce mois.
On fouferit chez l'Auteur , rue du Jardinet , vis-àvis
celle du Paon , où ſe délivre actuellement la première
Partie de l'Ouvrage , compoſée de dix Cartes
d'une très-belle exécution ; ſavoir , de la France en
une feuille , contenant le Tableau général de tout
l'Ouvrage , & des neuf Cartes de Région , qui offrent
94
MERCURE
le premier degré des détails de la fuperficie du
Royaume ſur une échelle invariable de 729 toiſes par
ligne , avec toutes les routes de poſte du Royaume.
Chacune de ces Cartes eft accompagnée d'un Difcours
en une feuille in-folio ſur les objets les plus intéreſſans
qui lui ſont propres . Elles peuvent ſe joindre
en un ſeul Tableau de cinq pieds neuf lignes de
hauteur, fur autant de largeur.
La Carte de la Région Nord - Eſt qui ſe trouveroit
en haut du Tableau à droite contient , outre la
Champagne , la Lorraine & la Baſſe-Alface , tous
les Pays-Bas Autrichiens juſqu'à l'embouchure orientale
de l'Eſcaut au-deſſous de Lillo & Bergopzoom,
&au Levant tout le cours du Rhin depuis Benfeld
en Alface juſqu'au-deſſous de Duffeldorp en Weſtphalie
, avec les Capitales & les principales rivières
des Pays intermédiaires .
Il paroît déjà trois Cartes de la ſeconde Partie ;
ſavoir , les Contrées centre Eſt & Sud- Est de la
Région centre. Elles contiennent le Berri , le Bourbonnois&
la majeure partie de l'Auvergne.
La Bleſſure fans Danger , peint par F. Boucher,
Peintre du Roi , & gravé par S. C. Miger , Graveur
du Roi. A Paris , chez Miger , place de l'Ettrapade ,
lagrande maiſon neuve au coin de la rue des Poſtes.
Cette Estampe repréſente une jeune femme que
l'Amour bleſſe avec une flèche , ornée d'une roſe.
TABLEAU des différens Anemones de Mer, gravées
d'après Deimare , à qui il eſt dédié par M. Pierre-
Joſeph Buchoz , Membre de pluſieurs Académies.
Prix, 4 liv. , & fans être colorié 10 liv. A Paris ,
chez Royez , quai des Auguſtins.
Ces Anemones forment la claſſe la plus curieuſe
& la plus fingulière du règne Animal; il en eſt fait
DE FRANCE.
95
mention dans les Transactions Philoſophiques &
dans le Journal de Phyſique.
TROIS Sonates & un Prélude pour la Harpe
avec Violon , par M. Ragué , OEuvre IV. Prix ,
9 liv. AParis, chez Couſineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies , & Cornouailles , rue
Saint Julien le Pauvre , nº . 3 .
Le ſuccès des premiers Eſſais de cet Amateur
-doit inſpirer de la confiance pour toutes ſes pro .
ductions.
-
CONCERTO pour le Baſſon , deux Violons ,
Alto & Baffe, par M. le Comte de F.... , OEuvre II .
Prix, 3 liv. 12 fols. Deux Quintettis concertans
pour Violon , Haut- Bois , Flûte , Alto &
Violoncelle , par le même , OEuvre III . Prix , 3 liv .
12 fols. Trois Trios concertans pour Violon ,
Alto & Violoncelle , par le même , Cuvre IV.
Prix, 3 liv. 12 ſols. A Paris , chez Bignon , à l'Accord
parfait , Place du Louvre , près l'Académie de
Peinture , ou à la Salle de l'Opéra .
AIR's de Richard- Coeur-de-Lion , Memnon &
Didon , Accompagnement de Harpe ou de Forte-
Piano, par Leros, Maître de Chant , OEuvre VII .
Prix, 4 livres 16 fols. A Paris , chez l'Auteur , Place
du Palais Royal , Café de la Régence.
AIRS de Richard- Coeur- de- Lion , du Droit du
Seigneur &de Figaro variés pour un Violon ſeul ,
par M. Cartier fils , dédiés à M ſon père , OEuvre III .
Prix , 3 livres . A Paris , chez Imbault , rue & vis-àvis
le Cloître Saint Honoré, maiſon du Chandelier.
TROIS Sonates pour le Forte- Piano , Violon
ad libitum , par M. de Momigny , Organiſte. Prix ,
96 MERCURE
6 liv. A Lyon , chez l'Auteur ; & à Paris , chez M.
Leduc , au Magaſin de Muſique , rue Traverſière-
Saint Honoré , & M. Deſmeilliers , rue Croix des
Petits-Champs , maiſon de M. Bourdet.
NUMEROS des Feuilles de Terpsychore , ou
nouvelle Etude de Harpe , par les Proteſſeurs les
plus recherchés pour cet Inſtrument. Prix , I livre
4fols. Idem , pour le Clavecin. Chacune de ces
Feuilles paroît tous les Lundis. A Paris , chez Coufineau
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des
Poulies , & Salomon , Luthier , Place de l'École .
Pour les Annonces des Titres de la Gravure .
de la Musique& des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
ville
A M***
J
AMme ***
ABLE.
LES Charmes de Francon- gryphe ,
Infcriptions fur la Pompe à Concert Spirituel ,
63
49 Almanach Littéraire , 65
51 Del'Etat Religieux ,
לז
52 Annales Poétiques , 75
Feu de Chaillot ,
88 81
53.Va iérés , 83
Apologie de Galilée , 54 Annonces & Notices , 88
Charade, Enigme & Logo
-
APPROBATΙΟΝ.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mcure de France , pour le Samedi 8 Janvier . Je n'ai
Len tronvé qui priſe en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le 7 Janvier 1784. GUIDI.
JOURNAL politique
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE, le 30 Novemb.
,
1.'Intelligence qui a paru regner quelque
temps entre les deux Beys d'Egypte ,
Ibrahim & Murat , n'a pas été de longue
durée. Le ſecond a forcé le premier à ſe
réfugier dans la Haute-Egypte , & tout ce
Royaume eſt de nouveau en confufion.
Comme la foldateſque eſt l'inſtrument de
ces révolutions , on ne peut l'empêcher d'en
profiter : elle pille à ſon aiſe fans être
réprimée. Toute communication eſt fermée
entre la Haute & Baffe-Egypte. Les Arabes ,
profitant de ces défordres ont détourné
pour arrofer leurs terres les eaux du canal
du Nil qui abreuve Alexandrie ; cette ville
auroit été déſerte , ſi Murat Bey n'eût fait
travailler à remplir le canal , avant l'abaifſement
des eaux du fleuve. En attendant ,
les Pauvres meurent de faim , & les riches
Nº. 2 , 8 Janvier 1784.
,
C
( 50 )
ne ſe procurent de quoi vivre qu'à un prix
exorbitant.
Des douze vaiſſeaux de notre eſcadre , le
Capitan Bacha de retour ici depuis les , en
a laiſſé trois en croiſiere dans l'Archipel.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 7 Décembre.
Le 26 Novembre , le Roi a nommé le
Comte Frédéric - Antoine Wedel de Jarlsberg
, ſon Envoyé extraordinaire auprès de
la République des Provinces - Unies , & le
Comte Frédéric de Baudiffin, fon Envoyé
extraordinaire auprès du Roi de Pruſſe .
Le Brigantin Hollandois le Vlieger, a fait
naufrage , le 20 Novembre près de Laſſoë ;
trois hommes de l'Equipage ont péri.
Le Prince de Heſſenſtein , & le Conſeiller de
Conférence de Dreyer qui avoit occupé le poſte
de Miniftre-Plénipotentiaire du Roi à la Cour de
Londres , font arrivés dans cette Capitale.
On a pêché , près de Rrwig , dix- huit
cadavres de gens de mer qui ont péri dans
l'oułagan du 18 de ce mois.
Un bâtiment de la Compagnie de la Baltique
a mouillé ici, venant des Indes occidentales.
Des lettres de la Norwege rapportent que
dans pluſieurs diſtricts , la difette des grains
ſe fait fentir de plus en plus...
Cette ifle, fi trifte , écrit-on de l'Iſlande, fiaride
ن
( 31 ) ...
par ſa fituation& ſon climat, l'eſt bien plus encore
depuis un an par les malheurs qui l'accablent . Les
volcans & tremblemens de terre en ont dévoré
quelques diſtricas ;& dans ceux quifont à l'abri des
bouleverſemens , caufés par un feu inteſtin , les
habitans gémiſſent dans la miſere. L'hiver dernier
aété rigoureux au-delàde toute expreffion ,&d'une
longueur exceffive , ayant duré juſqu'au milieu
du mois deMai. L'été par conséquent a été court ;
&la terre a peu produit. Ce qui nous étoit reſté
de bétail de l'année derniere a péri pour la plus
grande partie par la mauvaiſe qualité de l'herbe ;
&il eſt mort beaucoup de monde , tant par le
manque d'alimens ſains , que par les maladies.
Pour comble de revers , la pêche , notre principal
moyen de ſubſitance , a été des plus mauvaiſes.
Qu'on juge par ce tableau de l'indigence
&de la miſere qui ſe ſont répandues dans nos
campagnes. Encore font-elles moins fenfibles
dans notre Diocèſe que dans l'intérieur de l'ile ;
&quelques bâtimens , arrivés avec des vivres du
Danemarck , ont remédié en quelque façon à la
diſette : ils ont apporté en même tems ànosCurés
des ſecours , de la part d'Eccléſiaſtiques & autres
perſonnes charitables du Royaume , pour les diftribuer
parmi les plus indigens . L'année derniere,
il s'eſt fait en cette ifle 77 mariages ; ily eſt né 380
enfans ;& il y est mort 357 perſonnes , parmi lef
quelles ily a eu une femme âgée de 105 ans .
Un ordre du Roi vient de fupprimer les droits
d'écriture qu'il falloit payer dans les Villes de
Douane des Ifles de S. Thomas & de S. Jean .
Par conséquent on n'exigera à l'avenir , des Négocians&
des Navigateurs , que les ſimples droits
deDouane , qui ſont très-modiques .
On a vendu à la Bourses actions de la
Compagnie des Indes Occidentales pour
C2
( 53 )
248 à 249 rixdalers chacune , & une action
de la Compagnie d'Afſurance maritime pour
160 rixdalers.
Le brigantin le Poftillon , arrivé ici de
Drontheim , eft entré dans le port.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le II Décembre.
2
Le Docteur Buſching a fourni , dans ſa
Feuille hebdomadaire , les détails ſuivans
touchant Pétersbourg. Depuis 1782 , dit- il ,
cette Ville eſt diſtribuée en dix parties principales
, qui forment quarante-deux quartiers
particuliers. Elle renferme 3,840 maiſons &
bâtimens publics. Les bâtimens appartenans
à la Couronne font au nombre de 213 , dont
102 de pierres & 111 de bois ; les bâtimens
de particuliers font 3,627 , dont 984 de pierres
& 2,643 de bois En 1783 , on a compté
dans les Paroiffes du rit Grec de cette Ville ,
6,156 naiſſances , dont 3,160 garçons &
2,996 filles ; 4,957 morts , dont 3,339 homames
& 1618 femmes , & 1,411 mariages ; &
dans les Eglifes des autres Religions , 663
naiſſances , 782 morts , & 233 mariages .
Les enfans morts au- deſſous de l'âge de 12
mois , étoient 1,010 dans les Paroiſſes Grecques.
On a obſervé en géneral qu'il meurt
dans cette Capitale un grand nombre de perfonnes
depuis l'âge de vingt ans juſqu'à celui
de quarante- cinq ; on en attribue la caufe
( 53 )
aux divers genres de déréglement auxquels
on ſe livre à cet âge.
Un Ecrivain public a fait l'énumération de la
perrttee des Troupes Allemandes employées en
Amérique , dans la derniere guerre ; il porte le
total à 11853 hommes , dont voici la répartition .
Troupes de Brunswic , 3,015 ; de Caffel , 6,500 ;
de Hanau , 981 ; d'Anspach , 561 ; de Waldek ,
720 ; & de Zerbſt , 176. Les troupes Allemandes
qui avoient éré envoyées en Amérique, étoient
au nombre de 29,166 hommes , dont 5,723 de
Brunswic , 16,992 de Caffel , 2,422 de Hanau ,
1,644 d'Anſpach , 1,225 de Waldek , & 1,160
de Zerbit.
:
:
On apprend de Pétersbourg , qu'il eſt
queſtion d'affembler une armée ſur les frontieres
de la Turquie ..
Les relevés des regiſtres des Paroiſſes & autres
Communautés d'Altona , depuis le premier Décembre
1783. , juſqu'au premierdu préſent mois,
portent les mariages à 173 , les naiſſances à 166,
dont 357 garçons & 303 filles ; & les morts à
708 , dont 365 hommes & 343 femmes; le nom .
bre des morts excede celui des naiſſances de 48.
Parmi les morts , 12 hommes & 17 femm.s
avoient vécu au- delà de 80 ans , & un homme &
&deux femmes , au-delà de 90 ans. :
- Les relevés de la Seigneurie de Pinneberg , du
même eſpace de temps , font monter le nombre
des mariages à 194 ; celui des naiſſances à 764 ,
•dont 364 garçons & 400 filles ,& celui des morts
a859, dont 415 hommes & 434 femmes ; l'excédant
des morts fur les naiſſances , eſt de 85 .
On remarque que le Général Grabowski ,
du diſtrict de Wolkowski en Lithuanie , a
c3 C
( 54 )
éré admis à la Diete de Grodno , en qualité
de Nonce , quoique diſſident. Cette exception
n'avoit pas eu lieu depuis 67 ans.
DE VIENNE , le 20 Décembre.
L'incertitude des événemens s'augmente
encore par la contrariété des rapports journaliers
Chacun fait des conjectures , tire
des inductions , préſage la paix ou la guerre
, felon fa digestion du moment ou la température
de l'air; mais rien de poſitif, rien
qui puiſſe donner une lumiere sûre ; & il
faut ſe contenter , faute de faits, des bruits
qui naiffent , ſe détruifent , & renaiffent ,
fans fixer l'opinion des obſervateurs raifonnables.
Quoique tous les jours il nous arrive des recrues
, quoique les préparatifs militaires ne ſe
rallentiſſent point , on s'entretient beaucoup de
paix , & l'on ſe perfuade qu'un Congrès pourroit
concilier les intérêts oppoſés de l'Empereur&des
Provinces-Unies.
Les troubles de laTransylvanie font à
peu près entierement appaifés. Lés rébelles
ontété coupés de tous côtés ; on leur a intercepté
la communication avec ceux du
Temeſwar. Leur férocité a précipité leur
ruine : en dévaſtant & en incendiant les villages
, ils ſe ſont enlevé les moyens de ſubſiſtance.
Leur ſeul but, à ce qu'il paroît , a
été d'exercer des vengeances : quelques vexations
préfumées , l'ignorance , & des idées
1
( 55 )
1
.
vagués de liberté , ſuggérées par quelques
Ordonnances Impériales mal interprétées ,
ont animé ces malheureux. Nombre d'entr'eux
ſe ſont enfui dans la Valachie.
Chaque jour on apprend des détails des hor
reurs qu'ils ont exercées. Le 17 Novembre , ils
pendirent deux Capucins & deux Franciſcains ,
au pied d'un Autel , après les avoir tourmentés.
Le premier de ce mois , par ordre de M.
Hollaky, quatre fubalternes s'étant rendus au
village de Kurety pour s'y faifir d'un chef de
parti Valaque; ils le conduiſoient dans la priſon
duComitat , lorſqu'il appella à ſon ſecours ſes
partifans , en leurdiſant : mes enfans , voulezvous
me laiſſeraller en priſon , & me livrer à la
juſtice ?A l'inſtant les quatre ſatellites duTribunal
furent mis à mort par les rebelles ; ils ont
tué dans le village de Kriſtor , vingt- cinqGen.
tilshommes ,& le Juge JoſephBrad;ils ontcou
pé la tête au Miniftre réformé & à fon époufr.
Le3 , au moyen d'une mine , ils ont fait fauter
en l'air la maiſon duReceveur Général des Tailles,
réſidantdans le village de Kibitze. Ils ont
précipité de ſongrenier Madame Balogh , quia
a été reçue dans ſa chûte ſur des fourches ; fon
mari & pluſieurs Gentilshommes ont péri ſous kes
coups de bâton , ainſi que leurs épouſes. Ces bandits
ont jeté au feu lesdeux enfans de M. George
Katona , Miniftre Réformé ; ils ont pendu à la
muraille M. Cziſzar , & éventré ſa femme& fes
enfans à ſes yeux. Ils n'auroient peut être pas
borné là leur cruauté , ſi unCapitaine du Régiment
de Crofz n'étoit heureuſement venu appor
ter du ſecours. Plus de trente de ces malheureux
ont péri en ſe défendant.
Le 7 , soo honimes du régiment de
:
: c4
( 56 )
Wurmfer ont paſſé près de cette ville , au
milieu d'un concours de peuple. Nous n'avons
point de foldats plus braves &mieux
difciplinés.
Le Prince Chriſtian-Auguſte de Waldeck
ayant acquis en Bohême les terres qu'y pofſédoit
la Maiſon de Deux-Ponts , S. M. I.
lui a accordé le droit d'indigenat.
Par un décret daté du 23 Octobre dernier , qui
vient d'être publié , l'Empereur a décidé que le
tiers de la ſucceſſion des Religieux qui avoient des
Bénéfices à charge d'ames , & dont les Couvens
ont été fupprimés , appartiendroit aux Eglifes
qu'ils avoient deſſervies , ſi toutefois ils n'avoient
pas encore été déclarés Prêtres ſéculiers , avec faculté
de pouvoir diſpoſer de leur fucceffion par un
teftament. S. M. I. a en même tems arrêté qu'à
l'égard des Abbayes & Couvens qui ſubſiſtent encore
, & qui jouiſſent du droit de préſentation , les
choſes refteront ſur l'ancien pied , ſavoir , que la
fucceffion des Curésnommés parmi les membres
des Abbayes ou des Couvens , appartiendra aux
Abbayes & Couvens , à condition cependant que
ces Abbayes & Couvens entretiennent les Curés ,
ainſi que les Presbyteres & les Eglifes .
Par un autre décret du 2 Novembre , l'Empeteur
a jugé à propos d'ordonner que les viſitations
d'Eglifes ne feront annoncées aux Curés que
deux ou trois jours auparavant ; que les Evêques
yifitans n'occaſionneront aucuns frais aux Curés ,
qu'on ne pourra rien demander pour qui que се
ſoit ni aux Curés , ni aux Fabriques des Eglifes ,
& que dorénavant la taxe d'inſtallation de Curé
fera fixée à un ducat.
: Une maladie contagieuſe s'étant manifeftée
en Ukraine , il eſt quſtion d'ordonner
( 57 )
;
un cordon de 6008 hommes pour prévenir
les progrès de l'épidémie , qu'on redoute
d'autant plus , que , ſelon quelques avis, la
peſte a reparu à Cherfon , en Podolie , &
même juſqu'à Kiow..
Les Etats d'Autriche ont accordé à l'Empereur
pour l'année 1785 , la ſomme de
2,008,968 florins , dont la répartition & le
recouvrement ont été réglés le 4 Novembre
par la Régence de la Baffe- Autriche.
,
Le 18 de ce mois , il eſt arrivé à Belgrade
54 gros ballots de draps des fabriques de Brinn
qui feront tranſportés àConstantinople.On eſpere
d'y établir un commerce avantageux avec les
Etats héréditaires .
** On apprend de Conſtantinople , en dare
du is Novembre, que le Baron de Herbert
adéja eu pluſieurs conférences avec l'Ambaſſadeur
de France , au ſujet de la démarcation
des limites , & que le Miniftre de
Ruffie a remis une note à cetAmbaſſadeur ,
par laquelle il lui a fait connoître , que fa
Souveraine prenoit vivement à coeur la demande
de l'Empereur , & qu'en conféquence
elle defiroit que cette affaire fût terminée
le plutôt poſſible.
On a amené, ici deux Officiers chargés de
chaînes. Ils ont été condamnés fur le champ
aux travaux publics , & envoyés dans la
Hongrie.
DE FRANCFORT , le 26 Decembre.
82 chevaux de felle , de race Angloiſe ,
C
( 58 )
pour le ſervice de S. M. I. arriverent à Ratisbonne
le 6 de ce mois , ainſi que quatre
voitures , dont deux chargées, d'argenterie.
Ceconvoi étoit ſous l'eſcorte d'un Officier ,
de deux fous-Ecuyers , 8 chaſſeurs & 251
palfreniers.
On écrit de Stuttgard , que le Duc de
Wirtemberg fait acheter des chevaux pour
la Cavalerie , & qu'il va former un eſcadron
de Dragons. Quoique les lettres de Vienne
continuent à affirmer que ce Prince a offert
ſes troupes à l'Empereur , on ſuſpend de
donner créance à cette nouvelle qui paroît
prématurée.
Pour prévenir les tentativesdes Recruteurs fans
miſtion , qui ſe mukiplioient à Ratisbonne , le
Magiſtrat a fait défendre d'enrôler & de favorifer
lesdéſertions pendant le paſſagedes TroupesAutrichiennes.
La neige ayant interrompu les routes
montagneuſes , la marche de ces troupes
aura été changée de nouveau. La grande
caiſſe militaire ſera érablie ici , où il eſt déjà
arrivé des chariots chargés d'eſpeces.
On affure que le Landgrave de Heſſe-
Caffel a refuſé ſes troupes aux Hollandois.
Cependant , la négociation à ce ſujet n'eſt
point encore terminée. Les démarches de
l'Envoyé Impérial y ont beaucoup nui
ainſi que la crainte de dépeupler un pays à
qui la guerre d'Amérique , & celle de 1756.
n'on pas laiſſé des bras de reſte.
Ce même Landgrave de Heſſe- Caffel a affigné
:
1
) رو (
un fondde 43,000 rixdalers , pour l'inftitution
publique , & pour l'établiſſement d'un Sémi
naire , où l'on formera des Inſtituteurs.
,
Suivant une énumération des Auteurs Allemands
, qui vivoient l'année derniere
d'après le Dictionnaire de G. Meufel , il s'en
trouve 5445. Sur quoi l'on obſerve , qu'il y
en a au moins 5400 d'inutiles. Preſque tous
les Etats font affligés de ce déluge de barbouilleurs
de papier , qui , ſelon eux , font
la ſplendeur & la gloire des Empires.
Voici la liſte des troupes de l'Empereur , qui
ont paffé par Paſſau depuis le 23 juſqu'au 25 Novembre.
580 Uhlans , le régiment de Croates de Lau
rendorf, 800 hommes ; 500 Huſſards de Kevenhuller;
3,100 hommes des régimens de Tilliés
&de Migezzi , le régiment de Pandoursde Mikowiz
, 1,000 hommes ; le régiment de Pandours
de Berndorp , 900 hommes ; les Vo'ontaires
Morlaques , 280 hommes ; le régiment de
Toſcan , Cuiraffiers, 800 hommes ; le régiment
de Croates de Hoffer , 1,000 hommes-. Ces
troupes ſe rendront dans les Pays-Bas par la Baviere
, la Franconie & le Palatinat.
On apprend de Nuremberg, que le to
au foir , le Général Impérial de Lillien y eft
arrivé , qu'il y paſſera quelquesjours , & qu'il
fe rendra enſuite à Wirzbourg , où il ſe mertra
à la tête des Régimens de Wurmfer &
de Cobourg , pour les conduire dans les
Pays-Bas.
Des lettres du Tyrol portent que la confcription
militaireyrencontre auffide grandes
( 60 )
difficultés ,&que beaucoup dejeunes gensſe
font retirés dans la Suifle.
Onaffure que le Prince régnant d'Anhalt-
Zerbit faitpaffer cinq cents hommes au Corps
des Volontaires de Stein , levé pour le fervicede
l'Empereur .
ITALI Ε.
DE MILAN, le 8 Décembre.
Les bruits qui ont couru de la fuppreffion
de tous les Couvens de Cordeliers mendians
ſe confirme de plus en plus.
Ons'attendàvoirdans peu,dit une lettre deMantoue,
beaucoup de changemensdans leſyſtême politique
de cette ville : par l'uniformité que veut
établir notre Souverain dans toute la LombardieAutrichienne,
Mantoue ſera dans peu réduite en
ville provinciale , telle que Cremone , Pavie ,
Lodi , &c. En attendant , on achevera au commencement
de l'année 1785 la réforme des cadaftres
, & on diminuera le nombre des employés
en proportion , dont une partie , à ce
qu'on prétend , ſera transférée dans la Capitale.
Au commencement de l'année on établira le cens
général de ce territoire , auquel on travaille depuis
long- tems. On attend à cet effet , dans les
premiers jours de Décembre S. A. Royale l'Archiduc
Gouverneur , qui doit venir de Milan pour
preſcrire en perfonne les diſpoſitions préliminaires
du nouveau ſyſtême,
S. M. a approuvé le projet de diminuer &
defſécher en grande partie les lacs qui environnent
cette ville , afin de donner plus de falubrité
( 61 )
t
à l'air. On a déjà commencé les travaux dans
la partie méridionale pour deflécher toute cette
étendue de terrein que l'on nomme Lac de Pajolo
, & il y a journellement plus de soo ouvriers
employés ſous la conduite de l'Ingénieur .
Bifagui.
DE LIVOURNE , le 10 Décembre.
Levaiſſeaude guerre hollandois le North-
Holland , de 64 canons , & 350 hommes d'équipage
, Capitaine D. T. Van Ryneveld eft
entré dans ce port. Ce vaiſſeau eſt celui qui
eutle bonheur d'échapper au violent coupde
vent du 2 Octobre. Il eſt deſtiné à convoyer
les bâtimens marchands hollandois qui ſe
trouvent actuellement dans la Méditerranée
Le Chebec la Santa - Catarina , Capitaine
Paolo Piſello, Vénitien , venu en14jours de la
rade de Tunis , avec des dépéches pour le fieur
Bichi , Conful Vénitien , a mouillé le a dans
cette rade. On n'a rien pu apprendre de plus de
Péquipage de ce Chebec , que la confirmation
de ce qui a été dit, que l'Eſcadre Vénitienne
avoit détruit la Ville de Suſe , qui a été réduite
en cendres;que Porto-Farisa avoit éprouvé
le même ſort , malgré la plus vigoureuſe dé
fenſe , & que l'Amiral Emo avoit eſſayé de fermer
le goulet , mais qu'il n'avoit pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans. Nous attendrons
que le Capitaine ſoit mis en quarantaine ,
pour nous procurer les nouvelles qui peuvent
intéreſſer la curiofité publique.
On aſſure que les Vénitiens arment avec
célérité quatre autres vaiſſeaux de ligne , &
( 62 )
fix frégates, qui , joints à l'eſcadre duChevalier
Emo , mettront les bâtimens marchands
de cette Nation à l'abri de toute inſulte.
Un des vaiſſeaux de ligne de cette eſcadre
a fait naufrage près des ſalines de Trapani.
Le corps du vaiſſeau eſt entiérement fracaflé ;
fon équipage étoit de 800 hommes. A peine
s'en est - il ſauvé la moitié. Le reſte de l'efcadre
du Chevalier Emo étoit encore mouillé
dans le port de Palerme le 15 Novembre
dernier.
La mouture des grains étant un des objets
les plus intéreſſans pour notre Ville & ſes environs
, il a été réſolu par une Société de cette
Ville , d'exécuter le projet d'un Religieux trèshabile
en Phyſique , en Mathématiques , & en
Méchanique , pour la conſtruction d'un Moulin
d'une forme nouvelle , auffi fimple qu'avanta
geuſe. La Machine eft compoſée de maniere que
par le moyen d'un fimple contre-poids que l'on
remontera au bout de quelques heures ; elle élévera
l'eau de la mer à la hauteur de vingt- ſept
pieds , & en quantité ſuffiſante pour faire agir
fix meules à la fois. Le Religieux qui eſt déjà
arrivé , ſe prépare à exécuter le plutôt poſſible
cette utile entrepriſe .
On apprend de Trieſte que le Gouvernement
vientde faire publier un ordre pour que
tous ceux qui ont ſervi pendant la derniere
guerre , en 1779 , en qualité de Chaffeurs , &
qui avoient été déſignés pour fervir ultérierement
, aient à ſe joindre dans le Tyrol ,
fous peine d'être réformés en tems de paix .
On faitdans la même villedes recrues con(
63 )
2
fidérables, dont on veut former deux Corps
francs de Houſſards & de Croates.
DE NAPLES , le 9 Décembre.
D. Pietro-Battitoro ayant repréſenté à S. M.
la découverte qu'il a faite dans PAbruzze , d'une
Mine de pierre ſavonneuſe ou déterfive , dont
on fait beaucoup d'uſage en Angleterre pour le
lavage des laines , & d'une autre de charbon
foſfile , le Roi lui a fait expédier par la Secrétairerie
de la Guerre une permiffion d'exploiter
ces deux minéraux.
Le Mont Véſuve depuis quelque- tems jette
beaucoup de flammes &de la fumée .
On apprend que le 7 de ce mois (de Décembre)
, après une tempête violente, le fear
du ciel eſt tombé ſur le magaſin à poudre de
Motrone , qui a ſauté preſqu' entiérement,
fans cependant tuer perſonne.
Les poffefſeurs des terreins où il y a des eaux
ſtagnantes dans les environs de Pozzuoli , Baja
& Miſene , ont eu ordre de produire leurs titres
de propriété , le Roi voulant acheter leſdits terreins
, pourdonner un écoulement aux eaux qui
infectent l'air , & rétablir le Port de Miſene où
les Romains raſſembloient leurs Eſcadres , lequel
Port forvira pour la Marine Royale , que l'on
veut ſéparer de la Marine marchande .
ESPAGNE.
< DE MADRID , le Décembre.
On voit ici des copies de diverſes lettres
:
(64
du Pérou,datées du mois de Juin, qui s'accordent
à raconter ce qui fuit :
« Le 13 du mois paſſé ,une ſecouſſe de trem-
>> blement de terre des plus terribles , renverſa ,
>> en moins de cing minutes , de fond en comble
>> toute la ville d'Arequiba , où rien n'a reſté fur
pied que le Couvent des Récollets. Un pont
>> de pierre très-ſolidement conftruit, eſt auſſi to-
>> talement dérruit. On a vu ſe déplacer à une
diſtance de quatre cents toiſes , un terrein
>> vaſte & étendu , fans que les arbres du même
terrein aient perdu leur verdure. Un potager
>> conſidérable a eſſuyé le même ſort , fans
que les légumes en aient fouffert . Pluſieurs
>> diſtricts qui étoient auparavant des plus arides
>>>offrent actuellement des ſources d'eau fi abondantes
, qu'il s'en forme des rivieres très na-
>> vigables. Malgré le nombre exceffif des édi
fices tombés en ruine , celui des perſonnes enſevelies
ſous les décombres n'excede pas 300.
>>>Les perſonnes qui ont eu lebonheurde ſe ſauver
, font répandues çà & là dans la cam-
> pagne. Les Eccléſiaſtiques ont fait conſtruire
>dans leurs jardins des hutes , où ils exercent
>>> leurs fonctions. Toutes les Egliſes Paroiſſiales
de cette malheureuſe Ville , auffi bien que
>> celles de l'Evêché d'Arequiba , n'exiſtent
plus. Telle eſt la trifle ſituation d'une contrée
> à laquelle on donna jadis , à cauſe de ſes richeffes
, le nom de Vexiſe du Pérou. Les dif-
» tricts de Cumanı & de Moquequa font totale-
> ment détruits. L'Evêque de cette derniere province
ſe voit réduit à chercher un abri ſous des
>> tentes , avec les habitans de ſon Dioceſe qui
>> ont eu le bonheur d'échapper à la destruction.
>>>Une cabane, formée de branches d'arbres entrelaſſées
, leur ſert de Cathédrale ».
( 65 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 24 Décembre.
Le Général Dalling s'embarque au premier
jour pour fon Gouvernement dans
FInde; fa fuite eſt peu nombreuſe & fes
pouvoirs font très étendus. Il a fait ſes Aides-
de-camp de deux jeunes Officiers qui
ont ſervi ſous ſes ordres à la Jamaïque.
Le 16 de ce mois , l'Amiral Hollandos Van
Braam eſt arrivé à Plymouth ſur un vaiſſeaa de
50 canons ,& le lendemain l'Amiral Innes , montant
l'Europa de so canons , parti de Portsmouth
pour la Jamaïque , eſt auſſi entré dans ce porr.
Lorſque l'Europa jeta l'ancre , l'Amoral Hollandois
amena ton pavillon , par déférence pour le
pavillon anglois, falua & hiffa de nouveau ton
pavillon. L'Europa rendit le falut, & l'Amirat
VanBraam vint à bord de ce vaiſſeau pour conplimenter
l'A miral Innes fur fon arrivée.
Une tempête violente ſuivie de très -gros
temps, a difperfé & fait périr un grand nombre
de bâtimens fur la côte de Newcattle
& fur d'autres ports de la côte ſeptentrionale.
Une flotte de Fro voiles venant de la Baltique
, a été maltraitée ,& comme le tems a
continué à être très- orageux , la plupart des
bâtimens qui avoient échoué font préfumés
entierement perdus .
Le Commodore Thompson , qui a été derniérement
en ſtation ſur la côte d'Afrique , doit appareiller
dans peu de jours pour Gorée , fur le
vaiſſeau de guerre de Grampas , de so canons
( 66 )
accompagné de deux Sloops de guerre, de 8 can .
&muni de pouvoirs de S. M. pour terminer les
points de diſcuſſion entre laGr. Br. & la France,
relativement à certains territoires dans cette partie
du monde. Nos plus hábiles Ingénieurs ont
calculé que pour fortifier la pointe de Bunyan , il
en couteroit au Gouvernement une ſomme de
50,000 liv. ſterl. ſans y comprendre ladépenfe
d'une garniſon à demeure ; mais un des principauxOfficiers
de la Marine a propoſé d'entretenir
conftammentdeux Sloops de guerre ſur la riviere
de Gambie , & il ſoutient qu'ils protegeront plus
notre commerce que toutes les fortificationspoffibies
: fon projet, dit-on , a été adopté par le
Gouvernement.
Le 22 , les actionnaires de la Compagnie
des Indes ont tenu leur aſſemblée. L'Alderman
Pickett requit la lecture d'une lettre,
reçue dernierement du Gouverneur-Général
du Bengale ; on reconnoît dans cette dé
pêche l'eſprit étendu & lumineux de M.
Haftings , la prévoyance & fon caractere
vigoureux; peu d'hommes furent plus dignes
de commander en Dictateur à un grand
Empire ; & où qu'on le place , ce Gouverneur-
Général paroîtra l'un des hommes d'Etat
les plus diftingues qu'ait eu laGrande-
Bretagne.
M. Haftings donne dans cette lettre unexpoſé
clair & détaillé de la ſituarion des affaires de la
Compagnie à la finde l'année 1782. Il y préſente ,
ſous le même point de vue , le montant de fon
tréſor & de ſes dettes; il mande que ſon voyage
à Lucknou , entrepris par des inſtances réitérées
du Nabab &de ſon Miniftere , avoit pour but de
( 67 )
Y
faciliter la libération de la Compagnie. Il trouva
ce pays riche & étendu dans une ſituation fi critique
& fi deſaſtreuſe , qu'il eft impoſſible de s'en
formerune idée. Il fait la peinture la plus affreuſe
des dégats occafionnés par la rigueur de la ſaiſon ,
& il prétend qu'une année encore auffi mauvaiſe
produiroit les conféquences les plus funeſtes. On
ne doit pas cependant , dit- il , d'après le cours
ordinaire des choſes , appréhender un tel malheur;
mais il ſera néceſſaire de donner l'attention
laplus fuivie aux travaux de l'agriculture , ſi l'on
veut rendre à ce pays ſon ancienne fertilité. Il
paſſe enſuite à l'examen des rapports politiques
qui exiftent entre la G. B. & les établiſſemens
dansl'Inde. Cet examen décele la pénétration d'un
Philoſophe & d'un hommed'Erat. Il attaque hautement
le ſyſteme de revêtir le Commandant en chef
de pouvoirs plus étendus que ceux accordés au
Gouverneur & au Confeil; il prouve que la conſéquence
naturelle d'un tel fyréme , eſt de faire
avorter les meſures les plus ſages, & de nous priver
de nos acquifitions territoriales dans ce pays :
nos intérêts , dit-il , ne tiennent qu'à un fil , que
le moindre accident peut rompre. Ilaffure la Cour
des Directeurs que la ruine de nos établiſſemen's
dans l'Inde ne s'operera point inſenſiblement ,
mais par une révolution ſubite : tout l'édifice,
ajoute-t- il , n'a d'autre baſe que l'opinion .
M. Haftings examine enfuite la fituation du
tréfor de la Compagnie; mais il ſeroit dificile de
le ſuivre dans ſes calculs. Il fait mention d'un
événement arrivé peu de temps avant l'envoi de
ſes dépêches , & qui étoit de nature à cauter la
plus vive ſenſation dans l'Inde. L'héritier préſomptif
du tròne de Delhy , qui a au moins 36
ans, avoit quitté la Cour de ſon pere : d'abord
cette évaſion répandit la plus grande alarme dans
:
1
( 68 )
l'Empire ; on garda preſque tous les paffages
pour s'affurer du fugitif. On envoya à Lucknou
des ordres relatifs au même objet; mais peu de
remps après le Nabab reçut des dépêches d'une
nature abfolument différente. Il lui étoit enjoint ,
par ces dépêches , de rendre au Prince tous les
honneurs dus à ſa naiſſance. En conséquence , le
Nabab ayoit fait tous les préparatifs néceſſaires
pour ſa réception , & étoit allé au devant de lui
àla diſtance de dix- huit milles de Lucknou. Le
Nabab & M. Haftings s'étoient agenouillés , par
figne de reſpect , à leur premiere entrevue avec le
Prince royal ; mais M. Haſtings ne l'avoit pas
accompagné à ſon entrée dans Lucknou. Il lui
avoit cédé fa maiſon , parce qu'elle étoit ſituée
dans la proximité du Palais du Nabab. Le motif
du voyage de ce Prince ne tarda pas à être connu.
Il venos amplorer le ſecours & l'amitié des Anglois,
pour délivrer l'Empereur des miférables
intriguans qui l'environnent & lui donnent la loi .
Il peigniela fionation de fonpere avec les coleurs
les plus forres , & il employa avec M. Hatings
tous les argumens que la piéré filiale & Thumanité
lui fuggererent pour l'engager à mettre la
Compagnie dans ſon parti. Il pria le Nabab de
faire paffer à tEmpereur les ſommes qu'il avoit
reçues en préſent. La réponſe de M. Haſtingsſe
réduit en ſubſtance à ce qui fuit. Il dit au Prince
qu'il prenoit la plus vive part à la fituation défaſtreuſe
de ſa famille , que ſes pouvoirs étoient
bornés , qu'il ne pouvoit lui donner aucun elpoir
à l'égard de ce que la Compagnie ſeroit diſpoſée
àfaire en ſa faveur , que l'Angleterre commençoit
à peine à goûter les avantages de la paix , &
qu'elle éviteroit , s'il étoit poſſible , de reprendre
les armes ; qu'il lui conſeilloit d'employer tous
les moyens pourdéterminer les Marattes à ſe ran(
69 )
Y
ger de ſonparti : mais le Prince lui fit entendre
que cepeuple belliqueux avoit dejà embraſſé le
parti oppoſé.
Nonobſtant l'opinion de M. Haſtings touchant
les pouvoirs du Commandant en chef,
on affure que ceux du Général Sloper ont
une extenſion encore inconnue dans ce département.
Si les traits de cruautés , rapportés par quelques
Papiers - Nouvelles , ont été effectivement
commis par le Général Mathews dans les Indes
orientales ; 6 , enivré de ſes premiers ſuccès , il
a fait paſſer au fil de l'épée tous les Indiens qui
ſe trouvoient dans une ville fortifiée ; s'il a fait
brûler tous les actes publics ; ſi , à l'exemple de
leur Général , les foldats anglois ont uſé de violence&
de barbarie envers les femmes ; s'ils ont
maſſacré impitoyablement deux paiſibles Bramines,
l'un deſquels ſurtout étoit adoré des habitans
, doit - on s'étonner de la vengeance que ces
Peuples ont exercée ſur ce même Général & ſur
cette même armée, lorſqu'ils les ont eus en leur
pouvoir ? N'étoit - il pas nitarel qu'ils fiffent
fubir à leurs terribles ennemis les mêmes tourmens
qu'avoient éprouvés leurs malheureux fre
res ? Loin de blâmer les Indiens , louons au contraire
leur juſtice .
4
On obſerve à l'Auteur du paragraphe ,
que ſi les empoisonnemens & autres horreurs
attribuées à Tippo- Saib étoient en effet des
actes de juftice , il n'auroit point cherché à
les diſſimuler ; il n'eût pas éludé par des prétextes
de rendre compte de l'exiſtence de fes
prifonniers; enfin , il eût répondu qu'il n'avoit
fait qu'ufer de repréſailles.
( 70 )
La quantité prodigieuſe de neige , dit une
Lettre de Whitheawen du 14 Décembre , qui eſt
tombée pendant la nuit du 6 & la journée du 7
de ce mois ,a rendu impraticables preſque tous
les grands chemins de ce Comté. Aucune voiture
ne peut paſſer entre Penrith & Keswick : on a
frayéun ſentier pour les chevaux ; & , dans quelques
endroits la neige forme , de chaque côté de
ce ſentier , un cordon de muraille de 21 piedsde
hauteur. La Poſte qu'on attendoit ici le mercredi
matin entre 7 & 8 heures , n'eſt arrivée le
lendemain qu'à 10 heures. Ces jours derniers , il
eſt encore tombé des flocons de neige , & les
grands chemins en général ſont dans l'état le
plus affreux.
Nous apprenons auſſi de l'Iſle de Man qu'il y
eſt tombé tant de neige , que , la ſemainederniere
, toute communication étoit coupée entre
les villes ; évenement d'autant plus extraordinaire
dans cette Ifle , qu'il ne lui eſt preſque jamais
arrivé de voir tant de neige, ou d'en demeurer
couverte auffi long - temps.
<c«Nous ſommes également informés que dans
nos environs , la plus grande partie des moutons
eſt maintenant ſous la neige. Elle eſt ſurvenue
fi ſubitement , & avec tant deviolence , qu'elle n'a
pas donné le temps auxBergers de faire rentrer
leurs troupeaux dans les étables . Cependant , on
eſt parvenu à retirer quelques moutons de deſſous
la neige dans les endroits acceſſibles , mais le
plus grand nombre y eſt reſté. Dans les hivers
précédens tous les troupeaux ont été entévelis
ſous la neige pendantun mois ou cing ſemaines ,
& quand ils furent retrouvés , ils paroiſſoient
avoir peu fouffert de leur prifon glacée.La neige
ſervant en partie d'aliment aux moutons , & fe
fondant infenfiblement par la chaleur de leurs
( 71 )
Y
corps,on les retrouve ordinairement couchés fur
la terre , de laquelle ſelon toute apparence , ils
tirent quelque nourriture.
A l'eſt de Carlis'e , les grands chemins font
abſolument obftrués. Mais la communication de
cette ville à la nôtre eſt libre , & à peu de milles
d'ici ( à l'ourſt ) , il n'y a pas , à beaucoup près ,
autant de neige que dans notre voiſinage. -
Le froid continue d'être exceffif » .
D'après un calcul modéré, les dépenſes
faites pour le Scrutin de Weſtminſter ſont
eſtimées 24,500 liv . ſterl.
On eſpere que l'on va enfin établir en Irlande
un ſyſtême de Commerce natioral pour les Indes
occidentales . On projette dans ce moment- ci;
de former à Limerick une Compagnie d'Afrique ,
qui armera annuellement fix Vaiſſeaux pour la
côte de Guinée , d'où après avoir fait leur
traite , ils iront vendre leurs Negres aux Iſles.
Ces Vaiſſeaux prendront à bord à Limerick
des planches , des toiles , des étoffes de coton
unies & imprimées , du ſuif , des cornes , &c . &
ces cargaiſons n'excéderont pas 3,500 livres ſter.
Mais pour exécuter ce plan , il faut interpréter
favorablement pour l'Irlande l'acte de Navigation
, & c'eſt ce que notre Parlement eſt ſeul à
portéede faire.
M. Holcroft , Auteur Dramatique , & dont
on a joué cet été avec ſuccès un opéra intitulé
le Noble Peasant , fit un voyage à Paris
l'automne derniere, & en rapporta le Mariage
de Figaro , retenu de mémoire aux repréſentations.
De retour à Londres , M. Holcroft
a adapté cette bizarre Comédie à la
bizarrerie angloife , & en a compoſé un
drame exécuté avec applaudiſſement ſur le
( 72 )
théâtre de Covent-Garden. Les ſituations de
cette piece, fon imbroglio perpétuel , ſes incidens
fans ceſſe renouvellés , ont plu ici où
l'on eft accoutumé à cette eſpece d'intrigue
&de mouvementperpétuel. Quant aux plaifanteries
, comme la plupart font des jeux
de mots , elles n'ont plus de ſens dans une
langue étrangere , ſens qu'y conſerve néanmoins
le comique de Plaute , de Moliere, &c.
La troiſieme repréſentation de cet ouvrage
à Covent-Garden fut précédée d'un incident
curieux.
Une dame & un cavalier , vêtus très-élégamment
, s'étoient mis dans une loge , ſur un banc ,
où un laquais gardoit des places pour ſon maître.
Lorſque ce dernier parut avec ſa compagnie , le
gardien des loges pria très -poliment le jeune
couple de paſſer ſur le banc de derriere ; mais la
dame rejetta cette propoſition , en diſant que le
laquais l'ayant aſſurée qu'il ne gardoit qu'une
ſeule placepour fon maître , ce dernier pouvoit
prendre poffeffion de cette même place , puiſque
perſonne ne s'en étoit emparé. Le gardien des
loges repréſenta envain que c'étoit une mépriſe ,
d'autant plus que tout le banc avoit été retenu ;.
il ajouta , avec auſſi peu de ſuccès , qu'il eſpéroit
qu'on ne le forceroit point à recourir à des voies
extrêmes pour faire jouiirrllee maîtredu laquaisdu
droit qu'il avoit à la totalité du banc. La jeune
dame perſiſtant dans fon deſſein de ne point déguerpir
, on appella un conftable , qui , au momentoù
il mit la main ſur le mari , reçut de la
femme un coup de poing dont il a eu l'oeil pcché
le lendemain. Le conſtable ſe retira en ſe
frottant la tempe ; mais il reparut un inſtant après
avec
( 73 )
avecun ſoldat. Laſcenedevint alors très-férieurea
La jeune dame fit mettre fon mari derriere elle ;
&enfuite elledéclara qu'elle déviſageroit le premier
homme qui oferoit le toucher. Le ſoldat
eur , en ce moment , la dureté de battre cette
femme courageuſe , ainſi que ſon mari ; ce qui
indigna ſa compagnie au point que vingt bras
le poufferent ſur le champ lui-même hors du
ſpectacle. A la fin , la jeune dame ſe trouva cependant
forcée de céder à des forces ſupérieures ,
mais ce ne fut qu'après que ſon mantelet , ſa
coëffure , ſa robe & tous ſesajuſtemens eurent
été mis en pieces. On la conduifit au foyer ,
rendue de fatigue , mais toujours pleine de cousage.
Immédiatement après la retraite de cette
vaillante championne , les acteurs ſe préſenterent
pour jouer Figaro ; mais ils furent hués & fifflés
fucceßivement par tous les ſpectateurs , juſqu'au
moment où l'un d'eux vint demander humblement
à l'aſſemblée quel pouvoit être le ſujetde
fonmécontentement ?Acette queſtion un gentilhomme
placé dans une des premieres loges ,
ditau nom detous les ſpectateurs : « Nous nous
>> plaignons de ce qu'avec votre Comedie françoiſe,
» vous introduisez des manieres étrangeres . C'est ici
un Théatre anglois , & nous nefouff ironsjamais
>> qu'ilyparoiffe aucunsoldat .-M. Lewis, un
des principaux acteurs , s'avança alors juſques
fur le bord du théatre , où , avec cette humilité
queles acteurs de tous les pays devroient avoir
envers le public , il aſſura l'aſſemblée qu'aucun
des directeurs du théatre , ni aucun des membres
de ſon corps , n'avoit introduit le ſoldat dans la
falle ; que le conftable ſeul étoit coupable de
cette indiſcrétion ; M. Lewis finit ſa refpectueuſe
harangue , en diſant que lui & ſes camarades
n'approuveroient jamais l'introduction des foldats
No. 2 , 8 Janvier 1785 . d
( 74 )
:
:
dans leur ſpectacle. Le public fatisfait de ces
excuſes , permit auſſi-tot aux acteurs de jouer
Figaro.
Le Lord- Gouverneur des Cinqports a
permis , dit- on , à M. Blanchard , de diſtribuer
des billets pour l'enceinte du château
de Douvres , le jour qu'il traverſera le pas
de Calais dans fon aéroſtat : on ajoute que
toutes les petites barques de la côte doivent
ce jour- là former une ligne , à commencer
d'une diſtance raiſonnable de la côte d'Angleterre
juſqu'à celle de France.
Le Magnétiſme animal , dit un de nos Journaliſtes
, fut prodigieuſement en vogue dans le
fiecle dernier , & devint une ſource abondante
de charlataneries & d'impoſtures , tant en Angleterre
, que dans d'autres parties de l'Europe.
En 1637 , un Jardinier nommé Leverett , fut cité
devant le College des Médecins , pour avoir
opéré des cures par l'attouchement de la main. Il
affuroit que lorſqu'il terminoit ſon opération , il
fortoit de ſon corps tant de force & de vertu ,
qu'il lui falloit plufieurs jours pour les recouvrer;
que les draps dans lesquels il couchoit étoient un
ſpécifique pour beaucoup de maux , &c. Ce
charlatan étoit l'idole de la multitude , & après
avoir été enfermé comme impoſteur , on le remit
en liberté , quelques jours enſuite , pour arrêter
Jes clameurs populaires.
Trente ans après le regnede ce Leverett , vint
M. Greatrik , qui ſe fitune grande réputation , &
gagna beaucoup d'argent , avec la doctrine du
Magnétiſme animal. En 1688 , on imprima la
lifte immenſe de ſes cures , & il eſt probable
qu'il dut une partie de ſa célébrité au grand Phitoſophe
Robert Boyle , qui le regardoit comme
( 75 )
unperſonnage très- extraordinaire , & qui même
atteita pluſieurs de ſes guériſons.
Depuis cette époque , le Magnétime animal
étoit tombé en oubli; on l'avoit même totalement
abandonné ; mais , au grand étonnement
des perſonnes douées d'une certaine doſe de raifon
cette doctrine viſionnaire a repris une nouvelle
vie , & elle eſt aujourd'hui adoptée avec
un enthouſiaſme ou plutôt avec une fureur
ſans exemple par une des Capitales du monde les
plus éclairées.
,
,
On raconte l'anecdote ſuivante touchant
le Général Lée.
En 1779 , cet Officier étant à dîner , avec le
Lord Stirling , on exiga de lui une ſanté ; il
donna celle du Chevalier William Howe , mais
un jeune Officier qui ſe trouvoit à table , refuſa .
poſitivement de la porter , & il témoigna ſon
étonnement de ce que le Général Lée eût donné
celle d'un Commandant Anglois. « M. , lui ré-
>>>pondit le Général , ne jugez jamais trop légé-
>>>rement , ni d'après les apparences extérieures ;
>> en y réfléchiſſant , vous vous ſeriez apperçu
>>>que j'avois propoſé le nom d'un de nos plus
>> grands bienfaiteurs. Si le Chevalier Howe eût
>> mis à profit les avantages qu'il avoit remportés
>> ſur nous pendant les campagnes de 1776 &
>> 1777 , nous aurions été réduits à nous réfugier
au-delà des Alleganis. Sachez que de même
que le maſque de l'amitié cache ſouvent un
» ennemi , de même un ennemi déclaré peut
»être un ami ſecret . »
Nous tirons de la même ſource un trait
bien remarquable de la piété filiale qui diftingue
les Sauvages de l'Amérique.
En 1781 , Un vieillard Indien , enivré de
d2
( 76 )
shum , eut une diſpute avec une Squaw (femme
Indienne) également âgée , mais d'une autre
Caſte,& la tua . Le lendemain matin, les parens de
ladéfunte s'aſſemblerent pour venger ſa mort fur
quelqu'un de la famille de l'agrefleur ; leur coutume
étant que s'ils ne peuvent joindre le coupable
, quelqu'un de la famille doit fatisfaire
leur vengeance. A leur arrivée à la demeure du
vicil Indien', ils trouvent ſon fils à la porte avec
un fufil à la main ,& lui demandent ſon pere. « Je
>> fais , leur répondit - il , à quel deffein vous le
cherchez , & il n'eſt que tropjuſte que l'injure
faite à votre famille, ſoit lavée par la mort de
>> quelqu'un de la nôtre : mon père eſt ſurchargé
d'années ; jamais il n'a fui devant un blanc , fes
>>co>nſeils peuvent encore vous être utiles & je
m'offre volontiers à expier ſon crime , & à être
la victime de votre fureur.>> A ces mots , il
appliqua le bout de ſon fufil fur ſon front , &
avec le pied lâchant la détente , il tomba mort à
Tinſtant.
M. Thysbert , Profeſſeur de l'univerſité de
Louvain , a découvert un moyen facile
d'obtenir de l'air inflammable du charbon
de terre. On ſe propoſe de tirer parti de ce
nouveau procédé.
M. Thyfbert a trouvé , d'après diverſes expé
riences , que , dans l'eſpace d'environ trois quartsd'heure
, 15 onces de charbon de terre en poudre
ne rendoient pas moins de 100 quartes [1] d'air
inflammable , d'une qualité 6 pure , que , d'après
les épreuves les plus fatisfaifantes , on s'eſt aſſuré
qu'unBallon , rempli de cet air, s'élevoit auffi rapidement
& aufli haut , que s'il avoit été rempli
avec l'air inflammable dont on s'eſt ſervi juſqu'à
préſent. Cette opération doit être répétés incef
( 77 )
famment d'une maniere beaucoup plus étendue ;
&, pour cet effet, on fond maintenant à Louvain ,
par ordre de l'Empereur , des cornues de fer d'une
très-grande dimenfion.
Une lettre de Derby rend compte en ces
termes des recherches intéreſſantes faites par
la Société des Antiquaires .
Cette Société ayant reçu l'avis certain , que les
cendres d'Alfred le Grand , mort en 901 , étoient
dép oſées dans l'Eglife Paroiſſiale de Driffield , à
environ 20 milles de Hull , dans le Comté a Yorck,
députa deux de ſes Membres les plus diftingués
par leur érudition , leſquels , accompagnés de
quelques autres Savans , partirent pour cette ville,
afin d'y rechercher les reſtes de ceMonarque célebre.
Le 20 Septembre de cette année fut le jour
où ces deux Députés ſe rendirent avec leur fuire &
d'autres perſonnes préposées à cet effet , à l'Eglite
indiquée, pouryfaire la recherche dont ils étoient
chargés , étant inſtruits de laplace où ſe trouvoit
le corps de ce Prince. Après avoir fait creuſer
pendant quelque tems , ils découvrirent un cercueil
de pierre , & à ſon ouverture , ils reconnu .
rent en effet le ſqueleste entier de ce Roi . auffi
grand par ſes actions héroïques , que par fon extréme
piété. Ce cercueil renfermoit auſſi une
grandepartie de l'armere d'acier d'Alfred , dont le
reſte a fans doute été détruit par la rouille & le
tems. LesDéputés, après avoir fatisfait leur curiofité,
refermerent le cercueil& la fofſſe , afin que
les choſesdemeuraſſent dansl'ératoù ilsles avoient
trouvées. Il paroît, d'après l'hiſtoire de ce Prince,
qu'après avoir été bleſſé à la bataille de Stamford-
Briggs , il retourna à Driffield , où il mourut de ſes
bleſſures , après 20 jours de maladie,& fut enterré
(1) Meſure d'Angleterre, qui équivautàla pintedeParis .
d3
( 78 )
<
:
dans l'Eglife Paroiſſiale de cette ville. CePrince,
pendant le cours de fa maladie, accorda à Driffie'd
la franchiſe de quatre foires qui s'y tiennent annuellement.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 225 Décembre.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de la Chaffagne,
Ordre de Cîreaux , Diocèſede Lyon,
l'Abbé de Rully , Comte de Lyon , Vicaire-
Général de Châlons-fur-Saône , à celle de
Silvanes , même Ordre , diocèſe de Vabres ,
l'Abbé de Comeiras , Vicaire -Général de
Beauvais.
Le 24 de ce mois , veille de Noël , le Rai
accompagné de Monfieur , de Madame , de
Monſeigneur Comte d'Artois , de Madame
Comteffe d'Artois , & de Madame Elifabeth
de France , aſſiſta dans la Chapelle du châreau
, aux Vêpres chantées par ſa Muſique ,
&auxquelles l'Evêque de Pergame, Premier
Aumônier de Madame Adélaïde de France ,
officia, Cette Princeſſe & Madame Victoire
de France y affifterent auſſi dans une des
Chapelles collatérales. Vers les dix heures
du foir , le Roi , accompagné comme ci-deſſus,
ſe rendit à la Chapelle , où , après avoir
entendu les Matines , il aſſiſta aux trois Mefſes,
pendant leſquelles ſa muſique exécuta
divers Noëls & Motets de la compofition
du ſieur Mathieu , Maître de Muſique en
femeftre. Le lendemain , jour de Noël 2
( 79 )
le Roi & la Famille Royale entendi
rent, dans la même Chapelle , la grande
Meſſe, qui fut chantée par la muſique de
Sa Majefté , & à laquelle l'Evêque de Pergame
officia; la Duchefſſe de Guiche y fit
la quête. L'après-midi , le Roi & la Famille
Royale , après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé de la Beaume , affifterent
aux Vêpres & au Salut chantés par la MufiquedeSa
Majeſté.
Leurs Majeſtés ſouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Muſique
du Roi exécuta différents morceaux de mufique
, ſous la conduite du ſieur Dauvergne ,
Surintendantde la Muſique.
7
La Comteſſe de Roucy aeu , cejour, l'hon
neur d'être préſentée à Leurs Majeltés & à la
Famille Royale , par la Ducheſſe de Liancourt.
DE PARISl, e 4 Janvier..
Edit du Roi , donné àVersailles au mois de
Décembre 1784 , regiſtré en Parlement le 30
deſdits mois & an, portant création d'un Emprunt
de cent vingt- cing Millions , en cent vingtcinq
mille Billets de Mille livres , produiſant
intérêt à Cinq pour cent , & rembourſables
en vingt- cinq ans , avec accroiſſement de
Capital.
LOUIS , &c. La néceſſité de continuer avec
exactitude l'acquittenment des dettes de la derniere
Guerre , les engagemens que Nous avons
pris pour accélérer les paiemens arriérés , &
d4
( 80 )
tout ce qu'une ſage prévoyance exige de Nous
dans les circonstances préſentes , nous obligent
d'ouvrir un Emprunt qui puiſſe ſuffire , noneulement
pour éviter l'inconvénient de recou
rir , dans une même année , à de nouvelles refources
, mais auffi pour entretenir au Tréfor
royal cette utile abondance qui facilite toutes
les difpofitions d'ordre & d'économie. La grande
quantité de numéraire qui exiſte en circulation ,
nous permet de porter cet Emprunt juſqu'à la
fomme fixe de cent vingt- cinq Millions , & rous
yſommes même invités par l'empreſſement du
Public às'y intéreſſer ; mais quelque fatisfaifans.
que foient pour nous les témoignages éclatans
d'une juſte confiance, nous sommes bien éloignés
de vouloir en faire un uſage indiſcret , & nous ne
regardons le bon état du crédit que comme un
acheminement aux opérations eſſentielles & falutaires
que nous avons en vue. Elles ſeroient
impraticables ſans lui ; par elles il deviendra inébranlable
. C'eſt en fécondant toutes les ſources
de la richefſe de l'Etat , c'eſt en augmentant nos
revenus par la diminution des frais de recouvrement
, nent , c'eſt en foulageant nos Peuples par
une diftribution plus égale du fardeau qu'ils fupportent
, que nous affurerons de plus en plus
la folidité des créances publiques déjà appuyées
fur les gages les plus certains. Si leur volume
s'accroît par l'Emprunt, que les circonstances
néceſſitent , cetteaugmentation ſe trouve conpenſée
en grande partie par l'extinction effectuée
cette année , de pluſieurs des objets rembourſables
à époques , tels que la Loterie de
1777; & elle le ſera d'année en année par la
libération ſucceſſive d'objets de même nature ,
qui doit ſe faire à la Caiſſe des Amortiſſemens.
Leplanque nous avons adopté pour cet Em
( 81 )
prunt n'exige de la part des Prêteurs, ni l'alié
nation de leurs fonds , comme dans les Rentes
perpétuelles , ni leur anéantiſſement , comme
dans les Rentes viageres ; il n'oblige pas de jouer
comme dans les Loteries ; il ne met pas dans le
cas de recevoir des rembourſemens morcelés
comme dans les Annuités ; il conſerve au propriétairede
la miſe ſon capital entier avec lintérêt
à Cing pour cent; il lui en afſure la rentrée
dans l'eſpace de vingt-cinq ans , & il lui fait
toucher en outre , au moment de fon rembourſement,
une augmentation de ce meme Capital ,
laquelle toujours croiffant à meſure qu'elle ſe
retarde , eſt portée à Cent pour cent la derniere
année , & n'eſt cependant que le produit de l'accumulation
des excédens d'intérêt attribués audeſſus
du taux ordinaire .
Pour fixer la meſure de ces excédens , nous
avons confidéré l'évaluation du prix courant des
Effets publics , & nous avons reconnu que ce
nouveau genre d'Emprunt qui a pour nos finances
l'avantage de préſenter une durée fixe & une
libération déterminée, ne leur feroit pas intrinséquement
trop onéreux , puiſqu'à l'époque de
ſon extinction totale , au terme de vingt- cinq
ans , il n'aura coûté que deux fois le capital primitif,
tant pour les intérêts , que pour tous rembourſemens
& accroiſſemens de fonds.
Après nous être ainſi aſſurés d'une juſte pros
portion dans le taux fondamental de l'Emprunt ,
nous avons pris ſein d'en régler les détails , &
de lui donner l'organiſation la plus fimple , la
plus claire , la moins ſuſceptible d'embarras. II
étoit fur-tout néceſſaire d'obvier à l'inconvénient
des rembourſemens morcelés ; nous y avons
pourvu , en ordonnant que les tirages qui auront
lieu chaque année,ſe feront par feries de cing
ds
( 81 )
mille numéros pris de ſuite , en forte qu'avec la
feu'e attention de placer fes capitaux dans une
même ſérie , on ſera toujours sûr d'en recevoir
le rembourſement intégral à une même époque ,
avec l'accroiffement qui y ſera joint : enfin tout
a été combiné de maniere à rendre cet Emprunt
auſſi régulier dans ſa forme , qu'il eſt favorable
àlabonne geſtion des fortunes particulieres , &
convenable à la ſituation de nos finances. ACES
CAUSES, &C . Nous avons ordonné ce qui ſuit :
ARTICLE I. Il ſera ouvert en notre Tréfor
Royal , chez le ſieur Micault d'Harvelay , Garde
d'icelui , auffi-tôt après la publicaaion de notre
préſent Edit , un Emprunt de cent vingt-cinq
millions de livres , en cent vingt-cinq mille Billets
de mille livres chacun , portant intérêt à
Cing pour cent , fans retenue , & rembourfable s
dans l'efpace de vingt- cinq années , avec les
accroiſſemens progreffifs de capital que nous leur
avons attribués , ainſi qu'il ſera dit ci-après.
II. Les Billets feront au porteur , numérotés
depuis I juſqu'à 125000 , & chacun d'eux ſera
garni de vingt-quatre coupons de cinquante liv.
chacun , payables d'année en année , à commencer
du premier Janvier 1786 , juſques &
compris l'année du rembourſement , excepté feulement
la vingt-cinquieme pour laquelle il n'en
ſera pas délivré : leſdits Billets & Coupons , dont
le modele ſera annexé ſous le contre - ſcel de no ...
tre préſent Edit , feront fignés par les perfonnes
que nous commettrons à cet effet .
III. La totalité de l'Emprunt ſera remboursée
en vingt cinq années , à raiſon de cinq mille
Billets par an , dont les numéros feront indiqués
par la voie du fort ; auquel effet , il ſe fera ,
dans les dix premiers jours du mois de Janvier
de chaque année , à commencer en Janvier 1786,
( 83 )
un tirage public par-devant les Prévôt des Mars
chands & Echevins de notre bonne Ville de Paris,
en la maniere accoutumée , dans lequel les
cent vingt-cinq mille Billets feront repréſentés
par vingt-cinq bulletins numérotés depuis 1-julqu'à
25. dont chacun ſera indicateur d'une férie
de cinq mille numéros pris de ſuite , en force
que le bulletin numéroté i déſignera la premiere
ſérie depuis I juſqu'à 5000 ; celui numéroté 2 ,
la ſeconde série , depuis 5001 juſqu'à 10000 , &
ainſi de ſuite . Ces vingt-cinq bulletins étant mis
dans la roue , un ſeul ſera tiré chaque année , &
les cinq mille Billets compris dans la série done
il ſera indicateur , feront rembourſés après deux
mois , avec les accroiſſemens de capital réglés
par l'article ſuivant.
,
IV. Nous avons attribué & attribuons en ſus
du capital énoncé en chaque billet une augmentation
qui ſera payée conjointement avec ledit
capital , à l'époque de ſon remboursement dé
terminé par le ſort ; laquelle augmentation
Nous avons fixée , ſavoir , pour les numéros for.
tis dans chacun des trois premiers tirages , à
Quinze pour cent en ſus des capitaux ; pour ceux
des quatrieme , cinquieme & fixieme tirages , à
Vingt pour cent; pour ceux des ſeptieme , huis
zieme & neuvieme tirages , à Vingt-cing pour
cent , pour ceux des dixieme , onzieme & douzieme
tirages , à Trente pour cent ; pour ceux
des treizieme , quatorzieme & quinzieme tirages ,
àTrente- cinq pour cent ; pour ceux des ſeizieme
, dix- ſeptieme & dix-huitieme tirages , à
Quarante pour cent; pour ceux des dix- neuvieme
, vingtieme & vingt-unieme tirages , à
Quarante-cing pour cent ; pour ceuxdes vingtdeuxieme
, vingt-troiſieme & vingt-quataieme
tirages , à cinquante pour cent ; & pour celui du
d6
( 84 )
vingt-cinquieme & dernier tirage , à Cent pour
cent. Voulons que ladite augmentation ne puille
être retranchée ni réduite , ſous aucun prétexte
ni dans aucun cas.
V. Leſdits rembourſemens de capitaux& accroiſſemens
d'iceux , ainſi que le payement des
Coupons , ſe feront en deniers comptans , à la
Caiſſe des Amortiſſemens par le Tréſorier d'icelle
, ſur la remiſe qui lui ſera faite , tant des
Billets fortis , que des Coupons non échus .
,
VI . Nous avons affecté & affectons , auxdits
rembourſemens de capitaux & accroiſſemens
ainſi qu'au payement des intérêts annuels pen .
dant toute la durée de l'Emprunt , pa privilege
&par préférence à la partie de notre Tréfor
royal , la totalité de nos revenus , ſpécialement
le produit de nos Aides &Gabelles , fans qu'en
aucun cas , ni pour quelque cauſe que ce puiſſe
étre , même en temps de guerre , la deſtination
de ces fonds , ni la quotité deſdits rembourſemens
puiſſent être changées , ſuſpendues ou réduites;
dérogeant á cet effet à la Déclaration
du 21 Novembre 1763 .
VII. Les Etrangers non naturaliſés , même
ceux demeurant hors de notre Royaume , pays ,
terres& ſeigneuries de notre obéiſſance , pourront
acquérir des capitaux dudit Emprunt , jouir des
intérêts , ainſi que pourroient faire nos propres
ſujets , même en diſpoſer en capitaux& intérêts ,
entre-vifs & par teftament , en quelque forte &
maniere que ce ſoit ; & en cas qu'ils n'en euſſent
diſpoſé , leurs héritiers leur fuccéderont , encore
que leurs donataires & héritiers ſoient Etrangers
&non regnicoles ; renonçant àcet effet aux droits
d'aubaine & autres droits , même à celui de con-
Aſcation , en cas qu'ils fuſſent ſujets de Princes &
( 85 )
Etatsavecleſquels nous pourrions être enguerre,
dont nous les avons diſpenſés ; comme auſſi leſdits
capitaux , acquis par leſdits Etrangers , ſeront
exempts de toutes lettres de marques & de repréfailles.
VIII. Il ſera par nous pourvu , par Lettres-Patentes
particulieres , à la comptabilité des recettes
&dépenſes à faire , tant par le Garde de notre
Tréſor royal , que par le Tréſorier de la
Caiſſe des Amortiſſemens , pour l'exécution de
notre préſent Edit. Si donnons en mandement ,
&c. &c.
On attend avec inquiétude des nouvelles
de M. Pilatre de Rozier , qui a monté fon
appareil aëroſtatique à Boulogne , ſur l'emplacement
de la tour de Caligula , dans le
deſſein de paffer le détroit , & d'arriver à
Douvres avec ſon Ballon. CeVoyageur a dû
partir du premier au 6 de ce mois ; cette
entrepriſe n'ayant aucune utilité , & tenant
abfolument à la nature du vent , il feroit
bien douloureux que M. Pilâtre de Rozier ,
fût la victime d'une expédition , qui n'ajoutera
rien aux progrès de l'Art .
On mande de Montpellier un nouveau
trait d'intrépidité , digne d'être recueilli , de
la part des nommés Moras , Niquet & Allemand
, Matelots de la barque de paffage
du fort de Breſcow ; leur courage à braver
un danger imminent , a ſauvé l'équipage
d'une tartane venant de Canne , qui étoit à
l'ancre depuis deux jours , devant le fort de
Breſcow, où elle avoit elſuyé la plus violente
tempête.
هو
( 86 )
Le Capitaine de cette Tartane , convaincu,
par la grande quantité d'eau que prenoit ſon bâtiment
, qu'il ne pouvoit tenir plus long- temps à
ce mouillage , vint échouer le 7 Octobre fur la
côte , après avoir perdu ſa chaloupe & coupé ſes
cables ; il y auroit trouvé , ainſi que ſon équipage
, une mort inévitable , ſi le nommé Moras ,
affrontant le danger qui les menaçoit , n'eût eu
Pintrépidité de ſe jeter pluſieurs fois à la mer ,
pour ſaiſir une corde qu'on lui jetoit de la Tartane,
& ne fût parvenu à s'en emparer , aidé de
ſes deux compagnons , & à procurer ſur cette
corde un moyen de ſalut à tout l'équipage , qui
fila deſſus , & deſcendit à terre , malgré la fureur
des vagues . Ce ſecours étoit d'autant plus intéreffant
, qu'à peine le Capitaine , qui ſortit le
dernier, fut- il à terre , que la Tartane fut brifée
à leurs yeux ; & en leur préſentant l'image du
danger dont il venoit d'échapper , les pénétra de
la plus vive reconnoiſſance pour leurs courageux
libérateurs . Le Chevalier de Bernard, Lieutenant
de Roi du fort de Breſcou & de la ville d'Agde ,
ayant rendu compte de cet acte de courage& d'intrépidité
, à Mgr le Comte de Périgord , Commandant
en Chefdans la Province de Languedoc,
ce Chef bienfaiſant , près duquel le courage &
l'humanité font aſſurés de trouver un Protecteur ,
a obtenu du Roi une gratification de 300 l. pour
ces braves Marins.
L'incrédulité de la Capitale , ou plutôt la
crédulité exercée par d'autres objets , a porté
la baguette magique du ſourcier Bleton fur
d'autres théatres , & ſpécialement en Dauphiné.
Un particulier qui l'a accompagné
dans ſes courſes , avec M. Thouvenel fon
1
( 87 )
conducteur , a renducompte des découvertes
de ce perſonnage.
Arrivés àUriage,dans l'endroit même où la
fontaine fulphureuſe de ce nom fort dans le
ruiffeau , un peu plus bas que le château de
M. de Langon ; Bletton prit une verge d'ozier ,
celle avec laquelle il fouettoit ſon cheval , &
qui étoit un peu courbée ; il ſe préſenta fur la
ſource qui ſourdoit à droite du ruiſſeau , & en
trois autres endroits de ſon lit. Comme la baguette
lui tourna rapidement en ſe dirigeant
vers I'F . S. E. , Bletton gagna bien vite la rive
gauche , & fuivit la direction de la fource , au
moyen de ſa baguette , en montant fur une
pente très rapide ; il alla ainſi juſqu'à 600 toiſes
environ de la ſource , & en s'écartant bearcoup
du ruiſſeau ; car à ce point , il en étoit
éloigné de plus de 600 toiſes ; c'eſt dans un
quartier appellé Lou-Rey , & dans un fonds en
pré & vigne , appartenant à Nicolas Chaix ,
habitant d'Uriage. Lorſqu'il fut près de la vigne
plantée en treillages , la ſource lui parut
s'écarter , ou plutôt il jugea qu'elle venoit en
deux branches qui forment un aire ovale , de 33
pieds de longueur ſur 18 de largeur.
Dans cet endroit ſe trouvent cing filons de
mine jaune , ( dénomination dont ſe ſervitBletton
) , tous paralleles , dirigés à l'O . N. O .:
& ces cinq filons coupent la direction de la
ſource minérale , qui depuis ces filons , pour
deſcendre au ruiſſeau , eſt á l'O. par un angle
de 20 à 25 degrés. C'eſt dans cet endroit que
M. Thouvenel , très-exercé en expériences de
ce genre , jugea que l'eau déjà falée , avant d'y
parvenir , contractoit un degré de chaleur en
traverſant ces bancs de pyrites.
Un phénomene qui paroît incroyable , c'eſt
( 88 )
:
qu'en remontant la ſource , Bletton annonça
qu'il éprouvoit qu'elle étoit très-falée , & qu'il
le reconnoiſſoit par des picotemens aux reins ,
aux cuiſſes , aux jambes , &c. Cette eau contient
en effet deux gros de ſel par pinte , c'eſt le
réſultat de l'analyſe qui en a été faite précédemment
; mais Bletton n'en étoit très- certainement
pas inſtruit , & tous les affiftans avoient pris
grand ſoinde le lui laiſſer ignorer.
Bletton & les aſſiſtans revinrent enſuite fur
leurs pas ; & il retourna en ſe condu ſant toujours
vers la ſource , par ſes ſenſations , juſqu'à
l'endroit d'où il étoit parti auprès du ruiſſeau,
Atrivés - là , M. Thouvenel l'ayant prié de déterminer
la profondeur de la ſource , ſur le bord
du ruiſſeau , ( toujours à la rive gauche ) , il
annonça qu'elle étoit de quinze pieds ; ce qui
fut conjecturé véritable, parce que au bas de ce
bord , qui et élevé , les affitans remarquerent
enfuite des petits filamens blanchâtres , tels
qu'en dépoſent ordinairement les eaux hépatiſées;
ces filamens étoient fans doute des filtrations
de la ſource. Et l'on reconnut auffi par- là
&par des marques certaines , que Bletton avoit
bien ſuivi ſa direction , ſans la connoître.
Deux gros de fel dans une pinte d'eau ,
qui chatouillent par leur préſence les cuiſſes
&les reins , font sûrement très extraordinaires
; mais nous en voyons journellement.
bien d'autres ; un peu de patience , & toutes
les opérations myſtérieuſes de la nature feront
révélées , dès qu'il ſera bien établi que tous
les Phyſiciens célebres juſqu'ici n'ont pas eu
leſens commun.
On écrit de cette même ProvinceduDau
,
( 89 )
phiné , qu'ony a reſſenti le 9 Décembre , à
Briançon , une affez forte ſecouſſe de tremblement
de terre, accompagnée d'un bruit
fourd. Depuis quelquesjours , on avoit apperçu
des vapeurs enflammées , s'élever de
terreins qui recelent des mines de charbon
de terre.
Françoiſe-Charlotte de Batitou,Marquiſe
de Courtoux , épouſe de Louis-Jean Marie ,
Marquis de Courtoux , &c. eſt morte à
Nantes , le 12 Novembre , âgée de 19 ans.
Charlotte de Roucy, épouſe de feu Guillaume
de la Chevardiere , Seigneur de la
Grandville , eſt morte en ſon château de la
Grandville , le 26 Novembre , âgée de 75.
ans..
Jean de Monteſquiou - Fezenſac - Poilobon,
Docteur en Théologie , Abbé de l'Eglife
royale & collégiale de Saint-Martial
de Limoges, & de Bolbonne , Ordre de
Citeaux , dioceſe de Mirepoix , Vicaire général
, & en l'absence de l'Evêque , Préſident
de la Chambre eccléſiaſtique du dioceſe
de Limoges , eſt mort en cette ville le
2 de ce mois , âgé d'environ 69 ans.
François de Bonneguiſe , Chevalier , Saigneur,
Marquis de Bonneguiſe , Chatre , la
Chapelle- Saint-Jean , Artigeas , &c. Gouverneur
de Gifors , & Ecuyer du feu Comte
d'Eu , eſt mort le 21 Octobre , âgé de quære
vingt-trois ans.
Jean - François Guy de Foucaud , Abbé-
Conimendataire de l'Abbaye Royale d'Eaulnes
1 ) وه (
en Languedoc , eſt décédé au Château de
Braines , près Soiffons , le 21 Novembre , âgé
de 85 ans .
N.de Priſye , Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de Saint- Louis , Maréchal des Camps
&Armées du Roi , eſt mort à Paris le 20 de ce
mois .
Jean- Pothentien d'Arboulin , Secrétaire de
la Chambre & du Cabinet du Roi , ancien
Adminiſtrateur des Poſtes , eſt mort le 25 de
ce mois , au Château du Buiſſon-d'Ommoy en
Normandie.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France, le 31 du mois
dernier , ſont : 79 , 69 , 7 , 51 , & 1 .
PROVINCES- UNIES.
LA HAYE , le 31 Décembre.
L'on a rendu très- infidélement le véritable
contenu du Mémoire remis à M. Kalicheſſ,
Miniſtre de l'Impératrice de Ruſſie , au Préfidentdes
Etats-Généraux . Cette Souveraine,
dont le voyage en Crimée eſt aujourd'hui
contremandé, témoigne par cette note ledéplaifir
qu'elle a reſſenti en apprenant les voies
defait commiſes contre le pavillon Impérial
, & fon defir de voir la République fatisfaire
un Augufte Allié avec lequel elle ades relations
intimes , &c. L'Impératrice n'offre
point ſa médiation, comme on l'avoit débité,
ni ne s'explique ſur le parti que lui dicteront
les événemens.
) وا (
L'on fait des préparatifs formidables pour
mettre Maſtricht en état de défenſe : quatre
cens chariots ſont partis pour aller chercher des
munitions de guerre : nous attendons un renfort
de fix bataillons , & quatre - vingt piéces
de groſſe artillerie. On vient de faire proclamer
, par ordre du Magiſtrat , aux Bourgeois ,
de faire des proviſions de vivres. Il eſt apparent
qu'on veut défendre cette place en cas
qu'elle foit attaquée. Et comme la République ,
abandonnée à ſes propres forces , ne ſeroit pas
en état d'expoſer douze à quatorze mille hommes
de fes meilleures troupes , on doit en
conclure qu'elle eſt aſſurée d'être ſecourue effis
cacement.
1
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 3 Janvier.
Les divers détachemens de nos troupes
poſtés ci-devant aux environs des forts
Hollandois ſur l'Eſcaut , ſe ſont repliés ſur
Anvers. Trente hommes ſeuls , ſous la conduite
d'un Officier , gardent le village de
Stabroek. Le Comte de Rechteren , qui commande
les vaiſſeaux Hollandois à l'ancré près
de Saftingen , a renvoyé à Fleſſingue la frégate
la Pollux. Nos deux cutters font defcendus
d'Anvers au fort Saint-Philippe , le
dernier de nos poſtes ſur le fleuve, & où ils
mouillent actuellement.
LeConſeil privéde S.A. l'Evêq. de Liége a crude
ſon devoir de repréſenter à S. M. I. que le pays de
Liegeayant tellementmanquéde grains , il y a quel
ques années, qu'on avoit été obligé d'en tirer ein
( 92 )
quante mille meſures de la Hollande ; & qu'en
fourniſlant à peine les autres années pour a fubſiſtance
du peuple , de maniere qu'on est obligé
d'y défendre de diſtaller l'eau de vie & autres liqueurs
tirées du froment , il n'étoit pas poſſible
d'y établir des magazins de vivres pour les troupes
Autrichiennes auxquelles on accordoit le paſſage
fans réſerve; il eſpéroit que S. M. I. perfuadéede
laforcede la raiſon alléguée , n'inſiſteroit pas fur
ce point , & choiſiroit , en conféquence de cet
éclairciſſement , d'autres lieux pour l'établiſſement
de ſes magazins de vivres.
Les Etats des Pays-Bas vont ouvrir ici un
emprunt à quatre & demi pour cent.
On écrit de la Haye l'anecdote ſuivante ,
vraie ou fauſſe, elle eſt aſſez plaiſante.
Une femme trouvée noyée dans un canal ,
Lundi dernier , a donné lieu à une aventure aſſez
finguliere . Un particulier qui vit ici avec ſa ſoeut ,
ne ſavoit ce qu'elle étoit devenue depuis deux
jours. Toutes ſes recherches avoient été infructueuſes
: tout-à-coup il apprend qu'une femme
vientd'être retirée morte de l'eau ; il y va , & les
habits ſe trouvant à peu près les mêmes , il fait
fans autre examen, tranſporter le cadavre chez
lui , ordonne un entersement décent , & prend
undeuilcomplet. Le ſurlendemain la ſoeur arrive ,
&fonne à la porte : un voyage qu'elle avoit été
obligée de faire à l'improvifte , avoit cauſe ſon
abſence. Le frere , bien effrayé , a enfin reconnu
ſa ſoeurpourvivante, &s'eſt confolé de ſon mieux
des frais des obſeques &dudeuil.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT DE PARIS.
Tournelle.
Cause entre le ſieur G ..., Marchand Orfévre à
( 93 )
L.. , & le ſieur R ... , Marquis deD ....
citoyen opprimé & vengé .
Nous ne ferons aucune eſpéce de réflexions
fur cette affaire ; il n'y aura pas même de nous
un ſeul mot deliaiſon; c'eſt le précis de M. Bсп
del , pour le fieur G ... que nous tranſcrirons en
partie , de maniere cependant que la Cauſe ſe
trouvera expoſée avec la plus grande clarté.
Injures & menaces publiques , calomnies atroces
, abus de crédit & de pouvoir , violation &
oppreſſion de la liberté civile : tels font les délits
que le ſieur G ... défere à la Juſtice. Le 9 Janvier
1784 , dans l'après midi , l'on ſe diſpoſoit à
faire partir un Aréoſtat, ſur une place publique
de L ... Ce ſpectacle y avoit attiré une foule
prodigieuſe de Citoyens. -Le ſieurG... Marchand
Orfévre , homme honnête , généralement
eſtimé , ſe rend fur laplace,& parvient à pénétrer
dans le grand cercle qu'avoient formé les
Spectateurs. Le Marquis de D... arrive , fait grand
bruit ; fend la preſſe , écarte de droit & de gauche
ceux qui genoient fon paſſage : après les
plus grands efforts , il entre dans le cercle , à
l'endroit même où s'étoit arrêté le ſieur G... &
ſe poſte immédiatement devant lui : il étoit debout
& armé d'une canne , lorſque le Marquis
de D ... s'étoit approché du ſieurG... Les mou
vemens d'impatience & de curiofité des Spectateurs
les plus éloignés , avoient deja caúfé pluſieur
flux & reflux. La foule croiffant toujours ,
ces flux & reflux recommencent; le mouvement
vientjuſqu'au fheur G... , qui ſe trouvant entraîné
parl'affluence , eſt pouffé lui -même ſur le Marquis
de D... Le Marquis ſe ſentant pouffé , ſe
retourne ,& s'écrie , du ton le plus impérieux
& le plus colere , & tenant la canne levéer qu'eftce
que c'est que ces poliſſons - là ? Si cela arrive en
(94 )
core , on aura affaire à moi : je donnerai des coupsde
cannes . Un inſtant après , nouveau mouvement
, le heur G... eſt encore entraîné & poufſé
malgré lui ſur le Marquis de D... nouvelles
menaces de la part du Marquis ; il adrefſe la
parole au ſieurG...: tu es un poliffon , un drole ;
je ne te connois pas : qui eſt tu ? >> Eft - ce M le
>>>Marquis , parce que vous êtes d'une naiſſance
>> ſupérieure à la mienne que vous me parlez
>> ainſi ? Vous avez tort de vous en prendre à
>>>moi , vous voyez que je ſuis pouſſé moi-même
, & qu'il m'eſt impoſſible de ſoutenir l'ef-
>> fort de la multitude , je vous prie de prendre
>>>garde ſur qui vous toucherez , parce que je
>> n'ai aucune part au flux & reflux de cette multitude.
Tu es un impertinent , un polif
ſon , un inſolent , un drole ; je ne te connois
pas; qui es- tu ? - > Il n'eft pas difficile de
>> me connoître . On me connoit dans la ville :
>> on ne donne point des coups de canne à des ci-
<<< toyens » . Tu es un poliſſon & un drole ; je te
connoîtrai ; je te ferai punir ; tu me le paiera ,
je ne t'entiensppaassquitte,avecungeſte menaçant.
Heureuſement , M. le Marquis , que
>>juſqu'à préſent je ne vous ai rien dù ; je ne
>>> vous dois rien , je n'ai rien à vous payer «.
-Tu es un poliſſon , un manant , il te convient
bien de m'inſulter . - Monfieur , je ne
>>vous inſulte pas en vous repréſentant qu'il eft
>>>impoffible de ſoutenir l'effort de la multitude ,
> & je ne mérite aucune punition . Je n'ai rien à
>> vous payer ; & fi je vous avois dû , vous ne
<< m'auriez pas attendu ſi long - temps ». Je dis
que tu es un drole & un poliſſon ; je te connoîtrai
,& fous quinzaine , tu auras de mes nouvelles
. M. le Marquis , je ne vous manque
pas ; je ne vous inſulte pas : quand vous vou-
CC
( 95 )
-
drez , je vous donnerai mon nom par écrite.
Le Marquis de D...... continuant toujours
ſes injures , les geſtes , ſes menacess , malgré
l'exceffive modération du ſieur G .. , celui - ci
quitte ſa place , laiſſe le champ libre au Marquis
& fort du cercle. Ne t'en vas pas , lui crie
le Marquis de D... en le voyant partir ; au reſte ,
je te retrouverai bien. -Tous ces faits font
atteſtés par douze témoins oculaires . -Après
ces injures & ces menaces , vient la Calomnie.
Le 23 du même mois de Janvier , le Marquis
de D ... écrit au ſieur L ... Subſtitut de M. le
Procureur Général au Bailliage de L ... la
lettre ſuivante. - « J'ai l'honneur de vous
prévenir , Monfieur , que le nommé G ... Or-
>>>févre , qui demeure me menace de
m'attaquer & de m'aſſommer dans les rues ,
>> lorſqu'il en trouvera l'occaſion. Ce n'eſt
>> point , Monfieur , une plainte que je vous
>> porte ; je vous préviens ſeulement , afin que ,
,
lorſqu'on me trouvera aſſaſſiné , vous ſcachiez
>> á qui vous en prendre. J'ai obligation de l'avis
que j'ai reçu à un brave & honnête Citoyen
, que je taitai toute ma vie . Signé ,
R ... D.. Aux injures aux menaces,
&c. fuccédent l'intrigue , l'abus du crédit
&du pouvoir , la véxation , l'oppreſſion de la
liberté civile . -Le Marquis de D ... fait au
Commandant de la Province un rapport au ſujet
de la ſcene du 9 Janvier. Il ſurprend la religion
de ce Commandant , & follicite de lui un ordre
de faire empriſonner le fieurG ... L'ordre eſt
donné & exécuté - Le jour même de la lettre
adreſſée par le Marquis de D ... au Subſtitut de
M. le Procureur-Général , le 23 Janvier , le
fieur G ... eſt enlevé , avec autant d'inhumanité
que d'ignominie , ſous les yeux de tous ſes
9 موق )
Concitoyens ; il eſt entermé dans les priforns
on le laiſſe à la charge & garde du Concierge ,
qui promet de le repréſenter toutes & quantes
fois qu'il en fera requis. C'eſt en vertu des ordres
du Commandant de la Province , & de ceux
du Lieutenant de la Maréchauſſée. Le ſieurG ...
reſte prisonnier du Marquis de D ... juſqu'au
25 du même mois de Janvier . Ces différens
faits font autant de délits qui appellent la vengeance
des Loix ſur la tête du coupable. Ils n'ont
beſoin d'être appuyés d'aucune réflexion . Ce
Citoyen opprimé , attend avec la plus religieuſe
confiance l'Arrêt que diteront à la Cour ſon
attachement à nos Loix & fon zele pour le
maintien de l'ordre public , & la conſervation
de la liberté civile. Arrêt du 4 Septembre
1784. NOTRE DITE COUR faiſant droit ſur l'appel
interjecté par le Marquis de ... , met l'ap
pellation & ce dont eft appel au néant , émendant
, évoquant le principal , & y faiſant droit ,
fait défenſes au Marquis de ... , de plus à l'avenirinjurier
leditG... , ni provoquer oufaire provoquer
des ordres pour faire empriſonner ledit
G...: déclare l'emprisonnement & l'écrou de
G ... nuls & de nul effet ; ordonne que mention
ſera faite du préſent Arrêt en marge d'iceux :
condamne le Marquis de ... en 300 livres de
dommages - intérêts envers G ... , & en tous les
dépens des cauſes principales, d'appel & demandes
; ſur le ſurplus des demandes , fins & conclufions
des Parties , les met hors de Cour. Permet
à G ... de fraire imprimer notre préſent Arrêt
juſqu'à concurrence de cent exemplaires , & d'en
faire afficher quatre où bon lui ſemblera , le
tout aux frais & dépens du Marquis de ...
:
C
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IS JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS fur le départ de M. le Chevalier DE
PARNY pour les Iſles , récités dans une
des Séances particulières du Musée de
Paris.
ILL
eſt parti , l'amant d'Éléonore !
Et bientôt il verra briller une autre aurore.
Les Amours ſont en pleurs , les Grâces ſont endeuil ,
Le tendre & l'antique Tibulle
Revenu parmi nous pour former ſon Émule ,
Va juſqu'à fon retour rentrer dans le cercueil.
Tout le Parnaſſe eſt en alarmes ;
Même on dit qu'exhalant les plus tendres regrets ,
Au départ de Parny Phébus verſa des larmes ,
Et par ce dernier trait couronna ſes bienfaits.
Otoi , dont le trident ſoulève , agite l'onde !
N°. 3 , 15 Janvier 178;. E
98 MERCURE.
Neptune, Dieu des mers ! puiſſe ſur tes États
Le vaiſſeau de Parny , dans une paix profonde ,
Voguer fans nul danger vers de lointains climats!
Neptune , puiffes -tu protéger ſon paſſage !
Mais en vain tu voudrois lui créer des revers ;
Comme Orphée autrefois ſet charmer les enfers ,
Parny de ton trident captiveroit la rage ,
Et li tu réſiſtois à fon art enchanteur ,
Sa lyre réfonnant au moment du naufrage,
Des flots tumultueux calmeroit la fureur .
(Par M. Langeronfils ,âgé de 17ans.)
VERS pour mettre au bas du Portrait de
M. DE LARIVE.
App
PPur de l'indigence , Acteur fublime & tendre ,
On chérit ſes talens , on eſtime ſes moeurs ;
Et chez les malheureux il va tarir les pleurs
Qu'au Théâtre il nous fait répandre .
(Par M. Duviquet . )
VERS faits au bois de Vincennes.
ARBRES chéris , que votre ombrage
Pour un coeur ſenſible a d'attraits !.
Vous inſpirez le badinage
Et vous ne babillez jamais.
( Par Mme Dufrenoy.)
DEFRANCE
99
COUPLETS chantés à M. & Mme GR1 *** ,
dans une Fête donnée par leurs Enfans ,
à l'occafion de leur renouvellement de
Mariage , déjà célébré en Chanfons par
plufieurs personnes préſentes à cette Fête.
AIR: La foi que
L
vous m'avez promise.
E S Muſes qui vous environnent
Ont fi bien ſu vous couronner ,
Qu'où leurs mains heureuſes moiſſonnent
Nous trouvons à peine à glaner.
Leurs talens effacent les nôtres ;
Nous ſavons peu nous exprimer ;
Mais nous en valons au moins d'autres
Dès qu'il s'agit de vous aimer.
Tous vos enfans ſont dans livreſſe ,
Vous partagez notre gaîté ;
Vous nous valez pour la tendreſſe ,
Vous nous valez pour la ſanté:
Tel un chêne encor verd s'élève ,
Malgré le temps des aquilons ;
Et fans rienperdre de ſa sève ,
Fleurit parmi ſes rejetons.
COUPLE toujours tendre & ſenſible ,
Dont l'amitié remplit le coeur
:
2
EEiijj
100 MERCURE
Votre bonheur , quoique paiſible ,
N'en eſt pas moins le vrai bonheur 3
L'amour eſt cette fleur fi belle
Dont Zéphyre ouvre les boutons ;
Mais l'amitié , c'eſt l'immortelle
Que l'on cueille en toutes ſaiſons.
A BACCHUS rendons notre hommage ,
D'amour il remplit les loiſirs ;
Chaque ſaiſon a ſon uſage ,
Chaque ſaiſon a ſes plaiſirs :
De ceux que l'une & l'autre donne
Suivons tranquillement le cours ;
On voit des fleurs après l'automne ,
Et l'hiver même a ſes beaux jours.
( Par M. Damas. )
Aux FEMMES -
Vous ous déplaire , c'eſt s'oublier.
*
Notre bonheur n'eſt-il pas votre ouvrage ?
Que j'envirois cet avantage
S'il vous falloit un Chevalier ?
Mais plus qu'Achille invulnérables ,
Vous riez des efforts d'un impuiſſant courroux ;
Et l'Amour renvoie aux coupables
*Cette Pièce eft relative àcelle ſur les Modes.
DE FRANCE. 101
Les traits qu'ils ont lancés ſur vous.
Actton de Diane éprouva la vengeance :
Sa mort ſuivit ſes regards indiſcrets.
Plus malheureux , celui qui vous offenſe
Sera puni par ſes regrets.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE not de la Charade eſt Bonnet ; celui
de l'énigme eſt le premier Jour de l'An ; celui
du Logogryphe eſt Canon , où l'on trouve
anon& non.
MON
CHARADE.
ON premier chez les vieux ſe trouve bien
ſouvent;
C'eſt au moulin , dit on , que mon ſecond s'entend.
Mon tout ſe fait ſentir dans le coeur de Thélême
.
Al'approchedu loup ..... ou du Berger qu'elle aime.
( Par Mile de B. D. F. )
E
102 MERCURE
1
ÉNIGME.
D'UN
'UN être fugitif vive & fidelle image ,
De fon vol clandeftin je crahis le fecret.
Mon ſeul aſpect ſouvent donne à rêver au ſage ;
L'homme frivole en moi n'apperçoit qu'un hochet,
Quoique par mon deſtin manquant de pied & d'aîle,
Mon devoir cependant eſt de toujours aller ;
Et ce qui mieux encor fert à me dévoiler ,
Plus je parois changeante &plus je ſuis fidelle;
Chacun pour me juger conſultant ſon defir ,
Me trouve , ſuivant lui , trop rapide ou trop lente.
J'offre un ſecours heureux dans les momens d'attente,
On craindroit de me voir pendant ceux du plaifir.
(Par unAbonné de la Chambre Littéraire deRennes. )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
É fuis une Vertu que par- tout on révère ,
De bien des malheureux j'adoucis la misère.
Dans les Livres facrés on lit ſouvent mon nom,
On le cite parfois , en chaire , en oraifon ;
La Concorde , la Paix , la bonne intelligence
Sont les heureux effets qu'on doit à ma puiſſance.
Dans mes fept pieds , Lecteur , on trouve un animal
Nourri pour en détruire un autre qui fait mal ;
Une ville qui fut la mère de Carthage ;
4
DE FRANCE.
103
Deux interjections ; une plante en uſage ;
De ville un ſynonyme; une Ifle de l'Aunis ;
Le ſiège où le ſoleil dans la Fable eſt aſſis ;
L'effort que fait la voix pour mieux ſe faire entendre.
Si ce n'eſt pas affez pour me faire comprendre ,
Tu trouveras encore , en me combinant bien ,
Un léger inſtrument qui ſert au Muficien ;
L'élément dans lequel , pour s'élever aux nues ,
Montgolfier ſut trouver des routes inconnues.
(ParM. Moreau fils , à Roanne. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
OEUVRES de Valentin Jameray Duval ,
précédées de Mémoires ſurſa Vie , avec
figures. 2 vol. in 8°. A Saint Petersbourg ,
& ſe vend à Strasbourg , chez J. G.
Treuttel , Libraire.
PEU de gens ont lû les OEuvres de Duval.
Le nom de cet homme extraordinaire n'est
guère célèbre que dans les lieux où les etonnantes
particularités de ſa vie lui ont établi
des relations ; à peine eſt il connu en France
autrement que par des liaiſons particulières ;
& le titre de ſes Ouvrages n'eſt pas fait pour
piquer la curioſité. On a tant de choſes à
lire&fi peu de temps à perdre , qu'on craint
d'en riſquer ſur un Livre où l'on n'eſt pas
certain de trouver à s'inſtruire ou à s'amufer .
E iv
104
MERCURE 1
Nous croyonscependant que celui ci offre l'un
& l'autre avantage ; qu'on ne peut fur tout
manquer de s'intéreſſer à unhomme qui , né
dans un état qu'on nomme abject , privé de
tous les ſecours de l'éducation , s'eſt élevé
ſeul juſqu'aux connoiſlances les plus étendues
fur tous les objets dont il a voulu s'occuper
; qu'un génie actif , ou , ſi l'on veut ,
un inſtinct avide & pénétrant conduifit au
ſavoir preſque ſans guide , & par des routes
rapides & non frayées , pour qui l'étude
étoit un beſoin auſſi impérieux que les beſoins
de la Nature. Cet homme, fait pour
fortir en tout des règles communes , fut pendant
près de ſoixante ans conſerver au milieu
des Cours , auprès des Souverains , les moeurs
les plus pures , la franchiſe la plus ſauvage ,
la liberté la plus indépendante. Il ne demanda
jamais rienà ſes Maîtres , & il vécut
dans l'aiſance : fans ambition , ſans orgueil ,
il fut conſidéré ; jamais adulateur, ne fachant
ni taire ni déguiſer ſa penſée , jamais pourtant
il n'éprouva de diſgrâce. Il facrifia julqu'à
l'amour à ſa paffion pour l'étude ; mais
ce goût fut foumis lui même à une paffion
plus forte , celle de la liberté. Croiroit on
qu'à vingt ans le malheureux Gardien de fix
vaches , le valet d'un pauvre Hermitage ,
ſouhaitant ardemment de s'inſtruire , dictoit
pourtant ſes conditions à un grand Prince
qui lui en offroit les moyens , & refuſoit
d'échanger ſa misère indépendante contre la
✓brillante ſervitude des Cours ? On ne voit
1
DE FRANCE.
τος
juſqu'ici qu'un ſauvage devenu ſavant par la
ſeule impulfion de ſon génie. Et quoique ces
exemples foient rares , il en exiſte cependant
pluſieurs ; celui de Duval a une fingularité
de plus. Ayant paſſe les premières années de
ſa vie dans les bois , le reſte dans des bibliothèques
& des cabinets de médailles , il con .
noiſſoit fi peu le monde , il le fuyoit avec
tant de ſoin , que , logé au palais de Vienne ,
près de l'appartement des Archiducheſſes ,
il ne les avoit jamais vûes. Un jour qu'il paffoit
devant elles ſans les remarquer , le Roi
des Romains lui demanda s'il ne connoiffort
pas ces Dames : Non , Sire , répondit - il ingénuement.
Je n'enfuis pas étonné, répliqua
le Prince; mes foeurs nesontpas des antiques.
Hé bien , malgré ce goût conſtant
pour la retraite , ſi peu fait pour adoucir ſa
rufticité , il a ſu , en conſervant des manières
toujours ſimples , ſe former un ſtyle plein
d'enjouement , de légèreté , de grâce , & du
ton de la meilleure compagnie.
Il nous trace lui-même dans l'Ouvrage que
nous annonçons le tableau le plus effrayant
de la première circonſtance intéreſſante de
ſa vie. Né en 1695 , d'un pauvre Laboureur ,
au petit village d'Artonay en Champagne ,
-orphelin à dix ans , chaſſe de ſon pays à
quatorze , faute d'y trouver à fervir , marchant
au haſard dans l'affreux hiver de 1709 ,
enpleine campagne , couvert de neige , demi
mort de froid , ſans pain , ſans aſyle , fans
eſpoir , il eſt ſurpris par la petite-vérole. La
Ev
106 MERCURE
violence de ſes douleurs & celle de la fait
fon , l'obligent de s'arrêter devant une mé
chante ferme , où il n'a pour retraite qu'une
érable & un tas de fumier , ſous lequel on
l'enſevelit . La chaleur qu'il y trouve le dé
gourdit peu à-peu , facilite l'éruption ; il eſt
couvert de boutons , mais il manque de ſe
cours. Tour étoit faiſi dans la ferme, le maît
tre n'a pas lui- même de quoi vivre,&c'eſtun
excès de compaflion qui l'engage à donner
au moribond pour toute beiffon , de l'eau
glacée , pour toute nourriture un peu de
bouillie à l'eau à peine falée , & enfuite de
mauvais pain deſſeché qu'il faifoit degêler
dans fon fumier. Les moutons dont il par
tageoit l'aſyle , ſembloient touchés de ſa
peine,& vouloir le confoler en le léchant;
mais quoique la rudeſſe deleur langue ajoutât,
à fon fupplice , il paroiffoit plus occupé
de la crainte de leur communiquer le venin
dont il étoit hériffé. Si pauvre que fuſſent
les ſecours qu'il recevoit dans cette étable ,
il fut impoflible au maître de les continuer.
Il fallut le tranſporter encore foible , couvert
de méchans haillons & de foin , chez
un Curé du voisinage , où il fut prêt d'expirer
du froid qu'il avoit eſſuyé dans la route. Il
guétit pourtant ; mais la famine,qui déſoloit
cette contrée lui fit perdre encore cet aſyle
dès que ſes forces lui permirent de le quitter.
Ne fachant où donner de la tête, il s'informe
s'il n'eſt pas quelque pays que ce fléau
ait reſpecté. On lui parle du Midi , de
DE FRANCE.
107
l'Orient ; c'étoit pour lui des i lees nouveles.
Ees mots furent la ſource de fes promè es
réflexions , ſa première leçon de geographie.
Il marche donc vers le point où le telei lui
paroiſſont ſe lever , il traverte la Chan pague.
De miférables huttes à peine couvertes de
chaume & d'argile , des individus pâles , tanguiffans
& livides , des enfans rares & diffechés
par le beſoin, lui préfentent tout ce que
la misère a de plus effrayant. Il arrive et fin
à Sénaïde , & foudain il eft frappe d'une ſcène
nouvelle; des maifons ſpacieuſes , bien couvertes,
& dignes des hommes forts & vigoureux
qui les habiroient , des femmes leftes
& bien vêtues , des enfans nombreux &
gais , le ſpectacle de l'aifance & du bonheur,
l'avertitent qu'il avoit changé de domination
.
Lehafard le fait s'arrêter à l'Hermitage de
la Rochette , où le bon folitaire Palemon le
reçoit, lui fait partager ſon genre de vie , fos
travaux , & lui apprend à bre. Duval , në
avec une fenfibilité fougueule , entroir dans
l'âge où les paffions ſe développent ; le beſoin
d'un attachement , la lecture des livres
afcétiques qui compofoient la bibliothèque
de l'Hermite , tournerent ſes premières idees
vers la dévotion , non pas celle qu'il définit
lui- même par une piété folide & pure , mais
cette dévotion minutieuſe & contemplative
qui conſiſte en vaines pratiques , s'allie trèsbien
avec les paffions , & devient elle- même
unepaflion condamnable. Il eut alors une
Evj
108 MERCURE
avenrure affez gaie qui l'éclaira ſur ſes ſentimens.
Des Chanoines voiſins viennent vifiter
l'Hermitage , munis d'un ample jambon
&de quelques flacons , qui , dit - il , ne contenoient
rien moins que de l'eau bénite. On
goûte , il partage la fête , & avale pour la
première fois deux raſades d'excellent vin.
Reſte ſeul , il ſe trouve dans un état qui lui
ſemble un phénomène. Son viſage s'enflamme,
ſon ſang bouillonne , ſa tête s'exalte
; naturellement taciturne , il fent une ſi
grande démangeaiſon de parler , que pour la
fatisfaire , il ſe met à réciter des Pſeaumes
tout haut ; mais ſa langue eſt embarraſſée ,
ſes lèvres moins mobiles , ſes jambes chancellent
, il s'affied par hafard devant une
image . du bon Pasteur.
Cet objet l'attendrit. Il s'imagine que cet
état extraordinaire eſt une de ces extaſes
que Dieu envoie à ſes élus; il s'approche de
cette image , ſe proſterne , l'arroſe de ſes
pleurs , & lui prodigue les careffes & les
termes les plus myſtiques & les plus touchans.
Mais il faut que tout finiffe ; il s'endort
au milieu de ſa béatitude. Quel fut fon
étonnement à ſon réveil de ſe trouver auſſi
inſenſible que le marbre , & d'avoir perdu
ces élans, ces évanouiſſemens, qui , la veille ,
le rendoient fi heureux !
•
De cette retraite il paſſe dans celle de Ste
Anne , auprès de Lunéville. Six vaches à
garder , quarre Hermites de la plus groſſière
ignorance, & quelques bouquins de la biDE
FRANCE 109 .
bliothèque bleue , ſont les ſeules reffources
que Duval y trouve pour ſen éducation. Il
parvient cependant à s'apprendre feul à
écrire. Un Abrégé d'Arithmetique devient le
nouvel objet de fes études , auxquelles il ſe
livre dans le filence des bois. Il faut l'entendre
lui même expliquer comment il prit les
premières notions d'aſtronomie & de géographie
, à l'aide de ſes ſeules réflexions , de
quelques cartes , & d'un tube de roſeau
placé ſur un chêne élevé , dont il avoit fait
fon obfervatoire. Plus il apprenoit & plus
il étoit tourmenté du defir d'apprendre encore
; mais l'état de ſes finances ne répondoit
pasà fondefir. Pour y ſuppléer, ils'aviſa
aux riſques d'être pris comme un Braconnier
, de déclarer la guerre aux animaux des
forêts, dans le deſſein de vendre leurs fourrures.
L'ardeur & le courage qu'il mettoit à
cette chaſſe , annoblie par ſon motif , ſont
véritablement incroyables. Il eutun jour une
lutte violente à ſoutenir contre un chat ſauvage,
dont la victoire lui coûta beaucoup de
fang. Enfin ſa conſtance lui procura au bout
de quelques mois une quarantaine d'écus ,
qu'il porta bien vîte à Nancy pour avoir des
livres. Une aventure heureuſe augmenta ſon
petit tréſor. Il trouva un jour un cachet d'or
armorié; il le fait annoncer au prône . Un
Anglois fe préſente; c'étoit M. Forſter , homme
d'un mérite connu. Si ce cachet eſt à
vous , lui dit Duval , je vous prie de le blafonner.
- Tu te moques de moi , jeune
119 MERCURE
=
د
homme , le blafon n'eſt aſſurément pas de
ton reffort. Soit , mais je vous déclare
qu'à moins de blafonner votre cachet vous
ne l'aurez pas. Surpris de ce ton ferme , M.
Forſter obeit , récompenſe le jeune Pâtre ,
& l'invite à l'aller voir. Par ſa générofité ,
la bibliothèque de Duval s'acciût juſqu'à
quatre cent volumes , tandis que fa garderobe
reſtoit toujours la même. Un ſarreau
de toile ou de laine & des ſabots formoient
tout fon ajuſtement .
Pendant qu'il formoit ainſi ſon eſprit par
l'étude , le troupeau n'en alloit pas mieux.
Les Hermites s'en plaignirent , l'un d'eux le
menaça même de brûler ſes livres , & joi
gnit un gefte offenfant à cette menace. Duyal
étoit né , comme nous l'avons dit , ardent&
fenfible. La ſervitude avoit phé fon
âme à la foumiffion , mais nullement aux
infultes. Il faifir une pelle à feu , met le
Frère à la porte de ſa propre demeure , en
fait autant aux autres qui accourentau bruit,
&s'enferme ſeulà double tour. Le Superieur
arrive. Duval lui détaille par la fenêtre ſa
belle expédition ; la douceur du bon Solitaire
parvient cependant à le calmer ; mais
il n'ouvre qu'après lui avoir fait accepter
une capitulation qui conſiſtoit à lui accorder
l'oubli de tout le paffé, & deux heures par
jour à l'avenir pour vaquer à ſes études , à
ces conditions il s'engageoit à ſervir l'Hermitage
pendant dix ans pour la nourriture
& l'habit. Ce qu'il y a de plus plaifant , c'eſt
-
1
DE FRANCE. …
L
:
que cet acte fut ratifié chez un Notaire de
Lunéville.
Le bois où Duval menoit paître ſes vaches
étoit fon cabinet d'études le plus ordinaire.
Un jour qu'il y etoit , entoure ſelon
fon uſage de ſes cartes de geographie , il eſt
abordé par un homme de bonne mine , qui ,
furpris de cet appareil, lui demande ce qu'il
fait-là. J'étudie la géographie. -Eft ce
que vous y entendez quelque choſe ?-Mais
vraiment oui , je ne m'occupe que de ce
que j'entends. - Où en êtes vous ?- Je
cherche la route de Québec pour aller continuer
mes études à l'Univerſité de cette
ville. ( Il avoit lû dans les livres que cene
Univerſité étoit fameufe. ) - Il y a , reprit
l'inconnu , des Univerſites plus à votre portée
; je puis vous en indiquer. A l'inftant il
-eft entouré par un grand cortège ; c'étoit
celui des jeunes Princes de Lorraine. On finit
par lui propoſer d'achever ſes études en forme
aux Jefuites de Pont-à- Mouflon . Duval
héſita. L'etude lui étoit chère ; mais la liberté
lui paroiffoit plus précieuſe encore , & il
n'accepta qu'avec la condition formelle de
la conferver. Ses progrès furent fi rapides ,
qu'au bout de deux ans le Duc Léopold , qui
vouloit ſe l'attacher , lui fit faire pluſieurs
voyages , entre autres celui de Paris , & à
fon retour le nomma fen Bibliothécaire , &
Profeffeur d'Histoire à l'Académie de Lunéville.
Cette place , & les leçons particulières
qu'il donnoit à des Anglois , entre autres au
112 MERCURE
:
fameux Lord Chatham , lui procurèrent les
moyens de faire rebâtir à neuf ſon ancien
Hermitage de Ste Anne. Lors de la révolutionde
la Lorraine , il refuſa toutes les propoſitions
qui lui furent faites pour reſter ,
&ſuivit la bibliothèque à Florence , où il
reſta dix ans; il fut appelé à Vienne par l'Empereur
François , pour lui former un cabinet
de médailles. C'eſt-là qu'il vécut dans la plus_
grande conſidération de la part de toute la
Famille Impériale , & qu'il mourut en 1975 ,
âgé de près de 80 ans , & regretté de tous
ceux qui l'ont connu.
Les deux volumes que nous annonçons me
font qu'un effai de l'Éditeur , M. Koch , fon
ami intime , qui a voulu preſſentir le goût
du Public ſur quelques Écrits de ce Philoſophe
avant de les publier en entier. Ils contiennent
des Mémoires ſur fa vie par l'Éditeur
, des fragmens ſur les principaux événemens
de cette même vie écrits par Duval
lui même, ſa correfpondance entière avec
une jeune & très- aimable Femme de Chainbre
favorite de l'Impératrice de Ruſſie ; quelques
Lettres à Mlle Guttemberg , qui tenoit
le même rang à la Cour de Vienne , & d'autres
Lettres à différens particuliers. Nous
ofons croire que M. Koch a plus conſulté
ſon amitié que ſon goût dans la forme de
cetre Édition . La longue correfpondance de
Duval avec Mlie Anaftafie Socoloff, n'a pas
d'objet affez piquant pour le Public , & ne
comporte pas un intérêt affez grand pour fon
DE FRANCE. 113
étendue. Il eſt des plaiſanteries d'habitude ,
des idées familières qui reviennent ſans ceſſe,
& qu'on répète dans ſes Lettres fans s'en
appercevoir , quand on écrit à pluſieurs mois
dediſtance , mais qui ne peuvent être ſupportées
dans une lecture ſuivie. L'Editeur
nous affure , dans ſa Préface , qu'il en a ſupprimé
beaucoup ; cependant il en refte encore
affez pour dégoûter le Lecteur le plus
patient. Il falloit ſans doute , au lieu de
donner ces Lettres entières , fans nous épargner
même les formules de complimens qui
les terminent , n'en offrir qu'un choix , avec
l'attention de fondre enſemble celles qui
n'ont qu'un même objet , & elles ſont en
grand nombre , d'en élaguer toutes les répétitions
, & de mettre à leur place les pièces
qui ont rapport à cette correſpondance , au
lieu de les renvoyer à la fin comme on a
fait. Il falloit ,non pas faire une vie particulière
de Duval , & nous préſenter enſuite
épars les morceaux qu'il en a écrits lui même,
ſoit dans ſes cahiers , ſoit dans différentes
lettres ; mais réunir & coudre enſemble ces
differens morceaux ; laiſſer parler le Philoſophe
le plus qu'il auroit été poffible , &
n'ajouter à ſes Écrits que la liaiſon qui leur
manquoit. Cette forme , qui éviteroit beaucoup
de redites , feroit ſans contredit bien
plus intéreſſante , & nous croyons qu'une
nouvelle Édition faire fur ce plan, en rédui
ſant les deux volumes en un , auroit beaucoup
de ſuccès.
114 MERCURE
Au furplus , nous croyons que nos Lecteurs
nous faurons gré de leur donner une
idée du ſtyle de ce Philofophe. Ily règne une
grâce, une légèreté bien extraordinaires fans
doute de la part d'un homme qui ne fut
qu'un ſauvage pendant toute la jeuneffe , &
qu'un Savant le reſte de ſa vie , ce qui est à
peu près ſynonyme relativement au ton de
lafociété.
Il entretenoit une exacte correſpondance
avec Mlle Anaftafie Socoloff , aujourd'hui
mariée avec M. de Ribas , Colonel au Service
de Ruffie. Cette jeune perſonne , d'origine
Circaffienne , née au Royaume d'Aftracan
, fut amenée à Paris par la Princeſſe de
Galitzin ; Mlle Clairon y prit ſoin de fon
éducation. A la mort de la Princeſſe, elle
retournoit en Ruffie pour être Femme de-
Chambre de 1 Impératrice , lorſqu'en paffant
parVienne elle ſe rencontra au Theatre dans
une même Loge avec Duval , qui fit fa
connoillance , & fe prit pour elle d'une
amitié fi vive que l'amour même n'a point de
fentiment plus ardent. L'amour cependant
n'y étoit pour rien, le Philoſophe y avoit
mis hon ordre. Tourmenté dans ſa jeuneſſe
de cette paffion qui nuiſoit à ſes études , il
ſe rappela d'avoir lu dans Saint Jérôme qu'on
s'en guérit avec de la ciguë. Il enmangeaune
ſalade fi copienſe qu'il en faillit mourir , &
que ſes deſirs furent éteints pour jamais. Ce
poiſon cependant n'avoir pas altéré la ſenſibilité
de fon ame. Sa manière d'aimer étoit
DE FRANCE 119
d'autant plus delicate &plus pure , qu'elle
n'avoit aucun but untereife.
Duval avoit encore dans ſa correſpondance
un autre objetque 'amitié.C etoit fon admiration
profonde pour toutes les operations
de l'immortelle Catherine . Elle refpure dans
preſque toutes les lettres, qui ne roulent que
fur les inftructions qu'il demande a ce fujet.
En voici quelques uns .
Mile Anaftafie lui avoit far préſent d'une
Médaille repreſentant'Impératrice. Elle est
fâchée qu'elle ne ſoit pas d'or ; il répond :
" Ne fût - elle que du plus commun des
* métaux , il me fuffit pour l'eßimer autant
» que les diamans du Mogol,qu'elle vienne
» de vous , & qu'elle foit à l'effigie de
>> l'auguſte Souveraine qui fait votre bonheur.
Quelque baillant que foitle Trône
» qu'elle décore , je doute qu'il lui donne
>> autant de relief qu'elle s'en eſt attiré par la
ود lettre qu'elle a écrite à un Philofophe
>> (M. d'Alembert,)& que les papiers publics
>> ont communiquée à toute l'Europe. Il y
ود
avoit plus dedeux mille ans quele père du
> vainqueur de Darius en avoir écrit une aun
>>> fameux Ariftote , précisément fur le même
fujer. Depuis cetemps là aucun Monarque
n'a été tenté de mettre les talens à un autli
haut prix que la fait l'augufte Minerve
» que vous avez l'honneur d'approcher. II
faut un difcernement bien exquis pour
fentir aufli vivement toute l'importance
du vrai mérite en fait d'éducation , fur
92
ود
116 MERCURE
>> tout dans un ſiècle auſſi colifichet & auffi
>> poliment frivole que celui où nous
» vivons ».
Autre. Il parle à Mlle Anaſtaſied'un voyage
de l'Impératrice. " Sachez donc que votre
» auguſte maîtreſſe, arrivée à Twer , lieu de
>> ſon embarquement , s'eſt ſouvenue qu'un
» livre intitulé Béliſaire.... méritoit d'être
» traduit en une langue dont les dialectes
>>s'étendent depuis la Bohême incluſivement
>> juſqu'aux confans de la Chine, & depuis la
>> Grèce & l'Albanie , juſqu'aux triſtes bords
>> de la mer Glaciale. Pour rendre ſervice à
» l'humanité, ſavez- vous comme elle s'y eſt
>> prife ? ... Apprenez doncque la Minervede
>>Ruffie , au lieu de s'embarraſſer quelles
ود feroient les fêtes , les bombances , les
>>jeux , les concerts & les autres paſſe- temps
20 les plus propres à charmer les ennuisd'une
> navigation preſqu'illimitée , cette Déeffe
>>ainventé un amuſement juſqu'ici inconnu
ود
ود
à la faſtueuſe frivolité , & plus encore à la
» grandeur même. A peine embarquée avec
les Areopagiſtes qu'elle a admis ſur ſa
flotte , elle a diſtribué par la voie du fort
» à chacun d'eux , un des 16 Chapitres de
>> Béliſaire , afin que tous en même temps
ود fuſſent traduits en langue Ruſſe ; mais ce
>> que j'admire,& qui me feroit croire qu'en
دد Ruffiele fort n'eſt pas ſiaveuglequ'ailleurs,
» c'eſt que le neuvième Chapitre , qui traite
>> expreffement des erreurs & des écueils
>> auxquels le pouvoir ſuprême eſt expoſé ,
-
DE FRANCE
117
-
20
....
>>> ſoitjuſtement tombé en partage à la Thems
>> du Volga. J'ai vu & tenu une copie de la
verſion qu'elle en a faite , & lorſqu'on
m'aſſura qu'elle égaloit la beauté de l'oris
>> ginal , je n'en fus pas ſurpris.....
Voici des Lettres d'un autre genre.- " Je
lis préſentement un Livre que je veux
envoyer à mon ami le Frère Zozime ,
>> Supérieur de l'Hermitage qui a été le ber-
>> ceau de ma fortune (celui qui vouloit
ود
ود brûler ſes Livres ,&avoit pris ſes cahiers
>> de géométrie pour un grimoire ) pour en
>> faire ſon profit. Le livre a pour titre
>> Lettres fur la Danse & les Ballets
» par M. Noverre. Jamais lecture ne m'a
>> plus humilié. J'y vois en très-beau ſtyle
» qu'un excellent maître de Ballets eſt auſſi
» unique que le Phénix ; & que tout ce que
» l'univers a produit de grands hommes en
>> tout genre , n'ont été que des pygmées en
>> comparaiſon d'un parfait maître de Ballets.
l'Auteur est ici , je l'ai vu de mes propres
>> yeux. C'eſt une viſion béatifique pour les
» Viennois. On dit qu'on publie une
ود
وو
-
Gazette Françoiſe à Saint - Pétersbourg.
» Cela est-il bien vrai ? S'il eſt ainſi,de quoi
>> peut- elle parler ? .... Lorſque je voyageois ,
» à mon arrivée dans une Capitale , je
> parcourois tous les marchés publics pour
>> connoître en quelles productions le pays
abondoit le plus ; je liſois la Gazette du
>> lieu , pour me former une idée de la
→ liberté civile; je lorgnois toutes les Bibis
"
C
118 ERCURE
ود
» ( il appelle conftamment ainſi les jolies
femmes , & celles auxquelles il prend
» intérêt) pour ſavoir ſi j'étois en Circaflie
chez les Samoïedes ; j'allois à la
>> Comedie pour y étudier le goût national.
Les égliſes , les palais , les hôpitaux
>>>m'apprenoient une infinité de choſes que
>> je ne puis vous dire. A l'égard du peuple ,
>> cet utile & reſpectable fond de toutes les
>>nations , j'entrois dans leurs humbles chau-
> mières , & felon la proprete ou la misère
» qui y régnoit, je jugeois de la nature du
Gouvernement ; & c'eſt ainſi que , fans
>>> être Médecin , je tâtois le pouls à l'hu
>> manité ».
2
९६
Il prenoit beaucoup d'intérêt à la guerre
contre les Ottomans. Il prétendoit par plai
fanterie que le Grand -Seigneur ne l'avoit
entrepriſe que pour enlever Mlle Anaftafie ,
& qu'il avoit juré par ſa barbe, ainſi que ſon
grand Muphti, qu'il ne mettroit bas les armes
que quand il l'auroit dans ſon ſerrail.-"Un
>> ſonge affreux a troublé non fommeil. J'ai
هر rêvé qu'en nouvelle Roxelane vous étiez
» aſſiſe à côté du Sultan , & fur le même
ſopha ; qu'une troupe de Tartares ayant
rafflé tous vos blondins , &moi avec eux, ود
دد ils nous avoient conduits à vos pieds ,
>> pour y apprendre notre fort ; que là,
> tandis que nous étions occupés à implorer
votre mifericorde ; & à baifer vos brillantes
babouches ,& les franges de votre
doliman, le Sultan ,par bonté d'ame, ayoir
ود
-
:
DE FRANCE. 119
" ordonné au grand Kiflar Aga de nous
>> rendre propres au ſervice du terrail ; que
" pour nous dedommager de la perte que
> nous allions faire , vous aviez cru qu'il
>> fuffifoir de diſtribuer à chacun de nous une
" affez bonne dofe du précieux baume de la
> Mecque ; que là deſſus tous les blondins
" ne trouvant pas leur compte dans cet
» équivalent , avoient pouffe des cris que
" l'on entendoit d'une lieue . Ces cris ,
» quoiqu'en fonge , m'ont paru fi lamentables
& fi perçans , que je me fuis éveillé
en furfaut , non fans bénir le Ciel de me
ود
ود
>> trouver encore comme j'étois avant de
ود . m'endormir ».
Nous finirons cet extrait en donnant une
idée du ſtyle de Mile Anaftafie , dont les réponſes
nous ont paru très agréables . -«Je
ود crois vous avoir promis , par une de mes
>> précédentes , de vous dire mon palle-
>> temps journalier. La Bibi ſe couche à onze
>>> heures , & fe lève à huit , ne manque
>> jamais à ſon devoir , fans cependant y
>> fonger , parce que le mot de devoir ne me
>>plaît pas; j'aime ma gaieté naturelle. Mon
>> premier ſoin en entrant dans la chambre
>> de toilette de Sa Majesté , eſt de dire tout
>> ce qui me vient dans la tête , fans m'embarraffer
fi on m'écoute : vrai moyen
> d'occuper l'oreille du Courtiſan , toujours
avide de nouvelles. J'ai l'art de les amufer
>> en diſant la vérité toute nue , qu'ils pren-
>>>nent pour des fineffes. Je fais des contes
ود
ود
120 MERCURE
4
ود bleus àmes camarades pourarrondir leurs
>>viſages allongés. J'annonce à S. M. tous
>> ceux qui viennent , après les avoir bien
>> étourdis. Voilà les occupations de devoir
>> de la bienheureuſe Bibi. Oui , mon ami ,
>> elle l'eft , puiſqu'elle a la ſatisfaction de
>>vous plaire & de captiver un coeur tel
» que levôtre.Je finis majournée en ſoupant
» chez M. le Général. C'eſt- là où je ſuis le
>> mieux du monde. On a beau vanter le
» brillant de la Cour , la maiſon du bien-
ود faiteur l'emporte toujours fur elle » .
( Cet Article eft de M. Framery. )
HISTOIRE Ecclésiastique & Civile du
Diocèse de Laon , par Dom Nicolas le
Long, Religieux Bénédictin de la Congrégation
de Saint Vanne & de Saint-Hydulphe.
A Châlons , chez Seneuze , Imprimeur
du Roi , &c . , in- 4 .
C'EST ici un de ces Ouvrages de Bénédictins
que le bel eſprit ſuperficiel dédaigne
, mais qu'un bon eſprit eſtime , puiſqu'enfin
ils inſtruiſent. Un mérite inconteſtable
de ces Hiſtoires particulières , que
des détails accumulés , des differtations
ſavantes , des actes & des pièces juſtificatives
rendent ordinairement un peu volumi
neuſes , eſt de fournir des matériaux pour
l'Hiſtoire générale. Dom le Long ne ſe
borne pas au Diocèſe de Laon , il embraffe
tout le pays contenu entre la Sambre au
Nord, la Meuſe au Levant , l'Aiſne au
Midi ,
DE FRANCE. 121
Midi , Poiſe au Couchant ; il ne ſe renferme
pas même entre ces quatre rivières ,
car Reims fur la Vefle , & Châlons ſur la
Marne , l'une & l'autre au Sud de l'Aiſne ,
entrent dans ſon plan , lequel , ſuivant
l'expoſition qu'il en donne lui même ,
• comprend le Laonnois & la Thierache ,
> partie de la Champagne , de l'Ile de
➡ France, de la Picardie, du Hainault , da
ود Comte de Namur & de l'Évêché de
• Liége ſur une étendue de plus de qua
rante lieues , tant en longueur qu'en largeur,
depuis Verdun , Sainte Ménéhould ,
Châlons , Reims , Soiffons & Compiegne
>> juſqu'à Namur , Maubeuge & Bavay inclufivement.
»
وم
"
L'artnaturel & néceſſaire d'un Auteur de
ces Hiſtoires particulières de Provinces ou
de Villes, eft de ne s'étendre que fur les faits
&les notions qui leur font propres , & de
rappeler ſeulement d'une manière ſommaire
& fuccincte les événemens de l'Hiftoire
générale pour ne pas répéter ce qui eſt
écrit par tout &connu de tout le monde;
mais il faut convenir que dans la plupart de
ces Hiſtoires le moindre prétexte ſuffit prefque
toujours à l'Auteur pour adapter & approprier
au pays dont il parle les événemens
même qui ſemblent y être les plus étran
gers, Ici , par exemple, la bataille de Nicopoli
ſemble n'avoir aucun rapport au Laonnois
ni à la Thiérache ; mais Enguerrand de
Coucy étoit à cette bataille, & y fut fair
N°10 . 3,15 Janvier 1785.
F
122 MERCURE
prifonnier , & Coucy eſt dans le Laonnois ;
de même le malheur qu'eut Charles VI de
tomber dans la démence ſemble ne pas intéreſſer
Laon plus que le reſte du Royaume ;
mais le même Coucy fit appeler un Médeçin
de Laon , nommé Guillaume Harcelin ,
pour traiter le Roi ; & fi Harcelin ne put le
guérir entièrement , il paroît que ſes ſervices
furent agréables & richement récompenfés ,
puiſqu'il fut en état de devenir le bienfai-
Leur de la Ville de Laon, d'en réparer les
fortifications , & d'en fermer de murs une
partie. C'eſt ainſi que, comme le dit Jus
vénal ,
Vefter porrò labor fecundior hiftoriarum
Scriptores...
Namque oblita modi millefima pagina furgit
Omnibus & crefcit multâ damnoſa papyro.
Et ce n'eſt point du tout une critique que
nous prétendons faire ou des Hiſtoires de
Provinces en général ou de celle du Laonnois
en particulier ; au contraire nous ajoutons
avec le même Juvénal :
Sic ingens rerum numerusjubet , atque operum lex.
Nous trouvons que les matériaux ne peuvent
être trop abondans , trop accumulés ,
& qu'il vaut mieux pour le metteur en
oeuvre avoir à choisir & à refferrer , qu'à
étendre& à ſuppléer. Un Lecteur ordinaire
DEFRANCE. 123
trouvera trop de ſaints & de miracles dans
la partie Ecclefiaftique de cette Hiftoire ;
mais il étoit bien difficile qu'un Ecclefiafti
que, un Religieux,n'admit pas au moins les
faints & les miracles adoptés par les Bol-
Iandiſtes & par Baillet, L'Auteur par la cri
tique, par fon goût , par ſes referves prudentes
eſt à l'abri de tout reproche de ſuperſ
tition & de crédulité exceſſive.
Le pays dont il s'agit eſt plein de monumens
des deux premières, aces de nos
Rois ; & il ſemble que la diviſion naturelle
de cet Ouvrage auroit dû être par Races.
L'Auteur le diviſe en effet en trois Livres ;
mais les Livres ne répondent point aux
Rices. Le premier comprend les deux premières
avec les temps qui les précèdent , &
une partie de la troiſième; en un mot , il
s'etend depuis la conquête de la Gaule Belgique
par Jules Cefar,juſqu'au règne de Philippe
I en 1050 ; le ſecond , depuis certe
époque juſqu'au règne de Charles VII en
142-; le troifième , depuis Charles VII jufqu'à
nos jours. Cette diviſion met plus d'égalité
dans la diſtribution , plus de proportion
entre les parties principales .
Nous allons , en négligeant les événemens
publics & connus , parcourir rapidement
quelques fingularités , & obferver quelques
jugemens de l'Auteur.
LesBelges tiroient ce nom de leur carac
tère féroce & violent. Balgen eft in mor
Tudeſque qui ſignifie ſe mettre en colère.
11
124 MERCURE
Bibrax dont parle Céfar, étoit la Ville de
Laon. Son nom Gaulois Bibrax paroît , dit
l'Auteur , fignifier une montagne à deux
bras , ce qui lui convient parfaitement , &
le nom de Loon ou Laon , Laudunum ,
déſigne auſſi une ſituation élevée.
Il y a diverſes opinions ſur l'étymologie
du nom de Thierache. Les uns la tirent des
efſfui , terra effuorum , & par contraction
terre effe; d'autres du mot terraffe , terrein
aride & infertile ; d'autres de terra alla,
farti, terrebrûlée , ou de fart , terre effar
tée, miſe en culture par la hache & le feu.
L'Auteur dérive plus fimplement ce nom de
Thierry , Roi de Neuſtrie au ſeptième ſiècle ,
qui poffedoit la Thiérache.
Le nom du Hainaut vient de la Haine ,
quiprend ſa ſource près de Binch , paffe par
Mons , & tombe dans l'Eſcaut à Condé.
L'hiſtoire des conteſtations des deux
Hincmar de Reims & de Laon eſt ici fort
détaillée; on la lira fûrement avec plaiſir ;
l'Auteur la termine par ce trait : " Hinc-
» mar de Laon, dépoſé, demeura deux ans
» en exil , enfuite fut mis en prifon , &
>> enfin on lui creva les yeux , monument le
plus beau d'une clémence Royale , dit
ſérieuſement le Jéſuite Cellot , pulcherri-
2 mum clementia Regia munus & veftigium,
Mézerai a dit , & la foule des Auteurs a
répété que ce fameux Hébert ou Herbert ,
Comte de Vermandois , qui trahit le Roi
Charles-le Simple & le vendit à Raoul , &
32
DEFRANCE-
125
qui ne ceſſa de faire la guerre à Louis
d'Outre mer , fils de Charles-le- Simple ,
mourut à Péronne en 943 , déchiré de re
mords , & criant fans ceſſe dans ſon délire
& ſon agonie : Nous étions douze qui
trahémes le Roi Charles.
Dom le Long rapporte, d'après les Mémoires
du Vermandois , que ce Comte
Herbert fut pendu. Voici ſon récit : " Dans
>> une Cour plénière que le Roi Louis
» d'Outre mer tint à Laon,il condamna ce
► Comte à être pendu pour ſes révoltes &
ſa trahifon. Herbert fut exécuté fur le
> Mont Fendu , nommé depuis Mont-
Herbert ( entre Laon & Saint - Quentin. )
On l'inhuma à Saint-Quentin dans une
Chapelle de Notre Dame, détruite en
1760. On voyoit ſur ſon tombeau une
>> pierre où il étoit repréſenté la corde au
cou.
Dom le Long ne diſcute pas ce récit fi
différent du premier; mais il y en a une efpèce
de diſcuſſion dans les Mémoires du
Vermandois ,& il faut convenir que la manièredont
le fait du ſupplice du Comte
eſt rapportée n'eſt pas fort vraiſemblable.
y
Il ne fant point regarder Hebert com ne
un rebelle ordinaire ; il avoit de grandes
prétentions contre les Princes Carlovingiens
deſcendans de Louis-le- Débonnaire ;
il deſcendoitde mâle en male de Charlemagne
par Bernard , Roi d'Italie , fils d'un
frère aîné de Louis-le-Débonnaire , & la
Fiij
126
:
1 MERCURE
bâtardiſe de ce Bernard eſt pour le moins
très équivoque. En la ſuppoſant même
réelle , on faiſoit une grande injustice aux
Comtes de Vermandois en ne les regardant
pas au moins comme Princes du Sang , tandis
que le bâtard Arnoul jouoit le rôle prin
cipal parmi les Princes Carlovingiens , &
randis qu'Adelard & Vala , fils du Comte.
Bernard, lequel étoit fils naturel de Charles
Martel , avoient toujours été réputés Princes
du Sang. Au reſte, cette naiſtance Royale
n'eſt pas ce qui nous empécheroit de croire
qu'un rival eût voulu ſe venger d'Hebert
par un fupplice honteux. Pépin-le Bref&
Charlemagne traitèrent avec la même indi
gnité les Princes d'Aquitaine defcendus de
Clovis. Il ſemble que plus bleurs rivaux
étoient grands par la naiſſance & redouta
bles par leurs prétentions , plus ces Rois
demi barbares affectoient, de les dégrader
parl'ignominie.
On croit que ce fut Hugues-Capet qui
créa Duc & Pair l'Évêque de Laon , & qu'il
fit certe érection en faveur d'Azelin , qui fit
enfuire la guerre au Roi Robert , fils de fon
Bienfaiseur.
Le Public fera content des ſentimens de
l'Auteur relativement à la tolérance civile.
En 167 il y eut ſept Manichéens condamnés
à être brûlés: " Supplice cruel , dit l'Au-
>>teur , qui leur oroit avec la vie le moyen
>>de ſe convertir. » Le 1; Mai 1239 il y
cut cent quatre-vingtdeux Bulgares ou Ma
DE FRANCE. 127
nichéens pareillement brûlés à Montaimé ,
près de Vertus. « Le Roi de Navarre , le
» Comte de Grand Pré ,pluſieurs Seigneurs ,
> pluſieurs Abbés , Prieurs , Doyens , &c.
ود aſſiſtèrent à ce ſpectacle barbare. » L'Auteur
remarque , avec la dérifion de l'indignation
, que , felon un Écrivain nommé Albéric,
c'étoit un holocauſte agréable à Dieu. Il
ne parle de même qu'avec horreur de l'affreux
maffacre de la Saint- Barthélemi ; &
en annonçant la révocation de l'Édit de
Nantes , il ne manque pas d'obſerver que
cet Édit fut ſuivi de fun ſtes " effers , & en-
» leva à la France un million d'hommes, qui
>>portèrent chez l'Étranger les Arts , les
> Manufactures & plus de deux millions
en argent, »
1
Mais c'eſt preſque faire tort à l'Auteur
que de remarquer ces jugemens. Sa refpec.
table Congregation n'est pas ſuſpecte fur
l'article du fanatiſme& de la perfecutio'n;
elle a toujours joint l'humanité à l'orthodoxie.
L'adminiſtration de la justice de l'Évêché
&Duché de Laon, s'exerçoit quelquefois ,
dit l'Auteur , fur des ſujets peu importan .
En effet , on trouvé dans les Archives de
l'Évêché les papiers d'un procès criminel fait
à un pore de la ferme de Clermont qui ayant
fait périr un enfant , fut condamné à être
pendu ; nous ne voyons pas qu'on ait uſé de
la même rigueur envers le pourceau qui fut
cauſe de la mort du Prince Philippe , fils
FIV
128 MERCURE
aîné de Louis le Gros , en paſſant entre les
jambes de ſon cheval , & le renverſant ſur
fon Maître. ( 1131.)
Dom le Long nous apprend une particularité
des Conferences tenues à Saint-Jeandes-
Vignes pour la paix, qui fut conclue le
18 Septembre 1544, àCrépy en Laonnois ,
entre Charles- Quint & François I. Les Plénipotentiaires
de l'Empereur étoient Ferdinand
de Gonzague , Granvelle & * deux
» autres du nom de Guſman , dont l'un
» étoit Religieux Dominicain , & l'autre
Confeiſeur de l'Empereur. Ceux de la
France étoient l'Amiral d'Annebaut , Che-
>> mans , Garde des Sceaux , Gilbert , Bayard
» & Neuilly , Maîtres des Requêtes ; celui-
"
ود ci s'emporta juſqu'à donner un ſouffler
» au Religieux Dominicain à qui il étoit
» échappé quelques paroles indiſcrètes ;
» mais cette violence déplut à ſes Collè-
»gues. » En effet, le moment étoit mal pris
pour montrer tant de hauteur & d'emporrement
, lorſque l'Empereur étoit au coeur
du Royaume & preſque aux portes de Paris,
&que le Roi d'Angleterre prenoit Boulogne
&alliégeoit Montreuil.
De la manière dont l'Auteur s'explique
fur l'infortune Coucy-Vervins , défenſeur
malheureux de Boulogne , il paroît croire
que Vervins fut juſtement condamné ,& que
ſa réhabilitation fut l'effet de la faveur ; il
nous ſemble cependant que M. de Belloy
dans ſon ſavant Mémoire ſur la Maiſon de
DEFRANCE. 129
Coucy a très-bien prouvé l'innocence de
Vervins , la malice de ſes accufateurs &
l'iniquite de ſes juges .
A l'année 1559 marquée par la mort
funeſte de Henri II , l'Auteur obſerve un
phenomène fingulier , c'eſt que cette année
on fit la vendange en France au mois de
-Juillet , & que le vin ſe trouva bon.
Aux États de Blois en 1577 ſous Henri III
ondemanda la révocation des Édits de pacification
accordés aux Huguenors , & la réu
nion de tous les François dans la Religion
Catholique , c'est- à- dire , en d'autres termes,
la guerre civile; Bodin ſeul, le célèbre Boe
din, Député du Tiers - État du Vermandois,
fit inferer dans les Cahiers du Tiers Etat
qu'on deſiroit la confervation & l'unité de
Ja Foi, mais fans guerre & fans effuſion de
fang.
Dans la liſte des Savans qu'a produits la
Ville de Verdun, l'Auteur nomme M. Thomaffin
, Officier des Gardes du Corps , Au
-teur, dit- il , de l'Éloge du Maréchal de Catinat.
C'eſt appareminent un des Eloges envoyés
au Concours de 1775 ; mais il ne falloit,
pas l'appeler ainſi abfoluinent l'Éloge ,
ce qui donne l'idée de l'Eloge couronné.
-Dans les Auteurs exacts comme Dom le
Long , on n'a que des bagatelles à relever.
-5
Fy
4
130
:
MERCURE
い
MÉMOIRE Sur les différentes manières
d'administrer l'Electricité , & Obfervations
fur les effets que ces divers moyens ont
produits, par M. Mauduyt. Extrait des
Mémoires de la Société Royale de Médecine.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie de
MONSIEUR.. C
M. Manduyt a déjà publié deux Mémoires
CuralÉlectricité , inférés dans le Recueil de la
Société Royale de Medecine , & qui ont
obtenu le fuffrage du Public ; mais cette
nouvelle branche de Médecine étoit moins
connue alors ; & les expériences qu'on a
multipliées depuis, ont répandu ſur cet objet
de nouvelles lumières. Tels font les motifs
qui ont déterminé M. Mauduyt à donner le
troitième Mémoire que nous annonçons...
11 eſt diviſé en deux parties ; la première
réunit les différentes manières d'adminiſtrer
l'électricité. Dans la ſeconde , l'Auteur cite
les diverſes maladies dans lefquelles ce remède
a été employé , la manière dont il l'a
été ,& enfin les bons ou mauvais effets qu'il
aproduits dans les différens cas ,& fuivant
les diverſes manières qu'on a employées.
On fent que cet utile & eſtimable Ouvrage
n'est pas fufceptible d'analyſe. Les
principales ſources où a puiſé l'Auteur ,
font , l'Ellai fur la théorie & la pratique
de l'Electricité Médicale , par M. Cavallo
,& une Differtation latine de M. Abra
DE FRANCE. 131
hamWilkinson. Ce Mémoire eſt terminé par
une liste des Ouvrages qu'ont cité les Auteurs
que nous venons de nommer , & des
Écrits François , tant anciens que modernes
fur le même ſujer. Ainſi cet Ouvrage , outre
les Obſervations de M. Mauduyt & le réfultat
de ſes expériences , offre diverſes autorités
à diſcurer aux Gens de l'Art; & le
Public y trouvera tout ce qui a rapport à
cet objet intéreſſant.
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné, Vendredi 31 Décembre , la
uxième repréſentation de Diane & Endimion.
Cet Opera , dont les Auteurs avoient
fuſpendu les repréſentations après la cinquième
, a été accueilli par le Public d'une
manière propre à juſtifier les changemens
qu'y ont fairs MM. de L*** & Piccinni. On
avoit obſervé , en rendant compte de cet
Ouvrage lors des premières repréſentations ,
que l'amour de Diane pour Endimion n'étant
pas aſſez annoncé dans le premier Acte , le
Poëte motivoit trop foiblement & la jaloufie
de cette Déeſſe pour Ifménie , & la vengeance
qu'elle ſe préparoit à en tirer. Il
132 MERCURE
a corrigé ce défaut. Diane , entendant
les chants de victoire qui lui annoncent
qu'Iſménie a vaincu le monſtre , interrompt
le Divertiſſement de ſes Nymphes ,
qui avoit paru trop long , & leur ordonne
d'aller au devant du vainqueur , & de le lui
préſenter. Reſtée ſeule , un monologue ,
ſuivi du bel air : Je vais revoir l'ingrat que
j'aime , qu'on a tranſporté du troiſième
Acte au premier , annonce maintenant au
Spectateur l'amour de cette Deeffe pour Endimion,
la crainte qu'elle a d'en être trahie ,
& la vengeance qu'elle ſe prépare à tirer de
ſa rivale . On avoit obſervé aufli que le monologue
de Diane , qui ouvroit le troifième
Acte , n'étoit guères que la répétition
de celui de cette Déeſſe au ſecond Acte. Les
Auteurs l'ont ſupprimé ,&y ont ſubſtitue la
ſituation plus intéreſſante d'Endimion , errant
déſeſpéré autour du temple de Diane,
-où ſon amante a dûprononcer ce ſerment qui
la lui ravit pour toujours , lorſqu'Iſmenie,
égarée & tremblante , ſortant du temple ,
vient s'offrir à ſes yeux. En vain cette Nymphe
veut engager ſon amant à fuir le courroux
de Diane , qui pourroit ſe venger fur
lui de ce que l'amour la ravit à ſa fureur ;
Éndimion veut périr avec elle; & c'eſt dans
ce moment que Diane , ſuivie de ſes Nymphes
, ſurprend ces deux amans , &veutencore
une fois immoler Ifménie. Ce changement
a le mérite de renouer l'action du
troiſième Acte à celle du ſecond; mais il n'a
DEFRANCE. 133
point empêché que le dénouement ne préſente
un moyen ſemblable à celui qui termine
le ſecond Acte. Isménie , deja lauvée
par l'intervention de l'Amour au ſecond
Acte , laiſſe trop peu à craindre pour elle,
lorſque Diane menace de la percer au troifième
, & le Spectateur s'attend trop à voir
ce Dieu venir encore une fois au ſecours de
cette Nymphe. Au reſte , ces changemens
étoient peut- être les ſouls dont cet Ouvrage
fût fufceptible; le Public les a goûtés , & de
nombreux applaudiſſemens ont été la récompenſe
d'une docilite rare parmi la plupart des
Auteurs , mais que la deference d'un Artiſte
du mérite de M. Piccinni devroit encourager.
Les applaudiſſemens donnés à pluſieurs
morceauxde muſique du premier ordre , ont
confirmé le ſuccès qu'ils avoient eu lors des
premières repréſentations.
Le rôle d'Isménie, rendu dabord d'une manière
intereſſante parMmeCaſtelnau,pendant
l'absence de Mme Saint Huberty , a été
joué par cette célèbre Actrice avec le plus
grand ſuccès. Le Public lui a témoigné , par
les applaudiſſemens les plus flatteurs , qu'il
Jui ſavoit gré de n'avoir point regardé ce
petit rôle comme au deflous d'elle , & de
J'avoir encore embelli par les refſources &
la ſupériorité de ſon talent. Mlle Maillard a
ajouté à la manière dont elle avoit chanté
précédemment le rôle de Diane , une exgreſſion
dans ſa figure & un mouvement
dans ſon jeu qui lui ont obtenu les applau
1
134 MERCURE
diſſemens les mieux mérités. On avoit précé
demment relevé la manière dont cette Actrice
étoit habillee lors des premières repréſentations
de cet Opéra ; l'Adminiſtration a
réparé cette négligence par l'élégance & la
nobleſſe d'un coſtume qui fert officieuſement
la taille de Mile Maillard , & qui eſt
plus analogue que le premier an caractère
de Diane..
On a ſubſtitué aux actions pantomimes
qui compoſoient le dernier Ballet de cet
Opéra,différentes entrées qui ont paru plaire
davantage. Lepas de deux de Pâtres , danſé
par laDile Langlois & le ſieur Laurent, a été
fort applaudi ; nous invitons ce Danſeur à
cultiver un genre qui peut lui devenir propre,
& dans lequel ce début annonce qu'il
obriendroit des ſuccès flatteurs . Le pas de
deux danſé par la Dlle Zacharie & le ſieur
Veftris , a été applaudi avec tranſport : ce
Danſeur , tous les jours plus étonnant , ſemble
s'y être ſurpaſſe lui-même, non ſeule
ment par la force & la légèreté qui le diftinguent
, mais encore par l'adreſſe & le
goût avec leſquels il ſembloit animer & conduire
les mouvemens de ſa jeune Danſeuſe ,
dont les progrès deviennent très-ſenſibles ,
&dont le talent, embelli par une jolie figure
&par une taille élégante & légère , mérite
bien tous les ſoins que lui donne M. Veſtris
le père, dont elle eſt élève.
:
DE FRANCE.
135
:
COMÉDIE ITALIENNE.
LEMardi 28 Décembre , on a donné , pour
la première fois , les Amans Timides , Co
Imedie en un Acte & en vers.
Une jeune veure & un jeune homme s'aiment
fans ofer ſe le dire; leur timidité eſt
telle qu'à peine elle leur permet de ſe voir,
de ſe parler & de refter enſemble. Un Valet
& une Soubrette ſe propofent de les ſervir,
en facilitant , en néceffitant même des entretiens
ſuſceptibles d'amener de part & d'autre
l'aveu de l'amour qu'il reſſentent . Un de ces
entretiens amène en effer cer aveu tant defiré
, & le jeune homme épouſe la veuve.
Cet Ouvrage n'a point eu de ſuccès. La
ſituation des deux amans n'eſt point neuve ,
elle n'offre qu'un interêt très- foible , & ce
qu'elle a de comique ne ſuffit pas pour faire
labaſe d'une intrigue. De jolis vers , un ftyle
brillant & quelques traits d'eſprit fort fail.
lans , ont fait applaudit les premières Scènes;
la fin de l'Ouvrage n'a pas joui de la même
faveur. Comme l'Auteur a retiré ſa Pièce
après la première repréſentation , nous ne
nous appeſantirons point fur les reproches
que mérite cette perite Comédie. Nous nous
bornerons àdire qu'il eſt temsque nos jeunes
Auteurs ceffent de porter fur la Scène des
fituations ſemblables à celle qui fait le fond
136 MERCURE
レ
des Amans Timides. Maivaux les a toutes
épuitees. L'eſprit de cet Écrivain , naturellement
tourne vers la méta, hytique , lui a
fourni des reſſources qu'il est très difficile
de rajeunir , & quil eſt décidément impoſſible
d'employer mieux que lui. Le Marquis&
la Comteſſe du Legs ſont deux perfonnages
véritablement intereſſans ; mais il
faut remarquer que l'intérêt qu'i's inſpirent
naît ſeulement de la curioſité , & que pour
exciter & foutenir cette curioſite , il falloit
toute la fubtilite d'eſprit qui appartenoit àMarivaux,&
un talent très exercé. Cet Auteur
n'a point eude modèle ; il a obtenu & mé
ritédes ſuccès; malgré cela , il nous ſemble
qu'il n'eſt pas fait pour en ſervir , & que fa
manière eſt plutôt capable d'égarer que de
ſervirdeguide.
Le Jeudi 30 du même mois , on a donné
Ja première repréſentationde Lucette , Comédie
en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par MM. Piccinni père& fils.
Certe Comédie a été traitée par le Public
avec beaucoup de ſévérité. Elle mérite en
effet de grands reproches. Le fond en eſt
très vicieux , & tout l'efprit du monde ne
fauroit redreſſer ni pallier un tort de cette
eſpèce. La rigueur des juges n'a point altéré
ladocilité de M. Piccinni fils. Une lettre
imprimée dans le Journal de Paris , ( le 7 de
1
DE FRANCE.
137
cemois) nous apprend que, tantpar respect
pour le Publicque dans laperfuafion où il eft,
que les Ouvrages du grand Artiste dont il a le
bonheur d'être le fils , peuvent avoir pour le
Public une valeur indépendantedeses foibles
efforts,il s'occupe à faire des changemens à
la Lucette. Nous attendrons donc ces changemens
pour rendre compte de l'Ouvrage.
Nous deſirons qu'ils ſoient affez heureux
pour mériter les fuffrages des Amateurs du
Théâtre,&pour nous donner le plaifir d'entendre
ſouvent la muſique de M. Piccinni
père. Elle eſt digne de ſou illuſtre Auteur.
Nous en rendrons un compte détaillé lorſque
nousl'aurons affez entendue pour être en état
d'en développer tout le mérite.
ANNONCES ET NOTICES.
1 Ε
UVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , quatorzième Livraiſon , troiſieme
&dernier volume des OEuvres mêlées , & de la Cotlection
des OEuvres de Plutarque. in-4°. & in- 8°.
papier double d'Angoulême , d'Hollande & Vélin .
Le Tome premier du Supplément aux Vies des
Hommes Illustres , ( quinzième Livraiſon ) paroîtra
dans le courant de ce mois Ce Supplément aura trois
volumes , dont on voit quel doit être le contenu à
la tête du premier volume des OEuvres de Plutarque ,
à l'Avis de l'Éditeur , dans lequel ſe trouve la diſtribution
totale de l'Ouvrage.
La Table pour les OEuvres de Plutarque ne pa
1:8 MERCURE
roîtra qu'après ce Supplément , & ce grand Ouvrage
fera entièrement imprimé vers la fin d'Avril .
N. B. Il ne faut pas faire telier cet Ouvrage qu'il
ne ſoit abſolument fini , parce qu'avec le dernier
volume on recevra les cartons pour mettre aux endroits
où il a pu ſe gliſſer des fautes. On ſouſcrità
Paris , chez J. F Baftien , Libraire , rue S. Hyacinthe,
place S. Michel , & chez tous les principaux Libraires
du Royaume. :
Le même Libraire va faire paroître inceſſamment
une Édition des OEuvres Complettes de Scarron ,
grand in 8°. & in 4°. 7 vol. avec le Portrait de
Auteur; Lucien, de la Traduction de Perrotd'Ablancourt
,avec des Notes , des Obfervations & des Remarques
Littéraires ſur cette Traduction , grand
in-82. & in - 49. 3 vol avec les Portraits de l'Auteur
& du Traducteur. On ne ſouſcrit point pour ces
Ouvrages , dont les volumes paroîtront tous, à la
fois, il fuffir ſeulement de ſe faire inſcrire , afin de
les recevoir auffiôt après l'impreſſion Il n'en fera
tiréque so exemplaires in 4º , de l'un & de l'autre.
OEUVRES choisies de l'Abbé Prévôt , avec figures.
Dixième & ayant dernière Livraiſon , contenant :
Mémoires d'un Honnête Homme , Almoran & Liamet,
Anecdotes & Aventures , Vie de Cicéron , premier
vol. 4 vol.
On ſouſerit , pour lesdites OEuvres , conjointement
avec celles de le Sage , à Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente , & chez les principaux Libraires de
l'Europe . Le Prix de la Souſcription eſt de 3 liv,
12 fols le vol. broché. On a tire 24 exemplaires ſur
papier d'Hollande , à 12 liv, le vol. broché.
Le Sultan Généreux , Comédie en trois Actes , en
vers , par M. Dorvigny ; repréſentée pour la première
fois , à Paris , fur le Théâtre de l'Ambigu
DE FRANCE. 139
Comique , le 10 Mai 1784. Prix , 1 livre 4 fols.
Paris, chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , ruc
Galande.
Lindor , efclave chez les Turcs , a le bonheur a
la chaſſe de ſauver la vie au Sultan , qui lui donné
Yon anneau , & lui promet d'exancer le premier de
ſes voeux. Lindor , qui a été ſéparé de ſon père & de
ſa maîtreffe , demande qu'on lui ren de fon père; &
en effet , le Sultan ordonne qu'on le cherche par
tout. On le retrouve; & lehafard veut que la mat
treſſe du Grand Seigneur , beauté rébelle à ſes voeux,
ſe trouve auſſi la maîtreſſe que pleure Lindor Soliman
confent à l'affranchir avec ſon père ou ſa maltreffe
, & lui ordonne de choifit. Lindor , puiſque
des trois on veut en délivier deux , demande à refter
dans les fers,pour rendre la liberté à ſa maîtreffe
&à fon père ; mais le Sultan , pour remplir le titre
de la Pièce, les délivre tous les trois.
On trouve chez le même Libraire , le bon Seigneur,
ou la Vé tu Récompensée . Drame en un Acte & en
profe, repréſentée ſur le Théatre des Grands Dan-
Leurs duRoi.
i
L LaGéographie Sacrée & les Monumers de l'Hiftoire
Sainte. Lettres de P. Jofepk- Romain Joly de
Saint- Claude , Capucin , de l' Ac démie des Arcades
deRome , avec des p'anches & des cartes Géographiques.
Nouvelle édition , augm ntée d'une table
géographique de tous les lieux dont il eft fait men
tion dans la Bible & de l'Histoire Naturelle de l'Écriture-
Sainte , enrichie d'un grand nombre de planches
, in 4 ° . A Paris , chez Alexandre Jombert
jeune, Libraire , rue Dauphine.
Le Savant Auteur de cet Ouvrage n'a rien épargné
pour le rendre encore plus intéreſſant. C'est un nouveau
titre à la répuration , fondée ſur pluſieurs autres
productions eftimables.
140 MERCURE
9
PROPRIÉTÉS de la Poudre unique , réduites au
vrai , &c. Partie ſeconde , contenant la Recette de
cette Poudre & la manière de la manipuler , par J. P.
de la Font, Chirurgien employé par Sa Majesté
pour l'Adminiftrationde cette Poudre , dansl'épreuve
ambulatoire faite par ſes ordres en l'année 1780 ,
fur les 36 Soldats de Lille. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Plâtrière , la deuxième porte- cochère à droite en
entrant par la rue Montmartre ; Cailleau , Imprimeur-
Libraite , rue Galande , & Guillot , Libraire , rue
Saint Jacques.
1
Cette feconde Partie contient enfin le ſecret de
cette Poudre qui a fait tant de bruit. Il y a apparence
que l'Auteur prétend plus à la reconnoiffance
du Public qu'à celle de Diſtributeur de cette Poudre.
1
Avis très - important aux Perſonnes attaquées de
Hernies ou Defcentes , par M. Lerouge , Docteur en
Médecine , Médecin du Roi , Chirurgien du Collège
de Paris , Chirurgien-Interne de l'Hôtel- Dicu ,
&Succeffeur de M. de la Genevrière . A Paris , chez
l'Auteur , Marché- Neuf,, pres Saint-Germain-is
Vieux en la Cité.
.1
- M. Lerouge deſireroit que chaque perſonne qui
s'occupe de l'Art de guérir , ſe livrât de préférence à
l'étude&à la pratique d'une partie de cet Ait; en
conféquence de ſon ſyſtême , il a conſacré ſpécialement
ſa vie & fes travaux au traitement des Her
nies ; & ayant remarqué que les perſonnes qui en
font attaquées étoient expoſées à chaque inftant à
une infinité d'accidens funeſtes dont elles pourroient
ſe garantir elles mêmes ſi elles avoient fur leur état
des inſtructions qui fuſſent à leur portée, il a compoſé
en leur faveur le petit Ouvrage que nous an
nonçons .
Ces lumières , & l'expérience qu'il a acquire a
'Hôtel-Dieu , méritent certainement la corhance du
DE FRANCE. 141
Public, &un avis qu'on lit à la tête de l'Ouvrage , &
quenous allons tranſcrire ici, en lui attachant l'eftime
publique , ſervira de leçon aux Médecins &
Chirurgiens intéreſſés qui négligent trop ſouvent de
s'occuper des Pauvres.
Il exiſte dans les campagnes , dit l'Auteur , une
multitude d'habitans indigens affligés de Hernies ,
qui, faute d'un bandage dont ils ne peuvent faire
Pacquiſition , mènent une vie malheureuſe , & la
terminent dans des accidens affreux. J'offre de leur
en fournir non pas gratis , ma fortune ne peut
ſeconder mon zèle , mais à un prix ſi modique que
je n'y gagnerai rien. Pour cela on chargera le Cnirurgien
du lieu de marquer les circonstances de la
defcente, l'endroit& le côté où elle eſt , & la grofſeurdu
ſujet priſe avec un fil ſur le contour qui doit
recevoir le bandage , & l'on me fera paſſer le tout
parune lettre qu'on aura ſoin d'affranchir. L'indigencedu
malade ſera atteſtée par MM. les Curé &
Chirurgien du lieu.
MEMOIRES furtAgriculture du Boulonnois &
des Cantons Maritimes voisins , par M. D. C. A
Boulogne; & à Paris , chez Ch . Nyon , Libraire ,
Volume in- 8 ° . Prix , 2 liv. 10 fols.
Si chaque Province avoit des Citoyens cultivateurs
affez zélés & affez entendus pour prendre la
plume, & faire connoître à leurs compatriotes les
qualités bonnes & mauvaiſes de l'air & du ſol, les
productions utiles on dangereuſes , les abus & les
moyens d'y remédier , les uſages établis qu'il faudroit
déraciner , & d'autres qu'il faudroit faire adopter
; non - ſeulement la Province aſſemblée , mais
même chaque individu qui la compoſe pourroient
augmenter leur fortune & leur bien- être en amélio
rant leurs terres & leurs troupeaux , vraies richeſſes
d'un État. Ce que nous defirions vient d'être exécuté
142 MERCURE
avec ſuccès par M. de C ... pour la Province du
Boulonnois & des cantons voiſins. Son Ouvrage eit
diviſé en trois Parties ; la première contient la defcription
de la Province , & parle de l'influence de la
mer & des vents ſur les végétaux ; la deuxième
traite des terreins , des engrais , des beftiaux , des
plantes , des fermes , &c.; dans la troiſième on parle
des plantations des pépinières , des jardins , &c. On
deit ſavoir gré à M. de C.... d'avoir employé ſes
momens de loiſir à la rédaction des obſervations
qu'il a faites , la manière dont il parle de l'Agriculture
la fait aimer à ſes Lecteurs , & l'on ne peut
qu'accorder la plus grande eſtime à un Amateur qui
jointà beaucoup de zele & de clarté un ſtyle qui
n'eſt pas ſans mérité , & une modeſtie qui n'eſt pas
comamune .
}
RAPPORT des Cures opérées à Bayonne par le
Magnétisme Animal , adreſſé à M. l'Abbé de Poulouzat
par M. le Comte de Payſégur , avec les
Notes de M. d'Eſpremenil. A Bayonne & ſe trouve
àParis , chez Prault , Impriraeur du Roi , quai des
Auguftins.
Le Répertoire des Cures atteſtées dans cet Ouvrage
doit conſoler dans leurs afflictions actuelles
les Partiſans du Magnétiſme , & tous les Partis s'intéreſſeront
à un jeune Militaire qui ſe conſacre an
foulagement de l'humanité.
LE Négociant Patriote , contenant un Tableau
qui réunit les avantages du Commerce, la connoif
fance des ſpéculations de chaque Nation ,, & quelques
vues particulières ſur le Commerce avec la
Ruffie , far celui du Levant & de l'Amérique Angloive
, Ouvrage utile aux Négocians , Armateurs ,
Fabriquans & Agricoles ; par un Négociant qui a
voyagé. A Amſterdam, & ſe trouve à Paris , chez
DE 143 FRANCE.
Royez , quai des Auguſtins , à la defcente du Pont
Neuf.
CetOuvrage renferme de bonnes vûes préſentées
fans méthode. Il peut être utile aux perſonnes à qui
il eſt destiné , & il le ſeroit davantage par une
meilleure rédaction.
TROISIÈME Recueil d'Ariettes choifies dans
pluſieurs Opéras nouveaux , avec Accompagnement
de Guittare , par M. Mazuchelli. Prix , 7 livres
4 fols. A Paris , chez l'Auteur, Maître de Chant &
de Guittare , rue Saint Honoré, près celle de l'Arbre
lec, maiſon de M. Noret.
RECUEIL contenant douze Noëls en Pot - pourri ,
O Filii & cinq Airs variés fuivis de fept Préludes
pour le Clavecin , par M. Charpentier , OEuvre XVII.
Prix , 9 livres . A Paris , chez l'Auteur , paffage Saint
Pierre , Couſineau père & fils , Luthiers de la Reine,
rue des Poulies , & Salomon , Luthier , Place de
l'Ecole.
NUMEROS 6 & 7 des Feuilles de Terpsychore .
ou nouvelle Etude de Harpe & de Clavecin , compoſés
par les Profeſſeurs les plus recherchés pour ces
Inſtrumens. Il paroît tous les Lundis une Feuille de
chaque eſpèce. Prix , I livre 4 fols chacune , franche
de port. A Paris , chez Couineau père & fils , Luthiers
de la Reine , rue des Poulies.
TROIS Sonates pour la Harpe ou le Piano-
Forté, avec Violon, dédiées à la Reine , par Mme
Cléry ( Mile Duverger ) , Muficienne des Concerts
de S. M. , OEuvre I. Prix , 6 liv. A Verſailles , chez
l'Auteur , Boulevard de la Reine , vis-à-vis la rue de
Provence; & à Paris , chez M. Bailleux , rue Saint
Honoré , près celle de la Lingerie.
44 MERCURE
CONCERTOà Violoncelle principal, Violons ,
Alto& Baffe , Cors & Haut-Bois ad libitum , det
fignor Reicha , exécuté au Concert Spirituel , par
M. Duport. Prix , 4 livres 4 ſols. - Septième Concertoà
Violon principal, Violons , Alto & baſſe ,
Cors& Haut-bois ad libitum , par M. Fodor l'aîné.
Prix , 4 liv. 4 ſols . Première & deuxième Sym.
phonies concertantes à plusieurs Inftrumens , par M.
Pierlot. Prix , 4 livres 4 fols chaque. -
Richard-Coeur-de- Lion , avec Accompagnement de
Harpe , par M. Burkhoffer , OEuvre XXII . Prix ,
6livres. A Paris , chez Imbau't , rue & vis à-vis le
Cloître Saint Honoré , maiſon du Chandelier.
-
Airs de
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ;
de la Musique& des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
2
TABLE
:
Vers sur le départ de M. Quvres de Valentin Jameray
de Parny. 97 Duval, 103
Vers pourle Portrait de M. de Histoire Eccléſiaſtique & Ci-
Larive, 98 vileduDiocese de Laon,120
-Faits au bois de Vincennes, Mémoire fur les différentes
ib. manières d'administrer l'ECouplets
chantés àM. & Mme lectricité, 139
Gri*** 99 Académie Roy. deMusiq.131
Aux Femmes . 100 Comédie Italienne, 135
Charade, Enigme & Logo- Annonces &Notices , 137
grypke . 1011
APPROΒΑΤΙΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mer leGarde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 15 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'umpreffion. A Paris ,
le 14 Janvier 1784. GUIDL.
JOURNAL Politique
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 10 Décembre.
S
M. I. anommé leFeld-Maréchal Comte
de Romanzow, Lieutenant-Colonel de
laGarde du Corps à cheval ; & le Général
Iwanowitsch Soltikow , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Semenow.
Notre Souveraine , dont la ſanté eſt moins
périclitante , a recommencé de vaquer aux
affaires publiques: l'on ne croit point cependant
qu'elle exécute le voyage de Cherſon
dont les préparatifs ſont ſuſpendus.
Tous les bruits touchant le renouvellement
de la peſte en Crimée &en Ukraine ſontdes
inventions de Gazettes .
Déjà anciennement la Géorgie fut inquietée
parles incurſions des Leſgiens , peuples des vallées
du Caucaſe ſouvent ils inonderent & dévaſterent
cette province , dont ils emmenoient les
habitans en captivité. Ils ont tenté de nouveau
d'incommoder les frontieres , depuis que laGéot-
N°. 3 , 15 Janvier 1785.
( 98 )
gie s'eſt ſoumiſe au ſceptre de S. M. I. La Na
tion en corps s'eſt haſardée à paſſer le fleuve
Alasan , mais attaquée le 14 Octobre par le Major
-Général Samoilof, elle a été entierement
défaite. Notre perte a été de 4 morts & de 14
bleffés. Malheureuſement , au nombre de ces
derniers s'eſt trouvé le brave Lieutenant Colonel
Prince de Heſſe- Rhinfelds , qui eſt mort de
ſes bleſſures le troiſieme jour.
1
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 20 Décembre.
La fin du mois dernier & le commencement
de celui- ci ont été funeſtes à nombre
de bâtimens : parmi ceux qui ont péri par
les tempêtes de cette époque , on compte
unnavire Danois naufragé dans le Schagen ,
ſans qu'on ait pu ſauver ni l'équipage, ni la
cargaifon , & un vaiſſeau Suédois allant à
Lisbonne , dont heureuſement on a retiré
les matelots &une partie du chargement.
Les Généraux de l'armée ont fait des repréſentations
au Roi au ſujet du changement projetté
de l'uniforme des troupes . S. M. les a trouvées
juſtes , &a ordonné en conféquence que le
nouveau projet ne feroit point exécuté.
On a annoncé aux Officiers , qui font engarniſon
dans cette Capitale , que ceux qui defireroient
de ſe retirer du ſervice pourront le faire,
&obtiendront , ſavoir un Colonel 500 rixdales
de penſion, un Lieutenant- Colonel 300 , un
Capitaine 200 , un premier Lieutenant 72 ,& un
Lieutenant en ſecond 60.
( وو (
Nous apprenons que notre Envoyé extraordinaire
à Pétersbourg , M. de S. Saphorin
, a remis le 28 Novembre dernier ſes
Lettres de créance à l'Impératrice, dont il
eut audience , ainſi que du Grand-Duc.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le 18 Décembre.
Le Baron A. G. Cederſteim a publié dernierement
à Stockolm une Feuille, fous le
titre : Til Schevenska Almaenheten , dans laquelle
il propoſe un nouveau moyen contre
la famine. Il ſemet entierement au-deſſus
des préjugés & du ridicule. D'après des
eſſais qu'il a fait en filence depuis 1778 , il
foutient que la viande de cheval peut auſſi
bien ſervir que d'autres à la nourriture de
l'homme. L'objection que cette viande eft
d'une digestion plus difficile , lui paroît foible
, parce qu'on peut y remédier par une
plus forte coction. L'expérience journaliere
chez les Tartares , prouve que cet aliment
n'a rien de nuiſible au corps humain ; encore
lesTartares mangent-ils ordinairement cette
chair crue. Quant au goût , M. C. ſoutient
que cette confidération eſt de moindreimportance.
D'ailleurs il ſe trouve, dit-il , dans les
tonneaux de viande qu'on amene de l'étranger
en Suede , des pieces de jeunes chevaux
qu'on mange pour d'autres viandes , & qui
nele cedent au boeufni pour le goût, ni pour
e2
( 100 )
:
la délicateſſe. Il a mangé lui-même de la
viande de chevaux plus âgés , ſans en avoir
éré nullement incommodé. La langue & le
coeur peuvent même paſſer pour des friandifes.
Il réfute encore l'opinion , que le prix
des chevaux augmenteroit trop. M. le Baron
C. compte 400,000 chevaux en Suede ,
dont il en meurt annuellement 25,000 . Si
l'on prévenoit cette mort, en tuant ces chevaux
comme les boeufs , un certain nombre
annuellement , cette pratique produiroit de
grands avantages. Le Baron de C. trouvant
que cette année on n'amenoit pas aſſez de
vivres pour bien nourrir 347 perſonnes qui
vivent ſur ſes terres , a pris la réſolution courageuſe
de donner lui-même l'exemple. Le
25 Mars , après une priere , en préſence
d'un grand nombre de payſans , où l'on im
plora la bénédiction divine , il tua de ſa propre
main un cheval , & commença àen
tacher la peau. Un de ſes payſans s'approchapour
ſe charger de cette beſogne , & recut
l'aſſurance d'être affranchi de l'impôt
ſeigneurial. Pluſieurs autres s'enhardirent à
cette occupation , & reçurent des récompen-
1es. On coupa des tranches de cheval , on
les rôtit ſur des charbons , le Baron en
mangea le premier : cet exemple fut ſuivi ,
&le cheval diſparut. La Société patriotique
ayant été inſtruite de cet eſſai , a reçu le
Baron au nombre de ſes membres , & a
donné des médailles d'argent à 18 payſans
qui l'avoient imité.
n dé
( 101 )
Les de ce mois , un pêcheur a pris dans
l'Elbe une anguille de 60 liv. peſant : ce
poiſſon extraordinaire avoit 7 pieds 2 pouc:
de long , & 25 pouces d'épaiſſeur.
Depuis l'Avent 1783 juſqu'à l'Avent de cette
année , on a compté dans les Paroiſſes de la
Surintendance générale des Duchés de Sleſwic &
de Holſtein , 3,600 mariages , 12,649 naiffances,
dont 6,542 garçons & 6,107 filles , & 13,125
morts , dont 6,818 hommes & 6,297 femmes .
Aini le nombre des morts a excédé celui des
naiſſances de 476. Parmi les morts il y avoit z
centenaires, 50 nonogenaires & 464 octogenaires ;
137 enfans ſont venus morts au monde .
D'après les relevés des regiſtres des Paroiſſes
du Comté de Ranzau , le nombre
des naiſſances dans cette année monte à 406 ,
dont 212 garçons , & 194 filles ; celui des
morts à 358, dont 187 hommes & 171 femmes
, & celui des mariages à 102. L'excédent
des naiſſances ſur les morts eſt de 148
Il circule ici un état des troupes du Roi de
Pruſſe. Cet état porte le total de l'armée de S. M.
à 203,011 hommes , dont voici la répartition ;
ſavoir 10,560 hommes de l'artillerie , 41,560
hommes d'infanterie & 3,996 hommes de cavalerie
dans la Marche , 16,632 hommes d'infanterie
& 3,440 hommes de cavalerie dans le
Magdebourg , 11,750 hommes d'infanterie &
7,646 hommes de cavalerie dans la Pomeranie ,
32,102 hommes d'infanterie & 11,586 hommes
de cavalerie dans la Pruſſe , 13,088 hommes
d'infanterie dans la Westphalie , & 38,217
hommes d'infanterie & 12,434 hommes de cavalerie
dans la Siléſie. -Le total de l'infan
e3
( 101 )
terie eſt de 163,809 hommes, & celui de la cavalerio,
y compris 100Cavaliers artilleurs,de 39,20 %
hommes. Le total des Régimens incluſivement
des Gardes eſt de 54 Régimens d'infanterie , de 4
Régimens d'artillerie de campagne , de 12 Régimens
de garnison , de 9 Compagnies d'artillerie
de garniſon , de 13 Régimens de Cuiraf
fiers , de 12 Régimens de Dragons , de 9 Régimens
de Huffards , & un Régiment de Boſniaques.
DE BERLIN , le 27 Décembre.
Le24 de ce mois , le Roi arriva ici de
Potsdam, fit une viſite à ſa foeur la Princeſſe
Amélie , examina ſur la place des Gendarmes
les nouvelles conſtructions , & reçut la
Cour des Généraux & des Miniſtres. Le
Prince& la Princeſſe héréditaires de Pruffe
arriverent le même jour , & le même ſoir
on donna en préſence de la Cour , l'opéra
d'Orphée ,de la compoſitiondeGraun.
Le lendemain , le Général de Cavalerie de
Zieten ſe préſenta au Château à l'inftant où l'on
donnoit l'ordre . Ce vieillard de 85 ans , monta
avec célérité les marches qui conduiſent à l'appartement
du Roi, & s'aflit un inſtant dans l'anti-
chambre pour reprendre fes forces. LL. AA.
RR. le Prince de Pruffe & le Prince Ferdinand l'y
accueillirent avec dienſtion . Entré dans la
chambre où ſe donnoit l'ordre , le Général fut
reçu du Roi avec des égards touchans : Sa M.
ordonna à deux Adjudans de lui chercher une
chaite dont M. de Zieten refuſoit de profiter ,
lorſque le Monarque lui dit : Mon cher Zietem
( 103 )
affeyez vous donc , & l'aida lui-même à ſe placer
commodément , en ſe tenant debout devant ce
reſpectable vieillard.
Le Roi ſe porte bien , & ſe montre très
gai . On affure qu'il a reçu froidement l'Ambaſſadeur
d'une puiſſance étrangere , quoiqu'il
eſtime particulierement ce Miniftre .
M. de Hertzberg, dont l'habillement n'eſt remarquable
que par ſa fimplicité , ayant paru à
la Cour , le jour anniverſaire de la naiſſance
du Roi , dans un coſtume plus recherché qu'à
l'ordinaire , S. M. lui en témoigna ſon étonnement
; le Miniſtre lui répondit : Sire , l'étoffe
de l'habit que je porte a été fabriquée dans mes
manufactures , j'ai cru faire plaisir à V. M. en
me parant du produit du pays qu'elle a tiré de
l'oubli & rendu floriſſant.
Le Capitaine de Vittingshoff, au ſervice
de Ruffie a traverſé cette refidence avec des
dépêches pour le Ministre de Ruffie à la
Haye.
Depuis plufieurs années , le Profeſſeur Boa
rousky à Francfort- fur- l'Oder , s'occupe à cultiver
dans ſa Terre diverſes plantes & herbes
étrangeres propres aux manufactures & au commerce
du pays. Entr'autres effais de culture , il a
eſſayé celle du tabac d'Amérique & d'Afie. Il en
a cultivé de iz diverſes eſpeces , qui toutes ont
parfaitement réuffi. - Le Roi , pour encourager
le travail de ce ſavant Econome , & pour
Je récompenfer de ſon zèle patriotique , ſur-tout
de la perfection qu'il a ſu donner à la culture du
rabac du pays , lui a aſſuré une penſion annuelle
de 500 rixdalers.
e
( 104 )
:
Des lettres de l'Electorat d'Hanovre parlent
d'une récolte de fruits tellement abondante
, que , malgré la quantité confommée,
on en a féché plus qu'on n'en pourra vendre
ou manger dans le pays , pendant l'efpacede
2 ou 3 ans.
DE VIENNE , le 27 Décembre.
D'un jour à l'autre les bruits pacifiques
fuccedent aux bruits guerriers , & ceux- ci
aux premiers , ſans prendre aucune confiftance.
Les uns déſignent le lieu d'un Congrès
, & le Plénipotentiaire de S. M. I. Les
autres annoncent des propoſitions conciliatoires
& des conditions de paix qui changent
toutes les 24 heures. Ici l'on oblige les Hollandois
à l'ouverture de l'Eſcaut , à des rembourſemens
, à des indemnités , à des ſoumiffions
: là on ne permet de naviguer fur
le même fleuve qu'à des vaiſſeaux de 14 can.
ſeulement , on interdit le commerce des Flamands
aux Indes Orientales , & de toutes
ces variantes réſulte la preuve complette de
l'ignorance abfolue du Public. Il eſt également
imprudent de nier ou d'affirmer aucun
fait poſitif , puiſqu'à l'inſtant où l'on
l'annonce , tout peut changer ſubitement ,
toutes les incertitudes peuvent ceſſer, toutes
les conjectures ſe détruire.
Les travaux de l'Arsenal ont été ralentis depuis
quelques jours , & pluſieurs ouvriers congédiés.
D'un autre côté , le Régiment de Jah
( 105 )
min , Cuiraſſiers , a reçu ordre de ſe mettre en
marche pour les Pays- Bas. Dautres Corps font
auſſi commandés , ce qui fait préſumer une formation
d'armée très-confidérable.
Il partit de cette Capitale , le 17 , deux
Courriers , dont un pour Verſailles , & l'autre
pour Bruxelles. On en expédia un également
à Pétersbourg , tous à la ſuite d'un
Confeil de guerre , auquel aſſiſterent les Genéraux
d'Haddick , Lafcy & Laudon. Le
Comte de Colloredo , Directeur Général de
✔l'Artillerie, eſt de retour de fon voyage à
Lintz , où il a fait diſtribuer les pieces d'artillerie
aux Régimens actuellement en marche.
Onparle de quelques changemens futurs
dans le Miniftere. Le Prince de Kaunitz eft
aſſez bien remis de fon indiſpoſition , pendant
laquelle il a été remplacé par le Vice-
Chancelier , Comte de Cobentzel.
Les jardins de Schonbrün , maiſon Royale près
de Vienne , ſont dans le genre Hollandois : fix
Jardiniers de cette nation en ont foutenu le parti
fi vivement , qu'il en eſt réſulté une bataille
entr'eux & leurs camarades , & il y a eu du ſang
verfé.
Le Pape vient d'excommunier M. Eybel ,
Confeiller Provincial , Auteur de l'ouvrage
fameux & hardi , Qu'est-ce que le Pape ? &
d'autres écrits contre les Moines . S. S. , diton
, s'eſt décidée à lancer cet anathême , qui
n'a pas fait ici la moindre ſenſation , fur l'avis
de pluſieurs Evêques. Ils ont jugé la
doctrine de M. Eybel hétérodoxe , ce que
es
( 106 )
cet Auteur ne nie point. M. Blumauer , qui
a fait des Poéſies fugitives ſur les mêmes fujers
, eſt menacé du même fort. Au reſte , la
Cenfure a défendu tour écrit ultérieur , concernant
notre Archevêque , le Cardinal Migazzi.
Plus de 150 villages ont été dévaſtés en Tran
filvanie. 500 rebeliss avoient déji péri aux dernieres
nouvelles , ſoit par le fer des soldats , foit
par la réſiſtance de la Nobleiſe , ſoit exécutés ;
le reſte n'eſt pas encore entierement ſoumis ou
difperfé : il continue à ravager , å brûler , à affaffiner.
Manquant de plomb , ils ont fait des balles
de l'argent volé ; on n'avoir pas revu d'exemple
dans ces Provinces de pareilles cruautés ,
depuis les guerres des Huffites. Ces fanguinaires
Infurgens ont forcé pluſieurs filles , dont ils ont
affaffiné les parens , à paſſer dans leurs bras en
qualité d'épouſes. La Province eſt tellement dévaſtée
, que l'Empereur y a fait paffer des grains
e laHongrie.
Le 19 Novembre, mourut à Belgrade , à
l'âge de 72 ans, le célébre Interprete Turc ,
Ofman Effendi , Renégat né en Allemagne .
Connoiſſant bien les droits & les uſages de
fon pays natal , il ſervoit à entretenir une
correfpondance utile fur les frontieres , & à
prévenir beaucoup de mal entendus. Le
Pacha , les Commandans des Places fron.
tieres de l'Empire le regrettent également.
De temps en temps il faiſoit venir des livres
Allemands de Vienne , Leipfick & Breflau,
par des négocians : on affure qu'il contimuroit
en fecret à pratiquer le Chriftianiſme
( 107 )
Le Commandant de Belgrade eſt très-embarrafféde
trouver un Interprete qui réuniile
aurant de fidélité à d'auſſi grandes connoiffances.
Une veuve dévote , qui habite un de nos
fauxbourgs , avoit dans ſa chambre une ſtatue
de Notre Dame richement habillée , ornée de
peries , de coeurs d'or & d'argent. Ces jours
paffés un quidam vint la trouver , lui reprocha
la défobéiſſance aux loix du Prince qui avoit fait
ôter de pareils ornemens juſques aux ſtatues des
Eglifes même , & qui les toléroit encore moins
dans les maiſons privées : il ſe dit envoyé par
Ja Police pour dépouiller la ftatue , & pour ordonner
à la veuve de comparoître le lendemain
pardevant le Tribunal , afin d'y être réprimandée
& de payer une amende . La veuve effrayée
lui livra tous les ornemens de ſa ſtatue , qui
valoient au-delà de 200 florins , & en outre lui
fit préſent d'un ducat , en le priant d'excufer
fon ignorance auprès de la Police. Le lendemain
elle te rendit au Bureau ; & fut très- étonnée
d'avoir été la dupe d'un filou.
Il s'est détaché de la montagne , entre
Infpruck & Botzen , un rocher qui étoit
chargé d'une prodigieuſe quantité de neige.
Ila roulé fur le grand chemin , devenu
impraticable. On a affemblé plus de 400
perſonnes pour nettoyer cette route que doivent
prendre 3000 hommes de Waraldins ,
deſtinés à fe rendre de Trieſte dans les Pays-
Bas.
Un papier public en rendant compte d'une
lette que le Général des Bénédictins doit avoir
écrite à un grand Souverain, allure,d'après cette
e 6
( 108
lettre, que depuis l'exiſtence des Bénédictins, on
compte de leur Ordre 25 Papes , 200 Cardinaux,
7,000 Archevêques , 15,000 Evêques , 4,000
Saints , & environ 3,000 Martyrs .
Un Décret de S. M. I. , daté du 30 Novembre
, regle de la maniere ſuivante les
élections& les emplois dans les Couvens encore
exiftans.
1º. Chaque Couvent ſe choiſira lui-même ſon
Supérieur ; le Provincial n'aura d'autre droit
que celui de confirmer l'élection , & de donner
l'exclufion aux ſujets incapables . Tous les Religieuxprofès
auront voix , & la pluralité décidera
de l'élection . On choiſira tous les trois ans un
nouveau Supérieur ; mais l'ancien pourra être
continué , s'il eſt élu de nouveau .
2°. Les Supérieurs nommés de lamaniere fufdite
, choiſiront à leur gré les autres Employés
des Couvens.
3°. Le Provincial fera élu tous les fix ans dans
les Chapitres provinciaux par les Supérieurs des
Couvens ; l'ancien pourra être continué. Son
élection ſera confirmée par l'Evêque diocésain ,
& par le Gouvernement de la Province.
4. Les emplois de Définiteur & de Diſcret
feront fupprimés .
5°. Les Religieux ne changeront de Couvent
que quand il yaura des moufs qui néceffiteront
unpareil changement.
6º Les viſites générales du Provincial , uſitées
juſqu'à préſent n'auront plus lieu ; mais le Provincial
ira vifiter en particulier chaque Couvent
de ſa Province, lorſque les circonstances l'exigeront.
7°. On commencera à procéder conformément
àce Réglement à la fin de la préſente année.
( 109 )
Les fabricans de cette Capitale ont reçu
l'ordre de l'Empereur d'envoyer aux Régences
des Provinces des paquets d'échantillon
de leurs marchandises , avec les prix.
On dit que le riche Caſſis Pharaone , que
l'Empereur a élevé à la dignité de Comte
des Etats héréditaires , achetera pour douze
cent mille florins de terres des Couvens
fupprimés.
On a publié deux ordres intéreſſans ,
adreſſés le 18 Novembre par le Gouvernement
au Conſiſtoire Archiepifcopal de Prague.
Le premier eſt en ces termes :
Conformément à un décret de l'Empereur ,
daté du 28 Octobre , il ſera enjoint aux Curés &
aux Paſteurs Catholiques , d'exhorter le peuple à
une tolérance réciproque , & à des procédés pacifiques
d'un parti envers l'autre , & de s'abſtenir ,
tant dans les Egliſes qu'ailleurs , de toute inſulte
ou alluſion offenſante. Ce décret ayant été adreſſé
aujourd'hui aux divers Bailliages Royaux , pour
en donner communication aux Pasteurs Catho
liques , le Conſeil du Gouvernement l'adreſſe auſſi
au Confiftoire archiepifcopal , pour en faire part
au Clergéde ſa Jurisdiction .
Voici la teneur du ſecond ordre.
En vertu d'un décret de l'Empereur du 28 Oс-
tobre , S. M. Impériale & Royale accorde aux
Paſteurs la permiffion d'aller viſiter les perſonnes
de leur Communion , & d'inftruire les enfans de
celui qu'ils vifiteront ; mais S. M. veut en mêmetems
qu'il foit notifié expreſſément aux Pafteurs
, qu'à l'exception du pere de famille & des
domeſtiques Catholiques aucune autre perſonne
ne puiffe être préſente à l'inſtruction qu'ils done
( 110 )
nent aux enfans. S. M. Impériale déclare en
outre , qu'attendu que de terms en tems il arrive
à la campagne que des perſonnes de la Religion
Catholique apoftafient , on ne pouvoit
pas empêcher les Curés d'exhorter leurs ouailles
à la fermeré dans la profeſſion de la vraie
croyance , de les détourner des erreurs des deux
fectes acatholiques tolérés , & de ſoutenir le
principe qu'il ne pouvoit point y avoir de
vraie Prètriſe dans lesdites ſectes ſéparées de
P'Eglife Catholique , vu qu'elle n'avoit point
d'Evêque confacré dans la regle , & que par con
ſéquent leurs Paſteurs ne pouvoient pas être des
Curés confacrés canoniquement , mais que cependant
il falloit interdire expreffément aux
Curés & Prédicateurs , qu'en enſeignant ces
principes , ils aient à s'abſtenir de controverſes
& de querelles défendues , & de tout difcours
infultant.
DE FRANCFORT , le 2 Janvier.
On parle d'un Traité conclu & figné entre
le Roi de Pruſſe & l'Electeur de Saxe ,
Traité dont les lettres de Berlin ne diſent
pas un ſeul mot. Elles annoncent que le
Général d'Egglofstein doit ſe tenir prêt à
marcher avec fix Régimens contre Dantzick
qui continue à ſe refuſer au troiſieme article
de la Convention propoſée entre Sa Majeſté
Pruſſienne & cette ville.
Les Régimens de Croates , van Hoffer , Laurendorf,
Mikowitz & Berndorp , faifant enſemble7700
hommes,ont défilé dans les environs dePaffar Les
deux derniers Régimens portent un uniforme ture,
piftolets à la ceinture ,unpoignard, un grand
( 1 )
fabre au côté , & une arquebuſe à la Turque.
Ces troupes ont été ſuivies de 280 Morlaques,
fournis par le Prince de Comenes ; de 500 Houlans
, cuiraſſés , ayant un bonnet de peau d'ours &
une pique à la main de 9 a 10 pieds de longueur ;
de 500 haffarts de Khevenhuller , des Régimens
deToscane , cuiraſfier , Tiller & Migazzi , Infanterie.
Les Régimens de Preiff & Deutcshmeiſter , dont
la marche par Ratisbonne n'a pas été contremandée,
arriverent le 23 de ce mois& les jours fuivans
à Stadt-am- Hoff. Ils ont 700 chevaux de
relais pour le tranfport des équipages .
On s'obſtine à aſſurer que le Duc de Wirtemberg
a fait un traité de ſubſide avec la
Cour de Vienne , par lequel il doit fournir
à l'Empereur un corps de 8000 hommes.
Selon une lettre de Vienne , on y a reçu le
13 quelques dépêches de Comtantinople. L'Ambaſſadeur
Ruffe , à ce qu'on rapporte , a remis
une note au Ministre de France , dans laquelie
P'Impératrice déclare regarder les demandes de
l'Empereur , au ſujet des limites , comme les
fiennes propres.
Le fils de M. Huber , le traducteur de
Gefner , de Winckelmann , &c . &c. vient
de traduire en Allemand le Roman français
deTéléphe.
Les Régimens Autrichiens de Charles &
de Ferdinand de Toſcane ont reçu l'ordre
de fe rendre dans les Pays-Bas , &fe
* tront en marche au mois de Février..
met-
La Gazette de Prague , du zi de ce mois ,
aimprimé une lettre que l'on prétend écrite par
l'impératrice de Butlle au Roi de Prufle,rela
( 112 )
tivement aux démêlés de l'Empereur avec la
Hollande , & dans laquelle on fait dire à cette
Souveraine , que la demande de l'Empereur étoit
fondée ſur la juſtice & l'équité , qu'on ne pouvoit
rien alléguer en faveur des Hollandois qui ,
àla conclufion de la paix de Munter , ont abuſé
des circonstances , qu'ils n'avoient droit à l'affiftance
d'aucune autre Puiſſance , & que , dans
le cas où les choſes en viendroient à une rupture
formelle , & que d'autres Puiſſances s'en
mêleroient , elle appuieroit de toutes ſes forces
la cauſe de l'Empereur.
Le nombre des bâtimens qui arrivent
dans notre port , écrit- on de Triefte , augmente
chaque jour. On travaille ſur la côte
à de nouvelles batteries , qui feront achevées
en toute diligence.
Le 25 Novembre , on a fait à Carlſbourg & à
Mulbach l'exécution de pluſieurs Wallaques rebelles
. Le fils du fameux Horiah , chef des rebelles
, pris par les Troupes impériales , a été
empalé vivant , les autres ont été décapités , &
leurs têtes miſes ſur des pieux. Antérieurement ,
un Lieutenant du Régiment d'Estheraſy , & un
autre Officier du Régiment d'Otokz , tombés
entre les mains de ces brigands , avoient été auſſi
empalés vifs .
Depuis l'exécution de ce fils d'Horiah , ce Révolté
eſt devenu encore plus terrible. On a coupé
aux rebelles , auxquels ſe ſont aſſociés des Turcs
& des Hongrois ,la retraite dans la Wallachic ,
&on eſpere . par ce moyen , de les forcer à ſe
rendre. Les Régimens , que l'on a envoyé contr'eux
, ont ordre de faire feu fur eux à la moindre
réſiſtance. 1
-
( 113 ) 1
:
1
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Décembre ,
La Sénat vient deprendre une réſolution
définitive & vigoureuſe , touchant notre in
terminable différend avec la Hol ande. Après
avoir montré la plus grande condeſcendance
, dans le but de raffermir la bonne intelligence
, la République penſe que l'inftant
de la fermeté eſt arrivé. Jamais elle ne
ſouſcrira à la demande , véritablement extraordinaire
de 600 mille florins, haſardée
par la Hollande. Nuit & jour on travaille
dans notre arsenal. Le Sénat s'eſt expliqué
fur ce démêlé , avec autant de décence &
dedignité que de juſtice , dans le Mémoire
ſuivant , préſenté par le Réſident de Veniſe
à Leurs Hautes-Puiſſances & remis par
notre Ambaſſadeur à Vienne aux Miniftres
étrangers.
,
ce Le Réſident de Veniſe ayant rendu compte à
ſaRépublique des propoſitions qu'on lui a faites
dans le Commité de L. H. P. touchant l'affaire
connue de Chomel & Jordan , a l'honneur d'informer
aujourd'hui L. H. P. , d'après les ordres
qu'il vient de recevoir , que la République de
Veniſe a appris avec étonnement , que le Comité
ſuſdit lui ait refuſé la diſcuſſion paiſible du
différend , tandis que c'étoit là précisément l'objetde
ſa venue à la Haye , & qu'il ſe ſoit borné
au contraire à reproduire ſeulement l'état des
prétentions à la charge de la République , qui
( 114 )
ayant été préſenté à Vienne dans le mois d'Aofit ,
fut rejetté par elle comme abfolument inadmiffible
, & contraire même aux principes dont
étoient convenus auparavant les deux Souverains
dans les Mémoires reſpectifs du 10 Février & 1
Juinpaflé.
Cette conduite étant tout-à-fait oppoſée à
l'attente de la République , & impliquant en
ellemême des vues qu'elle ne peut jamais admettre
, il eſt indiſpenſable d'en venir à une
déclaration poſitive , laquelle , en écartant le
danger de toute méfintelligence , puiffe dégager
la négociation de toute équivoque,
"C'eſt pour cela que la République intimement
convaincue de la droiture de fes propres
démarches ,déclare formellement que dans quelque
cas qu'elle puiſſe ſe trouver , elle n'admettra
jamais rien qui la conſtitue débitrice vis- àvis
des Marchands Hollandois .
<<Elle proteſte hautement contre toute préten
zion , qu'on voudroit former à ſa charge ſous
Je prétendu titre d'un déni de juſtice , cette
ſuppoſition étant auſſi injurieuſe que fauffe , &
démentie par une fuite de faits inconteftables.
« Effectivement la République a été fi éloignéede
refufer la justice aux Hollandois , qu'à
peine eut- elle connoiffance de la premiere demande
de L. H. P. , qu'elle ne différa pas unſeul
inſtant l'établiſſement d'un Tribunal criminel
extraordinaire & folemnel , rappellant de fa
place de Réfident le ſieur Cavalli , pour l'y affue
jettir immédiatement .
ce Il eſt connu que des quatre ſujets Vénitiens
qui ſe trouverent impliqués dans le procès , trois
furent condamnés aux peines les plus infaman
tes , & à la confiſcation de tous leurs biens au
profit de Chomel & Jordan , & le fieur Cavalli
-
( 115 )
feul fut déclaré exemptde faute criminelle.
<< Il arriva que les biens des coupables ne furent
point fuffifans à l'indemnifation complette
des ſujets Hollando's , & s'ils l'avoient éré , l'affaire
étoit d'abord terminée. Ceft la raifon pour
laquelle on ſe plaignit de la Sentence que се
Tribunal avoit portée, & on en demanda la révision
dans l'eſpérance d'en tirer un plus grand
avantage fi Cavalli étoit condamné,
« La République fit voir évidemment que la
réviſon étoit impraticable ſelon ſa conftitution ,
& les Etats Généraux eux - mêmes en étoient
convaincus, lorſqu'ils demanderent que , puifque
le fieur-Cavalli ne pouvoit plus être foumis
à un procès criminel , il fût permis aux Nế
gocians d'Amſterdam de l'attaquer par la voie
civile.
«Cela étant conforme aux Loix, á la méthode,
& à ce qui ſe pratique dans les Tribunaux
de Venife , la République y confentit avec toute
la promptitude , & offrit même de fonpropre chef
de rendre la voie civile auſſi facile & auſſi courte
que poffible.
« Le Jugement n'eût jamais eu l'effet qu'on en
attendoit, parce que les Hollandois le rejetterent
après l'avoir eux- mêmes demandé , d'où il s'enfuit
qu'il n'y a pas d'autres ſuje's Vénitiens , les
trois ci-deffus exceptés , que laRépublique puiſſe
avec justice forcer au paiement des crédits de Chomel
& Jordan , puiſqu'il n'y en a aucun autre qui
ait été déclaré reſponſable.
<<P<our détruire entierement tout motifqu'on
pourroit tirer du prétendu déni de Juſtice , la
République , qui ſouhaite fincérement d'être une
fois délivrée d'une diſpute fi longue , & fi faſtidieuſe,
propoſe de nouveau la voie civile dans
les tribunauxcompétens de Venise contre le ſieur
( 116 )
Cavalli , qui , s'il n'a pu être déclaré criminel,
parce qu'on ne le trouva pas tel, peut néanmoins
être reſponſable vis- à-vis de Chomel & Jordan
par d'autres raiſons , ſans être criminel. (
Que ſi même L. H. Puiſſances le ſouhaitoient
Ia république de Venise , ajoute à l'offre précédente
celle de leur laiſſer pleinement libre le
choixde tout autre lieu , de tout autre juge impartial
, pour qu'on décide définitivement ſi le
fieur Cavalli eſt obligé ou non à dédommager
Chomel & Jordan des pertes dont ils aſſurent ledit
Cavalli avoir été cauſe; & elle déclare expreſſément
que dans le jugement civil , l'abſolution de
ſieur Cavalli au criminel , ne doit influer ſur
rien, relativement à la perſonne du ſieur Cavalli ,
comme n'ayant aucun rapport avec celui qu'on
propoſe maintenant.
ce La République engage ſa parole , que ſi le
ſieur Cavalli étoit jugé reſponſable , elle prendra
les meſures les plus efficaces& les plus vigou .
reuſes , afin que les marchands Hollandois obtiennent
du ſieur Cavalli , & de ceux qui auroient
partagé ſa faute, ce qu'on leur auroit adjugé
par cette Sentence , &dans ce cas leur dédommagement
ſeroit à la charge des débiteurs
directs , & jugés tels , ce que les Etats Généraux
ont toujours demandé; bien entendu que par- là
toute conteftation ultérieure entre les deux Souverains
foit terminée pour toujours.
« La République ne doute pas que L. H. P.
n'acceptent avec plaifir une propoſition fi amicale
&fi juſte ; elle déclare néanmoins que fi L. H.
P. croyoient qu'il y eût un expédient plus fatisfaiſant
pour elles , & d'une convenance réciproque,
la République ne ſera pas éloignée de le
faiſir , n'ayant rien plus à coeur que de confolider
de plus en plus la bonne intelligence avec les
Provinces Unies .
-
( 117 )
«Que ſi malgré tout cela , & contre toute
attente raiſonnable , L. H. P. vouloient pouffer
cette diſpute privée aux extrémités , dont elle
n'eſt pas ſuſceptible par ſa nature , & qui ſeroient
auſſi nouvelles dans l'Hiſtoire des nations qu'elles
ſont contraires aux intérêts de deux Puiſſances
commerçantes & qui ont été conſtamment amies ,
la République de Veniſe ſera contente de n'avoir
en arriere aucun moyen capable de conduire à
un accommodement amiable & juſte; & en tout
cas ce ne ſera qu'à contre - coeur qu'elle ſe verra
forcée à conformer ſes propres démarches à celles
d'autrui , pour le ſoutien d'une cauſe qui devien
dra commune à tous les Souverains » .
Le Réſident ayant expoſé juſqu'ici les vrais
ſentimens de ſa République , a l'honneur , &c,
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Décembre.
Le Baron de Lynden , Ambaſſadeur de
Hollande a eu deux ou trois conférences
avec les Secrétaires d'Etat , touchant la médiation
de la Grande - Bretagne , pour arranger
les différends entre la Hollande &
l'Empereur , conférences dans lesquelles on
prétend que les Miniſtres ont fait paroître
le plus grand deſir de voir terminer cette
affaire à l'amiable.
Il a été queſtion d'une réduction ultérieure
des troupes de terre , même dans la
Maiſon du Roi ; mais l'on affirme que S. M.
arefuſé fon conſentement dans les termes
les plus poſitifs , en déclarant qu'elle n'a
( 118 )
dopteroit aucun projet tendant à ſupprimer
les Gardes à cheval , ou le régiment des
Gardes Bleues.
: Le parti de l'oppoſition eſt très - inquiet de
la conduite prudente de M. Pitt. L'on n'a encore
rien décidé , quant à la maniere dont on attaque.
ra ce Miniſtre à l'ouverture du Parlement. M.
Fox , il eft vrai , avoit conçu l'eſpérance de
renverſer le Ministere au moyen de ſon Bill de
commutation ſur le thé ; mais M. Pitt ſe montrant
prêt à le modifier s'il étoit néceſſaire , cette
reſſource we fournira matiere qu'à quelques dé
clamations , & M. Fox fent qu'il faudroit d'autres
charges que celle - là.
M. Ord a terminé avec les Miniſtres toutes
les affaires relatives à l'Irlande. On aſſure
que le plan adopté pour les aitaires de commerce
, aura l'approbation des deux Royaumes.
Les Hollandois ont exporté&continuent d'exporter
des quantités conſidérables de toiles de
Friſe dans les Provinces méridionales , pour faire
des chemiſes , des draps , &c. C'eſt à Harlem
que ſe trouve le grand dépôt de ces toiles ; elles
ne font pas calandrées , mais elles ſont importées
telles qu'elles arrivent de la blanchiſſerie. Les
velours & les ſoies d'Harlem n'ont pas eu le même
débit ; car deux bâtimens , qui en étoient
chargés pour le port de Boſton , n'ont pas trouvé
à ſedéfaire de leurs cargaiſons.
Depuis 15 jours il eſt entré dans le port de
Londres 12,100 livres d'indigo venant de Cadix ;
400 livres de cet article venant de Lisbonne , &
300 venant de Charles - Town .
Notre importation de fer de Ruſſie ſe monte
à91 tonnes. Nous en avons fait venir 60 de Go-
-
( 119 )
thembourg& 20 de Rotterdam. Nous avonstiré
de la Jamaïque 40tonnes de bois d'Accajou .
Notre exportation de Tabac de la Virginie a
été de 2,334 livres , & celle qui s'eſt faite pour
la France de 1004 liv. Celle qui s'eſt faite du
Maryland a été de 1500 livres , & pour la France
de 2000 liv.
Il s'eſt trouvé dans la derniere exportation ,
qui s'eſt faite de la Jamaïque , près de 16000 liv .
de poivre du plus beau que produisent les Iles ,
&qui s'y cultive aujourd'hui très-facilement. La
quantité de Rhum exporté en Angleterre de la
ſuſdite Iſle , a été de près de 40,000 gallons .
Toutes les recherches relatives à l'arithmétique
politique , ont été pouſſées dans
cette ifle à un degré inconnu ailleurs. C'eſt
nous qui avons appris aux autres Etats le
nom même de cette Science & fes fondemens.
L'un des plus. importans , relatif à la
population , ſe tire du Regiſtre des morts &
naiſſances annuelles , ſoigneuſement tenu
dans toutes les Paroiſſes de Londres , depuis
très- long- temps , & dont chaque année on
publie le relevé , ſous le titre de Bill des
Mortalités. On ne ſe contente même point,
comme ailleurs , d'une fupputation fommaire
; on ſpécifie exactement les maladies
différentes , & le nombre de ſujets que chacune
d'elles a enlevés. La Médecine & la
Phyſique ont tiré de ces comparaiſons des
inductions utiles .
Une obſervation qu'on ne fait jamais en
France, lorſqu'on rapproche la population
( 120 )
de Londres de celle de Paris , eſt , qu'en
Angleterre les Regiſtres paroiſſiaux des baptêmes
&des ſépultures , comprennent uniquement
les membres de la Religion Anglicane
: la foule des non-Conformiſtes qui
habitent cette Cité de tolérance & de liberté
, n'entre point dans ces réſumés ; ainſi il
eſt abfurde de conclure de la différence
qu'ils préſentent dans le nombre des naiſſances
& des morts , entre Paris & Londres ,
que celle-ci a moins d'habitans.
Le Bill mortuaire de l'année derniere , du
16 Décembre 1783 , au 16 Décembre 1784 ,
offre :
Baptêmes. Garcons...8778.3 17179 .
• •
Hommes. . 9229.217828 .
2 Filles . .8401.5
Morts.
Femmes . 8599.5
..
L'année derniere il s'eſt trouvé 1201
morts de moins que l'année précédente :
différence très - remarquable.
Sur les 17828 morts, on en obſerve :
Au-deſſus de deux ans .
$729
De deux à cinq. 1711
De cinq à dix. 683
De dix à vingt. 636
De vingt à trente. 1417
De trente à quarante. 1599
De quarante à cinquante. 1781
De cinquante à ſoixante. 1653
De ſoixante à 70. 1359
De
( 121 )
De ſoixante-dix à 80.
De quatre vingt à 90 .
De quatre-vingt-dix à cent.
Centenaires.
Cent & un ans.
Cent&trois ans .
917
391
43
2
1
I
46
Dans la table des genres de mort , il eſt
à remarquer 1240 perſonnes mortes de
vieilleſſe , 4540 de conſomption ,
de folie & 1759 de la petite vérole : ainfi ,
dans une ville où l'inoculation eſt univerſelle
, où elle ſe pratique dans des Hôpitaux
qui lui ſont ſpécialement deſtinés , où le
traitement même de cette affreuſe maladie
a été fingulierement perfectionné , elle emporte
un dixieme des individus qui meurent
annuellement,
Les ſuicides font au nombre de 23. Mais
comme parmi les noyés, dont on compte
97 , & 5 perſonnes trouvées mortes , quelques-
uns ont pu volontairement mettre fin
à leur exiftence , on riſque peu de porter la
totalité des fuicides de 40 à 50. Depuis les
ravages de certe nouvelle maladie de l'eſprit
humain, due aux lumieres de notre ſiecle ,
pluſieurs villes infiniment moins conſidérables
que Londres , voient chaque jour autant
de ſuicides. Une année dans l'autre , ils vont
-à Geneve de 8 à 12 ; le terme moyen eſt
uu cinquieme de celui de Londres , dont la
population eſt au moins 34 fois plus forte
que celle de Geneve : dans la proportion
No. 3 , 15 Janvier 1785. f
( 122 )
cette derniere ville voit donc par année 28
fois plus de ſuicides que la premiere.
Il y a environ trois mois que le Capitaine
Witfon , employé au ſervice de la Compagnie des
Indes , en revenant en Europe , viſita l'iſle de
Paos , ſituée par les ſept degrés de latitude nord.
Cette iſle eſt à l'eſt de Borneo , & en général trèspeu
connue des voyageurs. Ses habitans font
constamment nuds , & les femmes ne couvrent
que ce que la pudeur exige abſolument.
Le Capitaine Wilſon reçut toutes ſortes de marquesd'honnêtetéde
la part du Souverain de l'ifle.
Ce Prince lui témoigna , par la voie d'un Interprete
, la plus grande confiance , & voulut abſolument
qu'il emmenât ſon fils aîné , afin qu'il
fût à portée d'étudier les moeurs des diverſes nations
, qui habitent les autres parties du monde ,
& de recevoir une éducation Européenne . Ce
jeune homme , âgé de 20 ans , poſſédoit des talens
,& étoit doué d'une docilité rare. Ses paſſions
étoient nobles : les progrès qu'il a faits dans les
Arts & dans la Langue angloiſe , ſurpaſſent toute
attente , & , ſans les atteſtations les plus formelles
, on ne pourroit y ajouter foi. Le Capitaine
Wilfon a répondu à la confiance du Souverain
de l'iſle de Palos avec tout le zèle & l'affection
d'un parent , & de ſon côté , le jeune Prince lui
atémoigné la reconnoiſſance & la ſenſibilité la
plus ſurprenante. Il y a une ſemaine environ ,
ce jeune Prince fut attaqué de la petite- vérole ,
& quoiqu'elle fût de l'eſpece la plus dangereuſe ,
il afupporté cette maladie avec un courage héroïque
. Le Capitaine Willon , qui ne l'avoit
jamais eue , ne faiſant attention qu'au jeune
Prince , oublia tout danger perſonnel , & réſo-
But de ne le point quitter pour lui adminiſtrer
lui - même les remedes de l'art ; mais , hélas !
( 123 )
fon zèle& ſes ſoins ont été inutiles , &il a eu la
• dou eur , le 28 de ce mois , de voir ce jeune.
Prince expirer dans ſes bras .
Une lettre de la baie de Honduras , en
date du 12 Octobre dernier , porte en ſubſtance:
Je ſuis fâché de vous annoncer que nous
avons vu paſſer ici une eſcadre ayant des troupes
à bord , & qui ſe rendoit à la côte des Mofquites
, pour en tirer les Planteurs angiois , &
prendre poſſeſſion de ce pays au nom du Roi
d'Eſpagne. Beaucoup de gens étoient dans la
perfuafion que la côte de Moſquites ſerviroit
d'aſyle aux Loyaliſtes de la Caroline du Sud ,
ainſi que de la Virginie , & à tous ceux qui 'ont
ruinés par la ceſſionde la Floride Orientale , &
par la conquêtede la Floride Occidentale. Si nos
Miniſtres euffent eu un peu plus de vigueur , ils
n'auroient pas laiſſé échapper une ſi belle occafion
d offrir la côte des Moſquites aux Loyaliſtes
qu'ils ont abandonnés ſi honteuſement. Ces malheureux
, accoutumés à un climat chaud , auroient
tiré de ce pays un parti très avantageux&
pour eux & pour la Grande Bretagne. Il produit
du fucre , du coton , du café , du bois de mahcganie
, du bois de campêche , de la falſepareil'e
&de la racine de ſerpent. J'y ai élevé du tabac ,
de l'indigo & du riz , tout auffi bons que ceux
qu'on ait jamais tirés de l'ifle de Cuba. C'eſt
une contrée außfi étendue que l'Angleterre, &
ſi l'on coupoit une partie de ſesbois , qui pour la
plupart ont de mahoganie , &dont lavente paieroit
les frais de l'exploitation , la terre deviendroit
en très peu de tems très-fertile , pour pou
que l'induſtrie des habitan. fût encouragée par la
Métropole.
f2
( 124 )
On a vendu dernierement au marché de
Spittaifields une ſeule pomme-de- terre qui
peſoit onze livres & demie. C'eſt un Fermier
de Straford qui l'a achetée dans le
deſſein de la planter ; elle lui a coûté ſept
thellings & fix fols. Cette pomme-de-terre
&pluſieurs autres d'une groſſeur extraordinaire
avoient été cultivées dans le voiſinage
de Warington dans le Lancashire.
Un Boucher de cette ville a tué le 21 Décembre
un boeuf âgé de huit ans , élevé à Studbury
dans le Suffok , qui étant mort peſoit
180 ftones angloites ( poids de 8 liv. ) , qui font
par conféquent 1440 liv. Il a donné 34 ftones
( 272 liv. ) de graiſſe pure. Une cinquantaine
de Bouchers s'étoient rendus chez le propriétaire
de ce boeuf pour en acheter la viande ,
mais le Public l'ayant enlevée auſſi tôt , ils n'en
trouverent plus de reſte. Il y eut même certaines
pieces de choix que le Public paya au
prix exhorbitant d'un ſchelling 14 fols ſterlings
Ja livre.
On a rendu compte dernierement à la
Société pour l'encouragementdes connoiſſances
médicinales d'un tait auſſi extraordinaire
qu'authentique. Il a été commuiqué à M.
Latham de la Société Royale , par le Docteur
Heysham , Médecin reſpectable de Newcaſtle.
Une veuve appellée Anne Liddel , de Carlifle',
avoit été admiſe depuis environ deux ans dans
une maiſon publique de cette ville , pour y être
guérie d'une douleur affreuſe qu'elle reſſentoit
dans le viſage & dans toute la partie droitede
la tête. On lui adminiſtra vainement tous les ſecours
de l'art . Au bout de quelques mois des
:
1
( 125 )
tourmens les plus terribles , le Docteur Heysham
lui fit ouvrir l'antrum maxillaire ( la partie intérieure
de la mâchoire ) , dans laquelle elle
reſſentoit ladouleur : on y injecta quelques décoctions
de quinquina , & quelques jours après
on tira de cette partieun infecte hideux d'environ
un pouce de long& un peu plus gros que
le tuyau d'une plume ordinaire . Sa douleur
ceffa pendant quelques heures , mais elle revint
bientôt ; & l'on apperçut à l'orifice de l'incifion
un autre infecte de la même forme que le premier
, & que l'on ne put tirer qu'au bout de
deux jours. Peu de temps après , on obtint les
fragmens d'un troifiéme. Ce traitement a procuré
à la malade de longs intervalles de tranquillité
, quoique les derniers avis n'annoncent
point encore ſa parfaite guérifon. Cette femme
étoit habituée à prendre du tabac avec excès.
La Manufacture de toiles de coton à
Profperous près de Dublin eſt déjà dans
l'état le plus floriſſant , au moyen de l'avance
de 25,000 liv, ſt. que le Parlement
lui a faite dernierement. Plus de 4000 per
fonnes font employées dans la Manufacture ,
& l'on eſpere qu'avant deux ans elle fera en
état d'en employer le double. Les terres
adjacentes à la ville de Profperous , avant
l'établiſſement , s'affermoient ſur le pied de
cinq shellings l'acre ; aujourd'hui elles ont
monté à quatre & cinq livres ſterlings.
On apprendde Calcutta par des lettres , en
datte du II Juin , que la nouvelle Société , érablie
pour faire des recherches ſur l'Hiſtoire naturelle
, ſur les Antiquités , les Arts , les Sciences
& la Littérature de l'Afie , ſe perfectionne
f3
( 126 )
tous les jours. Sir William Jones a déja préſenté à
la Société pluſieurs Manufcrits précieux en Perfan
, ſur la Géographie de l'Afſe ; & il travailloit
auffi à traduire de l'Indou des recherches
très-curieuſes ſur les Manufactures , ſur l'Agriculture
& fur l'Aſtronomie des peuples de cette
partie du monde.
La Société eſt actuellement compoſée de 42
Membres , qui tiennent toutes les ſemaines , ſans
appareil & fans dépenses , des aſſemblées dont
le but eſt d'examiner des Ouvrages originaux.
Si elle peut parvenir à raſſembler aſſez de pieces
intéreſſantes , alors elle préſentera annuellement
au Public un Recueil de ſes Mémoires .
On vient de préſenter au Gouvernement
unnouveau plan pourétablir uneCompagnie,
de Terre Neuve , qui augmentera les avantages
de la pêche , ſans la convertir en monopole.
La Compagnie des Indes , dans les dernieres
Tranfactions contre la Coalition , a montré peu
de reconnoiffance envers le Lord North , lui
qui a précipité la perte de l'Empire d'Amérique ,
uniquement dans la vue de procurer aux thes de
laCompagnie un plus grand débit.
Le Bureau de l'Amirauté a décidé que les Ef
cadres deſtinées pour le ſervice du dehors , n'y
ſeroient ſtationnées à l'avenir que pendant deux
ans au lieu de trois ; celles employées maintenant
dans les différentes ſtations , ſeront relevées pendant
le cours de l'Eté prochain.
:
Tandis que les Lunardi , les Blanchard
& le Comte Zambeccari ſe préparent à des
voyages trans - maritimes , M, Sadler d'Oxford
, Aéronaute Anglois , vient d'arriver ici ,
écrit- on de Douvres , poury faire un dernier
effort en l'honneur de fon pays. Tous fes
( 127 )
préparatifs ſont faits à peu près , & il n'attendplus
que l'arrivée d'un vaiſſeau , qui ,
d'un moment à l'autre , doit lui apporter
des chofes dont il a beſoin. M. Sadler s'eſt
élevé plus haut encore que MM. Lunardi
& Blanchard ; & c'eſt le ſeul , ſoit en Angleterre
ou ailleurs, qui ait préparé ſeul tous
les inſtrumens de ſon voyage.
Il eſt arrivé dernierement un funeste accident
dans une mine de charbon qu'on exploitoit
près de Mancheſter.
Les Charbonniers s'étant rendus àcette Mine
pour y travailler , à peine le premier d'entr'eux
fut- il defcendu au fond , que la p'us grande partie
de l'ouverture de la foſſe s'écroula & ensevelit ce
malheureux . On fitimmédiatementles plus grands
efforts pour le retirer ; mais on n'y parvint que
dans l'après-midi du 18 de ce mois , & , au grand
éronnement de tous ceux qui étoient préſens , il
fut retrouvé vivant , & capable de s'exprimer encore
, après être demeuré pendant huit jours dans
les entrailles de la terre . Ce fut un ſpectacle bian
cruel d'appercevoir cet hommemétamorphofé en
ſquelette par la fatigue, la faim& les tranſes bien
naturelles qui durent ancter ſon eſprit , en ſe
voyant ſéparé tourà coup de la ſociété , de ſa femme
, de ſes enfans , & n'ayant devant les yeux
que la terre & la mort. L'impulſion naturelle qui
rend à l'homme la vie ſi précieuſe & fi chere , &
qui le porte à uſer de tous les moyens pour la conſerver,
lui ſuggéra l'idée de s'ouvrir un paſſage ,
pour échapper , s'il étoit poſſible , à une deſtinée
auffi affreuſe. Il réuffit d'abord à creuſer plufieurs
pieds dans la terre, & il ſe flattoit d'arriver au fommet
par le moyen des galeries qu'on pratique tow
f4
( 128 )
joursdans les Mines pour établir la circulation de
P'air; mais hélas ! il ſuccomba ſous le poids de la
fatigue , & ſes eſpérances s'évanouirent. Ses compagnons
lui adminiſtrerent auffi-tôt, mais inutilement,
tous les ſecours poffibles pour le ſauver; la
nature étoit trop épuiſée , & cet infortuné expira
quelques heures après qu'il eut revu le jour .
,
On affure qu'un Officier d'un rang trés-diftingué
dans l'armée a donné trois cens guinées
au Propriétaire d'un ballon pour voyager avec
lui. Les parties contractantes ont figné des articles
de convention en conféquence deſquels
'Officier ne pourra changer d'idée que pendant
l'eſpace de trois jours , après avoir reçu avis de
fon conducteur : fi , après ce terme , il refuſe de
voyager , il paiera néanmoins la ſomme convenue.
On dit que l'Officier a réſolu ce voyage
après une converſation qu'il eut avec le Roi ,
fur l'uſage dont pourroient être les Aéroftats ,
pour reconnoître une étendue de pays , & dans
laquelle S. M. diſoit a l'Officier , qu'une fois
monté , il ne ſeroit pas en état d'obſerver le
pays. C'eſt d'après cette eſpece de défi , que
P'Officier s'est déterminé.
Le Général Vaughan eſt , dit- on , l'Officier
en queſtion. On a déja fait pour plus de vinge
mille livres ſterling de gageures ſur ſon compte.
Le Général d'Alton , au ſervice impérial,
& l'un des Commandans de l'armée des
Pays-bas , eſt notre compatriote. On dit
qu'anciennement il fut fous - Lieutenant en
France dans le Régiment de Dillon : l'Empereur
a dans ſes armées trois autres perfonnes
de la même famille. Le Général
d'Alton a des terres conſidérables en Irlande ,
&a époufé une foeur du Colonel M' Carty.
(129 )
Le Chevalier John Fielding , Aveugle , frere
du célebre Auteur de même nom , & non moins
célebrelui-même dans ſon Officede principal Juge
de paix à Londres , toléroit à ſa porte pluſieurs
maiſons de débauche , dont l'existence contraf
toit avec le defir affecté que montroit Fielding
de conſerver les bonnes moeurs. Un jour il pria
Garrick, alors Directeur du Théatre de Drutylane
, de fupprimer Popéra des Gueur du Peete
Gay, parce qu'il avoit obſervé, que chaque repréſentation
de cet Opéra envoyoit quelque vo
leur à la potence. Garrick ſavoit que le deffein
du Magiftrat étoit moins de garantir la probité
des individus , que d'oter au Théâtre de Covent
Garden , auquel il s'intéreſſoit , la concurrence
de Drurylane , pour la repréſentation d'une piece
roujours courue. Il demanda du temps pour y
réfléchir , & fit quelques objections. Le Che
valier Fielding , piqué de ce que Garrick ofoit
lui conteſter ſa prudence , s'écria qu'il voyoit
un combar dans le coeur de M. Garrick entra
probité & Son intérêt . Je voudrois , repliqua Gir
rick , pouvoir en dire autant du fage Magistrat ,
dont la probité , comme on fait , n'est jamais eCIB
duel avec ſon intérêt.
L'un de nos Ecrivains obſerve qu'une
des Paireſſes , Angloiſes & quelques Pains
prennent plus de titres que des têtes couronnées.
Mile. Gunning devenue Ducheffe
de Brandon en Angleterre , d'Hamilton em
Ecoffe, de Chatelleraut en France , parfon
premier mari ; aujourd'hui Duchefle d'Argyle,
Marquise de Douglas , &c. &c. n'a pas
moins de 26 titres . Lorsque le feu Lord
Egmont , Irlandois, fut fait Pair d'Angletere
( 130 )
en 1762 , ſa patente portoit Lord Egmont
& Holland d'Enmore Lord d'Enmore , An-
Jerfield & Spaxton , Tuxwell , Radlet , Currypole
, Charlinch Asholt , & vingt autres ;
ur quoi le Comédien Foote , qui a dit tant
de bons mots , remarqua qu'il ne manquoit
à cette deſcription , pour la rendre complette
, que le titre de Scaramouche.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 5 Janvier.
Le Bailli de Breteuil , Ambaffadeur de M. Ite ,
préſenta , le 26 du mois dernier , au Roi les Faucons
que le Grand - Maitre de la Religion eſt
dans l'uſage d'envoyer annuellement à S. Maj.
Ce préſent , qui fut remis , au nom du Grand-
Maître par le Chevalier de Rothe , fut reçu
par le Marquis de Vaudreuil , Grand- Fauconnier
de France , & par le Chevalier de Forget.
Le 31 , le ſieur d'Houry , Imprimeur du Due
d'Orléans & du Duc de Chartres , a eu l'honneur
de préſenter à LL. MM. & à la Famille Royale ,
l'Almanach Royal pour l'année 1785.
Lei de ce mois , les Princes & Princeſſes ,
ainſi que les Seigneurs & Dames de la Cour ,
rendirent leurs reſpects au Roi & á la Reine á
l'occaſion de la nouvelle année. Le Corps de-
Villede Paris , ayant á ſa tête le Duc de Briſſac ,
Gouverneur de la ville , conduit par le ſieur
Nantouillet , Maître des cérémonies , & par le
fieur de Watronville , Aide des Cérémonies ,
s'acquitta du même devoir envers LL . MM. &
la Famille Royale. La Muſique du Roi exécuta
pendant le lever différens morceauy ,ſous lacon
( 131 )
duitedu ſieur Girouſt , Surintendant de la Muſique
de Sa Majeſté .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint - Eſprit , s'étant aſſemblés
vers les onze heures & demie du matin , dans le
grand Cabinet du Roi , Sa Majeſté tint un Chapitre
, dans lequel Elle nomma Chevalier de l'Ordre
du Saint-Eſprit le Due d'Harcourt. Le Roi
ſe rendit enſuite à la Chapele , précédé de Monfieur
, de Monſeigneur Comte d'Artois , du Duc
de Chartres , du Prince de Condé , du Duc de
Bourbon , du Prince de Conti , du Duc de
Penthièvre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre ; deux Huiſſiers de la
Chambre de S. M. portant leurs maſſes. Le Roi
étant arrivé à la Chapelle , monta ſur ſon Trône ,
& reçut Prélat-Commandeur de l'Ordre du Saint .
Eſprit , l'Evêque d'Autun. Sa Majesté aſſiſta
enfuite à la grand'Meffe chantée par la Muhque
, & célébrée par l'Evêque de Senlis , Prélat
-Comunandeur de l'Ordre , & premier Aumônier
du Roi . La Ducheſſe de Charoſt y fit la
quête. Après la Meſſe , à laquelle la Reine , Madame
, Madame Comteſſe d'Artois & Madame
Elifabeth de France , aſſiſterent dans la Tribune ,
le Roi fut reconduit á ſon appartement , en obfervant
l'ordre dans lequel il en étoit forti.
Le Grand - Conſeil eut l'honneur de rendre
ſes reſpects à Leurs Majestés & à la Famille
Royale.
Leurs Majeſtés ſouperent , ce jour , à leur
grand couvert. Pendant le repas , la Muſique
du Roi exécuta différens morceaux , lous la
conduite du ſieur Girouſt , Surintendant de la
Muſique du Roi.
Le rer. de ce mois , le Comte de Lure a eu
l'honneur d'être préſenté au Roi par le Duc de
f6
(132 )
Penthièvre , en qualité de Meſtre-de-Camp en
ſecond du Régiment de Penthièvre , Dragons.
LeMarquis deVerac , Ambaſſadeur du Roi auprès
desEtars-Généraux des Provinces-Unies , a
eu , le 2 , Phonneur de prendre congé pour ſe
rendre à la deſtination , étant préſenté àS. M. par
leComte de Vergennes , Chef du Confeil Royal
desFinances,Miniſtre & Secrétaire d'Erat , ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le 3 du même mois , le ſſeur d'Aligre , Premier-
Préſident du Parlement de Paris , ainſi que
les Préfidens à Mortier & les autres Préfidens du
même Parlement , ont eu l'honneur de rendre
leurs reſpects à L. M. & à la Famille Royale , à
P'occafion de la nouvelle année. La Chambre des
Comptes,la Cour des Aides & la Cour des Monnoies
, ont auffi eu cet honneur , ainſi que le Châ
telet de Paris , à la tête duquel étoit le Marquis
deBoulainvilliers , Prévôt de cetre ville.
DE PARIS, le 11 Janvier.
S. M. a fait publier une Amniftie générale
, en faveur des Déſerteurs de tout état ,
qui rentreront dans les terres de la domina
tion de S. M. , dans l'eſpace de fix mois ,
àdater du premier Janvier de cette année.
Ce pardon s'étend juſqu'aux déſerteurs détenus
dans les dépôts ou priſons .
Le 27 Décembre , M. le Baron de Breteuil ,
accompagné de M. le Noir & du Bureau d'Adminiſtration
, ſe rendit aux Tuileries pour la
diftribarion annuelle des Maîtriſes & grands Prix.
M. Bachelier , Directeur , ouvrit la féance par
un Diſcours , où il exprima la reconnoiffance
publique & celle des Eleves pour la protection
( 133 )
accordée à cer Erabillement , & pour les nou
veaux encouragemens dont on l'a favorisée.
Onprocéda enfuite à la ditribution des Mat
trifes obtenues par les Geurs Boucher & Gau
fier, pour l'Ofevrerie , le ſieur Moufle l'aîné ,
pour celle de Charen , le fieur Acrin , pour
celle de Serrurier,& le ſieur Villard , pour celle
deMenaifier.
Et après à celle des grands Prix mérités par
les fieurs Bouffard , Paris , Marié , Vielle , le
Jeune & Dufoit .
Ils furent embraſſés par le Miniſtre au braic
des fanfares , & des acclamations du public ; IZ
grands Acceffies , &96 Prix furent auſſi délivrés
dans la même ſéance.
Les côtes de la Manche en Picardie &
en Flandres , ont eſſuyé de grands déſaſtres
par les tempêtes du mois dernier. On nous
mande de Dunkerque , que dans l'intérieut
même du Port les navires n'ont pas été à
Pabri ; ſur la côte on voit ſept bâtimens
échoués à peu de diſtance : à fix lieues du
Port , le rivage fut couvert pluſieurs jours
dedébris , & de toutes eſpeces de marchandiſes
que la mer y rejettoit. Heureuſement
Dunkerque n'a perdu que deux vaiſſeaux.
Il y a peu de jours qu'aux portes de la
même ville , des Jardiniers trouverent une
perſonne affife , appuyée contre un tertre ,
un piſtolet à ſes pieds , & la tête fracaffée.
On attribue cet acte de déſeſpoir à la perte
d'un emploi ſubalterne que le Suicide avoit
dans la Marine. Un Charretier , un Perruquier
&un Palfrenier ont donné à Dunker
( 134 )
que le même ſpectacle en très-peu de tems.
Le premier de Novembre , nous écrit M. Dubuc
de Bordeaux , un jeune homme de vingt
àvingt-quatre ans , ſe retirant de la campagne à
l'entrée de la nuit , fut attaqué dans un chemin
de traverſe , à un quart de lieue de la ville ,
par un homme qui ſe tenoit caché dans un foſſé
au bord du grand chemin , & qui après l'avoir
laiſſé paſſer , vint le ſurprendre par derriere , &
lui demander la bourſe ; le jeune homme s'étant
retourné , & dégagé de l'aſſaffin , qui d'une
main le tenoit par le collet de l'habit , & de l'autre
lui préſentoit un piſtolet , eut le bonheur de
détourner le coup au moment qu'il partoit , ſans
autre mal qu'une petite bleſſure à la main. Le
Voleur voyant ſon piſtolet déchargé , ſe jeta fur
lejeune homme ,le ſaiſit par le milieu du corps ,
s'efforçant de le jeter par terre; mais celui - ci
grand& agile , ſe défendit avec tant de bonheur
qu'il terraſſa le Voleur lui - même , lui mit le
genou ſur le ventre , & lui arracha un ſecond
piſtolet qu'il tâchoit d'armer ; alors le jeune
homme entierement maître du ſcelerat , qu'il
tenoit ſous lui , éleva la voix en appellant du
ſecours pour le garroter, mais le Voleur lui demanda
grace , & le ſuppliade ne pas le livrer à la
Juſtice, ajoutant que le beſoin urgent où il ſe
trouvoit , l'avoit feul obligé de recourir depuis
deux jours à un métier auſſi infâme ; enfin qu'il
n'avoit pas un ſol pour ſe rendre à Angoulême
où il avoit des parens , &c. Le jeune homme ,
touché de ſon repentir & de fon récit , lui óta
fon couteau qu'il jetta dans une vigne voifine ,
pour lui ôter tout moyen de lui nuice , le laiſſa
relever , & lui pardonna , ajoutant à cela un écu
de fix francs , ( qui étoit , je penſe , à peu près
tout ce qu'il avoit alors dans ſa poche ) , il l'ex-
1
( 135 )
horta enſuite fortement à partir tout de ſuite
pour Angoulême , & à être honnête homme à
l'avenir.
J'arrivai ſur la place où cela venoit de ſe paſſer
, dans l'inſtant que ce malheureux s'éloignot ;
& l'agitation où je voyois le jeune homme , ainfi
que les cris que j'avois entendus , m'ayant fait
ſoupçonner la vérité , je voulus courir & arréter
le voleur , mais le premier m'en empêcha , difant
qu'il lui avoit pardonné ; & me fit enſuite
le détail de l'affaire , tel que vous venez de
le lire. Les piſtolets & le couteau que nous
retrouvâmes me firent voir qu'il ne m'en
iampoſoit pas : ce brave & généreux jeune homme
ne voulut abſolument pas medire ſon nom ,
& ſe refuſa à l'invitation que je lui fis de venir
fouper chez moi , mais le haſard me l'ayant fait
rencontrer à la Bourte deux jours après , j'ai fu
qu'il ſe nommoit M. Roux , qu'il étoit Suiffe &
du canton deBerne , &c. & c.
د
Il paroît une Ordonnance de S. M. , concernant
les, claſſes de la Marine , dont le
diſpoſitif doit intéreſſer un grand nombre
de nos lecteurs . Elle eſt diviſée en 18 titres .
Le premier regle la diviſion générale de toute
l'étendue des côtes du Royaume en fix départemens
divités en quartiers , & ces quartiers fousdiviſés
en ſyndicats. Chaque département eft attaché
àun destrois grands Ports,& particulièrement
deſtiné à fournir les Matelots & les Ouvriers néceffaires
aux armemens & aux travaux de ce Port .
Letitre 2 a pour objet les Officiers prépotés à
l'adminiſtration des Claſſes ; ſavoir, un Inſpecteurgénéral,
auquel feront ſubordonnés quatre Inſpecteurs
particuliers attachés àdes diſtricts déterminés;
ceux- ci auront ſous leurs ordres des Chefs
(136 )
des Claſſes préposés chacun à un arrondiflement
compofé de pluſieurs quartiers ;& ces Chefs feront
aidés dans leurs fonctions par un Officier attaché à
Varrondiſſement : un Commiſſaire des Claſſes ſera
établidans chaque quartier , &un Syndic des gens
de mer dans chaque fyndicat.
Les titres 3,4,5,6,7 & 8 , reglent les fonctions
des Inſpecteurs , Chefs des Claſſes, Officiers
attachés ,Commiſſaires & Syndics , en déterminant&
diftinguant avec préciſion les pouvoirs &
P'autorité de chacun d'eux.
Letitre9 regle cequi concerne les Tréſoriers
déjaétablisdans les quartiers par l'Ordonnance du
Fer. Juin 1782 , avant laquelle les Commiſſaires
étoient chargés de la Caifle.
Titre ro, du claſſement. Les anciennes Ordonnances
n'avoient établi que d'une maniere générale
les motifs qui doivent faire confidérer un
homme comme claffé ,& aſſujetti au ſervice de la
Marine ; ce titre les détermine exactement & de
maniere á s'aſſurer que ceux qui auront choifi
volontairement les profeſſions relatives à la Marine
, & qui les exercent , feront ſeuls foumis à
cette obligation , & qu'aucun d'eux auſſi ne
pourra s'y ſouſtraire ; S. M. accorde même des
délais avant le claſſement , des temps d'épreuve à
ceux qui veulent eſſayer ces profeſſions , & des
moyens d'obtenir le déclaſſement à ceux qui veulenty
renoncer.
Le titre 11 , des devoirs des gens claſſés &de
la police des claffes , réduit cette police à ce qui
eſt abſolument néceſſaire pour la sûreté du ſervice,
c'est- à-dire , aux moyens de ſuivre les mou-
-vemens des Matelots & de les trouver , lorſqu'on
aura beſoin de les employer , en laiſſant à tous
ceux qui ne feront pas lévés pour la Marine , la
plus entiere liberté de s'occuper à la navigation
marchande & à la pêche .
( 137 )
Titre 12 , des levées. L'Ordonnance de 1689
avoit diviſé les Matelots en plufieurs claſſes , pour
fervir alternativement ; cet ordre n'étoit pas ſuivi
depuis longtemps , & ne pouvoit plus l'être ; on
n'y avoit rien ſubſtitué. Ce titre établit un tour
de rôle régulier ; accorde des avantages aux peres
de famille & aux gens mariés ; permet des ſubſtitutionsdanscertains
eas ; regle les motifs d'exemp
tion,&détermine la formedes levées ; en ſorie
qu'il ne pourrayavoir rien d'arbitraire à cet égard,
&que chaque ſyndicat fournira toujours propor
zionnellementau nombre d'hommes qu'il contient.
Titre 13, de la conduite . Les Matelots & Ouvriers
levés avoient été juſques à préſent envoyés
ſéparément & fans ordre dans les ports , en forte
qu'on n'étoit jamais certain d'avoir tous les hommes
levés ,bien moins encore de les rafſembler au
moment où ils étoient néceſſaires ; cedéfordre ,
quiaproduit les plus grands inconvéniens pendant
la derniere guerre , & retardé des armemens , eft
corrigé par les diſpoſitions de ce titre , qui ordonne
que les levées de chaque quartier feront
réunies en troupes ,& fe rendront au lieu de leur
deftination ſous la conduite d'un Officier ; que les
logemens leur feront donnés ſur la route comme à
toutes les troupes en marche , & qu'il leur ſera
fourni des voitures pour letranſport des hardes :
ceRéglement concilie ainſi l'avantage des Mate
lots avec l'exactitude & la sûreté du ſervice.
Letitre 14, desGens de mer employés au com
merce , regle ce qui concerne les armemens des
Navires marchands , les obligations refpectives des
Capitaines de ces Navires & de leurs Matelots , &
contient pluſieurs diſpoſitions dont l'objet eſt de
prévenir la déſertion.
Le titre 15 ,des Gens horsde ſervice&des Inva-
Lides, détern ine dans un très-granddétail tout co
( 138 )
qui concerne les penfions ou ſoldes de retraite qui
feront accordées aux Matelots Invalides , les motifs
qui leur donneront le droit de les obtenir , &
la valeur de ces penſions proportionnelles aux
grades & aux ſervices ,& regle la maniere de les
diſtribuer par un état général divité en pluſieurs
clafies , ſuivant les divers motifs , & qui tera arrêté
à la fin de chaque année.
Titre 16 , des à- comptes. S. M. voulant pourvoir
à la ſubſiſtance des Matelots employés à ſon
ſervice , ordonne de payer par à- comptes pendant
leur abſence , le tiers de leurs ſalaires aux perſonnes
qu'ils auront déſignées lors des levées , indépendamment
des à comptes qui leur feront donnés
à eux mêmes en hardes pendant les campagnes.
Le titre 17 accorde des gratifications aux familles
des Gens de mer morts au ſervice de S. M.
ou tués ſur les Corſaires , & regle ces gratifica
tions.
Le titre 18& dernier , des Déſerteurs , adoucit
la rigueurdes peines prononcées par les anciennes
Ordonnances contre les Matelots déſerteurs , diftingue
les punitions qui leur feront infligées , fuivant
qu'ils ſe ſeront rendus plus ou moins coupables
, & regle tout ce qui eſt relatifà la déſertion
des Navires marchands.
Dans l'inſtant nous apprenons que M.
B'anchard , accompagné du Docteur Jefferies
, a traverſé la Manche ſur l'aîle des vents
& dans fon Ballon, & qu'il eſt deſcendu
Vendredi dernier , à 4 heures & demie , à 3
lieues de Boulogne.
PROVINCES UNIES.
LA HAYE , le 7 Janvier.
M. de Waſſenaër de Staremberg , Am- '
baſſadeur extraordinaire de LL. HH. PP.
( 139 )
1
auprès de la Cour de Ruffie , vient d'être
tappellé.
On parle d'un voyage que doit faire le
Prince d'Orange à Breda , où il tiendra un
Quartier général. Ce voyage , fubordonné
àpluſieurs circonstances imprévues , eſt , diton,
fixé à la fin de Février.
Le Mémoire remis par M. de Kalicheff,
Miniſtre de Ruffie au Préſident des Etats-
Généraux , & dont nous avons indiqué
l'objet , porte en ſubſtance.
Toutes les démarches de l'Impératrice , depuis
le commencement de ſon Regne , ayant toujours
été dirigées par l'amour de la paix & de la tranquillité
générale , S. M. I. ne fauroit voir avec
indifférence la ſituation fâcheuſe dans laquelle la
République ſe trouve de nouveau plongée.
Elle ne diſſimule point à LL. HH, PP. ſes ſentimens
pour S. M. l'Empereur des Romains , fon
ami & fon allié : Elle a auffi manifesté en tant
d'occaſions l'intérêt qu'Elle n'a jamais diſcontinué
de prendre au bonheur de la République , que
LL. HH. PP. ne peuvent enviſager que comme
une ſuite de ces diſpoſitions le regret avec lequel
S. M. I. a vu tout d'un coup interrompre les Négociations
amiables par des voies de fait qui ſemblent
ne laiſſer à l'Empereur d'autre parti à ſuivre
que celui que lui dicte le ſoin de ſa dignité compromiſe
à la face de toute l'Europe .
L'Impératrice guidée par la perfuafion de faire
une choſe agréable à la République , & defirant
prévenir des ſuites qui pourroient affecter le repos
général de l'Europe , a ordonné au Soufſigné ,
M. de Kalitchoff, d'inviter LL. HH. PP. de vouloir
bien, tandis qu'il en eſt temps encore , aviſer
auxmoyens que leur ſageſſe leur ſuggérera , pour
( 140 )
Ouvrir derechef les voies aux Négociations qui,
viennent d'être interrompues ſi malheureuſemente
&obvier par là aux progrès d'une méfintelligenc .
qui menacede dégénérer dans une guerre ouverte
Les conſidérations du bien-être de la République
, attaché à laconſervation de la paix d'un
côté ,& de l'autre les fentimens pacifiques que
S. M. l'Empereur atoujours fait paroître,&dont
il ne ſe départira qu'àla derniere extrémité , ne
laiſſent aucun doute à l'Impératrice que LL. HH.
PP., en donnantà ſes invitations , dictées par les
motifs les plus purs & les plus reſpectables ,le dégré
d'attention &d'égard qu'elles méritent , ne
prennentune réſolution digne de leur prévoyance,
&telle enfin qu'il en puiſſe réſulter un arrange
ment Glutaire & utile aux deux Parties .
Les Etats-Généraux ont répondu à cette note:
Ils témoignent dans cette réponſe leur ſenſibilité
aux exhortations amicales de l'Impératrice ,
rappellant en les juſtifiant, les actes qui ont eu lieu
fur l'Eſcaut , ainſi que la rupture des Négociaions
, par le rappel de l'Ambaſſadeur Impérial ,
& finiffent par exprimer leur defir de la repren
dre , mais de maniere à ce que les droits & pref
fions incontestables de la République foient confervés
avec la paix.
Au miken des préparatifs militaires qui ſe
font ici &chez nos voiſins, on évite toute
hoftilité réciproque. Nos vaiſſeaux mouillent
à Triefte fans étreinquiétés. Le convoi
d'artillerie , forti de Breda pour Berg- op-
Zoom , auroit pu être furpris par les Autrichiens
: le Prince de Ligne avoit même , à
ce qu'on dit ici, fait quelques difpofrions ,
àcet effet , lorſqu'une défenſe du Gouver
( 141 )
nement de Bruxelles les a rendues inutiles.
Le Dragon déſerteur du Régiment d'Arberg
, accuté d'un aſſaffinat , & réfugié à
Maſtricht , a été mis en liberté le jour de
Noël , après quelques ſemaines de détention.
Il s'eſt engagé dans un Corps -Franc ,
levé pour le ſervice de la République.
Vendredi dernier , nous avons perdu le
Général Major Martfeld , Chef des Ingénieurs
,& univerſellement regretté.
Le Duc de Mecklenbourg-Strelitz a offert au
Rhingrave de Salm , pour le Service de la République
, un Corps de mille hommes , moyennans
qu'en temps de paix , il reſte ſur l'état
de la République , quoique ſéjournant dans le
Duché de Mecklenbourg , & que le Prince tire
un ſubſide permanent pour cet objet. Le Rhingravede
Salm penſe qu'on obtiendroit les mêmes
conditions du Comte de la Lippe- Buckenbourg",
& peut- être d'autres Princes d'Allemagne. Le
Stathouder , ayant fait part de ces propoſitions
aux Etats-Généraux , LL. HH. PP. les ont foumiſes
à la décifion des Provinces.
Pendant le cours de l'année derniere , il eſt
mort , à Amſterdam , dix mille treis cens
&une perſonnes , par conséquent , onze cens
& cinquante de plus qu'en l'année 1783 , dont
le nombre montoit à neuf mille cent quarantequatre.
Oncompte auſſi qu'il y a eu pendant la même
année , à la Maiſon de Ville , 1222 Mariages
proclamés , & 757 Mariages célébrés ; le nombre
des Mariages dans les Egliſes Réformées ſe monte
àmille ſept cens quatre-ving-dix.
Pendant l'année derniere, il eſt entré , dans
le Port du Texel , 1534 Navires.
( 142 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 10 Janvier.
Notre Gouvernement vient de publier au
nom de S. M. I. un Acte d'amniſtie en faveur
de tous les déſerteurs , uniquement
coupables d'avoir abandonné les drapeaux.
Ce pardon aura ſon effet pour tous les foldats
qui rentreront au ſervice depuis le premier
de 1785 , juſqu'au mois d'Avril de la
même année. Ceux même devenus incapables
du ſervice militaire , feront compris
dans cette amniſtie , en revenant aux Pays-
Bas.
Les équipages de l'Empereur font attendus
ici d'un jour à l'autre , ainſi que la premiere
colonne des troupes en marche pour
es Pays-Bas. Le Régiment de Bender eſt
arrivé à Malines , & nous apprenons de Cologne
, que les régimens de Wurmfer &
d'Eftherazy , Huſſards , font arrivés à Deutz
fur le Rhin , le 30 du mois dernier.
CC Le Général des Pontonniers Autrichiens ,
>> écrit- on de Namur , le 15 du mois dernier , eſt
arrivé hier dans cette ville à 11 heures du ſoir.
>> Depuis ce moment , tout eſt en mouvement ,
> malgré la grande quantité de neige qui vient
>> de tomber. Les Officiers du Bailliage ſe ſont
>> tranſportés dans la forêt de Marlaque , poury
> faire couper le bois néceſſaire pour la conftruc-
» tion de 2 jo pontons ; àcet effeett,, la maisonde
>> campagne de Progondville ſervira de chantier.
1
( 143 )
Du côté de la porte de Fer, plus de 200 ouvriers
travaillent ſans relâche á faire des fafcines .
>> On continue d'établir des magaſinsde toute
« eſpece. Deux cens mille liv. de balles à moulquet
& 100 mille liv. de poudre à canon ont été
>> tranſportées de Luxembourg par cette ville .
>> Nous ſommes ici dénués de garniſon.
>> L'Ingénieur du Brono eft arrivé à Namur ;
>> on répare ſous ſa direction tous les grands chemins
.
On travaille ſans relâche à la formation
des magaſins à Tournay & à Mons. Dans
cette derniere ville , on a même employé
quelques Egliſes à cet uſage.
Il eſt entré pendant l'année derniere 1784 ,
dans le port d'Oſtende , 1309 navires .
Articles divers tirés des Papiers Anglois & autres.
Le dernier Ouvrage publié par M. l'Abbé de
Mably , fur les Conſtitutions des Etats -Unis de
l'Amérique , a révolté les Américains contre cet
eſtimable Ecrivain. Dans pluſieurs Etats , on l'a
pendu en effigie , comme ennemi de la liberté & de
la tolérance ,& ſon Livre a été traîné dans la boue-
Ce traitementqui pourra paroître plus honteux en.
core pour ceux qui l'ont infligé,que pour celui qui
en eſt l'objet, prouve du moins que les Américains
n'aiment pas qu'on leur donne des avis.
On recrute avec la plus grande activité dans les
fauxbourgs de Vienne; &plus de 200 Perruquiers
ont été enrôlés . On aſſure que des 80 mille Ruffes
qui ſe trouvoient ſurles frontieres de la Pologne ,
30mille ſe ſontdéja avancés dans la Pologne Av.
trichienne. [Gazette de Deux-Ponts , numéro 1. ]
LeGénéral de Maaldam,Gouverneur deBreda,
:
( 144 )
érant venu contre toute attente àla Haye, dans le
tems qu'on eût cru qu'il attendoit l'arrivée des fufee
ditestroupes, on ne fauroit que penſer de cette apparition
inopinée. ( Idem. )
On dit à Vienne qu'il eſt queſtion d'envoyer
40,000 hommes du côté de l'Alface , pour y obfer
ver l'arméeFrançoise. [ Nouv. d'Allemag.n°.CCIV.
La Ruffie doit avoir offert ſes forces de mer à
l'Empereur ; on dit même qu'elle a fait remettre
une note au Roi de Pruſſe , dans laquelle eile dé
clare que , vû la juſtice desprétentions de l'Empereur,
ellel'aſſiſteroit de toutes ſes forces. [Gazette
d'Erlang, Nouvelliſte d'Allemagne . ]
M. de Bougainville ayant été fait priſonnier à la
priſe de Quebec , s'embarqua pour l'Europe a bord
d'untranfpert, commandé par un Ecoffis , nommé
Chriftie. Peu de jours après avoir mis a la voile, le
bâtiment fit naufrage ſurunepartie déſerte des côtes
de la Nouvelle-Ecoffe. Tout l'équipage eut le
bonheur de gagner le rivage ; mais avec fort peu de
provifions. Dans lecours de leurvoyage pour retourner
à Quebec , ils furent réduits à la cruelle
néceffité , n'ayant plus de comeſtibles , de tirer au
fort pour voir celuiqui ſeroit mis à mort , afin de
prolonger la vie des autres. Le Capitaine Chriftie,
avec une éloquence quiauroit fait honneur au plus
grandOrateur,détermina ſes camarades affamés à
excuferM. deBougainville de courir les riſques du
hafard; car, ajouta t-il ,fi le lot fatal tomboitJur
>> lui , tout ce que nous pourrions dire àses compatriotes
ne les diffuaderoit point que nous ne l'ayons af-
>>faffiné. » En conséquence , on diſpenſa M. de
Bougainville , à trois différentes repriſes , de tirer
au fort; car les malheureux qui formoientl'équipage
du bâtiment , ſe virent obligés autant de fois
d'avoir recours a ce terrible expédient pour ſubſiſter.
[Gazette d'Utrech , numéro 105. ]
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 JANVIER 1785.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ETEN PROSE.
RÉPONSE à toutes les Réponses que l'on
m'a faites au sujet de la Harpie.
QUAUANNDDJj'oſai peindre laHarpie,
Ma Muſe me diſoit tout bas :
Femme douce , aimable & jolie ,
Te ſourit& ne t'en veut pas.
Celle qui ſe croit offenſée
Affiche un courroux indiſcret;
Que t'importe ſi l'inſenſée
Prend un tableau pour un portrait ?
(Par M. Hoffman. )
Nº. 4 , 22 Janvier 1785 . G
146 MERCURE
RÉPONSE à M. HOFFMAN.
UN
N mince Auteur de minces épigrammes ,
Où dans dıx vers il fait loger l'ennui ,
Pour qu'une fois on s'occupe de lui ,
Vient à Paris calomnier les Dames .
Petit méchant , ceſſez de nous noircir ;
Je gagerois qu'aucune de nos femmes
Ne vous a fait l'honneur de vous hair.
(Par lui-même. )
Autre par lui -même encore.
L'A'AUUTTEEUURR de la méchanceté
Qu'on imprima contre les Dames ,
En fut fans doute inaltraité ,
Témoins les Muſes ,qui ſont femmes. *
CHANSON.
AIR : Ce fut par la faute du fort.
Tof ſeule , jeune &belle Églé ,
Aux refus ſais donner des grâces ;
t
* Note du Rédacteur . Pluſieurs Dames ayant exigé de
M. Hoffman une Épigramme contre lui-même, en expiation
de celle de la Harpie , il fit les deux qu'on
vient de lire ; c'eſt lui-même qui nous a priés de les rendre
publiques.
DE FRANCE. 147
La ſageſſe & la volupté
Ne s'accordent que ſur tes traces ;
Sans effaroucher les defirs ,
Tu fais faire aimer l'innocence ;
Tu fais enchaîner les plaifirs
Sans les noeuds de la jouiſſance.
DE L'AMOUR , ton ſouris touchant
Captive les goûts infidèles ;
A tes genoux ce tendre Enfant
Semble ignorer qu'il a des aîles;
Soumis pour la première fois ,
Il chérit ton heureux empire ;
Aux autres il donne des loix ,
Et près de toi ſeule il ſoupire.
ÉCLÉ , ce triomphe eſt plus beau ,
Mais est moins doux qu'une défaite :
Laiffe cet efclave nouveau
Dans ton coeur choihr ſa retraite :
Faite pour fixer tous les yeux ,
On doit aimer quand on fait plaire ;
De l'Amour ſi tu crains les feux ,
Pourquoi reffembler à ſa mère ?
(Par M. Richard , de la Flecke.)
Gij
48 MERCURE
VERS pour la Pyramide projettée par le
Corps Municipal de Calais , à la gloire de
MM. BLANCHARD & GEFFERIES.
AUTUATANNTT que le François , l'Anglois fut intrépide;
Tous les deux ont plané juſqu'au plus haut des airs ;
Tous les deux , ſans navire , ont traverſé les mers :
Mais la France a produit l'Inventeur * & le Guide.
(Par M. de la Place , Citoyen de Calais. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Tic- Tac ; celui
de l'Enigme eſt Montre; celui du Logogryphe
eſt Charité , où l'on trouve chat ,
Tir, ah, eh , thé , Cité , Rhé , char , cri ,
archet , air.
MON
CHARADE.
On premier , pour bien des maris ,
Eſt un ſujet de perfifflage ;
Des vers que j'adreſſe à Cloris
Mon ſecond a tout l'avantage ;
* Le célèbre Montgolfier , Inventeur de l'Aréoſtar.
DE FRANCE.
149
Mon tout , Lecteur , eſt au village
Cequ'un orcheſtre eſt à Paris.
(ParM. le Vicomte de Mélignan. )
ÉNIGME.
JE fuis , quoique piquant , le favori d'Iris ;
De ſes fréquens baiſers pas un ſeul ne me touche ;
Je ne mange jamais ; vous ferez donc ſurpris
Que je prenne le pain & l'ôte de ſa bouche.
(Par M. Bouvet , à Gifors . )
LOGOGRYPH Ε.
L''AAAIIRR eſt mon élément ,
Ou , pour parler plus clairement ,
Je ſuis un être allé. Cinq pieds font ma meſure ,
On tu dois ſans efforts trouver à l'aventure
Le mois chéri de Flore ; un fleuve bienfaiſant;
Une ville opulente au nouveau continent ;
Ce que l'on fait toujours lorſque l'on veut médire.
Je finis , auſſi bien je n'ai plus rien à dire .
(Par M. Berthier , Officier au Rég. de Picardie. )
Giit
150 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES d'un Cultivateur Américain ,
écrites à W. S. Ecuyer , depuis l'année
1770 jusqu'à 1781 , traduites de l'Anglois
par ***, A Paris , chez Cuchet , rue &
hôtel Serpente.
:
LE titre ſeul de cet Ouvrage en promet
un intéreſſant , puiſque c'eſt un Livre fur
l'Amérique , par un Américain. I ne faut
plus entendre par l'Amérique , comme
Tobſerve l'Auteur , ni nos Iles à fucre , ni
les contrées qui fourniſſent de l'or aux deux
Mondes. La véritable Amérique eſt ce vaſte
continent qui a commencé le dernier à ſe
peupler , qui s'eſt peuplé des victimes de la
perfécution religieuſe & de l'oppreffion civile
chez tous les peuples , qui s'eſt formé
aux vertus , en plaçant toutes les eſpérances
dans l'Agriculture ; qui a été préparé à une
bonne civiliſation par l'influence du plus
étonnant Gouvernement de l'Europe ; car
l'Angleterre, aura la gloire d'avoir créé des
peuples dignes de fecouer ſon joug , lors
même qu'elle eſſuyera le reproche de les
avoir forcés à l'indépendance , par l'oubli de
ſes propres maximes. Là , les anciens crimes
de l'Europe dans le nouveau Monde , s'expient
par la plus religieuſe pratique de l'hu
DEE FRANCE. 151
manité&de la tolérance , ſi le comble de la
barbarie & de l'injuſtice peut jamais s'expier.
Là, les plus prodigieux accroiffemens de la
population réparent un peu la plus horrible
dévaſtation. Là , à chaque inſtant des pas
d'hommes s'impriment pour la première
fois dans les éternelles ſolitudes de la nature ,
où l'homme , en avançant fans ceffe dans fon
immenſe domaine , le voit fans celſe ſe reculer
& s'étendre. Là , toute l'énergie de la
Nature brutte s'offre en contraſte avec la
vigueur des ſociétés naiſſantes. Les Nations
qui ont pris poffeffion de ces contrées , font
par intérêt autant que par inclination , amies
du monde entier; leur proſpérité eſt dans
le nombre des citoyens qu'elles acquièrent
chaque année , leur gloire dans leurs bienfaits
pour tous ceux qui cherchent des ſecours&
un aſyle. Ailleurs , les Européens
arrivent pour s'enrichir ; & ils n'apportent
que les vices de la cupidité. Ici , ils viennent
acquérir par le travail une douce & libre
fubliſtance; & ils prennent toutes les vertus
qui tiennent aux exercices du corps & à la
modération de l'âme. Ailleurs , les Européens
ne ſe repoſent jamais dans leur première
fortune , toujours impatiens d'une
plus grande , parce qu'ils tournent inceffamment
leurs penſées & leurs deſirs vers leur
ancienne patrie. Ici , ils prennent par goût ,
par habitude , par néceſſiré , les principes &
les moeurs d'un pays où ils viennent vivre &
mourir. Aufſi vous y voyez des peuples qui
Giv
112 . MERCURE
:
ont une phyſonomie à eux , le caractère de
leur ſituation naturelle & politique ; & ce
caractère est tout ce qu'on peut deſirer de
meilleur. Remarquons l'heureuſe ſingularité
qui diſtingue ces peuples. Dans un état de
ſociété où tout ſent la naiſſance des chofes ,
ils ont déjà la maturité des vieilles Nations.
Une ſorte de perfection caractériſe leur origine.
Ils ont encore pour la plupart des
moeurs pures & fimples ; & déjà tous les
Arts utiles& la Philofophie même fleuriffent
parmi eux. Tout ce qui eſt bon naît chez
eux de lui-même. Tout ce que nous avons
d'utile & de malfaiſant tout enſemble , s'y
épure. Tout croît & ſe développe chez eux
dans un ordre particulier. Ils ont des bibliothèques
publiques & point de théâtres. Ils
ont de grands Écrivains en politique , d'excellens
Législateuts; & ils commencent feulement
à avoir des Poëtes. * Les plus riches
*Cette obſervation n'eſt pas plus un éloge qu'une
critique; il étoit naturel que des peuples pareils commençaſſent
par la raiſon plutôt que par l'imaginatien.
Voici le moment pour eux de s'illuftrer par la
poéfie; elle est faite pour les temps du bonheur &
de la gloire , & elle peut s'allier avec les moeurs
comme avec la corruption ; la conquête de leur
liberté ſera pour les Américains ce que la conquête
de Troye fut pour les Grecs. Elle vient déjà d'être
chantée par un des Guerriers qui y a concouru . M. le
Colonel Hamfriſe vient de publier fur ce ſujet un
petit Foëme plein de verve &de ſenſibilité , & on en
annonce un plus conſidérable qui s'achève.
DEFRANCE. 153
Y
Colons, parmi eux , conduisent la charrue
de leurs mains ;& les plus pauvres connoiffent
les inventions de l'Europe dans l'agriculture
, & s'inſtruiſent dans la ſcience du
Gouvernement. Ce ne font pas quelques hommes
ſupérieurs & rares qui leur ont tracé
leurs Loix & leurs Conſtitutions; ils les ont
reçues & délibérées eux- mêmes dans leurs
Alfemblées Nationales ; & jamais les droits
de l'homme & du citoyen n'avoient été ni ſi
bien poſés , ni fi bien éclaircis. Voilà la véritable
Amérique. Un grand événement qui
vient de s'y achever, donne encore à ces peuples
la prééminence de ce titre. Ils viennent
de conquérir leur liberté. Deſormais l'Amérique,
comme avant ſa dévaſtation , va pofſéder
des hommes indigènes. Le ſol qu'ils
foulent eſt à eux ; ils n'ont plus de loix que
celles qu'ils ſe ſont données eux mêmes.
Du haut de leurs côtes , en contemplant
cette mer , qui , pendant tant de ſiècles ,
avoit empêché les deux hémisphères de s'entrevoir,
même par la penſée, ils peuvent mêler
l'orgueil de l'indépendance civile aux doux
mouvemens de la bienveillance fraternelle.
Quoique cet événement nous ait vivement
frappés , il me ſemble que nous n'en recevons
pas encore toutes les idées qu'il eſt fait
pour infpirer. Depuis la découverte de Colomb,
il ne s'eſt rien paſſe de plus important
dans tout le genre humain. C'eſt à ce mo
ment qu'on reconnoît bien cette deſtinée
Gv
154 MERCURE
éternelle , qui tranſporte inceſſamment la
gloire & le bonheur des Nations d'une zone
à une autre , qui fait que tout naît & profpère
dans un lieu , tandis que tout s'ufe &
périt dans un autre. Si l'ancienne Egypte ,
encore fameuſe par une civiliſation qui a
préſidé à celle des autres pays , eut , comme
on le dit , de véritables ſages , des hommes
capables de lire dans les événemens préfens
le fort futur des peuples , quelles durent
être leurs penfées , lorſqu'ils virent toutes
les Nations de la Grèce ſecouer le joug des
tyrans , organifer leurs fociétés par de belles
loix , adopter les moeurs de l'heroïfme, ouvrir
enfin ces beaux ſiècles qu'ils ont remplis
de l'éclat de leurs talens & de leurs vertus !
des eſpérances auſſi grandes peuvent entrer
dans l'âme de ceux qui méditent la révolution
qui vient de s'accomplir fous nos yeux.
Il eſt beau , il eſt doux d'aſſiſfter à Porigine
des grandes choſes. Heureux les hommes
d'aujourd'hui qui verront finir le ſiècle qui
s'écoule, ſans ſe ſentir conduits eux-mêmes au
terme de leur décadence ! le ſiècle ſuivant
leur promet un noble ſpectacle. Voilà d'un
côté la démocratie, preſque bannie du monde
ancien , qui renaît dans le nouveau . Voilà de
l'autre toutes les connoiſſancesdes générations
accumulées qui s'y tranſplantent. Que doitil
réſulter de ce mêlange ? Est-ce l'augufte
caractère des moeurs libres ? eſt-ce la magnificence
de la civiliſation corrompue qui préDE
FRANCE.
155
2
vaudra ? C'eſt ce qu'on ne peut encore dé
cider. Mais c'eſt au moins le moment de
faire des voeux ardens pour que l'Amerique
choififfe la véritable grandeur , & qu'eile
renouvelle les plus beaux temps du genre
humain. -
Elle est donc bien intéreſſante à étudier
dans ce moment ; les Loix qu'elle s'eſt deja
données ont obtenu une grande attention ;
&il importe qu'elles faffent beaucoup écrite .*
Mais on ne peut ni bien entendre celles qui
exiftent , ni indiquer celles qu'il convient
d'établit , ſi l'on n'eſt bien inſtruit des moeurs
de ces pays ; & c'eſt là l'objet & le merite
particulier du Livre que j'annonce .
Dans l'un des volumes qui compofent
l'Ouvrage , l'Aureur nous donne une defcription
de chacun des États - Unis. D'autres
ſe ſont arrêtés ſur ces objets en Po-
* Le voeu que je forme ici commence à ſe remplir
d'une manière bien diftinguée. Il paroît dans ce
moment deux Ouvrages aufli utiles qu'intéreſſans fur
les Conftitutions des États- Unis ; l'un eſt les Obfervations
de M. l'Abbé de Mably ; l'autre , celles du
Dofteur Prece. Dans ces dernières , est une Lettre
digne de l'âme & du génie d'un des plus grands
Hommes qui ayent paru dans notre Nation. Je
connois auſſi une autre Lettre fur ce ſujet , pleine de
grandes vûes & des meilleurs principes. Elle est d'un
de nos Jurifconfultes les plus reſpectés . J'oſe l'inviter
ici à la rendre publique. On attend aufli un Diſcours
far l'ordre de Cincinatus , par un homme d'un talent
célèbre.
Gvj
156 MERCURE
litiques qui examinent la puiſſance relative
, les reffources du territoire , balancent
les avantages & les inconvéniens du
Gouvernement. Notre Auteur prétend à
moins de gloire , & cherche une autre efpèce
d'utilite. Il examine auſſi le commerce ,
la population , les religions de chaque pays ;
mais il ne juge rien ; il dit ce qu'il a appris
en parcourant les lieux , très-ſouvent ce qu'il
a vû lui-même. Il quitte volontiers les villes
pour ſe répandre dans les campagnes , qui
là , par la prépondérance civile , comme
pour l'utilité réelle , font eſſentiellement la
patrie. Il entre dans les plus fimples habitations
, dans les fabriques , les atteliers les
moins renominés , voyageant à pied , à la
manière des anciens ſages , recevant l'hofpitalité
, & laiſſant des amis par-tout où
quelqu'objet l'arrête. Il nous fait connoître
combien l'agriculture & l'induſtrie ſont déjà
actives & créatrices dans ces lieux . Mais il
eft le Poëte de l'Amérique , comme il en eft
'Hiſtorien. Son âme ſenſible, ſon imagination
ardente ſe ſaiſiffent de toutes les ſcènes
qui le frappent & l'émeuvent. Tantôt il
nous offre le tableau de l'Européen , qui a
déjà mérité , & qui recueille déjà tout le
bonheur propre à ſa nouvelle patrie ; il nous
montre un vaſte domaine défriché en dix
ans l'opulence champêtre raſſemblée autour
d'une bonne maiſon , qui a commencé par
être une cabane d'écorce de bois ; une nombreuſe
famille bien gaie&bien laborieuſe ,
DE FRANCE. 157
où il n'eſt pas aiſe de diſtinguer les domeftiques
des enfans , la femine douce & économe
, ſans qui rien n'eut proſpéré , & par
qui tout le monde est content , des fils , des
filles qu'il faut pourvoir , & qui reçoivent
pour dot un terrein plus enfoncé dans les
bois, les premiers ſecours de l'agriculture &
l'exemple de leur père. Ailleurs , il nous repréſente
le pauvre qui manquoit d'un toit ,
d'un vêtement , dont le rigoureux travail lui
obtenoit à peine le pain de la journée , arrivant
dans cet aſyle de toutes les Nations , de
toutes les Religions; il nous trace les progrès
de ſa petite fortune , ou , pour employer
une expreffion plus convenable , de ſon établiſſement
: d'abord il eſt obligé d'amaſſer
un petit pécule , d'apprendre les Arts da
pays, d'y mériter l'eſtime & la confiance ,
en travaillant pour les autres. Mais bientôt
il poſsède plus de terres que le Seigneur du
village où il étoit né; de ſerf qu'il s'eſt vû ,
il ſe voit franc-tenancier ; ne craignant plus
les impôts & les ſervitudes: il dit avec un
doux orgueil: Mes moiſſons & ma maison ; &
s'il fort de ſes champs , ce n'eſt plus pour
alier livrer la récolte des grains qu'il a ſemés ,
c'eſt pour faire enregiſtrer les noms de ſes
nouveaux enfans dans les archives de la
Comté, & pour voter lui-même dans les
affaires publiques. A côté de ces hommes
touchans par leur bonheur , il place des
hommes ſouvent fublimes , toujours refpectables
: ee Jean Bertrand , digne que les
rs 8 MERCURE
voyageurs ſe détournent pour voir réunis en
hui les vertus patriarchales & le génie de nos
fciences; cet Antoine Benelet , ce Millionnaire
de l'humanité , qui quirta pendant pluſieurs
années ſes foyers & fes enfans pour
aller prêcher à toute ſa Secte l'affranchiffement
des Negres , & qui , plus heureux
que le ſage Las - Caſas dans ſes ſupplica- .
tions pour les Indiens , n'a pas défendu en
vain cette belle caufe; ce bon Walter Miflin
, autre digne membre de la fociété des
amis, autre apôtre de paix & de douceur, qui
s'en. va , à travers tous les dangers de la
guerre , ſommes les deux Généraux des Armées
ennemies , au nom de l'humanité &
de la Religion , d'épargner , autant qu'ils le
pourront, l'effufion du ſang humain ; ce ſenfible
& reconnoiffant Martin , qui adopte ,
par une cérémonie folemnelle , le fils du
Sauvage qui lui a retrouvéſon enfant. Mais ,
hélas ! dans quel pays ne rencontre- t'on pas
des malheurs &des crimes ! & combien furtout
la guerre civile en amène ! L'Auteur a
vû , a éprouvé des choſes qui font frémir.
On ſent ici que fon âme a beſoin de foulager
une profonde douleur , une vive indignation.
Il nous repréſente l'habitant des
frontières attendant de moment en moment
l'arrivéede ces hommes, qui ont accepté pour
devoir de mettre tout un pays à feu & à
fang. Il nous le montre ſe relevant d'effroi
au milieu des nuits , & quelquefois defirant
que fon heure ſoit venue , afin d'échapper
DEFRANCE. 159
,
au tourment de l'inquiétude par le courage
du déſeſpoir ; ayant pour toute confolation ,
dans les jours de calme , les larmes de fa
femme , qui le preſſe en filence dans ſes
bas , & les fonges de ſes enfans qui ont vû
Pincendie de la maiſon , & entendu les derniers
cris de leur mère frappée du terrible
caffe-tête. On ſe ſent un peu foulagé de tant
d'horreurs, lorſqu'il nous ouvre la confcience
d'un de ces fatellites féroces , devenu enfin
ſenſible par la terreur na urelle au crime
&cherchant vainement le repos de fon coeur
dans le ſouvenir d'un ſeul acte de c'émence.
Cependant ſes bénédictions viennent fouvent
adoucir ces affreux récits ; il peint des
hommes , il dit des faits qui honorent 1 humanité
, & qu'on ſe félicite de voir arrachés
à un oubli trop ordinaire. C'est la diftinction
particulière des guerres civiles , d'exalter la
pature humaine dans le bien comme dans le
mal. Au milieu de ces événemens , de ces
ſcènes contraires , il fait ſouvent parler &
agir deux eſpèces d'hommes , qui méritent
un intérêt particulier , les Nègres & les Sauvages
: on les voit toujours mêlés aux vertus
& aux vices qu'il décrit , & y confervant des
caractères qui ne font qu'à eux . Mais il eſt
un perſonnage que l'on cherche ſans ceffe &
qu'on retrouve toujoursavec unnouveau plaifir,
c'eſt l'Auteur lui-même , c'eft cet homme
d'un caractère ſi ſimple , d'une âme ſi énergique
, d'une vie ſi active , qui ſouvent
n'ayant pas d'aventures plus remarquables à
160 MERCURE
raconter que les ſiennes mêmes , ne connoît
pas plus l'art de ſe cacher dans ſes récits que
l'envie de ſe montrer ; & qui joignant aux
moeurs de l'Amérique la vive imagination
d'un voyageur exercé par des deſtinées trèsdiverſes
, eft par-tout le défenſeur des opprimés
, le confolateur de ceux qui ſouffrent ;
auffi propre à exhorter à la mort l'homme
qu'un arrêt inique envoie à l'échafaud , qu'à
riſquer ſa vie pour celui que ſes ennemis
pourſuivent . Toutes ces ſcènes, où on le voit
lui - même , intéreſſferont particulièrement
un grand nombre de perſonnes qui font devenues
ſes amis ou ſes bienfaiteurs , dans le
féjour qu'il vient de faire en France. En le
retrouvant dans ſon Livre tel qu'ils l'ont
connu , ils ſe ſauront gré d'avoir ſu apprécier
, attirer vers eux, par leurs qualités aimables
, par leurs nobles procédés , un homme
que l'elegance de nos moeurs devoit naturellement
effaroucher. S'ils ont eu le bonheur
de réparer les maux que la guerre lui
avoit faits, il a emporté dans ſon coeur celui
de les mieux connoître , de les chérir , de les
honorer. Il fait éclater dans ce moment ſa
reconnoiſſance de la manière qui convient
le mieux à fon caractère , & qui ne pouvoit
appartenir qu'au pays' qu'il habite ; il inſcrit
leurs noms fur les parties d'un canton qui
s'élève fous ſes yeux , & qui , ſitué fur le
grand chemin de la population , ( j'employe
une expreffion où on le reconnoîtra ) relevera
un jour la gloire de ces noms par ſa
propre célébrité.
DE FRANCE. 161
-
Tels font les droits de cet Ouvrage à une
grande attention du Public. Il faut cependant
prévenir les Lecteurs que s'ils veulent
regarder plus aux formes qu'aux chofes , ce
Livre pourra quelquefois leur déplaire &
même les rebuter. Il est peu d'Ouvrages utiles
& intéreſſans où l'on ſente davantage les
défauts qui tiennent à l'oubli , ou plutôt à
l'ignorance de l'art. Pour excuſer l'Auteur ,
il ſuffit de ſe le repréſenter tel qu'il eſt ; un
jeune François qui s'eſt trouvé en Amérique
à l'âge de 22 ans , qui s'y eſt adonné , non
aux Sciences & aux Arts , mais à un éta blifſement
de culture , qui n'a interrompu ce
genre d'occupations que pour parcourir en
voyageur agriculteur une partie du continent
Américain ; n'ayant jamais écrit que pour
ſe rappeler les choſes qui l'avoient frappé ;
tout-à-coup excité par quelques amis à publier
ſes pensées & ſes ſouvenirs; ayant écrit
d'abord en Anglois , ayant enſuite traduit ſon
Ouvrage, en rapprenant la langue de ſon enfance
; & qu'on voye s'il eſt juſte de demander
à un tel Écrivain de la correction ,
de la méthode , un choix toujours juſte
d'idées & d'expreſſions. Il faut donc lui paffer
de fréquentes répétitions , des réflexions
ſouvent communes , trop de dérails , des détails
trop longs , un ſtyle négligé , ſouvent
bizarre , preſque toujours des termes inufités
, des tournures étrangères. Il eſt d'autres
qualités plus importantes dans un Ouvrage
de la nature de celui-ci , & qui s'y font ſen162
MERCURE
1
tir à chaque inſtant, ce ſont des choſes vraies
& neuves , de la juſteſſe dans les vûes , de
la ſenſibilité &de l'imagination dans le ſtyle ,
un mê ange piquant de l'originalité propre
aux objets & de celle qui n'appartient qu'à
l'Auteur. Comme tous les hommes qui n'ont
que du talent naturel , il n'eſt à ſon aife , il
n'a tous ſes avantages, que lorſqu'il décrit ou
qu'il cède la parole à des perſonnages.On ne
trouve pas dans ſes ſcènes l'art des effets ,
mais une fidélité précieuſe , une naïveté touchante
& refpectable. Il faudroit ſouvent
bien peu de chofes pour leur donner ce charme
entier & continu que les homines d'un
talent cultivé peuvent ſeuls répandre dans
leurs productions . Malgré les défaurs de ce
Livre , je crois que les événemens & les tableaux
qui y font préſentés ne mériteront
pas moins l'attention des Poëtes que celle
des Philofophes. Si les Philofophes ont beſoin
d'objets nouveaux pour étendre leur efprit,
les Poëtes ont beſoin de rajeunir leur
talent par de nouvelles images , de nouvelles
impreſſions. Quel pays plus que l'Amérique
peut maintenant parler à l'âme & émouvoir
limagination ? Son fol préfente , dans le plus
grand des ſpectacles , le plus beau des contraffes
, toute la puiſſance de l'induſtrie humaine
au milien de la majeſté primitive de la
nature ; & fes moeurs réuniffent quelque
choſe de la fimplicité antique aux lumières
& aux créations merveilleuſes de l'eſprit
moderne. Auffi , dans ſon enthousiasme ,
DE FRANCE. 163
l'Auteur va juſqu'à accuſer d'une grande
mépriſe les voyageurs Europeens , qui , au
Tieu de venir contempler en Amérique le germe
primordial des choses , & les progrès d'un
peuple éclairé & nouveau , vont deſſiner en
Italie les monumens de la décadence & les
ruines d'un peuple ancien. Ne feroit-il pas
plus doux & plus noble , s'écrie-t'il dans ſon
Ayle poétique , de venir admirer nos villes
alignées,propres & commerçantes ,que d'aller
vifiter quelque temple ruiné, parmi des
décombres ménacons,& dans des lieux où l'on
ne rencontre plus que le buifſſon du defert ,
t'herbe de lafolitude & lefilence de la dépopulation
? Ceft ainsi qu'il avertit nos Arts ,
ainti que notre Philoſophie, d'une grande
conquête qu'ils ont à faire. Il me semble
que ce mouvement d'une âme patriotique
renferme une grande vérité& uneleçonutile.
Un de nos premiers Écrivains , de ceux
qui ont le mieux montré combien la Poéſie
&la Philofophie pouvoient s'embellir &
même ſe perfectionner l'une par l'autre ,
après avoir employé toutes les richettes du
ſtyle oriental dans un genre d'apologues ,
dont il eſt l'inventeur parmi nous , nous
avoit déjà appris comment on ponvoit créer
un nouveau genre de Littérature avec les objets&
les moeurs qu'offre l'Amérique. Il a
parfaitement exécuté ce qu'il avoit fi heureuſement
conçu , dans le petit morceau de
Labbenaski , dont le fond eſt une expreffion
fublime échappée à l'âme d'un Sauvage , &
164 MERCURE
dans le Conte de Zimeo , dont le Héros eſt
un Nègre , & où ce Nègre ſe trouve un grand
caractère par les deux paſſions de ſon eſpèce ,
l'amour & la vengeance , & un homme éloquent
par cette ſenſibilité phyſique , encore
p'us vive dans cette race d'hommes. Les
moeurs paiſibles des Quakers , & la peinture
des fires delicieux de la Jamaïque , font reffortir
encore davantage l'impétuoſité d'une
âme Africaine. Cet intéreſſant Ouvrage a de
plus le mérite d'être une des plus pathétiques
réclamations contre l'eſclavage des
Noirs. On ne peut eſpérer ſouvent des Ouvrages
d'un goût fi exquis & d'un talent fi
original. Mais le Livre de M. de Crêvecour
nous indique des drames de ce genre , & il
fournit les ſentimens & les couleurs qui leur
font propres.
Je me ſuis trop long-temps arrêté à parler
des objets de ce Livre; il étoit difficile de ſe
refufer à ces réflexions. Je fatisferai bien
davantage les Lecteurs , en leur faiſant connoître
le Livre par des citations. Pluſieurs
anecdotes ont déjà éré inférées dans ce Journal
, avant la publication de l'Ouvrage , cependant
je fuis encore embarrafle dans le
choix des morceaux que je dois offrir .
On aimera fans doute à connoître le fort
&la fituation de ces hommes que la misère
a chaffés de leur pays ; il eſt doux d'apprendre
qu'il eſt un monde entier où ils peuvent
trouver l'aiſance & la liberté.
DE FRANCE. 161
Ce beau pays n'est peuple que de ceux
qui poſsèdent le ſol qu'ils cultivent , mein-
» bres du Gouvernement auquel ils obéil-
ود fent. Notre diſtance de l'Europe ajoute
>> encore à notre utilité & à notre impor-
» tance , comme hommes & comme ſujers.
>> Qu'auroient fait nos pères , s'ils étoient
→ reſtés ſur leur ſol originaire ? Ils auroient
> contribué peut-être à prolonger des convulfions
qui l'avoient déjà ébranlé trop
> long-temps. Mais chaque Européen indul
>> trieux , tranſporté ici , peut être comparé
→ à un rejeton né au pied d'un grand arbre ;
>>il ne jouit que d'une très-petire portion
de ſève; qu'il ſoit enlevé du tronc pater-
• nel & tranſplanté , il s'accroîtra & portera
du fruit. C'eſt donc ici que les fai-
>> néans peuvent être employés , les inutiles
>> rendus néceſffaires , les pauvres menés à
"
ود
l'aiſance & à la richeſſe. Par-là je ne veux
- point parler de l'or & de l'argent ; nous
n'avons que peu de ces métaux; je veux
dire une eſpèce de richeſſe bien plus durable
, des champs défiichés , des beſtiaux ,
» de bounes maiſons , de bons habits , &c.
"
"
ود Eſt-il donc étonnant que ce pays préſente
tant de charmes , & tente ſi puiſ
ſamment tous les Européens qui y vien-
>> nent ? Un voyageur est étranger en Eu-
>> rope , auffitôt qu'il a quitté les limites de
2
ſon Royaume. Il n'en eſt pas de même
>> ici ; proprement parlant , nous ne con-
> noiffons point d'étrangers ; car c'eſt ici le
166 MERCURE
ود
ود
pays de tout le monde. Apeine un Europeen
eft-il arrivé , qu'involontairement il
> ouvre les yeux fur la riante perſpective
>> qui s'offre à lui; par-tout il voit l'induſtrie
ود la plus active ; il voit le bonheur & la
>> paix répandus par-tout ; il ne voit point
» de pauvres dont la détreffe lui navre le
>> coeur ; preſque point de punitions ni
d'exécutions publiques : ſans le vouloir,
>> cet Européen s'attache à un pays où tout
>> lui paroît fi aimable.
د
» Quand ce même homme étoit en An-
>> gleterre , il n'étoit alors qu'en Angleterre ;
>> ici , il marche ſur la quatrième partie du
> globe ; il peut obſerver les productions
"
6
du Nord , le fer , les goudrons , les bois
de conſtruction , &c. Là , les proviſions
>> de l'Irlande , les boeufs , les ſalaiſons , le
beurre & les fromages ; ici , les grains de
>»>l'Égypte ; là, l'indigo & le riz de la Chine.
ود
ود Il ne ſe trouve pas entouré d'une ſociéré
>> trop nombreuſe , où toutes les places
" font occupées ; il ne ſe reſſent point de
>> ce conflict perpétuel , qui , en Europe ,
renverſe tant de familles. Le champ eſt
vaſte parmi nous ; il y a de la place pour
>> tout le monde , & il y en aura pendant
ود
"
ود bien des ſiècles à venir. Ce pauvre Eu-
>> ropéen qui arrive , n'eſt-il qu'un journa-
"
ود
lier fobre & induſtrieux ; il n'a beſoin ni
de prendre beaucoup d'informations ni
>> d'aller bien loin ; il trouvera à ſe louer ,
» ou au mois , ou à l'année; il ſera bien
DE FRANCE. 167
» nourri , car ici tout le monde vit des
meilleurs alimens , & recevra un ſalaire
bien plus confiderable qu'en Europe. Je
ود
ود ne veux cependant pas dise que tous ceux
>>* qui viennent ici , y deviennent riches :
>> non; mais ils ſe procureront une fubfif-
>> tance douce , aifee & décente , pourvu
» qu'ils foient induſtrieux.
ود
ود
"
N
>> Maisti , jouifiant d'un honnête loiſir &
de l'indépendance , cet Européen veut
voyager'; par -tout il trouve la plus honnête
réception ,par-tout une ſociété ſans
vaine oftentation , des tables bien garnies
fans aucun luxe , des femmes , dont la
beauté conſiſte plus dans la propreté & la
>> ſimple élégance , que dans des ornemens
>> multipliés ; par-tout il pourra participer
>> aux amuſemens innocens de nos ſociétés ,
ود
ود
رد
ود
ود
ſans beaucoup de dépenſes.
>>>A peine un Européen eſt- il arrivé parmi
>> nous , qu'il ſe fait une révolution fingulière
dans toutes ſes idées . J'ai obſervé le
>> progrès de cette révolution juſques dans
les diſtances ; deux cent milles lui repréſentoient
jadis un eſpace très-confidera-
>> ble , peut-être l'enceinte de ſa patrie. Chez
>> nous , cette diſtance n'eſt preſque rien ; à
>> peine a-t'il reſpiré notre air , qu'il com-
» mence à former des projets , à concevoir
>> un ſyſtême d'occupations , auxquels il n'auroit
jamais penſe dans ſon pays ; car , en
Europe , j'ai oui dire que le trop plein des
> ſociétés étouffe les talens les plus diſtin
£68 MERCURE
» gués. Ici , l'amplitude des choſes leur
>> permet d'éclore & de fructifier : voilà
» comme les Européens deviennent Amé-
» ricains. »
Ces objets & ces peintures , en touchant
l'âme de l'Auteur , élèvent ſon eſprit ; elles
le conduiſent, dans un autre morceau, à cette
réflexion pleine de philoſophie dans les idées,
&de poéſie dans le ſtyle.
« L'Italie n'a eu qu'une période , où elle
» méritoit le reſpect de la terre & l'atten-
>> tion des voyageurs ; c'étoit dans ces temps
» héroïques où des Citoyens quittoient la
>> charrue pour défendre leur patrie , où le
» mépris de la vie , la crainte des Dieux ,
» l'amour de leurs foyers & la ſimplicité
"
"
des moeurs les avoient élevés au plus haut
> rang. Rome n'avoit alors ni temples faf-
» tueux , ni fuperbes palais ; ſes Citoyens
ſeuls faifoient fa richeſſe , ſa ſimple &
noble parure. Ces Héros ſont paffés , il ne
nous reſte plus que le ſouvenir & l'im-
>> preſſion de leur exemple; ſouvenir qui ,
- peut-être un jour , fera naître parini nous
" des hommes qui les imiteront ; car ,
>> comme eux , d'une main nous tenons nos
charrues , &de l'autre , comme eux , nous
>>>faurons ſaiſir les armes , ſi jamais l'ambi-
» tion ou la tyrannie nous attaquent.
ود
» Viens parmi nous , voyageur Européen !
>> Ici , tu repoſeras à l'ombre de nos ver-
>> gers , tu iras méditer dans la ſolitude de
» nos forêts; ici , tu te réjouiras dans nos
>>champs
DE FRANCE. 169 .
"
"
champs , en converfant avec nos Labou-
>> reurs intelligens ; tu obſerveras la terre ,
les montagnes & les marais tels qu'ils font
fortis des mains de la Nature. Ici , tu
>> verras une nouvelle race d'hommes in-
>> domptables & incapables d'être civiliſés ,
>> plus heureux peut-être dans leur état que
>>dans celui qu'on a vainement eſſaye de
" leur faire prendre , parce qu'ils ne peu
» vent concevoir d'autre bonheur que celui
ود d'être libres & indépendans. Tu iras phi-
>> loſopher avec ces enfans puînés de la Na-
>> ture : quel vaſte champ pour la médita-
» tion ! Tu participeras , ſi tu le veux , à la
>> dignité de leurs adoptions , en remplaçant
> quelques-uns de leurs parens ; tu deviendras
membre de leur village: tu feras in-
>> corporé dans leur ſociété , ſi tu préfères .
>> comme tant d'Européens ont fait , leur
>> vie ſimple & tranquille à toutes les bril-
ود lantes entraves , à toute la ſcience inutile
>> de tes ſociétés Européennes. Tu iras voir
» nos grands lacs , ces mers intérieures &
» immenfes qui étonnent le ſpectateur. Tu
» monteras ſur la cîme des Apalaches, d'où
>> tu contempleras d'un côté ce que nous
» avons déjà fait depuis les rivages de la
>> mer; de l'autre , ce qui nous reſte à faire
ود
ود
pour peupler & défricher la profonde
étendue de cette quatrième partie du
>>monde. Si tu aimes mieux remplacer l'illufion
des vains ſouvenirs, les regrets inu-
» tiles , la ſtérile admiration des ruines d'Ita-
Nº. 4 , 22 Janvier 1785 .
"
H
170
MERCURE
ود lie par la vûe de tant de ſcènes inſtructives
& nouvelles que préſente ce conti-
» nent , tu préféreras , j'en ſuis sûr , la vue
ود
ود de trois cent lieues de pays nouvellement
» défrichées; tu préféreras le riant aſpect
d'une grande plantation miſe en valeur
>> par la ſeule induſtrie du propriétaire ; tu
>> préféreras la vue d'une vaſte grange Américaine
remplie des moiſſons d'un ſeul
Colon , à celle des débris inutiles d'un
>> temple de Cérès. »
ود
ود
La fin au Mercure prochain.
(Cet Article est de M. de L. C. )
COLLECTION des premières & dernières
Folies du Cousin Jacques , en un vol. in- 8 .
relié en veau écaille , 6 liv .- Les mêmes
Folies séparément , ſavoir , les Petites
Maiſons du Parnaſſe , 2 liv. 10 fols br.;
Malboroug , Poëme, & fols br.; Turlututu ,
18 fols br. , & enfin Hurluberlu , 1 liv.
16 fols broché ; ſe trouvent chez Royer ,
Quai des Auguſtins ; l'Eſclapart , Libraire
de MONSIEUR , Frère du Roi , Pont Notre
Dame, & chez M. de Reigny , rue de
Buffault , la porte-cochère au coin de la
rue du Fauxbourg Montmartre.
Si les premières fautes étoient irréparables
, la carrière des Arts auroit été fermée
pour une infinité de gens qui l'ont parcourue
A
DE FRANCE.
171
avec honneur. Mais heureuſement que le
fort d'un Ouvrage ne règle pas celui des autres;
heureuſement qu'un jeune Écrivain
que l'inexpérience, jointe à la fougue de
l'imagination , a expoſé à de nombreuſes inconféquences
, peut s'éclairer à ſes dépens ;
& quand une fois il ne rougit pas d'avouer
ſes torts , il marche d'un pas plus aſſuré
dans une route dont il a éprouvé les dangers
&les inconvéniens.
L'Auteur dont nous annonçons les effais,
malgré les petits travers dont il eſt cent
fois convenu lui même , a des droits à l'eftime
des Lecteurs éclairés qui voudront ſe
donner la peine de l'apprécier. L'autorité
reſpectable d'un Philoſople *, avide de protéger
quiconque réclamoit ſon appui , &
incapable de s'intéreſſer à une production
frivole , s'il n'avoit pas reconnu dans cette
frivolité même des diſpoſitions à quelque
choſe de ſérieux; cette autorité , dis-je , jointe
au ſuffrage d'un grand nombre de Litté
rateurs diftingués , qui tous ont avoué que
l'Auteur , qui prend le nom du Coufin Jacques
, en ne fatisfaiſant pas ſes Lecteurs ,
prouvoit du moins qu'il pouvoit les fatisfaire
quand il voudroit , ne permet pas de
douter du parti avantageux qu'il peut tirer
de fon talent , quand il ſaura ſe défier de la
fougue de ſon imagination , quand il confacrera
ſa plume à des ſujets moins frivoles ,
* M. d'Alembert.
:
Hij
172 MERCURE
peut être même moins bizarres que ceux
qu'il a traités juſqu'ici.
Il faudroit porter l'indulgence à l'excès ,
pour ne pas convenir que les quatre Ouvrages
que nous annonçons , font une vraie folie
, mais une folie des mieux conditionnées.
Aufſi l'Auteur les appelle t'il lui même des
accès Littéraires , dénomination qui caractériſe
parfaitement un Livre de cette nature.
Bien des Lecteurs qui aiment à rire s'en amuferont;
mais en s'égaïant des extravagances,
ils n'en auront peut- être pas plus d'égard
pour l'extravagant. Haſarder des opinions
erronnées , trancher en homme qui ne doute
de rien , avancer des ſyſtêmes contraires aux
idées reçues , plaiſanter à tort & à travers
lesbons& les mauvais Auteurs , ceux qu'on
ne connoît que d'après une lecture fuperficielle
, & ceux qu'on n'apprécie que par des
rapports dictés par le préjugé , ce n'eſt pas
un crime fans doute , mais c'eſt une imprudence
qui expoſe un jeune Écrivain àla mauvaiſe
humeur de ceux dont il vaudroit mieux
ſe faire des amis que des ennemis; & quand
un Littérateur , eſtimable d'ailleurs , ſe compromet
d'abord par de pareilles étourderies ,
il donne une idée de ſa perſonne toute oppoſée
à celle qu'on doit en avoir. Les farcafmes
dont le Couſin Jacques a heriflé ſes
Petites Maiſons contre les Écrivains Pério
diques , lui ont valu, de la plupart d'entreeux
, une annonce peu favorable : comme
nous ne voulons pas qu'il ait à ſe plaindre
DE FRANCE. 173
de nous, nous ne démentirons pas envers lui
notre modération ordinaire. En convenant
de ſes défauts , nous conviendrons de ſes
talens ; nous reconnoîtrons chez lui une verfification
agréable & aiſée, nous ne lui refuſe.
ronspas une proſe coulante, des plaifanteries.
quelquefois delicates , de la gaîré , & même
ſouvent une originalité piquante. Si la verve
s'eſt permis quelquefois des écarts indécens ,
il paroîtra moins inexcuſable que bien d'autres
, quand on ſaura qu'iſolé en Province ,
ne connoiffant la Capitale que très- imparfaitement
, ſéduit par les promeffes hafardées
d'un Imprimeur avide de profiter de
ſon inexpérience , il a facrifié une partie de
fon existence à des vûes ambitieuſes dont il
a fenti trop tard le ridicule.
Le juſte tribut d'eſtime qu'il paye aux Auteurs
dont il avoue qu'il voudroit ſuivre les
traces , nous répond qu'il n'aura pas beaucoup
de peine à ſe rapatrier avec ceux qu'il
a critiqués ſans les bien connoître ; encore
une fois , maintenant qu'il habite la Capitale
, il eſt plus à portée de réformer ſes
idées & d'apprécier ſes Confrères les Littérateurs.
Nous obferverons ſeulement que
puiſque par une cruelle fatalité , il eſt
impoffible d'avoir des talens fans avoir des
ennemis , il faut au moins avoir pour amis
lesÉcrivains eſtimables ; & que moins un
Auteur est fortuné , plus il doit veiller à fa
réputation,
Nous ne donnerons point une analyſe
Hiij
174 MERCURE
ſuivie des productions que l'Auteur lui même
appelle des folies. Nous nous contenterons
d'extraire quelques paſſages , qui feront juger
de ſa manière d'écrire. Les Petites Maifons
duParnaſſe ſontde ces quatre Brochures
la plus confidérable. Nous citerons ce que
l'Auteur en a dit lui même dans une note de
Malboroug. " C'eſt un mélange confus de
ود
»
ſcènes diſparares ; il s'y trouve des farces
mêlées avec des plaifanteries du haut
>>genre. Les tableaux en ſont mal aſſortis. Le
» ſujet est neuf , & l'Auteur pouvoit en
>>tirer un parti bien plus avantageux. » Voici
quelques vers du début :
Je veux , Lecteur , pour m'immortaliſer ,
Bien moins encor que pour vous amufer ,
Tirer des fons de ma joyeuſe lyre.
Faiſons des vers , imprimons nos Écrits
Mais voulons-nous leur donner plus de prix ?
En les faiſant , n'oublions pas de rire.
Vive un Ouvrage où règne la gaîté.
Propos joyeux , agréable folie
Ne font rien perdre à la célébrité.
D'un grave Auteur la froide dignité
N'excite en moi que la mélancolie.
Banniſſez l'art de la plaiſanterie ,
Tout n'est qu'ennui , que dégoût dans la vie.
Pour moi la joie eſt une volupté
D'où me provient la force & la ſanté.
Rions morbleu ! je veux , quoi qu'on en diſe ,
DE FRANCE.
175
Quoi qu'il arrive , égayer mes Lecteurs.
Plaiſante idée , aimable gaillardiſe ,
Contes ſaillans , ſonges vains mais flatteurs ,
Valent bien mieux que ces peintures triſtes ,
Fruits des travaux de ſombres moraliſtes ,
Qui , pour charmer , nous arrachent des pleurs.
Quand nous avons déploré les malheurs
Semés par- tout fur notre deſtinée ,
Qu'en revient-il au bout de la journée ?
Un tome entier de ſoupirs & d'hélas
Aigrit nos maux & ne les guérit pas.
On voit que ces vers reſpirent la facilité
la plus heureuſe. A l'article des Poëtes & des
Auteurs de Romans ingenieux , voici ce qui
concerne M. Marmontel.
Que dirons-nous de toi , ſenſible Marmontel ?
Qu'il faut chez Apollon t'ériger un autel.
Qui mieux que toi ſut peindre la Nature ?
De ta proſe coulante & pure
J'admire la naïveté.
TaMuſe , belle ſans parure ,
Nous étale avec dignité
D'une intéreſſante peinture
L'élégante ſimplicité.
Fêté depuis long-temps au poétique empire ;
Vertueux , tendre , humain , délicat & précis ,
Tu captives nos ſens par tes charmans récits.
Qui les a lûs veut les relire.
Hiv
76 MERCURE
Les Lecteurs verront avec plaiſir la tirade
ſur le Préjugé; elle eſt pleine de vivacité&
de naturel. En voici quelques vers .
Cette prévention fatale
Des Arts arrête les progrès ;
Chaque plume ſur ſa rivale
Veut obtenir gain de procès ,
Et s'i luftrer par des ſuccès
Que jamais nulle autre n'égale.
Et lorſque d'un air de Caton
Je prétends faire ici le maître ,
Moi-même le premier peut- être
Ai-je beſoin de la leçon.
N'eſpérons pas qu'on en profite ,
Toujours on imaginera
Mériter plus qu'on ne mérite ,
Avoir plus d'eſprit qu'on en a.
Voici le portrait d'un Pédagogue.
Un latiniſte en forme de Docteur ,
Épouvantail de la timide enfance ,
Dans une chaire étale avec hauteur
Sa volumineuſe ignorance.
Au ſombre aſpect de ſa robe à longs plis ,
L'oeil ſtupéfait & la bouche béante ,
L'humble Écolier ſe glace d'épouvante
Et met au rang des Savans accomplis
L'âne fourré qui le régente.
1
DE FRANCE 177
On voit que le Couſin Jacques aime à peindre
des caricatures. Nous l'invitons à nous
offrir des tableaux moins ſatyriques & moins
burleſques , & nous n'aurons plus de reproches
à lui faire .
Turlututu , Malboroug , Hurluberlu renferment
auſſi des détails agréables , & en
général les folies du même Auteur , trop
ſouvent cauſtiques & triviales , font toujours
ingénieuſes. L'Épître Dédicatoire en vers à
la Fortune , eſt une pièce très- piquante &
très originale .
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Nous avons tardé juſqu'ici à rendre compte
de la repriſe qu'on vient de faire , à ce
Théâtre, de la Tragédie de Venceſtas. Le rôle
de Ladislas , undes plus difficiles , comme
il eft un des plus intéreſſans de la Scène Françoiſe
, ce rôle que l'illuftre Lekain repréſentoit
d'une manière ſi ſublime , eſt aujourd'hui
entre les mains de M. Larive : &
quoique nous fuffions loin d'exiger d'un Acteur
encorejeune , d'un Acteur qui n'eſt point
dans toute la maturité de ſon talent , toutl'effet
que produiſoit dans ce perſonnage le
célèbre Comédien dont on regrettera longtemps
la perte ; néanmoins , nous avons ofé
Hv
178 MERCURE
croire que chacune des repréſentations de la
Tragédie de Rotrou nous montreroit , par
degrés , M. Larive ſupérieur à lui-même.
Nous n'avons point été trompés dans notre
attente . C'eſt avec une véritable fatisfaction
que nous l'avons vu chaque jour ajouter à
la phyſionomie de Ladiſlas des traits capables
d'en marquer , & même d'en prononcer
le caractère. Quelques perſonnes ont
obfervé , avec raiſon ,que le fils de Vences--
las & le Vendôme de Voltaire ont entre- eux
beaucoup de reſſemblance; mais on auroit
dû obſerver en même temps que fi ces deux
Princes font entraînés par des paffions impétueuſes
& preſqu'invincibles ,ils ſe trouvent
placés dans des pofitions très-différentes.
Vendôme commande en maître où il eſt ; le
feul frein qui puiffe l'arrêter eſt l'austérité
franche & courageuſe du vieux Coucy ;
mais trop ſouvent l'autorité du Prince
anéantit l'afcendant de l'amitié ; & ces
convenances ſont dans nos moeurs : ainfi
Vendôme peut oublier dédaigner les
confeils de ſon auftère ami , fans nous
paroître trop odieux. D'ailleurs , s'il pro--
jette un crime atroce, fon bonheur vent
que ce crime ne foit point exécuté. Ladiſlas ,
au contraire , eſt ſous le joug d'un père &
dun Roi; le ſentiment qu'il outrage , en
tranfgreffant , en mépriſant les ordres de
Venceflas , eſt un ſentiment refpectable &
facré pour tous les hommes de tous les
états; l'oublidu plus ſaint des devoirs le con--
د
DE FRANCE 179
duit àun forfait plus affreux que celui qu'il
oſoit ſe permettre en ſe propoſant d'aflaffiner
un rival , puiſqu'il le porte à plonger
le poignard dans le ſein d'un frère. Dès-lors
il eſt très-difficile que ſa vûe ne bleſſe point
les regards du fils reſpectueux , du ſujet
-foumis & de l'homme ſenſible. Il eſt donc
néceſſaire que les excès auxquels il ſe livre
foient fondés ſur une paffion plus impétueuſe
encore que celle qui égare Vendôme,
& qu'ils soient motivés par cette énergie
toujours dangereuſe que donne un caractère
dont la violence & l'opiniâtreté ſont infurmontables.
En un mot , s'il eſt une excuſe
au crime que commet Ladiſlas , on peut la
trouver uniquement dans l'aveuglement d'un
amour dont l'ivreſſe eſt auffi deſordonnée
que l'eſt ſa jalouſie. Si ce principe n'eſt point
faux , les emportemens de Ladiflas doivent
marquer plus de fureur que ceux de Vendôme,
& ſes remords après le crime doivent
être plus ſentis , plus déchirans. M.
Larive a diftingué ces nuances. La différence
qu'il a ſu mettre entre deux perſonnages
dont le vulgaire des Acteurs a ſouvent confondu
les phyſionomies , eſt une nouvelle
preuve des droits qu'il acquiert journellement
au titre de Comédien de la première
claffe. Nous ne diſſimuletons point qu'il
nous a laiſſé, dans le rôle de Ladiſlas, quelque
shofe à defirer; mais ce qu'il y a déjà gagné
dans le cours de quelques repréſentations ,..
annonce ce qu'il y peut gagner encore. III
Hlv
180 MERCURE
n'eſt peut-être pas ſi facile qu'on affecte de
le croire , d'être obſervateur exact & judicieux
d'un çaractère dramatique , il l'eſt beaucoup
moins d'en être le moteur & l'inftrument
, d'en diſtribuer les couleurs , d'en graduer
les développemens ; enfin , de remplir
ce précepte d'Horace , que l'on peut appliquer
auffi bien au Comédien qui repréſente
un rôle , qu'à l'Auteur qui le trace :
Servetur ad imum
1 Qualis ab inceſſu procefferit , & fibi conftet.
Au refte , fi par la ſuite il nous paroît néceſſaire
de faire quelques obſervations fur
ce que nous deſirerions que M. Larive
ajoutât au caractère de Ladiſlas , nous les
lui propoſerons , avec moins de plaifir ſans
doute , mais avec la même franchiſe qui
nous engage à lui donner les éloges dont ſes
progrès , fon travail & fon amour pour fon
état, le rendent digne aux yeux de tous les
Amateurs du Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
Mardi II de ce mois , on a repréſenté ,
pour la première fois , les Deux Frères
Drame en deux Actes & en vers , par M.M....
Le fond de cette Pièce eſt tiré d'un Conte
de M. Imbert , qui a pour titre : le Modèle
des Frères , & qui a été imprimé dans le
Mercure du 25 Octobre 1783. La marche
DE FRANCE. 181
du Drame eſt à peu-près la même que celle
du Conte. Analyſons d'abord celui-ci , enfuite
nous dirons ce que M. M .... a cru
devoir y changer & y ajouter pour accommoder
l'action à la Scène .
Blimont , plus indulgent pour la nature
qu'exact obſervateur des loix, aime Léonore
& devient père. Un ſoupçon d'infidelité lui
fait quitter ſa maîtreſſe. Par complaiſance
pour ſa famille , il ſe marie , & l'Hymen
lui donne un ſecond fils. Blimont avoit pour
parent un M. Minville , homme fort riche ,
devenu miſantrope parboutade. CeMinville,
fur l'héritage duquel il a des prétentions ,
lui demande ſon fils pour l'élever auprès de
lui; l'intérêt décide Blimont; & le jeune
d'Éperny , c'eſt le nom du fils de Blimont ,
eſt envoyé à Minville. Le haſard fait que
l'aſyle choiſi par Leonore , pour elle & pour
Maurice ſon fils , eſt près de la retraite de
Minville. Un autre haſard rapproche ces enfans,
lie Léonore & le Miſantrope. De cette
liaiſon réſulte pour ce dernier la connoifſance
des malheurs de Léonore , dont les
jeunes gens font inſtruits quelque temps
après . d'Éperny aimoit Maurice de l'amitié
la plus tendre, il le chérit davantage en apprenant
qu'il eſt ſon frère. Enfin il conçoit
le projet de rendre un époux à Léonore ,
un père à Maurice. Minville lui-même devient
complice de fon projet , & s'engage
à le garder ſur ſa parole d'honneur , que
d'Éperny a l'art de lui ſurprendre. Le jeune
182 MERCURE
homme pait pour Paris avec Maurice
deſcend chez Blimont ; lui apprend qu'il
voit ſes deux fils , que l'un d'eux eſt légi
time & l'autre naturel ; mais que jamais il
ne pourra connoître le ſecret de leur naiffance.
Blimont tâche en vain de s'en éclaircir.
Les deux enfans lui deviennent également
chers. Blimont perd ſa femme. D'Éperny
vient à bout d'arracher de la bouche de fon
père l'aveu des motifs qui lui ont fait abandonner
Léonore. Il avoit ſu ſe procurer des
preuves de l'innocence de cette amante infortunée
, à l'inſu même de Maurice; il les
met ſous les yeux de ſon père , voit ſes remords
, fon chagrin , ſa douleur profonde ;
lui apprend que Léonore vit , qu'elle l'aime ,
qu'elle l'a toujours aimé ; vole la chercher
dans ſa retraite , & la ramène dans les bras
de ſon père , qui bientôt la conduit à
P'autel.
Tout ce que fait le jeune d'Eperny dans
le Conte de M. Imbert , eſt opéré dans ce
Drame de M. M.... par Minville (qu'il appelle
Blinville , & dont il a fait le frère de
Blimont qu'il a nommé d'Eperny..) Les
jeunes gens ignorent abſolument leur forr.
Blimont eſt veuf depuis un an; il eſt prêt
à former de nouveaux noeuds. Une femme
artificieufe & coquette, ſecondée par un
Gentilhomme ſans fortune avec lequel elle
vit ſcandaleuſement, a totalement ſubjugué
fon âme& fa raiſon ..Néanmoins,& malgré
la perfuafion où il eſt de l'infidelité deLéo
: DE FRANCE. 18;
nore , il s'occupe avant fon mariage de
la deſtinée du fruit jusqu'alors oublié de
ſes premières amours. C'eſt dans cet inftant
que Minville lui préſente ſes deux
fils ſans vouloir lui apprendre lequel des
deux est d'Eperny. Le ton dur & pew
réſervé avec lequel Minville parle à Blimont
de la femme qu'il eſt ſur le point
d'épouſer , le refus qu'il lui fait conftamment
de lui faire connoître ſon fils légitime
, la réſolution des enfans qui ne peuvent
confentir nil'un ni l'autre à abandonner
Léonore , tout cela jette Bliment dans
une fureur , dans une anxiété , dans un déſeſpoir
qui le déchirent , & qui ne déchirent
pas moins l'âme de la tendre Léonore.
Elle prend le parti de révéler à Maurice
le ſecret qu'elle a gardé juſqu'alors , & de
Penvoyer aux pieds de ſon père pour lui en
faire l'aveu. Blimont reçoit ſon fils avec
tendreſſe; enfin on lui apporte en même--
temps des preuves de la perfidie de la femme
àlaquelle il ſe propoſoit de lier fon fort ,
ainſi que de l'innocence de ſa première maî
treffe, & il confent à lui donner la main.
Quoiqu'il ne ſoit pas très-commun de
rencontrer des enfans qui ſoient , comme le
d'Eperny de M. Imbert, capables d'imaginer,.
de ſuivre&de mettre à fin un projet tel que
celui qu'il conçoit cependant rienn'y bleffe la
vraiſemblance, d'abord parce que M. Imbert
annonce fon Héros comme fort au -deſſus
de ſon âge , & qu'il le doue d'un eſprit &
184
MERCURE
d'une raiſon rares); enſuite parce qu'il a donné
à l'exécution de ce projet , une étendue
de temps qui fait ſuppoſer naturellement
que les deux enfans ont pu devenir également
chers à Blimont , & que d'Eperny
a ſu prendre un grand afcendant
fur l'eſprit & fur l'âme de ſon père. Dans
le Drame de M. M.... au contraire , tout
eſt bruſqué. Dans les vingt-quatre heures
Minville arrive , blâme ſon frère ſur le defſein
qu'il a formé de ſe marier , outrage ſa
maîtreſſe , lui préſente ſes fils , veut le ramener
à la raiſon par le ſecours de la tendreſſe
qu'ils doivent lui inſpirer , ſans réfléchir
qu'une pareille tentative n'eſt point l'affaire
de quelques heures , & que d'ailleurs ces
enfans peuvent avoir d'autant moins d'empire
ſur l'instinct paternel , que cet inftinct
eſt égaré par une paffion extravagante
; enfin il ſe rend l'arbitre de ſon
repos & de fon bonheur en refuſant de lui
faire connoître lequel des deux lui appartient
à un titre légitime , &c . &c. Tout cela
eſt-il vraiſemblable ? Non. Il ne fuffit pas au
Théâtre d'attaquer momentanément la ſenſibilité
des Spectateurs ; il faut encore plaire
à leur raiſon. Que deviendroit l'art s'il fuffiſoit
, pour toucher au but , d'émouvoir
fans principes , fans méthode , ſans logique
&fans l'apparence de la vérité? Que l'amour
des principes ne nous égare pourtant point ,
qu'il ne nous faſſe pas mentir à notre coeur :
ne diffimulons pas les larmes que nous avons
DE FRANCE: ISS
verſées, & rendons à l'Auteur des Deux Frères
la justice qui lui eft dûe. Diſons que fon
Ouvrage annonce beaucoup d'âme , qu'on y
remarque de l'éloquence, de la chaleur & des
traits de talent; mais ajoutons que le plan de
fon Drame est abſolument fautif, que la marche
en eſt vicieuſe , que l'action trop développée
dans l'expoſition ne l'eſt point aſſez dans
le noeud; enfin que les événemens qui amènent
la catastrophe ſonttrop rapprochés les uns des
autres , & qu'ils fatiguent l'attention à force
d'être preſſes. Il faut , quoi qu'on en dife ,
toujours en revenir aux règles . Ces règles ,
qu'on feint de mépriſer aujourd'hui parce
qu'on eſt dans l'impuiſſance de s'y aſſujétir ,
ont fait produire des chef-d'oeuvres à Molière
& à tous nos Maîtres. L'Ecole des
Mères , le meilleur Drame , nous dirions
preſque le Drame du Théâtre François qui
contient le but moral le plus utile ; cet
Ouvrage , tout-à-la-fois intéreſſant & comique
, eſt eſtimé , & continuera de l'être ,
parce qu'il eſt établi , filé , développé d'après
les grands principes de l'Art , & ce ne fera
jamais qu'en ſe ſoumettant à ces principes
qu'on pourra obtenir au Théâtre des ſuccès
réellement mérités.
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES:
DICTIONNAIR ICTIONNAIRE Domestique portatif, dernière
Édition , revue & corrigée , 3 Vol. in - 8. A Paris ,
chez Leroy, ſucceſſeur de Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis à-vis celle de la Parcheminerie.
CetOuvrage traite de tout ce qui a rapport à
l'économie domeſtique & rurale ; on y détaille les
différentes branches de l'Agriculture , ce qui est relatif
aux chevaux & à tous les beſtiaux , avec des
Inſtructions ſur la Pêche , la Chaſſe , la Cuiſine, les
Arts , la Procédure , le Commerce , &c .
SYSTEME de prononciation figurée , applicable
toutes les Langues , & exécuté sur les Langues
Françoise & Angloife , par M. l'Abbé ***. A
Paris , chez Royez , quai & près des Auguftins.
CetOuvrage paroît revêtu des ſuffrages les plus
honorables ,& les justifie par ſon objet & par la
manière dont il eft rempli. La nouveauté & la foliditédes
principes s'y joignent à la clarté & à la préciſion
de la méthode. Le Libraire promet du même
Auteur des Dictionnaires François & Anglois , dont
l'Ouvrage que nous annonçons aujourd'hui doit
faire defirer la publication.
:
SAINTE BIBLE , traduite en François , avec
l'explication du ſens littéral & du ſens fpirituel ,
nouvelle Edition , Tome II . A Niſmes , chez Pierre
Beaume, Imprimeur Libraire ; & ſe trouve à Paris ,
chez Guillaume Deſprez , Imprimeur du Roi & du
Clergé, rue Saint Jacques.
DE FRANCE. 187
PIÈCES intéreſſfantes & peu connues , pour fervir
à l'Histoire & à la Littérature , 3 vol in- 12. A
Paris, chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguſtins,
Le quatrième volume de cet Ouvrage , trèspiquant
, eſt actuellement fous preſſe.
AMUSEMENS des Dames dans les Oiseaux de
volière , ou Traité des Oiseaux qui peuvent fervir
d'amusement au beau Sexe. Méthodes sûres &
faciles pour détruire les animaux nuisibles , par M.
Buc'hoz , Auteur de différens Ouvrages économiques.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe , la
première porte cochère après le Collège d'Harcour.
Ces deux Ouvrages reparoiffent l'un pour la
deuxième , l'autre pour la troiſième fois.
COUR's complet d'Agriculture théorique , pratique,
économique & de Médecine rurale & vétérinaire
, suivi d'une Méthode pour étudier l'Agriculture
par principes , ou Dictionnaire Univerſel
d'Agriculture ; par une Société d'Agriculteurs , &
rédigé par M. l'Abbé Rozier , Prieur- Commendataire
de Nanteuil -le-Hardouin , Seigneur de Chevreville
, Membre de pluſieurs Académies , &c.
Tome V , in- 4°. , rue & hotel Serpente .
Une maladie de l'Auteur a retardé la publication de
cet importantOuvrage. Ce volume finit par la lettre J.
Les Articles ſouſcrits M. Ami. font de M. Amilhon ,
& ceux fouferits M. Bra. de M. Brazier , tous deux
Docteurs en Médecine.
CODE de l'Orfévrerie , ou Recueil & Abrégé
Chronologiques des principaux Réglemens concernant
les Droits de Marque & de Contrôle sur les
ouvrages d'or & d'argent , auquel on a joint les Sta188
MERCURE
1
tuts des Orfèvres , Tireurs , Batteurs & autres qui
employent & travaillent l'or & l'argent , avec une
Table raisonnée des Matières , dans laquelle ſe trouvent
quelques Réglemens omis au Recueil ou rendus
nouvellement , ſuivi d'un Commentaire fur l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 , au titre des Droits de
Marque fur les Fer , Acier & Mines de Fer ; par
l'Auteur du nouveau Code des Tailles , in 4 ° . Prix ,
10 livres broché . A Paris , chez Knapen & fils ,
Libraires-Imprimeurs de la Cour des Aides , au bas
du Pont Saint Michel.
Nous avons tranfcrit en entier le titre de cet Ouvrage
pour faire connoitre les objets qu'il renferme.
On trouvera ſéparément le Commentaire ſur les
Droits de Marque ſur le Fer, Acier & Mines de
Fer. Prix , 1 liv. 1o fols.
TRADUCTION du Plutarque Anglois , contenant
la vie des Hommes les plus illuftres de l'Angleterre
& de l'Irlande , Miniſtres , Citoyens , Guerriers ,
Hommes d'égliſe , Poëtes & des plus célèbres Artiſtes
depuis le règne de Henri VIII juſqu'à nos
jours avec l'Histoire d'Angleterre depuis cette,
époque , Ouvrage en douze Volumes in-8 ° . , entrepris
par une Société de Gens de Lettres. Dédié à
S. M. le Roi de Suède , & propoſé par ſouſcription.
Beau papier & beau caractère.
,
Si l'exécution de cet Ouvrage répond à l'intérêt
qu'inſpire ſon titre , les Auteurs doivent en attendre
du ſuccès.
Le prix de la ſouſcription eſt de 30 livres pour
les douze Volumes , & 36 livres pour la Province &
les Pays étrangers franc de port juſqu'aux frontières .
On fera libre de payer la totalité de la ſomme en
ſouſcrivant , ou de payers liv. à chaque livraiſon ,
& 6 livres pour la Province. Les deux premiers Vo-
:
DE FRANCE. 189
lumes paroîtront au 15 de Février 1785 , & ainſi de
ſuite chaque trois mois juſqu'à la fin de l'Ouvrage.
Après le rer Juin prochain , on ne pourra ſouſcrire
qu'en payant la fomune entière. L'Ouvrage pour
*ceux qui n'auront pas ſouſcrit ſe vendra à raiſon de
3 liv. le Volume. On donnera gratis aux Souſcripteurs
ſeulement le portrait de S. M. le Roi de
Suède , gravé par M. Viel.
On ſouſcrira à Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire,
Boulevard Saint Martin , & tous les jours
d'Opéra ſous le veſtibule de l'Opéra ; chez Regnaut ,
rue S. Jacques , & chez les Traducteurs , rue Saint
Appoline, Porte Saint Martin , n° . 6. On ſouſcrit au
même Bureau pour la Traduction du Théâtre Anglois
, compoſée de vingt- quatre Volumes in 8 °. ,
&qui contiendront les meilleures Pièces de ce Théâ
tre. La ſeconde Livraiſon paroît actuellement. On
y trouve auſſi le Décameron Anglois , dont la
fixième & dernière Partie vient de paroître.
OEUVRES mêlées de M. L. Datens , de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris , Vol. in-
8°. A Paris , chez P. Théophile Barfois le jeune ,
Libraire , quai des Auguſtins ,
Cet Ouvrage , dont l'Auteur nous donne une
nouvelle Edition , a été revu par lui avec beaucoup
de ſoin. Le morceau le plus conſidérable de ceux
qui compoſent ce Volume eſt une Differtation fur
les pierres précieuſes & les pierres fines. L'Auteur a
voulu rendre cet Ouvrage fort court & fuffifaut
pour donner fur cette matière aux gens du monde
des lumières dont ils ont beſoin, pour guider les
Amateurs qui veulent ſe faire des collections , &
pour inſtruire les Joailliers de ce qui a rapport à leur
commerce. M. Dutens nous paroît avoir rempli ce
triple objet.
10 MERCURE
,
Les plus beaux diamans connus ſont celui du
grand Mogol , qui vaut onze millions ſept cent
vingt-trois mille deux cent ſoixante- dix-huit livres ;
celui du Grand- Duc de Toscane , qui vaut deux
millions fix cent huit mille trois cent trente-cinq
livres ; deux appartenans au Roi de France , dont
l'un , le ſancy , qui a coûté fix cent mille livres
vaut beaucoup plus , & l'autre vaut cinq millions ;
enfin celui que la Czarine a acheté deux millionsdeux
cent cinquante mille livres comptant , & cent
mille livres de rente viagère. Ce dernier diamant
paſſe pour avoir formé un des yeux de la fameuſe
tatue de Scheringam , dans le temple de Brama. Un
grenadier François, amoureux des beaux yeux de la
ſtatue , s'introduifit dans l'enceinte ſacrée ,& trouva
Je moyen d'en voler un , qui a paſſé par pluſieurs
mains avant d'arriver à l'Impératrice.
: Cette Differtation eſt ſuivie d'une autre ſur le
miroir ardent d'Archimède , dans laquelle M Dutens
ſe déclare pour la réalité de cette découverte
que pluſieurs Savans ont révoquée en doute; d'un
Appel au bon ſens , Ouvrage plus religieux que -
piquant; d'un Traité de Logique; d'une Correfpondance
très - intéreſſante concernant Helvétius &
J. J. Rouſſeau ; de pluſieurs Lettres fur différens
ſujets; d'une Deſcription très- attachante de la Pagode
de Chanteloup ; enfin de quelques Poéfies
dont nous ne parlerons point : au reſte , ce Volume
rappelle les connoiſſances de l'Auteur atteſtées par
pluſieurs autres Ouvrages.
RÉPONSE à un Critique du dix-huitième fiècle.
A Neufchâtel ; & ſe trouve chez tous les Marchands
de Nouveautés.
C'eſt une Réponſe de M. le Comte d'Albon à un
Extrait inféré dans le Journal de Paris , d'un Difcours
qu'il a publié ſur cette Queſtion : Si le fiècle
DE FRANCE. 191
Auguste doit être préféré à celui de Louis XIV
relativement aux Lettres & aux Sciences.
OPINION d'un Mandarin , ou Difcours fur la
nature de l'âme , mis au jour par M. le Marquis de
Culant -Ciré , ancien Meſtre-de-Camp de Dragons.
ACologne ; & ſe trouve à Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
Quelque rebattu que ſoit aujourd'hui le ſujet de
ce Diſcours , nous croyons qu'on peut le lire avec
fruit.
M. le Marquis de Culant vient de publier auſſi
une nouvelle Règle de l'Octave contre la pratique du
célebre Rameau , ce qui prouve qu'il a des connoif.
ſances auſſi variées qu'étendues.
FIGURES des Fables de La Fontaine. D'après
les demandes réitérées de différens Amateurs , les
fieurs Simon & Compagnie préviennent qu'ils font
imprimer actuellement vingt - cinq Exemplaires de
leur Ouvrage fur papier vélin fin; ils prient en
conféquence les Perſonnes qui voudront s'en procurer,
de vouloir bien (vû le petit nombre que l'on en
tire ) ſe faire inſcrire au Bureau du Voyage Pittoreſque
de la Grèce , rue Pagevin , nº. 16 .
Ces Exemplaires feront imprimés , ainſi que le
reſte de l'Ouvrage , ſur un papier affez grand pour
que les Amateurs puiſſent à leur choix faire relier
format petit in 8 ° . , in- 12 & in- 16 .
Chaque Livraiſon ſur papier vélin ſe vendra
4liv. au lieu de 3 livres , prix ordinaire , à cauſe
des frais que néceſſite cette impreffion .
TROIS Sonates pour le Clavecin , avec Violon
obligé, par M. Vogel . Prix , 7 livres 4 fols franc de
port. AParis , chez Baillon , Marchand de Muſique .
192 MERCURE
rue Neuve des Petits-Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Muſe lyrique.
NUMÉRO 23. Ouverture pour le Clavecin ou la
Harpe , par M. Dreux le jeune , Maître de Clavecin.
Il paroît vingt-quatre Numéros par an , douze
pour le Clavecin , par M. Laſceux , & douze
d'Ariettes , par M. Dreux. Prix, 36 liv. & 48 liv. ,
ſéparément 2 liv. 8 fols. A Paris , chez Mlle Girard,
rue de la Monnoie , à la Nouveauté.
SEPTIEME Recueil d'Airs de Richard , le
Faux Lord & autres pour la Harpe , par M. Corbelin
, Maître de Harpe. Prix , 6 livres. A Paris , chez
l'Auteur , Place Saint Michel , maiſon du Chandelier
; Mlle Castagnery , rue des Prouvaires , & Μ.
Deroullède , rue Saint Honoré , près l'Oratoire .
Voyez, pour les Annonces des Livres , de la
Musique & des Estampes , le Journal de la Libra
riefur la Couverture.
TABLE. :
REPONSE EPONSE au fujet de la Lettres d'un Cultivateur Amé-
Harpie , 145 ricain , 150
Réponse à M. Hoffman , 146 Collection des premières & der-
Autre par lui même encore, ib .
Vers à MM. Blanchard & Comédie Françoise ,
Charade, Enigme& Logogry- Annonces & Notices ,
nieres Folies du Cousin Jace
Chanfon , ib. ques , 170
177
Gefferies , 148 Comédie Italienne , 180
186
phe ,
JAr lu
,
ibid.
APPROΒΑΤΙΟΝ.
par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France, pour le Samedi 22 Janvier 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 21 Janvier 1785. GUIDI.
ແ
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
POLOGNE.
DE VARSOVIE , le 25 Décembre.
DEpuis quelques jours , la nouvelle ſe
répand que neuf régimens Rufles font
entrés en Podolie. Le Hofpodar de Mol- .
davie a fair avancer un détachement fur les
frontieres , pour prévenir qu'aucun de ſes
fujets ne ſe joigne aux Rébelles de la Tranfylvanie.
On mande de Lemberg , que la
Cour de Vienne va réunir la Buckowine à
Ja Gallicie. Le voyage de l'Impératrice de
Ruffle à Cherfon est très certainement renvoyé
à un temps indéterminé.
Les divifions continuent à Dantzick entre les
divers Ordres , au fojet de l'accord à figner avec
S. M. Pruffienne. Cette ville a envoyé ici un
Sénateur pour recommander ſes intérêts à la République
, qui l'a exhortée à accepter , fans
plus de délai , un accommodement devenu néceffaire.
On ſe flatte d'une prochaine réconcilia-
N°. 4, 22 Janvier 1785. g
(146 )
tion entre le Prince Jérôme de Radziwill , &
la Princeſſe ſon épouse, dont la fuite occupa
les Papiers publics , il y a un an. Le
Prince Charles de Radziwill , Palatin de
Wilna , & frere aîné du Prince Jérôme ,
négocie actuellement cette réunion defirée,
ALLEMAGNE.
DE BERLIN , le 3 Janvier,
S. M. a aſſiſté aux différentes parades cesjours
derniers;& depuis fon arrivée ici,elle a fait diftribuer
7000 rixd. aux indigens. Le Prince
Louis de Wirtemberg eſt en cette Capitale
avec ſa nouvelle épouſe&la Princeſſe Czartoryska,
fa belle-mere. On a déja répréſenté
trois fois l'opéra d'Orphée : repréſentations
auxquelles le Roi n'a point aſſiſté , S. M. ne
fréquentant plus le ſpectacle depuis 8 ans.
La Police vient de renouveller les défenſes
contre les jeux de haſard anciens ou nouveaux
, contre les aumônes aux mendians
de la ville , & contre les prêts d'argent faits
aux Comédiens .
Le Comte d'Anhalt , paſſé l'année derniere
du ſervice de Saxe à celui de Ruſſie en
qualité de LLieutenant Général , vient de
faire préſent au célébre Buſching , du plan
topographique du Gouvernement de KaĮigh
, exécuté en Ruffie. Ce projet de mefirer
tout l'Empire , eſt un des plus glorieux
du regne de Catherine II. Le Prince
: :
( 147 )
Wasemskoi , auteur de cette grande idée , eſt
chef de la Chancellerie particuliere , chargée
de l'exécution : il y a travaillé avec tant
'de zele , que 14 nouveaux Gouvernemens
ſont déja arpentés & deſſinés. Un grand
nombre de Géometres ſont occupés e cet
ouvrage . Non-ſeulement , les plans indiquent
la diſtinction des terres labourables ,
des prés , des bois , avec les chemins
ponts , &c. mais de plus les limites du territoire
de chaque ville, de chaque village ,
même de chaque Propriétaire. Tous les
deffins feront gravés comme l'eſt maintenant
celui du Gouvernement de Kalugh.
L'Atlas de ce Gouvernement eft accompagné
d'une deſcription en deux volumes
in-folio. Si les 42 Gouvernemens ſont exécutés
de la même maniere , il n'exiſtera pas
un recueil comparable à celui-ci dans le
monde entier. Le Comte d'Anhalt écrit à
M. Buſching : » Si vous reveniez ici , vous ne
reconnoîtriez plus cet Empire » .
DE VIENNE , le 4 Janvier.
Les avis publics ou militaires continuent
à ne préſenter qu'un amas ridicule
d'impoſturés & de contradictions. L'opinion
flotte au milieu de ces nouvelles multipliées ,
recueillies ſans examen par les Gazettes , &
qui exercent journellement la fagacité & les
conjectures des prophetes politiques .
Nos troupes approchent heureuſement de
g2
(148
leur destination. Les Princes d'Empire dont
elles ont traverſé les Etats , ſe ſont empreſſes
de montrer leur zele & leur attachement
pour l'Empereur : les Régimens ont reçu
par-tout le meilleur accueil , principalement
fur le territoire de l'Electeur de Baviere qui
a fait diftribuer gratuitement des rafraîchiffemens
à nos foldats .
Une lettre de Landshut , du 21 Décembre
dernier , donne les détails ſuivans .
Hier , vers midi, leRégiment de Latterman
arriva ici accompagné d'une bruyante muſique
turque. Il prit quartier , ainſi que le Régiment
de Tillier , entre la ville & Brucken ; l'Etat major
ſe loger dans l'abbaye de Seelingthal. Il eſt
impoffible de voir un plus beau Régiment. 300
chariots venoient à la ſuite , dont 40 étoient chargés
de poudre ; la marche étoit terminée par 16
pieces de canon dont la plupart étoit de 12 livres.
Samedi paffé on arquebuſa à Biburg , à quatre
lieues d'ici , un Déſerteur natif de la Suabe . Un
autre , natif de Straubing , fut condamné à voir
faire tous les préparatifs d'un fupplice qu'il ne
devoit pas fubir , la ſentence n'ordonnant pas ſa
mort. Demain un Conſeil de guerre jugera dix
priſonniers à Neuhaufen , à quatre lieues d'ici ,
où l'on fera halte pour prendre un jour de repos .
Il ſe trouve pluſieurs Bavarrois dans ces Régimens
; on les a avertis , dès leur arrivée à Braunau
, de ne point s'annoncer pour tels & que
ceux d'entre eux qui déſertereient ſeroient promptement
livrés au Régiment par leurs propres
compatriotes à raiſon d'ordres donnés d'avance à
cet effet. Un Caporal du Régiment Tillier , qui
étoit ci-devant dans le Régiment des Cuiraffiers
du Prince Taxis Bavière , hazarda d'entrer en
149 )
ville &y fupplia à genoux qu'on ne le liviât pas ;
on le conduifit à la Garde des Cafernes cù il artendra
la réſolution du Conſeil de Guerre de
Munich. On croit que vendredi prochain le Régiment
des Dragons de Toſcane arrivera ici &
qu'il y fera promptement ſuivi de cinq Régimens
d'infanterie .
M. Schuhay , Lieutenant- Colonel d'Artillerie
, eſt allé recevoir & faire tranſporter les
canons dont le Prince d'Anhalt Zerbſt a fait
préſent à notre Souverain. Dans les Etats
du même Prince , les recrues ſe font avec
un grand fuccès . :
Les horreurs ne font pas encore à leur
terme ſur la frontiere orientale. Une partie
de la populace exterminatrice ſoulevée
en Tranſylvanie , eſt défarmée : le reſte
a gagné des montagnes , & s'y retranche.
De-là , ces brigands font des excurfions ,
étendent l'épidémie de diſtrict en diſtrict ,
forcent les uns à les ſuivre , & menacent des
plus affreux fupplices ceux qui s'y refuſent.
Pluſieurs détachemens font à leur pourſuite
; il y a eu quelques rencontres : on va enfermer
leurs retranchemens de toutes parts ,
de forte qu'il ne leur reſtera de reſſource ,
que de périr ou de vaincre ; ou de ſe rendre
à l'amniſtie. Les Chefs des Régimens , diton
, ont ordre d'envoyer des Trompettes
aux rébelles , & de les affurer du pardon ,
s'ils retournent dans leurs foyers , ou de les
menacer , en cas de réſiſtance , d'être foudroyés
par l'artillerie , & livrés aux ſupplices.
$ 3
1
३-
( 150 )
On aſſure que ces miférables ont forcé les
Moines d'un Couvent de Franciſcains à monter
dans la tour du Monastere , dont le pied étoit entouré
de fourches , & qu'ils les ont précipités l'un
après l'autre.
Entre autres excès qu'on en rapporte, ilsont
dépouillé un Comte de Hongrie , ils l'ont lié
tout nud à un ſapin , ont mis le feu au haut
de l'arbre , de maniere que la réfine tombant
goutte à goutte & toute brûlante ſur le malheureux
Comte , ils eſt mort dans les plus affreuſes
`douleurs . Ils ont garrotté une autre victime de
leur rage fur une planche & l'ont jettée dans
un grandfeu. Le Général Splény , commandant
les Huffards de Seckler , envoya , au commencement
de ce mois , un quartier- maître & 12 hommes
à la découverte de rébelles ; ils rencontrerent
une bande de 2,000 Valaques dont ils furent
auffitôt entourés ; cependant ils eurent le bonheur
de ſe faire jour , d'en tuer 23 & d'en amener
18 prifonniers. Ce même quartier-maître ſe retira
enſuitedans un village éloigné de deux lieues
où il croyoit être en fûreté , & où il fit ſon rapport
au Commandant ; celui- ci détacha d'abord
150 hommes , qui , avec les premiers s'avancerent
, au point du jour , pour attaquer ces mu
tins. L'Officier qui étoit à la tête de ce corps ,
deur envoya un trompette avec un étendard blanc,
pour demander un pourparler avec les chefs qui
parurent immédiatement , & l'Officier les ayant
fommés de dire pourquoi ils ravageoient ainſi
leur propre pays , ils répondirent qu'ils ne mettroient
pas les armes bas , qu'ils ne ceſſeroient
de s'en fervir comme ils faiſoient , que lorſqu'ils
feroient égaux aux gentils - hommes & que les
biens que les nobles & ſeigneurs poffédoient ſeuls
ſeroient plus également partagés ; que dans le
1
( 151 )
cas contraire ils étoient décidément réfolus
à continuer de maſſacrer tous ceux qui s'oppoſeroient
à ce qu'ils ſe fiſſent justice , & qu'enfuite
ils érigeroient eux-mêmes un Royaume de
Valaques.
Tous ces récits font vraiſemblablement
très- exagérés. Les Gazettes étrangeres ont
annoncé que le Chef des Rébelles , le Valaque
Horiah , étoit déterminé à rétablir l'Empire
de Dacie. Il eſt fâcheux que cet homme
fi bien inſtruit de l'Histoire ancienne , felon
les Nouvelliſtes , ne ſache pas même lire. II
eſt de la plus profonde ignorance : c'eſt un
fait avéré. Quelques-uns des fiens voulant
engager une Communauté Allemande à
prendre parti en leur faveur , préſenterent au
Paſteur un Almanach de 1782 , en lui difant
férieuſement&de bonne-foi , que c'étoit-
là la Patente Impériale qui les autoriſoit
à empâler les enfans , à violer les femmes
, à brûler les maris , à incendier les villages.
Cet Horiah , difent les mêmes Conteurs
, qui trouvent dans ces exploits un
exercice légitime du Droit naturel , a pris
le titre d'Alteffe Royale. Il eſt âgé de so ans ,
beau & robuſte , & finira comme Pugatchew
, dont il a imité la barbarie & la maladreſſe.
Quant au Comte Salines & non Salis ,
'comme on l'avoit débité , autre Chef des
Infurgens , voici ce qu'il y a de vrai dans ſes
aventures.
Il eſt fils d'un comte Salines , gentilhomme
84
( 152 )
Lorrain , chef des troupes Toscanes , &d'une com
teffe Hongroiſe Andréasi. Pendant la guerre de
1756 il fervit dans le régiment Joseph Efterhaziί .
Quand on établit les 4 Régimens de frontieres
on le fit Capitaine à cauſe de ſon mérite militaire
, & parce qu'il ſçavoit parfaitement les langues
Hongroise & Valaque . Onle fit Major. Sa
conduite étoit toujours très-déréglée. En 1774 il
fut caffé à cauſe d'un déficit de 4000 florins dans
la caiffe . Il s'adreſſa avec ſa femme & fes enfans
àVienne , ( 2 de ſes fils font officiers Autrichiens ,
& font eſtim's ) pour implorer la grace de l'Impératrice.
N'ayant pas pu obtenir ſon pardon , il
quitta toutd'un coup ſa famille , qui depuis a fub
fifté des bienfaits de la haute nobleffe. Après
avoir cherché inutilement fortune en Pologne , il
revint en Tranfilvanie , où l'hospitalité de ce pays
le foutint pendant quelque tems . Il s'eſt procuré
beaucoup d'argent par les pillages , & eft retiré
act llement dans le territoire Turc. Il eſt âgé de
62 ans ; d'une figure petite & ramaſſée , on lui
donne de l'eſprit & du courage.
M. de Born , Conſeiller de Cour , a fait
la découverte de ſéparer l'argent du minerai
de cuivre , fans employer le fer . Il a
demandé pour récompenſe une penſion de
80,000 florins , ( on peut fuppofer un zéro
de trop ) qu'on lui a accordée , vu que l'Empereur
gagnera annuellement un million par
le nouveau procédé.
L'excommunication de M. Eybel a été
adreſſée de Rome au Conſeil Aulique de
l'Empire. Ce Tribunal , compoſé en partie
de Proteftans , ne pouvant ſe mêler des
affaires intérieures , a renvoyé laBulle. Com
( 153 )
me il eſt défendu aux Evêques & aux Tribunaux
de recevoir des Brets de la Cour de
Rome , il lui fera difficile de mettre en valeur
l'Interdit lancé ſur M. Eybel. Cette
démarche , à ce qu'on prétend , a été occaſionnée
par la traduction en Italien de quelques
ouvrages de l'Auteur , qui ont allarmé
le Saint Siege.
>
Les Médecins de notre grand hôpital ſe ſont
attirés l'animadverſion de S. M. par leur déſobéifſance
à l'ordre de ne point enſévelir un cadayre
avant 48 heures. Un cocher dans cet hôpital
'ayant préſenté tous les fignes de la mort , on le
déshabilla , & apa lui avoir couvert le viſage de
chaux , on le tranſporta avec divers cadavres dans
une chambre froide. L'activité de la chaux fur
le viſage du cocher le fit revenir de ſa léthargie ,
& il pouffa des cris aigus. Les Médecins effrayés
accoururent ; mais le malade ne voulut plus rentrer
entre leurs mains , ſe fit tranſporter chez lui
&mourut le jour ſuivant dans les plus affreuſes
douleurs.
Une lettre de Hongrie contient l'avis ſuivant
, touchant la démarcation füture des
limites avec la Porte.
«Le Grand Seigneur a envoyé les ordres les
>>p>lus abfolus aux Musulmans qui habitent les
>> environs de l'Unna , pour qu'ils euſſent à ſe retirer
inceſſamment , à aller s'établir ailleurs ,
>> ce diſtrict faiſant aujourd'hui partie de la Croa-
>> tie Hongroife . Ces émigrations forcées déplai-
>> ſent à tel point à ces Tures , qu'ils aiment
>> mieux , pour la plupart , embraſſer le chriſtia-
>> niſme & reſter dans leurs habitations , que d'al
ler en chercher ou s'en faire d'autres dans des
(154 )
4
régions fauvages & iſolées » Le même négo
ciant nous apprend auſſi que les Janiſſaires ſe
dégoutent déjà des exercices militaires Européens
& ne s'y prêtent qu'avec une extrême répugnance
; mais qu'il n'en eſt pas ainſi des nouveaux
exercices pour l'artillerie qui fe continuent
avec un fingulier ſuccès , eu égard à l'entétemer.t
des ſoldats Turcs pour leur vieille routine , ſous
la direction du Chevalier Murey..
Le 26 Décembre , on fit ici l'inauguration
du nouveau temple de la confeflion
Helvétique , pour l'érection duquel le Comte
de Fries offrit d'ajouter un don de dix
mille florins aux ſommes conſidérables déja.
livrées par d'autres bienfaiteurs. L'Eglife
dans un goût noble & fimple , a été embellie
par le pinceau de ſieur Ringlehabn . L'afſemblée
nombreuſe qui aſſiſta à la cérémonie
& au fermon , prononcé par le ſieur
Hilchenbache , Miniſtre de cette Eglife ,
adreſſa au Ciel les voeux les plus ardens
pour la poſtérité du Monarque ſous les
auſpices, duquel elle jouit de la liberté de
pouvoir s'acquitter publiquement de ſes devoirs
de religion.
DE FRANCFORT , le 9 Janvier.
On vient de dénoncer au public dans le
Journal de Berlin , l'Eſtampe qui repréſente
le fameux Thaumaturge , Comte de Caglioftro,
dédiée à feu le Comte de Milly ,
& tirée du cabinet de Madame la Marquife
d'Urfe. Le Journaliſte ſaiſit cette occafion
یرا ?
pour verſer le ridicule ſur toutes les inepties
dont quelques ſociétés d'Alchymiftes
tâchent d'infatuer l'Europe depuis quelques
années.
Il eſt curieux fans doute de ſçavoir ce qu'on
penſe de M. Meſmer & de la conduite en Al-
Jemagne. Le même Auteur a conſacré un article
àce Médecin. Il dit que l'Allemagne uſe de repréſailles
envers la France , qui , après lui avoir
envoyé tant de Charlatans , dont on s'étoit mocqué
chez eux , vient de s'enthouſiaſiner pour un
Magicien Allemand , qui , depuis 12 ans , avoit
déjà perdu toute ſa réputation dans ſa patrie, En
1775 , l'Académie des Sciences de Berlin déclara
abſurdes les théorêmes de M. Meſmer .
Pendant l'année 1784 , il y a eu ici 872
batêmes , 1274 ſépultures & 198 mariages.
Avant-hier , écrit- on de Nuremberg ,
en date du premier de ce mois , une eftafette
Impériale apporta de nouvelles lettres
réquifitoriales aux Etats de l'Empire , pour
le paſſage de huit Régimens. Les troupes
Autrichiennes que nous attendions le 5 feulement
, font arrivées aujourd'hui.
Quatre Compagnies des Volontaires de
Stein , enrôlees ici , font parties le 4 pour
Luxembourg. On achete dans le cercle de
Souabe 40,000 meſures de blé , d'avoine , &
20,000 quintaux de foin pour le ſervice de
l'Empereur.
T
L'Electeur Palatin , Duc de Baviere , a
défendu l'exportation des fourages du Palatinat.
Le Comte de Thautmansdorf , Miniſtre électo
h6
( 156 )
ral de Bohême à Ja diete de l'Empire , a pro
poſéaux Erars Catholiques qu'attendu que jusqu'à
préſent , rien n'a pû être arrangé relativement à
l'affaire des Comtes de Franconie , & que cette
conteſtation empêchoit l'activité de la diète . Il
feroit convenable de conférer avec les Etats
Evangéliques & de les engager à confentir que
la voix des Comtes de Franconie fût ſuſpendue
juſqu'à ce que la conteſtation de ces Comtes foit
terminée entiérement , ou que , ſi cette ſuſpenfion
ne convenoit pas , il fût procédé aux délibérations
de la diète comme à l'occaſion de l'acceffion
de l'Empire au traité de paix de Teſchen.
Le Necker , à ce qu'on apprend de Manheim
, étoit pris de glaces à la fin du mois
dernier , & le Rhin avoit commencé à charier
des glaçons. Heureuſement ce froid fi
vif ne s'eſt pas foutenu.
Le Grand - Seigneur , dit on , a réfolu
d'envoyer un Ambaſſadeur à Madrid. On
ajoute que le Miniſtre d'Eſpagne auprès de
la Porte , a prié celle- ci de ménager un
Traité de paix entre S. M. C. & les Algériens.
Les papiers publics offrent le parallèle ſuivant
entre les villes de Vienne & de Berlin . Vienne a
4milles dans la circonférence ; elle est compoſée
de la ville & de 35 fauxbourgs , qui contiennent
5,485 maiſons & 254,559 habitans , dont 20,000
ravaillent en ſole ; ily meurt annuellement environ
10,000 perſonnes , ce qui fait un mort fur
25 vivans.- Berlin a 2 miles & demie dans la
circonférence ; elle est compoſée des villes &
de 4 fauxbourgs qui renferment 9,695 maiſons
&une population de 140,719 ames y compris
( 157 )
le militaire ; le nombre des fabriquans & des
ouvriers dans cette ville monte à 3,251 , & il y
meurt par an environ 4,698 perſonnes , par conſéquent
une ſur 28 de la population.
Onapprend des ports du Levant , que les
démêlés de l'Empereur avec les Hollandois
ont fait hauffer les aſſurances juſqu'à 10 p .
cent , fur les bâtimens de ces deux Puiſſances.
On a compté à Stutgard , dans l'année derniére
7 o naiſſances , dont 364 garçons & 346
filles ; 613 morts & 315 mariages .
Le nombre des naiſſances dans la ville de Manheim
a été l'année derniere de 584 , celui des
morts de 503 & celui des mariages de 146 .
Nous donnâmes , il y a un mois , un réfumé
général des forces militaires de l'Empereur
; le complet ſur le pied de paix portant
au total 295,258 hommes; le complet fur
le pied de guerre 364,511 . Ces états étoient
rédigés d'après les Ordonnances militaires ;
mais ni en temps de paix , ni en temps de
guerre, l'effectif des Régimens n'eſt de la
force indiquée. D'après l'Ordonnance , voici
un précis exact de la formation de l'armée
de l'Empereur.
INFANTERIE .
1. Le complet d'un Régiment d'Infanterie
quia fon cantonnement pour l'enrôlement eſt
de 18 Compagnies ſçavoir 2 Compagnies de
Grenadiers compoſées de z Capitaines , 2 premiers
Lieutenans , 2 ſous Lieutenans , 2 Sergens
, 8 Caporaux , 2 Fourriers , 4 Tambours ,
4 Fifres , 2 Charpentiers , 198 Grenadiers , I
Fourier & Chirurgien , en tout 228 kommes.
( 198 )
16 Compagnies de Fufiliers compoſées de t
Capitaines , 4 Capitaines-Lieutenans , 16 Lieute
nans , 16 fous - Lieutenans , 8 Enſeignes , 16 Sergens
, 8 Flugelman , 64 Caporaux , 16 Fouriers ,
32 Tambours , 16 Fifres , 128 Appointés , 16
Charpentiers & 2,560 Soldats , en tout 2,912
hommes .
L'Etat Major eſt composé de 35 perſonnes ;
un Colonel propriétaire , un Colonel commandant
, un Lieutenant-Colonel , un Major , un
Aumônier , un Auditeur , un Quartier- Maître ,
Caders Enſeignes , un Adjudant , un Chirurgien
Major , 6 Cadets , un Chirurgien de Batailion
, 7 Aides Chirurgiens , 8 Fouriers , un
Tambour Major , un Prévôt ; ainſi le total d'un
Régiment d'Infanterie , y compris l'Etat -Major ,
eſt de 3,175 hommes. م
2. Le complet d'un Régiment d'Infanterie
Hongroiſe fans cantonnement pour l'enrôlement
eft de 18 Compagnies ; ſçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers de 228 hommes , & 16 Compagnies
de Fufiliers compoſées de 2,947 hommes ,
ycompris l'Etat Major , ce qui porte chaque
Régiment , y compris 640 Soldats abſens par
Congé illimité , à 3,815 hommes .
3. Le complet d'un Régiment Wallon , Italien
, & du Régiment Allemand en garnifon
en Italie , eſtde 18 Compagnies ; ſçavoir 2 Compagnies
de Grenadiers formant 228 hommes ,
& 16 Compagnies de Fufiliers , compoſées de
1456 hommes , de 144 Surnuméraires , de 352
Officiers &bas Officiers , & de 35 perſonnes de
l'Etat Major , ce qui forme un total de 2,215
hommes. :
4. Le Complet d'un Régiment d'Artillerie eſt
de 16 Compagnies , leſquelles , y compris l'Etat
Major, les officiers & bas Officiers ,forment un
( 159 )
total de 2,415 hommes ; sçavoir 10 Capitaines ,
6 Capitaines- Lieutenans , 16 Lieutenans , 48
Bombardiers , 16 Sergens , 16 Fouriers , 96 Caporaux
, 32 ſous- Caporaux , 16 Sergens Fouriers ,
16 Tambours , 16 Fifres , 1536 Canoniers , chaque
Compagnie de 96 hommes , 256 ſous - Canoniers
, chaque Compagnie de 16 hommes , 1 Colonel
propriétaire , I Colonel Commandant , I
Lieutenant- Colonel , 3 Majors , un Canonier ,
Auditeur , 1 Quartier-Maître , I Adjudant , I
Chirurgien Major , 4 Chirurgiens de Bataillon , 8
Aides Chirurgiens , un Tambour Major , 8 Hautbois
, 1 Prévôt .
L
5. Le complet de la Garde du Général de l'Artillerie
eſt de 107 hommes .
6. Le complet des Artilleurs , répartis dans les
Fortereſſes & dans les Garnisons , eſt de 1,274
hommes.
7. Le complet des corps des Mineurs compolé
de 4 Compagnies , eſtde 497 hommes .
8. Le complet du corps des Sapeurs compofé
de 3 Compagnies , eſt de 172 hommes .
9. Le complet du corps de Pontonniers , eſt de
416 hommes .
10. Le complet d'un Régiment de garniſon ,
eft de 18 Compagnies , chacune de 164 Soldats
ce qui fait , y compris l'Etat Major , les Officiers
& les Bas- Officiers , un total de 3609 hommes .
11. Le complet d'un Régiment de garnison
dans les Pays Bas , eft de 4 Compagnies , en tout
de 806 hommes.
12. La garniſon de Philipsbourg , eſt compofée
de401 hommes.
13. La garde de la Couronne de Hongrie, ef:t
compofée de 242 hommes .
1144.. Le complet de chaque Régiment de Frontieres
des diſtricts de Carlſtadt , de Warardin
L
2
( 160 )
d'Esclavonie & du Bannet eſt de 16 Compagnies,
ce qui forme , y compris l'Etat Major , un total de
4,094 hommes par Régiment.
15. Le complet du Régiment de Frontieres
des Illiriens , eſt de 5 Compagnies ou de 1351
hommes .
16. Le complet de chacun des deux Régimens
de Frontieres de Szecleriens & des 2 Régimens
de Wallaques , eſt de 12 Compagnies ; chaque Régiment
eſt de 3,016 hommes .
17. Le complet du Bataillon des Tshaiks ou.
troupes de Marine , eſt de 4 Compagnies ou de
1,119 hommes.
Le complet du Régiment de Colons Allemands
eſtde 10 Compagnies ou de 2,030 hommes .
Cavalerie.
I. Le complet d'un Régiment de Carabiniers
eſt de huit eſcadrons , dont deux de Chevaux-
Légers. Un eſcadron de Carabiniers eft compofé
de 174 hommes , ſavoir , un Capitaine , un Capitaine
en ſecond , deux Lieutenans , deux Sous-
Lieutenans , deux Sergens. Majors , un Fourier ,
un Chirurgien d'eſcadron , un Trompette , un
Sellier , un Maréchal ferrant , huit Caporaux ,
deux Sous- Caporaux , cent quarante- cinq Cavaliers
, & fix Cavaliers ſurnuméraires. Un
eſcadron de Chevaux- Légers eſt composé de 193
hommes , ſavoir , vingt-trois hommes depuis le
Capitaine juſqu'aux Sous-Caporaux , & cent ſoixante-
dix Cavaliers . L'Etat-Major eſt compoſé
du Colorel propriétaire , du Colonel commandant
, du Lieutenant- Colonel , de deux Majors ,
de l'Aumonier , de l'Auditeur , du Quartier-
Maître, de l'Adjudant , du Chirurgien du Régiment
, de quatre Enſeignes , du Trompette-Mafor
, du Chirurgien Major , du premier Maréchal
ferrant & du Prévôt,
( 161 )
Les fix eſcadrons de cavalerie font 1044 hom .
Les deux efcadrons de Chevaux- Légers 286 hom .
LErat-Major . 18 hom,
Total ..... 1,440 hom .
II. Le comp'er d'un Régiment de Cuiraſfiers
&du Régiment des Dragons d'Arberg eft de fix
efcadrous , chacun'de 174 hommes. Le total , y
compris l'Etat - Major , eft de 1062 hommes .
III. Le complet d'un Régiment de Dragons &
de Chevaux- Légers eſt de fix Efcadrons , chacun
de 193 hommes ; le total , y compris hat-
Major , eft de 1176 hommes.
IV. Le complet d'un Régiment de Huſſards eſt
dehuit e cadrons, chacun de 190 hommes . L'Ecat-
Major eft compoſe de vingt une perfonnes .
Le total d'un Régiment de Hufſards eftde 1517
hommes.
V. Le complet d'un régiment 'de Huſſards des
frontieres eſt de trois Compagnies , qui' , y com .
pris l'Etat-Major , portent le nombre d'hommes à
501.
VI. Le complet du régiment de Huſſards-Efclavors
eſtde ſix Compagnies , en tout de 995
hommes.
VII. Le complet du régiment de Huſſards-
Szecléviens eft de douze Compagnies , en tout de
2253hommes.
Infanterie.
I. Chaque Régiment de dix-huit compagnies
eſt augmenté , ſavoir , les deux compagnies de
Grenadiers , de quatre Sergents- Fouriers, &de
deux Charpentiers ; & les ſeize autres compagnies
de 640 foldats , de ſeize Charpentiers , quatrevingt-
huit ouvriers , huit Enſeignes , trente -deux
Caporaux , cinquante fix Sergens- Fouriers , foixante-
quatreAppointés , cinqAides- Chirurgiens,
( 162 )
1
&troisCaporaux ſurnuméraires. Le total, y com
pris l'Etat-Major , eſt de 4093 hommes. -- Quel.
ques régimens ſont portés à vingt compagnies , &
alors le total d'un régiment fait 4570 hommes.
II. Le complet de l'Artillerie , des régimens
de garnitons , &des régimens de frentieres , &
en tems de guerre , le même qu'en tems de
paix.
III. Les deux eſcadrons de Chevaux-Légers Carabiniers
, font augmentés chacun de dix Cavaliers;
& l'Etat- Major , d'un Chirurgien & d'un
Tanteur. Le corps de réſerve pour chaque régiment
de Carabiniers , eſt de 160 hommes ; ces
augmentations portent le total de chaque régiment
à 1638 hommes .
IV. Chaque régiment de Cuirafſfiers eſt aug.
menté de deux Chirurgiens- Majors , d'un Tailleur
, & d'un corps de réſerve de 137 hommes.
Le total de chaque régiment eſt par conféquent
1199hommes . :
V. Chaque eſcadron de Dragons & de Chevaux-
Légers eſt porté à 203 hommes , qui ,
avec le corps de réſerve de cent trente ſept hommes
, portent chaqueRégiment à 1373 hommes.
VI. Chaque eſcadron de Huſſards eſt augmenté
de huit Huſſards; & l'Etat-Major, d'un
Major , d'un Bourelier & d'un Tailleur. Cette
augmentation& le corps de réſerve de 168 hom;
mes , portent le total de chaque régiment de
Huſſards de huit eſcadrons , à 1808 hommes .
VII. Un Régiment de Huffards de cinq divifions
, ou de dix eſcadrons , eſt de 2055 hommes ,
& le corps de réſerve de 168 ; ce qui forme u
total de 2223hommes .
( 163 ) ン
VIII . Le complet desHuffards de frontieres eft
le même qu'en tems de paix.
ITALIE.
DE VENISE , le 27 Decembre.
On a enfin reçu des dépêches du Chevalier
Emo. Il y rend compte du bombardement
de Suze , & de la mort du Commardant
Moro. Le Sénat a été tres ſenſible à la
perte de ce brave militaire , & l'on croit
qu'on accordera des graces à ſa famille.
Le bruit s'eſt répandu qu'outre la perte
d'un des vaiſſeaux de notre eſcadre , dont il
a été fait mention , nous avions auſſi perdu
la frégate commandée par le Capitaine Cicogna
, & que tout l'équipage avoit péri.
On a des raiſons de craindre que ce bruit
ne foit que trop fondé.
On a lancé aujourd'hui un des vaiſſeaux de
guerre dont la conſtruction avoit été ordonnée
par le Gouvernement. On continue d'aſſurer que
les forces que nous mettrons en mer ſous peu de
tems ſont deſtinées à protéger notre commerce
contre les Hollandois,dans le cas d'une rupture
entre cette République & l'Empereur que l'on regarde
comme inévitable.
DE FLORENCE , le 25 Décembre.
Un exprès , parti de Piſe , a apporté le
14 au matin l'heureuſe nouvelle de l'accouchement
de notre Souveraine ; & le Public
( 164)
en a été auſſi tôt inftruit par une décharge
de l'artillerie du château de Bellevedere .
L'Archiduc eſt né dans la nuit du 13 au 14 ,
& a été baptifé par un Capucin , qui lui a
donné les noms de Louis-Joſeph -Jean-
René. On a annoncé enſuite un gala & une
fête folemnelle pour trois jours confécutifs ,
à l'occaſion de cet heureux événement , &
dans les trois foirées , on a allumé les feux
de joie qui font d'uſage au vieux Palais .
Une lettre de Tunis du 20 Novembre
dernier , apportée à Livourne par un bâtiment
de Ragufe , porte :
Vous ne pouvez pas , Monfieur , vous former
une idée de la fituation déplorable cu nous nous
trouvons. Tout inſpire l'horreur , l'effroi , l'affliction
& le deuil. Outre que ce Royaume ſe
trouve tourmenté par l'Eſcadre Vénitienne , qui
dévaſte & détruit toutes les villes & villages qui
bordent la côte , nous ſommes aſſaillis depuis peu
de diverſes maladies , qui enlèvent un grand
nombre d'habitans, la diſette eſt générale , &
c'eſt la ſeule cauſe du foulévement du peuple
contre le Bey & contre ceux qui ſont à la tête du
Gouvernement. Ils ne croient pas leur vie en fu
reté , parce qu'ils ſe défient des troupes difciplinées
, & qui font ſous leurs ordres , les regardant
comme complices elles - mêmes du ſoulevement.
Chacun craint ici pour ſa vie , & regarde
ſes effets , tant en argent qu'en marchandises ,
comme perdus . Que d'avantages auroient retiré
les Vénitiens dans ces affreuſes circonstances , fi
Jeurs vues euffent été réellement tournées vers
cette Régence ! Nous ſommes expoſés à voir de
grands changemens.
( 165 )
On reçoit dans ce moment la nouvelle que
l'Eſcadre Vénitienne a été forcée par les vents
contraires de quitter notre côte , & qu'elle s'eſt
dirigée vers la Sicile . On ajoute qu'elle eſt dans
leplus mauvais état , tant à cauſe des tempêtes
qu'elle a eſſuyées , que des dommages que lui
ont caufé les batteries des fortereffes où ils ont
tenté de mettre le feu. Malgré la vigoureuſe défenſe
que Sufe a faite , nous apprenons que cette
malheureuſe ville eſt entierement détruite &
ruinée . Les Vénitiens ont encore tenté de fermer
le Goulet , mais ils n'ont pas pu y parvenir
à cauſe de la rapidité des courans , & reconnoiffant
que tous les bâtimens qu'ils autoient
coulés à fond n'auroient produit aucun effet , on
fuppoſe qu'ils ont été affez prudens pour ne
point vouloir facrifier inutilement leurs bâtimens
& leurs munitions.
DE NAPLES , le 27 Décembre.
Le terme de l'accouchement de la Reine
s'approchant , & S. M. commençant à ſentir
les premieres douleurs , elle ſe rendit à Caſerte.
Le Grand- Aumônier s'y tranſporta
également pour ſe trouver à l'accouchement
de S. M. On y envoya auſſi les piquets des
Régimens des Gardes Italiennes & Suiffes ,
qui dans cet circonstance ont coutume de
renforcer la Garde du Palais . Le 14 , les
douleurs étant devenues plus fortes , notre
auguſte Reine eſt heureuſement'accouchée
d'une Princeſſe. Cet événement a excité la
plus vive allégreſſe à la Cour & à la ville.
La frégate la Minerve eſt rentrée hier
( 166 )
dans ce port. Elle vient de Palerme , & en
dernier lieu de Trapani , où en conféquence
des ordres du Gouvernement , elle a donné
toute l'aſſiſtance à l'eſcadre Vénitienne qui y
eft mouillée. Le vaiſſeau commandant ayant
touché fur les rochers , ne pourra plus ſervir.
Dans la vue de protéger notre commerce , &
le mettre à l'abri des inſultes des Barbareſques , &
principalement des Algériens qui ſe ſont montrés
fur les côtes du Ponent , on arme actuellement le
vaiſſeau le S. Accaria qui ſe joindra aux frégates la
Minerva , & la S. Dorotea , pour aller leur donner
la chaffe.
DE GENES , le 29 Décembre.
L'Empereur ayant fait demander au Souverain
Pontife la ſuppreſſion de l'Evêché de
Neustadt en Autriche , dans le deſſein de
réunir cet Evêché à l'Egliſe de Saint Hyppolite
, en augmentant les revenus de la
Menſe , & en étendant le dioceſe , S. S. a
remis l'examen de cette affaire à la Sacrée
Congrégation conſiſtoriale qui vient de rendre
un Décret , portant la ſuppreſſion de cet
Evêché , & l'érection d'un nouveau , dont la
propoſition fera faite dans le prochain Confiftoire.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Janvier.
Les , le Bureau de la guerre a expédié
( 167 )
des ordres aux Régimens cantonnés dans
diverſes places de la Grande-Bretagne , de
ſe tenir prêts à marcher au premier avis. On
croit cette meſure relative à de nouveaux
coups de main contre les contrebandiers.
Le Whitby , Vaiſſeau munitionnaire armé , qui
a fait voile dernierement de Portsmouth pour
Gibraltar , avoit à bord des munitions d'artillerie
pour le ſervice de la Garniſon de cette place ; il
eſt ordonné qu'elle ſoit complettement pourvue
le plus promptement poſſible . On prépare maintenant
à la fonderie de Woolwich un nouveau
train d'artillerie , conſiſtant en 66 pieces de canons
de bronze deſtinées pour les nouvelles fortifications
qui viennent d'être élevées à Gibraltar.
Toutes ces munitions feront tranſportées ſur des
Vaiſſeaux munitionnaires armés , à cauſe des Corfaires
Barbareſques qui courent principalement
fur ces Vaiſſeaux , de telle Nation qu'ils puiſſent
être, amie ou ennemie.
Le Gouverneur Johnstone va , dit- on ,
être nommé Envoyé extraordinaire & Plénipotentiaire
à la Cour de Lisbonne , à la
place de M. Robert Walpole , qui a demandé
fon rappel. C'eſt ainſi que l'Adminiftration
a eu l'adreſſe de ſe débarraſſer du
Gouverneur. Elle craignoit fon oppofition
aux réglemens de la Compagnie des Indes ,
& encore plus ſon impétuoſité dans le Par- ,
lement.
MM. Edmund Burke & Dudley Long , mema
bres du Comité choiſi des affaires de l'Inde , ſe
rendirent il y a quelques jours , chez M. Pitt, pour
Je prier de leur faire donner une copie de la Lettre -
de M. Haftings , ou de leur permettre au moins
( 168 )
A
d'en prendre lecture ; ils sui repreſenterent , à
l'appui de leur Requête , qu'ils avoient été informés
que la Lettre de M. Hastings contenoit des
obſervations fur quelques rapports du Comité
choifi , & qu'elle attaquoit les procédures & la
conduite du Comité. M. Pitt leur répondit avec
fang-froid& fermeté , & en même temps avec la
dignité d'an Minifire, qu'ils pourroient le ſommer
dans le Parlement de produire cette Lettre , mais
qu'il étoit de ſon devoir de ne point la leur communiquer
d'une autre maniere. La demarche finguliere
des deux membres du Comité , a donné
Yeu à beaucoup d'interprétations. Les Partiſans
de la coalition cenfurent vivement la conduite
du Miniſtre en cette occafion , & le taxent de hauteur
,tandis que les Partiſans du miniſtere approuvent
fortement le refus de M. Pitt .
Notre commerce avec la Ruffie & le
Portugal profpere plus que jamais. Nous
avons reçu 15374 galons de vins de Porto
par les bâtimens arrivés en dernier lieu du
Portugal , & plus de 1700 de vins d'Efpagne
qui avoient été chargés à Cadix. Outre
les quantités prodigieuſes de fuif que
nous avons reçues de Pétersbourg , les
mêmes batimens nous ont apporté 35 tonneaux
d'étoupes; Philadelphienous a fourni
598 quintaux de térébenthine , cet article
étant vendu à un prix plus avantageux en
Angleterre qu'en France .
Lundi dernier, un pêcheur de Hastings a
été tuépar unDragon du Régiment de Harcourt,
en quartier à Lewes : voici les circonftances
de ce meurtre. Trois Soldats
prêtolent main forte à des Officiers des
douanes ,
( 169 )
douannes , qui ſaiſiſſoient des batteaux d'une
conſtruction illégale , lorſque ce pêcheur ,
pour éviter qu'on ne faisît le ſien , tenta de
le mettre en mer. A peine ſon bateau futil
à flot , que les trois Soldats tirerent fur
lui , & le tuerent roide dans ſon bateau
une des balles lui ayant traverſé la tête. Un
petit garçon qui étoit avec lui heureuſement
ne fut point atteint , quoiqu'une autre balle
eût paſſé très- près de lui. Le Coroner examina
le cadavre du pêcheur ,& les Jurés dé
clarerent le meurtre volontaire . Les coupables
furent en conféquence arrêtés & conduits
à la prifon de cette ville. Le peuple fut
d'abord fi irrité de la conduite des foldats
que l'on craignoit les effets de la fureur;
mais les criminels ayant été chargés de
chaînes, ce ſpectacle l'appaiſa.
Le Parlement d'Irlande & le Congrès des
Volontaires s'aſſembleront le même jour
l'aſſemblée des derniers ſe tiendra à Athlone
Des troupes de cavaliers doivent s'y rendre
pour maintenir la tranquilité publique. Les
habitans de la ville ont offert des logeniens
pour les Volontaires pendant le ſéjour qu'il
feront à Athlone.
L'Abolition du Tribunal de Commerce ( Beard
of-trade ) dit un de nos Papiers , eſt tres-abuſive
&tres mal vue. Dans ce moment ci nous n'avons
point d'Officier qui ſoit reſponſable envers les
Repréſentans du Peuple de nos liaiſons commer
ciales avec les Nations étrangeres. Le Lord Sydney
a refuſé abſolument de réunir ce Tribunal
N°. 4, 22 Janvier 1785 . h
( 170 )
à ſon Département , & le Bureau établi par le
Lord Northſous la conduite de M. Elliot , ce
zelé Serviteur de la Nation , ne comprend que les
affaires des Colonies. Le défaut d'un Tribunal de
Commerce , pour veiller à notre Commerce
étranger , fait un tort conſidérable à ceux de nos
Négocians qui commercent avec les Ports des
Européens . D'un autre côté , l'office de Conſul
' eſt devenu nul , depuis que les repréſentations
que les Confuls ſont dans le cas de faire ne ſont
point écoutées , & le premier Miniſtre ne ſe ſoucie
point de ſe charger de l'adminiſtration d'une
partie pour laquelle il ne ſe ſent point capable.
Ce vice demande à être remédié & à l'être même
promptement , car l'une des plus fortes Maiſons
de cette Ville , intéreſſées dans le commerce
d'Eſpagne & d'Italie , a déjà ſouffert conſidérablement
par de nouveaux Réglemens quiy ont été
mis en vigueur relativement aux importations
de l'Angleterre. Les Conſuls y réſidans ont déjà
fait leurs repréſentations au Miniſtere. On prépare
actuellement à ce ſujet , un Mémoire qui ſera
préſenté au Lord Tréſorier ; de maniere que
vraiſemblablement , cet objet attirera l'attention
de la Chambre des Communes dans ſes prochai .
nes ſeffions .
Les dernieres nouvelles de New-Brunfwick
portant que les Emigrans d'Irlande &
d'Ecoſſe ſont très mécontens du partage
des terres qui a été fait pour eux , & dans
lequel on remarque de la partialité. Ils
prétendent que les Loyaliſtes ont été mis
en poffeffion de la partie la plus fertile de
la province , tandis que les Emigrans font
obligés de ſe contenter d'un terrein ſi couvert
de bois , que cinq ouvriers ne peuvent
( 171 )
pas , dans l'eſpace d'une année , défricher
plus de trois ou quatre acres pour le mettre
en labour. Le Gouvernement ſera obligé de
prendre d'autres meſures , fans quoi les
Emigrans , au lieu de s'établir dans la nouvelle
Colonie , paſſeront dans quelqu'un des
Etats d'Amérique. Ces plaintes font mal
accueillies ici , parce que rien ne forçoit les
Emigrans de la Métropole à s'expatrier ,
tandis qu'on devoit un aſyle aux Loyaliſtes ,
ainſi la préférence donnée à ces derniers
eſt auſſi légitime que naturelle.
On donne les détails ſuivans ſur l'infortuné
Général Mathæus , aſſalliné par ordre
de Tippoo -Saib .
Il étoit Officier au ſervice du Roi , mais employé
dans les troupes de la Compagnie , il avoit
demeuré dans l'Inde pendant plus de vingt ans ,
&il étoit revenu en Angleterre , il ya quelques
années , avec pluſieursde ſes enfans &des richefſes
immenfes . Il avoit loué une maiſon dans le
Comté de Cheſter , où il vivoit avec la plus
grandemagnificence. Il étoit retourné dans l'Inde
en 1782 , avec ſa femme âgée de 17 ans , fille de
M. Jackſon , Secretaire de l'Amirauté. Peu de
temps après ſon arrivée à Madraff, il avoit été
envoyé à la côte de Malabar , pour prendre le
commandement de l'Armée deſtinée à pénétrer
dans les poffeffions d'Hyder. Il avoit effectué ſon
irruption le 12 Décembre , à la tête de 400Européens
& de 1500 Scapoys , auxquels s'étoient
joints enſuite trois autres bazaillons de Scapoys
avecles troupes aux ordres des Colonels Macleod
&Humberſtone.- Onore , port de mer ſur la
côte , fut immédiatement affiégé & pris d'aſſaut ;
h2
( 172 )
&on rapporte que les Soldats , à leur entrée dans
la Ville , pafferent 500 perſonnes au fil de l'é
pée. Le Général Mathæws avoit marché enfuite
avec ſon armée dans la Province de Bedanore ; il
s'étoit rendu maître , le 17 Janvier 1783 , de
la ville de ce nom , où il avoir trouvé des tréſors
conſidérables. On fait que cette Ville fut repriſe
au mois de Mai fuivant par Typpoo-Saib .
M. Shirley , ci-devant Négociant à Lifbonne
, rapporte un événement arrivé pendant
ſon ſéjour en Portugal , & digne d'être
connu dans les pays où la torture feroit
encore en uſage
UnJuge integre d'un des Tribunaux de Lisbonne
, ayant obſervé l'effet de la queſtion ſur
des malheureux fauſſement accuſés de crimes ,
leſquels préféroient de perdre la vie pour ſe ſouftraire
à la torture , il fut ſi vivement touché d'une
coutume auffi barbare , laquelle arrachoit fouvent
à l'innocent l'aveu fatal qui le conduiſoit à
l'échafaud , qu'il réſolut de démontrer par l'expérience
combien les Juges étoient ſujets à être
trompés en voulant obtenir la vérité par des
tourmens aufli inouis.C'eſt en Portugal un crime
capital de tuer un cheval ou un muler. Ce Juge
avoit juſtement un cheval du plus grand prix. Un
ſoir, tandis que ſa famille eſt livrée au fommeil ,
il entre dans l'écurie & coupe la queue de ſon
cheval , qui , perdant tout ſon ſing par cette
bleſſure , meurt preſqu'auffi -tôt. Le Valet eft
eſt accuſé d'avoir tuél'animal ; il veut en vain
ſe juſtifier ; les préſomptions font trop fortes
contre lui; il ſubit la queſtion. Bientôt cet homme
préférant la mort aux douleurs violentes
qu'il endure , avoue en effet que c'eſt lui qui a
fait périr le cheval , & en conféquence il eſt cons
( 173 )
damné à être pendu. Le Maître , qui ne pouvoit
être un des Juges , puiſqu'il étoit lui- même l'accuſateur
, avoua , apres le Jugement , qu'il étoit
lui-même l'auteur de ce délit , en vertu duquel
on venoit de prononcer contre ſon Valet la Sentence
de mort. Il prouva alors la faillibilité des
des aveux arrachés par la torture , & il expoſa
les motifs qui l'avoient porté à faire cette épreuve.
Depuis cet événement , on dit qu'on a modifié ,
dans tous les Tribunaux du Portugal , l'uſage de
la queſtion , durant les procès criminels.
L'un de nos papiers raconte ainſi l'une des
circonſtances préliminaires du départ de M.
Blanchard.
Nous apprenons de Douvres que l'arrivée du
BallondeM. BBllaanncchhard en cette ville , a donné
lieu a un différend fort vif , qu'on eſt parvenu
heureuſement à appaiſer. En voici le ſujet.
M. Blanchard, après avoir réfléchi ſur le dangerapparentdont
il étoit menacé en effectuant
ſa navigation aërienne à travers la Manche , &
après s'être aſſuré de l'état où se trouvoit ſon
Ballon , fut convaincu qu'il ne pouvoit point ,
eu égard à ſa propre ſureté , entreprendre ce
voyage avec le Docteur Jefferiel , ſans perdre in
finiment de ſon leſt , & en conféquence il déclara
à celui - ci qu'il étoit réſolu de tenter ſeul
ce paſſage. Le Docteur , extrêmement jaloux
de partager l'honneur de ce voyage , trouva
toutes ces repréſentations ſuperflues , & perſiſtant
dans ſes deſſeins , il aſſembla un parti de Matelots
Anglois à la tête deſquels il marcha au Chậ
teau , bien déterminé , en cas de réſiſtance , à
lui donner l'aſſaut , & à réduire le Ballon en
cendres pour fatisfaire ſa vengeance. Les Officiers
de la Garniſon , informés de ſon intention ,
fermerent les portes , & il s'enfuivit entre le
7
h3
( 174 )
Commandant du Chateau & le Docteur , une négociation
qui rappelle l'idée de celle de Charles
I , avec le Gouverneur de Hull , lorſque ce
Monarque effaya de ſurprendre cette Ville. Le
Château eſt principalement rempli d'Invalides ,
dont la contenance comique préſente un tableau
tout- à - fait original. Ces hardis champions ſe
promettoient tout de leur audace guerriere , &
étoient réſolus de défendre M. Blanchard contre
tous les efforts du vaillant Docteur . Mais celuici
voyant que cette affaire prenoit unetournure
trop ſérieuse , & que fa phalange auroit beaucoup
à fouffrirde la défenſe courageuſe du Châ
teau , après avoir tenu conſeil & fait mine de
tout préparer pour une vigoureuſe attaque , il
battit bruſquement la retraite , & laiſſa M. Blanchard
Maître abſolu de la fortereſſe. En conféquence
,cet intrépide François ſe prépare à pro
fiter du premier bon vent , pour partir d'Angleterre
ſur ſon Char ailé.
On nous a fait paſſer la note fuivante ,
relativement au démêlé du Duc de Riche
mond avec le Colonel Debbieg , dont nous
avons parlé. Sans garantir les faits qu'elle
contient, pas plus que ceux que nous avons
rapportés , nous nous contentons d'inférer
ici mot à mot ce ſecond récit.
En 1779 ou 1780 , le Duc de Richemond
ayant vu les ouvrages de Chatam , & penſant
qu'ils étoient très -diſpendieux & mal entendus
pour la défenſe du chantier , en parla dans ce
fens à la Chambre des Pairs : peu de temps
après , le Colonel Debbieg vint chez lui, &
Jui dit qu'il avoit ludans les gazettesunprécis
de ſon discours; que chacun avoit le droit de
juger ſon ſavoir , mais que perſonne n'avoit ce
( 175 )
lui de juger la probité dans laconduite des ou
vrages. Le Duc de Richemond l'affura qu'il
n'avoit attaqué ni l'un ni l'autre . qu'il avoit
même dit avoir entendu rapporter que ces ouvrages
avoient été conſtruits contre fon opinion ;
& qu'à l'égard de ſa probité dans la conduite
de ſes travaux , il ne lui étoit jamais venu dans
l'idée de diſcuter un ſujet ſur lequel il n'auroit
nulle connoiffance. Le Colonel Debbieg alors
ſouhaita que le Duc de Richemond fit mettre
dans les Gazettes un détaveu du rapport qui y
avoit été fait. Le Duc de Richemond répondit
au Colonel Debbieg qu'il ne pouvoit point faire
cette démarche; que jamais il ne s'abaiſſeroit à
corriger le rapport des Gazettes , & qu'il pouvoit
être content de la vérité qu'il lui avoit déclaré.
Le Colonel Debbieg lui dit qu'en effet if
avoit vu Lord Amherſt qui lui avoit confirmé ce
que ſa Grace venoit de lui dire, & il s'en alla
paroiffant content , au moins le Duc de Richemond
eut lieu de le croire , puiſque depuis ce
jour-là juſqu'au 15 d'Août 1784 , il n'a jamais
entendu parler de cette affaire.
Cette explication a été lue tout haut par le
Ducde Richemonddevant le Conſeil de guerre,
en préſence duColonel Debbieg , qui étoit placé
à côté de lui ; elle fut enſuite donnée par écrit
au Conſeil de guerre. Le Colonel Debbieg en
demanda copie; elle lui fut accordée , & deux
jours après il lut ſa défenſe , qui étoit fort longue.
Mais ni dans cette défenſe , ni d'aucune
-autre maniere , cette explication n'a point été
contredite : & elle eſt reſtée ſans réponde .
Un Pilote expérimenté de Briſtol vient de
publier un avis , qui peut être utile à tous les
navigateurs , & que nous tranſcrirons dans
ce but.
h 4-
( 176 )
Entre Land's-End & Rund-le-Stone , gil
Tent quatre rochers ſous l'eau , dont trois ſe trouvent
dans le chenal , & le quatrieme dans la
même direction que Rund-le-Stone , ce qui rend
ce paſſage , très- fréquenté , extrêmement dangereux
; & cependant ce danger eſt peu connu des
navigateurs. A la marée baſſe , on trouve fix
pieds d'eau ſur l'un de ces rochers , & quatre ſeu-
Sement ſur le ſecond. Le troiſieme , dans les
grandes marées de l'Equinoxe , en Mars , ſe
montre à fleur d'eau ; & le quatrieme enfin eſt à
peu près de même. Le 26 Mai 1782 , le Capita
ne Puddicomb , de Newton-Bushel , qui venoit
de Liverpool à Plymouth , a touché fur
'une de ces roches . Heureuſement le temps qui
étoit beau , & le vent favorable , permirent aux
pilotes de lui donnet le plus prompt ſecours. On
parvint à force de monde à entretenir les pompes ,
&le navire entra à Mount'sbay. Les navigateurs
devroient marquer ces rochers ſur les cartes ».
N. B. Les 1759 perſonnes , mortes à
Londres de la petite vérole, doivent être enrendues
mortes de cette maladie en général,
& non pas ſeulement de l'Inoculation.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 12 Janvier.
Le 9 de ce mois , le Comte de Tavannes,
Chevalier d'honneur de la Reine , a prêté
ferment entre les mains du Roi , pour la
Lieutenance générale du Dijonnois , vacante
par la mort du Comte de Saulx fon pere.
Le même jour , Leurs Majeſtés & la Famille
Royale ont ſigné le contrat de mariage
du Comte de Berenger, Chevalier d'hon(
177 )
heur de Madame en ſurvivance , avec Demoiſelle
de Névis ; & celui du Marquis de
Carcado Molac , avec Demoiſelle de Saint-
Julien.
Ce jour , la Comteſſe de Sainte - Aldegonde
& la Marquise d'Aſnieres , ont eu
l'honneur d'être préſentées à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale ; la premiere par la
Comteſſe de Gand, & la feconde par la Vicomteſſe
de Virieu .
Le ſieur Robert de Heſſeln , Cenſeur
royal , a eu l'honneur de préſenter à Leurs
Majeſtés & à la Famille royale , qui l'ont honoré
de leurs fouſcriptions pour la nouvelle
Topographie du royaume de France , la
contrée Nord de la Région centre. Cette
Carte eſt la quatrieme de celles qui renterment
le ſecond degré des détails de la fuperficie
du Royaume.
DE PARIS , le 18 Janvier.
L'heureuſe traverſée de M. Blanchard &
du Docteur Gefferies eſt l'époque la plus remarquable
de l'hiſtoire des Ballons , depuis
leur origine. Il ſeroit à ſouhaiter qu'elle en
fût la plus utile; mais elle n'a peut-être fait
que conſtater les dangers de cette voiture
fur l'Océan . Nous n'avons pu encore difcerner
la vérité , au milieu de mille rapports
contradictoires , flatteurs ou médifans , fur
les préliminaires & fur les circonftances de
cet heureux voyage. On parle d'un départ
hs
( 178 )
précédé d'altercations , de réſiſtances , d'argent
donné par l'ün des Aëronautes à fon
compagnon ; on ajoute que ces navigateurs
après avoir jetté tout leur leſt , les onemens
de leur gondole , leurs propres vétemens
, eurent peine à défendre leur vaiſſeau
aërien de toucher l'onde. On affirme que le
Docteur Jefferies avoit ſigné l'engagement
de ſe laiſſer précipiter par M. Blanchard au
fond de la Manche , dans le cas où ce ſacrifice
eût été néceſſaire à la conſervation de
ce dernier , & que nouveau Curtius , l'Anglo-
Américain étoit réſigné à ce dévouement.
Auſſitôt que les Voyageurs eurent
pris terre, très-près du bord de la
s'embraſſerent avec le plus profond attendriffement.
mer ,
ils
Nous nous permîmes dans le temps , de
rire un peu des deſcriptions burleſques &
véritablement inconcevables de M: Blanchard
: nous rendons juſtice avec la même
impartialité à fon zele & àſon courage. Il
mérite des éloges , d'autant plus grands ,
qu'aſſez dédaigné juſqu'ici , & fans autre
fecours , que fon induſtrie & fon ardeur , il
a poursuivi & conduit à une fin heureuſe
une entrepriſe , taite pour déconcerter les
hommes les plus aguerris. On ne fauroit
donner une plus sûre marque d'eſtime à M.
Blanchard , que de lui conſeiller de s'écarter
dans ſa narration , des mauvais modeles
qui ont gâté ſes précédens récits , d'éviter
l'enflure & les métaphores , & de rendre
L
( 179 )
4
avec ſimplicité des dérails qui n'ont beſoin
ni de phraſes ni d'exagérations.
Pour fatisfaire la curioſité du lecteur fur
ce paſſage , nous joignons ici ce qu'on en
a publié , ſans garantir néanmoins l'exacte
vérité des circonstances. Voici en quels termes
on raconte ſon départ de Douvres .
Afix heures du matin les vents au nord , nord-
Oueſt , M. Blanchard appella tous fes Ouvriers ,&
leur donna l'ordrede ſe rendre au lieu du départ ;
lorſqu'ils furent tous réunis on lança une Montgolfière
, qui ſe dirigea vers Calais ; M. Blanchard
dit à haute voix au Gouverneur du Chateau que
les vents étant favorables il alloit ſe diſpoſer à
partir , & , pour en donner avis à tous les habitans
, le Gouverneur fit tirer trois coups de canon
à huit heures trente minutes. Pour vous bien
repréſenter l'empreſſement que chacun apporta
aux préparatifs , il faut vous peindre une famille
bien unie qui travaille en commun au bonheur
detous.
Il étoit midi un quart lorſque , voyant ſa ma
chine bientôt remplie , M. Blanchard déféra à M.
le Gouverneur du Château l'honneur de lancer
fon courier.
Auneheure préciſe , les vents toujours nord
demi thum , oueſt , cejeune intrépide ayant tout
préparé & fait placer M. Gefferies , ſon compagnon
de voyage , ſeul tranquille ſur ſon fort , &
du ton de voix le plus décidé , donna l'ordre de
l'abandonner. On garda , pendant tous les momens
qui précéderent immédiatement le départ ,
le filence le plus morne ; mais à peine la Machine
eût elle quitté la terre , qu'on ſe livra aux acclamations
les plus vives& à toutes les folies que
peutenfanter l'enthousiasme, Il étoit en effet bien
h6
( 180 )
intéreſſant de voir ce fier Aéronaute planant ſur
l'immenſe ſurface des eaux dans les plaines de
L'air. Témoin éloigné du délire qu'il excitoit , il
ſalua de ſon pavillon , autant pour raſſurer les
ſpectateurs que pour leur témoigner ſa reconnoif-
1ance. Nous commencions à le perdre de vue lor
que tout-à- coup nous le vîmes deſcendre. Nous
ne pûmes nous défendre du plus grand effroi , en
conſidérant le danger où ſa généreuſe entrepriſe
pouvoit le jetter ; mais nous fûmes bientôt raf-
Curés en le voyant de nouveau s'élever dans les
airs , qu'il fendoit avec rapidité. Nous augurâmes
qu'il ſe trouvoit au - deſſus du continent à trois
heures vingt- cinq minutes , & nous jugeâmes ,
autant qu'il nous fut poſſible de le faire dans un
auffi grand éloignement , qu'il toucha la terre
aux environs de Blanay , entre Calais & Boulogne.
gne.
Je crois ne devoir pas paſſer ſous filence les
foins généreux que ſe donnerent MM. les Officiers
en Chef pour établir l'ordre & contribuer au
ſuccès de l'entrepriſe n.
Le Vendredi 7 du courant , à une heure
après-midi , les voyageurs arriverent au- defſus
des côtes de France , entre Calais & Boulogne
; ils prirent terre à deux lieues & demi
du rivage , au-delà de la forêt deGuines , vers
la pointe d'Ardres .
,
Ils furent reçus par M. d'Horinclam fils , qui les
conduifit dans ſon Château . Le même ſoir
après ſouper , les Voyageurs furent conduits à
Calaisdans une voiture à fix chevaux qui leur fut
envoyée par les Officiers Municipaux , qui avoient
auffi donné des ordres pour que les portes de la
Ville fuſſent ouvertes à quelqu'heure qu'ils arrivaſſent
; & quoiqu'il fût deuxheures après minuit
( 181 )
:
lorſqu'ils entrerent dans cetteVille, ils y trouverent
tous les habitans qui bordoient les rues fur
leur paſſage en criant : Vive le Roi , vive les Voyageurs
aériens .
Ils deſcendirent chez M. Mouron , l'un des Offciers
du Corps Municipal , où ils coucherent. Le
lendemain , dès le matin , le Pavillon François
fut placé ſur la porte de M. Mouron , le drapeau
de la Ville fut hiſſe ſur les tours ; on fit pluſieurs
décharges de canon , & les cloches de toutes les
Paroifles furent ſonnées en carillon . Le Corps
Municipal & tous ceux des Régimens qui compoſent
la Garniſon , ſe rendirent le matin même
chez M. Mouron , pour féliciter les Voyageurs ;
à dix heures on leur apporta le Vin de Ville , &
on les invita à venir dîner ce jour même à l'Hô
tel-de -Ville.
Avant le dîner , le Maire préſenta à M. Blana
chard une boîte d'or , ſur le médaillon de laquelle
eſt gravé fon Aéroſtatdans le moment de la defcente
; elle contenoit des Lettres qui accordent à
M. Blanchard le titre de Citoyen de Calais. De
pareilles Lettres furent offertes au Docteur Gefferies
, qui , en ſa qualité d'Etranger , ne crut
pas devoir les accepter. Enfin pour mettre le
comble à la gloire des Voyageurs , le Corps de
Ville leur demanda de laiſſer leur Ballon pour
être déposé dans l'Egliſe Cathédrale de Calais ,
ainſi que le fut autrefois , en Eſpagne , le vaiſſeau
de Chriftophe Colomb , & il fut arrêté qu'au lieu
de la deſcente , il ſera élevé une Pyramide de
marbre pour en perpétuer la mémoire.
Voici la lettre & le quatrain de M. Rigault
deRepinoy , ancien Maire de Calais , à M.
Blanchard.
M. , Votre triomphe du 7 de ce mois doit être
1 246
( 182
cher à cette Ville , puiſqu'à pareil jour & à la
même date de l'année 1558 , Calais rentra au
pouvoir de la France après le ſiége mémorable
du Duc de Guiſe , & que 226 ans après
&un même Vendredi , l'Angleterre vient d'être
perfuadée qu'un François peut tout quand il
Veut.
On m'affure , Monfieur , que le Docteur Gefferies
étoit votre Compagnon de voyage , en
ce cas , permettez moi de vous offrir ce Quatrain
:
Deux Peuples diviſés pour l'empire des mers ,
Ne font qu'un aujourd'hui en traverfant les airs ,
Préſage fortuné de l'union ſincere ,
Qui va régner entr'eux pour le bien de la terre,
J'ai l'honneur d'être , &c
Quelques perſonnes nous ont reproché
dene pas affez multiplier les articles de nouvelles
inventions, découvertes , eſſais , induſtrie
, &c. La raiſon de ce filence eſt trèsfimple
, c'eſt que nous ne voulons point concourir
à tromper le Public. S'il voyoit de
près ces prétendus chefs d'oeuvres , ces plagiats
donnés pour des nouveautés , ces effets
chimériques qui n'ont exiſté que dans l'imagination
, ces merveilles qu'on met en créditdans
les Journaux avec des recommandations
,& dans le monde avec du manege ;
ſi ce même public honnête ſavoit qu'on a
pouffé l'audace , juſqu'à lui atteſter les expériences
les plus fauſſes , pour mettre en vogue
des ſyſtêmes anti-phyſiques , il nous fauroit
gré de notre circonspection. Elle doit par
conté quent inſpirer quelque confiance pour
( 183 )
les découvertes , dont nous prendrons ſur
nous de garantir l'existence & l'utilité.
De ce genre , eſt la Machine Polycreste , ou Machine
à pluſieurs uſages , dont il circule un Profpectus
dans le Public. Nous ne parlerons de cette
étonnante Invention qu'en témoins oculaires &
très attentifs de ſes effets. Elle eſt l'ouvrage d'une
Perſonne de naiſſance , occupée depuis long-tems
des expériences ſur la lumiere , & qui en a tiré des
effets abſolument inconnus juſqu'ici. Cette Machine
réunit d'immenfes avantages pour tous les
Beaux-Arts , des agrémens inappréciables pour
les Amateurs & pour les Curieux.Elle furpaſſe de
beaucoup tous les moyens uſités juſqu'à préſent
pour ſe procurer des copies exactes des différens
chefs-d'oeuvres de l'Art. Elle n'a aucun rapport
avec les Pantografes, Singes, ou autres Inſtrumens
decette eſpece. Cejeu d'optique fingulier n'a pas
plus de reffemblance avec les moyens imparfaits
& limités de la Chambre Noire & du Microſcope
folaire . Cet admirable Instrument met ſous les
yeux , ſous la main de l'Artiſte & de l'Amateur ,
un tableau fid ele& précis de tous les objets qu'on
deire voir , deſfiner ou peindre , & cela , dans la
proportion , dans la grandeur que l'on ſouhaite .
Miniature , Gravure , Bas- Reliefs , Carte Géographique
, Plan , Coquilles , Minéraux , Camée ,
Pierre gravée , Médaille , peuvent , à volonté ,
dans l'inſtant ou graduellement, être portés à deux
cens fois la grandeur originale. L'Auteur nous a
montré pluſieurs Tableaux ou Gravures en petit ,
qui , dans un clin d'oeil , arrivoient ſucceſſivement
à cette dimenſion , & gagnoient en netteté & en
expreffion. Un objet de plufieurs pieds , peut de
même être réduit àune ſimple mini-ture ,& tous
dans leur augmentation ou diminution , confervent
la plus grande exactitude de deffin & la
( 184 )
préciſion des couleurs. Les plus foibles nuances
de celles- ci ſont faciles à diſcerner ; chacune d'elles
ſe diftingue & ſe prononce auffi nettement que
dans la nature.
On n'apperçoit d'ailleurs aucune trace d'ombre
, aucun nuage , aucun brouillard ſur l'objet
repréſenté avec un relief , un caractère , une
vie qui manquent ſouvent aux meilleurs tableaux
; de forte que la choſe paroît avec tout
l'avantage qu'elle auroit d'après nature. Mais
tout ce que nous pourrions en dire étonneroit la
conception ; il faut voir foi-même les effets de
cette Machine pour en apprécier la perfection.
Elle peut fervir à analyſer toutes les perfections
de l'Art ; un Amateur, fans ſavoir deſſiner ,
peut ſe procurer ſans peine , les copies les plus
fidèles , ſoit en grand , ſoit en petit , l'original
étant rendu dans ſes moindres détails & couleurs.
Deux Artiſtes diſtingués , MM. Cochin & de
S. Aubin , ayant examiné cette Machine , ont atteſté
la réalité & l'utilité de ſes effets . Leurs Certificats
ſont joints à l'Annonce de l'Auteur : celui
de M. de S. Aubin porte :
Je ſouſſigné, atteſte avoir fait uſage de la Machine
ci-deſſus , approuvée par M. COCHIN , &
affure en avoir reconnu toutes les propriétés , &
en avoir éprouvé tous les avantages & parfaite
exactitude , en prenant au trait pluſieurs têtes plus
fortes que nature , que la Machine m'a données
ainfi , quoique les originaux n'euffent pas plus
d'un pouce de proportion , & cela , en conſervant
la plus exacte reſſemblance ; ce qui me paroît
devoir être de la plus grande utilité pour lesArtiftes
dans nombre de cas , & d'un agrément infini
pour les Amateurs. Je déclare donc que cette découverte
, qui me paroît neuve , ne peut qu'être
( 185 )
avantageuſe & agréable aux Artiſtes &aux Ama
teurs , en leur préſentant fur le champ une forte
de traduction de tous les objets imaginables , ſoit
degranden petit, ſoit de petit engrand. AParis ,
ce 29 Novembre 1784. Signé , DE SAINT- AUBIN ,
de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture,
Graveur du Roi & de ſa Bibliotheque.
La généroſite de l'Auteur l'avoit d'abord décidé
àfaire préſent au Public de cette Machine ; mais
les dépenſes conſidérables de ſa conſtruction , & le
defir de la voir multipliée , lui font ouvrir une
Souſcription. Chaque Souſcripteur recevra une
desMachines pour la ſomme de 15 louis d'or , dont
cing payés en ſouſcrivant , entre les mains de
M. Lefevre , rue de Condé , qui donnera un rezu
fur lequel ladite Machine ſera délivrée au Soufcripteur.
Dans le mois de Mars prochain ,
payant les dix autres louis d'or , M. Lefevre donne
l'adreſſe de l'Auteur , chez lequel on peut aller
juger ſoi même de la Machine , avec la liberté de
retirer ſa Souſcription dans les 24 heures , fi les
effets ne répondent pas à l'énoncé .
en
Nous avons inféré dans ce Journal ,
le mois dernier , une lettre que nous
adreſſa M. Caullet de Veaumorel , au ſujet
d'une machine électrique , poſitive & négative
, dont il réclamoit l'invention fur
M. Lange de Villeneuve. Nous ne ſoupçonnions
pas que M. Caullet eût ofé ſe
compromettre , & nous compromettre
nous -mêmes par des aſſertions infidelles ,
écrites d'ailleurs , d'un ſtyle amer , où la
Grammaire étoit auſſi peu ménagée que la
décence. Nous ſommes obligés de mettre
au jour le procédé de M. Caullet , le même
quià l'infçu de M. Mesmer , & contre fon
.
1
( 188 )
Le Journal de Phyfique du mois de Décembre
1776 , a annoncé ,ſur le dire de M. l'Ange , une
machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative &
positive. Cette machine ne fait point honneur
auxSciences du reſſort de l'électricité. Cette machine,
poſitive ſeulement , eſt très - ſimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux go
dets, comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
pofitif ſéparés , ſupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de Sa
boutique , qui est bas. Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans , &c .
Ces deux expoſés mettront le Lecteur à portée
de prononcer ſur l'infidélité du récit que faitM.
Caullet de Vaumorel de ma machine électrique ,
&de mépriſer comme moi cette production qui
ne décéle que le dépit de ſon auteur & la fauſſeté
de ſes aſſertions .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & $ 1 .
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
T
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois, & ont envoyé aux
Paſteurs des diverſes Egliſes un Formulaire à
celujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de ſe procurer des Auxiliaires.
L'on ſe réfroidit un peu ſur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de ſe procurer avec faci(
189 )
lité , & l'on fonge à demandenir en Angleterre.
ques milliers de troupes légeres & quns l'Inde repaftroupes
régulieres à la foide de la Répu de l'année
finguliere propoſition a été faite par
d'Utrecht & dans le Conſeil de Leyde. ver la
Le Comte de Waſſenaer Starrenburgurs
été rappellé de fon Ambaſſade à Pétersbour
que parce que l'objet particulier de fa minion
étoit rempli .
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique ; ſavoir les diſpofitions acanelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur Envoyé
. Une autre de ces Feuilles nous dit aujourd
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la cauſe des Provinces Unies , & auſſi tôt
la guerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera ſur le territoire Autrichien.
Il eſt fâcheux qu'il ſoit néceſſaire de rejetter pref
qu'enentier toutes les aſſertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de fauſſerés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il ſe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eſt
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les Etats du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princefle d'Orange pourroit y faire
quelque ſéjour dans la prochaine faifon.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant. Cet
( 188 )
Le Journal de Phyfique du mois de Décembre
1776 , a annoncé ,ſur le dire de M. l'Ange , une
machine qu'il a cru & qu'il croit encore négative
poſitive. Cette machine ne fait point honneur
aux Sciences du reffort de l'électricité. Cette machine,
poſitive ſeulement , eſt très - ſimple ; aulieu
d'avoir un conducteur de cuivre à deux go
dets , comme d'ordinaire , elle a deux conducteurs
positif ſéparés , ſupportés chacun par deux colonnes
de verre , à cause de l'élévation du plafond de Sa
boutique , qui est bas . Plus loin , il dit que M. l'Ange
a été tenu en erreur pendant huit ans ,&c.
Ces deux expoſés mettront le Lecteur à portée
de prononcer ſur l'infidélité du récit que fait M.
Caulletde Vaumorel de ma machine électrique ,
&de mépriſer comme moi cette production qui
ne décéle que ledépit de ſon auteur & la fauſſeté
de ſes aſſertions .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font : 33 , 75 , 73 , 22 , & $ 1 .
PROVINCES - UNIES.
2
DE LA HAYE , le 16 Janvier.
Vivement affectés des dangers qui nous
environnent , les Etats d'Utrecht ont ordonné
des Prieres folemnelles , le premier Mercredi
de chaque mois , & ont envoyé aux
Paſteurs des diverſes Egliſes un Formulaire à
ce lujet.
Malgré le bon état de notre armée , de nos
corps francs & de la milice générale , on s'occupe
vivement de ſe procurer des Auxiliaires.
L'on ſe réfroidit un peu ſur les corps Allemands
qu'on avoit trop eſpéré de ſe procurer avec faci
( 189 )
lité ,& l'on fonge à demander à la France quelques
milliers de troupes légeres & quelques milliers de
troupes régulieres à la foide de laRépublique. Cette
finguliere propofition a été faite par les Etats
d'Utrecht&dans le Conſeil de Leyde.
Le Comte de Waffenaer Starrenburg na
été rappellé de fon Ambaſſade à Pétersbourg
que parce que l'objet particulier de fa million
étoit rempli.
L'une de nos Gazettes vient de nier un fait de
notoriété publique; ſavoir les diſpofitions actuelles
des Vénitiens , & le Mémoire remis par leur En
voyé. Une autre de ces Feuilles nous dit aujourd
d'hui que la Sublime Porte prend le plus vif intérêt
à la cauſe des Provinces Unies , & auſſi tôt
laguerre déclarée entre la République & l'Empereur
, elle tombera ſur le territoire Autrichien.
Il eſt fâcheux qu'il ſoit néceſſaire de rejetter prefqu'en
entier toutes les affertions de ces Papiers de
plus en plus fatyriques & remplis de faufferés , depuis
que la République a le malheur d'attirer
l'attention publique.
Il ſe répand depuis quelque temps , que le
Colonel Bigot , Chambellan de S. A. S. , eft
allé faire préparer le Château de Dillenbourg
dans les États du Stadhouder en Allemagne ,
& que la Princefle d'Orange pourroit y faire
quelque ſéjour dans la prochaine faifon.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 17 Janvier.
Le feu prit , il y a quelque jours , au magafin
d'Ath , mais il fut éteint à l'inftant. Cet
( 190 )
accident a donné lieu à beaucoup de conjectures
hazardées. Au commencement du
mois , il ſe trouvoit déja 900 mille rations
de fourrage dans les magaſins de Mons. L'on
affure que le Quartier général de l'Empereur
fera à Marimont.
Les magaſins de tout genre augmentent à
vue d'oeil , ainſi que les préparatifs militaires.
Il eſt ſingulier qu'au même inſtant on acheve
d'abattre les fortifications d'Ath , ainſi
que celles de Namur.
Le Mariage de Figaro a été repréſenté ici
le 4 de ce mois , avec de grands retranchemens
, qui n'ont pas nui au ſuccès de cette
piece. La repréſentation avoit attiré des
ſpectateurs de 15 lieues à la ronde.
Les troupes arrivent ou s'avancent à grands
pas de tous côtés. Les divers avis qu'on en reçoit
s'accordent à les repréſenter comme réglées par
la meilleure diſcipline , & comme n'ayant nulle.
ment fouffert , ni de la longueur de la route , ni
de la ſaiſon. Il eſt abſolument faux que le régi
ment de Bender ait perdu beaucoup de monde
par la déſertion , & qu'on ait été obligé de prendreavec
les ſoldats des précautions donton a lu
le détail dans de prétendues lettres de Straf
bourg & d'ailleurs .
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
Un régiment d'Infanterie de l'établiſſement
d'Irlande doit s'embarquer à bord des vaiſſeaux
de guerre deſtinés pour l'Inde , & qui partiront
au mois de Mai prochain , pour relever quelques
( 191 )
unsde ceux qui doivent revenir enAngleterre.
Les Troupes royales qui font dans l'Inde repafferont
en Europe dans le courant de l'année
prochaine.
Le Gouvernement a le projet d'employer la
Milice dans les garnisons. Il y en aura toujours
un tiers réuni en corps. On renoncera au fyftême
ſuivi précédemment en temps de paix , de
ne raſſembler la milice que pendant un mois tous
les ans.
L'emprunt de cette année n'excédera pas cinq
millionsft. , & l'on ne compte pas qu'il ſoit négocié
avant le mois d'Avril.
Cause extraite du Journal des Cauſes célébres.
Prêtre que son neveu fait arrêter comme fou.
Si quelquefois , dit M. Deseſſarts , les droits
du citoyen ont été violés ,les loix protectrices qui
ledéfendent , mépriſées , toutes les formalités judiciaires
oubliées , l'humanité outragée , c'eft
dans l'affairedont nous allons donner une notice.
Le ſieur Lecerf, à Vire en Normandie, avoit
le malheur d'avoir un neveu qui convoitoit ſa
fortune. Ce collatéral avide , pour aſſurer ſa
proie , conçut le projet criminel de calomnier
fon oncle. Il le préſenta dans une Requête obfcure
, comme un fou dangereux , qu'il étoit de
l'intérêt public de reléguer dans une de ces retraites
deſtinées pour ſervir d'azile aux malheureux
, dont la raiſon eſt aliénée. Tandis que
l'infortuné Prêtre étoit expoſé aux cruels effets
de la calomnie , il s'occupoit rranquillement à
cultiverun bien de campagne qu'il avoit dans les
environs de Vire. On peut juger de ſon étonnement
, lorſque deux Huiffiers ſe préſenterent
chez lui , pour l'arracher de ſa maiſon. Juſtement
indigné , il leur demanda de quel droit ils
oſoient violer ſon azile. Les Huiſſiers ne lui fi
( 192 )
rent d'autre réponſe , qu'ils étoient chargés de
l'emmener. Le fieur Lecerf s'abandonna alors
aux mouvemens de ſa colere , & arina ſes mains
des inftrumens qui pouvoient lui ſervir à défendre
la liberté. Les Huiffiers , auſſi lâches que
timides, ſe retirerent ; mais ce fut pour aller
chercher des complices , qui partageroient les
dangers de la capture , & pourroient , par la
réunion de leurs forces , parvenir à enchaîner la
victime. En effet , quelques heures après , ils
ſe préſenterent chez le ſieur Lecerf, avec deux
fatellites . Le malheureux Prêtre , effrayé par le
nombre , céda à la force , & ſe laiſſa garotter&
conduire dans les priſons de Vire. La nouvelle
de cet emprisonnement illégal s'étant répandue ,
l'avide neveu s'apperçut bientôt qu'il avoit fait
une fauffe démarche. Le ſieur Lecerf s'empreffa
de préſenter une Requête , & de la faire fignifier
à ſon neveu , avec affignation à comparoître
le même jour à l'Audience . Celui- ci déclara qu'on
l'avoit trompé , & qu'il conſentoit que la liberté
fût rendue à ſon oncle . Le fieur Lecerfa alors
demandé une réparation , tant à ſon neveu
qu'aux Huiffiers qui avoient ſervi fa haine , &
par Sentence du 15 Juin 1782 , le neveu fut
condamné à demander pardon à fon oncle , &
les Huiffiers en 10 liv. de dommages & intérêts ,
& en 20 liv. d'amende envers le Roi . Sur l'appel
de cette Sentence , le Parlement de Rouen ,
par Arrêt du mois de Novembre 1782 , a condamné
le neveu à reconnoître à l'Audience du
Bailliage de Vire , qu'il avoit méchamment &
calomnieuſement fait arrêter ſon oncle . Les
Huiffiers & le neveu ont été condamnés folidairement
en 300 liv . de dommages & intérêts , &
l'impreffion & l'affiche de l'Arrêt ont été orden.
nées.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 JANVIER 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS faits au Viſtre , petite Rivière
ou Ruiffeau qui coule près de Niſmes.
Douce retraite , aſyle heureux ,
3
Où l'Amour ſi ſouvent aimena ma Silvie ;
Saules , témoins de mes aveux,
Vous rappelez à mon coeur amoureux
Les plus beaux momens de ma vie.
Otemps! cette flatteuſe erreur
Échappera ſans doute à ta pourſuite ;
Mais le ſouvenir du bonheur
Nous confole til de ſa fuite ? -
A
(Par M. Auguste Gaude. )
Nº. 5 , 29 Janvier 1735 . I
194
MERCURE
A M. l'Abbé DOURNEAU.
TAND ANDIS que la nouvelle année
Ramène les faux complimens ;
Que la vérité profanée
Fuit des climats trop inconſtans ;
Que l'on voit les trois quarts des gens
Se mépriſant dans la penſée ,
Se donner mille embraffemens ;
Et que de ruſés courtiſans
D'une louange intéreſſée
S'empreſſent de flatter les grands ;
Moi , mépriſant la grandeur même ,
Si la grandeur eſt ſans vertus ,
Je fais des voeux pour ce que j'aime ,
Ne pouvant rien faire de plus.
( Par M. P. Buret. )
A Madame L. G.... , le jour de fa Fête.
AIR: Du Vaudeville de Figaro.
QUE des roſes deCythère
Qu'elle cueille à peu de frais ,
D'une main vive & légère
Euterpe * orne vos attraits :
1
*Ailuſion à Mme Dufrenoy , jeune Muſe de la même
Société , Auteur d'un Opera-Vaudeville , reçu à la Comédie
Italienne.
DE FRANCE
195
Pour moi , qui d'un coeur fincère
Veux vous offrir les tributs ,
Je vais peindre vos vertus.
TENDRE épouſe , tendre mère ,
Aces deux titres ſi doux ,
A votre fille être chère ,
Etre chère à votre époux :
Voilà , dans l'âge de plaire ,
Le but de tous vos defirs ;
Vos devoirs ſont vos plaiſirs.
L'ESTIME épure l'hommage
Des coeurs qui vous ſont ſoumis.
Vos amis , malgré l'uſage ,
Ne font tous que vos amis :
Et fans ceffer d'être ſage ,
Vos n'en poſſédez que mieux
L'art de faire des heureux.
LE VOILE dela réſerve
Chez vous orne la gaîté
D'un eſprit ſage en ſa verve ,
Malin ſans méchanceté.
Ala raiſon de Minerve
Vous prêtez tous les atours
Des Grâces & des Amours.
Occupé de mon modèle ,
J'allois finir le tableau:
Ii
196
MERCURE
1
L'Amitié rit de mon zèle ,
Et vient ſaifir monpinceau.
Arrête , ditl'Immortelle :
Ma main, mieux que tes couleurs,
L'a gravé dans tous les coeurs.
( Par M. de Saint- Ange. )
LE PARTAGE DES DRAPS , Conte.
LA Marquiſe de Méluſine ,
Femme déjà ſur le retour ,
A Dorimon montroit un jour
Un gros ballot de toile fine :
- Voyez , Monfieur , ne peut- on pas
Avec cela faire des draps ?
Dorimon regarde , examine.
- Ah , Madame ! qu'il ſeroit doux
De les partager avec vous !
La Marquiſe changeant de mine :
-Toujours des fadeurs , Dorimon ?
-Moi , Madame ? Oh , pour cela non !
Je ne vois là fadeur aucune ,
Sur deux paires j'en demande une.
(Par M. Roger'le Boiteux , Ingénieur. Feudiste
deM. l'Evêque de Coutances .)
DE FRANCE.
197
1.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Corne-Muse ;
celui de l'énigme eſt Cure-Dent; celui du
Logogryphe eſt Milan , où l'on trouve Mai ,
Nil, Lima & mal.
GUIDE
CHARADE.
voyez mon
UIDÉ premier; par ſon inſtinct , vous
Pour uſer de mon tout employez mon dernier.
( Par M. le Marquis de Fulvy. )
ÉNIGME.
JE contribue , ami Lecteur ,
A faire de l'homme un Docteur ;
D'une foeur en tout temps, compagne inſéparable ,
Très-ſouvent ma figure à la ſienne eſt ſemblable ;
Par fois cependant en couleur
Nous différons très -fort , auſſi bien qu'en valeur.
Simon fexe eſt changé , je ſuis toute autre choſe ;
Et voici la métamorphoſe :
Jedeviens un mortel bien né ,
Par qui l'on voit porter avec décence
Un habit vil en apparence ,
Afon état par la mode aſſigné.
( Par M. N.... d'Arras. )
I iji
198 MERCURE
LOGOGRYPΗ Ε.
JE règne dans le coeur des Bergers & des Rois
Et l'Univers fans peine obéità mes loix .
Je peux de mes fix pieds , combinant l'aſſemblage ,
Varier à plaiſir mes traits & mon viſage.
On rencontre d'abord ce tiſſu précieux
D'un infecte changeant ouvrage induſtrieux;
Un funeſte métal des avares l'idole;
Cet oiſeau qui jadis ſauva le Capitole ;
Une fleur , tendre objet des baiſers du Zéphyr ,
Que le même ſoleil voit éclore & mourir;
Cet arbrifſſeau rampant dont la tige docile ,
Façonnée avec art , devient un meuble utile ;
Le mortel envié , qui , ſur le trône affis ,
Peut être bien des fois eſt rongé de foucis ;
Du Colon malheureux Peſpoir & la richeſſe ;
Deux notes de muſique; un Pape ; une Déciſe ;
Ce qui rend à nos corps la force & la vigueur ,
Et des ſens énervés ranime la langueurs
Unlégume; une ville: un préſent de Pomone;
Ce langage commun que la Nature donne ; "
Une rivière ; un fleuve;un Dieu rempli d'appas ,
Qui toujours de Vénus accompagne les pas ,
Et voltigeen riant fur des lèvres de roſe;
Le tapis de gazon qu'une eau féconde arroſe ;
Un breuvage flatteur avec ſoins apprêté ,
DE FRANCE.
199
Que l'art induſtrieux offre à la volupté ;
Un nom fer pour les Rois ; la victime tremblante
Que le vautour enlève & dévore ſanglante;
Enfin, le temps paiſible où les Jeux & l'Amour
Viennent nous conſoler de l'abſence du jour.
Otoi , qui dans ton coeur bien ſouvent m'as vû naître,
Lecteur , encor deux mots ,& tu vas me connoître t
J'annonce les honneurs , la gloire , les plaiſirs ;
Et de tous les mortels je flatte les defirs ;
Au plus infortuné je promets un miracle;
Et bientôt il s'endort ſur la foi de l'Oracle ;
Mais , avec ſon flambeau; la triſte Vérité
Des ombres de l'erreur perce l'obſcurité ;
Alors de mes diſcours il connoît le menfonge ,
Et pleure en s'éveillant la perte d'un beau fonge.
(ParMileAdélaïdede Mont-Luçon . )
RÉPONSES A LA QUESTION :
" Lequel déplaît davantage aux Femmes ,
> le Poltron ou l'Indiscret.
I.
craindre;
UN lâche , un indifcret en amour font à
Qui les a pour amans ſera toujours à plaindre.
Si l'un des deux pourtant doit obtenir le prix ,
Al'indiſcret je livrerai mon âme :
I iv
200 MERCURE
L
Il ne fut que l'objet du blâme ;
Le lâche eſt l'objet du mépris.
(Par Mile de Moüen. )
II.
Du coq vainqueur les chanſons indiſcrettes
Divulguent ſur les toits les faveurs de l'Amour ;
L'inſtant d'après , accueilli des poulettes ,
Il vient encor fêter la baſſe-cour.
Le timide ramier , près de ſa toutterelle ,
N'affronte point la ferre du vautour ,
Mais il fait lui jurer vingt fois d'être fidèle.
Jenne amant , retenez cette ſage leçon ,
Qu'il faut être ramier ou coq près de ſa belle ,
Pour être impunément indiſcret ou poltron.
1
( Par M. M..... L. , à Nifmes . )
III.
Une femme en ſecret rougit de ſon amant
S'il eſt poltron ; mais l'indiſcret qu'on aime,
Fait rougir en public ſa belle doublement,
De ſon amant & d'elle- même.
(ParM. D*. L*. I* . Offic . d **********. ).
IV.
LIGIDAS eſt poltron , & c'eſt à qui l'aura ;
Et qui s'en fait aimer , ne ſe croit pas à plaindre.
Tant qu'il fera diſcret le ſexe l'aimera ;
Le poltron craint ; l'indifcret eſt à craindre.
(Par M. B. M. Cabarrus.)
1
DE FRANCE. 201
V.
INDISCRET par étourderie ,
L'amant peut mériter qu'on lui pardonne un jour ;
Celui dont la valeur par la crainte eſt flétrie ,
En manquant à l'honneur perd ſes droits ſur l'amour .
Et fi de l'un des deux devenant la conquête ,
Je n'avois d'autre choix que celui du malheur ,
J'aimerois mieux rougir au bruit de ma défaite ,
Que rougir en ſecret au nom de mon vainqueur.
(Par une Abonnée. )
VI.
* PAR une queſtion preſſante ,
מ Entre le lâche&l'indifcret ,
L'on veut fixer le choix d'une ſenſible amante !
>> Le mien depuis long-temps eft fait ,
Diſoit hier la coquette Victoire
En liſant le Mercure avec un air ſurpris :
ככ Le lâche pour toujours vous expoſe au mépris ,
>> Et l'indifcret ſouvent ajoute à notre gloire.>>
( Par M. Séguret , Avocat . )
VII.
A L'INDISCRET je me haſarde ;
L'eſprit ſe dompte par le coeur ;
Mais le poltron ! que Dieu m'en garde !
Peut- on aimer quand on a peur ?
(Par M. le Loup. )
Iv
202. MERCURE
VIII.
ÉGALEMENT près d'une belle ,
Tous deux déplaiſent ſelon moi :
Si le poltron craint trop pour ſoi ,
L'indifcret craint trop peu pour elle.
(ParM. Theveneau.)
IX.
UN INDISCRET né putqué déplaire à fa belle;
Mais lé poltron fandis put être intéreſſent ;
L'un l'immole cruellement ,
Et l'autre au moins ſe conſerve pour elle.
(Par M. de la Combe , Chirurgien-Major du
Régiment de Picardie . )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
La Bergère Life ,placée entre deux Amans
rivaux, Hilas & Coridon , prend un bouquet
qu'elle avoitfurfon ſein, & le met au chapeau
de Coridon ; ensuite elle prend un bouquet
qu Hilas avoit à son chapeau , pour le placer
furfon propre fein ; lequel des deux Amans
eften droit dese croire plusfavorifé?
' DE FRANCE 203
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FIN de l'Extrait des Lettres d'un Cultivateur
Américain , écrites à W. S. Écuyer , depuis
l'année 1770 jusqu'à 1781 , traduites de
l'Anglois par ***. A Paris , chez Cuchet ,
rue & hôtel Serpente.
IL faut bien nous arrêter avec l'Auteur ſur
le tableau des cruautés & des dévaſtations
de la guerre. Il nefaut pas perdre une occafion
d'en inſpirer l'horreur. On ne fait que
trop , pour l'honneur des Anglois , avec
quelle barbarie ils ont traité les Américains ,
fur-tout au commencement de la guerre.
C'eſt au milieu de ces ſcènes d'épouvante &
de conſternation , que M. de Saint-John de
Creveccoeur a écrit ; on le ſent bien à la profonde
énergie de ſes peintures dans le morceau
qu'il a intitulé l'Homme des Frontières ,
dont voici le commencement.
Le moment eſt enfin arrivé; il faut périr
» ou abandonner ma maison. Il faut quitter
>> ces cliamps que j'ai défriches moi-même ,
» & dort je tifois ma ſubſiſtance ; il faut
>> fuir de ces lieux qui m'ont vû naître , de
» ce beau verger que j'ai plante; mais quelle
>> contrée irai- e habiter ? Si meine je puis
>> me frayer un paffage à travers les dan-
Ivj
204 MERCURE
ود
ود
gers qui m'environnent , où porter mes
pas ? Fuirai -je ſous le pôle , vers ces cli-
>>mats où l'année n'offre aux mortels que
ود la triſte alternative d'un long jour& d'une
>> lorgue nuit ? Que dis -je ? Un jour de fix
>> mois ſeroit trop gai , trop brillant pour
» moi ; mes yeux , fatigués de pleurs , pour-
>> roient-ils le ſupporter ? Il ne leur faut
מ que la lueur incertaine des aurores bo-
>> réales , un ſimple crépuscule leur fuffir.
>>Fuyons , hâtons nos pas vers ces régions
>> hyperboréennes ; elles font le ſéjour de la
triſteſſe & de la mélancolie.
رد
» Vous connoiſſez la poſition de notre
établiſſement ; vers le Nord-Oueſt , il eſt
confiné par une vaſte chaîne de montagnes
; vers l'Eſt , le pays n'eſt encore que
foiblement habité ; nos habitations iſolées
ſont placées à une grande diſtance les unes
des autres; car chacun ſe place fur la partie
de ſes terres qui lui convient le mieux.
>> C'eſt du ſein de ces montagnes que notre
> ennemi peut fortir à chaque moment ,
ود
ود
ود
ود
ود
" pour nous ruiner & nous écrâfer ; c'eſt
>> une retraite d'où nous ne pouvons les
>> chaffer , & d'où ils peuvent s'introduire
>> dans nos cantons quand ils le veulent.
" Nous ne pouvons échapper à une deftruc-
» tion totale , tout étant déjà brûlé depuis
ود la rivière de l'Ognion juſqu'au lac Cham-
>> plain ; & la Grande-Bretagne ayant formé
la réſolution barbare de détruire nos
frontières. Elle croit nous affoiblir , elle
ود
ود
DE FRANCE.
205
ود » ſe trompe; la ruine de trois mille familles
>> produira plus de fix mille défenſeurs à
>> notre patrie .
» Ce qui rend ces incurſions plus terribles
encore , c'eſt qu'elles font exécutées
>> preſque toujours dans les ténèbres de la
ود
nuit. Nous n'allons jamais travailler dans
>> nos champs ſans être ſaiſis d'un effroi
>> involontaire , qui affoiblit nos forces &
» diminue la ſomme de nos travaux. Le
" récit de ces expéditions devient le ſujet de
>> nos converſations journalières ; chacun
" rapporte avec lui les détails de quelque
" nouvelle deſtruction. Ces hiſtoires , ré-
>>pétées au coinde nos feux , fe multiplient ,
ود ſe groffiffent dans nos imaginations ef-
>> frayées , & augmentent la maſſe de nos
» terreurs.
ود
ود
Nous ne nous mettons jamais à table
ſans que le plus petit bruit ne répande
>> une alarme générale , & ne nous empêche
>>de jouir du plaiſir de nos repas. L'appétit ,
» qui jadis provenoit de nos travaux & de
" la tranquillité de nos eſprits , n'exiſte
>> plus ; nous ne nous repaiffons que par
>> pure néceffité. »
"
ود
>>Notre fommeil eſt interrompu par une
ſucceſſion de rêves effrayans ; quelquefois
même frappé d'un bruit imaginaire , je
>> m'éveille , j'appelle tous mes gens , je fors
>> avec précipitation pour aller à la rencon-
>> tre de l'ennemi , croyant le moment de
د fon attaque arrivé. D'autres nuits , le heur206
MERCURE.
ود lement des chiens nous ſemble un pronoſtic
certain de l'approche des Sauvages
> ( que ces animaux même redoutent ) ;
>> pour lors , toute ma famille ſe lève , cha-
>> cun prend ſes armes. Ma pauvre femme
>> ( la poitrine gonflée de ſanglots qu'elle
>> cherche à étouffer , les yeux pleins de
>> larmes qu'elle voudroit cacher ) me dit
» adieu , en me prenant par la main , com-
» me pour la dernière fois ; elle ſaiſit rapi-
>> dement les plus jeunes enfans , qui , fou-
ود dainement éveillés , augmentent encore ,
>> par leurs queſtions innocentes , l'horreur
>> de ce moment terrible; elle va les cacher
> dans notre cave , comme ſi cette cave
» étoit inacceſſible aux ravages du feu. Je
>> place tous mes gens aux fenêtres , j'oc-
>> cupe ma porte , où je fuis déterminé à
» périr.
ود La terreur augmente&multiplie tous
>> les bruits d'alentour ; nous prêtons l'oreille;
ود le coeur nous palpite ; chacun écoute avec
>> l'attention la plus fcrupuleuſe , & com-
>> munique ſes conjectures à fon voifin'; on
>> croit deviner , quelquefois on fe flatte que
>> ce n'est qu'une fauſſe alarnie ; c'eſt ainſi
- que nous paſſons ſouvent des heures en-
> tières , nos coeurs déchirés , nos eſprits
>> tourmentés par le doute le plus cruel.
>> Fatigué de cet état d'incertitude , je me
ſens ſaiſi de la frénéſie du courage , &
defire l'arrivée du moment décisif; car
> alors la vie me paroît un préſent maudit :
"
ود
DE FRANCE.
207
> dans d'autres momens , je ſens toute ma
>> fermeté s'evanouir par la multitude de
réflexions que je fais , & particulièrement
>> lorſque ma femme envoie un de nos en-
>>- fans s'informer de l'état des choſes , qui
» ne manquent jamais , en outre , de me
ود
"
faire les queſtions les plus embarraffantes.
C'eſt alors , je le confeſſe , que les ſenſa-
» tions de mari & de père me plongent dans
>>le déſeſpoir , & étouffent le germe du
>>courage. Convaincu enfin que c'étoit une
"
"
fauffe alarme , nous nous couchons une
ſeconde fois ; mais quel bien peut nous
faire le doux fommeil , quand il eſt in-
> terrompu par de pareilles ſcènes ? >>
Soulageons-nous , en revenant aux tableaux
fi naïfs & fi intéreſfans qui abondent
dans cet Ouvrage. Je choiſis l'anecdote du
Chien Sauvage , comme celle dont les détails
nous font le plus étrangers , & peuvent
le mieux ſe détacher. En voici le précis.
Dans le Comté de U-Er , voiſinage de
Wavarſing, vivoit un Colon , que l'on pouvoit
, dit l'Auteur , appeler le dernier des
hommes ; car il poſſedoit la dernière plantation
de cette vallée vers les montagnes
bleues. Il n'avoit rien à redouter que les incurſions
des Sauvages ; mais il vivoit bien
avec eux , & en étoit auné.
Ce Colon avoit onze enfans ; mais ,
comme Jacob, il en avoit defiré un douzième;
&, comme ce bon Patriarche , depuis quatre
ans , il avoit vû ſes voeux exauces. Un jour
208 MERCURE
ce dernier enfant , ce petit benjamin , ſe
perd dans les bois. On paſſe la ſoirée & la
nuit à le chercher ; les échos ſauvages répondoient
ſeuls à nos cris. " Dans ce moment
ود
دد
ود
ود
هو
ود
ور
arrive un Sauvage du village d'Anaquaga ;
il ne trouve dans la maiſon qu'une vieille
>> Négreffe retenue par ſes infirmités. Où eft
» mon frère , lui demande-t'ill? Hélas, dit la
femme noite , il a perduſon petit Dérich ,
& tout le voisinage le cherche dans les bois.
-Sonnes la trompe ,tâche de faire revenir
» ton maître , je lui retrouverai ſon enfant.
Auffi-tôt que le père fut revenu , le Sau-
» vage lui demanda les derniers bas & fouliers
que le petit avoit portés ; il les fait
ſentir à fon chien. Prenant enſuite la mai-
>> ſon pour un centre , il décrivit un cercle
d'un quart de mille de ſemi - diamètre ,
ordonnant à ſon chien de ſentir la terre
>> par-tout où il le conduiſoit ; le cercle
n'étoit pas encore complet , lorſque ce
>> ſagacieux animal commença à abboyer.
Cet heureux ſon porta fur le champ dans
le coeur des parens déſolés , quelques foi-
>>bles rayons d'eſpérances. Le chien ſuivit
la piſte , & abboya encore ; nous le pourſuivîmes
avec toutes nos forces , & bientôt
nous le perdîmes de vue dans l'épaiffeur
des bois . Une demi-heure après , nous
le vîmes revenir. La contenance, de ce
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود
ود chien étoit viſiblement changée; l'air de
>> joie y étoit peint ; j'étois sûr qu'il avoit
>> retrouvé l'enfant ; mais étoit-il mort ou
1
DE FRANCE. 209
>> vivant ? Quelle cruelle alternative pour ces
> pauvres parens , ainſi que pour le reſte
ود de la compagnie ! Le Sauvage ſuivit fon
>> chien , qui ne manqua pas de le conduire
>> au pied d'un grand arbre , où l'enfant étoit
>> couché, dans un état d'affoibliſſement qui
>> approchoit de la mort: il le prit tendre-
ود
ود
ود
ود
ود
ment dans ſes bras , & ſe hâta de l'apporter
vers la compagnie , qui n'avoit
pu le ſuivre avec la même promptitude ;
heureusement le père & la mère avoient
été en quelque manière préparés à recevoir
leur enfant ; il y avoit plus d'un
» quart d'heure qu'ils avoient commencé
>>à former quelques eſpérances ; une foible
lueur avoit pénétré dans leur coeur ,
» qu'ils entendirent les premiers accens du
ود
dès
chien ſauvage ; ils coururent à la ren-
>> contre de leur frère, dont ils reçurent
ود leur cher Dérick avec une extaſe & un
>> empreſſement queje ne puis vous décrire. »
Suit enſuite la deſcription d'une grande
fête , où l'on vient de dix lieues à la ronde ;
mais la fête n'eſt rien , en comparaiſon de
la cérémonie qui eut lieu le lendemain .
ود
" Le lendemain Lefèvre , ( c'eſt le nom
du Colon) plein de reconnoiſſance , offrit
au Sauvage ce qu'il croyoit pouvoir
lui être utile; mais embarraffé , confus ,
>>peu accoutumé à des ſcènes ſi bruyantes ,
ود
"
" il s'étoit retiré dans la grange , d'où à peine
>>put-on le faire ſortir. Enfin , après beau-
>> coup de perfuafions , il accepta une cara210
MERCURE
ود
ود
"
55
bine de Lancaster , * de la valeur de 160 1.
Le nom de cet honnête Sauvage étoit Té--
>> wéniſſa ; celui de ſon chien Oniale : cette
circonstance ne fut pas même oubliée.
Vers les dix heures, Lefèvre pria la Com-
>> pagnie de ſe raſſembler dans la cour : il
>> fit atfeoir l'indien auprès de lui ; & pre-
- nant fon enfant dans ſes bras , il parla.
>> ainſi : ( vous obſerverez que ce Colon
>> ayant toute la vie fait la traite des Sau-
>> vages , en connoiffoit parfaitement bien
” la langue & toutes les coutumes. )
» Téwéniſſa , avec cette branche de wam-
>> pun , je touche tes oreilles ; Téwénifla
>> jem'adreſſe à toi : mon coeur étoit navré ,
>> tu en as guéri la bleſſure. Je pleurois amè-
>> rement , crainte d'avoir perdu mon en-
ود fant; tu as defléché mes pleurs , en le re-
>> trouvant par le moyen de ton fidèle chien.
Vieux comme je ſuis ,j'avois perdu le
bâton de ma caducité ,la conſolation de
» mes vieux jours ; tu l'as retrouvé ce bâton
ود
" & cetre confolation. Ma femme & moi
>> nous étions comme deux couleuvres ,
ود roides &fans vie; tu nous as ranimés en
>>nous approchant du feu. Que ferai-je pour
>> toi , Téwéniffa ? Il y a déjà bien des lunes
>> que tu connois mon coeur; il y a bien des
ود
22
"
lunes que , comme homme, tu érois mon
ami : aujourd'hui ſois mon frère ; je re
reconnois & t'adopre comme tel , devant
* Ville de la Pensylvanic.
DE FRANCE. 211
>>>tous ces témoins. Écoute , Teweniſſa ; fi
» jamais ta deviens incapable de chaffer ,
» viens ici y vivre à ta façon ; je t'y bâtirai
>> un Vigwham. Je ne t'offre point de terres ,
» tu n'en veux point ; c'eſt de toi & de tes
ancêtres que nous tenons celles que nous
>> cultivons. Si jamais tu es bleſſe , viens
ود
ود
ſous mon toit , je ſucerai ta bleſſure ; * G
>>jamais tu es fatigué de ton village & des
> tiens , viens vivre avec un homme blanc ,
» que tu as aimé il y a long-temps , & qui
aujourd'hui te reconnoît pour frère. Si
> jamais tu as cauſe de pleurer , je defléche-
>> rai tes larmes , comme tu as defſéché les
>> miennes. Si jamais Kititchy Manitou **
• te prive de tes enfans , ou t'afflige , viens
>> ici , tu y trouveras une peau d'ours ; je te
>> conſolerai , ſi je le puis. Comme mon
ود frère adoptif, je te donne cette branche
» de wampun bleu & blanc. Quand les
>> tiens , à ton retour à Anaquaga ,te ver-
>> sont porter cewampun fur ta poitrine ,
>> tu leürs diras ce quis'eſt paffé. Quand ton
>> chien ſera vieux & ne pourra plus re fui-
» vre , je lui donnerai de la viande & du
> repos. Téwéniffa , j'ai fini.
17
شم
Il prit enfuite
le Sauvage par la main , & le fit
>> fumer dans ſa pipe , & ajouta en langage
Hollandois : mes voiſins & mes amis , ور
* C'eſt la méthode ordinaire des Sauvages .
** Le mauvais génie, 7
۱
212 MERCURE
ود
ود
voilà mon frère ; que dorénavant le nom
" de Dérich , par lequel men douzième enfant
étoit connu , ſoit entièrement oublié ,
comme s'il ne l'eût jamais reçu à ſon
» baptême , & qu'il ne ſoit appele le reſte
de ſa vie , que par celui de fon libérateur
& oncle Téwéniſſa .
ود
ود
د
ود
>>Toute l'Aflemblée applaudit à ce qu'il
venoit de dire , & par fon approbation
> ſanctifia cetre nouvelle adoption. Le
>> Sauvage , qui avoit reçu deux branches
>> de wampun , & qui avoit entendu un dif-
> cours ; ſuivant leur uſage , ſe prépara à y
» répondre; pendant plus d'un quart-d'heure,
» il fuma ſans rien dire , les yeux vers la
>>terre, enſuite il parla ainſi :
» Dérich , je te donne une branche de
>> wampun , afin que tu m'entende mieux ;
» avec la même branche je néroye le
>> ſentier qui mène de notre village à ta
• Wigwham. Écoutes , ce que tu m'as dit
,
eſt gravé ſur mon eſprit ; je ne puis être
>> ton frère , fans que tu fois le mien ; quoi-
» que nous ne ſoyons pas du même fang ,
» tu l'es , & ma Wigwham eſt devenue la
>> tienne juſqu'à ce que nous allions vers
l'Ouest; * donnes-moi ta main , & fumes
dans ma pipe. ( Lefèvre le prit par la main
& fuma dans ſa pipe. ) Mon frère , je n'ai
rien fait pour toi que tu n'euſſes fait pour
ود
"
ود
"
* Endroit de repos après la mort.
DE FRANCE. 213
• moi; c'eſt Kitchy Manitou * qui voulut que
>> je paſsaſſe hier devant ta Wigwham. Puif-
ود que tu esheureux , je ſuis heureux ; puif-
>> que ton eſprit ſe réjouit, le mien ſe rejouit
" auffi. Quand tu viendras à Anaquaga ** ,
>> tun'iras plus te chauffer au feu de Ma-
>> taxen , de Togararoca , de Wapwalipen ,
رد
ود
"
& de tes autres anis ; mon feu eſt dès-
>> aujourd'hui le tien; je t'y donnerai une
peau d'ours pour y repoſer tes os. J'ai
fini . Je te donne cette ſeconde branche
de wampun , afin que tu te reffouvienne
de ce que je t'ai dit.-Ainfi finit la cérémonie.
L'enfant , devenu homme depuis ,
n'a jamais quitté un nom qui étoit devenu
le ſceau de ſa reconnoiffance , ainſi que
>> de celle de ſon père. J'ai vû pluſieurs de
وو
ود
ود
ود
ود
ود ſes Lettres qui étoient ſignées Téwéniſſa
» Lefèvre. Son libérateur & oncle adoptif
>> mourut quelques années après ; le jeune
ود homme , par l'aveu de ſon père , fut à
>> Anaquaga , où, devant tout le village Sau-
>> vage , & le Miffionnaire , qui étoit un
ود Miniſtre Morave, il adopta pour frère
>> celui des enfans du vieux Téwéniſſa , qui
>> portoit le même nom. Ce jeune Sauvage
» n'a jamais depuis traverſé les Montagnes
>> bleues fans s'arrêter chez Lefèvre , à qui
» j'ai entendu dire bien des fois qu'aufli
* Le bon génie .
** Village ſauvage ſur les rives occidentales de la
rivière Seſquehannah,
254 MERCURE
>> long-tems qu'il vivra, il n'oubliera pas qu'il
>> doit ſa vie au père de ce frère adoptif. »
Jeneconnois pas d'Ouvrages où l'on trou
vedes faits plus curieux , plus touchans , &
rapportés avec une fidelité plus originale. Il
eſt peu d'hommes qui ayent vû de telles
ſcènes, &qui ſachent les rendre ainſi , telles
qu'il les a vûes.
Je ne me laſſferois pas de rapporter de
longs morceaux de ce Livre , on ne fe lafleroit
pas de les lire; mais il faut finir. Cependant
parmi tant de beaux traits de vertu , il en eft
un qui me frappe d'une manière particulière;
je vais encore en enrichir cet extrait. Il eſt
tiré d'une Lettre qui a été communiquée à
P'Auteur.
Suivant cette Lettre , le Docteur M.......
viſitant un jour les malades de l'Hôpital de
l'Armée Américaine à Albany , arrive à un
Soldat, dont la contenance honnête & noble
le frappe du premier abord. Celui-ci le fixe
long-temps à ſon tour , comme un homme
qui inédite fon deſſein ; enfin il prend ſa réfolution
, & il prie le Docteur de l'écouter.
Je viens d'apprendre , lui dit-il , que mes
parens viennent de perdre leur ſecond fils ;
j'ai un vif defir de retourner vers eux ; le
temps de mon engagement eſt prêt d'expirer ;
je trouve un homme qui s'offre à prendre
ma place ; mais j'ai beſoin pour ces arrangemens
d'une ſomme de cent piaſtres ; je ſuis
d'une famille honnête & riche établie en
Virginie; je m'adreſſe à vous ; voudrez-vous
DE FRANCE. 215
prendre foi dans la parole d'un Soldat Americain
? J'examinai de nouveau ſa phyſionomie
, dit le Docteur M..... , je conſultai l'impreſſion
ſecrette qu'elle fit ſur moi , & je ne
balançai pas à lui accorder ſa demande.
Jamais bonne action ne fut ſi bien placée
& fi bien récompenſée. Voici la Lettre que
le Docteur reçut , cinq ſemaines après, du
père du jeune homme.
ود
Virginie , Culpeper County , 27 Décembre 1778.
« J'avois deux fils , l'un a déjà péri dans
> ces temps orageux ; mais il eſt mort en
défendant ſa patrie ; l'autre alloit diſpa-
>> roître auffi, & vous l'avez conſervé, en lui
>> donnant les moyens de venir rejoindre ſes
» parens. Déjà affligé par la mort du premier
, je devenois de jour en jour plus
>> malheureux , par la crainte de ne revoit
>>jamais le ſecond. Sans vous , peut-être
>> ſérions-nous aujourd'huiſans enfans.Mais,
ود dites-nous , quel eſt le motif qui vous a
>>>déterminé à cette généreuſe action , à choi-
ود fir notre enfant parmi tant d'autres qui
» méritoient également votre attention ?
>>Bénie foit la main inviſible qui vous a
>> conduit ſecrètement vers ſon lit , & vous
>> a fait écouter attentivement ce qu'il avoit
ود à vous propoſer. Il nous a informés que
>> ce jour étoit le 14 d'Octobre; qu'il foit
>> dorénavant l'époque d'une joie annuelle
ود dans mafamille: je le conſacre , afin qu'il
>>foit diftingué des autres par les remerci
216 MERCURE
ود
1
» mens 'es plus fervens à l'Etre Suprême ,
par une ſuſpenſion de travail , par les
>> plaiſirs innocens. Mes eſclaves partageront
>>avec nous la joie inſpirée de ce doux ſou-
>> venir : permettez qu'ils entrent pour quel-
» que choſe dans cette reconnoiffance gé-
» nérale; ne mépriſez pas la part qu'ils y
>> prennent , car ce ſont des hommes , &
» je les ai toujours traités comme tels. Vous
>> avez procuré à notre fils la ſanté , la liberté ,
ود le plaiſir de revoir ſes parens ; que de
>> bienfaits ! heureuſement ce jeune homme
• a beaucoup d'amis & de parens , ſans cela
>> le poids de ſa reconnoiffance ſeroit trop
>>difficile à ſupporter. Il m'a dit que vous
- n'aviez jamais été père ; vous ne pouvez
> donc connoître ma joie , ni les ſenſations
>> paternelles qui tranſportent mon coeur;
la foigneuſe nature les cache comme un
>> tréfor à ceux auxquels elle n'a point
ود
ود
ود
donné d'enfans. Nous ne nous connoiffons
pas , il eſt vrai; mais les hommes
vertueux ſont unis par les liens d'une con-
>> ſanguinité intellectuelle. Dorénavant , regardez-
moi comme votre ami ; je ne né-
>> gligerai rien pour mériter ce nom : par la
loi de la nature , je ſuis le père de mon
>> enfant; vous êtes le père adoptifque la Pro-
ود
ود vidence lui a donnédans le momentcriti
» que de l'abandon & de l'indigence ; nous
>> fomines donc frères : faſſe le ciel que cette
" union nouvelle ſoit à jamais durable ! .....
Venez nous joindre , venez partager avec
» nous
DE FRANCE
217
>>nous la poſſeſſion & la jouiſſance de tout
» ce que nous avons : vous êtes déjà incor-
>> poré dans notre famille : venez prendre
>> poffeffion de cette chaiſe , qui vous at-
د tend à notre table. Ma femme ! mais qui
>> peut exprimer les chagrins , l'affliction , la
>>joie , la ſurpriſe , l'amour & tous les dif-
" férens mouvemens de la ſenſibilité mater
>> nelle ! ce n'eſt que par leferrement éner-
>>gique de ſes mains , par ſes larmes , ſes
>> fourires que vous pourrez recueillir
>> toute l'étendue de ſa reconnoiſſance : non-
ود
,
ſeulement notre famille entière , mais tout
>> notre voiſinage , auquel votre nom eſt
» déjà devenu cher , vous recevra comme
» vous le méritez , & vous convaincra qu'il
» y a encore des âmes qui n'ont pas perdu ,
» dans les cruautés de cette guerre , les ſen-
ود timens qui diftinguent les hommes ver-
» tueux. Pour vous convaincre que cette
” Lettre n'eſt pas formée de paroles vagues ,
>> inſpirées par la joie ſoudaine de ſentimens
» qui bientôt s'évaporent& s'oublient ; pour
>> vous convaincre que l'impreſſion faite ſur
» nos coeurs par votre générosité , fera auffi
» durable que le ſervice que vous nous avez
rendu , le porteur de cette Lettre , qui
eſt-le fils de mon frère , vous délivrera un
• contrat authentique & legal de la moitié
22
ע de la plantation de *** , accompagné d'un
• Nègre que je vous donne , d'un ſecond
» venant de mon fils , d'un troiſième venant
de la mère de ma femme , & d'un Eſclave
Nº. , 29 Janvier 1785.
ود
K
218 MERCURE
> que vous offrent chacun de mes frères.
>> Ce contrat , ainſi que le billet de vente,
>> comme vous le verrez par l'endoffement ,
> ſont ſignés , ſcelles & recordés fuivant la
ود loi. Cette nouvelle propriété eſt irrévocablement
la vôtre .
»Heureux fi notre fol , notre gouverne-
>> ment , notre climat peuvent vous perfuader
de réfider parmi nous ! Uniffez ce
petit préſent à votre fortune ; venez de-
» meurer en Virginie , où vos talens , votre
>> mérite & votre humanité ſont déjà con-
* nus , & vous procureront tous les avantages
que peut produire l'eſtime d'une famille
reconnoiffante & d'un voiſinage
éclairé. Puiffe le meſſager que j'envoie
> vous trouver fain & fauf, & vous amener
>> dans nos bras ! »
ود
Signés , William , Arthur , Susannah.
Quels ſentimens & quelles moeurs ! dans
quel temps & dans quel pays la vertu futelle
plus fimple & plus fublime! dès qu'on
connoît de telles actions , on doit aux bons
coeurs de les leur faire connoître. Eh bien !
j'en ai encore une plus belle à rapporter ; &
pour augmenter l'intérêt qu'elle doit exciter ,
je me hâte de dire que c'eſt l'Auteur même
de cet Ouvrage , qui en eſt l'objet ; il l'écrira
un jour avec cette effuſion d'âme qui rend
fes récits ſi touchans; mais avant que fa reconnoiſſance
ait pu s'épancher , ſes amis lui
doivent de publier un bienfait ſi généreux.
DE FRANCE. 219
<
-1
Pendant un ſejour de deux ans que M. de
Saint-John de Crevecoeur , actuellement
Conſul de France à New-Yorck , a fait en
France , étant chez M. ſon père , qui vit
dans ſa Terre , en Normandie , il apprend
que des étrangers , qui ne parlent qu'Anglois,
ont échoué ſur une des côtes de cette Province
, & font arrivés dans l'état le plus déplorable.
Sa penſée ſe tourne tout de ſuite
vers ſes compatriotes. Si c'étoit des Américains
...... Il part à l'inſtant ; il ne s'etoit
pas trompé; il trouve quatre priſonniers
de guerre qui s'étoient expoſés à tout , pour
échapper à la rigueur de leur prifon ; il les
amène chez ſon père , Gentilhomnime digne
de prendre toujours ſa part dans une bonne
action ; il leur prodigue tous les ſecours ;
il vient à Paris ſolliciter quelques grâces
pour eux ; il les met à même de retourner
bientôt dans leur pays , comblés des bons
traitemens qu'ils avoient reçus en France.
M. de Crevecoeur avoit laiſſe ſa femme & fes
enfans dans un pays expoſé à tous les ravages
de la guerre; il étoit d'autant plus inquiet fur
leur fort , qu'il n'avoit pas reçu de leurs nouvelles,
depuis fon départ ; il étoit embarraſle
pour leur faire parvenir ſes lettres ;il charge
fes compatriotes d'un ſoin ſi cher. Ces hommes
arrivés à Boſton, fentent toute la difficulté
de remplir cette commiſion ; ils
croyent auſſi sûr de confier à la poſte les lettres
de M. de Crevecoeur. Mais ils ne ſe taifent
pas fur les procédés de celui-ci ; ils les
Kij
220 MERCURE
racontent un jour dans un dîner où ſe trouvoit
M. Fellows , un des plus reſpectables
Citoyens de cette ville. M. Fellows ſe ſent
pénétré de la noble conduite de M. de Crevecuoeær
; il en conçoit une aufli vive reconnoiffance
, que ſi elle l'avoit ſecouru luimême
, il rentre chez lui plein de tous ces
ſentimens . Je tiens ces détails de M.Williams,
Citoyen de New-Yorck , qui les a reçus luimême
de la bouche du digne M. Fallows. Il
communique donc à ſa femme ce qu'il vient
d'apprendre : Cette pauvre femme , ces pauvres
enfans doivent être bien malheureux ,
dit- il , pendant que leur père & leur mari en
agitfi bien envers nos compatriotes , ils ne
faventce qu'il est devenu. Je neſerai pas tranquille
tant que je les faurai dans la peine. Il
me vient une idée ; je veux les aller chercher ,
les amener chez nous ; du moins quand leur
père reviendra, il les trouvera en bonnesmains.
Il eſt bon de remarquer que juſqu'alors , il
n'avoit pas entendu parlerdeM. de John,qui
avoit vécu dans une autre Province, & qu'on
touchoit à la ſaiſon des neiges , qui , pendant
long-temps , interceptent les communications
dans la partie ſeptentrionale des
États-Unis . Cependant il part. Son bon coeur
ne pouvoit l'amener plus à-propos. La mère
étoit morte , & les enfans avoient beſoin
d'une adoption auffi tendre , auſſi généreuſe
; il les conduit chez lui , où lui & fa
femme ne les diftinguent pas de leurs propres
enfans. " J'ai vû , m'a dit M. Williams,
,
DE FRANCE. 221
ود
ود
رد
la lettre que M. Fellows écrivoit à M. de
Saint-John ; il n'y montroit que la douce
fatisfaction d'avoir recueilli chez lui de ſi
aimables enfans ; & il rendoit compre au
>> père de l'éducation qu'il leur donnoit, avec
>>le ſcrupule & les longs détails d'un Gou-
- verneur qui n'eſt occupé que de bien
>>remplir ſon devoir. » Si je connoiffois
quelque dûr miſantrope , j'irai lui raconter
ce trait pour le réconcilier avec l'humanité.
Eir le confignant dans un Ouvrage qui a un
grand nombre de Lecteurs , je goûte un véritable
bonheur , en me figurant le naïf étonnement
de ce digne Américain , lorſqu'il apprendra
que toute la France s'eſt entretenue
avec attendriſſement d'une action , qui lui
paroiſſeit ſi ſimple & fi naturelle.
( Cet Article est de M. de L. C. )
CODE des Priſes , ou Recueil de la
Législationfur la Course en Mer , & fur
l'Administration des Priſes , depuis 1400
jusqu'à nos jours ; imprimé par ordre du
Roi à l'Imprimerie Royale. 2 volumes
in-4°. Prix , 24 liv. brochés. A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur-Libraire , rue
des Mathurins , hôtel de Cluni.
M. CHARDON , Maître-des-Requêtes , &
Procureur - Général du Conſeil des Priſes ,
chargé par le Roi de la rédaction de cet Ouvrage
s'étoit déjà fait connoître avantageu
Kij
222 MERCURE
ſement par un Flai d'Histoire Naturelle&
Civile de l'Iſle de Sainte- Lucie , & d'excellens
Mémoiresfur l'Isle de Corse.
Ce Code des Priſes doit lui donner de
nouveaux droits au fuffrage du Public , &
un nouveau titre à ſa reconnoiffance.
Les Courſes maritimes , quoique autoriſées
par les Puiſſances dans tous les temps ,
étoient toujours foumiſes à une légiflation
très-incertaine , & qui varioit ſuivant les
circonstances ; enfin , juſqu'en 1744 , la rigueur
ou la modération des jugemens rendus
dans ces fortes de matières , étoit déterminée
à peu-près par l'intérêt perſonnel. A cette
époque parut le premier réglement qui a inis
de l'ordre dans ces diſcuſſions.
L'Ouvrage que nous annonçons préſente ,
un apperçu de l'hiſtoire de cette Adminif.
tration depuis 1400; on y trouve d'abord
les Titres de l'Ordonnance de 1681 , qui , à
biendes égards, a renouvelé ce qui s'étoit pratiqué
juſqu'alors , avec l'indication des loix
qui l'ont ſuivie ou précédée.
Auxjugemens du Conſeil des Priſes , on a
joint un ſommaire qui expoſe les cas qu'on a
jugés , & les motifs qui ont déterminé les
jugemens.
On y trouve auſſi le tarif des droits que
les marchandiſes de priſes doivent au département
des Finances , ſoit celles qui ſont excluesdu
commerce par leur nature, foit celles
qui ſont ſoumiſes à des droits prohibitifs ,
ou qui font tout-à-fait prohibées.
DE FRANCE.
223
Ce ſimple expoſe ſuffit pour faire connoître
l'utilité de cet Ouvrage ; & ce qui le
rend commode pour ceux qui auront à le
confulter , c'eſt qu'on a joint au ſecond vo
lume une table raiſonnée , qui , au-deſſous
de chaque mot , donne tous les renſeignemens
qui y font analogues.
LETTRE au Rédacteur du Mercure. "
UN
N Profeſſeur de notre Ecole de Deſſin , vient
dexécurer ſur le mur de face de cette Ecole , un
Gnomon , avec les détails & tous les acceſſoires
qui peuvent contribuer à la perfection de cette
machine aſtronomique.
Nos Concitoyens s'évertuent pour l'orner d'une
deviſe ou inſcription d'autant plus difficile , qu'ils y
veulent faire entrer l'Hôtel-de-Ville & le Siège de
la Jurisdiction Conſulaire , contigus à l'Ecole de
Deſſin : les Affiches Troyennes ſont chamarréesdepuis
quelque temps d'Inſcriptions & de Deviſes relatives
àcette intention .
Les Maîtres de l'Art des Deviſes ( les PP.
Lemoyne , Ménetrier & Bouhours ) ont établi pour
principe fondamental de cet Art , très-grand à leurs
yeux, que le mot de la Deviſe ne doit rien dire qui ne
ſe puiſſe vérifier par la figure , c'est-à dire , que la
juſteſſe du mot tient à l'unité qui lui doit être commune
avec la figure .
La figure eſt ici une ligne méridienne , avec
des appendices qui indiquent chaque pas de la marche
journalière du ſoleil , les écarts périodiques qui
l'éloignent & le rapprochent alternativement des
tropiques, & fon entrée ſucceſſive dans les ſignes du
Kiv
224 MERCURE
zodiaque. Les lignes tranſverſales donnent le point
de cette entrée, en coupant la perpendiculaire qui eſt
la baſe , & comme le moyen de toute la machine ,
où l'oeil ſuit ce que Virgile , toujours auſſi juſte
qu'élégant dans l'expression , appelle folis labores.
Or, encombinant ces travaux dufoleil , indiqués
par les diverſes lignes du Gnomon , avec ceux de
l'Ecole du Deſſin , le mot de la Deviſe ſe rencontre
dans le mot célèbre d'Appelles : NULLA DIES
SINE LINEA : ce mot rappelleroit ſans ceſſe
les Elèves de notre Ecole à l'affiduité continue au
travail , affiduité qu'un des plus grands Maîtres de
l'Art regardoit , d'après ſon expérience , comme le
moyen capital pour la perfection de l'Art , & pour
celle de l'Artiſte.
Quant à la queſtion récemment renouvelée , ſur la
préférence du Latin ou du François pour nos monumens
publics , elle ſe trouve décidée en faveur du
Latin par un grand exemple que nous avons ſous les
yeux.
Lorſque Girardon eut terminé le magnifique
Médaillon de Louis XIV , qu'il deſtinoit pour notre
Hôtel-de- Ville dont il fait le principal ornement ,
Racine , Boileau & Santeuil , travaillèrentà l'envià une
infcriprion. Cellede Boileau ,
C'eſt ce Roi fi fameux , &c .
fait partiede ſes OEuvres dans les dernières Éditions.
Celle de Santeuil ,
Per quem relligio , & c.
a étéplacée au bas de la ſtatue pédestre de Louis XIV,
qui décore la façade de notre Hôtel- de-Ville. Le bon
La Fontaine,qui ſe faiſoit auſſi honneurde ſes liaiſons
avec M. Girardon , ſon compatriote , projeta pour
fon Médaillon , une infcription qu'il ſe propoſoit
d'adreſſfer à des Troyens qui avoient envoyé à M.
DE FRANCE. 225
Girardon un pâté dont il avoit mangé ſa part ; mais
s'abandonnant fur ce pâté, à un bavardage délicieux ,
l'inſcription ſe trouva noyée dans cette Epître qui fait
une des plus agréables parties de ſes OEuvres diverſes :
Votre Phidias & le mien
Et celui de toute la terre ,
Girardon , notre ami , l'honneur du nom Troyen , &c.
Racine avoit auſſi fait une inſcription ; & quoique
plus en état que perſonne de la faire ſupérieurement
en François , il avoit préféré la noble & pure fimplicité
du ſtyle lapidaire des monumens de l'ancienne
Rome . De l'aveu méme de Boileau, cette
inſcription latine fut placée au bas du Médaillon
où nous la liſons aujourd'hui. Mais il compoſa la
Lettre françoiſe qui accompagna l'envoi du Médaillon
* à Troyes , Lettre dont toutes les idées ,
priſes de la choſe & revêtues du langage du coeur ,
eût pû ele-même ſervir d'inſcription.
D'après de telles autorités , qu'il nous ſoit permis
* Le fameux Séb. le Clerc s'étoit empreſſé de graver ce
Médaillon avec ſes accompagnemens , formés d'enſeignes
militaires , de lauriers , de palmes , des diverſes couronnes
que décernoient les Romains à la vertu Militaire ; enfin des
médailles dont les revers offrent les principaux événemens
de la plus brillante partie du règne de Louis XIV.
Girardon , prévoyant la teinte jaune qu'imprimeroit le
temps au marbre blanc du médaillon , l'avoit cantonné de
deux tableaux des conquêtes de Louis XIV par Vander-
Meuley , fon ami , portes par un cadre noir &dont le
coloris rembruni , devoit poufler & a pouffé au noir. On
imagina , il y a quelques années , de remplacer ces tableaux
par un lambris en mauvais ſtuc ou plâtre , dont la blancheur,
contraſtant avec le ton jaune , imprimé par le temps
au Médaillon , qui donne l'air d'un lange d'enfant mai tenu .
Encore eft-il heureux qu'on ne ſe foir pas avifé de regratter
le Médaillon , ou au moins de l'enduire d'une eau
de chaux& de craie , ainſi qu'on en a ufé avec les buſtes de
marbre blanc placésdans le même fallon.
.
Kv
226 MERCURE
de tenir encore aux Inſcriptions latines , & de conſerver
quelque affection pour les chefs d'oeuvres latins,
qui font aujourd'hui pour nous , ce qu'étoient les
modèles Grecs , fi fortement recommandés par
Horace à la jeuneſſe Romaine , c'est-à- dire , la dernière
barrière contre l'irruption générale de l'ignorance
, du mauvais goût & de leur ſuite , qui a pour
coriphée le parfait contenteinent de ſoi -même.
Je finis par un retour ſur les liaiſons de Girardon
avec Boileau , Racine , La Fontaine & Santeuil : une
amitié fraternelle uniſſoit dans le même - temps
Molière , Alphonse du Freſnai , & nos deux Mignards.
Au ſiècle de Léon X, la même affection régnoit entre
Annibal Caro , le Molza , les deux Arétins & Michel-
Ange , Raphaël , le Titien : elle unifloit antericurement
le Giotto & le Dante. Je m'écarterois trop de
mon ſujet , ſi j'entreprenois de développer les avantages
qui réſultoient de ce commerce , en faveur de
l'Art & des Artiſtes . Je ſuis , &c.
GROSLEY , de l'Académie
Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres.
P. S. Je ſaiſis cette occaſion pour vous faire
paffer quelques remarques ſur les obſervations de
M. de la Lande , relatives à ma Lettre ſur la Vestale
de Legros , inférée dans un des Numéros de votre
Mercure de l'année dernière .
L'original de cette ſtatue indiquée parM.de Lalande,
comparé à la copie de Legros , en établiſſant d'autant
plus la reſſemblance de cet original avec la Vénus
du Mont-Liban , décrite par Macrobe ,prouve ſeulement
les libertés que s'eſt permiſes l'Artiſte François.
Ignorant ce qu'elle étoit primitivement destinée à
repréſenter , il n'y a vu qu'une très-belle ſtatue que
l'art pouvoit encore embellir. Il en a débarraffé la
tête du voile qui la ſurchargeoit à ſes yeux , & l'a
DE FRANCE. 227
coëfféede lamanière la plus avantageuſe au viſage.
Il en a uſé de même à l'égard du ſein , dont il a
découvert une partie ; enfin , en ſupprimant les fandales
&les bas qui formoient la chauſſure , ila étendu
la draperie qui ne laiſſe plus voir qu'un bout de pied ;
draperie , qui , tubulée dans l'original , ou arrangée en
tuyaux égaux & paral'èles , a été changée en une
étoffe large , & qui joue avec grâce.
५ Ces embelliſſemens , rapprochés de l'intention de
l'original ,ignorée par Legros, font autant de contrefens
, ceux fur tout qui tombent ſur la chauſſure ,
qui , formée de ſandales &de bas ou galoches , annonçoit
une Divinité hyperboréenne. Telle étoit
en effet la Vénus du Mont-Liban ; tels étoient le
Deucalion & l'Atlas,dont les ſtatues accompagnoient
la fienne ,dans le parvis du Temple du Mont-Liban
décrit par Lucien.
,
En ſuppoſant que ces ſtatues furent enlevées &
envoyées à Rome par Pompée , lorſqu'il conquit la
Syrie , en ſuppoſant qu'elles furent placées dans le
parvis du Temple d'Apollon , bâti à Rome ſur l'emplacement
qu'occupe aujourd'hui la Villa-Médici
Temple dont des débris conſidérables , exiſtant encore
au ſeizième ſiècle , ont été indiqués par les
Parevini , les Nardini , &c. qui les avoient ſous les
yeux , on retrouvera parmi les prétendues Sabines
qui , avec la prétendue Veſtale copiće par Legros ,
occupent le Veſtibule ou Portique de cette Villa ,
la Stratonice admirée par Lucien ; on verra la ſtarue
d'Alexandre , dont la ſuperbe tête a été tranſportée
par les Médicis dans leur galerie de Florence , enfin ,
le Deucalion & l'Atlas ſe reproduiront dans ces
Rois , * dont l'attitude & la phyſionomie participant
* Les Rois ſont mêlés dans le parvis de la Villa-Medici ,
avec les prétendues Sabines & la prétendue Veſtale copiée
par Legros.
Kvj
228 MERCURE
au deuil de la prétendue Veſtale , & l'accoûtrement
hyperboréen , auront paru annoncer de grands
Perſonnages étrangers aux Romains & aux Grecs ,
&gémiſſans ſous le poids de la captivité.
La vue des Originaux , dont des copies exactes
exiſtent ſans doute à Paris , dans les porte-feuilles
d'Élèves de l'Académie de France à Rome , en
appuyant ou en détruiſant ces conjectures , décideront
en dernier reſſfort ſur la reſſemblance de la prétendue
Veſtale de la Villa- Médici , avec la Vénus du Mont-
Liban , deffinée par Macrobe , & elles fixeront les
corrections que Legros s'eſt cru permiſes pour
l'embelliſſement de ſa copie.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 17 de mois , on a repréſenté pour
la première fois ,Alexis & Justine , Comédie
en deux Actes & en profe , mêlée d'Ariettes
, par M. Monvel , Muſique de M.
D. Z.
Il y a vingt-quatre ans qu'un bon & riche
Payſan, nommé Thierry, élève& traite comme
ſon propre fils un enfant qui a été déposé
chez lui , & dans le berceau duquel il a
trouvé une moitié de Lettre , ſuffifante pour
expliquer en partie les raiſons qui ont forcé
les parens de cet infortuné à le remettre
en des mains étrangères. Pendant quelDE
FRANCE.
229
.
que tems , Thierry , ſans pouvoir en découvrir
la ſource , a reçu les ſecours neceffaires
à l'éducation de cet enfant qu'il a nommé
Alexis , conformément à un ordre énoncé
dans la Lettre ; mais depuis quinze années ,
il n'a rien reçu , ni entendu parler de rien
qui lui fût relatif. Cependant Alexis n'en a
pas été traité avec moins de ſoins & de tendreſſe.
Elevé près de l'aimable Juſtine , fille
du ſenſible Payſan, l'orphelin s'eſt enflammé
pour elle de l'amour le plus tendre , & lui
a ſu inſpirer une paſſion égale à celle qu'il
éprouve. Cher à toute la famille de ſa Maîtreffe,
il eſt préféré à tous ceux qui demandent
Juſtine en mariage , notainment à un
certain Thomas, le plus riche, comme leplus
imbécille de tous les Payſans du canton ;
en un mot , il eſt ſur le point d'épouſer ſa
bien aimée ; le contrat de mariage eſt même
dreſſé , lorſqu'un inconnu , qui ſe dit être
le Comte de Longpré , ſe préſente chez
Thierry , lui remet la ſeconde moitié de la
Lettre trouvée dans le berceau d'Alexis * , &
réclame ce jeune homme comme ſon fils.
Tout le monde eſt d'abord enchanté de cet
* La ſituation d'Alexis , depuis l'inſtant où il eſt
confié à Thierry jufqu'au jour où il eſt reconnu par
fon père , ſe trouve dans un grand nombre de nos
-Romans anciens , & dans quelques uns de nos modernes.
Parmi ceux- ci, le Lorezzo de M. d'Arnaud,
eft celui qui a le plus de reſſemblance avec Alexis.
230
MERCURE
événement , parce que le bonheur d'Alexis
fait pour un moment diſparoître tout autre
intérêt ; mais ce plaiſir ſe change bientôt en
une douleur amère , lorſque M. de Longpré
déclare que ſon fils ne ſauroit épouſer
Juſtine , qu'il a fait choix pour lui d'une
autre femme , & que dès le lendemain il
doit , avec lui , retourner à Paris. La confternation
de la famille Thierry , le chagrin
du jeune homme , le deſeſpoir de
Juſtine , rien ne touche M. de Longpré , ou ,
pour mieux dire , rien de tout cela ne ſemble
l'émouvoir. Néanmoins il eſt fortement
ému , mais il cache ſon émotion dans le
deſſein d'éprouver juſqu'à quel point les
deux jeunes gens s'aiment , & pour chercher
à connoître s'ils ont affez d'amour &
de vertus pour faire conſtamment le bonheur
l'un de l'autre. Il obſerve avec l'oeil de
l'expérience , leurs ſentimens , leurs démarches
, leurs moindres mouvemens. Dans
une Scène où Juſtine tente les derniers efforts
pour le toucher , elle laiſſe éclaterune
candeur de caractère , une pureté d'ame ,
une chaleur de ſenſibilité bien faite pour le
féduire ; cependant , il réſiſte encore. Il eſt
entraîné par l'inſtant où Alexis vient malgré
lui , & comme une victime dévouée à
l'autorité paternelle , faire ſes adieux à ſa
Maîtreffe & à ſes bienfaiteurs. La douleur
intéreſſante d'Alexis , la fituation déplorable
de Juſtine , la peine profonde dont Thierry
& fa famille font pénétrés , déchirent le
DE FRANCE. 231
coeur du Gentilhome. Il ordonne à fon
fils de préſenter à Thierry , comme une
marque de ſa reconnoiffance , un portefeuille
qu'il lui remet. Thierry preſſe Alexis
contre ſon ſein , mais il refuſe le portefeuille
: " Ne le refuſez pas, s'écrie le Comte,
>> c'eſt la preuve la plus convaincante que je
>> puiſſe vous donner de ma ſenſibilité. Il
>>contient mon confentement au mariage
de nos enfans , & la dot d'Alexis » . Il déclare
alors comment& pourquoi il a éprouvé
les jeunes amans. La joie renaît dans tous
les coeurs & M. Thomas l'imbécille , qui
avoit conçu de nouveau l'eſpérance d'épouſer
Juſtine , devient , à ſon grand regret , le
témoin du bonheur de fon rival.
Telle est aujourd'hui la marche de cette
Comédie très - larmoyante. A la première
repréſentation , elle n'étoit pas auſſi rapide.
L'épreuve de M. de Longpré étoit trop
prolongée ; elle préſentoit ce Gentilhomme
ſous un aſpect long-temps défavorable.
Dans une Scène où Alexis venoit faire
ſes adieux à Juſtine , celle - ci appercevoit
fur la muraille l'ombre de ſon amant , &
nouvelle Dibutadis , elle en deffinoit les
traits , ce qui ne s'accordoit guères avec la
douleur& le déſeſpoir qu'elle venoit de laiffer
éclater quelques minutes auparavant,
Toutes ces taches ont diſparu ; mais celle
qu'il feroit difficile de faire diſparoîtne , c'eſt
l'inutilité du perſonnage de Thomas. Otez
à cet imbécille la Scène du premier Acte , où
232
MERCURE
il ne vient demander la inain de Juſtine que
pour être plaiſanté d'une manière plus amère
que comique par Thierry , par ſa famille
entière , & inême par le candide Alexis , M.
Thomas ne fert abſolument à rien. Il ne
plaît à perſonne , ni au père , ni à la mère
ni à la fille ; fa richeſſe même ne lui donne
pas l'avantage le plus léger , le plus frêle ;
en un mot , jamais prétendant n'a moins
donné d'ombrage à un rival. Si l'Auteur a cru
avoir beſoin de lui pour diſtraire le Spectateur
des éternelles doléances de tous les perſonnages
de ſa pièce , il devoit donc le rendre
néceſſaire à l'action .
Le ton de ce Drame nous paroît beaucoup
tropélevépour le rangdes perſonnages.Lavertu&
lanobleſſe desſentimens font de tous les
états,ſans doute,mais l'expreſſion n'en eſt pas
la même dans tous , & elle varie ſuivant les
conditionsUn payſan, un homme du commun
ne doit point s'expliquer comme un homme
de qualité. C'eſt ignorer , ou pour le moins
oublier les uſages & les convenances , que
de prêter à tous les états le même langage
& le même ſtyle . Ce défaut est trèscommun
à nos Aureurs Dramatiques , & l'on
ne fauroit trop les engager à l'éviter. Au
refte , il yadell''iintérêt ,de la chaleur&de
la ſenſibilité dans ce Drame. La Scène où
Juſtine cherche à toucher M. de Longpré, eſt
filée avec beaucoup d'art , & forte de cette
éloquence qui ne peut émaner que d'un coeur
ému par les fentimens les plus énergiques.
DE FRANCE. 233
Nos Lecteurs connoiſſent le Félix de M.
Sédaine. Il a quelques points de reffemblance
avec l'Alexis de M. Monvel. Celuici
annonce un homme d'eſprit ; l'autre ,
malgré ſes défauts , prouve un homme
d'un vrai talent , & à qui les effets comiques
font très-connus .
La muſique de ce Drame doit ajouter
beaucoup à la réputation de M. D. Z. On y
reconnoît ſouvent le ſtyle facile & brillant
qui fait le charme ordinaire de ſes
compoſitions ; mais il eſt ſupérieur à luimême
dans tout ce qui tient à l'expreffion
du pathétique & de la douleur. Le
monologue de Mme Dugazon , où cacher
ma douleur profonde , eſt réellement déchirant
, fans être moins flatteur pour l'oreille ;
c'est-à-dire , que la mélodie &l'expreffion y
font fondues avec tout l'art qu'on pouvoit
exiger d'un Maître. Les morceaux d'enſemble
ſont compoſés avec eſprit , & font
très-agréablement écrits .On a obſervé que le
ton général de la muſique étoit aufli un peu
élevé ; eſt-ce à M. D. Z. qu'on peut en faire
le reproche ?
Mme Dugazon , ſi juſtement chère au Public
, ne peut que lui inſpirer déſormais un
intérêt plus vif encore. La ſenſibilité , la chaleur
, la vérité , l'abandon , enfin le vrai talent
qu'elle a développés dans le rôle de Juftine
,juſtifient les nombreux éloges qu'on lui
a donnés juſqu'ici. Les ſuffrages qu'on accorde
à beaucoup de Comédiens , font le
24 MERCURE
fruit ou de l'habitude , ou du defir d'encourager
, ou bien encore de l'impoſſibilité de
les accorder à d'autres : ceux qu'on donne
àMme Dugazon , ſont un tribut qu'on doit
au vrai mérite , & nous ne connoiffons pas
actuellement de Comédienne qui ſoit plus
digne de ce tribut.
ΑΝΝΟΝCES ET NOTICES.
CAMZAZIINN ,, Libraire de Reims , vientde mettre en
vente , dans le format de ſa jolie Collection , les objets
ci-après : OEuvres de Renard , 4 vol .; Confidé
rationsſur les Moeurs du Temps , de Duclos , 1 vol.;
Pensées & Maximes de la Rochefoucauld , 1 vol.;
le Poëme de la Religion & de la Grâce , 1 vol . ces
quatre articles ſontornés d'un portraitde leurAuteur,
gravé avec ſoin. On trouvera ces articles chez
les Libraires ci-après : Bailly , rue S. Honoré ; Mé
riget l'aîné , vis-à- vis l'Opéra , Deſeine , au Palais
Royal , paſſage de la rue de Richelieu.
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Prix , 1 livre 4 ſols broché. A Paris , chez Royez ,
quai des Auguſtins , & chez les autres Libraires.
Cet Almanach a certainement le mérite de la
nouveauté. Outre qu'il peut ſervir de guide pour
jouir des agrémens qu'offre le Palais Royal , il fait
juger de ce que pourra devenir encore ce moderne
Monument , qui renferme déjà tous les objets divers
qu'on peut deſirer dans l'enceinte d'une Ville
entière.
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DE FRANCE 235
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l'Anglois par M. B*** , deux Parties in - 12. A
Londres; & à Paris , chez Volland , Libraire , quai
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les Arts, les Moeurs, les Usages , &c . des Chinois ,
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Nous avons parlé pluſieurs fois de ce grand Ouvrage,
enrichi de tant de morceaux curieux & inréreſſans.
Le Volume que nous annonçons , outre
une Table générale des Matières qu'on le propoſe
de renouveler pour les Volumes ſuivans , renferme
plufieurs Pièces qu'on lira avec intérêt. Quatre Portraits
ou Vies des Chinois célèbres ; des Extraits
•d'une Lettre de M. Amyot , qui a fourni tant d'articles
curieux à cet Ouvrage; & enfin un Recueil
de Penſées , Maximes & Proverbes traduit du Chinois
par M. Cibot , Miſſionnaire , mort il ya
quatre ans. Les Éditeurs ont de lui pluſieurs manufcrits
qu'ils ſe propoſent de publier ſucceſſivement.
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Etrangers & aux Célibataires , pour la présente
année. A Paris , chez Petit , quai de Gevres.
L'Auteur de ce petir Almanach , jaloux de pourvoir
aux beſoins & même aux plaiſirs des eſtomacs
étrangers , ou qui , par raiſon de célibat ou autres ,
font forcés de recourir aux tables hoſpitalières , leur
indique les bonnes ſources. Comme il a voulu parler
236 MERCURE
enconnoiſſance de cauſe , il n'a écrit que d'après
ſes propres effais. On voit que ſon zèle donne une
grande preuve dhumanité,puiſqu'il a été juſqu'à pourfuivre
une encyclopédie de connoiffances qu'on ne
peut acquérir ſans des dangers d'indigeftion .
Au reſte , cet Almanach peut être utile à nombre
de perſonnes. On y a joint une Table des quartiers
pour trouver plus facilement à díner dans les endroits
où l'on ſe trouve.
On vend chez le même Libraire : Fragment fur
leshautes Sciences , fuivi d'une Note fur les trois
fortes de médecines données aux hommes , dont une
mal-à-propos délaiffée , par Etteilla. Prix , 15 ſols.
THÉORIE des Matières Féodales & Cenfuelles
, par M. Hervé , Avocat au Parlement ,
4 Volumes in- 12. Prix , 10 liv. brochés . A Paris ,
chez Knapen & fils , Libraires - Imprimeurs de la
Cour des Aides , au bas du Pont S. Michel.
Cet Ouvrage doit être diſtingué de la foule de
Livres de Juriſprudence qui paroiſſent tous les
jours , & qui ne font qu'augmenter le déſordre &
l'obſcurité où ſont nos Loix , nos Coutumes & nos
Ordonnances. Ce n'eſt ni un Recueil d'Arrêts con-:
tradictoires , ni une compilation de textes inintelligibles
; c'eſt un Ouvrage , & un Ouvrage très-neuf.
Dumoulin étoit ſans doute un Homme de génie ;
mais il n'a cu du génie que pour un fiècle où il n'y
avoit encore que de l'érudition. Le Livre de M.
Hervé eft excelient même pour un ſiècle philoſophique.
Les Jurifconfultes même ontpeine à lire les Jurifconfultes.
Tous ceux qui aiment l'Hiſtoire , tous
ceux qui ne ſont pas étrangers à l'étude du génie
des divers ſiècles & des diverſes Nations , liront
l'Ouvrage de M. Hervé avec intérêt. C'eſt une des
plus belles applications qu'on ait jamais faites de la
Philofophie à l'étude des Loix. Nous en rendrons
DE FRANCE. 237
compte inceſſamment , & nous croyons pouvoir juſ
tifier les éloges que nous ne pouvons nous refuſer à
→ lui donner d'avance.
M
HISTOIRE Complette des Plantes Vénéneuſes
de la France , par M. Bulliard , petit in-folio ſans
figures Prix , 6 liv . Avec quatre- vingt-cing figures
ſupérieurement coloriées au moyen de l'impreſſion.
Prix , 94 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Poſtes,
au coin de la rue du Cheval Vert ; chez Didot
jeune & Barrois jeune , Libraires , quai des Auguſtins
, & chez Belin , Libraire , rue S. Jacques .
Cette Collection eſt intéreſſante & ucile. Il eſt
important que les hommes chargés de veiller ſur nos
jours ſachent diftinguer les diverſes plantes , afin
de ne pas nous donner la mort quand ils nous
préfentent un remède ; & il eſt important que nousmêmes
nous ne ſoyons pas expoſés à prendre des
poiſons pour des alimens. Le but de cet Ouvrage
eſt auſſi d'indiquer les antidotes les plus prompts,
Elle forme la première diviſion de l'Herbier de la
France, & ſe diſtribue ſéparément.
L'Herbier de la France ſe continue toujours ſur le
même plan ; les cahiers qui paroiſſent actuellement
contiennent des plantes médicinales , des plantes alimentaires
& des champignons : le Nº . 49 vient
d'être mis au jour.
L'es perſonnes qui prennent tout ce qui compoſe
l'Herbier de la France, payent 15 ſols chaque plante,
à l'exception de la première, qu'elles payent 3 livres.
Il paroît actuellement cent quatre - vingt - ſeize
plantes. En faveur des Étudians en Médecine qui
defireront ſe procurer cet Ouvrage , on n'exigera
point qu'ils prennent à- la- fois tous les cahiers qui ont
paru juſqu'ici , on leur en délivrera deux ou trois par
mois qu'ils payeront à meſure juſqu'à ce qu'ils ſe
trouvent au courant des livraiſons. Les perſonnes
238. MERCURE
1
qui ne veulent au contraire qu'une des divifions de
'Herbier de la France, telle que l'hiſtoire des Plantes
vénéneuſes , celle des plantes médicinales , celle des
plantes alimentaires , celle des champignons , &c.
payent 20 fols chaque épreuve àl'exception de la
première, de la Collection qu'elles defirent ſe procurer
, & qu'elles payent 3 livres. Chacune de ces
diviſions ſera précédée d'un diſcours qui ſe diftribuera
ſéparément comme celui qui ſe trouve en tête
des plantes vénéreuſes du Royaume , lequel ſe vend
6 livres broché en carton.
Le Plaisir des Amans.- Les Careffes réciproques
, deux Estampes gravées d'après Challe , par
Piaco. Prix , 16 fols chaque. A Paris , chez la
Veuve Macret , rue des Foffes de M. le Prince , au
coindela ruede Touraine , maiſon du Bijoutier.
L'HEROISME du Sentiment , ou le jeune Espa
gnol ſauvé de la dent du Requin , Eſtampe gravée
d'après J. S. Copley , par Picquenot . A Paris , chez
l'Auteur , rue Saint Hyacinthe , nº. 61 , & chez
Blaizot , cour du Palais Royal. Prix , 3 liv.
En voici le ſujet tel qu'il eſt rapporté au bas de la
Gravure. Un Eſpagnol ſe baignant au port de la
Havanne, près de ſon bord, fut ſaiſi à la jambe
par ce poiffon vorace; ſa jeuneſſe , ſa force & fes
efforts l'en débarraſsèrent. Au moment où l'on ſe
préparoit à lui donner du ſecours , un jeune Matelot
plus prompt fut affez hardi & heureux pour l'arracher
au danger en enfonçant un harpon dans le
ventre de l'animal .
DARDANUS , Tragédie Lyrique en quatre
Actes , repréſentée pour la première fois devant
Leurs Majestés à Trianon, le 18 Septembre 1784, &
fur le Théâtre de l'Académie Royale de Mufique le
DE FRANCE. 239
30 Novembre ſuivant, miſe en muſique par M. Sacchini.
Prix , 24 livres. A Paris , chez l'Auteur , rue
Baffe du Rempart , nº . 17 , & Sieber , rue Saint
Honoré , nº . 92.
Lorſque les gens du monde parlent d'un Opéra ,
laMuſique ſeule leur paroît digne d'attention , les
paroles ſont comptées pour rien. Le Coinpofiteur efſt
łe feul objet de leurs éloges ; ils ne ſongent quelquefois
au Poëte que quand il mérite des reproches.
D'après une pareille manière de juger , il fembleroit
que le mérite de ces mêmes paroles eſt fort indifférent
au Théâtre ,& que la Muſique fait tout le
ſuccès d'un Opéra. Point du tout : c'eſt le ſujet , ce
font les fituations , c'eſt la manière dont elles ſont
amenées , exprimées , c'eſt enfin le ſeul travail da
Poëte qui décide du fort d'un Ouvrage de Théâtre ;
fon lot eſt de réufſfir; c'eſt à lui d'en faire tous les
frais; c'eſt au Compofiteur qu'en revient la gloire;
mais que celui-ci y prenne garde, s'il obtient quelquefois
l'honneurdu fuccès ſans y avoir contribué , fouvent
auſſi ſes talens ſe trouvent enveloppés dans une
chûte qu'il n'a pas mieux méritée. En France , un
fujet heureux fait réuffir de la muſique médiocre ; la
plus excellente muſique ne ſoutient pas un ſujet ſans
inté,êt. On en pourroit citer mille exemples ; il ſuffit
de l'Opéra dont nous annonçous la partition. Jamais
peut- être M. Sacchini n'a déployé plus de richeffe
muſicale que dans cet Ouvrage, ce qui ne l'a pas
ſauvé du fort que méritoir ce fujet peu intéreſſant.
Les Concerts & les Sociétés le dédommageront ſans
doute de ce jagement injufte , & les Amateurs con
viendront qu'aucun des Opéras faits en France par
cetHomme célèbre, ne contient un plus grand nom
bre de morceaux charmans .
:
Eaux Stomachiques & Anti- dartreuses du
fieurDACHER,
240 " MERCURE
Le ſieur DACHER continue de diſtribuer ſes
Eaux connues pour les maladies qui dépendent du
dérangement de l'eſtomac , celles de la peau , comme
dartres , teigne , &c . &c.
Il donnetoujours ſes Eaux & ſes ſoins gratuitement
aux pauvres ; il entretient une correſpondance
ſuivie & juſqu'à parfaite guériſon avec les perſonnes
de Province qui l'honorent de leur confiance
, en affranchiſſant les lettres . Le ſieur Dacher
eft logé rue Jacob , nº. 39 .
ERRATA. Les OEuvres de Duval , annoncées
dans l'avant-dernier Numéro du Mercure , ſe vendent
chez Royez , quai des Auguſtins , à la defcente
dupontneuf.
Pour les Annonces des Titres de la Gravure ,
de la Musique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
TABLE
1
Vistre , 19313 d'un Cultivateur Ameri- VERS faits au
A M. l'Abbé Dourneau , 194 cain ,
AMme L. G ...., ibid. Code des Priſes,
203
221
LePartagedes Draps, Conte, Lettre au Rédacteur du Mer-
196
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne,
cure , 223
228
gryphes, 197 Annonces & Notices , 234
Finde l'Extrait des Lettres
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Janvier. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.A Paris ,
le 28 Janvier 1785. GUIDL
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 4 Janvier.
L'Année derniere on a compté dans cette
réſidence 1078 mariages, 322 naiſſances
&3004morts. L'excédent des naiſſances fur
les morts a été de 220.
Les relevés des regiſtres de l'Evêché
d'Aëlbourg de l'année derniere portent le
nombre des mariages à 530 , celui des naiffances
à 2102 , & celui des morts à 1948 .
Les naiſſances ont furpaſſé les morts de 154 .
Parmi les morts un homme avoit pouffé ſa
carriere juſqu'à l'âge de 106 ans.
Hier la Compagnie des Indes occidentales
a porté dans ſon aſſemblée le bénéfice
de chaque action à 12 rixdalers.
Un placard royal du 15 Décembre a révoqué
l'Ordonnance du 2 Juin 1591 , qui défendoit aux
propriétaires des bâtimens conſtruits dans les
chantiersduRoyaume , de vendre ces bâtimens à
N°. 5 , 29 Janvier 1785. i
( 194 )
Pétranger , à moins qu'ils n'euſſent ſervi aupara
vant pendant dix ans.
On apprend de Chriſtianſad enNorwege ,
que dans la nuit du 7 au 8 Décembre , il a
péri 14 bâtimens près de Medenos .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Janvier .
D'après les relevés des Paroiſſes de cette
ville & des fauxbourgs , on a compté l'année
derniere 2683 naiſſances , dont 214 enfans
illégitimes , 3483 morts , & 1048 mariages.
Les morts ont ſurpaſſé les naiſſances
de 800.
Des lettres de la Podolie confirment qu'il
eſt entré dans la Vaivodie de Braclaw , un
corps de troupes Ruſſes , compoté de neuf
Régimens .
Dans ce momenton eſt occupé en Pologne à
augmenter les troupes, &à les porter au complet,
tel qu'il fut arrêté à la dernierediete . Les régimens
d'Infanterie , au nombre de 38 , feront portés
chacun à 1500 hommes , le corps des Pontonniers
à 1000 hommes, & celui de l'artillerie auffi à 1000
hommes. La Cavalerie ſera auſſi augmentée ,
l'augmentation de chaque régiment de Uhlands
eſt de 290 hommes. Depuis un mois , on a enrôlé
plus de 5000 hommes , la plupart font des
déſerteurs allemands,
Cette nouvelle d'abord contredite , paroît
s'accréditer de plus en plus. Cet accroifſement
de troupes pourra fournir une addi
( 195 )
tion au tableau ſuivant , préſenté dans un
Journal Allemand , & qui contient l'état
militaire de paix des principales Puiſſances
de l'Europe.
L'Empereur.
L'Impératrice de Ruffie.
Le Roi de Prufſe .
Le Roi de France .
hommes:
290,000
470,000
224,431
192,000
Le Roi d'Angleterre. .58,000
Le Roi d'Eſpagne.
Le Roi de Portugal. •
Le Roi des deux Siciles .
• 78,000
20,000
30,000
Le Roi de Suede . .. 49,000
Le Roi de Danemarck. 67,000
Le Roi de Sardaigne . • 40,000
Le Roi de Pologne . • 15,000
Le Grand - Seigneur. 210,000
Lu République de Hollande. 37,000
La République de Veniſe. 8,000
Le Pape.
९
5,000
Le Grand Duc de Toscane . • 3,000
L'Electeur de Saxe. • 26,000
L'Electeur de Hanovre. • • 16,000
• L'Electeur Palatin , Duc de Baviere. 24,000
Le Land-grave de Heſſe - Caffel.
Le Duc de Wirtemberg.
د
•
•
• •
20,000
6,000
Total . 1,908,431
Cette liſte nous a paru approcher de la
vérité beaucoup plus que toutes celles
qu'on a publiées de tems à autre. On pourra
obferver à ce ſujet , que les meilleurs calculateurs
politiques donnent à l'Europe cent
trente millions d'habitans ; ainſi , le quatre-
1
12
( 196 )
vingt-dixieme de cette population eſt fous
les armes. Durant le période éclatant de la
Puiſſance Romaine ſous les Antonins , l'Empire
, alors dans ſa plus grande étendue ,
comprenoit cent - vingt millions d'habitans ,
&toutes fes forces raſſemblées , les légions ,
les auxiliaires , les gardes Prétoriennes & la
marine n'excédoient pas quatre cent cinquante
mille hommes. Une ou deux légions
C'eſt à-dire , douze mille ſoldats , fuffifoient
à la garde de tel état , qui aujourd'hui ſe
trouve foible avec quatre-vingt mille.
Lepremier jour des fêtes de Noël , M. Hennig,
Commiſſaire du Roi de Pologne près de la Régence
de Dantzig , ſe rendit chez le Préfident de la
ville , pour lui remettre une lettre de la part de
M. leGrand-Chancelier de la Couronne , écrite
par erdre du Roi au Magiftrat , en réponſe à
celle dont M Gralath , Conſeiller de la ville ,
avoit été le porteur à Varſovie.En vertu des ordres
exprès du Roi , M. Hennig accompagna cette
letrre du Grand Chancelier d'une infinuation formelle
, pour que le Magiſtrat ſignât ſans délai la
convention relative àla navigation de la Viſtule
& au commerce de la Pruſſe Occidentale , telle
qu'elle avoit été conçue à Varſovie & fignée au
mois de Septembre dernier , tant par leRéſident
de S. M. Pruffienne que par l'Ambaſſadeur de
Ruffie . Aujourd'hui , après les fêtes , les trois
ordres font aſſemblés pour délibérer , & il n'y a
point de doute qu'on ne ſe conforme aux intentions
du Roi & aux infinuations de la Cour de Pétersbourg.
DE BERLIN , le 10 Janvier.
Le Roi a nommé à la place de Miniſtre de
(197 )
de Juſtice , vacante par la mort du Baron
de Munchausen , le Baron de Reck , Pré
fident de la Régence de Cleves.
Depuis le 26 Novembre 1783 juſqu'au 26 Novembre
1784 , on a compté ici 4 686 naiſſances
dont 2,333 garçons & 2,355 filles , & 4,904 morts
Le nombre des morts a excédé celui des naiſſances
de 218. Parmi les naiſlances , on a compté 13
jumeaux & 385 enfans illégitimes , ce qui fait un
de ces derniers ſur 12 légitimes ; le nombre des
enfans morts-nés étoit de 240 , parconféquent le
1ge. fur le totaldes naiſſances . Voici encore l'énu.
mération des naiſſances & des morts dans chaque
quartier de la ville , á compter du 26 Novembre
1783. Premier quarrier , 1199 naiſſances & 1501
morts; ſecond quartier , 1139 naiſſances & 1284
morts ; troiſieme quartier 1151 naiſſances & : 165
morts; quatrieme quartier 1197 naifſances &957
morts.
La généralité des naiſſances dans les Etats
du Roi eſt montée à 211,113 , celle des
morts à 152,040 , & celle des mariages à
43,436. L'excédent des naiſſances ſur les
morts a été de 59,073 . Le militaire n'eſt pas
compris dans cette énumération .
Les couriers Ruſſes de retour de la Haye
& de Londres viennent de repaſſer dans
cette Capitale, en retournant à Pétersbourg.
DE VIENNE , le 11 Janvier.
=
La révolte des Valaques Tranſylvains
n'est pas encore aſſoupie : les rapports font
ſi variés , fi peu authentiques , ſi invraiſemblables,
touchant l'état actuel de cette in
13
( 198 )
furrection , qu'il eſt dificile d'en bien déterminer
le danger , & l'influence des remedes
employés juſqu'ici. Ce qui eſt certain , c'eſt
que malgré les attaques de nos troupes , ces
fauvages ne font encore ni réduits , ni même
difperfés . Malgré les pertes conſidérables
qu'ils ont faites , les fupplices infligés , & les
promeſſes de pardon , ils perſiſtent dans une
réſiſtance d'autant plus opiniâtre , qu'après
les horreurs commiſes , ils ſentent combien
ils font indignes de la grace du Souverain .
Différentes lettres continuent en ces termes
le récit des événemens du mois dernier dans
les Provinces dévaſtées .
Sur le fleuve de Marosch , il y eut une bataille
dans toutes les formes entre les rebellēs & pluſieurs
régimens impériaux , où il reſta 2500 hommes des
premiers , & environs á 600 des derniers . Les
Valaquesréſiſterent près dedeux heures au feu des
Petetons , juſqu'à ce qu'enfin la canonade les fit
reculer. Il y a maintenant ordre de l'Empereur de
n'épargner aucun de ces rebelles. Le lendemain
de cette affaire , on pendit 100 des Valaques faits
prifonniers ; ces rebelles ſe trouvent encore aujourd'hui
au nombre de vingt-mille hommes , &
quoique la Porte eût donné les ordres les plus
féveres de tuer tous ceux qui ſe préſenteroient aux
frontieres de la Turquie , il n'y a pas moins un
ancien Lieutenant- Colonel au ſervice d'Autriche
qui dans la Valachie turque leve un corps de
quelques mille vagabonds pour renforcer ces rebelles.
Selon d'autres rapports du 31 Décembre
dernier ,
Le Général Fabris vient de faire marcher trois
1
( 199 )
regimens contre les rebelles , dont on a fait 700
prifonniers du nombre deſquels s'y trouve être
le ſecond fils de Horiach ; on ignore s'il éprouvera
le même ſort que ſon frere aîné ; on affure
que Horiach veut ſe faire couronner Prince de
Tranſilvanie. Les troupes, ſur la requifition qui
leur en a été faite , ont formé un cordon contre
les rebelles . On parle auſſi de troubles en Hongrie.
L'Empereur a, ordonné qu'on ſe rendit maitre
du chef de ces nouveaux rebelles. Le célebre
Salins a diſparu emportant aveclui plus de 300,000
florins , pillés en partie dans les caiſſes des mines
àZalathna car les rebelles ne reſpectoient pas
au commencement de leur brigandage ce qui
appartenoit à S. M. I. Les deux principaux chefs
des rebelles qui exiftent encore font Horiach &
Soffrony. Le premier eſt Valaque , homme de
beaucoupd'eſprit naturel : l'autre eſt unPope remuant,
intriguant , cabaleur , condamné en 1773
à une priſon perpétuelle , d'où il a trouvé moyen
des'échaper. Ondit que les rebelles ont eu l'adreſſe
de ſe rendre maîtres du pas de Euſernthor ,
cequi leur aprocuré ,non-ſeulement huit canons ,
mais auſſi la libre communication avec les Valaques
dans le territoire de Temeſwar .
,
Tous ces on dit, font bien vagues & bien
incertains. Ilfaut les regarder plutôt comme
l'opinion du jour , que comme des faits
avérés. Il en eſt probablement de même
d'une lettre vraie ou fauſſe, écrite de Clauſenbourg
, le 14 Décembre dernier , & qui
dit:
Depuis quatorze jours , les rebelles ſont à une
lieue de cette ville,&depuis ce temps , les troupes
qui font ici ne quittent plus leurs habits . Il ne
ſe paſſe gueres dejours fans effufion de fang; les
(
i4
( 200 )
८
attaques ſont vives , & quoique les rebelles ſoient
repouffés chaque fois , nous y perdons auſſi du
monde. Les Officiers déteſtent cette guerre avec
ces bandits , on n'y gagne point d'honneur , &
quand on a le malheur d'être pris par eux , on eft
livré aux fupplices les plus barbares . Le nombre
de ces malheureux n'eſt pas connu au juſte , mais
on nes'écartera pas beaucoup de la vérité , en les
portant à 20000. Tous les jours on amène ici des
prifonniers rebelles, ils ſont exécutés ſur le champ.
Le 15 de ce mois ils ſe ſont emparés dans le Comtat
d'Arad , d'une caiſſe royale , dans laquelle il
yavoit 10,116 florins en argent comptant. Deux
Compagnies du Régiment d'Oroſz gardent le paffagede
la portede fer , & les Secklériens , Huffards
, les mines d'argent appartenantes au Domaine.
Indépendamment des deux régimens qui
font en marche , on attend encore ici le régiment
de Caramel Cuirafſfiers .
Une lettre poſtérieure d'Hermanſtadt s'exprime
ainſi :
Il a été formé autour des diſtricts que nous venons
de nommer , un cordon de troupes, compoſé
des régimens de Léopold de Toscane , de Giulay ,
desGrenadiers d'Orosz , des Huffards- Sicules , &
de l'Infanterie ou Milice-Frontiere de Granicie.
Ces troupesamenent quatre pieces de campagne ;
& l'on penſe qu'elles reſſerreront bientôt les rebelles
, de façon à les forcer à une prompte ſoumiſſion.
Ce qui fortifie cet eſpoir , c'eſt qu'ils ne
font point pourvus de munitions de guerre, & que
les vivres commencent à leur manquer. Parmi les
familles qui ont été les victimes de leurvengeance
fanguinaire , ſont celles du Baron de Jofika & du
Baron de Nalazi. Dans les terres de ces deux
Gentilshommes ils n'ont pas laiſſé une pierre ſur
P'autre. Le Comte de Bethlem à Foldt&Bengenz,
( 201 )
1
& le Baron d'Orban ont aufli eſſayé des pertes
immenſes & irréparables .
Le Lieutenant Colonel de Gray , ayant rencontré
près de Kriſiſer une troupe de rebelles ,
leur a offert le Pardon Impérial ; mais ils ont
paru ſe défier de ſes offres , au point de commettre
des voies de fait , & d'obliger cet Officier à faire
tirer fureux, Alors ces malheureux ſe réfugierent
dans le village ; on les y poursuivit , & l'on en fit
une trentaine priſonniers .
Dans le cours de l'année derniere le Magiftrat
de cette Capitale a accordé la Bourgeoiſie
à 418 perſonnes. Il y avoit dans ce
nombre 110 Cordonniers , 73 Tailleurs , 13
Perruquiers , 10 Fabricans en ſoie , gaze &
linon , 9 Vitriers, 8 Serruriers , 7 Fabricans
debas de foie, 7 Menuifiers , 19 Marchands,
1 2 Cabaretiers qui vendent de la bierre.
On a affiché dans tous les endroits
des frontieres de la Hongrie une Patente
royale , qui accorde à ceux qui s'établiront
dans la Buckowine une exemption pour 3
ans de toutes les impoſitions. On leur donnera
en outre des maiſons , des terres & des
beftiaux.
On porte à un million de florins les diverſes
eſpeces de blé exportées du Bannat
pour l'Italie.
Un anonyme vient de propoſer ici deux
prix ; l'un de mille, l'autre de 500 ducats ,
pour les deux diſſertations ſur les formes à
adopter , afin d'éviter les procès , dans les
cas de donations. Trois Univerſités une
d'Allemagne , une d'Angleterre , une de
France jugeront des diſcours.
,
is
( 202 )
DE FRANCFORT , le 16 Janvier.
On écrit de Vienne qu'auffitôt que le
nouveau Miniſtre de Danemarck ſera arrivé
dans cette Capitale , il fera entamé avec lui
des négociations pour obtenir de la Cour
de Copenhague une des iſtes de Nicobar ,
àl'embouchure du golfe du Bengale .
Selon des avis fans dae & fans fignature ,
2000 rebelles Walaques ont été tués dans une
action avec les Troupes de l'Empereur ; la rebellion
diminue peu. Les révoltés ont pillé la
caifſe des mines de Zalathau , & endommagé
conſidérablement les mines d'or dans ces environs.
L'eſprit de révolte a auſſi gagné pluſieurs Comitats
dans la Hongtie. Près de 6000 payfans ,
conduits , dit - on , par leurs Seigneurs , fe font
affemblés à Siklas , au-deſſous de Bude , & s'oppoſent
, les armes à la main , à la conſcription militaire.
On a envoyé de ce côté des troupes des
garniſons de Bude & de Pesh pour foutenir les
opérations de laconſcription
On a compté à Hanau l'année derniere
417 naiffances , 377 morts & 91 mariages.
LeProfeffeur Bagſtræſer , de cette même ville
de Hanau , a fait imprimer & diſtribuer un avis ,
par lequel il fait connoître que s'il ſe trouve un
nombre ſuffitant de ſouſcriptions , il publiera
dans l'eſpace de fix mois , un ouvrage dans lequel
létablira une méthode exacte & sûre de faire
parvenir ou de dicter des ordres aux Généraux
dans un camp de 200,000 hommes , plus ou
moins ,& même d'apprendre à chaque Général
( 203 )
ce que l'on defire de lui faire ſavoir en particu
lier, fans que le ſecret des ordres donnés puiſſe
tranſpirer ou être trahi , même par ceux qui auront
appris cette nouvelle méthode. Cette maniere
de donner des ordres , pourra ſe faire fans
grande dépenſe , jour & nuit , & les ordres arriveront
plus promptement que s'ils étoient portés
par des adjudans ou des exprès à cheval . -
L'ouvrage ſera orné de planches. pour l'intelligence
du texte , & l'exemplaire coûtera fix liv.
auxSouſcripteurs .
Dans la nait du 19 au 30 Décembre , le
tems étant calme , on reſſentit à Furſtenau ,
dans le Comté d'Erbach , deux ſecouffes de
tremblement de terre , chacune d'environ
une minute.
Le premier Décembre , eſt morte à Falkengefes,
la fenime de Pierre Branner , dans la quatrevingt-
quatrieme année de fon âge. Cette femme
a vécu avec fon mari, qui jonit encore d'une
ſanté affez robuſte , ſoixante-trois ans & trois
mois , & elle a vu ſa poſtérité s'accroître à quatre-
vingts perſonnes , ſavoir genfants , cinquantecinq
petitse-nfans , & feize arriere-petits enfans ;
cinquante neufperſonnes de cette famille exiſtent
encore actuellement.
Les revenus de l'Electorat de Saxe font
évalués à 16 millions de rixdales : ſes dettes
en 1765 , garanties par les Etats , étoient de
30,268,479 rixd.; elles ſe trouvent aujour
d'hui réduites à la moitié. (
Un papier public préſente les détails ſuivans fur
Vienne. Cette Capitale renferme 143 fabriques
qui fourniflent par an pour environ 12 million's
de florins de marchandises , & on y compte ac
tuellement 121 Boulangers , foo cabarets à bier
iG
(204 )
1
re,60 Relieurs , 14 Imprimeurs , 19 Libraires ,
54 cafés, 34 Tourneurs , 12 Marchands de fer ,
578 Fiacres , 112 Joailliers & Orfevres , 10 Maréchaux
ferrans , 41 Pelletiers , 31 Marchands
de Toile , 53 Epiciers, 180Pertuquiers, 51 Bouchers
; 3900 Tailleurs , 3600 Cordonniers , 1500
Menuifiers , 30 Horlogers , 200 cabarets à vin ,
45 Sculpteurs , 250 Muficiens , 50 Avocats,
180 Sage- femmes , 27 Apothicaires , & 114Médecins.
Selon quelques avis , il eſt queſtion à
Vienne de changemens dans l'Adminiſtration
: on voit même une lifte des promotions
futures .
Le Comte deHazfeld ſe démet , à cauſe de ſon
grand âge , de la place de Miniſtre d'Etat au dé--
partement des affaires intérieures , il doit être
remplacé par le Comte Kolowrach. Le Comtede
Sinzendorf fera grand Chancelier de Bohême &
d'Autriche. Le Vice- Chancelier Baron de Gecler
pourroit bien être nommé Miniſtre des Affaires
Etrangeres ; d'autres le font député de l'Empereur
à la Diete de l'Empire , & M. le Baron de
Lebr doit ſuccéder dans la place de Vice- Chancelier
Le 12 de ce mois , les habitans Catholiques
d'Erlang ont fait célébrer pour la premiere
fois l'office dans une ſalle de la Maifon
de ville , que l'on a fait arranger à cet
effet , juſqu'à ce qu'ils puiſſent conftruire
uneEglife.
On compte dans Leipfick 5 fabriques de dentelles
&de gallons d'or & d'argent , qui occupent
environ 400 perſonnes tant hommes que ,
femmes ; 2 fabriques de broderie en or , argent
&foie, les ouvriers font au nombre de 150
( 205 )
1OT métiers pour la fabrication des velours 8
étoffes de foie& mi-foie , chaque métier pour le
velours en fournit par an 8 pieces , chacune de
40 aulnes de Brabant , & chaque métier pour les
étoffes de ſoie unies , auſſi 8 pieces , chacune de
80 aulnes de France; 121 métiers pour la fabrication
de bas de foie & de laine ; 10 fabri
ques de toile cirée & de tapis ; 500 perſonnes y
font occupées , & fourniſſent par an entre 40 à
50,000 pieces , chacune de 12 aunes ; 9 fabric,
ques de tabac en poudre & à fumer ; elles occupent
environ 200 perſonnes ; le tabac eſt un
grand objet de commerce pour la ville ; elle en
débite par an pour ſon propre compte , & pr
commiffion , entre 70 à 80,000 quintaux ; 2 fabriques
d'inſtrumens de Muſique à vent , une febriquede
cartes à jouer, qui occupe une trentaine
de perſonnes ; on y fait 36 diverſes eſpec
de cartes ; 2 fabriques de papier - tapiſſerie de
toute eſpece ; une fabrique de bougies ; une fabrique
de gros drap , & beaucoup de teinturiers
en drap , laine , toile & pelleterie.
ITALIE.
DE VENISE , le 24 Décembre .
On a appris par les dernieres dépêches du
Chevalier Emo, que le vaiſſeau la Forza avoir
échoué fur un banc de fable , mais qu'il efpéroit
de le remettre à flot. La Cour de Na
ples a envoyé les ordres les plus précis à
Trapani , pour qu'on donne à l'eſcadre Vénitienne
toute l'aſſiſtance poſſible. Notre
Commandant ſe loue beaucoup des foins
& de l'activité du ſieur Condulmer, qui s'étant
apperçu que des bâtimens Hollandois
avoient le deſſein d'envelopper ſon vaiſſeau ,
( 206 )
avoit fait les manoeuvres les plus habiles
pour les combattre avec avantage.
DE PARME, le 9 Janvier.
La proclamation ſuivante , relative aux
Finances royales du Duché de Parme , a été
publiée dans la Capitale.
Ferdinand I , par la grace de Dieu , Infant
d'Eſpagne , Duc de Parme , Plaifance & Guastalle
, &c. &c.
Après avoir réfléchi pluſieurs fois fur la fituation
actuelle de nos finances royales , nous avons
donné depuis quelque tems tous nos ſoins à
l'établiſſement d'un nouveau ſyſteme pour le réglement
des Finances royales & politiques , dans
la vue de rendre aux droits réguliens tombés en
décadence . lear premiere vigueur, & de foulager
pour un tems notre Tréſor des avances urgentes
qu'il a été obligé de faire. L'établiſſement d'une
nouvelle ferme générale nous a paru quelquefois
très-propre à remp'ir le double objet fufdit ; mais
notre coeur paternel ayant ſenti qu'il n'en pouvoit
pas réfulter beaucoup de conféquences heureuſes
pour la tranquillité des ſujets , nous n'avons
pu enviſager un pareil projet qu'avec une forte
de répugnace. Néanmoins ſentant la néceffité urgente
qui s'eſt manifeſtée de pourvoir promptement
aux besoins de notre Tréſor royal , afin
qu'il foit en état de fatisfaire aux obligations qui
ſont dûes à la foi publique & au ſoutien indif
penſable de la Principauté , nous nous étions déterminés
à vaincre la répugnance que nous avions
d'adopter un ſyſtemme qui ne nous plaifoit pas..
Mais puiſque , d'après la réflexion particulière
que nous faifons , que l'attente des verſemens de
fonds que nous avions invité de faire à pluſieurs
repriſes avec la formalité des cédules publiques
accoutumécs, avoit été fruſtrée pendant pluſieurs
1
1
1
( 207 )
1
mois , nous nous voyons rendus au premier état
de pouvoir librement prendre toute autre mefure
plus convenable , fur - tout à cauſe de l'incertitude
évidente où nous ſommes du meilleur
ſuccès d'autres cédules invitatoires . En conféquence
, comme il s'eſt préſenté à nous une Société
compoſée de ſujets habitans , avec un projet
de contrat ſocial entre la Chambre royale
& les Prêteurs , nous avons jugé un pareil expédient
affez conforme à la premiere idée qui
nous avoit été ſuggérée pour concilier le meilleur
avantage de nos Finances avec la tranquillité
de nos ſujets , & nous nous ſommes déterminés
pour ces raiſons , & pour d'autres que
nous nous réſervons , & auffi d'après l'exemple
d'autres Puiſſances, à approuver dans ſon entier ,
& à accepter par noire Décret ſouverain du 23.
Novembre dernier , le Contrat de Société qui
nous a été offert , lequel , ſous la dénomination
de Ferme mixte , durera pendant neufannées con .
fécutives , & devra avoir fon effet le premier
jour de l'année 1785 , l'Acte que nous avons demandé
au Magiftrat de la Chambre des Comptes ,
étant déja dreffé.
En attendant , l'autorité ordinaire du même
Tribunal ſera chargée de prendre toutes les
meſures qui feront néceſſaires par la ſuite pour
faire connoître généralement les diſpoſitions que
nous avons énoncées , & tout ce qui regardera
leur exécution , attendant de l'obéiſſance de nos
très amés ſujets , qu'ils ſe conformeront en tous
points aux objets que nous avons eus en vue dans
P'inſtitution de ce Contrat ſocial. Donné dans
notre Palais de Colorno le 17 Décembre 1784 .
Signé , FERDINAND . Profperomascara ..
L'urne de Granite rouge oriental , dans
taquelle repofoient les cendres de Sainte(
208 )
1
Helene ,& qui étoit ci-devant dans l'Egliſe
de S. Jean de Latran à Rome , ayant été réparée
en entier par le fameux Sculpteur Pier.
antoni , fera placée inceſſamment dans le
Musée du Vatican.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
M. Powis a pris congé de S. M. étant
nommé Secrétaire du Viceroi en Irlande.
Lundi dernier , le Général Haldimand ,
Gouverneur en chef du Canada , eſt arrivé
ici , & le 12 , il a été préſenté au Roi qui l'a
accueilli très - gracieuſement. Une Gazette
étrangere , qui a déja répandu plus d'une
impoſture fur M. Haldimand , vient d'annoncer
qu'à fon retour, il avoit été arrêté ,
pour une réclamation de 30,000 liv. ſterl . ,
faite contre lui par un Gentilhomme François
établi au Canada. Il n'y a pas un mot
de vrai dans ce récit. On n'arrête perſonne
en Angleterre , avant que les Tribunaux
aient adjugé au plaignant ſes demandes : les
30,000 liv. ſterl. du Gentilhomme pourront
bien ſe réduire à trente oboles , lorſque des
Magiſtrats un peu plus purs que les Gazetiers
, examineront ces chimériques exactions
duGénéral.
Le floop du Roi l'Atlante , de 16 cap. Foley ,
eſt auſſi arrivé de Quebec à Porfimouth. Il eſt
forti du fleuve S. Laurent le 29 Novembre dernier
, tems auquel tout étoit tranquille. Les vaiffeaux
qui ne ſe propoſoient point d'hiverner à
Québec, ſe préparoient à en ſortir. Le Gouver(
209 )
nement s'occupoit du ſoin d'établir , d'après les
inſtructions de la Cour , un commerce avec les
Nations indiennes , lans ſe compromettre avec
lesEtats-Unis. Juſqu'alors il n'yavoit eu en effet
aucun ſujet de crainte , les habitans américains
&anglois s'étant ſtrictement contenus dans les
limites fixées par les traités . Les Américains ont
pluſieurs petits bâtimens fur les lacs ; mais ils
font la plupartdéſarmés , & n'ont d'autre objet
que le commerce. Le Gouvernement du Canada,
dévolu par intérim au Brigadier général Saint-
Léger , a formé une nouvelle Colonie ſur la rive
méridionale du lac Ontario , près d'Eikonsplaish,
dans une ſituation qui ſemble pouvoir faciliter &
hâter le commerce des pelleteries avec les Indiens.
Uncertain nombre de colons font déja arrivés
, & on conſtruit des habitations. Quant à la
fûreté de cet établiſſement , elle dépendra de la
diſpoſition des Sauvages à notre égard.
Le Tréſorier des troupes , ſous les ordres
du Colonel Baillie , a envoyé au Gouver- -
nement un détail circonstancié & officiel du
maſſacre du Général Matheus & des autres
Officiers prifonniers de Tippoo - Saib ; ces dé
pêches reçues par M. Strachey ont été remifes
au Bureau des Commiſſaires , & à la
Cour des Directeurs de la Compagnie des
Indes ; elles feront bientôt publiques .
Les affaires relatives au commerce de l'Amérique
avec les iſles , & l'adouciſſement de l'acte
denavigation ſeront priſes ſérieuſement en confidération
dans le Parlement. Les François , en
ouvrant leurs iſles aux Américains , appuient fortementles
argumens de ceux quis'oppoſoient aux
restrictions . La nature a combattu contre ces reftrictions
dans l'ifle de la Jamaïque , & on a été
( 210 )
forcé de laiffer entrer librement les vaiſſeaux
américains , chargés de proviſions & de bois de
contruction . L'Amiral Campbell les a auſſi admis
à Terre- Neuve . Il a écrit qu'il neſe connoiffoit
point en politique , & qu'il ne ſe croyoit pas en
état de diſcuter la queſtion ; mais que comme
homme doué de ſentimens d'humanité , & connoiſſant
la maniere de voir de ſon maître , il ne
pouvoit point laiſſer une Colonie entiere mourir
de faim ,lorſqu'il étoit en ſon pouvoir de lui procurer
des vivres.
Le Miniftere s'occupe avec la plus grande
activité de toutes les meſures tendantes à
améliorer & à étendre le commerce dans
l'univerſalité des poſſeſſions Britanniques .
En conféquence d'un ordre du Roi , le Gouverneur
de Gibraltar a convoqué en Novembre
dernier , une aſſemblée des Négocians
de cette place , en les appellant à délibérer
fur l'état actuel de ſon commerce ,
comme ſur les moyens d'en fortifier les
branches & d'en ouvrir de nouvelles . Gibraltar
a été déclaré port franc par une proclamation
royale.
On va , dit on , mettre un droit additionnel ſur
l'exportation des chevaux , en conféquence d'une
repréſentation qu'on a faite au Miniſtre , que les
demandes conſidérables de chevaux anglois pour
le continent , ont déterminé pluſieurs gros fermiers
à convertir leurs terres à bled en pâturage.
Cette opération a augmenté conſidérablement la
mifere du pauvre , parce que le fermier qui employoit
pour l'agriculture ſept à huit perſonnes ,
n'en abeſoin que de deux. Dans certains endroits
du Lincolnshire , du Leiceſlershire , & du Yorkshire
, cette pratique a ruiné la claſſe la plus pau-
{
(211 )
vre du peuple. On ne peut prévenir ce mal ,
qu'en mettant des obftacles à l'exportation trop .
générale des chevaux de toute eſpece .
On vient très - récemment d'exporter à
Oftende un grand nombre de chevaux ,
achetés pour la cavalerie Autrichienne , vu
qu'il eût été trop diſpendieux de les faire
venir de Hongrie : chaque cheval rendu dans
les Pays-Bas , revient à 30 liv. fterl .
Dans ſa lettre aux Directeurs de la Compagnie
des Indes , M. Haſtings parle en ces
termes de Tippoo- Saïb .
Quelque infidélité qu'il médite contre notre
derniere pacification , il n'eſt pas à préſumer
qu'il veuille s'engager à de nouvelles hoftilités,
lorſqu'il réfléchira ſur les difficultés de la derniere
guerre , & qu'il conſidérera qu'elles ſont encore
dix fois plus fortes par la réunion complette de
toutes nos forces raſſemblées , par l'état précaire
de ſon autorité, par la perte de ſes premieres
reſſources , par la ligue bien notoire que les Etats
voiſins , jadis ſes alliés , forment actuellement
contre lui , par l'abandon de ſes alliés européens ,
& enfin par la défection de ſes propres troupes
mécontentes & haraſſées de leur long ſervice?
Voici l'état des vaiſſeaux déſarniés dans
les différens ports au premier janvier , tel
qu'il a été préſenté à l'Amirauté.
Ports . V. de lig . V. de 50. Frég . Sicop.
Deptford&
Woolwick ,
3 .
٥٠
35 13 .
Chatham, 24. 7. 18. 4.
Sheerneff , 3. 2. 11 . 7.
Portsmouth , 47 . I. 16. 6.
Plimouth , 31 . 2. 11 . 4.
-
Tetaux 108. 12. 91. 4.
( 212)
L'Etat des Vaiſſeaux de garde et le même
dans tous les Ports que celui du mois précédent.
La Compagnie a acheté tous les thés qui
ſe trouvent en Europe , excepté ceux que la
Compagnie Hollandoiſe a gardés pour fon
ufage.
La cargaiſon du Yacht le Kingston , arrivé
dernierement dans la Tamiſe de Copenhague avec
des Thés pour le compte de la Compagnie des
Indes , conſiſte en
196. grandes caiffes de Bouys.
919. petites caiſſes de Congo.
247. dites de Hyſon.
275. dites de Singlo.
172. dites de Souchon.
La Compagnie des Indes gagnera beaucoup à
cequ'on affure ſur les achats qu'elle a faits à la
Compagnie impériale d'Oftende & à la Compagnie
Danoiſe de Copenhague. Son bénéfice fur
Jes Thés communs , tous frais faits , fera de
■ ſou & quart ſterling par livre peffaanntt ,,&celui
fur les Thés Hyffon ,beaucoup plus confidérable
encore. On peut juger d'après cela les ſommes
qu'elle gagnera.
On apprend par des lettres de Déal l'heureux
ſuccès d'une nouvelle tentative vigoureuſe
pour anéantir la contrebande.
Le Gouvernement ayant reçu avis que , pendant
la ſaiſon actuelle de l'hyver , les Contreban
diers avoient fait entrer un nombre conſidérable
de leurs Bâtimens dans les criques & havres
fitués fur la côte , il donna en conféquence les
ordres les plus précis à différens eſpions affidés
pour épier tous les mouvemens de ces Navires &
pour en faire leurrapport de temps entemps .Dès
( 213 )
qu'on eut jugé que le moment étoit favorable pour
ſe ſaifir de tous ces Vaiſſeaux; on nomma quelques-
uns des Officiers de la Marine Royale , les
plus expérimentés , pour commander un certain
nombre de Cutters convenablement armés & en
état de mettre à exécution l'entrepriſe projettée .
A cet effet , les Cutters ſe placerent à des distan
ces convenables ,& agiſſant avec le plus grand
fecret &la plus ferme réſolution , il remplirent
complettement leur miſſion , qu'ils s'emparerent
depreſque tous les Bâtimens contrebandiers qu'ils
emmenerent avec eux à la mer , afin qu'en les
diſperſant ainſi il puffent les reconduire avec plus
de sûreté dans les différens ports de laGrande-
Bretagne.
Ce coup eft le plus terrible qui ait jamais été
porté aux Contrebandiers, puifque,juſqu'ici leurs
richeſſes immenfes &leurs combinaiſons ingénieufesles
ont mis en état de vaincre les plus grands
obstacles. Mais aujourd'hui toutes les reſſources
(poffibles leur font enlevées &il ne leur reſte
plusd'alternative.
,
En mouillant dans les eaux de Port- Rofeway
, les marins découvrent une ifle où il ne
fe trouve qu'un ſeul habitant , nommé
M. Bud. Cet homme fingulier a conçu depuis
quelques années le plus grand dégoût
pour le monde, & a pris la réſolution de
s'en ſéparer. Pour cet effet , il a choiſi la
retraite la plus affreuſe , qui ait été découverte
juſqu'ici dans ce climat glacé ; il y a
tranſporté un petit nombre d'animaux domeſtiques
, &un aſſortiment d'outils néceffaires
; & il y vit depuis quinze ans , parfaitement
content & tranquille. Son habitation
( 214 )
eſt ſituée près du rivage , & lorſque quelque
vaiſſeau approche de la côte , il invite les
gens de l'équipage à mettre pied à terre ; &
il leur diftribue généreuſement quantité de
provifions , qu'un peu d'induſtrie l'a mis en
état de recueillir d'en fol fertile .
On lit dans le dernier volume des Tranfactions
philofophiques la lettre ſuivante du
célébre Herfchel , adreſſée à M. Bancks ,
Préſident de la Société Royale .
>>>Selon les obſervations des plus habiles Aſtronomes
de l'Europe, il paroît que la nouvelle planète
que j'ai eu P'honneur de leur faire connoî
tre en Mars 1781 , eſt une des principales de
notre ſyſtême ſolaire. Un corps qui a tant de
rapport avec nous par la reſſemblance de ſa
condition ou de ſafituation , dans l'eſpace immenfe
des cieux étoilés , doit ſans doute être ſouvent
le ſujet des converſations , non ſeulement des
Aftronomes , mais encore de tous les amateurs
des Sciences en général . Il me paroît donc néceſ
faire de lui donner un nom qui la diftingue des
autres planètes & des étoiles fixes. Dans les
âges fabuleux de l'antiquite , on donna auxplanètes
connues , les noms de Mercure , Venus ,
Mars , Jupiter , Saturne , comme étant ceux
des perſonnages les plus illuſtres de ces tempslà.
Mais dans un âge plus philoſophique , il n'eſt
plus permis de recourir au nomde Junon , Pallas ,
Apollon , Minerve pour nommer notre nouveau
corps célefle. Le premier point qu'on doit envifager
dans un événement particulier & remarquable
, c'eſt , me ſemble , ſon époque. En
effet la poftérité pourra demander en quel temps
cette planète a été découverte. Peut-on mieux
( 215 )
répondre à cette demande , qu'en diſant que c'eſt
fous le regne de George III , Roi d'Angleterre ?
Comme Philofophe , je penſe donc que le nom
d'Aftre de George , ou Georgium Sidus , préſente
une dénomination convenable pour montrer &
le temps & la contrée où ce corps céleste a été
apperçu la premiere fois. D'ailleurs comme
ſujetdu meilleur des Rois , généreux Protecteur
des Sciences & des Arts ; comme originaire du
pays d'où ſon illuftre famille a été appellée au
trône de la Grande Bretagne ; comme membre
de cette ſociété fi floriſſante & fi diftinguée à la
faveur des liberalités de ſon Protecteur royal ;
enfin , comme homme vivant actuellement ſous
la protection ſpéciale de cet excellent Monarque
, & devant tout à ſa bonté ſans bornes ; je
ſaiſis avec le p'us vif empreſſement , cette
occafion d'exprimer ma ſenſibilité & ma reconnoiffance
, en donnant le nom d'Aftre
George ,
1
Georgium Sidus.
-Jam nunc aſſueſce vocari. Virgil. Georg.
à une planette qui , relativement à nous , a commencé
à briller ſous les aufpces de fon règne.
En vous adreſſant cette lettre , Monfieur , je
prends les moyens les plus efficaces pour faire
agréer cette dénomination à tous les Savans de
l'Europe ; & je préſume de leur honnêteté , qu'ils
l'admettront avec plaifir. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c .
Signé W. HERSCHEL .
M. Herſchel a déjà découvert plus de 900
Etoiles doubles , à la faveur de l'excellent
Télescope , & juſqu'à préſent l'unique dont il
eſt l'auteur.
Des lettres d'Antigoa contiennent des
( 216 )
1
particularités ſingulieres ſur le Schooner, la
Diana , enlevé au mois de Mai dernier , par
des Negres marons , & rencontré par le bâtiment
le Lord North , qui l'a reconduit à
Bristol .
Le 13 Juillet , le I ord North , à environ qua-
Taste lieues à l'ouest du cap Clear , apperçut dans
le ſud un petit bâtiment qui portoit ſur lui , &
dont la marche étoit très-irréguliere . -Au
bout de deux heures environ , le Schooner joignit
le Lord North , & ayant été hélé , il répondit
qu'il venoit d'Antigues , qu'il étoit deſtiné pour le
Grand-Cocrou furla côte d'Afrique ; qu'ils avoient
perdu la vraie route ,& qu'ils ne buvoient que de
l'eau de mer depuis plus d'un mois ; qu'ils étoient
tous des négres , & fupplioient qu'on les reçût
à bord du Lord North.-Un Officier & quelques
matelots de ce dernier bâtiment ſe rendirent en
conféquence à bord du Schooner , & revinrent
avec tout l'équipage , compoſé de dix perſonnes ,
huit hommes , un enfant & une femme. Ils
avouerent qu'ils avoient déſerté à bord du Schooner
du port de Saint-John ( ifle d'Antigues ) le
16 Mai , avec le deſſein de ſe rendre à la côte
d'Afrique ; qu'ils avoient exécuté cette entrepriſe
àl'inſtigation d'un noir appellé Will , précédemment
maître d'équipage du Schooner. Will en
avoit pris le commandement , & leur avoit promis
de les conduire en Afrique ; mais l'équipage
ayant reconnu que leur nouveau Capitaine n'étoit
pasauffi bon navigateur qu'il l'avoit annoncé , &
queſapréſomption téméraire les avoit expoſés à
périr , ily avoit eu une révolte à bord trois jours
avant la rencontre du Lord North ; le Capitaine
Will& le maître d'équipage s'étoient vus réduits
àladure néceſſité de fauter àla mer , & s'étaient
lorſqu'ils
( 217 )
noyés. Un enfant noir étoit mort ſur le Schooner
quelque tems après ſon départ. Ils ajouterent que
lorſqu'ils mirent à la voiled'Antigues , ils avoient
àbord deux petites futailles d'eau douce , un demi-
baril de porc , & une petite proviſion de bil
cuit qui n'étoit pas encore conſommée. Pluſieurs
bâtimens leur avoient donné chaſſe pendant leur
traverſée , mais infructueuſement. Undes negres
mourut à bord du Lord North , qui arriva avec le
Schooner à Bristol : ce dernier étoit dans un
état très -délabré.
On a reçu depuis peu des nouvelles authentiques
de Berlin, par leſquelles on eſt
informé que Sa Majeſté Pruſſienne vient d'établir
de nouveaux réglemens pour la Société
des Francs Maçons , dont la fraternité
retirera les avantages les plus précieux. Pluſieurs
des anciennes inſtitutions , qui étoient
plutôt affaire de forme que d'uſage général ,
ont été annullées, & on a rédigé un nouveau
Code de Loix.
Il eſt arrêté par les ſuſdits Réglemens , qu'on
ne recevra Maçons que les perſonnes de naiſſance ,
de moeurs , & de profeſſion recommandables.
Chaque Membre paiera 25 rixdalers ( ou 4 liv.
3 ſoſs ſterl. ) pour le premier degré ; 50 rixdalers
( ou 8 liv. 6 ſ. ſterl.) pour paſſer au ſecond ;
& 100 rixdalers pour être reçu Maître Maçon.
Le Récipiendaire demeurera trois mois dans chaque
degré , & le Grand Tréſorier diviſera en
trois parts chaque ſomme qu'il recevra. La premiere
, pour payer les frais de la Loge; la ſeconde,
pour ſubvenir aux beſoins des freres qui
ſe trouveront dans la détreſſe ; & la troiſieme ,
pour le ſoulagement des pauvres en général.
Une particularité digne d'attention , c'eſt que
No. 5 , 29 Janvier 1785 . k
( 218 )
leGrand Frédéric fut reçu Maçon , ſous lacont
titution écoſſaiſe , dans la Loge établie à Brunswick
le 15 Août 1738 , n'étant encore que Prince
Royal. Il fut tellement fatisfait des procédés de
la Société , qu'à ſon avénement au Trône , il
s'occupa d'abord de l'établiſſement d'une grande
Loge à Berlin. Ce Prince obtint à cet effet une
Patente d'Edimbourg , & depuis cette époque la
Maçonnerie a toujours été en honneur dans tout
le Royaume de Pruffe , fous les heureux aufpices
de l'Alexandre du Nord .
Une lettre de la Barbade du 20 Octobre
dernier , porte :
,
11 et arrivé dans cette Ile il y a quelques
jours un phénomene très- fingulier. Dans cette
partie de l'ifle appellée Scotland' , à environ 12
milles de la ville , la Maiſon-de-Ville d'un
village appellé Walco's , avec cinq ou fix autres
maiſons & le moulin à fucre ſe ſont enfoncés
en terre , graduellement & très-doucement
fans la moindre apparence de tremblement
de terre. Perſonne n'a été tué ni bleffé ,
&dans tout le voisinage on n'a pas ſouffert
d'autre dommage , excepté quelques cabanes
qui ont été ébranlées. Les faîtes des maiſons
&du moulin à ſucre font actuellement à raz de
terre..Une partie de ce terrein s'avance doucement
vers la mer , qui eſt é'oignée de cet endroit
environ d'un demi-mille.
On apprend de Mancheſter , qu'un particulier
aifé , Irlandois de nation , a penſé
être tué par les Manufacturiers de cette ville.
Il voyageoit , à ce qu'il paroît , par ſimple
curiofité dans les villes de Manufactures ,
tant ſur le continent qu'en Angleterre , pour
connoître les différentes machines qu'on y
( 219 )
employe , & la maniere de les pranill
mais tans aucun deifein d'entrerdan
merce. A fon arrivée dans l'une des Man .
factures de Mancheſter , les ouviers , malheureuſement
pour lui , reconnurent à fon
accent , qu'il étoit Irlandois . Auffitôt on enrend
dans la Manufacture un murmure gé
néral ; & le bruit ſe répand qu'il étoit venu
pour voler , comme ils difent, leurs machines
, en en prenant des deſſins . Ils ſaiſiſſent
auſſitôt l'Irlandois, & le maltraitent tellement
, que fans, l'aſſiſtance d'un bourgeois
de la ville qui le connoiſſoit , ils l'auroient
infailliblement tué ſur la place. Ses bleſſures,
ſont ſi dangereuſes , que ſa vie oſt même en
danger.
Un particulier de Newyork , que ſes affaires
avoient appellé à Albany , ayant entendu ra
conter des merveilles d'une ſecte connue ſous le
nom de Shaking Quakers , réſolut de pouffer juſqu'à
Kanoch , où les membres de cette ſecte font
leur réſidence. Voici les détails qu'il nous a
communiqués à ce ſujet. Cette Congrégation
eſt compoſée d'environ 90 perſonnes. Un Fermier
de l'endroit eſt chargé de leur entretien,
A la réception d'un proſélyte : les Freres lui
conſeillent de convertir tous ſes biens en argent
&de le dépoſer chez le Fermier , qui de ſon
côté s'engage à lui fournir une nourriture
abondante & tout ce dont il peut avoir beſoin,
Cette formalité étant remplie , le nouvel initié
commence à s'agiter de la maniere qui paroît la
plus agréable. La perſonne dont nous tenons ces
détails fut émerveillée de la facilité avec laquelle
ils exécurent des tours de force prefqu'incroya
k2
( 220 )
bles. Unefemme entr'autres avoit acquis une
telle intelligence des principes de l'équilibre ,
qu'elle pouvoit pirouetter ſur ſes talons pendant
une demi-heure de ſuite , & avec une rapidité
inconcevable. Ces ſectaires ont une extrême répugnance
à s'entretenir des dogmes de leur culte
mais il eſt facile de juger qu'il y entre beaucoup
d'abſurdítés. Ils ſe contentent de déclarer qu'ils
ont tous été de grands pécheurs , & que c'eſt par
cette raiſon qu'ils ſe mortifient par de pénibles
exercices .
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE .
PHILADELPHIE , le 9 Novembre.
Le 6 de ce mois , M. John Dickenſon fut
réélu Préſident de cet Etat, & M. James
Irwine fut élu Vice-Préſident pour l'année
ſuivante .
L'aſſemblée générale a paſſé un Bill pour
maintenir les privileges des Miniſtres publics
étrangers.
Il eſt ſtatué par cet acte que dans le cas où une
oudes perſonnes arrêteront , attaqueront , menacerent
ou inſulteront la perſonne d'un Ambaſſadeur
ou autre Miniſtre public ou celle d'un Délégué
en Congrès , ou bien qu'ils violeront &
bleſſeront de telle maniere que ce ſoit les droits
&libertés dont les Ambaſſadeurs ou autres Miniſtres
publics jouiſſent en vertudu droit des gens,
un tel offenſeur pourra être pourſuivi par la voie
du décret proviſoire ou de l'information au nom
de la République , par- devant le Tribunal ſuprême
de juſtice , ou par- devant le Tribunal muni d'une
commiffion particuliere pour juger certaines cauſes
( 221 )
(court oforpt aud terminer ); & lorſque le défit
aura été conſtaté sûr par la conviction de l'accuſé
ou par ſon aveu ou bien par le prononcé du Juré,
une telle perſonne convaincue de la forte ſera
eenſée avoir violé le droit des gens & troublé le
repos public , & elle ſera punie par amende ou
emprisonnement , ou tout- à-la fois par amende
& emprisonnement, ſuivant qu'il paroîtra convenable
au Tribunal par-devant lequel la cauſe aura
été jugée.
Un abonnéde la Gazette de New- Yorck
a adreſſé au Rédacteur la lettre ſuivante.
Jeſuis enchanté d'être à portée d'informer le
Publicqu'il s'eſt établi dans cette ville une ſociété
pour encourager l'émigration des Allemands , les
avantages que l'Etat de Penſylvanie a retirés des
travaux de ces hommes utiles nous font garans
deceux que l'Etat deNew-Yorck doit ſe promettre
des établiſſemens qui feront formés ſur la partie
occidentale de ſon territoire. J'apprends que la
Société a fait choix du Colonel Lutterloh pour
ſon Préſident , & que le Colonel Weiſſenfels a
été élu Vice - Préſident . Ces deux Officiers ſe
ſont diftingués , comme on fait , dans la derniere
révolution , particulierement le dernier qui s'em.
barqua avec l'immortel Montgommery pour l'expédition
du Canada.
L'hiſtoire des actions infâmes n'en contient
peut-être pas une à comparer à celle-ci.
Un Colon de la Caroline Méridionale , attaqué
d'une maladiedangereuſe , s'imagina que leNegre
chargé de le ſervir ne lui donnoit pas tous les
ſoins en ſon pouvoir ; en conféquence il ordonna
à ſon fils de le tuer ſur le champ. Le jeune homme
ne voulant pas punir auſſi ſéverement une faute
involontaire , prit ſur lui de faire des repréſenta
k3
(222 )
tions à ſon pere ,& il mit tant d'énergie dans ſes
expreffions , qu'il pouſſa à bout ſa patience. Le
pereordonna à ſon fils de fortirde la Chambre ,
& il envoya chercher un Notaire , auquel il enjoignit
de faire dans ſon teftament des changemens
qui réduifirent ſon fils à la mendicité. II
fit enſuite approcher leNegre près de ſon lit , &
tandis que ſes domeſtiques le tenoient , cet homme
féroce , tranſporté de rage , ſe leva ſur ſon ſeant
&lui coupa'tous les doigts des pie's; après quoi
le malheureux , épuisé par les douleurs& la vios
lence de l'opération , expira .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 19 Janvier.
Le 16 de ce mois , la Comteſſe de Sérent
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Marquiſe
de Sérent , Dame d'Atours de Madame Elifabeth
de France.
Le même jour , le fieur de Fourcroy ,
Grand-Croix de l'Ordre royal & militaire
de Saint- Louis , Maréchal-de-camp & Directeur
du Corps Royal du Génie , l'un des
Correſpondans de l'Académie des Sciences ,
qui l'avoit élu dans ſa ſéancedu 27 Novembre
de l'année derniere , à la place d'un de
ſes Affociés libres vacante par la mort du
Comte de Milly , a eu l'honneur d'être préſenté
auRoi en cette qualité.
DE PARIS, le 25 Janvier.
I.e zele de M. Blanchard n'eſt point refté
( 223 )
ſans récompenfe. Sa Majeſte lui a accordé
une penſion de 1200 liv. & une gratificationde
12000 liv. Il a été applaudi aux divers
ſpectacles où il s'eſt préſenté , & il étoit
juſte qu'il n'eût pas à ſe plaindre de ſon heureuſe
témérité.
M. Pilatre de Rozier paroît décidé à
l'imiter , puiſqu'il doit repartir pour Boulogne;
mais ces deux entrepriſes font bien
différentes . Celle à venir eft contrariée par
les vents dominans ſur la Manche; la pointe
du Comté de Kent , une fois manquée , les
côtes d'Angleterre s'écartent tellement au
nord & à l'Ouest , qu'on peut parcourir les
airs dans la mer d'Allemagne ou dans l'Océan
pendant bien des jours avant de toucher
terre. Il eſt même difficile de prévoir la
durée de ce ſéjour aërien. On affure qu'en
conféquence M. Pilatre prend des vivres
pour fix mois , & que fon ballon eſt imperméable.
Les eſprits ardens l'envoient déja
en Amérique : tout eſt poſſible , diſent- ils ,
puiſqu'on a traverſe la Manche : en accordant
cette univerſelle poſſibilité , on conviendra
que celle de paſſer un bras de mer
de ſept lieues , n'eſt pas tout-à-fait de la
même nature que celle de parcourir 1500 à
2000 lieues fur l'Atlantique.
Le 24 Octobre dernier , le Roi a rendu
une Ordonnance portant création du Corps
Royal de l'Artillerie des Colonies.
Ce Corps confiftera enun régiment de vingt
compagnies de Canoniers Bombardiers , & deux
k
( 224 )
, quarante
compagnies d'Ouvriers. Le Corps royal de l'Ara
tillerie de France fournira aux premieres 470
hommes , & aux ſecondes 72 hommes avec les
Officiers néceſſaires . Ce Corps qui tiendra le
premier rang parmi les troupes d'infanterie des
Colonies , ſera diviſé en cinq brigades , dont le
rang eft fixé. Chaque compagnie ſera compoſée
d'un Sergent- major, un Sergent fourier- écrivain
cinqSergens , cinq Caporaux , cinq Appointés ,
cinq Artificiers , cinq Canoniers-Bombardiers de
premiere claſſe , vingt de ſeconde
Aprentis & un Tambour , formant quatre-vingt
huit hommes. L'Etat- major ſera compoſé d'un
Colonel , de quatre Lieutenant - Colonels , dont
un ſera Directeur de l'Arſenal des Colonies , de
cinq Chefs de brigade , un Major , trois Aides-
Majors, unQuartier-Maitre-Tréſorier & unTambour-
Major. L'Ordonnance regle leurs fonctions,
leurs rangs, ceux des Officiers de chaque Compagnie,
la bourſe du Soldat , le placement de
ſes fonds, l'établiſſemens de l'Arſenal des Colonies.
Nous avons été les ſeuls dans le tems à
donnerles circonstances du combat de Goudelour.
C'eſt un de ces événemens qui , fans
acquérir une grande célébrité , fixent la réputation
des corps militaires.
Pour en conſerver la mémoire , un ancien Cepitaine
d'Auſtraſie a fait élever à quelques lieuesdeGuincamp
en Bretagne, untombeau ſurmonté
d'un trophée d'armes , ſur le bord d'un canal
qui ſépare un bois de ſon jardin. On lit ſur les
quatre faces les inſcriptions fuivantes.
Manibus Commilitonum
- In campis Goudelour jacentium ,
Hoc virtutis monimentum & mæroris
Amica manus confecrat .
(225 )
Quæcunque per ædum.
Exhibuit monimenta valor , ſequataque ferro .
Militiæ pietas auſtraſiaturma delevit.
A g'orum Legionibusfilis cæfis .
Fugatis XXmillibus jurato victoriæ jusjurando.
Non ignara tamen poft kæc exempla virorum
Agmina perfpicient , quid poffit heroico virtus ?
Ignorant ne datos , numerus ne terreat enfes ?
Cemonument fait honneur à l'Inſtituteur,
& vaut bien aſſurément ceux qu'on multiplie
dans les jardins en faveur d'un ferin ou
d'un épagneul.
1
M. le Provoft, Curé de S. Marc d'Ouilly ,
Dioceſe de Bayeux , nous mande , en ces
termes , la guériſon d'une épilepsie due à un
accident preſque mortel.
Unejeune fillede ma Paroiſſe éprouvoit depuis
l'âge de treize ans le plus affreux accès d'épilepfie.
Amèrement affligée d'un ſpectacle d'autant
plus triſte , qu'il devenoit tous les jours plus
fréquent ; fa famille avoit inutilement conſulté
Médecins & Empyriques. Leurs viſites & leurs
médicamens avoient appauvri la maiſon , ſaus
alléger le mal de cette infortunée. Enfin abandonnée
uniquement à la Providence & aux ſoins
-de ſa famle ; cette fille étoit , il y a environ
18 mois , aſſiſe auprès d'un grand feu ſur lequel
étoit une chaudiere pleine de leſſive preſqu'au
degré d'ébulition. Malgré les dépenſes & pendant
l'absence de ſa mere qui venoit de fortir
pour un moment , elle s'incline pour attiſer le
feu , & tombe ſur le tuyau qui conduit la leſſive
de la cuve au chaudron, & la renverſe ſur elle .
Attirée par le bruit , ſa mere précipite ſes pas ,
ks
( 226 )
trouve ſa fille étendue au coin du foyer , le viſage
contre terre , & baignée de leſfive. On ſe hâte
de lui ôter ſes habits , ſa peau s'enleve avec eux
par lambeaux , ce n'est qu'une plaie hideuſe qui
lacouvre depuis la nuque juſqu'au bas de l'échine
on la croit fans vie , & on ne longe pas même à
lui adminiarer le moindre fecours . Néanmoins
elle laiſſe échapper un ou deux ſoupirs : alors
on commence à eſpérer pour elle ; on applique
ſur ſes plaies le cérat de Gallien , il s'y établit
une ſupuration abondante , & après deux mois
graces aux ſoins qu'on lui prodigue , elle eſt parfaitement
guérie & de ſa brûlure , & du mal
cruel qui en a été la premiere cauſe. Avant
cette époque , quoique âgée de 19 à 20 ans , elle
n'avoit éprouvé aucune évacuation périodique ,
&depuis ſes parens m'ont atteſté que cette ſuppreffion
n'avoit plus lieu. Elle jouit maintenant
àtous égards de la ſanté la plus parfaite. Je crois
qu'on peut en conclure que le mal caduc , ſurtout
lorſqu'il n'eſt pas héréditaire , n'eſt pas auſſi
incurable qu'on le penſe. Cette fille ayant été
pleinement délivrée au moyen d'une fupuration
copieuſe, établie par accident ſur ſon dos pendant
deuxmois , pourquoi les maîtres de l'art ne pourroient-
ils tenter la guériſon des épileptiques , en
leur appliquant,depuis la nuque juſqu'à l'osfacrum,
ſoit unemplâtre véficatoire ordinaire, ſoit la
pommade épipaſtique , ſoit enfin l'excellent onguent
de l'Abbaye du Bec .
La révolution générale éprouvée par
l'épileptique , pourroit avoir occaſionné fon
foulagement , tout comme la ſuppuration :
on a vu des émotions violentes ſuſpendre
les progrèsde cette affreuſe maladie , & il eft
prudent d'attendre les ſuites de ce rétabliſſe,
( 227 )
ment, avantque detenter le remede propoſé
par M. le Provoft.
Le dix- septieme chapitre du voyage de Sicile
& de Malthe par M. Houel eft actuellement
en vente chez l'Auteur , rus du Coq Saint-
Honoré . Il comprend la ſuite des antiquités
de Taorminum , Tombeaux , Réſerves
d'eaux , Gymnaſes , & un plan en carte du mont-
Etna ; cette fameuſe montagne devant être l'objet
d'une deſcription déjà commencée dans ce
dix-ſeptieme chapitre. Les gravures ſont parfaitement
dignes des premieres , & le texte eſt trèsinſtructif.
L'Auteur y donne des notions claires,
fuccintes , exactes des uſages anciens , correfpondans
aux monumens qu'il décrit. Peu de
recueils de ce genre ont ce mérite à un plus
haut dégré.
La frégate la Coventry aapporté des dépêches
de M. de Buffy , actuellement àPondichery.
Il s'éleva quelques difficultés de la
part des Anglois qui exigeoient la ceſſion de
Trinquemale , ceſſion refuſée juſqu'à ce
qu'on eût reçu des inſtructions préciſes. Les
Anglois menaçoient d'uſer de violence,
menaces rendues inutiles par les bonnes difpoſition
de MM.de Peynier & de Saint-
Marfault : la frégate la Précieuse , chargée
d'inſtructions pour le Général , fixa heureuſement
les doutes ſur le ſens du traité , qui a
reçu ſon exécution ſans ultérieur inconvénient.
Le Musée de Paris a tenu , le 9 du mois der
nier ,dans ſon nouveau local , rue Saint- Honoré,
la féance publique de rentrée qui a été ouverte
k6
( 228 )
par un diſcours de M. de Cailhava , préſident ,
relatif à la circonſtance.
M. de Trincano , Secrétaire Adjoint , a lu le
diſcours fait par M. l'Abbé de S. Jean de Toulouſe
, pour l'inſtallation du Muſée de la même
ville , qui l'a adreffé au Muſée de Paris , comme
un uſage de l'union qui regne entre ces deux
fociétés littéraires .
M. le Changeux a récité enſuite un fable de
ſa compoſition également analogue à la rentrée
du Muſée , & qui a été ſuivie d'un diſcours de
M. Moreau de S. Méry , fur les moeurs & les
uſages du Royaume d'Ouair à la côte d'or. La
préſence du Prince , héritier préſomptif de ce
trône africain arendu ce morceau très intéreſſant.
M, Moreau de S. Méry y a fait remarquer combien
eſt flatteur pour la nation françoiſe , le
motif qui a déterminé le Roi d'Ouaire à confier
ſon fils âgé de 20 ans , au Capitaine Landolphe
de Nantes ; & ce Prince , qui commence à entendre
notre langue, a pu gouter le plaifir d'être
applaudi , pendant qu'on parioit & de ſa patrie
&de ſes qualités perſonnelles .
A ce diſcours a fuccédé celui de M. Hilliard
d'Auberteuil ſur la maniere d'écrire l'Hiſtoire ;
la lecture d'un fragment de traduction d'Hefiode
parM. Gin ; celles des Poéſies d'Erine traduites
de l'anglois par M. de Grandmaiſon ; de deux
Odes d'Horace , traduites en vers par M. Deſaughiers
fils ; & enfin de quelques Odes d'Anacréon
traduites auſſi en vers par un autre membre
du Muſée .
La Séance a été terminée par des expériences
de phyſique & relatives aux différens Gaz ;
faites par M. Pilatre de Roziers. Le Prince
d'Ouaire y a mêlé un intérêt nouveau , fur
tout à celles ſur l'électricité qui lui ont cauſé
L
( 229 )
un juſte étonnement. Ce Prince conſervera fans
doute dans le climat brulant où il retourne dans
quelques mois , le ſentiment d'eſtime & d'admiration
que nos connoiſſances lui ont inſpiré. Il
compte folliciter l'agrément d'un pere que ſon
abſence allarme peut être , pour venir , dans
un ſecond voyage , chercher de nouvelles lus
mieres.
On nous adreſſe de Beauvais l'annonce
ſuivante d'une invention que nous révoquons
en doute , & que d'autres feront à même de
vérifier .
M. Toupillier , Procureur au Baillage & Siége
Préſidial de Beauvais , vient de réuffir dans l'expérience
d'une Pompe de ſon invention. Cette
Pompe n'eſt ni foulante , ni afpirante , & peut
porter l'eau au ſommet de la plus haute Montagne,
par un fimple tuyau- conducteur , en auſſi
grande quantité que le fait la Pompe foulante.
Elle n'eſt ſujette à aucuns des inconvéniens qui
ſe rencontrent dans les Pompes ordinaires ; &
la force motrice n'y eſt uniquement employée
qu'à lever l'eau ſans balancier ni contre-poids.
Il n'y a point de valvule qui puiſſe gêner à la
circulation de l'eau comme il s'en trouve dans
la Pompe foulante. La conſtruction de cette Pompe
& de la Machine qui la fait mouvoir , eſt fi
ſimple que ce qui eſt au par deſſus des tuyaux &
de la roue motrice , doit être regardé comie
rien : de manière que fi on la ſubſtituoit à la M1-
chine de Marly , ( de la ſupreſſion de laquelle il
s'agit , ) il n'y auroit à conferver de cette Machine
que les roues & les tuyaux ſans y faire de changemens.
L'entretien ne ſeroit pas un objet de
plus de quatre cens livres par an , tandis que ce
ſeul objet , dans l'état actuel des chofes ,monte
:
( 230 )
àplus de cent mille francs. J'eſpere que M. Toupillier
approuvera le zèle que j'ai de participer
à rendre ſa découverte publique , & qu'il voudra
bien mettre la Société à portéede jouir des avantages
qui en réſulteront infailliblement ; en mettant
au jour les détails de cette Pompe, qui n'eſt
venue à ma connoiffance que par le moyen d'une
converſation que j'ai eûe avec lui relativement
aux Pompes que l'on projette d'établir à Beauvais.
Les ſuites convaincront queje n'ai rien avancéque
de vrai .
La Société Royale de Médecine a reçu
au nombre de ſes Aſſociés Etrangers MM.
Merten's , Médecin à Vienne ; Walther , Profefſeur
d'Anatomie à Berlin , & le Chevalier
Bancks, Préſident de la Société Royale de
Londres.
Marguerite-Suzanne Fyot de la Marche, épouſe
duMarquis Antoine-René de Voyer de Paulmy
d'Argenſon , Miniſtre d'Etat , Chancelier de la
Reine , Chevalier- Commandeur des Ordres du
Roi &de ceux de Notre-Dame de Mont- Carmel &
de Saint- Lazare de Jérusalem , Grand Croix de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis, Bailli
d'Epée de l'Artillerie de France , l'un des 40 de
P'Académie Françoiſe , des Académies Royales des
Sciences & des Belles-Lettres , Gouverneur de
l'Arsenal de Paris , eſt morte à l'Arſenal le 27 du
mois dernier.
Jean-Gabriel , Chevalier de Brons , ancien
Capitaine au Regiment de Conti , Chevalier
de l'ordre de S. Louis , eſt mort à Sarlat ,
dans la foixante-douzieme année de ſon âge :
il avoit été grievement bleſſé à la bataille de
Guastalla.
Armand-Gaston-Felix d'Andlau , Docteur de
( 231 )
Sorbonne, ancien Aumônier du Roi , l'un des
quatre premiers Chevaliers héréditaires du Saint-
Empire Romain , & l'un des Seigneurs de la ville
d'Andlau , né le 7 Février 1707 , eſt mort à
Paris le 3 Janvier 1785 .
L'Académie Françoiſe , dans ſa ſéance du
13 de ce mois , a fait choix du ſieur Target ,
Avocat au Parlement , pour remplir la place
vacante par la mort de l'Abbé Arnaud.
L'Académie royale des Inſcriptions &
Belles - Lettres , dans fon aſſemblée du 14
de ce mois , a élu Académicien- Aſſocié , à
laplace vacante par la mort de l'Abbé Arnaud
, le ſieur Houard , Avocat , Cenſeur
royal , Aſſocié libre de l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de Rouen.
L'Académie des Sciences & Belles-Lettres
de Dijon , propoſe pour ſujets de prix en
1786 :
Déterminer , par leurs propriétés respectives , la
différence effentielle du phlogiſtique & de la matiere
dela chaleur.
Tous les Savans , à l'exception des Académiciens
réfidens , feront admis au Concours. Ils ne
fe feront connoître ni directement , ni indiretement
; ils inſcriront ſeulement leurs noms dans
un billet cacheté, & ils adreſſeront leurs Ouvrages
francs de port , à M. MARET , Docteur en
Médecine , Secrétaire perpétuel , qui recevra jufqu'au
rer . Avril 1786 , inclufivenient , les Ouvrages
envoyés pour concourir au Prix propoſé.
L'Académie s'étant vue forcée de réſerver le
Prixdont le ſujet étoit la théorie des vents , annonça,
l'année derniere , qu'elle adjugeroit ce Prix,
qui eſt double , a l'Auteur qui , en quelque tems
( 232 )
que ce fût , enverroit ſur cet objet un Mémoire
fatisfaiſant.
Ceux qui lui ont été récemment adreſſés ,
n'ayant pas encore rempli les vues de la Compagnie
, elle réitere l'annonce qu'elle a déja faite,
&invite de nouveau les Phyſiciens é s'occuper de
cet objet intéreſſant.
Le Prix fondé par M. le Marquis du Terrail &
par Madame de Crufſol d'Uzès de Montaufier , fon
épouse , ápréſent Ducheſſe de Caylus ,conſiſte en
une Médaille d'or de la valeur de 300 livres ,
portant , d'un côté , l'empreinte des armes & du
nom de M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
&de l'autre , la Deviſe de cette Société littéraire.
PROVINCES-UNIES.
1
LA HAYE , le 23 Janvier.
Des abſurdités ou des inventions , voilà
ſommairement ce que préſentent nos Feuilles
publiques depuis quelques ſemaines. Pas
un ſeul fait digne d'être rapporté. Au défaut
d'événemens , ces mêmes Feuilles font
remplies de réflexions , de conjectures , de
prétendues tranſfactions qui n'ont jamais
exifté que dans la tête des Gazetiers.
Il a été notifié à la Parade par S. A. S.
aux Officiers du Régiment des Gardes Dragons
, de ſe tenir prêts à marcher au premier
ordre : on les croit deſtinés à couvrir
les frontieres des provinces de Gueldres &
d'Overyffel.
Le Prince regnant de Waldeck a offert
fon cinquieme bataillon à la République , &
( 233 )
le Duc de Saxe-Gotha a ſouſcrit à l'au gmentation
de fon Régiment au ſervice des Pro-
`vinces -Unies. On dit le canton Suiſſe de
Glaris dans les mêmes diſpoſitions , relativement
aux quatre Compagnies qu'il tournit
aux Etats-Généraux : cette derniere levée
fera une petite addition de 200 hommes.
Les Etats de Hollande ont chargé leurs
députés aux Etats-Généraux , d'infifter fur
la nomination de ſurveillans , ſoit d'une efpece
de repréſentans civils , pour concerter
les moyens de défenſe avec le Stathouder.
Les mêmes Etats demandent une Enquête ,
pour examiner les cauſes du dénuement de
proviſions dans Lillo , Maſtricht & le Sasde
Gand , ce qui fera l'objet de nouvelles
diſcuſſions & de nouvelles animoſités.
Les Papiers publics affirment qu'un officier
Suiffe au ſervice de LL. HH. PP. a été arrêté
dans la Souabe & conduit à Fribourg en Brifgaw
, & que le même enlevement a été exécuté
par les Heífois ſur un tranſport de recrues envoyées
en Hollande pour le corps de Rhingrave
de Salm.
On ne doit probablement pas plus de
confiance à ces deux nouvelles qu'à la ſuivante
, que nous rapportons dans les termes
de nos Gazettes .
S. A. S. le Prince d'Orange avoit reçu le 30
Novembre paffé , une lettre écrite de la propre
main du Roi de Suede , qui lui recommandoit particulièrement
le Colonel Sprengporten , Militaire
du premiermérite. Les nombreuſes occupations
qui, dans les circonstances préſentes , abſorbent
(
( 234 )
toute l'attention de S. A. S. lui avoient probablement
ftit oublier cette Lettre. Cependant
S. M. ayant paru mécontente qu'on ne lui cût
fait aucune réponſe ,fur-tout dans un tems où
il s'agit de prendre des troupes Suédoises au ſervice
de L. H. P; les Aſſemblées d'Etat ont fait
des démarches à ce ſujet. Son Alteſſe a accuſé la
reception de cette Lettre , & a fait connoître en
même tems que le Roi de Suede offroit fix mille
hommes de ſes troupes à laRépublique .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 23 Janvier .
Les Chevaux de l'Empereur ſont arrivés
au nombre de 72 , conduits par 24 palfreniers&
deux chaſſeurs; ſes équipages ne tarderont
pas à paroître dans cette Capitale ,
où S. M. I. elle-même eſt attendue avant la
fin de l'hiver.
Le Régiment de Bender eſt ici depuis
quelquesjours : il eft commandé par lePrince
d'Anhalt-Zerbſt.
Nos deux cutters ſont toujours en croifiere
entre Anvers & le fort Philippe : le
paſſage de ce côté là eſt termé pour les navires
Hollandois & Autrichiens : le commerce
ſe fait par Berg-op -Zoom.
On fait à Aix la-Chapelle les préparatifs
néceſſaires à la réception de la groſſe artillerie
conſiſtant en deux cents pieces de canon.
Les chauffées ſont chargées de travailleurs,
( 235 )
50000 facs ont été préparés ici pour les provi-
Gons de l'armée & 500 chariots font destinés à
les voiturer . On prépare auſſi des grils pour
les boulets rouges; plus de 40 voitures chargées
de munitions de guerre nous ſont arrivées de
Luxembourg : On compte déjà au-delà de
5000 recrues faites dans le Brabant. Cependant
nous ne perdons point l'eſpérance d'une
réconciliation .
On voit la liſte ſuivante des quartiers d'hiver
qusprendront les troupes Impériales dans
les Pays-Bas.
Premiere Brigade.
A Luxembourg le Général - major Comte d'Alton
, les Régimens de Teutſchmeister & Preiſs ,
deux compagnies d'artillerie & de réſerve , avec
le troiſième Batatllon du Régiment de Kaunitz.
,
Seconde Brigade.
A Louvain le Baron Stader , Général-
Major", deux bataillons du régiment Tillier ; à
Namur, deux bataillons deLatterman ; à Bruxelles
, deux bataillons de Bender & le bataillon de
Grenadiers de Fourman , Lieutenant- Colonel.
TroisiemeBrigade.
AThienen , le Général-Major Comte de Hara
rach ; une diviſion du régiment des Houſards de
Wurmfer à Louvain ; deux diviſions de l'Etat-Majordudit
régiment à Thienen ; une divifion du
régiment des Houſards d'Esterhazi à Indoigne .
Une diviſion du régiment de Dragons d'Arberg ,
avec l'Etat - Major , à Lier : une autre diviſion à
Geel ;une demi-divifion à Tungerloo ; une demi
( 236 )
diviſion , & le troiſieme bataillondu régiment de
Murray áHerve.
Quatrieme Brigade.
ABergen-Hennegaw , le Général- Major Baron
de Lilien ; deux diviſions du régiment de Dragons
de Saxen Cobourg , avec l'Etat- Major. Une divifion
àAth ; trois diviſions du régiment des Dra
gons de Toscane à Doornick , Oudenarde &Gand ; la
quatrieme diviſion du régiment d'Arberg àBergen-
Hennegaw.
Cinquieme Brigade & le Commandementgénéral.
A Anvers , Son Alteſſe le Prince de Ligne ,
Lieutenant Général- Commandant , & S. A. le
Duc d'Urfel , Général Major ; trois bataillons du
régiment de Clairfaye ; deux bataillons de Ligne ;
le troiſieme bataillon de Ligne à Lier ; deux bataillons
de Kaunitz à Malines ; le Général- Major
Comte de Rutant àGand ; deux bataillons de Muray
à Gand ; deux bataillons de Vierſet à Bruges ,
le troiſieme bataillon dudit régiment à Oftende ;
le troiſieme régimens deGarnison à Nieuport ; le
Général de Penzenſtein , de l'Artillerie , avec le
ſecond Régiment , à Malins ; le reſte de l'Artillerie
eſt partagé dans les divers régimens. Le
commandement des Pontonniers , ainſi qu'une
compagnie de Mineurs & Sapeurs à Namur.
A Bruxelles , les Chaſſeurs & le détachement
de l'Etat- Major ; la direction du génie , S. A. R.
le Duc de Saxe-Teſchen , CommandantGénéral
en chefdu Campement ; les Comtes de Murray ,
Ferraris , Colloredo , d'Arberg , & M.de Segenter ,
Commandans-Généraux.
Les lieux de campemens des Croates ,
( 237 )
Houllans , & d'autres Corps de troupes légeres
, ne font pas encore déterminés.
Les régimens de Cobourg & de Wurmfer
ont déja paſſé Liege , & font attendus d'un
jour à l'autre dans le Brabant , ainſi que le
Général Lilien.
Selon la derniere Gazette de Vienne , les
lettres les plus récentes de la Tranſylvanie
ont apporté la nouvelle certaine que les Walaques
qui s'étoient révoltés dans les comitats
d'Hunyad & de Zaranthe , ont été, par
les diſpoſitions du Gouvernement , ramenés
à leur devoir ; qu'ils ont remis le peu
d'armes qui étoient en leur poffeffion , &
qu'ils font retournés dans leurs maiſons ,
après avoir promis de ne rien négliger pour
ſe ſaiſir de leur ſéducteur Horiah &de fon
complice , qui ſe ſont enfuis dans les montagnes
, après avoir été abandonnés de leurs
partiſans.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Cause entre les Héritiers de l'Abbé de Ricouard
d'Hérouville , Chanoine de l'Eglise de Paris , &
les Adminiftrateurs de l'Hôtel- Dieu.
DROIT de l'Hôtel- Dieu de Paris , de réclamer le
lit complet de l'Archevêque & celui des Cha
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonne
ment eft de 15 liv. par an , chez M. Mars , Avocat, rue
&Hôtel de Serpente,
(238 )
noines , quand ils viennent à décéder.
Ce droit eſt fort ancien ; il eſt la fuire la pen
connoiffance des ſoins que les Religjentes dc: HStel-
Dieu rendent à M. l'Archevêque & aux Chanoines
, en cas de maladie , comme à leurs Superieurs
Spirituels. Voici quelle en eſt l'origine.-
La ſucceſſion mobiliaire de l'Evêque de Paris étoit
autrefois dévolue au Roi . Louis-le-Jeune, à la veille
de partir pour la Terre Sainte , abandonna ce droit,
moyennant une fomme d'argent que l'Evêque lui
donna. Cet Evêque , ſurnommé le Pere des
Pauvres , devenu maître de diſpoſer de ſon mobilier
, voulut qu'à l'avenir , au décès de l'Evêque de
Paris , le lit dans lequel il ſeroit décédé, appartînt
à l'Hôtel-Dieu . Les Chanoines ſuivirent l'exemple
du Prélat , & firent , en 1168 , un Statut qui fut
ainſi rédigé . « In Chrifti nomine , tam præſentibus
quam futuris innotefcat , quod ego
Barba Aurea , Dei gratiâ Parifienfis Ecclefiæ
>>D>ecanus&univerſum ejufdem Ecclefiæ Capitu-
>>>lum , confilio venerabilis Epiſcopi noftri Mau-
>> ricii , inCapitulo noſtro communi omnium afcenſu
, ad remiſſionem omnium peccatorum
« noftrorum conftituimus , quod quicumque Ca-
>>>nonicusEcclefiæ noftræ decefferit , vel Præben-
>> dæ fuæ quocumque modo renuntiaverit ; poft
>> ejuſdem deceſſum , vel ob renuntiationem ,
» Hoſpitali Beatæ Mariæ , quod eſt ante portam
>> Ecclefiæ ejus , culcitram cum pulvinari&linteaminibus
, omni occafione & contraditione
> remota ,ad opus pauperum habeat . Si verò
> manſionarius in civitate non fuerit , velibinon
>> habeat lectum valens viginti ſolidos , de ſuo accipiatur
, donec prædita integre reftituantur.
-Item, fi quis maſſoriam ad Ecclefiam per-
>> tinentem ſuſceperit , fimiliter culcitram cum
>> pulvinari & linteaminibus eidemHofpitali,nof
( 239 )
trå inftitutionedonare cogatur,&c. &c.
Il ſuit de ce Statut , que tout Chanoine qui murt,
ou qui renonce à la Prébende ,ou qui obtient une
dignité dans ſon Eglife , doit à l'Hôtel Dieu fon
lit , compoſé d'une coucheste , d'un traverſin &
d'une paire de draps ; & que s'il n'eſt pas réſident
dans la ville , ou que ſon lit ne ſoit pas de valeur
au moins de 20 ſols , l'Hôtel- Dieu doit avoir au
moins la valeur de cette ſomme. -Le lit d'un
Chanoine ne confiſtoit alors qu'en une couchette ,
un traverſin&une paire de draps ; mais dans les
fiecles poſtérieurs, ce meuble étant devenuun objer
de luxe, cequi étoit une aumône de peu de valeur,
eſtdevenu undroit onéreuxdontles Chanoines ont
cherché à s'affranchir. Par autre Délibération
de 1412, interprétative du Statut de 1168, le Chapitre
décida que l'Héritier du Chanoine décédé
pourroit conferver ſon lit , en donnant à l'Hôtel-
Dieu la ſomme det oo ſols . Ce nouveau Statut
fut exécutê juſqu'en l'année 1592. A cette époque,
les Chanoines ayant ceſſé d'être lesAdminictrateurs
temporels de l'Hôtel-Dieu, les Directeurs
&Adminiſtrateurs de cet Hôpital augmenterent
leurs prétentions,& foutinrent que tous les accefſoires
du lit, rideaux , courte- pointe & autres accompagnemens
, de quelque étoffe qu'ils fuſſent ,
de ſoie , d'or , ou d'argent , leur devoient appartenir
: leur demande fut accueillie. La Cour eſtima
que l'eſprit du Statut de 1168 avoit été de donner
à l'Hôtel-Dieu le lit du Chanoine décédé , tel
qu'il ſe trouvoit , & non pas ſeulement la couchette,
le traverſin & la paire de draps ; & que les
expreſſions culcitram cum pu'vinari&linteaminibus,
n'avoient été employées que pour déſigner en détail
toutes les parties dont alors un lit étoit compoſé
: en conféquence , & fans s'arrêter à la Délibération
de 1412 , il fut jugé par les Arrêts de
(240 )
1592 , 1600 , 1651 , & 1654, cités par Félibien
Hift . de Paris , page 198 , que le lit de l'Arche
vêque & des Chanoines , domiciliés dans la Capitale
, appartenoit , après leur décès , à l'Hôtel-
Dieu , quelle qu'en fût la valeur. Depuis, l'uſage
a prévalu de donner à l'Hôtel - Dieu une ſomme
d'argent , qui n'a jamais été moindre de 300 liv .
-Le point de difficulté de cette Caufe étoit ,
que l'Abbé de Ricouard d'Hérouville avoit ceſſé
depuis long-tems d'être domicilié , de fait , à
Paris. Il y avoit 25 ans qu'il étoit Chanoine de
l'Egliſe de Paris , lorſque des raiſons de ſanté
l'obligerent de quitter le ſéjour de la Capitale ,
pour prendre l'air de la campagne. Il acquit , vers
l'année 1769 , une maison à Montmagny , & y
fixa ſa demeure . Sa maiſon canoniale lui devenant
inutile , il s'en défit , & ſe contenta d'un petit appartement
, ſis rue Meſlée , où il couchoit , lorfqu'il
venoit à Paris pour affaires. L'Abbéd'Herouville
eſt mort à Montmagny , au mois de Novembre
1783. Ses Héritiers , après avoir pris connoiffance
des forces de ſa ſucceſſion , ont été con
vaincus qu'elle étoit inſuffiſante pour payer ſes
Créanciers , & les réparations néceſſaires à l'Abbaye
de S. Serge , dont le défunt étoit pourvu ;
néanmoins par honneur pour ſa mémoire , ils ſe
ſont portésHéritiers bénéficiaires. Lors de l'in
ventaire , faitdans l'appartement de la rue Meſlée,
l'Agent des affaires de l'Hôtel Dieu s'eſt préſenté
pour réclamer le lit qui s'y trouvoit . -Arrêt
du 4 Septembre 1784 , qui a condamné les Héritiers
de l'Abbé d'Hérouville à rendre & reftituer
à l'Hôtel - Dieu de Paris le lit complet dudis
Abbé , étant dans ſa chambre à coucher , rue
Meſlée , fi mieux ils n'aiment payer la ſomme de
300 liv. pour ſa valeur , & les a condamnés aux
dépens qu'ils pourroient employer.
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DEHAMBOURG , le 31 Mars.
L
E froid exceffif que nous éprouvâmes
le mois dernier& les premiers jours de
celui-ci , s'eſt renouvellé avec la même vivacité.
Depuis le 15 , on paſſe l'Elbe à pied ,
& les gens de la campagne deſcendent ce
fleuve fur des traîneaux. La glace dans le
détroit du Sund eſt encore ſi épaiſſe , que
le Miniſtre de Ruſſie , qui ſe rend à Stockolm
, a traverſé à pied ce bras de mer ,
ſes équipages étant fur des traîneaux.
Ondit que le ſieur de Gaffron, ci - devant
chargé d'affaires du Roi de Pruſſe à la Porre
, eft condamné à un an de priſon dans la
fortereſſe de Spandau.
D'après la nouvelle ordonnance militaire
en Danemarck , les régimens de cavalerie
ſeront compoſés à l'avenir de 4 eſcadrons ,
au lieu des , & on formera trois nouveaux
Nº. 16 , 16 Avril 1785 . e
( 98 )
1
bataillons pour le ſervice de la marine. Chacun
de ces bataillons contiſtera en 4 compagnies
; le premier portera le nom dubataillon
de Cronberg , & les autres celui de
premier& de ſecond bataillon de Frédéricfhawn.
Indépendamment de ces bataillons
on levera encore deux corps de chaſſeurs;
l'un pour le royaume de Danemarck , &
l'autre pour le duché de Holſtein. Le grand
hôpital militaire ſera transféré d'ici à Ekernforde
, où les bâtimens qui ſervoient autrefois
aux fabriques , feront adaptés à cet objet.
L'ordonnance qui prefcrit le ſervice &
les manoeuvres , paroîtra auſſi inceſſamment.
On apprend de Berlin que le ſieur Kenig
a été nommé par le Roi conſul général
dans la Walachie & la Moldavie ; fa réſidence
ſera à Jaffy.
Pluſieurs régimens Ruſſes d'infanterie &
de cavalerie font arrivés dans l'Ukraine Polonaiſe
; on y en attend encore d'autres.
Le Comte Vincent Potoski vient d'établir
à Niemerow , ſa réſidence , une grande
manufacture d'indiennes , pour laquelle il a
fait venir des ouvriers de l'Allemagne & de
la Suiffe.
On apprend de Pétersbourg , que le
Lieutenant général Comte d'Anhalt en eſt
parti pour faire un voyage à Archangel &
dans les provinces ſeptentrionales.
Les revenus annuels du Tréſor de la Couronne
de Pologne montent à la ſomme de 2,167,922
rixdalers, Comme le Tréſor ne paie que les ſome
( وو (
mes fixées à la Diéte de 1776 , il reſte chaque
année de l'argent en caiſſe. En 1783 & 1784 , la
République a acquitté 387,463 rixdalers de la
dette nationale. Le don gratuit du Clergé pour
cet objet , monte par an à la ſomme de 100,000
rixdalers . En 1784 , la Capitation des Juifs a
fait un objet de 92,290 rixdalers . Comme chaque
tête des Juifs eſt payée de 8 groſchen , la population
de cette nation enPologne ne monte , d'après
ce calcul , qu'à 276,870 ames .
Le 14 Mars , le Lieutenant général de
Saldern , gouverneur de Magdebourg , eſt
mort dans la 6se. année de ſon âge. On
affure que le Lieutenant général de Lengerfeld
doit le remplacer.
Une gazette Allemande de commerce a
publié le tableau ſuivant , concernant la
proportion de l'or à l'argent , depuis l'an
310, après la conſtruction de Rome , jufqu'à
nos jours.
L'an aprèsla conſtruction de Rome ,
• 310 comme 1 à 13,
L'an après la conſtruction de Rome ,
• 460 comme 1 à 10.
Sous l'EmpereurConſtantin, comme 1 à 13 & à 12 ..
Sous Saint Louis , comme à 10 .
En 1500 , comme 1 à 2 ,
EnEſpagne , après la découverte du Pérou ,
comme 1 à 16】
EnEſpagne , • • comme 1 à 14
9
EnAllemagne , en 1559 ,. comme I arr
Idem . , en 1656 , • comme là 14
Idem . , en 1667 , •
, comme 1 à 13
5
Idem. , en 1690 , comme à is
1
Idem . , en 1738 , comme 1 à 15
1
e 2
( 100 )
Idem . , en 1710 , • comme 1 à 13
Idem , en 1763 , comme 1 à 14 71
En Hollande , comme 1 à 14
EnAngleterre , • comme ràis
En France ,., .
• comme i à 140
En Savoie , • .comme à 14
3
En Suiffe, . comme 1 à 15.
EnRuffie • comme 1 à 15.
Au Japon , comme à 8 .
Dans l'Inde , au- delà du Ganges , commerà .
En Chine , • comme à 1G .
:
Les données de cette table paroiſſent ſouvent
être arbitraires , parce qu'on n'a point
de preuves certaines qu'il exiſte 10, 12 ou
15 fois moins d'or que d'argent. M. Achenvall
, célébre publiciſte d'Allemagne , avoit
calculé qu'en Europe l'augmentation annuelle
de l'or à l'argent étoit dans la proportion
de 2 à 5. Cette proportion ſeroit
encore plus grande a les Indes orientales , le
Levant , la vaiſſelle d'argent & les manufactures
n'enlevoient pas annuellement une
quantité prodigieuſe d'argent. Mais il faut
obſerver que plus on approche des pays
occidentaux , plus la valeur de l'or augmente.
DE VIENNE , le 31 Mars.
Desdiſpoſitions militaires non-interrompues;
la certitude d'ordres envoyés à divers
régimens ; l'agitation qui regne dans pluſieurs
cabinets de l'Europe ; enfin ce qu'on
publie des différentes cauſes de diviſion que
( 101 ) préſente l'état politique de l'Allemagne , fortifient les ſoupçons de ceux qui s'attendent
à des événemens importans. Cependant
l'on craint peu ici une rupture avec la Hollande , ce différend étant à des termes
conciliatoires , dont on eſpere encore une
heureuſe conclufion.
L'Empereur
a été de nouveau incom- modé d'une éréſipelle, aujourd'hui entiere- mentdiſſipée. Le travail affidu & opiniâtre , auquel S. M. I. eſt livrée depuis long-temps , paroît être la cauſe de cette indiſpofition
qui ſe manifeſta déja ſur les yeux du Monarque
l'année derniere. Le cardinal Migazzi , notre Archevêque , eſt très -dangereuſement
malade. On re- garde ſa vie comme affez expoſée , pour qu'on lui déſigne publiquement un fuccefſeur,
qui , ſelon le bruit public, ſera le Cardinal
Hertzan .
Le 21 , une troupe de 150 maçons eſt partie
pour la Bohême , munie de toutes fortes d'outils. Ondit qu'ils font deſtinés à travailler avec la plus
grande diligence aux fortificationsde la fortereffe
de Peft , qui doit être miſe au plutôt dans le meilleur état de défenſe ; ces travaux , exécutés
dans un moment où la ſaiſon eſt encore ſi rigoureuſe
, ont ſans doute pour cauſe les mouvemens
qu'on apperçoit ſur les frontieres de laSiléfie. Les
tranſports de munitions & d'artillerie ſe continuent
toujours autant que la ſaiſon peut le permettre.
Journellement on voit arriver des recrues
qui font auſſitôt incorporées dans les
e3
( 102 )
régimens. On recrute même depuis quelques
jours dans cette capitale avec une
nouvelle activité ; &demain une levée générale
doit avoir lieu . 1
La crainte d'un dégel ſubit &de ſes ſuites
ne s'eſt point encore diſſipée: la police a
pris toutes les précautions pour empêcher
des accidens , & on a fait vuider les maiſons
les plus expoſées au débordement.
L'Empereur a donné à cette occafion des
preuves de ſon activité , de ſa popularité ,
de fon humanité ordinaires , en ſe tranfportant
lui-même pluſieurs fois für les lieux,
vifitant les travaux &les encourageant.
:
La faillite du Comte Charles Proli d'Anvers ,
&celle de la Compagnie Afiatique d'Oſtende &
de Trieſte , qu'elle a entraînée , a caufé ici une
ſenſation d'autant plus vive , que rexiſtence de
cette Compagnie paſſoit pour être le principal
motif des démarches concernant l'Eſcaut , & que
les inſtances du Comte de Proli ont beaucoup
contribué à en hâter le développement. On ne
fait pas encore ſi l'Empereur donnera de ſes propres
Finances pour venir au ſecours de la Compagnie:
elle doit encore au Tréſor une ſomme de
180 mille florins pour des plaques de cuivre ,
qu'elle a vendues en Eſpagne , au - lieu de leur
procurer , ſuivant ſes offres , un débouché en
Amérique. On évalue toute la banqueroute à 20
millions , dont 400 mille florins ſont dûs à une
maiſon de commerce très - connue d'Amſterdam ,
& environ la même ſomme à une maiſon de Livourne.
Le reſte de la maſſe retombe pour la plus
grande partie ſur une multitude de Particuliers ,
ruinés aujourd'hui par leur crop grande confiance
( 10 )
en la Compagnie & en fon Directeur. Si-la Cont
pagnie peut ſe relever jamais , ce ne ſera que par le
ſecours du Gouvernement & par l'aſſiſtance de
notre célebre Banquier , le Comte de Frieſs , & de
lapuiſſante, maiſon de Romberg à Bruxelles .
Au défaut d'informations bien certaines
ſur le ſupplice des deux chefs Valaques à
Carlsbourg , voici ce qu'on raconte , vrai
ou faux des circonstances de cet événement.
Lors de l'exécution de Horiach & de Kloska ,
2000 Valaques des Comitats de Zalanthe & d'Huniade
ſe trouverent à Carlſbourg ; ces payſans
s'imaginoient , lorſqu'ils reçurent l'ordre de s'y
rendre , qu'il s'agiſſoit de corvées , mais ils furent
conduits partrois Régimens du Cercle , foutenus
parde la Cavalerie , & furent obligés d'être , ainſi
que leur chef Horiach , ſpectateurs du ſupplice de
Kloska , qui fut roué , ſans être étranglé , & fans
recevoir le coup de grace. Tandis qu'il vivoit en.
core , on lui a coupé la tête , & enſuite on l'a écartelé
; il n'y apas de juremens & de blafphêmes
qu'il n'ait proférés ; mais le bruit & le roulement
continuel d'un grand nombre de tambours empê.
cherent qu'ils ne fuſſent entendus des ſpectateurs.
Horiach s'avança avec courage & fermeté pour
fubir le même ſupplice , en diſant : Je meurs pour
la Nation ; il ne pouſſa aucun cri , & ne donna
aucune marque de douleur. Leurs membres écartelés
ont été expoſés ſur les grands chemins , &
leurs têtes plantées ſurdes piquets devant la porte
de leur maiſon .
On va actuellement procéder à la punition des
150 Valaques remis à la juſtice des différensComitats
, pour être jugés & exécutés , felon les loix
du pays. Le même jour que ſe fit l'exécution , un
e 3
( 104 )
vieux Valaque , nommé Nicolas Popa , que l'on
préſume être le pere de Kloska , vouloit emmener
de la Vlachie 600 Valaques ,de Prince de Valachie
qui en fut informé , en avertit notre Conſul ,
qui le fit arrêter & conduire à Hermanſtadt. On
eſt fort curieux d'apprendre quel motifa pu l'engager
à tenter un coup ſi hardi ; comme il n'a pas
encore été interrogé,on ne peut encore rien dire
ſur ſon compte.
Les nouvelles de la Moldavie annoncent
la conſtruction prochaine de trois ponts ſur
le Danube; un détachement de sooTurcs
eſt arrivé de Serraï en Valachie .
Le 17 de ce mois nous avons perdu le
Comte Antoine de Collorédo , Feldt-Maréchal
, Capitaine de la Garde Noble Allemande
, & Directeur de l'Ecole militaire : il
étoit âgé de 77 ans , & en avoit paffé 56
au ſervice. Le public lui donne pour fuccefſeur
le Duc de Brunswick , ci-devant Feldt-
Maréchal des troupes de la Hollande.
Ce qui doit faire rejetter ce bruit , c'eſtque
l'Empereur a élevé le Comte Jof. François
de Kinsky au grade de Lieutenant Feldt-
Maréchal , & lui a conféré le poſte de Directeur
général de l'Académie militaire , vacant
par la mort du Comte Antoine de
Colloredo.
Le nombre des Proteſtans & des Grecs
non unis dans cette capitale , monte à 1550 ,
& dans la Baſſe-Autriche à environ 300 .
On dit ici que pluſieurs régimens en
garniſon dans la Hongrie ont reçu ordre
de ſe tenir prêts à marcher dans les Pays-
Bas.
1
( 105 )
L'Abbaye des Bénédictins de Zvettel
dans la Baſſe-Autriche vient d'être ſupprimée.
On apprend de la Croatie , que le cor..
don des troupes ſur les frontieres , a été
renforcée.
Les préparatifs de guerreſe continuent : on
vient d'acheter environ 2000 pieces de toile
pour des tentes : divers contrats de fournitures
ſont paſſés journellement à différends
ouvriers : d'ici à fix ſemaines , les Cordonniers
des faubourgs doivent livrer 12000 paires
de fouliers , les Fourbiſſeurs 8000 ſabres,
&les Tifferans 14000 aunes de draps pour
des manteaux : la Pologne Autrichienne
fournit immenſément de recrues.
L'Empereur a fait couper dans les bois
de ſon domaine pluſieurs mille cordes
debois , que l'on tranſporte ici pour les beſoins
de la ville. S. M. I. en a fixé le prix ,
qui est très-modéré.
Le froid eſt toujours rigoureux ici , & il tombe
encore quelquefois de la neige ; le vent ſe ſoutient
à N. N. O. Depuis le 28 Février , le thermometre
de Réaumur n'eſt plus remonté au- deſſus du point
de congélation.
t
Le nouveau Réglement pour le Mont- de Piété
qui vient d'être publié , réduit à 8 pour cent les
intérêts ; ils étoient auparavantà 10cinq fixiemes.
On écritde Leutſchau , que le 2 de ce mois le
feu apris dans cette ville; mais qu'avec peu de travail
on eſt parvenu à l'éteindre , ſans qu'il ait cauté
de grands dommages.
L'Empereur a ordonné que la Chambre
es
( 106 )
des finances du royaume de Hongrie , ſoit
incorporée au conseil du Gouvernement
établi à Bade , & qu'à l'avenir le tréſor de
la Tranſylvanie faſſe partie du Gouvernement
civil de cette province.
Le 9 Mars , les nouveaux grands Palatins
& Commiſſaires royaux , nommés par
l'Empereur pour préſider les cercles du
royaume de Hongrie , ont prêté le ſerment
de fidélité entre les mains de S. M. en préſence
du Comte de Palfy , vice-Chancelier
de Hongrie & de Tranſylvanie.
DE FRANCFORT , le 4 Avril.
Il n'y a pas de doute ſur l'activité & fur
le redoublement des préparatifs militaires
qui ſe multiplient en Autriche. Les Régimens
deſtinés à différentes marches n'attendent
pour ſe mettre en route que l'inſtant
où les chemins couverts de neige ſferont
praticables ; d'un autre côté, la Ruffie fait
avancer de nouvelles troupes vers l'Allemagne&
dans l'Ukraine ; les Turcs paroifſent
aufli en mouvement. Dans cet ébranlement
de tant de Puiſſances , on s'attend à
en voir bientôt le véritable but. A Vienne
& en Bavierre , les bruits d'échanges projetés
ſe renouvellent ; on dit même qu'un
grand Monarque n'a point diffimulé ſes
craintes à l'Impératrice de Ruſſie , qui , ſelon
les mêmes lettres , n'a pas paru les partager.
A cette occafion , les partiſans de la
( 107 )
Maiſon d'Autriche ont rappellé l'article 18
du traité de Raſtad & de Bade en 1714 , par
lequel la France s'engage à laiſſer l'Electeur
deBaviere maître d'échanger ſes poſſeſſions
s'il le trouvoit convenable.
Le Baron de Kern , qui vient d'être nommé
Chancelier des Etats de Baviere , a été
obligé , en prêtant le ſerment de ſa nouvelle
dignité , de jurer qu'il n'étoit point
Franc-Maçon .
On lit les détails ſuivans dans une lettre
de Conſtantinople du 25 Février-
Depuis long-temps il arrive ici continuellement
des Militaires Français. Un Navire venudeMarſeille
a amené ici deux Officiers , quatre
Artilleurs & huit Ouvriers pour la fonderie .
Ces derniers n'ont paſſé qu'une nuit en cette Capitale
, & ont d'abord été tranſportés à la petite
fonderie des canons , ſous la direction du Renegat
Anglois Muſtapha , Général des Bombardiers ,
où se trouve déjà un grand nombre d'ouvriers Eupéens
de toutes nations , mais principalement de
la France. Quant au Capitaine Saint - Remi , venu
par ledit navire , il continue à faire ſon ſéjour
à Pera. Les exercices des canoniers & Bombardiers
ſe font ſur tout ſous la direction d'Officiers
François , régulièrement trois fois par ſemaine ;
ſavoir , les Lundi , Jeudi & Samedi . Les Chefs &
Officiers de ces deux Corps doivent y être préſens:
mais ce ſont les Officiers François qui commandent
toutes les manoeuvres , & qui tâchent de leur
inſpirer l'eſprit de la tactique Européenne , ayant
pour cet effet des Canoniers & Bombardiers François
qui fe prêtent à montrer aux Turcs la maniere
dont ils doivent s'y prendre pour réuffer &
ſe former.
c6
( 108
C'eſt le prélat Comte de Zoglio que le
Pape a nommé, dit on , à la nouvelle Nonciature
de Munick. On est impatient de ſavoir
de quels pouvoirs ce Nonce fera muni.
On faitque les évêchés voiſins d'Eichstedt ,
d'Augsbourg , & c. font partie du diſtrict
métropolitain de l'Archevêque de Mayence.
L'Ordre de Malthe établie en Baviere , fait
deja affez de tort à la Jurisdiction épiſcopale
, parce qu'il a le privilege de l'exemption
de cette jurifdiction.
On apprend de Coblence qu'on y leve
un corps de Chaſſeurs de 260 hommes
pour le ſervice de l'Electeur.
On écrit de Vienne qu'il ne ſe paſſe gueres
de jours , où il ne ſe tienne des conférences
ſecrettes au College du Conſeil Aulique
de guerre , qu'on y preſſe la levée des
recrues , & qu'on travaille fans relâche dans
l'arſenal.
Le bruit court que tous les couvens des
Servites feront ſupprimés dans les états Autrichiens
. On évalue leurs biens à 19 millions
de florins .
Une lettre de Ratisbonne du 16 de Mars
rapporte en ces termes un fait affez ſingulier
:
M.Weishaupt , Profeſſeur à l'Univerſité d'Ingolftadt,
ayant demandé qu'on fit l'acquifition des
OEuvres de Byle & de Richard-Simon pour la Bibliotheque
de l'Univerſite, le Recteur reçut le ter
du mois de Février des ordres de la Cour, pour
qu'il fignifiât au ProfeſſeurWeishaupt de ſe juſtifier
( 109 )
f
par écrit de ſa demande. Celui- ci ayant répondu
qu'il avoit beſoin de ces Ouvrages pour ſes Leçons
publiques ſur l'Hiſtoire & la Philofophie ; il fut
envoyé un ſecond Décret au Recteur , qui portoit
en ſubſtance « que le prétexte allégué par le Profeſſeur
Weishaupt ne l'excuſoit point ; que l'on en
pouvoit induire qu'il étoit adonné á la ſecte philo-
Tophique , dont Bayle avoit été le créateur , &que
par conféquent , il ſeroit enjoint audit Profefleur
de faire ſa profeſſion de foi devant le Sénat académique
, les portes de la ſalle d'aſſemblée ouvertes
» . Un autre Décret du 11 Février , fit connoître
à M. Weishaupt , que vers la fin de l'année
académique , il devoit donner la demiflion de ſa
Chaire & chercher à ſe placer ailleurs , & qu'en
attendant, on lui accordoit une penſion de400 flor .
mais à condition de ne point ſe préſenter à Munich,
&de quitter Ingolstadt & les environs. Sur cette
intimation , M. Weishaupt déclara qu'il n'avoit pas
beſoin de cette penſion , & qu'il étoit décidé de
quitter Ingolstadt dans l'eſpace de to à 12 jours.
L'Univerſité écrivit cette réponſe à Munick , &
reçut le 19 Février le Reſcrit ſuivant : « Comme
>> ce Profeffeur eſt un boudeur orgueilleux , &
qu'on ne perdoit en lui qu'un maître de loges
>> renommé, ildoit être renvoyé dès- à- préſent».
Onaſſure que M. Weishaupt a quitté l'Univerſité
d'Ingolstadt , & eft allé à Gotha .
Le profeffeur Bergstræſſer à Hanau vient
de renouveller ſon engagement pour la publication
de l'ouvrage , orné de planches ,
dans lequel il ſe propoſe d'indiquer_une
méthode sûre de dicter ou de donner des
ordres jour & nuit dans un camp de deux
cents mille hommes , plus ou moins , fans
que perſonne puiſſe en être inſtruit , à l'ex-
رت
( 110 )
ception de ceux qui doivent les connoître.
Il promet l'impreffion de l'ouvrage enAllemand
& en François , auffitôt qu'il fera à
couvert des frais d'impreſſion dont il a déja
reçu les deux tiers. La ſouſcription fera encore
ouverte pendant trois mois : elle eſt
de 6 liv. pour un exemplaire, Dans le nombre
de ſes ſouſcripteurs , on trouve trenteſept
Princes ſouverains , pluſieurs Miniſtres
&les noms les plus diftingués. En France ,
l'Auteur n'a eu juſqu'ici que 2 ſoumiſſions ,
celle du Prince Soubiſe , & de M. de Boullongne
: on ſouſcrit à Paris , chez Royez ,
Libraire, au bas du Pont-Neuf.
ITALI E.
DE MILAN , le 25 Mars .
On continue les préparatifs pour former
des magaſins à l'uſage de la citadelle. On
prétend que le couvent des Auguftins de
5. Marc fera employé à cet effet , & que
ces Religieux ont déja reçu l'ordre exprès
de quitter leur monastere. Les nationaux
paſſetont dans l'autre couvent de leur Inſtitut
, appellé Incoronata , près de la porte
Comaſine & les étrangers retourneront
dans leur patrie.
,
On apprend de Come que le Gouvernement
y a ſupprimé deux Monafteres ; l'un
de Bénédictines , ſous l'invocation de ſainte
Magdelaine; l'autre d'Auguſtines , ſous celle
de ſaint Dalmat.
( III )
DE LIVOURNE , le 23 Mars.
Voici l'extrait d'une nouvelle lettre d'Alger
, en date du 28 Février , & propre à
faire connoître la ſituation actuelle de cette
place.
Il regne ici une déſolation générale; les Bédouins
menacent de ſe révolter ; les Eſpagnols ,
d'un autre côté , arment contre nous. Cet orage
terrible nous met dans la plus grande agitation.
Le Bey eft furieux contre ſes Miniſtres , qui par
leurs vexations ont fomenté cette guerre civile,
qui peut nous être plus funeſte que la perſécution
desEſpagnols. Le bruit avoit couru que l'on avoit
intimé au Conſul Vénitien d'oter ſon pavillon ,
fignal ordinaire d'une déclaration de guerre ; mais
cet événement n'a point eu lieu. On travaille vivement
aux Boulevards , & particulièrement au
Château dit Moro & aux fortifications du Mole.
Le Bey de Conſtantina a été averti de nous faire
paffer les ſecours qu'il nousdoit dans des circonftances
ſemblables , pour les diſtribuer ſur la côte
&dans les lieux les plus expoſés à l'invaſion des
troupes ennemies .
DE ROME , le 22 Mars.
On apprend de Naples que le départ de
quatre frégates , de quatre chebecs , de deux
paquebots , de quatre galeres & du vaiſſeau
le S. Joachim eſt ordonné pour les premiers
jours de Mai , & que l'on travaille
faire des uniformes neufs pour soo foldats
de marine , & pour autant de Volontaires de
marine , ainſi que pour 300 Albanois.
à
( 112 )
On a déja placé dans la nouvelle falle
du Musée Clémentin au Vatican la grande
Urne de ſainte Helene , de porphyre rouge,
ornée de bas- reliefs , & habilement rétablie
par le ſieurGiov Pierantoni , ſculpteur du
Mufée.
DE NAPLES , le 19 Mars.
Dans le mois de Janvier dernier , en faifant
une excavation hors des murs de Palerme
, près la porte d'Oſſuna , pour rebâtir
un mur de la maiſon de campagne du
Baron Quaranta , on a découvert un fouterrain
profond , vouté & taillé en apparence
dans la maſſe du roc. Les ouvriers qui y
deſcendirent, ne purent avancer fort loin
dans cette eſpece de caverne , quoiqu'elle
parût indiquer des rues , parce qu'elle étoit
encombrée de pierres & de terre amoncelée.
Ils trouverent cependant dans une niche
de pierre des reftes d'un cadavre humain.
Le prince de Torremuzza , averti de
cette découverte , ſe rendit auffitôt ſur les
lieux. Il examina lui-même les fouterrains ,
&vit avec plaifir que c'étoient des catacombes
taillées dans le roc , & du même
genre que les catacombes de Rome , les
latomies de Syracuſe & les catacombes de
l'Egliſe de S. Janvier de Pezzenti à Naples.
Dans le court elpace de temps que le Prince
y reſta , il apperçut diverſes rues toutes affez
hautes pour y marcher à l'aiſe , & affez
1
( 113 )
mes a
larges pour y paſſer trois à quatre homdee
front. On obſervé que chacune
de ces rues intérieures ſe diviſoit en plufieurs
autres , & que toutes recevoient la
lumiere de certains ſoupiraux , pratiqués de
diſtance en diſtance à la ſuperficie du terrein.
Dans les parties latérales de ces rues ,
ſont creusées des niches dans lesquelles on
dépoſoit les cadavres. Et en effet on trouve
à chaque pas des crânes & des fragmens
d'os humains & des morceaux de vaſes de
craie. Le Prince de Torremuzza qui eſt
chargé par le Roi de veiller à l'entretien &
àla conſervation de toutes les antiquités de
la province de la vallée de Mazzara , de
même que le Prince de Biſcari l'eſt des antiquités
des provinces de Noto & de la vallée
de Demona, rendit compte litôt de
cet événement au Marquis de Caracciolo,
vice-Roi de Sicile, qui lui a fait donner
tous les ſecours néceſſaires pour rendre à
ſon premier état un monument auſſi précieux.
On a déja fait ouvrir une autre entrée&
pluſieurs des ſoupiraux du fouterrain ,
afin d'y faire circuler un air plus falutaire
pour les ouvriers chargés d'enlever les terres
qui bouchent le paſſage des rues. On fe
flatte d'y trouver des monumens intéreſſans ,
tels que des inſcriptions , des vaſes , des
urnes , &c .
Le célebre Muſicien Paefiello , maître de
chapelle, a été nommé par le Roi , compofiteur
de fa chambre , avec un traitement
annuel de 1200 ducats.
( 114 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 2 Avril
Le Parlement étant prorogé pendant les
fêtes de Pâques , il y a néceſſairement de la
ſéchereſſe dans le Journal des opérations
publiques de cette ifle , où tous les efprits
font abſorbés par l'alliance commerciale
que nous devons ccoontracter avec l'Irlande.
Elle tient à des intérêts ſi puiſſans , à des
calculs ſi compliqués, àdes notions ſi exactes
, qu'une négociation de cette importance'
exige les plus grandes précautions. Aufli
M. Pitt , felon le bruit général , propoſera
après les vacances aux deux Parlemens de
nommer des Commiſſaires pour difcuter
les clauſes du Traité entre les deux nations ,
& pour adopter les milieux les plus propres
à concilier tous les intérêts.
Dans la foule d'écrivains qui ont donné
leurs avis au Public, relativement à ce problême
économique , on a diftingué quatre
Lords , les Lords Sheffield , Rivers , Nugent
& Mountmorres : il eſt également remarquable
que les ouvrages de ces quatre
ſeigneurs ſont bien penſés , & bien écrits ,
&très-propres à appaiſer les inquiétudes réciproques
des deux royaumes.
L'Orateur des Communes ſe rend tous
les jours à la Chambre baſſe , mais il n'y
trouve perſonne ; & après avoir attendu
( 115 )
quelques inftans , il ajourne la Chambre au
lendemain. Il remplira cette formalité jufqu'à
ce qu'il trouve un nombre ſuffiſant
pour former un quorum.
On vient de publier l'état ſuivant des importations
&des exportations de la Grande Bretagne
en tabac , indigo , riz , alun & ſucre , depuis
Noël 1783 , juſqu'à Noël 1784. Cet état a été
remis à la Chambre des Communes , par M. Pitt,
&il eſt authentique.
Etat des importations & des exportations de la
Grande-Bretagne , en tabac , riz , indigo , rhum
&ſucre , depuis Noël 1783 juſqu'à Noël 1784 ,
dans lequel on diſtingue le produit des droits établisdepuis
1764 .
IMPORTATIONS.
Quantité. Droits.
Tabac 39,993,442 lb. 2,495,633 1. 13 . 11d.
Riz 123,870 quintaux
213 lb. 45,419 1. 4. 6d.
Indigo 1,447,790 lb. exempt de droits.
Droits de Douane ſeu-
Rhum 1,751,093 gal- lement
lons
.....
39,747 1. of. 8d.
Sucre 1,782,431 quintaux
III 16 1,095,291. 156. 10 d.
EXPORTATIONS.
Tabac 26,835,821 lb.
Riz 117,684 quintaux
1,675,845 1. 9. 9 d.
12 lb. 4 43,1491. 76. 6d.
Indigo 289,133 lb. exempt de droits .
Remiſe des droits de
Douane. T
Rhum 399,334 gallons.
Sucre 111,30; quin-
118 lb. taux 68,7001.of.10d,
9,0641. 4. Id.
4
( 116 )
Produit des droits établis depuis 1764
Tabac •
Riz
Indigo .
• ..
Rhum
Sucre
.. 476,806 1.15 1. 3 d.
2941. of. 10d.
..
........
..
exempt de droits.
Droits de Douane.
3,6341 . 4. 11 d.
497,9711. 68. 3 d.
N. B. Les Droits & les Remiſes ſur le tabac
ſont portés ici comme s'ils avoient été payés en
entier à l'importation .
JOHN TOMKYNS Inſpecteur à la Douane.
Fait à Londres le 21 Mars 1785 .
Le bruit d'un changement prochain dans
le Miniſtere ſe ſoutient , & il acquiert tous
les jours plus de force. On ne varie point
fur le choix du ſucceſſeur que M. Pitt doit
avoir ; c'eſt toujours le Marquis de Landsdown
que l'on place à la tête de la Tréſorerie
.
Le Gouvernement vient d'envoyer des ordres
en Irlande pour que deux Régimens de plus
ſe préparent à s'embarquer pour les Colonies.
Le nombre de troupes fourni par l'établiſſement
militaire de ce Pays pour cette deſtination , ſe
monte à 4800 hommes , dont 3000 paſſeront
aux Iſles du Vent. A l'arrivée de ces troupes ,
qui doivent relever la garniſon des Iſles Angloiſes
, il y aura une augmentation de 300
hommes dans l'Iſle des Antigues , de 250 à
St. Chriſtophes , de 200 à la Barbade , de 150
à St. Vincent & en proportion aux autres
Iſles en ſus du nombre fixé par le dernier établiſſement
de paix. Le motif de cette augmentation
eſt , dit- on , que la France n'a pas
reduit le nombre de ſes troupes à la Martinique
, & qu'elle forme à Ste. Lucie une gar-
,
-
( 117 )
4
niſon qui ſera preſque auſſi forte que celle
qui s'y trouvoit au commencement des dernier
hoftilités. La garniſon de la Jamaïque doit étre
auſſi augmentée d'un Régiment entier & d'une
compagnie d'Artillerie .
On ſe propoſe de tirer parti des troupes de
-cette garmiſon pour les fortifications projectées.
Ces travaux commenceront le plutôt poſſiole
aprés l'arrivée du Lord Dunmore nommé
Gouverneur de cette Iſle.
:
د
L'Inconftant , vaiſſeau de 36 canons , commandé
par le Capir. White, & actuellement
à Deptford , a reçu ordre d'eſcorter les bâtimens
de transport qui doivent conduire des
troupes à Gibraltar. Le gouvernement a
jugé cette précaution néceſſaire , à cauſe des
pirates qui infeſtent la Méditerranée.
Le gouvernement a ordonné à Plymouth
qu'on fit choix d'un certain nombre
de charpentiers & de calfats , dans le
deſſein de les faire paſſer à Terre Neuve ,
pour y équiper pluſieurs petits bâtimens def-
-tinés à protéger plus efficacement les pêcheries
de certe ifle.
On a lancé le 26. Mars à Rotherhite un
vaiſſeau de 14 canons , nommé le Terrible.
Voici les différens vaiſleaux de guerre actuellement
en conſtruction dans les chantiers
du Roi , ou dans ceux des particuliers.
canons . canons.
L'Impregnable , • 90 Le Swift ſure , • 74
Le Boyne , • 98 Le Ramillies , 74
Windfor-Caſtle
, 98 Le Colſſus , • 74
Le Prince , • • 90 Le Sommerfet , • 74
( 118 )
LeMinotaur , • 74 Le Gorgon , : • 74
Le Majeſtik , • 74 L'Adventurer ,. 44
Le Captain , •
LeZéalous ,
74 Le Wolwich ,
74 L'Aquilon ,
• 44
• 36
Le Vétéran , • 64 LeJaſon , • • 36
La ſemaine derniere la belle maiſon de
campagne de Milord Spencer à Wimbledon
a été réduite en cendres. Lady Spencer y
avoit fait un voyage avec ſon fils Lord
Althorpe , âgé de 3 ans ; l'on ouvrit tous les
appartemens pour leur donner de l'air , &
l'on ignore comment le feu prit à cinq heures
de l'après midi dans une des chambres :
l'incendie fut fi rapide, & tellement irrémédiable
vu le manque d'eau , qu'en peu de
temps il ne reſta de l'édifice qu'un monceau
de ruines. Ce château fut bâti par la Ducheſſe
de Marlborough , aïeule du Comte de
Spencer , &coûta trente huit mille li. ſterk
(plus de 850 mille livres tournois. ) La bibliotheque
& la collection de tableaux , l'une &
l'autre très- conſidérables , ont été heureuſement
ſauvées , ainſi que les effets les plus
précieux.
Le Bureau d'inſpection , établi en vertu des
ordres du Gouvernement , & qui ſera compoſé
d'Officiers expérimentés , de terre & de mer , va
commencer ſes travaux. Le Duc de Richemond ,
accompagné du Lord George Lenox , eft parti
pour Portsmouth , d'où ils iront à Plimouth. Les
renſeignemens qu'ils puiſerontdans cette tournée
lesmettront en état de faire un rapport éclairé á
laChambre des Communes ſur lagrande queſtion
des fortifications projettées.
-
( 119 )
L'un de nos papiers calcule de la maniere
ſuivante les forces de differens Princes
d'Empire.
Hanovre ,
Brunswick ,
•
La Lippe- Buckebourg ,
Heffe ,
Hanau ,
Ofnabrug ,
Munster ,
hommes .
30,000.
5000 .
1500.
15,000 .
1500.
1500.
5,000.
2,500 .
5,000.
• 3,500.
1500.
Dillenburg ,
Darmstad •
Wirtemberg ,
Fulde , •
Naſſau-Weilbourg ,
Ufingen ,
2000 .
idem.
Neuwied ,
Saxe ,
1000 .
30,000.
-
105,000 ..
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 6 Avril.
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus ſatisfaiſant , Sa Majeſté a vu
aujourd'hui toutes les perſonnes qui ont les
grandes entrées chez le Roi & chez la Reine.
La Marquiſe de Monſtiers a eu, le 13 du
mois dernier , l'honneur d'être préſentée au
Roi & à la Reine par Madame Elifabeth de
France , en qualité de Dame pour accompagner
cette Princefle.
( 120 )
Le 2 de ce mois , le Marquis de Chauvelin
, Maître de la Garde- robe du Roi , Capitaine
au régiment de Noailles , Dragons ,
a eu l'honneur de monter dans les voitures
de Sa Majefté & de la ſuivre à la chaſſe.
Le Baron de Taleyrand , que le Roi avoit
nommé fon Ambaſſadeur extraordinaire près
le Roi de Naples , a eu , le 3 , l'honneur de
prendre congé pour ſe rendre en cette cour ,
étant préſenté à Sa Majesté par le Comte de
Vergennes , Chef du Conſeil royal des finances
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le mêmejour , il a été chanté dans les
Eglifes de Versailles un Te Deum , en réjouiflance
de l'heureux, accouchement de
la Reine , & de la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Normandie. Le foir , il y a eu
une illumination générale dans la ville.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Genlis ,
Ordre de Prémontré , dioceſe de Noyon ,
l'Abbé d'Humieres , Vicaire général de
Reims .
Le Comte de Walsh Sérant , le Comte
de Bouillé, le Comte de Lawode de Saint-
Haon,le Comte de Tournemire , le Comte
de la Marthonie , le Vicomte de l'Aigle &
le Chevalier de l'Aigle , qui avoient eu
l'honneur d'être préſentés au Roi , ont eu ,
le 30 du mois dernier , ce ui de monter
daus les voitures de Sa Majesté & de la fuivre
à la chaffe.
De
( 121 )
DE PARIS , le 6 Avril.
Depuis quelque temps le public étoit refroidi
fur les ſcenes du Magnétiſme animal ,
& ces ignorans préſumojent qu'elles touchoient
à leur fin. Ils feront détabuſés en apprenant
les nouvelles découvertes qui réfultent
de ce traitement mystérieux : les gué-
-riſons , les criſes , les extales , les ſpaſmes ,
les ſympathies , n'étoient qu'un prélude , &
l'on voit aujourd'hui que les Opérateurs Magnétiques
n'ont fait que peloter en attendant
partie. Après avoir réglé le cours des altres ,
& gouverné l'univers avec un fluide inviſible;
après avoir diſpoſé des corps & des
coeurs, de la ſanté , de la maladie & des
affections morales , ils endorment nrantenant
les ſujets en rapport, ce qui eft peutêtre
moins difficile que de les reffufciter. Ils
jettent des perfonnes choises dans un état
de fomnambulisme parfait , les font obéir ,
pendant ce rêve de gens éveillés , à la
baguette& aux geſticulations du Magnétiſeur
, enforte que leurs volontés correfpondent
abfolument aux fiennes ;il y a plus,
cette ſituation eſt ſouvent telle ,que les fomnambules
acquierent un ſentiment de preſcience
, ils ont des révélations de l'avenir ,
&ils prophétiſent à coup sûr. A nſi les merveilles
de l'Aftrologie , les oracles , les divinations
, dont on s'eſt moqué fort malà-
propos , font aujourd'hui conſtatés par
Nº. 16 , 16 Avril 1785 . f
( 122
l'exiſtence de nos modernesTiréſias; leurs
eſſais font atteſtés par des verbaux, fignés
par des Médecins , Notaires , &c. Le fait le
plus étonnant, eft que ces choſes n'ont point
des eſprits ſimples four témoins , ni des
impoſteurs pour machiniſtes. Que penfer
de leurs illufions ou de leur magie ? Ce
qu'on a penſé des convulfionnaires qui percoient
de coups d'épée des poitrines invulnérables
, qui enfonçoient des clous d'un
demi-piedde longdans le ventre de ferames
enceintes qui ne s'en portoient que mieux ,
qu'on a vu crucifier des martyrs de
bonne humeur , ſaurant légérement de deffus
la croix où l'on s'attendoit à les voir
expirer. Au reſte , comme on entend dire
dans la très-bonne compagnie que ces miracles-
là peuvent bien être réels , & que
P'incrédulitélesa trop vîte révoqués en doute,
il taut ſe réſigner à tout admettre & à tout
attendre du progrès des lumieres.
Par un Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi da
2 Mars 1785 , rendu à l'occaſion d'une
lettre ſur la peine de mort contre le vol
domeſtique, inféré dans quelques Journaux ,
il vient d'être fait « très expreſſes défenſes
>> aux Auteurs , Rédacteurs ou Directeurs
>> de tous papiers publics , d'inférer dans
>> leſdits Ouvrages aucunes differtations ou
>>>lettres émanées de Magiſtrats ou autres
>> fur les matieres de Législation ou de Ju-
>>> riſprudence ; de s'inimiſcer à interpréter
( 123 )
>> les Ordonnances , Edits , Déclarations ,
>>>Lettres patentes , Arrêts ou Jugemens ;
>> ainſi que d'inférer dans lesdits Ouvrages
>> aucun article contenant des maximes &
>>affertions contraires au texte deſdites Or-
>> donnances , Edits &Déclarations , &
>>dantes à en corrompre le ſens , ou capa-
>> bles d'en affoiblir lesdiſpoſitions ».
ten-
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon a tenu la Séance publique le
Dimanche 19 Décembre 1784.
6
M. Maret , Secretaire perpétuel , en a fait l'ouverture
par un diſcours dans lequel il a expoſé
les ſujets des prix propoſés par cette Compagnie
, & dont le programme , qui ſera dorné
ci- après , renferme l'énoncé & les conditions
miſes au concours .
Cet Académicien , dans ſon diſcours , a fait
ſentir l'importance des queſtions auxquelles l'Académie
invite les Savans à répondre.
Il a lu enſuite le préambule de l'Hiſtoire litté
raire de cette Compagnie , & les parties de cette
Hiſtoire relatives aux Ouvrages de Médecine &
de Phyſique , lus à l'Académie pendant le cours
de l'année.
Il a rappellé dans le préambule les événemens
intéreſſans & glorieux pour cette Compagnie ,
qui ſe ſont paffés cette année , & il a fait un
éloge ſuccinct de fix des Académiciens qu'elle
a perdu dans le même eſpace de temps, de
MM. le Chevalier de Mouhi , Seguier , Court
de Gebelin , Bergman, Grignon & d'Antie. II
a annoncé que celui de M. le Chev. Bonnard
teroit fait dans la ſéance publique du mois d'Août ,
par M. Mally , ami de cet homme de Lettres.
M. l'Abbé de la Farre, vice- Chancelier de
f2
( 124 )
l'Académie , & élu Général du C'ergé , a lu un
Du cours intitulé ; Tableau économique &politique
de la Bourgogne , dans lequel tous les avantages
naturels de cette Province font exposés de la
maniere la plus fatisfa fante . L'Orateur y démontre
rigoureutement l'influence que doivent
avoir fur le bonheur des peuples qui l'habitent ,
les projets exécutés , les entrepriſes récentes ,
formées par l'Administration.
M. Caillet , Adjoint au Sécretaire perpétuel ,
a fait lecture en uite de la partie de l'Hiſtoire
littéraire de l'Académie , qui a pour objet de
faire connoître les Ouvrages de Belles - Lettres
Jus dans les ſéances particulieres .
Il devoit faire léloge de M. le Marquis de
Saint Auban , & la ſéance devoit être terminée
par la lecture d'une épître en vers de M. Leroi
de Flag's , adreffée à un Commerçant , fur les
dangers d'un commerce trop étendu mais le
temps ne l'a pas permis.
1
M. Dombey , Médecin Botaniſte , reve,
nant du Peron , eft arrivé à Cadix le 22
Février avec 78 Caiſſes remplies d'Histoire
Narurelle. D. Cordova , Chef d'Eſcadre qui
a ramené ce Naturaliſte , a refufé le prix de
fon tranſport du Perou en Europe ; M.
Dombey a reçu les plus grands encoura
gemens de D. Joſeph de Galvés, Miniftre
des Indes en Eſpagne.
Il n'eſt pas rare que les hivers ſecs &
froids , foit en deſſechant ou en gelant les
eaux , foit par d'autres cauſes , occafionnent
la rage parmi les chiens. On aſſure que
dernierement à Dijon 18 perſonnes mordues
font mortes d'hydrophobie , malgré
(115:)
:
tous les ſecours uſités ; qu'à Besançon 20
follars ont été traités pour la même maladie
qui a fait aufli des ravages à Strafbourg.
:
•L'événement de la naiſſance du nouveau Duc
Normandie a fait rechercher les époques où ce
tere a été porté par des fis de France. On fait
que la Couronne fut en poſſeſſion de cette
Province juſqu'au commencement du dixieme
fiecle , qu'elle tomba entre les mains de Rollon
& de ſes Danois ; Philippe Auguſte la reprit ſur
Jean fans terre , Roi d'Angleterre , en 1203 ; le
Roi Jean , fils aîné de Philippe de Valois , CharlesV
ſon fils , & Charles de France , ſecond fils
de Charles VII , titré enſuite de Duc de Guyenre
&mort à Bordeaux en 1472 , ſous le Regne de
Louis XI . porterent tous trois le nom de D. cs
de Normandie, reſſuſcité aujourd'hui dans le
nouveau Prince que la Reine a donné à la France.
1 On a lu dans l'un de nos Journaux une
lettre de M. Ramard, Maire de Lagny , qui
racontoit dans un ſtyle ingénu le prodigieux
ſuccès avec lequel il magnétiſoit. Honteux
de ſa gloire , M. Ramard déſavoue aujourd'hui
la publicité qu'on y a donnée , & fe
plaintanous, en ces termes, de ſa réputation .
M. j'ai lu avec autant d'étonnement que de
plasfirune lettre ſignée de moi , & inférée au
Mercure dus de ce mois , dans laquelle il eſt
rendu compte d'une guériſon que j'ai opérée par
la voie du Magnétifme. Il m'eſt agréable ſans
doute , d'avoir à confirmer la vérité de cette guérifon
, mais àla fois très intéreſſant de vous affurer
avec la franchiſe dont je fais profeffion , que
je ne ſuis point l'auteur de la lettre ridicule que
f3
( 126 )
lamalignité s'eſt plu ame prêter. Je parle& écris
incorrectement peut-être : cependant ce ne ſera
jamais au point de farcir de barbariſmes & de
contre- ſens une lettre que je me déterminerois à
rendre publique . La doctrine & les opérations de
M. Meſmer font devenues pour les uns l'objet
d'une admiration fondée & pour bien d'autres
une ſource intariſſable de ſarcaſmes & de mauvaiſes
plaifanteries. C'eſt probablement à cette
• ſource que l'on a puiſé pour me couvrir moimême
de ridicule ; & l'on a pouffé les choſes
juſqu'à me prêter un ſtyle groteſque & qui n'eſt
pas le mien. Pour mieux accré iter l'impoſture ,
ona joint à mon nom une kyrielle de titres qui
à la vérité ſont les miens , mais que je ne cite
jamais après ma fignature ,au moins en totalité.
Je vous demande donc comme un acte de juftice ,
Monfieur , & j'oſe me le promettre de votre honnêteté
, de faire inférer dans votre prochainN.
cette lettre- ci , par laquelle je proteſte hautement
n'avoir point écrit celle que l'on a fignée demon
nom. Je dois cette fatisfaction à la vérité compromife,
& àmon amour propre par trop moleſté.
J'ai l'honneur d'être , &c. RAMARD,
Ceque nous devons affurer à M. Ramard,
c'eſt quenous n'avons point inventé la lettre
pſeudonyme; qu'elle étoit ſignée de lui ;
timbrée de Lagny,& écrite avec cette cha
leur de perfuafion que l'impoſture ne peut
guere imiter.
Nous avons encouru un reproche plus
grave aux yeux de M. le C. de S. , en qui la
lettre ſuivante ſuppoſe une prévoyance peu
commune & des intentions très -humaines .
Ne ſoyez pas ſurpris ſi par une lettre ane
(127 )
nyme , je vous fais part des frayeurs que vous répandez
dans tout le Royaume par les abfurdités
que vous avez inférés dans votre Mercure & qui
font une impreſſion ſinguliere ſur l'eſprit de
quantité de personnes respectables. La premiere eſt
dans le n°. 14 , 3 Avril dernier , qui prédit un
bouleverſement total en Europe , aux approches
de Pâques 1786 , dont l'auteur eſt un nommé
Guifme, Chefdu Conſiſtoire du pays de Hanovre
; vous donnez même une certaine autorité à
cette prédiction , en afſurant que tout ce que ce
Négromancien , depuis 1779 , avoit prédit , s'étoit
réaliſé , notamment la déſtruton de la Calabre
que perſonne n'ignore. Dès ce moment l'on
neparle plus que des'expatrier , que d'aller cherun
afyle sûr dan 2 un pays qui du moins ne doit
pas être englouti; des familles déſolées , l'aimable
Sexe, fur- tout , dont en partie l'esprit n'estpas affez
philoſophe , te croient déjà perdues &attendent la
mort avec une espece de défeſpoir ; mais la ſeconde
abſurdité & qui renchérit ſur la premiere , y met
le comble: elle eſt de cette année ; nº. 8 , 19 Février
, par une prophétie du quinzieme ſiecle ,
trouvée à Liska en Hongrie , dans le tombeau
de Jean Regiomortanus , grand Littérateur . qui
plutôt que de l'avoir écrit dans les bons ouvrages
qu'il a fait , ne ſe manifeſte qu'aujourd'hui pour
annoncer en 1788 la deſtruction de l'univers par
cediftique :
cher
Sinon hoc anno totus malus occidet orbis ,
Si non in nihilum terrafretumque ruets
heureuſement que par la particule conditionelle
fi , il laiſſe au moins eſpérer que ſi ce malheur
ne nous afflige pas , ce ſeront les Monarques qui
auront à fouffrir , parce que tous les Empires
iront ſansdeſſus deſſous.
f4
( 128 )
1
Curele tamen mundi rurfum itunt atque deorum
Imperia,
Mais où fuir à préſent ! où chercher ce port
afſuré contre le naufrage ! Il n'y en a plus, dit-on,
puiſque le monde entier doit tomber dans le
néant ? Cette derniere hitoire, quoique gazette,
vient de nous enlever une très- aimable Dame ,
qui par la crainte de ce terrible avenir , que ſon
époux avoit eu l'imprudence de lui expliquer , a
zellement été ſaiſie d'effroi qu'elle a fuccombé à
la fuite d'une couche prématurée.
Vous avouerez , Meſſieurs , que cela doit vous
rendre plus circonspects , & que de pareilles fottiſes,
loin d'accréditer votre Mercure , devroient
le faire fupprimer. On eſt étonné avec raiſon
qu'un Gouvernement ſage , prudent & éclairé
n'empéche pas l'impulfion de choſes auffi dangereuſes
, & que vous autres , Meſſieurs , qui
avouez de bonne foi que Guifme cherche à ſe
procurer une place aux Petites Maiſons , quoique
ſon annonce ne ſoit que particuliere , vous alliez
la dévoiler aux yeux de tout un Royaume.
Ne m'en voulez pas , je vous prie , mon deſſein
n'eſt réellement pas de vous manquer , encore
moins de vous choquer ; mais j'ai cru bien faire
de vous obſerver qu'il conviendroit beaucoup
mieux laiſſer du papier en blanc , que de le remplir
pour affecter une partie du monde , & la
laiſſer dans une perſpective des plus cruelles .
Le C. de S.
Nous ſommes très - affligés d'avoir fait
mourir une Dame en couches , & de porter
le déſeſpoir dans le coeur de l'aimable sexe ,
dont en partie l'esprit n'est pas philofophe ;
pour prévenir les fauſſes couches , nous
donnerons un jour la liſte des fauſſes
( 129 )
i
prophéties ; en attendant, nous affurons M.
le C. de S. que le port affuré qu'il cherche
vainenient , eſt dans une imagination plus
calme , dans l'art de difcerner des plaifanteries
& dans celui den faire auprès du lit des
femmes en couches, qui crovent à l'Almanach
de Liege ou aux divinations des Aftrologues
Allemands .
Quoique la Lettre pſeudonyme fur le moyen
d'attacher ſurement les Chevaux , ne mérite plus
d'attention depuis le dé àveu de la perſonne dont
on a pris la fignature; cependant , vu le motif&
-l'utilité de la réponſe inférée dans notre dernier
Journal , réponte qui nous parvint en même
temps que le déſaveu , nous avons cru devoir la
rendre publique , fans que l'Auteur puifle s'offenſer
qu'on ait laillé fubfifter fon nom , attendu que
per'onne n'eſt à l'abri d'une pareille ſurpriſe .
L'Académie Royale des Inſcriptions& Belles-
Lettres , a tenu , le 5 de ce mois , ſa Séance
publique.
M. Dacier a ouvert la Séance par l'Eloge hiftorique
de M. Bignon , Académicien honoraire ,
après lequel on a lu les Mémoires ſuivans .
rº. Mémoire ſur l'origine & le caractere des
loix anciennes de la principauté de Galles , par
M. Houard.
2º. Mémoire ſur quelques événemens del'Hiftoire
des Arabes avant Mahomet , par M. Silveſtre
de Sacy.
3°. Mémoire ſur le récit des Hiſtoriens anciens
& modernes au ſujet de l'avénement de
Hugues Capet an trône , parDom Porier.
4°. Mémoire dans lequel on examine quelle
fut l'origine & lemploi des Médailles chez les
Romains , par M. l'Abbé Mongez
fs
( 130 )
1
5.Differtation ſur les Etrangers domiciliés
àAthènes , par M. le Baron de Sainte-Croix.
Jean Joſeph-Paul-Antoine de Trémoléty
, Duc de Montpelat, Baron de Montmaur
. Piegon , Rochebrune , &c. Chevalier
d'honneur de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem , & Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
blanc de Pologne , eſt moit à Paris ,
le 24 du mois dernier , âgé de 69 ans.
Aymard - Jean Nicolay , Marquis de
Goufſainville , Seigneur c.'Oſny , d'Yvors &
autres lieux , Conſeiller du Roi en fes Conſeils
d'Etat & privé , Premier Préſident honoraire
de la Chambre des Comptes , eſt
mort ici , le 27 du mois dernier.
Charles-Paul-Sigifmond Montmorency--
Luxembourg , Duc de Boutteville, Premier
Baron&premier Baron Chrétien de France,
Lieutenant général des Armées du Roi, eft
mort à Paris , le 26 Mars.
PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE, le 10 Avril.
LeConſeil d'Utrecht a repris de la vi-
-gueur , comme on en peut juger par ſes
dernieres réſolutions. Il a caſſé celle du 11
Mars arrachée par la force , qui annulloit
l'élection de M. Sigterman , nouveau membre
du Conſeil; mais on a décidé de furfeoir
à fon inſtallation. D'après cela les 19
Conſeillers qui avoient donné leurs démiffions,
ſe ſont rendus aux inſtances de leurs
(131 )
Confreres & des Etars , & même de la
Bourgeoifie, très embarraſſée de ſes procédés
,& ces Magiſtrats ont repris leurs places ,
juſqu'au terme de leurs commiſſions. Pour
applanir les obſtacles au retour de la concorde,
M. Sigterman ſe conformant à fa
conduite paſſée , a eu affez de ſageſſe &
de patriotiſme pour déclarer qu'il étoit fatisfait
, & qu'il refuſoit ſon election .
Les 19 Régens rentrés en fonctions, ayant
enſuite expoſé à leur Compagnie les motifsde
leur premiere démarche , fondée fur
la tyrannie populaire exercée contre la liberté
des délibérations , il fut réſolu de
mettre cette liberté à couvert pour l'avenir
, en ſtatuant , 1°. De ne conſentir à aucune
aſſemblée extraordinaire de la Bourgeoifie
: 2°. De n'admettre aucune de ſes
députations ; 3 °. De diſſoudre l'aſſemblée
du Conſeil au premier attroupement près
de l'hôtel-de-ville ; 4°. De recommander
à la Juſtice une enquête ſérieuſe contre les
auteurs des derniers mouvemens. A la ſuite
de ſes réſolutions , la Régence a fait publier
un placard contre les attroupemens , difcours
féditieux , aſſemblées populaires , &c .
Cette publication , qui fait connoître l'étendue
du danger auquel on travaille fi
tard à remédier , porte entr'autres.
1
Que LL. NN. VV. trouvent bon par la préſente
, dedéfendre à un chacun , de la maniere la
plus rigoureuſe , de s'aſſembler , ou faire quelques
aturoupemens dans les environ de la Maiſon
f6
( 132 )
deVille& autres lieux, lorſque les Seigneurs
du Conſeil ou de la Juſtice doivent s'aſſembler ,
ou le font déjà, ainſi que d'y entrer par voie de
force &c. fous peine , contre ceux qui s'en rendroient
coupables , d'être arrêtés &punis ſuivant
'l'exigence du cas par corps , & même de la mort ,
fans diftincttion de perſonne , comme perturbateurs
du repos public. Défendent en outre les Seigneurs
de la Juſtice à tous teneurs de logemens ,
Maîtres de Cafés , Aubergiftes , & tous ceux qui
vendent des liqueurs fortes ; biere , &c . de permettre
& recevoir dans leurs maiſons aucunes perſonnes
qu'ils favent avoir deſſeins tendant à l'in.
terruption de la tranquillité publique , ou au mépris
de l'autorité du Magiflrat : défendant auffi
par la préſente toute affemblée quelconque, dans
quelque lien que ce puiſſe être , ſous peine pour
ceux qui les auront permiſes chez eux , comme
Aubergifles , Maîtres de Cafés , &c. ou ceux qui
s'yſeront aſſemblés, d'être punis rigoureuſement,
ainſi qu'il ſera jugé convenable , ſuivant l'exigence
des cas
LL: NN. VV. défendent encore par la préſente
à qui que ce ſoit de faire aſſembler des
Compagnies bourgeoiſes , ſoit en entier foit en
partie , armées ou non armées , dans les Egliſes &
autres bâtimens publics , ou places , fansordre
exprès des Capitaines reſpectifs de ces Compagnies
, & fans leur préſence & celle des autres
Officiers , à l'exception des cas fixés par l'Ordonnance
à l'égard du feu , fous peine pour ceux qui
s'en rendront coupables, d'être condemnés, outre
la correction arbitraire , à une amende de 150 fl .
en faveur de la caiſſe militaire de la Bourgeoisie.
LL. NN. VV. ayant , par un zele fincere pour le
bien de cette Ville , & pour maintenir dans les
circonstances critiques actuelles le bon ordre &le
( 133 )
repos ihautement néceſſaires , jugé convenable
de rappeller à la bonne Bourgeoisie d'Utrecht
Con devoir folemnellement juré , & de rappeller
aux Bourgeois , dans la préſente , la promeſſe
compriſe dans leur ferment , par laquelle chacun
devenant Bourgeois , s'engage ſolemnellement ,
pour ſoi-même & pour ſes deſcendans , pour auffi
long- temps qu'il appartient au corps de la Bourgeoifie
, avec invocation du Tout- Puiſſant , com¬
me témoin : « qu'il ſera fidele & attaché aux Ma-
>>>giftrats ou Conſeil de la Ville d'Utrecht , com-
>> me à ſon légitime Supérieur , qu'il les reſpec-
>>> tera , leur obéira & les ſoutiendra comme il
>> convient ; qu'il aidera à effectuer , executer &
>> maintenir toutes les Ordonnances faites ou à
>>>faire pour le bien- être de la Ville ; qu'il ne
ſe rendra , ni ne contribuera à aucune aſſem-
>> blée illicite , dans laquelle il ſe trameroit quel-
>> que choſe contre ledit Magiftrat & Régence
>> légitime : mais que dès qu'il en aura connoif-
>> ſance , il en donnera avis audit Magiftrat , &
>> s'oppoſera de tout ſon pouvoir à toutes telles
>> actions , deſſeins & aſſemblées . >> Enfin les
Seigneurs de la Juſtice ont jugé néceſſaire , vu
que juſqu'ici on n'a pu découvrir les premiers
inſtigateurs & moteurs des ſuſdits mouvemens tumultueux
du 11 Mars dernier , de promettre une
primede cent ducatons d'argent , payables par le
Tréſorier de cette Ville , à celui ou ceux qui
pourront découvrir un ou plus deſdits moteurs ,
de maniere qu'il puiſſe être livré à la Juſtice &
être convaincu du crime , & que le nom du dénonciateur
fera tenu ſecret , s'il l'exige .
Il eſtunemaxime ſacréepour tout homme
d'honneur , & qui devroit l'être pour chaque
Ecrivain , c'eſt que toute accufation non
prouvéedoit être cenſée nulle ; à plus forte
( 134 )
raiſon , lorſqu'elle implique des abſurdités
&des invraiſemblances propres à révolter
tous les gens de fang froid , & qu'elle eſt
envenimée par le fanatiſme politique qui
remplace aujourd'hui en Europe le fanatiſme
de religion. Ces motifs ontdû faire
rejetter , juſqu'à la démonftration, les foupçons
d'un complot tramé par le Duc Louis
deBrunswich pour livrer Maeſtricht à l'Empereur
, ſans doute de moitié dans la confpiration.
Il étoit néceſſaire & naturel que
les Etats Généraux fiſſent des recherches
pour découvrir la vérité ; dans cebut , ils ont
envoyé à Maeſtricht , un Avocat Fifcal ,
chargé d'approfondir le myſtere de la trahifon
ou de la calomnie. Cet Officier a fait
arrêter le ſieur van der Stype , Subſtitut du
GrandBailli , prévenu de correſpondre avec
Aix-la-Chappelle ; on lui a donné les arrêts
dans ſa maiſon où il eſt gardé par un
détachement militaire , & auffitôt les gazettes
n'ont pas manqué d'appeller cet acte
une découverte , & de publier la Lettre
ſuivante que l'une d'elles ſe fait écrire ſous
la date de la Haye.
Les Partiſans du Duc Louis de Brunswich ,
& en général tous les partis contraires aux intérêts
de la République , ont été confondus à l'arrivée
de la réponſe que S. M. le roi de Pruffe
a faite à la lettre que les Etats- Généraux lui
avoient écrite , relativement à l'affaire communiquée
par M. le Rhingrave de Salm. Cette
réponſe affirme , que S. M. en a parlé au Comte
(135 )
1
a
fus-nommé; qu'il y a par conséquent lieu à des
recherches ſur ce ſujet : mais que le Roi auroit
defiré que ſon nom n'eût point été compromis
dans cette affaire , érant fort éloigné de ſe porter
pour accuſateur , & furtout dans une choſe
qui n'eſt point encore éclaircie. Cette réponte
en prouvant fans réplique , que les ſcupçons conçus
n'étoient point abſolument illutoires ,
démonté tout le parti , qui triomphoit déjà des
prétendues vifions du Rhingrave: Mais il a été
tout-à- fait attéré par les nouvelles véritablement
alarmantes , reçues de Maestricht , dont voici le
précis . D'après les opérations de M. l'Avocar-
Fifcal Tulling , on a arrête le Vice- Bailli ou
Subſtitut dugrand-Bailli de ladite ville , nommé
van der Sylpe : l'on a fait la ſaiſie de tous ſes
papiers , & l'on y a trouvé trete lettres du Duc
Louis deBrunswich : pluſieurs font chiffrées ;
&l'on est maintenant occupé à examiner férieuſement
, & comme il convient , tout le con .
tenu de cette correſpondance , qui pour le moins
eſt ſuſpecte. L'on regrette beaucoup aujourd'hui
qu'en ſe preffant trop tôt de parler en public
de cette affaire , l'on ait donné le tems aux coupables
( s'il y en a en effet , comme il paroît
probable ) de prendre leur meſures , &de fouf
traire à la vigilance du miniſtere public les
preuves qui pourroient les convaincre. Un événement
auſſi étonnant met ici tout le monde
en ſuſpens : on craint même de parler , tant il
paroît de noirceur & d'odieux dans toute cette
trame.Au reſte la découverte de cette correſpondance
, qu'on ne peut plus nier aujourd'hui ,
donneunbeau relief à la lettre , inférée il y a
quelques ſemaines dans la Gazette Hollandaiſe
de Maestricht &dans pluſieurs autres , avec une
affectation d'autant p'us ridicule, que ceue piece
( 136 )
étoitde tout point dénuée de ſens commun, &
très-injurieuſe même pour ceux au nom de qui
elle paroît avoir été faite. Une affaire auffi inquiétante
par ſa nature , puiſqu'il s'agit d'un
attentat plus ou moins prouvé contre une pofſeſſion
auſſi précieuſe de la république , occupe
la plus vive attention deleurs Hautes-Puiſſances
&aura furement des ſuites auſſi ſérieuſes , que
Poccafion l'exige.
: Les efprits tranquilles obfervent là-deſſus,
qu'au lieu de 30 lettres du Ducde Brunswick,
il pourra s'en trouver mille à Maeſtricht ,
&la calomnie exifter encore dans toute fa
hoirceur; que ſi l'on doit faire un procès
criminel à tous ceux qui correſpondent avec
ce Duc , cette enquête pourra aller fort loin ;
enfin , que puiſqu'on ne cite pas un mot
de ces correfpondances qui tendent à juftifier
le fait en queſtion , il faut qu'elles
foient bien innocentes : au reſte , le tems
découvrira le voile & cette époque n'eſt
pas éloignée.
On parle de transférer ici M. Van Slype
pour l'interroger plus particulierement : ce
Magiftrat eſt dans la plus parfaite ſécurité ;
lui -même a remis toutes ſes lettres à l'Avocat
Fifcal de la République , & ne paroît
nullement intimidé de ces recherches.
Certe fermeté de l'innocence a tellement
déconcerté les eſprits violens , qu'ils font
réduits à la reſſource de faire croire que les
coupables ont été avertis , qu'ils ont eu le
temps de se mettre en garde, que la preuve
échapera par leur adreſſe; argument avec le
( 137 )
quel on eft toujours sûr de déshonorer l'in
nocence, lorſqu'on n'a pu parvenir à la per
dre juridiquement.
Ily a eu ces jours derniers trois affemblées
extraordinaires des Etats Généraux ,
& des Etats de Hollande , à l'occaſion defquelles
, la Gazette d'Amſterdam contient
le paragraphe ſuivant.
On aſſure qu'il eſt queſtion d'examiner les dépèches
d'un courier arrivé hier de Paris fur le
différend connu avec S. M. l'Empereur , il auroit
été , dit on , infinué à L. H. P. , que leur derniere
réponſe à l'ultimatum impérial n'étant pas
fufiſante pour fatisfaire l'Empereur , ils doivent
opter entre un ſacrifice plus grand ou la guerre.
On ajoute que juſqu'à préſent il n'auroit encore
rien tranſpiré de leurs diſpoſitions , finón
que juſqu'à préſent les Députés des diverſes Provinces
n'avoient eu de leurs Commettans d'autres
inſtructions que de ſe refuſer à toutes les
prétentions Impériales. Mais que comme il s'agiſſoit
poſitivement de guerre , ils ne pouvoient
donner aucune réponſe , avant que d'avoir conſulté
de nouveau les Provinces. En attendant ,
on aſſureque l'on ſeroit aſſez généralement difpoſé
à riſquer une campagne , plutôt que de
condeſcendre à des conditions qui ne fauroient
être plus onéreuſes , quand même on y auroit
dudéſavantage.
Quoique l'opinion la plus générale ſoit
pour la paix, on parle deformer deux camps ,
l'un vers Bois- le- Duc , l'autre vers Berop-
Zoom . M. le Comte de Maillebois travaille
journellement avec le Stathouder &
les principaux membres du Gouvernement.
( 138 )
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES, le 16 Avril.
Une lettre de Liége , du 28 Mars , contient
ce qui fuit.
Le Princede Heſſe, Gouverneur de Maestricht
vient demain rendre une forte d'hommage à
notre Prince qui eſt Coſouverain de cette ville.
Il dinera à la Cour , & retournera après ſon
dîner à ſon gouvernement. Autrefois le gouverneur
de Macſtricht venoit prêter à notre Prince
pour lui & fa garniſon le ſerment de fidélité ;
mais nos Etats n'ayant point voulu , ſous le regne
de George Louis , continuer au Gouverneur les
fix cens écus d'appointement qu'on lui avoit don.
nés juſqu'alors ,les Etats Generaux faifirent cette
occafion de pouvoir diſpenſer le gouverneur de
lapreſtation du ſerment Depuis cette époque, qui
r'ppelle une ſi étrange économie , la choſe eſt
demeurée dans cet état ; ce qui ne preſcrit
pas néanmoins contre les droits de la Principauté
, qu'il feroit bien aité de remettre en
vigueur.
Le troiſieme bataillon du Régiment de
Ligne paffe de Lier à Bruges , & le troiſieme
bataillonde Vierfetà Oſtende, quoique cette
derniere place ſoit couverte de fortes batte
ries ,tant du côté de terre que du côté de
mer.
Le Prince de Ligne ſe rendit, le 27 de ce
mois , vers les poſtes avancés des po'ders & des
forts de l'Escaut. Delà il députa à Lillo un de
ſes Officiers , qui fut reçu près des paliſſades
avec de grands témoignages d'amitié. Le Commandant
de Lille lui dit que c'étoit par ordre
1
1
( 139 )
qu'il faitoit écouler les eaux falées des Polders ,
afin de purger l'air & de prévenir les ſuites fåcheuſes
qui auroient pu réſulter de l'état de ſtagna.
tion de ces eaux infalubres. On croit même que
les Hollandois en ont déjà reſſenti dans leurs
forts les effets pernicieux; & c'eſt une des raiſons
qui ont donné lieu à cet écoulement : on fait en
outre qu'ils veulent par-là ſe faciliter les moyens
d'étendre les ouvrages avancés deſdits forts ; ce
qui s'exécute , dit-on déjà , felon le plan d'un
Ingénieur , qui en a reçu l'ordre par un courier :
c'est vraiſemblablement par celui qui a paſſé par
ici le26.
On redouble d'activité à Luxembourg ,
pour porter l'artillerie de l'arſenal ſur les
remparts , pour réparer les fortifications , &
pour tranſporter les poudres dans la viile.
On y attend de nouveaux magaſins de comeſtibles.
Le corps franc de Stein a reçu ſes
munitions ces jours derniers ,& le régiment
de Latterman ſa groſſe artillerie. On parle
d'ajouter quelques baſtions à cette place ,
pour la rendre inexpugnable. A Malines &
dans les autres villes du Brabant on continue
les amas de munitions de toute eſpece , &
les Hollandois viennent de conclure à Liege
unmarché pour 40 mille bombes.
Il paroît un plan attribué à M. de Brou ,
Ingénieur diftingué de Vienne , par lequel
il propoſe de prendre Mastricht dans ſon
état actuel , avec 28000 hommes. Voici le
précis de ce projet affez extraordinaire,
S. A. R. le Duc de Saxe- Teſchen , ayant fous
ſes ordres les Comtes de Wenzel , Lieutenant(
140 )
Général , & d'Harach General Major , ſe portera
de Tongres à Smermaes au-dessous de Mar
tricht , quatre compagnies de Fufiliors occuperont
le château d'Opharn , poſte effentiel pour
protéger la conſtruction d'un pont. Les diviſions
d'Alton & de Stader camperont fur deux lignes
derriere le ruiſſeau de Lonacken ; la droite à
Smermaes , & la gauche vers le hameau de Con.
fed. La cavalerie fera placée à la gauche de
Pinfanterie , à l'exception de quelques corps ,
qui feront mis du côté de Keſſel & de Montenaken
, pour marquer les poſtes de Notre- Dame
& de Tongres. Le parc de l'artillerie ſera étab i ,
partie vers Smarmaes & partie vers Feltuaiſen ;
le quartier- général fera placé à Peterſem &
Lonacken.
Onmettra un demi bataillon dans Tirlement,
un dans Saint Trond & un dans Biten. L'objet
de ces poſtes eſt d'aſſurer la communication de
Louvain avec l'armée. Un corps de Houſſards
ſera logé dans le village & le château de Reikem.
Le Comte de Rulam ſe portera devant le fort
Saint Pierre avec quatre bataillons, & fept efcadrons
, & achevera d'inveſtir Maſtricht par la
rive gauche de la Meuſe. Le Duc d'Urſel , pour
en former l'inveſtiſſement par la rive droite , appuyera
ſa gauche au-deſſus d'Opharen , & fera
élever deux redoutes ſur la Haute-Meuſe , entre
le moulin de Gronsfeld & le Camp ; l'autre entre
lemoulin & le pont établi. Ces deux redoutes
doivent empêcher les parties de la vil'e de ſo
gliſſer le long de la Haute-Meuſe , & d'inquiéter
les troupes qui y feront campées , en cas
que les Hollandois vouluſſent faire quelque
mouvement pour ſecourir Maſtricht ; il leur ſeroit
impoſſible de marcher aux affiégeans par la
rive droite de la Meuſe : On établira la ligne de
( 141 )
défenſe derriere le ruiſteau de Tonacken. Cette
ligne ſera formée de vingt- trois redoutes ; chacune
contiendra un demi bataillon avec quatre
pieces de canons : elle aura fon chemin couvert
paliffadé , & la cuve de ſon foflé très -profonde
&parfemée des puits. Le poſte des Dragons ſera
pris du moulin de Mopertingen , avec ordre de
mettre pied a terre , & de ſe jetter dans le vil
lage & le cas l'exige . La cavalerie ſera derriere
l'infanterie ſur pluſieurs lignes. On attaquera
Maſtricht par les deux côtés de la Baſſe-Meuſe :
la tranchée ſera ouverte par fix mille travailleurs
, dont quatre mille exécuteront , s'il eſt
poſſible , à la grande attaque deux mille toiſes
de parallele , & douze cens toiſes de communication
: les deux mille autres feront à l'attaque
de Wyck cinq cens toiſes de parallele , & quatre
cens de communication : l'attaque de la droite
appuyera fa gauche à la Meuſe : ſa droite ſera
portée fur la hauteur , proche le chemin de Tongres;
cette droite n'ayant aucun appui , on la formera
par une redoute,
Moyennant ces diſpoſitions, & soo bouches
à feu , l'Ingénieur promet d'entrer dans
Maſtricht , après 40 jours de tranchée ouverte.
Articles divers tirés des Papiers anglois & autres.
M. le Chevalier Keith , Ambaſſadeur d'Angleterre
, s'abouche très ſouvent avec le Prince de
Kaunitz ; & nous croyons pouvoir avancer avec
quelque fondemet , qu'il s'agit d'une alliance
entre la Cour de Vienne , celles de Ruffie & d' Angleterre
; quoique cette derniere Puiſſance ait paru
juſqu'à préſent vouloir garder une exacte neutra
( 142 )
lité. Cependant toutes ces opérations politiques
ſe paſſentde la maniere la plus ſecrette. ( Nouν.
d'All. nº. 58. )
M. Pilatre de Rofier , qui combat depuis longtems
contre les vents pour conferver ſonBallon ,
afinde tenter le paſſage aſſez difficile , de France
enAngleterre , éprouve un autre fléau non moins
redoutable : à chaque inftant , le Ballon court les
riſques d'étre dévoré par les Rats! pour écarter la
multitude de ces animaux , qu'attire l'odeur des
gommes dont leBallon eſt enduit , on eft obligé
de leur faire continuellement la chaſſe , ſoit avec
des chats , ſoit avec des tambours.
Ily a quelques jours que le vent paroiſſant favorable,
on tira , dès le matin , un coup de canon
pourpremier ignal ; les ouvriers préparerent tout
pour ledépart : les ſpectateurs arriverent en foule
pour être témoins; on lançaleBallon précurſeur;
mais le vent changea tout-à- coup , & M. Pilatre
refta ; le petit aëroitat , balotté pendant 7 heures,
eft allé tomber à 6 lieues d'ici , près de la côte.
Ces contre-tems déſeſperent M. Pilatre qui , ſans
-être ſur mer, eſt devenu le jouet des vents. ( Nouv.
d'All. idem .)
Le Chevalier James Harris , depuis ſon retour
à Londres , a eu deux entretiens avec le Baronde
Lynden , Miniſtre-Plénipotentiaire de Hollande à
notre Cour. Cette circonſtance fait préſumer que
laGrande - Bretagne prend un plus vif intérêt
qu'on ne l'imagine , à la querelle préſente entre
l'Empereur & la Hollande.
Il s'eſt tenu hier chez le Marquis de Carmarthenune
aſſemblée de la plupart des Miniſtres , &
il a été expédié enſuire un courier à Windsor , où
ſe trouve Sa Majefte.
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GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
•Parlementde Paris , Grand-Chambre Enfant
de Fille publique , reſté à la charge defa mere.
Qu'une fille ſéduite par des promeſſes de mariage
, reclame des dommages& intérêts , &demande
que le pere ſoit tenu d'aſſurer des alimens
au fruit malheureux de le ſéduction ; la Juſtice ,
en ce cas , écoute favorablement les plaintes
d'une mere , ſouvent plus à plaindre que coupa.
ble , & pourvoit à la ſubſiſtance de ſon enfant
en fixant néanmoins ledédommagement ſelon la
qualité des Parties ; mais lorſqu'une fille livrée à
la proſtitution , forme des demandes pour ſecourir
le fruit honteux de ſon libertinage , contre
celui qu'elle eſtime le plus en état de répondre
des condamnations qu'elle ſollicite ; alors les Juges
ne pouvant démêler quel eſt le véritable
pere, laiffent à la mere la charge de l'enfant.
La fille R ... nous offre dans cette Cauſe l'e
xemple d'une fécondité peu commune. Elle a eu
quatorze enfans de quatorze peres différens.
Chaque fois qu'elle devenoit mere , elle marchandoit
avec celui à qui elle accordoit l'honneur
de la paternité, ſur le prix du déſiſtement
deſon action endommages & intérêts : prix qui
étoit plus ou moins conſidérable , ſe'on la qualité
& la fortune de celui à qui elle s'adreſſoir
En 1768 , la R.... eſt accouchée d'une fille ,
qu'elle atribua à un fieur Au ... qu'elle fit déclarer
pere de l'enfant fur l'extrait de Baptême.
(1) On ſouſcrit pour l'Ouvrage entier , dont l'abonnement
eſt de is liv. par an, chez M. Mars , Avocat , rue
& Hôtel de Serpente,
( $44 )
El'e avoit tranfigé à cet e époque avec le ſieur
Au... à une ſomme de vingt-cing louis , pour
ſe déſiner de l'action dont elle le menaçoit. Le
fieur Au ... mourut en 1771 ; la fille R ...
ayant été inſtruite que ce particulier laiſſoit une
ſucceſſion opulente , forma ſous le nom de la
prétendue file naturelle du ſieur Au ... une demande
contre ſa ſucceſſion , afin de la charger
de la nourriture , entretien & éducation de l'enfant.
Les héritiers & légataires univerſels ont eu
la bonté d'accepter cette charge. La fille parvenue
à l'âge d'apprendre un métier , & après avoir
fait ſa premiere Communion , a été miſe en apprentiſſage
chez une Matreffe Couturiere. La
mere voyant l'apprentiſſage ſur le point de finir ,
a formé ſous le nom de ſa fille , contre la fucceffion
du ſieur Au ... une nouvelle demande en
condamnation d'une penſion alimentaire de 1500
liv. Les héritiers n'ont pas été cette fois ſi complaiſans
qu'en 1771 ; ils ont défendu à cette de- 小
mande. La Sentence du Châtelet a débouté
la fille R ... de toutes ſes demandes ; & l'Arrêt
du 4 Septembre 1782 , conforme aux conclufions
de M. l'Avocat Général Seguier , en confirmant
la Sentence , a ordonné : qu'attendu le
danger qu'il y avoit pour une fille de quatorze
ans , de fréquenter une fille de ſi mauvaiſe vie ,
que défenſes fuſſent faites à la Couturiere de
laiſſer ſortir la fille Au ... qu'elle avoit en apprentiſſage
, pour voir la fille R ... , ſa mere ,
&ade plus requis contre cette derniere la condamnation
de is liv. d'aumone pour les pauvres
de la Conciergerie , pour raiſondes cinq enfans
dont elle étoit accouchée ,&dont les extraitsde
baptême étoient rapportés .
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